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1
p. [2]59-261
Ils vont voir plusieurs belles Maisons à Paris. [titre d'après la table]
Début :
Un autre jour ils allerent voir la maison de Mr de [...]
Mots clefs :
Belles maisons, Relief, Places fortes, Palais des Tuileries, Paris, Maison de Monsieur de Louvois
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texteReconnaissance textuelle : Ils vont voir plusieurs belles Maisons à Paris. [titre d'après la table]
Un autre jour ils allerent
voir la maifon de M. de
Louvois àParis , & trouverent
que tout y estoit fi bien en-
Yij
260 IV.P. du Voyage
r
tendu , tant pour le bâtiment
que pour les meubles , qu'ils
dirent que l'esprit & la conduite
du Maistre paroifſſoit en
toutes choses. Ils allerent enfuite
chez Madame Colbert,
qu'ils ne trouverent pas : M
de Seignelay logeant dans le
même Hôtel , ils virent ſon
Cabinet, dont ils admirerent
les Tableaux. Ils virent en
s'en retournant la maiſon de
M de S. Poange , qu'ils trouverent
la plus agreable qu'ils
euffent encore veuë. M fon
fils lesy receut , & leur donna
une galanteCollation, ou
1
desAmb. de Siam. 261
pluſieurs fortes de liqueurs
Ieur furent ſervies. On leur
a fait voir les Places fortes qui
appartiennent au Roy , qui
font en relief au Palais des
Thuileries , & ils reconnurent
d'abord toutes celles où ils
sont eſté.
voir la maifon de M. de
Louvois àParis , & trouverent
que tout y estoit fi bien en-
Yij
260 IV.P. du Voyage
r
tendu , tant pour le bâtiment
que pour les meubles , qu'ils
dirent que l'esprit & la conduite
du Maistre paroifſſoit en
toutes choses. Ils allerent enfuite
chez Madame Colbert,
qu'ils ne trouverent pas : M
de Seignelay logeant dans le
même Hôtel , ils virent ſon
Cabinet, dont ils admirerent
les Tableaux. Ils virent en
s'en retournant la maiſon de
M de S. Poange , qu'ils trouverent
la plus agreable qu'ils
euffent encore veuë. M fon
fils lesy receut , & leur donna
une galanteCollation, ou
1
desAmb. de Siam. 261
pluſieurs fortes de liqueurs
Ieur furent ſervies. On leur
a fait voir les Places fortes qui
appartiennent au Roy , qui
font en relief au Palais des
Thuileries , & ils reconnurent
d'abord toutes celles où ils
sont eſté.
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Résumé : Ils vont voir plusieurs belles Maisons à Paris. [titre d'après la table]
Lors d'une visite à Paris, plusieurs personnes admirèrent la maison de M. de Louvois et ses meubles. Ils ne trouvèrent pas Madame Colbert mais rencontrèrent M. de Seignelay et ses tableaux. Ils visitèrent ensuite la maison de M. de Saint-Poange, jugée la plus agréable, et reçurent une collation. Enfin, ils reconnurent les places fortes du roi au Palais des Tuileries.
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2
p. 556-557
« On nous prie encore d'avertir que M. Schultze, de Berlin, a fait graver par Souscription, les [...] »
Début :
On nous prie encore d'avertir que M. Schultze, de Berlin, a fait graver par Souscription, les [...]
Mots clefs :
Quatuors, Fortifications, Souscription, Relief
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texteReconnaissance textuelle : « On nous prie encore d'avertir que M. Schultze, de Berlin, a fait graver par Souscription, les [...] »
On nous prie encore d'avertir què M. Schultze
, de Berlin, a fait graver par Souscription , les
six premieres Simphonies du premier Livre de
ses douze Quatuor , sous le titre , Tratamento de
l'Harmonia , per Simfonie da Camera à quatro
Instrumenti , Violino , Flauto Traverso , e Viola
da gamba , o vero Violon cello , con il suo Basso
fondamentale , ils se vendent chez l'Auteur , ruë
de la Juifverie , près Notre- Dame , chez Veron ,
Luthier à Paris . On les trouve aussi chez le sieur
Boivin , rue S. Honoré , et chez le sieur le
Clerc , rue du Roule,
L'Auteur fera graver incessamment les six dernieres
Symphonies. Il avertit ceux qui voudrone
souscrire d'envoyer 24. livres aux adresses cydessus
, on leur délivrera le premier Livre déja
gravé et une Souscription signée de l'Auteur et
de celui qui le leur délivrera , au dos de laquelle
sera mis un reçû dudit premier Livre.
On avertit encore qu'il n'y aura que les Souscripteurs
à qui on remettra les douze Quatuor
en blanc pour 24. livres ,
Le Sicur Garreau donne avis au Public , qu'il
s'est appliqué avec soin à faire les Plans en relief
, c'est- à - dire , de représenter au naturel les
Maisons , Parterres , Jardins , Fortifications , et
generalement tout ce qui regarde le Civil et le
Militaire, il est aisé de comprendre que le relief est
infiniment au- dessus des représentations ordinaires
qui se font sur le papier.Il en a executé plusieurs
Morceaux pour differens Particuliers . CesReliefs se
font ou en bois , ou en carton , ou en terre glaise;
il fait aussi toutes sortes de Plans et Desseins à
executer . Il demeure rue de Vaugirard , chez
M. d'Armancourt , Maître de Mathématique
For
M-AR S. 1733 . SS
Fortifications et Architecture à l'Académie de
M. de la Gueriniere, â Paris Il ne recevra ni Paquets
ni Lettres dont le port ne sera pas payé.
, de Berlin, a fait graver par Souscription , les
six premieres Simphonies du premier Livre de
ses douze Quatuor , sous le titre , Tratamento de
l'Harmonia , per Simfonie da Camera à quatro
Instrumenti , Violino , Flauto Traverso , e Viola
da gamba , o vero Violon cello , con il suo Basso
fondamentale , ils se vendent chez l'Auteur , ruë
de la Juifverie , près Notre- Dame , chez Veron ,
Luthier à Paris . On les trouve aussi chez le sieur
Boivin , rue S. Honoré , et chez le sieur le
Clerc , rue du Roule,
L'Auteur fera graver incessamment les six dernieres
Symphonies. Il avertit ceux qui voudrone
souscrire d'envoyer 24. livres aux adresses cydessus
, on leur délivrera le premier Livre déja
gravé et une Souscription signée de l'Auteur et
de celui qui le leur délivrera , au dos de laquelle
sera mis un reçû dudit premier Livre.
On avertit encore qu'il n'y aura que les Souscripteurs
à qui on remettra les douze Quatuor
en blanc pour 24. livres ,
Le Sicur Garreau donne avis au Public , qu'il
s'est appliqué avec soin à faire les Plans en relief
, c'est- à - dire , de représenter au naturel les
Maisons , Parterres , Jardins , Fortifications , et
generalement tout ce qui regarde le Civil et le
Militaire, il est aisé de comprendre que le relief est
infiniment au- dessus des représentations ordinaires
qui se font sur le papier.Il en a executé plusieurs
Morceaux pour differens Particuliers . CesReliefs se
font ou en bois , ou en carton , ou en terre glaise;
il fait aussi toutes sortes de Plans et Desseins à
executer . Il demeure rue de Vaugirard , chez
M. d'Armancourt , Maître de Mathématique
For
M-AR S. 1733 . SS
Fortifications et Architecture à l'Académie de
M. de la Gueriniere, â Paris Il ne recevra ni Paquets
ni Lettres dont le port ne sera pas payé.
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Résumé : « On nous prie encore d'avertir que M. Schultze, de Berlin, a fait graver par Souscription, les [...] »
Le texte annonce la publication des six premières symphonies du premier livre des douze quatuors de M. Schultze, intitulé 'Trattamento de l'Harmonia, per Simfonie da Camera à quatro Instrumenti'. Ces œuvres sont disponibles à Berlin chez l'auteur et à Paris chez Veron, Boivin et le Clerc. Les six dernières symphonies seront bientôt gravées. Les souscripteurs peuvent obtenir le premier livre en envoyant 24 livres aux adresses mentionnées et recevront une souscription signée et un reçu. Seuls les souscripteurs pourront acheter les douze quatuors en blanc pour 24 livres. Par ailleurs, le sieur Garreau informe qu'il réalise des plans en relief représentant des maisons, parterres, jardins, fortifications et autres sujets civils et militaires. Ces reliefs, exécutés en bois, carton ou terre glaise, sont supérieurs aux représentations sur papier. Garreau propose également divers plans et dessins. Il réside rue de Vaugirard chez M. d'Armancourt, maître de mathématiques, et enseigne les fortifications et l'architecture à l'Académie de M. de la Guerinière à Paris. Il refuse les paquets et lettres dont le port n'est pas payé.
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3
p. 205-208
Description du Sallon décoré pour la Cantate, & le Bal de la Noblesse.
Début :
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné à placer les Musiciens ; il étoit formé par un [...]
Mots clefs :
Salon, Argent, Palmes, Colonnes, Fleurs de lys, Théâtre, Relief, Armes, Génies, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : Description du Sallon décoré pour la Cantate, & le Bal de la Noblesse.
Description du Sallon décoré pour la Cantate,
& le Bal de la Noblesse.
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné
à placer les Musiciens ; il étoit formé par un
amphitéatre circulaire: de six gradins, qui rem-
plissoit toute la largeur de la salle; au bas étoit
un banc, feint de velours cramoisy, brodé d'or,
sur lequel étoient assis les per'onnages chantans.
L'ouverture de cette espêce de Théatre, étoit
Digjines hod
206 MERCURE DE FRANCE
formée par quatre colonnes isolées d'ordre Com-
posite, surmontées d'un attique. Ces colonnes
étoient bleu-clait, & torse-canelées en or, dans
les deux tiers; le dervier tiers, qui étoit celui
d'en bas, étoit orné de festons de fleurs naturelles,
Les chapiteaux étoient ornés de dauphins, de lys,
&c. exécutés en relief & en argent. Le long de
l'architecture regnoient des guitlandes de fleurs
supportées chacune pat deux amours, exécutés
en lief & en argent; la frise de cet entablement
étoit ornée de coquilles en relief, travaillées en
or & en argent alternativement; à la plus gran-
de élevation de l'ouverture, de l'orchestre,
on voyoit les armes de France portées par deux
Génies, & surmontées par la Renommée. Ces
figures exécutées en relief, étoient de douze
palmes de hauteur, un pavillon bleu, semé de
fleurs de-lys d'or, accompagnoit le tout. Les
rôtés du Théatre représentoient un Temple ou-
vert, formé par des colonnes d'ordre Composite
qui s'accordoient avec les quatre colonnes, par
lesquelles étoit formée l'ouverture. Le fond re-
presentoit un Soleil brillant, qui répandoit sa lu-
miere sur un groupe de cinquante figures, les-
quelles représentoient la France, ayant d'un coté
la Religion & la Paix, de l'autre la Justice & l'A-
bondance. Cette décoration du sond fut cachée
jusqu'au commencement de la Cantare, par un
rideau fond blanc, semé de lys d'argent, distri-
bués avec beaucoup d'élégance. Les deux côtés de
la s. lle, étoient occupés par un ordre Composite
de pilastres, de cinquante palmes de hauteur,
Cet ordre étoit surmonté d'un attique de quatorze
palmes; les colonnes étoient feintes de lapis-
Jazuli, & les entre-colonnes formées par une
toile bleu & argent. Au milieu de chacune de ces
JANVIER.
1752.
207
dernieres étoient des dauphins en relief & en
argent, qui portoient des guirlandes pour
des lumieres. Entre chaque pilastre étoit un
trumeau de vingt palmes de hauteur, le reste de
l'élevation étoit occupé par deux cartouches,
ornés tous les deux, dans le goût de la décoration,
dans l'un desquels étoient peints deux amours,
jouant avec un lys, & dans le second les armes de
France, & le chistre du Roi, alternativement sur
un fond de toile bleu & argent. Les ornemens
des deux ofdres Composite & Attique, les chapi-
teaux, & tous les attributs qui les accompagnoient,
étoient exécutés en reliet d'or ou d'argent, &
parés de guitlandes & fleurs naturelles, disposées
avec beaucoup d'élegance. Le côté opposé a celui
du Théatre, étoit formé d'une architecture sem-
blable à celle des deux côtés correspondans. On,
voyoit au milieu deux Renominées en telief or
& argent, qui portoient les armes du Roi, &
trois Genies qui étoient au-dessus supportoient
un manteau bleu, semé de fleurs-de-lys d'or
& doublé d'hermine, qui s'étendoit sous l'écus-
son; au-dessous des armes de Fraoce, quatre pe-
tits Genies poctoient les écussons de Monseigneur
le Dauphin, & de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne.
On avoit élevé de ce côté, à la hauteur de
douze palmes, un amphithéatre dont la convéxité
étoit de quatre-vingt six palmes, & la moindre
profondeur de quinze. A huit palmes & demie au-
dessus, étoit un balcen orné, ainsi que l'amphi-
théatre, d'une riche balustrade. Le plasond s'ac-
cordoit avec l'Attique, qui regnoit dans les qua-
tre côtés de la salle, & paroissoit en être la suite,
& le milieu étoit formé par des festons de fleurs
dont les Peintres Italiens entendent si bien la
disposition.
208 MERCUREDEFRANCE.
Quoique la réputation du Cavalier Jean-Paul
Panini soit faite depuis long.-tems, & que son
nom soit célébre même chez les Etrangers, on a
trouvé que ce sallon surpassoit encore ce qu'oa
se croyoit en droit d'attendre de lui, & on con-
vient unaniment qu'on n'a jamais vum de décora-
tion plus brillante, plus riche, & mieux enten-
due. Le dessein de cette salle, s'il étoit réelie-
ment exécuté, seroit, de l'aveu de tous les Con-
noisseurs, un morceau d'architectute compara-
ble à tout. Cet ouvrage acquiert un nouveau mé-
rite pour ceux qui peuvent juger des difficultés
qu'il y a en à vaincre, l'Architecte ayant dû s'ac-
commoder à la situation qu'il avoit, & ayant été
bien gèné par beaucoup de statues, dont le sal-
lon est plein, & qu'il n'éroit pas pratiquable de
déranger. Ce sillon étoit éclairé d'une lumiere
douce & égale, & en même tems aussi brillante
qu'elle pouvoit l'être, & égale à celle du jour.
& le Bal de la Noblesse.
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné
à placer les Musiciens ; il étoit formé par un
amphitéatre circulaire: de six gradins, qui rem-
plissoit toute la largeur de la salle; au bas étoit
un banc, feint de velours cramoisy, brodé d'or,
sur lequel étoient assis les per'onnages chantans.
L'ouverture de cette espêce de Théatre, étoit
Digjines hod
206 MERCURE DE FRANCE
formée par quatre colonnes isolées d'ordre Com-
posite, surmontées d'un attique. Ces colonnes
étoient bleu-clait, & torse-canelées en or, dans
les deux tiers; le dervier tiers, qui étoit celui
d'en bas, étoit orné de festons de fleurs naturelles,
Les chapiteaux étoient ornés de dauphins, de lys,
&c. exécutés en relief & en argent. Le long de
l'architecture regnoient des guitlandes de fleurs
supportées chacune pat deux amours, exécutés
en lief & en argent; la frise de cet entablement
étoit ornée de coquilles en relief, travaillées en
or & en argent alternativement; à la plus gran-
de élevation de l'ouverture, de l'orchestre,
on voyoit les armes de France portées par deux
Génies, & surmontées par la Renommée. Ces
figures exécutées en relief, étoient de douze
palmes de hauteur, un pavillon bleu, semé de
fleurs de-lys d'or, accompagnoit le tout. Les
rôtés du Théatre représentoient un Temple ou-
vert, formé par des colonnes d'ordre Composite
qui s'accordoient avec les quatre colonnes, par
lesquelles étoit formée l'ouverture. Le fond re-
presentoit un Soleil brillant, qui répandoit sa lu-
miere sur un groupe de cinquante figures, les-
quelles représentoient la France, ayant d'un coté
la Religion & la Paix, de l'autre la Justice & l'A-
bondance. Cette décoration du sond fut cachée
jusqu'au commencement de la Cantare, par un
rideau fond blanc, semé de lys d'argent, distri-
bués avec beaucoup d'élégance. Les deux côtés de
la s. lle, étoient occupés par un ordre Composite
de pilastres, de cinquante palmes de hauteur,
Cet ordre étoit surmonté d'un attique de quatorze
palmes; les colonnes étoient feintes de lapis-
Jazuli, & les entre-colonnes formées par une
toile bleu & argent. Au milieu de chacune de ces
JANVIER.
1752.
207
dernieres étoient des dauphins en relief & en
argent, qui portoient des guirlandes pour
des lumieres. Entre chaque pilastre étoit un
trumeau de vingt palmes de hauteur, le reste de
l'élevation étoit occupé par deux cartouches,
ornés tous les deux, dans le goût de la décoration,
dans l'un desquels étoient peints deux amours,
jouant avec un lys, & dans le second les armes de
France, & le chistre du Roi, alternativement sur
un fond de toile bleu & argent. Les ornemens
des deux ofdres Composite & Attique, les chapi-
teaux, & tous les attributs qui les accompagnoient,
étoient exécutés en reliet d'or ou d'argent, &
parés de guitlandes & fleurs naturelles, disposées
avec beaucoup d'élegance. Le côté opposé a celui
du Théatre, étoit formé d'une architecture sem-
blable à celle des deux côtés correspondans. On,
voyoit au milieu deux Renominées en telief or
& argent, qui portoient les armes du Roi, &
trois Genies qui étoient au-dessus supportoient
un manteau bleu, semé de fleurs-de-lys d'or
& doublé d'hermine, qui s'étendoit sous l'écus-
son; au-dessous des armes de Fraoce, quatre pe-
tits Genies poctoient les écussons de Monseigneur
le Dauphin, & de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne.
On avoit élevé de ce côté, à la hauteur de
douze palmes, un amphithéatre dont la convéxité
étoit de quatre-vingt six palmes, & la moindre
profondeur de quinze. A huit palmes & demie au-
dessus, étoit un balcen orné, ainsi que l'amphi-
théatre, d'une riche balustrade. Le plasond s'ac-
cordoit avec l'Attique, qui regnoit dans les qua-
tre côtés de la salle, & paroissoit en être la suite,
& le milieu étoit formé par des festons de fleurs
dont les Peintres Italiens entendent si bien la
disposition.
208 MERCUREDEFRANCE.
Quoique la réputation du Cavalier Jean-Paul
Panini soit faite depuis long.-tems, & que son
nom soit célébre même chez les Etrangers, on a
trouvé que ce sallon surpassoit encore ce qu'oa
se croyoit en droit d'attendre de lui, & on con-
vient unaniment qu'on n'a jamais vum de décora-
tion plus brillante, plus riche, & mieux enten-
due. Le dessein de cette salle, s'il étoit réelie-
ment exécuté, seroit, de l'aveu de tous les Con-
noisseurs, un morceau d'architectute compara-
ble à tout. Cet ouvrage acquiert un nouveau mé-
rite pour ceux qui peuvent juger des difficultés
qu'il y a en à vaincre, l'Architecte ayant dû s'ac-
commoder à la situation qu'il avoit, & ayant été
bien gèné par beaucoup de statues, dont le sal-
lon est plein, & qu'il n'éroit pas pratiquable de
déranger. Ce sillon étoit éclairé d'une lumiere
douce & égale, & en même tems aussi brillante
qu'elle pouvoit l'être, & égale à celle du jour.
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Résumé : Description du Sallon décoré pour la Cantate, & le Bal de la Noblesse.
Le texte décrit la décoration somptueuse d'un salon préparé pour une cantate et un bal de la noblesse. À l'entrée, un amphithéâtre circulaire de six gradins accueillait les musiciens et les chanteurs sur un banc de velours cramoisi brodé d'or. Cet espace était encadré par quatre colonnes d'ordre composite, bleues et torsadées d'or, ornées de festons de fleurs naturelles et de chapiteaux en relief argentés. Des guirlandes de fleurs soutenues par des amours en relief et en argent décoraient l'entablement, tandis que les armes de France étaient portées par deux génies surmontés de la Renommée. Les côtés du théâtre représentaient un temple ouvert avec des colonnes composites. Le fond montrait un soleil illuminant un groupe de cinquante figures symbolisant la France entourée de la Religion, la Paix, la Justice et l'Abondance. Cette décoration était cachée par un rideau blanc semé de lys d'argent jusqu'au début de la cantate. Les côtés de la salle étaient ornés de pilastres de cinquante palmes de hauteur, surmontés d'un attique de quatorze palmes, avec des colonnes feintes en lapis-lazuli et des entre-colonnes en toile bleue et argent. Des dauphins en relief et des cartouches ornés d'amours et des armes de France décoraient les espaces entre les pilastres. Du côté opposé au théâtre, une architecture similaire présentait des Renommées et des génies soutenant un manteau bleu semé de fleurs-de-lys. Un amphithéâtre de douze palmes de hauteur avec une balustrade richement décorée était également présent. Le plafond s'harmonisait avec l'attique des côtés de la salle et était orné de festons de fleurs. La décoration a été réalisée par le Cavalier Jean-Paul Pannini.
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4
p. 129-140
SCULPTURE. LETTRE de M. Voisin, Avocat au Parlement de Paris, à M. le Comte de Tressan, Lieutenant général des armées du Roi, & Commandant pour Sa Mejesté en Lorraine.
Début :
MONSIEUR, permettez-moi de me renouveller dans l'honneur de votre [...]
Mots clefs :
Marbre, Antiquités romaines, Antiquités grecques, Sculpture, Rome, Palais, Relief, Ruines, Collection
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texteReconnaissance textuelle : SCULPTURE. LETTRE de M. Voisin, Avocat au Parlement de Paris, à M. le Comte de Tressan, Lieutenant général des armées du Roi, & Commandant pour Sa Mejesté en Lorraine.
SCULPTURE.
LETTRE de M. Voifin , Avocat au Par
lement de Paris , à M. le Comte de Treffan,
Lieutenant général des armées du Roi , &
Commandant pour Sa Majesté en Lorraine.
MONSIEUR , permettez - moi de me
renouveller dans l'honneur de votre
fouvenir , & de faifir pour cela l'occafion
de vous faire part d'une collection confidérable
d'antiques grecques & romaines
que M. Adam l'aîné , de Nanci , Sculpteur
ordinaire du Roi , & Profeffeur de l'Académie
royale de Peinture & de Sculpture
expofe à la curiofité publique dans fa maifon
, rue baffe du Rempart , quartier de la
Ville-l'Evêque , après avoir eu l'honneur
,
Fv
310 MERCURE DE FRANCE.
d'en préfenter le recueil gravé à Sa Majesté,
& après l'avoir envoyé aux autres Souverains
de l'Europe..
Les 68 morceaux de cette collection
exécutés en marbre de Paros & de Salin ,
ont été trouvés à Rome dans le Palais de
Néron , au mont Palatin , & dans les ruines
du palais de Marius , entre Rome & Frelcati
: auffi M. Adam a- t- il deffiné & gravé
lui-même pour frontifpice à fon recueil
avec cette délicateffe & ce goût qui affectent
fi fingulierement les fçavans , le tems
qui découvre les ruines du palais de Marius
en 1729 .
C'eft des héritiers de M. le Cardinal
de Polignac , qui avoit raffemblé la plus
grande partie de ces antiques pendant fon
ambaffade à Rome , & qui les avoit fait
tranfporter en France , que M. Adam les a
acquifes. Il y a joint auffi plufieurs autres
morceaux également antiques , que dix ans
de féjour à Rome lui avoient procurés,
Cette collection , auffi rare que piquante
par la beauté & par la variété des objets ,
paroît déterminément propre à décorer une
une galerie ou une bibliothéque.
Elle feroit auffi d'une très- grande utilité
dans une académie , pour l'étude & pour
former le goût des éleves , foit de peinture ,
ou de ſculpture.
JUIN. 1755 131
Le bas-relief du tombeau d'un des fils
de Fauſtine , d'un pied de haut fur trois de
large , ouvrage romain én marbre de Paros
, fait la vignette initiale du recueil de
M.Adam : on y voit le bufte de ce fils chéri ,
avec une allégorie fçavamment imaginée.
Enfuite fe préfente un autel triangulaire
dédié à Bacchus : il a trois pieds trois pouces
de haut , & il eft monté fur trois vafes.
de bronze , foutenus par un piédeſtal ;
ouvrage grec de marbre de Paros . Le basrelief
de deux de ces faces repréfente un
Faune & une Bacchante , d'un pied de hauteur
on voit Silene fur le bas- relief de la
troiſieme face.
Un autre bas- relief de trois pieds de
hauteur & de deux pieds dix pouces de
largeur ; ouvrage grec de marbre de Salin ,
& tiré du tombeau de Marc- Antoine , repréfente
la conquête des Indes par Bacchus .
Les figures de ce bas- relief ont un pied
dix pouces de hauteur ce morceau eft
fans contredit un des plus beaux de l'antiquité
grecque.
Combien deux médaillons qu'on remarque
après , n'excitent- ils pas notre curiofité
de ces deux médaillons de marbre de
Paros , de deux pieds trois pouces de hau
teur chacun , l'un repréfente Diane, & l'autre
Vénus.
F vj
432 MERCURE DE FRANCE.
Deux médaillons d'Aurelien & de Vitellus
, de marbre de Paros , d'un pied trois
pouces de haut , font aux yeux l'éloge de
l'artifte romain antique qui les a exécutés.
Les gens de goût pourront- ils n'être pas
faifis de cette figure faillante & neuve ,
malgré fon antiquité , après nombre de
fiecles ? c'eft un Amour repréfenté de deux
faces , monté fur une panthere ; ouvrage
grec de marbre de Paros , de deux pieds fept
pouces de haut , dont le plinthe eft de deux
pieds trois pouces , & l'Amour de deux
pieds de proportion.
Arrive un petit Bacchus , enfant monté
fur un bouc , & préfenté de deux côtés :
c'eft un ouvrage grec de marbre de Paros ,
de deux pieds de haut fur un plinthe de
trois.
L'Hercule Farnefe eft fans doute connu ,
foit à Rome dans le palais Farnefe , où il
eft en original , foit en copies à Verfailles ,
même foit dans différens cabinets . Il s'agit
ici d'un Hercule appellé Farnefe improprement
, mais qui eft un monument grec
de marbre de Paros , d'un pied fix
de hauteur.
pouces
Après ce qui vient d'être remarqué ,
l'Amour pour l'antiquité fe trouve animé
par une figure de Minerve , d'éxécution
JUIN. 1755: 133
grecque, & de bréche violette, de la hauteur
de deux pieds.
Une autre antique grecque de marbre
de Paros , de deux pieds de haut , repréſentant
Bellonne , a immédiatement après elle
la place qui lui convient.
Enfuite fe préfente dans la galerie de
M. Adam , l'Abondance , antiquité romaine
de marbre de Salin , d'un pied onze pouces
de haut.
Les yeux s'arrêtent après fur un Jupiter
de deux pieds de hauteur , antiquité romaine
, de marbre de Paros.
On ne peut pas fe refufer à la beauté
fçavante de la Junon romaine , de marbre
de Paros , de deux pieds de hauteur . "
La Vénus à la pomme d'or , ouvrage
romain de marbre de Paros , d'un pied onze
pouces de haut , mérite ici toute notre attention
; c'eſt un précieux original dans fa
mefure déterminée , mais dont la copie ſe
remarque dans une étendue plus confidérable
le long de l'allée qui conduit au canal
de Verſailles ; & c'eft cette figure que le
feu célebre Vaillant qualifioit Dea Delphina
, à la différence que la Déeffe du
tapis verd ne tient point de pomme d'or ,
quoiqu'on lui attribue le même gefte .
La Vénus fortant du bain ne cede rien
à la précédente ; elle a une partie de fon
134 MERCURE DE FRANCE.
attitude du côté de la pudicité , & peu s'en
faut qu'à cet égard elle ne fe trouve au
niveau de la perfection de l'original de la
Vénus appellée vulgairement de Médicis ,
& qui eft dans le plus précieux cabinet du
palais de Florence. Cette Vénus fortant du
bain , qui eft une antique romaine de
marbre de Paros , a deux pieds deux pouces
de haut.
Vient enfuite une autre antique romaine
, auffi de marbre de Paros, de deux pieds
quatre pouces , repréfentant un enfant.
A côté , Bacchus enfant affis fur une peau
de bouc , d'un pied neuf pouces de haut en
marbre de Paros ; antiquité romaine.
Achelous à demi - couché & tenant une
corne d'abondance ; antiquité grecque de
marbre de Paros , de deux pieds huit pouces
de proportion , fur un plinthe de deux
pieds fept pouces .
Autre antiquité grecque de marbre de
Paros, de trois pieds de proportion , repréfentant
une Nereïde endormie & couchée
fur le rivage.
On ne peut trop admirer la beauté d'un
Hercule vainqueur du dragon du jardin
des Hefpérides ; antiquité romaine de
marbre de Paros, de deux pieds cinq pouces.
A côté on remarque avec la même fatisfaction
la figure de l'Empereur Commode
JUIN. 1755.
135
en Hercule , après la même victoire ; antiquité
romaine de marbre de Paros , de deux
pieds onze pouces de hauteur.
Un Efculape ; autre antiquité romaine
de marbre de Salin , de deux pieds onze
pouces de haut , égale en beauté les deux
précédentes figures .
Rien de plus précieux que la Vénus pu
dique qu'on voit enfuite ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de haut. Cette figure eft régulierement
belle de tous les côtés.
On fixe enfuite fes regards fur une
Pallas armée de fon égide ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de hauteur.
La Junon qui eft à côté , eft de la plus
rare beauté par la précifion avec laquelle
le nud fe trouve deffiné fous la draperie :
c'eſt une antiquité grecque , de deux pieds
onze pouces de hauteur , en marbre de
Paros.
Une Flore également belle ; antiquité
grecque , du même marbre & de la même.
proportion .
La curiofité est enfuite extrêmement
piquée par une autre antique grecque , de
trois pieds fix pouces de proportion , &
deux pieds fix pouces de hauteur , en marbre
Crétois , repréfentant un Phrygien qui
136 MERCURE DE FRANCE.
au bas d'une tour fe garantit des traits ennemis
par fon bouclier. Cette figure : eft
également avantageufe de tous côtés .
Une Diane fait partie de la collection de
M. Adam : c'eſt une antique romaine de
marbre de Paros , de trois pieds fix pouces
de hauteur , qui eft d'une beauté parfaite
ainfi que l'Apollon , antiquité grecque , du
même marbre & de la même hauteur. I
Il ne fe voit rien de fupérieur à une
autre antiquité grecque , du même marbre,
de trois pieds fept pouces de haut , repréfentant
une des filles de Lycomede , fous
la draperie de laquelle les yeux développent
le nud.
A côté fe trouve un Pâris à la pomme
d'or ; antiquité grecque , du même marbre
& de la même hauteur , figure admirable
pour fervir de modele.
Ifis , fous les attributs de la Déeffe de la
fanté ; antiquité grecque de marbre de
Paros , de quatre pieds de hauteur , s'offre
enfuite aux yeux.
Une des plus précieufes figures qu'on
puiffe voir fe préfente après ; c'eſt une antiquité
grecque de marbre de Salin, de quatre
pieds dix pouces de haut , repréfentant
l'Hymen , tenant un flambeau d'une main
& une couronne de l'autre à côté de fon
autel.
JUI N. 1755: 137
Il eft fuivi de trois autres antiquités
grecques , du même marbre & de la même
hauteur , repréfentant Mercure , Bacchus
& Méléagre , d'une beauté rare.
,
Enfuite la vûe fe fixe fur une antiquité
grecque , de marbre de Paros , de fix pieds
fix pouces de proportion repréſentant
Perfée qui , après la délivrance d'Andromede
, pofe la tête de Medufe fur du corail
pétrifié & teint de fon fang. La vûe
de cette figure eft piquante de tous les
côtés : on pourroit incrufter dans fon
piédeſtal un bas- relief, partie de la collection
, antiquité grecque , de deux pieds
trois pouces de haut & d'un pied fix
pouces de large , de marbre de Paros ,
repréfentant la même délivrance d'Andromede
, & dont les figures ont un pied huit
pouces.
Deux buftes , antiquités grecques , fe
trouvent enfuite , d'un pied fix pouces de
hauteur chacune ; l'une de marbre de Paros
, & l'autre de marbre de Salin , repréfentant
Germanicus & Lepida .
Deux autres buftes , l'un d'une femme
inconnue , & l'autre d'Adrien , jeune ; an
tiquités romaines , de marbre de Paros ,
d'un pied huit pouces de hauteur.
Deux autres de marbre de Paros , d'un
pied deux pouces de hauteur ; antiquités
138 MERCURE DE FRANCE.
i
romaines, repréfentant une Matrone & une
Nymphe.
Deux autres buftes ; antiquités grecques,
de marbre de Paros, d'un pied cinq pouces
de hauteur , repréfentant une Veftale &
une Sabine .
Deux autres , l'un romain , & l'autre
grec , de marbre de Paros , d'un pied fept
pouces de haut , repréfentant une Bacchante
& Antinous.
Deux autres ; l'un romain & l'autre grec,
de marbre de Paros , de deux pieds de hauteur
, repréfentant Pâris & Cybelle..
Deux autres , de deux pieds trois pouces
de haut ; antiquités romaines , de marbre
de Paros , repréfentant Neron & Meffa-
-line .
C
Deux autres de marbre de Páros , de
deux pieds trois pouces de haut ; antiquités
romaines , qui repréfentent Longina
& Cefonia.
Deux autres , de la même hauteur & du
même marbre ; antiquités grecques , repréfentant
Pompeia & Caligula.
Deux autres du même marbre , l'un de
deux pieds trois pouces , & l'autre de deux
pieds un pouce ; antiquités romaines , repréfentant
Séneque & l'Empereur Commode
.
Deux autres du même marbre , de deux
JUIN. 1755. 139
pieds fept pouces ; antiquités romaines ,
repréfentant Annibal & Septime Sévere.
pouces ,
Deux autres , du même marbre ; antiquités
romaines , l'un d'un pied neuf
& l'autre de deux pieds trois pouces , repréfentant
Narciffe & Faune.
Deux autres du même marbre , de deux
pieds quatre pouces de haut ; antiquités
romaines , repréfentant Tibere & Galba .
Deux autres du même marbre , de deux
pieds dix pouces ; antiques romaines , repréfentant
Augufte & Lepide.
M. Adam a joint à fa collection cinq
buftes de lui , qui ont excité la curiofité,
publique.
Le premier eft un Apollon françois ,
de marbre de Carare , de deux pieds huit
pouces de hauteur. Ce bufte eft un portrait
allégorique du Roi , auquel Apollon , fi
c'étoit une divinité réelle comme c'eft
une fiction poëtique , auroit fouhaité de
reffembler .
Les quatre autres , de deux pieds fix pouces
chacun de haut , du même marbre
repréfentent élégamment & avec énergie
l'eau , l'air , le feu & la terre.
Tous ces différens morceaux , au nombre
de foixante & treize , font rangés avec intelligence
dans une galerie de la maiſon
140 MERCURE DE FRANCE!
où loge M. Adam. La fuite en eft trop
intéreffante pour qu'elle puiffe être féparée
, & fans doute que le Prince curieux
d'une auffi rare collection , ne trouvera fa
curiofité fatisfaite que par l'acquifition de
la totalité.
Je fuis perfuadé , Monfieur , que vous
me fçaurez quelque gré du détail que j'ai
l'honneur de vous faire ; votre goût pour
les fciences & pour les arts m'en eſt un sûr
garant. Excellent Général & homme de
Lettres , vous réuniffez les motifs les plus
preffans de vous vouer l'attachement le
plus inviolable & le plus refpectueux : c'eft
auffi avec ces fentimens que j'ai l'honneur
d'être pour toute ma vie , & c.
LETTRE de M. Voifin , Avocat au Par
lement de Paris , à M. le Comte de Treffan,
Lieutenant général des armées du Roi , &
Commandant pour Sa Majesté en Lorraine.
MONSIEUR , permettez - moi de me
renouveller dans l'honneur de votre
fouvenir , & de faifir pour cela l'occafion
de vous faire part d'une collection confidérable
d'antiques grecques & romaines
que M. Adam l'aîné , de Nanci , Sculpteur
ordinaire du Roi , & Profeffeur de l'Académie
royale de Peinture & de Sculpture
expofe à la curiofité publique dans fa maifon
, rue baffe du Rempart , quartier de la
Ville-l'Evêque , après avoir eu l'honneur
,
Fv
310 MERCURE DE FRANCE.
d'en préfenter le recueil gravé à Sa Majesté,
& après l'avoir envoyé aux autres Souverains
de l'Europe..
Les 68 morceaux de cette collection
exécutés en marbre de Paros & de Salin ,
ont été trouvés à Rome dans le Palais de
Néron , au mont Palatin , & dans les ruines
du palais de Marius , entre Rome & Frelcati
: auffi M. Adam a- t- il deffiné & gravé
lui-même pour frontifpice à fon recueil
avec cette délicateffe & ce goût qui affectent
fi fingulierement les fçavans , le tems
qui découvre les ruines du palais de Marius
en 1729 .
C'eft des héritiers de M. le Cardinal
de Polignac , qui avoit raffemblé la plus
grande partie de ces antiques pendant fon
ambaffade à Rome , & qui les avoit fait
tranfporter en France , que M. Adam les a
acquifes. Il y a joint auffi plufieurs autres
morceaux également antiques , que dix ans
de féjour à Rome lui avoient procurés,
Cette collection , auffi rare que piquante
par la beauté & par la variété des objets ,
paroît déterminément propre à décorer une
une galerie ou une bibliothéque.
Elle feroit auffi d'une très- grande utilité
dans une académie , pour l'étude & pour
former le goût des éleves , foit de peinture ,
ou de ſculpture.
JUIN. 1755 131
Le bas-relief du tombeau d'un des fils
de Fauſtine , d'un pied de haut fur trois de
large , ouvrage romain én marbre de Paros
, fait la vignette initiale du recueil de
M.Adam : on y voit le bufte de ce fils chéri ,
avec une allégorie fçavamment imaginée.
Enfuite fe préfente un autel triangulaire
dédié à Bacchus : il a trois pieds trois pouces
de haut , & il eft monté fur trois vafes.
de bronze , foutenus par un piédeſtal ;
ouvrage grec de marbre de Paros . Le basrelief
de deux de ces faces repréfente un
Faune & une Bacchante , d'un pied de hauteur
on voit Silene fur le bas- relief de la
troiſieme face.
Un autre bas- relief de trois pieds de
hauteur & de deux pieds dix pouces de
largeur ; ouvrage grec de marbre de Salin ,
& tiré du tombeau de Marc- Antoine , repréfente
la conquête des Indes par Bacchus .
Les figures de ce bas- relief ont un pied
dix pouces de hauteur ce morceau eft
fans contredit un des plus beaux de l'antiquité
grecque.
Combien deux médaillons qu'on remarque
après , n'excitent- ils pas notre curiofité
de ces deux médaillons de marbre de
Paros , de deux pieds trois pouces de hau
teur chacun , l'un repréfente Diane, & l'autre
Vénus.
F vj
432 MERCURE DE FRANCE.
Deux médaillons d'Aurelien & de Vitellus
, de marbre de Paros , d'un pied trois
pouces de haut , font aux yeux l'éloge de
l'artifte romain antique qui les a exécutés.
Les gens de goût pourront- ils n'être pas
faifis de cette figure faillante & neuve ,
malgré fon antiquité , après nombre de
fiecles ? c'eft un Amour repréfenté de deux
faces , monté fur une panthere ; ouvrage
grec de marbre de Paros , de deux pieds fept
pouces de haut , dont le plinthe eft de deux
pieds trois pouces , & l'Amour de deux
pieds de proportion.
Arrive un petit Bacchus , enfant monté
fur un bouc , & préfenté de deux côtés :
c'eft un ouvrage grec de marbre de Paros ,
de deux pieds de haut fur un plinthe de
trois.
L'Hercule Farnefe eft fans doute connu ,
foit à Rome dans le palais Farnefe , où il
eft en original , foit en copies à Verfailles ,
même foit dans différens cabinets . Il s'agit
ici d'un Hercule appellé Farnefe improprement
, mais qui eft un monument grec
de marbre de Paros , d'un pied fix
de hauteur.
pouces
Après ce qui vient d'être remarqué ,
l'Amour pour l'antiquité fe trouve animé
par une figure de Minerve , d'éxécution
JUIN. 1755: 133
grecque, & de bréche violette, de la hauteur
de deux pieds.
Une autre antique grecque de marbre
de Paros , de deux pieds de haut , repréſentant
Bellonne , a immédiatement après elle
la place qui lui convient.
Enfuite fe préfente dans la galerie de
M. Adam , l'Abondance , antiquité romaine
de marbre de Salin , d'un pied onze pouces
de haut.
Les yeux s'arrêtent après fur un Jupiter
de deux pieds de hauteur , antiquité romaine
, de marbre de Paros.
On ne peut pas fe refufer à la beauté
fçavante de la Junon romaine , de marbre
de Paros , de deux pieds de hauteur . "
La Vénus à la pomme d'or , ouvrage
romain de marbre de Paros , d'un pied onze
pouces de haut , mérite ici toute notre attention
; c'eſt un précieux original dans fa
mefure déterminée , mais dont la copie ſe
remarque dans une étendue plus confidérable
le long de l'allée qui conduit au canal
de Verſailles ; & c'eft cette figure que le
feu célebre Vaillant qualifioit Dea Delphina
, à la différence que la Déeffe du
tapis verd ne tient point de pomme d'or ,
quoiqu'on lui attribue le même gefte .
La Vénus fortant du bain ne cede rien
à la précédente ; elle a une partie de fon
134 MERCURE DE FRANCE.
attitude du côté de la pudicité , & peu s'en
faut qu'à cet égard elle ne fe trouve au
niveau de la perfection de l'original de la
Vénus appellée vulgairement de Médicis ,
& qui eft dans le plus précieux cabinet du
palais de Florence. Cette Vénus fortant du
bain , qui eft une antique romaine de
marbre de Paros , a deux pieds deux pouces
de haut.
Vient enfuite une autre antique romaine
, auffi de marbre de Paros, de deux pieds
quatre pouces , repréfentant un enfant.
A côté , Bacchus enfant affis fur une peau
de bouc , d'un pied neuf pouces de haut en
marbre de Paros ; antiquité romaine.
Achelous à demi - couché & tenant une
corne d'abondance ; antiquité grecque de
marbre de Paros , de deux pieds huit pouces
de proportion , fur un plinthe de deux
pieds fept pouces .
Autre antiquité grecque de marbre de
Paros, de trois pieds de proportion , repréfentant
une Nereïde endormie & couchée
fur le rivage.
On ne peut trop admirer la beauté d'un
Hercule vainqueur du dragon du jardin
des Hefpérides ; antiquité romaine de
marbre de Paros, de deux pieds cinq pouces.
A côté on remarque avec la même fatisfaction
la figure de l'Empereur Commode
JUIN. 1755.
135
en Hercule , après la même victoire ; antiquité
romaine de marbre de Paros , de deux
pieds onze pouces de hauteur.
Un Efculape ; autre antiquité romaine
de marbre de Salin , de deux pieds onze
pouces de haut , égale en beauté les deux
précédentes figures .
Rien de plus précieux que la Vénus pu
dique qu'on voit enfuite ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de haut. Cette figure eft régulierement
belle de tous les côtés.
On fixe enfuite fes regards fur une
Pallas armée de fon égide ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de hauteur.
La Junon qui eft à côté , eft de la plus
rare beauté par la précifion avec laquelle
le nud fe trouve deffiné fous la draperie :
c'eſt une antiquité grecque , de deux pieds
onze pouces de hauteur , en marbre de
Paros.
Une Flore également belle ; antiquité
grecque , du même marbre & de la même.
proportion .
La curiofité est enfuite extrêmement
piquée par une autre antique grecque , de
trois pieds fix pouces de proportion , &
deux pieds fix pouces de hauteur , en marbre
Crétois , repréfentant un Phrygien qui
136 MERCURE DE FRANCE.
au bas d'une tour fe garantit des traits ennemis
par fon bouclier. Cette figure : eft
également avantageufe de tous côtés .
Une Diane fait partie de la collection de
M. Adam : c'eſt une antique romaine de
marbre de Paros , de trois pieds fix pouces
de hauteur , qui eft d'une beauté parfaite
ainfi que l'Apollon , antiquité grecque , du
même marbre & de la même hauteur. I
Il ne fe voit rien de fupérieur à une
autre antiquité grecque , du même marbre,
de trois pieds fept pouces de haut , repréfentant
une des filles de Lycomede , fous
la draperie de laquelle les yeux développent
le nud.
A côté fe trouve un Pâris à la pomme
d'or ; antiquité grecque , du même marbre
& de la même hauteur , figure admirable
pour fervir de modele.
Ifis , fous les attributs de la Déeffe de la
fanté ; antiquité grecque de marbre de
Paros , de quatre pieds de hauteur , s'offre
enfuite aux yeux.
Une des plus précieufes figures qu'on
puiffe voir fe préfente après ; c'eſt une antiquité
grecque de marbre de Salin, de quatre
pieds dix pouces de haut , repréfentant
l'Hymen , tenant un flambeau d'une main
& une couronne de l'autre à côté de fon
autel.
JUI N. 1755: 137
Il eft fuivi de trois autres antiquités
grecques , du même marbre & de la même
hauteur , repréfentant Mercure , Bacchus
& Méléagre , d'une beauté rare.
,
Enfuite la vûe fe fixe fur une antiquité
grecque , de marbre de Paros , de fix pieds
fix pouces de proportion repréſentant
Perfée qui , après la délivrance d'Andromede
, pofe la tête de Medufe fur du corail
pétrifié & teint de fon fang. La vûe
de cette figure eft piquante de tous les
côtés : on pourroit incrufter dans fon
piédeſtal un bas- relief, partie de la collection
, antiquité grecque , de deux pieds
trois pouces de haut & d'un pied fix
pouces de large , de marbre de Paros ,
repréfentant la même délivrance d'Andromede
, & dont les figures ont un pied huit
pouces.
Deux buftes , antiquités grecques , fe
trouvent enfuite , d'un pied fix pouces de
hauteur chacune ; l'une de marbre de Paros
, & l'autre de marbre de Salin , repréfentant
Germanicus & Lepida .
Deux autres buftes , l'un d'une femme
inconnue , & l'autre d'Adrien , jeune ; an
tiquités romaines , de marbre de Paros ,
d'un pied huit pouces de hauteur.
Deux autres de marbre de Paros , d'un
pied deux pouces de hauteur ; antiquités
138 MERCURE DE FRANCE.
i
romaines, repréfentant une Matrone & une
Nymphe.
Deux autres buftes ; antiquités grecques,
de marbre de Paros, d'un pied cinq pouces
de hauteur , repréfentant une Veftale &
une Sabine .
Deux autres , l'un romain , & l'autre
grec , de marbre de Paros , d'un pied fept
pouces de haut , repréfentant une Bacchante
& Antinous.
Deux autres ; l'un romain & l'autre grec,
de marbre de Paros , de deux pieds de hauteur
, repréfentant Pâris & Cybelle..
Deux autres , de deux pieds trois pouces
de haut ; antiquités romaines , de marbre
de Paros , repréfentant Neron & Meffa-
-line .
C
Deux autres de marbre de Páros , de
deux pieds trois pouces de haut ; antiquités
romaines , qui repréfentent Longina
& Cefonia.
Deux autres , de la même hauteur & du
même marbre ; antiquités grecques , repréfentant
Pompeia & Caligula.
Deux autres du même marbre , l'un de
deux pieds trois pouces , & l'autre de deux
pieds un pouce ; antiquités romaines , repréfentant
Séneque & l'Empereur Commode
.
Deux autres du même marbre , de deux
JUIN. 1755. 139
pieds fept pouces ; antiquités romaines ,
repréfentant Annibal & Septime Sévere.
pouces ,
Deux autres , du même marbre ; antiquités
romaines , l'un d'un pied neuf
& l'autre de deux pieds trois pouces , repréfentant
Narciffe & Faune.
Deux autres du même marbre , de deux
pieds quatre pouces de haut ; antiquités
romaines , repréfentant Tibere & Galba .
Deux autres du même marbre , de deux
pieds dix pouces ; antiques romaines , repréfentant
Augufte & Lepide.
M. Adam a joint à fa collection cinq
buftes de lui , qui ont excité la curiofité,
publique.
Le premier eft un Apollon françois ,
de marbre de Carare , de deux pieds huit
pouces de hauteur. Ce bufte eft un portrait
allégorique du Roi , auquel Apollon , fi
c'étoit une divinité réelle comme c'eft
une fiction poëtique , auroit fouhaité de
reffembler .
Les quatre autres , de deux pieds fix pouces
chacun de haut , du même marbre
repréfentent élégamment & avec énergie
l'eau , l'air , le feu & la terre.
Tous ces différens morceaux , au nombre
de foixante & treize , font rangés avec intelligence
dans une galerie de la maiſon
140 MERCURE DE FRANCE!
où loge M. Adam. La fuite en eft trop
intéreffante pour qu'elle puiffe être féparée
, & fans doute que le Prince curieux
d'une auffi rare collection , ne trouvera fa
curiofité fatisfaite que par l'acquifition de
la totalité.
Je fuis perfuadé , Monfieur , que vous
me fçaurez quelque gré du détail que j'ai
l'honneur de vous faire ; votre goût pour
les fciences & pour les arts m'en eſt un sûr
garant. Excellent Général & homme de
Lettres , vous réuniffez les motifs les plus
preffans de vous vouer l'attachement le
plus inviolable & le plus refpectueux : c'eft
auffi avec ces fentimens que j'ai l'honneur
d'être pour toute ma vie , & c.
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Résumé : SCULPTURE. LETTRE de M. Voisin, Avocat au Parlement de Paris, à M. le Comte de Tressan, Lieutenant général des armées du Roi, & Commandant pour Sa Mejesté en Lorraine.
La lettre de M. Voifin, avocat au Parlement de Paris, est adressée à M. le Comte de Treffan, lieutenant général des armées du Roi et commandant en Lorraine. Elle présente une collection d'antiquités grecques et romaines exposée par M. Adam l'aîné, sculpteur ordinaire du Roi et professeur à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture. Cette collection, composée de 68 pièces en marbre de Paros et de Salin, a été découverte à Rome et dans ses environs. M. Adam a acquis la majorité des pièces des héritiers du Cardinal de Polignac, qui les avait rassemblées pendant son ambassade à Rome. La collection inclut divers bas-reliefs, médaillons et statues, tels qu'un bas-relief du tombeau d'un fils de Faustine, un autel dédié à Bacchus, et des représentations de figures mythologiques comme Bacchus, Diane, Vénus et Hercule. La collection est décrite comme rare et variée, appropriée pour décorer une galerie ou une bibliothèque, et utile pour l'étude et la formation du goût des élèves en peinture et sculpture. La lettre se conclut par une expression de respect et d'attachement envers le Comte de Treffan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 176-202
EXPOSITION au Salon du Louvre des Peintures, Sculptures & Gravures de MM. de l'Académie Royale.
Début :
Les tableaux d'histoire ont fixé les premiers regards des Amateurs instruits. [...]
Mots clefs :
Artiste, Tableaux, Nature, Salon du Louvre, Salon, Coloris, Portrait, Spectateur, Figures, Histoire, Relief, Détails, Marbre, Roi, Dessin, Proportion, Formes, Composition, Mérite, Lumière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPOSITION au Salon du Louvre des Peintures, Sculptures & Gravures de MM. de l'Académie Royale.
EXPOSITION au Salon du Louvre des
Peintures , Sculptures & Gravures de
ES
MM. del'AcadémieRoyale.
Les tableaux d'hiſtoire ont fixé les
premiers regards des Amateurs inſtruits.
Siles compoſitionsdeces tableaux n'ont
pastoujours répondu àce que leſujet
annoncé ſembloit leur promettre , ils
n'enont pas moins admiré les beautés
qui s'y trouvoientrépandues. Leur indul
genceeſtfondéeſurlaconnoiſſance qu'ils
ontdeladifficulté dugenrede l'hiſtoire,
lepremier ſansdoutedetous lesgenres,
puiſque le Peintred'hiſtoire eſt le Pein
tredel'ame, &que lesautresnepeignent
ordinairementquepourles yeux. N'est-il
pas juſte d'ailleurs de tenir compte au
Peintre hiſtorien du courage qui lui eſt
néceſſairepour cultiver un champ ſtérile,
grâce au goût frivole &meſquinde la
plupartdenos richesAmateurs pour les
bambochades & lespetits tableaux froi
dementterminésdesPeintres Flamands?
OCTOBRE. 1775. 177
UnArtiſte François, qui, par l'élévation
de ſes penſées, eſt entraîné vers l'hif
toire, ſe voit aujourd'hui réduit à quel
ques ouvrages pour lesEgliſes, les Go
belins , ou àquelques tableauxdecheva
let,quel'ona mêmeencorede lapeine
d'admettre dans les ameublemens , de
peur d'interrompre l'infipide uniformité
d'une tapiſſerie de foie.
Ungrandtableau, peintparM. Vien
&deſtiné à êtreplacédans la Chapelle
dunouveau Trianon , s'eſt d'abord fait
remarquer par lanouveautédu ſujet. On
yvoitSaintThibault, de laMaiſonde
Montmorency , qui offre auRoi St Louis
&àlaReine Margueritede Provence ,
une corbeillede fleurs&de fruits, dans
laquelle s'élèvent onze tigesde lis. Le
Roi n'avoit point encore eu d'enfant:
St Thibaultlui annonce parcetemblême
qu'il en aura onze, & par la tige qui
s'élève le plus haut, luidéſigne Robe ,
Chefde la Maiſonde Bourbon. La for
me ingrate de ce tableau, qui a huit
pieds fix pouces dehautfur cinq pieds
neufpouces de large, paroît avoir gêné
l'Artiſtedans l'ordonnancede ſa compo
fition. Mais où trouver un deſſin plus
précis, une exécutionplus nette & plus
facile?
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
1
Le tableaudu même Artiſte, dont le
fujet eſt tiré de l'Iliade , a réuni plus
généraleinent les fuffrages par l'heureuſe
diſpoſition du ſujet, l'intelligence du
clair-obfcur & la vigueur du coloris.
Vénus , bleſſée par Diomède à la guerre
de Troye , eſt ſecourue parIris, & Mars
l'aide à monterdans ſon char: c'eſt du
moins ce dernier moment que l'Artiſte
avoulu rendre , mais qui n'eſt peut-être
pas aſſez indiqué par l'attitude de la
Déeffe; cette attitude eſt tranquille &
n'annonce point l'action quidoit ſuivre.
Un tableau deM. Hallé,le ſeul que
cetArtiſte ait expoſé au Salon, nous re
préſente Jéſus Chriſt qui fait approcher
delui les petits enfans pour lesbénir. Il
y adans l'expreſſion de Jésus-Chriſt un
caractère de bonté; mais l'on pourroit
exiger que ce caractèreeût plus de no.
bleſſe. Cette figure principale eſt d'ail
learsd'une proportion un peu courte.En
général, ces fortesdeſujetsfont toujours
ingrats à traiter, parce que ce n'eſt que
d'après les formes d'un beau idéal que
l'Artiſtepeut tracercelles que l'imagina
tion exaltéedu ſpectateur exigedans la
figure de l'homme-Dieu.
M. Durameau s'est fait honneur en
:
OCTOBRE. 1775. 179
traitantun ſujetde l'hiſtoiredeBéliſaire.
CeGénéral,après avoir commandé avec
gloire les armées de Juſtinien , tomba
dans la diſgrâce de ce Prince, qui lui fic
crever les yeux. On le voit icideretour
dans le ſeinde ſa famille. Eudoxe ſa
fille embraſſe ſes genoux; & Antonine
ſa femme, qui étoit malade, faiſantun
effort pour ſe lever , tombe évanouie
entrelesbrasd'unedeſes femmes &du
jeuneTibère.Cette ſcène eſt pathétique;
elle ne faitcependantqu'une impreſſion
pallagère ſur le Spectateur, parce que
l'Artiſte s'eſt moins occupé de la partie
du ſentiment &de l'expreffion que des
formes cadencées &pittoreſques de ſa
compoſition.
Onavu auSalon, dumêmeAtriſte,
ſon morceau de réception, tableau de
dix-huitpieds de large fur neufpieds fix
pouces de haut , qui repréſente l'été.
Cérès & ſes Compagnes implorent le
Soleil , & attendent, pour moiffonner ,
qu'il aitatteint le ſigne de la Vierge. La
Canicule ou chienne céleste vomit des
flammes & des vapeurs peſtilentielles.
Les Zéphirs, par leurs ſouffles, dimi
nuent fon ardeur & purifient les airs,
L'idée de laCanicule jetant du feu &
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
rafraîchie parles Zéphirs, eſt une fiction
qui peut réuſſir en poësie , & qui n'eſt
pas auffi heureuſe en peinture; mais il
règne dans cette compofitionune belle
harmonie de couleur. Le toneſt lumi
4
neux & doré. L'Artiſte a voulu fans
doute exprimer par ce coloris ardent
l'aridité& laféchereſſe de laſaiſon. Le
charduSoleil eſt attelé de quatre che
vauxblancs. Une draperie légère voltige
autour duDieu de la lumière, ce qui
étend lamaſſede cette figure, qui fans
cela auroit paru trop maigre. Cérès &
fes Compagnes ,placées ſur ledevantde
lacompoſition,n'ontpointcette élégance
deformeque l'on a droit d'exiger dans
des Déeſſes. Le deſſin en eſt même un
peulourd: maisellesfontdiſpoſées favo
rablement pour l'effetdutout enſemble.
Cettegrandecompoſition eſtdeſtinée à
orner laGalerie d'Apollon.
L'Hiver, tableaude lamêmegrandeur
&lemorceauderéceptiondeM.Lagre
née lejeune, doitpareillement décorer
la Galerie d'Apollon. Les figures de ce
dernier tableau font d'une proportion
beaucoup plus forte,ce quidoit nécef
fairement nuire àl'enſemble deladéco
xation dela Galerie. Eole,dans ceta
OCTOBRE. 1775. 181
bleau,eſt repréſentédéchaînantlesvents,
qui couvrent les montagnes de neige.
Les eaux des fleuves fontglacées, & la
végétationparoîtenquelquefortearrêtée.
Mais onignorequia pu autoriſerl'Artiſte
à repréſenter dans ce tableau la figure
allégorique duTemps endormi. L'hiver ,
qui eſt laſaiſonoùlavégétationestmoins
active , a été quelquefois dépeint ſous la
figure d'un vieillard dormant ou aſſoupi;
mais jamais le Temps,dontla marche
eſt toujours égale & rapide; auſſi les
Poëtes l'ont dépeint ſous la figured'un
vieillard , ayantdeux grandesailesaudos,
une faulx à la main, &fuyant d'un vol
agile ſansjamais être arrêté. Ce tableau
de l'hiver offre néanmoins des parties
étudiées & qui font honneur àl'Artiſte.
Onjugeraencoreplus favorablementde
fongéniepour lacompoſitiond'après un
autrede ſes tableaux expoſé au Salon ,
&repréſentant un repos en Egypte La
compoſition eneſtriche, bien ordonnée
&d'unbon ſtyle; le coloris tranfparent
&harmonieux: mais ce tableau, fait
pour être vu de près,ainſi qu'un autre
tableau repréſentant l'homme entre le
vice& la vertu qui l'abandonne, de
manderoit à être terminé avec plus de
182 MERCURE DE FRANCE.
foin, fur-toutdans la partie des mains ,
qui ſont trop négligées. Pluſieurs deſſins
du même Artiſte, dont les ſujets font
tirés de l'hiſtoire ancienne , ne ferontpas
regardés avec des yeux indifférens. Ces
deſſins ſont exécutés à la plume & lavés
au biſtre ſur papier bleu, rehauffé de
blanc aupinceau.
Degrands tableaux de M. Vanloo,
deſtinés à être exécutés en tapiſſeries ,
nous ont misdevant les yeux différens
momens de la journée d'une Sultane.
Ici onvoit les préparatifs de ſa toilette;
plus loin, des Lunuques noirs & des
Eunuquesblancs qui lui fervent des ra
fraîchiſſemens. Un troiſième tableau la
repréſente commandantdes ouvragesaux
Odaliſques ; dans un quatrième , ces
Odaliſquesdonnent une fête champêtre
enpréſence du Sultan & de laSultane. Il
yadanscesdifférens tableauxdes parties
bien étudiées , & d'autres qui nele font
peut-être pas affez. Dans le premier ta
bleau , par exemple, le Spectateur a de
la peine à ſe rendre compte des règles
de perspective que l'Artiſte a adoptées.
Les piédeſtaux des colonnes ſont d'une
proportion beaucoup trop haute ; & le
baldaquin, ſous lequel eſt placé la Sul
1
OCTOBRE. 1775. 183
tane, paroît trop meſquin pourl'éléva
tion de l'édifice que ces colonnes indi
quent. Aureſte, ces compoſitions très
riches enétoffes, préſententdans leurs
différentes parties , des détails agréables
quidoivent réuſſir entapiſſetie.
Onavuavecſatisfactionles nouveaux
efforts qu'a faits M. Brenet pour nous
rappelerdans ſestableauxdeStPierre&
de St Paul , de l'AſſomptiondelaSainte
Vierge , de la Réſurrection de Jéſus
Chriſt , la manière de compoſer des
grands Maîtres. L'Artiſte cependant au
roitpu répandredanscettedernière com.
poſition plus de grandeur, plus de no
bleſle& mêmeplus deconvenance , en
donnantmoinsde mouvementauChriſt ,
qui doit s'élever par le ſeul actede ſa
volonté , cequ'auroientindiqué ſesjam
bes plus rapprochées & ſes bras moins
étendus. Un autretableau du même Ar
tifte, tiré del'Histoire Romaine , &dont
le ſujer eftCreſſinus juſtifiédevant l'Edi
le, eſt ſagement ordonné. Lecoſtumey
eſt fidèlement obſervé, & la ſcène eft
diſpoſée de façon àproduitele meilleur
effer. Un ciel bleu, qui fertde fond au
ſujet , pourra paroître d'un ton un peu
tropégal;cetteſcène d'ailleurs ſe paſſant
184 MERCURE DE FRANCE.
au milieu de la ville, ſembloit devoir
être entourée d'édifices..
Cybèle ayant découvert qu'Atys, le
Grand-Prêtre de ſes Autels, lui faifoit
infidélité pour la Nymphe Sangaride ,
fufcite contre elle Alecton : cette Furie
ſecoue ſon flambeau & ſesſerpens ſurla
tête d'Atys , & excite enluiun ſi furieux
délire , que prenant ſa Maîtreſſe pour un
monſtre, il la poignarde. Célénus, Roi
de Phrygie, eſt irrité de cettevengeance
horrible : le Peuple , les Sacrificateurs
font effrayés : lesAmours & les Plaifirs
s'enfuient. C'eſt le ſujet d'un grand ta
bleau de 15 pieds de large ſur 10 de
haut, exécuté parM.Robin.Cettegrande
machine aunbeaumouvement,les maf
ſes en fontbien décidées, & il règne
dans la compoſition uneforte d'enthou
ſiaſme qui échauffe le Spectateur; mais
ce n'eſt pas affez pour réunirles ſuffrages
desAmateurs , qui ne les accordentque
d'après l'impreſſion que font fur eux le
charmeducoloris,lacorrectiondudeſſin
&uneexécutionnette & facile.
Uneffettrèsbrillant,desdétails ren
dus avec ſoin, l'intérêt même du ſujet ,
ont fixé les yeux du Spectateur fur un
petit tableau de M. Lépicié, qui repré
OCTOBRE. 1775.
185
fentoit MgrleDucdeValois auberceau.
On aégalement remarqué l'attelier d'un
Menuifier , tableaudechevalet, où l'Ar
tiſte avoit repréſenté, avec une naïveté
aimable,unejeune fillequi ſembleoublier
l'ouvrage qu'elle tient dans ſes mains
pourécouterlesdiſcoursd'unjeune gar
çonmenuifier.L'Artiſte aaffectéde placer
danscetableau, &dans quelques autres
du mêmegenre,des maſſes de lumière
très-larges& très-brillantes; mais qui ,
par leur éclat & leurlargeur même , nui
fent au reliefdes figures &à cettedouce
harmonieque l'oncherche dansun ta
bleau. Nous ne citerons point ici tous
les ouvrages de cet Artiſte expofés au
Salon;ilsétoientengrand nombre; le plus
conſidérableétoit l'intérieur d'une Doua
ne, tableau des pieds de large fur 3
pieds de haut. La compoſition en eſt
riche &bien ordonnée. Les figures qui
l'animent ont lemouvement&lavariété
que l'on defire dans un ſujetpareil. Le
coloris eſt d'ailleurs ici beaucoup plus
doux, plus harmonieux que dans les
autres tableaux du même Artiſte. On
pourroit ſeulementdeſirer, pour lemeil
leur effet del'enſemble , que ladégrada
tion de lalumière fût plusſenſible dans
186 MERCURE DE FRANCE.
lesdifférentes parties d'architecture qui
ſerventde fond au ſujet.
M. Lagrenée l'aîné continuedeplaire
auplusgrandnombre des Amateurs, par
de petites compoſitions empruntées de
l'hiſtoire ou de la fable, & dont le prin
cipal mérite conſiſte dans la propretéde
l'exécution & la ſuavitédu pinceau.
Le Peintre de la nature, M. Vernet,
s'eſt plu à nous rappeler, dansdifférens
tableaux , les ſcèneslespluspathétiques
dela mer en courroux, ou les momens
les plus tranquilles & les plus délicieux
d'une belle journée. Ses deux tableaux
repréſentant l'un la conſtruction d'un
chemin,&l'autre l'abord d'une foire ,
ont, par la richeſle de lacompoſition ,
la variété& lavie qu'un pinceau ſpirituel
arépandu dans les différens grouppes de
figures, tranſportéle Spectateur au milieu
dela ſcènerepréſentée.
La curioſité du Public eſt toujours
Aattée par les compoſitions de M. le
Prince dans le coſtume Ruſſe. SonAva
re, fon Jaloux, ſon Négromantien &
autres compofitions pareilles ,préſentent
des têtesbienétudiées, debeaux effetsde
lumière , des détails d'étoffe , de métal,
d'ornemens,rendusavecune intelligence
OCTOBRE. 1775. 187
dans la couleur locale, & une certaine
adreſſe dansla touche ,qui caractériſent
l'objet. Ses payſages ſontornésde petites
figures tout à faitſpirituelles.Le feuiller
desarbres eſt touchédegoût, mais point
affez rendu. Cettepratique n'eſt ſuppor
tableque dansdesdeſſinsoudeseſquiſſes;
onexigedeplus,dansuntableau fini ,que
latouche indique l'eſpèce mêmed'arbre.
quel'onrepréſente.Onavoueraencoreque
lestons des arbres , des eaux , des terraf
ſes,desciels fonttrès frais, très-brillans
dans les payſagesde M.lePrince, mais
quecebrillant nuit quelquefois à l'har
monie du tableau;nouspourrionsmême
ajouter, à la vérité de la nature, vérité
que l'Artiſte ne doit jamais perdre de
vue: autrement iltombe dans cequ'on
appelle manière , & ſes tableaux n'ont
plusqu'un mérite de mode ou de con
vention. Onregretteencore que cetAr
tiſte ne variepasdavantage ſesſites.Une
vue annoncée d'après nature,tableau de
spieds ſix poucesde large ſur 4pieds 6
pouces de haut, ne préſentequ'un bou
quetd'arbresdans les formes peuvariées
de Ruyſdal, qui ſontcelles quel'Artiſte
paroît avoir adoptéesdepréférence.
M.Willelefils,nouvelAgréé,donne
188 MERCURE DE FRANCE.
les plus heureuſes eſpérances. On a vu
de lui deux têtes d'étude, celle d'un
Vieillard villageois & celle d'un Suiffe ,
quiannoncent unArtiſtequi fait ſe ren
dre compte des moindres détails de la
nature. Ces têtes , très bien touchées,
ontd'ailleursbeaucoupde relief. Sadanſe
villageoiſe, un autre tableau où il a re
préſenté une jeune fille qui, après avoir
reconnuſeségaremens,vientſejeter aux
genoux de fonpère, préſentent des ſcè
nesqui nefontpointſansintérêt. Elles
ne font pointtraitées avec toutes les ref
fourcesdu clair obſcur , pour donner du
relief aux figures , & empêcherqu'elles
ne paroiſſent ſemées &découpées ſurle
fond;maisonyremarqueavecplaifir un
Artiſte qui s'étudie àrendre les différens
mouvemens de la nature. Ces tableaux
peuvent doncêtreregardéscommed'heu
reux efſfais dans l'art difficile de rendre
les ſcènes naïves du ſentiment.
Une petite fille répétantſa leçon, une
famille faiſant des confitures , une mère
engageant ſa fille à prendre uneméde
cine ; voilà à peuprès lesſujets des com
poſitions de M. Bounieu.Ces tableaux
peuvent plaire par de petitsdétails co
piés ſcrupuleuſementd'après nature , par
OCTOBRE. 1775. 189
deseffets de lumière ménagésavec art,
&par la manœuvre d'unpinceautrès
foigné. Ona auſſivu de cetArtiſte , de
petits payſages, où l'on trouve , ainſi que
dans ſestableaux de compoſition, des
reintes noirâtres, qui ne fontpointdans
lanature.
Les tableauxdeM. Theaulon,nouvel
Agréé,ſerontrecherchés parleplus grand
nombredes Amateurs; les compoſitions
enſontenjouées & agréables. Dans l'un
decestableaux,on voit une jeune fille
furunlit,endéſordre;un jeunehomme
luidemandepardonde lui avoir arraché
unbouquetderoſes, qu'on voit éparpil
léesà ſes pieds. Le tableau qui lui fert
de pendant, offre un heureux ménage.
Deuxjeunesépouxparoiſſenttendrement
unis; le père appelle avec complaiſance
un enfantqui, foible encore, s'eſſaye à
former ſespremierspasdansunchariot,
enluitendantles bras. La mère quitte
fon occupation , & cherche à lire dans
lestraitsdeſon marilesmarques de fon
amour paternel. Unvieillard,ſon père,
regarde cette ſcène, qui fixe toute fon
attention.C'eſt lanoticequia étédonnée
dansl'explicationdespeinturesduSalon,
&qui paroiſſoit néceſſaire pour faire
190 MERCURE DE FRANCE.
connoîtretoutcequel'Artiſtes'étoitpropo.
ſéencompoſantcetableau.Onyreinarque
dumoinsunetouche fine&légère , des
figures agréables,dejolistonsdecouleur.
DeuxautrespetitstableauxdecesArtiſte
repréſentantdesBaigneuſes &de jeunes
Nymphes danſantdansunegrotte, méri
tent auffid'être cités. Onpourroitdefirer
plusdecorrectiondans ledeſſindes figu
res; mais elles ſont touchées avec ef
prit, & les rochesqui ſerventde fond à
ces figures, ſont coloriées avec intelli
gence.
Parmi les productions deM. Robert,
on a fur-tout remarqué les reſtes d'un
Temple de Jupiter; le Temple de la
Concorde, aveclapyramidedeCeftius ;
les ruinesduPalais des Céſars; & deux
autres tableaux où l'on voyoitdans l'un
l'effet d'un Soleil couchant , &dans l'au
tre, le portique d'une maiſonde cam
pagne prèsde Florence. Pluſieurs autres
tableaux dans le même genre annoncent
unArtiſte qui faittirerleplusgrandparti
dujeu des oppoſitions. Sa touche eſt
légère, ſon coloris tranſparent, ſonfaire
facile & fpirituel.Son grand tableau du
décintrement du Pont de Neuilly
eſt très- intéreſſant; il offre le por
OCTOBRE. 1775. 191
trait fidèled'une fêre que tout Paris a
vueaveclaplusgrande ſatisfaction.
M. deMachy, qui s'eſt auſſi appliqué
peindredes morceaux d'architecture&
de perſpective, a ſu attirer les regards
par des points de vue pris au milieu
mêmedeParis : ici c'eſt lavue du nou
velHôtel des Monnoies, plus loin celle
du Louvre & duquai. L'Artiſte aquel
quefois ajouté à ſon pointde vuedes
acceſſoires étrangers qui la rendent plus
pittoresque, mais dépayſent un peu le
Spectateur Parifien. Son faire eſt très
ſoigné;ſatoucheliſſene paroîtpas tou
jours propre à rendre le caractère brut
delapierre;maisily adans ſesdifférens
tableaux une belleentente d'effet & de
perſpective.
La nobleſſe des compofitionsde M.
Cleriſſeau,& lecaractère granddel'anti
que qu'il fait réunit à des effets confor
mes àceux de lanature, font aisément
diftinguer ſes tableauxde tuines. Ily en
avoit ſeptde lui auSalon. Ils font peints
àgouache, d'une touche large&graffe,
avec une préciſiondans les détails, quia
mérité l'approbation de tous ceux qui
ontvulesmonumens antiques.
M.Perignon, nouvelAgréé , nousد
1
192 MERCURE DE FRANCE.
donnédanscemême genredepeinture,
ノ
différentes vues où l'on a remarqué de
beaux lointains. Leseffets enſont vrais,
harmonieux , &leSpectateuryjouitavec
plaiſir de cette doucedégradationde lu
mière qui eſt amie del'œil &dans la
nature.
:
On a remarquépluſieurs tableaux de
chevaletdeM. Jollain, entreautres,deux
ſujets tirés de l'hiſtoire de Pyrrhus , &
deux autres repréſentant la toilette de
Pſyché, & l'indifcrétion deCandaule,
Roi de Lydie. Il y a peu d'expreffions
danslesfigures : maisellesſontdiſpoſées
agréablement & peintes d'un pinceau
moëlleux & foigné.
Deux femmes Grecques , dont une
brodeau métier;uneMagdeleinedansle
déſert; l'incrédulité de Saint Thomas
autre tableau de chevaler, peintpar M.
Beaufort, morceau qu'il paroît avoir étu
dié , ont auffi attiré les regards duPu
blic, qui a également accordé fon ap
probation encourageante à quelques ta
bleauxde MM Guerin, Renoux,Caref
me,Martin,Monnet&Houel, nouvel
Agréé. Onavu delui au Salon différens
pointsde vued'après nature, prisprinci
palement enItalien
Les
OCTOBRE. 1775. 193
Les tableaux de payſages ornés d'ani
maux , par M. Huet, font touchés de
goût. Son coloris eſt vigoureux , & l'har
monie en eſt très brillante, parce que
l'Artiſte l'a montée ſur le ton le plus
haut; mais ce n'eſt pas celui que donne
lanature.
Mile Vallayer s'eſtconciliédenouveau
les fuffrages des connoiffeurs, par des
tableaux repréſentantdes fruits , des lé
gumes, des vaſes de fleurs toucheés
librement & grouppées avec toute l'in
telligence pottible pour produire le meil
leureffer.
Ona auſſi admiré de Mlle Vallayer le
portrait de l'Abbé le Monier. Le ſuccès
decette Virtuoſedans cette partie diffi
cile de la peinture, doit rendre moins
ſurprenant celui avec lequelelle peintles
buſtes, les fleurs &autres objets inani
mésde ſonatelier.
M. Van-Spaendonck nousa faitvoir
pour la première fois, dans le même
genre, des tableaux d'un coloris vif &
d'une touche précieuſe. Cet Artiſté a
placédans quelques-uns de ſes tableaux
des vaſesd'agathe, de crystal , toujours
très-difficiles àbientraiter , ſans nuire à
l'éclat des fleurs: mais ſon pinceau a ſu
vaincre cesdifficultés.
1. Vol.
1
194 MERCURE DE FRANCE.
Lesportraits font toutours en grand
nombre au Salon. Leconcours des Spec
tateurs s'eſt arrêté devantle beau portrait
de S. M. Louis XVI, peint àl'huile par
M. Dupleſſis. Ce portrait , ainſique ceux
deM. Allegrain,Sculpteur ,& de M. le
ChevalierGluck parlemêmeArtiſte,font
rendus avec une vérité dans la couleur ,
une fermetédans la touche & une finelle
dans la partie des détails,qui ne laiſſe
rien à defirer.C'eſt la nature même, mais
la nature animée&ſaiſie dans ſon mo
ment le plus heureux.On apuremarquer
danslatêteducélèbre MuſicienAllemand
l'expreffion du génie inſpiré.
Le Public a vu auſſi avec intérêt le
portrait en piedde Monfieur, ceux de
Madame laComteſſed'Artois, de Ma
dameClotilde, Princeſſe de Piémont ,
&deMadeunoiſelle , parM. Drouais.
Les portraits en émail& enminiature
par MM. Hall , Paſquier , Courtois ,
Weiler, ontgénéralementplu àceux qui
aiment àvoirla nature en petit, &parée
detous les charmesque peuvent lui prê
ter la fineſle du coloris & ladélicateſſe
dupinceau. Les miniatures de M. Hall
ſe font fur tout remarquer par la fran
chiſe de la touche;ſesdraperies, large
OCTOBRE. 1775. 195
menttraitées , font valoir avec beaucoup
d'avantage le pointillé des chairs. Ces
miniatures étoient renfermées dans une
bordure ſculptée en bois par M. Boutry '
&quiaétéremarquéepourla légéreté des
ornemens & ladélicateſſe de la main
d'œuvre. MM. Hall & Weiler nousont
auſſi fait voirpluſieurs têtes enpaſtel de
grandeur naturelle Le portraiten paſtel
deM. Robert, Peintre du Roi , peint
par M. Hall , eſt d'une reſſemblance &
d'une magie étonnante: il eſt, ainſi que
celui de cet Artiſte, peint d'après lui
même, comparable à toutce que nous
avonsde mieux encegenre. 1
M. Aubry ne s'eſt pas moinsdiſtingué
par pluſieurs portraits à l'huile, rendus
avecbeaucoupdevérité, entreautres par
celui de M.Hallé, PeintreduRoi: mais
M. Aubrya mérité particulièrementl'at
tention du Public, par différentes ſcènes
copiées d'après nature. Dans l'une, on
voitunpère qui carelleſesenfans; dans
l'autre,unpetitenfantdemandantpardon
àſamère; ici c'eſt une femme qui tire
des cartes; plus loin,la Bergère des Al
pes.On remarquedans ces différens ta
bleaux unpinceaularge &pleindegoût,
des détails étudiés, un deſſin correct,
I ij
J
196 MERCURE DE FRANCE.
&, ce qui eſt encore plus précieux, de
la vérité , du ſentiment, de l'expreffion.
CetArtiſte eſt done fait pour réuſſirdans
ce genre, fur tout s'il étudie mieux les
couleurs locales, & s'il évite de faire
dominer unton decouleur verdâtre , qui
peutcontribuer à l'harmoniedutableau ,
mais qui détruit néceſſairement l'illa
fion.
Une imitation parfaite de la nature,
rendue d'une touche libre , ſavante &
pleine d'effet , a fixé depuis long-temps
le rangde M.Chardindansl'Ecole Fran
çoiſe. Troistêtesd'étude au paſtel , qu'il
acompoſées au Salon, ont le relief & la
véritéde la nature.
Les productions delaSculpture n'ont
point été bien nombreuſes cette année.
Différens modèles en plâtre,quelques
terres cuites , & beaucoup de portraits ,
voilà ce qui a orné le Salon. Le beau
portrait du Roi, modèle en plâtre par
M. Pajou , un autre portraitde Sa Ma
jeſté par M. Bridan, celui de la Reine
parM.Boizot, font ceuxquelePublic a
vusavecleplusd'intérêt.On s'eſt plu auſſi
àconſidérerlebuſte de M. le Comte de
Buffon, par M.Pajou, morceaudecarac
tère&d'une expreſſionforte; lesportraits
OCTOBRE. 1771. 197
de MM. de Miromenil & Turgot,par
M. Houdon , celui de M.le Chevalier
Gluk , &un autre de MileArnoulddans
le tôle d'Iphigénie, parle mêmeArtiſte.
M.Houdon nousaauſſi fait voirle mo
dèle d'une Chapelle ſépulcrale , en mé
moiredeLouiſe-Dorothée,Ducheſſe de
Saxe Gotha. Le caractère de ce monu
ment eſt ſimple, &cependant produit
un grand effer. On voit aufond d'une
Chapelle laportedu Temple de la Mort
qui, ſous la figured'un ſquelette , lève ,
pour en fortir , lesrideaux dont elle eſt
en partie voilée, & ſe ſaiſit avec préci
pitation de la Ducheſſe qui,les cheveux
épars , eſtcouverte d'un linceul;elledoit
exprimer ſon attachement pour tous
ceux qui lui étoient alliés , & fon affec.
tion pour le Peuple.
La Vierge en plâtredecinq pieds fix
pouces, que M. Mouchydoit exécuter
en marbre pour l'Egliſe de Brunoy , eſt
dela plus belle proportion. Latêre rieſt
pas modelée ſur les formes ſevères de
l'antique , mais elle eſt agréable. L'En
fantJéſus qu'elletientdans ſes bras eſt
traité avec un ſentiment de chair , & la
figure en général eſt bien compofée &
drapée noblement.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Unautre modèlede la Ste Vierge &
de l'Enfant Jésus , deſtiné pour la Ca
thédrale de Rouen, a été expoſé par M.
le Comte. L'Enfant Jéfus eft repréſenté
couché ſurlesbras de laVierge& tenant
unde ſesdoigtsdans ſabouche.
Jésus Chriſt mort , pleuré parlestrois
Maries, bas relief qui doit être exécuté
par le même Artiſte, ne laiſſe pas le
Spectateur indifférent. Diverſes nuances
de la douleur y fonttrès bien rendues.
Diane qui terraſſe un ſanglier, petit
morceau enterre cuite par M. Monor,
eſt un morceau pleinde mouvement ; le
deſſin en eſt pur, élégant. Une autreterre
cuite du même Artiſte,qui nousrepré
ſente l'Amourdépoſant ſes armes dans
leſeinde l'Amitié, a paru traitée avec
fentiment.
L'Hymenqui couronne l'Amour , joli
grouppe en marbre, parM. Bridan , eſt
aſſaiſonné des fineſſes que peut donner
un ciſeau délicar. La Fidélité lifant une
lettre& careffant fon chien; une petite
figure ſe coëffant d'une guirlande de
fleurs , auſſi en marbre ; leſquiſſe du
tombeau du Marquis d'Argens, par le
même Artiſte, ont également mérité les
fuffrages des Connoiffeurs.
1
OCTOBRE. 1775. 199
M.Caffiery n'a expoſé cetteannée au
Salon que le portrait en marbre deM.
Piron; ce portrait, ſupérieurement exé
curé, doit être placé dans le Foyerde la
Comédie Françoiſe. On peutvoir de ce
.
même Artiſte une très belle figure en
marbre de ſeptpieds de proportion , qui
eſt dans unedes niches de la Chapelle
de Saint Grégoire,dans l'Eglife Royale
des Invalides. Cette figure repréſenteSte
Sylvie , femme de Gordien, Sénateur
Romain, mèredeSaintGrégoire,Pape.
Elle et dans l'action de remercier Dieu
d'avoir donné lejouràundes plusgrands
Pontifes. Cette figure eſt vêtue d'une
longue tunique & d'un manteau très
ample ,habillementordinairedes Dames
Romaines. /
Le Prométhée de M. Boizot eſt un
morceau d'unecompoſition agréable, in
génieuſe , pleine de ſentiment, & qui
nepeut manquerde réuſſir dansl'exécn
tionqui en ſerafaite en marbre.L'Artif
te a repréſenté l'inſtant où l'homme ,
éprouvant les premiers ſentimens de fon
cœur,élève ſes regards vers laDivinité :
Prométhée admire le ſuccès de ſonen
trepriſe : le génie de Minerve le couvre
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de ſon égide, ſymbole de la protection
que lui accorde cette Déeſſe.
Différentes eſquiſſes de M. Berruer
ontété auſſi vues avec ſatisfaction. Mais
le morceau de ſculpturele plus confidé
rableannoncédans l'explicationduSalon,
eſt un bas relief de M. Gois, de trente
pieds de large fur cinq pieds fix pouces
de haut, repréſentant St Jacques & St
Philippe prêchant& guériſſant les mala
des. Ce bas relief , offre deux actions
différentes, mais qui ſe trouvent liées
en quelque forte par le mêmeeſprit de
bienfaiſance. Ici StJacques , par ſes inf
tructions , guérit les maladiesde l'ame;
plus loin, Saint Philippe guérit celles du
corps. Ces deux Apôtres font aifés à re
connoître par ladignité de leur attitude ,
par lanobleſſede leur expreffion , & par
l'attention qu'a eue l'Artiſtede les laiſſer
dominer ſur les différens grouppes de
figures qui les environnent. Ces group
pes font variés non-feulement par les
formes , mais encore par les différentes
expreſſions de caractère & de ſentimens
répandues fur toutes les figures. L'âge,
P'habillementmême contribuentà rendre
cette variété plus intéreſſante. L'Artiſte a
donné, avec raiſon,aux jeunes gens, des
:
5
に
P
OCTOBRE. 1775. 201
draperies beaucoup plusſouples & plus
légères qu'aux vieillards, afin de laiſſer
mieux appercevoir les contours coulans
&gracieuxde cettebelle nature.Comme
ce bas relief étoit trop grand pour être
placé dans le Salon , il a été expoſédans
l'attelier de l'Auteur , cour du Louvre,
où lesAmateurs pourront encore levoir.
Ils feront également fatisfaits de deux
grands deſſins exécutés au biſtre , parM.
Gois ,dontl'un repréſenteCorefus, l'un
des Prêtres de Bacchus, qui ſe ſacrifie
pour ſon Amante; l'autre eſt un ſujet
tiré de l'hiſtoire d'Eurypide, Capitaine
Grec. Ces deſſins ſont traités dans le
grand ſtyle de l'hiſtoire , & avecun effet
dans la couleurqui décèle l'Artiſte intel
ligent.
Les médailles de MM. Roettiers &
Duvivier ont reçu les plus juſtes applau
diſſemens. Avec quelle fatisfaction fur
tout n'aton pas vu le portrait de Sa
Majesté LouisXVI , les médaillesde fon
facre &autres relatives à notre hiſtoire ,
gravées par M. Duvivier avec une
,
fineſſe de deſſin & une pureté d'exécu
tionqui ne laiſſent rien àdeſirer.
Nons ne ferons pointici mentiondes
gravures expoſées au Salon, parce que
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
nous lesavons annoncées dans leMercure
àmeſurequ'elles ont été publiées. On
eſt d'ailleurs unpeu tropdiſtrait par les
peintures &ſculptures pour s'enoccuper
pendantl'expoſition.Différens Amateurs
néanmoins ont pris plaifir à comparer
pluſieurs gravures exécutées d'après les
compoſitions de M. Cochin , avec les
deſſins originaux de cet Artiſte, dont on
avu une très-belle ſuite au Salon , exé
cutée avec une pureté & une préciſion
très propres à conduire leburindu Gra
veur.
Peintures , Sculptures & Gravures de
ES
MM. del'AcadémieRoyale.
Les tableaux d'hiſtoire ont fixé les
premiers regards des Amateurs inſtruits.
Siles compoſitionsdeces tableaux n'ont
pastoujours répondu àce que leſujet
annoncé ſembloit leur promettre , ils
n'enont pas moins admiré les beautés
qui s'y trouvoientrépandues. Leur indul
genceeſtfondéeſurlaconnoiſſance qu'ils
ontdeladifficulté dugenrede l'hiſtoire,
lepremier ſansdoutedetous lesgenres,
puiſque le Peintred'hiſtoire eſt le Pein
tredel'ame, &que lesautresnepeignent
ordinairementquepourles yeux. N'est-il
pas juſte d'ailleurs de tenir compte au
Peintre hiſtorien du courage qui lui eſt
néceſſairepour cultiver un champ ſtérile,
grâce au goût frivole &meſquinde la
plupartdenos richesAmateurs pour les
bambochades & lespetits tableaux froi
dementterminésdesPeintres Flamands?
OCTOBRE. 1775. 177
UnArtiſte François, qui, par l'élévation
de ſes penſées, eſt entraîné vers l'hif
toire, ſe voit aujourd'hui réduit à quel
ques ouvrages pour lesEgliſes, les Go
belins , ou àquelques tableauxdecheva
let,quel'ona mêmeencorede lapeine
d'admettre dans les ameublemens , de
peur d'interrompre l'infipide uniformité
d'une tapiſſerie de foie.
Ungrandtableau, peintparM. Vien
&deſtiné à êtreplacédans la Chapelle
dunouveau Trianon , s'eſt d'abord fait
remarquer par lanouveautédu ſujet. On
yvoitSaintThibault, de laMaiſonde
Montmorency , qui offre auRoi St Louis
&àlaReine Margueritede Provence ,
une corbeillede fleurs&de fruits, dans
laquelle s'élèvent onze tigesde lis. Le
Roi n'avoit point encore eu d'enfant:
St Thibaultlui annonce parcetemblême
qu'il en aura onze, & par la tige qui
s'élève le plus haut, luidéſigne Robe ,
Chefde la Maiſonde Bourbon. La for
me ingrate de ce tableau, qui a huit
pieds fix pouces dehautfur cinq pieds
neufpouces de large, paroît avoir gêné
l'Artiſtedans l'ordonnancede ſa compo
fition. Mais où trouver un deſſin plus
précis, une exécutionplus nette & plus
facile?
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
1
Le tableaudu même Artiſte, dont le
fujet eſt tiré de l'Iliade , a réuni plus
généraleinent les fuffrages par l'heureuſe
diſpoſition du ſujet, l'intelligence du
clair-obfcur & la vigueur du coloris.
Vénus , bleſſée par Diomède à la guerre
de Troye , eſt ſecourue parIris, & Mars
l'aide à monterdans ſon char: c'eſt du
moins ce dernier moment que l'Artiſte
avoulu rendre , mais qui n'eſt peut-être
pas aſſez indiqué par l'attitude de la
Déeffe; cette attitude eſt tranquille &
n'annonce point l'action quidoit ſuivre.
Un tableau deM. Hallé,le ſeul que
cetArtiſte ait expoſé au Salon, nous re
préſente Jéſus Chriſt qui fait approcher
delui les petits enfans pour lesbénir. Il
y adans l'expreſſion de Jésus-Chriſt un
caractère de bonté; mais l'on pourroit
exiger que ce caractèreeût plus de no.
bleſſe. Cette figure principale eſt d'ail
learsd'une proportion un peu courte.En
général, ces fortesdeſujetsfont toujours
ingrats à traiter, parce que ce n'eſt que
d'après les formes d'un beau idéal que
l'Artiſtepeut tracercelles que l'imagina
tion exaltéedu ſpectateur exigedans la
figure de l'homme-Dieu.
M. Durameau s'est fait honneur en
:
OCTOBRE. 1775. 179
traitantun ſujetde l'hiſtoiredeBéliſaire.
CeGénéral,après avoir commandé avec
gloire les armées de Juſtinien , tomba
dans la diſgrâce de ce Prince, qui lui fic
crever les yeux. On le voit icideretour
dans le ſeinde ſa famille. Eudoxe ſa
fille embraſſe ſes genoux; & Antonine
ſa femme, qui étoit malade, faiſantun
effort pour ſe lever , tombe évanouie
entrelesbrasd'unedeſes femmes &du
jeuneTibère.Cette ſcène eſt pathétique;
elle ne faitcependantqu'une impreſſion
pallagère ſur le Spectateur, parce que
l'Artiſte s'eſt moins occupé de la partie
du ſentiment &de l'expreffion que des
formes cadencées &pittoreſques de ſa
compoſition.
Onavu auSalon, dumêmeAtriſte,
ſon morceau de réception, tableau de
dix-huitpieds de large fur neufpieds fix
pouces de haut , qui repréſente l'été.
Cérès & ſes Compagnes implorent le
Soleil , & attendent, pour moiffonner ,
qu'il aitatteint le ſigne de la Vierge. La
Canicule ou chienne céleste vomit des
flammes & des vapeurs peſtilentielles.
Les Zéphirs, par leurs ſouffles, dimi
nuent fon ardeur & purifient les airs,
L'idée de laCanicule jetant du feu &
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
rafraîchie parles Zéphirs, eſt une fiction
qui peut réuſſir en poësie , & qui n'eſt
pas auffi heureuſe en peinture; mais il
règne dans cette compofitionune belle
harmonie de couleur. Le toneſt lumi
4
neux & doré. L'Artiſte a voulu fans
doute exprimer par ce coloris ardent
l'aridité& laféchereſſe de laſaiſon. Le
charduSoleil eſt attelé de quatre che
vauxblancs. Une draperie légère voltige
autour duDieu de la lumière, ce qui
étend lamaſſede cette figure, qui fans
cela auroit paru trop maigre. Cérès &
fes Compagnes ,placées ſur ledevantde
lacompoſition,n'ontpointcette élégance
deformeque l'on a droit d'exiger dans
des Déeſſes. Le deſſin en eſt même un
peulourd: maisellesfontdiſpoſées favo
rablement pour l'effetdutout enſemble.
Cettegrandecompoſition eſtdeſtinée à
orner laGalerie d'Apollon.
L'Hiver, tableaude lamêmegrandeur
&lemorceauderéceptiondeM.Lagre
née lejeune, doitpareillement décorer
la Galerie d'Apollon. Les figures de ce
dernier tableau font d'une proportion
beaucoup plus forte,ce quidoit nécef
fairement nuire àl'enſemble deladéco
xation dela Galerie. Eole,dans ceta
OCTOBRE. 1775. 181
bleau,eſt repréſentédéchaînantlesvents,
qui couvrent les montagnes de neige.
Les eaux des fleuves fontglacées, & la
végétationparoîtenquelquefortearrêtée.
Mais onignorequia pu autoriſerl'Artiſte
à repréſenter dans ce tableau la figure
allégorique duTemps endormi. L'hiver ,
qui eſt laſaiſonoùlavégétationestmoins
active , a été quelquefois dépeint ſous la
figure d'un vieillard dormant ou aſſoupi;
mais jamais le Temps,dontla marche
eſt toujours égale & rapide; auſſi les
Poëtes l'ont dépeint ſous la figured'un
vieillard , ayantdeux grandesailesaudos,
une faulx à la main, &fuyant d'un vol
agile ſansjamais être arrêté. Ce tableau
de l'hiver offre néanmoins des parties
étudiées & qui font honneur àl'Artiſte.
Onjugeraencoreplus favorablementde
fongéniepour lacompoſitiond'après un
autrede ſes tableaux expoſé au Salon ,
&repréſentant un repos en Egypte La
compoſition eneſtriche, bien ordonnée
&d'unbon ſtyle; le coloris tranfparent
&harmonieux: mais ce tableau, fait
pour être vu de près,ainſi qu'un autre
tableau repréſentant l'homme entre le
vice& la vertu qui l'abandonne, de
manderoit à être terminé avec plus de
182 MERCURE DE FRANCE.
foin, fur-toutdans la partie des mains ,
qui ſont trop négligées. Pluſieurs deſſins
du même Artiſte, dont les ſujets font
tirés de l'hiſtoire ancienne , ne ferontpas
regardés avec des yeux indifférens. Ces
deſſins ſont exécutés à la plume & lavés
au biſtre ſur papier bleu, rehauffé de
blanc aupinceau.
Degrands tableaux de M. Vanloo,
deſtinés à être exécutés en tapiſſeries ,
nous ont misdevant les yeux différens
momens de la journée d'une Sultane.
Ici onvoit les préparatifs de ſa toilette;
plus loin, des Lunuques noirs & des
Eunuquesblancs qui lui fervent des ra
fraîchiſſemens. Un troiſième tableau la
repréſente commandantdes ouvragesaux
Odaliſques ; dans un quatrième , ces
Odaliſquesdonnent une fête champêtre
enpréſence du Sultan & de laSultane. Il
yadanscesdifférens tableauxdes parties
bien étudiées , & d'autres qui nele font
peut-être pas affez. Dans le premier ta
bleau , par exemple, le Spectateur a de
la peine à ſe rendre compte des règles
de perspective que l'Artiſte a adoptées.
Les piédeſtaux des colonnes ſont d'une
proportion beaucoup trop haute ; & le
baldaquin, ſous lequel eſt placé la Sul
1
OCTOBRE. 1775. 183
tane, paroît trop meſquin pourl'éléva
tion de l'édifice que ces colonnes indi
quent. Aureſte, ces compoſitions très
riches enétoffes, préſententdans leurs
différentes parties , des détails agréables
quidoivent réuſſir entapiſſetie.
Onavuavecſatisfactionles nouveaux
efforts qu'a faits M. Brenet pour nous
rappelerdans ſestableauxdeStPierre&
de St Paul , de l'AſſomptiondelaSainte
Vierge , de la Réſurrection de Jéſus
Chriſt , la manière de compoſer des
grands Maîtres. L'Artiſte cependant au
roitpu répandredanscettedernière com.
poſition plus de grandeur, plus de no
bleſle& mêmeplus deconvenance , en
donnantmoinsde mouvementauChriſt ,
qui doit s'élever par le ſeul actede ſa
volonté , cequ'auroientindiqué ſesjam
bes plus rapprochées & ſes bras moins
étendus. Un autretableau du même Ar
tifte, tiré del'Histoire Romaine , &dont
le ſujer eftCreſſinus juſtifiédevant l'Edi
le, eſt ſagement ordonné. Lecoſtumey
eſt fidèlement obſervé, & la ſcène eft
diſpoſée de façon àproduitele meilleur
effer. Un ciel bleu, qui fertde fond au
ſujet , pourra paroître d'un ton un peu
tropégal;cetteſcène d'ailleurs ſe paſſant
184 MERCURE DE FRANCE.
au milieu de la ville, ſembloit devoir
être entourée d'édifices..
Cybèle ayant découvert qu'Atys, le
Grand-Prêtre de ſes Autels, lui faifoit
infidélité pour la Nymphe Sangaride ,
fufcite contre elle Alecton : cette Furie
ſecoue ſon flambeau & ſesſerpens ſurla
tête d'Atys , & excite enluiun ſi furieux
délire , que prenant ſa Maîtreſſe pour un
monſtre, il la poignarde. Célénus, Roi
de Phrygie, eſt irrité de cettevengeance
horrible : le Peuple , les Sacrificateurs
font effrayés : lesAmours & les Plaifirs
s'enfuient. C'eſt le ſujet d'un grand ta
bleau de 15 pieds de large ſur 10 de
haut, exécuté parM.Robin.Cettegrande
machine aunbeaumouvement,les maf
ſes en fontbien décidées, & il règne
dans la compoſition uneforte d'enthou
ſiaſme qui échauffe le Spectateur; mais
ce n'eſt pas affez pour réunirles ſuffrages
desAmateurs , qui ne les accordentque
d'après l'impreſſion que font fur eux le
charmeducoloris,lacorrectiondudeſſin
&uneexécutionnette & facile.
Uneffettrèsbrillant,desdétails ren
dus avec ſoin, l'intérêt même du ſujet ,
ont fixé les yeux du Spectateur fur un
petit tableau de M. Lépicié, qui repré
OCTOBRE. 1775.
185
fentoit MgrleDucdeValois auberceau.
On aégalement remarqué l'attelier d'un
Menuifier , tableaudechevalet, où l'Ar
tiſte avoit repréſenté, avec une naïveté
aimable,unejeune fillequi ſembleoublier
l'ouvrage qu'elle tient dans ſes mains
pourécouterlesdiſcoursd'unjeune gar
çonmenuifier.L'Artiſte aaffectéde placer
danscetableau, &dans quelques autres
du mêmegenre,des maſſes de lumière
très-larges& très-brillantes; mais qui ,
par leur éclat & leurlargeur même , nui
fent au reliefdes figures &à cettedouce
harmonieque l'oncherche dansun ta
bleau. Nous ne citerons point ici tous
les ouvrages de cet Artiſte expofés au
Salon;ilsétoientengrand nombre; le plus
conſidérableétoit l'intérieur d'une Doua
ne, tableau des pieds de large fur 3
pieds de haut. La compoſition en eſt
riche &bien ordonnée. Les figures qui
l'animent ont lemouvement&lavariété
que l'on defire dans un ſujetpareil. Le
coloris eſt d'ailleurs ici beaucoup plus
doux, plus harmonieux que dans les
autres tableaux du même Artiſte. On
pourroit ſeulementdeſirer, pour lemeil
leur effet del'enſemble , que ladégrada
tion de lalumière fût plusſenſible dans
186 MERCURE DE FRANCE.
lesdifférentes parties d'architecture qui
ſerventde fond au ſujet.
M. Lagrenée l'aîné continuedeplaire
auplusgrandnombre des Amateurs, par
de petites compoſitions empruntées de
l'hiſtoire ou de la fable, & dont le prin
cipal mérite conſiſte dans la propretéde
l'exécution & la ſuavitédu pinceau.
Le Peintre de la nature, M. Vernet,
s'eſt plu à nous rappeler, dansdifférens
tableaux , les ſcèneslespluspathétiques
dela mer en courroux, ou les momens
les plus tranquilles & les plus délicieux
d'une belle journée. Ses deux tableaux
repréſentant l'un la conſtruction d'un
chemin,&l'autre l'abord d'une foire ,
ont, par la richeſle de lacompoſition ,
la variété& lavie qu'un pinceau ſpirituel
arépandu dans les différens grouppes de
figures, tranſportéle Spectateur au milieu
dela ſcènerepréſentée.
La curioſité du Public eſt toujours
Aattée par les compoſitions de M. le
Prince dans le coſtume Ruſſe. SonAva
re, fon Jaloux, ſon Négromantien &
autres compofitions pareilles ,préſentent
des têtesbienétudiées, debeaux effetsde
lumière , des détails d'étoffe , de métal,
d'ornemens,rendusavecune intelligence
OCTOBRE. 1775. 187
dans la couleur locale, & une certaine
adreſſe dansla touche ,qui caractériſent
l'objet. Ses payſages ſontornésde petites
figures tout à faitſpirituelles.Le feuiller
desarbres eſt touchédegoût, mais point
affez rendu. Cettepratique n'eſt ſuppor
tableque dansdesdeſſinsoudeseſquiſſes;
onexigedeplus,dansuntableau fini ,que
latouche indique l'eſpèce mêmed'arbre.
quel'onrepréſente.Onavoueraencoreque
lestons des arbres , des eaux , des terraf
ſes,desciels fonttrès frais, très-brillans
dans les payſagesde M.lePrince, mais
quecebrillant nuit quelquefois à l'har
monie du tableau;nouspourrionsmême
ajouter, à la vérité de la nature, vérité
que l'Artiſte ne doit jamais perdre de
vue: autrement iltombe dans cequ'on
appelle manière , & ſes tableaux n'ont
plusqu'un mérite de mode ou de con
vention. Onregretteencore que cetAr
tiſte ne variepasdavantage ſesſites.Une
vue annoncée d'après nature,tableau de
spieds ſix poucesde large ſur 4pieds 6
pouces de haut, ne préſentequ'un bou
quetd'arbresdans les formes peuvariées
de Ruyſdal, qui ſontcelles quel'Artiſte
paroît avoir adoptéesdepréférence.
M.Willelefils,nouvelAgréé,donne
188 MERCURE DE FRANCE.
les plus heureuſes eſpérances. On a vu
de lui deux têtes d'étude, celle d'un
Vieillard villageois & celle d'un Suiffe ,
quiannoncent unArtiſtequi fait ſe ren
dre compte des moindres détails de la
nature. Ces têtes , très bien touchées,
ontd'ailleursbeaucoupde relief. Sadanſe
villageoiſe, un autre tableau où il a re
préſenté une jeune fille qui, après avoir
reconnuſeségaremens,vientſejeter aux
genoux de fonpère, préſentent des ſcè
nesqui nefontpointſansintérêt. Elles
ne font pointtraitées avec toutes les ref
fourcesdu clair obſcur , pour donner du
relief aux figures , & empêcherqu'elles
ne paroiſſent ſemées &découpées ſurle
fond;maisonyremarqueavecplaifir un
Artiſte qui s'étudie àrendre les différens
mouvemens de la nature. Ces tableaux
peuvent doncêtreregardéscommed'heu
reux efſfais dans l'art difficile de rendre
les ſcènes naïves du ſentiment.
Une petite fille répétantſa leçon, une
famille faiſant des confitures , une mère
engageant ſa fille à prendre uneméde
cine ; voilà à peuprès lesſujets des com
poſitions de M. Bounieu.Ces tableaux
peuvent plaire par de petitsdétails co
piés ſcrupuleuſementd'après nature , par
OCTOBRE. 1775. 189
deseffets de lumière ménagésavec art,
&par la manœuvre d'unpinceautrès
foigné. Ona auſſivu de cetArtiſte , de
petits payſages, où l'on trouve , ainſi que
dans ſestableaux de compoſition, des
reintes noirâtres, qui ne fontpointdans
lanature.
Les tableauxdeM. Theaulon,nouvel
Agréé,ſerontrecherchés parleplus grand
nombredes Amateurs; les compoſitions
enſontenjouées & agréables. Dans l'un
decestableaux,on voit une jeune fille
furunlit,endéſordre;un jeunehomme
luidemandepardonde lui avoir arraché
unbouquetderoſes, qu'on voit éparpil
léesà ſes pieds. Le tableau qui lui fert
de pendant, offre un heureux ménage.
Deuxjeunesépouxparoiſſenttendrement
unis; le père appelle avec complaiſance
un enfantqui, foible encore, s'eſſaye à
former ſespremierspasdansunchariot,
enluitendantles bras. La mère quitte
fon occupation , & cherche à lire dans
lestraitsdeſon marilesmarques de fon
amour paternel. Unvieillard,ſon père,
regarde cette ſcène, qui fixe toute fon
attention.C'eſt lanoticequia étédonnée
dansl'explicationdespeinturesduSalon,
&qui paroiſſoit néceſſaire pour faire
190 MERCURE DE FRANCE.
connoîtretoutcequel'Artiſtes'étoitpropo.
ſéencompoſantcetableau.Onyreinarque
dumoinsunetouche fine&légère , des
figures agréables,dejolistonsdecouleur.
DeuxautrespetitstableauxdecesArtiſte
repréſentantdesBaigneuſes &de jeunes
Nymphes danſantdansunegrotte, méri
tent auffid'être cités. Onpourroitdefirer
plusdecorrectiondans ledeſſindes figu
res; mais elles ſont touchées avec ef
prit, & les rochesqui ſerventde fond à
ces figures, ſont coloriées avec intelli
gence.
Parmi les productions deM. Robert,
on a fur-tout remarqué les reſtes d'un
Temple de Jupiter; le Temple de la
Concorde, aveclapyramidedeCeftius ;
les ruinesduPalais des Céſars; & deux
autres tableaux où l'on voyoitdans l'un
l'effet d'un Soleil couchant , &dans l'au
tre, le portique d'une maiſonde cam
pagne prèsde Florence. Pluſieurs autres
tableaux dans le même genre annoncent
unArtiſte qui faittirerleplusgrandparti
dujeu des oppoſitions. Sa touche eſt
légère, ſon coloris tranſparent, ſonfaire
facile & fpirituel.Son grand tableau du
décintrement du Pont de Neuilly
eſt très- intéreſſant; il offre le por
OCTOBRE. 1775. 191
trait fidèled'une fêre que tout Paris a
vueaveclaplusgrande ſatisfaction.
M. deMachy, qui s'eſt auſſi appliqué
peindredes morceaux d'architecture&
de perſpective, a ſu attirer les regards
par des points de vue pris au milieu
mêmedeParis : ici c'eſt lavue du nou
velHôtel des Monnoies, plus loin celle
du Louvre & duquai. L'Artiſte aquel
quefois ajouté à ſon pointde vuedes
acceſſoires étrangers qui la rendent plus
pittoresque, mais dépayſent un peu le
Spectateur Parifien. Son faire eſt très
ſoigné;ſatoucheliſſene paroîtpas tou
jours propre à rendre le caractère brut
delapierre;maisily adans ſesdifférens
tableaux une belleentente d'effet & de
perſpective.
La nobleſſe des compofitionsde M.
Cleriſſeau,& lecaractère granddel'anti
que qu'il fait réunit à des effets confor
mes àceux de lanature, font aisément
diftinguer ſes tableauxde tuines. Ily en
avoit ſeptde lui auSalon. Ils font peints
àgouache, d'une touche large&graffe,
avec une préciſiondans les détails, quia
mérité l'approbation de tous ceux qui
ontvulesmonumens antiques.
M.Perignon, nouvelAgréé , nousد
1
192 MERCURE DE FRANCE.
donnédanscemême genredepeinture,
ノ
différentes vues où l'on a remarqué de
beaux lointains. Leseffets enſont vrais,
harmonieux , &leSpectateuryjouitavec
plaiſir de cette doucedégradationde lu
mière qui eſt amie del'œil &dans la
nature.
:
On a remarquépluſieurs tableaux de
chevaletdeM. Jollain, entreautres,deux
ſujets tirés de l'hiſtoire de Pyrrhus , &
deux autres repréſentant la toilette de
Pſyché, & l'indifcrétion deCandaule,
Roi de Lydie. Il y a peu d'expreffions
danslesfigures : maisellesſontdiſpoſées
agréablement & peintes d'un pinceau
moëlleux & foigné.
Deux femmes Grecques , dont une
brodeau métier;uneMagdeleinedansle
déſert; l'incrédulité de Saint Thomas
autre tableau de chevaler, peintpar M.
Beaufort, morceau qu'il paroît avoir étu
dié , ont auffi attiré les regards duPu
blic, qui a également accordé fon ap
probation encourageante à quelques ta
bleauxde MM Guerin, Renoux,Caref
me,Martin,Monnet&Houel, nouvel
Agréé. Onavu delui au Salon différens
pointsde vued'après nature, prisprinci
palement enItalien
Les
OCTOBRE. 1775. 193
Les tableaux de payſages ornés d'ani
maux , par M. Huet, font touchés de
goût. Son coloris eſt vigoureux , & l'har
monie en eſt très brillante, parce que
l'Artiſte l'a montée ſur le ton le plus
haut; mais ce n'eſt pas celui que donne
lanature.
Mile Vallayer s'eſtconciliédenouveau
les fuffrages des connoiffeurs, par des
tableaux repréſentantdes fruits , des lé
gumes, des vaſes de fleurs toucheés
librement & grouppées avec toute l'in
telligence pottible pour produire le meil
leureffer.
Ona auſſi admiré de Mlle Vallayer le
portrait de l'Abbé le Monier. Le ſuccès
decette Virtuoſedans cette partie diffi
cile de la peinture, doit rendre moins
ſurprenant celui avec lequelelle peintles
buſtes, les fleurs &autres objets inani
mésde ſonatelier.
M. Van-Spaendonck nousa faitvoir
pour la première fois, dans le même
genre, des tableaux d'un coloris vif &
d'une touche précieuſe. Cet Artiſté a
placédans quelques-uns de ſes tableaux
des vaſesd'agathe, de crystal , toujours
très-difficiles àbientraiter , ſans nuire à
l'éclat des fleurs: mais ſon pinceau a ſu
vaincre cesdifficultés.
1. Vol.
1
194 MERCURE DE FRANCE.
Lesportraits font toutours en grand
nombre au Salon. Leconcours des Spec
tateurs s'eſt arrêté devantle beau portrait
de S. M. Louis XVI, peint àl'huile par
M. Dupleſſis. Ce portrait , ainſique ceux
deM. Allegrain,Sculpteur ,& de M. le
ChevalierGluck parlemêmeArtiſte,font
rendus avec une vérité dans la couleur ,
une fermetédans la touche & une finelle
dans la partie des détails,qui ne laiſſe
rien à defirer.C'eſt la nature même, mais
la nature animée&ſaiſie dans ſon mo
ment le plus heureux.On apuremarquer
danslatêteducélèbre MuſicienAllemand
l'expreffion du génie inſpiré.
Le Public a vu auſſi avec intérêt le
portrait en piedde Monfieur, ceux de
Madame laComteſſed'Artois, de Ma
dameClotilde, Princeſſe de Piémont ,
&deMadeunoiſelle , parM. Drouais.
Les portraits en émail& enminiature
par MM. Hall , Paſquier , Courtois ,
Weiler, ontgénéralementplu àceux qui
aiment àvoirla nature en petit, &parée
detous les charmesque peuvent lui prê
ter la fineſle du coloris & ladélicateſſe
dupinceau. Les miniatures de M. Hall
ſe font fur tout remarquer par la fran
chiſe de la touche;ſesdraperies, large
OCTOBRE. 1775. 195
menttraitées , font valoir avec beaucoup
d'avantage le pointillé des chairs. Ces
miniatures étoient renfermées dans une
bordure ſculptée en bois par M. Boutry '
&quiaétéremarquéepourla légéreté des
ornemens & ladélicateſſe de la main
d'œuvre. MM. Hall & Weiler nousont
auſſi fait voirpluſieurs têtes enpaſtel de
grandeur naturelle Le portraiten paſtel
deM. Robert, Peintre du Roi , peint
par M. Hall , eſt d'une reſſemblance &
d'une magie étonnante: il eſt, ainſi que
celui de cet Artiſte, peint d'après lui
même, comparable à toutce que nous
avonsde mieux encegenre. 1
M. Aubry ne s'eſt pas moinsdiſtingué
par pluſieurs portraits à l'huile, rendus
avecbeaucoupdevérité, entreautres par
celui de M.Hallé, PeintreduRoi: mais
M. Aubrya mérité particulièrementl'at
tention du Public, par différentes ſcènes
copiées d'après nature. Dans l'une, on
voitunpère qui carelleſesenfans; dans
l'autre,unpetitenfantdemandantpardon
àſamère; ici c'eſt une femme qui tire
des cartes; plus loin,la Bergère des Al
pes.On remarquedans ces différens ta
bleaux unpinceaularge &pleindegoût,
des détails étudiés, un deſſin correct,
I ij
J
196 MERCURE DE FRANCE.
&, ce qui eſt encore plus précieux, de
la vérité , du ſentiment, de l'expreffion.
CetArtiſte eſt done fait pour réuſſirdans
ce genre, fur tout s'il étudie mieux les
couleurs locales, & s'il évite de faire
dominer unton decouleur verdâtre , qui
peutcontribuer à l'harmoniedutableau ,
mais qui détruit néceſſairement l'illa
fion.
Une imitation parfaite de la nature,
rendue d'une touche libre , ſavante &
pleine d'effet , a fixé depuis long-temps
le rangde M.Chardindansl'Ecole Fran
çoiſe. Troistêtesd'étude au paſtel , qu'il
acompoſées au Salon, ont le relief & la
véritéde la nature.
Les productions delaSculpture n'ont
point été bien nombreuſes cette année.
Différens modèles en plâtre,quelques
terres cuites , & beaucoup de portraits ,
voilà ce qui a orné le Salon. Le beau
portrait du Roi, modèle en plâtre par
M. Pajou , un autre portraitde Sa Ma
jeſté par M. Bridan, celui de la Reine
parM.Boizot, font ceuxquelePublic a
vusavecleplusd'intérêt.On s'eſt plu auſſi
àconſidérerlebuſte de M. le Comte de
Buffon, par M.Pajou, morceaudecarac
tère&d'une expreſſionforte; lesportraits
OCTOBRE. 1771. 197
de MM. de Miromenil & Turgot,par
M. Houdon , celui de M.le Chevalier
Gluk , &un autre de MileArnoulddans
le tôle d'Iphigénie, parle mêmeArtiſte.
M.Houdon nousaauſſi fait voirle mo
dèle d'une Chapelle ſépulcrale , en mé
moiredeLouiſe-Dorothée,Ducheſſe de
Saxe Gotha. Le caractère de ce monu
ment eſt ſimple, &cependant produit
un grand effer. On voit aufond d'une
Chapelle laportedu Temple de la Mort
qui, ſous la figured'un ſquelette , lève ,
pour en fortir , lesrideaux dont elle eſt
en partie voilée, & ſe ſaiſit avec préci
pitation de la Ducheſſe qui,les cheveux
épars , eſtcouverte d'un linceul;elledoit
exprimer ſon attachement pour tous
ceux qui lui étoient alliés , & fon affec.
tion pour le Peuple.
La Vierge en plâtredecinq pieds fix
pouces, que M. Mouchydoit exécuter
en marbre pour l'Egliſe de Brunoy , eſt
dela plus belle proportion. Latêre rieſt
pas modelée ſur les formes ſevères de
l'antique , mais elle eſt agréable. L'En
fantJéſus qu'elletientdans ſes bras eſt
traité avec un ſentiment de chair , & la
figure en général eſt bien compofée &
drapée noblement.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Unautre modèlede la Ste Vierge &
de l'Enfant Jésus , deſtiné pour la Ca
thédrale de Rouen, a été expoſé par M.
le Comte. L'Enfant Jéfus eft repréſenté
couché ſurlesbras de laVierge& tenant
unde ſesdoigtsdans ſabouche.
Jésus Chriſt mort , pleuré parlestrois
Maries, bas relief qui doit être exécuté
par le même Artiſte, ne laiſſe pas le
Spectateur indifférent. Diverſes nuances
de la douleur y fonttrès bien rendues.
Diane qui terraſſe un ſanglier, petit
morceau enterre cuite par M. Monor,
eſt un morceau pleinde mouvement ; le
deſſin en eſt pur, élégant. Une autreterre
cuite du même Artiſte,qui nousrepré
ſente l'Amourdépoſant ſes armes dans
leſeinde l'Amitié, a paru traitée avec
fentiment.
L'Hymenqui couronne l'Amour , joli
grouppe en marbre, parM. Bridan , eſt
aſſaiſonné des fineſſes que peut donner
un ciſeau délicar. La Fidélité lifant une
lettre& careffant fon chien; une petite
figure ſe coëffant d'une guirlande de
fleurs , auſſi en marbre ; leſquiſſe du
tombeau du Marquis d'Argens, par le
même Artiſte, ont également mérité les
fuffrages des Connoiffeurs.
1
OCTOBRE. 1775. 199
M.Caffiery n'a expoſé cetteannée au
Salon que le portrait en marbre deM.
Piron; ce portrait, ſupérieurement exé
curé, doit être placé dans le Foyerde la
Comédie Françoiſe. On peutvoir de ce
.
même Artiſte une très belle figure en
marbre de ſeptpieds de proportion , qui
eſt dans unedes niches de la Chapelle
de Saint Grégoire,dans l'Eglife Royale
des Invalides. Cette figure repréſenteSte
Sylvie , femme de Gordien, Sénateur
Romain, mèredeSaintGrégoire,Pape.
Elle et dans l'action de remercier Dieu
d'avoir donné lejouràundes plusgrands
Pontifes. Cette figure eſt vêtue d'une
longue tunique & d'un manteau très
ample ,habillementordinairedes Dames
Romaines. /
Le Prométhée de M. Boizot eſt un
morceau d'unecompoſition agréable, in
génieuſe , pleine de ſentiment, & qui
nepeut manquerde réuſſir dansl'exécn
tionqui en ſerafaite en marbre.L'Artif
te a repréſenté l'inſtant où l'homme ,
éprouvant les premiers ſentimens de fon
cœur,élève ſes regards vers laDivinité :
Prométhée admire le ſuccès de ſonen
trepriſe : le génie de Minerve le couvre
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de ſon égide, ſymbole de la protection
que lui accorde cette Déeſſe.
Différentes eſquiſſes de M. Berruer
ontété auſſi vues avec ſatisfaction. Mais
le morceau de ſculpturele plus confidé
rableannoncédans l'explicationduSalon,
eſt un bas relief de M. Gois, de trente
pieds de large fur cinq pieds fix pouces
de haut, repréſentant St Jacques & St
Philippe prêchant& guériſſant les mala
des. Ce bas relief , offre deux actions
différentes, mais qui ſe trouvent liées
en quelque forte par le mêmeeſprit de
bienfaiſance. Ici StJacques , par ſes inf
tructions , guérit les maladiesde l'ame;
plus loin, Saint Philippe guérit celles du
corps. Ces deux Apôtres font aifés à re
connoître par ladignité de leur attitude ,
par lanobleſſede leur expreffion , & par
l'attention qu'a eue l'Artiſtede les laiſſer
dominer ſur les différens grouppes de
figures qui les environnent. Ces group
pes font variés non-feulement par les
formes , mais encore par les différentes
expreſſions de caractère & de ſentimens
répandues fur toutes les figures. L'âge,
P'habillementmême contribuentà rendre
cette variété plus intéreſſante. L'Artiſte a
donné, avec raiſon,aux jeunes gens, des
:
5
に
P
OCTOBRE. 1775. 201
draperies beaucoup plusſouples & plus
légères qu'aux vieillards, afin de laiſſer
mieux appercevoir les contours coulans
&gracieuxde cettebelle nature.Comme
ce bas relief étoit trop grand pour être
placé dans le Salon , il a été expoſédans
l'attelier de l'Auteur , cour du Louvre,
où lesAmateurs pourront encore levoir.
Ils feront également fatisfaits de deux
grands deſſins exécutés au biſtre , parM.
Gois ,dontl'un repréſenteCorefus, l'un
des Prêtres de Bacchus, qui ſe ſacrifie
pour ſon Amante; l'autre eſt un ſujet
tiré de l'hiſtoire d'Eurypide, Capitaine
Grec. Ces deſſins ſont traités dans le
grand ſtyle de l'hiſtoire , & avecun effet
dans la couleurqui décèle l'Artiſte intel
ligent.
Les médailles de MM. Roettiers &
Duvivier ont reçu les plus juſtes applau
diſſemens. Avec quelle fatisfaction fur
tout n'aton pas vu le portrait de Sa
Majesté LouisXVI , les médaillesde fon
facre &autres relatives à notre hiſtoire ,
gravées par M. Duvivier avec une
,
fineſſe de deſſin & une pureté d'exécu
tionqui ne laiſſent rien àdeſirer.
Nons ne ferons pointici mentiondes
gravures expoſées au Salon, parce que
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
nous lesavons annoncées dans leMercure
àmeſurequ'elles ont été publiées. On
eſt d'ailleurs unpeu tropdiſtrait par les
peintures &ſculptures pour s'enoccuper
pendantl'expoſition.Différens Amateurs
néanmoins ont pris plaifir à comparer
pluſieurs gravures exécutées d'après les
compoſitions de M. Cochin , avec les
deſſins originaux de cet Artiſte, dont on
avu une très-belle ſuite au Salon , exé
cutée avec une pureté & une préciſion
très propres à conduire leburindu Gra
veur.
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Résumé : EXPOSITION au Salon du Louvre des Peintures, Sculptures & Gravures de MM. de l'Académie Royale.
En octobre 1775, le Salon du Louvre a exposé des œuvres de peintres de l'Académie Royale, avec une attention particulière aux tableaux d'histoire. Ces œuvres, bien que parfois décevantes dans leur composition, ont été appréciées pour leurs qualités artistiques. Les amateurs reconnaissent la difficulté du genre historique, qui nécessite de peindre non seulement pour les yeux, mais aussi pour l'âme. Parmi les œuvres notables, M. Vien a présenté deux tableaux : l'un représentant Saint Thibault offrant une corbeille de fleurs et de fruits au roi Saint Louis et à la reine Marguerite de Provence, et l'autre montrant Vénus blessée par Diomède et secourue par Iris et Mars. M. Hallé a exposé un tableau de Jésus-Christ bénissant des enfants, mais la proportion de la figure principale a été critiquée. M. Durameau a traité un sujet historique avec Bélisaire, général déchu et aveuglé, accueilli par sa famille, mais cette scène manque d'impact émotionnel. Des compositions destinées à la Galerie d'Apollon ont également été présentées, telles que 'L'Été' et 'L'Hiver'. Le texte mentionne aussi des dessins à la plume et au bistre sur papier bleu, inspirés de l'histoire ancienne. Les tableaux de M. Vanloo illustrent différents moments de la journée d'une sultane. M. Brenet est salué pour ses œuvres religieuses, bien que certaines compositions puissent être améliorées. Un tableau de M. Robin sur le mythe d'Atys et Sangaride est apprécié pour son mouvement, mais critiqué pour son manque de charme. Un petit tableau de M. Lépicié représentant le Duc de Valois au berceau attire l'attention par son effet brillant. Joseph Vernet est loué pour ses représentations des scènes marines et rurales. Le Prince de Liechtenstein est apprécié pour ses compositions en costumes russes et ses portraits. Wille le fils montre un talent prometteur avec des études de têtes et des scènes villageoises. Bounieu se distingue par ses scènes de genre détaillées et ses paysages. Théaulon présente des compositions agréables et des figures touchantes. Robert et Machy sont reconnus pour leurs tableaux architecturaux et de perspective. Parmi les autres artistes notables, Clerisseau se distingue par la noblesse de ses compositions et son habileté à représenter des monuments antiques. Perignon est apprécié pour ses vues avec des lointains harmonieux. Jollain présente plusieurs tableaux historiques, bien que les expressions des figures soient limitées. Beaufort expose des scènes religieuses et mythologiques. Les paysages animaliers de Huet sont remarqués pour leur goût et leur harmonie. Mlle Vallayer excelle dans les natures mortes et les portraits. Van Spaendonck impressionne par ses tableaux de fleurs et de vases.
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