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1
p. 13-60
LETTRE à Monsieur ...... sur l'Iiade de M. de la Motte.
Début :
J'ay promis de donner au Public tous les mois un / Vous exigez de moy, Monsieur, un compte exact des divers [...]
Mots clefs :
Antoine Houdard de la Motte, Langue, Iliade, Traduction, Ouvrage, Aristote, Goût, Hommes, Élégance, Madame Dacier, Grecs, Précision, Mérite, Savants, Poète, Beautés, Mépris, Expression, Génie, Homère, Effets, Précision, Langue française, Langue grecque
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Monsieur ...... sur l'Iiade de M. de la Motte.
J'ay promis de donner
au Public tous les mois un
morceau Litteraire , je tiens
parole , & l'on va voir dans
ce Volume une Lettre-ano14
MERCURE
ninie qui parut quelques jours
aprés que l'Iliade de M. de la
Motte fut répandue dans le
monde.
LETTRE
àMonfieur fur l'Iliade ......
de M. de la Motte.
Vous exigez de moy,Monſieur
,uncompte exact des divers
jugemens que les Gens de
Lettres ont portez de la nouvelle
Iliade ; je vais tâcher de
vous fatisfaire: Mais pourquoi
me faites vous myſtere du jugement
que vous en portez
vous-même ? N'oſez-vousha
GALANT . 15
zarder vôtre fuffrage fur la
foy de vos propres lumieres ?
Que je plains les Auteurs ! &
quel peril ne court pas aujourd'huy
le meilleur Livre ? Je
connois bien des gens qui allient
comme vous , Monſieur
, à un goût fûr ,une raifon
libre de tout eſprit de parti:
Qui ne fentque de tels Lecteurs
devroient ſeuls faire autorité
dans la Litterature ? Il y
en a peu neanmoins qui ayent
le courage de lutter contre la
multitude: ils attendent à juger
d'un Ouvrage que le Public
ait prononcé ,ils recueil16
MERCURE
lent les voix , & fe rangent du
parti dominant : Tel dans ſon
Cabinet a jugé un Livre excellent
, qui venant à apprendre
queceLivre eſtmepriſé par des
Hommes celebres , ſe foumet
,
fervilement à leur autorité
ſans ſe défier du fol eſprit de
parti ,&de certaine émulation
jaloufe, qui de tout temps ont
fait commettre tant d'injuftices
aux plus grands Critiques :
Il ahonte d'avoir penſéautrement
que ces Perſonnages
qu'il revere , il rougit à la vûë
du Livre qui l'a féduit , il ſe
diſſimule autant qu'il le peur ,
pour
GALANT. 17
९
pour ſe foulager l'impreſſion
qu'il luy a faite , il le relit dé
terminé à le trouver mauvais ,
il eſt en garde contre le plaifir
humiliant que luy a fait la premiere
lecture ; les mêmes chofes
repaſſent ſous ſes yeuxavec
les couleurs qu'il leur a deſtinées
, tout l'ennuye , tout le
revolte dans ce même Livre
dont la veille il falloit ſes de-
Je n'aypas de peine à deviper
comment vous aurez été
affecté de l'Iliade de Monfieur
de la Motte , &de fa Differration
critique ſur le Poëme
Mars 1715. B
18 MERCURE
Original ; le goût que je vous
connois , m'eſt garant que
vous les aurez lûs avec grand
plaifir : Mais quandvous ſçaurez
combien de Scavans Te
reuniffcht contre l'un &l'au
tre Ouvrage, vous éprouverez
peut eſtre envous la révo
lution que je viens de décrire.
Non Monfieur nonne
foyez pas infidele àvos lumie
res , oſez penſer par vous mê
me , & ne prenez point l'ordre
de ces ſtupides Erudits quř
ont prêté ſerment de fidelité à
Homere,deces gensfans ta
116
lens &fans goût , qui ne ſçaGALANT.
19
vent pas ſuivre le progrés des
Arts&des Talens dans la ſucceffiondes
fiecles; de ces Scoliaſtes
fanatiques qui entrent
dans une eſpece d'extaſe à la
lecture de l'Iliade Originale ,
où l'Art naiſſant n'a pu donner
qu'un eſſai informe ,&qui
n'apperçoivent pas dans les
travauxde noſtre âge le merveilleux
accroiffement de ce
même Art.
Vous voyezdans cePrelude
que cette eſpece de Sçavans
a pris parti contre Monfieur
de la Motte , cela fait un
grand peuple ,le Createur en
Bij
20 MERCURE
beni l'engeance : Mais que fait
ici le nombre ? Monfieur de
la Motte a bonne caufe ,&
tous les talens qu'il faut pour
la ſauver d'inſulte : Il eſt d'ailleurs
de vrais Sçavans inacceffibles
à laprevention , chez qui
les Ouvrages anciens & les
Ouvrages modernes font en
égale confideration , qui reconnoiſſent
les beautez & les
défauts des uns & des autres
avec une égale equité ; J'en
ſçay chez qui la paffion ne
s'empare jamais des droits du
goût& de la raiſon: Voila les
ſeuls Oracles que doit confulGALANT
22
1
terunAuteur : Ils ont prononcéenfaveur
de lanouvelle Iliade
: Elle vaincra la jalouſe rage
des Confederez , & paffera à
la poſterité comme unOuvrage
digne tout à la fois & de
fon Autcur & de noftre
fiecle..
Laiffons crier lesAdorateurs
d'Homere , ils feront moins
de mal que de bruit ; il eſt
bienjuſte aprés tout que M.
de la Motte pardonne quel
ques excés àde pieux Fanati
ques qu'ils'aviſe de venir trou
bler dans leur culte.
Je connois la plupart de
22 MERCURE
ees Partiſans outrez d'Homere,
ce ſont debonnes gens qui
nés ſans genie , & ſe ſentans
incapables de créer en aucun
genre ,ſe ſontretranchez dans
la plus profonde étude de la
LangueGrecque ; ils ontdevoré
avec fatigue les Ouvrages
d'Homere, ils ont vûce Poëte
celebré d'âge en âge par des
Auteurs illuftres juſqu'à nos
jours :A la vûëde tant d'hommages
prodiguez àHomere
avec continuité durant trois
mille ans , ils ont eſté ſaiſis
d'un faint reſpect pour ce
grand homme , ils luy ont
GALLAANNTT.. 23
voué une eſpece de culte , ils
lifent tousles jours fon divin
Poëme , ils lelifent avec deliees,
parce qu'ils le lifent avec
une foy vive : Ils font dans
un raviſſement confus, ils font
enchantez ,non des beautez
distinctes qu'ils découvrent
en effet dans leur divin textes
mais des hautes merveilles que
leur foy leur dity être cachées.
Nous avons vû le vicil Arifto.
te honoré d'un pareil culte :
durant plus de deux mille ans
il a tenu le fceptre philofophi
que,ſes ſophimes les plusobf
curs étoient autant d'Oracles ,
24 MERCURE
C
à l'autorité deſquels la raifon
des Philoſophes cedoit fans
murmure. Un Peripateticien
s'imaginoit avoir la clefdes
myſteres les plus fecrets de la
nature , il répondoit à toutes
queſtions avec une complai-
Lance ſuperbe , parce qu'il ré
pondoit comme fon infaillible
MMaaiiſlttrree : Leshonneurs rendus
au divin Ariſtore durant une
filongue ſuite de fiecles , ne
luy permettoientpas de foupçonner
qu'il fut échappé quel
quechoſe aux lumieres de ce
grand homme: Lorſqu'on demandoit
à unPeripateticien les
caufes
J
GALANT.
cauſes phyſiques de la vertu
l'Aiman , ou de l'effet pretendu
ſympatique de la poudrede
Vitriol , il répondoit avec le
bon Ariftote : Il y a dans l'Aiman
& dans le Vitriol calciné
certaine qualité occulte qui
produit les effets qui vous furprennent.
Ce ſeroit traiter Ariftote
d'imbecile , que de pretendre
qu'il eût donné cette réponſe ,
pour toute autre choſe que
pour l'aveu formel de fon
ignorance ſur la difficulté propoſée;
car avoir recours à une
qualité occulte , c'eſt indiquer
Mars 1715. C
26 MERCURE
une cauſe quelconque qu'on
ne connoiſt point , dont on n'a
pas d'idée.Je croy donc devoir
faire honneur à Ariftote de
fon humble réponſe : Mais
comment ſauver du mépris
ces zelez Sectateurs, qui penfoient
que leur Maiſtre donnoit
à la difficulté une veritableſolution?
Ils s'imaginoient
donc voir clairement la cauſe
de l'effet en queſtion ; ils
croyoient même la faire fentir
aux autres , en leur difant formellement
avec Ariftote ; la
cauſedecet effet eſt une qualité
occulte ,ou ce qui revientau
GALANT. 27
,
même, la cauſe de cat effer ne
nous eft pas connue. Lorfqu'un
Diſciple ofoit demander
à ſon Maiſtre ce qu'il entendoit
parqualitez occultes ,
ce Maiſtre infultoit à ſon peu
de ſagacité , luy rendoit en
nouveaux termes l'équivalent
du myſtere ,&forçoit l'amour
propre da Difciple à croite
qu'il avoit enfin faifi lemotde
1Enigme.
C'eſt ainſi que tous nos Phyficiens
abufez par l'ancienne
réputation d'Ariftote , bornoient
leur ambition à l'étude
deles Ouvrages,& croyoient
Cij
28 MERCURE
rendre bon compte des operations
de la nature en alleguant
les fombres fubtilitez
de leur Maiſtre .
Il ya cu de tout temps des
eſprits indociles à l'erreur la
plus accreditée : combien de
gens ont ſenti dans tous les
temps que la Phyſique d'Arif,
tote n'étoit qu'un amas confus
de mots deftituez de ſens : mais
comment ofer hazarder une
pareille verité ? N'étoit- il pas
plus fage qu'ils receüilliſſent
cux-mêmes les honneurs injuſtes
que l'humaine imbecillité
déferoit à cette fauſſcéruGALANT.
29
dition , que de s'attirer par leur
indifcret aveu les outrages
d'un grand peuple , que l'intereft
& l'aveugle prevention
rendoient inconvertibles?d'ailleurs
, pour ofer reprocher à
F'Univers fon orgueilleuſe
ignorance , il falloit pouvoir
mettreleshommes ſur lestra
ees de la verité , & payer l'injure
par un bienfait équivalent.
Pour un projet auffi
grand , il ne falloit pas un
homme moins grand queDef
cartes ; ce merveilleux genie
ayant jetté les yeux fur les
Ouvrages d'Ariſtore , il en
Cij
30 MERCURE
ſentit toute l'indigence. En
vain le prejugé luy montroit
dansun vaſte éloignement le
Prince des Philoſophes recevant
ſucceſſivement les hommages
de tous les fiecles ; la
Cenſeur incorruptible détour
noit ſes yeux de ce vain faſte ,
&jugeoit l'Oracle univerſel
du genre humain,non ſur les
témoignages de ſes credules
Adorateurs; mais ſur ſes Ouvragesmêmes.
Il ſentit combience
Philoſophe étoit éloignéde
la verité. Il n'endemeura
pas là , il la chercha luymême
avec la genereufe con
GALANT. 31
fiance que luy donnoit fon
genie immenfe. Il la trouva
enfin ; un nouveau ſyſteme
de Philofophie ſe montre , un
nouvel art , ou plutôt le ſeul
art de raiſonner s'introduic
peuàpeudans les Ecoles : Les
Sectateurs obſtinez de l'erreur
fe liguent en vain pour combattrel'évidence
;on perſecute
celuyquia ofé éclairer fon
fiecle ; le mal eſt ſansremede ,
lescriminelsOuvrages que l'on
condamne feront les delices
desraces futures , c'eſt par ces
Ouvragesmêmes que les hommes
feront dorénavant for-
C iiij
32 MERCURE
mez: Encore quelque temps ,
& tous les fuffrages leréünilfent
en faveur du Philoſophe
moderne.
Cerems eſt venu, Monfieur,
la ſecte opiniâtre d'Ariftote
eſt enfin éteinte;il eſt peut être
encore au fond des Colleges
quelques vieux Peripateticiens
quimourront impenitens,laifſons
les mourir en paix.
Ne voyez vous pas,Monfieur
dans l'hiſtoire du long regne
d'Ariftote , l'image de celuy
d'Homere ? La chûte de celuylà
ne vous fait- elle pas pref
ſentir la chûte prochaine de
1
GALANT. 33
88
celui ci ? La cauſe de M. de
la Motte n'eſt aſſurément pas
moins victorieuſe que celle
de Descartes : le prejugé ne
parle pas plus haut en faveur
de l'un qu'il ne parla autrefois
en faveur de l'autre;
Mide la Motte en ſera quitte
aprés tout pour quelquesbons
mots pedanteſques qu'il luy
faudra eſſuyer de la part de
nos Scoliaftes : c'eſt avec ces
armes victorieuſes qu'ils ont
coûtume de combattre lesRivaux
d'Homere , de Theocri
te,&de Pindare : Tout Moderne
qui a l'infolente teme34
MERCURE
rité d'entrer en lice avec ces
vieux Athletes , eft digne ,
felon ces Meſſieurs , d'un ſouverain
mépris : Les premiers
hommes du fiecle ſont ceux
qui ſçavent le Grec : tel ſe
croit un Homere , parce qu'il
entendHomere dans lalangue
originale , le divin Poëte im.
penetrable aux autres hommes
revit en luy, il eft juſte
qu'on le reſpecte en luy: Voilà
donc deux hommes transformez
en un feul ; fi vous
dites du mal d'Homere , vous
contriftez ſon Synonime ;
vous le careſſez au contraire fi
GALANT 3'5
vous celebrez le divin Poëme,
Voilà la folle illuſion qui
allume le zeledes Homeriſtes;
mais le plaiſant eſt que le Publicait
filongtems ſervi cette
même illufion. On étoit penetré
de reſpect à la vue d'un
Pedant , dont tout le merite
étoit de connoiſtre , aimer ,
& fervir le bon Homere ; on
rendoit à l'idolâtre les hommages
acquis à l'Idole ; on ne
jugeoit alors du merite d'Homere
que ſur la foy des acclamations
pieuſes de les Ado.
rateurs Combien peu degens
ſcavent la Langue Grecque ?
1
36 MERCURE
La divine Iliade n'eſtoit en
tendue que des Erudits , on
leur envioit avec reſpect ce
dépôt ſacré ; ils infultoient
impunément à nos meilleurs
Ecrivains , l'injusticeleur tournoit
même à honneur , parce
qu'on ſe perfuadoit que les
beautez modernes comparées
par eux aux merveilles anti
ques , leur devoient faire une
impreſſion moins vive.
Noſtre erreur dureroit encore
, ils ſcroient encore les
objets de noſtre reſpectueu
fe jaloufie , ſi Madame Da-
Gier ne nous eût deſfillé les
GALANT. 37
yeux , en donnant une Traduction
fidele du myſterieux
Poëme.
Chacun cherche dans l'élegante
Traduction le genie
élevé d'Homere,ſon choix riche
, fon goût infaillible ; on
s'attend à reſſentir , à quelquechoſe
prés, ceraviſſement
délicieux que le Texte cauſe:
mais je ne ſcay par quelle fatalité
le Lecteur tombe dans
un ennui mortel.On trouveà
laverité de temps à autre des
traits vifs , des images heureuſes
, des recits ornez ; mais une
ſi petite meſure de beau ne
38 MERCURE
paye pas , à beaucoup prés , le
Lecteur de tant d'abſurditez
pueriles, de tant de baſſeſſes ,
de tant de froideurs qui font
un contraſte dominant dans
ce tout monstrueux.
Nous ofons donc à preſent
juger de l'Iliade; cette merveille
tant vantée eft tout au
plus un beau monſtre , né,
pour ainſi dire , du ſeul inftinet
d'un homme fuperieur ,
jedis d'unhomme ſuperieur ,
car ſi l'on fait attention au
fiecle groffier dans lequel nâquit
Homere, ſi l'on a égard
auxmoeurs ruſtiques qui reg-
5
CALANT.
1
39
*
noient alors , fi l'on ne perd
pas de vue l'impoffibilité morale
d'atteindre la perfection
dans un eſſai hazardé ſans le
fecours des regles & des
exemples , on jugera Homere
un grand genie , & le premier
homme de fon ſiecle ruſtique,
enmême temps qu'on jugera
fon Poëme tres defectueux
pour un fiecle auſſi éclairé que
le nôtre.
C'eſt ainſi que M. de la
Motte dans ſa Differtation
critique diftingue l'Auteur &
Ouvrage. Homere auroit
peut être atteintla perfection,
s'il fûc nédans le fiecle d'Au
40 MERCURE
guſte ou dans le noſtre; mais
né dans des temps où l'Art ne
s'étoit point encore montré
n'eſtant guidé par aucunes
regles , éclairé par aucuns
exemples , on luy doit tenir
grand compte de ſon Poëme ,
tout monstrueux qu'il eſt.
L'hommage perſonnel rendu
à Homere ne fatisfait pas
ſes Adorateurs , ily va de tour
pour eux de ſauver du mépris
l'Ouvrage même,ils l'ontunanimement
vanté comme une
merveille audeſſus de tout effort
humain. S'ilspaſſent condamnation
fur les abſurditez
impertinentes
GALANT. 4
impertinentes que reprend
Monfieur de la Motte,les voilà
livrez à tout le mepris dont
ils font dignes : Comment
d'un autre côté ſe reſoudre à
ofer défendre tant de miſeres
que décele leur Traduction ?
Dans cette étrange perplexité,
ils ſe ſont aviſez d'un expedient
ingenieux , à la faveur
duquel ils comptent eſquiver;
ſuivons-les.
Il eſt vray , diſent- ils , que
ſi l'on juge d'Homere par la
Traduction de Madame Dacier
, quoique la plus élégante
&la plus fidele qui ait paru ,
Mars 1715. D
42 MERCURE
on ſera à peu prés d'accord
avec Monfieur de la Motte ;
mais il faut bien ſe garder de
juger du Texte original par la
Traduction Françoiſe : nôtre
Langue eſt impuiſſante par
elle-même à rendre la force ,
l'énergie ,la noble harmonic
des termes Grecs, elle manque
de ces tours heureux , de
ces expreſſions énergiques qui
nous charmentdans le Grec,
nous ſentons la force de ces
expreffions & la nobleſſe de
ces tours; mais nôtre Langue
indigente nous refuſant de
juſtes équivalents , nous baif
:
GALANT . 43
fons le ton pour nous exprimer
en François
Je veux bien paſſer pourun
moment à ces Moffieurs leur
faufſe ſuppoſition , que pourroient
ils en conclure ? Cela
prouveroit tout au plus quela
Traduction jetteroit quelquefois
du froid dans les recits,
qu'elle ofteroit de la chaleur
aux ſentimens , de la vivacité
aux penſées , qu'elle ne rendroit
pas l'équivalent de la
pretenduë harmonie de l'Original
: mais Monfieur de la
Mottenejugepoint de l'Iliade
àces égards , il veut bien ſup-
1
Dij
44 MERCURE
poſer les expreſſions Grecques
d'une force & d'une élegance
infiniment ſuperieures à la
Traduction. De quoi juge- t-il
préciſement ? de l'Historique
du Poëme ; j'appelle l'Hiſtorique
dans un Poeme, les faits,
les évenemens exprimez en recit
, ou mis en action. M. de la
Motte examine donc la fable
generale du Poëme , l'action
principale , l'ordonnance de
Ouvrage , les épiſodes ; il
examine les moeurs , les caracteres
de ſes Heros , dont il jugepar
leurs paroles& par leurs
actions .
:
GALANT 45
Voilà ,Monfieur , les ſeules
choſes dont Monfieur de la
Mottea ofé juger ſur la foyde
la Traduction ; celle de Madame
Dacier avoüée par tous
les Sçavans Grecs , n'a pû le
tromper ſur l'Hiſtorique , elle
rend sûrement Homere , elle
le fuit dans ſa courſe , elle
bronche avec luy , ſe releve
avec luy : enfin Madame Dacier
n'a rien imaginé d'ellemême
dans ſon Ouvrage , elle
a compté rendre preciſément
fon Original ; fi elle a prêté
quelquecharité àHomere , les
Grecs n'ont qu'à la déceler
46 MERCURE
en ce cas , la Critique de
Monfieur de la Motte tombera
ſur Madame Dacier ; mais
je ſerois bien garand pour elle
qu'aucun de nos Grecs ne
ſera affez hardi pour ofer démentir
par écrit ſa Traduction
, aucun d'eux ne luy difpute
l'honneur de poffeder
avec ſuperiorité les fineſſes de
la Langue Grecque, ellea entendu
Homere autant qu'on
lepeut entendreaujourd'huy,
elle ſçait beaucoup mieux encore
la Langue Françoiſe ;
le a rendu le plus élegamment
- qu'elle a pû dans noftre Lane
elGALANT
47
gue , ce qu'elle a vû , penſé &
ſenti en liſant le Grec; cela me
ſuffit,j'ay l'Iliade en ſubſtance,
ainſi c'eſt ſur Homere même ,
&non fur la ſeule Traduction
, que portent les Remarques
Critiques de Monfieur
de la Motte , qui n'appuyent
que ſur des choſes étrangeres
àcette élegancepretendue des
termes originaux , & à certaine
harmonie attribuée au
fon de ces termes .
Mais revenons à la ſuppoſition
de nos Advertaires . Eſt il
bien vray que noſtre Langue
foit infericure à la Langue
1
48 MERCURE
Grecque ? Eſt il bien vray que
la Langue Françoiſe ne ſuffife
pas à rendre parfaitement les
grandes idées , les hauts fen
timens ,les paffions heroïques,
les vivacitez galantes , les faillies
ſatyriques , les naïvetez fines?
A-t-elle mal ſerviàces dif
ferens égards,Corneille, Racine,
Moliere,Deſpreaux,laFonraine
? Cette Langue n'a-t-elle
pas auſſi ſon harmonic comme
la Grecque : Quand nous
liſons nos bonsOuvrages, foit
de Profe , foit de Poëfie , n'éprouvons
nous pas un fentiment
confus de plaisir , que
nous
GALANT. 49
nous attribuons au fon pretendu
harmonicux des exproffions
?
Il peut bien arriver quel
quefois que telle expreſſion
Grecque qui renferme un
grand ſens , ne pourra être
Tenduë en François que par
pluſieurs expreffions reünies ;
mais il arrivera quelquefois
auſſi qu'une penſée exprimée
par plufieurs termes Grecs ,
pourraêtrerenfermée enFrançois
dans des limites plus étroites
, enſorte qu'il y aura
compenfation juſte.
Mais quand il feroit vray
Mars 1715. E
50 MERCURE
que la Langue Grecque feroit
par elle-même moins diffuſe
que la Françoiſe , en pourroiton
conclure que la Langue
Françoiſe ne pourroit produire
en nous le ſentiment qui
naît de la préciſion ? Nous accordons
à un Ouvrage François
le merite de la préciſion ,
forſque nous ne fentons pas
la poſſibilité de renfermer en
moins de paroles le fens de cer
Ouvrage , nous ne comprons
pas les ſyllabes, ce calcul nous
importe peu. Je vais tâcher de
me faire entendre.
Je ſuppoſe l'Iliade écrite
1
GALANT. σε
avec l'élegance & la préciſion
tant vantées , je ſuppoſe enſuite
qu'on vânt à demander à
Homere en quoy confifte
l'un & l'autre merite de ſon
Ouvrage , il diroit , pour donner
l'idée de l'élegance , qu'il
a employé dans ſa Langue
les tours &les expreſſions les
plus propres à repreſenter ſes
idées , & à peindre ſes ſentimens
; & fur la préciſion ,il
diroit qu'il n'a pas eſté poffible
de rendre en moins de
paroles le ſens de fon Ou
vrage.
Si Homere avec ſon même
Eij
S. MERCURE
genic, & fon goût, étoit né de
nos jours ,& qu'ayant conçu
fon Iliade , il nous l'écrivit en
François, qu'il poffedât noſtre
Langue comme il poſſedoit
autrefois la ſienne , fans doute
il employeroit les expreffions
Françoiſes les plus propres à
rendre ſon ſens ,& il s'exprimeroit
avec le moins de diffuſion
qu'il luy ſeroit poſſible :
Ne ſentez vous pas qu'alors
il ſeroit autant frappé de l'élegance
& de la préciſion qu'il
auroit atteint dans noſtre Idiome
, qu'il le fut autrefois de
l'un & l'autre merite, qu'il
:
GALANT. 5
atteignit dans le fien ?
Si Racine avec ſon genie &
ſes lumieres acquiſes ,fut né
dans le fiecle d'Homere , &
qu'il eût écrit en Grec lesTragedies
que
gedies que nous avons de luy
dans nôtre Langue , il auroit
fait dans cette Langue le choix
heureux qu'il a fait dans la
noltre ,& fon ſtyleGrec auroit
fait preciſement en Grece la
même fortune que fon ſtyle
François a fait chez nous.
On ne ſçauroit dire qu'une
Langue ſoit moins propre
qu'une autre à la vraye peinture
des penfécs & des ſenti
i
E iij
$4 MERCURE
mens ; les mots ne ſignifient
sienpar eux-mêmes , c'eſt le
caprice arbitrairedes Nations,
quides fons articulez a fait des
ſignes fixes , au moyen defquels
les hommes ſe puffent
communiquer reciproquement
leurs penſées ; chaque
Nation aſes ſignes fixes pour
repreſenter tous les objets que
fon intelligence embraffe.
Qu'on ne diſe donc plus que
les beautez qu'on a ſenties en
lifant Homere
, ne peuvent
être parfaitement renduës en
François. Ce qu'on a fenti
oupenſé ,on peut l'exprimer
GALANT. 55
avec une élegance égale dans
toutes les Langues ; & chaque
Langue vous fournira
les expreſſions uniques pour
caracteriſer quelque penſée ,
quelque ſentiment que ce ſoit,
&pour en fixer le degré de
vivacité ou de nobleffe. De là
je conclus que fi Madame Dacier
a ſenti dans l'Iliade autant
de merveilles qu'ellele publie,
elle nous a dû rendre toutes
ces merveilles en François avec
une élegance équivalente à
celle du Texte.
Il m'eſt tombé depuis peu
dans les mains une Traduction
E iiij
'S6 MERCURE
en profe de la Tragedie An
gloiſe , intitulée Caton. Cette
Traduction , quoiqu'inélem'a
donné une tresgante
,
haute idée de l'Original. Je
voy dans le Poëte Anglois la
grande partie qui caracteriſe
noſtre Corneille . Je n'ay rien
vû de plus grand au Theatre
que le caractere de Caton ;il
eſt vrayque l'Auteur ne conduit
pas ſon action avec fineffe,
il l'interromt même par des
Amours Epiſodiques d'affez
mauvais goût ; mais à travers
ces défauts , je voy le grand
Poëte,je voy unhomme illuf
1
GALANT. 57
tre , digne d'eſtre envié à ſa
Nation
D'où vient qu'en lifant l'élegante
Traduction de Piliade
par Madame Dacier , j'ay
une ſi petite idée de l'Original ?
j'en ſçay la raiſon; c'eſt que
* le Poëme Original porte un
fond ſi bizarre , fi confus , fi
abfurde , que la decorationdu
ſtyle le plus riche dans une
Traduction fidele , ne peut
défendre le Lecteur du froid
mortel, del'infupportable en
nui que ce miferable fond
traîne à ſa ſuite.
Il n'y avoit qu'un moyen
58 MERCURE
1
de faire goûter l'lhade, en
François , c'étoit de compo.
fer un Poëme Original , pour
ainſi dire , qui cût pour fujet
la fameuſe Guerre de Troye ,
d'oſter à l'Histoire monftrueц
fed Homere tant de traits qui
bleffent nos moeurs , qui re
voltent noſtre credulité ; de
déguifer engrand lebas merveilleux
qui anime l'Iliade ,
d'en corriger les Epiſodes
quelquefois ingenieux , mais
toûjours défigurez ; & de porter
àunhautpoint d'élevation
les caracteres bizarres des He-
#osGrecs& Troyens : en un
GALANT. رو
mot, il ne falloit rien moins
que le grand genie , la ſage
hardiefle , & les riches reffources
de Monfieur de la Motte ,
pour nous traveſtir le Monftre
Grec , de maniere que
loin de nous déplaire , il charmât
nos regards.
1
Vous voyez , Monfieur ,
que je penſe hautement de
Monfieur de la Motte ; mais
je croy qu'il eſt du devoir
d'un honneſte homme de dire
toûjours à ſes perils , tout ce
qu'il penſe àl'avantage d'autrui.
Je parle toûjours des
bonsAuteurs vivans , comme
60 MERCURE
jeme perfuade que la poſterite
deſintereſſée en parlera. Il n'y
a pas moins de baſleſſe que
d'injuſtice à diſſimuler l'eſtime
qu'onn'a pûrefuſer à un hom
me ſuperieur. Adieu , Monſieur
,je croy avoir fatisfait à
ce que vous exigez de moy.
S'il paroiſt quelque nouveauté
dans la ſuite , j'auray fon de
vous en faire part. Je ſuis ,
Monfieurt
au Public tous les mois un
morceau Litteraire , je tiens
parole , & l'on va voir dans
ce Volume une Lettre-ano14
MERCURE
ninie qui parut quelques jours
aprés que l'Iliade de M. de la
Motte fut répandue dans le
monde.
LETTRE
àMonfieur fur l'Iliade ......
de M. de la Motte.
Vous exigez de moy,Monſieur
,uncompte exact des divers
jugemens que les Gens de
Lettres ont portez de la nouvelle
Iliade ; je vais tâcher de
vous fatisfaire: Mais pourquoi
me faites vous myſtere du jugement
que vous en portez
vous-même ? N'oſez-vousha
GALANT . 15
zarder vôtre fuffrage fur la
foy de vos propres lumieres ?
Que je plains les Auteurs ! &
quel peril ne court pas aujourd'huy
le meilleur Livre ? Je
connois bien des gens qui allient
comme vous , Monſieur
, à un goût fûr ,une raifon
libre de tout eſprit de parti:
Qui ne fentque de tels Lecteurs
devroient ſeuls faire autorité
dans la Litterature ? Il y
en a peu neanmoins qui ayent
le courage de lutter contre la
multitude: ils attendent à juger
d'un Ouvrage que le Public
ait prononcé ,ils recueil16
MERCURE
lent les voix , & fe rangent du
parti dominant : Tel dans ſon
Cabinet a jugé un Livre excellent
, qui venant à apprendre
queceLivre eſtmepriſé par des
Hommes celebres , ſe foumet
,
fervilement à leur autorité
ſans ſe défier du fol eſprit de
parti ,&de certaine émulation
jaloufe, qui de tout temps ont
fait commettre tant d'injuftices
aux plus grands Critiques :
Il ahonte d'avoir penſéautrement
que ces Perſonnages
qu'il revere , il rougit à la vûë
du Livre qui l'a féduit , il ſe
diſſimule autant qu'il le peur ,
pour
GALANT. 17
९
pour ſe foulager l'impreſſion
qu'il luy a faite , il le relit dé
terminé à le trouver mauvais ,
il eſt en garde contre le plaifir
humiliant que luy a fait la premiere
lecture ; les mêmes chofes
repaſſent ſous ſes yeuxavec
les couleurs qu'il leur a deſtinées
, tout l'ennuye , tout le
revolte dans ce même Livre
dont la veille il falloit ſes de-
Je n'aypas de peine à deviper
comment vous aurez été
affecté de l'Iliade de Monfieur
de la Motte , &de fa Differration
critique ſur le Poëme
Mars 1715. B
18 MERCURE
Original ; le goût que je vous
connois , m'eſt garant que
vous les aurez lûs avec grand
plaifir : Mais quandvous ſçaurez
combien de Scavans Te
reuniffcht contre l'un &l'au
tre Ouvrage, vous éprouverez
peut eſtre envous la révo
lution que je viens de décrire.
Non Monfieur nonne
foyez pas infidele àvos lumie
res , oſez penſer par vous mê
me , & ne prenez point l'ordre
de ces ſtupides Erudits quř
ont prêté ſerment de fidelité à
Homere,deces gensfans ta
116
lens &fans goût , qui ne ſçaGALANT.
19
vent pas ſuivre le progrés des
Arts&des Talens dans la ſucceffiondes
fiecles; de ces Scoliaſtes
fanatiques qui entrent
dans une eſpece d'extaſe à la
lecture de l'Iliade Originale ,
où l'Art naiſſant n'a pu donner
qu'un eſſai informe ,&qui
n'apperçoivent pas dans les
travauxde noſtre âge le merveilleux
accroiffement de ce
même Art.
Vous voyezdans cePrelude
que cette eſpece de Sçavans
a pris parti contre Monfieur
de la Motte , cela fait un
grand peuple ,le Createur en
Bij
20 MERCURE
beni l'engeance : Mais que fait
ici le nombre ? Monfieur de
la Motte a bonne caufe ,&
tous les talens qu'il faut pour
la ſauver d'inſulte : Il eſt d'ailleurs
de vrais Sçavans inacceffibles
à laprevention , chez qui
les Ouvrages anciens & les
Ouvrages modernes font en
égale confideration , qui reconnoiſſent
les beautez & les
défauts des uns & des autres
avec une égale equité ; J'en
ſçay chez qui la paffion ne
s'empare jamais des droits du
goût& de la raiſon: Voila les
ſeuls Oracles que doit confulGALANT
22
1
terunAuteur : Ils ont prononcéenfaveur
de lanouvelle Iliade
: Elle vaincra la jalouſe rage
des Confederez , & paffera à
la poſterité comme unOuvrage
digne tout à la fois & de
fon Autcur & de noftre
fiecle..
Laiffons crier lesAdorateurs
d'Homere , ils feront moins
de mal que de bruit ; il eſt
bienjuſte aprés tout que M.
de la Motte pardonne quel
ques excés àde pieux Fanati
ques qu'ils'aviſe de venir trou
bler dans leur culte.
Je connois la plupart de
22 MERCURE
ees Partiſans outrez d'Homere,
ce ſont debonnes gens qui
nés ſans genie , & ſe ſentans
incapables de créer en aucun
genre ,ſe ſontretranchez dans
la plus profonde étude de la
LangueGrecque ; ils ontdevoré
avec fatigue les Ouvrages
d'Homere, ils ont vûce Poëte
celebré d'âge en âge par des
Auteurs illuftres juſqu'à nos
jours :A la vûëde tant d'hommages
prodiguez àHomere
avec continuité durant trois
mille ans , ils ont eſté ſaiſis
d'un faint reſpect pour ce
grand homme , ils luy ont
GALLAANNTT.. 23
voué une eſpece de culte , ils
lifent tousles jours fon divin
Poëme , ils lelifent avec deliees,
parce qu'ils le lifent avec
une foy vive : Ils font dans
un raviſſement confus, ils font
enchantez ,non des beautez
distinctes qu'ils découvrent
en effet dans leur divin textes
mais des hautes merveilles que
leur foy leur dity être cachées.
Nous avons vû le vicil Arifto.
te honoré d'un pareil culte :
durant plus de deux mille ans
il a tenu le fceptre philofophi
que,ſes ſophimes les plusobf
curs étoient autant d'Oracles ,
24 MERCURE
C
à l'autorité deſquels la raifon
des Philoſophes cedoit fans
murmure. Un Peripateticien
s'imaginoit avoir la clefdes
myſteres les plus fecrets de la
nature , il répondoit à toutes
queſtions avec une complai-
Lance ſuperbe , parce qu'il ré
pondoit comme fon infaillible
MMaaiiſlttrree : Leshonneurs rendus
au divin Ariſtore durant une
filongue ſuite de fiecles , ne
luy permettoientpas de foupçonner
qu'il fut échappé quel
quechoſe aux lumieres de ce
grand homme: Lorſqu'on demandoit
à unPeripateticien les
caufes
J
GALANT.
cauſes phyſiques de la vertu
l'Aiman , ou de l'effet pretendu
ſympatique de la poudrede
Vitriol , il répondoit avec le
bon Ariftote : Il y a dans l'Aiman
& dans le Vitriol calciné
certaine qualité occulte qui
produit les effets qui vous furprennent.
Ce ſeroit traiter Ariftote
d'imbecile , que de pretendre
qu'il eût donné cette réponſe ,
pour toute autre choſe que
pour l'aveu formel de fon
ignorance ſur la difficulté propoſée;
car avoir recours à une
qualité occulte , c'eſt indiquer
Mars 1715. C
26 MERCURE
une cauſe quelconque qu'on
ne connoiſt point , dont on n'a
pas d'idée.Je croy donc devoir
faire honneur à Ariftote de
fon humble réponſe : Mais
comment ſauver du mépris
ces zelez Sectateurs, qui penfoient
que leur Maiſtre donnoit
à la difficulté une veritableſolution?
Ils s'imaginoient
donc voir clairement la cauſe
de l'effet en queſtion ; ils
croyoient même la faire fentir
aux autres , en leur difant formellement
avec Ariftote ; la
cauſedecet effet eſt une qualité
occulte ,ou ce qui revientau
GALANT. 27
,
même, la cauſe de cat effer ne
nous eft pas connue. Lorfqu'un
Diſciple ofoit demander
à ſon Maiſtre ce qu'il entendoit
parqualitez occultes ,
ce Maiſtre infultoit à ſon peu
de ſagacité , luy rendoit en
nouveaux termes l'équivalent
du myſtere ,&forçoit l'amour
propre da Difciple à croite
qu'il avoit enfin faifi lemotde
1Enigme.
C'eſt ainſi que tous nos Phyficiens
abufez par l'ancienne
réputation d'Ariftote , bornoient
leur ambition à l'étude
deles Ouvrages,& croyoient
Cij
28 MERCURE
rendre bon compte des operations
de la nature en alleguant
les fombres fubtilitez
de leur Maiſtre .
Il ya cu de tout temps des
eſprits indociles à l'erreur la
plus accreditée : combien de
gens ont ſenti dans tous les
temps que la Phyſique d'Arif,
tote n'étoit qu'un amas confus
de mots deftituez de ſens : mais
comment ofer hazarder une
pareille verité ? N'étoit- il pas
plus fage qu'ils receüilliſſent
cux-mêmes les honneurs injuſtes
que l'humaine imbecillité
déferoit à cette fauſſcéruGALANT.
29
dition , que de s'attirer par leur
indifcret aveu les outrages
d'un grand peuple , que l'intereft
& l'aveugle prevention
rendoient inconvertibles?d'ailleurs
, pour ofer reprocher à
F'Univers fon orgueilleuſe
ignorance , il falloit pouvoir
mettreleshommes ſur lestra
ees de la verité , & payer l'injure
par un bienfait équivalent.
Pour un projet auffi
grand , il ne falloit pas un
homme moins grand queDef
cartes ; ce merveilleux genie
ayant jetté les yeux fur les
Ouvrages d'Ariſtore , il en
Cij
30 MERCURE
ſentit toute l'indigence. En
vain le prejugé luy montroit
dansun vaſte éloignement le
Prince des Philoſophes recevant
ſucceſſivement les hommages
de tous les fiecles ; la
Cenſeur incorruptible détour
noit ſes yeux de ce vain faſte ,
&jugeoit l'Oracle univerſel
du genre humain,non ſur les
témoignages de ſes credules
Adorateurs; mais ſur ſes Ouvragesmêmes.
Il ſentit combience
Philoſophe étoit éloignéde
la verité. Il n'endemeura
pas là , il la chercha luymême
avec la genereufe con
GALANT. 31
fiance que luy donnoit fon
genie immenfe. Il la trouva
enfin ; un nouveau ſyſteme
de Philofophie ſe montre , un
nouvel art , ou plutôt le ſeul
art de raiſonner s'introduic
peuàpeudans les Ecoles : Les
Sectateurs obſtinez de l'erreur
fe liguent en vain pour combattrel'évidence
;on perſecute
celuyquia ofé éclairer fon
fiecle ; le mal eſt ſansremede ,
lescriminelsOuvrages que l'on
condamne feront les delices
desraces futures , c'eſt par ces
Ouvragesmêmes que les hommes
feront dorénavant for-
C iiij
32 MERCURE
mez: Encore quelque temps ,
& tous les fuffrages leréünilfent
en faveur du Philoſophe
moderne.
Cerems eſt venu, Monfieur,
la ſecte opiniâtre d'Ariftote
eſt enfin éteinte;il eſt peut être
encore au fond des Colleges
quelques vieux Peripateticiens
quimourront impenitens,laifſons
les mourir en paix.
Ne voyez vous pas,Monfieur
dans l'hiſtoire du long regne
d'Ariftote , l'image de celuy
d'Homere ? La chûte de celuylà
ne vous fait- elle pas pref
ſentir la chûte prochaine de
1
GALANT. 33
88
celui ci ? La cauſe de M. de
la Motte n'eſt aſſurément pas
moins victorieuſe que celle
de Descartes : le prejugé ne
parle pas plus haut en faveur
de l'un qu'il ne parla autrefois
en faveur de l'autre;
Mide la Motte en ſera quitte
aprés tout pour quelquesbons
mots pedanteſques qu'il luy
faudra eſſuyer de la part de
nos Scoliaftes : c'eſt avec ces
armes victorieuſes qu'ils ont
coûtume de combattre lesRivaux
d'Homere , de Theocri
te,&de Pindare : Tout Moderne
qui a l'infolente teme34
MERCURE
rité d'entrer en lice avec ces
vieux Athletes , eft digne ,
felon ces Meſſieurs , d'un ſouverain
mépris : Les premiers
hommes du fiecle ſont ceux
qui ſçavent le Grec : tel ſe
croit un Homere , parce qu'il
entendHomere dans lalangue
originale , le divin Poëte im.
penetrable aux autres hommes
revit en luy, il eft juſte
qu'on le reſpecte en luy: Voilà
donc deux hommes transformez
en un feul ; fi vous
dites du mal d'Homere , vous
contriftez ſon Synonime ;
vous le careſſez au contraire fi
GALANT 3'5
vous celebrez le divin Poëme,
Voilà la folle illuſion qui
allume le zeledes Homeriſtes;
mais le plaiſant eſt que le Publicait
filongtems ſervi cette
même illufion. On étoit penetré
de reſpect à la vue d'un
Pedant , dont tout le merite
étoit de connoiſtre , aimer ,
& fervir le bon Homere ; on
rendoit à l'idolâtre les hommages
acquis à l'Idole ; on ne
jugeoit alors du merite d'Homere
que ſur la foy des acclamations
pieuſes de les Ado.
rateurs Combien peu degens
ſcavent la Langue Grecque ?
1
36 MERCURE
La divine Iliade n'eſtoit en
tendue que des Erudits , on
leur envioit avec reſpect ce
dépôt ſacré ; ils infultoient
impunément à nos meilleurs
Ecrivains , l'injusticeleur tournoit
même à honneur , parce
qu'on ſe perfuadoit que les
beautez modernes comparées
par eux aux merveilles anti
ques , leur devoient faire une
impreſſion moins vive.
Noſtre erreur dureroit encore
, ils ſcroient encore les
objets de noſtre reſpectueu
fe jaloufie , ſi Madame Da-
Gier ne nous eût deſfillé les
GALANT. 37
yeux , en donnant une Traduction
fidele du myſterieux
Poëme.
Chacun cherche dans l'élegante
Traduction le genie
élevé d'Homere,ſon choix riche
, fon goût infaillible ; on
s'attend à reſſentir , à quelquechoſe
prés, ceraviſſement
délicieux que le Texte cauſe:
mais je ne ſcay par quelle fatalité
le Lecteur tombe dans
un ennui mortel.On trouveà
laverité de temps à autre des
traits vifs , des images heureuſes
, des recits ornez ; mais une
ſi petite meſure de beau ne
38 MERCURE
paye pas , à beaucoup prés , le
Lecteur de tant d'abſurditez
pueriles, de tant de baſſeſſes ,
de tant de froideurs qui font
un contraſte dominant dans
ce tout monstrueux.
Nous ofons donc à preſent
juger de l'Iliade; cette merveille
tant vantée eft tout au
plus un beau monſtre , né,
pour ainſi dire , du ſeul inftinet
d'un homme fuperieur ,
jedis d'unhomme ſuperieur ,
car ſi l'on fait attention au
fiecle groffier dans lequel nâquit
Homere, ſi l'on a égard
auxmoeurs ruſtiques qui reg-
5
CALANT.
1
39
*
noient alors , fi l'on ne perd
pas de vue l'impoffibilité morale
d'atteindre la perfection
dans un eſſai hazardé ſans le
fecours des regles & des
exemples , on jugera Homere
un grand genie , & le premier
homme de fon ſiecle ruſtique,
enmême temps qu'on jugera
fon Poëme tres defectueux
pour un fiecle auſſi éclairé que
le nôtre.
C'eſt ainſi que M. de la
Motte dans ſa Differtation
critique diftingue l'Auteur &
Ouvrage. Homere auroit
peut être atteintla perfection,
s'il fûc nédans le fiecle d'Au
40 MERCURE
guſte ou dans le noſtre; mais
né dans des temps où l'Art ne
s'étoit point encore montré
n'eſtant guidé par aucunes
regles , éclairé par aucuns
exemples , on luy doit tenir
grand compte de ſon Poëme ,
tout monstrueux qu'il eſt.
L'hommage perſonnel rendu
à Homere ne fatisfait pas
ſes Adorateurs , ily va de tour
pour eux de ſauver du mépris
l'Ouvrage même,ils l'ontunanimement
vanté comme une
merveille audeſſus de tout effort
humain. S'ilspaſſent condamnation
fur les abſurditez
impertinentes
GALANT. 4
impertinentes que reprend
Monfieur de la Motte,les voilà
livrez à tout le mepris dont
ils font dignes : Comment
d'un autre côté ſe reſoudre à
ofer défendre tant de miſeres
que décele leur Traduction ?
Dans cette étrange perplexité,
ils ſe ſont aviſez d'un expedient
ingenieux , à la faveur
duquel ils comptent eſquiver;
ſuivons-les.
Il eſt vray , diſent- ils , que
ſi l'on juge d'Homere par la
Traduction de Madame Dacier
, quoique la plus élégante
&la plus fidele qui ait paru ,
Mars 1715. D
42 MERCURE
on ſera à peu prés d'accord
avec Monfieur de la Motte ;
mais il faut bien ſe garder de
juger du Texte original par la
Traduction Françoiſe : nôtre
Langue eſt impuiſſante par
elle-même à rendre la force ,
l'énergie ,la noble harmonic
des termes Grecs, elle manque
de ces tours heureux , de
ces expreſſions énergiques qui
nous charmentdans le Grec,
nous ſentons la force de ces
expreffions & la nobleſſe de
ces tours; mais nôtre Langue
indigente nous refuſant de
juſtes équivalents , nous baif
:
GALANT . 43
fons le ton pour nous exprimer
en François
Je veux bien paſſer pourun
moment à ces Moffieurs leur
faufſe ſuppoſition , que pourroient
ils en conclure ? Cela
prouveroit tout au plus quela
Traduction jetteroit quelquefois
du froid dans les recits,
qu'elle ofteroit de la chaleur
aux ſentimens , de la vivacité
aux penſées , qu'elle ne rendroit
pas l'équivalent de la
pretenduë harmonie de l'Original
: mais Monfieur de la
Mottenejugepoint de l'Iliade
àces égards , il veut bien ſup-
1
Dij
44 MERCURE
poſer les expreſſions Grecques
d'une force & d'une élegance
infiniment ſuperieures à la
Traduction. De quoi juge- t-il
préciſement ? de l'Historique
du Poëme ; j'appelle l'Hiſtorique
dans un Poeme, les faits,
les évenemens exprimez en recit
, ou mis en action. M. de la
Motte examine donc la fable
generale du Poëme , l'action
principale , l'ordonnance de
Ouvrage , les épiſodes ; il
examine les moeurs , les caracteres
de ſes Heros , dont il jugepar
leurs paroles& par leurs
actions .
:
GALANT 45
Voilà ,Monfieur , les ſeules
choſes dont Monfieur de la
Mottea ofé juger ſur la foyde
la Traduction ; celle de Madame
Dacier avoüée par tous
les Sçavans Grecs , n'a pû le
tromper ſur l'Hiſtorique , elle
rend sûrement Homere , elle
le fuit dans ſa courſe , elle
bronche avec luy , ſe releve
avec luy : enfin Madame Dacier
n'a rien imaginé d'ellemême
dans ſon Ouvrage , elle
a compté rendre preciſément
fon Original ; fi elle a prêté
quelquecharité àHomere , les
Grecs n'ont qu'à la déceler
46 MERCURE
en ce cas , la Critique de
Monfieur de la Motte tombera
ſur Madame Dacier ; mais
je ſerois bien garand pour elle
qu'aucun de nos Grecs ne
ſera affez hardi pour ofer démentir
par écrit ſa Traduction
, aucun d'eux ne luy difpute
l'honneur de poffeder
avec ſuperiorité les fineſſes de
la Langue Grecque, ellea entendu
Homere autant qu'on
lepeut entendreaujourd'huy,
elle ſçait beaucoup mieux encore
la Langue Françoiſe ;
le a rendu le plus élegamment
- qu'elle a pû dans noftre Lane
elGALANT
47
gue , ce qu'elle a vû , penſé &
ſenti en liſant le Grec; cela me
ſuffit,j'ay l'Iliade en ſubſtance,
ainſi c'eſt ſur Homere même ,
&non fur la ſeule Traduction
, que portent les Remarques
Critiques de Monfieur
de la Motte , qui n'appuyent
que ſur des choſes étrangeres
àcette élegancepretendue des
termes originaux , & à certaine
harmonie attribuée au
fon de ces termes .
Mais revenons à la ſuppoſition
de nos Advertaires . Eſt il
bien vray que noſtre Langue
foit infericure à la Langue
1
48 MERCURE
Grecque ? Eſt il bien vray que
la Langue Françoiſe ne ſuffife
pas à rendre parfaitement les
grandes idées , les hauts fen
timens ,les paffions heroïques,
les vivacitez galantes , les faillies
ſatyriques , les naïvetez fines?
A-t-elle mal ſerviàces dif
ferens égards,Corneille, Racine,
Moliere,Deſpreaux,laFonraine
? Cette Langue n'a-t-elle
pas auſſi ſon harmonic comme
la Grecque : Quand nous
liſons nos bonsOuvrages, foit
de Profe , foit de Poëfie , n'éprouvons
nous pas un fentiment
confus de plaisir , que
nous
GALANT. 49
nous attribuons au fon pretendu
harmonicux des exproffions
?
Il peut bien arriver quel
quefois que telle expreſſion
Grecque qui renferme un
grand ſens , ne pourra être
Tenduë en François que par
pluſieurs expreffions reünies ;
mais il arrivera quelquefois
auſſi qu'une penſée exprimée
par plufieurs termes Grecs ,
pourraêtrerenfermée enFrançois
dans des limites plus étroites
, enſorte qu'il y aura
compenfation juſte.
Mais quand il feroit vray
Mars 1715. E
50 MERCURE
que la Langue Grecque feroit
par elle-même moins diffuſe
que la Françoiſe , en pourroiton
conclure que la Langue
Françoiſe ne pourroit produire
en nous le ſentiment qui
naît de la préciſion ? Nous accordons
à un Ouvrage François
le merite de la préciſion ,
forſque nous ne fentons pas
la poſſibilité de renfermer en
moins de paroles le fens de cer
Ouvrage , nous ne comprons
pas les ſyllabes, ce calcul nous
importe peu. Je vais tâcher de
me faire entendre.
Je ſuppoſe l'Iliade écrite
1
GALANT. σε
avec l'élegance & la préciſion
tant vantées , je ſuppoſe enſuite
qu'on vânt à demander à
Homere en quoy confifte
l'un & l'autre merite de ſon
Ouvrage , il diroit , pour donner
l'idée de l'élegance , qu'il
a employé dans ſa Langue
les tours &les expreſſions les
plus propres à repreſenter ſes
idées , & à peindre ſes ſentimens
; & fur la préciſion ,il
diroit qu'il n'a pas eſté poffible
de rendre en moins de
paroles le ſens de fon Ou
vrage.
Si Homere avec ſon même
Eij
S. MERCURE
genic, & fon goût, étoit né de
nos jours ,& qu'ayant conçu
fon Iliade , il nous l'écrivit en
François, qu'il poffedât noſtre
Langue comme il poſſedoit
autrefois la ſienne , fans doute
il employeroit les expreffions
Françoiſes les plus propres à
rendre ſon ſens ,& il s'exprimeroit
avec le moins de diffuſion
qu'il luy ſeroit poſſible :
Ne ſentez vous pas qu'alors
il ſeroit autant frappé de l'élegance
& de la préciſion qu'il
auroit atteint dans noſtre Idiome
, qu'il le fut autrefois de
l'un & l'autre merite, qu'il
:
GALANT. 5
atteignit dans le fien ?
Si Racine avec ſon genie &
ſes lumieres acquiſes ,fut né
dans le fiecle d'Homere , &
qu'il eût écrit en Grec lesTragedies
que
gedies que nous avons de luy
dans nôtre Langue , il auroit
fait dans cette Langue le choix
heureux qu'il a fait dans la
noltre ,& fon ſtyleGrec auroit
fait preciſement en Grece la
même fortune que fon ſtyle
François a fait chez nous.
On ne ſçauroit dire qu'une
Langue ſoit moins propre
qu'une autre à la vraye peinture
des penfécs & des ſenti
i
E iij
$4 MERCURE
mens ; les mots ne ſignifient
sienpar eux-mêmes , c'eſt le
caprice arbitrairedes Nations,
quides fons articulez a fait des
ſignes fixes , au moyen defquels
les hommes ſe puffent
communiquer reciproquement
leurs penſées ; chaque
Nation aſes ſignes fixes pour
repreſenter tous les objets que
fon intelligence embraffe.
Qu'on ne diſe donc plus que
les beautez qu'on a ſenties en
lifant Homere
, ne peuvent
être parfaitement renduës en
François. Ce qu'on a fenti
oupenſé ,on peut l'exprimer
GALANT. 55
avec une élegance égale dans
toutes les Langues ; & chaque
Langue vous fournira
les expreſſions uniques pour
caracteriſer quelque penſée ,
quelque ſentiment que ce ſoit,
&pour en fixer le degré de
vivacité ou de nobleffe. De là
je conclus que fi Madame Dacier
a ſenti dans l'Iliade autant
de merveilles qu'ellele publie,
elle nous a dû rendre toutes
ces merveilles en François avec
une élegance équivalente à
celle du Texte.
Il m'eſt tombé depuis peu
dans les mains une Traduction
E iiij
'S6 MERCURE
en profe de la Tragedie An
gloiſe , intitulée Caton. Cette
Traduction , quoiqu'inélem'a
donné une tresgante
,
haute idée de l'Original. Je
voy dans le Poëte Anglois la
grande partie qui caracteriſe
noſtre Corneille . Je n'ay rien
vû de plus grand au Theatre
que le caractere de Caton ;il
eſt vrayque l'Auteur ne conduit
pas ſon action avec fineffe,
il l'interromt même par des
Amours Epiſodiques d'affez
mauvais goût ; mais à travers
ces défauts , je voy le grand
Poëte,je voy unhomme illuf
1
GALANT. 57
tre , digne d'eſtre envié à ſa
Nation
D'où vient qu'en lifant l'élegante
Traduction de Piliade
par Madame Dacier , j'ay
une ſi petite idée de l'Original ?
j'en ſçay la raiſon; c'eſt que
* le Poëme Original porte un
fond ſi bizarre , fi confus , fi
abfurde , que la decorationdu
ſtyle le plus riche dans une
Traduction fidele , ne peut
défendre le Lecteur du froid
mortel, del'infupportable en
nui que ce miferable fond
traîne à ſa ſuite.
Il n'y avoit qu'un moyen
58 MERCURE
1
de faire goûter l'lhade, en
François , c'étoit de compo.
fer un Poëme Original , pour
ainſi dire , qui cût pour fujet
la fameuſe Guerre de Troye ,
d'oſter à l'Histoire monftrueц
fed Homere tant de traits qui
bleffent nos moeurs , qui re
voltent noſtre credulité ; de
déguifer engrand lebas merveilleux
qui anime l'Iliade ,
d'en corriger les Epiſodes
quelquefois ingenieux , mais
toûjours défigurez ; & de porter
àunhautpoint d'élevation
les caracteres bizarres des He-
#osGrecs& Troyens : en un
GALANT. رو
mot, il ne falloit rien moins
que le grand genie , la ſage
hardiefle , & les riches reffources
de Monfieur de la Motte ,
pour nous traveſtir le Monftre
Grec , de maniere que
loin de nous déplaire , il charmât
nos regards.
1
Vous voyez , Monfieur ,
que je penſe hautement de
Monfieur de la Motte ; mais
je croy qu'il eſt du devoir
d'un honneſte homme de dire
toûjours à ſes perils , tout ce
qu'il penſe àl'avantage d'autrui.
Je parle toûjours des
bonsAuteurs vivans , comme
60 MERCURE
jeme perfuade que la poſterite
deſintereſſée en parlera. Il n'y
a pas moins de baſleſſe que
d'injuſtice à diſſimuler l'eſtime
qu'onn'a pûrefuſer à un hom
me ſuperieur. Adieu , Monſieur
,je croy avoir fatisfait à
ce que vous exigez de moy.
S'il paroiſt quelque nouveauté
dans la ſuite , j'auray fon de
vous en faire part. Je ſuis ,
Monfieurt
Fermer
2
p. 236-237
AUTRE.
Début :
Le sieur Rochefort, Maître Perruquier, Inventeur des têtes artificielles [...]
Mots clefs :
Sieur Rochefort, Perruquier, Inventeur, Têtes artificielles, Perfectionnement, Mesures, Précision
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE freur Rochefort , Maître Perruquier , Inven
teur des têtes artificielles dont il a été fait mention
- dans le Mercure du Mois d'Octobre 1755
JUILLET. 1756. 237
reçoit de Province beaucoup de lettres par lefquelles
on lai propofe d'acheter au lieu de perruques
quelques- unes de fes têtes . C'eft pourquoi
il eft obligé d'avertir qu'il n'en vend point , &
qu'il n'en vendra jamais à perfonne à quelque
prix que ce puiffe être , attendu qu'il veut le réferver
le fecret particulier de fa fabrique. Au refte,
il eft tellement occupé à continuer & perfectionner
ces têtes dont la précifion lui demande journellement
une fi grande application , qu'il ne lui
eft pas poffible de quitter pour aller prendre la
mefure à tous ceux qui le demandent. Il prie les
perfonnes qui demeurent à Paris , ( de quelque
qualité qu'elles foient) qui voudront avoir desPerruques
de fa façon , de venir fe faire prendre la
mefure chez lui , & il aura foin de leur faire porter
leur perruque chez eux. Il monte actuelle
ment toutes fortes de Perruques avec une précifion
mathématique. On fent tous les avantages
que cette jufteffe finguliere doit donner à tout ce
qui fort de fes mains , ainfi il ne répétera point
le détail qu'il en a fait , & le témoignage que lui
´ont rendu les Officiers de fa Communauté. Mais
il donne ayis aux perfonnes qui demeurent en
Province , & qui voudront avoir des Perruques de
fa façon , de lui écrire auparavant , afin qu'il envoye
un modele de mefure très - facile à prendre ,
& tel qu'il le faut , pour pouvoir y rapporter
exactement les proportions ; bien entendu que les
lettres feront affranchies. L'adrefle du fieur Rochefort
eft toujours à Paris , rue de la Verrerie ,
près la rue des Billettes.
LE freur Rochefort , Maître Perruquier , Inven
teur des têtes artificielles dont il a été fait mention
- dans le Mercure du Mois d'Octobre 1755
JUILLET. 1756. 237
reçoit de Province beaucoup de lettres par lefquelles
on lai propofe d'acheter au lieu de perruques
quelques- unes de fes têtes . C'eft pourquoi
il eft obligé d'avertir qu'il n'en vend point , &
qu'il n'en vendra jamais à perfonne à quelque
prix que ce puiffe être , attendu qu'il veut le réferver
le fecret particulier de fa fabrique. Au refte,
il eft tellement occupé à continuer & perfectionner
ces têtes dont la précifion lui demande journellement
une fi grande application , qu'il ne lui
eft pas poffible de quitter pour aller prendre la
mefure à tous ceux qui le demandent. Il prie les
perfonnes qui demeurent à Paris , ( de quelque
qualité qu'elles foient) qui voudront avoir desPerruques
de fa façon , de venir fe faire prendre la
mefure chez lui , & il aura foin de leur faire porter
leur perruque chez eux. Il monte actuelle
ment toutes fortes de Perruques avec une précifion
mathématique. On fent tous les avantages
que cette jufteffe finguliere doit donner à tout ce
qui fort de fes mains , ainfi il ne répétera point
le détail qu'il en a fait , & le témoignage que lui
´ont rendu les Officiers de fa Communauté. Mais
il donne ayis aux perfonnes qui demeurent en
Province , & qui voudront avoir des Perruques de
fa façon , de lui écrire auparavant , afin qu'il envoye
un modele de mefure très - facile à prendre ,
& tel qu'il le faut , pour pouvoir y rapporter
exactement les proportions ; bien entendu que les
lettres feront affranchies. L'adrefle du fieur Rochefort
eft toujours à Paris , rue de la Verrerie ,
près la rue des Billettes.
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Résumé : AUTRE.
Le texte présente le sieur Rochefort, maître perruquier et inventeur des têtes artificielles. En juillet 1756, il reçoit de nombreuses demandes d'achat de ses têtes artificielles à la place des perruques. Rochefort précise qu'il ne vend pas ces têtes et ne le fera jamais, souhaitant garder secret leur mode de fabrication. Occupé à perfectionner ses têtes, il ne peut pas prendre de mesures pour les perruques à domicile. Il invite les Parisiens à se rendre chez lui pour des mesures et la livraison des perruques. Rochefort fabrique diverses perruques avec une grande précision mathématique, offrant des avantages uniques à ses clients. Pour les provinciaux, il propose d'envoyer un modèle de mesure facile à utiliser, les lettres étant affranchies. Son adresse est à Paris, rue de la Verrerie, près de la rue des Billettes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 126-138
ÉLOGE Historique de M. LE PERE, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie d'AUXERRE par M. de S. GEORGE, Sécrétaire perpétuel de la même Académie, le 26 Octobre 1762.
Début :
MATURIN LE PERE, Secrétaire perpétuel de la Société des Sciences, Arts [...]
Mots clefs :
Travail, Mémoire, Opérations, Triangles , Précision, Société, Difficultés, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE Historique de M. LE PERE, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie d'AUXERRE par M. de S. GEORGE, Sécrétaire perpétuel de la même Académie, le 26 Octobre 1762.
ÉLOGE Hiftorique de M. LE PERE
lu dans l'Affemblée publique de l'Académie
d'AUXERRE par M. de S.
GEORGE , Sécrétaire perpétuel de la
même Académie , le 26 Octobre 1762.
MATURIN ATURIN LE PER E, Secrétaire
perpétuel de la Société des Sciences, Arts
& Belles-Lettres d'Auxerre Directeur
des Poftes de la même Ville , naquit à
Milli en Gâtinois , le 12 Janvier 1718.
Il avoit reçu de la nature des difpofitions
heureufes , qu'une bonne éducation fçut
heureufement cultiver. Il remporta du
College de Beauvais , où il avoit fait fa
Rhétorique & fa Philofophie , un amour
A O UST. 1763. 127
de l'Etude tel que les leçons des plus
habiles Maîtres pouvoient l'inspirer à un
jeune homme , qui réuniffoit la facilité
de l'efprit à la fagèffe des moeurs.
Après avoir donné dans Paris , plufieurs
années à un genre de travail , qui
femble être devenu le complément de
l'éducation pour la jeuneffe , à qui la
Nobleffe ou l'opulence n'ouvrent point
une meilleure voie de fe faire un état
dans le monde , M. le Père parfaitement
inftruit dans la fcience des affaires
s'établit en cette Ville , avec l'emploi
de Directeur de la Pofte ; auquel il joignit
bientôt après l'office de Notaire , au
Bailliage ; il fallut joindre enfuite aux
devoirs de ces deux places , tous les foins
de l'éducation d'une famille nombreufe.
- Parmi tant d'occupations , dont il a
toujours porté le poids avec une religieufe
exactitude , il fçavoit encore fe
ménager des momens , que la néceffité
du repos & le plaifir auroient pu revendiquer
, mais il étoit content de les donner
à fes anciennes études , dont l'entretien
fouvent trop peu libre n'avoit jamais
été totalement interrompu.
*
Avec ce goût & cette habitude , il
n'étoit pas poffible qu'il négligeât l'occafion
qui fe pré fentoit de cultiver , avec
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
plus d'étendue & plus de fecours , les
lettres & les fciences qu'il aimoit. Perfonne
n'a peut-être embraffé notre inftitution
naiffante avec plus d'ardeur : &
aucun n'a mieux fçu profiter des avantages
qu'elle préfente. Il s'étoit acquis de
longue main , un fond de connoiffances
variées , qui ne demandoient que
d'être repriſes avec ordre , & dirigées à
une fin , pour enfanter fans effort quantité
de productions eftimables.
Le premier objet des occupations de la
fociété devant être l'Hiftoire naturelle &
civile dupays que nous habitons , M. le
Pere commença fes travaux Académiques
par l'étude des moyens qu'il falloit mettre
en oeuvre pour fe procurer une carte
exacte du diocèfe , & une defcription
hiftorique de toutes fes parties. Il fe chargea
lui- même de toutes les opérations de
Trigonométrie néceffaires pour fixer la
fituation & la diftance des lieux &
dreffa un Mémoire qui fut envoyé à tous
MM. les Curés , pour leur demander , &
les mettre en état de donner avec précifion
, tous les éclairciffemens relatifs au
deffein qu'on fe propofoit.
1
>
Perfonne n'étoit plus capable de diriger
& de fuivre cet objet important
que M.Le Pere qui poffédoit une conAÓUST.
1763 . 124)
noiffance profonde de toutes les parties
de la Géographie , dont il préfenta en
ce même tems à nos féances un Tableau
magnifique , dans un Mémoire étendu ,
qu'on peut regarder comme une introduction
facile & attrayante à l'étude de
la Géographie.
%
Le grand ouvrage de M. Bouguer ,
fur la figure de la terre vint alors exercer
& mettre en plus grand jour les talens
de M. le Pere. Il le lut avec tant d'intérêt
, approfondit les difficultés , en rechercha
les folutions avec tant de fuccès
qu'il acquit par fon travail l'honneur
de paroître dans le Public foutenant la
caufe de M. Bouguer , dont le fyftême,
éprouva d'abord de grandes contradictions
. Les lettres qu'il écrivoit à ce sujet ,
ont été répandues & eftimées : & M.
Bouguer ravi de trouver dans une région,
naiffante, &prèfque inconnue du monde
littéraire , un défenfeur auffi habile , entra
avec lui en correfpondance. M. le
Pere étoit l'homme de notre fociété le
plus capable de la produire au dehors ,
& de former & d'entretenir des relations .
auffi utiles à nos progrès qu'honorables
à nos commencemens.
L'étude du fçavant ouvrage de M.
Bouguer, & les débats qu'il occafionna
Fv.
130 MERCURE DE FRANCE,
firent naître à M. le Pere , plufieurs idées
fur la perfection qu'il eft poffible d'ajouter
aux inftrumens d'Aftronomie ; fes
réfléxions fur ces objets font renfermées
dans un Mémoire fort intéreffant qu'il
donna en 1750. Il y expofe une nouvelle
manière d'appliquer le micrometre
aux inftrumens propres à mefurer les
angles , ou plutôt une conftruction toute
nouvelle du micrometre . Elle confifte
en une vis accompagnée d'un fimple
Cadran mobile : les pas de la vis font réglés
fur l'étendue de la divifion du quart
de cercle auquel on veut l'appliquer ; le
Cadran eft divifé de manière que chacune
de fes parties vaille un nombre
complet de fecondes ; par-là on évite les
réductions , ou le calcul des parties du
micrometre , dont toutes les obfervations
font embarraffées ; on évite les
tranfverfales dont le travail eft long , &
fujet aux plus grandes difficultés d'exécution
; on a l'avantage d'avoir toujours
l'objet au centre de la lunette . Enfin
on évite la néceffité de marquer la
Tigne de foi , par un cheveu qui fe caffe
fouvent , & qui eft incommode par fa
groffeur relativement aux divifions imperceptibles
des inftrumens d'Aftronomie.
A OUST. 1763. 131
M. le Pere , examine auffi dans fon
Mémoire l'inconvénient d'un alidade
excentrique , c'est-à- dire d'une lunette
qui tourne fur un quart de cercle , mais
qui ne décrit prèfque jamais exactement
la circonférence de l'inftrument , parce
que le centre de l'axe fur lequel tourne
la lunette , n'eft pas le même centre de
l'arc qu'on a décrit fur le limbe. Il propofe
de faire fervir l'alidade elle - même
à décrire l'arc du quart de cercle & il enfeigne
une manière nouvelle d'employer
Parc de go liv. à la place de l'arc de 601.
dont on s'eft toujours fervi pour divifer
les quarts de cercles. Sa méthode eft fondée
fur le nivellement & le renversement
, opérations connues dans l'Aftronomie
, & que M. le Pere a fçu appliquer
à fa nouvelle conftruction , comme l'auroit
pu faire l'Aftronome le plus exercé
dans ce genre d'opérations .
M. Bouguer , dans fon Livre de la Figure
de la Tèrre s'étoit plaint de l'embarras
que lui caufoit la courbure des
barres de fer qui formoient le rayon
de fon grand fecteur ; M. le Pere imagina
de rendre ce rayon immobile , &
de le laiffer toujours dans la fituation
verticale où la courbure eft nulle , en
në faiſant incliner que la lunette dont
Fvj
132 MERCURE
DE FRANCE .
la courbure eft indifférente ; pour cela
il rendoit mobile le limbe même du
fecteur , en faisant paffer les points de
la divifion fous un fil à plomb tendu
in variablement.
Ce Mémoire fut commuiqué à plufieurs
Sçavans du premier ordre qui rendirent
juftice & applaudirent à des inventions
fupérieures à ce qu'on a exécuté
jufqu'à ce jour , & qui , outre
qu'elles épargnent un travail prodigieux
dans la conftruction des inftrumens &
les difficultés du calcul aux Obfervateurs
, donnent encore dans l'obſervation
des angles la précifion la plus parfaite
.
73 . MM. Delalande & le Gentil , dont le
fuffrage eft d'un fi grand poids en ces
matières , écrivirent au bas du Manuf
crit , que ces inventions étoient abfolument
neuves & préférables à la méthode
ordinaire & que M. le Pere
avoit la gloire d'une invention utile ,
dans une matière auffi difficile qu'importante.
M. Caffini de Thury écrivit à M. le
Pere qu'il avoit examiné fon Mémoire
avec foin ; qu'il contenoit plufieurs
nouveautés intéreffantes ; que l'idée du
micrometre étoit ingénieufe & nouvelAOUST.
1763. 133
Te , & qu'il approuvoit tellement cette
conftruction , qu'il la feroit exécuter ſur
le premier inftrument qu'il ordonneroit.
Si M. le Pere s'attachoit à la perfection
des inftrumens , c'étoit à caufe du
fervice qu'il vouloit en tirer dans l'exécution.
Il fuivoit toujours le projet que
la Société avoit formé de lever la carte
détaillée du Diocèfe avec un graphometre
dont M. Caffini faifoit préfent
au nom du Roi à la Société , afin d'aider
& d'animer fon travail. M. le Pere
a mefuré les pofitions & les diſtances de
tous les endroits remarquables au dedans
& aux environs de la ville : tours ,
clochers , fommets de montagnes , tout
a été foumis à fes obfervations : les
pofitions
déterminées & les diftances calculées
avec une attention & une exactitude
admirables ; qu'il me foit permis
d'entrer en quelque détail pour donner
un exemple frappant de la jufteffe & de
la précifion du travail de M. le Pere.
Il mefura dabord une bafe de 328
Toiſes entre la Croix du Calvaire fituée .
près la Porte Saint - Simon , & un fignal
qu'il fit planter près la Porte d'Egleny
, fur le bord du chemin de Saint-
George. Il fit planter des fignaux fur
les Tureaux de Celles de Jonches & d
134 MERCURE DE FRANCE.
Saint - Denis : enfuite il forma neuf
Triangles & détermina la poſition de
fes fignaux ; celle d'un arbre en quetard
, de la Chapelle Saint- Simeon , de la
Tour Saint- Etienne , des Fourches de
Brellon , & enfin de la Croix de Queine .
Le dernier de fes Triangles fut celui
de la Tour Saint-Etienne , du fignal de
Saint-Denis & de la Croix de Queine ,
dont M. Caffini lui avoit donné les
calculs. M. le Pére calcula fes Triangles
par fa baſe meſurée , calcula en- ·
fuite à l'inverfe fept de fes Triangles
en prenant pour baſe la diftance de la
Croix Queine , au fignal Saint - Denis
donné par M. Caffini : & le réfultat de
fon nouveau calcul ne lui donna dans
la meſure de fa bafe que , de plus
c'eft-à-dire un pied de différence fur
328 Toifes. Cependant il ne s'étoit
fervi dans ces opérations , que d'un
Graphometre d'environ fix pouces de
rayon , dont le défavantage n'a pu être
réparé que par l'induftrie & l'application
la plus fcrupuleufe.
I
Il détermina avec la même jufteffe
la direction de la méridienne de l'horloge
; il fit différentes obfervations de
l'amplitude Orientale & Occidentale
du Soleil , avant & après , & pendant!
A O UST. 1763. 135
le Solftice d'Eté ; il obferva fur le Tu
reau de Celles , & plus encore fur la
plate-forme de l'Horloge. Il forma &
calcula plufieurs Triangles Sphériques ,
qui lui donnerent deuxAngles à la Méridienne
l'un au Nord , & l'autre au
Sud de la Ville . Il détermina l'Angle
au midi entre la Méridienne & le
Pilier Oriental des fourches de Brelon ,
de 11 , 34 par Eft , & l'Angle au Nord,
entre le Pignon occidental de la Chapelle
Saint-Simeon de 16 , 59 par Oueſt ;
& ces deux Angles à la méridienne de
l'horloge font parfaitement d'accord
avec les Angles à la méridienne de la
Tour Saint - Etienne , déterminés par
les opérations faites par la carte générale
du Royaume.
M. le Père a encore vérifié fes obfervations
fur la méridienne de l'horloge
en déterminant trois autres Angles à
cette méridienne , entre le clocher de
Venoi , la Chapelle Sainte- Vaubouée ,
& le fommet du Tureau de Celles.
Cinq cens obfervations faites pour
former une fuite de Triangles avec
cette précifion , & les calculs qu'elles
entraînent devoient coûter beaucoup
à M. le Père , qui jufques- là s'étoit
affez contenté des charmes de la théorie
136 MERCURE DE FRANCE .
fans y joindre les difficultés de la pratique.
Il y fit cependant des progrès
très -rapides ; il l'exerça fupérieurement
& il en fut moins redevable à l'opiniâtreté
du travail , qu'à une étude profonde
& entiere des Mathématiques.
Elles faifoient fon étude favorite , un
goût décidé & invincible l'y ramenoit
préférablement à tout : mais les circonftances
& les affaires de la vie "
fouvent peu d'accord avec l'inclination ,
lui avoient fait paffer fa jeuneffe dans
d'autres occupations. Il avoit réuffi
parce qu'il y avoit porté ce goût d'ordre
& de précifion qui eft l'efprit géométrique
fi éffentiel dans toutes les affaires
férieufes , avec bien plus d'effet
encore fe livroit - il à fon penchant, lorfqu'il
étoit maître de difpofer de fes
momens ? Il portoit alors au travail un
efprit fi appliqué , fi pénétrant , qu'il a
fouvent réfolu des difficultés qui embaraffoient
des Géométres plus confommés
que lui. On l'a vû réfoudre des
queftions de la plus fublime Géométrie
, avec le fecours d'une fimple annalyfe
, employer une adreffe fingulière
dans la manière de confidérer des fuites
infinies dont la fommation dépendoit
de la rectification du cercle , & ſe traA
OUST. 1763. 137
cer une route particuliere pour déterminer
les foutangeantes dans la courbe
tranfcendante connue fous le nom de
Quadratrice de Tſchirnaufen.
Il nous donna en 1753 , un Mé
moire rempli de calculs Algébriques ,
dans lequel il explique une nouvelle
méthode pour trouver facilement la fouf
tylaire , la méridienne , & la déclinaifon
du plan des cadrans Verticaux ,
dès que la hauteur du ftyle eft donnée,
Enfuite il nous rendit compte de l'obfervation
qu'il avoit faite de l'éclipſe de
Soleil du 28 Octobre de la même année
.
Je n'entrerai point dans le détail de
tous les problêmes d'Arithmétique , d'Algebre,
& de Trigonometrie , dont la folution
faifoit fes divertiffemens . On voit
dans le Mercure de 1760 , des lettres de
M. le Pere , qui démontrent avec autant
de clarté & de précifion , que de politeffe
, le défaut d'une nouvelle folution
du fameux problême de la duplication
du cube .
Je ne ferai que citer fon Mémoire fur
les incommenfurables, & leur multiplication:
fur l'ufage du finus d'1 °.1 dans l'approximation
de la quadrature du cercle ,
& fur l'utilité de l'Àlgebre , ou plutôt là
138 MERCURÉ DE FRANCE.
fiéceffité pour parvenir à quelques découvertes
dans la Géométrie Moderne.
Je me contente auffi d'indiquer fes
recherches fur les logarithmes , dont il a
étendu l'ufage , par une nouvelle méthode
de les employer dans certains cas ,
où l'opération eft accablante fans leur
fecours qui n'y avoit point encore été
introduit.
Nous verrons avec plus de plaifir &
d'intérêt,M. le Pere réduifant en pratique
fes hautes connoiffances , & les appliquant
à des opérations de fervice & d'u
fage continuel .
C'eft lui qui a décrit & fait éxécuter
pour l'ufage de notre Société , une machine
propre à recevoir & à mefurer l'eau
de pluie. Elle fert journellement , entre
les mains d'un exact Obfervateur,à mefurer
l'eau qui tombe chaque année à
Auxerre.
La forme que fui a donnée M. le Pere ,
& qui empêche l'évaporation , eft dans
le goût de celle de la Société d'Edimbourg,
& rend ce vaiffeau plus parfait
que ceux dont fe fervent plufieurs Académies
de l'Europe.
Le reste au Mercure prochain.
lu dans l'Affemblée publique de l'Académie
d'AUXERRE par M. de S.
GEORGE , Sécrétaire perpétuel de la
même Académie , le 26 Octobre 1762.
MATURIN ATURIN LE PER E, Secrétaire
perpétuel de la Société des Sciences, Arts
& Belles-Lettres d'Auxerre Directeur
des Poftes de la même Ville , naquit à
Milli en Gâtinois , le 12 Janvier 1718.
Il avoit reçu de la nature des difpofitions
heureufes , qu'une bonne éducation fçut
heureufement cultiver. Il remporta du
College de Beauvais , où il avoit fait fa
Rhétorique & fa Philofophie , un amour
A O UST. 1763. 127
de l'Etude tel que les leçons des plus
habiles Maîtres pouvoient l'inspirer à un
jeune homme , qui réuniffoit la facilité
de l'efprit à la fagèffe des moeurs.
Après avoir donné dans Paris , plufieurs
années à un genre de travail , qui
femble être devenu le complément de
l'éducation pour la jeuneffe , à qui la
Nobleffe ou l'opulence n'ouvrent point
une meilleure voie de fe faire un état
dans le monde , M. le Père parfaitement
inftruit dans la fcience des affaires
s'établit en cette Ville , avec l'emploi
de Directeur de la Pofte ; auquel il joignit
bientôt après l'office de Notaire , au
Bailliage ; il fallut joindre enfuite aux
devoirs de ces deux places , tous les foins
de l'éducation d'une famille nombreufe.
- Parmi tant d'occupations , dont il a
toujours porté le poids avec une religieufe
exactitude , il fçavoit encore fe
ménager des momens , que la néceffité
du repos & le plaifir auroient pu revendiquer
, mais il étoit content de les donner
à fes anciennes études , dont l'entretien
fouvent trop peu libre n'avoit jamais
été totalement interrompu.
*
Avec ce goût & cette habitude , il
n'étoit pas poffible qu'il négligeât l'occafion
qui fe pré fentoit de cultiver , avec
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
plus d'étendue & plus de fecours , les
lettres & les fciences qu'il aimoit. Perfonne
n'a peut-être embraffé notre inftitution
naiffante avec plus d'ardeur : &
aucun n'a mieux fçu profiter des avantages
qu'elle préfente. Il s'étoit acquis de
longue main , un fond de connoiffances
variées , qui ne demandoient que
d'être repriſes avec ordre , & dirigées à
une fin , pour enfanter fans effort quantité
de productions eftimables.
Le premier objet des occupations de la
fociété devant être l'Hiftoire naturelle &
civile dupays que nous habitons , M. le
Pere commença fes travaux Académiques
par l'étude des moyens qu'il falloit mettre
en oeuvre pour fe procurer une carte
exacte du diocèfe , & une defcription
hiftorique de toutes fes parties. Il fe chargea
lui- même de toutes les opérations de
Trigonométrie néceffaires pour fixer la
fituation & la diftance des lieux &
dreffa un Mémoire qui fut envoyé à tous
MM. les Curés , pour leur demander , &
les mettre en état de donner avec précifion
, tous les éclairciffemens relatifs au
deffein qu'on fe propofoit.
1
>
Perfonne n'étoit plus capable de diriger
& de fuivre cet objet important
que M.Le Pere qui poffédoit une conAÓUST.
1763 . 124)
noiffance profonde de toutes les parties
de la Géographie , dont il préfenta en
ce même tems à nos féances un Tableau
magnifique , dans un Mémoire étendu ,
qu'on peut regarder comme une introduction
facile & attrayante à l'étude de
la Géographie.
%
Le grand ouvrage de M. Bouguer ,
fur la figure de la terre vint alors exercer
& mettre en plus grand jour les talens
de M. le Pere. Il le lut avec tant d'intérêt
, approfondit les difficultés , en rechercha
les folutions avec tant de fuccès
qu'il acquit par fon travail l'honneur
de paroître dans le Public foutenant la
caufe de M. Bouguer , dont le fyftême,
éprouva d'abord de grandes contradictions
. Les lettres qu'il écrivoit à ce sujet ,
ont été répandues & eftimées : & M.
Bouguer ravi de trouver dans une région,
naiffante, &prèfque inconnue du monde
littéraire , un défenfeur auffi habile , entra
avec lui en correfpondance. M. le
Pere étoit l'homme de notre fociété le
plus capable de la produire au dehors ,
& de former & d'entretenir des relations .
auffi utiles à nos progrès qu'honorables
à nos commencemens.
L'étude du fçavant ouvrage de M.
Bouguer, & les débats qu'il occafionna
Fv.
130 MERCURE DE FRANCE,
firent naître à M. le Pere , plufieurs idées
fur la perfection qu'il eft poffible d'ajouter
aux inftrumens d'Aftronomie ; fes
réfléxions fur ces objets font renfermées
dans un Mémoire fort intéreffant qu'il
donna en 1750. Il y expofe une nouvelle
manière d'appliquer le micrometre
aux inftrumens propres à mefurer les
angles , ou plutôt une conftruction toute
nouvelle du micrometre . Elle confifte
en une vis accompagnée d'un fimple
Cadran mobile : les pas de la vis font réglés
fur l'étendue de la divifion du quart
de cercle auquel on veut l'appliquer ; le
Cadran eft divifé de manière que chacune
de fes parties vaille un nombre
complet de fecondes ; par-là on évite les
réductions , ou le calcul des parties du
micrometre , dont toutes les obfervations
font embarraffées ; on évite les
tranfverfales dont le travail eft long , &
fujet aux plus grandes difficultés d'exécution
; on a l'avantage d'avoir toujours
l'objet au centre de la lunette . Enfin
on évite la néceffité de marquer la
Tigne de foi , par un cheveu qui fe caffe
fouvent , & qui eft incommode par fa
groffeur relativement aux divifions imperceptibles
des inftrumens d'Aftronomie.
A OUST. 1763. 131
M. le Pere , examine auffi dans fon
Mémoire l'inconvénient d'un alidade
excentrique , c'est-à- dire d'une lunette
qui tourne fur un quart de cercle , mais
qui ne décrit prèfque jamais exactement
la circonférence de l'inftrument , parce
que le centre de l'axe fur lequel tourne
la lunette , n'eft pas le même centre de
l'arc qu'on a décrit fur le limbe. Il propofe
de faire fervir l'alidade elle - même
à décrire l'arc du quart de cercle & il enfeigne
une manière nouvelle d'employer
Parc de go liv. à la place de l'arc de 601.
dont on s'eft toujours fervi pour divifer
les quarts de cercles. Sa méthode eft fondée
fur le nivellement & le renversement
, opérations connues dans l'Aftronomie
, & que M. le Pere a fçu appliquer
à fa nouvelle conftruction , comme l'auroit
pu faire l'Aftronome le plus exercé
dans ce genre d'opérations .
M. Bouguer , dans fon Livre de la Figure
de la Tèrre s'étoit plaint de l'embarras
que lui caufoit la courbure des
barres de fer qui formoient le rayon
de fon grand fecteur ; M. le Pere imagina
de rendre ce rayon immobile , &
de le laiffer toujours dans la fituation
verticale où la courbure eft nulle , en
në faiſant incliner que la lunette dont
Fvj
132 MERCURE
DE FRANCE .
la courbure eft indifférente ; pour cela
il rendoit mobile le limbe même du
fecteur , en faisant paffer les points de
la divifion fous un fil à plomb tendu
in variablement.
Ce Mémoire fut commuiqué à plufieurs
Sçavans du premier ordre qui rendirent
juftice & applaudirent à des inventions
fupérieures à ce qu'on a exécuté
jufqu'à ce jour , & qui , outre
qu'elles épargnent un travail prodigieux
dans la conftruction des inftrumens &
les difficultés du calcul aux Obfervateurs
, donnent encore dans l'obſervation
des angles la précifion la plus parfaite
.
73 . MM. Delalande & le Gentil , dont le
fuffrage eft d'un fi grand poids en ces
matières , écrivirent au bas du Manuf
crit , que ces inventions étoient abfolument
neuves & préférables à la méthode
ordinaire & que M. le Pere
avoit la gloire d'une invention utile ,
dans une matière auffi difficile qu'importante.
M. Caffini de Thury écrivit à M. le
Pere qu'il avoit examiné fon Mémoire
avec foin ; qu'il contenoit plufieurs
nouveautés intéreffantes ; que l'idée du
micrometre étoit ingénieufe & nouvelAOUST.
1763. 133
Te , & qu'il approuvoit tellement cette
conftruction , qu'il la feroit exécuter ſur
le premier inftrument qu'il ordonneroit.
Si M. le Pere s'attachoit à la perfection
des inftrumens , c'étoit à caufe du
fervice qu'il vouloit en tirer dans l'exécution.
Il fuivoit toujours le projet que
la Société avoit formé de lever la carte
détaillée du Diocèfe avec un graphometre
dont M. Caffini faifoit préfent
au nom du Roi à la Société , afin d'aider
& d'animer fon travail. M. le Pere
a mefuré les pofitions & les diſtances de
tous les endroits remarquables au dedans
& aux environs de la ville : tours ,
clochers , fommets de montagnes , tout
a été foumis à fes obfervations : les
pofitions
déterminées & les diftances calculées
avec une attention & une exactitude
admirables ; qu'il me foit permis
d'entrer en quelque détail pour donner
un exemple frappant de la jufteffe & de
la précifion du travail de M. le Pere.
Il mefura dabord une bafe de 328
Toiſes entre la Croix du Calvaire fituée .
près la Porte Saint - Simon , & un fignal
qu'il fit planter près la Porte d'Egleny
, fur le bord du chemin de Saint-
George. Il fit planter des fignaux fur
les Tureaux de Celles de Jonches & d
134 MERCURE DE FRANCE.
Saint - Denis : enfuite il forma neuf
Triangles & détermina la poſition de
fes fignaux ; celle d'un arbre en quetard
, de la Chapelle Saint- Simeon , de la
Tour Saint- Etienne , des Fourches de
Brellon , & enfin de la Croix de Queine .
Le dernier de fes Triangles fut celui
de la Tour Saint-Etienne , du fignal de
Saint-Denis & de la Croix de Queine ,
dont M. Caffini lui avoit donné les
calculs. M. le Pére calcula fes Triangles
par fa baſe meſurée , calcula en- ·
fuite à l'inverfe fept de fes Triangles
en prenant pour baſe la diftance de la
Croix Queine , au fignal Saint - Denis
donné par M. Caffini : & le réfultat de
fon nouveau calcul ne lui donna dans
la meſure de fa bafe que , de plus
c'eft-à-dire un pied de différence fur
328 Toifes. Cependant il ne s'étoit
fervi dans ces opérations , que d'un
Graphometre d'environ fix pouces de
rayon , dont le défavantage n'a pu être
réparé que par l'induftrie & l'application
la plus fcrupuleufe.
I
Il détermina avec la même jufteffe
la direction de la méridienne de l'horloge
; il fit différentes obfervations de
l'amplitude Orientale & Occidentale
du Soleil , avant & après , & pendant!
A O UST. 1763. 135
le Solftice d'Eté ; il obferva fur le Tu
reau de Celles , & plus encore fur la
plate-forme de l'Horloge. Il forma &
calcula plufieurs Triangles Sphériques ,
qui lui donnerent deuxAngles à la Méridienne
l'un au Nord , & l'autre au
Sud de la Ville . Il détermina l'Angle
au midi entre la Méridienne & le
Pilier Oriental des fourches de Brelon ,
de 11 , 34 par Eft , & l'Angle au Nord,
entre le Pignon occidental de la Chapelle
Saint-Simeon de 16 , 59 par Oueſt ;
& ces deux Angles à la méridienne de
l'horloge font parfaitement d'accord
avec les Angles à la méridienne de la
Tour Saint - Etienne , déterminés par
les opérations faites par la carte générale
du Royaume.
M. le Père a encore vérifié fes obfervations
fur la méridienne de l'horloge
en déterminant trois autres Angles à
cette méridienne , entre le clocher de
Venoi , la Chapelle Sainte- Vaubouée ,
& le fommet du Tureau de Celles.
Cinq cens obfervations faites pour
former une fuite de Triangles avec
cette précifion , & les calculs qu'elles
entraînent devoient coûter beaucoup
à M. le Père , qui jufques- là s'étoit
affez contenté des charmes de la théorie
136 MERCURE DE FRANCE .
fans y joindre les difficultés de la pratique.
Il y fit cependant des progrès
très -rapides ; il l'exerça fupérieurement
& il en fut moins redevable à l'opiniâtreté
du travail , qu'à une étude profonde
& entiere des Mathématiques.
Elles faifoient fon étude favorite , un
goût décidé & invincible l'y ramenoit
préférablement à tout : mais les circonftances
& les affaires de la vie "
fouvent peu d'accord avec l'inclination ,
lui avoient fait paffer fa jeuneffe dans
d'autres occupations. Il avoit réuffi
parce qu'il y avoit porté ce goût d'ordre
& de précifion qui eft l'efprit géométrique
fi éffentiel dans toutes les affaires
férieufes , avec bien plus d'effet
encore fe livroit - il à fon penchant, lorfqu'il
étoit maître de difpofer de fes
momens ? Il portoit alors au travail un
efprit fi appliqué , fi pénétrant , qu'il a
fouvent réfolu des difficultés qui embaraffoient
des Géométres plus confommés
que lui. On l'a vû réfoudre des
queftions de la plus fublime Géométrie
, avec le fecours d'une fimple annalyfe
, employer une adreffe fingulière
dans la manière de confidérer des fuites
infinies dont la fommation dépendoit
de la rectification du cercle , & ſe traA
OUST. 1763. 137
cer une route particuliere pour déterminer
les foutangeantes dans la courbe
tranfcendante connue fous le nom de
Quadratrice de Tſchirnaufen.
Il nous donna en 1753 , un Mé
moire rempli de calculs Algébriques ,
dans lequel il explique une nouvelle
méthode pour trouver facilement la fouf
tylaire , la méridienne , & la déclinaifon
du plan des cadrans Verticaux ,
dès que la hauteur du ftyle eft donnée,
Enfuite il nous rendit compte de l'obfervation
qu'il avoit faite de l'éclipſe de
Soleil du 28 Octobre de la même année
.
Je n'entrerai point dans le détail de
tous les problêmes d'Arithmétique , d'Algebre,
& de Trigonometrie , dont la folution
faifoit fes divertiffemens . On voit
dans le Mercure de 1760 , des lettres de
M. le Pere , qui démontrent avec autant
de clarté & de précifion , que de politeffe
, le défaut d'une nouvelle folution
du fameux problême de la duplication
du cube .
Je ne ferai que citer fon Mémoire fur
les incommenfurables, & leur multiplication:
fur l'ufage du finus d'1 °.1 dans l'approximation
de la quadrature du cercle ,
& fur l'utilité de l'Àlgebre , ou plutôt là
138 MERCURÉ DE FRANCE.
fiéceffité pour parvenir à quelques découvertes
dans la Géométrie Moderne.
Je me contente auffi d'indiquer fes
recherches fur les logarithmes , dont il a
étendu l'ufage , par une nouvelle méthode
de les employer dans certains cas ,
où l'opération eft accablante fans leur
fecours qui n'y avoit point encore été
introduit.
Nous verrons avec plus de plaifir &
d'intérêt,M. le Pere réduifant en pratique
fes hautes connoiffances , & les appliquant
à des opérations de fervice & d'u
fage continuel .
C'eft lui qui a décrit & fait éxécuter
pour l'ufage de notre Société , une machine
propre à recevoir & à mefurer l'eau
de pluie. Elle fert journellement , entre
les mains d'un exact Obfervateur,à mefurer
l'eau qui tombe chaque année à
Auxerre.
La forme que fui a donnée M. le Pere ,
& qui empêche l'évaporation , eft dans
le goût de celle de la Société d'Edimbourg,
& rend ce vaiffeau plus parfait
que ceux dont fe fervent plufieurs Académies
de l'Europe.
Le reste au Mercure prochain.
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