Résultats : 471 texte(s)
Détail
Liste
351
p. 98-104
« L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
Début :
L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...]
Mots clefs :
Arts, Arts en Angleterre, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ETAT DES ARTS en Angleterre ,
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
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Résumé : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ouvrage 'L'ETAT DES ARTS en Angleterre' de M. Rouquet est dédié à M. le Marquis de Marigny. Après trente ans de séjour à Londres, Rouquet démontre une grande connaissance des arts, notamment de la peinture. Son style est varié, oscillant entre poésie et analyse philosophique. Il décrit avec éloquence la vue et l'importance de l'œil parmi les sens, ainsi que l'éclat des bougies. Rouquet critique l'attention limitée portée aux arts en Angleterre, notant l'absence d'institutions publiques ou gouvernementales en leur faveur. Contrairement à la France, les artistes anglais ne sont pas récompensés de manière significative, bien que certains puissent obtenir des titres honorifiques. Il compare les ridicules et usages anglais aux français, soulignant les similitudes malgré les différences culturelles. L'auteur aborde divers arts tels que la sculpture, la gravure, l'imprimerie, l'orfèvrerie, la bijouterie, l'architecture, la déclamation, la musique, la médecine, la chirurgie et la préparation des aliments. Rouquet exprime son dégoût pour la soupe et le bouilli, critiquant l'ordre des services culinaires en Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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352
p. 195-138
GRAVURE.
Début :
La nouvelle estampe que M. de Marcenay vient de mettre au jour, est gravée [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
A nouvelle eftampe que M. de Marcenay
vient de mettre au jour , eft gravée
d'après un payſage de Lucas Van-Uden ,
I ij
796 MERCURE DE FRANCE .
*
·
Peintre célebre dans ce genre , & qui a
-mérité l'eftime de Rubens pour lequel il a
travaillé fouvent. Le fujet eft un commen-
⚫cement d'orage ; le foleil fe couche & fait
place à des nuages qui s'amoncelent & qui
doivent renfermer la foudre , à en juger
-par l'action des figures , dont l'une à genoux
, les mains jointes & l'air effrayé ,
femble prier Dieu de détourner le nuage
i'épais qui s'avance ; les deux autres qui tèmoignent
également de l'effror , accélerent
le pas pour s'en mettre à l'abri , ce qui ' a
déterminé l'auteur à lui donner le titre
fuivant :
C
·
Coup
Le ciel fe couvre. Hâtons- nous,
.Il eft affez probable par le détail immen
fe & très-difficile à rendre dans la gravute
dans lequel Van- Uden eft entré , que c'eft
une vue de Flandre prife de la montagne ,
qui forme le premier plan , d'où l'on découvre
tine vafte plaine très - cultivéé ,
quoiqu'il y ait de grandes forêts ; une belle
riviere , après y avoir formé différens circuits
, y vient baigner fur le devant un antique
château , & entretenir par la fraîcheur
de fes eaux celle d'un bois , dont
Eépais feuillage paroît impénétrable aux
ardeurs du foleil.
Le Peintre a répandu dans ce tableau de
JUIN
1755. 197
grands effets , foit par les beaux accidens
qu'il y a ménagés habilement , foit par les
objets qui y étoient naturellement difpofés
; d'ailleurs il l'a peuplé d'une façon ,
agréable. On y voit un vol de heron , des
cygnes , des canards & des moutons qui
paiffent. Le Graveur a fi bien imité fa maniere
, qu'il eft devenu le rival de fon mo-,
dele , & qu'il paroît lui- même créer un
nouveau genre dans fon art. Son eftampe,
fe vend chez lui , rue des Vieux Auguftins ,
PORTRAIT de M. Chardin , deffiné
par M. Cochin , & gravé par M. Cars. Sa
reffemblance y eft heureufement faifie ;
cette naïveté qui forme fon caractere &
qui regne dans fes ouvrages , y frappe
d'abord les regards : on y reconnoît le La
Fontaine de la peinture.
T
Voici des vers faits pour être mis au bas
de cette eftampe. Un Artifte d'un talent fi
vrai mérite bien cette diftinction , & ne
peut être , felon moi , trop dignement cé-
Tébré par tous les arts réunis enſemble.
De quoi pourroit ici s'étonner la nature
C'eft le portrait naïf de l'un de ſes rivaux,
S'il refpire en cette gravure ,
Elle parle dans fes tableaux.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
MOYREAU , Graveur du Roi , en fon
Académie royale de Peinture & de Sculpture
, vient de mettre au jour une nouvelle
eftampe qu'il a gravée d'après P. Wouvermens
, qui repréfente l'Ecurie flamande .
Le tableau original appartient à M. Denis ,
Tréforier général des Bâtimens du Roi ;
c'eft le n° . 79 de fa fuite . La demeure du
Graveur eft rue des Mathurins, la quatrieme
porte cochere à gauche , en entrant par la
rue de la Harpe.
A nouvelle eftampe que M. de Marcenay
vient de mettre au jour , eft gravée
d'après un payſage de Lucas Van-Uden ,
I ij
796 MERCURE DE FRANCE .
*
·
Peintre célebre dans ce genre , & qui a
-mérité l'eftime de Rubens pour lequel il a
travaillé fouvent. Le fujet eft un commen-
⚫cement d'orage ; le foleil fe couche & fait
place à des nuages qui s'amoncelent & qui
doivent renfermer la foudre , à en juger
-par l'action des figures , dont l'une à genoux
, les mains jointes & l'air effrayé ,
femble prier Dieu de détourner le nuage
i'épais qui s'avance ; les deux autres qui tèmoignent
également de l'effror , accélerent
le pas pour s'en mettre à l'abri , ce qui ' a
déterminé l'auteur à lui donner le titre
fuivant :
C
·
Coup
Le ciel fe couvre. Hâtons- nous,
.Il eft affez probable par le détail immen
fe & très-difficile à rendre dans la gravute
dans lequel Van- Uden eft entré , que c'eft
une vue de Flandre prife de la montagne ,
qui forme le premier plan , d'où l'on découvre
tine vafte plaine très - cultivéé ,
quoiqu'il y ait de grandes forêts ; une belle
riviere , après y avoir formé différens circuits
, y vient baigner fur le devant un antique
château , & entretenir par la fraîcheur
de fes eaux celle d'un bois , dont
Eépais feuillage paroît impénétrable aux
ardeurs du foleil.
Le Peintre a répandu dans ce tableau de
JUIN
1755. 197
grands effets , foit par les beaux accidens
qu'il y a ménagés habilement , foit par les
objets qui y étoient naturellement difpofés
; d'ailleurs il l'a peuplé d'une façon ,
agréable. On y voit un vol de heron , des
cygnes , des canards & des moutons qui
paiffent. Le Graveur a fi bien imité fa maniere
, qu'il eft devenu le rival de fon mo-,
dele , & qu'il paroît lui- même créer un
nouveau genre dans fon art. Son eftampe,
fe vend chez lui , rue des Vieux Auguftins ,
PORTRAIT de M. Chardin , deffiné
par M. Cochin , & gravé par M. Cars. Sa
reffemblance y eft heureufement faifie ;
cette naïveté qui forme fon caractere &
qui regne dans fes ouvrages , y frappe
d'abord les regards : on y reconnoît le La
Fontaine de la peinture.
T
Voici des vers faits pour être mis au bas
de cette eftampe. Un Artifte d'un talent fi
vrai mérite bien cette diftinction , & ne
peut être , felon moi , trop dignement cé-
Tébré par tous les arts réunis enſemble.
De quoi pourroit ici s'étonner la nature
C'eft le portrait naïf de l'un de ſes rivaux,
S'il refpire en cette gravure ,
Elle parle dans fes tableaux.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
MOYREAU , Graveur du Roi , en fon
Académie royale de Peinture & de Sculpture
, vient de mettre au jour une nouvelle
eftampe qu'il a gravée d'après P. Wouvermens
, qui repréfente l'Ecurie flamande .
Le tableau original appartient à M. Denis ,
Tréforier général des Bâtimens du Roi ;
c'eft le n° . 79 de fa fuite . La demeure du
Graveur eft rue des Mathurins, la quatrieme
porte cochere à gauche , en entrant par la
rue de la Harpe.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte décrit deux gravures récentes. La première, réalisée par M. de Marcenay d'après un paysage de Lucas Van-Uden, peintre apprécié de Rubens, montre un début d'orage avec le soleil couchant et des nuages menaçants. La scène, probablement une vue de Flandre, inclut une plaine cultivée, des forêts, une rivière et un château antique. Van-Uden a intégré des éléments naturels et des animaux comme des hérons, des cygnes, des canards et des moutons. Le graveur a fidèlement reproduit le style de Van-Uden, créant un nouveau genre dans son art. Cette estampe est disponible chez l'artiste, rue des Vieux Augustins. Le texte mentionne également un portrait de M. Chardin, dessiné par M. Cochin et gravé par M. Cars, qui met en avant la naïveté caractéristique de Chardin, surnommé le 'La Fontaine de la peinture'. Enfin, Moyreau, graveur du Roi, a publié une nouvelle estampe d'après P. Wouvermans, représentant une écurie flamande. Le tableau original appartient à M. Denis, Trésorier général des Bâtiments du Roi. Moyreau réside rue des Mathurins, quatrième porte cochère à gauche en entrant par la rue de la Harpe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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353
p. 198-207
ARCHITECTURE.
Début :
Nous avons eu plusieurs fois occasion de parler de l'utilité & du progrès de [...]
Mots clefs :
Jacques-François Blondel, Émulation, Leçon, Dessin, Architecture, Progrès, Goût, Art, Cours d'architecture, Élèves
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE.
ARCHITECTURE.
N de parler de Futilité & du progrès de
Ous avons eu plufieurs fois occafion
l'Ecole des Arts , établie à Paris par M."
Blondel, Profeffeur d'Architecture , rue de
ta Harpe ; mais les foins continuels que
fe donne cet Artifte pour le bien public &
la gloire de fon art , nous fourniffent fouvent
de nouveaux fujets de renouveller les
éloges que nous avons donnés au chef &
aux éleves. Les cours publics d'architecture
que M. Blondel donne chez lui gratuitement
les Jeudis , Samedis & DimanJUI
N. 1755
THELLE
J
ches , divifés
en Cours élémentaires
, de
YON
93
*
tique & de théorie , & que nous avons
annoncés dans les Mercures de Juin 17
& Juillet 1754 , n'ont point diminué fes
attentions pour les élèves qui lui font
confiés ; mais pour rendre fes contemporains
témoins des espérances que
l'on
peut
concevoir des talens naiffans de fes difciples
, M. Blondel a diftribué le 26 du mois
d'Octobre dernier , en préfence d'une affemblée
nombreufe & choifie , les prix
qu'il avoit propofés par divers programmes.
>
Les projets admis au concours furent
jugés par les Académiciens & les Artiſtes
les plus célebres , par les amateurs & les
connoiffeurs les plus éclairés , que le Profeffeur
avoit invités chez lui , & qui fe
font fait un plaifir de feconder par leur
préfence l'émulation des éleves & le zéle de
l'auteur. Douze de ces éleves ont concouru
dans quatre différens genres de talens
dont plufieurs d'entr'eux avoient déja remporté
des prix les années précédentes,
Par le premier programme pour les prix
d'architecture , on demandoit un édifice
public contenant diverfes galeries au
premier étage qui devoit être élevé fur
» un foubaſſement ; quelques -unes de ces
y galeries devoient être deftinées en parti,
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE .
ور
» culier à contenir une bibliothéque , ainfi
» que la collection des eftampes & des
» deffeins des grands maîtres ; les autres
» devoient fervir de dépôt pour les antiques
; les médailles , &c. Il falloit auffi
» dans cet édifice deux magnifiques fal
» lons ; l'un pour contenir les tableaux des
» différentes écoles de l'Europe ; l'autre
" pour raffenibler les diverfes curiofités
» concernant l'hiftoire naturelle ; enforte
que ce temple des fciences , des arts &
» du goût , diftribué avec fymmétrie , &
compofé de formes régulieres & graves (
» devoit fuppofer pouvoir contenir dans
» un même lieu les livres , les manuf
crits , les eftampes , les médailles & les
bronzes qui fe voient à la Bibliothéque
du Roi , rue de Richelieu ; les antiques
» du Louvre , les tableaux du Luxem
bourg , & les cabinets d'hiftoire naturelle
du Jardin royal. Toutes ces diffé
rentes piéces devoient avoir chacune les
dépendances de leur reffort , & fe communiquer
par de grands efcaliers , auf
quels il falloit arriver à couvert dès la
principale entrée de l'édifice .
3
On diftribua pour ce projet trois prix ,
qui confiftoient en trois médailles d'argent
, la premiere d'un marc , &c. Celleci
fut adjugée à Samuel- Bernard Perron s
JUIN. 1755. 201
le cadet , de Poiffi ; la feconde à Jacques
Dumont , de Limoges , & la troiſieme â
Jean-Baptifte Daubenton de Paris .
ខ
"
Par le fecond programme , on exigebit
le projet d'une fontaine propre à être
R érigée au milieu d'une grande place ,
» telle que l'efplanade du pont tournant.
» Cette fontaine devoit être dans le goût:
de celle de la Place Navonne , à Rome ;
le bas pouvoit être compofé d'une archi
» tecture ferme & ruftique , élevée au mi-
» lieu d'un grand baffin de forme variée ;
» ou bien , au lieu d'architecture , on pouvoit
faire ufage de rochers , dont la plus
grande partie percée à jour laifferoit voirt
» des nappes , ou torrens d'eau d'un aſſez ,
gros volume. Au deffus de cette archi-
» tecture ou rocher pouvoient être pla-
» cées plufieurs figures , telles que celles dé
la ville de Paris , celles du commerce ,
» l'abondance , la Seine , la Marne , des
» Nymphes , des Tritons , &c. au milieu
» defquelles devoit s'élever une grande.
"pyramide ou colonne.coloffale enrichie.
» de fculptures relatives au fujet , & termi-,
» née ( en fuppofant qu'on préférât la co-
» lonne à la pyramide ) de la ftatue pé-
» deftre du Prince , ou autrement de fes
armes & fupports . Biogr
Ce prixa été remporté par Jean Raphaël
1
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Servandoni , fils du célebre Peintre &
Architecte de ce nom ; il avoit préferé l'o
bélifque à la colonne.
Le troifieme prix étoit deftiné à celui
des douze concourans qui auroit le mieux
imité un fort beau deffein en encre de
la Chine de Gilles Oppenor , repréſentant
un morceau d'architecture mêlé de figures
& de payfages , du cabinet de M. Perronet.
Il fut adjugé à Bernard Jofeph Perron ;
Paîné , de Poiffi .
·
Le quatrieme enfin étoit un Deffein fur
papier bleu, du cabinet de M. d'Argenville,
original de Noël Coypel , repréfentant un
fujet d'hiftoire romaine : il fut décerné à
Jacques Dumont , de Limoges.
Dans les compofitions qui n'ont point
remporté de prix , on en a remarqué plu
fieurs dignes d'applaudiffemens ; ce qui fir
fouhaiter aux amateurs d'avoir une plus
grande quantité de médailles à diftribuer.
De ce nombre étoient les projets de René
Lamboth ; de Paris ; de Charles Gontard
de Bareith , & de Jacques Heumann ,
d'Hanovre , & c .
A propos de la diftribution de ces prix ,
nous allons donner une idée du plan de
cette école des arts : nous croyons qu'on
verra avec plaifir l'ordre & l'enchaînement
des leçons publiques & particulieres qui
JUIN. 1755. 203
4
teur en a dic s'y donnent. Voici à peu près ce que l'au
lui - même dans divers programmes
qu'il a fait imprimer,
Après plufieurs années d'études , dit- il ,
& après avoir formé plufieurs éleves , dont
quelques- uns font penfionnaires de Sa
Majesté à Rome , & d'autres font de retour
en France , il avoit fenti que fon travail
feroit infuffifant s'il ne le portoit plus
loin , parce qu'il entendoit continuellement
ces élèves même s'écrier , que l'étude que
le Profeffeur leur propofoit , ainfi que
la
connoiffance directe de tous les arts, étoient
ignorées de la plupart des perfonnes de la
profeffion ; que Meffieurs tels & tels ne
fçavoient rien ou très - peu de chofe ; que
la plupart de ceux - même qui ont le plus
de réputation , n'avoient aucune teinture
des mathématiques , & qu'ils deffinoient
médiocrement ; que celui - ci ne poffedoir
bien que la diftribution ; que celui - là n'entendoit
que la partie de la décoration intérieure
, l'un la conftruction , l'autre la
partie du jardinage , &c. que d'ailleurs
la plus grande partie des hommes en place
méconnoiffoient les talens , eftimoient peu
les arts , & regardoient avec indifférence
les Artiftes. Ce langage , qui n'eft que trop
commun & qui n'eft pas fans fondement
eft presque toujours celui de la multitude
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
il contribue infenfiblement à déterminer
moins d'excellens fujets ; il amene au relâ
chement de l'étude , & ne nous fournit
que des hommes fuperficiels.
Pour remédier à un abus auffi préjudiciable
au progrès des arts , pour arrêter le
cours d'un propos fi funefte , & exciter une
véritable émulation chez nos citoyens , M.
Blondel a ouvert gratuitement des leçons
publiques mais pour que ces leçons puffent
tourner au profit de la fociété en
général , il les a préfentées fous différentes
faces , fuivant qu'il a reconnu la néceffité
de parler à chacun le langage qui lui convenoit
. Ce moyen lui a réuffi , ainfi que
l'on devoit s'y attendre . En effet , fon cours
élémentaire conduit néceffairement les
hommes bien nés aux connoiffances dur
beau , leur fraye une route sûre pour juger
pertinemment de nos édifices , les accoutume
à fe dépouiller de tout préjugé natio
nal , & leur fait connoître les auteurs &
les Artiftes les plus célebres : ces lumieres
acquifes de la part des amateurs , devien
nent fans doute une faveur de plus pour
l'Artifte qui veut devenir habile , parce
qu'il conçoit par- là que fes talens feront
préconisés par des hommes éclairés , &
que ce fera autant d'obftacles pour les
hommes médiocres qui oferont moins fe
JUIN. 1755. 205-
: montrer au grand jour. D'ailleurs le
nombre des honnêtes gens qui font attirés
à ce cours élémentaire , contribue à l'ému-}
lation qui regne dans cette école : il infpire
aux éleves qui font confiés au Profeffeur
le defir de s'inftruire , les engage à la dé->
cence , & excite en eux l'amour du bien ;
autant de motifs infaillibles pour former à
l'avenir des chefs intelligens..
Son cours de théorie eft deſtiné , non
feulement aux jeunes Architectes , mais
aux Peintres , Sculpteurs , Décorateurs ,
Graveurs , qui fe trouvant ainfi raffemblés , 1
& conférant enfemble à certains jours !
nommés , s'entrecommuniquent leurs dis
verfes connoiffances , leurs découvertes ,
leurs productions , & s'entretiennent utilement
des fciences & des arts. Le Géomé-:
tre acquiert du goût ; l'Artifte regle fes :
idées par le fecours du Mathématicien :>
tous fe réuniffent avec le Profeffeur. pour
vifiter avec fuccès les édifices du fiecle
paffé , & fe procurent une entrée libre
dans les atteliers de nos célebres Artiftes.i
Les bibliothèques , les édifices facrés , les
maifons royales , les cabinets des curieux ,
s'offrent à leurs regards ; en un mot , tout
devient commun entr'eux ; de là la route
des arts plus facile , l'étude plus agréable ,
& les progrès plus sûts.
206 MERCURE DE FRANCE.
Son cours de pratique deſtiné aux ouvriers
du bâtiment , met le comble à l'entrepriſe.
Quatre - vingt hommes tous les
Dimanches & Fêtes occupent pendant la
matinée leur loifir à puifer dans cette,
école les différentes connoiffances dont ils
ont befoin. Le Maçon , le Charpentier , le
Menuifier , le Serrurier , y viennent ap-;.
prendre la géométrie pratique , & les prin- i
cipes relatifs à leur profeffion ; tout l'après-
midi ces mêmes hommes font occupés
à l'exercice du deffein dans différens gen-:
res. Mais pour porter plus loin la perfection
du goût , M. Blondel reçoit auffi dans
fes leçons l'Orfevre , le Bijoutier , le Cifeleur
, & c. on leur communique d'excel
lens originaux , & ils font corrigés exac
tement par des Profeffeurs & par les plus!
anciens éleves reconnus capables ; enforte
que le praticien , le théoricien , l'homme
de goût , font un tout qui encourage le
débutant , affermit l'homme déja capable ,
& donne lieu d'efpérer qu'avant peu d'années
la beauté des formes , l'élégance des
contours , la fymmétrie , reprendront le
deffus & la place des ornemens chiméri- .
ques & hazardés , dont tous les arts de
goût fe font reffentis depuis près de vingt
années *.
* J'ai eu la curiofité d'aller un Dimanche
JUIN. 175.5. 207
En un mot , cette école renouvellant
dans Paris celle d'Athènes , réunit les arts
utiles & les arts agréables : l'architecture ,
les mathématiques , la figure & le deffein
en général , la ſculpture , les fortifications,
la coupe des pierres , font autant de parties
qu'on y enfeigne avec émulation & fuccès.
Quels éloges ne mérite donc pas le fondateur
d'un établiffement fi avantageux à la
fociété ! peut-il être trop préconifé , foutenu
& autorifé ? Le zele infatigable & les
talens décidés de l'Auteur ne font-ils pas
dignes des plus hautes récompenfes & de
la reconnoiffance du public ?
matin fur les dix heures , pour juger par moimême
de l'utilité de ce cours dont on m'avoit
parlé fi avantageufement , & je dois avouer que
j'ai été frappé de l'ordre , de l'exactitude , de l'ardeur
& de l'émulation que j'ai remarquées , tant de
la part des artifans , que de celle des Profeffeurs &
du Chef, dent la capacité , la politeffe & le zele
ne fçauroient être trop applaudis,
N de parler de Futilité & du progrès de
Ous avons eu plufieurs fois occafion
l'Ecole des Arts , établie à Paris par M."
Blondel, Profeffeur d'Architecture , rue de
ta Harpe ; mais les foins continuels que
fe donne cet Artifte pour le bien public &
la gloire de fon art , nous fourniffent fouvent
de nouveaux fujets de renouveller les
éloges que nous avons donnés au chef &
aux éleves. Les cours publics d'architecture
que M. Blondel donne chez lui gratuitement
les Jeudis , Samedis & DimanJUI
N. 1755
THELLE
J
ches , divifés
en Cours élémentaires
, de
YON
93
*
tique & de théorie , & que nous avons
annoncés dans les Mercures de Juin 17
& Juillet 1754 , n'ont point diminué fes
attentions pour les élèves qui lui font
confiés ; mais pour rendre fes contemporains
témoins des espérances que
l'on
peut
concevoir des talens naiffans de fes difciples
, M. Blondel a diftribué le 26 du mois
d'Octobre dernier , en préfence d'une affemblée
nombreufe & choifie , les prix
qu'il avoit propofés par divers programmes.
>
Les projets admis au concours furent
jugés par les Académiciens & les Artiſtes
les plus célebres , par les amateurs & les
connoiffeurs les plus éclairés , que le Profeffeur
avoit invités chez lui , & qui fe
font fait un plaifir de feconder par leur
préfence l'émulation des éleves & le zéle de
l'auteur. Douze de ces éleves ont concouru
dans quatre différens genres de talens
dont plufieurs d'entr'eux avoient déja remporté
des prix les années précédentes,
Par le premier programme pour les prix
d'architecture , on demandoit un édifice
public contenant diverfes galeries au
premier étage qui devoit être élevé fur
» un foubaſſement ; quelques -unes de ces
y galeries devoient être deftinées en parti,
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE .
ور
» culier à contenir une bibliothéque , ainfi
» que la collection des eftampes & des
» deffeins des grands maîtres ; les autres
» devoient fervir de dépôt pour les antiques
; les médailles , &c. Il falloit auffi
» dans cet édifice deux magnifiques fal
» lons ; l'un pour contenir les tableaux des
» différentes écoles de l'Europe ; l'autre
" pour raffenibler les diverfes curiofités
» concernant l'hiftoire naturelle ; enforte
que ce temple des fciences , des arts &
» du goût , diftribué avec fymmétrie , &
compofé de formes régulieres & graves (
» devoit fuppofer pouvoir contenir dans
» un même lieu les livres , les manuf
crits , les eftampes , les médailles & les
bronzes qui fe voient à la Bibliothéque
du Roi , rue de Richelieu ; les antiques
» du Louvre , les tableaux du Luxem
bourg , & les cabinets d'hiftoire naturelle
du Jardin royal. Toutes ces diffé
rentes piéces devoient avoir chacune les
dépendances de leur reffort , & fe communiquer
par de grands efcaliers , auf
quels il falloit arriver à couvert dès la
principale entrée de l'édifice .
3
On diftribua pour ce projet trois prix ,
qui confiftoient en trois médailles d'argent
, la premiere d'un marc , &c. Celleci
fut adjugée à Samuel- Bernard Perron s
JUIN. 1755. 201
le cadet , de Poiffi ; la feconde à Jacques
Dumont , de Limoges , & la troiſieme â
Jean-Baptifte Daubenton de Paris .
ខ
"
Par le fecond programme , on exigebit
le projet d'une fontaine propre à être
R érigée au milieu d'une grande place ,
» telle que l'efplanade du pont tournant.
» Cette fontaine devoit être dans le goût:
de celle de la Place Navonne , à Rome ;
le bas pouvoit être compofé d'une archi
» tecture ferme & ruftique , élevée au mi-
» lieu d'un grand baffin de forme variée ;
» ou bien , au lieu d'architecture , on pouvoit
faire ufage de rochers , dont la plus
grande partie percée à jour laifferoit voirt
» des nappes , ou torrens d'eau d'un aſſez ,
gros volume. Au deffus de cette archi-
» tecture ou rocher pouvoient être pla-
» cées plufieurs figures , telles que celles dé
la ville de Paris , celles du commerce ,
» l'abondance , la Seine , la Marne , des
» Nymphes , des Tritons , &c. au milieu
» defquelles devoit s'élever une grande.
"pyramide ou colonne.coloffale enrichie.
» de fculptures relatives au fujet , & termi-,
» née ( en fuppofant qu'on préférât la co-
» lonne à la pyramide ) de la ftatue pé-
» deftre du Prince , ou autrement de fes
armes & fupports . Biogr
Ce prixa été remporté par Jean Raphaël
1
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Servandoni , fils du célebre Peintre &
Architecte de ce nom ; il avoit préferé l'o
bélifque à la colonne.
Le troifieme prix étoit deftiné à celui
des douze concourans qui auroit le mieux
imité un fort beau deffein en encre de
la Chine de Gilles Oppenor , repréſentant
un morceau d'architecture mêlé de figures
& de payfages , du cabinet de M. Perronet.
Il fut adjugé à Bernard Jofeph Perron ;
Paîné , de Poiffi .
·
Le quatrieme enfin étoit un Deffein fur
papier bleu, du cabinet de M. d'Argenville,
original de Noël Coypel , repréfentant un
fujet d'hiftoire romaine : il fut décerné à
Jacques Dumont , de Limoges.
Dans les compofitions qui n'ont point
remporté de prix , on en a remarqué plu
fieurs dignes d'applaudiffemens ; ce qui fir
fouhaiter aux amateurs d'avoir une plus
grande quantité de médailles à diftribuer.
De ce nombre étoient les projets de René
Lamboth ; de Paris ; de Charles Gontard
de Bareith , & de Jacques Heumann ,
d'Hanovre , & c .
A propos de la diftribution de ces prix ,
nous allons donner une idée du plan de
cette école des arts : nous croyons qu'on
verra avec plaifir l'ordre & l'enchaînement
des leçons publiques & particulieres qui
JUIN. 1755. 203
4
teur en a dic s'y donnent. Voici à peu près ce que l'au
lui - même dans divers programmes
qu'il a fait imprimer,
Après plufieurs années d'études , dit- il ,
& après avoir formé plufieurs éleves , dont
quelques- uns font penfionnaires de Sa
Majesté à Rome , & d'autres font de retour
en France , il avoit fenti que fon travail
feroit infuffifant s'il ne le portoit plus
loin , parce qu'il entendoit continuellement
ces élèves même s'écrier , que l'étude que
le Profeffeur leur propofoit , ainfi que
la
connoiffance directe de tous les arts, étoient
ignorées de la plupart des perfonnes de la
profeffion ; que Meffieurs tels & tels ne
fçavoient rien ou très - peu de chofe ; que
la plupart de ceux - même qui ont le plus
de réputation , n'avoient aucune teinture
des mathématiques , & qu'ils deffinoient
médiocrement ; que celui - ci ne poffedoir
bien que la diftribution ; que celui - là n'entendoit
que la partie de la décoration intérieure
, l'un la conftruction , l'autre la
partie du jardinage , &c. que d'ailleurs
la plus grande partie des hommes en place
méconnoiffoient les talens , eftimoient peu
les arts , & regardoient avec indifférence
les Artiftes. Ce langage , qui n'eft que trop
commun & qui n'eft pas fans fondement
eft presque toujours celui de la multitude
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
il contribue infenfiblement à déterminer
moins d'excellens fujets ; il amene au relâ
chement de l'étude , & ne nous fournit
que des hommes fuperficiels.
Pour remédier à un abus auffi préjudiciable
au progrès des arts , pour arrêter le
cours d'un propos fi funefte , & exciter une
véritable émulation chez nos citoyens , M.
Blondel a ouvert gratuitement des leçons
publiques mais pour que ces leçons puffent
tourner au profit de la fociété en
général , il les a préfentées fous différentes
faces , fuivant qu'il a reconnu la néceffité
de parler à chacun le langage qui lui convenoit
. Ce moyen lui a réuffi , ainfi que
l'on devoit s'y attendre . En effet , fon cours
élémentaire conduit néceffairement les
hommes bien nés aux connoiffances dur
beau , leur fraye une route sûre pour juger
pertinemment de nos édifices , les accoutume
à fe dépouiller de tout préjugé natio
nal , & leur fait connoître les auteurs &
les Artiftes les plus célebres : ces lumieres
acquifes de la part des amateurs , devien
nent fans doute une faveur de plus pour
l'Artifte qui veut devenir habile , parce
qu'il conçoit par- là que fes talens feront
préconisés par des hommes éclairés , &
que ce fera autant d'obftacles pour les
hommes médiocres qui oferont moins fe
JUIN. 1755. 205-
: montrer au grand jour. D'ailleurs le
nombre des honnêtes gens qui font attirés
à ce cours élémentaire , contribue à l'ému-}
lation qui regne dans cette école : il infpire
aux éleves qui font confiés au Profeffeur
le defir de s'inftruire , les engage à la dé->
cence , & excite en eux l'amour du bien ;
autant de motifs infaillibles pour former à
l'avenir des chefs intelligens..
Son cours de théorie eft deſtiné , non
feulement aux jeunes Architectes , mais
aux Peintres , Sculpteurs , Décorateurs ,
Graveurs , qui fe trouvant ainfi raffemblés , 1
& conférant enfemble à certains jours !
nommés , s'entrecommuniquent leurs dis
verfes connoiffances , leurs découvertes ,
leurs productions , & s'entretiennent utilement
des fciences & des arts. Le Géomé-:
tre acquiert du goût ; l'Artifte regle fes :
idées par le fecours du Mathématicien :>
tous fe réuniffent avec le Profeffeur. pour
vifiter avec fuccès les édifices du fiecle
paffé , & fe procurent une entrée libre
dans les atteliers de nos célebres Artiftes.i
Les bibliothèques , les édifices facrés , les
maifons royales , les cabinets des curieux ,
s'offrent à leurs regards ; en un mot , tout
devient commun entr'eux ; de là la route
des arts plus facile , l'étude plus agréable ,
& les progrès plus sûts.
206 MERCURE DE FRANCE.
Son cours de pratique deſtiné aux ouvriers
du bâtiment , met le comble à l'entrepriſe.
Quatre - vingt hommes tous les
Dimanches & Fêtes occupent pendant la
matinée leur loifir à puifer dans cette,
école les différentes connoiffances dont ils
ont befoin. Le Maçon , le Charpentier , le
Menuifier , le Serrurier , y viennent ap-;.
prendre la géométrie pratique , & les prin- i
cipes relatifs à leur profeffion ; tout l'après-
midi ces mêmes hommes font occupés
à l'exercice du deffein dans différens gen-:
res. Mais pour porter plus loin la perfection
du goût , M. Blondel reçoit auffi dans
fes leçons l'Orfevre , le Bijoutier , le Cifeleur
, & c. on leur communique d'excel
lens originaux , & ils font corrigés exac
tement par des Profeffeurs & par les plus!
anciens éleves reconnus capables ; enforte
que le praticien , le théoricien , l'homme
de goût , font un tout qui encourage le
débutant , affermit l'homme déja capable ,
& donne lieu d'efpérer qu'avant peu d'années
la beauté des formes , l'élégance des
contours , la fymmétrie , reprendront le
deffus & la place des ornemens chiméri- .
ques & hazardés , dont tous les arts de
goût fe font reffentis depuis près de vingt
années *.
* J'ai eu la curiofité d'aller un Dimanche
JUIN. 175.5. 207
En un mot , cette école renouvellant
dans Paris celle d'Athènes , réunit les arts
utiles & les arts agréables : l'architecture ,
les mathématiques , la figure & le deffein
en général , la ſculpture , les fortifications,
la coupe des pierres , font autant de parties
qu'on y enfeigne avec émulation & fuccès.
Quels éloges ne mérite donc pas le fondateur
d'un établiffement fi avantageux à la
fociété ! peut-il être trop préconifé , foutenu
& autorifé ? Le zele infatigable & les
talens décidés de l'Auteur ne font-ils pas
dignes des plus hautes récompenfes & de
la reconnoiffance du public ?
matin fur les dix heures , pour juger par moimême
de l'utilité de ce cours dont on m'avoit
parlé fi avantageufement , & je dois avouer que
j'ai été frappé de l'ordre , de l'exactitude , de l'ardeur
& de l'émulation que j'ai remarquées , tant de
la part des artifans , que de celle des Profeffeurs &
du Chef, dent la capacité , la politeffe & le zele
ne fçauroient être trop applaudis,
Fermer
Résumé : ARCHITECTURE.
Jacques-François Blondel a fondé à Paris une École des Arts, où il dispensait des cours publics gratuits les jeudis, samedis et dimanches. Ces cours étaient divisés en trois catégories : élémentaires, de pratique et de théorie. Leur objectif principal était de former des élèves talentueux et de favoriser le progrès des arts. En octobre 1755, Blondel a organisé une assemblée pour distribuer des prix. Douze élèves ont participé à cette compétition, qui était structurée en quatre genres différents. Les projets des élèves ont été évalués par des académiciens, des artistes renommés, des amateurs et des connaisseurs éclairés. Les prix ont été attribués pour divers programmes, incluant la conception d'un édifice public avec des galeries, une fontaine, et des imitations de dessins. L'École des Arts de Blondel visait à combler les lacunes dans la connaissance des arts parmi les professionnels. Elle offrait des leçons publiques et privées, réunissant architectes, peintres, sculpteurs, décorateurs, graveurs et ouvriers du bâtiment. Les cours couvraient divers domaines tels que l'architecture, les mathématiques, la sculpture et les fortifications. L'objectif était de former des artisans compétents et de promouvoir l'excellence dans les arts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
354
p. 236-237
AUTRE A MM. les Imprimeurs.
Début :
Farnçois Gando le jeune, Graveur & Fondeur en caracteres d'Imprimerie; [...]
Mots clefs :
François Gando le jeune, Gravure, Fonderie, Caractères d'imprimerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE A MM. les Imprimeurs.
AUTRE
A MM. les Imprimeurs.
François Gando le jeune , Graveur &Fondenx
en caracteres d'Imprimerie ; & Chanoine fon
affocié , donnent avis à MM. les Auteurs , Impri
meurs-Libraires , qu'ils ont actuellement dans
leur fonderie tous les caracteres néceffaires pour
l'Imprimerie, depuis la Nompareille jufqu'au Gros
Canon , tant romains qu'italiques , anciennes &
nouvelles ; que lefdites italiques font fort eftimées
par le bel oeil qu'elles ont , mais plus encore en ce
qu'elles font gravées fort profondes d'oeil , ce qui
fait qu'elles dureront beaucoup plus , & que l'ime
preffion en viendra plus nette.
Il fe trouve dans ladite fonderie plufieurs carac
teres doubles & triples , comme trois Petit romain
, trois Cicero , deux Saint auguſtin , deux
Gros romain ,, &c.
Tous ces différens caracteres ont leurs lettres
de deux points & leurs vignettes , jufqu'au nombre
de cent vingt , de différentes fortes . Ledis
Gando s'offre de graver généralement tout ce qui
dépend dudit art , en lui demandant des épreuves,
ou en lui envoyant des modeles. MM . les Imprimeurs
feront fürs d'être fervis conformément à
Jeurs demandes , & d'avoir de très- bonne matiere.
Ils fondent auffi des interlignes de toute longueur
& épaiffeur , des réglets fimples , doubles
& triples , auffi de toute longueur & épaiffeur ;
crochets & accolades , &c. Ledit Gando s'offre
JU IN. 1755. 237
auffi de graver toutes fortes de caracteres grecs
hébreux , & c. mufique & plain- chant , & pourvu
toutefois que l'ouvrage en mérite la peine.
Ils invitent MM. les Imprimeurs de leur faire
Phonneur de s'adreffer à eux : on verra que nonobftant
les nouvelles italiques , leurs caracteres
fomains font très-beaux ; la plus grande partie
font connus , ayant fait ayec plufieurs beaux ou
vrages dans cette ville , qui méritent l'approbation
des connoiffeurs.
Ils demeurent rue Galande , dans la maifon de
M. Barbier , Avocat confultant , la deuxieme porte
cochere , àmain droite en entrant par la rue Saint
Jacques.
A MM. les Imprimeurs.
François Gando le jeune , Graveur &Fondenx
en caracteres d'Imprimerie ; & Chanoine fon
affocié , donnent avis à MM. les Auteurs , Impri
meurs-Libraires , qu'ils ont actuellement dans
leur fonderie tous les caracteres néceffaires pour
l'Imprimerie, depuis la Nompareille jufqu'au Gros
Canon , tant romains qu'italiques , anciennes &
nouvelles ; que lefdites italiques font fort eftimées
par le bel oeil qu'elles ont , mais plus encore en ce
qu'elles font gravées fort profondes d'oeil , ce qui
fait qu'elles dureront beaucoup plus , & que l'ime
preffion en viendra plus nette.
Il fe trouve dans ladite fonderie plufieurs carac
teres doubles & triples , comme trois Petit romain
, trois Cicero , deux Saint auguſtin , deux
Gros romain ,, &c.
Tous ces différens caracteres ont leurs lettres
de deux points & leurs vignettes , jufqu'au nombre
de cent vingt , de différentes fortes . Ledis
Gando s'offre de graver généralement tout ce qui
dépend dudit art , en lui demandant des épreuves,
ou en lui envoyant des modeles. MM . les Imprimeurs
feront fürs d'être fervis conformément à
Jeurs demandes , & d'avoir de très- bonne matiere.
Ils fondent auffi des interlignes de toute longueur
& épaiffeur , des réglets fimples , doubles
& triples , auffi de toute longueur & épaiffeur ;
crochets & accolades , &c. Ledit Gando s'offre
JU IN. 1755. 237
auffi de graver toutes fortes de caracteres grecs
hébreux , & c. mufique & plain- chant , & pourvu
toutefois que l'ouvrage en mérite la peine.
Ils invitent MM. les Imprimeurs de leur faire
Phonneur de s'adreffer à eux : on verra que nonobftant
les nouvelles italiques , leurs caracteres
fomains font très-beaux ; la plus grande partie
font connus , ayant fait ayec plufieurs beaux ou
vrages dans cette ville , qui méritent l'approbation
des connoiffeurs.
Ils demeurent rue Galande , dans la maifon de
M. Barbier , Avocat confultant , la deuxieme porte
cochere , àmain droite en entrant par la rue Saint
Jacques.
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Résumé : AUTRE A MM. les Imprimeurs.
François Gando le jeune et son associé, un chanoine, annoncent la disponibilité de divers caractères d'imprimerie dans leur fonderie. Ils proposent des caractères allant de la Nompareille au Gros Canon, en versions romaines et italiques, anciennes et nouvelles. Les italiques sont particulièrement appréciées pour leur esthétique et leur durabilité grâce à une gravure profonde. La fonderie offre également des caractères doubles et triples, des lettres de deux points et des vignettes variées. Gando se propose de graver tout type de caractère sur demande, en fournissant des épreuves ou en utilisant des modèles envoyés. Ils fondent aussi des interlignes, réglets, crochets et accolades de différentes tailles. Gando offre également ses services pour graver des caractères grecs, hébreux, musicaux et de plain-chant, sous réserve de la valeur de l'ouvrage. Ils invitent les imprimeurs à les contacter et mettent en avant la qualité de leurs caractères romains, déjà utilisés dans plusieurs ouvrages appréciés. Leur adresse est rue Galande, dans la maison de M. Barbier, Avocat consultant, deuxième porte cochère à droite en entrant par la rue Saint-Jacques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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355
p. 11-19
LES DONNEURS D'IDÉES, Badinage instructif adressé à M. de Boissi.
Début :
MONSIEUR, vous paroissez prendre plaisir à remplir votre article [...]
Mots clefs :
Idées, Artiste, Donneurs d'idées, Arts, Éloge, Gloire, Auteur
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texteReconnaissance textuelle : LES DONNEURS D'IDÉES, Badinage instructif adressé à M. de Boissi.
LES DONNEURS D'IDÉES ,
Badinage inftructif adreffé à M. de Boiffi.
M
des
ONSIEUR, vous paroiffez prendre
plaifir à remplir votre article
des Arts. Nous y avons vû fucceffivement
des critiques fur l'architecture faites par
perfonnes qui entendoient bien la matiere
; des injures dites avec beaucoup de politeffe
à M. Boucher , & les efforts que l'on
fait pour trouver des raifons de fon mécon
tentement , qui font cependant bien clairement
imprimées fur les eftampes dont il
eft queſtion ; des éloges qu'un artiſte fait
de fes ouvrages , avec une bonne foi qui ne
lui permet pas de douter que le public
puiffe être d'un autre avis. Il vante de prétendues
nouvelles découvertes en gravûre
qui font auffi anciennes que l'art , & que
perfonne n'ignore; il nous affûre la plus parfaite
exactitude dans une eftampe , quant
à la perfpective & à l'effet de lumiere , où
ni l'une , ni l'autre ne fe trouvent que
d'une maniere défectueufe : fur quoi il eft
à remarquer que celui qui fe donne ces
louanges , a affez de talens pour captiver
l'eftime du public , fans qu'il foit befoin
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
porpour
lui d'avoir recours à cette efpece de
charlatanifme , qui n'eft pardonnable que
lorfqu'il fupplée au défaut d'un mérite
réel. Nous y avons lû la critique du
tail de faint Eustache , qui n'eft peut- être
pas fans raifon , & en même tems l'éloge
d'un projet pour ce même portail , par
l'auteur même. Le malheur eft que ce
projet ne remplit ni la hauteur du pignon
de l'églife , ni les autres fujetions du lieu :
c'eſt dommage , car il paroît qu'il a été
pris dans Vitruve , du moins à en juger
par le bas- relief payen qui fe trouve dans
le fronton ; il eft de plus orné de deux
tours de l'invention de l'auteur , & l'on
s'apperçoit bien qu'il n'en a pas trouvé
d'exemple dans Vitruve. On y ajoûte , des
idées d'églife , que l'auteur voudroit faire
paffer en loi , qui néanmoins pourroient
trouver des oppofans. Quoiqu'il en foit ,
l'auteur ici eft donneur d'avis , ou plutôt
donneur d'idées. Les arts , font à la
mode , il eft de faifon d'en écrire ; mais il
me femble qu'on ne remonte pas aux caufes
premieres qui les rendent floriffans :
une des principales eft la multiplicité des
donneurs d'idées . Je ne parle pas fimplement
de ceux qui font artiftes ; leur état
eft d'imaginer , & il n'eft pas étonnant
qu'ils le faffent avec netteté mais il y a
:
JUIN. 1755. 13
nombre de perſonnes qui embraffent l'état
de donneurs d'idées , fans vocation particuliere
, & qui cependant fe font un grand
nom ; elles enfeignent ce qu'elles n'ont
point appris , & fans fçavoir rien des arts ,
dirigent les artistes les défauts qui fe
rencontrent dans les ouvrages font fur le
compte de l'artiſte , & ce qui s'y trouve de
bon vient d'elles.
Quiconque fe deftine à la profeffion de
donneurs d'idées doit dormir peu ,
& cependant
rêver beaucoup. Quelque confuſes
que puiffent être les imaginations qu'il
combine , il en forme , un tout qui à la
vérité n'eft pas diftinct , mais néanmoins
dans lequel il voit , comme au travers d'un
brouillard, des merveilles difficiles à expliquer
, & plus difficiles encore à rendre.
Il va chez un artifte , lui propofe ces idées ;
vingt objections fe préfentent dont il ne
s'eft pas douté : il n'importe , rien ne le
déconcerte , il revient pourvû de nouvelles
idées. A force de les détruire , l'artiſte
développe quelques- unes de celles qui lui
paroiffent convenables ; notre inventeur
les faifit , y fait quelques nouvelles additions
, qu'on fera vraisemblablement obligé
de fupprimer , mais qui lui donnent le
droit inconteſtable de fe les regarder comme
propres. L'artifte en fait- il quelque
14 MERCURE DE FRANCE .
chofe de beau ? le donneur d'idées triomphe,
fans lui l'artiſte borné n'auroit pû enfanter
une fi belle choſe. Dans le cercle de la focié
té qu'il fréquente , il eft regardé comme
l'homme d'une connoiffance univerfelle ;
bientôt , s'il a un peu de bonheur , il fera le
confeil de la cour & de la ville en fait de
goût . Il restera pour démontré que quand
on réuffira , ce fera lui qui aura merveilleufement
imaginé , & que fi le fuccès n'y
répond pas , ce fera l'artifte qui n'aura pas
eu l'efprit de le comprendre. Il réfulte
mille avantages pour les artiftes , des mouvemens
que fe donnent ces perfonnes uti
les; ils n'ont pas befoin de fortir de chez eux
pour recevoir des complimens , le donneur
d'idées veut bien fe charger de ce lourd
fardeau : ils ne courent point de rifque que
les éloges leur tournent la tête , ils ne font
pas pour eux ; ce danger n'eft que pour le
donneur d'idées , qui peut devenir vain.
Mais comme il faut beaucoup de vanité
pour faire profeffion de cet état , la meſure
n'en eft pas fi bien fixée qu'on puiffe facilement
affirmer quand il y a excès ; d'ailleurs
pour un qui fe rendroit infoutenable ,
il s'en trouveroit mille prêts à le remplacer,
ils ne font pas auffi rares que les excellens
artiftes.
Je ne fçais pourquoi tout le monde ne
JUI N. 1755. IS
s'attache
pas à ce genre de talent qui eft
facile & amufant , je veux vous le prouver
par un exemple. Il m'eft venu plufieurs fois
à l'efprit que Timoleon faifant périr ſon
propre frere pour la patrie , feroit un
beau fujet de tragédie : n'étant nullement
poëte , je ne fçais pas s'il feroit intéreffant
au théâtre , & s'il ne s'y rencontreroit pas
des inconvéniens qui le rendroient impoffible
; mais fi vous le traitiez , vous feriez
obligé de convenir , après ce que je vous
en dis ici , que c'eft moi qui vous en ai
donné l'idée , & que la plus grande partie
du fuccès me devroit être attribuée . Vous
voyez que je n'ai pas fait une grande dépenfe
de génie ; voilà pourtant ce que c'eft
qu'être donneur d'idées.
Monfieur , vous êtes zélé pour la gloire
des arts , je vous conjure d'encourager les
donneurs d'idées ; cela eft plus aifé qu'on
ne le croit ordinairement , & on peut appliquer
ce talent à une infinité de chofes
dans les belles-lettres & dans les arts. Avec
de très-légeres connoiffances , on peut donner
des idées de tragédies , de comédies &
même de poëmes épiques , ce qui eft bien
plus glorieux. M. V. fait un beau tableau
qu'il expofe au fallon : un homme de bien
plus grande imagination que lui , lui prouve
dans une brochure qu'il n'a pas tiré de
16 MERCURE DE FRANCE.
fon fujet tout ce qu'il pouvoit , & lui fournit
de quoi couvrir une toile de vingt toifes
. Cependant cet auteur voit tout cela au
travers d'un brouillard , dans un espace de
quinze pieds ; on pourroit le prier de faire
voir comment il y fait entrer tout cela :
fon excufe eft toute prête ; il ne fçait pas
deffiner , fon état eſt d'être donneur d'idées.
Le bon M. *** dont les écrits font fi remplis
d'aménité , & qui par conféquent ne peut
comprendre pourquoi ils lui ont attiré tant
d'ennemis , fe donne la peine de faire imprimer
quantité d'idées de fujets pour les
peintres ; ils ont l'ingratitude de s'appercevoir
qu'aucun de ces fujets n'eft propre
à faire un bon effet cela n'eft - il pas
malheureux ? fi on l'avoit crû , n'eut- il
eu droit au premier fallon de réclamer
fon bien ? & toute la gloire de l'expofition
n'eût- elle dû être pour
pas lui : Ce qui
lui doit paroître plus inconcevable encore ,
c'eft qu'une autre brochure qui a paru
depuis & qui contenoit des fujets de peina
été tout autrement accueillie .
Pourquoi cela ? eft - ce parce qu'il étoit
évident que celle ci partoit de quelqu'un
au fait de l'art , & qui n'écrivoit que d'après
des idées nettes & déja compofées
dans fon efprit en artifte ? Devroit- on pour fi
peu y mettre tant de différence ? Eft if quefture
,
pas
JUIN. 1755. 17
tion d'une grande fête ? on dit à l'artiſte , il
nous faudroit ici quelque chofe de grand ,
de beau , un temple , un palais , ce que vous
voudrez ; mais que cela foit impofant : voilà
des demandes nettes , claires , & qu'on
peut remplir de mille façons. L'artiſte eft
à fon aife ; s'il eft habile , il fait une belle
chofe ; mais il n'en eft pas moins vrai que
c'eſt M. tel qui lui a donné l'idée . Ce font
les efprits prudens , & ceux qui veulent
une gloire qu'on ne puiffe leur conteſter ,
qui fe renferment dans ces généralités ;
elles fuffifent pour en tirer le plus grand
honneur , & même pour autorifer à mettre
fon nom , comme inventeur , aux eftampes
qui pourront en être gravées. Ceux qui
s'avifent de mettre la main au porte- crayon,
s'en tirent plus difficilement : malgré les
excufes qu'ils apportent de n'avoir jamais
appris , ce qui eft aſſez viſible pour les difpenfer
du foin d'en avertir ; ils hazardent
beaucoup ordinairement , ils ne fçauroient
éviter une bonne dofe de ridicule; mais auffi
s'il arrive, par un heureux hazard , que l'exécution
reffemble à peu près à ce qu'ils ont
confufément ébauché,quel triomphe ! quelle
gloire ! On peut donner des idées pour les
décorations de l'opéra , pourvû qu'on ait
de bons peintres pour les débrouiller &
leur donner de l'existence. L'expérience fait
18 MERCURE DE FRANCE.
voir qu'il n'eft pas néceffaire de fçavoir
deffiner , ni même les premiers élémens de
l'architecture. On peut donner des idées
pour la mufique ; il fuffit pour cela d'en
avoir entendu quelquefois , & d'avoir pris
parti dans la querelle pour ou contre. On
donnera encore facilement des idées pour
les habillemens , il y en a des preuves. On
a vû des perfonnes fe faire une réputation,
feulement pour avoir donné des idées d'attitudes
variées aux acteurs des choeurs de
l'opéra . Il n'y a pas jufqu'à un marchand
qui donne des idées ( ou du moins qui le
fait croire ) aux manufactures d'étoffes .
Lorfqu'il a été queftion de faire une
place pour le Roi , n'a-t-on pas vû éclore
un effain de donneurs d'idées , qui étoient
étonnés eux- mêmes de la beauté des imaginations
qui leur paffoient par la tête ?
quelques-uns n'ont pû réfifter à la tentation
de les publier , quoiqu'en pure perte.
Il ne faut pas en croire les artiftes , qui fe
figurent que tout le monde eft en état de
faire un rêve ; que toute la difficulté confifte
à le réaliſer de maniere qu'il faſſe un
bon effet , & à vaincre les difficultés qui
fe rencontrent dans les idées les plus nettes
& les mieux conçues : la jaloufie leur
fuggere ce fentiment , & la véritable gloire
doit toujours appartenir à celui qui donne
la premiere idée.
JUIN. 1755. 19
Vous même , Monfieur , vous avez les
plus grandes obligations à un donneur d'idées
, & peut- être fans l'avoir jamais fçu .
Nous venons de perdre un auteur , finon
diftingué , du moins récompenfé : il avoit
apparamment fait réflexion , ou avant ou
après vous , que le contraſte d'un Anglois
des plus durs avec un François des plus
petits- maîtres pouvoit produire quelque
chofe de plaifant ; de là il s'étoit érigé dans
fa famille & dans le petit cercle de fes
amis pour le donneur d'idées du François
à Londres. Si vous ne fûtes pas débarraſſé
du foin d'imaginer ce fujet , vous dûtes
l'être d'une partie du fardeau des éloges
qui vous en font revenus , du moins il
cherchoit à vous en foulager autant qu'il
lui étoit poffible. La feule difficulté qui s'y
trouvoit , c'est qu'il n'avoit rien fait avant ,
& qu'il ne fit rien depuis qui donnât lieu
de croire qu'il en eût pû faire une bonne
piece ; cependant il avoit fes croyans . C'en
eft affez pour vous faire voir la très- grande
utilité des donneurs d'idées , & je vous les
recommande comme plus importans encore
que les donneurs d'avis.
Je fuis , &c.
Badinage inftructif adreffé à M. de Boiffi.
M
des
ONSIEUR, vous paroiffez prendre
plaifir à remplir votre article
des Arts. Nous y avons vû fucceffivement
des critiques fur l'architecture faites par
perfonnes qui entendoient bien la matiere
; des injures dites avec beaucoup de politeffe
à M. Boucher , & les efforts que l'on
fait pour trouver des raifons de fon mécon
tentement , qui font cependant bien clairement
imprimées fur les eftampes dont il
eft queſtion ; des éloges qu'un artiſte fait
de fes ouvrages , avec une bonne foi qui ne
lui permet pas de douter que le public
puiffe être d'un autre avis. Il vante de prétendues
nouvelles découvertes en gravûre
qui font auffi anciennes que l'art , & que
perfonne n'ignore; il nous affûre la plus parfaite
exactitude dans une eftampe , quant
à la perfpective & à l'effet de lumiere , où
ni l'une , ni l'autre ne fe trouvent que
d'une maniere défectueufe : fur quoi il eft
à remarquer que celui qui fe donne ces
louanges , a affez de talens pour captiver
l'eftime du public , fans qu'il foit befoin
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
porpour
lui d'avoir recours à cette efpece de
charlatanifme , qui n'eft pardonnable que
lorfqu'il fupplée au défaut d'un mérite
réel. Nous y avons lû la critique du
tail de faint Eustache , qui n'eft peut- être
pas fans raifon , & en même tems l'éloge
d'un projet pour ce même portail , par
l'auteur même. Le malheur eft que ce
projet ne remplit ni la hauteur du pignon
de l'églife , ni les autres fujetions du lieu :
c'eſt dommage , car il paroît qu'il a été
pris dans Vitruve , du moins à en juger
par le bas- relief payen qui fe trouve dans
le fronton ; il eft de plus orné de deux
tours de l'invention de l'auteur , & l'on
s'apperçoit bien qu'il n'en a pas trouvé
d'exemple dans Vitruve. On y ajoûte , des
idées d'églife , que l'auteur voudroit faire
paffer en loi , qui néanmoins pourroient
trouver des oppofans. Quoiqu'il en foit ,
l'auteur ici eft donneur d'avis , ou plutôt
donneur d'idées. Les arts , font à la
mode , il eft de faifon d'en écrire ; mais il
me femble qu'on ne remonte pas aux caufes
premieres qui les rendent floriffans :
une des principales eft la multiplicité des
donneurs d'idées . Je ne parle pas fimplement
de ceux qui font artiftes ; leur état
eft d'imaginer , & il n'eft pas étonnant
qu'ils le faffent avec netteté mais il y a
:
JUIN. 1755. 13
nombre de perſonnes qui embraffent l'état
de donneurs d'idées , fans vocation particuliere
, & qui cependant fe font un grand
nom ; elles enfeignent ce qu'elles n'ont
point appris , & fans fçavoir rien des arts ,
dirigent les artistes les défauts qui fe
rencontrent dans les ouvrages font fur le
compte de l'artiſte , & ce qui s'y trouve de
bon vient d'elles.
Quiconque fe deftine à la profeffion de
donneurs d'idées doit dormir peu ,
& cependant
rêver beaucoup. Quelque confuſes
que puiffent être les imaginations qu'il
combine , il en forme , un tout qui à la
vérité n'eft pas diftinct , mais néanmoins
dans lequel il voit , comme au travers d'un
brouillard, des merveilles difficiles à expliquer
, & plus difficiles encore à rendre.
Il va chez un artifte , lui propofe ces idées ;
vingt objections fe préfentent dont il ne
s'eft pas douté : il n'importe , rien ne le
déconcerte , il revient pourvû de nouvelles
idées. A force de les détruire , l'artiſte
développe quelques- unes de celles qui lui
paroiffent convenables ; notre inventeur
les faifit , y fait quelques nouvelles additions
, qu'on fera vraisemblablement obligé
de fupprimer , mais qui lui donnent le
droit inconteſtable de fe les regarder comme
propres. L'artifte en fait- il quelque
14 MERCURE DE FRANCE .
chofe de beau ? le donneur d'idées triomphe,
fans lui l'artiſte borné n'auroit pû enfanter
une fi belle choſe. Dans le cercle de la focié
té qu'il fréquente , il eft regardé comme
l'homme d'une connoiffance univerfelle ;
bientôt , s'il a un peu de bonheur , il fera le
confeil de la cour & de la ville en fait de
goût . Il restera pour démontré que quand
on réuffira , ce fera lui qui aura merveilleufement
imaginé , & que fi le fuccès n'y
répond pas , ce fera l'artifte qui n'aura pas
eu l'efprit de le comprendre. Il réfulte
mille avantages pour les artiftes , des mouvemens
que fe donnent ces perfonnes uti
les; ils n'ont pas befoin de fortir de chez eux
pour recevoir des complimens , le donneur
d'idées veut bien fe charger de ce lourd
fardeau : ils ne courent point de rifque que
les éloges leur tournent la tête , ils ne font
pas pour eux ; ce danger n'eft que pour le
donneur d'idées , qui peut devenir vain.
Mais comme il faut beaucoup de vanité
pour faire profeffion de cet état , la meſure
n'en eft pas fi bien fixée qu'on puiffe facilement
affirmer quand il y a excès ; d'ailleurs
pour un qui fe rendroit infoutenable ,
il s'en trouveroit mille prêts à le remplacer,
ils ne font pas auffi rares que les excellens
artiftes.
Je ne fçais pourquoi tout le monde ne
JUI N. 1755. IS
s'attache
pas à ce genre de talent qui eft
facile & amufant , je veux vous le prouver
par un exemple. Il m'eft venu plufieurs fois
à l'efprit que Timoleon faifant périr ſon
propre frere pour la patrie , feroit un
beau fujet de tragédie : n'étant nullement
poëte , je ne fçais pas s'il feroit intéreffant
au théâtre , & s'il ne s'y rencontreroit pas
des inconvéniens qui le rendroient impoffible
; mais fi vous le traitiez , vous feriez
obligé de convenir , après ce que je vous
en dis ici , que c'eft moi qui vous en ai
donné l'idée , & que la plus grande partie
du fuccès me devroit être attribuée . Vous
voyez que je n'ai pas fait une grande dépenfe
de génie ; voilà pourtant ce que c'eft
qu'être donneur d'idées.
Monfieur , vous êtes zélé pour la gloire
des arts , je vous conjure d'encourager les
donneurs d'idées ; cela eft plus aifé qu'on
ne le croit ordinairement , & on peut appliquer
ce talent à une infinité de chofes
dans les belles-lettres & dans les arts. Avec
de très-légeres connoiffances , on peut donner
des idées de tragédies , de comédies &
même de poëmes épiques , ce qui eft bien
plus glorieux. M. V. fait un beau tableau
qu'il expofe au fallon : un homme de bien
plus grande imagination que lui , lui prouve
dans une brochure qu'il n'a pas tiré de
16 MERCURE DE FRANCE.
fon fujet tout ce qu'il pouvoit , & lui fournit
de quoi couvrir une toile de vingt toifes
. Cependant cet auteur voit tout cela au
travers d'un brouillard , dans un espace de
quinze pieds ; on pourroit le prier de faire
voir comment il y fait entrer tout cela :
fon excufe eft toute prête ; il ne fçait pas
deffiner , fon état eſt d'être donneur d'idées.
Le bon M. *** dont les écrits font fi remplis
d'aménité , & qui par conféquent ne peut
comprendre pourquoi ils lui ont attiré tant
d'ennemis , fe donne la peine de faire imprimer
quantité d'idées de fujets pour les
peintres ; ils ont l'ingratitude de s'appercevoir
qu'aucun de ces fujets n'eft propre
à faire un bon effet cela n'eft - il pas
malheureux ? fi on l'avoit crû , n'eut- il
eu droit au premier fallon de réclamer
fon bien ? & toute la gloire de l'expofition
n'eût- elle dû être pour
pas lui : Ce qui
lui doit paroître plus inconcevable encore ,
c'eft qu'une autre brochure qui a paru
depuis & qui contenoit des fujets de peina
été tout autrement accueillie .
Pourquoi cela ? eft - ce parce qu'il étoit
évident que celle ci partoit de quelqu'un
au fait de l'art , & qui n'écrivoit que d'après
des idées nettes & déja compofées
dans fon efprit en artifte ? Devroit- on pour fi
peu y mettre tant de différence ? Eft if quefture
,
pas
JUIN. 1755. 17
tion d'une grande fête ? on dit à l'artiſte , il
nous faudroit ici quelque chofe de grand ,
de beau , un temple , un palais , ce que vous
voudrez ; mais que cela foit impofant : voilà
des demandes nettes , claires , & qu'on
peut remplir de mille façons. L'artiſte eft
à fon aife ; s'il eft habile , il fait une belle
chofe ; mais il n'en eft pas moins vrai que
c'eſt M. tel qui lui a donné l'idée . Ce font
les efprits prudens , & ceux qui veulent
une gloire qu'on ne puiffe leur conteſter ,
qui fe renferment dans ces généralités ;
elles fuffifent pour en tirer le plus grand
honneur , & même pour autorifer à mettre
fon nom , comme inventeur , aux eftampes
qui pourront en être gravées. Ceux qui
s'avifent de mettre la main au porte- crayon,
s'en tirent plus difficilement : malgré les
excufes qu'ils apportent de n'avoir jamais
appris , ce qui eft aſſez viſible pour les difpenfer
du foin d'en avertir ; ils hazardent
beaucoup ordinairement , ils ne fçauroient
éviter une bonne dofe de ridicule; mais auffi
s'il arrive, par un heureux hazard , que l'exécution
reffemble à peu près à ce qu'ils ont
confufément ébauché,quel triomphe ! quelle
gloire ! On peut donner des idées pour les
décorations de l'opéra , pourvû qu'on ait
de bons peintres pour les débrouiller &
leur donner de l'existence. L'expérience fait
18 MERCURE DE FRANCE.
voir qu'il n'eft pas néceffaire de fçavoir
deffiner , ni même les premiers élémens de
l'architecture. On peut donner des idées
pour la mufique ; il fuffit pour cela d'en
avoir entendu quelquefois , & d'avoir pris
parti dans la querelle pour ou contre. On
donnera encore facilement des idées pour
les habillemens , il y en a des preuves. On
a vû des perfonnes fe faire une réputation,
feulement pour avoir donné des idées d'attitudes
variées aux acteurs des choeurs de
l'opéra . Il n'y a pas jufqu'à un marchand
qui donne des idées ( ou du moins qui le
fait croire ) aux manufactures d'étoffes .
Lorfqu'il a été queftion de faire une
place pour le Roi , n'a-t-on pas vû éclore
un effain de donneurs d'idées , qui étoient
étonnés eux- mêmes de la beauté des imaginations
qui leur paffoient par la tête ?
quelques-uns n'ont pû réfifter à la tentation
de les publier , quoiqu'en pure perte.
Il ne faut pas en croire les artiftes , qui fe
figurent que tout le monde eft en état de
faire un rêve ; que toute la difficulté confifte
à le réaliſer de maniere qu'il faſſe un
bon effet , & à vaincre les difficultés qui
fe rencontrent dans les idées les plus nettes
& les mieux conçues : la jaloufie leur
fuggere ce fentiment , & la véritable gloire
doit toujours appartenir à celui qui donne
la premiere idée.
JUIN. 1755. 19
Vous même , Monfieur , vous avez les
plus grandes obligations à un donneur d'idées
, & peut- être fans l'avoir jamais fçu .
Nous venons de perdre un auteur , finon
diftingué , du moins récompenfé : il avoit
apparamment fait réflexion , ou avant ou
après vous , que le contraſte d'un Anglois
des plus durs avec un François des plus
petits- maîtres pouvoit produire quelque
chofe de plaifant ; de là il s'étoit érigé dans
fa famille & dans le petit cercle de fes
amis pour le donneur d'idées du François
à Londres. Si vous ne fûtes pas débarraſſé
du foin d'imaginer ce fujet , vous dûtes
l'être d'une partie du fardeau des éloges
qui vous en font revenus , du moins il
cherchoit à vous en foulager autant qu'il
lui étoit poffible. La feule difficulté qui s'y
trouvoit , c'est qu'il n'avoit rien fait avant ,
& qu'il ne fit rien depuis qui donnât lieu
de croire qu'il en eût pû faire une bonne
piece ; cependant il avoit fes croyans . C'en
eft affez pour vous faire voir la très- grande
utilité des donneurs d'idées , & je vous les
recommande comme plus importans encore
que les donneurs d'avis.
Je fuis , &c.
Fermer
Résumé : LES DONNEURS D'IDÉES, Badinage instructif adressé à M. de Boissi.
Dans une lettre adressée à M. de Boiffi, l'auteur critique les articles du Mercure de France, soulignant des éloges excessifs et des critiques injustes dans le domaine des arts. Il note des contradictions dans les appréciations, notamment en architecture et en gravure, et observe que les arts sont à la mode, bien que les raisons de cette popularité ne soient pas toujours bien comprises. L'auteur exprime une méfiance envers les 'donneurs d'idées', des individus sans vocation artistique spécifique qui se permettent de diriger les artistes. Ces donneurs d'idées conçoivent des projets confus qu'ils soumettent aux artistes, s'attribuant par la suite le mérite des succès obtenus. L'auteur illustre ce phénomène par divers exemples, tels que des idées pour des tragédies, des tableaux ou des décorations. Malgré leur manque de compétences réelles, il recommande de les encourager, car ils jouent un rôle crucial dans la reconnaissance des artistes.
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356
p. 22-24
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES ROMAINS.
Début :
Avec Jules Romain, le Feti sympathise ; [...]
Mots clefs :
Peintres romains, Domenico Fetti, Gaspard Dughet, Francesco Romanelli, Ciro Ferri, Giacinto Brandi, Peintres
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES ROMAINS.
PORTRAITS
DE CINQ FAMEUX PEINTRES
ROMAINS.
Dominique Feti.
Avec Jules Romain , le Feti fympathife ;
Il penfe grandement , s'exprime avec fierté.
Par fon pinceau moëlleux que conduit la franchife
,
Le connoiffeur eft ragouté.
De fes riches préfens maint cabinet fe pare
En vain on lui reproche un deffein négligé :
} Par un attrait vainqueur de mon goût il s'empare ,
Et je crois la critique enfant du préjugé
Gafpre Dugbet.
L'art ici me déploie un fpectacle enchanteur :
Pour ce feuillage épais Zéphir a quitté Flore ;
Il Pagite fous lui je goûte la fraîcheur ,
Mon oeil y cherche au loin la beauté que j'adore.
Que d'heureux accidens il trouve en fon chemin !
Ruine , chûte d'eau , tout au repos l'engage .
Mais , que dis-je , fuyons , imitons ce Silvain ;
* Un fougeux ouragan s'éleve en ce bocage.
...
* Il peignit pour le Cardinal de Lorraine une
JUIN. · 1755 • 23
François Romanelli.
Quel gracieux pare ces têtes !
Je les contemple & j'en deviens l'amant.
Que cette freſque a droit de faire des conquêtes !
Elle eft d'un ton frais , raviffant.
Romanelli , c'eſt ton ouvrage ,
Je le crois ; les regards du Monarque puiffant *
Qui t'honora de fon fuffrage ,
Firent plus d'une fois éclore le talent .
Ciro Ferri.
Cet éleve eft égal à fon illuftre maître ,
Le virtuofe admire & confond leurs travaux.
On renaît dans les fiens ; Ferri redonne l'être
Au Cortone , à celui qui guida fes pinceaux.
Là , cent chefs-d'oeuvres de peinture ,
Ici la noble architecture ,
Tel qu'un foleil font briller fes crayons .
L'envie après la mort veut qu'on le défigure **
Et fait de fon couchant éclipfer les rayons.
>
bourafque , qui eft un de fes plus beaux tableaux.
Aucun Peintre avant le Gafpre n'avoit attiré dans
Jes paysages le vent & l'orage.
* Louis XIV.
** La coupole de fainte Agnès , dans la place Navone
, fut fon dernier ouvrage. En mourant , il le
laiffa imparfait ; Corbellini , fon éleve , l'acheva
d'une maniere à deshonorer son maître. On fçait
que la jaloufie eut beaucoup de part au choix qu'on
fit de ce médiocre Artifte.
24 MERCURE DE FRANCE.
Ce
Giacinto Brandi.
que le Brandi crée eft riche & plein de feu ;)
Par - tout fon faire annonce un efprit grand ,
fertile.
Ah ! pourquoi de fon art ne s'eft- il fait qu'un jeu ?
Quelle honte il couroit moins au beau qu'à
l'utile.
Son coloris eût pris de la vigueur ,
S'il n'eût pas été fourd à la voix de la gloire ;
Et fon trait plus correct l'eût rendu la terreur
Des Peintres qui fur lui remportent la victoire.
DE CINQ FAMEUX PEINTRES
ROMAINS.
Dominique Feti.
Avec Jules Romain , le Feti fympathife ;
Il penfe grandement , s'exprime avec fierté.
Par fon pinceau moëlleux que conduit la franchife
,
Le connoiffeur eft ragouté.
De fes riches préfens maint cabinet fe pare
En vain on lui reproche un deffein négligé :
} Par un attrait vainqueur de mon goût il s'empare ,
Et je crois la critique enfant du préjugé
Gafpre Dugbet.
L'art ici me déploie un fpectacle enchanteur :
Pour ce feuillage épais Zéphir a quitté Flore ;
Il Pagite fous lui je goûte la fraîcheur ,
Mon oeil y cherche au loin la beauté que j'adore.
Que d'heureux accidens il trouve en fon chemin !
Ruine , chûte d'eau , tout au repos l'engage .
Mais , que dis-je , fuyons , imitons ce Silvain ;
* Un fougeux ouragan s'éleve en ce bocage.
...
* Il peignit pour le Cardinal de Lorraine une
JUIN. · 1755 • 23
François Romanelli.
Quel gracieux pare ces têtes !
Je les contemple & j'en deviens l'amant.
Que cette freſque a droit de faire des conquêtes !
Elle eft d'un ton frais , raviffant.
Romanelli , c'eſt ton ouvrage ,
Je le crois ; les regards du Monarque puiffant *
Qui t'honora de fon fuffrage ,
Firent plus d'une fois éclore le talent .
Ciro Ferri.
Cet éleve eft égal à fon illuftre maître ,
Le virtuofe admire & confond leurs travaux.
On renaît dans les fiens ; Ferri redonne l'être
Au Cortone , à celui qui guida fes pinceaux.
Là , cent chefs-d'oeuvres de peinture ,
Ici la noble architecture ,
Tel qu'un foleil font briller fes crayons .
L'envie après la mort veut qu'on le défigure **
Et fait de fon couchant éclipfer les rayons.
>
bourafque , qui eft un de fes plus beaux tableaux.
Aucun Peintre avant le Gafpre n'avoit attiré dans
Jes paysages le vent & l'orage.
* Louis XIV.
** La coupole de fainte Agnès , dans la place Navone
, fut fon dernier ouvrage. En mourant , il le
laiffa imparfait ; Corbellini , fon éleve , l'acheva
d'une maniere à deshonorer son maître. On fçait
que la jaloufie eut beaucoup de part au choix qu'on
fit de ce médiocre Artifte.
24 MERCURE DE FRANCE.
Ce
Giacinto Brandi.
que le Brandi crée eft riche & plein de feu ;)
Par - tout fon faire annonce un efprit grand ,
fertile.
Ah ! pourquoi de fon art ne s'eft- il fait qu'un jeu ?
Quelle honte il couroit moins au beau qu'à
l'utile.
Son coloris eût pris de la vigueur ,
S'il n'eût pas été fourd à la voix de la gloire ;
Et fon trait plus correct l'eût rendu la terreur
Des Peintres qui fur lui remportent la victoire.
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Résumé : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES ROMAINS.
Le texte présente cinq peintres romains célèbres : Dominique Feti, Gaspard Dughet, François Romanelli, Ciro Ferri et Giacinto Brandi. Dominique Feti est apprécié pour son style, bien que son dessin soit parfois négligé. Gaspard Dughet est renommé pour ses paysages enchanteurs intégrant des éléments naturels comme le vent et l'orage, notamment dans son tableau 'bourafque'. François Romanelli est célèbre pour ses fresques gracieuses et ravissantes, honorées par un monarque. Ciro Ferri, élève de Pietro da Cortona, excelle en peinture et en architecture, mais sa coupole de Sainte-Agnès est restée inachevée à sa mort et complétée médiocrement par son élève Corbellini. Giacinto Brandi est reconnu pour son esprit fertile et son art riche, bien que son application ne soit pas toujours utile.
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357
p. 129-140
SCULPTURE. LETTRE de M. Voisin, Avocat au Parlement de Paris, à M. le Comte de Tressan, Lieutenant général des armées du Roi, & Commandant pour Sa Mejesté en Lorraine.
Début :
MONSIEUR, permettez-moi de me renouveller dans l'honneur de votre [...]
Mots clefs :
Marbre, Antiquités romaines, Antiquités grecques, Sculpture, Rome, Palais, Relief, Ruines, Collection
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texteReconnaissance textuelle : SCULPTURE. LETTRE de M. Voisin, Avocat au Parlement de Paris, à M. le Comte de Tressan, Lieutenant général des armées du Roi, & Commandant pour Sa Mejesté en Lorraine.
SCULPTURE.
LETTRE de M. Voifin , Avocat au Par
lement de Paris , à M. le Comte de Treffan,
Lieutenant général des armées du Roi , &
Commandant pour Sa Majesté en Lorraine.
MONSIEUR , permettez - moi de me
renouveller dans l'honneur de votre
fouvenir , & de faifir pour cela l'occafion
de vous faire part d'une collection confidérable
d'antiques grecques & romaines
que M. Adam l'aîné , de Nanci , Sculpteur
ordinaire du Roi , & Profeffeur de l'Académie
royale de Peinture & de Sculpture
expofe à la curiofité publique dans fa maifon
, rue baffe du Rempart , quartier de la
Ville-l'Evêque , après avoir eu l'honneur
,
Fv
310 MERCURE DE FRANCE.
d'en préfenter le recueil gravé à Sa Majesté,
& après l'avoir envoyé aux autres Souverains
de l'Europe..
Les 68 morceaux de cette collection
exécutés en marbre de Paros & de Salin ,
ont été trouvés à Rome dans le Palais de
Néron , au mont Palatin , & dans les ruines
du palais de Marius , entre Rome & Frelcati
: auffi M. Adam a- t- il deffiné & gravé
lui-même pour frontifpice à fon recueil
avec cette délicateffe & ce goût qui affectent
fi fingulierement les fçavans , le tems
qui découvre les ruines du palais de Marius
en 1729 .
C'eft des héritiers de M. le Cardinal
de Polignac , qui avoit raffemblé la plus
grande partie de ces antiques pendant fon
ambaffade à Rome , & qui les avoit fait
tranfporter en France , que M. Adam les a
acquifes. Il y a joint auffi plufieurs autres
morceaux également antiques , que dix ans
de féjour à Rome lui avoient procurés,
Cette collection , auffi rare que piquante
par la beauté & par la variété des objets ,
paroît déterminément propre à décorer une
une galerie ou une bibliothéque.
Elle feroit auffi d'une très- grande utilité
dans une académie , pour l'étude & pour
former le goût des éleves , foit de peinture ,
ou de ſculpture.
JUIN. 1755 131
Le bas-relief du tombeau d'un des fils
de Fauſtine , d'un pied de haut fur trois de
large , ouvrage romain én marbre de Paros
, fait la vignette initiale du recueil de
M.Adam : on y voit le bufte de ce fils chéri ,
avec une allégorie fçavamment imaginée.
Enfuite fe préfente un autel triangulaire
dédié à Bacchus : il a trois pieds trois pouces
de haut , & il eft monté fur trois vafes.
de bronze , foutenus par un piédeſtal ;
ouvrage grec de marbre de Paros . Le basrelief
de deux de ces faces repréfente un
Faune & une Bacchante , d'un pied de hauteur
on voit Silene fur le bas- relief de la
troiſieme face.
Un autre bas- relief de trois pieds de
hauteur & de deux pieds dix pouces de
largeur ; ouvrage grec de marbre de Salin ,
& tiré du tombeau de Marc- Antoine , repréfente
la conquête des Indes par Bacchus .
Les figures de ce bas- relief ont un pied
dix pouces de hauteur ce morceau eft
fans contredit un des plus beaux de l'antiquité
grecque.
Combien deux médaillons qu'on remarque
après , n'excitent- ils pas notre curiofité
de ces deux médaillons de marbre de
Paros , de deux pieds trois pouces de hau
teur chacun , l'un repréfente Diane, & l'autre
Vénus.
F vj
432 MERCURE DE FRANCE.
Deux médaillons d'Aurelien & de Vitellus
, de marbre de Paros , d'un pied trois
pouces de haut , font aux yeux l'éloge de
l'artifte romain antique qui les a exécutés.
Les gens de goût pourront- ils n'être pas
faifis de cette figure faillante & neuve ,
malgré fon antiquité , après nombre de
fiecles ? c'eft un Amour repréfenté de deux
faces , monté fur une panthere ; ouvrage
grec de marbre de Paros , de deux pieds fept
pouces de haut , dont le plinthe eft de deux
pieds trois pouces , & l'Amour de deux
pieds de proportion.
Arrive un petit Bacchus , enfant monté
fur un bouc , & préfenté de deux côtés :
c'eft un ouvrage grec de marbre de Paros ,
de deux pieds de haut fur un plinthe de
trois.
L'Hercule Farnefe eft fans doute connu ,
foit à Rome dans le palais Farnefe , où il
eft en original , foit en copies à Verfailles ,
même foit dans différens cabinets . Il s'agit
ici d'un Hercule appellé Farnefe improprement
, mais qui eft un monument grec
de marbre de Paros , d'un pied fix
de hauteur.
pouces
Après ce qui vient d'être remarqué ,
l'Amour pour l'antiquité fe trouve animé
par une figure de Minerve , d'éxécution
JUIN. 1755: 133
grecque, & de bréche violette, de la hauteur
de deux pieds.
Une autre antique grecque de marbre
de Paros , de deux pieds de haut , repréſentant
Bellonne , a immédiatement après elle
la place qui lui convient.
Enfuite fe préfente dans la galerie de
M. Adam , l'Abondance , antiquité romaine
de marbre de Salin , d'un pied onze pouces
de haut.
Les yeux s'arrêtent après fur un Jupiter
de deux pieds de hauteur , antiquité romaine
, de marbre de Paros.
On ne peut pas fe refufer à la beauté
fçavante de la Junon romaine , de marbre
de Paros , de deux pieds de hauteur . "
La Vénus à la pomme d'or , ouvrage
romain de marbre de Paros , d'un pied onze
pouces de haut , mérite ici toute notre attention
; c'eſt un précieux original dans fa
mefure déterminée , mais dont la copie ſe
remarque dans une étendue plus confidérable
le long de l'allée qui conduit au canal
de Verſailles ; & c'eft cette figure que le
feu célebre Vaillant qualifioit Dea Delphina
, à la différence que la Déeffe du
tapis verd ne tient point de pomme d'or ,
quoiqu'on lui attribue le même gefte .
La Vénus fortant du bain ne cede rien
à la précédente ; elle a une partie de fon
134 MERCURE DE FRANCE.
attitude du côté de la pudicité , & peu s'en
faut qu'à cet égard elle ne fe trouve au
niveau de la perfection de l'original de la
Vénus appellée vulgairement de Médicis ,
& qui eft dans le plus précieux cabinet du
palais de Florence. Cette Vénus fortant du
bain , qui eft une antique romaine de
marbre de Paros , a deux pieds deux pouces
de haut.
Vient enfuite une autre antique romaine
, auffi de marbre de Paros, de deux pieds
quatre pouces , repréfentant un enfant.
A côté , Bacchus enfant affis fur une peau
de bouc , d'un pied neuf pouces de haut en
marbre de Paros ; antiquité romaine.
Achelous à demi - couché & tenant une
corne d'abondance ; antiquité grecque de
marbre de Paros , de deux pieds huit pouces
de proportion , fur un plinthe de deux
pieds fept pouces .
Autre antiquité grecque de marbre de
Paros, de trois pieds de proportion , repréfentant
une Nereïde endormie & couchée
fur le rivage.
On ne peut trop admirer la beauté d'un
Hercule vainqueur du dragon du jardin
des Hefpérides ; antiquité romaine de
marbre de Paros, de deux pieds cinq pouces.
A côté on remarque avec la même fatisfaction
la figure de l'Empereur Commode
JUIN. 1755.
135
en Hercule , après la même victoire ; antiquité
romaine de marbre de Paros , de deux
pieds onze pouces de hauteur.
Un Efculape ; autre antiquité romaine
de marbre de Salin , de deux pieds onze
pouces de haut , égale en beauté les deux
précédentes figures .
Rien de plus précieux que la Vénus pu
dique qu'on voit enfuite ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de haut. Cette figure eft régulierement
belle de tous les côtés.
On fixe enfuite fes regards fur une
Pallas armée de fon égide ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de hauteur.
La Junon qui eft à côté , eft de la plus
rare beauté par la précifion avec laquelle
le nud fe trouve deffiné fous la draperie :
c'eſt une antiquité grecque , de deux pieds
onze pouces de hauteur , en marbre de
Paros.
Une Flore également belle ; antiquité
grecque , du même marbre & de la même.
proportion .
La curiofité est enfuite extrêmement
piquée par une autre antique grecque , de
trois pieds fix pouces de proportion , &
deux pieds fix pouces de hauteur , en marbre
Crétois , repréfentant un Phrygien qui
136 MERCURE DE FRANCE.
au bas d'une tour fe garantit des traits ennemis
par fon bouclier. Cette figure : eft
également avantageufe de tous côtés .
Une Diane fait partie de la collection de
M. Adam : c'eſt une antique romaine de
marbre de Paros , de trois pieds fix pouces
de hauteur , qui eft d'une beauté parfaite
ainfi que l'Apollon , antiquité grecque , du
même marbre & de la même hauteur. I
Il ne fe voit rien de fupérieur à une
autre antiquité grecque , du même marbre,
de trois pieds fept pouces de haut , repréfentant
une des filles de Lycomede , fous
la draperie de laquelle les yeux développent
le nud.
A côté fe trouve un Pâris à la pomme
d'or ; antiquité grecque , du même marbre
& de la même hauteur , figure admirable
pour fervir de modele.
Ifis , fous les attributs de la Déeffe de la
fanté ; antiquité grecque de marbre de
Paros , de quatre pieds de hauteur , s'offre
enfuite aux yeux.
Une des plus précieufes figures qu'on
puiffe voir fe préfente après ; c'eſt une antiquité
grecque de marbre de Salin, de quatre
pieds dix pouces de haut , repréfentant
l'Hymen , tenant un flambeau d'une main
& une couronne de l'autre à côté de fon
autel.
JUI N. 1755: 137
Il eft fuivi de trois autres antiquités
grecques , du même marbre & de la même
hauteur , repréfentant Mercure , Bacchus
& Méléagre , d'une beauté rare.
,
Enfuite la vûe fe fixe fur une antiquité
grecque , de marbre de Paros , de fix pieds
fix pouces de proportion repréſentant
Perfée qui , après la délivrance d'Andromede
, pofe la tête de Medufe fur du corail
pétrifié & teint de fon fang. La vûe
de cette figure eft piquante de tous les
côtés : on pourroit incrufter dans fon
piédeſtal un bas- relief, partie de la collection
, antiquité grecque , de deux pieds
trois pouces de haut & d'un pied fix
pouces de large , de marbre de Paros ,
repréfentant la même délivrance d'Andromede
, & dont les figures ont un pied huit
pouces.
Deux buftes , antiquités grecques , fe
trouvent enfuite , d'un pied fix pouces de
hauteur chacune ; l'une de marbre de Paros
, & l'autre de marbre de Salin , repréfentant
Germanicus & Lepida .
Deux autres buftes , l'un d'une femme
inconnue , & l'autre d'Adrien , jeune ; an
tiquités romaines , de marbre de Paros ,
d'un pied huit pouces de hauteur.
Deux autres de marbre de Paros , d'un
pied deux pouces de hauteur ; antiquités
138 MERCURE DE FRANCE.
i
romaines, repréfentant une Matrone & une
Nymphe.
Deux autres buftes ; antiquités grecques,
de marbre de Paros, d'un pied cinq pouces
de hauteur , repréfentant une Veftale &
une Sabine .
Deux autres , l'un romain , & l'autre
grec , de marbre de Paros , d'un pied fept
pouces de haut , repréfentant une Bacchante
& Antinous.
Deux autres ; l'un romain & l'autre grec,
de marbre de Paros , de deux pieds de hauteur
, repréfentant Pâris & Cybelle..
Deux autres , de deux pieds trois pouces
de haut ; antiquités romaines , de marbre
de Paros , repréfentant Neron & Meffa-
-line .
C
Deux autres de marbre de Páros , de
deux pieds trois pouces de haut ; antiquités
romaines , qui repréfentent Longina
& Cefonia.
Deux autres , de la même hauteur & du
même marbre ; antiquités grecques , repréfentant
Pompeia & Caligula.
Deux autres du même marbre , l'un de
deux pieds trois pouces , & l'autre de deux
pieds un pouce ; antiquités romaines , repréfentant
Séneque & l'Empereur Commode
.
Deux autres du même marbre , de deux
JUIN. 1755. 139
pieds fept pouces ; antiquités romaines ,
repréfentant Annibal & Septime Sévere.
pouces ,
Deux autres , du même marbre ; antiquités
romaines , l'un d'un pied neuf
& l'autre de deux pieds trois pouces , repréfentant
Narciffe & Faune.
Deux autres du même marbre , de deux
pieds quatre pouces de haut ; antiquités
romaines , repréfentant Tibere & Galba .
Deux autres du même marbre , de deux
pieds dix pouces ; antiques romaines , repréfentant
Augufte & Lepide.
M. Adam a joint à fa collection cinq
buftes de lui , qui ont excité la curiofité,
publique.
Le premier eft un Apollon françois ,
de marbre de Carare , de deux pieds huit
pouces de hauteur. Ce bufte eft un portrait
allégorique du Roi , auquel Apollon , fi
c'étoit une divinité réelle comme c'eft
une fiction poëtique , auroit fouhaité de
reffembler .
Les quatre autres , de deux pieds fix pouces
chacun de haut , du même marbre
repréfentent élégamment & avec énergie
l'eau , l'air , le feu & la terre.
Tous ces différens morceaux , au nombre
de foixante & treize , font rangés avec intelligence
dans une galerie de la maiſon
140 MERCURE DE FRANCE!
où loge M. Adam. La fuite en eft trop
intéreffante pour qu'elle puiffe être féparée
, & fans doute que le Prince curieux
d'une auffi rare collection , ne trouvera fa
curiofité fatisfaite que par l'acquifition de
la totalité.
Je fuis perfuadé , Monfieur , que vous
me fçaurez quelque gré du détail que j'ai
l'honneur de vous faire ; votre goût pour
les fciences & pour les arts m'en eſt un sûr
garant. Excellent Général & homme de
Lettres , vous réuniffez les motifs les plus
preffans de vous vouer l'attachement le
plus inviolable & le plus refpectueux : c'eft
auffi avec ces fentimens que j'ai l'honneur
d'être pour toute ma vie , & c.
LETTRE de M. Voifin , Avocat au Par
lement de Paris , à M. le Comte de Treffan,
Lieutenant général des armées du Roi , &
Commandant pour Sa Majesté en Lorraine.
MONSIEUR , permettez - moi de me
renouveller dans l'honneur de votre
fouvenir , & de faifir pour cela l'occafion
de vous faire part d'une collection confidérable
d'antiques grecques & romaines
que M. Adam l'aîné , de Nanci , Sculpteur
ordinaire du Roi , & Profeffeur de l'Académie
royale de Peinture & de Sculpture
expofe à la curiofité publique dans fa maifon
, rue baffe du Rempart , quartier de la
Ville-l'Evêque , après avoir eu l'honneur
,
Fv
310 MERCURE DE FRANCE.
d'en préfenter le recueil gravé à Sa Majesté,
& après l'avoir envoyé aux autres Souverains
de l'Europe..
Les 68 morceaux de cette collection
exécutés en marbre de Paros & de Salin ,
ont été trouvés à Rome dans le Palais de
Néron , au mont Palatin , & dans les ruines
du palais de Marius , entre Rome & Frelcati
: auffi M. Adam a- t- il deffiné & gravé
lui-même pour frontifpice à fon recueil
avec cette délicateffe & ce goût qui affectent
fi fingulierement les fçavans , le tems
qui découvre les ruines du palais de Marius
en 1729 .
C'eft des héritiers de M. le Cardinal
de Polignac , qui avoit raffemblé la plus
grande partie de ces antiques pendant fon
ambaffade à Rome , & qui les avoit fait
tranfporter en France , que M. Adam les a
acquifes. Il y a joint auffi plufieurs autres
morceaux également antiques , que dix ans
de féjour à Rome lui avoient procurés,
Cette collection , auffi rare que piquante
par la beauté & par la variété des objets ,
paroît déterminément propre à décorer une
une galerie ou une bibliothéque.
Elle feroit auffi d'une très- grande utilité
dans une académie , pour l'étude & pour
former le goût des éleves , foit de peinture ,
ou de ſculpture.
JUIN. 1755 131
Le bas-relief du tombeau d'un des fils
de Fauſtine , d'un pied de haut fur trois de
large , ouvrage romain én marbre de Paros
, fait la vignette initiale du recueil de
M.Adam : on y voit le bufte de ce fils chéri ,
avec une allégorie fçavamment imaginée.
Enfuite fe préfente un autel triangulaire
dédié à Bacchus : il a trois pieds trois pouces
de haut , & il eft monté fur trois vafes.
de bronze , foutenus par un piédeſtal ;
ouvrage grec de marbre de Paros . Le basrelief
de deux de ces faces repréfente un
Faune & une Bacchante , d'un pied de hauteur
on voit Silene fur le bas- relief de la
troiſieme face.
Un autre bas- relief de trois pieds de
hauteur & de deux pieds dix pouces de
largeur ; ouvrage grec de marbre de Salin ,
& tiré du tombeau de Marc- Antoine , repréfente
la conquête des Indes par Bacchus .
Les figures de ce bas- relief ont un pied
dix pouces de hauteur ce morceau eft
fans contredit un des plus beaux de l'antiquité
grecque.
Combien deux médaillons qu'on remarque
après , n'excitent- ils pas notre curiofité
de ces deux médaillons de marbre de
Paros , de deux pieds trois pouces de hau
teur chacun , l'un repréfente Diane, & l'autre
Vénus.
F vj
432 MERCURE DE FRANCE.
Deux médaillons d'Aurelien & de Vitellus
, de marbre de Paros , d'un pied trois
pouces de haut , font aux yeux l'éloge de
l'artifte romain antique qui les a exécutés.
Les gens de goût pourront- ils n'être pas
faifis de cette figure faillante & neuve ,
malgré fon antiquité , après nombre de
fiecles ? c'eft un Amour repréfenté de deux
faces , monté fur une panthere ; ouvrage
grec de marbre de Paros , de deux pieds fept
pouces de haut , dont le plinthe eft de deux
pieds trois pouces , & l'Amour de deux
pieds de proportion.
Arrive un petit Bacchus , enfant monté
fur un bouc , & préfenté de deux côtés :
c'eft un ouvrage grec de marbre de Paros ,
de deux pieds de haut fur un plinthe de
trois.
L'Hercule Farnefe eft fans doute connu ,
foit à Rome dans le palais Farnefe , où il
eft en original , foit en copies à Verfailles ,
même foit dans différens cabinets . Il s'agit
ici d'un Hercule appellé Farnefe improprement
, mais qui eft un monument grec
de marbre de Paros , d'un pied fix
de hauteur.
pouces
Après ce qui vient d'être remarqué ,
l'Amour pour l'antiquité fe trouve animé
par une figure de Minerve , d'éxécution
JUIN. 1755: 133
grecque, & de bréche violette, de la hauteur
de deux pieds.
Une autre antique grecque de marbre
de Paros , de deux pieds de haut , repréſentant
Bellonne , a immédiatement après elle
la place qui lui convient.
Enfuite fe préfente dans la galerie de
M. Adam , l'Abondance , antiquité romaine
de marbre de Salin , d'un pied onze pouces
de haut.
Les yeux s'arrêtent après fur un Jupiter
de deux pieds de hauteur , antiquité romaine
, de marbre de Paros.
On ne peut pas fe refufer à la beauté
fçavante de la Junon romaine , de marbre
de Paros , de deux pieds de hauteur . "
La Vénus à la pomme d'or , ouvrage
romain de marbre de Paros , d'un pied onze
pouces de haut , mérite ici toute notre attention
; c'eſt un précieux original dans fa
mefure déterminée , mais dont la copie ſe
remarque dans une étendue plus confidérable
le long de l'allée qui conduit au canal
de Verſailles ; & c'eft cette figure que le
feu célebre Vaillant qualifioit Dea Delphina
, à la différence que la Déeffe du
tapis verd ne tient point de pomme d'or ,
quoiqu'on lui attribue le même gefte .
La Vénus fortant du bain ne cede rien
à la précédente ; elle a une partie de fon
134 MERCURE DE FRANCE.
attitude du côté de la pudicité , & peu s'en
faut qu'à cet égard elle ne fe trouve au
niveau de la perfection de l'original de la
Vénus appellée vulgairement de Médicis ,
& qui eft dans le plus précieux cabinet du
palais de Florence. Cette Vénus fortant du
bain , qui eft une antique romaine de
marbre de Paros , a deux pieds deux pouces
de haut.
Vient enfuite une autre antique romaine
, auffi de marbre de Paros, de deux pieds
quatre pouces , repréfentant un enfant.
A côté , Bacchus enfant affis fur une peau
de bouc , d'un pied neuf pouces de haut en
marbre de Paros ; antiquité romaine.
Achelous à demi - couché & tenant une
corne d'abondance ; antiquité grecque de
marbre de Paros , de deux pieds huit pouces
de proportion , fur un plinthe de deux
pieds fept pouces .
Autre antiquité grecque de marbre de
Paros, de trois pieds de proportion , repréfentant
une Nereïde endormie & couchée
fur le rivage.
On ne peut trop admirer la beauté d'un
Hercule vainqueur du dragon du jardin
des Hefpérides ; antiquité romaine de
marbre de Paros, de deux pieds cinq pouces.
A côté on remarque avec la même fatisfaction
la figure de l'Empereur Commode
JUIN. 1755.
135
en Hercule , après la même victoire ; antiquité
romaine de marbre de Paros , de deux
pieds onze pouces de hauteur.
Un Efculape ; autre antiquité romaine
de marbre de Salin , de deux pieds onze
pouces de haut , égale en beauté les deux
précédentes figures .
Rien de plus précieux que la Vénus pu
dique qu'on voit enfuite ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de haut. Cette figure eft régulierement
belle de tous les côtés.
On fixe enfuite fes regards fur une
Pallas armée de fon égide ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de hauteur.
La Junon qui eft à côté , eft de la plus
rare beauté par la précifion avec laquelle
le nud fe trouve deffiné fous la draperie :
c'eſt une antiquité grecque , de deux pieds
onze pouces de hauteur , en marbre de
Paros.
Une Flore également belle ; antiquité
grecque , du même marbre & de la même.
proportion .
La curiofité est enfuite extrêmement
piquée par une autre antique grecque , de
trois pieds fix pouces de proportion , &
deux pieds fix pouces de hauteur , en marbre
Crétois , repréfentant un Phrygien qui
136 MERCURE DE FRANCE.
au bas d'une tour fe garantit des traits ennemis
par fon bouclier. Cette figure : eft
également avantageufe de tous côtés .
Une Diane fait partie de la collection de
M. Adam : c'eſt une antique romaine de
marbre de Paros , de trois pieds fix pouces
de hauteur , qui eft d'une beauté parfaite
ainfi que l'Apollon , antiquité grecque , du
même marbre & de la même hauteur. I
Il ne fe voit rien de fupérieur à une
autre antiquité grecque , du même marbre,
de trois pieds fept pouces de haut , repréfentant
une des filles de Lycomede , fous
la draperie de laquelle les yeux développent
le nud.
A côté fe trouve un Pâris à la pomme
d'or ; antiquité grecque , du même marbre
& de la même hauteur , figure admirable
pour fervir de modele.
Ifis , fous les attributs de la Déeffe de la
fanté ; antiquité grecque de marbre de
Paros , de quatre pieds de hauteur , s'offre
enfuite aux yeux.
Une des plus précieufes figures qu'on
puiffe voir fe préfente après ; c'eſt une antiquité
grecque de marbre de Salin, de quatre
pieds dix pouces de haut , repréfentant
l'Hymen , tenant un flambeau d'une main
& une couronne de l'autre à côté de fon
autel.
JUI N. 1755: 137
Il eft fuivi de trois autres antiquités
grecques , du même marbre & de la même
hauteur , repréfentant Mercure , Bacchus
& Méléagre , d'une beauté rare.
,
Enfuite la vûe fe fixe fur une antiquité
grecque , de marbre de Paros , de fix pieds
fix pouces de proportion repréſentant
Perfée qui , après la délivrance d'Andromede
, pofe la tête de Medufe fur du corail
pétrifié & teint de fon fang. La vûe
de cette figure eft piquante de tous les
côtés : on pourroit incrufter dans fon
piédeſtal un bas- relief, partie de la collection
, antiquité grecque , de deux pieds
trois pouces de haut & d'un pied fix
pouces de large , de marbre de Paros ,
repréfentant la même délivrance d'Andromede
, & dont les figures ont un pied huit
pouces.
Deux buftes , antiquités grecques , fe
trouvent enfuite , d'un pied fix pouces de
hauteur chacune ; l'une de marbre de Paros
, & l'autre de marbre de Salin , repréfentant
Germanicus & Lepida .
Deux autres buftes , l'un d'une femme
inconnue , & l'autre d'Adrien , jeune ; an
tiquités romaines , de marbre de Paros ,
d'un pied huit pouces de hauteur.
Deux autres de marbre de Paros , d'un
pied deux pouces de hauteur ; antiquités
138 MERCURE DE FRANCE.
i
romaines, repréfentant une Matrone & une
Nymphe.
Deux autres buftes ; antiquités grecques,
de marbre de Paros, d'un pied cinq pouces
de hauteur , repréfentant une Veftale &
une Sabine .
Deux autres , l'un romain , & l'autre
grec , de marbre de Paros , d'un pied fept
pouces de haut , repréfentant une Bacchante
& Antinous.
Deux autres ; l'un romain & l'autre grec,
de marbre de Paros , de deux pieds de hauteur
, repréfentant Pâris & Cybelle..
Deux autres , de deux pieds trois pouces
de haut ; antiquités romaines , de marbre
de Paros , repréfentant Neron & Meffa-
-line .
C
Deux autres de marbre de Páros , de
deux pieds trois pouces de haut ; antiquités
romaines , qui repréfentent Longina
& Cefonia.
Deux autres , de la même hauteur & du
même marbre ; antiquités grecques , repréfentant
Pompeia & Caligula.
Deux autres du même marbre , l'un de
deux pieds trois pouces , & l'autre de deux
pieds un pouce ; antiquités romaines , repréfentant
Séneque & l'Empereur Commode
.
Deux autres du même marbre , de deux
JUIN. 1755. 139
pieds fept pouces ; antiquités romaines ,
repréfentant Annibal & Septime Sévere.
pouces ,
Deux autres , du même marbre ; antiquités
romaines , l'un d'un pied neuf
& l'autre de deux pieds trois pouces , repréfentant
Narciffe & Faune.
Deux autres du même marbre , de deux
pieds quatre pouces de haut ; antiquités
romaines , repréfentant Tibere & Galba .
Deux autres du même marbre , de deux
pieds dix pouces ; antiques romaines , repréfentant
Augufte & Lepide.
M. Adam a joint à fa collection cinq
buftes de lui , qui ont excité la curiofité,
publique.
Le premier eft un Apollon françois ,
de marbre de Carare , de deux pieds huit
pouces de hauteur. Ce bufte eft un portrait
allégorique du Roi , auquel Apollon , fi
c'étoit une divinité réelle comme c'eft
une fiction poëtique , auroit fouhaité de
reffembler .
Les quatre autres , de deux pieds fix pouces
chacun de haut , du même marbre
repréfentent élégamment & avec énergie
l'eau , l'air , le feu & la terre.
Tous ces différens morceaux , au nombre
de foixante & treize , font rangés avec intelligence
dans une galerie de la maiſon
140 MERCURE DE FRANCE!
où loge M. Adam. La fuite en eft trop
intéreffante pour qu'elle puiffe être féparée
, & fans doute que le Prince curieux
d'une auffi rare collection , ne trouvera fa
curiofité fatisfaite que par l'acquifition de
la totalité.
Je fuis perfuadé , Monfieur , que vous
me fçaurez quelque gré du détail que j'ai
l'honneur de vous faire ; votre goût pour
les fciences & pour les arts m'en eſt un sûr
garant. Excellent Général & homme de
Lettres , vous réuniffez les motifs les plus
preffans de vous vouer l'attachement le
plus inviolable & le plus refpectueux : c'eft
auffi avec ces fentimens que j'ai l'honneur
d'être pour toute ma vie , & c.
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Résumé : SCULPTURE. LETTRE de M. Voisin, Avocat au Parlement de Paris, à M. le Comte de Tressan, Lieutenant général des armées du Roi, & Commandant pour Sa Mejesté en Lorraine.
La lettre de M. Voifin, avocat au Parlement de Paris, est adressée à M. le Comte de Treffan, lieutenant général des armées du Roi et commandant en Lorraine. Elle présente une collection d'antiquités grecques et romaines exposée par M. Adam l'aîné, sculpteur ordinaire du Roi et professeur à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture. Cette collection, composée de 68 pièces en marbre de Paros et de Salin, a été découverte à Rome et dans ses environs. M. Adam a acquis la majorité des pièces des héritiers du Cardinal de Polignac, qui les avait rassemblées pendant son ambassade à Rome. La collection inclut divers bas-reliefs, médaillons et statues, tels qu'un bas-relief du tombeau d'un fils de Faustine, un autel dédié à Bacchus, et des représentations de figures mythologiques comme Bacchus, Diane, Vénus et Hercule. La collection est décrite comme rare et variée, appropriée pour décorer une galerie ou une bibliothèque, et utile pour l'étude et la formation du goût des élèves en peinture et sculpture. La lettre se conclut par une expression de respect et d'attachement envers le Comte de Treffan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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358
p. 140-143
GRAVURE.
Début :
JEAN-BAPTISTE MASSÉ, Peintre & Conseiller de l'Académie royale de [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
EAN- BAPTISTE MASSÉ , Peintre
& Confeiller de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture , a deffiné & fait
graver fous fes yeux tous les tableaux de
la grande galerie de Verfailles & des
deux fallons qui l'accompagnent , peints par
Charles le Brun , premier Peintre de Louis
XIV . Cette admirable collection de gravûre
a donné lieu à un Artiſte , qu'un beau
zéle a rendu Poëte , de faire les vers que
JUIN. 1755. 141
nous avons inférés dans le Mercure de
Mai.
Quoique dans ce genre il n'ait jamais ,
paru d'ouvrage plus digne de la curiofité du
public , tant par fon étendue que par la
beauté de fon exécution , quoiqu'il ait été
univerfellement admiré au fallon , où il a
été exposé en 1753 , & que les Gazettes ,
les Mercures & les Journaux en ayent parlé
avec beaucoup d'éloge , il eft furprenant
qu'on n'ait point indiqué où il fe vendoit ,
ni fur les planches ni dans le livret * que
l'auteur nous a donné lui-même de l'explication
de chacun de ces morceaux. Après
tout un pareil oubli de fa part tourne à fa
louange ; il prouve qu'un noble defintéreffement
l'a feul conduit dans le cours
d'un fi long travail , & que fon objet principal
étoit la gloire de la nation . Pour y
fuppléer , nous avertiffons que cet ouvrage
fe vend à Paris , chez le fieur Maffé
place Dauphine.
Si l'on pouvoit fuppofer qu'il y eût
quelques amateurs d'eftampes qui n'euffent
point entendu parler d'une fi belle
collection , ils pourroient en prendre connoiffance
dans les Journaux de Trévoux ,
* Ce livret ſe vend chez la veuve Amaulry , ay
Palais.
142 MERCURE DE FRANCE.
Décembre 1753 , 1 vol . & Mai 1754 , 2
vol. Le R. P. Bertier l'ayant eue entre fes
mains eft celui qui en a fait l'analyſe la
plus exacte.
AMPHITHEATRE DE LA VILLE
D'HERCULANUM ; décoration faifant allu-.
fion à la nouvelle découverte de cette ville
qui fut enfevelie par les cendres du mont
Vefuve fous l'empire de Titus , laquelle a
été exécutée en relief à Rome dans la place
Farnèfe en 1749 , fur les deffeins de M.
Petitot , premier Architecte de S. A. S.
l'Infant Duc de Parme , à l'occaſion de la
cérémonie de l'hommage que le Royaume
de Naples rend au Saint Siége. Dédié à M.
de Montullé , Baron de Saint-Port , & Secrétaire
des commandemens de la Reine.
Cette perfpective qui eft de la grandeur de
la feuille de nom de Jefus , eft gravée par
P. Patte , & fe vend chez lui , rue des
Noyers , la fixieme porte cochere à droite
en entrant par la rue S. Jacques. Prix 1 liv.
10 fols.
I
Cette eftampe eft le digne pendant du
Temple de Venus annoncé dans le Mercure
du mois d'Avril dernier ; elle repréſente
une de ces décorations que l'on exécute
tous les ans à Rome la veille de la Fête de
5. Pierre , lefquelles font toujours allufion,
JUIN. 1755
143
ainfi que nous l'avons déja dit , à quelques-
unes des antiquités du Royaume de
Naples , dont il eft d'ufage de leur faire
retenir le nom , quoiqu'elles ne forent en
effet que des compofitions de MM. les
Penfionnaires de l'Académie de France à
Rome. Comme chaque ville n'avoit qu'un
amphithéatre , & que c'étoit l'édifice le
plus vafte & le plus remarquable , il eft
naturel qu'on ait défigné cette ville par ce
monument ; ainfi on ne doit pas s'étonner
du titre de cette eftampe , qui eft des plus
remarquables par la beauté de fon architecture
& de fa perfpective , ce qui doit lui
mériter un rang diftingué dans les cabinets
des curieux & des amateurs.
EAN- BAPTISTE MASSÉ , Peintre
& Confeiller de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture , a deffiné & fait
graver fous fes yeux tous les tableaux de
la grande galerie de Verfailles & des
deux fallons qui l'accompagnent , peints par
Charles le Brun , premier Peintre de Louis
XIV . Cette admirable collection de gravûre
a donné lieu à un Artiſte , qu'un beau
zéle a rendu Poëte , de faire les vers que
JUIN. 1755. 141
nous avons inférés dans le Mercure de
Mai.
Quoique dans ce genre il n'ait jamais ,
paru d'ouvrage plus digne de la curiofité du
public , tant par fon étendue que par la
beauté de fon exécution , quoiqu'il ait été
univerfellement admiré au fallon , où il a
été exposé en 1753 , & que les Gazettes ,
les Mercures & les Journaux en ayent parlé
avec beaucoup d'éloge , il eft furprenant
qu'on n'ait point indiqué où il fe vendoit ,
ni fur les planches ni dans le livret * que
l'auteur nous a donné lui-même de l'explication
de chacun de ces morceaux. Après
tout un pareil oubli de fa part tourne à fa
louange ; il prouve qu'un noble defintéreffement
l'a feul conduit dans le cours
d'un fi long travail , & que fon objet principal
étoit la gloire de la nation . Pour y
fuppléer , nous avertiffons que cet ouvrage
fe vend à Paris , chez le fieur Maffé
place Dauphine.
Si l'on pouvoit fuppofer qu'il y eût
quelques amateurs d'eftampes qui n'euffent
point entendu parler d'une fi belle
collection , ils pourroient en prendre connoiffance
dans les Journaux de Trévoux ,
* Ce livret ſe vend chez la veuve Amaulry , ay
Palais.
142 MERCURE DE FRANCE.
Décembre 1753 , 1 vol . & Mai 1754 , 2
vol. Le R. P. Bertier l'ayant eue entre fes
mains eft celui qui en a fait l'analyſe la
plus exacte.
AMPHITHEATRE DE LA VILLE
D'HERCULANUM ; décoration faifant allu-.
fion à la nouvelle découverte de cette ville
qui fut enfevelie par les cendres du mont
Vefuve fous l'empire de Titus , laquelle a
été exécutée en relief à Rome dans la place
Farnèfe en 1749 , fur les deffeins de M.
Petitot , premier Architecte de S. A. S.
l'Infant Duc de Parme , à l'occaſion de la
cérémonie de l'hommage que le Royaume
de Naples rend au Saint Siége. Dédié à M.
de Montullé , Baron de Saint-Port , & Secrétaire
des commandemens de la Reine.
Cette perfpective qui eft de la grandeur de
la feuille de nom de Jefus , eft gravée par
P. Patte , & fe vend chez lui , rue des
Noyers , la fixieme porte cochere à droite
en entrant par la rue S. Jacques. Prix 1 liv.
10 fols.
I
Cette eftampe eft le digne pendant du
Temple de Venus annoncé dans le Mercure
du mois d'Avril dernier ; elle repréſente
une de ces décorations que l'on exécute
tous les ans à Rome la veille de la Fête de
5. Pierre , lefquelles font toujours allufion,
JUIN. 1755
143
ainfi que nous l'avons déja dit , à quelques-
unes des antiquités du Royaume de
Naples , dont il eft d'ufage de leur faire
retenir le nom , quoiqu'elles ne forent en
effet que des compofitions de MM. les
Penfionnaires de l'Académie de France à
Rome. Comme chaque ville n'avoit qu'un
amphithéatre , & que c'étoit l'édifice le
plus vafte & le plus remarquable , il eft
naturel qu'on ait défigné cette ville par ce
monument ; ainfi on ne doit pas s'étonner
du titre de cette eftampe , qui eft des plus
remarquables par la beauté de fon architecture
& de fa perfpective , ce qui doit lui
mériter un rang diftingué dans les cabinets
des curieux & des amateurs.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte décrit deux principales gravures et leurs contextes. La première gravure est une collection de tableaux de la grande galerie de Versailles et des deux salons adjacents, peints par Charles Le Brun, premier Peintre de Louis XIV. Ces tableaux ont été définis et gravés sous la supervision de Jean-Baptiste Massé, Peintre et Conseiller de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture. Cette collection, exposée en 1753, a été largement élogiée. Elle se vend à Paris chez le sieur Massé, place Dauphine, et un livret explicatif est disponible chez la veuve Amaulry, au Palais. La seconde gravure représente l'amphithéâtre de la ville d'Herculanum, exécuté en relief à Rome en 1749 pour l'hommage du Royaume de Naples au Saint Siège. Gravée par P. Patte, elle est dédiée à M. de Montullé, Baron de Saint-Port, et Secrétaire des commandements de la Reine. Elle se vend chez P. Patte, rue des Noyers, au prix de 1 livre 10 sols. Cette estampe est décrite comme le pendant du Temple de Vénus et est remarquée pour la beauté de son architecture et de sa perspective.
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359
p. 144-155
ARCHITECTURE. Lettre de M.... à M. le Comte de Ch. sur le Louvre. (a)
Début :
Je veux vous faire part, Monsieur, d'une critique du péristile du Louvre que je [...]
Mots clefs :
Architecture, Façade, Louvre, Monument, Édifices, Péristyle, Palais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Lettre de M.... à M. le Comte de Ch. sur le Louvre. (a)
ARCHITECTURE.
Lettre de M.... à M. le Comte de Ch.
fur le Louvre. (a )
E veux vous faire part, Monfieur , d'une
queje
viens de voir dans le Mercure d'Avril . Je
connois la chaleur de votre intérêt pour ce
célebre monument , & je crois vous donner
une preuve finguliere de mon amitié ,
en vous expofant les prétendus défauts
qu'attaque ce cenfeur anonyme.
Il m'a paru un homme de l'art , mais on
découvre aifément à travers les éloges qu'il
donne à ce beau monument , que fon admiration
eft plus contrainte que fincere. Il
demande d'abord qu'on lui permette quelques
réflexions hazardées fur un de ces chefsd'oeuvres
des arts ( b ) faits pour être adorés
aveuglément dans un fiecle d'enthousiasme
& de préjugés ( reconnoît- on à ces traits
le fiécle de Louis XIV ? ) ( c) maisfaits pour
( a ) Les notes qui accompagnent cette lettre
Tont d'un Artiſte auffi éclairé qu'impartial.
(6) Le périftile.
(c) Non fans doute , le Cenfeur a pu le dire
être
JUIN. 1755. 145
être difcutés dans un fiècle fage , éclairé
enfin dans un fiécle philofophe comme le nôtre.
Ce fiécle , tout philofophe qu'il eft ,
pourra-t-il nous indiquer quelques- uns de
Les chefs - d'oeuvres qui ayent furpaffé ou
même approché de ceux du fiécle dernier
dans tous les genres ? ›
Une nouvelle du
preuve peu d'équité ,
& j'oſe dire du peu de goût de ce nouveau
cenfeur , c'eft qu'au lieu de faire élever
cette admirable façade , il eût fouhaité de
faire achever le Louvre fur les mêmes deffeins
de l'ancien ; & nous aurions , dit - il ,
fous les yeux le plus fuperbe palais de l'Europe.
L'on ne fçauroit marquer un mépris
plus injurieux pour l'architecture de Perrault
qu'en lui préférant un édifice où l'on
ne trouve ni compofition , ni proportions ,
en général de tout fiécle où l'on n'auroit pas les
lumieres néceflaires pour diftinguer ce qui eft digne
d'admiration de ce qui eft repréhensible ; il
n'y a nulle apparence que dans le fiécle paffé ce
grand ouvrage ait échappé à la critique de tant
d'habiles Artiftes qui fe diftinguerent alors ; mais
il eft arrivé ce qui arrivera toujours : quelques
défauts qu'on puiffe démontrer dans un bel ou
vrage , ce qu'il a de beau lui attirera l'admiration
, & payera avec ufure pour les défauts qui
peuvent s'y rencontrer : de là l'inutilité des critiques
, fi ce n'eft pour l'inftruction de ceux qui
étudient , de peur qu'ils n'imitent ces défauts
comme confacrés.
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
ni régles. Trois frontons enclavés les
uns dans les autres , des Caryatides placées
à un fecond étage , des ornemens à la
vérité d'un bon deffein & d'une belle exécution
, mais prefque tous déplacés , fuperflus
& prodigués fans choix. ( d )
Sur quel fondement attribuer enfuite à
l'injuftice de l'amour propre des Architectes
de Louis XIV , le refus de fuivre cet
ancien plan qu'il eftime fi fort , pour y
fubftituer par vanité leurs propres idées ?
Ne fe préfentoit- il pas un motif plus naturel
& plus équitable ? celui de mettre à
profit dans une occafion fi heureuſe & fi
rare les progrès de l'efprit humain , celui
des connoiffances & des talens , la fcience
des vraies proportions , l'eftime & la pré-
( d ) L'Auteur tombe ici dans le même défaut
qu'il reproche à fon adverſaire , en faiſant la cririque
d'un morceau qui eft rempli d'affez de
beautés pour mériter fon refpect ; d'ailleurs, quand
fon antagoniſte a dit ce qu'il lui reproche , ce
n'eft point à cette partie du Louvre qu'il faifoit
allufion , mais à celle qui du côté de la riviere ſe
trouve maſquée par ce que M. Perrault a bâti devant
, & on a en effet lieu d'en regretter la perte ,
cette partie étant , au fentiment de plufieurs , plus
belle que ce qui la cache : il eft vrai qu'elle ne
pouvoit s'allier avec le périftile du Louvre ; mais
e - il ridicule de defirer que Perrault eût trouvé
le moyen
de faire une belle chofe fans en facri
fier une autre déja faite ?
JUIN. · 1755. 147
férence de ce beau fimple à l'abondance &
à la profufion des ornemens , reffource ordinaire
de l'ignorance & du défaut de goût ?
Que réfulte - t - il du fentiment de notre
Ariftarque ? une façade de palais fans
croifées , dont on n'a pu deviner jusqu'à
préfent l'ufage & la deftination , & dont les
inconvéniens font fans nombre , & les beautés
déplacées ? Il fe donne bien de garde de
nous détailler aucune de ces beautés , ni
d'en louer les perfections. Il commence par
chercher des défauts à cette façade , pour
affoiblir l'impreffion d'admiration dont
elle frappe tous les regards , en s'efforçant
de rendre cette admiration injufte & pref
que ridicule ; mais il n'eſt aifé de combattre
avec fuccès une approbation univerfelle
, & foutenue pendant le cours de
près d'un fiécle.
pas
Il dir que l'on n'a pu deviner jufqu'à
préfent la deftination de cette façade ; mais
n'auroit-il pas dû s'en informer avant de la
condamner ? Je crois pouvoir l'en inftruire
après avoir répondu à un reproche qu'il
fait à M. Perrault , & que ce grand architecte
n'a point mérité.
Il l'accufe de n'avoir interrompu la
communication de ce périftile que pour
faire une mauvaiſe arcade & une petite
porte . Quelle apparence qu'une porte auffi
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
fimple ait été chez un auffi grand compofiteur
l'objet de cette interruption ! le bon
fens peut-il adopter une idée fifinguliere ?
Ces deux périftiles ont chacun deux portes
à leurs deux extrêmités , qui leur font
fuffifantes. Etoit - il fenfé que l'architecte .
fupprimât ou gâtât ce beau pavillon du
milieu pour donner plus d'étendue à deux
périftiles qui ont chacun plus de trentecinq
toifes : d'ailleurs quelle raiſon a- t- il
d'appeller une mauvaife arcade une porte
dont les proportions font excellentes , & à
laquelle on ne pouvoit donner qu'une forme
ceintrée fans la rendre défectueufe ?
Eft-il mieux fondé de blâmer la petite.
porte placée dans un renfoncement de
douze pieds de profondeur , & fans laquelle
il eût été impoffible de fermer le
Louvre ? Eût-on pû mettre des venteaux à
une ouverture de quarante-deux pieds de
hauteur ? Il étoit donc indifpenfable d'en
menager avec art une plus petite , que l'on
pûr ouvrir & fermer(e). Je reviens à l'ufage
f. 1
-L'Auteur.veut ici excufer un défaut inexcu→
fable , & qui eft reconnu univerfellement pour tel.
Je parle de cette porte ceintrée qui interrompt le
périftile en dedans & en dehors , ce n'eft pas là
deffus qu'il faut défendre Perrault : d'ailleurs it
eft inutile qu'une porte foit dans une autre , la
porte quarrée fufifoite, qus der
A
JUIN. 1755 . 149
& à la deſtination de cette façade , qui eft
pour notre critique un problême , & dont
je lui ai promis la folution .
Il est très- certain , & je l'ai fçu par Mrs
Defgot & Boffrand qui avoient connu M.
Perrault dans leur jeuneffe , que lorfque
Louis XIV déclara qu'il vouloit le frontifpice
de fon Louvre enrichi de tout ce
que l'architecture avoit acquis de perfection
fous fon regne , & de tout ce qu'elle
pouvoit produire de plus régulier en même-
tems , & de plus conforme aux belles
proportions & à la majeftueufe fimplicité
de l'architecture antique , il n'eut aucune
intention d'habiter jamais ce Palais , mais
feulement d'élever à fon entrée un édifice
dont la magnificence égalât & la grandeur
de fes idées , & la dignité d'une maifon que
la nation regardoit comme celle de fon
Roi , par les honneurs qu'il avoit attachés
à fes entrées. Il vouloit encore qu'elle pût
fervir aux fiécles à venir de monument &
de témoin évident & inconteſtable des
merveilles de fon regne dans tous les genres
, mais fur-tout dans celui de la perfection
des beaux Arts . Il y eut encore un autre
motif qui détermina à employer dans
cette façade tout ce que l'architecture avoit
de plus majestueux & de plus frappant . Le
deffein de M. Colbert étoit d'ouvrir une
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
large & belle rue vis- à-vis le Louvre , qui
auroit été continuée jufques à l'arc de
triomphe du fauxbourg S. Antoine , & qui
auroit fervi d'avenue au plus vafte palais
par fon enceinte qu'il y eût eu en Europe ,
puifqu'il étoit décidé qu'on éleveroit du
côté de la rue S. Honoré une galerie parallele
à l'ancienne qui eft fur la riviere ,
& qu'il n'y auroit aucun bâtiment entre le
Louvre & le palais des Tuileries. Quelle
décoration n'exigeoit pas l'objet d'un point
de vue d'une fi prodigieufe étendue ( ƒ) !
Louis XIV , en qui l'excellence d'un
goût naturel égaloit fon amour pour le
grand en tout , ne fut point fatisfait de
plufieurs deffeins qui lui furent préfentés ,
où les croifées n'avoient point été oubliées,
& fur-tout dans celui du Cavalier Bernin
(g ) : mais Perrault fçut faifir en ha-
(f)Toutes les raifons que l'Auteur apporte ici
autorifent Perrault à faire un monument de la
plus grande magnificence & d'une grandeur coloffale
, mais nullement à interrompre par une
arcade fon architecture , & à faire le milieu plein
& maffif comme il eft . A l'égard du défaut de croifées
, il est très-bien juftifié , parce qu'en effet les
niches préfenteront toujours un plus riche fpectacle
que des fenêtres.
(g ) Le projet du Bernin n'étoit pas à rejetter
parce qu'il y avoit des croifées , mais parce
qu'il ne valoit rien d'ailleurs.
JUIN. 1755- 151
bile homme l'avantage unique de la deftination
de cet édifice , & compofer cet admirable
frontifpice , où il n'étoit affervi
ni à la ftructure des palais ordinaires ni à
leurs façades percées à jour ; c'eft ce qui
lui fit concevoir & enfanter ce fublime
deffein , qui fut dans le même inſtant préfenté
, admiré & agréé par Louis XIV.
Voilà ce qui a échappé aux connoiffan
ces de l'auteur de la critique , & qui détruit
tous fes efforts pour dégrader ce bel
édifice . L'ignorance à la vérité de ce que
je viens de lui expofer , peut excufer &
même autorifer les erreurs qu'on trouve
dans la fuite de l'examen de cette façade
au fujet de fa deftination . Telle est l'impoffibilité
où l'on eût été d'y placer des
fpectateurs dans le milieu , à l'occafion des
fêtes qui auroient été données dans l'efpace
en face de ce Château ( b ) . Il n'eft cependant
pas vraisemblable qu'il n'ait jamais
oui parler du fuperbe carroufel donné
par Louis XIV dans la cour du palais
(b ) Il ne s'enfuit pas de ce que les fêtes publiques
pouvoient fe donner dans la cour des Tuileries
, qu'il fût néceffaire de remplir le milieu
du périftile , de telle maniere que perfonne ne pût
s'y placer pour voir le beau coup d'oeil de cette
grande rue , projettée jufqu'à l'arc de triomphe da
fauxbourg S, Antoine.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
·
des Tuileries qui en a gardé le nom , &
que cette cour étant beaucoup plus fpacieufe
que celle du Louvre , elle eût par
conféquent toujours été choifie pour des
fêtes . Notre Cenfeur auroit encore pû deviner
la deſtination de ce palais par une
réflexion bien fimple : c'eft que le palais
le plus fuperbe ne fçauroit être digne d'un
Roi , s'il n'a fous fes yeux & à fa bienſéance
les agrémens & la promenade d'un magnifique
jardin. Ces réflexions euffent peutêtre
moderé la vivacité de fa critique , &
l'euffent obligé de donner à Perrault les éloges
qu'il mérite , quoique l'on apperçoive
dans fes remarques une confpiration déclarée
contre notre admiration. Ce Cenfeur
peu équitable n'ayant pû fe faire illufion fur
la foibleffe des coups qu'il a portés à cette
façade admirable , qui fe bornent à fon
inutilité apparente & à l'interruption des
deux périftiles , a cherché des défauts
dans l'architecture de la façade de ce palais
du côté de la riviere , mais avec auffi
peu de fuccès. Il prétend que c'eft dans
cette partie du Louvre que Perrault avoit
eu intention de placer l'appartement du
Roi dans cette fuppofition il s'éleve vivement
contre la fimplicité indécente de
fa décoration extérieure ; il la blâme d'être
fans avant corps qui interrompent par -
UIN. 1755.
153
des repos & des maffes l'ennuyeufe monotonie
qui y regne. Cette premiere critique
tombe d'elle- même , puifque l'on
voit dans cette façade trois avant-corps ,
l'un dans le milieu qui devoit être couronné
d'un grand fronton orné de fculptures
, tel qu'il eft gravé dans les plans du
Louvre , d'après le deffein original de
Perrault , & qui font entre les mains de
tout le monde ; les deux autres font placés
aux pavillons des deux extrêmités. ( ż)
En fecond lieu , ce bâtiment dont la fimplicité
l'offenfe fi fort & le rend froid à
Les yeux , ne l'auroit point été fi les pilaftres
qui en décorent la face étoient cannelés
comme ils le doivent être , les chapitaux
corinthiens fculptés & les trois
corps décorés de médaillons couronnés de
mafques & de guirlandes , & de tous les
ornemens dont ils devoient être enrichis.
Lorfqu'il defire dans ce palais un progrès
A
(i ) L'Auteur défend mieux la façade du côté
de la riviere , qui feroit en effet plus riche fi les
pilaftres étoient cannelés & les ornemens finis ;
mais on ne peut nier que cette fuite de pilaftres
n'ait quelque chofe de nonotone , & que fi les
avant- corps étoient ornés de colonnes il en réfulteroit
plus d'agrément & de variété , fans qu'el-
Tes ôtaffent le jour, comme il le croit , puifqu'il y
en a à la façade de Verfailles qui n'obfcurciffent
point la grande galerie .
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
de magnificence fupérieure , ou au moins
égale à celle de la façade de l'entrée , il
auroit voulu fans doute le même périftile ,
mais percé par des croifées , ce qui eût
été impoffible. Ces croifées placées dans
un renfoncement de dix-fept pieds , auroient-
elles éclairé fuffifamment les
appartemens
, & n'y auroient- elles pas plutôt
jetté le fombre & la trifteffe d'un faux jour
plus infupportable que l'entiere obfcurité ?
Un autre inconvénient que l'on n'auroit
jamais pû fauver dans la continuation du
périftile , c'étoit de ne pouvoir rendre les
appartemens de cette partie doubles , &
par conféquent habitables par Sa Majefté
dans des jours de fêtes .
Je paffe fous filence ce qu'il dit de l'intérieur
de la cour : il convient avec raifon
de l'embarras prefque invincible où
furent alors les Architectes , ou de continuer
l'attique , ou en le fupprimant , de
raccorder la nouvelle architecture avec
l'ancienne. Les plus habiles de nos jours
ont tenté d'imaginer pour cet accord un
meilleur deffein que celui qu'on a exécuté
en partie , & ils ont tous avoué que leurs
efforts ont été fans fuccès.
L'Auteur finit fa critique par une affertion
dont on pourra lui difputer la vérité ;
c'eft que tout changement dans un ouvra
JUIN. 1755. 155
ge
confacré à la vénération publique , paroîtra
toujours un crime. Je puis lui répondre
que s'il eût propofé quelque chofe
de nouveau & d'un meilleur accord que
ce que l'on a exécuté dans les façades intérieures
, le public fenfé & éclairé en eût
été très - reconnoiffant , & auroit penſé
comme luis qu'une critique fondée concourt
à l'avantage des arts qu'elle éclaire , & que
les murmures ne doivent jamais empêcher
de publier ce que le goût , d'accord avec la
raison , ont approuvé. ( k )
(k ) Le réſultat de ces deux écrits eft que l'Auteur
de la lettre eft fondé dans le reproche qu'il
fait au Cenfeur du Louvre d'avoir parlé avec trop
peu de ménagement d'un édifice qui fait & qui
fera toujours , malgré fes défauts , l'admiration
de tous les gens de goût ; cependant on ne peut
pas dire que la cenfure de ce Critique manque
de jufteffe , mais qu'elle eft déplacée , dans un
tems où tous les vrais citoyens voyent avec un
plaifir qui tient du transport les préparatifs qu'on
fait pour achever ce ſuperbe monument, Elle paroit
d'autant plus repréhenfible que la multitude
non inftruite peut en conclure , que ce n'eft pas
la peine de finir un ouvrage dont on releve les
défauts avec tant d'amertume , & que d'ailleurs
il y a quelque ingratitude à reconnoître fi mal
le zéle de ceux qui s'occupent du foin de le faire
porter à fon entiere perfection.
Lettre de M.... à M. le Comte de Ch.
fur le Louvre. (a )
E veux vous faire part, Monfieur , d'une
queje
viens de voir dans le Mercure d'Avril . Je
connois la chaleur de votre intérêt pour ce
célebre monument , & je crois vous donner
une preuve finguliere de mon amitié ,
en vous expofant les prétendus défauts
qu'attaque ce cenfeur anonyme.
Il m'a paru un homme de l'art , mais on
découvre aifément à travers les éloges qu'il
donne à ce beau monument , que fon admiration
eft plus contrainte que fincere. Il
demande d'abord qu'on lui permette quelques
réflexions hazardées fur un de ces chefsd'oeuvres
des arts ( b ) faits pour être adorés
aveuglément dans un fiecle d'enthousiasme
& de préjugés ( reconnoît- on à ces traits
le fiécle de Louis XIV ? ) ( c) maisfaits pour
( a ) Les notes qui accompagnent cette lettre
Tont d'un Artiſte auffi éclairé qu'impartial.
(6) Le périftile.
(c) Non fans doute , le Cenfeur a pu le dire
être
JUIN. 1755. 145
être difcutés dans un fiècle fage , éclairé
enfin dans un fiécle philofophe comme le nôtre.
Ce fiécle , tout philofophe qu'il eft ,
pourra-t-il nous indiquer quelques- uns de
Les chefs - d'oeuvres qui ayent furpaffé ou
même approché de ceux du fiécle dernier
dans tous les genres ? ›
Une nouvelle du
preuve peu d'équité ,
& j'oſe dire du peu de goût de ce nouveau
cenfeur , c'eft qu'au lieu de faire élever
cette admirable façade , il eût fouhaité de
faire achever le Louvre fur les mêmes deffeins
de l'ancien ; & nous aurions , dit - il ,
fous les yeux le plus fuperbe palais de l'Europe.
L'on ne fçauroit marquer un mépris
plus injurieux pour l'architecture de Perrault
qu'en lui préférant un édifice où l'on
ne trouve ni compofition , ni proportions ,
en général de tout fiécle où l'on n'auroit pas les
lumieres néceflaires pour diftinguer ce qui eft digne
d'admiration de ce qui eft repréhensible ; il
n'y a nulle apparence que dans le fiécle paffé ce
grand ouvrage ait échappé à la critique de tant
d'habiles Artiftes qui fe diftinguerent alors ; mais
il eft arrivé ce qui arrivera toujours : quelques
défauts qu'on puiffe démontrer dans un bel ou
vrage , ce qu'il a de beau lui attirera l'admiration
, & payera avec ufure pour les défauts qui
peuvent s'y rencontrer : de là l'inutilité des critiques
, fi ce n'eft pour l'inftruction de ceux qui
étudient , de peur qu'ils n'imitent ces défauts
comme confacrés.
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
ni régles. Trois frontons enclavés les
uns dans les autres , des Caryatides placées
à un fecond étage , des ornemens à la
vérité d'un bon deffein & d'une belle exécution
, mais prefque tous déplacés , fuperflus
& prodigués fans choix. ( d )
Sur quel fondement attribuer enfuite à
l'injuftice de l'amour propre des Architectes
de Louis XIV , le refus de fuivre cet
ancien plan qu'il eftime fi fort , pour y
fubftituer par vanité leurs propres idées ?
Ne fe préfentoit- il pas un motif plus naturel
& plus équitable ? celui de mettre à
profit dans une occafion fi heureuſe & fi
rare les progrès de l'efprit humain , celui
des connoiffances & des talens , la fcience
des vraies proportions , l'eftime & la pré-
( d ) L'Auteur tombe ici dans le même défaut
qu'il reproche à fon adverſaire , en faiſant la cririque
d'un morceau qui eft rempli d'affez de
beautés pour mériter fon refpect ; d'ailleurs, quand
fon antagoniſte a dit ce qu'il lui reproche , ce
n'eft point à cette partie du Louvre qu'il faifoit
allufion , mais à celle qui du côté de la riviere ſe
trouve maſquée par ce que M. Perrault a bâti devant
, & on a en effet lieu d'en regretter la perte ,
cette partie étant , au fentiment de plufieurs , plus
belle que ce qui la cache : il eft vrai qu'elle ne
pouvoit s'allier avec le périftile du Louvre ; mais
e - il ridicule de defirer que Perrault eût trouvé
le moyen
de faire une belle chofe fans en facri
fier une autre déja faite ?
JUIN. · 1755. 147
férence de ce beau fimple à l'abondance &
à la profufion des ornemens , reffource ordinaire
de l'ignorance & du défaut de goût ?
Que réfulte - t - il du fentiment de notre
Ariftarque ? une façade de palais fans
croifées , dont on n'a pu deviner jusqu'à
préfent l'ufage & la deftination , & dont les
inconvéniens font fans nombre , & les beautés
déplacées ? Il fe donne bien de garde de
nous détailler aucune de ces beautés , ni
d'en louer les perfections. Il commence par
chercher des défauts à cette façade , pour
affoiblir l'impreffion d'admiration dont
elle frappe tous les regards , en s'efforçant
de rendre cette admiration injufte & pref
que ridicule ; mais il n'eſt aifé de combattre
avec fuccès une approbation univerfelle
, & foutenue pendant le cours de
près d'un fiécle.
pas
Il dir que l'on n'a pu deviner jufqu'à
préfent la deftination de cette façade ; mais
n'auroit-il pas dû s'en informer avant de la
condamner ? Je crois pouvoir l'en inftruire
après avoir répondu à un reproche qu'il
fait à M. Perrault , & que ce grand architecte
n'a point mérité.
Il l'accufe de n'avoir interrompu la
communication de ce périftile que pour
faire une mauvaiſe arcade & une petite
porte . Quelle apparence qu'une porte auffi
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
fimple ait été chez un auffi grand compofiteur
l'objet de cette interruption ! le bon
fens peut-il adopter une idée fifinguliere ?
Ces deux périftiles ont chacun deux portes
à leurs deux extrêmités , qui leur font
fuffifantes. Etoit - il fenfé que l'architecte .
fupprimât ou gâtât ce beau pavillon du
milieu pour donner plus d'étendue à deux
périftiles qui ont chacun plus de trentecinq
toifes : d'ailleurs quelle raiſon a- t- il
d'appeller une mauvaife arcade une porte
dont les proportions font excellentes , & à
laquelle on ne pouvoit donner qu'une forme
ceintrée fans la rendre défectueufe ?
Eft-il mieux fondé de blâmer la petite.
porte placée dans un renfoncement de
douze pieds de profondeur , & fans laquelle
il eût été impoffible de fermer le
Louvre ? Eût-on pû mettre des venteaux à
une ouverture de quarante-deux pieds de
hauteur ? Il étoit donc indifpenfable d'en
menager avec art une plus petite , que l'on
pûr ouvrir & fermer(e). Je reviens à l'ufage
f. 1
-L'Auteur.veut ici excufer un défaut inexcu→
fable , & qui eft reconnu univerfellement pour tel.
Je parle de cette porte ceintrée qui interrompt le
périftile en dedans & en dehors , ce n'eft pas là
deffus qu'il faut défendre Perrault : d'ailleurs it
eft inutile qu'une porte foit dans une autre , la
porte quarrée fufifoite, qus der
A
JUIN. 1755 . 149
& à la deſtination de cette façade , qui eft
pour notre critique un problême , & dont
je lui ai promis la folution .
Il est très- certain , & je l'ai fçu par Mrs
Defgot & Boffrand qui avoient connu M.
Perrault dans leur jeuneffe , que lorfque
Louis XIV déclara qu'il vouloit le frontifpice
de fon Louvre enrichi de tout ce
que l'architecture avoit acquis de perfection
fous fon regne , & de tout ce qu'elle
pouvoit produire de plus régulier en même-
tems , & de plus conforme aux belles
proportions & à la majeftueufe fimplicité
de l'architecture antique , il n'eut aucune
intention d'habiter jamais ce Palais , mais
feulement d'élever à fon entrée un édifice
dont la magnificence égalât & la grandeur
de fes idées , & la dignité d'une maifon que
la nation regardoit comme celle de fon
Roi , par les honneurs qu'il avoit attachés
à fes entrées. Il vouloit encore qu'elle pût
fervir aux fiécles à venir de monument &
de témoin évident & inconteſtable des
merveilles de fon regne dans tous les genres
, mais fur-tout dans celui de la perfection
des beaux Arts . Il y eut encore un autre
motif qui détermina à employer dans
cette façade tout ce que l'architecture avoit
de plus majestueux & de plus frappant . Le
deffein de M. Colbert étoit d'ouvrir une
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
large & belle rue vis- à-vis le Louvre , qui
auroit été continuée jufques à l'arc de
triomphe du fauxbourg S. Antoine , & qui
auroit fervi d'avenue au plus vafte palais
par fon enceinte qu'il y eût eu en Europe ,
puifqu'il étoit décidé qu'on éleveroit du
côté de la rue S. Honoré une galerie parallele
à l'ancienne qui eft fur la riviere ,
& qu'il n'y auroit aucun bâtiment entre le
Louvre & le palais des Tuileries. Quelle
décoration n'exigeoit pas l'objet d'un point
de vue d'une fi prodigieufe étendue ( ƒ) !
Louis XIV , en qui l'excellence d'un
goût naturel égaloit fon amour pour le
grand en tout , ne fut point fatisfait de
plufieurs deffeins qui lui furent préfentés ,
où les croifées n'avoient point été oubliées,
& fur-tout dans celui du Cavalier Bernin
(g ) : mais Perrault fçut faifir en ha-
(f)Toutes les raifons que l'Auteur apporte ici
autorifent Perrault à faire un monument de la
plus grande magnificence & d'une grandeur coloffale
, mais nullement à interrompre par une
arcade fon architecture , & à faire le milieu plein
& maffif comme il eft . A l'égard du défaut de croifées
, il est très-bien juftifié , parce qu'en effet les
niches préfenteront toujours un plus riche fpectacle
que des fenêtres.
(g ) Le projet du Bernin n'étoit pas à rejetter
parce qu'il y avoit des croifées , mais parce
qu'il ne valoit rien d'ailleurs.
JUIN. 1755- 151
bile homme l'avantage unique de la deftination
de cet édifice , & compofer cet admirable
frontifpice , où il n'étoit affervi
ni à la ftructure des palais ordinaires ni à
leurs façades percées à jour ; c'eft ce qui
lui fit concevoir & enfanter ce fublime
deffein , qui fut dans le même inſtant préfenté
, admiré & agréé par Louis XIV.
Voilà ce qui a échappé aux connoiffan
ces de l'auteur de la critique , & qui détruit
tous fes efforts pour dégrader ce bel
édifice . L'ignorance à la vérité de ce que
je viens de lui expofer , peut excufer &
même autorifer les erreurs qu'on trouve
dans la fuite de l'examen de cette façade
au fujet de fa deftination . Telle est l'impoffibilité
où l'on eût été d'y placer des
fpectateurs dans le milieu , à l'occafion des
fêtes qui auroient été données dans l'efpace
en face de ce Château ( b ) . Il n'eft cependant
pas vraisemblable qu'il n'ait jamais
oui parler du fuperbe carroufel donné
par Louis XIV dans la cour du palais
(b ) Il ne s'enfuit pas de ce que les fêtes publiques
pouvoient fe donner dans la cour des Tuileries
, qu'il fût néceffaire de remplir le milieu
du périftile , de telle maniere que perfonne ne pût
s'y placer pour voir le beau coup d'oeil de cette
grande rue , projettée jufqu'à l'arc de triomphe da
fauxbourg S, Antoine.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
·
des Tuileries qui en a gardé le nom , &
que cette cour étant beaucoup plus fpacieufe
que celle du Louvre , elle eût par
conféquent toujours été choifie pour des
fêtes . Notre Cenfeur auroit encore pû deviner
la deſtination de ce palais par une
réflexion bien fimple : c'eft que le palais
le plus fuperbe ne fçauroit être digne d'un
Roi , s'il n'a fous fes yeux & à fa bienſéance
les agrémens & la promenade d'un magnifique
jardin. Ces réflexions euffent peutêtre
moderé la vivacité de fa critique , &
l'euffent obligé de donner à Perrault les éloges
qu'il mérite , quoique l'on apperçoive
dans fes remarques une confpiration déclarée
contre notre admiration. Ce Cenfeur
peu équitable n'ayant pû fe faire illufion fur
la foibleffe des coups qu'il a portés à cette
façade admirable , qui fe bornent à fon
inutilité apparente & à l'interruption des
deux périftiles , a cherché des défauts
dans l'architecture de la façade de ce palais
du côté de la riviere , mais avec auffi
peu de fuccès. Il prétend que c'eft dans
cette partie du Louvre que Perrault avoit
eu intention de placer l'appartement du
Roi dans cette fuppofition il s'éleve vivement
contre la fimplicité indécente de
fa décoration extérieure ; il la blâme d'être
fans avant corps qui interrompent par -
UIN. 1755.
153
des repos & des maffes l'ennuyeufe monotonie
qui y regne. Cette premiere critique
tombe d'elle- même , puifque l'on
voit dans cette façade trois avant-corps ,
l'un dans le milieu qui devoit être couronné
d'un grand fronton orné de fculptures
, tel qu'il eft gravé dans les plans du
Louvre , d'après le deffein original de
Perrault , & qui font entre les mains de
tout le monde ; les deux autres font placés
aux pavillons des deux extrêmités. ( ż)
En fecond lieu , ce bâtiment dont la fimplicité
l'offenfe fi fort & le rend froid à
Les yeux , ne l'auroit point été fi les pilaftres
qui en décorent la face étoient cannelés
comme ils le doivent être , les chapitaux
corinthiens fculptés & les trois
corps décorés de médaillons couronnés de
mafques & de guirlandes , & de tous les
ornemens dont ils devoient être enrichis.
Lorfqu'il defire dans ce palais un progrès
A
(i ) L'Auteur défend mieux la façade du côté
de la riviere , qui feroit en effet plus riche fi les
pilaftres étoient cannelés & les ornemens finis ;
mais on ne peut nier que cette fuite de pilaftres
n'ait quelque chofe de nonotone , & que fi les
avant- corps étoient ornés de colonnes il en réfulteroit
plus d'agrément & de variété , fans qu'el-
Tes ôtaffent le jour, comme il le croit , puifqu'il y
en a à la façade de Verfailles qui n'obfcurciffent
point la grande galerie .
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
de magnificence fupérieure , ou au moins
égale à celle de la façade de l'entrée , il
auroit voulu fans doute le même périftile ,
mais percé par des croifées , ce qui eût
été impoffible. Ces croifées placées dans
un renfoncement de dix-fept pieds , auroient-
elles éclairé fuffifamment les
appartemens
, & n'y auroient- elles pas plutôt
jetté le fombre & la trifteffe d'un faux jour
plus infupportable que l'entiere obfcurité ?
Un autre inconvénient que l'on n'auroit
jamais pû fauver dans la continuation du
périftile , c'étoit de ne pouvoir rendre les
appartemens de cette partie doubles , &
par conféquent habitables par Sa Majefté
dans des jours de fêtes .
Je paffe fous filence ce qu'il dit de l'intérieur
de la cour : il convient avec raifon
de l'embarras prefque invincible où
furent alors les Architectes , ou de continuer
l'attique , ou en le fupprimant , de
raccorder la nouvelle architecture avec
l'ancienne. Les plus habiles de nos jours
ont tenté d'imaginer pour cet accord un
meilleur deffein que celui qu'on a exécuté
en partie , & ils ont tous avoué que leurs
efforts ont été fans fuccès.
L'Auteur finit fa critique par une affertion
dont on pourra lui difputer la vérité ;
c'eft que tout changement dans un ouvra
JUIN. 1755. 155
ge
confacré à la vénération publique , paroîtra
toujours un crime. Je puis lui répondre
que s'il eût propofé quelque chofe
de nouveau & d'un meilleur accord que
ce que l'on a exécuté dans les façades intérieures
, le public fenfé & éclairé en eût
été très - reconnoiffant , & auroit penſé
comme luis qu'une critique fondée concourt
à l'avantage des arts qu'elle éclaire , & que
les murmures ne doivent jamais empêcher
de publier ce que le goût , d'accord avec la
raison , ont approuvé. ( k )
(k ) Le réſultat de ces deux écrits eft que l'Auteur
de la lettre eft fondé dans le reproche qu'il
fait au Cenfeur du Louvre d'avoir parlé avec trop
peu de ménagement d'un édifice qui fait & qui
fera toujours , malgré fes défauts , l'admiration
de tous les gens de goût ; cependant on ne peut
pas dire que la cenfure de ce Critique manque
de jufteffe , mais qu'elle eft déplacée , dans un
tems où tous les vrais citoyens voyent avec un
plaifir qui tient du transport les préparatifs qu'on
fait pour achever ce ſuperbe monument, Elle paroit
d'autant plus repréhenfible que la multitude
non inftruite peut en conclure , que ce n'eft pas
la peine de finir un ouvrage dont on releve les
défauts avec tant d'amertume , & que d'ailleurs
il y a quelque ingratitude à reconnoître fi mal
le zéle de ceux qui s'occupent du foin de le faire
porter à fon entiere perfection.
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Résumé : ARCHITECTURE. Lettre de M.... à M. le Comte de Ch. sur le Louvre. (a)
La lettre de M.... à M. le Comte de Ch. aborde une critique anonyme publiée dans le Mercure d'avril concernant l'architecture du Louvre. L'auteur de la lettre reconnaît l'intérêt du comte pour ce monument et partage les critiques formulées par le censeur anonyme, qualifié d'homme de l'art. Ce dernier propose des réflexions sur le Louvre, affirmant que les œuvres du siècle de Louis XIV doivent être adorées aveuglément, tandis que le siècle actuel, plus sage et éclairé, peut les discuter. Le censeur critique la façade actuelle, préférant l'achèvement du Louvre selon les anciens plans, qu'il juge plus superbe. Il reproche à l'architecture de Perrault son manque de composition et de proportions, et déplore l'absence de croisées. La lettre défend Perrault en expliquant que Louis XIV n'avait pas l'intention d'habiter le Louvre, mais de créer un monument magnifiquement décoré pour témoigner de la grandeur de son règne. Elle souligne également que la façade actuelle répondait à un projet urbanistique ambitieux, incluant une large rue et une galerie parallèle. La critique du censeur est jugée inéquitable et manquant de goût, notamment en ce qui concerne l'interruption des péristyles et l'absence de croisées. Le texte discute également des défis architecturaux rencontrés lors de la construction de la façade du château de Versailles. L'auteur souligne que, bien que la grande galerie soit bien éclairée, il aurait été impossible de percer des croisées dans la façade pour éclairer les appartements sans créer une lumière insupportable. De plus, la continuité du péristyle aurait empêché de rendre les appartements doubles et habitables lors des jours de fête. L'auteur reconnaît les difficultés rencontrées par les architectes pour concilier l'ancienne et la nouvelle architecture, et mentionne que même les experts actuels n'ont pas trouvé de meilleure solution. La critique se termine par une réflexion sur les changements apportés aux ouvrages consacrés à la vénération publique, qualifiés de 'crime'. L'auteur répond que des critiques constructives peuvent contribuer à l'amélioration des arts. La censure du critique est jugée mal placée, surtout en période de préparatifs pour achever le monument, et pourrait décourager le public non instruit et sembler ingrate envers ceux qui travaillent à la perfection de l'ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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360
p. 44-46
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Début :
J'admire un heureux choix dans ces sujets champêtres. [...]
Mots clefs :
Peintres d'Italie, Carlo Maratta, Paul Véronèse, Camillo Procaccini, Annibale Carracci, Jacopo Bassano, Peintres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
PORTRAITS
DE CINQ FAMEUX PEINTRES
J'Adn
D'ITALIE.
Jacques Baffan.
' Admire un heureux choix dans ces fujets
champêtres.
Ils mettent fous mes yeux l'efprit des livres
faints.
Quel pinceau ferme & gras ! non , non les plus
grand maîtres ,
D'un fuccès plus brillant n'ont pas eu leurs fronts
ceints.
Loin de noyer fa touche , il eft plein de franchife
,
L'expreffion s'y trouve , & l'effet en furprend.
Payfage , animaux , portraits , tout y maîtrife.
Tromper eft pour le Peintre un triomphe écla
tant.
Annibal Carrache.
La maniere , le goût qu'Annibal fe forma ,
A fes Maîtres enfin fervirent de modele.
De fon feu la Peinture avec foin l'anima ;
Et bientôt à Bologne il s'y montra fidele .
JUILLE T. 1755. 45
*
Quel ouvrage divin je vois la poësie
Applaudir au pinceau de ce fier féducteur ;
Et pleine du tranfport dont le beau l'a faifie
Elle fourit , embraffe , & reconnoît fa foeur.
Camille Proccaffini.
Qui préfente à mes yeux ces contours reffentis ?
Seroit-ce le pinceau d'un fecond Michel - Ange ?
L'ordonnance , la main , l'efprit , le coloris ,
Tout fe difpute ici le prix de la louange .
Ce corps vit , il fe meut par un pouvoir divin ,
L'expreffion ravit dans ce bel air de tête .
Si Camille à fa fougue eût toujours mis un frein ,
Nature l'eût créé fon premier interprête.
Paul Veroneze.
Que de feu , de grandeur , quelle magnificence !
Non , non , Peintre charmant , tu n'a point de
rivaux.
Plus ton pinceau s'éleve , & plus fon excellence
Immortalife tes travaux.
Tes chefs-d'oeuvres font ceux du génie & des graces
:
L'amateur éclairé les dévore des
yeux :
* On peut regarder la galerie Farnese peinte à
Pologne , comme un vrai poëme. Le Pouffin difoit
que dans cet ouvrage Annibal avoit furpallé tous
les Peintres , qui l'avoient précédé qu'il s'étoit
auſſi ſurpaſſé lui-même.
I
46 MERCURE DE FRANCE.
La nature partout y reconnoît ſes traces
Et s'étonne d'y voir le coloris des Dieux.
Carle Maratte.
>
La Peinture fourit aux graces de Maratte
C'est le reftaurateur du divin Raphaël.
Ce qui fait le grand Maître en fes tableaux éclate,
Il rend l'ame & les traits de la Reine du ciel .
A ce dernier talent * on crut qu'il ſe bornoit :
Mais peignant Conftantin qui renverſe l'idole ,
Il détruifit le faux bruit qui couroit.
En vain fa modestie aux honneurs s'oppofoit ,
Il en reçut au Capitole.
* On difoit qu'il ne fçavoit bien peindre que des
Vierges, fes confreres le nommoient par dériſion
Carluccio delle Madonne ; mais le baptiftaire de
S. Jean de Latran fit bientôt ceffer ce bruit.
DE CINQ FAMEUX PEINTRES
J'Adn
D'ITALIE.
Jacques Baffan.
' Admire un heureux choix dans ces fujets
champêtres.
Ils mettent fous mes yeux l'efprit des livres
faints.
Quel pinceau ferme & gras ! non , non les plus
grand maîtres ,
D'un fuccès plus brillant n'ont pas eu leurs fronts
ceints.
Loin de noyer fa touche , il eft plein de franchife
,
L'expreffion s'y trouve , & l'effet en furprend.
Payfage , animaux , portraits , tout y maîtrife.
Tromper eft pour le Peintre un triomphe écla
tant.
Annibal Carrache.
La maniere , le goût qu'Annibal fe forma ,
A fes Maîtres enfin fervirent de modele.
De fon feu la Peinture avec foin l'anima ;
Et bientôt à Bologne il s'y montra fidele .
JUILLE T. 1755. 45
*
Quel ouvrage divin je vois la poësie
Applaudir au pinceau de ce fier féducteur ;
Et pleine du tranfport dont le beau l'a faifie
Elle fourit , embraffe , & reconnoît fa foeur.
Camille Proccaffini.
Qui préfente à mes yeux ces contours reffentis ?
Seroit-ce le pinceau d'un fecond Michel - Ange ?
L'ordonnance , la main , l'efprit , le coloris ,
Tout fe difpute ici le prix de la louange .
Ce corps vit , il fe meut par un pouvoir divin ,
L'expreffion ravit dans ce bel air de tête .
Si Camille à fa fougue eût toujours mis un frein ,
Nature l'eût créé fon premier interprête.
Paul Veroneze.
Que de feu , de grandeur , quelle magnificence !
Non , non , Peintre charmant , tu n'a point de
rivaux.
Plus ton pinceau s'éleve , & plus fon excellence
Immortalife tes travaux.
Tes chefs-d'oeuvres font ceux du génie & des graces
:
L'amateur éclairé les dévore des
yeux :
* On peut regarder la galerie Farnese peinte à
Pologne , comme un vrai poëme. Le Pouffin difoit
que dans cet ouvrage Annibal avoit furpallé tous
les Peintres , qui l'avoient précédé qu'il s'étoit
auſſi ſurpaſſé lui-même.
I
46 MERCURE DE FRANCE.
La nature partout y reconnoît ſes traces
Et s'étonne d'y voir le coloris des Dieux.
Carle Maratte.
>
La Peinture fourit aux graces de Maratte
C'est le reftaurateur du divin Raphaël.
Ce qui fait le grand Maître en fes tableaux éclate,
Il rend l'ame & les traits de la Reine du ciel .
A ce dernier talent * on crut qu'il ſe bornoit :
Mais peignant Conftantin qui renverſe l'idole ,
Il détruifit le faux bruit qui couroit.
En vain fa modestie aux honneurs s'oppofoit ,
Il en reçut au Capitole.
* On difoit qu'il ne fçavoit bien peindre que des
Vierges, fes confreres le nommoient par dériſion
Carluccio delle Madonne ; mais le baptiftaire de
S. Jean de Latran fit bientôt ceffer ce bruit.
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Résumé : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Le texte présente des portraits de cinq célèbres peintres italiens. Jacques Baffan admire J'Adn pour ses sujets champêtres, la fermeté de son pinceau, et sa maîtrise des paysages, animaux et portraits. Annibal Carrache est loué pour avoir revitalisé la peinture avec son énergie et son goût, devenant un modèle à Bologne. Camille Proccaffini est comparé à Michel-Ange pour son ordonnance, sa technique, son esprit et son usage des couleurs, bien que sa fougue nécessitait parfois plus de contrôle. Paul Veroneze est célébré pour son feu, sa grandeur et sa magnificence, ses œuvres étant comparées à des poèmes. Enfin, Carle Maratte est décrit comme le restaurateur de Raphaël, capable de rendre l'âme et les traits des sujets qu'il peint, notamment la Vierge Marie et l'empereur Constantin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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361
p. 56-67
Lettre apologétique d'un Gentilhomme Italien à M. l'Abbé Prevot. Sur l'article du Journal étranger de Janvier 1755, qui a pour titre Introduction à la partie historique.
Début :
Plus l'Italie a sçu apprécier & goûter la saine morale que vous avez répandue [...]
Mots clefs :
Italie, Abbé Prévost, Mérite, Journal étranger, Poésie, Littérature, Art, Peintres, Architecture
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texteReconnaissance textuelle : Lettre apologétique d'un Gentilhomme Italien à M. l'Abbé Prevot. Sur l'article du Journal étranger de Janvier 1755, qui a pour titre Introduction à la partie historique.
Lettre apologétique d'un Gentilhomme
Italien à M. l'Abbé Prevot.
Sur l'article du Journal étranger de Janvier
1755 , qui a pour titre Introduction à
la partie hiftorique.
Plaine morale que vous avez répandue
Lus l'Italie a fçu apprécier & goûter la
dans vos Romans , chefs - d'oeuvre d'une
imagination vive & féconde , & d'un coeur
qui fans effort a adopté la vertu & réprouvé
le vice , plus elle a dû être fenfible aux
idées defavantageufes que vous donneriez
de fes habitans à qui n'en jugeroit que
d'après vos fuffrages. Mere des fciences &
des arts elle fe voit à regret accufée par
un juge auffi intégre qu'éclairé , d'en être
devenue la marâtre , & de n'avoir pas vou
lu conferver chez elle ce goût même qui y
avoit pris naiſſance.
Affez malheureux pour être né dans un
pays qui nefe reffemble plus , je le ne fuis pas
au point de négliger entierement fa réputation
. L'amour de la patrie, peut- être le
defir d'être éclairé par vos lumieres , m'ont
fait entreprendre fa juftification. Ces deux
principes qui me guident , méritent l'inJUILLET.
1755. 57
dulgence d'un auteur vertueux : daignez
en leur faveur pardonner à un étranger
des fautes de ſtyle ou de langage.
vous ,
Tous les étrangers conviennent , dites-
Monfieur , que cette belle partie de
Europe n'est plus que la dépofitaire oifive
des travaux de fes ancêtres ; les écoles n'y
font plus des corps fubfiftans de peinture ...
L'art refte encore ; mais les ouvriers manquent
à lart .
Sans entrer dans une difcuffion , qui n'eſt
point de ma compétence , fur la derniere
de ces phrafes , qui pourroit être regardée
même par un François comme peu intellible
, permettez que j'en examine ce qui
fait mon objet : La vérité.
Pour que l'Italie fut la dépofitaire oifive
des travaux de fes ancêtres , il faudroit
néceffairement , de deux chofes l'une , ou
qu'on n'y travaillât plus du tout dans les
mêmes genres , ou qu'on trouvât ( .chez
fes voisins qui fe font élevés , tandis qu'elle
s'eft mal foutenue ) des Artiſtes fort fupérieurs.
Quant à la premiere de ces propofitions
il faudroit , Monfieur , que vous cuffiez
paffé vos jours dans le trifte tombeau de
Selima , pour ignorer avec quelle ardeur
on cultive encore en Italie la peinture , la
fculpture & l'architecture .
Cv
58 MERCURE DE FRANCE..
La feconde propofition mérite un peut
plus d'être difcutée.
Quoiqu'il foit peut- être vrai que nous
ne fuivions
pas d'affez près les grands modeles
du fiécle de Léon X , il faut voir fi
les arts de l'Italie font fi fort dégénérés
dans le nôtre , qu'on ne puiffe les comparer
à ceux de fes voifins.
Peut-être , Monfieur , avec l'étendue
de connoiffances que vous poffedez , découvrirez-
vous parmi eux des Peintres fupérieurs
à l'Espagnolet , au Tréviſan , à Sebaftien
Coucha , à Solimene , à Carle Maratte
, au Tripolo , au Piazzetta , au Panini
tous de ces derniers tems , & dont quelques-
uns jouiffent encore de leur réputation.
La France qui a fur ce point le tort
de ne pas penfer comme vous , tache en
attendant d'enrichir fes galeries des ouvrages
de ces Artiſtes médiocres , guidés uniquement
par leur instinct mêlé de goût &
de raifon , tandis que notre pauvre Italie
n'a pas encore décoré les fiennes des morceaux
rares & précieux de vos Peintres
modernes non qu'elle leur refufât le génie
& le talent , mais parce qu'elle les croiroit
un peu moins approchant des grands
modeles de Raphaël , du Titien , des Carraches
dont elle eft l'oifive dépofutaire. Les
noms fameux de leurs fucceffeurs que je
JUILLET. 1755. 59
viens de vous indiquer , vous prouveront
du moins les ouvriers ne manquent
point à l'art , au moins dans ce genre.
que
L'architecture & la fculpture s'y fou
tiennent de même avec un vif empreffement
d'atteindre à la perfection des grands
modeles . Un homme de condition qui s'eft
adonné en homme de génie * au premier
de ces arts , ne nous laifferoit point regretter
le fiécle de Vitruve , s'il ne falloit
que du talent pour exécuter de grandes
chofes. Tout ce qui nous refte de la belle
antiquité , eft devenu inimitable ; non
pas faute de goût ni de lumieres dans nos
artiftes , mais faute de moyens dans ceux
qui les emploient . Où prendroient nos
Architectes les fonds néceffaires à la conftruction
de ces thermes , ces amphithéatres
, ces cirques , ces arcs de triomphe ,
ces temples , ces palais , ornemens de l'ancienne
Rome ? Maîtreffe de l'univers elle
pouvoit fournir à ces dépenfes prodigieufes
. Des Etats dont les bornes font refferrées
, les revenus médiocres , les citoyens
peu riches , ne peuvent fans donner dans le
ridicule , envifager de fi grands objets.
Pour juger fainement du talent des Ar-
M. le Comte Alfieri , Architecte de S. M. le
Roi de Sardaigne.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
tiſtes, il faut examiner fi dans la proportion
des moyens , leurs ouvrages ont atteint le
vrai beau. Sans remonter plus haut que le
Pontife regnant , je ne vous citerai de Rome
que la feule fontaine de Trevi : oppofez-
lui , Monfieur , la plus belle des vôtres.
Ecoutez vos Artiſtes même les plus diftingués
, vos Académiciens jufqu'au Mécene *
qui dirige , qui éclaire , qui anime leurs
travaux , tous éleves de l'Italie , ils lui doivent
trop pour ne pas prendre fa défenfe .
Ce feroit entrer dans une difcuffion dont
on eft déja fatigué , que de m'étendre ici
fur notre Mufique ; il fuffit qu'en général
on lui accorde la fupériorité.
J'aime fi fort , Monfieur , à m'en rapporter
à vos décifions , que je ne vous
difputerai point l'origine de la langue
italienne . Je crois avec vous qu'elle tire
fa fource du Grec & du Latin ; mais je ne
fçaurois vous paffer , Monfieur , cette application
que vous nous fuppofez à décliner
de notre fource : nous y puifons.
journellement , non feulement les termes ,
mais les phraſes entieres ; & nos Académiciens
della Crufca en adoptent entierement
la fyntaxe. Ce n'eft , décidez -vous , qu'à
Rome & à Florence qu'elle fe conferve dans
toute fa pureté. Mais que diriez - vous de
quelqu'un qui affureroit qu'on ne parle
JUILLET. 1755. 61.
François qu'à Blois , & Allemand qu'à
Leipfick ? Vous avez confondu avec la
langue même les différens idiômes du même
peuple que vous appellés en France
patois. Penfez-y , Monfieur , & lifez nos
écrits modernes , vous verrez que les gens
de lettres parlent ou du moins écrivent
auffi-bien à Naples qu'à Rome , à Padoue
qu'à Florence , & ainfi de toutes les langues
de l'univers.
Pardonnez , fi j'appelle auffi de l'arrêt
que vous prononcez fur le mérite de cette
langue : Vous avez la bonté de lui accorder
la moleffe & la douce harmonie, mais
vous lui refuſez la force & l'énergie :
Souffrez , Monfieur , une queftion qui ne
doit jamais offenfer un homme de lettres
lorfqu'il cherche la vérité. La connoiffezvous
affez cette langue & les morceaux de
force qu'elle a produits , pour donner un
certain dégré d'autenticité à l'oracle que
vous prononcez ? Lifez , s'il vous plaît ,
ces huit ou dix vers que je cite au hazard ,
de quelqu'un qui n'eft pas auteur de profeffion
* , ( c'eft le defefpoir d'un amant ; )
vous me direz de bonne foi fi vous connoiffez
un crayon plus noir & plus énergique.
* M. le Comte Pietro Scoți de Sarmato.
62 MERCURE DE FRANCE.
Tra balge & rupi inpenetrabile fia
Latro ritiro ; urli di lupi ogn'ora ,
Turbino i fonni , e la nafcente aurora »
Tarda ritorni a ricondurre il giorno.
Forbida luce de Digiuno fuoco .
Qual ne i fepolcri la pietá racchiude
O poco fcemi , o crefca orrore al loco,
Qui federommi al mio dolor Vicino ,
Stanco d'effer materia all ' atra incude
Del fiero amore del crudel deftino.
Je me flate , Monfieur , que vous ne
refuferez pas plus à ces vers la force &
l'énergie que le fon & l'harmonie : La
peinture y eft affreufe , mais d'une vérité
frappante ; & ne diroit- on pas que l'ima
gination qui en a broyé les couleurs , avoit
pris fes nuances dans Cleveland , ou l'Homme
de qualité ?
λ
Mais laiffons enfin les arts agréables
pour nous élever jufqu'aux fciences fublimes.
Je fuis trop preffé de vous remercier
au nom de toute ma nation de ce que
vous lui permettez d'avoir fes Hiftoriens ,
fes Philofophes & fes Poëtes , pour m'ar
rêter plus long-tems à des objets fur lef
quels je crois l'avoir fuffisamment juftifiée.
Je crois voir cependant que ce petit éloge
n'eft qu'un buiffon de fleurs deftiné à cacher
un ferpent : J'apperçois trop que vous
JUILLE T. 1755. 03
.
nous refufez la folidité néceffaire pour
les recherches profondes , la jufteffe d'efprit
fans laquelle on ne peut imaginer ,
fuivre & détailler un fyftême , la longue
& patiente méditation par laquelle on parvient
à la connoiffance des vérités philofophiques.
MM. d'Alembert & Clairault ,
Mathématiciens françois , que l'Italie fait
gloire d'honorer & de refpecter , vous diront
cependant qu'ils eftiment un Marquis
Poleni , un Zachieri , & beaucoup d'autres
dont les noms peut- être vous font inconnus
des études différentes détournoient
votre attention ) ; mais ils n'ont
point échappé aux autres Mathématiciens
de l'Europe. M. Morand , que les étrangers
n'en eftiment pas moins , parce que
la France l'admire , daigne avouer Morgagni
& Molinelli . Vous n'avez point de
Botanifte qui ne faffe le plus grand cas de
Pontedera , & la Tofcane feule fournit
plufieurs Naturaliftes dont les Buffon &
les Réaumur n'ignorent dès long-tems ni
l'existence ni le mérite . Ajoutons à ces
noms célebres deux femmes illuftres dignes
rivales de votre Emilie , Mefdames Baffi &
Agnefi que les Italiens & les étrangers admirent
également , & dans leurs profonds
écrits & dans les chaires de Profeffeurs ,
que la premiere remplit à Bologne.
64 MERCURE DE FRANCE.
Si vous aviez connu , Monfieur , tous
ces noms déja confacrés dans les faftes
du fçavoir , auriez vous foupçonné nos
Philofophes de ne pouvoir fe garantir des
préjugés de la Magie & de l'Aftrologie 2 à
ce foupçon ma réponſe eft bien fimple
Long - tems avant les procès fameux de
Gauffredi , d'Urbain Grandier , de la Maréchale
d'Ancre & d'autres affaires d'éclat
qui plus récemment ont occupé la France ,
nos Philofophes & nos fçavans ne parloient
déja plus de Magie. A l'égard de
l'Aftrologie lifez vos hiftoriens , ils vous
diront que la France commença de s'en
entêter lorfque l'Italie achevoit de s'en
defabufer ; mais avouons de bonne foi
qu'on s'en moque aujourd'hui autant d'un
côté que de l'autre.
,
J
» Il s'en faut beaucoup que l'Italie mo-
» derne ait des modeles à nous offrir , ni
» qu'elle approche de ceux qu'elle a reçus
» comme nous de l'Italie latine . Tel eft ,
Monfieur votre jugement au fujet de
l'hiftoire ; il eft vrai que nous n'avons plus
les Tites Live , les Salufte , les Tacite
& c , mais nous refuferez - vous Guicciardin
, Macchiaveli , Bembo , Davila , Frapaolo;
& de nos jours les Gianoni , les
Muratori & les Burnamici . Vous avez
affurement lû ces hiftoriens , convenez
JUILLET. 175 5 :
qu'ils auroient mérité votre approbation .
Sur l'éloquence de la chaire , vous êtes
encore en défaut ; vous nous accufez ,
Monfieur , d'un vice que nous condamnons
dans le mauvais fiécle du Seicento
où les Bifchicci , les Allegories , & mille
autres puérilités de même nature remplaçoient
fouvent la morale , l'onction & let
raifonnement . Revenus nous - mêmes de
notre erreur paffée nous déplorons les fautes
de nos ancêtres , & nous blâmons autant
les modernes qui y retombent que
ceux qui nous condamnent fans nous connoître.
Que répondriez-vous à un critique
qui jugeroit vos prédicateurs fur les fermons
de Coiffereau , ou fur les capucinades
de vos Miffionaires.
Je ne vous fuivrai point à la piſte dans
le labyrinthe des phrafes un peu entortillées
, où vous déclamez contre notre genre
dramatique : Je ne vous faifirai qu'au paffage
, où vous imaginez ne pas bleffer la
vraiſemblance en ofant avancer qu'en Italie
c'est l'imperfection de la fociété , le peu de
commerce entre les deux fexes qui a retardé
les progrès du théatre comique . Je reſpecte
trop les gens
de lettres , & vous particu-:
lierement , Monfieur , pour vous paffer
les propofitions que vous hazardez à ce
fujet.
,
66 MERCURE DE FRANCE.
A
Vous , Monfieur , qui fçavez , & qui
nous apprenez fi bien les moeurs de tant
de peuples dont on connoit à peine les
noms , comment avez - vous pu imaginer
les deux fexes auíli féparés que vous les
fuppofez en Italie ? fi moins attaché à vos
Penates vous aviez daigné employer quel
ques mois feulement à la connoiffance de
nos climats , vous auriez vû avec plaifir
que les deux fexes y font bien plus réunis
qu'à Paris. Là au lieu de fe raffembler a
T'heure d'un fouper on fe voit toute la
journée , toutes les maifons font ouvertes
à la bonne compagnie depuis le matin juſ
qu'affez avant dans la nuit , coutumé qui
rend inutile chez nous l'établiffement de
ces petites maiſons où chacun à Paris fem
ble chercher plutôt un afyle pour la liberté
& pour le plaifir qu'un théatre du fentiment
& des grandes paffions.
Je ferai , fi vous voulez , un peu plus
d'accord avec vous fur la rareté que vous
croyez voir en Italie de certains ouvrages
de pur agrément , tel que les pieces fugiti
ves , les effais , les mêlanges de littérature &
de poësie , & tant d'autres productions lé
geres dont la France abonde , & qui peuvent
recevoir le nom de liberiinage d'esprit.
Mais hélas ! Monfieur , croiriez- vous de
bonne foi que nous duffions tant vous en
JUILLET. 1753. 207
vier cette abondance , & vous fembler fi
fort à plaindre de n'écrire guères que pour
notre raiſon ?
Telles font , Monfieur , les obfervations
que j'ai crû devoir faire fur votre introduction
à la partie hiftorique. Avec moins
d'envie de mériter vos éloges , j'aurois
peut-être négligé la défenſe de ma patrie.
Je vous crois trop d'efprit , de modération
& d'impartialité pour ne pas m'en fçavoir
quelque gré. Un Journal étranger eft fait
pour plaire à toute l'Europe ; il ne faut
donc point qu'il prenne trop le goût du
terroir qui l'a produit ; & fi jamais il étoit
permis de s'écarter du vrai , du moins il
feroit plus fûr de flater que de cenfurer
trop légerement des nations entieres : celles-
ci pourroient à leur tour apprécier trop
vite l'auteur fur l'étiquete de l'ouvrage.
Italien à M. l'Abbé Prevot.
Sur l'article du Journal étranger de Janvier
1755 , qui a pour titre Introduction à
la partie hiftorique.
Plaine morale que vous avez répandue
Lus l'Italie a fçu apprécier & goûter la
dans vos Romans , chefs - d'oeuvre d'une
imagination vive & féconde , & d'un coeur
qui fans effort a adopté la vertu & réprouvé
le vice , plus elle a dû être fenfible aux
idées defavantageufes que vous donneriez
de fes habitans à qui n'en jugeroit que
d'après vos fuffrages. Mere des fciences &
des arts elle fe voit à regret accufée par
un juge auffi intégre qu'éclairé , d'en être
devenue la marâtre , & de n'avoir pas vou
lu conferver chez elle ce goût même qui y
avoit pris naiſſance.
Affez malheureux pour être né dans un
pays qui nefe reffemble plus , je le ne fuis pas
au point de négliger entierement fa réputation
. L'amour de la patrie, peut- être le
defir d'être éclairé par vos lumieres , m'ont
fait entreprendre fa juftification. Ces deux
principes qui me guident , méritent l'inJUILLET.
1755. 57
dulgence d'un auteur vertueux : daignez
en leur faveur pardonner à un étranger
des fautes de ſtyle ou de langage.
vous ,
Tous les étrangers conviennent , dites-
Monfieur , que cette belle partie de
Europe n'est plus que la dépofitaire oifive
des travaux de fes ancêtres ; les écoles n'y
font plus des corps fubfiftans de peinture ...
L'art refte encore ; mais les ouvriers manquent
à lart .
Sans entrer dans une difcuffion , qui n'eſt
point de ma compétence , fur la derniere
de ces phrafes , qui pourroit être regardée
même par un François comme peu intellible
, permettez que j'en examine ce qui
fait mon objet : La vérité.
Pour que l'Italie fut la dépofitaire oifive
des travaux de fes ancêtres , il faudroit
néceffairement , de deux chofes l'une , ou
qu'on n'y travaillât plus du tout dans les
mêmes genres , ou qu'on trouvât ( .chez
fes voisins qui fe font élevés , tandis qu'elle
s'eft mal foutenue ) des Artiſtes fort fupérieurs.
Quant à la premiere de ces propofitions
il faudroit , Monfieur , que vous cuffiez
paffé vos jours dans le trifte tombeau de
Selima , pour ignorer avec quelle ardeur
on cultive encore en Italie la peinture , la
fculpture & l'architecture .
Cv
58 MERCURE DE FRANCE..
La feconde propofition mérite un peut
plus d'être difcutée.
Quoiqu'il foit peut- être vrai que nous
ne fuivions
pas d'affez près les grands modeles
du fiécle de Léon X , il faut voir fi
les arts de l'Italie font fi fort dégénérés
dans le nôtre , qu'on ne puiffe les comparer
à ceux de fes voifins.
Peut-être , Monfieur , avec l'étendue
de connoiffances que vous poffedez , découvrirez-
vous parmi eux des Peintres fupérieurs
à l'Espagnolet , au Tréviſan , à Sebaftien
Coucha , à Solimene , à Carle Maratte
, au Tripolo , au Piazzetta , au Panini
tous de ces derniers tems , & dont quelques-
uns jouiffent encore de leur réputation.
La France qui a fur ce point le tort
de ne pas penfer comme vous , tache en
attendant d'enrichir fes galeries des ouvrages
de ces Artiſtes médiocres , guidés uniquement
par leur instinct mêlé de goût &
de raifon , tandis que notre pauvre Italie
n'a pas encore décoré les fiennes des morceaux
rares & précieux de vos Peintres
modernes non qu'elle leur refufât le génie
& le talent , mais parce qu'elle les croiroit
un peu moins approchant des grands
modeles de Raphaël , du Titien , des Carraches
dont elle eft l'oifive dépofutaire. Les
noms fameux de leurs fucceffeurs que je
JUILLET. 1755. 59
viens de vous indiquer , vous prouveront
du moins les ouvriers ne manquent
point à l'art , au moins dans ce genre.
que
L'architecture & la fculpture s'y fou
tiennent de même avec un vif empreffement
d'atteindre à la perfection des grands
modeles . Un homme de condition qui s'eft
adonné en homme de génie * au premier
de ces arts , ne nous laifferoit point regretter
le fiécle de Vitruve , s'il ne falloit
que du talent pour exécuter de grandes
chofes. Tout ce qui nous refte de la belle
antiquité , eft devenu inimitable ; non
pas faute de goût ni de lumieres dans nos
artiftes , mais faute de moyens dans ceux
qui les emploient . Où prendroient nos
Architectes les fonds néceffaires à la conftruction
de ces thermes , ces amphithéatres
, ces cirques , ces arcs de triomphe ,
ces temples , ces palais , ornemens de l'ancienne
Rome ? Maîtreffe de l'univers elle
pouvoit fournir à ces dépenfes prodigieufes
. Des Etats dont les bornes font refferrées
, les revenus médiocres , les citoyens
peu riches , ne peuvent fans donner dans le
ridicule , envifager de fi grands objets.
Pour juger fainement du talent des Ar-
M. le Comte Alfieri , Architecte de S. M. le
Roi de Sardaigne.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
tiſtes, il faut examiner fi dans la proportion
des moyens , leurs ouvrages ont atteint le
vrai beau. Sans remonter plus haut que le
Pontife regnant , je ne vous citerai de Rome
que la feule fontaine de Trevi : oppofez-
lui , Monfieur , la plus belle des vôtres.
Ecoutez vos Artiſtes même les plus diftingués
, vos Académiciens jufqu'au Mécene *
qui dirige , qui éclaire , qui anime leurs
travaux , tous éleves de l'Italie , ils lui doivent
trop pour ne pas prendre fa défenfe .
Ce feroit entrer dans une difcuffion dont
on eft déja fatigué , que de m'étendre ici
fur notre Mufique ; il fuffit qu'en général
on lui accorde la fupériorité.
J'aime fi fort , Monfieur , à m'en rapporter
à vos décifions , que je ne vous
difputerai point l'origine de la langue
italienne . Je crois avec vous qu'elle tire
fa fource du Grec & du Latin ; mais je ne
fçaurois vous paffer , Monfieur , cette application
que vous nous fuppofez à décliner
de notre fource : nous y puifons.
journellement , non feulement les termes ,
mais les phraſes entieres ; & nos Académiciens
della Crufca en adoptent entierement
la fyntaxe. Ce n'eft , décidez -vous , qu'à
Rome & à Florence qu'elle fe conferve dans
toute fa pureté. Mais que diriez - vous de
quelqu'un qui affureroit qu'on ne parle
JUILLET. 1755. 61.
François qu'à Blois , & Allemand qu'à
Leipfick ? Vous avez confondu avec la
langue même les différens idiômes du même
peuple que vous appellés en France
patois. Penfez-y , Monfieur , & lifez nos
écrits modernes , vous verrez que les gens
de lettres parlent ou du moins écrivent
auffi-bien à Naples qu'à Rome , à Padoue
qu'à Florence , & ainfi de toutes les langues
de l'univers.
Pardonnez , fi j'appelle auffi de l'arrêt
que vous prononcez fur le mérite de cette
langue : Vous avez la bonté de lui accorder
la moleffe & la douce harmonie, mais
vous lui refuſez la force & l'énergie :
Souffrez , Monfieur , une queftion qui ne
doit jamais offenfer un homme de lettres
lorfqu'il cherche la vérité. La connoiffezvous
affez cette langue & les morceaux de
force qu'elle a produits , pour donner un
certain dégré d'autenticité à l'oracle que
vous prononcez ? Lifez , s'il vous plaît ,
ces huit ou dix vers que je cite au hazard ,
de quelqu'un qui n'eft pas auteur de profeffion
* , ( c'eft le defefpoir d'un amant ; )
vous me direz de bonne foi fi vous connoiffez
un crayon plus noir & plus énergique.
* M. le Comte Pietro Scoți de Sarmato.
62 MERCURE DE FRANCE.
Tra balge & rupi inpenetrabile fia
Latro ritiro ; urli di lupi ogn'ora ,
Turbino i fonni , e la nafcente aurora »
Tarda ritorni a ricondurre il giorno.
Forbida luce de Digiuno fuoco .
Qual ne i fepolcri la pietá racchiude
O poco fcemi , o crefca orrore al loco,
Qui federommi al mio dolor Vicino ,
Stanco d'effer materia all ' atra incude
Del fiero amore del crudel deftino.
Je me flate , Monfieur , que vous ne
refuferez pas plus à ces vers la force &
l'énergie que le fon & l'harmonie : La
peinture y eft affreufe , mais d'une vérité
frappante ; & ne diroit- on pas que l'ima
gination qui en a broyé les couleurs , avoit
pris fes nuances dans Cleveland , ou l'Homme
de qualité ?
λ
Mais laiffons enfin les arts agréables
pour nous élever jufqu'aux fciences fublimes.
Je fuis trop preffé de vous remercier
au nom de toute ma nation de ce que
vous lui permettez d'avoir fes Hiftoriens ,
fes Philofophes & fes Poëtes , pour m'ar
rêter plus long-tems à des objets fur lef
quels je crois l'avoir fuffisamment juftifiée.
Je crois voir cependant que ce petit éloge
n'eft qu'un buiffon de fleurs deftiné à cacher
un ferpent : J'apperçois trop que vous
JUILLE T. 1755. 03
.
nous refufez la folidité néceffaire pour
les recherches profondes , la jufteffe d'efprit
fans laquelle on ne peut imaginer ,
fuivre & détailler un fyftême , la longue
& patiente méditation par laquelle on parvient
à la connoiffance des vérités philofophiques.
MM. d'Alembert & Clairault ,
Mathématiciens françois , que l'Italie fait
gloire d'honorer & de refpecter , vous diront
cependant qu'ils eftiment un Marquis
Poleni , un Zachieri , & beaucoup d'autres
dont les noms peut- être vous font inconnus
des études différentes détournoient
votre attention ) ; mais ils n'ont
point échappé aux autres Mathématiciens
de l'Europe. M. Morand , que les étrangers
n'en eftiment pas moins , parce que
la France l'admire , daigne avouer Morgagni
& Molinelli . Vous n'avez point de
Botanifte qui ne faffe le plus grand cas de
Pontedera , & la Tofcane feule fournit
plufieurs Naturaliftes dont les Buffon &
les Réaumur n'ignorent dès long-tems ni
l'existence ni le mérite . Ajoutons à ces
noms célebres deux femmes illuftres dignes
rivales de votre Emilie , Mefdames Baffi &
Agnefi que les Italiens & les étrangers admirent
également , & dans leurs profonds
écrits & dans les chaires de Profeffeurs ,
que la premiere remplit à Bologne.
64 MERCURE DE FRANCE.
Si vous aviez connu , Monfieur , tous
ces noms déja confacrés dans les faftes
du fçavoir , auriez vous foupçonné nos
Philofophes de ne pouvoir fe garantir des
préjugés de la Magie & de l'Aftrologie 2 à
ce foupçon ma réponſe eft bien fimple
Long - tems avant les procès fameux de
Gauffredi , d'Urbain Grandier , de la Maréchale
d'Ancre & d'autres affaires d'éclat
qui plus récemment ont occupé la France ,
nos Philofophes & nos fçavans ne parloient
déja plus de Magie. A l'égard de
l'Aftrologie lifez vos hiftoriens , ils vous
diront que la France commença de s'en
entêter lorfque l'Italie achevoit de s'en
defabufer ; mais avouons de bonne foi
qu'on s'en moque aujourd'hui autant d'un
côté que de l'autre.
,
J
» Il s'en faut beaucoup que l'Italie mo-
» derne ait des modeles à nous offrir , ni
» qu'elle approche de ceux qu'elle a reçus
» comme nous de l'Italie latine . Tel eft ,
Monfieur votre jugement au fujet de
l'hiftoire ; il eft vrai que nous n'avons plus
les Tites Live , les Salufte , les Tacite
& c , mais nous refuferez - vous Guicciardin
, Macchiaveli , Bembo , Davila , Frapaolo;
& de nos jours les Gianoni , les
Muratori & les Burnamici . Vous avez
affurement lû ces hiftoriens , convenez
JUILLET. 175 5 :
qu'ils auroient mérité votre approbation .
Sur l'éloquence de la chaire , vous êtes
encore en défaut ; vous nous accufez ,
Monfieur , d'un vice que nous condamnons
dans le mauvais fiécle du Seicento
où les Bifchicci , les Allegories , & mille
autres puérilités de même nature remplaçoient
fouvent la morale , l'onction & let
raifonnement . Revenus nous - mêmes de
notre erreur paffée nous déplorons les fautes
de nos ancêtres , & nous blâmons autant
les modernes qui y retombent que
ceux qui nous condamnent fans nous connoître.
Que répondriez-vous à un critique
qui jugeroit vos prédicateurs fur les fermons
de Coiffereau , ou fur les capucinades
de vos Miffionaires.
Je ne vous fuivrai point à la piſte dans
le labyrinthe des phrafes un peu entortillées
, où vous déclamez contre notre genre
dramatique : Je ne vous faifirai qu'au paffage
, où vous imaginez ne pas bleffer la
vraiſemblance en ofant avancer qu'en Italie
c'est l'imperfection de la fociété , le peu de
commerce entre les deux fexes qui a retardé
les progrès du théatre comique . Je reſpecte
trop les gens
de lettres , & vous particu-:
lierement , Monfieur , pour vous paffer
les propofitions que vous hazardez à ce
fujet.
,
66 MERCURE DE FRANCE.
A
Vous , Monfieur , qui fçavez , & qui
nous apprenez fi bien les moeurs de tant
de peuples dont on connoit à peine les
noms , comment avez - vous pu imaginer
les deux fexes auíli féparés que vous les
fuppofez en Italie ? fi moins attaché à vos
Penates vous aviez daigné employer quel
ques mois feulement à la connoiffance de
nos climats , vous auriez vû avec plaifir
que les deux fexes y font bien plus réunis
qu'à Paris. Là au lieu de fe raffembler a
T'heure d'un fouper on fe voit toute la
journée , toutes les maifons font ouvertes
à la bonne compagnie depuis le matin juſ
qu'affez avant dans la nuit , coutumé qui
rend inutile chez nous l'établiffement de
ces petites maiſons où chacun à Paris fem
ble chercher plutôt un afyle pour la liberté
& pour le plaifir qu'un théatre du fentiment
& des grandes paffions.
Je ferai , fi vous voulez , un peu plus
d'accord avec vous fur la rareté que vous
croyez voir en Italie de certains ouvrages
de pur agrément , tel que les pieces fugiti
ves , les effais , les mêlanges de littérature &
de poësie , & tant d'autres productions lé
geres dont la France abonde , & qui peuvent
recevoir le nom de liberiinage d'esprit.
Mais hélas ! Monfieur , croiriez- vous de
bonne foi que nous duffions tant vous en
JUILLET. 1753. 207
vier cette abondance , & vous fembler fi
fort à plaindre de n'écrire guères que pour
notre raiſon ?
Telles font , Monfieur , les obfervations
que j'ai crû devoir faire fur votre introduction
à la partie hiftorique. Avec moins
d'envie de mériter vos éloges , j'aurois
peut-être négligé la défenſe de ma patrie.
Je vous crois trop d'efprit , de modération
& d'impartialité pour ne pas m'en fçavoir
quelque gré. Un Journal étranger eft fait
pour plaire à toute l'Europe ; il ne faut
donc point qu'il prenne trop le goût du
terroir qui l'a produit ; & fi jamais il étoit
permis de s'écarter du vrai , du moins il
feroit plus fûr de flater que de cenfurer
trop légerement des nations entieres : celles-
ci pourroient à leur tour apprécier trop
vite l'auteur fur l'étiquete de l'ouvrage.
Fermer
Résumé : Lettre apologétique d'un Gentilhomme Italien à M. l'Abbé Prevot. Sur l'article du Journal étranger de Janvier 1755, qui a pour titre Introduction à la partie historique.
La lettre apologétique d'un gentilhomme italien adressée à l'abbé Prévost répond à un article du *Journal étranger* de janvier 1755, qui critiquait l'Italie en la qualifiant de 'marâtre' des sciences et des arts. L'auteur reconnaît les mérites de Prévost mais défend l'Italie contre ces accusations. Il souligne que l'Italie reste un berceau des arts et des sciences, malgré les difficultés économiques actuelles qui empêchent la réalisation de grands projets architecturaux. Pour prouver que les arts y sont toujours cultivés, il cite plusieurs artistes italiens contemporains. Il aborde également la musique, la langue italienne et les sciences, mentionnant des savants et des écrivains italiens respectés en Europe. La lettre critique les préjugés de Prévost sur l'Italie moderne, notamment sur la séparation des sexes et le théâtre comique. L'auteur conclut en invitant Prévost à mieux connaître les mœurs italiennes pour éviter les malentendus. Un autre texte, daté de juillet 1753, discute de la profusion de productions légères en France, telles que les essais et les mélanges de littérature et de poésie, qualifiées de 'libertinage d'esprit'. L'auteur exprime son regret de devoir critiquer cette abondance et déplore que ses écrits soient principalement destinés à la raison. Il justifie ses observations en introduisant une partie historique, soulignant qu'il a agi par amour pour sa patrie. L'auteur reconnaît l'esprit, la modération et l'impartialité de son interlocuteur et espère que celui-ci appréciera ses efforts. Il souligne que, bien qu'un journal étranger doive plaire à toute l'Europe, il ne doit pas trop refléter le goût local. L'auteur conseille de flatter plutôt que de censurer trop légèrement des nations entières, afin d'éviter que celles-ci ne jugent l'auteur sur la base de son ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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362
p. 90-108
SUITE d'une discussion sur la nature du goût, où après avoir prouvé que ses principes sont invariables, qu'ils ne sont point sujets aux révolutions de la mode, on examine s'ils sont soumis au pouvoir du tems, & à la différence des climats, & quels sont ses objets principaux.
Début :
La révolution des tems, la succession des différens âges sont [...]
Mots clefs :
Goût, Bon goût, Nature, Hommes, Peuple, Homme de goût, Climats, Peuple, Mérite, Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : SUITE d'une discussion sur la nature du goût, où après avoir prouvé que ses principes sont invariables, qu'ils ne sont point sujets aux révolutions de la mode, on examine s'ils sont soumis au pouvoir du tems, & à la différence des climats, & quels sont ses objets principaux.
SUITE d'une difcuffion fur la nature
du goût , où après avoir prouvé
que fes principes font invariables
qu'ils ne font pointfujets aux révolutions
de la mode , on examine
s'ils font foumis au pouvoir du
tems , & à la différence des climats
, & quels fontfes objets principaux.
> A révolution des tems la fucceffion
des différens âges font
fans doute plus à redouter pour le goûr ,
que l'empire momentanée de la mode.
Rien , dit -on , pour le tems n'eft facré.
La force de cet agent eft terrible , je l'avoue
, mais poufferoit- il la barbarie jufqu'à
faire fentir au bon goût les triftes
effets de fon pouvoir ? Aidé par l'enchaînement
des événemens humains , favorifé
par quelques circonftances décifives
, il peut étendre ou refferrer fa domination.
Parcourons nos annales , confultons
l'antiquité , jettons nos regards fur les
peuples qui nous environnent , & nous
JUILLET. 1755. ༡ ་
verrons qu'il eft encore de fon reffort de
transferer le trône du bon goût d'une nation
dans une autre . Pour cela détruit- il
fes principes ? non : je le dis avec confiance
; ce fier deftructeur refpecte les monumens
précieux qui conftatent les progrès
de l'efprit humain . Villes fécondes en
grands hommes ! Athenes , Rome , vous n'avez
pas été à l'abri de fes coups ! Orateurs
immortels , Démofthenes , Ciceron , vous
vivez , & le tems , loin de vous faire outrage
, a réuni fous vos loix tous les peuples
du monde lettré. C'est le tems qui ,
de tant de nations différentes en a formé
une feule & même république , & vous
en êtes les premiers citoyens.
Par quel fecret les poëtes , les peintres ,
les muficiens , les fculpteurs , tant anciens
que modernes, fe font ils fouftraits à la loi
commune ? comment ont- ils reçu une nouvelle
vie de la postérité ? c'est parce que
dans leurs ouvrages on trouve l'expreffion
fidele de la belle nature. Heureufe expreffion
! elle fait les délices de l'homme de
goût , je dis plus , de tous ceux fur qui la
raifon n'a pas perdu tous fes droits ; expreffion
enfin qui , par le choix judicieux
des ornemens , la vivacité des images ,
nous rend des traits de la nature ſous aut
tant de formes , qu'elle varie elle -même
92 MERCURE DE FRANCE.
fes mouvemens & fes opérations.
Convenons néanmoins qu'il eft des tems
critiques pour les talens . Ce n'eft point
en jettant les fondemeus d'une monarchie
qu'un fouverain peut fe flater de faire fleurir
les beaux arts. En vain effayeroit- il
de fixer le bon goût dans fes Etats , tandis
que , le fer à la main , il en difputera
les limites contre fes voifins. Il étoit refervé
à Athenes d'enfanter fes plus grands
hommes dans les plus grands périls . Periclès
, Ifocrate , Demofthenes , fe font formés
au fein de la tempête , il eft vrai ; mais
l'éloquence , chez cette nation , étoit une
qualité indifpenfable. L'Orateur & le Capitaine
prefque toujours étoient réunis dans
la même perfonne ; & chez nous ils feroient
deux grands hommes : la paix eft
donc la mere des beaux arts , le trône du
bon goût n'est jamais mieux placé que
dan's
fon temple. Le trouble , l'agitation , fuïtes
inevitables de la guerre , rendent les ef
prits prefque incapables de toute autre application
; un ébranlement violent dure encore
après que la caufe en a ceffé . L'ame
fortie de fon affiette ordinaire par les fecouffes
qu'elle a éprouvées, ne recouvre pas
fi - tôt le calme & la tranquilité néceffaires
pour reprendre le fil délié d'une étude fuivie.
JUILLET. 1755. 93
Il eft donc des tems plus favorables que
d'autres aux talens ; mais pour cela le tems
n'attaque point le bon goût dans fon principe.
La gloire dont jouiffent tant d'auteurs
célébres , celle qui a été le prix des
travaux illuftres de tous ceux qui fe font
diftingués , foit dans la pénible carriere
des hautes fciences , foit dans celle d'une
littérature fine & exquife , les honneurs
qu'ils ont reçus dans tous les fiecles , l'eftime
, l'admiration dont ils font en poflef
fion depuis tant d'années , l'application
des artiſtes de nos jours à mériter les fuffrages
de l'homme de goût , leurs fuccès enfin
ne font-ce pas là des preuves démonfratives
que le fentiment du beau , du vrai ,
eft de tous les âges , & qu'un goût épuré
pour ce beau , pour ce vrai , feul eft exempt
des variations qu'éprouvent le refte des
chofes humaines.
(b) De tout tems on eft convenu de la dif
férence de l'air qui regne dans les climats
; mais on a parlé diverſement de fes
effets. Il feroit égalememt abfurde de dire
que l'air ne peut rien fur le bon goût , ou
de prétendre qu'il peut tout. Saififfons un
jufte milieu : la différence de la température
de l'air forme celle des climats ; fon
( b ) Climats
94 MERCURE DE FRANCE .
influence n'eft point chimérique , l'air agit
fur le corps , le corps imprime fes mouvemens
à l'ame , & fes mouvemens font
fouvent proportionels à ceux que le corps
éprouve ; il fuffit de refpirer pour s'en
convaincre. Mais fi l'union du corps & de
l'ame foumet cette derniere partie à une
certaine dépendance à l'égard de la pre-
-miere , fi celle- ci eft foumife à fon tour
aux influences de l'air qui varie dans chaque
climat , peut - on en conclure que l'ame
foit fervilement fubordonnée dans toutes
fes opérations à ces deux caufes , qui d'ailleurs
lui font fi inférieures ? Un efprit fain
ne jugeroit-il pas autrement ? H verroir
fans doute , dans une fubordination mu→
tuelle , une nouvelle preuve de l'attention
du fouverain être qui veille à la confervation
de ces deux fubftances hétérogenes.
Quelque foit l'effet de l'air fur le
corps , & celui du corps fur l'ame , jamais
on ne prouvera que le concours de ces
deux puiffances , foit auffi abfolu qu'on fe
le perfuade communément. En vain m'objetera
t -on que l'air eft une caufe générale
qui foumet à fon pouvoir tous les
hommes ; fans vouloir fe fouftraire à fa
puiffance , ne peut-on pas examiner quelles
en font les limites ? un oeil éclairé en
reconnoîtra l'étendue , il eft vrai , mais il
JUILLET. 1755- 95
la verra bornée , cette étendue , par la fage
prudence de Dieu - même.
Interrogeons l'Hiftoire , appellons à notre
fecours la Phyfique fousun même point
de vûe , celle- ci nous repréfentera les habitans
de ce vafte univers caracterisés par
des attributs particuliers , cette autre , après
un mûr examen , jugera de la conftitution
de leurs climats ; & elles décideront toutes
deux que l'influence de l'air ne peut dans
aucune région , tyranifer le corps au point
d'interdire à l'ame l'exercice de fes plus
nobles fonctions . L'heureufe pofition de
l'Arabie & de l'Egypte a fait éclore , diton
, au milieu de leurs peuples les principes
des beaux arts. C'est dans le fein de
cette terre féconde , qu'on a vû germer les
élémens de toutes les fciences. Pourquoi
les habitans de ces contrées fortunées fontils
fi différens de ce qu'ils étoient autrefois
? quelle étrange métamorphofe ? la nature
du climat leur avoit été fi favorable
dabord : pourquoi n'eft- elle plus leur bienfaictrice
? qu'eft devenue cette fagacité ,
cette pénétration qui les rendoit fi profonds
dans l'étude des hautes fciences ? L'air d'un
fiecle a un autre , éprouve à la vérité des
variations aufquelles le corps eft foumis ;
mais comme les émanations de la terre
conflituent principalement les qualités de
MERCURE DE FRANCE
l'air , & comme les qualités de ces émanations
dépendent de la nature des corps qui
les forment , il s'enfuit que ces corps n'ayant
pas pû changer entierement de nature , leurs /
émanations ne font pas affez différentes
de ce qu'elles étoient autrefois , pour altérer
les qualités de l'air au point de caufer
des changemens auffi prodigieux que nous
le remarquons dans les Egyptiens : ont- ils
d'ailleurs perdu quelque chofe de cette vivacité
, de ce feu dont ils étoient doués
anciennement ? il a feulement changé d'objet.
L'amour des fciences a été remplacé
par celui des plaifirs.
S'il eft vrai que la bonne température
de l'air faffe éclore le bon goût , le génie
Efpagnol ne devroit -il pas porter l'empreinte
de l'excellence de fon terrein ? cependant
pourroit- on le définir fans tomber
dans des contradictions ? Ce peuple a droit
de réaliſer dans fa vie privée les peintures
extravagantes dont le ridicule fait le principal
mérite de fes ouvrages.
Les Grecs , autrefois fi déliés , font ils
reconnoiffables ? contens de croupir aujourd'hui
dans une molle oifiveté , ils cedent
aux nations étrangeres la gloire de
connoître le prix des ouvrages de leurs
peres ; & leur ignorance groffiere forceroit
quiconque voudroit les rapprocher de leurs
ancêtres
JUILLET. 1755 97
ancêtres , à avouer la différence du parallele.
Si la température de l'air influe tellement
fur le progrès des fciences , fi la bonté
de cet air produit le bon goût , fi fes
mauvaises qualité le détruifent entierement
, pourquoi voit- on une différence fi
prodigieufe entre les Athéniens & les habitans
de la Beotie? Dira -t- on que la fituation
des deux pays a produit cette fingularité
remarquable ? y auroit - il de la vraifemblance
ne fçait- on pas qu'ils n'étoient
féparés que par le mont Cytheron ? cette
diftance auroit- elle produit un phénomene
de cette espéce ?
N'avons- nous pas vû d'ailleurs des changemens
uniformes dans le caractere des
mêmes peuples , fans qu'il foit arrivé aucune
révolution dans leur climat ? Le Perfan
, fous Darius , eft- il le même que fous
le regne des Arfacides ? Avant les victoires
de Charles XII , eut - on foupçonné les
Mofcovites de valeur ? & avant les fuccès
du Czar , eut-on cru qu'on pouvoit les
policer ? fi la puiffance de l'air étoit telle
qu'on fe l'imagine vulgairement , l'ame
des Indiens , amollie en quelque forte par
la chaleur du climat , feroit-elle capable
des plus terribles refolutions ? confidérons
les peuples du nord , un froid glacial en-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
gourdit leurs membres , leurs fibres compactes
s'émeuvent à peine : manquent- ils
ponr cela de raifon ? n'ont- ils pas le jugement
fain ? ne comparent-ils pas avec facilité
eft-il un peuple qui poffede à un plus
haut dégré la perception des rapports.
Avouons donc que tout climat peut être
celui des beaux arts. Par tout où il y a des
hommes , il y a de la raiſon , du fens , du
jugement , & les fciences y peuvent être cultivées
; il n'eft donc point de régions inacceffibles
au bon goût , & s'il en eft encore où
les fciences n'ayent pas pénétré , l'éducation
que reçoivent les fujets , les occupations
auxquelles l'Etat les oblige de fe livrer
, la forme du gouvernement , les qualités
& les difpofitious de ceux à qui ils
obéiffent , y contribuent , fans doute , plus
puiffamment que le climat. Ce n'eft donc
point par les dégrés de latitude qu'on mefure
l'empire du goût.
(c) Que fe propofent les artiſtes ? l'imitation
de la belle nature : quel eft le but de
l'homme de goût ? de fentir & de juger le
dégré de cette heureufe imitation . L'objet
eft commun , les opérations font différentes
: le premier produit ,, enfante ; le fecond
approuve ou condamne. Une tendre
(c ) Objets du goût.
JUILLET. 1755. 99
complaifance peut aveugler l'un ', fur les
défauts de fes plus cheres productions ;
l'autre eft un juge éclairé , équitable , févere
, quoique fenfible . L'idée archetype
હતી pour celui- ci un trait de lumiere qui le
dirige dans le cours entier de l'exécution
de fon ouvrage ; elle guide , elle éclaire
Fautre dans les décifions les plus délicates.
La nature , comme une glace fidele , tranf
met à tous deux les traits principaux de
ce divin original : c'eft de ce point qu'ils
partent , c'eft dans ce centre qu'ils ſe réuhiffent.
Confultent-ils cette copie ? l'un y
fit l'éloge ou la cenfure de fon ouvrage , il
y trouve une matiere inépuifable d'imitation
; l'autre y découvre une fource de
plaifirs épurés , de ces plaifirs refervés
au noble & rare exercice d'une faculté fenfible
& intelligente. L'objet du travail de
l'artifte eft auffi folide que le domaine de
l'homme de goût eft étendu ; je vois tous
les grands maîtres de l'univers s'envier la
gloire d'exciter le plus de mouvemens dans
fon ame.
(d) Par l'art d'un pinceau créateur , une
toile , une foible toile , vit , refpire , la fiction
prend la couleur de la vérité , l'ame
du fpectateur frappée , faifie , émue , fe
( d ) Peinture,
335288
E if
100 MERCURE DE FRANCE.
livre avec impétuofité aux délicieuſes agitations
qu'elle éprouve ; chaque trait fem
ble fe réfléchir fur elle-même , il s'y imprime
, il s'y colore ; rien n'échappe , tout
eft vivement fenti . Ici une touche gracieufe
& légere attire , flate , féduit : l'homme de
goût entre dans le myftere , il voit la nature
fourire à cet artifte bien aimé ; là un
craïon mâle ,vrai , nerveux, peint noblement
de nobles objets : it fixe , il attache , mais
il ne fatigue pas ; la vérité fut fon guide ,
le fuffrage de l'homme de goût eft fa récompenfe.
Quel eft ce pinceau fier & menaçant
crée-t-il de nouvelles paffions ▸
non : il maîtrife celles de mon ame : ce
peintre m'étonne , m'éfraye , mais il me
touche. Ici l'imitation l'emporte fur la réalité
; des objets véritables , mais auffi terribles
ne produiroient en moi que des fentimens
lugubres ou tumultueux ; font- ils
repréſentés ? ma fituation eft moins critique
, l'éloignement de l'objet réel me raffure
: je goûte le plaifir de l'émotion , je
n'en fens point le défordre ; émotion vraiment
digne d'un être penfant ; de fimples
fenfations n'en font pas le terme : des ob
jers ainfi exprimés fervent de dégrés à l'ame
, ils l'élevent jufqu'à la fource des
perfections : c'eft en elle que l'homme de
goût juftifie fes plaifirs , & l'artiſte ſes
fuccès,
JUILLET. 1755 . 1755. Idr
(e) Ici, un cifeau donne du fentiment à un
marbre froid , brute , infenfible ; une main
le guide , le héros eft reproduit. Art heureux
qui , pour tenir de plus près à la nature
, ne produit que plus difficilement
des chef- d'oeuvres : en ce genre , les artiftes
excellens font auffi rares que les beautés
parfaites , ou les héros accomplis . Pour
me toucher , j'exige des Phidias , ou des
Puget; des Praxitelle ou des Girardon . Le
fond où ces artiſtes ont puifé les traits qui
vivifient leurs ouvrages , les préferve de
l'inconftance de l'efprit humain dans fes
jugemens : en quelque fiécle que paroiffent
des morceaux auffi achevés , la copie forcera
les hommes malgré leurs préjugés à
remonter jufqu'à l'original.
(f) C'eft en le confultant que s'eft ennobli
cet art , né de la néceffité , ébauché par
l'ignorance , défiguré & perfectionné par
le luxe. L'imitation de la belle nature s'y
fait moins remarquer ; ce n'eft cependant
que de fa main qu'il reçoit fes charmes &
fes agrémens ; elle fit entendre fa voix à
Vitruve : il prit goût à fes leçons , l'idée
du fouverain modele qu'elle offrit à fes
yeux lui en développa les principes , &
parce qu'il ne s'écarta point de ce guide ,
(e ) Sculpture.
(f) Architecture.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
l'homme de goût l'a établi le légiflateur de
ceux qui lui fuccederont à jamais .
(g) Quels plaifirs ne lui procure pas cet
art dont le mérite confifte à rendre fidelement
celui des autres ? avec quelle vérité
n'expofe - t - il pas à nos yeux les majestueu ,
fes productions de l'Architecture & de la
Sculpture. Le burin eft l'imitateur du pinceau
, fans vouloir en être le rival ; il
s'immortalife en éternifant les artiftes . Sans
doute qu'en faveur des gens de goût la
nature a laiffé échapper de fon fein cet
art ingénieux : fi elle a fait le ferment de
ne produire que rarement des grands hommes
; elle l'a modifiée en quelque forte
en confiant à la Gravûre le foin de multiplier
leurs chef-d'oeuvres . Cet art mérite
d'exercer le talent de l'artifte , parce qu'il
peut ne travailler que d'après le génie des
grands maîtres. Mais fi la gloire le tou
che , que fon oeil pénétrant fe familiarife
en quelque forte avec le fublime de l'idée
archetype ; l'exacte obfervation de
cette regle univerfelle a fait le mérite de
de ceux qu'il imite , elle feule l'immortali
fera comme eux.
(b ) C'est par cette voie que fe font placés
au temple de Mémoire les créateurs de la
(g ) Gravure.
(b ) Mufique.
JUILLET . 1753. 103
mufique. Cette four aînée des beaux arts
répand l'aménité fur les travaux de l'homme
de goût la douceur de fes accords
charme fes fens , fon ame épuifée de reflexions
reprend une nouvelle activité ,
après s'être livrée aux délices d'une ivreffe
momentanée ; l'harmonie fufpend fa penfée
, comment n'en reconnoîtroit -elle pas
les droits ? ceux qu'elle exerce fur elle font
fi naturels !
Jufqu'ici l'artiste a fourni aux plaifirs
de l'homme de goût ; l'homme de lettres
n'y contribue pas moins efficacement. Ceux
qu'il lui procure ayant moins à démêler
avec la matiere , ont plus de rapport avec
la nobleffe de fon origine , les belles connoiffances
forment fon véritable élément ,
tous ceux qui cultivent les belles lettres
avec fuccès , ont droit à fon eftime , parce
qu'ils font partie de fon bonheur.
(i ) Cependant quelque fouveraine que
foit l'éloquence fur fon ame , elle la maî
trife plus fouvent qu'elle ne la remplit . O !
vous , qui fûtes l'oracle de votre fiécle ,
Boffuet , l'orateur de ma nation , vos foudres
m'annoncent votre puiffance , je la
reconnois , vous me captivez , vous m'enchaînez
; mais je découvre en portant vos
(i) L'éloquence.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
fers un autre maître que vous ; vous n'êtes
point l'orateur dont j'ai l'idée , vous me
le repréfentez feulement. Tant il eſt vrai
que les objets intermédiaires , quels qu'ils
foient , ne ralentiffent point la marche
d'une ame dégagée du preftige des fens ;
ils ne forment que le milieu à travers
lequel elle s'éleve avec rapidité , jufques à
la fource des perfections.
(k) C'est dans cette fource que le Poëte
puife le fublime dont l'homme de goût
connoît fi bien les effets. Les auteurs de
notre fiécle qui ont obtenu fon fuffrage
ont mérité fa critique . L'heureuſe alliance
d'un fentiment exquis & d'une droite raifon
, ont établi de tout tems l'homme de
goût le juge du poëte ; ce génie formé de
deux contraires le jugement & l'enthou
fiafme.
( 1 ) Quelques fatisfaifans que foient les
objets que j'ai parcourus, l'homme de goût
n'y eft pas borné : fans prétendre à l'univerfalité
des connoiffances , il fçait étendre
fa fphere , & fes propres reflexions
lui fourniffent toujours les plaifirs les plus
délicats. L'étude des langues eft digne de
fes foins ; il s'y livre , mais le défir d'aggrandir
fon efprit en eft plutôt le motifque
(k ) Poëfie. :)
(1 ) Etabliffement des Langues,
JUILLET . 1755 105
Fenvie d'orner fa mémoire ; pour lui l'établiffement
des langues n'eft point le réfultat
de l'affemblage bizarre & fortuit de
fyllabes & de mots : il voit la connexion
intime de l'art de la parole à celui de pen
fer , les efforts réunis du métaphyficien
délié , & de l'homme de goût , feuls ont
été capables de concevoir & d'executer un
projet auffi immenſe .
Avec quelle complaifance ne jette-t- il
pas fes regards dans le lointain là il découvre
les peuples de l'univers tyrranifés
par les paffions , féparés par la différence
des religions , divifés par l'intérêt , & réunis
par le goût ; fon difcernement lui fait
appercevoir , il eft vrai , que ce point dans
lequel les nations conviennent n'eft pas
indivifible ; mais la nature lui en découvre
la caufe ; le petit efpace qu'elle a laiffé
libre en donnant plus de jeu aux inclina
tions de chaque peuple , caractériſe leur
génie particulier.
J'ai montré que le beau , le vrai en tout
genre , faifoient impreffion fur l'homme de
goût. Ce n'eft point le tirer de la foule , ill
a des prérogatives ; repréfentons- nous les' ,.
nous aurons fon caractere diftinctif. Quoi--
que la faculté de fentir le vrai , le beau ,,
foit la nourriture de toute ame qui n'eft:
point dégénérée , convenons qu'il y a au
E.V
106 MERCURE DE FRANCE.
tant de dégrés dans ce fentiment exquis
que les connoiffeurs diftinguent de tons
différens dans les couleurs. Offrez un tableau
aux yeux d'un homme de bon lens
fans culture , & à ceux d'un efprit mûri &
perfectionné par l'étude ; il eft bean , s'écriront
ils tous deux : l'expreflion eft la
même , l'impreffion ne l'eft pas . Dans le
premier , ce tableau reveille une ame oifive
, qui avoit oublié d'ufer de ſes richeffes
; l'objet fenfible renouvelle heureufement
l'idée archetype , gravée dans le
fond de cet être fans qu'il le foupçonnât.
Le défaut de penfer l'empêchoit d'en faire
une féconde application ; la reffemblance
des traits fe fait jour , l'ame fe ranime , &
les perfections de l'original qu'elle ne peut
méconnoître la font juger fainement du
mérite de la copie. D'un oeil pénétrant ,
mais refpectueux , l'homme de goût leve le
voile qui interdit au refte des mortels , le
fpectacle de Dieu même repréfenté dans
fes ouvrages ; l'habitude de refléchir lui a
acquis le droit ineftimable d'être en fociété
avec la nature & fon auteur. Il faifit
avec rapidité tout ce qui a trait à cet
objet intéreffant ; quoique les objets materiels
l'affectent fenfiblement , cependant
il accorde moins au plaifir d'être émû qu'à
celui de comparer & de réfléchir ; chez
JUILLET 1755 . 107
lui le fentiment du beau eft vif , éclairé ,
foutenu , fon jugement eft fain , vrai , ir,
révocable. Une exacte perception des гар-
ports en eft le principe , une profonde connoiffance
de caufe en eft le fondement. t
Tels font les titres précieux dont la nature
décore ceux qui , par une reflexion
continue , ont appris à connoître les perfections
de leur auteur dans celles qu'elle
renferme elle - même. En vain me flatterois-
je que ces confidérations fur la nature
du goût , augmenteront le nombre des
amateurs . Réduire fous les loix d'une faine
philofophie , ce que quelques perfonnes ,
peut- être trop intéreffées , vouloient regarder
comme abandonné à la bizarrerie
des goûts , aux révolutions de la mode ,
des tems , & à la différente température
des climats , c'étoit mon deffein. J'ai fait
quelques efforts pour remonter aux fources
du beau ; puiffent -ils ne pas paroître
inutiles à celui dont j'ai foutenu les droits.
Cette fuite eft de M. Guiard , de Troyes .
La premiere partie de fon ouvrage a été
imprimée dans le Journal de Verdun ,
mois de Mai 1753 .
MÉTHODES NOUVELLES pour apprendre
à lire aifément & en peu de tems ,
même par maniere de jeu & d'amufement ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE
auffi inftructives pour les Maîtres que
commodes aux peres & meres , & faciles.
aux enfans.
Voilà tous les avantages qu'on peut defirer
, réunis dans le feul titre. On y joint
les moyens de remédier à plufieurs équivoques
& bizarreries de l'ortographe fran
çoife : c'eft encore un nouveau mérite qu'il
n'eſt pas aifé d'avoir.
Le nom de l'Auteur eft prefque un chif
fre. C'eft S. Ch. Ch. R. d. N. & d. P. Comme
on ne voit plus d'ouvrage fans épigraphe
, celui-ci a la fienne , qui eft tirée de
S. Jerôme , épitre à Læta. Non funt contemnenda
quafi parva , fine quibus magna conf
tare non poffunt. Il fe vend chez Lottin , rue-
S. Jacques , au Coq: 1755.
Le Libraire avertit qu'on trouvera chez
lui au premier Août prochain différens
alphabets en quinze planches pour fervir
de premieres leçons aux enfans. On y trouvera
auffi le livre que nous annonçons relié
en carton & parchemin pour leur en
faciliter l'acquifition ..
du goût , où après avoir prouvé
que fes principes font invariables
qu'ils ne font pointfujets aux révolutions
de la mode , on examine
s'ils font foumis au pouvoir du
tems , & à la différence des climats
, & quels fontfes objets principaux.
> A révolution des tems la fucceffion
des différens âges font
fans doute plus à redouter pour le goûr ,
que l'empire momentanée de la mode.
Rien , dit -on , pour le tems n'eft facré.
La force de cet agent eft terrible , je l'avoue
, mais poufferoit- il la barbarie jufqu'à
faire fentir au bon goût les triftes
effets de fon pouvoir ? Aidé par l'enchaînement
des événemens humains , favorifé
par quelques circonftances décifives
, il peut étendre ou refferrer fa domination.
Parcourons nos annales , confultons
l'antiquité , jettons nos regards fur les
peuples qui nous environnent , & nous
JUILLET. 1755. ༡ ་
verrons qu'il eft encore de fon reffort de
transferer le trône du bon goût d'une nation
dans une autre . Pour cela détruit- il
fes principes ? non : je le dis avec confiance
; ce fier deftructeur refpecte les monumens
précieux qui conftatent les progrès
de l'efprit humain . Villes fécondes en
grands hommes ! Athenes , Rome , vous n'avez
pas été à l'abri de fes coups ! Orateurs
immortels , Démofthenes , Ciceron , vous
vivez , & le tems , loin de vous faire outrage
, a réuni fous vos loix tous les peuples
du monde lettré. C'est le tems qui ,
de tant de nations différentes en a formé
une feule & même république , & vous
en êtes les premiers citoyens.
Par quel fecret les poëtes , les peintres ,
les muficiens , les fculpteurs , tant anciens
que modernes, fe font ils fouftraits à la loi
commune ? comment ont- ils reçu une nouvelle
vie de la postérité ? c'est parce que
dans leurs ouvrages on trouve l'expreffion
fidele de la belle nature. Heureufe expreffion
! elle fait les délices de l'homme de
goût , je dis plus , de tous ceux fur qui la
raifon n'a pas perdu tous fes droits ; expreffion
enfin qui , par le choix judicieux
des ornemens , la vivacité des images ,
nous rend des traits de la nature ſous aut
tant de formes , qu'elle varie elle -même
92 MERCURE DE FRANCE.
fes mouvemens & fes opérations.
Convenons néanmoins qu'il eft des tems
critiques pour les talens . Ce n'eft point
en jettant les fondemeus d'une monarchie
qu'un fouverain peut fe flater de faire fleurir
les beaux arts. En vain effayeroit- il
de fixer le bon goût dans fes Etats , tandis
que , le fer à la main , il en difputera
les limites contre fes voifins. Il étoit refervé
à Athenes d'enfanter fes plus grands
hommes dans les plus grands périls . Periclès
, Ifocrate , Demofthenes , fe font formés
au fein de la tempête , il eft vrai ; mais
l'éloquence , chez cette nation , étoit une
qualité indifpenfable. L'Orateur & le Capitaine
prefque toujours étoient réunis dans
la même perfonne ; & chez nous ils feroient
deux grands hommes : la paix eft
donc la mere des beaux arts , le trône du
bon goût n'est jamais mieux placé que
dan's
fon temple. Le trouble , l'agitation , fuïtes
inevitables de la guerre , rendent les ef
prits prefque incapables de toute autre application
; un ébranlement violent dure encore
après que la caufe en a ceffé . L'ame
fortie de fon affiette ordinaire par les fecouffes
qu'elle a éprouvées, ne recouvre pas
fi - tôt le calme & la tranquilité néceffaires
pour reprendre le fil délié d'une étude fuivie.
JUILLET. 1755. 93
Il eft donc des tems plus favorables que
d'autres aux talens ; mais pour cela le tems
n'attaque point le bon goût dans fon principe.
La gloire dont jouiffent tant d'auteurs
célébres , celle qui a été le prix des
travaux illuftres de tous ceux qui fe font
diftingués , foit dans la pénible carriere
des hautes fciences , foit dans celle d'une
littérature fine & exquife , les honneurs
qu'ils ont reçus dans tous les fiecles , l'eftime
, l'admiration dont ils font en poflef
fion depuis tant d'années , l'application
des artiſtes de nos jours à mériter les fuffrages
de l'homme de goût , leurs fuccès enfin
ne font-ce pas là des preuves démonfratives
que le fentiment du beau , du vrai ,
eft de tous les âges , & qu'un goût épuré
pour ce beau , pour ce vrai , feul eft exempt
des variations qu'éprouvent le refte des
chofes humaines.
(b) De tout tems on eft convenu de la dif
férence de l'air qui regne dans les climats
; mais on a parlé diverſement de fes
effets. Il feroit égalememt abfurde de dire
que l'air ne peut rien fur le bon goût , ou
de prétendre qu'il peut tout. Saififfons un
jufte milieu : la différence de la température
de l'air forme celle des climats ; fon
( b ) Climats
94 MERCURE DE FRANCE .
influence n'eft point chimérique , l'air agit
fur le corps , le corps imprime fes mouvemens
à l'ame , & fes mouvemens font
fouvent proportionels à ceux que le corps
éprouve ; il fuffit de refpirer pour s'en
convaincre. Mais fi l'union du corps & de
l'ame foumet cette derniere partie à une
certaine dépendance à l'égard de la pre-
-miere , fi celle- ci eft foumife à fon tour
aux influences de l'air qui varie dans chaque
climat , peut - on en conclure que l'ame
foit fervilement fubordonnée dans toutes
fes opérations à ces deux caufes , qui d'ailleurs
lui font fi inférieures ? Un efprit fain
ne jugeroit-il pas autrement ? H verroir
fans doute , dans une fubordination mu→
tuelle , une nouvelle preuve de l'attention
du fouverain être qui veille à la confervation
de ces deux fubftances hétérogenes.
Quelque foit l'effet de l'air fur le
corps , & celui du corps fur l'ame , jamais
on ne prouvera que le concours de ces
deux puiffances , foit auffi abfolu qu'on fe
le perfuade communément. En vain m'objetera
t -on que l'air eft une caufe générale
qui foumet à fon pouvoir tous les
hommes ; fans vouloir fe fouftraire à fa
puiffance , ne peut-on pas examiner quelles
en font les limites ? un oeil éclairé en
reconnoîtra l'étendue , il eft vrai , mais il
JUILLET. 1755- 95
la verra bornée , cette étendue , par la fage
prudence de Dieu - même.
Interrogeons l'Hiftoire , appellons à notre
fecours la Phyfique fousun même point
de vûe , celle- ci nous repréfentera les habitans
de ce vafte univers caracterisés par
des attributs particuliers , cette autre , après
un mûr examen , jugera de la conftitution
de leurs climats ; & elles décideront toutes
deux que l'influence de l'air ne peut dans
aucune région , tyranifer le corps au point
d'interdire à l'ame l'exercice de fes plus
nobles fonctions . L'heureufe pofition de
l'Arabie & de l'Egypte a fait éclore , diton
, au milieu de leurs peuples les principes
des beaux arts. C'est dans le fein de
cette terre féconde , qu'on a vû germer les
élémens de toutes les fciences. Pourquoi
les habitans de ces contrées fortunées fontils
fi différens de ce qu'ils étoient autrefois
? quelle étrange métamorphofe ? la nature
du climat leur avoit été fi favorable
dabord : pourquoi n'eft- elle plus leur bienfaictrice
? qu'eft devenue cette fagacité ,
cette pénétration qui les rendoit fi profonds
dans l'étude des hautes fciences ? L'air d'un
fiecle a un autre , éprouve à la vérité des
variations aufquelles le corps eft foumis ;
mais comme les émanations de la terre
conflituent principalement les qualités de
MERCURE DE FRANCE
l'air , & comme les qualités de ces émanations
dépendent de la nature des corps qui
les forment , il s'enfuit que ces corps n'ayant
pas pû changer entierement de nature , leurs /
émanations ne font pas affez différentes
de ce qu'elles étoient autrefois , pour altérer
les qualités de l'air au point de caufer
des changemens auffi prodigieux que nous
le remarquons dans les Egyptiens : ont- ils
d'ailleurs perdu quelque chofe de cette vivacité
, de ce feu dont ils étoient doués
anciennement ? il a feulement changé d'objet.
L'amour des fciences a été remplacé
par celui des plaifirs.
S'il eft vrai que la bonne température
de l'air faffe éclore le bon goût , le génie
Efpagnol ne devroit -il pas porter l'empreinte
de l'excellence de fon terrein ? cependant
pourroit- on le définir fans tomber
dans des contradictions ? Ce peuple a droit
de réaliſer dans fa vie privée les peintures
extravagantes dont le ridicule fait le principal
mérite de fes ouvrages.
Les Grecs , autrefois fi déliés , font ils
reconnoiffables ? contens de croupir aujourd'hui
dans une molle oifiveté , ils cedent
aux nations étrangeres la gloire de
connoître le prix des ouvrages de leurs
peres ; & leur ignorance groffiere forceroit
quiconque voudroit les rapprocher de leurs
ancêtres
JUILLET. 1755 97
ancêtres , à avouer la différence du parallele.
Si la température de l'air influe tellement
fur le progrès des fciences , fi la bonté
de cet air produit le bon goût , fi fes
mauvaises qualité le détruifent entierement
, pourquoi voit- on une différence fi
prodigieufe entre les Athéniens & les habitans
de la Beotie? Dira -t- on que la fituation
des deux pays a produit cette fingularité
remarquable ? y auroit - il de la vraifemblance
ne fçait- on pas qu'ils n'étoient
féparés que par le mont Cytheron ? cette
diftance auroit- elle produit un phénomene
de cette espéce ?
N'avons- nous pas vû d'ailleurs des changemens
uniformes dans le caractere des
mêmes peuples , fans qu'il foit arrivé aucune
révolution dans leur climat ? Le Perfan
, fous Darius , eft- il le même que fous
le regne des Arfacides ? Avant les victoires
de Charles XII , eut - on foupçonné les
Mofcovites de valeur ? & avant les fuccès
du Czar , eut-on cru qu'on pouvoit les
policer ? fi la puiffance de l'air étoit telle
qu'on fe l'imagine vulgairement , l'ame
des Indiens , amollie en quelque forte par
la chaleur du climat , feroit-elle capable
des plus terribles refolutions ? confidérons
les peuples du nord , un froid glacial en-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
gourdit leurs membres , leurs fibres compactes
s'émeuvent à peine : manquent- ils
ponr cela de raifon ? n'ont- ils pas le jugement
fain ? ne comparent-ils pas avec facilité
eft-il un peuple qui poffede à un plus
haut dégré la perception des rapports.
Avouons donc que tout climat peut être
celui des beaux arts. Par tout où il y a des
hommes , il y a de la raiſon , du fens , du
jugement , & les fciences y peuvent être cultivées
; il n'eft donc point de régions inacceffibles
au bon goût , & s'il en eft encore où
les fciences n'ayent pas pénétré , l'éducation
que reçoivent les fujets , les occupations
auxquelles l'Etat les oblige de fe livrer
, la forme du gouvernement , les qualités
& les difpofitious de ceux à qui ils
obéiffent , y contribuent , fans doute , plus
puiffamment que le climat. Ce n'eft donc
point par les dégrés de latitude qu'on mefure
l'empire du goût.
(c) Que fe propofent les artiſtes ? l'imitation
de la belle nature : quel eft le but de
l'homme de goût ? de fentir & de juger le
dégré de cette heureufe imitation . L'objet
eft commun , les opérations font différentes
: le premier produit ,, enfante ; le fecond
approuve ou condamne. Une tendre
(c ) Objets du goût.
JUILLET. 1755. 99
complaifance peut aveugler l'un ', fur les
défauts de fes plus cheres productions ;
l'autre eft un juge éclairé , équitable , févere
, quoique fenfible . L'idée archetype
હતી pour celui- ci un trait de lumiere qui le
dirige dans le cours entier de l'exécution
de fon ouvrage ; elle guide , elle éclaire
Fautre dans les décifions les plus délicates.
La nature , comme une glace fidele , tranf
met à tous deux les traits principaux de
ce divin original : c'eft de ce point qu'ils
partent , c'eft dans ce centre qu'ils ſe réuhiffent.
Confultent-ils cette copie ? l'un y
fit l'éloge ou la cenfure de fon ouvrage , il
y trouve une matiere inépuifable d'imitation
; l'autre y découvre une fource de
plaifirs épurés , de ces plaifirs refervés
au noble & rare exercice d'une faculté fenfible
& intelligente. L'objet du travail de
l'artifte eft auffi folide que le domaine de
l'homme de goût eft étendu ; je vois tous
les grands maîtres de l'univers s'envier la
gloire d'exciter le plus de mouvemens dans
fon ame.
(d) Par l'art d'un pinceau créateur , une
toile , une foible toile , vit , refpire , la fiction
prend la couleur de la vérité , l'ame
du fpectateur frappée , faifie , émue , fe
( d ) Peinture,
335288
E if
100 MERCURE DE FRANCE.
livre avec impétuofité aux délicieuſes agitations
qu'elle éprouve ; chaque trait fem
ble fe réfléchir fur elle-même , il s'y imprime
, il s'y colore ; rien n'échappe , tout
eft vivement fenti . Ici une touche gracieufe
& légere attire , flate , féduit : l'homme de
goût entre dans le myftere , il voit la nature
fourire à cet artifte bien aimé ; là un
craïon mâle ,vrai , nerveux, peint noblement
de nobles objets : it fixe , il attache , mais
il ne fatigue pas ; la vérité fut fon guide ,
le fuffrage de l'homme de goût eft fa récompenfe.
Quel eft ce pinceau fier & menaçant
crée-t-il de nouvelles paffions ▸
non : il maîtrife celles de mon ame : ce
peintre m'étonne , m'éfraye , mais il me
touche. Ici l'imitation l'emporte fur la réalité
; des objets véritables , mais auffi terribles
ne produiroient en moi que des fentimens
lugubres ou tumultueux ; font- ils
repréſentés ? ma fituation eft moins critique
, l'éloignement de l'objet réel me raffure
: je goûte le plaifir de l'émotion , je
n'en fens point le défordre ; émotion vraiment
digne d'un être penfant ; de fimples
fenfations n'en font pas le terme : des ob
jers ainfi exprimés fervent de dégrés à l'ame
, ils l'élevent jufqu'à la fource des
perfections : c'eft en elle que l'homme de
goût juftifie fes plaifirs , & l'artiſte ſes
fuccès,
JUILLET. 1755 . 1755. Idr
(e) Ici, un cifeau donne du fentiment à un
marbre froid , brute , infenfible ; une main
le guide , le héros eft reproduit. Art heureux
qui , pour tenir de plus près à la nature
, ne produit que plus difficilement
des chef- d'oeuvres : en ce genre , les artiftes
excellens font auffi rares que les beautés
parfaites , ou les héros accomplis . Pour
me toucher , j'exige des Phidias , ou des
Puget; des Praxitelle ou des Girardon . Le
fond où ces artiſtes ont puifé les traits qui
vivifient leurs ouvrages , les préferve de
l'inconftance de l'efprit humain dans fes
jugemens : en quelque fiécle que paroiffent
des morceaux auffi achevés , la copie forcera
les hommes malgré leurs préjugés à
remonter jufqu'à l'original.
(f) C'eft en le confultant que s'eft ennobli
cet art , né de la néceffité , ébauché par
l'ignorance , défiguré & perfectionné par
le luxe. L'imitation de la belle nature s'y
fait moins remarquer ; ce n'eft cependant
que de fa main qu'il reçoit fes charmes &
fes agrémens ; elle fit entendre fa voix à
Vitruve : il prit goût à fes leçons , l'idée
du fouverain modele qu'elle offrit à fes
yeux lui en développa les principes , &
parce qu'il ne s'écarta point de ce guide ,
(e ) Sculpture.
(f) Architecture.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
l'homme de goût l'a établi le légiflateur de
ceux qui lui fuccederont à jamais .
(g) Quels plaifirs ne lui procure pas cet
art dont le mérite confifte à rendre fidelement
celui des autres ? avec quelle vérité
n'expofe - t - il pas à nos yeux les majestueu ,
fes productions de l'Architecture & de la
Sculpture. Le burin eft l'imitateur du pinceau
, fans vouloir en être le rival ; il
s'immortalife en éternifant les artiftes . Sans
doute qu'en faveur des gens de goût la
nature a laiffé échapper de fon fein cet
art ingénieux : fi elle a fait le ferment de
ne produire que rarement des grands hommes
; elle l'a modifiée en quelque forte
en confiant à la Gravûre le foin de multiplier
leurs chef-d'oeuvres . Cet art mérite
d'exercer le talent de l'artifte , parce qu'il
peut ne travailler que d'après le génie des
grands maîtres. Mais fi la gloire le tou
che , que fon oeil pénétrant fe familiarife
en quelque forte avec le fublime de l'idée
archetype ; l'exacte obfervation de
cette regle univerfelle a fait le mérite de
de ceux qu'il imite , elle feule l'immortali
fera comme eux.
(b ) C'est par cette voie que fe font placés
au temple de Mémoire les créateurs de la
(g ) Gravure.
(b ) Mufique.
JUILLET . 1753. 103
mufique. Cette four aînée des beaux arts
répand l'aménité fur les travaux de l'homme
de goût la douceur de fes accords
charme fes fens , fon ame épuifée de reflexions
reprend une nouvelle activité ,
après s'être livrée aux délices d'une ivreffe
momentanée ; l'harmonie fufpend fa penfée
, comment n'en reconnoîtroit -elle pas
les droits ? ceux qu'elle exerce fur elle font
fi naturels !
Jufqu'ici l'artiste a fourni aux plaifirs
de l'homme de goût ; l'homme de lettres
n'y contribue pas moins efficacement. Ceux
qu'il lui procure ayant moins à démêler
avec la matiere , ont plus de rapport avec
la nobleffe de fon origine , les belles connoiffances
forment fon véritable élément ,
tous ceux qui cultivent les belles lettres
avec fuccès , ont droit à fon eftime , parce
qu'ils font partie de fon bonheur.
(i ) Cependant quelque fouveraine que
foit l'éloquence fur fon ame , elle la maî
trife plus fouvent qu'elle ne la remplit . O !
vous , qui fûtes l'oracle de votre fiécle ,
Boffuet , l'orateur de ma nation , vos foudres
m'annoncent votre puiffance , je la
reconnois , vous me captivez , vous m'enchaînez
; mais je découvre en portant vos
(i) L'éloquence.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
fers un autre maître que vous ; vous n'êtes
point l'orateur dont j'ai l'idée , vous me
le repréfentez feulement. Tant il eſt vrai
que les objets intermédiaires , quels qu'ils
foient , ne ralentiffent point la marche
d'une ame dégagée du preftige des fens ;
ils ne forment que le milieu à travers
lequel elle s'éleve avec rapidité , jufques à
la fource des perfections.
(k) C'est dans cette fource que le Poëte
puife le fublime dont l'homme de goût
connoît fi bien les effets. Les auteurs de
notre fiécle qui ont obtenu fon fuffrage
ont mérité fa critique . L'heureuſe alliance
d'un fentiment exquis & d'une droite raifon
, ont établi de tout tems l'homme de
goût le juge du poëte ; ce génie formé de
deux contraires le jugement & l'enthou
fiafme.
( 1 ) Quelques fatisfaifans que foient les
objets que j'ai parcourus, l'homme de goût
n'y eft pas borné : fans prétendre à l'univerfalité
des connoiffances , il fçait étendre
fa fphere , & fes propres reflexions
lui fourniffent toujours les plaifirs les plus
délicats. L'étude des langues eft digne de
fes foins ; il s'y livre , mais le défir d'aggrandir
fon efprit en eft plutôt le motifque
(k ) Poëfie. :)
(1 ) Etabliffement des Langues,
JUILLET . 1755 105
Fenvie d'orner fa mémoire ; pour lui l'établiffement
des langues n'eft point le réfultat
de l'affemblage bizarre & fortuit de
fyllabes & de mots : il voit la connexion
intime de l'art de la parole à celui de pen
fer , les efforts réunis du métaphyficien
délié , & de l'homme de goût , feuls ont
été capables de concevoir & d'executer un
projet auffi immenſe .
Avec quelle complaifance ne jette-t- il
pas fes regards dans le lointain là il découvre
les peuples de l'univers tyrranifés
par les paffions , féparés par la différence
des religions , divifés par l'intérêt , & réunis
par le goût ; fon difcernement lui fait
appercevoir , il eft vrai , que ce point dans
lequel les nations conviennent n'eft pas
indivifible ; mais la nature lui en découvre
la caufe ; le petit efpace qu'elle a laiffé
libre en donnant plus de jeu aux inclina
tions de chaque peuple , caractériſe leur
génie particulier.
J'ai montré que le beau , le vrai en tout
genre , faifoient impreffion fur l'homme de
goût. Ce n'eft point le tirer de la foule , ill
a des prérogatives ; repréfentons- nous les' ,.
nous aurons fon caractere diftinctif. Quoi--
que la faculté de fentir le vrai , le beau ,,
foit la nourriture de toute ame qui n'eft:
point dégénérée , convenons qu'il y a au
E.V
106 MERCURE DE FRANCE.
tant de dégrés dans ce fentiment exquis
que les connoiffeurs diftinguent de tons
différens dans les couleurs. Offrez un tableau
aux yeux d'un homme de bon lens
fans culture , & à ceux d'un efprit mûri &
perfectionné par l'étude ; il eft bean , s'écriront
ils tous deux : l'expreflion eft la
même , l'impreffion ne l'eft pas . Dans le
premier , ce tableau reveille une ame oifive
, qui avoit oublié d'ufer de ſes richeffes
; l'objet fenfible renouvelle heureufement
l'idée archetype , gravée dans le
fond de cet être fans qu'il le foupçonnât.
Le défaut de penfer l'empêchoit d'en faire
une féconde application ; la reffemblance
des traits fe fait jour , l'ame fe ranime , &
les perfections de l'original qu'elle ne peut
méconnoître la font juger fainement du
mérite de la copie. D'un oeil pénétrant ,
mais refpectueux , l'homme de goût leve le
voile qui interdit au refte des mortels , le
fpectacle de Dieu même repréfenté dans
fes ouvrages ; l'habitude de refléchir lui a
acquis le droit ineftimable d'être en fociété
avec la nature & fon auteur. Il faifit
avec rapidité tout ce qui a trait à cet
objet intéreffant ; quoique les objets materiels
l'affectent fenfiblement , cependant
il accorde moins au plaifir d'être émû qu'à
celui de comparer & de réfléchir ; chez
JUILLET 1755 . 107
lui le fentiment du beau eft vif , éclairé ,
foutenu , fon jugement eft fain , vrai , ir,
révocable. Une exacte perception des гар-
ports en eft le principe , une profonde connoiffance
de caufe en eft le fondement. t
Tels font les titres précieux dont la nature
décore ceux qui , par une reflexion
continue , ont appris à connoître les perfections
de leur auteur dans celles qu'elle
renferme elle - même. En vain me flatterois-
je que ces confidérations fur la nature
du goût , augmenteront le nombre des
amateurs . Réduire fous les loix d'une faine
philofophie , ce que quelques perfonnes ,
peut- être trop intéreffées , vouloient regarder
comme abandonné à la bizarrerie
des goûts , aux révolutions de la mode ,
des tems , & à la différente température
des climats , c'étoit mon deffein. J'ai fait
quelques efforts pour remonter aux fources
du beau ; puiffent -ils ne pas paroître
inutiles à celui dont j'ai foutenu les droits.
Cette fuite eft de M. Guiard , de Troyes .
La premiere partie de fon ouvrage a été
imprimée dans le Journal de Verdun ,
mois de Mai 1753 .
MÉTHODES NOUVELLES pour apprendre
à lire aifément & en peu de tems ,
même par maniere de jeu & d'amufement ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE
auffi inftructives pour les Maîtres que
commodes aux peres & meres , & faciles.
aux enfans.
Voilà tous les avantages qu'on peut defirer
, réunis dans le feul titre. On y joint
les moyens de remédier à plufieurs équivoques
& bizarreries de l'ortographe fran
çoife : c'eft encore un nouveau mérite qu'il
n'eſt pas aifé d'avoir.
Le nom de l'Auteur eft prefque un chif
fre. C'eft S. Ch. Ch. R. d. N. & d. P. Comme
on ne voit plus d'ouvrage fans épigraphe
, celui-ci a la fienne , qui eft tirée de
S. Jerôme , épitre à Læta. Non funt contemnenda
quafi parva , fine quibus magna conf
tare non poffunt. Il fe vend chez Lottin , rue-
S. Jacques , au Coq: 1755.
Le Libraire avertit qu'on trouvera chez
lui au premier Août prochain différens
alphabets en quinze planches pour fervir
de premieres leçons aux enfans. On y trouvera
auffi le livre que nous annonçons relié
en carton & parchemin pour leur en
faciliter l'acquifition ..
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Résumé : SUITE d'une discussion sur la nature du goût, où après avoir prouvé que ses principes sont invariables, qu'ils ne sont point sujets aux révolutions de la mode, on examine s'ils sont soumis au pouvoir du tems, & à la différence des climats, & quels sont ses objets principaux.
Le texte explore l'influence du temps et des climats sur le goût, affirmant que les principes du goût sont invariables et ne sont pas soumis aux caprices de la mode. Le temps, bien que puissant, ne détruit pas ces principes mais peut modifier leur influence. Les grandes œuvres littéraires et artistiques, comme celles de Démosthène et Cicéron, survivent au temps et sont admirées par les générations futures. L'impact des climats sur le goût est également examiné. L'air influence le corps, qui à son tour affecte l'âme, mais cette influence n'est pas totale. L'histoire et la physique montrent que l'air ne peut interdire à l'âme d'exercer ses fonctions nobles. Des exemples comme l'Égypte et l'Arabie illustrent que les changements dans les sociétés ne sont pas uniquement dus au climat mais aussi à des facteurs sociaux et politiques. Le goût est universel et peut s'épanouir dans tous les climats. Les différences observées entre les peuples sont dues à l'éducation, aux occupations et à la forme du gouvernement. Le texte aborde ensuite les plaisirs et les émotions esthétiques éprouvés par un homme de goût face à diverses formes d'art. L'auteur apprécie l'émotion sans en ressentir le désordre, trouvant dans les œuvres d'art des degrés d'élévation de l'âme. Il admire la sculpture, un art difficile qui produit rarement des chefs-d'œuvre, et la gravure, qui immortalise les œuvres des grands maîtres. L'architecture et la musique sont également louées pour leurs qualités respectives. L'éloquence, bien que puissante, ne remplit pas toujours l'âme de manière complète. La poésie, alliée du sentiment et de la raison, est jugée par l'homme de goût. L'étude des langues et l'établissement des langues sont également des sujets d'intérêt, révélant la connexion entre l'art de la parole et la pensée. L'homme de goût distingue les degrés de sentiment esthétique et possède un jugement sûr et éclairé. Le texte se conclut par une réflexion sur la nature du goût et les efforts pour comprendre les sources du beau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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363
p. 159-172
ARCHITECTURE. Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
Début :
Une société de Gens de Lettres, vient de publier un nouveau volume de ses [...]
Mots clefs :
Architecture, Architecte, Mémoires, Gloire, Architecture antique, Église, Édifices, Goût, Portail, Marchés, Louvre, Bâtiment, Société de gens de Lettres
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texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
ARCHITECTURE.
Mercure du mois de Juin de l'année 2355-
Ne fociété de Gens de Lettres , vient
de publier un nouveau volume de fes
Mémoires *.
C'eft une chofe admirable que la vertueuſe
ténacité avec laquelle cet illuftre
corps s'attache à multiplier fes découvertes
fur nos antiquités françoiſes .
J'en rendrai compte , non fuivant l'ordre
felon lequel les Mémoires font arrangés
dans le volume , mais en mettant de
* Ces mémoires fontd'autant plus rares , qu'ils
font l'ouvrage des fçavans qui font à naître , &
qu'ils ont été faits plufieurs fiecles après le nôtre.
Jufqu'ici l'érudition avoit employé fa fagacité à
débrouiller le cahos des tems paffés , mais elle
étend aujourd'hui fes lumieres jufqu'à percer les
ténébres d'un âge à venir. C'eſt donner un être à
la poffibilité , c'eft réaliſer les conjectures , & ( ce
que j'eftime le plus dans ce morceau , ) c'est trouver
une maniere auffi nouvelle qu'ingénieufe , de
louer le fiecle préfent , fans bleffer la modeftie de
perfonne. Je crois faire un vrai préſent au public
de l'inférer dans mon journal.
160 MERCURE DE FRANCE.
fuite ceux qui traittent des matieres qui ont
du rapport les unes aux autres. Ainfi , je
rapporterai d'abord ceux qui concernent
l'Architecture antique.
Le premier eft celui du célébre M. Scarcher
, déja connu par tant d'ouvrages remplis
de la plus profonde érudition , il Y
traite des reftes d'Architecture de l'ancienne
ville de Paris. Il prouve d'abord d'une
maniere irréfiftible que le quartier de la
Cour , que nous diftinguons fous le nom
de quartier de Verfailles , étoit autrefois
hors de la ville de Paris , & qu'il y avoit
même une étendue confidérable de terrein
inhabité entre l'une & l'autre , il prétend
qu'alors la ville n'avoit qu'environ une
lieue d'étendue. On eft furpris , fans doute ,
de voir que cette ville magnifique ait eû
de fifoibles commencemens. Cependant il
eft difficile de fe refufer à la force des
ves qu'il a recueillies avec un courage infatigable
dans une quantité prodigieufe
d'anciens livres qu'il lui a fallu parcourir.
Il entreprend de prouver que la ville finiffoit
où l'on voit à préfent cette admirable
ftatue du grand Roi Louis XV. qui fut
furnommé par fes fujets le Bien -aimé
comme on le voit par les infcriptions de
la ftatue qui nous refte auffi bien confervée
que fi elle fortoit de la fonte , & qui
preuJUILLET.
1755 161
durera moins encore que la mémoire d'un
fi beau titre & la gloire de ce grand Monarque.
Enfuite il fait voir par un raifonnement
très étendu & plein d'érudition , que le
pont qu'on nomme Royal a pris fon nom
de cette ſtatue, contre le fentiment de quelques-
uns qui croyent qu'il fe nommoit
ainfi avant qu'elle fut érigée, Ce qu'il dit
fur ce fujer eft fi evident qu'il ne femble
pas qu'on puiffe le contefter d'avantage.
Il paffe enfuite à des recherches trèscurieufes
fur le merveilleux bâtiment du
Louvre , il réfute furabondamment le mémoire
donné dans la même Société l'année
précédente où l'on avoit avancé que ce fuperbe
édifice avoit été achevé & porté à fon
entiere perfection fous le regne de Louis
XIV. fondé fur l'autorité des Hiftoires ,
confervées dans les anciennes bibliothetheques
; il fait voir qu'il a été long- temps
abandonné à caufe des guerres qui ont troublé
la fin du XVIIe fiécle & le commencement
du XVIII , & qui ont affuré à la
France la fupériorité fur fes voifins , la
fplendeur & le repos dont elle jouit depuis
ces deux fiécles également célébres . Il rapporte
à ce fujet un trait d'hiftoire curieux
où l'on voit que celui qui étoit alors à la
tête des Arts , fecondant avec zele & avec
162 MERCURE DE FRANCE.
un goût peu commun , les intentions & l'inclination
du Roy régnant , pour les grandes
chofes , entreprit de reftaurer & d'achever
cet édifice , dont une partie tomboit
en ruine. Il fixe la datte de cet important
événement vers le milieu du XVIIIe fiécle .
"
Il détruit enfuite entiérement l'objection
la plus impofante que fon antagoniſte
avoit alléguée contre la vérité de ce fait
qui étoit le peu de vraisemblance qu'il
trouvoit à croire qu'une perfonne en place
pût avoir abandonné la gloire de conftruire
de nouveaux édifices , & s'être contentée
de celle d'amener à leur fin les ouvrages
commencés par fes prédéceffeurs , qui
méritoient d'être confervés à la postérité.
M. Scarcher fait voir combien cette idée
eft fauffe , & qu'elle n'eft fondée que fur
la reffemblance que nous fuppofons entre
les hommes d'alors , & ceux du temps où
nous vivons. Il eſt bien vrai que de nos
jours nous voyons rarement achever les
grandes entrepriſes , parce qu'il eft du bon
air de ne point fuivre les maximes ni les
idées de fes prédéceffeurs , mais il n'en
étoit pas ainfi dans ces temps héroïques ;
chacun mettoit fa gloire à contribuer autant
qu'il étoit en lui à celle du Roy
régnant , & lorfque le moyen le plus digne
avoit été trouvé par fon devancier , on le
JUILLET. 1755. 163
fuivoit fans difficulté. D'ailleurs , on ne
peut pas dire que le Supérieur de ces tempslà
fe foit uniquement borné à fuivre ou à
finir ce que les autres avoient tracé . Il nous
refte plufieurs édifices très confidérables
& d'une grande beauté qui ont été commencés
& achevés fous ce regne.
On ne peut trop admirer la facilité & la
juftefle avec laquelle notre Sçavant éclaircit
ces temps que leur éloignement nous
rend fi obfcurs . Si d'une part il nous fait
voir avec certitude que ce fuperbe bâtiment
a été négligé pendant quelques années
, en même temps il s'éleve avec la plus
grande force contre ceux qui ont avancé
que pendant long-temps cet édifice a été
environné d'écuries , de petites maiſons ,
même d'échoppes. Il fait voir quelle abfurdité
il y a à penfer que dans un fiècle auffi
éclairé , on ait fouffert une pareille profanation
, ce qu'il dit là- deffus eft rempli
d'éloquence.
J'abrege quantité de réflexions non moins
curieufes qu'il fait fur les beautés du Lou
vre & qu'il faut lire dans l'original , pour
paffer à ce qu'il dit fur l'Eglife antique de
fainte Génevieve de la montagne. Il croit
que cet admirable édifice a été bâti par le
même architecte que le fuperbe périftile du
Louvre. La tradition reçue jufqu'à préfent
164 MERCURE DE FRANCE.
étoit que cette églife avoit été commencée
vers le milieu du dix -huitiéme fiécle : en
admettant fes preuves , il faudroit en établir
la datte environ un fiécle plûtôt , ce
qui répugne un peu à la beauté de fa confervation
, cependant les raifons qu'il apporte
ne font point à rejetter. Il s'appuie
fur le fentiment de nos plus habiles architectes
, qui en conſidérant la noble ſimplicité
du goût de cette architecture , y reconnoiffent
le même ſtile qu'au Louvre , quoique
dans une compofition différente. Ils
prétendent que le goût du dix- huitiéme
fiécle a été inférieur , à en juger par quelques
reftes de bâtimens dont la datte eft
certaine & par quelques écrits de ces
temps- là qui font remplis de plaintes contre
le mauvais goût qui régnoit alors , &
où l'on en explique les défauts de maniere
à nous en donner une idée affez diftincte.
Or , on ne voit aucun de ces défauts ni
dans cette églife , ni au Louvre ; au contraire
ces édifices font encore les regles du
vrai beau .
La feconde preuve qu'il tire du nom
de l'architecte , fait voir avec quelle fagacité
il éclaircit les antiquités les plus épineuſes.
L'hiſtoire nous a confervé le nom
de l'architecte de ce beau periftile du Louvre
qui regarde le Levant , il fe nommoit
JUILLE T. 1755. 165
Perrault. M. Scarcher prouve à travers
mille difficultés que c'eft ce même nom qui
eft tracé à fainte Genevieve , & qui eft tellement
effacé , qu'il n'y a qu'un homme
auffi verfé dans les antiquités que M. Scarcher
, qui puiffe nous en donner l'intelligence.
La premiere difficulté qui fe rencontre
eft que le nom de Perrault eft compofé
de huit lettres & qu'on n'en apperçoit
que fept dans les foibles traces qui restent
fur ce marbre ; mais nous verrons bien-tôt
comment on doit expliquer cela. Les deux
dernieres lettres de ce nom , qui fe voyent
encore affez diftin&tement , font OT, & il
ya tout lieu de croire que celle qui les
précede eft une L. M. Scarcher prouve premierement
par un grand nombre d'autorités
refpectables que les anciens François
prononçoient la diphtongue an , de même
que la lettre o , & qu'ainfi ils mettoient indifféremment
l'une pour l'autre. Cette découverte
répond en même temps d'une ma
niere évidente à la premiere difficulté des
fept premieres lettres qui fe trouvent à
fainte Génevieve au lieu de huit , que demande
fa fuppofition , car il eft clair qu'ici
la lettre o tient lieu de deux . Il reste la difficulté
de L qui fe trouve avant l'O , au
lieu que dans le nom de Perrault , elle ſe
trouve après an. 11 y fatisfait du moins
曩
166 MERCURE DE FRANCE .
d'une maniere probable , en difant qu'il eft
poffible que la modeſtie de l'architecte
l'ayant empêché d'y mettre lui-même fon
nom , il n'a été mis qu'après la mort , &
que ceux qui l'ont gravé , l'ont ainfi défiguré
, ou par corruption , ou plûtôt parce
que c'étoit en effet la véritable prononciation
de ce temps- là , comme nous voyons
encore dans le nôtre que les Allemands
prononcent Makre quoiqu'ils écrivent Maker
, ainfi on peut avoir prononcé OLT,
quoiqu'il foit écrit LOT. Nous nous fommes
un peu étendus fur cet article , quoique
nous l'ayons beaucoup abrégé , parce
que c'eft un des plus importans de ce fçavant
mémoire & celui où l'on découvre la
plus rare érudition ; s'il y a quelque choſe
qui paroiffe inadmiffible , c'eft cet excès
de modeſtie qu'il ſuppoſe dans un architecte
; mais encore une fois , nous ne deyons
pas juger des hommes de ces fiécles
vertueux par ceux du nôtre. Il reſte encore
une objection. Plufieurs fçavans ont prétendu
que la premiere lettre de ce nom eft
une S , & qu'il eft difficile avec les traces
qui en reftent d'en faire un P * . C'eſt là
* Il y en a qui vont plus loin . Ayant de meilleurs
yeux , ils ont cru entrevoir uneƒavant l , &
fuppléant à la diphtongue qui manque , ils ont
conjecturé que le véritable nom de l'architecte
JUILLET. 1755- 167
qu'il faut voir M. Scarcher employer toutes
les forces de fon éloquence pour y trouver
un P , il faut le lire dans l'original ,
mais il eft vrai qu'il eft bien difficile quand
on l'a lû de ne l'y pas trouver avec lui ,
malgré les difficultés que préfente l'infpection
du marbre.
M. Scarcher traite enfuite des reftes antiques
de l'Eglife de faint Pierre & faint
Paul , qu'une tradition fans fondement
nomme faint Sulpice. Il démontre que nous
n'avons pas cet édifice ( dont il ne refte
prefque que le portail ) tel qu'il a été bâti .
Que les arcades qui font au fecond ordre ,
y ont été conftruites depuis par quelque
raifon de folidité occafionnée par les ravages
du temps , & qu'il n'y a nulle apparènce
qu'un architecte de ce mérite eut mis ces
maffifs au fecond ordre n'en ayant pas mis
au premier , c'eft- à-dire , le fort fur le
foible. Il prouve encore que les coloffes
monftrueux qui font fur les tours , ont été
pareillement ajoûtés par quelque raifon de
dévotion populaire , qui a voulu que l'on
vit les patrons de cette églife les plus
grands qu'il étoit poffible ; que les tours
ont été terminées en ligne droite par l'architecte
premier auteur de cet édifice , &
étoit Sauflot ou Souflot. J'avoue que je ferois affez
de ce dernier ſentiment,
168 MERCURE DE FRANCE:
que le couronnement que nous y voyons
maintenant eft une augmentation faite
dans un fiecle où le goût avoit dégénéré.
Il ne paroît pas auffi bien fondé , lorfqu'il
foutient que le fronton eft dans le même
cas d'être venu après coup. Il prétend
décider le problême qui embarraffe tous
nos architectes , c'est - à - dire , l'impoffibilité
qu'il y a que l'églife dont nous jugeons
par quelques arcades demi ruinées
qui fubfiftent encore , puiffe avoir été liée
avec ce portail . En effet , on ne voit aucune
hauteur ni aucune ligne qui y ait du rapport.
Il dit qu'alors l'intérieur de l'égliſe
étoit à deux ordres l'un fur l'autre femblables
à ceux du portail avec un rang de galleries
regnant tout au tour, que cette églife
ayant été détruite ou par quelque accident
ou par la barbarie des fiecles fuivans , on a
édifié à fa place ce bâtiment irrégulier qui
s'y accorde fi peu ; ce qui donne quelque
vraisemblance à fa fuppofition , c'eft qu'indépendamment
de leur peu de rapport avec
le portail ces fragmens qui nous reftent
n'en ont pas même entr'eux . Ce fentiment
n'eft cependant pas fans difficulté , on a
peine à concevoir que dans l'efpace de
temps qui s'est écoulé depuis fa premiere
conftruction , une égliſe auffi bien bâtie
que celle qui devoit tenir à ce portail , ait
été
JUILLET. 1755. 169
été détruite , relevée une feconde fois aufli
folidement que nous le voyons par ces
reftes , & encore ruinée . On ne peut que
difficilement fuppofer qu'elle ait été abbattue
exprès , d'ailleurs nous ne connoiffons
point de fiecle de barbarie depuis ces temps
mémorables. Les arts ont toujours été floriffans
, & n'ont fait que fe perfectionner
jufqu'au point d'élévation où nous les
voyons maintenant. M. Scarcher permettra
que nous ne nous rendions pas encore
fur cet article , & que nous attendions des
preuves plus fortes que le temps & fon
profond fçavoir lui feront découvrir.
Notre favant auteur paffe enfuite à un
refte de bâtiment ancien qu'on croit avoir
été une églife fous l'invocation de faint
Roch. Ce qu'on trouve de plus fatisfaiſant
dans les réflexions de M. Scarcher fur cette
églife , ce font les raifons dont il s'appuye
pour détruire le fentiment de ceux qui foutiennent
que le double focle qui porte les
arcades de la nef a été apparent dans fa
premiere conftruction . Il fait voir que le
focle d'enbas étoit la fondation qui fe trouvoit
enfevelie dans l'intérieur du terrein
qu'il n'eft vifible que parce qu'on a baiffé
le terrein intérieur de l'églife , & combien
il eft ridicule de penfer que jamais aucun
architecte fe foit avifé de mettre deux fo-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
cles l'un fur l'autre , & fi élévés que les
bazes des colonnes font de beaucoup audeffus
de la vue. Il établit une feconde
preuve fur ce qu'on trouve par d'anciennes
eftampes qu'on croit gravées dans ces mêmes
tems , qu'il y a eu 15 ou 16 marches
pour monter à cette églife , au lieu qu'à
préfent il ne s'en trouve que cinq. Selon
fon idée , on a détruit les marches qui
montoient jufqu'au niveau du premier
focle. Ce fentiment n'eft probable que dans
la fuppofition que les marches que l'on y
voit maintenant ne font point du tout les
anciennes , car il auroit fallu pour monter
jufqu'à la hauteur des bazes du portail
qu'elles n'euffent laiffé aucun pallier ; ce
qui , quoique poffible , laiffe quelque doute
, d'autant plus qu'en calculant la hauteur
& l'enfoncement que produifent un
nombre de marches femblables à celles qui
reftent , on n'y trouve pas un rapport jufte
avec le nombre des marches indiquées dans
l'eftampe , il eft vrai qu'il ajoute une raifon
plaufible pour remédier au défaut de
juftelle du calcul de ces marches , il fait
remarquer que naturellement le terrein
des villes fe hauffe par un abus auquel on
ne fonge point à tenir la main , parce que
l'on apporte toujours & qu'on ne remporte
jamais. Tout ceci porta un caractere de
JUILLET. 1755. 171
vraisemblance auquel on a peine à ſe
refufer.
·
Il entreprend de prouver que cette églife
précede au moins d'un fiecle le bâtiment
du Louvre , c'est- à- dire , avant que la bonne
architecture fut bien connue . Premierement
par le défaut infupportable des bazes
& des chapiteaux des colomnes qui ſe pénetrent
avec les pilaftres , défaut ridicule
qu'on n'eut jamais fouffert dans un fiecle
plus éclairé. Secondement , par les fauffes
courbes qui font l'enfoncement des efpeces
de niches où font les petites portes de
l'églife . Il prétend que ces courbes font
les effais par où l'on a commencé avant
que de trouver les formes régulieres . Cette
feconde preuve n'eſt pas de la force de la
premiere , car on trouve plufieurs édifices
dont la datte eft certaine , & qui font conftruits
plus d'un fiecle & demi après , où
l'on voit ces mêmes courbes employées &
de plus mauvaiſes encore , d'ailleurs plufieurs
fçavans prétendent quele propre de
l'efprit humain , eft de trouver d'abord
tour naturellement le fimple qui eft le vrai
beau ; & que le goût ne fe corrompt qu'à
force de vouloir aller au-delà.
Au refte , il eft fi difficile de pénétrer
dans ces tems anciens , que les conjectures
vraisemblables doivent être regardées
Hij
172 MERCURE DE FRANCE:
comme des démonftrations . Ce mémoire
renferme quantité de recherches intéreſfantes
aufquelles je renvoye le lecteur
pour ne pas être trop long.
Mercure du mois de Juin de l'année 2355-
Ne fociété de Gens de Lettres , vient
de publier un nouveau volume de fes
Mémoires *.
C'eft une chofe admirable que la vertueuſe
ténacité avec laquelle cet illuftre
corps s'attache à multiplier fes découvertes
fur nos antiquités françoiſes .
J'en rendrai compte , non fuivant l'ordre
felon lequel les Mémoires font arrangés
dans le volume , mais en mettant de
* Ces mémoires fontd'autant plus rares , qu'ils
font l'ouvrage des fçavans qui font à naître , &
qu'ils ont été faits plufieurs fiecles après le nôtre.
Jufqu'ici l'érudition avoit employé fa fagacité à
débrouiller le cahos des tems paffés , mais elle
étend aujourd'hui fes lumieres jufqu'à percer les
ténébres d'un âge à venir. C'eſt donner un être à
la poffibilité , c'eft réaliſer les conjectures , & ( ce
que j'eftime le plus dans ce morceau , ) c'est trouver
une maniere auffi nouvelle qu'ingénieufe , de
louer le fiecle préfent , fans bleffer la modeftie de
perfonne. Je crois faire un vrai préſent au public
de l'inférer dans mon journal.
160 MERCURE DE FRANCE.
fuite ceux qui traittent des matieres qui ont
du rapport les unes aux autres. Ainfi , je
rapporterai d'abord ceux qui concernent
l'Architecture antique.
Le premier eft celui du célébre M. Scarcher
, déja connu par tant d'ouvrages remplis
de la plus profonde érudition , il Y
traite des reftes d'Architecture de l'ancienne
ville de Paris. Il prouve d'abord d'une
maniere irréfiftible que le quartier de la
Cour , que nous diftinguons fous le nom
de quartier de Verfailles , étoit autrefois
hors de la ville de Paris , & qu'il y avoit
même une étendue confidérable de terrein
inhabité entre l'une & l'autre , il prétend
qu'alors la ville n'avoit qu'environ une
lieue d'étendue. On eft furpris , fans doute ,
de voir que cette ville magnifique ait eû
de fifoibles commencemens. Cependant il
eft difficile de fe refufer à la force des
ves qu'il a recueillies avec un courage infatigable
dans une quantité prodigieufe
d'anciens livres qu'il lui a fallu parcourir.
Il entreprend de prouver que la ville finiffoit
où l'on voit à préfent cette admirable
ftatue du grand Roi Louis XV. qui fut
furnommé par fes fujets le Bien -aimé
comme on le voit par les infcriptions de
la ftatue qui nous refte auffi bien confervée
que fi elle fortoit de la fonte , & qui
preuJUILLET.
1755 161
durera moins encore que la mémoire d'un
fi beau titre & la gloire de ce grand Monarque.
Enfuite il fait voir par un raifonnement
très étendu & plein d'érudition , que le
pont qu'on nomme Royal a pris fon nom
de cette ſtatue, contre le fentiment de quelques-
uns qui croyent qu'il fe nommoit
ainfi avant qu'elle fut érigée, Ce qu'il dit
fur ce fujer eft fi evident qu'il ne femble
pas qu'on puiffe le contefter d'avantage.
Il paffe enfuite à des recherches trèscurieufes
fur le merveilleux bâtiment du
Louvre , il réfute furabondamment le mémoire
donné dans la même Société l'année
précédente où l'on avoit avancé que ce fuperbe
édifice avoit été achevé & porté à fon
entiere perfection fous le regne de Louis
XIV. fondé fur l'autorité des Hiftoires ,
confervées dans les anciennes bibliothetheques
; il fait voir qu'il a été long- temps
abandonné à caufe des guerres qui ont troublé
la fin du XVIIe fiécle & le commencement
du XVIII , & qui ont affuré à la
France la fupériorité fur fes voifins , la
fplendeur & le repos dont elle jouit depuis
ces deux fiécles également célébres . Il rapporte
à ce fujet un trait d'hiftoire curieux
où l'on voit que celui qui étoit alors à la
tête des Arts , fecondant avec zele & avec
162 MERCURE DE FRANCE.
un goût peu commun , les intentions & l'inclination
du Roy régnant , pour les grandes
chofes , entreprit de reftaurer & d'achever
cet édifice , dont une partie tomboit
en ruine. Il fixe la datte de cet important
événement vers le milieu du XVIIIe fiécle .
"
Il détruit enfuite entiérement l'objection
la plus impofante que fon antagoniſte
avoit alléguée contre la vérité de ce fait
qui étoit le peu de vraisemblance qu'il
trouvoit à croire qu'une perfonne en place
pût avoir abandonné la gloire de conftruire
de nouveaux édifices , & s'être contentée
de celle d'amener à leur fin les ouvrages
commencés par fes prédéceffeurs , qui
méritoient d'être confervés à la postérité.
M. Scarcher fait voir combien cette idée
eft fauffe , & qu'elle n'eft fondée que fur
la reffemblance que nous fuppofons entre
les hommes d'alors , & ceux du temps où
nous vivons. Il eſt bien vrai que de nos
jours nous voyons rarement achever les
grandes entrepriſes , parce qu'il eft du bon
air de ne point fuivre les maximes ni les
idées de fes prédéceffeurs , mais il n'en
étoit pas ainfi dans ces temps héroïques ;
chacun mettoit fa gloire à contribuer autant
qu'il étoit en lui à celle du Roy
régnant , & lorfque le moyen le plus digne
avoit été trouvé par fon devancier , on le
JUILLET. 1755. 163
fuivoit fans difficulté. D'ailleurs , on ne
peut pas dire que le Supérieur de ces tempslà
fe foit uniquement borné à fuivre ou à
finir ce que les autres avoient tracé . Il nous
refte plufieurs édifices très confidérables
& d'une grande beauté qui ont été commencés
& achevés fous ce regne.
On ne peut trop admirer la facilité & la
juftefle avec laquelle notre Sçavant éclaircit
ces temps que leur éloignement nous
rend fi obfcurs . Si d'une part il nous fait
voir avec certitude que ce fuperbe bâtiment
a été négligé pendant quelques années
, en même temps il s'éleve avec la plus
grande force contre ceux qui ont avancé
que pendant long-temps cet édifice a été
environné d'écuries , de petites maiſons ,
même d'échoppes. Il fait voir quelle abfurdité
il y a à penfer que dans un fiècle auffi
éclairé , on ait fouffert une pareille profanation
, ce qu'il dit là- deffus eft rempli
d'éloquence.
J'abrege quantité de réflexions non moins
curieufes qu'il fait fur les beautés du Lou
vre & qu'il faut lire dans l'original , pour
paffer à ce qu'il dit fur l'Eglife antique de
fainte Génevieve de la montagne. Il croit
que cet admirable édifice a été bâti par le
même architecte que le fuperbe périftile du
Louvre. La tradition reçue jufqu'à préfent
164 MERCURE DE FRANCE.
étoit que cette églife avoit été commencée
vers le milieu du dix -huitiéme fiécle : en
admettant fes preuves , il faudroit en établir
la datte environ un fiécle plûtôt , ce
qui répugne un peu à la beauté de fa confervation
, cependant les raifons qu'il apporte
ne font point à rejetter. Il s'appuie
fur le fentiment de nos plus habiles architectes
, qui en conſidérant la noble ſimplicité
du goût de cette architecture , y reconnoiffent
le même ſtile qu'au Louvre , quoique
dans une compofition différente. Ils
prétendent que le goût du dix- huitiéme
fiécle a été inférieur , à en juger par quelques
reftes de bâtimens dont la datte eft
certaine & par quelques écrits de ces
temps- là qui font remplis de plaintes contre
le mauvais goût qui régnoit alors , &
où l'on en explique les défauts de maniere
à nous en donner une idée affez diftincte.
Or , on ne voit aucun de ces défauts ni
dans cette églife , ni au Louvre ; au contraire
ces édifices font encore les regles du
vrai beau .
La feconde preuve qu'il tire du nom
de l'architecte , fait voir avec quelle fagacité
il éclaircit les antiquités les plus épineuſes.
L'hiſtoire nous a confervé le nom
de l'architecte de ce beau periftile du Louvre
qui regarde le Levant , il fe nommoit
JUILLE T. 1755. 165
Perrault. M. Scarcher prouve à travers
mille difficultés que c'eft ce même nom qui
eft tracé à fainte Genevieve , & qui eft tellement
effacé , qu'il n'y a qu'un homme
auffi verfé dans les antiquités que M. Scarcher
, qui puiffe nous en donner l'intelligence.
La premiere difficulté qui fe rencontre
eft que le nom de Perrault eft compofé
de huit lettres & qu'on n'en apperçoit
que fept dans les foibles traces qui restent
fur ce marbre ; mais nous verrons bien-tôt
comment on doit expliquer cela. Les deux
dernieres lettres de ce nom , qui fe voyent
encore affez diftin&tement , font OT, & il
ya tout lieu de croire que celle qui les
précede eft une L. M. Scarcher prouve premierement
par un grand nombre d'autorités
refpectables que les anciens François
prononçoient la diphtongue an , de même
que la lettre o , & qu'ainfi ils mettoient indifféremment
l'une pour l'autre. Cette découverte
répond en même temps d'une ma
niere évidente à la premiere difficulté des
fept premieres lettres qui fe trouvent à
fainte Génevieve au lieu de huit , que demande
fa fuppofition , car il eft clair qu'ici
la lettre o tient lieu de deux . Il reste la difficulté
de L qui fe trouve avant l'O , au
lieu que dans le nom de Perrault , elle ſe
trouve après an. 11 y fatisfait du moins
曩
166 MERCURE DE FRANCE .
d'une maniere probable , en difant qu'il eft
poffible que la modeſtie de l'architecte
l'ayant empêché d'y mettre lui-même fon
nom , il n'a été mis qu'après la mort , &
que ceux qui l'ont gravé , l'ont ainfi défiguré
, ou par corruption , ou plûtôt parce
que c'étoit en effet la véritable prononciation
de ce temps- là , comme nous voyons
encore dans le nôtre que les Allemands
prononcent Makre quoiqu'ils écrivent Maker
, ainfi on peut avoir prononcé OLT,
quoiqu'il foit écrit LOT. Nous nous fommes
un peu étendus fur cet article , quoique
nous l'ayons beaucoup abrégé , parce
que c'eft un des plus importans de ce fçavant
mémoire & celui où l'on découvre la
plus rare érudition ; s'il y a quelque choſe
qui paroiffe inadmiffible , c'eft cet excès
de modeſtie qu'il ſuppoſe dans un architecte
; mais encore une fois , nous ne deyons
pas juger des hommes de ces fiécles
vertueux par ceux du nôtre. Il reſte encore
une objection. Plufieurs fçavans ont prétendu
que la premiere lettre de ce nom eft
une S , & qu'il eft difficile avec les traces
qui en reftent d'en faire un P * . C'eſt là
* Il y en a qui vont plus loin . Ayant de meilleurs
yeux , ils ont cru entrevoir uneƒavant l , &
fuppléant à la diphtongue qui manque , ils ont
conjecturé que le véritable nom de l'architecte
JUILLET. 1755- 167
qu'il faut voir M. Scarcher employer toutes
les forces de fon éloquence pour y trouver
un P , il faut le lire dans l'original ,
mais il eft vrai qu'il eft bien difficile quand
on l'a lû de ne l'y pas trouver avec lui ,
malgré les difficultés que préfente l'infpection
du marbre.
M. Scarcher traite enfuite des reftes antiques
de l'Eglife de faint Pierre & faint
Paul , qu'une tradition fans fondement
nomme faint Sulpice. Il démontre que nous
n'avons pas cet édifice ( dont il ne refte
prefque que le portail ) tel qu'il a été bâti .
Que les arcades qui font au fecond ordre ,
y ont été conftruites depuis par quelque
raifon de folidité occafionnée par les ravages
du temps , & qu'il n'y a nulle apparènce
qu'un architecte de ce mérite eut mis ces
maffifs au fecond ordre n'en ayant pas mis
au premier , c'eft- à-dire , le fort fur le
foible. Il prouve encore que les coloffes
monftrueux qui font fur les tours , ont été
pareillement ajoûtés par quelque raifon de
dévotion populaire , qui a voulu que l'on
vit les patrons de cette églife les plus
grands qu'il étoit poffible ; que les tours
ont été terminées en ligne droite par l'architecte
premier auteur de cet édifice , &
étoit Sauflot ou Souflot. J'avoue que je ferois affez
de ce dernier ſentiment,
168 MERCURE DE FRANCE:
que le couronnement que nous y voyons
maintenant eft une augmentation faite
dans un fiecle où le goût avoit dégénéré.
Il ne paroît pas auffi bien fondé , lorfqu'il
foutient que le fronton eft dans le même
cas d'être venu après coup. Il prétend
décider le problême qui embarraffe tous
nos architectes , c'est - à - dire , l'impoffibilité
qu'il y a que l'églife dont nous jugeons
par quelques arcades demi ruinées
qui fubfiftent encore , puiffe avoir été liée
avec ce portail . En effet , on ne voit aucune
hauteur ni aucune ligne qui y ait du rapport.
Il dit qu'alors l'intérieur de l'égliſe
étoit à deux ordres l'un fur l'autre femblables
à ceux du portail avec un rang de galleries
regnant tout au tour, que cette églife
ayant été détruite ou par quelque accident
ou par la barbarie des fiecles fuivans , on a
édifié à fa place ce bâtiment irrégulier qui
s'y accorde fi peu ; ce qui donne quelque
vraisemblance à fa fuppofition , c'eft qu'indépendamment
de leur peu de rapport avec
le portail ces fragmens qui nous reftent
n'en ont pas même entr'eux . Ce fentiment
n'eft cependant pas fans difficulté , on a
peine à concevoir que dans l'efpace de
temps qui s'est écoulé depuis fa premiere
conftruction , une égliſe auffi bien bâtie
que celle qui devoit tenir à ce portail , ait
été
JUILLET. 1755. 169
été détruite , relevée une feconde fois aufli
folidement que nous le voyons par ces
reftes , & encore ruinée . On ne peut que
difficilement fuppofer qu'elle ait été abbattue
exprès , d'ailleurs nous ne connoiffons
point de fiecle de barbarie depuis ces temps
mémorables. Les arts ont toujours été floriffans
, & n'ont fait que fe perfectionner
jufqu'au point d'élévation où nous les
voyons maintenant. M. Scarcher permettra
que nous ne nous rendions pas encore
fur cet article , & que nous attendions des
preuves plus fortes que le temps & fon
profond fçavoir lui feront découvrir.
Notre favant auteur paffe enfuite à un
refte de bâtiment ancien qu'on croit avoir
été une églife fous l'invocation de faint
Roch. Ce qu'on trouve de plus fatisfaiſant
dans les réflexions de M. Scarcher fur cette
églife , ce font les raifons dont il s'appuye
pour détruire le fentiment de ceux qui foutiennent
que le double focle qui porte les
arcades de la nef a été apparent dans fa
premiere conftruction . Il fait voir que le
focle d'enbas étoit la fondation qui fe trouvoit
enfevelie dans l'intérieur du terrein
qu'il n'eft vifible que parce qu'on a baiffé
le terrein intérieur de l'églife , & combien
il eft ridicule de penfer que jamais aucun
architecte fe foit avifé de mettre deux fo-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
cles l'un fur l'autre , & fi élévés que les
bazes des colonnes font de beaucoup audeffus
de la vue. Il établit une feconde
preuve fur ce qu'on trouve par d'anciennes
eftampes qu'on croit gravées dans ces mêmes
tems , qu'il y a eu 15 ou 16 marches
pour monter à cette églife , au lieu qu'à
préfent il ne s'en trouve que cinq. Selon
fon idée , on a détruit les marches qui
montoient jufqu'au niveau du premier
focle. Ce fentiment n'eft probable que dans
la fuppofition que les marches que l'on y
voit maintenant ne font point du tout les
anciennes , car il auroit fallu pour monter
jufqu'à la hauteur des bazes du portail
qu'elles n'euffent laiffé aucun pallier ; ce
qui , quoique poffible , laiffe quelque doute
, d'autant plus qu'en calculant la hauteur
& l'enfoncement que produifent un
nombre de marches femblables à celles qui
reftent , on n'y trouve pas un rapport jufte
avec le nombre des marches indiquées dans
l'eftampe , il eft vrai qu'il ajoute une raifon
plaufible pour remédier au défaut de
juftelle du calcul de ces marches , il fait
remarquer que naturellement le terrein
des villes fe hauffe par un abus auquel on
ne fonge point à tenir la main , parce que
l'on apporte toujours & qu'on ne remporte
jamais. Tout ceci porta un caractere de
JUILLET. 1755. 171
vraisemblance auquel on a peine à ſe
refufer.
·
Il entreprend de prouver que cette églife
précede au moins d'un fiecle le bâtiment
du Louvre , c'est- à- dire , avant que la bonne
architecture fut bien connue . Premierement
par le défaut infupportable des bazes
& des chapiteaux des colomnes qui ſe pénetrent
avec les pilaftres , défaut ridicule
qu'on n'eut jamais fouffert dans un fiecle
plus éclairé. Secondement , par les fauffes
courbes qui font l'enfoncement des efpeces
de niches où font les petites portes de
l'églife . Il prétend que ces courbes font
les effais par où l'on a commencé avant
que de trouver les formes régulieres . Cette
feconde preuve n'eſt pas de la force de la
premiere , car on trouve plufieurs édifices
dont la datte eft certaine , & qui font conftruits
plus d'un fiecle & demi après , où
l'on voit ces mêmes courbes employées &
de plus mauvaiſes encore , d'ailleurs plufieurs
fçavans prétendent quele propre de
l'efprit humain , eft de trouver d'abord
tour naturellement le fimple qui eft le vrai
beau ; & que le goût ne fe corrompt qu'à
force de vouloir aller au-delà.
Au refte , il eft fi difficile de pénétrer
dans ces tems anciens , que les conjectures
vraisemblables doivent être regardées
Hij
172 MERCURE DE FRANCE:
comme des démonftrations . Ce mémoire
renferme quantité de recherches intéreſfantes
aufquelles je renvoye le lecteur
pour ne pas être trop long.
Fermer
Résumé : ARCHITECTURE. Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
Le Mercure de juin 1755 présente un nouveau volume des Mémoires de la Société de Gens de Lettres, qui se distingue par son exploration des antiquités françaises, y compris celles des siècles futurs. Le journal souligne la ténacité et l'érudition de cette société, qui étend ses recherches au-delà des temps passés pour éclairer les époques à venir. L'article se concentre sur les mémoires relatifs à l'architecture antique, notamment ceux de M. Scarcher. Ce dernier traite des vestiges architecturaux de l'ancienne ville de Paris, prouvant que le quartier de la Cour, aujourd'hui connu sous le nom de quartier de Versailles, était autrefois en dehors de la ville. Il démontre également que Paris avait une étendue limitée à l'époque, environ une lieue. Scarcher examine ensuite la statue de Louis XV et le pont Royal, affirmant que ce dernier tire son nom de la statue. Il réfute une affirmation précédente selon laquelle le Louvre aurait été achevé sous le règne de Louis XIV, expliquant que l'édifice a été négligé en raison des guerres et restauré au milieu du XVIIIe siècle. Le texte aborde également l'église Sainte-Geneviève, que Scarcher attribue au même architecte que le péristyle du Louvre, Perrault. Il discute des difficultés de lecture des inscriptions et des preuves historiques pour soutenir ses assertions. Scarcher traite également des vestiges de l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, aujourd'hui connue sous le nom de Saint-Sulpice, démontrant que l'édifice a subi des modifications au fil du temps. Il conclut que l'église actuelle ne correspond pas à l'original et que certaines parties ont été ajoutées pour des raisons de solidité ou de dévotion populaire. Scarcher conteste l'idée que le double socle des arcades de la nef de l'église dédiée à saint Roch ait été visible lors de la première construction. Il argue que le socle inférieur était enfoui et n'est visible que parce que le terrain intérieur a été abaissé. Il trouve ridicule l'hypothèse que deux socles aient été construits l'un sur l'autre à une telle hauteur. Scarcher présente des preuves basées sur des anciennes estampes montrant 15 ou 16 marches pour accéder à l'église, contre cinq actuellement. Il suggère que les marches originales ont été détruites et que le terrain des villes tend à s'élever naturellement. Enfin, Scarcher tente de démontrer que cette église précède de plus d'un siècle le bâtiment du Louvre, avant que l'architecture ne soit bien maîtrisée. Il cite des défauts dans les bases et chapiteaux des colonnes, ainsi que des courbes incorrectes dans les niches des portes. Cependant, cette seconde preuve est contestée par des savants qui affirment que l'esprit humain trouve d'abord le beau simple et que le goût se corrompt en cherchant à aller au-delà.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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364
p. 172-177
Nouveau projet de décoration pour les Théatres.
Début :
L'économie d'accord avec le bon goût & la raison, a porté M*** à construire [...]
Mots clefs :
Goût, Bon goût, Décoration pour les théâtres, Machine, Représentation, Scène
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texteReconnaissance textuelle : Nouveau projet de décoration pour les Théatres.
Nouveau projet de décoration pour les
L
Théatres.
'Économie d'accord avec le bon goût
& la raiſon , a porté M *** à conftruire
un théatre dans fon château , où il
a fupprimé les couliffes & les bandes
du haut de la ſcene , qui repréſentent tantôt
le ciel , d'autres fois le plafond d'un
appartement , des berceaux d'allées , ou la
voûte d'une caverne . Toute la fcene con--
fifte en un très- beau fallon , figuré par des
peintures plates , tant en haut qu'en bas ;
& quand cela a été fait , on a trouvé
cela étoit bon.
que
Au fond du théatre il y a deux piliers
de chaque côté ; ils font fort éclairés par
derriere , & font voir un tableau qui
change felon les pieces que l'on repréſente.
Tantôt c'est une place publique que
l'on voit , tantôt un palais , une forêt , la
mer , ou des jardins.
Ainfi l'endroit de la ſcene eft dormant ;
il eft composé d'un plafond , & de deux
côtés richement ornés d'architecture , méJUILLET.
1755. 173
nuiferie fculptée , ftatues & glaces , des
chandeliers à plufieurs branches , torcheres
& bras qui éclairent fort la fcene. On
y a ménagé deux portes de chaque côté
pour l'entrée & la fortie des Acteurs , ce
qui fait le même effet que les couliffes .
Aux quatre coins de la fcene font quatre
gros piliers , deux fur le devant furmontés
d'un fronton d'où defcend la toile ,
& les deux du fond avec pareil fronton ,
ou corniche pour encadrer la ferme ,
comme j'ai dit . Une de ces fermes ou décorations
, peut être affortie avec la ſcene,
& ne former qu'un bel appartement.
Il m'a paru que cette maniere de décorer
un théatre avoit de grands avantages
fur celle des couliffes changeantes & des
bandes d'en- haut qui les accompagnent
.
Toute illufion de l'art doit être rendue la
plus vraisemblable qu'il eft poffible ; celle
des couliffes approche trop près de l'oeil
du fpectateur , pour ne pas paroître pauvre
& groffiere. La perfpective , la dégradation
de lumiere , & les proportions des
perfonnages avec le lieu de la fcene ne
peuvent jamais s'y rencontrer. L'on apperçoit
par les couliffes le jeu des machines
& le travail des Machiniſtes : l'on y
voit tous les coopérateurs étrangers au
fpectacle , & on y place même des fpecta-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
teurs , dont la préfence & les mouvemens
choquent toujours la vérité des repréfentations.
Remarquons à ce fujet deux chofes intéreffantes
; l'une , combien les loges , balcons
, ou amphithéatre placés fur le théatre
, jettent de confufion dans les repréfentations
de l'Opéra ou de la Comédie ,
& combien les fpectateurs mêlés avec les
Acteurs y font nuifibles & indécens ; l'autre
obſervation eft que par ce même ufage
auquel on a accoutumé le public , on a
déja adopté mon fyftême , en deftinant
pour la fcene un lieu différent de celui
des décorations . Au théatre de Fontainebleau
, par exemple , la fcene fe paffe entre
deux rangs de loges , & la décoration
ne change qu'au fond du théatre ; mais
il feroit bien mieux d'adopter entierement
, ou de rejetter tout - à - fait ce ſyſtême.
Il confifte à deftiner un lieu exprès &
exclufivement pour la fcene , à l'imitation
des anciens. Ce lieu ne peut être mieux
entendu qu'en un très- beau fallon , & tout
un côté en feroit ouvert pour laiffer voir
celui que defire le fujet de la piece , on le
fuppoferoit joint aux lieux divers où fe
paffe l'action . Illufion pour illufion , le
fpectateur fe prêtera facilement à la moinJUILLET.
1755 175
dre des deux. Tout eft orné dans les repréfentations
dramatiques ; on y parle en
vers ou en chants ; les perfonnages les plus
fatigués fortans d'un naufrage , y font parés
& bien mis , les payfans y font galamment
vêtus. Ne peut-on pas fuppofer de
même qu'ils s'avancent vers le public , &
dans un lieu qui eft au public pour parler
de leurs intérêts , lorfqu'on voit par le
fond du théatre qu'ils en traitent dans
une chambre , dans une place , ou dans
une campagne ? L'on fuppofera que ce fallon
eft bâti fur le bord d'une forêt ou
d'une rue par cette illufion on ennoblit
la repréfentation , & par celle des couliffes
& de tout ce qui s'y paffe , on l'avilir.
Le jeu des machines , comme vols ,
chars , gloires , doit fe paffer au fond du
théatre & hors du lieu de la ſcene , pour
en mieux cacher les défauts.
La raifon d'économie feroit miférable
fi le ſpectacle ne s'en trouvoit pas mieux ;
en récompenfe fi l'on veut calculer les
frais , on pourra augmenter de dépense &
de magnificence fur d'autres chofes . La
fcene en fera mieux éclairée par des flambeaux
apparens que par ceux qui font à
moitié cachés derriere les couliffes ; l'on
pourra renouveller plus fouvent les décotations
& le fallon de la fcene ; l'on pro-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
1
fitera des progrès de l'architecture moderne
& du deffein d'ornement.
La falle ( ou lieu des loges & des fpectateurs
) ne doit jamais avoir rien de commun
avec la fcene qui fe cache derriere
un rideau jufqu'au commencement de la
repréfentation : ce font , pour ainfi dire ,
deux pays différens ; l'on ne devroit orner
la falle qu'avec la plus grande fimplicité
pour contrafter & faire briller davantage
la magnificence & l'éclat du fpectacle
quand la toile fe leve .
On ne doit rien épargner pour la beauté
de la ferme du : ond du théatre. Dans
le plan que je propofe , ce devroit être
autant de tableaux exquis peints par les
meilleurs Maîtres , & toujours d'un coloris
frais ; ils ne doivent jamais être difpofés
en deux parties , ce qui y y forme au
milieu une raye noire & defagréable ; ces
tableaux feroient plus ou moins reculés &
diftans des deux colonnes de la fcene , felon
les lieux qu'ils repréſenteroient & les
machines qui devroient paroître dans cette
diſtance. On y verroit donc quelquefois
le théatre très- profond avec des morceaux
avancés ,, comme portiques , tours , arbres ,
rochers , &c. mais jamais de couliffes.
L'on pourroit effſayer ce projet au théatre
de l'Opéra qui y eft tout difpofé , l'on
JUILLE T. 1755. 177
formeroit un fallon des fix premieres couliffes
de chaque côté , & le goût du public
décideroit.
L
Théatres.
'Économie d'accord avec le bon goût
& la raiſon , a porté M *** à conftruire
un théatre dans fon château , où il
a fupprimé les couliffes & les bandes
du haut de la ſcene , qui repréſentent tantôt
le ciel , d'autres fois le plafond d'un
appartement , des berceaux d'allées , ou la
voûte d'une caverne . Toute la fcene con--
fifte en un très- beau fallon , figuré par des
peintures plates , tant en haut qu'en bas ;
& quand cela a été fait , on a trouvé
cela étoit bon.
que
Au fond du théatre il y a deux piliers
de chaque côté ; ils font fort éclairés par
derriere , & font voir un tableau qui
change felon les pieces que l'on repréſente.
Tantôt c'est une place publique que
l'on voit , tantôt un palais , une forêt , la
mer , ou des jardins.
Ainfi l'endroit de la ſcene eft dormant ;
il eft composé d'un plafond , & de deux
côtés richement ornés d'architecture , méJUILLET.
1755. 173
nuiferie fculptée , ftatues & glaces , des
chandeliers à plufieurs branches , torcheres
& bras qui éclairent fort la fcene. On
y a ménagé deux portes de chaque côté
pour l'entrée & la fortie des Acteurs , ce
qui fait le même effet que les couliffes .
Aux quatre coins de la fcene font quatre
gros piliers , deux fur le devant furmontés
d'un fronton d'où defcend la toile ,
& les deux du fond avec pareil fronton ,
ou corniche pour encadrer la ferme ,
comme j'ai dit . Une de ces fermes ou décorations
, peut être affortie avec la ſcene,
& ne former qu'un bel appartement.
Il m'a paru que cette maniere de décorer
un théatre avoit de grands avantages
fur celle des couliffes changeantes & des
bandes d'en- haut qui les accompagnent
.
Toute illufion de l'art doit être rendue la
plus vraisemblable qu'il eft poffible ; celle
des couliffes approche trop près de l'oeil
du fpectateur , pour ne pas paroître pauvre
& groffiere. La perfpective , la dégradation
de lumiere , & les proportions des
perfonnages avec le lieu de la fcene ne
peuvent jamais s'y rencontrer. L'on apperçoit
par les couliffes le jeu des machines
& le travail des Machiniſtes : l'on y
voit tous les coopérateurs étrangers au
fpectacle , & on y place même des fpecta-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
teurs , dont la préfence & les mouvemens
choquent toujours la vérité des repréfentations.
Remarquons à ce fujet deux chofes intéreffantes
; l'une , combien les loges , balcons
, ou amphithéatre placés fur le théatre
, jettent de confufion dans les repréfentations
de l'Opéra ou de la Comédie ,
& combien les fpectateurs mêlés avec les
Acteurs y font nuifibles & indécens ; l'autre
obſervation eft que par ce même ufage
auquel on a accoutumé le public , on a
déja adopté mon fyftême , en deftinant
pour la fcene un lieu différent de celui
des décorations . Au théatre de Fontainebleau
, par exemple , la fcene fe paffe entre
deux rangs de loges , & la décoration
ne change qu'au fond du théatre ; mais
il feroit bien mieux d'adopter entierement
, ou de rejetter tout - à - fait ce ſyſtême.
Il confifte à deftiner un lieu exprès &
exclufivement pour la fcene , à l'imitation
des anciens. Ce lieu ne peut être mieux
entendu qu'en un très- beau fallon , & tout
un côté en feroit ouvert pour laiffer voir
celui que defire le fujet de la piece , on le
fuppoferoit joint aux lieux divers où fe
paffe l'action . Illufion pour illufion , le
fpectateur fe prêtera facilement à la moinJUILLET.
1755 175
dre des deux. Tout eft orné dans les repréfentations
dramatiques ; on y parle en
vers ou en chants ; les perfonnages les plus
fatigués fortans d'un naufrage , y font parés
& bien mis , les payfans y font galamment
vêtus. Ne peut-on pas fuppofer de
même qu'ils s'avancent vers le public , &
dans un lieu qui eft au public pour parler
de leurs intérêts , lorfqu'on voit par le
fond du théatre qu'ils en traitent dans
une chambre , dans une place , ou dans
une campagne ? L'on fuppofera que ce fallon
eft bâti fur le bord d'une forêt ou
d'une rue par cette illufion on ennoblit
la repréfentation , & par celle des couliffes
& de tout ce qui s'y paffe , on l'avilir.
Le jeu des machines , comme vols ,
chars , gloires , doit fe paffer au fond du
théatre & hors du lieu de la ſcene , pour
en mieux cacher les défauts.
La raifon d'économie feroit miférable
fi le ſpectacle ne s'en trouvoit pas mieux ;
en récompenfe fi l'on veut calculer les
frais , on pourra augmenter de dépense &
de magnificence fur d'autres chofes . La
fcene en fera mieux éclairée par des flambeaux
apparens que par ceux qui font à
moitié cachés derriere les couliffes ; l'on
pourra renouveller plus fouvent les décotations
& le fallon de la fcene ; l'on pro-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
1
fitera des progrès de l'architecture moderne
& du deffein d'ornement.
La falle ( ou lieu des loges & des fpectateurs
) ne doit jamais avoir rien de commun
avec la fcene qui fe cache derriere
un rideau jufqu'au commencement de la
repréfentation : ce font , pour ainfi dire ,
deux pays différens ; l'on ne devroit orner
la falle qu'avec la plus grande fimplicité
pour contrafter & faire briller davantage
la magnificence & l'éclat du fpectacle
quand la toile fe leve .
On ne doit rien épargner pour la beauté
de la ferme du : ond du théatre. Dans
le plan que je propofe , ce devroit être
autant de tableaux exquis peints par les
meilleurs Maîtres , & toujours d'un coloris
frais ; ils ne doivent jamais être difpofés
en deux parties , ce qui y y forme au
milieu une raye noire & defagréable ; ces
tableaux feroient plus ou moins reculés &
diftans des deux colonnes de la fcene , felon
les lieux qu'ils repréſenteroient & les
machines qui devroient paroître dans cette
diſtance. On y verroit donc quelquefois
le théatre très- profond avec des morceaux
avancés ,, comme portiques , tours , arbres ,
rochers , &c. mais jamais de couliffes.
L'on pourroit effſayer ce projet au théatre
de l'Opéra qui y eft tout difpofé , l'on
JUILLE T. 1755. 177
formeroit un fallon des fix premieres couliffes
de chaque côté , & le goût du public
décideroit.
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Résumé : Nouveau projet de décoration pour les Théatres.
Le texte présente un projet de décoration pour les théâtres, visant à allier économie et esthétique. L'auteur propose de supprimer les coulisses et les bandes au-dessus de la scène, remplacées par des peintures plates figurant un fallon. La scène est ainsi composée d'un plafond et de deux côtés richement ornés d'architecture, de menuiserie sculptée, de statues, de glaces, de chandeliers et de torches. Au fond du théâtre, deux piliers de chaque côté sont fortement éclairés par derrière, affichant des tableaux changeants selon les pièces représentées, tels qu'une place publique, un palais, une forêt, la mer ou des jardins. Deux portes de chaque côté permettent l'entrée et la sortie des acteurs, remplaçant ainsi les coulisses. L'auteur critique les coulisses changeantes et les bandes du haut, jugées trop proches de l'œil du spectateur, révélant les machines et le travail des machinistes, ce qui perturbe l'illusion du spectacle. Les loges et balcons placés sur le théâtre créent de la confusion et nuisent à la représentation. Le projet propose de définir un lieu exclusif pour la scène, imitant les anciens théâtres, avec un côté ouvert pour montrer le décor souhaité par la pièce. Les machines, comme les vols ou les chars, devraient se passer au fond du théâtre pour mieux cacher leurs défauts. L'auteur estime que, bien que l'économie soit une raison misérable, le spectacle en bénéficierait. La scène serait mieux éclairée par des flambeaux apparents, et les décorations pourraient être renouvelées plus souvent. La salle des spectateurs ne doit avoir rien en commun avec la scène, qui se cache derrière un rideau jusqu'au début de la représentation. La ferme du fond du théâtre devrait être ornée de tableaux exquis peints par les meilleurs maîtres, toujours d'un coloris frais, et jamais divisés en deux parties. Ce projet pourrait être testé au théâtre de l'Opéra, en utilisant les premières coulisses de chaque côté, et le goût du public déciderait de son succès.
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365
p. 5-7
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Début :
Cest sans doute des mains des graces [...]
Mots clefs :
Peintres d'Italie, Peintres, Goût, Le Parmesan, Philippe Lauri, Le Primatice, Polidore de Caravage, Luigi Garzi
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
PORTRAITS
DE CINQ FAMEUX PEINTRES
D'ITALIE.
Le Parmesan.
CEft fans doute des mains des graces
Que cet artiſte a reçu les pinceaux ,
A 11)
6 MERCURE DE FRANCE.
L'élégance , l'efprit , ſuivent par - tout ſes traces,
A cette riche empreinte on connoît ſes tableaux.
Le vent femble jouer avec fes draperies ,
La belle touche : Ah ! Dieux , quel contour immortel!
Peut-on trop admirer ces figures cheries? -
Tout y fent le Correge & le grand Raphaël .
Philippe Lauri.
Ce Peintre fait l'hiftoire avec goût & fineffe ,
Mais ce n'eft qu'en petit ; il dégénere en grand.
Ses fonds payfagés font frais , pleins de vagueffe ,
Leur fite eft embelli du fard qu'il y répand .
Quel aimable crayon ! que d'efprit il diftille !
A créer de l'efpace il fe montre fçavant ,
Si Lauri des Romains n'eft pas le plus habile ,
11 eft l'honneur du fecond fang.
Le Primatice.
>
Les charmes du pinceau remain
Furent chez les François tranfplantés par ce Maîtré.
L'on vit Fontainebleau décoré de fa main.
Le Roffo le craignit dès qu'il put le connoître.
Quelle gloire il parut au-deffus des bienfaits , !
Dont quatre de nos Rois à l'envi le comblerent.
On crut du Parmeſan revoir en lui les traits :
Du mauvais goût enfin fes talens triompherent.
}
AOUST. 17551 7
Polidore.
De vil manoeuvre il devint Peintre habile ,
En voyant les beautés qu'enfantoit Raphaël.
Que de correction ! que de goût dans fon ftyle !
La nature y confacre à l'antique un autel.
S'il peint de clair-obfcur des frifes ou des armes ;
L'oeil par le feul toucher peut être détrompé .
Son payfage auffi féduit par mille charmes ,
Le connoiffeur s'oublie en étant occupé.
Louis Garzi.
Dans ces grouppes d'enfans , quels ragoût de cou
leur.
Quel tendre dans leur chair ! oui , le fang y circule.
Cet ange me ravit par fa douce fplendeur ;
Mon oeil d'un jour divin croit voir le crépuscule .
Je reconnois Garzi , frais , correct , & fçavant ,
Traitant bien payſage , hiftoire , architecture.
L'âge fur fa vigueur lance un trait impuiſſant.
Frêt à payer tribut à la nature *
Un chef-d'oeuvre nouveau couronna fon talent.
* Il s'engagea à l'âge de quatre-vingt ans , par
ordre de Clement XI , à peindre la voûte de l'Eglife
desftigmates , qu'il termina beureufement. Rien n'y
fent la vieilleffe , & l'on regarde ce morceau comme
le triomphe de ce grand maître.
A inj
6 MERCURE DE FRANCE.
L'élégance , l'efprit , fuivent par -tout ſes traces.
A cette riche empreinte on connoît ſes tableaux.
Le vent femble jouer avec fes draperies ,
La belle touche : Ah ! Dieux , quel contour immortel!
Peut-on trop admirer ces figures cheries?
Tout y fent le Correge & le grand Raphaël.
Philippe Lauri.
Ce Peintre fait l'hiftoire avec goût & fineffe ,
Mais ce n'eft qu'en petit ; il dégénere en grand.
Ses fonds payfagés font frais , pleins de vagueffe ,
Leur fite eft embelli du fard qu'il y répand .
Quel aimable crayon ! que d'efprit il diftille !
A créer de l'efpace il fe montre fçavant ,
Si Lauri des Romains n'eft pas le plus habile ,
11 eft l'honneur du fecond fang.
Le Primatice.
Les charmes du pinceau remain
Furent chez les François tranfplantés par ce Maftre
.
L'on vit Fontainebleau décoré de fa main.
Le Roffo le craignit dès qu'il put le connoître.
Quelle gloire il parut au - deffus des bienfaits ,
Dont quatre
de nos Rois à l'envi le comblerent .
On crut du Parmeſan revoir en lui les traits :
Du mauvais goût enfin fes talens triompherent.
AOUST. 7 1755
Polidore.
De vil manoeuvre il devint Peintre habile ,
En voyant les beautés qu'enfantoit Raphaël .
Que de correction ! que de goût dans ſon ſtyle !
La nature Y confacre à l'antique un autel .
S'il peint de clair-obfcur des frifes ou des armes ;
L'oeil par le feul toucher peut être détrompé.
Son payſage auffi féduit par mille charmes ,
Le connoiffeur s'oublie en étant occupé.
Louis Garzi.
Dans ces grouppes d'enfans , quels ragoût de cou
leur.
Quel tendre dans leur chair ! oui , le fang y circule.
Cet ange me ravit par fa douce fplendeur ;
Mon oeil d'un jour divin croit voir le crépuscule .
Je reconnois Garzi , frais , correct , & fçavant ,
Traitant bien payſage , hiftoire , architecture.
L'age fur fa vigueur lance un trait impuiſſant.
Frêt à payer tribut à la nature *
Un chef- d'oeuvre nouveau couronna fon talent.
* Il s'engagea à l'âge de quatre-vingt ans , par
ordre de Clement XI , à peindre la voûte de l'Eglife
desftigmates , qu'il termina heureusement . Rien n'y
fent la vieilleffe , & l'on regarde ce morceau comme
le triomphe de ce grand maître.
DE CINQ FAMEUX PEINTRES
D'ITALIE.
Le Parmesan.
CEft fans doute des mains des graces
Que cet artiſte a reçu les pinceaux ,
A 11)
6 MERCURE DE FRANCE.
L'élégance , l'efprit , ſuivent par - tout ſes traces,
A cette riche empreinte on connoît ſes tableaux.
Le vent femble jouer avec fes draperies ,
La belle touche : Ah ! Dieux , quel contour immortel!
Peut-on trop admirer ces figures cheries? -
Tout y fent le Correge & le grand Raphaël .
Philippe Lauri.
Ce Peintre fait l'hiftoire avec goût & fineffe ,
Mais ce n'eft qu'en petit ; il dégénere en grand.
Ses fonds payfagés font frais , pleins de vagueffe ,
Leur fite eft embelli du fard qu'il y répand .
Quel aimable crayon ! que d'efprit il diftille !
A créer de l'efpace il fe montre fçavant ,
Si Lauri des Romains n'eft pas le plus habile ,
11 eft l'honneur du fecond fang.
Le Primatice.
>
Les charmes du pinceau remain
Furent chez les François tranfplantés par ce Maîtré.
L'on vit Fontainebleau décoré de fa main.
Le Roffo le craignit dès qu'il put le connoître.
Quelle gloire il parut au-deffus des bienfaits , !
Dont quatre de nos Rois à l'envi le comblerent.
On crut du Parmeſan revoir en lui les traits :
Du mauvais goût enfin fes talens triompherent.
}
AOUST. 17551 7
Polidore.
De vil manoeuvre il devint Peintre habile ,
En voyant les beautés qu'enfantoit Raphaël.
Que de correction ! que de goût dans fon ftyle !
La nature y confacre à l'antique un autel.
S'il peint de clair-obfcur des frifes ou des armes ;
L'oeil par le feul toucher peut être détrompé .
Son payfage auffi féduit par mille charmes ,
Le connoiffeur s'oublie en étant occupé.
Louis Garzi.
Dans ces grouppes d'enfans , quels ragoût de cou
leur.
Quel tendre dans leur chair ! oui , le fang y circule.
Cet ange me ravit par fa douce fplendeur ;
Mon oeil d'un jour divin croit voir le crépuscule .
Je reconnois Garzi , frais , correct , & fçavant ,
Traitant bien payſage , hiftoire , architecture.
L'âge fur fa vigueur lance un trait impuiſſant.
Frêt à payer tribut à la nature *
Un chef-d'oeuvre nouveau couronna fon talent.
* Il s'engagea à l'âge de quatre-vingt ans , par
ordre de Clement XI , à peindre la voûte de l'Eglife
desftigmates , qu'il termina beureufement. Rien n'y
fent la vieilleffe , & l'on regarde ce morceau comme
le triomphe de ce grand maître.
A inj
6 MERCURE DE FRANCE.
L'élégance , l'efprit , fuivent par -tout ſes traces.
A cette riche empreinte on connoît ſes tableaux.
Le vent femble jouer avec fes draperies ,
La belle touche : Ah ! Dieux , quel contour immortel!
Peut-on trop admirer ces figures cheries?
Tout y fent le Correge & le grand Raphaël.
Philippe Lauri.
Ce Peintre fait l'hiftoire avec goût & fineffe ,
Mais ce n'eft qu'en petit ; il dégénere en grand.
Ses fonds payfagés font frais , pleins de vagueffe ,
Leur fite eft embelli du fard qu'il y répand .
Quel aimable crayon ! que d'efprit il diftille !
A créer de l'efpace il fe montre fçavant ,
Si Lauri des Romains n'eft pas le plus habile ,
11 eft l'honneur du fecond fang.
Le Primatice.
Les charmes du pinceau remain
Furent chez les François tranfplantés par ce Maftre
.
L'on vit Fontainebleau décoré de fa main.
Le Roffo le craignit dès qu'il put le connoître.
Quelle gloire il parut au - deffus des bienfaits ,
Dont quatre
de nos Rois à l'envi le comblerent .
On crut du Parmeſan revoir en lui les traits :
Du mauvais goût enfin fes talens triompherent.
AOUST. 7 1755
Polidore.
De vil manoeuvre il devint Peintre habile ,
En voyant les beautés qu'enfantoit Raphaël .
Que de correction ! que de goût dans ſon ſtyle !
La nature Y confacre à l'antique un autel .
S'il peint de clair-obfcur des frifes ou des armes ;
L'oeil par le feul toucher peut être détrompé.
Son payſage auffi féduit par mille charmes ,
Le connoiffeur s'oublie en étant occupé.
Louis Garzi.
Dans ces grouppes d'enfans , quels ragoût de cou
leur.
Quel tendre dans leur chair ! oui , le fang y circule.
Cet ange me ravit par fa douce fplendeur ;
Mon oeil d'un jour divin croit voir le crépuscule .
Je reconnois Garzi , frais , correct , & fçavant ,
Traitant bien payſage , hiftoire , architecture.
L'age fur fa vigueur lance un trait impuiſſant.
Frêt à payer tribut à la nature *
Un chef- d'oeuvre nouveau couronna fon talent.
* Il s'engagea à l'âge de quatre-vingt ans , par
ordre de Clement XI , à peindre la voûte de l'Eglife
desftigmates , qu'il termina heureusement . Rien n'y
fent la vieilleffe , & l'on regarde ce morceau comme
le triomphe de ce grand maître.
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Résumé : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Le texte présente des portraits de cinq célèbres peintres italiens. Le Parmesan est décrit comme un artiste gracieux, dont les œuvres se distinguent par leur élégance et leur esprit. Ses tableaux sont marqués par une belle touche et des contours immortels, rappelant les styles de Correge et Raphaël. Philippe Lauri excelle dans la peinture d'histoire avec goût et finesse, mais ses grandes œuvres sont moins réussies. Ses paysages sont frais et pleins de vague, et il est considéré comme un honneur pour le second sang romain. Le Primatice a transplanté les charmes de son pinceau en France, décorant notamment Fontainebleau. Il a été craint par Rosso et comblé de bienfaits par quatre rois. Ses talents ont triomphé du mauvais goût, et il est comparé au Parmesan. Polidore, initialement manoeuvre, est devenu un peintre habile après avoir vu les beautés de Raphaël. Son style est marqué par la correction et le goût, et ses paysages séduisent par mille charmes. Louis Garzi est reconnu pour ses groupes d'enfants aux couleurs ragoûtantes et à la chair tendre. Il traite bien le paysage, l'histoire et l'architecture. À l'âge de quatre-vingts ans, il a peint la voûte de l'église des Stigmates sur ordre de Clément XI, réalisant un chef-d'œuvre qui ne montre aucun signe de vieillesse.
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366
p. 210-212
GRAVURE.
Début :
M. de Marcenay vient de faire paroître l'estampe qu'il a gravée d'après le tableau [...]
Mots clefs :
Estampes, Gravure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
M. de Marcenay vient de faire paroître
l'eftampe qu'il a gravée d'après le tableau
original du cabinet de M. le Marquis
de Voyer, que nous avons annoncé dans
le Mercure du mois d'Avril dernier , en
parlant du début de cet Artifte. Il eft de
AOUST. 1755 211
Rembrandt , & repréfente Tobie recouvrant
la vûe. La fcene fe paffe dans l'intérieur
d'une maifon où le Peintre a préféré
certain defordre pittorefque à une architecture
affervie au coftume. Il paroît s'y
être furpaffé dans les effets furprenans qu'il
y a introduits : fon grouppe principal compofé
de quatre figures, Tobie , fa femme ,
fon fils , & l'Ange qui lui avoit fervi de
guide , eft placé dans le centre de la viſion ,
recevant immédiatement le jour de la fenêtre
, d'autant plus éclatant , qu'il a éteint
les extrêmités du tableau , qui d'ailleurs ne
laiffe rien à defirer fur cette partie fi difficile
à traiter , je veux dire le clair- obfcur.
La fingularité qui fouvent a déterminé
Rembrandt dans fes penfées , l'a fait écar
ter ici du texte de l'Ecriture pour transformer
le jeune tobie en oculifte , qui ,
l'aiguille à la main , leve la cataracte à fon
pere. Il eft très attentif à cette opération
délicate , & le vieillard fort fenfible à la
douleur dont il eft affecté ; fa femme femble
l'exhorter à la patience , & prendre
part à fa peine par la façon affectueufe
dont elle lui ferre la main. Plufieurs figures
grouppées dans l'ombre témoignent
leur furpriſe d'une pareille cure .
Ce grand Maître a fçu tirer parti de
tous les accidens qui ont pu le favorifer
212 MERCURE DE FRANCE.
dans la conduite d'un ouvrage auffi extraordinaire.
Il a allumé du feu dans la cheminée
afin de détacher de ce fond enfumé
l'habillement du jeune homme d'un bleu
tirant fur le noir , dont avoit également
befoin une écharpe en or à qui l'ombre auroit
ôté l'effet fans ce ftratagême. C'eft en
core par une fuite de ce folide raiſonnement
qu'il s'eft fervi de ce même vêtement
comme du fond le plus avantageux à la
poignée de fon fabre , qui pour être d'argent
, & frappée du jour principal , paroît
fortir fort réellement du tableau
violence de la pofition.
par
la
Ce détail , quoique fuccinct , pourra
néanmoins donner une idée légere des
beautés répandues dans cette production
piquante , où la touche eft auffi vraie que
fpirituelle , & le clair- obfcur porté à un
dégré de fublimité , fi j'ofe le dire par la
maniere excellente dont il y eft traité.
M. de Marcenay n'a point méconnu les
difficultés d'une pareille entreprife ; mais
les bontés du public fur fon effai l'ont excité
à les mériter de nouveau par des tra
vaux plus confidérables .
L'Eftampe fe vend à Paris chez l'Auteur,
sue des vieux Auguftins , près l'Egoût.
M. de Marcenay vient de faire paroître
l'eftampe qu'il a gravée d'après le tableau
original du cabinet de M. le Marquis
de Voyer, que nous avons annoncé dans
le Mercure du mois d'Avril dernier , en
parlant du début de cet Artifte. Il eft de
AOUST. 1755 211
Rembrandt , & repréfente Tobie recouvrant
la vûe. La fcene fe paffe dans l'intérieur
d'une maifon où le Peintre a préféré
certain defordre pittorefque à une architecture
affervie au coftume. Il paroît s'y
être furpaffé dans les effets furprenans qu'il
y a introduits : fon grouppe principal compofé
de quatre figures, Tobie , fa femme ,
fon fils , & l'Ange qui lui avoit fervi de
guide , eft placé dans le centre de la viſion ,
recevant immédiatement le jour de la fenêtre
, d'autant plus éclatant , qu'il a éteint
les extrêmités du tableau , qui d'ailleurs ne
laiffe rien à defirer fur cette partie fi difficile
à traiter , je veux dire le clair- obfcur.
La fingularité qui fouvent a déterminé
Rembrandt dans fes penfées , l'a fait écar
ter ici du texte de l'Ecriture pour transformer
le jeune tobie en oculifte , qui ,
l'aiguille à la main , leve la cataracte à fon
pere. Il eft très attentif à cette opération
délicate , & le vieillard fort fenfible à la
douleur dont il eft affecté ; fa femme femble
l'exhorter à la patience , & prendre
part à fa peine par la façon affectueufe
dont elle lui ferre la main. Plufieurs figures
grouppées dans l'ombre témoignent
leur furpriſe d'une pareille cure .
Ce grand Maître a fçu tirer parti de
tous les accidens qui ont pu le favorifer
212 MERCURE DE FRANCE.
dans la conduite d'un ouvrage auffi extraordinaire.
Il a allumé du feu dans la cheminée
afin de détacher de ce fond enfumé
l'habillement du jeune homme d'un bleu
tirant fur le noir , dont avoit également
befoin une écharpe en or à qui l'ombre auroit
ôté l'effet fans ce ftratagême. C'eft en
core par une fuite de ce folide raiſonnement
qu'il s'eft fervi de ce même vêtement
comme du fond le plus avantageux à la
poignée de fon fabre , qui pour être d'argent
, & frappée du jour principal , paroît
fortir fort réellement du tableau
violence de la pofition.
par
la
Ce détail , quoique fuccinct , pourra
néanmoins donner une idée légere des
beautés répandues dans cette production
piquante , où la touche eft auffi vraie que
fpirituelle , & le clair- obfcur porté à un
dégré de fublimité , fi j'ofe le dire par la
maniere excellente dont il y eft traité.
M. de Marcenay n'a point méconnu les
difficultés d'une pareille entreprife ; mais
les bontés du public fur fon effai l'ont excité
à les mériter de nouveau par des tra
vaux plus confidérables .
L'Eftampe fe vend à Paris chez l'Auteur,
sue des vieux Auguftins , près l'Egoût.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte annonce la publication d'une gravure réalisée par M. de Marcenay, inspirée d'un tableau original de Rembrandt appartenant au Marquis de Voyer. Cette œuvre, intitulée 'Tobie recouvrant la vue', avait été précédemment annoncée dans le Mercure d'avril 1755. La scène se déroule à l'intérieur d'une maison, où Rembrandt a privilégié un désordre pictural à une architecture conforme aux coutumes. Le groupe principal, composé de Tobie, sa femme, leur fils et un ange, est placé au centre de la composition, recevant la lumière directe d'une fenêtre, contrastant avec les extrémités plus sombres du tableau. Rembrandt a modifié le texte biblique en représentant le jeune Tobie comme un oculiste opérant son père. La femme de Tobie exhorte son mari à la patience, tandis que plusieurs figures dans l'ombre témoignent de leur surprise. Rembrandt utilise divers artifices, comme un feu dans la cheminée, pour mettre en valeur certains éléments du tableau. La gravure est disponible à la vente à Paris chez l'auteur, rue des Vieux Augustins, près l'Égout.
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367
p. 213
VERS pour être mis au bas de l'Estampe de feu M. Languet, Archevêque de Sens.
Début :
Digne de nos respects, digne de notre amour, [...]
Mots clefs :
Estampe, Jean-Joseph Languet de Gergy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS pour être mis au bas de l'Estampe de feu M. Languet, Archevêque de Sens.
VERS
Pour être mis an bas de l'Eftampe defeu
M. Languet , Archevêque de Sens.
Digne de nos refpects , digne de notre amour ,
De la foi , défenſeur fidele .
Languet , du céleſte ſéjour ,
Protege le Clergé dont tu fus le modele .
Chevalier pinxit 1752. Gaillard fculpfit 1753 .
Hac Beneficiorum memor dicavit Mauroy, Cantor
regalis Ecclefia de Meloduno.
Les Villageois de l'Apennin. J. Ouvrier les
a gravés d'après le tableau original d'un
pied cinq pouces de hauteur fur un pied
dix pouces de largeur , peint par M. Pierre,
& les a dédiés à M. Cochin , dont je fupprime
ici les qualités , perfuadé que fon
nom eft fon plus beau titre, L'Auteur de
cette Eftampe a l'avantage d'être fon éleve.
On y reconnoit le goût d'un fi grand
Maître . C'eft l'éloge le plus flateur qu'on
en puiffe faire. On la trouve à Paris , chez
lui ( J. Ouvrier , ) rue des Noyers , chez
M. Bertrand, Chirurgien .
Les Pêcheurs à la ligne . Cette Eftampe
eft gravée par J. B. Derrey , d'après le tableau
de J. Afelein du cabinet de M. Aved,
& fe vend à Paris , chez Noëlle Mire, rue
S. Jacques , au Soleil d'or , vis - à - vis le
Pleffis .
Pour être mis an bas de l'Eftampe defeu
M. Languet , Archevêque de Sens.
Digne de nos refpects , digne de notre amour ,
De la foi , défenſeur fidele .
Languet , du céleſte ſéjour ,
Protege le Clergé dont tu fus le modele .
Chevalier pinxit 1752. Gaillard fculpfit 1753 .
Hac Beneficiorum memor dicavit Mauroy, Cantor
regalis Ecclefia de Meloduno.
Les Villageois de l'Apennin. J. Ouvrier les
a gravés d'après le tableau original d'un
pied cinq pouces de hauteur fur un pied
dix pouces de largeur , peint par M. Pierre,
& les a dédiés à M. Cochin , dont je fupprime
ici les qualités , perfuadé que fon
nom eft fon plus beau titre, L'Auteur de
cette Eftampe a l'avantage d'être fon éleve.
On y reconnoit le goût d'un fi grand
Maître . C'eft l'éloge le plus flateur qu'on
en puiffe faire. On la trouve à Paris , chez
lui ( J. Ouvrier , ) rue des Noyers , chez
M. Bertrand, Chirurgien .
Les Pêcheurs à la ligne . Cette Eftampe
eft gravée par J. B. Derrey , d'après le tableau
de J. Afelein du cabinet de M. Aved,
& fe vend à Paris , chez Noëlle Mire, rue
S. Jacques , au Soleil d'or , vis - à - vis le
Pleffis .
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Résumé : VERS pour être mis au bas de l'Estampe de feu M. Languet, Archevêque de Sens.
Le document décrit plusieurs estampes et leurs caractéristiques. La première estampes est dédiée à M. Languet, Archevêque de Sens, et a été peinte par Chevalier en 1752 et gravée par Gaillard en 1753. Elle a été dédiée par Mauroy, chantre de l'église royale de Melun. Une autre estampe, intitulée 'Les Villageois de l'Apennin', a été gravée par J. Ouvrier d'après un tableau original de M. Pierre. Elle mesure un pied cinq pouces de hauteur sur un pied dix pouces de largeur et est dédiée à M. Cochin, élève de l'auteur. Enfin, l'estampe 'Les Pêcheurs à la ligne' a été gravée par J. B. Derrey d'après un tableau de J. Afelein du cabinet de M. Aved. Cette estampe est disponible à Paris chez Noëlle Mire, rue Saint-Jacques, au Soleil d'or, en face des Pressoirs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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368
p. 214-220
ARCHITECTURE. Suite du Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
Début :
M. Diver rend compte dans un second mémoire, d'une antiquité découverte auprès [...]
Mots clefs :
Architecture, Église, Décoration, Bois, Vase, Prédicateur, Statue, Tribune, Antiquité
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texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Suite du Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
ARCHITECTURE.
Suite du Mercure du mois de Juin de l'année
2355
M. Diver rend compte dans un fecond
un
mémoire , d'une antiquité découverte auprès
de l'églife de Sainte Génevieve de la
Montagne. C'eſt une forte de vafe de bois,
orné de bas reliefs & figures de fculpture
de même matiere , très - délicatement travaillées.
Il a été trouvé fous des monceaux
de petites pierres , qui paroiffent être les
ruines de quelque bâtiment confidérable.
Dans la defcription qu'il fait de ce vaſe,
il fe fert d'une comparaifon un peu triviale
, que cependant nous ne pouvons nous
difpenfer de rapporter , parce qu'elle donne
une idée précife de la forme de cette
forte de vaſe inconnu jufqu'ici. Il le compare
à l'égrugeoir qui nous fert à broyer
le fel en effet c'est une forte de demi
tonneau , d'un plus grand diametre qu'aucun
de ceux qui font en ufage ; il eft terminé
en cul de lampe. Les figures qui le
décorent , & qui repréfentent des vertus
AOUST. 1755. 215
chrétiennes , donnent lieu de croire qu'il
-étoit deftiné à quelque ufage religieux.
La difficulté eft de deviner cet ufage.
Quelques auteurs qui avoient été inftruits
des premiers de cette découverte , ont
prétendu que c'étoit une chaire à prêcher.
Ils avançoient fans aucune apparence que
cette machine étoit en l'air clouée contre
un pilier , & que l'on y montoit par une
échelle ; en effet on trouve une partie de
la rondeur interrompue , qu'ils prétendent
être l'ouverture par laquelle le Prédicateur
entroit. Ils ont été jufqu'à croire que
quelques reftes fculptés en bois , auffi de
forme ronde & convexe qu'on a trouvés au
même lieu , étoient une forte de couver-
-cle qu'on mettoit deffus , qui fermoit ce
vafe , lorfque le Prédicateur n'y étoit pas ,
& qui pouvoit s'élever par des machines
pour laiffer deffous l'efpace néceffaire à
Ï'Orateur ; alors , difent -ils , il fervoit comme
d'un rabat-voix pour empêcher qu'elle
.ne fe perdit dans l'immensité de l'églife.
Ils avancent encore pour comble d'abfurdité
, qu'une groffe ftatue de bois dont
on a trouvé quelques fragmens dans ce
même lieu , & qui n'a nulle proportion
-avec les figures qui entourent le vafe ,
étoit placée fur ce couvercle, & lui fervoit
comme de bouton .
216 MERCURE DE FRANCE.
"
·
M. Diver refute toutes ces extravagantes
idées , & ne laiffe aucun lieu à la replique
, nous donnerons ici en entier ſes
preuves , parce que c'eft un objet de curiofité
très important. " Remarquez que
quand on fuppoferoit qu'on ne dût faire
» remonter l'antiquité de ce vafe qu'au
» dix feptiéme fiécle. ( il prouve plus, bas
qu'il doit être beaucoup plus ancien, ) il eft
toujours vrai que les François de ces.tems
là pouvoient voir encore affez de reftes
» de l'ancienne Rome , & particulierement
» de la fameufe tribune aux harangues
» pour n'avoir pu adopter une forme auffi
» ridicule pour y placer l'Orateur chrétien :
de plus , comment fe figurer que cette
lourde machine ait été fimplement atta-
» chée à un pilier , & du reſte toute en l'air,
» de maniere à donner à l'Auditeur l'in-
» quiétude de voir tomber la chaire & le
»Prédicateur.
و د
39
و د
» La fuppofition qu'on y foit monté
par
» une échelle , eſt tout-à - fait indécente ,
3 ils devroient du moins fuppofer qu'il y
" avoit un escalier tournoyant autour du
pilier ; il eft vrai qu'un efcalier de cette
»forme paroît affez ridicule à imaginer
» dans une églife où tout doit être de for-
»mes fimples & grandes.
"
» De quelle utilité feroit un couvercle
1
qui
AOUS T. 1755 217
qui dans cette fuppofition ne couvriroit
» le vafe que lorfqu'il n'y a rien dedans .
» De plus il eft impoffible qu'on fe foit jamais
figuré que ce couvercle pût empêcher
la voix de fe perdre ou la réfléchir.
Le cône de voix qui fort de la bouche
» du Prédicateur ne pourroit jamais frap-
» per ce couvercle , qui n'avanceroit audeffus
de lui que d'un pied au plus , fi ce
n'eft lorfqu'il leveroit la tête d'une maniere
forcée , & dans les apoftrophes &
» exclamations vers le ciel , qui font fort
» rares dans un difcours. Si l'on prétend
33
qu'il arrête les ondulations de la voix
» & augmente leur force du côté où il eft
✯ beſoin d'être entendu , je réponds qu'une
» ſurface de fix ou fept pieds au plus , eft
de nulle valeur par rapport à l'efpace
vuide , & fans obftacle prochain pour
réfléchir la voix , qui refte dans l'églife ,
devant , au - deffus & aux côtés du Prédicateur.
Il est évident qu'on n'a point
» pu lui attribuer cette utilité. La fuppofi-
» tion même qu'on fait que ce vafe ait été
attaché à un pilier qui ne préfentoit
» derriere le Prédicateur qu'une furface
» étroite , feroit contradictoire à ce qu'on
fuppofe , & prouveroit qu'on ne cherchoit
pas même alors le moyen le plus
fimple pour arrêter les ondulations 'fu
"
20
K
1
218 MERCURE DE FRANCE.
"3
?
perflues de la voix , qui eft de préfenter
derriere le Prédicateur la plus grande
» furface poffible , fans gâter la décoration
de l'églife . Les habiles Architectes
» à qui l'on a montré les deffeins faits fur
» cette fuppofition , où l'on a cru fuppléer
» aux parties qu'on n'a pu retrouver , ont
» déclaré qu'il étoit impoffible que dans
» les fiécles où le bon goût a été connu ,
» on ait fuivi une conftruction auffi bizar-
» re pour une tribune aux harangues. Ils
» remarquent que tout architecte dès
qu'il y en a eus de dignes de porter ce
» nom , a infailliblement penfé aux principales
deſtinations pour lefquelles on
» conftruit des églifes. La premiere eft ,
» poury offrir le faint facrifice de la meffe,
» ainfi il a fallu compofer d'abord un au-
» tel , & le placer dans le lieu le plus ap-
» parent. La feconde eft , pour y prêcher
» la parole de Dieu , ainfi la tribune con-
» facrée à cette fonction doit être très- ap-
» parente & très - confidérable , compofée
» avec l'églife , conftruite folidement , ainſi
que le refte , & non pas une machine de
» bois , poftiche , & qui auroit l'air d'y
» avoir été ajoutée après coup ; cet objet
« a toujours dû être lié avec la décoration
générale , de maniere à en augmenter
» la majesté.
39
"
મું
ود
A O UST. 1755 219
» que
J
D'ailleurs , l'efpace eft confidérable-
» ment trop borné pour laiffer la liberté
demandent les grands mouvemens
» de l'art oratoire . Un homme ne pourroit
» ſe remuer là - dedans, qu'il ne parût à tout
inftant prêt à fe jetter dehors ; encore
» moins pourroit-on fuppofer qu'il ait pû
» contenir deux interlocuteurs , ce qui eft
»pourtant néceffaire dans les conférences.
» İls affurent donc que les chaires ont toujours
été ce qu'elles font à préfent , c'eſt-
» à- dire une grande tribune placée au mi-
» lieu de la plus grande arcade de l'églife ,
» ornée d'une baluftrade , terminée de part
» & d'autre par deux efcaliers ; le fond en
» doit préfenter une belle décoration d'ar-
" chitecture , & le couronnement , noble-
» ment élevé à une belle hauteur au- deflus
» des Orateurs chrétiens , les couvre com-
» me d'un dais , mais peu faillant , & non
» point pour réfléchir leur voix , ce qui
» feroit une idée tout -à- fait dépourvûe de
>> raifon , puifqu'ils ne fe tournent pas en
parlant vers la partie de l'églife qui eft
» directement au- deffus de leur tête. »
Pour abréger , M. Diver prouve que c'étoit
un baptiſtère , il en fait remonter l'antiquité
jufqu'au tems où le baptême par immerfion
étoit encore en ufage. Quand on
lui conteſteroit cette date par la difficulté
»
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
il
qu'il y a qu'un ouvrage en bois fe foit
confervé entier pendant tant de fiécles, en
lui fuppofant une date plus récente ,
s'enfuivroit que la forme qui y avoit été
donnée pour leur destination primitive ,
s'eft confervée long-tems après que cet
ufage a été changé. Ce qu'il y a de certain
, c'eſt que cette fuppofition répond
pleinement à tout , & que M. Diver l'appuie
d'argumens irréffiftibles.
Suite du Mercure du mois de Juin de l'année
2355
M. Diver rend compte dans un fecond
un
mémoire , d'une antiquité découverte auprès
de l'églife de Sainte Génevieve de la
Montagne. C'eſt une forte de vafe de bois,
orné de bas reliefs & figures de fculpture
de même matiere , très - délicatement travaillées.
Il a été trouvé fous des monceaux
de petites pierres , qui paroiffent être les
ruines de quelque bâtiment confidérable.
Dans la defcription qu'il fait de ce vaſe,
il fe fert d'une comparaifon un peu triviale
, que cependant nous ne pouvons nous
difpenfer de rapporter , parce qu'elle donne
une idée précife de la forme de cette
forte de vaſe inconnu jufqu'ici. Il le compare
à l'égrugeoir qui nous fert à broyer
le fel en effet c'est une forte de demi
tonneau , d'un plus grand diametre qu'aucun
de ceux qui font en ufage ; il eft terminé
en cul de lampe. Les figures qui le
décorent , & qui repréfentent des vertus
AOUST. 1755. 215
chrétiennes , donnent lieu de croire qu'il
-étoit deftiné à quelque ufage religieux.
La difficulté eft de deviner cet ufage.
Quelques auteurs qui avoient été inftruits
des premiers de cette découverte , ont
prétendu que c'étoit une chaire à prêcher.
Ils avançoient fans aucune apparence que
cette machine étoit en l'air clouée contre
un pilier , & que l'on y montoit par une
échelle ; en effet on trouve une partie de
la rondeur interrompue , qu'ils prétendent
être l'ouverture par laquelle le Prédicateur
entroit. Ils ont été jufqu'à croire que
quelques reftes fculptés en bois , auffi de
forme ronde & convexe qu'on a trouvés au
même lieu , étoient une forte de couver-
-cle qu'on mettoit deffus , qui fermoit ce
vafe , lorfque le Prédicateur n'y étoit pas ,
& qui pouvoit s'élever par des machines
pour laiffer deffous l'efpace néceffaire à
Ï'Orateur ; alors , difent -ils , il fervoit comme
d'un rabat-voix pour empêcher qu'elle
.ne fe perdit dans l'immensité de l'églife.
Ils avancent encore pour comble d'abfurdité
, qu'une groffe ftatue de bois dont
on a trouvé quelques fragmens dans ce
même lieu , & qui n'a nulle proportion
-avec les figures qui entourent le vafe ,
étoit placée fur ce couvercle, & lui fervoit
comme de bouton .
216 MERCURE DE FRANCE.
"
·
M. Diver refute toutes ces extravagantes
idées , & ne laiffe aucun lieu à la replique
, nous donnerons ici en entier ſes
preuves , parce que c'eft un objet de curiofité
très important. " Remarquez que
quand on fuppoferoit qu'on ne dût faire
» remonter l'antiquité de ce vafe qu'au
» dix feptiéme fiécle. ( il prouve plus, bas
qu'il doit être beaucoup plus ancien, ) il eft
toujours vrai que les François de ces.tems
là pouvoient voir encore affez de reftes
» de l'ancienne Rome , & particulierement
» de la fameufe tribune aux harangues
» pour n'avoir pu adopter une forme auffi
» ridicule pour y placer l'Orateur chrétien :
de plus , comment fe figurer que cette
lourde machine ait été fimplement atta-
» chée à un pilier , & du reſte toute en l'air,
» de maniere à donner à l'Auditeur l'in-
» quiétude de voir tomber la chaire & le
»Prédicateur.
و د
39
و د
» La fuppofition qu'on y foit monté
par
» une échelle , eſt tout-à - fait indécente ,
3 ils devroient du moins fuppofer qu'il y
" avoit un escalier tournoyant autour du
pilier ; il eft vrai qu'un efcalier de cette
»forme paroît affez ridicule à imaginer
» dans une églife où tout doit être de for-
»mes fimples & grandes.
"
» De quelle utilité feroit un couvercle
1
qui
AOUS T. 1755 217
qui dans cette fuppofition ne couvriroit
» le vafe que lorfqu'il n'y a rien dedans .
» De plus il eft impoffible qu'on fe foit jamais
figuré que ce couvercle pût empêcher
la voix de fe perdre ou la réfléchir.
Le cône de voix qui fort de la bouche
» du Prédicateur ne pourroit jamais frap-
» per ce couvercle , qui n'avanceroit audeffus
de lui que d'un pied au plus , fi ce
n'eft lorfqu'il leveroit la tête d'une maniere
forcée , & dans les apoftrophes &
» exclamations vers le ciel , qui font fort
» rares dans un difcours. Si l'on prétend
33
qu'il arrête les ondulations de la voix
» & augmente leur force du côté où il eft
✯ beſoin d'être entendu , je réponds qu'une
» ſurface de fix ou fept pieds au plus , eft
de nulle valeur par rapport à l'efpace
vuide , & fans obftacle prochain pour
réfléchir la voix , qui refte dans l'églife ,
devant , au - deffus & aux côtés du Prédicateur.
Il est évident qu'on n'a point
» pu lui attribuer cette utilité. La fuppofi-
» tion même qu'on fait que ce vafe ait été
attaché à un pilier qui ne préfentoit
» derriere le Prédicateur qu'une furface
» étroite , feroit contradictoire à ce qu'on
fuppofe , & prouveroit qu'on ne cherchoit
pas même alors le moyen le plus
fimple pour arrêter les ondulations 'fu
"
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218 MERCURE DE FRANCE.
"3
?
perflues de la voix , qui eft de préfenter
derriere le Prédicateur la plus grande
» furface poffible , fans gâter la décoration
de l'églife . Les habiles Architectes
» à qui l'on a montré les deffeins faits fur
» cette fuppofition , où l'on a cru fuppléer
» aux parties qu'on n'a pu retrouver , ont
» déclaré qu'il étoit impoffible que dans
» les fiécles où le bon goût a été connu ,
» on ait fuivi une conftruction auffi bizar-
» re pour une tribune aux harangues. Ils
» remarquent que tout architecte dès
qu'il y en a eus de dignes de porter ce
» nom , a infailliblement penfé aux principales
deſtinations pour lefquelles on
» conftruit des églifes. La premiere eft ,
» poury offrir le faint facrifice de la meffe,
» ainfi il a fallu compofer d'abord un au-
» tel , & le placer dans le lieu le plus ap-
» parent. La feconde eft , pour y prêcher
» la parole de Dieu , ainfi la tribune con-
» facrée à cette fonction doit être très- ap-
» parente & très - confidérable , compofée
» avec l'églife , conftruite folidement , ainſi
que le refte , & non pas une machine de
» bois , poftiche , & qui auroit l'air d'y
» avoir été ajoutée après coup ; cet objet
« a toujours dû être lié avec la décoration
générale , de maniere à en augmenter
» la majesté.
39
"
મું
ود
A O UST. 1755 219
» que
J
D'ailleurs , l'efpace eft confidérable-
» ment trop borné pour laiffer la liberté
demandent les grands mouvemens
» de l'art oratoire . Un homme ne pourroit
» ſe remuer là - dedans, qu'il ne parût à tout
inftant prêt à fe jetter dehors ; encore
» moins pourroit-on fuppofer qu'il ait pû
» contenir deux interlocuteurs , ce qui eft
»pourtant néceffaire dans les conférences.
» İls affurent donc que les chaires ont toujours
été ce qu'elles font à préfent , c'eſt-
» à- dire une grande tribune placée au mi-
» lieu de la plus grande arcade de l'églife ,
» ornée d'une baluftrade , terminée de part
» & d'autre par deux efcaliers ; le fond en
» doit préfenter une belle décoration d'ar-
" chitecture , & le couronnement , noble-
» ment élevé à une belle hauteur au- deflus
» des Orateurs chrétiens , les couvre com-
» me d'un dais , mais peu faillant , & non
» point pour réfléchir leur voix , ce qui
» feroit une idée tout -à- fait dépourvûe de
>> raifon , puifqu'ils ne fe tournent pas en
parlant vers la partie de l'églife qui eft
» directement au- deffus de leur tête. »
Pour abréger , M. Diver prouve que c'étoit
un baptiſtère , il en fait remonter l'antiquité
jufqu'au tems où le baptême par immerfion
étoit encore en ufage. Quand on
lui conteſteroit cette date par la difficulté
»
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
il
qu'il y a qu'un ouvrage en bois fe foit
confervé entier pendant tant de fiécles, en
lui fuppofant une date plus récente ,
s'enfuivroit que la forme qui y avoit été
donnée pour leur destination primitive ,
s'eft confervée long-tems après que cet
ufage a été changé. Ce qu'il y a de certain
, c'eſt que cette fuppofition répond
pleinement à tout , & que M. Diver l'appuie
d'argumens irréffiftibles.
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Résumé : ARCHITECTURE. Suite du Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
Le texte du Mercure de juin 2355 rapporte la découverte d'une antiquité près de l'église Sainte-Geneviève de la Montagne par M. Diver. Il s'agit d'un vase en bois de forme semi-cylindrique, orné de bas-reliefs et de sculptures délicates représentant des vertus chrétiennes. Cet objet a été trouvé sous des ruines et est comparé à un égrugeoir, suggérant un usage religieux. Plusieurs hypothèses ont été proposées concernant l'usage de ce vase. Certains auteurs ont suggéré qu'il pourrait s'agir d'une chaire à prêcher, suspendue contre un pilier et accessible par une échelle. Ils ont également avancé que des fragments de bois trouvés sur place pourraient être un couvercle servant de rabat-voix. Cependant, M. Diver réfute ces idées, estimant improbable que les Français aient adopté une telle forme pour une chaire à prêcher. M. Diver argue que la forme du vase et son décor ne correspondent pas à une chaire à prêcher. Il souligne l'inconfort et l'instabilité d'une telle structure, ainsi que l'inutilité d'un couvercle pour réfléchir la voix. Il conclut que le vase est plus probablement un baptistère, utilisé à une époque où le baptême par immersion était pratiqué. Cette hypothèse est appuyée par des arguments solides, bien que la conservation d'un tel objet en bois sur une longue période reste discutable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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369
p. 262
AVIS.
Début :
Le Sr Théodore Odiot, dont il a été mentionner dans le Mercure [...]
Mots clefs :
Théodore Odiot, Tapisserie, Equipage, Bâtiment, Toilette, Peinture en cire, Exposition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
Sr Théodore Odiot , dont il a été mention
L'dans le Mercure de Mai , avertit le Public
qu'il entreprend toutes fortes d'ouvrages , tant en
équipages , bâtimens , toilettes , qu'en tapifferies
, imitant l'étoffe de foie , avec dorure & fans
dorure , & qu'il tient manufacturede couleurs ,
tant en huile qu'en détrempe & en cire , foit à la
térébenthine , ou à l'eau , pattel , & généralement
tout ce qui concerne la peinture.
Le même artiſte avertit le Public , qu'il a peint
une falle chez lui de fa nouvelle compofition en
cire. Il n'en réſulte aucune mauvaiſe odeur , n'y
ayant point d'huile ni de térébenthine, quoiqu'elle
ait la même folidité , & que les couleurs ne foient
nullement changeantes. On pourra la voir depuis
neuf heures du matin jufqu'à midi ; & l'aprèsmidi
, depuis trois heures juſqu'à fix .
Il demeure rue baffe de laporte Saint Denis , la
troifiéme grandeporte après lecul de fac S. Laurens
Sr Théodore Odiot , dont il a été mention
L'dans le Mercure de Mai , avertit le Public
qu'il entreprend toutes fortes d'ouvrages , tant en
équipages , bâtimens , toilettes , qu'en tapifferies
, imitant l'étoffe de foie , avec dorure & fans
dorure , & qu'il tient manufacturede couleurs ,
tant en huile qu'en détrempe & en cire , foit à la
térébenthine , ou à l'eau , pattel , & généralement
tout ce qui concerne la peinture.
Le même artiſte avertit le Public , qu'il a peint
une falle chez lui de fa nouvelle compofition en
cire. Il n'en réſulte aucune mauvaiſe odeur , n'y
ayant point d'huile ni de térébenthine, quoiqu'elle
ait la même folidité , & que les couleurs ne foient
nullement changeantes. On pourra la voir depuis
neuf heures du matin jufqu'à midi ; & l'aprèsmidi
, depuis trois heures juſqu'à fix .
Il demeure rue baffe de laporte Saint Denis , la
troifiéme grandeporte après lecul de fac S. Laurens
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Résumé : AVIS.
Sr Théodore Odiot, mentionné dans le Mercure de Mai, propose des services en équipements, bâtiments, toilettes et tapisseries. Il fabrique des couleurs pour peinture et a créé une fresque avec une nouvelle composition en cire sans odeur. La fresque est visible rue basse de la porte Saint-Denis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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370
p. 22
A SA MAJESTÉ LE ROI DE POLOGNE, Sur la statue du Roi de France ; qu'il a fait ériger à Nancy.
Début :
ROME de ses héros & de ses Empereurs, [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Roi de France, Statue du roi de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A SA MAJESTÉ LE ROI DE POLOGNE, Sur la statue du Roi de France ; qu'il a fait ériger à Nancy.
A SA MAJESTE
LE ROI DE POLOGNE ,
Sur la ftatue du Roi de France ; qu'il a
fait ériger à Nancy.
ROME de fes héros & de fes Empereurs ,
Par le marbre ou l'airain fe retraçoit l'image :
Et celle de LOUIS , outre cet avantage ,
Eft gravée au fond de nos coeurs.
Par vos foins on la voit dans l'heureuſe contrée ,
Où vous avez du ciel fait revenir Aftrée :
Mais , Grand Roi , quel feroit notre contentement
S'ils n'étoient pas bornés à ce feul monument !
Sans craindre qu'un Monarque auffi bon que le
nôtre ,
Puiffe jamais être jaloux
Des fentimens qu'on a pour vous ;
Auprès de fa ftatue on voudroit voir la vôtre .
Par la Muſe Limonadiere , ce 28 Fuillet
1755.
LE ROI DE POLOGNE ,
Sur la ftatue du Roi de France ; qu'il a
fait ériger à Nancy.
ROME de fes héros & de fes Empereurs ,
Par le marbre ou l'airain fe retraçoit l'image :
Et celle de LOUIS , outre cet avantage ,
Eft gravée au fond de nos coeurs.
Par vos foins on la voit dans l'heureuſe contrée ,
Où vous avez du ciel fait revenir Aftrée :
Mais , Grand Roi , quel feroit notre contentement
S'ils n'étoient pas bornés à ce feul monument !
Sans craindre qu'un Monarque auffi bon que le
nôtre ,
Puiffe jamais être jaloux
Des fentimens qu'on a pour vous ;
Auprès de fa ftatue on voudroit voir la vôtre .
Par la Muſe Limonadiere , ce 28 Fuillet
1755.
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Résumé : A SA MAJESTÉ LE ROI DE POLOGNE, Sur la statue du Roi de France ; qu'il a fait ériger à Nancy.
Le texte est une ode dédiée aux rois de Pologne et de France, Louis XV. Il compare les exploits des rois à ceux des héros romains immortalisés par le marbre ou l'airain. Louis XV est célébré pour avoir restauré l'abondance. L'auteur souhaite une statue du roi de Pologne à côté de celle de Louis XV. Le poème est signé par la Muse Limonadière et daté du 28 juillet 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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371
p. 199-201
PEINTURE. Explication d'un tableau peint à l'encre de la Chine, représentant l'Union de Psiché avec l'Amour, dédié à Madame la Comtesse de Gisors ; par M. Gosmond de Vernon, Dessinateur & Pensionnaire du Roi.
Début :
Ce tableau, qui a pour objet le mariage de M. le Comte de Gisors, avec Mlle [...]
Mots clefs :
Tableau, Psyché, Amour, Comte de Gisors, Augustin Gosmond de Vernon, Dessinateur du Roi, Pensionnaire du Roi
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texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Explication d'un tableau peint à l'encre de la Chine, représentant l'Union de Psiché avec l'Amour, dédié à Madame la Comtesse de Gisors ; par M. Gosmond de Vernon, Dessinateur & Pensionnaire du Roi.
PEINTURE.
Explication d'un tableau peint à l'encre de la
Chine, repréfentant l'Union de Pfiché avec .
l'Amour , dédié à Madame la Comteffe
de Gifors ; par M. Gofmond de Vernon ,
Deffinateur & Penfionnaire du Roi.
E tableau, qui a pour objet le mariage
de M. le Comte de Gifors, avec Mlle
de Nivernois , eft compofé de plufieurs
grouppes de figures.
Le grouppe fupérieur repréſente Jupiter
dans la gloire , accompagné de Junon . Le
Souverain des Dieux paroît donner fon
applaudiffement à l'Union de Pfiché avec
l'Amour , qui fait le principal fujet du tableau.
Junon appuyée fur une corne d'abondance,
répand des fleurs fur les époux :
heureux préfage des douceurs & des fruits
précieux que doit produire cet Hymenée !
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Ces Divinités qui , chez les anciens , préfidoient
aux mariages illuftres , ont pour
but de défigner l'augufte approbation que
le Roi & la Reine ont fait l'honneur d'accorder
à celui- ci .
On voit au -deffous , l'autel de l'Hymen :
Pfiché eft à côté , couronnée de roſes, qui
donne modeftement fa main à l'Amour.
Ce Dieu vole à elle , & marque par fon
air empreffé , combien il eft fenfible au
bonheur , dont il va jouir. L'Union de ce
Dieu & de cette Déeffe , préfente d'une
maniere allégorique M. le Comte de Gifors
, fous la forme de l'Amour ; & fous
celle de Pfiché , les perfections de Madame
la Comteffe fon épouse .
Au bas de l'autel eft l'Hymen , qui
tient un cartouche , où les armes des époux
font réunies . Il exprime par fon foûrire ,
la joie qu'il reffent d'unir le plus aimable
& le plus chéri des Dieux à la Beauté , qui
feule a eu droit de le charmer. Le flambeau
& l'arc de l'Amour dépofés , près de lui ,
auffi bien que les palmes jointes à l'écuffon
, font des types affez clairs de la tendreffe
& de la gloire qui doivent réfulter
d'une femblable alliance .
Les grouppes qu'on obferve fur les côtés
, font allufion aux maifons refpectables
qui s'uniffent enſemble par ce mariage.
SEPTEMBRE . 1755. 201
Celui qui eft auprès de l'Amour , défigne
allégoriquement Mr le Maréchal Duc
de Belle- Ifle , fous les figures de Minerve
& d'Hercule , images de la fageffe , du
goût , de la fublimité des talens & de là
force du courage du héros qu'on a voulu
caractériſer. Hercule appuyé fur fa maffue
& fon bouclier , regarde avec fatisfaction
un Hymenée qui met le comble à tous fes
voeux , & Minerve offre une branche d'olivier
, fymbole du bonheur qui doit naître
d'une union que fa prudence a fçu ménager.
Le grouppe proche de Pfiché , eft compofé
d'Apollon & des Graces , Divinités
qui caractérisent M. le Duc & Madame la
Ducheffe de Nivernois. Les graces couronnées
de myrthes , préfentent une pareille
couronne fur la tête de Pfiché , &
paroiffent répandre fur elle par leur regards
affectionnées tous les dons aimables
dont elles peuvent gratifier les mortels .
Apollon , que la deftinée unit à ces filles
du ciel , confidere avec tranfport une liarfon
qui lui eft fi chere , puifqu'il y voit
réuni tout le prix de fes heureux talens &
de fes lumieres .
Explication d'un tableau peint à l'encre de la
Chine, repréfentant l'Union de Pfiché avec .
l'Amour , dédié à Madame la Comteffe
de Gifors ; par M. Gofmond de Vernon ,
Deffinateur & Penfionnaire du Roi.
E tableau, qui a pour objet le mariage
de M. le Comte de Gifors, avec Mlle
de Nivernois , eft compofé de plufieurs
grouppes de figures.
Le grouppe fupérieur repréſente Jupiter
dans la gloire , accompagné de Junon . Le
Souverain des Dieux paroît donner fon
applaudiffement à l'Union de Pfiché avec
l'Amour , qui fait le principal fujet du tableau.
Junon appuyée fur une corne d'abondance,
répand des fleurs fur les époux :
heureux préfage des douceurs & des fruits
précieux que doit produire cet Hymenée !
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Ces Divinités qui , chez les anciens , préfidoient
aux mariages illuftres , ont pour
but de défigner l'augufte approbation que
le Roi & la Reine ont fait l'honneur d'accorder
à celui- ci .
On voit au -deffous , l'autel de l'Hymen :
Pfiché eft à côté , couronnée de roſes, qui
donne modeftement fa main à l'Amour.
Ce Dieu vole à elle , & marque par fon
air empreffé , combien il eft fenfible au
bonheur , dont il va jouir. L'Union de ce
Dieu & de cette Déeffe , préfente d'une
maniere allégorique M. le Comte de Gifors
, fous la forme de l'Amour ; & fous
celle de Pfiché , les perfections de Madame
la Comteffe fon épouse .
Au bas de l'autel eft l'Hymen , qui
tient un cartouche , où les armes des époux
font réunies . Il exprime par fon foûrire ,
la joie qu'il reffent d'unir le plus aimable
& le plus chéri des Dieux à la Beauté , qui
feule a eu droit de le charmer. Le flambeau
& l'arc de l'Amour dépofés , près de lui ,
auffi bien que les palmes jointes à l'écuffon
, font des types affez clairs de la tendreffe
& de la gloire qui doivent réfulter
d'une femblable alliance .
Les grouppes qu'on obferve fur les côtés
, font allufion aux maifons refpectables
qui s'uniffent enſemble par ce mariage.
SEPTEMBRE . 1755. 201
Celui qui eft auprès de l'Amour , défigne
allégoriquement Mr le Maréchal Duc
de Belle- Ifle , fous les figures de Minerve
& d'Hercule , images de la fageffe , du
goût , de la fublimité des talens & de là
force du courage du héros qu'on a voulu
caractériſer. Hercule appuyé fur fa maffue
& fon bouclier , regarde avec fatisfaction
un Hymenée qui met le comble à tous fes
voeux , & Minerve offre une branche d'olivier
, fymbole du bonheur qui doit naître
d'une union que fa prudence a fçu ménager.
Le grouppe proche de Pfiché , eft compofé
d'Apollon & des Graces , Divinités
qui caractérisent M. le Duc & Madame la
Ducheffe de Nivernois. Les graces couronnées
de myrthes , préfentent une pareille
couronne fur la tête de Pfiché , &
paroiffent répandre fur elle par leur regards
affectionnées tous les dons aimables
dont elles peuvent gratifier les mortels .
Apollon , que la deftinée unit à ces filles
du ciel , confidere avec tranfport une liarfon
qui lui eft fi chere , puifqu'il y voit
réuni tout le prix de fes heureux talens &
de fes lumieres .
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Résumé : PEINTURE. Explication d'un tableau peint à l'encre de la Chine, représentant l'Union de Psiché avec l'Amour, dédié à Madame la Comtesse de Gisors ; par M. Gosmond de Vernon, Dessinateur & Pensionnaire du Roi.
Le texte décrit un tableau à l'encre de Chine représentant l'union de Psyché et de l'Amour, dédié à Madame la Comtesse de Gifors. Réalisé par M. Gofmond de Vernon, il célèbre le mariage de M. le Comte de Gifors et de Mlle de Nivernois. Le tableau est structuré en plusieurs groupes de figures. Le groupe supérieur montre Jupiter et Junon approuvant l'union, symbolisant l'approbation royale. Junon, appuyée sur une corne d'abondance, répand des fleurs sur les époux, représentant les douceurs et les fruits précieux de cette union. En dessous, l'autel de l'Hymen est présent, avec Psyché couronnée de roses donnant sa main à l'Amour. Cette scène allégorique représente M. le Comte de Gifors sous la forme de l'Amour et Madame la Comtesse sous celle de Psyché. L'Hymen, au bas de l'autel, tient un cartouche avec les armes des époux et exprime sa joie de les unir. Les symboles autour de lui, comme le flambeau et l'arc de l'Amour, évoquent la tendresse et la gloire de cette alliance. Les groupes sur les côtés font référence aux maisons respectables unies par ce mariage. Près de l'Amour, le Maréchal Duc de Belle-Isle est représenté par Minerve et Hercule, symbolisant la sagesse et la force. Près de Psyché, Apollon et les Grâces représentent M. le Duc et Madame la Duchesse de Nivernois, offrant une couronne de myrtes à Psyché et représentant les talents et les lumières d'Apollon.
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372
p. 202-203
GRAVURE.
Début :
Nous annonçons une estampe représentant une vûe de marine peinte par [...]
Mots clefs :
Gravure, Claude Joseph Vernet, Estampe
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texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
Nfentant une vue de marine peinte par
OUS annonçons une eftampe repréqu'e
le célébre M. Vernet , dédiée à M. le Marquis
de Marigny. L'accueil & les éloges
'elle a reçus , prouvent affez le mérite
de cette gravûre. Nous ne pouvons mieux
la louer que de tranfcrire ici les propres
expreffions de M. Vernet fur cet ouvrage
, tirées de la lettre qu'il a écrite à M.
Balechou , & préfentée à M. de Marigny
en même tems que l'eftampe gravée
Avignon.
·
Lettre de M. Vernet.
Monfieur , je fuis extrêmement fatisfait
de l'eftampe que vous avez gravée d'après
un de mes tableaux ; elle eft bien entendue,
& a toute la force & l'harmonie qu'on
peut defirer dans une gravûre. J'approuve
très-fort l'intention où vous êtes de la dédier
à M. le Marquis de Marigny , il y va
de ma gloire & de mon intérêt , puifque
cela pourra augmenter la bonne opinion
qu'il a de mes talens , lorfqu'il verra que
vous employez le vôtre à tranſmettre à la
SEPTEMBRE . 1755. 203
postérité mes ouvrages . M. de Marigny a
trop de goût & de difcernement pour ne
pas faire un bon accueil à votre eftampe
& vous rendre toute la juftice que vous
méritez.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Toulon , le 3 Mai 1755 .
Vernet.
LE ST LE ROUGE , Ingénieur , Géographe
du Roi , rue des Auguftins , près
la rue S André , vient de publier une nouvelle
carte du Canada & de la Louifiane
pour l'intelligence des affaires actuelles en
Amérique.
Un effai du cours de l'Oyo ; l'élévation
perfpective de l'école royale militaire ; le
plan de la place de Louis XV. On trouve
chez le même l'Amérique feptentrionale ,
en huit feuilles , publiée a Londres par le
Docteur Mitchel . Prix 36 liv . Plus , un
affortiment des meilleures cartes & eftampes
Angloifes ; & un catalogue général des
meilleurs livres qui ont paru depuis cinquante
ans , en diverfes capitales de l'Allemagne
, & qu'il fournira à jufte prix .
Nfentant une vue de marine peinte par
OUS annonçons une eftampe repréqu'e
le célébre M. Vernet , dédiée à M. le Marquis
de Marigny. L'accueil & les éloges
'elle a reçus , prouvent affez le mérite
de cette gravûre. Nous ne pouvons mieux
la louer que de tranfcrire ici les propres
expreffions de M. Vernet fur cet ouvrage
, tirées de la lettre qu'il a écrite à M.
Balechou , & préfentée à M. de Marigny
en même tems que l'eftampe gravée
Avignon.
·
Lettre de M. Vernet.
Monfieur , je fuis extrêmement fatisfait
de l'eftampe que vous avez gravée d'après
un de mes tableaux ; elle eft bien entendue,
& a toute la force & l'harmonie qu'on
peut defirer dans une gravûre. J'approuve
très-fort l'intention où vous êtes de la dédier
à M. le Marquis de Marigny , il y va
de ma gloire & de mon intérêt , puifque
cela pourra augmenter la bonne opinion
qu'il a de mes talens , lorfqu'il verra que
vous employez le vôtre à tranſmettre à la
SEPTEMBRE . 1755. 203
postérité mes ouvrages . M. de Marigny a
trop de goût & de difcernement pour ne
pas faire un bon accueil à votre eftampe
& vous rendre toute la juftice que vous
méritez.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Toulon , le 3 Mai 1755 .
Vernet.
LE ST LE ROUGE , Ingénieur , Géographe
du Roi , rue des Auguftins , près
la rue S André , vient de publier une nouvelle
carte du Canada & de la Louifiane
pour l'intelligence des affaires actuelles en
Amérique.
Un effai du cours de l'Oyo ; l'élévation
perfpective de l'école royale militaire ; le
plan de la place de Louis XV. On trouve
chez le même l'Amérique feptentrionale ,
en huit feuilles , publiée a Londres par le
Docteur Mitchel . Prix 36 liv . Plus , un
affortiment des meilleures cartes & eftampes
Angloifes ; & un catalogue général des
meilleurs livres qui ont paru depuis cinquante
ans , en diverfes capitales de l'Allemagne
, & qu'il fournira à jufte prix .
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Résumé : GRAVURE.
Le document annonce la publication d'une gravure représentant une vue de marine, réalisée par M. Vernet et dédiée à M. le Marquis de Marigny. Cette œuvre a été bien accueillie et a reçu des éloges, confirmant sa qualité. M. Vernet, dans une lettre datée du 3 mai 1755 et signée à Toulon, exprime sa satisfaction à M. Balechou concernant la gravure et son harmonie. Il approuve la dédicace à M. de Marigny, espérant que cela renforcera la bonne opinion de ce dernier sur ses talents. Par ailleurs, le document mentionne la publication par M. Le St Le Rouge, ingénieur et géographe du Roi, d'une nouvelle carte du Canada et de la Louisiane pour mieux comprendre les affaires actuelles en Amérique. Il propose également divers autres ouvrages cartographiques et un catalogue de livres récents parus en Allemagne.
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373
p. 204-222
ARCHITECTURE. Suite des mémoires d'une Société de gens de Lettres publiés en l'année 2355.
Début :
POUR suivre l'ordre des matieres plutôt que celui du livre, nous passerons [...]
Mots clefs :
Théâtre, Palais royal, Architecture, Opéra, Édifices, Architecture, Loges, Musique, Spectacle, Musiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Suite des mémoires d'une Société de gens de Lettres publiés en l'année 2355.
ARCHITECTURE.
Suite des mémoires d'une Société de
gens
Lettres publiés en l'année 2355.
Po
de
OUR fuivre l'ordre des matieres plu-
τότ que celui du livre , nous pafferons
au cinquième mémoire qui traite d'architecture.
M. Gainfay y donne ſes réflexions fur
l'ancien bâtiment qu'on nomme le Palais
Royal. C'étoit autrefois la principale demeure
des Ducs d'Orléans , avant qu'ils
euffent bâti ce fuperbe édifice qu'ils habitent
maintenant au centre de la ville , &
qui eft un des plus beaux morceaux d'architecture
qu'il y ait en Europe. L'ancien
Palais royal n'eft plus qu'une de leurs maifons
de plaifance ; comme il a toujours
été entretenu avec foin , il fe trouve vraifemblablement
à peu- près dans l'état dans
lequel il a été conftruit. L'architecture en
eft affez belle , & fon caractere prouve fon
ancienneté. Il eft plus lourd & moins recherché
que le Louvre , & les autres bâtitimens
confidérables qui nous reftent de
ces tems ; cependant , comme ce goût eft
folide & bon en foi , on ne peut pas douSEPTEMBRE
. 1755. 205
ter qu'il ne faille remonter , pour en fixer
la date avant le dix-huitiéme fiécle , dans
lequel on voit par le peu qui nous en refte ,
qu'à la réferve de quelques édifices , le
goût étoit dégénéré , meſquin , irrégulier ,
& fouvent même extravagant.
M. Gainfay fait ici une digreffion pour
prouver qu'on doit attribuer la deftruction
de la plupart des édifices du dix- huitiéme
fiécle , à ce que dans les fiécles fuivans où
le bon goût s'eft rétabli , ils furent trouvés
peu dignes de refter fur pied , & comme
tels abattus, afin de ne laiffer aucune trace
de ce tems de délire , honteux à une nation
qui a toujours été en poffeffion de
donner les exemples du goût à fes voifins ;
quoiqu'il en foit de ce fentiment , il eft
certain que M. Gainfay ne le prouve pas
fans réplique , puiſqu'on peut auffi- bien
donner pour raifon de cette deftruction le
tems qui s'eft écoulé jufqu'à nous , & que
d'ailleurs il n'eft pas vraisemblable que les
propriétaires des palais ou maifons qui
nous auroient pû fervir à connoître le
goût d'architecture de ce fiécle , fe foient
prêtés à faire de tels facrifices à la gloire
de leur nation , fans quelque intérêt particulier.
De plus fi cela s'étoit fait par une
confpiration générale , il n'en feroit rien
refté du tout , au lieu qu'avec un peu de
-4
206 MERCURE DE FRANCE.
recherches on en retrouve affez pour donner
lieu à des conjectures plus étendues.
M. Gainfay remarque très- judicieuſement
qu'on ne peut point attribuer à ce
fiécle corrompu une conftruction auffi réguliere
que les deux grandes cours du Palais
royal , que l'architecture cependant
n'en étant pas fi épurée que celle du Louvre
, il y a lieu de croire qu'elle a précédé ,
& qu'elle eft du quinziéme fiécle , avant
qu'on eût entierement trouvé le point de
perfection , mais lorsqu'on en étoit fort
proche. On voit dans la feconde cour une
chofe finguliere. Les étages d'en haut nẻ
font pas femblables dans les deux aîles.
Un côté eft décoré de croifées quarrées ,
de vafes , & un peu en arriere d'un petit
mur percé de petites croifées , & traité de
maniere qu'il forme un attique agréable
& fort élégant : l'autre côté préfente une
balustrade ornée de vafes , mais il fe trouve
enfuite un étage de bois , dont le mur
eft incliné en arriere , fans qu'on puiffe
deviner ce qui a empêché de le mettre à
plomb. A- t - on crû qu'il en pût réſulter
quelque agrément à l'oeil ? Il ne paroît pas
poffible de le penfer. L'apparence de folidité
exige que tous les murs portent per
pendiculairement les uns fur les autres .
Eft- ce quelque raifon de commodité intéSEPTEMBRE.
1755. 207
"
rieure ? On ne ſçauroit la concevoir ; il
paroît au contraire que l'intérieur en eft
gâté , & qu'il eft plus difficile de s'approcher
de ces croifées fans fe heurter par
l'inclinaifon qu'elles ont en haut ; d'ailleurs
cela donne aux appartemens un air ignoble
en les faifant paroître des greniers lambriffés.
Voilà de ces obfcurités que l'ancienneté
ne nous permet pas de pénétrer
& fur lefquelles on ne peut fonder aucunes
conjectures raifonnables. On voit par
d'anciennes eftampes qui repréfentent cet
édifice , que le toît defcendoit juſqu'au
pied de cet étage , & qu'il n'y avoit que
des croifées éloignées les unes des autres ,
qui fervoient à éclairer les greniers. Ces
croifées avançant en faillie fur un pignon
très-élevé & fort pointu , étoient défectueufes
, & laiffoient voir trop de toît ,
ainfi il a été néceffaire d'en former un
étage ; mais le côté décoré en attique a
l'avantage d'avoir confervé les anciennes
fenêtres qui font d'un goût conforme
celui de tout l'édifice , au lieu que l'autre
eft dans un goût entierement différent.
M. Gainfay entre enfuite dans un examen
fort détaillé fur l'architecture d'une
cour qui eft fur le côté de ce Palais : nous
fupprimerons cette partie de fon difcours
à caufe de fa longueur , & nous renvoye208
MERCURE DE FRANCE.
rons fur ce fujet à l'original . On y trouve
ra une critique fort judicieufe mêlée d'éloges
, également bien fondés , de ce morceau
d'architecture .
Nous pafferons à une des falles de ce
Palais , que M. Gainfay nomme la falle
des concerts. Quelques Aureurs ont prétendu
qu'autrefois cette falle a été la falle
de l'Opéra de Paris . M. Gainfay prouve
que ce fentiment eft infoutenable . Premierement
, elle est beaucoup trop petite
pour avoir pû contenir les citoyens d'une
ville telle que Paris , même dans ces temslà
. On ne peut pas y fuppofer , quelque
peu confidérable qu'elle fut alors , moins
d'un million d'habitans , quoique ce foit
bien peu en comparaifon de ce qu'elle en
renferme aujourd'hui ; toujours eft- il certain
que dans cette fuppofition , quelque
bornée qu'elle foit , il a dû y avoir cent
mille perfonnes allant habituellement à
l'Opéra. A moins qu'on ne veuille croire ,
comme font ceux qui foutiennent ce fentiment
, que la mufique de ce tems étant
fort fimple, & n'étant proprement que nos
chants d'églife , avec quelques accompa
gnemens auffi uniformes , elle n'infpiroit
pas alors ces fenfations délicieufes qu'elle
nous fait éprouver maintenant qu'elle eſt
portée à fa perfection. Ils en concluent
SEPTEMBRE. 1755. 209
qu'on n'avoit pas alors pour elle ce goût
vif qui nous détermine fi fortement , que
malgré la grandeur de nos théatres & la
quantité que nous en avons dans prefque
tous les quartiers de la ville , ils font néanmoins
toujours remplis ; conféquemment
que très - peu de perfonnes alloient au
fpectacle ; qu'à la réferve d'un très - petit
nombre qui s'étant habitués d'enfance à
goûter cette mufique , y trouvoient quelque
beauté , prefque perfonne ne s'en foucioit.
Que les étrangers même ne la pouvant
fouffrir n'y alloient point. Quoiqu'on
ne puiffe pas entierement rejetter ces faits ,
puifque la mufique de ces tems-là qui eſt
parvenue jufqu'à nous , femble en faire
la preuve néanmoins , à quelque point
qu'on diminue la quantité de gens qui aimoient
ces fpectacles , il eft certain qu'on
ne peut la réduire , jufqu'à croire que
cette falle ait pû les contenir.
M. Gainfay tire fa feconde preuve de la
forme de cette falle . Elle eft fort étroite &
fort longue , ce qui eft contradictoire à la
forme effentielle d'un théatre qui doit être
de forme circulaire ou approchante du
cercle dans toute l'étendue de la falle où
font les fpectateurs . En effet , comment
concevoir qu'un architecte ait pu bâtir un
théatre dont la principale loge eft la plus
210 MERCURE DE FRANCE.
éloignée . Peut -on fuppofer qu'il ait ignoté
qu'une falle de théatre doit ( quelque for
me qu'on y donne ) s'ouvrir en largeur ,
plutôt que s'enfoncer en profondeur. Il eſt
vrai que dans celui - ci les côtés s'élargiffent
un peu en s'étendant vers la partie qu'on
prétend être le théatre , mais c'eſt de fi
peu de chofe que cela eft inutile , & ne
fert qu'à y donner une forme défagréable ,
La loge principale a toujours du être celle du
fond , puifque c'eft vis-à- vis d'elle & pour
elle , que fe fait toujours le jeu du théatre ;
dans cette fuppofition , celle- ci feroit trop
loin , & l'on n'y pourroit pas bien entendre
, d'autant plus que le fon feroit intercepté
en chemin par l'obftacle qu'y apporteroit
le petit murmure qui s'enfuit néceffairement
de l'interpofition de plufieurs
perfonnes qu'on ne peut empêcher de fe
parler quelquefois à l'oreille : car on
prétend qu'il y avoit des fpectateurs af
fis dans cette partie qui eft au-devant
& qu'on nomme l'amphithéatre . On ne
fçait pas fi en effet l'ufage étoit alors
de mettre à tous les théatres cette partie
qu'on veut nommer ici amphithéatre.
Nos théatres ne contiennent plus rien
de femblable. De plus il n'y a que cinq
loges dans cette petite partie circulaire ,
qui ayent été placées , finon pour bien
SEPTEMBRE. 1755. 211
entendre du moins pour bien voir. Les loges
qui s'étendent fur les aîles font encore
plus malheureufes ; fi elles font plus à portée
d'entendre , elles le font bien moins
de voir. Le rang de devant ne voit qu'en
s'avançant avec effort , & celui de derriere
ne peut rien voir , ou fört difficilement ,
& en fe levant ou fe penchant au hazard
de tomber fur le rang de devant . On ne
peut s'imaginer qu'on louât des places
pour être affis , & que cependant on fe
tînt de bout. Si l'on confidere la partie
qu'ils nomment le théatre , on verra par
fon peu d'ouverture , qu'il n'eft pas poffible
qu'on y ait pû donner un fpectacle
fur- tout avec des choeurs , & l'on fçait
que les François en ont toujours joint à
leurs Opéra ; il faudroit que les perfonnages
de ces choeurs fuffent rangés de maniere
que le premier cachât en partie le
fecond , & ainfi fucceffivement des autres
; ce qui ne produiroit point de fpectacle
, donneroit un air d'arrangement
apprêté , & détruiróit l'illufion qu'ils nous
doivent faire en fe plaçant par petits groupes
inégaux & naturels . De l'ordre proceffionnal
qu'il faut néceffairement leur fuppofer
ici , il s'enfuit que les derniers qui
font au fond ne pourroient ni voir ni entendre
le claveffin. Comment pourroient-
›
1
212 MERCURE DE FRANCE.
ils donc fuivre une mefure exacte ? Quelques-
uns ont avancé ſur ce fujet une abfurdité
ridicule , ils ont prétendu qu'il y
avoit derriere les derniers de ces choeurs
des Muficiens qui les régloient en battant
la meſure avec des bâtons . Comment peuton
s'imaginer qu'on pût fouffrir un bruit
auffi indécent , tandis que les oreilles délicates
ont peine à fupporter celui que
fait le Muficien lorfqu'il touche fortement
le claveffin pour remettre quelqu'un
dans la´meſure ; ce qui eft extrêmement
rare , puifqu'on ne fouffre perfonne fur
nos théatres qui ne fçache très-bien la mufique
, du moins quant à la meſure . L'ouverture
de ce qu'ils appellent ici théatre ,
eft tellement étroite , qu'on ne peut pas
fuppofer qu'elle ait encore été divifée
en plufieurs parties , ainfi qu'il eft néceffaire
pour les à parte , dont les anciennes
piéces font remplies : Pouvons - nous
penfer qu'on ait négligé de l'illufion , &
choqué la vraiſemblance , au point de faire
dire ou chanter dans le même lieu des
paroles qu'un acteur préfent eft fuppofé
ne pas entendre , il a fallu du moins qu'il
y eut entre ces acteurs un obftacle , ou réel
ou en peinture , qui donnât lieu de croire
qu'ils pouvoient parler fans être entendus
que du fpectateur : mais où eft ici l'efpace
SEPTEM BRE. 1755. 213
néceffaire pour introduire ces obſtacles ?
Quelles fortes de décorations peut - on fuppofer
avoir été faites dans un lieu fi borné
on n'y peut imaginer qu'une fuite de
chaffis fort étroits fur lefquels on ne pourroit
rien peindre que les bords des objets
encore faudroit- il bien les mettre de fuite,
& que l'un ne débordât l'autre qu'autant
que la perfpective le permet , ce qui produiroit
néceffairement une ennuyeufe uniformité.
Point de ces fuyans fur les côtés ,
qui font des effets fi agréables fur nos
théatres. Point de ces chaffis avancés audedans
de la fcéne , & découpés de maniere
à laiffer voir par leurs ouvertures les
côtés qui continuent de fuir , & les toiles
qui fervent de .fond . Ici tout doit être
terminé par une feule toile. Une pareille
décoration ne feroit propre qu'à
repréſenter une rue étroite & fort longue ;
cependant on fçait qu'alors la peinture
brilloit en France , le plaifir qu'elle y caufoit
par fon excellence , a dû néceffairement
engager à faire de grands théatres
pour donner aux Peintres un lieu propre
à montrer l'étendue de leur génie , & pour
profiter du plaifir que caufe l'illufion
produite par les effets de ce bel art . On
fçait encore que les anciens François introduifoient
la danfe dans leurs Opéra.
214 MERCURE DE FRANCE.
Dans les piéces qui nous reftent d'eux , on
voit même qu'ils la lioient à l'action ,
quelquefois bien , le plus fouvent mal-àpropos
, quoique peut- être eût- il mieux
valu la renvoyer aux entr'actes , que de
forcer la vraisemblance , & la raiſon pour
la coudre à la piéce. Quoiqu'il en foit , il
paroît qu'ils avoient des ballets , & même
des ballets figurés, & repréſentans un fujer :
or , comment veut- on qu'on ait pû exécuter
de tels ballets dans un fi petit eſpace : Il y
auroit eû une confufion infupportable ,
ceux de devant auroient caché ceux de
derriere , tellement qu'on n'en auroit pas
pû voir nettement le deffein : D'ailleurs ,
il n'y pourroit pas tenir affez de danfeurs ,
même en fe touchant à rout inftant les
uns les autres pour former un ballet compofé
avec quelque génie. Il faudroit fuppofer
que la danfe alors ne fût que de
deux , trois , ou quatre perfonnes qui auroient
danfé enfemble , & par conféquent
très-breve : car un fi petit nombre de danfeurs
qui figureroient enſemble , ne pourroient
, s'ils danfoient long- tems , s'empêcher
de retomber dans les mêmes pas ,
& de répéter les mêmes, figures , ce qui
deviendroit ennuyeux , quelques excellens
qu'ils fuffent.
Cependant , en mefurant le tems que
SEPTEMBRE. 1755. 215
duroient leurs Opéra , qu'on fçait avoir
été , ainfi que de notre tems , d'environ
trois heures , on ne trouve pas que la mufique
en ait pû employer plus de la moitié
, encore en fuppofant qu'elle ait été
chantée d'une lenteur exceffive , le refte
doit avoir été occupé par la danſe .
Le parterre de cette falle eft d'une profondeur
dont on ne peut concevoir l'uſage
, fi la fuppofition que ce fût une falle
de théatre avoit lieu , les perfonnes affifes
aux trois où quatre premiers rangs n'auroient
rien vû que ce qui fe feroit paffé
au bord de la fcene , & auroient affez mal
entendu , quoique proche , parce que le
fon auroit paffé par- deffus leurs têtes . Suppoferoit-
on qu'ils euffent été de bout , &
peut-on croire que quelqu'un eût pû refter
dans une pofture fi fatigante durant
trois heures , expofé à la foule & au mouvement
tumultueux que caufe toujours un
nombre de perfonnes dans un lieu refferré,
pour entendre une mufique peu divertif
fante. On ne pourroit dans ce cas penfer
autre chofe , finon que ce lieu auroit été
abandonné à la livrée . M. Gainfay obſerve
encore que la décoration de cette falle
qui n'eft ornée d'aucune architecture , paroît
peu digne d'avoir été le lieu de fpectacle
d'une grande ville, Pas une colonne ,
216 MERCURE DE FRANCE.
pas même un feul pilaftre ! Trois petits
rangs de loges écrafées & foutenues par
des poteaux étroits , y font voir une économie
de terrein peu convénable dans un
édifice de cette importance . L'égalité de
ces deux rangs de loges n'annonce pas
plus de dignité dans ceux qui doivent occuper
le rang d'enbas que dans ceux qui
font au-deffus , & d'ailleurs c'eft un défaut
de goût dans un lieu qu'on auroit prétendu
décorer pour le public : car un des premiers
principes du goût eft d'éviter l'égalité
dans les principales maffes d'un édifice
, & d'y trouver toujours quelques parties
dominantes.
-
Il eft d'autant moins à croire que les
anciens François ayent conſtruit un théatre
femblable, qu'on fçait que dès ce temslà
tous les artiſtes , tant les Peintres que les
Muficiens voyageoient dans leur jeuneffe
en Italie pour fe former le goût : Or , il
eft impoffible qu'ils n'ayent pas vû le théatre
antique de Palladio qui eft vraiment
le modele d'un théatre parfait , foit pour
la commodité , foit pour la magnificence
de la décoration . C'eft de ce refpectable
monument que nous avons tité la perfection
que nous avons donnée à nos théatres
modernes ; à la vérité il n'eft pas poffible
de conftruire un théatre de telle
maniere
SEPTEMBRE . 1755. 217
maniere que tout le monde y foit également
bien placé. Néceffairement il y a
quelques loges ou autres places où l'on eft
forcé de regarder de côté , mais il n'eft
aucun plan qui remédie auffi- bien aux
inconvéniens , & qui place autant de perfonnes
avec avantage que celui de cet admirable
édifice antique ; il eft vrai que la
façade du théatre qui coupe cet ovale dans
fon plus grand diamétre , gâte la forme
totale de cet édifice , & le fait paroître à
demi - fait ; mais il eft aifé de fuppléer à ce
défaut comme nous avons fait dans nos
théatres modernes, C'eft de cet antique
que nous avons appris à décorer nos théatres
de cette belle colonnade qui y fait un
effet fi noble. M. Gainfay ne fçauroit fe
réfoudre à croire que les théatres des anciens
François ayent pû fe paffer d'un
ornement auffi magnifique qu'une colonnade
circulaire , & qui lui paroît y être
fi effentiellement néceffaire. Il faut le lire
pour concevoir avec quelle éloquence il
fait fentir la noble richeffe de cette décoration
; & en effet , il eft difficile d'imaginer
qu'on ait prétendu rendre un lieu
digne d'y recevoir le public & les étrangers
, fans l'enrichir de colonnes , ornement
le plus magnifique que l'architecture
ait jamais inventé.
K
21S MERCURE DE FRANCE.
M. Gainfay ajoute une réflexion qui paroît
évidente . Quand il feroit poffible ,
dit-il , que les François euffent rejetté cet
exemple de Palladio par le défaut de fçavoir
comment remédier au defagrément
de fon avant-fcene : du moins ils auroient
fuivis les théatres ordinaires de l'Italie ,
qui , quoique très- défectueux à bien des
égards , avoient , & plus de grandeur , &
une forme plus rélative à leur deftination ,
que celui qu'on nous propofe ici comme
ayant été le principal theatre d'une ville
telle que Paris. Les reftes de celui d'Argentina
à Rome , & de quelques autres en
Italie nous en offrent la preuve. La forme
en eft defagréable , parce que leur plan
reffemble à une raquette , ou à un oeuf
tronqué , & qu'elle produit plufieurs loges
, où il n'y a abfolument que le premier
rang qui puiffe voir & entendre. La décoration
eft de mauvais goût en ce que
toutes les loges , dont il y a fix rangs les uns
fur les autres , font égales , & femblent des
enfoncemens pratiqués dans des murs de
catacombes. La principale loge qu'on a prétendu
décorer , eſt toujours écrasée rélati-
-vement à fa largeur . L'économie d'eſpace
qui n'a permis de prendre que deux loges
pour fa hauteur , a empêché de lui donner
l'exhauffement qui lui convenoit.
SEPTEMBRE 1755, 219
Néamoins , ces théatres ont un air de
grandeur, même dans les plus petites villes ,
d'où M. Gainfay conclut , qu'on ne peut
pas fuppofer que les François ayent fuivi
un auffi mauvais plan que celui qu'on expofe
ici comme le théatre principal de Paris
, & qu'ayant fous les yeux ces modeles
, certainement ils ont donné à ces monumens
publics la dignité qui leur convient
; par conféquent on ne doit pas croire
que cette falle ait été un théatre. Il paroît
qu'on ne peut réfifter à l'évidence de fes
preuves. La derniere objection qu'il fait ,
eft abfolument décifive . On ne voit autour
de cette falle aucun portique , ce qui eft.
fi néceffaire à un théatre , qu'il feroit impoffible
qu'on en fortit , quelque petit
qu'il fût , fans courir à tout inftant rifque
de la vie. L'embarras que caufe la quantité
des équipages à la fortie des fpectacles
, a toujours rendu ces portiques d'une
néceffité indifpenfable , pour donner lieu
aux gens à pied de s'échapper par différens
chemins. Il remarque encore qu'il n'y
a qu'une feule porte d'une grandeur un
peu raifonnable , & qu'il feroit infenfé de
croire qu'on eût donné dans un pareil lieu
des fpectacles , où l'on emploie fouvent le
feu , & qui font fréquemment exposés au
hazard d'un incendie .
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
M. Gainfay paffe à l'explication de ce
qu'on doit penfer de cette falle . C'étoit ,
dit-il , la falle des concerts particuliers des
Princes de la Maiſon d'Orléans. La partie
qu'on a prétendu être un Amphitheatre ,
étoit le lieu où fe plaçoient les Muficiens.
Au commencement il n'y avoit point toutes
ces loges qui l'entourent maintenant ;
mais cette grande maifon s'étant augmentée
dans le dix-neuviéme fiécle , on fut
obligé de les conftruire pour y placer tous
les Officiers de cette maifon qui obrenoient
la faveur de pouvoir entendre des
concerts , où tout ce qu'il y avoit de plus
excellens chanteurs , tant Italiens que François
, exécutoient la plus belle mufique
connue dans ces tems- là. Dans la partie
qu'on prétend avoir été le théatre , étoit
placée une magnifique tribune , qui a été
détruite depuis ; ce lieu étant devenu inutile
lorfque ces Princes ont ceffé d'y demeurer.
On ne peut pas douter que cette
tribune n'ait été décorée de colonnes de
la plus belle architecture , les pilaftres de
fer travaillés , qu'on voit encore aux deux
côtés , en font une continuation fimple ,
& comme pour fervir de tranfition d'un
lieu magnifique aux loges deftinées pour
les Officiers de la maifon. La partie qui
eft au pied de cette tribune en enfonceSEPTEMBRE.
1755. 221
le
ment , & qu'on dit être l'orchestre des.
Muficiens de l'Opéra , eft proprement
lieu où fe plaçoient les Officiers dont les
Princes pouvoient avoir befoin le plus
fréquemment , afin d'être à portée de recevoir
immédiatement leurs ordres ; &
ce qu'on a nommé le parterre étoit le lieu
où le mettoit le plus bas domeftique , où
on avoit conftruit une rampe douce , afin
que ceux qui étoient les plus proches de
la tribune principale , ne puffent point incommoder.
Il pourroît paroître que ceux
qui étoient les derniers , étoient mal placés
pour voir , parce que ceux qui étoient
devant eux , étoient plus élevés ; mais il
faut confidérer qu'il n'eft queſtion ici que
d'entendre un concert , où les principaux
chanteurs fe mettent toujours fur le devant
de l'appui qui les fépare des auditeurs
, & que cet appui eft fort élevé audeffus
de l'auditoire ; mais ce qui confirme
& donne la derniere évidence à ce
qu'avance M. Gainfay dans ce mémoire ,
c'eft qu'il en déduit une raiſon fimple &
claire de l'evafement de cette falle en venant
vers la tribune, qui dans toute autre fuppofition
paroît fans fondement ; il confidere
l'amphithéatre , & qui eft véritablement
l'Orcheftre , comme un centre d'où partent
des rayons de fon ; fi les murs étoient pa-
1
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
ralleles , ces rayons les heurteroient fous
des angles qui pourroient les réfléchir , en
intercepter une partie rélativement à la
tribune principale , pour laquelle toute
cette falle eft conftruite , & par leur réflection
produire une cacophonie qui eft
l'effet naturel de toute voix réfléchie. Cette
douce inclinaiſon n'oppoſe pas un obftacle
affez direct pour brifer ces rayons ,
elle les oblige feulement à gliffer par un
angle très-obtus , & à fe réunir vers la tribune
pour y produire un plus grand effet
d'harmonie . Si elle étoit plus évafée , elle
fuivroit la direction droite du fon , & n'en
augmenteroit pas la force ; il ne faut pas
s'embarraffer des loges qui y font un
obftacle ; parce qu'elles n'y ont été miles
qu'après coup, & qu'elles ne doivent point
être reprochées à l'Architecte ingénieux ,
qui a imaginé cette forme très- propre
fon but. Il eft fâcheux que cette tribune
ait été détruite ; par elle nous aurions
juger s'il avoit autant de goût que de bon
fens .
C'eſt ainfi que M. Gainfay explique ce
qui nous refte de la falle des concerts du
Palais royal. Il eft difficile , après l'avoir
lû dans l'original , de réfiſter à la force de
fes preuves.
La fuite an Mercure fuivant.
Suite des mémoires d'une Société de
gens
Lettres publiés en l'année 2355.
Po
de
OUR fuivre l'ordre des matieres plu-
τότ que celui du livre , nous pafferons
au cinquième mémoire qui traite d'architecture.
M. Gainfay y donne ſes réflexions fur
l'ancien bâtiment qu'on nomme le Palais
Royal. C'étoit autrefois la principale demeure
des Ducs d'Orléans , avant qu'ils
euffent bâti ce fuperbe édifice qu'ils habitent
maintenant au centre de la ville , &
qui eft un des plus beaux morceaux d'architecture
qu'il y ait en Europe. L'ancien
Palais royal n'eft plus qu'une de leurs maifons
de plaifance ; comme il a toujours
été entretenu avec foin , il fe trouve vraifemblablement
à peu- près dans l'état dans
lequel il a été conftruit. L'architecture en
eft affez belle , & fon caractere prouve fon
ancienneté. Il eft plus lourd & moins recherché
que le Louvre , & les autres bâtitimens
confidérables qui nous reftent de
ces tems ; cependant , comme ce goût eft
folide & bon en foi , on ne peut pas douSEPTEMBRE
. 1755. 205
ter qu'il ne faille remonter , pour en fixer
la date avant le dix-huitiéme fiécle , dans
lequel on voit par le peu qui nous en refte ,
qu'à la réferve de quelques édifices , le
goût étoit dégénéré , meſquin , irrégulier ,
& fouvent même extravagant.
M. Gainfay fait ici une digreffion pour
prouver qu'on doit attribuer la deftruction
de la plupart des édifices du dix- huitiéme
fiécle , à ce que dans les fiécles fuivans où
le bon goût s'eft rétabli , ils furent trouvés
peu dignes de refter fur pied , & comme
tels abattus, afin de ne laiffer aucune trace
de ce tems de délire , honteux à une nation
qui a toujours été en poffeffion de
donner les exemples du goût à fes voifins ;
quoiqu'il en foit de ce fentiment , il eft
certain que M. Gainfay ne le prouve pas
fans réplique , puiſqu'on peut auffi- bien
donner pour raifon de cette deftruction le
tems qui s'eft écoulé jufqu'à nous , & que
d'ailleurs il n'eft pas vraisemblable que les
propriétaires des palais ou maifons qui
nous auroient pû fervir à connoître le
goût d'architecture de ce fiécle , fe foient
prêtés à faire de tels facrifices à la gloire
de leur nation , fans quelque intérêt particulier.
De plus fi cela s'étoit fait par une
confpiration générale , il n'en feroit rien
refté du tout , au lieu qu'avec un peu de
-4
206 MERCURE DE FRANCE.
recherches on en retrouve affez pour donner
lieu à des conjectures plus étendues.
M. Gainfay remarque très- judicieuſement
qu'on ne peut point attribuer à ce
fiécle corrompu une conftruction auffi réguliere
que les deux grandes cours du Palais
royal , que l'architecture cependant
n'en étant pas fi épurée que celle du Louvre
, il y a lieu de croire qu'elle a précédé ,
& qu'elle eft du quinziéme fiécle , avant
qu'on eût entierement trouvé le point de
perfection , mais lorsqu'on en étoit fort
proche. On voit dans la feconde cour une
chofe finguliere. Les étages d'en haut nẻ
font pas femblables dans les deux aîles.
Un côté eft décoré de croifées quarrées ,
de vafes , & un peu en arriere d'un petit
mur percé de petites croifées , & traité de
maniere qu'il forme un attique agréable
& fort élégant : l'autre côté préfente une
balustrade ornée de vafes , mais il fe trouve
enfuite un étage de bois , dont le mur
eft incliné en arriere , fans qu'on puiffe
deviner ce qui a empêché de le mettre à
plomb. A- t - on crû qu'il en pût réſulter
quelque agrément à l'oeil ? Il ne paroît pas
poffible de le penfer. L'apparence de folidité
exige que tous les murs portent per
pendiculairement les uns fur les autres .
Eft- ce quelque raifon de commodité intéSEPTEMBRE.
1755. 207
"
rieure ? On ne ſçauroit la concevoir ; il
paroît au contraire que l'intérieur en eft
gâté , & qu'il eft plus difficile de s'approcher
de ces croifées fans fe heurter par
l'inclinaifon qu'elles ont en haut ; d'ailleurs
cela donne aux appartemens un air ignoble
en les faifant paroître des greniers lambriffés.
Voilà de ces obfcurités que l'ancienneté
ne nous permet pas de pénétrer
& fur lefquelles on ne peut fonder aucunes
conjectures raifonnables. On voit par
d'anciennes eftampes qui repréfentent cet
édifice , que le toît defcendoit juſqu'au
pied de cet étage , & qu'il n'y avoit que
des croifées éloignées les unes des autres ,
qui fervoient à éclairer les greniers. Ces
croifées avançant en faillie fur un pignon
très-élevé & fort pointu , étoient défectueufes
, & laiffoient voir trop de toît ,
ainfi il a été néceffaire d'en former un
étage ; mais le côté décoré en attique a
l'avantage d'avoir confervé les anciennes
fenêtres qui font d'un goût conforme
celui de tout l'édifice , au lieu que l'autre
eft dans un goût entierement différent.
M. Gainfay entre enfuite dans un examen
fort détaillé fur l'architecture d'une
cour qui eft fur le côté de ce Palais : nous
fupprimerons cette partie de fon difcours
à caufe de fa longueur , & nous renvoye208
MERCURE DE FRANCE.
rons fur ce fujet à l'original . On y trouve
ra une critique fort judicieufe mêlée d'éloges
, également bien fondés , de ce morceau
d'architecture .
Nous pafferons à une des falles de ce
Palais , que M. Gainfay nomme la falle
des concerts. Quelques Aureurs ont prétendu
qu'autrefois cette falle a été la falle
de l'Opéra de Paris . M. Gainfay prouve
que ce fentiment eft infoutenable . Premierement
, elle est beaucoup trop petite
pour avoir pû contenir les citoyens d'une
ville telle que Paris , même dans ces temslà
. On ne peut pas y fuppofer , quelque
peu confidérable qu'elle fut alors , moins
d'un million d'habitans , quoique ce foit
bien peu en comparaifon de ce qu'elle en
renferme aujourd'hui ; toujours eft- il certain
que dans cette fuppofition , quelque
bornée qu'elle foit , il a dû y avoir cent
mille perfonnes allant habituellement à
l'Opéra. A moins qu'on ne veuille croire ,
comme font ceux qui foutiennent ce fentiment
, que la mufique de ce tems étant
fort fimple, & n'étant proprement que nos
chants d'églife , avec quelques accompa
gnemens auffi uniformes , elle n'infpiroit
pas alors ces fenfations délicieufes qu'elle
nous fait éprouver maintenant qu'elle eſt
portée à fa perfection. Ils en concluent
SEPTEMBRE. 1755. 209
qu'on n'avoit pas alors pour elle ce goût
vif qui nous détermine fi fortement , que
malgré la grandeur de nos théatres & la
quantité que nous en avons dans prefque
tous les quartiers de la ville , ils font néanmoins
toujours remplis ; conféquemment
que très - peu de perfonnes alloient au
fpectacle ; qu'à la réferve d'un très - petit
nombre qui s'étant habitués d'enfance à
goûter cette mufique , y trouvoient quelque
beauté , prefque perfonne ne s'en foucioit.
Que les étrangers même ne la pouvant
fouffrir n'y alloient point. Quoiqu'on
ne puiffe pas entierement rejetter ces faits ,
puifque la mufique de ces tems-là qui eſt
parvenue jufqu'à nous , femble en faire
la preuve néanmoins , à quelque point
qu'on diminue la quantité de gens qui aimoient
ces fpectacles , il eft certain qu'on
ne peut la réduire , jufqu'à croire que
cette falle ait pû les contenir.
M. Gainfay tire fa feconde preuve de la
forme de cette falle . Elle eft fort étroite &
fort longue , ce qui eft contradictoire à la
forme effentielle d'un théatre qui doit être
de forme circulaire ou approchante du
cercle dans toute l'étendue de la falle où
font les fpectateurs . En effet , comment
concevoir qu'un architecte ait pu bâtir un
théatre dont la principale loge eft la plus
210 MERCURE DE FRANCE.
éloignée . Peut -on fuppofer qu'il ait ignoté
qu'une falle de théatre doit ( quelque for
me qu'on y donne ) s'ouvrir en largeur ,
plutôt que s'enfoncer en profondeur. Il eſt
vrai que dans celui - ci les côtés s'élargiffent
un peu en s'étendant vers la partie qu'on
prétend être le théatre , mais c'eſt de fi
peu de chofe que cela eft inutile , & ne
fert qu'à y donner une forme défagréable ,
La loge principale a toujours du être celle du
fond , puifque c'eft vis-à- vis d'elle & pour
elle , que fe fait toujours le jeu du théatre ;
dans cette fuppofition , celle- ci feroit trop
loin , & l'on n'y pourroit pas bien entendre
, d'autant plus que le fon feroit intercepté
en chemin par l'obftacle qu'y apporteroit
le petit murmure qui s'enfuit néceffairement
de l'interpofition de plufieurs
perfonnes qu'on ne peut empêcher de fe
parler quelquefois à l'oreille : car on
prétend qu'il y avoit des fpectateurs af
fis dans cette partie qui eft au-devant
& qu'on nomme l'amphithéatre . On ne
fçait pas fi en effet l'ufage étoit alors
de mettre à tous les théatres cette partie
qu'on veut nommer ici amphithéatre.
Nos théatres ne contiennent plus rien
de femblable. De plus il n'y a que cinq
loges dans cette petite partie circulaire ,
qui ayent été placées , finon pour bien
SEPTEMBRE. 1755. 211
entendre du moins pour bien voir. Les loges
qui s'étendent fur les aîles font encore
plus malheureufes ; fi elles font plus à portée
d'entendre , elles le font bien moins
de voir. Le rang de devant ne voit qu'en
s'avançant avec effort , & celui de derriere
ne peut rien voir , ou fört difficilement ,
& en fe levant ou fe penchant au hazard
de tomber fur le rang de devant . On ne
peut s'imaginer qu'on louât des places
pour être affis , & que cependant on fe
tînt de bout. Si l'on confidere la partie
qu'ils nomment le théatre , on verra par
fon peu d'ouverture , qu'il n'eft pas poffible
qu'on y ait pû donner un fpectacle
fur- tout avec des choeurs , & l'on fçait
que les François en ont toujours joint à
leurs Opéra ; il faudroit que les perfonnages
de ces choeurs fuffent rangés de maniere
que le premier cachât en partie le
fecond , & ainfi fucceffivement des autres
; ce qui ne produiroit point de fpectacle
, donneroit un air d'arrangement
apprêté , & détruiróit l'illufion qu'ils nous
doivent faire en fe plaçant par petits groupes
inégaux & naturels . De l'ordre proceffionnal
qu'il faut néceffairement leur fuppofer
ici , il s'enfuit que les derniers qui
font au fond ne pourroient ni voir ni entendre
le claveffin. Comment pourroient-
›
1
212 MERCURE DE FRANCE.
ils donc fuivre une mefure exacte ? Quelques-
uns ont avancé ſur ce fujet une abfurdité
ridicule , ils ont prétendu qu'il y
avoit derriere les derniers de ces choeurs
des Muficiens qui les régloient en battant
la meſure avec des bâtons . Comment peuton
s'imaginer qu'on pût fouffrir un bruit
auffi indécent , tandis que les oreilles délicates
ont peine à fupporter celui que
fait le Muficien lorfqu'il touche fortement
le claveffin pour remettre quelqu'un
dans la´meſure ; ce qui eft extrêmement
rare , puifqu'on ne fouffre perfonne fur
nos théatres qui ne fçache très-bien la mufique
, du moins quant à la meſure . L'ouverture
de ce qu'ils appellent ici théatre ,
eft tellement étroite , qu'on ne peut pas
fuppofer qu'elle ait encore été divifée
en plufieurs parties , ainfi qu'il eft néceffaire
pour les à parte , dont les anciennes
piéces font remplies : Pouvons - nous
penfer qu'on ait négligé de l'illufion , &
choqué la vraiſemblance , au point de faire
dire ou chanter dans le même lieu des
paroles qu'un acteur préfent eft fuppofé
ne pas entendre , il a fallu du moins qu'il
y eut entre ces acteurs un obftacle , ou réel
ou en peinture , qui donnât lieu de croire
qu'ils pouvoient parler fans être entendus
que du fpectateur : mais où eft ici l'efpace
SEPTEM BRE. 1755. 213
néceffaire pour introduire ces obſtacles ?
Quelles fortes de décorations peut - on fuppofer
avoir été faites dans un lieu fi borné
on n'y peut imaginer qu'une fuite de
chaffis fort étroits fur lefquels on ne pourroit
rien peindre que les bords des objets
encore faudroit- il bien les mettre de fuite,
& que l'un ne débordât l'autre qu'autant
que la perfpective le permet , ce qui produiroit
néceffairement une ennuyeufe uniformité.
Point de ces fuyans fur les côtés ,
qui font des effets fi agréables fur nos
théatres. Point de ces chaffis avancés audedans
de la fcéne , & découpés de maniere
à laiffer voir par leurs ouvertures les
côtés qui continuent de fuir , & les toiles
qui fervent de .fond . Ici tout doit être
terminé par une feule toile. Une pareille
décoration ne feroit propre qu'à
repréſenter une rue étroite & fort longue ;
cependant on fçait qu'alors la peinture
brilloit en France , le plaifir qu'elle y caufoit
par fon excellence , a dû néceffairement
engager à faire de grands théatres
pour donner aux Peintres un lieu propre
à montrer l'étendue de leur génie , & pour
profiter du plaifir que caufe l'illufion
produite par les effets de ce bel art . On
fçait encore que les anciens François introduifoient
la danfe dans leurs Opéra.
214 MERCURE DE FRANCE.
Dans les piéces qui nous reftent d'eux , on
voit même qu'ils la lioient à l'action ,
quelquefois bien , le plus fouvent mal-àpropos
, quoique peut- être eût- il mieux
valu la renvoyer aux entr'actes , que de
forcer la vraisemblance , & la raiſon pour
la coudre à la piéce. Quoiqu'il en foit , il
paroît qu'ils avoient des ballets , & même
des ballets figurés, & repréſentans un fujer :
or , comment veut- on qu'on ait pû exécuter
de tels ballets dans un fi petit eſpace : Il y
auroit eû une confufion infupportable ,
ceux de devant auroient caché ceux de
derriere , tellement qu'on n'en auroit pas
pû voir nettement le deffein : D'ailleurs ,
il n'y pourroit pas tenir affez de danfeurs ,
même en fe touchant à rout inftant les
uns les autres pour former un ballet compofé
avec quelque génie. Il faudroit fuppofer
que la danfe alors ne fût que de
deux , trois , ou quatre perfonnes qui auroient
danfé enfemble , & par conféquent
très-breve : car un fi petit nombre de danfeurs
qui figureroient enſemble , ne pourroient
, s'ils danfoient long- tems , s'empêcher
de retomber dans les mêmes pas ,
& de répéter les mêmes, figures , ce qui
deviendroit ennuyeux , quelques excellens
qu'ils fuffent.
Cependant , en mefurant le tems que
SEPTEMBRE. 1755. 215
duroient leurs Opéra , qu'on fçait avoir
été , ainfi que de notre tems , d'environ
trois heures , on ne trouve pas que la mufique
en ait pû employer plus de la moitié
, encore en fuppofant qu'elle ait été
chantée d'une lenteur exceffive , le refte
doit avoir été occupé par la danſe .
Le parterre de cette falle eft d'une profondeur
dont on ne peut concevoir l'uſage
, fi la fuppofition que ce fût une falle
de théatre avoit lieu , les perfonnes affifes
aux trois où quatre premiers rangs n'auroient
rien vû que ce qui fe feroit paffé
au bord de la fcene , & auroient affez mal
entendu , quoique proche , parce que le
fon auroit paffé par- deffus leurs têtes . Suppoferoit-
on qu'ils euffent été de bout , &
peut-on croire que quelqu'un eût pû refter
dans une pofture fi fatigante durant
trois heures , expofé à la foule & au mouvement
tumultueux que caufe toujours un
nombre de perfonnes dans un lieu refferré,
pour entendre une mufique peu divertif
fante. On ne pourroit dans ce cas penfer
autre chofe , finon que ce lieu auroit été
abandonné à la livrée . M. Gainfay obſerve
encore que la décoration de cette falle
qui n'eft ornée d'aucune architecture , paroît
peu digne d'avoir été le lieu de fpectacle
d'une grande ville, Pas une colonne ,
216 MERCURE DE FRANCE.
pas même un feul pilaftre ! Trois petits
rangs de loges écrafées & foutenues par
des poteaux étroits , y font voir une économie
de terrein peu convénable dans un
édifice de cette importance . L'égalité de
ces deux rangs de loges n'annonce pas
plus de dignité dans ceux qui doivent occuper
le rang d'enbas que dans ceux qui
font au-deffus , & d'ailleurs c'eft un défaut
de goût dans un lieu qu'on auroit prétendu
décorer pour le public : car un des premiers
principes du goût eft d'éviter l'égalité
dans les principales maffes d'un édifice
, & d'y trouver toujours quelques parties
dominantes.
-
Il eft d'autant moins à croire que les
anciens François ayent conſtruit un théatre
femblable, qu'on fçait que dès ce temslà
tous les artiſtes , tant les Peintres que les
Muficiens voyageoient dans leur jeuneffe
en Italie pour fe former le goût : Or , il
eft impoffible qu'ils n'ayent pas vû le théatre
antique de Palladio qui eft vraiment
le modele d'un théatre parfait , foit pour
la commodité , foit pour la magnificence
de la décoration . C'eft de ce refpectable
monument que nous avons tité la perfection
que nous avons donnée à nos théatres
modernes ; à la vérité il n'eft pas poffible
de conftruire un théatre de telle
maniere
SEPTEMBRE . 1755. 217
maniere que tout le monde y foit également
bien placé. Néceffairement il y a
quelques loges ou autres places où l'on eft
forcé de regarder de côté , mais il n'eft
aucun plan qui remédie auffi- bien aux
inconvéniens , & qui place autant de perfonnes
avec avantage que celui de cet admirable
édifice antique ; il eft vrai que la
façade du théatre qui coupe cet ovale dans
fon plus grand diamétre , gâte la forme
totale de cet édifice , & le fait paroître à
demi - fait ; mais il eft aifé de fuppléer à ce
défaut comme nous avons fait dans nos
théatres modernes, C'eft de cet antique
que nous avons appris à décorer nos théatres
de cette belle colonnade qui y fait un
effet fi noble. M. Gainfay ne fçauroit fe
réfoudre à croire que les théatres des anciens
François ayent pû fe paffer d'un
ornement auffi magnifique qu'une colonnade
circulaire , & qui lui paroît y être
fi effentiellement néceffaire. Il faut le lire
pour concevoir avec quelle éloquence il
fait fentir la noble richeffe de cette décoration
; & en effet , il eft difficile d'imaginer
qu'on ait prétendu rendre un lieu
digne d'y recevoir le public & les étrangers
, fans l'enrichir de colonnes , ornement
le plus magnifique que l'architecture
ait jamais inventé.
K
21S MERCURE DE FRANCE.
M. Gainfay ajoute une réflexion qui paroît
évidente . Quand il feroit poffible ,
dit-il , que les François euffent rejetté cet
exemple de Palladio par le défaut de fçavoir
comment remédier au defagrément
de fon avant-fcene : du moins ils auroient
fuivis les théatres ordinaires de l'Italie ,
qui , quoique très- défectueux à bien des
égards , avoient , & plus de grandeur , &
une forme plus rélative à leur deftination ,
que celui qu'on nous propofe ici comme
ayant été le principal theatre d'une ville
telle que Paris. Les reftes de celui d'Argentina
à Rome , & de quelques autres en
Italie nous en offrent la preuve. La forme
en eft defagréable , parce que leur plan
reffemble à une raquette , ou à un oeuf
tronqué , & qu'elle produit plufieurs loges
, où il n'y a abfolument que le premier
rang qui puiffe voir & entendre. La décoration
eft de mauvais goût en ce que
toutes les loges , dont il y a fix rangs les uns
fur les autres , font égales , & femblent des
enfoncemens pratiqués dans des murs de
catacombes. La principale loge qu'on a prétendu
décorer , eſt toujours écrasée rélati-
-vement à fa largeur . L'économie d'eſpace
qui n'a permis de prendre que deux loges
pour fa hauteur , a empêché de lui donner
l'exhauffement qui lui convenoit.
SEPTEMBRE 1755, 219
Néamoins , ces théatres ont un air de
grandeur, même dans les plus petites villes ,
d'où M. Gainfay conclut , qu'on ne peut
pas fuppofer que les François ayent fuivi
un auffi mauvais plan que celui qu'on expofe
ici comme le théatre principal de Paris
, & qu'ayant fous les yeux ces modeles
, certainement ils ont donné à ces monumens
publics la dignité qui leur convient
; par conféquent on ne doit pas croire
que cette falle ait été un théatre. Il paroît
qu'on ne peut réfifter à l'évidence de fes
preuves. La derniere objection qu'il fait ,
eft abfolument décifive . On ne voit autour
de cette falle aucun portique , ce qui eft.
fi néceffaire à un théatre , qu'il feroit impoffible
qu'on en fortit , quelque petit
qu'il fût , fans courir à tout inftant rifque
de la vie. L'embarras que caufe la quantité
des équipages à la fortie des fpectacles
, a toujours rendu ces portiques d'une
néceffité indifpenfable , pour donner lieu
aux gens à pied de s'échapper par différens
chemins. Il remarque encore qu'il n'y
a qu'une feule porte d'une grandeur un
peu raifonnable , & qu'il feroit infenfé de
croire qu'on eût donné dans un pareil lieu
des fpectacles , où l'on emploie fouvent le
feu , & qui font fréquemment exposés au
hazard d'un incendie .
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
M. Gainfay paffe à l'explication de ce
qu'on doit penfer de cette falle . C'étoit ,
dit-il , la falle des concerts particuliers des
Princes de la Maiſon d'Orléans. La partie
qu'on a prétendu être un Amphitheatre ,
étoit le lieu où fe plaçoient les Muficiens.
Au commencement il n'y avoit point toutes
ces loges qui l'entourent maintenant ;
mais cette grande maifon s'étant augmentée
dans le dix-neuviéme fiécle , on fut
obligé de les conftruire pour y placer tous
les Officiers de cette maifon qui obrenoient
la faveur de pouvoir entendre des
concerts , où tout ce qu'il y avoit de plus
excellens chanteurs , tant Italiens que François
, exécutoient la plus belle mufique
connue dans ces tems- là. Dans la partie
qu'on prétend avoir été le théatre , étoit
placée une magnifique tribune , qui a été
détruite depuis ; ce lieu étant devenu inutile
lorfque ces Princes ont ceffé d'y demeurer.
On ne peut pas douter que cette
tribune n'ait été décorée de colonnes de
la plus belle architecture , les pilaftres de
fer travaillés , qu'on voit encore aux deux
côtés , en font une continuation fimple ,
& comme pour fervir de tranfition d'un
lieu magnifique aux loges deftinées pour
les Officiers de la maifon. La partie qui
eft au pied de cette tribune en enfonceSEPTEMBRE.
1755. 221
le
ment , & qu'on dit être l'orchestre des.
Muficiens de l'Opéra , eft proprement
lieu où fe plaçoient les Officiers dont les
Princes pouvoient avoir befoin le plus
fréquemment , afin d'être à portée de recevoir
immédiatement leurs ordres ; &
ce qu'on a nommé le parterre étoit le lieu
où le mettoit le plus bas domeftique , où
on avoit conftruit une rampe douce , afin
que ceux qui étoient les plus proches de
la tribune principale , ne puffent point incommoder.
Il pourroît paroître que ceux
qui étoient les derniers , étoient mal placés
pour voir , parce que ceux qui étoient
devant eux , étoient plus élevés ; mais il
faut confidérer qu'il n'eft queſtion ici que
d'entendre un concert , où les principaux
chanteurs fe mettent toujours fur le devant
de l'appui qui les fépare des auditeurs
, & que cet appui eft fort élevé audeffus
de l'auditoire ; mais ce qui confirme
& donne la derniere évidence à ce
qu'avance M. Gainfay dans ce mémoire ,
c'eft qu'il en déduit une raiſon fimple &
claire de l'evafement de cette falle en venant
vers la tribune, qui dans toute autre fuppofition
paroît fans fondement ; il confidere
l'amphithéatre , & qui eft véritablement
l'Orcheftre , comme un centre d'où partent
des rayons de fon ; fi les murs étoient pa-
1
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
ralleles , ces rayons les heurteroient fous
des angles qui pourroient les réfléchir , en
intercepter une partie rélativement à la
tribune principale , pour laquelle toute
cette falle eft conftruite , & par leur réflection
produire une cacophonie qui eft
l'effet naturel de toute voix réfléchie. Cette
douce inclinaiſon n'oppoſe pas un obftacle
affez direct pour brifer ces rayons ,
elle les oblige feulement à gliffer par un
angle très-obtus , & à fe réunir vers la tribune
pour y produire un plus grand effet
d'harmonie . Si elle étoit plus évafée , elle
fuivroit la direction droite du fon , & n'en
augmenteroit pas la force ; il ne faut pas
s'embarraffer des loges qui y font un
obftacle ; parce qu'elles n'y ont été miles
qu'après coup, & qu'elles ne doivent point
être reprochées à l'Architecte ingénieux ,
qui a imaginé cette forme très- propre
fon but. Il eft fâcheux que cette tribune
ait été détruite ; par elle nous aurions
juger s'il avoit autant de goût que de bon
fens .
C'eſt ainfi que M. Gainfay explique ce
qui nous refte de la falle des concerts du
Palais royal. Il eft difficile , après l'avoir
lû dans l'original , de réfiſter à la force de
fes preuves.
La fuite an Mercure fuivant.
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Résumé : ARCHITECTURE. Suite des mémoires d'une Société de gens de Lettres publiés en l'année 2355.
Le texte est un extrait des mémoires d'une Société de gens de lettres, publié en 2355, qui traite de l'architecture, en particulier du Palais Royal. M. Gainfay analyse l'ancien bâtiment du Palais Royal, autrefois la principale demeure des Ducs d'Orléans, avant qu'ils ne construisent un nouvel édifice au centre de la ville. Cet ancien palais, bien entretenu, conserve son état d'origine et présente une architecture belle et solide, typique du quinzième siècle. L'auteur note que le goût architectural de cette époque est plus lourd et moins recherché que celui du Louvre, mais reste solide et bon. M. Gainfay discute également de la destruction des édifices du dix-huitième siècle, attribuée au mauvais goût de cette période. Il remarque que les deux grandes cours du Palais Royal montrent une construction régulière, précédant le point de perfection atteint au quinzième siècle. Il observe des différences architecturales entre les deux ailes de la seconde cour, sans pouvoir en expliquer les raisons. Le texte mentionne une salle du Palais Royal, appelée la salle des concerts, que certains auteurs ont prétendu être l'ancien Opéra de Paris. M. Gainfay réfute cette idée en soulignant que la salle est trop petite pour avoir accueilli un grand public et que sa forme étroite et longue est incompatible avec les exigences d'un théâtre. Il critique également l'agencement des loges et la disposition des choeurs, rendant improbable l'utilisation de cette salle pour des spectacles d'opéra. M. Gainfay observe que les anciens Français, connaissant les théâtres antiques italiens et le modèle de Palladio, n'auraient pas construit un théâtre aussi défectueux. Il compare ce théâtre à ceux d'Italie, qui, malgré leurs défauts, avaient plus de grandeur et une forme plus adaptée à leur fonction. La salle en question ne possède pas de portique, élément nécessaire pour la sécurité lors des sorties des spectacles. M. Gainfay conclut que cette salle était en réalité la salle des concerts particuliers des Princes de la Maison d'Orléans. La partie prétendue être un amphithéâtre était le lieu des musiciens. Les loges actuelles ont été ajoutées plus tard pour les officiers de la maison. La tribune, aujourd'hui détruite, était décorée de colonnes et de pilastres. La salle était conçue pour optimiser l'acoustique et la visibilité des concerts.
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374
p. 237
AVIS.
Début :
Le sieur Jacques Cottin & Compagnie, Marchand, rue Thibautaudé, donne avis [...]
Mots clefs :
Jacques Cottin & Compagnie, Toiles, Chine, Indes, Teinture à froid
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
fieur Jacques Cottin & Compagnie , Mar
chand , rue Thibautaudé , donne avis au public ,
qu'il trouvera chez lui toutes fortes de toiles teintes
à froid , avec réferves . Après une longue fuite.
d'expériences on eft enfin venu à bout de fixer fur
la toile ( malgré tous les blanchiffages qu'on en
peut faire ) toute la fraîcheur & toute la variété
des couleurs. Ce fecret important & unique étoit
référvé au fieur Cabanes Anglois , qui par fes rares
talens a mérité l'approbation du Confeil. Le
débit confidérable qui le fait dans tout le Royau-`
me de ces nouvelles toiles qui imitent parfaitement
celles de la Chine & des Indes , eft une
preuve autentique de la folidité des couleurs que
procure la teinture à froid , & le public ne peut
qu'applaudir à une découverte qui lui eſt fi avantageufe.
fieur Jacques Cottin & Compagnie , Mar
chand , rue Thibautaudé , donne avis au public ,
qu'il trouvera chez lui toutes fortes de toiles teintes
à froid , avec réferves . Après une longue fuite.
d'expériences on eft enfin venu à bout de fixer fur
la toile ( malgré tous les blanchiffages qu'on en
peut faire ) toute la fraîcheur & toute la variété
des couleurs. Ce fecret important & unique étoit
référvé au fieur Cabanes Anglois , qui par fes rares
talens a mérité l'approbation du Confeil. Le
débit confidérable qui le fait dans tout le Royau-`
me de ces nouvelles toiles qui imitent parfaitement
celles de la Chine & des Indes , eft une
preuve autentique de la folidité des couleurs que
procure la teinture à froid , & le public ne peut
qu'applaudir à une découverte qui lui eſt fi avantageufe.
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Résumé : AVIS.
La firme Jacques Cottin & Compagnie, rue Thibautaudé, propose des toiles teintes à froid avec des reflets. Après plusieurs expériences, elle fixe la fraîcheur et la variété des couleurs, même après blanchissages. Ce procédé secret appartenait à M. Cabanes, reconnu par le Conseil. Les toiles imitent celles de la Chine et des Indes et connaissent un grand succès dans le royaume.
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375
p. 39
VERS Pour être mis au bas du portrait de Mlle R..... fait par M. Vigé.
Début :
Dans ce riant tableau dont tu charmes nos yeux, [...]
Mots clefs :
Portrait, Louis Vigée
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texteReconnaissance textuelle : VERS Pour être mis au bas du portrait de Mlle R..... fait par M. Vigé.
VERS
Pour être mis au bas du portrait de Mile
R.....fait par M. Vigé.
DAns Ans ce riant tableau dont tu charmes nos
yeux ,
Et qui nous peint fi bien Climene ,
Vigé , je reconnois fans peine
L'heureux talent que tu reçus des cieux.
Quel feu ! que d'attraits ! quelle grace !
Dans l'univers rien ne furpaffe
Le coloris de ton pinceau :
Mais pour rendre à ton art un hommage nouveau,
Que n'as- tu peint fon coeur ainfi que fon vifage ?
De toutes les vertus nous aurions vu l'image.
Par M. D. M .....
Pour être mis au bas du portrait de Mile
R.....fait par M. Vigé.
DAns Ans ce riant tableau dont tu charmes nos
yeux ,
Et qui nous peint fi bien Climene ,
Vigé , je reconnois fans peine
L'heureux talent que tu reçus des cieux.
Quel feu ! que d'attraits ! quelle grace !
Dans l'univers rien ne furpaffe
Le coloris de ton pinceau :
Mais pour rendre à ton art un hommage nouveau,
Que n'as- tu peint fon coeur ainfi que fon vifage ?
De toutes les vertus nous aurions vu l'image.
Par M. D. M .....
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Résumé : VERS Pour être mis au bas du portrait de Mlle R..... fait par M. Vigé.
Le poème célèbre Vigée Le Brun pour son talent artistique et la grâce de son portrait de Mile R. Il loue la vivacité et les attraits de son œuvre, ainsi que la supériorité de son coloris. L'auteur, M. D. M., souhaite que l'artiste ait également représenté le cœur du modèle pour révéler ses vertus.
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376
p. 40-41
PORTRAITS DE QUATRE FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Début :
Je vois les Souverains autour de cet artiste, [...]
Mots clefs :
Peintres d'Italie, Le Tintoret, Guido Reni, Michel-Ange, Titien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DE QUATRE FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
PORTRAITS
DE QUATRE FAMEUX PEINTRES
J
D'ITALIE.
TITIEN
VECELLI.
E vois les Souverains autour de cet artiſte ,
S'empreffer d'obtenir leurs portraits de ſa main .
Tant de gloire eft bien dûe à ce grand Colorifte.
Pour l'immortalité c'eft un guide certain ;
Il étonne , il ravit par ſon beau payſage ,
Soudain le fpectateur s'y trouve tranſporté :
La mere des amours y dort fous le feuillage ,
Et fait mieux qu'à Paphos fentir la volupté.
MICHEL ANGE BUONAROTA.
Vitruve , Phydias , Appelle ,
Vous qu'adoroient les Grecs & les Romains ,
Je vous vois étonnés que Michel Ange excelle ,
Dans les beaux arts illuftrés
par vos mains.
Ah ! vous ornez fon front d'une triple couronne !
C'eſt porter les mortels au culte qu'on lui doit .
Vous lui rendez chacun le tribut qu'il vous donne ,
Les grands hommes ainfi commercent de leur
droit.
GUIDO RENI.
De ce maître touchant la nature eft l'idole ;
OCTOBRE . 1755 . 4X
Dans un détail précis il nous rend fa beauté :
Que de graces ! Pefprit avec fon pinceau vole ,
Qu'il eft clair ! que fa touche a de légereté !
Ai-je pû le quitter ? mes yeux infatiables
Cherchent cette Madone à qui j'ai dit adieu .
Son doux regard , fes pieds & ſes mains admirables
Sont l'ouvrage du Guide , ou l'ouvrage d'un Dieu.
JACQUES TINTORET.
Je tiens le pinceau d'or du fameux Tintoret .
Mon efprit eft faifi de fon entouſiaſme .
Que fes vives couleurs enfantent fon portrait !
Le voici . Mon fuccès affronte le ſarcaſme.
Du plus vafte génie on le voit animé.
Hardi , prompt , réfolu , fes figures furprennent ;
Tout s'y meut , tout y vit . Sur lui - même formé
Ce qu'il crée , les Dieux de leur feu l'entretiennent.
* On diſoit à Veniſe qu'il avoit trois pinceaux.
Il penello d'oro, il penello d'argento , e l'altro d'y
ferro.
DE QUATRE FAMEUX PEINTRES
J
D'ITALIE.
TITIEN
VECELLI.
E vois les Souverains autour de cet artiſte ,
S'empreffer d'obtenir leurs portraits de ſa main .
Tant de gloire eft bien dûe à ce grand Colorifte.
Pour l'immortalité c'eft un guide certain ;
Il étonne , il ravit par ſon beau payſage ,
Soudain le fpectateur s'y trouve tranſporté :
La mere des amours y dort fous le feuillage ,
Et fait mieux qu'à Paphos fentir la volupté.
MICHEL ANGE BUONAROTA.
Vitruve , Phydias , Appelle ,
Vous qu'adoroient les Grecs & les Romains ,
Je vous vois étonnés que Michel Ange excelle ,
Dans les beaux arts illuftrés
par vos mains.
Ah ! vous ornez fon front d'une triple couronne !
C'eſt porter les mortels au culte qu'on lui doit .
Vous lui rendez chacun le tribut qu'il vous donne ,
Les grands hommes ainfi commercent de leur
droit.
GUIDO RENI.
De ce maître touchant la nature eft l'idole ;
OCTOBRE . 1755 . 4X
Dans un détail précis il nous rend fa beauté :
Que de graces ! Pefprit avec fon pinceau vole ,
Qu'il eft clair ! que fa touche a de légereté !
Ai-je pû le quitter ? mes yeux infatiables
Cherchent cette Madone à qui j'ai dit adieu .
Son doux regard , fes pieds & ſes mains admirables
Sont l'ouvrage du Guide , ou l'ouvrage d'un Dieu.
JACQUES TINTORET.
Je tiens le pinceau d'or du fameux Tintoret .
Mon efprit eft faifi de fon entouſiaſme .
Que fes vives couleurs enfantent fon portrait !
Le voici . Mon fuccès affronte le ſarcaſme.
Du plus vafte génie on le voit animé.
Hardi , prompt , réfolu , fes figures furprennent ;
Tout s'y meut , tout y vit . Sur lui - même formé
Ce qu'il crée , les Dieux de leur feu l'entretiennent.
* On diſoit à Veniſe qu'il avoit trois pinceaux.
Il penello d'oro, il penello d'argento , e l'altro d'y
ferro.
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Résumé : PORTRAITS DE QUATRE FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Le texte présente des portraits de quatre célèbres peintres italiens : Titien, Michel-Ange, Guido Reni et Tintoret. Titien est reconnu pour son talent de coloriste et sa capacité à immerger le spectateur dans ses paysages, où la beauté et la volupté sont mises en avant. Michel-Ange est comparé aux grands maîtres grecs et romains, tels que Vitruve, Phydias et Apelle, et est considéré comme un génie des arts. Guido Reni est admiré pour sa précision et sa capacité à capturer la beauté naturelle, notamment dans ses représentations de la Madone. Tintoret est décrit comme un artiste passionné et rapide, dont les œuvres sont animées et vivantes. À Venise, on disait qu'il possédait trois pinceaux différents pour ses différentes techniques.
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377
p. 183-185
PEINTURE.
Début :
Vous destinez, Monsieur, dans votre Ouvrage périodique, une place aux [...]
Mots clefs :
Peinture, Salon du Louvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE.
PEINTURE.
Ous deftinez , Monfieur , dans votre
Ouvrage périodique , une place aux
Beaux-arts ; & entr'autres à la Peinture .
Voici le récit fimple d'un fpectacle intéreffant
dont j'ai été le témoin , & qui peut
méritér fa place dans l'article dont je viens
de parler .
Le concours , que le goût généralement
répandu occafionne au fallon du Louvre ,
qui renferme les ouvrages des habiles Artiftes
, en tous genres , loin de fe réfroidir ,
femble tous les jours devenir plus vif.
L'interêt que le public prend à tout ce
qui regarde les Beaux-arts , s'eft fait fentir
encore par l'empreffement avec lequel
il a cherché à s'introduire dans l'affemblée
tenue le 10 du mois dernier à l'Académie
Royale de Peinture : cette affemblée étoit
184 MERCURE DE FRANCE .
destinée à diftribuer les prix remportés par
les Eleves , pendant le cours de l'année.
M. le Marquis de Marigny y diftribua les
médailles d'or & d'argent ( fignes plus précieux
que les métaux dont elles font formées
, puifqu'elles font la marque des fuccès
mérités ) . M. Watelet , Affocié libre de
cette Académie , fit la lecture d'un Poëme
en quatre chants , intitulé l'Art de peindre ;
depuis trois années confécutives , il avoit
contribué à l'émulation qu'occafionne cette
diftribution annuelle , par la lecture
d'un chant de fon ouvrage : il a fini par le
foumettre tout entier au jugement des Artiftes
, des Amateurs , & d'une Affemblée.
brillante & nombreufe , qui par
leurs applaudiffemens
ont rendu justice à la difficulté
vaincue , & aux foins qu'a pris le
Poëte de renfermer dans un plan fuivi ,
& de lier , par d'heureufes tranfitions , les
préceptes d'un art profond & les agrémens
de la Poéfie.
J'ai l'honneur d'être , &c .
fe.
Nous ne pouvons rendre compte que
mois prochain des tableaux qui ont été expofés
cette année au fallon du Louvre , où
tout Paris a couru les voir en foule , &
d'où il eft forti enchanté. Cependant tout
brillant qu'il a paru , on peut dire en quelOCTOBRE.
1795. 195
que façon qu'il eft refté imparfait. On n'y
a rien vu de M. Boucher , ni de M. Pierre .
Ous deftinez , Monfieur , dans votre
Ouvrage périodique , une place aux
Beaux-arts ; & entr'autres à la Peinture .
Voici le récit fimple d'un fpectacle intéreffant
dont j'ai été le témoin , & qui peut
méritér fa place dans l'article dont je viens
de parler .
Le concours , que le goût généralement
répandu occafionne au fallon du Louvre ,
qui renferme les ouvrages des habiles Artiftes
, en tous genres , loin de fe réfroidir ,
femble tous les jours devenir plus vif.
L'interêt que le public prend à tout ce
qui regarde les Beaux-arts , s'eft fait fentir
encore par l'empreffement avec lequel
il a cherché à s'introduire dans l'affemblée
tenue le 10 du mois dernier à l'Académie
Royale de Peinture : cette affemblée étoit
184 MERCURE DE FRANCE .
destinée à diftribuer les prix remportés par
les Eleves , pendant le cours de l'année.
M. le Marquis de Marigny y diftribua les
médailles d'or & d'argent ( fignes plus précieux
que les métaux dont elles font formées
, puifqu'elles font la marque des fuccès
mérités ) . M. Watelet , Affocié libre de
cette Académie , fit la lecture d'un Poëme
en quatre chants , intitulé l'Art de peindre ;
depuis trois années confécutives , il avoit
contribué à l'émulation qu'occafionne cette
diftribution annuelle , par la lecture
d'un chant de fon ouvrage : il a fini par le
foumettre tout entier au jugement des Artiftes
, des Amateurs , & d'une Affemblée.
brillante & nombreufe , qui par
leurs applaudiffemens
ont rendu justice à la difficulté
vaincue , & aux foins qu'a pris le
Poëte de renfermer dans un plan fuivi ,
& de lier , par d'heureufes tranfitions , les
préceptes d'un art profond & les agrémens
de la Poéfie.
J'ai l'honneur d'être , &c .
fe.
Nous ne pouvons rendre compte que
mois prochain des tableaux qui ont été expofés
cette année au fallon du Louvre , où
tout Paris a couru les voir en foule , &
d'où il eft forti enchanté. Cependant tout
brillant qu'il a paru , on peut dire en quelOCTOBRE.
1795. 195
que façon qu'il eft refté imparfait. On n'y
a rien vu de M. Boucher , ni de M. Pierre .
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Résumé : PEINTURE.
Le texte évoque un événement marquant dans le domaine des Beaux-Arts. Un concours au salon du Louvre a attiré un public de plus en plus intéressé par les arts. Le 10 du mois précédent, une assemblée à l'Académie Royale de Peinture a récompensé les élèves. M. le Marquis de Marigny a remis des médailles d'or et d'argent. M. Watelet, associé libre de l'Académie, a présenté son poème 'L'Art de peindre' en quatre chants, après l'avoir lu par chant durant trois années consécutives. L'assemblée, composée d'artistes, d'amateurs et de personnalités brillantes, a salué la qualité de l'œuvre. L'exposition annuelle au salon du Louvre a enchanté le public, malgré l'absence de certains artistes notables comme M. Boucher et M. Pierre.
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378
p. 185-202
Discours sur la Peinture par M. Nonnotte, Peintre du Roi, de l'Académie Royale de Peinture & Sculpture, & de la Société Royale de Lyon.
Début :
MESSIEURS, la Peinture, dont je dois avoir l'honneur de vous entretenir [...]
Mots clefs :
Peintre du roi, Académie royale de peinture et de sculpture, Société royale de Lyon, Peinture, Dessin, Nature, Corps humain, Parties du corps, Goût, Peintre, Muscles, Art, Femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Peinture par M. Nonnotte, Peintre du Roi, de l'Académie Royale de Peinture & Sculpture, & de la Société Royale de Lyon.
Difcours fur la Peinture par M. Nonnotte ;
Peintre du Roi , de l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture , & de la Société
! Royale de Lyon.
MESS
ESSIEURS , la Peinture , dont je dois
avoir l'honneur de vous entretenir
aujourd'hui pour mon premier tribut académique
, elt connue pour être au rang
des Arts qui , dans tous les tems éclairés ,
ont mérité les empreffemens des perfonnes
d'efprit & de goût,
Difpenfez-moi , je vous prie , de remonter
à la fombre recherche de fon origine
, de même que de vous informer du
tems précis où elle a pris naiffance ; cette
découverte me paroît être auffi inutile
qu'incertaine. En effet , qu'importe à cette
Académie dans le but qu'elle fe propofe ,
que ce foit les Egyptiens ou les Grecs qui
en foient les premiers inventeurs , ou que
l'amour , plutôt qu'une curiofité raifonnable
, y ait donné lieu . J'aime à m'entrete
nir des connoiffances & des faits certains
& quoique l'Ecriture Sainte foit celle qui
répand le plus de clarté fur l'ancienneté
de la Peinture & de la Sculpture , je crois
i86 MERCURE DE FRANCE.
en trouver encore d'avantage dans le goût
naturel de l'homme pour les Beaux Arts .
Leur utilité , leurs agrémens ne pouvoient
que nous engager à les cultiver le dégré
de leur perfection , eft ce qui doit attirer
toute notre attention & notre eſtime.
Je ne m'arrêterai donc point , Meffieurs,
à une ennuyeuſe chronologie des progrès
de la Peinture , encore moins à vous en
faire l'éloge ; jufqu'ici on en a dit affez à
ce fujet , & ce qu'on en a dit vous eft connu.
Je ne rappellerai point non plus la préférence
qu'elle a pu recevoir fur plufieurs
des autres Arts , j'agirois contre l'efprit qui
m'anime & qui eft la bafe de cette illuftre
fociété , dont l'établiffement en réuniffant
les Arts & les Sciences , ne doit pas moins
réunir les fentimens & les coeurs .
J'examinerai fimplement , ce que la
Peinture eft en elle- même , les parties
qu'elle renferme , & le goût qui en fait le
beau & l'agréable . Je chercherai à me retracer
les entretiens que j'ai eus à ce fujet ,
avec feu M. le Moine , premier Peintre du
Roi , fous lequel j'ai été affez heureux
pour étudier les fix dernieres années de fa
vie ; c'eft le tems , où ce grand . Artiste a
mis au jour les ouvrages les plus dignes de
l'immortalifer , & les plus propres à inftruire
un Eleve. La coupole de la chapelle de
OCTOBRE. 1755. 187
la Vierge de S. Sulpice , & le plafond du
fallon d'Hercule à Verfailles, font actuellement
l'admiration des connoiffeurs , &
feront furement celle de la poftérité. C'eſt
à ces ouvrages , & à l'emploi que M. le
Moine daigna m'y donner , que je dois le
peu de connoiffance que j'ai de la Peinture .
Pour mettre quelque ordre à ce Difcours
, je diviferai la Peinture en trois
parties principales ; le deffein , la compofition
, & le coloris. La premiere qui eft le
deffein , fera le fujet de cet entretien.
c'eft On me demandera peut- être ce que
que le deffein ? Dans ce cas , Meffieurs , je
dois répondre que c'eft un compofé de différentes
lignes , qui étant réunies , doivent
nous préfenter au premier coup d'oeil , l'objet
que nous nous fommes propofé de rendre.
Tout ce que nous voyons porte par la
forme , au quarré , au rond , ou à un mêlange
agréable de l'un & de l'autre ; il faut
donc , lorfque nous avons l'une de ces formes
à jetter fur le papier ou fur la toile , la
faifir par le contour ; & fi du quarré plus
ou moins fenfible , elle porte enfuite à quelques
rondeurs , faire fléchir fon trait , pour
parvenir à la jufteffe & à la vérité du mêlange
des formes .
L'imitation de tout ce qui eft créé fut
réfervé à l'homme feul ; auffi l'homme y
188 MERCURE DE FRANCE.
eft-il porté naturellement ; & quand il le
fait avec choix , il féduit , it enchante.
Nulle imitation ne fut plus digne de lui
que celle du corps humain ; c'eft celle qu'il
devoit étudier par préférence , & qui fait
notre principal fujet. Paffons à l'examen.
J'ai dit que tout ce que nous voyons ,
porte par la forme au quarré , au rond , ou
à un mêlange agréable de l'un & de l'autre.
C'est dans l'extérieur du corps humain ,
qu'on peut mieux remarquer les effets de
ce mêlange ; c'eft - là qu'il fe montre avec
plus de grace. Les formes qui tendent au
quarré , font fenfibles partout où les os
font plus près de la peau , ainfi que dans
l'étendue des muſcles plats . Les rondes paroiffent
aux parties charnues ou chargées
par la graiffe. En forte que quand on prend
des enfembles , toujours par les contours
foit généraux , foit particuliers , il faut
d'abord les faifir quarrément pour la diftribution
, & les arrondir enfuite imperceptiblement
felon leur befoin.
Les formes quarrées plus ou moins fenfibles
, dont je parle au fujet du corps humain
, je ne prétens point , Meffieurs , leur
donner aucun angle vif , les angles y ont
toujours quelques arrondiffemens. Le terme
de quarré eft expreffif pour l'ufage des
Peintres : il eft connu dans toutes les écoles,
OCTOBRE. 1755 . 189
Faut-il en prenant le trait d'une figure ,
le rendre également fenfible ? Comme le
Peintre doit donner de l'intelligence à ce
qu'il fait , & qu'elle ne peut trop- tôt paroître
, il doit procurer au premier trait ,
plus de fermeté partout où paroiffent les
os , qui font d'une nature plus dure ; &
paffer légerement fur les parties rondes qui
font les plus tendres. Excepté les côtés deftinés
pour les ombres , ainfi que les infertions
des muſcles qui s'approchant les
uns des autres , pour former leurs liaiſons,
demandent alors une plus forte expreffion .
Mais il faut remarquer , que cette expreffion
ne doit être plus vive , que dans ce
qui caractériſe l'enſemble des grandes parties
; celles qui font plus petites voulant
être moins fenfibles à mesure qu'elles diminuent
de volume ; fi ce n'eft dans le cas ,
où ces petites parties auront auffi des os ;
car alors elles demandent la premiere fermeté
, fans vouloir rien perdre de leur détail.
C'eft de cette façon qu'il faut traiter
les pieds , les mains , & les têtes .
Je laiffe quant-à - préfent les réflexions
à faire fur les maffes d'ombres & fur le
clair -obfcur. Ces parties dépendent de la
compofition , qui eft la feconde de mon
plan général.
Le deffein eft le point principal de la
190 MERCURE DE FRANCE.
癜
Peinture , & l'écueil où il eft le plus dangereux
d'échouer. C'est lui qui fépare les
maffes informes , qui diftribue les parties
des différens corps que l'on veut repréfenter
, qui les lie , & forme le tout de chaque
chofe dans ce qu'elle doit être . Sans
lui point d'enſemble & point de forme ;
fans forme point de grace , point de nobleffe
& nulle expreffion ; fans expreffion
point d'ame ; & fans ame , que devient le
Prométhée de la Peinture & fes illufions.
C'eſt le deffein qui fait diftinguer dans le
corps humain , les différens âges & les différentes
conditions , les différens fexes , &
ce que leurs faifons peuvent y donner de
variété. Il défigne les caracteres en tous genres
, ainfi que toutes les paffions. Enfin fans
lui , un tableau ne feroit , à proprement
parler , qu'une palette chargée de couleurs ,
qui ne dit mot , par conféquent ne reffemble
à rien.
Voyons , Meffieurs , ce que le deffein
doit être par rapport aux âges ; tâchons à
en développer les différens caracteres :
commençons par l'âge le plus tendre .
Les enfans naiffent avec la diftribution
complette de toutes les parties , qui dans
un autre âge forment un grand corps , foit
par les os , foit par les muſcles. Mais comme
les os & les muſcles , n'ont point enOCTOBRE.
1755. 191
L
core dans celui- ci , leur force , ni leur
étendue , & que d'ailleurs les chairs font
d'ordinaire , plus enveloppées par la graiffe
; les formes extérieures fe trouvent être
différentes , dans le plus grand nombre
des parties , & dans d'autres abfolument
oppofées à ce qu'elles font dans un âge
plus avancé.
pour
Dans tous les âges , les attaches des diverſes
parties du corps humain , ne font
point , ou font peu fufceptibles d'être
chargées par la graiffe . Elles ne le font que
par ce qui eft décidément néceffaire
lier les chairs ; en forte que la peau qui
les couvre , fe trouve alors beaucoup plus
près des os , qu'elle ne peut l'être dans
les parties charnues , & nourries par la
graiffe . Il en résulte pour les enfans , que
telle attache qui fait une élévation dans un
corps entierement formé , ainfi que nous
l'appercevons , aux épaules , aux coudes
aux poignets , aux falanges des doigts &
toutes autres attaches , ne font point aux
enfans des élévations , mais des creux ; la
peau , comme nous l'avons dit , demeurant
près des os , pour faire à cet âge , la
distinction de s'élever enfuite avec complaifance,
& le prêter aux mufcles encore
tendres & à la graiffe qui y eft adhérente. Le
Peintre doit donc obferver toutes ces cho192
MERCURE DE FRANCE.
de
fes , & fans outrer la matiere , comme la
nature l'eft elle- même quelquefois , il doit
ménager la molleffe & la rondeur , par
légers méplars , & laiffer paroître imperceptiblement
les maffes générales des principaux
muſcles ; c'eft ainfi que l'ont pratiqué
admirablement bien tous ceux qui
ont excellés dans ce genre , comme l'Albane
, Paul -Véronefe , Rubens , Pietre-
Tefte , & en fculpture , François Flamand
& Puget.
Le terme de méplat , que j'ai employé
il y a un moment , Meffieurs , eft un terme
de l'Art , ufité , pour exprimer des parties
rondes un peu applaties ; nous admettons
pour principe , qu'il n'y a rien de parfaitement
rond dans l'extérieur du corps humain
, comme rien de parfaitement quarré.
L'office des mufcles & leurs liaifons mutuelles
empêchent cette régularité de forme.
Venons au fecond âge.
La diverfité des contours dépend de la
diverfité des formes , & c'eft peut- être
dans cet âge qu'elles different davantage .
Toutes les parties du corps
dans le premier
âge , font raccourcies , & comme foufflées
par les fucs & le lait qui doivent
leur fervir de nourriture : Dans le fecond ,
toutes les parties fe développent , & femblent
ne travailler que pour fe procurer
les
OCTOBRE . 1755 195
les longueurs proportionnées , auxquelles
elles doivent naturellement arriver . C'eft
pourquoi nous voyons les jeunes gens de
l'âge de douze à quatorze ans , être d'une
proportion fvelte & légere. Les os dans
leur attache ne montrent point encore toute
leur groffeur , & les muſcles dans leur
largeur montrent encore moins leur nourriture.
Ceci doit attirer toute l'attention
du Peintre , & c'eft auffi ce qui produit
en cette rencontre de fi grandes difficutés
à bien rendre la vérité. Tout y eft fin &
délicat dans l'expreffion , on ne peut s'y
fauver par rien de bien ſenſible. Les attaches
n'y forment point de creux comme à
celles des enfans , ni des élévations marquées
comme dans l'âge fait . Les contours
par cette raifon y font coulans , gracieux ,
étendus ; & comme ils font peu chargés ,
ils exigent d'être peu reffentis , c'est- à -dire
peu marqués dans leur infertion . Semblable
d'ailleurs à des jeunes plantes , la nature
à cet âge , fans avoir rien de dur dans
le caractere , doit fe foutenir ; & comme
elle n'eft point encore affujettie à la violence
des paffions , elle doit conferver une
aimable tranquillité. Les figures antiques
de Caftor & de Pollux peuvent fervir de regles
pour celles dont je parle , & la maniere
de deffiner de Raphaël me paroît être
I
194 MERCURE DE FRANCE .
celle qui y convient le mieux. Ceux de
nos modernes qui ont fuivi de plus près
nos premiers Maîtres dans cette route ,font
à mon gré le Sueur , & le Moine premier
Peintre du Roi.
Toutes les perfections du corps humain ,
fa beauté , & toute fa vigueur fe montre
dans le troifiéme âge auquel je paffe maintenant.
L'ame qui foutient & anime ce
corps , y commande en fouveraine , &
toutes fes facultés y agiffent avec d'autant
plus de force & de liberté , que les refforts
qui le font mouvoir en font plus déliés .
Jufqu'ici la nature n'a rien fait voir de
refolu , ni rien de décidé dans les formes
extérieures ; mais arrivée à fon but , elle
s'exprime avec netteté , & avec la nobleffe
dont fon auteur a daigné la décorer . Examinons
, Meffieurs , comment on peut réduire
en pratique toutes ces chofes & les
repréfenter fur la toile. La vraie théorie
de l'art doit accompagner le peintre dans
toutes fes opérations , & une étude conftante
de l'anatomie doit être fon guide. Il
jugera alors que les attaches de toutes les
parties du corps humain arrivé à fa perfection
, doivent être expliquées avec fermeté
fans féchereffe , & que les os qui s'y
font fentir , quoique quarrément, doivent
donner l'idée de leur forme fans aucune
OCTOBRE. 1755. 195
dureté de travail. Les mufcles principaux
ne peuvent laiffer aucun doute fur leur
caractere & leur office , & ceux d'une
moindre étendue paroîtront rélativement
aux fonctions des premiers. C'eft pour ces
raifons que dans cet âge les contours font
moins coulans , ou pour mieux dire plus
chargés & plus caracterifés que dans le
précédent , & que les infertions des mufcles
, ainfi que toutes les jointures , font
plus reffenties . Comme l'ame commande
abfolument au corps , de même les principales
parties du corps commandent par
leur groffeur & leur élévation à celles qui
font moindres. Les extrêmités de chaque
membre doivent donc être légeres & dénouées
, afin de montrer par là qu'ils n'en
font que plus difpofés à obéir promptement
à la volonté. La fûreté de ces principes
peut fe voir bien expliquée dans la
figure du Gladiateur qui eft regardée
comme la plus parfaite de l'antiquité dans
le genre que je viens de rapporter. Le
goût de deffein du Carrache , & de prefque
toute fon école , eft auffi celui qui le
rend mieux : on le préfere pour cette étude
à la plupart des autres maîtres .
›
Le dernier âge , Meffieurs , nous préfente
la nature dans fon déclin : ce n'eſt
>
plus cette fraîcheur ce foutien , cette
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
fermeté , & cette vigueur de ceux qui ont
précédés. Les efprits fe diffipent dans celui
- ci , les chairs s'amolliffent , la peau fe
vuide & fe féche , & le corps ne préfente
plus que des formes & des contours incertains.
Les os, premier fondement de toute
la machine , femblent fuccomber par l'affaiffement
des parties qui les lient , &
nous ne voyons plus que tremblement &
crainte dans tous les mouvemens de ce
corps fi foutenu dans fa jeuneffe. L'intelligence
du Peintre , en remontant toujours
aux principes , lui fera fentir aifément la
conduite qu'il doit tenir en pareille rencontre
; & qu'avec la variété des formes
qui fuivent les âges , il doit varier les caracteres
du deffein autant que la nature
le lui indique. Ici les formes du corps humain
ayant dégéneré , on ne doit plus
leur donner cette prononciation ni ce développement
actif du troifieme âge. Les
os font plus découverts ; mais les muſcles
refroidis & defféchés ne préfentent plus
que beaucoup d'égalité dans les contours.
La peau moins foutenue qu'auparavant ,
augmente par fes plis le travail extérieur ,
& montre en tout , de concert avec les os ,
une espece d'aridité générale à laquelle
l'artifte doit porter attention. Il fautdone ,
lorfqu'on aime la vérité , donner moins
OCTOBRE . 1755 197
de moëlleux & moins d'arrondiffement à
ces fortes de parties , & cependant ne pas
outrer la matiere . La peinture doit plaire
aux yeux , comme la mufique doit plaire
aux oreilles ; & tel fujet qu'on puiffe avoir
à traiter , il en faut bannir le défectueux
& le répugnant. Il n'eft rien que l'art ne
puiffe embellir , & c'eft la feule délicateffe
dans le choix , & le goût agréable à rendre
les chofes , qui peut acquerir , à juſte
titre , de la diftinction à un Peintre , quelque
fçavant qu'il foit d'ailleurs. Ici la nature
fuffit pour prouver ce que j'ai dit du
dernier âge.
Ce que je viens d'avancer fur les âges ,
par rapport aux deffeins , Meffieurs , n'eft
qu'un précis , ainfi que je l'ai promis au
commencement de ce difcours , des entretiens
que j'ai eus à ce fujet avec feu M. le
Moine je l'ai appuyé de l'exemple de
quelques antiques , de celui de plufieurs
de nos meilleurs maîtres , & j'ai cru y devoir
joindre les lumieres que la nature m'a
pu fournir. Perfonne ne doute que nous
ne devions recevoir d'un habile homme
les premieres leçons dont nous avons befoin
pour l'étude de la peinture. Le bel
antique doit être notre fecond guide , &
nous inftruire fur les belles formes qu'il
réunit . Mais l'ame & la vie font le pre
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
.
mier mérite d'un tableau , & nous ne pou
vons les tenir que de ce feu divin qui
caracterife la nature vivante . Le froid des
marbres antiques a paffé dans les veines
de quelques-uns de fes adorateurs . Il n'y
a que ceux qui par leur capacité à en faire
un bon choix , ont feu y joindre le fentiment
que la feule vérité infpire , qui en
ayent tiré un parti avantageux. On peut
voir à ce fujet dans M. de Piles , le jugement
que Rubens en a porté , où il dit
qu'il y a des Peintres à qui l'imitation
des ftatues antiques eft très- utile , & à
d'autres dangereufe , même jufqu'à la deftruction
de leur art. De Piles ajoute qu'on
doit convenir que l'antique n'a de vraies
beautés qu'autant qu'elles font d'accord
avec la belle nature , dans la convenance
de chaque objet . On ne peut donc raifonnablement
difputer que ce font les
feules beautés réunies de la nature , qui
ont fait mettre au jour ce que nous admirons
avec juftice dans les plus fameux
chefs-d'oeuvres de la Gréce . Ces mêmes
beautés feules ont auffi formé des Peintres
du premier ordre ; mais l'étude des
plus belles ftatues antiques , fans celle de
la nature , n'a jamais fait ce miracle. Je
conclus delà , avec un très bon écrivain
de nos jours , que le vrai eft la fource
OCTOBRE. 1755. 199
où l'art doit aller puifer : c'eft-là qu'il
peut s'enrichir . La multitude des objets
créés & leurs perfections y font à l'infini ;
chacun d'eux ont leurs graces particulieres
; aucun n'en renferme comme celui
duquel il me reste à vous entretenir .
C'eſt par le deffein , Meffieurs , que fe
trouve marquée dans la peinture la diftinction
des âges ; c'eft également par lui
qu'on y fait celle des fexes. Toutes les
créatures font ornées des dons de la nature
, la femme l'eft fupérieurement. Née
pour fixer l'attention & le goût de l'homme
, fon empire fur lui ne pouvoit être
mieux foutenu que par les graces. Ce
font ces graces charmantes qui doivent
entierement diriger le Peintre dans la repréſentation
du corps d'une femme , &
P'aider à tranfmettte fur la toile les impreffions
du beau naturel. Je conviens
que la chofe n'eft point aifée pour l'artifte
, quelque habile qu'il foit ; mais s'il
y a des moyens d'y réuffir , ce ne peut
être encore qu'avec le concours du deſſein .
Ce que j'ai avancé ci- devant au fujet des
âges , a eu prefque tout fon rapport au
corps de l'homme. Examinons les diftinctions
qu'on peut faire pour celui dont
j'entreprens de donner une idée.
Un travail tendre & arrondi , des con-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE:
tours aifés & fimples , une touche naïve
font ici des articles très - effentiels . Les attaches
, quoique délicates , ne peuvent annoncer
que très- peu , ou prefque point les
os ; les parties dominantes , fans être trop
chargées , feront foutenues & nourries ,
afin de montrer une fermeté convenable
aux chairs de la femme ; le repos qui lui
eft naturel , & les paffions douces s'exprimeront
par des mouvemens gracieux &
tranquiles , & par des contours peu refſentis.
Sa vivacité fera feulement dans les
yeux , ils font les miroirs de l'ame ; &
comme elle n'eft point affujettie à aucun
travail pénible , les pieds , les mains , &
plus encore les bouts des doigts , feront
délicats & menus. Les principaux mufcles ,
ou les parties dominantes dans le corps
d'une femme formée , doivent être plus
fenfibles en expreffion que dans le corps
du fecond âge ; mais cette expreffion ne
doit point atteindre à la fermeté de travail
dont j'ai parlé touchant les hommes faits.
Enfin , plus le Peintre pourra réduire en
pratique ces obfervations fur le caractere
du deffein rélativement à la femme , plus
il donnera de nobleffe & de graces à celle
qui naturellement les réunit . On trouvera
dans la Vénus de Médicis , & dans tous les
ouvrages de Raphaël qui font de ce genOCTOBRE
. 1755. 201
re , les preuves certaines de ceux que je
viens de dire.
Dans le foible effai que je viens d'avoir
l'honneur de vous expofer , Meffieurs , fur
les principales parties du deffein ; j'ai cru ,
après en avoir retranché les recherches
inutiles & rebattues de fon origine , devoir
le préfenter par la variété de fes caracteres .
J'ai tâché de montrer d'abord ce qu'il eft
en lui-même , & je l'ai fuivi dans fes différences
par rapport aux âges , & par rapport
aux fexes. Cette route m'a paru ,
quoique moins frayée , plus fimple & plus
propre à lier intimément la théorie avec la
pratique, que l'on a fouvent trop féparées,
en fe livrant par préférence prefqu'entierement
à l'une ou à l'autre. La feule théorie
ne formera pas un bon Peintre , mais
fans elle les ouvrages du meilleur praticien
toucheront peu l'homme de goût.
Eloigné de toute prévention , j'ai dit ce
que je penfe de l'étude de l'antique , mife
en comparaison avec celle qu'on doit
faire de la nature. En prenant la premiere
pour guide ne doit - on pas regarder
l'autre comme le but principal ? Ce fentiment
, Meffieurs , me paroîtroit d'autant
plus jufte qu'il eft appuyé de celui de plufieurs
de nos plus grands Maîtres ; néanmoins
, comme je trouverai toujours un
>
I y
202 MERCURE DE FRANCE.
avantage certain à être aidé de vos lumieres
, j'y défére , & foumets le tout à votre
jugement.
Lu à la fociété royale de Lyon , le 29 Novembre
1754 , & à l'Académie royale de
Peinture & Sculpture , les Avril fuivant.
Peintre du Roi , de l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture , & de la Société
! Royale de Lyon.
MESS
ESSIEURS , la Peinture , dont je dois
avoir l'honneur de vous entretenir
aujourd'hui pour mon premier tribut académique
, elt connue pour être au rang
des Arts qui , dans tous les tems éclairés ,
ont mérité les empreffemens des perfonnes
d'efprit & de goût,
Difpenfez-moi , je vous prie , de remonter
à la fombre recherche de fon origine
, de même que de vous informer du
tems précis où elle a pris naiffance ; cette
découverte me paroît être auffi inutile
qu'incertaine. En effet , qu'importe à cette
Académie dans le but qu'elle fe propofe ,
que ce foit les Egyptiens ou les Grecs qui
en foient les premiers inventeurs , ou que
l'amour , plutôt qu'une curiofité raifonnable
, y ait donné lieu . J'aime à m'entrete
nir des connoiffances & des faits certains
& quoique l'Ecriture Sainte foit celle qui
répand le plus de clarté fur l'ancienneté
de la Peinture & de la Sculpture , je crois
i86 MERCURE DE FRANCE.
en trouver encore d'avantage dans le goût
naturel de l'homme pour les Beaux Arts .
Leur utilité , leurs agrémens ne pouvoient
que nous engager à les cultiver le dégré
de leur perfection , eft ce qui doit attirer
toute notre attention & notre eſtime.
Je ne m'arrêterai donc point , Meffieurs,
à une ennuyeuſe chronologie des progrès
de la Peinture , encore moins à vous en
faire l'éloge ; jufqu'ici on en a dit affez à
ce fujet , & ce qu'on en a dit vous eft connu.
Je ne rappellerai point non plus la préférence
qu'elle a pu recevoir fur plufieurs
des autres Arts , j'agirois contre l'efprit qui
m'anime & qui eft la bafe de cette illuftre
fociété , dont l'établiffement en réuniffant
les Arts & les Sciences , ne doit pas moins
réunir les fentimens & les coeurs .
J'examinerai fimplement , ce que la
Peinture eft en elle- même , les parties
qu'elle renferme , & le goût qui en fait le
beau & l'agréable . Je chercherai à me retracer
les entretiens que j'ai eus à ce fujet ,
avec feu M. le Moine , premier Peintre du
Roi , fous lequel j'ai été affez heureux
pour étudier les fix dernieres années de fa
vie ; c'eft le tems , où ce grand . Artiste a
mis au jour les ouvrages les plus dignes de
l'immortalifer , & les plus propres à inftruire
un Eleve. La coupole de la chapelle de
OCTOBRE. 1755. 187
la Vierge de S. Sulpice , & le plafond du
fallon d'Hercule à Verfailles, font actuellement
l'admiration des connoiffeurs , &
feront furement celle de la poftérité. C'eſt
à ces ouvrages , & à l'emploi que M. le
Moine daigna m'y donner , que je dois le
peu de connoiffance que j'ai de la Peinture .
Pour mettre quelque ordre à ce Difcours
, je diviferai la Peinture en trois
parties principales ; le deffein , la compofition
, & le coloris. La premiere qui eft le
deffein , fera le fujet de cet entretien.
c'eft On me demandera peut- être ce que
que le deffein ? Dans ce cas , Meffieurs , je
dois répondre que c'eft un compofé de différentes
lignes , qui étant réunies , doivent
nous préfenter au premier coup d'oeil , l'objet
que nous nous fommes propofé de rendre.
Tout ce que nous voyons porte par la
forme , au quarré , au rond , ou à un mêlange
agréable de l'un & de l'autre ; il faut
donc , lorfque nous avons l'une de ces formes
à jetter fur le papier ou fur la toile , la
faifir par le contour ; & fi du quarré plus
ou moins fenfible , elle porte enfuite à quelques
rondeurs , faire fléchir fon trait , pour
parvenir à la jufteffe & à la vérité du mêlange
des formes .
L'imitation de tout ce qui eft créé fut
réfervé à l'homme feul ; auffi l'homme y
188 MERCURE DE FRANCE.
eft-il porté naturellement ; & quand il le
fait avec choix , il féduit , it enchante.
Nulle imitation ne fut plus digne de lui
que celle du corps humain ; c'eft celle qu'il
devoit étudier par préférence , & qui fait
notre principal fujet. Paffons à l'examen.
J'ai dit que tout ce que nous voyons ,
porte par la forme au quarré , au rond , ou
à un mêlange agréable de l'un & de l'autre.
C'est dans l'extérieur du corps humain ,
qu'on peut mieux remarquer les effets de
ce mêlange ; c'eft - là qu'il fe montre avec
plus de grace. Les formes qui tendent au
quarré , font fenfibles partout où les os
font plus près de la peau , ainfi que dans
l'étendue des muſcles plats . Les rondes paroiffent
aux parties charnues ou chargées
par la graiffe. En forte que quand on prend
des enfembles , toujours par les contours
foit généraux , foit particuliers , il faut
d'abord les faifir quarrément pour la diftribution
, & les arrondir enfuite imperceptiblement
felon leur befoin.
Les formes quarrées plus ou moins fenfibles
, dont je parle au fujet du corps humain
, je ne prétens point , Meffieurs , leur
donner aucun angle vif , les angles y ont
toujours quelques arrondiffemens. Le terme
de quarré eft expreffif pour l'ufage des
Peintres : il eft connu dans toutes les écoles,
OCTOBRE. 1755 . 189
Faut-il en prenant le trait d'une figure ,
le rendre également fenfible ? Comme le
Peintre doit donner de l'intelligence à ce
qu'il fait , & qu'elle ne peut trop- tôt paroître
, il doit procurer au premier trait ,
plus de fermeté partout où paroiffent les
os , qui font d'une nature plus dure ; &
paffer légerement fur les parties rondes qui
font les plus tendres. Excepté les côtés deftinés
pour les ombres , ainfi que les infertions
des muſcles qui s'approchant les
uns des autres , pour former leurs liaiſons,
demandent alors une plus forte expreffion .
Mais il faut remarquer , que cette expreffion
ne doit être plus vive , que dans ce
qui caractériſe l'enſemble des grandes parties
; celles qui font plus petites voulant
être moins fenfibles à mesure qu'elles diminuent
de volume ; fi ce n'eft dans le cas ,
où ces petites parties auront auffi des os ;
car alors elles demandent la premiere fermeté
, fans vouloir rien perdre de leur détail.
C'eft de cette façon qu'il faut traiter
les pieds , les mains , & les têtes .
Je laiffe quant-à - préfent les réflexions
à faire fur les maffes d'ombres & fur le
clair -obfcur. Ces parties dépendent de la
compofition , qui eft la feconde de mon
plan général.
Le deffein eft le point principal de la
190 MERCURE DE FRANCE.
癜
Peinture , & l'écueil où il eft le plus dangereux
d'échouer. C'est lui qui fépare les
maffes informes , qui diftribue les parties
des différens corps que l'on veut repréfenter
, qui les lie , & forme le tout de chaque
chofe dans ce qu'elle doit être . Sans
lui point d'enſemble & point de forme ;
fans forme point de grace , point de nobleffe
& nulle expreffion ; fans expreffion
point d'ame ; & fans ame , que devient le
Prométhée de la Peinture & fes illufions.
C'eſt le deffein qui fait diftinguer dans le
corps humain , les différens âges & les différentes
conditions , les différens fexes , &
ce que leurs faifons peuvent y donner de
variété. Il défigne les caracteres en tous genres
, ainfi que toutes les paffions. Enfin fans
lui , un tableau ne feroit , à proprement
parler , qu'une palette chargée de couleurs ,
qui ne dit mot , par conféquent ne reffemble
à rien.
Voyons , Meffieurs , ce que le deffein
doit être par rapport aux âges ; tâchons à
en développer les différens caracteres :
commençons par l'âge le plus tendre .
Les enfans naiffent avec la diftribution
complette de toutes les parties , qui dans
un autre âge forment un grand corps , foit
par les os , foit par les muſcles. Mais comme
les os & les muſcles , n'ont point enOCTOBRE.
1755. 191
L
core dans celui- ci , leur force , ni leur
étendue , & que d'ailleurs les chairs font
d'ordinaire , plus enveloppées par la graiffe
; les formes extérieures fe trouvent être
différentes , dans le plus grand nombre
des parties , & dans d'autres abfolument
oppofées à ce qu'elles font dans un âge
plus avancé.
pour
Dans tous les âges , les attaches des diverſes
parties du corps humain , ne font
point , ou font peu fufceptibles d'être
chargées par la graiffe . Elles ne le font que
par ce qui eft décidément néceffaire
lier les chairs ; en forte que la peau qui
les couvre , fe trouve alors beaucoup plus
près des os , qu'elle ne peut l'être dans
les parties charnues , & nourries par la
graiffe . Il en résulte pour les enfans , que
telle attache qui fait une élévation dans un
corps entierement formé , ainfi que nous
l'appercevons , aux épaules , aux coudes
aux poignets , aux falanges des doigts &
toutes autres attaches , ne font point aux
enfans des élévations , mais des creux ; la
peau , comme nous l'avons dit , demeurant
près des os , pour faire à cet âge , la
distinction de s'élever enfuite avec complaifance,
& le prêter aux mufcles encore
tendres & à la graiffe qui y eft adhérente. Le
Peintre doit donc obferver toutes ces cho192
MERCURE DE FRANCE.
de
fes , & fans outrer la matiere , comme la
nature l'eft elle- même quelquefois , il doit
ménager la molleffe & la rondeur , par
légers méplars , & laiffer paroître imperceptiblement
les maffes générales des principaux
muſcles ; c'eft ainfi que l'ont pratiqué
admirablement bien tous ceux qui
ont excellés dans ce genre , comme l'Albane
, Paul -Véronefe , Rubens , Pietre-
Tefte , & en fculpture , François Flamand
& Puget.
Le terme de méplat , que j'ai employé
il y a un moment , Meffieurs , eft un terme
de l'Art , ufité , pour exprimer des parties
rondes un peu applaties ; nous admettons
pour principe , qu'il n'y a rien de parfaitement
rond dans l'extérieur du corps humain
, comme rien de parfaitement quarré.
L'office des mufcles & leurs liaifons mutuelles
empêchent cette régularité de forme.
Venons au fecond âge.
La diverfité des contours dépend de la
diverfité des formes , & c'eft peut- être
dans cet âge qu'elles different davantage .
Toutes les parties du corps
dans le premier
âge , font raccourcies , & comme foufflées
par les fucs & le lait qui doivent
leur fervir de nourriture : Dans le fecond ,
toutes les parties fe développent , & femblent
ne travailler que pour fe procurer
les
OCTOBRE . 1755 195
les longueurs proportionnées , auxquelles
elles doivent naturellement arriver . C'eft
pourquoi nous voyons les jeunes gens de
l'âge de douze à quatorze ans , être d'une
proportion fvelte & légere. Les os dans
leur attache ne montrent point encore toute
leur groffeur , & les muſcles dans leur
largeur montrent encore moins leur nourriture.
Ceci doit attirer toute l'attention
du Peintre , & c'eft auffi ce qui produit
en cette rencontre de fi grandes difficutés
à bien rendre la vérité. Tout y eft fin &
délicat dans l'expreffion , on ne peut s'y
fauver par rien de bien ſenſible. Les attaches
n'y forment point de creux comme à
celles des enfans , ni des élévations marquées
comme dans l'âge fait . Les contours
par cette raifon y font coulans , gracieux ,
étendus ; & comme ils font peu chargés ,
ils exigent d'être peu reffentis , c'est- à -dire
peu marqués dans leur infertion . Semblable
d'ailleurs à des jeunes plantes , la nature
à cet âge , fans avoir rien de dur dans
le caractere , doit fe foutenir ; & comme
elle n'eft point encore affujettie à la violence
des paffions , elle doit conferver une
aimable tranquillité. Les figures antiques
de Caftor & de Pollux peuvent fervir de regles
pour celles dont je parle , & la maniere
de deffiner de Raphaël me paroît être
I
194 MERCURE DE FRANCE .
celle qui y convient le mieux. Ceux de
nos modernes qui ont fuivi de plus près
nos premiers Maîtres dans cette route ,font
à mon gré le Sueur , & le Moine premier
Peintre du Roi.
Toutes les perfections du corps humain ,
fa beauté , & toute fa vigueur fe montre
dans le troifiéme âge auquel je paffe maintenant.
L'ame qui foutient & anime ce
corps , y commande en fouveraine , &
toutes fes facultés y agiffent avec d'autant
plus de force & de liberté , que les refforts
qui le font mouvoir en font plus déliés .
Jufqu'ici la nature n'a rien fait voir de
refolu , ni rien de décidé dans les formes
extérieures ; mais arrivée à fon but , elle
s'exprime avec netteté , & avec la nobleffe
dont fon auteur a daigné la décorer . Examinons
, Meffieurs , comment on peut réduire
en pratique toutes ces chofes & les
repréfenter fur la toile. La vraie théorie
de l'art doit accompagner le peintre dans
toutes fes opérations , & une étude conftante
de l'anatomie doit être fon guide. Il
jugera alors que les attaches de toutes les
parties du corps humain arrivé à fa perfection
, doivent être expliquées avec fermeté
fans féchereffe , & que les os qui s'y
font fentir , quoique quarrément, doivent
donner l'idée de leur forme fans aucune
OCTOBRE. 1755. 195
dureté de travail. Les mufcles principaux
ne peuvent laiffer aucun doute fur leur
caractere & leur office , & ceux d'une
moindre étendue paroîtront rélativement
aux fonctions des premiers. C'eft pour ces
raifons que dans cet âge les contours font
moins coulans , ou pour mieux dire plus
chargés & plus caracterifés que dans le
précédent , & que les infertions des mufcles
, ainfi que toutes les jointures , font
plus reffenties . Comme l'ame commande
abfolument au corps , de même les principales
parties du corps commandent par
leur groffeur & leur élévation à celles qui
font moindres. Les extrêmités de chaque
membre doivent donc être légeres & dénouées
, afin de montrer par là qu'ils n'en
font que plus difpofés à obéir promptement
à la volonté. La fûreté de ces principes
peut fe voir bien expliquée dans la
figure du Gladiateur qui eft regardée
comme la plus parfaite de l'antiquité dans
le genre que je viens de rapporter. Le
goût de deffein du Carrache , & de prefque
toute fon école , eft auffi celui qui le
rend mieux : on le préfere pour cette étude
à la plupart des autres maîtres .
›
Le dernier âge , Meffieurs , nous préfente
la nature dans fon déclin : ce n'eſt
>
plus cette fraîcheur ce foutien , cette
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
fermeté , & cette vigueur de ceux qui ont
précédés. Les efprits fe diffipent dans celui
- ci , les chairs s'amolliffent , la peau fe
vuide & fe féche , & le corps ne préfente
plus que des formes & des contours incertains.
Les os, premier fondement de toute
la machine , femblent fuccomber par l'affaiffement
des parties qui les lient , &
nous ne voyons plus que tremblement &
crainte dans tous les mouvemens de ce
corps fi foutenu dans fa jeuneffe. L'intelligence
du Peintre , en remontant toujours
aux principes , lui fera fentir aifément la
conduite qu'il doit tenir en pareille rencontre
; & qu'avec la variété des formes
qui fuivent les âges , il doit varier les caracteres
du deffein autant que la nature
le lui indique. Ici les formes du corps humain
ayant dégéneré , on ne doit plus
leur donner cette prononciation ni ce développement
actif du troifieme âge. Les
os font plus découverts ; mais les muſcles
refroidis & defféchés ne préfentent plus
que beaucoup d'égalité dans les contours.
La peau moins foutenue qu'auparavant ,
augmente par fes plis le travail extérieur ,
& montre en tout , de concert avec les os ,
une espece d'aridité générale à laquelle
l'artifte doit porter attention. Il fautdone ,
lorfqu'on aime la vérité , donner moins
OCTOBRE . 1755 197
de moëlleux & moins d'arrondiffement à
ces fortes de parties , & cependant ne pas
outrer la matiere . La peinture doit plaire
aux yeux , comme la mufique doit plaire
aux oreilles ; & tel fujet qu'on puiffe avoir
à traiter , il en faut bannir le défectueux
& le répugnant. Il n'eft rien que l'art ne
puiffe embellir , & c'eft la feule délicateffe
dans le choix , & le goût agréable à rendre
les chofes , qui peut acquerir , à juſte
titre , de la diftinction à un Peintre , quelque
fçavant qu'il foit d'ailleurs. Ici la nature
fuffit pour prouver ce que j'ai dit du
dernier âge.
Ce que je viens d'avancer fur les âges ,
par rapport aux deffeins , Meffieurs , n'eft
qu'un précis , ainfi que je l'ai promis au
commencement de ce difcours , des entretiens
que j'ai eus à ce fujet avec feu M. le
Moine je l'ai appuyé de l'exemple de
quelques antiques , de celui de plufieurs
de nos meilleurs maîtres , & j'ai cru y devoir
joindre les lumieres que la nature m'a
pu fournir. Perfonne ne doute que nous
ne devions recevoir d'un habile homme
les premieres leçons dont nous avons befoin
pour l'étude de la peinture. Le bel
antique doit être notre fecond guide , &
nous inftruire fur les belles formes qu'il
réunit . Mais l'ame & la vie font le pre
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
.
mier mérite d'un tableau , & nous ne pou
vons les tenir que de ce feu divin qui
caracterife la nature vivante . Le froid des
marbres antiques a paffé dans les veines
de quelques-uns de fes adorateurs . Il n'y
a que ceux qui par leur capacité à en faire
un bon choix , ont feu y joindre le fentiment
que la feule vérité infpire , qui en
ayent tiré un parti avantageux. On peut
voir à ce fujet dans M. de Piles , le jugement
que Rubens en a porté , où il dit
qu'il y a des Peintres à qui l'imitation
des ftatues antiques eft très- utile , & à
d'autres dangereufe , même jufqu'à la deftruction
de leur art. De Piles ajoute qu'on
doit convenir que l'antique n'a de vraies
beautés qu'autant qu'elles font d'accord
avec la belle nature , dans la convenance
de chaque objet . On ne peut donc raifonnablement
difputer que ce font les
feules beautés réunies de la nature , qui
ont fait mettre au jour ce que nous admirons
avec juftice dans les plus fameux
chefs-d'oeuvres de la Gréce . Ces mêmes
beautés feules ont auffi formé des Peintres
du premier ordre ; mais l'étude des
plus belles ftatues antiques , fans celle de
la nature , n'a jamais fait ce miracle. Je
conclus delà , avec un très bon écrivain
de nos jours , que le vrai eft la fource
OCTOBRE. 1755. 199
où l'art doit aller puifer : c'eft-là qu'il
peut s'enrichir . La multitude des objets
créés & leurs perfections y font à l'infini ;
chacun d'eux ont leurs graces particulieres
; aucun n'en renferme comme celui
duquel il me reste à vous entretenir .
C'eſt par le deffein , Meffieurs , que fe
trouve marquée dans la peinture la diftinction
des âges ; c'eft également par lui
qu'on y fait celle des fexes. Toutes les
créatures font ornées des dons de la nature
, la femme l'eft fupérieurement. Née
pour fixer l'attention & le goût de l'homme
, fon empire fur lui ne pouvoit être
mieux foutenu que par les graces. Ce
font ces graces charmantes qui doivent
entierement diriger le Peintre dans la repréſentation
du corps d'une femme , &
P'aider à tranfmettte fur la toile les impreffions
du beau naturel. Je conviens
que la chofe n'eft point aifée pour l'artifte
, quelque habile qu'il foit ; mais s'il
y a des moyens d'y réuffir , ce ne peut
être encore qu'avec le concours du deſſein .
Ce que j'ai avancé ci- devant au fujet des
âges , a eu prefque tout fon rapport au
corps de l'homme. Examinons les diftinctions
qu'on peut faire pour celui dont
j'entreprens de donner une idée.
Un travail tendre & arrondi , des con-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE:
tours aifés & fimples , une touche naïve
font ici des articles très - effentiels . Les attaches
, quoique délicates , ne peuvent annoncer
que très- peu , ou prefque point les
os ; les parties dominantes , fans être trop
chargées , feront foutenues & nourries ,
afin de montrer une fermeté convenable
aux chairs de la femme ; le repos qui lui
eft naturel , & les paffions douces s'exprimeront
par des mouvemens gracieux &
tranquiles , & par des contours peu refſentis.
Sa vivacité fera feulement dans les
yeux , ils font les miroirs de l'ame ; &
comme elle n'eft point affujettie à aucun
travail pénible , les pieds , les mains , &
plus encore les bouts des doigts , feront
délicats & menus. Les principaux mufcles ,
ou les parties dominantes dans le corps
d'une femme formée , doivent être plus
fenfibles en expreffion que dans le corps
du fecond âge ; mais cette expreffion ne
doit point atteindre à la fermeté de travail
dont j'ai parlé touchant les hommes faits.
Enfin , plus le Peintre pourra réduire en
pratique ces obfervations fur le caractere
du deffein rélativement à la femme , plus
il donnera de nobleffe & de graces à celle
qui naturellement les réunit . On trouvera
dans la Vénus de Médicis , & dans tous les
ouvrages de Raphaël qui font de ce genOCTOBRE
. 1755. 201
re , les preuves certaines de ceux que je
viens de dire.
Dans le foible effai que je viens d'avoir
l'honneur de vous expofer , Meffieurs , fur
les principales parties du deffein ; j'ai cru ,
après en avoir retranché les recherches
inutiles & rebattues de fon origine , devoir
le préfenter par la variété de fes caracteres .
J'ai tâché de montrer d'abord ce qu'il eft
en lui-même , & je l'ai fuivi dans fes différences
par rapport aux âges , & par rapport
aux fexes. Cette route m'a paru ,
quoique moins frayée , plus fimple & plus
propre à lier intimément la théorie avec la
pratique, que l'on a fouvent trop féparées,
en fe livrant par préférence prefqu'entierement
à l'une ou à l'autre. La feule théorie
ne formera pas un bon Peintre , mais
fans elle les ouvrages du meilleur praticien
toucheront peu l'homme de goût.
Eloigné de toute prévention , j'ai dit ce
que je penfe de l'étude de l'antique , mife
en comparaison avec celle qu'on doit
faire de la nature. En prenant la premiere
pour guide ne doit - on pas regarder
l'autre comme le but principal ? Ce fentiment
, Meffieurs , me paroîtroit d'autant
plus jufte qu'il eft appuyé de celui de plufieurs
de nos plus grands Maîtres ; néanmoins
, comme je trouverai toujours un
>
I y
202 MERCURE DE FRANCE.
avantage certain à être aidé de vos lumieres
, j'y défére , & foumets le tout à votre
jugement.
Lu à la fociété royale de Lyon , le 29 Novembre
1754 , & à l'Académie royale de
Peinture & Sculpture , les Avril fuivant.
Fermer
Résumé : Discours sur la Peinture par M. Nonnotte, Peintre du Roi, de l'Académie Royale de Peinture & Sculpture, & de la Société Royale de Lyon.
M. Nonnotte, peintre du Roi et membre de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture, prononce un discours sur la peinture. Il évite de remonter à l'origine de la peinture, préférant se concentrer sur les connaissances et les faits certains, ainsi que sur l'utilité et les agréments des Beaux-Arts. Il divise son discours en trois parties principales : le dessin, la composition et le coloris. Nonnotte commence par le dessin, qu'il définit comme un composé de différentes lignes réunies pour représenter un objet au premier coup d'œil. Le dessin est crucial car il sépare les masses informes, distribue les parties des corps, les lie et forme l'ensemble de chaque chose. Il détaille ensuite les caractéristiques du dessin selon les âges de la vie. Pour les enfants, les formes extérieures diffèrent en raison de la faible force des os et des muscles, ce qui donne des creux plutôt que des élévations. Le peintre doit observer ces particularités et ménager la mollesse et la rondeur par légers méplats. Pour le second âge, les contours sont coulants, gracieux et étendus, nécessitant peu de rehauts. Les figures antiques de Castor et Pollux servent de règles pour cet âge, et la manière de dessiner de Raphaël est appropriée. Dans le troisième âge, toutes les perfections du corps humain se montrent. Les attaches des parties du corps doivent être expliquées avec fermeté sans sécheresse, et les muscles principaux doivent être clairement définis. Les contours sont plus chargés et caractérisés, et les insertions des muscles sont plus rehaussées. Le texte traite également des différences entre les âges et les sexes. Pour les jeunes, les extrémités des membres doivent être légères et dénouées, prêtes à obéir promptement à la volonté. Le goût du Carrache et de son école est préféré pour cette étude. Le dernier âge montre la nature en déclin, avec des esprits dispersés, des chairs amollies, et des contours incertains. Le peintre doit adapter son dessin en fonction de ces changements, évitant les formes trop prononcées et développées. Pour les femmes, un travail tendre et arrondi, des contours aisés et simples, et une touche naïve sont essentiels. Les attaches délicates ne doivent pas révéler les os, et les parties dominantes doivent être soutenues et nourries. Les mouvements doivent être gracieux et tranquilles, avec une vivacité exprimée uniquement dans les yeux. Le texte conclut en soulignant l'importance de l'étude de la nature en complément de l'antique pour enrichir l'art. Il met en avant la nécessité de lier théorie et pratique pour former un bon peintre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
379
p. 202-204
GRAVURE.
Début :
Plan géométral de la ville de Bordeaux, levé par ordre de M. de Tourny Intendant [...]
Mots clefs :
Gravure, Bordeaux, Rembrandt
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
Plevé par ordre de M. de Tourny In-
Lan géométral de la ville de Bordeaux ,
tendant de la généralité , dédié & préſenté
au Roi par Meffieurs les Maire
Sous-
Maire , Jurats , Procureur , Syndic &
Secrétaire de cette ville : les élévations
de fes principaux édifices , forment une
bordure autour de ce plan ; une vue des
promenades de la même ville du côté du
château Trompette , une autre de la Porte
& Place de Bourgogne du côté du Port.
A Paris , chez Lattré , Graveur , rue faint
Jacques , où l'on trouve aufli les Plans
de Malte , la Carte géofphérique du Globe
terreftre , le Plan de Nancy , les Campagnes
du Roi repréfentées par des figures
allégoriques , & le projet d'une Place de
Louis XV , fur l'efplanade des Tuileries
préfenté à la Ville de Paris en 1752 , par
M. d'Aquinot architecte.
OCTOBRE 1755 . 203
LA DOUZIEME planche de M. de Marcenay
vient de paroître , elle eft gravée d'après
un tableau de Rembrant , ( large de
fix pieds fur quatre de haut , du cabinet de
M. le Comte de Vence , ) où vraifemblablement
il a peint les portraits de deux
perfonnes de grande diftinction à en juger
par la magnificence de leurs habillemens
qui pour lors n'étoient point équivoques ,
le luxe n'ayant point encore confondu les
conditions ni fuggéré l'idée d'en impofer à
la postérité.
On y voit une femme vêtue de fatin
blanc , fon manteau de pareille étoffe ,
doublé d'hermine , eft attaché par une
agrafe de pierreries. Le voile qu'elle a
fur la tête négligemment rejetté en arriere
, les perles dont elle eft ornée, & plus
encore fon chapeau de fleurs , dénotent
affez que c'eft une victime de l'Hymenée .
Son époux la conduit par la main , & ne
lui cede point en magnificence ; fur une
vefte de fatin brodée , il porte un manteau
de velours ponceau , enrichi d'une broderie
en or , parfeméé de diamans ; fur l'épaule
eft attachée une toile d'or pliée en
forme de noeud d'épaule , & fa tête eft
couverte d'une toque de velours noir , relevée
par une plume blanche & un cordon
de diamans ; fon hauſle- col défigne affez
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
que c'est un guerrier , peut - être feroit- il
de l'illuftre maifon de Naffau , ce que
Meffieurs les amateurs Hollandois pourront
fort aisément fçavoir à la vue de l'eftampe
, par la connoiffance exacte qu'ils ont
des ouvrages
de cet habile Peintre qui fait
tant d'honneur à leur patrie.
Un détail plus étendu ennuieroit plutôt
qu'il ne rendroit raifon de la maniere excellente
dont Rembrant s'eft tiré de ce
pompeux étalage qui eft pour l'ordinaire
l'écueil du pinceau . Rien ne trouble l'unité
de vifion , s'il eft permis de hafarder cette
expreffion , bien loin de là : diamans , étoffes
, payfage , tout , en un mot , par un
merveilleux affemblage , foumis à ce moteur
puiffant de l'harmonie , le clair - obfcur
, répand fur les chairs cet éclat féduifant
fi néceffaire aux portraits où le vrai
ne peut exifter fans le relief. On trouve
cette eftampe chez l'Auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'Egoût , vis- à -vis la
2º. lanterne , & chez M. Lutton , Commis
au recouvrement du Mercure , rue fainte
Anne , butte S. Roch , entre deux Selliers.
Plevé par ordre de M. de Tourny In-
Lan géométral de la ville de Bordeaux ,
tendant de la généralité , dédié & préſenté
au Roi par Meffieurs les Maire
Sous-
Maire , Jurats , Procureur , Syndic &
Secrétaire de cette ville : les élévations
de fes principaux édifices , forment une
bordure autour de ce plan ; une vue des
promenades de la même ville du côté du
château Trompette , une autre de la Porte
& Place de Bourgogne du côté du Port.
A Paris , chez Lattré , Graveur , rue faint
Jacques , où l'on trouve aufli les Plans
de Malte , la Carte géofphérique du Globe
terreftre , le Plan de Nancy , les Campagnes
du Roi repréfentées par des figures
allégoriques , & le projet d'une Place de
Louis XV , fur l'efplanade des Tuileries
préfenté à la Ville de Paris en 1752 , par
M. d'Aquinot architecte.
OCTOBRE 1755 . 203
LA DOUZIEME planche de M. de Marcenay
vient de paroître , elle eft gravée d'après
un tableau de Rembrant , ( large de
fix pieds fur quatre de haut , du cabinet de
M. le Comte de Vence , ) où vraifemblablement
il a peint les portraits de deux
perfonnes de grande diftinction à en juger
par la magnificence de leurs habillemens
qui pour lors n'étoient point équivoques ,
le luxe n'ayant point encore confondu les
conditions ni fuggéré l'idée d'en impofer à
la postérité.
On y voit une femme vêtue de fatin
blanc , fon manteau de pareille étoffe ,
doublé d'hermine , eft attaché par une
agrafe de pierreries. Le voile qu'elle a
fur la tête négligemment rejetté en arriere
, les perles dont elle eft ornée, & plus
encore fon chapeau de fleurs , dénotent
affez que c'eft une victime de l'Hymenée .
Son époux la conduit par la main , & ne
lui cede point en magnificence ; fur une
vefte de fatin brodée , il porte un manteau
de velours ponceau , enrichi d'une broderie
en or , parfeméé de diamans ; fur l'épaule
eft attachée une toile d'or pliée en
forme de noeud d'épaule , & fa tête eft
couverte d'une toque de velours noir , relevée
par une plume blanche & un cordon
de diamans ; fon hauſle- col défigne affez
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
que c'est un guerrier , peut - être feroit- il
de l'illuftre maifon de Naffau , ce que
Meffieurs les amateurs Hollandois pourront
fort aisément fçavoir à la vue de l'eftampe
, par la connoiffance exacte qu'ils ont
des ouvrages
de cet habile Peintre qui fait
tant d'honneur à leur patrie.
Un détail plus étendu ennuieroit plutôt
qu'il ne rendroit raifon de la maniere excellente
dont Rembrant s'eft tiré de ce
pompeux étalage qui eft pour l'ordinaire
l'écueil du pinceau . Rien ne trouble l'unité
de vifion , s'il eft permis de hafarder cette
expreffion , bien loin de là : diamans , étoffes
, payfage , tout , en un mot , par un
merveilleux affemblage , foumis à ce moteur
puiffant de l'harmonie , le clair - obfcur
, répand fur les chairs cet éclat féduifant
fi néceffaire aux portraits où le vrai
ne peut exifter fans le relief. On trouve
cette eftampe chez l'Auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'Egoût , vis- à -vis la
2º. lanterne , & chez M. Lutton , Commis
au recouvrement du Mercure , rue fainte
Anne , butte S. Roch , entre deux Selliers.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte décrit une gravure commandée par M. de Tourny, représentant le plan géométrique de la ville de Bordeaux. Ce plan, dédié au roi, inclut les élévations des principaux édifices bordelais et des vues des promenades et lieux emblématiques comme le château Trompette et la Porte de Bourgogne. La gravure est disponible chez Lattré, graveur à Paris, qui propose également d'autres plans et cartes, tels que ceux de Malte, Nancy, et des campagnes du roi. Par ailleurs, la douzième planche de M. de Marcenay, gravée d'après un tableau de Rembrandt, a été publiée. Ce tableau, provenant du cabinet du Comte de Vence, représente deux personnes de grande distinction. La femme, vêtue de satin blanc et d'hermine, porte des perles et un chapeau de fleurs, indiquant son statut de mariée. Son époux, en satin brodé et velours ponceau, arbore des diamants et une toque noire, suggérant qu'il pourrait être un guerrier de la maison de Nassau. La gravure est disponible chez l'auteur, rue des Vieux Augustins, et chez M. Lutton, rue Sainte-Anne. Le texte souligne la maîtrise de Rembrandt dans la représentation harmonieuse des détails luxueux sans troubler l'unité de la vision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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380
p. 204-206
« LE Sr ALIAMET, habile Graveur, vient de donner au Public deux estampes qu'il a [...] »
Début :
LE Sr ALIAMET, habile Graveur, vient de donner au Public deux estampes qu'il a [...]
Mots clefs :
Estampes, Graveur
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texteReconnaissance textuelle : « LE Sr ALIAMET, habile Graveur, vient de donner au Public deux estampes qu'il a [...] »
LE SI ALTAMET , habile Graveur , vient
de donner au Public deux eftampes qu'il a
gravées d'aprèsTeniers.Elles ont pour titre ,
OCTOBRE . 1755 205
l'une le départ pour le Sabbat , & l'autre
l'arrivée au Sabbat . Les deux tableaux tirés
du cabinet de M. le Comte de Vence ,
palfent pour les plus ingénieux que ce
Peintre Flamand ait compofes. Comme
tout y eft fiction , il y a donné l'eſſor à
fon génie , il en a fait deux fujets de nuit ,
parce que les fcènes magiques qui y font
dépeintes , s'affortiffent mieux avec les ténebres
qu'avec la trop grande lumiere .
Dans le premier , on voit une Magicienne
occupée à préparer des onguents
pour frotter ceux qu'elle envoie au Sabbat .
Autour d'elle font fous les formes les plus
grotéfques , les fuppots du royaume Infernal
, qui applaudiffent à fon travail .
L'un d'eux tient une efpece de flute à bec
pour fonner le départ , d'autres paroiffent
l'accompagner de leurs cris lugubres. Sur
le devant du fujet font tous les attributs de
l'art de la divination . Têtes & offemens de
morts , caracteres écrits en cercle fur le
carreau , cartes difperfées , couteau fiché
en terre , & c. Dans le fond est une femme
qui tient le livre des paroles magiques
, & fait partir par la cheminée à
l'aide de la fumée d'un grand feu , ceux
qui font prêts , & qui ont en main le balet
chargé d'une torche ardente qui doit les
éclairer dans leur route,
206 MERCURE DE FRANCE.
Le fecond fujet repréfente l'arrivée au
Sabbat. On y voit la forciere & fa fervante
accompagnées de toute la cohorte ténébreufe
, occupées à chercher des trafors à la
lueur du flambeau déja décrit . L'une fouille
la terre , l'autre apporte des herbes & des
racines magiques parmi lesquelles eft une
mandragore : la Scene eft en pleine campagne
au pied d'un gibet en ruine , dont
il ne refte qu'un poteau. Les oiſeaux de
nuit voltigeant ça & là , accompagnent de
leurs cris les inftrumens de mufique qui
annoncent d'une façon comique la joie de
toute la troupe.
Ces deux eftampes expriment parfaitement
les beautés & les fineffes des deux
tableaux & rendent très-bien les effets du
clair-obfcur. Elles fe vendent chez l'Auteur
rue des Mathurins , la quatrieme porte
cochere à gauche en entrant par la rue de
la Harpe , à Paris , 1755 .
de donner au Public deux eftampes qu'il a
gravées d'aprèsTeniers.Elles ont pour titre ,
OCTOBRE . 1755 205
l'une le départ pour le Sabbat , & l'autre
l'arrivée au Sabbat . Les deux tableaux tirés
du cabinet de M. le Comte de Vence ,
palfent pour les plus ingénieux que ce
Peintre Flamand ait compofes. Comme
tout y eft fiction , il y a donné l'eſſor à
fon génie , il en a fait deux fujets de nuit ,
parce que les fcènes magiques qui y font
dépeintes , s'affortiffent mieux avec les ténebres
qu'avec la trop grande lumiere .
Dans le premier , on voit une Magicienne
occupée à préparer des onguents
pour frotter ceux qu'elle envoie au Sabbat .
Autour d'elle font fous les formes les plus
grotéfques , les fuppots du royaume Infernal
, qui applaudiffent à fon travail .
L'un d'eux tient une efpece de flute à bec
pour fonner le départ , d'autres paroiffent
l'accompagner de leurs cris lugubres. Sur
le devant du fujet font tous les attributs de
l'art de la divination . Têtes & offemens de
morts , caracteres écrits en cercle fur le
carreau , cartes difperfées , couteau fiché
en terre , & c. Dans le fond est une femme
qui tient le livre des paroles magiques
, & fait partir par la cheminée à
l'aide de la fumée d'un grand feu , ceux
qui font prêts , & qui ont en main le balet
chargé d'une torche ardente qui doit les
éclairer dans leur route,
206 MERCURE DE FRANCE.
Le fecond fujet repréfente l'arrivée au
Sabbat. On y voit la forciere & fa fervante
accompagnées de toute la cohorte ténébreufe
, occupées à chercher des trafors à la
lueur du flambeau déja décrit . L'une fouille
la terre , l'autre apporte des herbes & des
racines magiques parmi lesquelles eft une
mandragore : la Scene eft en pleine campagne
au pied d'un gibet en ruine , dont
il ne refte qu'un poteau. Les oiſeaux de
nuit voltigeant ça & là , accompagnent de
leurs cris les inftrumens de mufique qui
annoncent d'une façon comique la joie de
toute la troupe.
Ces deux eftampes expriment parfaitement
les beautés & les fineffes des deux
tableaux & rendent très-bien les effets du
clair-obfcur. Elles fe vendent chez l'Auteur
rue des Mathurins , la quatrieme porte
cochere à gauche en entrant par la rue de
la Harpe , à Paris , 1755 .
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Résumé : « LE Sr ALIAMET, habile Graveur, vient de donner au Public deux estampes qu'il a [...] »
Le graveur Si Altamet a récemment publié deux estampes inspirées des œuvres de Teniers : 'Le départ pour le Sabbat' et 'L'arrivée au Sabbat'. Ces tableaux, provenant du cabinet du Comte de Vence, sont parmi les plus remarquables du peintre flamand Teniers. Les scènes, fictives et nocturnes, mettent en valeur des éléments magiques. Dans la première estampe, une magicienne prépare des onguents pour envoyer des personnes au Sabbat. Autour d'elle, des formes grotesques et des suppôts infernaux applaudissent. Un d'eux joue de la flûte à bec, tandis que d'autres émettent des cris lugubres. Des attributs de divination, comme des têtes de morts et des cartes, sont présents. Une femme tient un livre de paroles magiques et fait partir les participants par la cheminée, éclairés par une torche. La seconde estampe montre l'arrivée au Sabbat. Une sorcière et sa servante, accompagnées de créatures ténébreuses, cherchent des trésors à la lueur d'un flambeau. Elles fouillent la terre et ramassent des herbes magiques, dont une mandragore. La scène se déroule en pleine campagne au pied d'un gibet en ruine. Des oiseaux de nuit et des instruments de musique comique annoncent la joie de la troupe. Ces estampes sont disponibles à la vente chez l'auteur, rue des Mathurins à Paris, en 1755.
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381
p. 177-187
PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
Début :
C'est à l'émulation que les artistes doivent leurs succès, mais c'est des [...]
Mots clefs :
Louvre, Tableaux, Ouvrage, Beauté, Portrait, Succès, Dessin, Composition, Public
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texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
PEINTURE.
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
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Résumé : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
En 1755, le Louvre a accueilli des expositions de peintures, sculptures et gravures, où les artistes cherchaient l'émulation et la reconnaissance des connaisseurs, valorisant les critiques constructives et les éloges mérités. Plusieurs artistes ont été particulièrement remarqués pour leurs œuvres. M. Restout a été loué pour son tableau représentant Jésus-Christ lavant les pieds des Apôtres. M. Carlo Vanloo a été admiré pour ses tableaux du Baptême de Saint Augustin et de Saint Augustin prêchant devant Valère. M. Jeaurat a été apprécié pour ses scènes de la vie populaire. M. Halle a été salué pour son tableau des Disciples d'Emmaüs. M. Vien a été reconnu pour son tableau de Saint Germain et Saint Vincent. M. Chardin a impressionné avec son imitation de bas-relief en bronze. Les portraits de M. Elvetius par Louis-Michel Vanloo, de Madame Henriette de France par Nattier, et de Madame de Pompadour par La Tour ont également été remarqués pour leur ressemblance et leur qualité. M. Bachelier a été félicité pour son tableau en cire représentant la fable du cheval et du loup. M. Vernet a été acclamé pour ses tableaux de vues maritimes et de tempêtes. En sculpture, les œuvres de M. Falconet et de M. Michel-Ange Slodtz ont été admirées. Le texte déplore l'absence de certaines figures emblématiques comme Boucher et Pigalle, attribuant cela à des critiques malveillantes. La gravure a été saluée pour sa capacité à diffuser les œuvres des peintres et à contrer les critiques provinciales. Enfin, le texte célèbre un siècle où les arts sont cultivés, aimés, encouragés et récompensés.
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382
p. 187-189
« M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
Début :
M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...]
Mots clefs :
Tableaux, Anatomie, Jacques Gautier d'Agoty, Couleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
M. GAUTIER nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à
quatre cuivres. Les tentatives infructueufes
qui ont été faites pour y parvenir depuis
plus de foixante ans , prouvent les
difficultés qu'il y a de réuffit dans ce nouveau
genre de gravure. Son origine comme
celle de toutes les autres inventions ,
eſt priſe dans les ſources les plus anciennes;
c'eft des Manufactures d'indiennes de Marfeille
que M. Gautier a conçu l'idée de
frapper des tableaux , comme on frappe
des fleurs fur ces fortes de toiles peintes ,
& il prétend avoir réuffi par la raifon qu'il
poffede la théorie des couleurs. Ces fortes
de tableaux peuvent fervir à l'Hiftoire natarelle
, à l'Anatomie , ainfi qu'à l'ornement
des cabinets. Jean - Baptifte - André
188 MERCURE DE FRANCE..
Gautier fon fils aîné , tient déja le burin ,
& va le feconder dans fes entrepriſes. Il
annonce au public , fous la direction & la
touche de fon pere , deux tableaux dans ce
genre , dont l'un repréfente la Toilette du
Soir , d'apres Arnoldus Boonen ; & l'autre
le Magifter Hollandois & fa jeure Ecoliere ,
d'après Therbourk , tous deux tirés du cabinet
de M. le Comte de Vence , & préfentés
à M. le Marquis de Marigny , avec
l'approbation de plufieurs Académiciens.
M. Gautier nous promet après la fecon-
Cde édition de fon cours d'Anatomie auquel
uel il eft fcrupuleufement attaché , de
donner des fuites de tableaux de plusieurs
genres , & les fuites d'Hiftoire naturelle
qu'il ne difcontinue point.
·
Les deux tableaux que nous venons d'annoncer
font fur toile de buit , c'est- à - dire de
quinze pouces de haut fur douze de large.
Le prix eft de trois livres en feuilles , & quatre
livres collés fur toile & vernis .
M. Gautier avertit les amateurs d'Anatomie
, que l'homme en cire n'eft plus chez
lui. Ce morceau a été moulé fur un fujet
difféqué aux Invalides de Paris , & repréfentant
exactement les vifceres , les mufcles
, les vaiffeaux & les nerfs , comme la
nature même ; il eft beaucoup eftimé des
connoiffeurs dans ce genre , & a été vu
NOVEMBRE. 1755. 189
de bien des perfonnes qui en ont loué le
travail & l'exactitude. C'eſt afin que l'on
ne fe donne plus la peine de l'aller voir
chez lui qu'il donne cet avis ; cependant'
les perfonnes de diftinction aufquelles on
ne peut rien réfufer , apprendront chez
M. Gautier où il eft actuellement , & le'
nom de l'amateur qui en a fait l'acquifi-'
tion ; & fi quelque Seigneur veut avoir une
pareille figure , les moules étant encore
entiers , il aura la bonté d'avertir un an
d'avance. Le prix eft de fix mille livres ,
avec la fuite des parties détachées , en
cire également.
de l'art d'imprimer les tableaux à
quatre cuivres. Les tentatives infructueufes
qui ont été faites pour y parvenir depuis
plus de foixante ans , prouvent les
difficultés qu'il y a de réuffit dans ce nouveau
genre de gravure. Son origine comme
celle de toutes les autres inventions ,
eſt priſe dans les ſources les plus anciennes;
c'eft des Manufactures d'indiennes de Marfeille
que M. Gautier a conçu l'idée de
frapper des tableaux , comme on frappe
des fleurs fur ces fortes de toiles peintes ,
& il prétend avoir réuffi par la raifon qu'il
poffede la théorie des couleurs. Ces fortes
de tableaux peuvent fervir à l'Hiftoire natarelle
, à l'Anatomie , ainfi qu'à l'ornement
des cabinets. Jean - Baptifte - André
188 MERCURE DE FRANCE..
Gautier fon fils aîné , tient déja le burin ,
& va le feconder dans fes entrepriſes. Il
annonce au public , fous la direction & la
touche de fon pere , deux tableaux dans ce
genre , dont l'un repréfente la Toilette du
Soir , d'apres Arnoldus Boonen ; & l'autre
le Magifter Hollandois & fa jeure Ecoliere ,
d'après Therbourk , tous deux tirés du cabinet
de M. le Comte de Vence , & préfentés
à M. le Marquis de Marigny , avec
l'approbation de plufieurs Académiciens.
M. Gautier nous promet après la fecon-
Cde édition de fon cours d'Anatomie auquel
uel il eft fcrupuleufement attaché , de
donner des fuites de tableaux de plusieurs
genres , & les fuites d'Hiftoire naturelle
qu'il ne difcontinue point.
·
Les deux tableaux que nous venons d'annoncer
font fur toile de buit , c'est- à - dire de
quinze pouces de haut fur douze de large.
Le prix eft de trois livres en feuilles , & quatre
livres collés fur toile & vernis .
M. Gautier avertit les amateurs d'Anatomie
, que l'homme en cire n'eft plus chez
lui. Ce morceau a été moulé fur un fujet
difféqué aux Invalides de Paris , & repréfentant
exactement les vifceres , les mufcles
, les vaiffeaux & les nerfs , comme la
nature même ; il eft beaucoup eftimé des
connoiffeurs dans ce genre , & a été vu
NOVEMBRE. 1755. 189
de bien des perfonnes qui en ont loué le
travail & l'exactitude. C'eſt afin que l'on
ne fe donne plus la peine de l'aller voir
chez lui qu'il donne cet avis ; cependant'
les perfonnes de diftinction aufquelles on
ne peut rien réfufer , apprendront chez
M. Gautier où il eft actuellement , & le'
nom de l'amateur qui en a fait l'acquifi-'
tion ; & fi quelque Seigneur veut avoir une
pareille figure , les moules étant encore
entiers , il aura la bonté d'avertir un an
d'avance. Le prix eft de fix mille livres ,
avec la fuite des parties détachées , en
cire également.
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Résumé : « M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
M. Gautier se présente comme l'inventeur de l'impression des tableaux à quatre cuivres, une technique inspirée par les manufactures d'indiennes de Marseille. Cette méthode permet de reproduire des tableaux comme on imprime des fleurs sur des toiles. Gautier attribue son succès à sa maîtrise de la théorie des couleurs. Ces impressions peuvent être utilisées pour l'histoire naturelle, l'anatomie ou l'ornementation de cabinets. Son fils, Jean-Baptiste-André Gautier, collabore avec lui et annonce deux tableaux : 'La Toilette du Soir' d'après Arnoldus Boonen et 'Le Magistre Hollandois et sa jeune Écolière' d'après Therbourk. Ces œuvres, tirées du cabinet de M. le Comte de Vence, ont été présentées à M. le Marquis de Marigny avec l'approbation de plusieurs académiciens. Après la seconde édition de son cours d'anatomie, Gautier prévoit de publier des suites de tableaux de divers genres et des suites d'histoire naturelle. Les deux tableaux annoncés sont sur toile de buit, mesurant quinze pouces de haut sur douze de large, et sont vendus trois livres en feuilles et quatre livres collés sur toile et vernis. Gautier informe également les amateurs d'anatomie que son modèle en cire de l'homme, moulé sur un sujet aux Invalides de Paris, a été acquis par un amateur. Il propose de reproduire le modèle pour ceux intéressés, à condition d'être averti un an à l'avance, pour un prix de six mille livres incluant la suite des parties détachées en cire.
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383
p. 189-191
GRAVURE.
Début :
L'Académie Royale de peinture & de sculpture, agréa au mois de Septembre [...]
Mots clefs :
Peintre, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
' Académie Royale de peinture & de
dernier le fieur Jean- George Will , Graveur .
Les progrès rapides qu'il a faits dans cet
art difficile , juftifient de plus en plus l'eftime
& l'amitié dont feu M. Rigaud l'avoit
honoré.
Ce grand Peintre jugeoit par les foins
qu'il lui voyoit prendre à fon ouvrage ,
qu'il parviendroit un jour au dégré de
perfection dont il vient de nous donner des
preuves dans les trois morceaux qui lui
190 MERCURE DE FRANCE.
ont mérité le fuffrage unanime de l'Académie
& les applaudiffemens du public ,
lors de leur expofition au fallon.
Les véritables amateurs en ce genre ont
remarqué avec plaifir que par la coupe
hardie de fon burin , fes eftampes n'ont
rien qui fente la fatigue , que les travaux
en font purs & variés , & qu'ils rendent
avec fidélité les caracteres particuliers des
tableaux qu'il a repréfentés ; ce qui eft un
point des plus effentiels de la gravure.
On croit voir dans la Cléopâtre de Netfcher
, la vigueur , la richeffe & furtout le
féduifant des fatins où ce peintre excelloit.
Par le magnifique portrait de M. le
Comte de Saint-Florentin , on reconnoit
dans les objets principaux , comme dans
les acceffoires , tout le fçavoir & toute
Pintelligence qui diftinguent avec tant
d'avantage l'illuftre Tocqué .
Dans celui du fieur Maffé que ce Graveur
vient de finir d'après le même Peintre,
les travaux font plus larges , plus fermes
& plus convenables à la fimplicité du fujet
, qui n'a d'autres richeffes que la beauté
de l'ordonnance , & celle des tons que
le graveur a parfaitement rendus . Čes
fortes de beautés naïves , méritent aux
yeux des connoiffeurs une diftinction particuliere.
Le célebre M. Piron , par fix vers
NOVEMBRE. 1755. 191
qu'il a mis au bas du portrait de M. Maffé,
n'a pas voulu qu'on pût voir cet Artiſte ,
fans fe reffouvenir que c'eft à fes foins &
à fon intelligence que nous devons la fuperbe
collection de la Gallerie de Verfailles
.
Le fieur Will vient d'achever auffi dans
le même tems & avec le même fuccès , une
planche d'après un tableau de Gerard Dow,
repréfentant la mere de ce Peintre en vieille
devideufe ( 1 ) : les qualités éminentes
du fimple , du vrai & du beau fini , qui
diftinguent ce maître fameux, ne pouvoient
jamais être rendues avec plus d'art & plus
de précifion. C'eft fur la vérité de cet expofé
que nous annonçons au Public avec
confiance , que le fieur Will vient de mettre
au jour ces deux dernieres Planches.
Sa demeure eft fur le quai des Auguftins ,
à côté de l'Hôtel d'Auvergne.
(1 ) Ce tableau eft du cabinet de M. le Comte
de Vence , ainsi que la Cléopâtre de Netfcher.
' Académie Royale de peinture & de
dernier le fieur Jean- George Will , Graveur .
Les progrès rapides qu'il a faits dans cet
art difficile , juftifient de plus en plus l'eftime
& l'amitié dont feu M. Rigaud l'avoit
honoré.
Ce grand Peintre jugeoit par les foins
qu'il lui voyoit prendre à fon ouvrage ,
qu'il parviendroit un jour au dégré de
perfection dont il vient de nous donner des
preuves dans les trois morceaux qui lui
190 MERCURE DE FRANCE.
ont mérité le fuffrage unanime de l'Académie
& les applaudiffemens du public ,
lors de leur expofition au fallon.
Les véritables amateurs en ce genre ont
remarqué avec plaifir que par la coupe
hardie de fon burin , fes eftampes n'ont
rien qui fente la fatigue , que les travaux
en font purs & variés , & qu'ils rendent
avec fidélité les caracteres particuliers des
tableaux qu'il a repréfentés ; ce qui eft un
point des plus effentiels de la gravure.
On croit voir dans la Cléopâtre de Netfcher
, la vigueur , la richeffe & furtout le
féduifant des fatins où ce peintre excelloit.
Par le magnifique portrait de M. le
Comte de Saint-Florentin , on reconnoit
dans les objets principaux , comme dans
les acceffoires , tout le fçavoir & toute
Pintelligence qui diftinguent avec tant
d'avantage l'illuftre Tocqué .
Dans celui du fieur Maffé que ce Graveur
vient de finir d'après le même Peintre,
les travaux font plus larges , plus fermes
& plus convenables à la fimplicité du fujet
, qui n'a d'autres richeffes que la beauté
de l'ordonnance , & celle des tons que
le graveur a parfaitement rendus . Čes
fortes de beautés naïves , méritent aux
yeux des connoiffeurs une diftinction particuliere.
Le célebre M. Piron , par fix vers
NOVEMBRE. 1755. 191
qu'il a mis au bas du portrait de M. Maffé,
n'a pas voulu qu'on pût voir cet Artiſte ,
fans fe reffouvenir que c'eft à fes foins &
à fon intelligence que nous devons la fuperbe
collection de la Gallerie de Verfailles
.
Le fieur Will vient d'achever auffi dans
le même tems & avec le même fuccès , une
planche d'après un tableau de Gerard Dow,
repréfentant la mere de ce Peintre en vieille
devideufe ( 1 ) : les qualités éminentes
du fimple , du vrai & du beau fini , qui
diftinguent ce maître fameux, ne pouvoient
jamais être rendues avec plus d'art & plus
de précifion. C'eft fur la vérité de cet expofé
que nous annonçons au Public avec
confiance , que le fieur Will vient de mettre
au jour ces deux dernieres Planches.
Sa demeure eft fur le quai des Auguftins ,
à côté de l'Hôtel d'Auvergne.
(1 ) Ce tableau eft du cabinet de M. le Comte
de Vence , ainsi que la Cléopâtre de Netfcher.
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Résumé : GRAVURE.
Jean-George Will est un graveur reconnu pour ses progrès rapides dans l'art de la gravure. Il a été soutenu par le défunt peintre Rigaud, qui voyait en lui un potentiel pour atteindre la perfection. Will a récemment exposé trois œuvres à l'Académie Royale de peinture et de sculpture, recevant l'unanimité des suffrages académiques et les applaudissements du public. Ses gravures sont appréciées pour leur coupe hardie, leur pureté, leur variété et leur fidélité aux tableaux originaux. Parmi ses œuvres notables, on trouve la gravure de 'Cléopâtre de Nestor', le portrait du Comte de Saint-Florentin et celui de M. Massé, salué pour ses traits larges et fermes. Le célèbre M. Piron a souligné l'importance de Will dans la création de la collection de la Galerie de Versailles. Will a également achevé une planche d'après un tableau de Gerard Dow, représentant la mère du peintre en vieille dévoteuse. Le texte se conclut par l'annonce de la mise au jour de deux nouvelles planches par Will, dont la demeure est située sur le quai des Augustins, à côté de l'Hôtel d'Auvergne.
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384
p. 191-192
A Monsieur le Comte de V.... sur l'Estampe gravée d'après Gerard Dow, par M. Will. HUITAIN.
Début :
Je désirois & Marot & Rousseau [...]
Mots clefs :
Estampe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Monsieur le Comte de V.... sur l'Estampe gravée d'après Gerard Dow, par M. Will. HUITAIN.
A Monfieur le Comte de V.... fur l'Estampe
gravée d'après Gerard Dow , par M.Will.
JE
HUITAIN.
E défirois & Marot & Rouffeau ,
En un dixain , s'ils étoient en ma place ,
192 MERCURE DE FRANCE.
De vous payer , Comte , le beau morceau
Que je poffede en bordure & fous glace.
Moi , pauvret , donc , que veut- on que je faffe ?
Je n'y fçais rien , fors d'avouer tout net ,
Qu'au grand jamais le clinquant du Parnaffe
Ne vaudra l'or de votre cabinet .
gravée d'après Gerard Dow , par M.Will.
JE
HUITAIN.
E défirois & Marot & Rouffeau ,
En un dixain , s'ils étoient en ma place ,
192 MERCURE DE FRANCE.
De vous payer , Comte , le beau morceau
Que je poffede en bordure & fous glace.
Moi , pauvret , donc , que veut- on que je faffe ?
Je n'y fçais rien , fors d'avouer tout net ,
Qu'au grand jamais le clinquant du Parnaffe
Ne vaudra l'or de votre cabinet .
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385
p. 192-194
Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
Début :
Du célebre le Brun, sous ses riches lambris, [...]
Mots clefs :
Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
Vers quifont au bas du Portrait de M. Maſſë,
gravé par M. Vill.
Du célebre le Brun , fous fes riches lambris , U
Verfailles renfermoit les chefs- d'oeuvres fans prix ,
Qui de Louis le Grand nous ont tracé l'hiftoire.
Secondé du burin Maffé durant trente ans ,
Par
NOVEMBRE. 1755. 193
Par des travaux d'un genre à triompher des tems ,
De la France & du Peintre étend partout la
gloire.
Piron , 1755 .
Le fieur Surugue , Graveur du Roi ,
vient de mettre au jour deux jolies Eftampes
d'après les tableaux originaux de David
Teniers ; l'une fous le titre des Payfans
Hollandois revenans des champs ; & l'autre
fous celui de la Glaneufe Flamande . On
les vend chez l'Auteur , rue des Noyers ,
vis-à- vis S. Yves. On y trouve auffi le
portrait de Mlle Silvia , gravé par Suru-.
gue fils , d'après M. de la Tour. On lit
ces vers au bas de l'Eftampe.
Bu jeu de Silvia , la naïve éloquence
Sçait inftruire , égayer , attendrir tous les coeurs
A l'art de plaire uniflant la décence ,
Elle annoblit fon état par les moeurs.
La fuite d'Odieuvre paroît ; elle confifte
en huit nouveaux portraits. On la
trouve chez lui , cul- de-fac des vignes ,
à Paris. Le troifieme volume de l'Europe
Illuftre doit fe diftribuer inceffamment.
Les huit nouvelles planches du Lutrin ,
fe vendent à Paris , chez Gaillard , Graveur
, rue S. Jacques , au -deffus des Jacobins
, entre un Perruquier & une Lingere.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
LE ST LE ROUGE, Ingénieur, Géographe
du Roi , rue des Auguftins , piès la rue S.
André , vient de publier un recueil , contenant
les plans des principales villes & forts
de l'Amérique feptentrionale; fçavoir, Quebec
, vue de Quebec , Louifbourg , Ville-
Marie , Cayene , Nouvelle Orleans , Fort
Dauphin projetté , Fort S. Fréderic , Ville
de Hallifax , Fort de Hallifax , Fort Weftern
, Fort Francfort , Charles Toun , Port
Royal de Jamaique , Kingſton , Port de
Plaifance , Annapolis Royal , S. Domingo ,
Veracrux , Havanne , & le fameux faut de
Niagara , in-4° . broché , ; liv. 3
On trouve auffi chez le même une collection
des côtes d'Angleterre , qu'on nomme
le Pilote Côtier , par Collins, Impreffion
de Londres. prix 48 livres .
Plus , une carte Topographique de
l'ifthme de l'Acadie avec les Forts de
Beauféjour , Gafpereau , &c. levée fur les
lieux en Juin.
Plus , une très -belle carte de la partie
orientale du Canada , contenant l'Acadie
& le fleuve S. Laurent jufques à Quebec ,
terres que les Anglois nomment la nouvelle
Ecoffe , traduite d'une carte angloife , publiée
en Juin dernier par Jeffery.
Plus , toutes les cartes concernant les
affaires préfentes de l'Amérique .
gravé par M. Vill.
Du célebre le Brun , fous fes riches lambris , U
Verfailles renfermoit les chefs- d'oeuvres fans prix ,
Qui de Louis le Grand nous ont tracé l'hiftoire.
Secondé du burin Maffé durant trente ans ,
Par
NOVEMBRE. 1755. 193
Par des travaux d'un genre à triompher des tems ,
De la France & du Peintre étend partout la
gloire.
Piron , 1755 .
Le fieur Surugue , Graveur du Roi ,
vient de mettre au jour deux jolies Eftampes
d'après les tableaux originaux de David
Teniers ; l'une fous le titre des Payfans
Hollandois revenans des champs ; & l'autre
fous celui de la Glaneufe Flamande . On
les vend chez l'Auteur , rue des Noyers ,
vis-à- vis S. Yves. On y trouve auffi le
portrait de Mlle Silvia , gravé par Suru-.
gue fils , d'après M. de la Tour. On lit
ces vers au bas de l'Eftampe.
Bu jeu de Silvia , la naïve éloquence
Sçait inftruire , égayer , attendrir tous les coeurs
A l'art de plaire uniflant la décence ,
Elle annoblit fon état par les moeurs.
La fuite d'Odieuvre paroît ; elle confifte
en huit nouveaux portraits. On la
trouve chez lui , cul- de-fac des vignes ,
à Paris. Le troifieme volume de l'Europe
Illuftre doit fe diftribuer inceffamment.
Les huit nouvelles planches du Lutrin ,
fe vendent à Paris , chez Gaillard , Graveur
, rue S. Jacques , au -deffus des Jacobins
, entre un Perruquier & une Lingere.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
LE ST LE ROUGE, Ingénieur, Géographe
du Roi , rue des Auguftins , piès la rue S.
André , vient de publier un recueil , contenant
les plans des principales villes & forts
de l'Amérique feptentrionale; fçavoir, Quebec
, vue de Quebec , Louifbourg , Ville-
Marie , Cayene , Nouvelle Orleans , Fort
Dauphin projetté , Fort S. Fréderic , Ville
de Hallifax , Fort de Hallifax , Fort Weftern
, Fort Francfort , Charles Toun , Port
Royal de Jamaique , Kingſton , Port de
Plaifance , Annapolis Royal , S. Domingo ,
Veracrux , Havanne , & le fameux faut de
Niagara , in-4° . broché , ; liv. 3
On trouve auffi chez le même une collection
des côtes d'Angleterre , qu'on nomme
le Pilote Côtier , par Collins, Impreffion
de Londres. prix 48 livres .
Plus , une carte Topographique de
l'ifthme de l'Acadie avec les Forts de
Beauféjour , Gafpereau , &c. levée fur les
lieux en Juin.
Plus , une très -belle carte de la partie
orientale du Canada , contenant l'Acadie
& le fleuve S. Laurent jufques à Quebec ,
terres que les Anglois nomment la nouvelle
Ecoffe , traduite d'une carte angloife , publiée
en Juin dernier par Jeffery.
Plus , toutes les cartes concernant les
affaires préfentes de l'Amérique .
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Résumé : Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
En novembre 1755, Piron a écrit un poème en l'honneur de Charles Le Brun, peintre et graveur renommé, soulignant ses contributions à l'histoire de Louis XIV et sa collaboration avec Massé. Le poème met en avant les œuvres d'art conservées à Versailles et la renommée de Le Brun. Le graveur Surugue a publié deux estampes d'après les tableaux de David Teniers : 'Les Paysans Hollandais revenant des champs' et 'La Glaneuse Flamande'. Ces œuvres, ainsi qu'un portrait de Mlle Silvia gravé par Surugue fils d'après M. de la Tour, sont disponibles chez l'auteur. La suite d'Odieuvre, composée de huit nouveaux portraits, est également disponible chez l'auteur. Le troisième volume de 'L'Europe Illustre' et les huit nouvelles planches du 'Lutrin' sont en vente chez Gaillard, graveur. Le St Le Rouge, ingénieur et géographe du Roi, a publié un recueil de plans des principales villes et forts de l'Amérique septentrionale, ainsi qu'une collection des côtes d'Angleterre. Parmi les cartes disponibles, on trouve une carte topographique de l'isthme de l'Acadie et une carte de la partie orientale du Canada. Ces publications sont disponibles chez Le St Le Rouge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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386
p. 153-160
« LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
Début :
LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...]
Mots clefs :
Poème, Peinture, Sang, Amour, Haine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
LA PEINTURE , poëme , par M. Baillet ,
Baron de S. Julien. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Quillau , rue S. Jacques
, & chez Jombert , rue Dauphine.
Ce court poëme qui n'a guere plus de
deux cens vers , contient moins les préceptes
que les louanges de l'art qu'il célebre
: il nous paroît l'ouvrage d'un Auteur
qui joint au goût de la Peinture , le talent
de la Poéfie.
Quelques tirades que nous allons citer ,
le prouveront mieux que nos difcours .
Otoi , dont la beauté fit mon premier amour ,
Peinture , que j'aimai , dès que je vis le jour .....
Viens , dévoile à mes fens tes auguftes myfteres,,
Dirige tes crayons dans mes mains téméraires,
Allume dans mon fein ces tranſports créateurs
Des refforts du génie inftrumens & moteurs ,
Ce feu noble & facré , cet orgueil de notre être
Où l'homme égal aux Dieux , ſemble ſe reconnoître
,
Ce don qu'aucun effort ne fçauroit obtenir ,
Et qu'il faut éprouver pour te bien définir.
Fuyez. N'efpérez rien de vos foins téméraires,
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Artifans fans génie , ouvriers mercenaires ,
Qui dans ce champ de gloire , attirés par la faim ,
Envifagez pour but non l'honneur , mais le gain.
Allez , portez ailleurs cette vile induſtrie :
Ivres du fol efpoir dont votre ame eft nourrie ;
Il faut , pour le remplir , battre un autre fentier :
La peinture eft un art , & non pas un métier.
A l'occafion des Peintres d'animaux.
voici un morceau philofophique , où la
brute doit remercier le Poëte de la fupériorité
qu'il femble lui donner fur l'homme
, & qu'elle mérite peut- être à certains
égards.
Quel bras de Prométhée , oſant ravir la flâme ,
A l'inftin&t de la brute ajoute encore une ame ?
Nous fait voir des forêts les hôtes tous égaux ,
De l'homme fier & vain , plus fuperbes rivaux.
Plus courageux , plus fiers , plus foumis , plus dociles
,
Plus juftes , plus prudens , plus chaftes , plus tranquiles
,
Plus fobres , plus actifs , aux travaux plus conftans,
Plus fideles amis , plus fideles amans ;
Rois de cet Univers , fi la fourbe & l'adreſſe ,
L'artifice toujours appui de la foibleffe ,
Et les pieges couverts à la force tendus ,
N'étoient pas des humains les premieres vertus.
DECEMBRE 1755. ISS
La peinture d'Hiftoire me paroît bien
peinte dans le morceau fuivant..
Où m'as-tu tranfporté , Déeffe enchantereffe :
Quel nouveau feu dans moi fait paffer fon ivreffe !
Quel jour plus lumineux a frappé mes regards ,
Quels chefs-d'oeuvres vivans naiffent de toutes
parts !
C'étoit donc peu pour toi , féduifante peinture ,
De tromper par ton art , l'art même & la nature ;
Cet art vouloit un but & des projets plus hauts ,
De plus nobles fuccès pour tes nobles travaux .
Pour couronner ta gloire , ainfi que ton ouvrage ,
Dans le fond de nos coeurs , il fe fraye un paffage ,
Y réveille à la fois la pitié , la terreur ,
L'amour , l'ambition , la haine & la fureur ,
Toutes nos paffions , ces idoles fi cheres ,
De l'ame des humains , tyrans trop volontaires.
Le morceau de la haine des fils de Jocafte
eft encore un des mieux frappés . Il
termine le Poëme , & nous finirons par
lui ce précis.
C'eft un fecret penchant que nous éprouvons tous ,
Il naît , fe fortifie , & ne meurt qu'avec nous ,
Nous aimons par inftinct ceux qui nous firent
naître ,
Et.croyons tout devoir à qui nous devons l'être.
Notre coeur généreux , plein de ces fentimens ,
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Aime à multiplier ces tendres mouvemens .
Les neveux , les amis , les parens de nos Peres
Partagent avec eux ces refpects volontaires ;
Chacun d'eux les reçoit & les rend à ſon tour ,
Et les dégrés du fang font des dégrés d'amour.
Mais quand l'indépendance amenant la difcorde !
Des Peres & des Fils a troublé la concorde ,
Ou qu'un vil intérêt , deftructeur des maifons ,
Dans nos coeurs à longs traits répandant fes poi
fons ,
Une fois a rompu ce lien invincible ,
Plus le fang nous unit , plus la haine eft terrible.
Thebe en vit autrefois un exemple fameux.
Deux freres , nés d'un fang profcrit , inceftueux ,
Surpaffant en fureur les crimes de leur race ,
Comblerent dans fes murs leur fratricide audace.
Tous deux las de verfer le fang de leurs fujets ,
De s'habhorrer toujours , fans fe venger jamais ,.
Et de commettre au fort leur rage impatiente ,
Choifirent dans leur bras une route moins lente.
L'un vers l'autre avec joye , on les vit s'avancer ,
Se mefurer , fe joindre , ainfi que fe percer ,
Tomber , & ranimant leur facrilege envie ,
Poursuivre en fon rival les reftes de ſa vie ;
Et contens de la perdre en pouvant la ravir ,
Se rapprocher tous deux , s'égorger & mourir.
A ces freres éteints , par leur haine célebres ,
Thebes fit décerner tous les honneurs funebres ;
Et l'on réunit morts , fur un même bucher ,
DECEMBRE. 1755. 157
Ceux , que vivans , le fang n'avoit pu rapprocher.
O prodige ! à l'inftant la flamme divifée
Se fépare fur eux , ardente & courroucée :
A travers l'épaiffeur de fes globes brúlans.
On croit voir dans les airs leurs ſpectres menaçans
Sindigner , en mourant , d'un foin qui les honore ;
Et dans ces coeurs glacés la haine vit encore.
On a joint à ce Poëme un écrit en profe,
qui a pour titre , Caracteres des Peintres
François actuellement vivans , nouvelle.
édition. Il eft du même Auteur , & mérite
d'être lu.
LA MORT DE SÉJAN , Tragédie en vers.
qui n'a pas été jouée , précédée de deux
Epîtres en vers , Prix 30 fols. A Berlin ;.
& fe vend à Paris chez Duchefne , rue faint
Jacques.
C'eft un coup d'effai qui mérite d'autant
plus d'indulgence que l'auteur n'a que
vingt-deux ans.
NOUVELLE MÉTHODE pour apprendre
la Langue Latine par un fyftême fi facile
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq à
fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on y
fait plus de progrès en deux ou trois années
qu'en huit ou dix , en fuivant la
158 MERCURE DE FRANCE.
route ordinaire , par M. de Launay , Auteur
de la nouvelle Méthode pour apprendre
à lire . Celle- ci eft propofée par ſoufcription
en quatre volumes in So. A Paris,
chez la veuve Robinot , quai des Grands
Auguftins , & chez Babuty fils , même
qual , 1755.
L'Auteur nous affure que par cet ouvrage
, tout fujet capable d'application depuis
cinq ans jufqu'à foixante , après un mois
ou deux d'inftruction , peut apprendre
feul & fans maître , à expliquer les Auteurs
latins les plus difficiles , & à rendre
raifon de toutes les regles de la Grammaire
& de la maniere la plus commode
& la plus aifée , fans aucun effort d'imagination
ni de mémoire . Ce fyftême eft
général , & peut s'appliquer à toutes les
langues. Le prix en feuilles fera pour les
Soufcripteurs de douze livres , dont fix
feront payées en foufcrivant; La foufcription
aura lieu jufqu'au mois de Février
prochain 1756 ; paffé ce tems , le prix fera
de dix-huit livres. Le premier volume
paroîtra au commencement de Février
& les trois autres de mois en mois.
PRINCIPES GENERAUX & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec
des obfervations fur l'orthographe , les
DECEMBRE 1755. 159
accents , la ponctuation , & la prononcia--
tion ; & un abrégé de regles de la verfification
françoife , dédiés à Mgr . le Duc de
Chartres , par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi . Septieme
édition revue & corrigée par l'Auteur.
A Paris , chez la veuve Lottin , J. H. Buttard
, rue S. Jacques ; & chez Defaint &
Saillant , rue S. Jean de Beauvais . 1755 .
Cet ouvrage eft un des meilleurs qu'on
ait faits fur notre langue. Les nombreuſes
éditions qui en ont été données , le louent
beaucoup plus que tout le bien que nous
pourrions en dire. La feptieme que nous
annonçons , met le comble à l'éloge . La
même Grammaire fe trouve à Poitiers ,
chez J. Felix Faulcon Imprimeur du
Clergé.
OBSERVATIONS critiques & politiques
fur le commerce maritime , dans
lefquelles on difcute quelques points felatifs
à l'induftrie & au commerce des Colonies
Françoifes , un volume in- 12 , petit
format , imprimé à Amfterdam ; & fe trouve
à Paris , chez Jombert , rue Dauphine.
1755.
Il paroîtra vers la fin de Janvier prochain
une carte en quatre feuilles , inti160
MERCURE DE FRANCE .
tulée Canada , Louisiane , & Terres Angloifes.
On peut attendre de M. d'Anville
qui a compofé cette carte , l'exactitude &
l'abondance de détail qui caractériſent ſes
ouvrages.
Baron de S. Julien. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Quillau , rue S. Jacques
, & chez Jombert , rue Dauphine.
Ce court poëme qui n'a guere plus de
deux cens vers , contient moins les préceptes
que les louanges de l'art qu'il célebre
: il nous paroît l'ouvrage d'un Auteur
qui joint au goût de la Peinture , le talent
de la Poéfie.
Quelques tirades que nous allons citer ,
le prouveront mieux que nos difcours .
Otoi , dont la beauté fit mon premier amour ,
Peinture , que j'aimai , dès que je vis le jour .....
Viens , dévoile à mes fens tes auguftes myfteres,,
Dirige tes crayons dans mes mains téméraires,
Allume dans mon fein ces tranſports créateurs
Des refforts du génie inftrumens & moteurs ,
Ce feu noble & facré , cet orgueil de notre être
Où l'homme égal aux Dieux , ſemble ſe reconnoître
,
Ce don qu'aucun effort ne fçauroit obtenir ,
Et qu'il faut éprouver pour te bien définir.
Fuyez. N'efpérez rien de vos foins téméraires,
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Artifans fans génie , ouvriers mercenaires ,
Qui dans ce champ de gloire , attirés par la faim ,
Envifagez pour but non l'honneur , mais le gain.
Allez , portez ailleurs cette vile induſtrie :
Ivres du fol efpoir dont votre ame eft nourrie ;
Il faut , pour le remplir , battre un autre fentier :
La peinture eft un art , & non pas un métier.
A l'occafion des Peintres d'animaux.
voici un morceau philofophique , où la
brute doit remercier le Poëte de la fupériorité
qu'il femble lui donner fur l'homme
, & qu'elle mérite peut- être à certains
égards.
Quel bras de Prométhée , oſant ravir la flâme ,
A l'inftin&t de la brute ajoute encore une ame ?
Nous fait voir des forêts les hôtes tous égaux ,
De l'homme fier & vain , plus fuperbes rivaux.
Plus courageux , plus fiers , plus foumis , plus dociles
,
Plus juftes , plus prudens , plus chaftes , plus tranquiles
,
Plus fobres , plus actifs , aux travaux plus conftans,
Plus fideles amis , plus fideles amans ;
Rois de cet Univers , fi la fourbe & l'adreſſe ,
L'artifice toujours appui de la foibleffe ,
Et les pieges couverts à la force tendus ,
N'étoient pas des humains les premieres vertus.
DECEMBRE 1755. ISS
La peinture d'Hiftoire me paroît bien
peinte dans le morceau fuivant..
Où m'as-tu tranfporté , Déeffe enchantereffe :
Quel nouveau feu dans moi fait paffer fon ivreffe !
Quel jour plus lumineux a frappé mes regards ,
Quels chefs-d'oeuvres vivans naiffent de toutes
parts !
C'étoit donc peu pour toi , féduifante peinture ,
De tromper par ton art , l'art même & la nature ;
Cet art vouloit un but & des projets plus hauts ,
De plus nobles fuccès pour tes nobles travaux .
Pour couronner ta gloire , ainfi que ton ouvrage ,
Dans le fond de nos coeurs , il fe fraye un paffage ,
Y réveille à la fois la pitié , la terreur ,
L'amour , l'ambition , la haine & la fureur ,
Toutes nos paffions , ces idoles fi cheres ,
De l'ame des humains , tyrans trop volontaires.
Le morceau de la haine des fils de Jocafte
eft encore un des mieux frappés . Il
termine le Poëme , & nous finirons par
lui ce précis.
C'eft un fecret penchant que nous éprouvons tous ,
Il naît , fe fortifie , & ne meurt qu'avec nous ,
Nous aimons par inftinct ceux qui nous firent
naître ,
Et.croyons tout devoir à qui nous devons l'être.
Notre coeur généreux , plein de ces fentimens ,
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Aime à multiplier ces tendres mouvemens .
Les neveux , les amis , les parens de nos Peres
Partagent avec eux ces refpects volontaires ;
Chacun d'eux les reçoit & les rend à ſon tour ,
Et les dégrés du fang font des dégrés d'amour.
Mais quand l'indépendance amenant la difcorde !
Des Peres & des Fils a troublé la concorde ,
Ou qu'un vil intérêt , deftructeur des maifons ,
Dans nos coeurs à longs traits répandant fes poi
fons ,
Une fois a rompu ce lien invincible ,
Plus le fang nous unit , plus la haine eft terrible.
Thebe en vit autrefois un exemple fameux.
Deux freres , nés d'un fang profcrit , inceftueux ,
Surpaffant en fureur les crimes de leur race ,
Comblerent dans fes murs leur fratricide audace.
Tous deux las de verfer le fang de leurs fujets ,
De s'habhorrer toujours , fans fe venger jamais ,.
Et de commettre au fort leur rage impatiente ,
Choifirent dans leur bras une route moins lente.
L'un vers l'autre avec joye , on les vit s'avancer ,
Se mefurer , fe joindre , ainfi que fe percer ,
Tomber , & ranimant leur facrilege envie ,
Poursuivre en fon rival les reftes de ſa vie ;
Et contens de la perdre en pouvant la ravir ,
Se rapprocher tous deux , s'égorger & mourir.
A ces freres éteints , par leur haine célebres ,
Thebes fit décerner tous les honneurs funebres ;
Et l'on réunit morts , fur un même bucher ,
DECEMBRE. 1755. 157
Ceux , que vivans , le fang n'avoit pu rapprocher.
O prodige ! à l'inftant la flamme divifée
Se fépare fur eux , ardente & courroucée :
A travers l'épaiffeur de fes globes brúlans.
On croit voir dans les airs leurs ſpectres menaçans
Sindigner , en mourant , d'un foin qui les honore ;
Et dans ces coeurs glacés la haine vit encore.
On a joint à ce Poëme un écrit en profe,
qui a pour titre , Caracteres des Peintres
François actuellement vivans , nouvelle.
édition. Il eft du même Auteur , & mérite
d'être lu.
LA MORT DE SÉJAN , Tragédie en vers.
qui n'a pas été jouée , précédée de deux
Epîtres en vers , Prix 30 fols. A Berlin ;.
& fe vend à Paris chez Duchefne , rue faint
Jacques.
C'eft un coup d'effai qui mérite d'autant
plus d'indulgence que l'auteur n'a que
vingt-deux ans.
NOUVELLE MÉTHODE pour apprendre
la Langue Latine par un fyftême fi facile
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq à
fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on y
fait plus de progrès en deux ou trois années
qu'en huit ou dix , en fuivant la
158 MERCURE DE FRANCE.
route ordinaire , par M. de Launay , Auteur
de la nouvelle Méthode pour apprendre
à lire . Celle- ci eft propofée par ſoufcription
en quatre volumes in So. A Paris,
chez la veuve Robinot , quai des Grands
Auguftins , & chez Babuty fils , même
qual , 1755.
L'Auteur nous affure que par cet ouvrage
, tout fujet capable d'application depuis
cinq ans jufqu'à foixante , après un mois
ou deux d'inftruction , peut apprendre
feul & fans maître , à expliquer les Auteurs
latins les plus difficiles , & à rendre
raifon de toutes les regles de la Grammaire
& de la maniere la plus commode
& la plus aifée , fans aucun effort d'imagination
ni de mémoire . Ce fyftême eft
général , & peut s'appliquer à toutes les
langues. Le prix en feuilles fera pour les
Soufcripteurs de douze livres , dont fix
feront payées en foufcrivant; La foufcription
aura lieu jufqu'au mois de Février
prochain 1756 ; paffé ce tems , le prix fera
de dix-huit livres. Le premier volume
paroîtra au commencement de Février
& les trois autres de mois en mois.
PRINCIPES GENERAUX & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec
des obfervations fur l'orthographe , les
DECEMBRE 1755. 159
accents , la ponctuation , & la prononcia--
tion ; & un abrégé de regles de la verfification
françoife , dédiés à Mgr . le Duc de
Chartres , par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi . Septieme
édition revue & corrigée par l'Auteur.
A Paris , chez la veuve Lottin , J. H. Buttard
, rue S. Jacques ; & chez Defaint &
Saillant , rue S. Jean de Beauvais . 1755 .
Cet ouvrage eft un des meilleurs qu'on
ait faits fur notre langue. Les nombreuſes
éditions qui en ont été données , le louent
beaucoup plus que tout le bien que nous
pourrions en dire. La feptieme que nous
annonçons , met le comble à l'éloge . La
même Grammaire fe trouve à Poitiers ,
chez J. Felix Faulcon Imprimeur du
Clergé.
OBSERVATIONS critiques & politiques
fur le commerce maritime , dans
lefquelles on difcute quelques points felatifs
à l'induftrie & au commerce des Colonies
Françoifes , un volume in- 12 , petit
format , imprimé à Amfterdam ; & fe trouve
à Paris , chez Jombert , rue Dauphine.
1755.
Il paroîtra vers la fin de Janvier prochain
une carte en quatre feuilles , inti160
MERCURE DE FRANCE .
tulée Canada , Louisiane , & Terres Angloifes.
On peut attendre de M. d'Anville
qui a compofé cette carte , l'exactitude &
l'abondance de détail qui caractériſent ſes
ouvrages.
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Résumé : « LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
Le texte présente une critique du poème 'La Peinture' de M. Baillet, Baron de Saint-Julien, disponible à Amsterdam et à Paris. Ce poème, composé de deux cents vers, célèbre l'art de la peinture et les talents de son auteur, qui combine un goût prononcé pour la peinture et un talent poétique. Le poème exalte la peinture comme un art noble, distinct d'un simple métier, et critique les artistes sans génie qui recherchent uniquement le gain matériel. Il inclut des réflexions philosophiques sur la supériorité des animaux sur les humains dans certains aspects. Le poème décrit également la peinture d'histoire, qui doit éveiller les passions humaines, et se termine par une évocation de la haine fratricide des fils de Jocaste. En outre, le texte mentionne un écrit en prose du même auteur intitulé 'Caractères des Peintres Français actuellement vivans'. D'autres publications de l'auteur sont également citées, telles que la tragédie 'La Mort de Séjan', une nouvelle méthode pour apprendre le latin, une grammaire française, et des observations critiques sur le commerce maritime.
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387
p. 205-206
PEINTURE.
Début :
COMME la lettre que nous avons insérée dans le Mercure d'Octobre sur [...]
Mots clefs :
Prix, Académie royale de peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE.
PEINTURE.
Cférée dans le Mercure d'Octobre fur
OMME la lettre que nous avons in
la féance publique, tenue le ro Septembre
par l'Académie Royale de Peinture , n'eft
entrée dans aucun détail de la diftribution
des prix , nous allons y fuppléer avec
le plus de précision qu'il nous fera poffible.
M. le Marquis de Marigny , Directeur
& Ordonnateur général des bâtimens du
Roi , diftribua ce jour-là les médailles d'or
& d'argent , que Sa Majefté accorde aux
éleves de cette Académie leur encoupour
ragement. Son gout & fon amour pour les
arts lui font joindre tant de politeffe à
cette diftribution des graces du Roi , qu'en
quelque maniere elles en augmentent de
prix.
206 MERCURE DE FRANCE.
Le premier prix de peinture fut adjugé
au Sr Chardin , fils du célébre M. Chardin
, Confeiller & Tréforier de la même
Académie. Le premier prix de Sculpture
au fieur Bridau. Le fecond prix de Peinture
au Sr Joullain , & le fecond de Sculpture
au Sr Berré. M. le Directeur général fit
enfuite la diftribution des médailles d'argent
accordées aux éleves fur des Académies
deffinées ou modelées . Nous attendons
, comme tout Paris , avec la plus vive
impatience l'impreffion du Poëme dont M.
Watelet fit la lecture dans cette féance ,
pour en rendre compte au Public , & lui
donner toutes les louanges qu'il mérite.
Cférée dans le Mercure d'Octobre fur
OMME la lettre que nous avons in
la féance publique, tenue le ro Septembre
par l'Académie Royale de Peinture , n'eft
entrée dans aucun détail de la diftribution
des prix , nous allons y fuppléer avec
le plus de précision qu'il nous fera poffible.
M. le Marquis de Marigny , Directeur
& Ordonnateur général des bâtimens du
Roi , diftribua ce jour-là les médailles d'or
& d'argent , que Sa Majefté accorde aux
éleves de cette Académie leur encoupour
ragement. Son gout & fon amour pour les
arts lui font joindre tant de politeffe à
cette diftribution des graces du Roi , qu'en
quelque maniere elles en augmentent de
prix.
206 MERCURE DE FRANCE.
Le premier prix de peinture fut adjugé
au Sr Chardin , fils du célébre M. Chardin
, Confeiller & Tréforier de la même
Académie. Le premier prix de Sculpture
au fieur Bridau. Le fecond prix de Peinture
au Sr Joullain , & le fecond de Sculpture
au Sr Berré. M. le Directeur général fit
enfuite la diftribution des médailles d'argent
accordées aux éleves fur des Académies
deffinées ou modelées . Nous attendons
, comme tout Paris , avec la plus vive
impatience l'impreffion du Poëme dont M.
Watelet fit la lecture dans cette féance ,
pour en rendre compte au Public , & lui
donner toutes les louanges qu'il mérite.
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Résumé : PEINTURE.
Le 9 septembre, la distribution des prix de l'Académie Royale de Peinture a eu lieu sous la présidence de M. le Marquis de Marigny, Directeur et Ordonnateur général des bâtiments du Roi. Les médailles d'or et d'argent ont été remises aux lauréats. Le premier prix de peinture a été attribué au Sr Chardin, fils du célèbre M. Chardin, Conseiller et Trésorier de l'Académie. Le premier prix de sculpture a été décerné au Sr Bridau. Le second prix de peinture a été remporté par le Sr Joullain, et le second prix de sculpture par le Sr Berré. Des médailles d'argent ont également été distribuées aux élèves des académies dessinées ou modelées. Le poème de M. Watelet, lu lors de cette séance, sera imprimé pour être rendu public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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388
p. 206-209
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, n'étant point connu de M. Gautier, & ne le connoissant [...]
Mots clefs :
Inventeur, Planches, Imprimer, Peinture, Couleurs, Jacques Gautier d'Agoty
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR, cont
ONSIEUR , n'étant point connu
de M. Gautier , & ne le connoiffant
que par fa grande réputation qu'il appuie
de tout fon crédit auprès du Public , permettez-
moi que par votre moyen je lui
demande l'explication de ce qu'il a avancé
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Il nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à quatre
Cuivres. Je n'ai jufqu'ici rien revoqué en
doute de tout ce qu'il lui a plu dire.puDECEMBRE.
1755. 207
bliquement , & fur fa parole j'ai cru , lui
voyant écrire fur toutes fortes de matieres
qu'il y étoit très -entendu . J'ai même
porté ma croyance jufqu'à me perfuader
qu'il avoit fait , ainfi qu'il le dit à qui
veut l'entendre , un fyftême meilleur que
celui de Newton , & j'attribuois à une obfl'inattention
tination impardonnable
,
allant jufqu'au mépris qu'ont les Sçavans
pour les découvertes : enfin j'étois
difpofé à croire des chofes encore plus incroyables
, & je fuis extrêmement affligé
de me voir dans la néceffité de lui retirer
cette confiance aveugle. Il fe dit l'inventeur
de ce qu'il appelle l'Art d'imprimer
les eftampes coloriées. Peut - il avoir oublié
qu'il eft de notoriété publique que M.
Le Blond l'avoit trouvé bien des années
avant qu'il fût en âge d'y penfer , & en
avoit donné des preuves connues pendant
long- tems en Angleterre , & dans fa vieilleffe
à Paris : que M. Gautier lui -même ,
entra chez M. Le Blond pour y apprendre
ce talent , auquel il ne s'étoit pas deftiné
d'abord , puifque s'il s'étoit propofé cette
Occupation plufieurs années auparavant ,
il s'y feroit apparemment préparé par une
longue étude du deffein ? La vafte étendue
des connoiffances dont on a vu depuis
les fruits , le tenoit alors dans une espece
zo8 MERCURE DE FRANCE.
d'indécifion , & c'eft maintenant fans
doute ce qui lui caufe ce manque de mémoire
. Je penfe cependant entrevoir quelque
caufe à l'erreur qui lui donne lieu de
fe croire inventeur.
M. Le Blond ne fe fervoit que de trois
planches chargées chacune d'une couleur ,
& plus ou moins travaillées , felon la quantité
dont cette couleur doit entrer dans la
teinte ; M. Gautier en a ajouté une quatrieme.
Seroit- ce là ce qu'il prendroit pour
une invention ? & fe peut-il qu'il ne s'apperçoive
pas que l'invention de cet art ,
affez peu important , confiſte à avoir conçu
le premier qu'on pourroit, par des planches
gravées & imprimées de différentes
couleurs , imiter les tons de la Peinture ?
M. Le Blond n'en mettoit que trois , M.
Gautier , pour ne faire que la même chofe,
en met quatre , un autre en mettra cinq ,
fix , tant que l'on voudra. Compteronsnous
le nombre des inventeurs par le nombre
des planches ? Quand on fuppoferoit
même que cette quatrieme planche auroit
apporté quelque perfection dans les ouvrages
de ce genre, ne devroit- on pas dire ,
pour parler exactement : M. Gautier , ani
moyen d'un privilege exclusif, a feul perfectionné
l'art d'imprimer les eftampes coloriées
à quatre cuivres.
DECEMBRE . 1755 : 209
Je fuis vraiment fâché que M. Gautier
m'ait mis dans le cas de l'incertitude à
l'égard du dégré de croyance qui lui eft
dûe ; & je ne vous cacherai pas que je
ferois curieux de fçavoir quels font ces
Académiciens qui ont approuvé les morceaux
qu'il a préfentés à M. le Marquis de
Marigny. Ces fuffrages font de poids , & je
crois que le Public , ainfi que moi , feroit
charmé de n'avoir là- deffus aucun doute.
J'ai l'honneur d'être , & c.
MONSIEUR, cont
ONSIEUR , n'étant point connu
de M. Gautier , & ne le connoiffant
que par fa grande réputation qu'il appuie
de tout fon crédit auprès du Public , permettez-
moi que par votre moyen je lui
demande l'explication de ce qu'il a avancé
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Il nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à quatre
Cuivres. Je n'ai jufqu'ici rien revoqué en
doute de tout ce qu'il lui a plu dire.puDECEMBRE.
1755. 207
bliquement , & fur fa parole j'ai cru , lui
voyant écrire fur toutes fortes de matieres
qu'il y étoit très -entendu . J'ai même
porté ma croyance jufqu'à me perfuader
qu'il avoit fait , ainfi qu'il le dit à qui
veut l'entendre , un fyftême meilleur que
celui de Newton , & j'attribuois à une obfl'inattention
tination impardonnable
,
allant jufqu'au mépris qu'ont les Sçavans
pour les découvertes : enfin j'étois
difpofé à croire des chofes encore plus incroyables
, & je fuis extrêmement affligé
de me voir dans la néceffité de lui retirer
cette confiance aveugle. Il fe dit l'inventeur
de ce qu'il appelle l'Art d'imprimer
les eftampes coloriées. Peut - il avoir oublié
qu'il eft de notoriété publique que M.
Le Blond l'avoit trouvé bien des années
avant qu'il fût en âge d'y penfer , & en
avoit donné des preuves connues pendant
long- tems en Angleterre , & dans fa vieilleffe
à Paris : que M. Gautier lui -même ,
entra chez M. Le Blond pour y apprendre
ce talent , auquel il ne s'étoit pas deftiné
d'abord , puifque s'il s'étoit propofé cette
Occupation plufieurs années auparavant ,
il s'y feroit apparemment préparé par une
longue étude du deffein ? La vafte étendue
des connoiffances dont on a vu depuis
les fruits , le tenoit alors dans une espece
zo8 MERCURE DE FRANCE.
d'indécifion , & c'eft maintenant fans
doute ce qui lui caufe ce manque de mémoire
. Je penfe cependant entrevoir quelque
caufe à l'erreur qui lui donne lieu de
fe croire inventeur.
M. Le Blond ne fe fervoit que de trois
planches chargées chacune d'une couleur ,
& plus ou moins travaillées , felon la quantité
dont cette couleur doit entrer dans la
teinte ; M. Gautier en a ajouté une quatrieme.
Seroit- ce là ce qu'il prendroit pour
une invention ? & fe peut-il qu'il ne s'apperçoive
pas que l'invention de cet art ,
affez peu important , confiſte à avoir conçu
le premier qu'on pourroit, par des planches
gravées & imprimées de différentes
couleurs , imiter les tons de la Peinture ?
M. Le Blond n'en mettoit que trois , M.
Gautier , pour ne faire que la même chofe,
en met quatre , un autre en mettra cinq ,
fix , tant que l'on voudra. Compteronsnous
le nombre des inventeurs par le nombre
des planches ? Quand on fuppoferoit
même que cette quatrieme planche auroit
apporté quelque perfection dans les ouvrages
de ce genre, ne devroit- on pas dire ,
pour parler exactement : M. Gautier , ani
moyen d'un privilege exclusif, a feul perfectionné
l'art d'imprimer les eftampes coloriées
à quatre cuivres.
DECEMBRE . 1755 : 209
Je fuis vraiment fâché que M. Gautier
m'ait mis dans le cas de l'incertitude à
l'égard du dégré de croyance qui lui eft
dûe ; & je ne vous cacherai pas que je
ferois curieux de fçavoir quels font ces
Académiciens qui ont approuvé les morceaux
qu'il a préfentés à M. le Marquis de
Marigny. Ces fuffrages font de poids , & je
crois que le Public , ainfi que moi , feroit
charmé de n'avoir là- deffus aucun doute.
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
L'auteur d'une lettre demande des éclaircissements à un destinataire concernant une affirmation de M. Gautier publiée dans le Mercure de novembre précédent. L'auteur avait initialement cru sans réserve les déclarations de M. Gautier, notamment l'invention de l'art d'imprimer les tableaux à quatre cuivres. Cependant, il remet en question cette affirmation en soulignant que M. Le Blond avait déjà développé cette technique avant M. Gautier. L'auteur précise que M. Gautier avait appris cette technique auprès de M. Le Blond et que l'ajout d'une quatrième planche par M. Gautier ne constitue pas une véritable invention, mais une modification mineure. L'auteur exprime son regret de devoir révoquer sa confiance en M. Gautier et souhaite connaître les académiciens ayant approuvé les travaux de M. Gautier pour lever tout doute.
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389
p. 209-212
Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Début :
Les Graces descendant du Ciel, pour animer les Talens & les Arts, forment [...]
Mots clefs :
Tableau, Talents, Gloire, Grâces, Couronne, Madame de Pompadour
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texteReconnaissance textuelle : Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Explication d'un Tableau peint à l'encre de
la Chine , par M. Gefmond , repréfentant
les Graces animant & encourageant les
Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Es Graces defcendant du Ciel , pour
, le
LE Grec lesTalens & les Arts , forment
le principal grouppe , & donnent ,
par la lumiere qui les environne
jour à tous les objets dont le Tableau
eft compofé. Elles font accompagnées de
la Libéralité , qui récompenfe les dons ,
que les Graces répandent fur les heureux
Génies des Sciences & des Beaux-
Arts. Ces mêmes Génies. font reprétentés
au deffous , travaillant à l'envi , pour
fe rendre dignes des faveurs qu'ils reçoivent
des Divinités qui les éclairent & qui
les animent. Ils caractériſent , la Mufique,
le Deffein , la Poéfie , l'Architecture , com210
MERCURE DE FRANCE.
me les attributs , qui font au milieu d'eux ,
défignent la Peinture & la Sculpture , Arts,
fi juftement & fi dignement protégés aujourd'hui.
On voit , fur le devant , la
Déelle des Talens , couronnée de laurier ,
& affife au pied d'un palmier , appuyée fur
un ancre , fymbole de l'Efpérance . Elle
tient un cartouche , où font gravées les
armes de Madame de Pompadour , & elle
contemple , avec autant de plaifir que d'admiration
, les Graces animer par leurs . regards
& leurs bienfaits , les Génies dont
elle eft la mere. Apollon , du côté oppofé ,
invite les Mufes qui l'environnent , à rendre
hommage aux Graces & à leur confaerer
leurs talens , puifque ce font elles fenles
, qui les peuvent faire valoir , & les
couronner d'une gloire immortelle . Au
bas du Tableau , on lit ces vers :
Dans les cieux , fur la terre , on invoque les
Graces ;
L'Amour leur doit les coeurs qui volent fur fes
traces ,
Apollon , tout le prix de fes heureux talens :
Elles ornent le coeur , l'efprit , les fentimens.
Sur le Tibre on les vit , dans Augufte & Mécene
Pour former le bon goût , prodiguer leurs faveurs :
Leur regne eft aujourd'hui fur le bord de la Seine ,
On le Dieu des Beaux- Arts leur doit les protecteurs.
DECEMBRE. 1755. 211
Nous ajouterons encore du même Auteur
, ( qui a donné au Public en 1752 .
Hiftoire métallique des campagnes du Roi ,
dédiée à Sa Majefté , & qui fe vend à
Paris , chez le fieur Vanheck , rue d'Enfer ,
près S. Landry, dans la Cité , ) la defcription
d'un tableau allégorique de fa compofition
, repréfentant Hercule couronné par
Les foins de la Sageffe , dédié à M. le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , à qui il en avoit
fait un hommage particulier en 1752 , &
dont nous allons donner une légere explication.
Le principal objet qu'a eu l'Auteur de
ce tableau , eft d'y peindre la gloire que
s'eft acquife M. le Maréchal , par fes nobles
travaux . Le Roi y eft défigné fous la
forme de Jupiter , & Minerve eft auprès de
lui . L'illuftre feigneur que l'on a eu deffein
d'y caractériſer , y eft repréſenté fous la
figure d'Hercule. Ce Héros , foulant à fes
pieds l'Hydre de Lerne , Type du plus
glorieux de fes exploits , regarde le fouverain
des Dieux , avec une expreffion , qui
fait voir tout fon amour & toute fa reconnoiffance
; image dont l'objet eft de faire
allufion aux différens emplois politiques
& militares que Sa Majefté a confiés au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , dans lesquels
il s'eft autant diftingué par la fupériorité
de fon génie , que par la force de fon cou-
#
212 MERCURE DE FRANCE.
rage . On voit la Victoire fur le devant du
tableau , aflife à l'ombre d'un palmier , fur
des trophées d'armes . Cette Déeffe , d'un
air fatisfait , confidere Hercule , couronné
par les mains de la Sageffe , & elle montre
fur fon bouclier cette infcription : Sic
Herculeo labore , novus Alcides , Heros Gallia
, immortali coronatur gloria , Jove probante
: qui fignifie : C'eft ainfi qu'un nouvel
Alcide , ce Héros François , a mérité , par des
travaux dignes d'Hercule , d'être couronné
d'une gloire immortelle , fous le bon plaifir
même de Jupiter. Au bas du tableau on lic
ces vers :
Un homme jufte , fage , & ferme en fes projets ;
Verroit , fans s'étonner , l'univers fe diffoudre ,
S'écrouler fur la tête , & le réduire en poudre,
Qu'il périrait conftant dans fes nobles objets .
Quand on fuit la vertu , jamais on ne recule :
C'eft par là qu'autrefois la Grece vit Hercule ,
Soutenant des deftins toute l'iniquité ; i
Vôler en dépit d'eux à l'immortalité.
Tel on vit de nos jours , le généreux BELLE-ISLE ,
Inébranlable au fort , à la gloire docile ,
A Prague , nous montrer un nouveau Xénophon ;
Fabius en Provence , au confeil un Caton .
Minerve , couronnant la Gloire qui le guide ,
Lecouronne aujourdhui fous tous les traits d'Alcide.
la Chine , par M. Gefmond , repréfentant
les Graces animant & encourageant les
Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Es Graces defcendant du Ciel , pour
, le
LE Grec lesTalens & les Arts , forment
le principal grouppe , & donnent ,
par la lumiere qui les environne
jour à tous les objets dont le Tableau
eft compofé. Elles font accompagnées de
la Libéralité , qui récompenfe les dons ,
que les Graces répandent fur les heureux
Génies des Sciences & des Beaux-
Arts. Ces mêmes Génies. font reprétentés
au deffous , travaillant à l'envi , pour
fe rendre dignes des faveurs qu'ils reçoivent
des Divinités qui les éclairent & qui
les animent. Ils caractériſent , la Mufique,
le Deffein , la Poéfie , l'Architecture , com210
MERCURE DE FRANCE.
me les attributs , qui font au milieu d'eux ,
défignent la Peinture & la Sculpture , Arts,
fi juftement & fi dignement protégés aujourd'hui.
On voit , fur le devant , la
Déelle des Talens , couronnée de laurier ,
& affife au pied d'un palmier , appuyée fur
un ancre , fymbole de l'Efpérance . Elle
tient un cartouche , où font gravées les
armes de Madame de Pompadour , & elle
contemple , avec autant de plaifir que d'admiration
, les Graces animer par leurs . regards
& leurs bienfaits , les Génies dont
elle eft la mere. Apollon , du côté oppofé ,
invite les Mufes qui l'environnent , à rendre
hommage aux Graces & à leur confaerer
leurs talens , puifque ce font elles fenles
, qui les peuvent faire valoir , & les
couronner d'une gloire immortelle . Au
bas du Tableau , on lit ces vers :
Dans les cieux , fur la terre , on invoque les
Graces ;
L'Amour leur doit les coeurs qui volent fur fes
traces ,
Apollon , tout le prix de fes heureux talens :
Elles ornent le coeur , l'efprit , les fentimens.
Sur le Tibre on les vit , dans Augufte & Mécene
Pour former le bon goût , prodiguer leurs faveurs :
Leur regne eft aujourd'hui fur le bord de la Seine ,
On le Dieu des Beaux- Arts leur doit les protecteurs.
DECEMBRE. 1755. 211
Nous ajouterons encore du même Auteur
, ( qui a donné au Public en 1752 .
Hiftoire métallique des campagnes du Roi ,
dédiée à Sa Majefté , & qui fe vend à
Paris , chez le fieur Vanheck , rue d'Enfer ,
près S. Landry, dans la Cité , ) la defcription
d'un tableau allégorique de fa compofition
, repréfentant Hercule couronné par
Les foins de la Sageffe , dédié à M. le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , à qui il en avoit
fait un hommage particulier en 1752 , &
dont nous allons donner une légere explication.
Le principal objet qu'a eu l'Auteur de
ce tableau , eft d'y peindre la gloire que
s'eft acquife M. le Maréchal , par fes nobles
travaux . Le Roi y eft défigné fous la
forme de Jupiter , & Minerve eft auprès de
lui . L'illuftre feigneur que l'on a eu deffein
d'y caractériſer , y eft repréſenté fous la
figure d'Hercule. Ce Héros , foulant à fes
pieds l'Hydre de Lerne , Type du plus
glorieux de fes exploits , regarde le fouverain
des Dieux , avec une expreffion , qui
fait voir tout fon amour & toute fa reconnoiffance
; image dont l'objet eft de faire
allufion aux différens emplois politiques
& militares que Sa Majefté a confiés au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , dans lesquels
il s'eft autant diftingué par la fupériorité
de fon génie , que par la force de fon cou-
#
212 MERCURE DE FRANCE.
rage . On voit la Victoire fur le devant du
tableau , aflife à l'ombre d'un palmier , fur
des trophées d'armes . Cette Déeffe , d'un
air fatisfait , confidere Hercule , couronné
par les mains de la Sageffe , & elle montre
fur fon bouclier cette infcription : Sic
Herculeo labore , novus Alcides , Heros Gallia
, immortali coronatur gloria , Jove probante
: qui fignifie : C'eft ainfi qu'un nouvel
Alcide , ce Héros François , a mérité , par des
travaux dignes d'Hercule , d'être couronné
d'une gloire immortelle , fous le bon plaifir
même de Jupiter. Au bas du tableau on lic
ces vers :
Un homme jufte , fage , & ferme en fes projets ;
Verroit , fans s'étonner , l'univers fe diffoudre ,
S'écrouler fur la tête , & le réduire en poudre,
Qu'il périrait conftant dans fes nobles objets .
Quand on fuit la vertu , jamais on ne recule :
C'eft par là qu'autrefois la Grece vit Hercule ,
Soutenant des deftins toute l'iniquité ; i
Vôler en dépit d'eux à l'immortalité.
Tel on vit de nos jours , le généreux BELLE-ISLE ,
Inébranlable au fort , à la gloire docile ,
A Prague , nous montrer un nouveau Xénophon ;
Fabius en Provence , au confeil un Caton .
Minerve , couronnant la Gloire qui le guide ,
Lecouronne aujourdhui fous tous les traits d'Alcide.
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Résumé : Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Le texte présente deux tableaux allégoriques réalisés par M. Gefmond. Le premier tableau, exécuté à l'encre de Chine, est dédié à Madame de Pompadour et met en scène les Grâces animant et encourageant les talents. Les Grâces, descendues du ciel, illuminent les objets du tableau et sont accompagnées de la Libéralité, qui récompense les dons des Grâces aux génies des sciences et des beaux-arts. Ces génies, représentés au-dessous, travaillent pour se rendre dignes des faveurs des divinités. Les arts tels que la musique, le dessin, la poésie, l'architecture, la peinture et la sculpture sont également représentés. La Déesse des Talents, couronnée de laurier, contemple les Grâces animant les génies. Apollon invite les Muses à rendre hommage aux Grâces. Le tableau est orné de vers soulignant l'importance des Grâces dans les arts. Le second tableau, également de M. Gefmond, est dédié au Maréchal Duc de Belle-Isle et représente Hercule couronné par les fruits de la Sagesse. Hercule, foulant l'Hydre de Lerne, symbolise les exploits du Maréchal. Le Roi est représenté sous la forme de Jupiter, et Minerve est à ses côtés. La Victoire, assise à l'ombre d'un palmier, contemple Hercule couronné par la Sagesse. Une inscription sur le bouclier de la Victoire célèbre les travaux du Maréchal, comparés à ceux d'Hercule. Des vers en bas du tableau louent la fermeté et le courage du Maréchal, comparé à Hercule et à d'autres figures historiques.
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390
p. 213-216
GRAVURE.
Début :
Le Sieur Chenu, Graveur, vient de donner au Public deux parfaitement [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampes, Tableau, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
E Sieur Chenu , Graveur , vient de
donner au Public deux parfaitement
belles eftampes d'après les tableaux peints
à Rome , par M. Pierré , Ecuyer , premier
Peintre de S. A. S. Mgneur le Duc d'Or-
Léans. Les fujets font deux Académies de
grandeur naturelle qui paroiffent ici ,
Tous les titres du Supplice de Promethée &
du Repos de Bacchus , parce que l'une qui
eft vue de face , eft attachée avec des chaînes
à un rocher; & l'autre vue par le dos
Le repofe fur une peau de Tigre & a des
pampres de vigne auprès , ce qui caractérife
l'un & l'autre fujet. Il n'eft pas poffible
d'exiger du burin une plus grande
précifion , & les chairs y font rendues avec
la plus grande vérité. Ces deux tableaux
font dans le cabinet de M. le Comte de
Vence. Le fieur Defcamps , Profeffeur de
l'école du deffein à Rouen , qui a eu l'honneur
de lui dédier la vie des Peintres Flamands
, Allemands & Hollandois , dont
les deux premiers tomes ont déja été donnés
au Public , n'a pu fe refufer aux juftes
éloges qu'ils méritent ; & malgré le principe
qu'il s'eft fait de ne parler que des
2
214 MERCURE DE FRANCE.
Peintres de ces trois nations , il dit dans
fon épître dédicatoire que ces tableaux
placés à côté d'un tableau du Rembrandt ,
s'y foutiennent par la couleur , & leur
font fort fupérieurs du côté de la correction
& de l'élegance du deſſein .
LE ST CHEDEL , Graveur , vient de donner
au Public une eftampe d'après Breugel
de Velour , de la même grandeur du tableau
; elle a pour titre Vente de poiffons à
Schevelinge. On y voit une grande multiplicité
de marchands , & plusieurs perfonnes
qui fe promenent au bord de la mer ,
foit à cheval ou dans des voitures. La rade
paroît couverte de vaiffeaux & de bâtimens
de pêcheurs. Ce tableau a tout le
précieux que l'on connoît à ceux de ce
Maître , & le Graveur connu depuis longtems
par fa touche fiere & hardie , en a
rendu les fineffes & les détails avec une
précifion qui né láiffe rien à défirer. Il
loge rue S. André des Arts , en face de la
rue Gît- le- coeur.
LE SI ALIAMET, Graveur, vient de donner
au Public en même tems une eftampe ,
qui a pour titre l'Humilité récompenſée ,
& qui fait pendant à la précédente ;
elle eft d'après le plus grand tableau que
DECEMBRE . 1755. 215
l'on connoiffe de Bartholomée Brehemberg.
Il eft peint fur bois , & a quatre pieds
de large fur trois de hauteur ; mais il a été
réduit de façon que les figures & le tout
fe trouvent en même proportion . Le Peintre
dont les tableaux font l'ornement des
cabinets des curieux , a choisi pour fon
fujet notre Seigneur , & le Centenier qui
eft à fes genoux ; plufieurs figures parfaitement
bien grouppées forment un cercle ,
& paroiffent l'écouter avec attention : le
payfage eft orné fur le devant d'un beau
morceau d'architecture en ruine. On apperçoit
une ville fur des rochers au bord
de la mer qui termine l'horizon ; & le ciel
qui paroît orageux , contribue à faire briller
les parties éclairées de ce tableau . Celui
de Breugel de Velour & ce dernier
font tous les deux du cabinet de M. le
Comte de Vence . Le Sieur Chedel a fait
l'eau- forte de l'un & de l'autre ; mais celle
de Bartholomée Brehemberg a été entierement
finie & retouchée au burin par le
fieur Aliamet , logé rue des Mathurins
la quatrieme porte cochere en entrant par
la rue de la Harpe. On trouvera chez l'un
& l'autre à acheter les deux pendans .
LE Sr DUFLOS vient de faire paroître
deux jolies eftampes qui ont pour titre
216 MERCURE DE FRANCE.
le Billet doux & la Revendeuse à la toilette.
Elles font gravées d'après deux tableaux
peints par M. Louis Aubert. L'un de ces
tableaux repréfente une Dame aflife fur un
fopha , lifant une lettre que vient de lui
apporter un domeftique. Dans l'autre tableau
on voit une Dame à fa toilette , qui
examine des dentelles que lui préfente une
marchande. Ces deux fujets font traités
dans le gout du célebre M. Chardin. Le
Graveur les a rendus avec beaucoup d'intelligence
, & a très bien faifi l'efprit du
Peintre. Les deux eftampes que j'annonce
au Public , fe vendent chez le fieur Duflos
Graveur , rue Galande, à côté de S. Blaiſe .
LE SE RIGAUD vient de mettre au jour
trois différentes vues du château de Bellevae.
Ces trois eftampes font dédiées à
Madame de Pompadour . On trouve chez
lui toutes les vues des Maifons Royales
& autres , & différentes marines & payafages
propres pour l'optique.
Il demeure rue S. Jacques , un peu audeffus
de la rue des Mathurins.
E Sieur Chenu , Graveur , vient de
donner au Public deux parfaitement
belles eftampes d'après les tableaux peints
à Rome , par M. Pierré , Ecuyer , premier
Peintre de S. A. S. Mgneur le Duc d'Or-
Léans. Les fujets font deux Académies de
grandeur naturelle qui paroiffent ici ,
Tous les titres du Supplice de Promethée &
du Repos de Bacchus , parce que l'une qui
eft vue de face , eft attachée avec des chaînes
à un rocher; & l'autre vue par le dos
Le repofe fur une peau de Tigre & a des
pampres de vigne auprès , ce qui caractérife
l'un & l'autre fujet. Il n'eft pas poffible
d'exiger du burin une plus grande
précifion , & les chairs y font rendues avec
la plus grande vérité. Ces deux tableaux
font dans le cabinet de M. le Comte de
Vence. Le fieur Defcamps , Profeffeur de
l'école du deffein à Rouen , qui a eu l'honneur
de lui dédier la vie des Peintres Flamands
, Allemands & Hollandois , dont
les deux premiers tomes ont déja été donnés
au Public , n'a pu fe refufer aux juftes
éloges qu'ils méritent ; & malgré le principe
qu'il s'eft fait de ne parler que des
2
214 MERCURE DE FRANCE.
Peintres de ces trois nations , il dit dans
fon épître dédicatoire que ces tableaux
placés à côté d'un tableau du Rembrandt ,
s'y foutiennent par la couleur , & leur
font fort fupérieurs du côté de la correction
& de l'élegance du deſſein .
LE ST CHEDEL , Graveur , vient de donner
au Public une eftampe d'après Breugel
de Velour , de la même grandeur du tableau
; elle a pour titre Vente de poiffons à
Schevelinge. On y voit une grande multiplicité
de marchands , & plusieurs perfonnes
qui fe promenent au bord de la mer ,
foit à cheval ou dans des voitures. La rade
paroît couverte de vaiffeaux & de bâtimens
de pêcheurs. Ce tableau a tout le
précieux que l'on connoît à ceux de ce
Maître , & le Graveur connu depuis longtems
par fa touche fiere & hardie , en a
rendu les fineffes & les détails avec une
précifion qui né láiffe rien à défirer. Il
loge rue S. André des Arts , en face de la
rue Gît- le- coeur.
LE SI ALIAMET, Graveur, vient de donner
au Public en même tems une eftampe ,
qui a pour titre l'Humilité récompenſée ,
& qui fait pendant à la précédente ;
elle eft d'après le plus grand tableau que
DECEMBRE . 1755. 215
l'on connoiffe de Bartholomée Brehemberg.
Il eft peint fur bois , & a quatre pieds
de large fur trois de hauteur ; mais il a été
réduit de façon que les figures & le tout
fe trouvent en même proportion . Le Peintre
dont les tableaux font l'ornement des
cabinets des curieux , a choisi pour fon
fujet notre Seigneur , & le Centenier qui
eft à fes genoux ; plufieurs figures parfaitement
bien grouppées forment un cercle ,
& paroiffent l'écouter avec attention : le
payfage eft orné fur le devant d'un beau
morceau d'architecture en ruine. On apperçoit
une ville fur des rochers au bord
de la mer qui termine l'horizon ; & le ciel
qui paroît orageux , contribue à faire briller
les parties éclairées de ce tableau . Celui
de Breugel de Velour & ce dernier
font tous les deux du cabinet de M. le
Comte de Vence . Le Sieur Chedel a fait
l'eau- forte de l'un & de l'autre ; mais celle
de Bartholomée Brehemberg a été entierement
finie & retouchée au burin par le
fieur Aliamet , logé rue des Mathurins
la quatrieme porte cochere en entrant par
la rue de la Harpe. On trouvera chez l'un
& l'autre à acheter les deux pendans .
LE Sr DUFLOS vient de faire paroître
deux jolies eftampes qui ont pour titre
216 MERCURE DE FRANCE.
le Billet doux & la Revendeuse à la toilette.
Elles font gravées d'après deux tableaux
peints par M. Louis Aubert. L'un de ces
tableaux repréfente une Dame aflife fur un
fopha , lifant une lettre que vient de lui
apporter un domeftique. Dans l'autre tableau
on voit une Dame à fa toilette , qui
examine des dentelles que lui préfente une
marchande. Ces deux fujets font traités
dans le gout du célebre M. Chardin. Le
Graveur les a rendus avec beaucoup d'intelligence
, & a très bien faifi l'efprit du
Peintre. Les deux eftampes que j'annonce
au Public , fe vendent chez le fieur Duflos
Graveur , rue Galande, à côté de S. Blaiſe .
LE SE RIGAUD vient de mettre au jour
trois différentes vues du château de Bellevae.
Ces trois eftampes font dédiées à
Madame de Pompadour . On trouve chez
lui toutes les vues des Maifons Royales
& autres , & différentes marines & payafages
propres pour l'optique.
Il demeure rue S. Jacques , un peu audeffus
de la rue des Mathurins.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte présente plusieurs gravures récemment réalisées par des artistes renommés. Le Sieur Chenu a produit deux estampes d'après les tableaux de M. Pierré, premier Peintre du Duc d'Orléans. Ces œuvres, intitulées 'Le Supplice de Prométhée' et 'Le Repos de Bacchus', sont situées dans le cabinet du Comte de Vence et sont louées pour leur précision et la vérité des chairs représentées. Le Sieur Descamp, professeur à Rouen, a salué la qualité de ces tableaux, les comparant favorablement à un tableau de Rembrandt. Le Sieur Le St Chedel a gravé une estampe d'après Breugel de Velours, intitulée 'Vente de poissons à Schevelinge', montrant une scène maritime animée. Cette œuvre est appréciée pour sa précision et ses détails. Le Sieur Aliamet a publié une estampe, 'L'Humilité récompensée', d'après Bartholomée Brehemberg, représentant une scène biblique avec Jésus et un centurion. Cette gravure est également située dans le cabinet du Comte de Vence. Le Sieur Duflos a créé deux estampes, 'Le Billet doux' et 'La Revendeuse à la toilette', d'après les tableaux de M. Louis Aubert, dans le style de M. Chardin. Enfin, le Sieur Rigaud a publié trois vues du château de Bellevue, dédiées à Madame de Pompadour, ainsi que diverses autres vues et paysages.
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391
p. 48-50
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Début :
La vive impression des passions de l'ame ! [...]
Mots clefs :
Peintres d'Italie, Peintres, Léonard de Vinci, Giacomo Cavedone, Jean Lanfranc, Carlo Cignani
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX
PEINTRES D'ITALIE.
Leonard de Vinci.
LA vive impreffion des paffions de l'ame !
Voilà de Leonard le talent dominant.
Il inftruit Raphael. Michel- Ange le blâme :
La haine doit flatter dans un tel concurrent.
Quel riche fonds fon traité de Peinture
Prodigue à la poſtérité !
Allez puifer à cette fource pure ,
Vous que la gloire appelle à l'immortalité,
Jacques Cavedone.
Le Colonna , Rubens & Velafquez (1)
Admirent tes tableaux , les donnent au Carrache
Cette flatteufe erreur couronna tes fuccès ;
Ce jour , le Dieu du gout te donna ſon attache.
On le vit applaudir aux beaux contours du nu ,
Que ta fimple maniere enfante.
(1 ) Le Roi d'Espagne avoit dans fa Chapelle une
Vifitation du Cavedone , que ces trois célébres Artiftes
jugerent être d'Annibal Carrache. Pareille
méprife étoit arrivée à Venise chez le Sénateur
Grimani ,& arrivoit tous les jours à Bologne , furtout
au fujet du begu tableau de Saint Alo dans
l'Eglife de Mendicanti,
Hélas !
DECEMBRE . 1755 . 49
Hélas ! ce grand talent , qu'eft-il donc devenu
Tu rougis. Ton hyver m'afflige✶ & t'épouvante.
Jean Lanfranc.
La lumiere en ce lieu ** fçavamment fe dégrade
.
Quel génie abondant ! qu'il eft fier & léger !
Son élegance attire , & fon ton perfuade.
Vers ces grouppes on vole ..... on craint de les
charger.
C'eft bien toi qui naquis pour les grandes machi
nes ;
Le raccourci magique eft un jeu pour ta main.
Difons mieux : à ton gré les demeures divines
S'ouvrent leur gloire éclate aux yeux du genre
humain.
Alexandre Veroneze .
Plaire eft ton lot . Tu peins avec amour,
La vigueur de ces tons , ce beau fini , ces graces
Prêtent à la nature un féduifant atour.
* Il devint un Peintre fi médiocre qu'il fut réduit
à faire des ex voto. Enfin il mourut dans une rue
de Bologne , où il mandioitfon pain.
** L'on a ici particuliérement en vue la coupole
de S. André de la Valle , qui fait à Rome l'admiration
des curieux . La Vierge affife fur des nuages
regarde fonfils qui eft peint au haut de la lanterne :
Au basfont plufieurs grouppes de Saints de Prephêtes
, dont l'effet ne laiſſe rien à désirer..
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
Je la vois , elle craint que tu ne la furpafles.
Le meilleur choix par elle échappe de tes mains.
Ate rendre incorrect ſe peut - il qu'on parvienne ›
Tu t'efforces d'unir le deffein des Romains
A la couleur Vénitience ?
Charles Cignani.
Quel Peintre gracieux ; fon fertile génie ,
D'une légere main eft au mieux ſecondé,
Il brille trop pour que la calomnie
A le perfécuter n'ait un gout décidé .
Il foumet à fon art les paffions de l'ame.
La force & la fraîcheur diftinguent fon pinceau :
Emule d'Auguftin l'amour par lui m'enflamme,
Ce Dieu , pour l'admirer , déchire fon bandeau.
* Le Duc Ranucio le manda pour peindre à
Parme les murs d'une chambre , Sur le plafond de
laquelle Auguftin Carrache avoit exprimé le pouvoir
de l'amour. Ce Prince donna à Cignani le
même fujet à continuer ; il le traita avec beaucoup
d'élégance.
PEINTRES D'ITALIE.
Leonard de Vinci.
LA vive impreffion des paffions de l'ame !
Voilà de Leonard le talent dominant.
Il inftruit Raphael. Michel- Ange le blâme :
La haine doit flatter dans un tel concurrent.
Quel riche fonds fon traité de Peinture
Prodigue à la poſtérité !
Allez puifer à cette fource pure ,
Vous que la gloire appelle à l'immortalité,
Jacques Cavedone.
Le Colonna , Rubens & Velafquez (1)
Admirent tes tableaux , les donnent au Carrache
Cette flatteufe erreur couronna tes fuccès ;
Ce jour , le Dieu du gout te donna ſon attache.
On le vit applaudir aux beaux contours du nu ,
Que ta fimple maniere enfante.
(1 ) Le Roi d'Espagne avoit dans fa Chapelle une
Vifitation du Cavedone , que ces trois célébres Artiftes
jugerent être d'Annibal Carrache. Pareille
méprife étoit arrivée à Venise chez le Sénateur
Grimani ,& arrivoit tous les jours à Bologne , furtout
au fujet du begu tableau de Saint Alo dans
l'Eglife de Mendicanti,
Hélas !
DECEMBRE . 1755 . 49
Hélas ! ce grand talent , qu'eft-il donc devenu
Tu rougis. Ton hyver m'afflige✶ & t'épouvante.
Jean Lanfranc.
La lumiere en ce lieu ** fçavamment fe dégrade
.
Quel génie abondant ! qu'il eft fier & léger !
Son élegance attire , & fon ton perfuade.
Vers ces grouppes on vole ..... on craint de les
charger.
C'eft bien toi qui naquis pour les grandes machi
nes ;
Le raccourci magique eft un jeu pour ta main.
Difons mieux : à ton gré les demeures divines
S'ouvrent leur gloire éclate aux yeux du genre
humain.
Alexandre Veroneze .
Plaire eft ton lot . Tu peins avec amour,
La vigueur de ces tons , ce beau fini , ces graces
Prêtent à la nature un féduifant atour.
* Il devint un Peintre fi médiocre qu'il fut réduit
à faire des ex voto. Enfin il mourut dans une rue
de Bologne , où il mandioitfon pain.
** L'on a ici particuliérement en vue la coupole
de S. André de la Valle , qui fait à Rome l'admiration
des curieux . La Vierge affife fur des nuages
regarde fonfils qui eft peint au haut de la lanterne :
Au basfont plufieurs grouppes de Saints de Prephêtes
, dont l'effet ne laiſſe rien à désirer..
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
Je la vois , elle craint que tu ne la furpafles.
Le meilleur choix par elle échappe de tes mains.
Ate rendre incorrect ſe peut - il qu'on parvienne ›
Tu t'efforces d'unir le deffein des Romains
A la couleur Vénitience ?
Charles Cignani.
Quel Peintre gracieux ; fon fertile génie ,
D'une légere main eft au mieux ſecondé,
Il brille trop pour que la calomnie
A le perfécuter n'ait un gout décidé .
Il foumet à fon art les paffions de l'ame.
La force & la fraîcheur diftinguent fon pinceau :
Emule d'Auguftin l'amour par lui m'enflamme,
Ce Dieu , pour l'admirer , déchire fon bandeau.
* Le Duc Ranucio le manda pour peindre à
Parme les murs d'une chambre , Sur le plafond de
laquelle Auguftin Carrache avoit exprimé le pouvoir
de l'amour. Ce Prince donna à Cignani le
même fujet à continuer ; il le traita avec beaucoup
d'élégance.
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Résumé : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Le texte présente des portraits de cinq célèbres peintres italiens. Léonard de Vinci est reconnu pour sa capacité à représenter les passions de l'âme, influençant Raphaël mais étant critiqué par Michel-Ange. Jacques Cavedone est admiré par le Colonna, Rubens et Vélasquez, qui attribuèrent à tort certains de ses tableaux à Annibal Carrache. Jean Lanfranc est loué pour son génie abondant et son talent pour les grandes compositions, notamment la coupole de l'église Saint-André de la Valle à Rome. Alexandre Veronese, après une carrière brillante, finit dans la misère, réduisant à peindre des ex-voto. Charles Cignani est apprécié pour son style gracieux et son talent à représenter les passions de l'âme, travaillant pour le Duc Ranucio à Parme.
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392
p. 216
GRAVURE.
Début :
Le sieur Chenu vient de mettre encore au jour une nouvelle Estampe qui a [...]
Mots clefs :
Estampe
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texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
E fieur Chenu vient de mettre encore
au jour une nouvelle Eftampe qui a
pour titre La Moiffon on l'Eté. Il l'a
gravée d'après le Tableau original de A.
D. Velde , qui fe trouve dans le Cabinet
de fon Ex. Mgr. le Comte de Bruhl , Premier
Miniftre de S. M. le Roi de Pologne,
Electeur de Saxe. Nous croyons qu'elle
mérite l'approbation des Connoiffeurs. On
la vend chez l'Auteur , rue de la Harpe ,
près le paffage des Jacobins , vis- à-vis le
caffé de Condé.
Nous annonçons une autre belle Eftampe
repréfentant Jefus Chrift reffufcité ;
elle eft gravée par Salvador , Penfionnaire
du Roi d'Efpagne , à Paris , d'après le
Tableau de M. Carlo- Vanloo , qu'on voit
dans le Cabinet de M. de Julienne.
E fieur Chenu vient de mettre encore
au jour une nouvelle Eftampe qui a
pour titre La Moiffon on l'Eté. Il l'a
gravée d'après le Tableau original de A.
D. Velde , qui fe trouve dans le Cabinet
de fon Ex. Mgr. le Comte de Bruhl , Premier
Miniftre de S. M. le Roi de Pologne,
Electeur de Saxe. Nous croyons qu'elle
mérite l'approbation des Connoiffeurs. On
la vend chez l'Auteur , rue de la Harpe ,
près le paffage des Jacobins , vis- à-vis le
caffé de Condé.
Nous annonçons une autre belle Eftampe
repréfentant Jefus Chrift reffufcité ;
elle eft gravée par Salvador , Penfionnaire
du Roi d'Efpagne , à Paris , d'après le
Tableau de M. Carlo- Vanloo , qu'on voit
dans le Cabinet de M. de Julienne.
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Résumé : GRAVURE.
Deux gravures sont annoncées. La première, 'La Moisson en l'Été', par Chenu d'après van de Velde, appartient au Comte de Bruhl. La seconde, 'Jésus-Christ ressuscité', par Salvador d'après Vanloo, est dans la collection de Monsieur de Julienne. Les gravures sont disponibles à l'achat chez l'auteur, rue de la Harpe.
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393
p. 233
AUTRE.
Début :
Le Sieur Maillard au College des Trois-Evêques, Place de Cambray, [...]
Mots clefs :
Sieur Maillard, Étrennes, Ornements, Vignettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE Sieur MAILLARD au College des Trois-
Evêques , Place de Cambray , près la rue Saint-
Jacques , fait & vend différens fujets d'Etrennes
gravés & enluminés , ornés de vignettes . Il mérite
la préférence par le choix qu'il a fait de tout
ce qui peut amufer & inferuire ; Emblêmes facrés
, petites Fables , Devifes , Complimens , Sou
haits heureux , Bouquets , &c. avec lesquels on
peut compoſer ou orner des Tabacieres , Ecrans. ,
Almanachs , &c . Il continue de faire & vendre
toutes fortes de caracteres , deffeins , vignettes.,
& papiers à lettres peints en vignettes. On le
trouve tous les jours juſqu'à midi.
LE Sieur MAILLARD au College des Trois-
Evêques , Place de Cambray , près la rue Saint-
Jacques , fait & vend différens fujets d'Etrennes
gravés & enluminés , ornés de vignettes . Il mérite
la préférence par le choix qu'il a fait de tout
ce qui peut amufer & inferuire ; Emblêmes facrés
, petites Fables , Devifes , Complimens , Sou
haits heureux , Bouquets , &c. avec lesquels on
peut compoſer ou orner des Tabacieres , Ecrans. ,
Almanachs , &c . Il continue de faire & vendre
toutes fortes de caracteres , deffeins , vignettes.,
& papiers à lettres peints en vignettes. On le
trouve tous les jours juſqu'à midi.
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Résumé : AUTRE.
Le Sieur Maillard, au Collège des Trois-Evêques, propose des sujets d'Étrennes gravés et enluminés, incluant emblèmes sacrés, fables, devises, compliments, souhaits et bouquets. Ses articles ornent tabatières, écrans, almanachs. Il vend aussi caractères, dessins, vignettes et papiers à lettres peints. Disponible jusqu'à midi.
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394
p. 238-245
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Sa Majesté a accordé les grandes entrées à M. le Maréchal Duc [...]
Mots clefs :
Comte d'Egmont, Duc de Gesvres, Célébrations de la conquête de Minorque, Monument de gloire, Marquis, Maréchal, Fort de Saint-Philippe, Cardinal de Tavannes, Garnison de la Rochelle, Comtes, Prince de Croy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Sa Majefté a accordé les grandes entrées à M. le
A
Maréchal Duc de Belle- Ifle .
Le jour que M. le Comte d'Egmont apporta au
Roi les articles de la Capitulation du Fort Saint-
Philippe , le Corps de Ville fit tirer à cinq & à fept
heures du foir les boîtes d'artillerie & le canon
de la Ville. Sur les neuf heures , il y eut une pareille
falve d'artillerie , pendant laqucile les Prévôt
des Marchands & Echevins allumerent , avec les
cérémonies accoutumées , le bucher qui avoit
été dreffé dans le milieu de la Place de l'Hôtel de
Ville. On tira enfuite une grande quantité de
fufées volantes. La Ville fit en même temps couler
trois fontaines de vin , & diftribuer des viandes au
peuple dans la même Place . Près de chaque fontaine
de vin étoit une Orcheſtre remplie de
Joueurs d'Inftrumens . La Place étoit éclairée par
un grand nombre d'ifs , qui portoient des lumie
res , & la façade de l'Hôtel de Ville l'étoit par
trois filets de terrines fuivant l'Ordre de l'Architecture.
L'Hôtel de M. le Duc de Gefvres , Gou
SEPTEMBRE . 1756. 239
verneur de Paris ; celui du Prevôt des Marchands,
& les maifons des Echevins & des principaux Officiers
de l'Hôtel de Ville , furent auffi illuminés.
Le Roi ayant écrit à l'Archevêque de Paris
pour faire rendre de folemnelles actions de graces
à l'occafion de la conquête de l'Ifle Minorque
on chanta le 25 Juillet le Te Deum dans l'Eglife
Métropolitaine , & P'Abbé de Saint - Exupery ,
Doyen du Chapitre , y officia. M. de Lamoignon ,
Chancelier de France , & M. de Machault , Garde
des Sceaux , accompagnés de plufieurs Confeillers
d'Etat , & Maîtres des Requêtes , y affifterent ,
ainfi que le Parlement , la Chambre des Comptes
, la Cour des Aides & le Corps de Ville , qui
y avoient été invités de la part de Sa Majesté par
M. Defgranges , Maître des Cérémonies.
On tira le même jour dans la Place de l'Hôtel
de Ville , par ordre des Prevôt des Marchands &
Echevins , un Feu d'artifice dont l'exécution ne
laiffa rien à défirer. La décoration repréfentoit
un grand trophée de guerre , élevé à la gloire du
Roi fur les débris d'un Fort . Le corps de ce tro
phée , étoit une pyramide quadrangulaire de
foixante douze pieds de haut , pofée au milieu de
la principale place d'armes du Fort ſur pluſieurs
canons démontés. Des maffes d'armures antiques ,
des efpeces de foleils formés avec les armes enlevées
aux ennemis , & des médaillons au chiffre
du Roi , ornoient les quatre faces de la pyramide.
La boule de France , furmontée d'une couronne ,
lui fervoit d'amortiffement. Cette pyramide étoit
accompagnée de deux colonnes roftrales de cinq
pieds de diametre , conftruites fur les pointes des
Ravelins , & auxquelles étoient attachés des becs
& des proues de Navires. A l'entrée des attaques
on avoit placé diverfes figures allégoriques. Qua
240 MERCURE DE FRANCE.
tre palmiers étoient plantés fur les quatre contre
gardes , qui enveloppoient le corps de la Place ,
& qui enfermoient la feconde enceinte. Les tiges
de ces arbres étoient chargées de dépouilles remportées
par les vainqueurs , & les rameaux étoient
entrelacés de guirlandes auxquelles des couronnes
de laurier de différentes grandeurs étoient fufpendues.
On voyoit au haut des deux colonnes deux
figures, qui repréfentoient, l'une Neptune , l'autre
Le Génie Tutelaire de la Place. La France , entourée
de plufieurs Génies & d'une troupe de Héros ,
paroiffoit à l'endroit de la principale attaque ,
confacrant ce monument en préſence de Mars &
de Minerve.
Cette décoration enrichie de peinture & de
rondeboffe , avoir quatre-vingt-huit pieds de longueur.
Elle étoit difpofée fur plufieurs plans concentriques
, élevés les uns au- deffus des autres , &
elle préfentoit au naturel le tableau d'une fête
militaire , donnée dans un Fort qui venoit d'être
emporté d'affaut. Les différens jeux de l'artifice
exprimerent l'attaque & la défenfe d'une Place.
Ils furent terminés par un coup de feu très-bril
lant , & par un bouquet en réjouiffance de la
victoire.
Au Feu d'artifice fuccéda une magnifique illu
mination. Un triple cordon de lumieres deffinoit
l'architecture de la façade & du grand comble de
l'Hôtel de Ville . Plufieurs luftres garnis de lanternes
de verre éclairoient diverfes parties du bâ
timent. Toute l'enceinte de la Place étoit illuminée
, ainfi que le pourtour du Feu , par des ifs
chargés de lampions .
Il y eut auffi de très- belles illuminations aux
Hôtels de M. le Duc de Gefvres & du Prevôt des
Marchands , & aux maiſons des Echevins & des
principaux
SEPTEMBRE. 1756. 245
principaux Officiers de l'Hôtel de Ville . Des fontaines
de vin coulerent , & l'on diſtribua du pain
& des viandes au peuple dans tous ces différens
endroits, de même que dans la Place de Louis XV ,
dans celle de Louis le Grand , dans celle des Victoires
, dans celle du Carroufel , dans la Place
Royale , dans les Halles , dans le Marché- Neuf ,
à la Place Maubert & à la Croix- Rouge. On
avoit mis des Orcheſtres partout où le faifoient
ces diſtributions , & le peuple jufqu'à cinq heures
du matin témoigna par les danfes la joie que lui
caufoit la profpérité des armes du Roi. Pendant
toute la nuit , la Place devant l'Hôtel de Ville fut
remplie de carroffes.
Deux Armateurs de Calais ont fait deux prifes
affez confidérables . Un Armateur de Dunkerque
a enlevé un Navire Anglois qui forto t d´´la Tamife
, & il l'a conduit à Oftende. Le chargement
de cette derniere priſe eſt eſtimé trois cens mille
livres.
Le Roi a donné le Gouvernement général de
l'Ile Minorque à M. le Comte de Lannon , Maréchal
de Camp . Sa Majefté a fait Marécha x e
fes Camps & Armées MM. de la Serre , Brigadier,
Lieutenant- Colonel du Régiment Royal la Ma
rine; de la Bliniere , Brigadier , Lieutenant- Colonel
du Régiment Royal Infanterie ; le Marquis
de Roquepine , Brigadier , Colonel du Régi
ment Royal Comtois ; le Marquis de Monti , Bi
gadier , Colonel du Régiment Royal Italien ; le
Marquis de Trainel , Brigadier , Colonel d'un
Régiment d'Infanterie ; le Comte d'Egmont , Brigadier
; Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
, & le Chevalier de Redmont , Brigadier ,
Meftre de Camp Réformé de Cavalerie. Sa Majeſté
a fait Brigadier de Dragons M. le Duc de
L
242 MERCURE DE FRANCE.
Fronfac , Mestre de Camp de Dragons ; & Elle a
fait Brigadiers d'Infanterie M. le Prince de Rohan-
Rochefort , Colonel d'un Régiment d'Infanterie ;
le Comte de Levis- Leran , Colonel du Régiment
Royal la Marine ; le Chevalier de Clermont d'Amboife
, Colonel du Régiment de Bretagne , & le
Comte de Rochambeau , Colonel du Régiment
de la Marche.
Il y a eu , tant pendant le cours du fiege da
Fort Saint- Philippe , qu'à l'attaque faite des ouvrages
de ce Fort dans la nuit du 27 au 28 Juin ,
treize Officiers tués , & quatre vingt- douze bleffés.
Quatre cens dix -neuf Soldats ont été tués , &
le nombre de ceux qui ont été bleffés monte à
neuf cens quatre- vingt- feize.
Les habitans de Rouen ayant été informés que
M. le Cardinal de Tavannes devoit y arriver le 19
Juillet , le Chapitre de l'Eglife Métropolitaine ,
& tous les Ordres de la Ville , fe font empreffés à
l'envi de lui marquer la part qu'ils prenoient à fa
promotion au Cardinalat . Les Compagnies de la
Bourgoifie , à cheval , avec leurs trompettes &
leurs étendards , font allées au devant de lui ,
à l'entrée du Fauxbourg , dans le lieu où il devoit
fe revêtir de fes habits de cérémonie. Toutes les
Brigades de la Maréchauffée , le Grand Prevôt à
leur tête , fe font rendues au même lieu , & toutes
les perfonnes de confidération y ont envoyé leurs
carroffes, pour former un cortége pompeux . L'im- :
patience de voir le Cardinal avoit fait fortir de la
Ville une partie du peuple ; le refte rempliffoit les
rues & les places publiques. Le Cardinal , en entrant
dans Rouen , a été falué par le canon de la
Ville & par celui du vieux Palais. Le Régiment
de Lyonnois , fous les armes , formoit une doable
Laie depuis la porte du Pont juſqu'au grand Por
SEPTEMBRE . 1756. 243
tail de l'Eglife Métropolitaine , dont l'interieur
étoit gardé par les deux Compagnies de Grenadiers
de ce Corps . Lorfque le Cardinal a été prêt
d'entrer dans la grande Place qui eft devant l'E-`
glife , le Chapitre eft forti proceffionellement ,
pour aller au devant de Son Eminence. Le Haut
Doyen l'a complimentée au nom des Chanoines ,
& elle a été conduite dans le choeur de l'Eglife
Métropolitaine , où les principaux Membres du
Parlement & de la Chambre des Comptes , le
Corps de Ville , les Curés , les Supérieurs des
Communautés Régulieres , & un grand nombre
de perfonnes de diftinction , étoient placés avec
un ordre dont tout le monde a été fatisfait . On a
chanté le Te Deum en mufique & avec fymphonie.
A l'entrée de la nuit , la partie extérieure du
choeur de l'Eglife Métropolitaine , qui termine
d'un côté la cour de l'Archevêché , a été illuminée
, ainfi que toutes les maifons des Chanoines ,
les Communautés Religieufes & plufieurs autres
maifons de la Ville.
"
Le premier d'Août , les Officiers de la Garnifon
de la Rochelle , compofée des Régimens d'Infanterie
de la Sarre & de Breffe , & du Régiment
Royal Dragons , célébrerent par une fête éclatante
la prife du Fort Saint- Philippe . La grande
Place de la Ville étant plantée de plufieurs allées
d'arbres , paroiffoit faite exprès pour rendre ce
fpectacle agréable. Après que les troupes y eurent
formé plufieurs faifceaux de leurs armes , l'Aumônier
du Régiment de la Sarre dit la Meſſe fur un
Autel qu'on dreffa dans l'inftant . Enfuite les foldars
des trois Régimens que l'on mêla exprès ,
prirent leurs places aux différentes tables qui leur
étoient deſtinées , & qui furent fervies avec la
plus grande abondance . On avoit préparé des ta-
Lij
244 MERCURE DE FRANCE.
bles particulieres pour les Maréchaux des Logis &
pour les Sergens . M. de Montpouillan & les
Comtes de Carcado & de la Blache , Colonels , accompagnés
de MM. le Blanc & de Labadie , Lieutenans-
Colonels , & de MM. du Menil , de S. Mery
& de Murat, Majors , allerent inviter M. le Marquis
de Clermont- Gallerande, Lieutenans-Général, qui
commande dans la Province , & M. le Marquis de
Dreux employé fous les ordres en qualité de Maréchal
de Camp , à porter la fanté du Roi & celles
de la Famille Royale. Ces fantés furent bues au
bruit de cinq pieces de canon . Pluſieurs inftrumens
de guerre & de mufique augmenterent la
joie de ce feftin militaire. La fête fut fuivie d'un
magnifique repas fervi à une table de cent cinquante
couverts que donna le Marquis de Gallerande.
Le foir , l'Hôtel de ce Lieutenant Général
fut illuminé en tranſparent. La décoration repréfentoit
le Port-Mahon . Au deffus , on lifoit ce vers :
Difcite juftitiam moniti , &non temnere Divos.
La fête que le Prince de Croy a donnée le
même jour au Camp fous Calais , a été de la plus
grande magnificence. Quarante- cinq Dames y
avoient été invitées , ainfi que M. d'Invault , Intendant
de Picardie , & tous les Officiers des Etats
Majors des Villes , Citadelles & Forts des environs
du Camp . On fervit pour cette Compagnie &
pour les Officiers des troupes dont le Camp eft
compofé , plufieurs tables fous des baldaquins à
la Chinoife , dont les bords étoient feftonnés par
des guirlandes de fleurs . Ces mêmes guirlandes
defcendoient par diverfes circonvolutions autour
des colonnes qui foutenoient les baldaquins. Pendant
le repas, qui dura depuis quatre heures aprèsmidi
jufqu'à fept , & dans lequel il régna autant
de profufion que de délicateffe , on diftribua dụ
pain , de la viande & de la biere aux foldats. Les
SEPTEMBRE . 1736. 245
Comédiens jouerent la Comédie gratis ; & comme
la falle du Spectacle ne pouvoit contenir qu'une
petite partie des troupes , on avoit placé des Farceurs,
des Danfeurs de cordes & des Joueurs de gobelets,
à la tête de chaque Brigade . Sur les fept heures
& demie , on chanta le Te Deum dans la Chapelle
du Camp , au bruit de tous les inftrumens de
guerre. Lorfque la nuit commença , trois fufées
partirent d'une montagne à deux lieues du Camp ,
qui eft précisément vis - à-vis de Douvres . La Ville
& la Citadelle de Calais , & tous les Forts des
ennemis répondirent à ce fignal par des falves
générales de leur artillerie. Ces falves furent repétées
trois fois . Elles furent fuivies d'un Feu
d'artifice , dont la décoration repréfentoit un
Fort quarré à double enceinte , femblable à celui
de Saint-Philippe . A la fin du Feu , il tomba fur
le Fort une fleur de lys enflammée. Plufieurs fougaffes
jouerent en même temps , & renverferent
tous les ouvrages . On demeura un inftant dans
une grande obfcurité . Puis on vit s'élever par
dégrés un foleil d'artifice . Les Armes de France
parurent deffinées en feu brillant . Au deffus étoit
un Vive le Roi en caracteres lumineux , parfaitement
exécuté .
La Ville de Saint- Malo ne s'eft pas moins
diftinguée par les réjouiffances qu'elle a faites le
8 , à l'occafion de la conquête de l'Ile Minorque.
Voici le Mandement de M. l'Evêque de cette Ville ,
qui a ordonné de chanter le Te Deum à ce fujet.
Sa Majefté a accordé les grandes entrées à M. le
A
Maréchal Duc de Belle- Ifle .
Le jour que M. le Comte d'Egmont apporta au
Roi les articles de la Capitulation du Fort Saint-
Philippe , le Corps de Ville fit tirer à cinq & à fept
heures du foir les boîtes d'artillerie & le canon
de la Ville. Sur les neuf heures , il y eut une pareille
falve d'artillerie , pendant laqucile les Prévôt
des Marchands & Echevins allumerent , avec les
cérémonies accoutumées , le bucher qui avoit
été dreffé dans le milieu de la Place de l'Hôtel de
Ville. On tira enfuite une grande quantité de
fufées volantes. La Ville fit en même temps couler
trois fontaines de vin , & diftribuer des viandes au
peuple dans la même Place . Près de chaque fontaine
de vin étoit une Orcheſtre remplie de
Joueurs d'Inftrumens . La Place étoit éclairée par
un grand nombre d'ifs , qui portoient des lumie
res , & la façade de l'Hôtel de Ville l'étoit par
trois filets de terrines fuivant l'Ordre de l'Architecture.
L'Hôtel de M. le Duc de Gefvres , Gou
SEPTEMBRE . 1756. 239
verneur de Paris ; celui du Prevôt des Marchands,
& les maifons des Echevins & des principaux Officiers
de l'Hôtel de Ville , furent auffi illuminés.
Le Roi ayant écrit à l'Archevêque de Paris
pour faire rendre de folemnelles actions de graces
à l'occafion de la conquête de l'Ifle Minorque
on chanta le 25 Juillet le Te Deum dans l'Eglife
Métropolitaine , & P'Abbé de Saint - Exupery ,
Doyen du Chapitre , y officia. M. de Lamoignon ,
Chancelier de France , & M. de Machault , Garde
des Sceaux , accompagnés de plufieurs Confeillers
d'Etat , & Maîtres des Requêtes , y affifterent ,
ainfi que le Parlement , la Chambre des Comptes
, la Cour des Aides & le Corps de Ville , qui
y avoient été invités de la part de Sa Majesté par
M. Defgranges , Maître des Cérémonies.
On tira le même jour dans la Place de l'Hôtel
de Ville , par ordre des Prevôt des Marchands &
Echevins , un Feu d'artifice dont l'exécution ne
laiffa rien à défirer. La décoration repréfentoit
un grand trophée de guerre , élevé à la gloire du
Roi fur les débris d'un Fort . Le corps de ce tro
phée , étoit une pyramide quadrangulaire de
foixante douze pieds de haut , pofée au milieu de
la principale place d'armes du Fort ſur pluſieurs
canons démontés. Des maffes d'armures antiques ,
des efpeces de foleils formés avec les armes enlevées
aux ennemis , & des médaillons au chiffre
du Roi , ornoient les quatre faces de la pyramide.
La boule de France , furmontée d'une couronne ,
lui fervoit d'amortiffement. Cette pyramide étoit
accompagnée de deux colonnes roftrales de cinq
pieds de diametre , conftruites fur les pointes des
Ravelins , & auxquelles étoient attachés des becs
& des proues de Navires. A l'entrée des attaques
on avoit placé diverfes figures allégoriques. Qua
240 MERCURE DE FRANCE.
tre palmiers étoient plantés fur les quatre contre
gardes , qui enveloppoient le corps de la Place ,
& qui enfermoient la feconde enceinte. Les tiges
de ces arbres étoient chargées de dépouilles remportées
par les vainqueurs , & les rameaux étoient
entrelacés de guirlandes auxquelles des couronnes
de laurier de différentes grandeurs étoient fufpendues.
On voyoit au haut des deux colonnes deux
figures, qui repréfentoient, l'une Neptune , l'autre
Le Génie Tutelaire de la Place. La France , entourée
de plufieurs Génies & d'une troupe de Héros ,
paroiffoit à l'endroit de la principale attaque ,
confacrant ce monument en préſence de Mars &
de Minerve.
Cette décoration enrichie de peinture & de
rondeboffe , avoir quatre-vingt-huit pieds de longueur.
Elle étoit difpofée fur plufieurs plans concentriques
, élevés les uns au- deffus des autres , &
elle préfentoit au naturel le tableau d'une fête
militaire , donnée dans un Fort qui venoit d'être
emporté d'affaut. Les différens jeux de l'artifice
exprimerent l'attaque & la défenfe d'une Place.
Ils furent terminés par un coup de feu très-bril
lant , & par un bouquet en réjouiffance de la
victoire.
Au Feu d'artifice fuccéda une magnifique illu
mination. Un triple cordon de lumieres deffinoit
l'architecture de la façade & du grand comble de
l'Hôtel de Ville . Plufieurs luftres garnis de lanternes
de verre éclairoient diverfes parties du bâ
timent. Toute l'enceinte de la Place étoit illuminée
, ainfi que le pourtour du Feu , par des ifs
chargés de lampions .
Il y eut auffi de très- belles illuminations aux
Hôtels de M. le Duc de Gefvres & du Prevôt des
Marchands , & aux maiſons des Echevins & des
principaux
SEPTEMBRE. 1756. 245
principaux Officiers de l'Hôtel de Ville . Des fontaines
de vin coulerent , & l'on diſtribua du pain
& des viandes au peuple dans tous ces différens
endroits, de même que dans la Place de Louis XV ,
dans celle de Louis le Grand , dans celle des Victoires
, dans celle du Carroufel , dans la Place
Royale , dans les Halles , dans le Marché- Neuf ,
à la Place Maubert & à la Croix- Rouge. On
avoit mis des Orcheſtres partout où le faifoient
ces diſtributions , & le peuple jufqu'à cinq heures
du matin témoigna par les danfes la joie que lui
caufoit la profpérité des armes du Roi. Pendant
toute la nuit , la Place devant l'Hôtel de Ville fut
remplie de carroffes.
Deux Armateurs de Calais ont fait deux prifes
affez confidérables . Un Armateur de Dunkerque
a enlevé un Navire Anglois qui forto t d´´la Tamife
, & il l'a conduit à Oftende. Le chargement
de cette derniere priſe eſt eſtimé trois cens mille
livres.
Le Roi a donné le Gouvernement général de
l'Ile Minorque à M. le Comte de Lannon , Maréchal
de Camp . Sa Majefté a fait Marécha x e
fes Camps & Armées MM. de la Serre , Brigadier,
Lieutenant- Colonel du Régiment Royal la Ma
rine; de la Bliniere , Brigadier , Lieutenant- Colonel
du Régiment Royal Infanterie ; le Marquis
de Roquepine , Brigadier , Colonel du Régi
ment Royal Comtois ; le Marquis de Monti , Bi
gadier , Colonel du Régiment Royal Italien ; le
Marquis de Trainel , Brigadier , Colonel d'un
Régiment d'Infanterie ; le Comte d'Egmont , Brigadier
; Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
, & le Chevalier de Redmont , Brigadier ,
Meftre de Camp Réformé de Cavalerie. Sa Majeſté
a fait Brigadier de Dragons M. le Duc de
L
242 MERCURE DE FRANCE.
Fronfac , Mestre de Camp de Dragons ; & Elle a
fait Brigadiers d'Infanterie M. le Prince de Rohan-
Rochefort , Colonel d'un Régiment d'Infanterie ;
le Comte de Levis- Leran , Colonel du Régiment
Royal la Marine ; le Chevalier de Clermont d'Amboife
, Colonel du Régiment de Bretagne , & le
Comte de Rochambeau , Colonel du Régiment
de la Marche.
Il y a eu , tant pendant le cours du fiege da
Fort Saint- Philippe , qu'à l'attaque faite des ouvrages
de ce Fort dans la nuit du 27 au 28 Juin ,
treize Officiers tués , & quatre vingt- douze bleffés.
Quatre cens dix -neuf Soldats ont été tués , &
le nombre de ceux qui ont été bleffés monte à
neuf cens quatre- vingt- feize.
Les habitans de Rouen ayant été informés que
M. le Cardinal de Tavannes devoit y arriver le 19
Juillet , le Chapitre de l'Eglife Métropolitaine ,
& tous les Ordres de la Ville , fe font empreffés à
l'envi de lui marquer la part qu'ils prenoient à fa
promotion au Cardinalat . Les Compagnies de la
Bourgoifie , à cheval , avec leurs trompettes &
leurs étendards , font allées au devant de lui ,
à l'entrée du Fauxbourg , dans le lieu où il devoit
fe revêtir de fes habits de cérémonie. Toutes les
Brigades de la Maréchauffée , le Grand Prevôt à
leur tête , fe font rendues au même lieu , & toutes
les perfonnes de confidération y ont envoyé leurs
carroffes, pour former un cortége pompeux . L'im- :
patience de voir le Cardinal avoit fait fortir de la
Ville une partie du peuple ; le refte rempliffoit les
rues & les places publiques. Le Cardinal , en entrant
dans Rouen , a été falué par le canon de la
Ville & par celui du vieux Palais. Le Régiment
de Lyonnois , fous les armes , formoit une doable
Laie depuis la porte du Pont juſqu'au grand Por
SEPTEMBRE . 1756. 243
tail de l'Eglife Métropolitaine , dont l'interieur
étoit gardé par les deux Compagnies de Grenadiers
de ce Corps . Lorfque le Cardinal a été prêt
d'entrer dans la grande Place qui eft devant l'E-`
glife , le Chapitre eft forti proceffionellement ,
pour aller au devant de Son Eminence. Le Haut
Doyen l'a complimentée au nom des Chanoines ,
& elle a été conduite dans le choeur de l'Eglife
Métropolitaine , où les principaux Membres du
Parlement & de la Chambre des Comptes , le
Corps de Ville , les Curés , les Supérieurs des
Communautés Régulieres , & un grand nombre
de perfonnes de diftinction , étoient placés avec
un ordre dont tout le monde a été fatisfait . On a
chanté le Te Deum en mufique & avec fymphonie.
A l'entrée de la nuit , la partie extérieure du
choeur de l'Eglife Métropolitaine , qui termine
d'un côté la cour de l'Archevêché , a été illuminée
, ainfi que toutes les maifons des Chanoines ,
les Communautés Religieufes & plufieurs autres
maifons de la Ville.
"
Le premier d'Août , les Officiers de la Garnifon
de la Rochelle , compofée des Régimens d'Infanterie
de la Sarre & de Breffe , & du Régiment
Royal Dragons , célébrerent par une fête éclatante
la prife du Fort Saint- Philippe . La grande
Place de la Ville étant plantée de plufieurs allées
d'arbres , paroiffoit faite exprès pour rendre ce
fpectacle agréable. Après que les troupes y eurent
formé plufieurs faifceaux de leurs armes , l'Aumônier
du Régiment de la Sarre dit la Meſſe fur un
Autel qu'on dreffa dans l'inftant . Enfuite les foldars
des trois Régimens que l'on mêla exprès ,
prirent leurs places aux différentes tables qui leur
étoient deſtinées , & qui furent fervies avec la
plus grande abondance . On avoit préparé des ta-
Lij
244 MERCURE DE FRANCE.
bles particulieres pour les Maréchaux des Logis &
pour les Sergens . M. de Montpouillan & les
Comtes de Carcado & de la Blache , Colonels , accompagnés
de MM. le Blanc & de Labadie , Lieutenans-
Colonels , & de MM. du Menil , de S. Mery
& de Murat, Majors , allerent inviter M. le Marquis
de Clermont- Gallerande, Lieutenans-Général, qui
commande dans la Province , & M. le Marquis de
Dreux employé fous les ordres en qualité de Maréchal
de Camp , à porter la fanté du Roi & celles
de la Famille Royale. Ces fantés furent bues au
bruit de cinq pieces de canon . Pluſieurs inftrumens
de guerre & de mufique augmenterent la
joie de ce feftin militaire. La fête fut fuivie d'un
magnifique repas fervi à une table de cent cinquante
couverts que donna le Marquis de Gallerande.
Le foir , l'Hôtel de ce Lieutenant Général
fut illuminé en tranſparent. La décoration repréfentoit
le Port-Mahon . Au deffus , on lifoit ce vers :
Difcite juftitiam moniti , &non temnere Divos.
La fête que le Prince de Croy a donnée le
même jour au Camp fous Calais , a été de la plus
grande magnificence. Quarante- cinq Dames y
avoient été invitées , ainfi que M. d'Invault , Intendant
de Picardie , & tous les Officiers des Etats
Majors des Villes , Citadelles & Forts des environs
du Camp . On fervit pour cette Compagnie &
pour les Officiers des troupes dont le Camp eft
compofé , plufieurs tables fous des baldaquins à
la Chinoife , dont les bords étoient feftonnés par
des guirlandes de fleurs . Ces mêmes guirlandes
defcendoient par diverfes circonvolutions autour
des colonnes qui foutenoient les baldaquins. Pendant
le repas, qui dura depuis quatre heures aprèsmidi
jufqu'à fept , & dans lequel il régna autant
de profufion que de délicateffe , on diftribua dụ
pain , de la viande & de la biere aux foldats. Les
SEPTEMBRE . 1736. 245
Comédiens jouerent la Comédie gratis ; & comme
la falle du Spectacle ne pouvoit contenir qu'une
petite partie des troupes , on avoit placé des Farceurs,
des Danfeurs de cordes & des Joueurs de gobelets,
à la tête de chaque Brigade . Sur les fept heures
& demie , on chanta le Te Deum dans la Chapelle
du Camp , au bruit de tous les inftrumens de
guerre. Lorfque la nuit commença , trois fufées
partirent d'une montagne à deux lieues du Camp ,
qui eft précisément vis - à-vis de Douvres . La Ville
& la Citadelle de Calais , & tous les Forts des
ennemis répondirent à ce fignal par des falves
générales de leur artillerie. Ces falves furent repétées
trois fois . Elles furent fuivies d'un Feu
d'artifice , dont la décoration repréfentoit un
Fort quarré à double enceinte , femblable à celui
de Saint-Philippe . A la fin du Feu , il tomba fur
le Fort une fleur de lys enflammée. Plufieurs fougaffes
jouerent en même temps , & renverferent
tous les ouvrages . On demeura un inftant dans
une grande obfcurité . Puis on vit s'élever par
dégrés un foleil d'artifice . Les Armes de France
parurent deffinées en feu brillant . Au deffus étoit
un Vive le Roi en caracteres lumineux , parfaitement
exécuté .
La Ville de Saint- Malo ne s'eft pas moins
diftinguée par les réjouiffances qu'elle a faites le
8 , à l'occafion de la conquête de l'Ile Minorque.
Voici le Mandement de M. l'Evêque de cette Ville ,
qui a ordonné de chanter le Te Deum à ce fujet.
Fermer
Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le texte décrit les célébrations et événements liés à la conquête de l'île de Minorque par le roi de France. Le 25 juillet, le roi a ordonné des actions de grâce solennelles. À Paris, un Te Deum a été chanté dans l'église métropolitaine en présence de l'archevêque, du chancelier de France, du garde des sceaux et divers corps officiels. Un feu d'artifice a été tiré sur la place de l'Hôtel de Ville, illustrant un trophée de guerre et des scènes de bataille. La ville a été illuminée, et des fontaines de vin ainsi que des distributions de nourriture ont été organisées dans plusieurs places publiques. Des illuminations ont également eu lieu dans les hôtels des dignitaires et des principaux officiers de la ville. Le roi a procédé à des promotions militaires, nommant notamment M. le Comte de Lannion gouverneur général de l'île de Minorque et plusieurs officiers à des grades supérieurs. Les combats pour le fort Saint-Philippe ont entraîné des pertes humaines importantes : treize officiers tués et quatre-vingt-douze blessés, ainsi que quatre cent dix-neuf soldats tués et neuf cent quatre-vingt-seize blessés. À Rouen, le cardinal de Tavannes a été accueilli par une procession et des salves de canon, suivies d'un Te Deum. La Rochelle a célébré la prise du fort Saint-Philippe par une fête militaire incluant une messe, un banquet et des illuminations. Le prince de Croy a organisé une fête somptueuse dans son camp sous Calais, avec repas, spectacles et feu d'artifice. Saint-Malo a également marqué la conquête de Minorque par des réjouissances publiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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395
p. 223-227
DESCRIPTION de la décoration du Temple de Mars, & du Feu d'artifice que la ville de Bordeaux a fait tirer pour célébrer la prise du Fort S. Philippe.
Début :
Le Plan du Temple de Mars représentoit un quarré parfait. [...]
Mots clefs :
Bordeaux, Temple de Mars, Feux d'artifice, Obélisque, Marbre, Dorures, Arcade, Statues, Maréchal de Richelieu, Symbolique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la décoration du Temple de Mars, & du Feu d'artifice que la ville de Bordeaux a fait tirer pour célébrer la prise du Fort S. Philippe.
DESCRIPTION de la décoration du
Temple de Mars , & du Feu d'artifice que
la ville de Bordeaux a fait tirer pour célébrer
la prife du Fort S. Philippe
LE Plan du Temple de Mars repréfentoit un
quarré parfait. Sa hauteur, depuis le pavé jufqu'au
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
deffus de la corniche étoit de vingt-deux pieds ;
au deffus de la corniche ou entablement , & au
pourtour de tout l'édifice régnoit une balustrade
dorée de quatre pieds de hauteur.
Au deffus , & fur le milieu du Temple , s'élevoit
un obélifque de trente-fix pieds de hauteur , furmonté
d'un grand Globe d'artifice de cinq pieds
de diametre.
Toute la hauteur de l'édifice étoit de foixantelept
pieds ; tous les corps maffifs du Temple
étoient peints en marbre Sérancolin , & les tables .
& panneaux en marbre verd antique ; les focles du
Temple & de l'obélifque étoient en grotte.
La façade , du côté de l'Hôtel de Ville , étoit
décorée d'un avant - corps de dix- fept pieds de largeur
,fur un pied fix pouces de faillie , dans le milieu
duquel il y avoit une arcade de neuf pieds de
largeur fur dix-neuf pieds d'élévation , formée
par deux pilaftres de quatre pieds de largeur , à
cadres doiés & ornés des panneaux de relief, fur
lefquels étoient peints & rehauffés en or des trophées
d'armes entrelacées de branches de lauriers.
L'impofte , l'archivolte & les tables qui régnoient
au tour de l'archivolte étoient de relief
doré.
Au deffus de l'arcade étoit placé un grand cartouche
en relief de fix pieds fix pouces de largeur
fur neuf pieds de hauteur, y compris la couronne ,
dans lequel étoient deux écuffons accolés aux Armes
de France & de Navarre , entourées des colliers
des Ordres du Roi ; le cartouche , la couronne
& tous les ornemens étoient dorés , & les écusfons
blazonnés en couleur.
Au bas du cartouche , & joignant l'archivolte ;
fortoient deux chûtes en feftons de feuilles de
laurier , en relief doré , de neuf pieds de longueur,
OCTOBRE. 1756. 225
de l'extrêmité defquelles tomboient des guirlandes
auffi de relief , attachées par des agraites.
Dans le renfoncement de l'arcade , étoit placée
la ftatue de M. le Maréchal de Richelieu fous
les habits du Dieu Mars , l'épée à la main , &
appuyée fur des trophées d'armes mêlés de lauriers
; à côté étoit un génie portant le bâton
de Maréchal de France , & les armes de M. le
Duc de Richelieu ; ce grouppe de bronze peint en
tranfparent , étoit élevé fur un piedeſtal Corinthien
de marbre de Carrare , dans le panneau duquel
on lifoit cette infcription : Marti Gallico
civitas Burdigalenfis pofuit.
Le piedeftal portoit fur trois marches de marbre
blanc , veiné.
De chaque côté de l'avant- corps & dans les
parties fimples , étoient deux grands cadres à
bordures & ceintres dorés , ornés dans leur milieu
d'agraffes , le tout en relief doré de fix pieds
fix pouces de largeur , fur treize pieds de hauteur,
y compris un fecond focle peint en marbre de
Carrare , fur lefquels repofoient deux tableaux de
coloris en tranfparent , dont l'un représentoit
Neptune fortant du fein de la mer , appuyé fur un
rocher , tendant fes bras au Génie de la France
qui lui ôtoit des fers qu'il préfentoit à la ftatue
de M. le Maréchal de Richelieu . Dans le focle
da tranfparent qui étoit au bas du tableau ,
étoient ces mots : Neptunus Mediterraneus. Liberatori
fuo. L'Attique au deffus de ce tableau
étoit ornée & chantournée d'une bordure en relief
doré , au milieu de laquelle on voyoit en tranfparent
colorié les colonnes d'Hercule pofées fur des
rochers , entre lefquels étoient la maffue de ce:
Dieu avec la dépouille du Lion de Némée : autour:
étoient ces mots : Et plus ultrà , pour défignen
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
que
les conquêtes du Roi fur les Anglois s'éten➡
droient au delà de Gibraltar figuré par les colonnes
d'Hercule .
Le fecond tableau auffi en tranfparent à gauche
de l'avant -corps , repréfentoit la ville de Bordeaux
fous la figure d'ure femme couronnée de
tours , couverte d'une robe rouge , parfemée de
croiflans d'argent qui font partie des armes de la
Ville. Cette figure dans une attitude d'admiration
pofoit une couronne de lauriers fur l'écuffon
des armes de Monfeigneur le Maréchal de Richelien
, fupportées par deux Génies , dont l'un tenoit
des palmes , & l'autre le bâton de Maréchal
entouré de lauriers .Cet écuffon repofoit fur des tro.
phées d'armes. A côté de la ville de Bordeaux étoit
un autre Génie appuyé fur les armes de la Ville .
Dans le focle on lifoit cette infcription : Civi
tas Burdigalenfis . Gubernatori invictiffimo. Dans
l'Attique au- deffus , ornée comme la précédente
, étoit peint en tranfparent un grand foleil
rayonnant , prefque tout couvert , & traversé dans
fon milieu par d'épais nuages , avec ces mots :
Tegitur , dum fulmina pariet ; pour repréſenter la
longue modération du Roi dont les Anglois ont
fi longtemps abufé , & le fecret impénétrable
avec lequel Sa Majesté a préparé & difpofé toutes
les opérations d'une campagne dont le fuccès
étonne aujourd'ui l'Angleterre.
Tout ce qui peut rendre plus éclatante une
grande fête , fut employé dans celle- ci avec une
magnificence extraordinaire. Illumination géné
tale , feux devant les portes , grand fouper où
cert femmes furent fervies par deux cens cava-
Jicis , feu d'artifice très- long & très - heureuſement
exécuté , bal mafqué répété dans fix falles
immenfes, tout ce que l'art , lajoie & le zele peuOCTOBRE.
1756. 227
vent inventer fut mis en ufage pour exprimer
Padmiration pour M. de Richelieu , & l'amour pour
le Roi.
Temple de Mars , & du Feu d'artifice que
la ville de Bordeaux a fait tirer pour célébrer
la prife du Fort S. Philippe
LE Plan du Temple de Mars repréfentoit un
quarré parfait. Sa hauteur, depuis le pavé jufqu'au
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
deffus de la corniche étoit de vingt-deux pieds ;
au deffus de la corniche ou entablement , & au
pourtour de tout l'édifice régnoit une balustrade
dorée de quatre pieds de hauteur.
Au deffus , & fur le milieu du Temple , s'élevoit
un obélifque de trente-fix pieds de hauteur , furmonté
d'un grand Globe d'artifice de cinq pieds
de diametre.
Toute la hauteur de l'édifice étoit de foixantelept
pieds ; tous les corps maffifs du Temple
étoient peints en marbre Sérancolin , & les tables .
& panneaux en marbre verd antique ; les focles du
Temple & de l'obélifque étoient en grotte.
La façade , du côté de l'Hôtel de Ville , étoit
décorée d'un avant - corps de dix- fept pieds de largeur
,fur un pied fix pouces de faillie , dans le milieu
duquel il y avoit une arcade de neuf pieds de
largeur fur dix-neuf pieds d'élévation , formée
par deux pilaftres de quatre pieds de largeur , à
cadres doiés & ornés des panneaux de relief, fur
lefquels étoient peints & rehauffés en or des trophées
d'armes entrelacées de branches de lauriers.
L'impofte , l'archivolte & les tables qui régnoient
au tour de l'archivolte étoient de relief
doré.
Au deffus de l'arcade étoit placé un grand cartouche
en relief de fix pieds fix pouces de largeur
fur neuf pieds de hauteur, y compris la couronne ,
dans lequel étoient deux écuffons accolés aux Armes
de France & de Navarre , entourées des colliers
des Ordres du Roi ; le cartouche , la couronne
& tous les ornemens étoient dorés , & les écusfons
blazonnés en couleur.
Au bas du cartouche , & joignant l'archivolte ;
fortoient deux chûtes en feftons de feuilles de
laurier , en relief doré , de neuf pieds de longueur,
OCTOBRE. 1756. 225
de l'extrêmité defquelles tomboient des guirlandes
auffi de relief , attachées par des agraites.
Dans le renfoncement de l'arcade , étoit placée
la ftatue de M. le Maréchal de Richelieu fous
les habits du Dieu Mars , l'épée à la main , &
appuyée fur des trophées d'armes mêlés de lauriers
; à côté étoit un génie portant le bâton
de Maréchal de France , & les armes de M. le
Duc de Richelieu ; ce grouppe de bronze peint en
tranfparent , étoit élevé fur un piedeſtal Corinthien
de marbre de Carrare , dans le panneau duquel
on lifoit cette infcription : Marti Gallico
civitas Burdigalenfis pofuit.
Le piedeftal portoit fur trois marches de marbre
blanc , veiné.
De chaque côté de l'avant- corps & dans les
parties fimples , étoient deux grands cadres à
bordures & ceintres dorés , ornés dans leur milieu
d'agraffes , le tout en relief doré de fix pieds
fix pouces de largeur , fur treize pieds de hauteur,
y compris un fecond focle peint en marbre de
Carrare , fur lefquels repofoient deux tableaux de
coloris en tranfparent , dont l'un représentoit
Neptune fortant du fein de la mer , appuyé fur un
rocher , tendant fes bras au Génie de la France
qui lui ôtoit des fers qu'il préfentoit à la ftatue
de M. le Maréchal de Richelieu . Dans le focle
da tranfparent qui étoit au bas du tableau ,
étoient ces mots : Neptunus Mediterraneus. Liberatori
fuo. L'Attique au deffus de ce tableau
étoit ornée & chantournée d'une bordure en relief
doré , au milieu de laquelle on voyoit en tranfparent
colorié les colonnes d'Hercule pofées fur des
rochers , entre lefquels étoient la maffue de ce:
Dieu avec la dépouille du Lion de Némée : autour:
étoient ces mots : Et plus ultrà , pour défignen
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
que
les conquêtes du Roi fur les Anglois s'éten➡
droient au delà de Gibraltar figuré par les colonnes
d'Hercule .
Le fecond tableau auffi en tranfparent à gauche
de l'avant -corps , repréfentoit la ville de Bordeaux
fous la figure d'ure femme couronnée de
tours , couverte d'une robe rouge , parfemée de
croiflans d'argent qui font partie des armes de la
Ville. Cette figure dans une attitude d'admiration
pofoit une couronne de lauriers fur l'écuffon
des armes de Monfeigneur le Maréchal de Richelien
, fupportées par deux Génies , dont l'un tenoit
des palmes , & l'autre le bâton de Maréchal
entouré de lauriers .Cet écuffon repofoit fur des tro.
phées d'armes. A côté de la ville de Bordeaux étoit
un autre Génie appuyé fur les armes de la Ville .
Dans le focle on lifoit cette infcription : Civi
tas Burdigalenfis . Gubernatori invictiffimo. Dans
l'Attique au- deffus , ornée comme la précédente
, étoit peint en tranfparent un grand foleil
rayonnant , prefque tout couvert , & traversé dans
fon milieu par d'épais nuages , avec ces mots :
Tegitur , dum fulmina pariet ; pour repréſenter la
longue modération du Roi dont les Anglois ont
fi longtemps abufé , & le fecret impénétrable
avec lequel Sa Majesté a préparé & difpofé toutes
les opérations d'une campagne dont le fuccès
étonne aujourd'ui l'Angleterre.
Tout ce qui peut rendre plus éclatante une
grande fête , fut employé dans celle- ci avec une
magnificence extraordinaire. Illumination géné
tale , feux devant les portes , grand fouper où
cert femmes furent fervies par deux cens cava-
Jicis , feu d'artifice très- long & très - heureuſement
exécuté , bal mafqué répété dans fix falles
immenfes, tout ce que l'art , lajoie & le zele peuOCTOBRE.
1756. 227
vent inventer fut mis en ufage pour exprimer
Padmiration pour M. de Richelieu , & l'amour pour
le Roi.
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Résumé : DESCRIPTION de la décoration du Temple de Mars, & du Feu d'artifice que la ville de Bordeaux a fait tirer pour célébrer la prise du Fort S. Philippe.
Le texte décrit les festivités organisées par la ville de Bordeaux pour célébrer la prise du Fort Saint-Philippe, mettant en avant la décoration du Temple de Mars et un feu d'artifice. Le Temple de Mars était un édifice carré de soixante-sept pieds de hauteur, orné d'une balustrade dorée et d'un obélisque surmonté d'un globe d'artifice. Les matériaux utilisés comprenaient du marbre Sérancolin et du marbre verd antique, avec des décorations en grottes. La façade côté Hôtel de Ville présentait un avant-corps de dix-sept pieds de largeur, avec une arcade de neuf pieds de largeur et dix-neuf pieds d'élévation. Cette arcade était ornée de trophées d'armes et de lauriers. Au-dessus de l'arcade, un cartouche doré affichait les armes de France et de Navarre. Dans l'arcade, une statue du Maréchal de Richelieu en habit de Mars était accompagnée d'un génie portant le bâton de Maréchal. De chaque côté de l'avant-corps, deux tableaux en transparent représentaient Neptune libérant la statue du Maréchal et la ville de Bordeaux couronnant les armes du Maréchal. Ces tableaux étaient ornés de bordures dorées et d'inscriptions latines. La célébration comprenait une illumination générale, des feux devant les portes, un grand souper servi par deux cents cavaliers, un feu d'artifice et des bals masqués dans six salles immenses. Cette fête visait à exprimer l'admiration pour le Maréchal de Richelieu et l'amour pour le Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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396
p. 236
AVIS.
Début :
Le Sieur Vernezobre, Peintre, continue de débiter avec succès [...]
Mots clefs :
Peintre, Sieur Vernezobre, Crayons pour peindre, Pastel
397
p. 212-216
LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
Début :
Je vous l'avois bien dit, Madame, avant de partir de Paris, que vous seriez [...]
Mots clefs :
Fête, Brest, Marquis de Constant, Navire, Fleurs, Colonnes, Décors, Baldaquins, Beauté, Buste du roi, Statues, Musique, Bal, Banquets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
LETTRE à Madame de *** ſur une
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
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Résumé : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
La lettre relate une fête somptueuse organisée par le Marquis de Conflans à Brest, à bord de son vaisseau, en novembre 1756, en l'honneur des victoires du Roi. L'auteure, après avoir voyagé à Brest, met en avant les merveilles observées plutôt que les préparatifs militaires contre les Anglais. Le vaisseau, transformé en palais enchanté, accueillait des femmes de la ville et des étrangères, transportées en canots élégamment équipés. Les invités découvraient un décor enchanteur avec des jardins, des bois et des allées de myrtes et de lauriers. Le pont principal, métamorphosé en promenade délicieuse, était paré de fleurs et de verdure. Un salon spacieux, orné de colonnes et de trophées, abritait un portrait du Roi et des symboles de la gloire maritime. La fête se poursuivait dans une autre salle, tendue de blanc, où un repas somptueux a été servi. Une symphonie et un Te Deum animaient le dîner, suivi d'une salve de mousqueterie et de canons imitant un combat naval. La soirée se concluait par un bal illuminé par des bougies, avec des marins chantant des chansons en l'honneur du Roi et de leurs maîtresses. Les dames de Brest, particulièrement gaies et charmantes, participaient avec enthousiasme à la fête, qui se prolongeait jusqu'au matin.
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398
p. 210-211
AUTRE.
Début :
Le sieur Maillard demeurant au Collège de Cambray, place Cambray, [...]
Mots clefs :
Sieur Maillard, Feuilles d'emblêmes, Cadrans de dévotion, Fables, Devises, Almanachs, Ornements, Vignettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE fieur Maillard demeurant au College de
Cambray , place Cambray , près la rue S. Jac
ques à Paris , continue de faire & vendre différens
ouvrages en caracteres & vignettes , &
entreprend de noter les livres d'Eglife ."
On trouvera en fon autre demeure , rue Saint
Jacques, la deuxieme porte cochere au deffus de la
rue des Noyers , une fuite de foixante feuilles
d'emblêmes , fentences , cadrans de dévotion ,
fables , devifes , & autres fujets moraux , ga
lans , en formes d'étrennes , curieufes & inftruc→
tives , & propres à orner des écrans , almanachs,
boîtes, &c. defquels ledit fiear Maillard fait les
envois aux maifons Religieufes , & aux Mar.
chands de province. Ces fujets bien choifis , joints
à la propreté de l'exécution , bien enluminés &
ornés de jolies vignettes deffinées avec goût ,
merité les fuffrages des curieux. On trouvera auſk
ont
AVRIL. 1757. 213
chez le fieur Maillard divers autres fujets peints
avec lefdites vignettes , comme figures Chinoiſes,
papier peint , cartouche, & c,
LE fieur Maillard demeurant au College de
Cambray , place Cambray , près la rue S. Jac
ques à Paris , continue de faire & vendre différens
ouvrages en caracteres & vignettes , &
entreprend de noter les livres d'Eglife ."
On trouvera en fon autre demeure , rue Saint
Jacques, la deuxieme porte cochere au deffus de la
rue des Noyers , une fuite de foixante feuilles
d'emblêmes , fentences , cadrans de dévotion ,
fables , devifes , & autres fujets moraux , ga
lans , en formes d'étrennes , curieufes & inftruc→
tives , & propres à orner des écrans , almanachs,
boîtes, &c. defquels ledit fiear Maillard fait les
envois aux maifons Religieufes , & aux Mar.
chands de province. Ces fujets bien choifis , joints
à la propreté de l'exécution , bien enluminés &
ornés de jolies vignettes deffinées avec goût ,
merité les fuffrages des curieux. On trouvera auſk
ont
AVRIL. 1757. 213
chez le fieur Maillard divers autres fujets peints
avec lefdites vignettes , comme figures Chinoiſes,
papier peint , cartouche, & c,
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Résumé : AUTRE.
Le texte décrit les activités du sieur Maillard, résidant au Collège de Cambray à Paris. Maillard fabrique et vend divers ouvrages en caractères et vignettes, et propose de noter les livres d'Église. Il est également joignable à son domicile de la rue Saint-Jacques, à la deuxième porte cochère au-dessus de la rue des Noyers. Il propose une suite de soixante feuilles d'emblèmes, sentences, cadrans de dévotion, fables, devises et autres sujets moraux et galants, adaptés pour les étrennes. Ces œuvres, destinées à orner des écrans, almanachs, boîtes, etc., sont envoyées à des maisons religieuses et à des marchands de province. Les sujets choisis, combinés à la propreté de l'exécution et à l'enluminure soignée, ainsi qu'aux jolies vignettes définies avec goût, méritent les suffrages des curieux. Maillard offre également divers autres sujets peints avec les mêmes vignettes, tels que des figures chinoises, du papier peint et des cartouches.
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399
p. 165-181
Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Début :
La joie que cet évènement a répandue dans l'Artois, ne s'est [...]
Mots clefs :
Fêtes, Arras, Monseigneur le Comte d'Artois, Naissance, Évêque d'Arras, Te Deum, Mandement, Heureux, Prince, Royaume, Secrétaire, Lettre du roi, Bonheur, Voeux, Providence, Banquets, Conseillers, Militaires, Religieux, Peuple, Vers d'un citoyen d'Arras, Représentations, Feux d'artifice, Destruction d'édifices, Chronographes, Peinture, Médaillons, Symboles, Histoire de l'Artois, Armes, Inscriptions latines, Arts et sciences, Royauté, Bal, Comtes, Comtesses, Marquis, Cérémonies, Sentiments, Vertus, Architecture, Décors, Concert de musique, Jésuites, Capitale, Villes de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Defcription des Fêtes données en la ville d'Arras ,
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
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Résumé : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
À l'occasion de la naissance du Comte d'Artois, Arras a organisé des festivités marquantes. Dès l'annonce de la nouvelle le 11 octobre, des illuminations et des salves d'artillerie ont exprimé la joie publique. L'évêque d'Arras a ordonné un Te Deum le 6 novembre, accompagné d'un mandement célébrant la naissance du prince et appelant à la prière pour sa conservation. Le roi a demandé la célébration du Te Deum dans toutes les églises du diocèse. Le jour de la fête, des cloches ont sonné, des salves d'artillerie ont retenti, et un dîner somptueux a été organisé à l'Hôtel de Ville, avec la présence de personnalités locales. Pendant le repas, de l'argent et des vivres ont été distribués au peuple. Une pièce poétique de M. Harduin a été lue, exprimant la joie et la reconnaissance des citoyens d'Arras. Un feu d'artifice et des illuminations étaient prévus, mais la pluie a perturbé leur réalisation. L'édifice pour le feu d'artifice, conçu par l'architecte Beffara, était orné des armes royales et de chronogrammes. La Société Littéraire a exposé des transparents avec des médaillons imaginés par M. Camp, dont le premier représentait l'histoire de l'Artois symbolisée par une femme tenant un médaillon aux armes du Comte d'Artois. Le 6 novembre, un bal a été organisé à l'Hôtel de Ville, décoré somptueusement, avec un buffet pour deux mille personnes. Les États d'Artois ont reporté leurs actions de grâce pour permettre à tous les membres de participer. Le 21 novembre, après une séance solennelle, un Te Deum a été chanté à l'église des Récollets, suivi d'un dîner pour deux cent vingt-cinq personnes. Des salves d'artillerie ont annoncé les santés du Roi, du Dauphin et du nouveau prince, et des pièces d'argent ont été jetées au peuple. Un feu d'artifice en forme de temple a été tiré sur la grande place, illustrant diverses vertus et emblèmes. Les façades de l'Hôtel des États ont été illuminées, et un concert ainsi qu'un bal ont clôturé la fête. Des soupers et distributions de vivres aux pauvres ont été organisés par l'évêque d'Arras et d'autres dignitaires. Le 30 novembre, les Jésuites ont chanté un Te Deum, et une harangue latine a félicité la province pour la naissance du nouveau Comte. D'autres villes de l'Artois ont également célébré cet événement. Par ailleurs, le Roi a nommé de nouveaux commandants pour les côtes de la Méditerranée, la Guyenne, et le Gouvernement de l'Orléannois.
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AUTRE.
Début :
Le sieur Prudhomme, Marchand, rue des Lombards, vis-à-vis celle [...]
Mots clefs :
Marchand, Papier d'Indes, Décors, Tapisserie
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE fieur Prudhomme , Marchand , rue des Lombards
, vis-à-vis celle des cinq diamans , à la Prudence
, à Paris , donne avis qu'il lui eſt arrivé un
affortiment de très- beau papier des Indes , peint
des différentes grandeur & fonds , propre pour tapifferies
, deffus de portes , écrans & paravents ,
& qu'il eft afforti dans ces fortes de papiers , de
façon à ne laifler rien à déflrer.
LE fieur Prudhomme , Marchand , rue des Lombards
, vis-à-vis celle des cinq diamans , à la Prudence
, à Paris , donne avis qu'il lui eſt arrivé un
affortiment de très- beau papier des Indes , peint
des différentes grandeur & fonds , propre pour tapifferies
, deffus de portes , écrans & paravents ,
& qu'il eft afforti dans ces fortes de papiers , de
façon à ne laifler rien à déflrer.
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