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1
p. 166-175
RÉFLEXIONS de la Société des Conciliateurs sur les divers usages des termes DÉDICACE & de D'INAUGURATION.
Début :
Sous le régne précédent, on a érigé avec solemnité des Monumens publics à [...]
Mots clefs :
Dédicace, Inauguration, Consécration, Termes, Statue, Cérémonie, Culte, Conciliateurs, Langue, Dictionnaire
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texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS de la Société des Conciliateurs sur les divers usages des termes DÉDICACE & de D'INAUGURATION.
RÉFLEXIONS de la Société des
Conciliateurs fur les divers ufages des
termes DEDICACE & de D'INAUGURATION
Sous le régne précédent , on a érigé
avec folemnité des Monumens publics à
l'honneur de LOUIS XIV, & l'on s'eft
fervi du terme de Dédicace pour figni
fier l'offrande qu'on en faifoit. Ce mot a
été employé de même dans la defcription
des Fêtes données à Rennes , à
Valenciennes & à Bordeaux , lorfque
des Etats de Bretagne , au nom de la
Province , & les. Officiers Municipaux
de ces deux dernières Villes au nom de
A O UST . 1763 : $ 64
leurs Concitoyens , donnerent au Roi
une marque de leur refpect , de leur
dévouement & de leur zéle , en faisant
élever la Statue du Monarque Bien-
Aimé dans l'enceinte de leurs murs. La
Ville de Paris , dans les dernières Fêtes,
a eu pour objet de célébrer le même
événement qui lui étoit propre ; & pour
le défigner , elle a fait ufage du terme
d'inauguration dont plufieurs perfonnes
ont demandé la fignification précife.
Quelques-uns ont prétendu que ce
terme n'étoit pas François , & fe font
récrié contre la hardieffe qui l'avoit emprunté
du Latin . Les Auteurs qui ont
écrit dans cette Langue fe font fervis
du mot inaugurare , qui fignifie confacrer
, facrer ; en forte qu'inauguration
feroit fynonyme à confécration , que
l'on dit ne pouvoir être employé au
propre , que pour exprimer une cérémonie
religieufe dans l'ordre le plus
relevé.
Mais nous oppofons à ces Critiques
l'autorité du Dictionnaire de l'Académie
Françoife qui ne profcrit pas de
notre Langue le terme d'inauguration
» c'eft , dit- on , une cérémonie religieufe
qui fe pratique au Sacre
Couronnement des Souverains . L'i
nauguration de l'Empereur,
alt
168 MERCURE DE FRANCE.
On ne voit pas trop par cet exemple"
quelle eft l'acception véritable du mot.
Celui de nous qui eft le plus verfé dans
l'étude des ufages des Nations , nous a
rapporté d'après une Gazette de l'année
1723 , qu'au facre de l'Empereur comme
Roi de Bohême , fait à Prague le 5 Septembre
de cette année , la Couronne
ayant été bénite , l'Archevêque de Prague
la mit fur la tête de l'Empereur, qui
retourna àfon Thrône , & l'Officiant prononça
les paroles de l'inthronifation . On
a qualifié ainfi la prife de Poffeffion d'un
Siége Epifcopal : mais ce n'eft qu'une
expreffion figurée ; car c'eft improprement
qu'on appelle Thrône , la décoration
du Dais du & Fauteuil, qui diftingue
le lieu qu'occupe un Prélat dans les cérémonies
folemnelles de fon Eglife. Cela
ne peut être appliqué qu'à ceux qui font
Princes temporels ; & alors le Thrône eft
dans leur Palais & non dans leur Eglife ;
où ils n'ont qu'une chaire : de là la dénomination
du Temple principal fous le
nom d'Eglife Cathédrale : & dans le rituel
Romain , les Fêtes de la Chaire de S.
Pierre à Rome & à Antioche.
Ce n'eft pas par ce que dit le Dictionnaire
de l'Académie Françoife au mot
inauguration , qu'on peut décider fi la
Ville
AOUST. 1763. 169
Ville & les Auteurs du Mercure ont
bien ou mal fait de fe fervir de ce terme
en annonçant les Fêtes publiques ;
mais qu'on confulte ce même Di&tionnaire
au mot érection , il nous apprend
qu'on dit , l'érection d'une Statue , d'un
Monument , pour dire l'efpéce de Confécration
que l'on en fait en l'honneur
d'un Prince ou de quelqu'autre Perfonnage
illuftre. Le mot de confécration
eft ici employé formellement avec la petite
reſtriction, qui empêche de prendre ce
mot dans une acception relative au culte
divin. Nous ferons voir plus bas qu'il y
a un milieu entre le facré & le prophane,
& que le mot d'inauguration eft celui qui
convient le mieux à cette circonftance
moyenne , puifque dans nos ufages , il
ne peut être pris dans la première fignification;
& qu'il a quelque chofe de relevé
qui empêche qu'on ne l'applique à des
conjonctures triviales.
Si l'on vouloit donner la préférence
au mot de dédicace , il faudroit difcuter
fes différens fens , & peut- être le trouveroit-
on moins convenable après cet
examen, qu'on ne l'auroit penfé d'abord.
Pour trouver la première origine de
ce mot , il faut remonter à l'antiquité
la plus reculée . Judas Machable fit
H
170 MERCURE DE FRANCE ,
repurger le Temple ; on appella cette
cérémonie encoenia, qui fignifie Dédicace
ou le renouvellement d'une choſe détruite
; il ordonna que l'on feroit des
réjouiffances publiques , tous les ans ,
au même jour que la Dédicace auroit
été faite ; & nous lifons dans S. Jean
chap. 10, v. 22 , que Jefus Chrift ne fe
difpenfa pas de l'obfervation de cette
fête , & que le jour qu'on la célébroit
on lui parla dans le Temple , où il fut
rencontré fe promenant dans la gallerie
de Salomon . Le terme d'encænia qui exprime
la fête de la Dédicace , fignifie à
la lettre le renouvellement , du mot grec
Kainos, Novus. De - là les Latins ont fait
le mot encaniare , prendre une robe
nouvelle .
Voyons préfentement comment le
Dictionnaire de l'Académie Françoiſe
définit le verbe dédier ; c'eft , dit-il ,
confacrer au culte Divin , & les exem
ples qu'il en donne font , dédier une
Eglife , un Autel , une Chapelle,
Or le mot de confacrer ne peut être
pris ici que figurément ; car le même
Dictionnaire au mot , Bénédiction , dit
que c'est une action religieufe par laquelle
on bénit une Chapelle! On fçais
qu'iky a dans le Rituel une très- grande
AOUST. 1763. 171
difference entre la bénédiction d'une
Eglife & fa confécration ; mais il n'en
eft pas moins vrai de dire que la Dédicace
n'eft qu'un acceffoire de l'une
ou de l'autre. La Dédicace n'eft que
l'acte volontaire , indépendant de toute
cérémonie religieufe , mais que la confécration
, ou la fimple bénédiction rendent
authentique , par lequel on met
une Eglife , une Chapelle , ou un Autel
fous le nom & l'invocation d'un tel
Saint. En voici des exemples : l'Eglife de
Sainte Géneviéve a été anciennement
PEglife des Saints Apôtres . La Paroiffe de
S. Sulpice a été fous l'invocation de Saint
Pierre & de S. Paul ; elle a été depuis
dédiée à S. Sulpice ; elle étoit bénite
avant que d'avoir ce Patron actuel , &
elle n'a été confacrée que de nos jours.
Nous avons vu l'Eglife Collégiale de
S. Thomas du Louvre prendre le nom
de S. Louis; & le Pontifical Romain parlant
de la dédicace ou confecration d'une
Eglife qui peut être faite très- tardivement
, impofe la néceffité de jeûner la
veille , à ceux pour qui on doit dédier
P'Eglife , auffi bien qu'à l'Evêque qui
doit en faire la cérémonie. Donc la dédicace
eft l'effet de la volonté de celui
qui en eft, pour ainfi dire, le Parrain , &
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
qui la met fous le nom du Saint en qui il
a le plus de confiance , ou dont il refpece
plus particuliérement la mémoire.
Mais les mots de dédier & de dédicace
s'étendent à beaucoup de chofes, & font
quelquefois fynonymes à celui de confa
erer , pris auffi dans un fens très- étendu .
Le mot de dédier avoit lieu dans notre
langue dans une fignification active ,
pour le choixd'une profeffion par le defir
& l'autorité d'autrui. On lit dans l'Oraifon
funébre fur la mort de Ronfard ,
par Duperon , Lecteur de la Chambre
du Roi en 1586 , que fon indocilité
obligea fes parens de le retirer des études,
pour le dédier à la profeffion des armes
pour l'exercice de laquelle ils voyoient
qu'il avoit le corps bien difpofé. On a
dit depuis fe dédier à l'étude , au fervice
des Autels , au ſervice du Roi ; & ne diton
pas dans le même fens confacrer fa
jeuneffe à l'étude , au barreau , à la
guerre , à l'exercice des armes : ainfi il
exprime également le dévoûment aux
chofes & aux perfonnes , comme confa
crer fa vie au Roi ; de tout ceci on peut
conclure que quand le mot d'inauguration
ne pourroit fe rendre que par celui
de confecration , il ne feroit pas à rejet
ter ; il auroit même l'avantage dans l'obAOUST.
1763. 173
jet de cette difcuffion , de ne pouvoir
être pris au propre comme celui de confécration
, pour une cérémonie Religieufe
, dont le culte divin doit être
l'objet.
Le mot de Dédicace hors de cet
objet , s'applique à trop
de chofes d'un
rang inférieur dans l'ordre civil ; comme
la Dédicace d'un Livre , d'une Eftampe ;
& quoiqu'on ait dit que les Anciens
avoient la Dédicace des Statues des Empereurs
ou des Dieux dans le Paganiſme,
& qu'on trouve même dans les Livres
Saints que Nabuchodonofor fit la Dédicace
de la Statue qu'il avoit fait faire./
V. Daniel ,ch. 3. v. 2. il eft clair que dans
le fens étroit la dédicace ne devroit fe
des lieux , & nous ferions portés
à croire qu'il auroit fallu , pour parler
correctement , dire qu'on avoit fait la
Dédicace de la Place de Louis XV. &
l'Inauguration de fa Statue : c'eft ce
'dernier mot qu'il s'agit de juftifier.
dire que
Inaugurer , difent les Partifans du
terme de Dédicace, c'eft confacrer.Nous
leur paffons l'identité des mots . Eh bien !
la Dédicace de la Statue n'eft- elle pas
une vraie confécration civile ? La Statue
du Roi , n'eft-elle pas comme le porte
l'Infcription , Pietatis publico Monu-
H iij
1
774 MERCURE DE FRANCE .
mentum. Un témoignage public de l'as
mour du Peuple pour un Prince qui en
eft fi digne. C'eft un vou rempli ; toutes
ces expreffions fe réuniffent tous les
jours dans la Dédicace d'une Thèfe :
Vovet , dicat , confecrat.
Il eft inutile de rechercher l'ancienne
fignification du mot d'Inauguration ; il
fignifioit chez les Romains , prendre les
Augures , confulter le vol des oifeaux
avant que d'entreprendre quelque choſe.
Si l'on avoit recours aux étymologies.
on feroit bien plus embarraffé. L'inauguration
pouvoit être prife pour l'élévation
au Sacerdoce , ou l'entrée dans le
Collége des Augures . Dans l'ufage préfent
, il fignifie , dédier , initier. Lorfque
les Médecins de Paris eurent fait
conftruire leur Amphithéâtre Anatomique
, ils en firent l'ouverture folemnellement
, & l'un d'eux y prononça un Difcours
d'Apparat ; cela fut appellé l'inauguration
des Ecoles , & la mémoire en
fut confervée par un Poëme Latin fur
cette inauguration . Dans les Facultés
étrangères un nouveau Profeffeur ,
pour prendre poffeffion de fa Chaire ,
débite un Difcours qu'on appelle Oratio
inauguralis. Inauguration veut dire
initiation , ou installation folemnelle .
>
A O UST. 1763 75
Pourquoi ne ferions nous pas paffer
→ a
dans notre langue un terme auffi fignificatif
? Nous ne pouvons pas dire
dans le fens propre,la confécration de la
Statue du Roi , ce feroit une apothéofe,
nous ne fommes pas payens . Le mot de
Dédicace n'eft pas affez noble celui
d'Inauguration détourné de fa fignificas
tion primitive , ne défignė plus une cérémonie
religieufe ; mais il exprime un
culte civil : & en perdant fa relation au
culte divin , il conferve quelque chofe
d'augufte , fort convenable à la circonf
tance où il vient d'être employé.
Conciliateurs fur les divers ufages des
termes DEDICACE & de D'INAUGURATION
Sous le régne précédent , on a érigé
avec folemnité des Monumens publics à
l'honneur de LOUIS XIV, & l'on s'eft
fervi du terme de Dédicace pour figni
fier l'offrande qu'on en faifoit. Ce mot a
été employé de même dans la defcription
des Fêtes données à Rennes , à
Valenciennes & à Bordeaux , lorfque
des Etats de Bretagne , au nom de la
Province , & les. Officiers Municipaux
de ces deux dernières Villes au nom de
A O UST . 1763 : $ 64
leurs Concitoyens , donnerent au Roi
une marque de leur refpect , de leur
dévouement & de leur zéle , en faisant
élever la Statue du Monarque Bien-
Aimé dans l'enceinte de leurs murs. La
Ville de Paris , dans les dernières Fêtes,
a eu pour objet de célébrer le même
événement qui lui étoit propre ; & pour
le défigner , elle a fait ufage du terme
d'inauguration dont plufieurs perfonnes
ont demandé la fignification précife.
Quelques-uns ont prétendu que ce
terme n'étoit pas François , & fe font
récrié contre la hardieffe qui l'avoit emprunté
du Latin . Les Auteurs qui ont
écrit dans cette Langue fe font fervis
du mot inaugurare , qui fignifie confacrer
, facrer ; en forte qu'inauguration
feroit fynonyme à confécration , que
l'on dit ne pouvoir être employé au
propre , que pour exprimer une cérémonie
religieufe dans l'ordre le plus
relevé.
Mais nous oppofons à ces Critiques
l'autorité du Dictionnaire de l'Académie
Françoife qui ne profcrit pas de
notre Langue le terme d'inauguration
» c'eft , dit- on , une cérémonie religieufe
qui fe pratique au Sacre
Couronnement des Souverains . L'i
nauguration de l'Empereur,
alt
168 MERCURE DE FRANCE.
On ne voit pas trop par cet exemple"
quelle eft l'acception véritable du mot.
Celui de nous qui eft le plus verfé dans
l'étude des ufages des Nations , nous a
rapporté d'après une Gazette de l'année
1723 , qu'au facre de l'Empereur comme
Roi de Bohême , fait à Prague le 5 Septembre
de cette année , la Couronne
ayant été bénite , l'Archevêque de Prague
la mit fur la tête de l'Empereur, qui
retourna àfon Thrône , & l'Officiant prononça
les paroles de l'inthronifation . On
a qualifié ainfi la prife de Poffeffion d'un
Siége Epifcopal : mais ce n'eft qu'une
expreffion figurée ; car c'eft improprement
qu'on appelle Thrône , la décoration
du Dais du & Fauteuil, qui diftingue
le lieu qu'occupe un Prélat dans les cérémonies
folemnelles de fon Eglife. Cela
ne peut être appliqué qu'à ceux qui font
Princes temporels ; & alors le Thrône eft
dans leur Palais & non dans leur Eglife ;
où ils n'ont qu'une chaire : de là la dénomination
du Temple principal fous le
nom d'Eglife Cathédrale : & dans le rituel
Romain , les Fêtes de la Chaire de S.
Pierre à Rome & à Antioche.
Ce n'eft pas par ce que dit le Dictionnaire
de l'Académie Françoife au mot
inauguration , qu'on peut décider fi la
Ville
AOUST. 1763. 169
Ville & les Auteurs du Mercure ont
bien ou mal fait de fe fervir de ce terme
en annonçant les Fêtes publiques ;
mais qu'on confulte ce même Di&tionnaire
au mot érection , il nous apprend
qu'on dit , l'érection d'une Statue , d'un
Monument , pour dire l'efpéce de Confécration
que l'on en fait en l'honneur
d'un Prince ou de quelqu'autre Perfonnage
illuftre. Le mot de confécration
eft ici employé formellement avec la petite
reſtriction, qui empêche de prendre ce
mot dans une acception relative au culte
divin. Nous ferons voir plus bas qu'il y
a un milieu entre le facré & le prophane,
& que le mot d'inauguration eft celui qui
convient le mieux à cette circonftance
moyenne , puifque dans nos ufages , il
ne peut être pris dans la première fignification;
& qu'il a quelque chofe de relevé
qui empêche qu'on ne l'applique à des
conjonctures triviales.
Si l'on vouloit donner la préférence
au mot de dédicace , il faudroit difcuter
fes différens fens , & peut- être le trouveroit-
on moins convenable après cet
examen, qu'on ne l'auroit penfé d'abord.
Pour trouver la première origine de
ce mot , il faut remonter à l'antiquité
la plus reculée . Judas Machable fit
H
170 MERCURE DE FRANCE ,
repurger le Temple ; on appella cette
cérémonie encoenia, qui fignifie Dédicace
ou le renouvellement d'une choſe détruite
; il ordonna que l'on feroit des
réjouiffances publiques , tous les ans ,
au même jour que la Dédicace auroit
été faite ; & nous lifons dans S. Jean
chap. 10, v. 22 , que Jefus Chrift ne fe
difpenfa pas de l'obfervation de cette
fête , & que le jour qu'on la célébroit
on lui parla dans le Temple , où il fut
rencontré fe promenant dans la gallerie
de Salomon . Le terme d'encænia qui exprime
la fête de la Dédicace , fignifie à
la lettre le renouvellement , du mot grec
Kainos, Novus. De - là les Latins ont fait
le mot encaniare , prendre une robe
nouvelle .
Voyons préfentement comment le
Dictionnaire de l'Académie Françoiſe
définit le verbe dédier ; c'eft , dit-il ,
confacrer au culte Divin , & les exem
ples qu'il en donne font , dédier une
Eglife , un Autel , une Chapelle,
Or le mot de confacrer ne peut être
pris ici que figurément ; car le même
Dictionnaire au mot , Bénédiction , dit
que c'est une action religieufe par laquelle
on bénit une Chapelle! On fçais
qu'iky a dans le Rituel une très- grande
AOUST. 1763. 171
difference entre la bénédiction d'une
Eglife & fa confécration ; mais il n'en
eft pas moins vrai de dire que la Dédicace
n'eft qu'un acceffoire de l'une
ou de l'autre. La Dédicace n'eft que
l'acte volontaire , indépendant de toute
cérémonie religieufe , mais que la confécration
, ou la fimple bénédiction rendent
authentique , par lequel on met
une Eglife , une Chapelle , ou un Autel
fous le nom & l'invocation d'un tel
Saint. En voici des exemples : l'Eglife de
Sainte Géneviéve a été anciennement
PEglife des Saints Apôtres . La Paroiffe de
S. Sulpice a été fous l'invocation de Saint
Pierre & de S. Paul ; elle a été depuis
dédiée à S. Sulpice ; elle étoit bénite
avant que d'avoir ce Patron actuel , &
elle n'a été confacrée que de nos jours.
Nous avons vu l'Eglife Collégiale de
S. Thomas du Louvre prendre le nom
de S. Louis; & le Pontifical Romain parlant
de la dédicace ou confecration d'une
Eglife qui peut être faite très- tardivement
, impofe la néceffité de jeûner la
veille , à ceux pour qui on doit dédier
P'Eglife , auffi bien qu'à l'Evêque qui
doit en faire la cérémonie. Donc la dédicace
eft l'effet de la volonté de celui
qui en eft, pour ainfi dire, le Parrain , &
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
qui la met fous le nom du Saint en qui il
a le plus de confiance , ou dont il refpece
plus particuliérement la mémoire.
Mais les mots de dédier & de dédicace
s'étendent à beaucoup de chofes, & font
quelquefois fynonymes à celui de confa
erer , pris auffi dans un fens très- étendu .
Le mot de dédier avoit lieu dans notre
langue dans une fignification active ,
pour le choixd'une profeffion par le defir
& l'autorité d'autrui. On lit dans l'Oraifon
funébre fur la mort de Ronfard ,
par Duperon , Lecteur de la Chambre
du Roi en 1586 , que fon indocilité
obligea fes parens de le retirer des études,
pour le dédier à la profeffion des armes
pour l'exercice de laquelle ils voyoient
qu'il avoit le corps bien difpofé. On a
dit depuis fe dédier à l'étude , au fervice
des Autels , au ſervice du Roi ; & ne diton
pas dans le même fens confacrer fa
jeuneffe à l'étude , au barreau , à la
guerre , à l'exercice des armes : ainfi il
exprime également le dévoûment aux
chofes & aux perfonnes , comme confa
crer fa vie au Roi ; de tout ceci on peut
conclure que quand le mot d'inauguration
ne pourroit fe rendre que par celui
de confecration , il ne feroit pas à rejet
ter ; il auroit même l'avantage dans l'obAOUST.
1763. 173
jet de cette difcuffion , de ne pouvoir
être pris au propre comme celui de confécration
, pour une cérémonie Religieufe
, dont le culte divin doit être
l'objet.
Le mot de Dédicace hors de cet
objet , s'applique à trop
de chofes d'un
rang inférieur dans l'ordre civil ; comme
la Dédicace d'un Livre , d'une Eftampe ;
& quoiqu'on ait dit que les Anciens
avoient la Dédicace des Statues des Empereurs
ou des Dieux dans le Paganiſme,
& qu'on trouve même dans les Livres
Saints que Nabuchodonofor fit la Dédicace
de la Statue qu'il avoit fait faire./
V. Daniel ,ch. 3. v. 2. il eft clair que dans
le fens étroit la dédicace ne devroit fe
des lieux , & nous ferions portés
à croire qu'il auroit fallu , pour parler
correctement , dire qu'on avoit fait la
Dédicace de la Place de Louis XV. &
l'Inauguration de fa Statue : c'eft ce
'dernier mot qu'il s'agit de juftifier.
dire que
Inaugurer , difent les Partifans du
terme de Dédicace, c'eft confacrer.Nous
leur paffons l'identité des mots . Eh bien !
la Dédicace de la Statue n'eft- elle pas
une vraie confécration civile ? La Statue
du Roi , n'eft-elle pas comme le porte
l'Infcription , Pietatis publico Monu-
H iij
1
774 MERCURE DE FRANCE .
mentum. Un témoignage public de l'as
mour du Peuple pour un Prince qui en
eft fi digne. C'eft un vou rempli ; toutes
ces expreffions fe réuniffent tous les
jours dans la Dédicace d'une Thèfe :
Vovet , dicat , confecrat.
Il eft inutile de rechercher l'ancienne
fignification du mot d'Inauguration ; il
fignifioit chez les Romains , prendre les
Augures , confulter le vol des oifeaux
avant que d'entreprendre quelque choſe.
Si l'on avoit recours aux étymologies.
on feroit bien plus embarraffé. L'inauguration
pouvoit être prife pour l'élévation
au Sacerdoce , ou l'entrée dans le
Collége des Augures . Dans l'ufage préfent
, il fignifie , dédier , initier. Lorfque
les Médecins de Paris eurent fait
conftruire leur Amphithéâtre Anatomique
, ils en firent l'ouverture folemnellement
, & l'un d'eux y prononça un Difcours
d'Apparat ; cela fut appellé l'inauguration
des Ecoles , & la mémoire en
fut confervée par un Poëme Latin fur
cette inauguration . Dans les Facultés
étrangères un nouveau Profeffeur ,
pour prendre poffeffion de fa Chaire ,
débite un Difcours qu'on appelle Oratio
inauguralis. Inauguration veut dire
initiation , ou installation folemnelle .
>
A O UST. 1763 75
Pourquoi ne ferions nous pas paffer
→ a
dans notre langue un terme auffi fignificatif
? Nous ne pouvons pas dire
dans le fens propre,la confécration de la
Statue du Roi , ce feroit une apothéofe,
nous ne fommes pas payens . Le mot de
Dédicace n'eft pas affez noble celui
d'Inauguration détourné de fa fignificas
tion primitive , ne défignė plus une cérémonie
religieufe ; mais il exprime un
culte civil : & en perdant fa relation au
culte divin , il conferve quelque chofe
d'augufte , fort convenable à la circonf
tance où il vient d'être employé.
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