Résultats : 14430 texte(s)
Détail
Liste
12101
p. 189-190
De BERLIN, le 7 Mai 1763.
Début :
Depuis la ratification du Traité de Paix entre le Roi de Prusse et l'Impératrice Reine, [...]
Mots clefs :
Traité de paix, Roi de Prusse, Impératrice Reine, Ratification, Articles, Alliés, Acte, Signature, Approbation
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texteReconnaissance textuelle : De BERLIN, le 7 Mai 1763.
De BERLIN , le 7 Mai 1763.
Depuis la ratification du Traité de Paix entre
le Roi de Prufe & l'Impératrice Reine , ies
Plénipotentiaires respectifs des deux Puiffances ons
figné un Acte féparé dont voici la teneur.
Sa Majefté l'Impératrice Reine Apoftolique
de Hongrie & de Bohême , & Sa Majefté le
Roi de Prufle , étant convenus par l'Article XX .
du Traité de Paix conclu entre elles , & daté
du 15 Février 1763 , de comprendre dans ce
Traité de Paix leurs Alliés & Amis ; & s'étant
réſervé de les nommer dans un Acte féparé qui
auroit la même force que ledit Traité principal ,
& qui feroit également ratifié par les Hautes-
Parties contractantes. Sa Majesté l'impératrice
Reine Apoftolique de Hongrie & Bohême & Sa
Majefté le Roi de Pruffe ne voulant point différer
de faire connoître leurs intentions à cetégard,
déclarent qu'elles comprennent nommément &
expreflément dans le fufdit Traité de Paix du 15
Février 1763 , leurs Alliés & Amis ; fçavoir, de la
part de Sa Majefté l'Imperatrice Reine Apoftolique
de Hongrie & de Bohême , Sa Majesté le Roi
Très-Chrétien , Sa Majefté le Roi de Suede ,
Sa Majefté le Roi de Pologne , Electeur de Saxe
& tous les Princes & Etats de l'Empire qui ſont
190 MERCURE DE FRANCE .
ou fes Alliés ou fes Amis ; & de la part de
Sa Majesté . Pruffienne , le Roi de la Grande-
Bretagne , Electeur de Hanovre , le Séréniffime
Duc de Brunfwick- Lunebourg , & le Séréniſſime
Landgrave de Heffe Caffel ,
Les Hautes-Parties contractantes comprennent
auffi dans le fufdit Traité de Paix du 15 Février
1763 , Sa Majefté l'Impératrice de toutes les
Ruffies en vertu des liens d'amitié qui fub
fiftent entre - elle & fes deux Hautes- Parties
contractantes , & de l'intérêt que Sadite Majefté
a témoigné prendre au rétabliffement de la
tranquillité en Allemagne .
En foi de quoi , Nous , les Plénipotentiaires
de Sa Majesté l'Impératrice Reine & de Sa Majefté
le Roi de Prufle , avons , en vertu de nos
pleins pouvoirs & inftructions , figné le préſent
Acte , qui aura la même force que s'il étoit inféré
mot pour mots dans le Traité de Paix du
15 Février 1763 , & qui fera également ratifié
par les Hautes- Parties contractantes . Fait à
Drefde le 12 Mars & à Berlin le 20 Mars 1763 :
L'exemplaire de la Cour de Vienne eft figné ,
Henri-Gabriel de Collenbach , & de celai de
Berlin , Ewald- Fréderic de Hertzberg.
Depuis la ratification du Traité de Paix entre
le Roi de Prufe & l'Impératrice Reine , ies
Plénipotentiaires respectifs des deux Puiffances ons
figné un Acte féparé dont voici la teneur.
Sa Majefté l'Impératrice Reine Apoftolique
de Hongrie & de Bohême , & Sa Majefté le
Roi de Prufle , étant convenus par l'Article XX .
du Traité de Paix conclu entre elles , & daté
du 15 Février 1763 , de comprendre dans ce
Traité de Paix leurs Alliés & Amis ; & s'étant
réſervé de les nommer dans un Acte féparé qui
auroit la même force que ledit Traité principal ,
& qui feroit également ratifié par les Hautes-
Parties contractantes. Sa Majesté l'impératrice
Reine Apoftolique de Hongrie & Bohême & Sa
Majefté le Roi de Pruffe ne voulant point différer
de faire connoître leurs intentions à cetégard,
déclarent qu'elles comprennent nommément &
expreflément dans le fufdit Traité de Paix du 15
Février 1763 , leurs Alliés & Amis ; fçavoir, de la
part de Sa Majefté l'Imperatrice Reine Apoftolique
de Hongrie & de Bohême , Sa Majesté le Roi
Très-Chrétien , Sa Majefté le Roi de Suede ,
Sa Majefté le Roi de Pologne , Electeur de Saxe
& tous les Princes & Etats de l'Empire qui ſont
190 MERCURE DE FRANCE .
ou fes Alliés ou fes Amis ; & de la part de
Sa Majesté . Pruffienne , le Roi de la Grande-
Bretagne , Electeur de Hanovre , le Séréniffime
Duc de Brunfwick- Lunebourg , & le Séréniſſime
Landgrave de Heffe Caffel ,
Les Hautes-Parties contractantes comprennent
auffi dans le fufdit Traité de Paix du 15 Février
1763 , Sa Majefté l'Impératrice de toutes les
Ruffies en vertu des liens d'amitié qui fub
fiftent entre - elle & fes deux Hautes- Parties
contractantes , & de l'intérêt que Sadite Majefté
a témoigné prendre au rétabliffement de la
tranquillité en Allemagne .
En foi de quoi , Nous , les Plénipotentiaires
de Sa Majesté l'Impératrice Reine & de Sa Majefté
le Roi de Prufle , avons , en vertu de nos
pleins pouvoirs & inftructions , figné le préſent
Acte , qui aura la même force que s'il étoit inféré
mot pour mots dans le Traité de Paix du
15 Février 1763 , & qui fera également ratifié
par les Hautes- Parties contractantes . Fait à
Drefde le 12 Mars & à Berlin le 20 Mars 1763 :
L'exemplaire de la Cour de Vienne eft figné ,
Henri-Gabriel de Collenbach , & de celai de
Berlin , Ewald- Fréderic de Hertzberg.
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Résumé : De BERLIN, le 7 Mai 1763.
Le 7 mai 1763, à Berlin, les représentants du Roi de Prusse et de l'Impératrice Reine ont signé un acte séparé après la ratification du Traité de Paix. Cet acte, conforme à l'Article XX du Traité de Paix du 15 février 1763, inclut les alliés des deux puissances. L'Impératrice Reine de Hongrie et de Bohême a nommé comme alliés le Roi Très-Chrétien, le Roi de Suède, le Roi de Pologne et Électeur de Saxe, ainsi que tous les Princes et États de l'Empire ou leurs alliés. Le Roi de Prusse a désigné comme alliés le Roi de Grande-Bretagne et Électeur de Hanovre, le Duc de Brunswick-Lunebourg, et le Landgrave de Hesse-Cassel. L'Impératrice de toutes les Russies est également incluse en raison des liens d'amitié et de l'intérêt pour la tranquillité en Allemagne. L'acte, signé à Dresde le 12 mars et à Berlin le 20 mars 1763, a la même force que le Traité principal et sera ratifié par les parties contractantes.
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12102
p. 190-191
De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
Début :
Suivant les nouvelles de Wetzlar, le 8 de ce mois, à deux heures du matin, [...]
Mots clefs :
Corps de troupes, Arrivée imprévue, Alarme, Régiments, Infanterie, Bataillons, Landgrave, Députés, Conclusion de paix, Garnison, Officiers, Magistrats, Chambre, Séance
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texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
De RATISBONNE , le 10 Juin 1763.
Suivant les nouvelles de Wetzlar , lé 8 de
ce mois , à deux heures du matin , il y eut dans
cette Ville une allarme générale caufée par l'ar
rivée imprévue d'un corps de troupes au fervice
de Heffe- Darmstadt. Ce corps , compofé del
deux Régimens d'Infanterie de troupes réglées .
de quatre Bataillóns de Milice & de cinq cens
hommes , tant Cavaliers que Dragon's & Huf
fards , aprés avoir enfoncé les potres de la Ville ,
JUILLET. 1763. 191
& s'être affurés de fes principales avenues , entra
de force dans les mailons des Bourgue-Maître ,
Sénateurs & Bourgeois , & fe faifit de feize Magiftrats
qui furent obligés de répondre devant
les Députés commis à cet effet par le Land
grave. Cet événement a répandu ici la plus
grande confternation . Toute la Ville eft remplie
de troupes qui ont amené avec elles trente
pieces de canons chargés à cartouches , Il y a
dans plufieurs maifons foixante - dix à quatrevingt
hommes , & à l'exception de la pofte ,
perfonne n'ofe fortir de la Ville . On attribue les
motifs de cette éxécution à l'événement fuivant.
Après la conclufion de la Paix , les troupes
alliées , au nombre de fix cens hommes , ayant
dirigé leur marche par cette Ville , attaquérent ,
avec le fecours de la Garnifon & de quelques
Bourgeois , les troupes de Heffe - Darmstadt ,
qui furent repouffées & dont l'Officier Com
mandant fut maltraité par le Bourge- Maître &
par quelques Sénateurs . Le Landgrave demanda
fatisfaction de cette injure au Magiftrat
mais n'ayant pu l'obtenir , ce refus le détermina
à en venir à des voies de fait . Il y a eu
à ce fujet , ce matin entre huit & neuf heures.
une féance extraordinaire des Affelleurs de la
Chambre ; mais on n'en fçait point encore le
réfultat.
Suivant les nouvelles de Wetzlar , lé 8 de
ce mois , à deux heures du matin , il y eut dans
cette Ville une allarme générale caufée par l'ar
rivée imprévue d'un corps de troupes au fervice
de Heffe- Darmstadt. Ce corps , compofé del
deux Régimens d'Infanterie de troupes réglées .
de quatre Bataillóns de Milice & de cinq cens
hommes , tant Cavaliers que Dragon's & Huf
fards , aprés avoir enfoncé les potres de la Ville ,
JUILLET. 1763. 191
& s'être affurés de fes principales avenues , entra
de force dans les mailons des Bourgue-Maître ,
Sénateurs & Bourgeois , & fe faifit de feize Magiftrats
qui furent obligés de répondre devant
les Députés commis à cet effet par le Land
grave. Cet événement a répandu ici la plus
grande confternation . Toute la Ville eft remplie
de troupes qui ont amené avec elles trente
pieces de canons chargés à cartouches , Il y a
dans plufieurs maifons foixante - dix à quatrevingt
hommes , & à l'exception de la pofte ,
perfonne n'ofe fortir de la Ville . On attribue les
motifs de cette éxécution à l'événement fuivant.
Après la conclufion de la Paix , les troupes
alliées , au nombre de fix cens hommes , ayant
dirigé leur marche par cette Ville , attaquérent ,
avec le fecours de la Garnifon & de quelques
Bourgeois , les troupes de Heffe - Darmstadt ,
qui furent repouffées & dont l'Officier Com
mandant fut maltraité par le Bourge- Maître &
par quelques Sénateurs . Le Landgrave demanda
fatisfaction de cette injure au Magiftrat
mais n'ayant pu l'obtenir , ce refus le détermina
à en venir à des voies de fait . Il y a eu
à ce fujet , ce matin entre huit & neuf heures.
une féance extraordinaire des Affelleurs de la
Chambre ; mais on n'en fçait point encore le
réfultat.
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Résumé : De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
Le 10 juin 1763, à Ratisbonne, une alarme générale a été déclenchée à deux heures du matin par l'arrivée inattendue de troupes au service du landgrave de Hesse-Darmstadt. Composées de deux régiments d'infanterie, quatre bataillons de milice et environ cinq cents cavaliers, dragons et hussards, ces troupes ont forcé les portes de la ville et pris le contrôle des principales avenues. Elles ont investi les maisons des bourgmestres, sénateurs et bourgeois, contraignant plusieurs magistrats à répondre devant des députés nommés par le landgrave. La ville est maintenant remplie de troupes armées de trente pièces de canon, et les habitants sont confinés chez eux, sauf pour les postes de garde. Cet événement est attribué à une altercation précédente où des troupes alliées, soutenues par la garnison et quelques bourgeois, ont attaqué les troupes de Hesse-Darmstadt après la conclusion de la paix. Le landgrave a demandé réparation pour l'affront subi mais, n'ayant pas obtenu satisfaction, a décidé d'agir par la force. Une séance extraordinaire des assemblées de la Chambre a eu lieu ce matin, mais son résultat n'est pas encore connu.
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12103
p. 191
De MAYENCE, le 4 Juin 1763.
Début :
Jean-Fréderic-Charles, Electeur de Mayence, Archi-Chancelier de l'Empire, est mort [...]
Mots clefs :
Électeur de Mayence, Décès, Archi-chancelier, Empire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De MAYENCE, le 4 Juin 1763.
De MAYENCE, le 4 Juin 1763 .
Jean-Fréderic- Charles , Electeur de Mayence ,
Archi-Chancelier de l'Empire , eft mort aujourd'hui
dans la foixante- quatorziéme année de fon
âge ; univerfellement regretté. Il étoit de la
Maiſon des Contes d'Oftein , né le 6 Juin 1689
élu Archevêque de Mayence , le 22 Avril 1743
&Coadjuteur de Wors , le 7 Octobre 1748.
Jean-Fréderic- Charles , Electeur de Mayence ,
Archi-Chancelier de l'Empire , eft mort aujourd'hui
dans la foixante- quatorziéme année de fon
âge ; univerfellement regretté. Il étoit de la
Maiſon des Contes d'Oftein , né le 6 Juin 1689
élu Archevêque de Mayence , le 22 Avril 1743
&Coadjuteur de Wors , le 7 Octobre 1748.
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12104
p. 192
De VENISE, le 16 Mai 1763.
Début :
Hier, le nouveau Doge a épousé avec les Cérémonies ordinaires, la Mer Adriatique. [...]
Mots clefs :
Doge, Mer Adriatique, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VENISE, le 16 Mai 1763.
De VENISE, le 16 Mai 1763 .
Hier, le nouveau Doge a épousé avec les Céré
monies ordinaires , la Mer Adriatique.
Hier, le nouveau Doge a épousé avec les Céré
monies ordinaires , la Mer Adriatique.
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12105
p. 192
De GESNES, le 14 Mai 1763.
Début :
Les Rebelles étant venus au nombre de deux cent, pour attaquer le poste [...]
Mots clefs :
Rebelles, Poste, Attaques, Perte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De GESNES, le 14 Mai 1763.
De GESNES , le 14 Mai 1763 .
Les Rebelles étant venus au nombre de deux
cent , pour attaquer le pofte de l'Alguairla , ont
éte vigoureuſement repouflés , & ont perdu dans
cette action plus de quarante hommes , parmi
lefquels fe trouve un de leurs Chefs. Il y a eu à
Venaco , dans la Pieve de Bofio , une affaire plus
importante , dans laquelle les rebelles ont été
battus avec une perte fort confidérable. On a
appris en même tems , que les troupes de la Ré
publique fe font emparées de l'lfle Rolla , qu'occupoient
les Rebelles . On croit qu'il y aura eu le
12 une affaire générale , dont on attend la nouvelle
d'un moment à l'autre.
Les Rebelles étant venus au nombre de deux
cent , pour attaquer le pofte de l'Alguairla , ont
éte vigoureuſement repouflés , & ont perdu dans
cette action plus de quarante hommes , parmi
lefquels fe trouve un de leurs Chefs. Il y a eu à
Venaco , dans la Pieve de Bofio , une affaire plus
importante , dans laquelle les rebelles ont été
battus avec une perte fort confidérable. On a
appris en même tems , que les troupes de la Ré
publique fe font emparées de l'lfle Rolla , qu'occupoient
les Rebelles . On croit qu'il y aura eu le
12 une affaire générale , dont on attend la nouvelle
d'un moment à l'autre.
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Résumé : De GESNES, le 14 Mai 1763.
Le 14 mai 1763, à De Gesnes, les rebelles ont attaqué un poste avec deux cents hommes et subi des pertes dépassant quarante hommes, dont un chef. À Venaco, les rebelles ont été battus avec des pertes considérables. Les troupes de la République ont pris l'île Rolla. Une bataille générale est anticipée le 12 mai.
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12106
p. 192
Du 23 Mai 1763.
Début :
Nous apprenons que le Général Matra, après les deux affaires du 12 [...]
Mots clefs :
Général, Pertes, Soldats, Blessés et morts, Troupes, Place
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 23 Mai 1763.
Du 23 Mai 1763.
Nous apprenons que le Général Matra , aprés.
les deux affaires du i où nous perdîmes environ
deux cens hommes , tant morts que bleffés & déferteurs
, ne pouvant fubfifter à Aleria faute de
vivres , s'eft retiré vers la Baſtie . On a déja envoyé
de cette Ville des Batimens pour embarquer les
Troupes de ce Général ; une grande partie eft
arrivée dans cette place , & le refte y eft attendu
d'un moment à l'autre .
Nous apprenons que le Général Matra , aprés.
les deux affaires du i où nous perdîmes environ
deux cens hommes , tant morts que bleffés & déferteurs
, ne pouvant fubfifter à Aleria faute de
vivres , s'eft retiré vers la Baſtie . On a déja envoyé
de cette Ville des Batimens pour embarquer les
Troupes de ce Général ; une grande partie eft
arrivée dans cette place , & le refte y eft attendu
d'un moment à l'autre .
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12107
p. 192-193
Du 6 Juin 1763.
Début :
On a appris que les rebelles, ayant forcé les Troupes de la République [...]
Mots clefs :
Rebelles, Troupes, Attaques, Lieutenant
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texteReconnaissance textuelle : Du 6 Juin 1763.
Du 6 Juin 17630.
On a appris que les rebelles , ayant forcé les
Troupes de la République de fe retirer d'Aleria ,
à la Baftie , s'étoient approchés de Calvicty avoient
caufé un grand dommage dans la Campagne,
d'où ils ne s'étoient retirés qu'après avoir fait
couper
JUILLET. 1763. 193
couper les Bleds encore en herbe . Suivant les
mêmes avis , Pafchal Paoli à fait attaquer par
quelques-uns des fiens le Village d'Algaiola , dans
lequel le Général Marra avoit laiffé foixante hommes
commandés par le Lieutenant Colonel Thonard
. Les rebelles ont été repouffés , mais font revenus
enfuite en plus grand nombre.
On a appris que les rebelles , ayant forcé les
Troupes de la République de fe retirer d'Aleria ,
à la Baftie , s'étoient approchés de Calvicty avoient
caufé un grand dommage dans la Campagne,
d'où ils ne s'étoient retirés qu'après avoir fait
couper
JUILLET. 1763. 193
couper les Bleds encore en herbe . Suivant les
mêmes avis , Pafchal Paoli à fait attaquer par
quelques-uns des fiens le Village d'Algaiola , dans
lequel le Général Marra avoit laiffé foixante hommes
commandés par le Lieutenant Colonel Thonard
. Les rebelles ont été repouffés , mais font revenus
enfuite en plus grand nombre.
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Résumé : Du 6 Juin 1763.
En juin 1763, des rebelles ont chassé les troupes de la République d'Aleria et de la Bastie, puis ont attaqué Calvi, endommageant les cultures. En juillet, Pascal Paoli a ordonné une attaque sur Algaiola, où soixante hommes étaient stationnés. Les rebelles ont été repoussés lors de la première attaque, mais sont revenus en plus grand nombre par la suite.
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12108
p. 193
De TURIN, le 1 Juin 1763.
Début :
Don Vincent de Souza y Coutihno est parti ce matin pour Paris, [...]
Mots clefs :
Ministre plénipotentiaire, Majesté très chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De TURIN, le 1 Juin 1763.
De TURIN , le Juin 1763 . 1
Don Vincent de Souza y Coutihno eft parti ce
matin pour Paris , où il va réfider en qualité de
Miniftre Plénipotentaire de Sa Majesté Très- fidelle
auprès de Sa Majeſté Très- Chrétienne,
Don Vincent de Souza y Coutihno eft parti ce
matin pour Paris , où il va réfider en qualité de
Miniftre Plénipotentaire de Sa Majesté Très- fidelle
auprès de Sa Majeſté Très- Chrétienne,
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12109
p. 193-194
De LONDRES, le 4 Juin 1763.
Début :
Le sieur d'Eon, Résident de France en cette Cour, a eu l'honneur de [...]
Mots clefs :
Cour, Sa Majesté, Académie royale des sciences de Paris, Longitude, Mer, Amérique, Canada, Sauvages, Officiers, Forts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 4 Juin 1763.
De LONDRES , le 14 Juin 1763.
Lefieur d'Eon , Réfident de France en cette Cour ,
a eu l'honneur de préſenter à Sa Majeſté les fieurs
de la Condamine , Camus & de la Lande , Membres
de l'Académie Royale des Sciences de Paris ,
& de la Société Royale de Londres ; ces deux derniers
font depuis quelque tems en cette Ville par
Ordre de Sa Majefté Très- Chrétienne , pour examiner
les opérations relatives à la découverte de
la Longitude en Mer , objet qui fixe aujourd'hui
plus que jamais l'attention de l'Angleterre & de
la France.
On écrit de la nouvelle Yorck , du 18 Avril ,
que le Fort Sainte Marie fur le Lac fupérieur , le
Pofte François le plus avancé dans le Pays des
Sauvages du Canada ; a été réduit en cendres le
20 Décembre dernier avec les Cazernes & tout ce
qui s'y eft trouvé , fans qu'on ait pu découvrir ce
qui a occafionné cet accident. L'Officier Anglois
qui commandoit dans le Fort , a eu beaucoup de
peine à fe dérober aux flâmes , & il en a reçu plufieurs
atteintes en différentes parties du corps.
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
On a reçu à Exeter quelques nouvelles de l'A
mérique , par lesquelles on apprend que les Indiens
des Côtes Nord & Nord - Oueft de Terre-
Neuve , ont brûlé & détruit des Etabliffemens
Anglois , formés dans le détroit de Belle- Ifle , visà-
vis de la Côte de Labrador.
Lefieur d'Eon , Réfident de France en cette Cour ,
a eu l'honneur de préſenter à Sa Majeſté les fieurs
de la Condamine , Camus & de la Lande , Membres
de l'Académie Royale des Sciences de Paris ,
& de la Société Royale de Londres ; ces deux derniers
font depuis quelque tems en cette Ville par
Ordre de Sa Majefté Très- Chrétienne , pour examiner
les opérations relatives à la découverte de
la Longitude en Mer , objet qui fixe aujourd'hui
plus que jamais l'attention de l'Angleterre & de
la France.
On écrit de la nouvelle Yorck , du 18 Avril ,
que le Fort Sainte Marie fur le Lac fupérieur , le
Pofte François le plus avancé dans le Pays des
Sauvages du Canada ; a été réduit en cendres le
20 Décembre dernier avec les Cazernes & tout ce
qui s'y eft trouvé , fans qu'on ait pu découvrir ce
qui a occafionné cet accident. L'Officier Anglois
qui commandoit dans le Fort , a eu beaucoup de
peine à fe dérober aux flâmes , & il en a reçu plufieurs
atteintes en différentes parties du corps.
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
On a reçu à Exeter quelques nouvelles de l'A
mérique , par lesquelles on apprend que les Indiens
des Côtes Nord & Nord - Oueft de Terre-
Neuve , ont brûlé & détruit des Etabliffemens
Anglois , formés dans le détroit de Belle- Ifle , visà-
vis de la Côte de Labrador.
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Résumé : De LONDRES, le 4 Juin 1763.
Le 14 juin 1763, Lefieur d'Eon, représentant de la France à Londres, a présenté à Sa Majesté les sieurs de la Condamine, Camus et de la Lande, membres de l'Académie Royale des Sciences de Paris et de la Société Royale de Londres. Camus et de la Lande étaient en mission à Londres pour examiner les opérations relatives à la découverte de la longitude en mer, un sujet crucial pour l'Angleterre et la France. Le 18 avril, des nouvelles de la Nouvelle-York rapportaient que le Fort Sainte Marie, situé sur le lac Supérieur et représentant le poste français le plus avancé au Canada, avait été détruit par un incendie le 20 décembre précédent. Les causes de cet incendie restaient inconnues. L'officier anglais commandant le fort avait échappé aux flammes mais avait subi plusieurs blessures. À Exeter, des nouvelles d'Amérique indiquaient que les Indiens des côtes nord et nord-ouest de Terre-Neuve avaient incendié et détruit des établissements anglais situés dans le détroit de Belle-Isle, en face de la côte du Labrador.
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12110
p. 194
D'AMSTERDAM, le 13 Juin 1763.
Début :
Un Navire arrivé de Surinam, a apporté aux Directeurs de la Colonie des Berbices, [...]
Mots clefs :
Navire, Lettres, Gouverneur, Plantations, Révolte, Colonie, Rebelles, Saccages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'AMSTERDAM, le 13 Juin 1763.
D'AMSTERDAM , le 13 Juin 1763 .
1
Un Navire arrivé de Surinam , a apporté aux
Directeurs de la Colonie des Berbices , des Lettres
qui confirment la fâcheufe nouvelle du faccagement
de cette Colonie par les Négres révoltés. Le
Gouverneur du Fort a été réduit a la néceffité de
le faire fauter & de s'enfuir. L'établiffement des
Berbices n'eft pas ancien , & ne confiftoit guères
qu'en quatre-vingt ou cent plantations ; mais il
commençoit à faire des progrès fenfibles. Une
des caufes de cette révolte , paroît être le peu
d'attention qu'on a eu de remplacer les Blancs
qu'une maladie épidémique a fait périr depuis
près de deux ans dans cette Colonie , où le petic
nombre d'Européens qui y reſtoit , ne fuffifoit pas
pour veiller fur les Négres & leur en impofer. La
confternation a été fi grande à Timerary, qui n'eft
éloigné des Berbices que de douze à quinze lieues ,
que plufieurs Colons s'en font déja retirés . 11 eft
probable en effet que les rebelles s'y font portés ,
a moins qu'ils n'ayent été prévenus par les Anglois
de la Barbade , & par les Hollandois de Surinam
. On craint auffi beaucoup pour les plantations
d'y fequebo , éloignées des Berbices de vingtcinq
ou trente lieues feulement.
1
Un Navire arrivé de Surinam , a apporté aux
Directeurs de la Colonie des Berbices , des Lettres
qui confirment la fâcheufe nouvelle du faccagement
de cette Colonie par les Négres révoltés. Le
Gouverneur du Fort a été réduit a la néceffité de
le faire fauter & de s'enfuir. L'établiffement des
Berbices n'eft pas ancien , & ne confiftoit guères
qu'en quatre-vingt ou cent plantations ; mais il
commençoit à faire des progrès fenfibles. Une
des caufes de cette révolte , paroît être le peu
d'attention qu'on a eu de remplacer les Blancs
qu'une maladie épidémique a fait périr depuis
près de deux ans dans cette Colonie , où le petic
nombre d'Européens qui y reſtoit , ne fuffifoit pas
pour veiller fur les Négres & leur en impofer. La
confternation a été fi grande à Timerary, qui n'eft
éloigné des Berbices que de douze à quinze lieues ,
que plufieurs Colons s'en font déja retirés . 11 eft
probable en effet que les rebelles s'y font portés ,
a moins qu'ils n'ayent été prévenus par les Anglois
de la Barbade , & par les Hollandois de Surinam
. On craint auffi beaucoup pour les plantations
d'y fequebo , éloignées des Berbices de vingtcinq
ou trente lieues feulement.
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Résumé : D'AMSTERDAM, le 13 Juin 1763.
Le 13 juin 1763, une révolte des esclaves noirs a éclaté dans la colonie des Berbices, confirmée par des lettres reçues par les directeurs de la colonie. Cette révolte a permis aux esclaves de prendre le fort et de chasser le gouverneur. La colonie, récente et composée de 80 à 100 plantations, montrait des signes de progrès. La cause principale de la révolte est attribuée au manque de surveillance des esclaves, suite à une épidémie ayant tué de nombreux colons blancs deux ans auparavant. La nouvelle a provoqué une grande consternation à Timerary, située à 12 à 15 lieues des Berbices, incitant plusieurs colons à se retirer. Les rebelles pourraient se diriger vers Timerary, à moins d'être arrêtés par les Anglais de la Barbade et les Hollandais du Surinam. De plus, les plantations de Ysequebo, situées à 25 ou 30 lieues des Berbices, sont également menacées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12111
p. 195-204
De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
Début :
Le Vendredi 27 du mois dernier, la Cour a pris un deuil de huit [...]
Mots clefs :
Cour, Deuil, Margrave, Chevaliers, Officiers, Audience, Prince, Comte, Duc, Roi, Chambre, Ministre plénipotentiaire de Naples, Famille royale, Nominations, Représentations, Ambassadeur, Serment, Cérémonie, Contrat de mariage, Marquis, Colonel, Abbaye, Diocèse, Ordre, Famille royale, Ouvrages, Nouvelles parutions, Ordonnances du roi, Promotion, Lieutenant-colonel, Régiments, Infanterie, Cavalerie, Dragons, Pensions, Fonctions, Gratification
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
De VERSAILLES , le 22 Juin 1763.
Le Vendredi 27 du mois dernier , la Cour a pris
un deuil de huit jours , pour le Margrave Frédéric
de Brandebourg Culmback , mort à Bareith , le
26 Février dernier .
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés , le 22
du mois dernier vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
Appartement, pour aller à la Chapelle : Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de la
Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthieyre ,
du Prince de Lamballe , & des Chevaliers , Com
mandeurs & Officiers de l'Ordre. Sa Majefté , de
vant qui les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Maffes , étoit en Manteau , le Collier
de l'Ordre pardeffus , ainfi que celui de la Toiſon
d'or. L'Evêque d'Orléans , Commandeur de
l'Ordre , officia ; & après la Melle chantée par la
Mufique du Roi, Sa Majefté fut reconduite à fon
appartement , en la maniere accoutumée.
Le 24 , le Comte de Cantillana , Ambaffa deur
Extraordinaire du Roi des Deux-Siciles , eut une
Audience particuliere du Roi , dans la quelle il
préfenta à Sa Majefté le Prince Sanfeverino , Miniftre
Plénipotentaire de Naples à la Cour de
Portugal. Il fut conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine & de la Famille Royale ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par le fieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Duc de Nivernois , de retour de fon Ambaffade
à la Cour de Londres , s'eft rendu ici le
29, & a été préſenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale , par le Duc de Praflin .
Le même jour , la Ducheffe de Bedfort a pris
congé du Roi , de la Reine & de la Famille Royale.
Le 30 , la Comteffe de Henneberg , après
avoir pris congé de la Cour , eft partie pour le
rendre à Luneville , & de là à Plombières.
Le 7 de ce mois , le Duc de Bedford , Ambaffadeur
Extraordinaire de la Cour de Londres , eur
une audience particulière du Roi , dans laquelle
il remit fes Lettres de Rappel & prit congé de Sa
Majefté.
Le fieurTiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , en eut auffi une particulière , dans
laquelle il préfenta à Sa Majefté les fieurs Morofini
& Guerini , Ambaffadeurs de la même République
, revenans de la Cour de Londres. Le Duc de
Bedfort & le fieur de Tiepolo furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Amballadeurs.
Le même jour , le Comte Dubois de la Mothe
prêta ferment entre les mains de Sa Majesté en
qualité de Vice - Amiral ..
Les Députés des Etats d'Artois eurent le 9 audience
du Roi. Ils furent préfentés à Sa Majefté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province
, & par le Duc de Choifeul , Miniftre & Secrétaire
d'État de la Guerre & de la Marine , ayant
le Département de cette Province ; & conduits
par le Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies
, & par le fieur Deſgranges , Maître
JUILLET. 1763. 197
des Cérémonies. La Députation étoit composée,
pour le Clergé , de l'Evêque de Saint Omer , qui
porta la parole ; du Marquis de Grény , pour la
Nobleffe ; du fieur Decanchy pour le Tiers - Erat.
Le même jour , la Comteffe de Sade fut préſentée
à Leurs Majeftés , ainfi qu'à la Famille Royale,
par Mademoiſelle de Sens ; la Comtelle de Vogué ,
par la Marquife de Sourches , & la Marquise de
Miran , par la Comtelle de Marfan.
Le fieur de la Caze , fils , qui vient d'obtenir la
furvivance de la place de la première Préfidence de
Pau , a fait , en cette qualité , fes remercîmens au
Roi.
Le 12, Leurs Majeftés & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage du Duc de la Trémoille
avec la Princelle Marie de Salm .
Celui du Marquis du Tillet , Colonel du Régiment
Royal , avec la Dile de Pellar de Bebbral ;
le 13 , celui du Marquis de Montmirel avec la
Dame de Lanmary ; & le^ 21 , celui du Comte
d'Avrimenil avec la Demoiſelle de Furgen.
Le 13 , l'Evêque de Condom prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , & l'Evêque de
Lefcar le 18.
Le Roi a donné le Prieuré de S. Thomas de la
Bloutière , Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de
Coutance , à l'Abbé d'Audiftret , ancien Vicaire-
Général & Official du Cardinal Ottoboni.
La Cour a pris le Deuil pour 8 jours à l'occaſion
de la mort de Marie- Victoire - Anne de Savoye ,
Princeffe de Carignan.
Le fieur Paffemant , Ingénieur du Roi , déja
connu par plufieurs ouvrages de Méchanique d'une
invention heureufe & d'un travail précieux , a eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté deux globes ,
Bun célefte d'un fond d'azur parfemé d'étoiles d'or,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'autre terreftre , & tous deux montés fur des ho
rizons & des confoles dorés ; avec un autre Ouvrage
de Méchanique éxécuté par les Diles Paffemant
fes filles , & repréfentant un Château élevé
fur une montagne couverte de divers objets , où
l'on remarque trente- deux figures mouvantes.
Le fieur de Saintfoix eut l'honneur de préfenter
, le 21 du nrois dernier , à Leurs Majeſtés , ainfi
qu'à la Famille Royale , une nouvelle Edition de
les Effais hiftoriques fur Paris.
. Le fieur Puget de Saint-Pierre a eu l'honneur
de préfenter , le 24 , à Monfeigneur le Duc de
Berry & à Monseigneur le Comte d'Artois l'Hif
toire des Drufes , Peuple du Liban , formé par une
Colonie de François , Ouvrage dont Monteigneur
le Duc de Berry a bien voulu accepter la Dédicace .
Le 29 , le fieur de Neuve- Eglife , ancien Officier
de Cavalerie , & le fieur Delagrange , Directeur
de l'Entreprife générale de l'Armée , Dépu
tés de la Société qui s'eft chargée de la compofi
tion du Corps complet de l' Agriculture , du Com-
& des Arts & Métiers de France , dédié au
Roi ; ont eu l'honneur de préfenter à Sa Majesté
& à Monfeigneur le Dauphin , le fecond Volume
de la partie de l'Agriculture & de celle du Corps
d'Obfervations de cette Société . Ces deux Volumes
font les derniers des fix qui doivent être donnés
au Public pour 1762 , fous le titre de l'Agronomie
& de l'Induftrie , & la Société ſe prépare à
faire faire la diftribution des neuf Volumes pour
1763.
merce ,
· Le même jour , le fils du feur Delpon , ancien
Capitaine de Dragons , âgé de cinq ans , & neveu
de l'un des Auteurs de l'Agronomie , a eu l'honneur
de préfenter à Monfeigneur le Comte d'Artois
les deux Volumes de cet Ouvrage , & ce
Prince a bien voulu lui permettre de faire , fous
JUILLET. 1763. 199
fon commandement les évolutions militaires.
L'Abbé de Burle de Réal de Curbon , a eu l'honneur
de présenter à Leurs Majeftés , à Monseigneur
le Dauphin & à Madame Adélaide , la troifiéme
partie de la Science du Gouvernement , contenant le
droit public, Quvrage dédié à Monſeigneur le
Dauphin.
Le fieur de Vilevaulo , Maître des Requêtes , &
le fieur de Brequigny , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres , ont préſenté à Sa
Majefté le dixiéme Volume des Ordonnances des
Rois de France de la troifiéme Race , recueillies
par ordre , chronologique. Ce Volume contient
les Ordonnances de Charles VI. données depuis
le commencement de l'année 1411 ,juſqu'à la fin
de l'année 14 18%.
" Le 19, de ce mois , l'Abbé Coyer a eu l'honneur
de préfenter à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
& à Meldames , un Difcours qu'il a prononcé
le & Mai dernier pour fa réception à l'Académie
Royale des Sciences & Belles Lettres de Nancy.
>
Sa Majefté , par fupplément à la derniere!
Promotion vient de nommer au grade de
Maréchal de Camp , le feur Thomaflin , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; le Mar
quis d'Efquelbecq , Sous-Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le fieur de la Roque , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Cavalerie de Chartres ;
le fieur de Roquemore , Lieutenant- Colonel du
Régiment d'Infanterie de la Reine ; le Chevalier
de Montreuil , Lieutenant Colonel d'Infanterie ;
le fieur de Luberfac , Sous- Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le Marquis de Tracy ,
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de Flandre :
le Marquis de Torcy , Capitaine- Lieutenant des
Chevaux - Légers de Monfeigneur le Dauphin :
I iv
200 MERCURE DE FRANCE :
le Marquis de Clermont-Tonnerre , Meftre- de
Camp- Commandant du Régiment du Meftrede-
Camp-Général de la Cavalerie : le fieur de
la Source , Major du Régiment de Cavalerie
d'Artois ; le Comte de Jaucourt , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes d'Orléans ; Ïe Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine ; le Comte de Sommievre ;
Capitaine-Lieutenant des Chevaux-Légers de la
Reine ; le Comte de Puyfegur Colonel du
Régiment de Normandie ; le Marquis de Timbrune
, Colonel du Régiment de Vermandois ;
le Comte de la Tour-du Pin -Paulin , Colonel
lu Régiment de Piémont ; le Comte de Chabrillant
, Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le Marquis de Villeroy , Colonel du
Régiment de Lyonnois ; le Comte de Chabot ,
Meftre-de Camp du Régiment Royal- Etranger
le Marquis de Boufflers , ci- devant Colonel du
Régiment d'Infanterie de Monfeigneur le Dau
phin ; le Comte de Conflans , Colonel d'un Régiment
de Dragons , Chaffeurs ; le Comte de
Durfort , Colonel du Régiment de Picardie ; le
Comte de Schonberg , Meftre- de-Camp d'un
Régiment de Dragons ; le Comte de Choifeulla-
Baume , Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le fieur de Valliere , Colonel de la
Légion Royale ; le fieur Charpentier d'Ennery ,
Meftre- de- Camp de Dragons ; le Chevalier de
Sarasfield , Meftre - de- Camp réformé de Cava-.
lerie ; le feur de Grand- Maiſon , Colonel des>
Volontaires du Haynault.
Le Roi a difpofé des Régimens vacans de la
maniere fuivante.
INFANTERIE .
Picardie le Comte " de Lévis , Colonel de
JUILLET. 1763 . 201
Royal-Rouffillon . Piémont , le Comte de Grave ,
Colonel du Régiment de Provence . Normandie,
le Comte de Hautefeuille , Colonel de Rouergue.
Lyonnois , le Marquis de Bouzols , Colonel
de Bourgogne . Royal-Rouffillon , le fieur
de Villeneuve de Trans , Capitaine au Régiment
du Roi. Rouergue , le fieur de Bloffet ,
Capitaine au Régiment du Roi . Vermandois , le
fieur de Malartic , Major de Royal - Comtois.
Provence , le Chevalier de Virieu , Exempt des
Gardes du Corps . Bourgogne , le fieur de Luker
Capitaine du Regiment de Fitz -James.
TROUPES LÉGÉRES.
Légion Royale , le Marquis de Nicolay- Dolny,
Meftre-de- Camp de Dragons. Légion du Hay
nault , le Baron de Viomefnil , ci- devant Colomel
du Régiment des Volontaires du Dauphiné.
CAVALERIE.
Royal- Etranger, le fieur de Vernaſſal , Capitaine
réformé du. Régiment de Languedoc , Dragons.
DRAGON´S
Choifeul , le Comte de Cuftine , Capitaine de
Schonberg. Chabrillant , le Chevalier de Mont
recler , Capitaine de Bauffremont . Nicolay , le
Chevalier de Lanans , Capitaine de Schonberg.
›
Le Roi a rendu une Ordonnance , du ƒ de ce
moi concernant la Gendarmerie. Suivant les
difpofitions qu'elle renferme, les dix Compagnies
des Gendarmes Ecoffois , Anglois , Bourguignons ,
de,Flandre , de la Reine , Dauphin , de Berry, de
Provence , d'Artois & d'Orléans feront confervées
fur pied & dans le même rang dont elles jouiffent
actuellement. Les fix Compagnies de Chevaux-
Légers de la Reine, Dauphin , de Berry , de Pro
Iv
262 MERCURE DE FRANCE .
vence , d'Artois & d'Orléans feront fupprimées &
incorporées dans les fix Compagnies de Gendarmes
qui font fous le même titre. Comme'il y aura
deux Officiers de chaque grade dans chacune des
fix Compagnies qui auront reçu cette incorporation,
le moins ancien de chaque grade fera réformé
. Chacune defdites Compagnies de Gendarmes
confervées formera à l'avenir un Efcadron ,
& continuera d'être commandée par un Capitaine-
Lieutenant, un Sous- Lieutenant & un Guidon ; il
fera établi trois Fourriers & douze places de Gendarmes
Appointés ; au moyen de quoi chaque
Compagnie fera compofée de trois Brigadiers ,
trois Sous- Brigadiers , un Porte- Etendard , trois
Fouriers , douze Gendarmes Appointés , quatrevingt-
quatre Gendarmes & trois Trompettes. Il
fera établi dans l'Etat-Major deux Sous-Aides-
Majors de plus , qui auront rang de prémiers Maréchaux
des Logis , & deux places de Fourriers-
Majors , lefquels auront rang de derniers Maréchaux
des Logis. L'Etat- Major fera compofé d'un
Major- Inspecteur du Corps , d'un Aide-Major ,
de quatre Sous- Aides-Majors , deux Fourriers-
Majors , deux Aumôniers & d'un Timbalier, Sa
Majefté a auffi réglé de la maniere fuivante une
paye , qui fera la même en temps de paix & en
tems de guerre. A chaque Capitaine- Lieutenant ,
9500 livres par an ; à chaque Sous- Lieutenant
6500 liv . à chaque Enfeigne , 4000 liv . à chaque
Guidon , 3000 liv. à chaque Maréchal des Logis ,
1230 liv. à chaque Brigadier ou Sous- Brigadier,
648 liv . à chaque Porte- Etendard , 540 livres à
chaque Fourrier , 480 liv. à chaque Gendanine
Appointé , 378 liv , à chaque Gendarme , 324 liv.
à chaque Trompette, 396 liv. ETAT- MAJOR.
Au Major , pour tout traitement & frais d'inſpec- -
"
JUILLET. 1763. 2.03
tion , 12000 liv ; l'Aide-Major , 6000 liv, à chacun
des deux premiers Sous-Aides- Majors , 2000
liv. à chacun des feconds Sous-Aides-Majors ,
1600 liv. à chacun des deux Fourriers- Majors ,
1200 liv. au premier Aumônier , en fupprimant
la retenue qui fe faifoit en la faveur pour le
port
de la Chapelle , 1200 liv . au fecond Aumônier
720 liv. au Timbalier , 396 liv.
eux ,
"
Au moyen de ce traitement , toutes les penfions
attachées aux charges d'Officiers fupérieurs , de
ceux de l'Etat- Major & aux places d'anciens Maréchaux
des Logis , Brigadiers & Gendarmes.
ainsi que les gratifications accordées pour le détail
aux Officiers de l'Etat- Major, feront fupprimées ,
à commencer du jour de la nouvelle compofition.
Les Gendarmes qui auront fervi vingt ans , &
qui fe trouveront hors d'état de continuer leurs
fervices , auront le choix , ou d'être reçus à l'Hôtel
Royal des Invalides , comme Lieutenans de
Cavalerie , ou de fe retirer chez & non ailleurs
, avec leur folde entiere . Ceux qui n'auront
pas vingt ans de fervice , mais qui , pour raifon
de bleffures confidérables reçues à la guerre , feroient
hors d'état de continuer , feront auffi reçus
dans le mênte Hôtel comme Lieutenans , ou ſe
retireront chez eux avec la moitié de leur folde.
Ceux enfin qui n'auront vingt ans de fervice qu'au
moyen du temps qu'ils auront paffé antérieurement
dans d'autres Corps, pourront dans le même
cas être reçus dans le même Hôtel , comme Bas-
Officiers , ou fe retirer chez eux avec la moitié de
leur folde. Les Gendarmes excédans le nombre
fixé feront réformés , & il leur fera donné des
congés pour fe retirer chez eux , avec leurs habit ,
chapeau & épée , & 36 liv . de gratification . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
relatives aux fonctions & au choix des Officiers
& Gendarmes , au prix des charges des Officiers
ſupérieurs , à l'habillement , au taux & au rembourſement
des brevets de retenue , &c.
Le Vendredi 27 du mois dernier , la Cour a pris
un deuil de huit jours , pour le Margrave Frédéric
de Brandebourg Culmback , mort à Bareith , le
26 Février dernier .
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés , le 22
du mois dernier vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
Appartement, pour aller à la Chapelle : Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de la
Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthieyre ,
du Prince de Lamballe , & des Chevaliers , Com
mandeurs & Officiers de l'Ordre. Sa Majefté , de
vant qui les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Maffes , étoit en Manteau , le Collier
de l'Ordre pardeffus , ainfi que celui de la Toiſon
d'or. L'Evêque d'Orléans , Commandeur de
l'Ordre , officia ; & après la Melle chantée par la
Mufique du Roi, Sa Majefté fut reconduite à fon
appartement , en la maniere accoutumée.
Le 24 , le Comte de Cantillana , Ambaffa deur
Extraordinaire du Roi des Deux-Siciles , eut une
Audience particuliere du Roi , dans la quelle il
préfenta à Sa Majefté le Prince Sanfeverino , Miniftre
Plénipotentaire de Naples à la Cour de
Portugal. Il fut conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine & de la Famille Royale ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par le fieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Duc de Nivernois , de retour de fon Ambaffade
à la Cour de Londres , s'eft rendu ici le
29, & a été préſenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale , par le Duc de Praflin .
Le même jour , la Ducheffe de Bedfort a pris
congé du Roi , de la Reine & de la Famille Royale.
Le 30 , la Comteffe de Henneberg , après
avoir pris congé de la Cour , eft partie pour le
rendre à Luneville , & de là à Plombières.
Le 7 de ce mois , le Duc de Bedford , Ambaffadeur
Extraordinaire de la Cour de Londres , eur
une audience particulière du Roi , dans laquelle
il remit fes Lettres de Rappel & prit congé de Sa
Majefté.
Le fieurTiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , en eut auffi une particulière , dans
laquelle il préfenta à Sa Majefté les fieurs Morofini
& Guerini , Ambaffadeurs de la même République
, revenans de la Cour de Londres. Le Duc de
Bedfort & le fieur de Tiepolo furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Amballadeurs.
Le même jour , le Comte Dubois de la Mothe
prêta ferment entre les mains de Sa Majesté en
qualité de Vice - Amiral ..
Les Députés des Etats d'Artois eurent le 9 audience
du Roi. Ils furent préfentés à Sa Majefté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province
, & par le Duc de Choifeul , Miniftre & Secrétaire
d'État de la Guerre & de la Marine , ayant
le Département de cette Province ; & conduits
par le Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies
, & par le fieur Deſgranges , Maître
JUILLET. 1763. 197
des Cérémonies. La Députation étoit composée,
pour le Clergé , de l'Evêque de Saint Omer , qui
porta la parole ; du Marquis de Grény , pour la
Nobleffe ; du fieur Decanchy pour le Tiers - Erat.
Le même jour , la Comteffe de Sade fut préſentée
à Leurs Majeftés , ainfi qu'à la Famille Royale,
par Mademoiſelle de Sens ; la Comtelle de Vogué ,
par la Marquife de Sourches , & la Marquise de
Miran , par la Comtelle de Marfan.
Le fieur de la Caze , fils , qui vient d'obtenir la
furvivance de la place de la première Préfidence de
Pau , a fait , en cette qualité , fes remercîmens au
Roi.
Le 12, Leurs Majeftés & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage du Duc de la Trémoille
avec la Princelle Marie de Salm .
Celui du Marquis du Tillet , Colonel du Régiment
Royal , avec la Dile de Pellar de Bebbral ;
le 13 , celui du Marquis de Montmirel avec la
Dame de Lanmary ; & le^ 21 , celui du Comte
d'Avrimenil avec la Demoiſelle de Furgen.
Le 13 , l'Evêque de Condom prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , & l'Evêque de
Lefcar le 18.
Le Roi a donné le Prieuré de S. Thomas de la
Bloutière , Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de
Coutance , à l'Abbé d'Audiftret , ancien Vicaire-
Général & Official du Cardinal Ottoboni.
La Cour a pris le Deuil pour 8 jours à l'occaſion
de la mort de Marie- Victoire - Anne de Savoye ,
Princeffe de Carignan.
Le fieur Paffemant , Ingénieur du Roi , déja
connu par plufieurs ouvrages de Méchanique d'une
invention heureufe & d'un travail précieux , a eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté deux globes ,
Bun célefte d'un fond d'azur parfemé d'étoiles d'or,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'autre terreftre , & tous deux montés fur des ho
rizons & des confoles dorés ; avec un autre Ouvrage
de Méchanique éxécuté par les Diles Paffemant
fes filles , & repréfentant un Château élevé
fur une montagne couverte de divers objets , où
l'on remarque trente- deux figures mouvantes.
Le fieur de Saintfoix eut l'honneur de préfenter
, le 21 du nrois dernier , à Leurs Majeſtés , ainfi
qu'à la Famille Royale , une nouvelle Edition de
les Effais hiftoriques fur Paris.
. Le fieur Puget de Saint-Pierre a eu l'honneur
de préfenter , le 24 , à Monfeigneur le Duc de
Berry & à Monseigneur le Comte d'Artois l'Hif
toire des Drufes , Peuple du Liban , formé par une
Colonie de François , Ouvrage dont Monteigneur
le Duc de Berry a bien voulu accepter la Dédicace .
Le 29 , le fieur de Neuve- Eglife , ancien Officier
de Cavalerie , & le fieur Delagrange , Directeur
de l'Entreprife générale de l'Armée , Dépu
tés de la Société qui s'eft chargée de la compofi
tion du Corps complet de l' Agriculture , du Com-
& des Arts & Métiers de France , dédié au
Roi ; ont eu l'honneur de préfenter à Sa Majesté
& à Monfeigneur le Dauphin , le fecond Volume
de la partie de l'Agriculture & de celle du Corps
d'Obfervations de cette Société . Ces deux Volumes
font les derniers des fix qui doivent être donnés
au Public pour 1762 , fous le titre de l'Agronomie
& de l'Induftrie , & la Société ſe prépare à
faire faire la diftribution des neuf Volumes pour
1763.
merce ,
· Le même jour , le fils du feur Delpon , ancien
Capitaine de Dragons , âgé de cinq ans , & neveu
de l'un des Auteurs de l'Agronomie , a eu l'honneur
de préfenter à Monfeigneur le Comte d'Artois
les deux Volumes de cet Ouvrage , & ce
Prince a bien voulu lui permettre de faire , fous
JUILLET. 1763. 199
fon commandement les évolutions militaires.
L'Abbé de Burle de Réal de Curbon , a eu l'honneur
de présenter à Leurs Majeftés , à Monseigneur
le Dauphin & à Madame Adélaide , la troifiéme
partie de la Science du Gouvernement , contenant le
droit public, Quvrage dédié à Monſeigneur le
Dauphin.
Le fieur de Vilevaulo , Maître des Requêtes , &
le fieur de Brequigny , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres , ont préſenté à Sa
Majefté le dixiéme Volume des Ordonnances des
Rois de France de la troifiéme Race , recueillies
par ordre , chronologique. Ce Volume contient
les Ordonnances de Charles VI. données depuis
le commencement de l'année 1411 ,juſqu'à la fin
de l'année 14 18%.
" Le 19, de ce mois , l'Abbé Coyer a eu l'honneur
de préfenter à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
& à Meldames , un Difcours qu'il a prononcé
le & Mai dernier pour fa réception à l'Académie
Royale des Sciences & Belles Lettres de Nancy.
>
Sa Majefté , par fupplément à la derniere!
Promotion vient de nommer au grade de
Maréchal de Camp , le feur Thomaflin , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; le Mar
quis d'Efquelbecq , Sous-Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le fieur de la Roque , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Cavalerie de Chartres ;
le fieur de Roquemore , Lieutenant- Colonel du
Régiment d'Infanterie de la Reine ; le Chevalier
de Montreuil , Lieutenant Colonel d'Infanterie ;
le fieur de Luberfac , Sous- Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le Marquis de Tracy ,
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de Flandre :
le Marquis de Torcy , Capitaine- Lieutenant des
Chevaux - Légers de Monfeigneur le Dauphin :
I iv
200 MERCURE DE FRANCE :
le Marquis de Clermont-Tonnerre , Meftre- de
Camp- Commandant du Régiment du Meftrede-
Camp-Général de la Cavalerie : le fieur de
la Source , Major du Régiment de Cavalerie
d'Artois ; le Comte de Jaucourt , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes d'Orléans ; Ïe Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine ; le Comte de Sommievre ;
Capitaine-Lieutenant des Chevaux-Légers de la
Reine ; le Comte de Puyfegur Colonel du
Régiment de Normandie ; le Marquis de Timbrune
, Colonel du Régiment de Vermandois ;
le Comte de la Tour-du Pin -Paulin , Colonel
lu Régiment de Piémont ; le Comte de Chabrillant
, Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le Marquis de Villeroy , Colonel du
Régiment de Lyonnois ; le Comte de Chabot ,
Meftre-de Camp du Régiment Royal- Etranger
le Marquis de Boufflers , ci- devant Colonel du
Régiment d'Infanterie de Monfeigneur le Dau
phin ; le Comte de Conflans , Colonel d'un Régiment
de Dragons , Chaffeurs ; le Comte de
Durfort , Colonel du Régiment de Picardie ; le
Comte de Schonberg , Meftre- de-Camp d'un
Régiment de Dragons ; le Comte de Choifeulla-
Baume , Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le fieur de Valliere , Colonel de la
Légion Royale ; le fieur Charpentier d'Ennery ,
Meftre- de- Camp de Dragons ; le Chevalier de
Sarasfield , Meftre - de- Camp réformé de Cava-.
lerie ; le feur de Grand- Maiſon , Colonel des>
Volontaires du Haynault.
Le Roi a difpofé des Régimens vacans de la
maniere fuivante.
INFANTERIE .
Picardie le Comte " de Lévis , Colonel de
JUILLET. 1763 . 201
Royal-Rouffillon . Piémont , le Comte de Grave ,
Colonel du Régiment de Provence . Normandie,
le Comte de Hautefeuille , Colonel de Rouergue.
Lyonnois , le Marquis de Bouzols , Colonel
de Bourgogne . Royal-Rouffillon , le fieur
de Villeneuve de Trans , Capitaine au Régiment
du Roi. Rouergue , le fieur de Bloffet ,
Capitaine au Régiment du Roi . Vermandois , le
fieur de Malartic , Major de Royal - Comtois.
Provence , le Chevalier de Virieu , Exempt des
Gardes du Corps . Bourgogne , le fieur de Luker
Capitaine du Regiment de Fitz -James.
TROUPES LÉGÉRES.
Légion Royale , le Marquis de Nicolay- Dolny,
Meftre-de- Camp de Dragons. Légion du Hay
nault , le Baron de Viomefnil , ci- devant Colomel
du Régiment des Volontaires du Dauphiné.
CAVALERIE.
Royal- Etranger, le fieur de Vernaſſal , Capitaine
réformé du. Régiment de Languedoc , Dragons.
DRAGON´S
Choifeul , le Comte de Cuftine , Capitaine de
Schonberg. Chabrillant , le Chevalier de Mont
recler , Capitaine de Bauffremont . Nicolay , le
Chevalier de Lanans , Capitaine de Schonberg.
›
Le Roi a rendu une Ordonnance , du ƒ de ce
moi concernant la Gendarmerie. Suivant les
difpofitions qu'elle renferme, les dix Compagnies
des Gendarmes Ecoffois , Anglois , Bourguignons ,
de,Flandre , de la Reine , Dauphin , de Berry, de
Provence , d'Artois & d'Orléans feront confervées
fur pied & dans le même rang dont elles jouiffent
actuellement. Les fix Compagnies de Chevaux-
Légers de la Reine, Dauphin , de Berry , de Pro
Iv
262 MERCURE DE FRANCE .
vence , d'Artois & d'Orléans feront fupprimées &
incorporées dans les fix Compagnies de Gendarmes
qui font fous le même titre. Comme'il y aura
deux Officiers de chaque grade dans chacune des
fix Compagnies qui auront reçu cette incorporation,
le moins ancien de chaque grade fera réformé
. Chacune defdites Compagnies de Gendarmes
confervées formera à l'avenir un Efcadron ,
& continuera d'être commandée par un Capitaine-
Lieutenant, un Sous- Lieutenant & un Guidon ; il
fera établi trois Fourriers & douze places de Gendarmes
Appointés ; au moyen de quoi chaque
Compagnie fera compofée de trois Brigadiers ,
trois Sous- Brigadiers , un Porte- Etendard , trois
Fouriers , douze Gendarmes Appointés , quatrevingt-
quatre Gendarmes & trois Trompettes. Il
fera établi dans l'Etat-Major deux Sous-Aides-
Majors de plus , qui auront rang de prémiers Maréchaux
des Logis , & deux places de Fourriers-
Majors , lefquels auront rang de derniers Maréchaux
des Logis. L'Etat- Major fera compofé d'un
Major- Inspecteur du Corps , d'un Aide-Major ,
de quatre Sous- Aides-Majors , deux Fourriers-
Majors , deux Aumôniers & d'un Timbalier, Sa
Majefté a auffi réglé de la maniere fuivante une
paye , qui fera la même en temps de paix & en
tems de guerre. A chaque Capitaine- Lieutenant ,
9500 livres par an ; à chaque Sous- Lieutenant
6500 liv . à chaque Enfeigne , 4000 liv . à chaque
Guidon , 3000 liv. à chaque Maréchal des Logis ,
1230 liv. à chaque Brigadier ou Sous- Brigadier,
648 liv . à chaque Porte- Etendard , 540 livres à
chaque Fourrier , 480 liv. à chaque Gendanine
Appointé , 378 liv , à chaque Gendarme , 324 liv.
à chaque Trompette, 396 liv. ETAT- MAJOR.
Au Major , pour tout traitement & frais d'inſpec- -
"
JUILLET. 1763. 2.03
tion , 12000 liv ; l'Aide-Major , 6000 liv, à chacun
des deux premiers Sous-Aides- Majors , 2000
liv. à chacun des feconds Sous-Aides-Majors ,
1600 liv. à chacun des deux Fourriers- Majors ,
1200 liv. au premier Aumônier , en fupprimant
la retenue qui fe faifoit en la faveur pour le
port
de la Chapelle , 1200 liv . au fecond Aumônier
720 liv. au Timbalier , 396 liv.
eux ,
"
Au moyen de ce traitement , toutes les penfions
attachées aux charges d'Officiers fupérieurs , de
ceux de l'Etat- Major & aux places d'anciens Maréchaux
des Logis , Brigadiers & Gendarmes.
ainsi que les gratifications accordées pour le détail
aux Officiers de l'Etat- Major, feront fupprimées ,
à commencer du jour de la nouvelle compofition.
Les Gendarmes qui auront fervi vingt ans , &
qui fe trouveront hors d'état de continuer leurs
fervices , auront le choix , ou d'être reçus à l'Hôtel
Royal des Invalides , comme Lieutenans de
Cavalerie , ou de fe retirer chez & non ailleurs
, avec leur folde entiere . Ceux qui n'auront
pas vingt ans de fervice , mais qui , pour raifon
de bleffures confidérables reçues à la guerre , feroient
hors d'état de continuer , feront auffi reçus
dans le mênte Hôtel comme Lieutenans , ou ſe
retireront chez eux avec la moitié de leur folde.
Ceux enfin qui n'auront vingt ans de fervice qu'au
moyen du temps qu'ils auront paffé antérieurement
dans d'autres Corps, pourront dans le même
cas être reçus dans le même Hôtel , comme Bas-
Officiers , ou fe retirer chez eux avec la moitié de
leur folde. Les Gendarmes excédans le nombre
fixé feront réformés , & il leur fera donné des
congés pour fe retirer chez eux , avec leurs habit ,
chapeau & épée , & 36 liv . de gratification . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
relatives aux fonctions & au choix des Officiers
& Gendarmes , au prix des charges des Officiers
ſupérieurs , à l'habillement , au taux & au rembourſement
des brevets de retenue , &c.
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Résumé : De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
En juin 1763, la cour de Versailles observa plusieurs événements marquants. Le 22 juin, un deuil de huit jours fut décrété en mémoire du Margrave Frédéric de Brandebourg Culmback, décédé en février précédent. Le 22 mai, les membres de l'Ordre du Saint-Esprit se réunirent pour une messe à la chapelle, où le roi, accompagné de princes et dignitaires, portait les insignes des ordres du Saint-Esprit et de la Toison d'or. Le 24 mai, le Comte de Cantillana présenta le Prince Sanfeverino, ministre plénipotentiaire de Naples à la cour du Portugal, et le Duc de Nivernois, de retour de Londres, fut présenté aux souverains. La Duchesse de Bedford prit congé le même jour. Le 30 mai, la Comtesse de Henneberg quitta la cour pour se rendre à Luneville puis à Plombières. Le 7 juin, le Duc de Bedford remit ses lettres de rappel au roi, et l'ambassadeur de Venise présenta les ambassadeurs Morosini et Guerini. Le Comte Dubois de la Mothe prêta serment en tant que Vice-Amiral, et les députés des États d'Artois furent reçus par le roi le 9 juin. Plusieurs contrats de mariage furent signés, notamment celui du Duc de la Trémoille avec la Princesse Marie de Salm. Un deuil de huit jours fut également observé pour la Princesse Marie-Victoire-Anne de Savoie. Différents ouvrages furent présentés au roi, tels que des globes et mécanismes par l'ingénieur Passemant, une nouvelle édition des 'Essais historiques sur Paris' par Saint-Foix, et l''Histoire des Druzes' par Puget de Saint-Pierre. La Société d'Agriculture, du Commerce et des Arts et Métiers de France présenta des volumes sur l'agriculture et les arts. Le roi nomma plusieurs officiers au grade de Maréchal de Camp et disposa des régiments vacants. Une ordonnance concernant la gendarmerie fut publiée, précisant les compagnies conservées et supprimées, ainsi que les nouvelles structures et paies. Les gendarmes ayant servi vingt ans et incapables de continuer leurs services pouvaient choisir entre être reçus à l'Hôtel Royal des Invalides ou se retirer chez eux avec leur solde entière. Ceux ayant moins de vingt ans de service mais blessés pouvaient également être reçus comme Lieutenants ou se retirer avec la moitié de leur solde. Les gendarmes atteignant vingt ans de service grâce à leur temps passé dans d'autres corps pouvaient être reçus comme Bas-Officiers ou se retirer avec la moitié de leur solde. Les gendarmes excédant le nombre fixé étaient réformés et recevaient des congés avec leurs habits, chapeau, épée et une gratification de 36 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12112
p. 204
De BELLEISLE, le 11 Mai 1763.
Début :
Le Chevalier de Warren, Maréchal de Camp, nommé par le Roi pour commander [...]
Mots clefs :
Chevalier, Maréchal de camp, Troupes, Gouverneur, Citadelle, Anglais, Belle-Île
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De BELLEISLE, le 11 Mai 1763.
De BELLEISLE , le 11 Mai 1763 .
Le Chevalier de Warren , Maréchal de Camp ,
nommé par le Roi pour commander les troupes
deftinées à reprendre poffeffion de cette Ile ,
ayant remis hier au Gouverneur Anglõis la let-:
tre par laquelle Sa Majeſté Britannique ordonne
que l'lfle , la Citadelle , le Fort , &c , foient re- .
mis entre les mains des François ; les Anglois fe
font retirés , & le Chevalier de Warren a pris poffeffion
de l'Ifle.
Le Chevalier de Warren , Maréchal de Camp ,
nommé par le Roi pour commander les troupes
deftinées à reprendre poffeffion de cette Ile ,
ayant remis hier au Gouverneur Anglõis la let-:
tre par laquelle Sa Majeſté Britannique ordonne
que l'lfle , la Citadelle , le Fort , &c , foient re- .
mis entre les mains des François ; les Anglois fe
font retirés , & le Chevalier de Warren a pris poffeffion
de l'Ifle.
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12113
p. 204-208
De PARIS, le 13 Juin 1763.
Début :
Le 26 du mois dernier, le Roi fit dans la Plaine des Sablons la revue des [...]
Mots clefs :
Revue de la garde, Régiments, Comte, Monseigneur, Parlement, Conseillers, Prince, Lit de justice, Naissance, Princesse, Nominations, Inoculation, Débat, Petite vérole, Interdiction, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Loterie de l'école royale militaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 13 Juin 1763.
De PARIS , le 13 Juin 1763 .
Le 26 du mois dernier , le Roi fit dans la Plai
ne des Sablons la revue des Gardes Françoiſes &
des Gardes Suifles . Sa Majeſté paſſa dans les rangs,
& les deux Régimens défilérent devant Elle après.
avoir fait l'exercice. Madame la Dauphine , Mgr
le Duc de Berry , Mgr le Comte de Provence
Madame Adélaïde , Mefdames Sophie & Louiſe
ont affifté à cette revue , ainfi que le Prince de
Condé & le Prince de Lamballe .
Le Parlement ayant reçu , le 30 du mois der◄
nier , les Ordres du Roi par le Marquis de Dreux ,
Grand - Maître des Cérémonies , s'affembla le
lendemain 31 pour le Lit de Juſtice que Sa Majefté
avoir réfolu de tenir.
Vers les onze heures & demie du matin , le
Roi arriva ayant dans fon caroffe Monſeigneur
le Dauphin , Sa Majesté étoit accompagnée d'un
nombreux détachement de fes Gardes du Corps ,
du quartier des Gendarmes de fa Garde , de
celui des Chevaux-Légers & d'un détachement
JUILLET. 1763. 205
des Moufquetaires de chacune des deux Com
pagnies. Devant le Carroffe du Roi étoit le Vol
du Cabinet. Sa Majeſté deſcendit à là Sainte Chapelle
, où le Chancelier s'étoit rendu , Elle étoit
accompagnée du nombre ordinaire de Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes : les Maré
chaux de France y étoient pareillement affemblés
, ainfi que les Chevaliers des Ordres , les'
Gouverneurs & Lieutenans- Généraux de Province ,
nommés par Sa Majefté pour avoir l'honneur
de l'accompagner: Le Duc d'Orléans , le Duc
de Chartres , le Prince de Condé , le Comte de
Clermont , le Prince de Conti & le Comte de
la Marche y avoient auffi devancé Sa Majesté.
Le Roi précédé de fa Cour , du Roi d'Armes &
des Hérauts , monta les degrés au fon des trompettes
, Hautbois , Fifres & Tambours de l'Ecurie
& de la Chambre. Deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes devant Sa Majesté.
Lorfque le Roi eut entendu la Meffe , qui fut
célébrée par un de fes Chapelains , quatre Préfidens
& fix Confeillers , députés par le Parle
ment , vinrent recevoir Sa Majefté , & la conduifirent
à la Grand'Chambre. Le Roi s'étant
affis fur fon Trône , & les féances ayant été
prifes , Sa Majesté fit enregiftrer deux Edits &
une Déclaration . Le Roi fortit enfuite dans le
même ordre qu'il étoit entré.
Sa Majefté trouva , ainfi qu'à fon arrivée , les
Gardes Françoifes & Suiffes qui formoient une
double haye dans les rues , fur le Pont- Neuf
& fur les Quais , depuis le Palais jufqu'à l'extrémité
du Quai des Thuilleries .
Les Pairs qui ont affifté à ce Lit de Juftice ,
font l'Archevêque Duc de Rheims , l'Evêque Duc
de Langres , l'Evêque Comte de Noyon , les Ducs
206 MERCURE DE FRANCE .
de Sully , de Luynes , de Briffac , de Richelieu ,
de Rohan- Chabot , de Mortemart , de Trefmes
de Saint -Cloud , de Firs-James , de Chaulnes
de Rohan-Rohan , de Villars - Brancas , de Valentinois
, de Biron , de la Valliere , d'Aiguillon ,
de Fleury , de Duras . de la Vauguyon , de
Choifeul & de Praflin. Les Maréchaux de Balincourt
, Clermont - Tonnerre , d'Eftrées & de
Contades y ont eu féance
étant entrés avec
le Roi.
Le Prince de Rochefort nommé pour repréfenter
en cette occafion , le Grand Ecuyer de
France , a porté l'Epée Royale .
On a appris ici la mort de Marie- Victoire - Anne
de Savoye , titrée Mlle de Carignan , décédée
le 18 du mois dernier.
Cette Princefle née le 12 Février 1687 , étoit
fille d'Emmanuel- Philbert-Amédée de Savoye ,
Prince de Carignan en Piémont , mort le 23.
Avril 1709 , & d'Ange- Carherine d'Eft-Modene,
morte le 18 Juillet 1712 , & Soeur de Victor-
Amédée , Prince de Carignan , mort le 4 Août
1741 , Père de Louis - Victor-Amédée- Jofeph, aujourd'hui
Premier Prince du Sang de Sardaigne
& Prince de Carignan , & avoit pour Ayeul Thomas
François de Savoye , Prince de Carignan
l'un des fils de Charles- Emmanuel I. du nom ,
Duc de Savoye , furnommé le Grand , & Frère
pumé de Victor- Amédée , Duc de Savoye , Bif-
Ayeul de Sa Majefté le Roi de Sardaigne actuellement
régnant.
•
Le Lieutenant Général de Police & le Subfticus
du Procureur Général du Roi au Châteler , ayant .
repréſenté au Parlement , qu'il s'élevoit dans le
Public un murmure général , contre l'indifcrétion
de quelques-uns des partfans de l'inoculation de
JUILLET. 1763. 207
la petite vérole , contre les Inoculateurs & contreceux
qui , en attendant l'effet de l'Inoculation
qu'ils ont reçue, reftent fans précaution dans la
Société, le Parlement , d'après ces confidérations
& l'expofé des Gens du Roi fur le même fujet , la
rendu le 8 de ce mois un Arrêt qui ordonne que
la Faculté de Médecine de l'Univerfité de cette
Ville fera tenue de s'affembler pour donner
un avis précis fur l'inoculation , fes avantages ou
inconvéniens , & fur les précautions auxquelles
il conviendroit d'affujettir ceux qui pratiqueroient
l'inoculation ou qui la recevroient , fup-.
pofé qu'elle dût être permife ou tolérée ; que
cet avis feroit remis au Procureur Général du
Roi, pour être communiqué à la Faculté de Théologie
, qui s'affemblera en conféquence , & donnera
fuivant les ulages , fon avis fur le même objet ,
lequel fera de même remis au Procureur- Général,
pour être pris par la Cour , ſur ces avis ,
telles conclufions qu'il appartiendra : en attendant
, la Cour défend provifoirement à toutes
perfonnes de pratiquer l'inoculation , & de fe faire
inoculer dans les Villes & Fauxbourgs du reffort
du Parlement, & à celles qui auroient été inoculées,
de communiquer avec d'autres perfonnes que
celles qui font néceffaires à leur foulagement ,
depuis le jour qu'elles auront été inoculées jufqu'au
délai de fix femaines après leur guérifon.
Le vingt - neuviéme Tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de-Ville , s'eft fait le 2 Mai en la maniere
accoutumée. Le Lot de cinquante mille liv.
eſt échu au Numéro 26161 , celui de vingt mille
livres au Numéro 39981 , & les deux de dix mille
livres aux Numéros 38880 & 37127 .
Le 6 Juin , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros fortis de la roue de for208
MERCURE DE FRANCE.
tune , font , 40 , 65 , 43 , 15 , 5s . Le prochain
tirage fe fera les Juillet.
Le 26 du mois dernier , le Roi fit dans la Plai
ne des Sablons la revue des Gardes Françoiſes &
des Gardes Suifles . Sa Majeſté paſſa dans les rangs,
& les deux Régimens défilérent devant Elle après.
avoir fait l'exercice. Madame la Dauphine , Mgr
le Duc de Berry , Mgr le Comte de Provence
Madame Adélaïde , Mefdames Sophie & Louiſe
ont affifté à cette revue , ainfi que le Prince de
Condé & le Prince de Lamballe .
Le Parlement ayant reçu , le 30 du mois der◄
nier , les Ordres du Roi par le Marquis de Dreux ,
Grand - Maître des Cérémonies , s'affembla le
lendemain 31 pour le Lit de Juſtice que Sa Majefté
avoir réfolu de tenir.
Vers les onze heures & demie du matin , le
Roi arriva ayant dans fon caroffe Monſeigneur
le Dauphin , Sa Majesté étoit accompagnée d'un
nombreux détachement de fes Gardes du Corps ,
du quartier des Gendarmes de fa Garde , de
celui des Chevaux-Légers & d'un détachement
JUILLET. 1763. 205
des Moufquetaires de chacune des deux Com
pagnies. Devant le Carroffe du Roi étoit le Vol
du Cabinet. Sa Majeſté deſcendit à là Sainte Chapelle
, où le Chancelier s'étoit rendu , Elle étoit
accompagnée du nombre ordinaire de Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes : les Maré
chaux de France y étoient pareillement affemblés
, ainfi que les Chevaliers des Ordres , les'
Gouverneurs & Lieutenans- Généraux de Province ,
nommés par Sa Majefté pour avoir l'honneur
de l'accompagner: Le Duc d'Orléans , le Duc
de Chartres , le Prince de Condé , le Comte de
Clermont , le Prince de Conti & le Comte de
la Marche y avoient auffi devancé Sa Majesté.
Le Roi précédé de fa Cour , du Roi d'Armes &
des Hérauts , monta les degrés au fon des trompettes
, Hautbois , Fifres & Tambours de l'Ecurie
& de la Chambre. Deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes devant Sa Majesté.
Lorfque le Roi eut entendu la Meffe , qui fut
célébrée par un de fes Chapelains , quatre Préfidens
& fix Confeillers , députés par le Parle
ment , vinrent recevoir Sa Majefté , & la conduifirent
à la Grand'Chambre. Le Roi s'étant
affis fur fon Trône , & les féances ayant été
prifes , Sa Majesté fit enregiftrer deux Edits &
une Déclaration . Le Roi fortit enfuite dans le
même ordre qu'il étoit entré.
Sa Majefté trouva , ainfi qu'à fon arrivée , les
Gardes Françoifes & Suiffes qui formoient une
double haye dans les rues , fur le Pont- Neuf
& fur les Quais , depuis le Palais jufqu'à l'extrémité
du Quai des Thuilleries .
Les Pairs qui ont affifté à ce Lit de Juftice ,
font l'Archevêque Duc de Rheims , l'Evêque Duc
de Langres , l'Evêque Comte de Noyon , les Ducs
206 MERCURE DE FRANCE .
de Sully , de Luynes , de Briffac , de Richelieu ,
de Rohan- Chabot , de Mortemart , de Trefmes
de Saint -Cloud , de Firs-James , de Chaulnes
de Rohan-Rohan , de Villars - Brancas , de Valentinois
, de Biron , de la Valliere , d'Aiguillon ,
de Fleury , de Duras . de la Vauguyon , de
Choifeul & de Praflin. Les Maréchaux de Balincourt
, Clermont - Tonnerre , d'Eftrées & de
Contades y ont eu féance
étant entrés avec
le Roi.
Le Prince de Rochefort nommé pour repréfenter
en cette occafion , le Grand Ecuyer de
France , a porté l'Epée Royale .
On a appris ici la mort de Marie- Victoire - Anne
de Savoye , titrée Mlle de Carignan , décédée
le 18 du mois dernier.
Cette Princefle née le 12 Février 1687 , étoit
fille d'Emmanuel- Philbert-Amédée de Savoye ,
Prince de Carignan en Piémont , mort le 23.
Avril 1709 , & d'Ange- Carherine d'Eft-Modene,
morte le 18 Juillet 1712 , & Soeur de Victor-
Amédée , Prince de Carignan , mort le 4 Août
1741 , Père de Louis - Victor-Amédée- Jofeph, aujourd'hui
Premier Prince du Sang de Sardaigne
& Prince de Carignan , & avoit pour Ayeul Thomas
François de Savoye , Prince de Carignan
l'un des fils de Charles- Emmanuel I. du nom ,
Duc de Savoye , furnommé le Grand , & Frère
pumé de Victor- Amédée , Duc de Savoye , Bif-
Ayeul de Sa Majefté le Roi de Sardaigne actuellement
régnant.
•
Le Lieutenant Général de Police & le Subfticus
du Procureur Général du Roi au Châteler , ayant .
repréſenté au Parlement , qu'il s'élevoit dans le
Public un murmure général , contre l'indifcrétion
de quelques-uns des partfans de l'inoculation de
JUILLET. 1763. 207
la petite vérole , contre les Inoculateurs & contreceux
qui , en attendant l'effet de l'Inoculation
qu'ils ont reçue, reftent fans précaution dans la
Société, le Parlement , d'après ces confidérations
& l'expofé des Gens du Roi fur le même fujet , la
rendu le 8 de ce mois un Arrêt qui ordonne que
la Faculté de Médecine de l'Univerfité de cette
Ville fera tenue de s'affembler pour donner
un avis précis fur l'inoculation , fes avantages ou
inconvéniens , & fur les précautions auxquelles
il conviendroit d'affujettir ceux qui pratiqueroient
l'inoculation ou qui la recevroient , fup-.
pofé qu'elle dût être permife ou tolérée ; que
cet avis feroit remis au Procureur Général du
Roi, pour être communiqué à la Faculté de Théologie
, qui s'affemblera en conféquence , & donnera
fuivant les ulages , fon avis fur le même objet ,
lequel fera de même remis au Procureur- Général,
pour être pris par la Cour , ſur ces avis ,
telles conclufions qu'il appartiendra : en attendant
, la Cour défend provifoirement à toutes
perfonnes de pratiquer l'inoculation , & de fe faire
inoculer dans les Villes & Fauxbourgs du reffort
du Parlement, & à celles qui auroient été inoculées,
de communiquer avec d'autres perfonnes que
celles qui font néceffaires à leur foulagement ,
depuis le jour qu'elles auront été inoculées jufqu'au
délai de fix femaines après leur guérifon.
Le vingt - neuviéme Tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de-Ville , s'eft fait le 2 Mai en la maniere
accoutumée. Le Lot de cinquante mille liv.
eſt échu au Numéro 26161 , celui de vingt mille
livres au Numéro 39981 , & les deux de dix mille
livres aux Numéros 38880 & 37127 .
Le 6 Juin , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros fortis de la roue de for208
MERCURE DE FRANCE.
tune , font , 40 , 65 , 43 , 15 , 5s . Le prochain
tirage fe fera les Juillet.
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Résumé : De PARIS, le 13 Juin 1763.
Le 26 mai 1763, le roi passa en revue les Gardes Françaises et les Gardes Suisses à la Plaine des Sablons en présence de plusieurs membres de la famille royale, dont Madame la Dauphine, Mgr le Duc de Berry, Mgr le Comte de Provence, Madame Adélaïde, Mesdames Sophie et Louise, ainsi que le Prince de Condé et le Prince de Lamballe. Le 30 mai, le Parlement reçut les ordres du roi transmis par le Marquis de Dreux et se réunit le lendemain pour un Lit de Justice. Le roi, accompagné du Dauphin et d'un détachement de ses Gardes du Corps, des Gendarmes, des Chevaux-Légers et des Mousquetaires, fut accueilli par le Chancelier et divers dignitaires à la Sainte-Chapelle. Après une messe, il se rendit à la Grand'Chambre où il fit enregistrer deux édits et une déclaration. Les Pairs présents incluaient plusieurs archevêques, évêques et ducs, ainsi que les maréchaux de Balincourt, Clermont-Tonnerre, d'Estrées et de Contades. Le Prince de Rochefort porta l'Épée Royale. On annonça également la mort de Marie-Victoire-Anne de Savoie, titrée Mlle de Carignan, décédée le 18 mai. Elle était la fille d'Emmanuel-Philibert-Amédée de Savoie et d'Ange-Catherine d'Este-Modène. Le Lieutenant Général de Police et le Substitut du Procureur Général du Roi informèrent le Parlement des murmures publics contre l'inoculation de la petite vérole. Le Parlement ordonna à la Faculté de Médecine de se réunir pour évaluer les avantages et inconvénients de l'inoculation et les précautions à prendre. En attendant, l'inoculation fut provisoirement interdite. Le 2 mai, le vingt-neuvième tirage de la Loterie de l'Hôtel-de-Ville eut lieu, attribuant les lots de 50 000, 20 000 et 10 000 livres aux numéros 26161, 39981, 38880 et 37127. Le 6 juin, la Loterie de l'École Royale Militaire fut tirée, avec les numéros 40, 65, 43, 15 et 55 sortis de la roue de fortune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12114
p. 208
MARIAGES.
Début :
La célébration du mariage du Duc de la Trémoille avec la Princesse Marie [...]
Mots clefs :
Célébration, Mariage, Princesse, Duc, Marquis, Sa Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
La célébration du mariage du Duc de la Tré--
moille avec la Princeſſe Marie de Salm s'eft faite
le 20 Juin en l'Eglife Paroiffiale de S. Jacques du
Haut- Pas. La bénédiction nuptiale leur a été donnée
par le Prince Colonne , Nonce de Sa Sainteté,
en préſence du fieur Cochin , Curé de ladite Paroiffe.
Le même jour , Charles- François-Céfar le Tel-:
lier , Marquis de Montmirel , Brigadier des Armées
du Roi , Capitaine- Colonel des cent Suiffes>
de la Garde ordinaire du Corps de Sa Majesté , &
Meftre-de-Camp du Régiment Royal- Rouffillon ,
Cavalerie , a épousé dans la Paroiffe de S. Gervais
Charlotte-Benigne le Ragois de Bretonvilliers
veuve de Marc-Antoine-Front de Beaupoil , Mar--
quis de Lanmary.
La célébration du mariage du Duc de la Tré--
moille avec la Princeſſe Marie de Salm s'eft faite
le 20 Juin en l'Eglife Paroiffiale de S. Jacques du
Haut- Pas. La bénédiction nuptiale leur a été donnée
par le Prince Colonne , Nonce de Sa Sainteté,
en préſence du fieur Cochin , Curé de ladite Paroiffe.
Le même jour , Charles- François-Céfar le Tel-:
lier , Marquis de Montmirel , Brigadier des Armées
du Roi , Capitaine- Colonel des cent Suiffes>
de la Garde ordinaire du Corps de Sa Majesté , &
Meftre-de-Camp du Régiment Royal- Rouffillon ,
Cavalerie , a épousé dans la Paroiffe de S. Gervais
Charlotte-Benigne le Ragois de Bretonvilliers
veuve de Marc-Antoine-Front de Beaupoil , Mar--
quis de Lanmary.
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Résumé : MARIAGES.
Le 20 juin, deux mariages ont été célébrés. Le Duc de la Trémoille a épousé la Princesse Marie de Salm à Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Le Prince Colonne a béni l'union. Charles-François-César Le Tellier, Marquis de Montmirail, a épousé Charlotte-Bénigne Le Ragois de Bretonvilliers à Saint-Gervais.
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12115
p. 208-210
MORTS.
Début :
La Comtesse de Fontenois, veuve de François de Saint Blein, Marquis [...]
Mots clefs :
Comtesse, Veuve, Marquis, Colonel, Épouse, Abbé, Duchesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
,
La Comceffe de Fontenois , veuve de François i
de Saint Blein , Marquis de Vaudremont , Colo-→
nel d'un Régiment de Cavalerie de fon nom ,
eft morte dans fon Château de Vaudremont en
Champagne
"
Louife- Magdeleine de Courtarvel de Pezé ,
épouſe d'Armand- Mathurin , Marquis de Vaſſé
Vidame du Mans , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , eft morte le 18 de ce mois au Châ-i
teau de l'lfle Savary près de Châtillon - fur- Indre , '
âgée de trente-cinq ans. Elle étoit fille de Hubert
de Courtarvel , Marquis de Pezé , Lieutenant- Général
des Armées du Roi , Colonel - Lieutenant &
Inſpecteur du Régiment du Roi , Infanterie , Gou
JUILLET. 1763 . 209
verneur des Ville & Château de Rennes , ainfi que
du Château de la Muette , & défigné Chevalier
des Ordres de Sa Majefté , mort en 1734 des
bleffures qu'il avoit reçues à Guaftalla.
*
Marie- Judith de Champagne , épouse d'Anne-
Léon de Montmorency , Marquis des Foffeux
Capitaine Lieutenant des Gendarmes de la Reine ,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , eft morte
en cette Ville le 23 Mai , âgée de dix - huit ans.
Marie Bonne de Caffini , époufe d'Emmanuel-
Frederic , Marquife de Tana , eft morte en cette
Ville le 24 de ce mois.
L'Abbé de Verthamont , ancien Vicaire- Général
du Diocèse de Luçon , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Neauffle-le-Vieux , Ordre
de Saint Benoit , Diocèfe de Chartres , eſt
mort ici le 29 Mai , âgé de cinquante- fept ans.
Magdeleine- Cécile de Saint- Pierre Saint Julien ,
fille de Henry-Euftache de Saint- Pierre , Marquis
de Saint-Julien , & époufe. d'Amaury , Marquis
de Goyon de Marcé , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , eft morte en cette Ville le 26
Mai , âgée de trente- neuf ans,
Philippe Taboureau , veuve de Gabrielle Taf
chereau de Baudri , Confeiller d'Etat ordinaire &
Intendant des Finances , eft morte le 27 du même
mois , dans la foixante- quinziéme année de fon
âge.
Marie-Angelique-Fremyn , Ducheffe de Bran
cas , Dame d'Honneur de Madame la Dauphine ,
eft morte en cette Ville le 7 Juin , dans la quatre-
vingt- feptiéme année de fon âge. Elle étoit
veuve de Louis- Antoine de Brancas , Duc de Vil-'
lars , Pair de France , Chevalier des Ordres du
Roi & de celui de Saint- Janvier de Naples.
Charlotte-Catherine de Beaufort , époufe de
1
210 MERCURE DE FRANCE.
Jean de Boulogne , Commandeur des Ordres du
Roi , ancien Contrôleur - Général des Finances ,
eft morte au Château de la Chapelle- Godefroid
en Champagne , les Juin , âgée de foixante-trois
ans..
L'Abbé d'Afchembroeck , chargé des affaires de
l'Electeur de Cologne , eft mort le 8 du même
mois.
-
Magdeleine Françoiſe d'Apchier , veuve de
Louis de Grimoire de Beauvoir- Duroure , Marquis
de Grifac , mourut en cette Ville le 3 Juin , dans
la foixante- quatorz éme année de fon âge.
•
9
Catherine Middleton , veuve de Michel Comte
de Rothe , Lieutenant - Général des Armées du
Roi , Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , eſt morte à Paris , le 10 du même
mois âgée de foixante- dix-huit ans. Elle
étoit fille du Lord Charles , Comte de Middleton ,
Pair d'Ecoffe , premier Gentilhomme de la Chambre
de Charles II , & Secrétaire d'Etar , fous le
regne de Jacques II; & de Catherine Brudnell-
Cardigan , Gouvernante des Enfans d'Angleterre
Bonne d'Amaris de Briqueville de la Luzerne ,
époufe, de Paul- Louis-Jean -Baptifte Camille Savari
du Breves , Marquis de Farzé , ci- devant Gouvernante
des Enfans du Prince de Condé, eft
morte le 11 du même mois , dans la quarante¬
cinquième année de fon âge.
Pons de Roffer, Marquis de Rocozel , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , Grand'Croix
de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis ,
Gouverneur de Montlouis , ci-devant Commandant
en Chefdans la Province de Rouffillon , eft
mort le 12 du même mois , âgé d'environ foixan
te-quatorze ans.
,
La Comceffe de Fontenois , veuve de François i
de Saint Blein , Marquis de Vaudremont , Colo-→
nel d'un Régiment de Cavalerie de fon nom ,
eft morte dans fon Château de Vaudremont en
Champagne
"
Louife- Magdeleine de Courtarvel de Pezé ,
épouſe d'Armand- Mathurin , Marquis de Vaſſé
Vidame du Mans , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , eft morte le 18 de ce mois au Châ-i
teau de l'lfle Savary près de Châtillon - fur- Indre , '
âgée de trente-cinq ans. Elle étoit fille de Hubert
de Courtarvel , Marquis de Pezé , Lieutenant- Général
des Armées du Roi , Colonel - Lieutenant &
Inſpecteur du Régiment du Roi , Infanterie , Gou
JUILLET. 1763 . 209
verneur des Ville & Château de Rennes , ainfi que
du Château de la Muette , & défigné Chevalier
des Ordres de Sa Majefté , mort en 1734 des
bleffures qu'il avoit reçues à Guaftalla.
*
Marie- Judith de Champagne , épouse d'Anne-
Léon de Montmorency , Marquis des Foffeux
Capitaine Lieutenant des Gendarmes de la Reine ,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , eft morte
en cette Ville le 23 Mai , âgée de dix - huit ans.
Marie Bonne de Caffini , époufe d'Emmanuel-
Frederic , Marquife de Tana , eft morte en cette
Ville le 24 de ce mois.
L'Abbé de Verthamont , ancien Vicaire- Général
du Diocèse de Luçon , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Neauffle-le-Vieux , Ordre
de Saint Benoit , Diocèfe de Chartres , eſt
mort ici le 29 Mai , âgé de cinquante- fept ans.
Magdeleine- Cécile de Saint- Pierre Saint Julien ,
fille de Henry-Euftache de Saint- Pierre , Marquis
de Saint-Julien , & époufe. d'Amaury , Marquis
de Goyon de Marcé , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , eft morte en cette Ville le 26
Mai , âgée de trente- neuf ans,
Philippe Taboureau , veuve de Gabrielle Taf
chereau de Baudri , Confeiller d'Etat ordinaire &
Intendant des Finances , eft morte le 27 du même
mois , dans la foixante- quinziéme année de fon
âge.
Marie-Angelique-Fremyn , Ducheffe de Bran
cas , Dame d'Honneur de Madame la Dauphine ,
eft morte en cette Ville le 7 Juin , dans la quatre-
vingt- feptiéme année de fon âge. Elle étoit
veuve de Louis- Antoine de Brancas , Duc de Vil-'
lars , Pair de France , Chevalier des Ordres du
Roi & de celui de Saint- Janvier de Naples.
Charlotte-Catherine de Beaufort , époufe de
1
210 MERCURE DE FRANCE.
Jean de Boulogne , Commandeur des Ordres du
Roi , ancien Contrôleur - Général des Finances ,
eft morte au Château de la Chapelle- Godefroid
en Champagne , les Juin , âgée de foixante-trois
ans..
L'Abbé d'Afchembroeck , chargé des affaires de
l'Electeur de Cologne , eft mort le 8 du même
mois.
-
Magdeleine Françoiſe d'Apchier , veuve de
Louis de Grimoire de Beauvoir- Duroure , Marquis
de Grifac , mourut en cette Ville le 3 Juin , dans
la foixante- quatorz éme année de fon âge.
•
9
Catherine Middleton , veuve de Michel Comte
de Rothe , Lieutenant - Général des Armées du
Roi , Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , eſt morte à Paris , le 10 du même
mois âgée de foixante- dix-huit ans. Elle
étoit fille du Lord Charles , Comte de Middleton ,
Pair d'Ecoffe , premier Gentilhomme de la Chambre
de Charles II , & Secrétaire d'Etar , fous le
regne de Jacques II; & de Catherine Brudnell-
Cardigan , Gouvernante des Enfans d'Angleterre
Bonne d'Amaris de Briqueville de la Luzerne ,
époufe, de Paul- Louis-Jean -Baptifte Camille Savari
du Breves , Marquis de Farzé , ci- devant Gouvernante
des Enfans du Prince de Condé, eft
morte le 11 du même mois , dans la quarante¬
cinquième année de fon âge.
Pons de Roffer, Marquis de Rocozel , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , Grand'Croix
de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis ,
Gouverneur de Montlouis , ci-devant Commandant
en Chefdans la Province de Rouffillon , eft
mort le 12 du même mois , âgé d'environ foixan
te-quatorze ans.
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Résumé : MORTS.
En juillet 1763, plusieurs personnalités notables sont décédées. La Comtesse de Fontenois, veuve de François de Saint-Blein, Marquis de Vaudremont, est morte dans son château de Vaudremont en Champagne. Louise-Magdeleine de Courtarvel de Pezé, épouse d'Armand-Mathurin, Marquis de Vassé, est décédée à trente-cinq ans au château de l'Île Savary près de Châtillon-sur-Indre. Marie-Judith de Champagne, épouse d'Anne-Léon de Montmorency, Marquis des Fossés, est morte à dix-huit ans. Marie-Bonne de Cassini, épouse d'Emmanuel-Frederic, Marquis de Tana, est décédée le même jour. L'Abbé de Verthamont, ancien Vicaire Général du Diocèse de Luçon, est mort à cinquante-sept ans. Magdeleine-Cécile de Saint-Pierre Saint Julien, épouse d'Amaury, Marquis de Goyon de Marcé, est décédée à trente-neuf ans. Philippe Taboureau, veuve de Gabrielle Taschereau de Baudry, Conseiller d'État et Intendant des Finances, est morte à soixante-quinze ans. Marie-Angélique Fremyn, Duchesse de Brancas et Dame d'Honneur de Madame la Dauphine, est décédée à quatre-vingt-sept ans. Charlotte-Catherine de Beaufort, épouse de Jean de Boulogne, ancien Contrôleur Général des Finances, est morte à soixante-trois ans. L'Abbé d'Aschembroeck, chargé des affaires de l'Électeur de Cologne, est décédé le 8 juin. Magdeleine Françoise d'Apchier, veuve de Louis de Grimoire de Beauvoir-Duroure, Marquis de Grisac, est morte à soixante-quatorze ans. Catherine Middleton, veuve de Michel Comte de Rothe, Lieutenant Général des Armées du Roi, est décédée à soixante-dix-huit ans. Bonne d'Amaris de Briqueville de la Luzerne, épouse de Paul-Louis-Jean-Baptiste Camille Savari du Breves, Marquis de Farzé, est morte à quarante-cinq ans. Pons de Roffer, Marquis de Rocozel, Lieutenant Général des Armées du Roi, est décédé à environ soixante-quatorze ans.
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12116
p. 211
AVIS.
Début :
Le Sieur Debure, seul fabriquant de Papier dans la ville de Troyes en Champagne, [...]
Mots clefs :
Papier, Troyes, Couleurs, Commerce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
LE Sieur DEBURE , feul fabriquant de Papier
dans la Ville de Troyes en Champagne , eft parvenu
après quantité d'épreuves réitérées & de
dépenfes , à fabriquer du Papier auffi beau que
celui de Hollande , tant en blanc , qu'en bleu ,
bon teint , brun ,violet , rouge; & autres couleurs ,
Il a eu l'honneur d'en préfenter au Miniftre qui a
le département du Commerce. On ne fçauroit
donner trop d'éloges au hieur Debure . Sa découverte
fournit une reffource confidérable à notre
Commerce , puifqu'elle va faire ceffer l'obligation
où nous étions d'avoir recours à l'Etranger
pour nous procurer ces fortes de Papiers,
Les Perfonnes qui fouhaiteront s'en procurer ,
font prices de s'adreffer directement au fieur Débure
qui leur en fera bonne compofition.
LE Sieur DEBURE , feul fabriquant de Papier
dans la Ville de Troyes en Champagne , eft parvenu
après quantité d'épreuves réitérées & de
dépenfes , à fabriquer du Papier auffi beau que
celui de Hollande , tant en blanc , qu'en bleu ,
bon teint , brun ,violet , rouge; & autres couleurs ,
Il a eu l'honneur d'en préfenter au Miniftre qui a
le département du Commerce. On ne fçauroit
donner trop d'éloges au hieur Debure . Sa découverte
fournit une reffource confidérable à notre
Commerce , puifqu'elle va faire ceffer l'obligation
où nous étions d'avoir recours à l'Etranger
pour nous procurer ces fortes de Papiers,
Les Perfonnes qui fouhaiteront s'en procurer ,
font prices de s'adreffer directement au fieur Débure
qui leur en fera bonne compofition.
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Résumé : AVIS.
L'avis concerne le Sieur Debure, fabricant de papier à Troyes. Après plusieurs expériences, il a produit du papier de qualité comparable à celui de Hollande, disponible en diverses couleurs. Le ministre du Commerce a salué cette innovation, qui élimine la nécessité d'importer ces types de papier. Le papier est disponible directement auprès de Debure.
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12117
p. 211-212
« Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...] »
Début :
Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...]
Mots clefs :
Distillateur, Compositions, Vinaigre, Succès, Vente, Goût, Hygiène dentaire, Ulcères, Caries, Boutons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...] »
Le Sieur MAILLE , habile Diſtillateur dont nous
annonçons de temps en temps quelques nouvelles
compofitions , avertit les perfonnes qui partent
pour les Ifles , & qui auront envie d'emporter de
fes différens Vinaigres ,dont l'ufage eft fi néceffaire
aux Ifles , qu'elles peuvent le faire fans craindre
que le tranfport quelqu'éloigné qu'il foit , puiffe
les corrompre. Il continue avec fuccès la vente
du Courier de Cythere , liqueur nouvelle qui par
la délicateffe de fon goûr , peut paffer pour une
des meilleures qui ayent paru jufqu'à préfent , &
débite avec autant de fuccès le Ratafiat des Sultannes
& le Ċaffis blanc , qui a la propriété de
fortifier l'eftomach , & de faciliter la digeftion.
Le Vinaigre Romain , qu'il diftribue pour conferver
les dents , les blanchir , arrêter le progrès de
la Carie, en préferver les dents , faines , raffermir
112 MERCURE DE FRANCE.
dans leurs alvéoles celles qui peuvent être ébran→
lées , guérir les petits chancres & les ulceres de la
bouche , adoucir l'haleine & rafraîchir les lévres 7.
remplit conftamment toutes ces propriétes . Il débite
auffi différens Vinaigres pour guérir les dartres
farineuſes & les boutons , noircir les cheveux
roux ou blancs , ôter les taches & mafques de
couche , blanchir le vifage & empêcher les rides.
de la peau ; & le Vinaigre des quatre voleurs ,
préfervatif excellent contre tout air contagieux.
On trouve encore chez lui des liqueurs & des Eaux
d'odeurs de toute eſpéce , & deux cens fortes de
Vinaigres , foit pour l'ufage de la table , foit pour
celui du bain & de la toilette. Pour le Courrier de
Cythere & les autres liqueurs , il faut s'adreffer à
fon Magafin à Sèvre près de Paris , route de Verfailles;
& pour les Vinaigres en fa Maifon à Paris ,
rue S. André- des- Arcs, la troifiéme Porte cochere
à droite. Le prix des bouteilles de pinte de Caffis
blanc eft de 4 liv. celui du Ratafiat des Sultannesde
6 liv. & celui du Courier de Cythere de 8 liv.
les moindres bouteilles de Vinaigre pour les dents
ou autres ufages font de 3 liv . En écrivant une
lettre d'Avis au fieur Maille , ' foit à Paris , ſoit à
Sèvre , & moyennant la remiſe de l'argent par la
Pofte, le tour franc de Port , il fait exactement
tous les envois qu'on demande , avec les inftructions
néceffaires.
annonçons de temps en temps quelques nouvelles
compofitions , avertit les perfonnes qui partent
pour les Ifles , & qui auront envie d'emporter de
fes différens Vinaigres ,dont l'ufage eft fi néceffaire
aux Ifles , qu'elles peuvent le faire fans craindre
que le tranfport quelqu'éloigné qu'il foit , puiffe
les corrompre. Il continue avec fuccès la vente
du Courier de Cythere , liqueur nouvelle qui par
la délicateffe de fon goûr , peut paffer pour une
des meilleures qui ayent paru jufqu'à préfent , &
débite avec autant de fuccès le Ratafiat des Sultannes
& le Ċaffis blanc , qui a la propriété de
fortifier l'eftomach , & de faciliter la digeftion.
Le Vinaigre Romain , qu'il diftribue pour conferver
les dents , les blanchir , arrêter le progrès de
la Carie, en préferver les dents , faines , raffermir
112 MERCURE DE FRANCE.
dans leurs alvéoles celles qui peuvent être ébran→
lées , guérir les petits chancres & les ulceres de la
bouche , adoucir l'haleine & rafraîchir les lévres 7.
remplit conftamment toutes ces propriétes . Il débite
auffi différens Vinaigres pour guérir les dartres
farineuſes & les boutons , noircir les cheveux
roux ou blancs , ôter les taches & mafques de
couche , blanchir le vifage & empêcher les rides.
de la peau ; & le Vinaigre des quatre voleurs ,
préfervatif excellent contre tout air contagieux.
On trouve encore chez lui des liqueurs & des Eaux
d'odeurs de toute eſpéce , & deux cens fortes de
Vinaigres , foit pour l'ufage de la table , foit pour
celui du bain & de la toilette. Pour le Courrier de
Cythere & les autres liqueurs , il faut s'adreffer à
fon Magafin à Sèvre près de Paris , route de Verfailles;
& pour les Vinaigres en fa Maifon à Paris ,
rue S. André- des- Arcs, la troifiéme Porte cochere
à droite. Le prix des bouteilles de pinte de Caffis
blanc eft de 4 liv. celui du Ratafiat des Sultannesde
6 liv. & celui du Courier de Cythere de 8 liv.
les moindres bouteilles de Vinaigre pour les dents
ou autres ufages font de 3 liv . En écrivant une
lettre d'Avis au fieur Maille , ' foit à Paris , ſoit à
Sèvre , & moyennant la remiſe de l'argent par la
Pofte, le tour franc de Port , il fait exactement
tous les envois qu'on demande , avec les inftructions
néceffaires.
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Résumé : « Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...] »
Le texte décrit les produits et services du Sieur Maille, un distillateur réputé. Maille propose une gamme de vinaigres et de liqueurs, dont le Courier de Cythère, le Ratafiat des Sultannes et le Cassis blanc, connu pour ses bienfaits sur la digestion. Le Vinaigre Romain est utilisé pour la conservation des dents, le traitement des petits chancres et ulcères buccaux, et l'adoucissement de l'haleine. D'autres vinaigres sont destinés à traiter les dartres farineuses, noircir les cheveux, ôter les taches, blanchir le visage et prévenir les rides. Le Vinaigre des quatre voleurs est recommandé comme préservatif contre les airs contagieux. Maille offre également diverses liqueurs et eaux de senteur, ainsi que deux cents sortes de vinaigres pour la table, le bain et la toilette. Les produits sont disponibles à son magasin à Sèvres ou à Paris, rue Saint-André-des-Arts. Les prix varient selon les articles, et Maille assure l'envoi des commandes par la poste moyennant le paiement à l'avance.
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12118
p. 212-213
PROPRIÉTÉ & vertu d'une graisse d'Ours apprêtée pour la conservation des cheveux Par le Sieur LAVAULT.
Début :
Cette graisse d'Ours déjà connue du Public, dès le mois de Juin 1761, [...]
Mots clefs :
Graisse d'ours, Plantes, Crinière d'animal, Entretien des cheveux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROPRIÉTÉ & vertu d'une graisse d'Ours apprêtée pour la conservation des cheveux Par le Sieur LAVAULT.
PROPRIÉTÉ & vertus d'une graiſſe d'Ours
apprêtéepour la confervation des cheveux
Par le Sieur LAVAULT .
Cette graiffe d'Ours déja connue du Public , dès
le mois de Juin 1761 , & annoncée dans plufieurs
feuilles périodiques , n'eft pas des parties ordinaires
de l'Animal, mais de la feule criniere mêlée
5
JUILLET. 1763. 213
avec le fuc des plantes choifies ; elle fait croître
& entretient les cheveux lorfqu'une tête commence
à le dépouiller , & lors même que les cheveux
font tombés par féchereffe , maladie ou autre
accident; cette graille les répare, excepté toutefois
les têtes complettement chauves.
Les perfonnes qui voudront ſe ſervir de cette
graiffe , en mettront dans les racines des cheveux
Leulement , après s'être peignées à fond , & un
peu de poudre pardeflus. Il fuffit de mettre de
cette graiffe deux fois par femaine.
Le lieur Lavault a des connoiffances particulieres
fur la nature des cheveux ; c'est l'étude de
toute la vie, ceux & celles qui ont fait ufage de
cette graiffe d'Ours préparée s'en font bien trouvés
& continuent toujours de s'en fſervir dans le
befoin.
Vû la facilité que le fieur Lavault a depuis la
Paix, d'avoir la graiffe d'Ours , & des fimples pour
compofer fa pommade , il donnera déformais les
Pots qu'il vendoit 3 liv . pour 2 liv. & ceux qu'il
vendoit 6 liv. pour 4 liv . lui feul en a le fecret .
On le trouve chez lui à l'entrée de la rue des
Cordeliers au Bureau de Loterie de l'Ecole Royale
Militaire , au troifiéme , du côté de la Comédie
Françoife , & au Bureau de cette Loterie dans la
même Maifon.
apprêtéepour la confervation des cheveux
Par le Sieur LAVAULT .
Cette graiffe d'Ours déja connue du Public , dès
le mois de Juin 1761 , & annoncée dans plufieurs
feuilles périodiques , n'eft pas des parties ordinaires
de l'Animal, mais de la feule criniere mêlée
5
JUILLET. 1763. 213
avec le fuc des plantes choifies ; elle fait croître
& entretient les cheveux lorfqu'une tête commence
à le dépouiller , & lors même que les cheveux
font tombés par féchereffe , maladie ou autre
accident; cette graille les répare, excepté toutefois
les têtes complettement chauves.
Les perfonnes qui voudront ſe ſervir de cette
graiffe , en mettront dans les racines des cheveux
Leulement , après s'être peignées à fond , & un
peu de poudre pardeflus. Il fuffit de mettre de
cette graiffe deux fois par femaine.
Le lieur Lavault a des connoiffances particulieres
fur la nature des cheveux ; c'est l'étude de
toute la vie, ceux & celles qui ont fait ufage de
cette graiffe d'Ours préparée s'en font bien trouvés
& continuent toujours de s'en fſervir dans le
befoin.
Vû la facilité que le fieur Lavault a depuis la
Paix, d'avoir la graiffe d'Ours , & des fimples pour
compofer fa pommade , il donnera déformais les
Pots qu'il vendoit 3 liv . pour 2 liv. & ceux qu'il
vendoit 6 liv. pour 4 liv . lui feul en a le fecret .
On le trouve chez lui à l'entrée de la rue des
Cordeliers au Bureau de Loterie de l'Ecole Royale
Militaire , au troifiéme , du côté de la Comédie
Françoife , & au Bureau de cette Loterie dans la
même Maifon.
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Résumé : PROPRIÉTÉ & vertu d'une graisse d'Ours apprêtée pour la conservation des cheveux Par le Sieur LAVAULT.
Le texte décrit une graisse d'ours préparée par le Sieur Lavault pour la conservation des cheveux. Connue depuis juin 1761 et annoncée dans plusieurs publications, cette graisse est composée de la crinière de l'ours et du suc de plantes sélectionnées. Elle favorise la croissance et l'entretien des cheveux, même en cas de chute due à la sécheresse, une maladie ou un autre accident, sauf pour les têtes complètement chauves. L'application se fait deux fois par semaine sur les racines des cheveux après un peignage minutieux, avec ajout de poudre. Grâce à ses connaissances sur la nature des cheveux, Lavault a créé cette pommade, bien accueillie par les utilisateurs. En raison de la facilité d'approvisionnement, il a réduit les prix des pots : ceux à 2 livres sont désormais à 1 livre et ceux à 6 livres à 4 livres. Lavault est joignable à l'entrée de la rue des Cordeliers au Bureau de Loterie de l'École Royale Militaire et au Bureau de cette Loterie dans la même maison.
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12119
p. 213-214
AVIS AU PUBLIC.
Début :
Le Sieur Coué qui a été annoncé dans le Mercure du mois d'Avril 1761 & Janvier 1762 seul [...]
Mots clefs :
Cuirs de Chine, Lames, Canifs, Couteaux, Cuirs, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS AU PUBLIC.
AVIS AU PUBLIC.
pa
Le Sieur Coué qui a été annoncé dans le Mer-
-cure du mois d'Avril 1761 & Janvier 1762 , feul
Auteur des véritables Cuirs de la Chine fans
reils pour repaffer toutes lames tranchantes
comme rafoirs , Canifs , Couteaux , & c , avec
lefquels Cuirs les pierres deviennent inutiles ,
l'huile étant la nourriture defdits Cuirs fait
214 MERCURE DE FRANCE .
auffi des Cuirs qui empêchent les rafoirs de grof
fir. Les applaudiffemens quil a recus & qu'il recoit
tous les jours de ces compofitions , lai ont
fait redoubler fes foins & fes attentions pour
parvenir au dernier degré de perfection dans ce
genre , & il prie les perfonnes qui douteront
de fon annonce , de venir chez lui en faire les
expériences . Cette derniere compofition' n'eft que
de deux fortes d'huiles avec lefquelles les Cuirs
font apprêtés & qui font la nourriture defdits
Cuirs.
3
Le prix des deux Phioles eft de
Le prix des Cuirs pour les rafoirs ,
Et idem ,
Ceux pour dégroffir ,
Pour les Couteaux
Pour les Canifs ,
71
3 liv.
2 liv.
3
liv.
6 liv.
1liv to f.
Iliv.
Pour les perfonnes qui defireront s'abonner
à l'année , le Sieur Coué tiendra un regiftre de
leurs noms , qualités & demenres , & il fournira
tous les ans des Cairs neufs de toutes les qualités
annoncées , en lui remettant les vieux . Ceux
qui feront coupés ou caffés feront payés au prix.
courant. I prie les perfonnes qui lui écriront
d'affranchir les Lettres.
5.Il demeuré rue S. Germain l'Auxerrois , visà-
vis l'Arche Pepin , à Paris.
·
9714
N. B: Par l'épreuve que nombre de perfonnes
& nous-mêmes avons faite de ces ? Cuirs ,
nous ne pouvons en porter qu'un très-bon témoignage.
pa
Le Sieur Coué qui a été annoncé dans le Mer-
-cure du mois d'Avril 1761 & Janvier 1762 , feul
Auteur des véritables Cuirs de la Chine fans
reils pour repaffer toutes lames tranchantes
comme rafoirs , Canifs , Couteaux , & c , avec
lefquels Cuirs les pierres deviennent inutiles ,
l'huile étant la nourriture defdits Cuirs fait
214 MERCURE DE FRANCE .
auffi des Cuirs qui empêchent les rafoirs de grof
fir. Les applaudiffemens quil a recus & qu'il recoit
tous les jours de ces compofitions , lai ont
fait redoubler fes foins & fes attentions pour
parvenir au dernier degré de perfection dans ce
genre , & il prie les perfonnes qui douteront
de fon annonce , de venir chez lui en faire les
expériences . Cette derniere compofition' n'eft que
de deux fortes d'huiles avec lefquelles les Cuirs
font apprêtés & qui font la nourriture defdits
Cuirs.
3
Le prix des deux Phioles eft de
Le prix des Cuirs pour les rafoirs ,
Et idem ,
Ceux pour dégroffir ,
Pour les Couteaux
Pour les Canifs ,
71
3 liv.
2 liv.
3
liv.
6 liv.
1liv to f.
Iliv.
Pour les perfonnes qui defireront s'abonner
à l'année , le Sieur Coué tiendra un regiftre de
leurs noms , qualités & demenres , & il fournira
tous les ans des Cairs neufs de toutes les qualités
annoncées , en lui remettant les vieux . Ceux
qui feront coupés ou caffés feront payés au prix.
courant. I prie les perfonnes qui lui écriront
d'affranchir les Lettres.
5.Il demeuré rue S. Germain l'Auxerrois , visà-
vis l'Arche Pepin , à Paris.
·
9714
N. B: Par l'épreuve que nombre de perfonnes
& nous-mêmes avons faite de ces ? Cuirs ,
nous ne pouvons en porter qu'un très-bon témoignage.
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Résumé : AVIS AU PUBLIC.
Le Sieur Coué présente ses véritables cuirs de la Chine sans reils, conçus pour réparer les lames tranchantes telles que rasoirs, canifs et couteaux. Ces cuirs éliminent le besoin de pierres à aiguiser et incluent une huile pour les nourrir. Coué propose également des cuirs pour prévenir l'émoussement des rasoirs. Encouragé par les éloges, il invite les sceptiques à tester ses produits. Les prix varient : deux fioles coûtent 3 livres, les cuirs pour rasoirs 2 livres, pour dégrossir 3 livres, pour couteaux 6 livres, et pour canifs 1 livre 10 sols. Les abonnés annuels recevront des cuirs neufs en échange des anciens, tandis que les cuirs endommagés seront facturés au prix courant. Coué réside rue Saint-Germain l'Auxerrois, vis-à-vis l'Arche Pepin, à Paris. Plusieurs personnes, y compris les rédacteurs, attestent de l'efficacité des cuirs de Coué.
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12120
p. 215-216
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. Vers sur la Statue érigée [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
ARTICLE PREMTERIJAVUO $
VERS fur la Statue érigée à Sa Majeſté. Pag.s
ÉLOGE de l'inconftance.
LA Truye & la Lionne , Fable.
BOUQUET à Mlle .
RÉFLEXIONS fur Henri IV.
12
14
ibid.
L'ANNEE ruftique , Poëme par M. de B.... 24
VERS fur le temps qu'il a fait le jour du Feu.
IBRAHIM & Gémaille , Hiftoire Turque!
LA Méchanceté peu redoutable , Fable! A
PARODIE.
Au Temps , Ode Anacréontique.
SECOND Caractère du vrai Philoſophe.
ENIGMES .
J ...700n
CIV
31
44
LOGOGRYPHES .
CHANSON .
65
64 & 65
ibid .
ART . II. NOUVELLES LITTÉRAIRES., (
SUITE du fecond Livre de la Bhaxfale.su 68
216 MERCURE DE FRANCE.
!
EXRRAIT d'une Lettre écrite de la Fléche
à M. V *** .
DICTIONNAIRE portatif des Théâtres , par
M. de Léris.
ANNONCES de Livres.
85
୨୦
95 &fuiv.
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADEMIES.
ASSEMBLEE publique de l'Académie Royale
des Belles- Lettres de LA ROCHELLE.
AGRICULTURE .
SEANCE publique de l'Académie Royale de
Chirurgie.
ART. IV. BEAUX - ARTS .
ARTS UTILES.
MECHANIQUE.
NOUVELLE Roue pour la Coutellerie. "
ARTS
AGRÉABLES .
GRAVURE.
ART. V.
SPECTACLES. •
ACADEMIE Royale de Mafique.
COMÉDIE
Françoiſe.
COMÉDIE Italienne.
SUITE des Nouvelles Politiques de Juin.
NOUVELLES Politiques de Juillet.
MARIAGES.
MORTS.
• AVIS.
51
99
109
116
129
133
I 34
ibid.
166
188
208
ibid.
211
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
ARTICLE PREMTERIJAVUO $
VERS fur la Statue érigée à Sa Majeſté. Pag.s
ÉLOGE de l'inconftance.
LA Truye & la Lionne , Fable.
BOUQUET à Mlle .
RÉFLEXIONS fur Henri IV.
12
14
ibid.
L'ANNEE ruftique , Poëme par M. de B.... 24
VERS fur le temps qu'il a fait le jour du Feu.
IBRAHIM & Gémaille , Hiftoire Turque!
LA Méchanceté peu redoutable , Fable! A
PARODIE.
Au Temps , Ode Anacréontique.
SECOND Caractère du vrai Philoſophe.
ENIGMES .
J ...700n
CIV
31
44
LOGOGRYPHES .
CHANSON .
65
64 & 65
ibid .
ART . II. NOUVELLES LITTÉRAIRES., (
SUITE du fecond Livre de la Bhaxfale.su 68
216 MERCURE DE FRANCE.
!
EXRRAIT d'une Lettre écrite de la Fléche
à M. V *** .
DICTIONNAIRE portatif des Théâtres , par
M. de Léris.
ANNONCES de Livres.
85
୨୦
95 &fuiv.
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADEMIES.
ASSEMBLEE publique de l'Académie Royale
des Belles- Lettres de LA ROCHELLE.
AGRICULTURE .
SEANCE publique de l'Académie Royale de
Chirurgie.
ART. IV. BEAUX - ARTS .
ARTS UTILES.
MECHANIQUE.
NOUVELLE Roue pour la Coutellerie. "
ARTS
AGRÉABLES .
GRAVURE.
ART. V.
SPECTACLES. •
ACADEMIE Royale de Mafique.
COMÉDIE
Françoiſe.
COMÉDIE Italienne.
SUITE des Nouvelles Politiques de Juin.
NOUVELLES Politiques de Juillet.
MARIAGES.
MORTS.
• AVIS.
51
99
109
116
129
133
I 34
ibid.
166
188
208
ibid.
211
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles d'une publication structurée en cinq sections. La première, 'Pièces fugitives en vers et en prose', inclut des poèmes, fables et réflexions, tels que des vers pour une statue de Sa Majesté, la fable 'La Truye & la Lionne', des réflexions sur Henri IV, et le poème 'L'Année rustique'. La deuxième section, 'Nouvelles littéraires', contient la suite du second livre de la 'Bhaxfale', un extrait de lettre de la Flèche à M. V***, et un dictionnaire portatif des théâtres par M. de Léris. La troisième section, 'Sciences et Belles-Lettres', mentionne des assemblées de l'Académie Royale des Belles-Lettres de La Rochelle et de l'Académie Royale de Chirurgie. La quatrième section, 'Beaux-Arts', se divise en 'Arts utiles' et 'Arts agréables', avec des mentions d'une nouvelle roue pour la coutellerie et des gravures. Enfin, la cinquième section, 'Spectacles', inclut des informations sur l'Académie Royale de Musique, des représentations de comédies françaises et italiennes, des nouvelles politiques, des annonces de mariages et de décès, et divers avis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12121
p. 216
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
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12122
p. 3-4
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Mots clefs :
Greffier, Commis, Libraires des provinces ou des pays étrangers, Format, Poste, Volume, Table générale, Journaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
,
E Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raifon de 30 fols
parvolum. c'est- à- dire 24 livres d'avance,
en s'abonnant pour feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideſſus.
On fupplie les perfonnes des provin
ces d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affran
chis , resteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à and'en
marquer le prix, noncer ,
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure . Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a juf,
qu'à préfent quatre- vingt-quinze volumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , fe trouve à la fin du
foixante - douziéme
,
E Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raifon de 30 fols
parvolum. c'est- à- dire 24 livres d'avance,
en s'abonnant pour feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideſſus.
On fupplie les perfonnes des provin
ces d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affran
chis , resteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à and'en
marquer le prix, noncer ,
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure . Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a juf,
qu'à préfent quatre- vingt-quinze volumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , fe trouve à la fin du
foixante - douziéme
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12123
p. 11-13
ÉPITRE à Mlle D. S. P.
Début :
Vous de qui le charmant sourire [...]
Mots clefs :
Sourire, Séducteur, Bergère, Plaire, Beauté, Coquette, Nature, Égayer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE à Mlle D. S. P.
ÉPITRE à Mlle D. S. P.
Vous de qui le charmant fourire
Enchante fans prétention ,
S. P ... fi mon léger crayon
Vous peint fous le nom de Thémire ,
Ce n'eft point une fiction.
De la plus naïve Bergère
Vous avez l'attrait féducteur ;
Sans que l'efprit commande au coeur
Vous avez le talent de plaires
Voilà tout l'art de la beauté :
Il ne vous manque en vérité ,
Que le corfet & la houlette .
Tandis que la vaine coquette ,
Sans ceffe un miroir à la main ,
Voit écouler chaque matin
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'étude de fa toilette ,
Place une mouche avec deffein
Et par le rouge qu'elle apprête
Ranime fon vifage éteint.
Le coloris de votre teint
Ne doit rien à votre parure ,
Vous le tenez de la Nature:
Il coûte peu, fa beauté dure,
Et fon effet eft plus certain.
Devotre fexe, ô ma Thémire,
Vous raffemblez les agrémens ;
Mais vos goûts font bien différens :
L'on ne vous entend point médire
A tous propos , fur les paffans
Lâcher l'épigramme , puis rire.
L'on ne vous voit point fur les rangs
Parmi nos Belles étalées ,
Dans de fpacieuſes allées ,
Minauder d'un air dédaigneur ;-
Nile Petit- Maître ennuyeux
Lorgner votre aimable figure ,
Et dire d'un ton précieux
Elle n'eft pas mal , je vous jure !'
Thémire , vous aimez bien mieux
Tous les foirs fous le frais ombrage
Que procure le Maronnier
Avec la vive , le Tel
Jouir des momens du jeune âge,
Et déçem mnt vous égayer.
AOUST. 1763. 13
Tout à la fois heureufe & fage ,
Puiffiez -vous encore longtemps !
Goûter ces plaifirs innocens !
Il en eft , aimable Thémire ,
De plus parfaits , de plus touchans ,
L'amour par vos yeux les infpire ,
Et dans mon âme je les fens.
#1 Juillet 1763,
Vous de qui le charmant fourire
Enchante fans prétention ,
S. P ... fi mon léger crayon
Vous peint fous le nom de Thémire ,
Ce n'eft point une fiction.
De la plus naïve Bergère
Vous avez l'attrait féducteur ;
Sans que l'efprit commande au coeur
Vous avez le talent de plaires
Voilà tout l'art de la beauté :
Il ne vous manque en vérité ,
Que le corfet & la houlette .
Tandis que la vaine coquette ,
Sans ceffe un miroir à la main ,
Voit écouler chaque matin
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'étude de fa toilette ,
Place une mouche avec deffein
Et par le rouge qu'elle apprête
Ranime fon vifage éteint.
Le coloris de votre teint
Ne doit rien à votre parure ,
Vous le tenez de la Nature:
Il coûte peu, fa beauté dure,
Et fon effet eft plus certain.
Devotre fexe, ô ma Thémire,
Vous raffemblez les agrémens ;
Mais vos goûts font bien différens :
L'on ne vous entend point médire
A tous propos , fur les paffans
Lâcher l'épigramme , puis rire.
L'on ne vous voit point fur les rangs
Parmi nos Belles étalées ,
Dans de fpacieuſes allées ,
Minauder d'un air dédaigneur ;-
Nile Petit- Maître ennuyeux
Lorgner votre aimable figure ,
Et dire d'un ton précieux
Elle n'eft pas mal , je vous jure !'
Thémire , vous aimez bien mieux
Tous les foirs fous le frais ombrage
Que procure le Maronnier
Avec la vive , le Tel
Jouir des momens du jeune âge,
Et déçem mnt vous égayer.
AOUST. 1763. 13
Tout à la fois heureufe & fage ,
Puiffiez -vous encore longtemps !
Goûter ces plaifirs innocens !
Il en eft , aimable Thémire ,
De plus parfaits , de plus touchans ,
L'amour par vos yeux les infpire ,
Et dans mon âme je les fens.
#1 Juillet 1763,
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12124
p. 23-30
LES TOMBEAUX, ODE.
Début :
ENTRONS sous ces voutes antiques ; [...]
Mots clefs :
Affreux, Ombres, Tombeaux, Images, Parois, Fantômes, Imagination, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES TOMBEAUX, ODE.
LES TOMBEAUX ,
O. D. E.
ENTRONS fous ces voutes antiques ;
Lieux confacrés à la terreur.
Déferts affreux , fombres portiques ,
Pénétrez mon ame d'horreur !
C'eſt ton fouffle que je refpire ,
Mort , viens toi- même , prends ma lyre ,
J'attends ton inſpiration !-
Deïté des fombres rivages ,
Rempliffez de triftes images
Ma nore imagination.
24 MERCURE DE FRANCE.
+
Ciel ! quelles épaiſſes ténébres ,
• Regnent dans cet affreux cahos ,
Je ne vois qu'images funébres ,
Je n'apperçois que des tombeaux !
Fuyons ...fuis-je au fein du Ténare? ...
Ah! laiffe-moi, terreur barbare ,
Laiffe enfin refpirer mes fens ...
Mais non ... que l'horreur du Cocyte ,
Pénétre mon âme interdite ,
Et refpire dans mes accens.
Dans cette région terrible ,
Je vois les gouffres entrouverts ,
Ces antres où la Parque horrible
Traça la route des Enfers.
Du fond de ces tombes affreuſes ,
Sortez , fortez , ombres fameuſes ,
Reparoiffez à mes regards ? ...
Soufflez fur leur cendre flétrie ,
Ranimez- les Efprit de vie ,
Raflemblez leurs membres épars.
Qu'entends-je fur ces fombres rives,
Quelslugubres gémiſſemens ? ...
Ah ! je vois ces ombres plaintives
Sortir du creux des monumens.
Je vois leur troupe enſanglantée
Errer , & la terre humectée ,
Semble
AOUST. 1763. 250
Semble s'abreuver de leur fang .
Près de cette tombe fatale ,
Je vois le Héros de Pharfale
Avec un poignard dans le flanc !
Là Caron , l'exemple de Rome ,
Semble braver l'adverfité ,
Je crois voir encor ce grand homme,
Tomber avec la liberté ;
Je vois les entrailles fumantes ,
Que déchirent les mains fanglantes.
Je vois le foutien du Sénat ,
L'illuftre & malheureux Pompée ,
Héros dont la valeur trompée,
Tomba fous un lâche attcntat.
Quel objet affreux , quel phantôme
Marche fur les pas de Sylla ? ...
C'eſt l'odieux fleau de Rome ,
Le furieux Catilina.
Mort, dérobe-moi fon image ...
Je lis encor fur fon viſage.
Les traces de fa cruauté ...
Tombez , tombez , rochers énormes ,
Couvrez de vos débris informes
Ce monftre de l'humanité.
Parois à fha vue étonnée ,
Jouer infortuné du ſort ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Edipe , quoi ta deſtinée
Te pourfuit- elle après la mort ›
Ciel ! je vois fa main déchirée,.
De fa paupière maffacrée
Arracher les reftes ſanglans.
Les mânes des Thébains frémiſſent ,
Et ces rivages retentiffent
De leurs triſtes gémiſſemens.
Fuyez , images trop affreufes ..
Paroiffez illuftres Romains ,
Yous dont les âmes vertueuſes
Firent le bonheur des humains ;
Venez Trajan & Marc- Aurelle ,
Et toi dont la gloire immortelle
Doit fon éclat à tes vertus ,
Scipion yainqueur magnanime ,
Parois , & vous âme fublime ,
Généreux & tendre Titus,
Exempte du commun naufrage,
Oùvont fe perdre nos inſtans ,
La vertu ne craint point l'outrage
De la faulx rapide des temps ;
Après le fonge de la vie ,
Elle n'eft point anéantie.
Le trépas fixe fon deftin !
Non, mort , non , tu n'es point terribles
Je te verrois d'un ceil paifible ....
Tombeaux , ouvrez-moi votre fein !
A O UST. 1763 . 27
Puifque tous dans la même barque
Nous pafferons le fombre bord ,
Que m'importe-t-il que lá parqué
Avance ou retarde ma mort ?
Dans la profpérité riante ,
Du trépas la Faulx menaçante.
Nous paroît un objet affreux ;
Mais dans le fein de la difgrace ,
La mort hélas , ne nous retrace
Que la fin d'un fort malheureux.
A peine a-t-on vu la lumière ,
Qu'après ce douloureux mom ent
Il faut rentrer dans la pouffière,
Et dans l'oubli du monument..
O mort ! fi tel eft ton Empire
(
Et puifque tout ce qui refpire
Doit fuivre aveuglément tes pas ,
Tu n'es affreufe qu'au vulgaire ;
Viens me rendre au ſein de la Tèrre,
Frappe...Je ne recule pas....
Mais quelle puiffance m'entraîne
Loin de ces objets effrayans ? ..
Est -ce une illufion foudaine
Qui vient s'emparer de mes fens
Volé-je vers une autre Terre ? Defog
Un jour plus radieux m'éclaire { sto
Eft-ce un rêve délicieux nos olet •
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Non , ce n'eft point un vain délire !
Je fuis defcendu , dans l'empire
Où régnent les mânes heureux.
Quelles ombres majestueuſes
Errant au fond de ces vallons
Sur des lyres harmonieuſes
Méditent de doctes chansons ?
Toi que le monde entier révère
Je t'apperçois, divin Homère ,
Vêtu d'une robbe d'argent .
Deux Cignes déployant leurs aîles,
Vers les demeures immortelles
Traînent fon char étincelant.
Et toi dont la mufe facile
Soupiroit d'un ton fi touchant ,
Parois ici , tendre Virgile,
Divinité du Sentiment...
Il vient brillant comme l'aurore ,
t
Et d'une main il tient encore
Le foudre puiffant des Céfars ;
De l'autre il porte la houlette,
Et mêle au fon de fa muferte
Le terrible clairon de Mars,
Eft-ce le Dieu de l'harmonie
Qui rend ces magiques accords?
C'eft Pindare , enfant du génie,
Je le connois à fes tranfports.
AOUST. 1763: 29
"
Pouffé par le Dieu qui l'infpire ,
Súr fa mélodieufe lyre
Je le vois promener les doigts ;
A travers la noble pouffière ,
Il femble encor dans la carrière
Animer un char de fa voix.
O toi , victime de l'envie.
Ovide , chantre ingénieux ,.
Hélas ! ce monftre fur ta vie :
Répandit fon fiel dangereux ! ...
Vengez- le , noires Euménides ,
Venez de vos mains homicides
Déchirer ce ſpectre hideux ;
Enfer , reçois-le dans ton gouffre,
Engloutis dans un feu de fouffre ,
Ce perfécuteur odieux 1
Ici Properce , ici Tibulle,
Chantent encore les plaifirs.
Là du Luth galant de Catulle,
L'écho répéte les foupirs.
Je les vois dans le char des graces ,
Entraîner encor fur leurs traces ,
Les Héros & même les Dieux.
Horace d'une main hardie
Touchant la Lyre d'Aufonie,
Rend des fons plus majeſtueux.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
Je veux vous fuivre , ombres charmantes.
Ah ! j'envie un fort auffi doux...
Déja dans ces plaines riantes ,
Je crois errer auprès de vous.
Daignez recevoir mes hommages!
Affis dans ces heureux boccages ,
Je méditerai vós concerts ,
Ainfi s'élevant de fonaire ,
L'aiglon fous l'aile de fa mère ,
Apprend à planer dans les airs.
Vous fuyez, aimables phantômes....
N'eft-ce donc qu'un charme trompeur ?
Ah! tels fons les plaifirs des hommes ?
Ce n'est qu'une agréable erreur
Te n'embraffe plus qu'un nuage..
Imagination volage ,
Tu féduis mon facile coeur.
Faut- il que ce ne foit qu'un fonge ...
Mais j'ai jaui d'un doux menfonge ,
Et c'est là tout notre bonheur.
BRUNEAU , G. à Châteaurenault , 20 Juin 1763.
O. D. E.
ENTRONS fous ces voutes antiques ;
Lieux confacrés à la terreur.
Déferts affreux , fombres portiques ,
Pénétrez mon ame d'horreur !
C'eſt ton fouffle que je refpire ,
Mort , viens toi- même , prends ma lyre ,
J'attends ton inſpiration !-
Deïté des fombres rivages ,
Rempliffez de triftes images
Ma nore imagination.
24 MERCURE DE FRANCE.
+
Ciel ! quelles épaiſſes ténébres ,
• Regnent dans cet affreux cahos ,
Je ne vois qu'images funébres ,
Je n'apperçois que des tombeaux !
Fuyons ...fuis-je au fein du Ténare? ...
Ah! laiffe-moi, terreur barbare ,
Laiffe enfin refpirer mes fens ...
Mais non ... que l'horreur du Cocyte ,
Pénétre mon âme interdite ,
Et refpire dans mes accens.
Dans cette région terrible ,
Je vois les gouffres entrouverts ,
Ces antres où la Parque horrible
Traça la route des Enfers.
Du fond de ces tombes affreuſes ,
Sortez , fortez , ombres fameuſes ,
Reparoiffez à mes regards ? ...
Soufflez fur leur cendre flétrie ,
Ranimez- les Efprit de vie ,
Raflemblez leurs membres épars.
Qu'entends-je fur ces fombres rives,
Quelslugubres gémiſſemens ? ...
Ah ! je vois ces ombres plaintives
Sortir du creux des monumens.
Je vois leur troupe enſanglantée
Errer , & la terre humectée ,
Semble
AOUST. 1763. 250
Semble s'abreuver de leur fang .
Près de cette tombe fatale ,
Je vois le Héros de Pharfale
Avec un poignard dans le flanc !
Là Caron , l'exemple de Rome ,
Semble braver l'adverfité ,
Je crois voir encor ce grand homme,
Tomber avec la liberté ;
Je vois les entrailles fumantes ,
Que déchirent les mains fanglantes.
Je vois le foutien du Sénat ,
L'illuftre & malheureux Pompée ,
Héros dont la valeur trompée,
Tomba fous un lâche attcntat.
Quel objet affreux , quel phantôme
Marche fur les pas de Sylla ? ...
C'eſt l'odieux fleau de Rome ,
Le furieux Catilina.
Mort, dérobe-moi fon image ...
Je lis encor fur fon viſage.
Les traces de fa cruauté ...
Tombez , tombez , rochers énormes ,
Couvrez de vos débris informes
Ce monftre de l'humanité.
Parois à fha vue étonnée ,
Jouer infortuné du ſort ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Edipe , quoi ta deſtinée
Te pourfuit- elle après la mort ›
Ciel ! je vois fa main déchirée,.
De fa paupière maffacrée
Arracher les reftes ſanglans.
Les mânes des Thébains frémiſſent ,
Et ces rivages retentiffent
De leurs triſtes gémiſſemens.
Fuyez , images trop affreufes ..
Paroiffez illuftres Romains ,
Yous dont les âmes vertueuſes
Firent le bonheur des humains ;
Venez Trajan & Marc- Aurelle ,
Et toi dont la gloire immortelle
Doit fon éclat à tes vertus ,
Scipion yainqueur magnanime ,
Parois , & vous âme fublime ,
Généreux & tendre Titus,
Exempte du commun naufrage,
Oùvont fe perdre nos inſtans ,
La vertu ne craint point l'outrage
De la faulx rapide des temps ;
Après le fonge de la vie ,
Elle n'eft point anéantie.
Le trépas fixe fon deftin !
Non, mort , non , tu n'es point terribles
Je te verrois d'un ceil paifible ....
Tombeaux , ouvrez-moi votre fein !
A O UST. 1763 . 27
Puifque tous dans la même barque
Nous pafferons le fombre bord ,
Que m'importe-t-il que lá parqué
Avance ou retarde ma mort ?
Dans la profpérité riante ,
Du trépas la Faulx menaçante.
Nous paroît un objet affreux ;
Mais dans le fein de la difgrace ,
La mort hélas , ne nous retrace
Que la fin d'un fort malheureux.
A peine a-t-on vu la lumière ,
Qu'après ce douloureux mom ent
Il faut rentrer dans la pouffière,
Et dans l'oubli du monument..
O mort ! fi tel eft ton Empire
(
Et puifque tout ce qui refpire
Doit fuivre aveuglément tes pas ,
Tu n'es affreufe qu'au vulgaire ;
Viens me rendre au ſein de la Tèrre,
Frappe...Je ne recule pas....
Mais quelle puiffance m'entraîne
Loin de ces objets effrayans ? ..
Est -ce une illufion foudaine
Qui vient s'emparer de mes fens
Volé-je vers une autre Terre ? Defog
Un jour plus radieux m'éclaire { sto
Eft-ce un rêve délicieux nos olet •
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Non , ce n'eft point un vain délire !
Je fuis defcendu , dans l'empire
Où régnent les mânes heureux.
Quelles ombres majestueuſes
Errant au fond de ces vallons
Sur des lyres harmonieuſes
Méditent de doctes chansons ?
Toi que le monde entier révère
Je t'apperçois, divin Homère ,
Vêtu d'une robbe d'argent .
Deux Cignes déployant leurs aîles,
Vers les demeures immortelles
Traînent fon char étincelant.
Et toi dont la mufe facile
Soupiroit d'un ton fi touchant ,
Parois ici , tendre Virgile,
Divinité du Sentiment...
Il vient brillant comme l'aurore ,
t
Et d'une main il tient encore
Le foudre puiffant des Céfars ;
De l'autre il porte la houlette,
Et mêle au fon de fa muferte
Le terrible clairon de Mars,
Eft-ce le Dieu de l'harmonie
Qui rend ces magiques accords?
C'eft Pindare , enfant du génie,
Je le connois à fes tranfports.
AOUST. 1763: 29
"
Pouffé par le Dieu qui l'infpire ,
Súr fa mélodieufe lyre
Je le vois promener les doigts ;
A travers la noble pouffière ,
Il femble encor dans la carrière
Animer un char de fa voix.
O toi , victime de l'envie.
Ovide , chantre ingénieux ,.
Hélas ! ce monftre fur ta vie :
Répandit fon fiel dangereux ! ...
Vengez- le , noires Euménides ,
Venez de vos mains homicides
Déchirer ce ſpectre hideux ;
Enfer , reçois-le dans ton gouffre,
Engloutis dans un feu de fouffre ,
Ce perfécuteur odieux 1
Ici Properce , ici Tibulle,
Chantent encore les plaifirs.
Là du Luth galant de Catulle,
L'écho répéte les foupirs.
Je les vois dans le char des graces ,
Entraîner encor fur leurs traces ,
Les Héros & même les Dieux.
Horace d'une main hardie
Touchant la Lyre d'Aufonie,
Rend des fons plus majeſtueux.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
Je veux vous fuivre , ombres charmantes.
Ah ! j'envie un fort auffi doux...
Déja dans ces plaines riantes ,
Je crois errer auprès de vous.
Daignez recevoir mes hommages!
Affis dans ces heureux boccages ,
Je méditerai vós concerts ,
Ainfi s'élevant de fonaire ,
L'aiglon fous l'aile de fa mère ,
Apprend à planer dans les airs.
Vous fuyez, aimables phantômes....
N'eft-ce donc qu'un charme trompeur ?
Ah! tels fons les plaifirs des hommes ?
Ce n'est qu'une agréable erreur
Te n'embraffe plus qu'un nuage..
Imagination volage ,
Tu féduis mon facile coeur.
Faut- il que ce ne foit qu'un fonge ...
Mais j'ai jaui d'un doux menfonge ,
Et c'est là tout notre bonheur.
BRUNEAU , G. à Châteaurenault , 20 Juin 1763.
Fermer
12125
p. 31
LE FINANCIER, FABLE.
Début :
NÉCESSITÉ n'a point de loi. [...]
Mots clefs :
Financier, Nécessité, Emploi, Talent, Chance, Opulence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE FINANCIER, FABLE.
LE
FINANCIER ,
FABLE.
NECESSITÉ n'a point de loi.
Certain manant dans la Finance
Accrocha n'aguere un emploi ;
Il n'eft talent de plus heureuſe chance ;
En moins de rien il fut dans l'opulence ;
Sur les moyens on garde le filence...
Néceffité n'a point de loi.
FINANCIER ,
FABLE.
NECESSITÉ n'a point de loi.
Certain manant dans la Finance
Accrocha n'aguere un emploi ;
Il n'eft talent de plus heureuſe chance ;
En moins de rien il fut dans l'opulence ;
Sur les moyens on garde le filence...
Néceffité n'a point de loi.
Fermer
12126
p. 31-56
L'ÉTONNEMENT RÉCIPROQUE. NOUVELLE ORIENTALE.
Début :
CHAQUE Peuple a ses usages particuliers, les croit excellens, & trouve [...]
Mots clefs :
Vieillard, Gouverneur, Usage, Amour, Perse, Étonnement, Réciproque, Bonheur, Asile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ÉTONNEMENT RÉCIPROQUE. NOUVELLE ORIENTALE.
L'ÉTONNEMENT RÉCIPROQUE,
NOUVELLE ORIENTALE,
CHAQUE Peuple a fes uſages particuliers
, les croit excellens , & trouve
bifarres ceux des autres Nations , qui ,
de leur côté , lui rendent bien la pareille.
On a peint Démocrite occupé à rire des
défauts de fes femblables ; on pourroit
repréfenter chaque Nation occupée à
fe moquer de toutes les autres . Le climat
& la politique influent fur cette prévention
réciproque. Peut-être même eft -il
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
néceffaire que l'Habitant de la Nigritie
éprouve à l'afpe&t d'un Européen la
même répugnance qu'il infpire à ce dernier;
que l'Iroquois s'applaudiffe de ſa
rufticité & le Chinois de fes révérences ;
que l'Italien foit rufé , l'Allemand fimple
, l'Eſpagnol grave , le François gai ,
l'Anglois fombre , le Hollandois plus
fage & plus fin qu'eux tous. Prèfque
toujours le jeu d'une machine dépend de
l'oppofition de fes parties & l'éclat d'un
tableau de la variété de fes couleurs.
L'exceffive liberté dont jouiffent les
femmes parmi nous a fes inconvéniens ;
mais ils ne méritent pas qu'on préfére de
trouver en elles des efclaves au lieu de
compagnes. Ajoutez que toutes les précautions
afiatiques ne font pas toujours
efficaces. Il feroit, cependant , bien difficile
de les porter plus loin . Une femme,
dans tout l'Orient & furtout en Perfè ,
n'eft vifible que pour fon mari ; une fille
, ne l'eft pour aucun homme , pas même
pour celui qui l'époufe. Ce n'eft , dis-je,
qu'après en avoir fait fa femme , qu'il
peut juger de fa laideur ou de fa beauté.
De-là naît pour l'ordinaire d'un & d'autre
côté une furpriſe agréable ou douloureufe.
Voici un exemple où l'étonnement
fut extrême des deux parts.
AOUST. 1763 . 33
-
Un vieillard Perfan , noble d'origine ,
mais déchu d'une haute fortune , habitoit
une demeure ifolée & de la plus modefte
apparence. Là fe trouvoient en
même temps la femme & la fille de fon
fils unique. Pour ce dernier , il fervoit
dans l'armée Perfanne , en qualité d'Officier
très fubalterne & fous un nom
emprunté. Celui que portoit fon père
dans fa retraite l'étoit également ! Des
raifons de politique & de prudence les
obligeoient d'en ufer ainfi l'un & l'autre.
Tous deux avoient encouru la difgrace
du Souverain fans l'avoir méritée , &
tous deux attendoient que l'inconftance
de la Cour & des événemens leur rendît
ce qu'elle leur avoit fait perdre.
Aboutaher ( c'eft le nom fuppofé du
Vieillard ) ne jouit même pas d'un entier
repos dans fa folitude. A la Cour un
Grand eft exposé aux bourafques : en
Province un homme obfcur l'eſt encore
plus aux vexations. Aboutaher en avoit
déja effayé plus d'une de la part du Be
gler- Beg , ou Gouverneur de Ba& rianne;
& pour furcroît d'affliction , il fe vit
forcé d'aller s'en plaindre à lui- même. Il
attendoit peu de fuccès d'une pareille
démarche. N'ai - je pas , difoit-il chemin
faifant, n'ai je pas moi - même été Bégle-
By
34 MERCURE DE FRANCE .
Beg ? N'ai- je pas cherché à faire le bien
du Prince & des Sujets ? Nai - je pas été
équitable ? N'ai -je pas été déplacé ? Eftil
jufte d'exiger que le Gouverneur de la
Bactrianne fe moule fur une conduite
qui m'a fi peu réuffi ?
Il n'étoit plus qu'à deux lieues de la
réfidence de ce Commandant , lorsqu'il
fut abordé par un Coulomcha , ou Meffager
du Roi de Perfe . Un Coulomcha
n'eft pas unfimple courier : c'eft un jeune
homme de diftinction attaché à la
perfonne du Monarque , à - peu - près
fur le même pied qu'un Gentilhomme
ordinaire l'eft en France. Ces fortes de
Meffagers ne font jamais chargés que de
commiffions graves : mais une circonftance
rend cet emploi très-pénible. C'eft
qu'en Perfe , où l'on prétend que les
Poltes furent inftituées par Cyrus , il ne
refte aucunes traces de cette inftitution.
Il eft vrai que dans ce pays un Meffager
Royal eft autorifé à démonter les
paffans qu'il rencontre . Le Coulomcha
dont il s'agit avoit ufé plus d'une fois de
fon privilége depuis fon départ d'Hifpahan
. Mais il étoit à pied lorfqu'il joignit
Aboutaher qui montoit un fort bon cheval
arabe . Le fage vieillard voulut en
defcendre. Il avoit reconnu d'abord
AOUST. 1763. 35
T'emploi du jeune Gentilhomme à fon
éxterieur ; il alloit céder à l'ufage. Le
Coulomcha l'ayant fixé , lui trouva l'air fi
vénérable & fi impofant , qu'il fe fentit
ému de refpect. Non , lui dit-il , mon
pére , non je n'uferai point contre vous
d'un privilége tyrannique. Ce feroit
joindre la barbarie à l'injustice. Daignez
feulement fatisfaire ma curiofité. Habitez-
vous la Ville prochaine , où quelques
affaires vous y conduifent- elles ?
Je pofféde fi peu de chofe , reprit le vieillard
, queje devrois être exempt de toute
efpéce d'affaires. Cependant , le peu qui
m'appartient m'eft envié. Un dévot , qui
me hait , & qui peut tout fur l'efprit du
Gouverneur , prétend me dépouiller de
mon foible patrimoine fours prétexte d'y
faire conſtruire un Hôpital en faveur des
pauvres de ce canton . Le principal dédommagement
qui m'eft offert feroit d'y
être admis comme les autres.... Voilà
une abominable injuſtice , interrompit le
jeune Perfan ;je vous jure par le gendre
du Prophête , qu'elle ne fera point effectuée
. J'ai quelque crédit auprès du Gouverneur
, & d'ailleurs , j'ai un moyen
sûr pour m'en faire écouter . Soyez perfuadé
que votre Adverfaire ne fera point
preuve de charité à vos dépens .
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Ils porterent la converfation beaucoup
plus loin , & elle les conduifit jufqu'à
la réfidence du Bégler-beg. A peine le
Coulomcha fe fut-il acquitté de fa principale
commiffion qu'il s'occupa des intérêts
d'Aboutaher. Il le préfenta au
Gouverneur qui parut ne l'écouter
qu'avec peine , ajoutant qu'un homme
auffi pieux que l'étoit fon adverfaire ,
ne pouvoit avoir que des vues louables.
Ce Gouverneur fe piquoit lui-même de
dévotion autant que d'avarice. Il n'ordonnoit
jamais de concuffions que l'alcoran
à la main .
Le jeune Perfan , qui le connoiffoit ,
fit figne au vieillard ne pas infifter . Celui
- ci fe retira comme ils en étoient
convenus. Alors Séfi , c'eft le nom du
Coulomcha , réitera fes inftances auprès
du Gouverneur , & en vint à l'argument
"qu'il fçavoit bien devoir être décifif. II
lui revenoit , felon l'ufage , un préſent
confidérable pour fa courfe , & c'étoit
au Bégler - beg à lui faire ce préfent.
Il lui fit entendre qu'il y renonceroit
volontiers fi Aboutaher obtenoit juſtice.
L'avare Gouverneur faifit avidement
cette propofition . Il décida qu'en effet
le dévot Mufulman portoit le zéle un
peu trop loin. Aboutaher fut maintenu
AOUST. 1763. 37
dans ce qu'il poffédoit , & le Bégler-beg
y eût même ajouté quelques poffeffions
d'autrui , fi on l'eût exigé.
Séfi courut rejoindre fon protégé qui
l'engagea à venir au moins vifiter l'hermitage
qu'il lui confervoit. Le jeune
Perfan y confentit , n'ayant nul motif
de preffer fon retour à Ifpahan. Ils partent
deux jours après , & au bout d'environ
douze heures de marche , ils touchoient
à l'habitation du vieillard . Ce dernier
en faifoit un modefte détail à Séfi , &
le prioit de mettre à l'écart toute idée
de magnificence , & de fomptuofité.
Mais quelle fut la défolation d'Aboutaher
, en voyant tout-à - coup une partie
de fa maifon en flammes ? Ah ,
chere Fatime ! Ah , chere Péhri ! s'écriat-
il , qu'allez -vous devenir ? Qui vous
arrachera au péril qui vous menace ?
Hélas ! peut -être en êtes-vous déja les
victimes ?
Séfi ne lui demanda point ce que
fignifioit ce difcours . Il part avec toute
la vîteffe du cheval qu'il montoit , arrive
en un inftant à la demeure du vieillard
, & trouve un Efclave qui fe défefpéroit.
Il entend des cris lamentables
& qui fembloient fortir du fein des
38 MERCURE DE FRANCE.
flammes. Il demande à l'esclave Par où
il eft poffible de pénétrer dans l'édifice
embrafé. Ah , Seigneur ! lui répondit
I'Efclave , j'aurois déja effayé d'en tirer
Fatime & Pehri ; mais , hélas ! Je në
fuis point Eunuque , & fi malheureuſement
vous ne l'êtes pas vous -même ...
Séfi, fans répondre à ce ridicule pro→
pos , s'empare d'une maffue , enfonce
l'unique porte de ce Bâtiment qui pour
furcroît d'embarras fe trouvoit fermé ,
paffe à travers la fumée & les feux , &
pénétre jufques dans une chambre où
Fatime , Pehri , & une vieille Efclave
n'attendoient que la mort. Déja même
·les deux premieres étoient évanouies.
Séfi s'empare de celle que d'abord le
hazard lui préfente : c'étoit Pehri. Il
l'emporte à force de bras jufques dans la
cour , & la remet entre les mains d'Aboytaher
qui dans l'inftant arrivoit . Il
retourne au fecours de Fatime , & la délivre
avec le même bonheur , mais non,
fans un extrême danger pour lui -même.
Ce qui ne l'empêcha pas de vouloir s'y
expofer une troifiéme fois. Son but étoit
de fecourir la vieille Efclave : mais la
chute d'une partie du bâtiment l'empêcha
de pénétrer juſqu'à elle. Il en fut au
1
AOUST. 1763. 39
défefpoir, tant fa générofité étoit pure &
défintéreffée .
Séfi n'étoit pas moins réfervé que
généreux. Il s'étoit bien apperçu en fecourant
Péhri qu'il portoit dans fes bras
une des plus belles perfonnes de l'Orient ;
elle étoit même alors dans un défordre
qui mettoit bien des beautés dans leur
jour. Séfi fe rappelloit avec tranſport
ce qu'il en avoit apperçu . Cependant ,
ne jugeant plus fa préfence abfolument
néceffaire , il fe tenoit modeftement à
l'écart . Il n'en étoit pas ainfi de l'Eſclave
d'Aboutaher : la fin du péril avoit mis fin
à fes fcrupules , & il aidoit fon Maître à
rappeller Fatime & Pehri de leur évanouiffement.
Elles ouvrirent les yeux
l'une & l'autre ; mais le danger qu'elles
avoient couru leur étoit encore fi préfent
qu'elles doutoient de leur existence . Ah !
leur dit le vieillard , en les baignant de
fes larmes, votre furpriſe eft bien légitime
: c'étoit fait de vous fans l'arrivée
du plus généreux de tous les hommes.
Il vous a fauvé la vie en s'expofant à une
mort prèfque certaine & en s'y expofant
à plus d'un reprife. Alors ab leur détailla ,
en peu de mots , ce que Sefi avoit fait
pour elles , & même ce qu'il avoit fait
pour lui.
40 MERCURE DE FRANCE.
:
Il en faut moins pour piquer la curio
fité de deux femmes à qui la vue de
tout homme étranger eft abfolument
interdite. Aboutaher crut pouvoir déroger
à cet ufage en faveur de Séfi. D'ailleurs,
il n'avoit prèfque plus la liberté du choix.
L'appartement des femmes étoit entierement
incendié. Il falloit donc qu'elles
habitaffent le fien , qui heureuſement
étoit à l'abri des flammes , n'ayant nulle
forte de communication avec l'autre.
Ainfi , le vieillard , courant autant qu'il
le pouvoit , à Séfi , l'invita à s'approcher
de celles qui tenoient de lui un nouvel
être. A cette propofition Séft éprouva
un doux faififfement qui lui ôta la liberté
de répondre. Mais fon filence n'avoit
rien qui pût faire foupçonner un refus ;
il s'avançoit même fans prèſque s'en appercevoir,
& beaucoup plus vite que
fon introducteur , vers la falle où Fatime
& Péhril'attendoient. Il les aborde avec
un trouble que la jeune Péhri partageoit
d'avance , & qui redoubla lorſqu'elle
l'eut envisagé.
Péhri n'avoit guères que treize ans ;
mais dans ces contrées , cet âge fuffit
au beau fexe pour fentir qu'il eft en état
de plaire & pour le faire fentir à d'autres .
Séfi l'éprouvoit. Il eût également pû voir
AOUST. 1763 : 41
dans Fatime ( qui le regardoit auffi malgré
l'ufage oriental ) il eût , dis-je , pû
trouver en elle un objet capable de faire.
diverfion aux charmes de fa fille : elle
étoit encore dans la fleur de la jeuneffe
& de la beauté. Mais Séfi étoit lui- même
trop jeune pour divifer fon hommage ,
quand même Fatime & Péhri n'euffent
été que des rivales ordinaires. Il eft un
âge où le coeur devient l'efclave du premier
coup d'oeil & ne fonge ni à rompre
fes fers , ni à les étendre.
Quelques jours s'écoulerent d'une
manière très - agréable pour le jeune cou
ple , à qui la circonftance permettoit de
s'entretenir librement . Séfi rendoit grâ--
ces à l'accident qui les réuniffoit , &
Pehri ne s'en affligeoit plus. Quant au
Vieillard , il fongeoit à le réparer.. Il
foupçonnoit , intérieurement , la caufe
de cet incendie , & fes foupçons étoient
fondés . Le pieux Perfan dont il a déja
été parlé , inftruit que le Gouverneur
ceffoit d'entrer dans fes vues charitables
, avoit crû devoir fe permettre un
petit mal pour un grand bien . En conféquence
il donna ordre à un de fes
Efclaves de brûler la maifon qu'il ne
pouvoit envahir. Peut- être , difoit -il ,
brûlerons-nous , en même temps . trois
42 MERCURE DE FRANCE.
ou quatre perfonnes ; mais mon Hôpital
en fera vivre cent , & tout bien
compté la maffe des Humains gagne
à ce calcul.
&
Il y avoit fujet de croire que cet
événement jettoit Aboutaher dans plus
d'une forte d'embarras, Séfi rêvoit aux
moyens de lui faire accepter des fecours.
Il étoit partagé entre la difficulté
de les lui offrir & la crainte d'être
refufé. Il le fut en effet : Aboutaher
lui dit que fa fortune , quoique bornée ,
le mettoit en état de rétablir ce que
le feu avoit détruit . Mais il n'en admiroit
pas moins la conftante générofité
du jeune Perfan. Il regrettoit de ne
pouvoir le fixer dans fa retraite
Penvioit à la Cour fi peu digne de le
pofféder. Il falloit cependant que Séfi
en reprît bientôt le chemin ; fon devoir
l'y rappelloit fon penchant luttoit
contre ce devoir. Il eut encore divers
entretiens avec Péhry, & tous deux
s'enflâmoient de plus en plus , & tous
deux remercioient le hazard de les avoir
affranchis des entraves de l'étiquette .
Ufage barbare & ridicule ! s'écrioit
Séfi , tu nous contrains d'époufer un
objet qui nous ignore & que nous
ignorons : tu fais du lien le plus refAOUST.
1763. 43
pectable un jeu de hazard qui fouvent
ne fatisfait aucunes des deux parties !
Ah ! du moins , j'ai vu dans Péhry celle
qui doit me rendre heureux notre
union fera le fruit d'un choix éclairé
notre choix le fruit d'un penchant réciproque
& qui ne peut plus s'accroître ;
qui, fur-tout, ne pourra jamais diminuer.
On voit par ce difcours le but que fe
propofoit Sefi. Mais il n'y pouvoit parvenir
qu'après avoir quitté l'emploi qui
l'attachoit & le captivoit à la Cour.
Une femme , une Efclave même lui étoit
interdite par le Souverain . Il informa de
fes projets , & Pehry qui les trouva merveilleux
, & Aboutaher , qui en jugea
tout autrement . Le fage Vieillard l'exhorta
vivement à ne rien précipiter. A
votre âge , lui difoit-il , on doit , furtout
, ménager la faveur de fon Maître ;
il eft plus facile d'être Courtifan que
Philofophe.
Séfi , qui dans ce moment , n'étoit
qu'amoureux , fut peu ébranlé par ce
difcours . Pehry n'étoit pas mieux d'ac
cord fur ce point avec fon Ayeul. Ce
jeune couple prêt à fe féparer n'y fongeoit
qu'avec frémiffement. Il fallut
néanmoins s'y réfoudre. Il fallut mettre
fin à une fituation d'autant plus fla44
MERCURE DE FRANCE.
reufe , qu'elle étoit fans exemple dans
toute la contrée. Mais ce n'étoit point
cette fingularité que Seft regrettoit ;
c'étoit la chofe même . Ses larmes coùloient
abondamment. Pélry cachoit
une partie de fa douleur ; Aboutaler
pleuroit de tendreffe, & Fatime fans bien
pouvoir fe dire à elle - même pourquoi.
De retour à Ifpahan , Sefi fe difpofoit
à effectuer fon deffein , à quitter une
place qui afferviffort jufqu'à fon âme.
Une révolution fubite le retint à la
Cour . L'autorité & même la perfonne
du Monarque étoient menacés ;
dès-lors Séfi ne fongea plus qu'à défendre
l'une & l'autre. Il avoit été prêt
d'immoler toute ambition à l'amour
it fit céder ce même amour au devoir .
L'ennemi qu'il falloit combattre & repouffer
étoit le célébre Thomas Kouli-
Kan , ennemi d'autant plus à craindre,
qu'il ofoit tout , & qu'il joignoit une
politique profonde au courage le plus
déterminé. Ce qui achevoit de le rendre
formidable , c'eft que le Prince qu'il
vouloit fupplanter , n'avoit aucune de
ces qualités , & ignoroit jufqu'à l'art
de paroître les avoir.
On fait que l'Ufurpateur mit le comblé
aux attentats , & vit fon ambition
A O UST. 1763. 43
couronnée. Tout , cependant , ne fléchit
pas fous lui d'abord , & Séfi fe diftingua
parmi ceux qui réfifterent le
mieux & le plus longtemps . Son père lui
en eût donné l'exemple s'il avoit eu befoin
de modèle. Thamas qui avoit luimême
trop de courage pour ne pas eftimer
cette vertu dans autrui , n'épargna
rien pour s'attacher deux Sujets fi braves
& fi fidéles . Toute la Perfe étant alors
foumife & tranquille , ni l'un ni l'autre
n'avoient deffein d'exciter de nouveaux
troubles. Mais aucun des deux ne voulut
fe fixer à la Cour du Tyran , ni prendre
parti dans fes armées. Cependant il
ordonna que leurs biens qu'il avoit fait
confifquer , leur fuffent rendus. Ce n'étoit
point le feul exemple de modération
qu'il eût donnéjufqu'alors . Il affectoit ,
furtout , de réparer certaines injuftices
que fon prédéceffeur avoit commifes ,
ou laiffé commettre . Plus d'un Grand
dépouillé de fes Domaines par ce malheureux
Prince , en avoit été remis en
poffeffion par Thamas. Tant il eſt vrai
que dans un Souverain , la politique fupplée
quelquefois à la vertu & peut même
briller d'un éclat fupérieur.
Seft devenu libre , retourne en diligence
vers la retraite où le conduifoient
46 MERCURE DE FRANCE.
l'amour & l'amitié. Dépuis deux ans &
plus , qu'il avoit quitté ce féjour , il
ignoroit le fort des perfonnes qui l'habitoient.
Il voyoit fur fa route les défaftres
occafionnés par la guerre civile : il
craignoit que ces ravages ne fe fuffent
étendus jufques fur l'afyle de Péhry ; &
dans quel trouble cette idée ne le plongeoit-
elle pas ? Ce fut bien pis lorfqu'arrivé
fur les lieux mêmes , il n'y trouva
que des reftes de mafures abfolument
inhabitées ! Il faut avoir aimé , ou pour
mieux dire , il faut aimer pour la prez
mière fois , & aimer en Afiatique , pour
concevoir ce qu'éprouva Séfi à ce déplorable
aspect. Il parcourt , en homme
égaré tout le canton , s'informe de ce
qui peut concerner Aboutaher , n'apprend
rien de pofitif & retourne vingt
fois questionner une même perfonne.
Tout ce qu'on lui affirme c'est que
les troupes de Thamas ont habité &
ravagé ce pays, Mais on ignore fi le
vieillard qu'il y cherche ne l'avoit pas
quitté lui-même avant leur arrivée : incertitude
qui redoubloit l'agitation de
Séfi.
Tout ce que la jaloufie , fi naturelle
aux Orientaux , a de plus accablant &
AOUST. 1763. 47
de plus cruel , s'emparoit malgré lui de
fon âme. Tantôt il fe repréfentoit Péhri
au pouvoir de quelque Officier féroce ;
tantôt il fe la figuroit au milieu du Sérail
de l'Ufurpateur , gémiffant fur fon triſte
efclavage ; & ( ce qui lui fembloit beau,
coup plus affreux ) ! Peut -être n'en gémiffant
plus. Il fe réfout à parcourir toute
la Perfe ; va de Province en Province ,
de Ville en Ville , s'arrête fur-tout , dans
les lieux écartés , parle d'Aboutaher à
tous les humains qu'il rencontre , &
voit , avec défefpoir , que ce nom eſt
par- tout ignoré. Un an s'écoule dans ces
recherches fuperflues ; après quoi Séfi
vient retrouver fon père , auffi accablé
de fa longue abfence , que lui-même
l'étoit de celle de Péhri.
:
L'extrême affliction exige un confident
c'est un moyen prefque sûr de
la rendre fupportable, Mais il eft rare
de confier certaines foibleffes à un Vieillard
, & , furtout , à fon propre Père.
Il est encore rare que ce même Père
goûte cet aveu. Séfi dans la néceffité
où il étoit de fe plaindre , ne fit pas cette
réflexion & s'en trouva bien. D'ailleurs
l'amour eft regardé en Afie moins com
me une foibleffe que comme un befoin.
Le Père de Séfi à qui ce befoin s'étois
48 MERCURE DE FRANCE.
fait fentir autrefois , ne trouva point
étrange que fon fils l'éprouvât à fon
tour. Je te plains , lui dit- il, d'avoir perdu
cette Beauté dont tu me parles & qui
devoit t'aimer , vù ton age , ton extétérieur
& furtout la fingularité de l'aventure.
Il n'eft qu'un moyen de réparer
ce malheur , c'eft d'époufer une
femme affez belle pour te faire oublier
celle que tu regrettes ; & fi ce reméde
ne fuffit pas , d'y joindre quelques jolies
Efclaves. Il feroit fingulier qu'aucune
d'entre elles ne pût faire diverfion à
ta douleur . En tout cas fi l'objet qui
la caufe t'eft rendu quelque jour , il
te fera libre de l'époufer auffi . Le Prophête
a pourvu à ces fortes d'inconvéniens.
Ce difcours qui eût pu confoler un
Européen , fur-tout un François ; ne fit
que gliffer fur notre Afiatique. Cependant
, comme il n'eft guères poffible de
réfifter perpétuellement à des avis de
cette nature , Séfi fe laiffa vaincre. Mais
ce ne fut qu'après avoir lutté encore fix
mois & fait faire de nouvelles & inutiles
recherches d'Aboutaher & de fa famille.
Perfuadé , enfin , qu'il en étoit privé
pour jamais , il fit ce qu'exigeoit fon
père ; c'eft-à-dire qu'ayant chargé un ·
Procureur
AOUST. 1763. 49
Procureur d'époufer en fon nom , & par
le miniftere d'un autre Procureur , une
fille que ni l'un ni l'autre n'avoient jamais
vue & ne devoient jamais voir , une
fille qu'il ne connoiffoit pas lui- même ,
il avoit confenti qu'elle lui fût enfuite
amenée pour ne la voir en face qu'après
le temps fixé par l'ufage. Il la connoiffoit
, au furplus , pour la fille d'un Noble
Perfan qui habitoit le même canton que
lui , & avec qui fon père s'étoit fort lié
durant fon abfence.
Les dix jours de fêtes & de divertiffement
, fixés par la coutume , étant expirés
, la nouvelle époufe fut conduite en
pompe , mais durant la nuit , chez fon
époux , qui l'attendoit fans impatience.
Elle étoit voilée de manière qu'en
plein midi elle n'eût pas même foupçonné
qu'il fit jour. Des femmes deftinées
à la fervir , l'introduifirent dans
l'appartement qui lui eft réſervé. Elles
en fortent quand Séfi eft fuppofè prêt à
s'y rendre ; mais elles n'y laiffent aucune
lumière , & lui-même n'eft pas en droit
d'y en introduire. L'ufage le condamne
à ne voir ni à n'être vu cette première
nuit. Il entre , moins occupé de l'objet
qu'il va trouver, que de celui qu'il a perdu.
Il eft furpris d'entendre des foupirs &
C
50 MERCURE DE FRANCE.
des fanglots. Il ne peut douter de qui ils
Iartent,& cette fingularité réveille & fixe
fon attention. Il reconnoît bien- tôt que
ces fangots & ces foupirs ne font point
fimulés. Ils lui fervent de guide pour
s'approcher de fa jeune époufe. Hé quoi ,
Madame ? lui dit- il , comment dois- je
interpréter ces marques de douleur ?
Eft- ce par contrainte que vous vous
donnez à moi? Je n'exige point un pareil
facrifice .
2
L'accordée ne répondit rien , & ce filence
vouloit déjà dire beaucoup. De
grace, Madame, reprit Séfi, daignez me
répondre avec confiance & fans aucun
détour ? Peut-être aurai - je moi - même
quelque autre aveu à vous faire , Ah
Seigneur lui dit- elle ; en pleurant &
foupirant toujours , mes larmes pourroient-
elles vous outrager ? Invifible à
vos yeux comme vous l'êtes aux miens
tous deux inconnus l'un à l'autre, nous ne
pouvons encore ni nous aimer , ni nous
haïr. Peut- être en vous époufant , m'uniffé-
je à l'homme le plus parfait de
toute l'Afie. Mais , Seigneur , pardonnez
..... Elle n'en put dire davantage ;
fes fanglots la fuffoquerent de nouveau..
Séfi , que la douceur & le charme de fa
voix venoient d'affecter fingulièrement,
2
AOUST. 1763.
frémit de l'état où cette jeune perfonne
étoit réduite. Raffurez-vous , Madame ,
lui dit-il , d'un ton attendri , vous n'êtes
pas tombée entre les mains d'un barbare.
Il faudroit l'être pour abufer de votre
fituation . Je refpecterai vos fentimens &
vos regrets . Je fais par moi- même ce
qu'un premier penchant .... Mais encore
une fois , ne refufez point votre
confiance à celui qui en veut être digne
par fa franchiſe & fon équité.
Hé bien , Seigneur ! reprit-elle , d'un
ton de voix mal affuré , je vais vous faire
l'aveu d'une foibleffe que je crois excufable
& qui peut-être , vous paroîtra
légitime . Je garde encore le fouvenir de
quelqu'un à qui je dois le jour , de quelqu'un
qui pour me fauver la vie ofa
s'expofer à une mort prèfque inévitable ;
mais qui me laiffe en proie à des chagrins
plus cruels que la mort qu'il m'a
épargnée !
O ciel , s'écria Séfi , étonné du rapport
qu'il y avoit dans cette avanture &
ce qui lui étoit arrivé à lui-même;ô ciel ! ...
Mais , Madamė , reprit-il , en s'interrompant
, votre nom n'eft -il pas Zulphi ? .....
Oui, Seigneur, & c'eft auffi le nom que
portent men père & mon ayeul
Quoi ! jufqu'à fon ayeul ! difoit trif
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
tement Séfi , en fongeant à Aboutaher ;
mes efpérances ont été bientôt détruites....
N'imparte , voyons jufqu'où le
hazard peut porter la reffemblance dans
des événemens oppofés. Madame
qu'eft devenu ce libérateur qui caufe
aujourd'hui votre défefpoir ?
Mon défefpoir eft de l'ignorer, ajouta
la jeune époufe. Les événemens qui viennent
de déchirer la Perfe ont , fans.
doute , éloigné de lui toute autre idée :
peut-être a-t-il fait céder l'amour à l'ambition
; peut-être n'a-t-il jamais bien
connu l'amour.
Autre point de conformité, difoit Séfi
intérieurement : l'aimable Péhria , fans
doute , les mêmes foupçons à mon
égard , & a , peut-être , fubi la même
épreuve que celle qui me parle en cet .
inftant. Mais hélas ! fes pleurs aurontils
été refpectés ? ... Quoi qu'il en puiffe
être , je ferai généreux ; je mériterai
qu'on le foit , ou qu'on ait dû l'être envers
Pehri. Madame , ajouta-t- il , en
élevant la voix , votre deftinée & la
mienne ont entr'elles un rapport qui
m'étonne. Votre coeur n'eft plus à vous
le mien n'eft plus à moi . Vous regrettez
un amant qui vous fauva la vie ; j'eus le
bonheur de la fauver à la Beauté que je
AOUST. 1763. 53Ⓡ
regrette. Vous ignorez la deftinée de
l'un ; j'ignore celle de l'autre . Vous
foupçonnez votre amant d'inconſtance ;
j'ai les mêmes foupçons envers ma maîtreffe
, & elle peut - être envers moi :
Vous aimez encore , même en craignant
d'être oubliée ; je conferve un amour
tout femblable , en craignant un pareil
oubli . Nos âmes étoient faites pour fe
rencontrer ; c'est dommage que le hafard
ait dérangé leur cours. Mais , Ma
dame , je le répéte , je ne prétends point
tyrannifer la vôtre. Je vous admire & fuis
prêt à renoncer à vous , à vous rendre à
vous-même , puifque vous ne fauriez
être à moi volontairement.
Ah , Seigneur ! interrompit la jeune
Perfane extrêmement émue d'un procédé
fi généreux , & agitée d'un mouvement
qui l'étonnoit & qu'elle n'eût pû
définir , ah Seigneur ! je n'ai fait que
ceder aux ordres abfolus de mon père ;'
mais vous méritez un coeur uniquement
à vous & qu'aucun autre objet n'eût
prévenu d'abord .
Hé bien , Madame , ajouta Séfi , j'entrevois
un moyen de vous conferver à
votre amant & de prévenir les empor-.
temens d'un père irrité. Reftez avec
moi ; ces lieux feront déformais pour-
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
vous un afyle inviolable , un afyle que
je regarderai moi- même comme facré.
Daignez , du moins , achever de rendre
votre confident celui qui confent à
n'être votre époux que de nom . Le rapport
de votre fituation avec la mienne
rend cette curiofité légitime , & certain
mouvement que je ne puis exprimer , la
rend indifpenfable .
Alors. Zulphi détailla ce qu'elle n'avoit
fait qu'indiquer & à chaque mot
Séfi redoubloit d'attention & d'étonnement.
Mais quand après certains détails
préliminaires , Zulphi en vint à citer,
la retraite où elle avoit vécu avec ſon
ayeul & fa mère , l'incendie où l'une
& l'autre s'étoient vues prêtes à périr ,
le fecours qu'elles avoient recu d'un
jeune , Courtifan , fon féjour dans leur
afyle commun , & enfin fon départ qui
tira encore des larmes de Zulphi , elle
fut interrompue par un grand cri que
pouffa l'Epoux confident. Elle frémit ,
& cut l'avoir offenfé , d'autant plus
qu'il l'avoit quittée avec précipitation ,
Mais il étoit allé donner une libre entrée
au jour qui commençoit à paroître .
La jeune Perfane fit un mouvement
pour courir à fon voile. Arrêtez lui
cria fon Epoux bien réfolu d'en pren
AOUST. 1763. 55
dre dès ce moment le titre & les droits
arrêtez, aimable Pêhry ! Ce ' nom lui fit -
lever les yeux vers celui qui le prononçoit.
Ciel ! c'eft lui ! s'écria- t- elle , c'eſt
Séfi ! ... lui- même , reprit- il ; celui à
qui vous donniez des larmes , celui à
qui vous en avez tant coûté. Mais Péhry
n'entendit point ces paroles ; elle
étoit évanouié dans fes bras.
Revenue à elle , tout ce qu'elle
voyoit lui parut un fonge. Mais ce doute
ne pouvoit pas long-temps fubfifter .
Vouloir exprimer les plaifirs & l'extrême
fatisfaction de ce jeune couple
feroit trop entreprendre. Heureufe la
main qui excelle à peindre ces fortes
de délices ; plus heureux mille fois le
coeur qui les reffent ! Je dois feulement
ajouter que tout cet embaras , tous ces
quiproquo , furent produits par quelques
changemens de nom . Aboutaher & Pehry
ayant repris leur nom véritable en quittant
leur folitude , les recherches de Séfi ,
qui d'ailleurs le's fit un peu tard , étoient
devenues inutiles. Celui- ci ayant repris
pour fe marier le nom de fon père , fa
future n'avoit pû y retrouver celui de
Séfi , le feul qu'elle connût. Ce n'eft pas
le Père de cette belle Perfane que
Séfi croyoit réduit à l'état le plus médiotout
,
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
cre , fe trouvoit rétabli dans tous fes
biens , & Aboutaher qu'il eût pû reconnoître
à l'extérieur , habitoit alors une
Province des plus éloignées. Tous ces
motifs étoient plus que fuffifans pour
autorifer la méprife nocturne des deux
époux & leur étonnement réciproque.
Mais leur attachement mutuel & conftant
, leurs plaifirs , leur bonheur enfin ,
bonheur fi rare entre époux , durent
encore mieux produire l'étonnement uni
verfel.
NOUVELLE ORIENTALE,
CHAQUE Peuple a fes uſages particuliers
, les croit excellens , & trouve
bifarres ceux des autres Nations , qui ,
de leur côté , lui rendent bien la pareille.
On a peint Démocrite occupé à rire des
défauts de fes femblables ; on pourroit
repréfenter chaque Nation occupée à
fe moquer de toutes les autres . Le climat
& la politique influent fur cette prévention
réciproque. Peut-être même eft -il
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
néceffaire que l'Habitant de la Nigritie
éprouve à l'afpe&t d'un Européen la
même répugnance qu'il infpire à ce dernier;
que l'Iroquois s'applaudiffe de ſa
rufticité & le Chinois de fes révérences ;
que l'Italien foit rufé , l'Allemand fimple
, l'Eſpagnol grave , le François gai ,
l'Anglois fombre , le Hollandois plus
fage & plus fin qu'eux tous. Prèfque
toujours le jeu d'une machine dépend de
l'oppofition de fes parties & l'éclat d'un
tableau de la variété de fes couleurs.
L'exceffive liberté dont jouiffent les
femmes parmi nous a fes inconvéniens ;
mais ils ne méritent pas qu'on préfére de
trouver en elles des efclaves au lieu de
compagnes. Ajoutez que toutes les précautions
afiatiques ne font pas toujours
efficaces. Il feroit, cependant , bien difficile
de les porter plus loin . Une femme,
dans tout l'Orient & furtout en Perfè ,
n'eft vifible que pour fon mari ; une fille
, ne l'eft pour aucun homme , pas même
pour celui qui l'époufe. Ce n'eft , dis-je,
qu'après en avoir fait fa femme , qu'il
peut juger de fa laideur ou de fa beauté.
De-là naît pour l'ordinaire d'un & d'autre
côté une furpriſe agréable ou douloureufe.
Voici un exemple où l'étonnement
fut extrême des deux parts.
AOUST. 1763 . 33
-
Un vieillard Perfan , noble d'origine ,
mais déchu d'une haute fortune , habitoit
une demeure ifolée & de la plus modefte
apparence. Là fe trouvoient en
même temps la femme & la fille de fon
fils unique. Pour ce dernier , il fervoit
dans l'armée Perfanne , en qualité d'Officier
très fubalterne & fous un nom
emprunté. Celui que portoit fon père
dans fa retraite l'étoit également ! Des
raifons de politique & de prudence les
obligeoient d'en ufer ainfi l'un & l'autre.
Tous deux avoient encouru la difgrace
du Souverain fans l'avoir méritée , &
tous deux attendoient que l'inconftance
de la Cour & des événemens leur rendît
ce qu'elle leur avoit fait perdre.
Aboutaher ( c'eft le nom fuppofé du
Vieillard ) ne jouit même pas d'un entier
repos dans fa folitude. A la Cour un
Grand eft exposé aux bourafques : en
Province un homme obfcur l'eſt encore
plus aux vexations. Aboutaher en avoit
déja effayé plus d'une de la part du Be
gler- Beg , ou Gouverneur de Ba& rianne;
& pour furcroît d'affliction , il fe vit
forcé d'aller s'en plaindre à lui- même. Il
attendoit peu de fuccès d'une pareille
démarche. N'ai - je pas , difoit-il chemin
faifant, n'ai je pas moi - même été Bégle-
By
34 MERCURE DE FRANCE .
Beg ? N'ai- je pas cherché à faire le bien
du Prince & des Sujets ? Nai - je pas été
équitable ? N'ai -je pas été déplacé ? Eftil
jufte d'exiger que le Gouverneur de la
Bactrianne fe moule fur une conduite
qui m'a fi peu réuffi ?
Il n'étoit plus qu'à deux lieues de la
réfidence de ce Commandant , lorsqu'il
fut abordé par un Coulomcha , ou Meffager
du Roi de Perfe . Un Coulomcha
n'eft pas unfimple courier : c'eft un jeune
homme de diftinction attaché à la
perfonne du Monarque , à - peu - près
fur le même pied qu'un Gentilhomme
ordinaire l'eft en France. Ces fortes de
Meffagers ne font jamais chargés que de
commiffions graves : mais une circonftance
rend cet emploi très-pénible. C'eft
qu'en Perfe , où l'on prétend que les
Poltes furent inftituées par Cyrus , il ne
refte aucunes traces de cette inftitution.
Il eft vrai que dans ce pays un Meffager
Royal eft autorifé à démonter les
paffans qu'il rencontre . Le Coulomcha
dont il s'agit avoit ufé plus d'une fois de
fon privilége depuis fon départ d'Hifpahan
. Mais il étoit à pied lorfqu'il joignit
Aboutaher qui montoit un fort bon cheval
arabe . Le fage vieillard voulut en
defcendre. Il avoit reconnu d'abord
AOUST. 1763. 35
T'emploi du jeune Gentilhomme à fon
éxterieur ; il alloit céder à l'ufage. Le
Coulomcha l'ayant fixé , lui trouva l'air fi
vénérable & fi impofant , qu'il fe fentit
ému de refpect. Non , lui dit-il , mon
pére , non je n'uferai point contre vous
d'un privilége tyrannique. Ce feroit
joindre la barbarie à l'injustice. Daignez
feulement fatisfaire ma curiofité. Habitez-
vous la Ville prochaine , où quelques
affaires vous y conduifent- elles ?
Je pofféde fi peu de chofe , reprit le vieillard
, queje devrois être exempt de toute
efpéce d'affaires. Cependant , le peu qui
m'appartient m'eft envié. Un dévot , qui
me hait , & qui peut tout fur l'efprit du
Gouverneur , prétend me dépouiller de
mon foible patrimoine fours prétexte d'y
faire conſtruire un Hôpital en faveur des
pauvres de ce canton . Le principal dédommagement
qui m'eft offert feroit d'y
être admis comme les autres.... Voilà
une abominable injuſtice , interrompit le
jeune Perfan ;je vous jure par le gendre
du Prophête , qu'elle ne fera point effectuée
. J'ai quelque crédit auprès du Gouverneur
, & d'ailleurs , j'ai un moyen
sûr pour m'en faire écouter . Soyez perfuadé
que votre Adverfaire ne fera point
preuve de charité à vos dépens .
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Ils porterent la converfation beaucoup
plus loin , & elle les conduifit jufqu'à
la réfidence du Bégler-beg. A peine le
Coulomcha fe fut-il acquitté de fa principale
commiffion qu'il s'occupa des intérêts
d'Aboutaher. Il le préfenta au
Gouverneur qui parut ne l'écouter
qu'avec peine , ajoutant qu'un homme
auffi pieux que l'étoit fon adverfaire ,
ne pouvoit avoir que des vues louables.
Ce Gouverneur fe piquoit lui-même de
dévotion autant que d'avarice. Il n'ordonnoit
jamais de concuffions que l'alcoran
à la main .
Le jeune Perfan , qui le connoiffoit ,
fit figne au vieillard ne pas infifter . Celui
- ci fe retira comme ils en étoient
convenus. Alors Séfi , c'eft le nom du
Coulomcha , réitera fes inftances auprès
du Gouverneur , & en vint à l'argument
"qu'il fçavoit bien devoir être décifif. II
lui revenoit , felon l'ufage , un préſent
confidérable pour fa courfe , & c'étoit
au Bégler - beg à lui faire ce préfent.
Il lui fit entendre qu'il y renonceroit
volontiers fi Aboutaher obtenoit juſtice.
L'avare Gouverneur faifit avidement
cette propofition . Il décida qu'en effet
le dévot Mufulman portoit le zéle un
peu trop loin. Aboutaher fut maintenu
AOUST. 1763. 37
dans ce qu'il poffédoit , & le Bégler-beg
y eût même ajouté quelques poffeffions
d'autrui , fi on l'eût exigé.
Séfi courut rejoindre fon protégé qui
l'engagea à venir au moins vifiter l'hermitage
qu'il lui confervoit. Le jeune
Perfan y confentit , n'ayant nul motif
de preffer fon retour à Ifpahan. Ils partent
deux jours après , & au bout d'environ
douze heures de marche , ils touchoient
à l'habitation du vieillard . Ce dernier
en faifoit un modefte détail à Séfi , &
le prioit de mettre à l'écart toute idée
de magnificence , & de fomptuofité.
Mais quelle fut la défolation d'Aboutaher
, en voyant tout-à - coup une partie
de fa maifon en flammes ? Ah ,
chere Fatime ! Ah , chere Péhri ! s'écriat-
il , qu'allez -vous devenir ? Qui vous
arrachera au péril qui vous menace ?
Hélas ! peut -être en êtes-vous déja les
victimes ?
Séfi ne lui demanda point ce que
fignifioit ce difcours . Il part avec toute
la vîteffe du cheval qu'il montoit , arrive
en un inftant à la demeure du vieillard
, & trouve un Efclave qui fe défefpéroit.
Il entend des cris lamentables
& qui fembloient fortir du fein des
38 MERCURE DE FRANCE.
flammes. Il demande à l'esclave Par où
il eft poffible de pénétrer dans l'édifice
embrafé. Ah , Seigneur ! lui répondit
I'Efclave , j'aurois déja effayé d'en tirer
Fatime & Pehri ; mais , hélas ! Je në
fuis point Eunuque , & fi malheureuſement
vous ne l'êtes pas vous -même ...
Séfi, fans répondre à ce ridicule pro→
pos , s'empare d'une maffue , enfonce
l'unique porte de ce Bâtiment qui pour
furcroît d'embarras fe trouvoit fermé ,
paffe à travers la fumée & les feux , &
pénétre jufques dans une chambre où
Fatime , Pehri , & une vieille Efclave
n'attendoient que la mort. Déja même
·les deux premieres étoient évanouies.
Séfi s'empare de celle que d'abord le
hazard lui préfente : c'étoit Pehri. Il
l'emporte à force de bras jufques dans la
cour , & la remet entre les mains d'Aboytaher
qui dans l'inftant arrivoit . Il
retourne au fecours de Fatime , & la délivre
avec le même bonheur , mais non,
fans un extrême danger pour lui -même.
Ce qui ne l'empêcha pas de vouloir s'y
expofer une troifiéme fois. Son but étoit
de fecourir la vieille Efclave : mais la
chute d'une partie du bâtiment l'empêcha
de pénétrer juſqu'à elle. Il en fut au
1
AOUST. 1763. 39
défefpoir, tant fa générofité étoit pure &
défintéreffée .
Séfi n'étoit pas moins réfervé que
généreux. Il s'étoit bien apperçu en fecourant
Péhri qu'il portoit dans fes bras
une des plus belles perfonnes de l'Orient ;
elle étoit même alors dans un défordre
qui mettoit bien des beautés dans leur
jour. Séfi fe rappelloit avec tranſport
ce qu'il en avoit apperçu . Cependant ,
ne jugeant plus fa préfence abfolument
néceffaire , il fe tenoit modeftement à
l'écart . Il n'en étoit pas ainfi de l'Eſclave
d'Aboutaher : la fin du péril avoit mis fin
à fes fcrupules , & il aidoit fon Maître à
rappeller Fatime & Pehri de leur évanouiffement.
Elles ouvrirent les yeux
l'une & l'autre ; mais le danger qu'elles
avoient couru leur étoit encore fi préfent
qu'elles doutoient de leur existence . Ah !
leur dit le vieillard , en les baignant de
fes larmes, votre furpriſe eft bien légitime
: c'étoit fait de vous fans l'arrivée
du plus généreux de tous les hommes.
Il vous a fauvé la vie en s'expofant à une
mort prèfque certaine & en s'y expofant
à plus d'un reprife. Alors ab leur détailla ,
en peu de mots , ce que Sefi avoit fait
pour elles , & même ce qu'il avoit fait
pour lui.
40 MERCURE DE FRANCE.
:
Il en faut moins pour piquer la curio
fité de deux femmes à qui la vue de
tout homme étranger eft abfolument
interdite. Aboutaher crut pouvoir déroger
à cet ufage en faveur de Séfi. D'ailleurs,
il n'avoit prèfque plus la liberté du choix.
L'appartement des femmes étoit entierement
incendié. Il falloit donc qu'elles
habitaffent le fien , qui heureuſement
étoit à l'abri des flammes , n'ayant nulle
forte de communication avec l'autre.
Ainfi , le vieillard , courant autant qu'il
le pouvoit , à Séfi , l'invita à s'approcher
de celles qui tenoient de lui un nouvel
être. A cette propofition Séft éprouva
un doux faififfement qui lui ôta la liberté
de répondre. Mais fon filence n'avoit
rien qui pût faire foupçonner un refus ;
il s'avançoit même fans prèſque s'en appercevoir,
& beaucoup plus vite que
fon introducteur , vers la falle où Fatime
& Péhril'attendoient. Il les aborde avec
un trouble que la jeune Péhri partageoit
d'avance , & qui redoubla lorſqu'elle
l'eut envisagé.
Péhri n'avoit guères que treize ans ;
mais dans ces contrées , cet âge fuffit
au beau fexe pour fentir qu'il eft en état
de plaire & pour le faire fentir à d'autres .
Séfi l'éprouvoit. Il eût également pû voir
AOUST. 1763 : 41
dans Fatime ( qui le regardoit auffi malgré
l'ufage oriental ) il eût , dis-je , pû
trouver en elle un objet capable de faire.
diverfion aux charmes de fa fille : elle
étoit encore dans la fleur de la jeuneffe
& de la beauté. Mais Séfi étoit lui- même
trop jeune pour divifer fon hommage ,
quand même Fatime & Péhri n'euffent
été que des rivales ordinaires. Il eft un
âge où le coeur devient l'efclave du premier
coup d'oeil & ne fonge ni à rompre
fes fers , ni à les étendre.
Quelques jours s'écoulerent d'une
manière très - agréable pour le jeune cou
ple , à qui la circonftance permettoit de
s'entretenir librement . Séfi rendoit grâ--
ces à l'accident qui les réuniffoit , &
Pehri ne s'en affligeoit plus. Quant au
Vieillard , il fongeoit à le réparer.. Il
foupçonnoit , intérieurement , la caufe
de cet incendie , & fes foupçons étoient
fondés . Le pieux Perfan dont il a déja
été parlé , inftruit que le Gouverneur
ceffoit d'entrer dans fes vues charitables
, avoit crû devoir fe permettre un
petit mal pour un grand bien . En conféquence
il donna ordre à un de fes
Efclaves de brûler la maifon qu'il ne
pouvoit envahir. Peut- être , difoit -il ,
brûlerons-nous , en même temps . trois
42 MERCURE DE FRANCE.
ou quatre perfonnes ; mais mon Hôpital
en fera vivre cent , & tout bien
compté la maffe des Humains gagne
à ce calcul.
&
Il y avoit fujet de croire que cet
événement jettoit Aboutaher dans plus
d'une forte d'embarras, Séfi rêvoit aux
moyens de lui faire accepter des fecours.
Il étoit partagé entre la difficulté
de les lui offrir & la crainte d'être
refufé. Il le fut en effet : Aboutaher
lui dit que fa fortune , quoique bornée ,
le mettoit en état de rétablir ce que
le feu avoit détruit . Mais il n'en admiroit
pas moins la conftante générofité
du jeune Perfan. Il regrettoit de ne
pouvoir le fixer dans fa retraite
Penvioit à la Cour fi peu digne de le
pofféder. Il falloit cependant que Séfi
en reprît bientôt le chemin ; fon devoir
l'y rappelloit fon penchant luttoit
contre ce devoir. Il eut encore divers
entretiens avec Péhry, & tous deux
s'enflâmoient de plus en plus , & tous
deux remercioient le hazard de les avoir
affranchis des entraves de l'étiquette .
Ufage barbare & ridicule ! s'écrioit
Séfi , tu nous contrains d'époufer un
objet qui nous ignore & que nous
ignorons : tu fais du lien le plus refAOUST.
1763. 43
pectable un jeu de hazard qui fouvent
ne fatisfait aucunes des deux parties !
Ah ! du moins , j'ai vu dans Péhry celle
qui doit me rendre heureux notre
union fera le fruit d'un choix éclairé
notre choix le fruit d'un penchant réciproque
& qui ne peut plus s'accroître ;
qui, fur-tout, ne pourra jamais diminuer.
On voit par ce difcours le but que fe
propofoit Sefi. Mais il n'y pouvoit parvenir
qu'après avoir quitté l'emploi qui
l'attachoit & le captivoit à la Cour.
Une femme , une Efclave même lui étoit
interdite par le Souverain . Il informa de
fes projets , & Pehry qui les trouva merveilleux
, & Aboutaher , qui en jugea
tout autrement . Le fage Vieillard l'exhorta
vivement à ne rien précipiter. A
votre âge , lui difoit-il , on doit , furtout
, ménager la faveur de fon Maître ;
il eft plus facile d'être Courtifan que
Philofophe.
Séfi , qui dans ce moment , n'étoit
qu'amoureux , fut peu ébranlé par ce
difcours . Pehry n'étoit pas mieux d'ac
cord fur ce point avec fon Ayeul. Ce
jeune couple prêt à fe féparer n'y fongeoit
qu'avec frémiffement. Il fallut
néanmoins s'y réfoudre. Il fallut mettre
fin à une fituation d'autant plus fla44
MERCURE DE FRANCE.
reufe , qu'elle étoit fans exemple dans
toute la contrée. Mais ce n'étoit point
cette fingularité que Seft regrettoit ;
c'étoit la chofe même . Ses larmes coùloient
abondamment. Pélry cachoit
une partie de fa douleur ; Aboutaler
pleuroit de tendreffe, & Fatime fans bien
pouvoir fe dire à elle - même pourquoi.
De retour à Ifpahan , Sefi fe difpofoit
à effectuer fon deffein , à quitter une
place qui afferviffort jufqu'à fon âme.
Une révolution fubite le retint à la
Cour . L'autorité & même la perfonne
du Monarque étoient menacés ;
dès-lors Séfi ne fongea plus qu'à défendre
l'une & l'autre. Il avoit été prêt
d'immoler toute ambition à l'amour
it fit céder ce même amour au devoir .
L'ennemi qu'il falloit combattre & repouffer
étoit le célébre Thomas Kouli-
Kan , ennemi d'autant plus à craindre,
qu'il ofoit tout , & qu'il joignoit une
politique profonde au courage le plus
déterminé. Ce qui achevoit de le rendre
formidable , c'eft que le Prince qu'il
vouloit fupplanter , n'avoit aucune de
ces qualités , & ignoroit jufqu'à l'art
de paroître les avoir.
On fait que l'Ufurpateur mit le comblé
aux attentats , & vit fon ambition
A O UST. 1763. 43
couronnée. Tout , cependant , ne fléchit
pas fous lui d'abord , & Séfi fe diftingua
parmi ceux qui réfifterent le
mieux & le plus longtemps . Son père lui
en eût donné l'exemple s'il avoit eu befoin
de modèle. Thamas qui avoit luimême
trop de courage pour ne pas eftimer
cette vertu dans autrui , n'épargna
rien pour s'attacher deux Sujets fi braves
& fi fidéles . Toute la Perfe étant alors
foumife & tranquille , ni l'un ni l'autre
n'avoient deffein d'exciter de nouveaux
troubles. Mais aucun des deux ne voulut
fe fixer à la Cour du Tyran , ni prendre
parti dans fes armées. Cependant il
ordonna que leurs biens qu'il avoit fait
confifquer , leur fuffent rendus. Ce n'étoit
point le feul exemple de modération
qu'il eût donnéjufqu'alors . Il affectoit ,
furtout , de réparer certaines injuftices
que fon prédéceffeur avoit commifes ,
ou laiffé commettre . Plus d'un Grand
dépouillé de fes Domaines par ce malheureux
Prince , en avoit été remis en
poffeffion par Thamas. Tant il eſt vrai
que dans un Souverain , la politique fupplée
quelquefois à la vertu & peut même
briller d'un éclat fupérieur.
Seft devenu libre , retourne en diligence
vers la retraite où le conduifoient
46 MERCURE DE FRANCE.
l'amour & l'amitié. Dépuis deux ans &
plus , qu'il avoit quitté ce féjour , il
ignoroit le fort des perfonnes qui l'habitoient.
Il voyoit fur fa route les défaftres
occafionnés par la guerre civile : il
craignoit que ces ravages ne fe fuffent
étendus jufques fur l'afyle de Péhry ; &
dans quel trouble cette idée ne le plongeoit-
elle pas ? Ce fut bien pis lorfqu'arrivé
fur les lieux mêmes , il n'y trouva
que des reftes de mafures abfolument
inhabitées ! Il faut avoir aimé , ou pour
mieux dire , il faut aimer pour la prez
mière fois , & aimer en Afiatique , pour
concevoir ce qu'éprouva Séfi à ce déplorable
aspect. Il parcourt , en homme
égaré tout le canton , s'informe de ce
qui peut concerner Aboutaher , n'apprend
rien de pofitif & retourne vingt
fois questionner une même perfonne.
Tout ce qu'on lui affirme c'est que
les troupes de Thamas ont habité &
ravagé ce pays, Mais on ignore fi le
vieillard qu'il y cherche ne l'avoit pas
quitté lui-même avant leur arrivée : incertitude
qui redoubloit l'agitation de
Séfi.
Tout ce que la jaloufie , fi naturelle
aux Orientaux , a de plus accablant &
AOUST. 1763. 47
de plus cruel , s'emparoit malgré lui de
fon âme. Tantôt il fe repréfentoit Péhri
au pouvoir de quelque Officier féroce ;
tantôt il fe la figuroit au milieu du Sérail
de l'Ufurpateur , gémiffant fur fon triſte
efclavage ; & ( ce qui lui fembloit beau,
coup plus affreux ) ! Peut -être n'en gémiffant
plus. Il fe réfout à parcourir toute
la Perfe ; va de Province en Province ,
de Ville en Ville , s'arrête fur-tout , dans
les lieux écartés , parle d'Aboutaher à
tous les humains qu'il rencontre , &
voit , avec défefpoir , que ce nom eſt
par- tout ignoré. Un an s'écoule dans ces
recherches fuperflues ; après quoi Séfi
vient retrouver fon père , auffi accablé
de fa longue abfence , que lui-même
l'étoit de celle de Péhri.
:
L'extrême affliction exige un confident
c'est un moyen prefque sûr de
la rendre fupportable, Mais il eft rare
de confier certaines foibleffes à un Vieillard
, & , furtout , à fon propre Père.
Il est encore rare que ce même Père
goûte cet aveu. Séfi dans la néceffité
où il étoit de fe plaindre , ne fit pas cette
réflexion & s'en trouva bien. D'ailleurs
l'amour eft regardé en Afie moins com
me une foibleffe que comme un befoin.
Le Père de Séfi à qui ce befoin s'étois
48 MERCURE DE FRANCE.
fait fentir autrefois , ne trouva point
étrange que fon fils l'éprouvât à fon
tour. Je te plains , lui dit- il, d'avoir perdu
cette Beauté dont tu me parles & qui
devoit t'aimer , vù ton age , ton extétérieur
& furtout la fingularité de l'aventure.
Il n'eft qu'un moyen de réparer
ce malheur , c'eft d'époufer une
femme affez belle pour te faire oublier
celle que tu regrettes ; & fi ce reméde
ne fuffit pas , d'y joindre quelques jolies
Efclaves. Il feroit fingulier qu'aucune
d'entre elles ne pût faire diverfion à
ta douleur . En tout cas fi l'objet qui
la caufe t'eft rendu quelque jour , il
te fera libre de l'époufer auffi . Le Prophête
a pourvu à ces fortes d'inconvéniens.
Ce difcours qui eût pu confoler un
Européen , fur-tout un François ; ne fit
que gliffer fur notre Afiatique. Cependant
, comme il n'eft guères poffible de
réfifter perpétuellement à des avis de
cette nature , Séfi fe laiffa vaincre. Mais
ce ne fut qu'après avoir lutté encore fix
mois & fait faire de nouvelles & inutiles
recherches d'Aboutaher & de fa famille.
Perfuadé , enfin , qu'il en étoit privé
pour jamais , il fit ce qu'exigeoit fon
père ; c'eft-à-dire qu'ayant chargé un ·
Procureur
AOUST. 1763. 49
Procureur d'époufer en fon nom , & par
le miniftere d'un autre Procureur , une
fille que ni l'un ni l'autre n'avoient jamais
vue & ne devoient jamais voir , une
fille qu'il ne connoiffoit pas lui- même ,
il avoit confenti qu'elle lui fût enfuite
amenée pour ne la voir en face qu'après
le temps fixé par l'ufage. Il la connoiffoit
, au furplus , pour la fille d'un Noble
Perfan qui habitoit le même canton que
lui , & avec qui fon père s'étoit fort lié
durant fon abfence.
Les dix jours de fêtes & de divertiffement
, fixés par la coutume , étant expirés
, la nouvelle époufe fut conduite en
pompe , mais durant la nuit , chez fon
époux , qui l'attendoit fans impatience.
Elle étoit voilée de manière qu'en
plein midi elle n'eût pas même foupçonné
qu'il fit jour. Des femmes deftinées
à la fervir , l'introduifirent dans
l'appartement qui lui eft réſervé. Elles
en fortent quand Séfi eft fuppofè prêt à
s'y rendre ; mais elles n'y laiffent aucune
lumière , & lui-même n'eft pas en droit
d'y en introduire. L'ufage le condamne
à ne voir ni à n'être vu cette première
nuit. Il entre , moins occupé de l'objet
qu'il va trouver, que de celui qu'il a perdu.
Il eft furpris d'entendre des foupirs &
C
50 MERCURE DE FRANCE.
des fanglots. Il ne peut douter de qui ils
Iartent,& cette fingularité réveille & fixe
fon attention. Il reconnoît bien- tôt que
ces fangots & ces foupirs ne font point
fimulés. Ils lui fervent de guide pour
s'approcher de fa jeune époufe. Hé quoi ,
Madame ? lui dit- il , comment dois- je
interpréter ces marques de douleur ?
Eft- ce par contrainte que vous vous
donnez à moi? Je n'exige point un pareil
facrifice .
2
L'accordée ne répondit rien , & ce filence
vouloit déjà dire beaucoup. De
grace, Madame, reprit Séfi, daignez me
répondre avec confiance & fans aucun
détour ? Peut-être aurai - je moi - même
quelque autre aveu à vous faire , Ah
Seigneur lui dit- elle ; en pleurant &
foupirant toujours , mes larmes pourroient-
elles vous outrager ? Invifible à
vos yeux comme vous l'êtes aux miens
tous deux inconnus l'un à l'autre, nous ne
pouvons encore ni nous aimer , ni nous
haïr. Peut- être en vous époufant , m'uniffé-
je à l'homme le plus parfait de
toute l'Afie. Mais , Seigneur , pardonnez
..... Elle n'en put dire davantage ;
fes fanglots la fuffoquerent de nouveau..
Séfi , que la douceur & le charme de fa
voix venoient d'affecter fingulièrement,
2
AOUST. 1763.
frémit de l'état où cette jeune perfonne
étoit réduite. Raffurez-vous , Madame ,
lui dit-il , d'un ton attendri , vous n'êtes
pas tombée entre les mains d'un barbare.
Il faudroit l'être pour abufer de votre
fituation . Je refpecterai vos fentimens &
vos regrets . Je fais par moi- même ce
qu'un premier penchant .... Mais encore
une fois , ne refufez point votre
confiance à celui qui en veut être digne
par fa franchiſe & fon équité.
Hé bien , Seigneur ! reprit-elle , d'un
ton de voix mal affuré , je vais vous faire
l'aveu d'une foibleffe que je crois excufable
& qui peut-être , vous paroîtra
légitime . Je garde encore le fouvenir de
quelqu'un à qui je dois le jour , de quelqu'un
qui pour me fauver la vie ofa
s'expofer à une mort prèfque inévitable ;
mais qui me laiffe en proie à des chagrins
plus cruels que la mort qu'il m'a
épargnée !
O ciel , s'écria Séfi , étonné du rapport
qu'il y avoit dans cette avanture &
ce qui lui étoit arrivé à lui-même;ô ciel ! ...
Mais , Madamė , reprit-il , en s'interrompant
, votre nom n'eft -il pas Zulphi ? .....
Oui, Seigneur, & c'eft auffi le nom que
portent men père & mon ayeul
Quoi ! jufqu'à fon ayeul ! difoit trif
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
tement Séfi , en fongeant à Aboutaher ;
mes efpérances ont été bientôt détruites....
N'imparte , voyons jufqu'où le
hazard peut porter la reffemblance dans
des événemens oppofés. Madame
qu'eft devenu ce libérateur qui caufe
aujourd'hui votre défefpoir ?
Mon défefpoir eft de l'ignorer, ajouta
la jeune époufe. Les événemens qui viennent
de déchirer la Perfe ont , fans.
doute , éloigné de lui toute autre idée :
peut-être a-t-il fait céder l'amour à l'ambition
; peut-être n'a-t-il jamais bien
connu l'amour.
Autre point de conformité, difoit Séfi
intérieurement : l'aimable Péhria , fans
doute , les mêmes foupçons à mon
égard , & a , peut-être , fubi la même
épreuve que celle qui me parle en cet .
inftant. Mais hélas ! fes pleurs aurontils
été refpectés ? ... Quoi qu'il en puiffe
être , je ferai généreux ; je mériterai
qu'on le foit , ou qu'on ait dû l'être envers
Pehri. Madame , ajouta-t- il , en
élevant la voix , votre deftinée & la
mienne ont entr'elles un rapport qui
m'étonne. Votre coeur n'eft plus à vous
le mien n'eft plus à moi . Vous regrettez
un amant qui vous fauva la vie ; j'eus le
bonheur de la fauver à la Beauté que je
AOUST. 1763. 53Ⓡ
regrette. Vous ignorez la deftinée de
l'un ; j'ignore celle de l'autre . Vous
foupçonnez votre amant d'inconſtance ;
j'ai les mêmes foupçons envers ma maîtreffe
, & elle peut - être envers moi :
Vous aimez encore , même en craignant
d'être oubliée ; je conferve un amour
tout femblable , en craignant un pareil
oubli . Nos âmes étoient faites pour fe
rencontrer ; c'est dommage que le hafard
ait dérangé leur cours. Mais , Ma
dame , je le répéte , je ne prétends point
tyrannifer la vôtre. Je vous admire & fuis
prêt à renoncer à vous , à vous rendre à
vous-même , puifque vous ne fauriez
être à moi volontairement.
Ah , Seigneur ! interrompit la jeune
Perfane extrêmement émue d'un procédé
fi généreux , & agitée d'un mouvement
qui l'étonnoit & qu'elle n'eût pû
définir , ah Seigneur ! je n'ai fait que
ceder aux ordres abfolus de mon père ;'
mais vous méritez un coeur uniquement
à vous & qu'aucun autre objet n'eût
prévenu d'abord .
Hé bien , Madame , ajouta Séfi , j'entrevois
un moyen de vous conferver à
votre amant & de prévenir les empor-.
temens d'un père irrité. Reftez avec
moi ; ces lieux feront déformais pour-
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
vous un afyle inviolable , un afyle que
je regarderai moi- même comme facré.
Daignez , du moins , achever de rendre
votre confident celui qui confent à
n'être votre époux que de nom . Le rapport
de votre fituation avec la mienne
rend cette curiofité légitime , & certain
mouvement que je ne puis exprimer , la
rend indifpenfable .
Alors. Zulphi détailla ce qu'elle n'avoit
fait qu'indiquer & à chaque mot
Séfi redoubloit d'attention & d'étonnement.
Mais quand après certains détails
préliminaires , Zulphi en vint à citer,
la retraite où elle avoit vécu avec ſon
ayeul & fa mère , l'incendie où l'une
& l'autre s'étoient vues prêtes à périr ,
le fecours qu'elles avoient recu d'un
jeune , Courtifan , fon féjour dans leur
afyle commun , & enfin fon départ qui
tira encore des larmes de Zulphi , elle
fut interrompue par un grand cri que
pouffa l'Epoux confident. Elle frémit ,
& cut l'avoir offenfé , d'autant plus
qu'il l'avoit quittée avec précipitation ,
Mais il étoit allé donner une libre entrée
au jour qui commençoit à paroître .
La jeune Perfane fit un mouvement
pour courir à fon voile. Arrêtez lui
cria fon Epoux bien réfolu d'en pren
AOUST. 1763. 55
dre dès ce moment le titre & les droits
arrêtez, aimable Pêhry ! Ce ' nom lui fit -
lever les yeux vers celui qui le prononçoit.
Ciel ! c'eft lui ! s'écria- t- elle , c'eſt
Séfi ! ... lui- même , reprit- il ; celui à
qui vous donniez des larmes , celui à
qui vous en avez tant coûté. Mais Péhry
n'entendit point ces paroles ; elle
étoit évanouié dans fes bras.
Revenue à elle , tout ce qu'elle
voyoit lui parut un fonge. Mais ce doute
ne pouvoit pas long-temps fubfifter .
Vouloir exprimer les plaifirs & l'extrême
fatisfaction de ce jeune couple
feroit trop entreprendre. Heureufe la
main qui excelle à peindre ces fortes
de délices ; plus heureux mille fois le
coeur qui les reffent ! Je dois feulement
ajouter que tout cet embaras , tous ces
quiproquo , furent produits par quelques
changemens de nom . Aboutaher & Pehry
ayant repris leur nom véritable en quittant
leur folitude , les recherches de Séfi ,
qui d'ailleurs le's fit un peu tard , étoient
devenues inutiles. Celui- ci ayant repris
pour fe marier le nom de fon père , fa
future n'avoit pû y retrouver celui de
Séfi , le feul qu'elle connût. Ce n'eft pas
le Père de cette belle Perfane que
Séfi croyoit réduit à l'état le plus médiotout
,
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
cre , fe trouvoit rétabli dans tous fes
biens , & Aboutaher qu'il eût pû reconnoître
à l'extérieur , habitoit alors une
Province des plus éloignées. Tous ces
motifs étoient plus que fuffifans pour
autorifer la méprife nocturne des deux
époux & leur étonnement réciproque.
Mais leur attachement mutuel & conftant
, leurs plaifirs , leur bonheur enfin ,
bonheur fi rare entre époux , durent
encore mieux produire l'étonnement uni
verfel.
Fermer
12127
p. 56-57
LETTRE à M. DE LA PLACE.
Début :
Si l'on publioit, Monsieur, un Recueil qui fût comme le registre public [...]
Mots clefs :
Public, Officier, Chevalier, Ministre, Humanité, Honneurs, Bienfaisance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
Si l'on publioit , Monfieur , un Recueil
qui fût comme le regiftre public
des grandes & belles actions , quel eft
l'homme qui fe réfoudroit à mourir
fans y avoir fourni au moins quelques
lignes ! L'éloge eft un encouragement à
la vertu ; c'eſt un engagement public
qu'on fait contracter à l'homme vertueux
. C'eſt enfin un des plus forts appuis
qu'on puiffe prêter à la foibleffe humaine.
Générofité d'un Officier.
Le Chevalier de R ***
premier
AOUST. 1763. 57
Capitaine du Régiment de *** Dragons
, vient de refufer la Lieutenance-
Colonelle dont on vouloit priver un trèsbrave
Officier plus ancien que lui dans
le fervice. Non content d'avoir refufé
ce pofte , il s'eft chargé de foutenir avec
chaleur les intérêts & les juftes prétentions
du vieux Militaire . Il a fait fon
Apologie au Miniftre ; il follicite une
grace fondée fur l'équité & le mérite de
l'afpirant ; & il efpère que l'affaire étant
portée par le Miniftre aux pieds du Thrône
devant le plus jufte & le meilleur
des Rois , elle aura le fuccès le plus
heureux pour les deux parties . Ce trait
de bienfaifance , & d'un fi noble défintéreffement
, mérite certainement une
place honorable dans les Faftes du
Siécle de LOUIS XV . Ce font des traits.
d'humanité , d'honneur & de vertu qui
répandent un nouvel éclat fur le nom ,
les titres & la maifon du Chevalier
de R ***
Dans le courant du mois prochain ,
j'aurai l'honneur de vous faire parvevenir
un fecond trait d'humanité qui
ne devra rien à celui- ci ; en attendant ,
j'ai celui d'être & c .
That's son D. de C ****.
Si l'on publioit , Monfieur , un Recueil
qui fût comme le regiftre public
des grandes & belles actions , quel eft
l'homme qui fe réfoudroit à mourir
fans y avoir fourni au moins quelques
lignes ! L'éloge eft un encouragement à
la vertu ; c'eſt un engagement public
qu'on fait contracter à l'homme vertueux
. C'eſt enfin un des plus forts appuis
qu'on puiffe prêter à la foibleffe humaine.
Générofité d'un Officier.
Le Chevalier de R ***
premier
AOUST. 1763. 57
Capitaine du Régiment de *** Dragons
, vient de refufer la Lieutenance-
Colonelle dont on vouloit priver un trèsbrave
Officier plus ancien que lui dans
le fervice. Non content d'avoir refufé
ce pofte , il s'eft chargé de foutenir avec
chaleur les intérêts & les juftes prétentions
du vieux Militaire . Il a fait fon
Apologie au Miniftre ; il follicite une
grace fondée fur l'équité & le mérite de
l'afpirant ; & il efpère que l'affaire étant
portée par le Miniftre aux pieds du Thrône
devant le plus jufte & le meilleur
des Rois , elle aura le fuccès le plus
heureux pour les deux parties . Ce trait
de bienfaifance , & d'un fi noble défintéreffement
, mérite certainement une
place honorable dans les Faftes du
Siécle de LOUIS XV . Ce font des traits.
d'humanité , d'honneur & de vertu qui
répandent un nouvel éclat fur le nom ,
les titres & la maifon du Chevalier
de R ***
Dans le courant du mois prochain ,
j'aurai l'honneur de vous faire parvevenir
un fecond trait d'humanité qui
ne devra rien à celui- ci ; en attendant ,
j'ai celui d'être & c .
That's son D. de C ****.
Fermer
12128
p. 59-65
DIALOGUE entre SÉMIRAMIS ET JEANNE D'ARQUES.
Début :
SÉMIRAMIS. MA surprise redouble à chaque minute. Quoi ! une simple Servante d'Hôtellerie [...]
Mots clefs :
Poète, Hasard, Pucelle, Servante, Origine, Rang, Trône, Poète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE entre SÉMIRAMIS ET JEANNE D'ARQUES.
DIALOGUE entre SEMIRAMIS ET
JEANNE D'ARQUÉS.
SÉMIRA MIS .
MA furprife redouble à chaque minute.
Quoi ! une fimple Servante d'Hôtellerie
, Pucelle tant qu'il vous plaira ,
ofe s'égaler à Sémiramis ?
JEANNE D'ARQUES.
Laiffons - là notre origine . Je doute
que notre amour - propre à l'une & à
l'autre gagne beaucoup à cette recherche.
SEMIRAMIS .
Oubliez-vous le rang que j'ai tenu
fur la Terre ? les Nations que j'ai foumifes
, les Monumens que j'ai fait ériger ?
JEANNE D'Arques .
Oh , pour ces Monumens, nous avons
ici une autre Sémiramis qui les réclame,
& qui pourroit , dit-on , réclamer
quelque chofe de plus
*
SEMIRAMIS .
Il m'en feftera toujours plus qu'il n'efaut
pour m'immortalifer : il fer ou
jours vrai que j'occupai leone de
Ninus avec lui , & aprè ul.
On fait qu'il y a eu
Su Semiramis , & qu'une
grande partie des nunens & même des actions
qui pallent comunément , pour être de la premiore
, 1ont attribués par d'autres Auteurs à la
feconde, C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
JEANNE D'Arques .
Vous ne nous dites point de quelle
manière vous fuccédâtes à ce Conquérant
?
SÉMIRAMIS.
Je fais les bruits fâcheux & meme abfurdes
qu'on a fait courir à ce fujet . .
Après tout , il ne s'agit point ici de les
difcuter. Il eft , du moins , certain que je
ne dus cette élévation qu'à mes talens
pour la guerre ; que j'accompagnai mon
Epoux dans toutes les conquêtes , &
que j'en fis de grandes par moi -même ....
Pour vous , fimple Avanturiere , à quoi
fe réduifent vos exploits ?
L
JEANNE D'ARQUES.
Le voici ; & voici , en même temps ,
la différence qu'il y eut de ma conduite
à la vôtre. J'en excepte même certain
article qui pourroit devenir trop emba
raffant pour vous .
SEMIRAMIS.
Qu'entendez- vous par- là ?
JEANNE D'ARQUES.
Ce que vous devinez peut-être : mais
ne parlons d'abord que des caufes de
votre fortune. Vous partageâtes le
Thrône de votre Souverain pour l'avoir
aidé à prendre une petite Ville ;
moi je fis regagner au mien tout fon
AOUST. 1763.
6BRoyaume
, & n'ambitionnai avec lui
nul partage : vous n'aviez qu'à feconder
de vos confeils un Conquérant redoutable
; j'eus à rétablir , à force de travaux
un Roi fugitif & prèfque abandonné
le hafard vous fournit la première
occafion de vous faire connoître ;
je ne dus cette occafion qu'à moi-même :
vous n'eûtes qu'à indiquer à vos Chefs
les moyens de faire mieux , chofe quel'-'
quefois très-aifée ; j'eus à réparer tout
le mal que les miens avoient fait , chofe
infiniment plus difficile : Vous ...
SEMIRAMIS .
Ah faites-nous grace d'un plus long
parallèle ! Où avez - vous puifé tous ces
tours de Rhétorique ?
JEANNE D'ARQUES .
Vous ignorez, je penfe , qu'ici la Rhétorique
eft naturelle comme elle devroit
l'être là-haut ?
SEMIRAMIS .
Je fais auffi que plufieurs de vos Poëtes
fe font plu à vous faire parler en
grands termes.
JEANNE D'ARQUES .
Oui , je me fouviens qu'il y a près de
cent ans qu'un vieuxrimeur m'apporta ici
un Poëme à ma louange ; vous ne doutez
pas que je ne l'aye trouvé fort beau.
62 MERCURE DE FRANCE.
Mais, depuis , on m'en a dit tant de mal,
qu'il a bien fallu le trouver mauvais. II
eft vrai qu'en le lifant je ne m'apperçois.
prefque pas que le langage ait changé
depuis Charles VII.
SÉMIRAMIS .
On dit qu'un Poëte encore vivant
vous a fait parler en termes plus nouveaux
; mais ....
JEANNE D'ARQUES .
J'entends ... ce Poëte eft fort heureux
de ne m'avoir pas chantée de mon
vivant . Il eût pû éprouver le fort de plus
d'un Anglois.
Encore s'il fe fût borné , comme a
fait mon vieux chantre , à me donner
quelque penchant pour le brave Dunois ,
une telle foibleffe pourroit fe tolérer :
mais ... A propos , on dit que ce même
Poëte , & quelques autres , ne vous ont
guères mieux traitée ?
Comment ?
SÉMIRAMIS .
JEANNE D'ARQUES .
Quoi ? L'ignorez -vous ?
SEMIRAMIS.
t
Je fais bien que ces Meffieurs fe permertent
auffi facilement de prêter des
vices aux Princeffes de l'Antiquité , que,
des vertus à celles qui exiftent de leur
AOUST. 1763 63
temps . J'ai vu la fage Didon fort irritée
contre un certain Virgile qui l'accufe de
certaine avanture avec certain Héros
né , au moins , trois fiécles après elle.
Il eft vrai que j'ai vù Pénélope affez
contente d'un autre Poëte appellé Homère.
Il fait de cette Reine , qui fut des
plus galantes , un exemple de fidélité
conjugale. Rien ne prouve mienx que la
réputation dépend du hafard comme tant
d'autres chofes.
JEANNE D'ARQUES.
- Entre nous , ce hafard ne vous a favo
rifée qu'à demi. Les Poëtes dont je vous
parlois prétendent qu'après avoir fait
mourir votre époux Ninus , vous fuffiez
devenue très - volontiers l'épouſe de
votre fils Ninias :
SÉMIRAMIS .
Laiffons-là ces impofteurs , & venons .
au fait. Avouez que ce qu'il y eut de
plus merveilleux dans votre miffion fut
d'en avoir été ciue for votre paroleab
D
JEANNE D'ARQUES: iol
On m'en crut encore mieux d'après !
mes actions. J'avois promis des chofes
qui tenoient du prodige , & j'effectuai
ut ce que j'avois promis. Bien des gens
qui fe difoient infpires n'ont pas été auffi
tout
heureux .
ocheté
64 MERCURE DE FRANCE.
SÉMIRAMIS .
Vous euffiez bien dû prévoir l'échec
qui termina vos exploits.
JEANNE D'ARQUES.
Je portai trop loin le zéle & la préfomption.
Vous - même ne futes pas , je
crois , fort contente de votre éxpédition
des Indes ?
SÉMIRAMIS.
Du moins , ne reftai - je pas au pouvoir
de mes ennemis . Eft-il bien vrai que
les vôtres vous firent brûler comme forcière
?
JEANNE D'ARQUES.
Oui ; & cependant je vous jure qu'il
n'en étoit rien .
SÉMIRAMIS.
Vos Juges dûrent en être encore
moins foupçonnés.
JEANNE D'ARQUES .
Mes Juges vouloient plaire à l'ennemi
qui vouloit ma perte . Il ne pouvoit pardonner
à une femme de l'avoir vaincu .
SÉMIRAMIS .
Ceux que mon bras foumit fe montrerent
plus dociles. Tous m'encenfoient
comme une Divinité,
AOUST. 1763. 65
JEANNE D'ARQUES.
C'eft que vous n'étiez pas leur prifonniere
; fans quoi l'Autel eût pû devenir
un Bucher.
SÉMIRAMIS.
J'avoue qu'on n'étoit guères plus policé
de mon temps que du vôtre . Mais
fi j'en crois certains rapports , votre Patrie
a bien changé de face : on y donne
un peu moins aux préjugés , & certainement
on n'y condamneroit pas vos
pareilles aux flammės.
JEANNE D'ARQUES.
On y érigeoit encore moins des Autels
à vos femblables. Ne regrettons point
les temps où nous avons vécu : iis femblent
avoir été faits pour nous. Les Nations
éclairées ne croyent & n'admirent
très- difficilement. Peut - être quelques
fiécles plus tard , l'Héroïne de l'Afie
n'eût- elle jamais été que la femme d'un
Officier fubalterne , & l'Héroïne de la
France qu'une Servante de Cabaret.
JEANNE D'ARQUÉS.
SÉMIRA MIS .
MA furprife redouble à chaque minute.
Quoi ! une fimple Servante d'Hôtellerie
, Pucelle tant qu'il vous plaira ,
ofe s'égaler à Sémiramis ?
JEANNE D'ARQUES.
Laiffons - là notre origine . Je doute
que notre amour - propre à l'une & à
l'autre gagne beaucoup à cette recherche.
SEMIRAMIS .
Oubliez-vous le rang que j'ai tenu
fur la Terre ? les Nations que j'ai foumifes
, les Monumens que j'ai fait ériger ?
JEANNE D'Arques .
Oh , pour ces Monumens, nous avons
ici une autre Sémiramis qui les réclame,
& qui pourroit , dit-on , réclamer
quelque chofe de plus
*
SEMIRAMIS .
Il m'en feftera toujours plus qu'il n'efaut
pour m'immortalifer : il fer ou
jours vrai que j'occupai leone de
Ninus avec lui , & aprè ul.
On fait qu'il y a eu
Su Semiramis , & qu'une
grande partie des nunens & même des actions
qui pallent comunément , pour être de la premiore
, 1ont attribués par d'autres Auteurs à la
feconde, C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
JEANNE D'Arques .
Vous ne nous dites point de quelle
manière vous fuccédâtes à ce Conquérant
?
SÉMIRAMIS.
Je fais les bruits fâcheux & meme abfurdes
qu'on a fait courir à ce fujet . .
Après tout , il ne s'agit point ici de les
difcuter. Il eft , du moins , certain que je
ne dus cette élévation qu'à mes talens
pour la guerre ; que j'accompagnai mon
Epoux dans toutes les conquêtes , &
que j'en fis de grandes par moi -même ....
Pour vous , fimple Avanturiere , à quoi
fe réduifent vos exploits ?
L
JEANNE D'ARQUES.
Le voici ; & voici , en même temps ,
la différence qu'il y eut de ma conduite
à la vôtre. J'en excepte même certain
article qui pourroit devenir trop emba
raffant pour vous .
SEMIRAMIS.
Qu'entendez- vous par- là ?
JEANNE D'ARQUES.
Ce que vous devinez peut-être : mais
ne parlons d'abord que des caufes de
votre fortune. Vous partageâtes le
Thrône de votre Souverain pour l'avoir
aidé à prendre une petite Ville ;
moi je fis regagner au mien tout fon
AOUST. 1763.
6BRoyaume
, & n'ambitionnai avec lui
nul partage : vous n'aviez qu'à feconder
de vos confeils un Conquérant redoutable
; j'eus à rétablir , à force de travaux
un Roi fugitif & prèfque abandonné
le hafard vous fournit la première
occafion de vous faire connoître ;
je ne dus cette occafion qu'à moi-même :
vous n'eûtes qu'à indiquer à vos Chefs
les moyens de faire mieux , chofe quel'-'
quefois très-aifée ; j'eus à réparer tout
le mal que les miens avoient fait , chofe
infiniment plus difficile : Vous ...
SEMIRAMIS .
Ah faites-nous grace d'un plus long
parallèle ! Où avez - vous puifé tous ces
tours de Rhétorique ?
JEANNE D'ARQUES .
Vous ignorez, je penfe , qu'ici la Rhétorique
eft naturelle comme elle devroit
l'être là-haut ?
SEMIRAMIS .
Je fais auffi que plufieurs de vos Poëtes
fe font plu à vous faire parler en
grands termes.
JEANNE D'ARQUES .
Oui , je me fouviens qu'il y a près de
cent ans qu'un vieuxrimeur m'apporta ici
un Poëme à ma louange ; vous ne doutez
pas que je ne l'aye trouvé fort beau.
62 MERCURE DE FRANCE.
Mais, depuis , on m'en a dit tant de mal,
qu'il a bien fallu le trouver mauvais. II
eft vrai qu'en le lifant je ne m'apperçois.
prefque pas que le langage ait changé
depuis Charles VII.
SÉMIRAMIS .
On dit qu'un Poëte encore vivant
vous a fait parler en termes plus nouveaux
; mais ....
JEANNE D'ARQUES .
J'entends ... ce Poëte eft fort heureux
de ne m'avoir pas chantée de mon
vivant . Il eût pû éprouver le fort de plus
d'un Anglois.
Encore s'il fe fût borné , comme a
fait mon vieux chantre , à me donner
quelque penchant pour le brave Dunois ,
une telle foibleffe pourroit fe tolérer :
mais ... A propos , on dit que ce même
Poëte , & quelques autres , ne vous ont
guères mieux traitée ?
Comment ?
SÉMIRAMIS .
JEANNE D'ARQUES .
Quoi ? L'ignorez -vous ?
SEMIRAMIS.
t
Je fais bien que ces Meffieurs fe permertent
auffi facilement de prêter des
vices aux Princeffes de l'Antiquité , que,
des vertus à celles qui exiftent de leur
AOUST. 1763 63
temps . J'ai vu la fage Didon fort irritée
contre un certain Virgile qui l'accufe de
certaine avanture avec certain Héros
né , au moins , trois fiécles après elle.
Il eft vrai que j'ai vù Pénélope affez
contente d'un autre Poëte appellé Homère.
Il fait de cette Reine , qui fut des
plus galantes , un exemple de fidélité
conjugale. Rien ne prouve mienx que la
réputation dépend du hafard comme tant
d'autres chofes.
JEANNE D'ARQUES.
- Entre nous , ce hafard ne vous a favo
rifée qu'à demi. Les Poëtes dont je vous
parlois prétendent qu'après avoir fait
mourir votre époux Ninus , vous fuffiez
devenue très - volontiers l'épouſe de
votre fils Ninias :
SÉMIRAMIS .
Laiffons-là ces impofteurs , & venons .
au fait. Avouez que ce qu'il y eut de
plus merveilleux dans votre miffion fut
d'en avoir été ciue for votre paroleab
D
JEANNE D'ARQUES: iol
On m'en crut encore mieux d'après !
mes actions. J'avois promis des chofes
qui tenoient du prodige , & j'effectuai
ut ce que j'avois promis. Bien des gens
qui fe difoient infpires n'ont pas été auffi
tout
heureux .
ocheté
64 MERCURE DE FRANCE.
SÉMIRAMIS .
Vous euffiez bien dû prévoir l'échec
qui termina vos exploits.
JEANNE D'ARQUES.
Je portai trop loin le zéle & la préfomption.
Vous - même ne futes pas , je
crois , fort contente de votre éxpédition
des Indes ?
SÉMIRAMIS.
Du moins , ne reftai - je pas au pouvoir
de mes ennemis . Eft-il bien vrai que
les vôtres vous firent brûler comme forcière
?
JEANNE D'ARQUES.
Oui ; & cependant je vous jure qu'il
n'en étoit rien .
SÉMIRAMIS.
Vos Juges dûrent en être encore
moins foupçonnés.
JEANNE D'ARQUES .
Mes Juges vouloient plaire à l'ennemi
qui vouloit ma perte . Il ne pouvoit pardonner
à une femme de l'avoir vaincu .
SÉMIRAMIS .
Ceux que mon bras foumit fe montrerent
plus dociles. Tous m'encenfoient
comme une Divinité,
AOUST. 1763. 65
JEANNE D'ARQUES.
C'eft que vous n'étiez pas leur prifonniere
; fans quoi l'Autel eût pû devenir
un Bucher.
SÉMIRAMIS.
J'avoue qu'on n'étoit guères plus policé
de mon temps que du vôtre . Mais
fi j'en crois certains rapports , votre Patrie
a bien changé de face : on y donne
un peu moins aux préjugés , & certainement
on n'y condamneroit pas vos
pareilles aux flammės.
JEANNE D'ARQUES.
On y érigeoit encore moins des Autels
à vos femblables. Ne regrettons point
les temps où nous avons vécu : iis femblent
avoir été faits pour nous. Les Nations
éclairées ne croyent & n'admirent
très- difficilement. Peut - être quelques
fiécles plus tard , l'Héroïne de l'Afie
n'eût- elle jamais été que la femme d'un
Officier fubalterne , & l'Héroïne de la
France qu'une Servante de Cabaret.
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12129
p. 67
« LE mot de la première Énigme du second volume du Mercure de Juillet [...] »
Début :
LE mot de la première Énigme du second volume du Mercure de Juillet [...]
Mots clefs :
Temps, Pelote de neige, Virgule, Verger, Lire, Ivre, Vélu, Rive, Ver, Grève
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la première Énigme du second volume du Mercure de Juillet [...] »
LEE mot de la première Enigme du
fecond volume du Mercure de Juillet
eft le Temps. Celui de la feconde eft
la pelotte de neige. Celui du premier
Logogryphe eft Virgule , dans lequel
on trouve gril , lire , ivre , velu , vue ,
vil , vie , luire , grue , grive , rive , livre .
Celui du fecond Logogryphe eft Verger,
où l'on trouve guèrre , vèrre , ver,
Verge , grève , Eve.
fecond volume du Mercure de Juillet
eft le Temps. Celui de la feconde eft
la pelotte de neige. Celui du premier
Logogryphe eft Virgule , dans lequel
on trouve gril , lire , ivre , velu , vue ,
vil , vie , luire , grue , grive , rive , livre .
Celui du fecond Logogryphe eft Verger,
où l'on trouve guèrre , vèrre , ver,
Verge , grève , Eve.
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12130
p. 68-69
AUTRE. A Madame la Comtesse de D***, Dame & Chanoinesse de ...
Début :
Vous en qui les vertus rehaussent la Noblesse, [...]
Mots clefs :
Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A Madame la Comtesse de D***, Dame & Chanoinesse de ...
AUTRE.
A Madame la Comteffe de D *** , Dame
& Chanoineffe de ...
VOUS
ous en qui les vertus rehauffent la Nobleffe ,
A vous , fille d'efprit , trop belle Chanoineffe ;
c'eft. Caché dans votre fein ,
Devinez ce que
Un bienfait me révéle ,
Un foupir me décéle ,
Et la franche candeur me porte fur la main.
Que- ſuis-je ? Eh mais ! en tout fexe , à tout âge
Je fuis un mirmidon
Qui fait bien du tapage.
Ce que je fuis ! je fuis un don ....
Le morceau délicat de la téndre jeuneſſes
Le reffort vigoureux de la verte vieillefe
Le foyer des defirs ;
Le centre des plaifirs
Un théâtre , & dans la Nature
Le noeud , le dénoûment de plus d'une avanture.
Hé ! Madame , je fuis l'âme des fentimens ;
J'inſpire le Héros , enflâme les Apôtres,
Donne le prix aux patenôtres ,
Le parfum à l'encens. ,
Et la rocambole aux préfens ;
Je ſuis tout bon chez vous , & bien méchant chez
d'autres.
AOUST. 1763. 69
•
Bergers , Rois , j'adoucis ou j'aigris votre fort ;
Mes conquérans font mes conquêtes ;
J'anime les chanfons , & j'embellis les fêtes ;
On me chérit vivant & mort.
Donné fans goût , on me dédaigne ;
A propos refufé , c'eſt par- là que je règne;
On mépriſe qui m'auroit bas ;
De qui l'auroit haut , l'on fe moque ;
Double , on ne m'aime pas ;
Simple , un galant me croque.
Mais , auffi beau que vous l'avez ,
On l'adore , & ... pardon , nia Comteffe , obfervez
Que je fuis de moi-même
Le portrait , le chiffre & l'emblême ;
Qu'en cinq lettres j'offre mon nom ;
Qu'à dix- neuf ans vous avez le renom ,
Par mille traits divins , de me rendre adorable ,
Et , qui pis eft , vainqueur , & , qui mieux eft ,
aimable.
Le C ... D ... des bords de la S. ***
A Madame la Comteffe de D *** , Dame
& Chanoineffe de ...
VOUS
ous en qui les vertus rehauffent la Nobleffe ,
A vous , fille d'efprit , trop belle Chanoineffe ;
c'eft. Caché dans votre fein ,
Devinez ce que
Un bienfait me révéle ,
Un foupir me décéle ,
Et la franche candeur me porte fur la main.
Que- ſuis-je ? Eh mais ! en tout fexe , à tout âge
Je fuis un mirmidon
Qui fait bien du tapage.
Ce que je fuis ! je fuis un don ....
Le morceau délicat de la téndre jeuneſſes
Le reffort vigoureux de la verte vieillefe
Le foyer des defirs ;
Le centre des plaifirs
Un théâtre , & dans la Nature
Le noeud , le dénoûment de plus d'une avanture.
Hé ! Madame , je fuis l'âme des fentimens ;
J'inſpire le Héros , enflâme les Apôtres,
Donne le prix aux patenôtres ,
Le parfum à l'encens. ,
Et la rocambole aux préfens ;
Je ſuis tout bon chez vous , & bien méchant chez
d'autres.
AOUST. 1763. 69
•
Bergers , Rois , j'adoucis ou j'aigris votre fort ;
Mes conquérans font mes conquêtes ;
J'anime les chanfons , & j'embellis les fêtes ;
On me chérit vivant & mort.
Donné fans goût , on me dédaigne ;
A propos refufé , c'eſt par- là que je règne;
On mépriſe qui m'auroit bas ;
De qui l'auroit haut , l'on fe moque ;
Double , on ne m'aime pas ;
Simple , un galant me croque.
Mais , auffi beau que vous l'avez ,
On l'adore , & ... pardon , nia Comteffe , obfervez
Que je fuis de moi-même
Le portrait , le chiffre & l'emblême ;
Qu'en cinq lettres j'offre mon nom ;
Qu'à dix- neuf ans vous avez le renom ,
Par mille traits divins , de me rendre adorable ,
Et , qui pis eft , vainqueur , & , qui mieux eft ,
aimable.
Le C ... D ... des bords de la S. ***
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12131
p. 72-73
MARCHE exécutée à la Publication de la Paix. Par M. DARD, de l'Académie Royale de Musique. PARODIE.
Début :
FIERES Trompettes, [...]
Mots clefs :
Trompettes, Amour, Bonheur, Maître, Chœur, Cieux, Musettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARCHE exécutée à la Publication de la Paix. Par M. DARD, de l'Académie Royale de Musique. PARODIE.
MARCHE exécutée à la Publication de
la Paix. ParM. DARD , de l'Académie
Royale de Mufique..
PAROD I E.
FIERES IERES Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
En ce jour le foin d'accompagner nos voix.
Quand la Paix
Comble nos fouhaits ,
Anglois
Et François ,
Chantons fes attraits ;
Portons tous jufqu'aux Cieux
Nos tranfports & nos voeux ;
Et que les Dieux
Qui nous rendent tous heureux
Ainfi qu'eux ,
S'uniffent
En choeur applaudiſſent
Aux heureuſes loix
Qui réuniffent
Sujets & Rois.
Vive LOUIS!
Vive notre cher Maître !
Lui
Fieremt
Fieres trompettes , Laissés aux muse.Quandla
paice Comble nos souhaits, Anglois et Fieux Nos
transports etnos voeux Etque les Dieux Qr applau
dissent Aux heureuses loix Qui reunissl faitre
naitreparmi nous lesjeux et les ris , Cont tout
+
us prouve l'amour, En cejour En sentlerensnos con
nous
certs :Fieres trompettes , Laissés aux mus voix.
D
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
Vive notre cher Maître !
Lui
AOUST. 1763. 73
"Lui feul fait renaître
Parmi nous les jeux & les ris
Chantons ,
Célébrons ,
Chantons notre bonheur :
Son coeur ,
A fon tour ,
Dont tout nous prouve l'amour ,
En ce jour ,
En fent le retour.
Que nos tranſports ,
Que nos accords
Frappent les airs ,
Et répétons dans nos concerts :
Fières Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
Accompagner nos coeurs & hos voix.
Par M. D. L. P...
la Paix. ParM. DARD , de l'Académie
Royale de Mufique..
PAROD I E.
FIERES IERES Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
En ce jour le foin d'accompagner nos voix.
Quand la Paix
Comble nos fouhaits ,
Anglois
Et François ,
Chantons fes attraits ;
Portons tous jufqu'aux Cieux
Nos tranfports & nos voeux ;
Et que les Dieux
Qui nous rendent tous heureux
Ainfi qu'eux ,
S'uniffent
En choeur applaudiſſent
Aux heureuſes loix
Qui réuniffent
Sujets & Rois.
Vive LOUIS!
Vive notre cher Maître !
Lui
Fieremt
Fieres trompettes , Laissés aux muse.Quandla
paice Comble nos souhaits, Anglois et Fieux Nos
transports etnos voeux Etque les Dieux Qr applau
dissent Aux heureuses loix Qui reunissl faitre
naitreparmi nous lesjeux et les ris , Cont tout
+
us prouve l'amour, En cejour En sentlerensnos con
nous
certs :Fieres trompettes , Laissés aux mus voix.
D
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
Vive notre cher Maître !
Lui
AOUST. 1763. 73
"Lui feul fait renaître
Parmi nous les jeux & les ris
Chantons ,
Célébrons ,
Chantons notre bonheur :
Son coeur ,
A fon tour ,
Dont tout nous prouve l'amour ,
En ce jour ,
En fent le retour.
Que nos tranſports ,
Que nos accords
Frappent les airs ,
Et répétons dans nos concerts :
Fières Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
Accompagner nos coeurs & hos voix.
Par M. D. L. P...
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12132
p. 76-78
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur la mort de M. DE BULLIOUD, Capitaine de Carabiniers, Chevalier de S. Louis, qu'une maladie de poitrine vient d'enlever à 22 ans.
Début :
MONSIEUR, J'aurois continué à gémir seul de la mort de M. de Bullioud [...]
Mots clefs :
Tranquillité, Amitié, Mort, Lauriers, Honneur, Nation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur la mort de M. DE BULLIOUD, Capitaine de Carabiniers, Chevalier de S. Louis, qu'une maladie de poitrine vient d'enlever à 22 ans.
LETTRE à M. DE LA PLACE , fur
la mort de M. DE BULLIOUD
Capitaine de Carabiniers , Chevalier
de S. Louis , qu'une maladie de
poitrine vient d'enleyer à 22 ans.
"
MONSIEUR,
J'aurois continué à gémir feul de la
mort de M. de Bullioud , fi voyant le
filence qu'ont obfervé tous les papiers
publics fur cet événement , je ne me
croyois obligé de l'annoncer. Ce n'eſt
pas fimplement le devoir de l'amitié que
je remplis , ma douleur eût fuffi, Mais il
étoit dans cette claffe d'hommes , dont
-les tombeaux doivent être couronnés
de lauriers , & qui méritent autant d'encens
que de pleurs. Il s'eft fait connoître
à l'âge de 16 ans par une de
ces actions éclatantes , qui font honneur
à la Nation qui les produit , &
que l'on fait ordinairement paffer à la
-postérité. Tout le monde à lû dans les
Gazettes le fait fingulier qui lui a valu
à la Bataille de Crevelt la Croix de
Saint Louis , & le grade de Capitaine de
Carabiniers , dans un âge , ou à peine
les mères ofent expofer leurs enfans aux
AOUST. 1763. 77
dangers & aux fatigues de la guerre . Il
joignoit à ces qualités héroïques , toutes
ceiles de la fociété. Son éffai dans la
Littérature * , malgré fon incorrection ,
annonçoit de grandes difpofitions &
beaucoup de facilité. Je regarde fa mort
comme un malheur , & fa vie comme
un exemple. Les récompenfes qu'il a
reçues d'un gouvernement jufte , font
un encouragement de plus , pour les
jeunes gens qui marcheront fur fes traces.
Vous jugez , Monfieur , qu'avec
l'idée que j'avois de ce refpectable ami ,
j'ai éprouvé la plus vive douleur en le
voyant pendant deux ans miné par une
maladie qui ne lui pouvoit laiffer attendre
que la mort. C'eft dans cette cruelle
fituation qu'il s'eft livré à l'étude avec
cette noble tranquillité , qui caractériſe
une âme auffi pure & auffi élevée que
la fienne. Je plains toutes les perfonnes
qui s'étoient attachées à lui . Je fuis heureux
cependant d'avoir eu avec lui des
relations qui me laiffent des exemples à
fuivre.
Bullioud eft mort au Printems de fonâge
Comme une fleur , il n'a duré qu'un jour ;
De Mars il avoit le courage ,
Et l'air féduifant de l'amour.
La Pétriffée
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
La gloire en Lettres d'or a gravé dans fon Temple
Un trait de la prudence & de fa fermeté ,
Pour qu'aux plus vieux Guerriers il pûc fervir
d'exemple ,
Et lui valoir l'honneur de l'immortalité.
la mort de M. DE BULLIOUD
Capitaine de Carabiniers , Chevalier
de S. Louis , qu'une maladie de
poitrine vient d'enleyer à 22 ans.
"
MONSIEUR,
J'aurois continué à gémir feul de la
mort de M. de Bullioud , fi voyant le
filence qu'ont obfervé tous les papiers
publics fur cet événement , je ne me
croyois obligé de l'annoncer. Ce n'eſt
pas fimplement le devoir de l'amitié que
je remplis , ma douleur eût fuffi, Mais il
étoit dans cette claffe d'hommes , dont
-les tombeaux doivent être couronnés
de lauriers , & qui méritent autant d'encens
que de pleurs. Il s'eft fait connoître
à l'âge de 16 ans par une de
ces actions éclatantes , qui font honneur
à la Nation qui les produit , &
que l'on fait ordinairement paffer à la
-postérité. Tout le monde à lû dans les
Gazettes le fait fingulier qui lui a valu
à la Bataille de Crevelt la Croix de
Saint Louis , & le grade de Capitaine de
Carabiniers , dans un âge , ou à peine
les mères ofent expofer leurs enfans aux
AOUST. 1763. 77
dangers & aux fatigues de la guerre . Il
joignoit à ces qualités héroïques , toutes
ceiles de la fociété. Son éffai dans la
Littérature * , malgré fon incorrection ,
annonçoit de grandes difpofitions &
beaucoup de facilité. Je regarde fa mort
comme un malheur , & fa vie comme
un exemple. Les récompenfes qu'il a
reçues d'un gouvernement jufte , font
un encouragement de plus , pour les
jeunes gens qui marcheront fur fes traces.
Vous jugez , Monfieur , qu'avec
l'idée que j'avois de ce refpectable ami ,
j'ai éprouvé la plus vive douleur en le
voyant pendant deux ans miné par une
maladie qui ne lui pouvoit laiffer attendre
que la mort. C'eft dans cette cruelle
fituation qu'il s'eft livré à l'étude avec
cette noble tranquillité , qui caractériſe
une âme auffi pure & auffi élevée que
la fienne. Je plains toutes les perfonnes
qui s'étoient attachées à lui . Je fuis heureux
cependant d'avoir eu avec lui des
relations qui me laiffent des exemples à
fuivre.
Bullioud eft mort au Printems de fonâge
Comme une fleur , il n'a duré qu'un jour ;
De Mars il avoit le courage ,
Et l'air féduifant de l'amour.
La Pétriffée
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
La gloire en Lettres d'or a gravé dans fon Temple
Un trait de la prudence & de fa fermeté ,
Pour qu'aux plus vieux Guerriers il pûc fervir
d'exemple ,
Et lui valoir l'honneur de l'immortalité.
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12133
p. 84-111
THÉATRE de M. FAVART, Ou Recueil des Comédies, Parodies & Opéra-Comiques, qu'il a donnés jusqu'à ce jour, avec les Airs, Rondes & Vaudevilles notés dans chaque Pièce. Nouvelle édition ; en huit Volumes in-8° Paris, 1763, chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût.
Début :
LE Théâtre de M. Favart, si piquant par sa singularité, par la variété des compositions [...]
Mots clefs :
Opéra, Parodie, Pièce, Théâtre, Comique, Vaudevilles, Succès, Couplets
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texteReconnaissance textuelle : THÉATRE de M. FAVART, Ou Recueil des Comédies, Parodies & Opéra-Comiques, qu'il a donnés jusqu'à ce jour, avec les Airs, Rondes & Vaudevilles notés dans chaque Pièce. Nouvelle édition ; en huit Volumes in-8° Paris, 1763, chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût.
THEATRE de M. FAVART , Ou
Recueil des Comédies , Parodies &
Opéra - Comiques , qu'il a donnés
jufqu'à ce jour , avec les Airs, Rondes
& Vaudevilles notés dans chaque
Pièce. Nouvelle édition ; en huit Vo-
Lumes in-8 ° Paris , 1763 , chez Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques,
au Temple du Goût..
LE Théâtre de M. Favart, fi piquant
par fa fingularité , par la variété des com
'AQUST. 1763. 85
pofitions , & par les agrémens répandus
dans toutes celles qu'il nous préſente ,
réunit prèfque tous les genres qui , depuis
trente ans , ont fait l'objet des
Spe&acles. Opéra-Comiques , Parodies ,
Comédies Lyriques , Paftorales , Piéces
de fentimens, & c, tout ce que le Théâtre
Italien & celui de la Foire ont produit
de plus ingénieux dans les nouveaux
genres qui s'y font introduits fucceffivement
, fe trouve ici raffemblé. Ainfi
ceux qui voudront connoître les divers.
génies de ces deux Théâtres , dans la
durée du temps qu'embraffe la collection
de fes Ouvrages , les y reconnoîtront
fans peine , parce qu'il leur a
fouvent donné le ton , au lieu de le prendre
; ce qui montre , dans cet agréable
Écrivain , une ſupériorité de talens qu'on
ne met plus en queftion . L'hiftoire des
productions de M. Favart , eft donc en
quelque forte celle des deux Théâtres
auxquels il s'eft le plus attaché , & l'on
verra qu'aucun Auteur n'a mieux réuffi
à varier nos amufemens à ces deux
Spectacies.
De ces genres de compofition fi différens
, fi difparates , & qui fans doute
demandoient une grande foupleffe d'ef
prit , conclura-t-on qu'il a déféré à l'inſ86
MERCURE DE FRANCE.
tabilité de nos goûts , à l'inconftance
naturelle qui nous emporte rapidement
vers tous les objets où nous croyons voir
quelque lueur de nouveauté ? Il nous
femble au moins qu'on doit faire une
diftinction , que nous laifferons développer
à ceux qui en auront le loiſir. Il
y a un Goût indépendant de nos moeurs
& de notre génie , une forte de fentiment
général qui fixe par- tout les idées du
beau , du bon , du mauvais , fous quelque
forme qu'ils fe produifent ; & c'eftlà
le Goût , abfolument dit , Goût uniforme
& invariable chez tous les Peuples
où font cultivés les Lettres & les Arts.
Il y a un Goût national , qui tient entièrement
à nos moeurs , au caractère général
, à nos préjugés , & dont toutes
nos productions , tous nos jugemens
ont plus ou moins l'empreinte. Ce Goût
national peut fe modifier , & fe modifie
en effet chez nous plus que chez tous les
autres Peuples. De- là tous ces goûts
paffagers , dont les viciffitudes , courtes
& foudaines , influent d'une manière fi
fenfible fur nos amufemens en tout
genre.
M. Favart eft venu , fi on l'ofe dire
dans le temps critique de la plus grande
effervefcence , de la plus grande mobiAOUST.
1763. 87
lité de ce goût fi léger , fi fugitif , A
difficile à fixer , & il s'eft voué aux deux
Théâtres où fon inconftance eſt le plus
marquée. Il a commencé par celui de
la Foire , connu fous le nom d'Opéra-
Comique , & c'eft-là qu'il a fait fes premieres
armes. Mais voyons en quel état
étoit alors ce Spectacle .
*
Le Théâtre de la Foire , formé en
partie des débris de l'ancien Théâtre
Italien qui fut fupprimé en 1697 , s'établit
fous différens noms , vers le commencement
du fiécle ; mais ce fut
fous la Régence ( en 1719 ou 1720 )
qu'il prit , avec une forme plus conſtante
& plus régulière , le nom d'Opéra-Comique.
On pourroit cependant lui trouver
une origine bien plus ancienne ,
fondée fur deux Piéces peu connues , &
qui font dans le cabinet de M. Favart.
L'une eft intitulée la Comédie des Chan
fons , & imprimée à Paris , chez Touffaint
Quinet , au Palais en 1640. L'au
tre, qui a pour titre l'Inconftant Vaincu,
* La réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie
Italienne , l'a fait revenir en quelque forte à
fes premiers élémens ; & l'on n'a guères fait autre
chofe que reftituer à celle- ci ce qui en avoit été
démembré . La fente comparaifon du Théâtre de
Gherardi avec celui dela Foire , fuffira pour juftifier
cette réfléxion .
88 MERCURE DE FRANCE.
eft une Paftorale en chanfons : elle parut
environ vingt ans après la première , &
elle eft imprimée à Paris , chez Etienne
Loyfon , en 1661 .
» n'a
-
» La Comédie des Chanfons ( aux
» termes de l'Avertiffement qu'on y
» lit ) , faite de piéces rapportées où l'on
pas ajouté un mot , eft une efpéce
» de Mofaïque compofée de Vaudevilles
» & d'Airs de Cour , comme on diſoit
alors ». Voilà donc bien formellement
l'Opéra- Comique tenté dès 1640 , & en
même temps la Parodie. Car ( au moins
fuivant l'Editeur ) , autre que dans
» cette Comédie il n'y a pas un mot qui
» ne foit un vers ou un couplet de quel-
» que chanfon tel en eft l'artifice
» qu'une chanfon ridicule répond fou-
» vent à une des plus férieuſes , & une
» vieille à une nouvelle ». Au refte ,
cette Piéce , quoiqu'imprimée avec privilége
du Roi , eft extrêmement licencieuſe
, fans moeurs , fans intérêt , fans
intrigue. On y peint des amours földatefques
, une jeune fille très-libertine
qui fe trouve groffe , & qui eft toujours
dans le cas d'une occafion prochaine..
Enfin , elle n'a d'autre mérite que de
dater de plus d'un fiécle , & de nous.
avoir confervé quelques couplets paffa
bles pour le temps..
AOUST. 1763. 89
, L'Inconftant Vaincu malgré les
grands Airs dont cette Piéce eft compofée
, malgré le férieux des amours
qu'elle repréfente , vaut encore moins
que la premiére. On a voulu l'égayer ,
en y introduifant une forte de Goinfre
ou d'ivrogne toujours cloué au cabaret
, & une eſpèce d'amant tranfi , qui ,
pour fe dépiquer du mauvais fuccès de
fes très-froides amours , prend le même
parti : mais tout cela du plus bas comique
& fans aucun fel.
Quelle que foit l'origine de l'Opéra-
Comique , il s'accrédita dans ces tems
de vertige , où le fyftême ayant confondu
tous les états , par dès fortunes
auffi étranges que rapides , entraînoit
néceffairement la corrupsion du goût
& des moeurs. Ce Spectacle , alors
très - licentieux , ne faifoit que par
* Cé SpeЯacle , fi analogue au fond de gaie
té , au génie chantant qui caractérisent la Nation
, a fûrement précédé les Opéra Bouffons
d'Italie. La Pomone de l'Abbé Perrin , ( où
les Satyres de la fuite de Priape voulant embraffer
les Filles de Lamfaque , celles - ci fe
changent en autant de buiffons d'épines ; les
premiers Opéra de Quinaut , Cadmus & Al
cefte , mêlés de Seénes (comiques , le Pourceaugnac
de Moliere , & quelques ; divertiffemens du
même, fembloient avoir indiqué ce genre.
90 MERCURE DE FRANCE.
ler à- peu-près le langage des fociétés :
fa licence , par conféquent , devoit moins
être imputée aux Auteurs qui en fouilloient
leurs écrits , qu'au Public même
dont il falloit malheureufement flater la
dépravation , pour l'attirer & obtenir
fon fuffrage.
Le Sage , Dorneval , Fufelier, & quelques
autres bons Ecrivains , tenterent
d'annoblir l'Opéra - Comique. Ils commencerent
à le purger des obfcénités
les plus groffières , ou du moins à y
introduire , avec plus de fineffe & plus
d'art , le goût de la bonne plaifanterie .
S'ils ne purent pas remplir entierement
leur objet , c'eft que l'on étoit prévenu
qu'une liberté cynique conftituoit ce
genre , & qu'elle en devoit être le
caractère diftin &tif. Le vice étoit trop
enraciné ; il falloit du temps pour le
détruire , & ce n'eft que par degrés
qu'on eft parvenu à rendre ce Spectacle
digne des honnêtes gens. Cependant il
fut dès les premiers temps l'Ecole de nos
meilleurs Comiques , qui tous s'effay erent
dans ce genre. Mais pour en bien
diftinguer les caractères , il faut le divifer
en quatre Ages.
Un Greffier de la Ville , aidé de quelAOUST.
1763. 91
ques amis , commença à mêler des couplets
dans des Scènes empruntées du
Théâtre Italien , ou compofées dans le
goût de ce Théâtre. L'Abbé Pelegrin,
qui n'avoit encore fait que des Cantiques
Spirituels , qu'on pouvoit eftimer, mais
qu'on payoit mal , crut être mieux récompenfé
en confacrant fes talens Lyriques
au genre profane . Il fit le premier
pour la Foire quelques Pièces en
Vaudevilles ; & comme ce Spectacle
étoit livré à toute la licence que les
moeurs toléroient alors , il n'y épargna
pas le gros fel . C'eft à ce temps qu'on
peut rapporter le premier Age de l'Opéra-
Comique. Le Sage , Dorneval , Fufelier,
la Font , le Grand , & l'Auteur de la
Métromanie, qui foutinrent affez longtemps
fa fortune , appartiennent à ce
premier âge. Quelques - unes de leurs
productions fe reffentoient peut - être
encore de la liberté des chanfons de
Blot , & des groffes gaietés de Dancourt,
qui femble avoir auffi contribué à donner
le ton au Théâtre de la Foire ; mais
on vit du moins percer l'efprit , le bon
goût dans ce qu'ils hafarderent de plus
libre. La Philofophie même s'en mêla :
le Sage en fit entrer des traits dans les
92 MERCURE DE FRANCE .
Pèlerins de la Mecque , & dans quelques
autres Piéces .
Nous fixerons le fecond Age de l'Opera-
Comique au premier temps de M.
Pannard , qui eft celui de Fagan , de
Boiffi , de Carolet , & du début de M.
Favart. M. Pannard , à ce Théâtre , fit
principalement rire la Morale , & perfonne
ne l'a fi bien préfentée fous le
mafque de l'amufant Vaudeville . Caro
let auffi mince Ecrivain qu'obfcène
Comique,ne doit jamais être cité. Quant
aux fieurs Fagan & Boiffy , ils ne prélu→
derent à ce Spectacle que pour s'élever
aux compofitions agréables qu'ils donnerent
depuis aux deux autres. Les premières
Pièces de M. Favart déceloient
déjà fon goût pour le Sentiment , & c'eſt-
,
* Ce Couplet de la Pièce intitulée l'Espéranse
, quoiqu'un peu tourné au fophifme , a més
rité d'être retenu..
Demain eft un jour qui fuit ;
Dont on ne voit point l'exiſtence ;
Au milieu de chaque nuit ,
Il' perd fon nom dans fa naiſſance ;
Quand on croit s'afflurer de lui ,
On trouve que c'eſt Aujourd'hui.
Jüfqu'à préfent aucun Humain.
N'a pu voir arriver demain...
A O UST. 1763. 93
là proprement le genre qu'il a introduit
dans un Spectacle où l'on n'en voyoir
prèfque aucune trace.
2
Le troifiéme Age de l'Opéra - Comique
ne s'étend guères au-delà des deux
principaux Auteurs qui l'ont feuls , àpeu-
près , rempli. M. Favard & le fieur
Vadé fembloient s'être partagé le Spectacle.
Le dernier eft communément regardé
comme l'Inventeur du Genre
Poiffard , & il en eft du moins le Coryphée.
Mais comme le génie ou le talent
particulier d'un Acteur détermine affez
fouvent le goût des compofitions , M.
Favart avoit éffayé ce genre dans les
Bateliers de Saint Cloud , où le Sr
Leclufe rendoit fi naïvement le langage
& le maintien des gens de rivière . On
pourroit même le faire remonter juſqu'à
'Impromptu du Pont -Neuf, donné par
M. Pannard en 1729 , à l'occafion de
la Naiffance de Mgr le Dauphin *.
Dans le quatriéme & dernier Age de
L'Impromptu du Pont-Neufnous rappelle un
fait intérellant , dont il eft bien jufte de faire honneur
à M. Pannard. C'eft lui qui a été le premier
l'organe d'un fentiment imprimé dans tous les
coeurs des François , qui , dans le Vaudeville des
Fêtes Sincères , repréſentées à la Cour en 1744
devant la Reine , a nommé le Roi LOUIS LE
BIEN-AIMÉ,
94 MERCURE DE FRANCE .
l'Opéra-Comique , on voit encore figurer
M. -Favart , & commencer M. Sedaine
, qui par le choix fingulier de fes
fujets , par la conduite de fes Drames &
l'efprit naturel qu'il y fait entrer , a le
mérite , aujourd'hui f rare , d'avoir un
genre à lui , d'être original. Cet Age eſt
celui des Pièces à Ariettes , dont on
peut fixer la première époque à la Parodie
de Raton & Rofette , donnée au
Théâtre Italien par M. Favart en 1753.
Les Troqueurs, de Vadé, mis en Mufique
par M. Dauvergne , font le premier éffai
dans ce genre fait au Théâtre de la Foíre ,
& cet éffai fut trop heureux pour n'être
pas très - promptement imité , comme
on imite parmi nous,avec une espéce de
fureur. De là toutes ces mauvaiſes rapfodies
que leur charivari mufical fait
aujourd'hui paffer dans la foule , mais
qui ne font point illufion à ceux dont
tout l'efprit n'eft pas dans l'oreille.
Si M. Favart , en entrant dans la carrière
, trouva l'Opera - Comique en train
de s'épurer quant au goût & aux moeurs,
il y avoit encore bien de l'ouvrage à
faire , & il a plus contribué que perfonne
à y attacher la décence fi néceffaire
dans tous les amuſemens publics , qui
ne peuvent qu'y gagner de toutes faAOUST.
1762 . 95
cons * . Car quoiqu'en difent les liber
tins , on l'a décidé depuis long- temps:
* Puifque l'occafion fe préfente , rendons au
Sieur Monnet la juftice qu'on ne fçauroit lui
refufer. C'eft à lui que l'Opéra- Comique a dû
le bon ordre , la décence extérieure , & même
l'éclat qui dans les derniers temps l'avoit
élevé au rang des Spectacles réglés . Il obtine
en 1743 , pour fix ans , le Privilége de l'Opé
ra-Comique , & commença par folliciter une
Ordonnance du Roi pour en écarter la Livrée ,
qui de tous temps étoit en polleflion du Parterre.
Il décora très proprement la Salle , n'épargna
rien pour former un bon Orqueftre ,
changea toute la face du Spectacle , & porta
dans toutes fes parties cette intelligence & ce
goût dont il a donné tant de preuves . Tour Paris
vint en foule applaudir aux nouveaux agrémens
d'un Théâtre qui s'annobliffoit de jour en jour,
C'eft dans l'Ambigu de la Folie , ( Parodie des Indes
Galantes , de M. Favart ) qu'il donna à la
Foire S. Laurent même année 1743 ) qu'on vit
éclorre les ralens de trois grands Sujets , Mlle Pu
vigné , Mlle Lany & M. Noverre ;ils danferent le
Pas-de-Trois de l'Acte des Fleurs. La Foire S.
Germain fuivante fut encore plus brillante que
la
premiere. L'Acajou de M. Favart joué d'original
par de bons Acteurs formés au goût du nouveau
Théâtre , eut un fuccès étonnant , & le fieur Monnet
y contribua beaucoup par la dépense qu'il fit
pour cette Pièce. Enfin tel fut le fuccès des deux
Foires , qu'il excita la jaloufie . On infpira à M.
Berger, alors Directeur de l'Opéra , de faire réfi
lier le bail du fieur Monnet, & celui- ci n'eut que
l'honneur d'avoir bien monté le Spectacle qui fit
96 MERCURE DE FRANCE.
ce neft jamais que faute d'efprit , & furtout
d'imagination , quon ne fçait rien
voiler , que l'on voile mal , que l'on defcend
même à ces froides équivoques ,
beaucoup plus méprifables fans doute ,
que toutes les nudités Gauloifes dont
notre délicateffe rougit.
M. Favart étoit fort jeune alors ; car ce
fut en 1734 , à la foire S. Germain , qu'il
donna fa premiere Pièce intitulée les
Deux Jumelles. Cette Pièce en enfanta
plufieurs autres , & prèfque toutes les
années , depuis cette époque , ont été
marquées par de nouvelles productions.
Le Génie de l'Opéra-Comique , & l'Enlévement
Précipité ( 2 Actes ) donné en
1735 ; le nouveau Parnaffe ( 1 Ace ) ,
la Dragonne (2 A&tes ) , l'Amour& l'Innocence
, Ballet entremêlé de Scènes dont
l'idée eft de M. de Verriere , en 1736 ;
le Vaudeville , Prologue , la Pièce fans
titre ou le Prince Nocturne ( 1 Acte ) ,
& Mariane ( 1 A&te ) , en fociété avec
pendant quelques années l'amufement le plus pi
quant de la Capitale. En 1752 , le fieur Monnet
reprit le bail de l'Opéra- Comique , qu'il a continué
jufques & compris 1757. Dans cette même
année 1752, il fit conftruire à fes frais à la Foire
S. Laurent le plus joli Théâtre , & le mieux entendu
peut-être, qu'il y ait en France.
M.
AOUST. 1763 . 97
*
M. Pannard, en 1737 ; * le Bal Bourgeois
( 1 Ade ) , en 1738 ; * Moulinet
Premier , les Réjouiffances Publiques ,
Pièce mêlée d'Intermédes , Harmonide,
Parodie de l'Opéra de Zaïde , ( 3 A&tes) ,
& les Fêtes Villageoifes , ( 2 Actes ) avec
un Prologue , en 1739 ; Pyrame &
Thifbé , Parodie de l'Opéra du même
titre , la Servante Juftifiée , la Barriere
du Parnaffe ou la Mufe Chanfon
niere , les Recrues de l'Opéra- Comique ,
les Epoux , fur un fond procuré par M.
Parmentier , & * les Jeunes Mariés ( 5
Actes ) , en 1740 : voilà vingt Pièces
qui précéderent la Chercheufe d'Esprit ,
& dont on n'a confervé que les quatre
Pièces marquées d'une étoile.
en
LA CHERCHEUSE D'ESPRIT
1741 , développa tous les talens de l'Auteur
, & lui affura le premier rang dans
ce genre de compofition . Cette Pièce
fut fuive dans la même année ( 1741 )
de la Joye , 1 A&te ; de Farinette , Parodie
de Proferpine , 1 Acte ; du Bacha
d'Alger , 1 A&te ; * des Bateliers de
Saint Cloud , I A&te ; des Valets , où
M. Valois d'Orville a eu pait , 1 Acte ;
& en 1742 , de la Fauffe Duegne ,
Sujet fourni par M. Parmentier , en 2
Actes. Ce font fix Pièces à ajouter au
E
98 MERCURE DE FRANCE
dénombrement des productions de l'Aas
teur.
Long-temps avant ces Effais de M.
Favart ( on diftinguera bien les Pièces
que nous ne comprenons point fous le
not d'Effais ) , le Théâtre Italien s'étoit
enrichi d'un nouveau genre , de LA PARODIE
* , qui , felon toutes les apparences
, en l'état où nous l'avons au
jourd'hui , ne nous vient pas directe
ment des Grecs qui l'ont inventée , ou
a bien pris le goût de notre terroir.
M. l'Abbé Sallier , qui voyoit ces
Grecs d'affez près , avoit découvert chez
eux quatre efpèces de Parodies , qu'il
réduit à deux principales , à la Parodie
fimple & narrative , & à la Parodie Dramatique
**. Nous nous fommes emparé
de ces deux - là , & il prétend que
la dernière, c'eft- à-dire la Parodie Théâ
* Ce mot , tout Grec , eft compofé de masa &
du fubftantif on chant . Or la prépoſition Para ,
qui modifie tant de mots Grecs , attache à la fois
à celui-ci une idée de reflemblance & une idée
d'oppofition .
L'invention de celle - ci eft attribuée à Hégé
mon, de Thafus , Ifle de la Mer Egée , lequel
dans la 91. Olympiade apporta une Parodie Dramarique
, au lieu d'une Comédie ordinaire , pour
Ja diftribution des prix qui fe faifoit dans les Jeux
publics.
AO UST. 1763. 99
trale , devient entre les mains de la Critique
le flambeau dont on éclaire les défauts
d'un Auteur qui avoit furpris
l'admiration *. La Motte n'étoit pas
de cet avis. A l'occafion de la Parodie
d'Inès , dont il fut beaucoup trop piqué
pour un homme qui entendoit fi
bien raillerie , il fit un Difcours fur les
Parodies , où il les repréfente comme
une Mode Françoife , fille d'un badinage
dangereux , amufement malin des
efprits fuperficiels. Fufelier lui répondit
vivement dans un Difcours ingénieux
fervant de Préface au Recueil des
Parodies de la Comédie Italienne , publié
chez Briaffonen 1738,& il ne manqua
pas de fe prevaloir de l'autorité du
Sçavant contre le Bel- Efprit qui croyoit
peut-être de bonne foi la Parodie née
Françoife.
Quoique la Motte & fes partifans en
puffent dire , on continuoit de goûter
la Parodie Dramatique , & tous les Opéra
anciens ou nouveaux toutes les
Tragédies nouvelles , payoient un tribut
aux Parodistes. M. Favart fe partagea
donc entre ce genre & l'Opéra- Comique
, & il excella dans l'un & dans
** Mémoires de l'Académie des Infcription &
Belles-Lettres , tom.z. pag. 398.
#
E ij
foo MERCURE DE FRANCE.
"
mo
l'autre. Ce font principalement ces deux
genres qui conftituent fon Théâtre , &
nous allons indiquer les Pièces dont les
huit Tomes font compofés.
IL étoit jufte de donner le pas aux
Pièces du Théâtre Italien , & elles rempliffent
quatre volumes, tant de Parodies
que d'autres Pièces Lyriques.
LES Parodies font : 1° . Hyppolite &
Aricie , Parodie de l'Opéra du même
nom , 1 Acte , 1742.
2º. Les Amans inquiets , Parodie de
Thétis & Pélée ; 1 A&te , 1751.-
3°. Les Indes Danfantes , Parodie
des Indes Galantes , font : le Turc généreux
, les Incas du Perou , & la Fête
des Fleurs , 1751 ; avec les Airs & Vaudevilles
notés .
4°. Fanfale , Parodie d'Omphale , &
les Divertiffemens , avec M. de Marcouville
, 1752.
5. Tyrcis & Doriftée, Parodie d'Acis
& Galatée , 1 Acte , 1752.
6°. Baioco & Serpilla , Parodie du
Joueur , Interméde Italien , 3 Actes ,
avec les Ariettes notées , 1753. Le fond
de cette Pièce n'appartient pas à M. Fail
eft de Dominique & Romagnefi
Des Bouffon's Italiens repréfenterent
en 1728 ou 1729 , fur le Théâtre de
l'Opéra , plufieurs Intermédes qui eu .
vart ;
AOUST. 1763.
101
,
Don
7 9
tent du fuccès & entr'autres
Mico e Lefbina , Baioco e Serpilla . Les
deux Auteurs que nous venous de nommer
parodierent ces dernieres Pièces
en faifant un mêlange de François &'
d'Italien . En 1753 , de nouveaux Bouffons
d'Italie s'inftallerent encore fur la
Scène Lyrique , & leurs fuccès ont
fait parmi nous une révolution dans
l'Art Mufical. Les Bouffons profcrits ,
il y eut un déchaînement prefque général
contre la Mufique Italienne ; mais
en s'élevant contre cette Mufique , on
l'imitoit infenfiblement , & fon génie
eft devenu à préfent le nôtre . On peut
auffi rapporter à cette époque la naiffance
des Pièces à Ariettes. M. Sodi , Muficien
Italien , faifit cette circonftance ,
pour faire de la Mufique nouvelle fur.
l'ancienne Parodie de Baioco e Serpilla ;
mais comme les Paroles ne convenoient
plus au goût actuel du Théâtre M.
Favart reprit l'Ouvrage fous oeuvre ,
& le mit dans la forme où il eft dans
ce Recueil .
?
2.
7°. Raton & Rosette ou la Vengeance
Inutile Parodie de Titon &
l'Aurore , avec les Ariettes Italiennes
& les Vaudevilles , 1 A&te , 1753 .
8°. Zéphire & Fleurette , Parodie de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
l'Acte de Zélindor , avec MM. Pannard
& Laujon , 1754.
9°. Les Chinois , Parodie del Cinefe ,
& les Ariettes notées , 1 Acte , avec M.
Naigeon , 1756.
10°. La Noce Interrompue , Parodie
d'Alcefte , 3 A&tes , 1758.
11 °. Petrine , Parodie de Proferpine,
1 Acte , avec Divertiffement & Vaudevilles
, 1759. M. Sedaine y a fait quelques
couplets.
On n'a point compris dans ce Recueil
une Parodie de Dardanus , faite en
fociété avec M. Pannard,
LES Comédies & Pièces Lyriques , au
nombre de huit, font:
Don Quichotte chez la Ducheffe , Ballet
Comique en 3 Actes , repréfenté par
l'Académie Royale de Mufique en 1743.
La Mufique eft de M. Boifmortier. Mlle
Claironjouoit à l'Opéra dans cette Pièce.
Les Amours Champêtres , Paftorale
r A&te , 1751 .
91
0
La Coquette Trompée , Comédie Lyrique
, repréfentée à Fontainebleau fur
le Théâtre de la Cour , en 1753 , & enfuite
à Paris par l'Académie Royale de
Mufique , en 1758 , 1 A&te. La Mufique
eft de M. Dauvergne.
La Bohemienne Comédie en vers ,
mêlée d'Ariettes , & traduite de la ZinAOUST.
1763. 103
gara , Intermède Italien , 2 Actes , avec
la Mufique des Ariettes , 1755.
Le Caprice Amoureux , ou Ninette à
la Cour , Pièce en 2 Actes , mêlée d'Ariettes
, repréſentée en 1755 , en 3 A&tes ,
& réduite à 2 en 1756. Toutes les Ariettes
notées font jointes ici à la Pièce.
La Soirée des Boulevards , Ambigu
Comique mêlé de Scènes , de Chants
& de Danfes , ( Pièce très-gaie & trèsamufante
, ) 1759 .
Supplément à la Soirée des Boulevards ,
compofé de neuf Scènes , avec Divertiffement
& Vaudeville , 1759 .
Soliman Second , Comédie en 3 Actes
en vers , très- bien écrite , & dont
le fuccès a été fi foutenu , fi marqué .
Le cinquiéme Tome de ce Recueil
contient les Ouvrages de Madame Fa
vart. On fent bien qu'en la nommant ,
c'eft nommer auffi fon mari , dont il
eft aifé de reconnoître le ftyle ; mais
entre époux de bonne intelligence , les
talens & les agrémens de l'efprit doivent
entrer dans la communauté. Madame
Favart , à portée de puifer à la
fource le goût des fentimens délicats
avec l'art de les exprimer , réunit danc
le talent de la compofition à ceux de
l'action . De là les fix Piéces qui rem-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
pliffent ce Volume . Ces Piéces confiftent
1 ° . en quatre Parodies , qui font :
Les Amours de Baftien & Baftienne ,
où M. Harny a eu part . C'eſt une Parodie
du Devin de Village , fur laquelle il
fuffira d'obferver qu'aucune Piéce n'a
été jouée fi long-temps , ni fi conftamment
redemandée; en forte que les Co.
médiens fe font plutôt laffés de la redonner
fi fouvent , que les Spectateurs de la
revoir après une infinité de repréſentations
, Acte , 1753.
Les Enforcelés , ou Jeannot & Jeannette
, Pièce à laquelle ont travaillé MM.
Guerin & Harny. C'eft une espèce de
Parodie de la Surprife de l'Amours
1 Acte , 1757.
La Fille malgardée
ou le Pédans
Amoureux
, Parodie de la Provençale
,
1 A&te , 1758.
La Fortune au Village , Parodie de
l'A&e d'Eglé, 1 Acte , 1760.
2º . En deux Pièces Lyriques , chacune
d'un A&te , fçavoir :
La Fête d'Amour, ou Lucas & Colinette,
efpéce de Paftorale , précédée d'un
Prologue , & augmentée ici de la Mufique.
Annette & Lubin , Comédie en vers ,
dont le Sujet est tiré des Contes Moraux
A O UST. 1763 . 105
de M. Marmontel. Le Théâtre retentit ,
encore des applaudiffemens qu'a reçu
cette derniere Piéce , & la plupart des
Couplets , ou des petits Airs ont paffé
des plus agréables bouches dans celles
du Peuple : c'eft , je crois , tout dire.
LES 6e , 7e. & 8° . Tome. comprennent
le Théâtre de la Foire. On y trouve
trois Parodies.
Moulinet Premier , Parodie de Mahomet
Second , Tragédie du fieur de la
Noue , 1 A&te , 1739.
Théfée , nouvelle Parodie de l'Opéra
de ce nom , faite en fociété avec MM.
Laujon & Parvi , 1 A&te , 1745. On lit.
dans le Calendrier des Théâtres , ( qui
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques ).
fixiéme partie , année 1757 , p. 110. une
anecdote affez plaifante , arrivée à l'occafion
de cette Pièce .
L'Amour Impromptu , Parodie de
l'Acte d'Eglé des Talens Lyriques , &
Acte , 1756.
LES Opéra- Comiques , au nombre,
de 20 , font :
La Servante Juftifiée , Sujet tiré des
Contes de la Fontaine , & très- bien rendu
; en fociété avec le fieur Fagan,
1 A&te , 1740.
La Chercheufe d'Esprit , Pièce char-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mante , bien faite en tous points , &
felon nous le chef- d'oeuvre de ce
Théâtre , 1 A&te , 1741 .
,
Le Prix de Cythère , avec un Protogue
, en fociété avec M. le Marquis de
P. 1 Acte , 1742.
Le Coq de Village , 1 Acte , 1743 .
C'eft le ftratagême dont on prétend
qu'ufa le Syndic d'un Village , pour
fouftraire à l'événement du fort un garçon
qui tiroit à la Milice . Ce Sujet eft
ingénieufement accommodé au Théâtre ,
& l'on n'oubliera jamais le charmant
couplet des Fleurs. Mlle Beaumenard ,
parut pour la première fois dans cette .
Pièce , fous le rôle de Gogo , qui fut fait
pour elle.
Les Bateliers de Saint Cloud , 1 Acte ,
1741 & 1744 .
La Coquette fans le fçavoir , avec M.
Rouffeau de Touloufe , 1 Acte , 1750.
Acajou , 3 Actes , 1752 & 1753. Cette
Pièce , tirée du Conte d'Acajou de M.
Duclos , eft pleine d'efprit & affaifonnée
de bon fel Attique. Elle fut d'abord
jouée en profe mêlée de couplets , en
1744 , à la Foire S. Germain . Après la
défenfe faite à l'Opéra- Comique de parler
, on la redonna toute en Vaudevilles
à la Foire S. Laurent , & fur le Théâtre
de l'Opera . Acajou , dans la nouveauté,
AQUST. 1763. 107
attira un concours fi prodigieux qué , le
jour de la Clôture du Théâtre , la bar
rière qui féparoit le Parquet du Parter
re fut brifée.
Les Amours Grivois , ou l'Ecole des
'Amours Grivois , Divertiffement Flamand
en 1 Ace , 1744 , en fociété avec
MM. de la Garde & le Seurre. C'eſt dans
cette Pièce , qui eft d'une grande gaiete,
que la Dlle Darimath rendoit fi naïvement
cette Ronde : Mon p'tit coeur , vous
n' m'aimez guères , &c. Le fieur Dourdet
, & la Dlie Sauvage ( ma Mie Babichony
firent aufli beaucoup de
plaifir fous les caractères de Niais &
de Niaife.
Le Bal de Strasbourg , Divertiffement
Allemand par la même fociété
1 A&te , 1744. Cette Pièce donnée à
l'cccafion du rétabliffement de la fanté
du Roi , ne pouvoit manquer dans les
circonftances , d'être fort agréablement
reçue. Mais ce qui en fit le principal
fuccès , c'eft le Vaudeville touchant de
la Scène du Courier , dont les ppaarroles
& l'air font de M. Favart , & que
toute l'Affemblée chantoit du plus grand
zéle avec les Acteurs. Il lui valut une
députation des Dames de la Halle
avec un préfent de fleurs & de fruits.
i
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour au Village , 1 A&e , 17451
C'eſt le fond d'un Opéra -Comique du
fieur Carolet , qui avoit pour titre, l'A
mour Payfan. M. Favart n'avoue point
cette Pièce , quoiqu'il l'ait refondue , &
qu'il y ait mis plufieurs Vaudevilles &
des Scènes nouvelles .
Cythère Affiégée, 1 Acte. Cette Pièce
fut d'abord faite en profe & couplets paz
l'Auteur , en fociété avec M. Fagan , &
repréſentée à Paris à l'ouverture de la
Foire Saint Laurent 1738. Depuis elle
fut entierement refondue par M. Favars
pour la Troupe des Comédiens de Bruxelles
, & repréſentée en 1748. Enfin elle
a été donnée à Paris fur le Théâtre de
la Foire en 1754.
Les Jeunes Maries I Acte . Cette
Pièce parut dès 1740 ;. & elle a été
reprife à toutes les époques de l'Opéra-
Comique
Les Nymphes de Diane , 1 A&te . Cet
Opéra-Comique fut joué d'abord en
vers & couplets , & même imprimé en
Flandres , en 1748. L'Auteur l'ayant
remis tout en Vaudevilles pour le Théâtre
de la Foire , il y fut repréfenté en
1755.
Le Mariage par Efcalade , 1 Acte
1756. Cette Pièce fut faite à l'occafion
A O UST. 1763. 100
de la Prife de Port- Mahon , & d'une.
Fête particuliere qui avoit été préparée
pour le retour de M. le Maréchal Duc
de Richelieu .
La Répétition Interrompue , en fociété
avec M. Pannard , 1 A&te , 1735 .
M. Favart fit une nouvelle intrigue à
cette Pièce lorfqu'elle fut remife au
Théâtre , fous le titre du Petit - Maître
malgré lui , en 1757 .
La Parodie au Parnaffe , 1 A&te ,
1759 , Satyre ingénieufe & très - fine.
M. Favart n'avoue point cette Pièce ,
telle qu'elle eft imprimée ici , quoique
le fond , le quadre , la plus grande partie
des couplets , & prèfque tous les
détails lui appartiennent. Un Anonyme
ayant eu , on ne fçait comment , une
copie de cet Opéra - Comique ; repréfenté
en 1740 fous le titre de la Barrière
du Parnaffe ou de la Mufe Chanfonniere
, & ne fçachant pas que M..
Favart en étoit l'Auteur , crut pouvoir
fe l'approprier. Il inféra la critique des
Ouvrages Dramatiques qui paroiffoient
alors, critique un peu trop vive , &
qu'affurément M. Favart , qui n'y eſt
pas ménagé lui -même au fujet de Petrine
, ne fe feroit pas permife . La Scène
de Diogene eft une Perfonnalité , &
110 MERCURE DE FRANCE.
l'on n'en trouvera dans aucune des pro
ductions de notre Auteur. On avoit
judicieufement retranché cette Scène à
la Repréſentation : elle n'auroit pas dû
reparoître ici .
Le Retour de l'Opéra - Comique , I
A&te , 1759.
Le Départ de l'Opéra- Comique ; Compliment
, 1 A&te , 1759.
La Refource des Théâtres , 1 Acte ,
1760. Il n'appartient dans cette Pièce à
M. Favart que le Vaudeville des Portraits
à la Mode , dont il a fait l'Air &
les Paroles ; mais ce Vaudeville a fait
prèfque feul tout le fuccès de la Pièce .
Le Bal Bourgeois , Pièce mêlée d'Afiettes
, en 1 Acte , représentée en 1738,
& imprimée avec quelques changemens
en 1762 .
On peut ajouter à cette Lifte cinq
Pièces qui n'ont pas été imprimées ,
fçavoir :
Les Vendanges d'Argenteuil , Opéra-
Comique , joué en 1742 ; les Vendanges
de Tempe ; l'Ile d'Anticyre , la
Folie , Médecin de l'efprit , & l' Aftrologue
de Village , repréfentés en 1744.
Et que nous pourrions encore la groffir
de beaucoup d'autres productions !
telles que la Cour de Marbre , Diver
AO UST. 1763 .
117
tiffement en 1 A &te , fait pour les Petits
Appartemens , en fociété avec M. de la
Garde ; les Nouveaux Intermédes , &
les Divertiffemens de l'Inconnu , exécutés
à Fontainebleau ; un Prologue fur
les Victoires du Roi , & les Comédiens en
Flandres , Comédie en 3 Actes & c. &c.
M. Favart a certainement fait plus de
150 Drames, donnés tant fous fon nom ,
que fous des noms étrangers. Il a encore
tenté heureufement d'autres genres
, & fes effais dans la Poëfie Héroïque
lui ont fait remporter des prix aux Jeux
Floraux en 1734. Un de ces Poëmes , a
pour titre , la France délivrée par la
Pucelle d'Orléans ; il le fit à l'âge au
plus de vingt ans.
Recueil des Comédies , Parodies &
Opéra - Comiques , qu'il a donnés
jufqu'à ce jour , avec les Airs, Rondes
& Vaudevilles notés dans chaque
Pièce. Nouvelle édition ; en huit Vo-
Lumes in-8 ° Paris , 1763 , chez Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques,
au Temple du Goût..
LE Théâtre de M. Favart, fi piquant
par fa fingularité , par la variété des com
'AQUST. 1763. 85
pofitions , & par les agrémens répandus
dans toutes celles qu'il nous préſente ,
réunit prèfque tous les genres qui , depuis
trente ans , ont fait l'objet des
Spe&acles. Opéra-Comiques , Parodies ,
Comédies Lyriques , Paftorales , Piéces
de fentimens, & c, tout ce que le Théâtre
Italien & celui de la Foire ont produit
de plus ingénieux dans les nouveaux
genres qui s'y font introduits fucceffivement
, fe trouve ici raffemblé. Ainfi
ceux qui voudront connoître les divers.
génies de ces deux Théâtres , dans la
durée du temps qu'embraffe la collection
de fes Ouvrages , les y reconnoîtront
fans peine , parce qu'il leur a
fouvent donné le ton , au lieu de le prendre
; ce qui montre , dans cet agréable
Écrivain , une ſupériorité de talens qu'on
ne met plus en queftion . L'hiftoire des
productions de M. Favart , eft donc en
quelque forte celle des deux Théâtres
auxquels il s'eft le plus attaché , & l'on
verra qu'aucun Auteur n'a mieux réuffi
à varier nos amufemens à ces deux
Spectacies.
De ces genres de compofition fi différens
, fi difparates , & qui fans doute
demandoient une grande foupleffe d'ef
prit , conclura-t-on qu'il a déféré à l'inſ86
MERCURE DE FRANCE.
tabilité de nos goûts , à l'inconftance
naturelle qui nous emporte rapidement
vers tous les objets où nous croyons voir
quelque lueur de nouveauté ? Il nous
femble au moins qu'on doit faire une
diftinction , que nous laifferons développer
à ceux qui en auront le loiſir. Il
y a un Goût indépendant de nos moeurs
& de notre génie , une forte de fentiment
général qui fixe par- tout les idées du
beau , du bon , du mauvais , fous quelque
forme qu'ils fe produifent ; & c'eftlà
le Goût , abfolument dit , Goût uniforme
& invariable chez tous les Peuples
où font cultivés les Lettres & les Arts.
Il y a un Goût national , qui tient entièrement
à nos moeurs , au caractère général
, à nos préjugés , & dont toutes
nos productions , tous nos jugemens
ont plus ou moins l'empreinte. Ce Goût
national peut fe modifier , & fe modifie
en effet chez nous plus que chez tous les
autres Peuples. De- là tous ces goûts
paffagers , dont les viciffitudes , courtes
& foudaines , influent d'une manière fi
fenfible fur nos amufemens en tout
genre.
M. Favart eft venu , fi on l'ofe dire
dans le temps critique de la plus grande
effervefcence , de la plus grande mobiAOUST.
1763. 87
lité de ce goût fi léger , fi fugitif , A
difficile à fixer , & il s'eft voué aux deux
Théâtres où fon inconftance eſt le plus
marquée. Il a commencé par celui de
la Foire , connu fous le nom d'Opéra-
Comique , & c'eft-là qu'il a fait fes premieres
armes. Mais voyons en quel état
étoit alors ce Spectacle .
*
Le Théâtre de la Foire , formé en
partie des débris de l'ancien Théâtre
Italien qui fut fupprimé en 1697 , s'établit
fous différens noms , vers le commencement
du fiécle ; mais ce fut
fous la Régence ( en 1719 ou 1720 )
qu'il prit , avec une forme plus conſtante
& plus régulière , le nom d'Opéra-Comique.
On pourroit cependant lui trouver
une origine bien plus ancienne ,
fondée fur deux Piéces peu connues , &
qui font dans le cabinet de M. Favart.
L'une eft intitulée la Comédie des Chan
fons , & imprimée à Paris , chez Touffaint
Quinet , au Palais en 1640. L'au
tre, qui a pour titre l'Inconftant Vaincu,
* La réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie
Italienne , l'a fait revenir en quelque forte à
fes premiers élémens ; & l'on n'a guères fait autre
chofe que reftituer à celle- ci ce qui en avoit été
démembré . La fente comparaifon du Théâtre de
Gherardi avec celui dela Foire , fuffira pour juftifier
cette réfléxion .
88 MERCURE DE FRANCE.
eft une Paftorale en chanfons : elle parut
environ vingt ans après la première , &
elle eft imprimée à Paris , chez Etienne
Loyfon , en 1661 .
» n'a
-
» La Comédie des Chanfons ( aux
» termes de l'Avertiffement qu'on y
» lit ) , faite de piéces rapportées où l'on
pas ajouté un mot , eft une efpéce
» de Mofaïque compofée de Vaudevilles
» & d'Airs de Cour , comme on diſoit
alors ». Voilà donc bien formellement
l'Opéra- Comique tenté dès 1640 , & en
même temps la Parodie. Car ( au moins
fuivant l'Editeur ) , autre que dans
» cette Comédie il n'y a pas un mot qui
» ne foit un vers ou un couplet de quel-
» que chanfon tel en eft l'artifice
» qu'une chanfon ridicule répond fou-
» vent à une des plus férieuſes , & une
» vieille à une nouvelle ». Au refte ,
cette Piéce , quoiqu'imprimée avec privilége
du Roi , eft extrêmement licencieuſe
, fans moeurs , fans intérêt , fans
intrigue. On y peint des amours földatefques
, une jeune fille très-libertine
qui fe trouve groffe , & qui eft toujours
dans le cas d'une occafion prochaine..
Enfin , elle n'a d'autre mérite que de
dater de plus d'un fiécle , & de nous.
avoir confervé quelques couplets paffa
bles pour le temps..
AOUST. 1763. 89
, L'Inconftant Vaincu malgré les
grands Airs dont cette Piéce eft compofée
, malgré le férieux des amours
qu'elle repréfente , vaut encore moins
que la premiére. On a voulu l'égayer ,
en y introduifant une forte de Goinfre
ou d'ivrogne toujours cloué au cabaret
, & une eſpèce d'amant tranfi , qui ,
pour fe dépiquer du mauvais fuccès de
fes très-froides amours , prend le même
parti : mais tout cela du plus bas comique
& fans aucun fel.
Quelle que foit l'origine de l'Opéra-
Comique , il s'accrédita dans ces tems
de vertige , où le fyftême ayant confondu
tous les états , par dès fortunes
auffi étranges que rapides , entraînoit
néceffairement la corrupsion du goût
& des moeurs. Ce Spectacle , alors
très - licentieux , ne faifoit que par
* Cé SpeЯacle , fi analogue au fond de gaie
té , au génie chantant qui caractérisent la Nation
, a fûrement précédé les Opéra Bouffons
d'Italie. La Pomone de l'Abbé Perrin , ( où
les Satyres de la fuite de Priape voulant embraffer
les Filles de Lamfaque , celles - ci fe
changent en autant de buiffons d'épines ; les
premiers Opéra de Quinaut , Cadmus & Al
cefte , mêlés de Seénes (comiques , le Pourceaugnac
de Moliere , & quelques ; divertiffemens du
même, fembloient avoir indiqué ce genre.
90 MERCURE DE FRANCE.
ler à- peu-près le langage des fociétés :
fa licence , par conféquent , devoit moins
être imputée aux Auteurs qui en fouilloient
leurs écrits , qu'au Public même
dont il falloit malheureufement flater la
dépravation , pour l'attirer & obtenir
fon fuffrage.
Le Sage , Dorneval , Fufelier, & quelques
autres bons Ecrivains , tenterent
d'annoblir l'Opéra - Comique. Ils commencerent
à le purger des obfcénités
les plus groffières , ou du moins à y
introduire , avec plus de fineffe & plus
d'art , le goût de la bonne plaifanterie .
S'ils ne purent pas remplir entierement
leur objet , c'eft que l'on étoit prévenu
qu'une liberté cynique conftituoit ce
genre , & qu'elle en devoit être le
caractère diftin &tif. Le vice étoit trop
enraciné ; il falloit du temps pour le
détruire , & ce n'eft que par degrés
qu'on eft parvenu à rendre ce Spectacle
digne des honnêtes gens. Cependant il
fut dès les premiers temps l'Ecole de nos
meilleurs Comiques , qui tous s'effay erent
dans ce genre. Mais pour en bien
diftinguer les caractères , il faut le divifer
en quatre Ages.
Un Greffier de la Ville , aidé de quelAOUST.
1763. 91
ques amis , commença à mêler des couplets
dans des Scènes empruntées du
Théâtre Italien , ou compofées dans le
goût de ce Théâtre. L'Abbé Pelegrin,
qui n'avoit encore fait que des Cantiques
Spirituels , qu'on pouvoit eftimer, mais
qu'on payoit mal , crut être mieux récompenfé
en confacrant fes talens Lyriques
au genre profane . Il fit le premier
pour la Foire quelques Pièces en
Vaudevilles ; & comme ce Spectacle
étoit livré à toute la licence que les
moeurs toléroient alors , il n'y épargna
pas le gros fel . C'eft à ce temps qu'on
peut rapporter le premier Age de l'Opéra-
Comique. Le Sage , Dorneval , Fufelier,
la Font , le Grand , & l'Auteur de la
Métromanie, qui foutinrent affez longtemps
fa fortune , appartiennent à ce
premier âge. Quelques - unes de leurs
productions fe reffentoient peut - être
encore de la liberté des chanfons de
Blot , & des groffes gaietés de Dancourt,
qui femble avoir auffi contribué à donner
le ton au Théâtre de la Foire ; mais
on vit du moins percer l'efprit , le bon
goût dans ce qu'ils hafarderent de plus
libre. La Philofophie même s'en mêla :
le Sage en fit entrer des traits dans les
92 MERCURE DE FRANCE .
Pèlerins de la Mecque , & dans quelques
autres Piéces .
Nous fixerons le fecond Age de l'Opera-
Comique au premier temps de M.
Pannard , qui eft celui de Fagan , de
Boiffi , de Carolet , & du début de M.
Favart. M. Pannard , à ce Théâtre , fit
principalement rire la Morale , & perfonne
ne l'a fi bien préfentée fous le
mafque de l'amufant Vaudeville . Caro
let auffi mince Ecrivain qu'obfcène
Comique,ne doit jamais être cité. Quant
aux fieurs Fagan & Boiffy , ils ne prélu→
derent à ce Spectacle que pour s'élever
aux compofitions agréables qu'ils donnerent
depuis aux deux autres. Les premières
Pièces de M. Favart déceloient
déjà fon goût pour le Sentiment , & c'eſt-
,
* Ce Couplet de la Pièce intitulée l'Espéranse
, quoiqu'un peu tourné au fophifme , a més
rité d'être retenu..
Demain eft un jour qui fuit ;
Dont on ne voit point l'exiſtence ;
Au milieu de chaque nuit ,
Il' perd fon nom dans fa naiſſance ;
Quand on croit s'afflurer de lui ,
On trouve que c'eſt Aujourd'hui.
Jüfqu'à préfent aucun Humain.
N'a pu voir arriver demain...
A O UST. 1763. 93
là proprement le genre qu'il a introduit
dans un Spectacle où l'on n'en voyoir
prèfque aucune trace.
2
Le troifiéme Age de l'Opéra - Comique
ne s'étend guères au-delà des deux
principaux Auteurs qui l'ont feuls , àpeu-
près , rempli. M. Favard & le fieur
Vadé fembloient s'être partagé le Spectacle.
Le dernier eft communément regardé
comme l'Inventeur du Genre
Poiffard , & il en eft du moins le Coryphée.
Mais comme le génie ou le talent
particulier d'un Acteur détermine affez
fouvent le goût des compofitions , M.
Favart avoit éffayé ce genre dans les
Bateliers de Saint Cloud , où le Sr
Leclufe rendoit fi naïvement le langage
& le maintien des gens de rivière . On
pourroit même le faire remonter juſqu'à
'Impromptu du Pont -Neuf, donné par
M. Pannard en 1729 , à l'occafion de
la Naiffance de Mgr le Dauphin *.
Dans le quatriéme & dernier Age de
L'Impromptu du Pont-Neufnous rappelle un
fait intérellant , dont il eft bien jufte de faire honneur
à M. Pannard. C'eft lui qui a été le premier
l'organe d'un fentiment imprimé dans tous les
coeurs des François , qui , dans le Vaudeville des
Fêtes Sincères , repréſentées à la Cour en 1744
devant la Reine , a nommé le Roi LOUIS LE
BIEN-AIMÉ,
94 MERCURE DE FRANCE .
l'Opéra-Comique , on voit encore figurer
M. -Favart , & commencer M. Sedaine
, qui par le choix fingulier de fes
fujets , par la conduite de fes Drames &
l'efprit naturel qu'il y fait entrer , a le
mérite , aujourd'hui f rare , d'avoir un
genre à lui , d'être original. Cet Age eſt
celui des Pièces à Ariettes , dont on
peut fixer la première époque à la Parodie
de Raton & Rofette , donnée au
Théâtre Italien par M. Favart en 1753.
Les Troqueurs, de Vadé, mis en Mufique
par M. Dauvergne , font le premier éffai
dans ce genre fait au Théâtre de la Foíre ,
& cet éffai fut trop heureux pour n'être
pas très - promptement imité , comme
on imite parmi nous,avec une espéce de
fureur. De là toutes ces mauvaiſes rapfodies
que leur charivari mufical fait
aujourd'hui paffer dans la foule , mais
qui ne font point illufion à ceux dont
tout l'efprit n'eft pas dans l'oreille.
Si M. Favart , en entrant dans la carrière
, trouva l'Opera - Comique en train
de s'épurer quant au goût & aux moeurs,
il y avoit encore bien de l'ouvrage à
faire , & il a plus contribué que perfonne
à y attacher la décence fi néceffaire
dans tous les amuſemens publics , qui
ne peuvent qu'y gagner de toutes faAOUST.
1762 . 95
cons * . Car quoiqu'en difent les liber
tins , on l'a décidé depuis long- temps:
* Puifque l'occafion fe préfente , rendons au
Sieur Monnet la juftice qu'on ne fçauroit lui
refufer. C'eft à lui que l'Opéra- Comique a dû
le bon ordre , la décence extérieure , & même
l'éclat qui dans les derniers temps l'avoit
élevé au rang des Spectacles réglés . Il obtine
en 1743 , pour fix ans , le Privilége de l'Opé
ra-Comique , & commença par folliciter une
Ordonnance du Roi pour en écarter la Livrée ,
qui de tous temps étoit en polleflion du Parterre.
Il décora très proprement la Salle , n'épargna
rien pour former un bon Orqueftre ,
changea toute la face du Spectacle , & porta
dans toutes fes parties cette intelligence & ce
goût dont il a donné tant de preuves . Tour Paris
vint en foule applaudir aux nouveaux agrémens
d'un Théâtre qui s'annobliffoit de jour en jour,
C'eft dans l'Ambigu de la Folie , ( Parodie des Indes
Galantes , de M. Favart ) qu'il donna à la
Foire S. Laurent même année 1743 ) qu'on vit
éclorre les ralens de trois grands Sujets , Mlle Pu
vigné , Mlle Lany & M. Noverre ;ils danferent le
Pas-de-Trois de l'Acte des Fleurs. La Foire S.
Germain fuivante fut encore plus brillante que
la
premiere. L'Acajou de M. Favart joué d'original
par de bons Acteurs formés au goût du nouveau
Théâtre , eut un fuccès étonnant , & le fieur Monnet
y contribua beaucoup par la dépense qu'il fit
pour cette Pièce. Enfin tel fut le fuccès des deux
Foires , qu'il excita la jaloufie . On infpira à M.
Berger, alors Directeur de l'Opéra , de faire réfi
lier le bail du fieur Monnet, & celui- ci n'eut que
l'honneur d'avoir bien monté le Spectacle qui fit
96 MERCURE DE FRANCE.
ce neft jamais que faute d'efprit , & furtout
d'imagination , quon ne fçait rien
voiler , que l'on voile mal , que l'on defcend
même à ces froides équivoques ,
beaucoup plus méprifables fans doute ,
que toutes les nudités Gauloifes dont
notre délicateffe rougit.
M. Favart étoit fort jeune alors ; car ce
fut en 1734 , à la foire S. Germain , qu'il
donna fa premiere Pièce intitulée les
Deux Jumelles. Cette Pièce en enfanta
plufieurs autres , & prèfque toutes les
années , depuis cette époque , ont été
marquées par de nouvelles productions.
Le Génie de l'Opéra-Comique , & l'Enlévement
Précipité ( 2 Actes ) donné en
1735 ; le nouveau Parnaffe ( 1 Ace ) ,
la Dragonne (2 A&tes ) , l'Amour& l'Innocence
, Ballet entremêlé de Scènes dont
l'idée eft de M. de Verriere , en 1736 ;
le Vaudeville , Prologue , la Pièce fans
titre ou le Prince Nocturne ( 1 Acte ) ,
& Mariane ( 1 A&te ) , en fociété avec
pendant quelques années l'amufement le plus pi
quant de la Capitale. En 1752 , le fieur Monnet
reprit le bail de l'Opéra- Comique , qu'il a continué
jufques & compris 1757. Dans cette même
année 1752, il fit conftruire à fes frais à la Foire
S. Laurent le plus joli Théâtre , & le mieux entendu
peut-être, qu'il y ait en France.
M.
AOUST. 1763 . 97
*
M. Pannard, en 1737 ; * le Bal Bourgeois
( 1 Ade ) , en 1738 ; * Moulinet
Premier , les Réjouiffances Publiques ,
Pièce mêlée d'Intermédes , Harmonide,
Parodie de l'Opéra de Zaïde , ( 3 A&tes) ,
& les Fêtes Villageoifes , ( 2 Actes ) avec
un Prologue , en 1739 ; Pyrame &
Thifbé , Parodie de l'Opéra du même
titre , la Servante Juftifiée , la Barriere
du Parnaffe ou la Mufe Chanfon
niere , les Recrues de l'Opéra- Comique ,
les Epoux , fur un fond procuré par M.
Parmentier , & * les Jeunes Mariés ( 5
Actes ) , en 1740 : voilà vingt Pièces
qui précéderent la Chercheufe d'Esprit ,
& dont on n'a confervé que les quatre
Pièces marquées d'une étoile.
en
LA CHERCHEUSE D'ESPRIT
1741 , développa tous les talens de l'Auteur
, & lui affura le premier rang dans
ce genre de compofition . Cette Pièce
fut fuive dans la même année ( 1741 )
de la Joye , 1 A&te ; de Farinette , Parodie
de Proferpine , 1 Acte ; du Bacha
d'Alger , 1 A&te ; * des Bateliers de
Saint Cloud , I A&te ; des Valets , où
M. Valois d'Orville a eu pait , 1 Acte ;
& en 1742 , de la Fauffe Duegne ,
Sujet fourni par M. Parmentier , en 2
Actes. Ce font fix Pièces à ajouter au
E
98 MERCURE DE FRANCE
dénombrement des productions de l'Aas
teur.
Long-temps avant ces Effais de M.
Favart ( on diftinguera bien les Pièces
que nous ne comprenons point fous le
not d'Effais ) , le Théâtre Italien s'étoit
enrichi d'un nouveau genre , de LA PARODIE
* , qui , felon toutes les apparences
, en l'état où nous l'avons au
jourd'hui , ne nous vient pas directe
ment des Grecs qui l'ont inventée , ou
a bien pris le goût de notre terroir.
M. l'Abbé Sallier , qui voyoit ces
Grecs d'affez près , avoit découvert chez
eux quatre efpèces de Parodies , qu'il
réduit à deux principales , à la Parodie
fimple & narrative , & à la Parodie Dramatique
**. Nous nous fommes emparé
de ces deux - là , & il prétend que
la dernière, c'eft- à-dire la Parodie Théâ
* Ce mot , tout Grec , eft compofé de masa &
du fubftantif on chant . Or la prépoſition Para ,
qui modifie tant de mots Grecs , attache à la fois
à celui-ci une idée de reflemblance & une idée
d'oppofition .
L'invention de celle - ci eft attribuée à Hégé
mon, de Thafus , Ifle de la Mer Egée , lequel
dans la 91. Olympiade apporta une Parodie Dramarique
, au lieu d'une Comédie ordinaire , pour
Ja diftribution des prix qui fe faifoit dans les Jeux
publics.
AO UST. 1763. 99
trale , devient entre les mains de la Critique
le flambeau dont on éclaire les défauts
d'un Auteur qui avoit furpris
l'admiration *. La Motte n'étoit pas
de cet avis. A l'occafion de la Parodie
d'Inès , dont il fut beaucoup trop piqué
pour un homme qui entendoit fi
bien raillerie , il fit un Difcours fur les
Parodies , où il les repréfente comme
une Mode Françoife , fille d'un badinage
dangereux , amufement malin des
efprits fuperficiels. Fufelier lui répondit
vivement dans un Difcours ingénieux
fervant de Préface au Recueil des
Parodies de la Comédie Italienne , publié
chez Briaffonen 1738,& il ne manqua
pas de fe prevaloir de l'autorité du
Sçavant contre le Bel- Efprit qui croyoit
peut-être de bonne foi la Parodie née
Françoife.
Quoique la Motte & fes partifans en
puffent dire , on continuoit de goûter
la Parodie Dramatique , & tous les Opéra
anciens ou nouveaux toutes les
Tragédies nouvelles , payoient un tribut
aux Parodistes. M. Favart fe partagea
donc entre ce genre & l'Opéra- Comique
, & il excella dans l'un & dans
** Mémoires de l'Académie des Infcription &
Belles-Lettres , tom.z. pag. 398.
#
E ij
foo MERCURE DE FRANCE.
"
mo
l'autre. Ce font principalement ces deux
genres qui conftituent fon Théâtre , &
nous allons indiquer les Pièces dont les
huit Tomes font compofés.
IL étoit jufte de donner le pas aux
Pièces du Théâtre Italien , & elles rempliffent
quatre volumes, tant de Parodies
que d'autres Pièces Lyriques.
LES Parodies font : 1° . Hyppolite &
Aricie , Parodie de l'Opéra du même
nom , 1 Acte , 1742.
2º. Les Amans inquiets , Parodie de
Thétis & Pélée ; 1 A&te , 1751.-
3°. Les Indes Danfantes , Parodie
des Indes Galantes , font : le Turc généreux
, les Incas du Perou , & la Fête
des Fleurs , 1751 ; avec les Airs & Vaudevilles
notés .
4°. Fanfale , Parodie d'Omphale , &
les Divertiffemens , avec M. de Marcouville
, 1752.
5. Tyrcis & Doriftée, Parodie d'Acis
& Galatée , 1 Acte , 1752.
6°. Baioco & Serpilla , Parodie du
Joueur , Interméde Italien , 3 Actes ,
avec les Ariettes notées , 1753. Le fond
de cette Pièce n'appartient pas à M. Fail
eft de Dominique & Romagnefi
Des Bouffon's Italiens repréfenterent
en 1728 ou 1729 , fur le Théâtre de
l'Opéra , plufieurs Intermédes qui eu .
vart ;
AOUST. 1763.
101
,
Don
7 9
tent du fuccès & entr'autres
Mico e Lefbina , Baioco e Serpilla . Les
deux Auteurs que nous venous de nommer
parodierent ces dernieres Pièces
en faifant un mêlange de François &'
d'Italien . En 1753 , de nouveaux Bouffons
d'Italie s'inftallerent encore fur la
Scène Lyrique , & leurs fuccès ont
fait parmi nous une révolution dans
l'Art Mufical. Les Bouffons profcrits ,
il y eut un déchaînement prefque général
contre la Mufique Italienne ; mais
en s'élevant contre cette Mufique , on
l'imitoit infenfiblement , & fon génie
eft devenu à préfent le nôtre . On peut
auffi rapporter à cette époque la naiffance
des Pièces à Ariettes. M. Sodi , Muficien
Italien , faifit cette circonftance ,
pour faire de la Mufique nouvelle fur.
l'ancienne Parodie de Baioco e Serpilla ;
mais comme les Paroles ne convenoient
plus au goût actuel du Théâtre M.
Favart reprit l'Ouvrage fous oeuvre ,
& le mit dans la forme où il eft dans
ce Recueil .
?
2.
7°. Raton & Rosette ou la Vengeance
Inutile Parodie de Titon &
l'Aurore , avec les Ariettes Italiennes
& les Vaudevilles , 1 A&te , 1753 .
8°. Zéphire & Fleurette , Parodie de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
l'Acte de Zélindor , avec MM. Pannard
& Laujon , 1754.
9°. Les Chinois , Parodie del Cinefe ,
& les Ariettes notées , 1 Acte , avec M.
Naigeon , 1756.
10°. La Noce Interrompue , Parodie
d'Alcefte , 3 A&tes , 1758.
11 °. Petrine , Parodie de Proferpine,
1 Acte , avec Divertiffement & Vaudevilles
, 1759. M. Sedaine y a fait quelques
couplets.
On n'a point compris dans ce Recueil
une Parodie de Dardanus , faite en
fociété avec M. Pannard,
LES Comédies & Pièces Lyriques , au
nombre de huit, font:
Don Quichotte chez la Ducheffe , Ballet
Comique en 3 Actes , repréfenté par
l'Académie Royale de Mufique en 1743.
La Mufique eft de M. Boifmortier. Mlle
Claironjouoit à l'Opéra dans cette Pièce.
Les Amours Champêtres , Paftorale
r A&te , 1751 .
91
0
La Coquette Trompée , Comédie Lyrique
, repréfentée à Fontainebleau fur
le Théâtre de la Cour , en 1753 , & enfuite
à Paris par l'Académie Royale de
Mufique , en 1758 , 1 A&te. La Mufique
eft de M. Dauvergne.
La Bohemienne Comédie en vers ,
mêlée d'Ariettes , & traduite de la ZinAOUST.
1763. 103
gara , Intermède Italien , 2 Actes , avec
la Mufique des Ariettes , 1755.
Le Caprice Amoureux , ou Ninette à
la Cour , Pièce en 2 Actes , mêlée d'Ariettes
, repréſentée en 1755 , en 3 A&tes ,
& réduite à 2 en 1756. Toutes les Ariettes
notées font jointes ici à la Pièce.
La Soirée des Boulevards , Ambigu
Comique mêlé de Scènes , de Chants
& de Danfes , ( Pièce très-gaie & trèsamufante
, ) 1759 .
Supplément à la Soirée des Boulevards ,
compofé de neuf Scènes , avec Divertiffement
& Vaudeville , 1759 .
Soliman Second , Comédie en 3 Actes
en vers , très- bien écrite , & dont
le fuccès a été fi foutenu , fi marqué .
Le cinquiéme Tome de ce Recueil
contient les Ouvrages de Madame Fa
vart. On fent bien qu'en la nommant ,
c'eft nommer auffi fon mari , dont il
eft aifé de reconnoître le ftyle ; mais
entre époux de bonne intelligence , les
talens & les agrémens de l'efprit doivent
entrer dans la communauté. Madame
Favart , à portée de puifer à la
fource le goût des fentimens délicats
avec l'art de les exprimer , réunit danc
le talent de la compofition à ceux de
l'action . De là les fix Piéces qui rem-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
pliffent ce Volume . Ces Piéces confiftent
1 ° . en quatre Parodies , qui font :
Les Amours de Baftien & Baftienne ,
où M. Harny a eu part . C'eſt une Parodie
du Devin de Village , fur laquelle il
fuffira d'obferver qu'aucune Piéce n'a
été jouée fi long-temps , ni fi conftamment
redemandée; en forte que les Co.
médiens fe font plutôt laffés de la redonner
fi fouvent , que les Spectateurs de la
revoir après une infinité de repréſentations
, Acte , 1753.
Les Enforcelés , ou Jeannot & Jeannette
, Pièce à laquelle ont travaillé MM.
Guerin & Harny. C'eft une espèce de
Parodie de la Surprife de l'Amours
1 Acte , 1757.
La Fille malgardée
ou le Pédans
Amoureux
, Parodie de la Provençale
,
1 A&te , 1758.
La Fortune au Village , Parodie de
l'A&e d'Eglé, 1 Acte , 1760.
2º . En deux Pièces Lyriques , chacune
d'un A&te , fçavoir :
La Fête d'Amour, ou Lucas & Colinette,
efpéce de Paftorale , précédée d'un
Prologue , & augmentée ici de la Mufique.
Annette & Lubin , Comédie en vers ,
dont le Sujet est tiré des Contes Moraux
A O UST. 1763 . 105
de M. Marmontel. Le Théâtre retentit ,
encore des applaudiffemens qu'a reçu
cette derniere Piéce , & la plupart des
Couplets , ou des petits Airs ont paffé
des plus agréables bouches dans celles
du Peuple : c'eft , je crois , tout dire.
LES 6e , 7e. & 8° . Tome. comprennent
le Théâtre de la Foire. On y trouve
trois Parodies.
Moulinet Premier , Parodie de Mahomet
Second , Tragédie du fieur de la
Noue , 1 A&te , 1739.
Théfée , nouvelle Parodie de l'Opéra
de ce nom , faite en fociété avec MM.
Laujon & Parvi , 1 A&te , 1745. On lit.
dans le Calendrier des Théâtres , ( qui
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques ).
fixiéme partie , année 1757 , p. 110. une
anecdote affez plaifante , arrivée à l'occafion
de cette Pièce .
L'Amour Impromptu , Parodie de
l'Acte d'Eglé des Talens Lyriques , &
Acte , 1756.
LES Opéra- Comiques , au nombre,
de 20 , font :
La Servante Juftifiée , Sujet tiré des
Contes de la Fontaine , & très- bien rendu
; en fociété avec le fieur Fagan,
1 A&te , 1740.
La Chercheufe d'Esprit , Pièce char-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mante , bien faite en tous points , &
felon nous le chef- d'oeuvre de ce
Théâtre , 1 A&te , 1741 .
,
Le Prix de Cythère , avec un Protogue
, en fociété avec M. le Marquis de
P. 1 Acte , 1742.
Le Coq de Village , 1 Acte , 1743 .
C'eft le ftratagême dont on prétend
qu'ufa le Syndic d'un Village , pour
fouftraire à l'événement du fort un garçon
qui tiroit à la Milice . Ce Sujet eft
ingénieufement accommodé au Théâtre ,
& l'on n'oubliera jamais le charmant
couplet des Fleurs. Mlle Beaumenard ,
parut pour la première fois dans cette .
Pièce , fous le rôle de Gogo , qui fut fait
pour elle.
Les Bateliers de Saint Cloud , 1 Acte ,
1741 & 1744 .
La Coquette fans le fçavoir , avec M.
Rouffeau de Touloufe , 1 Acte , 1750.
Acajou , 3 Actes , 1752 & 1753. Cette
Pièce , tirée du Conte d'Acajou de M.
Duclos , eft pleine d'efprit & affaifonnée
de bon fel Attique. Elle fut d'abord
jouée en profe mêlée de couplets , en
1744 , à la Foire S. Germain . Après la
défenfe faite à l'Opéra- Comique de parler
, on la redonna toute en Vaudevilles
à la Foire S. Laurent , & fur le Théâtre
de l'Opera . Acajou , dans la nouveauté,
AQUST. 1763. 107
attira un concours fi prodigieux qué , le
jour de la Clôture du Théâtre , la bar
rière qui féparoit le Parquet du Parter
re fut brifée.
Les Amours Grivois , ou l'Ecole des
'Amours Grivois , Divertiffement Flamand
en 1 Ace , 1744 , en fociété avec
MM. de la Garde & le Seurre. C'eſt dans
cette Pièce , qui eft d'une grande gaiete,
que la Dlle Darimath rendoit fi naïvement
cette Ronde : Mon p'tit coeur , vous
n' m'aimez guères , &c. Le fieur Dourdet
, & la Dlie Sauvage ( ma Mie Babichony
firent aufli beaucoup de
plaifir fous les caractères de Niais &
de Niaife.
Le Bal de Strasbourg , Divertiffement
Allemand par la même fociété
1 A&te , 1744. Cette Pièce donnée à
l'cccafion du rétabliffement de la fanté
du Roi , ne pouvoit manquer dans les
circonftances , d'être fort agréablement
reçue. Mais ce qui en fit le principal
fuccès , c'eft le Vaudeville touchant de
la Scène du Courier , dont les ppaarroles
& l'air font de M. Favart , & que
toute l'Affemblée chantoit du plus grand
zéle avec les Acteurs. Il lui valut une
députation des Dames de la Halle
avec un préfent de fleurs & de fruits.
i
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour au Village , 1 A&e , 17451
C'eſt le fond d'un Opéra -Comique du
fieur Carolet , qui avoit pour titre, l'A
mour Payfan. M. Favart n'avoue point
cette Pièce , quoiqu'il l'ait refondue , &
qu'il y ait mis plufieurs Vaudevilles &
des Scènes nouvelles .
Cythère Affiégée, 1 Acte. Cette Pièce
fut d'abord faite en profe & couplets paz
l'Auteur , en fociété avec M. Fagan , &
repréſentée à Paris à l'ouverture de la
Foire Saint Laurent 1738. Depuis elle
fut entierement refondue par M. Favars
pour la Troupe des Comédiens de Bruxelles
, & repréſentée en 1748. Enfin elle
a été donnée à Paris fur le Théâtre de
la Foire en 1754.
Les Jeunes Maries I Acte . Cette
Pièce parut dès 1740 ;. & elle a été
reprife à toutes les époques de l'Opéra-
Comique
Les Nymphes de Diane , 1 A&te . Cet
Opéra-Comique fut joué d'abord en
vers & couplets , & même imprimé en
Flandres , en 1748. L'Auteur l'ayant
remis tout en Vaudevilles pour le Théâtre
de la Foire , il y fut repréfenté en
1755.
Le Mariage par Efcalade , 1 Acte
1756. Cette Pièce fut faite à l'occafion
A O UST. 1763. 100
de la Prife de Port- Mahon , & d'une.
Fête particuliere qui avoit été préparée
pour le retour de M. le Maréchal Duc
de Richelieu .
La Répétition Interrompue , en fociété
avec M. Pannard , 1 A&te , 1735 .
M. Favart fit une nouvelle intrigue à
cette Pièce lorfqu'elle fut remife au
Théâtre , fous le titre du Petit - Maître
malgré lui , en 1757 .
La Parodie au Parnaffe , 1 A&te ,
1759 , Satyre ingénieufe & très - fine.
M. Favart n'avoue point cette Pièce ,
telle qu'elle eft imprimée ici , quoique
le fond , le quadre , la plus grande partie
des couplets , & prèfque tous les
détails lui appartiennent. Un Anonyme
ayant eu , on ne fçait comment , une
copie de cet Opéra - Comique ; repréfenté
en 1740 fous le titre de la Barrière
du Parnaffe ou de la Mufe Chanfonniere
, & ne fçachant pas que M..
Favart en étoit l'Auteur , crut pouvoir
fe l'approprier. Il inféra la critique des
Ouvrages Dramatiques qui paroiffoient
alors, critique un peu trop vive , &
qu'affurément M. Favart , qui n'y eſt
pas ménagé lui -même au fujet de Petrine
, ne fe feroit pas permife . La Scène
de Diogene eft une Perfonnalité , &
110 MERCURE DE FRANCE.
l'on n'en trouvera dans aucune des pro
ductions de notre Auteur. On avoit
judicieufement retranché cette Scène à
la Repréſentation : elle n'auroit pas dû
reparoître ici .
Le Retour de l'Opéra - Comique , I
A&te , 1759.
Le Départ de l'Opéra- Comique ; Compliment
, 1 A&te , 1759.
La Refource des Théâtres , 1 Acte ,
1760. Il n'appartient dans cette Pièce à
M. Favart que le Vaudeville des Portraits
à la Mode , dont il a fait l'Air &
les Paroles ; mais ce Vaudeville a fait
prèfque feul tout le fuccès de la Pièce .
Le Bal Bourgeois , Pièce mêlée d'Afiettes
, en 1 Acte , représentée en 1738,
& imprimée avec quelques changemens
en 1762 .
On peut ajouter à cette Lifte cinq
Pièces qui n'ont pas été imprimées ,
fçavoir :
Les Vendanges d'Argenteuil , Opéra-
Comique , joué en 1742 ; les Vendanges
de Tempe ; l'Ile d'Anticyre , la
Folie , Médecin de l'efprit , & l' Aftrologue
de Village , repréfentés en 1744.
Et que nous pourrions encore la groffir
de beaucoup d'autres productions !
telles que la Cour de Marbre , Diver
AO UST. 1763 .
117
tiffement en 1 A &te , fait pour les Petits
Appartemens , en fociété avec M. de la
Garde ; les Nouveaux Intermédes , &
les Divertiffemens de l'Inconnu , exécutés
à Fontainebleau ; un Prologue fur
les Victoires du Roi , & les Comédiens en
Flandres , Comédie en 3 Actes & c. &c.
M. Favart a certainement fait plus de
150 Drames, donnés tant fous fon nom ,
que fous des noms étrangers. Il a encore
tenté heureufement d'autres genres
, & fes effais dans la Poëfie Héroïque
lui ont fait remporter des prix aux Jeux
Floraux en 1734. Un de ces Poëmes , a
pour titre , la France délivrée par la
Pucelle d'Orléans ; il le fit à l'âge au
plus de vingt ans.
Fermer
12134
p. 111-115
FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. IIe Partie. A Paris in-8°. Chez Vincent, 1763.
Début :
LA première Partie n'a point paru ; elle n'est pas entiérement imprimée. [...]
Mots clefs :
Familles, Plantes, Genres, Auteur, Sciences
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texteReconnaissance textuelle : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. IIe Partie. A Paris in-8°. Chez Vincent, 1763.
FAMILLES des Plantes , par M.
ADANSON , de l'Académie des Sciences
de la Société Royale de Londres ,
Cenfeur Royal. II Partie. A Paris
in- 8 °. Chez Vincent , 1763.
LAA première Partie n'a point paru ;
elle n'eft pas entiérement imprimée.
Elle contiendra la théorie de la Science
de la Botanique , l'hiftoire de fes proLIZ
MERCURE DE FRANCE.
grès , fon état actuel , un plan fommaire
de toutes les méthodes , un Jugement'
fur les Ouvrages les plus néceffaires à.
connoître , enfin le plan raifonné de
celui qu'il donne au Public.
En publiant d'abord cette feconde.
Partie , M. Adanfon a cru devoir fe
prêter à l'empreffement qu'on lui a té-`
moigné d'avoir au moins , pendant le
cours de Botanique du Jardin du Roi,
ce qu'on peut appeller la partie pratique
de la Science , c'eft-à- dire l'ordre & les
caractères généraux de fes familles ,ainfi
que la fuite & le caractère de chacun
des genres qui les compofent.
Le Titre fimple de l'Ouvrage annonce
affez que l'Auteur n'a fuivi aucun
fyftême , & n'a point voulu en faire de
nouveau par le tableau qu'il donne
des 58 familles , on voit qu'il range les
plantes pár ordre d'affinités , en fuivant
la gradation que la Nature montre dans
Les productions végétales , gradation
qui paroît interrompue dans 58 endroits
plus marqués qu'il diftingue par
autant de familles. Les autres interrup
tions moins marquées , & au nombre
de 1615 indiquent les genres dans la
férie de 1800 efpéces de plantes con
nues.
AOUST. 1763. 113
Cette manière de confidérer les familles
ou claffes , les genres & les efpéces
, n'eft nullement fyftématique ;
elle eft priſe dans la nature même des
chofes & entièrement différente de ce
qui avoit été penfé & dit jufqu'à préfent.
C'est une nouvelle route qui femble
devoir mener à la méthode naturelle
que tant d'Auteurs ont cherché
en vain .
Sans entrer dans une plus grande
difcuffion fur le mérite de l'Ouvrage ,
dont on ne pourra bien juger que quand
il aura paru en entier , nous nous contenterons
de faire quelques réfléxions
générales fur ce qui eft actuellement
Tous nos yeux.
Nous avons remarqué de la précifion
, de l'ordre & de la liaifon dans
tout ce qui doit concourir pour faire
l'enſemble.
A la tête de chaque Famille on trou
ve le détail circonftancié de toutes les
parties qui font communes aux genres
qui doivent y entrer , telles
que la Figure,
la Racine, la Tige , les Bourgeons,
les Feuilles , le Feuillage les Stiles
Epines , Voiles ou Poils , les Fleurs , le
Calice , la Corolle , les Etamines , le
Piftis , le Fruit , les Graines : l'Auteur
>
114 MERCURE DE FRANCE.
ý a joint les qualités , les vertus & les
ufages.
L'avantage de voir d'un coup d'oeil
dans des colonnes féparées , les carac
tères des genres de la même famille ,
nous a frappés , par la facilité qui en
téfulte pour les comparer.
Il y a fans doute du mérite d'avoir
raffemblé dans un auffi petit efpace ,
une fi grande quantité de faits conftatés
ou d'après les plus fameux Botaniftes
, ou d'après les propres obfervations
de l'Auteur . C'eft en quelque forte
l'extrait de toutes les connoiffances Botaniques
jufqu'à ce jour ; & ce travail
qui confifte à négliger ce qui eft
acceffoire ou inutile pour ne préſenter
que l'effentiel , exige une connoiffance
profonde , & le véritable efprit de la
Science.
Cette table fi ample qui fuppofe tant
de lectures & de recherches , nous a
paru mériter attention & prévenir le
reproche qu'on auroit pû faire à l'Auteur
d'avoir changé des noms connus
& adoptés par rapport à de certaines
plantes. On verra que ces noms nouveaux
appartenoient déja à une plante
décrite par les Anciens ; il n'y a pas
même , juſqu'à la table raifonnée des
AOUST. 1763. 115
vertus des plantes dont il ne foit facile
de connoître l'utilité.
Nous fufpendrons nos réfléxions fur
l'ortographe que l'Auteur a adoptée :
dans l'avertiffement qui précéde fa table
il dit fimplement qu'il a fait des
changemens à cet égard , & qu'il en
donnera quelque jour les raifons. Il
eft jufte d'attendre qu'il les ait données
pour en rendre compte.
ADANSON , de l'Académie des Sciences
de la Société Royale de Londres ,
Cenfeur Royal. II Partie. A Paris
in- 8 °. Chez Vincent , 1763.
LAA première Partie n'a point paru ;
elle n'eft pas entiérement imprimée.
Elle contiendra la théorie de la Science
de la Botanique , l'hiftoire de fes proLIZ
MERCURE DE FRANCE.
grès , fon état actuel , un plan fommaire
de toutes les méthodes , un Jugement'
fur les Ouvrages les plus néceffaires à.
connoître , enfin le plan raifonné de
celui qu'il donne au Public.
En publiant d'abord cette feconde.
Partie , M. Adanfon a cru devoir fe
prêter à l'empreffement qu'on lui a té-`
moigné d'avoir au moins , pendant le
cours de Botanique du Jardin du Roi,
ce qu'on peut appeller la partie pratique
de la Science , c'eft-à- dire l'ordre & les
caractères généraux de fes familles ,ainfi
que la fuite & le caractère de chacun
des genres qui les compofent.
Le Titre fimple de l'Ouvrage annonce
affez que l'Auteur n'a fuivi aucun
fyftême , & n'a point voulu en faire de
nouveau par le tableau qu'il donne
des 58 familles , on voit qu'il range les
plantes pár ordre d'affinités , en fuivant
la gradation que la Nature montre dans
Les productions végétales , gradation
qui paroît interrompue dans 58 endroits
plus marqués qu'il diftingue par
autant de familles. Les autres interrup
tions moins marquées , & au nombre
de 1615 indiquent les genres dans la
férie de 1800 efpéces de plantes con
nues.
AOUST. 1763. 113
Cette manière de confidérer les familles
ou claffes , les genres & les efpéces
, n'eft nullement fyftématique ;
elle eft priſe dans la nature même des
chofes & entièrement différente de ce
qui avoit été penfé & dit jufqu'à préfent.
C'est une nouvelle route qui femble
devoir mener à la méthode naturelle
que tant d'Auteurs ont cherché
en vain .
Sans entrer dans une plus grande
difcuffion fur le mérite de l'Ouvrage ,
dont on ne pourra bien juger que quand
il aura paru en entier , nous nous contenterons
de faire quelques réfléxions
générales fur ce qui eft actuellement
Tous nos yeux.
Nous avons remarqué de la précifion
, de l'ordre & de la liaifon dans
tout ce qui doit concourir pour faire
l'enſemble.
A la tête de chaque Famille on trou
ve le détail circonftancié de toutes les
parties qui font communes aux genres
qui doivent y entrer , telles
que la Figure,
la Racine, la Tige , les Bourgeons,
les Feuilles , le Feuillage les Stiles
Epines , Voiles ou Poils , les Fleurs , le
Calice , la Corolle , les Etamines , le
Piftis , le Fruit , les Graines : l'Auteur
>
114 MERCURE DE FRANCE.
ý a joint les qualités , les vertus & les
ufages.
L'avantage de voir d'un coup d'oeil
dans des colonnes féparées , les carac
tères des genres de la même famille ,
nous a frappés , par la facilité qui en
téfulte pour les comparer.
Il y a fans doute du mérite d'avoir
raffemblé dans un auffi petit efpace ,
une fi grande quantité de faits conftatés
ou d'après les plus fameux Botaniftes
, ou d'après les propres obfervations
de l'Auteur . C'eft en quelque forte
l'extrait de toutes les connoiffances Botaniques
jufqu'à ce jour ; & ce travail
qui confifte à négliger ce qui eft
acceffoire ou inutile pour ne préſenter
que l'effentiel , exige une connoiffance
profonde , & le véritable efprit de la
Science.
Cette table fi ample qui fuppofe tant
de lectures & de recherches , nous a
paru mériter attention & prévenir le
reproche qu'on auroit pû faire à l'Auteur
d'avoir changé des noms connus
& adoptés par rapport à de certaines
plantes. On verra que ces noms nouveaux
appartenoient déja à une plante
décrite par les Anciens ; il n'y a pas
même , juſqu'à la table raifonnée des
AOUST. 1763. 115
vertus des plantes dont il ne foit facile
de connoître l'utilité.
Nous fufpendrons nos réfléxions fur
l'ortographe que l'Auteur a adoptée :
dans l'avertiffement qui précéde fa table
il dit fimplement qu'il a fait des
changemens à cet égard , & qu'il en
donnera quelque jour les raifons. Il
eft jufte d'attendre qu'il les ait données
pour en rendre compte.
Fermer
12135
p. 115-121
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
DICTIONNAIRE Géographique Historique & Politique des Gaules & de la France. [...]
Mots clefs :
Libraires, Discours, Édition, Imprimeur, Poème
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
DICTIONNAIRE Géographique
Hiftorique & Politique des Gaules &
de la France. Par M. l'Abbé Expilly ,
Chanoine-Tréforier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte Marie de Tarafcon
, de la Société Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , & c . Tome
I. in -folio , de 880 pages . A Avignon ,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais
; Nyon , quai des Auguftins , à l'Occafion
, Hériant , rue S. Jacques , à
S. Paul & à S. Hilaire ; Bauche , quai
des Auguſtins , à Ste Géneviéve & a
S. Jean dans le Défert ; Defpilly , rue
S. Jacques , à la Croix d'or. Le pre16
MERCURE DE FRANCE.
mier volume , qui paroît actuellement,
fe vend broché , 24 liv. Le fecond paroîtra
en Février 1764. Les autres volumes
paroîtront réguliérement tous les
huit mois . Chaque volume fe vendra
également 24 liv. broché , & fera de
8 à 900 pages d'impreffion , même
format , papier & caractère que le
premier.
Nous parlerons plus amplement de
ce grand & très-utile Ouvrage.
LE GENTILHOMME Cultivateur , où
Corps complet d'Agriculture , traduit
de l'Anglois de M. Hall , & tiré des
Auteurs qui ont le mieux écrit fur cet
Art. Par M. Dupuy d'Emportes , de l'Académie
de Florence.
Omnium rerum ex quibus acquiritur , nihil eſt
agriculturâ meliùs , nihil uberiùs , nihil
homine libero digniùs.
Cicer. L. 2. de Offic.
In-4°. Paris , 1763. Tome 6. Chez P.
G. Simon , Imprimeur du Parlement ,
rue de la Harpe ; la veuve Durand , Libraire
, rue du Foin ; & Bauche , Libraire
, quai des Auguftins .
Nous avons déja rendu compte de cet
Ouvrage qui continue de fe débiter
avec fuccès.
AOUST. 1763. 117
TRAITÉ DES PRISES , ou principes
de la Jurifprudence Françoife concernant
les Prifes qui fe font fur mer , relativement
aux difpofitions tant de l'Ordonnance
de la Marine du mois d'Août
1681 , que des Arrêts du Confeil , Ordonnances
& Réglemens antérieurs
& poftérieurs , rendus fur ce fujet.
Avec une notice de la procédure qui
doit être obfervée à cet égard . Par l'Auteur
du Commentaire fur cette même
Ordonnance de la Marine , 2 vol. in-
8. A la Rochelle , 1763. Chez Jérôme
Legier , Imprimeur des Fermes du Roi
au Canton des Flamands ; & fe trouve
à Paris chez Mérigot Père , Libraire
quai des Auguftins.
ORAISON funébre de Très-haute &
très-puiffante Dame Reine de Madaillan
de Lefparre , Marquife de Laffai ,
prononcée dans l'Eglife de l'Hôpital-
Royal de la Charité à Paris , le Jeudi 21
Avril 1763. Par M. l'Abbé Fréfman ,
Prédicateur ordinaire du Roi , & premier
Vicaire de l'Eglife Paroiffiale de
S. Euftache. In-4° . Paris , 1763. Chez
Auguftin-Martin Lottin l'aîné , Libraire
& Imprimeur de Mgr le Duc de Berry,
rue S. Jacques , près S. Yves , à l'Enfeigne
du Coq.
118 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS fur le bonheur des gens
de Lettres.
Homo doctus infe femper divitias habet.
Phædr.
In-8° . Bordeaux, 1763. Chez les Frères
Labottière , Imprimeurs-Libraires, Place
du Palais. Ce difcours eft bien fait , &
part d'une jeune Plume qui mérite d'être
encouragée.
DISCOURS fur l'Hiftoire Eccléfiaftique
, par M. l'Abbé Fleury , Prêtre
Prieur d'Argenteuil & Confeffeur du
Roi. Nouvelle Edition augmentée des
difcours fur la Poëfie des Hébreux , fur
Ecriture Sainte , fur la Prédication, &
fur les Libertés de l'Eglife Gallicane,
On y a joint le difcours fur le renouvellement
des Etudes Eccléfiaftiques
depuis le 14 Siécle par M. l'Abbé
Goujet , Chanoine de S. Jacques de
P'Hôpital. In-8°. Paris, 1763, Chez Jean-
Thomas Hériffant , rue S. Jacques , à
S. Hilaire . Prix , 3 liv. relié.
DE L'EDUCATION des Filles , par
Meffire François de Salignac de la Mothe
Fenelon , Archevêque de Cambrai.
Nouvelle Edition , augmentée d'une
Lettre du même Auteur à une Dame de
•
AOUST. 1763: 119
qualité fur l'éducation de M *** fa
fille. In- 16. Paris , 1763 , chez le mê
me Libraire ; & chez Guérin & Dela
tour , Libraires -Imprimeurs, rue S. Jacques
, vis-à-vis celle des Mathurins , à
S. Thomas d'Aquin, Prix , I liv. 16 f
relié.
TRAITÉ des devoirs des Gens du
Monde , & furtout des Chefs de famil
le . Par M. Collet , Prêtre de la Congré
gation de la Miffion , & Docteur en
Théologie. In-12. Paris , 1763 ; chez
Jean Debure l'aîné , quai des Auguftins,
à l'Image S. Paul ; Jean- Thomas Heriffant
, rue S. Jacques , à S. Paul & à
S. Hilaire ; Jean- Claude- Baptifte Hériffant
, rue Neuve Notre-Dame , à la
Croix d'or ; & Nicolas Tilliard , quai
des Auguftins , à S. Benoît. Prix , 2 liv,
10 f. relié.
INSTRUCTIONS & Prières à l'ufage
des Officiers de maiſon , des domeftiques
& des perfonnes qui travaillent en
Ville , &c. Ouvrage qui peut fervir aux
Confeffeurs. Par le même Auteur , &
chez les mêmes Libraires. Quatriéme
Edition , revue , corrigée & augmentée.
In- 16, Prix , 1 liy, 10 f. relié.
120 MERCURE DE FRANCE.
DEUX EPITRES de S. Clément
Romain , difciple de S. Pierre Apôtre :
tirées pour la première fois d'un Manufcrit
du Nouveau Teftament Syriaque
, & publiées avec la Verfion Latine
à côté , par Jean-Jacques Weftein;
à Leyde , de l'Imprimerie d'Elie Luzac
ke jeune en 1752. Seconde Edition
Françoife & Latine , in8 . 1763 , avec
des Notes.
POEME aux Anglois , à l'occafion
de la Paix univerfelle. Par M. Peyraud
de Beaufol. Brochure in-8°. Paris
1763. Chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés. On trouve du fentiment.
& de la chaleur dans l'Ouvrage de ce
Poëte-Citoyen , & nous en rendrons
compte avec plaifir.
L'INTEREST d'un Ouvrage , Difcours
prononcé par M. *** le jour
de fa réception à l'Académie des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , le 8
Mai 1763. In-8° . Paris , chez Vallat la-
Chapelle , Libraire au Palais , fur le
Perron de la Ste Chapelle. Nous parlerons
auffi de cet Ouvrage auffi inftructif
qu'intéreffant pour quiconque
aime les Lettres.
LE
AOUST. 1763. 121
LE MONDE pacifié , Poëme. Par
l'Auteur des voeux patriotiques à la
France.
Tros Rutulus vefuat , nullo difcrimine habebo.
Virg. Æn. L. 10.
In-4°. Paris , 1763. De l'Imprimerie de
Prault , quai de Gêvres , au Paradis .
Nous donnerons auffi l'Extrait de ce
Poëme digne de fon Auteur.
DICTIONNAIRE Géographique
Hiftorique & Politique des Gaules &
de la France. Par M. l'Abbé Expilly ,
Chanoine-Tréforier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte Marie de Tarafcon
, de la Société Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , & c . Tome
I. in -folio , de 880 pages . A Avignon ,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais
; Nyon , quai des Auguftins , à l'Occafion
, Hériant , rue S. Jacques , à
S. Paul & à S. Hilaire ; Bauche , quai
des Auguſtins , à Ste Géneviéve & a
S. Jean dans le Défert ; Defpilly , rue
S. Jacques , à la Croix d'or. Le pre16
MERCURE DE FRANCE.
mier volume , qui paroît actuellement,
fe vend broché , 24 liv. Le fecond paroîtra
en Février 1764. Les autres volumes
paroîtront réguliérement tous les
huit mois . Chaque volume fe vendra
également 24 liv. broché , & fera de
8 à 900 pages d'impreffion , même
format , papier & caractère que le
premier.
Nous parlerons plus amplement de
ce grand & très-utile Ouvrage.
LE GENTILHOMME Cultivateur , où
Corps complet d'Agriculture , traduit
de l'Anglois de M. Hall , & tiré des
Auteurs qui ont le mieux écrit fur cet
Art. Par M. Dupuy d'Emportes , de l'Académie
de Florence.
Omnium rerum ex quibus acquiritur , nihil eſt
agriculturâ meliùs , nihil uberiùs , nihil
homine libero digniùs.
Cicer. L. 2. de Offic.
In-4°. Paris , 1763. Tome 6. Chez P.
G. Simon , Imprimeur du Parlement ,
rue de la Harpe ; la veuve Durand , Libraire
, rue du Foin ; & Bauche , Libraire
, quai des Auguftins .
Nous avons déja rendu compte de cet
Ouvrage qui continue de fe débiter
avec fuccès.
AOUST. 1763. 117
TRAITÉ DES PRISES , ou principes
de la Jurifprudence Françoife concernant
les Prifes qui fe font fur mer , relativement
aux difpofitions tant de l'Ordonnance
de la Marine du mois d'Août
1681 , que des Arrêts du Confeil , Ordonnances
& Réglemens antérieurs
& poftérieurs , rendus fur ce fujet.
Avec une notice de la procédure qui
doit être obfervée à cet égard . Par l'Auteur
du Commentaire fur cette même
Ordonnance de la Marine , 2 vol. in-
8. A la Rochelle , 1763. Chez Jérôme
Legier , Imprimeur des Fermes du Roi
au Canton des Flamands ; & fe trouve
à Paris chez Mérigot Père , Libraire
quai des Auguftins.
ORAISON funébre de Très-haute &
très-puiffante Dame Reine de Madaillan
de Lefparre , Marquife de Laffai ,
prononcée dans l'Eglife de l'Hôpital-
Royal de la Charité à Paris , le Jeudi 21
Avril 1763. Par M. l'Abbé Fréfman ,
Prédicateur ordinaire du Roi , & premier
Vicaire de l'Eglife Paroiffiale de
S. Euftache. In-4° . Paris , 1763. Chez
Auguftin-Martin Lottin l'aîné , Libraire
& Imprimeur de Mgr le Duc de Berry,
rue S. Jacques , près S. Yves , à l'Enfeigne
du Coq.
118 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS fur le bonheur des gens
de Lettres.
Homo doctus infe femper divitias habet.
Phædr.
In-8° . Bordeaux, 1763. Chez les Frères
Labottière , Imprimeurs-Libraires, Place
du Palais. Ce difcours eft bien fait , &
part d'une jeune Plume qui mérite d'être
encouragée.
DISCOURS fur l'Hiftoire Eccléfiaftique
, par M. l'Abbé Fleury , Prêtre
Prieur d'Argenteuil & Confeffeur du
Roi. Nouvelle Edition augmentée des
difcours fur la Poëfie des Hébreux , fur
Ecriture Sainte , fur la Prédication, &
fur les Libertés de l'Eglife Gallicane,
On y a joint le difcours fur le renouvellement
des Etudes Eccléfiaftiques
depuis le 14 Siécle par M. l'Abbé
Goujet , Chanoine de S. Jacques de
P'Hôpital. In-8°. Paris, 1763, Chez Jean-
Thomas Hériffant , rue S. Jacques , à
S. Hilaire . Prix , 3 liv. relié.
DE L'EDUCATION des Filles , par
Meffire François de Salignac de la Mothe
Fenelon , Archevêque de Cambrai.
Nouvelle Edition , augmentée d'une
Lettre du même Auteur à une Dame de
•
AOUST. 1763: 119
qualité fur l'éducation de M *** fa
fille. In- 16. Paris , 1763 , chez le mê
me Libraire ; & chez Guérin & Dela
tour , Libraires -Imprimeurs, rue S. Jacques
, vis-à-vis celle des Mathurins , à
S. Thomas d'Aquin, Prix , I liv. 16 f
relié.
TRAITÉ des devoirs des Gens du
Monde , & furtout des Chefs de famil
le . Par M. Collet , Prêtre de la Congré
gation de la Miffion , & Docteur en
Théologie. In-12. Paris , 1763 ; chez
Jean Debure l'aîné , quai des Auguftins,
à l'Image S. Paul ; Jean- Thomas Heriffant
, rue S. Jacques , à S. Paul & à
S. Hilaire ; Jean- Claude- Baptifte Hériffant
, rue Neuve Notre-Dame , à la
Croix d'or ; & Nicolas Tilliard , quai
des Auguftins , à S. Benoît. Prix , 2 liv,
10 f. relié.
INSTRUCTIONS & Prières à l'ufage
des Officiers de maiſon , des domeftiques
& des perfonnes qui travaillent en
Ville , &c. Ouvrage qui peut fervir aux
Confeffeurs. Par le même Auteur , &
chez les mêmes Libraires. Quatriéme
Edition , revue , corrigée & augmentée.
In- 16, Prix , 1 liy, 10 f. relié.
120 MERCURE DE FRANCE.
DEUX EPITRES de S. Clément
Romain , difciple de S. Pierre Apôtre :
tirées pour la première fois d'un Manufcrit
du Nouveau Teftament Syriaque
, & publiées avec la Verfion Latine
à côté , par Jean-Jacques Weftein;
à Leyde , de l'Imprimerie d'Elie Luzac
ke jeune en 1752. Seconde Edition
Françoife & Latine , in8 . 1763 , avec
des Notes.
POEME aux Anglois , à l'occafion
de la Paix univerfelle. Par M. Peyraud
de Beaufol. Brochure in-8°. Paris
1763. Chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés. On trouve du fentiment.
& de la chaleur dans l'Ouvrage de ce
Poëte-Citoyen , & nous en rendrons
compte avec plaifir.
L'INTEREST d'un Ouvrage , Difcours
prononcé par M. *** le jour
de fa réception à l'Académie des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , le 8
Mai 1763. In-8° . Paris , chez Vallat la-
Chapelle , Libraire au Palais , fur le
Perron de la Ste Chapelle. Nous parlerons
auffi de cet Ouvrage auffi inftructif
qu'intéreffant pour quiconque
aime les Lettres.
LE
AOUST. 1763. 121
LE MONDE pacifié , Poëme. Par
l'Auteur des voeux patriotiques à la
France.
Tros Rutulus vefuat , nullo difcrimine habebo.
Virg. Æn. L. 10.
In-4°. Paris , 1763. De l'Imprimerie de
Prault , quai de Gêvres , au Paradis .
Nous donnerons auffi l'Extrait de ce
Poëme digne de fon Auteur.
Fermer
12136
p. 121-126
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de PRUSSE, pour l'année 1763.
Début :
LE Prix de la Classe de Philosophie spéculative devoit être adjugé le 31 de [...]
Mots clefs :
Prix, Académie, Jugement, Philosophie, Programme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de PRUSSE, pour l'année 1763.
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences & Belles- Lettres de
PRUSSE , pour l'année 1763.
L E Prix
de la
Claffe
de
Philofophie
fpéculative
devoit
être
adjugé
le 31 de
Mai
1763.
Il concernoit
la Queftion
fuivante
:
On demande : Si les vérités Métaphyfiques
en général , & en particulier les
F
122 MERCURE DE FRANCE.
premiers principes de la Théologie naturelle
& de la Morale , font fufceptibles
de la même évidence que les Vérités
géométriques ; & au cas qu'elles n'en
foyent pas fufceptibles , quelle eft la
nature de leur certitude , à quel degré
elle peut parvenir , & fi ce degré fuffic
pour la conviction ?
, Le fçavant Juif de Berlin Mofes
fils de Mendel , a remporté ce Prix ; mais
l'Académie a déclaré en même temps
que le Mémoire Allemand qui avoit
pour devife :
r
Verum animo fatis hæc veftigia parva fagaci
Sunt , per qua poffit cætera cognofcere tute
toit, à l'égard de la Pièce victorieuſe
ans une proximité qui ne différoit guè
es de l'égalité.
La Claffe de Philofophie Expérimen
tale avoit renvoyé jufqu'au même jour
31 de Mai 1763 le Prix fur la Quef
tion déjà propofée pour l'année 1761 .
fçavoir :
Si tous les Etres vivan's , tant du rẻ-
gne animal que du régne végétal ,fortent
d'un auffécondé par un germe, ou par
une matière prolifique analogue au
germe ?
Ces deux années de délai n'ayant S
AOUST. 1763 . 123
"
•
produit aucune nouvelle Pièce digne
d'être couronnée , l'Académie abandonne
cette Queſtion . Mais comme
pendant cet intervalle M. Bonnet
Citoyen de Genêve , Membre de diverfes
Académies , & Auteur de plufieurs
excellens Ouvrages , en a publié un intitulé
, Confidérations fur les Corps organifés
, qu'il a envoyé à l'Académie
le foumettant à fon jugement , l'Académie
a profité de cette occafion pour
témoigner publiquement que cet Onvrage
lui a paru le fruit des obfervations
les plus exactes , & des recher
ches les plus approfondies ; en forte
que , fi l'Auteur , au lieu de le mettre
au jour & de fe faire connoître , l'avoit
foumis aux loix ordinaires du concours
il auroit infailliblement remporté le Prix.
La Claffe de Philofophie Expérimen →
tale propoſe préfentement pour l'année
1765 la Queftion fuivante .
On demande de nouvelles expériences,
d'après lefquelles on puiffe expliquer
diftinctement & prouver folidement , en
quoi confifte le changement que les ali
mens , tirés tant du règne animal que
du règne végétal , éprouvent dans le
corps humain , foit dans le ventricule
foit dans les inteftins , pendant l'état de
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
fanté. Le résultat de ces recherches dou
être de faire voir quelle eft proprement
la partie des alimens qui fe convertit en
fuc nourricier comment fe fait cette ,
converfion , & quelles font les parties
des alimens qui ne peuvent naturellement
fubir aucune digeftion , ni fervir
à nourir le corps ?
On invite les Sçavans de tous pays ,
excepté les Membres ordinaires de l'Académie
, à travailler fur cette Queftion
. Le Prix , qui confifte en une Médaille
d'or du poids de cinquante Du
cats fera donné à celui qui , au jugement
de l'Académie , aura le mieux
réuffi . Les piéces écrites d'un caractère
lifible , feront adreffées à M. le Profeffeur
Formey , Secrétaire perpétuel de
l'Académie .
Le terme pour les recevoir eft fixé
jufqu'au de Janvier 1764 , après
quoi on n'en recevia abfolument aucune
, quelque raifon de retardement
qui puiffe être alléguée en fa faveur.
On prie auffi les Auteurs de ne point
ſe nommer mais de mettre fimplement
une Devife , à laquelle ils joindront
un Billet cacheté , qui contiendra
avec la devife , leur nom & leur
demeure .
AO UST. 1763. 125 .
Le Jugement de l'Académie fera déclaré
dans l'Affemblée publique du 31
de Mai 1765.
Outre les Queftions fufdites , la Claffe
de Mathématique avoit déclaré dans
le Programme de l'année paffée , qu'en
quelque temps que ce fut qu'on lui
adreffât un Mémoire fatisfaifant fur l'explication
de l'ouïe , relativement à la
manière dont la perception du fon eft
produite en vertu de la ftructure interieure
de l'oreille , elle lui décerneroit le
Prix. Le cas vient d'arriver ; & ce Prix
a été donné dans la derniere Affemblée
publique , à M. George Urbain Belz,
Docteur en Médecine , & Médecin de
la Ville de Neuftadt - Eberswalde. *
On a été averti par le Programme de
l'année précédente , que le Prix de la
Claffe de Belles - Lettres , qui fera adjugé
le 31 de Mai 1764 , & pour lequel
les Pièces feront reçues jufqu'au I Janvier
de la même année concerne la
Queſtion fuivante :
Quand eft-ce que la puiffance fouveraine
des Empereurs Grecs a totalement
ceffé dans Rome ? Quel gouvernement
les Romains eurent - ils alors ? Et
dans quel temps la fouveraineté des Papes
fut-elle établie ?
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
Le grand Directoire de Guerre &
des Finances de S. M. a auffi requis
l'Académie d'annoncer dans fon Programme
, qu'il deftinoit un Prix de cinquante
écus à un Mémoire fur la meilleure
conftruction des fourneaux , relativement
à l'épargne du bois ; les Mémoires
feront foumis au jugement de
l'Académie , & le Prix fera adjugé en
même temps que le Prix de l'Acadé
mie en 1764.
des Sciences & Belles- Lettres de
PRUSSE , pour l'année 1763.
L E Prix
de la
Claffe
de
Philofophie
fpéculative
devoit
être
adjugé
le 31 de
Mai
1763.
Il concernoit
la Queftion
fuivante
:
On demande : Si les vérités Métaphyfiques
en général , & en particulier les
F
122 MERCURE DE FRANCE.
premiers principes de la Théologie naturelle
& de la Morale , font fufceptibles
de la même évidence que les Vérités
géométriques ; & au cas qu'elles n'en
foyent pas fufceptibles , quelle eft la
nature de leur certitude , à quel degré
elle peut parvenir , & fi ce degré fuffic
pour la conviction ?
, Le fçavant Juif de Berlin Mofes
fils de Mendel , a remporté ce Prix ; mais
l'Académie a déclaré en même temps
que le Mémoire Allemand qui avoit
pour devife :
r
Verum animo fatis hæc veftigia parva fagaci
Sunt , per qua poffit cætera cognofcere tute
toit, à l'égard de la Pièce victorieuſe
ans une proximité qui ne différoit guè
es de l'égalité.
La Claffe de Philofophie Expérimen
tale avoit renvoyé jufqu'au même jour
31 de Mai 1763 le Prix fur la Quef
tion déjà propofée pour l'année 1761 .
fçavoir :
Si tous les Etres vivan's , tant du rẻ-
gne animal que du régne végétal ,fortent
d'un auffécondé par un germe, ou par
une matière prolifique analogue au
germe ?
Ces deux années de délai n'ayant S
AOUST. 1763 . 123
"
•
produit aucune nouvelle Pièce digne
d'être couronnée , l'Académie abandonne
cette Queſtion . Mais comme
pendant cet intervalle M. Bonnet
Citoyen de Genêve , Membre de diverfes
Académies , & Auteur de plufieurs
excellens Ouvrages , en a publié un intitulé
, Confidérations fur les Corps organifés
, qu'il a envoyé à l'Académie
le foumettant à fon jugement , l'Académie
a profité de cette occafion pour
témoigner publiquement que cet Onvrage
lui a paru le fruit des obfervations
les plus exactes , & des recher
ches les plus approfondies ; en forte
que , fi l'Auteur , au lieu de le mettre
au jour & de fe faire connoître , l'avoit
foumis aux loix ordinaires du concours
il auroit infailliblement remporté le Prix.
La Claffe de Philofophie Expérimen →
tale propoſe préfentement pour l'année
1765 la Queftion fuivante .
On demande de nouvelles expériences,
d'après lefquelles on puiffe expliquer
diftinctement & prouver folidement , en
quoi confifte le changement que les ali
mens , tirés tant du règne animal que
du règne végétal , éprouvent dans le
corps humain , foit dans le ventricule
foit dans les inteftins , pendant l'état de
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
fanté. Le résultat de ces recherches dou
être de faire voir quelle eft proprement
la partie des alimens qui fe convertit en
fuc nourricier comment fe fait cette ,
converfion , & quelles font les parties
des alimens qui ne peuvent naturellement
fubir aucune digeftion , ni fervir
à nourir le corps ?
On invite les Sçavans de tous pays ,
excepté les Membres ordinaires de l'Académie
, à travailler fur cette Queftion
. Le Prix , qui confifte en une Médaille
d'or du poids de cinquante Du
cats fera donné à celui qui , au jugement
de l'Académie , aura le mieux
réuffi . Les piéces écrites d'un caractère
lifible , feront adreffées à M. le Profeffeur
Formey , Secrétaire perpétuel de
l'Académie .
Le terme pour les recevoir eft fixé
jufqu'au de Janvier 1764 , après
quoi on n'en recevia abfolument aucune
, quelque raifon de retardement
qui puiffe être alléguée en fa faveur.
On prie auffi les Auteurs de ne point
ſe nommer mais de mettre fimplement
une Devife , à laquelle ils joindront
un Billet cacheté , qui contiendra
avec la devife , leur nom & leur
demeure .
AO UST. 1763. 125 .
Le Jugement de l'Académie fera déclaré
dans l'Affemblée publique du 31
de Mai 1765.
Outre les Queftions fufdites , la Claffe
de Mathématique avoit déclaré dans
le Programme de l'année paffée , qu'en
quelque temps que ce fut qu'on lui
adreffât un Mémoire fatisfaifant fur l'explication
de l'ouïe , relativement à la
manière dont la perception du fon eft
produite en vertu de la ftructure interieure
de l'oreille , elle lui décerneroit le
Prix. Le cas vient d'arriver ; & ce Prix
a été donné dans la derniere Affemblée
publique , à M. George Urbain Belz,
Docteur en Médecine , & Médecin de
la Ville de Neuftadt - Eberswalde. *
On a été averti par le Programme de
l'année précédente , que le Prix de la
Claffe de Belles - Lettres , qui fera adjugé
le 31 de Mai 1764 , & pour lequel
les Pièces feront reçues jufqu'au I Janvier
de la même année concerne la
Queſtion fuivante :
Quand eft-ce que la puiffance fouveraine
des Empereurs Grecs a totalement
ceffé dans Rome ? Quel gouvernement
les Romains eurent - ils alors ? Et
dans quel temps la fouveraineté des Papes
fut-elle établie ?
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
Le grand Directoire de Guerre &
des Finances de S. M. a auffi requis
l'Académie d'annoncer dans fon Programme
, qu'il deftinoit un Prix de cinquante
écus à un Mémoire fur la meilleure
conftruction des fourneaux , relativement
à l'épargne du bois ; les Mémoires
feront foumis au jugement de
l'Académie , & le Prix fera adjugé en
même temps que le Prix de l'Acadé
mie en 1764.
Fermer
12137
p. 126-138
ÉLOGE Historique de M. LE PERE, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie d'AUXERRE par M. de S. GEORGE, Sécrétaire perpétuel de la même Académie, le 26 Octobre 1762.
Début :
MATURIN LE PERE, Secrétaire perpétuel de la Société des Sciences, Arts [...]
Mots clefs :
Travail, Mémoire, Opérations, Triangles , Précision, Société, Difficultés, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE Historique de M. LE PERE, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie d'AUXERRE par M. de S. GEORGE, Sécrétaire perpétuel de la même Académie, le 26 Octobre 1762.
ÉLOGE Hiftorique de M. LE PERE
lu dans l'Affemblée publique de l'Académie
d'AUXERRE par M. de S.
GEORGE , Sécrétaire perpétuel de la
même Académie , le 26 Octobre 1762.
MATURIN ATURIN LE PER E, Secrétaire
perpétuel de la Société des Sciences, Arts
& Belles-Lettres d'Auxerre Directeur
des Poftes de la même Ville , naquit à
Milli en Gâtinois , le 12 Janvier 1718.
Il avoit reçu de la nature des difpofitions
heureufes , qu'une bonne éducation fçut
heureufement cultiver. Il remporta du
College de Beauvais , où il avoit fait fa
Rhétorique & fa Philofophie , un amour
A O UST. 1763. 127
de l'Etude tel que les leçons des plus
habiles Maîtres pouvoient l'inspirer à un
jeune homme , qui réuniffoit la facilité
de l'efprit à la fagèffe des moeurs.
Après avoir donné dans Paris , plufieurs
années à un genre de travail , qui
femble être devenu le complément de
l'éducation pour la jeuneffe , à qui la
Nobleffe ou l'opulence n'ouvrent point
une meilleure voie de fe faire un état
dans le monde , M. le Père parfaitement
inftruit dans la fcience des affaires
s'établit en cette Ville , avec l'emploi
de Directeur de la Pofte ; auquel il joignit
bientôt après l'office de Notaire , au
Bailliage ; il fallut joindre enfuite aux
devoirs de ces deux places , tous les foins
de l'éducation d'une famille nombreufe.
- Parmi tant d'occupations , dont il a
toujours porté le poids avec une religieufe
exactitude , il fçavoit encore fe
ménager des momens , que la néceffité
du repos & le plaifir auroient pu revendiquer
, mais il étoit content de les donner
à fes anciennes études , dont l'entretien
fouvent trop peu libre n'avoit jamais
été totalement interrompu.
*
Avec ce goût & cette habitude , il
n'étoit pas poffible qu'il négligeât l'occafion
qui fe pré fentoit de cultiver , avec
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
plus d'étendue & plus de fecours , les
lettres & les fciences qu'il aimoit. Perfonne
n'a peut-être embraffé notre inftitution
naiffante avec plus d'ardeur : &
aucun n'a mieux fçu profiter des avantages
qu'elle préfente. Il s'étoit acquis de
longue main , un fond de connoiffances
variées , qui ne demandoient que
d'être repriſes avec ordre , & dirigées à
une fin , pour enfanter fans effort quantité
de productions eftimables.
Le premier objet des occupations de la
fociété devant être l'Hiftoire naturelle &
civile dupays que nous habitons , M. le
Pere commença fes travaux Académiques
par l'étude des moyens qu'il falloit mettre
en oeuvre pour fe procurer une carte
exacte du diocèfe , & une defcription
hiftorique de toutes fes parties. Il fe chargea
lui- même de toutes les opérations de
Trigonométrie néceffaires pour fixer la
fituation & la diftance des lieux &
dreffa un Mémoire qui fut envoyé à tous
MM. les Curés , pour leur demander , &
les mettre en état de donner avec précifion
, tous les éclairciffemens relatifs au
deffein qu'on fe propofoit.
1
>
Perfonne n'étoit plus capable de diriger
& de fuivre cet objet important
que M.Le Pere qui poffédoit une conAÓUST.
1763 . 124)
noiffance profonde de toutes les parties
de la Géographie , dont il préfenta en
ce même tems à nos féances un Tableau
magnifique , dans un Mémoire étendu ,
qu'on peut regarder comme une introduction
facile & attrayante à l'étude de
la Géographie.
%
Le grand ouvrage de M. Bouguer ,
fur la figure de la terre vint alors exercer
& mettre en plus grand jour les talens
de M. le Pere. Il le lut avec tant d'intérêt
, approfondit les difficultés , en rechercha
les folutions avec tant de fuccès
qu'il acquit par fon travail l'honneur
de paroître dans le Public foutenant la
caufe de M. Bouguer , dont le fyftême,
éprouva d'abord de grandes contradictions
. Les lettres qu'il écrivoit à ce sujet ,
ont été répandues & eftimées : & M.
Bouguer ravi de trouver dans une région,
naiffante, &prèfque inconnue du monde
littéraire , un défenfeur auffi habile , entra
avec lui en correfpondance. M. le
Pere étoit l'homme de notre fociété le
plus capable de la produire au dehors ,
& de former & d'entretenir des relations .
auffi utiles à nos progrès qu'honorables
à nos commencemens.
L'étude du fçavant ouvrage de M.
Bouguer, & les débats qu'il occafionna
Fv.
130 MERCURE DE FRANCE,
firent naître à M. le Pere , plufieurs idées
fur la perfection qu'il eft poffible d'ajouter
aux inftrumens d'Aftronomie ; fes
réfléxions fur ces objets font renfermées
dans un Mémoire fort intéreffant qu'il
donna en 1750. Il y expofe une nouvelle
manière d'appliquer le micrometre
aux inftrumens propres à mefurer les
angles , ou plutôt une conftruction toute
nouvelle du micrometre . Elle confifte
en une vis accompagnée d'un fimple
Cadran mobile : les pas de la vis font réglés
fur l'étendue de la divifion du quart
de cercle auquel on veut l'appliquer ; le
Cadran eft divifé de manière que chacune
de fes parties vaille un nombre
complet de fecondes ; par-là on évite les
réductions , ou le calcul des parties du
micrometre , dont toutes les obfervations
font embarraffées ; on évite les
tranfverfales dont le travail eft long , &
fujet aux plus grandes difficultés d'exécution
; on a l'avantage d'avoir toujours
l'objet au centre de la lunette . Enfin
on évite la néceffité de marquer la
Tigne de foi , par un cheveu qui fe caffe
fouvent , & qui eft incommode par fa
groffeur relativement aux divifions imperceptibles
des inftrumens d'Aftronomie.
A OUST. 1763. 131
M. le Pere , examine auffi dans fon
Mémoire l'inconvénient d'un alidade
excentrique , c'est-à- dire d'une lunette
qui tourne fur un quart de cercle , mais
qui ne décrit prèfque jamais exactement
la circonférence de l'inftrument , parce
que le centre de l'axe fur lequel tourne
la lunette , n'eft pas le même centre de
l'arc qu'on a décrit fur le limbe. Il propofe
de faire fervir l'alidade elle - même
à décrire l'arc du quart de cercle & il enfeigne
une manière nouvelle d'employer
Parc de go liv. à la place de l'arc de 601.
dont on s'eft toujours fervi pour divifer
les quarts de cercles. Sa méthode eft fondée
fur le nivellement & le renversement
, opérations connues dans l'Aftronomie
, & que M. le Pere a fçu appliquer
à fa nouvelle conftruction , comme l'auroit
pu faire l'Aftronome le plus exercé
dans ce genre d'opérations .
M. Bouguer , dans fon Livre de la Figure
de la Tèrre s'étoit plaint de l'embarras
que lui caufoit la courbure des
barres de fer qui formoient le rayon
de fon grand fecteur ; M. le Pere imagina
de rendre ce rayon immobile , &
de le laiffer toujours dans la fituation
verticale où la courbure eft nulle , en
në faiſant incliner que la lunette dont
Fvj
132 MERCURE
DE FRANCE .
la courbure eft indifférente ; pour cela
il rendoit mobile le limbe même du
fecteur , en faisant paffer les points de
la divifion fous un fil à plomb tendu
in variablement.
Ce Mémoire fut commuiqué à plufieurs
Sçavans du premier ordre qui rendirent
juftice & applaudirent à des inventions
fupérieures à ce qu'on a exécuté
jufqu'à ce jour , & qui , outre
qu'elles épargnent un travail prodigieux
dans la conftruction des inftrumens &
les difficultés du calcul aux Obfervateurs
, donnent encore dans l'obſervation
des angles la précifion la plus parfaite
.
73 . MM. Delalande & le Gentil , dont le
fuffrage eft d'un fi grand poids en ces
matières , écrivirent au bas du Manuf
crit , que ces inventions étoient abfolument
neuves & préférables à la méthode
ordinaire & que M. le Pere
avoit la gloire d'une invention utile ,
dans une matière auffi difficile qu'importante.
M. Caffini de Thury écrivit à M. le
Pere qu'il avoit examiné fon Mémoire
avec foin ; qu'il contenoit plufieurs
nouveautés intéreffantes ; que l'idée du
micrometre étoit ingénieufe & nouvelAOUST.
1763. 133
Te , & qu'il approuvoit tellement cette
conftruction , qu'il la feroit exécuter ſur
le premier inftrument qu'il ordonneroit.
Si M. le Pere s'attachoit à la perfection
des inftrumens , c'étoit à caufe du
fervice qu'il vouloit en tirer dans l'exécution.
Il fuivoit toujours le projet que
la Société avoit formé de lever la carte
détaillée du Diocèfe avec un graphometre
dont M. Caffini faifoit préfent
au nom du Roi à la Société , afin d'aider
& d'animer fon travail. M. le Pere
a mefuré les pofitions & les diſtances de
tous les endroits remarquables au dedans
& aux environs de la ville : tours ,
clochers , fommets de montagnes , tout
a été foumis à fes obfervations : les
pofitions
déterminées & les diftances calculées
avec une attention & une exactitude
admirables ; qu'il me foit permis
d'entrer en quelque détail pour donner
un exemple frappant de la jufteffe & de
la précifion du travail de M. le Pere.
Il mefura dabord une bafe de 328
Toiſes entre la Croix du Calvaire fituée .
près la Porte Saint - Simon , & un fignal
qu'il fit planter près la Porte d'Egleny
, fur le bord du chemin de Saint-
George. Il fit planter des fignaux fur
les Tureaux de Celles de Jonches & d
134 MERCURE DE FRANCE.
Saint - Denis : enfuite il forma neuf
Triangles & détermina la poſition de
fes fignaux ; celle d'un arbre en quetard
, de la Chapelle Saint- Simeon , de la
Tour Saint- Etienne , des Fourches de
Brellon , & enfin de la Croix de Queine .
Le dernier de fes Triangles fut celui
de la Tour Saint-Etienne , du fignal de
Saint-Denis & de la Croix de Queine ,
dont M. Caffini lui avoit donné les
calculs. M. le Pére calcula fes Triangles
par fa baſe meſurée , calcula en- ·
fuite à l'inverfe fept de fes Triangles
en prenant pour baſe la diftance de la
Croix Queine , au fignal Saint - Denis
donné par M. Caffini : & le réfultat de
fon nouveau calcul ne lui donna dans
la meſure de fa bafe que , de plus
c'eft-à-dire un pied de différence fur
328 Toifes. Cependant il ne s'étoit
fervi dans ces opérations , que d'un
Graphometre d'environ fix pouces de
rayon , dont le défavantage n'a pu être
réparé que par l'induftrie & l'application
la plus fcrupuleufe.
I
Il détermina avec la même jufteffe
la direction de la méridienne de l'horloge
; il fit différentes obfervations de
l'amplitude Orientale & Occidentale
du Soleil , avant & après , & pendant!
A O UST. 1763. 135
le Solftice d'Eté ; il obferva fur le Tu
reau de Celles , & plus encore fur la
plate-forme de l'Horloge. Il forma &
calcula plufieurs Triangles Sphériques ,
qui lui donnerent deuxAngles à la Méridienne
l'un au Nord , & l'autre au
Sud de la Ville . Il détermina l'Angle
au midi entre la Méridienne & le
Pilier Oriental des fourches de Brelon ,
de 11 , 34 par Eft , & l'Angle au Nord,
entre le Pignon occidental de la Chapelle
Saint-Simeon de 16 , 59 par Oueſt ;
& ces deux Angles à la méridienne de
l'horloge font parfaitement d'accord
avec les Angles à la méridienne de la
Tour Saint - Etienne , déterminés par
les opérations faites par la carte générale
du Royaume.
M. le Père a encore vérifié fes obfervations
fur la méridienne de l'horloge
en déterminant trois autres Angles à
cette méridienne , entre le clocher de
Venoi , la Chapelle Sainte- Vaubouée ,
& le fommet du Tureau de Celles.
Cinq cens obfervations faites pour
former une fuite de Triangles avec
cette précifion , & les calculs qu'elles
entraînent devoient coûter beaucoup
à M. le Père , qui jufques- là s'étoit
affez contenté des charmes de la théorie
136 MERCURE DE FRANCE .
fans y joindre les difficultés de la pratique.
Il y fit cependant des progrès
très -rapides ; il l'exerça fupérieurement
& il en fut moins redevable à l'opiniâtreté
du travail , qu'à une étude profonde
& entiere des Mathématiques.
Elles faifoient fon étude favorite , un
goût décidé & invincible l'y ramenoit
préférablement à tout : mais les circonftances
& les affaires de la vie "
fouvent peu d'accord avec l'inclination ,
lui avoient fait paffer fa jeuneffe dans
d'autres occupations. Il avoit réuffi
parce qu'il y avoit porté ce goût d'ordre
& de précifion qui eft l'efprit géométrique
fi éffentiel dans toutes les affaires
férieufes , avec bien plus d'effet
encore fe livroit - il à fon penchant, lorfqu'il
étoit maître de difpofer de fes
momens ? Il portoit alors au travail un
efprit fi appliqué , fi pénétrant , qu'il a
fouvent réfolu des difficultés qui embaraffoient
des Géométres plus confommés
que lui. On l'a vû réfoudre des
queftions de la plus fublime Géométrie
, avec le fecours d'une fimple annalyfe
, employer une adreffe fingulière
dans la manière de confidérer des fuites
infinies dont la fommation dépendoit
de la rectification du cercle , & ſe traA
OUST. 1763. 137
cer une route particuliere pour déterminer
les foutangeantes dans la courbe
tranfcendante connue fous le nom de
Quadratrice de Tſchirnaufen.
Il nous donna en 1753 , un Mé
moire rempli de calculs Algébriques ,
dans lequel il explique une nouvelle
méthode pour trouver facilement la fouf
tylaire , la méridienne , & la déclinaifon
du plan des cadrans Verticaux ,
dès que la hauteur du ftyle eft donnée,
Enfuite il nous rendit compte de l'obfervation
qu'il avoit faite de l'éclipſe de
Soleil du 28 Octobre de la même année
.
Je n'entrerai point dans le détail de
tous les problêmes d'Arithmétique , d'Algebre,
& de Trigonometrie , dont la folution
faifoit fes divertiffemens . On voit
dans le Mercure de 1760 , des lettres de
M. le Pere , qui démontrent avec autant
de clarté & de précifion , que de politeffe
, le défaut d'une nouvelle folution
du fameux problême de la duplication
du cube .
Je ne ferai que citer fon Mémoire fur
les incommenfurables, & leur multiplication:
fur l'ufage du finus d'1 °.1 dans l'approximation
de la quadrature du cercle ,
& fur l'utilité de l'Àlgebre , ou plutôt là
138 MERCURÉ DE FRANCE.
fiéceffité pour parvenir à quelques découvertes
dans la Géométrie Moderne.
Je me contente auffi d'indiquer fes
recherches fur les logarithmes , dont il a
étendu l'ufage , par une nouvelle méthode
de les employer dans certains cas ,
où l'opération eft accablante fans leur
fecours qui n'y avoit point encore été
introduit.
Nous verrons avec plus de plaifir &
d'intérêt,M. le Pere réduifant en pratique
fes hautes connoiffances , & les appliquant
à des opérations de fervice & d'u
fage continuel .
C'eft lui qui a décrit & fait éxécuter
pour l'ufage de notre Société , une machine
propre à recevoir & à mefurer l'eau
de pluie. Elle fert journellement , entre
les mains d'un exact Obfervateur,à mefurer
l'eau qui tombe chaque année à
Auxerre.
La forme que fui a donnée M. le Pere ,
& qui empêche l'évaporation , eft dans
le goût de celle de la Société d'Edimbourg,
& rend ce vaiffeau plus parfait
que ceux dont fe fervent plufieurs Académies
de l'Europe.
Le reste au Mercure prochain.
lu dans l'Affemblée publique de l'Académie
d'AUXERRE par M. de S.
GEORGE , Sécrétaire perpétuel de la
même Académie , le 26 Octobre 1762.
MATURIN ATURIN LE PER E, Secrétaire
perpétuel de la Société des Sciences, Arts
& Belles-Lettres d'Auxerre Directeur
des Poftes de la même Ville , naquit à
Milli en Gâtinois , le 12 Janvier 1718.
Il avoit reçu de la nature des difpofitions
heureufes , qu'une bonne éducation fçut
heureufement cultiver. Il remporta du
College de Beauvais , où il avoit fait fa
Rhétorique & fa Philofophie , un amour
A O UST. 1763. 127
de l'Etude tel que les leçons des plus
habiles Maîtres pouvoient l'inspirer à un
jeune homme , qui réuniffoit la facilité
de l'efprit à la fagèffe des moeurs.
Après avoir donné dans Paris , plufieurs
années à un genre de travail , qui
femble être devenu le complément de
l'éducation pour la jeuneffe , à qui la
Nobleffe ou l'opulence n'ouvrent point
une meilleure voie de fe faire un état
dans le monde , M. le Père parfaitement
inftruit dans la fcience des affaires
s'établit en cette Ville , avec l'emploi
de Directeur de la Pofte ; auquel il joignit
bientôt après l'office de Notaire , au
Bailliage ; il fallut joindre enfuite aux
devoirs de ces deux places , tous les foins
de l'éducation d'une famille nombreufe.
- Parmi tant d'occupations , dont il a
toujours porté le poids avec une religieufe
exactitude , il fçavoit encore fe
ménager des momens , que la néceffité
du repos & le plaifir auroient pu revendiquer
, mais il étoit content de les donner
à fes anciennes études , dont l'entretien
fouvent trop peu libre n'avoit jamais
été totalement interrompu.
*
Avec ce goût & cette habitude , il
n'étoit pas poffible qu'il négligeât l'occafion
qui fe pré fentoit de cultiver , avec
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
plus d'étendue & plus de fecours , les
lettres & les fciences qu'il aimoit. Perfonne
n'a peut-être embraffé notre inftitution
naiffante avec plus d'ardeur : &
aucun n'a mieux fçu profiter des avantages
qu'elle préfente. Il s'étoit acquis de
longue main , un fond de connoiffances
variées , qui ne demandoient que
d'être repriſes avec ordre , & dirigées à
une fin , pour enfanter fans effort quantité
de productions eftimables.
Le premier objet des occupations de la
fociété devant être l'Hiftoire naturelle &
civile dupays que nous habitons , M. le
Pere commença fes travaux Académiques
par l'étude des moyens qu'il falloit mettre
en oeuvre pour fe procurer une carte
exacte du diocèfe , & une defcription
hiftorique de toutes fes parties. Il fe chargea
lui- même de toutes les opérations de
Trigonométrie néceffaires pour fixer la
fituation & la diftance des lieux &
dreffa un Mémoire qui fut envoyé à tous
MM. les Curés , pour leur demander , &
les mettre en état de donner avec précifion
, tous les éclairciffemens relatifs au
deffein qu'on fe propofoit.
1
>
Perfonne n'étoit plus capable de diriger
& de fuivre cet objet important
que M.Le Pere qui poffédoit une conAÓUST.
1763 . 124)
noiffance profonde de toutes les parties
de la Géographie , dont il préfenta en
ce même tems à nos féances un Tableau
magnifique , dans un Mémoire étendu ,
qu'on peut regarder comme une introduction
facile & attrayante à l'étude de
la Géographie.
%
Le grand ouvrage de M. Bouguer ,
fur la figure de la terre vint alors exercer
& mettre en plus grand jour les talens
de M. le Pere. Il le lut avec tant d'intérêt
, approfondit les difficultés , en rechercha
les folutions avec tant de fuccès
qu'il acquit par fon travail l'honneur
de paroître dans le Public foutenant la
caufe de M. Bouguer , dont le fyftême,
éprouva d'abord de grandes contradictions
. Les lettres qu'il écrivoit à ce sujet ,
ont été répandues & eftimées : & M.
Bouguer ravi de trouver dans une région,
naiffante, &prèfque inconnue du monde
littéraire , un défenfeur auffi habile , entra
avec lui en correfpondance. M. le
Pere étoit l'homme de notre fociété le
plus capable de la produire au dehors ,
& de former & d'entretenir des relations .
auffi utiles à nos progrès qu'honorables
à nos commencemens.
L'étude du fçavant ouvrage de M.
Bouguer, & les débats qu'il occafionna
Fv.
130 MERCURE DE FRANCE,
firent naître à M. le Pere , plufieurs idées
fur la perfection qu'il eft poffible d'ajouter
aux inftrumens d'Aftronomie ; fes
réfléxions fur ces objets font renfermées
dans un Mémoire fort intéreffant qu'il
donna en 1750. Il y expofe une nouvelle
manière d'appliquer le micrometre
aux inftrumens propres à mefurer les
angles , ou plutôt une conftruction toute
nouvelle du micrometre . Elle confifte
en une vis accompagnée d'un fimple
Cadran mobile : les pas de la vis font réglés
fur l'étendue de la divifion du quart
de cercle auquel on veut l'appliquer ; le
Cadran eft divifé de manière que chacune
de fes parties vaille un nombre
complet de fecondes ; par-là on évite les
réductions , ou le calcul des parties du
micrometre , dont toutes les obfervations
font embarraffées ; on évite les
tranfverfales dont le travail eft long , &
fujet aux plus grandes difficultés d'exécution
; on a l'avantage d'avoir toujours
l'objet au centre de la lunette . Enfin
on évite la néceffité de marquer la
Tigne de foi , par un cheveu qui fe caffe
fouvent , & qui eft incommode par fa
groffeur relativement aux divifions imperceptibles
des inftrumens d'Aftronomie.
A OUST. 1763. 131
M. le Pere , examine auffi dans fon
Mémoire l'inconvénient d'un alidade
excentrique , c'est-à- dire d'une lunette
qui tourne fur un quart de cercle , mais
qui ne décrit prèfque jamais exactement
la circonférence de l'inftrument , parce
que le centre de l'axe fur lequel tourne
la lunette , n'eft pas le même centre de
l'arc qu'on a décrit fur le limbe. Il propofe
de faire fervir l'alidade elle - même
à décrire l'arc du quart de cercle & il enfeigne
une manière nouvelle d'employer
Parc de go liv. à la place de l'arc de 601.
dont on s'eft toujours fervi pour divifer
les quarts de cercles. Sa méthode eft fondée
fur le nivellement & le renversement
, opérations connues dans l'Aftronomie
, & que M. le Pere a fçu appliquer
à fa nouvelle conftruction , comme l'auroit
pu faire l'Aftronome le plus exercé
dans ce genre d'opérations .
M. Bouguer , dans fon Livre de la Figure
de la Tèrre s'étoit plaint de l'embarras
que lui caufoit la courbure des
barres de fer qui formoient le rayon
de fon grand fecteur ; M. le Pere imagina
de rendre ce rayon immobile , &
de le laiffer toujours dans la fituation
verticale où la courbure eft nulle , en
në faiſant incliner que la lunette dont
Fvj
132 MERCURE
DE FRANCE .
la courbure eft indifférente ; pour cela
il rendoit mobile le limbe même du
fecteur , en faisant paffer les points de
la divifion fous un fil à plomb tendu
in variablement.
Ce Mémoire fut commuiqué à plufieurs
Sçavans du premier ordre qui rendirent
juftice & applaudirent à des inventions
fupérieures à ce qu'on a exécuté
jufqu'à ce jour , & qui , outre
qu'elles épargnent un travail prodigieux
dans la conftruction des inftrumens &
les difficultés du calcul aux Obfervateurs
, donnent encore dans l'obſervation
des angles la précifion la plus parfaite
.
73 . MM. Delalande & le Gentil , dont le
fuffrage eft d'un fi grand poids en ces
matières , écrivirent au bas du Manuf
crit , que ces inventions étoient abfolument
neuves & préférables à la méthode
ordinaire & que M. le Pere
avoit la gloire d'une invention utile ,
dans une matière auffi difficile qu'importante.
M. Caffini de Thury écrivit à M. le
Pere qu'il avoit examiné fon Mémoire
avec foin ; qu'il contenoit plufieurs
nouveautés intéreffantes ; que l'idée du
micrometre étoit ingénieufe & nouvelAOUST.
1763. 133
Te , & qu'il approuvoit tellement cette
conftruction , qu'il la feroit exécuter ſur
le premier inftrument qu'il ordonneroit.
Si M. le Pere s'attachoit à la perfection
des inftrumens , c'étoit à caufe du
fervice qu'il vouloit en tirer dans l'exécution.
Il fuivoit toujours le projet que
la Société avoit formé de lever la carte
détaillée du Diocèfe avec un graphometre
dont M. Caffini faifoit préfent
au nom du Roi à la Société , afin d'aider
& d'animer fon travail. M. le Pere
a mefuré les pofitions & les diſtances de
tous les endroits remarquables au dedans
& aux environs de la ville : tours ,
clochers , fommets de montagnes , tout
a été foumis à fes obfervations : les
pofitions
déterminées & les diftances calculées
avec une attention & une exactitude
admirables ; qu'il me foit permis
d'entrer en quelque détail pour donner
un exemple frappant de la jufteffe & de
la précifion du travail de M. le Pere.
Il mefura dabord une bafe de 328
Toiſes entre la Croix du Calvaire fituée .
près la Porte Saint - Simon , & un fignal
qu'il fit planter près la Porte d'Egleny
, fur le bord du chemin de Saint-
George. Il fit planter des fignaux fur
les Tureaux de Celles de Jonches & d
134 MERCURE DE FRANCE.
Saint - Denis : enfuite il forma neuf
Triangles & détermina la poſition de
fes fignaux ; celle d'un arbre en quetard
, de la Chapelle Saint- Simeon , de la
Tour Saint- Etienne , des Fourches de
Brellon , & enfin de la Croix de Queine .
Le dernier de fes Triangles fut celui
de la Tour Saint-Etienne , du fignal de
Saint-Denis & de la Croix de Queine ,
dont M. Caffini lui avoit donné les
calculs. M. le Pére calcula fes Triangles
par fa baſe meſurée , calcula en- ·
fuite à l'inverfe fept de fes Triangles
en prenant pour baſe la diftance de la
Croix Queine , au fignal Saint - Denis
donné par M. Caffini : & le réfultat de
fon nouveau calcul ne lui donna dans
la meſure de fa bafe que , de plus
c'eft-à-dire un pied de différence fur
328 Toifes. Cependant il ne s'étoit
fervi dans ces opérations , que d'un
Graphometre d'environ fix pouces de
rayon , dont le défavantage n'a pu être
réparé que par l'induftrie & l'application
la plus fcrupuleufe.
I
Il détermina avec la même jufteffe
la direction de la méridienne de l'horloge
; il fit différentes obfervations de
l'amplitude Orientale & Occidentale
du Soleil , avant & après , & pendant!
A O UST. 1763. 135
le Solftice d'Eté ; il obferva fur le Tu
reau de Celles , & plus encore fur la
plate-forme de l'Horloge. Il forma &
calcula plufieurs Triangles Sphériques ,
qui lui donnerent deuxAngles à la Méridienne
l'un au Nord , & l'autre au
Sud de la Ville . Il détermina l'Angle
au midi entre la Méridienne & le
Pilier Oriental des fourches de Brelon ,
de 11 , 34 par Eft , & l'Angle au Nord,
entre le Pignon occidental de la Chapelle
Saint-Simeon de 16 , 59 par Oueſt ;
& ces deux Angles à la méridienne de
l'horloge font parfaitement d'accord
avec les Angles à la méridienne de la
Tour Saint - Etienne , déterminés par
les opérations faites par la carte générale
du Royaume.
M. le Père a encore vérifié fes obfervations
fur la méridienne de l'horloge
en déterminant trois autres Angles à
cette méridienne , entre le clocher de
Venoi , la Chapelle Sainte- Vaubouée ,
& le fommet du Tureau de Celles.
Cinq cens obfervations faites pour
former une fuite de Triangles avec
cette précifion , & les calculs qu'elles
entraînent devoient coûter beaucoup
à M. le Père , qui jufques- là s'étoit
affez contenté des charmes de la théorie
136 MERCURE DE FRANCE .
fans y joindre les difficultés de la pratique.
Il y fit cependant des progrès
très -rapides ; il l'exerça fupérieurement
& il en fut moins redevable à l'opiniâtreté
du travail , qu'à une étude profonde
& entiere des Mathématiques.
Elles faifoient fon étude favorite , un
goût décidé & invincible l'y ramenoit
préférablement à tout : mais les circonftances
& les affaires de la vie "
fouvent peu d'accord avec l'inclination ,
lui avoient fait paffer fa jeuneffe dans
d'autres occupations. Il avoit réuffi
parce qu'il y avoit porté ce goût d'ordre
& de précifion qui eft l'efprit géométrique
fi éffentiel dans toutes les affaires
férieufes , avec bien plus d'effet
encore fe livroit - il à fon penchant, lorfqu'il
étoit maître de difpofer de fes
momens ? Il portoit alors au travail un
efprit fi appliqué , fi pénétrant , qu'il a
fouvent réfolu des difficultés qui embaraffoient
des Géométres plus confommés
que lui. On l'a vû réfoudre des
queftions de la plus fublime Géométrie
, avec le fecours d'une fimple annalyfe
, employer une adreffe fingulière
dans la manière de confidérer des fuites
infinies dont la fommation dépendoit
de la rectification du cercle , & ſe traA
OUST. 1763. 137
cer une route particuliere pour déterminer
les foutangeantes dans la courbe
tranfcendante connue fous le nom de
Quadratrice de Tſchirnaufen.
Il nous donna en 1753 , un Mé
moire rempli de calculs Algébriques ,
dans lequel il explique une nouvelle
méthode pour trouver facilement la fouf
tylaire , la méridienne , & la déclinaifon
du plan des cadrans Verticaux ,
dès que la hauteur du ftyle eft donnée,
Enfuite il nous rendit compte de l'obfervation
qu'il avoit faite de l'éclipſe de
Soleil du 28 Octobre de la même année
.
Je n'entrerai point dans le détail de
tous les problêmes d'Arithmétique , d'Algebre,
& de Trigonometrie , dont la folution
faifoit fes divertiffemens . On voit
dans le Mercure de 1760 , des lettres de
M. le Pere , qui démontrent avec autant
de clarté & de précifion , que de politeffe
, le défaut d'une nouvelle folution
du fameux problême de la duplication
du cube .
Je ne ferai que citer fon Mémoire fur
les incommenfurables, & leur multiplication:
fur l'ufage du finus d'1 °.1 dans l'approximation
de la quadrature du cercle ,
& fur l'utilité de l'Àlgebre , ou plutôt là
138 MERCURÉ DE FRANCE.
fiéceffité pour parvenir à quelques découvertes
dans la Géométrie Moderne.
Je me contente auffi d'indiquer fes
recherches fur les logarithmes , dont il a
étendu l'ufage , par une nouvelle méthode
de les employer dans certains cas ,
où l'opération eft accablante fans leur
fecours qui n'y avoit point encore été
introduit.
Nous verrons avec plus de plaifir &
d'intérêt,M. le Pere réduifant en pratique
fes hautes connoiffances , & les appliquant
à des opérations de fervice & d'u
fage continuel .
C'eft lui qui a décrit & fait éxécuter
pour l'ufage de notre Société , une machine
propre à recevoir & à mefurer l'eau
de pluie. Elle fert journellement , entre
les mains d'un exact Obfervateur,à mefurer
l'eau qui tombe chaque année à
Auxerre.
La forme que fui a donnée M. le Pere ,
& qui empêche l'évaporation , eft dans
le goût de celle de la Société d'Edimbourg,
& rend ce vaiffeau plus parfait
que ceux dont fe fervent plufieurs Académies
de l'Europe.
Le reste au Mercure prochain.
Fermer
12138
p. 147-149
A Messieurs les Conciliateurs.
Début :
MESSIEURS, QUOIQUE Vous n'offriez point votre médiation à tout [...]
Mots clefs :
Monuments, Pays, Conciliateurs, Ouvriers, Médiation, Abus, Arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Messieurs les Conciliateurs.
MESSIEURS ,
QUOIQUE Vous n'offriez point votre
médiation à tout le monde, j'eſpére
que vous ne ferez pas affez avares de vos
lumières , pour en refufer quelque lueur
à quelqu'un , qui defire ardemment de
s'inftruire. C'eft dans cette vue que j'ai
pris la liberté de vous écrire , par la
vaie du Mercure , pour vous prier de
concilier des chofes qui me paroiffent
finguliérement oppofées. Spectateur par
gout , je réfléchis quelquefois , & cela
fur le premier objet qui me frappe
amais principalement fur les Arts que j'aime
beaucoup .
Jeifaifois donc réfléxion , comment
il fe pouvoit , que dans une Nation où
il y a des prix inftitués , pour récompenfer
ceux qui défignent le mieux quel
étoit le Coftume des Egyptiens , des
Perfes & c., & de tant d'autres Nations
anciennes comment il fe peut , dis-je¹ ,
que dans les Monumens , que cette
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
même Nation érige de nos jours , elle
s'éloigne fi fort du fien , & femble
faire tous fes efforts , pour qu'il foit impoſſible
de fçavoir dans quel fiécle & à
l'honneur de qui ils ont été élevés .
Mais , difent les amateurs de jambes
nues & de draperies , nos habits ne font
pas dignes d'être confacrés , & leur forme
n'eft point affez agréable pour la
tranfmettre à la pofterité ; ils font un
mauvais effet en Sculpture. Mais le reméde
eft fimple furtout dans un pays où
l'on aime le changement . Ces changemens
d'ailleurs font très- avantageux
pour les Manufactures & pour les Ouvriers
en parures ; j'ai même oui-dire à
nn Anglois , qu'on ne changeoit fi fou
vent de modes dans ſon pays , que pour
encourager & faire profiter les Manufactures
, & il eft à remarquer que leurs
nouvelles modes font toujours l'oppofé
de celle qu'ils quittent.
La fureur des Infcriptions Latines
chofe qui doit néceffairement fuivre la
mode des habits à la Romaine , prive
quantité de gens ( & moi tout le premier
) de fatisfaire leur curiofité fur les
Monumens qu'ils rencontrent : fi elles
n'étoient employées que pour défigner
un Savant dans la Langue Latine , je ne
AOUST. 1763. 149
m'en plaindrois pas. Mais on voit du
Grec & du Latin , fur des Monumens
élevés à des perfonnes , qui n'ont jamais
fçu un mot de ces mêmes Langues .
Il me paroît donc ridicule , que pour
connoître les Illuftres de mon pays , il
me faille employer des Interprêtes étrangers.
Ce ne font peut-être ici que des redites
; mais on ne fauroit , je crois , trop
s'élever contre des abus auffi grands &
auffi ridicules.
QUOIQUE Vous n'offriez point votre
médiation à tout le monde, j'eſpére
que vous ne ferez pas affez avares de vos
lumières , pour en refufer quelque lueur
à quelqu'un , qui defire ardemment de
s'inftruire. C'eft dans cette vue que j'ai
pris la liberté de vous écrire , par la
vaie du Mercure , pour vous prier de
concilier des chofes qui me paroiffent
finguliérement oppofées. Spectateur par
gout , je réfléchis quelquefois , & cela
fur le premier objet qui me frappe
amais principalement fur les Arts que j'aime
beaucoup .
Jeifaifois donc réfléxion , comment
il fe pouvoit , que dans une Nation où
il y a des prix inftitués , pour récompenfer
ceux qui défignent le mieux quel
étoit le Coftume des Egyptiens , des
Perfes & c., & de tant d'autres Nations
anciennes comment il fe peut , dis-je¹ ,
que dans les Monumens , que cette
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
même Nation érige de nos jours , elle
s'éloigne fi fort du fien , & femble
faire tous fes efforts , pour qu'il foit impoſſible
de fçavoir dans quel fiécle & à
l'honneur de qui ils ont été élevés .
Mais , difent les amateurs de jambes
nues & de draperies , nos habits ne font
pas dignes d'être confacrés , & leur forme
n'eft point affez agréable pour la
tranfmettre à la pofterité ; ils font un
mauvais effet en Sculpture. Mais le reméde
eft fimple furtout dans un pays où
l'on aime le changement . Ces changemens
d'ailleurs font très- avantageux
pour les Manufactures & pour les Ouvriers
en parures ; j'ai même oui-dire à
nn Anglois , qu'on ne changeoit fi fou
vent de modes dans ſon pays , que pour
encourager & faire profiter les Manufactures
, & il eft à remarquer que leurs
nouvelles modes font toujours l'oppofé
de celle qu'ils quittent.
La fureur des Infcriptions Latines
chofe qui doit néceffairement fuivre la
mode des habits à la Romaine , prive
quantité de gens ( & moi tout le premier
) de fatisfaire leur curiofité fur les
Monumens qu'ils rencontrent : fi elles
n'étoient employées que pour défigner
un Savant dans la Langue Latine , je ne
AOUST. 1763. 149
m'en plaindrois pas. Mais on voit du
Grec & du Latin , fur des Monumens
élevés à des perfonnes , qui n'ont jamais
fçu un mot de ces mêmes Langues .
Il me paroît donc ridicule , que pour
connoître les Illuftres de mon pays , il
me faille employer des Interprêtes étrangers.
Ce ne font peut-être ici que des redites
; mais on ne fauroit , je crois , trop
s'élever contre des abus auffi grands &
auffi ridicules.
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12139
p. 149-150
MUSIQUE.
Début :
RECUEIL de différens Airs à grande Symphonie, composés & ajoutés dans [...]
Mots clefs :
Opéra, Concert, Adresses, Recueil, Symphonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQ U E.
ECUEIL de différens Airs à grande
Symphonie , compofés & ajoutés dans
plufieurs Opéra & exécutés au Concert
François des Tuileries. Par M. le Berton
, Maître de Mufique de l'Académie
Royale . In folio. Paris , chez M. de la
Chevardiere , rue du Roule , à la Croix
d'Or , & aux adreffes ordinaires . Prix ,
6 liv. On donnera inceffamment le
fecond & le troifiéme Recueil.
?
On trouve chez les mêmes Marchands
une Ariette en duo ajoutée
dans l'Opéra d'Amadis des Gaules ,
par M. le Berton , & chantée par M. &
Gii
150 MERCURE DE FRANCE.
Mde Larrivée au Concert François.
Prix I liv. 4 Ι fols.
;
Les RÉCRÉATIONS Chantantes , our
Journal Lyrique , contenant des Airs
choifis dans les Opéra - Comiques , avec
accompagnement de Violon , Flute
ou par- deffus de Viole , notés fur la
Clé de G. re. fol. & ajuftés de façon
qu'on peut les jouer en duo fur les
inftrumens. Par M. Légat de Furcy ,
Maître de Chant & Organiſte de Saint-
Germain-le -vieux . Neuviéme Recueil
in 4º. aux mêmes adreffes. Prix , 3 liv .
ECUEIL de différens Airs à grande
Symphonie , compofés & ajoutés dans
plufieurs Opéra & exécutés au Concert
François des Tuileries. Par M. le Berton
, Maître de Mufique de l'Académie
Royale . In folio. Paris , chez M. de la
Chevardiere , rue du Roule , à la Croix
d'Or , & aux adreffes ordinaires . Prix ,
6 liv. On donnera inceffamment le
fecond & le troifiéme Recueil.
?
On trouve chez les mêmes Marchands
une Ariette en duo ajoutée
dans l'Opéra d'Amadis des Gaules ,
par M. le Berton , & chantée par M. &
Gii
150 MERCURE DE FRANCE.
Mde Larrivée au Concert François.
Prix I liv. 4 Ι fols.
;
Les RÉCRÉATIONS Chantantes , our
Journal Lyrique , contenant des Airs
choifis dans les Opéra - Comiques , avec
accompagnement de Violon , Flute
ou par- deffus de Viole , notés fur la
Clé de G. re. fol. & ajuftés de façon
qu'on peut les jouer en duo fur les
inftrumens. Par M. Légat de Furcy ,
Maître de Chant & Organiſte de Saint-
Germain-le -vieux . Neuviéme Recueil
in 4º. aux mêmes adreffes. Prix , 3 liv .
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12140
p. 150
GRAVURE.
Début :
M. L'EMPEREUR, Graveur du Roi dont le burin mérite la célébrité qu'il [...]
Mots clefs :
Gravure, Graveur, Burin, Estampe, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVU. RE.
M. L'EMPEREUR , Graveur du Roi
dont le burin mérite la célébrité qu'il
s'eft acquife , vient de mettre au jour une
Eftampe d'après le gracieux Tableau de
M. Vanloo , intituléeles Baigneuses. On
la trouvé chez d'Auteur , rue & Porte
S. Jacques , au- deffus du Petit-Marché.
M. L'EMPEREUR , Graveur du Roi
dont le burin mérite la célébrité qu'il
s'eft acquife , vient de mettre au jour une
Eftampe d'après le gracieux Tableau de
M. Vanloo , intituléeles Baigneuses. On
la trouvé chez d'Auteur , rue & Porte
S. Jacques , au- deffus du Petit-Marché.
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12141
p. 151
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
ON continue tous les Vendredis les Concerts François avec les mêmes applaudissemens [...]
Mots clefs :
Concerts, Musique, Applaudissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
ON continue tous les Vendredis les
Concerts François avec les mêmes applaudiffemens
& le même fuccès .
ON continue tous les Vendredis les
Concerts François avec les mêmes applaudiffemens
& le même fuccès .
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12142
p. 151-153
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
ON a remis sur ce Théâtre, le Lundi 18 Juillet, la Mort de César, Tragédie [...]
Mots clefs :
Théâtre, Tragédie, Représentation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON a remis fur ce Théâtre, le Lundi
18 Juillet , la Mort de Céfar , Tragédie
en trois Actes de M. de Voltaire. La reprife
de cette Tragédie , comme on de
voit s'y attendre , a produit un effet plus
avantageux que dans fa nouveauté. Le
goût des Spectateurs François a acquis
un peu plus de fermeté ' , & l'on conçoit
aujourd'hui que l'âme peut être
vivement affectée au Théâtre par d'autres
motifs que les intrigues ou l'intérêt
d'amour. Ainfi , quoiqu'il paroiffe
encore affez étrange à une partie de ce
qu'on appelle nos Dames , & à ceux de
G iv
152 MERCURE DE FRANCE .
nos Meffieurs qui en ont les foibleffes
fans avoir leurs agrémens , de voir une
Scène totalement occupée par de grands
hommes , qui confpirent contre un autre
grand homme ; cette Piéce a été fort
applaudie. On devoit fe promettre que
pour la repréſentation d'une telle Tragé
die le Coſtume , qui devenoit plus néceffaire
que jamais , feroit plus fidélement
obfervé. On ignore, pourquoi
tous les Sénateurs Romains y ont paru
en Domino d'étoffes d'argent ' garnis
comme des robes de femmes , à l'excep
tion de Brutus qui étoit vêtu d'une manière
plus mâle , fans aucun rapport cependant
à l'habillement Romain . On
ignore de même pourquoi on a négligé
l'occafion de faire voir la Tribune aux
Harangues avec les Attributs fi connus
qui lui étoient propres. Au furplus cette
Tragédie a été repréfentée de la part des
principaux Acteurs , avec une perfection
de jeu , qu'on ne pourroit trop louer.
M. LE KAIN dans le rôle de Brutus a
été admirable , & il feroit difficile d'exprimer
quel art & quel pathétique M.
DUBOIS a mis dans celui d'Antoine.
M. BRIZART a paru fort noble & fort
intéreffant dans le rôle de Céfar. Nous
avons pour garants de ces éloges tous.
AOUST. 1763. 153
ceux qui ont vu cette Piéce , dont la reprife
a été continuée affez longtemps .
On a donné , le Samedi 23 du même
mois , la douziéme & dernière repréfentation
de la repriſe de l'Anglois à Bordeaux
, dans laquelle Piéce , comme
nous l'avons déja dit , Mlle DANGEVILLE
, retirée du Théâtre , jouoit par
extraordinaire. Cette dernière repréfentation
, ainfi que celles qui l'avoient précédées,
a eu la même affluence de Specta
teurs & les mêmes applaudiffemens que
la première.
Ön attendoit à la fin du mois précédent
la première reprefentation de la
Préfomption à la Mode , Comédie nouvelle
en Vers & en cinq Actes .
ON a remis fur ce Théâtre, le Lundi
18 Juillet , la Mort de Céfar , Tragédie
en trois Actes de M. de Voltaire. La reprife
de cette Tragédie , comme on de
voit s'y attendre , a produit un effet plus
avantageux que dans fa nouveauté. Le
goût des Spectateurs François a acquis
un peu plus de fermeté ' , & l'on conçoit
aujourd'hui que l'âme peut être
vivement affectée au Théâtre par d'autres
motifs que les intrigues ou l'intérêt
d'amour. Ainfi , quoiqu'il paroiffe
encore affez étrange à une partie de ce
qu'on appelle nos Dames , & à ceux de
G iv
152 MERCURE DE FRANCE .
nos Meffieurs qui en ont les foibleffes
fans avoir leurs agrémens , de voir une
Scène totalement occupée par de grands
hommes , qui confpirent contre un autre
grand homme ; cette Piéce a été fort
applaudie. On devoit fe promettre que
pour la repréſentation d'une telle Tragé
die le Coſtume , qui devenoit plus néceffaire
que jamais , feroit plus fidélement
obfervé. On ignore, pourquoi
tous les Sénateurs Romains y ont paru
en Domino d'étoffes d'argent ' garnis
comme des robes de femmes , à l'excep
tion de Brutus qui étoit vêtu d'une manière
plus mâle , fans aucun rapport cependant
à l'habillement Romain . On
ignore de même pourquoi on a négligé
l'occafion de faire voir la Tribune aux
Harangues avec les Attributs fi connus
qui lui étoient propres. Au furplus cette
Tragédie a été repréfentée de la part des
principaux Acteurs , avec une perfection
de jeu , qu'on ne pourroit trop louer.
M. LE KAIN dans le rôle de Brutus a
été admirable , & il feroit difficile d'exprimer
quel art & quel pathétique M.
DUBOIS a mis dans celui d'Antoine.
M. BRIZART a paru fort noble & fort
intéreffant dans le rôle de Céfar. Nous
avons pour garants de ces éloges tous.
AOUST. 1763. 153
ceux qui ont vu cette Piéce , dont la reprife
a été continuée affez longtemps .
On a donné , le Samedi 23 du même
mois , la douziéme & dernière repréfentation
de la repriſe de l'Anglois à Bordeaux
, dans laquelle Piéce , comme
nous l'avons déja dit , Mlle DANGEVILLE
, retirée du Théâtre , jouoit par
extraordinaire. Cette dernière repréfentation
, ainfi que celles qui l'avoient précédées,
a eu la même affluence de Specta
teurs & les mêmes applaudiffemens que
la première.
Ön attendoit à la fin du mois précédent
la première reprefentation de la
Préfomption à la Mode , Comédie nouvelle
en Vers & en cinq Actes .
Fermer
12143
p. 153-154
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 25 Juillet, on a donné sur ce Théâtre la première représentation des [...]
Mots clefs :
Représentation, Chasseurs, Fêtes, Scènes, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE. ›
L E 25 Juillet , on a donné fur ce
Théâtre la première repréſentation des
Deux Chaffeurs & de la Laitiere , Fables
dialoguées & mêlées d'Ariettes , fuivie
de la neuviéme repréſentation des Fêtes
de la Paix , auxquelles on a ajouté de
nouvelles Scènes & un Ballet qui ont
fait beaucoup de plaifir . On continue ce
même Spectacle avec un très- grand fuc-
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
cès ; nous rendrons un compte plus dé
taillé dans le prochain Mercure de la
Piéce nouvelle des Chaffeurs , & des
Scènes , ainfi que du Ballet ajoutés aux
Fêtes de la Paix.
L E 25 Juillet , on a donné fur ce
Théâtre la première repréſentation des
Deux Chaffeurs & de la Laitiere , Fables
dialoguées & mêlées d'Ariettes , fuivie
de la neuviéme repréſentation des Fêtes
de la Paix , auxquelles on a ajouté de
nouvelles Scènes & un Ballet qui ont
fait beaucoup de plaifir . On continue ce
même Spectacle avec un très- grand fuc-
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
cès ; nous rendrons un compte plus dé
taillé dans le prochain Mercure de la
Piéce nouvelle des Chaffeurs , & des
Scènes , ainfi que du Ballet ajoutés aux
Fêtes de la Paix.
Fermer
12144
p. 154-166
DESCRIPTION de la nouvelle PLACE DE LOUIS XV à Paris, & de la Statue Equestre du ROI, érigée dans cette Place.
Début :
CETTE Place est située entre le fossé qui termine le jardin des Tuileries, l'ancienne [...]
Mots clefs :
Place, Pieds, Jardin, Champs, Corps, Bronze, Tuileries, Marbre, Élysées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la nouvelle PLACE DE LOUIS XV à Paris, & de la Statue Equestre du ROI, érigée dans cette Place.
DESCRIPTION de la nouvelle PLACE
·DE LOUIS XV. à Paris , & de la
Statue Equeftre du ROI , érigée dans
cette Place.,
CETTE
ETTE Place eft fituée entre le foffé
qui termine le jardin des Tuileries , l'ancienne
Porte & Fauxbourg S. Honoré ,
les allées des Champs Elyfées , celles du
Cours la Reine , & le Quai qui borde la
riviere de Seine ; elle eft formée par un
quarré de cent vingt-cinq toifes de longueur
fur quatre-vingt- fept de largeur
entre les balustrades intérieures . Les
quatre Angles du grand quarré forment
quatres Pans coupés de vingt-deux toifes
de longueur chacun , & font terminés à
leurs extrémités par des guérites ou gros
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATION8
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t
THE
JEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
AOUST. 1763. 155
Tocles ornés de frontons & furmontés d'un
acrotere décoré par des Guirlandes de
feuilles de chêne , & deftinés à porter
des Groupes de figures de Marbre , analogues
au Sujet & à la Place .
Deux de ces Pans coupés du côtê des
Champs Elysées font ouverts, & condui
fent à deux avenues diagonales , dont
Pune eft appellée le Cours la Reine : du
même côté à la tête des Champs Elysées ,
font quatre pavillonsdécorés deboffages,
à l'ufage des Fontainier, Garde & Portier
des Champs Elysées & Cours la Reine .
La façade des deux pavillons les plus
proches de la grande allée des Champs
Elysées, détermine la naiffance de la nouvelle
plantation .
On arrive à cette Place , qui fait la
réunion du Jardin des Thuileries avec les
Champs Elysées , par fix entrées , dont
les deux principales ont chacune vingt→
cinq toifes de largeur.
Le fol de cette Place donné à la Ville
par Sa Majefté , fous la condition de
ne pas fermer les vues de fon Palais &
Jardin des Tuileries , & de s'affujettir
au foffé qui les ferme , les a déterminé
de renfermer cette Place par de grands
foflés de onze à douze toifes de largeur ,
& de quatorze pieds de profondeur , qui
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
fe communiquent les uns aux autres du
côté des Champs- Elyfées , par fept ponts
de pierre avec archivoltes , & font fermés
par des balustrades.
Les murs de l'intérieur des foffés tous
revêtus en pierre , font décorés de chaînes
de refends à l'aplomb des piedeftaux
des balustrades , de tables faillantes
entre deux ; les murs font couronnés
par un cordon portant les balustrades .
Le fol des foffés doit être femé de
gazon , entouré de larges chemins fablés.
Les paffages des ponts s'annoncent
par de grandes portions circulaires fermées
par des baluftrades , qui fe raccor
dant à celles de l'intérieur de la Place à
feize gros piedeftaux deſtinés à porter
des Lions & Sphinx en bronze , facilitent
l'inégalité de la hauteur des baluftrades
de l'intérieur de la Place , d'avec
celles de l'extérieur.
Celles de l'intérieur de la Place pofées
fur un focle au-deffus du cordon dans
tout le pourtour de la Place , ont donné
lieu à une banquette ou trottoirs élevés
au-deffus du fol, d'où l'on monte par des
degrés , à tous les paffages des ponts &
entrées , & en face des huit guerittes.
Au centre de la Place , en face de l'alleé
du milieu du Jardin des Tuileries ,
AOUST. 1763. 157
s'élève à la hauteur de vingt- un pieds
un piédeſtal de marbre blanc veiné de
quatorze pieds & demi de long fur huit
pieds & demi de large , fur lequel eft
pofée la Statue Equeftre du Roi en
bronze de quatorze pieds de proportions,
fondue d'un feul jet le 6 Mai 1758 , fur
les deffeins , & fous la conduite de feu
M. Bouchardon , Sculpteur ordinaire de
Sa Majefté.
Aux quatre Angles du Piédeftal ,
paroiffent debout , & pofées fur un
Socle de quatre pieds de hauteur & de
deux pieds de faillie au - delà du nud
du Piédeſtal , quatre Figures de bronze
de dix pieds de hauteur , repréfentant
des Vertus , caractériſées par leurs attri →
buts ; elles foutiennent dans des attitudes
variées la corniche du Piédeftal
de vingt - deux pouces de hauteur fur
un pied & demi de faillie .
Le devant du Piédeftal en face du
Jardin des Tuileries fait voir deux Vertus
; celle qui eft à la droite repréſente
la Force , & celle de la gauche repréfente
la Paix ; entre ces deux Figures
eft une table renfoncée de marbre de
cinq pieds quarrée , enrichie de deux
branches de laurier en bronze doré
158 MERCURE DE FRANCE.
d'or moulu , & portant cette Infcription
:
LUDOVICO X
OPTIMO PRINCIP :
QUOD
AD SCALDIM MOSAM RHE
VICTOR.
PACEM ARMIS
PACE
IT SUORUM ET EUROPA FELICI
QUASIVIT.
A l'autre bout du Piédeftal &
des Champs Elysées , paroiffent!
autres Vertus on voit à la d
Prudence , & celle qui eft à la
défigne la Juftice ; entre les
AOUST. 1763. 159
une pareille table portant une autre
Infcription latine :
} 155
Нос
PIETATIS PUBLICE
MONUMENTUM
PRÆFECTUS
E T
ÆDILES
DECREVERUNT ANNO
M. DCC . X LV I I I.
POSUERUNT ANNO
M. DCC. LXIII.
i
Dans les deux grandes faces du Pie
deftal font renfermés deux bas reliefs
en bronze de fept pieds & demi de
long fur cinq pieds de hauteur. Celui
du côté de la rivière repréfente le Roi
da ns , un Char couronné par la Victoire ,
dans ,
& conduit par la Renommée à des Peut
ples qui fe profternent ; l'autre bas - relief
, faifant face aux grands bâtimens,
160 MERCURE DE FRANCE.
repréſente le Roi affis fur un Trophée
donnant la Paix à fes Peuples ; la Renommée
qui la publie tient la trompette
de la main gauche , & une palme de
la main droite : on voit dans le fond
un hommé & fon cheval qui paroiffent
morts.
Vers le bas , & au milieu de ces
deux bas-reliefs , font pofés fur le focle
deux grands Trophées compofés de
Boucliers , Cafques , Epées & Piques
antiques , jettés en bronze.
La frife du Piédeftal & la grande
Doucine au-deffus du focle , font enrichis
d'ornemens en bronze .
La corniche eft furmontée d'un piédouche
ou amortiffement orné par quatre
mufles de Lions aux angles , auxquels
font attachés des guirlandes de feuilles
de laurier qui fe groupent avec des cornets
d'abondance verfant différens
fruits ; au milieu du côté des Tuileries ,
font placées les armes du Roi , & du
côté des Champs Elyfées les armes de
la Ville de Paris . Le tout en bronze .
Le Piédeſtal eft pofé ſur deux grandes
marches de marbre blanc veiné , que
l'on fe propofe d'entourer d'une baluftrade
auffi de marbre & d'un foffé en
dedans , pour empêcher l'accès dudit
Monument.
AOUST. 1763. 161
L'on fe propoſe auffi d'exécuter par la
fuite , & de pofer à trente-deux toiſes de
diſtance du centre , & de chaque côté
du Piédeſtal dans l'alignement des deux
allées diagonales , deux grandes Fontaines
, ou Baffins demarbre ornés de groupes
& fujets différens , tant pour l'embelliffement
& la décoration de ladite
Place , que pour l'utilité publique.
Le fond de la Place du côté du Fauxbourg
S. Honoré en face de la rivière ,
eft terminé par deux grandes façades de
bâtiment de quarante-huit toifes de longueur
chacune, fur foixante-quinze pieds
de hauteur , conftruites & placées à ſeize
toifes de diſtance de la balustrade extérieure
des foffés.
Ces bâtimens forment chacun un périftille
d'ordre Corinthien compofé de
douze colonnes de trois pieds de diamêtre
, pofés fur un foubaffement de vingtquatre
pieds de hauteur , ouvert en portiques
formant des Galleries publiques.
Au-deffus de la Corniche du foubaf
fement , régne une balustrade de trois
pieds de hauteur.
Les chapiteaux & entablemens de
cet ordre font fculptés & enrichis de
tous les ornemens qui leur font propres ,
ainfi que les plattes - bandes de l'Archi
162 MERCURE DE FRANCE.
trave , & les platfonds dans les périftilles
Les extrémités de chacune defdites façades
font compofées d'un grand avantcorps
couronné d'un fronton , dans le
Tympan duquel eft fculpté un Sujet
allégorique.
Les arrieres-corps font ornés de nithes
, de médaillons & de tables faillan
tes , & font couronnés par de gros focles
fur lefquels font pofés des trophées
.
Les retours des extrémités de chaque
façade annoncent la même ordonnance
& la même richeffe .
Ces deux grandes façades font fépatées
par une rue de 15 toifes de largeur,
dont la décoration fymétrique en qua
tre-vingt-dix toifes de longueur fe termine
par des pavillons formant un carrefour
fur la rue S.Honoré , qui fera protongé
fur le même allignement jufqu'à
la rencontre du rempart , & terminée
par la nouvelle Eglife de la Paroiffe de
la Magdeleine de la Ville-l'Evêque , dont
le Portail fera face au centre de la Placé .
Deux autres Bâtimens d'une ordonhancé
moins riche que celles des grandes
façades , de trente-deux toifes de
longueur chacun , & féparés defdites
façades par des rues de quarante pieds de
AOUST. 1763 . 163
large , termineront en arrières-corps le
fond de cette Place , & iront aboutir
l'un au Jardin des Tuileries , & l'autre
aux Champs-Elyfées .
Le front du Jardin des Tuileries fur
la Place , qui avoit été rétréci & gêné
jufqu'à préfent par les anciens baftions ,
& par la Porte de la Conférence fera
agrandi , & préfentera une façade de
toute la longueur de la Place , & de toute
la largeur du Jardin.
On fe difpofe pour l'éxécution de ce
projet ( qui ne peut contribuer qu'à
augmenter la magnificence de ce Jardin
dont Paris & la France font redevables
au grand génie de M. le Nautre ) à
former une terraffe baffe de droit & de
gauche du Pont- Tournant , fermée fur
le devant par une baluftrade pofée fur
le cordon du mur du foffé.
Cette terraffe élevée de trois à quatre
marches au- deffus du fol du Jardin
entre les deux Renommées , fera prolongée
dans toute l'étendue de la largeur
du Jardin , & communiquera aux terraffes
fupérieures par deux grands efcalliers
d'une forme elliptique , placées
au milieu d'un avant-corps en façe du
centre des deux fontaines dont il a été
parlé ci - devant.
164 MERCURE DE FRANCE.
Le mur qui fera conftruit pour foutenir
cette terraffe fupérieure , fera décoré de
refends , boffages , tables & autres ornemens
, & fera terminé par une baluf
trade.
Les deux Renommées du Pont-Tournant
feront confervées fur de gros
Piédeftaux & on en pofera deux nouvelles
fur d'autres Piédeftaux pareils ,
placés à l'extrémité des avant- corps .
Au - delà de ces avant- corps feront
prolongés les murs de terraffes jufqu'aux
deux corps-de -garde placés en
ponts coupés fous lefdites terraffes , l'un
faifant décoration par fon entrée fur le
quai de la Conférence , & l'autre du
côté de la terraffe des Feuillans ,
Ces corps-de -garde fe raccorderont
aux murs de face des Tuileries , & à
ceux des deux côtés dudit Jardin par
d'autres piédeftaux deſtinés àà porter des
groupes de figures de marbre .
En face de la Place & dans toute fa
largeur fera conftruit un mur de quai
avec un grand avant- corps dans le milieu
, décoré & orné de boffages , tables
, infcriptions , confolles & baluftrades
apparentes du côté de la rivière
qui formeront le parapet du côté du
quai .
AOUST, 1763. 165
·
On pratiquera fur cet avant corps
deux piédeftaux pour recevoir deux figures
de bronze repréfentant la Seine
& la Marne , & les arrières- corps feront
terminés par des defcentes ou degrés
pour aller à la rivière.
Cette décoration peut être fufceptible
d'un pont décoré & analogue à la Place ,
& le projet eft ainfi propofé,
Cette Place l'une des plus belles de
PEurope, par fa pofition & fa décoration,
feroit encore defirer que l'on fe difpofât
à reconftruire le Pont de Neuilli en
face des Champs- Elyfées.
L'entrée de la Ville par ce côté , en feroit
plus commode & plus agréable
pour l'arrivée de la Province de Normandie.
Il ne feroit queftion pour l'entiere
perfection de ce projet , que décreter la
bute de l'Etoile de douze pieds , remonter
le feuil de la grille de Chaillot
de cinq à fix pieds , & venir en pente
douce jufqu'à la Place du Roi , d'où ſe
feroit le point de partage pour les différens
quartiers de Paris.
C'est la justice & la vérité même , qui
dictent les éloges dûs au zèle & aux efforts
difpendieux de la Ville , pour la prompte
exécution de cette Place qui eft déja
fort avancée. C'eft dans ce même zèle
1
166 MERCURE DE FRANCE.
& dans ces efforts que l'on trouvera le
témoignage le plus fincère de l'amour
des Citoyens pour le Monarque chéri ',
en l'honneur duquel ce fuperbe Monument
a été érigé.
L'exécution & les projets de cette
Place font d'après les deffeins & fous la
conduite de M. GABRIEL , Ecuyer ,
premier Architecte du Roi,
·DE LOUIS XV. à Paris , & de la
Statue Equeftre du ROI , érigée dans
cette Place.,
CETTE
ETTE Place eft fituée entre le foffé
qui termine le jardin des Tuileries , l'ancienne
Porte & Fauxbourg S. Honoré ,
les allées des Champs Elyfées , celles du
Cours la Reine , & le Quai qui borde la
riviere de Seine ; elle eft formée par un
quarré de cent vingt-cinq toifes de longueur
fur quatre-vingt- fept de largeur
entre les balustrades intérieures . Les
quatre Angles du grand quarré forment
quatres Pans coupés de vingt-deux toifes
de longueur chacun , & font terminés à
leurs extrémités par des guérites ou gros
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATION8
.
t
THE
JEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
AOUST. 1763. 155
Tocles ornés de frontons & furmontés d'un
acrotere décoré par des Guirlandes de
feuilles de chêne , & deftinés à porter
des Groupes de figures de Marbre , analogues
au Sujet & à la Place .
Deux de ces Pans coupés du côtê des
Champs Elysées font ouverts, & condui
fent à deux avenues diagonales , dont
Pune eft appellée le Cours la Reine : du
même côté à la tête des Champs Elysées ,
font quatre pavillonsdécorés deboffages,
à l'ufage des Fontainier, Garde & Portier
des Champs Elysées & Cours la Reine .
La façade des deux pavillons les plus
proches de la grande allée des Champs
Elysées, détermine la naiffance de la nouvelle
plantation .
On arrive à cette Place , qui fait la
réunion du Jardin des Thuileries avec les
Champs Elysées , par fix entrées , dont
les deux principales ont chacune vingt→
cinq toifes de largeur.
Le fol de cette Place donné à la Ville
par Sa Majefté , fous la condition de
ne pas fermer les vues de fon Palais &
Jardin des Tuileries , & de s'affujettir
au foffé qui les ferme , les a déterminé
de renfermer cette Place par de grands
foflés de onze à douze toifes de largeur ,
& de quatorze pieds de profondeur , qui
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
fe communiquent les uns aux autres du
côté des Champs- Elyfées , par fept ponts
de pierre avec archivoltes , & font fermés
par des balustrades.
Les murs de l'intérieur des foffés tous
revêtus en pierre , font décorés de chaînes
de refends à l'aplomb des piedeftaux
des balustrades , de tables faillantes
entre deux ; les murs font couronnés
par un cordon portant les balustrades .
Le fol des foffés doit être femé de
gazon , entouré de larges chemins fablés.
Les paffages des ponts s'annoncent
par de grandes portions circulaires fermées
par des baluftrades , qui fe raccor
dant à celles de l'intérieur de la Place à
feize gros piedeftaux deſtinés à porter
des Lions & Sphinx en bronze , facilitent
l'inégalité de la hauteur des baluftrades
de l'intérieur de la Place , d'avec
celles de l'extérieur.
Celles de l'intérieur de la Place pofées
fur un focle au-deffus du cordon dans
tout le pourtour de la Place , ont donné
lieu à une banquette ou trottoirs élevés
au-deffus du fol, d'où l'on monte par des
degrés , à tous les paffages des ponts &
entrées , & en face des huit guerittes.
Au centre de la Place , en face de l'alleé
du milieu du Jardin des Tuileries ,
AOUST. 1763. 157
s'élève à la hauteur de vingt- un pieds
un piédeſtal de marbre blanc veiné de
quatorze pieds & demi de long fur huit
pieds & demi de large , fur lequel eft
pofée la Statue Equeftre du Roi en
bronze de quatorze pieds de proportions,
fondue d'un feul jet le 6 Mai 1758 , fur
les deffeins , & fous la conduite de feu
M. Bouchardon , Sculpteur ordinaire de
Sa Majefté.
Aux quatre Angles du Piédeftal ,
paroiffent debout , & pofées fur un
Socle de quatre pieds de hauteur & de
deux pieds de faillie au - delà du nud
du Piédeſtal , quatre Figures de bronze
de dix pieds de hauteur , repréfentant
des Vertus , caractériſées par leurs attri →
buts ; elles foutiennent dans des attitudes
variées la corniche du Piédeftal
de vingt - deux pouces de hauteur fur
un pied & demi de faillie .
Le devant du Piédeftal en face du
Jardin des Tuileries fait voir deux Vertus
; celle qui eft à la droite repréſente
la Force , & celle de la gauche repréfente
la Paix ; entre ces deux Figures
eft une table renfoncée de marbre de
cinq pieds quarrée , enrichie de deux
branches de laurier en bronze doré
158 MERCURE DE FRANCE.
d'or moulu , & portant cette Infcription
:
LUDOVICO X
OPTIMO PRINCIP :
QUOD
AD SCALDIM MOSAM RHE
VICTOR.
PACEM ARMIS
PACE
IT SUORUM ET EUROPA FELICI
QUASIVIT.
A l'autre bout du Piédeftal &
des Champs Elysées , paroiffent!
autres Vertus on voit à la d
Prudence , & celle qui eft à la
défigne la Juftice ; entre les
AOUST. 1763. 159
une pareille table portant une autre
Infcription latine :
} 155
Нос
PIETATIS PUBLICE
MONUMENTUM
PRÆFECTUS
E T
ÆDILES
DECREVERUNT ANNO
M. DCC . X LV I I I.
POSUERUNT ANNO
M. DCC. LXIII.
i
Dans les deux grandes faces du Pie
deftal font renfermés deux bas reliefs
en bronze de fept pieds & demi de
long fur cinq pieds de hauteur. Celui
du côté de la rivière repréfente le Roi
da ns , un Char couronné par la Victoire ,
dans ,
& conduit par la Renommée à des Peut
ples qui fe profternent ; l'autre bas - relief
, faifant face aux grands bâtimens,
160 MERCURE DE FRANCE.
repréſente le Roi affis fur un Trophée
donnant la Paix à fes Peuples ; la Renommée
qui la publie tient la trompette
de la main gauche , & une palme de
la main droite : on voit dans le fond
un hommé & fon cheval qui paroiffent
morts.
Vers le bas , & au milieu de ces
deux bas-reliefs , font pofés fur le focle
deux grands Trophées compofés de
Boucliers , Cafques , Epées & Piques
antiques , jettés en bronze.
La frife du Piédeftal & la grande
Doucine au-deffus du focle , font enrichis
d'ornemens en bronze .
La corniche eft furmontée d'un piédouche
ou amortiffement orné par quatre
mufles de Lions aux angles , auxquels
font attachés des guirlandes de feuilles
de laurier qui fe groupent avec des cornets
d'abondance verfant différens
fruits ; au milieu du côté des Tuileries ,
font placées les armes du Roi , & du
côté des Champs Elyfées les armes de
la Ville de Paris . Le tout en bronze .
Le Piédeſtal eft pofé ſur deux grandes
marches de marbre blanc veiné , que
l'on fe propofe d'entourer d'une baluftrade
auffi de marbre & d'un foffé en
dedans , pour empêcher l'accès dudit
Monument.
AOUST. 1763. 161
L'on fe propoſe auffi d'exécuter par la
fuite , & de pofer à trente-deux toiſes de
diſtance du centre , & de chaque côté
du Piédeſtal dans l'alignement des deux
allées diagonales , deux grandes Fontaines
, ou Baffins demarbre ornés de groupes
& fujets différens , tant pour l'embelliffement
& la décoration de ladite
Place , que pour l'utilité publique.
Le fond de la Place du côté du Fauxbourg
S. Honoré en face de la rivière ,
eft terminé par deux grandes façades de
bâtiment de quarante-huit toifes de longueur
chacune, fur foixante-quinze pieds
de hauteur , conftruites & placées à ſeize
toifes de diſtance de la balustrade extérieure
des foffés.
Ces bâtimens forment chacun un périftille
d'ordre Corinthien compofé de
douze colonnes de trois pieds de diamêtre
, pofés fur un foubaffement de vingtquatre
pieds de hauteur , ouvert en portiques
formant des Galleries publiques.
Au-deffus de la Corniche du foubaf
fement , régne une balustrade de trois
pieds de hauteur.
Les chapiteaux & entablemens de
cet ordre font fculptés & enrichis de
tous les ornemens qui leur font propres ,
ainfi que les plattes - bandes de l'Archi
162 MERCURE DE FRANCE.
trave , & les platfonds dans les périftilles
Les extrémités de chacune defdites façades
font compofées d'un grand avantcorps
couronné d'un fronton , dans le
Tympan duquel eft fculpté un Sujet
allégorique.
Les arrieres-corps font ornés de nithes
, de médaillons & de tables faillan
tes , & font couronnés par de gros focles
fur lefquels font pofés des trophées
.
Les retours des extrémités de chaque
façade annoncent la même ordonnance
& la même richeffe .
Ces deux grandes façades font fépatées
par une rue de 15 toifes de largeur,
dont la décoration fymétrique en qua
tre-vingt-dix toifes de longueur fe termine
par des pavillons formant un carrefour
fur la rue S.Honoré , qui fera protongé
fur le même allignement jufqu'à
la rencontre du rempart , & terminée
par la nouvelle Eglife de la Paroiffe de
la Magdeleine de la Ville-l'Evêque , dont
le Portail fera face au centre de la Placé .
Deux autres Bâtimens d'une ordonhancé
moins riche que celles des grandes
façades , de trente-deux toifes de
longueur chacun , & féparés defdites
façades par des rues de quarante pieds de
AOUST. 1763 . 163
large , termineront en arrières-corps le
fond de cette Place , & iront aboutir
l'un au Jardin des Tuileries , & l'autre
aux Champs-Elyfées .
Le front du Jardin des Tuileries fur
la Place , qui avoit été rétréci & gêné
jufqu'à préfent par les anciens baftions ,
& par la Porte de la Conférence fera
agrandi , & préfentera une façade de
toute la longueur de la Place , & de toute
la largeur du Jardin.
On fe difpofe pour l'éxécution de ce
projet ( qui ne peut contribuer qu'à
augmenter la magnificence de ce Jardin
dont Paris & la France font redevables
au grand génie de M. le Nautre ) à
former une terraffe baffe de droit & de
gauche du Pont- Tournant , fermée fur
le devant par une baluftrade pofée fur
le cordon du mur du foffé.
Cette terraffe élevée de trois à quatre
marches au- deffus du fol du Jardin
entre les deux Renommées , fera prolongée
dans toute l'étendue de la largeur
du Jardin , & communiquera aux terraffes
fupérieures par deux grands efcalliers
d'une forme elliptique , placées
au milieu d'un avant-corps en façe du
centre des deux fontaines dont il a été
parlé ci - devant.
164 MERCURE DE FRANCE.
Le mur qui fera conftruit pour foutenir
cette terraffe fupérieure , fera décoré de
refends , boffages , tables & autres ornemens
, & fera terminé par une baluf
trade.
Les deux Renommées du Pont-Tournant
feront confervées fur de gros
Piédeftaux & on en pofera deux nouvelles
fur d'autres Piédeftaux pareils ,
placés à l'extrémité des avant- corps .
Au - delà de ces avant- corps feront
prolongés les murs de terraffes jufqu'aux
deux corps-de -garde placés en
ponts coupés fous lefdites terraffes , l'un
faifant décoration par fon entrée fur le
quai de la Conférence , & l'autre du
côté de la terraffe des Feuillans ,
Ces corps-de -garde fe raccorderont
aux murs de face des Tuileries , & à
ceux des deux côtés dudit Jardin par
d'autres piédeftaux deſtinés àà porter des
groupes de figures de marbre .
En face de la Place & dans toute fa
largeur fera conftruit un mur de quai
avec un grand avant- corps dans le milieu
, décoré & orné de boffages , tables
, infcriptions , confolles & baluftrades
apparentes du côté de la rivière
qui formeront le parapet du côté du
quai .
AOUST, 1763. 165
·
On pratiquera fur cet avant corps
deux piédeftaux pour recevoir deux figures
de bronze repréfentant la Seine
& la Marne , & les arrières- corps feront
terminés par des defcentes ou degrés
pour aller à la rivière.
Cette décoration peut être fufceptible
d'un pont décoré & analogue à la Place ,
& le projet eft ainfi propofé,
Cette Place l'une des plus belles de
PEurope, par fa pofition & fa décoration,
feroit encore defirer que l'on fe difpofât
à reconftruire le Pont de Neuilli en
face des Champs- Elyfées.
L'entrée de la Ville par ce côté , en feroit
plus commode & plus agréable
pour l'arrivée de la Province de Normandie.
Il ne feroit queftion pour l'entiere
perfection de ce projet , que décreter la
bute de l'Etoile de douze pieds , remonter
le feuil de la grille de Chaillot
de cinq à fix pieds , & venir en pente
douce jufqu'à la Place du Roi , d'où ſe
feroit le point de partage pour les différens
quartiers de Paris.
C'est la justice & la vérité même , qui
dictent les éloges dûs au zèle & aux efforts
difpendieux de la Ville , pour la prompte
exécution de cette Place qui eft déja
fort avancée. C'eft dans ce même zèle
1
166 MERCURE DE FRANCE.
& dans ces efforts que l'on trouvera le
témoignage le plus fincère de l'amour
des Citoyens pour le Monarque chéri ',
en l'honneur duquel ce fuperbe Monument
a été érigé.
L'exécution & les projets de cette
Place font d'après les deffeins & fous la
conduite de M. GABRIEL , Ecuyer ,
premier Architecte du Roi,
Fermer
12145
p. 166-175
RÉFLEXIONS de la Société des Conciliateurs sur les divers usages des termes DÉDICACE & de D'INAUGURATION.
Début :
Sous le régne précédent, on a érigé avec solemnité des Monumens publics à [...]
Mots clefs :
Dédicace, Inauguration, Consécration, Termes, Statue, Cérémonie, Culte, Conciliateurs, Langue, Dictionnaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS de la Société des Conciliateurs sur les divers usages des termes DÉDICACE & de D'INAUGURATION.
RÉFLEXIONS de la Société des
Conciliateurs fur les divers ufages des
termes DEDICACE & de D'INAUGURATION
Sous le régne précédent , on a érigé
avec folemnité des Monumens publics à
l'honneur de LOUIS XIV, & l'on s'eft
fervi du terme de Dédicace pour figni
fier l'offrande qu'on en faifoit. Ce mot a
été employé de même dans la defcription
des Fêtes données à Rennes , à
Valenciennes & à Bordeaux , lorfque
des Etats de Bretagne , au nom de la
Province , & les. Officiers Municipaux
de ces deux dernières Villes au nom de
A O UST . 1763 : $ 64
leurs Concitoyens , donnerent au Roi
une marque de leur refpect , de leur
dévouement & de leur zéle , en faisant
élever la Statue du Monarque Bien-
Aimé dans l'enceinte de leurs murs. La
Ville de Paris , dans les dernières Fêtes,
a eu pour objet de célébrer le même
événement qui lui étoit propre ; & pour
le défigner , elle a fait ufage du terme
d'inauguration dont plufieurs perfonnes
ont demandé la fignification précife.
Quelques-uns ont prétendu que ce
terme n'étoit pas François , & fe font
récrié contre la hardieffe qui l'avoit emprunté
du Latin . Les Auteurs qui ont
écrit dans cette Langue fe font fervis
du mot inaugurare , qui fignifie confacrer
, facrer ; en forte qu'inauguration
feroit fynonyme à confécration , que
l'on dit ne pouvoir être employé au
propre , que pour exprimer une cérémonie
religieufe dans l'ordre le plus
relevé.
Mais nous oppofons à ces Critiques
l'autorité du Dictionnaire de l'Académie
Françoife qui ne profcrit pas de
notre Langue le terme d'inauguration
» c'eft , dit- on , une cérémonie religieufe
qui fe pratique au Sacre
Couronnement des Souverains . L'i
nauguration de l'Empereur,
alt
168 MERCURE DE FRANCE.
On ne voit pas trop par cet exemple"
quelle eft l'acception véritable du mot.
Celui de nous qui eft le plus verfé dans
l'étude des ufages des Nations , nous a
rapporté d'après une Gazette de l'année
1723 , qu'au facre de l'Empereur comme
Roi de Bohême , fait à Prague le 5 Septembre
de cette année , la Couronne
ayant été bénite , l'Archevêque de Prague
la mit fur la tête de l'Empereur, qui
retourna àfon Thrône , & l'Officiant prononça
les paroles de l'inthronifation . On
a qualifié ainfi la prife de Poffeffion d'un
Siége Epifcopal : mais ce n'eft qu'une
expreffion figurée ; car c'eft improprement
qu'on appelle Thrône , la décoration
du Dais du & Fauteuil, qui diftingue
le lieu qu'occupe un Prélat dans les cérémonies
folemnelles de fon Eglife. Cela
ne peut être appliqué qu'à ceux qui font
Princes temporels ; & alors le Thrône eft
dans leur Palais & non dans leur Eglife ;
où ils n'ont qu'une chaire : de là la dénomination
du Temple principal fous le
nom d'Eglife Cathédrale : & dans le rituel
Romain , les Fêtes de la Chaire de S.
Pierre à Rome & à Antioche.
Ce n'eft pas par ce que dit le Dictionnaire
de l'Académie Françoife au mot
inauguration , qu'on peut décider fi la
Ville
AOUST. 1763. 169
Ville & les Auteurs du Mercure ont
bien ou mal fait de fe fervir de ce terme
en annonçant les Fêtes publiques ;
mais qu'on confulte ce même Di&tionnaire
au mot érection , il nous apprend
qu'on dit , l'érection d'une Statue , d'un
Monument , pour dire l'efpéce de Confécration
que l'on en fait en l'honneur
d'un Prince ou de quelqu'autre Perfonnage
illuftre. Le mot de confécration
eft ici employé formellement avec la petite
reſtriction, qui empêche de prendre ce
mot dans une acception relative au culte
divin. Nous ferons voir plus bas qu'il y
a un milieu entre le facré & le prophane,
& que le mot d'inauguration eft celui qui
convient le mieux à cette circonftance
moyenne , puifque dans nos ufages , il
ne peut être pris dans la première fignification;
& qu'il a quelque chofe de relevé
qui empêche qu'on ne l'applique à des
conjonctures triviales.
Si l'on vouloit donner la préférence
au mot de dédicace , il faudroit difcuter
fes différens fens , & peut- être le trouveroit-
on moins convenable après cet
examen, qu'on ne l'auroit penfé d'abord.
Pour trouver la première origine de
ce mot , il faut remonter à l'antiquité
la plus reculée . Judas Machable fit
H
170 MERCURE DE FRANCE ,
repurger le Temple ; on appella cette
cérémonie encoenia, qui fignifie Dédicace
ou le renouvellement d'une choſe détruite
; il ordonna que l'on feroit des
réjouiffances publiques , tous les ans ,
au même jour que la Dédicace auroit
été faite ; & nous lifons dans S. Jean
chap. 10, v. 22 , que Jefus Chrift ne fe
difpenfa pas de l'obfervation de cette
fête , & que le jour qu'on la célébroit
on lui parla dans le Temple , où il fut
rencontré fe promenant dans la gallerie
de Salomon . Le terme d'encænia qui exprime
la fête de la Dédicace , fignifie à
la lettre le renouvellement , du mot grec
Kainos, Novus. De - là les Latins ont fait
le mot encaniare , prendre une robe
nouvelle .
Voyons préfentement comment le
Dictionnaire de l'Académie Françoiſe
définit le verbe dédier ; c'eft , dit-il ,
confacrer au culte Divin , & les exem
ples qu'il en donne font , dédier une
Eglife , un Autel , une Chapelle,
Or le mot de confacrer ne peut être
pris ici que figurément ; car le même
Dictionnaire au mot , Bénédiction , dit
que c'est une action religieufe par laquelle
on bénit une Chapelle! On fçais
qu'iky a dans le Rituel une très- grande
AOUST. 1763. 171
difference entre la bénédiction d'une
Eglife & fa confécration ; mais il n'en
eft pas moins vrai de dire que la Dédicace
n'eft qu'un acceffoire de l'une
ou de l'autre. La Dédicace n'eft que
l'acte volontaire , indépendant de toute
cérémonie religieufe , mais que la confécration
, ou la fimple bénédiction rendent
authentique , par lequel on met
une Eglife , une Chapelle , ou un Autel
fous le nom & l'invocation d'un tel
Saint. En voici des exemples : l'Eglife de
Sainte Géneviéve a été anciennement
PEglife des Saints Apôtres . La Paroiffe de
S. Sulpice a été fous l'invocation de Saint
Pierre & de S. Paul ; elle a été depuis
dédiée à S. Sulpice ; elle étoit bénite
avant que d'avoir ce Patron actuel , &
elle n'a été confacrée que de nos jours.
Nous avons vu l'Eglife Collégiale de
S. Thomas du Louvre prendre le nom
de S. Louis; & le Pontifical Romain parlant
de la dédicace ou confecration d'une
Eglife qui peut être faite très- tardivement
, impofe la néceffité de jeûner la
veille , à ceux pour qui on doit dédier
P'Eglife , auffi bien qu'à l'Evêque qui
doit en faire la cérémonie. Donc la dédicace
eft l'effet de la volonté de celui
qui en eft, pour ainfi dire, le Parrain , &
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
qui la met fous le nom du Saint en qui il
a le plus de confiance , ou dont il refpece
plus particuliérement la mémoire.
Mais les mots de dédier & de dédicace
s'étendent à beaucoup de chofes, & font
quelquefois fynonymes à celui de confa
erer , pris auffi dans un fens très- étendu .
Le mot de dédier avoit lieu dans notre
langue dans une fignification active ,
pour le choixd'une profeffion par le defir
& l'autorité d'autrui. On lit dans l'Oraifon
funébre fur la mort de Ronfard ,
par Duperon , Lecteur de la Chambre
du Roi en 1586 , que fon indocilité
obligea fes parens de le retirer des études,
pour le dédier à la profeffion des armes
pour l'exercice de laquelle ils voyoient
qu'il avoit le corps bien difpofé. On a
dit depuis fe dédier à l'étude , au fervice
des Autels , au ſervice du Roi ; & ne diton
pas dans le même fens confacrer fa
jeuneffe à l'étude , au barreau , à la
guerre , à l'exercice des armes : ainfi il
exprime également le dévoûment aux
chofes & aux perfonnes , comme confa
crer fa vie au Roi ; de tout ceci on peut
conclure que quand le mot d'inauguration
ne pourroit fe rendre que par celui
de confecration , il ne feroit pas à rejet
ter ; il auroit même l'avantage dans l'obAOUST.
1763. 173
jet de cette difcuffion , de ne pouvoir
être pris au propre comme celui de confécration
, pour une cérémonie Religieufe
, dont le culte divin doit être
l'objet.
Le mot de Dédicace hors de cet
objet , s'applique à trop
de chofes d'un
rang inférieur dans l'ordre civil ; comme
la Dédicace d'un Livre , d'une Eftampe ;
& quoiqu'on ait dit que les Anciens
avoient la Dédicace des Statues des Empereurs
ou des Dieux dans le Paganiſme,
& qu'on trouve même dans les Livres
Saints que Nabuchodonofor fit la Dédicace
de la Statue qu'il avoit fait faire./
V. Daniel ,ch. 3. v. 2. il eft clair que dans
le fens étroit la dédicace ne devroit fe
des lieux , & nous ferions portés
à croire qu'il auroit fallu , pour parler
correctement , dire qu'on avoit fait la
Dédicace de la Place de Louis XV. &
l'Inauguration de fa Statue : c'eft ce
'dernier mot qu'il s'agit de juftifier.
dire que
Inaugurer , difent les Partifans du
terme de Dédicace, c'eft confacrer.Nous
leur paffons l'identité des mots . Eh bien !
la Dédicace de la Statue n'eft- elle pas
une vraie confécration civile ? La Statue
du Roi , n'eft-elle pas comme le porte
l'Infcription , Pietatis publico Monu-
H iij
1
774 MERCURE DE FRANCE .
mentum. Un témoignage public de l'as
mour du Peuple pour un Prince qui en
eft fi digne. C'eft un vou rempli ; toutes
ces expreffions fe réuniffent tous les
jours dans la Dédicace d'une Thèfe :
Vovet , dicat , confecrat.
Il eft inutile de rechercher l'ancienne
fignification du mot d'Inauguration ; il
fignifioit chez les Romains , prendre les
Augures , confulter le vol des oifeaux
avant que d'entreprendre quelque choſe.
Si l'on avoit recours aux étymologies.
on feroit bien plus embarraffé. L'inauguration
pouvoit être prife pour l'élévation
au Sacerdoce , ou l'entrée dans le
Collége des Augures . Dans l'ufage préfent
, il fignifie , dédier , initier. Lorfque
les Médecins de Paris eurent fait
conftruire leur Amphithéâtre Anatomique
, ils en firent l'ouverture folemnellement
, & l'un d'eux y prononça un Difcours
d'Apparat ; cela fut appellé l'inauguration
des Ecoles , & la mémoire en
fut confervée par un Poëme Latin fur
cette inauguration . Dans les Facultés
étrangères un nouveau Profeffeur ,
pour prendre poffeffion de fa Chaire ,
débite un Difcours qu'on appelle Oratio
inauguralis. Inauguration veut dire
initiation , ou installation folemnelle .
>
A O UST. 1763 75
Pourquoi ne ferions nous pas paffer
→ a
dans notre langue un terme auffi fignificatif
? Nous ne pouvons pas dire
dans le fens propre,la confécration de la
Statue du Roi , ce feroit une apothéofe,
nous ne fommes pas payens . Le mot de
Dédicace n'eft pas affez noble celui
d'Inauguration détourné de fa fignificas
tion primitive , ne défignė plus une cérémonie
religieufe ; mais il exprime un
culte civil : & en perdant fa relation au
culte divin , il conferve quelque chofe
d'augufte , fort convenable à la circonf
tance où il vient d'être employé.
Conciliateurs fur les divers ufages des
termes DEDICACE & de D'INAUGURATION
Sous le régne précédent , on a érigé
avec folemnité des Monumens publics à
l'honneur de LOUIS XIV, & l'on s'eft
fervi du terme de Dédicace pour figni
fier l'offrande qu'on en faifoit. Ce mot a
été employé de même dans la defcription
des Fêtes données à Rennes , à
Valenciennes & à Bordeaux , lorfque
des Etats de Bretagne , au nom de la
Province , & les. Officiers Municipaux
de ces deux dernières Villes au nom de
A O UST . 1763 : $ 64
leurs Concitoyens , donnerent au Roi
une marque de leur refpect , de leur
dévouement & de leur zéle , en faisant
élever la Statue du Monarque Bien-
Aimé dans l'enceinte de leurs murs. La
Ville de Paris , dans les dernières Fêtes,
a eu pour objet de célébrer le même
événement qui lui étoit propre ; & pour
le défigner , elle a fait ufage du terme
d'inauguration dont plufieurs perfonnes
ont demandé la fignification précife.
Quelques-uns ont prétendu que ce
terme n'étoit pas François , & fe font
récrié contre la hardieffe qui l'avoit emprunté
du Latin . Les Auteurs qui ont
écrit dans cette Langue fe font fervis
du mot inaugurare , qui fignifie confacrer
, facrer ; en forte qu'inauguration
feroit fynonyme à confécration , que
l'on dit ne pouvoir être employé au
propre , que pour exprimer une cérémonie
religieufe dans l'ordre le plus
relevé.
Mais nous oppofons à ces Critiques
l'autorité du Dictionnaire de l'Académie
Françoife qui ne profcrit pas de
notre Langue le terme d'inauguration
» c'eft , dit- on , une cérémonie religieufe
qui fe pratique au Sacre
Couronnement des Souverains . L'i
nauguration de l'Empereur,
alt
168 MERCURE DE FRANCE.
On ne voit pas trop par cet exemple"
quelle eft l'acception véritable du mot.
Celui de nous qui eft le plus verfé dans
l'étude des ufages des Nations , nous a
rapporté d'après une Gazette de l'année
1723 , qu'au facre de l'Empereur comme
Roi de Bohême , fait à Prague le 5 Septembre
de cette année , la Couronne
ayant été bénite , l'Archevêque de Prague
la mit fur la tête de l'Empereur, qui
retourna àfon Thrône , & l'Officiant prononça
les paroles de l'inthronifation . On
a qualifié ainfi la prife de Poffeffion d'un
Siége Epifcopal : mais ce n'eft qu'une
expreffion figurée ; car c'eft improprement
qu'on appelle Thrône , la décoration
du Dais du & Fauteuil, qui diftingue
le lieu qu'occupe un Prélat dans les cérémonies
folemnelles de fon Eglife. Cela
ne peut être appliqué qu'à ceux qui font
Princes temporels ; & alors le Thrône eft
dans leur Palais & non dans leur Eglife ;
où ils n'ont qu'une chaire : de là la dénomination
du Temple principal fous le
nom d'Eglife Cathédrale : & dans le rituel
Romain , les Fêtes de la Chaire de S.
Pierre à Rome & à Antioche.
Ce n'eft pas par ce que dit le Dictionnaire
de l'Académie Françoife au mot
inauguration , qu'on peut décider fi la
Ville
AOUST. 1763. 169
Ville & les Auteurs du Mercure ont
bien ou mal fait de fe fervir de ce terme
en annonçant les Fêtes publiques ;
mais qu'on confulte ce même Di&tionnaire
au mot érection , il nous apprend
qu'on dit , l'érection d'une Statue , d'un
Monument , pour dire l'efpéce de Confécration
que l'on en fait en l'honneur
d'un Prince ou de quelqu'autre Perfonnage
illuftre. Le mot de confécration
eft ici employé formellement avec la petite
reſtriction, qui empêche de prendre ce
mot dans une acception relative au culte
divin. Nous ferons voir plus bas qu'il y
a un milieu entre le facré & le prophane,
& que le mot d'inauguration eft celui qui
convient le mieux à cette circonftance
moyenne , puifque dans nos ufages , il
ne peut être pris dans la première fignification;
& qu'il a quelque chofe de relevé
qui empêche qu'on ne l'applique à des
conjonctures triviales.
Si l'on vouloit donner la préférence
au mot de dédicace , il faudroit difcuter
fes différens fens , & peut- être le trouveroit-
on moins convenable après cet
examen, qu'on ne l'auroit penfé d'abord.
Pour trouver la première origine de
ce mot , il faut remonter à l'antiquité
la plus reculée . Judas Machable fit
H
170 MERCURE DE FRANCE ,
repurger le Temple ; on appella cette
cérémonie encoenia, qui fignifie Dédicace
ou le renouvellement d'une choſe détruite
; il ordonna que l'on feroit des
réjouiffances publiques , tous les ans ,
au même jour que la Dédicace auroit
été faite ; & nous lifons dans S. Jean
chap. 10, v. 22 , que Jefus Chrift ne fe
difpenfa pas de l'obfervation de cette
fête , & que le jour qu'on la célébroit
on lui parla dans le Temple , où il fut
rencontré fe promenant dans la gallerie
de Salomon . Le terme d'encænia qui exprime
la fête de la Dédicace , fignifie à
la lettre le renouvellement , du mot grec
Kainos, Novus. De - là les Latins ont fait
le mot encaniare , prendre une robe
nouvelle .
Voyons préfentement comment le
Dictionnaire de l'Académie Françoiſe
définit le verbe dédier ; c'eft , dit-il ,
confacrer au culte Divin , & les exem
ples qu'il en donne font , dédier une
Eglife , un Autel , une Chapelle,
Or le mot de confacrer ne peut être
pris ici que figurément ; car le même
Dictionnaire au mot , Bénédiction , dit
que c'est une action religieufe par laquelle
on bénit une Chapelle! On fçais
qu'iky a dans le Rituel une très- grande
AOUST. 1763. 171
difference entre la bénédiction d'une
Eglife & fa confécration ; mais il n'en
eft pas moins vrai de dire que la Dédicace
n'eft qu'un acceffoire de l'une
ou de l'autre. La Dédicace n'eft que
l'acte volontaire , indépendant de toute
cérémonie religieufe , mais que la confécration
, ou la fimple bénédiction rendent
authentique , par lequel on met
une Eglife , une Chapelle , ou un Autel
fous le nom & l'invocation d'un tel
Saint. En voici des exemples : l'Eglife de
Sainte Géneviéve a été anciennement
PEglife des Saints Apôtres . La Paroiffe de
S. Sulpice a été fous l'invocation de Saint
Pierre & de S. Paul ; elle a été depuis
dédiée à S. Sulpice ; elle étoit bénite
avant que d'avoir ce Patron actuel , &
elle n'a été confacrée que de nos jours.
Nous avons vu l'Eglife Collégiale de
S. Thomas du Louvre prendre le nom
de S. Louis; & le Pontifical Romain parlant
de la dédicace ou confecration d'une
Eglife qui peut être faite très- tardivement
, impofe la néceffité de jeûner la
veille , à ceux pour qui on doit dédier
P'Eglife , auffi bien qu'à l'Evêque qui
doit en faire la cérémonie. Donc la dédicace
eft l'effet de la volonté de celui
qui en eft, pour ainfi dire, le Parrain , &
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
qui la met fous le nom du Saint en qui il
a le plus de confiance , ou dont il refpece
plus particuliérement la mémoire.
Mais les mots de dédier & de dédicace
s'étendent à beaucoup de chofes, & font
quelquefois fynonymes à celui de confa
erer , pris auffi dans un fens très- étendu .
Le mot de dédier avoit lieu dans notre
langue dans une fignification active ,
pour le choixd'une profeffion par le defir
& l'autorité d'autrui. On lit dans l'Oraifon
funébre fur la mort de Ronfard ,
par Duperon , Lecteur de la Chambre
du Roi en 1586 , que fon indocilité
obligea fes parens de le retirer des études,
pour le dédier à la profeffion des armes
pour l'exercice de laquelle ils voyoient
qu'il avoit le corps bien difpofé. On a
dit depuis fe dédier à l'étude , au fervice
des Autels , au ſervice du Roi ; & ne diton
pas dans le même fens confacrer fa
jeuneffe à l'étude , au barreau , à la
guerre , à l'exercice des armes : ainfi il
exprime également le dévoûment aux
chofes & aux perfonnes , comme confa
crer fa vie au Roi ; de tout ceci on peut
conclure que quand le mot d'inauguration
ne pourroit fe rendre que par celui
de confecration , il ne feroit pas à rejet
ter ; il auroit même l'avantage dans l'obAOUST.
1763. 173
jet de cette difcuffion , de ne pouvoir
être pris au propre comme celui de confécration
, pour une cérémonie Religieufe
, dont le culte divin doit être
l'objet.
Le mot de Dédicace hors de cet
objet , s'applique à trop
de chofes d'un
rang inférieur dans l'ordre civil ; comme
la Dédicace d'un Livre , d'une Eftampe ;
& quoiqu'on ait dit que les Anciens
avoient la Dédicace des Statues des Empereurs
ou des Dieux dans le Paganiſme,
& qu'on trouve même dans les Livres
Saints que Nabuchodonofor fit la Dédicace
de la Statue qu'il avoit fait faire./
V. Daniel ,ch. 3. v. 2. il eft clair que dans
le fens étroit la dédicace ne devroit fe
des lieux , & nous ferions portés
à croire qu'il auroit fallu , pour parler
correctement , dire qu'on avoit fait la
Dédicace de la Place de Louis XV. &
l'Inauguration de fa Statue : c'eft ce
'dernier mot qu'il s'agit de juftifier.
dire que
Inaugurer , difent les Partifans du
terme de Dédicace, c'eft confacrer.Nous
leur paffons l'identité des mots . Eh bien !
la Dédicace de la Statue n'eft- elle pas
une vraie confécration civile ? La Statue
du Roi , n'eft-elle pas comme le porte
l'Infcription , Pietatis publico Monu-
H iij
1
774 MERCURE DE FRANCE .
mentum. Un témoignage public de l'as
mour du Peuple pour un Prince qui en
eft fi digne. C'eft un vou rempli ; toutes
ces expreffions fe réuniffent tous les
jours dans la Dédicace d'une Thèfe :
Vovet , dicat , confecrat.
Il eft inutile de rechercher l'ancienne
fignification du mot d'Inauguration ; il
fignifioit chez les Romains , prendre les
Augures , confulter le vol des oifeaux
avant que d'entreprendre quelque choſe.
Si l'on avoit recours aux étymologies.
on feroit bien plus embarraffé. L'inauguration
pouvoit être prife pour l'élévation
au Sacerdoce , ou l'entrée dans le
Collége des Augures . Dans l'ufage préfent
, il fignifie , dédier , initier. Lorfque
les Médecins de Paris eurent fait
conftruire leur Amphithéâtre Anatomique
, ils en firent l'ouverture folemnellement
, & l'un d'eux y prononça un Difcours
d'Apparat ; cela fut appellé l'inauguration
des Ecoles , & la mémoire en
fut confervée par un Poëme Latin fur
cette inauguration . Dans les Facultés
étrangères un nouveau Profeffeur ,
pour prendre poffeffion de fa Chaire ,
débite un Difcours qu'on appelle Oratio
inauguralis. Inauguration veut dire
initiation , ou installation folemnelle .
>
A O UST. 1763 75
Pourquoi ne ferions nous pas paffer
→ a
dans notre langue un terme auffi fignificatif
? Nous ne pouvons pas dire
dans le fens propre,la confécration de la
Statue du Roi , ce feroit une apothéofe,
nous ne fommes pas payens . Le mot de
Dédicace n'eft pas affez noble celui
d'Inauguration détourné de fa fignificas
tion primitive , ne défignė plus une cérémonie
religieufe ; mais il exprime un
culte civil : & en perdant fa relation au
culte divin , il conferve quelque chofe
d'augufte , fort convenable à la circonf
tance où il vient d'être employé.
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12146
p. 183
De COPPENHAGUE, le 18 Juin 1763.
Début :
Le Baron de Gleicken, Chambellan du Roi, est parti le 13 pour [...]
Mots clefs :
Baron, Chambellan, Cour de France, Envoyé extraordinaire, Danemark
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COPPENHAGUE, le 18 Juin 1763.
De COPPENHAGUE , le 18 Juin 1763.
LaBaron de Gleicken , Chambellan du Roi ,
eft parti le 13 pour la Cour de France , où il va
remplacer le Comte de Wedelfrys , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire de Danemarck.
LaBaron de Gleicken , Chambellan du Roi ,
eft parti le 13 pour la Cour de France , où il va
remplacer le Comte de Wedelfrys , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire de Danemarck.
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12147
p. 183-184
De VIENNE, le 2 Juillet 1763.
Début :
Le 28 du mois dernier, entre quatre & cinq heures du matin, on a ressenti [...]
Mots clefs :
Secousses, Tremblements de terre, Dégâts, Édifices, Montée des eaux, Écroulement, Ravages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 2 Juillet 1763.
De VIENNE , le 2 Juillet 1763× ~
Le 28 da mois dernier , entre quatre & cinq
heures du matin , on a reffenti quelques fecouffes
de tremblement de terre qui n'ont pas été confidérables
, & n'ont caufé aucun dommage ; mais
fuivant des Lettres de Hongrie , on en a effuyé
de très-violentes à Comore , ou prefque tous les
Edifices les plus folides ont été ébrantes , & quelques-
uns même renversés : on affure que la Cathédrale
& la magnifique maifon des Jéfuites
184 MERCURE DE FRANCE.
font du nombre de ces derniers , ainfi que deu
baftions de la fortereffe baignés par le Danube ,
lefquels ont été détruits par la violente commotion
des eaux de ce fleuve. Plus de deux cent perfonnes
affemblées dans une Eglife de cette mênre
Ville ont péri par l'écroulement de la voute du
Choeur. LaVille de Raab a auffi beaucoup fouffert ,
& l'on reçoit des Nouvelles de divers endroits où ce
tremblement de terre a également cauſé de
grands ravages .
Le 28 da mois dernier , entre quatre & cinq
heures du matin , on a reffenti quelques fecouffes
de tremblement de terre qui n'ont pas été confidérables
, & n'ont caufé aucun dommage ; mais
fuivant des Lettres de Hongrie , on en a effuyé
de très-violentes à Comore , ou prefque tous les
Edifices les plus folides ont été ébrantes , & quelques-
uns même renversés : on affure que la Cathédrale
& la magnifique maifon des Jéfuites
184 MERCURE DE FRANCE.
font du nombre de ces derniers , ainfi que deu
baftions de la fortereffe baignés par le Danube ,
lefquels ont été détruits par la violente commotion
des eaux de ce fleuve. Plus de deux cent perfonnes
affemblées dans une Eglife de cette mênre
Ville ont péri par l'écroulement de la voute du
Choeur. LaVille de Raab a auffi beaucoup fouffert ,
& l'on reçoit des Nouvelles de divers endroits où ce
tremblement de terre a également cauſé de
grands ravages .
Fermer
Résumé : De VIENNE, le 2 Juillet 1763.
Le 28 juin 1763, des tremblements de terre ont été ressentis à Vienne et en Hongrie. À Komárom, des bâtiments comme la cathédrale et la maison des Jésuites ont été détruits, causant plus de deux cents morts dans une église. Raab a également subi des dommages importants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12148
p. 184
De PEST en Hongrie, le 29 Juin 1763.
Début :
Hier, on a ressenti ici de très-violentes secousses de tremblement de terre [...]
Mots clefs :
Secousses, Tremblement de terre, Bâtiments, Dégâts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PEST en Hongrie, le 29 Juin 1763.
De PEST en Hongrie , le 29 Juin 1763.
Hier,on a reffenti ici de très -violentes fecouffes de
tremblement de terre ,qui ont endommagé confidérablement
les principaux bâtimens de cetteVille ,
& particulierement l'Hôtel des Invalides. La
Croix du Clocher de cet édifice a été abattue & la
voûte, ainfi que les murs de l'Eglife , fe font entrouverts
en plufieurs en droits. On affure que les
fecouffes ont été encore plus violentes à Buttin
ainfi qu'au Village de Kerepes à trois lieues d'ici
& qu'elles fe font fait fentir dans ces différens endroits
prèfque dans la même minute.
Hier,on a reffenti ici de très -violentes fecouffes de
tremblement de terre ,qui ont endommagé confidérablement
les principaux bâtimens de cetteVille ,
& particulierement l'Hôtel des Invalides. La
Croix du Clocher de cet édifice a été abattue & la
voûte, ainfi que les murs de l'Eglife , fe font entrouverts
en plufieurs en droits. On affure que les
fecouffes ont été encore plus violentes à Buttin
ainfi qu'au Village de Kerepes à trois lieues d'ici
& qu'elles fe font fait fentir dans ces différens endroits
prèfque dans la même minute.
Fermer
Résumé : De PEST en Hongrie, le 29 Juin 1763.
Le 29 juin 1763, un violent tremblement de terre à Pest, en Hongrie, a endommagé des bâtiments majeurs, dont l'Hôtel des Invalides. La croix du clocher a été renversée et la voûte de l'église fissurée. Les secousses ont été intenses à Buttin et Kerepes, ressenties simultanément dans ces lieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12149
p. 184
De VETZLAR, le 24 Juin 1763.
Début :
Les Troupes du Landgrave de Hesse-Darmstad ont abandonné cette [...]
Mots clefs :
Troupes, Landgrave, Ville, Prisonniers, Conseillers, Insultes
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texteReconnaissance textuelle : De VETZLAR, le 24 Juin 1763.
De VETZLAR , le 24 Juin 1763.
Les Troupes du Landgrave de Heffe- Darmſtad
ont abandonné cette Ville , après avoir fait conduire
à Giellen le Bourgue-Maître , & les feize
Confeillers dont elle s'étoit faifie. Le Landgrave
ne veut , dit-on , conſentir à les relâcher qu'à condition
que nos Magiftrats lui enverront une députation
folemnelle pour lui faire réparation de l'infulte
que les habitans de laVille ont faite à les troupes
il y a quelques mois.
Les Troupes du Landgrave de Heffe- Darmſtad
ont abandonné cette Ville , après avoir fait conduire
à Giellen le Bourgue-Maître , & les feize
Confeillers dont elle s'étoit faifie. Le Landgrave
ne veut , dit-on , conſentir à les relâcher qu'à condition
que nos Magiftrats lui enverront une députation
folemnelle pour lui faire réparation de l'infulte
que les habitans de laVille ont faite à les troupes
il y a quelques mois.
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12150
p. 184-185
De MAYENCE, le 5 Juillet 1763.
Début :
Les différens partis qui divisoient le Chapitre se sont réunis en faveur [...]
Mots clefs :
Chapitre, Baron, Électeur, Partis, Élection
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texteReconnaissance textuelle : De MAYENCE, le 5 Juillet 1763.
De MAYENCE , le s Juillet 1763.
Les différens partis qui divifoient le Chapitre ſe
AOUST. 1763. 185
" font réunis en faveur du Baron de Burresheim
Grand- Doyen , qui vient d'être unanimement élu
& proclamé Electeur.
Les différens partis qui divifoient le Chapitre ſe
AOUST. 1763. 185
" font réunis en faveur du Baron de Burresheim
Grand- Doyen , qui vient d'être unanimement élu
& proclamé Electeur.
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