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1
p. 71-75
« MEMOIRES du Comte de Baneston, écrits par le Chevalier de Forceville, [...] »
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MEMOIRES du Comte de Baneston, écrits par le Chevalier de Forceville, [...]
Mots clefs :
Mémoires, Roman
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texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRES du Comte de Baneston, écrits par le Chevalier de Forceville, [...] »
EMOIRES du Comte de Banefton ,
Mécrits par le Chevalier de Forceville,
en deux parties in- 12 . Se trouvent chez
Duchefne , rue S. Jacques , au Temple du
Goût , 1755.
L'expofition de ce roman excite la curiofité
la plus vive . Un françois enterré
tout vivant au nord de l'Angletterfe dans
une maiſon iſolée , où il n'eft fervi que
par un payfan & une payfanne qui ne l'entendent
pas , où perfonne n'entre jamais.
Un homme enfin qui ne paroît point le
jour & qui ne fort que la nuit , annonce un
héros fingulier dont on brûle de fçavoir
Thiftoire. Le Chevalier de Forceville qui
arrive dans ce pays pour y recueillir une
fucceffion , parvient par un incident que
je fupprime à pénétrer dans ce tombeau.
Il reconnoît dans le cadavre animé qui
l'habite , le Comte de Banefton qu'il a vû
autrefois en France , & dont il étoit l'ami .
Il veut l'obliger de retourner avec lui dans
fa patrie; mais tout ce qu'il peut en obrehir
eft de lui apprendre les raifons qui
72 MERCURE DE FRANCE.
l'ont déterminé à s'enfevelir dans cette habitation
fauvage. Il lui fait un récit détaillé
de fa vie. Il lui conte d'abord les premiers
écarts de fa jeuneffe ; c'eft la partie de ce
roman la moins intéreflante : elle n'eft
qu'une foible imitation des confeffions du
Comte de .... La feconde attache beaucoup
plus par le beau caractere de Mlle de
Mareville , qui joint à la naiffance , aux
grands biens , les graces extérieures & toutes
les beautés de l'ame , une douceur furtout
qui la rend adorable & qui méritoit
un fort plus heureux. Elle préfère le Comte
de Banefton à tous fes rivaux : il eft le plus
heureux des maris ; mais l'auteur donne à
cette femme accomplie une rivale trop
odieufe. Le contrafte eft révoltant : on n'a
jamais réuni tant de noirceur ; c'eſt une
charge de Cleveland . Léonore dont le nom
elt trop doux à prononcer pour le donner
à un monftre fi noir & fi barbare , Léonore
, dis-je , furpaffe en cruauté Cléopatre
dans Rodogune , & qui plus eft Atrée.
Les crimes de la premiere ont pour objet
le trône , qui les ennoblit, & ceux de l'autre
font fondés fur la plus cruelle des injures ,
qui motive fa vangeance ; mais l'exécrable
Léonore eft méchante pour l'être. Elle ne
s'eft déterminée à fixer fa demeure près de
la terre du Comte de Banefton , & à fe lier
avec
JUILLE T. 1755. 73
avec fon aimable époufe , que dans l'affreufe
vûe de troubler de gaité de coeur
leur union vertueufe. Elle n'employe l'art
le plus raffiné pour captiver le coeur du
mari , que pour percer celui de la femme.
Comme le crime féducteur réuffit toujours
mieux que la vertu fans artifice , elle parvient
à fe faire aimer du Comte de Banefton
en dépit de lui-même , elle le rend
non feulement coupable , mais encore imbécile
au point de l'engager à quitter la
France & à fe rendre à Venife avec elle ,
exprès pour l'aider à cacher plus facilement
un accouchement adultere . Elle a même
l'impudence de mettre la Comteffe de la
partie avec fon fils unique , fans oublier
la gouvernante . Cet étrange voyage eſt
ainfi arrangé pour la commodité du roman .
La barbare Léonore avoit befoin de fe
faire accompagner de toute cette famille
infortunée pour l'immoler fucceffivement à
fa fureur. Elle fait noyer la gouvernante ,
elle précipite le fils du haut d'une terraffe ,
empoifonne la mere : le Comte lui-même
eft fur le point de fubir un pareil fort
avoir refufé d'époufer cette furie après la
mort de fa femme ; mais par une jufte
méprife Léonore perit du poifon qu'elle
avoit deſtiné à fon amant , & lui fait en
expirant l'aveu de toutes ces horreurs. Le
D
pour
74 MERCURE DE FRANCE.
Comte de Banefton déchiré de douleur
fait enbaumer les corps de fa femme & de
fon fils , & va s'enterrer avec eux au fond
de l'Angleterre , d'où rien ne peut le tirer .
Cette complication de cruautés accumulées
les unes fur les autres bleffe la vraifemblance
autant que l'humanité. De tels
monftres n'existent point dans la nature ,
ou s'il s'en trouve un par hazard , il faut
l'étouffer & non pas le peindre. L'auteur
paroît avoir du talent pour traiter le roman
dans le grand intérêt ; il a dans M. l'Abbé
Prevôt un excellent maître en ce genre :
mais on doit l'avertir de ne pas outrer fon
modele. Qu'il donne de la force à fes caracteres
plutôt que de la noirceur , & qu'il·
tâche de nous attendrir fans nous effrayer.
HISTOIRE & regne de Louis XI ,
par Mlle de Luffan , 6 vol . A Paris , chez
Piffot , quai de Conti , 1755.
On peut compter Mlle de Luffan parmi
nos bons écrivains. Le roman où elle a excellé
l'a placée à côté de l'auteur de Cleveland.
L'hiftoire où elle réuffit l'approche
du Tacite * françois.
Louis XI eft dédié à S. A. S. Mgr le
Prince de Condé . V. A. S. dit l'auteur >
y verra les manoeuvres fourdes & mena-
* M. Duckos.
JUILLET. 1755. 75
gées de ce Monarque ; en oppofition
avec la véhémence & la préfomption de
Charles dernier Duc de Bourgogne , &
par quelles routes différentes leur haine
réciproque fe manifefte. Ce contrafte ( ſi
j'ai bien traité cette hiftoire ) doit y jetter
un genre d'intérêt qui donnera matiere à
d'utiles réfléxions.
Voilà l'idée générale de l'ouvrage & fon
bût particulier expliqués en peu de mots.
Je n'en puis donner un meilleur précis , &
je m'y borne.
Mécrits par le Chevalier de Forceville,
en deux parties in- 12 . Se trouvent chez
Duchefne , rue S. Jacques , au Temple du
Goût , 1755.
L'expofition de ce roman excite la curiofité
la plus vive . Un françois enterré
tout vivant au nord de l'Angletterfe dans
une maiſon iſolée , où il n'eft fervi que
par un payfan & une payfanne qui ne l'entendent
pas , où perfonne n'entre jamais.
Un homme enfin qui ne paroît point le
jour & qui ne fort que la nuit , annonce un
héros fingulier dont on brûle de fçavoir
Thiftoire. Le Chevalier de Forceville qui
arrive dans ce pays pour y recueillir une
fucceffion , parvient par un incident que
je fupprime à pénétrer dans ce tombeau.
Il reconnoît dans le cadavre animé qui
l'habite , le Comte de Banefton qu'il a vû
autrefois en France , & dont il étoit l'ami .
Il veut l'obliger de retourner avec lui dans
fa patrie; mais tout ce qu'il peut en obrehir
eft de lui apprendre les raifons qui
72 MERCURE DE FRANCE.
l'ont déterminé à s'enfevelir dans cette habitation
fauvage. Il lui fait un récit détaillé
de fa vie. Il lui conte d'abord les premiers
écarts de fa jeuneffe ; c'eft la partie de ce
roman la moins intéreflante : elle n'eft
qu'une foible imitation des confeffions du
Comte de .... La feconde attache beaucoup
plus par le beau caractere de Mlle de
Mareville , qui joint à la naiffance , aux
grands biens , les graces extérieures & toutes
les beautés de l'ame , une douceur furtout
qui la rend adorable & qui méritoit
un fort plus heureux. Elle préfère le Comte
de Banefton à tous fes rivaux : il eft le plus
heureux des maris ; mais l'auteur donne à
cette femme accomplie une rivale trop
odieufe. Le contrafte eft révoltant : on n'a
jamais réuni tant de noirceur ; c'eſt une
charge de Cleveland . Léonore dont le nom
elt trop doux à prononcer pour le donner
à un monftre fi noir & fi barbare , Léonore
, dis-je , furpaffe en cruauté Cléopatre
dans Rodogune , & qui plus eft Atrée.
Les crimes de la premiere ont pour objet
le trône , qui les ennoblit, & ceux de l'autre
font fondés fur la plus cruelle des injures ,
qui motive fa vangeance ; mais l'exécrable
Léonore eft méchante pour l'être. Elle ne
s'eft déterminée à fixer fa demeure près de
la terre du Comte de Banefton , & à fe lier
avec
JUILLE T. 1755. 73
avec fon aimable époufe , que dans l'affreufe
vûe de troubler de gaité de coeur
leur union vertueufe. Elle n'employe l'art
le plus raffiné pour captiver le coeur du
mari , que pour percer celui de la femme.
Comme le crime féducteur réuffit toujours
mieux que la vertu fans artifice , elle parvient
à fe faire aimer du Comte de Banefton
en dépit de lui-même , elle le rend
non feulement coupable , mais encore imbécile
au point de l'engager à quitter la
France & à fe rendre à Venife avec elle ,
exprès pour l'aider à cacher plus facilement
un accouchement adultere . Elle a même
l'impudence de mettre la Comteffe de la
partie avec fon fils unique , fans oublier
la gouvernante . Cet étrange voyage eſt
ainfi arrangé pour la commodité du roman .
La barbare Léonore avoit befoin de fe
faire accompagner de toute cette famille
infortunée pour l'immoler fucceffivement à
fa fureur. Elle fait noyer la gouvernante ,
elle précipite le fils du haut d'une terraffe ,
empoifonne la mere : le Comte lui-même
eft fur le point de fubir un pareil fort
avoir refufé d'époufer cette furie après la
mort de fa femme ; mais par une jufte
méprife Léonore perit du poifon qu'elle
avoit deſtiné à fon amant , & lui fait en
expirant l'aveu de toutes ces horreurs. Le
D
pour
74 MERCURE DE FRANCE.
Comte de Banefton déchiré de douleur
fait enbaumer les corps de fa femme & de
fon fils , & va s'enterrer avec eux au fond
de l'Angleterre , d'où rien ne peut le tirer .
Cette complication de cruautés accumulées
les unes fur les autres bleffe la vraifemblance
autant que l'humanité. De tels
monftres n'existent point dans la nature ,
ou s'il s'en trouve un par hazard , il faut
l'étouffer & non pas le peindre. L'auteur
paroît avoir du talent pour traiter le roman
dans le grand intérêt ; il a dans M. l'Abbé
Prevôt un excellent maître en ce genre :
mais on doit l'avertir de ne pas outrer fon
modele. Qu'il donne de la force à fes caracteres
plutôt que de la noirceur , & qu'il·
tâche de nous attendrir fans nous effrayer.
HISTOIRE & regne de Louis XI ,
par Mlle de Luffan , 6 vol . A Paris , chez
Piffot , quai de Conti , 1755.
On peut compter Mlle de Luffan parmi
nos bons écrivains. Le roman où elle a excellé
l'a placée à côté de l'auteur de Cleveland.
L'hiftoire où elle réuffit l'approche
du Tacite * françois.
Louis XI eft dédié à S. A. S. Mgr le
Prince de Condé . V. A. S. dit l'auteur >
y verra les manoeuvres fourdes & mena-
* M. Duckos.
JUILLET. 1755. 75
gées de ce Monarque ; en oppofition
avec la véhémence & la préfomption de
Charles dernier Duc de Bourgogne , &
par quelles routes différentes leur haine
réciproque fe manifefte. Ce contrafte ( ſi
j'ai bien traité cette hiftoire ) doit y jetter
un genre d'intérêt qui donnera matiere à
d'utiles réfléxions.
Voilà l'idée générale de l'ouvrage & fon
bût particulier expliqués en peu de mots.
Je n'en puis donner un meilleur précis , &
je m'y borne.
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Résumé : « MEMOIRES du Comte de Baneston, écrits par le Chevalier de Forceville, [...] »
Le texte présente deux ouvrages historiques distincts. Le premier, intitulé 'Émoires du Comte de Banefton', a été rédigé par le Chevalier de Forceville et publié en 1755. L'histoire raconte la découverte d'un Français enterré vivant au nord de l'Angleterre, servi par des domestiques qui ne le comprennent pas. Le Chevalier de Forceville, venu recueillir une succession, reconnaît en ce personnage le Comte de Banefton, un ancien ami. Le Comte relate sa vie marquée par une jeunesse tumultueuse et un mariage heureux avec Mlle de Mareville, une femme vertueuse. Leur bonheur est perturbé par Léonore, une rivale odieuse qui commet des crimes atroces pour les détruire. Léonore parvient à séduire le Comte et à le convaincre de partir pour Venise, où elle commet plusieurs meurtres, y compris ceux de la femme et du fils du Comte. Léonore meurt empoisonnée, et le Comte, dévasté, s'enterre avec les corps de sa famille. Le second ouvrage est 'Histoire & règne de Louis XI' par Mlle de Luffan, également publié en 1755. Ce livre est dédié au Prince de Condé et explore les manœuvres politiques de Louis XI en opposition à la véhémence de Charles, Duc de Bourgogne. L'auteur vise à offrir un contraste intéressant entre les deux personnages et à susciter des réflexions utiles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 75-89
« HISTOIRE de Louis XII, 3 vol. A Paris, Chez Lottin, rue S. Jacques, au [...] »
Début :
HISTOIRE de Louis XII, 3 vol. A Paris, Chez Lottin, rue S. Jacques, au [...]
Mots clefs :
Louis XII, Histoire, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de Louis XII, 3 vol. A Paris, Chez Lottin, rue S. Jacques, au [...] »
HISTOIRE de Louis XII , 3 vol. A
Paris , chez Lottin , rue S. Jacques , au
Coq , 1755
mens ,
Elle est précédée d'une préface , où l'auteur
nous dit que I hiftoire eft un pédagogue
agréable , un cenfeur poli & un prédi
sateur perfuafif, tout muet qu'il eft. Il
ajoûte que l'hiftoire générale du monde
nous préfente pour l'ordinaire des événedont
la plupart nous font tout- àfait
étrangers , des perfonnages que nous
n'avons que peu ou point d'intérêt de connoître
, & des moeurs fouvent incompatibles
avec les nôtres : que l'hiftoire de notre
pays au contraire nous met fous les yeux
une fuite de faits qui nous touchent , des
perfonnages avec lesquels nous partageons
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
la gloire ou le deshonneur , & des moeurs
qui deviennent la régle des nôtres. C'eſt
une vérité fenfible qu'on ne peut conteſter ;
mais ce qu'il hazarde dans une note au
commencement de fon premier livre , me
paroît plus difficile à accorder. On ne
trouve , dit-il , dans aucun auteur le tems
» de la naiffance de Louis XII ; mais il eft
» certain qu'il eft né au mois de Mars 1462 .
Si aucun écrivain n'en a parlé , fur quoi
fonde-t- il fa certitude ?
و ر
On fera peut- être bien aife de voir le
portrait qu'il fait d'un Monarque que fa
bonté a rendu fi intéreffant. Le voici :
Les exercices du corps rendirent ce
Prince fi nerveux , qu'il n'y avoit point de
jeunes Seigneurs de fon âge qu'il ne terrafsâr
. Pour ceux qui étoient d'un âge plus
avancé & d'un tempéramment plus vigoureux
, il entroit volontiers en lice contre
eux ; & s'il n'avoit pas la gloire de remporter
la victoire , il avoit celle de n'être
vaincu & de fortir du combat à armes
pas
égales. Au jeu , il étoit charmant ; il regardoit
la perte & le gain avec la même
indifférence ... Il lui étoit ordinaire de
remettre à ceux qui jouoient contre lui la
perte qu'ils faifoient , ou de diftribuer aux
affiftans. le gain provenant du jeu. A ces
avantages , Louis réuniffoit une phifionoJUILLE
T.
1755 77
mie peu commune . Il avoit les yeux écine
cellans comme le feu , le nez un peu long
& retrouffé , les traits du vifage tels qu'u
ne femme touchée des charmes de la beau
té pourroit les fouhaiter. Il étoit de moyenne
taille , mais extrêmement fort & robuftes
Par la conftitution de fon corps , qui étoit
bonne & faine , il jouiffoit d'une fanté
parfaite , dont il étoit fans doute redevable
à fa tempérance , au travail & aux exercices
du corps.
A cette peinture de Louis XII , je vais
joindre le portrait de Louis XI , par Mile
de Luffan . Par la comparaifon , le lecteur
fera mieux en état de décider lequel des
deux auteurs a mieux faifi la reffemblance
& le vrai coloris , c'eft - à-dire cette élégante
fimplicité , & cette vérité précife que l'hif
toire demande. C'eſt à lui de prononcer
je m'en rapporte à fon jugement.
Louis XI , dit Mlle de Luffan , n'avoit
pas reçu de la nature les mêmes avantages
que Monfieur ; il étoit grand fans avoir
bon air, Il fe courboit un peu & affectoit
de ne porter que des habits fimples ; il n'en
mettoit de riches que les jours de cérémonie.
Alors on ne pouvoir difconvenir qu'il
n'eût l'air d'un Prince..
L'inégalité de fes traits fembloit marquer
les variations de fon caractere. Sa tête
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit ni groffe , ni petite , & s'élevoit un
peu en pointe. Il avoit le front petir , les
yeux gros , à fleur de tête & vacillans , le
teint blanc & uni , les cheveux courts , les
narrines larges , les levres groffes & vermeilles
, les dents belles , le menton pointu
, le cou délié & un peu court , la poitrine
étroite , les mains & les bras longs
& menus , les cuiffes maigres ; la jambe
bienfaite , quoiqu'il marchất mal.
Le DICTIONNAIRE APOSTOLIQUE
à l'ufage de MM. les Curés des villes & de
la campagne , & de tous ceux qui fe deftinent
à la chaire , par le P. Hyacinte de
Montargon , Auguftin de Notre - Dame
des Victoires , Prédicateur du Roi , Aumônier
& Prédicateur du Roi de Pologne.
Duc de Lorraine & de Bar , tome 8 , & 2°
& dernier des myfteres , vol. in- 8 ° . 4 liv .
en blanc & s liv. relié.
Il comprend la Réfurrection & l'Afcenfion
de N. S. J. C. la defcente du S. Efprie
fur les Apôtres , le Myftete de la Trinité ,
l'Euchariftie en tant que Sacrificè & confidérée
comme Sacrement. Le neuvieme volume
eft fous preffe , & il comprendra les
fêtes de la Sainte Vierge , & paroîtra à la
Touffaints . Chez Lottin , rue S. Jacques ,
au Coq , où fe trouvent tous les livres à
Pufage du Diocèfe de Paus les livres à
JUILLET. 1735 79
La troifieme partie des TABLETTES DE
THEMIS , dont j'ai annoncé les premieres
parties dans le Mercure précédent , vient
de paroître , & fe vend chez les mêmes
Libraires. Elle contient la chronologie des
Préfidens , Chevaliers d'honneur , Avocats
& Procureurs généraux des Chambres des
Comptes de France & de Lorraine , des
Cours des Aides & de celles des Monnoies ;
les Prevôts des Marchands de Paris & de
Lyon , & la lifte des Bureaux des Finances ,
Préfidiaux , Bailliages , Sénéchauffées &
Prevôtés , avec une table alphabétique des
noms de famille.
L'auteur invite de nouveau ceux qui
poffedent des terres érigées en titre de
Marquifat , Comté , Vicomté & Baronie ,
de lui envoyer copie des lettres patentes
d'érection , ou au moins des extraits avec
des mémoires inftructifs tant fur lefdites
terres , que fur la généalogie de leur famille,
dont on marquera exactement l'état actuel
avec le blafon des armes , obfervant de
faire écrire ces mémoires très-lifiblement ,
fur-tout les noms propres , & de les adreffer
francs de port , à M. Chafot , rue des
Canettes , près S. Sulpice , à Paris .
TELLIAMED , ou entretiens d'un Philofophe
Indien avec un Miffionnaire Fran-
Diiij
80
MERCURE DE FRANCE.
çois fur la
diminution de la mer , par M.
de Maillet. Nouvelle édition , revûe , corrigée
& augmentée fur les originaux de
l'auteur , avec une vie de M. de Maillet ,
2 vol. in-12. Ce livre fingulier fe trouve
chez Duchefne , rue S. Jacques , au Temple
du Goût.
HISTOIRE de Simonide & du fiécle
où il a vêcu , avec des éclairciffemens chronologiques
, par M. de Boiffy fils , 2 vol .
in- 12 , prix 2 liv. 1o fols broché . A Paris ,
chez Duchefne , rue S. Jacques , au Temple
du Goût , 1755.
Cet ouvrage eft précédé d'une préface
raifonnée. Nous en donnerons l'extrait le
mois prochain .
ELEMENS DE
DORIMASTIQUE *,
ou de l'art des effais , divifés en deux
par
ties , la premiere théorique & la feconde
pratique , 4 vol. in- 12 . A Paris , chez
Briaffon , rue S. Jacques , à la Sciencé.
* Ce livre eft traduit du latin de M. Cramer
, & le traducteur eft du choix de M.
Par , élémens de Dorimaftique , on entend
cette partie de la chymie qui concerne l'effai
des minéraux , lequel n'eft autre choſe qu'un
examen rigoureux de ces mêmes fubftances fait
en petit.
JUILLET51 1755 83
ز ا
Rouelle. On ne peut faire un plus grand
éloge de l'un & de l'autre . M. de V. dans
fon avertiffement déclare modeftement
que c'eft à M. Rouelle qu'il doit le peu
qu'il fçait en chymie. Non content , dit - il ,
de me fournir les éclairciffemens qui m'étoient
néceſſaires , fur ce que j'avois appris
dans fes leçons particulieres , que j'ai eu
le bonheur de fuivre plufieurs années , il
a bien voulu auffi m'apprendre à en faire
ufage. Ces remarques étoient néceffaires ;
elles feront au public un garant du mérite
de l'ouvrage qu'on lui préfente & de
l'exactitude de ma traduction , & elles me
fourniffent l'occafion de témoigner, ma
teconnoiffance à mon illuftre maître & de
la rendre publique.
Un pareil aveu le loue plus que tout
-ce que nous pourrions dire en fa faveur.
20: 1
VOYAGE de Paris à la Rocheguion
en vers burlesques , divifé en fix chants ,
par M. M ***. Se, trouve à Paris , chez
Caillean quai des Auguftins , & Chardon
fils , rue S. Jacques près la fontaine S. Severin
, à la Couronne d'or , 1 liv . broché.
Ce poëme eft dédié à l'ombre de Scarron .
Je crois qu'il ne le fera pas revivre.
02 2301 :
ESSAL HISTORIQUE , critique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
philologique , politique , moral , littéraire
& galant , fur les lanternes , leur origine ,
Feur forme , leur utilité , &c . par une fociété
de gens de Lettres .
Cette brochure en profe fe trouve
chez Ganeau , rue S. Severin , & peut
fervir de pendant au Voyage en vers cideffus
indiqué. Elle eft adreffée au Docteur
Swift ; mais je doute qu'il veuille y
mettre fon attache pour la faire paffer á la
poftérité , comme l'auteur l'en prie.
HUDIBRAS , poëme héroïcomiques,
tité de l'Anglois de M. Samuel Butler ,
avec des notes & des figures . Se vend chez
Despilly Libraire , rue S. Jacques goabla
vieille Pofte. Cap duq 9 busi ni
La guerre civile & la fecte des Puritains
tournée én ridicule , font le fuiser de
ce poëme qui eft compofé de neuf chants.
On n'en a publié que le premier avec une
préface & la vie de l'auteur. Qu'on juge
par ce début de l'élégance de la traduction.
» Le noir démon dés guerres civiles & la
pâle difcorde , fa fdent bien- aimée , avoit
» lâché parmi nous leurs plus gros ferpens ;
» l'envie aux yeux verons & fournois ,
» nous échauffoit la bile par fes mauvais
"propos ; déja nous commencions à nous
quereller fans trop fçavoir pourquoi ,
JUILLET. 1755 * 81
» femblables à des gens ivres qui balbutient
» de colere , & fe gourment pour exalter
" une fille de théâtre , nous nous battions
» déja comme des fous & des enragés pour
❤le fimulacre de la religion... Nos épaules
» devenues les tambours de l'Eglife rece-
» voient au heu de coups de baguettes ,
» une grêle de coups de poings & c. Je
m'arrête là , je ne puis aller plus loin. Sur
cet échantillon , je crois qu'on dira (com
me M. de Voltaire ) que ce poëme eft intraduifible
, ou du moins qu'il est mal
traduit. C
Le tome cinquieme des LEGONS DE
PHYSIQUE EXPERIMENTALE, par
M. l'Abbé Nollet , de l'Académie royale
des Sciences , de la Société royale de Londres
, Maître de Phyfique de Monfeigneur
le Dauphin , & Profeffeur de Phyfique expérimentale
, vient de paroître , & le vend
à Paris , chez Guérin & Delatour , rue S.
Jacqués , à Saint Thomas d'Aquin
8 liv. en feuilles , & 3 liv. 2 f. 6 den.
broché.
Il eft augmenté de 10 fols attendu qu'il
a cent pages , & quatre ou cinq planches
en taille douce plus que les tomes précédens
; mais l'auteur déclare qu'il n'a confenti
à cette augmentation que pour ce
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE.
volume feulement. Il fe plaint dans le
même avertiffement qu'il fe répand en
France & dans les pays étrangers des exemplaires
contrefaits qui fourmillent de fautes.
Il defavoue ces éditions furtives , &
ne reconnoît pour fon ouvrage que ce qui
eft contenu dans celles qui fe font fous fes
yeux à Paris , chez les fieurs - Guerin &
Delatour.
2
Ce ' volume contient la quinzieme , la
feizieme & la dix- feptieme leçons fur la
lumiere & fur fes propriétés . Nous en
parlerons une autrefois plus au long. On
ne peut faire trop fouvent mention d'un
auffi excellent ouvrage , ni donner de
chaque partie un précis trop foigné.
TABLETTES GEOGRAPHIQUES
pour l'intelligence des hiftoriens & des
poëtes latins , 2 vol . Chez Lottin , rue S.
Jacques au Coq , 1755.
Elles font de M. Philippe de Pretot qui
a fi bien mis à profit les fages confeils de
fon illuftre pere , & qui a hérité de fon
fçavoir. Elles font imprimées fur le
même papier , & dans le même format
que les poëtes & les hiftoriens , dont il
nous a donné une édition fi juftement efti
mée , & peuvent leur fervir de notes.
JUILLET . 1755. 8 ¢
TRAITÉ du beau effentiel dans les
arts , appliqué particulierement à l'architecture
, & démontré physiquement & par
l'expérience. Avec un traité des proportions
harmoniques , où l'on fait voir que
c'eft de ces feules proportions que les
édifices généralement approuvés empruntent
leur beauté invariable . On y a joint
les deffeins de ces édifices & de plufieurs
autres , compofés par l'auteur fur les proportions
& leurs différentes divifions har
moniques tracées à côté de chaque deffein,
pour une plus facile intelligence. Les cinq
Ordres d'architecture des plus célebres Ar
chitectes , & l'on démontre qu'il font reglés
par les proportions. Plufieurs effais
de l'auteur fur chacun de ces Ordres , avec
la maniere de les exécuter fuivant fes principes
, & un abregé de l'hiſtoire de l'architecture
.
Par le S. C. E. Brifeux , Architecte ,
auteur de l'art de bâtir les maifons de
campagne , 2 vol . en un in -fol. 1752. Les
deux volumes au burin avec 98 planches ,
fervant de fuite à l'art de bâtir les maifons
de campagne. Ce traité fe trouve chez la
veuve Gandouin , Libraire , quai des Au+
guftins , à la Belle Image , la premiere
boutique du côté des Auguftins , à la def
cente du Pont-Neuf.
86 MERCURE DE FRANCE.
MANUEL DES DAMES DE CHARITÉ ,
troifieme édition , revûe , corrigée & augmentée
de plufieurs remedes choifis , extraits
des Ephémérides d'Allemagne. A Paris
, chez de Bure l'aîné , quai des Auguf
tins , à l'image S. Paul . 1755 .
*
Ce livre utile contient plufieurs formules
de médicamens faciles à préparer ,
dreffées en faveur des perfonnes charitables
, qui diftribuent des remedes aux pauvres
dans les villes & dans les campagnes ,
avec des remarques néceffaires pour faci
liter la jufte application des remedes qui
font contenus.
Y
>
Dans l'annonce que nous avons faite de
P'Oryctologie qui fe vend chez le même
Libraire , il nous eft échappé une erreur
que nous devons corriger nous avons
fait honneur de tous les frais de l'impreffion
à M. le Baron de Sparre , qui n'a contribué
que pour la dépenfe de la premiere
planche. C'eſt de Bure feul- qui a fait celle
du livre entier.
LE TRIOMPHE DE JESUS- CHRIST
dans le defert. Poëme facré , traduction libre
en vers françois du Paradis reconquis
de Milton ; Par M. Lancelin. A Paris
chez Defaint & Saillant , rue S. Jean de
Beauvais ; & chez Lambert , rue de la Comédie
françoiſe , au Parnaſſe.
JUILLET. 1755 87
Quoique M. Lancelin ait mis en vers
le Poëme le moins parfait de Milton , on
doit toujours lui fçavoir gré de fon effort.
Il s'eft peut-être ellayé par le plus foible
pour tenter un jour le plus fort. On peut
même dire à la rigueur qu'il a commencé
par le plus difficile. Le Paradis perdu réunit
tout ce qui peut élever l'efptit & lui
fervir de reffource , le fublime des idées !
la variété des images , & la chaleur de
l'action. Le Paradis reconquis eft admira
ble par fa morale , mais le fonds en eefkt
trifte & monotone; il ne peut fe foutenir
que par la beauté des détails , & par un
coloris fupérieurs qui eft peut-être la partie
dans tout original la plus malaifée à
traduire. C'eft au public , connoiffeur en
Poëfie , à décider fi M , Lancelin ya réuffr.
Pour moi je me borne au devoir de Journalifte
: j'indique fimplement fa traduction
. w insta
mennti fol ach sein.. who egokia ok ag
SPOT BOver, Tragédie en cinq
actes , avec préface. Prix 1 livre 4 folo; fe
vend chez Duchesne , rue S. Jacques.
Cette Tragédie, dont le héros eft un frorteur
& l'héroïne une foubrette , paroît une
imitation d'Arcagambis , avec cette diffe
rence qu'Arcagambis parodie le Cothar
ne dansle noble , & que Pilotboufi le tra
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
veftit dans le plus bas. Ce drame m'a paru
très-bienfait pour amufer l'antichambre ,
mais peu digne de pénétrer jufqu'à l'appar
tement. Je ne puis me flater d'être lû de la
livrée ; cette raifon me difpenfe d'en don
ner l'extrait.
-1.
3'1 SOULS
slit baig s
REPONSE à la réfutation que M. Dibon
vient de faire de deux écrits publiés ,
il y a un an , en faveur de M. de Torrès ,
& dont nous avons parlé dans le premier
Mercure de Juin.
M. Carboneil , Docteur en Médecine , eft
l'auteur de cette réponſe. Il eſt d'abord trèsfcandalife
que M. Dibon doute de fon exifftence
, ainfi que de celle de M. Bertrand ,
Médecin comme lui . Vous affurez , lui dit- il,
que nous ne fommes que des Eires de raiſon ,
dans le tems que votre ouvrage paroît , on
nous voit tous deux , l'on apprend que M.
Bertrand eft fur le point d'obtenir une charge
de Médecin ordinaire du Roi . L'auteur
Le plaint enfuite de ce que M. Dibon traite
de chimerique la guérison de ce dernier
qui la publie & la certifie lui- même . M.
Carboneil ajoute que MM . Morand ,
Dieuxaide & Fernandès ont conftaté l'état
de ce malade , & que c'eft fous les yeux
de MM. Falconnet , Vernage , Lavirote &
Sanchez qu'il a été radicalement guério Il
T
JUILLET. 1755. 89
forme une autre plainte au ſujet de la lettre
du malade de cent cinquante lieues
que M. Dibon a rapportée feule , fans faire
mention de celle que ce malade écrivit à
fon pere avant fon départ . Pour la juftification
& la gloire de M. de Torrès , M. Carboneil
a inféré cette derniere lettre dans
fa réponſe. Elle contient l'éloge le plus
grand de fon ami , & la reconnoiffance la
plus vive du malade qui fe trouve guéri
après huit ans de fouffrances.
Nous rapportons les faits tels qu'on les
expofe de part & d'autre ; c'eft aux Maîtres
de l'art à les vérifier & à prononcer d'après
eux. Nous nous tenons àcet égard dans une
parfaite neutralité , comme nous l'avons
promis , &' comme il convient à tout Journaliſte,
Paris , chez Lottin , rue S. Jacques , au
Coq , 1755
mens ,
Elle est précédée d'une préface , où l'auteur
nous dit que I hiftoire eft un pédagogue
agréable , un cenfeur poli & un prédi
sateur perfuafif, tout muet qu'il eft. Il
ajoûte que l'hiftoire générale du monde
nous préfente pour l'ordinaire des événedont
la plupart nous font tout- àfait
étrangers , des perfonnages que nous
n'avons que peu ou point d'intérêt de connoître
, & des moeurs fouvent incompatibles
avec les nôtres : que l'hiftoire de notre
pays au contraire nous met fous les yeux
une fuite de faits qui nous touchent , des
perfonnages avec lesquels nous partageons
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
la gloire ou le deshonneur , & des moeurs
qui deviennent la régle des nôtres. C'eſt
une vérité fenfible qu'on ne peut conteſter ;
mais ce qu'il hazarde dans une note au
commencement de fon premier livre , me
paroît plus difficile à accorder. On ne
trouve , dit-il , dans aucun auteur le tems
» de la naiffance de Louis XII ; mais il eft
» certain qu'il eft né au mois de Mars 1462 .
Si aucun écrivain n'en a parlé , fur quoi
fonde-t- il fa certitude ?
و ر
On fera peut- être bien aife de voir le
portrait qu'il fait d'un Monarque que fa
bonté a rendu fi intéreffant. Le voici :
Les exercices du corps rendirent ce
Prince fi nerveux , qu'il n'y avoit point de
jeunes Seigneurs de fon âge qu'il ne terrafsâr
. Pour ceux qui étoient d'un âge plus
avancé & d'un tempéramment plus vigoureux
, il entroit volontiers en lice contre
eux ; & s'il n'avoit pas la gloire de remporter
la victoire , il avoit celle de n'être
vaincu & de fortir du combat à armes
pas
égales. Au jeu , il étoit charmant ; il regardoit
la perte & le gain avec la même
indifférence ... Il lui étoit ordinaire de
remettre à ceux qui jouoient contre lui la
perte qu'ils faifoient , ou de diftribuer aux
affiftans. le gain provenant du jeu. A ces
avantages , Louis réuniffoit une phifionoJUILLE
T.
1755 77
mie peu commune . Il avoit les yeux écine
cellans comme le feu , le nez un peu long
& retrouffé , les traits du vifage tels qu'u
ne femme touchée des charmes de la beau
té pourroit les fouhaiter. Il étoit de moyenne
taille , mais extrêmement fort & robuftes
Par la conftitution de fon corps , qui étoit
bonne & faine , il jouiffoit d'une fanté
parfaite , dont il étoit fans doute redevable
à fa tempérance , au travail & aux exercices
du corps.
A cette peinture de Louis XII , je vais
joindre le portrait de Louis XI , par Mile
de Luffan . Par la comparaifon , le lecteur
fera mieux en état de décider lequel des
deux auteurs a mieux faifi la reffemblance
& le vrai coloris , c'eft - à-dire cette élégante
fimplicité , & cette vérité précife que l'hif
toire demande. C'eſt à lui de prononcer
je m'en rapporte à fon jugement.
Louis XI , dit Mlle de Luffan , n'avoit
pas reçu de la nature les mêmes avantages
que Monfieur ; il étoit grand fans avoir
bon air, Il fe courboit un peu & affectoit
de ne porter que des habits fimples ; il n'en
mettoit de riches que les jours de cérémonie.
Alors on ne pouvoir difconvenir qu'il
n'eût l'air d'un Prince..
L'inégalité de fes traits fembloit marquer
les variations de fon caractere. Sa tête
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit ni groffe , ni petite , & s'élevoit un
peu en pointe. Il avoit le front petir , les
yeux gros , à fleur de tête & vacillans , le
teint blanc & uni , les cheveux courts , les
narrines larges , les levres groffes & vermeilles
, les dents belles , le menton pointu
, le cou délié & un peu court , la poitrine
étroite , les mains & les bras longs
& menus , les cuiffes maigres ; la jambe
bienfaite , quoiqu'il marchất mal.
Le DICTIONNAIRE APOSTOLIQUE
à l'ufage de MM. les Curés des villes & de
la campagne , & de tous ceux qui fe deftinent
à la chaire , par le P. Hyacinte de
Montargon , Auguftin de Notre - Dame
des Victoires , Prédicateur du Roi , Aumônier
& Prédicateur du Roi de Pologne.
Duc de Lorraine & de Bar , tome 8 , & 2°
& dernier des myfteres , vol. in- 8 ° . 4 liv .
en blanc & s liv. relié.
Il comprend la Réfurrection & l'Afcenfion
de N. S. J. C. la defcente du S. Efprie
fur les Apôtres , le Myftete de la Trinité ,
l'Euchariftie en tant que Sacrificè & confidérée
comme Sacrement. Le neuvieme volume
eft fous preffe , & il comprendra les
fêtes de la Sainte Vierge , & paroîtra à la
Touffaints . Chez Lottin , rue S. Jacques ,
au Coq , où fe trouvent tous les livres à
Pufage du Diocèfe de Paus les livres à
JUILLET. 1735 79
La troifieme partie des TABLETTES DE
THEMIS , dont j'ai annoncé les premieres
parties dans le Mercure précédent , vient
de paroître , & fe vend chez les mêmes
Libraires. Elle contient la chronologie des
Préfidens , Chevaliers d'honneur , Avocats
& Procureurs généraux des Chambres des
Comptes de France & de Lorraine , des
Cours des Aides & de celles des Monnoies ;
les Prevôts des Marchands de Paris & de
Lyon , & la lifte des Bureaux des Finances ,
Préfidiaux , Bailliages , Sénéchauffées &
Prevôtés , avec une table alphabétique des
noms de famille.
L'auteur invite de nouveau ceux qui
poffedent des terres érigées en titre de
Marquifat , Comté , Vicomté & Baronie ,
de lui envoyer copie des lettres patentes
d'érection , ou au moins des extraits avec
des mémoires inftructifs tant fur lefdites
terres , que fur la généalogie de leur famille,
dont on marquera exactement l'état actuel
avec le blafon des armes , obfervant de
faire écrire ces mémoires très-lifiblement ,
fur-tout les noms propres , & de les adreffer
francs de port , à M. Chafot , rue des
Canettes , près S. Sulpice , à Paris .
TELLIAMED , ou entretiens d'un Philofophe
Indien avec un Miffionnaire Fran-
Diiij
80
MERCURE DE FRANCE.
çois fur la
diminution de la mer , par M.
de Maillet. Nouvelle édition , revûe , corrigée
& augmentée fur les originaux de
l'auteur , avec une vie de M. de Maillet ,
2 vol. in-12. Ce livre fingulier fe trouve
chez Duchefne , rue S. Jacques , au Temple
du Goût.
HISTOIRE de Simonide & du fiécle
où il a vêcu , avec des éclairciffemens chronologiques
, par M. de Boiffy fils , 2 vol .
in- 12 , prix 2 liv. 1o fols broché . A Paris ,
chez Duchefne , rue S. Jacques , au Temple
du Goût , 1755.
Cet ouvrage eft précédé d'une préface
raifonnée. Nous en donnerons l'extrait le
mois prochain .
ELEMENS DE
DORIMASTIQUE *,
ou de l'art des effais , divifés en deux
par
ties , la premiere théorique & la feconde
pratique , 4 vol. in- 12 . A Paris , chez
Briaffon , rue S. Jacques , à la Sciencé.
* Ce livre eft traduit du latin de M. Cramer
, & le traducteur eft du choix de M.
Par , élémens de Dorimaftique , on entend
cette partie de la chymie qui concerne l'effai
des minéraux , lequel n'eft autre choſe qu'un
examen rigoureux de ces mêmes fubftances fait
en petit.
JUILLET51 1755 83
ز ا
Rouelle. On ne peut faire un plus grand
éloge de l'un & de l'autre . M. de V. dans
fon avertiffement déclare modeftement
que c'eft à M. Rouelle qu'il doit le peu
qu'il fçait en chymie. Non content , dit - il ,
de me fournir les éclairciffemens qui m'étoient
néceſſaires , fur ce que j'avois appris
dans fes leçons particulieres , que j'ai eu
le bonheur de fuivre plufieurs années , il
a bien voulu auffi m'apprendre à en faire
ufage. Ces remarques étoient néceffaires ;
elles feront au public un garant du mérite
de l'ouvrage qu'on lui préfente & de
l'exactitude de ma traduction , & elles me
fourniffent l'occafion de témoigner, ma
teconnoiffance à mon illuftre maître & de
la rendre publique.
Un pareil aveu le loue plus que tout
-ce que nous pourrions dire en fa faveur.
20: 1
VOYAGE de Paris à la Rocheguion
en vers burlesques , divifé en fix chants ,
par M. M ***. Se, trouve à Paris , chez
Caillean quai des Auguftins , & Chardon
fils , rue S. Jacques près la fontaine S. Severin
, à la Couronne d'or , 1 liv . broché.
Ce poëme eft dédié à l'ombre de Scarron .
Je crois qu'il ne le fera pas revivre.
02 2301 :
ESSAL HISTORIQUE , critique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
philologique , politique , moral , littéraire
& galant , fur les lanternes , leur origine ,
Feur forme , leur utilité , &c . par une fociété
de gens de Lettres .
Cette brochure en profe fe trouve
chez Ganeau , rue S. Severin , & peut
fervir de pendant au Voyage en vers cideffus
indiqué. Elle eft adreffée au Docteur
Swift ; mais je doute qu'il veuille y
mettre fon attache pour la faire paffer á la
poftérité , comme l'auteur l'en prie.
HUDIBRAS , poëme héroïcomiques,
tité de l'Anglois de M. Samuel Butler ,
avec des notes & des figures . Se vend chez
Despilly Libraire , rue S. Jacques goabla
vieille Pofte. Cap duq 9 busi ni
La guerre civile & la fecte des Puritains
tournée én ridicule , font le fuiser de
ce poëme qui eft compofé de neuf chants.
On n'en a publié que le premier avec une
préface & la vie de l'auteur. Qu'on juge
par ce début de l'élégance de la traduction.
» Le noir démon dés guerres civiles & la
pâle difcorde , fa fdent bien- aimée , avoit
» lâché parmi nous leurs plus gros ferpens ;
» l'envie aux yeux verons & fournois ,
» nous échauffoit la bile par fes mauvais
"propos ; déja nous commencions à nous
quereller fans trop fçavoir pourquoi ,
JUILLET. 1755 * 81
» femblables à des gens ivres qui balbutient
» de colere , & fe gourment pour exalter
" une fille de théâtre , nous nous battions
» déja comme des fous & des enragés pour
❤le fimulacre de la religion... Nos épaules
» devenues les tambours de l'Eglife rece-
» voient au heu de coups de baguettes ,
» une grêle de coups de poings & c. Je
m'arrête là , je ne puis aller plus loin. Sur
cet échantillon , je crois qu'on dira (com
me M. de Voltaire ) que ce poëme eft intraduifible
, ou du moins qu'il est mal
traduit. C
Le tome cinquieme des LEGONS DE
PHYSIQUE EXPERIMENTALE, par
M. l'Abbé Nollet , de l'Académie royale
des Sciences , de la Société royale de Londres
, Maître de Phyfique de Monfeigneur
le Dauphin , & Profeffeur de Phyfique expérimentale
, vient de paroître , & le vend
à Paris , chez Guérin & Delatour , rue S.
Jacqués , à Saint Thomas d'Aquin
8 liv. en feuilles , & 3 liv. 2 f. 6 den.
broché.
Il eft augmenté de 10 fols attendu qu'il
a cent pages , & quatre ou cinq planches
en taille douce plus que les tomes précédens
; mais l'auteur déclare qu'il n'a confenti
à cette augmentation que pour ce
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE.
volume feulement. Il fe plaint dans le
même avertiffement qu'il fe répand en
France & dans les pays étrangers des exemplaires
contrefaits qui fourmillent de fautes.
Il defavoue ces éditions furtives , &
ne reconnoît pour fon ouvrage que ce qui
eft contenu dans celles qui fe font fous fes
yeux à Paris , chez les fieurs - Guerin &
Delatour.
2
Ce ' volume contient la quinzieme , la
feizieme & la dix- feptieme leçons fur la
lumiere & fur fes propriétés . Nous en
parlerons une autrefois plus au long. On
ne peut faire trop fouvent mention d'un
auffi excellent ouvrage , ni donner de
chaque partie un précis trop foigné.
TABLETTES GEOGRAPHIQUES
pour l'intelligence des hiftoriens & des
poëtes latins , 2 vol . Chez Lottin , rue S.
Jacques au Coq , 1755.
Elles font de M. Philippe de Pretot qui
a fi bien mis à profit les fages confeils de
fon illuftre pere , & qui a hérité de fon
fçavoir. Elles font imprimées fur le
même papier , & dans le même format
que les poëtes & les hiftoriens , dont il
nous a donné une édition fi juftement efti
mée , & peuvent leur fervir de notes.
JUILLET . 1755. 8 ¢
TRAITÉ du beau effentiel dans les
arts , appliqué particulierement à l'architecture
, & démontré physiquement & par
l'expérience. Avec un traité des proportions
harmoniques , où l'on fait voir que
c'eft de ces feules proportions que les
édifices généralement approuvés empruntent
leur beauté invariable . On y a joint
les deffeins de ces édifices & de plufieurs
autres , compofés par l'auteur fur les proportions
& leurs différentes divifions har
moniques tracées à côté de chaque deffein,
pour une plus facile intelligence. Les cinq
Ordres d'architecture des plus célebres Ar
chitectes , & l'on démontre qu'il font reglés
par les proportions. Plufieurs effais
de l'auteur fur chacun de ces Ordres , avec
la maniere de les exécuter fuivant fes principes
, & un abregé de l'hiſtoire de l'architecture
.
Par le S. C. E. Brifeux , Architecte ,
auteur de l'art de bâtir les maifons de
campagne , 2 vol . en un in -fol. 1752. Les
deux volumes au burin avec 98 planches ,
fervant de fuite à l'art de bâtir les maifons
de campagne. Ce traité fe trouve chez la
veuve Gandouin , Libraire , quai des Au+
guftins , à la Belle Image , la premiere
boutique du côté des Auguftins , à la def
cente du Pont-Neuf.
86 MERCURE DE FRANCE.
MANUEL DES DAMES DE CHARITÉ ,
troifieme édition , revûe , corrigée & augmentée
de plufieurs remedes choifis , extraits
des Ephémérides d'Allemagne. A Paris
, chez de Bure l'aîné , quai des Auguf
tins , à l'image S. Paul . 1755 .
*
Ce livre utile contient plufieurs formules
de médicamens faciles à préparer ,
dreffées en faveur des perfonnes charitables
, qui diftribuent des remedes aux pauvres
dans les villes & dans les campagnes ,
avec des remarques néceffaires pour faci
liter la jufte application des remedes qui
font contenus.
Y
>
Dans l'annonce que nous avons faite de
P'Oryctologie qui fe vend chez le même
Libraire , il nous eft échappé une erreur
que nous devons corriger nous avons
fait honneur de tous les frais de l'impreffion
à M. le Baron de Sparre , qui n'a contribué
que pour la dépenfe de la premiere
planche. C'eſt de Bure feul- qui a fait celle
du livre entier.
LE TRIOMPHE DE JESUS- CHRIST
dans le defert. Poëme facré , traduction libre
en vers françois du Paradis reconquis
de Milton ; Par M. Lancelin. A Paris
chez Defaint & Saillant , rue S. Jean de
Beauvais ; & chez Lambert , rue de la Comédie
françoiſe , au Parnaſſe.
JUILLET. 1755 87
Quoique M. Lancelin ait mis en vers
le Poëme le moins parfait de Milton , on
doit toujours lui fçavoir gré de fon effort.
Il s'eft peut-être ellayé par le plus foible
pour tenter un jour le plus fort. On peut
même dire à la rigueur qu'il a commencé
par le plus difficile. Le Paradis perdu réunit
tout ce qui peut élever l'efptit & lui
fervir de reffource , le fublime des idées !
la variété des images , & la chaleur de
l'action. Le Paradis reconquis eft admira
ble par fa morale , mais le fonds en eefkt
trifte & monotone; il ne peut fe foutenir
que par la beauté des détails , & par un
coloris fupérieurs qui eft peut-être la partie
dans tout original la plus malaifée à
traduire. C'eft au public , connoiffeur en
Poëfie , à décider fi M , Lancelin ya réuffr.
Pour moi je me borne au devoir de Journalifte
: j'indique fimplement fa traduction
. w insta
mennti fol ach sein.. who egokia ok ag
SPOT BOver, Tragédie en cinq
actes , avec préface. Prix 1 livre 4 folo; fe
vend chez Duchesne , rue S. Jacques.
Cette Tragédie, dont le héros eft un frorteur
& l'héroïne une foubrette , paroît une
imitation d'Arcagambis , avec cette diffe
rence qu'Arcagambis parodie le Cothar
ne dansle noble , & que Pilotboufi le tra
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
veftit dans le plus bas. Ce drame m'a paru
très-bienfait pour amufer l'antichambre ,
mais peu digne de pénétrer jufqu'à l'appar
tement. Je ne puis me flater d'être lû de la
livrée ; cette raifon me difpenfe d'en don
ner l'extrait.
-1.
3'1 SOULS
slit baig s
REPONSE à la réfutation que M. Dibon
vient de faire de deux écrits publiés ,
il y a un an , en faveur de M. de Torrès ,
& dont nous avons parlé dans le premier
Mercure de Juin.
M. Carboneil , Docteur en Médecine , eft
l'auteur de cette réponſe. Il eſt d'abord trèsfcandalife
que M. Dibon doute de fon exifftence
, ainfi que de celle de M. Bertrand ,
Médecin comme lui . Vous affurez , lui dit- il,
que nous ne fommes que des Eires de raiſon ,
dans le tems que votre ouvrage paroît , on
nous voit tous deux , l'on apprend que M.
Bertrand eft fur le point d'obtenir une charge
de Médecin ordinaire du Roi . L'auteur
Le plaint enfuite de ce que M. Dibon traite
de chimerique la guérison de ce dernier
qui la publie & la certifie lui- même . M.
Carboneil ajoute que MM . Morand ,
Dieuxaide & Fernandès ont conftaté l'état
de ce malade , & que c'eft fous les yeux
de MM. Falconnet , Vernage , Lavirote &
Sanchez qu'il a été radicalement guério Il
T
JUILLET. 1755. 89
forme une autre plainte au ſujet de la lettre
du malade de cent cinquante lieues
que M. Dibon a rapportée feule , fans faire
mention de celle que ce malade écrivit à
fon pere avant fon départ . Pour la juftification
& la gloire de M. de Torrès , M. Carboneil
a inféré cette derniere lettre dans
fa réponſe. Elle contient l'éloge le plus
grand de fon ami , & la reconnoiffance la
plus vive du malade qui fe trouve guéri
après huit ans de fouffrances.
Nous rapportons les faits tels qu'on les
expofe de part & d'autre ; c'eft aux Maîtres
de l'art à les vérifier & à prononcer d'après
eux. Nous nous tenons àcet égard dans une
parfaite neutralité , comme nous l'avons
promis , &' comme il convient à tout Journaliſte,
Fermer
Résumé : « HISTOIRE de Louis XII, 3 vol. A Paris, Chez Lottin, rue S. Jacques, au [...] »
En juillet 1755, le Mercure de France présente divers ouvrages et articles. L'ouvrage principal est l''Histoire de Louis XII' en trois volumes, publiée chez Lottin à Paris. L'auteur voit l'histoire comme un pédagogue agréable et un censeur poli, soulignant que l'histoire nationale présente des faits et des personnages qui touchent directement les lecteurs, contrairement à l'histoire générale du monde. Louis XII est décrit comme un prince nerveux, bon joueur et charmant, doté d'une santé parfaite grâce à sa tempérance et ses exercices physiques. Le portrait de Louis XI, par Mlle de Luffan, est comparé à celui de Louis XII pour permettre au lecteur de juger de la ressemblance et de la vérité des descriptions. D'autres ouvrages mentionnés incluent le 'Dictionnaire Apostolique' du Père Hyacinte de Montargon, les 'Tablettes de Thémis' contenant des chronologies et des listes de fonctionnaires, et 'Telliamed' de M. de Maillet, un livre sur la diminution de la mer. Le texte évoque également des œuvres sur Simonide, la dorimastique, un voyage en vers burlesques, un essai sur les lanternes, une traduction de 'Hudibras', les 'Leçons de Physique Expérimentale' de l'Abbé Nollet, des 'Tablettes Géographiques' de M. Philippe de Pretot, et un 'Traité du beau essentiel dans les arts' de l'architecte S. C. E. Briseux. Enfin, le 'Manuel des Dames de Charité' est mentionné pour ses formules de médicaments utiles aux personnes charitables. Le texte corrige également une erreur concernant les frais d'impression d'un ouvrage d'oryctologie, attribuant les coûts à Bure plutôt qu'au Baron de Sparre. Il mentionne la traduction en vers français du poème sacré 'Le Paradis reconquis' de Milton, réalisée par M. Lancelin. Bien que ce poème soit considéré comme moins parfait que 'Le Paradis perdu', l'effort de traduction est apprécié. La tragédie 'Spot Bover' par Pilotboufi est jugée appropriée pour divertir dans l'antichambre mais moins digne d'être lue dans les appartements. Enfin, une controverse médicale entre M. Carboneil et M. Dibon concernant la guérison de M. de Torrès est rapportée. M. Carboneil réfute les doutes de M. Dibon en fournissant des témoignages et des lettres à l'appui, tout en rappelant la neutralité du journaliste face à cette controverse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 90-108
SUITE d'une discussion sur la nature du goût, où après avoir prouvé que ses principes sont invariables, qu'ils ne sont point sujets aux révolutions de la mode, on examine s'ils sont soumis au pouvoir du tems, & à la différence des climats, & quels sont ses objets principaux.
Début :
La révolution des tems, la succession des différens âges sont [...]
Mots clefs :
Goût, Bon goût, Nature, Hommes, Peuple, Homme de goût, Climats, Peuple, Mérite, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE d'une discussion sur la nature du goût, où après avoir prouvé que ses principes sont invariables, qu'ils ne sont point sujets aux révolutions de la mode, on examine s'ils sont soumis au pouvoir du tems, & à la différence des climats, & quels sont ses objets principaux.
SUITE d'une difcuffion fur la nature
du goût , où après avoir prouvé
que fes principes font invariables
qu'ils ne font pointfujets aux révolutions
de la mode , on examine
s'ils font foumis au pouvoir du
tems , & à la différence des climats
, & quels fontfes objets principaux.
> A révolution des tems la fucceffion
des différens âges font
fans doute plus à redouter pour le goûr ,
que l'empire momentanée de la mode.
Rien , dit -on , pour le tems n'eft facré.
La force de cet agent eft terrible , je l'avoue
, mais poufferoit- il la barbarie jufqu'à
faire fentir au bon goût les triftes
effets de fon pouvoir ? Aidé par l'enchaînement
des événemens humains , favorifé
par quelques circonftances décifives
, il peut étendre ou refferrer fa domination.
Parcourons nos annales , confultons
l'antiquité , jettons nos regards fur les
peuples qui nous environnent , & nous
JUILLET. 1755. ༡ ་
verrons qu'il eft encore de fon reffort de
transferer le trône du bon goût d'une nation
dans une autre . Pour cela détruit- il
fes principes ? non : je le dis avec confiance
; ce fier deftructeur refpecte les monumens
précieux qui conftatent les progrès
de l'efprit humain . Villes fécondes en
grands hommes ! Athenes , Rome , vous n'avez
pas été à l'abri de fes coups ! Orateurs
immortels , Démofthenes , Ciceron , vous
vivez , & le tems , loin de vous faire outrage
, a réuni fous vos loix tous les peuples
du monde lettré. C'est le tems qui ,
de tant de nations différentes en a formé
une feule & même république , & vous
en êtes les premiers citoyens.
Par quel fecret les poëtes , les peintres ,
les muficiens , les fculpteurs , tant anciens
que modernes, fe font ils fouftraits à la loi
commune ? comment ont- ils reçu une nouvelle
vie de la postérité ? c'est parce que
dans leurs ouvrages on trouve l'expreffion
fidele de la belle nature. Heureufe expreffion
! elle fait les délices de l'homme de
goût , je dis plus , de tous ceux fur qui la
raifon n'a pas perdu tous fes droits ; expreffion
enfin qui , par le choix judicieux
des ornemens , la vivacité des images ,
nous rend des traits de la nature ſous aut
tant de formes , qu'elle varie elle -même
92 MERCURE DE FRANCE.
fes mouvemens & fes opérations.
Convenons néanmoins qu'il eft des tems
critiques pour les talens . Ce n'eft point
en jettant les fondemeus d'une monarchie
qu'un fouverain peut fe flater de faire fleurir
les beaux arts. En vain effayeroit- il
de fixer le bon goût dans fes Etats , tandis
que , le fer à la main , il en difputera
les limites contre fes voifins. Il étoit refervé
à Athenes d'enfanter fes plus grands
hommes dans les plus grands périls . Periclès
, Ifocrate , Demofthenes , fe font formés
au fein de la tempête , il eft vrai ; mais
l'éloquence , chez cette nation , étoit une
qualité indifpenfable. L'Orateur & le Capitaine
prefque toujours étoient réunis dans
la même perfonne ; & chez nous ils feroient
deux grands hommes : la paix eft
donc la mere des beaux arts , le trône du
bon goût n'est jamais mieux placé que
dan's
fon temple. Le trouble , l'agitation , fuïtes
inevitables de la guerre , rendent les ef
prits prefque incapables de toute autre application
; un ébranlement violent dure encore
après que la caufe en a ceffé . L'ame
fortie de fon affiette ordinaire par les fecouffes
qu'elle a éprouvées, ne recouvre pas
fi - tôt le calme & la tranquilité néceffaires
pour reprendre le fil délié d'une étude fuivie.
JUILLET. 1755. 93
Il eft donc des tems plus favorables que
d'autres aux talens ; mais pour cela le tems
n'attaque point le bon goût dans fon principe.
La gloire dont jouiffent tant d'auteurs
célébres , celle qui a été le prix des
travaux illuftres de tous ceux qui fe font
diftingués , foit dans la pénible carriere
des hautes fciences , foit dans celle d'une
littérature fine & exquife , les honneurs
qu'ils ont reçus dans tous les fiecles , l'eftime
, l'admiration dont ils font en poflef
fion depuis tant d'années , l'application
des artiſtes de nos jours à mériter les fuffrages
de l'homme de goût , leurs fuccès enfin
ne font-ce pas là des preuves démonfratives
que le fentiment du beau , du vrai ,
eft de tous les âges , & qu'un goût épuré
pour ce beau , pour ce vrai , feul eft exempt
des variations qu'éprouvent le refte des
chofes humaines.
(b) De tout tems on eft convenu de la dif
férence de l'air qui regne dans les climats
; mais on a parlé diverſement de fes
effets. Il feroit égalememt abfurde de dire
que l'air ne peut rien fur le bon goût , ou
de prétendre qu'il peut tout. Saififfons un
jufte milieu : la différence de la température
de l'air forme celle des climats ; fon
( b ) Climats
94 MERCURE DE FRANCE .
influence n'eft point chimérique , l'air agit
fur le corps , le corps imprime fes mouvemens
à l'ame , & fes mouvemens font
fouvent proportionels à ceux que le corps
éprouve ; il fuffit de refpirer pour s'en
convaincre. Mais fi l'union du corps & de
l'ame foumet cette derniere partie à une
certaine dépendance à l'égard de la pre-
-miere , fi celle- ci eft foumife à fon tour
aux influences de l'air qui varie dans chaque
climat , peut - on en conclure que l'ame
foit fervilement fubordonnée dans toutes
fes opérations à ces deux caufes , qui d'ailleurs
lui font fi inférieures ? Un efprit fain
ne jugeroit-il pas autrement ? H verroir
fans doute , dans une fubordination mu→
tuelle , une nouvelle preuve de l'attention
du fouverain être qui veille à la confervation
de ces deux fubftances hétérogenes.
Quelque foit l'effet de l'air fur le
corps , & celui du corps fur l'ame , jamais
on ne prouvera que le concours de ces
deux puiffances , foit auffi abfolu qu'on fe
le perfuade communément. En vain m'objetera
t -on que l'air eft une caufe générale
qui foumet à fon pouvoir tous les
hommes ; fans vouloir fe fouftraire à fa
puiffance , ne peut-on pas examiner quelles
en font les limites ? un oeil éclairé en
reconnoîtra l'étendue , il eft vrai , mais il
JUILLET. 1755- 95
la verra bornée , cette étendue , par la fage
prudence de Dieu - même.
Interrogeons l'Hiftoire , appellons à notre
fecours la Phyfique fousun même point
de vûe , celle- ci nous repréfentera les habitans
de ce vafte univers caracterisés par
des attributs particuliers , cette autre , après
un mûr examen , jugera de la conftitution
de leurs climats ; & elles décideront toutes
deux que l'influence de l'air ne peut dans
aucune région , tyranifer le corps au point
d'interdire à l'ame l'exercice de fes plus
nobles fonctions . L'heureufe pofition de
l'Arabie & de l'Egypte a fait éclore , diton
, au milieu de leurs peuples les principes
des beaux arts. C'est dans le fein de
cette terre féconde , qu'on a vû germer les
élémens de toutes les fciences. Pourquoi
les habitans de ces contrées fortunées fontils
fi différens de ce qu'ils étoient autrefois
? quelle étrange métamorphofe ? la nature
du climat leur avoit été fi favorable
dabord : pourquoi n'eft- elle plus leur bienfaictrice
? qu'eft devenue cette fagacité ,
cette pénétration qui les rendoit fi profonds
dans l'étude des hautes fciences ? L'air d'un
fiecle a un autre , éprouve à la vérité des
variations aufquelles le corps eft foumis ;
mais comme les émanations de la terre
conflituent principalement les qualités de
MERCURE DE FRANCE
l'air , & comme les qualités de ces émanations
dépendent de la nature des corps qui
les forment , il s'enfuit que ces corps n'ayant
pas pû changer entierement de nature , leurs /
émanations ne font pas affez différentes
de ce qu'elles étoient autrefois , pour altérer
les qualités de l'air au point de caufer
des changemens auffi prodigieux que nous
le remarquons dans les Egyptiens : ont- ils
d'ailleurs perdu quelque chofe de cette vivacité
, de ce feu dont ils étoient doués
anciennement ? il a feulement changé d'objet.
L'amour des fciences a été remplacé
par celui des plaifirs.
S'il eft vrai que la bonne température
de l'air faffe éclore le bon goût , le génie
Efpagnol ne devroit -il pas porter l'empreinte
de l'excellence de fon terrein ? cependant
pourroit- on le définir fans tomber
dans des contradictions ? Ce peuple a droit
de réaliſer dans fa vie privée les peintures
extravagantes dont le ridicule fait le principal
mérite de fes ouvrages.
Les Grecs , autrefois fi déliés , font ils
reconnoiffables ? contens de croupir aujourd'hui
dans une molle oifiveté , ils cedent
aux nations étrangeres la gloire de
connoître le prix des ouvrages de leurs
peres ; & leur ignorance groffiere forceroit
quiconque voudroit les rapprocher de leurs
ancêtres
JUILLET. 1755 97
ancêtres , à avouer la différence du parallele.
Si la température de l'air influe tellement
fur le progrès des fciences , fi la bonté
de cet air produit le bon goût , fi fes
mauvaises qualité le détruifent entierement
, pourquoi voit- on une différence fi
prodigieufe entre les Athéniens & les habitans
de la Beotie? Dira -t- on que la fituation
des deux pays a produit cette fingularité
remarquable ? y auroit - il de la vraifemblance
ne fçait- on pas qu'ils n'étoient
féparés que par le mont Cytheron ? cette
diftance auroit- elle produit un phénomene
de cette espéce ?
N'avons- nous pas vû d'ailleurs des changemens
uniformes dans le caractere des
mêmes peuples , fans qu'il foit arrivé aucune
révolution dans leur climat ? Le Perfan
, fous Darius , eft- il le même que fous
le regne des Arfacides ? Avant les victoires
de Charles XII , eut - on foupçonné les
Mofcovites de valeur ? & avant les fuccès
du Czar , eut-on cru qu'on pouvoit les
policer ? fi la puiffance de l'air étoit telle
qu'on fe l'imagine vulgairement , l'ame
des Indiens , amollie en quelque forte par
la chaleur du climat , feroit-elle capable
des plus terribles refolutions ? confidérons
les peuples du nord , un froid glacial en-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
gourdit leurs membres , leurs fibres compactes
s'émeuvent à peine : manquent- ils
ponr cela de raifon ? n'ont- ils pas le jugement
fain ? ne comparent-ils pas avec facilité
eft-il un peuple qui poffede à un plus
haut dégré la perception des rapports.
Avouons donc que tout climat peut être
celui des beaux arts. Par tout où il y a des
hommes , il y a de la raiſon , du fens , du
jugement , & les fciences y peuvent être cultivées
; il n'eft donc point de régions inacceffibles
au bon goût , & s'il en eft encore où
les fciences n'ayent pas pénétré , l'éducation
que reçoivent les fujets , les occupations
auxquelles l'Etat les oblige de fe livrer
, la forme du gouvernement , les qualités
& les difpofitious de ceux à qui ils
obéiffent , y contribuent , fans doute , plus
puiffamment que le climat. Ce n'eft donc
point par les dégrés de latitude qu'on mefure
l'empire du goût.
(c) Que fe propofent les artiſtes ? l'imitation
de la belle nature : quel eft le but de
l'homme de goût ? de fentir & de juger le
dégré de cette heureufe imitation . L'objet
eft commun , les opérations font différentes
: le premier produit ,, enfante ; le fecond
approuve ou condamne. Une tendre
(c ) Objets du goût.
JUILLET. 1755. 99
complaifance peut aveugler l'un ', fur les
défauts de fes plus cheres productions ;
l'autre eft un juge éclairé , équitable , févere
, quoique fenfible . L'idée archetype
હતી pour celui- ci un trait de lumiere qui le
dirige dans le cours entier de l'exécution
de fon ouvrage ; elle guide , elle éclaire
Fautre dans les décifions les plus délicates.
La nature , comme une glace fidele , tranf
met à tous deux les traits principaux de
ce divin original : c'eft de ce point qu'ils
partent , c'eft dans ce centre qu'ils ſe réuhiffent.
Confultent-ils cette copie ? l'un y
fit l'éloge ou la cenfure de fon ouvrage , il
y trouve une matiere inépuifable d'imitation
; l'autre y découvre une fource de
plaifirs épurés , de ces plaifirs refervés
au noble & rare exercice d'une faculté fenfible
& intelligente. L'objet du travail de
l'artifte eft auffi folide que le domaine de
l'homme de goût eft étendu ; je vois tous
les grands maîtres de l'univers s'envier la
gloire d'exciter le plus de mouvemens dans
fon ame.
(d) Par l'art d'un pinceau créateur , une
toile , une foible toile , vit , refpire , la fiction
prend la couleur de la vérité , l'ame
du fpectateur frappée , faifie , émue , fe
( d ) Peinture,
335288
E if
100 MERCURE DE FRANCE.
livre avec impétuofité aux délicieuſes agitations
qu'elle éprouve ; chaque trait fem
ble fe réfléchir fur elle-même , il s'y imprime
, il s'y colore ; rien n'échappe , tout
eft vivement fenti . Ici une touche gracieufe
& légere attire , flate , féduit : l'homme de
goût entre dans le myftere , il voit la nature
fourire à cet artifte bien aimé ; là un
craïon mâle ,vrai , nerveux, peint noblement
de nobles objets : it fixe , il attache , mais
il ne fatigue pas ; la vérité fut fon guide ,
le fuffrage de l'homme de goût eft fa récompenfe.
Quel eft ce pinceau fier & menaçant
crée-t-il de nouvelles paffions ▸
non : il maîtrife celles de mon ame : ce
peintre m'étonne , m'éfraye , mais il me
touche. Ici l'imitation l'emporte fur la réalité
; des objets véritables , mais auffi terribles
ne produiroient en moi que des fentimens
lugubres ou tumultueux ; font- ils
repréſentés ? ma fituation eft moins critique
, l'éloignement de l'objet réel me raffure
: je goûte le plaifir de l'émotion , je
n'en fens point le défordre ; émotion vraiment
digne d'un être penfant ; de fimples
fenfations n'en font pas le terme : des ob
jers ainfi exprimés fervent de dégrés à l'ame
, ils l'élevent jufqu'à la fource des
perfections : c'eft en elle que l'homme de
goût juftifie fes plaifirs , & l'artiſte ſes
fuccès,
JUILLET. 1755 . 1755. Idr
(e) Ici, un cifeau donne du fentiment à un
marbre froid , brute , infenfible ; une main
le guide , le héros eft reproduit. Art heureux
qui , pour tenir de plus près à la nature
, ne produit que plus difficilement
des chef- d'oeuvres : en ce genre , les artiftes
excellens font auffi rares que les beautés
parfaites , ou les héros accomplis . Pour
me toucher , j'exige des Phidias , ou des
Puget; des Praxitelle ou des Girardon . Le
fond où ces artiſtes ont puifé les traits qui
vivifient leurs ouvrages , les préferve de
l'inconftance de l'efprit humain dans fes
jugemens : en quelque fiécle que paroiffent
des morceaux auffi achevés , la copie forcera
les hommes malgré leurs préjugés à
remonter jufqu'à l'original.
(f) C'eft en le confultant que s'eft ennobli
cet art , né de la néceffité , ébauché par
l'ignorance , défiguré & perfectionné par
le luxe. L'imitation de la belle nature s'y
fait moins remarquer ; ce n'eft cependant
que de fa main qu'il reçoit fes charmes &
fes agrémens ; elle fit entendre fa voix à
Vitruve : il prit goût à fes leçons , l'idée
du fouverain modele qu'elle offrit à fes
yeux lui en développa les principes , &
parce qu'il ne s'écarta point de ce guide ,
(e ) Sculpture.
(f) Architecture.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
l'homme de goût l'a établi le légiflateur de
ceux qui lui fuccederont à jamais .
(g) Quels plaifirs ne lui procure pas cet
art dont le mérite confifte à rendre fidelement
celui des autres ? avec quelle vérité
n'expofe - t - il pas à nos yeux les majestueu ,
fes productions de l'Architecture & de la
Sculpture. Le burin eft l'imitateur du pinceau
, fans vouloir en être le rival ; il
s'immortalife en éternifant les artiftes . Sans
doute qu'en faveur des gens de goût la
nature a laiffé échapper de fon fein cet
art ingénieux : fi elle a fait le ferment de
ne produire que rarement des grands hommes
; elle l'a modifiée en quelque forte
en confiant à la Gravûre le foin de multiplier
leurs chef-d'oeuvres . Cet art mérite
d'exercer le talent de l'artifte , parce qu'il
peut ne travailler que d'après le génie des
grands maîtres. Mais fi la gloire le tou
che , que fon oeil pénétrant fe familiarife
en quelque forte avec le fublime de l'idée
archetype ; l'exacte obfervation de
cette regle univerfelle a fait le mérite de
de ceux qu'il imite , elle feule l'immortali
fera comme eux.
(b ) C'est par cette voie que fe font placés
au temple de Mémoire les créateurs de la
(g ) Gravure.
(b ) Mufique.
JUILLET . 1753. 103
mufique. Cette four aînée des beaux arts
répand l'aménité fur les travaux de l'homme
de goût la douceur de fes accords
charme fes fens , fon ame épuifée de reflexions
reprend une nouvelle activité ,
après s'être livrée aux délices d'une ivreffe
momentanée ; l'harmonie fufpend fa penfée
, comment n'en reconnoîtroit -elle pas
les droits ? ceux qu'elle exerce fur elle font
fi naturels !
Jufqu'ici l'artiste a fourni aux plaifirs
de l'homme de goût ; l'homme de lettres
n'y contribue pas moins efficacement. Ceux
qu'il lui procure ayant moins à démêler
avec la matiere , ont plus de rapport avec
la nobleffe de fon origine , les belles connoiffances
forment fon véritable élément ,
tous ceux qui cultivent les belles lettres
avec fuccès , ont droit à fon eftime , parce
qu'ils font partie de fon bonheur.
(i ) Cependant quelque fouveraine que
foit l'éloquence fur fon ame , elle la maî
trife plus fouvent qu'elle ne la remplit . O !
vous , qui fûtes l'oracle de votre fiécle ,
Boffuet , l'orateur de ma nation , vos foudres
m'annoncent votre puiffance , je la
reconnois , vous me captivez , vous m'enchaînez
; mais je découvre en portant vos
(i) L'éloquence.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
fers un autre maître que vous ; vous n'êtes
point l'orateur dont j'ai l'idée , vous me
le repréfentez feulement. Tant il eſt vrai
que les objets intermédiaires , quels qu'ils
foient , ne ralentiffent point la marche
d'une ame dégagée du preftige des fens ;
ils ne forment que le milieu à travers
lequel elle s'éleve avec rapidité , jufques à
la fource des perfections.
(k) C'est dans cette fource que le Poëte
puife le fublime dont l'homme de goût
connoît fi bien les effets. Les auteurs de
notre fiécle qui ont obtenu fon fuffrage
ont mérité fa critique . L'heureuſe alliance
d'un fentiment exquis & d'une droite raifon
, ont établi de tout tems l'homme de
goût le juge du poëte ; ce génie formé de
deux contraires le jugement & l'enthou
fiafme.
( 1 ) Quelques fatisfaifans que foient les
objets que j'ai parcourus, l'homme de goût
n'y eft pas borné : fans prétendre à l'univerfalité
des connoiffances , il fçait étendre
fa fphere , & fes propres reflexions
lui fourniffent toujours les plaifirs les plus
délicats. L'étude des langues eft digne de
fes foins ; il s'y livre , mais le défir d'aggrandir
fon efprit en eft plutôt le motifque
(k ) Poëfie. :)
(1 ) Etabliffement des Langues,
JUILLET . 1755 105
Fenvie d'orner fa mémoire ; pour lui l'établiffement
des langues n'eft point le réfultat
de l'affemblage bizarre & fortuit de
fyllabes & de mots : il voit la connexion
intime de l'art de la parole à celui de pen
fer , les efforts réunis du métaphyficien
délié , & de l'homme de goût , feuls ont
été capables de concevoir & d'executer un
projet auffi immenſe .
Avec quelle complaifance ne jette-t- il
pas fes regards dans le lointain là il découvre
les peuples de l'univers tyrranifés
par les paffions , féparés par la différence
des religions , divifés par l'intérêt , & réunis
par le goût ; fon difcernement lui fait
appercevoir , il eft vrai , que ce point dans
lequel les nations conviennent n'eft pas
indivifible ; mais la nature lui en découvre
la caufe ; le petit efpace qu'elle a laiffé
libre en donnant plus de jeu aux inclina
tions de chaque peuple , caractériſe leur
génie particulier.
J'ai montré que le beau , le vrai en tout
genre , faifoient impreffion fur l'homme de
goût. Ce n'eft point le tirer de la foule , ill
a des prérogatives ; repréfentons- nous les' ,.
nous aurons fon caractere diftinctif. Quoi--
que la faculté de fentir le vrai , le beau ,,
foit la nourriture de toute ame qui n'eft:
point dégénérée , convenons qu'il y a au
E.V
106 MERCURE DE FRANCE.
tant de dégrés dans ce fentiment exquis
que les connoiffeurs diftinguent de tons
différens dans les couleurs. Offrez un tableau
aux yeux d'un homme de bon lens
fans culture , & à ceux d'un efprit mûri &
perfectionné par l'étude ; il eft bean , s'écriront
ils tous deux : l'expreflion eft la
même , l'impreffion ne l'eft pas . Dans le
premier , ce tableau reveille une ame oifive
, qui avoit oublié d'ufer de ſes richeffes
; l'objet fenfible renouvelle heureufement
l'idée archetype , gravée dans le
fond de cet être fans qu'il le foupçonnât.
Le défaut de penfer l'empêchoit d'en faire
une féconde application ; la reffemblance
des traits fe fait jour , l'ame fe ranime , &
les perfections de l'original qu'elle ne peut
méconnoître la font juger fainement du
mérite de la copie. D'un oeil pénétrant ,
mais refpectueux , l'homme de goût leve le
voile qui interdit au refte des mortels , le
fpectacle de Dieu même repréfenté dans
fes ouvrages ; l'habitude de refléchir lui a
acquis le droit ineftimable d'être en fociété
avec la nature & fon auteur. Il faifit
avec rapidité tout ce qui a trait à cet
objet intéreffant ; quoique les objets materiels
l'affectent fenfiblement , cependant
il accorde moins au plaifir d'être émû qu'à
celui de comparer & de réfléchir ; chez
JUILLET 1755 . 107
lui le fentiment du beau eft vif , éclairé ,
foutenu , fon jugement eft fain , vrai , ir,
révocable. Une exacte perception des гар-
ports en eft le principe , une profonde connoiffance
de caufe en eft le fondement. t
Tels font les titres précieux dont la nature
décore ceux qui , par une reflexion
continue , ont appris à connoître les perfections
de leur auteur dans celles qu'elle
renferme elle - même. En vain me flatterois-
je que ces confidérations fur la nature
du goût , augmenteront le nombre des
amateurs . Réduire fous les loix d'une faine
philofophie , ce que quelques perfonnes ,
peut- être trop intéreffées , vouloient regarder
comme abandonné à la bizarrerie
des goûts , aux révolutions de la mode ,
des tems , & à la différente température
des climats , c'étoit mon deffein. J'ai fait
quelques efforts pour remonter aux fources
du beau ; puiffent -ils ne pas paroître
inutiles à celui dont j'ai foutenu les droits.
Cette fuite eft de M. Guiard , de Troyes .
La premiere partie de fon ouvrage a été
imprimée dans le Journal de Verdun ,
mois de Mai 1753 .
MÉTHODES NOUVELLES pour apprendre
à lire aifément & en peu de tems ,
même par maniere de jeu & d'amufement ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE
auffi inftructives pour les Maîtres que
commodes aux peres & meres , & faciles.
aux enfans.
Voilà tous les avantages qu'on peut defirer
, réunis dans le feul titre. On y joint
les moyens de remédier à plufieurs équivoques
& bizarreries de l'ortographe fran
çoife : c'eft encore un nouveau mérite qu'il
n'eſt pas aifé d'avoir.
Le nom de l'Auteur eft prefque un chif
fre. C'eft S. Ch. Ch. R. d. N. & d. P. Comme
on ne voit plus d'ouvrage fans épigraphe
, celui-ci a la fienne , qui eft tirée de
S. Jerôme , épitre à Læta. Non funt contemnenda
quafi parva , fine quibus magna conf
tare non poffunt. Il fe vend chez Lottin , rue-
S. Jacques , au Coq: 1755.
Le Libraire avertit qu'on trouvera chez
lui au premier Août prochain différens
alphabets en quinze planches pour fervir
de premieres leçons aux enfans. On y trouvera
auffi le livre que nous annonçons relié
en carton & parchemin pour leur en
faciliter l'acquifition ..
du goût , où après avoir prouvé
que fes principes font invariables
qu'ils ne font pointfujets aux révolutions
de la mode , on examine
s'ils font foumis au pouvoir du
tems , & à la différence des climats
, & quels fontfes objets principaux.
> A révolution des tems la fucceffion
des différens âges font
fans doute plus à redouter pour le goûr ,
que l'empire momentanée de la mode.
Rien , dit -on , pour le tems n'eft facré.
La force de cet agent eft terrible , je l'avoue
, mais poufferoit- il la barbarie jufqu'à
faire fentir au bon goût les triftes
effets de fon pouvoir ? Aidé par l'enchaînement
des événemens humains , favorifé
par quelques circonftances décifives
, il peut étendre ou refferrer fa domination.
Parcourons nos annales , confultons
l'antiquité , jettons nos regards fur les
peuples qui nous environnent , & nous
JUILLET. 1755. ༡ ་
verrons qu'il eft encore de fon reffort de
transferer le trône du bon goût d'une nation
dans une autre . Pour cela détruit- il
fes principes ? non : je le dis avec confiance
; ce fier deftructeur refpecte les monumens
précieux qui conftatent les progrès
de l'efprit humain . Villes fécondes en
grands hommes ! Athenes , Rome , vous n'avez
pas été à l'abri de fes coups ! Orateurs
immortels , Démofthenes , Ciceron , vous
vivez , & le tems , loin de vous faire outrage
, a réuni fous vos loix tous les peuples
du monde lettré. C'est le tems qui ,
de tant de nations différentes en a formé
une feule & même république , & vous
en êtes les premiers citoyens.
Par quel fecret les poëtes , les peintres ,
les muficiens , les fculpteurs , tant anciens
que modernes, fe font ils fouftraits à la loi
commune ? comment ont- ils reçu une nouvelle
vie de la postérité ? c'est parce que
dans leurs ouvrages on trouve l'expreffion
fidele de la belle nature. Heureufe expreffion
! elle fait les délices de l'homme de
goût , je dis plus , de tous ceux fur qui la
raifon n'a pas perdu tous fes droits ; expreffion
enfin qui , par le choix judicieux
des ornemens , la vivacité des images ,
nous rend des traits de la nature ſous aut
tant de formes , qu'elle varie elle -même
92 MERCURE DE FRANCE.
fes mouvemens & fes opérations.
Convenons néanmoins qu'il eft des tems
critiques pour les talens . Ce n'eft point
en jettant les fondemeus d'une monarchie
qu'un fouverain peut fe flater de faire fleurir
les beaux arts. En vain effayeroit- il
de fixer le bon goût dans fes Etats , tandis
que , le fer à la main , il en difputera
les limites contre fes voifins. Il étoit refervé
à Athenes d'enfanter fes plus grands
hommes dans les plus grands périls . Periclès
, Ifocrate , Demofthenes , fe font formés
au fein de la tempête , il eft vrai ; mais
l'éloquence , chez cette nation , étoit une
qualité indifpenfable. L'Orateur & le Capitaine
prefque toujours étoient réunis dans
la même perfonne ; & chez nous ils feroient
deux grands hommes : la paix eft
donc la mere des beaux arts , le trône du
bon goût n'est jamais mieux placé que
dan's
fon temple. Le trouble , l'agitation , fuïtes
inevitables de la guerre , rendent les ef
prits prefque incapables de toute autre application
; un ébranlement violent dure encore
après que la caufe en a ceffé . L'ame
fortie de fon affiette ordinaire par les fecouffes
qu'elle a éprouvées, ne recouvre pas
fi - tôt le calme & la tranquilité néceffaires
pour reprendre le fil délié d'une étude fuivie.
JUILLET. 1755. 93
Il eft donc des tems plus favorables que
d'autres aux talens ; mais pour cela le tems
n'attaque point le bon goût dans fon principe.
La gloire dont jouiffent tant d'auteurs
célébres , celle qui a été le prix des
travaux illuftres de tous ceux qui fe font
diftingués , foit dans la pénible carriere
des hautes fciences , foit dans celle d'une
littérature fine & exquife , les honneurs
qu'ils ont reçus dans tous les fiecles , l'eftime
, l'admiration dont ils font en poflef
fion depuis tant d'années , l'application
des artiſtes de nos jours à mériter les fuffrages
de l'homme de goût , leurs fuccès enfin
ne font-ce pas là des preuves démonfratives
que le fentiment du beau , du vrai ,
eft de tous les âges , & qu'un goût épuré
pour ce beau , pour ce vrai , feul eft exempt
des variations qu'éprouvent le refte des
chofes humaines.
(b) De tout tems on eft convenu de la dif
férence de l'air qui regne dans les climats
; mais on a parlé diverſement de fes
effets. Il feroit égalememt abfurde de dire
que l'air ne peut rien fur le bon goût , ou
de prétendre qu'il peut tout. Saififfons un
jufte milieu : la différence de la température
de l'air forme celle des climats ; fon
( b ) Climats
94 MERCURE DE FRANCE .
influence n'eft point chimérique , l'air agit
fur le corps , le corps imprime fes mouvemens
à l'ame , & fes mouvemens font
fouvent proportionels à ceux que le corps
éprouve ; il fuffit de refpirer pour s'en
convaincre. Mais fi l'union du corps & de
l'ame foumet cette derniere partie à une
certaine dépendance à l'égard de la pre-
-miere , fi celle- ci eft foumife à fon tour
aux influences de l'air qui varie dans chaque
climat , peut - on en conclure que l'ame
foit fervilement fubordonnée dans toutes
fes opérations à ces deux caufes , qui d'ailleurs
lui font fi inférieures ? Un efprit fain
ne jugeroit-il pas autrement ? H verroir
fans doute , dans une fubordination mu→
tuelle , une nouvelle preuve de l'attention
du fouverain être qui veille à la confervation
de ces deux fubftances hétérogenes.
Quelque foit l'effet de l'air fur le
corps , & celui du corps fur l'ame , jamais
on ne prouvera que le concours de ces
deux puiffances , foit auffi abfolu qu'on fe
le perfuade communément. En vain m'objetera
t -on que l'air eft une caufe générale
qui foumet à fon pouvoir tous les
hommes ; fans vouloir fe fouftraire à fa
puiffance , ne peut-on pas examiner quelles
en font les limites ? un oeil éclairé en
reconnoîtra l'étendue , il eft vrai , mais il
JUILLET. 1755- 95
la verra bornée , cette étendue , par la fage
prudence de Dieu - même.
Interrogeons l'Hiftoire , appellons à notre
fecours la Phyfique fousun même point
de vûe , celle- ci nous repréfentera les habitans
de ce vafte univers caracterisés par
des attributs particuliers , cette autre , après
un mûr examen , jugera de la conftitution
de leurs climats ; & elles décideront toutes
deux que l'influence de l'air ne peut dans
aucune région , tyranifer le corps au point
d'interdire à l'ame l'exercice de fes plus
nobles fonctions . L'heureufe pofition de
l'Arabie & de l'Egypte a fait éclore , diton
, au milieu de leurs peuples les principes
des beaux arts. C'est dans le fein de
cette terre féconde , qu'on a vû germer les
élémens de toutes les fciences. Pourquoi
les habitans de ces contrées fortunées fontils
fi différens de ce qu'ils étoient autrefois
? quelle étrange métamorphofe ? la nature
du climat leur avoit été fi favorable
dabord : pourquoi n'eft- elle plus leur bienfaictrice
? qu'eft devenue cette fagacité ,
cette pénétration qui les rendoit fi profonds
dans l'étude des hautes fciences ? L'air d'un
fiecle a un autre , éprouve à la vérité des
variations aufquelles le corps eft foumis ;
mais comme les émanations de la terre
conflituent principalement les qualités de
MERCURE DE FRANCE
l'air , & comme les qualités de ces émanations
dépendent de la nature des corps qui
les forment , il s'enfuit que ces corps n'ayant
pas pû changer entierement de nature , leurs /
émanations ne font pas affez différentes
de ce qu'elles étoient autrefois , pour altérer
les qualités de l'air au point de caufer
des changemens auffi prodigieux que nous
le remarquons dans les Egyptiens : ont- ils
d'ailleurs perdu quelque chofe de cette vivacité
, de ce feu dont ils étoient doués
anciennement ? il a feulement changé d'objet.
L'amour des fciences a été remplacé
par celui des plaifirs.
S'il eft vrai que la bonne température
de l'air faffe éclore le bon goût , le génie
Efpagnol ne devroit -il pas porter l'empreinte
de l'excellence de fon terrein ? cependant
pourroit- on le définir fans tomber
dans des contradictions ? Ce peuple a droit
de réaliſer dans fa vie privée les peintures
extravagantes dont le ridicule fait le principal
mérite de fes ouvrages.
Les Grecs , autrefois fi déliés , font ils
reconnoiffables ? contens de croupir aujourd'hui
dans une molle oifiveté , ils cedent
aux nations étrangeres la gloire de
connoître le prix des ouvrages de leurs
peres ; & leur ignorance groffiere forceroit
quiconque voudroit les rapprocher de leurs
ancêtres
JUILLET. 1755 97
ancêtres , à avouer la différence du parallele.
Si la température de l'air influe tellement
fur le progrès des fciences , fi la bonté
de cet air produit le bon goût , fi fes
mauvaises qualité le détruifent entierement
, pourquoi voit- on une différence fi
prodigieufe entre les Athéniens & les habitans
de la Beotie? Dira -t- on que la fituation
des deux pays a produit cette fingularité
remarquable ? y auroit - il de la vraifemblance
ne fçait- on pas qu'ils n'étoient
féparés que par le mont Cytheron ? cette
diftance auroit- elle produit un phénomene
de cette espéce ?
N'avons- nous pas vû d'ailleurs des changemens
uniformes dans le caractere des
mêmes peuples , fans qu'il foit arrivé aucune
révolution dans leur climat ? Le Perfan
, fous Darius , eft- il le même que fous
le regne des Arfacides ? Avant les victoires
de Charles XII , eut - on foupçonné les
Mofcovites de valeur ? & avant les fuccès
du Czar , eut-on cru qu'on pouvoit les
policer ? fi la puiffance de l'air étoit telle
qu'on fe l'imagine vulgairement , l'ame
des Indiens , amollie en quelque forte par
la chaleur du climat , feroit-elle capable
des plus terribles refolutions ? confidérons
les peuples du nord , un froid glacial en-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
gourdit leurs membres , leurs fibres compactes
s'émeuvent à peine : manquent- ils
ponr cela de raifon ? n'ont- ils pas le jugement
fain ? ne comparent-ils pas avec facilité
eft-il un peuple qui poffede à un plus
haut dégré la perception des rapports.
Avouons donc que tout climat peut être
celui des beaux arts. Par tout où il y a des
hommes , il y a de la raiſon , du fens , du
jugement , & les fciences y peuvent être cultivées
; il n'eft donc point de régions inacceffibles
au bon goût , & s'il en eft encore où
les fciences n'ayent pas pénétré , l'éducation
que reçoivent les fujets , les occupations
auxquelles l'Etat les oblige de fe livrer
, la forme du gouvernement , les qualités
& les difpofitious de ceux à qui ils
obéiffent , y contribuent , fans doute , plus
puiffamment que le climat. Ce n'eft donc
point par les dégrés de latitude qu'on mefure
l'empire du goût.
(c) Que fe propofent les artiſtes ? l'imitation
de la belle nature : quel eft le but de
l'homme de goût ? de fentir & de juger le
dégré de cette heureufe imitation . L'objet
eft commun , les opérations font différentes
: le premier produit ,, enfante ; le fecond
approuve ou condamne. Une tendre
(c ) Objets du goût.
JUILLET. 1755. 99
complaifance peut aveugler l'un ', fur les
défauts de fes plus cheres productions ;
l'autre eft un juge éclairé , équitable , févere
, quoique fenfible . L'idée archetype
હતી pour celui- ci un trait de lumiere qui le
dirige dans le cours entier de l'exécution
de fon ouvrage ; elle guide , elle éclaire
Fautre dans les décifions les plus délicates.
La nature , comme une glace fidele , tranf
met à tous deux les traits principaux de
ce divin original : c'eft de ce point qu'ils
partent , c'eft dans ce centre qu'ils ſe réuhiffent.
Confultent-ils cette copie ? l'un y
fit l'éloge ou la cenfure de fon ouvrage , il
y trouve une matiere inépuifable d'imitation
; l'autre y découvre une fource de
plaifirs épurés , de ces plaifirs refervés
au noble & rare exercice d'une faculté fenfible
& intelligente. L'objet du travail de
l'artifte eft auffi folide que le domaine de
l'homme de goût eft étendu ; je vois tous
les grands maîtres de l'univers s'envier la
gloire d'exciter le plus de mouvemens dans
fon ame.
(d) Par l'art d'un pinceau créateur , une
toile , une foible toile , vit , refpire , la fiction
prend la couleur de la vérité , l'ame
du fpectateur frappée , faifie , émue , fe
( d ) Peinture,
335288
E if
100 MERCURE DE FRANCE.
livre avec impétuofité aux délicieuſes agitations
qu'elle éprouve ; chaque trait fem
ble fe réfléchir fur elle-même , il s'y imprime
, il s'y colore ; rien n'échappe , tout
eft vivement fenti . Ici une touche gracieufe
& légere attire , flate , féduit : l'homme de
goût entre dans le myftere , il voit la nature
fourire à cet artifte bien aimé ; là un
craïon mâle ,vrai , nerveux, peint noblement
de nobles objets : it fixe , il attache , mais
il ne fatigue pas ; la vérité fut fon guide ,
le fuffrage de l'homme de goût eft fa récompenfe.
Quel eft ce pinceau fier & menaçant
crée-t-il de nouvelles paffions ▸
non : il maîtrife celles de mon ame : ce
peintre m'étonne , m'éfraye , mais il me
touche. Ici l'imitation l'emporte fur la réalité
; des objets véritables , mais auffi terribles
ne produiroient en moi que des fentimens
lugubres ou tumultueux ; font- ils
repréſentés ? ma fituation eft moins critique
, l'éloignement de l'objet réel me raffure
: je goûte le plaifir de l'émotion , je
n'en fens point le défordre ; émotion vraiment
digne d'un être penfant ; de fimples
fenfations n'en font pas le terme : des ob
jers ainfi exprimés fervent de dégrés à l'ame
, ils l'élevent jufqu'à la fource des
perfections : c'eft en elle que l'homme de
goût juftifie fes plaifirs , & l'artiſte ſes
fuccès,
JUILLET. 1755 . 1755. Idr
(e) Ici, un cifeau donne du fentiment à un
marbre froid , brute , infenfible ; une main
le guide , le héros eft reproduit. Art heureux
qui , pour tenir de plus près à la nature
, ne produit que plus difficilement
des chef- d'oeuvres : en ce genre , les artiftes
excellens font auffi rares que les beautés
parfaites , ou les héros accomplis . Pour
me toucher , j'exige des Phidias , ou des
Puget; des Praxitelle ou des Girardon . Le
fond où ces artiſtes ont puifé les traits qui
vivifient leurs ouvrages , les préferve de
l'inconftance de l'efprit humain dans fes
jugemens : en quelque fiécle que paroiffent
des morceaux auffi achevés , la copie forcera
les hommes malgré leurs préjugés à
remonter jufqu'à l'original.
(f) C'eft en le confultant que s'eft ennobli
cet art , né de la néceffité , ébauché par
l'ignorance , défiguré & perfectionné par
le luxe. L'imitation de la belle nature s'y
fait moins remarquer ; ce n'eft cependant
que de fa main qu'il reçoit fes charmes &
fes agrémens ; elle fit entendre fa voix à
Vitruve : il prit goût à fes leçons , l'idée
du fouverain modele qu'elle offrit à fes
yeux lui en développa les principes , &
parce qu'il ne s'écarta point de ce guide ,
(e ) Sculpture.
(f) Architecture.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
l'homme de goût l'a établi le légiflateur de
ceux qui lui fuccederont à jamais .
(g) Quels plaifirs ne lui procure pas cet
art dont le mérite confifte à rendre fidelement
celui des autres ? avec quelle vérité
n'expofe - t - il pas à nos yeux les majestueu ,
fes productions de l'Architecture & de la
Sculpture. Le burin eft l'imitateur du pinceau
, fans vouloir en être le rival ; il
s'immortalife en éternifant les artiftes . Sans
doute qu'en faveur des gens de goût la
nature a laiffé échapper de fon fein cet
art ingénieux : fi elle a fait le ferment de
ne produire que rarement des grands hommes
; elle l'a modifiée en quelque forte
en confiant à la Gravûre le foin de multiplier
leurs chef-d'oeuvres . Cet art mérite
d'exercer le talent de l'artifte , parce qu'il
peut ne travailler que d'après le génie des
grands maîtres. Mais fi la gloire le tou
che , que fon oeil pénétrant fe familiarife
en quelque forte avec le fublime de l'idée
archetype ; l'exacte obfervation de
cette regle univerfelle a fait le mérite de
de ceux qu'il imite , elle feule l'immortali
fera comme eux.
(b ) C'est par cette voie que fe font placés
au temple de Mémoire les créateurs de la
(g ) Gravure.
(b ) Mufique.
JUILLET . 1753. 103
mufique. Cette four aînée des beaux arts
répand l'aménité fur les travaux de l'homme
de goût la douceur de fes accords
charme fes fens , fon ame épuifée de reflexions
reprend une nouvelle activité ,
après s'être livrée aux délices d'une ivreffe
momentanée ; l'harmonie fufpend fa penfée
, comment n'en reconnoîtroit -elle pas
les droits ? ceux qu'elle exerce fur elle font
fi naturels !
Jufqu'ici l'artiste a fourni aux plaifirs
de l'homme de goût ; l'homme de lettres
n'y contribue pas moins efficacement. Ceux
qu'il lui procure ayant moins à démêler
avec la matiere , ont plus de rapport avec
la nobleffe de fon origine , les belles connoiffances
forment fon véritable élément ,
tous ceux qui cultivent les belles lettres
avec fuccès , ont droit à fon eftime , parce
qu'ils font partie de fon bonheur.
(i ) Cependant quelque fouveraine que
foit l'éloquence fur fon ame , elle la maî
trife plus fouvent qu'elle ne la remplit . O !
vous , qui fûtes l'oracle de votre fiécle ,
Boffuet , l'orateur de ma nation , vos foudres
m'annoncent votre puiffance , je la
reconnois , vous me captivez , vous m'enchaînez
; mais je découvre en portant vos
(i) L'éloquence.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
fers un autre maître que vous ; vous n'êtes
point l'orateur dont j'ai l'idée , vous me
le repréfentez feulement. Tant il eſt vrai
que les objets intermédiaires , quels qu'ils
foient , ne ralentiffent point la marche
d'une ame dégagée du preftige des fens ;
ils ne forment que le milieu à travers
lequel elle s'éleve avec rapidité , jufques à
la fource des perfections.
(k) C'est dans cette fource que le Poëte
puife le fublime dont l'homme de goût
connoît fi bien les effets. Les auteurs de
notre fiécle qui ont obtenu fon fuffrage
ont mérité fa critique . L'heureuſe alliance
d'un fentiment exquis & d'une droite raifon
, ont établi de tout tems l'homme de
goût le juge du poëte ; ce génie formé de
deux contraires le jugement & l'enthou
fiafme.
( 1 ) Quelques fatisfaifans que foient les
objets que j'ai parcourus, l'homme de goût
n'y eft pas borné : fans prétendre à l'univerfalité
des connoiffances , il fçait étendre
fa fphere , & fes propres reflexions
lui fourniffent toujours les plaifirs les plus
délicats. L'étude des langues eft digne de
fes foins ; il s'y livre , mais le défir d'aggrandir
fon efprit en eft plutôt le motifque
(k ) Poëfie. :)
(1 ) Etabliffement des Langues,
JUILLET . 1755 105
Fenvie d'orner fa mémoire ; pour lui l'établiffement
des langues n'eft point le réfultat
de l'affemblage bizarre & fortuit de
fyllabes & de mots : il voit la connexion
intime de l'art de la parole à celui de pen
fer , les efforts réunis du métaphyficien
délié , & de l'homme de goût , feuls ont
été capables de concevoir & d'executer un
projet auffi immenſe .
Avec quelle complaifance ne jette-t- il
pas fes regards dans le lointain là il découvre
les peuples de l'univers tyrranifés
par les paffions , féparés par la différence
des religions , divifés par l'intérêt , & réunis
par le goût ; fon difcernement lui fait
appercevoir , il eft vrai , que ce point dans
lequel les nations conviennent n'eft pas
indivifible ; mais la nature lui en découvre
la caufe ; le petit efpace qu'elle a laiffé
libre en donnant plus de jeu aux inclina
tions de chaque peuple , caractériſe leur
génie particulier.
J'ai montré que le beau , le vrai en tout
genre , faifoient impreffion fur l'homme de
goût. Ce n'eft point le tirer de la foule , ill
a des prérogatives ; repréfentons- nous les' ,.
nous aurons fon caractere diftinctif. Quoi--
que la faculté de fentir le vrai , le beau ,,
foit la nourriture de toute ame qui n'eft:
point dégénérée , convenons qu'il y a au
E.V
106 MERCURE DE FRANCE.
tant de dégrés dans ce fentiment exquis
que les connoiffeurs diftinguent de tons
différens dans les couleurs. Offrez un tableau
aux yeux d'un homme de bon lens
fans culture , & à ceux d'un efprit mûri &
perfectionné par l'étude ; il eft bean , s'écriront
ils tous deux : l'expreflion eft la
même , l'impreffion ne l'eft pas . Dans le
premier , ce tableau reveille une ame oifive
, qui avoit oublié d'ufer de ſes richeffes
; l'objet fenfible renouvelle heureufement
l'idée archetype , gravée dans le
fond de cet être fans qu'il le foupçonnât.
Le défaut de penfer l'empêchoit d'en faire
une féconde application ; la reffemblance
des traits fe fait jour , l'ame fe ranime , &
les perfections de l'original qu'elle ne peut
méconnoître la font juger fainement du
mérite de la copie. D'un oeil pénétrant ,
mais refpectueux , l'homme de goût leve le
voile qui interdit au refte des mortels , le
fpectacle de Dieu même repréfenté dans
fes ouvrages ; l'habitude de refléchir lui a
acquis le droit ineftimable d'être en fociété
avec la nature & fon auteur. Il faifit
avec rapidité tout ce qui a trait à cet
objet intéreffant ; quoique les objets materiels
l'affectent fenfiblement , cependant
il accorde moins au plaifir d'être émû qu'à
celui de comparer & de réfléchir ; chez
JUILLET 1755 . 107
lui le fentiment du beau eft vif , éclairé ,
foutenu , fon jugement eft fain , vrai , ir,
révocable. Une exacte perception des гар-
ports en eft le principe , une profonde connoiffance
de caufe en eft le fondement. t
Tels font les titres précieux dont la nature
décore ceux qui , par une reflexion
continue , ont appris à connoître les perfections
de leur auteur dans celles qu'elle
renferme elle - même. En vain me flatterois-
je que ces confidérations fur la nature
du goût , augmenteront le nombre des
amateurs . Réduire fous les loix d'une faine
philofophie , ce que quelques perfonnes ,
peut- être trop intéreffées , vouloient regarder
comme abandonné à la bizarrerie
des goûts , aux révolutions de la mode ,
des tems , & à la différente température
des climats , c'étoit mon deffein. J'ai fait
quelques efforts pour remonter aux fources
du beau ; puiffent -ils ne pas paroître
inutiles à celui dont j'ai foutenu les droits.
Cette fuite eft de M. Guiard , de Troyes .
La premiere partie de fon ouvrage a été
imprimée dans le Journal de Verdun ,
mois de Mai 1753 .
MÉTHODES NOUVELLES pour apprendre
à lire aifément & en peu de tems ,
même par maniere de jeu & d'amufement ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE
auffi inftructives pour les Maîtres que
commodes aux peres & meres , & faciles.
aux enfans.
Voilà tous les avantages qu'on peut defirer
, réunis dans le feul titre. On y joint
les moyens de remédier à plufieurs équivoques
& bizarreries de l'ortographe fran
çoife : c'eft encore un nouveau mérite qu'il
n'eſt pas aifé d'avoir.
Le nom de l'Auteur eft prefque un chif
fre. C'eft S. Ch. Ch. R. d. N. & d. P. Comme
on ne voit plus d'ouvrage fans épigraphe
, celui-ci a la fienne , qui eft tirée de
S. Jerôme , épitre à Læta. Non funt contemnenda
quafi parva , fine quibus magna conf
tare non poffunt. Il fe vend chez Lottin , rue-
S. Jacques , au Coq: 1755.
Le Libraire avertit qu'on trouvera chez
lui au premier Août prochain différens
alphabets en quinze planches pour fervir
de premieres leçons aux enfans. On y trouvera
auffi le livre que nous annonçons relié
en carton & parchemin pour leur en
faciliter l'acquifition ..
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Résumé : SUITE d'une discussion sur la nature du goût, où après avoir prouvé que ses principes sont invariables, qu'ils ne sont point sujets aux révolutions de la mode, on examine s'ils sont soumis au pouvoir du tems, & à la différence des climats, & quels sont ses objets principaux.
Le texte explore l'influence du temps et des climats sur le goût, affirmant que les principes du goût sont invariables et ne sont pas soumis aux caprices de la mode. Le temps, bien que puissant, ne détruit pas ces principes mais peut modifier leur influence. Les grandes œuvres littéraires et artistiques, comme celles de Démosthène et Cicéron, survivent au temps et sont admirées par les générations futures. L'impact des climats sur le goût est également examiné. L'air influence le corps, qui à son tour affecte l'âme, mais cette influence n'est pas totale. L'histoire et la physique montrent que l'air ne peut interdire à l'âme d'exercer ses fonctions nobles. Des exemples comme l'Égypte et l'Arabie illustrent que les changements dans les sociétés ne sont pas uniquement dus au climat mais aussi à des facteurs sociaux et politiques. Le goût est universel et peut s'épanouir dans tous les climats. Les différences observées entre les peuples sont dues à l'éducation, aux occupations et à la forme du gouvernement. Le texte aborde ensuite les plaisirs et les émotions esthétiques éprouvés par un homme de goût face à diverses formes d'art. L'auteur apprécie l'émotion sans en ressentir le désordre, trouvant dans les œuvres d'art des degrés d'élévation de l'âme. Il admire la sculpture, un art difficile qui produit rarement des chefs-d'œuvre, et la gravure, qui immortalise les œuvres des grands maîtres. L'architecture et la musique sont également louées pour leurs qualités respectives. L'éloquence, bien que puissante, ne remplit pas toujours l'âme de manière complète. La poésie, alliée du sentiment et de la raison, est jugée par l'homme de goût. L'étude des langues et l'établissement des langues sont également des sujets d'intérêt, révélant la connexion entre l'art de la parole et la pensée. L'homme de goût distingue les degrés de sentiment esthétique et possède un jugement sûr et éclairé. Le texte se conclut par une réflexion sur la nature du goût et les efforts pour comprendre les sources du beau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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