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1
p. 5-10
SUR LA STATUE EQUESTRE DU ROI.
Début :
AINSI trois Monarques chéris, [...]
Mots clefs :
Amour, Statue, Héros, Gloire, Héritier, Monument, Coursier, Talent, Libérateur
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA STATUE EQUESTRE DU ROI.
SUR LA STATUE EQUESTRE
DU ROI.
AINST trois Monarques chéris ,
Ont illuftré l'Airain, & décoré Paris ;
La gloire qui les environne,
Comme un Soleil dans fon azur ,
Répand fon éclat toujours pur ,
Sur l'Héritier de leur Couronne ,
De leurs Vertus , de leurs Exploits.
Son Image , l'éffor d'une divine flâme ,
Nous offre ici , tout à la fois ,
A iij
6 MERCURE
DE FRANCE :
Son efprit , fon coeur , & ſon âme
Dans les traits , quelle vérité !
Que de grandeur , de majeſté !
A nos j uftes defirs il n'eft donc plus d'obſtacle
Jouiffons d'un fi doux ſpectacle ,
Et contemplons dans tout fon jour ,
LI MONUMENT DU ZELE ET DE L'AMOUR,
Noble Courfier , tu nous rappelles
Ceux que pour répandre l'effroi ,
Ont monté le Vainqueur d'Arbelles ,
Et le Héros de Fontenoi.
Qu'infpiré par les Grâces mêmes ,
Le Talent fe fignale , enrichi de leur Don ;
VERTUS , vos attributs fuprêmes ,
Nous peindront mieux LOUIS que ne fait
Bouchardon.
Toi , dont la Parque ennemie ,
Trop-tôt , hélas ! a terminé la vie ;
De ton cifeau , fiprécieux pour nous,
Un Artifte fameux auroit été jaloux .
Mais parmi les Héros , la Grèce entiere eût- elle
Offert à Phidias, un fi parfait modèle
Rien de mortel n'eft en ce lieu.
Tel cet Apollon ** qu'on renomme ,
* Le voile levé , qui couvroit la Statue .
** L'Apollon du Varican . L'Auteur a oui dire
plufieurs fois à un de fes amis , Recteur de l'AcaAOUST.
1763.
Eft moins la figure d'un homme
Que la reffemblance d'un Dieu.
Siécles futurs, qui luirez fur la France ,
Quels Deftins nous vous annonçons !
Vous aurez part à la douce influence
De l'Aftre dont nous jouiffons.
De fon Peuple qui le contemple ,
LOUIS reçoit les tendres voeux .
Quel Modèle pour nos Neveux !
Pour leurs Souverains , quel Exemple !
Defcends du célefte Lambris ,
Defcends , Déeffe * bienfaiſante ,
Viens couronner de ta main triomphante ,
Le plus cher de tes Favoris ;
Dans le fein des combats , c'eſt à toi qu'il afpire ,
Il t'a voué fon coeur , ton regne eſt ſon Empire ;
Les Arts , long-tems captifs fous un Dieu deſtructeur
,
Béniffent leur Libérateur ;
Et pour le célébrer par d'infignes merveilles ,
démie Royale de Peinture , qui avoit été longtems
à Rome , que cette Statue étoit d'une fi grande
beauté qu'elle fembloit avoir quelque chofe de
divin , & il ajoutoit dans une forte d'enthoufiame ,
qu'elle rendoit en quelque façon excufable l'aveuglement
des Payens dans leur culte à fon égard.
D'où l'on peut conclure , en paffant , que l'habileté
des anciens Statuaires n'a pas peu
perpétuer l'Idolâtrie.
La Paix.
contribué à
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Prodiguent à l'envi , leur génie & leursveilles.
Phébus , fixant fur lui , fes regards pleins de feur ,
En deviendra plus lumineux ;
La Nuit , en déployant fes voiles ,
Ceindra fon front de mille étoiles ,
Tandis que Diane , à fon tour,
Succédant au Char de fon frère ,
Pour voir plus à loiſir , l'objet de ſon amour ,
Parcourera lentement l'Hémiſphère
Dans ce calme reſpectueux ,
Qu'accroîtra du Héros l'aſpect majeſtueux.
Ainfi le Ciel nous fert d'exemple ,
It adopte ce Monument ,
Ainfi, Grand Roi , le Firmament
Sera la voûte de ton Temple ,
De ce Temple où naîtront les plus faintes ardeurs
Et dont les Autels font nos coeurs.
A l'immortalité, quel droit plus légitime ,
Que de ces mêmes coeurs le fuffrage unanime !
Et quel gage plus sûr , qu'un encens précieux ,
Qui fortant de nos mains , s'éleve jufqu'aux Cieux .
Du Couchant à l'Aurore on verra d'âge en âge ,
On verra du Midi , juſques à l'Aquilon ,
Les Peuples accourir , fur le bruit de ton nom ,
Pour te connoître au moins , dans ton auguſte
Image.
A O UST. 1763. 9
Que du plus fameuxdes Romains ,
Qu'Amour foumit à fon Empire ,
La tendre , l'élégante Lyre
N'a - t- elle paffé dans mes mains !
J'aurois avec cette énergie
Dont il célébra l'éffigie
D'un Empereur , qui toutefois ,.
Flétrit les roles de la vie
Du fidèle Amant de Julie ,
J'aurois d'une éclatante voix ,
091
& Deod
Chanté l' Augufte des François ;
F'aurois ....mais fur la double cime ,
(Hé! pourquoi le diffimuler ) :
Malgré le zèle qui m'anime ,
Hélas ! je ne puis plus volers
Je n'aurois voulu de fa flâme ,
Qu'une étincelle feulement ,.
Pour exprimer en ce moment ,
Ce que je reflens dans mon âme:
Vain elpoir , inutile effort ! o
hig
Ce n'eft qu'aux Nourriçons des Filles de Mémoire ,
Ce n'est qu'à leur jeune transport , U
Source de talens & deglaire b
Qu'il appartient de chanter dignement , i
DU ZELE ET DE L'AMOUR , L'ÉTERNEL MÓNU 贊
MENTɑ to
Fe l'ai fenti , j'ai trop écouté mon courage ,
Mon empreffement & ma foi
molub angiol),cien mit n
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Mais j'efpérois encor , plein d'ardeur pour mon
Roi,
Voir fondre la glace de l'âge.
TANEY OT,
DU ROI.
AINST trois Monarques chéris ,
Ont illuftré l'Airain, & décoré Paris ;
La gloire qui les environne,
Comme un Soleil dans fon azur ,
Répand fon éclat toujours pur ,
Sur l'Héritier de leur Couronne ,
De leurs Vertus , de leurs Exploits.
Son Image , l'éffor d'une divine flâme ,
Nous offre ici , tout à la fois ,
A iij
6 MERCURE
DE FRANCE :
Son efprit , fon coeur , & ſon âme
Dans les traits , quelle vérité !
Que de grandeur , de majeſté !
A nos j uftes defirs il n'eft donc plus d'obſtacle
Jouiffons d'un fi doux ſpectacle ,
Et contemplons dans tout fon jour ,
LI MONUMENT DU ZELE ET DE L'AMOUR,
Noble Courfier , tu nous rappelles
Ceux que pour répandre l'effroi ,
Ont monté le Vainqueur d'Arbelles ,
Et le Héros de Fontenoi.
Qu'infpiré par les Grâces mêmes ,
Le Talent fe fignale , enrichi de leur Don ;
VERTUS , vos attributs fuprêmes ,
Nous peindront mieux LOUIS que ne fait
Bouchardon.
Toi , dont la Parque ennemie ,
Trop-tôt , hélas ! a terminé la vie ;
De ton cifeau , fiprécieux pour nous,
Un Artifte fameux auroit été jaloux .
Mais parmi les Héros , la Grèce entiere eût- elle
Offert à Phidias, un fi parfait modèle
Rien de mortel n'eft en ce lieu.
Tel cet Apollon ** qu'on renomme ,
* Le voile levé , qui couvroit la Statue .
** L'Apollon du Varican . L'Auteur a oui dire
plufieurs fois à un de fes amis , Recteur de l'AcaAOUST.
1763.
Eft moins la figure d'un homme
Que la reffemblance d'un Dieu.
Siécles futurs, qui luirez fur la France ,
Quels Deftins nous vous annonçons !
Vous aurez part à la douce influence
De l'Aftre dont nous jouiffons.
De fon Peuple qui le contemple ,
LOUIS reçoit les tendres voeux .
Quel Modèle pour nos Neveux !
Pour leurs Souverains , quel Exemple !
Defcends du célefte Lambris ,
Defcends , Déeffe * bienfaiſante ,
Viens couronner de ta main triomphante ,
Le plus cher de tes Favoris ;
Dans le fein des combats , c'eſt à toi qu'il afpire ,
Il t'a voué fon coeur , ton regne eſt ſon Empire ;
Les Arts , long-tems captifs fous un Dieu deſtructeur
,
Béniffent leur Libérateur ;
Et pour le célébrer par d'infignes merveilles ,
démie Royale de Peinture , qui avoit été longtems
à Rome , que cette Statue étoit d'une fi grande
beauté qu'elle fembloit avoir quelque chofe de
divin , & il ajoutoit dans une forte d'enthoufiame ,
qu'elle rendoit en quelque façon excufable l'aveuglement
des Payens dans leur culte à fon égard.
D'où l'on peut conclure , en paffant , que l'habileté
des anciens Statuaires n'a pas peu
perpétuer l'Idolâtrie.
La Paix.
contribué à
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Prodiguent à l'envi , leur génie & leursveilles.
Phébus , fixant fur lui , fes regards pleins de feur ,
En deviendra plus lumineux ;
La Nuit , en déployant fes voiles ,
Ceindra fon front de mille étoiles ,
Tandis que Diane , à fon tour,
Succédant au Char de fon frère ,
Pour voir plus à loiſir , l'objet de ſon amour ,
Parcourera lentement l'Hémiſphère
Dans ce calme reſpectueux ,
Qu'accroîtra du Héros l'aſpect majeſtueux.
Ainfi le Ciel nous fert d'exemple ,
It adopte ce Monument ,
Ainfi, Grand Roi , le Firmament
Sera la voûte de ton Temple ,
De ce Temple où naîtront les plus faintes ardeurs
Et dont les Autels font nos coeurs.
A l'immortalité, quel droit plus légitime ,
Que de ces mêmes coeurs le fuffrage unanime !
Et quel gage plus sûr , qu'un encens précieux ,
Qui fortant de nos mains , s'éleve jufqu'aux Cieux .
Du Couchant à l'Aurore on verra d'âge en âge ,
On verra du Midi , juſques à l'Aquilon ,
Les Peuples accourir , fur le bruit de ton nom ,
Pour te connoître au moins , dans ton auguſte
Image.
A O UST. 1763. 9
Que du plus fameuxdes Romains ,
Qu'Amour foumit à fon Empire ,
La tendre , l'élégante Lyre
N'a - t- elle paffé dans mes mains !
J'aurois avec cette énergie
Dont il célébra l'éffigie
D'un Empereur , qui toutefois ,.
Flétrit les roles de la vie
Du fidèle Amant de Julie ,
J'aurois d'une éclatante voix ,
091
& Deod
Chanté l' Augufte des François ;
F'aurois ....mais fur la double cime ,
(Hé! pourquoi le diffimuler ) :
Malgré le zèle qui m'anime ,
Hélas ! je ne puis plus volers
Je n'aurois voulu de fa flâme ,
Qu'une étincelle feulement ,.
Pour exprimer en ce moment ,
Ce que je reflens dans mon âme:
Vain elpoir , inutile effort ! o
hig
Ce n'eft qu'aux Nourriçons des Filles de Mémoire ,
Ce n'est qu'à leur jeune transport , U
Source de talens & deglaire b
Qu'il appartient de chanter dignement , i
DU ZELE ET DE L'AMOUR , L'ÉTERNEL MÓNU 贊
MENTɑ to
Fe l'ai fenti , j'ai trop écouté mon courage ,
Mon empreffement & ma foi
molub angiol),cien mit n
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Mais j'efpérois encor , plein d'ardeur pour mon
Roi,
Voir fondre la glace de l'âge.
TANEY OT,
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2
p. 10-11
A Mlle B ... qui disoit à l'Auteur qu'il ne falloit qu'un RIEN pour lui plaire ou pour la fâcher.
Début :
Αu beau Séxe souvent un rien peut faire offense ; [...]
Mots clefs :
Rien, Plaire, Sexe, Timide, Volage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mlle B ... qui disoit à l'Auteur qu'il ne falloit qu'un RIEN pour lui plaire ou pour la fâcher.
A Mlle B ... qui difoit à l'Auteur qu'il
nefalloit qu'un RIEN pour lui plaire
ou pour la fâcher.
ΑAνu beau Séxe ſouvent un rien peut faire offenſe
;
Le foupçonneux honneur qui fuit partout fesipas ,
Effarouche d'un mot la timide décence ,
Qui fur un ton d'indifférence
Doit compoſer tous les appas,
Un rien trouble fon âme ,
Un rien la fait rougir ,
Un innocent foupir
Remplit font coeur de flâme.
Un rien altére fa beauté, k
Un rien donne un luftre à fes charmesy
Un rien excite fa fierté ,
Un rien lui fait verfer des larmes ,
Un rien peut expoſer au plus rigoureux fort ,
Un rien fait excufer un aveu téméraires
Un rien enfeigne l'art de plaire ,
Un rien nous éloigne du Port.
AOUST. 1763. 1 I
Par fes riens quels qu'ils foient , fouvent un Petit-
Maître ,
Obtient fans la fentir , la plus douce faveur ;
Tandis qu'un tendre amant n'oſe faire paroître
De fon timide feu la plus fimple lueur.
Séxe enchanteur ! un rien vous fait ombrage ,
Un rien trouble votre bonheur.
Tircis eft-il abfent , vous le croyez volage ;
S'il eſt auprès de vous , vous doutez de fon coeur;
TH. Bon. de la Rochelle .
nefalloit qu'un RIEN pour lui plaire
ou pour la fâcher.
ΑAνu beau Séxe ſouvent un rien peut faire offenſe
;
Le foupçonneux honneur qui fuit partout fesipas ,
Effarouche d'un mot la timide décence ,
Qui fur un ton d'indifférence
Doit compoſer tous les appas,
Un rien trouble fon âme ,
Un rien la fait rougir ,
Un innocent foupir
Remplit font coeur de flâme.
Un rien altére fa beauté, k
Un rien donne un luftre à fes charmesy
Un rien excite fa fierté ,
Un rien lui fait verfer des larmes ,
Un rien peut expoſer au plus rigoureux fort ,
Un rien fait excufer un aveu téméraires
Un rien enfeigne l'art de plaire ,
Un rien nous éloigne du Port.
AOUST. 1763. 1 I
Par fes riens quels qu'ils foient , fouvent un Petit-
Maître ,
Obtient fans la fentir , la plus douce faveur ;
Tandis qu'un tendre amant n'oſe faire paroître
De fon timide feu la plus fimple lueur.
Séxe enchanteur ! un rien vous fait ombrage ,
Un rien trouble votre bonheur.
Tircis eft-il abfent , vous le croyez volage ;
S'il eſt auprès de vous , vous doutez de fon coeur;
TH. Bon. de la Rochelle .
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3
p. 11-13
ÉPITRE à Mlle D. S. P.
Début :
Vous de qui le charmant sourire [...]
Mots clefs :
Sourire, Séducteur, Bergère, Plaire, Beauté, Coquette, Nature, Égayer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE à Mlle D. S. P.
ÉPITRE à Mlle D. S. P.
Vous de qui le charmant fourire
Enchante fans prétention ,
S. P ... fi mon léger crayon
Vous peint fous le nom de Thémire ,
Ce n'eft point une fiction.
De la plus naïve Bergère
Vous avez l'attrait féducteur ;
Sans que l'efprit commande au coeur
Vous avez le talent de plaires
Voilà tout l'art de la beauté :
Il ne vous manque en vérité ,
Que le corfet & la houlette .
Tandis que la vaine coquette ,
Sans ceffe un miroir à la main ,
Voit écouler chaque matin
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'étude de fa toilette ,
Place une mouche avec deffein
Et par le rouge qu'elle apprête
Ranime fon vifage éteint.
Le coloris de votre teint
Ne doit rien à votre parure ,
Vous le tenez de la Nature:
Il coûte peu, fa beauté dure,
Et fon effet eft plus certain.
Devotre fexe, ô ma Thémire,
Vous raffemblez les agrémens ;
Mais vos goûts font bien différens :
L'on ne vous entend point médire
A tous propos , fur les paffans
Lâcher l'épigramme , puis rire.
L'on ne vous voit point fur les rangs
Parmi nos Belles étalées ,
Dans de fpacieuſes allées ,
Minauder d'un air dédaigneur ;-
Nile Petit- Maître ennuyeux
Lorgner votre aimable figure ,
Et dire d'un ton précieux
Elle n'eft pas mal , je vous jure !'
Thémire , vous aimez bien mieux
Tous les foirs fous le frais ombrage
Que procure le Maronnier
Avec la vive , le Tel
Jouir des momens du jeune âge,
Et déçem mnt vous égayer.
AOUST. 1763. 13
Tout à la fois heureufe & fage ,
Puiffiez -vous encore longtemps !
Goûter ces plaifirs innocens !
Il en eft , aimable Thémire ,
De plus parfaits , de plus touchans ,
L'amour par vos yeux les infpire ,
Et dans mon âme je les fens.
#1 Juillet 1763,
Vous de qui le charmant fourire
Enchante fans prétention ,
S. P ... fi mon léger crayon
Vous peint fous le nom de Thémire ,
Ce n'eft point une fiction.
De la plus naïve Bergère
Vous avez l'attrait féducteur ;
Sans que l'efprit commande au coeur
Vous avez le talent de plaires
Voilà tout l'art de la beauté :
Il ne vous manque en vérité ,
Que le corfet & la houlette .
Tandis que la vaine coquette ,
Sans ceffe un miroir à la main ,
Voit écouler chaque matin
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'étude de fa toilette ,
Place une mouche avec deffein
Et par le rouge qu'elle apprête
Ranime fon vifage éteint.
Le coloris de votre teint
Ne doit rien à votre parure ,
Vous le tenez de la Nature:
Il coûte peu, fa beauté dure,
Et fon effet eft plus certain.
Devotre fexe, ô ma Thémire,
Vous raffemblez les agrémens ;
Mais vos goûts font bien différens :
L'on ne vous entend point médire
A tous propos , fur les paffans
Lâcher l'épigramme , puis rire.
L'on ne vous voit point fur les rangs
Parmi nos Belles étalées ,
Dans de fpacieuſes allées ,
Minauder d'un air dédaigneur ;-
Nile Petit- Maître ennuyeux
Lorgner votre aimable figure ,
Et dire d'un ton précieux
Elle n'eft pas mal , je vous jure !'
Thémire , vous aimez bien mieux
Tous les foirs fous le frais ombrage
Que procure le Maronnier
Avec la vive , le Tel
Jouir des momens du jeune âge,
Et déçem mnt vous égayer.
AOUST. 1763. 13
Tout à la fois heureufe & fage ,
Puiffiez -vous encore longtemps !
Goûter ces plaifirs innocens !
Il en eft , aimable Thémire ,
De plus parfaits , de plus touchans ,
L'amour par vos yeux les infpire ,
Et dans mon âme je les fens.
#1 Juillet 1763,
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4
p. 13
RÉPONSE à une Demoiselle qui demandoit à l'Auteur quelle étoit la différence de l'amour au mariage.
Début :
DE l'amour à l'hymen telle est la différence, [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à une Demoiselle qui demandoit à l'Auteur quelle étoit la différence de l'amour au mariage.
RÉPONSE à une Demoiselle qui demandoit
à l'Auteur quelle étoit la
différence de l'amour au mariage.
DBE l'amour à l'hymen telle eft la différence ,
Que le premier finit quand le ſecond commence.
Par M. M. ...
à l'Auteur quelle étoit la
différence de l'amour au mariage.
DBE l'amour à l'hymen telle eft la différence ,
Que le premier finit quand le ſecond commence.
Par M. M. ...
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5
p. 13-19
TROISIÉME CARACTÉRE DU VRAI PHILOSOPHE. AMI FIDÉLE.
Début :
L'AMITIÉ fut toujours la compagne fidelle de la vertu, comme elle en est le [...]
Mots clefs :
Amitié, Vertu, Cœur, Plaisirs, Volupté, Considération, Honnête, Fortune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIÉME CARACTÉRE DU VRAI PHILOSOPHE. AMI FIDÉLE.
TROISIÈME CARACTÉRE
DU VRAI PHILOSOPHE
AMI FIDELE.
Virtutum amicitia , non vitiorum comes.
L'AMITIÉ
Ciceron.
' AMITIÉ fut toujours la compagne
fidelle de la vertu , comme elle en eft le
14 MERCURE DE FRANCE.
foutien & la récompenfe . Elle ne régne
jamais fur des coeurs vicieux , car l'amitié
qui n'eft autre chofe que la vertu
même , eft auffi oppofée au vice , que
la lumière aux ténébres. Pour fe convaincre
de cette vérité , il ne s'agit que
d'analyfer ce fentiment fi pur ; il ne s'agit
, dis-je , que de bien connoître l'amitié.
Préfent du Ciel * ! Doux charme des humains !
O divine amitié ! viens pénétrer nos âmes !
Les coeurs éclalfés de tes flammes
Avec des plaifirs purs n'ont que des jours fereins
C'eſt dans tes noeuds charmans que tout eft jouiffance
;
Le temps ajoute encore un luftre à ta beautés
L'amour te laiffe la conftance ;
Et tu ferois la volupté,
Si l'homme avoit fon innocence.
L'amitié eft un feu facré qui échauffe
& nourrit les coeurs vertueux ; c'eft un
lien précieux qui attache une âme à une
autre ; une douce fympathie fondée ordinairement
fur une parfaite conformité
d'humeur , de caractère & de fentimens ;
union d'autant plus folide qu'elle a pour
Monologue de CASTOR & POLLUX.
AOUST. 1763. IS
bafe la religion , l'honneur , l'èftime &
la confidération ; alliance fublime & refpectable
, elle tire tout fon éclat du mérite
& de la vertu . Volupté pure ! C'eſt
une forte d'yvreffe qui procure des
plaifirs que l'éloquence humaine ne peut
dignement exprimer , mais que le coeur
feul , qui en est fortement pénétré , fent
plus vivement. C'eft un commerce heureux
, où tout eft commun entre les Parties
contractantes ; mêmes plaifirs , mêmes
chagrins , mêmes confolations. Circonftances
douloureufes ! Evénemens
fàcheux ! O amitié ! que de larmes vos
mains généreufes n'ont - elles point éffuyées
? Votre coeur attendri fur nos
maux ; ces pleurs que vous verfez ; ce fein
toujours ouvert pour recevoir nos tendres
épanchemens ; ce fein , dis - je , le
plus cher confident de nos malheurs , le
dépofitaire facré de nos peines ... qui
ne fe fentiroit pas foulagé , lorfqu'on'
vous voit chargé du fardeau accablant
de nos propres, douleurs !
Pollicitifervare fidem , fanctumque vereri
Numen amicitiæ , mores , non munera amare.
Tels font les caractères de l'amitié.
Odivine amitié , fource du vrai bonheur , ]
Volupté pure , amour du Sage !
16 MERCURE DE FRANCE.
Viens échauffer mon efprit & mon coeur ,
Infpire , & prête-moi ton fublime langage !
Le coeur de l'honnête homme , de
P'homme vertueux eft le feul afyle digne.
de fixer le fejour de l'amitié ; parce qu'il
eft feul capable de remplir les devoirs.
qu'elle prefcrit. Familiarifé , pour ainfi
dire , avec la vertu , il faifit avec empref
fement tout ce qui favorife ce penchant
heureux qui le porte vers le bien &
l'honnête . Tout ce qui eft vertu a des
droits fur fon coeur ; l'amitié en lui découvrant
une fource de bonheur pour
lui -même , lui préfente les moyens de
contribuer à celui des autres. Elle ne
confifte pas dans les difcours , dans les
vaines proteftations de fervice , dans lesdémonſtrations
frivoles & ftériles ; les
amis de cette efpéce font les amis du
temps . Tâchons de peindre fidélement
ces indignes fimulachres; éffayons de dévoiler
leur fauffeté , pour éviter de tomber
dans leurs piéges.
Tymante , Courtiſan adulateur , initié
dans le mystère des Cours ; homme à
l'extérieur , ouvert , poli , prévenant , affectueux
, empreffé ; qui , fous les dehors
fardés de l'amitié la plus vive , vole audevant
de vous , vous accable de caref
AOUST. 1763 . 17
fes , s'offre à vous produire chez le Miniftre
, fe charge même de folliciter en
votre abfence ... Arifte,franc & honnête,
qui juge toujours favorablement d'autrui
; que fon goût décide à quitter un
féjour où l'ennui l'accable ; qui préfére
le repos & la tranquillité aux démar
ches fatiguantes ; qui connoît peu l'étiquette
des Cours , & la façon de fe
comporter auprès des Grands , confie
à Tymante fes intérêts les plus chers , fa
fortune , fon honneur & fa gloire ....
mais le temps va bientôt convaincre
Arifte de fon imprudence. Il n'obtient
rien , parce qu'on n'a rien demandé pour
lui ; fon abfence l'a fait oublier . Tyman
auffi fécond en prétextes , que faux
dans fes proteftations , fe plaît encore à
abufer le trop crédule Arifte. Il pouffe
même la fauffeté jufqu'à faire tomber
fur lui- même les grâces qu'il devoit folliciter
pour Arifte . De pareils monftres
devroient-ils porter le nom d'hommes ?
Et ne devroit- on pas pour perpétuer leur
infamie , en imprimer le figne fur leur
front ?
L'adverfité eft le creufet de l'amitié.
C'est alors que ce fentiment généreux
s'épure de tout alliage de politique &
d'intérêt. Ce n'eft que dans les circonf
18 MERCURE DE FRANCE.
tances critiques de la vie qu'on reconnoît
les véritables amis.
Eugène joignoit à la fortune la plus
brillante une naiffance diftinguée , & à
la décoration d'une des plus importantes
charges de l'Etat , la confidération
& l'eftime publique. Doué d'un mérite
rare & d'un naturel bienfaifant , il aimoit
à obliger moins par fafte que par
le feul plaifir du bienfait. Une foule
d'amis ou foi-difant tels s'empreffoient
de lui faire la cour. Eugéne avoit l'oreille
de fon Souverain . Les uns le
courtifoient par vanité : il eft du bon
ton dans le monde de pouvoir reclamer
dans l'occafion la connoiffance des
perfonnes illuftres & confidérées ; on
croit par-là acquerir de la confidération
parmi fes égaux , & s'attirer une forte
de refpect , de la part de fes inférieurs:
Les autres s'attachoient à Eugène par
intérêt , & ce n'étoit pas le plus petit
nombre. Eugène étoit l'homme du jour ,
le canal des grâces. Les Parafites inondoient
fa table ; fes propos étoient des
oracles ; des gens à talens lui confacroient
leurs veilles ; Eugène enfin étoit l'Idôle
du fiécle . Mais la Scène va changer.
Eugène avoit à la Cour un puiffant
Adverfaire qui éclairoit de près toutes
AOUST. 1763. 19
fes démarches. Eugène , un jour dans
un cercle de perfonnes qu'il avoit lieu de
croire fes amis , les ayant comblées de
fes bienfaits , Eugène , dis-je , témoin
d'une injuftice des plus criantes , & à
laquelle il n'avoit point participé , avoit
plaint le trifte fort de quelques malheureux
, facrifiés à d'indignes oppreffeurs .
On recueillit fes difcours ; on les envenima.
Eugène , quelques jours après eft
difgracié ; on le dépouille de fes charges
& de fa fortune ; un indigne concurrent
lui fuccéde , & quelques débris de fon
ancienne opulence lui laiffent à peine
dequoi vivre. Eugène alors reclame fes
amis ; il n'en rétrouve aucun ; on ne le
connoît plus ; fon mérite , fes talens &
fes vertus s'évanouiffent avec fa faveur; &
ceux qu'il avoit comblés de bienfaits ,
font les premiers à condamner fon imprudence
.
DU VRAI PHILOSOPHE
AMI FIDELE.
Virtutum amicitia , non vitiorum comes.
L'AMITIÉ
Ciceron.
' AMITIÉ fut toujours la compagne
fidelle de la vertu , comme elle en eft le
14 MERCURE DE FRANCE.
foutien & la récompenfe . Elle ne régne
jamais fur des coeurs vicieux , car l'amitié
qui n'eft autre chofe que la vertu
même , eft auffi oppofée au vice , que
la lumière aux ténébres. Pour fe convaincre
de cette vérité , il ne s'agit que
d'analyfer ce fentiment fi pur ; il ne s'agit
, dis-je , que de bien connoître l'amitié.
Préfent du Ciel * ! Doux charme des humains !
O divine amitié ! viens pénétrer nos âmes !
Les coeurs éclalfés de tes flammes
Avec des plaifirs purs n'ont que des jours fereins
C'eſt dans tes noeuds charmans que tout eft jouiffance
;
Le temps ajoute encore un luftre à ta beautés
L'amour te laiffe la conftance ;
Et tu ferois la volupté,
Si l'homme avoit fon innocence.
L'amitié eft un feu facré qui échauffe
& nourrit les coeurs vertueux ; c'eft un
lien précieux qui attache une âme à une
autre ; une douce fympathie fondée ordinairement
fur une parfaite conformité
d'humeur , de caractère & de fentimens ;
union d'autant plus folide qu'elle a pour
Monologue de CASTOR & POLLUX.
AOUST. 1763. IS
bafe la religion , l'honneur , l'èftime &
la confidération ; alliance fublime & refpectable
, elle tire tout fon éclat du mérite
& de la vertu . Volupté pure ! C'eſt
une forte d'yvreffe qui procure des
plaifirs que l'éloquence humaine ne peut
dignement exprimer , mais que le coeur
feul , qui en est fortement pénétré , fent
plus vivement. C'eft un commerce heureux
, où tout eft commun entre les Parties
contractantes ; mêmes plaifirs , mêmes
chagrins , mêmes confolations. Circonftances
douloureufes ! Evénemens
fàcheux ! O amitié ! que de larmes vos
mains généreufes n'ont - elles point éffuyées
? Votre coeur attendri fur nos
maux ; ces pleurs que vous verfez ; ce fein
toujours ouvert pour recevoir nos tendres
épanchemens ; ce fein , dis - je , le
plus cher confident de nos malheurs , le
dépofitaire facré de nos peines ... qui
ne fe fentiroit pas foulagé , lorfqu'on'
vous voit chargé du fardeau accablant
de nos propres, douleurs !
Pollicitifervare fidem , fanctumque vereri
Numen amicitiæ , mores , non munera amare.
Tels font les caractères de l'amitié.
Odivine amitié , fource du vrai bonheur , ]
Volupté pure , amour du Sage !
16 MERCURE DE FRANCE.
Viens échauffer mon efprit & mon coeur ,
Infpire , & prête-moi ton fublime langage !
Le coeur de l'honnête homme , de
P'homme vertueux eft le feul afyle digne.
de fixer le fejour de l'amitié ; parce qu'il
eft feul capable de remplir les devoirs.
qu'elle prefcrit. Familiarifé , pour ainfi
dire , avec la vertu , il faifit avec empref
fement tout ce qui favorife ce penchant
heureux qui le porte vers le bien &
l'honnête . Tout ce qui eft vertu a des
droits fur fon coeur ; l'amitié en lui découvrant
une fource de bonheur pour
lui -même , lui préfente les moyens de
contribuer à celui des autres. Elle ne
confifte pas dans les difcours , dans les
vaines proteftations de fervice , dans lesdémonſtrations
frivoles & ftériles ; les
amis de cette efpéce font les amis du
temps . Tâchons de peindre fidélement
ces indignes fimulachres; éffayons de dévoiler
leur fauffeté , pour éviter de tomber
dans leurs piéges.
Tymante , Courtiſan adulateur , initié
dans le mystère des Cours ; homme à
l'extérieur , ouvert , poli , prévenant , affectueux
, empreffé ; qui , fous les dehors
fardés de l'amitié la plus vive , vole audevant
de vous , vous accable de caref
AOUST. 1763 . 17
fes , s'offre à vous produire chez le Miniftre
, fe charge même de folliciter en
votre abfence ... Arifte,franc & honnête,
qui juge toujours favorablement d'autrui
; que fon goût décide à quitter un
féjour où l'ennui l'accable ; qui préfére
le repos & la tranquillité aux démar
ches fatiguantes ; qui connoît peu l'étiquette
des Cours , & la façon de fe
comporter auprès des Grands , confie
à Tymante fes intérêts les plus chers , fa
fortune , fon honneur & fa gloire ....
mais le temps va bientôt convaincre
Arifte de fon imprudence. Il n'obtient
rien , parce qu'on n'a rien demandé pour
lui ; fon abfence l'a fait oublier . Tyman
auffi fécond en prétextes , que faux
dans fes proteftations , fe plaît encore à
abufer le trop crédule Arifte. Il pouffe
même la fauffeté jufqu'à faire tomber
fur lui- même les grâces qu'il devoit folliciter
pour Arifte . De pareils monftres
devroient-ils porter le nom d'hommes ?
Et ne devroit- on pas pour perpétuer leur
infamie , en imprimer le figne fur leur
front ?
L'adverfité eft le creufet de l'amitié.
C'est alors que ce fentiment généreux
s'épure de tout alliage de politique &
d'intérêt. Ce n'eft que dans les circonf
18 MERCURE DE FRANCE.
tances critiques de la vie qu'on reconnoît
les véritables amis.
Eugène joignoit à la fortune la plus
brillante une naiffance diftinguée , & à
la décoration d'une des plus importantes
charges de l'Etat , la confidération
& l'eftime publique. Doué d'un mérite
rare & d'un naturel bienfaifant , il aimoit
à obliger moins par fafte que par
le feul plaifir du bienfait. Une foule
d'amis ou foi-difant tels s'empreffoient
de lui faire la cour. Eugéne avoit l'oreille
de fon Souverain . Les uns le
courtifoient par vanité : il eft du bon
ton dans le monde de pouvoir reclamer
dans l'occafion la connoiffance des
perfonnes illuftres & confidérées ; on
croit par-là acquerir de la confidération
parmi fes égaux , & s'attirer une forte
de refpect , de la part de fes inférieurs:
Les autres s'attachoient à Eugène par
intérêt , & ce n'étoit pas le plus petit
nombre. Eugène étoit l'homme du jour ,
le canal des grâces. Les Parafites inondoient
fa table ; fes propos étoient des
oracles ; des gens à talens lui confacroient
leurs veilles ; Eugène enfin étoit l'Idôle
du fiécle . Mais la Scène va changer.
Eugène avoit à la Cour un puiffant
Adverfaire qui éclairoit de près toutes
AOUST. 1763. 19
fes démarches. Eugène , un jour dans
un cercle de perfonnes qu'il avoit lieu de
croire fes amis , les ayant comblées de
fes bienfaits , Eugène , dis-je , témoin
d'une injuftice des plus criantes , & à
laquelle il n'avoit point participé , avoit
plaint le trifte fort de quelques malheureux
, facrifiés à d'indignes oppreffeurs .
On recueillit fes difcours ; on les envenima.
Eugène , quelques jours après eft
difgracié ; on le dépouille de fes charges
& de fa fortune ; un indigne concurrent
lui fuccéde , & quelques débris de fon
ancienne opulence lui laiffent à peine
dequoi vivre. Eugène alors reclame fes
amis ; il n'en rétrouve aucun ; on ne le
connoît plus ; fon mérite , fes talens &
fes vertus s'évanouiffent avec fa faveur; &
ceux qu'il avoit comblés de bienfaits ,
font les premiers à condamner fon imprudence
.
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6
p. 19-20
LES AMIS DU SIÉCLE, FABLE.
Début :
CERTAIN Arbre chargé de fruits [...]
Mots clefs :
Amis, Fruits, Confiance, Vertu, Amitié, Dérèglement, Intérêt, Raison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES AMIS DU SIÉCLE, FABLE.
LES AMIS DU SIÈCLE ,
FABLE.
CERTAIN Arbre chargé de fruits
Se croyoit le plus beau de tout le voisinage ;
Il s'eftimoit d'un fi grand prix
Qu'aux fiens il tenoit ce langage :
Mes amis , difoit- il , le foir & le matin
20 MERCURE DE FRANCE .
» On vient me vifiter ; le Maître & fa famille
» Veillent fans ceffe à mon deftin.
»La nuit fouvent je fuis courtifé par la fille.
Le pauvre Sot reconnut fon erreur ;
Dépouillé de fes fruits il ne vit plus fon Maître..
On fourmille d'amis , quand on eft en faveur
Dans la difgrace on les voit difparaître.
Les vrais amis font rares , parce qu'il
eft peu d'hommes vertueux. On trouvè
cependant encore de ces amis fincères, de
ces vrais Philofophes, qui renfermés dans
le cercle étroit d'un petit nombre d'amis,
fe témoignent une confiance réciproque,
fe communiquent leurs fumières, fe foutiennent
par leurs confeils , tendent au
même but , & fe portent à l'amour du
bien & à la pratique de la vertu . La
véritable amitié eft fondée fur la confiance
, l'eftime & la vertu . Toute liaifon
fondée fur le déréglement & l'intérêt
, n'eft qu'une amitié fauffe , que
le temps , l'abfence & la Raifon détruiſent.
FABLE.
CERTAIN Arbre chargé de fruits
Se croyoit le plus beau de tout le voisinage ;
Il s'eftimoit d'un fi grand prix
Qu'aux fiens il tenoit ce langage :
Mes amis , difoit- il , le foir & le matin
20 MERCURE DE FRANCE .
» On vient me vifiter ; le Maître & fa famille
» Veillent fans ceffe à mon deftin.
»La nuit fouvent je fuis courtifé par la fille.
Le pauvre Sot reconnut fon erreur ;
Dépouillé de fes fruits il ne vit plus fon Maître..
On fourmille d'amis , quand on eft en faveur
Dans la difgrace on les voit difparaître.
Les vrais amis font rares , parce qu'il
eft peu d'hommes vertueux. On trouvè
cependant encore de ces amis fincères, de
ces vrais Philofophes, qui renfermés dans
le cercle étroit d'un petit nombre d'amis,
fe témoignent une confiance réciproque,
fe communiquent leurs fumières, fe foutiennent
par leurs confeils , tendent au
même but , & fe portent à l'amour du
bien & à la pratique de la vertu . La
véritable amitié eft fondée fur la confiance
, l'eftime & la vertu . Toute liaifon
fondée fur le déréglement & l'intérêt
, n'eft qu'une amitié fauffe , que
le temps , l'abfence & la Raifon détruiſent.
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7
p. 20-22
FRAGMENT d'une Lettre pour servir de justification à un ami outragé.
Début :
Insulter au malheur des autres, c'est mettre le comble à l'inhumanité. Tel est [...]
Mots clefs :
Ennemis, Détruire, Preuves, Perfides, Gloire, Intérêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FRAGMENT d'une Lettre pour servir de justification à un ami outragé.
FRAGMENT d'une Lettre pour fervir
de juftification à un ami outrage.
Infulter au malheur des autres , c'est
mettre le comble à l'inhumanité. Tel eft
AOUST. 1763. 21
le caractère vil & méprifable de ces
monftres qui n'approchent les Grands
que pour accabler l'innocence & la diffamer.
Telle eft la coupable intention
de ceux s'efforcent de détruire un pris
de vous , Monfieur , les impreffions :
heureufes du mérite & des vertus de
l'infortuné Eugene , qu'on veut noircir
dans votre efprit & bannir de vot
coeur ; un homme qui a fait fes preuves
du zéle & de l'attachement le plus inviolable
; qui a foutenu dans tous les temps
les intérêts de votre gloire ; un homme
qui n'a des ennemis que parce qu'il vous
aime & qu'il eft honnête homme ; qui
ne parla jamais de vous qu'avec attendriffement
; qui s'eft facrifié pour vous ;
qui le feroit encore ; & qui défie fes
ennemis de le convaincre de leurs perfides
imputations.
Fermez doncs Monfieur , fermez la
bouche à fes perfides ennemis par un
témoignage authentique & public de
votre eftime , par des preuves éclatantes
de vos bontés. Plus il eft malheureux
plus il eft digne de la juftice qui lui eſt
due. Seriez-vous le dernier à la lui ren
dre ?
Je n'entreprendrai point de décrier &
de détruire fes ennemis ; je les livre à
22 MERCURE DE FRANCE.
leurs remords : je ne veux que juſtifier
mon ami ; & fi vous êtes jufte , vous
m'en applaudirez .
DAGUES DE CLAIR FONTAINES,
de juftification à un ami outrage.
Infulter au malheur des autres , c'est
mettre le comble à l'inhumanité. Tel eft
AOUST. 1763. 21
le caractère vil & méprifable de ces
monftres qui n'approchent les Grands
que pour accabler l'innocence & la diffamer.
Telle eft la coupable intention
de ceux s'efforcent de détruire un pris
de vous , Monfieur , les impreffions :
heureufes du mérite & des vertus de
l'infortuné Eugene , qu'on veut noircir
dans votre efprit & bannir de vot
coeur ; un homme qui a fait fes preuves
du zéle & de l'attachement le plus inviolable
; qui a foutenu dans tous les temps
les intérêts de votre gloire ; un homme
qui n'a des ennemis que parce qu'il vous
aime & qu'il eft honnête homme ; qui
ne parla jamais de vous qu'avec attendriffement
; qui s'eft facrifié pour vous ;
qui le feroit encore ; & qui défie fes
ennemis de le convaincre de leurs perfides
imputations.
Fermez doncs Monfieur , fermez la
bouche à fes perfides ennemis par un
témoignage authentique & public de
votre eftime , par des preuves éclatantes
de vos bontés. Plus il eft malheureux
plus il eft digne de la juftice qui lui eſt
due. Seriez-vous le dernier à la lui ren
dre ?
Je n'entreprendrai point de décrier &
de détruire fes ennemis ; je les livre à
22 MERCURE DE FRANCE.
leurs remords : je ne veux que juſtifier
mon ami ; & fi vous êtes jufte , vous
m'en applaudirez .
DAGUES DE CLAIR FONTAINES,
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8
p. 22
A Madame D ***.
Début :
DES maux apportés par Pandore [...]
Mots clefs :
Maux, Amour, Aurore, Apanage, Enfant, Visage, Outrage, Attraits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madame D ***.
A Madame D ***
Es maux apportés par Pandore
Vous fubites les plus cruels ;
L'amour qui craint pour ſes Autels ,
De vos jours ranima l'aurore.
Faite pour plaire & pour charmer .
Le Dieu , le Monarque & le Sage,
Daignez auffi favoir aimer ;
C'eſt votre plus bel appanage.
L'amour est un enfant charmant ,
La vie & l'âme de votre âge.
C'eſt peu qu'en donner ſeulement ;
C'eft beaucoup quand on le partage.
Lui- même il détourna les traits
De ce mal craint d'un beau vifage :
Hélas ! ne l'oubliez jamais ;
Ce n'eft point en vain qu'on l'outrage.
Vous lui devez tous vos attraits ;
Il a des droits fur fon ouvrage ,
Par M. le Marquis de V ***.
Es maux apportés par Pandore
Vous fubites les plus cruels ;
L'amour qui craint pour ſes Autels ,
De vos jours ranima l'aurore.
Faite pour plaire & pour charmer .
Le Dieu , le Monarque & le Sage,
Daignez auffi favoir aimer ;
C'eſt votre plus bel appanage.
L'amour est un enfant charmant ,
La vie & l'âme de votre âge.
C'eſt peu qu'en donner ſeulement ;
C'eft beaucoup quand on le partage.
Lui- même il détourna les traits
De ce mal craint d'un beau vifage :
Hélas ! ne l'oubliez jamais ;
Ce n'eft point en vain qu'on l'outrage.
Vous lui devez tous vos attraits ;
Il a des droits fur fon ouvrage ,
Par M. le Marquis de V ***.
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9
p. 23
PORTRAIT de Madame de P**.
Début :
JOINDRE aux grâces de la figure [...]
Mots clefs :
Portrait, Grâces, Sentiment, Ornement, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT de Madame de P**.
PORTRAIT de Madame de P **.
JOINDRE aux grâces de la figure
Le charme vrai du Sentiment :
Paré des mains de la Nature ,
Méprifer tout autre ornement i
D'une volupté douce & pure
Céder au tendre mouvement
Si l'on vouloit fidélement
D'Eglé nous tracer la peinture ,
Pourroit-on la rendre autrement ?
Par M. de S ***.
JOINDRE aux grâces de la figure
Le charme vrai du Sentiment :
Paré des mains de la Nature ,
Méprifer tout autre ornement i
D'une volupté douce & pure
Céder au tendre mouvement
Si l'on vouloit fidélement
D'Eglé nous tracer la peinture ,
Pourroit-on la rendre autrement ?
Par M. de S ***.
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10
p. 23-30
LES TOMBEAUX, ODE.
Début :
ENTRONS sous ces voutes antiques ; [...]
Mots clefs :
Affreux, Ombres, Tombeaux, Images, Parois, Fantômes, Imagination, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES TOMBEAUX, ODE.
LES TOMBEAUX ,
O. D. E.
ENTRONS fous ces voutes antiques ;
Lieux confacrés à la terreur.
Déferts affreux , fombres portiques ,
Pénétrez mon ame d'horreur !
C'eſt ton fouffle que je refpire ,
Mort , viens toi- même , prends ma lyre ,
J'attends ton inſpiration !-
Deïté des fombres rivages ,
Rempliffez de triftes images
Ma nore imagination.
24 MERCURE DE FRANCE.
+
Ciel ! quelles épaiſſes ténébres ,
• Regnent dans cet affreux cahos ,
Je ne vois qu'images funébres ,
Je n'apperçois que des tombeaux !
Fuyons ...fuis-je au fein du Ténare? ...
Ah! laiffe-moi, terreur barbare ,
Laiffe enfin refpirer mes fens ...
Mais non ... que l'horreur du Cocyte ,
Pénétre mon âme interdite ,
Et refpire dans mes accens.
Dans cette région terrible ,
Je vois les gouffres entrouverts ,
Ces antres où la Parque horrible
Traça la route des Enfers.
Du fond de ces tombes affreuſes ,
Sortez , fortez , ombres fameuſes ,
Reparoiffez à mes regards ? ...
Soufflez fur leur cendre flétrie ,
Ranimez- les Efprit de vie ,
Raflemblez leurs membres épars.
Qu'entends-je fur ces fombres rives,
Quelslugubres gémiſſemens ? ...
Ah ! je vois ces ombres plaintives
Sortir du creux des monumens.
Je vois leur troupe enſanglantée
Errer , & la terre humectée ,
Semble
AOUST. 1763. 250
Semble s'abreuver de leur fang .
Près de cette tombe fatale ,
Je vois le Héros de Pharfale
Avec un poignard dans le flanc !
Là Caron , l'exemple de Rome ,
Semble braver l'adverfité ,
Je crois voir encor ce grand homme,
Tomber avec la liberté ;
Je vois les entrailles fumantes ,
Que déchirent les mains fanglantes.
Je vois le foutien du Sénat ,
L'illuftre & malheureux Pompée ,
Héros dont la valeur trompée,
Tomba fous un lâche attcntat.
Quel objet affreux , quel phantôme
Marche fur les pas de Sylla ? ...
C'eſt l'odieux fleau de Rome ,
Le furieux Catilina.
Mort, dérobe-moi fon image ...
Je lis encor fur fon viſage.
Les traces de fa cruauté ...
Tombez , tombez , rochers énormes ,
Couvrez de vos débris informes
Ce monftre de l'humanité.
Parois à fha vue étonnée ,
Jouer infortuné du ſort ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Edipe , quoi ta deſtinée
Te pourfuit- elle après la mort ›
Ciel ! je vois fa main déchirée,.
De fa paupière maffacrée
Arracher les reftes ſanglans.
Les mânes des Thébains frémiſſent ,
Et ces rivages retentiffent
De leurs triſtes gémiſſemens.
Fuyez , images trop affreufes ..
Paroiffez illuftres Romains ,
Yous dont les âmes vertueuſes
Firent le bonheur des humains ;
Venez Trajan & Marc- Aurelle ,
Et toi dont la gloire immortelle
Doit fon éclat à tes vertus ,
Scipion yainqueur magnanime ,
Parois , & vous âme fublime ,
Généreux & tendre Titus,
Exempte du commun naufrage,
Oùvont fe perdre nos inſtans ,
La vertu ne craint point l'outrage
De la faulx rapide des temps ;
Après le fonge de la vie ,
Elle n'eft point anéantie.
Le trépas fixe fon deftin !
Non, mort , non , tu n'es point terribles
Je te verrois d'un ceil paifible ....
Tombeaux , ouvrez-moi votre fein !
A O UST. 1763 . 27
Puifque tous dans la même barque
Nous pafferons le fombre bord ,
Que m'importe-t-il que lá parqué
Avance ou retarde ma mort ?
Dans la profpérité riante ,
Du trépas la Faulx menaçante.
Nous paroît un objet affreux ;
Mais dans le fein de la difgrace ,
La mort hélas , ne nous retrace
Que la fin d'un fort malheureux.
A peine a-t-on vu la lumière ,
Qu'après ce douloureux mom ent
Il faut rentrer dans la pouffière,
Et dans l'oubli du monument..
O mort ! fi tel eft ton Empire
(
Et puifque tout ce qui refpire
Doit fuivre aveuglément tes pas ,
Tu n'es affreufe qu'au vulgaire ;
Viens me rendre au ſein de la Tèrre,
Frappe...Je ne recule pas....
Mais quelle puiffance m'entraîne
Loin de ces objets effrayans ? ..
Est -ce une illufion foudaine
Qui vient s'emparer de mes fens
Volé-je vers une autre Terre ? Defog
Un jour plus radieux m'éclaire { sto
Eft-ce un rêve délicieux nos olet •
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Non , ce n'eft point un vain délire !
Je fuis defcendu , dans l'empire
Où régnent les mânes heureux.
Quelles ombres majestueuſes
Errant au fond de ces vallons
Sur des lyres harmonieuſes
Méditent de doctes chansons ?
Toi que le monde entier révère
Je t'apperçois, divin Homère ,
Vêtu d'une robbe d'argent .
Deux Cignes déployant leurs aîles,
Vers les demeures immortelles
Traînent fon char étincelant.
Et toi dont la mufe facile
Soupiroit d'un ton fi touchant ,
Parois ici , tendre Virgile,
Divinité du Sentiment...
Il vient brillant comme l'aurore ,
t
Et d'une main il tient encore
Le foudre puiffant des Céfars ;
De l'autre il porte la houlette,
Et mêle au fon de fa muferte
Le terrible clairon de Mars,
Eft-ce le Dieu de l'harmonie
Qui rend ces magiques accords?
C'eft Pindare , enfant du génie,
Je le connois à fes tranfports.
AOUST. 1763: 29
"
Pouffé par le Dieu qui l'infpire ,
Súr fa mélodieufe lyre
Je le vois promener les doigts ;
A travers la noble pouffière ,
Il femble encor dans la carrière
Animer un char de fa voix.
O toi , victime de l'envie.
Ovide , chantre ingénieux ,.
Hélas ! ce monftre fur ta vie :
Répandit fon fiel dangereux ! ...
Vengez- le , noires Euménides ,
Venez de vos mains homicides
Déchirer ce ſpectre hideux ;
Enfer , reçois-le dans ton gouffre,
Engloutis dans un feu de fouffre ,
Ce perfécuteur odieux 1
Ici Properce , ici Tibulle,
Chantent encore les plaifirs.
Là du Luth galant de Catulle,
L'écho répéte les foupirs.
Je les vois dans le char des graces ,
Entraîner encor fur leurs traces ,
Les Héros & même les Dieux.
Horace d'une main hardie
Touchant la Lyre d'Aufonie,
Rend des fons plus majeſtueux.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
Je veux vous fuivre , ombres charmantes.
Ah ! j'envie un fort auffi doux...
Déja dans ces plaines riantes ,
Je crois errer auprès de vous.
Daignez recevoir mes hommages!
Affis dans ces heureux boccages ,
Je méditerai vós concerts ,
Ainfi s'élevant de fonaire ,
L'aiglon fous l'aile de fa mère ,
Apprend à planer dans les airs.
Vous fuyez, aimables phantômes....
N'eft-ce donc qu'un charme trompeur ?
Ah! tels fons les plaifirs des hommes ?
Ce n'est qu'une agréable erreur
Te n'embraffe plus qu'un nuage..
Imagination volage ,
Tu féduis mon facile coeur.
Faut- il que ce ne foit qu'un fonge ...
Mais j'ai jaui d'un doux menfonge ,
Et c'est là tout notre bonheur.
BRUNEAU , G. à Châteaurenault , 20 Juin 1763.
O. D. E.
ENTRONS fous ces voutes antiques ;
Lieux confacrés à la terreur.
Déferts affreux , fombres portiques ,
Pénétrez mon ame d'horreur !
C'eſt ton fouffle que je refpire ,
Mort , viens toi- même , prends ma lyre ,
J'attends ton inſpiration !-
Deïté des fombres rivages ,
Rempliffez de triftes images
Ma nore imagination.
24 MERCURE DE FRANCE.
+
Ciel ! quelles épaiſſes ténébres ,
• Regnent dans cet affreux cahos ,
Je ne vois qu'images funébres ,
Je n'apperçois que des tombeaux !
Fuyons ...fuis-je au fein du Ténare? ...
Ah! laiffe-moi, terreur barbare ,
Laiffe enfin refpirer mes fens ...
Mais non ... que l'horreur du Cocyte ,
Pénétre mon âme interdite ,
Et refpire dans mes accens.
Dans cette région terrible ,
Je vois les gouffres entrouverts ,
Ces antres où la Parque horrible
Traça la route des Enfers.
Du fond de ces tombes affreuſes ,
Sortez , fortez , ombres fameuſes ,
Reparoiffez à mes regards ? ...
Soufflez fur leur cendre flétrie ,
Ranimez- les Efprit de vie ,
Raflemblez leurs membres épars.
Qu'entends-je fur ces fombres rives,
Quelslugubres gémiſſemens ? ...
Ah ! je vois ces ombres plaintives
Sortir du creux des monumens.
Je vois leur troupe enſanglantée
Errer , & la terre humectée ,
Semble
AOUST. 1763. 250
Semble s'abreuver de leur fang .
Près de cette tombe fatale ,
Je vois le Héros de Pharfale
Avec un poignard dans le flanc !
Là Caron , l'exemple de Rome ,
Semble braver l'adverfité ,
Je crois voir encor ce grand homme,
Tomber avec la liberté ;
Je vois les entrailles fumantes ,
Que déchirent les mains fanglantes.
Je vois le foutien du Sénat ,
L'illuftre & malheureux Pompée ,
Héros dont la valeur trompée,
Tomba fous un lâche attcntat.
Quel objet affreux , quel phantôme
Marche fur les pas de Sylla ? ...
C'eſt l'odieux fleau de Rome ,
Le furieux Catilina.
Mort, dérobe-moi fon image ...
Je lis encor fur fon viſage.
Les traces de fa cruauté ...
Tombez , tombez , rochers énormes ,
Couvrez de vos débris informes
Ce monftre de l'humanité.
Parois à fha vue étonnée ,
Jouer infortuné du ſort ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Edipe , quoi ta deſtinée
Te pourfuit- elle après la mort ›
Ciel ! je vois fa main déchirée,.
De fa paupière maffacrée
Arracher les reftes ſanglans.
Les mânes des Thébains frémiſſent ,
Et ces rivages retentiffent
De leurs triſtes gémiſſemens.
Fuyez , images trop affreufes ..
Paroiffez illuftres Romains ,
Yous dont les âmes vertueuſes
Firent le bonheur des humains ;
Venez Trajan & Marc- Aurelle ,
Et toi dont la gloire immortelle
Doit fon éclat à tes vertus ,
Scipion yainqueur magnanime ,
Parois , & vous âme fublime ,
Généreux & tendre Titus,
Exempte du commun naufrage,
Oùvont fe perdre nos inſtans ,
La vertu ne craint point l'outrage
De la faulx rapide des temps ;
Après le fonge de la vie ,
Elle n'eft point anéantie.
Le trépas fixe fon deftin !
Non, mort , non , tu n'es point terribles
Je te verrois d'un ceil paifible ....
Tombeaux , ouvrez-moi votre fein !
A O UST. 1763 . 27
Puifque tous dans la même barque
Nous pafferons le fombre bord ,
Que m'importe-t-il que lá parqué
Avance ou retarde ma mort ?
Dans la profpérité riante ,
Du trépas la Faulx menaçante.
Nous paroît un objet affreux ;
Mais dans le fein de la difgrace ,
La mort hélas , ne nous retrace
Que la fin d'un fort malheureux.
A peine a-t-on vu la lumière ,
Qu'après ce douloureux mom ent
Il faut rentrer dans la pouffière,
Et dans l'oubli du monument..
O mort ! fi tel eft ton Empire
(
Et puifque tout ce qui refpire
Doit fuivre aveuglément tes pas ,
Tu n'es affreufe qu'au vulgaire ;
Viens me rendre au ſein de la Tèrre,
Frappe...Je ne recule pas....
Mais quelle puiffance m'entraîne
Loin de ces objets effrayans ? ..
Est -ce une illufion foudaine
Qui vient s'emparer de mes fens
Volé-je vers une autre Terre ? Defog
Un jour plus radieux m'éclaire { sto
Eft-ce un rêve délicieux nos olet •
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Non , ce n'eft point un vain délire !
Je fuis defcendu , dans l'empire
Où régnent les mânes heureux.
Quelles ombres majestueuſes
Errant au fond de ces vallons
Sur des lyres harmonieuſes
Méditent de doctes chansons ?
Toi que le monde entier révère
Je t'apperçois, divin Homère ,
Vêtu d'une robbe d'argent .
Deux Cignes déployant leurs aîles,
Vers les demeures immortelles
Traînent fon char étincelant.
Et toi dont la mufe facile
Soupiroit d'un ton fi touchant ,
Parois ici , tendre Virgile,
Divinité du Sentiment...
Il vient brillant comme l'aurore ,
t
Et d'une main il tient encore
Le foudre puiffant des Céfars ;
De l'autre il porte la houlette,
Et mêle au fon de fa muferte
Le terrible clairon de Mars,
Eft-ce le Dieu de l'harmonie
Qui rend ces magiques accords?
C'eft Pindare , enfant du génie,
Je le connois à fes tranfports.
AOUST. 1763: 29
"
Pouffé par le Dieu qui l'infpire ,
Súr fa mélodieufe lyre
Je le vois promener les doigts ;
A travers la noble pouffière ,
Il femble encor dans la carrière
Animer un char de fa voix.
O toi , victime de l'envie.
Ovide , chantre ingénieux ,.
Hélas ! ce monftre fur ta vie :
Répandit fon fiel dangereux ! ...
Vengez- le , noires Euménides ,
Venez de vos mains homicides
Déchirer ce ſpectre hideux ;
Enfer , reçois-le dans ton gouffre,
Engloutis dans un feu de fouffre ,
Ce perfécuteur odieux 1
Ici Properce , ici Tibulle,
Chantent encore les plaifirs.
Là du Luth galant de Catulle,
L'écho répéte les foupirs.
Je les vois dans le char des graces ,
Entraîner encor fur leurs traces ,
Les Héros & même les Dieux.
Horace d'une main hardie
Touchant la Lyre d'Aufonie,
Rend des fons plus majeſtueux.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
Je veux vous fuivre , ombres charmantes.
Ah ! j'envie un fort auffi doux...
Déja dans ces plaines riantes ,
Je crois errer auprès de vous.
Daignez recevoir mes hommages!
Affis dans ces heureux boccages ,
Je méditerai vós concerts ,
Ainfi s'élevant de fonaire ,
L'aiglon fous l'aile de fa mère ,
Apprend à planer dans les airs.
Vous fuyez, aimables phantômes....
N'eft-ce donc qu'un charme trompeur ?
Ah! tels fons les plaifirs des hommes ?
Ce n'est qu'une agréable erreur
Te n'embraffe plus qu'un nuage..
Imagination volage ,
Tu féduis mon facile coeur.
Faut- il que ce ne foit qu'un fonge ...
Mais j'ai jaui d'un doux menfonge ,
Et c'est là tout notre bonheur.
BRUNEAU , G. à Châteaurenault , 20 Juin 1763.
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11
p. 31
LE FINANCIER, FABLE.
Début :
NÉCESSITÉ n'a point de loi. [...]
Mots clefs :
Financier, Nécessité, Emploi, Talent, Chance, Opulence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE FINANCIER, FABLE.
LE
FINANCIER ,
FABLE.
NECESSITÉ n'a point de loi.
Certain manant dans la Finance
Accrocha n'aguere un emploi ;
Il n'eft talent de plus heureuſe chance ;
En moins de rien il fut dans l'opulence ;
Sur les moyens on garde le filence...
Néceffité n'a point de loi.
FINANCIER ,
FABLE.
NECESSITÉ n'a point de loi.
Certain manant dans la Finance
Accrocha n'aguere un emploi ;
Il n'eft talent de plus heureuſe chance ;
En moins de rien il fut dans l'opulence ;
Sur les moyens on garde le filence...
Néceffité n'a point de loi.
Fermer
12
p. 31-56
L'ÉTONNEMENT RÉCIPROQUE. NOUVELLE ORIENTALE.
Début :
CHAQUE Peuple a ses usages particuliers, les croit excellens, & trouve [...]
Mots clefs :
Vieillard, Gouverneur, Usage, Amour, Perse, Étonnement, Réciproque, Bonheur, Asile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ÉTONNEMENT RÉCIPROQUE. NOUVELLE ORIENTALE.
L'ÉTONNEMENT RÉCIPROQUE,
NOUVELLE ORIENTALE,
CHAQUE Peuple a fes uſages particuliers
, les croit excellens , & trouve
bifarres ceux des autres Nations , qui ,
de leur côté , lui rendent bien la pareille.
On a peint Démocrite occupé à rire des
défauts de fes femblables ; on pourroit
repréfenter chaque Nation occupée à
fe moquer de toutes les autres . Le climat
& la politique influent fur cette prévention
réciproque. Peut-être même eft -il
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
néceffaire que l'Habitant de la Nigritie
éprouve à l'afpe&t d'un Européen la
même répugnance qu'il infpire à ce dernier;
que l'Iroquois s'applaudiffe de ſa
rufticité & le Chinois de fes révérences ;
que l'Italien foit rufé , l'Allemand fimple
, l'Eſpagnol grave , le François gai ,
l'Anglois fombre , le Hollandois plus
fage & plus fin qu'eux tous. Prèfque
toujours le jeu d'une machine dépend de
l'oppofition de fes parties & l'éclat d'un
tableau de la variété de fes couleurs.
L'exceffive liberté dont jouiffent les
femmes parmi nous a fes inconvéniens ;
mais ils ne méritent pas qu'on préfére de
trouver en elles des efclaves au lieu de
compagnes. Ajoutez que toutes les précautions
afiatiques ne font pas toujours
efficaces. Il feroit, cependant , bien difficile
de les porter plus loin . Une femme,
dans tout l'Orient & furtout en Perfè ,
n'eft vifible que pour fon mari ; une fille
, ne l'eft pour aucun homme , pas même
pour celui qui l'époufe. Ce n'eft , dis-je,
qu'après en avoir fait fa femme , qu'il
peut juger de fa laideur ou de fa beauté.
De-là naît pour l'ordinaire d'un & d'autre
côté une furpriſe agréable ou douloureufe.
Voici un exemple où l'étonnement
fut extrême des deux parts.
AOUST. 1763 . 33
-
Un vieillard Perfan , noble d'origine ,
mais déchu d'une haute fortune , habitoit
une demeure ifolée & de la plus modefte
apparence. Là fe trouvoient en
même temps la femme & la fille de fon
fils unique. Pour ce dernier , il fervoit
dans l'armée Perfanne , en qualité d'Officier
très fubalterne & fous un nom
emprunté. Celui que portoit fon père
dans fa retraite l'étoit également ! Des
raifons de politique & de prudence les
obligeoient d'en ufer ainfi l'un & l'autre.
Tous deux avoient encouru la difgrace
du Souverain fans l'avoir méritée , &
tous deux attendoient que l'inconftance
de la Cour & des événemens leur rendît
ce qu'elle leur avoit fait perdre.
Aboutaher ( c'eft le nom fuppofé du
Vieillard ) ne jouit même pas d'un entier
repos dans fa folitude. A la Cour un
Grand eft exposé aux bourafques : en
Province un homme obfcur l'eſt encore
plus aux vexations. Aboutaher en avoit
déja effayé plus d'une de la part du Be
gler- Beg , ou Gouverneur de Ba& rianne;
& pour furcroît d'affliction , il fe vit
forcé d'aller s'en plaindre à lui- même. Il
attendoit peu de fuccès d'une pareille
démarche. N'ai - je pas , difoit-il chemin
faifant, n'ai je pas moi - même été Bégle-
By
34 MERCURE DE FRANCE .
Beg ? N'ai- je pas cherché à faire le bien
du Prince & des Sujets ? Nai - je pas été
équitable ? N'ai -je pas été déplacé ? Eftil
jufte d'exiger que le Gouverneur de la
Bactrianne fe moule fur une conduite
qui m'a fi peu réuffi ?
Il n'étoit plus qu'à deux lieues de la
réfidence de ce Commandant , lorsqu'il
fut abordé par un Coulomcha , ou Meffager
du Roi de Perfe . Un Coulomcha
n'eft pas unfimple courier : c'eft un jeune
homme de diftinction attaché à la
perfonne du Monarque , à - peu - près
fur le même pied qu'un Gentilhomme
ordinaire l'eft en France. Ces fortes de
Meffagers ne font jamais chargés que de
commiffions graves : mais une circonftance
rend cet emploi très-pénible. C'eft
qu'en Perfe , où l'on prétend que les
Poltes furent inftituées par Cyrus , il ne
refte aucunes traces de cette inftitution.
Il eft vrai que dans ce pays un Meffager
Royal eft autorifé à démonter les
paffans qu'il rencontre . Le Coulomcha
dont il s'agit avoit ufé plus d'une fois de
fon privilége depuis fon départ d'Hifpahan
. Mais il étoit à pied lorfqu'il joignit
Aboutaher qui montoit un fort bon cheval
arabe . Le fage vieillard voulut en
defcendre. Il avoit reconnu d'abord
AOUST. 1763. 35
T'emploi du jeune Gentilhomme à fon
éxterieur ; il alloit céder à l'ufage. Le
Coulomcha l'ayant fixé , lui trouva l'air fi
vénérable & fi impofant , qu'il fe fentit
ému de refpect. Non , lui dit-il , mon
pére , non je n'uferai point contre vous
d'un privilége tyrannique. Ce feroit
joindre la barbarie à l'injustice. Daignez
feulement fatisfaire ma curiofité. Habitez-
vous la Ville prochaine , où quelques
affaires vous y conduifent- elles ?
Je pofféde fi peu de chofe , reprit le vieillard
, queje devrois être exempt de toute
efpéce d'affaires. Cependant , le peu qui
m'appartient m'eft envié. Un dévot , qui
me hait , & qui peut tout fur l'efprit du
Gouverneur , prétend me dépouiller de
mon foible patrimoine fours prétexte d'y
faire conſtruire un Hôpital en faveur des
pauvres de ce canton . Le principal dédommagement
qui m'eft offert feroit d'y
être admis comme les autres.... Voilà
une abominable injuſtice , interrompit le
jeune Perfan ;je vous jure par le gendre
du Prophête , qu'elle ne fera point effectuée
. J'ai quelque crédit auprès du Gouverneur
, & d'ailleurs , j'ai un moyen
sûr pour m'en faire écouter . Soyez perfuadé
que votre Adverfaire ne fera point
preuve de charité à vos dépens .
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Ils porterent la converfation beaucoup
plus loin , & elle les conduifit jufqu'à
la réfidence du Bégler-beg. A peine le
Coulomcha fe fut-il acquitté de fa principale
commiffion qu'il s'occupa des intérêts
d'Aboutaher. Il le préfenta au
Gouverneur qui parut ne l'écouter
qu'avec peine , ajoutant qu'un homme
auffi pieux que l'étoit fon adverfaire ,
ne pouvoit avoir que des vues louables.
Ce Gouverneur fe piquoit lui-même de
dévotion autant que d'avarice. Il n'ordonnoit
jamais de concuffions que l'alcoran
à la main .
Le jeune Perfan , qui le connoiffoit ,
fit figne au vieillard ne pas infifter . Celui
- ci fe retira comme ils en étoient
convenus. Alors Séfi , c'eft le nom du
Coulomcha , réitera fes inftances auprès
du Gouverneur , & en vint à l'argument
"qu'il fçavoit bien devoir être décifif. II
lui revenoit , felon l'ufage , un préſent
confidérable pour fa courfe , & c'étoit
au Bégler - beg à lui faire ce préfent.
Il lui fit entendre qu'il y renonceroit
volontiers fi Aboutaher obtenoit juſtice.
L'avare Gouverneur faifit avidement
cette propofition . Il décida qu'en effet
le dévot Mufulman portoit le zéle un
peu trop loin. Aboutaher fut maintenu
AOUST. 1763. 37
dans ce qu'il poffédoit , & le Bégler-beg
y eût même ajouté quelques poffeffions
d'autrui , fi on l'eût exigé.
Séfi courut rejoindre fon protégé qui
l'engagea à venir au moins vifiter l'hermitage
qu'il lui confervoit. Le jeune
Perfan y confentit , n'ayant nul motif
de preffer fon retour à Ifpahan. Ils partent
deux jours après , & au bout d'environ
douze heures de marche , ils touchoient
à l'habitation du vieillard . Ce dernier
en faifoit un modefte détail à Séfi , &
le prioit de mettre à l'écart toute idée
de magnificence , & de fomptuofité.
Mais quelle fut la défolation d'Aboutaher
, en voyant tout-à - coup une partie
de fa maifon en flammes ? Ah ,
chere Fatime ! Ah , chere Péhri ! s'écriat-
il , qu'allez -vous devenir ? Qui vous
arrachera au péril qui vous menace ?
Hélas ! peut -être en êtes-vous déja les
victimes ?
Séfi ne lui demanda point ce que
fignifioit ce difcours . Il part avec toute
la vîteffe du cheval qu'il montoit , arrive
en un inftant à la demeure du vieillard
, & trouve un Efclave qui fe défefpéroit.
Il entend des cris lamentables
& qui fembloient fortir du fein des
38 MERCURE DE FRANCE.
flammes. Il demande à l'esclave Par où
il eft poffible de pénétrer dans l'édifice
embrafé. Ah , Seigneur ! lui répondit
I'Efclave , j'aurois déja effayé d'en tirer
Fatime & Pehri ; mais , hélas ! Je në
fuis point Eunuque , & fi malheureuſement
vous ne l'êtes pas vous -même ...
Séfi, fans répondre à ce ridicule pro→
pos , s'empare d'une maffue , enfonce
l'unique porte de ce Bâtiment qui pour
furcroît d'embarras fe trouvoit fermé ,
paffe à travers la fumée & les feux , &
pénétre jufques dans une chambre où
Fatime , Pehri , & une vieille Efclave
n'attendoient que la mort. Déja même
·les deux premieres étoient évanouies.
Séfi s'empare de celle que d'abord le
hazard lui préfente : c'étoit Pehri. Il
l'emporte à force de bras jufques dans la
cour , & la remet entre les mains d'Aboytaher
qui dans l'inftant arrivoit . Il
retourne au fecours de Fatime , & la délivre
avec le même bonheur , mais non,
fans un extrême danger pour lui -même.
Ce qui ne l'empêcha pas de vouloir s'y
expofer une troifiéme fois. Son but étoit
de fecourir la vieille Efclave : mais la
chute d'une partie du bâtiment l'empêcha
de pénétrer juſqu'à elle. Il en fut au
1
AOUST. 1763. 39
défefpoir, tant fa générofité étoit pure &
défintéreffée .
Séfi n'étoit pas moins réfervé que
généreux. Il s'étoit bien apperçu en fecourant
Péhri qu'il portoit dans fes bras
une des plus belles perfonnes de l'Orient ;
elle étoit même alors dans un défordre
qui mettoit bien des beautés dans leur
jour. Séfi fe rappelloit avec tranſport
ce qu'il en avoit apperçu . Cependant ,
ne jugeant plus fa préfence abfolument
néceffaire , il fe tenoit modeftement à
l'écart . Il n'en étoit pas ainfi de l'Eſclave
d'Aboutaher : la fin du péril avoit mis fin
à fes fcrupules , & il aidoit fon Maître à
rappeller Fatime & Pehri de leur évanouiffement.
Elles ouvrirent les yeux
l'une & l'autre ; mais le danger qu'elles
avoient couru leur étoit encore fi préfent
qu'elles doutoient de leur existence . Ah !
leur dit le vieillard , en les baignant de
fes larmes, votre furpriſe eft bien légitime
: c'étoit fait de vous fans l'arrivée
du plus généreux de tous les hommes.
Il vous a fauvé la vie en s'expofant à une
mort prèfque certaine & en s'y expofant
à plus d'un reprife. Alors ab leur détailla ,
en peu de mots , ce que Sefi avoit fait
pour elles , & même ce qu'il avoit fait
pour lui.
40 MERCURE DE FRANCE.
:
Il en faut moins pour piquer la curio
fité de deux femmes à qui la vue de
tout homme étranger eft abfolument
interdite. Aboutaher crut pouvoir déroger
à cet ufage en faveur de Séfi. D'ailleurs,
il n'avoit prèfque plus la liberté du choix.
L'appartement des femmes étoit entierement
incendié. Il falloit donc qu'elles
habitaffent le fien , qui heureuſement
étoit à l'abri des flammes , n'ayant nulle
forte de communication avec l'autre.
Ainfi , le vieillard , courant autant qu'il
le pouvoit , à Séfi , l'invita à s'approcher
de celles qui tenoient de lui un nouvel
être. A cette propofition Séft éprouva
un doux faififfement qui lui ôta la liberté
de répondre. Mais fon filence n'avoit
rien qui pût faire foupçonner un refus ;
il s'avançoit même fans prèſque s'en appercevoir,
& beaucoup plus vite que
fon introducteur , vers la falle où Fatime
& Péhril'attendoient. Il les aborde avec
un trouble que la jeune Péhri partageoit
d'avance , & qui redoubla lorſqu'elle
l'eut envisagé.
Péhri n'avoit guères que treize ans ;
mais dans ces contrées , cet âge fuffit
au beau fexe pour fentir qu'il eft en état
de plaire & pour le faire fentir à d'autres .
Séfi l'éprouvoit. Il eût également pû voir
AOUST. 1763 : 41
dans Fatime ( qui le regardoit auffi malgré
l'ufage oriental ) il eût , dis-je , pû
trouver en elle un objet capable de faire.
diverfion aux charmes de fa fille : elle
étoit encore dans la fleur de la jeuneffe
& de la beauté. Mais Séfi étoit lui- même
trop jeune pour divifer fon hommage ,
quand même Fatime & Péhri n'euffent
été que des rivales ordinaires. Il eft un
âge où le coeur devient l'efclave du premier
coup d'oeil & ne fonge ni à rompre
fes fers , ni à les étendre.
Quelques jours s'écoulerent d'une
manière très - agréable pour le jeune cou
ple , à qui la circonftance permettoit de
s'entretenir librement . Séfi rendoit grâ--
ces à l'accident qui les réuniffoit , &
Pehri ne s'en affligeoit plus. Quant au
Vieillard , il fongeoit à le réparer.. Il
foupçonnoit , intérieurement , la caufe
de cet incendie , & fes foupçons étoient
fondés . Le pieux Perfan dont il a déja
été parlé , inftruit que le Gouverneur
ceffoit d'entrer dans fes vues charitables
, avoit crû devoir fe permettre un
petit mal pour un grand bien . En conféquence
il donna ordre à un de fes
Efclaves de brûler la maifon qu'il ne
pouvoit envahir. Peut- être , difoit -il ,
brûlerons-nous , en même temps . trois
42 MERCURE DE FRANCE.
ou quatre perfonnes ; mais mon Hôpital
en fera vivre cent , & tout bien
compté la maffe des Humains gagne
à ce calcul.
&
Il y avoit fujet de croire que cet
événement jettoit Aboutaher dans plus
d'une forte d'embarras, Séfi rêvoit aux
moyens de lui faire accepter des fecours.
Il étoit partagé entre la difficulté
de les lui offrir & la crainte d'être
refufé. Il le fut en effet : Aboutaher
lui dit que fa fortune , quoique bornée ,
le mettoit en état de rétablir ce que
le feu avoit détruit . Mais il n'en admiroit
pas moins la conftante générofité
du jeune Perfan. Il regrettoit de ne
pouvoir le fixer dans fa retraite
Penvioit à la Cour fi peu digne de le
pofféder. Il falloit cependant que Séfi
en reprît bientôt le chemin ; fon devoir
l'y rappelloit fon penchant luttoit
contre ce devoir. Il eut encore divers
entretiens avec Péhry, & tous deux
s'enflâmoient de plus en plus , & tous
deux remercioient le hazard de les avoir
affranchis des entraves de l'étiquette .
Ufage barbare & ridicule ! s'écrioit
Séfi , tu nous contrains d'époufer un
objet qui nous ignore & que nous
ignorons : tu fais du lien le plus refAOUST.
1763. 43
pectable un jeu de hazard qui fouvent
ne fatisfait aucunes des deux parties !
Ah ! du moins , j'ai vu dans Péhry celle
qui doit me rendre heureux notre
union fera le fruit d'un choix éclairé
notre choix le fruit d'un penchant réciproque
& qui ne peut plus s'accroître ;
qui, fur-tout, ne pourra jamais diminuer.
On voit par ce difcours le but que fe
propofoit Sefi. Mais il n'y pouvoit parvenir
qu'après avoir quitté l'emploi qui
l'attachoit & le captivoit à la Cour.
Une femme , une Efclave même lui étoit
interdite par le Souverain . Il informa de
fes projets , & Pehry qui les trouva merveilleux
, & Aboutaher , qui en jugea
tout autrement . Le fage Vieillard l'exhorta
vivement à ne rien précipiter. A
votre âge , lui difoit-il , on doit , furtout
, ménager la faveur de fon Maître ;
il eft plus facile d'être Courtifan que
Philofophe.
Séfi , qui dans ce moment , n'étoit
qu'amoureux , fut peu ébranlé par ce
difcours . Pehry n'étoit pas mieux d'ac
cord fur ce point avec fon Ayeul. Ce
jeune couple prêt à fe féparer n'y fongeoit
qu'avec frémiffement. Il fallut
néanmoins s'y réfoudre. Il fallut mettre
fin à une fituation d'autant plus fla44
MERCURE DE FRANCE.
reufe , qu'elle étoit fans exemple dans
toute la contrée. Mais ce n'étoit point
cette fingularité que Seft regrettoit ;
c'étoit la chofe même . Ses larmes coùloient
abondamment. Pélry cachoit
une partie de fa douleur ; Aboutaler
pleuroit de tendreffe, & Fatime fans bien
pouvoir fe dire à elle - même pourquoi.
De retour à Ifpahan , Sefi fe difpofoit
à effectuer fon deffein , à quitter une
place qui afferviffort jufqu'à fon âme.
Une révolution fubite le retint à la
Cour . L'autorité & même la perfonne
du Monarque étoient menacés ;
dès-lors Séfi ne fongea plus qu'à défendre
l'une & l'autre. Il avoit été prêt
d'immoler toute ambition à l'amour
it fit céder ce même amour au devoir .
L'ennemi qu'il falloit combattre & repouffer
étoit le célébre Thomas Kouli-
Kan , ennemi d'autant plus à craindre,
qu'il ofoit tout , & qu'il joignoit une
politique profonde au courage le plus
déterminé. Ce qui achevoit de le rendre
formidable , c'eft que le Prince qu'il
vouloit fupplanter , n'avoit aucune de
ces qualités , & ignoroit jufqu'à l'art
de paroître les avoir.
On fait que l'Ufurpateur mit le comblé
aux attentats , & vit fon ambition
A O UST. 1763. 43
couronnée. Tout , cependant , ne fléchit
pas fous lui d'abord , & Séfi fe diftingua
parmi ceux qui réfifterent le
mieux & le plus longtemps . Son père lui
en eût donné l'exemple s'il avoit eu befoin
de modèle. Thamas qui avoit luimême
trop de courage pour ne pas eftimer
cette vertu dans autrui , n'épargna
rien pour s'attacher deux Sujets fi braves
& fi fidéles . Toute la Perfe étant alors
foumife & tranquille , ni l'un ni l'autre
n'avoient deffein d'exciter de nouveaux
troubles. Mais aucun des deux ne voulut
fe fixer à la Cour du Tyran , ni prendre
parti dans fes armées. Cependant il
ordonna que leurs biens qu'il avoit fait
confifquer , leur fuffent rendus. Ce n'étoit
point le feul exemple de modération
qu'il eût donnéjufqu'alors . Il affectoit ,
furtout , de réparer certaines injuftices
que fon prédéceffeur avoit commifes ,
ou laiffé commettre . Plus d'un Grand
dépouillé de fes Domaines par ce malheureux
Prince , en avoit été remis en
poffeffion par Thamas. Tant il eſt vrai
que dans un Souverain , la politique fupplée
quelquefois à la vertu & peut même
briller d'un éclat fupérieur.
Seft devenu libre , retourne en diligence
vers la retraite où le conduifoient
46 MERCURE DE FRANCE.
l'amour & l'amitié. Dépuis deux ans &
plus , qu'il avoit quitté ce féjour , il
ignoroit le fort des perfonnes qui l'habitoient.
Il voyoit fur fa route les défaftres
occafionnés par la guerre civile : il
craignoit que ces ravages ne fe fuffent
étendus jufques fur l'afyle de Péhry ; &
dans quel trouble cette idée ne le plongeoit-
elle pas ? Ce fut bien pis lorfqu'arrivé
fur les lieux mêmes , il n'y trouva
que des reftes de mafures abfolument
inhabitées ! Il faut avoir aimé , ou pour
mieux dire , il faut aimer pour la prez
mière fois , & aimer en Afiatique , pour
concevoir ce qu'éprouva Séfi à ce déplorable
aspect. Il parcourt , en homme
égaré tout le canton , s'informe de ce
qui peut concerner Aboutaher , n'apprend
rien de pofitif & retourne vingt
fois questionner une même perfonne.
Tout ce qu'on lui affirme c'est que
les troupes de Thamas ont habité &
ravagé ce pays, Mais on ignore fi le
vieillard qu'il y cherche ne l'avoit pas
quitté lui-même avant leur arrivée : incertitude
qui redoubloit l'agitation de
Séfi.
Tout ce que la jaloufie , fi naturelle
aux Orientaux , a de plus accablant &
AOUST. 1763. 47
de plus cruel , s'emparoit malgré lui de
fon âme. Tantôt il fe repréfentoit Péhri
au pouvoir de quelque Officier féroce ;
tantôt il fe la figuroit au milieu du Sérail
de l'Ufurpateur , gémiffant fur fon triſte
efclavage ; & ( ce qui lui fembloit beau,
coup plus affreux ) ! Peut -être n'en gémiffant
plus. Il fe réfout à parcourir toute
la Perfe ; va de Province en Province ,
de Ville en Ville , s'arrête fur-tout , dans
les lieux écartés , parle d'Aboutaher à
tous les humains qu'il rencontre , &
voit , avec défefpoir , que ce nom eſt
par- tout ignoré. Un an s'écoule dans ces
recherches fuperflues ; après quoi Séfi
vient retrouver fon père , auffi accablé
de fa longue abfence , que lui-même
l'étoit de celle de Péhri.
:
L'extrême affliction exige un confident
c'est un moyen prefque sûr de
la rendre fupportable, Mais il eft rare
de confier certaines foibleffes à un Vieillard
, & , furtout , à fon propre Père.
Il est encore rare que ce même Père
goûte cet aveu. Séfi dans la néceffité
où il étoit de fe plaindre , ne fit pas cette
réflexion & s'en trouva bien. D'ailleurs
l'amour eft regardé en Afie moins com
me une foibleffe que comme un befoin.
Le Père de Séfi à qui ce befoin s'étois
48 MERCURE DE FRANCE.
fait fentir autrefois , ne trouva point
étrange que fon fils l'éprouvât à fon
tour. Je te plains , lui dit- il, d'avoir perdu
cette Beauté dont tu me parles & qui
devoit t'aimer , vù ton age , ton extétérieur
& furtout la fingularité de l'aventure.
Il n'eft qu'un moyen de réparer
ce malheur , c'eft d'époufer une
femme affez belle pour te faire oublier
celle que tu regrettes ; & fi ce reméde
ne fuffit pas , d'y joindre quelques jolies
Efclaves. Il feroit fingulier qu'aucune
d'entre elles ne pût faire diverfion à
ta douleur . En tout cas fi l'objet qui
la caufe t'eft rendu quelque jour , il
te fera libre de l'époufer auffi . Le Prophête
a pourvu à ces fortes d'inconvéniens.
Ce difcours qui eût pu confoler un
Européen , fur-tout un François ; ne fit
que gliffer fur notre Afiatique. Cependant
, comme il n'eft guères poffible de
réfifter perpétuellement à des avis de
cette nature , Séfi fe laiffa vaincre. Mais
ce ne fut qu'après avoir lutté encore fix
mois & fait faire de nouvelles & inutiles
recherches d'Aboutaher & de fa famille.
Perfuadé , enfin , qu'il en étoit privé
pour jamais , il fit ce qu'exigeoit fon
père ; c'eft-à-dire qu'ayant chargé un ·
Procureur
AOUST. 1763. 49
Procureur d'époufer en fon nom , & par
le miniftere d'un autre Procureur , une
fille que ni l'un ni l'autre n'avoient jamais
vue & ne devoient jamais voir , une
fille qu'il ne connoiffoit pas lui- même ,
il avoit confenti qu'elle lui fût enfuite
amenée pour ne la voir en face qu'après
le temps fixé par l'ufage. Il la connoiffoit
, au furplus , pour la fille d'un Noble
Perfan qui habitoit le même canton que
lui , & avec qui fon père s'étoit fort lié
durant fon abfence.
Les dix jours de fêtes & de divertiffement
, fixés par la coutume , étant expirés
, la nouvelle époufe fut conduite en
pompe , mais durant la nuit , chez fon
époux , qui l'attendoit fans impatience.
Elle étoit voilée de manière qu'en
plein midi elle n'eût pas même foupçonné
qu'il fit jour. Des femmes deftinées
à la fervir , l'introduifirent dans
l'appartement qui lui eft réſervé. Elles
en fortent quand Séfi eft fuppofè prêt à
s'y rendre ; mais elles n'y laiffent aucune
lumière , & lui-même n'eft pas en droit
d'y en introduire. L'ufage le condamne
à ne voir ni à n'être vu cette première
nuit. Il entre , moins occupé de l'objet
qu'il va trouver, que de celui qu'il a perdu.
Il eft furpris d'entendre des foupirs &
C
50 MERCURE DE FRANCE.
des fanglots. Il ne peut douter de qui ils
Iartent,& cette fingularité réveille & fixe
fon attention. Il reconnoît bien- tôt que
ces fangots & ces foupirs ne font point
fimulés. Ils lui fervent de guide pour
s'approcher de fa jeune époufe. Hé quoi ,
Madame ? lui dit- il , comment dois- je
interpréter ces marques de douleur ?
Eft- ce par contrainte que vous vous
donnez à moi? Je n'exige point un pareil
facrifice .
2
L'accordée ne répondit rien , & ce filence
vouloit déjà dire beaucoup. De
grace, Madame, reprit Séfi, daignez me
répondre avec confiance & fans aucun
détour ? Peut-être aurai - je moi - même
quelque autre aveu à vous faire , Ah
Seigneur lui dit- elle ; en pleurant &
foupirant toujours , mes larmes pourroient-
elles vous outrager ? Invifible à
vos yeux comme vous l'êtes aux miens
tous deux inconnus l'un à l'autre, nous ne
pouvons encore ni nous aimer , ni nous
haïr. Peut- être en vous époufant , m'uniffé-
je à l'homme le plus parfait de
toute l'Afie. Mais , Seigneur , pardonnez
..... Elle n'en put dire davantage ;
fes fanglots la fuffoquerent de nouveau..
Séfi , que la douceur & le charme de fa
voix venoient d'affecter fingulièrement,
2
AOUST. 1763.
frémit de l'état où cette jeune perfonne
étoit réduite. Raffurez-vous , Madame ,
lui dit-il , d'un ton attendri , vous n'êtes
pas tombée entre les mains d'un barbare.
Il faudroit l'être pour abufer de votre
fituation . Je refpecterai vos fentimens &
vos regrets . Je fais par moi- même ce
qu'un premier penchant .... Mais encore
une fois , ne refufez point votre
confiance à celui qui en veut être digne
par fa franchiſe & fon équité.
Hé bien , Seigneur ! reprit-elle , d'un
ton de voix mal affuré , je vais vous faire
l'aveu d'une foibleffe que je crois excufable
& qui peut-être , vous paroîtra
légitime . Je garde encore le fouvenir de
quelqu'un à qui je dois le jour , de quelqu'un
qui pour me fauver la vie ofa
s'expofer à une mort prèfque inévitable ;
mais qui me laiffe en proie à des chagrins
plus cruels que la mort qu'il m'a
épargnée !
O ciel , s'écria Séfi , étonné du rapport
qu'il y avoit dans cette avanture &
ce qui lui étoit arrivé à lui-même;ô ciel ! ...
Mais , Madamė , reprit-il , en s'interrompant
, votre nom n'eft -il pas Zulphi ? .....
Oui, Seigneur, & c'eft auffi le nom que
portent men père & mon ayeul
Quoi ! jufqu'à fon ayeul ! difoit trif
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
tement Séfi , en fongeant à Aboutaher ;
mes efpérances ont été bientôt détruites....
N'imparte , voyons jufqu'où le
hazard peut porter la reffemblance dans
des événemens oppofés. Madame
qu'eft devenu ce libérateur qui caufe
aujourd'hui votre défefpoir ?
Mon défefpoir eft de l'ignorer, ajouta
la jeune époufe. Les événemens qui viennent
de déchirer la Perfe ont , fans.
doute , éloigné de lui toute autre idée :
peut-être a-t-il fait céder l'amour à l'ambition
; peut-être n'a-t-il jamais bien
connu l'amour.
Autre point de conformité, difoit Séfi
intérieurement : l'aimable Péhria , fans
doute , les mêmes foupçons à mon
égard , & a , peut-être , fubi la même
épreuve que celle qui me parle en cet .
inftant. Mais hélas ! fes pleurs aurontils
été refpectés ? ... Quoi qu'il en puiffe
être , je ferai généreux ; je mériterai
qu'on le foit , ou qu'on ait dû l'être envers
Pehri. Madame , ajouta-t- il , en
élevant la voix , votre deftinée & la
mienne ont entr'elles un rapport qui
m'étonne. Votre coeur n'eft plus à vous
le mien n'eft plus à moi . Vous regrettez
un amant qui vous fauva la vie ; j'eus le
bonheur de la fauver à la Beauté que je
AOUST. 1763. 53Ⓡ
regrette. Vous ignorez la deftinée de
l'un ; j'ignore celle de l'autre . Vous
foupçonnez votre amant d'inconſtance ;
j'ai les mêmes foupçons envers ma maîtreffe
, & elle peut - être envers moi :
Vous aimez encore , même en craignant
d'être oubliée ; je conferve un amour
tout femblable , en craignant un pareil
oubli . Nos âmes étoient faites pour fe
rencontrer ; c'est dommage que le hafard
ait dérangé leur cours. Mais , Ma
dame , je le répéte , je ne prétends point
tyrannifer la vôtre. Je vous admire & fuis
prêt à renoncer à vous , à vous rendre à
vous-même , puifque vous ne fauriez
être à moi volontairement.
Ah , Seigneur ! interrompit la jeune
Perfane extrêmement émue d'un procédé
fi généreux , & agitée d'un mouvement
qui l'étonnoit & qu'elle n'eût pû
définir , ah Seigneur ! je n'ai fait que
ceder aux ordres abfolus de mon père ;'
mais vous méritez un coeur uniquement
à vous & qu'aucun autre objet n'eût
prévenu d'abord .
Hé bien , Madame , ajouta Séfi , j'entrevois
un moyen de vous conferver à
votre amant & de prévenir les empor-.
temens d'un père irrité. Reftez avec
moi ; ces lieux feront déformais pour-
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
vous un afyle inviolable , un afyle que
je regarderai moi- même comme facré.
Daignez , du moins , achever de rendre
votre confident celui qui confent à
n'être votre époux que de nom . Le rapport
de votre fituation avec la mienne
rend cette curiofité légitime , & certain
mouvement que je ne puis exprimer , la
rend indifpenfable .
Alors. Zulphi détailla ce qu'elle n'avoit
fait qu'indiquer & à chaque mot
Séfi redoubloit d'attention & d'étonnement.
Mais quand après certains détails
préliminaires , Zulphi en vint à citer,
la retraite où elle avoit vécu avec ſon
ayeul & fa mère , l'incendie où l'une
& l'autre s'étoient vues prêtes à périr ,
le fecours qu'elles avoient recu d'un
jeune , Courtifan , fon féjour dans leur
afyle commun , & enfin fon départ qui
tira encore des larmes de Zulphi , elle
fut interrompue par un grand cri que
pouffa l'Epoux confident. Elle frémit ,
& cut l'avoir offenfé , d'autant plus
qu'il l'avoit quittée avec précipitation ,
Mais il étoit allé donner une libre entrée
au jour qui commençoit à paroître .
La jeune Perfane fit un mouvement
pour courir à fon voile. Arrêtez lui
cria fon Epoux bien réfolu d'en pren
AOUST. 1763. 55
dre dès ce moment le titre & les droits
arrêtez, aimable Pêhry ! Ce ' nom lui fit -
lever les yeux vers celui qui le prononçoit.
Ciel ! c'eft lui ! s'écria- t- elle , c'eſt
Séfi ! ... lui- même , reprit- il ; celui à
qui vous donniez des larmes , celui à
qui vous en avez tant coûté. Mais Péhry
n'entendit point ces paroles ; elle
étoit évanouié dans fes bras.
Revenue à elle , tout ce qu'elle
voyoit lui parut un fonge. Mais ce doute
ne pouvoit pas long-temps fubfifter .
Vouloir exprimer les plaifirs & l'extrême
fatisfaction de ce jeune couple
feroit trop entreprendre. Heureufe la
main qui excelle à peindre ces fortes
de délices ; plus heureux mille fois le
coeur qui les reffent ! Je dois feulement
ajouter que tout cet embaras , tous ces
quiproquo , furent produits par quelques
changemens de nom . Aboutaher & Pehry
ayant repris leur nom véritable en quittant
leur folitude , les recherches de Séfi ,
qui d'ailleurs le's fit un peu tard , étoient
devenues inutiles. Celui- ci ayant repris
pour fe marier le nom de fon père , fa
future n'avoit pû y retrouver celui de
Séfi , le feul qu'elle connût. Ce n'eft pas
le Père de cette belle Perfane que
Séfi croyoit réduit à l'état le plus médiotout
,
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
cre , fe trouvoit rétabli dans tous fes
biens , & Aboutaher qu'il eût pû reconnoître
à l'extérieur , habitoit alors une
Province des plus éloignées. Tous ces
motifs étoient plus que fuffifans pour
autorifer la méprife nocturne des deux
époux & leur étonnement réciproque.
Mais leur attachement mutuel & conftant
, leurs plaifirs , leur bonheur enfin ,
bonheur fi rare entre époux , durent
encore mieux produire l'étonnement uni
verfel.
NOUVELLE ORIENTALE,
CHAQUE Peuple a fes uſages particuliers
, les croit excellens , & trouve
bifarres ceux des autres Nations , qui ,
de leur côté , lui rendent bien la pareille.
On a peint Démocrite occupé à rire des
défauts de fes femblables ; on pourroit
repréfenter chaque Nation occupée à
fe moquer de toutes les autres . Le climat
& la politique influent fur cette prévention
réciproque. Peut-être même eft -il
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
néceffaire que l'Habitant de la Nigritie
éprouve à l'afpe&t d'un Européen la
même répugnance qu'il infpire à ce dernier;
que l'Iroquois s'applaudiffe de ſa
rufticité & le Chinois de fes révérences ;
que l'Italien foit rufé , l'Allemand fimple
, l'Eſpagnol grave , le François gai ,
l'Anglois fombre , le Hollandois plus
fage & plus fin qu'eux tous. Prèfque
toujours le jeu d'une machine dépend de
l'oppofition de fes parties & l'éclat d'un
tableau de la variété de fes couleurs.
L'exceffive liberté dont jouiffent les
femmes parmi nous a fes inconvéniens ;
mais ils ne méritent pas qu'on préfére de
trouver en elles des efclaves au lieu de
compagnes. Ajoutez que toutes les précautions
afiatiques ne font pas toujours
efficaces. Il feroit, cependant , bien difficile
de les porter plus loin . Une femme,
dans tout l'Orient & furtout en Perfè ,
n'eft vifible que pour fon mari ; une fille
, ne l'eft pour aucun homme , pas même
pour celui qui l'époufe. Ce n'eft , dis-je,
qu'après en avoir fait fa femme , qu'il
peut juger de fa laideur ou de fa beauté.
De-là naît pour l'ordinaire d'un & d'autre
côté une furpriſe agréable ou douloureufe.
Voici un exemple où l'étonnement
fut extrême des deux parts.
AOUST. 1763 . 33
-
Un vieillard Perfan , noble d'origine ,
mais déchu d'une haute fortune , habitoit
une demeure ifolée & de la plus modefte
apparence. Là fe trouvoient en
même temps la femme & la fille de fon
fils unique. Pour ce dernier , il fervoit
dans l'armée Perfanne , en qualité d'Officier
très fubalterne & fous un nom
emprunté. Celui que portoit fon père
dans fa retraite l'étoit également ! Des
raifons de politique & de prudence les
obligeoient d'en ufer ainfi l'un & l'autre.
Tous deux avoient encouru la difgrace
du Souverain fans l'avoir méritée , &
tous deux attendoient que l'inconftance
de la Cour & des événemens leur rendît
ce qu'elle leur avoit fait perdre.
Aboutaher ( c'eft le nom fuppofé du
Vieillard ) ne jouit même pas d'un entier
repos dans fa folitude. A la Cour un
Grand eft exposé aux bourafques : en
Province un homme obfcur l'eſt encore
plus aux vexations. Aboutaher en avoit
déja effayé plus d'une de la part du Be
gler- Beg , ou Gouverneur de Ba& rianne;
& pour furcroît d'affliction , il fe vit
forcé d'aller s'en plaindre à lui- même. Il
attendoit peu de fuccès d'une pareille
démarche. N'ai - je pas , difoit-il chemin
faifant, n'ai je pas moi - même été Bégle-
By
34 MERCURE DE FRANCE .
Beg ? N'ai- je pas cherché à faire le bien
du Prince & des Sujets ? Nai - je pas été
équitable ? N'ai -je pas été déplacé ? Eftil
jufte d'exiger que le Gouverneur de la
Bactrianne fe moule fur une conduite
qui m'a fi peu réuffi ?
Il n'étoit plus qu'à deux lieues de la
réfidence de ce Commandant , lorsqu'il
fut abordé par un Coulomcha , ou Meffager
du Roi de Perfe . Un Coulomcha
n'eft pas unfimple courier : c'eft un jeune
homme de diftinction attaché à la
perfonne du Monarque , à - peu - près
fur le même pied qu'un Gentilhomme
ordinaire l'eft en France. Ces fortes de
Meffagers ne font jamais chargés que de
commiffions graves : mais une circonftance
rend cet emploi très-pénible. C'eft
qu'en Perfe , où l'on prétend que les
Poltes furent inftituées par Cyrus , il ne
refte aucunes traces de cette inftitution.
Il eft vrai que dans ce pays un Meffager
Royal eft autorifé à démonter les
paffans qu'il rencontre . Le Coulomcha
dont il s'agit avoit ufé plus d'une fois de
fon privilége depuis fon départ d'Hifpahan
. Mais il étoit à pied lorfqu'il joignit
Aboutaher qui montoit un fort bon cheval
arabe . Le fage vieillard voulut en
defcendre. Il avoit reconnu d'abord
AOUST. 1763. 35
T'emploi du jeune Gentilhomme à fon
éxterieur ; il alloit céder à l'ufage. Le
Coulomcha l'ayant fixé , lui trouva l'air fi
vénérable & fi impofant , qu'il fe fentit
ému de refpect. Non , lui dit-il , mon
pére , non je n'uferai point contre vous
d'un privilége tyrannique. Ce feroit
joindre la barbarie à l'injustice. Daignez
feulement fatisfaire ma curiofité. Habitez-
vous la Ville prochaine , où quelques
affaires vous y conduifent- elles ?
Je pofféde fi peu de chofe , reprit le vieillard
, queje devrois être exempt de toute
efpéce d'affaires. Cependant , le peu qui
m'appartient m'eft envié. Un dévot , qui
me hait , & qui peut tout fur l'efprit du
Gouverneur , prétend me dépouiller de
mon foible patrimoine fours prétexte d'y
faire conſtruire un Hôpital en faveur des
pauvres de ce canton . Le principal dédommagement
qui m'eft offert feroit d'y
être admis comme les autres.... Voilà
une abominable injuſtice , interrompit le
jeune Perfan ;je vous jure par le gendre
du Prophête , qu'elle ne fera point effectuée
. J'ai quelque crédit auprès du Gouverneur
, & d'ailleurs , j'ai un moyen
sûr pour m'en faire écouter . Soyez perfuadé
que votre Adverfaire ne fera point
preuve de charité à vos dépens .
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Ils porterent la converfation beaucoup
plus loin , & elle les conduifit jufqu'à
la réfidence du Bégler-beg. A peine le
Coulomcha fe fut-il acquitté de fa principale
commiffion qu'il s'occupa des intérêts
d'Aboutaher. Il le préfenta au
Gouverneur qui parut ne l'écouter
qu'avec peine , ajoutant qu'un homme
auffi pieux que l'étoit fon adverfaire ,
ne pouvoit avoir que des vues louables.
Ce Gouverneur fe piquoit lui-même de
dévotion autant que d'avarice. Il n'ordonnoit
jamais de concuffions que l'alcoran
à la main .
Le jeune Perfan , qui le connoiffoit ,
fit figne au vieillard ne pas infifter . Celui
- ci fe retira comme ils en étoient
convenus. Alors Séfi , c'eft le nom du
Coulomcha , réitera fes inftances auprès
du Gouverneur , & en vint à l'argument
"qu'il fçavoit bien devoir être décifif. II
lui revenoit , felon l'ufage , un préſent
confidérable pour fa courfe , & c'étoit
au Bégler - beg à lui faire ce préfent.
Il lui fit entendre qu'il y renonceroit
volontiers fi Aboutaher obtenoit juſtice.
L'avare Gouverneur faifit avidement
cette propofition . Il décida qu'en effet
le dévot Mufulman portoit le zéle un
peu trop loin. Aboutaher fut maintenu
AOUST. 1763. 37
dans ce qu'il poffédoit , & le Bégler-beg
y eût même ajouté quelques poffeffions
d'autrui , fi on l'eût exigé.
Séfi courut rejoindre fon protégé qui
l'engagea à venir au moins vifiter l'hermitage
qu'il lui confervoit. Le jeune
Perfan y confentit , n'ayant nul motif
de preffer fon retour à Ifpahan. Ils partent
deux jours après , & au bout d'environ
douze heures de marche , ils touchoient
à l'habitation du vieillard . Ce dernier
en faifoit un modefte détail à Séfi , &
le prioit de mettre à l'écart toute idée
de magnificence , & de fomptuofité.
Mais quelle fut la défolation d'Aboutaher
, en voyant tout-à - coup une partie
de fa maifon en flammes ? Ah ,
chere Fatime ! Ah , chere Péhri ! s'écriat-
il , qu'allez -vous devenir ? Qui vous
arrachera au péril qui vous menace ?
Hélas ! peut -être en êtes-vous déja les
victimes ?
Séfi ne lui demanda point ce que
fignifioit ce difcours . Il part avec toute
la vîteffe du cheval qu'il montoit , arrive
en un inftant à la demeure du vieillard
, & trouve un Efclave qui fe défefpéroit.
Il entend des cris lamentables
& qui fembloient fortir du fein des
38 MERCURE DE FRANCE.
flammes. Il demande à l'esclave Par où
il eft poffible de pénétrer dans l'édifice
embrafé. Ah , Seigneur ! lui répondit
I'Efclave , j'aurois déja effayé d'en tirer
Fatime & Pehri ; mais , hélas ! Je në
fuis point Eunuque , & fi malheureuſement
vous ne l'êtes pas vous -même ...
Séfi, fans répondre à ce ridicule pro→
pos , s'empare d'une maffue , enfonce
l'unique porte de ce Bâtiment qui pour
furcroît d'embarras fe trouvoit fermé ,
paffe à travers la fumée & les feux , &
pénétre jufques dans une chambre où
Fatime , Pehri , & une vieille Efclave
n'attendoient que la mort. Déja même
·les deux premieres étoient évanouies.
Séfi s'empare de celle que d'abord le
hazard lui préfente : c'étoit Pehri. Il
l'emporte à force de bras jufques dans la
cour , & la remet entre les mains d'Aboytaher
qui dans l'inftant arrivoit . Il
retourne au fecours de Fatime , & la délivre
avec le même bonheur , mais non,
fans un extrême danger pour lui -même.
Ce qui ne l'empêcha pas de vouloir s'y
expofer une troifiéme fois. Son but étoit
de fecourir la vieille Efclave : mais la
chute d'une partie du bâtiment l'empêcha
de pénétrer juſqu'à elle. Il en fut au
1
AOUST. 1763. 39
défefpoir, tant fa générofité étoit pure &
défintéreffée .
Séfi n'étoit pas moins réfervé que
généreux. Il s'étoit bien apperçu en fecourant
Péhri qu'il portoit dans fes bras
une des plus belles perfonnes de l'Orient ;
elle étoit même alors dans un défordre
qui mettoit bien des beautés dans leur
jour. Séfi fe rappelloit avec tranſport
ce qu'il en avoit apperçu . Cependant ,
ne jugeant plus fa préfence abfolument
néceffaire , il fe tenoit modeftement à
l'écart . Il n'en étoit pas ainfi de l'Eſclave
d'Aboutaher : la fin du péril avoit mis fin
à fes fcrupules , & il aidoit fon Maître à
rappeller Fatime & Pehri de leur évanouiffement.
Elles ouvrirent les yeux
l'une & l'autre ; mais le danger qu'elles
avoient couru leur étoit encore fi préfent
qu'elles doutoient de leur existence . Ah !
leur dit le vieillard , en les baignant de
fes larmes, votre furpriſe eft bien légitime
: c'étoit fait de vous fans l'arrivée
du plus généreux de tous les hommes.
Il vous a fauvé la vie en s'expofant à une
mort prèfque certaine & en s'y expofant
à plus d'un reprife. Alors ab leur détailla ,
en peu de mots , ce que Sefi avoit fait
pour elles , & même ce qu'il avoit fait
pour lui.
40 MERCURE DE FRANCE.
:
Il en faut moins pour piquer la curio
fité de deux femmes à qui la vue de
tout homme étranger eft abfolument
interdite. Aboutaher crut pouvoir déroger
à cet ufage en faveur de Séfi. D'ailleurs,
il n'avoit prèfque plus la liberté du choix.
L'appartement des femmes étoit entierement
incendié. Il falloit donc qu'elles
habitaffent le fien , qui heureuſement
étoit à l'abri des flammes , n'ayant nulle
forte de communication avec l'autre.
Ainfi , le vieillard , courant autant qu'il
le pouvoit , à Séfi , l'invita à s'approcher
de celles qui tenoient de lui un nouvel
être. A cette propofition Séft éprouva
un doux faififfement qui lui ôta la liberté
de répondre. Mais fon filence n'avoit
rien qui pût faire foupçonner un refus ;
il s'avançoit même fans prèſque s'en appercevoir,
& beaucoup plus vite que
fon introducteur , vers la falle où Fatime
& Péhril'attendoient. Il les aborde avec
un trouble que la jeune Péhri partageoit
d'avance , & qui redoubla lorſqu'elle
l'eut envisagé.
Péhri n'avoit guères que treize ans ;
mais dans ces contrées , cet âge fuffit
au beau fexe pour fentir qu'il eft en état
de plaire & pour le faire fentir à d'autres .
Séfi l'éprouvoit. Il eût également pû voir
AOUST. 1763 : 41
dans Fatime ( qui le regardoit auffi malgré
l'ufage oriental ) il eût , dis-je , pû
trouver en elle un objet capable de faire.
diverfion aux charmes de fa fille : elle
étoit encore dans la fleur de la jeuneffe
& de la beauté. Mais Séfi étoit lui- même
trop jeune pour divifer fon hommage ,
quand même Fatime & Péhri n'euffent
été que des rivales ordinaires. Il eft un
âge où le coeur devient l'efclave du premier
coup d'oeil & ne fonge ni à rompre
fes fers , ni à les étendre.
Quelques jours s'écoulerent d'une
manière très - agréable pour le jeune cou
ple , à qui la circonftance permettoit de
s'entretenir librement . Séfi rendoit grâ--
ces à l'accident qui les réuniffoit , &
Pehri ne s'en affligeoit plus. Quant au
Vieillard , il fongeoit à le réparer.. Il
foupçonnoit , intérieurement , la caufe
de cet incendie , & fes foupçons étoient
fondés . Le pieux Perfan dont il a déja
été parlé , inftruit que le Gouverneur
ceffoit d'entrer dans fes vues charitables
, avoit crû devoir fe permettre un
petit mal pour un grand bien . En conféquence
il donna ordre à un de fes
Efclaves de brûler la maifon qu'il ne
pouvoit envahir. Peut- être , difoit -il ,
brûlerons-nous , en même temps . trois
42 MERCURE DE FRANCE.
ou quatre perfonnes ; mais mon Hôpital
en fera vivre cent , & tout bien
compté la maffe des Humains gagne
à ce calcul.
&
Il y avoit fujet de croire que cet
événement jettoit Aboutaher dans plus
d'une forte d'embarras, Séfi rêvoit aux
moyens de lui faire accepter des fecours.
Il étoit partagé entre la difficulté
de les lui offrir & la crainte d'être
refufé. Il le fut en effet : Aboutaher
lui dit que fa fortune , quoique bornée ,
le mettoit en état de rétablir ce que
le feu avoit détruit . Mais il n'en admiroit
pas moins la conftante générofité
du jeune Perfan. Il regrettoit de ne
pouvoir le fixer dans fa retraite
Penvioit à la Cour fi peu digne de le
pofféder. Il falloit cependant que Séfi
en reprît bientôt le chemin ; fon devoir
l'y rappelloit fon penchant luttoit
contre ce devoir. Il eut encore divers
entretiens avec Péhry, & tous deux
s'enflâmoient de plus en plus , & tous
deux remercioient le hazard de les avoir
affranchis des entraves de l'étiquette .
Ufage barbare & ridicule ! s'écrioit
Séfi , tu nous contrains d'époufer un
objet qui nous ignore & que nous
ignorons : tu fais du lien le plus refAOUST.
1763. 43
pectable un jeu de hazard qui fouvent
ne fatisfait aucunes des deux parties !
Ah ! du moins , j'ai vu dans Péhry celle
qui doit me rendre heureux notre
union fera le fruit d'un choix éclairé
notre choix le fruit d'un penchant réciproque
& qui ne peut plus s'accroître ;
qui, fur-tout, ne pourra jamais diminuer.
On voit par ce difcours le but que fe
propofoit Sefi. Mais il n'y pouvoit parvenir
qu'après avoir quitté l'emploi qui
l'attachoit & le captivoit à la Cour.
Une femme , une Efclave même lui étoit
interdite par le Souverain . Il informa de
fes projets , & Pehry qui les trouva merveilleux
, & Aboutaher , qui en jugea
tout autrement . Le fage Vieillard l'exhorta
vivement à ne rien précipiter. A
votre âge , lui difoit-il , on doit , furtout
, ménager la faveur de fon Maître ;
il eft plus facile d'être Courtifan que
Philofophe.
Séfi , qui dans ce moment , n'étoit
qu'amoureux , fut peu ébranlé par ce
difcours . Pehry n'étoit pas mieux d'ac
cord fur ce point avec fon Ayeul. Ce
jeune couple prêt à fe féparer n'y fongeoit
qu'avec frémiffement. Il fallut
néanmoins s'y réfoudre. Il fallut mettre
fin à une fituation d'autant plus fla44
MERCURE DE FRANCE.
reufe , qu'elle étoit fans exemple dans
toute la contrée. Mais ce n'étoit point
cette fingularité que Seft regrettoit ;
c'étoit la chofe même . Ses larmes coùloient
abondamment. Pélry cachoit
une partie de fa douleur ; Aboutaler
pleuroit de tendreffe, & Fatime fans bien
pouvoir fe dire à elle - même pourquoi.
De retour à Ifpahan , Sefi fe difpofoit
à effectuer fon deffein , à quitter une
place qui afferviffort jufqu'à fon âme.
Une révolution fubite le retint à la
Cour . L'autorité & même la perfonne
du Monarque étoient menacés ;
dès-lors Séfi ne fongea plus qu'à défendre
l'une & l'autre. Il avoit été prêt
d'immoler toute ambition à l'amour
it fit céder ce même amour au devoir .
L'ennemi qu'il falloit combattre & repouffer
étoit le célébre Thomas Kouli-
Kan , ennemi d'autant plus à craindre,
qu'il ofoit tout , & qu'il joignoit une
politique profonde au courage le plus
déterminé. Ce qui achevoit de le rendre
formidable , c'eft que le Prince qu'il
vouloit fupplanter , n'avoit aucune de
ces qualités , & ignoroit jufqu'à l'art
de paroître les avoir.
On fait que l'Ufurpateur mit le comblé
aux attentats , & vit fon ambition
A O UST. 1763. 43
couronnée. Tout , cependant , ne fléchit
pas fous lui d'abord , & Séfi fe diftingua
parmi ceux qui réfifterent le
mieux & le plus longtemps . Son père lui
en eût donné l'exemple s'il avoit eu befoin
de modèle. Thamas qui avoit luimême
trop de courage pour ne pas eftimer
cette vertu dans autrui , n'épargna
rien pour s'attacher deux Sujets fi braves
& fi fidéles . Toute la Perfe étant alors
foumife & tranquille , ni l'un ni l'autre
n'avoient deffein d'exciter de nouveaux
troubles. Mais aucun des deux ne voulut
fe fixer à la Cour du Tyran , ni prendre
parti dans fes armées. Cependant il
ordonna que leurs biens qu'il avoit fait
confifquer , leur fuffent rendus. Ce n'étoit
point le feul exemple de modération
qu'il eût donnéjufqu'alors . Il affectoit ,
furtout , de réparer certaines injuftices
que fon prédéceffeur avoit commifes ,
ou laiffé commettre . Plus d'un Grand
dépouillé de fes Domaines par ce malheureux
Prince , en avoit été remis en
poffeffion par Thamas. Tant il eſt vrai
que dans un Souverain , la politique fupplée
quelquefois à la vertu & peut même
briller d'un éclat fupérieur.
Seft devenu libre , retourne en diligence
vers la retraite où le conduifoient
46 MERCURE DE FRANCE.
l'amour & l'amitié. Dépuis deux ans &
plus , qu'il avoit quitté ce féjour , il
ignoroit le fort des perfonnes qui l'habitoient.
Il voyoit fur fa route les défaftres
occafionnés par la guerre civile : il
craignoit que ces ravages ne fe fuffent
étendus jufques fur l'afyle de Péhry ; &
dans quel trouble cette idée ne le plongeoit-
elle pas ? Ce fut bien pis lorfqu'arrivé
fur les lieux mêmes , il n'y trouva
que des reftes de mafures abfolument
inhabitées ! Il faut avoir aimé , ou pour
mieux dire , il faut aimer pour la prez
mière fois , & aimer en Afiatique , pour
concevoir ce qu'éprouva Séfi à ce déplorable
aspect. Il parcourt , en homme
égaré tout le canton , s'informe de ce
qui peut concerner Aboutaher , n'apprend
rien de pofitif & retourne vingt
fois questionner une même perfonne.
Tout ce qu'on lui affirme c'est que
les troupes de Thamas ont habité &
ravagé ce pays, Mais on ignore fi le
vieillard qu'il y cherche ne l'avoit pas
quitté lui-même avant leur arrivée : incertitude
qui redoubloit l'agitation de
Séfi.
Tout ce que la jaloufie , fi naturelle
aux Orientaux , a de plus accablant &
AOUST. 1763. 47
de plus cruel , s'emparoit malgré lui de
fon âme. Tantôt il fe repréfentoit Péhri
au pouvoir de quelque Officier féroce ;
tantôt il fe la figuroit au milieu du Sérail
de l'Ufurpateur , gémiffant fur fon triſte
efclavage ; & ( ce qui lui fembloit beau,
coup plus affreux ) ! Peut -être n'en gémiffant
plus. Il fe réfout à parcourir toute
la Perfe ; va de Province en Province ,
de Ville en Ville , s'arrête fur-tout , dans
les lieux écartés , parle d'Aboutaher à
tous les humains qu'il rencontre , &
voit , avec défefpoir , que ce nom eſt
par- tout ignoré. Un an s'écoule dans ces
recherches fuperflues ; après quoi Séfi
vient retrouver fon père , auffi accablé
de fa longue abfence , que lui-même
l'étoit de celle de Péhri.
:
L'extrême affliction exige un confident
c'est un moyen prefque sûr de
la rendre fupportable, Mais il eft rare
de confier certaines foibleffes à un Vieillard
, & , furtout , à fon propre Père.
Il est encore rare que ce même Père
goûte cet aveu. Séfi dans la néceffité
où il étoit de fe plaindre , ne fit pas cette
réflexion & s'en trouva bien. D'ailleurs
l'amour eft regardé en Afie moins com
me une foibleffe que comme un befoin.
Le Père de Séfi à qui ce befoin s'étois
48 MERCURE DE FRANCE.
fait fentir autrefois , ne trouva point
étrange que fon fils l'éprouvât à fon
tour. Je te plains , lui dit- il, d'avoir perdu
cette Beauté dont tu me parles & qui
devoit t'aimer , vù ton age , ton extétérieur
& furtout la fingularité de l'aventure.
Il n'eft qu'un moyen de réparer
ce malheur , c'eft d'époufer une
femme affez belle pour te faire oublier
celle que tu regrettes ; & fi ce reméde
ne fuffit pas , d'y joindre quelques jolies
Efclaves. Il feroit fingulier qu'aucune
d'entre elles ne pût faire diverfion à
ta douleur . En tout cas fi l'objet qui
la caufe t'eft rendu quelque jour , il
te fera libre de l'époufer auffi . Le Prophête
a pourvu à ces fortes d'inconvéniens.
Ce difcours qui eût pu confoler un
Européen , fur-tout un François ; ne fit
que gliffer fur notre Afiatique. Cependant
, comme il n'eft guères poffible de
réfifter perpétuellement à des avis de
cette nature , Séfi fe laiffa vaincre. Mais
ce ne fut qu'après avoir lutté encore fix
mois & fait faire de nouvelles & inutiles
recherches d'Aboutaher & de fa famille.
Perfuadé , enfin , qu'il en étoit privé
pour jamais , il fit ce qu'exigeoit fon
père ; c'eft-à-dire qu'ayant chargé un ·
Procureur
AOUST. 1763. 49
Procureur d'époufer en fon nom , & par
le miniftere d'un autre Procureur , une
fille que ni l'un ni l'autre n'avoient jamais
vue & ne devoient jamais voir , une
fille qu'il ne connoiffoit pas lui- même ,
il avoit confenti qu'elle lui fût enfuite
amenée pour ne la voir en face qu'après
le temps fixé par l'ufage. Il la connoiffoit
, au furplus , pour la fille d'un Noble
Perfan qui habitoit le même canton que
lui , & avec qui fon père s'étoit fort lié
durant fon abfence.
Les dix jours de fêtes & de divertiffement
, fixés par la coutume , étant expirés
, la nouvelle époufe fut conduite en
pompe , mais durant la nuit , chez fon
époux , qui l'attendoit fans impatience.
Elle étoit voilée de manière qu'en
plein midi elle n'eût pas même foupçonné
qu'il fit jour. Des femmes deftinées
à la fervir , l'introduifirent dans
l'appartement qui lui eft réſervé. Elles
en fortent quand Séfi eft fuppofè prêt à
s'y rendre ; mais elles n'y laiffent aucune
lumière , & lui-même n'eft pas en droit
d'y en introduire. L'ufage le condamne
à ne voir ni à n'être vu cette première
nuit. Il entre , moins occupé de l'objet
qu'il va trouver, que de celui qu'il a perdu.
Il eft furpris d'entendre des foupirs &
C
50 MERCURE DE FRANCE.
des fanglots. Il ne peut douter de qui ils
Iartent,& cette fingularité réveille & fixe
fon attention. Il reconnoît bien- tôt que
ces fangots & ces foupirs ne font point
fimulés. Ils lui fervent de guide pour
s'approcher de fa jeune époufe. Hé quoi ,
Madame ? lui dit- il , comment dois- je
interpréter ces marques de douleur ?
Eft- ce par contrainte que vous vous
donnez à moi? Je n'exige point un pareil
facrifice .
2
L'accordée ne répondit rien , & ce filence
vouloit déjà dire beaucoup. De
grace, Madame, reprit Séfi, daignez me
répondre avec confiance & fans aucun
détour ? Peut-être aurai - je moi - même
quelque autre aveu à vous faire , Ah
Seigneur lui dit- elle ; en pleurant &
foupirant toujours , mes larmes pourroient-
elles vous outrager ? Invifible à
vos yeux comme vous l'êtes aux miens
tous deux inconnus l'un à l'autre, nous ne
pouvons encore ni nous aimer , ni nous
haïr. Peut- être en vous époufant , m'uniffé-
je à l'homme le plus parfait de
toute l'Afie. Mais , Seigneur , pardonnez
..... Elle n'en put dire davantage ;
fes fanglots la fuffoquerent de nouveau..
Séfi , que la douceur & le charme de fa
voix venoient d'affecter fingulièrement,
2
AOUST. 1763.
frémit de l'état où cette jeune perfonne
étoit réduite. Raffurez-vous , Madame ,
lui dit-il , d'un ton attendri , vous n'êtes
pas tombée entre les mains d'un barbare.
Il faudroit l'être pour abufer de votre
fituation . Je refpecterai vos fentimens &
vos regrets . Je fais par moi- même ce
qu'un premier penchant .... Mais encore
une fois , ne refufez point votre
confiance à celui qui en veut être digne
par fa franchiſe & fon équité.
Hé bien , Seigneur ! reprit-elle , d'un
ton de voix mal affuré , je vais vous faire
l'aveu d'une foibleffe que je crois excufable
& qui peut-être , vous paroîtra
légitime . Je garde encore le fouvenir de
quelqu'un à qui je dois le jour , de quelqu'un
qui pour me fauver la vie ofa
s'expofer à une mort prèfque inévitable ;
mais qui me laiffe en proie à des chagrins
plus cruels que la mort qu'il m'a
épargnée !
O ciel , s'écria Séfi , étonné du rapport
qu'il y avoit dans cette avanture &
ce qui lui étoit arrivé à lui-même;ô ciel ! ...
Mais , Madamė , reprit-il , en s'interrompant
, votre nom n'eft -il pas Zulphi ? .....
Oui, Seigneur, & c'eft auffi le nom que
portent men père & mon ayeul
Quoi ! jufqu'à fon ayeul ! difoit trif
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
tement Séfi , en fongeant à Aboutaher ;
mes efpérances ont été bientôt détruites....
N'imparte , voyons jufqu'où le
hazard peut porter la reffemblance dans
des événemens oppofés. Madame
qu'eft devenu ce libérateur qui caufe
aujourd'hui votre défefpoir ?
Mon défefpoir eft de l'ignorer, ajouta
la jeune époufe. Les événemens qui viennent
de déchirer la Perfe ont , fans.
doute , éloigné de lui toute autre idée :
peut-être a-t-il fait céder l'amour à l'ambition
; peut-être n'a-t-il jamais bien
connu l'amour.
Autre point de conformité, difoit Séfi
intérieurement : l'aimable Péhria , fans
doute , les mêmes foupçons à mon
égard , & a , peut-être , fubi la même
épreuve que celle qui me parle en cet .
inftant. Mais hélas ! fes pleurs aurontils
été refpectés ? ... Quoi qu'il en puiffe
être , je ferai généreux ; je mériterai
qu'on le foit , ou qu'on ait dû l'être envers
Pehri. Madame , ajouta-t- il , en
élevant la voix , votre deftinée & la
mienne ont entr'elles un rapport qui
m'étonne. Votre coeur n'eft plus à vous
le mien n'eft plus à moi . Vous regrettez
un amant qui vous fauva la vie ; j'eus le
bonheur de la fauver à la Beauté que je
AOUST. 1763. 53Ⓡ
regrette. Vous ignorez la deftinée de
l'un ; j'ignore celle de l'autre . Vous
foupçonnez votre amant d'inconſtance ;
j'ai les mêmes foupçons envers ma maîtreffe
, & elle peut - être envers moi :
Vous aimez encore , même en craignant
d'être oubliée ; je conferve un amour
tout femblable , en craignant un pareil
oubli . Nos âmes étoient faites pour fe
rencontrer ; c'est dommage que le hafard
ait dérangé leur cours. Mais , Ma
dame , je le répéte , je ne prétends point
tyrannifer la vôtre. Je vous admire & fuis
prêt à renoncer à vous , à vous rendre à
vous-même , puifque vous ne fauriez
être à moi volontairement.
Ah , Seigneur ! interrompit la jeune
Perfane extrêmement émue d'un procédé
fi généreux , & agitée d'un mouvement
qui l'étonnoit & qu'elle n'eût pû
définir , ah Seigneur ! je n'ai fait que
ceder aux ordres abfolus de mon père ;'
mais vous méritez un coeur uniquement
à vous & qu'aucun autre objet n'eût
prévenu d'abord .
Hé bien , Madame , ajouta Séfi , j'entrevois
un moyen de vous conferver à
votre amant & de prévenir les empor-.
temens d'un père irrité. Reftez avec
moi ; ces lieux feront déformais pour-
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
vous un afyle inviolable , un afyle que
je regarderai moi- même comme facré.
Daignez , du moins , achever de rendre
votre confident celui qui confent à
n'être votre époux que de nom . Le rapport
de votre fituation avec la mienne
rend cette curiofité légitime , & certain
mouvement que je ne puis exprimer , la
rend indifpenfable .
Alors. Zulphi détailla ce qu'elle n'avoit
fait qu'indiquer & à chaque mot
Séfi redoubloit d'attention & d'étonnement.
Mais quand après certains détails
préliminaires , Zulphi en vint à citer,
la retraite où elle avoit vécu avec ſon
ayeul & fa mère , l'incendie où l'une
& l'autre s'étoient vues prêtes à périr ,
le fecours qu'elles avoient recu d'un
jeune , Courtifan , fon féjour dans leur
afyle commun , & enfin fon départ qui
tira encore des larmes de Zulphi , elle
fut interrompue par un grand cri que
pouffa l'Epoux confident. Elle frémit ,
& cut l'avoir offenfé , d'autant plus
qu'il l'avoit quittée avec précipitation ,
Mais il étoit allé donner une libre entrée
au jour qui commençoit à paroître .
La jeune Perfane fit un mouvement
pour courir à fon voile. Arrêtez lui
cria fon Epoux bien réfolu d'en pren
AOUST. 1763. 55
dre dès ce moment le titre & les droits
arrêtez, aimable Pêhry ! Ce ' nom lui fit -
lever les yeux vers celui qui le prononçoit.
Ciel ! c'eft lui ! s'écria- t- elle , c'eſt
Séfi ! ... lui- même , reprit- il ; celui à
qui vous donniez des larmes , celui à
qui vous en avez tant coûté. Mais Péhry
n'entendit point ces paroles ; elle
étoit évanouié dans fes bras.
Revenue à elle , tout ce qu'elle
voyoit lui parut un fonge. Mais ce doute
ne pouvoit pas long-temps fubfifter .
Vouloir exprimer les plaifirs & l'extrême
fatisfaction de ce jeune couple
feroit trop entreprendre. Heureufe la
main qui excelle à peindre ces fortes
de délices ; plus heureux mille fois le
coeur qui les reffent ! Je dois feulement
ajouter que tout cet embaras , tous ces
quiproquo , furent produits par quelques
changemens de nom . Aboutaher & Pehry
ayant repris leur nom véritable en quittant
leur folitude , les recherches de Séfi ,
qui d'ailleurs le's fit un peu tard , étoient
devenues inutiles. Celui- ci ayant repris
pour fe marier le nom de fon père , fa
future n'avoit pû y retrouver celui de
Séfi , le feul qu'elle connût. Ce n'eft pas
le Père de cette belle Perfane que
Séfi croyoit réduit à l'état le plus médiotout
,
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
cre , fe trouvoit rétabli dans tous fes
biens , & Aboutaher qu'il eût pû reconnoître
à l'extérieur , habitoit alors une
Province des plus éloignées. Tous ces
motifs étoient plus que fuffifans pour
autorifer la méprife nocturne des deux
époux & leur étonnement réciproque.
Mais leur attachement mutuel & conftant
, leurs plaifirs , leur bonheur enfin ,
bonheur fi rare entre époux , durent
encore mieux produire l'étonnement uni
verfel.
Fermer
13
p. 56-57
LETTRE à M. DE LA PLACE.
Début :
Si l'on publioit, Monsieur, un Recueil qui fût comme le registre public [...]
Mots clefs :
Public, Officier, Chevalier, Ministre, Humanité, Honneurs, Bienfaisance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
Si l'on publioit , Monfieur , un Recueil
qui fût comme le regiftre public
des grandes & belles actions , quel eft
l'homme qui fe réfoudroit à mourir
fans y avoir fourni au moins quelques
lignes ! L'éloge eft un encouragement à
la vertu ; c'eſt un engagement public
qu'on fait contracter à l'homme vertueux
. C'eſt enfin un des plus forts appuis
qu'on puiffe prêter à la foibleffe humaine.
Générofité d'un Officier.
Le Chevalier de R ***
premier
AOUST. 1763. 57
Capitaine du Régiment de *** Dragons
, vient de refufer la Lieutenance-
Colonelle dont on vouloit priver un trèsbrave
Officier plus ancien que lui dans
le fervice. Non content d'avoir refufé
ce pofte , il s'eft chargé de foutenir avec
chaleur les intérêts & les juftes prétentions
du vieux Militaire . Il a fait fon
Apologie au Miniftre ; il follicite une
grace fondée fur l'équité & le mérite de
l'afpirant ; & il efpère que l'affaire étant
portée par le Miniftre aux pieds du Thrône
devant le plus jufte & le meilleur
des Rois , elle aura le fuccès le plus
heureux pour les deux parties . Ce trait
de bienfaifance , & d'un fi noble défintéreffement
, mérite certainement une
place honorable dans les Faftes du
Siécle de LOUIS XV . Ce font des traits.
d'humanité , d'honneur & de vertu qui
répandent un nouvel éclat fur le nom ,
les titres & la maifon du Chevalier
de R ***
Dans le courant du mois prochain ,
j'aurai l'honneur de vous faire parvevenir
un fecond trait d'humanité qui
ne devra rien à celui- ci ; en attendant ,
j'ai celui d'être & c .
That's son D. de C ****.
Si l'on publioit , Monfieur , un Recueil
qui fût comme le regiftre public
des grandes & belles actions , quel eft
l'homme qui fe réfoudroit à mourir
fans y avoir fourni au moins quelques
lignes ! L'éloge eft un encouragement à
la vertu ; c'eſt un engagement public
qu'on fait contracter à l'homme vertueux
. C'eſt enfin un des plus forts appuis
qu'on puiffe prêter à la foibleffe humaine.
Générofité d'un Officier.
Le Chevalier de R ***
premier
AOUST. 1763. 57
Capitaine du Régiment de *** Dragons
, vient de refufer la Lieutenance-
Colonelle dont on vouloit priver un trèsbrave
Officier plus ancien que lui dans
le fervice. Non content d'avoir refufé
ce pofte , il s'eft chargé de foutenir avec
chaleur les intérêts & les juftes prétentions
du vieux Militaire . Il a fait fon
Apologie au Miniftre ; il follicite une
grace fondée fur l'équité & le mérite de
l'afpirant ; & il efpère que l'affaire étant
portée par le Miniftre aux pieds du Thrône
devant le plus jufte & le meilleur
des Rois , elle aura le fuccès le plus
heureux pour les deux parties . Ce trait
de bienfaifance , & d'un fi noble défintéreffement
, mérite certainement une
place honorable dans les Faftes du
Siécle de LOUIS XV . Ce font des traits.
d'humanité , d'honneur & de vertu qui
répandent un nouvel éclat fur le nom ,
les titres & la maifon du Chevalier
de R ***
Dans le courant du mois prochain ,
j'aurai l'honneur de vous faire parvevenir
un fecond trait d'humanité qui
ne devra rien à celui- ci ; en attendant ,
j'ai celui d'être & c .
That's son D. de C ****.
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14
p. 58
SUR la convalescence de M. D. V.
Début :
LE destin vous rend à nos vœux, [...]
Mots clefs :
Convalescence, Destin, Vœux, Famille, Pleurs, Crainte, Alarmes, Allégresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR la convalescence de M. D. V.
SUR la convalefcence de M. D. V.
LE deftin yous rend à nos voeur ,
Vous refpirez : la mort avide
Détourne le glaive homicide
! Qui vous menaçoit à nos yeux. iv ul
Les pleurs d'une famille entière,
Les foins tendres de vos amis ,"
- " Les craintes , les larmes d'un fils
Vous rappellent à la lumière.
Vous venez enfin de jouir
De la vérité de nos larmes ;
Quel motif pouvoit adoucir
Et nos regrets , & nos allarmes !
Que peut l'intérêt fur des coeurs
Abandonnés à la trifteffe ,
Tremblans du comble des malheurs ,
Morts à la joie , à l'allégreffe unɔbngat .
Sentoient-ils rien que leurs douleurs 201
De l'amitié les douces flâmes
Eteignoient les autres tranſports.
**
2
Combien voudroient du fein des morts
Revenir lire dans nos âmes !
D
I
Jouiffez du plaifir flatteuritarvob en
De vous voir chéri pour vous-même isola
Faites longtemps notre bonheur ;
Vivez autant que l'on vous aime.
Par M. le M. D. V.
LE deftin yous rend à nos voeur ,
Vous refpirez : la mort avide
Détourne le glaive homicide
! Qui vous menaçoit à nos yeux. iv ul
Les pleurs d'une famille entière,
Les foins tendres de vos amis ,"
- " Les craintes , les larmes d'un fils
Vous rappellent à la lumière.
Vous venez enfin de jouir
De la vérité de nos larmes ;
Quel motif pouvoit adoucir
Et nos regrets , & nos allarmes !
Que peut l'intérêt fur des coeurs
Abandonnés à la trifteffe ,
Tremblans du comble des malheurs ,
Morts à la joie , à l'allégreffe unɔbngat .
Sentoient-ils rien que leurs douleurs 201
De l'amitié les douces flâmes
Eteignoient les autres tranſports.
**
2
Combien voudroient du fein des morts
Revenir lire dans nos âmes !
D
I
Jouiffez du plaifir flatteuritarvob en
De vous voir chéri pour vous-même isola
Faites longtemps notre bonheur ;
Vivez autant que l'on vous aime.
Par M. le M. D. V.
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15
p. 59-65
DIALOGUE entre SÉMIRAMIS ET JEANNE D'ARQUES.
Début :
SÉMIRAMIS. MA surprise redouble à chaque minute. Quoi ! une simple Servante d'Hôtellerie [...]
Mots clefs :
Poète, Hasard, Pucelle, Servante, Origine, Rang, Trône, Poète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE entre SÉMIRAMIS ET JEANNE D'ARQUES.
DIALOGUE entre SEMIRAMIS ET
JEANNE D'ARQUÉS.
SÉMIRA MIS .
MA furprife redouble à chaque minute.
Quoi ! une fimple Servante d'Hôtellerie
, Pucelle tant qu'il vous plaira ,
ofe s'égaler à Sémiramis ?
JEANNE D'ARQUES.
Laiffons - là notre origine . Je doute
que notre amour - propre à l'une & à
l'autre gagne beaucoup à cette recherche.
SEMIRAMIS .
Oubliez-vous le rang que j'ai tenu
fur la Terre ? les Nations que j'ai foumifes
, les Monumens que j'ai fait ériger ?
JEANNE D'Arques .
Oh , pour ces Monumens, nous avons
ici une autre Sémiramis qui les réclame,
& qui pourroit , dit-on , réclamer
quelque chofe de plus
*
SEMIRAMIS .
Il m'en feftera toujours plus qu'il n'efaut
pour m'immortalifer : il fer ou
jours vrai que j'occupai leone de
Ninus avec lui , & aprè ul.
On fait qu'il y a eu
Su Semiramis , & qu'une
grande partie des nunens & même des actions
qui pallent comunément , pour être de la premiore
, 1ont attribués par d'autres Auteurs à la
feconde, C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
JEANNE D'Arques .
Vous ne nous dites point de quelle
manière vous fuccédâtes à ce Conquérant
?
SÉMIRAMIS.
Je fais les bruits fâcheux & meme abfurdes
qu'on a fait courir à ce fujet . .
Après tout , il ne s'agit point ici de les
difcuter. Il eft , du moins , certain que je
ne dus cette élévation qu'à mes talens
pour la guerre ; que j'accompagnai mon
Epoux dans toutes les conquêtes , &
que j'en fis de grandes par moi -même ....
Pour vous , fimple Avanturiere , à quoi
fe réduifent vos exploits ?
L
JEANNE D'ARQUES.
Le voici ; & voici , en même temps ,
la différence qu'il y eut de ma conduite
à la vôtre. J'en excepte même certain
article qui pourroit devenir trop emba
raffant pour vous .
SEMIRAMIS.
Qu'entendez- vous par- là ?
JEANNE D'ARQUES.
Ce que vous devinez peut-être : mais
ne parlons d'abord que des caufes de
votre fortune. Vous partageâtes le
Thrône de votre Souverain pour l'avoir
aidé à prendre une petite Ville ;
moi je fis regagner au mien tout fon
AOUST. 1763.
6BRoyaume
, & n'ambitionnai avec lui
nul partage : vous n'aviez qu'à feconder
de vos confeils un Conquérant redoutable
; j'eus à rétablir , à force de travaux
un Roi fugitif & prèfque abandonné
le hafard vous fournit la première
occafion de vous faire connoître ;
je ne dus cette occafion qu'à moi-même :
vous n'eûtes qu'à indiquer à vos Chefs
les moyens de faire mieux , chofe quel'-'
quefois très-aifée ; j'eus à réparer tout
le mal que les miens avoient fait , chofe
infiniment plus difficile : Vous ...
SEMIRAMIS .
Ah faites-nous grace d'un plus long
parallèle ! Où avez - vous puifé tous ces
tours de Rhétorique ?
JEANNE D'ARQUES .
Vous ignorez, je penfe , qu'ici la Rhétorique
eft naturelle comme elle devroit
l'être là-haut ?
SEMIRAMIS .
Je fais auffi que plufieurs de vos Poëtes
fe font plu à vous faire parler en
grands termes.
JEANNE D'ARQUES .
Oui , je me fouviens qu'il y a près de
cent ans qu'un vieuxrimeur m'apporta ici
un Poëme à ma louange ; vous ne doutez
pas que je ne l'aye trouvé fort beau.
62 MERCURE DE FRANCE.
Mais, depuis , on m'en a dit tant de mal,
qu'il a bien fallu le trouver mauvais. II
eft vrai qu'en le lifant je ne m'apperçois.
prefque pas que le langage ait changé
depuis Charles VII.
SÉMIRAMIS .
On dit qu'un Poëte encore vivant
vous a fait parler en termes plus nouveaux
; mais ....
JEANNE D'ARQUES .
J'entends ... ce Poëte eft fort heureux
de ne m'avoir pas chantée de mon
vivant . Il eût pû éprouver le fort de plus
d'un Anglois.
Encore s'il fe fût borné , comme a
fait mon vieux chantre , à me donner
quelque penchant pour le brave Dunois ,
une telle foibleffe pourroit fe tolérer :
mais ... A propos , on dit que ce même
Poëte , & quelques autres , ne vous ont
guères mieux traitée ?
Comment ?
SÉMIRAMIS .
JEANNE D'ARQUES .
Quoi ? L'ignorez -vous ?
SEMIRAMIS.
t
Je fais bien que ces Meffieurs fe permertent
auffi facilement de prêter des
vices aux Princeffes de l'Antiquité , que,
des vertus à celles qui exiftent de leur
AOUST. 1763 63
temps . J'ai vu la fage Didon fort irritée
contre un certain Virgile qui l'accufe de
certaine avanture avec certain Héros
né , au moins , trois fiécles après elle.
Il eft vrai que j'ai vù Pénélope affez
contente d'un autre Poëte appellé Homère.
Il fait de cette Reine , qui fut des
plus galantes , un exemple de fidélité
conjugale. Rien ne prouve mienx que la
réputation dépend du hafard comme tant
d'autres chofes.
JEANNE D'ARQUES.
- Entre nous , ce hafard ne vous a favo
rifée qu'à demi. Les Poëtes dont je vous
parlois prétendent qu'après avoir fait
mourir votre époux Ninus , vous fuffiez
devenue très - volontiers l'épouſe de
votre fils Ninias :
SÉMIRAMIS .
Laiffons-là ces impofteurs , & venons .
au fait. Avouez que ce qu'il y eut de
plus merveilleux dans votre miffion fut
d'en avoir été ciue for votre paroleab
D
JEANNE D'ARQUES: iol
On m'en crut encore mieux d'après !
mes actions. J'avois promis des chofes
qui tenoient du prodige , & j'effectuai
ut ce que j'avois promis. Bien des gens
qui fe difoient infpires n'ont pas été auffi
tout
heureux .
ocheté
64 MERCURE DE FRANCE.
SÉMIRAMIS .
Vous euffiez bien dû prévoir l'échec
qui termina vos exploits.
JEANNE D'ARQUES.
Je portai trop loin le zéle & la préfomption.
Vous - même ne futes pas , je
crois , fort contente de votre éxpédition
des Indes ?
SÉMIRAMIS.
Du moins , ne reftai - je pas au pouvoir
de mes ennemis . Eft-il bien vrai que
les vôtres vous firent brûler comme forcière
?
JEANNE D'ARQUES.
Oui ; & cependant je vous jure qu'il
n'en étoit rien .
SÉMIRAMIS.
Vos Juges dûrent en être encore
moins foupçonnés.
JEANNE D'ARQUES .
Mes Juges vouloient plaire à l'ennemi
qui vouloit ma perte . Il ne pouvoit pardonner
à une femme de l'avoir vaincu .
SÉMIRAMIS .
Ceux que mon bras foumit fe montrerent
plus dociles. Tous m'encenfoient
comme une Divinité,
AOUST. 1763. 65
JEANNE D'ARQUES.
C'eft que vous n'étiez pas leur prifonniere
; fans quoi l'Autel eût pû devenir
un Bucher.
SÉMIRAMIS.
J'avoue qu'on n'étoit guères plus policé
de mon temps que du vôtre . Mais
fi j'en crois certains rapports , votre Patrie
a bien changé de face : on y donne
un peu moins aux préjugés , & certainement
on n'y condamneroit pas vos
pareilles aux flammės.
JEANNE D'ARQUES.
On y érigeoit encore moins des Autels
à vos femblables. Ne regrettons point
les temps où nous avons vécu : iis femblent
avoir été faits pour nous. Les Nations
éclairées ne croyent & n'admirent
très- difficilement. Peut - être quelques
fiécles plus tard , l'Héroïne de l'Afie
n'eût- elle jamais été que la femme d'un
Officier fubalterne , & l'Héroïne de la
France qu'une Servante de Cabaret.
JEANNE D'ARQUÉS.
SÉMIRA MIS .
MA furprife redouble à chaque minute.
Quoi ! une fimple Servante d'Hôtellerie
, Pucelle tant qu'il vous plaira ,
ofe s'égaler à Sémiramis ?
JEANNE D'ARQUES.
Laiffons - là notre origine . Je doute
que notre amour - propre à l'une & à
l'autre gagne beaucoup à cette recherche.
SEMIRAMIS .
Oubliez-vous le rang que j'ai tenu
fur la Terre ? les Nations que j'ai foumifes
, les Monumens que j'ai fait ériger ?
JEANNE D'Arques .
Oh , pour ces Monumens, nous avons
ici une autre Sémiramis qui les réclame,
& qui pourroit , dit-on , réclamer
quelque chofe de plus
*
SEMIRAMIS .
Il m'en feftera toujours plus qu'il n'efaut
pour m'immortalifer : il fer ou
jours vrai que j'occupai leone de
Ninus avec lui , & aprè ul.
On fait qu'il y a eu
Su Semiramis , & qu'une
grande partie des nunens & même des actions
qui pallent comunément , pour être de la premiore
, 1ont attribués par d'autres Auteurs à la
feconde, C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
JEANNE D'Arques .
Vous ne nous dites point de quelle
manière vous fuccédâtes à ce Conquérant
?
SÉMIRAMIS.
Je fais les bruits fâcheux & meme abfurdes
qu'on a fait courir à ce fujet . .
Après tout , il ne s'agit point ici de les
difcuter. Il eft , du moins , certain que je
ne dus cette élévation qu'à mes talens
pour la guerre ; que j'accompagnai mon
Epoux dans toutes les conquêtes , &
que j'en fis de grandes par moi -même ....
Pour vous , fimple Avanturiere , à quoi
fe réduifent vos exploits ?
L
JEANNE D'ARQUES.
Le voici ; & voici , en même temps ,
la différence qu'il y eut de ma conduite
à la vôtre. J'en excepte même certain
article qui pourroit devenir trop emba
raffant pour vous .
SEMIRAMIS.
Qu'entendez- vous par- là ?
JEANNE D'ARQUES.
Ce que vous devinez peut-être : mais
ne parlons d'abord que des caufes de
votre fortune. Vous partageâtes le
Thrône de votre Souverain pour l'avoir
aidé à prendre une petite Ville ;
moi je fis regagner au mien tout fon
AOUST. 1763.
6BRoyaume
, & n'ambitionnai avec lui
nul partage : vous n'aviez qu'à feconder
de vos confeils un Conquérant redoutable
; j'eus à rétablir , à force de travaux
un Roi fugitif & prèfque abandonné
le hafard vous fournit la première
occafion de vous faire connoître ;
je ne dus cette occafion qu'à moi-même :
vous n'eûtes qu'à indiquer à vos Chefs
les moyens de faire mieux , chofe quel'-'
quefois très-aifée ; j'eus à réparer tout
le mal que les miens avoient fait , chofe
infiniment plus difficile : Vous ...
SEMIRAMIS .
Ah faites-nous grace d'un plus long
parallèle ! Où avez - vous puifé tous ces
tours de Rhétorique ?
JEANNE D'ARQUES .
Vous ignorez, je penfe , qu'ici la Rhétorique
eft naturelle comme elle devroit
l'être là-haut ?
SEMIRAMIS .
Je fais auffi que plufieurs de vos Poëtes
fe font plu à vous faire parler en
grands termes.
JEANNE D'ARQUES .
Oui , je me fouviens qu'il y a près de
cent ans qu'un vieuxrimeur m'apporta ici
un Poëme à ma louange ; vous ne doutez
pas que je ne l'aye trouvé fort beau.
62 MERCURE DE FRANCE.
Mais, depuis , on m'en a dit tant de mal,
qu'il a bien fallu le trouver mauvais. II
eft vrai qu'en le lifant je ne m'apperçois.
prefque pas que le langage ait changé
depuis Charles VII.
SÉMIRAMIS .
On dit qu'un Poëte encore vivant
vous a fait parler en termes plus nouveaux
; mais ....
JEANNE D'ARQUES .
J'entends ... ce Poëte eft fort heureux
de ne m'avoir pas chantée de mon
vivant . Il eût pû éprouver le fort de plus
d'un Anglois.
Encore s'il fe fût borné , comme a
fait mon vieux chantre , à me donner
quelque penchant pour le brave Dunois ,
une telle foibleffe pourroit fe tolérer :
mais ... A propos , on dit que ce même
Poëte , & quelques autres , ne vous ont
guères mieux traitée ?
Comment ?
SÉMIRAMIS .
JEANNE D'ARQUES .
Quoi ? L'ignorez -vous ?
SEMIRAMIS.
t
Je fais bien que ces Meffieurs fe permertent
auffi facilement de prêter des
vices aux Princeffes de l'Antiquité , que,
des vertus à celles qui exiftent de leur
AOUST. 1763 63
temps . J'ai vu la fage Didon fort irritée
contre un certain Virgile qui l'accufe de
certaine avanture avec certain Héros
né , au moins , trois fiécles après elle.
Il eft vrai que j'ai vù Pénélope affez
contente d'un autre Poëte appellé Homère.
Il fait de cette Reine , qui fut des
plus galantes , un exemple de fidélité
conjugale. Rien ne prouve mienx que la
réputation dépend du hafard comme tant
d'autres chofes.
JEANNE D'ARQUES.
- Entre nous , ce hafard ne vous a favo
rifée qu'à demi. Les Poëtes dont je vous
parlois prétendent qu'après avoir fait
mourir votre époux Ninus , vous fuffiez
devenue très - volontiers l'épouſe de
votre fils Ninias :
SÉMIRAMIS .
Laiffons-là ces impofteurs , & venons .
au fait. Avouez que ce qu'il y eut de
plus merveilleux dans votre miffion fut
d'en avoir été ciue for votre paroleab
D
JEANNE D'ARQUES: iol
On m'en crut encore mieux d'après !
mes actions. J'avois promis des chofes
qui tenoient du prodige , & j'effectuai
ut ce que j'avois promis. Bien des gens
qui fe difoient infpires n'ont pas été auffi
tout
heureux .
ocheté
64 MERCURE DE FRANCE.
SÉMIRAMIS .
Vous euffiez bien dû prévoir l'échec
qui termina vos exploits.
JEANNE D'ARQUES.
Je portai trop loin le zéle & la préfomption.
Vous - même ne futes pas , je
crois , fort contente de votre éxpédition
des Indes ?
SÉMIRAMIS.
Du moins , ne reftai - je pas au pouvoir
de mes ennemis . Eft-il bien vrai que
les vôtres vous firent brûler comme forcière
?
JEANNE D'ARQUES.
Oui ; & cependant je vous jure qu'il
n'en étoit rien .
SÉMIRAMIS.
Vos Juges dûrent en être encore
moins foupçonnés.
JEANNE D'ARQUES .
Mes Juges vouloient plaire à l'ennemi
qui vouloit ma perte . Il ne pouvoit pardonner
à une femme de l'avoir vaincu .
SÉMIRAMIS .
Ceux que mon bras foumit fe montrerent
plus dociles. Tous m'encenfoient
comme une Divinité,
AOUST. 1763. 65
JEANNE D'ARQUES.
C'eft que vous n'étiez pas leur prifonniere
; fans quoi l'Autel eût pû devenir
un Bucher.
SÉMIRAMIS.
J'avoue qu'on n'étoit guères plus policé
de mon temps que du vôtre . Mais
fi j'en crois certains rapports , votre Patrie
a bien changé de face : on y donne
un peu moins aux préjugés , & certainement
on n'y condamneroit pas vos
pareilles aux flammės.
JEANNE D'ARQUES.
On y érigeoit encore moins des Autels
à vos femblables. Ne regrettons point
les temps où nous avons vécu : iis femblent
avoir été faits pour nous. Les Nations
éclairées ne croyent & n'admirent
très- difficilement. Peut - être quelques
fiécles plus tard , l'Héroïne de l'Afie
n'eût- elle jamais été que la femme d'un
Officier fubalterne , & l'Héroïne de la
France qu'une Servante de Cabaret.
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16
p. 66
POUR M. le Prince DE SOLRE, revenant de Londres après sa petite vérole.
Début :
DE mes vœux je goûte le fruit : [...]
Mots clefs :
Vérole, Cœur, Visage, Trouble, Dieu, Fruit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POUR M. le Prince DE SOLRE, revenant de Londres après sa petite vérole.
POUR M. le Prince DE SOLRE
revenant de Londres après fa petite
vérole.
D
в mes voeux je goûte le fruit :
Il vient ; que mon âme eſt ravie !
C'eſt le plus beau jour de ma vie
Après la plus horrible nuit.
Pour voler plutôt dans nos bras
Dieu des vents , donne-lui tes aîles
Mes defirs plus rapides qu'elles
Prefferont encore ſes pas.
Mon coeur dans ce premier tranſport
S'occupe peu de fon viſage.
Je pardonne tout à l'orage
Au moment qu'il arrive au port.
Mais quel trouble ſaiſt mes ſens ?
J'entends du bruit , mon coeur palpite
C'eſt lui ! ... hâtons-nous , volons vîte
Jouir de les embraffemens.
ParM, DE WIEUMENIL , Abonné au Mercure.
revenant de Londres après fa petite
vérole.
D
в mes voeux je goûte le fruit :
Il vient ; que mon âme eſt ravie !
C'eſt le plus beau jour de ma vie
Après la plus horrible nuit.
Pour voler plutôt dans nos bras
Dieu des vents , donne-lui tes aîles
Mes defirs plus rapides qu'elles
Prefferont encore ſes pas.
Mon coeur dans ce premier tranſport
S'occupe peu de fon viſage.
Je pardonne tout à l'orage
Au moment qu'il arrive au port.
Mais quel trouble ſaiſt mes ſens ?
J'entends du bruit , mon coeur palpite
C'eſt lui ! ... hâtons-nous , volons vîte
Jouir de les embraffemens.
ParM, DE WIEUMENIL , Abonné au Mercure.
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17
p. 67
« LE mot de la première Énigme du second volume du Mercure de Juillet [...] »
Début :
LE mot de la première Énigme du second volume du Mercure de Juillet [...]
Mots clefs :
Temps, Pelote de neige, Virgule, Verger, Lire, Ivre, Vélu, Rive, Ver, Grève
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la première Énigme du second volume du Mercure de Juillet [...] »
LEE mot de la première Enigme du
fecond volume du Mercure de Juillet
eft le Temps. Celui de la feconde eft
la pelotte de neige. Celui du premier
Logogryphe eft Virgule , dans lequel
on trouve gril , lire , ivre , velu , vue ,
vil , vie , luire , grue , grive , rive , livre .
Celui du fecond Logogryphe eft Verger,
où l'on trouve guèrre , vèrre , ver,
Verge , grève , Eve.
fecond volume du Mercure de Juillet
eft le Temps. Celui de la feconde eft
la pelotte de neige. Celui du premier
Logogryphe eft Virgule , dans lequel
on trouve gril , lire , ivre , velu , vue ,
vil , vie , luire , grue , grive , rive , livre .
Celui du fecond Logogryphe eft Verger,
où l'on trouve guèrre , vèrre , ver,
Verge , grève , Eve.
Fermer
18
p. 67
ENIGME.
Début :
En vain j'offre au besoin quelque soulagement : [...]
Mots clefs :
Bâillement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
EN vain j'offre au befoin quelque foulagement s
Par- tout où je parois , je bleſſe.
Du dégoûtant ennui je fuis le lâche enfant.
Je hante jufqu'aux lieux qu'habite l'allegreffe
Ailleurs je provigne fans ceffe.
Mon régne n'eſt que d'un inſtant :
Et fouvent une main traitrelle ,
Conduire par la politeffe , 20
Me ravit cet inftant.cque Nature me laiffe ,
Et m'étouffe en naiffand
Par M. BOYER.
EN vain j'offre au befoin quelque foulagement s
Par- tout où je parois , je bleſſe.
Du dégoûtant ennui je fuis le lâche enfant.
Je hante jufqu'aux lieux qu'habite l'allegreffe
Ailleurs je provigne fans ceffe.
Mon régne n'eſt que d'un inſtant :
Et fouvent une main traitrelle ,
Conduire par la politeffe , 20
Me ravit cet inftant.cque Nature me laiffe ,
Et m'étouffe en naiffand
Par M. BOYER.
Fermer
19
p. 68-69
AUTRE. A Madame la Comtesse de D***, Dame & Chanoinesse de ...
Début :
Vous en qui les vertus rehaussent la Noblesse, [...]
Mots clefs :
Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A Madame la Comtesse de D***, Dame & Chanoinesse de ...
AUTRE.
A Madame la Comteffe de D *** , Dame
& Chanoineffe de ...
VOUS
ous en qui les vertus rehauffent la Nobleffe ,
A vous , fille d'efprit , trop belle Chanoineffe ;
c'eft. Caché dans votre fein ,
Devinez ce que
Un bienfait me révéle ,
Un foupir me décéle ,
Et la franche candeur me porte fur la main.
Que- ſuis-je ? Eh mais ! en tout fexe , à tout âge
Je fuis un mirmidon
Qui fait bien du tapage.
Ce que je fuis ! je fuis un don ....
Le morceau délicat de la téndre jeuneſſes
Le reffort vigoureux de la verte vieillefe
Le foyer des defirs ;
Le centre des plaifirs
Un théâtre , & dans la Nature
Le noeud , le dénoûment de plus d'une avanture.
Hé ! Madame , je fuis l'âme des fentimens ;
J'inſpire le Héros , enflâme les Apôtres,
Donne le prix aux patenôtres ,
Le parfum à l'encens. ,
Et la rocambole aux préfens ;
Je ſuis tout bon chez vous , & bien méchant chez
d'autres.
AOUST. 1763. 69
•
Bergers , Rois , j'adoucis ou j'aigris votre fort ;
Mes conquérans font mes conquêtes ;
J'anime les chanfons , & j'embellis les fêtes ;
On me chérit vivant & mort.
Donné fans goût , on me dédaigne ;
A propos refufé , c'eſt par- là que je règne;
On mépriſe qui m'auroit bas ;
De qui l'auroit haut , l'on fe moque ;
Double , on ne m'aime pas ;
Simple , un galant me croque.
Mais , auffi beau que vous l'avez ,
On l'adore , & ... pardon , nia Comteffe , obfervez
Que je fuis de moi-même
Le portrait , le chiffre & l'emblême ;
Qu'en cinq lettres j'offre mon nom ;
Qu'à dix- neuf ans vous avez le renom ,
Par mille traits divins , de me rendre adorable ,
Et , qui pis eft , vainqueur , & , qui mieux eft ,
aimable.
Le C ... D ... des bords de la S. ***
A Madame la Comteffe de D *** , Dame
& Chanoineffe de ...
VOUS
ous en qui les vertus rehauffent la Nobleffe ,
A vous , fille d'efprit , trop belle Chanoineffe ;
c'eft. Caché dans votre fein ,
Devinez ce que
Un bienfait me révéle ,
Un foupir me décéle ,
Et la franche candeur me porte fur la main.
Que- ſuis-je ? Eh mais ! en tout fexe , à tout âge
Je fuis un mirmidon
Qui fait bien du tapage.
Ce que je fuis ! je fuis un don ....
Le morceau délicat de la téndre jeuneſſes
Le reffort vigoureux de la verte vieillefe
Le foyer des defirs ;
Le centre des plaifirs
Un théâtre , & dans la Nature
Le noeud , le dénoûment de plus d'une avanture.
Hé ! Madame , je fuis l'âme des fentimens ;
J'inſpire le Héros , enflâme les Apôtres,
Donne le prix aux patenôtres ,
Le parfum à l'encens. ,
Et la rocambole aux préfens ;
Je ſuis tout bon chez vous , & bien méchant chez
d'autres.
AOUST. 1763. 69
•
Bergers , Rois , j'adoucis ou j'aigris votre fort ;
Mes conquérans font mes conquêtes ;
J'anime les chanfons , & j'embellis les fêtes ;
On me chérit vivant & mort.
Donné fans goût , on me dédaigne ;
A propos refufé , c'eſt par- là que je règne;
On mépriſe qui m'auroit bas ;
De qui l'auroit haut , l'on fe moque ;
Double , on ne m'aime pas ;
Simple , un galant me croque.
Mais , auffi beau que vous l'avez ,
On l'adore , & ... pardon , nia Comteffe , obfervez
Que je fuis de moi-même
Le portrait , le chiffre & l'emblême ;
Qu'en cinq lettres j'offre mon nom ;
Qu'à dix- neuf ans vous avez le renom ,
Par mille traits divins , de me rendre adorable ,
Et , qui pis eft , vainqueur , & , qui mieux eft ,
aimable.
Le C ... D ... des bords de la S. ***
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20
p. 69-70
LOGOGRYPHE.
Début :
Sept lettres, cher ami, qui forment ma structure, [...]
Mots clefs :
Lecteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
SEPT lettres , cher ami, qui forment ma ſtructure ,
Te donneront mon nom & toute ma figure.
Mon anagrame amufe & peut faire un fçavant.
En moi tu trouveras , en me décompoſant ,
Pronom démonftratif ; un ton de la Muſique ;
Ce que fait, bien ou mal , un maudit Empiriques
70 MERCURE DE FRANCE.
Un adverbe la tin d'interrogation ,
De la ville un chemin , une conjonction ,
Ce qu'à la guerre on voit , de l'Anglois un uſage,
L'épitéthe du Turc , de la France un Village.
Ami , je fuis encore un Saint du Paradis ,
Dont le nom à rebours exciteroit tes ris.
Cependant un peu mieux je voudrois bien t'inf
truire :
Si tu chéris mon nom , fûrement tu fçais lire .
Je babille un peu trop . Paix-là , Monfieur l'Auteur ;
Il ne faut pas rifquer d'ennuyer le Lecteur.
Par ROUSSEL fils.
SEPT lettres , cher ami, qui forment ma ſtructure ,
Te donneront mon nom & toute ma figure.
Mon anagrame amufe & peut faire un fçavant.
En moi tu trouveras , en me décompoſant ,
Pronom démonftratif ; un ton de la Muſique ;
Ce que fait, bien ou mal , un maudit Empiriques
70 MERCURE DE FRANCE.
Un adverbe la tin d'interrogation ,
De la ville un chemin , une conjonction ,
Ce qu'à la guerre on voit , de l'Anglois un uſage,
L'épitéthe du Turc , de la France un Village.
Ami , je fuis encore un Saint du Paradis ,
Dont le nom à rebours exciteroit tes ris.
Cependant un peu mieux je voudrois bien t'inf
truire :
Si tu chéris mon nom , fûrement tu fçais lire .
Je babille un peu trop . Paix-là , Monfieur l'Auteur ;
Il ne faut pas rifquer d'ennuyer le Lecteur.
Par ROUSSEL fils.
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21
p. 70-71
AUTRE.
Début :
Je me charge de tout, propre à tous les offices ; [...]
Mots clefs :
Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
A me charge de tout , propre à tous les offices ;
Et je fuis toujours prêt à rendre mes fervices ;
Le Dévot & l'Amant , le Prince & le Sujet ,
Ont recours à mes foins , chacun pour fon objet.
1
En un mot , cher Lecteur , fi tu veux me connoître ,
Apprends que des mortels je ne tiens pas mon
être.
Tu trouveras en moi le fonds d'un bâtiments.
Ce qui dans une Ville eft d'un grand ornement ;
£ 16
Celle qui te donna naiſſance ;
Un terme qui des temps marque la différence ;
Ce qu'on dit d'un cheval qu'on ne peut approcher;
Et ce qu'on dit du fruit qui fléchit au toucher ;
AOUST. 1763 . 71
,
Un terme affez commun pour dire aller bien vîte;
Le fruit d'un arbre de mérite ;
Une ifle de l'Aunis ; une note de chant ;
Et ce qu'on dit fouvent qu'un Prêtre va cherchant
De Veniſe une forte Ville ;
Ce qui prouve le mieux un Chirurgien habile ;
Une herbe qui fert à purger ;
Ce qui d'un élément annonce le danger ;
Cet élément lui- même ; & ce qui fait le beurre ;
Si l'on ne me tient pas , je m'envole fur l'heure.
Par M. l'Abbé LE TEISSIEUX , de Laval
A me charge de tout , propre à tous les offices ;
Et je fuis toujours prêt à rendre mes fervices ;
Le Dévot & l'Amant , le Prince & le Sujet ,
Ont recours à mes foins , chacun pour fon objet.
1
En un mot , cher Lecteur , fi tu veux me connoître ,
Apprends que des mortels je ne tiens pas mon
être.
Tu trouveras en moi le fonds d'un bâtiments.
Ce qui dans une Ville eft d'un grand ornement ;
£ 16
Celle qui te donna naiſſance ;
Un terme qui des temps marque la différence ;
Ce qu'on dit d'un cheval qu'on ne peut approcher;
Et ce qu'on dit du fruit qui fléchit au toucher ;
AOUST. 1763 . 71
,
Un terme affez commun pour dire aller bien vîte;
Le fruit d'un arbre de mérite ;
Une ifle de l'Aunis ; une note de chant ;
Et ce qu'on dit fouvent qu'un Prêtre va cherchant
De Veniſe une forte Ville ;
Ce qui prouve le mieux un Chirurgien habile ;
Une herbe qui fert à purger ;
Ce qui d'un élément annonce le danger ;
Cet élément lui- même ; & ce qui fait le beurre ;
Si l'on ne me tient pas , je m'envole fur l'heure.
Par M. l'Abbé LE TEISSIEUX , de Laval
Fermer
22
p. 72-73
MARCHE exécutée à la Publication de la Paix. Par M. DARD, de l'Académie Royale de Musique. PARODIE.
Début :
FIERES Trompettes, [...]
Mots clefs :
Trompettes, Amour, Bonheur, Maître, Chœur, Cieux, Musettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARCHE exécutée à la Publication de la Paix. Par M. DARD, de l'Académie Royale de Musique. PARODIE.
MARCHE exécutée à la Publication de
la Paix. ParM. DARD , de l'Académie
Royale de Mufique..
PAROD I E.
FIERES IERES Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
En ce jour le foin d'accompagner nos voix.
Quand la Paix
Comble nos fouhaits ,
Anglois
Et François ,
Chantons fes attraits ;
Portons tous jufqu'aux Cieux
Nos tranfports & nos voeux ;
Et que les Dieux
Qui nous rendent tous heureux
Ainfi qu'eux ,
S'uniffent
En choeur applaudiſſent
Aux heureuſes loix
Qui réuniffent
Sujets & Rois.
Vive LOUIS!
Vive notre cher Maître !
Lui
Fieremt
Fieres trompettes , Laissés aux muse.Quandla
paice Comble nos souhaits, Anglois et Fieux Nos
transports etnos voeux Etque les Dieux Qr applau
dissent Aux heureuses loix Qui reunissl faitre
naitreparmi nous lesjeux et les ris , Cont tout
+
us prouve l'amour, En cejour En sentlerensnos con
nous
certs :Fieres trompettes , Laissés aux mus voix.
D
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
Vive notre cher Maître !
Lui
AOUST. 1763. 73
"Lui feul fait renaître
Parmi nous les jeux & les ris
Chantons ,
Célébrons ,
Chantons notre bonheur :
Son coeur ,
A fon tour ,
Dont tout nous prouve l'amour ,
En ce jour ,
En fent le retour.
Que nos tranſports ,
Que nos accords
Frappent les airs ,
Et répétons dans nos concerts :
Fières Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
Accompagner nos coeurs & hos voix.
Par M. D. L. P...
la Paix. ParM. DARD , de l'Académie
Royale de Mufique..
PAROD I E.
FIERES IERES Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
En ce jour le foin d'accompagner nos voix.
Quand la Paix
Comble nos fouhaits ,
Anglois
Et François ,
Chantons fes attraits ;
Portons tous jufqu'aux Cieux
Nos tranfports & nos voeux ;
Et que les Dieux
Qui nous rendent tous heureux
Ainfi qu'eux ,
S'uniffent
En choeur applaudiſſent
Aux heureuſes loix
Qui réuniffent
Sujets & Rois.
Vive LOUIS!
Vive notre cher Maître !
Lui
Fieremt
Fieres trompettes , Laissés aux muse.Quandla
paice Comble nos souhaits, Anglois et Fieux Nos
transports etnos voeux Etque les Dieux Qr applau
dissent Aux heureuses loix Qui reunissl faitre
naitreparmi nous lesjeux et les ris , Cont tout
+
us prouve l'amour, En cejour En sentlerensnos con
nous
certs :Fieres trompettes , Laissés aux mus voix.
D
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
Vive notre cher Maître !
Lui
AOUST. 1763. 73
"Lui feul fait renaître
Parmi nous les jeux & les ris
Chantons ,
Célébrons ,
Chantons notre bonheur :
Son coeur ,
A fon tour ,
Dont tout nous prouve l'amour ,
En ce jour ,
En fent le retour.
Que nos tranſports ,
Que nos accords
Frappent les airs ,
Et répétons dans nos concerts :
Fières Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
Accompagner nos coeurs & hos voix.
Par M. D. L. P...
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