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1
p. 92-93
Monseigneur le Duc de Bourgogne. [titre d'après la table]
Début :
Pour faire connoistre quel est l'objet de mon émulation, [...]
Mots clefs :
Esprits, Émulation, Duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : Monseigneur le Duc de Bourgogne. [titre d'après la table]
Quelqueagrément
que je puissejetter dans
mon Livre par des Poësies
galantes& badines)
on me dira qu'il faut des
Pieces solides pour contenter
les esprits solides.
Je ne le sçay que trop;
mon unique ambition
serois d'amuser par quelque
ouvrage sublime cet
esprit véritablement solide
dont la pénétration
& l'étendue nese fait
qu'un Jeu des Sciences
les plus profondes.
Pour faire connoistre
quel estl'objet de mon
émulation
)
il n'est pas
neccessaire que je prononce
son grand nom. On
fait qu'il est entre les
esprits du premier ordre,
ce qu'il est entre les Princes
du premier rang.
Quoy donc, parce que
je n'ay rien icy qui merite
l'attention de ce grand
Piiiice, n'honorera -t - il
point mes Bagatelles
'(j'un coup d'oeil. Ce seul
coupd'oeil feroit la fortune
de mon Livre, 6C
donneroit à l'Auteur
tant d'émulation qù-il,
seroit à coup feur son sécond
Livre plus solide,
que le premier.
que je puissejetter dans
mon Livre par des Poësies
galantes& badines)
on me dira qu'il faut des
Pieces solides pour contenter
les esprits solides.
Je ne le sçay que trop;
mon unique ambition
serois d'amuser par quelque
ouvrage sublime cet
esprit véritablement solide
dont la pénétration
& l'étendue nese fait
qu'un Jeu des Sciences
les plus profondes.
Pour faire connoistre
quel estl'objet de mon
émulation
)
il n'est pas
neccessaire que je prononce
son grand nom. On
fait qu'il est entre les
esprits du premier ordre,
ce qu'il est entre les Princes
du premier rang.
Quoy donc, parce que
je n'ay rien icy qui merite
l'attention de ce grand
Piiiice, n'honorera -t - il
point mes Bagatelles
'(j'un coup d'oeil. Ce seul
coupd'oeil feroit la fortune
de mon Livre, 6C
donneroit à l'Auteur
tant d'émulation qù-il,
seroit à coup feur son sécond
Livre plus solide,
que le premier.
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Résumé : Monseigneur le Duc de Bourgogne. [titre d'après la table]
L'auteur souhaite créer des œuvres littéraires pour des esprits exigeants. Il aspire à produire un ouvrage sublime et solide. Il espère l'attention d'une figure illustre, dont un simple regard suffirait à valoriser son livre et l'encourager à écrire un second ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 353-355
Avertissement qui ne sert à rien.
Début :
Ceux qui jugeront à propos d'envoyer quelques Pieces au [...]
Mots clefs :
Émulation, Mercure, Public
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texteReconnaissance textuelle : Avertissement qui ne sert à rien.
Avertiſſement qui nefert à rien.
Ceux qui jugeront à propos
d'envoyer quelques Pieces au
( Mercure , font encore priez d'avoir
le ſoin de ſe ſouvenir de rendre
leurs Memoires lifibles , fi
leur intention eſt de les voir imprimez
, & d'en payer toûjours le
port , autrement il n'en ſera fait
nulle mention. On leur recommande
ſur tout , d'éviter la prolixité
, de ne tirer à cartouches fur
perfonne , & de faire enforte
que leur ftile ſoit moins negligé
que le mien; mais ce n'eſtpasma
faute , s'il l'eſt autant qu'il me le
paroît à moy-même. J'ay autre
choſe à faire ,j'ay mes amis à
voir tous les cours , trente lettres
à écrire par ſemaine , un Livre à
compoſer tous les mois , & les
Octobre 1714 . Gg
354 MERCURE
jours vont vite. D'ailleurs il y a
peu d'émulation , ou s'il y en a
ce qu'elle produit de raiſonnable
vient rarement juſqu'à moy ; enfin
je ſuis obligé de me foûtenir
presque tout seul , & de marcher
Sans bâton.
Pedibus me *
Portomeis , nullo dextramfubeunte
babillo.
Cette recrimination fur le Public
& fur moy même , eſt une
preuve que je connois mes deffauts
; mais , Meſſieurs , je vous
avoue qu'à l'exception de certainsArticles
qui roulent ſur des
objets tres-refpectables, je traite
de raiſonnements fans confequence
, ou de chanfons, preſque
tout ce que j'écris , cela n'empê
che pas que je ne ſçache encore
Juvenal.
GALANT . 355
mieux me rendre juſtice , & que
je ne ſente enfin :
Qu'il ne vous convient pas , quelque
effort que jefaße ,
D'accepter de mes vers les tributs
indifcrets ,
A moins qu' Apollon en ma place ,
Ne vous presente mes placets ,
Ou que ce Dieu nedonne aux chanfons
que je fais ,
L'esprit , l'ame , &lefel d'Horace.
Ainsi , Meſſieurs , ſi Melpomene
ou Thalie veulent diſputer entre
elles à qui m'aura ,je ſuivray
le char de la Muſe victorieuſe ,
& je chaufferay le Cothurne , ou
le brodequin au gré de celle
qui m'inſpirera. Vous verrez le
mois prochain l'uſage que je feray
des conſeils de la Nymphe à
qui j'appartiendray.
Ceux qui jugeront à propos
d'envoyer quelques Pieces au
( Mercure , font encore priez d'avoir
le ſoin de ſe ſouvenir de rendre
leurs Memoires lifibles , fi
leur intention eſt de les voir imprimez
, & d'en payer toûjours le
port , autrement il n'en ſera fait
nulle mention. On leur recommande
ſur tout , d'éviter la prolixité
, de ne tirer à cartouches fur
perfonne , & de faire enforte
que leur ftile ſoit moins negligé
que le mien; mais ce n'eſtpasma
faute , s'il l'eſt autant qu'il me le
paroît à moy-même. J'ay autre
choſe à faire ,j'ay mes amis à
voir tous les cours , trente lettres
à écrire par ſemaine , un Livre à
compoſer tous les mois , & les
Octobre 1714 . Gg
354 MERCURE
jours vont vite. D'ailleurs il y a
peu d'émulation , ou s'il y en a
ce qu'elle produit de raiſonnable
vient rarement juſqu'à moy ; enfin
je ſuis obligé de me foûtenir
presque tout seul , & de marcher
Sans bâton.
Pedibus me *
Portomeis , nullo dextramfubeunte
babillo.
Cette recrimination fur le Public
& fur moy même , eſt une
preuve que je connois mes deffauts
; mais , Meſſieurs , je vous
avoue qu'à l'exception de certainsArticles
qui roulent ſur des
objets tres-refpectables, je traite
de raiſonnements fans confequence
, ou de chanfons, preſque
tout ce que j'écris , cela n'empê
che pas que je ne ſçache encore
Juvenal.
GALANT . 355
mieux me rendre juſtice , & que
je ne ſente enfin :
Qu'il ne vous convient pas , quelque
effort que jefaße ,
D'accepter de mes vers les tributs
indifcrets ,
A moins qu' Apollon en ma place ,
Ne vous presente mes placets ,
Ou que ce Dieu nedonne aux chanfons
que je fais ,
L'esprit , l'ame , &lefel d'Horace.
Ainsi , Meſſieurs , ſi Melpomene
ou Thalie veulent diſputer entre
elles à qui m'aura ,je ſuivray
le char de la Muſe victorieuſe ,
& je chaufferay le Cothurne , ou
le brodequin au gré de celle
qui m'inſpirera. Vous verrez le
mois prochain l'uſage que je feray
des conſeils de la Nymphe à
qui j'appartiendray.
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4
p. 198-207
ARCHITECTURE.
Début :
Nous avons eu plusieurs fois occasion de parler de l'utilité & du progrès de [...]
Mots clefs :
Jacques-François Blondel, Émulation, Leçon, Dessin, Architecture, Progrès, Goût, Art, Cours d'architecture, Élèves
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE.
ARCHITECTURE.
N de parler de Futilité & du progrès de
Ous avons eu plufieurs fois occafion
l'Ecole des Arts , établie à Paris par M."
Blondel, Profeffeur d'Architecture , rue de
ta Harpe ; mais les foins continuels que
fe donne cet Artifte pour le bien public &
la gloire de fon art , nous fourniffent fouvent
de nouveaux fujets de renouveller les
éloges que nous avons donnés au chef &
aux éleves. Les cours publics d'architecture
que M. Blondel donne chez lui gratuitement
les Jeudis , Samedis & DimanJUI
N. 1755
THELLE
J
ches , divifés
en Cours élémentaires
, de
YON
93
*
tique & de théorie , & que nous avons
annoncés dans les Mercures de Juin 17
& Juillet 1754 , n'ont point diminué fes
attentions pour les élèves qui lui font
confiés ; mais pour rendre fes contemporains
témoins des espérances que
l'on
peut
concevoir des talens naiffans de fes difciples
, M. Blondel a diftribué le 26 du mois
d'Octobre dernier , en préfence d'une affemblée
nombreufe & choifie , les prix
qu'il avoit propofés par divers programmes.
>
Les projets admis au concours furent
jugés par les Académiciens & les Artiſtes
les plus célebres , par les amateurs & les
connoiffeurs les plus éclairés , que le Profeffeur
avoit invités chez lui , & qui fe
font fait un plaifir de feconder par leur
préfence l'émulation des éleves & le zéle de
l'auteur. Douze de ces éleves ont concouru
dans quatre différens genres de talens
dont plufieurs d'entr'eux avoient déja remporté
des prix les années précédentes,
Par le premier programme pour les prix
d'architecture , on demandoit un édifice
public contenant diverfes galeries au
premier étage qui devoit être élevé fur
» un foubaſſement ; quelques -unes de ces
y galeries devoient être deftinées en parti,
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE .
ور
» culier à contenir une bibliothéque , ainfi
» que la collection des eftampes & des
» deffeins des grands maîtres ; les autres
» devoient fervir de dépôt pour les antiques
; les médailles , &c. Il falloit auffi
» dans cet édifice deux magnifiques fal
» lons ; l'un pour contenir les tableaux des
» différentes écoles de l'Europe ; l'autre
" pour raffenibler les diverfes curiofités
» concernant l'hiftoire naturelle ; enforte
que ce temple des fciences , des arts &
» du goût , diftribué avec fymmétrie , &
compofé de formes régulieres & graves (
» devoit fuppofer pouvoir contenir dans
» un même lieu les livres , les manuf
crits , les eftampes , les médailles & les
bronzes qui fe voient à la Bibliothéque
du Roi , rue de Richelieu ; les antiques
» du Louvre , les tableaux du Luxem
bourg , & les cabinets d'hiftoire naturelle
du Jardin royal. Toutes ces diffé
rentes piéces devoient avoir chacune les
dépendances de leur reffort , & fe communiquer
par de grands efcaliers , auf
quels il falloit arriver à couvert dès la
principale entrée de l'édifice .
3
On diftribua pour ce projet trois prix ,
qui confiftoient en trois médailles d'argent
, la premiere d'un marc , &c. Celleci
fut adjugée à Samuel- Bernard Perron s
JUIN. 1755. 201
le cadet , de Poiffi ; la feconde à Jacques
Dumont , de Limoges , & la troiſieme â
Jean-Baptifte Daubenton de Paris .
ខ
"
Par le fecond programme , on exigebit
le projet d'une fontaine propre à être
R érigée au milieu d'une grande place ,
» telle que l'efplanade du pont tournant.
» Cette fontaine devoit être dans le goût:
de celle de la Place Navonne , à Rome ;
le bas pouvoit être compofé d'une archi
» tecture ferme & ruftique , élevée au mi-
» lieu d'un grand baffin de forme variée ;
» ou bien , au lieu d'architecture , on pouvoit
faire ufage de rochers , dont la plus
grande partie percée à jour laifferoit voirt
» des nappes , ou torrens d'eau d'un aſſez ,
gros volume. Au deffus de cette archi-
» tecture ou rocher pouvoient être pla-
» cées plufieurs figures , telles que celles dé
la ville de Paris , celles du commerce ,
» l'abondance , la Seine , la Marne , des
» Nymphes , des Tritons , &c. au milieu
» defquelles devoit s'élever une grande.
"pyramide ou colonne.coloffale enrichie.
» de fculptures relatives au fujet , & termi-,
» née ( en fuppofant qu'on préférât la co-
» lonne à la pyramide ) de la ftatue pé-
» deftre du Prince , ou autrement de fes
armes & fupports . Biogr
Ce prixa été remporté par Jean Raphaël
1
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Servandoni , fils du célebre Peintre &
Architecte de ce nom ; il avoit préferé l'o
bélifque à la colonne.
Le troifieme prix étoit deftiné à celui
des douze concourans qui auroit le mieux
imité un fort beau deffein en encre de
la Chine de Gilles Oppenor , repréſentant
un morceau d'architecture mêlé de figures
& de payfages , du cabinet de M. Perronet.
Il fut adjugé à Bernard Jofeph Perron ;
Paîné , de Poiffi .
·
Le quatrieme enfin étoit un Deffein fur
papier bleu, du cabinet de M. d'Argenville,
original de Noël Coypel , repréfentant un
fujet d'hiftoire romaine : il fut décerné à
Jacques Dumont , de Limoges.
Dans les compofitions qui n'ont point
remporté de prix , on en a remarqué plu
fieurs dignes d'applaudiffemens ; ce qui fir
fouhaiter aux amateurs d'avoir une plus
grande quantité de médailles à diftribuer.
De ce nombre étoient les projets de René
Lamboth ; de Paris ; de Charles Gontard
de Bareith , & de Jacques Heumann ,
d'Hanovre , & c .
A propos de la diftribution de ces prix ,
nous allons donner une idée du plan de
cette école des arts : nous croyons qu'on
verra avec plaifir l'ordre & l'enchaînement
des leçons publiques & particulieres qui
JUIN. 1755. 203
4
teur en a dic s'y donnent. Voici à peu près ce que l'au
lui - même dans divers programmes
qu'il a fait imprimer,
Après plufieurs années d'études , dit- il ,
& après avoir formé plufieurs éleves , dont
quelques- uns font penfionnaires de Sa
Majesté à Rome , & d'autres font de retour
en France , il avoit fenti que fon travail
feroit infuffifant s'il ne le portoit plus
loin , parce qu'il entendoit continuellement
ces élèves même s'écrier , que l'étude que
le Profeffeur leur propofoit , ainfi que
la
connoiffance directe de tous les arts, étoient
ignorées de la plupart des perfonnes de la
profeffion ; que Meffieurs tels & tels ne
fçavoient rien ou très - peu de chofe ; que
la plupart de ceux - même qui ont le plus
de réputation , n'avoient aucune teinture
des mathématiques , & qu'ils deffinoient
médiocrement ; que celui - ci ne poffedoir
bien que la diftribution ; que celui - là n'entendoit
que la partie de la décoration intérieure
, l'un la conftruction , l'autre la
partie du jardinage , &c. que d'ailleurs
la plus grande partie des hommes en place
méconnoiffoient les talens , eftimoient peu
les arts , & regardoient avec indifférence
les Artiftes. Ce langage , qui n'eft que trop
commun & qui n'eft pas fans fondement
eft presque toujours celui de la multitude
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
il contribue infenfiblement à déterminer
moins d'excellens fujets ; il amene au relâ
chement de l'étude , & ne nous fournit
que des hommes fuperficiels.
Pour remédier à un abus auffi préjudiciable
au progrès des arts , pour arrêter le
cours d'un propos fi funefte , & exciter une
véritable émulation chez nos citoyens , M.
Blondel a ouvert gratuitement des leçons
publiques mais pour que ces leçons puffent
tourner au profit de la fociété en
général , il les a préfentées fous différentes
faces , fuivant qu'il a reconnu la néceffité
de parler à chacun le langage qui lui convenoit
. Ce moyen lui a réuffi , ainfi que
l'on devoit s'y attendre . En effet , fon cours
élémentaire conduit néceffairement les
hommes bien nés aux connoiffances dur
beau , leur fraye une route sûre pour juger
pertinemment de nos édifices , les accoutume
à fe dépouiller de tout préjugé natio
nal , & leur fait connoître les auteurs &
les Artiftes les plus célebres : ces lumieres
acquifes de la part des amateurs , devien
nent fans doute une faveur de plus pour
l'Artifte qui veut devenir habile , parce
qu'il conçoit par- là que fes talens feront
préconisés par des hommes éclairés , &
que ce fera autant d'obftacles pour les
hommes médiocres qui oferont moins fe
JUIN. 1755. 205-
: montrer au grand jour. D'ailleurs le
nombre des honnêtes gens qui font attirés
à ce cours élémentaire , contribue à l'ému-}
lation qui regne dans cette école : il infpire
aux éleves qui font confiés au Profeffeur
le defir de s'inftruire , les engage à la dé->
cence , & excite en eux l'amour du bien ;
autant de motifs infaillibles pour former à
l'avenir des chefs intelligens..
Son cours de théorie eft deſtiné , non
feulement aux jeunes Architectes , mais
aux Peintres , Sculpteurs , Décorateurs ,
Graveurs , qui fe trouvant ainfi raffemblés , 1
& conférant enfemble à certains jours !
nommés , s'entrecommuniquent leurs dis
verfes connoiffances , leurs découvertes ,
leurs productions , & s'entretiennent utilement
des fciences & des arts. Le Géomé-:
tre acquiert du goût ; l'Artifte regle fes :
idées par le fecours du Mathématicien :>
tous fe réuniffent avec le Profeffeur. pour
vifiter avec fuccès les édifices du fiecle
paffé , & fe procurent une entrée libre
dans les atteliers de nos célebres Artiftes.i
Les bibliothèques , les édifices facrés , les
maifons royales , les cabinets des curieux ,
s'offrent à leurs regards ; en un mot , tout
devient commun entr'eux ; de là la route
des arts plus facile , l'étude plus agréable ,
& les progrès plus sûts.
206 MERCURE DE FRANCE.
Son cours de pratique deſtiné aux ouvriers
du bâtiment , met le comble à l'entrepriſe.
Quatre - vingt hommes tous les
Dimanches & Fêtes occupent pendant la
matinée leur loifir à puifer dans cette,
école les différentes connoiffances dont ils
ont befoin. Le Maçon , le Charpentier , le
Menuifier , le Serrurier , y viennent ap-;.
prendre la géométrie pratique , & les prin- i
cipes relatifs à leur profeffion ; tout l'après-
midi ces mêmes hommes font occupés
à l'exercice du deffein dans différens gen-:
res. Mais pour porter plus loin la perfection
du goût , M. Blondel reçoit auffi dans
fes leçons l'Orfevre , le Bijoutier , le Cifeleur
, & c. on leur communique d'excel
lens originaux , & ils font corrigés exac
tement par des Profeffeurs & par les plus!
anciens éleves reconnus capables ; enforte
que le praticien , le théoricien , l'homme
de goût , font un tout qui encourage le
débutant , affermit l'homme déja capable ,
& donne lieu d'efpérer qu'avant peu d'années
la beauté des formes , l'élégance des
contours , la fymmétrie , reprendront le
deffus & la place des ornemens chiméri- .
ques & hazardés , dont tous les arts de
goût fe font reffentis depuis près de vingt
années *.
* J'ai eu la curiofité d'aller un Dimanche
JUIN. 175.5. 207
En un mot , cette école renouvellant
dans Paris celle d'Athènes , réunit les arts
utiles & les arts agréables : l'architecture ,
les mathématiques , la figure & le deffein
en général , la ſculpture , les fortifications,
la coupe des pierres , font autant de parties
qu'on y enfeigne avec émulation & fuccès.
Quels éloges ne mérite donc pas le fondateur
d'un établiffement fi avantageux à la
fociété ! peut-il être trop préconifé , foutenu
& autorifé ? Le zele infatigable & les
talens décidés de l'Auteur ne font-ils pas
dignes des plus hautes récompenfes & de
la reconnoiffance du public ?
matin fur les dix heures , pour juger par moimême
de l'utilité de ce cours dont on m'avoit
parlé fi avantageufement , & je dois avouer que
j'ai été frappé de l'ordre , de l'exactitude , de l'ardeur
& de l'émulation que j'ai remarquées , tant de
la part des artifans , que de celle des Profeffeurs &
du Chef, dent la capacité , la politeffe & le zele
ne fçauroient être trop applaudis,
N de parler de Futilité & du progrès de
Ous avons eu plufieurs fois occafion
l'Ecole des Arts , établie à Paris par M."
Blondel, Profeffeur d'Architecture , rue de
ta Harpe ; mais les foins continuels que
fe donne cet Artifte pour le bien public &
la gloire de fon art , nous fourniffent fouvent
de nouveaux fujets de renouveller les
éloges que nous avons donnés au chef &
aux éleves. Les cours publics d'architecture
que M. Blondel donne chez lui gratuitement
les Jeudis , Samedis & DimanJUI
N. 1755
THELLE
J
ches , divifés
en Cours élémentaires
, de
YON
93
*
tique & de théorie , & que nous avons
annoncés dans les Mercures de Juin 17
& Juillet 1754 , n'ont point diminué fes
attentions pour les élèves qui lui font
confiés ; mais pour rendre fes contemporains
témoins des espérances que
l'on
peut
concevoir des talens naiffans de fes difciples
, M. Blondel a diftribué le 26 du mois
d'Octobre dernier , en préfence d'une affemblée
nombreufe & choifie , les prix
qu'il avoit propofés par divers programmes.
>
Les projets admis au concours furent
jugés par les Académiciens & les Artiſtes
les plus célebres , par les amateurs & les
connoiffeurs les plus éclairés , que le Profeffeur
avoit invités chez lui , & qui fe
font fait un plaifir de feconder par leur
préfence l'émulation des éleves & le zéle de
l'auteur. Douze de ces éleves ont concouru
dans quatre différens genres de talens
dont plufieurs d'entr'eux avoient déja remporté
des prix les années précédentes,
Par le premier programme pour les prix
d'architecture , on demandoit un édifice
public contenant diverfes galeries au
premier étage qui devoit être élevé fur
» un foubaſſement ; quelques -unes de ces
y galeries devoient être deftinées en parti,
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE .
ور
» culier à contenir une bibliothéque , ainfi
» que la collection des eftampes & des
» deffeins des grands maîtres ; les autres
» devoient fervir de dépôt pour les antiques
; les médailles , &c. Il falloit auffi
» dans cet édifice deux magnifiques fal
» lons ; l'un pour contenir les tableaux des
» différentes écoles de l'Europe ; l'autre
" pour raffenibler les diverfes curiofités
» concernant l'hiftoire naturelle ; enforte
que ce temple des fciences , des arts &
» du goût , diftribué avec fymmétrie , &
compofé de formes régulieres & graves (
» devoit fuppofer pouvoir contenir dans
» un même lieu les livres , les manuf
crits , les eftampes , les médailles & les
bronzes qui fe voient à la Bibliothéque
du Roi , rue de Richelieu ; les antiques
» du Louvre , les tableaux du Luxem
bourg , & les cabinets d'hiftoire naturelle
du Jardin royal. Toutes ces diffé
rentes piéces devoient avoir chacune les
dépendances de leur reffort , & fe communiquer
par de grands efcaliers , auf
quels il falloit arriver à couvert dès la
principale entrée de l'édifice .
3
On diftribua pour ce projet trois prix ,
qui confiftoient en trois médailles d'argent
, la premiere d'un marc , &c. Celleci
fut adjugée à Samuel- Bernard Perron s
JUIN. 1755. 201
le cadet , de Poiffi ; la feconde à Jacques
Dumont , de Limoges , & la troiſieme â
Jean-Baptifte Daubenton de Paris .
ខ
"
Par le fecond programme , on exigebit
le projet d'une fontaine propre à être
R érigée au milieu d'une grande place ,
» telle que l'efplanade du pont tournant.
» Cette fontaine devoit être dans le goût:
de celle de la Place Navonne , à Rome ;
le bas pouvoit être compofé d'une archi
» tecture ferme & ruftique , élevée au mi-
» lieu d'un grand baffin de forme variée ;
» ou bien , au lieu d'architecture , on pouvoit
faire ufage de rochers , dont la plus
grande partie percée à jour laifferoit voirt
» des nappes , ou torrens d'eau d'un aſſez ,
gros volume. Au deffus de cette archi-
» tecture ou rocher pouvoient être pla-
» cées plufieurs figures , telles que celles dé
la ville de Paris , celles du commerce ,
» l'abondance , la Seine , la Marne , des
» Nymphes , des Tritons , &c. au milieu
» defquelles devoit s'élever une grande.
"pyramide ou colonne.coloffale enrichie.
» de fculptures relatives au fujet , & termi-,
» née ( en fuppofant qu'on préférât la co-
» lonne à la pyramide ) de la ftatue pé-
» deftre du Prince , ou autrement de fes
armes & fupports . Biogr
Ce prixa été remporté par Jean Raphaël
1
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Servandoni , fils du célebre Peintre &
Architecte de ce nom ; il avoit préferé l'o
bélifque à la colonne.
Le troifieme prix étoit deftiné à celui
des douze concourans qui auroit le mieux
imité un fort beau deffein en encre de
la Chine de Gilles Oppenor , repréſentant
un morceau d'architecture mêlé de figures
& de payfages , du cabinet de M. Perronet.
Il fut adjugé à Bernard Jofeph Perron ;
Paîné , de Poiffi .
·
Le quatrieme enfin étoit un Deffein fur
papier bleu, du cabinet de M. d'Argenville,
original de Noël Coypel , repréfentant un
fujet d'hiftoire romaine : il fut décerné à
Jacques Dumont , de Limoges.
Dans les compofitions qui n'ont point
remporté de prix , on en a remarqué plu
fieurs dignes d'applaudiffemens ; ce qui fir
fouhaiter aux amateurs d'avoir une plus
grande quantité de médailles à diftribuer.
De ce nombre étoient les projets de René
Lamboth ; de Paris ; de Charles Gontard
de Bareith , & de Jacques Heumann ,
d'Hanovre , & c .
A propos de la diftribution de ces prix ,
nous allons donner une idée du plan de
cette école des arts : nous croyons qu'on
verra avec plaifir l'ordre & l'enchaînement
des leçons publiques & particulieres qui
JUIN. 1755. 203
4
teur en a dic s'y donnent. Voici à peu près ce que l'au
lui - même dans divers programmes
qu'il a fait imprimer,
Après plufieurs années d'études , dit- il ,
& après avoir formé plufieurs éleves , dont
quelques- uns font penfionnaires de Sa
Majesté à Rome , & d'autres font de retour
en France , il avoit fenti que fon travail
feroit infuffifant s'il ne le portoit plus
loin , parce qu'il entendoit continuellement
ces élèves même s'écrier , que l'étude que
le Profeffeur leur propofoit , ainfi que
la
connoiffance directe de tous les arts, étoient
ignorées de la plupart des perfonnes de la
profeffion ; que Meffieurs tels & tels ne
fçavoient rien ou très - peu de chofe ; que
la plupart de ceux - même qui ont le plus
de réputation , n'avoient aucune teinture
des mathématiques , & qu'ils deffinoient
médiocrement ; que celui - ci ne poffedoir
bien que la diftribution ; que celui - là n'entendoit
que la partie de la décoration intérieure
, l'un la conftruction , l'autre la
partie du jardinage , &c. que d'ailleurs
la plus grande partie des hommes en place
méconnoiffoient les talens , eftimoient peu
les arts , & regardoient avec indifférence
les Artiftes. Ce langage , qui n'eft que trop
commun & qui n'eft pas fans fondement
eft presque toujours celui de la multitude
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
il contribue infenfiblement à déterminer
moins d'excellens fujets ; il amene au relâ
chement de l'étude , & ne nous fournit
que des hommes fuperficiels.
Pour remédier à un abus auffi préjudiciable
au progrès des arts , pour arrêter le
cours d'un propos fi funefte , & exciter une
véritable émulation chez nos citoyens , M.
Blondel a ouvert gratuitement des leçons
publiques mais pour que ces leçons puffent
tourner au profit de la fociété en
général , il les a préfentées fous différentes
faces , fuivant qu'il a reconnu la néceffité
de parler à chacun le langage qui lui convenoit
. Ce moyen lui a réuffi , ainfi que
l'on devoit s'y attendre . En effet , fon cours
élémentaire conduit néceffairement les
hommes bien nés aux connoiffances dur
beau , leur fraye une route sûre pour juger
pertinemment de nos édifices , les accoutume
à fe dépouiller de tout préjugé natio
nal , & leur fait connoître les auteurs &
les Artiftes les plus célebres : ces lumieres
acquifes de la part des amateurs , devien
nent fans doute une faveur de plus pour
l'Artifte qui veut devenir habile , parce
qu'il conçoit par- là que fes talens feront
préconisés par des hommes éclairés , &
que ce fera autant d'obftacles pour les
hommes médiocres qui oferont moins fe
JUIN. 1755. 205-
: montrer au grand jour. D'ailleurs le
nombre des honnêtes gens qui font attirés
à ce cours élémentaire , contribue à l'ému-}
lation qui regne dans cette école : il infpire
aux éleves qui font confiés au Profeffeur
le defir de s'inftruire , les engage à la dé->
cence , & excite en eux l'amour du bien ;
autant de motifs infaillibles pour former à
l'avenir des chefs intelligens..
Son cours de théorie eft deſtiné , non
feulement aux jeunes Architectes , mais
aux Peintres , Sculpteurs , Décorateurs ,
Graveurs , qui fe trouvant ainfi raffemblés , 1
& conférant enfemble à certains jours !
nommés , s'entrecommuniquent leurs dis
verfes connoiffances , leurs découvertes ,
leurs productions , & s'entretiennent utilement
des fciences & des arts. Le Géomé-:
tre acquiert du goût ; l'Artifte regle fes :
idées par le fecours du Mathématicien :>
tous fe réuniffent avec le Profeffeur. pour
vifiter avec fuccès les édifices du fiecle
paffé , & fe procurent une entrée libre
dans les atteliers de nos célebres Artiftes.i
Les bibliothèques , les édifices facrés , les
maifons royales , les cabinets des curieux ,
s'offrent à leurs regards ; en un mot , tout
devient commun entr'eux ; de là la route
des arts plus facile , l'étude plus agréable ,
& les progrès plus sûts.
206 MERCURE DE FRANCE.
Son cours de pratique deſtiné aux ouvriers
du bâtiment , met le comble à l'entrepriſe.
Quatre - vingt hommes tous les
Dimanches & Fêtes occupent pendant la
matinée leur loifir à puifer dans cette,
école les différentes connoiffances dont ils
ont befoin. Le Maçon , le Charpentier , le
Menuifier , le Serrurier , y viennent ap-;.
prendre la géométrie pratique , & les prin- i
cipes relatifs à leur profeffion ; tout l'après-
midi ces mêmes hommes font occupés
à l'exercice du deffein dans différens gen-:
res. Mais pour porter plus loin la perfection
du goût , M. Blondel reçoit auffi dans
fes leçons l'Orfevre , le Bijoutier , le Cifeleur
, & c. on leur communique d'excel
lens originaux , & ils font corrigés exac
tement par des Profeffeurs & par les plus!
anciens éleves reconnus capables ; enforte
que le praticien , le théoricien , l'homme
de goût , font un tout qui encourage le
débutant , affermit l'homme déja capable ,
& donne lieu d'efpérer qu'avant peu d'années
la beauté des formes , l'élégance des
contours , la fymmétrie , reprendront le
deffus & la place des ornemens chiméri- .
ques & hazardés , dont tous les arts de
goût fe font reffentis depuis près de vingt
années *.
* J'ai eu la curiofité d'aller un Dimanche
JUIN. 175.5. 207
En un mot , cette école renouvellant
dans Paris celle d'Athènes , réunit les arts
utiles & les arts agréables : l'architecture ,
les mathématiques , la figure & le deffein
en général , la ſculpture , les fortifications,
la coupe des pierres , font autant de parties
qu'on y enfeigne avec émulation & fuccès.
Quels éloges ne mérite donc pas le fondateur
d'un établiffement fi avantageux à la
fociété ! peut-il être trop préconifé , foutenu
& autorifé ? Le zele infatigable & les
talens décidés de l'Auteur ne font-ils pas
dignes des plus hautes récompenfes & de
la reconnoiffance du public ?
matin fur les dix heures , pour juger par moimême
de l'utilité de ce cours dont on m'avoit
parlé fi avantageufement , & je dois avouer que
j'ai été frappé de l'ordre , de l'exactitude , de l'ardeur
& de l'émulation que j'ai remarquées , tant de
la part des artifans , que de celle des Profeffeurs &
du Chef, dent la capacité , la politeffe & le zele
ne fçauroient être trop applaudis,
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Résumé : ARCHITECTURE.
Jacques-François Blondel a fondé à Paris une École des Arts, où il dispensait des cours publics gratuits les jeudis, samedis et dimanches. Ces cours étaient divisés en trois catégories : élémentaires, de pratique et de théorie. Leur objectif principal était de former des élèves talentueux et de favoriser le progrès des arts. En octobre 1755, Blondel a organisé une assemblée pour distribuer des prix. Douze élèves ont participé à cette compétition, qui était structurée en quatre genres différents. Les projets des élèves ont été évalués par des académiciens, des artistes renommés, des amateurs et des connaisseurs éclairés. Les prix ont été attribués pour divers programmes, incluant la conception d'un édifice public avec des galeries, une fontaine, et des imitations de dessins. L'École des Arts de Blondel visait à combler les lacunes dans la connaissance des arts parmi les professionnels. Elle offrait des leçons publiques et privées, réunissant architectes, peintres, sculpteurs, décorateurs, graveurs et ouvriers du bâtiment. Les cours couvraient divers domaines tels que l'architecture, les mathématiques, la sculpture et les fortifications. L'objectif était de former des artisans compétents et de promouvoir l'excellence dans les arts.
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