Résultats : 662 texte(s)
Détail
Liste
351
p. 2027-2028
Continuation de l'Histoire de l'Angleterre, proposée par souscription, [titre d'après la table]
Début :
Jean & Paul Knapton, Imprimeurs-Libraires à Londres, dans Ludgate-Street, impriment [...]
Mots clefs :
Angleterre, Rapin de Thoyras, Estampes, Jacob Houbraken
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texteReconnaissance textuelle : Continuation de l'Histoire de l'Angleterre, proposée par souscription, [titre d'après la table]
Jean & Paul Knapton , Imprimeurs-Libraires
à Londres, dans Ludgate- Street , impriment
& débitent par Soufcription laContinuation
de l'Histoire d'Angleterre de M.
Rapin de Thoyras , en Anglois , depuis la révolution
arrivée en 1688 , jufqu'à l'avènement
du Roi Georges II , à quoi on ajoutera
un ample Sommaire , ou Epitome de toute
cette Hiftoire , depuis la defcente de Jules-
Céfar en Angleterre , jufqu'à la mort de
E ij Geor2028
MERCURE DE FRANCE
Georges I , par M, Tindal , M. A. & c.
Cet Ouvrage qui fera imprimé in -folio &
in-octavo , fera orné des Eftampes des Rois ,
des Reines & de plufieurs grands Perſonnages
, gravées par M. Houbraken & par
d'autres habiles Maîtres , avec des Cartes ,
des Médailles & d'autres tailles - douces . On
en débite chaque femaine un Cahier de
quatre feuilles pour fix fols. Les Eftampes
gravées par M. Houbraken , font payées fur
le pied de fix fols chacunes les Cartes &
les autres tailles- douces en coûtent trois . Ce
débit eft ouvert du premier Samedi de Mai
de cette année , & continuera jufqu'à ce
que l'Ouvrage foit achevé.
L'Hiftoire entiere de cet Auteur fe débite
chés les mêmes Libraires,
à Londres, dans Ludgate- Street , impriment
& débitent par Soufcription laContinuation
de l'Histoire d'Angleterre de M.
Rapin de Thoyras , en Anglois , depuis la révolution
arrivée en 1688 , jufqu'à l'avènement
du Roi Georges II , à quoi on ajoutera
un ample Sommaire , ou Epitome de toute
cette Hiftoire , depuis la defcente de Jules-
Céfar en Angleterre , jufqu'à la mort de
E ij Geor2028
MERCURE DE FRANCE
Georges I , par M, Tindal , M. A. & c.
Cet Ouvrage qui fera imprimé in -folio &
in-octavo , fera orné des Eftampes des Rois ,
des Reines & de plufieurs grands Perſonnages
, gravées par M. Houbraken & par
d'autres habiles Maîtres , avec des Cartes ,
des Médailles & d'autres tailles - douces . On
en débite chaque femaine un Cahier de
quatre feuilles pour fix fols. Les Eftampes
gravées par M. Houbraken , font payées fur
le pied de fix fols chacunes les Cartes &
les autres tailles- douces en coûtent trois . Ce
débit eft ouvert du premier Samedi de Mai
de cette année , & continuera jufqu'à ce
que l'Ouvrage foit achevé.
L'Hiftoire entiere de cet Auteur fe débite
chés les mêmes Libraires,
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352
p. 2032-2041
LETTRE de M. Beauvais, à M. l'Abbé de Matigney, Chanoine de la Métropole de Besançon, sur la Mort de M. l'Abbé de Rothelin.
Début :
Je vous ai annoncé, Monsieur, avec beaucoup de douleur par ma derniere Lettre, [...]
Mots clefs :
Charles d'Orléans de Rothelin, Belles-lettres, Sciences, Médailles, Cardinal de Polignac, Académie française, Académie des inscriptions et belles-lettres, Anti-Lucrèce, Bibliothèque
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Beauvais, à M. l'Abbé de Matigney, Chanoine de la Métropole de Besançon, sur la Mort de M. l'Abbé de Rothelin.
LETTRE de M. Beauvais , à M. l'Abbé
de Matigney , Chanoine de la Métropole de
Befançon , fur la Mort de M. l'Abbé de
Rothelin.
E vous ai annoncé , Monfieur , avec beau
coup de douleur par ma derniere Lettre,
la mort de l'Illuftre Abbé de Rothelin ; vous
connoiffez les Relations que j'avois avec
lui , l'amitié & la confiance dont il m'a honoré
pendant les quatorze dernieres années
de fa Vie , & je crois vous faire plaifir , en
vous apprenant les particularités que je fçais
de la Vie d'un fi grand homme ; c'eſt la
moindre chofe à laquelle la reconnoiffance
m'engage , en attendant que l'Académie
Françoife , & celle des Infcriptions & Belles-
Lettres célébrent fa mémoire & faffent
connoître à la République des Lettres la
perte qu'elle vient de faire.
CHARLES D'ORLEANS ROTHELIN nâquit
les Août 1691 d'Henri d'Orleans , Marquis
de Rothelin , & de Gabrielle Eleonore
de Montaud , fille de Philippe de Montaud ,
Duc de Navailles , Maréchal de France . Il
n'avoit que fix femaines , lorfque le Marquis
de Rothelin fon Pere , fut tué à la Bataille
de Leuze , en combattant à la tête de
la Gendarmerie , où il fut bleffé de 32
coups ,
SEPTEMBRE . 1744. 2033
coups , dont quatre étoient mortels
.
M. de Rothelin , dont il s'agit ici , qui
étoit le dernier des trois fils , que le Marquis
avoit laiffés , fe détermina dès la jeunelle
à embrafler l'Etat Eccléfiaftique , plû-
τότ que celui des Armes , où fes Ancêtres
avoient beaucoup brillé : ce choix ne lui
fut point infpiré par fa famille , comme on
Pinfpire affés ordinairement aux Cadets
des Maifons Illuftres ; il s'y fentit porté par
l'amour qu'il conçût pour l'Etude , & em
général pour toutes les Sciences , & on auroit
pû prévoir alors, qu'il feroit un jour en
France un des plus zélés Protecteurs des
Belles- Lettres & des Sciences , ce qui s'eft
vérifié après le Régne , à cet égard , le plus
brillant , qu'il y ait jamais eû.
Il fit fes Etudes avec un fuccès étonnant
& il devint en peu de tems excellent Humanifte
, Philofophe profond , & un des plus
grands Théologiens ; on fçait que fes Cahiers
de Théologie fervent encore aujourd'hui
de modéles aux perfonnes , qui veulent
étudier avec fuccès une Science où il
faut joindre la folidité du jugement avec la
vivacité de l'efprit .
Comme notre Illuftre Abbé étoit un de
ces hommes rares , qui naiffent pour faire
honneur aux Siécles où ils vivent , & qui
font sûrs de réüffir & de plaire dans tous
E v les
2034 MERCURE DE FRANCE.
les genres qu'ils embraffent , fon mérite
frappa , entr'autres , dès ce tems- là , M. le
Cardinal de Polignac , & ces deux hommes
d'un génie fuperieur , s'infpirerent récipro
quement ces fentimens d'eftime & de vénération
que le vrai mérite produit . Leur amitié
, qui faifoit l'admiration de tous ceux
qui avoient l'avantage de les connoître particulierement
, a duré juſqu'à la fin de leurs
Vies.
Le Cardinal de Polignac , ayant été obligé
d'aller à Rome après la mort du Pape
Innocent XIII , pour affifter à une nouvelle
Election , M. de Rothelin , qui avoit achevé
, il y avoit quelques années , le cours de
fes Etudes Eccléfiaftiques , & reçû l'Ordre
de Prêtrife , fit le voyage d'Italie , & fe renferma
dans le Conclave avec fon ami . Lorfqu'il
en fut forti après l'Election de Benoît
XIII , les Négociations dont M. de Polignac
fut chargé de la part de la Cour de
France , & dans lefquelles notre Illuftre
Abbé eut beaucoup de part , ne l'empêcherent
pas de fuivre fon goût & de vifiter
avec attention toutes les.Merveilles de cette
ancienne Capitale du Monde , principalement
les Monumens Antiques , que fon
imagination jufte & pénétrante lui repréfentoit
dans l'Etat majeftueux , où les Romains
les avoient autrefois élevés. Cette
idée
SEPTEMBRE. 1744. 2035
idée brillante de Rome Ancienne , qu'il faifoit
renaître fur fes propres débris , lui inf
pira pour les Médailles Antiques , fur leſquelles
la plupart de ces Monumens font repréfentés
, ce goût qui l'a rendu un des plus
Sçavans Antiquaires, & sûrement le premier
Médaillifte de fon tems.
Il commença dès- lors à amaffer ces fameufes
fuites de Médailles Impériales d'Argent
, de Médaillons de même Métal , & de
Quinaires, qu'il a perfectionnées pendant le
le refte de la Vie , par l'acquifition de plus
de trente Cabinets de Médailles Antiques
que differens Particuliers avoient recueillis
avec beaucoup de foin & de dépenfe , & qui
lui avoient à la fin formés ces trois Collections
, qui ne font égalées par aucun Cabinet
en ce genre , qu'il y ait en Europe..
y
Elles font aujourd'hui l'admiration dess
Connoiffeurs , & les Sçavans peuvent les
regarder comme les fources les plus sûres
& les plus curieufes de l'Hiftoire Ancienne
.
Il s'étoit auffi formé une Bibliotéque
qu'on peut confiderer comme une des plus:
précieufes qu'il y ait à Paris , foit par less
Manuferits , foit par les Livres rares, dont
elle eft compofée ; elle feroit plus compler--
te , fi fon amour pour les Sçavans , & pour
lebien public ne l'avoit pas engagé à dépo
Evj
Lex
2036 MERCURE DE FRANCE .
fer dans celle du Roi les Manufcrits & les
autres Livres , qu'il poffedoit , & qui y manquoient.
Quoiqu'il femblât que M. de Rothelin
donnoit beaucoup de fon tems à amaffer des
Médailles & à former fa Bibliotéque , ces
objets n'étoient cependant qu'un amuſement
pour lui , lefquels lui fervoient de délaffedans
des occupations
, qu'il regardoit
comme plus effentielles à l'Etat qu'il
avoit embraffé.
ment ,
Il fut reçû à l'Académie Françoiſe le 28
Juin 1728 , & enfuite dans celle des Infcriptions
& Belles- Lettres , en qualité d'Honoraire.
Nous avons le Difcours qu'il prononça
dans la premiere de ces deux Académies ,
& ceux qu'il a compofés depuis à l'occafion
de differentes Receptions : on y remarque
avec plaifir cette éloquence qui lui étoit naturelle
; en effet M. de Rothelin étoit , de
l'aveu de tous les Connoiffeurs , un des Seigneurs
qui parloit avec le plus de graces, &
qui compofoit avec le plus de facilité fur
toutes fortes de fujets. Son ftyle Epiftolaire
a un naturel qui frappe & qui ne permet
pas de lire fes Lettres , fans être charmé de
la façon dont elles font écrites ; j'en parle,
M. avec certitude , puifqu'il m'a fait l'honneur
de m'en écrire plus de 300 , que je
poffède , & qui auroient dû me former un
style ,
SEPTEMBRE. 1744. 2.037
ftyle , s'il étoit poffible , aux perfonnes qui
naiffent avec des talens bornés , d'imiter les
Grands Hommes .
Il fembloit , dans le tems qu'il fut reçû à
l'Académie Françoife , qu'il ne fut pas fixé
pour toujours à Paris , & cette Compagnie
lui fit fentir dans le Difcours qu'elle lui
adreffa , l'appréhenfion qu'elle avoit de le
perdre ; elle le regardoit comme un fujet
qui lui feroit bientôt enlevé , pour briller
dans une de ces Places où la Vertu & les
talens doivent paroître dans tout leur
éclat.
M. de Rothelin avoit des idées bien differentes
; il avoit accepté à la fin de 1726 , la
fimple Abbaye de Cormeilles , mais on fçait
aufli qu'il avoit conftamment refufé l'Epifcopat
, & que le goût univerfel qui le dominoit
pour les Sciences , le fit renoncer à
toutes les idées de Grandeur & de Fortune ,
pour ne pas quitter Paris , & pour paffer
une partie de la vie dans fon Cabinet , qui
étoit un véritable Sanctuaire des Mufes , le
rendez - vous des Sçavans , & furtout des
hommes rares & finguliers dans chaque
Science .
C'est dans cette fituation , où il a paffé
les quinze dernieres années de fa vie , que
j'ai eu lieu de le connoître plus particulierement
& de l'admirer , où j'ai tâché deprofiter
2038 MERCURE DE FRANCE.
fiter de fes lumieres fur le goût commun qui
nous unifoit. C'eſt dans cet état d'un homme
, qui n'ambitionnoit que la qualité d'Amateur
des Belles - Lettres , que je fouhaite
vous le faire connoître , & vous repréfenter
un de ces hommes d'un caractere aimable
, & de la politeffe la plus parfaite , dont
les qualités du coeur furpaffoient encore celles
de l'efprit , qui faifoit fon bonheur d'encourager
& de favorifer les Gens de Lettres
& de cultiver de véritables amis , qui fe livroit
entierement à eux , qui les charmoit
dans fes Difcours , par des graces qui lui
étoient naturelles , & qui auroient fuffi feules
,pour perfuader , indépendamment de la
folidité de fes raifonnemens ;un de ces hommes
univerfels , nés pour connoître à fond
la plupart des Sciences , & en même-tems
d'un caractere à ne jamais faire fentir à ceux
qui paroiffoient y briller davantage , la fu
périorité qu'il avoit fur eux ; un de ces hommes
enfin , qu'on n'abordoit jamais fans:
plaifir , qu'on n'écoutoit qu'avec un charme
infini , & qu'on ne pouvoit quitter fans emporter
de lui une idée qu'aucun objet ne
pouvoit effacer.
Outre les talens que M. de Rothelin poffédoit
, foit du côté des Sciences , foit du
côté de la Politique , où il étoit regardé
comme un Génie fupérieur ,,qui connoiffoit
SEPTEMBRE. 1744. 2039
à fond les intérêts des differentes Nations ,
il avoit encore celui de fçavoir plufieurs
Langues ; il fçavoit parfaitement la Langue
Grecque ; il connoiffoit toutes les beautés
& les délicateffes de la Latine ; il parloit
& écrivoit l'Italienne, comme fi elle avoit
été fa Langue Maternelle ; je lui ai vû apprendre
l'Anglois en moins d'un mois , &
il m'a dit qu'il en avoit conçû le deffein
uniquement pour pouvoir lire dans l'Origi
nal les Poëmes de Milton . Tout le monde
fçait combien il excelloit dans la Langue-
Françoife , & l'Académie en étoit fi perfuadée
, qu'elle l'engagea , il y a fix années , &
fe charger en partie de la correction du Dic
tionnaire dont elle a donné une nouvelle
Edition en 1740.
L'année fuivante , M. de Rothelin accep
ta une Place dans la focieté Litteraire d'Or
leans , qui venoit de fe former fous les auf
pices de M. l'Evêque de cette Ville , & dont
M. le Duc d'Orleans fe déclara enfuite Protecteur.
Notre Illuftre Abbé eut le malheur de
perdre dans ce tems-là , M. le Cardinal de
Polignac , qui lui remit fon Poëme de l'Anti-
Lucrece , dans lequel ce fameux Cardinal a
fçû par des Vers auffi harmonieux que ceux
de l'Auteur qu'il combat , vaincre Lucrece
par fes propres armes , & faire fentir le faux
de
2040 MERCURE DE FRANCE.
de la Morale d'Epicure, fur laquelle il avoit
fondé fon Systême .
Il m'écrivit le 23 Novembre 1741 , au
fujet de cette mort en ces termes.
» J'ai eu le malheur de perdre , depuis
»peu de jours , M. le Cardinal de Poli-
»gnac , homme fupérieur & au -deffus de
>> tous les Eloges . Il m'a remis , en mourant ,
>>fon Poëme de l'Anti-Lucrece ; je vais faire
»de mon mieux pour le mettre en état d'être
» imprimé ; ce fera un hommage que je ren-
» drai à notre Académie ( d'Orleans ) dès
que je pourrai en avoir des Exemplaires .
Il me communiqua dans mon dernier
voyage de Paris , une partie des corrections
qu'il avoit faites à ce Poëme , & il me lût
la Traduction en Profe Françoife qu'il en
avoit entrepris ; je ne puis mieux vous la
comparer pour le ftyle , qu'à celle du Paradis
perdu de Milton , & même je crois qu'il
s'y trouve plus de fublime . Il eft à fouhaiter
que quelque habile Ecrivain continue
cette Traduction , qui feroit tant d'honneur
à notre Langue ; c'eft , comme l'a dit
un Auteur célébre , prolonger la vie des
Grands Hommes , que de continuer dignement
leurs Ouvrages.
La mauvaiſe fanté de M. de Rothelin ne
lui a pas permis de faire imprimer l'Anti-
Lucrece , qui étoit prefque entierement corrigé
;
SEPTEMBRE . 1744. 204
rigé ; il fut attaqué , il y a quelques mois ,
par une langueur & par un épuiſement ,
qui l'a conduit au Tombeau ; je lui écrivis
pour lui témoigner l'affliction où j'étois de
fa fituation ; il n'étoit plus en état de me
faire réponſe lui-même , mais il eut encore
l'attention de me faire faire fes derniers
adieux .
Comme il avoit toujours rempli fes devoirs
d'Eccléfiaftique & de véritable
Chrétien avec la derniere exactitude , &
qu'il avoit vécu avec la Piété la plus édifiante
, & la Sageffe la plus exemplaire , il
a vû venir avec un courage tranquille la
mort, qui l'a ravi à fes amis & au monde, le
17 de ce mois , âgé de près de 53 ans.
A Orleans , ce 30 Juillet 1744.
de Matigney , Chanoine de la Métropole de
Befançon , fur la Mort de M. l'Abbé de
Rothelin.
E vous ai annoncé , Monfieur , avec beau
coup de douleur par ma derniere Lettre,
la mort de l'Illuftre Abbé de Rothelin ; vous
connoiffez les Relations que j'avois avec
lui , l'amitié & la confiance dont il m'a honoré
pendant les quatorze dernieres années
de fa Vie , & je crois vous faire plaifir , en
vous apprenant les particularités que je fçais
de la Vie d'un fi grand homme ; c'eſt la
moindre chofe à laquelle la reconnoiffance
m'engage , en attendant que l'Académie
Françoife , & celle des Infcriptions & Belles-
Lettres célébrent fa mémoire & faffent
connoître à la République des Lettres la
perte qu'elle vient de faire.
CHARLES D'ORLEANS ROTHELIN nâquit
les Août 1691 d'Henri d'Orleans , Marquis
de Rothelin , & de Gabrielle Eleonore
de Montaud , fille de Philippe de Montaud ,
Duc de Navailles , Maréchal de France . Il
n'avoit que fix femaines , lorfque le Marquis
de Rothelin fon Pere , fut tué à la Bataille
de Leuze , en combattant à la tête de
la Gendarmerie , où il fut bleffé de 32
coups ,
SEPTEMBRE . 1744. 2033
coups , dont quatre étoient mortels
.
M. de Rothelin , dont il s'agit ici , qui
étoit le dernier des trois fils , que le Marquis
avoit laiffés , fe détermina dès la jeunelle
à embrafler l'Etat Eccléfiaftique , plû-
τότ que celui des Armes , où fes Ancêtres
avoient beaucoup brillé : ce choix ne lui
fut point infpiré par fa famille , comme on
Pinfpire affés ordinairement aux Cadets
des Maifons Illuftres ; il s'y fentit porté par
l'amour qu'il conçût pour l'Etude , & em
général pour toutes les Sciences , & on auroit
pû prévoir alors, qu'il feroit un jour en
France un des plus zélés Protecteurs des
Belles- Lettres & des Sciences , ce qui s'eft
vérifié après le Régne , à cet égard , le plus
brillant , qu'il y ait jamais eû.
Il fit fes Etudes avec un fuccès étonnant
& il devint en peu de tems excellent Humanifte
, Philofophe profond , & un des plus
grands Théologiens ; on fçait que fes Cahiers
de Théologie fervent encore aujourd'hui
de modéles aux perfonnes , qui veulent
étudier avec fuccès une Science où il
faut joindre la folidité du jugement avec la
vivacité de l'efprit .
Comme notre Illuftre Abbé étoit un de
ces hommes rares , qui naiffent pour faire
honneur aux Siécles où ils vivent , & qui
font sûrs de réüffir & de plaire dans tous
E v les
2034 MERCURE DE FRANCE.
les genres qu'ils embraffent , fon mérite
frappa , entr'autres , dès ce tems- là , M. le
Cardinal de Polignac , & ces deux hommes
d'un génie fuperieur , s'infpirerent récipro
quement ces fentimens d'eftime & de vénération
que le vrai mérite produit . Leur amitié
, qui faifoit l'admiration de tous ceux
qui avoient l'avantage de les connoître particulierement
, a duré juſqu'à la fin de leurs
Vies.
Le Cardinal de Polignac , ayant été obligé
d'aller à Rome après la mort du Pape
Innocent XIII , pour affifter à une nouvelle
Election , M. de Rothelin , qui avoit achevé
, il y avoit quelques années , le cours de
fes Etudes Eccléfiaftiques , & reçû l'Ordre
de Prêtrife , fit le voyage d'Italie , & fe renferma
dans le Conclave avec fon ami . Lorfqu'il
en fut forti après l'Election de Benoît
XIII , les Négociations dont M. de Polignac
fut chargé de la part de la Cour de
France , & dans lefquelles notre Illuftre
Abbé eut beaucoup de part , ne l'empêcherent
pas de fuivre fon goût & de vifiter
avec attention toutes les.Merveilles de cette
ancienne Capitale du Monde , principalement
les Monumens Antiques , que fon
imagination jufte & pénétrante lui repréfentoit
dans l'Etat majeftueux , où les Romains
les avoient autrefois élevés. Cette
idée
SEPTEMBRE. 1744. 2035
idée brillante de Rome Ancienne , qu'il faifoit
renaître fur fes propres débris , lui inf
pira pour les Médailles Antiques , fur leſquelles
la plupart de ces Monumens font repréfentés
, ce goût qui l'a rendu un des plus
Sçavans Antiquaires, & sûrement le premier
Médaillifte de fon tems.
Il commença dès- lors à amaffer ces fameufes
fuites de Médailles Impériales d'Argent
, de Médaillons de même Métal , & de
Quinaires, qu'il a perfectionnées pendant le
le refte de la Vie , par l'acquifition de plus
de trente Cabinets de Médailles Antiques
que differens Particuliers avoient recueillis
avec beaucoup de foin & de dépenfe , & qui
lui avoient à la fin formés ces trois Collections
, qui ne font égalées par aucun Cabinet
en ce genre , qu'il y ait en Europe..
y
Elles font aujourd'hui l'admiration dess
Connoiffeurs , & les Sçavans peuvent les
regarder comme les fources les plus sûres
& les plus curieufes de l'Hiftoire Ancienne
.
Il s'étoit auffi formé une Bibliotéque
qu'on peut confiderer comme une des plus:
précieufes qu'il y ait à Paris , foit par less
Manuferits , foit par les Livres rares, dont
elle eft compofée ; elle feroit plus compler--
te , fi fon amour pour les Sçavans , & pour
lebien public ne l'avoit pas engagé à dépo
Evj
Lex
2036 MERCURE DE FRANCE .
fer dans celle du Roi les Manufcrits & les
autres Livres , qu'il poffedoit , & qui y manquoient.
Quoiqu'il femblât que M. de Rothelin
donnoit beaucoup de fon tems à amaffer des
Médailles & à former fa Bibliotéque , ces
objets n'étoient cependant qu'un amuſement
pour lui , lefquels lui fervoient de délaffedans
des occupations
, qu'il regardoit
comme plus effentielles à l'Etat qu'il
avoit embraffé.
ment ,
Il fut reçû à l'Académie Françoiſe le 28
Juin 1728 , & enfuite dans celle des Infcriptions
& Belles- Lettres , en qualité d'Honoraire.
Nous avons le Difcours qu'il prononça
dans la premiere de ces deux Académies ,
& ceux qu'il a compofés depuis à l'occafion
de differentes Receptions : on y remarque
avec plaifir cette éloquence qui lui étoit naturelle
; en effet M. de Rothelin étoit , de
l'aveu de tous les Connoiffeurs , un des Seigneurs
qui parloit avec le plus de graces, &
qui compofoit avec le plus de facilité fur
toutes fortes de fujets. Son ftyle Epiftolaire
a un naturel qui frappe & qui ne permet
pas de lire fes Lettres , fans être charmé de
la façon dont elles font écrites ; j'en parle,
M. avec certitude , puifqu'il m'a fait l'honneur
de m'en écrire plus de 300 , que je
poffède , & qui auroient dû me former un
style ,
SEPTEMBRE. 1744. 2.037
ftyle , s'il étoit poffible , aux perfonnes qui
naiffent avec des talens bornés , d'imiter les
Grands Hommes .
Il fembloit , dans le tems qu'il fut reçû à
l'Académie Françoife , qu'il ne fut pas fixé
pour toujours à Paris , & cette Compagnie
lui fit fentir dans le Difcours qu'elle lui
adreffa , l'appréhenfion qu'elle avoit de le
perdre ; elle le regardoit comme un fujet
qui lui feroit bientôt enlevé , pour briller
dans une de ces Places où la Vertu & les
talens doivent paroître dans tout leur
éclat.
M. de Rothelin avoit des idées bien differentes
; il avoit accepté à la fin de 1726 , la
fimple Abbaye de Cormeilles , mais on fçait
aufli qu'il avoit conftamment refufé l'Epifcopat
, & que le goût univerfel qui le dominoit
pour les Sciences , le fit renoncer à
toutes les idées de Grandeur & de Fortune ,
pour ne pas quitter Paris , & pour paffer
une partie de la vie dans fon Cabinet , qui
étoit un véritable Sanctuaire des Mufes , le
rendez - vous des Sçavans , & furtout des
hommes rares & finguliers dans chaque
Science .
C'est dans cette fituation , où il a paffé
les quinze dernieres années de fa vie , que
j'ai eu lieu de le connoître plus particulierement
& de l'admirer , où j'ai tâché deprofiter
2038 MERCURE DE FRANCE.
fiter de fes lumieres fur le goût commun qui
nous unifoit. C'eſt dans cet état d'un homme
, qui n'ambitionnoit que la qualité d'Amateur
des Belles - Lettres , que je fouhaite
vous le faire connoître , & vous repréfenter
un de ces hommes d'un caractere aimable
, & de la politeffe la plus parfaite , dont
les qualités du coeur furpaffoient encore celles
de l'efprit , qui faifoit fon bonheur d'encourager
& de favorifer les Gens de Lettres
& de cultiver de véritables amis , qui fe livroit
entierement à eux , qui les charmoit
dans fes Difcours , par des graces qui lui
étoient naturelles , & qui auroient fuffi feules
,pour perfuader , indépendamment de la
folidité de fes raifonnemens ;un de ces hommes
univerfels , nés pour connoître à fond
la plupart des Sciences , & en même-tems
d'un caractere à ne jamais faire fentir à ceux
qui paroiffoient y briller davantage , la fu
périorité qu'il avoit fur eux ; un de ces hommes
enfin , qu'on n'abordoit jamais fans:
plaifir , qu'on n'écoutoit qu'avec un charme
infini , & qu'on ne pouvoit quitter fans emporter
de lui une idée qu'aucun objet ne
pouvoit effacer.
Outre les talens que M. de Rothelin poffédoit
, foit du côté des Sciences , foit du
côté de la Politique , où il étoit regardé
comme un Génie fupérieur ,,qui connoiffoit
SEPTEMBRE. 1744. 2039
à fond les intérêts des differentes Nations ,
il avoit encore celui de fçavoir plufieurs
Langues ; il fçavoit parfaitement la Langue
Grecque ; il connoiffoit toutes les beautés
& les délicateffes de la Latine ; il parloit
& écrivoit l'Italienne, comme fi elle avoit
été fa Langue Maternelle ; je lui ai vû apprendre
l'Anglois en moins d'un mois , &
il m'a dit qu'il en avoit conçû le deffein
uniquement pour pouvoir lire dans l'Origi
nal les Poëmes de Milton . Tout le monde
fçait combien il excelloit dans la Langue-
Françoife , & l'Académie en étoit fi perfuadée
, qu'elle l'engagea , il y a fix années , &
fe charger en partie de la correction du Dic
tionnaire dont elle a donné une nouvelle
Edition en 1740.
L'année fuivante , M. de Rothelin accep
ta une Place dans la focieté Litteraire d'Or
leans , qui venoit de fe former fous les auf
pices de M. l'Evêque de cette Ville , & dont
M. le Duc d'Orleans fe déclara enfuite Protecteur.
Notre Illuftre Abbé eut le malheur de
perdre dans ce tems-là , M. le Cardinal de
Polignac , qui lui remit fon Poëme de l'Anti-
Lucrece , dans lequel ce fameux Cardinal a
fçû par des Vers auffi harmonieux que ceux
de l'Auteur qu'il combat , vaincre Lucrece
par fes propres armes , & faire fentir le faux
de
2040 MERCURE DE FRANCE.
de la Morale d'Epicure, fur laquelle il avoit
fondé fon Systême .
Il m'écrivit le 23 Novembre 1741 , au
fujet de cette mort en ces termes.
» J'ai eu le malheur de perdre , depuis
»peu de jours , M. le Cardinal de Poli-
»gnac , homme fupérieur & au -deffus de
>> tous les Eloges . Il m'a remis , en mourant ,
>>fon Poëme de l'Anti-Lucrece ; je vais faire
»de mon mieux pour le mettre en état d'être
» imprimé ; ce fera un hommage que je ren-
» drai à notre Académie ( d'Orleans ) dès
que je pourrai en avoir des Exemplaires .
Il me communiqua dans mon dernier
voyage de Paris , une partie des corrections
qu'il avoit faites à ce Poëme , & il me lût
la Traduction en Profe Françoife qu'il en
avoit entrepris ; je ne puis mieux vous la
comparer pour le ftyle , qu'à celle du Paradis
perdu de Milton , & même je crois qu'il
s'y trouve plus de fublime . Il eft à fouhaiter
que quelque habile Ecrivain continue
cette Traduction , qui feroit tant d'honneur
à notre Langue ; c'eft , comme l'a dit
un Auteur célébre , prolonger la vie des
Grands Hommes , que de continuer dignement
leurs Ouvrages.
La mauvaiſe fanté de M. de Rothelin ne
lui a pas permis de faire imprimer l'Anti-
Lucrece , qui étoit prefque entierement corrigé
;
SEPTEMBRE . 1744. 204
rigé ; il fut attaqué , il y a quelques mois ,
par une langueur & par un épuiſement ,
qui l'a conduit au Tombeau ; je lui écrivis
pour lui témoigner l'affliction où j'étois de
fa fituation ; il n'étoit plus en état de me
faire réponſe lui-même , mais il eut encore
l'attention de me faire faire fes derniers
adieux .
Comme il avoit toujours rempli fes devoirs
d'Eccléfiaftique & de véritable
Chrétien avec la derniere exactitude , &
qu'il avoit vécu avec la Piété la plus édifiante
, & la Sageffe la plus exemplaire , il
a vû venir avec un courage tranquille la
mort, qui l'a ravi à fes amis & au monde, le
17 de ce mois , âgé de près de 53 ans.
A Orleans , ce 30 Juillet 1744.
Fermer
353
p. 2043-2046
ESTAMPES NOUVELLES.
Début :
La suite des Portraits des Hommes Illustres dans les Arts & dans les Sciences contin[u]ë de paroître [...]
Mots clefs :
Portraits, Hommes illustres, Vers, Roi, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES.
ESTAMPES NOUVELLE S.
LA fuite des Portraits des Hommes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continnë de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou . Il vient de mettre en vente ceux de
HENRI DE LORRAINE , COMTE DE HARCOURT ,
Chevalier des Ordres du Roi , Grand Ecuyer de
France , né le 20 Mars 1601 , mort le 25 Juillet
1666 , peint par Nic. Mignard & gravé par Fiquet.
FRANÇOIS DE LA MOTHE LE VAYER , de l'Acadé
mie Françoiſe , mort en 1672 , âgé de 86 ans , def
finé par Nanteuil & gravé par Etienne Feffard.
SCEVOLE DE Ste MARTHE , né à Loudun le 2 Fé
vrier 1536 , mort le 29 Mars 1623 , âgé de 87 ans
gravé par le même.
JEAN LAURENT BERNIN , Sculpteur , Architecte
& Peintre , né à Naples le 7 Décembre 1598 , mort
à Rome le 28 Novembre 1680 , peint par J. B
Gaulli & gravé par Pinffio.
Le
2044 MERCURE DEFRANCE.
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuf
tres du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre en vente les deux Portraits fuivans , qui
font Pendant .
LOUIS-FR.RANÇOIS DE BOURBON , PRINCE DE CONTY
, né à Paris le 13 Août 1717. On lit ces Vers an
bas de M. Moraine.
Digne fils des Héros qui t'ont donné naiffance ,
Terreur des Ennemis , amour de nos Soldats ,
Prince , auffi bien faifant , que fier dans les Combats,
Après LOUIS , tu fais la gloire de la France.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France , né
à Paris le premier Septembre 1637 , mort dans fon
Château de S. Gratien , près S. Denis en France , le
25 Février 1712. On lit ces Vers au bas, auſſi de M.
Moraine.
Grand Général , dont la mémoire
Sera toûjours pleine de gloire ,
Dont Marfal & Staffarde éternifent l'honneur ,
Du Prince Savoyard brave & fage vainqueur ,
Il ne tint pas à ton courage
Que notre Grand Conty n'eût plus trouvé d'ouvrage
Autre Portrait en hauteur , jufqu'aux genoux de
DON BERNARD DE MONTFAUCON , de la Congrégation
de S. Maur , né au Château de Soulage le 17
Janvier 1655 , mort à Paris le 21 Décembre 1741 ,
fort bien gravé par B. Audran , d'après le Portrait
original de M. Geuſlin. Il fe yend à Paris chés l'Auteur
,
SEPTEMBRE . 1744
2045'
teur , rue S. Jacques , à la Ville de Paris. On lit ces
Vers au bas.
Objetde fes fçavantes veilles
La docte Antiquité cachoit peu de merveilles ,
Qu'en vrai Critique il n'ait fçû voir,
Et par un fort, digne d'envie,
L'Or * , dont un Grand Monarque honora fon fça
yoir ,
Brille moins que l'éclat des Vertus de ſa vie. ·
REPRESENTATION DU FEU D'ARTIFICE , élevé
dans la Place de Gréve , par ordre de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins de la Ville de Paris , en
réjouiffance de l'heureux rétabliffement de la fanté
du Roi , le 8 Septembre 1744. Ce feu a été exécuté
fous la conduite de M. Beaufire , Architecte du Roi
& de fon Académie d'Architecture , Maître Général
Contrôleur , Infpecteur des Bâtimens de la Ville ,
inventé & peint par les Sieurs Dumefnil , freres ,
Peintres ordinaires de la Ville , fe vend chés de Peilly,
rue S. Jacques , à l'Image S. Benoît , & chés Heriffet
, le Pere , Graveur , rue S, Jacques , vis-à - vis
les Jefuites.
On vend au même endroit une autre Eftampe en
large & plus grande : c'eſt la repréſentation du Fau
D'ARTIFICE ET DE L'ILLUMINATION , élevé dans la
même Place , par l'ordre des mêmes Magiftrats , &
pour le même fujet. L'Illumination eftdu même M.
Beaufire , & l'artifice a été compofé & exécuté par
les Srs Rugieri , freres , Italiens de Bologne.
* La Médaille d'Or , que l'Empereur lui envoya ;
accompagnée d'une Lettre.
La
2046 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr Moyreau vient de mettre au jour une fort
belle Etampe en large , qu'on veni chés lui , ruë
S. Jacques , à la vieiile Poite , d'après le Tableau
Original de Ph. Vauvremens , de 20 pouces & demi
de haut fur 25 de large , qui eft dans le Cabinet
de M. le Préſident de Tugny . Cette Eftampe qui
porte pour Titre L'EMERASEMENT DU MOULIN , eft
dédiée au même Président de Tugny , 1744.
LA fuite des Portraits des Hommes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continnë de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou . Il vient de mettre en vente ceux de
HENRI DE LORRAINE , COMTE DE HARCOURT ,
Chevalier des Ordres du Roi , Grand Ecuyer de
France , né le 20 Mars 1601 , mort le 25 Juillet
1666 , peint par Nic. Mignard & gravé par Fiquet.
FRANÇOIS DE LA MOTHE LE VAYER , de l'Acadé
mie Françoiſe , mort en 1672 , âgé de 86 ans , def
finé par Nanteuil & gravé par Etienne Feffard.
SCEVOLE DE Ste MARTHE , né à Loudun le 2 Fé
vrier 1536 , mort le 29 Mars 1623 , âgé de 87 ans
gravé par le même.
JEAN LAURENT BERNIN , Sculpteur , Architecte
& Peintre , né à Naples le 7 Décembre 1598 , mort
à Rome le 28 Novembre 1680 , peint par J. B
Gaulli & gravé par Pinffio.
Le
2044 MERCURE DEFRANCE.
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuf
tres du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre en vente les deux Portraits fuivans , qui
font Pendant .
LOUIS-FR.RANÇOIS DE BOURBON , PRINCE DE CONTY
, né à Paris le 13 Août 1717. On lit ces Vers an
bas de M. Moraine.
Digne fils des Héros qui t'ont donné naiffance ,
Terreur des Ennemis , amour de nos Soldats ,
Prince , auffi bien faifant , que fier dans les Combats,
Après LOUIS , tu fais la gloire de la France.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France , né
à Paris le premier Septembre 1637 , mort dans fon
Château de S. Gratien , près S. Denis en France , le
25 Février 1712. On lit ces Vers au bas, auſſi de M.
Moraine.
Grand Général , dont la mémoire
Sera toûjours pleine de gloire ,
Dont Marfal & Staffarde éternifent l'honneur ,
Du Prince Savoyard brave & fage vainqueur ,
Il ne tint pas à ton courage
Que notre Grand Conty n'eût plus trouvé d'ouvrage
Autre Portrait en hauteur , jufqu'aux genoux de
DON BERNARD DE MONTFAUCON , de la Congrégation
de S. Maur , né au Château de Soulage le 17
Janvier 1655 , mort à Paris le 21 Décembre 1741 ,
fort bien gravé par B. Audran , d'après le Portrait
original de M. Geuſlin. Il fe yend à Paris chés l'Auteur
,
SEPTEMBRE . 1744
2045'
teur , rue S. Jacques , à la Ville de Paris. On lit ces
Vers au bas.
Objetde fes fçavantes veilles
La docte Antiquité cachoit peu de merveilles ,
Qu'en vrai Critique il n'ait fçû voir,
Et par un fort, digne d'envie,
L'Or * , dont un Grand Monarque honora fon fça
yoir ,
Brille moins que l'éclat des Vertus de ſa vie. ·
REPRESENTATION DU FEU D'ARTIFICE , élevé
dans la Place de Gréve , par ordre de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins de la Ville de Paris , en
réjouiffance de l'heureux rétabliffement de la fanté
du Roi , le 8 Septembre 1744. Ce feu a été exécuté
fous la conduite de M. Beaufire , Architecte du Roi
& de fon Académie d'Architecture , Maître Général
Contrôleur , Infpecteur des Bâtimens de la Ville ,
inventé & peint par les Sieurs Dumefnil , freres ,
Peintres ordinaires de la Ville , fe vend chés de Peilly,
rue S. Jacques , à l'Image S. Benoît , & chés Heriffet
, le Pere , Graveur , rue S, Jacques , vis-à - vis
les Jefuites.
On vend au même endroit une autre Eftampe en
large & plus grande : c'eſt la repréſentation du Fau
D'ARTIFICE ET DE L'ILLUMINATION , élevé dans la
même Place , par l'ordre des mêmes Magiftrats , &
pour le même fujet. L'Illumination eftdu même M.
Beaufire , & l'artifice a été compofé & exécuté par
les Srs Rugieri , freres , Italiens de Bologne.
* La Médaille d'Or , que l'Empereur lui envoya ;
accompagnée d'une Lettre.
La
2046 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr Moyreau vient de mettre au jour une fort
belle Etampe en large , qu'on veni chés lui , ruë
S. Jacques , à la vieiile Poite , d'après le Tableau
Original de Ph. Vauvremens , de 20 pouces & demi
de haut fur 25 de large , qui eft dans le Cabinet
de M. le Préſident de Tugny . Cette Eftampe qui
porte pour Titre L'EMERASEMENT DU MOULIN , eft
dédiée au même Président de Tugny , 1744.
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354
p. 2131-2132
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
Début :
AU milieu des transports du plus tendre & du plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai passé successivement [...]
Mots clefs :
Roi, Médaillon, Dieu, Voeux, Prince, Convalescence, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
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355
p. 2218-2219
EXPLICATION du Tableau Epithalame, peint à l'Encre de la Chine, dédié à S. A. S. Madame la Duchesse de Chartres, par M. Gosmond.
Début :
LE principal Groupe représente le Mariage d'Hercule avec Hebé, fait par [...]
Mots clefs :
Hercule, Hébé, Jupiter, Sagesse, Grâces, Groupe, Tableau épithalame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du Tableau Epithalame, peint à l'Encre de la Chine, dédié à S. A. S. Madame la Duchesse de Chartres, par M. Gosmond.
EXPLICATION du Tablean Epithalame
, peint à l'Encre de la Chine , dédié
à S. A.S.Madame la Ducheſſe de Chartres,
par M. Gofmond.
E principal Groupe repréſente le Ma-
Lriaged'Hercule avec Hebé fait par
Jupiter.
Il y a deux Groupes à droite & à gauche
du premier , qui caractériſent les attributs
desEpoux qui s'uniffent.
Le Groupe à la fuite d'Hebé , repréſente
la Sageſſe & les Graces. LesGracestiennent
des Guirlandes de fleurs , qu'elles ont préparé
pour l'Epouſe. La Sageſſe paroît s'entretenir
avec les Graces , & leur dire , que
les fleurs qu'elles préſentent , pour corner
cette Augufte Epouſe , produiront bien-tôt
des fruits dignes d'elle , &du Héros avec
lequel Jupiter l'unit ; ce qui eft caractériſé
par une Corne d'abondance qui eſt à ſes
pieds.
Le Groupe qui ſuit Hercule , repréſente
Mars & la Liberalité,qui font les vrais attribats
d'un Héros , puiſque Mars figure la
force du courage , & la Libéralité ,les ſentimens
généreux qui doivent l'accompagner.
Sur
OCTOBRE. 1744. 2219
Sur le devant du Tableau , ſont l'Amour
& l'Hymen, qui réiniſſent leurs flambeaux ,
avec des expreffions réciproques de tendrefſe.
On voit entre leurs flambeaux réinis les
Armes d'Orleans & de Conty accolées , qui
caractériſent l'Auguſte Hymenée de leurs
Alteſſes Séréniffimes.
Au bas du Tableau on lit cette Inſcription
:
D'Hercule avec Hebé le Souverain des Dieux
Sur l'Olimpe autrefois unit la deſtinée
Entre CHARTRES & CONTY les Loix de
l'hymenée 1
Du beau Sang des Bourbons refferrent tous les
noeuds ,
Et dans leur chaîne fortunée,
Nous font voir ici bas ce qu'on vit dans les Cieux.
, peint à l'Encre de la Chine , dédié
à S. A.S.Madame la Ducheſſe de Chartres,
par M. Gofmond.
E principal Groupe repréſente le Ma-
Lriaged'Hercule avec Hebé fait par
Jupiter.
Il y a deux Groupes à droite & à gauche
du premier , qui caractériſent les attributs
desEpoux qui s'uniffent.
Le Groupe à la fuite d'Hebé , repréſente
la Sageſſe & les Graces. LesGracestiennent
des Guirlandes de fleurs , qu'elles ont préparé
pour l'Epouſe. La Sageſſe paroît s'entretenir
avec les Graces , & leur dire , que
les fleurs qu'elles préſentent , pour corner
cette Augufte Epouſe , produiront bien-tôt
des fruits dignes d'elle , &du Héros avec
lequel Jupiter l'unit ; ce qui eft caractériſé
par une Corne d'abondance qui eſt à ſes
pieds.
Le Groupe qui ſuit Hercule , repréſente
Mars & la Liberalité,qui font les vrais attribats
d'un Héros , puiſque Mars figure la
force du courage , & la Libéralité ,les ſentimens
généreux qui doivent l'accompagner.
Sur
OCTOBRE. 1744. 2219
Sur le devant du Tableau , ſont l'Amour
& l'Hymen, qui réiniſſent leurs flambeaux ,
avec des expreffions réciproques de tendrefſe.
On voit entre leurs flambeaux réinis les
Armes d'Orleans & de Conty accolées , qui
caractériſent l'Auguſte Hymenée de leurs
Alteſſes Séréniffimes.
Au bas du Tableau on lit cette Inſcription
:
D'Hercule avec Hebé le Souverain des Dieux
Sur l'Olimpe autrefois unit la deſtinée
Entre CHARTRES & CONTY les Loix de
l'hymenée 1
Du beau Sang des Bourbons refferrent tous les
noeuds ,
Et dans leur chaîne fortunée,
Nous font voir ici bas ce qu'on vit dans les Cieux.
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356
p. 2237-2238
EXPLICATION d'une Pierre Antique, représentant L'IDÉE DU HEROS, gravée en relief.
Début :
Cette Pierre représente Mars, Apollon & les Graces. Ces Déesses lient le redoutable [...]
Mots clefs :
Pierre, Grâces, Mars, Apollon, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION d'une Pierre Antique, représentant L'IDÉE DU HEROS, gravée en relief.
EXPLICATION d'une Pierre Antique,
représentant L'IDE'E DU HEROS ,
gravée en relief.
CExt
Ette Pierre repréſente Mars , Apollon
& les Graces. Ces Déelles lient le redoutable
Dieu de la Guerre avec des Guirlandes
de fleurs ,&le préſentent au Dieu de
l'Eſprit. Mars donne une main à Apollon ,
&il lui montre de l'autre le Templede la
Gloire, ſitué ſur un rocher eſcarpé. Ce Dieu
paroît convenir par ce geſte , qu'il a beſoin
d'Apollon, c'est- à-dire, pour expliquer cette
allégorie , que la grandeur du courage ne
ſuffit pas pour s'ouvrir l'entrée du Temple
de la Gloire , s'il n'eſt foutenu par les dons
de l'eſprit , par les graces du génie ,& par
l'amour
1
2238 MERCURE DE FRANCE.
:
l'Amour des Sciences & des beaux Arts ,
amour , qui est caracteriſé par le Bouclier
de Minerve , qu'on voit à côté de Mars.
On lit cette Inſcription Grecque dans
l'Exergue :
ΑΙ, ΚΑΡΙΤΕΣ, ΔΗΣΑΣΑΙ . ΑΔΕΛΦΟΥΣ .
ΘΕΙΟΥΣ . Ce qui ſignifie litteralement , que
les Graces enchaînent & réuniſſent ces deux divins
Freres.
On voit dans le Champ de la Pierre , audeſſous
des Graces , ces Lettres FIP.. qui
font croire que cette belle Gravûre eſt de
Pirgoteles ( fameux Graveur , ſi cher à Alexandre
le Grand , que ce Prince deffendit
fous peine de la vie à tout autre que lui , de
graver ſon Portrait ſur les Pierres précieuſes
, ) ces trois Lettres étant les premieres de
fonNom.
On laiſſe aux Sçavans à juger de cette
Explication. Quant à la Pierre gravée Antique
, qui a fervi de modéle , elle eſt inconnuë
juſqu'à préſent. On n'en connoît que le
Deſſein,qui appartient au Duc de Nivernois
de l'Académie Françoiſe. Ce Seigneur l'a acquis
d'un Curieux , qui deſſine & qui a du
goût pour ce genre d'Antiquité.
représentant L'IDE'E DU HEROS ,
gravée en relief.
CExt
Ette Pierre repréſente Mars , Apollon
& les Graces. Ces Déelles lient le redoutable
Dieu de la Guerre avec des Guirlandes
de fleurs ,&le préſentent au Dieu de
l'Eſprit. Mars donne une main à Apollon ,
&il lui montre de l'autre le Templede la
Gloire, ſitué ſur un rocher eſcarpé. Ce Dieu
paroît convenir par ce geſte , qu'il a beſoin
d'Apollon, c'est- à-dire, pour expliquer cette
allégorie , que la grandeur du courage ne
ſuffit pas pour s'ouvrir l'entrée du Temple
de la Gloire , s'il n'eſt foutenu par les dons
de l'eſprit , par les graces du génie ,& par
l'amour
1
2238 MERCURE DE FRANCE.
:
l'Amour des Sciences & des beaux Arts ,
amour , qui est caracteriſé par le Bouclier
de Minerve , qu'on voit à côté de Mars.
On lit cette Inſcription Grecque dans
l'Exergue :
ΑΙ, ΚΑΡΙΤΕΣ, ΔΗΣΑΣΑΙ . ΑΔΕΛΦΟΥΣ .
ΘΕΙΟΥΣ . Ce qui ſignifie litteralement , que
les Graces enchaînent & réuniſſent ces deux divins
Freres.
On voit dans le Champ de la Pierre , audeſſous
des Graces , ces Lettres FIP.. qui
font croire que cette belle Gravûre eſt de
Pirgoteles ( fameux Graveur , ſi cher à Alexandre
le Grand , que ce Prince deffendit
fous peine de la vie à tout autre que lui , de
graver ſon Portrait ſur les Pierres précieuſes
, ) ces trois Lettres étant les premieres de
fonNom.
On laiſſe aux Sçavans à juger de cette
Explication. Quant à la Pierre gravée Antique
, qui a fervi de modéle , elle eſt inconnuë
juſqu'à préſent. On n'en connoît que le
Deſſein,qui appartient au Duc de Nivernois
de l'Académie Françoiſe. Ce Seigneur l'a acquis
d'un Curieux , qui deſſine & qui a du
goût pour ce genre d'Antiquité.
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357
p. 2254-2255
HISTOIRE des Hommes Illustres par les Médailles.
Début :
Pour répondre à l'accueil favorable que le Public continuë de faire à ce Journal, & pour le [...]
Mots clefs :
Médailles, Hommes illustres, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE des Hommes Illustres par les Médailles.
HISTOIRE des Hommes Illustres
par les Médailles.
Our répondre à l'accueil favorable que le Pu
blic continuë de faire à ce Journal , & pour le
rendre encore plus agréablement inſtructif , nous
avons projetté de donner une Hiſtoire ſommaire des
Hommes Illuftres , en l'honneur deſquels on a frappé
des Médailles ,depuis la renaiſſance des Lettres
juſqu'àpréſent.
Par le titre d'Hommes Illuftres , on entend ici
non-ſeulement les Rois, les Souverains & les Princes
les plus diftingués , les Princeſſes , mais encore
les Perſonnes de l'un & l'autre Sexe , qui auront excellé
en quelque genre que ce foit , particulierement
ceux &celles , qui auront cultivé les Sciences
& les Beaux - Arts .
Nous ne ferons graver aucune Médaille en Taille-
douce , dont nous n'aurons pas vu l'original ,
frappé dans le tems même , & dont la certitude ne
foit tout- à- fait incontestable .
Ainfi, on n'empruntera rien des Livres où ſe peuvent
trouver de pareilles gravûres , de Mezeray même
, encore moins du grand Recueil de Jacques de
Bie , où parmi pluſieurs Médailles vraies , il s'en
trouve beaucoup de ſuſpectes , d'autres viſiblement
fauſſes , & fabriquées dans des tems poſtérieurs .
L'exécution de ce Projet nous fera peut-être
moins difficile , par la quantité de Médailles , que
nous poſſedons déja , de la qualité dont il s'agit ici ,
OCTOBRE. 1744. 2255
&par les ſecours que nous nous promettons de la
part de pluſieurs perſonnes Curieuses , qui ont de
pareils Monumens , & dont nous nous ferons un
devoir& un plaiſir de citer les Cabinets
Nous commencerons par une Médaille de Fran
çois I, par la raiſon qui ſe préſente fi naturellement,
ce Grand Prince , outre ſes rares qualités du coeur
& de l'efprit , ayant été le Pere & le Reſtaurateur
des Lettres,& le magnifique Protecteur des Sçavans:
par les Médailles.
Our répondre à l'accueil favorable que le Pu
blic continuë de faire à ce Journal , & pour le
rendre encore plus agréablement inſtructif , nous
avons projetté de donner une Hiſtoire ſommaire des
Hommes Illuftres , en l'honneur deſquels on a frappé
des Médailles ,depuis la renaiſſance des Lettres
juſqu'àpréſent.
Par le titre d'Hommes Illuftres , on entend ici
non-ſeulement les Rois, les Souverains & les Princes
les plus diftingués , les Princeſſes , mais encore
les Perſonnes de l'un & l'autre Sexe , qui auront excellé
en quelque genre que ce foit , particulierement
ceux &celles , qui auront cultivé les Sciences
& les Beaux - Arts .
Nous ne ferons graver aucune Médaille en Taille-
douce , dont nous n'aurons pas vu l'original ,
frappé dans le tems même , & dont la certitude ne
foit tout- à- fait incontestable .
Ainfi, on n'empruntera rien des Livres où ſe peuvent
trouver de pareilles gravûres , de Mezeray même
, encore moins du grand Recueil de Jacques de
Bie , où parmi pluſieurs Médailles vraies , il s'en
trouve beaucoup de ſuſpectes , d'autres viſiblement
fauſſes , & fabriquées dans des tems poſtérieurs .
L'exécution de ce Projet nous fera peut-être
moins difficile , par la quantité de Médailles , que
nous poſſedons déja , de la qualité dont il s'agit ici ,
OCTOBRE. 1744. 2255
&par les ſecours que nous nous promettons de la
part de pluſieurs perſonnes Curieuses , qui ont de
pareils Monumens , & dont nous nous ferons un
devoir& un plaiſir de citer les Cabinets
Nous commencerons par une Médaille de Fran
çois I, par la raiſon qui ſe préſente fi naturellement,
ce Grand Prince , outre ſes rares qualités du coeur
& de l'efprit , ayant été le Pere & le Reſtaurateur
des Lettres,& le magnifique Protecteur des Sçavans:
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358
p. 2256
ESTAMPES NOUVELLES.
Début :
M. Lépicié, Graveur du Roi, & Secretaire de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, vient [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Étienne Jeaurat, Sainte Vierge, Edme Bouchardon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES.
ESTAMPES NOUVELLES .
M. Lépicié , Graveur du Roi, & Secretaire de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture , vient
de graver & de mettre au jour deux Eſtampes fort
ingénieuſes & piquantes , d'après M. Jeaurat , Profeſſeur
de la même Académie. On remarque avec
plaifir dans ces Morceaux une compoſition noble
&naïve , de l'expreſſion &de la fineſſe dans le
Deſſein.
Ces Estampes repréſentent l'Accouchée & la Relevée,
& ſe vendent chés l'Auteur , au coin de l'Abreuvoir
du Quai des Orfèvres , & chés Louis Surugue
, Graveur du Roi , rue des Noyers , vis- à- vis
S. Yves.
:
Autre Eſtampe en hauteur , repréſentant LA STE
VIERGE , d'après la Statue exécutée en argent, pour
être placée dans la Chapelle de la Ste Vierge de l'Egliſe
Paroiffiale de S. Sulpice de Paris , d'après le
Molele d'Edme Bouchardon , Sculpteur du Roi , laquelle
a été peinte par le Sr Chevalier. Cette Eſtampe,
qui est très bien gravée par le Sr Sornique , eft
dédiée à Mre Jean-Baptiste.Joſeph Languet de Gergy
, Docteur de Sorbonne , Curé de S. Sulpice.
Elle ſe vend chés le Sr Chevalier , Peintre , ruë du
Four , Fauxbourg S. Germain , à l'Hôtel d'Allemagne
, & chés Vanbeck , Peintre , rue d'Enfer , Port
S. Landry .
M. Lépicié , Graveur du Roi, & Secretaire de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture , vient
de graver & de mettre au jour deux Eſtampes fort
ingénieuſes & piquantes , d'après M. Jeaurat , Profeſſeur
de la même Académie. On remarque avec
plaifir dans ces Morceaux une compoſition noble
&naïve , de l'expreſſion &de la fineſſe dans le
Deſſein.
Ces Estampes repréſentent l'Accouchée & la Relevée,
& ſe vendent chés l'Auteur , au coin de l'Abreuvoir
du Quai des Orfèvres , & chés Louis Surugue
, Graveur du Roi , rue des Noyers , vis- à- vis
S. Yves.
:
Autre Eſtampe en hauteur , repréſentant LA STE
VIERGE , d'après la Statue exécutée en argent, pour
être placée dans la Chapelle de la Ste Vierge de l'Egliſe
Paroiffiale de S. Sulpice de Paris , d'après le
Molele d'Edme Bouchardon , Sculpteur du Roi , laquelle
a été peinte par le Sr Chevalier. Cette Eſtampe,
qui est très bien gravée par le Sr Sornique , eft
dédiée à Mre Jean-Baptiste.Joſeph Languet de Gergy
, Docteur de Sorbonne , Curé de S. Sulpice.
Elle ſe vend chés le Sr Chevalier , Peintre , ruë du
Four , Fauxbourg S. Germain , à l'Hôtel d'Allemagne
, & chés Vanbeck , Peintre , rue d'Enfer , Port
S. Landry .
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359
p. 2277-2278
LETTRE de M. Lépicié, Sécrétaire de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, à M. le C. D. L. R.
Début :
JE réponds avec bien du plaisir, Monsieur, à l'invitation que vous m'avez fait [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Te Deum, Contrôleur général
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Lépicié, Sécrétaire de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, à M. le C. D. L. R.
LETTRE de M. Lépicié , Sécrétaire de
l'Académie Royale de Peinture de Scalpture
, à M. le C. D. L. R.
J
E réponds avec bien du plaiſir , Monfieur,
à l'invitation que vous m'avez fait
faire , de vous communiquer ce qui s'eſt
paífé au ſujet du Te Deum que l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture a fait
chanter pour le rétabliſſement de la ſanté
duRoi.
Afin de m'en acquitter avec ordre , je
crois qu'il convient de vous expoſer la Délibération
de la Compagnie, qui eſt conçûë
en ces termes ; elle eſt du Samedi 29 Août
dernier.
> Plus la maladie de Sa Majefté a causéde
> conſternation à la France , plus l'heureuſe
>>guérifon
#278 MERCURE DE FRANCE.
>> guériſon de ce Prince a répandu de joye
> dans le coeur de ſes Sujets . Cet événement
>> miraculeux , où Dieu a parû écouter ſi fa-
> vorablement nos prieres , en rappellant à
la vie le plus grand & le meilleur de tous
>> les Rois , mérite que nous lui en rendions
>>d'éternelles graces , & c'eſt pour remplir
>> une obligation ſi juſte , que l'Académie a
> réſolu unanimement de faire chanter un
►Te Deum dans l'Egliſe de S. Louis du Lou-
> vre , où M. le Contrôleur Général , Pro-
> tecteur , ſera invité de ſe trouver .
M. le Contrôleur Général étant parti dans
ce tems- là pour Metz , la Compagnie , qui
comptoit ſur un prompt retour , jugea à
propos de différer le Te Deum, mais les affaires
retenant ce Miniſtre à la Cour , l'Académie
, qui craignit que ce retardement ne
parût une négligence , prit la réſolution de
le faire chanter le Jeudi 17 Septembre.
L'Aſſemblée fut nombreuſe. M. de Blamont,
Sur- Intendant de la Muſique du Roi, chargé
de l'exécution , la rendit très-brillante. Ce
Te Deum, de ſa compoſition, paſſe, avec juftice,
pour un excellent Morceau de Muſique,
frappé au coin des plus grands Maîtres. Le
Verfet, Judex crederis effe venturus, eft admirable,
( ainſi que pluſieurs autres ) pour l'accord
du chant , de l'expreffion &du fentithent.
J'ai l'honneur d'être , &c .
A Paris ce 20 Septembre 1744 .
l'Académie Royale de Peinture de Scalpture
, à M. le C. D. L. R.
J
E réponds avec bien du plaiſir , Monfieur,
à l'invitation que vous m'avez fait
faire , de vous communiquer ce qui s'eſt
paífé au ſujet du Te Deum que l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture a fait
chanter pour le rétabliſſement de la ſanté
duRoi.
Afin de m'en acquitter avec ordre , je
crois qu'il convient de vous expoſer la Délibération
de la Compagnie, qui eſt conçûë
en ces termes ; elle eſt du Samedi 29 Août
dernier.
> Plus la maladie de Sa Majefté a causéde
> conſternation à la France , plus l'heureuſe
>>guérifon
#278 MERCURE DE FRANCE.
>> guériſon de ce Prince a répandu de joye
> dans le coeur de ſes Sujets . Cet événement
>> miraculeux , où Dieu a parû écouter ſi fa-
> vorablement nos prieres , en rappellant à
la vie le plus grand & le meilleur de tous
>> les Rois , mérite que nous lui en rendions
>>d'éternelles graces , & c'eſt pour remplir
>> une obligation ſi juſte , que l'Académie a
> réſolu unanimement de faire chanter un
►Te Deum dans l'Egliſe de S. Louis du Lou-
> vre , où M. le Contrôleur Général , Pro-
> tecteur , ſera invité de ſe trouver .
M. le Contrôleur Général étant parti dans
ce tems- là pour Metz , la Compagnie , qui
comptoit ſur un prompt retour , jugea à
propos de différer le Te Deum, mais les affaires
retenant ce Miniſtre à la Cour , l'Académie
, qui craignit que ce retardement ne
parût une négligence , prit la réſolution de
le faire chanter le Jeudi 17 Septembre.
L'Aſſemblée fut nombreuſe. M. de Blamont,
Sur- Intendant de la Muſique du Roi, chargé
de l'exécution , la rendit très-brillante. Ce
Te Deum, de ſa compoſition, paſſe, avec juftice,
pour un excellent Morceau de Muſique,
frappé au coin des plus grands Maîtres. Le
Verfet, Judex crederis effe venturus, eft admirable,
( ainſi que pluſieurs autres ) pour l'accord
du chant , de l'expreffion &du fentithent.
J'ai l'honneur d'être , &c .
A Paris ce 20 Septembre 1744 .
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360
p. 2283-2287
DESCRIPTION de la Fête, donnée par M. le Président de Rieux, en sa Maison à Paris, le 13 Septembre 1744, à l'occasion de la Convalescence du Roi.
Début :
Toute la face de la Maison du côté de la ruë étoit illuminée. Les Lampions [...]
Mots clefs :
Roi, Lampions, Jardin, Lumière, Fanfares, Convalescence, Girandoles, Terrines, Gabriel-Bernard de Rieux
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête, donnée par M. le Président de Rieux, en sa Maison à Paris, le 13 Septembre 1744, à l'occasion de la Convalescence du Roi.
DESCRIPTION de la Fête , donnéepar
M. le Président de Rieux , en fa Maison à
- Paris ,le 13 Septembre 1744 , à l'occafion
de la Convalescence du Roi.
T
Oure
12
la face de la Maiſon du côté de
la ruë étoit illuminée. Les Lampions
ſuivoient l'Ordre de l'Architecture ; il y
avoit de plus , deux rangs de Girandoles
placées ſur lesTrumeaux du premier & du
fecond étage ; le devant de la Porte-Cochere
étoit orné de deux Pilaftres garnis de
grands Lampions , portant un Cintre , dans
lequel étoit placé un Tableau tranſparent
& illuminé , repreſentant le Buſte du Roi ,
au-deſſous duquel étoit placé un Cartouche
orné de Guirlandes avec cette Deviſe :
Salus Publica Rege reviviſcente.
Au-deſſus du Buſte du Roi étoit un Soleil
, dont les rayons étoient ornés d'une
Couronne de Laurier. Achacun des côtés
de la Porte étoient deux Pyramides de lumiere
de trente pieds de hauteur ,terminées
d'une Etoile ; à côté de ces Pyramides étoient
deux Fontaines de vin qui ont coulé pendant
toute la nuit.
Le deſſous de la Porte Cochere étoit éclairé
par huitGirandoles.Dans les quatre coins
de
2284 MERCURE DE FRANCE.
de la cour étoient quatre piédeſtaux , ſur lefquels
étoient placées quatte grandes Giraridoles
, portant chacune cent lumieres.
En entrant , on étoit frappé par le brillant
de la lumiere qui étoit dans le Jardin ,
dont le fond étoit décoré de trois Portiques
, de chacun vingt- cinq pieds de hauteur
, ornés de Guirlandes , garnis de Lampions&
furmontés chacun d'une Girandole.
Sur la même ligne & à chacun des côtés de
ces Portiques étoit placée une grande Pyramide
& un piédeſtal , portant une grande
Girandole de lumiere. Au- deſſous & dans
le fond du Portique , on appercevoit un
très-beau Groupe de marbre blanc , repréſentant
la Terre , implorant le ſecours
d'une Naiade , qui en tenant ſon Urne
panchée , forme une Nappe d'eau , & pardeſſus
un deſſein de lumiere , placé ſous la
coquille du Groupe , lequel faiſoit un effet
admirable.
La droite & la gauche du Jardin , depuis
la grille juſqu'au fond , étoient garniesde
vingt-quatre piédeſtaux , portant chacun
uneGirandole de differentes hauteurs , aufli
garnies de Lampions. Les allées à droite&
àgauche étoient bordées d'un double filet
de terrines , de ſix pouces de diſtance de
l'une à l'autre .
Le Parterre , qui eſt d'un très-beau defſein,
OCTOBRE. 1744, 2285
ſein , étoit marqué exactement par une
quantité prodigieuſe de Lampions , qui faifoient
un effet admirable , avec les fleurs
dont il eſt décoré , & autour des platesbandes
du Parterre, regnoit auſſi un cordon
degroſſes Terrines .
Toute la face de la Maiſon , qui donne
fur la cour & fur le Jardin, étoit terminée
par un cordon degroſſes Terrines , qui éclai
roit deux Morceaux de Peinture , d'une trèsbelle
exécution , dont un repréſente le Palais
du Soleil , avec un Méridien ; l'autre un
Cadran àvents. On y voit Eole , qui com
mande aux vents de ſortir avec impétuo-
Γιτέ.
L'Illumination a été inventée & exécutée
par le Sieur Berthelin de Neuville , Illumi
nateur ordinaire des Menus Plaiſirs du Roi,
Le grand Escalier étoit éclairé par un
Luftre & Gx Girandoles , garnis de Bou
gies , ainſi que tous les appartemens & le
Rèsde Chauffée..
L'illuſtre Compagnie , choiſie tant en
Dames qu'en Hommes de la premiere diftinction
, qui avoit été invitée par M. le
Préſident de Rieux , ſe rendit fur les ſept
heures , pour entendre un Concert , où on
chanta deux Morceaux de Muſique , l'un
fur les Conquêtes du Roi , chanté par Mile
Chevalier , & l'Abbé Malines , & l'autre
une
2286 MERCUREDE FRANCE.
une Cantatille ſur la Convalescence de Sa
Majesté , chantée par Mlle de Mets , ſuivie
d'un grand Choeur , & de differens Morceaux
de Muſique , chantés & exécutés par
les plus habiles Muſiciens , le tout précédé
par des Aius de Fanfares , joüés à differentes
repriſes , lorſque chaque Compagnie arrivoit
, par des Haut-bois , Trompettes &
Timbales , placés ſous le Veſtibule du grand
Eſcalier. Le Concert finit à dix heures ; immediatement
après on ſervit deux tables ,
l'une de trente couverts& l'autre de vingtquatre
, qui furent ſervies par 40 Suilles .
H y avoit auffi une table dewingt-quatre
couverts pour les Muſiciens. Au deſſert , on
joüa pluſieurs Fanfares. Si-tôt que le dedans
de la Maiſon & le Jardin furent illuminés ,
M. le Préſident de Rieux donna ſes ordres
pour que toutes les portes fuſſent ouvertes ,
pour donner au Public la ſatisfaction de
voir l'Alumination de fon Jardin, & les Appartemens
où étoit la Compagnie invitée ;
onoffrit toutes fortes de rafraîchiſſemens .
Après le fouper , la Compagnie pafla dans
les Appartemens , au bruit des Fanfares, qui
exciterent tellement lajoye , que lesDames
demanderent àdanſer ,ce qui forma un Bal
qui dura juſqu'à's heures du matin . Tour
fe pafla fans confufion &dans un grand
ordre.
Les
OCTOBRE. 1744. 2287
Les Cantatilles de la Victoire , &la Convalescence
du Roi , avec les Fanfares, font de
la compoſition du Sr le Maire.
M. le Président de Rieux , en fa Maison à
- Paris ,le 13 Septembre 1744 , à l'occafion
de la Convalescence du Roi.
T
Oure
12
la face de la Maiſon du côté de
la ruë étoit illuminée. Les Lampions
ſuivoient l'Ordre de l'Architecture ; il y
avoit de plus , deux rangs de Girandoles
placées ſur lesTrumeaux du premier & du
fecond étage ; le devant de la Porte-Cochere
étoit orné de deux Pilaftres garnis de
grands Lampions , portant un Cintre , dans
lequel étoit placé un Tableau tranſparent
& illuminé , repreſentant le Buſte du Roi ,
au-deſſous duquel étoit placé un Cartouche
orné de Guirlandes avec cette Deviſe :
Salus Publica Rege reviviſcente.
Au-deſſus du Buſte du Roi étoit un Soleil
, dont les rayons étoient ornés d'une
Couronne de Laurier. Achacun des côtés
de la Porte étoient deux Pyramides de lumiere
de trente pieds de hauteur ,terminées
d'une Etoile ; à côté de ces Pyramides étoient
deux Fontaines de vin qui ont coulé pendant
toute la nuit.
Le deſſous de la Porte Cochere étoit éclairé
par huitGirandoles.Dans les quatre coins
de
2284 MERCURE DE FRANCE.
de la cour étoient quatre piédeſtaux , ſur lefquels
étoient placées quatte grandes Giraridoles
, portant chacune cent lumieres.
En entrant , on étoit frappé par le brillant
de la lumiere qui étoit dans le Jardin ,
dont le fond étoit décoré de trois Portiques
, de chacun vingt- cinq pieds de hauteur
, ornés de Guirlandes , garnis de Lampions&
furmontés chacun d'une Girandole.
Sur la même ligne & à chacun des côtés de
ces Portiques étoit placée une grande Pyramide
& un piédeſtal , portant une grande
Girandole de lumiere. Au- deſſous & dans
le fond du Portique , on appercevoit un
très-beau Groupe de marbre blanc , repréſentant
la Terre , implorant le ſecours
d'une Naiade , qui en tenant ſon Urne
panchée , forme une Nappe d'eau , & pardeſſus
un deſſein de lumiere , placé ſous la
coquille du Groupe , lequel faiſoit un effet
admirable.
La droite & la gauche du Jardin , depuis
la grille juſqu'au fond , étoient garniesde
vingt-quatre piédeſtaux , portant chacun
uneGirandole de differentes hauteurs , aufli
garnies de Lampions. Les allées à droite&
àgauche étoient bordées d'un double filet
de terrines , de ſix pouces de diſtance de
l'une à l'autre .
Le Parterre , qui eſt d'un très-beau defſein,
OCTOBRE. 1744, 2285
ſein , étoit marqué exactement par une
quantité prodigieuſe de Lampions , qui faifoient
un effet admirable , avec les fleurs
dont il eſt décoré , & autour des platesbandes
du Parterre, regnoit auſſi un cordon
degroſſes Terrines .
Toute la face de la Maiſon , qui donne
fur la cour & fur le Jardin, étoit terminée
par un cordon degroſſes Terrines , qui éclai
roit deux Morceaux de Peinture , d'une trèsbelle
exécution , dont un repréſente le Palais
du Soleil , avec un Méridien ; l'autre un
Cadran àvents. On y voit Eole , qui com
mande aux vents de ſortir avec impétuo-
Γιτέ.
L'Illumination a été inventée & exécutée
par le Sieur Berthelin de Neuville , Illumi
nateur ordinaire des Menus Plaiſirs du Roi,
Le grand Escalier étoit éclairé par un
Luftre & Gx Girandoles , garnis de Bou
gies , ainſi que tous les appartemens & le
Rèsde Chauffée..
L'illuſtre Compagnie , choiſie tant en
Dames qu'en Hommes de la premiere diftinction
, qui avoit été invitée par M. le
Préſident de Rieux , ſe rendit fur les ſept
heures , pour entendre un Concert , où on
chanta deux Morceaux de Muſique , l'un
fur les Conquêtes du Roi , chanté par Mile
Chevalier , & l'Abbé Malines , & l'autre
une
2286 MERCUREDE FRANCE.
une Cantatille ſur la Convalescence de Sa
Majesté , chantée par Mlle de Mets , ſuivie
d'un grand Choeur , & de differens Morceaux
de Muſique , chantés & exécutés par
les plus habiles Muſiciens , le tout précédé
par des Aius de Fanfares , joüés à differentes
repriſes , lorſque chaque Compagnie arrivoit
, par des Haut-bois , Trompettes &
Timbales , placés ſous le Veſtibule du grand
Eſcalier. Le Concert finit à dix heures ; immediatement
après on ſervit deux tables ,
l'une de trente couverts& l'autre de vingtquatre
, qui furent ſervies par 40 Suilles .
H y avoit auffi une table dewingt-quatre
couverts pour les Muſiciens. Au deſſert , on
joüa pluſieurs Fanfares. Si-tôt que le dedans
de la Maiſon & le Jardin furent illuminés ,
M. le Préſident de Rieux donna ſes ordres
pour que toutes les portes fuſſent ouvertes ,
pour donner au Public la ſatisfaction de
voir l'Alumination de fon Jardin, & les Appartemens
où étoit la Compagnie invitée ;
onoffrit toutes fortes de rafraîchiſſemens .
Après le fouper , la Compagnie pafla dans
les Appartemens , au bruit des Fanfares, qui
exciterent tellement lajoye , que lesDames
demanderent àdanſer ,ce qui forma un Bal
qui dura juſqu'à's heures du matin . Tour
fe pafla fans confufion &dans un grand
ordre.
Les
OCTOBRE. 1744. 2287
Les Cantatilles de la Victoire , &la Convalescence
du Roi , avec les Fanfares, font de
la compoſition du Sr le Maire.
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361
p. 2312
Celle des Artistes du Louvre, [titre d'après la table]
Début :
Tous les Artistes, logés aux Galeries du Louvre se sont distingués par de très-belles [...]
Mots clefs :
Louvre, Illuminations, Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Celle des Artistes du Louvre, [titre d'après la table]
Tous les Artiſtes , logés aux Galeries du
Louvre ſe ſont diftingués par de très-belles
illuminations , & entre autres M. de la Roshe
, Arquebuſier du Roi. Il y avoit un Soleil
fortant des nuages , & pour Deviſe ,
Surgetfplendidior; il ſe levera plus brillant.
Louvre ſe ſont diftingués par de très-belles
illuminations , & entre autres M. de la Roshe
, Arquebuſier du Roi. Il y avoit un Soleil
fortant des nuages , & pour Deviſe ,
Surgetfplendidior; il ſe levera plus brillant.
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362
p. 2338-2340
« On a appris de Luneville du 2 de ce mois, que le Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à [...] »
Début :
On a appris de Luneville du 2 de ce mois, que le Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Pologne, Stanislas Leszczynski, Château, Lunéville, Jardin, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Luneville du 2 de ce mois, que le Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à [...] »
On a appris de Luneville du 2 de ce mois,que le
Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à
midi , s'y rendit le même jour , après avoir traverſe
la Ville de Nancy , où S. M. vit les préparatifs d'une
illumination générale & des autres marques de réjouiſſance
, par leſquelles les habitans de cette Ca
pitale ſe diſpoſoient à faire éclater ce jour-là leur
joye d'avoir eû le bonheur de voir le Roi Le Peuple
du Pays , qui étoit accouru ſur le paſſage de S.
M. a montré par de continuelles acclamations ſes
ſentimens pour elle.
Vers les huit heures du ſoir , le Roi arriva au
Château , dont la façade étoit illuminée du côté de
la Ville & de celui du Jardin avec beaucoup de
goût & de magnificence. Les aîles de la grande &
de la petite cour , & la cour intérieure , l'étoient
auffi , & cette illumination , marquant le deſſein
de l'Architecture , qui est très-belle , produiſoit un
effet aufli admirable qu'on en ait jamais vû en ce
genre.
Le Roi trouva , en entrant dans laVille , les deux
Compagnies des Gardes du Corps du Roi de Pologne
, & dans la premiere cour du Château les Gardes
à pied de ce Prince. S. M. deſcendit de caroffe
ſous le Periſtille , où elle fut reçûë par le Roi de
Pologne,qui la conduiſit dans l'appartement qu'elle
devoit occuper , &dans lequel la Reine , qui étoit
arrivée à Luneville la veille , & la Reine de Pologne,
attendoient le Roi.
Les cris de Vive le Roi , au bruit deſquels S. M.
étoit entrée au Château , ſe renouvellerent toutes
. les
OCTOBRE. 2339 1744.
les fois qu'elle parut à la fenêtre , & ils durerent
juſqu'à ce que le Roi ſe couchât. S. M. foupa ſeule,
&dès qu'elle fut fortie de table , on ſervit dans
l'appartement avec autant de délicateſſe que d'abondance
plaſieurs tables pour des Dames des deux
Reines , pour les Seigneurs de la Cour , & pour
toutes les perſonnes qui ont l'honneur de ſuivre le
Roi. Les mêmes tables ont été ſerviesſoir & matin
pendant le ſéjour que le Roi a fait à Luneville. Le
foir , la Ville fut entierement illuminée ,& l'on tira
un grand nombre de fuſées ſur la terraſſe du Château.
Le 30 au matin , le Roi alla voir un petit Bâtiment
à la Chinoiſe , nommé le Kiofe , que le Roi de
Pologne a fait conſtruire pour y dîner dans les
grandes chaleurs , & dans lequel il y a une grande
quantité de Jets-d'eau &de Caſcades. Leurs Majefſtés
dînerent avec le Roi & la Reine de Pologne
dans le grand Cabinet de l'appartement qu'occupe
Ja Reine. A trois heures , le Roi monta à cheval ,
&alla àChanheux , Maiſon de Plaiſance , qui a été
bâtie , par ordre du Roi de Pologne , au bout de la
grande allée du Jardin , & dans laquelle il y a un
Salon où la magnificence , l'Art & le goût ſe font
également admirer. S. M. étant revenuë enſuite fe
promener dans les Jardins , s'arrêta à la Caſcade de
la tête du Canal , qui borde le Jardin , & qui eſt un
des embelliſſemens que le Roi de Pologne y a
ajoûtés.
Au bout d'une des branches du Canal , le Roi
vit ce qu'on appelle les Rochers ; c'eſt un Tableau
mouvant , repréſentant un Village , & dans lequel
des Figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes par le moyen de l'eau qui les fair
mouvoir. Il y eut Comédie l'après- midi , & la Reine
y alliſta. Le foir , le Roi ſoupa ſeul ; la Reine ſoupa
I ij avec
2340 MERCURE DE FRANCE:
avec ſes Dames du Palais & avec celles qui font attachées
en cette qualité à la Reine de Pologne.
Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à
midi , s'y rendit le même jour , après avoir traverſe
la Ville de Nancy , où S. M. vit les préparatifs d'une
illumination générale & des autres marques de réjouiſſance
, par leſquelles les habitans de cette Ca
pitale ſe diſpoſoient à faire éclater ce jour-là leur
joye d'avoir eû le bonheur de voir le Roi Le Peuple
du Pays , qui étoit accouru ſur le paſſage de S.
M. a montré par de continuelles acclamations ſes
ſentimens pour elle.
Vers les huit heures du ſoir , le Roi arriva au
Château , dont la façade étoit illuminée du côté de
la Ville & de celui du Jardin avec beaucoup de
goût & de magnificence. Les aîles de la grande &
de la petite cour , & la cour intérieure , l'étoient
auffi , & cette illumination , marquant le deſſein
de l'Architecture , qui est très-belle , produiſoit un
effet aufli admirable qu'on en ait jamais vû en ce
genre.
Le Roi trouva , en entrant dans laVille , les deux
Compagnies des Gardes du Corps du Roi de Pologne
, & dans la premiere cour du Château les Gardes
à pied de ce Prince. S. M. deſcendit de caroffe
ſous le Periſtille , où elle fut reçûë par le Roi de
Pologne,qui la conduiſit dans l'appartement qu'elle
devoit occuper , &dans lequel la Reine , qui étoit
arrivée à Luneville la veille , & la Reine de Pologne,
attendoient le Roi.
Les cris de Vive le Roi , au bruit deſquels S. M.
étoit entrée au Château , ſe renouvellerent toutes
. les
OCTOBRE. 2339 1744.
les fois qu'elle parut à la fenêtre , & ils durerent
juſqu'à ce que le Roi ſe couchât. S. M. foupa ſeule,
&dès qu'elle fut fortie de table , on ſervit dans
l'appartement avec autant de délicateſſe que d'abondance
plaſieurs tables pour des Dames des deux
Reines , pour les Seigneurs de la Cour , & pour
toutes les perſonnes qui ont l'honneur de ſuivre le
Roi. Les mêmes tables ont été ſerviesſoir & matin
pendant le ſéjour que le Roi a fait à Luneville. Le
foir , la Ville fut entierement illuminée ,& l'on tira
un grand nombre de fuſées ſur la terraſſe du Château.
Le 30 au matin , le Roi alla voir un petit Bâtiment
à la Chinoiſe , nommé le Kiofe , que le Roi de
Pologne a fait conſtruire pour y dîner dans les
grandes chaleurs , & dans lequel il y a une grande
quantité de Jets-d'eau &de Caſcades. Leurs Majefſtés
dînerent avec le Roi & la Reine de Pologne
dans le grand Cabinet de l'appartement qu'occupe
Ja Reine. A trois heures , le Roi monta à cheval ,
&alla àChanheux , Maiſon de Plaiſance , qui a été
bâtie , par ordre du Roi de Pologne , au bout de la
grande allée du Jardin , & dans laquelle il y a un
Salon où la magnificence , l'Art & le goût ſe font
également admirer. S. M. étant revenuë enſuite fe
promener dans les Jardins , s'arrêta à la Caſcade de
la tête du Canal , qui borde le Jardin , & qui eſt un
des embelliſſemens que le Roi de Pologne y a
ajoûtés.
Au bout d'une des branches du Canal , le Roi
vit ce qu'on appelle les Rochers ; c'eſt un Tableau
mouvant , repréſentant un Village , & dans lequel
des Figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes par le moyen de l'eau qui les fair
mouvoir. Il y eut Comédie l'après- midi , & la Reine
y alliſta. Le foir , le Roi ſoupa ſeul ; la Reine ſoupa
I ij avec
2340 MERCURE DE FRANCE:
avec ſes Dames du Palais & avec celles qui font attachées
en cette qualité à la Reine de Pologne.
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363
p. 74
VERSAILLES.
Début :
Cette Ville a prouvé qu'elle étoit le séjour ordinaire du Roi, par les plus vives [...]
Mots clefs :
Roi, Illumination, Décoration, M. Frati, Académie de Florence, Statue du roi, Inscription
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERSAILLES.
VERSAILLES.
Cette Ville a prouvé qu'elle étoit le ſejour
ordinaire du Roi , par les plus vives
marques d'une joye ſincere ; l'illumination
des deux Paroiſſes & des Récolets fut frapante.
M. Sibot , Prêtre de la Miſſion , a
fait la dépenſe de celle de l'Egliſe de S.
Louis , & le deſſein de la Décoration , ingénieuſement
conduit , étoit de M. Frati ,
Peintre & Architecte de l'Académie de
Florence : on y voyoit la Statuë du Roi ,
avec cette touchante Inſcription :
Parenti Patria Redivivo confecrat amor.
Cette Ville a prouvé qu'elle étoit le ſejour
ordinaire du Roi , par les plus vives
marques d'une joye ſincere ; l'illumination
des deux Paroiſſes & des Récolets fut frapante.
M. Sibot , Prêtre de la Miſſion , a
fait la dépenſe de celle de l'Egliſe de S.
Louis , & le deſſein de la Décoration , ingénieuſement
conduit , étoit de M. Frati ,
Peintre & Architecte de l'Académie de
Florence : on y voyoit la Statuë du Roi ,
avec cette touchante Inſcription :
Parenti Patria Redivivo confecrat amor.
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364
p. 74-75
Illumination à Issy, [titre d'après la table]
Début :
Il y eut le 28 du mois dernier à Issy, dans la Maison du Séminaire de S. Sulpice, [...]
Mots clefs :
Issy, Séminaire Saint-Sulpice, Parterre, Bassin, Temple, Colonnade, Feu, Illumination, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Illumination à Issy, [titre d'après la table]
Il y eut le 28 du mois dernier à Iſſy ,
dans la Maiſon du Séminaire de S. Sulpice ,
NOVEMBRE. 1744. 75
pour la Convalefcence du Roi , une des
plus belles illuminations qui ayent été faites
à cette occafion .
Dans l'enfoncement du Parterre , au-deffus
du grand Baffin , s'élévoit un Temple
d'une magnifique ſtructure .UneColonnade,
qui formoit divers Portiques , régnoit des
deux côtés du Jardin ; chaque Colonne portoit
une Pyramide , & un Lustre étoit fufpendu
au milieu de chaque Portique. De
diſtance en diftance , étoient des Pyramides
, détachées de la Colonnade , & terminées
par des Globes de feu , de chacun defquels
naiffoit une Guirlande. Toute cette
Décoration étoit éclairée d'une quantité
prodigieuſe de Terrines & de Pots-à-feu.
Des Lampions fans nombre figuroient le
Deſſein du Parterre,&les Ifs, qui l'environnent
, étoient entierement illuminés. Cette
illumination fut accompagnée d'un feu d'artifice
d'une très-longue durée & d'une variété
fingulière , & le grand Baffin fournit
une des parties les plus intéreſſantes du
ſpectacle par les feux de toute eſpéce &de
differentes formes , qui en fortirent. Il parutpendant
long-tems bordé de Gerbes de
feu , ainſi que l'allée qui y conduit. Plufieurs
Prélats& autres perſonnes dediftinction
ont aſſiſté à cette Fête , qui a été ordonnée
par l'Abbé Couſturier , Supérieur
du Séminaire de S. Sulpice.
dans la Maiſon du Séminaire de S. Sulpice ,
NOVEMBRE. 1744. 75
pour la Convalefcence du Roi , une des
plus belles illuminations qui ayent été faites
à cette occafion .
Dans l'enfoncement du Parterre , au-deffus
du grand Baffin , s'élévoit un Temple
d'une magnifique ſtructure .UneColonnade,
qui formoit divers Portiques , régnoit des
deux côtés du Jardin ; chaque Colonne portoit
une Pyramide , & un Lustre étoit fufpendu
au milieu de chaque Portique. De
diſtance en diftance , étoient des Pyramides
, détachées de la Colonnade , & terminées
par des Globes de feu , de chacun defquels
naiffoit une Guirlande. Toute cette
Décoration étoit éclairée d'une quantité
prodigieuſe de Terrines & de Pots-à-feu.
Des Lampions fans nombre figuroient le
Deſſein du Parterre,&les Ifs, qui l'environnent
, étoient entierement illuminés. Cette
illumination fut accompagnée d'un feu d'artifice
d'une très-longue durée & d'une variété
fingulière , & le grand Baffin fournit
une des parties les plus intéreſſantes du
ſpectacle par les feux de toute eſpéce &de
differentes formes , qui en fortirent. Il parutpendant
long-tems bordé de Gerbes de
feu , ainſi que l'allée qui y conduit. Plufieurs
Prélats& autres perſonnes dediftinction
ont aſſiſté à cette Fête , qui a été ordonnée
par l'Abbé Couſturier , Supérieur
du Séminaire de S. Sulpice.
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365
p. 87-93
DESCRIPTION, des réjouissances faites par les Entrepreneurs Généraux des Poudres, au sujet de la Convalescence du Roi.
Début :
Les Entrepreneurs Généraux des Poudres & Salpêtres de France, desirant [...]
Mots clefs :
Entrepreneurs des Poudres, Te Deum, Église des Célestins, Jardin, Décoration, Arsenal, Terrasse, Girandole, Bateaux, Lampions, Lumières, Rivière, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION, des réjouissances faites par les Entrepreneurs Généraux des Poudres, au sujet de la Convalescence du Roi.
DESCRIPTION , des réjouiſſances
faites par les Entrepreneurs Généraux des
Poudres , au sujet de la Convalescence du
Roi.
L
,
defi-
Es Entrepreneurs Généraux des Poudres
& Salpêtres de France
rant donner des témoignages publics de la
joye fincere qu'ils ont reſſentie du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , réſolurent d'en
rendre graces à Dieu par un Te Deum, chanté
dans l'Egliſe des R. R. Peres Célestins , d'illuminer
le Jardin de l'Arcenal , & de donner
un feu d'artifice ſur la riviere , en face
de l'extrêmité de la Terraſſe de ce Jardin.
M. le Comte d'Eu , Grand- Maître de l'Artillerie
, leur avoit permis de ſe ſervir des
boëtes qui font gardées dans les magaſins de
l'Arcenal.
Le Lundi 21 Septembre à 6 heures du
matin , il fut fait une décharge de cent boëtes
, pour annoncer la joye de ce jour. Il en
fut fait une ſeconde à midi. La troifiéme à
4 heures. La quatrième à 6 heures , avant
quede commencer le Te Deum. Lacinquiéme
à 8 heures , après le Te Deum. La fixiéme
Eij
88 MERCURE DEFRANCE.
à 10 heures après le feu d'artifice. La ſeptiéme&
derniere à minuit.
TEDEUM, & Décoration dans l'Eglife
des Célestins.
La Nef de l'Egliſe des Célestins étoit décorée
de ſept grands Luſtres de criſtal , garnis
de bougies , cinq dans l'avant-Choeur ,
&deux autres dans le retour , du côté des
Chapelles.
T
Le Choeur étoit éclairé de 336 Lampions
decire , placés tout le long de la corniche du
lambris , au-deſſus des Stalles , & de quatre
girandoles de criſtal , garnies auſſi de bougies
aux quatre extrêmités du lambris.
Le grand Autel , outre les cierges ordinaires
, étoit orné de ſeize girandoles de
criſtal , garnies de bougies , placées ſur les
appuis des Baluſtres de marbre , qui forment
l'enceinte du Sanctuaire , & fur deux traverſes
en diagonale , qui accompagnent
l'Autel ; la régularité du deſſein de ces Baluſtres
favoriſoit extrêmement la diſpoſition
des lumieres , qui fut trouvée de bon goût,
Le Te Deum commença à 6 heures & un
quart , immédiatement après la quatriéme
décharge des boëtes ; on exécuta celui de
M. de la Lande , ſous la direction de Mrs
Rebel & Francoeur , Sur-Intendans de la
NOVEMBRE. 1744. 89
Muſique du Roi en ſurvivance. Le Concert
étoit compoſé de 80 Muſiciens de la Muſique
du Roi , & autres ; l'exécution fut
trouvée parfaite , & dura près d'une heure .
L'Egliſe des Célestins n'ayant point de
Jubé , on avoit conſtruit au-deſſus de la
porte du Choeur , en dehors , dans toute la
largeur de la façade , une Tribune de charpente
, large&commode , avec des Gradins
pour y placer la Muſique , dont le bâtis
étoit couvert de tapiſſerie.
La porte & l'intérieur de l'Egliſe étoient
gardés par des Suiſſes du Régiment des Gardes,
commandés par leurs Sergens, ils furent
aufli placés à la porte ,& dans l'intérieur
du Jardin.
DECORATION DU JARDIN.
Au fortirdu Te Deum , on entra à l'Arcenal
par la porte qui eſt ſur le Quai des Céleftins
, joignant l'Eglife ; cette porte étoit
décorée de deux Pilaſtres , ſurmontés d'une
archivolte , qui portoit trois Girandoles Pyramidales
garnies de Lampions.
Toutes les cours de l'Arcenal , depuis
cette porte , étoient éclairées par des Terrines
, dont la porte qui donne ſur la ruë
de la Ceriſaye , étoit auſſi garnie.
Laporte du Jardin garnie auffi de Terri-
E iij
. MERCURE DEFRANCE.
nes ſur le cintre , étoit maſquée en dedans
au fond du Parterre de ce côté , & en face
de la principale allée qui finit à la Terraffe ,
de trois grandes Arcades de 24 pieds de
haut, furmontées chacune d'une Girandole ;
du cintre de chacune de ces Arcades , il
pendoit une autre Girandole , en forme de
Luftre , foutenuë par une Guirlande de lumieres
, le tout formé de Lampions . L'allée
en face , étoit garnie à droite & à gauche de
40 piedeſtaux , portant chacun une Girandole
des pieds de haut , placée dans les intervales
des Ifs qui entourent les compartimens
du Parterre ,& fur la pointe de chas
cun de ces Ifs étoit placée une groffe Terrine
; cette allée , & le baſſin qui eſt aumilieu
, étoient bordés d'un filet de Terrines ;
aux extrêmités des bordures du Parterre ,
étoient placées deux grandes Pyramides de
lumieres de 21 pieds de haut , terminées
chacune par une Girandole ;& en retour
des Parterres , fur la même ligne des Pyramides
, étoient placés de chacun des côtés
quatre piédeſtaux , portant chacun leur Girandole
, le tout garni de Lampions .
Dans les intervales des Arbres , qui forment
les allées qui accompagnent les côtés
du Parterre , depuis la porte du Jardin jufqu'à
leurs extrêmités , au bord de la Terraffe
, on avoit attaché des fils d'archal , où
NOVEMBRE. 1744. 91
pendoient des Lampes de Sureine , qui formoient
un filet de lumiere .
On avoit rempli de même les intervales
desArbres , qui formoient l'allée de la Terraffe
, depuis le mur de la Baſtille où elle
commence , juſqu'à l'autre extrêmité ſur le
bord de la riviere , ainſi que dans le retour
que la Terraſſe forme en baſtion à cet endroit,
où eſt le Cabinet de plaiſance de S. A.
S. Mad. la Ducheſſe du Maine , ce qui comprend
une longueur au moins de deux cent
toiſes .
Dans toute cette même longueur , depuis
le mur de la Baſtille juſqu'à l'extrêmité fur
la riviere , y compris le rerourdont on vient
de parler , le Parapet de la Terraſſe , qui
n'eſt interrompu que par le magaſin des
Poudres , conftruit dans le foſſe , ſur l'appui
de la Terraſſe , étoit auſſi garni d'un filet de
lumieres , formé par des Terrines à deux
pieds & demi de diſtance l'une de l'autre ,
qui répétoit celui des Lampes de Sureine
placées dans les intervales des Arbres.
FEU D'ARTIFIGE .
Après avoir obtenu la permiffion de M.
le Prevôt des Marchands , on plaça à l'endroit
qu'il lui avoit plû d'indiquer , dans le
milieude la riviere , vis- à- vis de l'extrémité
د
E iiij
MERCURE DE FRANCE.
de la Terraſſe de l'Arcenal , au-deſſus de la
Patache , deux bateaux marnois l'un auprès
de l'autre , de 10 à 12 toiſes de long , fur
18 à 20 pieds de large ,ſur lesquels on avoit
bâti un plancher; autour de ces deux grands ,
étoient rangés fix petits bateaux chargés de
l'artifice .
On avoit pofé ſur le plancher des deux
grands bateaux , quatre chevalets , ſur lefquels
on tira pendant une demie heure 500
fuſées volantes , des cinq plus belles façons
dont on les puiſſe compofer , qui partirent
quatre à quatre ; sçavoir , 382 fufées , appellées
des trois douzaines , 43 , dites de
quatre douzaines, 17, dites de cinq douzaines
, 5 dites, de ſix douzaines , 53 , dites fufées
d'honneur , de 2 pouces & demi de diamétre.
On fit partir enſuite 64 douzaines de fufées
volantes, doubles marquiſes, diſtribuées
en 32 Caiſſes , de deux douzaines chacune ,
tirées des deux extrêmités des bateaux
après leſquelles parut un brin de quatre
douzaines de Pots-à-feu , & une Girande
compoſée de 38 douzaines de fuſées volantes,
auffi doubles marquiſes ; ce qui fut ſuivi
de l'effet de deux Soleils tournans , placés
aux extrêmités des bateaux .
Le feu fut terminé par un Soleil fixe à
douze rayons , à chaque côté duquel on tira
NOVEMBRE. 1744. 93
trois Pots à Aigrettes , remplis de Serpenteaux&
d'Etoiles.
Cette journée finit par le ſouper , qui fut
fervi après le feu à une table de 25 couverts
,& qui dura juſqu'après minuit : on
laiſſa entrer dans la Sale , qui est trèsgrande
, tous ceux , en affés grand nombre ,
qui eurent la curiofité d'être les témoins
par eux-mêmes , de la joye vive & fincere
des Convives , de l'événement heureux
qui les raſſembloit ; celle des Spectateurs
peinte ſur leurs viſages , laiſſoit affés voir
àquel point ils la partageoient & la reffentoient.
Il y eut dans le Jardin des Violons , &
des Danſes , qui durerent juſqu'à trois ou
quatre heures , & ne finirent qu'à l'extinc
tion totale de l'illumination.
faites par les Entrepreneurs Généraux des
Poudres , au sujet de la Convalescence du
Roi.
L
,
defi-
Es Entrepreneurs Généraux des Poudres
& Salpêtres de France
rant donner des témoignages publics de la
joye fincere qu'ils ont reſſentie du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , réſolurent d'en
rendre graces à Dieu par un Te Deum, chanté
dans l'Egliſe des R. R. Peres Célestins , d'illuminer
le Jardin de l'Arcenal , & de donner
un feu d'artifice ſur la riviere , en face
de l'extrêmité de la Terraſſe de ce Jardin.
M. le Comte d'Eu , Grand- Maître de l'Artillerie
, leur avoit permis de ſe ſervir des
boëtes qui font gardées dans les magaſins de
l'Arcenal.
Le Lundi 21 Septembre à 6 heures du
matin , il fut fait une décharge de cent boëtes
, pour annoncer la joye de ce jour. Il en
fut fait une ſeconde à midi. La troifiéme à
4 heures. La quatrième à 6 heures , avant
quede commencer le Te Deum. Lacinquiéme
à 8 heures , après le Te Deum. La fixiéme
Eij
88 MERCURE DEFRANCE.
à 10 heures après le feu d'artifice. La ſeptiéme&
derniere à minuit.
TEDEUM, & Décoration dans l'Eglife
des Célestins.
La Nef de l'Egliſe des Célestins étoit décorée
de ſept grands Luſtres de criſtal , garnis
de bougies , cinq dans l'avant-Choeur ,
&deux autres dans le retour , du côté des
Chapelles.
T
Le Choeur étoit éclairé de 336 Lampions
decire , placés tout le long de la corniche du
lambris , au-deſſus des Stalles , & de quatre
girandoles de criſtal , garnies auſſi de bougies
aux quatre extrêmités du lambris.
Le grand Autel , outre les cierges ordinaires
, étoit orné de ſeize girandoles de
criſtal , garnies de bougies , placées ſur les
appuis des Baluſtres de marbre , qui forment
l'enceinte du Sanctuaire , & fur deux traverſes
en diagonale , qui accompagnent
l'Autel ; la régularité du deſſein de ces Baluſtres
favoriſoit extrêmement la diſpoſition
des lumieres , qui fut trouvée de bon goût,
Le Te Deum commença à 6 heures & un
quart , immédiatement après la quatriéme
décharge des boëtes ; on exécuta celui de
M. de la Lande , ſous la direction de Mrs
Rebel & Francoeur , Sur-Intendans de la
NOVEMBRE. 1744. 89
Muſique du Roi en ſurvivance. Le Concert
étoit compoſé de 80 Muſiciens de la Muſique
du Roi , & autres ; l'exécution fut
trouvée parfaite , & dura près d'une heure .
L'Egliſe des Célestins n'ayant point de
Jubé , on avoit conſtruit au-deſſus de la
porte du Choeur , en dehors , dans toute la
largeur de la façade , une Tribune de charpente
, large&commode , avec des Gradins
pour y placer la Muſique , dont le bâtis
étoit couvert de tapiſſerie.
La porte & l'intérieur de l'Egliſe étoient
gardés par des Suiſſes du Régiment des Gardes,
commandés par leurs Sergens, ils furent
aufli placés à la porte ,& dans l'intérieur
du Jardin.
DECORATION DU JARDIN.
Au fortirdu Te Deum , on entra à l'Arcenal
par la porte qui eſt ſur le Quai des Céleftins
, joignant l'Eglife ; cette porte étoit
décorée de deux Pilaſtres , ſurmontés d'une
archivolte , qui portoit trois Girandoles Pyramidales
garnies de Lampions.
Toutes les cours de l'Arcenal , depuis
cette porte , étoient éclairées par des Terrines
, dont la porte qui donne ſur la ruë
de la Ceriſaye , étoit auſſi garnie.
Laporte du Jardin garnie auffi de Terri-
E iij
. MERCURE DEFRANCE.
nes ſur le cintre , étoit maſquée en dedans
au fond du Parterre de ce côté , & en face
de la principale allée qui finit à la Terraffe ,
de trois grandes Arcades de 24 pieds de
haut, furmontées chacune d'une Girandole ;
du cintre de chacune de ces Arcades , il
pendoit une autre Girandole , en forme de
Luftre , foutenuë par une Guirlande de lumieres
, le tout formé de Lampions . L'allée
en face , étoit garnie à droite & à gauche de
40 piedeſtaux , portant chacun une Girandole
des pieds de haut , placée dans les intervales
des Ifs qui entourent les compartimens
du Parterre ,& fur la pointe de chas
cun de ces Ifs étoit placée une groffe Terrine
; cette allée , & le baſſin qui eſt aumilieu
, étoient bordés d'un filet de Terrines ;
aux extrêmités des bordures du Parterre ,
étoient placées deux grandes Pyramides de
lumieres de 21 pieds de haut , terminées
chacune par une Girandole ;& en retour
des Parterres , fur la même ligne des Pyramides
, étoient placés de chacun des côtés
quatre piédeſtaux , portant chacun leur Girandole
, le tout garni de Lampions .
Dans les intervales des Arbres , qui forment
les allées qui accompagnent les côtés
du Parterre , depuis la porte du Jardin jufqu'à
leurs extrêmités , au bord de la Terraffe
, on avoit attaché des fils d'archal , où
NOVEMBRE. 1744. 91
pendoient des Lampes de Sureine , qui formoient
un filet de lumiere .
On avoit rempli de même les intervales
desArbres , qui formoient l'allée de la Terraffe
, depuis le mur de la Baſtille où elle
commence , juſqu'à l'autre extrêmité ſur le
bord de la riviere , ainſi que dans le retour
que la Terraſſe forme en baſtion à cet endroit,
où eſt le Cabinet de plaiſance de S. A.
S. Mad. la Ducheſſe du Maine , ce qui comprend
une longueur au moins de deux cent
toiſes .
Dans toute cette même longueur , depuis
le mur de la Baſtille juſqu'à l'extrêmité fur
la riviere , y compris le rerourdont on vient
de parler , le Parapet de la Terraſſe , qui
n'eſt interrompu que par le magaſin des
Poudres , conftruit dans le foſſe , ſur l'appui
de la Terraſſe , étoit auſſi garni d'un filet de
lumieres , formé par des Terrines à deux
pieds & demi de diſtance l'une de l'autre ,
qui répétoit celui des Lampes de Sureine
placées dans les intervales des Arbres.
FEU D'ARTIFIGE .
Après avoir obtenu la permiffion de M.
le Prevôt des Marchands , on plaça à l'endroit
qu'il lui avoit plû d'indiquer , dans le
milieude la riviere , vis- à- vis de l'extrémité
د
E iiij
MERCURE DE FRANCE.
de la Terraſſe de l'Arcenal , au-deſſus de la
Patache , deux bateaux marnois l'un auprès
de l'autre , de 10 à 12 toiſes de long , fur
18 à 20 pieds de large ,ſur lesquels on avoit
bâti un plancher; autour de ces deux grands ,
étoient rangés fix petits bateaux chargés de
l'artifice .
On avoit pofé ſur le plancher des deux
grands bateaux , quatre chevalets , ſur lefquels
on tira pendant une demie heure 500
fuſées volantes , des cinq plus belles façons
dont on les puiſſe compofer , qui partirent
quatre à quatre ; sçavoir , 382 fufées , appellées
des trois douzaines , 43 , dites de
quatre douzaines, 17, dites de cinq douzaines
, 5 dites, de ſix douzaines , 53 , dites fufées
d'honneur , de 2 pouces & demi de diamétre.
On fit partir enſuite 64 douzaines de fufées
volantes, doubles marquiſes, diſtribuées
en 32 Caiſſes , de deux douzaines chacune ,
tirées des deux extrêmités des bateaux
après leſquelles parut un brin de quatre
douzaines de Pots-à-feu , & une Girande
compoſée de 38 douzaines de fuſées volantes,
auffi doubles marquiſes ; ce qui fut ſuivi
de l'effet de deux Soleils tournans , placés
aux extrêmités des bateaux .
Le feu fut terminé par un Soleil fixe à
douze rayons , à chaque côté duquel on tira
NOVEMBRE. 1744. 93
trois Pots à Aigrettes , remplis de Serpenteaux&
d'Etoiles.
Cette journée finit par le ſouper , qui fut
fervi après le feu à une table de 25 couverts
,& qui dura juſqu'après minuit : on
laiſſa entrer dans la Sale , qui est trèsgrande
, tous ceux , en affés grand nombre ,
qui eurent la curiofité d'être les témoins
par eux-mêmes , de la joye vive & fincere
des Convives , de l'événement heureux
qui les raſſembloit ; celle des Spectateurs
peinte ſur leurs viſages , laiſſoit affés voir
àquel point ils la partageoient & la reffentoient.
Il y eut dans le Jardin des Violons , &
des Danſes , qui durerent juſqu'à trois ou
quatre heures , & ne finirent qu'à l'extinc
tion totale de l'illumination.
Fermer
366
p. 116-124
Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Début :
Cependant le 15 étoit le jour que la Ville avoit choisi pour la Fête qu'elle devoit [...]
Mots clefs :
Hôtel de ville, Roi, Colonnes, Prévôt des marchands, Illuminations, Dîner, Musique, Lustres, Girandoles, Guirlandes, Arc de triomphe, Place, Architecture, Duc de Gesvres, Quai, Palais enchantés, Fées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Cependant le 15 étoit le jour que la
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
Fermer
367
p. 138-140
Autre Illumination à Passy, [titre d'après la table]
Début :
Leurs Majestés trouverent à Passy une nouvelle illumination & même un Feu [...]
Mots clefs :
Passy, Château, Feu d'artifice, Terrines, Bosquets, Potager, Terrasse, Gabriel-Bernard de Rieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Illumination à Passy, [titre d'après la table]
Leurs Majeftés trouverent à Paſſy une
nouvelle illumination & même un Feu
d'artifice , qu'avoit fait préparer le Préfident
de Rieux , qui eſt Seigneur de ce Village
, & qui y a une fort belle maiſon ſur le
bordde la riviere .
En face du Château,vis-à-visde la Chauf
fée,ſur une demie lune,étoit poſé un corps
de Feu d'artifice , qui fut très-bien exécuté
& dura 12 minutes ; il commença par
une ſalve de 125 Boëtes & de 6 piéces
decanon, lorſque le Roi futen préſence du
Château ; 100 Fuſées volantes ſuivirent
&on vit enfuite partir un corps de Feu ,
dont les ſpectateurs admirerent l'exécution
;ſur une Terraffe du Potager, attenant
C
4
NOVEMBRE. 1744. 139
le grand chemin , étoit placé un corps de
Muſique , compoſé de Tymbales , Trompettes
, Cors-de-Chaffe & Hautbois , qui
ne cefferentpoint de jouerdes Fanfares ,
tant que le Roi fut en préſence du Château
; le Potager étoit illuminé dès trois
heures & demie , par une quantité confidérable
de Terrines ; elles ſuivoientles defſeins
d'une piéce de Parterre en palmette ,
&d'une pièce d'eau qui montoit avec un
jet d'eau ; ces piéces ſont bordées fuivant
leurs deſſeins ,d'un treillage qui étoit auffi
illuminé ; les Boſquets du bas du Potager ,
qui font auſſi garnis de treillage , étoient
pareillement illuminés de Terrines ſuivant
leurs décorations , & bordés des deux côtés
par undoublefilet de lumiere; le longde
la face du Château , du côté de S. Cloud ,
regnoientdeux cordonsdegroſſes Terrines,
le fort de l'illumination étoit pofé fur trois
grands eſcaliers qui deſcendent du rés de
chauflée , & aboutiſſent à une fort belle
Terraffe ; un cordon de Terrines bordoit
cette Terraſſe ; elle étoit garnie de Vaſes
qui portant chacun un Pot-à-feu , formoient
par leur élevation une Pyramide
de lumière ; la ſeconde Terraffe de ce Parterre
étoit garnie d'environ 300 Vaſes, qui
portojent aufli des Pots-à-feu & fuivoient
Gij
140 MERCURE DE FRANCE.
les deſſeins reguliers de chaque Parterre.
Au pied de ces Terraſſes eſt un mattif
d'une grande beauté ; il eſt compoſé de
huit Boſquets garnis d'environ 4000 pieds
d'Arbres ; dans le centre eſt une pièce de
gazon octogone , au milieu de laquelle on
voit une figure repréſentant une Déeffe
qui montre la Muſique aux Amours ; ces
Boſquets & la figure font accompagnés de
quatre autres belles figures qui forment les
quatre coins du maſſif; le tout étoit entouré
de Vaſes chargés de Pots à feu, qui éclairoient
toutes les parties de ces Boſquets.
Monfieur de Rieux avoit fait illuminer
tous les appartemens & la galerie de fon
Château , & avoit invitée à cette Fête unc
nombreuſe Compagnie.
nouvelle illumination & même un Feu
d'artifice , qu'avoit fait préparer le Préfident
de Rieux , qui eſt Seigneur de ce Village
, & qui y a une fort belle maiſon ſur le
bordde la riviere .
En face du Château,vis-à-visde la Chauf
fée,ſur une demie lune,étoit poſé un corps
de Feu d'artifice , qui fut très-bien exécuté
& dura 12 minutes ; il commença par
une ſalve de 125 Boëtes & de 6 piéces
decanon, lorſque le Roi futen préſence du
Château ; 100 Fuſées volantes ſuivirent
&on vit enfuite partir un corps de Feu ,
dont les ſpectateurs admirerent l'exécution
;ſur une Terraffe du Potager, attenant
C
4
NOVEMBRE. 1744. 139
le grand chemin , étoit placé un corps de
Muſique , compoſé de Tymbales , Trompettes
, Cors-de-Chaffe & Hautbois , qui
ne cefferentpoint de jouerdes Fanfares ,
tant que le Roi fut en préſence du Château
; le Potager étoit illuminé dès trois
heures & demie , par une quantité confidérable
de Terrines ; elles ſuivoientles defſeins
d'une piéce de Parterre en palmette ,
&d'une pièce d'eau qui montoit avec un
jet d'eau ; ces piéces ſont bordées fuivant
leurs deſſeins ,d'un treillage qui étoit auffi
illuminé ; les Boſquets du bas du Potager ,
qui font auſſi garnis de treillage , étoient
pareillement illuminés de Terrines ſuivant
leurs décorations , & bordés des deux côtés
par undoublefilet de lumiere; le longde
la face du Château , du côté de S. Cloud ,
regnoientdeux cordonsdegroſſes Terrines,
le fort de l'illumination étoit pofé fur trois
grands eſcaliers qui deſcendent du rés de
chauflée , & aboutiſſent à une fort belle
Terraffe ; un cordon de Terrines bordoit
cette Terraſſe ; elle étoit garnie de Vaſes
qui portant chacun un Pot-à-feu , formoient
par leur élevation une Pyramide
de lumière ; la ſeconde Terraffe de ce Parterre
étoit garnie d'environ 300 Vaſes, qui
portojent aufli des Pots-à-feu & fuivoient
Gij
140 MERCURE DE FRANCE.
les deſſeins reguliers de chaque Parterre.
Au pied de ces Terraſſes eſt un mattif
d'une grande beauté ; il eſt compoſé de
huit Boſquets garnis d'environ 4000 pieds
d'Arbres ; dans le centre eſt une pièce de
gazon octogone , au milieu de laquelle on
voit une figure repréſentant une Déeffe
qui montre la Muſique aux Amours ; ces
Boſquets & la figure font accompagnés de
quatre autres belles figures qui forment les
quatre coins du maſſif; le tout étoit entouré
de Vaſes chargés de Pots à feu, qui éclairoient
toutes les parties de ces Boſquets.
Monfieur de Rieux avoit fait illuminer
tous les appartemens & la galerie de fon
Château , & avoit invitée à cette Fête unc
nombreuſe Compagnie.
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368
p. 140-143
Arrivée de Leurs Majestés à Versailles, & Réjouissances faites dans cette Ville, [titre d'après la table]
Début :
Leurs Majestés arriverent enfin à Versailles. Les Habitans de cette Ville n'avoient [...]
Mots clefs :
Versailles, Roi, Avenue, Portiques, Portique, Arc de triomphe, Colonnes, Pilastres, Statue, Renommée, Château, Compagnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrivée de Leurs Majestés à Versailles, & Réjouissances faites dans cette Ville, [titre d'après la table]
Leurs Majestés arriverent enfin à Verfailles
. Les Habitans de cette Ville n'avoient
pas été moins empreſſés , que ceux
de Paris , à faire éclater la joie que leur
caufoit le retour du Roi.
Ils avoient fait élever vis-à-vis du Château,
à l'entrée de la principale Avenuë, entre
la Grande & la Petite Ecurie , un Arc
de Triomphe , compofé de trois Portiques
, dont celui du milieu avoit trentehuit
pieds de haut fur vingt de large. La
NOVEMBRE. 1744. 141
hauteur des deux autres Portiques étoit de
trente - quatre pieds , & leur largeur de
quinze. Ces Portiques étoient accompa
gnés de Colonnes & de Pilastres d'Ordre
Corinthien avec les Chapiteaux ornés de
Volutes & de feuillages d'or. Les Colonnes
& les Pilaſtres foutenoient un Entablement
, furmonté d'une Balustrade dont la
Friſe étoit embellie par pluſieurs Guirlandesde
fleurs .
د
Au-deſſus de la Balustrade , du côté de
l'Avenuë , on voyoit fur le Portique du
milieu , un Tableau de trente pieds de hauteur
dans lequel la Muſe de l'Hiſtoire
étoit repréſentée , écrivant dans un Livre
que portoit le Tems , les actions du Roi ,
dictées par la Renommée. Des Palmes &
des branches de Laurier entrelaffées achevoient
le Couronnement. Dans le retour
circulaire , étoient à droite la Statuë de la
Gloire , & à gauche celle de l'Amour de la
Patrie , chacune ſur un Piédeſtal & entre
deux Pilaſtres ..
La Constance & la Clémence étoient placées
, l'une à la gauche du Portique de la
droite ,& l'autre à la droite du Portique de
la gauche , chacune entre deux Colonnes
entourées de Guirlandes. A la droite du
premier de ces deux Portiques & à la gau
Gy
142 MERCURE DEFRANCE.
chedu ſecond s'élévoit entre deux Pilaſtres
un ſuperbe Trophée , poſé ſur un Cul de
Lampe , dans lequel étoit un Ecuffon avec
trois Lis d'Or .
Dans la façade du côté du Château , on
liſoit à l'Architrave du grand Portique cette
Infcription , Regi , Patri , Heroi. Un
Globe avec les Armes de France , foutenu
par deux Eſclaves , faifoit le Couronnement.
La Renommée au-deſſus de ceGlobe
tenoit le Portrait du Roi , tandis qu'un Genie
deſcendoit du Ciel , pour couronner
Sa Majefté . Aux pieds de la Renommée
quelques autres Genies badinoient avec
une Guirlande de fleurs. On avoit placé
aux deux côtés de ce Portique la Valeur &
la Libéralité,
6
L'Humanité & la Force occupoient dans
cette façade les mêmes places que la Conftance
& la Clémence dans la façade du côté
de l'Avenue , & la Décoration étoit terminée
de même par deux Trophées. Les Platfonds
des trois Portiques étoient revêtus
dedivers ornemens relevés en Or , & l'on
avoit peintdes Trophées dans les Cloifons.
Entre cet Arc de Triomphe & le Châreau
, étoient ſous les Armes , d'un côté
cent Enfans de douze à quatorze ans , tous
vêtus de blanc , & de l'autre la Garde de la
,
NOVEMBRE. 1744 143
Ville. Huit Compagnies Bourgeoiſes , de
cent cinquante 'hommes chacune , cinq de
la Ville-Neuve , & trois du vieux Verfailles
, bordoient le paſſage du Roi depuis
l'Arcde Triomphe juſqu'à la moitié de l'Avenuë.
Trois autres Compagnies , à cheval
, dont une avoit un Uniforme bleu
avec des Brandebourgs d'argent &les.
deux autres un Uniforme écarlate avec des
veſtes galonnées d'or , chapeaux bordés
avec des plumets , allerent au-devant du
Roi juſqu'à l'extrêmité de l'Avenue ,&
elles avoient à leur tête le Comte de Noailles
, Gouverneur de Verſailles.
: Ces trois dernieres Compagnies accom
pagnerent Sa Majesté dans le reſte de ſa
marche juſqu'au Château , qui étoit illuminé,
ainſi que l'Arc de Triomphe , avec
autant de goût que de magnificence.
Le foir , avant le fouper du Roi , la Ville
fit tirer un feu d'artifice ily eut des illu
minations dans toutes les rues , & l'on
n'entendoit de toutes parts que des acclamations
réitérées ,d'autant plus flateuſes
pour Sa Majesté , qu'on pouvoit lire dans
tous les yeux , que ces hommages étoient
rendus moins à ſon rang quà ſa per
fonne.
. Les Habitans de cette Ville n'avoient
pas été moins empreſſés , que ceux
de Paris , à faire éclater la joie que leur
caufoit le retour du Roi.
Ils avoient fait élever vis-à-vis du Château,
à l'entrée de la principale Avenuë, entre
la Grande & la Petite Ecurie , un Arc
de Triomphe , compofé de trois Portiques
, dont celui du milieu avoit trentehuit
pieds de haut fur vingt de large. La
NOVEMBRE. 1744. 141
hauteur des deux autres Portiques étoit de
trente - quatre pieds , & leur largeur de
quinze. Ces Portiques étoient accompa
gnés de Colonnes & de Pilastres d'Ordre
Corinthien avec les Chapiteaux ornés de
Volutes & de feuillages d'or. Les Colonnes
& les Pilaſtres foutenoient un Entablement
, furmonté d'une Balustrade dont la
Friſe étoit embellie par pluſieurs Guirlandesde
fleurs .
د
Au-deſſus de la Balustrade , du côté de
l'Avenuë , on voyoit fur le Portique du
milieu , un Tableau de trente pieds de hauteur
dans lequel la Muſe de l'Hiſtoire
étoit repréſentée , écrivant dans un Livre
que portoit le Tems , les actions du Roi ,
dictées par la Renommée. Des Palmes &
des branches de Laurier entrelaffées achevoient
le Couronnement. Dans le retour
circulaire , étoient à droite la Statuë de la
Gloire , & à gauche celle de l'Amour de la
Patrie , chacune ſur un Piédeſtal & entre
deux Pilaſtres ..
La Constance & la Clémence étoient placées
, l'une à la gauche du Portique de la
droite ,& l'autre à la droite du Portique de
la gauche , chacune entre deux Colonnes
entourées de Guirlandes. A la droite du
premier de ces deux Portiques & à la gau
Gy
142 MERCURE DEFRANCE.
chedu ſecond s'élévoit entre deux Pilaſtres
un ſuperbe Trophée , poſé ſur un Cul de
Lampe , dans lequel étoit un Ecuffon avec
trois Lis d'Or .
Dans la façade du côté du Château , on
liſoit à l'Architrave du grand Portique cette
Infcription , Regi , Patri , Heroi. Un
Globe avec les Armes de France , foutenu
par deux Eſclaves , faifoit le Couronnement.
La Renommée au-deſſus de ceGlobe
tenoit le Portrait du Roi , tandis qu'un Genie
deſcendoit du Ciel , pour couronner
Sa Majefté . Aux pieds de la Renommée
quelques autres Genies badinoient avec
une Guirlande de fleurs. On avoit placé
aux deux côtés de ce Portique la Valeur &
la Libéralité,
6
L'Humanité & la Force occupoient dans
cette façade les mêmes places que la Conftance
& la Clémence dans la façade du côté
de l'Avenue , & la Décoration étoit terminée
de même par deux Trophées. Les Platfonds
des trois Portiques étoient revêtus
dedivers ornemens relevés en Or , & l'on
avoit peintdes Trophées dans les Cloifons.
Entre cet Arc de Triomphe & le Châreau
, étoient ſous les Armes , d'un côté
cent Enfans de douze à quatorze ans , tous
vêtus de blanc , & de l'autre la Garde de la
,
NOVEMBRE. 1744 143
Ville. Huit Compagnies Bourgeoiſes , de
cent cinquante 'hommes chacune , cinq de
la Ville-Neuve , & trois du vieux Verfailles
, bordoient le paſſage du Roi depuis
l'Arcde Triomphe juſqu'à la moitié de l'Avenuë.
Trois autres Compagnies , à cheval
, dont une avoit un Uniforme bleu
avec des Brandebourgs d'argent &les.
deux autres un Uniforme écarlate avec des
veſtes galonnées d'or , chapeaux bordés
avec des plumets , allerent au-devant du
Roi juſqu'à l'extrêmité de l'Avenue ,&
elles avoient à leur tête le Comte de Noailles
, Gouverneur de Verſailles.
: Ces trois dernieres Compagnies accom
pagnerent Sa Majesté dans le reſte de ſa
marche juſqu'au Château , qui étoit illuminé,
ainſi que l'Arc de Triomphe , avec
autant de goût que de magnificence.
Le foir , avant le fouper du Roi , la Ville
fit tirer un feu d'artifice ily eut des illu
minations dans toutes les rues , & l'on
n'entendoit de toutes parts que des acclamations
réitérées ,d'autant plus flateuſes
pour Sa Majesté , qu'on pouvoit lire dans
tous les yeux , que ces hommages étoient
rendus moins à ſon rang quà ſa per
fonne.
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369
p. 144-147
LA MAISON PROFESSE DES JESUITES.
Début :
La façade de leur Eglise, érigée par Louis XIII. sous l'invocation de S. Louis, étoit [...]
Mots clefs :
Lumières, Église, Jésuites, Soleils, Conquêtes, Convalescence, Retour, Frontispice, Dôme, Nef
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texteReconnaissance textuelle : LA MAISON PROFESSE DES JESUITES.
LA MAISON PROFESSE DES JESUITES .
La façade de leur Eglife , érigée par Louis
XIII . fous F'invocation de S. Louis , étoit
décorée d'une multitude de lumieres. Trois
Arcs éclairés dans leurs Cintres & dans
leurs Pilaſtres , laiſſoient voir dans l'enfoncement
autant de Soleils brillans , & fymboliques.
Celui qu'on appercevoit à la droite
, rappelloit la rapidité des Conquêtes de
Sa Majesté , le ſecond placé à l'oppoſite ,
annonçoit ſa Convalefcence , & le troifiéme
plus élevé , repréſentoit la ſérénité que
NOVEMBRE. 1744. 145
ſon retour répandoit dans tous les coeurs.
Cet ordre lumineux étoit parfemé d'Etoiles
& de Fleurs de Lis , & il marquoit le Concert
des Cieux & de la Terre dans cet heureux
jour. Une Couronne fermée , chargée
de lumieres , furmontoit cette premiere face
de l'illumination . On liſoit au-deſſous
en Lettres de feu , Vive le Roi. Les Chapiteaux
& les Corniches , auſſi-bien que les
timpans des portes de côté répondoient à
ce deſſein principal : ils étoient bordés de
filets de lumieres ou de cordons entrelaſſés ,
ſelon l'Architecture & la Sculpture de ce
magnifique frontiſpice;des Luftres pendans
depuis le haut de Portail juſqu'à dix pieds
du perron , fuppléoient à ce qui ne pouvoit
pas comporrer un arrangement de lumieres
, égal à celui d'en bas ; ils ſe retrouvoient
à peu de diſtance dans un concours
de clartés , avec cinq Ifs , en Pyramide lumineufe.
La diſpoſition du Lieu aſſura le fuccès de
l'illumination. Le grand vent qui endommagea
conſidérablement toutes les autres ,
ne pût entamer celle-ci. Les maiſons voifines
, & la profondeur de l'endroit où elle
ſe trouva placée , ſervirent à la garentir .
Sa Majesté daigna honorer de fes regards
&de fon approbation le ſpectacle que les
Jéſuites eurent le bonheur de préſenter à
fon paſſage.
1
146 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche ſuivant , leRoi , la Reine ,
Monſeigneur le Dauphin & Mefdames ,
accompagnés de la Princeſſe de Conti , du
Duc & de la Ducheſſe de Chartres , du
Comte d'Eu , du Duc de Penthiévre , de
la Princeſſe d'Epinois ,d'un grand nombre
de Prélats & autres perſonnes diftinguées
de la Cour & de la Ville ſe rendirent fur
les fix heures du ſoir en cette Eglife , ainfi
qu'on l'a déja dit. Elle étoit parée auſſi magnifiquement
que l'exigeoit une ſi Auguſte
Aſſemblée; les trois Ordres de l'Autel principal
étoient éclairés dans toute leur étenduë.
Les Balustrades qui bordent les hautes
corniches , & celles qui entourent lededans
du Dôme , portoient une très-grande multitude
de bougies , diſpoſées avec art. Vingt
Luſtres répandusdans toute la longueur de
laNef, &des Girandoles de pluſieurs branches
à chaque pilier répandoient une clarté
auſſi vive que celle du plus beau jour . A
la deſcente du carroſſe , Leurs Majestés
furent reçues par les Superieurs des Jéſuites.
Al'entrée de l'Eglife , le Pere Provincial
eut l'honneur de leur préſenter l'Eau bénite
, & de les complimenter. Elles entendirent
le Salut ; le Pere de Beauvais , Pré
dicateur de Sa Majesté pour cet Avent , y
officia avec un nombreux Clergé , & la
Muſique de Notre-Dame l'exécuta.
NOVEMBRE. 1744. 147
La porte de l'Egliſe étoit ornée & éclai
rée dans un ordre différent du jour de l'arrivée
du Roi. S. M. a bien voulu encore
faire l'honneut aux Peres Jéſuites de joindre
à mille témoignages de fa royale bonté,
celui de paroître fatisfait du goût & de la
décence de leur Fête.
La façade de leur Eglife , érigée par Louis
XIII . fous F'invocation de S. Louis , étoit
décorée d'une multitude de lumieres. Trois
Arcs éclairés dans leurs Cintres & dans
leurs Pilaſtres , laiſſoient voir dans l'enfoncement
autant de Soleils brillans , & fymboliques.
Celui qu'on appercevoit à la droite
, rappelloit la rapidité des Conquêtes de
Sa Majesté , le ſecond placé à l'oppoſite ,
annonçoit ſa Convalefcence , & le troifiéme
plus élevé , repréſentoit la ſérénité que
NOVEMBRE. 1744. 145
ſon retour répandoit dans tous les coeurs.
Cet ordre lumineux étoit parfemé d'Etoiles
& de Fleurs de Lis , & il marquoit le Concert
des Cieux & de la Terre dans cet heureux
jour. Une Couronne fermée , chargée
de lumieres , furmontoit cette premiere face
de l'illumination . On liſoit au-deſſous
en Lettres de feu , Vive le Roi. Les Chapiteaux
& les Corniches , auſſi-bien que les
timpans des portes de côté répondoient à
ce deſſein principal : ils étoient bordés de
filets de lumieres ou de cordons entrelaſſés ,
ſelon l'Architecture & la Sculpture de ce
magnifique frontiſpice;des Luftres pendans
depuis le haut de Portail juſqu'à dix pieds
du perron , fuppléoient à ce qui ne pouvoit
pas comporrer un arrangement de lumieres
, égal à celui d'en bas ; ils ſe retrouvoient
à peu de diſtance dans un concours
de clartés , avec cinq Ifs , en Pyramide lumineufe.
La diſpoſition du Lieu aſſura le fuccès de
l'illumination. Le grand vent qui endommagea
conſidérablement toutes les autres ,
ne pût entamer celle-ci. Les maiſons voifines
, & la profondeur de l'endroit où elle
ſe trouva placée , ſervirent à la garentir .
Sa Majesté daigna honorer de fes regards
&de fon approbation le ſpectacle que les
Jéſuites eurent le bonheur de préſenter à
fon paſſage.
1
146 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche ſuivant , leRoi , la Reine ,
Monſeigneur le Dauphin & Mefdames ,
accompagnés de la Princeſſe de Conti , du
Duc & de la Ducheſſe de Chartres , du
Comte d'Eu , du Duc de Penthiévre , de
la Princeſſe d'Epinois ,d'un grand nombre
de Prélats & autres perſonnes diftinguées
de la Cour & de la Ville ſe rendirent fur
les fix heures du ſoir en cette Eglife , ainfi
qu'on l'a déja dit. Elle étoit parée auſſi magnifiquement
que l'exigeoit une ſi Auguſte
Aſſemblée; les trois Ordres de l'Autel principal
étoient éclairés dans toute leur étenduë.
Les Balustrades qui bordent les hautes
corniches , & celles qui entourent lededans
du Dôme , portoient une très-grande multitude
de bougies , diſpoſées avec art. Vingt
Luſtres répandusdans toute la longueur de
laNef, &des Girandoles de pluſieurs branches
à chaque pilier répandoient une clarté
auſſi vive que celle du plus beau jour . A
la deſcente du carroſſe , Leurs Majestés
furent reçues par les Superieurs des Jéſuites.
Al'entrée de l'Eglife , le Pere Provincial
eut l'honneur de leur préſenter l'Eau bénite
, & de les complimenter. Elles entendirent
le Salut ; le Pere de Beauvais , Pré
dicateur de Sa Majesté pour cet Avent , y
officia avec un nombreux Clergé , & la
Muſique de Notre-Dame l'exécuta.
NOVEMBRE. 1744. 147
La porte de l'Egliſe étoit ornée & éclai
rée dans un ordre différent du jour de l'arrivée
du Roi. S. M. a bien voulu encore
faire l'honneut aux Peres Jéſuites de joindre
à mille témoignages de fa royale bonté,
celui de paroître fatisfait du goût & de la
décence de leur Fête.
Fermer
370
p. 149-150
HÔTEL DE LA ROCHE-SUR-YON.
Début :
Trois Portiques décoroient le Balcon de cet Hôtel. Celui du milieu étoit élevé à [...]
Mots clefs :
Hôtel de La-Roche-sur-Yon, Duc, Balcon, Lampions, Illumination, Cardinal de Tencin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HÔTEL DE LA ROCHE-SUR-YON.
HOTEL DE LA ROCHE - SUR - YON.
و
Trois Portiques décoroient le Balcon de
cet Hôtel. Celui du milieu étoit élevé à
plus de 60 pieds du rés de chauffée : ils
étoient accompagnés de pluſieurs Pots de
fleurs , Guirlandes &Girandoles ,deſſinées
en lampions ; le long du Balcon regnoit
une moſaïque de plus de 50 pieds de long ,
partagée par des Pilaſtres qui deſcendoient
juſqu'au pavé de la suë. Le ceintre & les
côtés de la porte cochere étoient garnis
d'une prodigieuſe quantité de lampions ,&
au milieu de la porte étoit le chifredu Roi
furmonté d'une Couronne de lumieres ; les
barrieres de l'Hôtel étoient garnies d'un
grand nombre de tetrines.
On a aufli admiré ſur le Quai Malaquais
où eſt ſitué cet Hôtel , les illuminations
duMaréchal Comte de Saxe , du Duc de
Fleury , de M. de S. Port , du Duc de Rohan
, du Duc de Bouillon , & du Duc
d'Aumont.
Nous ne nous arrêterons point à décrire
P'illumination de M. le Cardinal de Tencin
, de peur de fatiguer nos Lecteurs par
des détails d'Architecture aſſes peu agréables
même pour ceux qui les entendent.
: L'Hôtel de S. E. étoit décoré d'une
150 MERCURE DE FRANCE.
1 façon qui répondoit parfaitement& à fon
zéle pour la perſonne du Roi , & à fon
goût délicat & éclairé ; cette illumination
n'a cedé à aucune des plus brillantes , &
on a lû avec beaucoup de plaiſir les deux
Inſcriptions dont elle étoit ornée.
L'une étoit.
:
:
: Omnia tu nobis ,&fatis unus eris.
La ſeconde.
Vultus ubi tuus affulfit ,
Populo gratior it dies ,
Etfoles melius nitent.
و
Trois Portiques décoroient le Balcon de
cet Hôtel. Celui du milieu étoit élevé à
plus de 60 pieds du rés de chauffée : ils
étoient accompagnés de pluſieurs Pots de
fleurs , Guirlandes &Girandoles ,deſſinées
en lampions ; le long du Balcon regnoit
une moſaïque de plus de 50 pieds de long ,
partagée par des Pilaſtres qui deſcendoient
juſqu'au pavé de la suë. Le ceintre & les
côtés de la porte cochere étoient garnis
d'une prodigieuſe quantité de lampions ,&
au milieu de la porte étoit le chifredu Roi
furmonté d'une Couronne de lumieres ; les
barrieres de l'Hôtel étoient garnies d'un
grand nombre de tetrines.
On a aufli admiré ſur le Quai Malaquais
où eſt ſitué cet Hôtel , les illuminations
duMaréchal Comte de Saxe , du Duc de
Fleury , de M. de S. Port , du Duc de Rohan
, du Duc de Bouillon , & du Duc
d'Aumont.
Nous ne nous arrêterons point à décrire
P'illumination de M. le Cardinal de Tencin
, de peur de fatiguer nos Lecteurs par
des détails d'Architecture aſſes peu agréables
même pour ceux qui les entendent.
: L'Hôtel de S. E. étoit décoré d'une
150 MERCURE DE FRANCE.
1 façon qui répondoit parfaitement& à fon
zéle pour la perſonne du Roi , & à fon
goût délicat & éclairé ; cette illumination
n'a cedé à aucune des plus brillantes , &
on a lû avec beaucoup de plaiſir les deux
Inſcriptions dont elle étoit ornée.
L'une étoit.
:
:
: Omnia tu nobis ,&fatis unus eris.
La ſeconde.
Vultus ubi tuus affulfit ,
Populo gratior it dies ,
Etfoles melius nitent.
Fermer
371
p. 150-153
HÔTEL DE NOAILLES.
Début :
La façade de l'Hôtel, sur la ruë S. Honoré, a 30 toises de face, & est d'une fort belle [...]
Mots clefs :
Hôtel de Noailles, Roi, Colonnes, Tableau, Pyramide, Porte, Lampions, Terrines, Soleil, Architecture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HÔTEL DE NOAILLES.
HÔTEL DE NOAILLES.
La façade de l'Hôtel , fur la ruë S. Honoré,
a 30 toiſes de face , & eſt d'une fort
belle Architecture Moderne ; la porte cochere
, forme un avant-corps ſoutenu par
des Colonnes & Pilaſtres d'Ordonnance
Ionique , avec une attique au-deſſus ; toutes
les lignes , filets & membres d'Architecturequi
compoſent cette façade,étoientdeffinées
en Lampions & Terrines , de forte
qu'il y avoit des ſimples , doubles , triples ,
& quadruples Lampions , & Terrines
pour faire valoir & rendre la proportion
des différens membres d'Architecture ſur
NOVEMBRE. 1744. 15
leſquels les Lampions & Terrines étoient
appliquées
Au-deffus de la porte étoit un Tableau
transparent avec bordure d'emblême , &
ornement , & l'Infcription de Vive le Roi.
Le couronnement de cet avant- corps ,
eſt terminé par une balustrade , au-deſſus
de laquelle étoit élévé une grande Pyramide
de 36 pieds de hauteur , & terminée
par un Soleil.
:Au centre du Soleil étoit un Tableau
tranfparent , repréſentant la Lune , au-defſous
du Soleil ; un autre Tableau tranfparent
, repréſentant un Dauphin , &au-deffous
duDauphin, un autre Tableau tranſparent
repréſentant le chiffre du Roi, & enfin
fur la bafe de la Pyramide, un dernier Tableau
repréſentant les Armes du Roi , orné
deGuirlandes & couronnes ; aux deux côtés
de la Pyramide on voyoit quatre grands Vaſes
qui ſervoient de couronnement aux
Colonnes & Pilaftres . :
La grande & principale cour, dont l'Architecture
eſt ſemblable à celle de la face,
étoit auſſi garnie de Lampions & de Terrines.
En face de la porte cochere , eſt un beau
Veſtibule qui ſoutient une Terraſſe & Bal
luſtrade , par fix Colonnes & huit Pi
152 MERCURE DE FRANCE.
laſtres d'Ordre Compoſite , le tout def
finé en Boſſanges de feu , avec des Vaſes
de feu au-deſſus des Colonnes .
On avoit mis dans les entre- Colonnes
&dans les niches de grandes Girandoles
& des Luftres , ce qui faisoit la perfpective
la plus éclatante du point de vuë de
la ruë.
Après le Veſtibule eſt une grande porte
àdeux batans , qui laiſſoit appercevoir le
Jardin ; il étoit décoré d'une Galerie de
30 toiſes de longueur formée en feu .On appercevoit
au bout un grand Salon de feu
formé de Tableaux tranſperens , repréſentans
tous les attributs de la Guerre & de la
Victoire , & au milieu du Salon étoit un
Perſée , qui par l'artifice d'une perſpective
bien ménagée , paroiſſoit être fort éloigné.
Sur le principal corps du Bâtiment de
l'Hôtel eſt un Dôme à la Manfarde , d'une
د
belle proportion , il eſt iſolé , a 72
pieds de hauteur & par conféquent ſe
découvre de toutes parts , &principalement
de l'Appartement du Roi an Château
des Tuilleries. Ce Dôme eft couronné
par un Donjon entouré d'un Balcon
de Serrurerie .
On avoit élévé au dedans de ce Balcon ,
NOVEMBRE. 1744. 153
L
ane Pyramide triomphale à huit pans, qui
contenoit par ſon plan 7 pieds ſur 12 de
longueur , & 120 & demi de hauteur.
Elle étoit décorée dans ſes quatre principales
faces de quatre grandsTableaux tranfparens
, repréſentans des Trophées d'Armes.
Sur les quatres petites faces étoient huit
Ifs de feu ; la Pyramide étoit terminée &
couronnée d'unChapiteau d'Ordre Ionique
doré , au-deſſus étoit un Soleil à quatre
faces de 15 pieds de diamétre. Pour Deviſe
du Roi , & au centre des Soleils étoient des
Tableaux tranſparens , repréſentans les Armes
du Roi au lieu de tête, S
Le tout a été fait ſous la conduite & les
deſſeins de M. Charpentier , Architecte de
M. le Maréchal de Noailles , & exécuté
par M. Daffier Peintre.
La façade de l'Hôtel , fur la ruë S. Honoré,
a 30 toiſes de face , & eſt d'une fort
belle Architecture Moderne ; la porte cochere
, forme un avant-corps ſoutenu par
des Colonnes & Pilaſtres d'Ordonnance
Ionique , avec une attique au-deſſus ; toutes
les lignes , filets & membres d'Architecturequi
compoſent cette façade,étoientdeffinées
en Lampions & Terrines , de forte
qu'il y avoit des ſimples , doubles , triples ,
& quadruples Lampions , & Terrines
pour faire valoir & rendre la proportion
des différens membres d'Architecture ſur
NOVEMBRE. 1744. 15
leſquels les Lampions & Terrines étoient
appliquées
Au-deffus de la porte étoit un Tableau
transparent avec bordure d'emblême , &
ornement , & l'Infcription de Vive le Roi.
Le couronnement de cet avant- corps ,
eſt terminé par une balustrade , au-deſſus
de laquelle étoit élévé une grande Pyramide
de 36 pieds de hauteur , & terminée
par un Soleil.
:Au centre du Soleil étoit un Tableau
tranfparent , repréſentant la Lune , au-defſous
du Soleil ; un autre Tableau tranfparent
, repréſentant un Dauphin , &au-deffous
duDauphin, un autre Tableau tranſparent
repréſentant le chiffre du Roi, & enfin
fur la bafe de la Pyramide, un dernier Tableau
repréſentant les Armes du Roi , orné
deGuirlandes & couronnes ; aux deux côtés
de la Pyramide on voyoit quatre grands Vaſes
qui ſervoient de couronnement aux
Colonnes & Pilaftres . :
La grande & principale cour, dont l'Architecture
eſt ſemblable à celle de la face,
étoit auſſi garnie de Lampions & de Terrines.
En face de la porte cochere , eſt un beau
Veſtibule qui ſoutient une Terraſſe & Bal
luſtrade , par fix Colonnes & huit Pi
152 MERCURE DE FRANCE.
laſtres d'Ordre Compoſite , le tout def
finé en Boſſanges de feu , avec des Vaſes
de feu au-deſſus des Colonnes .
On avoit mis dans les entre- Colonnes
&dans les niches de grandes Girandoles
& des Luftres , ce qui faisoit la perfpective
la plus éclatante du point de vuë de
la ruë.
Après le Veſtibule eſt une grande porte
àdeux batans , qui laiſſoit appercevoir le
Jardin ; il étoit décoré d'une Galerie de
30 toiſes de longueur formée en feu .On appercevoit
au bout un grand Salon de feu
formé de Tableaux tranſperens , repréſentans
tous les attributs de la Guerre & de la
Victoire , & au milieu du Salon étoit un
Perſée , qui par l'artifice d'une perſpective
bien ménagée , paroiſſoit être fort éloigné.
Sur le principal corps du Bâtiment de
l'Hôtel eſt un Dôme à la Manfarde , d'une
د
belle proportion , il eſt iſolé , a 72
pieds de hauteur & par conféquent ſe
découvre de toutes parts , &principalement
de l'Appartement du Roi an Château
des Tuilleries. Ce Dôme eft couronné
par un Donjon entouré d'un Balcon
de Serrurerie .
On avoit élévé au dedans de ce Balcon ,
NOVEMBRE. 1744. 153
L
ane Pyramide triomphale à huit pans, qui
contenoit par ſon plan 7 pieds ſur 12 de
longueur , & 120 & demi de hauteur.
Elle étoit décorée dans ſes quatre principales
faces de quatre grandsTableaux tranfparens
, repréſentans des Trophées d'Armes.
Sur les quatres petites faces étoient huit
Ifs de feu ; la Pyramide étoit terminée &
couronnée d'unChapiteau d'Ordre Ionique
doré , au-deſſus étoit un Soleil à quatre
faces de 15 pieds de diamétre. Pour Deviſe
du Roi , & au centre des Soleils étoient des
Tableaux tranſparens , repréſentans les Armes
du Roi au lieu de tête, S
Le tout a été fait ſous la conduite & les
deſſeins de M. Charpentier , Architecte de
M. le Maréchal de Noailles , & exécuté
par M. Daffier Peintre.
Fermer
372
p. 154-164
LETTRE de M. L. A. [à] M. de L. B. au sujet des illuminations qui ont été faites à Paris pendant le séjour du Roi dans cette Ville.
Début :
J'AI vû les illuminations & j'en ai été assés content ; quand elle auroient [...]
Mots clefs :
Inscriptions latines, Langue, Latin, Inscriptions, Romains, Français, Monuments, Vers, Gloire, Europe, Postérité, Nation
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. L. A. [à] M. de L. B. au sujet des illuminations qui ont été faites à Paris pendant le séjour du Roi dans cette Ville.
LETTRE de M. L. A. àM. de L. B. au
Sujet des illuminations qui ont été faites à
Paris pendant leséjour du Roi dans cette
J
Ville.
'Ai vû les illuminations & j'en ai été
affés content ; quand elles auroient
éré toutes de mauvais goût , elles avoient
un titre pour plaire aux François , mais elles
n'ont pas laiſſé de me plaire , à moi qui
ne ſuis point François , & qui ne regarde
Paris&fon Roi qu'avec les yeux d'un CuNOVEMBRE.
1744. 155
rieux & d'un Voyageur. Outre l'Arc de
Triomphe vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
qui mérite d'être tiré du pair , il y avoit
chés pluſieurs particuliers des deſſeins d'un
fort bon goût. J'ai vû auſſi avec plaiſir plufieurs
Deviſes très-ingénieuſes & entr'autres-
celles de M. le Duc de S. Aignan. (a)
Mais , Meſſieurs , je ne ſçai comment vous
l'entendez ici , vous faites toutes vos Infcriptions
en Latin, comme ſi vous ne faiſiez
aucun cas de votre propre Langue. Cela
me paroît ridicule , & je ſens que ſi j'étois
François , cela me paroîtroit humiliant. La
poſtérité vous confondra donc avec ces
Nations barbares chés qui les Arts n'ont pu
s'établir. Les Monumens que vous lui laifſerez
lui ſembleront des Monumens d'emprunt
, pour ainſi dire , & vous ne paſſerez
pas pour en être leurs Auteurs , comme vos
Poëtes ne vous feroient aucun honneur s'ils
n'avoient fait que des Vers Latins &qu'ils
les euffent donnés ſous un nom Latiniſé.
Je vois bien comment cet uſage s'eſt établi
autrefois , mais je ne comprends pas comment
il ſe maintient aujourd'hui ; anciennement
la Langue Latine étoit preſque la
i
(a) Hic ames dici pater atque princeps
Nunc redit ante oculos , aderatqui mentibus anter
Cernimus, & vultu non exfatiamur amato.
156 MERCURE DE FRANCE.
dominante chés vous. Les Rois la parloient,
les femmes l'écrivoient , les peuples l'entendoient.
Cependant vos différentes Provinces
avoient leur Jargon , mais celui
d'une telle Province n'étoit pas entendu
dans une telle autre , & la Langue Latine
étoit l'univerſelle, parce que quoiqu'elle ne
fut pas entendue par tous les Habitans de
tous les lieux , il n'y avoit point de lieu où
pluſieurs Habitans ne l'entendiffent , & en
conféquence elle regnoit dans preſque tous
les Actes publics & particuliers. Il étoit tout
ſimple alors que vos Inſcriptions fuſſent
Latines , puiſque le Latin étoit votre Langue.
Que ne l'avez- vous confervée , peutêtre
auriez-vous bien fait ; & tout Italien
que je fuis , je trouve qu'il ne vous fieroit
pas mal de parler le langage des Romains.
Mais du débris de la Langue Romaine affujettie
à votre Grammaire , dont s'étoit déja
formé le Provençal qu'ont parlé vos Troubateurs
, yous avez enfin , en y joignant
l'ancienne Langue du Nord de votre
Royaume , conftruit celle que vous parlez
à préſent. Alors vos Poctes , vos Hiſtoriens
, vos Philofophes ont écrit en François
, & les Arts ont été naturaliſés chés
vous , auffi- tôt qu'ils eurent commencé à
renaître chés nous . Bien-tôt votre Langue ,
augmentée & perfectionnée par d'excellens
Ecrivains ,
NOVEMBRE. 1744. 157
Ecrivains , n'a plus été reſſerrée dans les
bornes; de votre domination elle s'eſt étendue
dans toute l'Europe ; elle eſt devenue
la Langue reſpective des Etrangers entr'eux ;
elle eſt l'organe de la politique dans tous
les Cabinets des Princes. Je ne me ſouviens
point ſans une admiration mêlée de refpect
pour votre Nation ,de cette famenſe
Conférence où toute l'Europe liguée contre
la France fût obligée d'emprunter la
Langue de ce Peuple envié , pour exprimer
les engagemens que leur faifoit prendre la
haine qui les animoit contre lui. Ce Traité
ne paroîtra-t- il pas aux yeux de la poſtérité
une confédération coupable entre des
Sujets révoltés contre un Maître , plûtôt
qu'une ligue légitime entre des Nations
réunies contre un ennemi ? Ainſi votre
Langue a porté votre gloire plus loin que
n'ont fait vos Conquêtes , & elle vous a
donné fur vos voifins une ſupériorité,d'autant
plus fûre, que l'envie ne peut ni la détruire
ni la méconnoître .
Les Romains , ces Peuples ſi fiers & qui
entendoient fibien les intérêts de leur vanité,
étoient avec raiſon bien attachésà ce genre
de ſupériorité ; une Province conquiſe
perdoit avec fesTerres la liberté de parler ſa
Langue. Il falloit qu'elle apprit celle de ſes
nouveaux Maîtres,& c'eſt peut- être, pour le
I. Vol. H
138 MERCURE DE FRANCE.
dire en paſſant,ce qui nous a fait perdre jufqu'aux
traces de la Langue Punique , parce
que ſans douteRome,envenimée contreCarthage
, fut foigneuſe d'anéantir tout ce qui
auroit pû conſerver honorablement les Carthaginois
dans la mémoire des hommes,
Sous les Empereurs,le Latin étoit le Langage
de toutes les Cours de l'Orient , &
les Princes qui n'étoient qu'Alliés des Romains,
étoient obligés d'envoyer leurs Héritiers
àRome pour y apprendre cette Langue,
& rendre par-là une forte d'hommage que
les Romains ſçavoient bien apprecier. C'eſt
àpeu près ainſi que Paris eſt devenu une
Ecole publique , où la Jeuneſſe illuftre de
toute l'Europe vient apprendre votre Langue
,&ſe former à votre politeſſe. Je puis
vous aſſurer que tous ces Etrangers qui paffent
continuellement chés vous , dans l'efpérance
d'y prendre la teinture de vos
moeurs aimables , font fort étonnés de voir
que vous fafliez moins de cas de votre propre
Langue qu'ils n'en font eux-mêmes.J'ai
été choqué en arrivant à Paris , & je le
ſuis encore de ne rencontrer par tout que,
des Inſcriptions Latines. Comme il ſe peut
faire que les Livres durent moins que les
Monumens , on pourra fort bien ignorer
un jour que vous ayez eu d'autre Langue
que celle dont on trouvera vos Monumens
1
NOVEMBRE. 1744. 159.
chargés ; & alors on vous regardera ou
comme une Colonie ou comme un Peuple
Tributaire des Romains. Ne regardez pas
cette ſuppoſition de l'anéantiſſement de vos
Livres comme une idée totalement chimérique.
Ce malheur n'eſt pas ſans exemple ;
il eſt arrivé aux Egyptiens , & c'eſt ſeulement
à leurs bas reliefs qu'ils doivent notre
ſouvenir. On ne ſçauroit voir à Rome l'Obéliſque
de S. Jean de Latran , celui de la
Porte du Peuple , & les autres, fans fe ſentir
ſaiſi de reſpect pour les Peuples par qui
ces merveilles ont été conſtruites. Les Egyptiens
ont très-bien faitde les charger de
leurs ſignes caractériſtiques , & l'on peut
croire que fans cela les Romains n'euſſent
pas manqué de s'attribuer l'honneur de ces
Monumens , comme ils ont fait , lorſqu'ils
ſe ſont donné la gloire d'avoir creuſé cet
étonnant Canal , qui facilitoit aux Egyptiens
par la Mer Rouge , le commerce des
Grandes Indes. Les Gouverneurs Romains
ne firent que le réparer , & il étoit de la
même Antiquité que les Pyramides. Mais
comme ce ſuperbe Ouvrage n'avoit pû être
orné d'Inſcriptions Hyerogliphiques , l'é
poquede ſa conſtruction & la gloire de ſes
Conſtructeurs furent dérobées à l'Egypte
par la vanité de Rome , dont les Citoyens
aimoient mieux ufurper l'admiration , que
T
Hij
160 MERCURE DE FRANCE.
1
de ne la pas obtenir. Je vous aſſure qu'ils ſe
glorifient beaucoup à préſent dans l'Eliſée ,
s'ils y ont appris que Louis XIV & Louis
XV ont dédaigné la Langue Françoiſe , &
empruntent la leur pour en parer leurs Monumens.
On dit que le Latin eſt plus propre
aux Inſcriptions que le François : je ne ſçais
pas affés votre Langue pour décider cette
queſtion. Mais cette queſtion , doit-on
la difcuter ? il faut prendre garde à une
choſe ; une Inſcription n'est pas une Epigramme
; quand cela ſe peut à la bonneheure
, & peut- être n'en est- ce pas mieux,
Dans le vrai , pourquoi une Inſcription eftelle
faite ? Pour marquer à la poſtérité telle
époque intéreſſante , qui a fait éléver tel
Monument. Qu'importe à cette poſtérité
de trouver dans les deux lignes de l'Infcriptionune
penſée reſſerrée & taillée de façon
qu'il en réſulte un bon mot ? il ſuffit qu'il
en réſulte un fait, ou l'indication d'un fait.
Il faut de la ſimplicité , de la clarté ; l'élégance
eſt comptée pour rien. Ces Romains
dont la Langue étoit ſi bien faite à votre
avis pour les Inſcriptions , qu'ont-ils mis
dans les leurs ? elles ſont ſimples , contiennent
des faits& n'étalent point d'eſprit. Les
Grecs dont la Langue étoit ſi ſuperieure à
celle des Romains , que la vanité de ceuxci
l'avouoit ſans honte , les Grecs ont fait
NOVEMBRE. 1744. 161
leurs Infcriptions dans le même goût ; la
lecture de Paufanias n'en laiſſe pas douter.
Seriez- vous honteux de ſuivre cet exemple,
& rougiriez-vous de mettre fur un Arc de
Triomphe, dans cette occafion-ci, par exem
ple, une Inſcription ſimple comme celle-ci ?
Paris heureuse &triomphante éléve ce Monument
à LouisXVguéri &Victorieux, 1744.
D'ailleurs votre Langue eſt peut - être
moins propre à tous les genres d'écrire
que le Latin ; vous écrivez pourtant
dans tous les genres & dans tous vous
avez d'excellens Ecrivains. Ofez prendre
l'effor dans le genre des Inſcriptions , & je
vous garantis le ſuccès. Ceux qui défendent
la Theſe contraire à celle que je foutiens
, ne manquent pas de propoſer des
Inſcriptions Latines dont ils demandent la
Traduction ; alors ils croyent avoir cauſe
gagnée , parce qu'en effet l'Original étoit
bon&la copie ne vaut rien ; mais cela ne
fignifie rien , & cette maniere de diſputer
naît de l'ignorance ou de la mauvaiſe for.
Outre le défavantage général de la Traduction,
ne doit- on pas ſçavoir que le genie des
Langues diverſes étant très-différent , telle
idée rendue par un tour concis dans une
Langue , demandera un tour allongé dans
une autre ? mais cela eſt réciproque , & je
ne crois pas qu'un Diſcours de M. Boffuet
Hiij
162 MERCURE DE FRANCE.
fût plus aiſé à mettre en Latin qu'une Harangue
de Ciceron à mettre en François.
Tout Etranger que je ſuis , je connois &je
faisgloire de connoître vos bons Auteurs :
il me vient à l'eſprit quelques exemples ;
penſez -vous qu'il foit facile de traduire en
Latin certe juſte & ingenieuſe maxime de
Ja Rochefoucaut ? l'esprit eſtſouvent la dupe
du coeur. Traduiſez encore ee beau Vers de
Voltaire.
:
:
:
Tel brille au ſecondrang,qui s'éclipfe au premier.
La difficulté de la Traduction ne sçauroit
prouver la moindre choſe : il y a des
penſées qui ne ſçauroient ſe traduire ſans
périphrafe ou fans équivalent : il y ena
d'autres qui ſe traduiſent à merveille.
Le Maſque tombe , l'Homme reſte..
Eſt-il moins fort,ou moins élégant que l'Original
Latin , cadit larva , manet res? Tout le
monde ſçait ces deux beaux Vers d'Horace.
Regum timendorum in proprios greges ;
Reges in ipfos imperium est Jovis.
: Rouſſeau les a traduits ainſi.
:
:
Les Rois font les Maîtres du Monde;
Les Dieux font les Maîtres des Rois.
NOVEMBRE. 1744. 163
* Ceci est-il moins précis ? moins fort ,
moins noble que le Latin ? Je crois bien
qu'en effet il eſt plus difficile de faire des
Inſcriptions Françoiſes que Latines ,pourquoi
? C'eſt que les Latines ſont tou
tes faites. Ce font des Santons ramaffes çà
& là; mais faites la même choſe en François
ſans ſcrupule ; vous avez d'excellens
Poëtes pour cela. Croyez-vous qu'en 1735
lorſque votre Roi triomphant par tout ,
aima mieux être l'Arbitre que le Vainqueur
de l'Europe , il eut été déplacé de lire autour
d'une Médaille frappée à cette occafion
ces deux Vers de Quinault ?
Il eſt armédu Tonnerre ,
Mais c'eſt pour donner la paix.
Un autre Vers de Quinault a fourni dans
ces dernieres Fêtes publiques une Inſcription
fort heureuſe , dont votre Miniſtre de
la Marine a embelli ſon illumination . On y
liſoit ſous la figure du Roi , il veut le bonheur
d'être aimé. J'aime mieux cela que des
louanges données par Horace à Auguſte.
Ce Vers a ſans doute intéreſſé tous les Citoyens
qui l'ont lû , & j'ai affés bonne opinion
du Peuple de Paris , pour croire qu'il
s'eſt enyvré du vin de M. de Maurepas ,
qui couloit à côté de cette Inſcription, plus
Hinj
164 MERCURE DE FRANCE .
volontiers que d'aucun autre. Cette fatisfaction
du Peuple eſt encore un point qui
mérite d'être conſidéré. Quoi ! les chofes
qui flarent le plus une Nation , doiventelles
être ignorées par les trois quarts de
cette Nation ? J'avoue que d'un autre côté
on trouve en cela même un avantage à faire
des Inſcriptions Latines ; c'eſt qu'elles font
jugées par moins de gens , mais cet avantage
prétendu eſt undéſavantage réel , car
enfin il eſt ridicule que la gloire d'un Peuple
ſoit un myſtére pour lui . Je m'apperçois
M. qu'il eſt tems de finir cette Lettre ,
qui devient preſqu'une une Differtation.
Vous me ferez plaiſir de la rendre publique
, &je ferai fort aiſe d'apprendre à vos
Compatriotes l'intérêt que je prends à la
gloire de leur Nation , dont je reſpecte autant
les Vertus , que j'aime ſes agrémens.
Sujet des illuminations qui ont été faites à
Paris pendant leséjour du Roi dans cette
J
Ville.
'Ai vû les illuminations & j'en ai été
affés content ; quand elles auroient
éré toutes de mauvais goût , elles avoient
un titre pour plaire aux François , mais elles
n'ont pas laiſſé de me plaire , à moi qui
ne ſuis point François , & qui ne regarde
Paris&fon Roi qu'avec les yeux d'un CuNOVEMBRE.
1744. 155
rieux & d'un Voyageur. Outre l'Arc de
Triomphe vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
qui mérite d'être tiré du pair , il y avoit
chés pluſieurs particuliers des deſſeins d'un
fort bon goût. J'ai vû auſſi avec plaiſir plufieurs
Deviſes très-ingénieuſes & entr'autres-
celles de M. le Duc de S. Aignan. (a)
Mais , Meſſieurs , je ne ſçai comment vous
l'entendez ici , vous faites toutes vos Infcriptions
en Latin, comme ſi vous ne faiſiez
aucun cas de votre propre Langue. Cela
me paroît ridicule , & je ſens que ſi j'étois
François , cela me paroîtroit humiliant. La
poſtérité vous confondra donc avec ces
Nations barbares chés qui les Arts n'ont pu
s'établir. Les Monumens que vous lui laifſerez
lui ſembleront des Monumens d'emprunt
, pour ainſi dire , & vous ne paſſerez
pas pour en être leurs Auteurs , comme vos
Poëtes ne vous feroient aucun honneur s'ils
n'avoient fait que des Vers Latins &qu'ils
les euffent donnés ſous un nom Latiniſé.
Je vois bien comment cet uſage s'eſt établi
autrefois , mais je ne comprends pas comment
il ſe maintient aujourd'hui ; anciennement
la Langue Latine étoit preſque la
i
(a) Hic ames dici pater atque princeps
Nunc redit ante oculos , aderatqui mentibus anter
Cernimus, & vultu non exfatiamur amato.
156 MERCURE DE FRANCE.
dominante chés vous. Les Rois la parloient,
les femmes l'écrivoient , les peuples l'entendoient.
Cependant vos différentes Provinces
avoient leur Jargon , mais celui
d'une telle Province n'étoit pas entendu
dans une telle autre , & la Langue Latine
étoit l'univerſelle, parce que quoiqu'elle ne
fut pas entendue par tous les Habitans de
tous les lieux , il n'y avoit point de lieu où
pluſieurs Habitans ne l'entendiffent , & en
conféquence elle regnoit dans preſque tous
les Actes publics & particuliers. Il étoit tout
ſimple alors que vos Inſcriptions fuſſent
Latines , puiſque le Latin étoit votre Langue.
Que ne l'avez- vous confervée , peutêtre
auriez-vous bien fait ; & tout Italien
que je fuis , je trouve qu'il ne vous fieroit
pas mal de parler le langage des Romains.
Mais du débris de la Langue Romaine affujettie
à votre Grammaire , dont s'étoit déja
formé le Provençal qu'ont parlé vos Troubateurs
, yous avez enfin , en y joignant
l'ancienne Langue du Nord de votre
Royaume , conftruit celle que vous parlez
à préſent. Alors vos Poctes , vos Hiſtoriens
, vos Philofophes ont écrit en François
, & les Arts ont été naturaliſés chés
vous , auffi- tôt qu'ils eurent commencé à
renaître chés nous . Bien-tôt votre Langue ,
augmentée & perfectionnée par d'excellens
Ecrivains ,
NOVEMBRE. 1744. 157
Ecrivains , n'a plus été reſſerrée dans les
bornes; de votre domination elle s'eſt étendue
dans toute l'Europe ; elle eſt devenue
la Langue reſpective des Etrangers entr'eux ;
elle eſt l'organe de la politique dans tous
les Cabinets des Princes. Je ne me ſouviens
point ſans une admiration mêlée de refpect
pour votre Nation ,de cette famenſe
Conférence où toute l'Europe liguée contre
la France fût obligée d'emprunter la
Langue de ce Peuple envié , pour exprimer
les engagemens que leur faifoit prendre la
haine qui les animoit contre lui. Ce Traité
ne paroîtra-t- il pas aux yeux de la poſtérité
une confédération coupable entre des
Sujets révoltés contre un Maître , plûtôt
qu'une ligue légitime entre des Nations
réunies contre un ennemi ? Ainſi votre
Langue a porté votre gloire plus loin que
n'ont fait vos Conquêtes , & elle vous a
donné fur vos voifins une ſupériorité,d'autant
plus fûre, que l'envie ne peut ni la détruire
ni la méconnoître .
Les Romains , ces Peuples ſi fiers & qui
entendoient fibien les intérêts de leur vanité,
étoient avec raiſon bien attachésà ce genre
de ſupériorité ; une Province conquiſe
perdoit avec fesTerres la liberté de parler ſa
Langue. Il falloit qu'elle apprit celle de ſes
nouveaux Maîtres,& c'eſt peut- être, pour le
I. Vol. H
138 MERCURE DE FRANCE.
dire en paſſant,ce qui nous a fait perdre jufqu'aux
traces de la Langue Punique , parce
que ſans douteRome,envenimée contreCarthage
, fut foigneuſe d'anéantir tout ce qui
auroit pû conſerver honorablement les Carthaginois
dans la mémoire des hommes,
Sous les Empereurs,le Latin étoit le Langage
de toutes les Cours de l'Orient , &
les Princes qui n'étoient qu'Alliés des Romains,
étoient obligés d'envoyer leurs Héritiers
àRome pour y apprendre cette Langue,
& rendre par-là une forte d'hommage que
les Romains ſçavoient bien apprecier. C'eſt
àpeu près ainſi que Paris eſt devenu une
Ecole publique , où la Jeuneſſe illuftre de
toute l'Europe vient apprendre votre Langue
,&ſe former à votre politeſſe. Je puis
vous aſſurer que tous ces Etrangers qui paffent
continuellement chés vous , dans l'efpérance
d'y prendre la teinture de vos
moeurs aimables , font fort étonnés de voir
que vous fafliez moins de cas de votre propre
Langue qu'ils n'en font eux-mêmes.J'ai
été choqué en arrivant à Paris , & je le
ſuis encore de ne rencontrer par tout que,
des Inſcriptions Latines. Comme il ſe peut
faire que les Livres durent moins que les
Monumens , on pourra fort bien ignorer
un jour que vous ayez eu d'autre Langue
que celle dont on trouvera vos Monumens
1
NOVEMBRE. 1744. 159.
chargés ; & alors on vous regardera ou
comme une Colonie ou comme un Peuple
Tributaire des Romains. Ne regardez pas
cette ſuppoſition de l'anéantiſſement de vos
Livres comme une idée totalement chimérique.
Ce malheur n'eſt pas ſans exemple ;
il eſt arrivé aux Egyptiens , & c'eſt ſeulement
à leurs bas reliefs qu'ils doivent notre
ſouvenir. On ne ſçauroit voir à Rome l'Obéliſque
de S. Jean de Latran , celui de la
Porte du Peuple , & les autres, fans fe ſentir
ſaiſi de reſpect pour les Peuples par qui
ces merveilles ont été conſtruites. Les Egyptiens
ont très-bien faitde les charger de
leurs ſignes caractériſtiques , & l'on peut
croire que fans cela les Romains n'euſſent
pas manqué de s'attribuer l'honneur de ces
Monumens , comme ils ont fait , lorſqu'ils
ſe ſont donné la gloire d'avoir creuſé cet
étonnant Canal , qui facilitoit aux Egyptiens
par la Mer Rouge , le commerce des
Grandes Indes. Les Gouverneurs Romains
ne firent que le réparer , & il étoit de la
même Antiquité que les Pyramides. Mais
comme ce ſuperbe Ouvrage n'avoit pû être
orné d'Inſcriptions Hyerogliphiques , l'é
poquede ſa conſtruction & la gloire de ſes
Conſtructeurs furent dérobées à l'Egypte
par la vanité de Rome , dont les Citoyens
aimoient mieux ufurper l'admiration , que
T
Hij
160 MERCURE DE FRANCE.
1
de ne la pas obtenir. Je vous aſſure qu'ils ſe
glorifient beaucoup à préſent dans l'Eliſée ,
s'ils y ont appris que Louis XIV & Louis
XV ont dédaigné la Langue Françoiſe , &
empruntent la leur pour en parer leurs Monumens.
On dit que le Latin eſt plus propre
aux Inſcriptions que le François : je ne ſçais
pas affés votre Langue pour décider cette
queſtion. Mais cette queſtion , doit-on
la difcuter ? il faut prendre garde à une
choſe ; une Inſcription n'est pas une Epigramme
; quand cela ſe peut à la bonneheure
, & peut- être n'en est- ce pas mieux,
Dans le vrai , pourquoi une Inſcription eftelle
faite ? Pour marquer à la poſtérité telle
époque intéreſſante , qui a fait éléver tel
Monument. Qu'importe à cette poſtérité
de trouver dans les deux lignes de l'Infcriptionune
penſée reſſerrée & taillée de façon
qu'il en réſulte un bon mot ? il ſuffit qu'il
en réſulte un fait, ou l'indication d'un fait.
Il faut de la ſimplicité , de la clarté ; l'élégance
eſt comptée pour rien. Ces Romains
dont la Langue étoit ſi bien faite à votre
avis pour les Inſcriptions , qu'ont-ils mis
dans les leurs ? elles ſont ſimples , contiennent
des faits& n'étalent point d'eſprit. Les
Grecs dont la Langue étoit ſi ſuperieure à
celle des Romains , que la vanité de ceuxci
l'avouoit ſans honte , les Grecs ont fait
NOVEMBRE. 1744. 161
leurs Infcriptions dans le même goût ; la
lecture de Paufanias n'en laiſſe pas douter.
Seriez- vous honteux de ſuivre cet exemple,
& rougiriez-vous de mettre fur un Arc de
Triomphe, dans cette occafion-ci, par exem
ple, une Inſcription ſimple comme celle-ci ?
Paris heureuse &triomphante éléve ce Monument
à LouisXVguéri &Victorieux, 1744.
D'ailleurs votre Langue eſt peut - être
moins propre à tous les genres d'écrire
que le Latin ; vous écrivez pourtant
dans tous les genres & dans tous vous
avez d'excellens Ecrivains. Ofez prendre
l'effor dans le genre des Inſcriptions , & je
vous garantis le ſuccès. Ceux qui défendent
la Theſe contraire à celle que je foutiens
, ne manquent pas de propoſer des
Inſcriptions Latines dont ils demandent la
Traduction ; alors ils croyent avoir cauſe
gagnée , parce qu'en effet l'Original étoit
bon&la copie ne vaut rien ; mais cela ne
fignifie rien , & cette maniere de diſputer
naît de l'ignorance ou de la mauvaiſe for.
Outre le défavantage général de la Traduction,
ne doit- on pas ſçavoir que le genie des
Langues diverſes étant très-différent , telle
idée rendue par un tour concis dans une
Langue , demandera un tour allongé dans
une autre ? mais cela eſt réciproque , & je
ne crois pas qu'un Diſcours de M. Boffuet
Hiij
162 MERCURE DE FRANCE.
fût plus aiſé à mettre en Latin qu'une Harangue
de Ciceron à mettre en François.
Tout Etranger que je ſuis , je connois &je
faisgloire de connoître vos bons Auteurs :
il me vient à l'eſprit quelques exemples ;
penſez -vous qu'il foit facile de traduire en
Latin certe juſte & ingenieuſe maxime de
Ja Rochefoucaut ? l'esprit eſtſouvent la dupe
du coeur. Traduiſez encore ee beau Vers de
Voltaire.
:
:
:
Tel brille au ſecondrang,qui s'éclipfe au premier.
La difficulté de la Traduction ne sçauroit
prouver la moindre choſe : il y a des
penſées qui ne ſçauroient ſe traduire ſans
périphrafe ou fans équivalent : il y ena
d'autres qui ſe traduiſent à merveille.
Le Maſque tombe , l'Homme reſte..
Eſt-il moins fort,ou moins élégant que l'Original
Latin , cadit larva , manet res? Tout le
monde ſçait ces deux beaux Vers d'Horace.
Regum timendorum in proprios greges ;
Reges in ipfos imperium est Jovis.
: Rouſſeau les a traduits ainſi.
:
:
Les Rois font les Maîtres du Monde;
Les Dieux font les Maîtres des Rois.
NOVEMBRE. 1744. 163
* Ceci est-il moins précis ? moins fort ,
moins noble que le Latin ? Je crois bien
qu'en effet il eſt plus difficile de faire des
Inſcriptions Françoiſes que Latines ,pourquoi
? C'eſt que les Latines ſont tou
tes faites. Ce font des Santons ramaffes çà
& là; mais faites la même choſe en François
ſans ſcrupule ; vous avez d'excellens
Poëtes pour cela. Croyez-vous qu'en 1735
lorſque votre Roi triomphant par tout ,
aima mieux être l'Arbitre que le Vainqueur
de l'Europe , il eut été déplacé de lire autour
d'une Médaille frappée à cette occafion
ces deux Vers de Quinault ?
Il eſt armédu Tonnerre ,
Mais c'eſt pour donner la paix.
Un autre Vers de Quinault a fourni dans
ces dernieres Fêtes publiques une Inſcription
fort heureuſe , dont votre Miniſtre de
la Marine a embelli ſon illumination . On y
liſoit ſous la figure du Roi , il veut le bonheur
d'être aimé. J'aime mieux cela que des
louanges données par Horace à Auguſte.
Ce Vers a ſans doute intéreſſé tous les Citoyens
qui l'ont lû , & j'ai affés bonne opinion
du Peuple de Paris , pour croire qu'il
s'eſt enyvré du vin de M. de Maurepas ,
qui couloit à côté de cette Inſcription, plus
Hinj
164 MERCURE DE FRANCE .
volontiers que d'aucun autre. Cette fatisfaction
du Peuple eſt encore un point qui
mérite d'être conſidéré. Quoi ! les chofes
qui flarent le plus une Nation , doiventelles
être ignorées par les trois quarts de
cette Nation ? J'avoue que d'un autre côté
on trouve en cela même un avantage à faire
des Inſcriptions Latines ; c'eſt qu'elles font
jugées par moins de gens , mais cet avantage
prétendu eſt undéſavantage réel , car
enfin il eſt ridicule que la gloire d'un Peuple
ſoit un myſtére pour lui . Je m'apperçois
M. qu'il eſt tems de finir cette Lettre ,
qui devient preſqu'une une Differtation.
Vous me ferez plaiſir de la rendre publique
, &je ferai fort aiſe d'apprendre à vos
Compatriotes l'intérêt que je prends à la
gloire de leur Nation , dont je reſpecte autant
les Vertus , que j'aime ſes agrémens.
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373
p. 178-180
« Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...] »
Début :
Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Pologne, Stanislas Leszczynski, Château, Lunéville, Jardin, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...] »
Le Roi partit de Metz à midi le 29 , & après
avoir paſſé par Nancy , où il remarqua les apprêts
d'une illumination générale & les autres fignes
d'une réjoüiſſance publique , vive & fincere; les
continuelles acclamations des Peuples du Pays
accourus ſur ſon paſſage , garantiſſoient leurs juſtes
ſentimens Le Roi arriva au Château de Luneville
vers les huit heures du ſoir. La façade , tant du
côté de la Ville que du Jardin , étoit magnifiquement
illuminée , & cette illumination marquoit le
deſſein de l'Architecture, qui est très-belle . Le même
goût régnoit dans les illuminations de la grande &
NOVEMBRE. 1744-
t
179
e la petite cour , & même de la cour intérieure.
En entrant dans la Ville , le Roi trouva les deux.
Compagnies desGardes du Corps du Roi de Pologne,
& dans la premiere cour du Château, les Gardes
à pied de ce Prince , qui le reçut ſous le Periſtile,
&le conduiſit dans ſon appartement. Il y étoit
attendu par la Reine , & la Reine de Pologne. Les
cris de Vive le Roi , ſe renouvelloient ſans ceſſe ,
&durerent juſqu'au coucher de Sa Majesté. Elle
ſoupa ſeule ,& des tables abondantes , & cependant
délicates , furent ſervies pour la Cour dans
l'appartement. Le ſoir ,la Ville fut totalement illus,
minée, & la Terraſſe du Château fut éclairée par
les fuſées qu'on y prodigua.
Le 30 , le Roi alla le matin voir un petit Bâtiment
àlaChinoiſe , nommé le Kiofc. Le Roi de Pologne
l'a fait conſtruire , pour éviter les grandes chaleurs,
&pour cet effet il eſt rempli de Jets-d'Eau & de
Caſcades. Leurs Majeſtés dînerent avec le Roi &
la Reine de Pologne , dans le grand Cabinet de
l'appartement qu'occupe la Reine. A trois heures
le Roi alla à cheval àChanheux , Maiſon de Plaiſance
du Roi de Pologne , ſituée au bout de la
grande allée du Jardin ; il y a un Salon admirable..
LeRoi ſe promena dans les Jardins , & vit la Cafcade
qui eſt à la tête du Canal , qui bordele Jardin.
C'eſtun embelliſſement ajouté par le Roi de Polo
gne ; c'eſt là qu'on s'arrête avec plaifir , pour confiderer
ce qu'on appelle les Rochers. C'eſt un 'Ta.
bleau mouvant , repréſentant un Village , où des
figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes , par le moyen de l'Eau qui les fait
agir. :
L'après midi , la Reine aſſiſta à la Comédie , &.
le ſoir, leRoi ſoupa ſeul. Les Dames du Palais de la
Reine eurent l'honneur de manger avec elle.
130 MERCURE DE FRANCE.
Celles de la Reine de Pologne y furent admiſes ,
leur Princeſſe étant indiſpoſée.
Le Roi , après avoir paflé à l'appartement de cette
Reine , alla ſe promener le long du Canal , & voir
une petite Maiſon du Roi de Pologne , appellée Jo..
livet. On a changé un Marais bourbeux , qui l'au.
roit environnée , en de très-agréables Jardins. Le
Roi , en partant de Luneville , a fait la revue de la
Gendarmerie près de Chanheux , & y a dîné ; il a
couché à Saarburg. Pendant le ſéjour du Roi à Luneville
, le Roi & la Reine de Pologne lui ontprouц-
vé par les témoignages les plus éclatans , la fatisfaction
infinie que leur cauſoit ſa préſence.
Le Roi de Pologne a nommé le Maréchal de
Belle- Ifle , Lieutenant Général au Gouvernement
de la Lorraine.
avoir paſſé par Nancy , où il remarqua les apprêts
d'une illumination générale & les autres fignes
d'une réjoüiſſance publique , vive & fincere; les
continuelles acclamations des Peuples du Pays
accourus ſur ſon paſſage , garantiſſoient leurs juſtes
ſentimens Le Roi arriva au Château de Luneville
vers les huit heures du ſoir. La façade , tant du
côté de la Ville que du Jardin , étoit magnifiquement
illuminée , & cette illumination marquoit le
deſſein de l'Architecture, qui est très-belle . Le même
goût régnoit dans les illuminations de la grande &
NOVEMBRE. 1744-
t
179
e la petite cour , & même de la cour intérieure.
En entrant dans la Ville , le Roi trouva les deux.
Compagnies desGardes du Corps du Roi de Pologne,
& dans la premiere cour du Château, les Gardes
à pied de ce Prince , qui le reçut ſous le Periſtile,
&le conduiſit dans ſon appartement. Il y étoit
attendu par la Reine , & la Reine de Pologne. Les
cris de Vive le Roi , ſe renouvelloient ſans ceſſe ,
&durerent juſqu'au coucher de Sa Majesté. Elle
ſoupa ſeule ,& des tables abondantes , & cependant
délicates , furent ſervies pour la Cour dans
l'appartement. Le ſoir ,la Ville fut totalement illus,
minée, & la Terraſſe du Château fut éclairée par
les fuſées qu'on y prodigua.
Le 30 , le Roi alla le matin voir un petit Bâtiment
àlaChinoiſe , nommé le Kiofc. Le Roi de Pologne
l'a fait conſtruire , pour éviter les grandes chaleurs,
&pour cet effet il eſt rempli de Jets-d'Eau & de
Caſcades. Leurs Majeſtés dînerent avec le Roi &
la Reine de Pologne , dans le grand Cabinet de
l'appartement qu'occupe la Reine. A trois heures
le Roi alla à cheval àChanheux , Maiſon de Plaiſance
du Roi de Pologne , ſituée au bout de la
grande allée du Jardin ; il y a un Salon admirable..
LeRoi ſe promena dans les Jardins , & vit la Cafcade
qui eſt à la tête du Canal , qui bordele Jardin.
C'eſtun embelliſſement ajouté par le Roi de Polo
gne ; c'eſt là qu'on s'arrête avec plaifir , pour confiderer
ce qu'on appelle les Rochers. C'eſt un 'Ta.
bleau mouvant , repréſentant un Village , où des
figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes , par le moyen de l'Eau qui les fait
agir. :
L'après midi , la Reine aſſiſta à la Comédie , &.
le ſoir, leRoi ſoupa ſeul. Les Dames du Palais de la
Reine eurent l'honneur de manger avec elle.
130 MERCURE DE FRANCE.
Celles de la Reine de Pologne y furent admiſes ,
leur Princeſſe étant indiſpoſée.
Le Roi , après avoir paflé à l'appartement de cette
Reine , alla ſe promener le long du Canal , & voir
une petite Maiſon du Roi de Pologne , appellée Jo..
livet. On a changé un Marais bourbeux , qui l'au.
roit environnée , en de très-agréables Jardins. Le
Roi , en partant de Luneville , a fait la revue de la
Gendarmerie près de Chanheux , & y a dîné ; il a
couché à Saarburg. Pendant le ſéjour du Roi à Luneville
, le Roi & la Reine de Pologne lui ontprouц-
vé par les témoignages les plus éclatans , la fatisfaction
infinie que leur cauſoit ſa préſence.
Le Roi de Pologne a nommé le Maréchal de
Belle- Ifle , Lieutenant Général au Gouvernement
de la Lorraine.
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374
p. 6-10
ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
Début :
Mr Rigaud étoit un de ces Hommes rares que le Ciel fait naître pour [...]
Mots clefs :
Hyacinthe Rigaud, Beau, Tableau, Belle, Peintre, Peinture, Histoire, Portrait, Peintres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
ESS Al fur la Vie & les Ouvrages de
M. Rigaud, par M. Collin de Vermont,
Peintre ordinaire du Roi ,& Profeffeur en
Son Académie Royale de Peinture.
MR. Rigaud
2
RRigaud étoit un de ces Hommes
rares que le Ciel fait naître pour
fervir de guide & de modéle aux Artiſtes.
Il reçut en naiſſant un tempéramment affés
fort pour foûtenir les fatigues d'un longue
&conſtante étude de la Nature, qu'il ſe fit
toute ſa vie une loi inviolable d'imiter;
mais s'il a ſçû la rendre ſi parfaitement
dans ſes Ouvrages , ce n'a pas été en la copiant
ſervilement,&telle qu'elle ſe préſente
ſouvent , mais par un choix exquis qu'il en
a fait. Il connoiſſoit la grande diſtance qu'il
y a du beau à l'excellent ; on l'a vû plus
d'une fois effacer des choſes qui lui avoient
coûté pluſieurs jours de travail, & qui plaifoient
aux plus habiles , pour ſe contenter
lui-même , & parvenir à cet excellent qu'il
s'étoit propoſé.
Un génie fupérieur , né pour la Peinture,
reüffit également dans l'Hiſtoire & dans
le Portrait on le voit dans tous les
Peintres du premier Ordre , comme Ra-
,
NOVEMBRE. 1744. 7
phaël , Titien , Rubens , Vandeick , & le
autres
M. Rigaud s'étoit deſtiné pour l'Hiſtoire,
&il y feroit ſans doute parvenu au plus
hautdegré : il eſt aiſé d'en juger par le progrès
rapide qu'il fitdans ſes Etudes à l'Académie
Royale. Il en remporta tous les
Prix avec beaucoup de diſtinction par un
Tableau du Crucifiement , que j'ai entre
les mains; far lequel il fut reçû comme
Hiſtorien , quoiqu'il ne ſoit qu'à moitié
compoſé,& furtout par le précieux Tableau
de la Préſentation ,qu'il a terminé vers la
finde ſa vie ; mais le talent & la grande réputation
qu'il eut dèsfajeuneſſe pour la parfaite
&belle reſſemblance dans les Por
traits augmentant tous les jours dans Paris
, il fut bien-tôt ſurchargé d'occupations,
& obligé d'abandonner l'Histoire , ſans
avoir pû la reprendre , que pour faire par
intervalle ledernier Tableau dont je viens
deparler.
Il prit pour fon modéle dans le Portrait
le fameuxVandeick , dont le beau Pinceau
le charma toujours , & dès les premiers
qu'il a faits on yvoit cette belle exécution&
cette fraicheur de Carnations , qui
ne viennent que d'un Pinceau libre & facile.
Il s'attacha dans la ſuite à finir ſoigneuſement
tout cequ'il peignoit ; mais ſon tra-
1
A iiij
$ MERCURE DE FRANCE.
vail ne fent point la peine ,& quoiqu'il
terminat tout avec amour , on y voit tou
jours une belle façon de peindre ,& une
maniere aifée.
Il a joint à l'aimable naïveté & à la belle
fimplicité de Vandeick une nobleffe dans
fes attitudes ,& un contraſte gracieux , qui
lui ont été particuliers.
Ila , pour ainfi-dire , amplifié & étendu
les Draperies de ce célébre Peintre ,& répandu
dans ſes Compoſitions cette grandeur
& cette magnificence qui caractérifent
la Majeſté des Rois ,& la dignité des Grands
dont il a été le Peintre par prédilection.
- Perfonne n'a pouffé plus loin que lui l'i
mitation de la Nature dans la couleur locale
& la touche des Etoffes , particuliere
ment des Velours. Perſonne n'a ſçû jetter
les Draperies plus noblement & d'un plus
beau choix.
Il a trouvé le premier l'art de les faire
paroître d'un feul morceau par la liaiſon
des plis , ayant remarqué même dans les.
plus grands Maîtres des Draperies qui fembloient
de pluſieurs parties par ce défaut de
liaiſon, que la Gravûre fait mieux ſentir que
le Tableau , parce qu'elle eſt dénuée de
couleur.
Il étoit ennemi de cette fimplicité pauvre
& meſquine , qui n'eſt point celle de
NOVEMBRE.
1744. ,
Vandeick , & juſqu'aux moindres chofes ,
il les ennobliſſoit & leur donnoit de la
grace.
Il a porté au plus haut degré cette partie
ſi conſidérable dans les Tableaux , où fi
peu de Peintres excellent , & où les Con
noiffeurs fixent d'abord leur attention , je
veux dire les mains , qu'il a peintes d'une
beauté & d'une correction parfaite.
Ses Ouvrages ont cela de remarquable
qu'ils plaiſent également de près comme
de loin , parce que le beau fini n'en ôte
point l'effet. Si dans quelques-uns de ſes
derniers Portraits on ne trouve pas toute
la fermeté dans le Pinceau , & la vérité des
teintes dans les Carnations qu'on a toujours
vû dans ſes autres Ouvrages , c'eſt qu'à la
fin les yeux s'affoibliſſent ; eh ! quel eft le
Peintre à quatre-vingt & tant d'années
qui ſe foit plus maintenu dans la correction
&la pureté du Deſſein ? Pour les Draperies,
Fexpérience & les reflexions continuelles
les lui ont fait compofer encore plus ſçavamment
& d'un plus grand goût que les
premieres , & j'oſe avancer que dans cette
partie de la Peinture (j'entends par rapport
au Portrait ) il a furpaſſe tous ceux qui l'ont
précédé.
On voit qu'il ſe peignoit dans ſes Ouvra
ges : comme il avoit l'ame grande & less
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens élevés , & que toute ſa perſonne
& ſes manieres avoient un air de diftinction
, de même ſes Tableaux portent un
caractére de nobleſſe qui leur eft propre.
Si les plus fameux Graveurs de ſon tems
ont rendu fon nom & les leurs inmortels
par leurs belles Estampes , on peut dire
qu'ils kui doivent la meilleure partie de
leur gloire , en ce qu'ils ont trouvé des
Originauxoù ils n'ont rien eu à deviner,&
où toutétoit rendu avec ladernierepréciſion .
Un mérite fi extraordinaire a fait ſans
contredit de M.Rigaud undes grands Peintresque
nous ayons en,& ſes qualités perfonnelles
l'ont fait chérir de tous les honnêtes
gens. Il avoit le coeur admirable , il
étoit Epoux tendre , Ami ſincére , utile, effentiel
; d'une générofité peu commune ,
d'une pieté exemplaire, d'une converſation
agréable & instructive : il gagnoit à être
connu , & plus on le pratiquoit , plus on
trouvoit fon commerce aimable ; enfin un
homme qui avoit ſçû joindre àun ſi haut degré
de perfection dans ſonArtune probité fi
reconnuë , meritoit bien pendant fa vie les
distinctions & les honneurs dont la Cour
& toute l'Europe l'ont comblé , & après fa
mort,les regrets de toutes les perſonnes vertueuſes,&
la vénération que les Artiſtes ausont
toujours pour ſa mémoire.
M. Rigaud, par M. Collin de Vermont,
Peintre ordinaire du Roi ,& Profeffeur en
Son Académie Royale de Peinture.
MR. Rigaud
2
RRigaud étoit un de ces Hommes
rares que le Ciel fait naître pour
fervir de guide & de modéle aux Artiſtes.
Il reçut en naiſſant un tempéramment affés
fort pour foûtenir les fatigues d'un longue
&conſtante étude de la Nature, qu'il ſe fit
toute ſa vie une loi inviolable d'imiter;
mais s'il a ſçû la rendre ſi parfaitement
dans ſes Ouvrages , ce n'a pas été en la copiant
ſervilement,&telle qu'elle ſe préſente
ſouvent , mais par un choix exquis qu'il en
a fait. Il connoiſſoit la grande diſtance qu'il
y a du beau à l'excellent ; on l'a vû plus
d'une fois effacer des choſes qui lui avoient
coûté pluſieurs jours de travail, & qui plaifoient
aux plus habiles , pour ſe contenter
lui-même , & parvenir à cet excellent qu'il
s'étoit propoſé.
Un génie fupérieur , né pour la Peinture,
reüffit également dans l'Hiſtoire & dans
le Portrait on le voit dans tous les
Peintres du premier Ordre , comme Ra-
,
NOVEMBRE. 1744. 7
phaël , Titien , Rubens , Vandeick , & le
autres
M. Rigaud s'étoit deſtiné pour l'Hiſtoire,
&il y feroit ſans doute parvenu au plus
hautdegré : il eſt aiſé d'en juger par le progrès
rapide qu'il fitdans ſes Etudes à l'Académie
Royale. Il en remporta tous les
Prix avec beaucoup de diſtinction par un
Tableau du Crucifiement , que j'ai entre
les mains; far lequel il fut reçû comme
Hiſtorien , quoiqu'il ne ſoit qu'à moitié
compoſé,& furtout par le précieux Tableau
de la Préſentation ,qu'il a terminé vers la
finde ſa vie ; mais le talent & la grande réputation
qu'il eut dèsfajeuneſſe pour la parfaite
&belle reſſemblance dans les Por
traits augmentant tous les jours dans Paris
, il fut bien-tôt ſurchargé d'occupations,
& obligé d'abandonner l'Histoire , ſans
avoir pû la reprendre , que pour faire par
intervalle ledernier Tableau dont je viens
deparler.
Il prit pour fon modéle dans le Portrait
le fameuxVandeick , dont le beau Pinceau
le charma toujours , & dès les premiers
qu'il a faits on yvoit cette belle exécution&
cette fraicheur de Carnations , qui
ne viennent que d'un Pinceau libre & facile.
Il s'attacha dans la ſuite à finir ſoigneuſement
tout cequ'il peignoit ; mais ſon tra-
1
A iiij
$ MERCURE DE FRANCE.
vail ne fent point la peine ,& quoiqu'il
terminat tout avec amour , on y voit tou
jours une belle façon de peindre ,& une
maniere aifée.
Il a joint à l'aimable naïveté & à la belle
fimplicité de Vandeick une nobleffe dans
fes attitudes ,& un contraſte gracieux , qui
lui ont été particuliers.
Ila , pour ainfi-dire , amplifié & étendu
les Draperies de ce célébre Peintre ,& répandu
dans ſes Compoſitions cette grandeur
& cette magnificence qui caractérifent
la Majeſté des Rois ,& la dignité des Grands
dont il a été le Peintre par prédilection.
- Perfonne n'a pouffé plus loin que lui l'i
mitation de la Nature dans la couleur locale
& la touche des Etoffes , particuliere
ment des Velours. Perſonne n'a ſçû jetter
les Draperies plus noblement & d'un plus
beau choix.
Il a trouvé le premier l'art de les faire
paroître d'un feul morceau par la liaiſon
des plis , ayant remarqué même dans les.
plus grands Maîtres des Draperies qui fembloient
de pluſieurs parties par ce défaut de
liaiſon, que la Gravûre fait mieux ſentir que
le Tableau , parce qu'elle eſt dénuée de
couleur.
Il étoit ennemi de cette fimplicité pauvre
& meſquine , qui n'eſt point celle de
NOVEMBRE.
1744. ,
Vandeick , & juſqu'aux moindres chofes ,
il les ennobliſſoit & leur donnoit de la
grace.
Il a porté au plus haut degré cette partie
ſi conſidérable dans les Tableaux , où fi
peu de Peintres excellent , & où les Con
noiffeurs fixent d'abord leur attention , je
veux dire les mains , qu'il a peintes d'une
beauté & d'une correction parfaite.
Ses Ouvrages ont cela de remarquable
qu'ils plaiſent également de près comme
de loin , parce que le beau fini n'en ôte
point l'effet. Si dans quelques-uns de ſes
derniers Portraits on ne trouve pas toute
la fermeté dans le Pinceau , & la vérité des
teintes dans les Carnations qu'on a toujours
vû dans ſes autres Ouvrages , c'eſt qu'à la
fin les yeux s'affoibliſſent ; eh ! quel eft le
Peintre à quatre-vingt & tant d'années
qui ſe foit plus maintenu dans la correction
&la pureté du Deſſein ? Pour les Draperies,
Fexpérience & les reflexions continuelles
les lui ont fait compofer encore plus ſçavamment
& d'un plus grand goût que les
premieres , & j'oſe avancer que dans cette
partie de la Peinture (j'entends par rapport
au Portrait ) il a furpaſſe tous ceux qui l'ont
précédé.
On voit qu'il ſe peignoit dans ſes Ouvra
ges : comme il avoit l'ame grande & less
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens élevés , & que toute ſa perſonne
& ſes manieres avoient un air de diftinction
, de même ſes Tableaux portent un
caractére de nobleſſe qui leur eft propre.
Si les plus fameux Graveurs de ſon tems
ont rendu fon nom & les leurs inmortels
par leurs belles Estampes , on peut dire
qu'ils kui doivent la meilleure partie de
leur gloire , en ce qu'ils ont trouvé des
Originauxoù ils n'ont rien eu à deviner,&
où toutétoit rendu avec ladernierepréciſion .
Un mérite fi extraordinaire a fait ſans
contredit de M.Rigaud undes grands Peintresque
nous ayons en,& ſes qualités perfonnelles
l'ont fait chérir de tous les honnêtes
gens. Il avoit le coeur admirable , il
étoit Epoux tendre , Ami ſincére , utile, effentiel
; d'une générofité peu commune ,
d'une pieté exemplaire, d'une converſation
agréable & instructive : il gagnoit à être
connu , & plus on le pratiquoit , plus on
trouvoit fon commerce aimable ; enfin un
homme qui avoit ſçû joindre àun ſi haut degré
de perfection dans ſonArtune probité fi
reconnuë , meritoit bien pendant fa vie les
distinctions & les honneurs dont la Cour
& toute l'Europe l'ont comblé , & après fa
mort,les regrets de toutes les perſonnes vertueuſes,&
la vénération que les Artiſtes ausont
toujours pour ſa mémoire.
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Résumé : ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
Hyacinthe Rigaud, peintre français distingué, est né avec un tempérament robuste et s'est dédié à l'étude et à l'imitation de la nature. Plutôt que de simplement copier la réalité, il faisait des choix judicieux pour atteindre l'excellence. Son talent lui permit de briller tant dans la peinture d'histoire que dans le portrait. Bien qu'il ait initialement été orienté vers la peinture d'histoire, la demande croissante pour les portraits à Paris l'amena à se spécialiser dans ce domaine. Il s'inspira du célèbre peintre Van Dyck, adoptant sa belle exécution et la fraîcheur des carnations. Rigaud apporta une noblesse et une grâce particulières à ses portraits, amplifiant les drapés et ajoutant une grandeur majestueuse. Il excellait dans la représentation des mains et des tissus, notamment les velours. Ses œuvres étaient appréciées autant de près que de loin grâce à leur fini parfait sans perte de l'effet global. Même en fin de carrière, malgré un affaiblissement de la vue, ses dernières œuvres restèrent remarquables. Les graveurs de son époque lui doivent beaucoup, trouvant dans ses tableaux des originaux précis et détaillés. En plus de ses qualités artistiques, Rigaud était reconnu pour ses qualités personnelles : cœur admirable, époux tendre, ami sincère, générosité, piété exemplaire et conversation agréable. Sa probité et son art exceptionnel lui valurent distinctions et honneurs de son vivant, ainsi que regrets et vénération après sa mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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375
p. 152
ESTAMPES NOUVELLES.
Début :
HYACINTE RIGAUD, Ecuyer, Noble Citoyen de Perpignan, Chevalier de l'Ordre de S. [...]
Mots clefs :
Hyacinthe Rigaud, Jean Mabillon
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texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES.
ESTAMPES NOUVELLES .
HYACINTE RIGAUD , Ecuyer , Noble
Citoyen de Perpignan , Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , Recteur & ancien Directeur de l'Académie
Rovale de Peinture & Sculpture , né le 25
Juillet 1663 , mort à Paris le 29 Décembre 1744-
Cette Eſtampe eſt gravée par Ficquet , d'après
P'Original peint par M. Rigaud lui - même , dont on
a vú l'éloge au commencement de ce Volume , &
elle ſe vend chés Odieuvre , rue d'Anjou , la derniere
porte cochere en entrant par la ruë Dauphine.
DOM JEAN MABILLON , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , né à Saint
Pierre-Mont Diocèse de Rheims le 23 Novembre
1632 , & mort à Paris à l'Abbaye de S. Germain
Deſprez le 27 Décembre 1707 , âgé de 76 ans.
Les excellens Ouvrages qu'a compoſés ce ſçavant
Bénédictin , font aflés ſon éloge , & nous n'apprendrions
rien aux Lecteurs à cet égard , qu'ils ne
ſcachent depuis long tems .
L'Eſtampe eft gravée par Gaillard , & ſe vend
chés Odieuvre , qui a un très-beau Recueil de toutes
fortes d'Eſtampes.
HYACINTE RIGAUD , Ecuyer , Noble
Citoyen de Perpignan , Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , Recteur & ancien Directeur de l'Académie
Rovale de Peinture & Sculpture , né le 25
Juillet 1663 , mort à Paris le 29 Décembre 1744-
Cette Eſtampe eſt gravée par Ficquet , d'après
P'Original peint par M. Rigaud lui - même , dont on
a vú l'éloge au commencement de ce Volume , &
elle ſe vend chés Odieuvre , rue d'Anjou , la derniere
porte cochere en entrant par la ruë Dauphine.
DOM JEAN MABILLON , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , né à Saint
Pierre-Mont Diocèse de Rheims le 23 Novembre
1632 , & mort à Paris à l'Abbaye de S. Germain
Deſprez le 27 Décembre 1707 , âgé de 76 ans.
Les excellens Ouvrages qu'a compoſés ce ſçavant
Bénédictin , font aflés ſon éloge , & nous n'apprendrions
rien aux Lecteurs à cet égard , qu'ils ne
ſcachent depuis long tems .
L'Eſtampe eft gravée par Gaillard , & ſe vend
chés Odieuvre , qui a un très-beau Recueil de toutes
fortes d'Eſtampes.
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376
p. 137-138
ESTAMPES NOUVELLES
Début :
LE BENEDICITE, gravé par Lepicié d'après le tableau de M. Chardin. Ce Tableau est [...]
Mots clefs :
Lepicié, Tableau, Portraits
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texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES
ESTAMPES NOUVELLES
LE BENEDICITE , gravé par Lepicié d'après
le tableau de M. Chardon. Ce Tableau eit
placé dans le Cabinet du Roi , & n'eſt pas un
des moindres Ouvrages de M. Chardin , qui en a
fait pluſieurs excellens. Il a été expoſé au Salon
du Louvre , où il a réuni les ſuffrages de tous les
Connoiffeurs .
Le ſujet du Tableau est expoſé dans quatre ve
de M. Lépicié , qui font au bas de l'Eſtampe.
La Soeur en tapinois ſe rit d'un petit Frere ,
Qui bégaye ſon Oraiſon.
Lui ſans s'inquiéter dépêche ſa Priere ;
Son apétit fait ſa raiſon.
Cette Eſtampe ſe vend chés Lépicié.
6
Le ſieur Petit , Graveur ruë S. Jacques
à la Couronne d'épines près les Mathurins
qui continuë de graver la ſuite des portraits
des Hommes Illuſtres du feu ſieur Defrochers
, Graveur ordinaire du Roi , vient de
mettre au jour les deux Portraits ſuivants.
138 MERCURE DE FRANCE.
Jean , Locke Philoſophe né en 1632
mort en 1704 , on lit ces vers au bas :
Quand Locke , dont tu vois les traits ,
Et de qui les Ecrits ne périront jamais
Fait de l'eſprit humain l'analiſe admirable ,
Et que dans tout fon jour il le fait ſi bien voir
Le ſien paroît inconcevable ,
Ainſi que fon profond ſçavoir.
Jean Milton Auteur du Poëme du Paradis
perdu , & de celui du Paradis retrouvé ,
né à Londres en 1608 , mort en 1674,00
lit ces vers au bas.
Par la fublimité de ſon double Poëme ,
Le célebre Milton ſemble être Homere même ,
Et fi ces grands Auteurs font fort pareils entre eux ,
Par leur eſprit fécond & rempli de lumieres ,
La malice du fort offuſquant leurs paupieres ,
Pourmieux les rendre égaux , les aveugla tous deux,
LE BENEDICITE , gravé par Lepicié d'après
le tableau de M. Chardon. Ce Tableau eit
placé dans le Cabinet du Roi , & n'eſt pas un
des moindres Ouvrages de M. Chardin , qui en a
fait pluſieurs excellens. Il a été expoſé au Salon
du Louvre , où il a réuni les ſuffrages de tous les
Connoiffeurs .
Le ſujet du Tableau est expoſé dans quatre ve
de M. Lépicié , qui font au bas de l'Eſtampe.
La Soeur en tapinois ſe rit d'un petit Frere ,
Qui bégaye ſon Oraiſon.
Lui ſans s'inquiéter dépêche ſa Priere ;
Son apétit fait ſa raiſon.
Cette Eſtampe ſe vend chés Lépicié.
6
Le ſieur Petit , Graveur ruë S. Jacques
à la Couronne d'épines près les Mathurins
qui continuë de graver la ſuite des portraits
des Hommes Illuſtres du feu ſieur Defrochers
, Graveur ordinaire du Roi , vient de
mettre au jour les deux Portraits ſuivants.
138 MERCURE DE FRANCE.
Jean , Locke Philoſophe né en 1632
mort en 1704 , on lit ces vers au bas :
Quand Locke , dont tu vois les traits ,
Et de qui les Ecrits ne périront jamais
Fait de l'eſprit humain l'analiſe admirable ,
Et que dans tout fon jour il le fait ſi bien voir
Le ſien paroît inconcevable ,
Ainſi que fon profond ſçavoir.
Jean Milton Auteur du Poëme du Paradis
perdu , & de celui du Paradis retrouvé ,
né à Londres en 1608 , mort en 1674,00
lit ces vers au bas.
Par la fublimité de ſon double Poëme ,
Le célebre Milton ſemble être Homere même ,
Et fi ces grands Auteurs font fort pareils entre eux ,
Par leur eſprit fécond & rempli de lumieres ,
La malice du fort offuſquant leurs paupieres ,
Pourmieux les rendre égaux , les aveugla tous deux,
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377
p. 105-106
LOGOGRYPHE.
Début :
Dans le siécle passé, ce Roi dont la puissance [...]
Mots clefs :
Versailles
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYP HE.
Ans le fiécle paffé , ce Roi dont la puiffance
Fit trembler l'ennemi fur les Rives du Rhin ,
Par le fecours de l'art me donna la naiſſance
Dans un ingrat terrein.
Voici comme j'explique
Le fens énigmatique
Du Sphinx audacieux
Que j'expofe à vos yeux.
1,7,6,4 , 10 , joignez 9 , la Phrygie
Du fang de fes fujets a vû ma main rougie.
3,7,6 , on me vit au milieu d'Ifpahan
>
E v
106 MERCURE DE FRANCE,
Prêcher avec chaleur les loix de l'Alcoran .
2,7,6,4,9 , celle qui pour Enée
Finit , par défefpoir , ſa triſte deſtinée.
4 , 6 , 7 , 8 , 5 , tout le peuple Romain
Me vit pour dominer , les armes à la main.
l'ennemi de la Déeffe Flore ,
I 2 3,
" "
Qui fouvent fait mourir ce qu'elle fait éclore.
10 , 9 , 3 , 5 , 6 , 7 , mes fuperbes lambris
Renferment des Sultans les amours & les ris
6 , 4 , 7 & 2 , dans les eaux je fuis née
Et de tous les côtés j'en fuis environnée .
2 , 7 , 6 , avec 9 , je confondrai l'erreur
D'un monftre le Ciel verra naître en fureur
Ans le fiécle paffé , ce Roi dont la puiffance
Fit trembler l'ennemi fur les Rives du Rhin ,
Par le fecours de l'art me donna la naiſſance
Dans un ingrat terrein.
Voici comme j'explique
Le fens énigmatique
Du Sphinx audacieux
Que j'expofe à vos yeux.
1,7,6,4 , 10 , joignez 9 , la Phrygie
Du fang de fes fujets a vû ma main rougie.
3,7,6 , on me vit au milieu d'Ifpahan
>
E v
106 MERCURE DE FRANCE,
Prêcher avec chaleur les loix de l'Alcoran .
2,7,6,4,9 , celle qui pour Enée
Finit , par défefpoir , ſa triſte deſtinée.
4 , 6 , 7 , 8 , 5 , tout le peuple Romain
Me vit pour dominer , les armes à la main.
l'ennemi de la Déeffe Flore ,
I 2 3,
" "
Qui fouvent fait mourir ce qu'elle fait éclore.
10 , 9 , 3 , 5 , 6 , 7 , mes fuperbes lambris
Renferment des Sultans les amours & les ris
6 , 4 , 7 & 2 , dans les eaux je fuis née
Et de tous les côtés j'en fuis environnée .
2 , 7 , 6 , avec 9 , je confondrai l'erreur
D'un monftre le Ciel verra naître en fureur
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379
p. 101-102
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Début :
Des plus riches Palais on me fait l'ornement ; [...]
Mots clefs :
Tableau
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYP HE.
Es plus riches Palais on me fait l'ornement
J'imite la nature , elle eft mon truchement ;
2 , 3 , 5 , joignez 4 , on m'arracha la vie ;
Par un frere jaloux elle me fut ravie .
1 , 2 , 3 , 4, & s , fans ceffe autour de moi
Je vois ceux que Bacchus tient rangés fous fa loi
5, 6 , & 7 , je fuis un élement terrible ;
&
Je deviens pour plufieurs un monument horrible
3,2,1,5,6,7 , l'effort des matelots
M'ouvre un libre chemin dans le milieu des eaux
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
3 , 2 , 4 , avec 5 , mon atteinte mortelle
Couvre fouvent les yeux d'une nuit éternelle ;
3 , 2 , 4,je fuis un fpectacle enchanteur ;
.
Je corromps très- fouvent & l'efprit & le coeur ;
2,4,3 , & 5 " une ville Latine ;
Au fils d'un grand Héros je dois mon origine.
Par le même.
Es plus riches Palais on me fait l'ornement
J'imite la nature , elle eft mon truchement ;
2 , 3 , 5 , joignez 4 , on m'arracha la vie ;
Par un frere jaloux elle me fut ravie .
1 , 2 , 3 , 4, & s , fans ceffe autour de moi
Je vois ceux que Bacchus tient rangés fous fa loi
5, 6 , & 7 , je fuis un élement terrible ;
&
Je deviens pour plufieurs un monument horrible
3,2,1,5,6,7 , l'effort des matelots
M'ouvre un libre chemin dans le milieu des eaux
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
3 , 2 , 4 , avec 5 , mon atteinte mortelle
Couvre fouvent les yeux d'une nuit éternelle ;
3 , 2 , 4,je fuis un fpectacle enchanteur ;
.
Je corromps très- fouvent & l'efprit & le coeur ;
2,4,3 , & 5 " une ville Latine ;
Au fils d'un grand Héros je dois mon origine.
Par le même.
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382
p. 152
AUTRE.
Début :
Je suis un séjour renommé ; [...]
Mots clefs :
Versailles
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fuis un féjour renommé ;
Dans mon riche fein tout abonde ;
A mon afpect l'oeil cft charmé ;
Je fuis rempli du plus beau monde.
Mes quatre premiers pieds préfentent un talent ,
Qu'on ne peut acquerir , s'il ne vient en naiffant;
Trois autres en ſuivant , une plante très - forte ,
Qui fouvent à pleurer nous porte.
Ceci n'eft-il pas fingulier ?
Je montre encor fur mer un espace de terre ;
Je contiens de l'efprit l'aliment néceſſaire ;
La femelle du fanglier ;
Une femme proftituée ,
Et chez les Turcs enfin un endroit enchanteur ,
Où vous , ainfi que moi , Lecteur ,
Voudricz-bien , je crois , avoir entrée.
J. F. Guichard
.
Fait à Versailles , ce 30 Juillet 1749-
E fuis un féjour renommé ;
Dans mon riche fein tout abonde ;
A mon afpect l'oeil cft charmé ;
Je fuis rempli du plus beau monde.
Mes quatre premiers pieds préfentent un talent ,
Qu'on ne peut acquerir , s'il ne vient en naiffant;
Trois autres en ſuivant , une plante très - forte ,
Qui fouvent à pleurer nous porte.
Ceci n'eft-il pas fingulier ?
Je montre encor fur mer un espace de terre ;
Je contiens de l'efprit l'aliment néceſſaire ;
La femelle du fanglier ;
Une femme proftituée ,
Et chez les Turcs enfin un endroit enchanteur ,
Où vous , ainfi que moi , Lecteur ,
Voudricz-bien , je crois , avoir entrée.
J. F. Guichard
.
Fait à Versailles , ce 30 Juillet 1749-
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383
p. 98-99
LOGOGRIPHE.
Début :
Quoique je sois commun, je ressemble au melon ; [...]
Mots clefs :
Tableau
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP HE.
Uoique je fois commun , je reſſemble au
melon ;
Dans mon genre on en voit cent mauvais pour un
bon.
Mon prix dépend de l'art de qui me donne l'être ,
Je fuis bon , quand je fors des mains d'un fameux
Maître. /
Lorfque dans fon idée , il a pris un fujet ,
Qu'il a formé fon plan , arrangé fon projet ,
L'imagination guidant fa main fçavante ,
Avec des traits hardis il m'ébauche , il m'en
fante ;
Quand il me croit parfait , il m'offre aux Connoiffears
.
Four admirer mon goût , mon éclat , mes couleurs.
En moi tout eft vanté , tout plaît', juſqu'à mon
ombre.
Cette Enigme, Lecteur,pour toi n'a rien de fombre.
SEPTEMBRE. 1750. 99
Mais il ne fuffit pas de connoître mon nom
De mes pieds il faut faire une combinaiſon.
J'en ai fept , où l'on voit deux notes de Mufique .
Le nom d'un innocent , qui par un frere inique
Fut de tous les humains le premier mis à mort.
Ce qui né pour fervir nous mécontente fort.
L'endroit devant lequel tout Chrétien s'humilie.
Un ornement de Prêtre alors qu'il facrifie .
L'ordre , qu'avec prudence un chef donne aux
foldats ,
Quand d'une longue marche , il trouve qu'ils font
las.
Deux mots qu'un Latin dit le foir , quand il vous
quitte ,
Le jour quand il vous voit ; l'objet d'un parafite.
Le contraire du laid ; une champêtre fleur .
Ce qui vogue fur l'eau ; le nom d'une couleur.
Une Ville qui fut la rivale de Rome.
Ce que pour fon plaifir la nuit court un jeune
homme ;
Ce qu'un bûveur détefte , & dont jamais ne but
Le nom Latin de celle à qui la pomme plut.
Trois autres mots Latins . Le premier fignific
Ce qui donne le branle à la Cavalerie .
Un , ce dont en mênage on ne peut fe paffer,
Et l'autre , ce fans quoi l'oifeau ne peut voler.
Peut être en cherchant bien , j'en dirois davantage .
Pour ne point ennuyer , je finis cet ouvrage.
Par le même.
Uoique je fois commun , je reſſemble au
melon ;
Dans mon genre on en voit cent mauvais pour un
bon.
Mon prix dépend de l'art de qui me donne l'être ,
Je fuis bon , quand je fors des mains d'un fameux
Maître. /
Lorfque dans fon idée , il a pris un fujet ,
Qu'il a formé fon plan , arrangé fon projet ,
L'imagination guidant fa main fçavante ,
Avec des traits hardis il m'ébauche , il m'en
fante ;
Quand il me croit parfait , il m'offre aux Connoiffears
.
Four admirer mon goût , mon éclat , mes couleurs.
En moi tout eft vanté , tout plaît', juſqu'à mon
ombre.
Cette Enigme, Lecteur,pour toi n'a rien de fombre.
SEPTEMBRE. 1750. 99
Mais il ne fuffit pas de connoître mon nom
De mes pieds il faut faire une combinaiſon.
J'en ai fept , où l'on voit deux notes de Mufique .
Le nom d'un innocent , qui par un frere inique
Fut de tous les humains le premier mis à mort.
Ce qui né pour fervir nous mécontente fort.
L'endroit devant lequel tout Chrétien s'humilie.
Un ornement de Prêtre alors qu'il facrifie .
L'ordre , qu'avec prudence un chef donne aux
foldats ,
Quand d'une longue marche , il trouve qu'ils font
las.
Deux mots qu'un Latin dit le foir , quand il vous
quitte ,
Le jour quand il vous voit ; l'objet d'un parafite.
Le contraire du laid ; une champêtre fleur .
Ce qui vogue fur l'eau ; le nom d'une couleur.
Une Ville qui fut la rivale de Rome.
Ce que pour fon plaifir la nuit court un jeune
homme ;
Ce qu'un bûveur détefte , & dont jamais ne but
Le nom Latin de celle à qui la pomme plut.
Trois autres mots Latins . Le premier fignific
Ce qui donne le branle à la Cavalerie .
Un , ce dont en mênage on ne peut fe paffer,
Et l'autre , ce fans quoi l'oifeau ne peut voler.
Peut être en cherchant bien , j'en dirois davantage .
Pour ne point ennuyer , je finis cet ouvrage.
Par le même.
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384
p. 124
LOGOGRIPHE.
Début :
A mon tout ordinairement [...]
Mots clefs :
Colonne
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIPHE,
A Mon tout ordinairement
Je fers & de foutien , Lecteur , & de parure ;
Sept lettres forment ma ftructure ,
L'on y peut trouver aisément
Du corps humain une partie ;
Figure de Géométrie ;
Un des membres de l'oraiſon
Un parent ; une particule ;
Un fruit bon dans la Canicule ;
Du quel on fait une comparaiſon ;
Que plus d'une beauté taxe de ridicule
Et la plus grande fête en la froide faifon.
A Mon tout ordinairement
Je fers & de foutien , Lecteur , & de parure ;
Sept lettres forment ma ftructure ,
L'on y peut trouver aisément
Du corps humain une partie ;
Figure de Géométrie ;
Un des membres de l'oraiſon
Un parent ; une particule ;
Un fruit bon dans la Canicule ;
Du quel on fait une comparaiſon ;
Que plus d'une beauté taxe de ridicule
Et la plus grande fête en la froide faifon.
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385
p. 9-41
REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.
Début :
L'Etablissement que sa Majesté a procuré pour faciliter le développement [...]
Mots clefs :
Sciences, Hommes, Moeurs, Jean-Jacques Rousseau, Ignorance, Peuples, Arts, Vertu, Citoyens, Lettres, Nations, Homme, Lois, Vérité, Nature, Vertus, Philosophes, Discours, Histoire, Beaux-arts, Art, Honneur, Vices, Politesse, Probité, Gloire, Raison, Philosophe, Vrai, Luxe, Religion, Prix, Talents, Bonheur, Progrès
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texteReconnaissance textuelle : REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.
REFUTATION
D'un Difcours qui a remporté le Prix de l' Académie
de Dijon en l'année 1750 , fur
cette Question propofée par la même Académie:
Si le
rétabliffement des Sciences
& des Arts a contribué à épurer les
moeurs. Cere réfutation a été lêve dans une
Séance de la Société Royale de Nancy , par
M. Gautier , Profeffeur de
Mathématique
d'Hiftoire.
L
Etabliffement
que fa Ma efté a procuré
pour
faciliter
le
développement
:
des talens
& du génie , a été
indirectement
attaqué
par un
ouvrage
, où l'on
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
tâche de
prouver que nos ames fe font corrompues
à mesure que nos Sciences & nos
Arts fe font perfectionnés
, & que le même
phénomène s'eft obfervé dans tous les
tems & dans tous les lieux. Ce Difcours
de M. Rouffeau renferme plufieurs autres
propofitions
, dont- il eft très important
de montrer la fauffeté , puifque felon des
fçavans Journalistes
, il paroît capable de
faire une révolution
dans les idées de notre
fiéele. Je conviens qu'il eft écrit avec
une chaleur peu commune , qu'il offre des
tableaux d'une touche mâle & correcte :
Plus la maniére de cet ouvrage eft grande
& hardie , plus il eft propre à en impofer ,
à accréditer des maximes pernicieufes. Il ne
s'agit pas ici de ces paradoxes littéraires ,
qui permettent de foutenir le pour on le
contre , de ces vains fujets d'éloquence où
l'on fait parade de penfées futiles , ingénieufement
contraftées. Je vais , Meffieurs
, plaider une caufe , qui intéreffe
votre bonheur. J'ai prévu qu'en me bornant
à montrer combien la plûpart des raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux
, je tomberois dans la féchereffe du
* Il y auroit de l'injuftice à dire que tous les raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux. Certe
propofition doit être modifiée ; il mérite beaucoup
d'éloges pour s'être élevé avec force contre les
ebus qui le giiffent dans les Arts & dans la République
des Lettres,
OCTOBRE. 1751 II
genre polémique. Cet inconvénient
ne
m'a point arrêté , perfuadé que la folidité
d'une réfutation de cette nature , fait fon
principal mérite.
Si , comme l'Auteur le prétend , les
fciences dépravent lesmoeurs , Staniflas le
bienfaifant fera donc blâmé par la poftérité
d'avoir fait un établiſſement pour les
rendre plus floriffantes , & fon Miniftre d'avoir
encouragé les talens & fait éclater les
fiens ; files fciences dépravent les moeurs ,
vous devez donc détefter l'éducation qu'on
vous a donnée , regretter amérement le
tems que vous avez employé à acquérir des
connoiffances & vous repentir des efforts
que vous avez faits pour vous rendre utiles
à la Patrie. L'Auteur que je combats eft l'apologifte
de l'ignorance , il paroît fouhaiter
qu'on brule les Bibliothéques;il avoue qu'il
heurre de front tout ce qui fait aujourd'hui
l'admiration des hommes & qu'il ne peut
s'attendre qu'à un blâme univerfel ; mais il
compte fur les fuffrages des fiécles à venir ;
il pourra les remporter ,n'en doutons point,
quand l'Europe retombera dans la barba
rie , quand fur les ruines des Beaux - Arts
éplorés , triompheront infolemment l'ignorance
& la rufticité.
Nous avons deux queftions à difcuter
l'une de fait , l'autre de droit. Nous exa-
A v
12 MERCURE DE FRANCE.
minerons dans la premiere partie de ce
Difcours , les Sciences & les Arts ont
contribué à corrompre les moeurs , & dans
la feconde, ce qui peut réfulter du progrès
des Sciences & des Arts confiderés en euxmêmes
: tel eft le plan de l'ouvrage que je
critique.
PREMIERE PARTIE.
Avant , dit M. Rouffeau , que l'Art eût
façonné nos maniéres , & appris à nos palfions
à parler un langage apprêté , nos
moeurs étoient ruftiques , mais naturelles ,
& la différence des procédés marquoit
au premier coup d'oeil celle des caractéres .
La Nature humaine au fond n'étoit pas
meilleure , mais les hommes trouvoient
leur fécurité dans la facilité de fe pénétrer
réciproquement , & cet avantage dont
nous ne fentons plus le prix ,leur épargnoit
bien des vices ; les foupçons, les ombrages,
les craintes , la froideur , la réferve , la
haine , la rrahifon , fe cachent fans ceffe
fous ce voile uniforme & perfide de politeffe
, fous cette urbanité fi vantée que nous
devons aux lumiéres de notre fiécle . Nous
avons les apparences de.e toutes les vertus
fans en avoir aucune .
Je réponds qu'en examinant la fource de
cette politeffe , qui fait tant d'honneur à
notre fiécle , & tant de peine à M.RoufOCTOBRE.
179 11
feau on découvre aifément combien
elle eft eftimable. C'eft le défir de plaire
dans la Société qui en a fait prendre l'efprit.
On a étudié les hommes , leurs humeurs
, leurs caractéres , leurs défirs , leurs
befoins , leur amour propre . L'expérience
a marqué ce qui déplait : On a analyfé les
agrémens , dévoilé leurs caufes , apprécié
le mérite , diftingué fes divers dégrés.
D'une infinité de réflexions fur le beau ,
l'honnête & le décent s'eft formé un Art
précieux , l'Art de vivre avec les hommes ,
de tourner nos befoins en plaifirs , de répandre
des charmes dans la converfation ,
de gagner l'efprit par fes difcours & les
coeurs par fes procédés. Egards , attentions,
complaiffances , prévenances , refpect ,
autant de liens qui nous attachent mutuellement
.Plus la politeffe s'eft perfectionnée ,
plus lafociété a été utile aux hommes ; on
s'eft plié aux bienféances , fouvent plus
puiffantes que les devoirs ; les inclinations
font devenues plus douces , les caractéres
plus lians , les vertus fociales plus communes.
Combien ne changent de difpofitions
que parce qu'ils font contraints de
paroître en changer ! Celui qui a des vices
pour
eft obligé de les déguifer , c'est lui
un avertiffement continuel qu'il n'eft pas
ce qu'il doit être fes moeurs prennent
14 MERCURE DE FRANCE.
infenfiblement la teinte des moeurs reçues.
La néceffité de copier fans ceffe la vertu ,
le rend enfin vertueux ; ou du moins fes
vices ne font pas contagieux , comme ils le
feroient, s'ils le préfentoient de front avec
cette rufticité que regrette mon adversaire .
Il dit que les hommes trouvoient leur
fécurité dans la facilité de fe pénétrer réciproquement
, & que cet avantage leur
épargnoît bien des vices ; il n'a pas confidéré
que la Nature humaine n'étant pas
meilleure alors , comme il l'avouë , la rufticité
n'empêchoit pas le déguifement . On
en a fous les yeux une preuve fans réplique:
On voit des Nations dont les maniéres ne
font pas façonnées , ni le langage apprêté ,
ufer de détours , de diffimulations & d'artifices
, tromper adroitement fans qu'on
puiffe en rendre comptables les Belles -Lettres
, les Sciences & les Arts.
D'ailleurs fi l'Art de fe voiler s'eft perfectionnné
, celui de pénétrer les voiles a
fait les mêmes progrès . On ne juge pas
des
hommes fur de fimples apparences , on
n'attend pas à les éprouver , qu'on foit
dans l'obligation indifpenfable de recourir
à leurs bienfaits. On eit convaincu qu'en
général , il ne faut pas compter fur eux ,
moins qu'on ne leur plaife, ou qu'on ne leur
foit utile , qu'ils n'ayent quelqu'intérêt à
OCTO BR E.
1751 IS
nous rendre fervice On fçait évaluer les of
fres fpécieufes de la politeffe & ramener fes
expreffions à leur fignification reçue . Ce
n'eft pas qu'il n'y ait une infinité d'ames no.
bles,qui en obligeant ne cherchent que le
plaifir même d'obliger. Leur politeffe a un
ton bien fupérieur à tout ce qui n'eft que cérémonial
, leur candeur , un langage qui lui
eft propre,teur mérite eft leur Art de plaire.
Ajoutez que
fuffic pour acquérir cette politeffe dont fe
pique un galant homme ; on n'eft donc
pas
fondé à en faire honneur aux Sciences.
A quoi tendent donc les éloquentes
déclamations de M. Rouffeau ? Qui ne
feroit pas indigné de l'entendre affûrer
que nous avons les apparences de toutes
les vertus fans en avoir aucune. Eh ! pour.
quoi n'a- t-on plus de vertu ? c'eft qu'on
cultive les Belles Lettres , les Sciences &
les Arts ; fi l'on étoit impoli , ruftique ,
ignorant , Goth , Hun ou Vandale , on
feroit digne des éloges de M. Rouffeau .
Ne fe laffera- t- on jamais d'invectiver les
hommes ? Croira- t-on toujours les rendre
plus vertueux , en leur difant qu'il n'ont
point de vertu ? -fous prétexte d'épurer les
moeurs , eft- il permis d'en renverfer les ap .
puis O doux noeuds de la Société
charmes des vrais Philofophes , aimables
le feul commerce du monde
16 MERCURE DE FRANCE.
vertus , c'eſt par vos propres attraits que
Vous regnez dans les coeurs , vous ne devez
votre empire ni à l'âpreté ftoïque ,
ni à des clameurs barbares , ni aux confeils
d'une orgueilleuse rufticité.
M. Rouffeau attribue à notre fiècle des
défauts & des vices qu'il n'a point ou qu'il·
a de commun avec les Nations qui ne font
pas policées, & il en conclud que le fort des
moeurs & de la probité a été réguliérement
affujetti aux progrès des Sciences &:
des Arts. Laiffons ces vagues imputations
& paffons au fait.
Pour montrer que les fciences ont corrompu
les moeurs dans tous les tems , il
dit que plufieurs peuples tomberent fous
le joug , lorsqu'ils étoient les plus renommés
par la culture des fciences . On (çait
bien qu'elles ne rendent point invincibles,
s'enfuit- il qu'elles cotrompent les moeurs ?
Par cette façon finguliére de raifonner ,
on pourroit couclure auffi que l'ignorance
entraîne leur dépravation , puifqu'un grand
nombre de Nations barbares ont été fubjuguées
par des peuples amateurs des
Beaux-Arts. Quand même on pourroit
prouver par des faits que la diffolution des
moeurs a toujours regné avec les Sciences ,
il ne s'enfuivroit pas que le fort de la probité
dépendît de leurs progrès. Lorfqu'une
OCTOBRE . 1751. 17
Nation jouit d'une tranquille abondance ,
elle fe porte ordinairement aux plaifirs &
aux Beaux -Arts . Les richeffes procurent
les moyens de fatisfaire fes paffions , ainfi
ce feroient les richeffes & non pas les
Belles-Lettres qui pourroient faire naître
la corruption dans les coeurs , fans parler
de plufieurs autres caufes qui n'influenc
pas moins que l'abondance fur cette dépravation
, l'extrême pauvreté eft la mere
de bien des crimes, & elle peut être jointe
avec une profonde ignorance . Tous les
faits donc qu'allegue notre adverfaire ne
prouvent point que les Sciences corrom-
Fent les moeurs.
Il prétend montrer par ce qui eft arrivé
en Egypte , en Grèce , à Rome , à Conftantinople
, à la Chine que les Arts énervent
les peuples qui les cultivent. Quoique
cette affertion fur laquelle il infifte principalement
paroiffe étrangere à la queftion
dont il s'agit , il eft à propos d'en montrer
la faufferé . L'Egypte , dit- il , devint
la mere de la Philofophie & des Beaux-
Arts & bientôt après la conquête de Cambife
mais bien des fiécles avant cette
époque , elle avoit été foumife par des
bergers Arabes , fous le regne de Timaus.
Leur domination dura plus de cinq
cens ans. Pourquoi les Egyptiens n'eurent-
:
18 MERCURE DE FRANCE.
ils pas même alors le courage de le défendre
? Etoient - ils énervés par les Beaux- Arts
qu'ils ignoroient ? Sont- ce les Sciences qui
ont efféminé les Afiatiques & rendu lâches
à l'excès tant de Nations barbares de
l'Afrique & de l'Amérique .
Les victoires que les Athéniens remportérent
fur les Perfes & fur les Lacédémoniens
même , font voir que les Arts
peuvent s'affocier avec la vertu militaire.
Leur Gouvernement devenu vénal fous
Périclés , prend une nouvelle face , l'amour
du plaifir étouffe leur bravoure , les fonctions
les plus honorables font avilies, l'im
punité multiplie les mauvais Citoyens
les fonds deftinés à la guerre , font employés
à nourrir la moleffe & l'oifiveté ;
toutes ces caufes de corruption , quel rap
port ont- elles aux ſciences ?
De quelle gloire militaire les Romains
ne fe font- il pas couverts dans le tems
que la Lireérature étoit en honneur à Rome?
Etoient-ils énervés par les Arts ,
lorfque Cicéron difoit à Célar , vous avez
dompté des Nations fauvages & féroces ,
innombrables par leur multitude , répandues
au loin en divers lieux ? Comme un
feul de ces faits fuffit pour détruire les raifoanemens
de mon adverfaire , il feroit
inutile d'infifter davantage fur cet article..
E. 19 OCTOBRE. 1751 .
fen On connoît les caufes des révolutions qui
-Arts arrivent dans les Etats. Les ſciences ne
s qui pourroient contribuer à leur décadence
qu'au cas que ceux qui font diftinés à les
de défendre , s'occuperoient des fciences au
point de négliger leurs fonctions militai❤
emres ; dans cette fuppofition , toute occuédé
pation étrangere à la guerre auroit les mê-
Arts mes fuites.
Lire M. Rouffeau , pour montrer que l'ifous
gnorance préferve les moeurs de la corrupout
tion , paffe en revûe les Scithes , les prenc
miers Perfes , les Germains & les Rom
mains dans les premiers tems de leur Réms
, publique , & il dit que ces peuples ont par
leur vertu , fait leur propre bonheur &
té l'exemple des autres Nations. On avoue
que Juftin a fait un éloge magnifique des
Scithes , mais Hérodote & des Auteurs
as citéspar Strabon , les repréfentent comme
sune Nation des plus féroces. Ils immoloient
au Dieu Mars , la cinquième partie
de leurs prifonniers & crevoient les yeux
Z aux autres. A l'anniverfaire d'un Roi ils
étrangloient cinquante de fes Officiers.
Ceux qui habitoient vers le Pont- Euxin ſe
nourriffoient de la chair des étrangers qui
arrivoient chez eux. L'Hiftoire des diverfes
Nations Scithes , offre par tout des
traits ou qui les deshonorent , ou qui font
>
20 MERCURE DE FRANCE.
par
horreur à la Nature . Les femmes étoient
communes entre les Maffagetes ; les perfonnes
âgées étoient immolées leur
parens , qui fe régaloient de leurs chairs.
Les Agatyrfiens ne vivoient que de pillage
& avoient leurs femmes en commun. Les
Antropophages , au rapport d'Hérodote ,
étoient injuftes & inhumains. Tels furent
les Peuples qu'on propofe pour exemple
aux autres Nations .
A l'égard des anciens Perfes , tout le
monde convient fans doute avec M. Rolin
qu'on ne fçauroit lire fans horreur julqu'où
ils avoient porté l'oubli & le mépris
des Loix les plus communes de la Nature.
Chez eux toutes fortes d'inceſtes étoient
autorifés. Dans la Tribu Sacerdotale , on
conféroit prefque toujours les premieres
dignités à ceux qui étoient nés du mariages
d'un fils avec fa mere. Il falloit qu'ils
fuffent bien cruels pour faire mourir des
enfans dans le feu qu'ils honoroient.
Les couleurs dont Pomponius - Mela
peint les Germains , ne feront pas naître
non plus l'envie de leur reffembler : Peuple
naturellement féroce , fauvage jufqu'à
manger de la chair crue , chez qui
le vol n'eft point une chofe honteufe &
qui ne reconnoît d'autre droit que fa
force.
OCTOBRE.
1751. 21
Que de reproches auroit eu raifon de faire
aux Romains , dans le tems qu'ils n'étoient
point encore familiarifés avec les
Lettres , un Philofophe éclairé de toutes
les lumières de la raifon . Illuftres Barbares
, auroit- il pu leur dire , toute votre
grandeur n'est qu'un grand crime.
Quelle fureur vous anime & vous porte à
ravager l'univers ; tigres altérés du fang
des hommes , comment ofez-vous mettre
votre gloire à être injuftes , à vivre de pillage
, à exercer la plus odieufe tyrannie ?
Qui vous a donné le droit de difpofer
de nos biens & de nos vies , de nous
rendre efclaves &
malheureux , de répandre
par tout la terreur , la défolation
& la mort ? Eft ce la grandeur d'ame dont
Vous vous piquez ? O déteftable grandeur
qui fe repaît de miféres & de calamités
! n'acquerez - vous de prétendues vertus
que pour punir la terre de ce . qu'elles
Vous ont couté ? Eft- ce la force ? Les Loix
de l'humanité n'en ont donc plus ? Sa voix
ne fe fait donc point entendre à vos coeurs ?
Vous méprifez la volonté des Dieux qui
vous ont deſtiné , ainſi que nous , à paffer
tranquilement quelques inftans fur la terre
; mais la peine est toujours à côté du
crime ; vous avez eu le bonheur de paffer
fous lejoug , la douleur de voir vos armées
22 MERCURE DE FRANCE.
par
taillées en piéces , & vous aurez bientôt
celle de voir la République fe déchirer
Les propres forces . Qui vous empêche
de paffer une vie agréable dans le fein de
la paix , des Arts , des Sciences & de la
vertu ? Romains , ceffez d'être injuftes ,
ceffez de porter en tous lieux les horreurs
de la guerre & les crimes qu'elle entraîne.
Mais je veux qu'il y ait eu des Nations
vertueufes dans le fein de l'ignorance , &
je demande fi ce n'eft pas à des loix fages
maintenues avec vigueur , avec prudence ,
& non pas à la privation des Arts qu'elles
ont été redevables de leur bonheur. En
vain prétend- on que Socrate même & Caton
ont décrié les Lettres , il ne furent
jamais les apologistes de l'ignorance. Le
plus fçavant des Athéniens avoit raifon de
dire que la préfomption des hommes d'Etat
, des Poëtes & des Artiftes d'Athénes ,
terniffoit leur fçavoir à fes yeux , & qu'ils
avoient tort de fe croire les plus fages des
hommes ; mais en blâmant leur orgueil &
en décréditant les Sophiftes , il ne faifoit
point l'éloge de l'ignorance , qu'il regar
doit comme le plus grand mal. Il aimoit à
tirer des fons harmonieux de la lyre avec
la main dont il avoit fait les ftatues das
graces. La Rhétorique , la Phyfique , l'Af
E.
OGTOBRE. 1751. 23
bien tronomie furent l'objet de fes études , &
hire felon Diogène de Laerce il travailla aux
ech Tragédiesd'Euripide. Il eft vrai qu'il s'apinpliqua
principalement à faire une fcience
del de la morale & qu'il ne s'imaginoit pas fçates
voir ce qu'il ne fçavoit pas : eft ce là favorifer
l'ignorance ? Doit- elle fe prévaloir
reur
age
Ca
en
en du déchaînement de l'ancien Caton contre
ces difcoureurs artificieux , contre ces
Grecs qui apprenoient aux Romains l'Art
funefte de rendre toutes les vérités douteufes.
Un des Chefs de la troifiéme Académie
, Carnéade montrant en préfence de
lle Caton la néceffité d'une loi naturelle , &
Erenverfant le lendemain ce qu'il avoit établi
le jour précédent , devoit naturellement
prévenir l'efprit de ce Cenfeur contre
la Littérature des Grecs. Cette prévention
à la vérité s'étendit trop loin , il en
Efentit l'injuftice & la répara en apprenant
la langue Grecque, quoiqu'avancé en âge ;
il forma fon ftyle fur celui de Thucydide
& de Demofthéne & enrichit fes ouvrages
des maximes & des faits qu'il en tira. L'Agriculturé
, la Médecine la Médecine , l'Hiftoire &
beaucoup d'autres matiéres exercerent fa
plume. Ces traits font voir que fi Socrate
&Caton cuffent fait l'éloge de l'ignorance ,
ils fe feroient cenfurés eux-mêmes , & M.
Rouffeau , qui a fi heureufement cultivé
es
-
24 MERCURE DE FRANCE.
les Belles Lertres , montre combien elles
font eftimables par la maniere dont il exprime
le mépris qu'il paroît en faire ; je dis
qu'il paroît, parcequ'il n'eft pas vrai-femblable
qu'il faffe peu de cas de fes connoiffances
. Dans tous les tems on a vû des Auteurs
décrier leurs fiécles & louer à l'excès desNa
tions anciennes . On met une forte de gloire
à fe roidir contre les idées communes
de fupériorité , à blâmer ce qui eft loué ,
de grandeur à dégrader ce que les hommes
eftiment le plus.
La meilleure maniére de décider la
queſtion de fait dont il s'agit , eft d'examiner
l'état actuel des moeurs de toutes les
Nations . Or il réfulte de cet examen fait
impartialement , que les peuples policés &
& diftingués par la culture des Lettres &
des Sciences , ont en général moins de vices
que ceux qui ne le font pas. Dans la
Barbarie & dans la plupart des
pays Orientaux
regnent des vicesqu'il ne conviendroit
pas même de nommer. Si vous parcourez
les divers Etats d'Afrique ,vous êtes étonné
de voir tant de peuples fainéans , lâches ,
fourbes , traîtres , cruels , avares , voleurs
& débauchés. Là font établis des ufages
inhumains , ici l'impudicité eft autorilée
par les Loix . Là le brigandage & le meurtres
font érigés en profeffions ; ici on eft
pas
tellemen t
OCTOBRE. 1751 25
ex
dis
bla
20
Va
mes
1.
nes
f∙ILL
les
&L
tellement barbare qu'on fe nourrit de chair
humaine. Dans plufieurs Royaumes les maris
vendent leurs femmes & leurs enfans ;
en d'autres on facrifie des hommes au démon
, on tue quelques perfonnes pour
faire honneur au Roi , lorfqu'il paroît en
public , ou qu'il vient à mourir. L'Afie &
l'Amérique offrent des tableaux femblables.
*
L'ignorance & les moeurs corrompues
des Nations qui habitent ces vaftes Contrées
font voir combien porte à faux cette
réflexion de mon adverfaire : Peuples , (çachez
une fois que la Nature a voulu vous
préferver de la fcience , comme une mere
arrache une arme dangereufe des mains de
fon enfant , que tous les fecrets qu'elle
vous cache font autant de maux dont elle
vous garantir , & que la peine que vous
trouvez à vous inftruire n'eft pas le moindre
de fes bienfaits. J'aimerois autant qu'il
eût dit , peuples , fçachez une fois que
la Nature ne veut pas que vous vous nourriffiez
des productions de la terre. La peine
qu'elle a attachée à fa culture eft un avertiffement
de la laiffer en friche.
pour vous
Il finit la premiere partie de fon Difcours
• * Les bornes étroites que je me fais prefcrites
m'obligent à renvoyer à l'Hiftoire des Voyages
& àl'Hiftoire Générale par M. l'Abbé Lambert.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
par cette réflexion ; Que la probité eft fille
de l'ignorance & que la fcience & la vertu
font incompatibles . Voilà un fentiment
bien contraire à celui de l'Eglife ; elle regarda
comme la plus dangereufe des per
fécutions la défenfe que l'Empereur Julien
fit aux Chrétiens d'enfeigner à leur enfans
, la Rhétorique , la Poëtique & la
Philofophie,
SECONDE PARTIE,
M. Rouffeau entreprend de prouver
dans la feconde partie de fon Difcours que
l'origine des fciences eft vicieuſe , leurs ob.
jets vains & leurs effets pernicieux .C'étoit,
dit- il, une ancienne tradition paffée de l'Egypte
en Grèce , qu'un Dieu ennemi du repos
des hommes étoit l'inventeur des fcien .
ces , d'où il infére que les Egyptiens , chez
qui elles étoient nées , n'en avoient pas
une opinion favorable. Comment accor
der fa conclufion avec ces paroles : Reme
des pour les maladies de l'ame : Infcription
qu'au rapport de Diodore de Sicile on li
feit far le fontifpice de la plus ancienne
des Bibliothéques , de celle d'Ofymandias
Roi d'Egypte.
Il affure que l'Aftronomie eft née de la
fuperftition , l'éloquence de l'ambition ,
de la haine , de la flaterie , du menſonge ;
OCTOBRE. 1751. 27
C
1
la Géométrie de l'avarice , la Phyfique
d'une vaine curiofité; routes & la morale
même de l'orgueil humain , Il fuffit de rapporter
ces belles découvertes pour en faire
connoître toute l'importance. Jufqu'ici on
avoit cru que les Sciences & les Arts devoient
leur naifance à nos befoins , on
l'avoit même fait voir dans plufieurs onvrages.
Vous dites que le défaut de l'origine des
Sciences & des Arts ne nous eft que trop
retracé dans leurs objets. Vous demandez
ce que nous ferions des Arts fans le luxe
qui les nourrit. Tout le monde vous répondra
que les Arts inftructifs & miniftériels
indépendamment du luxe fervent aux
agrémens , ou aux commodités , ou aux
befoins de la vie.
Vous demandez à quoi ferviroit la
Jurifprudence fans les injuftices des hom .
mes. On peut vous répondre qu'aucun
corpspolitique ne pouroit fubfifter fans
loix , ne fût-il compofé que d'hommes juftes.
Vous voulez fçavoir ce que devien
droit l'Hiftoire s'il n'y avoit ni tyrans , ni
guerres , ni confpirateurs. Vous n'ignorez
cependant pas que l'Hhiftoire Univerſelle
contient la defcription des Pays , la religion
, le gouvernement , les moeurs , le
commerce & les coutumes des Peuples , les
Bij
"
28 MERCURE DE FRANCE.
dignités , les Magiftratures , les vies des
Princes pacifiques , des Philofophes & des
Artiftes célébres ; tous ces fujets qu'ont-ils
de commun avec les tyrans , les guerres ,
& les Confpirateurs?
pour
Sommes-nous donc faits , dites vous ,
mourir attachés fur les bords du puits
où la vérité s'eft retirée ; cette fenle vérité
devroit rebuter dès les premiers pas tout
homme qui chercheroit férieufement à
s'inftruire par l'étude de la Philofophie.
Vous fçavez que les fciences dont on occupe
les jeunes Philofophes dans les Univerfités
,
font la Logique , la Métaphyfique , la
morale , la Phyfique , les Mathématiques
élémentaires. Ce font donc là felon vous
de ftériles fpéculations. Les Univerfités
vous ont une grande obligation de leur
avoir appris que la vérité de ces Sciences
s'eft retirée au fond d'un puits. Les grands
Philofophes qui les poffèdent dans un dégré
éminent font fans doute bien furpris
d'apprendre qu'ils ne fçavent rien . Ils ignoreroient
auffi , fans vous , les grands dangers
que l'on rencontre dans l'inveftigation
des Sciences. Vous dites que le faux eft
fufceptible d'une infinité de combinaiſons
& que la vérité n'a qu'une maniere d'être ;
mais n'y a-t-il pas différentes routes , dif
férentes méthodes pour arriver à la vérité .
OCTOBRE. 1751 .
29
Qui eft- ce d'ailleurs , ajoutez- vous , qui
la cherche bien fincérement ? A quelle
marque eft on fur de la reconnoître ? Les
Philofophes vous répondront qu'ils n'ont
appris les Sciences que , pour les fçavoir &
en faire ufage & que l'évidence , c'est- àdire
, la perception du rapport des idéés
eft le caractére diftinctif de la vérité &
qu'on s'en tient à ce qui paroît le plus probable
dans des matiéres qui ne font pas fufceptibles
de démonftration. Voudriezvous
voir renaître les fectes de Pyrrhon
d'Arcéfilas ou de Lacyde ?
Convenez
que
vous auriez
Vous pu dif
penfer de parler de l'origine des Sciences &
leur's que vous n'avez point prouvé que
objets font vains. Comment l'auriez vous
pu faire , puifque tout ce qui nous environne
nous parle en faveur des Sciences &
des Arts habillemens , meubles , bâtimens
, Bibliothéques , ufuines , productions
des Pays Etrangers dues à la Navigation
dirigée par l'Aftronomie . Là les Arts
Méchaniques mettent nos biens en valeur.
Les progrès de l'Anatomie affûrent
ceux de la Chirurgie. La Chymie , la Botanique
nous préparent des remédes , les
Arts libéraux , des plaifirs inftructifs . Ils
s'occupent à tranfmettre à la postérité le
fouvenir des belles actions & immortali-
1
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
fent les grands hommes & notre reconnoiffance
pour les fervices qu'il nous ont
rendus. Ici la Géométrie appuyée de l'Algébre
préfide à la plupart des fciences ;
elle donne des leçons à l'Aftronomie ,
la Navigation , à l'Artillerie , à la Phyfique.
Quoi tous ces objets font vains !
oui , & felon M. Rouffeau , tous ceux qui
s'en occupent font des Citoyens inutiles ,.
& il conclu que tout Citoyen inutile peut
être régardé comme pernicieux . Que disje
, felon lui , nous ne fommes pas même
des Citoyens . Voici fes propres paroles :
Nous avons des Phyficiens , des Géomé ---
tres , des Chymiftes , des Aftronomes ,
des Poëtes , des Muficiens , des Peintres ,
nous n'avons plus de Citoyens , ou s'il
nous en refte encore, difperfés dans nos
Campagnes abandonnées , ils y périffent
indigens & méprifés ; ainti , Meffieurs ,
ceffez donc de vous regarder comme des
Citoyens. Quoique vous confacriez vos
jours au fervice de la fociété , quoique
vous rempliffiez dignement les emplois.
où vos talens vous ont appellés , vous
n'êtes pas dignes d'être nommés Citoyens .
Cette qualité eſt le partage des Payfans, &
il faudra que vous cultiviez tous la terre
pour la mériter. Comment ofe -t- on infulter
ainfi une Nation qui produit taot
2
OCTOBRE . 1751. T
on
ont
Als!
S₁
zat
Na
d'excellens Citoyens dans tous les Etats !
O Louis le Grand ! quel feroit votre
étonnement , fi rendu aux voeux de la
France & à ceux du Monarque qui la gouverne
en marchant fur vos traces glorieufes
, vous appreniez qu'une de nos Acadé
mies a couronné un ouvrage , où l'on fontient
que les Sciences font vaines dans leur
objet , pernicieufes dans leurs effets ,
que ceux qui les cultivent ne font pas
Citoyens Quoi pourriez- vous dire ,
j'aurois imprimé une tache à ma gloire
pour avoir donné un azile aux mafes , établi
des Académies , rendu la vie aux
Beaux Arts , pour avoir envoyé des Aftronomes
dans les Pays les plus éloignés ,
recompenfé les talens & les découvertes
artiré les Sçavans près du Trône ! Quor !
j'aurois terni ma gloire pour avoir fait
naître des Praxitéles & des Syfippes , des
Appelles & des Ariftides , des Amphions
& des Orphées ! que tardez - vous de brifer
ces inftrumens des Arts & des Sciences ,
de brûler ces précieufes dépouilles des
Grecs & des Romains , toutes les Archives
de l'efprit & du génie ? Replongez
vous dans les ténébres épaiffes de la barbarie
, dans les préjugés qu'elle confacre fous
les funeftes aufpices de l'ignorance & de
la fuperftition . Renoncez aux lumiéres de
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
votre fiécle ; que des abus anciens ufurpent
les droits de l'équité ; rétabliffez des
loix civiles contraires à la loi naturelle ;
que l'innocent qu'accufe l'injuftice foit
obligé pour fe juftifier , à s'expofer à périr
par l'eau ou par le feu ; que des peuples
aillent encore maffacrer d'autres peuples
fous le manteau de la religion ; qu'on faſfe
les plus grands maux avec la mêine tranquilité
de confcience qu'on éprouve à faire
les plus grands biens : telles & plus déplorables
encore feront les faites de cette
ignorance où vous voulez rentrer.
Non , Grand Roi , l'Accadémie de Dijon
n'eft point cenfée adopter tous les fentimens
de l'Auteur qu'elle a couronné.
Elle ne pense point comme lui que les travaux
des plus éclairés de nos Sçavans &
de nos meilleurs Citoyens ne font prefque
d'aucune utilité. Elle ne confond point
comme lui les découvertes véritablement
utiles au genre humain avec celles dont
on n'a pu encore tirer des fervices , faute
de connoître tous leurs rapports & l'enfemble
des parties de la Nature ; mais elle
penfe ainfi que toutes les Académies de
l'Europe, qu'il eft important d'étendre de
toute part les branches de notre fçavoir ,
d'en creufer les Analogies , d'en fuivre
toutes les ramifications. Elle fçait que
OCTOBRE .
30989 es
telle
connoiffance qui
paroît
ftérile pen- 1751.
33
dant un tems peut ceffer de l'être par des
applications dues au génie , à des
recherches
laborieufes , peut-être même au hazard.
Elle fçait que pour élever un édifice
, on
raffemble des
matériaux de
toutes
efpeces , ces piéces
brutes , amas
informe
ont leur
deftination ,
l'Art les
dégroffit
& les
arrange , il en
forme des chefs
d'oeuvre
d'Architecture & de bon goût.
On peut dire qu'il en eft en
quelque
forte de
certaines
vérités
détachées du
de celles dont
l'utilité eft
teconnue ,
corps
comme de ces
glaçons
errans au gré du
hazard fur la
furface
des
Aeuves ; ils fé
réuniffent , ils fe
fortifient
mutuellement
&
fervent à les
traverfer.
Si
l'Auteur a
avancé fans
fondement que
cultiver les
Sciences eft
abuſer du
tems ,
il n'a pas eu
moins de tort
d'attribuer le
luxe aux
Lettres & aux Arts. Le luxe eft:
une
fomptuofité
que font
naître les biens
partagés
inégalement. La
vanité à
l'aide
de
l'abondance
cherche à fe
diftinguer &
procure à
quelques Arts les
moyens de lui
fournir le
fuperflu ; mais ce qui eft
fuper-
Au
par rapport à certains états eft néceffaire
à
d'autres, pour
entretenir
les
diftinctions
qui
caractérisent
les
rangs
divers
de:
la
fociété
. La
religion
même
ne
condamne
:
Βγ
34 MERCURE DE FRANCE.
point les dépenfes, qu'éxige la décence de
chaque condition . Ce qui eft luxe pour
l'artifan peut ne pas l'être pour l'homme
de robe où l'homme d'épée. Dira- t-on quedes
meubles ou des habillements d'un
grand prix dégradent l'honnête homme.
& lui tranfmettent les fentimens de l'hom ,
me vicieux ? Caton le grand , folliciteur
des Loix fomptuaires , fuivant la remarqued'un
politique , nous eft dépeint avare
& intempérant , même ufurier & yvrogne;
au lieu que le fomptueux Lucullus , enco- .
re plus grand Capitaine & auffi jufte que
lui fut toujours libéral & bien- faifant.
Condamnons la fomptuofité de Lucullus.
& de fes imitateurs , mais ne concluons
pas qu'il faille chaffer de nos murs les Sçavans
& les Artiftes. Les paffions peuvent
abufer des Arts , ce font elles qu'il faut
réprimer. Les Arts font le foutien des
Etats ; ils réparent continuellement
l'inégalité
des fortunes & procurent le néceffaire
phyfique à la plupart des Citoyens...
Les terres , la guerre ne peuvent occuper
qu'une partie de la Nation
pourront fubfifter les autres fujets , files
Fiches craignent de dépenfer , fi la circulation
des espéces eft fufpenduepar une économie
fatale à ceux qui ne peuvent vivre
que du travail de leurs mains
comment
E.
OCTOBRE
1731 .
35°
edel
Dour
me
que
d'un
Om
que
are
res
•0-
Tandis , ajoute l'Auteur , que les commodités
de la vie fe multiplient , que les
Arts fe perfectionnent & que le luxe s'étend
, le vrai courage s'énerve , les vertus
militaires s'évanouiffent & c'est encore
me l'ouvrage des Sciences & de tous ces Arts
s'exercent dans l'ombre du cabinet .
Ne diroit-on pas , Meffieurs , que tous
nos foldats font occupés à cultiver les
Sciences & que tous leurs Officiers font des
Maupertuis & des Réaumur ? S'eft on apperçu
fous les regnes de Louis XIV. &
de Louis XV . que les vertus militaires
fe foient évanouies. Si on veut parler des
Sciences qui n'ont aucun rapport à la
re , on ne voit pas ce que les Académies
ont de commun avec les troupes, & s'il s'agit
de fciences militaires , peut - on les porter
à une trop grande perfection ? A l'é
gard de l'abondance , on ne l'a jamais vu
regner davantage dans les armées Françoifes
que durant le cours de leurs victoires ..
Comment peut- on s'imaginer que des foldats
deviendront plus vaillants , parce :
qu'ils feront mal vêtus & mal nourris ?
M. Rouffeau eft-il mieux fondé à fouteu
16
us
s
guernir
que la culture des Sciences eft nuifible :
aux qualités morales : C'eft, dir- il , dès nos
premieres années qu'une éducation infenfée
, orne notre efprit & courrompt no-
B. vj
36 MERCURE DE FRANCE.
tre jugement. Je vois de toutes parts des
établiffemens immenfes , où l'on éleve à
grands frais la jeuneffe pour lui apprendre
toutes chofes , excepté fes devoirs.
Peut- on attaquer de la forte tant de corps
refpectables , uniquement dévoués à l'inftruction
des jeunes gens , à qui ils inculquent
fans ceffe les principes de l'honneur,
de la probité & du Chriftianifme ? La
ſcience , les moeurs , la Religion , voila
les objets que s'eft toujours propofés l'U
niverfité de Paris , conformément aux
réglemens qui lui ont été donnés par les
Rois de Fance. Dans tous . les établiffemens
faits pour l'éducation des jeunes
gens , on employe tous les moyens pofibles
pour leur infpirer l'amour de la
vertu & l'horreur du vice , pour en former
d'excellens Citoyens ; on met continuel
lement fous leurs yeux les . maximes &
les exemples des grands Hommes de
l'antiquité. L'Hiftoire facrée & profane
leur donne des leçons foutenues par les
faits & l'expérience , & forme dans
leur efprit une impreffion qu'on atten
droit en vain de l'aridité des préceptes.
Comment les Sciences pouroient elles nui
re aux qualités morales ? Un de leurs premiers
effets eft de retirer de l'oifiveté &
par confequent. du jeu & de la débauche
E.
37
OCTOBRE
.
1751.
de qui en font les fuites. Sénéque que M.
Rouffeau cite pour appuyer fon fentiment ,
vei
di convient que les Belles - Lettres préparent
à la vertu ( Sénec, Epift. 88. ).
oras
Leut
205 cours ,
Que veulent dire ces traits fatiriques lancés
contre notre fiécle : Que l'effet le plus
cul évident de toutes nos études eft l'aviliffemeut
des vertus ; qu'on ne demande plus
La d'un homme s'il a de la probité , mais s'il a
oldes talens ; que la vertu refte fans honneur;
qu'il y a mille prix pour les beaux Diſ
aucuns pour les belles Actions..
Comment peut-on ignorer qu'un homme
qui paffe pour manquer de probité eſt
méprifé univerfellement ? La punition du
vice n'eft - elle pas déja la premiere récom
penfe de la vertu? L'eftime, l'amitié de fes.
Concitoyens , des diftinctions honorables,
voilà des prix bien fupérieurs à des lau
riers Académiques. D'ailleurs celui qui
fert fes amis , qui foulage de pauvres familles
, ira-t-il publier les bienfaits ? Ce
feroit en anéantir le mérite : rien de plus .
beau que lesactions vertueufes , fice n'eft
le foin même de les cacher.
C
is
M. Rouffeau parle de nos Philofophes
avec mépris, il cite les dangéreufes réveries.
des Hobbes & des Spinofa ,& les met fur une
mêmeligne avec toutes les productions de
Ja Philofophic, Pourquoi confondre ainfa
38
MERCURE DE FRANCE.
avec les ouvrages de nos vrais Philofophes
des fyftemes que nous abhorrons ? Doit- on
rejetter fur l'étude des Belles Lettres les opimions
infenfées de quelques écrivains , tandis
qu'un grand nombre de peuples font infatués
de fyftêmes abfurdes , fruit de leur ignorance
& de leur crédulité ? L'efprit humain
n'a pas befoin d'être cultivé pour enfanter
des opinions monftrueufes. C'eft en s'éle
vant avec tout l'effor dont elle eft capable
que la raifon fe met au deffus des chimères.
La vraie
Philofophie nous apprend à dé
chirer le voile des préjugés & de la fuperf
tition.Parce que quelquesAuteurs ont abufé
de leurs lumiéres , faudra-t-il profcrire
la culture de la raifon ? Eh de quoi ne
peut- on pas abufer ? Pouvoir , loix , Religion
, tout ce qu'il y a de plus utile ,
ne peut- il pas-être détourné à des ufages
nuifibles ? Tel eft celui qu'a fait M. Rouffeau
de fa puiffante éloquence pour inf
pirer le mépris des Sciences , des Lettres
& des
Philofophes. Au Tableau qu'il préfente
de ces hommes Sçavans ,
oppofons
celui du vrai
Philofophe . Je vais le tracer
, Meffieurs , d'après les modéles que
j'ai
l'honneur de
connoître parmi vous.
Qu'est-ce qu'un vrai Philofophe ? C'eſt un
homme très
raifonnable & trèséclairé.
Sous
quelque point de vue qu'on le confidé
7
NCE
39
OCTOBRE
. 1751
.
apabl
ilofopre , on ne peut s'empêcher de lui accorder-
Doit toute fon eftime , & l'on n'eft content de
sleso foi même que lorsqu'on mérite la fienne.
sa ne connoît ni les foupleffes rampantes:
nt i de la flaterie , ni les intrigues artificieuſes ,
rig de la jaloufie , ni la baffeffe d'une haine
huma
un produite par la vanité , ni le malheureux
fante talent d'obfcurcir celui des autres , car l'envie
qui ne pardonne ni les fuccès , ni fes
propres injuftices, eft roujours le partage de
éres l'infériorité. On ne le voir jamais avilir fes
à de maximes en les contredifant par les ac- .
pertions , jamais acceffible à la licence que
abcondamne la Religion qu'elle attaque ,
crit les loix qu'elle élude , la vertu qu'elle fousile
aux pieds. On doute fi fon caractére a
Replus de noblele que de force , plus d'élé- -
Elevation que de vérité. Son efprit eſt toujours
l'organe de fon coeur & fon expreffon
l'image de fes fentimens . La franchife
, qui eft un défaut quand elle n'eft
es un mérite , donne à fes Difcours cet airaimable
de fincérité , qui ne vaur beaucoup
, que lorfqu'il ne coûte rien . Quand
il oblige , vous diriez qu'il fe charge de
la reconnoiffance & qu'il reçoit le bienfait
qu'ilaccorde , & il paroît toujours qu'il
oblige , parce qu'il défire toujours d'obliger.
Il met fa gloire à fervir la Patrie qu'il
honore , à travailler au bonheur des hom-
T.
pas
.
40 MERCURE DE FRANCE.
mes qu'il éclaire. Jamais il ne porta dansi
la fociété cette raifon farouche qui ne
fçait pas fe relâcher de fa fupériorité , cette
inflexibilité de fentiment , qui fous le
nom de fermeté brufque les égards & les .
condeſcendances , cet efprit de contradic-.
tion qui fecouant le joug des bienséances .
fe fait un jeu de heurter les opinions qu'il
n'a pas adoptées , également haïffable.
foit qu'il défende les droits de la vérité
ou les prétentions de fon orgueil. Le vrai
Philofophe s'envelope dans fa modeſtie &
pour faire valoir les qualités des autres ,
il n'hésite pas à cacher l'éclat des fiennes..
D'un commerce auffi fur qu'urile , il ne
cherche dans les fautes que le moyen de
les excufer , & dans la converfation que.
celui d'affocier les autres à fon propre mérite.
Il fçait qu'un des plus folides appuis
de la juftice que nous nous flatons d'obtenir
eft celle que nous rendons au mérite
d'autrui , & quand il l'ignoreroit, il ne montreroit
pas fa conduite far des principes
différens de ceux que nous venons d'expofer
, perfuadé que le coeur fait l'homme ,
l'indulgence les vrais amis , la modeftie des
Citoyens aimables . Je fçais bien , Melfieurs
, que par ces traits je ne rends pas.
tout le mérite du Philofophe & furtout.
du Philofophe Chrétien ; mon deffein a
OCTOBRE. 1751. 41
ans
ne
tte
le
les
icces
ole
été feulement d'en donner une légere efquiffe.
Pour le connoître dans toute fon
étendue , il faut connoître celui du Prince
dont notre amour paye les bienfaits .
D'un Difcours qui a remporté le Prix de l' Académie
de Dijon en l'année 1750 , fur
cette Question propofée par la même Académie:
Si le
rétabliffement des Sciences
& des Arts a contribué à épurer les
moeurs. Cere réfutation a été lêve dans une
Séance de la Société Royale de Nancy , par
M. Gautier , Profeffeur de
Mathématique
d'Hiftoire.
L
Etabliffement
que fa Ma efté a procuré
pour
faciliter
le
développement
:
des talens
& du génie , a été
indirectement
attaqué
par un
ouvrage
, où l'on
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
tâche de
prouver que nos ames fe font corrompues
à mesure que nos Sciences & nos
Arts fe font perfectionnés
, & que le même
phénomène s'eft obfervé dans tous les
tems & dans tous les lieux. Ce Difcours
de M. Rouffeau renferme plufieurs autres
propofitions
, dont- il eft très important
de montrer la fauffeté , puifque felon des
fçavans Journalistes
, il paroît capable de
faire une révolution
dans les idées de notre
fiéele. Je conviens qu'il eft écrit avec
une chaleur peu commune , qu'il offre des
tableaux d'une touche mâle & correcte :
Plus la maniére de cet ouvrage eft grande
& hardie , plus il eft propre à en impofer ,
à accréditer des maximes pernicieufes. Il ne
s'agit pas ici de ces paradoxes littéraires ,
qui permettent de foutenir le pour on le
contre , de ces vains fujets d'éloquence où
l'on fait parade de penfées futiles , ingénieufement
contraftées. Je vais , Meffieurs
, plaider une caufe , qui intéreffe
votre bonheur. J'ai prévu qu'en me bornant
à montrer combien la plûpart des raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux
, je tomberois dans la féchereffe du
* Il y auroit de l'injuftice à dire que tous les raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux. Certe
propofition doit être modifiée ; il mérite beaucoup
d'éloges pour s'être élevé avec force contre les
ebus qui le giiffent dans les Arts & dans la République
des Lettres,
OCTOBRE. 1751 II
genre polémique. Cet inconvénient
ne
m'a point arrêté , perfuadé que la folidité
d'une réfutation de cette nature , fait fon
principal mérite.
Si , comme l'Auteur le prétend , les
fciences dépravent lesmoeurs , Staniflas le
bienfaifant fera donc blâmé par la poftérité
d'avoir fait un établiſſement pour les
rendre plus floriffantes , & fon Miniftre d'avoir
encouragé les talens & fait éclater les
fiens ; files fciences dépravent les moeurs ,
vous devez donc détefter l'éducation qu'on
vous a donnée , regretter amérement le
tems que vous avez employé à acquérir des
connoiffances & vous repentir des efforts
que vous avez faits pour vous rendre utiles
à la Patrie. L'Auteur que je combats eft l'apologifte
de l'ignorance , il paroît fouhaiter
qu'on brule les Bibliothéques;il avoue qu'il
heurre de front tout ce qui fait aujourd'hui
l'admiration des hommes & qu'il ne peut
s'attendre qu'à un blâme univerfel ; mais il
compte fur les fuffrages des fiécles à venir ;
il pourra les remporter ,n'en doutons point,
quand l'Europe retombera dans la barba
rie , quand fur les ruines des Beaux - Arts
éplorés , triompheront infolemment l'ignorance
& la rufticité.
Nous avons deux queftions à difcuter
l'une de fait , l'autre de droit. Nous exa-
A v
12 MERCURE DE FRANCE.
minerons dans la premiere partie de ce
Difcours , les Sciences & les Arts ont
contribué à corrompre les moeurs , & dans
la feconde, ce qui peut réfulter du progrès
des Sciences & des Arts confiderés en euxmêmes
: tel eft le plan de l'ouvrage que je
critique.
PREMIERE PARTIE.
Avant , dit M. Rouffeau , que l'Art eût
façonné nos maniéres , & appris à nos palfions
à parler un langage apprêté , nos
moeurs étoient ruftiques , mais naturelles ,
& la différence des procédés marquoit
au premier coup d'oeil celle des caractéres .
La Nature humaine au fond n'étoit pas
meilleure , mais les hommes trouvoient
leur fécurité dans la facilité de fe pénétrer
réciproquement , & cet avantage dont
nous ne fentons plus le prix ,leur épargnoit
bien des vices ; les foupçons, les ombrages,
les craintes , la froideur , la réferve , la
haine , la rrahifon , fe cachent fans ceffe
fous ce voile uniforme & perfide de politeffe
, fous cette urbanité fi vantée que nous
devons aux lumiéres de notre fiécle . Nous
avons les apparences de.e toutes les vertus
fans en avoir aucune .
Je réponds qu'en examinant la fource de
cette politeffe , qui fait tant d'honneur à
notre fiécle , & tant de peine à M.RoufOCTOBRE.
179 11
feau on découvre aifément combien
elle eft eftimable. C'eft le défir de plaire
dans la Société qui en a fait prendre l'efprit.
On a étudié les hommes , leurs humeurs
, leurs caractéres , leurs défirs , leurs
befoins , leur amour propre . L'expérience
a marqué ce qui déplait : On a analyfé les
agrémens , dévoilé leurs caufes , apprécié
le mérite , diftingué fes divers dégrés.
D'une infinité de réflexions fur le beau ,
l'honnête & le décent s'eft formé un Art
précieux , l'Art de vivre avec les hommes ,
de tourner nos befoins en plaifirs , de répandre
des charmes dans la converfation ,
de gagner l'efprit par fes difcours & les
coeurs par fes procédés. Egards , attentions,
complaiffances , prévenances , refpect ,
autant de liens qui nous attachent mutuellement
.Plus la politeffe s'eft perfectionnée ,
plus lafociété a été utile aux hommes ; on
s'eft plié aux bienféances , fouvent plus
puiffantes que les devoirs ; les inclinations
font devenues plus douces , les caractéres
plus lians , les vertus fociales plus communes.
Combien ne changent de difpofitions
que parce qu'ils font contraints de
paroître en changer ! Celui qui a des vices
pour
eft obligé de les déguifer , c'est lui
un avertiffement continuel qu'il n'eft pas
ce qu'il doit être fes moeurs prennent
14 MERCURE DE FRANCE.
infenfiblement la teinte des moeurs reçues.
La néceffité de copier fans ceffe la vertu ,
le rend enfin vertueux ; ou du moins fes
vices ne font pas contagieux , comme ils le
feroient, s'ils le préfentoient de front avec
cette rufticité que regrette mon adversaire .
Il dit que les hommes trouvoient leur
fécurité dans la facilité de fe pénétrer réciproquement
, & que cet avantage leur
épargnoît bien des vices ; il n'a pas confidéré
que la Nature humaine n'étant pas
meilleure alors , comme il l'avouë , la rufticité
n'empêchoit pas le déguifement . On
en a fous les yeux une preuve fans réplique:
On voit des Nations dont les maniéres ne
font pas façonnées , ni le langage apprêté ,
ufer de détours , de diffimulations & d'artifices
, tromper adroitement fans qu'on
puiffe en rendre comptables les Belles -Lettres
, les Sciences & les Arts.
D'ailleurs fi l'Art de fe voiler s'eft perfectionnné
, celui de pénétrer les voiles a
fait les mêmes progrès . On ne juge pas
des
hommes fur de fimples apparences , on
n'attend pas à les éprouver , qu'on foit
dans l'obligation indifpenfable de recourir
à leurs bienfaits. On eit convaincu qu'en
général , il ne faut pas compter fur eux ,
moins qu'on ne leur plaife, ou qu'on ne leur
foit utile , qu'ils n'ayent quelqu'intérêt à
OCTO BR E.
1751 IS
nous rendre fervice On fçait évaluer les of
fres fpécieufes de la politeffe & ramener fes
expreffions à leur fignification reçue . Ce
n'eft pas qu'il n'y ait une infinité d'ames no.
bles,qui en obligeant ne cherchent que le
plaifir même d'obliger. Leur politeffe a un
ton bien fupérieur à tout ce qui n'eft que cérémonial
, leur candeur , un langage qui lui
eft propre,teur mérite eft leur Art de plaire.
Ajoutez que
fuffic pour acquérir cette politeffe dont fe
pique un galant homme ; on n'eft donc
pas
fondé à en faire honneur aux Sciences.
A quoi tendent donc les éloquentes
déclamations de M. Rouffeau ? Qui ne
feroit pas indigné de l'entendre affûrer
que nous avons les apparences de toutes
les vertus fans en avoir aucune. Eh ! pour.
quoi n'a- t-on plus de vertu ? c'eft qu'on
cultive les Belles Lettres , les Sciences &
les Arts ; fi l'on étoit impoli , ruftique ,
ignorant , Goth , Hun ou Vandale , on
feroit digne des éloges de M. Rouffeau .
Ne fe laffera- t- on jamais d'invectiver les
hommes ? Croira- t-on toujours les rendre
plus vertueux , en leur difant qu'il n'ont
point de vertu ? -fous prétexte d'épurer les
moeurs , eft- il permis d'en renverfer les ap .
puis O doux noeuds de la Société
charmes des vrais Philofophes , aimables
le feul commerce du monde
16 MERCURE DE FRANCE.
vertus , c'eſt par vos propres attraits que
Vous regnez dans les coeurs , vous ne devez
votre empire ni à l'âpreté ftoïque ,
ni à des clameurs barbares , ni aux confeils
d'une orgueilleuse rufticité.
M. Rouffeau attribue à notre fiècle des
défauts & des vices qu'il n'a point ou qu'il·
a de commun avec les Nations qui ne font
pas policées, & il en conclud que le fort des
moeurs & de la probité a été réguliérement
affujetti aux progrès des Sciences &:
des Arts. Laiffons ces vagues imputations
& paffons au fait.
Pour montrer que les fciences ont corrompu
les moeurs dans tous les tems , il
dit que plufieurs peuples tomberent fous
le joug , lorsqu'ils étoient les plus renommés
par la culture des fciences . On (çait
bien qu'elles ne rendent point invincibles,
s'enfuit- il qu'elles cotrompent les moeurs ?
Par cette façon finguliére de raifonner ,
on pourroit couclure auffi que l'ignorance
entraîne leur dépravation , puifqu'un grand
nombre de Nations barbares ont été fubjuguées
par des peuples amateurs des
Beaux-Arts. Quand même on pourroit
prouver par des faits que la diffolution des
moeurs a toujours regné avec les Sciences ,
il ne s'enfuivroit pas que le fort de la probité
dépendît de leurs progrès. Lorfqu'une
OCTOBRE . 1751. 17
Nation jouit d'une tranquille abondance ,
elle fe porte ordinairement aux plaifirs &
aux Beaux -Arts . Les richeffes procurent
les moyens de fatisfaire fes paffions , ainfi
ce feroient les richeffes & non pas les
Belles-Lettres qui pourroient faire naître
la corruption dans les coeurs , fans parler
de plufieurs autres caufes qui n'influenc
pas moins que l'abondance fur cette dépravation
, l'extrême pauvreté eft la mere
de bien des crimes, & elle peut être jointe
avec une profonde ignorance . Tous les
faits donc qu'allegue notre adverfaire ne
prouvent point que les Sciences corrom-
Fent les moeurs.
Il prétend montrer par ce qui eft arrivé
en Egypte , en Grèce , à Rome , à Conftantinople
, à la Chine que les Arts énervent
les peuples qui les cultivent. Quoique
cette affertion fur laquelle il infifte principalement
paroiffe étrangere à la queftion
dont il s'agit , il eft à propos d'en montrer
la faufferé . L'Egypte , dit- il , devint
la mere de la Philofophie & des Beaux-
Arts & bientôt après la conquête de Cambife
mais bien des fiécles avant cette
époque , elle avoit été foumife par des
bergers Arabes , fous le regne de Timaus.
Leur domination dura plus de cinq
cens ans. Pourquoi les Egyptiens n'eurent-
:
18 MERCURE DE FRANCE.
ils pas même alors le courage de le défendre
? Etoient - ils énervés par les Beaux- Arts
qu'ils ignoroient ? Sont- ce les Sciences qui
ont efféminé les Afiatiques & rendu lâches
à l'excès tant de Nations barbares de
l'Afrique & de l'Amérique .
Les victoires que les Athéniens remportérent
fur les Perfes & fur les Lacédémoniens
même , font voir que les Arts
peuvent s'affocier avec la vertu militaire.
Leur Gouvernement devenu vénal fous
Périclés , prend une nouvelle face , l'amour
du plaifir étouffe leur bravoure , les fonctions
les plus honorables font avilies, l'im
punité multiplie les mauvais Citoyens
les fonds deftinés à la guerre , font employés
à nourrir la moleffe & l'oifiveté ;
toutes ces caufes de corruption , quel rap
port ont- elles aux ſciences ?
De quelle gloire militaire les Romains
ne fe font- il pas couverts dans le tems
que la Lireérature étoit en honneur à Rome?
Etoient-ils énervés par les Arts ,
lorfque Cicéron difoit à Célar , vous avez
dompté des Nations fauvages & féroces ,
innombrables par leur multitude , répandues
au loin en divers lieux ? Comme un
feul de ces faits fuffit pour détruire les raifoanemens
de mon adverfaire , il feroit
inutile d'infifter davantage fur cet article..
E. 19 OCTOBRE. 1751 .
fen On connoît les caufes des révolutions qui
-Arts arrivent dans les Etats. Les ſciences ne
s qui pourroient contribuer à leur décadence
qu'au cas que ceux qui font diftinés à les
de défendre , s'occuperoient des fciences au
point de négliger leurs fonctions militai❤
emres ; dans cette fuppofition , toute occuédé
pation étrangere à la guerre auroit les mê-
Arts mes fuites.
Lire M. Rouffeau , pour montrer que l'ifous
gnorance préferve les moeurs de la corrupout
tion , paffe en revûe les Scithes , les prenc
miers Perfes , les Germains & les Rom
mains dans les premiers tems de leur Réms
, publique , & il dit que ces peuples ont par
leur vertu , fait leur propre bonheur &
té l'exemple des autres Nations. On avoue
que Juftin a fait un éloge magnifique des
Scithes , mais Hérodote & des Auteurs
as citéspar Strabon , les repréfentent comme
sune Nation des plus féroces. Ils immoloient
au Dieu Mars , la cinquième partie
de leurs prifonniers & crevoient les yeux
Z aux autres. A l'anniverfaire d'un Roi ils
étrangloient cinquante de fes Officiers.
Ceux qui habitoient vers le Pont- Euxin ſe
nourriffoient de la chair des étrangers qui
arrivoient chez eux. L'Hiftoire des diverfes
Nations Scithes , offre par tout des
traits ou qui les deshonorent , ou qui font
>
20 MERCURE DE FRANCE.
par
horreur à la Nature . Les femmes étoient
communes entre les Maffagetes ; les perfonnes
âgées étoient immolées leur
parens , qui fe régaloient de leurs chairs.
Les Agatyrfiens ne vivoient que de pillage
& avoient leurs femmes en commun. Les
Antropophages , au rapport d'Hérodote ,
étoient injuftes & inhumains. Tels furent
les Peuples qu'on propofe pour exemple
aux autres Nations .
A l'égard des anciens Perfes , tout le
monde convient fans doute avec M. Rolin
qu'on ne fçauroit lire fans horreur julqu'où
ils avoient porté l'oubli & le mépris
des Loix les plus communes de la Nature.
Chez eux toutes fortes d'inceſtes étoient
autorifés. Dans la Tribu Sacerdotale , on
conféroit prefque toujours les premieres
dignités à ceux qui étoient nés du mariages
d'un fils avec fa mere. Il falloit qu'ils
fuffent bien cruels pour faire mourir des
enfans dans le feu qu'ils honoroient.
Les couleurs dont Pomponius - Mela
peint les Germains , ne feront pas naître
non plus l'envie de leur reffembler : Peuple
naturellement féroce , fauvage jufqu'à
manger de la chair crue , chez qui
le vol n'eft point une chofe honteufe &
qui ne reconnoît d'autre droit que fa
force.
OCTOBRE.
1751. 21
Que de reproches auroit eu raifon de faire
aux Romains , dans le tems qu'ils n'étoient
point encore familiarifés avec les
Lettres , un Philofophe éclairé de toutes
les lumières de la raifon . Illuftres Barbares
, auroit- il pu leur dire , toute votre
grandeur n'est qu'un grand crime.
Quelle fureur vous anime & vous porte à
ravager l'univers ; tigres altérés du fang
des hommes , comment ofez-vous mettre
votre gloire à être injuftes , à vivre de pillage
, à exercer la plus odieufe tyrannie ?
Qui vous a donné le droit de difpofer
de nos biens & de nos vies , de nous
rendre efclaves &
malheureux , de répandre
par tout la terreur , la défolation
& la mort ? Eft ce la grandeur d'ame dont
Vous vous piquez ? O déteftable grandeur
qui fe repaît de miféres & de calamités
! n'acquerez - vous de prétendues vertus
que pour punir la terre de ce . qu'elles
Vous ont couté ? Eft- ce la force ? Les Loix
de l'humanité n'en ont donc plus ? Sa voix
ne fe fait donc point entendre à vos coeurs ?
Vous méprifez la volonté des Dieux qui
vous ont deſtiné , ainſi que nous , à paffer
tranquilement quelques inftans fur la terre
; mais la peine est toujours à côté du
crime ; vous avez eu le bonheur de paffer
fous lejoug , la douleur de voir vos armées
22 MERCURE DE FRANCE.
par
taillées en piéces , & vous aurez bientôt
celle de voir la République fe déchirer
Les propres forces . Qui vous empêche
de paffer une vie agréable dans le fein de
la paix , des Arts , des Sciences & de la
vertu ? Romains , ceffez d'être injuftes ,
ceffez de porter en tous lieux les horreurs
de la guerre & les crimes qu'elle entraîne.
Mais je veux qu'il y ait eu des Nations
vertueufes dans le fein de l'ignorance , &
je demande fi ce n'eft pas à des loix fages
maintenues avec vigueur , avec prudence ,
& non pas à la privation des Arts qu'elles
ont été redevables de leur bonheur. En
vain prétend- on que Socrate même & Caton
ont décrié les Lettres , il ne furent
jamais les apologistes de l'ignorance. Le
plus fçavant des Athéniens avoit raifon de
dire que la préfomption des hommes d'Etat
, des Poëtes & des Artiftes d'Athénes ,
terniffoit leur fçavoir à fes yeux , & qu'ils
avoient tort de fe croire les plus fages des
hommes ; mais en blâmant leur orgueil &
en décréditant les Sophiftes , il ne faifoit
point l'éloge de l'ignorance , qu'il regar
doit comme le plus grand mal. Il aimoit à
tirer des fons harmonieux de la lyre avec
la main dont il avoit fait les ftatues das
graces. La Rhétorique , la Phyfique , l'Af
E.
OGTOBRE. 1751. 23
bien tronomie furent l'objet de fes études , &
hire felon Diogène de Laerce il travailla aux
ech Tragédiesd'Euripide. Il eft vrai qu'il s'apinpliqua
principalement à faire une fcience
del de la morale & qu'il ne s'imaginoit pas fçates
voir ce qu'il ne fçavoit pas : eft ce là favorifer
l'ignorance ? Doit- elle fe prévaloir
reur
age
Ca
en
en du déchaînement de l'ancien Caton contre
ces difcoureurs artificieux , contre ces
Grecs qui apprenoient aux Romains l'Art
funefte de rendre toutes les vérités douteufes.
Un des Chefs de la troifiéme Académie
, Carnéade montrant en préfence de
lle Caton la néceffité d'une loi naturelle , &
Erenverfant le lendemain ce qu'il avoit établi
le jour précédent , devoit naturellement
prévenir l'efprit de ce Cenfeur contre
la Littérature des Grecs. Cette prévention
à la vérité s'étendit trop loin , il en
Efentit l'injuftice & la répara en apprenant
la langue Grecque, quoiqu'avancé en âge ;
il forma fon ftyle fur celui de Thucydide
& de Demofthéne & enrichit fes ouvrages
des maximes & des faits qu'il en tira. L'Agriculturé
, la Médecine la Médecine , l'Hiftoire &
beaucoup d'autres matiéres exercerent fa
plume. Ces traits font voir que fi Socrate
&Caton cuffent fait l'éloge de l'ignorance ,
ils fe feroient cenfurés eux-mêmes , & M.
Rouffeau , qui a fi heureufement cultivé
es
-
24 MERCURE DE FRANCE.
les Belles Lertres , montre combien elles
font eftimables par la maniere dont il exprime
le mépris qu'il paroît en faire ; je dis
qu'il paroît, parcequ'il n'eft pas vrai-femblable
qu'il faffe peu de cas de fes connoiffances
. Dans tous les tems on a vû des Auteurs
décrier leurs fiécles & louer à l'excès desNa
tions anciennes . On met une forte de gloire
à fe roidir contre les idées communes
de fupériorité , à blâmer ce qui eft loué ,
de grandeur à dégrader ce que les hommes
eftiment le plus.
La meilleure maniére de décider la
queſtion de fait dont il s'agit , eft d'examiner
l'état actuel des moeurs de toutes les
Nations . Or il réfulte de cet examen fait
impartialement , que les peuples policés &
& diftingués par la culture des Lettres &
des Sciences , ont en général moins de vices
que ceux qui ne le font pas. Dans la
Barbarie & dans la plupart des
pays Orientaux
regnent des vicesqu'il ne conviendroit
pas même de nommer. Si vous parcourez
les divers Etats d'Afrique ,vous êtes étonné
de voir tant de peuples fainéans , lâches ,
fourbes , traîtres , cruels , avares , voleurs
& débauchés. Là font établis des ufages
inhumains , ici l'impudicité eft autorilée
par les Loix . Là le brigandage & le meurtres
font érigés en profeffions ; ici on eft
pas
tellemen t
OCTOBRE. 1751 25
ex
dis
bla
20
Va
mes
1.
nes
f∙ILL
les
&L
tellement barbare qu'on fe nourrit de chair
humaine. Dans plufieurs Royaumes les maris
vendent leurs femmes & leurs enfans ;
en d'autres on facrifie des hommes au démon
, on tue quelques perfonnes pour
faire honneur au Roi , lorfqu'il paroît en
public , ou qu'il vient à mourir. L'Afie &
l'Amérique offrent des tableaux femblables.
*
L'ignorance & les moeurs corrompues
des Nations qui habitent ces vaftes Contrées
font voir combien porte à faux cette
réflexion de mon adverfaire : Peuples , (çachez
une fois que la Nature a voulu vous
préferver de la fcience , comme une mere
arrache une arme dangereufe des mains de
fon enfant , que tous les fecrets qu'elle
vous cache font autant de maux dont elle
vous garantir , & que la peine que vous
trouvez à vous inftruire n'eft pas le moindre
de fes bienfaits. J'aimerois autant qu'il
eût dit , peuples , fçachez une fois que
la Nature ne veut pas que vous vous nourriffiez
des productions de la terre. La peine
qu'elle a attachée à fa culture eft un avertiffement
de la laiffer en friche.
pour vous
Il finit la premiere partie de fon Difcours
• * Les bornes étroites que je me fais prefcrites
m'obligent à renvoyer à l'Hiftoire des Voyages
& àl'Hiftoire Générale par M. l'Abbé Lambert.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
par cette réflexion ; Que la probité eft fille
de l'ignorance & que la fcience & la vertu
font incompatibles . Voilà un fentiment
bien contraire à celui de l'Eglife ; elle regarda
comme la plus dangereufe des per
fécutions la défenfe que l'Empereur Julien
fit aux Chrétiens d'enfeigner à leur enfans
, la Rhétorique , la Poëtique & la
Philofophie,
SECONDE PARTIE,
M. Rouffeau entreprend de prouver
dans la feconde partie de fon Difcours que
l'origine des fciences eft vicieuſe , leurs ob.
jets vains & leurs effets pernicieux .C'étoit,
dit- il, une ancienne tradition paffée de l'Egypte
en Grèce , qu'un Dieu ennemi du repos
des hommes étoit l'inventeur des fcien .
ces , d'où il infére que les Egyptiens , chez
qui elles étoient nées , n'en avoient pas
une opinion favorable. Comment accor
der fa conclufion avec ces paroles : Reme
des pour les maladies de l'ame : Infcription
qu'au rapport de Diodore de Sicile on li
feit far le fontifpice de la plus ancienne
des Bibliothéques , de celle d'Ofymandias
Roi d'Egypte.
Il affure que l'Aftronomie eft née de la
fuperftition , l'éloquence de l'ambition ,
de la haine , de la flaterie , du menſonge ;
OCTOBRE. 1751. 27
C
1
la Géométrie de l'avarice , la Phyfique
d'une vaine curiofité; routes & la morale
même de l'orgueil humain , Il fuffit de rapporter
ces belles découvertes pour en faire
connoître toute l'importance. Jufqu'ici on
avoit cru que les Sciences & les Arts devoient
leur naifance à nos befoins , on
l'avoit même fait voir dans plufieurs onvrages.
Vous dites que le défaut de l'origine des
Sciences & des Arts ne nous eft que trop
retracé dans leurs objets. Vous demandez
ce que nous ferions des Arts fans le luxe
qui les nourrit. Tout le monde vous répondra
que les Arts inftructifs & miniftériels
indépendamment du luxe fervent aux
agrémens , ou aux commodités , ou aux
befoins de la vie.
Vous demandez à quoi ferviroit la
Jurifprudence fans les injuftices des hom .
mes. On peut vous répondre qu'aucun
corpspolitique ne pouroit fubfifter fans
loix , ne fût-il compofé que d'hommes juftes.
Vous voulez fçavoir ce que devien
droit l'Hiftoire s'il n'y avoit ni tyrans , ni
guerres , ni confpirateurs. Vous n'ignorez
cependant pas que l'Hhiftoire Univerſelle
contient la defcription des Pays , la religion
, le gouvernement , les moeurs , le
commerce & les coutumes des Peuples , les
Bij
"
28 MERCURE DE FRANCE.
dignités , les Magiftratures , les vies des
Princes pacifiques , des Philofophes & des
Artiftes célébres ; tous ces fujets qu'ont-ils
de commun avec les tyrans , les guerres ,
& les Confpirateurs?
pour
Sommes-nous donc faits , dites vous ,
mourir attachés fur les bords du puits
où la vérité s'eft retirée ; cette fenle vérité
devroit rebuter dès les premiers pas tout
homme qui chercheroit férieufement à
s'inftruire par l'étude de la Philofophie.
Vous fçavez que les fciences dont on occupe
les jeunes Philofophes dans les Univerfités
,
font la Logique , la Métaphyfique , la
morale , la Phyfique , les Mathématiques
élémentaires. Ce font donc là felon vous
de ftériles fpéculations. Les Univerfités
vous ont une grande obligation de leur
avoir appris que la vérité de ces Sciences
s'eft retirée au fond d'un puits. Les grands
Philofophes qui les poffèdent dans un dégré
éminent font fans doute bien furpris
d'apprendre qu'ils ne fçavent rien . Ils ignoreroient
auffi , fans vous , les grands dangers
que l'on rencontre dans l'inveftigation
des Sciences. Vous dites que le faux eft
fufceptible d'une infinité de combinaiſons
& que la vérité n'a qu'une maniere d'être ;
mais n'y a-t-il pas différentes routes , dif
férentes méthodes pour arriver à la vérité .
OCTOBRE. 1751 .
29
Qui eft- ce d'ailleurs , ajoutez- vous , qui
la cherche bien fincérement ? A quelle
marque eft on fur de la reconnoître ? Les
Philofophes vous répondront qu'ils n'ont
appris les Sciences que , pour les fçavoir &
en faire ufage & que l'évidence , c'est- àdire
, la perception du rapport des idéés
eft le caractére diftinctif de la vérité &
qu'on s'en tient à ce qui paroît le plus probable
dans des matiéres qui ne font pas fufceptibles
de démonftration. Voudriezvous
voir renaître les fectes de Pyrrhon
d'Arcéfilas ou de Lacyde ?
Convenez
que
vous auriez
Vous pu dif
penfer de parler de l'origine des Sciences &
leur's que vous n'avez point prouvé que
objets font vains. Comment l'auriez vous
pu faire , puifque tout ce qui nous environne
nous parle en faveur des Sciences &
des Arts habillemens , meubles , bâtimens
, Bibliothéques , ufuines , productions
des Pays Etrangers dues à la Navigation
dirigée par l'Aftronomie . Là les Arts
Méchaniques mettent nos biens en valeur.
Les progrès de l'Anatomie affûrent
ceux de la Chirurgie. La Chymie , la Botanique
nous préparent des remédes , les
Arts libéraux , des plaifirs inftructifs . Ils
s'occupent à tranfmettre à la postérité le
fouvenir des belles actions & immortali-
1
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
fent les grands hommes & notre reconnoiffance
pour les fervices qu'il nous ont
rendus. Ici la Géométrie appuyée de l'Algébre
préfide à la plupart des fciences ;
elle donne des leçons à l'Aftronomie ,
la Navigation , à l'Artillerie , à la Phyfique.
Quoi tous ces objets font vains !
oui , & felon M. Rouffeau , tous ceux qui
s'en occupent font des Citoyens inutiles ,.
& il conclu que tout Citoyen inutile peut
être régardé comme pernicieux . Que disje
, felon lui , nous ne fommes pas même
des Citoyens . Voici fes propres paroles :
Nous avons des Phyficiens , des Géomé ---
tres , des Chymiftes , des Aftronomes ,
des Poëtes , des Muficiens , des Peintres ,
nous n'avons plus de Citoyens , ou s'il
nous en refte encore, difperfés dans nos
Campagnes abandonnées , ils y périffent
indigens & méprifés ; ainti , Meffieurs ,
ceffez donc de vous regarder comme des
Citoyens. Quoique vous confacriez vos
jours au fervice de la fociété , quoique
vous rempliffiez dignement les emplois.
où vos talens vous ont appellés , vous
n'êtes pas dignes d'être nommés Citoyens .
Cette qualité eſt le partage des Payfans, &
il faudra que vous cultiviez tous la terre
pour la mériter. Comment ofe -t- on infulter
ainfi une Nation qui produit taot
2
OCTOBRE . 1751. T
on
ont
Als!
S₁
zat
Na
d'excellens Citoyens dans tous les Etats !
O Louis le Grand ! quel feroit votre
étonnement , fi rendu aux voeux de la
France & à ceux du Monarque qui la gouverne
en marchant fur vos traces glorieufes
, vous appreniez qu'une de nos Acadé
mies a couronné un ouvrage , où l'on fontient
que les Sciences font vaines dans leur
objet , pernicieufes dans leurs effets ,
que ceux qui les cultivent ne font pas
Citoyens Quoi pourriez- vous dire ,
j'aurois imprimé une tache à ma gloire
pour avoir donné un azile aux mafes , établi
des Académies , rendu la vie aux
Beaux Arts , pour avoir envoyé des Aftronomes
dans les Pays les plus éloignés ,
recompenfé les talens & les découvertes
artiré les Sçavans près du Trône ! Quor !
j'aurois terni ma gloire pour avoir fait
naître des Praxitéles & des Syfippes , des
Appelles & des Ariftides , des Amphions
& des Orphées ! que tardez - vous de brifer
ces inftrumens des Arts & des Sciences ,
de brûler ces précieufes dépouilles des
Grecs & des Romains , toutes les Archives
de l'efprit & du génie ? Replongez
vous dans les ténébres épaiffes de la barbarie
, dans les préjugés qu'elle confacre fous
les funeftes aufpices de l'ignorance & de
la fuperftition . Renoncez aux lumiéres de
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
votre fiécle ; que des abus anciens ufurpent
les droits de l'équité ; rétabliffez des
loix civiles contraires à la loi naturelle ;
que l'innocent qu'accufe l'injuftice foit
obligé pour fe juftifier , à s'expofer à périr
par l'eau ou par le feu ; que des peuples
aillent encore maffacrer d'autres peuples
fous le manteau de la religion ; qu'on faſfe
les plus grands maux avec la mêine tranquilité
de confcience qu'on éprouve à faire
les plus grands biens : telles & plus déplorables
encore feront les faites de cette
ignorance où vous voulez rentrer.
Non , Grand Roi , l'Accadémie de Dijon
n'eft point cenfée adopter tous les fentimens
de l'Auteur qu'elle a couronné.
Elle ne pense point comme lui que les travaux
des plus éclairés de nos Sçavans &
de nos meilleurs Citoyens ne font prefque
d'aucune utilité. Elle ne confond point
comme lui les découvertes véritablement
utiles au genre humain avec celles dont
on n'a pu encore tirer des fervices , faute
de connoître tous leurs rapports & l'enfemble
des parties de la Nature ; mais elle
penfe ainfi que toutes les Académies de
l'Europe, qu'il eft important d'étendre de
toute part les branches de notre fçavoir ,
d'en creufer les Analogies , d'en fuivre
toutes les ramifications. Elle fçait que
OCTOBRE .
30989 es
telle
connoiffance qui
paroît
ftérile pen- 1751.
33
dant un tems peut ceffer de l'être par des
applications dues au génie , à des
recherches
laborieufes , peut-être même au hazard.
Elle fçait que pour élever un édifice
, on
raffemble des
matériaux de
toutes
efpeces , ces piéces
brutes , amas
informe
ont leur
deftination ,
l'Art les
dégroffit
& les
arrange , il en
forme des chefs
d'oeuvre
d'Architecture & de bon goût.
On peut dire qu'il en eft en
quelque
forte de
certaines
vérités
détachées du
de celles dont
l'utilité eft
teconnue ,
corps
comme de ces
glaçons
errans au gré du
hazard fur la
furface
des
Aeuves ; ils fé
réuniffent , ils fe
fortifient
mutuellement
&
fervent à les
traverfer.
Si
l'Auteur a
avancé fans
fondement que
cultiver les
Sciences eft
abuſer du
tems ,
il n'a pas eu
moins de tort
d'attribuer le
luxe aux
Lettres & aux Arts. Le luxe eft:
une
fomptuofité
que font
naître les biens
partagés
inégalement. La
vanité à
l'aide
de
l'abondance
cherche à fe
diftinguer &
procure à
quelques Arts les
moyens de lui
fournir le
fuperflu ; mais ce qui eft
fuper-
Au
par rapport à certains états eft néceffaire
à
d'autres, pour
entretenir
les
diftinctions
qui
caractérisent
les
rangs
divers
de:
la
fociété
. La
religion
même
ne
condamne
:
Βγ
34 MERCURE DE FRANCE.
point les dépenfes, qu'éxige la décence de
chaque condition . Ce qui eft luxe pour
l'artifan peut ne pas l'être pour l'homme
de robe où l'homme d'épée. Dira- t-on quedes
meubles ou des habillements d'un
grand prix dégradent l'honnête homme.
& lui tranfmettent les fentimens de l'hom ,
me vicieux ? Caton le grand , folliciteur
des Loix fomptuaires , fuivant la remarqued'un
politique , nous eft dépeint avare
& intempérant , même ufurier & yvrogne;
au lieu que le fomptueux Lucullus , enco- .
re plus grand Capitaine & auffi jufte que
lui fut toujours libéral & bien- faifant.
Condamnons la fomptuofité de Lucullus.
& de fes imitateurs , mais ne concluons
pas qu'il faille chaffer de nos murs les Sçavans
& les Artiftes. Les paffions peuvent
abufer des Arts , ce font elles qu'il faut
réprimer. Les Arts font le foutien des
Etats ; ils réparent continuellement
l'inégalité
des fortunes & procurent le néceffaire
phyfique à la plupart des Citoyens...
Les terres , la guerre ne peuvent occuper
qu'une partie de la Nation
pourront fubfifter les autres fujets , files
Fiches craignent de dépenfer , fi la circulation
des espéces eft fufpenduepar une économie
fatale à ceux qui ne peuvent vivre
que du travail de leurs mains
comment
E.
OCTOBRE
1731 .
35°
edel
Dour
me
que
d'un
Om
que
are
res
•0-
Tandis , ajoute l'Auteur , que les commodités
de la vie fe multiplient , que les
Arts fe perfectionnent & que le luxe s'étend
, le vrai courage s'énerve , les vertus
militaires s'évanouiffent & c'est encore
me l'ouvrage des Sciences & de tous ces Arts
s'exercent dans l'ombre du cabinet .
Ne diroit-on pas , Meffieurs , que tous
nos foldats font occupés à cultiver les
Sciences & que tous leurs Officiers font des
Maupertuis & des Réaumur ? S'eft on apperçu
fous les regnes de Louis XIV. &
de Louis XV . que les vertus militaires
fe foient évanouies. Si on veut parler des
Sciences qui n'ont aucun rapport à la
re , on ne voit pas ce que les Académies
ont de commun avec les troupes, & s'il s'agit
de fciences militaires , peut - on les porter
à une trop grande perfection ? A l'é
gard de l'abondance , on ne l'a jamais vu
regner davantage dans les armées Françoifes
que durant le cours de leurs victoires ..
Comment peut- on s'imaginer que des foldats
deviendront plus vaillants , parce :
qu'ils feront mal vêtus & mal nourris ?
M. Rouffeau eft-il mieux fondé à fouteu
16
us
s
guernir
que la culture des Sciences eft nuifible :
aux qualités morales : C'eft, dir- il , dès nos
premieres années qu'une éducation infenfée
, orne notre efprit & courrompt no-
B. vj
36 MERCURE DE FRANCE.
tre jugement. Je vois de toutes parts des
établiffemens immenfes , où l'on éleve à
grands frais la jeuneffe pour lui apprendre
toutes chofes , excepté fes devoirs.
Peut- on attaquer de la forte tant de corps
refpectables , uniquement dévoués à l'inftruction
des jeunes gens , à qui ils inculquent
fans ceffe les principes de l'honneur,
de la probité & du Chriftianifme ? La
ſcience , les moeurs , la Religion , voila
les objets que s'eft toujours propofés l'U
niverfité de Paris , conformément aux
réglemens qui lui ont été donnés par les
Rois de Fance. Dans tous . les établiffemens
faits pour l'éducation des jeunes
gens , on employe tous les moyens pofibles
pour leur infpirer l'amour de la
vertu & l'horreur du vice , pour en former
d'excellens Citoyens ; on met continuel
lement fous leurs yeux les . maximes &
les exemples des grands Hommes de
l'antiquité. L'Hiftoire facrée & profane
leur donne des leçons foutenues par les
faits & l'expérience , & forme dans
leur efprit une impreffion qu'on atten
droit en vain de l'aridité des préceptes.
Comment les Sciences pouroient elles nui
re aux qualités morales ? Un de leurs premiers
effets eft de retirer de l'oifiveté &
par confequent. du jeu & de la débauche
E.
37
OCTOBRE
.
1751.
de qui en font les fuites. Sénéque que M.
Rouffeau cite pour appuyer fon fentiment ,
vei
di convient que les Belles - Lettres préparent
à la vertu ( Sénec, Epift. 88. ).
oras
Leut
205 cours ,
Que veulent dire ces traits fatiriques lancés
contre notre fiécle : Que l'effet le plus
cul évident de toutes nos études eft l'aviliffemeut
des vertus ; qu'on ne demande plus
La d'un homme s'il a de la probité , mais s'il a
oldes talens ; que la vertu refte fans honneur;
qu'il y a mille prix pour les beaux Diſ
aucuns pour les belles Actions..
Comment peut-on ignorer qu'un homme
qui paffe pour manquer de probité eſt
méprifé univerfellement ? La punition du
vice n'eft - elle pas déja la premiere récom
penfe de la vertu? L'eftime, l'amitié de fes.
Concitoyens , des diftinctions honorables,
voilà des prix bien fupérieurs à des lau
riers Académiques. D'ailleurs celui qui
fert fes amis , qui foulage de pauvres familles
, ira-t-il publier les bienfaits ? Ce
feroit en anéantir le mérite : rien de plus .
beau que lesactions vertueufes , fice n'eft
le foin même de les cacher.
C
is
M. Rouffeau parle de nos Philofophes
avec mépris, il cite les dangéreufes réveries.
des Hobbes & des Spinofa ,& les met fur une
mêmeligne avec toutes les productions de
Ja Philofophic, Pourquoi confondre ainfa
38
MERCURE DE FRANCE.
avec les ouvrages de nos vrais Philofophes
des fyftemes que nous abhorrons ? Doit- on
rejetter fur l'étude des Belles Lettres les opimions
infenfées de quelques écrivains , tandis
qu'un grand nombre de peuples font infatués
de fyftêmes abfurdes , fruit de leur ignorance
& de leur crédulité ? L'efprit humain
n'a pas befoin d'être cultivé pour enfanter
des opinions monftrueufes. C'eft en s'éle
vant avec tout l'effor dont elle eft capable
que la raifon fe met au deffus des chimères.
La vraie
Philofophie nous apprend à dé
chirer le voile des préjugés & de la fuperf
tition.Parce que quelquesAuteurs ont abufé
de leurs lumiéres , faudra-t-il profcrire
la culture de la raifon ? Eh de quoi ne
peut- on pas abufer ? Pouvoir , loix , Religion
, tout ce qu'il y a de plus utile ,
ne peut- il pas-être détourné à des ufages
nuifibles ? Tel eft celui qu'a fait M. Rouffeau
de fa puiffante éloquence pour inf
pirer le mépris des Sciences , des Lettres
& des
Philofophes. Au Tableau qu'il préfente
de ces hommes Sçavans ,
oppofons
celui du vrai
Philofophe . Je vais le tracer
, Meffieurs , d'après les modéles que
j'ai
l'honneur de
connoître parmi vous.
Qu'est-ce qu'un vrai Philofophe ? C'eſt un
homme très
raifonnable & trèséclairé.
Sous
quelque point de vue qu'on le confidé
7
NCE
39
OCTOBRE
. 1751
.
apabl
ilofopre , on ne peut s'empêcher de lui accorder-
Doit toute fon eftime , & l'on n'eft content de
sleso foi même que lorsqu'on mérite la fienne.
sa ne connoît ni les foupleffes rampantes:
nt i de la flaterie , ni les intrigues artificieuſes ,
rig de la jaloufie , ni la baffeffe d'une haine
huma
un produite par la vanité , ni le malheureux
fante talent d'obfcurcir celui des autres , car l'envie
qui ne pardonne ni les fuccès , ni fes
propres injuftices, eft roujours le partage de
éres l'infériorité. On ne le voir jamais avilir fes
à de maximes en les contredifant par les ac- .
pertions , jamais acceffible à la licence que
abcondamne la Religion qu'elle attaque ,
crit les loix qu'elle élude , la vertu qu'elle fousile
aux pieds. On doute fi fon caractére a
Replus de noblele que de force , plus d'élé- -
Elevation que de vérité. Son efprit eſt toujours
l'organe de fon coeur & fon expreffon
l'image de fes fentimens . La franchife
, qui eft un défaut quand elle n'eft
es un mérite , donne à fes Difcours cet airaimable
de fincérité , qui ne vaur beaucoup
, que lorfqu'il ne coûte rien . Quand
il oblige , vous diriez qu'il fe charge de
la reconnoiffance & qu'il reçoit le bienfait
qu'ilaccorde , & il paroît toujours qu'il
oblige , parce qu'il défire toujours d'obliger.
Il met fa gloire à fervir la Patrie qu'il
honore , à travailler au bonheur des hom-
T.
pas
.
40 MERCURE DE FRANCE.
mes qu'il éclaire. Jamais il ne porta dansi
la fociété cette raifon farouche qui ne
fçait pas fe relâcher de fa fupériorité , cette
inflexibilité de fentiment , qui fous le
nom de fermeté brufque les égards & les .
condeſcendances , cet efprit de contradic-.
tion qui fecouant le joug des bienséances .
fe fait un jeu de heurter les opinions qu'il
n'a pas adoptées , également haïffable.
foit qu'il défende les droits de la vérité
ou les prétentions de fon orgueil. Le vrai
Philofophe s'envelope dans fa modeſtie &
pour faire valoir les qualités des autres ,
il n'hésite pas à cacher l'éclat des fiennes..
D'un commerce auffi fur qu'urile , il ne
cherche dans les fautes que le moyen de
les excufer , & dans la converfation que.
celui d'affocier les autres à fon propre mérite.
Il fçait qu'un des plus folides appuis
de la juftice que nous nous flatons d'obtenir
eft celle que nous rendons au mérite
d'autrui , & quand il l'ignoreroit, il ne montreroit
pas fa conduite far des principes
différens de ceux que nous venons d'expofer
, perfuadé que le coeur fait l'homme ,
l'indulgence les vrais amis , la modeftie des
Citoyens aimables . Je fçais bien , Melfieurs
, que par ces traits je ne rends pas.
tout le mérite du Philofophe & furtout.
du Philofophe Chrétien ; mon deffein a
OCTOBRE. 1751. 41
ans
ne
tte
le
les
icces
ole
été feulement d'en donner une légere efquiffe.
Pour le connoître dans toute fon
étendue , il faut connoître celui du Prince
dont notre amour paye les bienfaits .
Fermer
Résumé : REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.
M. Gautier, professeur de mathématiques et d'histoire, a contesté le discours de Jean-Jacques Rousseau, qui avait remporté le prix de l'Académie de Dijon en 1750. Rousseau y soutenait que les sciences et les arts corrompent les mœurs. Gautier critique cette idée, affirmant que les sciences et les arts favorisent au contraire le développement des talents et du génie. Il reconnaît la qualité littéraire du discours de Rousseau mais met en garde contre les maximes pernicieuses qu'il pourrait propager. Gautier structure son texte en deux parties. La première examine si les sciences et les arts ont corrompu les mœurs, et la seconde considère les résultats du progrès des sciences et des arts. Il conteste l'idée de Rousseau selon laquelle les mœurs étaient plus naturelles avant l'art, affirmant que la politesse, fruit des lumières, est estimable. Il souligne que la société a appris à plaire et à vivre ensemble, développant ainsi des vertus sociales et des comportements plus doux. L'auteur critique Rousseau pour ses déclarations selon lesquelles les hommes modernes auraient perdu leur vertu en cultivant les lettres, les sciences et les arts. Il conteste l'idée que ces disciplines corrompent les mœurs, affirmant que les richesses et les plaisirs, plutôt que les connaissances, sont souvent à l'origine de la corruption. Il cite des exemples historiques, comme l'Égypte, la Grèce et Rome, pour montrer que les arts et les sciences n'ont pas nécessairement affaibli les peuples. Par exemple, les Athéniens ont remporté des victoires militaires malgré leur culture artistique, et les Romains étaient glorieux militairement pendant une période où la littérature était valorisée. Le texte discute également de la relation entre les arts, les sciences et la décadence des États, soulignant que les sciences peuvent contribuer à la décadence si ceux destinés à défendre l'État se concentrent trop sur elles, négligeant ainsi leurs fonctions militaires. Il réfute l'idée que des figures comme Socrate et Caton aient prôné l'ignorance, soulignant que Socrate, par exemple, valorisait la connaissance et la sagesse. L'Académie de Dijon rejette l'idée que les sciences favorisent le luxe ou affaiblissent le courage militaire. Elle affirme que les établissements éducatifs enseignent l'honneur, la probité et le christianisme, formant ainsi des citoyens exemplaires. Le texte défend les philosophes contre les accusations de Rousseau, affirmant que la véritable philosophie élève l'esprit humain et le libère des préjugés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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385
REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.
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p. 25-64
DISCOURS Sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751.
Début :
On est désabusé depuis long-tems de la chimére de l'âge d'or : par tout la [...]
Mots clefs :
Sciences, Hommes, Arts, Esprit, Lettres, Moeurs, Vertus, Vertu, Gloire, Homme, Lois, Monde, Idées, Nature, Terre, Passions, Philosophes, État, Philosophie, Connaissances, Vie, Ignorance, Vérité, Peuples, Peuple, Histoire, Bonheur, Citoyens, Corruption, Biens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751.
DISCOURS
Sur les avantages des Sciences & des Arts
prononcé dans l'affembléepublique de l'Adémie
des Sicences & Belles- Lettres de
Lyon , le 22 Juin 175 1 .
N eft défabulé depuis long- tems de
la chimére de l'âge d'or : par tout la
Barbarie a précédé l'établiſſement des Sociétés
; c'eft une vérité prouvée par les
annales de tous les Peuples., Partout les
befoins & les crimes forcerent les hommes
à fe réunir , à s'impofer des loix , à s'enfermer
dans des ramparts . Les premiers
Dieux & les premiers Rois furent des bienfaicteurs
ou des tyrans ; la reconnoiffance
& la crainte éleverent les Trônes & les Autels.
La fuperftition & le defpotifine vin →
rent alors couvrir la face de la terre de
nouveaux malheurs , de nouveaux crimes
fuccéderent , les révolutions fe multipliérent
.
A travers ce vafte fpectacle des paffions
& des miferes des hommes , nous appercevons
à peine quelques contrées plus fages
& plus heureufes . Tandis que la plus grande
partie du monde étoit inconnte , que l'au
I Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
j
rope étoit fauvage , & l'Afie efclave , la 8
Gréce penfa & s'éleva par l'efprit à tout ce d
qui peut rendre un peuple recommandable:
Des Philofophes formerent fes moeurs &
Jui donnerent des loix.
Si l'on refufe d'ajouter foi aux traditions
qui nous difent que les Orphées & les
Amphions attirerent les hommes du fond
des forêts par la douceur de leurs chants ,
on eft forcé par l'hiftoire , de convenir
que cette heureufe révolution eft due aux
Arts utiles & aux Sciences . Quels hommes
étoient-ce que ces premiers Légiflareurs de
la Gréce peut- on nier qu'ils ne fuffent les
plus vertueux & les plus fçavans de leur
fécle ; ils avoient acquis tour ce que l'étude
& la réflexion peuvent donner de
lumiere à l'efprit , & ils y avoient joint
les fecours de l'expérience par les voyages
qu'ils avoient entrepris en Créte , en
Egypte , chez toutes les Nations où ils
avoient cru trouver à s'inftruire..
Tandis qu'ils établiffoient leurs divers
Giftèmes de politique , par qui les paffions
particulieres devenoient le plusfür inftru
ment du bien public , & qui faifoient germer
la vertu du fein même de l'amour
propre , d'autres Philofophes écrivoient
fur la morale , remontoient aux premiers
principes des chofes , obfervoient la naOCTOBRE.
1751. 27
ture & fes effets. La gloire de l'efprit &
celle des armes avançoient d'un pas égal ;
les fages & les héros naifoient en foule ;
à côté des Miltiades & des Thémistocles ,
on trouvoit les Ariftides & les Socrates.
La fuperbe Afie vit brifer fes forces innombrables
, contre une poignée d'hommes
que la Philofophie conduifoit à la gloire.
Tel eft l'infaillible effet des connoiffances
de l'efprit : les moeurs & les loix font la
feule fource du véritable héroisme . En un
mot la Gréce dur tout aux fciences , & le
refte du monde dut tout à la Grèce.
Oppofera t'on à ce brillant tableau les
maurs groffieres des Perfes & des Scithes ?
j'admirerai , fi l'on veut , des Peuples qui
paffent leur vie à la guerre ou dans les
bois , qui couchent fur la terre , & vivent
de légumes. Mais eft- ce parmi eux qu'on
ira chercher le bonheur quel fpectacle.
nous prefenteroit le genre humain , com-
"pofé uniquement de Laboureurs , de Soldats
, de Chaffeurs & de Bergers : faut- il
donc pour être digne du nom d'homme
vivre comme les lions & les ours ? érigera-
t'on en vertus , les facultés de l'inftint,
pour fe nourrir , fe perpétuer & ſe deffendre
? je ne vois là que des vertus animales ,
peu conformes à la dignité de notre être ;
P
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
le corps eft exercé , mais l'ame efclave ne
fait que ramper & languir.
Les Perfes n'eurent pas plutôt fait la
conquête de l'Afie , qu'ils perdirent leurs
moeurs , les Scithes dégénérerent auffi quoique
plus tard; des vertus & fauvages font
trop contraires à l'humanité , pour être
durables ; fe priver de tout & ne défirer
rien eft un état trop violent ; une igno
rance fi groffiere ne fçauroit être qu'un
état de paffage. Il n'y a que la ftupidité &
la mifere qui puiffe y affujettir les hommes.
Sparte , ce phénoméne politique , cette
republique de foldats vertueux , eft le feal
peuple qui ait eu la gloire d'être pauvre
par inftitution & par choix . Ses loix fi
admirées avoient pourtant de grands défauts.
La dureté des maîtres & des peres ,
l'expofition des enfans , le vol autorifé , la
pudeur violée dans l'éducation & les mariages
, une oifiveté éternelle , les exer
cices du corps recommandés uniquement ,
ceux de l'efprit profcrits & méprilés , l'aul
térité & la férocité des moeurs qui en
étoient la fuite , & qui aliénerent bientôt
Le tous les alliés de la république, font déja
d'affez juftes reproches , peut- être ne bor
netoient-ils pas là , i les particularités de
DECEMBRE . 175129
fon hiftoire interieure nous étoient mieux
connues elle fe St une vertu artificielle en
fe privant de l'ufage de l'or mais que devenoient
les vertus de fes Citoyens , fitot
qu'ils s'éloignoient de leur patrie ? Lyfandre
& Paufanias n'en furent que plus aifés
àcorrompre ; cette Nation qui ne refpiroit
que la guerre , s'eft elle fait une
gloire plus grande dans les armes que fa
rivale , qui avoit réuni toutes les fortes
de gloire . Athénes ne fut pas moins guerriére
que Sparte ; elle fut de plus fçavante ,
ingénieufe & magnifique , elle enfanta
tous les arts & tous les talens , & dans le
fein même de la corruption qu'on lui reproche
, elle donna le jour au plus fage des
Grecs . Après avoir été plufieurs fois far le
point de vaincre , elle fut vaincue , il eft
vrai ,& il eftfurprenant qu'elle ne l'eût pas
été plutôt, puifque l'Atrique étoit un pays
tout ouvert , & qui ne pouvoit fe deffendre
que par une très grande fupériorité de
fuccès. La gloire des Lacédemoniens fut
peu folide , la profpérité corrompit leurs
inftitutions trop bifarres pour pouvoir - fe ,
conferver long- tems , la fiére Sparte perdit
fes moeurs comme la fçavante Athénes.
Elle ne fit plus rien depuis qui fûc
digne de fa réputation , & tandis que les
Athéniens & plufieurs autres Villes lut-
Biij
to
MERCURE DE FRANCE .
toient contre la Macédoine pour la liberté
de la Gréce , Sparte feule languiffoit dans
le repos , & voyoit préparer de loin fa
deftruction , fans fonger à la prévenir.
Mais enfin je fuppofe que tous les états
dont laGréce étoit compofée , euffent fuivi
les mêmes loix que Sparte , que nous ref
teroit-il de cette contrée fi célébre à peine
fon nom feroit parvenu jufqu'à nous. Elle
auroit dédaigné de former des hiftoriens ,
pour
tranfmettre la gloire à la postérité ,
le fpectacle de fes farouches vertus eût été
perdu pour nous , il nous feroit indifferent
par conféquent qu'elles euffent exiité ou
non.Ces nombreux fiftêmes de Philofophic
qui ont épuifé toutes les combinaiſons
poffibles de nos idées , & qui , s'ils n'ont
pas étendu beaucoup les limites de notre
efprit , nous ont appris du moins où elles
étoient fixées . Ces chefs-d'oeuvres d'éloquence
& de Poësie qui nous ont enfeigné
toutes les routes du coeur , les Arts utiles
ou agréables , qui confervent ou embelliffent
la vie. Enfin l'ineftimable tradition
des penfées & des actions de tous les grands
hommes , qui ont fait la gloire ou le bonheur
de leurs pareils : toutes ces précieuſes
richeffes de l'efprit euffent été perdues
pour jamais. Les fiécles fe feroient accumulés
, les générations des hommes fe leDECEMBRE.
1751. 37
roient fuccédé comme celles des animaux ,
fans aucun fruit pour leur poftérité , &
n'auroienr laiffé après elles qu'un fouvenir
confus de leur exiſtence ; le monde auroit
vieilli , & les hommes feroient demeurés
dans une enfance éternelle.
Que prétendent enfin les ennemis de la
fcience quoi , le don de penfer feroit un
préfent funefte de la divinité : les connoiffances
& les moeurs feroient incompati
bles la vertu feroit un vain fantôme
produit par un inftinct aveugle , & le flambeau
de la raifon la feroit évanouir en
voulant l'éclaircir ? quelle étrange idée
voudroit-on nous donner & de la raifon &
de la vertu ?
Comment prouve- t'on de fi bifarres
paradoxes on objecte que les Sciences &
les Arts ont porté un coup mortel aux
moeurs anciennes , aux inftitutions primitives
des états , on cite pour exemple ,
Athénes & Rome. Euripide & Demoſ.
théne , ont vû Athénes livrée aux Spartiates
& aux Macédoniens ; Horace , Virgile
& Cicéron ont été contemporains de
la ruine de la liberté Romaine , les uns &
les autres ont été témoins des malheurs de
leur Pays ; ils en ont donc été la cauſe .
Conféquence peu fondée , puifqu'on ca
B 111j
3 MERCURE DE FRANCE .
pourroit dire autant de Socrate & de
Caton .
En accordant que l'altération des Loix
& la corruption des moeurs ayent beaucoup
infué fur ces grands événemens , me
forcera - t'on de convenir que les Sciences
& les Arts y ayent contribué la corrup
tion fuit de près la profpérité , les fciences
font pour l'ordinaire leurs plus rapides
progrès dans le même tems , des chofes ft
diverfes peuvent naître enfemble & fe
rencontrer , mais c'eft fans aucune relation
entr'elles de caufe & d'effet.
Athénes & Rome étoient petites & pauvres
dans leurs
commencemens , tous leurs
Cytoyens étoient Soldats , toutes leurs
vertus étoient néceffaires , les occafions
même de corrompre leurs moeurs n'éxiftoient
pas. Peu après elles acquirent des
richeffes & de la puiffance . Une partie des
Citoyens ne fut plus employée à la guer
re ; on apprit à jouir & à penfer. Dans le
fein de leur opulence ou de leur loifit , les
uns
perfectionnerent le luxe , qui fait la
plus ordinaire occupation des gens heureux
; d'autres ayant reçû de la nature de
plus favorables
difpofitions , étendirent
les limites de l'efprit , & créérentune gloi
re nouvelle .
DECEMBRE
33 1751
Ainfi tandis que les uns par le fpectacle .
des richeffes & des voluptés , prophanoient
les Loix & les moeurs , les autres allumoient
le flambeau de la Philofophie &
des Arts , inftruifoient ou célébroient les
vertus , & donnoient naiffance à ces noms
fi chers , aux gens qui fçavent penfer',
l'atticifme & l'urbanité: des occupations ſi
oppofées peuvent elles donc mériter les
mêmes qualifications , pouvoient - elles
produire les mêmes effets .
Je ne nierai pas que la corruption générale
ne fe foit répandue quelquefois jufques
fur les lettres , & qu'elle n'ait produit
des excès dangereux ; mais doit- on
confondre la noble deftination des fcien
ces avec l'abus criminel qu'on en a pût
faire? mettra- t'on dans la balance quelques
épigrammes de Catulle ou de Martial cons
tre les nombreux volumes Philofophiques,
politiques & moraux de Cicéron , contre
le fage Poëme de Virgile ?
Dailleurs les ouvrages licentieux font
ordinairement le fruir de l'imagination ,
& non celui de la fcience & du travail, Les
hommes dans tous les tems & dans tous
les Pays ont eu des paffions ; ils les ont
chantées : la France avoir des Romanciers
& des Troubadours , long - tems avant
qu'elle eût des Sçavans & des Philofophess
B.Y
34 MERCURE DE FRANCE .
En fuppofant donc que les Sciences & les
Arts cuffent été étouffés dans leur berceau
, toutes les idées infpirées par les
paffions n'en auroient pas moins été réali
Tées en Profe & en Vers , avec cette diff
ference , que nous aurions eû de moins
tout ce que les Philofophes , les Poëtes &
les Hiftoriens ont fait pour nous plaire ou
pour nous inftruire. }
Athénes fut enfin forcée de céder à la
fortune de la Macedoine , mais elle ne céda
qu'avec l'univers. C'étoit un torrent ca
pide qui entrainoit tour , & c'eft perdre
le tems que de chercher des caufes particu
lieres , où l'on voit une force fupérieure
marquée.
Rome , maitreffe du monde , ne trou
voit plus d'ennemis ; il s'en forma dans
fon fein . Sa grandeur fit fa perte. Les Loix
d'une petite Ville n'étoient pas faites pour
gouverner le monde entier : elles avoient
pû fuffire contre les factions des Manlius ,
des Caffius & des Gracques : elles.fuccomberent
fous les Armées de Silla , de Céfar
& d'Octave ; Rome perdit fa liberté , mais
elle conferva fa puiffance . Opprimée pat
Les Soldats qu'elle payoit , elle étoit encore
la terreur des Nations. Ses tyrans éroient
our à tour déclarés peres de la patrie &
malfacrés. Un monftre indigne du noma
TOULS
C
DECEMBRE. 17'Sr. 35
d'homme , fe faifoit proclamer Empereur ,
& l'Augufte Corps du Sénat n'avoit plus
d'autres fonctions que celle de le mettre
au rang des Dieux . Etranges alternatives
d'efclavage & de tyrannie ,mais telles qu'on
les a vûes dans tous les états où la milice
difpofoit du thrône : enfin de nombreuſes
irruptions de Barbares vinrent renverser &
fouler aux pieds ce vieux coloffe ébranlé de
toutes parts , & de fes débris fe formerent
tous les empires qui ont fubfifté depuis.
Ces fanglantes révolutions ont elles
donc quelque chofe de commun avec les
progrès des lettres partout je vois des
caules purement politiques. Si Rome eut
encore quelques beaux jours , ce fut lous
des Empereurs Philofophes . Seneque a - t'il
donc été le corrupteur de Néron ? eft- ce
l'étude de la Philofophie & des Arts qui
fit autant de monftres , des Caligula , des
Domitien , des Heliogabale ? les lettres
qui s'étoient élevées avec la gloire de
Kome , ne tomberent elles pas fous ces
régnes cruels elles s'affoiblirent ainfi pas
degrés avec le vafte empire , auquel la def
tinée du monde fembloit être attachée.
Leurs ruines furent communes , & l'ignorance
envahit l'univers une feconde fois
avec laBarbarie & la fervitude de fes com
pagnes fidéles.
Bvi
36 MERCURE DE FRANCE.
Difons donc que les Mules aiment la
liberté , la gloire & le bonheut. Partout
je les vois prodiguer leurs bienfaits fur les
Nations , au moment où elles font le plus
floriffantes. Elles n'ont plus redouté les
glaces de la Ruffie , fitôt qu'elles ont été
attirées dans ce puiffant Empire par le Héros
fingulier, qui en a été pour ainfi dire
le créateur : le Législateur de Berlin , le
conquérant de la Silefie , les fixe aujour
d'hui dans le Nord de l'Allemagne , qu'el
les font retentir de leurs chants.
S'il eft arrivé quelquefois que la gloire
des Empires n'a pas furvécu long tems
celle des lettres , c'eft qu'elle étoit à fon
comble , lorfque les lettres ont été cultiées
, & que le fort des chofes humaines.
eft de ne pas durer long- tenis dans le même
état . Mais bien loin que les fciences y con
tribuent , elles périffent infailliblement
frappées des mêmes coups , en forte que
l'on
peut
obferver
que que les progrès
des lettres
& leur déclin font ordinairement dans
une jufte proportion avec la fortune &
Pabbaiffement des Empires.
Cette vérité fe confirme encore par l'expérience
des derniers tems. L'efprit hu
main après une éclipfe de plufieurs fiéces ,
fembla s'éveiller d'un profond fommeil .
Unfouilla dans les cendres antiques , &
NOVEMBRE 1751 37-
le feu facré fe ralluma de toutes parts.
Nous devons encore aux Grecs cette feconde
génération des fciences. Mais dans
quel rems reprirent- elles cette nouvelle
vie ? ce fut lorfque l'Europe après tant de -
convulfions violentes , cut enfin pris une
pofition affurée , & une forme plus heu
reufe.
:
Ici fe développe un nouvel ordre de
chofes. Il ne s'agit plus de ces petits Royau
mes domeftiques , renfermés dans l'enceinte
d'une Ville de les Peuples con :
damnés à combattre pour leurs héritages &
leurs maifons , tremblans fans ceffe pour
une patrie toujours prête à leur échaper.
C'eft une Monarchie . vafte & puiffante ,
combinée dans toutes fes parties par une
légiflation profonde : tandis que cent mille
foldats combattent gayement pour la fureté
de l'état , vingt millions de Citoyens heu
reux & tranquilles , occupés à fa pofpérité
intéticure , cultivent fans allarmes les im
menfes campagnes , font fleurir les Loix ,
le commerce , les Arts & les Lettres dans
T'enceinte des Villes : toutes les profelfions
diverfes , appliquées uniquement à
leur objet , font maintenues
dans un jufte
équilibre , & dirigées au bien général par
la main puillante qui les conduit & les
anime . Telle est la foible image du beau
oup
38 MERCURE DE FRANCE.
régne de Louis XIV . & de celui fous le
quel nous avons le bonheur de vivre : la
France riche , guerriere & fçavante , eft
devenue le modéle & l'arbitre de l'Europe;
elle fçait vaincre & chanter fes victoires :
fes Philofophes mefurent la Terre , & fon
Roi la pacific.
Qui ofera foutenir que le courage des
François ait dégeneré depuis qu'ils ont
cultivé les Lettres dans quel fiécle a t'il
éclaté plus glorieufement qu'à Montalban ,
Lawfelt , & dans tant d'autres occafions
que je pourrois citer ont-ils jamais fait
paroître plus de conftance que dans les
retraites de Prague &. de Baviere ? qu'y
a- t'il enfin de fupérieur dans l'antiquité au
fiége de Bergopfom , & à ces braves grena
diers renouvellés tant de fois , qui vo
loient avec ardeur aux mêmes poftes , où
ils venoient de voir foudroyer ou englou
tir les Héros qui les précédoient.
Envain veut- on nous perfuader que le
rétabliffement des Sciences a gâté les
moeurs . On eft d'abord obligé de convenir
que les vices groffiers de nos ancêtres font
prefqu'entierement profcrits parmi nous..
C'eſt déja un grand avantage pour la
caufe des Lettres , que cet aveu qu'on eſt
forcé de faire. En effet les débauches , les
querelles & les combats qui en étoient les,
DECEMBRE. 175 1. 39
faites , les violences des Grands , la tyran
nie des péres , la bizarrerie de la vieilleffe ,
les égaremens impétueux des jeunes gens ,
tous ces excès fi communs autrefois , fu--
neftes effets de l'ignorance & de l'oifiveté ,.
n'éxiftent plus depuis que nos moeurs ont
été adoucies par les connoiffances dont .
tous les efprits font occupés ou amufés..
On nous reproche des vices rafinés &.
délicats ; c'eft que partout
que partout où il y a des
hommes , il y aura des vices ; mais les
voiles ou la parure dont ils fe couvrent
font du moins l'aveu de leur honte , & un
témoignage du refpect public pour la
vertu .
S'il y a des modes de folie , dë ridicule
& de corruption , elles ne fe trouvent que
dans la Capitale feulement , & ce n'eft
même que dans un tourbillon d'hommesperdus
par les richeffes & l'oifiveté. Les
Provinces entieres & la plus grande partic
de Paris , ignorent ces excès , ou ne les
connoiffent que de nom. Jugera- t'on tou
te la Nation fur les travers d'un petit nombre
d'hommes ? Des écrits ingénieux réclament
cependant contre ces abus ; la
corruption ne jouit de fes prétendus fuccès
que dans des têtes ignorantes ; les Sciences
& les Lettres ne ceffent point de dépofer
contre elle ; la morale la démafque , to
40 MERCURE DE FRANCE.
Philofophie humilie fes petits triomphes ,
la Comedie , la Satyre , l'Epigrame la per
cent de mille traits.
Les bons Livres font la feule défenfe des
efprits foibles, c'eft- à- dire, des trois quarts
des hommes contre la contagion de
T'exemple. Il n'appartient qu'à eux de conferver
fidelement le dépôt des moeurs.
Nos excellens ouvrages de morale furvivront
éternellement à cest brochures li
centieufes , qui difparoiffent rapidement
avec le goût de mode qui les a fait naî
tre. C'eft outrager injuftement les Sciences
& les Arts , que de leur imputer ces pro
ductions honteufes. L'efprit feul échauffé
par les - paffions fuffit pour les enfanter.
Les Sçavans, des Philofophes , les grands
Orateurs & les grands Poëtes , bien loin
d'en être les auteurs , les méprifent ,
ou même ignorent leur existence ; il y
a plus , dans le nombre infini des grands
Ecrivains en tout genre , qui ont illuftré
le dernier Regne , à peine en trouve - t'on
deux ou trois qui ayent abufé de leurs ta
lens. Quelle proportion entre les reproches
qu'on peut leur faire , & les avanta
ges immortels que le genre humain a re
tiré des Sciences cultivées des Ecrivains.
la plupart obfcurs , fe font jettés de nos
jours dans de plus grands 'excès ; heureu
DECEMBRE. 175. 41
fement cette corruption a peu duré ; elle
paroit prefque entiérement éteintecu puifee.
Mais c'étoit une faire particuliére du
gout leger & frivole de notre Nation ;
l'Angleterre & l'Italie n'ont point de femblables
reproches à faire aux Lettres.
Je pourrois me difpenfer de parler du
luxe, puifqu'il nait immédiatement des-richeffes
& non des Sciences & des Arts . Et .
quel rapport peut avoir avec les Lettres .
le luxe du fafte & de la moleffe qui eft ie
feul que la morale puiffe condamner ou
reftraindre ?
Il eft à la vérité , une forte de luxe ingénieux
& fçavant qui anime les Arts &
les éleve à la perfection . C'est lui qui mul
tiplie les productions de la Peinture , de la
Sculpture & de la Mufique . Les chofes les
plus louables en-elles mêmes doivent avoir
leurs bornes ; & une Nation feroit juftement
méprifée , qui pour augmenter le
nombre des Peintres & des Muficiens , fe
laifferoit manquer de Laboureurs & de:
Soldats .Mais lorsque les armées font com.
plettes , & la terre cultivée , à quoi employer
le loifir du refte des Citoyens ; je
ne vois pas pourquoi ils ne pourroient pas.
fe donner des Tableaux , des Statues & des
Spectacles.
Vouloir rappeller les grands Etats aux.
42 MERCURE DE FRANCE.
petites vertus des petites Républiques
c'eft vouloir contraindre un homme fort
& robufte à bégayer dans un berceau ; c'é
toir la folie de Caton avec l'humeur &
les préjugés héréditaires dans fa famille ,
il déclama toute la vie , combatit & mourut
enfin fans avoir rien fait d'utile
pour
fa Patrie. Les Anciens Romains labou
roient d'une main & combattoient de l'autre.
C'étoient de grands hommes , je le
crois , quoiqu'ils nnee ffiiffffeenntt que de petites
chofes : ils le confacroient tout entiers à
leur Patrie , parcequ'elle étoit éternel
lement en danger. Dans ces premiers
tems on ne fçavoit qu'exifter ; la tempé
rance & le courage ne pouvoient être de
vrayes vertus ce n'étoit que des qualités
forcées : on étoit alors dans une impoffibi
lité phifique d'être voluptueux , & qui
vouloit être lâche, devoit fe réfoudre à être
efclave, Les Etats s'accrûrent : l'inégalité
des biens s'introduifit néceffairement : un
Proconful d'Afie pouvoit- il être auffi pauvre
,. que ces Confuls anciens- demi-Bourgeois
& demi-Payfans , qui ravageoient
un jour les champs des Fidénates, & revenoient
le lendemain cultiver les leurs ?
Les circonstances feules ont fair ces diffe .
rences ; la pauvreté ni la richeffe ne font
point la vertu , elle eft uniquement dans
:
ECO
DECEMBRE. 1751. 43.
le bon ou le mauvais ufage des biens ou
des maux que nous avons reçûs de la Natu
re & de la fortune .
Après avoir juftifié les Lettres fur l'article
du luxe , il me reste à faire voir que
la politeffe qu'elles ont introduit dans nos
moeurs , eft un des plus utiles préfens
qu'elles puffent faire aux hommes ; fuppofons
que la policeffe n'est qu'un maſque
trompeur qui voile tous les vices , c'eſt
préfenter l'exception au lieu de la regle
& l'abus de la chofe à la place de la chofe
même..
?
Mais que deviendront ces accufations
fi la politeffe n'eft en effet que l'expreffion
d'une ame douce & bienfaifante : L'habitude
d'une fi louable imitation feroit feule
capable de nous élever juſqu'à la vertu
même ; tel eft le mépris de la coutume ;
nous devenons enfin ce que nous feignons.
d'être ; il entre dans la politeffe des moeurs,
plus de Philofophie qu'on ne penfe ; elle
refpecte le nom & la qualité d'homme ;.
elle feule conferve entr'eux une forte d'é
galité fictive , foible , mais précieux refte
de leur ancien droit naturel. Entreégaux
, elle devient la médiatrice de
leur amour propre ; elle eft le facrifice
perpétuel de l'humeur & de l'efprit de fingularité.
44 MERCURE DE FRANCE.
Dira- t-on que tout un peuple qui exer
ce habituellement ces démonftrations de
douceur , de bienveillance , n'eft
compo
fé que de perfides & de duppes ; croiraton
que tous foient en même tems & trompeurs
& trompés .
A
Nos coeurs ne font point affez parfaits
pour le montrer fans voile ; la politeffe
eft un vernis qui adoucit les teintes tran
chantes des caractéres ; elle rapproché les
hommes , & les engage à s'aimer par les
reffemblances générales qu'elle répand fur
eux ; fans elle , la fociété n'offriroit que
des difparates & des chocs. On fe haïroit
par les petites chofes , & avec cette difpo
fition , il feroit difficile de s'aimer même
pour les plus grandes qualités. On a plus
fouvent befoin de complaifance que de
fervices ; l'ami le plus généreux m'oblis
gera peut- être tout au plus une fois dans
fa vie . Mais une fociété douce & polie
´embellit tous les momens du jour. Enfin
la politeffe place les vertus ; elle feule
leur enfeigne ces combinaifons fines ,
qui les fubordonnent les unes aux autres
dans d'admirables proportions , ainfi que
ce jufte milieu , au deça & au delà du
quel elles perdent infiniment de leur
prix.
N
On ne fe contente pas d'attaquer les
DECE MBRE. 1751 43
fciences dans les effets qu'on leur attribue ,
on les empoifonne jufques dans leur fource
, on nous peint la curiofité comme
un penchant funefte ; on charge fon portrait
des couleurs les plus odieufes. J'avouerai
que l'allégorie de Pandore peut
avoir un bon côté dans le fyftême moral :
mais il n'en eft pas moins vrai que nous
devons à nos connoiffances , & par conféquent
à notre curiofité , tous les biens
dont nous jouiffons. Sans elle , réduits à
la condition des brutes , notre vie fe pafferoit
à ramper fur la petite portion de terrain
deftiné à nous nourrir & à nous engloutir
un jour L'état d'ignorance eft un
·état de crainte & de befoin ; tout eft danger
alors pour notre fragilité ; la mort
gronde fur nos têtes , elle eft cachée dans
T'herbe que nous foulons aux pieds ; lorfq'u
on craint tout , & qu'on a befoin de tour
quelle difpofition plus raisonnable , que
celle de vouloir tout connoître.
·
Telle eft la noble distinction d'un être
penfant feroit-ce donc envain que nous
aurions été doués feuls de cette faculté divine?
C'est s'en rendre digne que d'en ufer.
Les premiers hommes fe contenterent
de cultiver la terre pour en tirer le bled ;
enfuite on creufa dans fes entrailles , onen
arracha les métaux ; les mêmes progrès
46 MERCURE DE FRANCE.
"
Le font faits dans les Sciences ; on ne s'eft t
pas contenté des découvertes les plus né
ceffaires ; on s'eft attaché avec ardeur
celles qui ne paroiffoient que difficiles &
glorieufes quel étoit le point où l'on
auroit dû s'arrêter ; Ce que nous appellons
génie , n'eft autre chofe qu'une raifon fu
blime & courageufe ; il n'appartient qu'
lui feul de fe juger.
Ces globes lumineux placés loin de nous
à des diſtances fi énormes , font nos gui
des dans la navigation & l'étude de leurs
fituations refpectives , qu'on n'a peutêtre
régardé d'abord , que comme l'objet
de la curiofité la plus vaine , eft devenue
aine des Sciences la plus utile . La propriété
finguliere de l'aimant , qui n'étoit pour nos
peres qu'une énigme frivole de la Nature,
nous a conduit comme par la main à travers
l'immensité des Mers.
Deux verres placés & taillés d'une cer
taine maniére , nous ont montré une
-nouvelle fçène de merveilles , que nos
yeux ne foupçonnoient pas.
Les expériences du tube électrifé fembloient
n'être qu'un jeu ; peut-être leur
: devra t- on un jour la connoiffance du regne
univerfel de la Nature ,
Après la découverte de ces rapports fi
imprévus , fi majestueux entre les plus pé
DECEMBRE . 1751. 47 "
tites & les plus grandes chofes , quelles
connoiffances oferions- nous dédaigner ?
En fçavons -nous -affez pour méprifer ce
que nous ne fçavons pas? Bienloin d'étouffer
la curiofité , ne femble- t'il pas au contraire
,,
que l'Etre fuprême ait voulu la
réveiller par des découvertes fingulieres ,
qu'aucune analogie n'avoient annoncées
.
Mais de combien d'erreurs eft affiégée
l'étude de la vérité ; quelle audace , nous
dit-on , ou plutôt quelle témérité de s'engager
dans des routes trompenfes , où
tant d'autres fe font égarés ? Sur ces principes
il n'y aura plus rien que nous ofions
entreprendre ; la crainte éternelle des
maux , nous privera de tous les biens où
nous aurions pû afpirer , puifqu'il n'en eſt
point fans mélange. La véritable fageffe
au contraire confifte feulement à les épurer
autant que notre condition le permet.
Tous les reproches , que l'on fait à la
Philofophie , attaquent l'efprit humain
ou plutôt l'Auteur de la Nature , qui nous
a faits tels que nous fommes. Les Philofophes
étoient des hommes ; ils fe font trompés
, doit-on s'en étonner ; plaignons les
profitons de leurs fautes , & corrigeonsnous
; fongeons que c'eft à leurs erreurs
18
MERCURE DE FRANCE:
trop borné
pour
multipliées que nous devons la poffelfion
des vérités dont nous jouiffons . Il
falloit épuifer les combinaifons de tous
ces divers fyftêmes , la plupart fi répréhen
fibles & fi outrés , pour parvenir à quel
que chofe de raifonnable. Mille routes
conduifent à l'erreur , une feule mene a
la vérité ? Faut-il être furpris qu'on fe foit
mépris fi fouvent fur celle ci , & qu'elle
ait été découverte fi tard.
L'efprit humain étoit
embraffer d'abord la totalité des chofes
"Chacun de ces Philofophes ne voyoit qu '
ne face : ceux - là raffembloient les motifs
de douter; ceux - ci réduifoient tout en
dogmes : chacun d'eux avoit fon principe
favori , fon objet donninant auquel il rap
portoir toutes fes idées. Les uns faifoient
entrer la vertu dans la compofition du botheur
, qui étoit la fin de leurs recherches ;
les autres fe propofoient la vertu même,
comme leur unique objet , & fe flattoient
d'y rencontrer le bonheur. Il y en avoit qui
regardoient la folitude & la pauvreté, comme
l'afile des moeurs ; d'autres ufoient des
richeffes comme d'un inftrument de leur
félicité & de celle d'autrui quelques-ups
fréquentoient les Cours & les affemblées
publiques pour trendre leur fageffe utile
aux Rois & aux peuples . Un feul homme
LI
n'eft
DECEMBRE. 1751 . 49
;
n'eft pas tous ; un feul efprit , un feul
fyftême n'enferme pas toute la fcience
c'eft par la comparaifon des extrêmes
que l'on faifit enfin le jufte milieu ; c'eſt
par le combat des erreurs qui s'entredétruifent
,
t , que la vérité triomphe : ces diverfes
parties fe modifient , s'élévent & fe
perfectionnent mutuellement ; elles fe rapprochent
enfin pour former la chaîne des
vérités , les nuages fe diffipent , & la lumiere
de l'évidence fe leve.
Je ne diflimulerai cependant pas que les
Sciences ont rarement atteint l'objet qu'elles
s'étoient propofé ; la Métaphifique
vouloit connoître la nature des efprits , &
non moins utile , peut- être , elle n'a fait
que nous développer leurs opérations ; le
Phificien a entrepris l'Hiftoire de la Nature
, & n'a imaginé que des Romans
mais en pourfuivant un objet chimérique ,
combien n'a - t'il pas fait de découvertes
admirables ? La Chimie n'a pû nous donner
de l'or , & fa folie nous a valu d'autres miracles
dans fes analifes & fes mêlanges ; les
Sciences font donc utiles jufques dans leurs
écarts & leurs déréglemens ; il n'y a que
l'ignorance qui n'eft jamais bonne à rien :
peut-être ont - elles trop élevé leurs prétentions
. Les Anciens à cet égard paroilfoient
même plus fages que nous nous
1. Vol.
C
↓
50 MERCURE DE FRANCE.
avons la manie de vouloir procéder toujours
par démonftrations ; il n'y a fi petit
Profeffeur qui n'ait fes argumens & fes
dogmes , & par conféquent fes erreurs &
fes abfurdités . Cicéron & Platon traitoient
la Philofophie en diologues : Chacun des
Interlocuteurs faifoit valoir fon opinion ;
on difputoit , on cherchoit , & on ne ſe
piquoit point de prononcer ; rous n'avons
peut- être que trop écrit fur l'évidence
; elle eft plus propre à être fentie qu'à
être définie ; mais nous avons prefque
perdu l'Art de comparer les probabilités &
les vraisemblances , & de calculer le
degré de confentement qu'on leur doit.
Qu'il y a peu de chofes demontrées ! &
combien n'y en a t'il pas , qui ne font
probables ! Ce feroit rendre un grand fer
vice aux hommes que de donner une mé
thode pour l'opinion.
que
L'efprit de lyftême qui s'eft long-tems
attaché à des objets , où il ne pouvoit
prefque que nous égarer , devroit régler
l'acquifition , l'enchaînement & le progrés
de nos idées ; nous avons befoin
d'un ordre entre les diverfes Sciences ,
pour nous conduire des plus fimples aux
plus compofées , & parvenir ainfi à conftruire
une efpéce d'obfervatoire fpirituel ,
d'où nous puiflions contempler toutes nos
DECEMBRE 1751 .
St
Connoiffances ce qui eft le plus haut dégré
de l'esprit.
La plupart des Sciences ont été faites au
hafard ; chaque Auteur a fuivi l'idée qui
le dominoit fouvent fans fçavoir où elle
devoit le conduire ; un jour viendra où
tous les livres feront extraits & refondus ,
conformément à un certain fyftême qu'on
fe fera formé ; alors les efprits ne feront
plus de pas inutiles , hors de la route &
fouvent en arriere. Mais quel eft le genie
en état d'embraffer toutes les connoiffances
humaines , & de choifir, le meilleur ordre
pour les préfenter à l'efprit. Sommes- nous
affez avances pour cela ? Il eft du moins
glorieux de le tenter : la nouvelle Encyclopédie
doit former une époque mémorable
dans l'Hiftoire des Lettres.
Le Temple des Sciences eft un édifice
immenfe , qui nepeut s'achever que dans
la durée des fiécles . Le travail de chaque
homme eit de chofe dans un ouvrage
peu
fi vafte, mais le travail de chaque homme y
eft néceflaire ; le ruiffeau qui porte les eaux
à la Mer , doit- il s'arrêter dans fa courfe ,
en confidérant la petiteffe de fon tribut ?
quels éloges ne doit- on pas à ces hommes
généreux , qui ont percé & écrit pour la
pofterité ; ne bornons point nos idées á
notre vie propre ; étendons- les fur la
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
vie totale du genre humain ; méritons d'y
participer , & que l'inftant rapide où nous
aurons vecê , foit digne d'être marquée
dans fon Hiftoire .
Pour bien juger de l'élévation d'un Philofophe
, ou d'un homme de Lettres , au
deffus du commun des hommes , il ne
faut que confiderer le fort de leurs penfées
; celles de l'un utiles à la Société générale
, font immortelles , & confacrées
à l'admiration de tous les fiécles , tandis
que les autres voyent difparoître toutes
leurs idées avec le jour , la circonftance,
le moment qui les a vû naître ; chez
les trois quarts des hommes , lelendemain
efface la veille , fans qu'il en refte la moindre
trace .
.
Je ne parlerai point de l'aftrologie judiciaire
de la cabale , & de toutes les
Sciences , qu'on appelloit occultes ; elles
n'ont fervi qu'à prouver que la curiofité
eft un penchant invincible , & quand les
vrayes Sciences n'auroient fait que nous
délivrer de celles qui en ufurpoient fi
honteufement le nom , nous leur devrions
déjà beaucoup .
>
On nous oppoſe un jugement de Socra
te qui porta non fur les Sçavans ,
mais fur les Sophiftes, non fur les Sciences,
mais fur l'abusqu'on en peut faire : Socrate
DECEMBR E. 1751 . 53
$
étoit chef d'une Secte qui enfeignoit d
douter , & il cenfuroit avec juftice , l'orgüeil
de ceux qui prétendoient tout fçavoir.
Lavraie Science eft bien éloignée de
cette affectation.Socrate eft ici témoin contre
lui même ; le plus Sçavant des Grecs
ne rougiffoit point de fon ignorance. Les
Sciences n'ont donc pas leurs fources dans
nos vices ; elles ne font donc pas toutes
nées de l'orgueil humain ; déclamation
vaine , qui ne peut faire illufion qu'à des
efprits prévenus.
On demande , par exemple , ce que deviendroit
l'Hiftoire , s'il n'y avoit ni
Guerriers , ni Tyrans , ni Confpirateurs ,
je réponds , qu'elle feroit l'Hiftoire des
vertus des hommes . Je dirai plus ; fi les
hommes étoient tous vertueux , ils n'auroient
plus befoin , ni de Juges , ni de
Magiftrats , ni de Soldats. A quoi s'occuperoient-
ils : il ne leur refteroit que les
Sciences & les Arts . La contemplation
des chofes naturelles , l'exercice de l'efprit
font donc la plus noble & la plus pu
re fonction de l'homme .
Dire que les Sciences font nées de l'oifiveté
, c'eft abufer vifiblement des termes.
Elles naiffent du loifir , il eft vrai , mais
elles garantiflent de l'oifiveté . Le Citoyen
que fes beforns attachent à la charrue
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas plus occupé que le Geométre , ou
l'Anatomifte ; j'avoue que fon travail eſt
de premiere néceffité ; mais fous prétexte
que le pain eft néceffaire , faut-il que tout
le monde fe mette à labourer la terre , &
parce qu'il eft plus néceffaire que les Loix,
le Laboureur fera- t'il élevé au-deffus du
Magiftrat ou du Miniftre. Il n'y a point
d'abfurdités où de pareils principes ne
puffent nous conduire.
Il femble , nous dit - on , qu'on ait trop
de Laboureurs , & qu'on craigne de manquer
de Philofophes. Je demanderai à
mon tour , fi l'on craint que les profef
fions lucratives ne manquent de fujets
pour les exercer ; c'est bien mal connoître
l'empire de la cupidité ; tout nous jette
dès notre enfance dans les conditions utiles
; & quels préjugés n'a t'on pas à vaincre
, quel courage ne faut- il pas pour ofer
n'être qu'un Defcartes , un Newton , un
Locke ?
Sur quel fondement peut-on reprocher
aux Sciences d'être nuisibles aux qualités
morales quoi , l'exercice du raifonnement
qui nous a été donné pour guide ;
les Sciences Mathématiques qui en renfermant
tant d'utilités relatives à nos be
foins préfens , tiennent l'efprit fi éloigné
des idées , infpirées par les fens & par la
DECEMBRE. 1751 .
,
cupidité ; l'étude de l'antiquité , qui fait
partie de l'expérience. la premiere
fcience de l'homme ; les obfervations de
la Nature , fi néceffaires à la confervation
de notre être , & qui nous élevent jufqu'à
fon Auteur : toutes ces connoiffances contribueroient
à détruire les moeurs. Par.
quel prodige opéreroient- elles un effet fi
contraire aux objets qu'elles fe propofent ?
& on ofe traiter d'éducation infenfée
celle qui occupe la jeuneffe de tout ce qu'il
y a jamais eu de noble & d'utile dans l'efprit
des hommes : quoi , les Miniftres d'une
Religion pure & fainte , à qui la jeuneffe
eft ordinairement confiée parmi
nous , lui laifferoient ignorer les devoirs
de l'homme & du Citoyen ! Suffit- il d'avancer
une imputation fi injufte , pour la
perfuader ? On prétend nous faire regretter
l'éducation des Perfes ; cette éducation
fondée fur des principes barbares , qui
donnoit un Gouverneur pour apprendre à
ne rien craindre ; un autre pour -la tempérance
, un autre enfin , pour enfeigner à
ne point mentir comme fieles vertus
étoient divifées , & devoient former chacune
un art féparé : la vertu eft un être
unique , indivifible ; il s'agit de l'infpirer ,
non de l'enfeigner , d'en faire aimer la
pratique , & non d'en démontrer la théorie
.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
On fe livre enfuite à de nouvelles dé
clamations contre les Arts & les Sciences,
fous prétexte que le luxe va rarement fans.
elles , & qu'elles ne vont jamais fans lui .
Quand j'accorderois cette propofition ,
que pourroit-on en conclure ? La plupart
des Sciences me paroiffent d'abord parfai
tement défintéreffées dans cette prétendue
objection ; le Geométre , l'Aftronome , le
Phyficien ne font pas fufpects affurément.
A l'égard des Arts , s'ils ont en effet quel
que rapport avec le luxe , c'eſt un côté
louable de ce luxe même , contre lequel
on déclame tant , fans le bien connoître .
Quoique cette queftion doive être regar
dée , comme étrangere à mon fujet , je ne
puis m'empêcher de dire , que tant qu'on
ne voudra raifonner fur cette matiere que
par comparaifon du paffé au préfent , on
en tirera lesplus mauvaifes conféquencesdu
monde. Lorsque les hommes marchoient
tout nuds , celui qui s'avifa le premier de
porter des fabots , paffa pour un voluptueux
; de fiécle en fiécle , on n'a jamais
ceffé de crier à la corruption , fans comprendre
ce qu'on vouloit dire : le préjugé
toujours vaincu , renaifloit fidélement, à
chaque nouveauté .
T
Le commerce & le luxe font devenus
les liens des Nations. La terre avant eux
DECEMBRE. 1751. 37
n'étoit qu'un champ de bataille , la guerre
un brigandage , & les hommes des barbares
, qui ne fe croyoient nés que pour s'af
fervir , fe piller , & fe maffacrer mutuellement
: tels étoient ces fiécles anciens que
F'on veut nous faire regretter.
>
La terre ne fuffifoit ni à la nourriture ;
ni au travail de fes habitans ; les fujets de--
venoient à charge à l'Etat , fitôt qu'ils
étoient défarmés , il falloit les ramener à
lå guerre pour le foulager d'un poids in--
commode. Ces émigrations effroyables
des peuples du Nord , la honte de l'huma
nité qui détruifirent l'Empire Romain , &.
qui défolerent le neaviéme fiécle n'avoient
d'autres fources que la mifére d'un
peuple oifif : au défaut de l'égalité des .
biens , qui a été long - tems la chimére de
la politique , & qui eft impoffible dans
les grands Etats , le luxe feul peut nourrir
& occuper les fujets. Ils ne deviennent pas
moins utiles dans la paix que dans la guer--
re ; leur induftrie fert autant que leur cou--
rage . Le travail du pauvre eft payé du ſuperflu
du riche. Tous les ordres des Citoyens
s'attachent au Gouvernement pars
les avantages qu'ils en retirent.
Tandis qu'un petit nombre d'hommest
jouit avec modération , de ce qu'on nome
luxe , & qu'un nombre infiniment plus
58 MERCURE DE FRANCE.
pétit enen abufe , parce qu'il faut que les
hommes abufent de tout , il fait l'efpoir ,
l'émulation & la fubfiftance d'un million
de Citoyens , qui languiroienr fans lui
dans les horreurs de la mendicité. Tel eft
en France l'état de la Capitale. Parcourez
les Provinces , les proportions y font encore
plus favorables. Vous y trouverez,
peu d'excès ; le néceffaire , commode aſſez,
rare , l'Artifan & le Laboureur , c'est-àdire
, le Corps de la Nation , borné à la
fimple exiftence ; enforte qu'on peut regarder
le luxe , comme une humeur jettée
fur une très- petite partie du Corps politique
, qui fait la force & la fanté du
refte .
le
Mais , nous dit- on , les Arts amolliffent
courage ; on cite quelques peuples lettrés
, qui ont été peu belliqueux , tels
que l'ancienne Egypte , les Chinois , &
les Italiens modernes; quelle injuftice d'en
accufer les Sciences ! Il feroit trop long
d'en rechercher ici les caufes. Il fufira de
citer pour l'honneur des Lettres , l'exemple
des Grecs & des Romains , de l'Eſpagne
,de l'Angleterre & de la France , c'eftà
dire , des Nations les plus guerrieres , &
les plus fçavantes .
Des Barbares ont fait de grandes conquêtes
, c'eft, qu'ils étoient très injuftes
1
DECEMBRE. 1751. 59
ils ont vaincu quelquefois des peuples policés
: J'en conclurai , fi l'on veut , qu'un
peuple n'eft pas invincible pour être fçavant.
A toutes ces révolutions , j'oppoferai
feulement la plus vafte , & la plus facile
conquête qui ait jamais été faite ; c'eſt
celle de l'Amérique que les Arts & les
Sciences de l'Europe ont fubjuguée avec
une poignée de foldats , preuve fans réplique
, de la difference qu'elles peuvent
mettre entre les hommes.
J'ajouterai que , c'est enfin une barbarie
paffée de mode , de fuppofer
que les hom
mes ne font nés que pour le détruire
: les
talens & les vertus militaires
méritent
fans doute un rang diftingué
dans l'ordre
de la néceffiré. Mais la Philofophie
a épuré
nos idées fur la gloire ; l'ambition
des
Rois n'eft à fes yeux que le plus monſtrueux
des crimes : graces aux vertus du
Prince qui nous gouverne
, nous ofons célébrer
la modération
& l'humanité
.
Que quelques Nations au fein de l'ignorance
, ayant eu des idées de la gloire &
de la vertu , ce font des exceptions fi fingulieres
, qu'elles ne peuvent former aucun
préjugé contre les Sciences : pour
nous en convaincre , jettons les yeux
fur l'immenfe continent de l'Afrique ,
où nul mortel n'eft affez hardi pour
C vi
60 MERCURE DE FRANCE.
pénétrer , ou affez heureux pour l'avoir
tenté impunément. Un bras de mer fépare
à peine les Contrées fçavantes & heureufes
de l'Europe , de ces régions funel
tes , où l'homme eft ennemi né de l'homme
, où les Souverains ne font que les affaffins
privilégiés d'un peuple efclave.
D'où naiffent ces differences fi prodigieufes
entre des climats fi voisins , oùfont ces
beaux rivages que l'on nous peint parés
par les mains de la Nature ? l'Amérique
ne nous offre pas des fpectacles moins
honteux pour l'efpéce humaine . Pour un
peuple vertueux dans l'ignorance , on en
comptera cent barbares ou fauvages. Par
tout je vois l'ignorance enfanter l'erreur ,
les préjugés , les violences , les paffions
& les crimes. La terre abandonnée fans
culture , n'eft point oifive ; elle produit
des épines & des poifons , elle nourrit des
montres.
J'admire les Brutus , les Décius , les Lu
créce , les Virginius , les Scévola ; mais .
j'admirerai plus encore un Etat puiffant &
bien gouverné , où les Citoyens ne feront
point condamnés à des vertus fi cruelles .
Cincinnatus Vainqueur , retournoit àfa
charrue ; dans un hécle plus heureux ,
Scipion triomphant revenoit goûter avec
Lélius & Térence , les charmes de la PhiDECEMBRE.
1751. 65
"
lofophie & des Lettres , & ceux de l'amitié
plus précieux encore. Nous célébrons
Fabricius , qui avec fes raves cuites fous
la cendre , méprife l'or de Pyrrhus ; mais
Titus , dans la fomptuofité de fes Palais
mefurant fon bonheur , fur celui qu'il
procure au monde par fes bienfaits , &
par fes loix , devient le Héros de mon
coeur au lieu de cet antique héroifme fuperftitieux
, ruftique ou barbace , que j'ad,
mirois en frémiffant ; j'adore une vertu
éclairée , heureuſe & bienfaifante ; l'idée
de mon exiftence s'embellit : j'apprends
honorer & à chérir l'humanité.
Qui pourroit être affez aveugle , ou affezinjufte
, pour n'être pas frappé de ces
differences ? Le plus beau fpectacle de la,
Nature , c'eft Funion de la vertu & du
bonheur , les Sciences & les Arts peuvent
feuls élever la raifon à cet accord fublime..
C'eft de leur fecours qu'elle emprunte des
forces pour vaincre les paffions, des lumicres
pour diffiper leurs preftiges , de l'éle--
vation pour apprécier leur petiteffe , des
attraits enfin & des dédommagemens pour
fe diftraire de leurs féductions.
On a dit que le crime n'étoit qu'un
faux jugement . Les Sciences , dont le
* Confidérations fur les moeurs,
62 MERCURE DE FRANCE.
premier objet eft l'exercice & la perfection
du raisonnement , font donc les gui
des les plus affurés des moeurs. L'innocen
ce fans principes & fans lumieres , n'eft
qu'une qualité de tempéramment , auffi
fragile que lui. La fageffe éclairée con
noît les ennemis & fes forces. Au moyen
de fon point de vue fixe , elle purifie les
biens matériels , & en extrait le bonheur :
elle fçait tour à tour s'abstenir & jouir
dans les bornes qu'elle s'eft preferites.
Il n'eft pas plus difficile de faire voir
P'utilité des Arts pour la perfection des
mours. On comptera les abus que les pafhions
en ont fait quelquefois , mais qui
pourra compter les biens qu'ils ont produits
?
Otez les Arts du monde : que reste-t'il
les exercices du corps & les paffions. L'efprit
n'eft plus qu'un agent matériel , ou
l'inftrument du vice . On ne fe délivre de
fes paffions que par des goûts ; les Arts
font néceffaires à une Nation heureufe:s'ils
font l'occafion de quelques défordres, n'en
accufons que l'imperfection même de notre
nature : de quoi n'abufe-t'elle pas ? Ils ont
donné l'être aux plaifirs de l'ame , les feuls
qui foient dignes de nous ; nous devons
à leurs féductions utiles l'amour de la vé
sité & des vertus , que la plupart des homDECEMBRE.
1751. 63
mes auroient haïes & redoutées , fi elles
n'euffent été parées de leurs mains.
C'eft à tort qu'on affecte de regarder
leurs productions comme frivoles. La
Sculpture , la Peinture flattent la tendrefe
, confolent les regrets , immortalifent
les vertus & les talens ; elles font des
fources vivantes de l'émulation ; Céfar
verfoit des larmes en contemplant la ftatue.
d'Alexandre..
;
L'harmonie a fur nous des droits maturels
, que nous voudrions envain méconnoître
la Fable a dit , qu'elle arrêtoit le
cours des flots. Elle fait plus ; elle fufpend
la penfée , elle calme nos agitations , &
nos troubles les plus cruels ; elle anime la
valeur , & préfide aux plaifirs .
Ne femble- t'il pas que la divine Poëfie
ait dérobé le feu du Ciel pour animer tou
te la nature quelle ame peut être inacceffible
à fa touchante magie elle adoucit
le maintien fevére de la vérité , ellefait
fourire la fageffe ; les chef d'oeuvres
du Théatre doivent être confidérés comme
de fçavantes expériences du coeur humain.
C'eft aux Arts enfin que nous devons
le beau choix des idées , les graces de l'ef
prit & l'enjouement ingénieux qui font
les charmes de la fociété ; ils ont doré les
64 MERCURE DE FRANCE.
liens qui nous uniffent , orné la fcéne du
monde , & multiplié les bienfaits de la
Nature.
Sur les avantages des Sciences & des Arts
prononcé dans l'affembléepublique de l'Adémie
des Sicences & Belles- Lettres de
Lyon , le 22 Juin 175 1 .
N eft défabulé depuis long- tems de
la chimére de l'âge d'or : par tout la
Barbarie a précédé l'établiſſement des Sociétés
; c'eft une vérité prouvée par les
annales de tous les Peuples., Partout les
befoins & les crimes forcerent les hommes
à fe réunir , à s'impofer des loix , à s'enfermer
dans des ramparts . Les premiers
Dieux & les premiers Rois furent des bienfaicteurs
ou des tyrans ; la reconnoiffance
& la crainte éleverent les Trônes & les Autels.
La fuperftition & le defpotifine vin →
rent alors couvrir la face de la terre de
nouveaux malheurs , de nouveaux crimes
fuccéderent , les révolutions fe multipliérent
.
A travers ce vafte fpectacle des paffions
& des miferes des hommes , nous appercevons
à peine quelques contrées plus fages
& plus heureufes . Tandis que la plus grande
partie du monde étoit inconnte , que l'au
I Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
j
rope étoit fauvage , & l'Afie efclave , la 8
Gréce penfa & s'éleva par l'efprit à tout ce d
qui peut rendre un peuple recommandable:
Des Philofophes formerent fes moeurs &
Jui donnerent des loix.
Si l'on refufe d'ajouter foi aux traditions
qui nous difent que les Orphées & les
Amphions attirerent les hommes du fond
des forêts par la douceur de leurs chants ,
on eft forcé par l'hiftoire , de convenir
que cette heureufe révolution eft due aux
Arts utiles & aux Sciences . Quels hommes
étoient-ce que ces premiers Légiflareurs de
la Gréce peut- on nier qu'ils ne fuffent les
plus vertueux & les plus fçavans de leur
fécle ; ils avoient acquis tour ce que l'étude
& la réflexion peuvent donner de
lumiere à l'efprit , & ils y avoient joint
les fecours de l'expérience par les voyages
qu'ils avoient entrepris en Créte , en
Egypte , chez toutes les Nations où ils
avoient cru trouver à s'inftruire..
Tandis qu'ils établiffoient leurs divers
Giftèmes de politique , par qui les paffions
particulieres devenoient le plusfür inftru
ment du bien public , & qui faifoient germer
la vertu du fein même de l'amour
propre , d'autres Philofophes écrivoient
fur la morale , remontoient aux premiers
principes des chofes , obfervoient la naOCTOBRE.
1751. 27
ture & fes effets. La gloire de l'efprit &
celle des armes avançoient d'un pas égal ;
les fages & les héros naifoient en foule ;
à côté des Miltiades & des Thémistocles ,
on trouvoit les Ariftides & les Socrates.
La fuperbe Afie vit brifer fes forces innombrables
, contre une poignée d'hommes
que la Philofophie conduifoit à la gloire.
Tel eft l'infaillible effet des connoiffances
de l'efprit : les moeurs & les loix font la
feule fource du véritable héroisme . En un
mot la Gréce dur tout aux fciences , & le
refte du monde dut tout à la Grèce.
Oppofera t'on à ce brillant tableau les
maurs groffieres des Perfes & des Scithes ?
j'admirerai , fi l'on veut , des Peuples qui
paffent leur vie à la guerre ou dans les
bois , qui couchent fur la terre , & vivent
de légumes. Mais eft- ce parmi eux qu'on
ira chercher le bonheur quel fpectacle.
nous prefenteroit le genre humain , com-
"pofé uniquement de Laboureurs , de Soldats
, de Chaffeurs & de Bergers : faut- il
donc pour être digne du nom d'homme
vivre comme les lions & les ours ? érigera-
t'on en vertus , les facultés de l'inftint,
pour fe nourrir , fe perpétuer & ſe deffendre
? je ne vois là que des vertus animales ,
peu conformes à la dignité de notre être ;
P
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
le corps eft exercé , mais l'ame efclave ne
fait que ramper & languir.
Les Perfes n'eurent pas plutôt fait la
conquête de l'Afie , qu'ils perdirent leurs
moeurs , les Scithes dégénérerent auffi quoique
plus tard; des vertus & fauvages font
trop contraires à l'humanité , pour être
durables ; fe priver de tout & ne défirer
rien eft un état trop violent ; une igno
rance fi groffiere ne fçauroit être qu'un
état de paffage. Il n'y a que la ftupidité &
la mifere qui puiffe y affujettir les hommes.
Sparte , ce phénoméne politique , cette
republique de foldats vertueux , eft le feal
peuple qui ait eu la gloire d'être pauvre
par inftitution & par choix . Ses loix fi
admirées avoient pourtant de grands défauts.
La dureté des maîtres & des peres ,
l'expofition des enfans , le vol autorifé , la
pudeur violée dans l'éducation & les mariages
, une oifiveté éternelle , les exer
cices du corps recommandés uniquement ,
ceux de l'efprit profcrits & méprilés , l'aul
térité & la férocité des moeurs qui en
étoient la fuite , & qui aliénerent bientôt
Le tous les alliés de la république, font déja
d'affez juftes reproches , peut- être ne bor
netoient-ils pas là , i les particularités de
DECEMBRE . 175129
fon hiftoire interieure nous étoient mieux
connues elle fe St une vertu artificielle en
fe privant de l'ufage de l'or mais que devenoient
les vertus de fes Citoyens , fitot
qu'ils s'éloignoient de leur patrie ? Lyfandre
& Paufanias n'en furent que plus aifés
àcorrompre ; cette Nation qui ne refpiroit
que la guerre , s'eft elle fait une
gloire plus grande dans les armes que fa
rivale , qui avoit réuni toutes les fortes
de gloire . Athénes ne fut pas moins guerriére
que Sparte ; elle fut de plus fçavante ,
ingénieufe & magnifique , elle enfanta
tous les arts & tous les talens , & dans le
fein même de la corruption qu'on lui reproche
, elle donna le jour au plus fage des
Grecs . Après avoir été plufieurs fois far le
point de vaincre , elle fut vaincue , il eft
vrai ,& il eftfurprenant qu'elle ne l'eût pas
été plutôt, puifque l'Atrique étoit un pays
tout ouvert , & qui ne pouvoit fe deffendre
que par une très grande fupériorité de
fuccès. La gloire des Lacédemoniens fut
peu folide , la profpérité corrompit leurs
inftitutions trop bifarres pour pouvoir - fe ,
conferver long- tems , la fiére Sparte perdit
fes moeurs comme la fçavante Athénes.
Elle ne fit plus rien depuis qui fûc
digne de fa réputation , & tandis que les
Athéniens & plufieurs autres Villes lut-
Biij
to
MERCURE DE FRANCE .
toient contre la Macédoine pour la liberté
de la Gréce , Sparte feule languiffoit dans
le repos , & voyoit préparer de loin fa
deftruction , fans fonger à la prévenir.
Mais enfin je fuppofe que tous les états
dont laGréce étoit compofée , euffent fuivi
les mêmes loix que Sparte , que nous ref
teroit-il de cette contrée fi célébre à peine
fon nom feroit parvenu jufqu'à nous. Elle
auroit dédaigné de former des hiftoriens ,
pour
tranfmettre la gloire à la postérité ,
le fpectacle de fes farouches vertus eût été
perdu pour nous , il nous feroit indifferent
par conféquent qu'elles euffent exiité ou
non.Ces nombreux fiftêmes de Philofophic
qui ont épuifé toutes les combinaiſons
poffibles de nos idées , & qui , s'ils n'ont
pas étendu beaucoup les limites de notre
efprit , nous ont appris du moins où elles
étoient fixées . Ces chefs-d'oeuvres d'éloquence
& de Poësie qui nous ont enfeigné
toutes les routes du coeur , les Arts utiles
ou agréables , qui confervent ou embelliffent
la vie. Enfin l'ineftimable tradition
des penfées & des actions de tous les grands
hommes , qui ont fait la gloire ou le bonheur
de leurs pareils : toutes ces précieuſes
richeffes de l'efprit euffent été perdues
pour jamais. Les fiécles fe feroient accumulés
, les générations des hommes fe leDECEMBRE.
1751. 37
roient fuccédé comme celles des animaux ,
fans aucun fruit pour leur poftérité , &
n'auroienr laiffé après elles qu'un fouvenir
confus de leur exiſtence ; le monde auroit
vieilli , & les hommes feroient demeurés
dans une enfance éternelle.
Que prétendent enfin les ennemis de la
fcience quoi , le don de penfer feroit un
préfent funefte de la divinité : les connoiffances
& les moeurs feroient incompati
bles la vertu feroit un vain fantôme
produit par un inftinct aveugle , & le flambeau
de la raifon la feroit évanouir en
voulant l'éclaircir ? quelle étrange idée
voudroit-on nous donner & de la raifon &
de la vertu ?
Comment prouve- t'on de fi bifarres
paradoxes on objecte que les Sciences &
les Arts ont porté un coup mortel aux
moeurs anciennes , aux inftitutions primitives
des états , on cite pour exemple ,
Athénes & Rome. Euripide & Demoſ.
théne , ont vû Athénes livrée aux Spartiates
& aux Macédoniens ; Horace , Virgile
& Cicéron ont été contemporains de
la ruine de la liberté Romaine , les uns &
les autres ont été témoins des malheurs de
leur Pays ; ils en ont donc été la cauſe .
Conféquence peu fondée , puifqu'on ca
B 111j
3 MERCURE DE FRANCE .
pourroit dire autant de Socrate & de
Caton .
En accordant que l'altération des Loix
& la corruption des moeurs ayent beaucoup
infué fur ces grands événemens , me
forcera - t'on de convenir que les Sciences
& les Arts y ayent contribué la corrup
tion fuit de près la profpérité , les fciences
font pour l'ordinaire leurs plus rapides
progrès dans le même tems , des chofes ft
diverfes peuvent naître enfemble & fe
rencontrer , mais c'eft fans aucune relation
entr'elles de caufe & d'effet.
Athénes & Rome étoient petites & pauvres
dans leurs
commencemens , tous leurs
Cytoyens étoient Soldats , toutes leurs
vertus étoient néceffaires , les occafions
même de corrompre leurs moeurs n'éxiftoient
pas. Peu après elles acquirent des
richeffes & de la puiffance . Une partie des
Citoyens ne fut plus employée à la guer
re ; on apprit à jouir & à penfer. Dans le
fein de leur opulence ou de leur loifit , les
uns
perfectionnerent le luxe , qui fait la
plus ordinaire occupation des gens heureux
; d'autres ayant reçû de la nature de
plus favorables
difpofitions , étendirent
les limites de l'efprit , & créérentune gloi
re nouvelle .
DECEMBRE
33 1751
Ainfi tandis que les uns par le fpectacle .
des richeffes & des voluptés , prophanoient
les Loix & les moeurs , les autres allumoient
le flambeau de la Philofophie &
des Arts , inftruifoient ou célébroient les
vertus , & donnoient naiffance à ces noms
fi chers , aux gens qui fçavent penfer',
l'atticifme & l'urbanité: des occupations ſi
oppofées peuvent elles donc mériter les
mêmes qualifications , pouvoient - elles
produire les mêmes effets .
Je ne nierai pas que la corruption générale
ne fe foit répandue quelquefois jufques
fur les lettres , & qu'elle n'ait produit
des excès dangereux ; mais doit- on
confondre la noble deftination des fcien
ces avec l'abus criminel qu'on en a pût
faire? mettra- t'on dans la balance quelques
épigrammes de Catulle ou de Martial cons
tre les nombreux volumes Philofophiques,
politiques & moraux de Cicéron , contre
le fage Poëme de Virgile ?
Dailleurs les ouvrages licentieux font
ordinairement le fruir de l'imagination ,
& non celui de la fcience & du travail, Les
hommes dans tous les tems & dans tous
les Pays ont eu des paffions ; ils les ont
chantées : la France avoir des Romanciers
& des Troubadours , long - tems avant
qu'elle eût des Sçavans & des Philofophess
B.Y
34 MERCURE DE FRANCE .
En fuppofant donc que les Sciences & les
Arts cuffent été étouffés dans leur berceau
, toutes les idées infpirées par les
paffions n'en auroient pas moins été réali
Tées en Profe & en Vers , avec cette diff
ference , que nous aurions eû de moins
tout ce que les Philofophes , les Poëtes &
les Hiftoriens ont fait pour nous plaire ou
pour nous inftruire. }
Athénes fut enfin forcée de céder à la
fortune de la Macedoine , mais elle ne céda
qu'avec l'univers. C'étoit un torrent ca
pide qui entrainoit tour , & c'eft perdre
le tems que de chercher des caufes particu
lieres , où l'on voit une force fupérieure
marquée.
Rome , maitreffe du monde , ne trou
voit plus d'ennemis ; il s'en forma dans
fon fein . Sa grandeur fit fa perte. Les Loix
d'une petite Ville n'étoient pas faites pour
gouverner le monde entier : elles avoient
pû fuffire contre les factions des Manlius ,
des Caffius & des Gracques : elles.fuccomberent
fous les Armées de Silla , de Céfar
& d'Octave ; Rome perdit fa liberté , mais
elle conferva fa puiffance . Opprimée pat
Les Soldats qu'elle payoit , elle étoit encore
la terreur des Nations. Ses tyrans éroient
our à tour déclarés peres de la patrie &
malfacrés. Un monftre indigne du noma
TOULS
C
DECEMBRE. 17'Sr. 35
d'homme , fe faifoit proclamer Empereur ,
& l'Augufte Corps du Sénat n'avoit plus
d'autres fonctions que celle de le mettre
au rang des Dieux . Etranges alternatives
d'efclavage & de tyrannie ,mais telles qu'on
les a vûes dans tous les états où la milice
difpofoit du thrône : enfin de nombreuſes
irruptions de Barbares vinrent renverser &
fouler aux pieds ce vieux coloffe ébranlé de
toutes parts , & de fes débris fe formerent
tous les empires qui ont fubfifté depuis.
Ces fanglantes révolutions ont elles
donc quelque chofe de commun avec les
progrès des lettres partout je vois des
caules purement politiques. Si Rome eut
encore quelques beaux jours , ce fut lous
des Empereurs Philofophes . Seneque a - t'il
donc été le corrupteur de Néron ? eft- ce
l'étude de la Philofophie & des Arts qui
fit autant de monftres , des Caligula , des
Domitien , des Heliogabale ? les lettres
qui s'étoient élevées avec la gloire de
Kome , ne tomberent elles pas fous ces
régnes cruels elles s'affoiblirent ainfi pas
degrés avec le vafte empire , auquel la def
tinée du monde fembloit être attachée.
Leurs ruines furent communes , & l'ignorance
envahit l'univers une feconde fois
avec laBarbarie & la fervitude de fes com
pagnes fidéles.
Bvi
36 MERCURE DE FRANCE.
Difons donc que les Mules aiment la
liberté , la gloire & le bonheut. Partout
je les vois prodiguer leurs bienfaits fur les
Nations , au moment où elles font le plus
floriffantes. Elles n'ont plus redouté les
glaces de la Ruffie , fitôt qu'elles ont été
attirées dans ce puiffant Empire par le Héros
fingulier, qui en a été pour ainfi dire
le créateur : le Législateur de Berlin , le
conquérant de la Silefie , les fixe aujour
d'hui dans le Nord de l'Allemagne , qu'el
les font retentir de leurs chants.
S'il eft arrivé quelquefois que la gloire
des Empires n'a pas furvécu long tems
celle des lettres , c'eft qu'elle étoit à fon
comble , lorfque les lettres ont été cultiées
, & que le fort des chofes humaines.
eft de ne pas durer long- tenis dans le même
état . Mais bien loin que les fciences y con
tribuent , elles périffent infailliblement
frappées des mêmes coups , en forte que
l'on
peut
obferver
que que les progrès
des lettres
& leur déclin font ordinairement dans
une jufte proportion avec la fortune &
Pabbaiffement des Empires.
Cette vérité fe confirme encore par l'expérience
des derniers tems. L'efprit hu
main après une éclipfe de plufieurs fiéces ,
fembla s'éveiller d'un profond fommeil .
Unfouilla dans les cendres antiques , &
NOVEMBRE 1751 37-
le feu facré fe ralluma de toutes parts.
Nous devons encore aux Grecs cette feconde
génération des fciences. Mais dans
quel rems reprirent- elles cette nouvelle
vie ? ce fut lorfque l'Europe après tant de -
convulfions violentes , cut enfin pris une
pofition affurée , & une forme plus heu
reufe.
:
Ici fe développe un nouvel ordre de
chofes. Il ne s'agit plus de ces petits Royau
mes domeftiques , renfermés dans l'enceinte
d'une Ville de les Peuples con :
damnés à combattre pour leurs héritages &
leurs maifons , tremblans fans ceffe pour
une patrie toujours prête à leur échaper.
C'eft une Monarchie . vafte & puiffante ,
combinée dans toutes fes parties par une
légiflation profonde : tandis que cent mille
foldats combattent gayement pour la fureté
de l'état , vingt millions de Citoyens heu
reux & tranquilles , occupés à fa pofpérité
intéticure , cultivent fans allarmes les im
menfes campagnes , font fleurir les Loix ,
le commerce , les Arts & les Lettres dans
T'enceinte des Villes : toutes les profelfions
diverfes , appliquées uniquement à
leur objet , font maintenues
dans un jufte
équilibre , & dirigées au bien général par
la main puillante qui les conduit & les
anime . Telle est la foible image du beau
oup
38 MERCURE DE FRANCE.
régne de Louis XIV . & de celui fous le
quel nous avons le bonheur de vivre : la
France riche , guerriere & fçavante , eft
devenue le modéle & l'arbitre de l'Europe;
elle fçait vaincre & chanter fes victoires :
fes Philofophes mefurent la Terre , & fon
Roi la pacific.
Qui ofera foutenir que le courage des
François ait dégeneré depuis qu'ils ont
cultivé les Lettres dans quel fiécle a t'il
éclaté plus glorieufement qu'à Montalban ,
Lawfelt , & dans tant d'autres occafions
que je pourrois citer ont-ils jamais fait
paroître plus de conftance que dans les
retraites de Prague &. de Baviere ? qu'y
a- t'il enfin de fupérieur dans l'antiquité au
fiége de Bergopfom , & à ces braves grena
diers renouvellés tant de fois , qui vo
loient avec ardeur aux mêmes poftes , où
ils venoient de voir foudroyer ou englou
tir les Héros qui les précédoient.
Envain veut- on nous perfuader que le
rétabliffement des Sciences a gâté les
moeurs . On eft d'abord obligé de convenir
que les vices groffiers de nos ancêtres font
prefqu'entierement profcrits parmi nous..
C'eſt déja un grand avantage pour la
caufe des Lettres , que cet aveu qu'on eſt
forcé de faire. En effet les débauches , les
querelles & les combats qui en étoient les,
DECEMBRE. 175 1. 39
faites , les violences des Grands , la tyran
nie des péres , la bizarrerie de la vieilleffe ,
les égaremens impétueux des jeunes gens ,
tous ces excès fi communs autrefois , fu--
neftes effets de l'ignorance & de l'oifiveté ,.
n'éxiftent plus depuis que nos moeurs ont
été adoucies par les connoiffances dont .
tous les efprits font occupés ou amufés..
On nous reproche des vices rafinés &.
délicats ; c'eft que partout
que partout où il y a des
hommes , il y aura des vices ; mais les
voiles ou la parure dont ils fe couvrent
font du moins l'aveu de leur honte , & un
témoignage du refpect public pour la
vertu .
S'il y a des modes de folie , dë ridicule
& de corruption , elles ne fe trouvent que
dans la Capitale feulement , & ce n'eft
même que dans un tourbillon d'hommesperdus
par les richeffes & l'oifiveté. Les
Provinces entieres & la plus grande partic
de Paris , ignorent ces excès , ou ne les
connoiffent que de nom. Jugera- t'on tou
te la Nation fur les travers d'un petit nombre
d'hommes ? Des écrits ingénieux réclament
cependant contre ces abus ; la
corruption ne jouit de fes prétendus fuccès
que dans des têtes ignorantes ; les Sciences
& les Lettres ne ceffent point de dépofer
contre elle ; la morale la démafque , to
40 MERCURE DE FRANCE.
Philofophie humilie fes petits triomphes ,
la Comedie , la Satyre , l'Epigrame la per
cent de mille traits.
Les bons Livres font la feule défenfe des
efprits foibles, c'eft- à- dire, des trois quarts
des hommes contre la contagion de
T'exemple. Il n'appartient qu'à eux de conferver
fidelement le dépôt des moeurs.
Nos excellens ouvrages de morale furvivront
éternellement à cest brochures li
centieufes , qui difparoiffent rapidement
avec le goût de mode qui les a fait naî
tre. C'eft outrager injuftement les Sciences
& les Arts , que de leur imputer ces pro
ductions honteufes. L'efprit feul échauffé
par les - paffions fuffit pour les enfanter.
Les Sçavans, des Philofophes , les grands
Orateurs & les grands Poëtes , bien loin
d'en être les auteurs , les méprifent ,
ou même ignorent leur existence ; il y
a plus , dans le nombre infini des grands
Ecrivains en tout genre , qui ont illuftré
le dernier Regne , à peine en trouve - t'on
deux ou trois qui ayent abufé de leurs ta
lens. Quelle proportion entre les reproches
qu'on peut leur faire , & les avanta
ges immortels que le genre humain a re
tiré des Sciences cultivées des Ecrivains.
la plupart obfcurs , fe font jettés de nos
jours dans de plus grands 'excès ; heureu
DECEMBRE. 175. 41
fement cette corruption a peu duré ; elle
paroit prefque entiérement éteintecu puifee.
Mais c'étoit une faire particuliére du
gout leger & frivole de notre Nation ;
l'Angleterre & l'Italie n'ont point de femblables
reproches à faire aux Lettres.
Je pourrois me difpenfer de parler du
luxe, puifqu'il nait immédiatement des-richeffes
& non des Sciences & des Arts . Et .
quel rapport peut avoir avec les Lettres .
le luxe du fafte & de la moleffe qui eft ie
feul que la morale puiffe condamner ou
reftraindre ?
Il eft à la vérité , une forte de luxe ingénieux
& fçavant qui anime les Arts &
les éleve à la perfection . C'est lui qui mul
tiplie les productions de la Peinture , de la
Sculpture & de la Mufique . Les chofes les
plus louables en-elles mêmes doivent avoir
leurs bornes ; & une Nation feroit juftement
méprifée , qui pour augmenter le
nombre des Peintres & des Muficiens , fe
laifferoit manquer de Laboureurs & de:
Soldats .Mais lorsque les armées font com.
plettes , & la terre cultivée , à quoi employer
le loifir du refte des Citoyens ; je
ne vois pas pourquoi ils ne pourroient pas.
fe donner des Tableaux , des Statues & des
Spectacles.
Vouloir rappeller les grands Etats aux.
42 MERCURE DE FRANCE.
petites vertus des petites Républiques
c'eft vouloir contraindre un homme fort
& robufte à bégayer dans un berceau ; c'é
toir la folie de Caton avec l'humeur &
les préjugés héréditaires dans fa famille ,
il déclama toute la vie , combatit & mourut
enfin fans avoir rien fait d'utile
pour
fa Patrie. Les Anciens Romains labou
roient d'une main & combattoient de l'autre.
C'étoient de grands hommes , je le
crois , quoiqu'ils nnee ffiiffffeenntt que de petites
chofes : ils le confacroient tout entiers à
leur Patrie , parcequ'elle étoit éternel
lement en danger. Dans ces premiers
tems on ne fçavoit qu'exifter ; la tempé
rance & le courage ne pouvoient être de
vrayes vertus ce n'étoit que des qualités
forcées : on étoit alors dans une impoffibi
lité phifique d'être voluptueux , & qui
vouloit être lâche, devoit fe réfoudre à être
efclave, Les Etats s'accrûrent : l'inégalité
des biens s'introduifit néceffairement : un
Proconful d'Afie pouvoit- il être auffi pauvre
,. que ces Confuls anciens- demi-Bourgeois
& demi-Payfans , qui ravageoient
un jour les champs des Fidénates, & revenoient
le lendemain cultiver les leurs ?
Les circonstances feules ont fair ces diffe .
rences ; la pauvreté ni la richeffe ne font
point la vertu , elle eft uniquement dans
:
ECO
DECEMBRE. 1751. 43.
le bon ou le mauvais ufage des biens ou
des maux que nous avons reçûs de la Natu
re & de la fortune .
Après avoir juftifié les Lettres fur l'article
du luxe , il me reste à faire voir que
la politeffe qu'elles ont introduit dans nos
moeurs , eft un des plus utiles préfens
qu'elles puffent faire aux hommes ; fuppofons
que la policeffe n'est qu'un maſque
trompeur qui voile tous les vices , c'eſt
préfenter l'exception au lieu de la regle
& l'abus de la chofe à la place de la chofe
même..
?
Mais que deviendront ces accufations
fi la politeffe n'eft en effet que l'expreffion
d'une ame douce & bienfaifante : L'habitude
d'une fi louable imitation feroit feule
capable de nous élever juſqu'à la vertu
même ; tel eft le mépris de la coutume ;
nous devenons enfin ce que nous feignons.
d'être ; il entre dans la politeffe des moeurs,
plus de Philofophie qu'on ne penfe ; elle
refpecte le nom & la qualité d'homme ;.
elle feule conferve entr'eux une forte d'é
galité fictive , foible , mais précieux refte
de leur ancien droit naturel. Entreégaux
, elle devient la médiatrice de
leur amour propre ; elle eft le facrifice
perpétuel de l'humeur & de l'efprit de fingularité.
44 MERCURE DE FRANCE.
Dira- t-on que tout un peuple qui exer
ce habituellement ces démonftrations de
douceur , de bienveillance , n'eft
compo
fé que de perfides & de duppes ; croiraton
que tous foient en même tems & trompeurs
& trompés .
A
Nos coeurs ne font point affez parfaits
pour le montrer fans voile ; la politeffe
eft un vernis qui adoucit les teintes tran
chantes des caractéres ; elle rapproché les
hommes , & les engage à s'aimer par les
reffemblances générales qu'elle répand fur
eux ; fans elle , la fociété n'offriroit que
des difparates & des chocs. On fe haïroit
par les petites chofes , & avec cette difpo
fition , il feroit difficile de s'aimer même
pour les plus grandes qualités. On a plus
fouvent befoin de complaifance que de
fervices ; l'ami le plus généreux m'oblis
gera peut- être tout au plus une fois dans
fa vie . Mais une fociété douce & polie
´embellit tous les momens du jour. Enfin
la politeffe place les vertus ; elle feule
leur enfeigne ces combinaifons fines ,
qui les fubordonnent les unes aux autres
dans d'admirables proportions , ainfi que
ce jufte milieu , au deça & au delà du
quel elles perdent infiniment de leur
prix.
N
On ne fe contente pas d'attaquer les
DECE MBRE. 1751 43
fciences dans les effets qu'on leur attribue ,
on les empoifonne jufques dans leur fource
, on nous peint la curiofité comme
un penchant funefte ; on charge fon portrait
des couleurs les plus odieufes. J'avouerai
que l'allégorie de Pandore peut
avoir un bon côté dans le fyftême moral :
mais il n'en eft pas moins vrai que nous
devons à nos connoiffances , & par conféquent
à notre curiofité , tous les biens
dont nous jouiffons. Sans elle , réduits à
la condition des brutes , notre vie fe pafferoit
à ramper fur la petite portion de terrain
deftiné à nous nourrir & à nous engloutir
un jour L'état d'ignorance eft un
·état de crainte & de befoin ; tout eft danger
alors pour notre fragilité ; la mort
gronde fur nos têtes , elle eft cachée dans
T'herbe que nous foulons aux pieds ; lorfq'u
on craint tout , & qu'on a befoin de tour
quelle difpofition plus raisonnable , que
celle de vouloir tout connoître.
·
Telle eft la noble distinction d'un être
penfant feroit-ce donc envain que nous
aurions été doués feuls de cette faculté divine?
C'est s'en rendre digne que d'en ufer.
Les premiers hommes fe contenterent
de cultiver la terre pour en tirer le bled ;
enfuite on creufa dans fes entrailles , onen
arracha les métaux ; les mêmes progrès
46 MERCURE DE FRANCE.
"
Le font faits dans les Sciences ; on ne s'eft t
pas contenté des découvertes les plus né
ceffaires ; on s'eft attaché avec ardeur
celles qui ne paroiffoient que difficiles &
glorieufes quel étoit le point où l'on
auroit dû s'arrêter ; Ce que nous appellons
génie , n'eft autre chofe qu'une raifon fu
blime & courageufe ; il n'appartient qu'
lui feul de fe juger.
Ces globes lumineux placés loin de nous
à des diſtances fi énormes , font nos gui
des dans la navigation & l'étude de leurs
fituations refpectives , qu'on n'a peutêtre
régardé d'abord , que comme l'objet
de la curiofité la plus vaine , eft devenue
aine des Sciences la plus utile . La propriété
finguliere de l'aimant , qui n'étoit pour nos
peres qu'une énigme frivole de la Nature,
nous a conduit comme par la main à travers
l'immensité des Mers.
Deux verres placés & taillés d'une cer
taine maniére , nous ont montré une
-nouvelle fçène de merveilles , que nos
yeux ne foupçonnoient pas.
Les expériences du tube électrifé fembloient
n'être qu'un jeu ; peut-être leur
: devra t- on un jour la connoiffance du regne
univerfel de la Nature ,
Après la découverte de ces rapports fi
imprévus , fi majestueux entre les plus pé
DECEMBRE . 1751. 47 "
tites & les plus grandes chofes , quelles
connoiffances oferions- nous dédaigner ?
En fçavons -nous -affez pour méprifer ce
que nous ne fçavons pas? Bienloin d'étouffer
la curiofité , ne femble- t'il pas au contraire
,,
que l'Etre fuprême ait voulu la
réveiller par des découvertes fingulieres ,
qu'aucune analogie n'avoient annoncées
.
Mais de combien d'erreurs eft affiégée
l'étude de la vérité ; quelle audace , nous
dit-on , ou plutôt quelle témérité de s'engager
dans des routes trompenfes , où
tant d'autres fe font égarés ? Sur ces principes
il n'y aura plus rien que nous ofions
entreprendre ; la crainte éternelle des
maux , nous privera de tous les biens où
nous aurions pû afpirer , puifqu'il n'en eſt
point fans mélange. La véritable fageffe
au contraire confifte feulement à les épurer
autant que notre condition le permet.
Tous les reproches , que l'on fait à la
Philofophie , attaquent l'efprit humain
ou plutôt l'Auteur de la Nature , qui nous
a faits tels que nous fommes. Les Philofophes
étoient des hommes ; ils fe font trompés
, doit-on s'en étonner ; plaignons les
profitons de leurs fautes , & corrigeonsnous
; fongeons que c'eft à leurs erreurs
18
MERCURE DE FRANCE:
trop borné
pour
multipliées que nous devons la poffelfion
des vérités dont nous jouiffons . Il
falloit épuifer les combinaifons de tous
ces divers fyftêmes , la plupart fi répréhen
fibles & fi outrés , pour parvenir à quel
que chofe de raifonnable. Mille routes
conduifent à l'erreur , une feule mene a
la vérité ? Faut-il être furpris qu'on fe foit
mépris fi fouvent fur celle ci , & qu'elle
ait été découverte fi tard.
L'efprit humain étoit
embraffer d'abord la totalité des chofes
"Chacun de ces Philofophes ne voyoit qu '
ne face : ceux - là raffembloient les motifs
de douter; ceux - ci réduifoient tout en
dogmes : chacun d'eux avoit fon principe
favori , fon objet donninant auquel il rap
portoir toutes fes idées. Les uns faifoient
entrer la vertu dans la compofition du botheur
, qui étoit la fin de leurs recherches ;
les autres fe propofoient la vertu même,
comme leur unique objet , & fe flattoient
d'y rencontrer le bonheur. Il y en avoit qui
regardoient la folitude & la pauvreté, comme
l'afile des moeurs ; d'autres ufoient des
richeffes comme d'un inftrument de leur
félicité & de celle d'autrui quelques-ups
fréquentoient les Cours & les affemblées
publiques pour trendre leur fageffe utile
aux Rois & aux peuples . Un feul homme
LI
n'eft
DECEMBRE. 1751 . 49
;
n'eft pas tous ; un feul efprit , un feul
fyftême n'enferme pas toute la fcience
c'eft par la comparaifon des extrêmes
que l'on faifit enfin le jufte milieu ; c'eſt
par le combat des erreurs qui s'entredétruifent
,
t , que la vérité triomphe : ces diverfes
parties fe modifient , s'élévent & fe
perfectionnent mutuellement ; elles fe rapprochent
enfin pour former la chaîne des
vérités , les nuages fe diffipent , & la lumiere
de l'évidence fe leve.
Je ne diflimulerai cependant pas que les
Sciences ont rarement atteint l'objet qu'elles
s'étoient propofé ; la Métaphifique
vouloit connoître la nature des efprits , &
non moins utile , peut- être , elle n'a fait
que nous développer leurs opérations ; le
Phificien a entrepris l'Hiftoire de la Nature
, & n'a imaginé que des Romans
mais en pourfuivant un objet chimérique ,
combien n'a - t'il pas fait de découvertes
admirables ? La Chimie n'a pû nous donner
de l'or , & fa folie nous a valu d'autres miracles
dans fes analifes & fes mêlanges ; les
Sciences font donc utiles jufques dans leurs
écarts & leurs déréglemens ; il n'y a que
l'ignorance qui n'eft jamais bonne à rien :
peut-être ont - elles trop élevé leurs prétentions
. Les Anciens à cet égard paroilfoient
même plus fages que nous nous
1. Vol.
C
↓
50 MERCURE DE FRANCE.
avons la manie de vouloir procéder toujours
par démonftrations ; il n'y a fi petit
Profeffeur qui n'ait fes argumens & fes
dogmes , & par conféquent fes erreurs &
fes abfurdités . Cicéron & Platon traitoient
la Philofophie en diologues : Chacun des
Interlocuteurs faifoit valoir fon opinion ;
on difputoit , on cherchoit , & on ne ſe
piquoit point de prononcer ; rous n'avons
peut- être que trop écrit fur l'évidence
; elle eft plus propre à être fentie qu'à
être définie ; mais nous avons prefque
perdu l'Art de comparer les probabilités &
les vraisemblances , & de calculer le
degré de confentement qu'on leur doit.
Qu'il y a peu de chofes demontrées ! &
combien n'y en a t'il pas , qui ne font
probables ! Ce feroit rendre un grand fer
vice aux hommes que de donner une mé
thode pour l'opinion.
que
L'efprit de lyftême qui s'eft long-tems
attaché à des objets , où il ne pouvoit
prefque que nous égarer , devroit régler
l'acquifition , l'enchaînement & le progrés
de nos idées ; nous avons befoin
d'un ordre entre les diverfes Sciences ,
pour nous conduire des plus fimples aux
plus compofées , & parvenir ainfi à conftruire
une efpéce d'obfervatoire fpirituel ,
d'où nous puiflions contempler toutes nos
DECEMBRE 1751 .
St
Connoiffances ce qui eft le plus haut dégré
de l'esprit.
La plupart des Sciences ont été faites au
hafard ; chaque Auteur a fuivi l'idée qui
le dominoit fouvent fans fçavoir où elle
devoit le conduire ; un jour viendra où
tous les livres feront extraits & refondus ,
conformément à un certain fyftême qu'on
fe fera formé ; alors les efprits ne feront
plus de pas inutiles , hors de la route &
fouvent en arriere. Mais quel eft le genie
en état d'embraffer toutes les connoiffances
humaines , & de choifir, le meilleur ordre
pour les préfenter à l'efprit. Sommes- nous
affez avances pour cela ? Il eft du moins
glorieux de le tenter : la nouvelle Encyclopédie
doit former une époque mémorable
dans l'Hiftoire des Lettres.
Le Temple des Sciences eft un édifice
immenfe , qui nepeut s'achever que dans
la durée des fiécles . Le travail de chaque
homme eit de chofe dans un ouvrage
peu
fi vafte, mais le travail de chaque homme y
eft néceflaire ; le ruiffeau qui porte les eaux
à la Mer , doit- il s'arrêter dans fa courfe ,
en confidérant la petiteffe de fon tribut ?
quels éloges ne doit- on pas à ces hommes
généreux , qui ont percé & écrit pour la
pofterité ; ne bornons point nos idées á
notre vie propre ; étendons- les fur la
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
vie totale du genre humain ; méritons d'y
participer , & que l'inftant rapide où nous
aurons vecê , foit digne d'être marquée
dans fon Hiftoire .
Pour bien juger de l'élévation d'un Philofophe
, ou d'un homme de Lettres , au
deffus du commun des hommes , il ne
faut que confiderer le fort de leurs penfées
; celles de l'un utiles à la Société générale
, font immortelles , & confacrées
à l'admiration de tous les fiécles , tandis
que les autres voyent difparoître toutes
leurs idées avec le jour , la circonftance,
le moment qui les a vû naître ; chez
les trois quarts des hommes , lelendemain
efface la veille , fans qu'il en refte la moindre
trace .
.
Je ne parlerai point de l'aftrologie judiciaire
de la cabale , & de toutes les
Sciences , qu'on appelloit occultes ; elles
n'ont fervi qu'à prouver que la curiofité
eft un penchant invincible , & quand les
vrayes Sciences n'auroient fait que nous
délivrer de celles qui en ufurpoient fi
honteufement le nom , nous leur devrions
déjà beaucoup .
>
On nous oppoſe un jugement de Socra
te qui porta non fur les Sçavans ,
mais fur les Sophiftes, non fur les Sciences,
mais fur l'abusqu'on en peut faire : Socrate
DECEMBR E. 1751 . 53
$
étoit chef d'une Secte qui enfeignoit d
douter , & il cenfuroit avec juftice , l'orgüeil
de ceux qui prétendoient tout fçavoir.
Lavraie Science eft bien éloignée de
cette affectation.Socrate eft ici témoin contre
lui même ; le plus Sçavant des Grecs
ne rougiffoit point de fon ignorance. Les
Sciences n'ont donc pas leurs fources dans
nos vices ; elles ne font donc pas toutes
nées de l'orgueil humain ; déclamation
vaine , qui ne peut faire illufion qu'à des
efprits prévenus.
On demande , par exemple , ce que deviendroit
l'Hiftoire , s'il n'y avoit ni
Guerriers , ni Tyrans , ni Confpirateurs ,
je réponds , qu'elle feroit l'Hiftoire des
vertus des hommes . Je dirai plus ; fi les
hommes étoient tous vertueux , ils n'auroient
plus befoin , ni de Juges , ni de
Magiftrats , ni de Soldats. A quoi s'occuperoient-
ils : il ne leur refteroit que les
Sciences & les Arts . La contemplation
des chofes naturelles , l'exercice de l'efprit
font donc la plus noble & la plus pu
re fonction de l'homme .
Dire que les Sciences font nées de l'oifiveté
, c'eft abufer vifiblement des termes.
Elles naiffent du loifir , il eft vrai , mais
elles garantiflent de l'oifiveté . Le Citoyen
que fes beforns attachent à la charrue
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas plus occupé que le Geométre , ou
l'Anatomifte ; j'avoue que fon travail eſt
de premiere néceffité ; mais fous prétexte
que le pain eft néceffaire , faut-il que tout
le monde fe mette à labourer la terre , &
parce qu'il eft plus néceffaire que les Loix,
le Laboureur fera- t'il élevé au-deffus du
Magiftrat ou du Miniftre. Il n'y a point
d'abfurdités où de pareils principes ne
puffent nous conduire.
Il femble , nous dit - on , qu'on ait trop
de Laboureurs , & qu'on craigne de manquer
de Philofophes. Je demanderai à
mon tour , fi l'on craint que les profef
fions lucratives ne manquent de fujets
pour les exercer ; c'est bien mal connoître
l'empire de la cupidité ; tout nous jette
dès notre enfance dans les conditions utiles
; & quels préjugés n'a t'on pas à vaincre
, quel courage ne faut- il pas pour ofer
n'être qu'un Defcartes , un Newton , un
Locke ?
Sur quel fondement peut-on reprocher
aux Sciences d'être nuisibles aux qualités
morales quoi , l'exercice du raifonnement
qui nous a été donné pour guide ;
les Sciences Mathématiques qui en renfermant
tant d'utilités relatives à nos be
foins préfens , tiennent l'efprit fi éloigné
des idées , infpirées par les fens & par la
DECEMBRE. 1751 .
,
cupidité ; l'étude de l'antiquité , qui fait
partie de l'expérience. la premiere
fcience de l'homme ; les obfervations de
la Nature , fi néceffaires à la confervation
de notre être , & qui nous élevent jufqu'à
fon Auteur : toutes ces connoiffances contribueroient
à détruire les moeurs. Par.
quel prodige opéreroient- elles un effet fi
contraire aux objets qu'elles fe propofent ?
& on ofe traiter d'éducation infenfée
celle qui occupe la jeuneffe de tout ce qu'il
y a jamais eu de noble & d'utile dans l'efprit
des hommes : quoi , les Miniftres d'une
Religion pure & fainte , à qui la jeuneffe
eft ordinairement confiée parmi
nous , lui laifferoient ignorer les devoirs
de l'homme & du Citoyen ! Suffit- il d'avancer
une imputation fi injufte , pour la
perfuader ? On prétend nous faire regretter
l'éducation des Perfes ; cette éducation
fondée fur des principes barbares , qui
donnoit un Gouverneur pour apprendre à
ne rien craindre ; un autre pour -la tempérance
, un autre enfin , pour enfeigner à
ne point mentir comme fieles vertus
étoient divifées , & devoient former chacune
un art féparé : la vertu eft un être
unique , indivifible ; il s'agit de l'infpirer ,
non de l'enfeigner , d'en faire aimer la
pratique , & non d'en démontrer la théorie
.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
On fe livre enfuite à de nouvelles dé
clamations contre les Arts & les Sciences,
fous prétexte que le luxe va rarement fans.
elles , & qu'elles ne vont jamais fans lui .
Quand j'accorderois cette propofition ,
que pourroit-on en conclure ? La plupart
des Sciences me paroiffent d'abord parfai
tement défintéreffées dans cette prétendue
objection ; le Geométre , l'Aftronome , le
Phyficien ne font pas fufpects affurément.
A l'égard des Arts , s'ils ont en effet quel
que rapport avec le luxe , c'eſt un côté
louable de ce luxe même , contre lequel
on déclame tant , fans le bien connoître .
Quoique cette queftion doive être regar
dée , comme étrangere à mon fujet , je ne
puis m'empêcher de dire , que tant qu'on
ne voudra raifonner fur cette matiere que
par comparaifon du paffé au préfent , on
en tirera lesplus mauvaifes conféquencesdu
monde. Lorsque les hommes marchoient
tout nuds , celui qui s'avifa le premier de
porter des fabots , paffa pour un voluptueux
; de fiécle en fiécle , on n'a jamais
ceffé de crier à la corruption , fans comprendre
ce qu'on vouloit dire : le préjugé
toujours vaincu , renaifloit fidélement, à
chaque nouveauté .
T
Le commerce & le luxe font devenus
les liens des Nations. La terre avant eux
DECEMBRE. 1751. 37
n'étoit qu'un champ de bataille , la guerre
un brigandage , & les hommes des barbares
, qui ne fe croyoient nés que pour s'af
fervir , fe piller , & fe maffacrer mutuellement
: tels étoient ces fiécles anciens que
F'on veut nous faire regretter.
>
La terre ne fuffifoit ni à la nourriture ;
ni au travail de fes habitans ; les fujets de--
venoient à charge à l'Etat , fitôt qu'ils
étoient défarmés , il falloit les ramener à
lå guerre pour le foulager d'un poids in--
commode. Ces émigrations effroyables
des peuples du Nord , la honte de l'huma
nité qui détruifirent l'Empire Romain , &.
qui défolerent le neaviéme fiécle n'avoient
d'autres fources que la mifére d'un
peuple oifif : au défaut de l'égalité des .
biens , qui a été long - tems la chimére de
la politique , & qui eft impoffible dans
les grands Etats , le luxe feul peut nourrir
& occuper les fujets. Ils ne deviennent pas
moins utiles dans la paix que dans la guer--
re ; leur induftrie fert autant que leur cou--
rage . Le travail du pauvre eft payé du ſuperflu
du riche. Tous les ordres des Citoyens
s'attachent au Gouvernement pars
les avantages qu'ils en retirent.
Tandis qu'un petit nombre d'hommest
jouit avec modération , de ce qu'on nome
luxe , & qu'un nombre infiniment plus
58 MERCURE DE FRANCE.
pétit enen abufe , parce qu'il faut que les
hommes abufent de tout , il fait l'efpoir ,
l'émulation & la fubfiftance d'un million
de Citoyens , qui languiroienr fans lui
dans les horreurs de la mendicité. Tel eft
en France l'état de la Capitale. Parcourez
les Provinces , les proportions y font encore
plus favorables. Vous y trouverez,
peu d'excès ; le néceffaire , commode aſſez,
rare , l'Artifan & le Laboureur , c'est-àdire
, le Corps de la Nation , borné à la
fimple exiftence ; enforte qu'on peut regarder
le luxe , comme une humeur jettée
fur une très- petite partie du Corps politique
, qui fait la force & la fanté du
refte .
le
Mais , nous dit- on , les Arts amolliffent
courage ; on cite quelques peuples lettrés
, qui ont été peu belliqueux , tels
que l'ancienne Egypte , les Chinois , &
les Italiens modernes; quelle injuftice d'en
accufer les Sciences ! Il feroit trop long
d'en rechercher ici les caufes. Il fufira de
citer pour l'honneur des Lettres , l'exemple
des Grecs & des Romains , de l'Eſpagne
,de l'Angleterre & de la France , c'eftà
dire , des Nations les plus guerrieres , &
les plus fçavantes .
Des Barbares ont fait de grandes conquêtes
, c'eft, qu'ils étoient très injuftes
1
DECEMBRE. 1751. 59
ils ont vaincu quelquefois des peuples policés
: J'en conclurai , fi l'on veut , qu'un
peuple n'eft pas invincible pour être fçavant.
A toutes ces révolutions , j'oppoferai
feulement la plus vafte , & la plus facile
conquête qui ait jamais été faite ; c'eſt
celle de l'Amérique que les Arts & les
Sciences de l'Europe ont fubjuguée avec
une poignée de foldats , preuve fans réplique
, de la difference qu'elles peuvent
mettre entre les hommes.
J'ajouterai que , c'est enfin une barbarie
paffée de mode , de fuppofer
que les hom
mes ne font nés que pour le détruire
: les
talens & les vertus militaires
méritent
fans doute un rang diftingué
dans l'ordre
de la néceffiré. Mais la Philofophie
a épuré
nos idées fur la gloire ; l'ambition
des
Rois n'eft à fes yeux que le plus monſtrueux
des crimes : graces aux vertus du
Prince qui nous gouverne
, nous ofons célébrer
la modération
& l'humanité
.
Que quelques Nations au fein de l'ignorance
, ayant eu des idées de la gloire &
de la vertu , ce font des exceptions fi fingulieres
, qu'elles ne peuvent former aucun
préjugé contre les Sciences : pour
nous en convaincre , jettons les yeux
fur l'immenfe continent de l'Afrique ,
où nul mortel n'eft affez hardi pour
C vi
60 MERCURE DE FRANCE.
pénétrer , ou affez heureux pour l'avoir
tenté impunément. Un bras de mer fépare
à peine les Contrées fçavantes & heureufes
de l'Europe , de ces régions funel
tes , où l'homme eft ennemi né de l'homme
, où les Souverains ne font que les affaffins
privilégiés d'un peuple efclave.
D'où naiffent ces differences fi prodigieufes
entre des climats fi voisins , oùfont ces
beaux rivages que l'on nous peint parés
par les mains de la Nature ? l'Amérique
ne nous offre pas des fpectacles moins
honteux pour l'efpéce humaine . Pour un
peuple vertueux dans l'ignorance , on en
comptera cent barbares ou fauvages. Par
tout je vois l'ignorance enfanter l'erreur ,
les préjugés , les violences , les paffions
& les crimes. La terre abandonnée fans
culture , n'eft point oifive ; elle produit
des épines & des poifons , elle nourrit des
montres.
J'admire les Brutus , les Décius , les Lu
créce , les Virginius , les Scévola ; mais .
j'admirerai plus encore un Etat puiffant &
bien gouverné , où les Citoyens ne feront
point condamnés à des vertus fi cruelles .
Cincinnatus Vainqueur , retournoit àfa
charrue ; dans un hécle plus heureux ,
Scipion triomphant revenoit goûter avec
Lélius & Térence , les charmes de la PhiDECEMBRE.
1751. 65
"
lofophie & des Lettres , & ceux de l'amitié
plus précieux encore. Nous célébrons
Fabricius , qui avec fes raves cuites fous
la cendre , méprife l'or de Pyrrhus ; mais
Titus , dans la fomptuofité de fes Palais
mefurant fon bonheur , fur celui qu'il
procure au monde par fes bienfaits , &
par fes loix , devient le Héros de mon
coeur au lieu de cet antique héroifme fuperftitieux
, ruftique ou barbace , que j'ad,
mirois en frémiffant ; j'adore une vertu
éclairée , heureuſe & bienfaifante ; l'idée
de mon exiftence s'embellit : j'apprends
honorer & à chérir l'humanité.
Qui pourroit être affez aveugle , ou affezinjufte
, pour n'être pas frappé de ces
differences ? Le plus beau fpectacle de la,
Nature , c'eft Funion de la vertu & du
bonheur , les Sciences & les Arts peuvent
feuls élever la raifon à cet accord fublime..
C'eft de leur fecours qu'elle emprunte des
forces pour vaincre les paffions, des lumicres
pour diffiper leurs preftiges , de l'éle--
vation pour apprécier leur petiteffe , des
attraits enfin & des dédommagemens pour
fe diftraire de leurs féductions.
On a dit que le crime n'étoit qu'un
faux jugement . Les Sciences , dont le
* Confidérations fur les moeurs,
62 MERCURE DE FRANCE.
premier objet eft l'exercice & la perfection
du raisonnement , font donc les gui
des les plus affurés des moeurs. L'innocen
ce fans principes & fans lumieres , n'eft
qu'une qualité de tempéramment , auffi
fragile que lui. La fageffe éclairée con
noît les ennemis & fes forces. Au moyen
de fon point de vue fixe , elle purifie les
biens matériels , & en extrait le bonheur :
elle fçait tour à tour s'abstenir & jouir
dans les bornes qu'elle s'eft preferites.
Il n'eft pas plus difficile de faire voir
P'utilité des Arts pour la perfection des
mours. On comptera les abus que les pafhions
en ont fait quelquefois , mais qui
pourra compter les biens qu'ils ont produits
?
Otez les Arts du monde : que reste-t'il
les exercices du corps & les paffions. L'efprit
n'eft plus qu'un agent matériel , ou
l'inftrument du vice . On ne fe délivre de
fes paffions que par des goûts ; les Arts
font néceffaires à une Nation heureufe:s'ils
font l'occafion de quelques défordres, n'en
accufons que l'imperfection même de notre
nature : de quoi n'abufe-t'elle pas ? Ils ont
donné l'être aux plaifirs de l'ame , les feuls
qui foient dignes de nous ; nous devons
à leurs féductions utiles l'amour de la vé
sité & des vertus , que la plupart des homDECEMBRE.
1751. 63
mes auroient haïes & redoutées , fi elles
n'euffent été parées de leurs mains.
C'eft à tort qu'on affecte de regarder
leurs productions comme frivoles. La
Sculpture , la Peinture flattent la tendrefe
, confolent les regrets , immortalifent
les vertus & les talens ; elles font des
fources vivantes de l'émulation ; Céfar
verfoit des larmes en contemplant la ftatue.
d'Alexandre..
;
L'harmonie a fur nous des droits maturels
, que nous voudrions envain méconnoître
la Fable a dit , qu'elle arrêtoit le
cours des flots. Elle fait plus ; elle fufpend
la penfée , elle calme nos agitations , &
nos troubles les plus cruels ; elle anime la
valeur , & préfide aux plaifirs .
Ne femble- t'il pas que la divine Poëfie
ait dérobé le feu du Ciel pour animer tou
te la nature quelle ame peut être inacceffible
à fa touchante magie elle adoucit
le maintien fevére de la vérité , ellefait
fourire la fageffe ; les chef d'oeuvres
du Théatre doivent être confidérés comme
de fçavantes expériences du coeur humain.
C'eft aux Arts enfin que nous devons
le beau choix des idées , les graces de l'ef
prit & l'enjouement ingénieux qui font
les charmes de la fociété ; ils ont doré les
64 MERCURE DE FRANCE.
liens qui nous uniffent , orné la fcéne du
monde , & multiplié les bienfaits de la
Nature.
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Résumé : DISCOURS Sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751.
Le discours sur les avantages des Sciences et des Arts, prononcé à l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Lyon en 1751, examine l'évolution des sociétés humaines. Initialement, la barbarie a poussé les hommes à se regrouper et à établir des lois. Les premiers dirigeants étaient soit des bienfaiteurs, soit des tyrans, et la superstition ainsi que le despotisme ont engendré de nouveaux malheurs. La Grèce antique se distingue par son esprit et ses contributions culturelles. Les philosophes grecs ont formé les mœurs et donné des lois, utilisant les arts et les sciences pour améliorer la société. Sparte, connue pour ses soldats vertueux, avait des lois dures et des mœurs féroces qui ont conduit à sa décadence. Athènes, malgré ses corruptions, a été un berceau d'arts et de talents. Le texte aborde la décadence des institutions et des mœurs dans les cités antiques, soulignant que la prospérité a corrompu ces sociétés. Les sciences et les arts ont enrichi l'humanité en transmettant des connaissances et des œuvres philosophiques. La critique selon laquelle les sciences et les arts corrompent les mœurs est contestée. La France est présentée comme un modèle de richesse, de puissance militaire et de savoir, avec des transformations positives des mœurs grâce à l'éducation. Le luxe est vu comme résultant des richesses plutôt que des sciences et des arts. La politesse, introduite par les lettres, est considérée comme un précieux présent, exprimant une âme douce et bienfaisante. La curiosité humaine, faculté divine, a conduit à des avancées majeures comme l'agriculture et les technologies. Elle est essentielle pour découvrir la vérité et améliorer la condition humaine. Le discours valorise les sciences et les arts, critiquant ceux qui prétendent tout savoir. Il affirme que les sciences naissent du loisir mais combattent l'oisiveté, développant le raisonnement et élevant moralement. Les arts sont essentiels à la perfection des mœurs, permettant de se libérer des passions et de promouvoir une vie vertueuse et heureuse. Ils introduisent les plaisirs de l'âme, dignes de l'homme, et promouvoient l'amour de la vérité et des vertus. Différents arts, comme la sculpture, la peinture, la musique et la poésie, exaltent la tendresse, consolent les regrets, immortalisent les vertus et servent de sources d'émulation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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387
p. 56-60
LE ROI, Protecteur de l'Académie de Peinture & Sculpture. ODE Par M. Desportes, de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture.
Début :
O Rivale de la nature [...]
Mots clefs :
Roi, Arts, Peinture, Protecteur, Académie de peinture et de sculpture, Gloire, Beaux-arts
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texteReconnaissance textuelle : LE ROI, Protecteur de l'Académie de Peinture & Sculpture. ODE Par M. Desportes, de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture.
LE ROI,
Protecteur de l'Académie de Peinture &
Sculpture.
ODE
Par M. Desportes, de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture.
O Rivale de la nature
Et Reine des Arts libéraux
Belle Muse de la Peinture
Pretez-moi vos divins pinceaux.
Que d'une noble ardeur saisie
La Muse de la Poësie
S'unisse à vous pour m'inspirer!
Le Héros qui régit la France
Offre à votre reconnoissance
Un grand bienfait à célébrer.
Ne croyez pas que je m'égare
Dans mes projets ambitieux,
Je crains trop le destin d'Icare
Pour oser m'approcher des Cieux.
JANVIER.
1752.
Je n'itai point sut le Parnasse
Exalter l'bétoique audace
D'un Roi, l'amour de ses sujets,
D'un Roi qui tout brillant de gloire
Sembloit ne chercher la victoire
Que pour faire régner la Paix.
Que nos Homeres, nos Virgiles
Chantent ses combats, ses exploits
Ses conquêtes de tant de Villes
Heureuses de subir ses Loix;
Qu'ils vantent ce vainqueur rapide. ...
Pour moi dont la plume timide
Ne peut suivre ses Etendards,
OMuse, il suffit à mon zéle
De chanter la gloire nouvelle
Dont il décore les beaux Arts.
Mais quel transport involontaire
Vient faisir tout à coup mes sens ?
Od suis je! un nouveau jour m'éclaire,
Mes yeux deviennent plus perçans !
Du Dieu des Ans le Temple s'ouvre,
Que de granas hommes j'y découvre,
Que j'y vois de Héros divers
Appelle est auprès d'Alexandre,
CV
57
58 MERCURE DEFRANCE.
Le grandPeintre est un ami tendre
Du conqueiant de lUnivers.
Que vois je » Ro me triomphante
S'instruit chez ceux qu, elle a domtez;
Les Arts de la Gréce sçavante
Sur le Tibre sont transportés;
Sous les Césars ils y fleurrissent....
Mais c'en est fait, ils s'obscurcissent
Et tombent avec les Romains;
Quels astreux torrens les entrainent!
Les Barbares du Nord raménent
L'ignorance chez les humains.
Le monde perd sa Capitale
Et ses superbes monumens;
Le Conqnérant Goth ou Vandale
En brise jusqu'aux fondemens.
Un reste d'antique Sculpture,
Quel que fiagment d'Architecture
Echape à pene à tant d'horreurs:
Bellone exerce sa furie,
Et l'ignorante Birbarie
Corrompt le goût, les arts, les moeuta
L'Italie en détruit l'eupire
1
JANVIER.
1752.
Elle reprend le goût du beau;
L'aimable Peinture respite,
La Sculpt ure sort du tombeau:
La France écartant les ténebres
Enfante des hommes célebres
Dans chaque gente different;
Troupe nombreuse & vénérable
Qui reud à jamais mémorable
Le siécle de Louis le Grand.
Mais la Parque .... 8 destin funeste
Les égale aux autres mortels;
Des grands Artistes il ne reste
Que leurs chef deuvres éternels.
Du Phenix la cendre féconde
Donue un autre Phenix au monde.
Tels sont nos Maîtres excellens:
Les cendres n'en sont pas stériles
Et dans leurs successeurs habiles
Je vois revivte leurs talens.
N
Un nou veau siécle recommence
Sous des auspices fortunés;
Les beaux arts soutiendront en France
L'éclat dont ils furent ornés
De leur illustre Académie
La gloire est encore affermie,
Cvj
39
60 MERCURE DE FRANCE.
Mécene en accroit la splendeur
Pour mieux prouver combien il l'aime
Il obtient qu'Auguste lui-même
S'en déclare le Protecteur.
Dans nos fastes Académiques
Gravons le nom d'un Roi fameux
Et formons tous des vœux uniques
Pour un Protecteur généreux:
Mie les destins le favorisent
Que les beaux Arts l'immortalisent,
Qu'il ferme le Temple de Mars
Que gouvernez par sa sagesse
Les Fra çois triomphent sans cesse
Pat les armes & par les Arts.
Protecteur de l'Académie de Peinture &
Sculpture.
ODE
Par M. Desportes, de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture.
O Rivale de la nature
Et Reine des Arts libéraux
Belle Muse de la Peinture
Pretez-moi vos divins pinceaux.
Que d'une noble ardeur saisie
La Muse de la Poësie
S'unisse à vous pour m'inspirer!
Le Héros qui régit la France
Offre à votre reconnoissance
Un grand bienfait à célébrer.
Ne croyez pas que je m'égare
Dans mes projets ambitieux,
Je crains trop le destin d'Icare
Pour oser m'approcher des Cieux.
JANVIER.
1752.
Je n'itai point sut le Parnasse
Exalter l'bétoique audace
D'un Roi, l'amour de ses sujets,
D'un Roi qui tout brillant de gloire
Sembloit ne chercher la victoire
Que pour faire régner la Paix.
Que nos Homeres, nos Virgiles
Chantent ses combats, ses exploits
Ses conquêtes de tant de Villes
Heureuses de subir ses Loix;
Qu'ils vantent ce vainqueur rapide. ...
Pour moi dont la plume timide
Ne peut suivre ses Etendards,
OMuse, il suffit à mon zéle
De chanter la gloire nouvelle
Dont il décore les beaux Arts.
Mais quel transport involontaire
Vient faisir tout à coup mes sens ?
Od suis je! un nouveau jour m'éclaire,
Mes yeux deviennent plus perçans !
Du Dieu des Ans le Temple s'ouvre,
Que de granas hommes j'y découvre,
Que j'y vois de Héros divers
Appelle est auprès d'Alexandre,
CV
57
58 MERCURE DEFRANCE.
Le grandPeintre est un ami tendre
Du conqueiant de lUnivers.
Que vois je » Ro me triomphante
S'instruit chez ceux qu, elle a domtez;
Les Arts de la Gréce sçavante
Sur le Tibre sont transportés;
Sous les Césars ils y fleurrissent....
Mais c'en est fait, ils s'obscurcissent
Et tombent avec les Romains;
Quels astreux torrens les entrainent!
Les Barbares du Nord raménent
L'ignorance chez les humains.
Le monde perd sa Capitale
Et ses superbes monumens;
Le Conqnérant Goth ou Vandale
En brise jusqu'aux fondemens.
Un reste d'antique Sculpture,
Quel que fiagment d'Architecture
Echape à pene à tant d'horreurs:
Bellone exerce sa furie,
Et l'ignorante Birbarie
Corrompt le goût, les arts, les moeuta
L'Italie en détruit l'eupire
1
JANVIER.
1752.
Elle reprend le goût du beau;
L'aimable Peinture respite,
La Sculpt ure sort du tombeau:
La France écartant les ténebres
Enfante des hommes célebres
Dans chaque gente different;
Troupe nombreuse & vénérable
Qui reud à jamais mémorable
Le siécle de Louis le Grand.
Mais la Parque .... 8 destin funeste
Les égale aux autres mortels;
Des grands Artistes il ne reste
Que leurs chef deuvres éternels.
Du Phenix la cendre féconde
Donue un autre Phenix au monde.
Tels sont nos Maîtres excellens:
Les cendres n'en sont pas stériles
Et dans leurs successeurs habiles
Je vois revivte leurs talens.
N
Un nou veau siécle recommence
Sous des auspices fortunés;
Les beaux arts soutiendront en France
L'éclat dont ils furent ornés
De leur illustre Académie
La gloire est encore affermie,
Cvj
39
60 MERCURE DE FRANCE.
Mécene en accroit la splendeur
Pour mieux prouver combien il l'aime
Il obtient qu'Auguste lui-même
S'en déclare le Protecteur.
Dans nos fastes Académiques
Gravons le nom d'un Roi fameux
Et formons tous des vœux uniques
Pour un Protecteur généreux:
Mie les destins le favorisent
Que les beaux Arts l'immortalisent,
Qu'il ferme le Temple de Mars
Que gouvernez par sa sagesse
Les Fra çois triomphent sans cesse
Pat les armes & par les Arts.
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388
p. 173-174
« Il paroît depuis peu une Estampe, gravée à l'occasion des mariages que la Ville [...] »
Début :
Il paroît depuis peu une Estampe, gravée à l'occasion des mariages que la Ville [...]
Mots clefs :
Estampe, Coeurs, Symbole, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il paroît depuis peu une Estampe, gravée à l'occasion des mariages que la Ville [...] »
Il paroît depuis peu une Estampe, gravée
à l'occasion des mariages que la Ville
de Paris a dottés pour célébrer l'heureuse
Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne: en voici l'idée. Cette Estampe
représente, sous un pavillon fleurdelisé,
une estrade couverte d'un rapis pareil, sur
lequel est le Duc de Bourgogne avec son
Cordon bleu, & sa Croix de l'Ordre du
Saint Esprit. Il y est en maillot (ayant
néanmoins les mains libres (assis sur des
oreillers, & environné de lys & de ra-
meaux d'olivier, qui forment au dessus de
Huj
es
174 MERCUREDEFRANCE.
sa tête une espêce de berceau. On l'y voit
occupé à unir des cœeurs, symbole des al-
liances, dont sa naissance est l'heureuse
époque. A ses côtés sont deux Anges qui
lui présentent les cœeurs à mesure quon
les unit. Devant lui deux petits Anges
tiennent un linge où sont trois couples de
coeurs déja unis, tandis que d'autres sont
occupés à en apporter au Prince. Au-des-
sus sur des nuages sont quelques têntes de
Cherubins, qui peuvent exvrimer avec
les autres Anges qui ornent le sujet, que
les Esprits célestes président à ces maria-
ges, & ratifient dans le Ciel les alliances
que la piété du Roi à fait contracter parmi
ses Sujets. Au dessus des têtes de Cheru-
bins est cette devise Latine; Regius infans
Regi, patri, sibi, Civitati aeternos parat
amicos. Le fond de l'Estampe est un Soleil
levant dans l'horison, symbole de la nais-
sance du Prince, qui continuera, comme
ses illustres ayeux, à faire le bonheur de
ses peuples.
Le dessein de cette Estampe est de M.
Cochin, fils, le premier Artiste de l'Europe
en son genre. Elle a été fort agréablement
rendue par M. J. Tardieu, dont le talent
est fort connu. Ces deux Graveurs sont de
l'Académie.
à l'occasion des mariages que la Ville
de Paris a dottés pour célébrer l'heureuse
Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne: en voici l'idée. Cette Estampe
représente, sous un pavillon fleurdelisé,
une estrade couverte d'un rapis pareil, sur
lequel est le Duc de Bourgogne avec son
Cordon bleu, & sa Croix de l'Ordre du
Saint Esprit. Il y est en maillot (ayant
néanmoins les mains libres (assis sur des
oreillers, & environné de lys & de ra-
meaux d'olivier, qui forment au dessus de
Huj
es
174 MERCUREDEFRANCE.
sa tête une espêce de berceau. On l'y voit
occupé à unir des cœeurs, symbole des al-
liances, dont sa naissance est l'heureuse
époque. A ses côtés sont deux Anges qui
lui présentent les cœeurs à mesure quon
les unit. Devant lui deux petits Anges
tiennent un linge où sont trois couples de
coeurs déja unis, tandis que d'autres sont
occupés à en apporter au Prince. Au-des-
sus sur des nuages sont quelques têntes de
Cherubins, qui peuvent exvrimer avec
les autres Anges qui ornent le sujet, que
les Esprits célestes président à ces maria-
ges, & ratifient dans le Ciel les alliances
que la piété du Roi à fait contracter parmi
ses Sujets. Au dessus des têtes de Cheru-
bins est cette devise Latine; Regius infans
Regi, patri, sibi, Civitati aeternos parat
amicos. Le fond de l'Estampe est un Soleil
levant dans l'horison, symbole de la nais-
sance du Prince, qui continuera, comme
ses illustres ayeux, à faire le bonheur de
ses peuples.
Le dessein de cette Estampe est de M.
Cochin, fils, le premier Artiste de l'Europe
en son genre. Elle a été fort agréablement
rendue par M. J. Tardieu, dont le talent
est fort connu. Ces deux Graveurs sont de
l'Académie.
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389
p. 36-37
Sur les portraits du Roi, de la Reine, de Monseigneur le Dauphin & de Madame la Dauphine, à l'occasion de l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par le même.
Début :
Sur celui du Roi. / Ce Roi, le bonheur & l'amour [...]
Mots clefs :
Portraits, Roi, Reine, Monseigneur le Dauphin, Madame la Dauphine, Naissance du duc de Bourgogne, Amour, Fils, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur les portraits du Roi, de la Reine, de Monseigneur le Dauphin & de Madame la Dauphine, à l'occasion de l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par le même.
Sur les portraits du Roi, de la Reine, de
Monseigneur le Dauphin & de Madame
la Dauphine, à l'occasion de l'heureuse
Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par le même.
Sur celui du Roi. /
Ce Roi, le bonheur & l'amour
D'un Peuple à ses Maîtres fidelle,
Pour prix de ses bienfaits voit naître en ce grand
jour
Un nouvel héritier de sa gloire immortelle.
Sur colui de la Reine.
Reine, qu'avec transport l'avenir te contemple:
Si ta sublime piété
Donne à tout l'Univers le plus illustre exemple;
Que ne doit point la France à ta fécondité!
N
JANVIER. 1752.
Sur celui de Monseigneur le Dauphin.
Digne Fils d'un Héros cher à l'humanité,
I comble nos desirs, en devenant le Pere
D'un Fils dont la postétité
Reguera sur la terre entiere.
Sur celni de Madame la Dauphine.
Tant d'immortels Héros dont elle tient le jour;
Les graces dont elle est ornée;
Tout promettoit à notre amour
Les plus illustres fruits d'un auguste hyménée.
Gallufelici partu exuitan.
Monseigneur le Dauphin & de Madame
la Dauphine, à l'occasion de l'heureuse
Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par le même.
Sur celui du Roi. /
Ce Roi, le bonheur & l'amour
D'un Peuple à ses Maîtres fidelle,
Pour prix de ses bienfaits voit naître en ce grand
jour
Un nouvel héritier de sa gloire immortelle.
Sur colui de la Reine.
Reine, qu'avec transport l'avenir te contemple:
Si ta sublime piété
Donne à tout l'Univers le plus illustre exemple;
Que ne doit point la France à ta fécondité!
N
JANVIER. 1752.
Sur celui de Monseigneur le Dauphin.
Digne Fils d'un Héros cher à l'humanité,
I comble nos desirs, en devenant le Pere
D'un Fils dont la postétité
Reguera sur la terre entiere.
Sur celni de Madame la Dauphine.
Tant d'immortels Héros dont elle tient le jour;
Les graces dont elle est ornée;
Tout promettoit à notre amour
Les plus illustres fruits d'un auguste hyménée.
Gallufelici partu exuitan.
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390
p. 114-128
DESCRIPTION des illuminations faites à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre 1751, & jours suivans, pour célébrer la Naissance de Monseigneur, le Duc de Bourgogne.
Début :
Messieurs les Prévôt des Marchands & Echevins firent élever sur le Pont de pierre [...]
Mots clefs :
Lyon, Illuminations, Naissance du duc de Bourgogne, Transparent, Lampions, Fleurs de lys, Mots, Étoiles, Feu, Place, Milieu, Façade, Cartouche, Couronne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION des illuminations faites à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre 1751, & jours suivans, pour célébrer la Naissance de Monseigneur, le Duc de Bourgogne.
DESCRIPTION des illuminations faites
à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre
1751, & jours suivans, pour célébrer la
Naissance de Monseigneur, le Duc de
Bourgogne.
Messieurs les Prévôt des Marchands &
Echevins firent élever sur le Pont de pierre
de la Riviere de Saône un édifice en
charpente, qui représentoit un grand Por-
tique soutenant un Temple, & qui étoit
JANVIER. 1752.
115
surmonté par un nuage, sur lequel étoit
une Renommée qui paroissoit voler dans
toutes les extrêmités de la terre. Le Génie
de la France étoit à l'entrée du Temple,
tenant en ses mains un enfant; & on lisoit
au bas cette inscription:
Magna quidem Patrisque fui, Matrisque
voluptas, nostra tamen major....
Il y avoit près de-là un dépôt d'artifice
en fusées, feux volans, serpenteaux &
étoiles, ausquels on mit le feu sur les sept
heures du soit; cet artifice réussit parfaite-
ment, & on admira en particulier la va-
riété des objets qu'il produisit, en soleils,
tourbillons & gerbes de feu. On laissa
consumer entierement la machine par
les flammes.
On avoit élevé sur la Place des Ter-
reaux une pyramide, toute couverte de
chandelles ardentes; on fit sortir de la ba-
se du pied-d'estal un feu d'artifite d'exécu-
tion pyrique, accompagné d'une grande
quantité de fusées volantes; on fut charmé
principalement de celles d'où sortoient
des étoiles de feu.
La façade de l'Hôtel de-Ville étoit flan-
quée d'un ouvrage d'architecture d'otdre,
lonique complet; le portrait de Monsei-
gneur le Dauphin se voyoit dans un trans-
d by Goo
116 MERCUREDEFRANCE.
parent à droite, sous lequel étoit un autre
transparent qui représentoit le Soleil, un
Aigle & un Aiglon, avec ces mots;
Vim promovebit insitam.
Il est aisé de voir que le Soleil désignoit
le Roi, que l'Aigle représentoit Monsei-
gneur le Dauphin, l'Aiglon Monseigneur
le Duc de Bourgogne, & que les mots
Latins exprimoient, que Monseigneur le
Dauphin enflammera par son exemple,
l'ardeur naturelle qu aura Monseigneur le
Dac de Bourgogne, de s'élever jusqu'aux
vertus héroiques de Sa Majesté.
A gauche étoit le portrait de Madame.
la Dauphine, sous lequel étoit un trans-
parent, qui représentoit une nacre ou-
verte, au-dedans de laquelle étoit une
perle, avec ces mots:
Vna prole dives.
Faisant allusion au bonheur de la France,
qui paroît consommé par un évenement si
favorable pour elle.
Au milieu étoit le portrait de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, enveloppé
dans des langes très riches: sous ce portrait
étoit peint un nid d'Alcyon, flottant sur
une mer tranquille, avec ces mots:
JANVIER. 1752. 117
Nascor pacis amans.
Donnant à entendre que ce Prince est
né dans un tems où toute l'Europe étoit
en paix, & qu'il est pour elle une espé-
rance de la voir à jamais durable. Sur la
frise regnoit cette inscription:
Stat Fortuna Domus.
Ces lettres étoient formées par une pro-
digieuse quantité de lumiere: le reste de
toute cette vaste architecture étoit éclairé
par environ seize mille lampions, qui re-
présentoient des fleurs-de. lys, & different
compartimens extrêmement ingénieux.
Toute la Ville étoit éclairée, & l'on
peut dire que la joie générale éclatoit de
toutes parts, par l'empressement avec le-
quel chaque Citoyen s'efforçoit de don-
ner des preuves publiques de son conten-
tement, & de son amour pour Sa Ma-
jesté.
La façade de l'Hotel de M. le Comman-
dant étoit éclairée d'un nombre prodi-
gieux de lampions, placés avec tout l'art
imaginable.
Le portail de l'Hôtel de l'Intendance
étoit également orné de compartimens en
lampions.
Le devant de l'Hôtel de M. le Prévoe
118 MERCUREDEFRANCE.
des Marchands étoit garni de deux colon-
nes d'ordre corinthien, chargées de lam-
pions, rangés en compartimens; elles ser-
voient à soutenit un grand transparent,
sur lequel étoit peint une ancre entrelacés
de lys des vallées, avec ces mots:
Aternitati nominis Borbonii.
Les maisons, où demeurent Messicurs
les Echevins, & celle de M. le Receveur
de la Ville, étoient illuminées pat une
grande quantité de lampions. Toute la
Place de Louis-le-Grand étoit extrêmement
éclaitée.
On admira entr'autres, l'illumination
que le Directeur du Domaine du Roi
avoit fait placer aux fenêtres de son ap-
partement, dont voici le détail,
Autour des trois fenêtres de cet appar-
tement, situé Place de Louis-le-Grand, on
voyoit une illumination particuliere, in-
dépendante de celle de la maison où est
la Direction; elle consistoit en un ceintre
de lampions autour des trois fenêtres;
dans les entre-deux des croisées des Fleurs
de Lys en lampions au-dessus, & au-des-
sous des étoiles.
Du milieu de chaque fenêtre en haut,
un transparent; chaque transparent re-
présentoit un Firmament, fond bleu, avec
d by God
119
JANVIER. 1752.
des nuages en blanc, ornés de differentes
ombres dans les bordures. Dans les trois
cransparens, sur le fond bleu, des étoiles
d'argent en bas, & en haut des Fleurs de
Lys d'or.
Dans le premier transparent, un car-
touche compolé par deux LL. d'or, ornées
d'agrémens, enlacées à la base du cartou-
che, de façon qu'elles partageoient le Fir-
mament en deux parties inégales: dans
la supérieure, qui étoit la plus grande,
des Fleurs de Lys d'or sans nombre: dans
la partie inférieure, des étoiles en argent,
semées çà & là; ce cartouche étoit sur-
monté de la Couronne de France. Dans
la partie supérieure, trois Fleurs de Lys en
or; dans l'inférieure, trois étoiles en ar-
gent; dans le milieu,
Sur les astres voyez les Lys
Avoit ici pleine victoire;
Ils méritent bien cette gloire;
Ils sont l'attribut de LOUIS.
Pour confirmer cette idée, on s'est rapa
pellé deux anciens vers Latins, que l'on
1 ajoutés dans le même cartouche; les
roici:
Seu venere solo, seu funt huc edita coolo
Lilia, digna solo, sunt quoque digns polo,
120 MERCUREDEFRANCE-
Dans le second transpatent, pareil car-
rouche, également formé par deux LL.
d'or, ornees & enlacées, environné d'un
pareil Firmament avec Fleurs de Lys'en
or au-dessus, étoiles en argent au-dessous.
Le cartouche surmonté de la Couronne du
Dauphin, contenoit dans la partie supé-
rieure trois Fleurs de Lys, dans l'infé-
rieure un double Dauphin, dont la queue-
tortillée jettoit à dtoite & à gauche des
Lys de jardin épanovis ou en boutons, le
groupe portoit sur la base du cartouche;
dans le milieu on lisoit les vers suivans;
Vive le bien-aimé Monatque
Qui fait le bonheur des François;
Que son cher Fils oublié de la Parque,
Vive & sut nous regne à jamais.
Dans le troisiême transparent, également
formé, pareil cartouche surmonté de la
Couronne du Duc de Bourgogne, trois
Fleurs de Lys dans le haut, trois étoiles
dans le bas: dans le milieu,
Célébrons l'heureuse Naissance
D'un nouveau Prince de Bourbon;
Il comble les vœux de la France,
Et nous donne grande esperance
De voir long. tems cette auguste Maison
Sur nous avoir toute puissance.
Dans
zed by Goo
JANVIER.
1752. 121
Dans la base de l'illumination, pour faire
connoître de qui elle venoit, (attendu
que la Direction est dans une maison ex-
trêmement respectable), on a mis sous
les trois fenêtres qui la composent, un
grand quadre ceintré par les bouts, dans
l'une des moitiés duquel on a écrit:
Par cette Illumination
On voit que du Roi le Domaine,
.*
Pour Sa Majesté Souveraine
Prouve son zéle & sa soumission.
Pour remplir l'autre moitié du quadre,
on y a mis le passage d'un ancien Auteur
Latin.
Frivola haec fortassis & nimis etiam brevia
videbuntur, sed tamen honesta curiositas ea
non respuit.
Le tout a été éclairé pendant trois nuits
par cinq cens lampions: s'il y avoit eu
d'autres illuminations dans la ville pen-
dant les jours suivans, on auroit continué
celle-là; quoiqu'il n'y en ait pas eu, on a
laissé tout en place pendant huit jours, &
peudant huit nuits éclairé derriere les trans-
parents, assez pour les rendre lisibles.
Sur ce qu on sçut que dans la Ville on
devoit illuminer en quelques endroits,
on fit encote illuminer le tout par cinque
II. Vol.
Digiiued hed
122 MERCUREDEFRANCE.
cens lampions le Dimanche 10 Octobre.
Le même jour, des violons & hautbois
ont fait danser tout le monde devant les fe-
nêtres de la direction, depuis deux heures
après-midy, jusqu'à deux heures après-mi-
nuit.
Pour terminer l'illumination & relative-
ment à la dépense qu'elle a coûté, on a
mis la devise suivante:
Pour corps, une couronne d'or chargée
de beaucoup de pierreries:
Pour ame, ces mots:
Onerosa, sed gloriosa.
Le Portail de la Chapelle des Pénitens
de la Royale Compagnie de Notre-Dame
des Confalons, étoit garni d'un grand
nombre de lampions; on lisoit en lettres
de feu cette inscription:
Nos Vota.
Faisant connoîntre pat là que comme l'ins-
titution principale de cette Compagnie
est de prier spécialement pout la perfonne
sacrée de S. M. & pour la famille Royale,
la part qu'elle prenoit à la joie publique
par les transports de son allégresse s'accor-
doit aussi avec son devoir. Cette Compa-
gnie chanta avec beaucoup de solemnité &
de pompe un Te Deum, en actious de gra-
ces, le Dimanche 10 Octobre.
JANVIER. 1752. 123
Les RR. PP. Célestins firent une trés-
belle illumination le dixiéme d'Octobre;
toute la façade de leur superbe bâtiment
étoit illuminée par un nombre prodigieux
de lampions disposés avec beaucoup de
goût & d'agrément.
L'illumination de la maison du Bureau
de la Communauté des Fabriquans en
étosfes d'or, d'argent & de soie, située
dans la rue S. Dominique, étoit superbe
& bien ingénieuse.
La façade étoit illuminée d'environ
quatre mille lampions qui formoient des
Fleurs de lys, des Etoiles & des desseins
d'architecture, qui accompagnoient trois
pyramides; il y avoit sur la maison un
fronton en transparent aux armes de Bour-
gogne, de quatorze pieds de hauteur, ac-
compagnés de deux urnes en transparent
de huit pieds de haut.
Au balcon qui remplit le milieu de la
façade, il y avoit un transparent qui repré-
sentoit un Soleil levant, avec ces mom:
Simul exoritur, simul excitat artes.
A la croisée du côté droit du grand bal-
con, un autre transparent représentant un
Lys, dont la principale fleur étoit épanovie,
F1
124 MERCURE DEFRANCE.
la seconde à moitié ouverte, & la troisié-
me en boutons, avec ces mots:
Splendida Domus jucundo risit odore.
A la croisée à gauche le transparent pré-
sentoit une grenade ouverte & couronnée
d'unę Couronne Royale, avec ces mots:
Regali splendida fructu.
On a voulu faire entendre par ces ins-
criptions que certe auguste Naissance est un
presage pour le Royaume, que ses Manu-
factures & tous les Arts vont ranimer leut
zéle & seront plus que jamais occupés à at-
tirer dans nos Ports les richesses de l'un &
l'autre monde.
La Messagerie de Strasbourg, dont le
Bureau est établi sur la place des Terreaux,
fit une illumination aussi ingénieuse qu'é-
légante. Sur un grand transparent étoit
peint un char de triomphe, auquel étoit
attelé un grand nombre de chevaux, &
conduits par le Génie de la France, avec
ces mots.:
Centum quadrijugos agitaho ad nuntia currus.
Ce transparent étoit surmonté d'un Dau-
phin d'azur, & formé par des lampions;
JANVIER.
1752.
125
de chaque côté étoient des Fleurs de Lys
en lumiéres.
Le Bureau des Diligences du Rhône,
des Messageries de Provence & de Lan-
guedoc, établi sur le quai de St. Antoine,
présentoit une illumination extrêmement
ingénieuse: la principale piéce étoit un
transparent sur lequel étoient peints deux
Dauphins entrelacés soutenant une cou-
ronne, avec ces mots :
His nixa stabit.
L'Illumination chez le sieur Lorget,
Caffetier aux Terreaux, consistoit en un
tableau transparent, représentant Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, nouveau-
né, avec ce vers de la quatrième églogue
de Virgile:
Cara Deùm soboles, Magnum jovis incre-
mentum.
Tous les étages de sa maison étoient or-
nés de pyramides & Fleurs de Lys, garnis
en lampions & guirlandes de verdure, en
orangers, par des globes de verre de dif-
férentes couleurs, jettant leur reverbéra-
tion sur la place en forme de soleils, dans
le goût d'Italie.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Le sieur Mignard, Marchand, rue Lan-
terne, fit aussi une illumination particu-
liére; elle consistoit en un Globe en forme
de soleil, qu'il avoit placé & suspendu
dans le misieu de la rue: on voyoit sur les
deux faces une Fleur de Lys d'or, sur la-
quelle s'élevoit une petite éminence, d'où
sortoit un jeune olivier qui poussoit vers
la tige un tendre rejeton; le tout étoit en-
tourré par ces mots:
Triumphali è stipite surgens.
Il y a eu dans la Ville bien d'autres II-
luminations particuliéres, elles étoient un
témoignage de la sincérité de la joie des
Citoyens, & une marque de leur bon goût;
si on ne les rappelle pas ici, c'est pour se
conformer à l'intention de ceux dont la
modestie nous oblige de nous taire.
On s'est efforcé dans les Villes de la Pro-
vince d'exécuter les ordres que Monsei-
gneur le Commandant a donnés pour les
Réjouissances publiques, & dans les Mai-
sons de campagne aux environs de Lyon,
il y a eu des Illuminations particuliéres.
Son Eminence Monseigneur le Cardinal
de Tencin fit chanter dans la Chapelle de
son Château d'Ullins, un Te Deum, avec
JANVIER. 1752. 127
beaucoup de pompe; & le soir le Château
fut illuminé.
MM. Charet, pere & fils, empressés de
donner des marques parriculieres de leur
joie sur la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, firent le Dimanche
10 Octobre une Illumination des plus jo-
lies dans leur Château de Grangeblanche.
Les cours & avant-cours étoient toutes
illuminées, & plus particuliérement enco-
re la façade du Château; toutes les fenê-
tres étoient garnies de lampions, & ceux
qui avoient été placés daus les intervalles
formoient des Fleurs de Lys, des pyrami-
des ou divers autres desseins d'architecture
les plus convenables au bâtiment, & les
plus avantageux pour le coup d'œil; on
avoit placé sur le palcon principal un Ta-
bleau transparent, representant Monseis
gneur le Duc de Bourgogne; on lisoit au
bas ce Vers d'Horace:
Serus in coelum redeas, diuque laetus intersis
populo.
1e Liv. des Odes, Ode 2.
Le Parterre formant un quarté parfait,
étoit décoré d'un millier de pots-a-feu de
différentes grosscurs, & l'on voyoit s'éle-
ver dans le milieu douze girandoles de
...
Fiij
zed by Goc
—---
128 MERCUREDEFRANCE.
fer-blanc de six à sept pieds de hauteur,
toutes garnies d'un nombre très considé-
rable de lampions qui finissoient en pyra-
mides, & faisoient un effet merveilleux.
Au milieu de ce parterre on avoit dressé
un Théatre sur lequel étoient placées tou-
tes sortes de fusées, moulinets, serpen-
teaux & autres artifices des plus particu-
liers. Le feu y fut mis par un dragon qui
partit du Château, & l'on vit à linstant
tout le Ciel en feu, plein d'étoiles artifi-
cielles qui sembloient faire disparoitre la
nuit.
Ce premier Artifice fut suivi de deux
autres également beaux, pendant lesquels
on fit plusieurs décharges successives de
boëtes; le temps favorable qui regnoit
contribua beaucoup à faire briller cette
gête, conduite avec autant d'ordre que de
gout; & on ne sçauroit trop regretter que
l'éloignement du Château ait empêché
toute la Ville d'y prendre part.
à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre
1751, & jours suivans, pour célébrer la
Naissance de Monseigneur, le Duc de
Bourgogne.
Messieurs les Prévôt des Marchands &
Echevins firent élever sur le Pont de pierre
de la Riviere de Saône un édifice en
charpente, qui représentoit un grand Por-
tique soutenant un Temple, & qui étoit
JANVIER. 1752.
115
surmonté par un nuage, sur lequel étoit
une Renommée qui paroissoit voler dans
toutes les extrêmités de la terre. Le Génie
de la France étoit à l'entrée du Temple,
tenant en ses mains un enfant; & on lisoit
au bas cette inscription:
Magna quidem Patrisque fui, Matrisque
voluptas, nostra tamen major....
Il y avoit près de-là un dépôt d'artifice
en fusées, feux volans, serpenteaux &
étoiles, ausquels on mit le feu sur les sept
heures du soit; cet artifice réussit parfaite-
ment, & on admira en particulier la va-
riété des objets qu'il produisit, en soleils,
tourbillons & gerbes de feu. On laissa
consumer entierement la machine par
les flammes.
On avoit élevé sur la Place des Ter-
reaux une pyramide, toute couverte de
chandelles ardentes; on fit sortir de la ba-
se du pied-d'estal un feu d'artifite d'exécu-
tion pyrique, accompagné d'une grande
quantité de fusées volantes; on fut charmé
principalement de celles d'où sortoient
des étoiles de feu.
La façade de l'Hôtel de-Ville étoit flan-
quée d'un ouvrage d'architecture d'otdre,
lonique complet; le portrait de Monsei-
gneur le Dauphin se voyoit dans un trans-
d by Goo
116 MERCUREDEFRANCE.
parent à droite, sous lequel étoit un autre
transparent qui représentoit le Soleil, un
Aigle & un Aiglon, avec ces mots;
Vim promovebit insitam.
Il est aisé de voir que le Soleil désignoit
le Roi, que l'Aigle représentoit Monsei-
gneur le Dauphin, l'Aiglon Monseigneur
le Duc de Bourgogne, & que les mots
Latins exprimoient, que Monseigneur le
Dauphin enflammera par son exemple,
l'ardeur naturelle qu aura Monseigneur le
Dac de Bourgogne, de s'élever jusqu'aux
vertus héroiques de Sa Majesté.
A gauche étoit le portrait de Madame.
la Dauphine, sous lequel étoit un trans-
parent, qui représentoit une nacre ou-
verte, au-dedans de laquelle étoit une
perle, avec ces mots:
Vna prole dives.
Faisant allusion au bonheur de la France,
qui paroît consommé par un évenement si
favorable pour elle.
Au milieu étoit le portrait de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, enveloppé
dans des langes très riches: sous ce portrait
étoit peint un nid d'Alcyon, flottant sur
une mer tranquille, avec ces mots:
JANVIER. 1752. 117
Nascor pacis amans.
Donnant à entendre que ce Prince est
né dans un tems où toute l'Europe étoit
en paix, & qu'il est pour elle une espé-
rance de la voir à jamais durable. Sur la
frise regnoit cette inscription:
Stat Fortuna Domus.
Ces lettres étoient formées par une pro-
digieuse quantité de lumiere: le reste de
toute cette vaste architecture étoit éclairé
par environ seize mille lampions, qui re-
présentoient des fleurs-de. lys, & different
compartimens extrêmement ingénieux.
Toute la Ville étoit éclairée, & l'on
peut dire que la joie générale éclatoit de
toutes parts, par l'empressement avec le-
quel chaque Citoyen s'efforçoit de don-
ner des preuves publiques de son conten-
tement, & de son amour pour Sa Ma-
jesté.
La façade de l'Hotel de M. le Comman-
dant étoit éclairée d'un nombre prodi-
gieux de lampions, placés avec tout l'art
imaginable.
Le portail de l'Hôtel de l'Intendance
étoit également orné de compartimens en
lampions.
Le devant de l'Hôtel de M. le Prévoe
118 MERCUREDEFRANCE.
des Marchands étoit garni de deux colon-
nes d'ordre corinthien, chargées de lam-
pions, rangés en compartimens; elles ser-
voient à soutenit un grand transparent,
sur lequel étoit peint une ancre entrelacés
de lys des vallées, avec ces mots:
Aternitati nominis Borbonii.
Les maisons, où demeurent Messicurs
les Echevins, & celle de M. le Receveur
de la Ville, étoient illuminées pat une
grande quantité de lampions. Toute la
Place de Louis-le-Grand étoit extrêmement
éclaitée.
On admira entr'autres, l'illumination
que le Directeur du Domaine du Roi
avoit fait placer aux fenêtres de son ap-
partement, dont voici le détail,
Autour des trois fenêtres de cet appar-
tement, situé Place de Louis-le-Grand, on
voyoit une illumination particuliere, in-
dépendante de celle de la maison où est
la Direction; elle consistoit en un ceintre
de lampions autour des trois fenêtres;
dans les entre-deux des croisées des Fleurs
de Lys en lampions au-dessus, & au-des-
sous des étoiles.
Du milieu de chaque fenêtre en haut,
un transparent; chaque transparent re-
présentoit un Firmament, fond bleu, avec
d by God
119
JANVIER. 1752.
des nuages en blanc, ornés de differentes
ombres dans les bordures. Dans les trois
cransparens, sur le fond bleu, des étoiles
d'argent en bas, & en haut des Fleurs de
Lys d'or.
Dans le premier transparent, un car-
touche compolé par deux LL. d'or, ornées
d'agrémens, enlacées à la base du cartou-
che, de façon qu'elles partageoient le Fir-
mament en deux parties inégales: dans
la supérieure, qui étoit la plus grande,
des Fleurs de Lys d'or sans nombre: dans
la partie inférieure, des étoiles en argent,
semées çà & là; ce cartouche étoit sur-
monté de la Couronne de France. Dans
la partie supérieure, trois Fleurs de Lys en
or; dans l'inférieure, trois étoiles en ar-
gent; dans le milieu,
Sur les astres voyez les Lys
Avoit ici pleine victoire;
Ils méritent bien cette gloire;
Ils sont l'attribut de LOUIS.
Pour confirmer cette idée, on s'est rapa
pellé deux anciens vers Latins, que l'on
1 ajoutés dans le même cartouche; les
roici:
Seu venere solo, seu funt huc edita coolo
Lilia, digna solo, sunt quoque digns polo,
120 MERCUREDEFRANCE-
Dans le second transpatent, pareil car-
rouche, également formé par deux LL.
d'or, ornees & enlacées, environné d'un
pareil Firmament avec Fleurs de Lys'en
or au-dessus, étoiles en argent au-dessous.
Le cartouche surmonté de la Couronne du
Dauphin, contenoit dans la partie supé-
rieure trois Fleurs de Lys, dans l'infé-
rieure un double Dauphin, dont la queue-
tortillée jettoit à dtoite & à gauche des
Lys de jardin épanovis ou en boutons, le
groupe portoit sur la base du cartouche;
dans le milieu on lisoit les vers suivans;
Vive le bien-aimé Monatque
Qui fait le bonheur des François;
Que son cher Fils oublié de la Parque,
Vive & sut nous regne à jamais.
Dans le troisiême transparent, également
formé, pareil cartouche surmonté de la
Couronne du Duc de Bourgogne, trois
Fleurs de Lys dans le haut, trois étoiles
dans le bas: dans le milieu,
Célébrons l'heureuse Naissance
D'un nouveau Prince de Bourbon;
Il comble les vœux de la France,
Et nous donne grande esperance
De voir long. tems cette auguste Maison
Sur nous avoir toute puissance.
Dans
zed by Goo
JANVIER.
1752. 121
Dans la base de l'illumination, pour faire
connoître de qui elle venoit, (attendu
que la Direction est dans une maison ex-
trêmement respectable), on a mis sous
les trois fenêtres qui la composent, un
grand quadre ceintré par les bouts, dans
l'une des moitiés duquel on a écrit:
Par cette Illumination
On voit que du Roi le Domaine,
.*
Pour Sa Majesté Souveraine
Prouve son zéle & sa soumission.
Pour remplir l'autre moitié du quadre,
on y a mis le passage d'un ancien Auteur
Latin.
Frivola haec fortassis & nimis etiam brevia
videbuntur, sed tamen honesta curiositas ea
non respuit.
Le tout a été éclairé pendant trois nuits
par cinq cens lampions: s'il y avoit eu
d'autres illuminations dans la ville pen-
dant les jours suivans, on auroit continué
celle-là; quoiqu'il n'y en ait pas eu, on a
laissé tout en place pendant huit jours, &
peudant huit nuits éclairé derriere les trans-
parents, assez pour les rendre lisibles.
Sur ce qu on sçut que dans la Ville on
devoit illuminer en quelques endroits,
on fit encote illuminer le tout par cinque
II. Vol.
Digiiued hed
122 MERCUREDEFRANCE.
cens lampions le Dimanche 10 Octobre.
Le même jour, des violons & hautbois
ont fait danser tout le monde devant les fe-
nêtres de la direction, depuis deux heures
après-midy, jusqu'à deux heures après-mi-
nuit.
Pour terminer l'illumination & relative-
ment à la dépense qu'elle a coûté, on a
mis la devise suivante:
Pour corps, une couronne d'or chargée
de beaucoup de pierreries:
Pour ame, ces mots:
Onerosa, sed gloriosa.
Le Portail de la Chapelle des Pénitens
de la Royale Compagnie de Notre-Dame
des Confalons, étoit garni d'un grand
nombre de lampions; on lisoit en lettres
de feu cette inscription:
Nos Vota.
Faisant connoîntre pat là que comme l'ins-
titution principale de cette Compagnie
est de prier spécialement pout la perfonne
sacrée de S. M. & pour la famille Royale,
la part qu'elle prenoit à la joie publique
par les transports de son allégresse s'accor-
doit aussi avec son devoir. Cette Compa-
gnie chanta avec beaucoup de solemnité &
de pompe un Te Deum, en actious de gra-
ces, le Dimanche 10 Octobre.
JANVIER. 1752. 123
Les RR. PP. Célestins firent une trés-
belle illumination le dixiéme d'Octobre;
toute la façade de leur superbe bâtiment
étoit illuminée par un nombre prodigieux
de lampions disposés avec beaucoup de
goût & d'agrément.
L'illumination de la maison du Bureau
de la Communauté des Fabriquans en
étosfes d'or, d'argent & de soie, située
dans la rue S. Dominique, étoit superbe
& bien ingénieuse.
La façade étoit illuminée d'environ
quatre mille lampions qui formoient des
Fleurs de lys, des Etoiles & des desseins
d'architecture, qui accompagnoient trois
pyramides; il y avoit sur la maison un
fronton en transparent aux armes de Bour-
gogne, de quatorze pieds de hauteur, ac-
compagnés de deux urnes en transparent
de huit pieds de haut.
Au balcon qui remplit le milieu de la
façade, il y avoit un transparent qui repré-
sentoit un Soleil levant, avec ces mom:
Simul exoritur, simul excitat artes.
A la croisée du côté droit du grand bal-
con, un autre transparent représentant un
Lys, dont la principale fleur étoit épanovie,
F1
124 MERCURE DEFRANCE.
la seconde à moitié ouverte, & la troisié-
me en boutons, avec ces mots:
Splendida Domus jucundo risit odore.
A la croisée à gauche le transparent pré-
sentoit une grenade ouverte & couronnée
d'unę Couronne Royale, avec ces mots:
Regali splendida fructu.
On a voulu faire entendre par ces ins-
criptions que certe auguste Naissance est un
presage pour le Royaume, que ses Manu-
factures & tous les Arts vont ranimer leut
zéle & seront plus que jamais occupés à at-
tirer dans nos Ports les richesses de l'un &
l'autre monde.
La Messagerie de Strasbourg, dont le
Bureau est établi sur la place des Terreaux,
fit une illumination aussi ingénieuse qu'é-
légante. Sur un grand transparent étoit
peint un char de triomphe, auquel étoit
attelé un grand nombre de chevaux, &
conduits par le Génie de la France, avec
ces mots.:
Centum quadrijugos agitaho ad nuntia currus.
Ce transparent étoit surmonté d'un Dau-
phin d'azur, & formé par des lampions;
JANVIER.
1752.
125
de chaque côté étoient des Fleurs de Lys
en lumiéres.
Le Bureau des Diligences du Rhône,
des Messageries de Provence & de Lan-
guedoc, établi sur le quai de St. Antoine,
présentoit une illumination extrêmement
ingénieuse: la principale piéce étoit un
transparent sur lequel étoient peints deux
Dauphins entrelacés soutenant une cou-
ronne, avec ces mots :
His nixa stabit.
L'Illumination chez le sieur Lorget,
Caffetier aux Terreaux, consistoit en un
tableau transparent, représentant Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, nouveau-
né, avec ce vers de la quatrième églogue
de Virgile:
Cara Deùm soboles, Magnum jovis incre-
mentum.
Tous les étages de sa maison étoient or-
nés de pyramides & Fleurs de Lys, garnis
en lampions & guirlandes de verdure, en
orangers, par des globes de verre de dif-
férentes couleurs, jettant leur reverbéra-
tion sur la place en forme de soleils, dans
le goût d'Italie.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Le sieur Mignard, Marchand, rue Lan-
terne, fit aussi une illumination particu-
liére; elle consistoit en un Globe en forme
de soleil, qu'il avoit placé & suspendu
dans le misieu de la rue: on voyoit sur les
deux faces une Fleur de Lys d'or, sur la-
quelle s'élevoit une petite éminence, d'où
sortoit un jeune olivier qui poussoit vers
la tige un tendre rejeton; le tout étoit en-
tourré par ces mots:
Triumphali è stipite surgens.
Il y a eu dans la Ville bien d'autres II-
luminations particuliéres, elles étoient un
témoignage de la sincérité de la joie des
Citoyens, & une marque de leur bon goût;
si on ne les rappelle pas ici, c'est pour se
conformer à l'intention de ceux dont la
modestie nous oblige de nous taire.
On s'est efforcé dans les Villes de la Pro-
vince d'exécuter les ordres que Monsei-
gneur le Commandant a donnés pour les
Réjouissances publiques, & dans les Mai-
sons de campagne aux environs de Lyon,
il y a eu des Illuminations particuliéres.
Son Eminence Monseigneur le Cardinal
de Tencin fit chanter dans la Chapelle de
son Château d'Ullins, un Te Deum, avec
JANVIER. 1752. 127
beaucoup de pompe; & le soir le Château
fut illuminé.
MM. Charet, pere & fils, empressés de
donner des marques parriculieres de leur
joie sur la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, firent le Dimanche
10 Octobre une Illumination des plus jo-
lies dans leur Château de Grangeblanche.
Les cours & avant-cours étoient toutes
illuminées, & plus particuliérement enco-
re la façade du Château; toutes les fenê-
tres étoient garnies de lampions, & ceux
qui avoient été placés daus les intervalles
formoient des Fleurs de Lys, des pyrami-
des ou divers autres desseins d'architecture
les plus convenables au bâtiment, & les
plus avantageux pour le coup d'œil; on
avoit placé sur le palcon principal un Ta-
bleau transparent, representant Monseis
gneur le Duc de Bourgogne; on lisoit au
bas ce Vers d'Horace:
Serus in coelum redeas, diuque laetus intersis
populo.
1e Liv. des Odes, Ode 2.
Le Parterre formant un quarté parfait,
étoit décoré d'un millier de pots-a-feu de
différentes grosscurs, & l'on voyoit s'éle-
ver dans le milieu douze girandoles de
...
Fiij
zed by Goc
—---
128 MERCUREDEFRANCE.
fer-blanc de six à sept pieds de hauteur,
toutes garnies d'un nombre très considé-
rable de lampions qui finissoient en pyra-
mides, & faisoient un effet merveilleux.
Au milieu de ce parterre on avoit dressé
un Théatre sur lequel étoient placées tou-
tes sortes de fusées, moulinets, serpen-
teaux & autres artifices des plus particu-
liers. Le feu y fut mis par un dragon qui
partit du Château, & l'on vit à linstant
tout le Ciel en feu, plein d'étoiles artifi-
cielles qui sembloient faire disparoitre la
nuit.
Ce premier Artifice fut suivi de deux
autres également beaux, pendant lesquels
on fit plusieurs décharges successives de
boëtes; le temps favorable qui regnoit
contribua beaucoup à faire briller cette
gête, conduite avec autant d'ordre que de
gout; & on ne sçauroit trop regretter que
l'éloignement du Château ait empêché
toute la Ville d'y prendre part.
Fermer
391
p. 174-177
LE TEMPLE de la felicité publique figuré par le feu de joie élevé par les soins de Messieurs les Lieutenant, Gens du Conseil, Echevins, Gouverneurs de la Ville de Reims, & tiré devant l'Hôtel de Ville, pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, en présence de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant Général de la Province, qui mit le feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans, le Lundi 18. Octobre. Jam nova progenies caelo demittitur alto, Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna, Virg. Eglog. IV.
Début :
La naissance de Monseigneur le DUC DE BOURG[O]GNE, est un événement qui [...]
Mots clefs :
Félicité publique, Feu de joie, Reims, Temple, Figure, Ville, Majesté, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TEMPLE de la felicité publique figuré par le feu de joie élevé par les soins de Messieurs les Lieutenant, Gens du Conseil, Echevins, Gouverneurs de la Ville de Reims, & tiré devant l'Hôtel de Ville, pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, en présence de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant Général de la Province, qui mit le feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans, le Lundi 18. Octobre. Jam nova progenies caelo demittitur alto, Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna, Virg. Eglog. IV.
LE TEMPLE de la felicité publique
figuré par le feu de joie élevé par les
soins de Messieurs les Lieutenant, Gens
du Conseil, Echevins, Gouverneurs de
la Ville de Reims, & tirè devant l'Hôtel
de Ville, pour la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, en presence
de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant
Général de la Province, qui mit le
feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans,
le Lundi 18. Octobre.
Jam nova progenies caelo demittitur alto,
Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna,
Virg. Eglog. IV.
La naissance de Monseigneur le DUC DE
BOURG[O]GNE, est un événement qui
met tout à la fois le comble aux vœux de Sa
Majesté, à ceux de Monseigneur le Dauphin
& au bonheur des Peuples.
La Ville de Reims, toujours distinguée par
son empressement à signaler son zele dans les
circonstances qui intéressent Sa Majesté & la fé-
JANVIER. 1752.
175
liciré de son Royaume, a voulu donner un specta-
cle digne de l'amour & de la reconnoissance dont
elle est si vivement pénétrée pour les bienfaits
dont Sa Majessé vient de la combler, & qui lui
fournissent les moyens de hâter l'éxécution des
fontaines amenées dans l'enceinte de ses muis. El-
le a cru devoir profiter des circonstances de la
joie publique pour reconnostre une faveur aussi
honorable; & au plaisir de se conformer aux in-
tentions de Sa Majesté, sur l'objet des dots
elle a joint la satisfaction de faire éclater les
mouvemens de sa gratitude.
Le Temple de la félicité publique, par une
imitation de celui qui fut élevé dans Rome sous
le plus grand & le meilleur des Empereurs, † est
le monument qui a paru au Conseil de Ville
le plus propre à exprimer ses sentimens pour un
Prince qui fait revivre les vertus d'Auguste.
Cet édifice d'ordre Corinthien, a cinquante-
cinque pieds d'élévation & vingt pieds de face, suu
un plan octogone, élevé sur cinq dégrés de mar-
bre; les pilastres, aussi de marbre, sont posés
sur des pieds-d'estaux couronnés de leur entable-
ment: dans les grandes faces s'ouvrent quatre
portiques en plein ceintre, ornés de leur impos-
te & archivolte, chargés de caducées, de car-
quois, & des armes de Ftance & de Bourgo-
gne : ces portiques découvrent l'intérieur du
Temple.
Dans les pans conpés de l'édifice du Temple
*Sa Majesté a accordé à la Vi. le de Reims, pour
remt lir cet objet, la somme de cent quatre- vingt mille
livres.
† Ce Temple fut banti par les soins de Lepidus. Dion.
Livre 44.
Hiij
Itized by Goog
176 MERCUREDEFRANCE.
sont placées quatre figures héroiques posées sur
leurs pied-d'estaux, au bas de chacun desquels on
lit dans un cattouche quatre vers, qui ont
rapport à la figure. Au dessus sont des médail-
lons en camoieux, rehaussés d'or, suspendus par
des mascarons.
Une balustrade aussi octogone, surmonte l'en-
tablement; dans les pans coupés sont des bas-
reliefs, & les inscriptions qui y ont tapport sont
placées dans la frise: sur les tablettes des piéd-d'es-
taux sont polés des groupes d'Amours & des
vases.
Au niveau de la corniche s'éleve un attique
sur lequel est appuyé un dôme de figure octo-
gone, enrichi de guirlandes; au sommet du
dôme est un amortissement qui porte la figure de
la Renommée terminant l'edifice du Temple.
Chaque figure placée dans les pans coupés de-
vient, par le caractere qui lui est propre, la Di-
vinité tutélaire du Temple; ces figures sont la
Paix, Minerve, la Force & l'Abondance.
La Paix tenant d'une main un rameau d'oli-
vier, & de l'autre un flambeau avec lequel elle
brule un trophée d'armes, pour annoncer que
son regne est plus que jamais assuré par la nais-
sance du jeune Priace.
A jamais sous mes pieds que la discorde expire;
L'Amout qui vient de naître écarte ses forfaits,
Et de LoUIS l'heureux empire
Deviendra pour toujours celui de mes bienfaits.
L'Abondance, caractérisée par la corne d'A-
malthée qu'elle tient daus ses bras, promet au
peuple ses bienfaits.
JANVIER. 1752.
177
Peuples, un fils du sang des Dieux,
De mes laveurs pour vous est la douce espérance,
Mes dons versés à sa naissance
Par les mains de LOUIS combleront tous vos
vœux.
Minerve portant d'une main le livre de ses
Joix, & de l'autre des desseins d'Architecture &
de Mathématique, semble exprimer que le Due
DE BOURGOGNI, instruit par les leçons de la Sa-
gesse, sera un jour la gloire & le protecteur des
beaux Arts.
Un Eleve nouveau, formé par mes otacles,
De ce Temple sacré sera le ferme appui,
Il crostra pour sa gloire, & deux Héros en lui
Verront de leurs vertus retracer les miracles.
La Force, armée d'une massue, terrasse à
ses pieds une Hydre representant la Discorde,
France, qu'a tes regards mes armes, mon con-
rage
N'annoncent désormais la crainte ni l'horreur;
Sous les yeux de LOUIS elles n'ont d'autre
usage,
Que d'affermit la paix, ta gloire & ton bonhour.
figuré par le feu de joie élevé par les
soins de Messieurs les Lieutenant, Gens
du Conseil, Echevins, Gouverneurs de
la Ville de Reims, & tirè devant l'Hôtel
de Ville, pour la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, en presence
de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant
Général de la Province, qui mit le
feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans,
le Lundi 18. Octobre.
Jam nova progenies caelo demittitur alto,
Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna,
Virg. Eglog. IV.
La naissance de Monseigneur le DUC DE
BOURG[O]GNE, est un événement qui
met tout à la fois le comble aux vœux de Sa
Majesté, à ceux de Monseigneur le Dauphin
& au bonheur des Peuples.
La Ville de Reims, toujours distinguée par
son empressement à signaler son zele dans les
circonstances qui intéressent Sa Majesté & la fé-
JANVIER. 1752.
175
liciré de son Royaume, a voulu donner un specta-
cle digne de l'amour & de la reconnoissance dont
elle est si vivement pénétrée pour les bienfaits
dont Sa Majessé vient de la combler, & qui lui
fournissent les moyens de hâter l'éxécution des
fontaines amenées dans l'enceinte de ses muis. El-
le a cru devoir profiter des circonstances de la
joie publique pour reconnostre une faveur aussi
honorable; & au plaisir de se conformer aux in-
tentions de Sa Majesté, sur l'objet des dots
elle a joint la satisfaction de faire éclater les
mouvemens de sa gratitude.
Le Temple de la félicité publique, par une
imitation de celui qui fut élevé dans Rome sous
le plus grand & le meilleur des Empereurs, † est
le monument qui a paru au Conseil de Ville
le plus propre à exprimer ses sentimens pour un
Prince qui fait revivre les vertus d'Auguste.
Cet édifice d'ordre Corinthien, a cinquante-
cinque pieds d'élévation & vingt pieds de face, suu
un plan octogone, élevé sur cinq dégrés de mar-
bre; les pilastres, aussi de marbre, sont posés
sur des pieds-d'estaux couronnés de leur entable-
ment: dans les grandes faces s'ouvrent quatre
portiques en plein ceintre, ornés de leur impos-
te & archivolte, chargés de caducées, de car-
quois, & des armes de Ftance & de Bourgo-
gne : ces portiques découvrent l'intérieur du
Temple.
Dans les pans conpés de l'édifice du Temple
*Sa Majesté a accordé à la Vi. le de Reims, pour
remt lir cet objet, la somme de cent quatre- vingt mille
livres.
† Ce Temple fut banti par les soins de Lepidus. Dion.
Livre 44.
Hiij
Itized by Goog
176 MERCUREDEFRANCE.
sont placées quatre figures héroiques posées sur
leurs pied-d'estaux, au bas de chacun desquels on
lit dans un cattouche quatre vers, qui ont
rapport à la figure. Au dessus sont des médail-
lons en camoieux, rehaussés d'or, suspendus par
des mascarons.
Une balustrade aussi octogone, surmonte l'en-
tablement; dans les pans coupés sont des bas-
reliefs, & les inscriptions qui y ont tapport sont
placées dans la frise: sur les tablettes des piéd-d'es-
taux sont polés des groupes d'Amours & des
vases.
Au niveau de la corniche s'éleve un attique
sur lequel est appuyé un dôme de figure octo-
gone, enrichi de guirlandes; au sommet du
dôme est un amortissement qui porte la figure de
la Renommée terminant l'edifice du Temple.
Chaque figure placée dans les pans coupés de-
vient, par le caractere qui lui est propre, la Di-
vinité tutélaire du Temple; ces figures sont la
Paix, Minerve, la Force & l'Abondance.
La Paix tenant d'une main un rameau d'oli-
vier, & de l'autre un flambeau avec lequel elle
brule un trophée d'armes, pour annoncer que
son regne est plus que jamais assuré par la nais-
sance du jeune Priace.
A jamais sous mes pieds que la discorde expire;
L'Amout qui vient de naître écarte ses forfaits,
Et de LoUIS l'heureux empire
Deviendra pour toujours celui de mes bienfaits.
L'Abondance, caractérisée par la corne d'A-
malthée qu'elle tient daus ses bras, promet au
peuple ses bienfaits.
JANVIER. 1752.
177
Peuples, un fils du sang des Dieux,
De mes laveurs pour vous est la douce espérance,
Mes dons versés à sa naissance
Par les mains de LOUIS combleront tous vos
vœux.
Minerve portant d'une main le livre de ses
Joix, & de l'autre des desseins d'Architecture &
de Mathématique, semble exprimer que le Due
DE BOURGOGNI, instruit par les leçons de la Sa-
gesse, sera un jour la gloire & le protecteur des
beaux Arts.
Un Eleve nouveau, formé par mes otacles,
De ce Temple sacré sera le ferme appui,
Il crostra pour sa gloire, & deux Héros en lui
Verront de leurs vertus retracer les miracles.
La Force, armée d'une massue, terrasse à
ses pieds une Hydre representant la Discorde,
France, qu'a tes regards mes armes, mon con-
rage
N'annoncent désormais la crainte ni l'horreur;
Sous les yeux de LOUIS elles n'ont d'autre
usage,
Que d'affermit la paix, ta gloire & ton bonhour.
Fermer
391
LE TEMPLE de la felicité publique figuré par le feu de joie élevé par les soins de Messieurs les Lieutenant, Gens du Conseil, Echevins, Gouverneurs de la Ville de Reims, & tiré devant l'Hôtel de Ville, pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, en présence de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant Général de la Province, qui mit le feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans, le Lundi 18. Octobre. Jam nova progenies caelo demittitur alto, Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna, Virg. Eglog. IV.
392
p. 178-188
Explications des devises & des emblèmes peints sur les médaillons placés au-dessus de chaque Figure.
Début :
Au dessus de la Paix une Aurore dont l'éclat prompt & lumineux dissipe en un moment les [...]
Mots clefs :
Devises, Emblèmes, Jeune, Amour, Prince, Naissance du duc de Bourgogne, Sort, Mots, Peuple, Joie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explications des devises & des emblèmes peints sur les médaillons placés au-dessus de chaque Figure.
Explications des devises & des emblèmes
peints sur les médaillons placés au-dessus de
chaque Figure.
Au dessus de la Paix une Aurore dont l'éclat
prompt & lumineux dissipe en un moment les
ténébres de la nuit, & ramene le Soleil, pour
exprimer le moment imptévu où naquit Monsci-
gneur le DUC DE BOUAGOGNE, dont la
naissance éveilla la Cour & tout Patis, & pressa
le retour du Roi à Versailles.
Luce fugat somnos, Solemque reducit.
Je parois dans les airs, & soudain ma lamiere
Des mortels assoupis écarte le sommeil;
A peine j'ouvre ma cartiete
Que je ramene le Soleil.
Le Signe de la Balance, sous lequel est né
Monseigneur le DUC DI BOURCOGNI
dont l'heureuse naissance assure plus que jamais
l'ordre de la succession dans la branche regnante.
Ex me invariabilis ordo.
De cet ordte immortel qui mésure les temps
J'annonce la marche assurée;
Er mon retour d'éternelle durée,
Doit triompher & du sort & des aus.
Une figure de Dauphin d'ou sort une eau
jaillissante avec ces mots;
Ex me utile, dulce fluit.
JANVIER. 1752.
179
De moi, signe toujours aimable,
Pour vous coule un nouveau présent
Goutez-en à longs rraits le charme bienfaisant
Peuples, il réunit l'utile & l'agréable.
Au dessus de la Force, dans un brillant par-
terre, un myrthe & un olivier entourés d'un
jeune lys, qui semble les unir plus étroitement
Fortius ac melius.
Rameaux sacrés qu'aujourd'hui j'environne,
Plus que jamais vous serez precieux;
Et la force que je vous donne
En m'unissant à vous, embellira vos nœuds.
Un Trône d'or, chargé des Armes de France-
sur lequel s'appuye de chaque côté, un Amous
qui en assûre la stabilité.
Fulcitur utrinque.
Trône, que de LOUIS la Famille féconde
Affranchira de l'Empire des ans
A jamais tu verras sur toi ses descendans
Servir d'exemple aux Rois & d'ornement au
monde.
Une Couronne d'or, à laquelle un Amour at-
tache un diamant, qui sert à l'affermir & à aug.
menter son éclat.
Et robur & decus addit.
Enfant de la Pélicité
Quel éclat en naissant t'annonce & t'envitonne !
Hvj
...*
180 MERCURE DE FRANCE.
Ta main donne à cette Courronne
D'un ornement nouveau la solide beauté.
Au-dessus de Minerve, on voit autour du ben-
ceau du jeune Prince Mars, Apollon & Minerve.
Ces Divinités se félicitent d'un Eleve si propre à
honorer les bienfaits, dont elles s'empressent de
le combler.
Quisque suo fe jactat alumno.
Sur ce nouvel Eleve, à l'envi, sans mesure,
Divinités, répandez vos bienfaits;
Il sçaura tour à tour les rendre avec usure,
Et toujours les Bourbous surpassent vos souhaits.
Deux grands Palmiers, au bas desquels est us
jeune Palmier, qui sort de leur tige commune.
Reddet origo parem.
Sorti d'une Tige immortelle,
Mon sort est d'égaler les Arbres les plus beaux;
Dans peu je serai digne d'elle
Par la hauteur de mes rameaux.
Le Chef d'un essain d'abeilles leur moutre uu
jeune rejetton, auquel il vient de donner le jour;
il abandonne à la République cet héritier destiné
& la gouverner, pour fuire allusion au sentiment
noble & généreux de Monseigneur le Dauphin
qui, à la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, dit que ce Prince étoit l'enfant de
tonte la France.
Genti, non mihi nascitur Hares.
Cet héritiet, qui de moi tient le jour,
Peuple, est à vous plus qu'à moi- même i
181
JANVIER. 1752.
Vous l'instruîrez par votre amout
A vous chérir autant que je vous aimie.
Au- dessus de l'Abondance, un aigle portant
son jeune aiglon, & volant entre le Soleil & son
pa élie, pour exprimer la joie qu'à la Naissanco
de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI, Mada-
me la Dauphine fit éclater, en présence du Roi
& de Monseigneur le Dauphin.
Ui Nato, inter utrumque, superbit.
Ces feux éblouissans qui frappent l'Univers
Superbe Aiglon, n'ont rien, dont tes regards
s'étonnent,
Et le double éclat qu'ils te donnent,
Dit que mon Sang est fait pour l'Empire des airs-
Un Oranger couvert de fleurs, au bas de sa
tige, une orange que la maturité a fait tomber,
& que le tems a rendu plus douce & plus agrea-
ble:
Tempore dulcior exis.
Le fruit que je viens de répandre,
Par sa beauté charme les yeux,
Et le tems qui l'a fait attendre,
Le rend encor plus précieur.
Pour marquer la joie générale que les peuples
témoignent par les Feux & les Illuminations á
Poccasion de la Naissance du Prince. Une main
tenant un verre ardent, exposé aux rayons da
Soleil; & au-dessous plusicurs feux qui s'allu-
ment.
182 MERCURE DEFRANCE.
Faecundus calor excitat Ignes-
Par mes feux j'anime le monde;
Mes ardeurs le rendent heureux,
Et c'est à ma chaleur féconde
Que s'allument mille autres feux.
D scription des Bas-reliefs, placés dans les
Pans coupés de la Ballustrade.
Le premier Bas-relief offre, à côté de l'His-
toire, le Destin qui montre au jeune Prince le
Portrait de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI,
Pere de Sa Majesté. Pour annoncer qu'un jout
cet Enfant; que la France tient dans ses bras
aura les rares vertus de son Bisayeul; il lui adresse
par allusion à ces mots de Virgile, Tu Marcellus
aris, ces patoles:
Tu Burgundus eris.
Sous ce nom qui promit à des Peuples heureux
Un Sage sur le Trône, & dans un Maître un Pere;
Croissez, beau Rejetton, d'une Tige si chere,
Vous aurez ses vertus & des jours plus nombreux.
Dans le second Bas-relief, Lucine appuyée sur
un berceau d'or, où est le Prince nouveau né, in-
vite le Tems, les Heures, les Parques & la Santé,
à conserver les jours du jeune Prince, à la Nais-
sance duquel elle vient de s'intéresser d'une façon
si marquée: pour les y engager, elle leur adresse
ces mots :
Magnum Jovis incrementum. Virg. Eclog. Iv.
Des mortels en naissant, vous qui réglez le sort,
d by Goo
JANVIER.
1752.
183
Sur celui, dont mes soins ont hâté la Naissance,
Signalez votre bienfaisance:
Le plus pur sang des Dieux est le sang dont il
sort.
Le troisième Bas-relief présente Jupiter sur un
trône de nues: l'Amour & l'Hymen prenant leur
essor croisent leurs flambeaux allumés; & sur la
terre on voit des Autels od Jupiter vent qu'ils
unissent les cœurs des mortels, hommage pour
lui plus touchant que toutes les autres offrandes:
pour marquer la volonté de Sa Majesté, qui tou-
jours attentive au bonheur de ses peuples, a or-
donné qu'on consacrât à former des alliances, les
dépenses que le zéle public destinoit à célébrer la
Naissance de Monseigneur le DUC DE BOUA-
GOGNE.
Ferte citi flammas, date tela & jungite dextras.
Volez, Amour; Hymen, descendez sur la terre»
Que vos flambeaux unis brillent pour les mortels:
Peu jaloux des respects qu'attire le tonnerre
Je ne veux que l'encens offert sur vos Autels.
Le quatrième Bas-relief, fait voir la Déesse de
la Peinture, accompagnée de Venus; elle montre
an jeune Prince, soutenu dans les bras d'une des
uois Graces, le Portrait de Madame la Dauphine,
avec ces mots de Virgile:
Incipe, parve Puer, ri, u cognoscere Matrem.
Virg. Egl. 4.
Aimal le Enfant, qui vient de nastre,
Contemple celle à qui tu dois le jous;
itized by God
184 MERCUREDE FRANCE.
Par son sourire elle te fait connoître
Qi'elle est la Mere de l'Amour.
Sur les Angles de la Balustrade sont posos qua-
tre Groupes de Génies.
Le premier représente deux Amours couronnés
de Pampres & de Lierre, mélant dans des Coupes
rehaussées d'or, le vin de Champagne avec celui-
de Bourgogne.
Jungito Burgundo Campani prcula Cives.
Le second offre deux autres Enfans couronnés
de fleurs, tenant des corbeilles remplies de roses
& de lys qu'ils répandent à pleines mains, avec-
ces mots:
Manibus date Lilia plenis. Virg. Liv. 6.
Le troisiéme montre un Groupe d'Amours, avec
des Couronnes de Myrte & d'Olivier, armés de
Carquois, & tenant en main des Ares tendus.
Nec vim tela ferunt. Virg. Liv. 7.
Le quatrième retrace le Génie de la France &
celui de la Bourgogne, unissant tendrement des-
Boucliers, sur lesquels sont peintes les Armes de
France & de Bourgogne. Autrefois ces Boucliers
ne se rapprochoient que pour les combats, aujour-
d'hui l'Amour & l'Hymen les confondent.
Non ut olim.
Au-dessus du Dôme s'éleve une Renommée,
prenant son essor dans les airs; sur la Bandelette
de sa Trompette, on lit ces mots: Felicitas Pu-
blica.
L'intéricur du Temple découvre au milieu
l'Autel de la Félicité publique, élevé sur trois de-
grés de marbre, sur lequel est un Foyer destiné à
recevo ir les parfums que brule un jeune Amout.
ed by Goc
JANVIER.
185
1752.
Autour du ceintre de l'Autel on lit ces vers de
Tibulle:
Dicamus bona verba, venit natalis ad aras;
Urantur pia thura focis, urantur odores.
Les Parois du Temple offre une nouvelle Ar-
chitecture d'Ordre Corinthien; sur la bordure
sont répandues les Armes de France & de Bourgo-
gne, les Flambeaux de l'Amour & de l'Hymen;
& dans des Cartouches rehaussés d'or on lit les
Inscriptions suivantes, qui annoncent la joie pu-
blique.
Ipse fuos adsit Genius visurus honores
Cui decorent sanctus mollia serta genas. Tib-
I1.
Bacche veni, dulcisque tuis è cornibus uva
Pendeat, & spicis tempora cinge Ceres. Tib-
III.
At tu natalis multos celebrande per aunos
Candidior semper, candidiorque veni! Tib.
IV.
Dum festiva novis fumant altaria flammis,
Urat vestra, Remi, pectora vivus amor.
L'intérieur du Temple n'étoit éclairé que par
la lueur du Foyer de l'Autel, & cette foitle Ju-
miere répandoit dans le Temple une obscurité
mystérieuse qui en augmentoit la majesté.
A chaque côté de l'Hôzel de-Ville sont placées
deux Figures, l'une représentant la Ville de Reimo
couronnée de Tours, contemplaut l'Image du
yGoc
186 MERCUREDEFRANCE.
jeune Prince, préferablement aux Monumens qui
lui restent de Jules Cesar,
Arcs superbes, des ans qui bravez les outrages,
Vos Héros n'ont plus rien qui flate mes regards;
L'Amour que je contemple a seul tous mes hom-
mages:
Un Bourbon m'est plus cher que Rome & ses
Césars.
De l'autre côté la Nymphe de Vesse engage ses
Naiades à s'unir à la joie publique, en reconnois-
sancedes nouveaux bienfaits de SaMajesté; elle veut
qu'elles renouvellent en l'honneur du Roi, ces
Fêtes * anciennes, où l'on couvroit de fleurs les
Urnes des Fontaines rendues célebres par quel-
qu'érénement qui éternisolt leur gloire.
Vous que LouIs fixe en ces lieux,
Naiades
à l'envie que votre onde jaillisse,
Et que son murmure s'unisse
Aux accens d'un Peuple joyeux.
De ce Peuple heureux & fidele
Imitez, s'il se peut, l'amour & les transports.
Du plus puissant des Rois la bonté paternelle
Allure pour jamais la gloire de vos bords:
Nymphes, soyez reconnoissantes;
Pour célébrer sa générosité,
Que vos Urnes obeissantes,
Ces fêtes s' apl elloient Fontanilia.
gitized by Goc
287
JANVIER.
1752.
En épanchant ici leurs Ondes bienfaisantes
Y versent la félicité;
Que leurs cours ne soit arrêté,
Que lors qu'au Temble de Mémoire
De Louis finira la gloire,
Le nom & la postérité.
Au dessus de la Porte de l'Hôtel de Ville, on
lit dans un cartouche, l'Inscription suivante:
LUDOVICO DECIMO QUINTO
Regi maximo & optimo
Pacis reparatori,
Suorum amori,
Et Ludovico Delphino ejus Filio dilectissimo
Paternarum virtutum amulatori;
Ob recens Natum Burgundia Ducem,
Gallia votorum summam, spem, delicias.
Pacis pignus fidissimum;
In impotenti exundantis latitia impetu
Et solemni aterna gratiarum actionis protestatione,
Hoc
Felicitatis publica monumentum.
S. P. Q R.
D. V. C.
Anno M. DCCLI.
TRADUCTION DE L'INSCRPTION.
Le Conseil & le Peuple de la Ville de Reims,
dans les effusions de la Joie la plus vive, & les té-
ized by Goc
-
288 MERCURE DE FRANCE.
moignages solemnels de leur éternelle reconnois-
sancè, dé jient, vouent, & consacrent ce Tempse
de la Felicite publique à LOUIS, RoI très-
grand & très bon, le Restaurateur de la Paix
l'amour de son peuple; & à LOUIS, Dau-
phin, son fils Bien-Aimé, en réjouissance de l'heu-
reuse naissance du DUC DE BOURGOGNE,
objet des vœux de la France, son espérance, &
ses délices. L'an du Seigneur mil sept cens cin-
quante & un.
peints sur les médaillons placés au-dessus de
chaque Figure.
Au dessus de la Paix une Aurore dont l'éclat
prompt & lumineux dissipe en un moment les
ténébres de la nuit, & ramene le Soleil, pour
exprimer le moment imptévu où naquit Monsci-
gneur le DUC DE BOUAGOGNE, dont la
naissance éveilla la Cour & tout Patis, & pressa
le retour du Roi à Versailles.
Luce fugat somnos, Solemque reducit.
Je parois dans les airs, & soudain ma lamiere
Des mortels assoupis écarte le sommeil;
A peine j'ouvre ma cartiete
Que je ramene le Soleil.
Le Signe de la Balance, sous lequel est né
Monseigneur le DUC DI BOURCOGNI
dont l'heureuse naissance assure plus que jamais
l'ordre de la succession dans la branche regnante.
Ex me invariabilis ordo.
De cet ordte immortel qui mésure les temps
J'annonce la marche assurée;
Er mon retour d'éternelle durée,
Doit triompher & du sort & des aus.
Une figure de Dauphin d'ou sort une eau
jaillissante avec ces mots;
Ex me utile, dulce fluit.
JANVIER. 1752.
179
De moi, signe toujours aimable,
Pour vous coule un nouveau présent
Goutez-en à longs rraits le charme bienfaisant
Peuples, il réunit l'utile & l'agréable.
Au dessus de la Force, dans un brillant par-
terre, un myrthe & un olivier entourés d'un
jeune lys, qui semble les unir plus étroitement
Fortius ac melius.
Rameaux sacrés qu'aujourd'hui j'environne,
Plus que jamais vous serez precieux;
Et la force que je vous donne
En m'unissant à vous, embellira vos nœuds.
Un Trône d'or, chargé des Armes de France-
sur lequel s'appuye de chaque côté, un Amous
qui en assûre la stabilité.
Fulcitur utrinque.
Trône, que de LOUIS la Famille féconde
Affranchira de l'Empire des ans
A jamais tu verras sur toi ses descendans
Servir d'exemple aux Rois & d'ornement au
monde.
Une Couronne d'or, à laquelle un Amour at-
tache un diamant, qui sert à l'affermir & à aug.
menter son éclat.
Et robur & decus addit.
Enfant de la Pélicité
Quel éclat en naissant t'annonce & t'envitonne !
Hvj
...*
180 MERCURE DE FRANCE.
Ta main donne à cette Courronne
D'un ornement nouveau la solide beauté.
Au-dessus de Minerve, on voit autour du ben-
ceau du jeune Prince Mars, Apollon & Minerve.
Ces Divinités se félicitent d'un Eleve si propre à
honorer les bienfaits, dont elles s'empressent de
le combler.
Quisque suo fe jactat alumno.
Sur ce nouvel Eleve, à l'envi, sans mesure,
Divinités, répandez vos bienfaits;
Il sçaura tour à tour les rendre avec usure,
Et toujours les Bourbous surpassent vos souhaits.
Deux grands Palmiers, au bas desquels est us
jeune Palmier, qui sort de leur tige commune.
Reddet origo parem.
Sorti d'une Tige immortelle,
Mon sort est d'égaler les Arbres les plus beaux;
Dans peu je serai digne d'elle
Par la hauteur de mes rameaux.
Le Chef d'un essain d'abeilles leur moutre uu
jeune rejetton, auquel il vient de donner le jour;
il abandonne à la République cet héritier destiné
& la gouverner, pour fuire allusion au sentiment
noble & généreux de Monseigneur le Dauphin
qui, à la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, dit que ce Prince étoit l'enfant de
tonte la France.
Genti, non mihi nascitur Hares.
Cet héritiet, qui de moi tient le jour,
Peuple, est à vous plus qu'à moi- même i
181
JANVIER. 1752.
Vous l'instruîrez par votre amout
A vous chérir autant que je vous aimie.
Au- dessus de l'Abondance, un aigle portant
son jeune aiglon, & volant entre le Soleil & son
pa élie, pour exprimer la joie qu'à la Naissanco
de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI, Mada-
me la Dauphine fit éclater, en présence du Roi
& de Monseigneur le Dauphin.
Ui Nato, inter utrumque, superbit.
Ces feux éblouissans qui frappent l'Univers
Superbe Aiglon, n'ont rien, dont tes regards
s'étonnent,
Et le double éclat qu'ils te donnent,
Dit que mon Sang est fait pour l'Empire des airs-
Un Oranger couvert de fleurs, au bas de sa
tige, une orange que la maturité a fait tomber,
& que le tems a rendu plus douce & plus agrea-
ble:
Tempore dulcior exis.
Le fruit que je viens de répandre,
Par sa beauté charme les yeux,
Et le tems qui l'a fait attendre,
Le rend encor plus précieur.
Pour marquer la joie générale que les peuples
témoignent par les Feux & les Illuminations á
Poccasion de la Naissance du Prince. Une main
tenant un verre ardent, exposé aux rayons da
Soleil; & au-dessous plusicurs feux qui s'allu-
ment.
182 MERCURE DEFRANCE.
Faecundus calor excitat Ignes-
Par mes feux j'anime le monde;
Mes ardeurs le rendent heureux,
Et c'est à ma chaleur féconde
Que s'allument mille autres feux.
D scription des Bas-reliefs, placés dans les
Pans coupés de la Ballustrade.
Le premier Bas-relief offre, à côté de l'His-
toire, le Destin qui montre au jeune Prince le
Portrait de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI,
Pere de Sa Majesté. Pour annoncer qu'un jout
cet Enfant; que la France tient dans ses bras
aura les rares vertus de son Bisayeul; il lui adresse
par allusion à ces mots de Virgile, Tu Marcellus
aris, ces patoles:
Tu Burgundus eris.
Sous ce nom qui promit à des Peuples heureux
Un Sage sur le Trône, & dans un Maître un Pere;
Croissez, beau Rejetton, d'une Tige si chere,
Vous aurez ses vertus & des jours plus nombreux.
Dans le second Bas-relief, Lucine appuyée sur
un berceau d'or, où est le Prince nouveau né, in-
vite le Tems, les Heures, les Parques & la Santé,
à conserver les jours du jeune Prince, à la Nais-
sance duquel elle vient de s'intéresser d'une façon
si marquée: pour les y engager, elle leur adresse
ces mots :
Magnum Jovis incrementum. Virg. Eclog. Iv.
Des mortels en naissant, vous qui réglez le sort,
d by Goo
JANVIER.
1752.
183
Sur celui, dont mes soins ont hâté la Naissance,
Signalez votre bienfaisance:
Le plus pur sang des Dieux est le sang dont il
sort.
Le troisième Bas-relief présente Jupiter sur un
trône de nues: l'Amour & l'Hymen prenant leur
essor croisent leurs flambeaux allumés; & sur la
terre on voit des Autels od Jupiter vent qu'ils
unissent les cœurs des mortels, hommage pour
lui plus touchant que toutes les autres offrandes:
pour marquer la volonté de Sa Majesté, qui tou-
jours attentive au bonheur de ses peuples, a or-
donné qu'on consacrât à former des alliances, les
dépenses que le zéle public destinoit à célébrer la
Naissance de Monseigneur le DUC DE BOUA-
GOGNE.
Ferte citi flammas, date tela & jungite dextras.
Volez, Amour; Hymen, descendez sur la terre»
Que vos flambeaux unis brillent pour les mortels:
Peu jaloux des respects qu'attire le tonnerre
Je ne veux que l'encens offert sur vos Autels.
Le quatrième Bas-relief, fait voir la Déesse de
la Peinture, accompagnée de Venus; elle montre
an jeune Prince, soutenu dans les bras d'une des
uois Graces, le Portrait de Madame la Dauphine,
avec ces mots de Virgile:
Incipe, parve Puer, ri, u cognoscere Matrem.
Virg. Egl. 4.
Aimal le Enfant, qui vient de nastre,
Contemple celle à qui tu dois le jous;
itized by God
184 MERCUREDE FRANCE.
Par son sourire elle te fait connoître
Qi'elle est la Mere de l'Amour.
Sur les Angles de la Balustrade sont posos qua-
tre Groupes de Génies.
Le premier représente deux Amours couronnés
de Pampres & de Lierre, mélant dans des Coupes
rehaussées d'or, le vin de Champagne avec celui-
de Bourgogne.
Jungito Burgundo Campani prcula Cives.
Le second offre deux autres Enfans couronnés
de fleurs, tenant des corbeilles remplies de roses
& de lys qu'ils répandent à pleines mains, avec-
ces mots:
Manibus date Lilia plenis. Virg. Liv. 6.
Le troisiéme montre un Groupe d'Amours, avec
des Couronnes de Myrte & d'Olivier, armés de
Carquois, & tenant en main des Ares tendus.
Nec vim tela ferunt. Virg. Liv. 7.
Le quatrième retrace le Génie de la France &
celui de la Bourgogne, unissant tendrement des-
Boucliers, sur lesquels sont peintes les Armes de
France & de Bourgogne. Autrefois ces Boucliers
ne se rapprochoient que pour les combats, aujour-
d'hui l'Amour & l'Hymen les confondent.
Non ut olim.
Au-dessus du Dôme s'éleve une Renommée,
prenant son essor dans les airs; sur la Bandelette
de sa Trompette, on lit ces mots: Felicitas Pu-
blica.
L'intéricur du Temple découvre au milieu
l'Autel de la Félicité publique, élevé sur trois de-
grés de marbre, sur lequel est un Foyer destiné à
recevo ir les parfums que brule un jeune Amout.
ed by Goc
JANVIER.
185
1752.
Autour du ceintre de l'Autel on lit ces vers de
Tibulle:
Dicamus bona verba, venit natalis ad aras;
Urantur pia thura focis, urantur odores.
Les Parois du Temple offre une nouvelle Ar-
chitecture d'Ordre Corinthien; sur la bordure
sont répandues les Armes de France & de Bourgo-
gne, les Flambeaux de l'Amour & de l'Hymen;
& dans des Cartouches rehaussés d'or on lit les
Inscriptions suivantes, qui annoncent la joie pu-
blique.
Ipse fuos adsit Genius visurus honores
Cui decorent sanctus mollia serta genas. Tib-
I1.
Bacche veni, dulcisque tuis è cornibus uva
Pendeat, & spicis tempora cinge Ceres. Tib-
III.
At tu natalis multos celebrande per aunos
Candidior semper, candidiorque veni! Tib.
IV.
Dum festiva novis fumant altaria flammis,
Urat vestra, Remi, pectora vivus amor.
L'intérieur du Temple n'étoit éclairé que par
la lueur du Foyer de l'Autel, & cette foitle Ju-
miere répandoit dans le Temple une obscurité
mystérieuse qui en augmentoit la majesté.
A chaque côté de l'Hôzel de-Ville sont placées
deux Figures, l'une représentant la Ville de Reimo
couronnée de Tours, contemplaut l'Image du
yGoc
186 MERCUREDEFRANCE.
jeune Prince, préferablement aux Monumens qui
lui restent de Jules Cesar,
Arcs superbes, des ans qui bravez les outrages,
Vos Héros n'ont plus rien qui flate mes regards;
L'Amour que je contemple a seul tous mes hom-
mages:
Un Bourbon m'est plus cher que Rome & ses
Césars.
De l'autre côté la Nymphe de Vesse engage ses
Naiades à s'unir à la joie publique, en reconnois-
sancedes nouveaux bienfaits de SaMajesté; elle veut
qu'elles renouvellent en l'honneur du Roi, ces
Fêtes * anciennes, où l'on couvroit de fleurs les
Urnes des Fontaines rendues célebres par quel-
qu'érénement qui éternisolt leur gloire.
Vous que LouIs fixe en ces lieux,
Naiades
à l'envie que votre onde jaillisse,
Et que son murmure s'unisse
Aux accens d'un Peuple joyeux.
De ce Peuple heureux & fidele
Imitez, s'il se peut, l'amour & les transports.
Du plus puissant des Rois la bonté paternelle
Allure pour jamais la gloire de vos bords:
Nymphes, soyez reconnoissantes;
Pour célébrer sa générosité,
Que vos Urnes obeissantes,
Ces fêtes s' apl elloient Fontanilia.
gitized by Goc
287
JANVIER.
1752.
En épanchant ici leurs Ondes bienfaisantes
Y versent la félicité;
Que leurs cours ne soit arrêté,
Que lors qu'au Temble de Mémoire
De Louis finira la gloire,
Le nom & la postérité.
Au dessus de la Porte de l'Hôtel de Ville, on
lit dans un cartouche, l'Inscription suivante:
LUDOVICO DECIMO QUINTO
Regi maximo & optimo
Pacis reparatori,
Suorum amori,
Et Ludovico Delphino ejus Filio dilectissimo
Paternarum virtutum amulatori;
Ob recens Natum Burgundia Ducem,
Gallia votorum summam, spem, delicias.
Pacis pignus fidissimum;
In impotenti exundantis latitia impetu
Et solemni aterna gratiarum actionis protestatione,
Hoc
Felicitatis publica monumentum.
S. P. Q R.
D. V. C.
Anno M. DCCLI.
TRADUCTION DE L'INSCRPTION.
Le Conseil & le Peuple de la Ville de Reims,
dans les effusions de la Joie la plus vive, & les té-
ized by Goc
-
288 MERCURE DE FRANCE.
moignages solemnels de leur éternelle reconnois-
sancè, dé jient, vouent, & consacrent ce Tempse
de la Felicite publique à LOUIS, RoI très-
grand & très bon, le Restaurateur de la Paix
l'amour de son peuple; & à LOUIS, Dau-
phin, son fils Bien-Aimé, en réjouissance de l'heu-
reuse naissance du DUC DE BOURGOGNE,
objet des vœux de la France, son espérance, &
ses délices. L'an du Seigneur mil sept cens cin-
quante & un.
Fermer
393
p. 205-208
Description du Sallon décoré pour la Cantate, & le Bal de la Noblesse.
Début :
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné à placer les Musiciens ; il étoit formé par un [...]
Mots clefs :
Salon, Argent, Palmes, Colonnes, Fleurs de lys, Théâtre, Relief, Armes, Génies, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : Description du Sallon décoré pour la Cantate, & le Bal de la Noblesse.
Description du Sallon décoré pour la Cantate,
& le Bal de la Noblesse.
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné
à placer les Musiciens ; il étoit formé par un
amphitéatre circulaire: de six gradins, qui rem-
plissoit toute la largeur de la salle; au bas étoit
un banc, feint de velours cramoisy, brodé d'or,
sur lequel étoient assis les per'onnages chantans.
L'ouverture de cette espêce de Théatre, étoit
Digjines hod
206 MERCURE DE FRANCE
formée par quatre colonnes isolées d'ordre Com-
posite, surmontées d'un attique. Ces colonnes
étoient bleu-clait, & torse-canelées en or, dans
les deux tiers; le dervier tiers, qui étoit celui
d'en bas, étoit orné de festons de fleurs naturelles,
Les chapiteaux étoient ornés de dauphins, de lys,
&c. exécutés en relief & en argent. Le long de
l'architecture regnoient des guitlandes de fleurs
supportées chacune pat deux amours, exécutés
en lief & en argent; la frise de cet entablement
étoit ornée de coquilles en relief, travaillées en
or & en argent alternativement; à la plus gran-
de élevation de l'ouverture, de l'orchestre,
on voyoit les armes de France portées par deux
Génies, & surmontées par la Renommée. Ces
figures exécutées en relief, étoient de douze
palmes de hauteur, un pavillon bleu, semé de
fleurs de-lys d'or, accompagnoit le tout. Les
rôtés du Théatre représentoient un Temple ou-
vert, formé par des colonnes d'ordre Composite
qui s'accordoient avec les quatre colonnes, par
lesquelles étoit formée l'ouverture. Le fond re-
presentoit un Soleil brillant, qui répandoit sa lu-
miere sur un groupe de cinquante figures, les-
quelles représentoient la France, ayant d'un coté
la Religion & la Paix, de l'autre la Justice & l'A-
bondance. Cette décoration du sond fut cachée
jusqu'au commencement de la Cantare, par un
rideau fond blanc, semé de lys d'argent, distri-
bués avec beaucoup d'élégance. Les deux côtés de
la s. lle, étoient occupés par un ordre Composite
de pilastres, de cinquante palmes de hauteur,
Cet ordre étoit surmonté d'un attique de quatorze
palmes; les colonnes étoient feintes de lapis-
Jazuli, & les entre-colonnes formées par une
toile bleu & argent. Au milieu de chacune de ces
JANVIER.
1752.
207
dernieres étoient des dauphins en relief & en
argent, qui portoient des guirlandes pour
des lumieres. Entre chaque pilastre étoit un
trumeau de vingt palmes de hauteur, le reste de
l'élevation étoit occupé par deux cartouches,
ornés tous les deux, dans le goût de la décoration,
dans l'un desquels étoient peints deux amours,
jouant avec un lys, & dans le second les armes de
France, & le chistre du Roi, alternativement sur
un fond de toile bleu & argent. Les ornemens
des deux ofdres Composite & Attique, les chapi-
teaux, & tous les attributs qui les accompagnoient,
étoient exécutés en reliet d'or ou d'argent, &
parés de guitlandes & fleurs naturelles, disposées
avec beaucoup d'élegance. Le côté opposé a celui
du Théatre, étoit formé d'une architecture sem-
blable à celle des deux côtés correspondans. On,
voyoit au milieu deux Renominées en telief or
& argent, qui portoient les armes du Roi, &
trois Genies qui étoient au-dessus supportoient
un manteau bleu, semé de fleurs-de-lys d'or
& doublé d'hermine, qui s'étendoit sous l'écus-
son; au-dessous des armes de Fraoce, quatre pe-
tits Genies poctoient les écussons de Monseigneur
le Dauphin, & de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne.
On avoit élevé de ce côté, à la hauteur de
douze palmes, un amphithéatre dont la convéxité
étoit de quatre-vingt six palmes, & la moindre
profondeur de quinze. A huit palmes & demie au-
dessus, étoit un balcen orné, ainsi que l'amphi-
théatre, d'une riche balustrade. Le plasond s'ac-
cordoit avec l'Attique, qui regnoit dans les qua-
tre côtés de la salle, & paroissoit en être la suite,
& le milieu étoit formé par des festons de fleurs
dont les Peintres Italiens entendent si bien la
disposition.
208 MERCUREDEFRANCE.
Quoique la réputation du Cavalier Jean-Paul
Panini soit faite depuis long.-tems, & que son
nom soit célébre même chez les Etrangers, on a
trouvé que ce sallon surpassoit encore ce qu'oa
se croyoit en droit d'attendre de lui, & on con-
vient unaniment qu'on n'a jamais vum de décora-
tion plus brillante, plus riche, & mieux enten-
due. Le dessein de cette salle, s'il étoit réelie-
ment exécuté, seroit, de l'aveu de tous les Con-
noisseurs, un morceau d'architectute compara-
ble à tout. Cet ouvrage acquiert un nouveau mé-
rite pour ceux qui peuvent juger des difficultés
qu'il y a en à vaincre, l'Architecte ayant dû s'ac-
commoder à la situation qu'il avoit, & ayant été
bien gèné par beaucoup de statues, dont le sal-
lon est plein, & qu'il n'éroit pas pratiquable de
déranger. Ce sillon étoit éclairé d'une lumiere
douce & égale, & en même tems aussi brillante
qu'elle pouvoit l'être, & égale à celle du jour.
& le Bal de la Noblesse.
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné
à placer les Musiciens ; il étoit formé par un
amphitéatre circulaire: de six gradins, qui rem-
plissoit toute la largeur de la salle; au bas étoit
un banc, feint de velours cramoisy, brodé d'or,
sur lequel étoient assis les per'onnages chantans.
L'ouverture de cette espêce de Théatre, étoit
Digjines hod
206 MERCURE DE FRANCE
formée par quatre colonnes isolées d'ordre Com-
posite, surmontées d'un attique. Ces colonnes
étoient bleu-clait, & torse-canelées en or, dans
les deux tiers; le dervier tiers, qui étoit celui
d'en bas, étoit orné de festons de fleurs naturelles,
Les chapiteaux étoient ornés de dauphins, de lys,
&c. exécutés en relief & en argent. Le long de
l'architecture regnoient des guitlandes de fleurs
supportées chacune pat deux amours, exécutés
en lief & en argent; la frise de cet entablement
étoit ornée de coquilles en relief, travaillées en
or & en argent alternativement; à la plus gran-
de élevation de l'ouverture, de l'orchestre,
on voyoit les armes de France portées par deux
Génies, & surmontées par la Renommée. Ces
figures exécutées en relief, étoient de douze
palmes de hauteur, un pavillon bleu, semé de
fleurs de-lys d'or, accompagnoit le tout. Les
rôtés du Théatre représentoient un Temple ou-
vert, formé par des colonnes d'ordre Composite
qui s'accordoient avec les quatre colonnes, par
lesquelles étoit formée l'ouverture. Le fond re-
presentoit un Soleil brillant, qui répandoit sa lu-
miere sur un groupe de cinquante figures, les-
quelles représentoient la France, ayant d'un coté
la Religion & la Paix, de l'autre la Justice & l'A-
bondance. Cette décoration du sond fut cachée
jusqu'au commencement de la Cantare, par un
rideau fond blanc, semé de lys d'argent, distri-
bués avec beaucoup d'élégance. Les deux côtés de
la s. lle, étoient occupés par un ordre Composite
de pilastres, de cinquante palmes de hauteur,
Cet ordre étoit surmonté d'un attique de quatorze
palmes; les colonnes étoient feintes de lapis-
Jazuli, & les entre-colonnes formées par une
toile bleu & argent. Au milieu de chacune de ces
JANVIER.
1752.
207
dernieres étoient des dauphins en relief & en
argent, qui portoient des guirlandes pour
des lumieres. Entre chaque pilastre étoit un
trumeau de vingt palmes de hauteur, le reste de
l'élevation étoit occupé par deux cartouches,
ornés tous les deux, dans le goût de la décoration,
dans l'un desquels étoient peints deux amours,
jouant avec un lys, & dans le second les armes de
France, & le chistre du Roi, alternativement sur
un fond de toile bleu & argent. Les ornemens
des deux ofdres Composite & Attique, les chapi-
teaux, & tous les attributs qui les accompagnoient,
étoient exécutés en reliet d'or ou d'argent, &
parés de guitlandes & fleurs naturelles, disposées
avec beaucoup d'élegance. Le côté opposé a celui
du Théatre, étoit formé d'une architecture sem-
blable à celle des deux côtés correspondans. On,
voyoit au milieu deux Renominées en telief or
& argent, qui portoient les armes du Roi, &
trois Genies qui étoient au-dessus supportoient
un manteau bleu, semé de fleurs-de-lys d'or
& doublé d'hermine, qui s'étendoit sous l'écus-
son; au-dessous des armes de Fraoce, quatre pe-
tits Genies poctoient les écussons de Monseigneur
le Dauphin, & de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne.
On avoit élevé de ce côté, à la hauteur de
douze palmes, un amphithéatre dont la convéxité
étoit de quatre-vingt six palmes, & la moindre
profondeur de quinze. A huit palmes & demie au-
dessus, étoit un balcen orné, ainsi que l'amphi-
théatre, d'une riche balustrade. Le plasond s'ac-
cordoit avec l'Attique, qui regnoit dans les qua-
tre côtés de la salle, & paroissoit en être la suite,
& le milieu étoit formé par des festons de fleurs
dont les Peintres Italiens entendent si bien la
disposition.
208 MERCUREDEFRANCE.
Quoique la réputation du Cavalier Jean-Paul
Panini soit faite depuis long.-tems, & que son
nom soit célébre même chez les Etrangers, on a
trouvé que ce sallon surpassoit encore ce qu'oa
se croyoit en droit d'attendre de lui, & on con-
vient unaniment qu'on n'a jamais vum de décora-
tion plus brillante, plus riche, & mieux enten-
due. Le dessein de cette salle, s'il étoit réelie-
ment exécuté, seroit, de l'aveu de tous les Con-
noisseurs, un morceau d'architectute compara-
ble à tout. Cet ouvrage acquiert un nouveau mé-
rite pour ceux qui peuvent juger des difficultés
qu'il y a en à vaincre, l'Architecte ayant dû s'ac-
commoder à la situation qu'il avoit, & ayant été
bien gèné par beaucoup de statues, dont le sal-
lon est plein, & qu'il n'éroit pas pratiquable de
déranger. Ce sillon étoit éclairé d'une lumiere
douce & égale, & en même tems aussi brillante
qu'elle pouvoit l'être, & égale à celle du jour.
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394
p. 208-218
Relation des Fêtes données à Vienne, par M. le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur de France, le 23 & 24 Novembre, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutôt reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur [...]
Mots clefs :
Vienne, Marquis de Hautefort, Naissance du duc de Bourgogne, Salle, Place, Hôtel, Fleurs, Édifice, Amphithéâtre
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texteReconnaissance textuelle : Relation des Fêtes données à Vienne, par M. le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur de France, le 23 & 24 Novembre, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Relation des Fêtes données à Vienne, par M.
le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur
de France, le 23 & 24 Novembre,
à l'occasion de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutót
reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, qu'il fit toutes
ses dispositions pour célebrer, par des fêtes pu-
bliques & solemnelles, un évenement si desiré.
L'Hôte d'Harrach que Son Excellence occupe,
tout spacieux qu'il est, manque de plusieurs com-
modités essentielles en pareilles circonstances, &
la Place des Ecossois, sur laqueile regne la façade
JANVIER. 1752. 209
principale de cet Hôtel, n'offie à la vde que des
objets peu agréables ou par leur usage, ou par
leur itrégularité.
Il falloit remédier à ce double inconvénient.
en construisant une salle dans se jardin de cer
Hôtel, & en décorant la Place des Ecossois, com-
me on le dira ci-apiès.
On donna à cette salle les proportions les plus
regulieres, & elle reussit d'autant mieux, qu'elle
joignoit un ancien sallon fort orné, accompagné
de deux cabinets, qui étoient devenus des pieces
utiles pout servit de décharge.
La longueur de cette salle étoit de soixante-
treize pieds, sur quarante-buit de largeur & trente
de hanteur, le tout dans œuvre. Sa décoration
consistoit dans une suite de Pilastres d'ordre Com-
posite, peints en marbre sur toile; les canelures
les bases & les chapiteaux étoient dorés. Les en-
tre deux des Pilastres étoient remplis par des va-
ses de fleurs, portés sur des consoles dorées, &
au-dessus étoient des trophées de Musique, atta-
chés par des festons de fleurs. L'intervalle, depuis
la corniche qui couronnoit cette architecture
jusqu'au cordon du plafond, étoit en calote cir-
culaire, formée par des courbes en anses de pa-
nier, & il étoit rempli par des modillons, portant
d'aplomb sur les Pilastres, enrichis d'ornemens
dorés & de festons de fleurs.
La partie du plafond qui étoit peinte, & qui
occupoit le milieu, avoit trente pieds de long sur
vingt- deux de large. Elle étoit renfermée dans
un cartouche, en or entrelacé de fleurs. Quatre
medaillons répondoient aux quatre angles de ce
plafond. Ils contenoient des Genies, représentans
les beaux Arts, scavoir la Peinture, la Sculpture
la Musique & la Poësie. On voyoit au milieu de
jitized by Goc
210 MERCURE DE FRANCE.
la partie peinte, la Déesse Lucine, invitant Mer-
cure à aller annoncer au monde la naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la fête. D'un côté
étoient plusieurs figures de femmes, préparant
des guirlandes de fleurs, & de l'autre d'autres
femmes, qui paroissoient se livrer aux transports
de la joie la plus vive. Plus bas étoit un groupe
d'enfans sur un nuage, tenans les uus l'Ecusson
des armes du Roi, d'autres une corne d'abon-
dance renversée d'où sortoient des Couronnes
des Sceptres, des Médailles d'or, &c. des Amours
voltigeans au-dessus de la figure principale, s'oc-
cupoient à former des Couronnes de fleurs.
Sur les trois portes, qui donnoient entrée dans
cette belle Salle, étoient peints des groupes d'en-
fans, s'amusant à couper des bleds, & à cueillit
des fruits & des raisins.
Sur chacune des faces les plus longues de cette
Salle, on avoit placé deux glaces qui par le moyen
des deux chassis dorés dont on les avoit cou-
vertes, paroissoient former autant de fenêtres.
Au dessus de chacune étoient peints des jeux d'en-
fans, & en général le dessein, l'ordre & le coloris
de tous ces tableaux, repondoient parfaitement
au sujet & au brillant du reste de la Salle.
En face de la principale enttée qui avoit été
pratiquée nécessairement au milieu de sa largeur
etoit une tribune fort profonde destinée à placet
les Musiciens; elle avançoit sur la Salle en for-
me citculaire d'environ quatre pieds dans sa plus
grande saillie, & on l'avoit renfermée par une
balustrade dorée. Sa décoration étoit aussi com-
posée d'ornemens dorés, sur uo fond blanc avec
des guirlandes de fleurs.
On avoit posé aux quatre angles de cette Salle
qui avoit été arrondis, quatre beaux poëles dont
JANVIER. 1752.
211
la chaleur entretenve avec soin & jointe à celle
d'un autre poële placé dans ie Sallon contigu,
rendoit l'une & l'autie piéce parfaitement habi-
table au milieu du plus grand froid de la saison.
Ces différentes pièces étoient éclairées par près de
500 bougies.
L'édifice construit en charpente en face & à
26 toises du milieu de l'Hlôtel de Son Excel-
lence, avoit la forme d'un amphitheâtre. La hau-
teur étoit de 36 pieds, & sa longueur en demi
ceintre de 136. Il étoit orné de colomnes & de
pilastres d'ordre lonique entre lesquels on voyoit
des panaux de toile transparente de hauteur pro-
portionnée sur lesquels étoient peints des trophées.
On avoit rempli les ouvertures des senêtres de
cet édisice, au nombre de six, d'un pareil nombre
de tableaux peints de même sur des toiles transpa-
rentes, contenant différentes allégories ingé-
nieuses rélatives à la naissance du Prince.
On remarquoit dans le premier à main gau-
che, la Déesse Lucine présentant à la France un
enfant; au dessus étoit le Signe de la balance sous
lequel il est né, présage heureux de sa justice;
au dessous paroissoit l'Automne avec tous ses
attributs. On lisoit immédatement sous le ceintre
de ce tableau ces mots, Di vini favoris pig-
nus.
Dans le tableau suivant, étoient représentées
les trois Parques, l'une filant les jours du Prince
nouveau-né, l'autre tournant le fusean & la troisié-
me jettant son ciseau, pour montrer par cette ac-
tion, combien elle étoit éloignée de vouloit
trancher le fil d'une vie si précieuse: au dessons
du ceintre étoient ces mots, Abhorret munere
fungi.
On voyoit dans le troisième la Déesse Asttée
zed by Goc
212 MERCUREDE FRANCE.
portée sur un nuage, d'ou sortoit un soleil levant
Saturne ou le Tems avec sa faula & Janus remar-
quable par son double visage, étoient plus bas &
sembloient applaudir à la devise Aurea condet se-
cula, qu'on lisoit au deflous du ceintre.
Le quatriéme tableau re: resentoit Jupiter or-
donnant à Vulcain de cesser de forger des armes
dans un moment où la naissance d'un Prince si
désiré, venoit encore affermir la paix de l'Europe.
On voyoit dans le lointain, les forges de Vulcain
& des Ciclopes animés au travail. Au dessous
du ceintre étoient ces mot, Cœptos auferte la-
bores.
Sur le cinquième étoient représentés le Dieu
de l'Hymen assis sur un nuage & au dessous la
France & la Pologne sous la figure de deux fem-
mes assisses, tenant un cœur avec ces mots, Se-
cundo conjugio.
Le sixième représentoit la France debout sur une
espece d'estrade, soutenant un Enfant qu'elle
montroit à l'Europe. On lisoit sous le ceintre de co
tableau les mots suivants, Felicitati regni &
orbis.
Au milien de ce vaste édifice paroissoit une por-
te entiérement ouverte & au dessus étoit un ta-
bleau sur toile transpatente comme les précédens
qui représentoit le génie de la France assis sur un
Trône, & à ses côrés la Justice & la,Prudence
avec tous leurs atttibuts. On lisoit au haut ces
mots, Consiliis Industria compar.
Sur l'entablement des deux bouts de l'édifice
en place de fronton, on voyoit en transparens
d'un cônté les Armes du Roi, dela Reine, & de l'au-
tre celles de Monseigneur le Dauphin & de Mada-
me la Dauphine, surmontées de leurs couronnes
avec leurs supports & les trophées, qui les accom-
res vO
1752.
213
JANVIER.
pagnoient. Ces trophées surpassoient la balustra-
de dont tout le reste de l'édifice étoit couronné,
Ces balustrades, percées à jour en transparens
étoient interrompuespar des pieds- d'estaux qui por-
toient à l'aplomp de toutes les colonnes, des
grands vases destinés à porter eux-mêmes des pots
à feu. Au devant de l'édifice étoit une gallerie éle-
vée à huit pieds de hauteur du rez de chaussée
fermée sur toute sa longueur dune balustrade, sur
les pieds-d'estaux de laquelle on avoit posé des
vases d'une très-belle proportion. Cette gallerie
étoit accessible au moyen d'un large escalier,
pratiqué à chacune de ses exttémites.
C'étoit au milieu de cette Place qu'on avoit
élevé un grand pied-d'estal de forme hexagone.
Sur les Codillons des angles étoient assisses quatre
sigures colossales de relief entiérement dorées,
représentant la riehesse, la valeus, la renommée
& la noblesse. Sur ce pied- d'estal s'éle voit une base
de même forme qui pottoit une pyramide de 62
pieds de hauteur dont toutes les faces jusqu'à la
pointe, étoient en transparens; on y avoit peint
ses chiffres du Roi, des dauphins & des fleurs de
lys. On remarquoit au pied de la face principale
de cette pyramide le grand écusson des Arines de
France, & sur la pointe, un globe transparer:
surmonté d'une sleur de lyode grandeurconvenable;
tous les angles étoient marques par un nom,
bre prodigieux de lumieres.
La façade du pied- d'estal du côté de l'Hôtel de
Son Excellence étoit chargée d'une Inscription
Latine peinte sur une toile transparente; elle an-
nonçoit le sujet de la fête & de la joie publique.
Les deux faces latérales du même pied. d'estal
avoient été décorées en fontaines, quatre dau-
phins places aux quatre coius à hauteur de corni,
itized by Goo
214 MERCUREDEFRANCE.
niche, jettoient du vin en abondance.
Tous ces différens corps étoient éclairés d'unt
infinité de lampions & de terrines dont la lumiere
ajoutoit à la beauté de leur forme & à la richesse
de leurs décorations.
Asin que l'amphithéatre fit tout son effet, on
avoit joint ce superbe édifice à l'Hôtel, par ua
rang d'arcades de chaque côté, qui, décrivant
une ligne circulaim, donnoient à la Place des
Ecossois une forme ronde, & en apparence beau-
coup plus spacieuse. Ces arcades avoient une hau-
teur & des ouvertures proportionnées. Elles étoient
figurées par des lampions depuis le socle jusqu'à
la tablette.
A l'egard de la façade de l'Hôtel, du côté de
la Place, on avoit suivi pout son illuminaion l'or-
dre de son archirecture, qui est des plus regulie-
res. Les trois rangs de fenêtres qui l'éclairent,
les Pilastres qui décorent les trumeaux, depuis le
socle jusqu'à la corniche servant d'entablement
& la corniche même, avoient été sigurés en lam-
pions. Le grand balcon, au-dessus de la porte-
cochere & les colonnes qui les soutiennent
étoient pareillement chargés de lumieres. On ea
avoit entouré les deux niches aux côtés de la por-
te, dans lesquelles on avoit placé deux figures de
relief, imitant le marbre blanc, repiésentant
Themis & Minerve. En tout, on pouvoit comp-
ter pout l'illumination de cette façade des arca-
des de l'amphitheatre, & de la pyramide, onze
mille lampions, & plus de quatte mille terrines.
Toutes ces dispositions étant achevées, M.
l'Ambassadeur jugea à propos de faire précéder
ces fêtes par uu repas splendi de qu'il donna aux
Ambassadeurs, & à tous les Ministres & Grands
Officiers de la Cour.
zed by Goo
JANVIER.
1752.
215
Quelques jours auparavant, S. Exc avoit fait
porter des billets d'invitation aux mêmes person-
nes, & à tout ce que la Cour & la Ville tenfer-
ment de plus distingué par le rang & la naissance,
pour se trouver, le Mardi 23 Novembre, à une
assemblée dans son Hôtel, pendant laquelle il y
autoit Concert, & le lendemain 24, au Bal paté,
& au souper qui devoi. le suivre.
L'assemblee se tiut dans la nouvelle Salle, dout
la description vient d'être faite. Plus de cinq cens
personnnes, de l'un & l'autre sexe, s'y rendirent
en habit de grand gala; on peut se représenter leur
maguisicence par celle, dont la haute Noblesse de
Vienne fait toujours montre dans les occasions
d'éclat; & ce qui en rehaussoit le prix, étoit un
nombre prodigieux de diamans, dont elle est en
usage de douner en même tems le brillant spec-
tacle.
Pendant l'assemblée, & peu après que chacun
eut pris place à des tables de jeu disposées dans la
salle & le sallon voifin, un Orchestre composé de
Musiciens choisis, & dirigé par le célebre Siani
connu en France, sous le nom de Desplanes, de-
puis long-tems Directeur de la Musique de la
Cour Imperiale, fit entendre successivement de
la Tribune, où il avoit été placé, les morceaux
les plus agréables de symphonie Françoise & Ita-
lienne; ils furent entremèlés de Concerto, exécu-
tés par le Sieur Fertari, célébre Violon d'Italie,
& qui justifia bien dans cette occasion la réputa-
tion dont il jouit. On distribua pendant cette as-
semblée toutes sottes de rafraichissemeus avec
profusion.
A cet amusement qui dura jusqu'à onze heures
du soit, & dont on sortit trés. satisfait, succeda le
lendemain celui du Bal paré & du repas, par le-
quel les fêtes devoient être terminées.
216 MERCUREDEFRANCE.
On se rendit ce jour-là, vers les six heures da
soir, dans la même salle où l'assemblée s'étoit te-
nue la veille, & avec même affluence. Tout s'y
trouvant préparé pour le Bal, il fut ouvert au son
d'une brillante symphonie, composée de plus de
trente instrumens, par M. l'Ambassadeur, & par
Madame la Comtesse d'Harrach, qu'il avoit prié
de vouloir bien en faire les honneurs.
Bientôt aptès, six Chambellans choisis parmi
ce qu'il y a de plus distingué à la Cour, ayanz
partagé, en quelque sorte, entr'eux le terrain de
la salle, prirent à danser les principales Dames du
Bal, chacune suivant son rang, ensorte qu'insen-
fiblement le plaisit de la danse devint le plaisir
général. Celui du jeu eut aussi ses partisans. Vinge
tables au moius placées, tant dans la salle même
du Bal que dans le sallon, furent continuellement
occupées jusqu'au moment du souper.
Lorsqu'on eut servi, chacun s'empresta de se
rendre aux tables qui avoient été distribuées pour
cet effet dans les appartemens de l'Hôtel. Plus de
deux cent cinquante personnes trouverent à s'y
placer. Le soin que l'on prit de servit toutes ces
tables également, l'ordre & l'intelligence qui
y furent apportés, le choix & l'abondance des
mets, la delicatesse & la diversité des vins, ne
laisserent rien à désirer.
Les attentions de M. l'Ambassadeut pendant
ce somptueux repas, s'étendirent à tous les ob-
jets. Il ne prit place à aucune table pout avoir
la liberté de se porter à toutes, & pour pouvois
commaniquer à ses illustres convives la jove
dont il étoit lui-même pénétré.
A une heure après minvit, on se leva de ta-
ble, & l'on coutut vers la salle du bal, où. deja
lo simphonie se. faisoit entendre. Les menuets
recom-
itized by Goo
JANVIER. 1752.
217
recommencerent, on leur fit succeder des dan-
ses allemandes, dont les pas & les mouvemens
bcaucoup plus viss & plus animés, redoublerent
encore la gaieté qui s'étoit dejà répandue. Le
jeu reprit aussi de tous côtés, & c'est dans ces
plaisirs que se passa le reste de la nuit jusqu'à
cinq heures du matin que la plupart des Dames
se retirerent.
Il reste présentement à parler de l'illumina-
tion générale de la place des Ecossois & de la
façade de l'Hôtel de son Excellence, qui eut
lieu le Mardi 23, & qui fut repetée le len-
demain 24.
La nuit vente, on vit tous les différens
corps qui composoient cette illumination, répan-
dre insensiblement la lumiere, & se couvrir en-
fin des feux les plus brillans. Les tableaux d'em-
blêmes, & tout ce qui dans la façade de l'am-
phithéâtre & dans la pyramide étoit peint sur
toile transparente, semblerent s'animer. L'Ar-
chitecture de ces corps dessinée en lampions
en parut plus saillante; bientôt la pyramide dont
on a dit que les angles avoient été pareillement
dessinés en lampions depuis sa base julqu'à la fleur
de lys qui la terminoit, ne fut plus qu'une co-
lomne de feu. On illumina en même tems la fa-
çade de l'Hôtel depuis le socle jusqu'au faîte
& les arcades qui formoient l'enceinte de la
place, de sorte que toutes ces parties se prê-
tant mutuellement un grand éclat, on vit long-
tems la nuit ceder la place au jour.
Ce fut-là le moment que l'on choisit pour fai-
re couler le vin en abondance. Le peuple qui
Pattendoit avec impatience, s'étoit muui, com-
me il arrive en pareil cas, de toutes sortes de
va ses pour s'en procurer d'amples provisions
II. Vol.
ed by G
218 MERCUREDEFRANCE.
& tous les efforts qu'on lui vit faire pour y par-
venir, donnerent pendant les deux jours un
spectacle assez amusant.
Deux Chœurs de trompettes & de tymbales
placés aux deux bouts de la gallerie de l'amphi-
théâtre, & qui se répondoient sans interrup-
tion, augmentoient par leurs fanfares l'émula-
tion de ce même peuple, & concouroient à ses
pla sirs. Son Excellence auroit désiré, pour les
varier davantage, pouvoit donner un feu d'ar-
tifice: mais ces sortes de spectacles ne sont pas
pas permis dans Vienue, à cause du danger
presqu'inévitable du feu, la plupart des mai-
lons étant couvertes en bois,
Les constructions & les décorations tant de
l'édifice en forme d'amphithéâtre & de la pyra-
mide, que de la salle du bal, avoient été in-
ventées & dirigées par le Sicur Gaetan Fanti
Architecte & Inspecteur de la gallerie des Pein-
tures de M. le Prince de Lichtenstein, & les su-
jets des tableaux du même amphithéâtre & des
peintures de la salle avoient été exécutés sur les
desseins du Sicur Vincent Fanti son sils.
le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur
de France, le 23 & 24 Novembre,
à l'occasion de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutót
reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, qu'il fit toutes
ses dispositions pour célebrer, par des fêtes pu-
bliques & solemnelles, un évenement si desiré.
L'Hôte d'Harrach que Son Excellence occupe,
tout spacieux qu'il est, manque de plusieurs com-
modités essentielles en pareilles circonstances, &
la Place des Ecossois, sur laqueile regne la façade
JANVIER. 1752. 209
principale de cet Hôtel, n'offie à la vde que des
objets peu agréables ou par leur usage, ou par
leur itrégularité.
Il falloit remédier à ce double inconvénient.
en construisant une salle dans se jardin de cer
Hôtel, & en décorant la Place des Ecossois, com-
me on le dira ci-apiès.
On donna à cette salle les proportions les plus
regulieres, & elle reussit d'autant mieux, qu'elle
joignoit un ancien sallon fort orné, accompagné
de deux cabinets, qui étoient devenus des pieces
utiles pout servit de décharge.
La longueur de cette salle étoit de soixante-
treize pieds, sur quarante-buit de largeur & trente
de hanteur, le tout dans œuvre. Sa décoration
consistoit dans une suite de Pilastres d'ordre Com-
posite, peints en marbre sur toile; les canelures
les bases & les chapiteaux étoient dorés. Les en-
tre deux des Pilastres étoient remplis par des va-
ses de fleurs, portés sur des consoles dorées, &
au-dessus étoient des trophées de Musique, atta-
chés par des festons de fleurs. L'intervalle, depuis
la corniche qui couronnoit cette architecture
jusqu'au cordon du plafond, étoit en calote cir-
culaire, formée par des courbes en anses de pa-
nier, & il étoit rempli par des modillons, portant
d'aplomb sur les Pilastres, enrichis d'ornemens
dorés & de festons de fleurs.
La partie du plafond qui étoit peinte, & qui
occupoit le milieu, avoit trente pieds de long sur
vingt- deux de large. Elle étoit renfermée dans
un cartouche, en or entrelacé de fleurs. Quatre
medaillons répondoient aux quatre angles de ce
plafond. Ils contenoient des Genies, représentans
les beaux Arts, scavoir la Peinture, la Sculpture
la Musique & la Poësie. On voyoit au milieu de
jitized by Goc
210 MERCURE DE FRANCE.
la partie peinte, la Déesse Lucine, invitant Mer-
cure à aller annoncer au monde la naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la fête. D'un côté
étoient plusieurs figures de femmes, préparant
des guirlandes de fleurs, & de l'autre d'autres
femmes, qui paroissoient se livrer aux transports
de la joie la plus vive. Plus bas étoit un groupe
d'enfans sur un nuage, tenans les uus l'Ecusson
des armes du Roi, d'autres une corne d'abon-
dance renversée d'où sortoient des Couronnes
des Sceptres, des Médailles d'or, &c. des Amours
voltigeans au-dessus de la figure principale, s'oc-
cupoient à former des Couronnes de fleurs.
Sur les trois portes, qui donnoient entrée dans
cette belle Salle, étoient peints des groupes d'en-
fans, s'amusant à couper des bleds, & à cueillit
des fruits & des raisins.
Sur chacune des faces les plus longues de cette
Salle, on avoit placé deux glaces qui par le moyen
des deux chassis dorés dont on les avoit cou-
vertes, paroissoient former autant de fenêtres.
Au dessus de chacune étoient peints des jeux d'en-
fans, & en général le dessein, l'ordre & le coloris
de tous ces tableaux, repondoient parfaitement
au sujet & au brillant du reste de la Salle.
En face de la principale enttée qui avoit été
pratiquée nécessairement au milieu de sa largeur
etoit une tribune fort profonde destinée à placet
les Musiciens; elle avançoit sur la Salle en for-
me citculaire d'environ quatre pieds dans sa plus
grande saillie, & on l'avoit renfermée par une
balustrade dorée. Sa décoration étoit aussi com-
posée d'ornemens dorés, sur uo fond blanc avec
des guirlandes de fleurs.
On avoit posé aux quatre angles de cette Salle
qui avoit été arrondis, quatre beaux poëles dont
JANVIER. 1752.
211
la chaleur entretenve avec soin & jointe à celle
d'un autre poële placé dans ie Sallon contigu,
rendoit l'une & l'autie piéce parfaitement habi-
table au milieu du plus grand froid de la saison.
Ces différentes pièces étoient éclairées par près de
500 bougies.
L'édifice construit en charpente en face & à
26 toises du milieu de l'Hlôtel de Son Excel-
lence, avoit la forme d'un amphitheâtre. La hau-
teur étoit de 36 pieds, & sa longueur en demi
ceintre de 136. Il étoit orné de colomnes & de
pilastres d'ordre lonique entre lesquels on voyoit
des panaux de toile transparente de hauteur pro-
portionnée sur lesquels étoient peints des trophées.
On avoit rempli les ouvertures des senêtres de
cet édisice, au nombre de six, d'un pareil nombre
de tableaux peints de même sur des toiles transpa-
rentes, contenant différentes allégories ingé-
nieuses rélatives à la naissance du Prince.
On remarquoit dans le premier à main gau-
che, la Déesse Lucine présentant à la France un
enfant; au dessus étoit le Signe de la balance sous
lequel il est né, présage heureux de sa justice;
au dessous paroissoit l'Automne avec tous ses
attributs. On lisoit immédatement sous le ceintre
de ce tableau ces mots, Di vini favoris pig-
nus.
Dans le tableau suivant, étoient représentées
les trois Parques, l'une filant les jours du Prince
nouveau-né, l'autre tournant le fusean & la troisié-
me jettant son ciseau, pour montrer par cette ac-
tion, combien elle étoit éloignée de vouloit
trancher le fil d'une vie si précieuse: au dessons
du ceintre étoient ces mots, Abhorret munere
fungi.
On voyoit dans le troisième la Déesse Asttée
zed by Goc
212 MERCUREDE FRANCE.
portée sur un nuage, d'ou sortoit un soleil levant
Saturne ou le Tems avec sa faula & Janus remar-
quable par son double visage, étoient plus bas &
sembloient applaudir à la devise Aurea condet se-
cula, qu'on lisoit au deflous du ceintre.
Le quatriéme tableau re: resentoit Jupiter or-
donnant à Vulcain de cesser de forger des armes
dans un moment où la naissance d'un Prince si
désiré, venoit encore affermir la paix de l'Europe.
On voyoit dans le lointain, les forges de Vulcain
& des Ciclopes animés au travail. Au dessous
du ceintre étoient ces mot, Cœptos auferte la-
bores.
Sur le cinquième étoient représentés le Dieu
de l'Hymen assis sur un nuage & au dessous la
France & la Pologne sous la figure de deux fem-
mes assisses, tenant un cœur avec ces mots, Se-
cundo conjugio.
Le sixième représentoit la France debout sur une
espece d'estrade, soutenant un Enfant qu'elle
montroit à l'Europe. On lisoit sous le ceintre de co
tableau les mots suivants, Felicitati regni &
orbis.
Au milien de ce vaste édifice paroissoit une por-
te entiérement ouverte & au dessus étoit un ta-
bleau sur toile transpatente comme les précédens
qui représentoit le génie de la France assis sur un
Trône, & à ses côrés la Justice & la,Prudence
avec tous leurs atttibuts. On lisoit au haut ces
mots, Consiliis Industria compar.
Sur l'entablement des deux bouts de l'édifice
en place de fronton, on voyoit en transparens
d'un cônté les Armes du Roi, dela Reine, & de l'au-
tre celles de Monseigneur le Dauphin & de Mada-
me la Dauphine, surmontées de leurs couronnes
avec leurs supports & les trophées, qui les accom-
res vO
1752.
213
JANVIER.
pagnoient. Ces trophées surpassoient la balustra-
de dont tout le reste de l'édifice étoit couronné,
Ces balustrades, percées à jour en transparens
étoient interrompuespar des pieds- d'estaux qui por-
toient à l'aplomp de toutes les colonnes, des
grands vases destinés à porter eux-mêmes des pots
à feu. Au devant de l'édifice étoit une gallerie éle-
vée à huit pieds de hauteur du rez de chaussée
fermée sur toute sa longueur dune balustrade, sur
les pieds-d'estaux de laquelle on avoit posé des
vases d'une très-belle proportion. Cette gallerie
étoit accessible au moyen d'un large escalier,
pratiqué à chacune de ses exttémites.
C'étoit au milieu de cette Place qu'on avoit
élevé un grand pied-d'estal de forme hexagone.
Sur les Codillons des angles étoient assisses quatre
sigures colossales de relief entiérement dorées,
représentant la riehesse, la valeus, la renommée
& la noblesse. Sur ce pied- d'estal s'éle voit une base
de même forme qui pottoit une pyramide de 62
pieds de hauteur dont toutes les faces jusqu'à la
pointe, étoient en transparens; on y avoit peint
ses chiffres du Roi, des dauphins & des fleurs de
lys. On remarquoit au pied de la face principale
de cette pyramide le grand écusson des Arines de
France, & sur la pointe, un globe transparer:
surmonté d'une sleur de lyode grandeurconvenable;
tous les angles étoient marques par un nom,
bre prodigieux de lumieres.
La façade du pied- d'estal du côté de l'Hôtel de
Son Excellence étoit chargée d'une Inscription
Latine peinte sur une toile transparente; elle an-
nonçoit le sujet de la fête & de la joie publique.
Les deux faces latérales du même pied. d'estal
avoient été décorées en fontaines, quatre dau-
phins places aux quatre coius à hauteur de corni,
itized by Goo
214 MERCUREDEFRANCE.
niche, jettoient du vin en abondance.
Tous ces différens corps étoient éclairés d'unt
infinité de lampions & de terrines dont la lumiere
ajoutoit à la beauté de leur forme & à la richesse
de leurs décorations.
Asin que l'amphithéatre fit tout son effet, on
avoit joint ce superbe édifice à l'Hôtel, par ua
rang d'arcades de chaque côté, qui, décrivant
une ligne circulaim, donnoient à la Place des
Ecossois une forme ronde, & en apparence beau-
coup plus spacieuse. Ces arcades avoient une hau-
teur & des ouvertures proportionnées. Elles étoient
figurées par des lampions depuis le socle jusqu'à
la tablette.
A l'egard de la façade de l'Hôtel, du côté de
la Place, on avoit suivi pout son illuminaion l'or-
dre de son archirecture, qui est des plus regulie-
res. Les trois rangs de fenêtres qui l'éclairent,
les Pilastres qui décorent les trumeaux, depuis le
socle jusqu'à la corniche servant d'entablement
& la corniche même, avoient été sigurés en lam-
pions. Le grand balcon, au-dessus de la porte-
cochere & les colonnes qui les soutiennent
étoient pareillement chargés de lumieres. On ea
avoit entouré les deux niches aux côtés de la por-
te, dans lesquelles on avoit placé deux figures de
relief, imitant le marbre blanc, repiésentant
Themis & Minerve. En tout, on pouvoit comp-
ter pout l'illumination de cette façade des arca-
des de l'amphitheatre, & de la pyramide, onze
mille lampions, & plus de quatte mille terrines.
Toutes ces dispositions étant achevées, M.
l'Ambassadeur jugea à propos de faire précéder
ces fêtes par uu repas splendi de qu'il donna aux
Ambassadeurs, & à tous les Ministres & Grands
Officiers de la Cour.
zed by Goo
JANVIER.
1752.
215
Quelques jours auparavant, S. Exc avoit fait
porter des billets d'invitation aux mêmes person-
nes, & à tout ce que la Cour & la Ville tenfer-
ment de plus distingué par le rang & la naissance,
pour se trouver, le Mardi 23 Novembre, à une
assemblée dans son Hôtel, pendant laquelle il y
autoit Concert, & le lendemain 24, au Bal paté,
& au souper qui devoi. le suivre.
L'assemblee se tiut dans la nouvelle Salle, dout
la description vient d'être faite. Plus de cinq cens
personnnes, de l'un & l'autre sexe, s'y rendirent
en habit de grand gala; on peut se représenter leur
maguisicence par celle, dont la haute Noblesse de
Vienne fait toujours montre dans les occasions
d'éclat; & ce qui en rehaussoit le prix, étoit un
nombre prodigieux de diamans, dont elle est en
usage de douner en même tems le brillant spec-
tacle.
Pendant l'assemblée, & peu après que chacun
eut pris place à des tables de jeu disposées dans la
salle & le sallon voifin, un Orchestre composé de
Musiciens choisis, & dirigé par le célebre Siani
connu en France, sous le nom de Desplanes, de-
puis long-tems Directeur de la Musique de la
Cour Imperiale, fit entendre successivement de
la Tribune, où il avoit été placé, les morceaux
les plus agréables de symphonie Françoise & Ita-
lienne; ils furent entremèlés de Concerto, exécu-
tés par le Sieur Fertari, célébre Violon d'Italie,
& qui justifia bien dans cette occasion la réputa-
tion dont il jouit. On distribua pendant cette as-
semblée toutes sottes de rafraichissemeus avec
profusion.
A cet amusement qui dura jusqu'à onze heures
du soit, & dont on sortit trés. satisfait, succeda le
lendemain celui du Bal paré & du repas, par le-
quel les fêtes devoient être terminées.
216 MERCUREDEFRANCE.
On se rendit ce jour-là, vers les six heures da
soir, dans la même salle où l'assemblée s'étoit te-
nue la veille, & avec même affluence. Tout s'y
trouvant préparé pour le Bal, il fut ouvert au son
d'une brillante symphonie, composée de plus de
trente instrumens, par M. l'Ambassadeur, & par
Madame la Comtesse d'Harrach, qu'il avoit prié
de vouloir bien en faire les honneurs.
Bientôt aptès, six Chambellans choisis parmi
ce qu'il y a de plus distingué à la Cour, ayanz
partagé, en quelque sorte, entr'eux le terrain de
la salle, prirent à danser les principales Dames du
Bal, chacune suivant son rang, ensorte qu'insen-
fiblement le plaisit de la danse devint le plaisir
général. Celui du jeu eut aussi ses partisans. Vinge
tables au moius placées, tant dans la salle même
du Bal que dans le sallon, furent continuellement
occupées jusqu'au moment du souper.
Lorsqu'on eut servi, chacun s'empresta de se
rendre aux tables qui avoient été distribuées pour
cet effet dans les appartemens de l'Hôtel. Plus de
deux cent cinquante personnes trouverent à s'y
placer. Le soin que l'on prit de servit toutes ces
tables également, l'ordre & l'intelligence qui
y furent apportés, le choix & l'abondance des
mets, la delicatesse & la diversité des vins, ne
laisserent rien à désirer.
Les attentions de M. l'Ambassadeut pendant
ce somptueux repas, s'étendirent à tous les ob-
jets. Il ne prit place à aucune table pout avoir
la liberté de se porter à toutes, & pour pouvois
commaniquer à ses illustres convives la jove
dont il étoit lui-même pénétré.
A une heure après minvit, on se leva de ta-
ble, & l'on coutut vers la salle du bal, où. deja
lo simphonie se. faisoit entendre. Les menuets
recom-
itized by Goo
JANVIER. 1752.
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recommencerent, on leur fit succeder des dan-
ses allemandes, dont les pas & les mouvemens
bcaucoup plus viss & plus animés, redoublerent
encore la gaieté qui s'étoit dejà répandue. Le
jeu reprit aussi de tous côtés, & c'est dans ces
plaisirs que se passa le reste de la nuit jusqu'à
cinq heures du matin que la plupart des Dames
se retirerent.
Il reste présentement à parler de l'illumina-
tion générale de la place des Ecossois & de la
façade de l'Hôtel de son Excellence, qui eut
lieu le Mardi 23, & qui fut repetée le len-
demain 24.
La nuit vente, on vit tous les différens
corps qui composoient cette illumination, répan-
dre insensiblement la lumiere, & se couvrir en-
fin des feux les plus brillans. Les tableaux d'em-
blêmes, & tout ce qui dans la façade de l'am-
phithéâtre & dans la pyramide étoit peint sur
toile transparente, semblerent s'animer. L'Ar-
chitecture de ces corps dessinée en lampions
en parut plus saillante; bientôt la pyramide dont
on a dit que les angles avoient été pareillement
dessinés en lampions depuis sa base julqu'à la fleur
de lys qui la terminoit, ne fut plus qu'une co-
lomne de feu. On illumina en même tems la fa-
çade de l'Hôtel depuis le socle jusqu'au faîte
& les arcades qui formoient l'enceinte de la
place, de sorte que toutes ces parties se prê-
tant mutuellement un grand éclat, on vit long-
tems la nuit ceder la place au jour.
Ce fut-là le moment que l'on choisit pour fai-
re couler le vin en abondance. Le peuple qui
Pattendoit avec impatience, s'étoit muui, com-
me il arrive en pareil cas, de toutes sortes de
va ses pour s'en procurer d'amples provisions
II. Vol.
ed by G
218 MERCUREDEFRANCE.
& tous les efforts qu'on lui vit faire pour y par-
venir, donnerent pendant les deux jours un
spectacle assez amusant.
Deux Chœurs de trompettes & de tymbales
placés aux deux bouts de la gallerie de l'amphi-
théâtre, & qui se répondoient sans interrup-
tion, augmentoient par leurs fanfares l'émula-
tion de ce même peuple, & concouroient à ses
pla sirs. Son Excellence auroit désiré, pour les
varier davantage, pouvoit donner un feu d'ar-
tifice: mais ces sortes de spectacles ne sont pas
pas permis dans Vienue, à cause du danger
presqu'inévitable du feu, la plupart des mai-
lons étant couvertes en bois,
Les constructions & les décorations tant de
l'édifice en forme d'amphithéâtre & de la pyra-
mide, que de la salle du bal, avoient été in-
ventées & dirigées par le Sicur Gaetan Fanti
Architecte & Inspecteur de la gallerie des Pein-
tures de M. le Prince de Lichtenstein, & les su-
jets des tableaux du même amphithéâtre & des
peintures de la salle avoient été exécutés sur les
desseins du Sicur Vincent Fanti son sils.
Fermer
395
p. 230-232
De Versailles le 30.
Début :
Le feu d'artifice que le Roi avoit ordonné de préparer dans les Jardins du Château, vis à-vis de [...]
Mots clefs :
Versailles, Naissance du duc de Bourgogne, Feu d'artifice, Fusées, Arc de triomphe, Félicité, Guirlandes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Versailles le 30.
De Versailles le 30.
Le feu d'artifice que le Roi avoit ordonné de
préparer dans les Jardins du Château, vis à-vis de
la grande Gallerie, fut tiré le tiente. L'édifice,
construit pour ce feu, s'étendoit depuis l'allée de
Saturne jusqu'à celle du Dragon, sur un plan cir-
culaire de cent quarante- deux toises. Il étoit com-
posé de trois Corps d'Architecture, dont le prin-
cipal étoit 'dOrdre Corinthien, & représentoit
un Arc de Triomphe, consacré à la Felicité.
Au devant des massiss, qui séparoient les 3 por-
tiques de l'arc de triomphe, étoient accouplées des
colonnes de lapis, ornées de guirlandes de lys &
de roses. Deux bas reliefs en or décoroient le des-
sus des portes latérales, qui accompagnoient
la grande arcade. Dans l'un paroissoit Appollon
distribuant aux Muses les differens attributs des
Sciences & des Beaux Arts. On voyoit, dans l'au-
tre, Cer s sur son char, répandant l'abondance,
La corniche portoit les Statues de la Justice, de la
Prudence, de la Tempérance & de la Magnani-
mité, entre lesquelles étoit, sur un pied d'estal
le Globe des Armes de France, soutenu par la
Force & par diflérens Genies. La Victoire & la
Paix le présentoient à la Felicité. Cette derniere
by Goc
JANVIER. 1752.
231
figure domincit le Groupe: elle tenoit un Cadu-
cée, Symbole de l'union, & selon les Egyptiens
le hierogliphe de la naissance des Grands-Hom-
mes. D'une corne d'abondance, qui étoit à ses
pieds, sortoient des fruits mêlés de fleurs. Près de
la Félicité, la Ronommée prenoit son vol pout aller
annoncer à l'Univers la naislance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & ses heureux destins.
Les deux autres Corps d'Architecture étoient
d'ordre Composite, & formoient des deux côtés de
l'arc de Triomphe, une continuite d'arcades en
niches, séparées par des pilastres revêtus de tro-
phés en or & de camayeux en azur. Les miédaillons
représentoient tous les Arts qui contribuent au bon-
heur, & ils étoient entoures de guirlandes de roses
lesquelles se réunissoient en festons au dessus des
ceintres & des pilastres.
Des avant-corps, aussi d'ordre Composite, ter-
minoient les ailes. Ils étoient ornés deStatues de dif-
sérentes Divinités. Des Faunes & des Tritons,
supportant des vases de Lapis surchargés de giran-
doles, interrompoieut la balustrade, qui couron-
noit ces avant-corps.
On avoit distribué des girandoles rout le long
de l'édisice. Plusicurs lustres pendoient du sein
des archivoltes, & toutes les niches étoient gar-
nies d'orangers dans des vases d'or, an tout des-
quels jouoient des guirlandes de fleurs naturelles.
A tiavers les portiques de l'arc de Tiiomphe on
découvroit dans le lointain le Temple de la Felicité.
Ce fut cette vaste & magnisique décoration,
qui fut illuminée le 19 par des transparens. Divers
cordons de feu dessinoient l'Architecture, & l'on
avoit placé sur la tertasse différens groupes de lu-
mieres, dont les effets s'accordoient avec l'objet
principal.
Le seu d'artifice, fut annoncé pra un bruit
ed by Go-
232 MERCUREDE FRANCE
de boëtes & de fusées d'honneur, & il à été
divisé en trois parties. La premiere fut compo-
sée de feu brillaus, qui représenterent succe ssi-
vement différentes formes, & qui furent ac-
compagnées de jets, d'iss, de bombes, & d'u-
ne grande multitude de fusées variées. Le second
changement offrit des cascades, qui occuperent
toute l'étendue de l'édifice, & dont la principale
en achevant de se précipiter, se métamorphosa
en plusieurs jets; ce coup de feu fut soutenu par
des fusées formant en l'air des berceaux de lumiere.
Dans le troisiéme changement, toute l'Architec-
ture se trouva représentée en seu clair. Uue gitan-
de de plus de huit mille fusées, coutonnée de bom-
bes brillantes, termina P'artifice. Les intervalles
qu'on fut obligé de mettre entre les divers chan-
gemens pour donner le tems la fumée de se dis-
siper, furent remplis par le tirage de cent caisses de
fusées, placées derriere l'arc de Triomphe & les
ailes. Le Roi ayant passé sur les dix heures du soir
dans l'appartement de la Reine, on tira au bout
de la piéce d'eau des Suisses, cinq bombes d'arti-
fices, qui firent un effet extraordinaire.
Le même jour, Leurs Majestés tinrent grand
appartement; & la Cour, tant pat l'extrême ri-
chesse des habits que par l'éclat & le nombre des
pierreries, surpassa encore la magnificence qu'el-
le avoit fait paroître le jour de l'illumination. La
Gallerie étoit éclaitée, ainsi qu'elle l'avoit été le
19, par trois rangs de lustres, suspendus à des
festons de gaze bouillonnée, qu'entouroient des
guirlandes de fleurs. Il y avoit des deux côtés une
grande quantité de girandoles sur des Torcheres
les unes d'argent, les autres d'or; & l'art, avec
lequel les lumieres étoient distribuées, pro-
duisoit un coup d'oil des plus frappans.
Le feu d'artifice que le Roi avoit ordonné de
préparer dans les Jardins du Château, vis à-vis de
la grande Gallerie, fut tiré le tiente. L'édifice,
construit pour ce feu, s'étendoit depuis l'allée de
Saturne jusqu'à celle du Dragon, sur un plan cir-
culaire de cent quarante- deux toises. Il étoit com-
posé de trois Corps d'Architecture, dont le prin-
cipal étoit 'dOrdre Corinthien, & représentoit
un Arc de Triomphe, consacré à la Felicité.
Au devant des massiss, qui séparoient les 3 por-
tiques de l'arc de triomphe, étoient accouplées des
colonnes de lapis, ornées de guirlandes de lys &
de roses. Deux bas reliefs en or décoroient le des-
sus des portes latérales, qui accompagnoient
la grande arcade. Dans l'un paroissoit Appollon
distribuant aux Muses les differens attributs des
Sciences & des Beaux Arts. On voyoit, dans l'au-
tre, Cer s sur son char, répandant l'abondance,
La corniche portoit les Statues de la Justice, de la
Prudence, de la Tempérance & de la Magnani-
mité, entre lesquelles étoit, sur un pied d'estal
le Globe des Armes de France, soutenu par la
Force & par diflérens Genies. La Victoire & la
Paix le présentoient à la Felicité. Cette derniere
by Goc
JANVIER. 1752.
231
figure domincit le Groupe: elle tenoit un Cadu-
cée, Symbole de l'union, & selon les Egyptiens
le hierogliphe de la naissance des Grands-Hom-
mes. D'une corne d'abondance, qui étoit à ses
pieds, sortoient des fruits mêlés de fleurs. Près de
la Félicité, la Ronommée prenoit son vol pout aller
annoncer à l'Univers la naislance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & ses heureux destins.
Les deux autres Corps d'Architecture étoient
d'ordre Composite, & formoient des deux côtés de
l'arc de Triomphe, une continuite d'arcades en
niches, séparées par des pilastres revêtus de tro-
phés en or & de camayeux en azur. Les miédaillons
représentoient tous les Arts qui contribuent au bon-
heur, & ils étoient entoures de guirlandes de roses
lesquelles se réunissoient en festons au dessus des
ceintres & des pilastres.
Des avant-corps, aussi d'ordre Composite, ter-
minoient les ailes. Ils étoient ornés deStatues de dif-
sérentes Divinités. Des Faunes & des Tritons,
supportant des vases de Lapis surchargés de giran-
doles, interrompoieut la balustrade, qui couron-
noit ces avant-corps.
On avoit distribué des girandoles rout le long
de l'édisice. Plusicurs lustres pendoient du sein
des archivoltes, & toutes les niches étoient gar-
nies d'orangers dans des vases d'or, an tout des-
quels jouoient des guirlandes de fleurs naturelles.
A tiavers les portiques de l'arc de Tiiomphe on
découvroit dans le lointain le Temple de la Felicité.
Ce fut cette vaste & magnisique décoration,
qui fut illuminée le 19 par des transparens. Divers
cordons de feu dessinoient l'Architecture, & l'on
avoit placé sur la tertasse différens groupes de lu-
mieres, dont les effets s'accordoient avec l'objet
principal.
Le seu d'artifice, fut annoncé pra un bruit
ed by Go-
232 MERCUREDE FRANCE
de boëtes & de fusées d'honneur, & il à été
divisé en trois parties. La premiere fut compo-
sée de feu brillaus, qui représenterent succe ssi-
vement différentes formes, & qui furent ac-
compagnées de jets, d'iss, de bombes, & d'u-
ne grande multitude de fusées variées. Le second
changement offrit des cascades, qui occuperent
toute l'étendue de l'édifice, & dont la principale
en achevant de se précipiter, se métamorphosa
en plusieurs jets; ce coup de feu fut soutenu par
des fusées formant en l'air des berceaux de lumiere.
Dans le troisiéme changement, toute l'Architec-
ture se trouva représentée en seu clair. Uue gitan-
de de plus de huit mille fusées, coutonnée de bom-
bes brillantes, termina P'artifice. Les intervalles
qu'on fut obligé de mettre entre les divers chan-
gemens pour donner le tems la fumée de se dis-
siper, furent remplis par le tirage de cent caisses de
fusées, placées derriere l'arc de Triomphe & les
ailes. Le Roi ayant passé sur les dix heures du soir
dans l'appartement de la Reine, on tira au bout
de la piéce d'eau des Suisses, cinq bombes d'arti-
fices, qui firent un effet extraordinaire.
Le même jour, Leurs Majestés tinrent grand
appartement; & la Cour, tant pat l'extrême ri-
chesse des habits que par l'éclat & le nombre des
pierreries, surpassa encore la magnificence qu'el-
le avoit fait paroître le jour de l'illumination. La
Gallerie étoit éclaitée, ainsi qu'elle l'avoit été le
19, par trois rangs de lustres, suspendus à des
festons de gaze bouillonnée, qu'entouroient des
guirlandes de fleurs. Il y avoit des deux côtés une
grande quantité de girandoles sur des Torcheres
les unes d'argent, les autres d'or; & l'art, avec
lequel les lumieres étoient distribuées, pro-
duisoit un coup d'oil des plus frappans.
Fermer
396
p. 233-238
De Cadix le 27 Novembre.
Début :
M. Des Varennes, Consul de France à Cadix, ayant reçu le 27 Septembre une lettre de [...]
Mots clefs :
Cadix, Naissance du duc de Bourgogne, Temple, Arcades, Nation française, Ordre, Place, Consul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Cadix le 27 Novembre.
De Cadix le 27 Novembre.
M. Des Varennes, Consul de France à Cadix,
ayant reçu le 27 Septembre une lettre de
M. Rouillié, qui lui apprenoit l'heureuse naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne, il en fit
part à toute la Nation Françoise, qui en témoi-
gna la plus vive joye. On prit aussi-tôt les arran-
gemens nécessaires pour la faire éclatter par des
fêres publiques. On choisit sis Commissaires par-
mi les plus ancieus Négocians, & la, Nation les
autorisa à faire toutes les dépenses nécessaires qui
leur seroient remboursées par le produit d'une
cottisation, qu'on feroit proportionnellement aux
facultés de chaque particulier de la Nation: on
forma ensuite le projet des Fêtes. M. Tamievot
dont le pere est membre de l'Académie d'Archi-
tecture de Paris, en fit le plan; elles commence-
rent le 24 Novembre pat une décharge du canon
de tous les vaisseaux & autres bâtimens François,
qui se trouverent dans la baye de Cadix, au nom-
bre de 34.
Le lendemain on chanta le Te Deum en musique
dans l'Eglise des Cordeliers M. l'Evêque de Cadix
l'entonna, & il célebra ensuite pontificalement la
Messe. M. le Gouverneur & toutes les personnes
de distinction de la Ville y assisterent. Le canon ne
ad by Go-
234 MERCURE DE FRANCE
cessa pas de tirer pendant toute la cérémonie.
L'après-midi, un grand nombre de Dames, &
toures les personnes les plus distinguées se rendi-
tent dans la maison de M. des Varennes; il leur fit
servir ce qu'on appelle en Espagne le Refresco
c'est-à-dire, toutes sortes d'eaux glacées, du
lait, des confitures, du chocolat, &c. M. l'Evê-
que, qui est Religieux de l'Ordre de Saint Domi-
nique, s'etant excusé à cause de son état de pa-
roître à une Fête publique, M. le Consul fit porter
dans son Palais toutes sortes de rafraîchissemens.
Le Refresco étant fini, on alla se placer sur les bal-
cons & sur l'Amphithéatre, qu'on avoit dressé de-
vant la maison du Consul, situé sur la Place Saint
Antoine, la plus belle & la plus spacieuse de Ca-
dix. On y tira un fort beau feu d'artifice, qui du-
ra pendant trois quarts d'heure; tout le monde en
parut extrêmement satisfoit: il y eut ensuite un
grand souper, pour 200 personnes; il fut suivi
d'un bal qui dura jusqu'au matin.
Toute la Place étoit illuminée pat de grands
flambeaux de cire blanche: il y eut aussi des illu-
minations devant toutes les maisons des Négo-
cians François. On avoit pratiqué des amphithéa-
ttes dans différens endtoits de la Place, & on y
avoit mis des Musiciens qui ne cesserent de jouer
de divers instrumens pendant une grande partie de
la nuit. Le Temple sur lequel le feu d'artifice étoit
placé, étoit composé de quatre faces égales, repré-
sentant chacune trois portiques d'Ordre Dorique;
l'entablement étoit couronné par une balustrade
dont les pieds-d'estaux supportoient aux quatre
coins chacun une statue, & les autres des vases.
Chaque façade avoit quarante-deux pieds & demi
de largeur, les arcades onze pieds d'ouverture,
& dix-sept & demi de hauteur. L'élévation du
JANVIER.
1752.
235
Temple, en y comprenant la balustrade, étoit
de vingt-huit pieds. L'intérieur du Temple for-
moit en tous sens trois ness d'égale élévation; le
milieu étoit soutenu par quatre colonnes isolées,
l'entre-deux des arcades par des demi-colonnes
& les angles par des quarts de colonne; toute
cette ordonnance intérieure étoit d'Ordre Ioni-
que, à la maniere de Scamozzi,
Au milieu du Temple s'élevoit sur un pied-d'es-
tal rond & d'Ordre lonique, une statue de mar-
bre blanc & de grandeur naturelle, représentant
le Génie protecteur de la France, avec ses attri-
buts, couronnée de lauriers, tenant un lys à la
main droite: sur sa base étoit cette inscription:
Genio
Galliarum Protectori,
Ob faustum
Serenissimae Delphina
Partum.
Id. Sept. anno
M. DCC. LI.
Le Temple étoit éclairé par 24 lustres de crif-
tal, dont 12 pendoient aux fleurons des architra-
ves, & les 12 auttes aux cless des arcades.
L'appui de la balustrade & le dessus de l'enta-
blement avoient chacun un cordon de lumiere, &
la frize étoit éclairée en dedans. Les pilliers des ar-
cades étoient illuminés par 120 bras, dont 72 de
cristal, & les autres de fer contourné & peint.
Comme ce Temple se fermoit pendant le jour
pour éviter le désordre, les arcades étoient bou-
by Go
236 MERCURE DE FRANCE.
chées par de grandes toiles peintes, & ornées de
figures en relief; les arcades du milieu avoient
une porte de bronze, au dessus des trois dégrés de
marbre, & le dessous des portes avoit chacun
un grand médaillon avec des figures embléma-
tiques.
Le premier représentoit un Dauphin, entortil-
lant une ancre avec sa queve, & pour legende
Ad spem spes addita.
Le second, un Aiglon auprès de sa mere,
Prolem dedit Jove dignam.
Le troisiéme, sun vase avec un lys naissant.
Crescent illa crescentis amore.
Le quatriéme, un laurier naissant
Nascitur ad coronas.
Les huit autres toiles des arcades représentoient
une Renommée, portant un bouclier aux armes de
Bourgogne, & sur la base cette inscription,
Nomina magna loquor.
La Religion près d'un autel, où elle acheve un
Sacrifice.
Vota Galliae a dimpleta.
L'Espérance à genoux, les yeux & les mains
élevées au Ciel, & recevant un enfant qui sont
d'une nuée.
Coeli munus optatum.
1752.
JANVIER.
237
Pallas tenant dans ses bras un jeune enfant qu'el-
le regarde avec complaisance
Laeta Deùm partu.
Le Génie de la France, habillé en Mars, mon-
trant au jeune Prince qui badine avec son armure
le Temple de la Gloire,
Huc mecum Borbonides.
Mercure montrant au jeune Prince le symbolo
des Arts & des Sciences.
Futura infantiae otia.
Le Tems rompant sa faulx,
Perennitas stirpis Borbonidum.
La France sous la figure d'un jeune guerrier, re-
cevant des armes de Junon
Dono Deae invictus.
Ce Temple fut illuminé par 1376 lumiéres; le
jour que l'on tira le feu d'artifice & le lendemain
il fut décoré par une statue de marbre blanc, hau-
te de 8 pieds, représentant le Roi en Empereur
Romain, la tête découverte & les cheveux flot-
tans: le pied- d'estal étoit chargé de trophées d'ar-
mes avec cette inscription.
LUD. XV
Regi amantissimo, patri patriae, hanc statuam
in culmine Templi Genio Galliarum consecra-
eshO
238 MERCURE DE FRANCE.
vit, erexit, vovit, dedicavit Gadibus Fran-
corum Natio, cum celebraret natalia Sere-
nissimi Ducis Burgundiae.
Les quatre statues qui lui servoient d'accompa-
gnement étoient la Force, la Prudence, la Modéra-
tion, & un groupe emblématique, représentant
un Génie qui offre le jeune Duc de Bourgogne à
la France.
Le 26 & le 27. la Place de Saint Antoine fut il-
luminée comme le jour précédent, de même que
la maison de M. le Consul, & celles de tous les
François. Les Musiciens au nombre de 60, furent
placés dans l'intérieut du Temple; ils jouerent en-
semble de differens instrumens pendant plusieurs
heures, ce qui faisoit un effet admirable. Tout
le monde a paru extrêmement latisfait de la ma-
niere brillante dont se sont passées ces Fêtes, & du
bon ordre qu'il y a eu; on ne cessoit de dou-
ner des louanges aux François, & de faire des
vœux pour l'illustre famille des Bourbons. Les
Frarçois établis à Seville & au Port Sainte Marie
quoiqu'ils ne soient pas à beaucoup piès ni en si
grand nombre, ni aussi riches que ceux de Cadiz
ont aussi donné dans cette occasion des preuves de
leur zele; ceux de Seville ont fait chanter un Te
Deum avec beaucoup de pompe, & ils ont fait
bien des aumônes aux François pauvres; ceux du
Port Sainte-Marie ont fait de même, & ils ont
fait tiret un fort joli seu d'artifice.
M. Des Varennes, Consul de France à Cadix,
ayant reçu le 27 Septembre une lettre de
M. Rouillié, qui lui apprenoit l'heureuse naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne, il en fit
part à toute la Nation Françoise, qui en témoi-
gna la plus vive joye. On prit aussi-tôt les arran-
gemens nécessaires pour la faire éclatter par des
fêres publiques. On choisit sis Commissaires par-
mi les plus ancieus Négocians, & la, Nation les
autorisa à faire toutes les dépenses nécessaires qui
leur seroient remboursées par le produit d'une
cottisation, qu'on feroit proportionnellement aux
facultés de chaque particulier de la Nation: on
forma ensuite le projet des Fêtes. M. Tamievot
dont le pere est membre de l'Académie d'Archi-
tecture de Paris, en fit le plan; elles commence-
rent le 24 Novembre pat une décharge du canon
de tous les vaisseaux & autres bâtimens François,
qui se trouverent dans la baye de Cadix, au nom-
bre de 34.
Le lendemain on chanta le Te Deum en musique
dans l'Eglise des Cordeliers M. l'Evêque de Cadix
l'entonna, & il célebra ensuite pontificalement la
Messe. M. le Gouverneur & toutes les personnes
de distinction de la Ville y assisterent. Le canon ne
ad by Go-
234 MERCURE DE FRANCE
cessa pas de tirer pendant toute la cérémonie.
L'après-midi, un grand nombre de Dames, &
toures les personnes les plus distinguées se rendi-
tent dans la maison de M. des Varennes; il leur fit
servir ce qu'on appelle en Espagne le Refresco
c'est-à-dire, toutes sortes d'eaux glacées, du
lait, des confitures, du chocolat, &c. M. l'Evê-
que, qui est Religieux de l'Ordre de Saint Domi-
nique, s'etant excusé à cause de son état de pa-
roître à une Fête publique, M. le Consul fit porter
dans son Palais toutes sortes de rafraîchissemens.
Le Refresco étant fini, on alla se placer sur les bal-
cons & sur l'Amphithéatre, qu'on avoit dressé de-
vant la maison du Consul, situé sur la Place Saint
Antoine, la plus belle & la plus spacieuse de Ca-
dix. On y tira un fort beau feu d'artifice, qui du-
ra pendant trois quarts d'heure; tout le monde en
parut extrêmement satisfoit: il y eut ensuite un
grand souper, pour 200 personnes; il fut suivi
d'un bal qui dura jusqu'au matin.
Toute la Place étoit illuminée pat de grands
flambeaux de cire blanche: il y eut aussi des illu-
minations devant toutes les maisons des Négo-
cians François. On avoit pratiqué des amphithéa-
ttes dans différens endtoits de la Place, & on y
avoit mis des Musiciens qui ne cesserent de jouer
de divers instrumens pendant une grande partie de
la nuit. Le Temple sur lequel le feu d'artifice étoit
placé, étoit composé de quatre faces égales, repré-
sentant chacune trois portiques d'Ordre Dorique;
l'entablement étoit couronné par une balustrade
dont les pieds-d'estaux supportoient aux quatre
coins chacun une statue, & les autres des vases.
Chaque façade avoit quarante-deux pieds & demi
de largeur, les arcades onze pieds d'ouverture,
& dix-sept & demi de hauteur. L'élévation du
JANVIER.
1752.
235
Temple, en y comprenant la balustrade, étoit
de vingt-huit pieds. L'intérieur du Temple for-
moit en tous sens trois ness d'égale élévation; le
milieu étoit soutenu par quatre colonnes isolées,
l'entre-deux des arcades par des demi-colonnes
& les angles par des quarts de colonne; toute
cette ordonnance intérieure étoit d'Ordre Ioni-
que, à la maniere de Scamozzi,
Au milieu du Temple s'élevoit sur un pied-d'es-
tal rond & d'Ordre lonique, une statue de mar-
bre blanc & de grandeur naturelle, représentant
le Génie protecteur de la France, avec ses attri-
buts, couronnée de lauriers, tenant un lys à la
main droite: sur sa base étoit cette inscription:
Genio
Galliarum Protectori,
Ob faustum
Serenissimae Delphina
Partum.
Id. Sept. anno
M. DCC. LI.
Le Temple étoit éclairé par 24 lustres de crif-
tal, dont 12 pendoient aux fleurons des architra-
ves, & les 12 auttes aux cless des arcades.
L'appui de la balustrade & le dessus de l'enta-
blement avoient chacun un cordon de lumiere, &
la frize étoit éclairée en dedans. Les pilliers des ar-
cades étoient illuminés par 120 bras, dont 72 de
cristal, & les autres de fer contourné & peint.
Comme ce Temple se fermoit pendant le jour
pour éviter le désordre, les arcades étoient bou-
by Go
236 MERCURE DE FRANCE.
chées par de grandes toiles peintes, & ornées de
figures en relief; les arcades du milieu avoient
une porte de bronze, au dessus des trois dégrés de
marbre, & le dessous des portes avoit chacun
un grand médaillon avec des figures embléma-
tiques.
Le premier représentoit un Dauphin, entortil-
lant une ancre avec sa queve, & pour legende
Ad spem spes addita.
Le second, un Aiglon auprès de sa mere,
Prolem dedit Jove dignam.
Le troisiéme, sun vase avec un lys naissant.
Crescent illa crescentis amore.
Le quatriéme, un laurier naissant
Nascitur ad coronas.
Les huit autres toiles des arcades représentoient
une Renommée, portant un bouclier aux armes de
Bourgogne, & sur la base cette inscription,
Nomina magna loquor.
La Religion près d'un autel, où elle acheve un
Sacrifice.
Vota Galliae a dimpleta.
L'Espérance à genoux, les yeux & les mains
élevées au Ciel, & recevant un enfant qui sont
d'une nuée.
Coeli munus optatum.
1752.
JANVIER.
237
Pallas tenant dans ses bras un jeune enfant qu'el-
le regarde avec complaisance
Laeta Deùm partu.
Le Génie de la France, habillé en Mars, mon-
trant au jeune Prince qui badine avec son armure
le Temple de la Gloire,
Huc mecum Borbonides.
Mercure montrant au jeune Prince le symbolo
des Arts & des Sciences.
Futura infantiae otia.
Le Tems rompant sa faulx,
Perennitas stirpis Borbonidum.
La France sous la figure d'un jeune guerrier, re-
cevant des armes de Junon
Dono Deae invictus.
Ce Temple fut illuminé par 1376 lumiéres; le
jour que l'on tira le feu d'artifice & le lendemain
il fut décoré par une statue de marbre blanc, hau-
te de 8 pieds, représentant le Roi en Empereur
Romain, la tête découverte & les cheveux flot-
tans: le pied- d'estal étoit chargé de trophées d'ar-
mes avec cette inscription.
LUD. XV
Regi amantissimo, patri patriae, hanc statuam
in culmine Templi Genio Galliarum consecra-
eshO
238 MERCURE DE FRANCE.
vit, erexit, vovit, dedicavit Gadibus Fran-
corum Natio, cum celebraret natalia Sere-
nissimi Ducis Burgundiae.
Les quatre statues qui lui servoient d'accompa-
gnement étoient la Force, la Prudence, la Modéra-
tion, & un groupe emblématique, représentant
un Génie qui offre le jeune Duc de Bourgogne à
la France.
Le 26 & le 27. la Place de Saint Antoine fut il-
luminée comme le jour précédent, de même que
la maison de M. le Consul, & celles de tous les
François. Les Musiciens au nombre de 60, furent
placés dans l'intérieut du Temple; ils jouerent en-
semble de differens instrumens pendant plusieurs
heures, ce qui faisoit un effet admirable. Tout
le monde a paru extrêmement latisfait de la ma-
niere brillante dont se sont passées ces Fêtes, & du
bon ordre qu'il y a eu; on ne cessoit de dou-
ner des louanges aux François, & de faire des
vœux pour l'illustre famille des Bourbons. Les
Frarçois établis à Seville & au Port Sainte Marie
quoiqu'ils ne soient pas à beaucoup piès ni en si
grand nombre, ni aussi riches que ceux de Cadiz
ont aussi donné dans cette occasion des preuves de
leur zele; ceux de Seville ont fait chanter un Te
Deum avec beaucoup de pompe, & ils ont fait
bien des aumônes aux François pauvres; ceux du
Port Sainte-Marie ont fait de même, & ils ont
fait tiret un fort joli seu d'artifice.
Fermer
397
p. 127-135
« SCULPTURA, carmen, authore Ludovico Doissin. S. J. Il est à souhaiter [...] »
Début :
SCULPTURA, carmen, authore Ludovico Doissin. S. J. Il est à souhaiter [...]
Mots clefs :
Poète, Auteur, Langue, Poème, Sculpteur, Marbre, Préceptes, Talent, Fleurs, Manière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SCULPTURA, carmen, authore Ludovico Doissin. S. J. Il est à souhaiter [...] »
SCULPTURA, carmen, authore Ludo-
vico Doissin. S. J.
Il est à souhaiter qu'il y ait toujours
dans la république des Lettres une succes-
sion d'hommes zelés & laborieux, qui
prouvent par leurs écrits l'estime qu'ils
sont de la Langue des anciens Romaino
& qui fassent renaître parmi pous ces
Fiiii
128 MERCUREDEFRANCE.
beaux jours du siécle passè trop tônt éclipsés,
où lon voyoit les Rapin & les Commite
disputer à Virgile & Horace la gloire de
parler cette langue aussi-bien qu'eux.
Nous annonçons un Poëme sur la Sculp-
ture, qui peut trouver place parmi ceux
qui nous restent de ces grands Poëtes.
L'Auteur paroît avoir voulu le diviser en
deux parties. Dans la premiere il prescrit
au jeune Sculpteur, qu'il se propose d'ins-
truire, les régles qu'il faut suivre, & les
défauts qu'il doit eviter; mais il ôte aux
préceptes ce qu'ils ont naturellement de
sec & d'austere, & sçait les embellit des
agrémens du style, & de toutes les gra-
ces de la Poësie. Nous citerons un mor-
ceau qui sera comme la preuve de cet élo-
ge. C'est celui où le Poëte après avoit ex-
horté à l'imitation de la nature, conclut
de ce principe général la nécessiré de re-
présenter avec force les passions sut le
marbre & sut l'airain: il s'adresse au
Sculpteur.
Hinc ad, ò occultos motus, internaque mentis
Præelia pinge mihi vultuque oculoque loquaci.
Turbatam ostendat frontem timor, ira minacem,
Dejectam luctus, blandam spes, alma serenam
Lœetitia, & marmor, quanquam sine voce, lo-
quatur.
zed by Goo
129
FEVRIER. 1752.
Foemineum exhibeat Dido decepta furorem,
Alcione luctum, rabiem Medea, dolorem
Andromache, surias Pentheus, Cassandra pa-
votem.
Si l'Auteur s'en étoit tenu aux préceptes,
quelque talent qu'il ait pour orner les ob-
jets, la Poëfie ne lui auroit jamais prêté
assez d'images, & les fleurs n'auroient pu
faire disparoître les épines. Il a corrigé
habilement les unes par les autres, & a
sçu mêler les exemples aux préceptes.
Myron entendroit avec plaifir l'éloge que
l'on fait ici de cette vache si vantée dans
l'antiquité, & qu'Ovide & Properce
n'ont pas cru indigne de leur pinceau.
L'Auteur a fait voir qu'on peut préfenter
les mêmes choses sous différentes faces,
& que chaque Peintre a sa maniere: voici
la fienne.
Ecquid opus docti vaccam laudare Myronis
Arte laboratam? pendent palearia mento,
Grande caput, patulæ nares, fronsaspera, canda
Mobilis, hirsutum pectus: spirare putares.
Si videat taurus, solitos meditetur amores;
Mugitum tollat vitulus; delusus arator
Ad stabulum impellat, premat inscius ubera pas-
tor.
Ce Poûme ayant été recité, comme la
Vigstires vodOO
130 MERCUREDEFRANCE.
note le témolgne, quelques semaines
aptès la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgoone, devoit naturellement con-
tauir un éloge du Prinee naissant. C'est
sur tout au lever du soleil que les biseaux
font entendre leut ramage, & jamais le
rossignol ne forme des sons plus agréables
qu'à la naissance de cet astre beillant. Le
Poëte qui voudroit faire à l'auguste enfant
un berceau digne de lui, regtette de n'a-
voir pas consacré ses premieres années à
l'Art dont il est le panegyriste, & de n'a-
voir pas mamé le ciseau dès son enfanee,
comine il a manié la plume; mais un pa-
reil veru, s'il cur on son effet, nous eût
sans doute privé d'un très-beau Poëme. Il
n'est pas ordinaire de voir des gens join-
dre le talent heureux de faire d'excellens
vers, à celui de faire de belles statues. Les
meiileurs Sculpteurs seroient, je crois,
d'assez mauvais Poëtes. On n'est pas éleve
de Pallas & d'Apollon ront à la fois: Il est
rare qu'une seule tête puisse porter den
touronnes. Nous avons tour lien de croit
qu on sera satisfait de ce morceau, & de
ce que le Poëte dit des dtaperies, de la
coupe du marbre, des figures colossales,
des attitudes, des proportions, des grou-
pes, &c. mais je cro tois ne pas remplitl'ob-
jet que je me suis proposé, de faire con-
ed by Goc
FEVRIER.
1752. 131
noître le talent de l'Auteur, si je ne rap-
portois ces beaux vers, où le Poëte après
avoir décrit d'une maniere courte & pré-
cise les préparatifs nécessaires pour jettet
en fonte une staiue, sinit ainsi cę morceau,
un des plus beaux de tout le Poëme.
Intereà rigidum vasta fornace metallum
Excoquitus, crassosque eructat ad athera sumoti
Dum loquot, impatiens vinclis & carcere solvi,
Quà data porta, ruic; non sic fracto objice tor-
rens
Praecipitat: ssuit aes rivis, sormamque typoru
Accipit impressam; crescunt humetique maaus-
que,
Autea luxuriant graciles per colla copilli,
Turget inane caput, digitorum nascitur ordo,
Crura tument, surgit cervix, protuberat alrus,
Natus homo est. Media spirat redivivus in uthe
Henricus, &c.
Les bas-reliefs sur le marbre & sur les
métaux ser vent comme de seconde divi-
sion à cette premiere pariie. Ees paysages
l'équilibre, l'unité, les ombres & les
jours, en forment la plan, & y sont
traités de maniere à satisfaire tour Lea-
teur, pour qui la langue latine n est pas
une langue barbare, & qui n a pas encore
entierement fait divorce avec los Muses,
Fu
lized by Goog
312 MERCUREDEFRANCE.
Si vous voulez, dit l'Auteur, représentet
les richesses de Cerès, de Bacchus, de
Pomone, n offrez rien à mes yeux que de
gracieux & de doux; que les fleurs naissent
sous votre ciseau délicat, comme ils nais-
lent dans les jardins, & que tout dans vos
portraiis respire la campagne. Ffaites couler
les ruisseaux, couvrez les arbres de fruits,
les prairies de verdure, les collines de
pampre & de raisin.
Nativas si ruris opes & munera fingis
Nescio quid laetum sculptis infunde tabellis:
Cand ida sub docto nascantur lilia scalpro,
Pallentes violæ, tenera lanugine poma:
Marmoreo imprimis redivivus ab aequore Titan
Vestiat excelsos nascenti lumine colles:
Hîc levi fugiat per florea prata susurto
Rivulus & læves interstrepat unda capillos.
Illic maturas robustus messor aristas
Colligat in fascem; molles aut vinitor uvas
Exportet calathis, rubicundi munus Iacchi.
Non procul hinc pastor lentè resupinus in umbra
Agrestes inflet calamos; dum gramina campis
Tondet ovile pecus, viridique exultat in herba.
Pone lupum in sylvis, tenetos in montibus aguos,
In pratis tauros, mutos in flumine pisces
Errantes passim per inhopista saxa capellas.
Et damas, imbelle genus, cervosque fugaces,
Capressi natira placet sic ruris imago.
133
FEVRIER. 1752.
L'Auteur passe ensuite à la seconde par-
tie, dans laquelle il développe les quali-
tés nécessaires à un Sculpteur. De nouvelles
images viennent embellit son Poëme, les
richesses se multiplient, les fleurs naissent
sous ses pas; les Muses lui ouvrent leurs
trésors; on sent qu'Apollon le guide &
l'inspire toujours. La premiere qualité
c'est le génie. Il n'est point le fruit de l'é-
tude & de l'application; les réflexions le
développent, l'art le fortifie, mais il ne
le donne pas. C'est un feu qu'on entre-
tient; mais ce feu est un présent de la na-
ture, & on le reçoit en naissant. L'Auteur
en conclut qu'à moins qu'on ne sente en
soi ce germe heureux qui enfante les mi-
racles, on ne doit pas entrer dans le sanc-
tuaire auguste de la Sculpture; & que si
Pallas ne conduit elle meme la main, &
ne guide Partiste, l'ouvrage est sans for-
ce, & manque d'agrément.
Cette premiere qualité est pour l'inven-
tion; les trois autres regardent l'exécu-
tion. Le Poëte exige de son Sculpteur une
connoissance profonde du costume, de
l'anatomie & de la fable; du costume
pour donner à chaque figure l'habillement
qui lui convient: de l'anatomie, pour re-
présenter sur le marbre les muscles, les
veines & les artéres: de la fable, pour ne
IERCURE DEFRANCE.
éttibuer, comme il le dit en très
x vers, un bouclier à Venus, des
s à Apollon, un thirse à Mercure, un
à Neptune, & un foudte à l'Amour.
On ne sera pas fâché de voir comme il
seint les différentes councumes de chaque
peuple.
Solemnes etiam populorum calleat usus
Sculptor, & in variis quae sint discrimina cultis
Gentibus: hîc longam, veteri peo more pares
tum
Induitur vestem populus, quam sutilis ambit
Baltheus & lato subnectit sibula clavo:
Pes nudus, caput abrasum; sed longa capillos
Absentes reparat prolixo vellere barba.
Illic aureolos mos est crispare capillos
Et barbam tondere gravem, circum dare plantis,
Vincula, pileolum capiti gestare decorum.
Hic galeâ miles, cristâque birsutus equins,
Ate caput, rigido defendit acinace corpus;
Illic nec gale à tegitur, nec cingitur ense;
At gravidam en humeris pharetram suspendit &
arcuin,
It jaculo bellum exercet, seribusque sagittis,
Le Poëte finit par une fable simple &
naturelle, où il rapporte l'origine de la
Sculpture: il est inurile de la citer ici. Ou
jitized by Goo
FEVRIER. 1752.
P3
peut la lire dans l'Ouvrage même qu'on
trouvera chez Thikout.
La dedicace qu'a fait le Poëte de son
Ouvtage à Monseigneur le Duuphin,
n est pas indigne de 1 Auguste Prince à qui
elle est adressee. Elle n est que de vingt-
huit vers; mais le Poëte avertit lui même
que c'est comme un prélude d'un plus
grand Ouvtage qu'il exécutera un jour en
l'honneur de son illustre protecteur.
vico Doissin. S. J.
Il est à souhaiter qu'il y ait toujours
dans la république des Lettres une succes-
sion d'hommes zelés & laborieux, qui
prouvent par leurs écrits l'estime qu'ils
sont de la Langue des anciens Romaino
& qui fassent renaître parmi pous ces
Fiiii
128 MERCUREDEFRANCE.
beaux jours du siécle passè trop tônt éclipsés,
où lon voyoit les Rapin & les Commite
disputer à Virgile & Horace la gloire de
parler cette langue aussi-bien qu'eux.
Nous annonçons un Poëme sur la Sculp-
ture, qui peut trouver place parmi ceux
qui nous restent de ces grands Poëtes.
L'Auteur paroît avoir voulu le diviser en
deux parties. Dans la premiere il prescrit
au jeune Sculpteur, qu'il se propose d'ins-
truire, les régles qu'il faut suivre, & les
défauts qu'il doit eviter; mais il ôte aux
préceptes ce qu'ils ont naturellement de
sec & d'austere, & sçait les embellit des
agrémens du style, & de toutes les gra-
ces de la Poësie. Nous citerons un mor-
ceau qui sera comme la preuve de cet élo-
ge. C'est celui où le Poëte après avoit ex-
horté à l'imitation de la nature, conclut
de ce principe général la nécessiré de re-
présenter avec force les passions sut le
marbre & sut l'airain: il s'adresse au
Sculpteur.
Hinc ad, ò occultos motus, internaque mentis
Præelia pinge mihi vultuque oculoque loquaci.
Turbatam ostendat frontem timor, ira minacem,
Dejectam luctus, blandam spes, alma serenam
Lœetitia, & marmor, quanquam sine voce, lo-
quatur.
zed by Goo
129
FEVRIER. 1752.
Foemineum exhibeat Dido decepta furorem,
Alcione luctum, rabiem Medea, dolorem
Andromache, surias Pentheus, Cassandra pa-
votem.
Si l'Auteur s'en étoit tenu aux préceptes,
quelque talent qu'il ait pour orner les ob-
jets, la Poëfie ne lui auroit jamais prêté
assez d'images, & les fleurs n'auroient pu
faire disparoître les épines. Il a corrigé
habilement les unes par les autres, & a
sçu mêler les exemples aux préceptes.
Myron entendroit avec plaifir l'éloge que
l'on fait ici de cette vache si vantée dans
l'antiquité, & qu'Ovide & Properce
n'ont pas cru indigne de leur pinceau.
L'Auteur a fait voir qu'on peut préfenter
les mêmes choses sous différentes faces,
& que chaque Peintre a sa maniere: voici
la fienne.
Ecquid opus docti vaccam laudare Myronis
Arte laboratam? pendent palearia mento,
Grande caput, patulæ nares, fronsaspera, canda
Mobilis, hirsutum pectus: spirare putares.
Si videat taurus, solitos meditetur amores;
Mugitum tollat vitulus; delusus arator
Ad stabulum impellat, premat inscius ubera pas-
tor.
Ce Poûme ayant été recité, comme la
Vigstires vodOO
130 MERCUREDEFRANCE.
note le témolgne, quelques semaines
aptès la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgoone, devoit naturellement con-
tauir un éloge du Prinee naissant. C'est
sur tout au lever du soleil que les biseaux
font entendre leut ramage, & jamais le
rossignol ne forme des sons plus agréables
qu'à la naissance de cet astre beillant. Le
Poëte qui voudroit faire à l'auguste enfant
un berceau digne de lui, regtette de n'a-
voir pas consacré ses premieres années à
l'Art dont il est le panegyriste, & de n'a-
voir pas mamé le ciseau dès son enfanee,
comine il a manié la plume; mais un pa-
reil veru, s'il cur on son effet, nous eût
sans doute privé d'un très-beau Poëme. Il
n'est pas ordinaire de voir des gens join-
dre le talent heureux de faire d'excellens
vers, à celui de faire de belles statues. Les
meiileurs Sculpteurs seroient, je crois,
d'assez mauvais Poëtes. On n'est pas éleve
de Pallas & d'Apollon ront à la fois: Il est
rare qu'une seule tête puisse porter den
touronnes. Nous avons tour lien de croit
qu on sera satisfait de ce morceau, & de
ce que le Poëte dit des dtaperies, de la
coupe du marbre, des figures colossales,
des attitudes, des proportions, des grou-
pes, &c. mais je cro tois ne pas remplitl'ob-
jet que je me suis proposé, de faire con-
ed by Goc
FEVRIER.
1752. 131
noître le talent de l'Auteur, si je ne rap-
portois ces beaux vers, où le Poëte après
avoir décrit d'une maniere courte & pré-
cise les préparatifs nécessaires pour jettet
en fonte une staiue, sinit ainsi cę morceau,
un des plus beaux de tout le Poëme.
Intereà rigidum vasta fornace metallum
Excoquitus, crassosque eructat ad athera sumoti
Dum loquot, impatiens vinclis & carcere solvi,
Quà data porta, ruic; non sic fracto objice tor-
rens
Praecipitat: ssuit aes rivis, sormamque typoru
Accipit impressam; crescunt humetique maaus-
que,
Autea luxuriant graciles per colla copilli,
Turget inane caput, digitorum nascitur ordo,
Crura tument, surgit cervix, protuberat alrus,
Natus homo est. Media spirat redivivus in uthe
Henricus, &c.
Les bas-reliefs sur le marbre & sur les
métaux ser vent comme de seconde divi-
sion à cette premiere pariie. Ees paysages
l'équilibre, l'unité, les ombres & les
jours, en forment la plan, & y sont
traités de maniere à satisfaire tour Lea-
teur, pour qui la langue latine n est pas
une langue barbare, & qui n a pas encore
entierement fait divorce avec los Muses,
Fu
lized by Goog
312 MERCUREDEFRANCE.
Si vous voulez, dit l'Auteur, représentet
les richesses de Cerès, de Bacchus, de
Pomone, n offrez rien à mes yeux que de
gracieux & de doux; que les fleurs naissent
sous votre ciseau délicat, comme ils nais-
lent dans les jardins, & que tout dans vos
portraiis respire la campagne. Ffaites couler
les ruisseaux, couvrez les arbres de fruits,
les prairies de verdure, les collines de
pampre & de raisin.
Nativas si ruris opes & munera fingis
Nescio quid laetum sculptis infunde tabellis:
Cand ida sub docto nascantur lilia scalpro,
Pallentes violæ, tenera lanugine poma:
Marmoreo imprimis redivivus ab aequore Titan
Vestiat excelsos nascenti lumine colles:
Hîc levi fugiat per florea prata susurto
Rivulus & læves interstrepat unda capillos.
Illic maturas robustus messor aristas
Colligat in fascem; molles aut vinitor uvas
Exportet calathis, rubicundi munus Iacchi.
Non procul hinc pastor lentè resupinus in umbra
Agrestes inflet calamos; dum gramina campis
Tondet ovile pecus, viridique exultat in herba.
Pone lupum in sylvis, tenetos in montibus aguos,
In pratis tauros, mutos in flumine pisces
Errantes passim per inhopista saxa capellas.
Et damas, imbelle genus, cervosque fugaces,
Capressi natira placet sic ruris imago.
133
FEVRIER. 1752.
L'Auteur passe ensuite à la seconde par-
tie, dans laquelle il développe les quali-
tés nécessaires à un Sculpteur. De nouvelles
images viennent embellit son Poëme, les
richesses se multiplient, les fleurs naissent
sous ses pas; les Muses lui ouvrent leurs
trésors; on sent qu'Apollon le guide &
l'inspire toujours. La premiere qualité
c'est le génie. Il n'est point le fruit de l'é-
tude & de l'application; les réflexions le
développent, l'art le fortifie, mais il ne
le donne pas. C'est un feu qu'on entre-
tient; mais ce feu est un présent de la na-
ture, & on le reçoit en naissant. L'Auteur
en conclut qu'à moins qu'on ne sente en
soi ce germe heureux qui enfante les mi-
racles, on ne doit pas entrer dans le sanc-
tuaire auguste de la Sculpture; & que si
Pallas ne conduit elle meme la main, &
ne guide Partiste, l'ouvrage est sans for-
ce, & manque d'agrément.
Cette premiere qualité est pour l'inven-
tion; les trois autres regardent l'exécu-
tion. Le Poëte exige de son Sculpteur une
connoissance profonde du costume, de
l'anatomie & de la fable; du costume
pour donner à chaque figure l'habillement
qui lui convient: de l'anatomie, pour re-
présenter sur le marbre les muscles, les
veines & les artéres: de la fable, pour ne
IERCURE DEFRANCE.
éttibuer, comme il le dit en très
x vers, un bouclier à Venus, des
s à Apollon, un thirse à Mercure, un
à Neptune, & un foudte à l'Amour.
On ne sera pas fâché de voir comme il
seint les différentes councumes de chaque
peuple.
Solemnes etiam populorum calleat usus
Sculptor, & in variis quae sint discrimina cultis
Gentibus: hîc longam, veteri peo more pares
tum
Induitur vestem populus, quam sutilis ambit
Baltheus & lato subnectit sibula clavo:
Pes nudus, caput abrasum; sed longa capillos
Absentes reparat prolixo vellere barba.
Illic aureolos mos est crispare capillos
Et barbam tondere gravem, circum dare plantis,
Vincula, pileolum capiti gestare decorum.
Hic galeâ miles, cristâque birsutus equins,
Ate caput, rigido defendit acinace corpus;
Illic nec gale à tegitur, nec cingitur ense;
At gravidam en humeris pharetram suspendit &
arcuin,
It jaculo bellum exercet, seribusque sagittis,
Le Poëte finit par une fable simple &
naturelle, où il rapporte l'origine de la
Sculpture: il est inurile de la citer ici. Ou
jitized by Goo
FEVRIER. 1752.
P3
peut la lire dans l'Ouvrage même qu'on
trouvera chez Thikout.
La dedicace qu'a fait le Poëte de son
Ouvtage à Monseigneur le Duuphin,
n est pas indigne de 1 Auguste Prince à qui
elle est adressee. Elle n est que de vingt-
huit vers; mais le Poëte avertit lui même
que c'est comme un prélude d'un plus
grand Ouvtage qu'il exécutera un jour en
l'honneur de son illustre protecteur.
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398
p. 178
« HEQUET, Graveur, demeurant à Paris, Place de Cambrai, travaille actuellement à un [...] »
Début :
HEQUET, Graveur, demeurant à Paris, Place de Cambrai, travaille actuellement à un [...]
Mots clefs :
Vente, Catalogue, Estampes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HEQUET, Graveur, demeurant à Paris, Place de Cambrai, travaille actuellement à un [...] »
HEQUET, Graveur, demeurant à Paris, Place
de Cambrai, travaille actuellement à un
Catalogue d'Estampes, pour une vente des plus
considerables qu'il y ait eue depuis long-teius
& qui se fera au commencement du Careme pro-
chain. Cette vente sera composée de plusieurs
Cabinets remplis des plus belles Estampes de tou-
tes les Ecoles, & des plus ercellens Graveurs.
Les épreuves en sont parfaites, & d'une condition
extraordinaire. Les Curieux pourront s'en con-
vaincre par la libarté qu'ils auront de les voir
plusicurs jours svant la vente, & la publication du
Catalogue, qu'on tachera de cistribuer à la fin de
Février procham, leur donnera le tems nécessaire
pour faire des choix avant d'acheter.
de Cambrai, travaille actuellement à un
Catalogue d'Estampes, pour une vente des plus
considerables qu'il y ait eue depuis long-teius
& qui se fera au commencement du Careme pro-
chain. Cette vente sera composée de plusieurs
Cabinets remplis des plus belles Estampes de tou-
tes les Ecoles, & des plus ercellens Graveurs.
Les épreuves en sont parfaites, & d'une condition
extraordinaire. Les Curieux pourront s'en con-
vaincre par la libarté qu'ils auront de les voir
plusicurs jours svant la vente, & la publication du
Catalogue, qu'on tachera de cistribuer à la fin de
Février procham, leur donnera le tems nécessaire
pour faire des choix avant d'acheter.
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399
p. 178
« M. LAUNAY, beau-frere de M. Toussaint, a retrouvé à force de soins & de recherches, le secret [...] »
Début :
M. LAUNAY, beau-frere de M. Toussaint, a retrouvé à force de soins & de recherches, le secret [...]
Mots clefs :
M. Launay, Porcelaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. LAUNAY, beau-frere de M. Toussaint, a retrouvé à force de soins & de recherches, le secret [...] »
M. LAUNAY, beau-frere de M. Toussaint, a
retrouvé à force de soins & de recherches, le secret
des couleurs sur l'email & la porcelaine, qui
s'étoit perdu à la mort de feu M. Launay; il fait
même le pourpre & le carmin plus beaux qu'ont
potré ne les a jamais faits C'est le jugement qu'en
porté Messieurs les Directeurs de la Manufacture
de Porcelaine, établie à Vincennes.
retrouvé à force de soins & de recherches, le secret
des couleurs sur l'email & la porcelaine, qui
s'étoit perdu à la mort de feu M. Launay; il fait
même le pourpre & le carmin plus beaux qu'ont
potré ne les a jamais faits C'est le jugement qu'en
porté Messieurs les Directeurs de la Manufacture
de Porcelaine, établie à Vincennes.
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400
p. 179
« LES Sieurs Longchamps & Janvier, Géographes à Paris, rue Saint Jacques, à l'Enseigne de [...] »
Début :
LES Sieurs Longchamps & Janvier, Géographes à Paris, rue Saint Jacques, à l'Enseigne de [...]
Mots clefs :
Vertu, Vrai mérite, Empire du coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES Sieurs Longchamps & Janvier, Géographes à Paris, rue Saint Jacques, à l'Enseigne de [...] »
LES Sieurs Longchamps & Janvier, Géographes
à Paris, rue Saint Jacques, à l'Enseigne de
la Place des Victoires, viennent de mettre au jout
une Carte de Geographie, allégorique de l'Em-
pire du Cœut, représentant les differentes pas-
sions du cœur.
Et six Ecrans dans le même genre, représen-
tant d'un côté le vrai mérite, & de l'autre l'écueil
de la vertu dans les differens états de la société.
Le premier donne une idée générale du vrai &
faux mérite.
Le second, représente le choix & l'ulage que
l'on peut faire des plaisits.
Le troisiéme, montre le bon & le mauvais em-
ploi des richesses.
Le quatrième, fait voir le vrai mérite, & l'é-
cueil de la vertu des Ecclésiastiques.
Le cinquieme, représeute la justice & l'ini-
quité.
Le sixième, dépeint les vertus & les défauts
des Militaires.
Tout cela est instructif & moral, & aura bien
tOt une suite.
à Paris, rue Saint Jacques, à l'Enseigne de
la Place des Victoires, viennent de mettre au jout
une Carte de Geographie, allégorique de l'Em-
pire du Cœut, représentant les differentes pas-
sions du cœur.
Et six Ecrans dans le même genre, représen-
tant d'un côté le vrai mérite, & de l'autre l'écueil
de la vertu dans les differens états de la société.
Le premier donne une idée générale du vrai &
faux mérite.
Le second, représente le choix & l'ulage que
l'on peut faire des plaisits.
Le troisiéme, montre le bon & le mauvais em-
ploi des richesses.
Le quatrième, fait voir le vrai mérite, & l'é-
cueil de la vertu des Ecclésiastiques.
Le cinquieme, représeute la justice & l'ini-
quité.
Le sixième, dépeint les vertus & les défauts
des Militaires.
Tout cela est instructif & moral, & aura bien
tOt une suite.
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