Résultats : 2795 texte(s)
Détail
Liste
1851
p. 181
« Le Prince d'Ardore, Ambassadeur du Roi des deux Siciles, a célébré à Metz la Convalescence [...] »
Début :
Le Prince d'Ardore, Ambassadeur du Roi des deux Siciles, a célébré à Metz la Convalescence [...]
Mots clefs :
Prince d'Ardore, Giacomo Francesco Milano Franco d'Aragona, Metz, Fête
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texteReconnaissance textuelle : « Le Prince d'Ardore, Ambassadeur du Roi des deux Siciles, a célébré à Metz la Convalescence [...] »
Le Prince d'Ardore , Ambaſſadeur du Roi des/
deux Siciles , a célébré à Metz la Convalefcence
du Roi le 20 Septembre par une Fête remarquable.
deux Siciles , a célébré à Metz la Convalefcence
du Roi le 20 Septembre par une Fête remarquable.
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1852
p. 183-184
S. M. déclare le Mariage de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Début :
Le Roi a déclaré que le Mariage de Monseigneur le Dauphin avec l'Infante d'Espagne Marie-Therese [...]
Mots clefs :
Mariage, Monseigneur le Dauphin, Infante, Marie-Thérèse d'Espagne
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texteReconnaissance textuelle : S. M. déclare le Mariage de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Le Roi a déclaré que le Mariage de Monfeigneur
:le Dauphin avec l'Infanttee d'Eſpagne Marie-Thereſe
étoit conclu. S. M. a diſpoſé des principales
I ij
184 MERCURE DE FRANCE.
Charges de laMaiſon de cette Princeſſe , & elle a
déja donné ſes Ordres ſur ce qui regarde ſon arrivée
en France , & fur fon voyage depuis la Frontiere.
:le Dauphin avec l'Infanttee d'Eſpagne Marie-Thereſe
étoit conclu. S. M. a diſpoſé des principales
I ij
184 MERCURE DE FRANCE.
Charges de laMaiſon de cette Princeſſe , & elle a
déja donné ſes Ordres ſur ce qui regarde ſon arrivée
en France , & fur fon voyage depuis la Frontiere.
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1853
p. 184
« Le 12 de ce mois, l'ouverture du Parlement se fit avec les cérémonies accoûtumées par une Messe [...] »
Début :
Le 12 de ce mois, l'ouverture du Parlement se fit avec les cérémonies accoûtumées par une Messe [...]
Mots clefs :
Parlement, Messe, René-Charles de Maupeou
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texteReconnaissance textuelle : « Le 12 de ce mois, l'ouverture du Parlement se fit avec les cérémonies accoûtumées par une Messe [...] »
Le 12 de ce mois , l'ouverture du Parlement ſe
fit avec les cérémonies accoûtumées par une Meſſe
folemnelle , célébrée pontificalement par l'Evêque
Duc de Laon . M. de Maupeou , Premier Préſident ,
& les Chambres y aſſiſterent.
fit avec les cérémonies accoûtumées par une Meſſe
folemnelle , célébrée pontificalement par l'Evêque
Duc de Laon . M. de Maupeou , Premier Préſident ,
& les Chambres y aſſiſterent.
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1854
p. 184
« Le 20 de ce mois, le Pere du Baudory, l'un des Professeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-Grand, [...] »
Début :
Le 20 de ce mois, le Pere du Baudory, l'un des Professeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-Grand, [...]
Mots clefs :
Collège de Louis le Grand, Joseph Du Baudory, Discours latin, Retour
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texteReconnaissance textuelle : « Le 20 de ce mois, le Pere du Baudory, l'un des Professeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-Grand, [...] »
Le 20 de ce mois , le Pere du Baudory , l'un des
Profeſſeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-
Grand , y prononça un Diſcours Latin ſur le retour
du Roi. Il fit ſentir avec beaucoup d'éloquence le
bonheur de cet événement pour les ſujets de S. M.
&les tranſports de zéle & de reſpect auſquels ils ſe
livroient. L'affemblée étoit compoſée du Nonce du
Pape, de pluſieurs Prélats , & d'un grand nombre
de perſonnes de distinction .
Le foir, la grande cour du Collége fut magnifiquement
illuminée , & les fréquentes acclamations
dont elle retentit , firent connoître combien on
étoit pénétré des ſentimens que l'Orateur avoit tâ
chédepeindre.
Profeſſeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-
Grand , y prononça un Diſcours Latin ſur le retour
du Roi. Il fit ſentir avec beaucoup d'éloquence le
bonheur de cet événement pour les ſujets de S. M.
&les tranſports de zéle & de reſpect auſquels ils ſe
livroient. L'affemblée étoit compoſée du Nonce du
Pape, de pluſieurs Prélats , & d'un grand nombre
de perſonnes de distinction .
Le foir, la grande cour du Collége fut magnifiquement
illuminée , & les fréquentes acclamations
dont elle retentit , firent connoître combien on
étoit pénétré des ſentimens que l'Orateur avoit tâ
chédepeindre.
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1855
p. 184-185
« Le même jour, le Marquis d'Argenson, Ministre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires [...] »
Début :
Le même jour, le Marquis d'Argenson, Ministre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires [...]
Mots clefs :
Roi, Antoine-René de Voyer de Paulmy d'Argenson, Conseiller d'État, Prévôt des marchands
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texteReconnaissance textuelle : « Le même jour, le Marquis d'Argenson, Ministre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires [...] »
Le même jour , le Marquis d'Argenſon , Minif
tre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires
Etrangeres , prêta le Serment de fidélité entre les
mains de S. M.
Le Roi a donné la place de Conſeiller au Conſeil
Royal des Finances qu'avoit le Marquis d'Argenfon
, à M. de Brou , Conſeiller d'Etat ordinaire , &
Intendant de la Généralité de Paris.
M. Turgot , Conſeiller d'Etat , a eû la place de
Conſeillerd'Etat ordinaire , qui a été remiſe par le
Marquis d'Argenſon.
M. Rouillie , Maître des Requêtes , & Intendant
du Commerce , a été fait Conſeiller d'Erar.
NOVEMBRE. 1744. 185
Le 23 de ce mois , la Cour quitta le deüil , qui
avoit été pris le 12 du mois dernier pour la mort
deMadamede France , fixiéme fille de leurs Ma
jeſtés.
* Le Baron de Scheffer, que le Roi de Suéde a
nomnié fon Miniſtre Plénipotentiaire auprès du Roi ,
eut le 24de ce mois une audience particuliere de
S. M. il y fut conduit par le Chevalier de Sainctot
, Introducteur des Ambaſſadeurs.
M. de Bernage , Prévôt des Marchands , & Meffieurs
Sauvage& Huet , nouveaux Echevins , prê
terent entre les mains de S. M. le Serment de fidélité
, dont le Comte de Maurepas fit la lecture ,
ainſi que du Scrutin , qui fut préſenté par M. d'Argenſon
, Avocat du Roi au Châtelet , lequel parla
avec autant d'eſprit que d'éloquence.
tre & Sécretaire d'Etat du Département des Affaires
Etrangeres , prêta le Serment de fidélité entre les
mains de S. M.
Le Roi a donné la place de Conſeiller au Conſeil
Royal des Finances qu'avoit le Marquis d'Argenfon
, à M. de Brou , Conſeiller d'Etat ordinaire , &
Intendant de la Généralité de Paris.
M. Turgot , Conſeiller d'Etat , a eû la place de
Conſeillerd'Etat ordinaire , qui a été remiſe par le
Marquis d'Argenſon.
M. Rouillie , Maître des Requêtes , & Intendant
du Commerce , a été fait Conſeiller d'Erar.
NOVEMBRE. 1744. 185
Le 23 de ce mois , la Cour quitta le deüil , qui
avoit été pris le 12 du mois dernier pour la mort
deMadamede France , fixiéme fille de leurs Ma
jeſtés.
* Le Baron de Scheffer, que le Roi de Suéde a
nomnié fon Miniſtre Plénipotentiaire auprès du Roi ,
eut le 24de ce mois une audience particuliere de
S. M. il y fut conduit par le Chevalier de Sainctot
, Introducteur des Ambaſſadeurs.
M. de Bernage , Prévôt des Marchands , & Meffieurs
Sauvage& Huet , nouveaux Echevins , prê
terent entre les mains de S. M. le Serment de fidélité
, dont le Comte de Maurepas fit la lecture ,
ainſi que du Scrutin , qui fut préſenté par M. d'Argenſon
, Avocat du Roi au Châtelet , lequel parla
avec autant d'eſprit que d'éloquence.
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1856
p. 186-187
Départ des Equipages de Mad. la Dauphine, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedi 28, les Equipages de Madame la Dauphine se mirent en route. [...]
Mots clefs :
Équipages, Madame la Dauphine, Reddition, Châteaux, Garnison, Fribourg-en-Brisgau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Départ des Equipages de Mad. la Dauphine, [titre d'après la table]
Le Samedi 28 , les Equipages de Madame la Dau
phine ſe mirent en route.
M. d'Argenſon , fils du Miniſtre de la Guerre ,
apporta le 28 au Roi la nouvelle de la reddition des
Châteaux de Fribourg. La garniſon eft prifonniere
de guerre , & confiſte en sooo hommes.
Le courier dépêché à Vienne par le Comte de
Damnitz , arriva à Fribourg le 24 , il rapporta que
la Reine d'Hongrie laiſſoit le Gouverneur de cette
Place , maître de faire tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable pour ſon ſervice & fes intérêts.
Les pourparlers au ſujet de laCapitulation étoient
déja commencés , on les a continués depuis , &M.
NOVEMBRE. 1744. 187
de Fremur fut envoyé en ôtage dans le Château ,
pendant qu'on en dreſſoit les articles.
M. de Damnitz eſt venu pluſieurs fois chés M. le
Maréchal de Coigny , où il a été réglé que la Garniſon
feroit priſonniere de Guerre , & qu'elle ſeroit
conduite dans les Places d'Alface & de Franche-
Comté , pour y refter juſqu'à l'échange des priſonniers.
Le Gouverneur livra le 26 du mois dernier , en
conféquence de cette Capitulation , ume Porte du
Château au Régiment de Picardie , que M. le Maréchal
de Coigny avoit envoyé pour s'en emparer.
Suivant les diſpoſitions faites par M. le Maréchal
, 60 Piéces d'artillerie étoient prêtes à foudroyer
les Châteaux , s'ils n'avoient point capitulé.
M. de Maupertuis eſt parti pour Berlin par ordre
de M. le Maréchal de Coigny , pour aller informer
le Roi de Pruſſe de la reddition des Châteaux de
Fribourg.
phine ſe mirent en route.
M. d'Argenſon , fils du Miniſtre de la Guerre ,
apporta le 28 au Roi la nouvelle de la reddition des
Châteaux de Fribourg. La garniſon eft prifonniere
de guerre , & confiſte en sooo hommes.
Le courier dépêché à Vienne par le Comte de
Damnitz , arriva à Fribourg le 24 , il rapporta que
la Reine d'Hongrie laiſſoit le Gouverneur de cette
Place , maître de faire tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable pour ſon ſervice & fes intérêts.
Les pourparlers au ſujet de laCapitulation étoient
déja commencés , on les a continués depuis , &M.
NOVEMBRE. 1744. 187
de Fremur fut envoyé en ôtage dans le Château ,
pendant qu'on en dreſſoit les articles.
M. de Damnitz eſt venu pluſieurs fois chés M. le
Maréchal de Coigny , où il a été réglé que la Garniſon
feroit priſonniere de Guerre , & qu'elle ſeroit
conduite dans les Places d'Alface & de Franche-
Comté , pour y refter juſqu'à l'échange des priſonniers.
Le Gouverneur livra le 26 du mois dernier , en
conféquence de cette Capitulation , ume Porte du
Château au Régiment de Picardie , que M. le Maréchal
de Coigny avoit envoyé pour s'en emparer.
Suivant les diſpoſitions faites par M. le Maréchal
, 60 Piéces d'artillerie étoient prêtes à foudroyer
les Châteaux , s'ils n'avoient point capitulé.
M. de Maupertuis eſt parti pour Berlin par ordre
de M. le Maréchal de Coigny , pour aller informer
le Roi de Pruſſe de la reddition des Châteaux de
Fribourg.
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1857
p. 154-160
« Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...] »
Début :
Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...]
Mots clefs :
Roi, Avocat, M. Argante, Fille, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...] »
Les Comédiens François ont toujours.
continué avec ſuccès les repréſentations de
Heureux Retour ; les Auteurs de cette PiéNOVEMBRE.
1744. 15.5
ce n'ont point eu deſſein de lui donner la
forme d'une Comédie , leur but étoit d'amener
trois divertiſſemens , & de placer
convenablement pluſieursdétails fur laconvaleſcence
du Roi.On ne peut leur refufer
l'éloge d'avoir ſuivi le précepte d'Horacedans
le choix du fujet , le ſuccès en a été
le prix. Cette piéce n'eſt gueres ſuſceptible
d'une analyſe exacte , ainſi nous nous contenterons
d'en donner une légere idée , &
de rapporter quelques morceaux qui ont le
plus réuffi .
M. Argante , bon Bourgeois , veut fignaler
fon zéle au retour da Roi par une Fête.
Un Officier & un Avocat font amoureux
de ſa fille ; il promet de la donner à
celui des deux qui imaginera la plus jolie
Fête . Au reſte , ces deux Acteurs ne font
pas ſur la Scéne ſeulement pour amener des
divertiſſemens , & l'on a beaucoup applaudi
quelques tirades récitées par Damon , c'eſt
le nom de l'Avocat ; voici une des meil
leures , il parle des Médécins.
L'autre ſiècle , la mode
Fut de les ridiculifer .
و Alors apparammentquelque fauſſe méthode
Outeur exterieur pedanteſque , incommode ,,
Donna lieude les mépriſer ;
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Mais malgré la critique , à nous tromper facile ,
L'Art mérita toujours d'être en foi reſpecté ;
Lorſqu'aux premiers humains le Deſtin irrité
Refufa l'immortalité
IMeur laiſſa du moins cette ſcience utile ,
Qui fait que l'homme , après avoir bien médité ,
Par une conjecture habile ,
De ſa vie entrevoit les cauſes , les refforts ,
Et pour les rétablir va puiſer les tréſors
Qu'offre à ſon docte choix la Nature fertile ,
Cet Art a reçû des Mortels
Tantôt l'exil , & tantôt des Autels ;
Souvent il n'a paru qu'un hazardeux ſyſtème ,
Mais qu'on ſoit détrompé , puiſque cet Art enfin
A ſervi notre Roi dans ſon péril extrême ,
Il ne reſte plus de problême ,
'Ajamais on dira , c'eſt un Art tout divin.
Les habitans d'Auteuil forment la premiere
Fête . Voici le Vaudeville .
VAUDEVILD E.
Une jeune fille.
Que l'infidele Colin
M'abandonne pour Lifette ,
Que j'éprouve ſon dédain ;
Que je perde ſa fleurette ;
L
NOVEMBRE. 1744. 157
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je vois ce que je ſouhaite ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Un jeune Garçon.
Que facile à mes rivaux ,
Liſon pour moi ſoit farouche ,
Ames foupirs , à mes maux
Que fon oreille ſe bouche ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Plus qu'elle mon Roi me touche ,
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une jeune fille.
Que la noce de ma ſoeur
Dans le carnaval ſoit faite ;
Que l'on faffe ſon bonheur ,
Sans fonger à la cadette ,
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je n'en ſuis point inquiéte ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Maître d'Ecole.
Que tout mon champ ſoit battu
SS MERCURE DEFRANCE.
Par les vents & par la grêle ;
Que l'on trouve la vertu
De notre femme un peu frêle ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Ma foi , très-peu je m'en mêle ;
Eh qu'est-ce que ça me fait àmoi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une Vieille.
Bienloinde mes jeunes ans
Je ſens que mon terme arrive ,
Sans doute dans peu de tems
J'irai voir la fombre rive ;
Mais qu'est- ce que ça me fait àmoi ,
Pourvû que mon Prince vive ?
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Parterre a beaucoup applaudi ces couplets
, & a exigé que pluſieurs fuſſent répétés
, mais il a fait encore plus d'honneur
au Vaudeville du ſecond divertiſſement . II.
a chanté lui-même le refrain , & s'eſt libéralement
applaudi.
Le ſecond divertiſſement , qui eſt celui
que l'Avocat a imaginé , eſt une Entrée de
Bergers & de Bergeres.Une Bergere chante
ce Vaudeville.
NOVEMBRE. 1744. 159
Par nos jeux & par nos chanſons
Témoignons notre allégreſſe ;
LeRoi charmant que nous fervons
Pournous eſt rempli de tendreſſe.
Dans ce beau jour célébrons
Tout ce qui l'intéreſſe ;
Réuniffons dans le même refrain
Le Roi , la Reine & le Dauphin.
Chés notre Roi tour eft grandeur ,
Noble orgueil , feu guerrier , vaillance
Chés la Reine tout eſt ardeur
Agrément , bonté , bienveillance ;
Chés le fils tout est ardeur ,
Reſpect & déférence :
Que de raiſons pour célébrer ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
Les jours de ce Roi généreux
Intéreſſent l'Europe entiere ;
Son fort ne pourroit être heureux
Sans une Compagne fi chere;
Au bonheur de tous les deux
Le fils est néceſſaire ;
Dieux immortels , faites vivre ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
La Fête de l'Officier ne le céde point à
celle de l'Avocat, mais Agathe , c'eſt la fille
60 MERCURE DE FRANCE.
de M. Argante , donne la préférence au
premier ; l'amour de la Patrie dicte ſon
choix , & ne pouvant ſuivre le Roi à la
guerre , je veux du moins , dit- elle ,
Que la moitié de moi-même
Soit occupée à le ſervir.
:
Lucas , Jardinier de M. Argante, trouve
encore un autre raiſon de cette préférence.
Oüi , dit- il ,
Oüi , vive un Officier , ça fait bian plus d'éclat ,
C'eſt plus vif, plus léger, tambour battant ilmene,
Et pis , c'eſt qu'on a tant de peine
A d'venir veur d'un Avocat.
:
Cette Piéce a eu quinze repréſentations;
le rôle de M. Argante étoit rempli par M.
de la Thorilliere ; celui de Liſidor , c'eſt
l'Officier , par M. Roſeli ; Damon, Avocat,
par M. Grandval ; Aminte, foeur de M. Argante
, par Mlle la Motte ; Agathe, fille de
M. Argante, par Mlle Gauffin ; Lucas, Jardinier
, par M. Paulin ; le Maître d'Ecole ,
par M. Poiffon ; le Carillonneur , par M.
leGrand.
continué avec ſuccès les repréſentations de
Heureux Retour ; les Auteurs de cette PiéNOVEMBRE.
1744. 15.5
ce n'ont point eu deſſein de lui donner la
forme d'une Comédie , leur but étoit d'amener
trois divertiſſemens , & de placer
convenablement pluſieursdétails fur laconvaleſcence
du Roi.On ne peut leur refufer
l'éloge d'avoir ſuivi le précepte d'Horacedans
le choix du fujet , le ſuccès en a été
le prix. Cette piéce n'eſt gueres ſuſceptible
d'une analyſe exacte , ainſi nous nous contenterons
d'en donner une légere idée , &
de rapporter quelques morceaux qui ont le
plus réuffi .
M. Argante , bon Bourgeois , veut fignaler
fon zéle au retour da Roi par une Fête.
Un Officier & un Avocat font amoureux
de ſa fille ; il promet de la donner à
celui des deux qui imaginera la plus jolie
Fête . Au reſte , ces deux Acteurs ne font
pas ſur la Scéne ſeulement pour amener des
divertiſſemens , & l'on a beaucoup applaudi
quelques tirades récitées par Damon , c'eſt
le nom de l'Avocat ; voici une des meil
leures , il parle des Médécins.
L'autre ſiècle , la mode
Fut de les ridiculifer .
و Alors apparammentquelque fauſſe méthode
Outeur exterieur pedanteſque , incommode ,,
Donna lieude les mépriſer ;
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Mais malgré la critique , à nous tromper facile ,
L'Art mérita toujours d'être en foi reſpecté ;
Lorſqu'aux premiers humains le Deſtin irrité
Refufa l'immortalité
IMeur laiſſa du moins cette ſcience utile ,
Qui fait que l'homme , après avoir bien médité ,
Par une conjecture habile ,
De ſa vie entrevoit les cauſes , les refforts ,
Et pour les rétablir va puiſer les tréſors
Qu'offre à ſon docte choix la Nature fertile ,
Cet Art a reçû des Mortels
Tantôt l'exil , & tantôt des Autels ;
Souvent il n'a paru qu'un hazardeux ſyſtème ,
Mais qu'on ſoit détrompé , puiſque cet Art enfin
A ſervi notre Roi dans ſon péril extrême ,
Il ne reſte plus de problême ,
'Ajamais on dira , c'eſt un Art tout divin.
Les habitans d'Auteuil forment la premiere
Fête . Voici le Vaudeville .
VAUDEVILD E.
Une jeune fille.
Que l'infidele Colin
M'abandonne pour Lifette ,
Que j'éprouve ſon dédain ;
Que je perde ſa fleurette ;
L
NOVEMBRE. 1744. 157
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je vois ce que je ſouhaite ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Un jeune Garçon.
Que facile à mes rivaux ,
Liſon pour moi ſoit farouche ,
Ames foupirs , à mes maux
Que fon oreille ſe bouche ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Plus qu'elle mon Roi me touche ,
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une jeune fille.
Que la noce de ma ſoeur
Dans le carnaval ſoit faite ;
Que l'on faffe ſon bonheur ,
Sans fonger à la cadette ,
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je n'en ſuis point inquiéte ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Maître d'Ecole.
Que tout mon champ ſoit battu
SS MERCURE DEFRANCE.
Par les vents & par la grêle ;
Que l'on trouve la vertu
De notre femme un peu frêle ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Ma foi , très-peu je m'en mêle ;
Eh qu'est-ce que ça me fait àmoi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une Vieille.
Bienloinde mes jeunes ans
Je ſens que mon terme arrive ,
Sans doute dans peu de tems
J'irai voir la fombre rive ;
Mais qu'est- ce que ça me fait àmoi ,
Pourvû que mon Prince vive ?
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Parterre a beaucoup applaudi ces couplets
, & a exigé que pluſieurs fuſſent répétés
, mais il a fait encore plus d'honneur
au Vaudeville du ſecond divertiſſement . II.
a chanté lui-même le refrain , & s'eſt libéralement
applaudi.
Le ſecond divertiſſement , qui eſt celui
que l'Avocat a imaginé , eſt une Entrée de
Bergers & de Bergeres.Une Bergere chante
ce Vaudeville.
NOVEMBRE. 1744. 159
Par nos jeux & par nos chanſons
Témoignons notre allégreſſe ;
LeRoi charmant que nous fervons
Pournous eſt rempli de tendreſſe.
Dans ce beau jour célébrons
Tout ce qui l'intéreſſe ;
Réuniffons dans le même refrain
Le Roi , la Reine & le Dauphin.
Chés notre Roi tour eft grandeur ,
Noble orgueil , feu guerrier , vaillance
Chés la Reine tout eſt ardeur
Agrément , bonté , bienveillance ;
Chés le fils tout est ardeur ,
Reſpect & déférence :
Que de raiſons pour célébrer ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
Les jours de ce Roi généreux
Intéreſſent l'Europe entiere ;
Son fort ne pourroit être heureux
Sans une Compagne fi chere;
Au bonheur de tous les deux
Le fils est néceſſaire ;
Dieux immortels , faites vivre ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
La Fête de l'Officier ne le céde point à
celle de l'Avocat, mais Agathe , c'eſt la fille
60 MERCURE DE FRANCE.
de M. Argante , donne la préférence au
premier ; l'amour de la Patrie dicte ſon
choix , & ne pouvant ſuivre le Roi à la
guerre , je veux du moins , dit- elle ,
Que la moitié de moi-même
Soit occupée à le ſervir.
:
Lucas , Jardinier de M. Argante, trouve
encore un autre raiſon de cette préférence.
Oüi , dit- il ,
Oüi , vive un Officier , ça fait bian plus d'éclat ,
C'eſt plus vif, plus léger, tambour battant ilmene,
Et pis , c'eſt qu'on a tant de peine
A d'venir veur d'un Avocat.
:
Cette Piéce a eu quinze repréſentations;
le rôle de M. Argante étoit rempli par M.
de la Thorilliere ; celui de Liſidor , c'eſt
l'Officier , par M. Roſeli ; Damon, Avocat,
par M. Grandval ; Aminte, foeur de M. Argante
, par Mlle la Motte ; Agathe, fille de
M. Argante, par Mlle Gauffin ; Lucas, Jardinier
, par M. Paulin ; le Maître d'Ecole ,
par M. Poiffon ; le Carillonneur , par M.
leGrand.
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1858
p. 174
POLOGNE.
Début :
LE cinq Septembre le Roi donna l'audience de congé à l'Envoyé du Kan des Tartares de Krimée, [...]
Mots clefs :
Roi, Comte, Tsarine, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
Ecinq Septembre le Roi donna l'audience de
Longeàl'envoyé duKandes Tartares deKri
mée , qui enfuite dîna chés le Comte Poniatouſki
Palatin de Maſovie.
Dans le Senatus Confilium tenu par le Roi le
30 Août dernier , il a été réſolu qu'à la prochaine
Diette on repréſenteroit la néceſſité de recommencer
les Conférences avec les Miniſtres Etrangers
, de régler avec ceux du Roi de Pruffle tout ce
qui regarde le paſſage que la République s'eſt engagée
par le Traité de Velau d'accorder aux Troupes
Pruffiennes toutes les fois qu'elle en ſeroit
requife.
On propoſera à la même Aſſemblée d'accorder
àla Czarine le titre d'Impératrice , demandé depuis
long- tems par cette Princeſſe.
Le Comte de Keizerling ,Envoyé extraordinaire
de la Czarine , doit aller inceſſamment réſider en
cette qualité auprès de l'Empereur , & il fera remplacé
à Varſovie par le Comte de Beſtuchef , qui
eft actuellement à Berlin .
L'Empereur a nommé le Baron de Vezel fon Plénipotentiaire
en cette Cour.
Les Comtes Charles & Gustave Biron , & le Genéral
Biſmark ſont arrivés de Siberie ; & le bruit
court que les deux premiers ſe retireront en Curlande.
Ecinq Septembre le Roi donna l'audience de
Longeàl'envoyé duKandes Tartares deKri
mée , qui enfuite dîna chés le Comte Poniatouſki
Palatin de Maſovie.
Dans le Senatus Confilium tenu par le Roi le
30 Août dernier , il a été réſolu qu'à la prochaine
Diette on repréſenteroit la néceſſité de recommencer
les Conférences avec les Miniſtres Etrangers
, de régler avec ceux du Roi de Pruffle tout ce
qui regarde le paſſage que la République s'eſt engagée
par le Traité de Velau d'accorder aux Troupes
Pruffiennes toutes les fois qu'elle en ſeroit
requife.
On propoſera à la même Aſſemblée d'accorder
àla Czarine le titre d'Impératrice , demandé depuis
long- tems par cette Princeſſe.
Le Comte de Keizerling ,Envoyé extraordinaire
de la Czarine , doit aller inceſſamment réſider en
cette qualité auprès de l'Empereur , & il fera remplacé
à Varſovie par le Comte de Beſtuchef , qui
eft actuellement à Berlin .
L'Empereur a nommé le Baron de Vezel fon Plénipotentiaire
en cette Cour.
Les Comtes Charles & Gustave Biron , & le Genéral
Biſmark ſont arrivés de Siberie ; & le bruit
court que les deux premiers ſe retireront en Curlande.
Fermer
1859
p. 181-182
FLANDRE.
Début :
L'Armée des Alliés décampa le 9 Août ; quelques jours auparavant un de ses détachemens [...]
Mots clefs :
Comte, Archiduchesse, Alliés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FLANDRE.
FLANDRE.
'Armée des Alliés décampa le 9Août ; quelques
jours auparavant un de ſes détachemens
de 400 Anglois & de 200 Hanoveriens fut mis en
déroute par un détachement François , qui tua
plus de 80 hommes & emmena prifonniers pluſieurs
Officiers & Soldats.
: Le Comte Maurice de Naſſau , Général des trou
pes Hollandoifes n'étoit pas encore rétabli de fa
ladie.
Le 17 Octobre , le Comte de Kaunits,Conſeiller
Intime de la Reine de Hongrie ,& nommé par,
elle Grand-Maître de la Maifon ,& Premier Miniſtre
de l'Archiducheſſe Gouvernante , arriva de
Vienne à Bruxelles , & reçut le lendemain les
complimens des Conſeils & des Tribunaux .
Les troupes des Alliés , fort incommodées par
les ouragans impétueux qu'elles ont eſſuyés près
de Gand au Camp de S.Denis, ſe ſont retirées dans
les quartiers qui leur étoient deſtinés.
La garniſon de la Ville de Conſtance a abandon
182 MERCURE DE FRANCE.
donné cette Ville au ſeul bruit de l'approche du
Comte de Clermont, qui y eſt entré, & a fait l'Etat
Major prifonnier de guerre ; on y a trouvé une
nombreuſe artillerie&des magaſins appartenants à
la Reinex de Hongrie.
Le 3 Octobre , l'Archiducheſſe Gouvernante de
Flandre reffentit une fiévre violente & des douleurs
très-aiguës , ce qui la détermina à ſe confeffer
&à recevoir le Viatique , le 6 à cinq heures dư
matin l'enfant fut jugé mort & tiré par l'opération
uſitée. L'Archiducheſſe la ſouffrit courageuſement.
'Armée des Alliés décampa le 9Août ; quelques
jours auparavant un de ſes détachemens
de 400 Anglois & de 200 Hanoveriens fut mis en
déroute par un détachement François , qui tua
plus de 80 hommes & emmena prifonniers pluſieurs
Officiers & Soldats.
: Le Comte Maurice de Naſſau , Général des trou
pes Hollandoifes n'étoit pas encore rétabli de fa
ladie.
Le 17 Octobre , le Comte de Kaunits,Conſeiller
Intime de la Reine de Hongrie ,& nommé par,
elle Grand-Maître de la Maifon ,& Premier Miniſtre
de l'Archiducheſſe Gouvernante , arriva de
Vienne à Bruxelles , & reçut le lendemain les
complimens des Conſeils & des Tribunaux .
Les troupes des Alliés , fort incommodées par
les ouragans impétueux qu'elles ont eſſuyés près
de Gand au Camp de S.Denis, ſe ſont retirées dans
les quartiers qui leur étoient deſtinés.
La garniſon de la Ville de Conſtance a abandon
182 MERCURE DE FRANCE.
donné cette Ville au ſeul bruit de l'approche du
Comte de Clermont, qui y eſt entré, & a fait l'Etat
Major prifonnier de guerre ; on y a trouvé une
nombreuſe artillerie&des magaſins appartenants à
la Reinex de Hongrie.
Le 3 Octobre , l'Archiducheſſe Gouvernante de
Flandre reffentit une fiévre violente & des douleurs
très-aiguës , ce qui la détermina à ſe confeffer
&à recevoir le Viatique , le 6 à cinq heures dư
matin l'enfant fut jugé mort & tiré par l'opération
uſitée. L'Archiducheſſe la ſouffrit courageuſement.
Fermer
1860
p. 182-183
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Début :
DON Gabriel Bernard de Quiros Velasco y Cueva, Marquis de Montéal, Capitaine Général de [...]
Mots clefs :
Baron, Troupes, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS DES PAYS ETRANGERS.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
.
On Gabriel Bernard deQuiros Velasco y Cueva,
د
la Province d'Eſtramadoure , mourut à Badajos le
5 Septembre , âgé de 66 ans.
Don François Lobato d'Ocampo , Conſeiller des
Finances , mourut à Madrid le 8 , à l'âge dess
ans.
Les Marquis de Guendica &de Garcia , LieutenantGénéraux
des troupes d'Eſpagne en Italie, ont
été bleffés , & M. de Kindelan , Aide-Major Général
de ces troupes , a ététué au Combat donné
près de la Madonna del Ulmo .
Don Manuel de Toledo , Conſeiller du Conſeil
des Finances , ci-devant Régent de l'Audience de
Valence , mourut à Madrid le 23 du mois dernier ,
agé de 74 ans.
NOVEMBRE . 1744 . 183
le Marquis d'Olias , Corregidor & IntendantGé
néral de Tolede , y mourut au commencement du
même mois , dans la 65 année de ſon âge.
Mre Leopold-Antoine-Eleuther , Baron de Firmian
, Archevêque Prince de Saltzbourg , y mourut
le 27 du même mois , âgé de 65 ans , cinq mois &
unjour. Il étoit fils de François , Baron de Firmian,
Commandant de Trieste & Colonel d'un Régi
ment d'Infanterie dans les troupes de l'Empereur
Leopold , & il avoit été nommé Chanoine de
Saltzbourg en 1702 , Evêque de Lavant en 1718 ,
Evêque de Seckau & de Laubach en 1725 , &
Archevêque de Saltzbourg le 4 Octobre 1727.
Le Baron de Plettemberg , ci-devant Miniſtre de
la Reine de Hongrie à la Diette de l'Empire ,
mourut à Ratifbonne le 29 du mois dernier.
.
On Gabriel Bernard deQuiros Velasco y Cueva,
د
la Province d'Eſtramadoure , mourut à Badajos le
5 Septembre , âgé de 66 ans.
Don François Lobato d'Ocampo , Conſeiller des
Finances , mourut à Madrid le 8 , à l'âge dess
ans.
Les Marquis de Guendica &de Garcia , LieutenantGénéraux
des troupes d'Eſpagne en Italie, ont
été bleffés , & M. de Kindelan , Aide-Major Général
de ces troupes , a ététué au Combat donné
près de la Madonna del Ulmo .
Don Manuel de Toledo , Conſeiller du Conſeil
des Finances , ci-devant Régent de l'Audience de
Valence , mourut à Madrid le 23 du mois dernier ,
agé de 74 ans.
NOVEMBRE . 1744 . 183
le Marquis d'Olias , Corregidor & IntendantGé
néral de Tolede , y mourut au commencement du
même mois , dans la 65 année de ſon âge.
Mre Leopold-Antoine-Eleuther , Baron de Firmian
, Archevêque Prince de Saltzbourg , y mourut
le 27 du même mois , âgé de 65 ans , cinq mois &
unjour. Il étoit fils de François , Baron de Firmian,
Commandant de Trieste & Colonel d'un Régi
ment d'Infanterie dans les troupes de l'Empereur
Leopold , & il avoit été nommé Chanoine de
Saltzbourg en 1702 , Evêque de Lavant en 1718 ,
Evêque de Seckau & de Laubach en 1725 , &
Archevêque de Saltzbourg le 4 Octobre 1727.
Le Baron de Plettemberg , ci-devant Miniſtre de
la Reine de Hongrie à la Diette de l'Empire ,
mourut à Ratifbonne le 29 du mois dernier.
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1861
p. 184-191
COPIE de la Lettre de M. le Ch. P***, à M. le Ch. S**, à Malte le 27 Octobre.
Début :
Depuis que j'habite notre Rocher, mon cher Chevalier, je vous ai souvent [...]
Mots clefs :
Roi, Grand maître, Charles de Tubières de Caylus, Escadre, Vaisseaux, Commandant, Magnifique, Te Deum, Illumination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre de M. le Ch. P***, à M. le Ch. S**, à Malte le 27 Octobre.
COPIE de la Lettre de M. le Ch. P ***
àM. le Ch. S ** , à Malte le 27 Octobre .
Depuisque
j'habite notre Rocher , mon
cher Chevalier , je vous ai ſouvent
écrit que je n'avois rien à mander , fur tout
à un habitant de Paris ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui , écoutez -moi.
L'Eſcadre du Roi , commandée par le
Chevalier de Caylus , parut devant Malte
le premier Octobre & nous apprit à la fois
la maladie & la convalefcence du Roi ; le
danger fit fur nous une impreflion que la
nouvelle de fon rétabliſſement n'effaçoit
pas ; nous eûmes beſoin des affurances pofitives
qui nous vinrent de tous les côtés de
fon entiere guériſon pour refpirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
, nous ne laiſſions pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmes de joye que
nous répandions.
On ne penſa plus qu'à remercier Dieu , &
à faire éclater ſa reconnoiſſance.
Les Trois Langues de France en Corps &
le Bailly du Bocage , chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter ſéparéi
:
NOVEMBRE. 1744. 185
ment des Te Deum , aufquels le Grand Maî
tre aſſiſta dans l'Egliſe de S. Jean à l'iſſue
d'une grandeMeſſe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'eſt chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus ; il n'avoit rien négligé
comme vous le verrez , pour ſignaler
fon zéle & fon attachement pour le Roi ;
aufli il s'en eft acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique , du moins
je vous aflûre qu'on n'avoit jamais rien vû
de pareil àMalte.
L'Eſcadre du Chevalier de Caylus , compoſée
de cinq Vaiſſeaux , & à laquelle ſe
joignit un fixiéme Vaiſſeau François , commandé
par le Comte de Vaudreuil , entra
dans le Port le 19 , & la fête fut indiquée
au 26 ; le 25 au matin , les Vaiſſeaux furent
pavoiſés & parés de flames & de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Na-.
tions ; au Soleil couchant , le Commandant
fit une ſalve de 21 coups de canon , & les
s autres Vaiſſeaux une de 19 chacun ; quand
la nuit fut venuë , les Navires parurent abſolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées ; tout étoit formé par des
lumieres ; ces fix Batimens placés avantageuſement
dans le Port & brillans de tous
les côtés , produifurent le plus beau coup
186 MERCURE DE FRANCE.
d'oeil que l'on puiffe imaginer , pendant
deux heures que dura cette ſuperbe illumination
.
Le 26 au lever du Soleil , ces Vaiſſeaux
parurent pavoiſés comme ils l'avoient été la
veille , ſans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumieres ; ce
fut alors qu'une décharge générale de la
mouſqueterie , fuivie d'un falut de 21 coups
duCommandant& de 19 des autres Vaifſeaux
avertit toute la Ville de la fêre
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
les fenêtres & les terraſſes ſur le Port furent
remplies d'un monde infini ; le peuple
couvroit le môle & les baſtions dans l'attente
du Te Deum qui devoit ſe chanter ſur.
le Vaiſſeau Commandant , & de l'illumination
qui devoit le ſuivre , mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs ,
c'étoit le Grand Maître , qui a fait en cette
occaſion ce qu'aucun de ſes prédéceſſeurs
n'a pratiqué ; jamais il n'y en a eu qui ait
été viſiter ſes propres Vaiſſeaux , encore
moins qui ſoit monté fur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignoroit
par cet article de l'étiquette , ne laiſſa pas
d'aller à la tête des Capitaines& des Officiersde
ſon Eſcadre , prier ſon Eminence
d'honorer la fête de ſa préſence ; le Grand
Maître charmé de témoigner ſa vénération
NOVEMBRE. 1744. 187
pour le Roi , oublia les uſages les plus anciennement
établis ; il fortit à quatre heures
& demie de fon Palais , précédé de tous les
Chevaliers qui font à Malte & fuivi de
preſque tous les Grand'Croix , des Baillifs
& des Seigneurs du Conſeil des differentes
Nations. Environné de cette Cour refpectable
, il vint à pied juſques à la Marine ;
tous les canots de l'Eſcadre allerent au- devant
du Grand - Maître , qu'une ſuperbe
Gondole attendoit &dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix
& fon grand Ecuyer en habit de cérémonie
; les principaux Officiers du Palais également
en habits de cérémonie , le précédoient
dans une autre Gondole . Les Chevaliers
avoient rempli les canots & tous les
petits bâtimens que le Commandant avoit
fait trouver au mole. Le Grand-Maître vo
guoit lentement au bruit des tymbales &
trompettes,& les Vaifleaux François devant
leſquels il paſſa , le ſaluerent de ſept Vivé
le Roi.
Quand fon Alteſſe fut arrivée au Commandant
, elle trouva fur une eſpéce de perron
que l'on avoit ajouté au pied de la
grande échelle , tous les Capitaines de l'Efcadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
il donna le bras au Grand- Maître & l'aida a
monter , tandis que les équipages faifoient
و
188 MERCURE DEFRANCE.
retentir l'air de cris redoublés de Vive le
Roi. Son Eminence trouva au haut de l'échelletes
troupes ſous les armes , & fut faluée
par leurs Officiers ; elle paſſa ſur le
gaillard , où les Officiers de la Compagnie
des Gardes de la Marine la faluerent également
; quarante de ces Mrs étoient ſous les
armes ; ils les préſenterent avec tant de grace
que le Grand-Maître en fut charmé ; il
s'arrêta quelques momens pour voir & admirer
cette jeune nobleſſe , dont pluſieurs
fontde notre Ordre , enfuite le Grand-Maî
tre entra dans la chambre du Conſeil , à la
porte de laquelle un Garde Marine étoit en
faction l'épée nuë ; ſon Eminence s'aflit fur
un fauteiiil placé ſur un tapis de pied ; tous
lesGrand'Croix étoient affis autour de lui ;
une décharge de moufqueterie fut le ſignal
d'une ſalve générale de toute l'artillerie
des Vaiſſeaux ; S. E. après quelques momens
d'une converſation polie & agréable, voulut
viſiter l'intérieur du Vaiſſeau ; tout y étoit
diſpoſé comme pour le combat ; le Grand-
Maître alla par tout , examina & parut charmé
de l'ordre &de la propreté de ce beau
Navire , il vint enfuite ſur le Gaillard & fe
plaça fous unDais qu'on lui avoit preparé à
Tribord. Ce Gaillard formoit alors un falon
magnifique , au fond duquel les Gardes de
la Marine étoient ſous les armes , & deux
• NOVEMBRE . 1744. 189
de ces Mrs étoient en faction aux côtés du .
Dais ; les Grand'Croix étoient affis , & les
Chevaliers avec les Officiers de l'Eſcadre
étoient debout. Le Pere de Leſpinaffe , Jefuite
, Aumônier du Commandant , vint à
la tête des Aumôniers de l'Eſcadre complimenter
le Grand Maître , avant que de lui
preſenter l'Eau-Bénite , enſuite il alla devant
un Autel richement paré , & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Muſique de Malte , que le Chevalier de
Caylus avoit placée ſur la Dunette.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent , on avoit placé le
Portrait du Roi . Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier , l'effet que cette
vûë produifit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étions aſſemblés , c'étoit pour lui que
nous venions intéreſſer le Ciel ; nos coeurs
en furent remués ; les differentes Nations
qui étoient avec nous , s'en apperçûrent&
convinrent que jamais aucune Nation n'a
aimé ſon Roi comme les François aiment le
leur. Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raifonde cet amour fi tendre & fi vif ; voici
celle que nous trouvames ; je crois que c'eſt
la véritable , du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
fentimens. Toutes les Nations , même les
plus fidelles , ne voyent que leur Maître
190 MERCURE DE FRANCE.
dans la perſonne de leur Roi , les François
vont plus loin , ils y voyent un Pere , auquel
ils doivent tout , & un ami pour lequel
ils mourroient. Ces Mrs avouerent
qu'il falloir que cela fut ainſi , pour furprendre
les François dans les mouvemens
involontaires de crainte ou de triſteſſe dont
on voitbien qu'ils ne ſont pas les Maîtres ,
d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quandles prieres furent finies , le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conſeil
où le Commandant lui ſervit lui-même des
rafraîchiſſemens ; on en préſenta à tous les
Seigneurs , parmi leſquels étoit l'Evêque
deMalte & le Prieur de l'Eglife ; ces deux
Prélats ont affifté à toutes les prieres qu'on
a fait pour le Roi , & ſe ſont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit
l'objet.
Tous les Officiers s'approcherent auſſi de
ſon Eminence ; ce Prince les reçut avec une
politeffe & un air de fatisfaction , qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par ſa préſence ; il fit donner
75 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage ; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher , au premier Pilote & au
premier Canonnier; enfin au coucher du Soleil
, leGrandMaître parût fortir à regret
du Vaiſſeau ; il fut conduit avec les mêmes
NOVEMBRE.
1744. 191
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à deſcendre & à entrer
dans ſaGondole;à peine fut-elle débordée,
qu'une ſalve générale d'artillerie &demoufqueterie
ſe fit entendre.
Le Grand- Maître , pour ne rien perdre
de cette fête , vint débarquer à ſon jardin
de la Marine , dont il avoit fait illuminer le
beau ſalon , pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaiſſeaux dont il n'avoit
pû joüir: la veille & ce jour-là tout
concourut à luidonner un magnifique ſpectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans ſon jardin , S. E. retourna ſur les neuf
heures à ſon Palais , mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fourniſloit cette brillante Eſcadre , ce Prince
paſſa à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Caſtille ; ſa Cour étoit un
peu moins nombreuſe qu'en arrivant à fon
jardin ; 70 Chevaliers ou Baillifs de diffe
rentes Nations qui l'avoient ſuivi, revinrent
au Vaiſſeau du Chevalier de Caylus , où il
les attendoit avec le plus grand & le plus
magnifique ſouper , qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere , les vins
précieux & la Muſique firent durer jufqu'au
jour un ſouper qui lui ſeul eut été
une fête magnifique.
àM. le Ch. S ** , à Malte le 27 Octobre .
Depuisque
j'habite notre Rocher , mon
cher Chevalier , je vous ai ſouvent
écrit que je n'avois rien à mander , fur tout
à un habitant de Paris ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui , écoutez -moi.
L'Eſcadre du Roi , commandée par le
Chevalier de Caylus , parut devant Malte
le premier Octobre & nous apprit à la fois
la maladie & la convalefcence du Roi ; le
danger fit fur nous une impreflion que la
nouvelle de fon rétabliſſement n'effaçoit
pas ; nous eûmes beſoin des affurances pofitives
qui nous vinrent de tous les côtés de
fon entiere guériſon pour refpirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
, nous ne laiſſions pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmes de joye que
nous répandions.
On ne penſa plus qu'à remercier Dieu , &
à faire éclater ſa reconnoiſſance.
Les Trois Langues de France en Corps &
le Bailly du Bocage , chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter ſéparéi
:
NOVEMBRE. 1744. 185
ment des Te Deum , aufquels le Grand Maî
tre aſſiſta dans l'Egliſe de S. Jean à l'iſſue
d'une grandeMeſſe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'eſt chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus ; il n'avoit rien négligé
comme vous le verrez , pour ſignaler
fon zéle & fon attachement pour le Roi ;
aufli il s'en eft acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique , du moins
je vous aflûre qu'on n'avoit jamais rien vû
de pareil àMalte.
L'Eſcadre du Chevalier de Caylus , compoſée
de cinq Vaiſſeaux , & à laquelle ſe
joignit un fixiéme Vaiſſeau François , commandé
par le Comte de Vaudreuil , entra
dans le Port le 19 , & la fête fut indiquée
au 26 ; le 25 au matin , les Vaiſſeaux furent
pavoiſés & parés de flames & de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Na-.
tions ; au Soleil couchant , le Commandant
fit une ſalve de 21 coups de canon , & les
s autres Vaiſſeaux une de 19 chacun ; quand
la nuit fut venuë , les Navires parurent abſolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées ; tout étoit formé par des
lumieres ; ces fix Batimens placés avantageuſement
dans le Port & brillans de tous
les côtés , produifurent le plus beau coup
186 MERCURE DE FRANCE.
d'oeil que l'on puiffe imaginer , pendant
deux heures que dura cette ſuperbe illumination
.
Le 26 au lever du Soleil , ces Vaiſſeaux
parurent pavoiſés comme ils l'avoient été la
veille , ſans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumieres ; ce
fut alors qu'une décharge générale de la
mouſqueterie , fuivie d'un falut de 21 coups
duCommandant& de 19 des autres Vaifſeaux
avertit toute la Ville de la fêre
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
les fenêtres & les terraſſes ſur le Port furent
remplies d'un monde infini ; le peuple
couvroit le môle & les baſtions dans l'attente
du Te Deum qui devoit ſe chanter ſur.
le Vaiſſeau Commandant , & de l'illumination
qui devoit le ſuivre , mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs ,
c'étoit le Grand Maître , qui a fait en cette
occaſion ce qu'aucun de ſes prédéceſſeurs
n'a pratiqué ; jamais il n'y en a eu qui ait
été viſiter ſes propres Vaiſſeaux , encore
moins qui ſoit monté fur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignoroit
par cet article de l'étiquette , ne laiſſa pas
d'aller à la tête des Capitaines& des Officiersde
ſon Eſcadre , prier ſon Eminence
d'honorer la fête de ſa préſence ; le Grand
Maître charmé de témoigner ſa vénération
NOVEMBRE. 1744. 187
pour le Roi , oublia les uſages les plus anciennement
établis ; il fortit à quatre heures
& demie de fon Palais , précédé de tous les
Chevaliers qui font à Malte & fuivi de
preſque tous les Grand'Croix , des Baillifs
& des Seigneurs du Conſeil des differentes
Nations. Environné de cette Cour refpectable
, il vint à pied juſques à la Marine ;
tous les canots de l'Eſcadre allerent au- devant
du Grand - Maître , qu'une ſuperbe
Gondole attendoit &dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix
& fon grand Ecuyer en habit de cérémonie
; les principaux Officiers du Palais également
en habits de cérémonie , le précédoient
dans une autre Gondole . Les Chevaliers
avoient rempli les canots & tous les
petits bâtimens que le Commandant avoit
fait trouver au mole. Le Grand-Maître vo
guoit lentement au bruit des tymbales &
trompettes,& les Vaifleaux François devant
leſquels il paſſa , le ſaluerent de ſept Vivé
le Roi.
Quand fon Alteſſe fut arrivée au Commandant
, elle trouva fur une eſpéce de perron
que l'on avoit ajouté au pied de la
grande échelle , tous les Capitaines de l'Efcadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
il donna le bras au Grand- Maître & l'aida a
monter , tandis que les équipages faifoient
و
188 MERCURE DEFRANCE.
retentir l'air de cris redoublés de Vive le
Roi. Son Eminence trouva au haut de l'échelletes
troupes ſous les armes , & fut faluée
par leurs Officiers ; elle paſſa ſur le
gaillard , où les Officiers de la Compagnie
des Gardes de la Marine la faluerent également
; quarante de ces Mrs étoient ſous les
armes ; ils les préſenterent avec tant de grace
que le Grand-Maître en fut charmé ; il
s'arrêta quelques momens pour voir & admirer
cette jeune nobleſſe , dont pluſieurs
fontde notre Ordre , enfuite le Grand-Maî
tre entra dans la chambre du Conſeil , à la
porte de laquelle un Garde Marine étoit en
faction l'épée nuë ; ſon Eminence s'aflit fur
un fauteiiil placé ſur un tapis de pied ; tous
lesGrand'Croix étoient affis autour de lui ;
une décharge de moufqueterie fut le ſignal
d'une ſalve générale de toute l'artillerie
des Vaiſſeaux ; S. E. après quelques momens
d'une converſation polie & agréable, voulut
viſiter l'intérieur du Vaiſſeau ; tout y étoit
diſpoſé comme pour le combat ; le Grand-
Maître alla par tout , examina & parut charmé
de l'ordre &de la propreté de ce beau
Navire , il vint enfuite ſur le Gaillard & fe
plaça fous unDais qu'on lui avoit preparé à
Tribord. Ce Gaillard formoit alors un falon
magnifique , au fond duquel les Gardes de
la Marine étoient ſous les armes , & deux
• NOVEMBRE . 1744. 189
de ces Mrs étoient en faction aux côtés du .
Dais ; les Grand'Croix étoient affis , & les
Chevaliers avec les Officiers de l'Eſcadre
étoient debout. Le Pere de Leſpinaffe , Jefuite
, Aumônier du Commandant , vint à
la tête des Aumôniers de l'Eſcadre complimenter
le Grand Maître , avant que de lui
preſenter l'Eau-Bénite , enſuite il alla devant
un Autel richement paré , & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Muſique de Malte , que le Chevalier de
Caylus avoit placée ſur la Dunette.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent , on avoit placé le
Portrait du Roi . Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier , l'effet que cette
vûë produifit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étions aſſemblés , c'étoit pour lui que
nous venions intéreſſer le Ciel ; nos coeurs
en furent remués ; les differentes Nations
qui étoient avec nous , s'en apperçûrent&
convinrent que jamais aucune Nation n'a
aimé ſon Roi comme les François aiment le
leur. Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raifonde cet amour fi tendre & fi vif ; voici
celle que nous trouvames ; je crois que c'eſt
la véritable , du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
fentimens. Toutes les Nations , même les
plus fidelles , ne voyent que leur Maître
190 MERCURE DE FRANCE.
dans la perſonne de leur Roi , les François
vont plus loin , ils y voyent un Pere , auquel
ils doivent tout , & un ami pour lequel
ils mourroient. Ces Mrs avouerent
qu'il falloir que cela fut ainſi , pour furprendre
les François dans les mouvemens
involontaires de crainte ou de triſteſſe dont
on voitbien qu'ils ne ſont pas les Maîtres ,
d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quandles prieres furent finies , le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conſeil
où le Commandant lui ſervit lui-même des
rafraîchiſſemens ; on en préſenta à tous les
Seigneurs , parmi leſquels étoit l'Evêque
deMalte & le Prieur de l'Eglife ; ces deux
Prélats ont affifté à toutes les prieres qu'on
a fait pour le Roi , & ſe ſont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit
l'objet.
Tous les Officiers s'approcherent auſſi de
ſon Eminence ; ce Prince les reçut avec une
politeffe & un air de fatisfaction , qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par ſa préſence ; il fit donner
75 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage ; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher , au premier Pilote & au
premier Canonnier; enfin au coucher du Soleil
, leGrandMaître parût fortir à regret
du Vaiſſeau ; il fut conduit avec les mêmes
NOVEMBRE.
1744. 191
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à deſcendre & à entrer
dans ſaGondole;à peine fut-elle débordée,
qu'une ſalve générale d'artillerie &demoufqueterie
ſe fit entendre.
Le Grand- Maître , pour ne rien perdre
de cette fête , vint débarquer à ſon jardin
de la Marine , dont il avoit fait illuminer le
beau ſalon , pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaiſſeaux dont il n'avoit
pû joüir: la veille & ce jour-là tout
concourut à luidonner un magnifique ſpectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans ſon jardin , S. E. retourna ſur les neuf
heures à ſon Palais , mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fourniſloit cette brillante Eſcadre , ce Prince
paſſa à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Caſtille ; ſa Cour étoit un
peu moins nombreuſe qu'en arrivant à fon
jardin ; 70 Chevaliers ou Baillifs de diffe
rentes Nations qui l'avoient ſuivi, revinrent
au Vaiſſeau du Chevalier de Caylus , où il
les attendoit avec le plus grand & le plus
magnifique ſouper , qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere , les vins
précieux & la Muſique firent durer jufqu'au
jour un ſouper qui lui ſeul eut été
une fête magnifique.
Fermer
1862
p. 192-194
COMPLIMENS adressés au Roi, à la Reine, à Monseigneur le Dauphin & à Mesdames, par les six Corps des Marchands, le Dimanche 15 Novembre.
Début :
ON a oublié d'insérer ces Complimens dans le premier Volume ; ils sont / AU ROI, SIRE, Après tant d'éclatans témoignages de respect, [...]
Mots clefs :
Joie, Roi, Peuple, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENS adressés au Roi, à la Reine, à Monseigneur le Dauphin & à Mesdames, par les six Corps des Marchands, le Dimanche 15 Novembre.
COMPLIMENS adreſſés au Roi , à
la Reine , à Monseigneur le Dauphin &à
Mesdames , par les fix Corps des Marchands
, le Dimanche 15 Novembre.
Na oublié d'inférer ces Complimens
dans le premier Volume ; ils ſont
l'ouvrage d'un Ecrivain célébre , qui dans
cette occafion a prêté ſa plume à ſa joye ,
pour exprimer le zéle & l'amour du Peuple
pour ſonRoi.
:
SIRE ,
AU ROI.
Après tant d'éclatans témoignages de refpect
, d'amour , de douleur & de joye , de
imples Citoyens trembleroient de paroître
devant V. M. fi le langage des coeurs , le
ſeul qu'ils puiffent employer , n'étoit pas
toujours bien reçu d'elle. Notre profeffion
eſt d'entretenir par nos travaux l'abondance
, que la ſageſſe de V. M. fait fleurir , &
que ſes conquêtes nous affurent. Chaque
Ordre de l'Etat a ſes prerogatives , mais le
zéle eft commun à tous ainſi que vos bienfaits.
Les cris de victoire de vos guerriers ,
les
NOVEMBRE. 1744. 193
les actions de grace de votre Clergé , les
Harangues de tant d'illuſtres Compagnies ,
nos foibles voix enfin , tout part du même
principe , & tout éprouve la même bonté.
ALA REINE.
MADAME ,
Quelquefois la foule des hommages devient
importune , quand ils ne ſont que
des reſpects , mais la vertu écoute toujours
avec fatisfaction tous les tranſports qu'elle
inſpire , & c'eſt à elle que nous parlons :
c'eſt elle qui augmenta nos douleurs ; c'eſt
elle qui ajoute aujourd'hui à notre joye , &
qui nous encourage à l'exprimer ; cette
joye éclate au nom de tout le Peuple de la
France , de ce Peuple innombrable , dont la
voix toujours fidelle eſt l'interpréte de la
vérité, de la nature , & qui deftituée de tout
art ne s'en fait que mieux entendre au coeur
deV. M.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN,
MONSEIGNEUR ,
Il nous eſt permis d'oſer joindre ici nos
acclamations à votre joye , & pour comble
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
de bonheur , après nous être proſternés devant
un Roi , qui remplit tous nos défirs
nous ſommes aux pieds de celui qui fait toutes
nos eſperances.
A MESDAMES .
MESDAMES ,
Daignez recevoir ici les témoignages fimples
& finceres de nos reſpects & de notre
joye , comme vous avez reçû tant d'hommages
offerts avec plus d'appareil & d'éloquence,
la Reine , à Monseigneur le Dauphin &à
Mesdames , par les fix Corps des Marchands
, le Dimanche 15 Novembre.
Na oublié d'inférer ces Complimens
dans le premier Volume ; ils ſont
l'ouvrage d'un Ecrivain célébre , qui dans
cette occafion a prêté ſa plume à ſa joye ,
pour exprimer le zéle & l'amour du Peuple
pour ſonRoi.
:
SIRE ,
AU ROI.
Après tant d'éclatans témoignages de refpect
, d'amour , de douleur & de joye , de
imples Citoyens trembleroient de paroître
devant V. M. fi le langage des coeurs , le
ſeul qu'ils puiffent employer , n'étoit pas
toujours bien reçu d'elle. Notre profeffion
eſt d'entretenir par nos travaux l'abondance
, que la ſageſſe de V. M. fait fleurir , &
que ſes conquêtes nous affurent. Chaque
Ordre de l'Etat a ſes prerogatives , mais le
zéle eft commun à tous ainſi que vos bienfaits.
Les cris de victoire de vos guerriers ,
les
NOVEMBRE. 1744. 193
les actions de grace de votre Clergé , les
Harangues de tant d'illuſtres Compagnies ,
nos foibles voix enfin , tout part du même
principe , & tout éprouve la même bonté.
ALA REINE.
MADAME ,
Quelquefois la foule des hommages devient
importune , quand ils ne ſont que
des reſpects , mais la vertu écoute toujours
avec fatisfaction tous les tranſports qu'elle
inſpire , & c'eſt à elle que nous parlons :
c'eſt elle qui augmenta nos douleurs ; c'eſt
elle qui ajoute aujourd'hui à notre joye , &
qui nous encourage à l'exprimer ; cette
joye éclate au nom de tout le Peuple de la
France , de ce Peuple innombrable , dont la
voix toujours fidelle eſt l'interpréte de la
vérité, de la nature , & qui deftituée de tout
art ne s'en fait que mieux entendre au coeur
deV. M.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN,
MONSEIGNEUR ,
Il nous eſt permis d'oſer joindre ici nos
acclamations à votre joye , & pour comble
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
de bonheur , après nous être proſternés devant
un Roi , qui remplit tous nos défirs
nous ſommes aux pieds de celui qui fait toutes
nos eſperances.
A MESDAMES .
MESDAMES ,
Daignez recevoir ici les témoignages fimples
& finceres de nos reſpects & de notre
joye , comme vous avez reçû tant d'hommages
offerts avec plus d'appareil & d'éloquence,
Fermer
1863
p. 194-198
ETAT des personnes qui sont allées sur la frontiere d'Espagne recevoir Madame la Dauphine.
Début :
Une Dame d'honneur, Madame la Duchesse de Brancas. 3 Dames de Compagnies. Mad. la Duchesse de Caumont. [...]
Mots clefs :
Chambre, Roi, Sommier, Bouche, Garde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT des personnes qui sont allées sur la frontiere d'Espagne recevoir Madame la Dauphine.
ET AT des perſonnes qui font allées ſur la
frontiere d'Espagne recevoir Madame la
U
Dauphine.
Ne Dame d'honneur , Madame la Ducheſſe
3Dames de Compagnies.
Mad la Ducheſſe de
deBrancas.
Caumont.
Mad. la Marquiſe du Roure.
Mad. la Marquiſe de Pons.
Une premiere femme de Chambre , la Dame de
4 Autres .
Une Coëffeufe .
Une Blanchiſſeuſe ou Empeſcuſe.
Une fille de Garderobe.
Four.
NOVEMBRE. 1744.
195
LeChevalier d'honneur de la Princeſſe , M. le Marquis
de la Farre.
Le premier Ecuyer , M. le Comte de Rubempré.
1
Un Sécretaire du Cabinet ,
M. de Verneuil.
Un Maître des Cérémonies ,
M. Delgranges.
Un Ecuyer du Roi ,
M. de la Rivoyre.
Chapelle.
:
M. l'Abbé Daydie , Aumônier.
Un Chapelain , M. l'Abbé Paigné.
Un Clerc de Chapelle , M. l'Abbé de la Vallée,
Un Sommier.
Faculté.
Le Médecin ordinaire du Roi ,
M. Marcor.
Un Chirurgien.
UnApotiquaire .
Un Aide-Apotiquaite.
Chambre & Garderobe.
2Huiffiersde la Chambre du Roi.
Id.
Id
Garçons de la Chambre de Madame la Dauphine.
2 Valetsde Chambre ,
2 Valets de Garderobe ,
I Portemanteau du Roi.
2 Valets de Chambre Tapiſſiers ,
2 Portemeubles ,
2 Portefaix ,
Gardes du Corps.
rd
Id.
Id.
Un Chefde Brigade ,
Deux Exempts.
Deux Brigadiers.
Deux Sous-Brigadiers.
soGardes.
M. le Bailly de S. André
Lij
I196 MERCURE DE FRANCE.
1Trompette.
zClerc du Guet.
Maréchal ferrant.
Cent Suiffes.
xFourier.
■Caporal.
12Suiffes.
Gardesde la Porte,
Lieutenant.
4Gardes.
Prévôté de l'Hôtel,
2Officiers.
4Gardes.
Maréchaux&Fouriers,
2Maréchaux.
8Fouriers,
Officiers pour le traitement.
Le Maître d'Hôtel ordinaire du Roi , M. le Mar
Contrôleur Clerc d'Office.
quis deCoulanges,
Commis du Contrôleur Général.
Commis de la Chambre aux deniers.
2Gentilshommes ſervans.
Waguemestre.
Aide Waguemeſtre.
Sous Aide Waguemestre.
Huiſſierde Sale.
Chefs de Panncteric.
Aide.
Bouche.
■Sommier,
i
NOVEMBRE. 1744. 197
' Chefd'Echanſonnerie , bouche.
1 Ayde.
2Sommiers.
Garde vaifſſelle , gobelet .
Lavandier de Panneterie , bouche.
2Ecuyers de la bouche.
1 Maître Queux.
1Hâteur.
1 Potager.
2Enfans deCuiſine.
Patiffier.
I Porteur.
Huiffier.
z Avertiſſeur.
■ Sommier du garde manger.
1 Sommier des broches.
Garde vaiſſelle , bouche.
Grand Commun
Chef de Panneteric.
1Aide.
1 Sommier,
2Chefs d'Echanſonnerie.
1Aide.
2 Sommiers.
2Ecuyers de Cuiſine , Commun.
2 Maîtres Queux .
■ Hâteur.
• Potager.
• Patiffier.
1 Garde vaiſſelle extraordinaire.
1 Verdurier.
1 Huiffier.
2 Enfans de Cuiſine .
2 Porteurs .
Sommier du garde-manger.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
1 Sommier des broches.
■ Falotier.
2 Huiffiers du Bureau.
3 Chefs de Fruiterie.
2Aides.
2 Sommiers.
Chef de Fouriere.
■Aide.
I Lavandier de Cuiſine , bouche & commun.
I Portetable
1Bouteillier du Chambellan.
Lavandier de Panneterie commun.
6Pages du Roi.
Ecurie.
6Grands Valets de pied.
5 Petits .
2Cochers.
2l'oftillons.
2 Fouriers.
Maître Palfrenier.
sGarçons d'attelages.
6Aides aux chevaux de Selle.
I Maréchal.
1 Charron.
• Bourlier- Sellier.
2Muletiers.
aPorteurs.
frontiere d'Espagne recevoir Madame la
U
Dauphine.
Ne Dame d'honneur , Madame la Ducheſſe
3Dames de Compagnies.
Mad la Ducheſſe de
deBrancas.
Caumont.
Mad. la Marquiſe du Roure.
Mad. la Marquiſe de Pons.
Une premiere femme de Chambre , la Dame de
4 Autres .
Une Coëffeufe .
Une Blanchiſſeuſe ou Empeſcuſe.
Une fille de Garderobe.
Four.
NOVEMBRE. 1744.
195
LeChevalier d'honneur de la Princeſſe , M. le Marquis
de la Farre.
Le premier Ecuyer , M. le Comte de Rubempré.
1
Un Sécretaire du Cabinet ,
M. de Verneuil.
Un Maître des Cérémonies ,
M. Delgranges.
Un Ecuyer du Roi ,
M. de la Rivoyre.
Chapelle.
:
M. l'Abbé Daydie , Aumônier.
Un Chapelain , M. l'Abbé Paigné.
Un Clerc de Chapelle , M. l'Abbé de la Vallée,
Un Sommier.
Faculté.
Le Médecin ordinaire du Roi ,
M. Marcor.
Un Chirurgien.
UnApotiquaire .
Un Aide-Apotiquaite.
Chambre & Garderobe.
2Huiffiersde la Chambre du Roi.
Id.
Id
Garçons de la Chambre de Madame la Dauphine.
2 Valetsde Chambre ,
2 Valets de Garderobe ,
I Portemanteau du Roi.
2 Valets de Chambre Tapiſſiers ,
2 Portemeubles ,
2 Portefaix ,
Gardes du Corps.
rd
Id.
Id.
Un Chefde Brigade ,
Deux Exempts.
Deux Brigadiers.
Deux Sous-Brigadiers.
soGardes.
M. le Bailly de S. André
Lij
I196 MERCURE DE FRANCE.
1Trompette.
zClerc du Guet.
Maréchal ferrant.
Cent Suiffes.
xFourier.
■Caporal.
12Suiffes.
Gardesde la Porte,
Lieutenant.
4Gardes.
Prévôté de l'Hôtel,
2Officiers.
4Gardes.
Maréchaux&Fouriers,
2Maréchaux.
8Fouriers,
Officiers pour le traitement.
Le Maître d'Hôtel ordinaire du Roi , M. le Mar
Contrôleur Clerc d'Office.
quis deCoulanges,
Commis du Contrôleur Général.
Commis de la Chambre aux deniers.
2Gentilshommes ſervans.
Waguemestre.
Aide Waguemeſtre.
Sous Aide Waguemestre.
Huiſſierde Sale.
Chefs de Panncteric.
Aide.
Bouche.
■Sommier,
i
NOVEMBRE. 1744. 197
' Chefd'Echanſonnerie , bouche.
1 Ayde.
2Sommiers.
Garde vaifſſelle , gobelet .
Lavandier de Panneterie , bouche.
2Ecuyers de la bouche.
1 Maître Queux.
1Hâteur.
1 Potager.
2Enfans deCuiſine.
Patiffier.
I Porteur.
Huiffier.
z Avertiſſeur.
■ Sommier du garde manger.
1 Sommier des broches.
Garde vaiſſelle , bouche.
Grand Commun
Chef de Panneteric.
1Aide.
1 Sommier,
2Chefs d'Echanſonnerie.
1Aide.
2 Sommiers.
2Ecuyers de Cuiſine , Commun.
2 Maîtres Queux .
■ Hâteur.
• Potager.
• Patiffier.
1 Garde vaiſſelle extraordinaire.
1 Verdurier.
1 Huiffier.
2 Enfans de Cuiſine .
2 Porteurs .
Sommier du garde-manger.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
1 Sommier des broches.
■ Falotier.
2 Huiffiers du Bureau.
3 Chefs de Fruiterie.
2Aides.
2 Sommiers.
Chef de Fouriere.
■Aide.
I Lavandier de Cuiſine , bouche & commun.
I Portetable
1Bouteillier du Chambellan.
Lavandier de Panneterie commun.
6Pages du Roi.
Ecurie.
6Grands Valets de pied.
5 Petits .
2Cochers.
2l'oftillons.
2 Fouriers.
Maître Palfrenier.
sGarçons d'attelages.
6Aides aux chevaux de Selle.
I Maréchal.
1 Charron.
• Bourlier- Sellier.
2Muletiers.
aPorteurs.
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1864
p. 55-59
LA POLICE sous LOUIS XIV.
Début :
LE grand art de régner est le premier des Arts ; [...]
Mots clefs :
Arts, Grands, Lois, Peuple, Paris, Travail
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA POLICE sous LOUIS XIV.
LA POLICE ſous LOUIS XIV.
L
E grand art de régner eſt le premier des
Arts ;
Il ne ſe borne point aux fatigues de Mars ;
Il n'eſt point renfermé dans le foin politique
D'abaiſſer la fierté d'un voiſin tirannique ,
Ou d'ébranler l'Europe , ou d'y donner la Loi ;
Le devoir d'un Monarque eft de régner chés ſoi ,
D'y former un Etat redoutable & tranquile ;
De rendre heureux ſon peuple en le rendant docile.
C'est ainſi que Louis ſçut paſſer autrefois
Des tentes de Bellone aux Temples de nos Loix ;
Il montoit fur un Trône environné d'abîmes ,
De débris, de tombeaux, de meurtres&de crimes,
Aumilieu des flambeaux de nos diviſions ,
Aux cris de la difcorde, au bruit des factions.
Il parut , il fut ſage , & l'Etat fut paiſible.
La diſcorde à fon joug ſoumit ſa tête horrible ,
Et la confufion fit filence à ſa voix.
Tout prit un cours nouveau , tout rentra dans ſes
droits :
Le Magiftrat fut juſte , & l'Egliſe fut fainte .
Paris vit profperer dans ſon heureuſe enceinte
D.sCitoyens foumis , au travail afidus
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
Qui reſpectoient les Grands , &ne les craignoient
plus.
La regle avec la paix ſous des abris tranquiles
Aux Arts encouragés affura des aziles ;
L'orphelin fut nourri , le vagabond fixé ,
Le pauvre oifif & lâche , au travail fut forcé ,
Et l'heureuſe induſtrie amenant l'abondance
Appella l'Etranger qui méconnut la France ,
L'Etranger étonné qui prompt à s'irriter ,
Fut jaloux de LOUIS & ne put l'imiter .
Ainſi quand du Très Haut la parole feconde
Des horreurs du cahos eut fait naître le Monde ,
Il en fixa la borne , il plaça dans leurs rangs
Ces tréſors de lumiere & ces globes errans ;
De l'immenſe Saturne il rallentit la courſe ,
Fit dans un cercle étroit rouler le char de l'Ourſe >
De la lune à la terre aſſura les ſecours ,
Diftingua les climats & meſura les jours.
Il dit à l'Ocean , que ton orgueil s'abaiſſe ;
Que l'Aftre de la nuit te fouleve & t'affaiſſe ;
Il dit aux flancs du Nord , enfantez les Autans ;
Aux eaux du Ciel , tombez , fertiliſez les champs,
Et que tantôt liquide & tantôt endurcie ,
L'onde revole au Ciel en vapeurs obfcurcie.
Il dit ,& tout fut fait , & dès ces premiers tems
Toujours indeſtructible en ſes grands changemens
La Nature entretient à ſon Maître fidéle
D'Elemens oppoſés la concorde éternelle.
DECEMBRE. 1744. 57
Si l'on peut comparer aux Chefs -d'oeuvres Divins
Les foibles monuments des efforts des humains ,
Sous un Roi bienfaiſant parcourons cette Ville
Obéiſſante , heureuſe , agiſſante , tranquille .
Quelle ame inceſſamment conduit ce vaſte corps !
Quelle inviſible main préſide à ces refforts !
Quel Sage a ſçu plier à nos communs ſervices
Nosbeſoins , nos plaiſirs , nos vertus & nos vices !
Pourquoi ce peuple immenſe avec ſécurité
Vit- il fans prévoyance & fans calamité ?
L'Aſtre du jour à peine a fini ſa carriere ,
De cent mille fanaux l'éclatante lumiere
Dans ce grand labirinthe avec ordre me luit ,
Et forme un jour de fête au milieu de la nuit.
L'aurore ouvre les Cieux , le beſoin ſe réveille ;
Il appelle à grands cris le travail qui ſommeille ;
Vertumne avec Pomone apporte au point du jour
Les fruits prématurés hâtés par leur amour ;
Ces rivages pompeux qui refferrent ces ondes
Sont couverts en tous tems des tréſors des deux
mondes.
Ici l'or qu'on filoit s'étend ſous le marteau ;
La main de l'Artiſan lui donne un prix nouveau
La vanité des Grands, le luxe, la moleſſe ,
Nourriffent des petits l'infatigable adreſſe ;
Je vois tous les talens par l'eſpoir animés
Noblement foutenus , ſagement réprimés ,
L'un de l'autre jaloux , empreſſés à ſe nuire
C
38 MERCURE DE FRANCE.
L'interêt les fit naître , il pouroit les détruire ,
Un Sage les modére , &de leurs factions
Fait au bonheur public ſervir les paſſions .
Mais ce n'eſt pas affés qu'un Sage ſoit utile
Le Magiſtat François doit penſer en Edile ;
Il doit lever les yeux vers ces nobles Romains ,
Que leCiel fit en tout l'exemple des humains.
C'étoit peu de tracer de leurs mains triomphantes
Du Tibre au Pont-Euxin ces routes étonnantes
De tranſporter les flots des fleuves captivés
ソー
Sur cent arcs triomphaux juſqu'au Ciel élevés ;.
Rome en grands monumens de tous côtés feconde
Donna des Loix , des Arts & des fêtes au monde;
L'Univers enchaîné dans un heureux loiſir
Admira les Romains juſqu'au ſein du plaifir.
Paris ne céde point à l'antique Italie :
,
Chaque jour nous rafſſemble aux Temples du Genie ,.
Aces Palais des Arts , à ces jeux enchanteurs
A ces combats d'eſprit qui poliſſent les moeurs ;
Pompe digne d'Athene , où tout un peuple abonde
Ecole des plaifirs , des vertus & du monde.
Plus loin la preffe roule , & notre oeil étonné
Yvoit un plomb mobile en lettres façonnné
Mieux que chés les Chinois ſur des feuilles legeres
Tracer en un moment d'immortels caracteres.
Protegez , tous ces Arts , ô vous , ſoutiens des
Loix ,
Miniftres confidens., ou Précepteurs des Rois;
;
DECEMBRE . 1744. 59
,
Méritez que vos noms ſoient écrits dans l'Hiſtoire
Par la main des talens organes de la gloire.
Colbert & Richelieu les palmes dans les mains ,
De l'immortalité vous montrent les chemins :
Regardez auprès d'eux ce vigilant Génie
Succeſſeur généreux du prudent la Reinie ,
Aqui Paris doit tout , & qui laiſſe aujourd'hui ,
Pour le bien des François deux Fils digne de lui.
Ma voix vous nommeroit , vous , dont la vigilance
Etend des ſoins nouveaux fur cette Ville immenſe,
Si vos jours conſacrés au maintien de nos Loix
Vous laiſſoient un moment pour entendre mavoix..
J'oſerois , emporté par une heureuſe yvreſſe ,
De mon Roi bienfaiſant célébrer la ſageſſe ,
Mais l'éloge eſt pour lui , malgré fon bruit flatteur,
La ſeule vérité qui déplaiſe à ſon coeur..
L
E grand art de régner eſt le premier des
Arts ;
Il ne ſe borne point aux fatigues de Mars ;
Il n'eſt point renfermé dans le foin politique
D'abaiſſer la fierté d'un voiſin tirannique ,
Ou d'ébranler l'Europe , ou d'y donner la Loi ;
Le devoir d'un Monarque eft de régner chés ſoi ,
D'y former un Etat redoutable & tranquile ;
De rendre heureux ſon peuple en le rendant docile.
C'est ainſi que Louis ſçut paſſer autrefois
Des tentes de Bellone aux Temples de nos Loix ;
Il montoit fur un Trône environné d'abîmes ,
De débris, de tombeaux, de meurtres&de crimes,
Aumilieu des flambeaux de nos diviſions ,
Aux cris de la difcorde, au bruit des factions.
Il parut , il fut ſage , & l'Etat fut paiſible.
La diſcorde à fon joug ſoumit ſa tête horrible ,
Et la confufion fit filence à ſa voix.
Tout prit un cours nouveau , tout rentra dans ſes
droits :
Le Magiftrat fut juſte , & l'Egliſe fut fainte .
Paris vit profperer dans ſon heureuſe enceinte
D.sCitoyens foumis , au travail afidus
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
Qui reſpectoient les Grands , &ne les craignoient
plus.
La regle avec la paix ſous des abris tranquiles
Aux Arts encouragés affura des aziles ;
L'orphelin fut nourri , le vagabond fixé ,
Le pauvre oifif & lâche , au travail fut forcé ,
Et l'heureuſe induſtrie amenant l'abondance
Appella l'Etranger qui méconnut la France ,
L'Etranger étonné qui prompt à s'irriter ,
Fut jaloux de LOUIS & ne put l'imiter .
Ainſi quand du Très Haut la parole feconde
Des horreurs du cahos eut fait naître le Monde ,
Il en fixa la borne , il plaça dans leurs rangs
Ces tréſors de lumiere & ces globes errans ;
De l'immenſe Saturne il rallentit la courſe ,
Fit dans un cercle étroit rouler le char de l'Ourſe >
De la lune à la terre aſſura les ſecours ,
Diftingua les climats & meſura les jours.
Il dit à l'Ocean , que ton orgueil s'abaiſſe ;
Que l'Aftre de la nuit te fouleve & t'affaiſſe ;
Il dit aux flancs du Nord , enfantez les Autans ;
Aux eaux du Ciel , tombez , fertiliſez les champs,
Et que tantôt liquide & tantôt endurcie ,
L'onde revole au Ciel en vapeurs obfcurcie.
Il dit ,& tout fut fait , & dès ces premiers tems
Toujours indeſtructible en ſes grands changemens
La Nature entretient à ſon Maître fidéle
D'Elemens oppoſés la concorde éternelle.
DECEMBRE. 1744. 57
Si l'on peut comparer aux Chefs -d'oeuvres Divins
Les foibles monuments des efforts des humains ,
Sous un Roi bienfaiſant parcourons cette Ville
Obéiſſante , heureuſe , agiſſante , tranquille .
Quelle ame inceſſamment conduit ce vaſte corps !
Quelle inviſible main préſide à ces refforts !
Quel Sage a ſçu plier à nos communs ſervices
Nosbeſoins , nos plaiſirs , nos vertus & nos vices !
Pourquoi ce peuple immenſe avec ſécurité
Vit- il fans prévoyance & fans calamité ?
L'Aſtre du jour à peine a fini ſa carriere ,
De cent mille fanaux l'éclatante lumiere
Dans ce grand labirinthe avec ordre me luit ,
Et forme un jour de fête au milieu de la nuit.
L'aurore ouvre les Cieux , le beſoin ſe réveille ;
Il appelle à grands cris le travail qui ſommeille ;
Vertumne avec Pomone apporte au point du jour
Les fruits prématurés hâtés par leur amour ;
Ces rivages pompeux qui refferrent ces ondes
Sont couverts en tous tems des tréſors des deux
mondes.
Ici l'or qu'on filoit s'étend ſous le marteau ;
La main de l'Artiſan lui donne un prix nouveau
La vanité des Grands, le luxe, la moleſſe ,
Nourriffent des petits l'infatigable adreſſe ;
Je vois tous les talens par l'eſpoir animés
Noblement foutenus , ſagement réprimés ,
L'un de l'autre jaloux , empreſſés à ſe nuire
C
38 MERCURE DE FRANCE.
L'interêt les fit naître , il pouroit les détruire ,
Un Sage les modére , &de leurs factions
Fait au bonheur public ſervir les paſſions .
Mais ce n'eſt pas affés qu'un Sage ſoit utile
Le Magiſtat François doit penſer en Edile ;
Il doit lever les yeux vers ces nobles Romains ,
Que leCiel fit en tout l'exemple des humains.
C'étoit peu de tracer de leurs mains triomphantes
Du Tibre au Pont-Euxin ces routes étonnantes
De tranſporter les flots des fleuves captivés
ソー
Sur cent arcs triomphaux juſqu'au Ciel élevés ;.
Rome en grands monumens de tous côtés feconde
Donna des Loix , des Arts & des fêtes au monde;
L'Univers enchaîné dans un heureux loiſir
Admira les Romains juſqu'au ſein du plaifir.
Paris ne céde point à l'antique Italie :
,
Chaque jour nous rafſſemble aux Temples du Genie ,.
Aces Palais des Arts , à ces jeux enchanteurs
A ces combats d'eſprit qui poliſſent les moeurs ;
Pompe digne d'Athene , où tout un peuple abonde
Ecole des plaifirs , des vertus & du monde.
Plus loin la preffe roule , & notre oeil étonné
Yvoit un plomb mobile en lettres façonnné
Mieux que chés les Chinois ſur des feuilles legeres
Tracer en un moment d'immortels caracteres.
Protegez , tous ces Arts , ô vous , ſoutiens des
Loix ,
Miniftres confidens., ou Précepteurs des Rois;
;
DECEMBRE . 1744. 59
,
Méritez que vos noms ſoient écrits dans l'Hiſtoire
Par la main des talens organes de la gloire.
Colbert & Richelieu les palmes dans les mains ,
De l'immortalité vous montrent les chemins :
Regardez auprès d'eux ce vigilant Génie
Succeſſeur généreux du prudent la Reinie ,
Aqui Paris doit tout , & qui laiſſe aujourd'hui ,
Pour le bien des François deux Fils digne de lui.
Ma voix vous nommeroit , vous , dont la vigilance
Etend des ſoins nouveaux fur cette Ville immenſe,
Si vos jours conſacrés au maintien de nos Loix
Vous laiſſoient un moment pour entendre mavoix..
J'oſerois , emporté par une heureuſe yvreſſe ,
De mon Roi bienfaiſant célébrer la ſageſſe ,
Mais l'éloge eſt pour lui , malgré fon bruit flatteur,
La ſeule vérité qui déplaiſe à ſon coeur..
Fermer
1865
p. 156-157
Audience donnée par le Roi aux Députés des Etats de la Province d'Artois, [titre d'après la table]
Début :
Les Députés des Etats de la Province d'Artois ont eû le 24 de ce mois audience du [...]
Mots clefs :
Députés
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texteReconnaissance textuelle : Audience donnée par le Roi aux Députés des Etats de la Province d'Artois, [titre d'après la table]
Les Députés des Etats de laProvince d'Artois
ont eû le 24 de ce mois audience du
DECEMBRE. 1744 157
Roi , étant préſentés par le Prince Charles
de Lorraine , Gouverneur de la Province ,
en ſurvivance du Duc d'Elboeuf& par le
Comte d'Argenſon , Miniſtre & Secretaire
d'Etat& conduits par le Marquis deBrezé
Grand Maître des Cérémonies. La Députation
étoit compoſée pour le Clergé de
l'Abbé de France de Noyelles , Chanoine
de l'Eglile Cathédrale d'Arras , lequel porta
la parole;du Marquis de Vignacourt pour la
Nobleffe , & de M. Henin pour le tiers Etat,
tous trois Députés pour la troiſiéme fois.
ont eû le 24 de ce mois audience du
DECEMBRE. 1744 157
Roi , étant préſentés par le Prince Charles
de Lorraine , Gouverneur de la Province ,
en ſurvivance du Duc d'Elboeuf& par le
Comte d'Argenſon , Miniſtre & Secretaire
d'Etat& conduits par le Marquis deBrezé
Grand Maître des Cérémonies. La Députation
étoit compoſée pour le Clergé de
l'Abbé de France de Noyelles , Chanoine
de l'Eglile Cathédrale d'Arras , lequel porta
la parole;du Marquis de Vignacourt pour la
Nobleffe , & de M. Henin pour le tiers Etat,
tous trois Députés pour la troiſiéme fois.
Fermer
1866
p. 158-159
« On avoit mis dans la Gazette d'Utrecht du 24 Novembre 1744 à l'article de Paris, [...] »
Début :
On avoit mis dans la Gazette d'Utrecht du 24 Novembre 1744 à l'article de Paris, [...]
Mots clefs :
Chevalier Servandoni
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texteReconnaissance textuelle : « On avoit mis dans la Gazette d'Utrecht du 24 Novembre 1744 à l'article de Paris, [...] »
On avoit mis dans la Gazette d'Utrecht
du 24 Novembre 1744, à l'article de Paris,
que le Chevalier Servandoni , Chevalier de
DECEMBRE. 1744.5
l'Ordre de Chrift en Portugal étoit mort ,
mais cette nouvelle eſt fauſſe;il eſt employé
à faire , tant à Bayonne qu'à Bordeaux , de
magnifiques Décorations pour le paffage de
Madame la Dauphine.
du 24 Novembre 1744, à l'article de Paris,
que le Chevalier Servandoni , Chevalier de
DECEMBRE. 1744.5
l'Ordre de Chrift en Portugal étoit mort ,
mais cette nouvelle eſt fauſſe;il eſt employé
à faire , tant à Bayonne qu'à Bordeaux , de
magnifiques Décorations pour le paffage de
Madame la Dauphine.
Fermer
1867
p. 166-169
Célébration du Mariage de M. le Duc de Penthievre avec Mademoiselle de Modéne, [titre d'après la table]
Début :
Le 28 Décembre à 6 heures du soir le Roi, la Reine, Monseigneur le Dauphin, Madame [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Duc de Penthiévre, Mlle de Modène, Monseigneur le Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Célébration du Mariage de M. le Duc de Penthievre avec Mademoiselle de Modéne, [titre d'après la table]
Le 28 Décembre à 6heures du ſoir le Roi,
la Reine , Monſeigneur le Dauphin , Madame
ſeconde , tous les Princes & Princefſes
du Sang , ſe trouverent dans la piece
de l'ancienne Chambre du Roi , à la
lecture du Contrat de Mariage de M. le
Duc de Penthiévre avec Mlle. de Modéne
fille aînée de M. le Duc de Modéne , fait &
lû par M. le Marquis d'Argenſon , Miniftre &
Secretaire d'Etat pour les Affaires Etrangeres
; la lecture faite , le Roi , la Reine ,
Monſeigneur le Dauphin & Madame feconde
figuerent le Contrat chacun felon fon
rang , & Madame la Duchefſe de Modéne ,
&Mile. de Modéne étant venues par la
Chambre du Roi pendant les fignatures , y
fignerent.
Le Mardi 29 fur le midi & demi le Roi ,
la Reine, Monſeigneur le Dauphin, les Prin--
ces & Princefles du Sang, ſuivis des Princes &
Dames de la Cour, ſe rendirent à la Chapelle
en bas par l'eſcalier de marbre , précédés du
Marquis de Brezé, Grand Maître desCérémonies
, & Mlle. de Modéne étant entrée par
la Sacriftie , M. le Cardinal de Rohan fiança
&maria enfuite le Prince & la Princefle en
préſence du Curé de Verſailles ; cette cérémonie
faite , un Aumonier du Roi dit la
Meffe, pendant laquelle on chanta unMotet
de M. de Lalande ; deux Aumôniers du Roi
DECEMBRE. 1744. 167
tinrent le poile,&deux Clercs de la Chapelle
préſenterent le cierge aux mariés.
Les Ambaſſadeurs ſe ſont preſque tous
trouvés à cette cérémonie. La Meſſe finie le
Roi eſt revenu chés lui , & dans la marche
Madame la Ducheſſe de Modéne a pris fon
rang de Princeſſe fille après Madame la
Princeffe de Conty , & M. de Penthievre tenant
la main de Madaine la Ducheſſe de
Penthievre fermoit la marche,
La Reine fut reconduite chés elle par
Monſeigneur le Dauphin, Meſdames de Frara
ce , les Princes & Princeſſes du Sang & par
les nouveaux mariés.
Delà ils ont conduit Monſeigneur le Dauphin
, puis Meſdames & ont été diner chés
Madame la Ducheffe de Modéne.
L'après midi ſur les fix heures , la Reine ,
Monſeigneur le Dauphin & Meſdames , accompagnés
de plus de foixante Dames ,
des Seigneurs de la Cour & des Miniſtres
Etrangers ſe rendirent dans les grands apparments
pour le Concert ; on y éxécuta
les Amours de Zéphire & de Flore, divertif
ſement de M. de Blamont Surintendant de
la Mufique du Roi , dont les paroles font
de M. de Bonneval Intendant & Contrôleur
des menus plaiſirs & affaires de la Chambre ;
les paroles & la muſique ont été généralement
applaudies, Après le concert on paſſa
68 MERCURE DE FRANCE.
dans deux autres ſales où l'on joua au Cavagnol
& au Quadrille juſqu'à neuf heures ,
alors le Roi vint prendre la Reine pour le
ſouper dugrand couvert,
Le repas s'eft fait dans l'antichambre de la
Reine ; la table étoit en fer àcheval ; il y
avoit 12 couverts , le Roi & laReine au milieu
; à droite du Roi étoient Monſeigneur
le Dauphin , Madame ſeconde , Madame
la Princeſſe de Conty , Mlle. de Charolois ,
Mlle. de la Roche-Sur-Yon & Madame la
Duchefle de Penthievre. A gauche de la
Reine étoient Madame premiere , Madame
la Duchefſſe de Chartres , Madame la Ducheſſe
de Modéne &Mlle, de Sens.
Après le grand couvert le Roi eſt reve.
nu aux grands appartemens & de-là a conduit
les mariés chés Madame la Comteffe
deToulouſe qui leur avoit cédé ſon appartement
où ſe fit la Bénédiction du Lit nuptial
par M. le Cardinal de Rohan en préfence
de leurs Majeftés & de Monſeigneur
le Dauphin ; enſuite le Roi donna la chemiſe
à M. le Duc de Penthievre & la
Reine la donna à Madame la Ducheſſe de
Penthievre .
M. le Duc de Penthievre ſenomme Louis-
Jean - Marie de Bourbon , Pair , Amiral &
Grand Veneur de France , Lieutenant Général
des Armées du Roi , Chevalier de
fes
DECEMBRE. 1744. 169
'ſes Ordres & de la Toiſon d'Or , Gouverneur
de la Province de Bretagne. Il eſt né le
16 Novembre 1725 , & il eſt Fils de Louis-
Alexandre de Bourbon , Comte de Toulouſe
, Duc de Penthievre , Pair , Amiral &
Grand Veneur de France , mort le 1 Decembre
1737 , & de Marie- Sophie-Victoire
de Noailles , mariés le 22 Février
1723 .
Madame la Ducheſſe de Penthievre ſe
nomme Marie-Thereſe-Felicité d'Eft. Elle
eſt née le 6 Octobre 1726 , Fille aînée de
François- Marie d'Eſt , Duc de Modene &
de Reggio , & de Charlotte-Aglaé d'Orleans.
la Reine , Monſeigneur le Dauphin , Madame
ſeconde , tous les Princes & Princefſes
du Sang , ſe trouverent dans la piece
de l'ancienne Chambre du Roi , à la
lecture du Contrat de Mariage de M. le
Duc de Penthiévre avec Mlle. de Modéne
fille aînée de M. le Duc de Modéne , fait &
lû par M. le Marquis d'Argenſon , Miniftre &
Secretaire d'Etat pour les Affaires Etrangeres
; la lecture faite , le Roi , la Reine ,
Monſeigneur le Dauphin & Madame feconde
figuerent le Contrat chacun felon fon
rang , & Madame la Duchefſe de Modéne ,
&Mile. de Modéne étant venues par la
Chambre du Roi pendant les fignatures , y
fignerent.
Le Mardi 29 fur le midi & demi le Roi ,
la Reine, Monſeigneur le Dauphin, les Prin--
ces & Princefles du Sang, ſuivis des Princes &
Dames de la Cour, ſe rendirent à la Chapelle
en bas par l'eſcalier de marbre , précédés du
Marquis de Brezé, Grand Maître desCérémonies
, & Mlle. de Modéne étant entrée par
la Sacriftie , M. le Cardinal de Rohan fiança
&maria enfuite le Prince & la Princefle en
préſence du Curé de Verſailles ; cette cérémonie
faite , un Aumonier du Roi dit la
Meffe, pendant laquelle on chanta unMotet
de M. de Lalande ; deux Aumôniers du Roi
DECEMBRE. 1744. 167
tinrent le poile,&deux Clercs de la Chapelle
préſenterent le cierge aux mariés.
Les Ambaſſadeurs ſe ſont preſque tous
trouvés à cette cérémonie. La Meſſe finie le
Roi eſt revenu chés lui , & dans la marche
Madame la Ducheſſe de Modéne a pris fon
rang de Princeſſe fille après Madame la
Princeffe de Conty , & M. de Penthievre tenant
la main de Madaine la Ducheſſe de
Penthievre fermoit la marche,
La Reine fut reconduite chés elle par
Monſeigneur le Dauphin, Meſdames de Frara
ce , les Princes & Princeſſes du Sang & par
les nouveaux mariés.
Delà ils ont conduit Monſeigneur le Dauphin
, puis Meſdames & ont été diner chés
Madame la Ducheffe de Modéne.
L'après midi ſur les fix heures , la Reine ,
Monſeigneur le Dauphin & Meſdames , accompagnés
de plus de foixante Dames ,
des Seigneurs de la Cour & des Miniſtres
Etrangers ſe rendirent dans les grands apparments
pour le Concert ; on y éxécuta
les Amours de Zéphire & de Flore, divertif
ſement de M. de Blamont Surintendant de
la Mufique du Roi , dont les paroles font
de M. de Bonneval Intendant & Contrôleur
des menus plaiſirs & affaires de la Chambre ;
les paroles & la muſique ont été généralement
applaudies, Après le concert on paſſa
68 MERCURE DE FRANCE.
dans deux autres ſales où l'on joua au Cavagnol
& au Quadrille juſqu'à neuf heures ,
alors le Roi vint prendre la Reine pour le
ſouper dugrand couvert,
Le repas s'eft fait dans l'antichambre de la
Reine ; la table étoit en fer àcheval ; il y
avoit 12 couverts , le Roi & laReine au milieu
; à droite du Roi étoient Monſeigneur
le Dauphin , Madame ſeconde , Madame
la Princeſſe de Conty , Mlle. de Charolois ,
Mlle. de la Roche-Sur-Yon & Madame la
Duchefle de Penthievre. A gauche de la
Reine étoient Madame premiere , Madame
la Duchefſſe de Chartres , Madame la Ducheſſe
de Modéne &Mlle, de Sens.
Après le grand couvert le Roi eſt reve.
nu aux grands appartemens & de-là a conduit
les mariés chés Madame la Comteffe
deToulouſe qui leur avoit cédé ſon appartement
où ſe fit la Bénédiction du Lit nuptial
par M. le Cardinal de Rohan en préfence
de leurs Majeftés & de Monſeigneur
le Dauphin ; enſuite le Roi donna la chemiſe
à M. le Duc de Penthievre & la
Reine la donna à Madame la Ducheſſe de
Penthievre .
M. le Duc de Penthievre ſenomme Louis-
Jean - Marie de Bourbon , Pair , Amiral &
Grand Veneur de France , Lieutenant Général
des Armées du Roi , Chevalier de
fes
DECEMBRE. 1744. 169
'ſes Ordres & de la Toiſon d'Or , Gouverneur
de la Province de Bretagne. Il eſt né le
16 Novembre 1725 , & il eſt Fils de Louis-
Alexandre de Bourbon , Comte de Toulouſe
, Duc de Penthievre , Pair , Amiral &
Grand Veneur de France , mort le 1 Decembre
1737 , & de Marie- Sophie-Victoire
de Noailles , mariés le 22 Février
1723 .
Madame la Ducheſſe de Penthievre ſe
nomme Marie-Thereſe-Felicité d'Eft. Elle
eſt née le 6 Octobre 1726 , Fille aînée de
François- Marie d'Eſt , Duc de Modene &
de Reggio , & de Charlotte-Aglaé d'Orleans.
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1868
p. 169-170
Celui de M. le Comte de Brionne, [titre d'après la table]
Début :
Le 19 Decembre Louis-Charles de Lorraine, Comte de Brionne, Gouverneur [...]
Mots clefs :
Comte de Brionne, Augustine de Coëtquen, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Celui de M. le Comte de Brionne, [titre d'après la table]
Le 29 Decembre Louis-Charles de Lorraine
, Comte de Brionne , Gouverneur
de la Province d'Anjou , Grand Ecuyer de
France en ſurvivance de M. le Prince Charles
de I.orraine ,fon Oncle, depuis le mois
de Novembre dernier , & veuf depuis le
2 Février 1742 de Dame Louife-Charlotte
de Gramont , fut marié avec Dame
Auguſtine de Coetquen , veuve de Charles-
Auguſte de Rochechouart , Duc de Mortemart
, Pair de France , Grand d'Eſpagne ,
premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi , Meſtre de Camp du Regiment d'Infanterie
de Mortemart , connu ſous le nom
H
170 MERCURE DE FRANCE.
de Duc de Rochechouart , tué au combat
d'Ettingen le 27 Juin 1743 , & fille de Jules-
Malo de Coetquen , Comte de Combourg
, Gouverneur en ſurvivance du Marquis
de Coetquen ſon Pere , des Ville ,
Château & Citadelle de S. Malo , & de
Dame Marie - Eliſabeth Nicolaï , femme en
ſecondes Nôces du Duc de Mortemart,pere
du Duc de Rochechouart.
M. le Comte de Brionne eſt fils aîné de
feu Louis de Lorraine Prince de Lambefc,
mort le 9 Septembre 1743 & de Dame
Jeanne - Henriette - Marguerite de Durfort-
Duras. Voyez la Genealogie de la Maiſon
deCoetquen , une des premieres de la Province
de Bretagne , dans l'Histoire du Maréchal
de Guébriant , par le ſieur le Laboureur.
, Comte de Brionne , Gouverneur
de la Province d'Anjou , Grand Ecuyer de
France en ſurvivance de M. le Prince Charles
de I.orraine ,fon Oncle, depuis le mois
de Novembre dernier , & veuf depuis le
2 Février 1742 de Dame Louife-Charlotte
de Gramont , fut marié avec Dame
Auguſtine de Coetquen , veuve de Charles-
Auguſte de Rochechouart , Duc de Mortemart
, Pair de France , Grand d'Eſpagne ,
premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi , Meſtre de Camp du Regiment d'Infanterie
de Mortemart , connu ſous le nom
H
170 MERCURE DE FRANCE.
de Duc de Rochechouart , tué au combat
d'Ettingen le 27 Juin 1743 , & fille de Jules-
Malo de Coetquen , Comte de Combourg
, Gouverneur en ſurvivance du Marquis
de Coetquen ſon Pere , des Ville ,
Château & Citadelle de S. Malo , & de
Dame Marie - Eliſabeth Nicolaï , femme en
ſecondes Nôces du Duc de Mortemart,pere
du Duc de Rochechouart.
M. le Comte de Brionne eſt fils aîné de
feu Louis de Lorraine Prince de Lambefc,
mort le 9 Septembre 1743 & de Dame
Jeanne - Henriette - Marguerite de Durfort-
Duras. Voyez la Genealogie de la Maiſon
deCoetquen , une des premieres de la Province
de Bretagne , dans l'Histoire du Maréchal
de Guébriant , par le ſieur le Laboureur.
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1869
p. 200-212
MORTS.
Début :
LE 16 Decembre mourut à Bruxelles Marie-Anne-Eleonore-Willemine-Josephe Archiduchesse d'Autriche [...]
Mots clefs :
Roi, Chevalier, Lieutenant, Duc, Prince, Armées, Maréchal, Pair de France, Duchesse de Ventadour, Maison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS
L
E 16 Decembre mourut àBruxelles Marie-
Anne-Eleonore-Willelmine-Joſephe
Archiducheſſe d'Autriche Gouvernante des
Païs-Bas agée de 26 ans 3 mois & deux
jours,étant néo le 14 du mois de Septembre
de l'année 1718 , ſans laiſſer d'Enfans du
Prince Charles Alexandre de Lorraine , avec
lequel elle avoit été mariée le 7 Janvier de
l'année 1744; elle étoit Soeur puînée de la
Reine de Hongrie Epouſe du Grand Duc
de Toſcane Frere ainé du Prince Charles ,
& la ſeule reſtante aujourd'hui de l'Augufte
Maiſon d'Autriche.
書
Le 26 il arriva à Paris un courier dépeché
à Son AlteſſeRoyale Madame la Duchefſe
d'Orléans par l'Abbeffe de Remire -
mont pour informer cette Princeſſe que la
Ducheſſe Douairiere de Lorraine étoi morte
à Commercy le 23 agée de 68 ans ,
3 mois & 10 jours , étant née à S. Cloud le
13 Septembre 1676 , elle ſe nommoit Elfabeth
Charlotte , & étoit fille de feu Monfieur
( Philippe de France , ) & Frere de Louis
XIV , mort le 9 mai 1701 & d'Elifabeth
DECEMBRE. 1744 . 201
Charlotte de Baviere Palatine du Rhin fa
ſeconde Femme morte le 8 Decembre 1722
Elle àvoit été mariée le 13 Octobre 1698
avec Léopold Joſeph Charles Duc de Lorraine
& de Bar ; elle en étoit reſtée veuve le
27 Mai 1729 , & de ce mariage étoient nés
5 Princes & 8 Princeſſes dont il ne reſte
que François Etienne GrandDuc de Tofcane
né le 22 Septembre 1708 marié depuis
le 12 Fevrier 1736 avec Marie-Théreſe
Walburge Amelie-Chriftine Archiducheſſe
d'Autriche aujourd'hui Reine de Hongrie
, Charles Alexandre de Lorraine appellé
le Prince Charles né le 12 Decembre
1712, Généraliſſime des armées de la Reine
de Hongrie ſa belle--Soeur , & 3 Anne Charlotte
de Lorraine née le 17 Mai 1714, Abbeſſe
de Remiremont depuis le 7 mai 1738 .
Voyez pour l'Etat preſent de la Maiſon de
Lorraine le vol. 4des Souverains du Monde
fol 450 .
د
Le 3 Novembre Honorine Charlotte de
Berghes femme depuis le 17 Mars
1715 de Louis Joſeph d'Albert , Prince de
Grimberghen & du S. Empire , Conſeiller
d'Etat actuel & privé de l'Empereur , Feldt
Maréchal des armées de Sa Majesté Impériale
, Colonel de ſon Régiment des Gardes
(
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
à pied & fon Ambaſſadeur Extraordinaire
auprès du Roi , mourut à Paris dans la
ſoixante-quatrième année de ſon âge. Elle
avoit été Chanoineſſe de Mons ; elle étoit
Niéce de Georges Louis de Berghes Evéque
& Prince de Liége & du S. Empire ,
mort le 4 Decembre 1743. Elle étoit
fille de Philippe François de Berghes
Prince de Berghes , Chevalier de la Toifon
d'Or, & Gouverneur de Bruxelles , mort le
13 Septembre 1704 & , de Marie Jacqueline
de Lalain , & avoit eu de ſon Mariage
avec M. le Prince de Grimberghen de la
Maiſon d'Albert Luynes , & oncle de M.
le Maréchal Duc de Chaulnes dont la mort
va être raportée ſous le du préſent mois
Théreſe Pelagie d'Albert Luynes , née Princeffe
de Grimberghen en 1722 , mariée le
25 Janvier 1735 avec Marie Charles Louis
d'Albert à préſent Duc de Chevreuſe fon
coufin du 4 au deuxième dégré , & morte
fans enfans les Juillet 1736. La Maiſon
de Berghes eſt une branche des Anciens
Ducs de Brabant connue ſous le nom de
Glimes & marquée entre les plus grandes
Maiſons du Pays , par ſes alliances, par fon
illuſtration , & par l'entrée qu'elle a eu de
tous les tems dans les. Chapitres les plus
nobles ; elle porte pour armes coupé au 1.
de ſable à un Lion d'Or parti d'Or à 3 pals
DECEMBRE. 1744. 203
de gueules ; au deuxième de Sinople à 3 Lozanges
d'argent poſées deux & une : voyez
les Souverains du monde , imprimés à Paris
en 1734 vol. 1. fol. 320.
Le 9 Louis Auguſte d'Albert d'Ailly Duc
de Chaulnes , Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Vidame d'Amiens
, Gouverneur de la même Ville &
de celle de Corbie , & ci-devant Capitaine
Lieutenant des Chevau - legers de la Garde
de ſa Majesté ,mourut à Paris agé de 67
ans , étant né le 22 Decembre 1676 du
Mariage de Charles Honoré d'Albert Duc
de Luynes , de Chevreuſe & de Chaulnes ,
Pair de France Gouverneur & Lieutenant
Genéral pour le Roi de la Province de Guyenne,
Chevalier des Ordres de Sa Majesté, LieutenantGénéral
de fes armées & Capitaine
Lieutenant des Chevau - legers de la Garde ,
mort le 6Novembre 1712 , &de JeanneMa-
-rieColbert morte le 26 Juin 1732. Il commença
à ſervir dans la ſeconde Compagnie
des Mouſquetaires en 1693 , fut depuis fucceſſivement
Lieutenant dans le Régiment
du Roi Infanterie en 1694 , Capitaine dans
le même Régiment en 1695 , Colonel d'un
Régiment d'Infanterie la même année , Meftre
de Camp d'un Régiment de Dragons ,
par lamort du Chevalier d'Albert tué à Car
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
py le 9 Juillet 1701. Il traita de la Charge
de Sous-Lieutenant de la Compagnie des
Chevau - legers de la Garde du Roi en
1702 , fut fait Brigadier le 10 Fevrier
1704 & fut pourvu le 2 Novembre de la
même année de la Charge de CapitaineLieutenant
de la même Compagnie des Chevaulegers
par la mort du Duc de Montfort fon
frere ainé; il fut fait Maréchal de Camp le
19 Juin 1708 , Lieutenant Général des armées
du Roi le 8 Mars 1718 , & fut nommé
Chevalier desOrdres & reçu le 3 Juin 1724:
il eut au mois Février 1729 les Gouvernements
des Villes d'Amiens & de Corbie , fut
nommé au mois d'Avril 1734 pour être employé
dans l'armée d'Allemagne en qualité
de Lieutenant Général, dont il fit la fonction
au fiége de Philifbourg , de même que dans
la campagne de 1735 dans la même armée,
enfin ſes Services lui firent mériter le bâton
de Maréchal de France à la promotion du 11
Fevrier 1741 ; il avoit été marié le 22 Fevrier
1704 avec Marie Anne Romaine de
Beaumanoir Lavardin, fille de Henri Charles
de Beaumanoir Marquis de Lavardin, Che
valier des Ordres du Roi, Lieutenant Géné-
-ral des armées de Sa Majefté & au Gouvernement
de la Haute & Baffe Bretagne &
ei-devant fon Ambaſſadeur Extraordinaire
à Rome , & d'Anne Louiſe Marie de Noailles;
de ce Mariage font né entre-autres EnDECEMBRE.
1744. 205
y
fans 1. Louis Marie d'Albert d'Ailly , Vidame
d'Amiens recu en ſurvivance de ſon pere
le 5 Avril 1717 enla Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Chevaulegers
de la Garde du Roi, mort ſans être
marié en 1724.2.Charles- François d'Albert
d'Ailly Ducde Picquigny , Pair de France
Capitaine Lieutenant de la Compagnie des
Chevau-legers de la Garde du Roi parla
démiffion de ſon Pere , mort le 14 Juillet
1731 ne laiffant qu'une fille morte à l'âge
de fix ans le 13 Mai 1736 , 3. Michel Ferdinand
d'Albert d'Ailly Duc de Picquigny ,
à préſent de Chaulnes , Pair de France , Ca-
• pitaine Lieutenant des Chevaux- legers de la
Garde du Roi ſur la démiſſion de fon Pere
du 19 Fevrier 1735 , & Maréchal des Camps
& armées du Roi du ... Juin 1743 , marié depuis
le 25 Fevrier 1734 avec Anne Joſephe
Bonnier Fille de Joſeph Bonnier Baron de
la Mofſon près Montpellier, Secretaire du
Roi & Treforier Général des Etats de Languedoc,&
d'Anne Melon,dont il a un fils, âgé
de 3 à 4 ans en 1744 : voyez la Généalogie
de la Maiſon d'Albert dans l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne vol 4 fol
263.
Le 12 Eminentiſſeme & Reverendiffime
• Monſeigneur Leon Potier de Gefures , Cardinal
, Prêtre de la Sainte Egliſe Romaine
ancien Patriarche - Archevêque de Bour-
و
106 MERCURE DE FRANCE.
ges , Primat des Aquitaines , Commandeur
des Ordres du Saint Eſprit du 3 Juin 1724,
Abbé Commandataire des Abbayes de Saint
Amand Ordre de S. Benoist Diocéſe de
Tournay depuis 1720,de S. Landelin de
Creſpin Ordre de S. Benoît Diocèſe de Cambray
depuis 1725, de S. Pierre d'Auri sc
Diocèſe de S. Flour depuis 1679 , de Notre-
Dame de Bernay O. S. B. Diocèſe de Lizieux
depuis 1666 , de l'Archimonaftere S.
Remy de Reims O. S. B. depuis l'an 1729 ,
cidevant Conſeiller auConſeildeConſcience,
mourut à Paris dans la quatre-vingt huitieme
année de fon âge étantné le 15 Août 1656 .
Il avoit été nommé à l'Archevêché de Bourges
le 29 mai 1694, & fut créé CardinalPrétre
par le PapeClement XI ſur la nomination
duRoi de Pologne le 29 Mai 1719. Il étoit
fils puîné de LeonPotier Duc de Geſvres Pair
de France Chevalier des Ordres du Roi, Premier
Gentilhomme de la hambre de SaMajeſté,
Lieutenant Général de ſes armées, Gouverneur
de laVille de Paris,mort le 9Decembre
1704, &deMarie- Françoiſe-Angélique
Duval de Fontenay Mareuil ſa premiere femme
, morte le 4 Octob. 1702 : le Frere aîné
de M. le Cardinal de Geſvres , étoit François-
Bernard Potier deGeſvres Duc de Trémes
Pair de France,Chevalier des Ordres du Roi ,
Premier Gentilhomme de ſa Chambre , &
DECEMBRE. 1744. 207
Brigadier de ſes armées , Gouverneur de la
Ville de Paris , mort le 12 Avril 1739 ,
laiſſant de fon mariage avec Marie Magdeleine-
Louiſe-Genevieve de Seigliere deBoisfranc
morte le 3 Avril 1702 , 1. François
Joachim - Bernard Potier Duc de Geſvres
Pair de France né le 29 Septembre 1692 ,
Chevalier des Ordres du Roi , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre , Gouverneur de
la Ville de Paris , 2. Louis - Leon Potier
Comte de Trêmes , né le 28 Juillet 1695 ,
Maréchal des Camps & armées du Roi ,marié
depuis le 26 Avril 1729 avec Eléonore
Marie de Montmorency Luxembourg fille
de M. le Maréchal de Montmorency & de
laquelle il n'a qu'un fils, appellé le Marquis de
Geſvres né le 9mai 1733 , non encore baptiſé
, 3. Etienne René Potier né le 2 Janvier
1697 , Evêque & Comte de Beauvais Pair de
France depuis 1728 , & 4 Marie-Françoife
Potier de Gévres née le 25 Decembre 1697 ,
mariée depuis le 17 Septembre 1715 avec
Louis- Marie Victoire de Bethune-Selles , appellé
le Comte de Bethune duquel elle ades
Enfans. Voyez la Généalogie de la Maiſon
de Potier dans l'Hiſtoire des Grands Officiers
de la Couronne vol. 4 fol. 763 .
Le 14 Frere Jean Antoine de Thumery
de Boiſſiſe , Chevalier de l'Ordre de faint
Σ 2
08 MERCURE DE FRANCE.
à
,
Jean de Jerufalem , dans lequel il fut reçu
au Grand Prieuré de France en 1688 , & depuis
Commandeur de Haute-Avennes , en
Flandre entre Douay & Arras , mourut
Paris dans la 63 année de ſon âge , étant né
le 20 Novembre 1682 ; il étoit fils de feu
M. Germain Chriſtophe de Thumery
Chevalier de Boiſſiſe , Preſident de la feconde
Chambre des Enquêtes du Parlement de
Paris , mort le premier Septembre 1714 , &
de Dame Magdeleine le Tellier de Morfan ,
morte le 11 Decembre 1730 , duquel mariage
, outre feu M. le Commandeur de Boifſiſe
qui donne lieu à cet article , étoient nés
1. René de Thumery , Chevalier Seigneur de
Boiſſiſe , aujourd'hui marié depuis 1738 , &
ſans enfans, avec Demoiselle Jacqueline - Marguerite
Richer , 2. Chriftophe Edouart François
de Thumery , auſſi Chevalier de l'Ordre
de ſaint Jean de Jerufalem depuis 1688
& aujourd'hui Commandeur de Beauvais ,
en Gatinois, & 3. Dame Magdeleine de Thumery
, Comteſſe de Bregy. La Famille de
Thumery eſt une des plus conſidérables de la
Ville de Paris par ſon ancienneté , ſes alliances
, & par les charges marquées dans la
Robe qu'elle a poffedées en différens tems .
Le 18 Dame Celeste- Efther Rivié femme de
Louis -Emanuel de Coetlogon- Loyal , appelle
DECEMBRE. 1744 . 209
le Comte de Coetlogon , Brigadier des armées
du Roi , Colonel-Lieutenant du Régiment
d'Infanterie de Penthievre , avec lequel
elle avoit été malice le t Février de
cette année , mourut à Paris dans la vingttroifiéme
année de fon âge , laiſſant un fils
unique nommé Emanuel - Etienne – Marie
de Coetlogon , duquel elle étoit acouchée
quelques jours avant. Elle étoit fille d'Etienne
Rivié Seigneur de Marine & de Riquebourg,
Baron de Chors , Grand Maître des Eaux &
Foreſts de l'Iſfle de France , &de Dame Françoiſe-
Anne-Agathe Marguerite de laRiviere
de Paulmy , d'une des plus anciennes Maifons
de Bretagne. Voyez pour la Généalogie
de la Maiſon de Coetlogon , auffi une
des premieres de la même Province , le ſeptiéme
vol. de l'Hiſtoire des Grands-Officiers
de la Couronne , fol 717.
Le 8.Décembre , Dame Marie-Anne de
Mailly- Nefle , Ducheffe de Chateauroux ,
veuve de Meſſire Jean- Louis de la Tournelle
, Marquis de la Tournelle , Colonel
Lieutenant du Régiment de Condé Infanterie,
mort le 23 Novembre 1740 à l'âge
de 22 ans ſans laiſſer d'enfans , & avec lequel
elle avoit été mariée le 19 Juin 1734 ,
mourut à Paris à l'âge de 27 ans , étant née
le ... Octobre 1717. Elle avoit été Dame
210 MERCURE DE FRANCE.
du Palais de la Reine , & avoit été nommée
pour remplir la Charge de Surintendante
de laMaiſonde Madame la Dauphine. Elle
écoitladerniere desîlles de Louis de Mailly,
Marquis de Nefle & de Mailly , Chevalier
des Ordres du Roi , & de feue Dame Fe'ice-
Armande Mazarini de la Meilleraye ,
Dame du Palais de la Reine , morte le 11
Octobre 1729 âgée de 38 ans , & elle avoit
pour ſoeurs aînées Meſdames les Comteffes
de Mailly &de Vintimille , la Duchefſe de
Lauraguais , & la Marquiſe de Flavacourt.
Pour la Généalogiede laMaiſon de Mailly,
une des plus anciennes &des plus illſtures
de Picardie , voyez le vol. 8 de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne, fol. 625.
Le 15 Décembre Dame Charlotte bleo-
*nore Magdeleine de la Mothe Houdancourt ,
veuve de Louis-Charles de Levis , Duc de
Ventadour, Pair de France , ci-devant Gouvernante
du Roi , de Monſeigneur le Dauphin
, de Monfieur le Ducd'Anjou , & de
Meſdames de France , mourut a Glatigny
dans la 93 année de ſon âge. Elle etoit
Soeur de Meſdames les Ducheſſes d'Aumont ,
& de la Ferté Senecterre & feconde
Fille de Philippe de la Mothe Houdancourt
, Duc de Cardonne en Caralogne, Maréchal
de France , Viceroi de Catalogne ,
mort le 24 Mars 167 , & de Louiſe de
Prie ,mariée le 22 Novembre 1650 ,depuis
,
DECEMBRE. 1744.
Gouvernante des Enfans de France , morte le
6Janvier 1709. agée de 85 ans. La Mere
& la fille ont eu l'honneur d'élever 22
Princes ou Princeſſes de la Maiſon Royale ,
du nombre deſquels font les Rois de France
& d'Eſpagne , & Madame la Ducheſſe de
Ventadour eut encore celui de tenir le Roi
Louis XV. ſur ſes genoux au Lit de Juſtice ,
qui ſe tint au Parlement deux jours après
la mort de Louis XIV , & d'occuper une
Place , où il n'y avoit que la Reine Mere
qui eût été aſſiſe avant elle ; les marques de
fouvenir &de reconnoiſſance que lui donna
le feuRoi , & qui fe trouvent dans ſes dernieres
paroles au Roi Louis XV. ſon arriere
perit fils , feront un monument éternel du
zéle vif & de l'attachement tendre & refpectueux
avec lequel elle s'eſt toujours
acquittée de l'emploi important qui
lui avoit été confié ; n'oubliez jamais dit le
Roi àfon petit fils,les grandes obligations que
vous avez à Madame de Ventadour , pour
moi, Madame , ajouta-t-il en ſe tournant vers
elle,je ſuis bien faché de n'être plusen état de
vous en marquerma reconnoiſſance.
Madame la Ducheſſe de Ventadour avoit
étémariée le 14 Mars 1672 ,& elle n'avoit
eû de ſon Mariage que Anne-Genevieve de
Levis , née le .. Février 1673. mariée 1º. le
16 Février 169 1 à Louis-Charles de laTourd'Auvergne
appellé le Prince de Turenne,tut
212 MERCURE DE FRANCE
à Steinkerque en 1692. ſans laiſſer d'enfans.
20. le 15 Fevrier 1694. à Hercule Meriadec
Duc de Rohan Rohan , Prince de Soubiſe
appellé le Prince de Rohan , & morte la
nuit du 20 au 21 Mers 1727. laiſſant feu M.
le Prince de Soubiſe , Pere de M. le Prince
de Soubiſe , & de M. le Coadjuteur de Strafbourg
; voyez le volume 7 de l'Histoire
des Grands Officiers de la Couronne , fol.
530. pour la Généalogie de la Maiſon de la
Mothe Houdancourt , de laquelle il ne refte
aujourd'hui que Louis Charles de la Mothe
Houdancourt , Neveu à la mode de Bretagne
de feue Madame de Ventadour,
Comte de la Mothe Houdancourt , Grand
d'Eſpagne de la premiere Claſſe , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Chevalier de
ſes Ordres , & Chevalier d'honneur de la
Reine.
L
E 16 Decembre mourut àBruxelles Marie-
Anne-Eleonore-Willelmine-Joſephe
Archiducheſſe d'Autriche Gouvernante des
Païs-Bas agée de 26 ans 3 mois & deux
jours,étant néo le 14 du mois de Septembre
de l'année 1718 , ſans laiſſer d'Enfans du
Prince Charles Alexandre de Lorraine , avec
lequel elle avoit été mariée le 7 Janvier de
l'année 1744; elle étoit Soeur puînée de la
Reine de Hongrie Epouſe du Grand Duc
de Toſcane Frere ainé du Prince Charles ,
& la ſeule reſtante aujourd'hui de l'Augufte
Maiſon d'Autriche.
書
Le 26 il arriva à Paris un courier dépeché
à Son AlteſſeRoyale Madame la Duchefſe
d'Orléans par l'Abbeffe de Remire -
mont pour informer cette Princeſſe que la
Ducheſſe Douairiere de Lorraine étoi morte
à Commercy le 23 agée de 68 ans ,
3 mois & 10 jours , étant née à S. Cloud le
13 Septembre 1676 , elle ſe nommoit Elfabeth
Charlotte , & étoit fille de feu Monfieur
( Philippe de France , ) & Frere de Louis
XIV , mort le 9 mai 1701 & d'Elifabeth
DECEMBRE. 1744 . 201
Charlotte de Baviere Palatine du Rhin fa
ſeconde Femme morte le 8 Decembre 1722
Elle àvoit été mariée le 13 Octobre 1698
avec Léopold Joſeph Charles Duc de Lorraine
& de Bar ; elle en étoit reſtée veuve le
27 Mai 1729 , & de ce mariage étoient nés
5 Princes & 8 Princeſſes dont il ne reſte
que François Etienne GrandDuc de Tofcane
né le 22 Septembre 1708 marié depuis
le 12 Fevrier 1736 avec Marie-Théreſe
Walburge Amelie-Chriftine Archiducheſſe
d'Autriche aujourd'hui Reine de Hongrie
, Charles Alexandre de Lorraine appellé
le Prince Charles né le 12 Decembre
1712, Généraliſſime des armées de la Reine
de Hongrie ſa belle--Soeur , & 3 Anne Charlotte
de Lorraine née le 17 Mai 1714, Abbeſſe
de Remiremont depuis le 7 mai 1738 .
Voyez pour l'Etat preſent de la Maiſon de
Lorraine le vol. 4des Souverains du Monde
fol 450 .
د
Le 3 Novembre Honorine Charlotte de
Berghes femme depuis le 17 Mars
1715 de Louis Joſeph d'Albert , Prince de
Grimberghen & du S. Empire , Conſeiller
d'Etat actuel & privé de l'Empereur , Feldt
Maréchal des armées de Sa Majesté Impériale
, Colonel de ſon Régiment des Gardes
(
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
à pied & fon Ambaſſadeur Extraordinaire
auprès du Roi , mourut à Paris dans la
ſoixante-quatrième année de ſon âge. Elle
avoit été Chanoineſſe de Mons ; elle étoit
Niéce de Georges Louis de Berghes Evéque
& Prince de Liége & du S. Empire ,
mort le 4 Decembre 1743. Elle étoit
fille de Philippe François de Berghes
Prince de Berghes , Chevalier de la Toifon
d'Or, & Gouverneur de Bruxelles , mort le
13 Septembre 1704 & , de Marie Jacqueline
de Lalain , & avoit eu de ſon Mariage
avec M. le Prince de Grimberghen de la
Maiſon d'Albert Luynes , & oncle de M.
le Maréchal Duc de Chaulnes dont la mort
va être raportée ſous le du préſent mois
Théreſe Pelagie d'Albert Luynes , née Princeffe
de Grimberghen en 1722 , mariée le
25 Janvier 1735 avec Marie Charles Louis
d'Albert à préſent Duc de Chevreuſe fon
coufin du 4 au deuxième dégré , & morte
fans enfans les Juillet 1736. La Maiſon
de Berghes eſt une branche des Anciens
Ducs de Brabant connue ſous le nom de
Glimes & marquée entre les plus grandes
Maiſons du Pays , par ſes alliances, par fon
illuſtration , & par l'entrée qu'elle a eu de
tous les tems dans les. Chapitres les plus
nobles ; elle porte pour armes coupé au 1.
de ſable à un Lion d'Or parti d'Or à 3 pals
DECEMBRE. 1744. 203
de gueules ; au deuxième de Sinople à 3 Lozanges
d'argent poſées deux & une : voyez
les Souverains du monde , imprimés à Paris
en 1734 vol. 1. fol. 320.
Le 9 Louis Auguſte d'Albert d'Ailly Duc
de Chaulnes , Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Vidame d'Amiens
, Gouverneur de la même Ville &
de celle de Corbie , & ci-devant Capitaine
Lieutenant des Chevau - legers de la Garde
de ſa Majesté ,mourut à Paris agé de 67
ans , étant né le 22 Decembre 1676 du
Mariage de Charles Honoré d'Albert Duc
de Luynes , de Chevreuſe & de Chaulnes ,
Pair de France Gouverneur & Lieutenant
Genéral pour le Roi de la Province de Guyenne,
Chevalier des Ordres de Sa Majesté, LieutenantGénéral
de fes armées & Capitaine
Lieutenant des Chevau - legers de la Garde ,
mort le 6Novembre 1712 , &de JeanneMa-
-rieColbert morte le 26 Juin 1732. Il commença
à ſervir dans la ſeconde Compagnie
des Mouſquetaires en 1693 , fut depuis fucceſſivement
Lieutenant dans le Régiment
du Roi Infanterie en 1694 , Capitaine dans
le même Régiment en 1695 , Colonel d'un
Régiment d'Infanterie la même année , Meftre
de Camp d'un Régiment de Dragons ,
par lamort du Chevalier d'Albert tué à Car
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
py le 9 Juillet 1701. Il traita de la Charge
de Sous-Lieutenant de la Compagnie des
Chevau - legers de la Garde du Roi en
1702 , fut fait Brigadier le 10 Fevrier
1704 & fut pourvu le 2 Novembre de la
même année de la Charge de CapitaineLieutenant
de la même Compagnie des Chevaulegers
par la mort du Duc de Montfort fon
frere ainé; il fut fait Maréchal de Camp le
19 Juin 1708 , Lieutenant Général des armées
du Roi le 8 Mars 1718 , & fut nommé
Chevalier desOrdres & reçu le 3 Juin 1724:
il eut au mois Février 1729 les Gouvernements
des Villes d'Amiens & de Corbie , fut
nommé au mois d'Avril 1734 pour être employé
dans l'armée d'Allemagne en qualité
de Lieutenant Général, dont il fit la fonction
au fiége de Philifbourg , de même que dans
la campagne de 1735 dans la même armée,
enfin ſes Services lui firent mériter le bâton
de Maréchal de France à la promotion du 11
Fevrier 1741 ; il avoit été marié le 22 Fevrier
1704 avec Marie Anne Romaine de
Beaumanoir Lavardin, fille de Henri Charles
de Beaumanoir Marquis de Lavardin, Che
valier des Ordres du Roi, Lieutenant Géné-
-ral des armées de Sa Majefté & au Gouvernement
de la Haute & Baffe Bretagne &
ei-devant fon Ambaſſadeur Extraordinaire
à Rome , & d'Anne Louiſe Marie de Noailles;
de ce Mariage font né entre-autres EnDECEMBRE.
1744. 205
y
fans 1. Louis Marie d'Albert d'Ailly , Vidame
d'Amiens recu en ſurvivance de ſon pere
le 5 Avril 1717 enla Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Chevaulegers
de la Garde du Roi, mort ſans être
marié en 1724.2.Charles- François d'Albert
d'Ailly Ducde Picquigny , Pair de France
Capitaine Lieutenant de la Compagnie des
Chevau-legers de la Garde du Roi parla
démiffion de ſon Pere , mort le 14 Juillet
1731 ne laiffant qu'une fille morte à l'âge
de fix ans le 13 Mai 1736 , 3. Michel Ferdinand
d'Albert d'Ailly Duc de Picquigny ,
à préſent de Chaulnes , Pair de France , Ca-
• pitaine Lieutenant des Chevaux- legers de la
Garde du Roi ſur la démiſſion de fon Pere
du 19 Fevrier 1735 , & Maréchal des Camps
& armées du Roi du ... Juin 1743 , marié depuis
le 25 Fevrier 1734 avec Anne Joſephe
Bonnier Fille de Joſeph Bonnier Baron de
la Mofſon près Montpellier, Secretaire du
Roi & Treforier Général des Etats de Languedoc,&
d'Anne Melon,dont il a un fils, âgé
de 3 à 4 ans en 1744 : voyez la Généalogie
de la Maiſon d'Albert dans l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne vol 4 fol
263.
Le 12 Eminentiſſeme & Reverendiffime
• Monſeigneur Leon Potier de Gefures , Cardinal
, Prêtre de la Sainte Egliſe Romaine
ancien Patriarche - Archevêque de Bour-
و
106 MERCURE DE FRANCE.
ges , Primat des Aquitaines , Commandeur
des Ordres du Saint Eſprit du 3 Juin 1724,
Abbé Commandataire des Abbayes de Saint
Amand Ordre de S. Benoist Diocéſe de
Tournay depuis 1720,de S. Landelin de
Creſpin Ordre de S. Benoît Diocèſe de Cambray
depuis 1725, de S. Pierre d'Auri sc
Diocèſe de S. Flour depuis 1679 , de Notre-
Dame de Bernay O. S. B. Diocèſe de Lizieux
depuis 1666 , de l'Archimonaftere S.
Remy de Reims O. S. B. depuis l'an 1729 ,
cidevant Conſeiller auConſeildeConſcience,
mourut à Paris dans la quatre-vingt huitieme
année de fon âge étantné le 15 Août 1656 .
Il avoit été nommé à l'Archevêché de Bourges
le 29 mai 1694, & fut créé CardinalPrétre
par le PapeClement XI ſur la nomination
duRoi de Pologne le 29 Mai 1719. Il étoit
fils puîné de LeonPotier Duc de Geſvres Pair
de France Chevalier des Ordres du Roi, Premier
Gentilhomme de la hambre de SaMajeſté,
Lieutenant Général de ſes armées, Gouverneur
de laVille de Paris,mort le 9Decembre
1704, &deMarie- Françoiſe-Angélique
Duval de Fontenay Mareuil ſa premiere femme
, morte le 4 Octob. 1702 : le Frere aîné
de M. le Cardinal de Geſvres , étoit François-
Bernard Potier deGeſvres Duc de Trémes
Pair de France,Chevalier des Ordres du Roi ,
Premier Gentilhomme de ſa Chambre , &
DECEMBRE. 1744. 207
Brigadier de ſes armées , Gouverneur de la
Ville de Paris , mort le 12 Avril 1739 ,
laiſſant de fon mariage avec Marie Magdeleine-
Louiſe-Genevieve de Seigliere deBoisfranc
morte le 3 Avril 1702 , 1. François
Joachim - Bernard Potier Duc de Geſvres
Pair de France né le 29 Septembre 1692 ,
Chevalier des Ordres du Roi , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre , Gouverneur de
la Ville de Paris , 2. Louis - Leon Potier
Comte de Trêmes , né le 28 Juillet 1695 ,
Maréchal des Camps & armées du Roi ,marié
depuis le 26 Avril 1729 avec Eléonore
Marie de Montmorency Luxembourg fille
de M. le Maréchal de Montmorency & de
laquelle il n'a qu'un fils, appellé le Marquis de
Geſvres né le 9mai 1733 , non encore baptiſé
, 3. Etienne René Potier né le 2 Janvier
1697 , Evêque & Comte de Beauvais Pair de
France depuis 1728 , & 4 Marie-Françoife
Potier de Gévres née le 25 Decembre 1697 ,
mariée depuis le 17 Septembre 1715 avec
Louis- Marie Victoire de Bethune-Selles , appellé
le Comte de Bethune duquel elle ades
Enfans. Voyez la Généalogie de la Maiſon
de Potier dans l'Hiſtoire des Grands Officiers
de la Couronne vol. 4 fol. 763 .
Le 14 Frere Jean Antoine de Thumery
de Boiſſiſe , Chevalier de l'Ordre de faint
Σ 2
08 MERCURE DE FRANCE.
à
,
Jean de Jerufalem , dans lequel il fut reçu
au Grand Prieuré de France en 1688 , & depuis
Commandeur de Haute-Avennes , en
Flandre entre Douay & Arras , mourut
Paris dans la 63 année de ſon âge , étant né
le 20 Novembre 1682 ; il étoit fils de feu
M. Germain Chriſtophe de Thumery
Chevalier de Boiſſiſe , Preſident de la feconde
Chambre des Enquêtes du Parlement de
Paris , mort le premier Septembre 1714 , &
de Dame Magdeleine le Tellier de Morfan ,
morte le 11 Decembre 1730 , duquel mariage
, outre feu M. le Commandeur de Boifſiſe
qui donne lieu à cet article , étoient nés
1. René de Thumery , Chevalier Seigneur de
Boiſſiſe , aujourd'hui marié depuis 1738 , &
ſans enfans, avec Demoiselle Jacqueline - Marguerite
Richer , 2. Chriftophe Edouart François
de Thumery , auſſi Chevalier de l'Ordre
de ſaint Jean de Jerufalem depuis 1688
& aujourd'hui Commandeur de Beauvais ,
en Gatinois, & 3. Dame Magdeleine de Thumery
, Comteſſe de Bregy. La Famille de
Thumery eſt une des plus conſidérables de la
Ville de Paris par ſon ancienneté , ſes alliances
, & par les charges marquées dans la
Robe qu'elle a poffedées en différens tems .
Le 18 Dame Celeste- Efther Rivié femme de
Louis -Emanuel de Coetlogon- Loyal , appelle
DECEMBRE. 1744 . 209
le Comte de Coetlogon , Brigadier des armées
du Roi , Colonel-Lieutenant du Régiment
d'Infanterie de Penthievre , avec lequel
elle avoit été malice le t Février de
cette année , mourut à Paris dans la vingttroifiéme
année de fon âge , laiſſant un fils
unique nommé Emanuel - Etienne – Marie
de Coetlogon , duquel elle étoit acouchée
quelques jours avant. Elle étoit fille d'Etienne
Rivié Seigneur de Marine & de Riquebourg,
Baron de Chors , Grand Maître des Eaux &
Foreſts de l'Iſfle de France , &de Dame Françoiſe-
Anne-Agathe Marguerite de laRiviere
de Paulmy , d'une des plus anciennes Maifons
de Bretagne. Voyez pour la Généalogie
de la Maiſon de Coetlogon , auffi une
des premieres de la même Province , le ſeptiéme
vol. de l'Hiſtoire des Grands-Officiers
de la Couronne , fol 717.
Le 8.Décembre , Dame Marie-Anne de
Mailly- Nefle , Ducheffe de Chateauroux ,
veuve de Meſſire Jean- Louis de la Tournelle
, Marquis de la Tournelle , Colonel
Lieutenant du Régiment de Condé Infanterie,
mort le 23 Novembre 1740 à l'âge
de 22 ans ſans laiſſer d'enfans , & avec lequel
elle avoit été mariée le 19 Juin 1734 ,
mourut à Paris à l'âge de 27 ans , étant née
le ... Octobre 1717. Elle avoit été Dame
210 MERCURE DE FRANCE.
du Palais de la Reine , & avoit été nommée
pour remplir la Charge de Surintendante
de laMaiſonde Madame la Dauphine. Elle
écoitladerniere desîlles de Louis de Mailly,
Marquis de Nefle & de Mailly , Chevalier
des Ordres du Roi , & de feue Dame Fe'ice-
Armande Mazarini de la Meilleraye ,
Dame du Palais de la Reine , morte le 11
Octobre 1729 âgée de 38 ans , & elle avoit
pour ſoeurs aînées Meſdames les Comteffes
de Mailly &de Vintimille , la Duchefſe de
Lauraguais , & la Marquiſe de Flavacourt.
Pour la Généalogiede laMaiſon de Mailly,
une des plus anciennes &des plus illſtures
de Picardie , voyez le vol. 8 de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne, fol. 625.
Le 15 Décembre Dame Charlotte bleo-
*nore Magdeleine de la Mothe Houdancourt ,
veuve de Louis-Charles de Levis , Duc de
Ventadour, Pair de France , ci-devant Gouvernante
du Roi , de Monſeigneur le Dauphin
, de Monfieur le Ducd'Anjou , & de
Meſdames de France , mourut a Glatigny
dans la 93 année de ſon âge. Elle etoit
Soeur de Meſdames les Ducheſſes d'Aumont ,
& de la Ferté Senecterre & feconde
Fille de Philippe de la Mothe Houdancourt
, Duc de Cardonne en Caralogne, Maréchal
de France , Viceroi de Catalogne ,
mort le 24 Mars 167 , & de Louiſe de
Prie ,mariée le 22 Novembre 1650 ,depuis
,
DECEMBRE. 1744.
Gouvernante des Enfans de France , morte le
6Janvier 1709. agée de 85 ans. La Mere
& la fille ont eu l'honneur d'élever 22
Princes ou Princeſſes de la Maiſon Royale ,
du nombre deſquels font les Rois de France
& d'Eſpagne , & Madame la Ducheſſe de
Ventadour eut encore celui de tenir le Roi
Louis XV. ſur ſes genoux au Lit de Juſtice ,
qui ſe tint au Parlement deux jours après
la mort de Louis XIV , & d'occuper une
Place , où il n'y avoit que la Reine Mere
qui eût été aſſiſe avant elle ; les marques de
fouvenir &de reconnoiſſance que lui donna
le feuRoi , & qui fe trouvent dans ſes dernieres
paroles au Roi Louis XV. ſon arriere
perit fils , feront un monument éternel du
zéle vif & de l'attachement tendre & refpectueux
avec lequel elle s'eſt toujours
acquittée de l'emploi important qui
lui avoit été confié ; n'oubliez jamais dit le
Roi àfon petit fils,les grandes obligations que
vous avez à Madame de Ventadour , pour
moi, Madame , ajouta-t-il en ſe tournant vers
elle,je ſuis bien faché de n'être plusen état de
vous en marquerma reconnoiſſance.
Madame la Ducheſſe de Ventadour avoit
étémariée le 14 Mars 1672 ,& elle n'avoit
eû de ſon Mariage que Anne-Genevieve de
Levis , née le .. Février 1673. mariée 1º. le
16 Février 169 1 à Louis-Charles de laTourd'Auvergne
appellé le Prince de Turenne,tut
212 MERCURE DE FRANCE
à Steinkerque en 1692. ſans laiſſer d'enfans.
20. le 15 Fevrier 1694. à Hercule Meriadec
Duc de Rohan Rohan , Prince de Soubiſe
appellé le Prince de Rohan , & morte la
nuit du 20 au 21 Mers 1727. laiſſant feu M.
le Prince de Soubiſe , Pere de M. le Prince
de Soubiſe , & de M. le Coadjuteur de Strafbourg
; voyez le volume 7 de l'Histoire
des Grands Officiers de la Couronne , fol.
530. pour la Généalogie de la Maiſon de la
Mothe Houdancourt , de laquelle il ne refte
aujourd'hui que Louis Charles de la Mothe
Houdancourt , Neveu à la mode de Bretagne
de feue Madame de Ventadour,
Comte de la Mothe Houdancourt , Grand
d'Eſpagne de la premiere Claſſe , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Chevalier de
ſes Ordres , & Chevalier d'honneur de la
Reine.
Fermer
1870
p. 212
EPITAPHE de Madame la Duchesse de Ventadour.
Début :
Cy gist qui passa dix huit lustres ; [...]
Mots clefs :
Duchesse de Ventadour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE de Madame la Duchesse de Ventadour.
EPITAPHE de Madame la Duckere
de Ventadour.
C
y gift qui paſſa dix huit luftres ;
Helas ! ce ne fut point affés ;
Dans des Gouvernemens illuftres
Ses pieux jours font écoulés ;
Ils fignalerent fa ſageſſe
Son zéle & fon attachement :
Et les Eleves qu'elle laiffe
En font l'Augufte monument.
de Ventadour.
C
y gift qui paſſa dix huit luftres ;
Helas ! ce ne fut point affés ;
Dans des Gouvernemens illuftres
Ses pieux jours font écoulés ;
Ils fignalerent fa ſageſſe
Son zéle & fon attachement :
Et les Eleves qu'elle laiffe
En font l'Augufte monument.
Fermer
1871
p. 157-158
AUTRE.
Début :
Je suis fille de Roi, sans esprit & sans corps ; [...]
Mots clefs :
Tontine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E fuis fille de Rói , fans efprit & fans corps ;
Avec mes enfans je prens vie ,
Je retourne avec eux dans le fejour des morts .
Le même lait à s'aimer les convie ,
Et cependant freres dénaturés ,
Chacun d'eux voudroit voir les autres expirés.
Ils deviennent bientôt pourriture & pouffiere :
Mais moi qui fuis leur mere , après un certa in tem
Je retrouve lavie avec d'aues enfans ,
Qui comme les premiers à leur heure derniere
Dans le même tombeau renfermeront leur mere :
158 MERCURE DE FRANCE
Et c'eft ainfi que fucceffivement
Sans éprouver les coups de la maligne envie
De la mort je paffe à la vie ,
Et de la vie au monument ,
Mais fi-tôt que j'en fors , le bruit de ma naiſſance
Que je prends au ſein de la France ,
Et qui pour moi n'eſt qu'un reveil
M'annonce en tous les lieux qu'éclaire le foleil :
Alors d'adorateurs une troupe fidelle ,
De tout Pays vient me montrer fon zéle¸
Et repand en mon ſein avec profuſion
Le lait qui me nourrit , & dont en ma jeuneffe,
Prodige d'admiration !
Plus avare qu'en ma vieilleffe
Je fais moins de largeffe.
Lecteur , à ce portrait
Tu dois connoitre trait pour
Celle qui dans la France
trait
- Depuis trois mois a pris naiffance.
E fuis fille de Rói , fans efprit & fans corps ;
Avec mes enfans je prens vie ,
Je retourne avec eux dans le fejour des morts .
Le même lait à s'aimer les convie ,
Et cependant freres dénaturés ,
Chacun d'eux voudroit voir les autres expirés.
Ils deviennent bientôt pourriture & pouffiere :
Mais moi qui fuis leur mere , après un certa in tem
Je retrouve lavie avec d'aues enfans ,
Qui comme les premiers à leur heure derniere
Dans le même tombeau renfermeront leur mere :
158 MERCURE DE FRANCE
Et c'eft ainfi que fucceffivement
Sans éprouver les coups de la maligne envie
De la mort je paffe à la vie ,
Et de la vie au monument ,
Mais fi-tôt que j'en fors , le bruit de ma naiſſance
Que je prends au ſein de la France ,
Et qui pour moi n'eſt qu'un reveil
M'annonce en tous les lieux qu'éclaire le foleil :
Alors d'adorateurs une troupe fidelle ,
De tout Pays vient me montrer fon zéle¸
Et repand en mon ſein avec profuſion
Le lait qui me nourrit , & dont en ma jeuneffe,
Prodige d'admiration !
Plus avare qu'en ma vieilleffe
Je fais moins de largeffe.
Lecteur , à ce portrait
Tu dois connoitre trait pour
Celle qui dans la France
trait
- Depuis trois mois a pris naiffance.
Fermer
1872
p. 63-84
REPONSE Au Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon, sur cette question : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Par un Citoyen de Genève.
Début :
Le Discours du Citoyen de Genéve a de quoi surprendre, & l'on sera [...]
Mots clefs :
Sciences, Esprit, Moeurs, Vertu, Hommes, Temps, Ignorance, Nature, Savants, Religion, Citoyen de Genève, Homme, Vices, Arts, Coeur, Vertueux, Science, Vérité, Vertus, Vrai, Raison, Force, Innocence, Lumières, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE Au Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon, sur cette question : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Par un Citoyen de Genève.
REPONSE
Au Difcours qui a remporté le Prix de l'A
cadémie de Dijon ,fur cette question : Si le
rétabliffement des Sciences & des Arts S
a contribué à épurer les moeurs . Par um :
Citoyen de Genève.
La
E Difcours du Citoyen de Genéve
a de quoi furprendre , & l'on fera
peut être également furpris de le voir
couronné par une Académie célébre .
Eft ce fon fentiment particulier que
l'Auteur a voulu établir ? N'eft ce qu'un
Paradoxe dont il a voulu amufer le Pa
64 MERCUREDE FRANCE.
blic ? Quoiqu'il en foit , pour réfuter ſon
opinion , il ne faut qu'en examiner les
preuves , remettre l'Anonime vis - à vis des
vérités qu'il a adoptées , & l'oppofer luimême
à lui- même. Puiffai je , en le combat.
tant par fes principes , le vaincre par fes
armes & le faire triompher par fa propre
défaite !
Sa façon de penfer annonce un coeur
vertueux. Sa maniére d'écrire décéle un
efprit cultivé ; mais s'il réunit effectivement
la Science à la Vertu , & que l'une
( comme il s'efforce de le prouver ) foit
incompatible aavveecc ll''aauuttrree ,, comment fa
doctrine n'a- t- elle pas corrompu fa fageffe,
ou comment fa fageffé ne l'a t - elle pas déterminé
à refter dans l'ignorance ? A- t'il
donné à la Vertu la préférence fur la Science
? Pourquoi donc nous étaler avec tant
d'affectation une érudition fi vafte & firecherchée
? A-t'il préféré , au contraire , la
Science à la Vertu ? Pourquoi , donc nous
prêcher avec tant d'éloquence celle - ci au
préjudice de celle - là ? Qu'il commence par
concilier des contradictions fi finguliéres ,
avan: que de combattreles notions communes
, & avant que d'attaquer les autres ,
qu'il s'accorde avec lui - même..
N'auroit- il prétendu qu'exercer fon efprit
& faire briller fon imagination . Ne
{
SEPTEMBRE. 1751 65
Lui envions pas le frivole avantage d'y
avoir réuffi ; mais que conclure en ce cas
de fon Difcours ? Ce qu'on conclut après
la lecture d'un Roman ingénieux ; en vain
un Auteur prête à des fables les couleurs
de la vérité , on voit fort bien qu'il
ne croit pas ce qu'il feint de vouloir
perfuader.
-
Pour moi , qui ne me flatte , ni d'avoir
affez de capacité pour en appréhender
quelque chofe au préjudice de mes moeurs,
ni d'avoir affez de vertu pour pouvoir en
faire beaucoup d'honneur à mon ignorance
, en m'élevant contre une opinion fi peu
foutenable , je n'ai d'autre intérêt que de
foutenir celui de la vérité. L'Auteur trou
vera en moi un Adverfaire impartial ; je
cherche même à me faire un mérite auprès
de lui en l'attaquant , tous mes ef
forts , dans ce combat , n'ayant d'autre
but que de réconcilier fon efprit avec fon
coeur , & de me procurer la fatisfaction
de voir réunies dans fon aine , les Sciences
que j'admire avec les Vertus que j'aime..
PREMIERE PARTIE.
Les Sciences fervent à faire connoître le
vrai , le bon , l'utile en tout genre : Connoiffance
précieuſe , qui en éclairant les:
66 MERCURE DE FRANCE.
efprits , doit naturellement contribuer à
épurer les moeurs ..
La vérité de cette propofition n'a befoin
que d'être préfentée pour être crue.
Auffi ne m'arrêterai- je pas à la prouver ;
je mattache feulement à réfuter les fophifmes
ingénieux de celui qui ofe la combattre.
Dès l'entrée de fon Difcours , l'Auteur
offre à nos yeux le plus beau fpectacle ;
il nous repréfente l'homme aux prifes ,
pour ainfi dire , avec lui -même , fortant
en quelque manière du néant de fonigno .
rance , diffipant par les efforts de fa raifon
les ténébres dans lesquelles la Nature l'avoit
enveloppé , s'élevant par l'efprit jufques
dans les plus hautes fphères des régions
céleftes , afferviffant à fon calcul
les mouvemens des Aftres , & mefurant
de fon compas la vafte étendue de l'Univers
, rentrant enfuite dans le fond de
fon coeur & fe rendant compte à luimême
de la nature de fon ame , de fon
excellence , de fa haute deftination .
9.
Qu'un pareil aveu , arraché à la vérité
, eft honorable aux Sciences ! Qu'il
en montre bien la néceffité & les avantages
! Qu'il en a dû coûter à l'Auteur d'être
forcé à le faire , & encore plus à le
rétracter !
SEPTEMBRE. 1751 . 67
La Nature , dit- il , eft affez belle par
elle - même , elle ne peut que perdre à
être ornée. Heureux les hommes , ajoûtet-
il , qui fçavent profiter de fes dons fans.
les connoître ! C'eft à la fimplicité de leur
efprit qu'ils doivent l'innocence de leurs.
moeurs. La belle morale que nous débite
ici le Cenfeur des Sciences & l'Apologifte
des meurs ! Qui fe feroit attendu
que de pareilles réflexions dûffent:
être la fuite des principes qu'il vient d'établir
!
La Nature d'elle- même eft belle , fans .
doure ; mais n'eft- ce pas à en découvrir
les beautés , à en pénétrer les fecrets , à
en dévoiler les opérations , que les Sçavans
employent leurs recherches ? Pourquoi
un fi vafte champ eft-il offert à nos
regards? L'efprit , fait pour le parcourir ,
& qui acquiert dans cet exercice , fi digne
de fon activité , plus de force & d'étendue
, doit- il fe réduire à quelques perceptions
paffagéres , ou à une ftupide admiration
? Les moeurs feront - elles moins
res , parce que la raifon fera plus éclairée ,
& à mesure que le flambeau qui nous eft:
donné pour nous conduire , augmentera
de lumières , notre route deviendra - t- elle
moins aifée à trouver , & plus difficile à
tenir ? A quoi aboutiroient tous les dons .
pu68
MERCURE DE FRANCE.
que le Créateur a faits à l'homme ? Si borné
aux fonctions organiques de fes fons ,
il ne pouvoit feulement qu'examiner ce
qu'il voit , réfléchir fur ce qu'il entend ,
difcerner par l'odorat les rapports qu'ont
avec lui les objets , fupléer par le ract au
défaut de la vuë , & juger par le goût de
ce qui lui eft avantageux ou nuisible . Sans
la raifon qui nous éclaire & nous dirige ,
confondus avec les bêtes , gouvernés par
l'inftinct , ne deviendrions- nous pas bientôt
auffi femblables à elles par nos actions,
que nous le fommes déja par nos beſoins ?
Ce n'eft que par le fecours de la réflexion
& de l'étude , que nous pouvons parvenir
à régler l'ufage des chofes fenfibles qui
font à notre portée , à corriger les erreurs
de nos fens , à foumettre le corps à l'empire
de l'efprit , à conduire l'ame , cette
fubftance fpirituelle & immortelle , à la
connoiffance de fes devoirs & de fa fin.
Comme c'eft principalement par leurs
effets fur les moeurs , que l'Auteur s'attache
à décrier les Sciences , pour les venger d'une
fi fauffe imputation , je n'aurois qu'à
rapporter ici les avantages que leur doit la
Société mais qui pourroit détailler les
biens fans nombre qu'elles y apportent
& les agrémens infinis qu'elles y répan
dent Plus elles font cultivées dans un
I
SEPTEMBRE. 1751. 69
Etat , plus l'Etat eft floriffant ; tout y languiroit
fans elles .
Que ne leur doit pas P'Artifan
, pour
tout ce qui contribue à la beauté , à la folidité
, à la proportion , à la perfection
de fes ouvrages ? Le Laboureur , pour les
differentes façons de forcer la terre à payer
à fes travaux les tributs qu'il en attend .
Le Médecin , pour découvrir la nature
des maladies , & la propriété des remédes.
Le Jurifconfulte pour difcerner l'efprit
des Loix & la diverfité des devoirs.
Le Juge , pour démêler les artifices de la
cupidité d'avec la fimplicité de l'innocence
, & décider avec équité des biens &
de la vie des hommes. Tout Ciroyen ,
de quelque profeffion , de quelque condition
qu'il foit , a des devoirs à remplir ,
& comment les remplir fans les connoître ?
Sans la connoiffance de l'Hiftoire , de la
Politique , de la Religion , comment ceux
qui font préposés au Gouvernement des
Etats , fauroient - ils y maintenir l'ordre
, la fubordination , la fûreté , l'abondance
?
La curiofité , naturelle à l'homme , lui
infpire l'envie d'apprendre ; fes befoins
lui en font fentir la néceffité , fes emplois
lui en impofent l'obligation , fes progrès
lui en font goûter le plaifir. Ses premiéres
70 MERCURE DE FRANCE.
découvertes augmentent l'avidité qu'il a
de fçavoir ; plus il connoît , plus il fent
qu'il a de connoiffances à acquérir ; &
plus il a de connoiffances acquifes , plus il
a de facilité à bien faire .
Le Citoyen de Genève ne l'auroit- il pas
éprouvé Gardons- nous d'en croire à fa
modeftie ; il prétend qu'on feroit plus
vertueux fi l'on étoit moins fçavant : Ce
font les Sciences , dit- il , qui nous font
connoître le mal . Que de crimes , s'écriet'il
, nous ignorerions fans elles ! Mais
l'ignorance du vice eft elle donc une Vertu
? Eft- ce faire le bien que d'ignorer le
mal ? Et fi s'en abftenir , parce- qu'on ne le
connoît pas , c'eft là ce qu'il appelle être
vertueux , qu'il convienne du moins que ce
n'eft pas l'être avec beaucoup de mérite ;
c'eft s'expofer à ne pas l'être long- tems ;
c'eft ne l'être que jufqu'à ce que quelque
objet vienne folliciter les penchans natu
rels , ou que quelque occafion vienne réveiller
des paffions endormies.Il me femble voir
un faux brave , qui ne fait montre de fa
valeur , que quand il ne fe préfente point
d'ennemis ; un ennemi vient-il à paroî .
tre Faut - il fe mettre en défenſe ? Le
courage manque , & la vertu s'évanouit .
Si les Sciences nous font connoître le mal .
elles nous en font connoître auffi le reméSEPTEMBRE.
1751. 71
de. Un Botaniste habile fçait démêler les
plantes falutaires d'avec les herbes veni .
meufes, tandis que le vulgaire, qui ignore
également la vertu des unes & le poifon
des autres , les foule aux pieds fans diftinction
, ou les cueille fans choix . Un
homme éclairé par les Sciences , diftingue
dans le grand nombre d'objets qui s'offrent
à fes connoiffances , ceux qui méritent
fon averfion , ou fes recherches : il trouve
dans la difformité du vice & dans le trouble
qui le fuit, dans les charmes de la Vertu
, & dans la paix qui l'accompagne ,
de quoi fixer fon eftime & fon goût pour
l'une , fon horreur & fes mépris pour
l'autre , il eft fage par choix , il eft folidedement
vertueux .
Mais , dit- on , il y a des Pays , où fans
Science , fans étude , fans connoître en
détail les principes de la Morale , on la
pratique mieux que dans d'autres où elle
eft plus connue , plus louée , plus hautement
enfeignée. Sans examiner ici , à la
rigueur , ces parallèles qu'on fait fi fouvent
de nos moeurs avec celles des anciens
ou des étrangers : Paralléles
odieux , où il entre moins de zéle & d'équité
que d'envie contre fes Compatriotes,
& d'humeur contre fes Contemporains :
N'est- ce point au climat , au tempéra-
›
72 MERCURE DE FRANCE.
ment , au manque d'occafion , au défaut
d'objet , à l'oeconomie du Gouvernement ,
aux Coûtumes , aux Loix , à toute autre
caufe qu'aux Sciences , qu'on doit attribuer
cette difference qu'on remarque quelquefois
dans les moeurs , en differens
Pays & en differens tems ? Rappeller fans
ceffe cette fimplicité primitive dont on
fait tant d'éloges , fe la repréfenter toujours
comme la compagne inféparable de
l'innocence , n'eft- ce point tracer un portrait
en idée pour ſe faire illufion ? Où vit
on jamais des hommes fans défauts , fans
défirs , fans paffions ? Ne portons- nous pas
en nous-mêmes le germe de tous les vices ?
Et s'il fut des tems , s'il eft encore des climats
où certains crimes foient ignorés ,
n'y voit- on pas d'autres défordres ? N'en
voit-on pas encore de plus monftrueux
chez ces Peuples dont on vante la ftupidité
? Parce que l'or ne tente pas leur cupidité,
parce que les honneurs n'excitent pas
leur ambition , en connoiffent- ils moins
l'orgueil & l'injuftice ? Y font-ils moins
livrés aux baffefles de l'envie , moins emportés
par la fureur de la vengeance ?
Leurs fens groffiers font- ils inacceffibles à
l'attrait des plaifirs ? Et à quels excès ne
fe porte pas une volupté qui n'a point de
régles & qui ne connoît point de frein ?
Mais
SEPTEMBRE. 1751. 73
Mais quand même , dans ces Contrées fauvages,
il y auroit moins de crimes que dans
certains Nations policées , y a- t- il autant
de vertus ? Y voit- on , fourtout, ces vertus
fublimes , cette pureté de moeurs , ce défintéreffement
magnanime , ces actions furnaturelles
qu'enfante la Religion ?
Tant de grands hommes qui l'ont défenduc
par leurs ouvrages , qui l'ont fait admirer
par leurs moeurs , n'avoient- ils pas
puifé dans l'étude ces lumiéres fupérieures
qui ont triomphé des erreurs & des vices?
C'eft le faux bel efprit , c'eft l'ignorance
présomptueufe , qui font éclore les
doutes & les préjugés ; c'eft l'orgueil ,
c'est l'obftination qui produifent les ſchifmes
& les héréfies ; c'eft le Pyrrhoniſme ,
c'eft l'incrédulité qui favorifent l'indépen
dance , la révolte , les paffions , tous les
forfaits. De tels averfaires font honneur
à la Religion . Pour les vaincre , elle n'a
qu'à paroître ; feule , elle a de quoi les
confondre tous ; elle ne craint que de
n'être pas affez connue , elle n'a befoin
que d'être approfondie pour fe faire refpecter
; on l'aime dès qu'on la connoît ;
à mesure qu'on l'approfondit davantage
, on trouve de nouveaux motifs pour
la croire , & de nouveaux moyens pour
la pratiquer. Plus le Chrétien exami
D、
74 MERCURE DE FRANCE .
mine l'authenticité de fes Tîtres , plus il
fe raffure dans la poffeffion de fa croyance ;
plus il étudie la révélation , plus il fe fortifie
dans la foi. C'eft dans les Divines Ecritures
qu'il en découvre l'origine & l'excellence
; c'eft dans les doctes Ecrits des Peres
de l'Eglife qu'il en fuit de fiécle en ſiécle
le développement ; c'eft dans les Livres
de Morale & les Annales faintes qu'il en
voit les exemples , & qu'il s'en fait l'application
.
Quoi ! L'ignorance enlevera à la Religion
& à la vertu des lumiéres fi pures ,
des appuis fi puiffans , & ce fera à elle
qu'un Docteur de Genéve enfeignera hautement
qu'on doit la régularité des moeurs !
On s'étonneroit davantage d'entendre un
fi étrange paradoxe , fi on ne fçavoit que
la fingularité d'un fyftême , quelque dangereux
qu'il foit , n'eft qu'une raifon de
plus pour qui n'a pour régle que l'efprit
particulier. La Religion étudiée eft pour
tous les hommes la régle infaillible des
bonnes moeurs. Je dis plus , l'étude même
de la Nature contribue à élever les fentimens
, à régler la conduite , elle raméne
naturellement à l'admiration , à l'amour
à la reconnoiffance , à la foumiffion , que
toute ame raisonnable fent être dues au
Tout -Puiffant. Dans le cours régulier de
SEPTEMBRE. 1751. 75
·
ces globes immenfes qui roulent fur nos
têtes , l'Aftronome découvre une Puiffance
infinie. Dans la proportion exacte de
toutes les parties qui compofent l'Univers
, le Géometre apperçoit l'effet d'une
intelligence fans bornes. Dans la fucceffion
des tems , l'enchaînement des caufes
aux effets , la végétation des plantes , l'organiſation
des animaux , la conftante uniformité
& la variété étonnante des differens
Phénoménes de la Nature , le Phyficien
n'en peut méconnoître l'Auteur , le Confervateur
, l'Arbitre & le Maître.
De ces réflexions le vrai Philofophe
defcendant à des conféquences pratiques ,
& rentrant en lui-même , après avoir vainement
cherché dans tous les objets qui
l'environnent , ce bonheur parfait après
lequel il foupire fans ceffe , & ne trouvant
rien ici bas qui réponde à l'immenfité de
de fes défirs , fent qu'il eft fair pour quelque
chofe de plus grand que tout ce qui
eft créé ; il ſe retourne naturellement vers
fon premier principe & fa derniére fin :
heureux , fi docile à la Grace , il apprend
à ne chercher la félicité de fon coeur que
dans la poffeffion de fon Dieu !
SECONDE PARTIE.
Ici l'Auteur anonyme donne lui - même
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
l'exemple de l'abus qu'on peut faire de
l'érudition , & de l'afcendant qu'ont fur
l'efprit les préjugés. Il va fouiller dans
les fiécles les plus reculés. Il remonte à la
la plus haute antiquité. Il s'épuiſe en raifonnemens
& en recherches pour trouver
des fuffrages qui accréditent fon opinion.
Il cite des témoins qui attribuent à la culture
des Sciences & des Arts , la décadence
des Royaumes & des Empires. Il impute
aux Sçavans & aux Artiftes le luxe & la
molleffe , fources odinaires des plus étranges
révolutions.
Mais l'Egypte , la Grèce , la République
de Rome , l'Empire de la Chine ,
qu'il ofe appeller en témoignage en faveur
de l'ignorance , au mépris des Sciences &
au préjudice des moeurs , auroient dû rappeller
à fon fouvenir ces Législateurs fameux
, qui ont éclairé par l'étenduë de
leurs lumieres , & réglé par la fageffe de
leurs Loix, ces grandsEtats dont ils avoient
pofé les premiers fondemens : Ces Orateurs
célébres qui les ont foutenus fur le penchant
de leur ruine , par la force victorieufe
de leur fublime éloquence : Ces
Philofophes , ces Sages , qui par leurs doctes
écrits , & leurs vertus morales , ont
illuftré leur Patrie , & immortaliſé leur
nom.
SEPTEMBRE. 17518 77
Quelle foule d'exemples éclatans ne
pourrois- je pas oppofer au petit nombre
d'Auteurs hardis qu'il a cités ? Je n'aurois
qu'à ouvrir les Annales du monde . Par
combien de témoignages inconteftables ,
d'auguftes monumens , d'ouvrages immortels
, l'Hiftoire n'attefte- t- elle pas que
les Sciences ont contribué partout au bonheur
des hommes , à la gloire des Empi
res , au triomphe de la Vertu ?
Non , ce n'eft pas du fond des Sciences
, c'eft du fein des richeffes que font
nés de tout tems la molleffe & le luxe ;
& dans aucun tems les richeſſes n'ont été
l'appanage ordinaire des Sçavans . Pour un
Platon dans l'opulence , un Ariftipe accrédité
à la Cour , combien de Philofophes
réduits au manteau & à la beface , enveloppés
dans leur propre vertu & ignorés
dans leur folitude ! Combien d'Homeres
& de Diogenes , d'Epictetes & d'Elopes
dans l'indigence ! Les Sçavans n'ont ni
le goûr ni le loifir d'amaffer de grands
biens. Ils aiment l'érude ; ils vivent dans
la médiocrité , & une vie laborieufe &
modérée , paffée dans le filence de la retraite
, occupée de la lecture & du travail ,
n'eft pas affurément une vie voluptueufe
& criminelle . Les commodités de la
vie , pour être fouvent le fruit des Arts,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
n'en font pas davantage le partage des
Artiftes ; il ne travaillent que pour les
riches , & ce font les riches oififs qui profitent
& abufent des fruits de leur induftrie.
L'effet le plus vanté des Sciences & des
Arts , c'eft , continue l'Auteur , cette
politeffe introduite parmi les hommes ,
qu'il lui plait de confondre avec l'artifice
& l'hypocrifie Politeffe , felon lui , qui
ne fert qu'à cacher les défauts & à masquer
les vices. Voudroit-il donc que le vice
parût à découvert ; que l'indécence fût
jointe au défordre & le fcandale au crime
? Quand , effectivement , cette poli
teffe dans les maniéres ne feroit qu'un raffinement
de l'amour propre , pour voiler
les foibleffes , ne feroit- ce pas encore un
avantage pour la Société , que le vicieux
n'osât s'y montrer tel qu'il eft , & qu'il fût
forcé d'emprunter les livrées de la bienféance
& de la modeftie ? On l'a dit , & il
eft vrai , l'hypocrifie , toute odieufe qu'elle
eft en elle- même , eft pourtant un hommage
que le vice rend à la Vertu ; elle garantit
du moins les ames foibles de la contagion
du mauvais exemple.
Mais c'eft mal connoître les Sçavans , que
de s'en prendre à eux du crédit qu'a dans le
monde cette prétendue politeffe qu'on taxe
de diffimulation ; on peut être poli fans
SEPTEMBRE. 175 I 79
être diffimulé : On peut affurément être
l'un & l'autre fans être bien Sçavant , &
plus communément encore on peut
être
bien fçavant fans être fort poli .
de
L'amour de la folitude , le goût des Livres
, le peu d'envie de paroître dans ce
qu'on appelle le Beau Monde , le peu
difpofition à s'y préfenter avec grace , le
peu d'efpoir d'y plaire , d'y briller , l'ennui
inféparable des converfations frivoles
& prefque infupportables pour des efprits
accoutumés à penfer ; tout concourt à rendre
les belles compagnies auffi étrangeres
pour le Sçavant , qu'il eft lui même étranger
pour elles. Quelle figure feroit- il
dans les Cercles ? Voyez-le avec fon air
rêveur , fes fréquentes diftractions , fon
efprit occupé , les expreffions étudiées ,
fes difcours fententieux , fon ignorance
profonde des modes les plus reçues & des
ufages les plus communs ; bientôt par le
ridicule qu'il y porte & qu'il y trouve ,
par la contrainte qu'il y éprouve & qu'il
y caufe , il ennuye , il eft ennuyé. Il
fort peu fatisfait on eft fort content
>
de le voir fortir. Il cenfure intérieurement
tous ceux qu'il quitte . On raille
hautement celui qui part ; & tandis que
celui- ci gémit fur leurs vices , ceux - là
rient de fes défauts : Mais tous ces dé-
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
fauts , après tout , font affez indifferens
pour les moeurs , & c'eft à ces défauts que
plus d'un Sçavant , peut - être , a l'obligation
de n'être pas auffi vicieux que ceux
qui le critiquent.
Mais avant le régne des Sciences & des
Arts , on voyoit , ajoûte l'Auteur , des
Empires plus étendus , des Conquêtes plus
rapides , des Guerriers plus fameux . S'il
avoit parlé moins en Orateur & plus en
Philofophe , il auroit dit qu'on voyoit
plus alors de ces hommes audacieux , qui
tranfportés par des paffions violentes &
trainant à leur fuite une foule d'eſclaves ,
alloient attaquer des Nations tranquilles ,
fubjuguoient des Peuples qui ignoroient le
mêtier de la guerre , affujettiffoient des
Pays où les Arts n'avoient élevé aucune
barriére à leurs fubites excurfions ; leur valeur
n'étoit que férocité , leur courage que
cruauré , leurs conquêtes qu'inhumanité ;
c'étoient des torrens impétueux qui faifoient
d'autant plus de ravages , qu'ils rencontroient
moins d'obftacles : Aufli à peine
étoient- ils passés , qu'il ne reftoit fur
leurs traces que celles de leur fureur ; nulle
forme de Gouvernement , nulle Loi , nulle
police , nul lien ne retenoit & n'uniffoit à
eux les peuples vaincus.
Que l'on compare à ces tems d'ignoranSEPTEMBRE.
1751. 81
ce & de barbarie ces fiécles heureux
, où les Sciences ont répandu par
tout l'efprit d'ordre & de Juftice. On voit
de nos jours des guerres moins fréquentes ,
mais plus juftes ; des actions moins étonnantes
, mais plus héroïques ; des victoires
moins fanglantes , mais plus glorieufes; des
conquêtes moins rapides , mais plus affurées
; des Guerriers moins violens , mais
plus redoutés , fçachant vaincre avec modération
, traitant les vaincus avec humanité
; l'honneur eft leur guide , la gloire
leur récompenfe. Cependant , dit l'Auteur,
on remarque dans les combats une grande
difference entre les Nations pauvres ,
& qu'on appelle Barbares , & les Peuples
riches , qu'on appelle policés . Il paroit
bien que le Citoyen de Genève ne s'eft
jamais trouvé à portée de remarquer de
près ce qui fe paffe ordinairement dans les
combats. Eft- il furprenant que des Barbares
fe ménagent moins & s'expofent
davantage ? Qu'ils vainquent ou qu'ils
fcient vaincus , ils ne peuvent que gagner
s'ils furvivent à leurs défaites . Mais ce que
l'efpérance d'un vil intérêt , ou plutôt ce
qu'un défefpoir brutal infpire à ces hom
mes fanguinaires , les fentimens , le devoir
P'excitent dans ces ames généreuses qui fe
dévouent à la Patrie , avec cette difference
82 MERCURE DE FRANCE.
que n'a pu obferver l'Auteur , que la valeur
de ceux ci , plus froide , plus réflechie
, plus modérée , plus fçavamment conduite
, eft par là même toujours plus sûre
du fuccès.
Mais enfin Socrate , le fameux Socrate,
s'eft lui- même récrié contre les Sciences de
fon tems ; faut il s'en étonner ? L'orgueil
indomptable des Stoïciens , la molleffe efféminée
des Epicuriens , les raifonnemens
abfurdes des Pyrrhoniens, le goût de la difpute
, de vaines fubtilités , des erreurs fans
nombre, des vices monftrueux , infectoient
pour lors la Philofophie & deshonoroient
les Philofophes . C'étoit l'abus des Sciences
, non les Sciences elles - mêmes que
condamnoit ce grand homme , & nous le
condamnons après lui ; mais l'abus qu'on
fait d'une chofe fuppofe le bon ufage
qu'on en peut faire . De quoi n'abuſe - t'on
pas ? Er parce qu'un Auteur anonyme , par
exemple , pour défendre une mauvaiſe
cauſe , aura abufé une fois de la fécondité
de fon efprit & de la légereté de fa plume,
faudra-t'il lui en interdire l'ufage en d'autres
occafions & pour d'autres fajets plus
dignes de fon génie ? Pour corriger quelques
excès d'intempérance , faut- il arracher
toutes les vignes ? L'yvreffe de l'efprit
a précipité quelques Sçavans dans d'étranSEPTEMBRE.
1791. 83
ges égaremens ; j'en conviens , j'en gémis.
Par les difcours de quelques- uns , dans les
écrits de quelques autres , la Religion a
dégénéré en hypocrifie , la Piété en fuperf
tition , la Théologie en erreur , la Jurifprudence
en chicanne , l'Aftronomie en Aftrologie
, la Phyfique en athéifine : jouet des
préjugés les plus bizarres , attaché aux opinions
les plus abfurdes , entêté des fyftémes
les plus infenfés , dans quels écarts ne
donne pas l'efprit humain , quand livré à
une curiofité présomptueufe , il veut franchir
les limites que lui a marquées la même
main qui a donné des bornes à la merè
Mais en vain ces Alots mugiffent , fe foulevent
, s'élancent avec fureur fur les côtes
oppofées ; contraints de fe replier bien-tôt
fur eux-mêmes , ils rentrent dans le fein de
l'Océan, & ne laiffent fur les bords qu'une
écume légere qui s'évapore à l'inftant , ou
qu'un fable mouvant qui fuit fous nos pas.
Image naturelle des vains efforts de l'ef
prit , quand échauffé par les faillies d'une
imagination dominante , fe laiffant emporter
à tout venr de doctrine , d'un vol
audacieux il veut s'élever au-delà de fa
fphere , & s'efforce de pénétrer ce qu'il ne
lui eft pas donné de comprendre.
Mais les Sciences , bien loin d'autorifer
de pareils excès , font pleines de maximes
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
qui les réprouvent , & le vrai Sçavant ,
qui ne perd jamais de vûe le flambeau de
la révélation , qui fait toujours le guide
infaillible de l'autorité légitime , procéde
avec sûreté , marche avec confiance , avan .
ce à grands pas dans la carriere des Sciences
,fe rend utile à la fociété , honore fa
Patrie , fournit fa courfe dans l'innocence,
& la termine avec gloire.
On trouvera dans le Mercure prochain un
Difcours fur la même matiere , lu dans la Société
Royale de Nancy , par M. Gantier.
Au Difcours qui a remporté le Prix de l'A
cadémie de Dijon ,fur cette question : Si le
rétabliffement des Sciences & des Arts S
a contribué à épurer les moeurs . Par um :
Citoyen de Genève.
La
E Difcours du Citoyen de Genéve
a de quoi furprendre , & l'on fera
peut être également furpris de le voir
couronné par une Académie célébre .
Eft ce fon fentiment particulier que
l'Auteur a voulu établir ? N'eft ce qu'un
Paradoxe dont il a voulu amufer le Pa
64 MERCUREDE FRANCE.
blic ? Quoiqu'il en foit , pour réfuter ſon
opinion , il ne faut qu'en examiner les
preuves , remettre l'Anonime vis - à vis des
vérités qu'il a adoptées , & l'oppofer luimême
à lui- même. Puiffai je , en le combat.
tant par fes principes , le vaincre par fes
armes & le faire triompher par fa propre
défaite !
Sa façon de penfer annonce un coeur
vertueux. Sa maniére d'écrire décéle un
efprit cultivé ; mais s'il réunit effectivement
la Science à la Vertu , & que l'une
( comme il s'efforce de le prouver ) foit
incompatible aavveecc ll''aauuttrree ,, comment fa
doctrine n'a- t- elle pas corrompu fa fageffe,
ou comment fa fageffé ne l'a t - elle pas déterminé
à refter dans l'ignorance ? A- t'il
donné à la Vertu la préférence fur la Science
? Pourquoi donc nous étaler avec tant
d'affectation une érudition fi vafte & firecherchée
? A-t'il préféré , au contraire , la
Science à la Vertu ? Pourquoi , donc nous
prêcher avec tant d'éloquence celle - ci au
préjudice de celle - là ? Qu'il commence par
concilier des contradictions fi finguliéres ,
avan: que de combattreles notions communes
, & avant que d'attaquer les autres ,
qu'il s'accorde avec lui - même..
N'auroit- il prétendu qu'exercer fon efprit
& faire briller fon imagination . Ne
{
SEPTEMBRE. 1751 65
Lui envions pas le frivole avantage d'y
avoir réuffi ; mais que conclure en ce cas
de fon Difcours ? Ce qu'on conclut après
la lecture d'un Roman ingénieux ; en vain
un Auteur prête à des fables les couleurs
de la vérité , on voit fort bien qu'il
ne croit pas ce qu'il feint de vouloir
perfuader.
-
Pour moi , qui ne me flatte , ni d'avoir
affez de capacité pour en appréhender
quelque chofe au préjudice de mes moeurs,
ni d'avoir affez de vertu pour pouvoir en
faire beaucoup d'honneur à mon ignorance
, en m'élevant contre une opinion fi peu
foutenable , je n'ai d'autre intérêt que de
foutenir celui de la vérité. L'Auteur trou
vera en moi un Adverfaire impartial ; je
cherche même à me faire un mérite auprès
de lui en l'attaquant , tous mes ef
forts , dans ce combat , n'ayant d'autre
but que de réconcilier fon efprit avec fon
coeur , & de me procurer la fatisfaction
de voir réunies dans fon aine , les Sciences
que j'admire avec les Vertus que j'aime..
PREMIERE PARTIE.
Les Sciences fervent à faire connoître le
vrai , le bon , l'utile en tout genre : Connoiffance
précieuſe , qui en éclairant les:
66 MERCURE DE FRANCE.
efprits , doit naturellement contribuer à
épurer les moeurs ..
La vérité de cette propofition n'a befoin
que d'être préfentée pour être crue.
Auffi ne m'arrêterai- je pas à la prouver ;
je mattache feulement à réfuter les fophifmes
ingénieux de celui qui ofe la combattre.
Dès l'entrée de fon Difcours , l'Auteur
offre à nos yeux le plus beau fpectacle ;
il nous repréfente l'homme aux prifes ,
pour ainfi dire , avec lui -même , fortant
en quelque manière du néant de fonigno .
rance , diffipant par les efforts de fa raifon
les ténébres dans lesquelles la Nature l'avoit
enveloppé , s'élevant par l'efprit jufques
dans les plus hautes fphères des régions
céleftes , afferviffant à fon calcul
les mouvemens des Aftres , & mefurant
de fon compas la vafte étendue de l'Univers
, rentrant enfuite dans le fond de
fon coeur & fe rendant compte à luimême
de la nature de fon ame , de fon
excellence , de fa haute deftination .
9.
Qu'un pareil aveu , arraché à la vérité
, eft honorable aux Sciences ! Qu'il
en montre bien la néceffité & les avantages
! Qu'il en a dû coûter à l'Auteur d'être
forcé à le faire , & encore plus à le
rétracter !
SEPTEMBRE. 1751 . 67
La Nature , dit- il , eft affez belle par
elle - même , elle ne peut que perdre à
être ornée. Heureux les hommes , ajoûtet-
il , qui fçavent profiter de fes dons fans.
les connoître ! C'eft à la fimplicité de leur
efprit qu'ils doivent l'innocence de leurs.
moeurs. La belle morale que nous débite
ici le Cenfeur des Sciences & l'Apologifte
des meurs ! Qui fe feroit attendu
que de pareilles réflexions dûffent:
être la fuite des principes qu'il vient d'établir
!
La Nature d'elle- même eft belle , fans .
doure ; mais n'eft- ce pas à en découvrir
les beautés , à en pénétrer les fecrets , à
en dévoiler les opérations , que les Sçavans
employent leurs recherches ? Pourquoi
un fi vafte champ eft-il offert à nos
regards? L'efprit , fait pour le parcourir ,
& qui acquiert dans cet exercice , fi digne
de fon activité , plus de force & d'étendue
, doit- il fe réduire à quelques perceptions
paffagéres , ou à une ftupide admiration
? Les moeurs feront - elles moins
res , parce que la raifon fera plus éclairée ,
& à mesure que le flambeau qui nous eft:
donné pour nous conduire , augmentera
de lumières , notre route deviendra - t- elle
moins aifée à trouver , & plus difficile à
tenir ? A quoi aboutiroient tous les dons .
pu68
MERCURE DE FRANCE.
que le Créateur a faits à l'homme ? Si borné
aux fonctions organiques de fes fons ,
il ne pouvoit feulement qu'examiner ce
qu'il voit , réfléchir fur ce qu'il entend ,
difcerner par l'odorat les rapports qu'ont
avec lui les objets , fupléer par le ract au
défaut de la vuë , & juger par le goût de
ce qui lui eft avantageux ou nuisible . Sans
la raifon qui nous éclaire & nous dirige ,
confondus avec les bêtes , gouvernés par
l'inftinct , ne deviendrions- nous pas bientôt
auffi femblables à elles par nos actions,
que nous le fommes déja par nos beſoins ?
Ce n'eft que par le fecours de la réflexion
& de l'étude , que nous pouvons parvenir
à régler l'ufage des chofes fenfibles qui
font à notre portée , à corriger les erreurs
de nos fens , à foumettre le corps à l'empire
de l'efprit , à conduire l'ame , cette
fubftance fpirituelle & immortelle , à la
connoiffance de fes devoirs & de fa fin.
Comme c'eft principalement par leurs
effets fur les moeurs , que l'Auteur s'attache
à décrier les Sciences , pour les venger d'une
fi fauffe imputation , je n'aurois qu'à
rapporter ici les avantages que leur doit la
Société mais qui pourroit détailler les
biens fans nombre qu'elles y apportent
& les agrémens infinis qu'elles y répan
dent Plus elles font cultivées dans un
I
SEPTEMBRE. 1751. 69
Etat , plus l'Etat eft floriffant ; tout y languiroit
fans elles .
Que ne leur doit pas P'Artifan
, pour
tout ce qui contribue à la beauté , à la folidité
, à la proportion , à la perfection
de fes ouvrages ? Le Laboureur , pour les
differentes façons de forcer la terre à payer
à fes travaux les tributs qu'il en attend .
Le Médecin , pour découvrir la nature
des maladies , & la propriété des remédes.
Le Jurifconfulte pour difcerner l'efprit
des Loix & la diverfité des devoirs.
Le Juge , pour démêler les artifices de la
cupidité d'avec la fimplicité de l'innocence
, & décider avec équité des biens &
de la vie des hommes. Tout Ciroyen ,
de quelque profeffion , de quelque condition
qu'il foit , a des devoirs à remplir ,
& comment les remplir fans les connoître ?
Sans la connoiffance de l'Hiftoire , de la
Politique , de la Religion , comment ceux
qui font préposés au Gouvernement des
Etats , fauroient - ils y maintenir l'ordre
, la fubordination , la fûreté , l'abondance
?
La curiofité , naturelle à l'homme , lui
infpire l'envie d'apprendre ; fes befoins
lui en font fentir la néceffité , fes emplois
lui en impofent l'obligation , fes progrès
lui en font goûter le plaifir. Ses premiéres
70 MERCURE DE FRANCE.
découvertes augmentent l'avidité qu'il a
de fçavoir ; plus il connoît , plus il fent
qu'il a de connoiffances à acquérir ; &
plus il a de connoiffances acquifes , plus il
a de facilité à bien faire .
Le Citoyen de Genève ne l'auroit- il pas
éprouvé Gardons- nous d'en croire à fa
modeftie ; il prétend qu'on feroit plus
vertueux fi l'on étoit moins fçavant : Ce
font les Sciences , dit- il , qui nous font
connoître le mal . Que de crimes , s'écriet'il
, nous ignorerions fans elles ! Mais
l'ignorance du vice eft elle donc une Vertu
? Eft- ce faire le bien que d'ignorer le
mal ? Et fi s'en abftenir , parce- qu'on ne le
connoît pas , c'eft là ce qu'il appelle être
vertueux , qu'il convienne du moins que ce
n'eft pas l'être avec beaucoup de mérite ;
c'eft s'expofer à ne pas l'être long- tems ;
c'eft ne l'être que jufqu'à ce que quelque
objet vienne folliciter les penchans natu
rels , ou que quelque occafion vienne réveiller
des paffions endormies.Il me femble voir
un faux brave , qui ne fait montre de fa
valeur , que quand il ne fe préfente point
d'ennemis ; un ennemi vient-il à paroî .
tre Faut - il fe mettre en défenſe ? Le
courage manque , & la vertu s'évanouit .
Si les Sciences nous font connoître le mal .
elles nous en font connoître auffi le reméSEPTEMBRE.
1751. 71
de. Un Botaniste habile fçait démêler les
plantes falutaires d'avec les herbes veni .
meufes, tandis que le vulgaire, qui ignore
également la vertu des unes & le poifon
des autres , les foule aux pieds fans diftinction
, ou les cueille fans choix . Un
homme éclairé par les Sciences , diftingue
dans le grand nombre d'objets qui s'offrent
à fes connoiffances , ceux qui méritent
fon averfion , ou fes recherches : il trouve
dans la difformité du vice & dans le trouble
qui le fuit, dans les charmes de la Vertu
, & dans la paix qui l'accompagne ,
de quoi fixer fon eftime & fon goût pour
l'une , fon horreur & fes mépris pour
l'autre , il eft fage par choix , il eft folidedement
vertueux .
Mais , dit- on , il y a des Pays , où fans
Science , fans étude , fans connoître en
détail les principes de la Morale , on la
pratique mieux que dans d'autres où elle
eft plus connue , plus louée , plus hautement
enfeignée. Sans examiner ici , à la
rigueur , ces parallèles qu'on fait fi fouvent
de nos moeurs avec celles des anciens
ou des étrangers : Paralléles
odieux , où il entre moins de zéle & d'équité
que d'envie contre fes Compatriotes,
& d'humeur contre fes Contemporains :
N'est- ce point au climat , au tempéra-
›
72 MERCURE DE FRANCE.
ment , au manque d'occafion , au défaut
d'objet , à l'oeconomie du Gouvernement ,
aux Coûtumes , aux Loix , à toute autre
caufe qu'aux Sciences , qu'on doit attribuer
cette difference qu'on remarque quelquefois
dans les moeurs , en differens
Pays & en differens tems ? Rappeller fans
ceffe cette fimplicité primitive dont on
fait tant d'éloges , fe la repréfenter toujours
comme la compagne inféparable de
l'innocence , n'eft- ce point tracer un portrait
en idée pour ſe faire illufion ? Où vit
on jamais des hommes fans défauts , fans
défirs , fans paffions ? Ne portons- nous pas
en nous-mêmes le germe de tous les vices ?
Et s'il fut des tems , s'il eft encore des climats
où certains crimes foient ignorés ,
n'y voit- on pas d'autres défordres ? N'en
voit-on pas encore de plus monftrueux
chez ces Peuples dont on vante la ftupidité
? Parce que l'or ne tente pas leur cupidité,
parce que les honneurs n'excitent pas
leur ambition , en connoiffent- ils moins
l'orgueil & l'injuftice ? Y font-ils moins
livrés aux baffefles de l'envie , moins emportés
par la fureur de la vengeance ?
Leurs fens groffiers font- ils inacceffibles à
l'attrait des plaifirs ? Et à quels excès ne
fe porte pas une volupté qui n'a point de
régles & qui ne connoît point de frein ?
Mais
SEPTEMBRE. 1751. 73
Mais quand même , dans ces Contrées fauvages,
il y auroit moins de crimes que dans
certains Nations policées , y a- t- il autant
de vertus ? Y voit- on , fourtout, ces vertus
fublimes , cette pureté de moeurs , ce défintéreffement
magnanime , ces actions furnaturelles
qu'enfante la Religion ?
Tant de grands hommes qui l'ont défenduc
par leurs ouvrages , qui l'ont fait admirer
par leurs moeurs , n'avoient- ils pas
puifé dans l'étude ces lumiéres fupérieures
qui ont triomphé des erreurs & des vices?
C'eft le faux bel efprit , c'eft l'ignorance
présomptueufe , qui font éclore les
doutes & les préjugés ; c'eft l'orgueil ,
c'est l'obftination qui produifent les ſchifmes
& les héréfies ; c'eft le Pyrrhoniſme ,
c'eft l'incrédulité qui favorifent l'indépen
dance , la révolte , les paffions , tous les
forfaits. De tels averfaires font honneur
à la Religion . Pour les vaincre , elle n'a
qu'à paroître ; feule , elle a de quoi les
confondre tous ; elle ne craint que de
n'être pas affez connue , elle n'a befoin
que d'être approfondie pour fe faire refpecter
; on l'aime dès qu'on la connoît ;
à mesure qu'on l'approfondit davantage
, on trouve de nouveaux motifs pour
la croire , & de nouveaux moyens pour
la pratiquer. Plus le Chrétien exami
D、
74 MERCURE DE FRANCE .
mine l'authenticité de fes Tîtres , plus il
fe raffure dans la poffeffion de fa croyance ;
plus il étudie la révélation , plus il fe fortifie
dans la foi. C'eft dans les Divines Ecritures
qu'il en découvre l'origine & l'excellence
; c'eft dans les doctes Ecrits des Peres
de l'Eglife qu'il en fuit de fiécle en ſiécle
le développement ; c'eft dans les Livres
de Morale & les Annales faintes qu'il en
voit les exemples , & qu'il s'en fait l'application
.
Quoi ! L'ignorance enlevera à la Religion
& à la vertu des lumiéres fi pures ,
des appuis fi puiffans , & ce fera à elle
qu'un Docteur de Genéve enfeignera hautement
qu'on doit la régularité des moeurs !
On s'étonneroit davantage d'entendre un
fi étrange paradoxe , fi on ne fçavoit que
la fingularité d'un fyftême , quelque dangereux
qu'il foit , n'eft qu'une raifon de
plus pour qui n'a pour régle que l'efprit
particulier. La Religion étudiée eft pour
tous les hommes la régle infaillible des
bonnes moeurs. Je dis plus , l'étude même
de la Nature contribue à élever les fentimens
, à régler la conduite , elle raméne
naturellement à l'admiration , à l'amour
à la reconnoiffance , à la foumiffion , que
toute ame raisonnable fent être dues au
Tout -Puiffant. Dans le cours régulier de
SEPTEMBRE. 1751. 75
·
ces globes immenfes qui roulent fur nos
têtes , l'Aftronome découvre une Puiffance
infinie. Dans la proportion exacte de
toutes les parties qui compofent l'Univers
, le Géometre apperçoit l'effet d'une
intelligence fans bornes. Dans la fucceffion
des tems , l'enchaînement des caufes
aux effets , la végétation des plantes , l'organiſation
des animaux , la conftante uniformité
& la variété étonnante des differens
Phénoménes de la Nature , le Phyficien
n'en peut méconnoître l'Auteur , le Confervateur
, l'Arbitre & le Maître.
De ces réflexions le vrai Philofophe
defcendant à des conféquences pratiques ,
& rentrant en lui-même , après avoir vainement
cherché dans tous les objets qui
l'environnent , ce bonheur parfait après
lequel il foupire fans ceffe , & ne trouvant
rien ici bas qui réponde à l'immenfité de
de fes défirs , fent qu'il eft fair pour quelque
chofe de plus grand que tout ce qui
eft créé ; il ſe retourne naturellement vers
fon premier principe & fa derniére fin :
heureux , fi docile à la Grace , il apprend
à ne chercher la félicité de fon coeur que
dans la poffeffion de fon Dieu !
SECONDE PARTIE.
Ici l'Auteur anonyme donne lui - même
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
l'exemple de l'abus qu'on peut faire de
l'érudition , & de l'afcendant qu'ont fur
l'efprit les préjugés. Il va fouiller dans
les fiécles les plus reculés. Il remonte à la
la plus haute antiquité. Il s'épuiſe en raifonnemens
& en recherches pour trouver
des fuffrages qui accréditent fon opinion.
Il cite des témoins qui attribuent à la culture
des Sciences & des Arts , la décadence
des Royaumes & des Empires. Il impute
aux Sçavans & aux Artiftes le luxe & la
molleffe , fources odinaires des plus étranges
révolutions.
Mais l'Egypte , la Grèce , la République
de Rome , l'Empire de la Chine ,
qu'il ofe appeller en témoignage en faveur
de l'ignorance , au mépris des Sciences &
au préjudice des moeurs , auroient dû rappeller
à fon fouvenir ces Législateurs fameux
, qui ont éclairé par l'étenduë de
leurs lumieres , & réglé par la fageffe de
leurs Loix, ces grandsEtats dont ils avoient
pofé les premiers fondemens : Ces Orateurs
célébres qui les ont foutenus fur le penchant
de leur ruine , par la force victorieufe
de leur fublime éloquence : Ces
Philofophes , ces Sages , qui par leurs doctes
écrits , & leurs vertus morales , ont
illuftré leur Patrie , & immortaliſé leur
nom.
SEPTEMBRE. 17518 77
Quelle foule d'exemples éclatans ne
pourrois- je pas oppofer au petit nombre
d'Auteurs hardis qu'il a cités ? Je n'aurois
qu'à ouvrir les Annales du monde . Par
combien de témoignages inconteftables ,
d'auguftes monumens , d'ouvrages immortels
, l'Hiftoire n'attefte- t- elle pas que
les Sciences ont contribué partout au bonheur
des hommes , à la gloire des Empi
res , au triomphe de la Vertu ?
Non , ce n'eft pas du fond des Sciences
, c'eft du fein des richeffes que font
nés de tout tems la molleffe & le luxe ;
& dans aucun tems les richeſſes n'ont été
l'appanage ordinaire des Sçavans . Pour un
Platon dans l'opulence , un Ariftipe accrédité
à la Cour , combien de Philofophes
réduits au manteau & à la beface , enveloppés
dans leur propre vertu & ignorés
dans leur folitude ! Combien d'Homeres
& de Diogenes , d'Epictetes & d'Elopes
dans l'indigence ! Les Sçavans n'ont ni
le goûr ni le loifir d'amaffer de grands
biens. Ils aiment l'érude ; ils vivent dans
la médiocrité , & une vie laborieufe &
modérée , paffée dans le filence de la retraite
, occupée de la lecture & du travail ,
n'eft pas affurément une vie voluptueufe
& criminelle . Les commodités de la
vie , pour être fouvent le fruit des Arts,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
n'en font pas davantage le partage des
Artiftes ; il ne travaillent que pour les
riches , & ce font les riches oififs qui profitent
& abufent des fruits de leur induftrie.
L'effet le plus vanté des Sciences & des
Arts , c'eft , continue l'Auteur , cette
politeffe introduite parmi les hommes ,
qu'il lui plait de confondre avec l'artifice
& l'hypocrifie Politeffe , felon lui , qui
ne fert qu'à cacher les défauts & à masquer
les vices. Voudroit-il donc que le vice
parût à découvert ; que l'indécence fût
jointe au défordre & le fcandale au crime
? Quand , effectivement , cette poli
teffe dans les maniéres ne feroit qu'un raffinement
de l'amour propre , pour voiler
les foibleffes , ne feroit- ce pas encore un
avantage pour la Société , que le vicieux
n'osât s'y montrer tel qu'il eft , & qu'il fût
forcé d'emprunter les livrées de la bienféance
& de la modeftie ? On l'a dit , & il
eft vrai , l'hypocrifie , toute odieufe qu'elle
eft en elle- même , eft pourtant un hommage
que le vice rend à la Vertu ; elle garantit
du moins les ames foibles de la contagion
du mauvais exemple.
Mais c'eft mal connoître les Sçavans , que
de s'en prendre à eux du crédit qu'a dans le
monde cette prétendue politeffe qu'on taxe
de diffimulation ; on peut être poli fans
SEPTEMBRE. 175 I 79
être diffimulé : On peut affurément être
l'un & l'autre fans être bien Sçavant , &
plus communément encore on peut
être
bien fçavant fans être fort poli .
de
L'amour de la folitude , le goût des Livres
, le peu d'envie de paroître dans ce
qu'on appelle le Beau Monde , le peu
difpofition à s'y préfenter avec grace , le
peu d'efpoir d'y plaire , d'y briller , l'ennui
inféparable des converfations frivoles
& prefque infupportables pour des efprits
accoutumés à penfer ; tout concourt à rendre
les belles compagnies auffi étrangeres
pour le Sçavant , qu'il eft lui même étranger
pour elles. Quelle figure feroit- il
dans les Cercles ? Voyez-le avec fon air
rêveur , fes fréquentes diftractions , fon
efprit occupé , les expreffions étudiées ,
fes difcours fententieux , fon ignorance
profonde des modes les plus reçues & des
ufages les plus communs ; bientôt par le
ridicule qu'il y porte & qu'il y trouve ,
par la contrainte qu'il y éprouve & qu'il
y caufe , il ennuye , il eft ennuyé. Il
fort peu fatisfait on eft fort content
>
de le voir fortir. Il cenfure intérieurement
tous ceux qu'il quitte . On raille
hautement celui qui part ; & tandis que
celui- ci gémit fur leurs vices , ceux - là
rient de fes défauts : Mais tous ces dé-
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
fauts , après tout , font affez indifferens
pour les moeurs , & c'eft à ces défauts que
plus d'un Sçavant , peut - être , a l'obligation
de n'être pas auffi vicieux que ceux
qui le critiquent.
Mais avant le régne des Sciences & des
Arts , on voyoit , ajoûte l'Auteur , des
Empires plus étendus , des Conquêtes plus
rapides , des Guerriers plus fameux . S'il
avoit parlé moins en Orateur & plus en
Philofophe , il auroit dit qu'on voyoit
plus alors de ces hommes audacieux , qui
tranfportés par des paffions violentes &
trainant à leur fuite une foule d'eſclaves ,
alloient attaquer des Nations tranquilles ,
fubjuguoient des Peuples qui ignoroient le
mêtier de la guerre , affujettiffoient des
Pays où les Arts n'avoient élevé aucune
barriére à leurs fubites excurfions ; leur valeur
n'étoit que férocité , leur courage que
cruauré , leurs conquêtes qu'inhumanité ;
c'étoient des torrens impétueux qui faifoient
d'autant plus de ravages , qu'ils rencontroient
moins d'obftacles : Aufli à peine
étoient- ils passés , qu'il ne reftoit fur
leurs traces que celles de leur fureur ; nulle
forme de Gouvernement , nulle Loi , nulle
police , nul lien ne retenoit & n'uniffoit à
eux les peuples vaincus.
Que l'on compare à ces tems d'ignoranSEPTEMBRE.
1751. 81
ce & de barbarie ces fiécles heureux
, où les Sciences ont répandu par
tout l'efprit d'ordre & de Juftice. On voit
de nos jours des guerres moins fréquentes ,
mais plus juftes ; des actions moins étonnantes
, mais plus héroïques ; des victoires
moins fanglantes , mais plus glorieufes; des
conquêtes moins rapides , mais plus affurées
; des Guerriers moins violens , mais
plus redoutés , fçachant vaincre avec modération
, traitant les vaincus avec humanité
; l'honneur eft leur guide , la gloire
leur récompenfe. Cependant , dit l'Auteur,
on remarque dans les combats une grande
difference entre les Nations pauvres ,
& qu'on appelle Barbares , & les Peuples
riches , qu'on appelle policés . Il paroit
bien que le Citoyen de Genève ne s'eft
jamais trouvé à portée de remarquer de
près ce qui fe paffe ordinairement dans les
combats. Eft- il furprenant que des Barbares
fe ménagent moins & s'expofent
davantage ? Qu'ils vainquent ou qu'ils
fcient vaincus , ils ne peuvent que gagner
s'ils furvivent à leurs défaites . Mais ce que
l'efpérance d'un vil intérêt , ou plutôt ce
qu'un défefpoir brutal infpire à ces hom
mes fanguinaires , les fentimens , le devoir
P'excitent dans ces ames généreuses qui fe
dévouent à la Patrie , avec cette difference
82 MERCURE DE FRANCE.
que n'a pu obferver l'Auteur , que la valeur
de ceux ci , plus froide , plus réflechie
, plus modérée , plus fçavamment conduite
, eft par là même toujours plus sûre
du fuccès.
Mais enfin Socrate , le fameux Socrate,
s'eft lui- même récrié contre les Sciences de
fon tems ; faut il s'en étonner ? L'orgueil
indomptable des Stoïciens , la molleffe efféminée
des Epicuriens , les raifonnemens
abfurdes des Pyrrhoniens, le goût de la difpute
, de vaines fubtilités , des erreurs fans
nombre, des vices monftrueux , infectoient
pour lors la Philofophie & deshonoroient
les Philofophes . C'étoit l'abus des Sciences
, non les Sciences elles - mêmes que
condamnoit ce grand homme , & nous le
condamnons après lui ; mais l'abus qu'on
fait d'une chofe fuppofe le bon ufage
qu'on en peut faire . De quoi n'abuſe - t'on
pas ? Er parce qu'un Auteur anonyme , par
exemple , pour défendre une mauvaiſe
cauſe , aura abufé une fois de la fécondité
de fon efprit & de la légereté de fa plume,
faudra-t'il lui en interdire l'ufage en d'autres
occafions & pour d'autres fajets plus
dignes de fon génie ? Pour corriger quelques
excès d'intempérance , faut- il arracher
toutes les vignes ? L'yvreffe de l'efprit
a précipité quelques Sçavans dans d'étranSEPTEMBRE.
1791. 83
ges égaremens ; j'en conviens , j'en gémis.
Par les difcours de quelques- uns , dans les
écrits de quelques autres , la Religion a
dégénéré en hypocrifie , la Piété en fuperf
tition , la Théologie en erreur , la Jurifprudence
en chicanne , l'Aftronomie en Aftrologie
, la Phyfique en athéifine : jouet des
préjugés les plus bizarres , attaché aux opinions
les plus abfurdes , entêté des fyftémes
les plus infenfés , dans quels écarts ne
donne pas l'efprit humain , quand livré à
une curiofité présomptueufe , il veut franchir
les limites que lui a marquées la même
main qui a donné des bornes à la merè
Mais en vain ces Alots mugiffent , fe foulevent
, s'élancent avec fureur fur les côtes
oppofées ; contraints de fe replier bien-tôt
fur eux-mêmes , ils rentrent dans le fein de
l'Océan, & ne laiffent fur les bords qu'une
écume légere qui s'évapore à l'inftant , ou
qu'un fable mouvant qui fuit fous nos pas.
Image naturelle des vains efforts de l'ef
prit , quand échauffé par les faillies d'une
imagination dominante , fe laiffant emporter
à tout venr de doctrine , d'un vol
audacieux il veut s'élever au-delà de fa
fphere , & s'efforce de pénétrer ce qu'il ne
lui eft pas donné de comprendre.
Mais les Sciences , bien loin d'autorifer
de pareils excès , font pleines de maximes
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
qui les réprouvent , & le vrai Sçavant ,
qui ne perd jamais de vûe le flambeau de
la révélation , qui fait toujours le guide
infaillible de l'autorité légitime , procéde
avec sûreté , marche avec confiance , avan .
ce à grands pas dans la carriere des Sciences
,fe rend utile à la fociété , honore fa
Patrie , fournit fa courfe dans l'innocence,
& la termine avec gloire.
On trouvera dans le Mercure prochain un
Difcours fur la même matiere , lu dans la Société
Royale de Nancy , par M. Gantier.
Fermer
Résumé : REPONSE Au Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon, sur cette question : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Par un Citoyen de Genève.
Le texte critique un discours primé par l'Académie de Dijon sur l'impact des sciences et des arts sur les mœurs. L'auteur conteste les arguments du discours, soulignant des contradictions entre la science et la vertu. Il affirme que les sciences permettent de connaître le vrai, le bon et l'utile, et devraient ainsi améliorer les mœurs. Le discours est critiqué pour avoir loué à la fois la raison et la simplicité des hommes ignorants. L'auteur insiste sur l'importance des sciences pour découvrir les beautés de la nature et élargir l'esprit humain. Sans raison et sciences, l'homme serait limité à des fonctions organiques basiques. Les sciences régulent l'usage des choses sensibles, corrigent les erreurs des sens et guident l'âme vers la connaissance de ses devoirs. Elles contribuent à la prospérité de l'État et à l'amélioration des professions telles que l'artisanat, l'agriculture, la médecine, le droit et la gouvernance. Le texte réfute l'idée que l'ignorance soit une vertu, affirmant que connaître le mal permet de mieux le combattre. Il critique ceux qui attribuent les différences de mœurs à l'absence de sciences, préférant expliquer ces différences par le climat, les lois et les coutumes. L'auteur met en garde contre les excès dans les sociétés où les plaisirs ne sont pas régulés. Le texte explore également la relation entre religion, vertu et sciences. La religion, bien comprise, est essentielle pour triompher des erreurs et des vices. L'étude de la nature et des sciences naturelles conduit à l'admiration du Tout-Puissant. L'auteur dénonce l'abus de l'érudition et les préjugés, tout en soulignant que les savants vivent souvent dans la modestie et la retraite. Les arts et les sciences sont souvent exploités par les riches, qui en profitent sans contribuer à leur développement. Les guerres modernes sont moins fréquentes mais plus justes grâce à l'esprit d'ordre et de justice apporté par les sciences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1873
p. 9-41
REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.
Début :
L'Etablissement que sa Majesté a procuré pour faciliter le développement [...]
Mots clefs :
Sciences, Hommes, Moeurs, Jean-Jacques Rousseau, Ignorance, Peuples, Arts, Vertu, Citoyens, Lettres, Nations, Homme, Lois, Vérité, Nature, Vertus, Philosophes, Discours, Histoire, Beaux-arts, Art, Honneur, Vices, Politesse, Probité, Gloire, Raison, Philosophe, Vrai, Luxe, Religion, Prix, Talents, Bonheur, Progrès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.
REFUTATION
D'un Difcours qui a remporté le Prix de l' Académie
de Dijon en l'année 1750 , fur
cette Question propofée par la même Académie:
Si le
rétabliffement des Sciences
& des Arts a contribué à épurer les
moeurs. Cere réfutation a été lêve dans une
Séance de la Société Royale de Nancy , par
M. Gautier , Profeffeur de
Mathématique
d'Hiftoire.
L
Etabliffement
que fa Ma efté a procuré
pour
faciliter
le
développement
:
des talens
& du génie , a été
indirectement
attaqué
par un
ouvrage
, où l'on
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
tâche de
prouver que nos ames fe font corrompues
à mesure que nos Sciences & nos
Arts fe font perfectionnés
, & que le même
phénomène s'eft obfervé dans tous les
tems & dans tous les lieux. Ce Difcours
de M. Rouffeau renferme plufieurs autres
propofitions
, dont- il eft très important
de montrer la fauffeté , puifque felon des
fçavans Journalistes
, il paroît capable de
faire une révolution
dans les idées de notre
fiéele. Je conviens qu'il eft écrit avec
une chaleur peu commune , qu'il offre des
tableaux d'une touche mâle & correcte :
Plus la maniére de cet ouvrage eft grande
& hardie , plus il eft propre à en impofer ,
à accréditer des maximes pernicieufes. Il ne
s'agit pas ici de ces paradoxes littéraires ,
qui permettent de foutenir le pour on le
contre , de ces vains fujets d'éloquence où
l'on fait parade de penfées futiles , ingénieufement
contraftées. Je vais , Meffieurs
, plaider une caufe , qui intéreffe
votre bonheur. J'ai prévu qu'en me bornant
à montrer combien la plûpart des raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux
, je tomberois dans la féchereffe du
* Il y auroit de l'injuftice à dire que tous les raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux. Certe
propofition doit être modifiée ; il mérite beaucoup
d'éloges pour s'être élevé avec force contre les
ebus qui le giiffent dans les Arts & dans la République
des Lettres,
OCTOBRE. 1751 II
genre polémique. Cet inconvénient
ne
m'a point arrêté , perfuadé que la folidité
d'une réfutation de cette nature , fait fon
principal mérite.
Si , comme l'Auteur le prétend , les
fciences dépravent lesmoeurs , Staniflas le
bienfaifant fera donc blâmé par la poftérité
d'avoir fait un établiſſement pour les
rendre plus floriffantes , & fon Miniftre d'avoir
encouragé les talens & fait éclater les
fiens ; files fciences dépravent les moeurs ,
vous devez donc détefter l'éducation qu'on
vous a donnée , regretter amérement le
tems que vous avez employé à acquérir des
connoiffances & vous repentir des efforts
que vous avez faits pour vous rendre utiles
à la Patrie. L'Auteur que je combats eft l'apologifte
de l'ignorance , il paroît fouhaiter
qu'on brule les Bibliothéques;il avoue qu'il
heurre de front tout ce qui fait aujourd'hui
l'admiration des hommes & qu'il ne peut
s'attendre qu'à un blâme univerfel ; mais il
compte fur les fuffrages des fiécles à venir ;
il pourra les remporter ,n'en doutons point,
quand l'Europe retombera dans la barba
rie , quand fur les ruines des Beaux - Arts
éplorés , triompheront infolemment l'ignorance
& la rufticité.
Nous avons deux queftions à difcuter
l'une de fait , l'autre de droit. Nous exa-
A v
12 MERCURE DE FRANCE.
minerons dans la premiere partie de ce
Difcours , les Sciences & les Arts ont
contribué à corrompre les moeurs , & dans
la feconde, ce qui peut réfulter du progrès
des Sciences & des Arts confiderés en euxmêmes
: tel eft le plan de l'ouvrage que je
critique.
PREMIERE PARTIE.
Avant , dit M. Rouffeau , que l'Art eût
façonné nos maniéres , & appris à nos palfions
à parler un langage apprêté , nos
moeurs étoient ruftiques , mais naturelles ,
& la différence des procédés marquoit
au premier coup d'oeil celle des caractéres .
La Nature humaine au fond n'étoit pas
meilleure , mais les hommes trouvoient
leur fécurité dans la facilité de fe pénétrer
réciproquement , & cet avantage dont
nous ne fentons plus le prix ,leur épargnoit
bien des vices ; les foupçons, les ombrages,
les craintes , la froideur , la réferve , la
haine , la rrahifon , fe cachent fans ceffe
fous ce voile uniforme & perfide de politeffe
, fous cette urbanité fi vantée que nous
devons aux lumiéres de notre fiécle . Nous
avons les apparences de.e toutes les vertus
fans en avoir aucune .
Je réponds qu'en examinant la fource de
cette politeffe , qui fait tant d'honneur à
notre fiécle , & tant de peine à M.RoufOCTOBRE.
179 11
feau on découvre aifément combien
elle eft eftimable. C'eft le défir de plaire
dans la Société qui en a fait prendre l'efprit.
On a étudié les hommes , leurs humeurs
, leurs caractéres , leurs défirs , leurs
befoins , leur amour propre . L'expérience
a marqué ce qui déplait : On a analyfé les
agrémens , dévoilé leurs caufes , apprécié
le mérite , diftingué fes divers dégrés.
D'une infinité de réflexions fur le beau ,
l'honnête & le décent s'eft formé un Art
précieux , l'Art de vivre avec les hommes ,
de tourner nos befoins en plaifirs , de répandre
des charmes dans la converfation ,
de gagner l'efprit par fes difcours & les
coeurs par fes procédés. Egards , attentions,
complaiffances , prévenances , refpect ,
autant de liens qui nous attachent mutuellement
.Plus la politeffe s'eft perfectionnée ,
plus lafociété a été utile aux hommes ; on
s'eft plié aux bienféances , fouvent plus
puiffantes que les devoirs ; les inclinations
font devenues plus douces , les caractéres
plus lians , les vertus fociales plus communes.
Combien ne changent de difpofitions
que parce qu'ils font contraints de
paroître en changer ! Celui qui a des vices
pour
eft obligé de les déguifer , c'est lui
un avertiffement continuel qu'il n'eft pas
ce qu'il doit être fes moeurs prennent
14 MERCURE DE FRANCE.
infenfiblement la teinte des moeurs reçues.
La néceffité de copier fans ceffe la vertu ,
le rend enfin vertueux ; ou du moins fes
vices ne font pas contagieux , comme ils le
feroient, s'ils le préfentoient de front avec
cette rufticité que regrette mon adversaire .
Il dit que les hommes trouvoient leur
fécurité dans la facilité de fe pénétrer réciproquement
, & que cet avantage leur
épargnoît bien des vices ; il n'a pas confidéré
que la Nature humaine n'étant pas
meilleure alors , comme il l'avouë , la rufticité
n'empêchoit pas le déguifement . On
en a fous les yeux une preuve fans réplique:
On voit des Nations dont les maniéres ne
font pas façonnées , ni le langage apprêté ,
ufer de détours , de diffimulations & d'artifices
, tromper adroitement fans qu'on
puiffe en rendre comptables les Belles -Lettres
, les Sciences & les Arts.
D'ailleurs fi l'Art de fe voiler s'eft perfectionnné
, celui de pénétrer les voiles a
fait les mêmes progrès . On ne juge pas
des
hommes fur de fimples apparences , on
n'attend pas à les éprouver , qu'on foit
dans l'obligation indifpenfable de recourir
à leurs bienfaits. On eit convaincu qu'en
général , il ne faut pas compter fur eux ,
moins qu'on ne leur plaife, ou qu'on ne leur
foit utile , qu'ils n'ayent quelqu'intérêt à
OCTO BR E.
1751 IS
nous rendre fervice On fçait évaluer les of
fres fpécieufes de la politeffe & ramener fes
expreffions à leur fignification reçue . Ce
n'eft pas qu'il n'y ait une infinité d'ames no.
bles,qui en obligeant ne cherchent que le
plaifir même d'obliger. Leur politeffe a un
ton bien fupérieur à tout ce qui n'eft que cérémonial
, leur candeur , un langage qui lui
eft propre,teur mérite eft leur Art de plaire.
Ajoutez que
fuffic pour acquérir cette politeffe dont fe
pique un galant homme ; on n'eft donc
pas
fondé à en faire honneur aux Sciences.
A quoi tendent donc les éloquentes
déclamations de M. Rouffeau ? Qui ne
feroit pas indigné de l'entendre affûrer
que nous avons les apparences de toutes
les vertus fans en avoir aucune. Eh ! pour.
quoi n'a- t-on plus de vertu ? c'eft qu'on
cultive les Belles Lettres , les Sciences &
les Arts ; fi l'on étoit impoli , ruftique ,
ignorant , Goth , Hun ou Vandale , on
feroit digne des éloges de M. Rouffeau .
Ne fe laffera- t- on jamais d'invectiver les
hommes ? Croira- t-on toujours les rendre
plus vertueux , en leur difant qu'il n'ont
point de vertu ? -fous prétexte d'épurer les
moeurs , eft- il permis d'en renverfer les ap .
puis O doux noeuds de la Société
charmes des vrais Philofophes , aimables
le feul commerce du monde
16 MERCURE DE FRANCE.
vertus , c'eſt par vos propres attraits que
Vous regnez dans les coeurs , vous ne devez
votre empire ni à l'âpreté ftoïque ,
ni à des clameurs barbares , ni aux confeils
d'une orgueilleuse rufticité.
M. Rouffeau attribue à notre fiècle des
défauts & des vices qu'il n'a point ou qu'il·
a de commun avec les Nations qui ne font
pas policées, & il en conclud que le fort des
moeurs & de la probité a été réguliérement
affujetti aux progrès des Sciences &:
des Arts. Laiffons ces vagues imputations
& paffons au fait.
Pour montrer que les fciences ont corrompu
les moeurs dans tous les tems , il
dit que plufieurs peuples tomberent fous
le joug , lorsqu'ils étoient les plus renommés
par la culture des fciences . On (çait
bien qu'elles ne rendent point invincibles,
s'enfuit- il qu'elles cotrompent les moeurs ?
Par cette façon finguliére de raifonner ,
on pourroit couclure auffi que l'ignorance
entraîne leur dépravation , puifqu'un grand
nombre de Nations barbares ont été fubjuguées
par des peuples amateurs des
Beaux-Arts. Quand même on pourroit
prouver par des faits que la diffolution des
moeurs a toujours regné avec les Sciences ,
il ne s'enfuivroit pas que le fort de la probité
dépendît de leurs progrès. Lorfqu'une
OCTOBRE . 1751. 17
Nation jouit d'une tranquille abondance ,
elle fe porte ordinairement aux plaifirs &
aux Beaux -Arts . Les richeffes procurent
les moyens de fatisfaire fes paffions , ainfi
ce feroient les richeffes & non pas les
Belles-Lettres qui pourroient faire naître
la corruption dans les coeurs , fans parler
de plufieurs autres caufes qui n'influenc
pas moins que l'abondance fur cette dépravation
, l'extrême pauvreté eft la mere
de bien des crimes, & elle peut être jointe
avec une profonde ignorance . Tous les
faits donc qu'allegue notre adverfaire ne
prouvent point que les Sciences corrom-
Fent les moeurs.
Il prétend montrer par ce qui eft arrivé
en Egypte , en Grèce , à Rome , à Conftantinople
, à la Chine que les Arts énervent
les peuples qui les cultivent. Quoique
cette affertion fur laquelle il infifte principalement
paroiffe étrangere à la queftion
dont il s'agit , il eft à propos d'en montrer
la faufferé . L'Egypte , dit- il , devint
la mere de la Philofophie & des Beaux-
Arts & bientôt après la conquête de Cambife
mais bien des fiécles avant cette
époque , elle avoit été foumife par des
bergers Arabes , fous le regne de Timaus.
Leur domination dura plus de cinq
cens ans. Pourquoi les Egyptiens n'eurent-
:
18 MERCURE DE FRANCE.
ils pas même alors le courage de le défendre
? Etoient - ils énervés par les Beaux- Arts
qu'ils ignoroient ? Sont- ce les Sciences qui
ont efféminé les Afiatiques & rendu lâches
à l'excès tant de Nations barbares de
l'Afrique & de l'Amérique .
Les victoires que les Athéniens remportérent
fur les Perfes & fur les Lacédémoniens
même , font voir que les Arts
peuvent s'affocier avec la vertu militaire.
Leur Gouvernement devenu vénal fous
Périclés , prend une nouvelle face , l'amour
du plaifir étouffe leur bravoure , les fonctions
les plus honorables font avilies, l'im
punité multiplie les mauvais Citoyens
les fonds deftinés à la guerre , font employés
à nourrir la moleffe & l'oifiveté ;
toutes ces caufes de corruption , quel rap
port ont- elles aux ſciences ?
De quelle gloire militaire les Romains
ne fe font- il pas couverts dans le tems
que la Lireérature étoit en honneur à Rome?
Etoient-ils énervés par les Arts ,
lorfque Cicéron difoit à Célar , vous avez
dompté des Nations fauvages & féroces ,
innombrables par leur multitude , répandues
au loin en divers lieux ? Comme un
feul de ces faits fuffit pour détruire les raifoanemens
de mon adverfaire , il feroit
inutile d'infifter davantage fur cet article..
E. 19 OCTOBRE. 1751 .
fen On connoît les caufes des révolutions qui
-Arts arrivent dans les Etats. Les ſciences ne
s qui pourroient contribuer à leur décadence
qu'au cas que ceux qui font diftinés à les
de défendre , s'occuperoient des fciences au
point de négliger leurs fonctions militai❤
emres ; dans cette fuppofition , toute occuédé
pation étrangere à la guerre auroit les mê-
Arts mes fuites.
Lire M. Rouffeau , pour montrer que l'ifous
gnorance préferve les moeurs de la corrupout
tion , paffe en revûe les Scithes , les prenc
miers Perfes , les Germains & les Rom
mains dans les premiers tems de leur Réms
, publique , & il dit que ces peuples ont par
leur vertu , fait leur propre bonheur &
té l'exemple des autres Nations. On avoue
que Juftin a fait un éloge magnifique des
Scithes , mais Hérodote & des Auteurs
as citéspar Strabon , les repréfentent comme
sune Nation des plus féroces. Ils immoloient
au Dieu Mars , la cinquième partie
de leurs prifonniers & crevoient les yeux
Z aux autres. A l'anniverfaire d'un Roi ils
étrangloient cinquante de fes Officiers.
Ceux qui habitoient vers le Pont- Euxin ſe
nourriffoient de la chair des étrangers qui
arrivoient chez eux. L'Hiftoire des diverfes
Nations Scithes , offre par tout des
traits ou qui les deshonorent , ou qui font
>
20 MERCURE DE FRANCE.
par
horreur à la Nature . Les femmes étoient
communes entre les Maffagetes ; les perfonnes
âgées étoient immolées leur
parens , qui fe régaloient de leurs chairs.
Les Agatyrfiens ne vivoient que de pillage
& avoient leurs femmes en commun. Les
Antropophages , au rapport d'Hérodote ,
étoient injuftes & inhumains. Tels furent
les Peuples qu'on propofe pour exemple
aux autres Nations .
A l'égard des anciens Perfes , tout le
monde convient fans doute avec M. Rolin
qu'on ne fçauroit lire fans horreur julqu'où
ils avoient porté l'oubli & le mépris
des Loix les plus communes de la Nature.
Chez eux toutes fortes d'inceſtes étoient
autorifés. Dans la Tribu Sacerdotale , on
conféroit prefque toujours les premieres
dignités à ceux qui étoient nés du mariages
d'un fils avec fa mere. Il falloit qu'ils
fuffent bien cruels pour faire mourir des
enfans dans le feu qu'ils honoroient.
Les couleurs dont Pomponius - Mela
peint les Germains , ne feront pas naître
non plus l'envie de leur reffembler : Peuple
naturellement féroce , fauvage jufqu'à
manger de la chair crue , chez qui
le vol n'eft point une chofe honteufe &
qui ne reconnoît d'autre droit que fa
force.
OCTOBRE.
1751. 21
Que de reproches auroit eu raifon de faire
aux Romains , dans le tems qu'ils n'étoient
point encore familiarifés avec les
Lettres , un Philofophe éclairé de toutes
les lumières de la raifon . Illuftres Barbares
, auroit- il pu leur dire , toute votre
grandeur n'est qu'un grand crime.
Quelle fureur vous anime & vous porte à
ravager l'univers ; tigres altérés du fang
des hommes , comment ofez-vous mettre
votre gloire à être injuftes , à vivre de pillage
, à exercer la plus odieufe tyrannie ?
Qui vous a donné le droit de difpofer
de nos biens & de nos vies , de nous
rendre efclaves &
malheureux , de répandre
par tout la terreur , la défolation
& la mort ? Eft ce la grandeur d'ame dont
Vous vous piquez ? O déteftable grandeur
qui fe repaît de miféres & de calamités
! n'acquerez - vous de prétendues vertus
que pour punir la terre de ce . qu'elles
Vous ont couté ? Eft- ce la force ? Les Loix
de l'humanité n'en ont donc plus ? Sa voix
ne fe fait donc point entendre à vos coeurs ?
Vous méprifez la volonté des Dieux qui
vous ont deſtiné , ainſi que nous , à paffer
tranquilement quelques inftans fur la terre
; mais la peine est toujours à côté du
crime ; vous avez eu le bonheur de paffer
fous lejoug , la douleur de voir vos armées
22 MERCURE DE FRANCE.
par
taillées en piéces , & vous aurez bientôt
celle de voir la République fe déchirer
Les propres forces . Qui vous empêche
de paffer une vie agréable dans le fein de
la paix , des Arts , des Sciences & de la
vertu ? Romains , ceffez d'être injuftes ,
ceffez de porter en tous lieux les horreurs
de la guerre & les crimes qu'elle entraîne.
Mais je veux qu'il y ait eu des Nations
vertueufes dans le fein de l'ignorance , &
je demande fi ce n'eft pas à des loix fages
maintenues avec vigueur , avec prudence ,
& non pas à la privation des Arts qu'elles
ont été redevables de leur bonheur. En
vain prétend- on que Socrate même & Caton
ont décrié les Lettres , il ne furent
jamais les apologistes de l'ignorance. Le
plus fçavant des Athéniens avoit raifon de
dire que la préfomption des hommes d'Etat
, des Poëtes & des Artiftes d'Athénes ,
terniffoit leur fçavoir à fes yeux , & qu'ils
avoient tort de fe croire les plus fages des
hommes ; mais en blâmant leur orgueil &
en décréditant les Sophiftes , il ne faifoit
point l'éloge de l'ignorance , qu'il regar
doit comme le plus grand mal. Il aimoit à
tirer des fons harmonieux de la lyre avec
la main dont il avoit fait les ftatues das
graces. La Rhétorique , la Phyfique , l'Af
E.
OGTOBRE. 1751. 23
bien tronomie furent l'objet de fes études , &
hire felon Diogène de Laerce il travailla aux
ech Tragédiesd'Euripide. Il eft vrai qu'il s'apinpliqua
principalement à faire une fcience
del de la morale & qu'il ne s'imaginoit pas fçates
voir ce qu'il ne fçavoit pas : eft ce là favorifer
l'ignorance ? Doit- elle fe prévaloir
reur
age
Ca
en
en du déchaînement de l'ancien Caton contre
ces difcoureurs artificieux , contre ces
Grecs qui apprenoient aux Romains l'Art
funefte de rendre toutes les vérités douteufes.
Un des Chefs de la troifiéme Académie
, Carnéade montrant en préfence de
lle Caton la néceffité d'une loi naturelle , &
Erenverfant le lendemain ce qu'il avoit établi
le jour précédent , devoit naturellement
prévenir l'efprit de ce Cenfeur contre
la Littérature des Grecs. Cette prévention
à la vérité s'étendit trop loin , il en
Efentit l'injuftice & la répara en apprenant
la langue Grecque, quoiqu'avancé en âge ;
il forma fon ftyle fur celui de Thucydide
& de Demofthéne & enrichit fes ouvrages
des maximes & des faits qu'il en tira. L'Agriculturé
, la Médecine la Médecine , l'Hiftoire &
beaucoup d'autres matiéres exercerent fa
plume. Ces traits font voir que fi Socrate
&Caton cuffent fait l'éloge de l'ignorance ,
ils fe feroient cenfurés eux-mêmes , & M.
Rouffeau , qui a fi heureufement cultivé
es
-
24 MERCURE DE FRANCE.
les Belles Lertres , montre combien elles
font eftimables par la maniere dont il exprime
le mépris qu'il paroît en faire ; je dis
qu'il paroît, parcequ'il n'eft pas vrai-femblable
qu'il faffe peu de cas de fes connoiffances
. Dans tous les tems on a vû des Auteurs
décrier leurs fiécles & louer à l'excès desNa
tions anciennes . On met une forte de gloire
à fe roidir contre les idées communes
de fupériorité , à blâmer ce qui eft loué ,
de grandeur à dégrader ce que les hommes
eftiment le plus.
La meilleure maniére de décider la
queſtion de fait dont il s'agit , eft d'examiner
l'état actuel des moeurs de toutes les
Nations . Or il réfulte de cet examen fait
impartialement , que les peuples policés &
& diftingués par la culture des Lettres &
des Sciences , ont en général moins de vices
que ceux qui ne le font pas. Dans la
Barbarie & dans la plupart des
pays Orientaux
regnent des vicesqu'il ne conviendroit
pas même de nommer. Si vous parcourez
les divers Etats d'Afrique ,vous êtes étonné
de voir tant de peuples fainéans , lâches ,
fourbes , traîtres , cruels , avares , voleurs
& débauchés. Là font établis des ufages
inhumains , ici l'impudicité eft autorilée
par les Loix . Là le brigandage & le meurtres
font érigés en profeffions ; ici on eft
pas
tellemen t
OCTOBRE. 1751 25
ex
dis
bla
20
Va
mes
1.
nes
f∙ILL
les
&L
tellement barbare qu'on fe nourrit de chair
humaine. Dans plufieurs Royaumes les maris
vendent leurs femmes & leurs enfans ;
en d'autres on facrifie des hommes au démon
, on tue quelques perfonnes pour
faire honneur au Roi , lorfqu'il paroît en
public , ou qu'il vient à mourir. L'Afie &
l'Amérique offrent des tableaux femblables.
*
L'ignorance & les moeurs corrompues
des Nations qui habitent ces vaftes Contrées
font voir combien porte à faux cette
réflexion de mon adverfaire : Peuples , (çachez
une fois que la Nature a voulu vous
préferver de la fcience , comme une mere
arrache une arme dangereufe des mains de
fon enfant , que tous les fecrets qu'elle
vous cache font autant de maux dont elle
vous garantir , & que la peine que vous
trouvez à vous inftruire n'eft pas le moindre
de fes bienfaits. J'aimerois autant qu'il
eût dit , peuples , fçachez une fois que
la Nature ne veut pas que vous vous nourriffiez
des productions de la terre. La peine
qu'elle a attachée à fa culture eft un avertiffement
de la laiffer en friche.
pour vous
Il finit la premiere partie de fon Difcours
• * Les bornes étroites que je me fais prefcrites
m'obligent à renvoyer à l'Hiftoire des Voyages
& àl'Hiftoire Générale par M. l'Abbé Lambert.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
par cette réflexion ; Que la probité eft fille
de l'ignorance & que la fcience & la vertu
font incompatibles . Voilà un fentiment
bien contraire à celui de l'Eglife ; elle regarda
comme la plus dangereufe des per
fécutions la défenfe que l'Empereur Julien
fit aux Chrétiens d'enfeigner à leur enfans
, la Rhétorique , la Poëtique & la
Philofophie,
SECONDE PARTIE,
M. Rouffeau entreprend de prouver
dans la feconde partie de fon Difcours que
l'origine des fciences eft vicieuſe , leurs ob.
jets vains & leurs effets pernicieux .C'étoit,
dit- il, une ancienne tradition paffée de l'Egypte
en Grèce , qu'un Dieu ennemi du repos
des hommes étoit l'inventeur des fcien .
ces , d'où il infére que les Egyptiens , chez
qui elles étoient nées , n'en avoient pas
une opinion favorable. Comment accor
der fa conclufion avec ces paroles : Reme
des pour les maladies de l'ame : Infcription
qu'au rapport de Diodore de Sicile on li
feit far le fontifpice de la plus ancienne
des Bibliothéques , de celle d'Ofymandias
Roi d'Egypte.
Il affure que l'Aftronomie eft née de la
fuperftition , l'éloquence de l'ambition ,
de la haine , de la flaterie , du menſonge ;
OCTOBRE. 1751. 27
C
1
la Géométrie de l'avarice , la Phyfique
d'une vaine curiofité; routes & la morale
même de l'orgueil humain , Il fuffit de rapporter
ces belles découvertes pour en faire
connoître toute l'importance. Jufqu'ici on
avoit cru que les Sciences & les Arts devoient
leur naifance à nos befoins , on
l'avoit même fait voir dans plufieurs onvrages.
Vous dites que le défaut de l'origine des
Sciences & des Arts ne nous eft que trop
retracé dans leurs objets. Vous demandez
ce que nous ferions des Arts fans le luxe
qui les nourrit. Tout le monde vous répondra
que les Arts inftructifs & miniftériels
indépendamment du luxe fervent aux
agrémens , ou aux commodités , ou aux
befoins de la vie.
Vous demandez à quoi ferviroit la
Jurifprudence fans les injuftices des hom .
mes. On peut vous répondre qu'aucun
corpspolitique ne pouroit fubfifter fans
loix , ne fût-il compofé que d'hommes juftes.
Vous voulez fçavoir ce que devien
droit l'Hiftoire s'il n'y avoit ni tyrans , ni
guerres , ni confpirateurs. Vous n'ignorez
cependant pas que l'Hhiftoire Univerſelle
contient la defcription des Pays , la religion
, le gouvernement , les moeurs , le
commerce & les coutumes des Peuples , les
Bij
"
28 MERCURE DE FRANCE.
dignités , les Magiftratures , les vies des
Princes pacifiques , des Philofophes & des
Artiftes célébres ; tous ces fujets qu'ont-ils
de commun avec les tyrans , les guerres ,
& les Confpirateurs?
pour
Sommes-nous donc faits , dites vous ,
mourir attachés fur les bords du puits
où la vérité s'eft retirée ; cette fenle vérité
devroit rebuter dès les premiers pas tout
homme qui chercheroit férieufement à
s'inftruire par l'étude de la Philofophie.
Vous fçavez que les fciences dont on occupe
les jeunes Philofophes dans les Univerfités
,
font la Logique , la Métaphyfique , la
morale , la Phyfique , les Mathématiques
élémentaires. Ce font donc là felon vous
de ftériles fpéculations. Les Univerfités
vous ont une grande obligation de leur
avoir appris que la vérité de ces Sciences
s'eft retirée au fond d'un puits. Les grands
Philofophes qui les poffèdent dans un dégré
éminent font fans doute bien furpris
d'apprendre qu'ils ne fçavent rien . Ils ignoreroient
auffi , fans vous , les grands dangers
que l'on rencontre dans l'inveftigation
des Sciences. Vous dites que le faux eft
fufceptible d'une infinité de combinaiſons
& que la vérité n'a qu'une maniere d'être ;
mais n'y a-t-il pas différentes routes , dif
férentes méthodes pour arriver à la vérité .
OCTOBRE. 1751 .
29
Qui eft- ce d'ailleurs , ajoutez- vous , qui
la cherche bien fincérement ? A quelle
marque eft on fur de la reconnoître ? Les
Philofophes vous répondront qu'ils n'ont
appris les Sciences que , pour les fçavoir &
en faire ufage & que l'évidence , c'est- àdire
, la perception du rapport des idéés
eft le caractére diftinctif de la vérité &
qu'on s'en tient à ce qui paroît le plus probable
dans des matiéres qui ne font pas fufceptibles
de démonftration. Voudriezvous
voir renaître les fectes de Pyrrhon
d'Arcéfilas ou de Lacyde ?
Convenez
que
vous auriez
Vous pu dif
penfer de parler de l'origine des Sciences &
leur's que vous n'avez point prouvé que
objets font vains. Comment l'auriez vous
pu faire , puifque tout ce qui nous environne
nous parle en faveur des Sciences &
des Arts habillemens , meubles , bâtimens
, Bibliothéques , ufuines , productions
des Pays Etrangers dues à la Navigation
dirigée par l'Aftronomie . Là les Arts
Méchaniques mettent nos biens en valeur.
Les progrès de l'Anatomie affûrent
ceux de la Chirurgie. La Chymie , la Botanique
nous préparent des remédes , les
Arts libéraux , des plaifirs inftructifs . Ils
s'occupent à tranfmettre à la postérité le
fouvenir des belles actions & immortali-
1
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
fent les grands hommes & notre reconnoiffance
pour les fervices qu'il nous ont
rendus. Ici la Géométrie appuyée de l'Algébre
préfide à la plupart des fciences ;
elle donne des leçons à l'Aftronomie ,
la Navigation , à l'Artillerie , à la Phyfique.
Quoi tous ces objets font vains !
oui , & felon M. Rouffeau , tous ceux qui
s'en occupent font des Citoyens inutiles ,.
& il conclu que tout Citoyen inutile peut
être régardé comme pernicieux . Que disje
, felon lui , nous ne fommes pas même
des Citoyens . Voici fes propres paroles :
Nous avons des Phyficiens , des Géomé ---
tres , des Chymiftes , des Aftronomes ,
des Poëtes , des Muficiens , des Peintres ,
nous n'avons plus de Citoyens , ou s'il
nous en refte encore, difperfés dans nos
Campagnes abandonnées , ils y périffent
indigens & méprifés ; ainti , Meffieurs ,
ceffez donc de vous regarder comme des
Citoyens. Quoique vous confacriez vos
jours au fervice de la fociété , quoique
vous rempliffiez dignement les emplois.
où vos talens vous ont appellés , vous
n'êtes pas dignes d'être nommés Citoyens .
Cette qualité eſt le partage des Payfans, &
il faudra que vous cultiviez tous la terre
pour la mériter. Comment ofe -t- on infulter
ainfi une Nation qui produit taot
2
OCTOBRE . 1751. T
on
ont
Als!
S₁
zat
Na
d'excellens Citoyens dans tous les Etats !
O Louis le Grand ! quel feroit votre
étonnement , fi rendu aux voeux de la
France & à ceux du Monarque qui la gouverne
en marchant fur vos traces glorieufes
, vous appreniez qu'une de nos Acadé
mies a couronné un ouvrage , où l'on fontient
que les Sciences font vaines dans leur
objet , pernicieufes dans leurs effets ,
que ceux qui les cultivent ne font pas
Citoyens Quoi pourriez- vous dire ,
j'aurois imprimé une tache à ma gloire
pour avoir donné un azile aux mafes , établi
des Académies , rendu la vie aux
Beaux Arts , pour avoir envoyé des Aftronomes
dans les Pays les plus éloignés ,
recompenfé les talens & les découvertes
artiré les Sçavans près du Trône ! Quor !
j'aurois terni ma gloire pour avoir fait
naître des Praxitéles & des Syfippes , des
Appelles & des Ariftides , des Amphions
& des Orphées ! que tardez - vous de brifer
ces inftrumens des Arts & des Sciences ,
de brûler ces précieufes dépouilles des
Grecs & des Romains , toutes les Archives
de l'efprit & du génie ? Replongez
vous dans les ténébres épaiffes de la barbarie
, dans les préjugés qu'elle confacre fous
les funeftes aufpices de l'ignorance & de
la fuperftition . Renoncez aux lumiéres de
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
votre fiécle ; que des abus anciens ufurpent
les droits de l'équité ; rétabliffez des
loix civiles contraires à la loi naturelle ;
que l'innocent qu'accufe l'injuftice foit
obligé pour fe juftifier , à s'expofer à périr
par l'eau ou par le feu ; que des peuples
aillent encore maffacrer d'autres peuples
fous le manteau de la religion ; qu'on faſfe
les plus grands maux avec la mêine tranquilité
de confcience qu'on éprouve à faire
les plus grands biens : telles & plus déplorables
encore feront les faites de cette
ignorance où vous voulez rentrer.
Non , Grand Roi , l'Accadémie de Dijon
n'eft point cenfée adopter tous les fentimens
de l'Auteur qu'elle a couronné.
Elle ne pense point comme lui que les travaux
des plus éclairés de nos Sçavans &
de nos meilleurs Citoyens ne font prefque
d'aucune utilité. Elle ne confond point
comme lui les découvertes véritablement
utiles au genre humain avec celles dont
on n'a pu encore tirer des fervices , faute
de connoître tous leurs rapports & l'enfemble
des parties de la Nature ; mais elle
penfe ainfi que toutes les Académies de
l'Europe, qu'il eft important d'étendre de
toute part les branches de notre fçavoir ,
d'en creufer les Analogies , d'en fuivre
toutes les ramifications. Elle fçait que
OCTOBRE .
30989 es
telle
connoiffance qui
paroît
ftérile pen- 1751.
33
dant un tems peut ceffer de l'être par des
applications dues au génie , à des
recherches
laborieufes , peut-être même au hazard.
Elle fçait que pour élever un édifice
, on
raffemble des
matériaux de
toutes
efpeces , ces piéces
brutes , amas
informe
ont leur
deftination ,
l'Art les
dégroffit
& les
arrange , il en
forme des chefs
d'oeuvre
d'Architecture & de bon goût.
On peut dire qu'il en eft en
quelque
forte de
certaines
vérités
détachées du
de celles dont
l'utilité eft
teconnue ,
corps
comme de ces
glaçons
errans au gré du
hazard fur la
furface
des
Aeuves ; ils fé
réuniffent , ils fe
fortifient
mutuellement
&
fervent à les
traverfer.
Si
l'Auteur a
avancé fans
fondement que
cultiver les
Sciences eft
abuſer du
tems ,
il n'a pas eu
moins de tort
d'attribuer le
luxe aux
Lettres & aux Arts. Le luxe eft:
une
fomptuofité
que font
naître les biens
partagés
inégalement. La
vanité à
l'aide
de
l'abondance
cherche à fe
diftinguer &
procure à
quelques Arts les
moyens de lui
fournir le
fuperflu ; mais ce qui eft
fuper-
Au
par rapport à certains états eft néceffaire
à
d'autres, pour
entretenir
les
diftinctions
qui
caractérisent
les
rangs
divers
de:
la
fociété
. La
religion
même
ne
condamne
:
Βγ
34 MERCURE DE FRANCE.
point les dépenfes, qu'éxige la décence de
chaque condition . Ce qui eft luxe pour
l'artifan peut ne pas l'être pour l'homme
de robe où l'homme d'épée. Dira- t-on quedes
meubles ou des habillements d'un
grand prix dégradent l'honnête homme.
& lui tranfmettent les fentimens de l'hom ,
me vicieux ? Caton le grand , folliciteur
des Loix fomptuaires , fuivant la remarqued'un
politique , nous eft dépeint avare
& intempérant , même ufurier & yvrogne;
au lieu que le fomptueux Lucullus , enco- .
re plus grand Capitaine & auffi jufte que
lui fut toujours libéral & bien- faifant.
Condamnons la fomptuofité de Lucullus.
& de fes imitateurs , mais ne concluons
pas qu'il faille chaffer de nos murs les Sçavans
& les Artiftes. Les paffions peuvent
abufer des Arts , ce font elles qu'il faut
réprimer. Les Arts font le foutien des
Etats ; ils réparent continuellement
l'inégalité
des fortunes & procurent le néceffaire
phyfique à la plupart des Citoyens...
Les terres , la guerre ne peuvent occuper
qu'une partie de la Nation
pourront fubfifter les autres fujets , files
Fiches craignent de dépenfer , fi la circulation
des espéces eft fufpenduepar une économie
fatale à ceux qui ne peuvent vivre
que du travail de leurs mains
comment
E.
OCTOBRE
1731 .
35°
edel
Dour
me
que
d'un
Om
que
are
res
•0-
Tandis , ajoute l'Auteur , que les commodités
de la vie fe multiplient , que les
Arts fe perfectionnent & que le luxe s'étend
, le vrai courage s'énerve , les vertus
militaires s'évanouiffent & c'est encore
me l'ouvrage des Sciences & de tous ces Arts
s'exercent dans l'ombre du cabinet .
Ne diroit-on pas , Meffieurs , que tous
nos foldats font occupés à cultiver les
Sciences & que tous leurs Officiers font des
Maupertuis & des Réaumur ? S'eft on apperçu
fous les regnes de Louis XIV. &
de Louis XV . que les vertus militaires
fe foient évanouies. Si on veut parler des
Sciences qui n'ont aucun rapport à la
re , on ne voit pas ce que les Académies
ont de commun avec les troupes, & s'il s'agit
de fciences militaires , peut - on les porter
à une trop grande perfection ? A l'é
gard de l'abondance , on ne l'a jamais vu
regner davantage dans les armées Françoifes
que durant le cours de leurs victoires ..
Comment peut- on s'imaginer que des foldats
deviendront plus vaillants , parce :
qu'ils feront mal vêtus & mal nourris ?
M. Rouffeau eft-il mieux fondé à fouteu
16
us
s
guernir
que la culture des Sciences eft nuifible :
aux qualités morales : C'eft, dir- il , dès nos
premieres années qu'une éducation infenfée
, orne notre efprit & courrompt no-
B. vj
36 MERCURE DE FRANCE.
tre jugement. Je vois de toutes parts des
établiffemens immenfes , où l'on éleve à
grands frais la jeuneffe pour lui apprendre
toutes chofes , excepté fes devoirs.
Peut- on attaquer de la forte tant de corps
refpectables , uniquement dévoués à l'inftruction
des jeunes gens , à qui ils inculquent
fans ceffe les principes de l'honneur,
de la probité & du Chriftianifme ? La
ſcience , les moeurs , la Religion , voila
les objets que s'eft toujours propofés l'U
niverfité de Paris , conformément aux
réglemens qui lui ont été donnés par les
Rois de Fance. Dans tous . les établiffemens
faits pour l'éducation des jeunes
gens , on employe tous les moyens pofibles
pour leur infpirer l'amour de la
vertu & l'horreur du vice , pour en former
d'excellens Citoyens ; on met continuel
lement fous leurs yeux les . maximes &
les exemples des grands Hommes de
l'antiquité. L'Hiftoire facrée & profane
leur donne des leçons foutenues par les
faits & l'expérience , & forme dans
leur efprit une impreffion qu'on atten
droit en vain de l'aridité des préceptes.
Comment les Sciences pouroient elles nui
re aux qualités morales ? Un de leurs premiers
effets eft de retirer de l'oifiveté &
par confequent. du jeu & de la débauche
E.
37
OCTOBRE
.
1751.
de qui en font les fuites. Sénéque que M.
Rouffeau cite pour appuyer fon fentiment ,
vei
di convient que les Belles - Lettres préparent
à la vertu ( Sénec, Epift. 88. ).
oras
Leut
205 cours ,
Que veulent dire ces traits fatiriques lancés
contre notre fiécle : Que l'effet le plus
cul évident de toutes nos études eft l'aviliffemeut
des vertus ; qu'on ne demande plus
La d'un homme s'il a de la probité , mais s'il a
oldes talens ; que la vertu refte fans honneur;
qu'il y a mille prix pour les beaux Diſ
aucuns pour les belles Actions..
Comment peut-on ignorer qu'un homme
qui paffe pour manquer de probité eſt
méprifé univerfellement ? La punition du
vice n'eft - elle pas déja la premiere récom
penfe de la vertu? L'eftime, l'amitié de fes.
Concitoyens , des diftinctions honorables,
voilà des prix bien fupérieurs à des lau
riers Académiques. D'ailleurs celui qui
fert fes amis , qui foulage de pauvres familles
, ira-t-il publier les bienfaits ? Ce
feroit en anéantir le mérite : rien de plus .
beau que lesactions vertueufes , fice n'eft
le foin même de les cacher.
C
is
M. Rouffeau parle de nos Philofophes
avec mépris, il cite les dangéreufes réveries.
des Hobbes & des Spinofa ,& les met fur une
mêmeligne avec toutes les productions de
Ja Philofophic, Pourquoi confondre ainfa
38
MERCURE DE FRANCE.
avec les ouvrages de nos vrais Philofophes
des fyftemes que nous abhorrons ? Doit- on
rejetter fur l'étude des Belles Lettres les opimions
infenfées de quelques écrivains , tandis
qu'un grand nombre de peuples font infatués
de fyftêmes abfurdes , fruit de leur ignorance
& de leur crédulité ? L'efprit humain
n'a pas befoin d'être cultivé pour enfanter
des opinions monftrueufes. C'eft en s'éle
vant avec tout l'effor dont elle eft capable
que la raifon fe met au deffus des chimères.
La vraie
Philofophie nous apprend à dé
chirer le voile des préjugés & de la fuperf
tition.Parce que quelquesAuteurs ont abufé
de leurs lumiéres , faudra-t-il profcrire
la culture de la raifon ? Eh de quoi ne
peut- on pas abufer ? Pouvoir , loix , Religion
, tout ce qu'il y a de plus utile ,
ne peut- il pas-être détourné à des ufages
nuifibles ? Tel eft celui qu'a fait M. Rouffeau
de fa puiffante éloquence pour inf
pirer le mépris des Sciences , des Lettres
& des
Philofophes. Au Tableau qu'il préfente
de ces hommes Sçavans ,
oppofons
celui du vrai
Philofophe . Je vais le tracer
, Meffieurs , d'après les modéles que
j'ai
l'honneur de
connoître parmi vous.
Qu'est-ce qu'un vrai Philofophe ? C'eſt un
homme très
raifonnable & trèséclairé.
Sous
quelque point de vue qu'on le confidé
7
NCE
39
OCTOBRE
. 1751
.
apabl
ilofopre , on ne peut s'empêcher de lui accorder-
Doit toute fon eftime , & l'on n'eft content de
sleso foi même que lorsqu'on mérite la fienne.
sa ne connoît ni les foupleffes rampantes:
nt i de la flaterie , ni les intrigues artificieuſes ,
rig de la jaloufie , ni la baffeffe d'une haine
huma
un produite par la vanité , ni le malheureux
fante talent d'obfcurcir celui des autres , car l'envie
qui ne pardonne ni les fuccès , ni fes
propres injuftices, eft roujours le partage de
éres l'infériorité. On ne le voir jamais avilir fes
à de maximes en les contredifant par les ac- .
pertions , jamais acceffible à la licence que
abcondamne la Religion qu'elle attaque ,
crit les loix qu'elle élude , la vertu qu'elle fousile
aux pieds. On doute fi fon caractére a
Replus de noblele que de force , plus d'élé- -
Elevation que de vérité. Son efprit eſt toujours
l'organe de fon coeur & fon expreffon
l'image de fes fentimens . La franchife
, qui eft un défaut quand elle n'eft
es un mérite , donne à fes Difcours cet airaimable
de fincérité , qui ne vaur beaucoup
, que lorfqu'il ne coûte rien . Quand
il oblige , vous diriez qu'il fe charge de
la reconnoiffance & qu'il reçoit le bienfait
qu'ilaccorde , & il paroît toujours qu'il
oblige , parce qu'il défire toujours d'obliger.
Il met fa gloire à fervir la Patrie qu'il
honore , à travailler au bonheur des hom-
T.
pas
.
40 MERCURE DE FRANCE.
mes qu'il éclaire. Jamais il ne porta dansi
la fociété cette raifon farouche qui ne
fçait pas fe relâcher de fa fupériorité , cette
inflexibilité de fentiment , qui fous le
nom de fermeté brufque les égards & les .
condeſcendances , cet efprit de contradic-.
tion qui fecouant le joug des bienséances .
fe fait un jeu de heurter les opinions qu'il
n'a pas adoptées , également haïffable.
foit qu'il défende les droits de la vérité
ou les prétentions de fon orgueil. Le vrai
Philofophe s'envelope dans fa modeſtie &
pour faire valoir les qualités des autres ,
il n'hésite pas à cacher l'éclat des fiennes..
D'un commerce auffi fur qu'urile , il ne
cherche dans les fautes que le moyen de
les excufer , & dans la converfation que.
celui d'affocier les autres à fon propre mérite.
Il fçait qu'un des plus folides appuis
de la juftice que nous nous flatons d'obtenir
eft celle que nous rendons au mérite
d'autrui , & quand il l'ignoreroit, il ne montreroit
pas fa conduite far des principes
différens de ceux que nous venons d'expofer
, perfuadé que le coeur fait l'homme ,
l'indulgence les vrais amis , la modeftie des
Citoyens aimables . Je fçais bien , Melfieurs
, que par ces traits je ne rends pas.
tout le mérite du Philofophe & furtout.
du Philofophe Chrétien ; mon deffein a
OCTOBRE. 1751. 41
ans
ne
tte
le
les
icces
ole
été feulement d'en donner une légere efquiffe.
Pour le connoître dans toute fon
étendue , il faut connoître celui du Prince
dont notre amour paye les bienfaits .
D'un Difcours qui a remporté le Prix de l' Académie
de Dijon en l'année 1750 , fur
cette Question propofée par la même Académie:
Si le
rétabliffement des Sciences
& des Arts a contribué à épurer les
moeurs. Cere réfutation a été lêve dans une
Séance de la Société Royale de Nancy , par
M. Gautier , Profeffeur de
Mathématique
d'Hiftoire.
L
Etabliffement
que fa Ma efté a procuré
pour
faciliter
le
développement
:
des talens
& du génie , a été
indirectement
attaqué
par un
ouvrage
, où l'on
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
tâche de
prouver que nos ames fe font corrompues
à mesure que nos Sciences & nos
Arts fe font perfectionnés
, & que le même
phénomène s'eft obfervé dans tous les
tems & dans tous les lieux. Ce Difcours
de M. Rouffeau renferme plufieurs autres
propofitions
, dont- il eft très important
de montrer la fauffeté , puifque felon des
fçavans Journalistes
, il paroît capable de
faire une révolution
dans les idées de notre
fiéele. Je conviens qu'il eft écrit avec
une chaleur peu commune , qu'il offre des
tableaux d'une touche mâle & correcte :
Plus la maniére de cet ouvrage eft grande
& hardie , plus il eft propre à en impofer ,
à accréditer des maximes pernicieufes. Il ne
s'agit pas ici de ces paradoxes littéraires ,
qui permettent de foutenir le pour on le
contre , de ces vains fujets d'éloquence où
l'on fait parade de penfées futiles , ingénieufement
contraftées. Je vais , Meffieurs
, plaider une caufe , qui intéreffe
votre bonheur. J'ai prévu qu'en me bornant
à montrer combien la plûpart des raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux
, je tomberois dans la féchereffe du
* Il y auroit de l'injuftice à dire que tous les raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux. Certe
propofition doit être modifiée ; il mérite beaucoup
d'éloges pour s'être élevé avec force contre les
ebus qui le giiffent dans les Arts & dans la République
des Lettres,
OCTOBRE. 1751 II
genre polémique. Cet inconvénient
ne
m'a point arrêté , perfuadé que la folidité
d'une réfutation de cette nature , fait fon
principal mérite.
Si , comme l'Auteur le prétend , les
fciences dépravent lesmoeurs , Staniflas le
bienfaifant fera donc blâmé par la poftérité
d'avoir fait un établiſſement pour les
rendre plus floriffantes , & fon Miniftre d'avoir
encouragé les talens & fait éclater les
fiens ; files fciences dépravent les moeurs ,
vous devez donc détefter l'éducation qu'on
vous a donnée , regretter amérement le
tems que vous avez employé à acquérir des
connoiffances & vous repentir des efforts
que vous avez faits pour vous rendre utiles
à la Patrie. L'Auteur que je combats eft l'apologifte
de l'ignorance , il paroît fouhaiter
qu'on brule les Bibliothéques;il avoue qu'il
heurre de front tout ce qui fait aujourd'hui
l'admiration des hommes & qu'il ne peut
s'attendre qu'à un blâme univerfel ; mais il
compte fur les fuffrages des fiécles à venir ;
il pourra les remporter ,n'en doutons point,
quand l'Europe retombera dans la barba
rie , quand fur les ruines des Beaux - Arts
éplorés , triompheront infolemment l'ignorance
& la rufticité.
Nous avons deux queftions à difcuter
l'une de fait , l'autre de droit. Nous exa-
A v
12 MERCURE DE FRANCE.
minerons dans la premiere partie de ce
Difcours , les Sciences & les Arts ont
contribué à corrompre les moeurs , & dans
la feconde, ce qui peut réfulter du progrès
des Sciences & des Arts confiderés en euxmêmes
: tel eft le plan de l'ouvrage que je
critique.
PREMIERE PARTIE.
Avant , dit M. Rouffeau , que l'Art eût
façonné nos maniéres , & appris à nos palfions
à parler un langage apprêté , nos
moeurs étoient ruftiques , mais naturelles ,
& la différence des procédés marquoit
au premier coup d'oeil celle des caractéres .
La Nature humaine au fond n'étoit pas
meilleure , mais les hommes trouvoient
leur fécurité dans la facilité de fe pénétrer
réciproquement , & cet avantage dont
nous ne fentons plus le prix ,leur épargnoit
bien des vices ; les foupçons, les ombrages,
les craintes , la froideur , la réferve , la
haine , la rrahifon , fe cachent fans ceffe
fous ce voile uniforme & perfide de politeffe
, fous cette urbanité fi vantée que nous
devons aux lumiéres de notre fiécle . Nous
avons les apparences de.e toutes les vertus
fans en avoir aucune .
Je réponds qu'en examinant la fource de
cette politeffe , qui fait tant d'honneur à
notre fiécle , & tant de peine à M.RoufOCTOBRE.
179 11
feau on découvre aifément combien
elle eft eftimable. C'eft le défir de plaire
dans la Société qui en a fait prendre l'efprit.
On a étudié les hommes , leurs humeurs
, leurs caractéres , leurs défirs , leurs
befoins , leur amour propre . L'expérience
a marqué ce qui déplait : On a analyfé les
agrémens , dévoilé leurs caufes , apprécié
le mérite , diftingué fes divers dégrés.
D'une infinité de réflexions fur le beau ,
l'honnête & le décent s'eft formé un Art
précieux , l'Art de vivre avec les hommes ,
de tourner nos befoins en plaifirs , de répandre
des charmes dans la converfation ,
de gagner l'efprit par fes difcours & les
coeurs par fes procédés. Egards , attentions,
complaiffances , prévenances , refpect ,
autant de liens qui nous attachent mutuellement
.Plus la politeffe s'eft perfectionnée ,
plus lafociété a été utile aux hommes ; on
s'eft plié aux bienféances , fouvent plus
puiffantes que les devoirs ; les inclinations
font devenues plus douces , les caractéres
plus lians , les vertus fociales plus communes.
Combien ne changent de difpofitions
que parce qu'ils font contraints de
paroître en changer ! Celui qui a des vices
pour
eft obligé de les déguifer , c'est lui
un avertiffement continuel qu'il n'eft pas
ce qu'il doit être fes moeurs prennent
14 MERCURE DE FRANCE.
infenfiblement la teinte des moeurs reçues.
La néceffité de copier fans ceffe la vertu ,
le rend enfin vertueux ; ou du moins fes
vices ne font pas contagieux , comme ils le
feroient, s'ils le préfentoient de front avec
cette rufticité que regrette mon adversaire .
Il dit que les hommes trouvoient leur
fécurité dans la facilité de fe pénétrer réciproquement
, & que cet avantage leur
épargnoît bien des vices ; il n'a pas confidéré
que la Nature humaine n'étant pas
meilleure alors , comme il l'avouë , la rufticité
n'empêchoit pas le déguifement . On
en a fous les yeux une preuve fans réplique:
On voit des Nations dont les maniéres ne
font pas façonnées , ni le langage apprêté ,
ufer de détours , de diffimulations & d'artifices
, tromper adroitement fans qu'on
puiffe en rendre comptables les Belles -Lettres
, les Sciences & les Arts.
D'ailleurs fi l'Art de fe voiler s'eft perfectionnné
, celui de pénétrer les voiles a
fait les mêmes progrès . On ne juge pas
des
hommes fur de fimples apparences , on
n'attend pas à les éprouver , qu'on foit
dans l'obligation indifpenfable de recourir
à leurs bienfaits. On eit convaincu qu'en
général , il ne faut pas compter fur eux ,
moins qu'on ne leur plaife, ou qu'on ne leur
foit utile , qu'ils n'ayent quelqu'intérêt à
OCTO BR E.
1751 IS
nous rendre fervice On fçait évaluer les of
fres fpécieufes de la politeffe & ramener fes
expreffions à leur fignification reçue . Ce
n'eft pas qu'il n'y ait une infinité d'ames no.
bles,qui en obligeant ne cherchent que le
plaifir même d'obliger. Leur politeffe a un
ton bien fupérieur à tout ce qui n'eft que cérémonial
, leur candeur , un langage qui lui
eft propre,teur mérite eft leur Art de plaire.
Ajoutez que
fuffic pour acquérir cette politeffe dont fe
pique un galant homme ; on n'eft donc
pas
fondé à en faire honneur aux Sciences.
A quoi tendent donc les éloquentes
déclamations de M. Rouffeau ? Qui ne
feroit pas indigné de l'entendre affûrer
que nous avons les apparences de toutes
les vertus fans en avoir aucune. Eh ! pour.
quoi n'a- t-on plus de vertu ? c'eft qu'on
cultive les Belles Lettres , les Sciences &
les Arts ; fi l'on étoit impoli , ruftique ,
ignorant , Goth , Hun ou Vandale , on
feroit digne des éloges de M. Rouffeau .
Ne fe laffera- t- on jamais d'invectiver les
hommes ? Croira- t-on toujours les rendre
plus vertueux , en leur difant qu'il n'ont
point de vertu ? -fous prétexte d'épurer les
moeurs , eft- il permis d'en renverfer les ap .
puis O doux noeuds de la Société
charmes des vrais Philofophes , aimables
le feul commerce du monde
16 MERCURE DE FRANCE.
vertus , c'eſt par vos propres attraits que
Vous regnez dans les coeurs , vous ne devez
votre empire ni à l'âpreté ftoïque ,
ni à des clameurs barbares , ni aux confeils
d'une orgueilleuse rufticité.
M. Rouffeau attribue à notre fiècle des
défauts & des vices qu'il n'a point ou qu'il·
a de commun avec les Nations qui ne font
pas policées, & il en conclud que le fort des
moeurs & de la probité a été réguliérement
affujetti aux progrès des Sciences &:
des Arts. Laiffons ces vagues imputations
& paffons au fait.
Pour montrer que les fciences ont corrompu
les moeurs dans tous les tems , il
dit que plufieurs peuples tomberent fous
le joug , lorsqu'ils étoient les plus renommés
par la culture des fciences . On (çait
bien qu'elles ne rendent point invincibles,
s'enfuit- il qu'elles cotrompent les moeurs ?
Par cette façon finguliére de raifonner ,
on pourroit couclure auffi que l'ignorance
entraîne leur dépravation , puifqu'un grand
nombre de Nations barbares ont été fubjuguées
par des peuples amateurs des
Beaux-Arts. Quand même on pourroit
prouver par des faits que la diffolution des
moeurs a toujours regné avec les Sciences ,
il ne s'enfuivroit pas que le fort de la probité
dépendît de leurs progrès. Lorfqu'une
OCTOBRE . 1751. 17
Nation jouit d'une tranquille abondance ,
elle fe porte ordinairement aux plaifirs &
aux Beaux -Arts . Les richeffes procurent
les moyens de fatisfaire fes paffions , ainfi
ce feroient les richeffes & non pas les
Belles-Lettres qui pourroient faire naître
la corruption dans les coeurs , fans parler
de plufieurs autres caufes qui n'influenc
pas moins que l'abondance fur cette dépravation
, l'extrême pauvreté eft la mere
de bien des crimes, & elle peut être jointe
avec une profonde ignorance . Tous les
faits donc qu'allegue notre adverfaire ne
prouvent point que les Sciences corrom-
Fent les moeurs.
Il prétend montrer par ce qui eft arrivé
en Egypte , en Grèce , à Rome , à Conftantinople
, à la Chine que les Arts énervent
les peuples qui les cultivent. Quoique
cette affertion fur laquelle il infifte principalement
paroiffe étrangere à la queftion
dont il s'agit , il eft à propos d'en montrer
la faufferé . L'Egypte , dit- il , devint
la mere de la Philofophie & des Beaux-
Arts & bientôt après la conquête de Cambife
mais bien des fiécles avant cette
époque , elle avoit été foumife par des
bergers Arabes , fous le regne de Timaus.
Leur domination dura plus de cinq
cens ans. Pourquoi les Egyptiens n'eurent-
:
18 MERCURE DE FRANCE.
ils pas même alors le courage de le défendre
? Etoient - ils énervés par les Beaux- Arts
qu'ils ignoroient ? Sont- ce les Sciences qui
ont efféminé les Afiatiques & rendu lâches
à l'excès tant de Nations barbares de
l'Afrique & de l'Amérique .
Les victoires que les Athéniens remportérent
fur les Perfes & fur les Lacédémoniens
même , font voir que les Arts
peuvent s'affocier avec la vertu militaire.
Leur Gouvernement devenu vénal fous
Périclés , prend une nouvelle face , l'amour
du plaifir étouffe leur bravoure , les fonctions
les plus honorables font avilies, l'im
punité multiplie les mauvais Citoyens
les fonds deftinés à la guerre , font employés
à nourrir la moleffe & l'oifiveté ;
toutes ces caufes de corruption , quel rap
port ont- elles aux ſciences ?
De quelle gloire militaire les Romains
ne fe font- il pas couverts dans le tems
que la Lireérature étoit en honneur à Rome?
Etoient-ils énervés par les Arts ,
lorfque Cicéron difoit à Célar , vous avez
dompté des Nations fauvages & féroces ,
innombrables par leur multitude , répandues
au loin en divers lieux ? Comme un
feul de ces faits fuffit pour détruire les raifoanemens
de mon adverfaire , il feroit
inutile d'infifter davantage fur cet article..
E. 19 OCTOBRE. 1751 .
fen On connoît les caufes des révolutions qui
-Arts arrivent dans les Etats. Les ſciences ne
s qui pourroient contribuer à leur décadence
qu'au cas que ceux qui font diftinés à les
de défendre , s'occuperoient des fciences au
point de négliger leurs fonctions militai❤
emres ; dans cette fuppofition , toute occuédé
pation étrangere à la guerre auroit les mê-
Arts mes fuites.
Lire M. Rouffeau , pour montrer que l'ifous
gnorance préferve les moeurs de la corrupout
tion , paffe en revûe les Scithes , les prenc
miers Perfes , les Germains & les Rom
mains dans les premiers tems de leur Réms
, publique , & il dit que ces peuples ont par
leur vertu , fait leur propre bonheur &
té l'exemple des autres Nations. On avoue
que Juftin a fait un éloge magnifique des
Scithes , mais Hérodote & des Auteurs
as citéspar Strabon , les repréfentent comme
sune Nation des plus féroces. Ils immoloient
au Dieu Mars , la cinquième partie
de leurs prifonniers & crevoient les yeux
Z aux autres. A l'anniverfaire d'un Roi ils
étrangloient cinquante de fes Officiers.
Ceux qui habitoient vers le Pont- Euxin ſe
nourriffoient de la chair des étrangers qui
arrivoient chez eux. L'Hiftoire des diverfes
Nations Scithes , offre par tout des
traits ou qui les deshonorent , ou qui font
>
20 MERCURE DE FRANCE.
par
horreur à la Nature . Les femmes étoient
communes entre les Maffagetes ; les perfonnes
âgées étoient immolées leur
parens , qui fe régaloient de leurs chairs.
Les Agatyrfiens ne vivoient que de pillage
& avoient leurs femmes en commun. Les
Antropophages , au rapport d'Hérodote ,
étoient injuftes & inhumains. Tels furent
les Peuples qu'on propofe pour exemple
aux autres Nations .
A l'égard des anciens Perfes , tout le
monde convient fans doute avec M. Rolin
qu'on ne fçauroit lire fans horreur julqu'où
ils avoient porté l'oubli & le mépris
des Loix les plus communes de la Nature.
Chez eux toutes fortes d'inceſtes étoient
autorifés. Dans la Tribu Sacerdotale , on
conféroit prefque toujours les premieres
dignités à ceux qui étoient nés du mariages
d'un fils avec fa mere. Il falloit qu'ils
fuffent bien cruels pour faire mourir des
enfans dans le feu qu'ils honoroient.
Les couleurs dont Pomponius - Mela
peint les Germains , ne feront pas naître
non plus l'envie de leur reffembler : Peuple
naturellement féroce , fauvage jufqu'à
manger de la chair crue , chez qui
le vol n'eft point une chofe honteufe &
qui ne reconnoît d'autre droit que fa
force.
OCTOBRE.
1751. 21
Que de reproches auroit eu raifon de faire
aux Romains , dans le tems qu'ils n'étoient
point encore familiarifés avec les
Lettres , un Philofophe éclairé de toutes
les lumières de la raifon . Illuftres Barbares
, auroit- il pu leur dire , toute votre
grandeur n'est qu'un grand crime.
Quelle fureur vous anime & vous porte à
ravager l'univers ; tigres altérés du fang
des hommes , comment ofez-vous mettre
votre gloire à être injuftes , à vivre de pillage
, à exercer la plus odieufe tyrannie ?
Qui vous a donné le droit de difpofer
de nos biens & de nos vies , de nous
rendre efclaves &
malheureux , de répandre
par tout la terreur , la défolation
& la mort ? Eft ce la grandeur d'ame dont
Vous vous piquez ? O déteftable grandeur
qui fe repaît de miféres & de calamités
! n'acquerez - vous de prétendues vertus
que pour punir la terre de ce . qu'elles
Vous ont couté ? Eft- ce la force ? Les Loix
de l'humanité n'en ont donc plus ? Sa voix
ne fe fait donc point entendre à vos coeurs ?
Vous méprifez la volonté des Dieux qui
vous ont deſtiné , ainſi que nous , à paffer
tranquilement quelques inftans fur la terre
; mais la peine est toujours à côté du
crime ; vous avez eu le bonheur de paffer
fous lejoug , la douleur de voir vos armées
22 MERCURE DE FRANCE.
par
taillées en piéces , & vous aurez bientôt
celle de voir la République fe déchirer
Les propres forces . Qui vous empêche
de paffer une vie agréable dans le fein de
la paix , des Arts , des Sciences & de la
vertu ? Romains , ceffez d'être injuftes ,
ceffez de porter en tous lieux les horreurs
de la guerre & les crimes qu'elle entraîne.
Mais je veux qu'il y ait eu des Nations
vertueufes dans le fein de l'ignorance , &
je demande fi ce n'eft pas à des loix fages
maintenues avec vigueur , avec prudence ,
& non pas à la privation des Arts qu'elles
ont été redevables de leur bonheur. En
vain prétend- on que Socrate même & Caton
ont décrié les Lettres , il ne furent
jamais les apologistes de l'ignorance. Le
plus fçavant des Athéniens avoit raifon de
dire que la préfomption des hommes d'Etat
, des Poëtes & des Artiftes d'Athénes ,
terniffoit leur fçavoir à fes yeux , & qu'ils
avoient tort de fe croire les plus fages des
hommes ; mais en blâmant leur orgueil &
en décréditant les Sophiftes , il ne faifoit
point l'éloge de l'ignorance , qu'il regar
doit comme le plus grand mal. Il aimoit à
tirer des fons harmonieux de la lyre avec
la main dont il avoit fait les ftatues das
graces. La Rhétorique , la Phyfique , l'Af
E.
OGTOBRE. 1751. 23
bien tronomie furent l'objet de fes études , &
hire felon Diogène de Laerce il travailla aux
ech Tragédiesd'Euripide. Il eft vrai qu'il s'apinpliqua
principalement à faire une fcience
del de la morale & qu'il ne s'imaginoit pas fçates
voir ce qu'il ne fçavoit pas : eft ce là favorifer
l'ignorance ? Doit- elle fe prévaloir
reur
age
Ca
en
en du déchaînement de l'ancien Caton contre
ces difcoureurs artificieux , contre ces
Grecs qui apprenoient aux Romains l'Art
funefte de rendre toutes les vérités douteufes.
Un des Chefs de la troifiéme Académie
, Carnéade montrant en préfence de
lle Caton la néceffité d'une loi naturelle , &
Erenverfant le lendemain ce qu'il avoit établi
le jour précédent , devoit naturellement
prévenir l'efprit de ce Cenfeur contre
la Littérature des Grecs. Cette prévention
à la vérité s'étendit trop loin , il en
Efentit l'injuftice & la répara en apprenant
la langue Grecque, quoiqu'avancé en âge ;
il forma fon ftyle fur celui de Thucydide
& de Demofthéne & enrichit fes ouvrages
des maximes & des faits qu'il en tira. L'Agriculturé
, la Médecine la Médecine , l'Hiftoire &
beaucoup d'autres matiéres exercerent fa
plume. Ces traits font voir que fi Socrate
&Caton cuffent fait l'éloge de l'ignorance ,
ils fe feroient cenfurés eux-mêmes , & M.
Rouffeau , qui a fi heureufement cultivé
es
-
24 MERCURE DE FRANCE.
les Belles Lertres , montre combien elles
font eftimables par la maniere dont il exprime
le mépris qu'il paroît en faire ; je dis
qu'il paroît, parcequ'il n'eft pas vrai-femblable
qu'il faffe peu de cas de fes connoiffances
. Dans tous les tems on a vû des Auteurs
décrier leurs fiécles & louer à l'excès desNa
tions anciennes . On met une forte de gloire
à fe roidir contre les idées communes
de fupériorité , à blâmer ce qui eft loué ,
de grandeur à dégrader ce que les hommes
eftiment le plus.
La meilleure maniére de décider la
queſtion de fait dont il s'agit , eft d'examiner
l'état actuel des moeurs de toutes les
Nations . Or il réfulte de cet examen fait
impartialement , que les peuples policés &
& diftingués par la culture des Lettres &
des Sciences , ont en général moins de vices
que ceux qui ne le font pas. Dans la
Barbarie & dans la plupart des
pays Orientaux
regnent des vicesqu'il ne conviendroit
pas même de nommer. Si vous parcourez
les divers Etats d'Afrique ,vous êtes étonné
de voir tant de peuples fainéans , lâches ,
fourbes , traîtres , cruels , avares , voleurs
& débauchés. Là font établis des ufages
inhumains , ici l'impudicité eft autorilée
par les Loix . Là le brigandage & le meurtres
font érigés en profeffions ; ici on eft
pas
tellemen t
OCTOBRE. 1751 25
ex
dis
bla
20
Va
mes
1.
nes
f∙ILL
les
&L
tellement barbare qu'on fe nourrit de chair
humaine. Dans plufieurs Royaumes les maris
vendent leurs femmes & leurs enfans ;
en d'autres on facrifie des hommes au démon
, on tue quelques perfonnes pour
faire honneur au Roi , lorfqu'il paroît en
public , ou qu'il vient à mourir. L'Afie &
l'Amérique offrent des tableaux femblables.
*
L'ignorance & les moeurs corrompues
des Nations qui habitent ces vaftes Contrées
font voir combien porte à faux cette
réflexion de mon adverfaire : Peuples , (çachez
une fois que la Nature a voulu vous
préferver de la fcience , comme une mere
arrache une arme dangereufe des mains de
fon enfant , que tous les fecrets qu'elle
vous cache font autant de maux dont elle
vous garantir , & que la peine que vous
trouvez à vous inftruire n'eft pas le moindre
de fes bienfaits. J'aimerois autant qu'il
eût dit , peuples , fçachez une fois que
la Nature ne veut pas que vous vous nourriffiez
des productions de la terre. La peine
qu'elle a attachée à fa culture eft un avertiffement
de la laiffer en friche.
pour vous
Il finit la premiere partie de fon Difcours
• * Les bornes étroites que je me fais prefcrites
m'obligent à renvoyer à l'Hiftoire des Voyages
& àl'Hiftoire Générale par M. l'Abbé Lambert.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
par cette réflexion ; Que la probité eft fille
de l'ignorance & que la fcience & la vertu
font incompatibles . Voilà un fentiment
bien contraire à celui de l'Eglife ; elle regarda
comme la plus dangereufe des per
fécutions la défenfe que l'Empereur Julien
fit aux Chrétiens d'enfeigner à leur enfans
, la Rhétorique , la Poëtique & la
Philofophie,
SECONDE PARTIE,
M. Rouffeau entreprend de prouver
dans la feconde partie de fon Difcours que
l'origine des fciences eft vicieuſe , leurs ob.
jets vains & leurs effets pernicieux .C'étoit,
dit- il, une ancienne tradition paffée de l'Egypte
en Grèce , qu'un Dieu ennemi du repos
des hommes étoit l'inventeur des fcien .
ces , d'où il infére que les Egyptiens , chez
qui elles étoient nées , n'en avoient pas
une opinion favorable. Comment accor
der fa conclufion avec ces paroles : Reme
des pour les maladies de l'ame : Infcription
qu'au rapport de Diodore de Sicile on li
feit far le fontifpice de la plus ancienne
des Bibliothéques , de celle d'Ofymandias
Roi d'Egypte.
Il affure que l'Aftronomie eft née de la
fuperftition , l'éloquence de l'ambition ,
de la haine , de la flaterie , du menſonge ;
OCTOBRE. 1751. 27
C
1
la Géométrie de l'avarice , la Phyfique
d'une vaine curiofité; routes & la morale
même de l'orgueil humain , Il fuffit de rapporter
ces belles découvertes pour en faire
connoître toute l'importance. Jufqu'ici on
avoit cru que les Sciences & les Arts devoient
leur naifance à nos befoins , on
l'avoit même fait voir dans plufieurs onvrages.
Vous dites que le défaut de l'origine des
Sciences & des Arts ne nous eft que trop
retracé dans leurs objets. Vous demandez
ce que nous ferions des Arts fans le luxe
qui les nourrit. Tout le monde vous répondra
que les Arts inftructifs & miniftériels
indépendamment du luxe fervent aux
agrémens , ou aux commodités , ou aux
befoins de la vie.
Vous demandez à quoi ferviroit la
Jurifprudence fans les injuftices des hom .
mes. On peut vous répondre qu'aucun
corpspolitique ne pouroit fubfifter fans
loix , ne fût-il compofé que d'hommes juftes.
Vous voulez fçavoir ce que devien
droit l'Hiftoire s'il n'y avoit ni tyrans , ni
guerres , ni confpirateurs. Vous n'ignorez
cependant pas que l'Hhiftoire Univerſelle
contient la defcription des Pays , la religion
, le gouvernement , les moeurs , le
commerce & les coutumes des Peuples , les
Bij
"
28 MERCURE DE FRANCE.
dignités , les Magiftratures , les vies des
Princes pacifiques , des Philofophes & des
Artiftes célébres ; tous ces fujets qu'ont-ils
de commun avec les tyrans , les guerres ,
& les Confpirateurs?
pour
Sommes-nous donc faits , dites vous ,
mourir attachés fur les bords du puits
où la vérité s'eft retirée ; cette fenle vérité
devroit rebuter dès les premiers pas tout
homme qui chercheroit férieufement à
s'inftruire par l'étude de la Philofophie.
Vous fçavez que les fciences dont on occupe
les jeunes Philofophes dans les Univerfités
,
font la Logique , la Métaphyfique , la
morale , la Phyfique , les Mathématiques
élémentaires. Ce font donc là felon vous
de ftériles fpéculations. Les Univerfités
vous ont une grande obligation de leur
avoir appris que la vérité de ces Sciences
s'eft retirée au fond d'un puits. Les grands
Philofophes qui les poffèdent dans un dégré
éminent font fans doute bien furpris
d'apprendre qu'ils ne fçavent rien . Ils ignoreroient
auffi , fans vous , les grands dangers
que l'on rencontre dans l'inveftigation
des Sciences. Vous dites que le faux eft
fufceptible d'une infinité de combinaiſons
& que la vérité n'a qu'une maniere d'être ;
mais n'y a-t-il pas différentes routes , dif
férentes méthodes pour arriver à la vérité .
OCTOBRE. 1751 .
29
Qui eft- ce d'ailleurs , ajoutez- vous , qui
la cherche bien fincérement ? A quelle
marque eft on fur de la reconnoître ? Les
Philofophes vous répondront qu'ils n'ont
appris les Sciences que , pour les fçavoir &
en faire ufage & que l'évidence , c'est- àdire
, la perception du rapport des idéés
eft le caractére diftinctif de la vérité &
qu'on s'en tient à ce qui paroît le plus probable
dans des matiéres qui ne font pas fufceptibles
de démonftration. Voudriezvous
voir renaître les fectes de Pyrrhon
d'Arcéfilas ou de Lacyde ?
Convenez
que
vous auriez
Vous pu dif
penfer de parler de l'origine des Sciences &
leur's que vous n'avez point prouvé que
objets font vains. Comment l'auriez vous
pu faire , puifque tout ce qui nous environne
nous parle en faveur des Sciences &
des Arts habillemens , meubles , bâtimens
, Bibliothéques , ufuines , productions
des Pays Etrangers dues à la Navigation
dirigée par l'Aftronomie . Là les Arts
Méchaniques mettent nos biens en valeur.
Les progrès de l'Anatomie affûrent
ceux de la Chirurgie. La Chymie , la Botanique
nous préparent des remédes , les
Arts libéraux , des plaifirs inftructifs . Ils
s'occupent à tranfmettre à la postérité le
fouvenir des belles actions & immortali-
1
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
fent les grands hommes & notre reconnoiffance
pour les fervices qu'il nous ont
rendus. Ici la Géométrie appuyée de l'Algébre
préfide à la plupart des fciences ;
elle donne des leçons à l'Aftronomie ,
la Navigation , à l'Artillerie , à la Phyfique.
Quoi tous ces objets font vains !
oui , & felon M. Rouffeau , tous ceux qui
s'en occupent font des Citoyens inutiles ,.
& il conclu que tout Citoyen inutile peut
être régardé comme pernicieux . Que disje
, felon lui , nous ne fommes pas même
des Citoyens . Voici fes propres paroles :
Nous avons des Phyficiens , des Géomé ---
tres , des Chymiftes , des Aftronomes ,
des Poëtes , des Muficiens , des Peintres ,
nous n'avons plus de Citoyens , ou s'il
nous en refte encore, difperfés dans nos
Campagnes abandonnées , ils y périffent
indigens & méprifés ; ainti , Meffieurs ,
ceffez donc de vous regarder comme des
Citoyens. Quoique vous confacriez vos
jours au fervice de la fociété , quoique
vous rempliffiez dignement les emplois.
où vos talens vous ont appellés , vous
n'êtes pas dignes d'être nommés Citoyens .
Cette qualité eſt le partage des Payfans, &
il faudra que vous cultiviez tous la terre
pour la mériter. Comment ofe -t- on infulter
ainfi une Nation qui produit taot
2
OCTOBRE . 1751. T
on
ont
Als!
S₁
zat
Na
d'excellens Citoyens dans tous les Etats !
O Louis le Grand ! quel feroit votre
étonnement , fi rendu aux voeux de la
France & à ceux du Monarque qui la gouverne
en marchant fur vos traces glorieufes
, vous appreniez qu'une de nos Acadé
mies a couronné un ouvrage , où l'on fontient
que les Sciences font vaines dans leur
objet , pernicieufes dans leurs effets ,
que ceux qui les cultivent ne font pas
Citoyens Quoi pourriez- vous dire ,
j'aurois imprimé une tache à ma gloire
pour avoir donné un azile aux mafes , établi
des Académies , rendu la vie aux
Beaux Arts , pour avoir envoyé des Aftronomes
dans les Pays les plus éloignés ,
recompenfé les talens & les découvertes
artiré les Sçavans près du Trône ! Quor !
j'aurois terni ma gloire pour avoir fait
naître des Praxitéles & des Syfippes , des
Appelles & des Ariftides , des Amphions
& des Orphées ! que tardez - vous de brifer
ces inftrumens des Arts & des Sciences ,
de brûler ces précieufes dépouilles des
Grecs & des Romains , toutes les Archives
de l'efprit & du génie ? Replongez
vous dans les ténébres épaiffes de la barbarie
, dans les préjugés qu'elle confacre fous
les funeftes aufpices de l'ignorance & de
la fuperftition . Renoncez aux lumiéres de
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
votre fiécle ; que des abus anciens ufurpent
les droits de l'équité ; rétabliffez des
loix civiles contraires à la loi naturelle ;
que l'innocent qu'accufe l'injuftice foit
obligé pour fe juftifier , à s'expofer à périr
par l'eau ou par le feu ; que des peuples
aillent encore maffacrer d'autres peuples
fous le manteau de la religion ; qu'on faſfe
les plus grands maux avec la mêine tranquilité
de confcience qu'on éprouve à faire
les plus grands biens : telles & plus déplorables
encore feront les faites de cette
ignorance où vous voulez rentrer.
Non , Grand Roi , l'Accadémie de Dijon
n'eft point cenfée adopter tous les fentimens
de l'Auteur qu'elle a couronné.
Elle ne pense point comme lui que les travaux
des plus éclairés de nos Sçavans &
de nos meilleurs Citoyens ne font prefque
d'aucune utilité. Elle ne confond point
comme lui les découvertes véritablement
utiles au genre humain avec celles dont
on n'a pu encore tirer des fervices , faute
de connoître tous leurs rapports & l'enfemble
des parties de la Nature ; mais elle
penfe ainfi que toutes les Académies de
l'Europe, qu'il eft important d'étendre de
toute part les branches de notre fçavoir ,
d'en creufer les Analogies , d'en fuivre
toutes les ramifications. Elle fçait que
OCTOBRE .
30989 es
telle
connoiffance qui
paroît
ftérile pen- 1751.
33
dant un tems peut ceffer de l'être par des
applications dues au génie , à des
recherches
laborieufes , peut-être même au hazard.
Elle fçait que pour élever un édifice
, on
raffemble des
matériaux de
toutes
efpeces , ces piéces
brutes , amas
informe
ont leur
deftination ,
l'Art les
dégroffit
& les
arrange , il en
forme des chefs
d'oeuvre
d'Architecture & de bon goût.
On peut dire qu'il en eft en
quelque
forte de
certaines
vérités
détachées du
de celles dont
l'utilité eft
teconnue ,
corps
comme de ces
glaçons
errans au gré du
hazard fur la
furface
des
Aeuves ; ils fé
réuniffent , ils fe
fortifient
mutuellement
&
fervent à les
traverfer.
Si
l'Auteur a
avancé fans
fondement que
cultiver les
Sciences eft
abuſer du
tems ,
il n'a pas eu
moins de tort
d'attribuer le
luxe aux
Lettres & aux Arts. Le luxe eft:
une
fomptuofité
que font
naître les biens
partagés
inégalement. La
vanité à
l'aide
de
l'abondance
cherche à fe
diftinguer &
procure à
quelques Arts les
moyens de lui
fournir le
fuperflu ; mais ce qui eft
fuper-
Au
par rapport à certains états eft néceffaire
à
d'autres, pour
entretenir
les
diftinctions
qui
caractérisent
les
rangs
divers
de:
la
fociété
. La
religion
même
ne
condamne
:
Βγ
34 MERCURE DE FRANCE.
point les dépenfes, qu'éxige la décence de
chaque condition . Ce qui eft luxe pour
l'artifan peut ne pas l'être pour l'homme
de robe où l'homme d'épée. Dira- t-on quedes
meubles ou des habillements d'un
grand prix dégradent l'honnête homme.
& lui tranfmettent les fentimens de l'hom ,
me vicieux ? Caton le grand , folliciteur
des Loix fomptuaires , fuivant la remarqued'un
politique , nous eft dépeint avare
& intempérant , même ufurier & yvrogne;
au lieu que le fomptueux Lucullus , enco- .
re plus grand Capitaine & auffi jufte que
lui fut toujours libéral & bien- faifant.
Condamnons la fomptuofité de Lucullus.
& de fes imitateurs , mais ne concluons
pas qu'il faille chaffer de nos murs les Sçavans
& les Artiftes. Les paffions peuvent
abufer des Arts , ce font elles qu'il faut
réprimer. Les Arts font le foutien des
Etats ; ils réparent continuellement
l'inégalité
des fortunes & procurent le néceffaire
phyfique à la plupart des Citoyens...
Les terres , la guerre ne peuvent occuper
qu'une partie de la Nation
pourront fubfifter les autres fujets , files
Fiches craignent de dépenfer , fi la circulation
des espéces eft fufpenduepar une économie
fatale à ceux qui ne peuvent vivre
que du travail de leurs mains
comment
E.
OCTOBRE
1731 .
35°
edel
Dour
me
que
d'un
Om
que
are
res
•0-
Tandis , ajoute l'Auteur , que les commodités
de la vie fe multiplient , que les
Arts fe perfectionnent & que le luxe s'étend
, le vrai courage s'énerve , les vertus
militaires s'évanouiffent & c'est encore
me l'ouvrage des Sciences & de tous ces Arts
s'exercent dans l'ombre du cabinet .
Ne diroit-on pas , Meffieurs , que tous
nos foldats font occupés à cultiver les
Sciences & que tous leurs Officiers font des
Maupertuis & des Réaumur ? S'eft on apperçu
fous les regnes de Louis XIV. &
de Louis XV . que les vertus militaires
fe foient évanouies. Si on veut parler des
Sciences qui n'ont aucun rapport à la
re , on ne voit pas ce que les Académies
ont de commun avec les troupes, & s'il s'agit
de fciences militaires , peut - on les porter
à une trop grande perfection ? A l'é
gard de l'abondance , on ne l'a jamais vu
regner davantage dans les armées Françoifes
que durant le cours de leurs victoires ..
Comment peut- on s'imaginer que des foldats
deviendront plus vaillants , parce :
qu'ils feront mal vêtus & mal nourris ?
M. Rouffeau eft-il mieux fondé à fouteu
16
us
s
guernir
que la culture des Sciences eft nuifible :
aux qualités morales : C'eft, dir- il , dès nos
premieres années qu'une éducation infenfée
, orne notre efprit & courrompt no-
B. vj
36 MERCURE DE FRANCE.
tre jugement. Je vois de toutes parts des
établiffemens immenfes , où l'on éleve à
grands frais la jeuneffe pour lui apprendre
toutes chofes , excepté fes devoirs.
Peut- on attaquer de la forte tant de corps
refpectables , uniquement dévoués à l'inftruction
des jeunes gens , à qui ils inculquent
fans ceffe les principes de l'honneur,
de la probité & du Chriftianifme ? La
ſcience , les moeurs , la Religion , voila
les objets que s'eft toujours propofés l'U
niverfité de Paris , conformément aux
réglemens qui lui ont été donnés par les
Rois de Fance. Dans tous . les établiffemens
faits pour l'éducation des jeunes
gens , on employe tous les moyens pofibles
pour leur infpirer l'amour de la
vertu & l'horreur du vice , pour en former
d'excellens Citoyens ; on met continuel
lement fous leurs yeux les . maximes &
les exemples des grands Hommes de
l'antiquité. L'Hiftoire facrée & profane
leur donne des leçons foutenues par les
faits & l'expérience , & forme dans
leur efprit une impreffion qu'on atten
droit en vain de l'aridité des préceptes.
Comment les Sciences pouroient elles nui
re aux qualités morales ? Un de leurs premiers
effets eft de retirer de l'oifiveté &
par confequent. du jeu & de la débauche
E.
37
OCTOBRE
.
1751.
de qui en font les fuites. Sénéque que M.
Rouffeau cite pour appuyer fon fentiment ,
vei
di convient que les Belles - Lettres préparent
à la vertu ( Sénec, Epift. 88. ).
oras
Leut
205 cours ,
Que veulent dire ces traits fatiriques lancés
contre notre fiécle : Que l'effet le plus
cul évident de toutes nos études eft l'aviliffemeut
des vertus ; qu'on ne demande plus
La d'un homme s'il a de la probité , mais s'il a
oldes talens ; que la vertu refte fans honneur;
qu'il y a mille prix pour les beaux Diſ
aucuns pour les belles Actions..
Comment peut-on ignorer qu'un homme
qui paffe pour manquer de probité eſt
méprifé univerfellement ? La punition du
vice n'eft - elle pas déja la premiere récom
penfe de la vertu? L'eftime, l'amitié de fes.
Concitoyens , des diftinctions honorables,
voilà des prix bien fupérieurs à des lau
riers Académiques. D'ailleurs celui qui
fert fes amis , qui foulage de pauvres familles
, ira-t-il publier les bienfaits ? Ce
feroit en anéantir le mérite : rien de plus .
beau que lesactions vertueufes , fice n'eft
le foin même de les cacher.
C
is
M. Rouffeau parle de nos Philofophes
avec mépris, il cite les dangéreufes réveries.
des Hobbes & des Spinofa ,& les met fur une
mêmeligne avec toutes les productions de
Ja Philofophic, Pourquoi confondre ainfa
38
MERCURE DE FRANCE.
avec les ouvrages de nos vrais Philofophes
des fyftemes que nous abhorrons ? Doit- on
rejetter fur l'étude des Belles Lettres les opimions
infenfées de quelques écrivains , tandis
qu'un grand nombre de peuples font infatués
de fyftêmes abfurdes , fruit de leur ignorance
& de leur crédulité ? L'efprit humain
n'a pas befoin d'être cultivé pour enfanter
des opinions monftrueufes. C'eft en s'éle
vant avec tout l'effor dont elle eft capable
que la raifon fe met au deffus des chimères.
La vraie
Philofophie nous apprend à dé
chirer le voile des préjugés & de la fuperf
tition.Parce que quelquesAuteurs ont abufé
de leurs lumiéres , faudra-t-il profcrire
la culture de la raifon ? Eh de quoi ne
peut- on pas abufer ? Pouvoir , loix , Religion
, tout ce qu'il y a de plus utile ,
ne peut- il pas-être détourné à des ufages
nuifibles ? Tel eft celui qu'a fait M. Rouffeau
de fa puiffante éloquence pour inf
pirer le mépris des Sciences , des Lettres
& des
Philofophes. Au Tableau qu'il préfente
de ces hommes Sçavans ,
oppofons
celui du vrai
Philofophe . Je vais le tracer
, Meffieurs , d'après les modéles que
j'ai
l'honneur de
connoître parmi vous.
Qu'est-ce qu'un vrai Philofophe ? C'eſt un
homme très
raifonnable & trèséclairé.
Sous
quelque point de vue qu'on le confidé
7
NCE
39
OCTOBRE
. 1751
.
apabl
ilofopre , on ne peut s'empêcher de lui accorder-
Doit toute fon eftime , & l'on n'eft content de
sleso foi même que lorsqu'on mérite la fienne.
sa ne connoît ni les foupleffes rampantes:
nt i de la flaterie , ni les intrigues artificieuſes ,
rig de la jaloufie , ni la baffeffe d'une haine
huma
un produite par la vanité , ni le malheureux
fante talent d'obfcurcir celui des autres , car l'envie
qui ne pardonne ni les fuccès , ni fes
propres injuftices, eft roujours le partage de
éres l'infériorité. On ne le voir jamais avilir fes
à de maximes en les contredifant par les ac- .
pertions , jamais acceffible à la licence que
abcondamne la Religion qu'elle attaque ,
crit les loix qu'elle élude , la vertu qu'elle fousile
aux pieds. On doute fi fon caractére a
Replus de noblele que de force , plus d'élé- -
Elevation que de vérité. Son efprit eſt toujours
l'organe de fon coeur & fon expreffon
l'image de fes fentimens . La franchife
, qui eft un défaut quand elle n'eft
es un mérite , donne à fes Difcours cet airaimable
de fincérité , qui ne vaur beaucoup
, que lorfqu'il ne coûte rien . Quand
il oblige , vous diriez qu'il fe charge de
la reconnoiffance & qu'il reçoit le bienfait
qu'ilaccorde , & il paroît toujours qu'il
oblige , parce qu'il défire toujours d'obliger.
Il met fa gloire à fervir la Patrie qu'il
honore , à travailler au bonheur des hom-
T.
pas
.
40 MERCURE DE FRANCE.
mes qu'il éclaire. Jamais il ne porta dansi
la fociété cette raifon farouche qui ne
fçait pas fe relâcher de fa fupériorité , cette
inflexibilité de fentiment , qui fous le
nom de fermeté brufque les égards & les .
condeſcendances , cet efprit de contradic-.
tion qui fecouant le joug des bienséances .
fe fait un jeu de heurter les opinions qu'il
n'a pas adoptées , également haïffable.
foit qu'il défende les droits de la vérité
ou les prétentions de fon orgueil. Le vrai
Philofophe s'envelope dans fa modeſtie &
pour faire valoir les qualités des autres ,
il n'hésite pas à cacher l'éclat des fiennes..
D'un commerce auffi fur qu'urile , il ne
cherche dans les fautes que le moyen de
les excufer , & dans la converfation que.
celui d'affocier les autres à fon propre mérite.
Il fçait qu'un des plus folides appuis
de la juftice que nous nous flatons d'obtenir
eft celle que nous rendons au mérite
d'autrui , & quand il l'ignoreroit, il ne montreroit
pas fa conduite far des principes
différens de ceux que nous venons d'expofer
, perfuadé que le coeur fait l'homme ,
l'indulgence les vrais amis , la modeftie des
Citoyens aimables . Je fçais bien , Melfieurs
, que par ces traits je ne rends pas.
tout le mérite du Philofophe & furtout.
du Philofophe Chrétien ; mon deffein a
OCTOBRE. 1751. 41
ans
ne
tte
le
les
icces
ole
été feulement d'en donner une légere efquiffe.
Pour le connoître dans toute fon
étendue , il faut connoître celui du Prince
dont notre amour paye les bienfaits .
Fermer
Résumé : REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.
M. Gautier, professeur de mathématiques et d'histoire, a contesté le discours de Jean-Jacques Rousseau, qui avait remporté le prix de l'Académie de Dijon en 1750. Rousseau y soutenait que les sciences et les arts corrompent les mœurs. Gautier critique cette idée, affirmant que les sciences et les arts favorisent au contraire le développement des talents et du génie. Il reconnaît la qualité littéraire du discours de Rousseau mais met en garde contre les maximes pernicieuses qu'il pourrait propager. Gautier structure son texte en deux parties. La première examine si les sciences et les arts ont corrompu les mœurs, et la seconde considère les résultats du progrès des sciences et des arts. Il conteste l'idée de Rousseau selon laquelle les mœurs étaient plus naturelles avant l'art, affirmant que la politesse, fruit des lumières, est estimable. Il souligne que la société a appris à plaire et à vivre ensemble, développant ainsi des vertus sociales et des comportements plus doux. L'auteur critique Rousseau pour ses déclarations selon lesquelles les hommes modernes auraient perdu leur vertu en cultivant les lettres, les sciences et les arts. Il conteste l'idée que ces disciplines corrompent les mœurs, affirmant que les richesses et les plaisirs, plutôt que les connaissances, sont souvent à l'origine de la corruption. Il cite des exemples historiques, comme l'Égypte, la Grèce et Rome, pour montrer que les arts et les sciences n'ont pas nécessairement affaibli les peuples. Par exemple, les Athéniens ont remporté des victoires militaires malgré leur culture artistique, et les Romains étaient glorieux militairement pendant une période où la littérature était valorisée. Le texte discute également de la relation entre les arts, les sciences et la décadence des États, soulignant que les sciences peuvent contribuer à la décadence si ceux destinés à défendre l'État se concentrent trop sur elles, négligeant ainsi leurs fonctions militaires. Il réfute l'idée que des figures comme Socrate et Caton aient prôné l'ignorance, soulignant que Socrate, par exemple, valorisait la connaissance et la sagesse. L'Académie de Dijon rejette l'idée que les sciences favorisent le luxe ou affaiblissent le courage militaire. Elle affirme que les établissements éducatifs enseignent l'honneur, la probité et le christianisme, formant ainsi des citoyens exemplaires. Le texte défend les philosophes contre les accusations de Rousseau, affirmant que la véritable philosophie élève l'esprit humain et le libère des préjugés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1873
REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.
1875
p. 25-64
DISCOURS Sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751.
Début :
On est désabusé depuis long-tems de la chimére de l'âge d'or : par tout la [...]
Mots clefs :
Sciences, Hommes, Arts, Esprit, Lettres, Moeurs, Vertus, Vertu, Gloire, Homme, Lois, Monde, Idées, Nature, Terre, Passions, Philosophes, État, Philosophie, Connaissances, Vie, Ignorance, Vérité, Peuples, Peuple, Histoire, Bonheur, Citoyens, Corruption, Biens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751.
DISCOURS
Sur les avantages des Sciences & des Arts
prononcé dans l'affembléepublique de l'Adémie
des Sicences & Belles- Lettres de
Lyon , le 22 Juin 175 1 .
N eft défabulé depuis long- tems de
la chimére de l'âge d'or : par tout la
Barbarie a précédé l'établiſſement des Sociétés
; c'eft une vérité prouvée par les
annales de tous les Peuples., Partout les
befoins & les crimes forcerent les hommes
à fe réunir , à s'impofer des loix , à s'enfermer
dans des ramparts . Les premiers
Dieux & les premiers Rois furent des bienfaicteurs
ou des tyrans ; la reconnoiffance
& la crainte éleverent les Trônes & les Autels.
La fuperftition & le defpotifine vin →
rent alors couvrir la face de la terre de
nouveaux malheurs , de nouveaux crimes
fuccéderent , les révolutions fe multipliérent
.
A travers ce vafte fpectacle des paffions
& des miferes des hommes , nous appercevons
à peine quelques contrées plus fages
& plus heureufes . Tandis que la plus grande
partie du monde étoit inconnte , que l'au
I Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
j
rope étoit fauvage , & l'Afie efclave , la 8
Gréce penfa & s'éleva par l'efprit à tout ce d
qui peut rendre un peuple recommandable:
Des Philofophes formerent fes moeurs &
Jui donnerent des loix.
Si l'on refufe d'ajouter foi aux traditions
qui nous difent que les Orphées & les
Amphions attirerent les hommes du fond
des forêts par la douceur de leurs chants ,
on eft forcé par l'hiftoire , de convenir
que cette heureufe révolution eft due aux
Arts utiles & aux Sciences . Quels hommes
étoient-ce que ces premiers Légiflareurs de
la Gréce peut- on nier qu'ils ne fuffent les
plus vertueux & les plus fçavans de leur
fécle ; ils avoient acquis tour ce que l'étude
& la réflexion peuvent donner de
lumiere à l'efprit , & ils y avoient joint
les fecours de l'expérience par les voyages
qu'ils avoient entrepris en Créte , en
Egypte , chez toutes les Nations où ils
avoient cru trouver à s'inftruire..
Tandis qu'ils établiffoient leurs divers
Giftèmes de politique , par qui les paffions
particulieres devenoient le plusfür inftru
ment du bien public , & qui faifoient germer
la vertu du fein même de l'amour
propre , d'autres Philofophes écrivoient
fur la morale , remontoient aux premiers
principes des chofes , obfervoient la naOCTOBRE.
1751. 27
ture & fes effets. La gloire de l'efprit &
celle des armes avançoient d'un pas égal ;
les fages & les héros naifoient en foule ;
à côté des Miltiades & des Thémistocles ,
on trouvoit les Ariftides & les Socrates.
La fuperbe Afie vit brifer fes forces innombrables
, contre une poignée d'hommes
que la Philofophie conduifoit à la gloire.
Tel eft l'infaillible effet des connoiffances
de l'efprit : les moeurs & les loix font la
feule fource du véritable héroisme . En un
mot la Gréce dur tout aux fciences , & le
refte du monde dut tout à la Grèce.
Oppofera t'on à ce brillant tableau les
maurs groffieres des Perfes & des Scithes ?
j'admirerai , fi l'on veut , des Peuples qui
paffent leur vie à la guerre ou dans les
bois , qui couchent fur la terre , & vivent
de légumes. Mais eft- ce parmi eux qu'on
ira chercher le bonheur quel fpectacle.
nous prefenteroit le genre humain , com-
"pofé uniquement de Laboureurs , de Soldats
, de Chaffeurs & de Bergers : faut- il
donc pour être digne du nom d'homme
vivre comme les lions & les ours ? érigera-
t'on en vertus , les facultés de l'inftint,
pour fe nourrir , fe perpétuer & ſe deffendre
? je ne vois là que des vertus animales ,
peu conformes à la dignité de notre être ;
P
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
le corps eft exercé , mais l'ame efclave ne
fait que ramper & languir.
Les Perfes n'eurent pas plutôt fait la
conquête de l'Afie , qu'ils perdirent leurs
moeurs , les Scithes dégénérerent auffi quoique
plus tard; des vertus & fauvages font
trop contraires à l'humanité , pour être
durables ; fe priver de tout & ne défirer
rien eft un état trop violent ; une igno
rance fi groffiere ne fçauroit être qu'un
état de paffage. Il n'y a que la ftupidité &
la mifere qui puiffe y affujettir les hommes.
Sparte , ce phénoméne politique , cette
republique de foldats vertueux , eft le feal
peuple qui ait eu la gloire d'être pauvre
par inftitution & par choix . Ses loix fi
admirées avoient pourtant de grands défauts.
La dureté des maîtres & des peres ,
l'expofition des enfans , le vol autorifé , la
pudeur violée dans l'éducation & les mariages
, une oifiveté éternelle , les exer
cices du corps recommandés uniquement ,
ceux de l'efprit profcrits & méprilés , l'aul
térité & la férocité des moeurs qui en
étoient la fuite , & qui aliénerent bientôt
Le tous les alliés de la république, font déja
d'affez juftes reproches , peut- être ne bor
netoient-ils pas là , i les particularités de
DECEMBRE . 175129
fon hiftoire interieure nous étoient mieux
connues elle fe St une vertu artificielle en
fe privant de l'ufage de l'or mais que devenoient
les vertus de fes Citoyens , fitot
qu'ils s'éloignoient de leur patrie ? Lyfandre
& Paufanias n'en furent que plus aifés
àcorrompre ; cette Nation qui ne refpiroit
que la guerre , s'eft elle fait une
gloire plus grande dans les armes que fa
rivale , qui avoit réuni toutes les fortes
de gloire . Athénes ne fut pas moins guerriére
que Sparte ; elle fut de plus fçavante ,
ingénieufe & magnifique , elle enfanta
tous les arts & tous les talens , & dans le
fein même de la corruption qu'on lui reproche
, elle donna le jour au plus fage des
Grecs . Après avoir été plufieurs fois far le
point de vaincre , elle fut vaincue , il eft
vrai ,& il eftfurprenant qu'elle ne l'eût pas
été plutôt, puifque l'Atrique étoit un pays
tout ouvert , & qui ne pouvoit fe deffendre
que par une très grande fupériorité de
fuccès. La gloire des Lacédemoniens fut
peu folide , la profpérité corrompit leurs
inftitutions trop bifarres pour pouvoir - fe ,
conferver long- tems , la fiére Sparte perdit
fes moeurs comme la fçavante Athénes.
Elle ne fit plus rien depuis qui fûc
digne de fa réputation , & tandis que les
Athéniens & plufieurs autres Villes lut-
Biij
to
MERCURE DE FRANCE .
toient contre la Macédoine pour la liberté
de la Gréce , Sparte feule languiffoit dans
le repos , & voyoit préparer de loin fa
deftruction , fans fonger à la prévenir.
Mais enfin je fuppofe que tous les états
dont laGréce étoit compofée , euffent fuivi
les mêmes loix que Sparte , que nous ref
teroit-il de cette contrée fi célébre à peine
fon nom feroit parvenu jufqu'à nous. Elle
auroit dédaigné de former des hiftoriens ,
pour
tranfmettre la gloire à la postérité ,
le fpectacle de fes farouches vertus eût été
perdu pour nous , il nous feroit indifferent
par conféquent qu'elles euffent exiité ou
non.Ces nombreux fiftêmes de Philofophic
qui ont épuifé toutes les combinaiſons
poffibles de nos idées , & qui , s'ils n'ont
pas étendu beaucoup les limites de notre
efprit , nous ont appris du moins où elles
étoient fixées . Ces chefs-d'oeuvres d'éloquence
& de Poësie qui nous ont enfeigné
toutes les routes du coeur , les Arts utiles
ou agréables , qui confervent ou embelliffent
la vie. Enfin l'ineftimable tradition
des penfées & des actions de tous les grands
hommes , qui ont fait la gloire ou le bonheur
de leurs pareils : toutes ces précieuſes
richeffes de l'efprit euffent été perdues
pour jamais. Les fiécles fe feroient accumulés
, les générations des hommes fe leDECEMBRE.
1751. 37
roient fuccédé comme celles des animaux ,
fans aucun fruit pour leur poftérité , &
n'auroienr laiffé après elles qu'un fouvenir
confus de leur exiſtence ; le monde auroit
vieilli , & les hommes feroient demeurés
dans une enfance éternelle.
Que prétendent enfin les ennemis de la
fcience quoi , le don de penfer feroit un
préfent funefte de la divinité : les connoiffances
& les moeurs feroient incompati
bles la vertu feroit un vain fantôme
produit par un inftinct aveugle , & le flambeau
de la raifon la feroit évanouir en
voulant l'éclaircir ? quelle étrange idée
voudroit-on nous donner & de la raifon &
de la vertu ?
Comment prouve- t'on de fi bifarres
paradoxes on objecte que les Sciences &
les Arts ont porté un coup mortel aux
moeurs anciennes , aux inftitutions primitives
des états , on cite pour exemple ,
Athénes & Rome. Euripide & Demoſ.
théne , ont vû Athénes livrée aux Spartiates
& aux Macédoniens ; Horace , Virgile
& Cicéron ont été contemporains de
la ruine de la liberté Romaine , les uns &
les autres ont été témoins des malheurs de
leur Pays ; ils en ont donc été la cauſe .
Conféquence peu fondée , puifqu'on ca
B 111j
3 MERCURE DE FRANCE .
pourroit dire autant de Socrate & de
Caton .
En accordant que l'altération des Loix
& la corruption des moeurs ayent beaucoup
infué fur ces grands événemens , me
forcera - t'on de convenir que les Sciences
& les Arts y ayent contribué la corrup
tion fuit de près la profpérité , les fciences
font pour l'ordinaire leurs plus rapides
progrès dans le même tems , des chofes ft
diverfes peuvent naître enfemble & fe
rencontrer , mais c'eft fans aucune relation
entr'elles de caufe & d'effet.
Athénes & Rome étoient petites & pauvres
dans leurs
commencemens , tous leurs
Cytoyens étoient Soldats , toutes leurs
vertus étoient néceffaires , les occafions
même de corrompre leurs moeurs n'éxiftoient
pas. Peu après elles acquirent des
richeffes & de la puiffance . Une partie des
Citoyens ne fut plus employée à la guer
re ; on apprit à jouir & à penfer. Dans le
fein de leur opulence ou de leur loifit , les
uns
perfectionnerent le luxe , qui fait la
plus ordinaire occupation des gens heureux
; d'autres ayant reçû de la nature de
plus favorables
difpofitions , étendirent
les limites de l'efprit , & créérentune gloi
re nouvelle .
DECEMBRE
33 1751
Ainfi tandis que les uns par le fpectacle .
des richeffes & des voluptés , prophanoient
les Loix & les moeurs , les autres allumoient
le flambeau de la Philofophie &
des Arts , inftruifoient ou célébroient les
vertus , & donnoient naiffance à ces noms
fi chers , aux gens qui fçavent penfer',
l'atticifme & l'urbanité: des occupations ſi
oppofées peuvent elles donc mériter les
mêmes qualifications , pouvoient - elles
produire les mêmes effets .
Je ne nierai pas que la corruption générale
ne fe foit répandue quelquefois jufques
fur les lettres , & qu'elle n'ait produit
des excès dangereux ; mais doit- on
confondre la noble deftination des fcien
ces avec l'abus criminel qu'on en a pût
faire? mettra- t'on dans la balance quelques
épigrammes de Catulle ou de Martial cons
tre les nombreux volumes Philofophiques,
politiques & moraux de Cicéron , contre
le fage Poëme de Virgile ?
Dailleurs les ouvrages licentieux font
ordinairement le fruir de l'imagination ,
& non celui de la fcience & du travail, Les
hommes dans tous les tems & dans tous
les Pays ont eu des paffions ; ils les ont
chantées : la France avoir des Romanciers
& des Troubadours , long - tems avant
qu'elle eût des Sçavans & des Philofophess
B.Y
34 MERCURE DE FRANCE .
En fuppofant donc que les Sciences & les
Arts cuffent été étouffés dans leur berceau
, toutes les idées infpirées par les
paffions n'en auroient pas moins été réali
Tées en Profe & en Vers , avec cette diff
ference , que nous aurions eû de moins
tout ce que les Philofophes , les Poëtes &
les Hiftoriens ont fait pour nous plaire ou
pour nous inftruire. }
Athénes fut enfin forcée de céder à la
fortune de la Macedoine , mais elle ne céda
qu'avec l'univers. C'étoit un torrent ca
pide qui entrainoit tour , & c'eft perdre
le tems que de chercher des caufes particu
lieres , où l'on voit une force fupérieure
marquée.
Rome , maitreffe du monde , ne trou
voit plus d'ennemis ; il s'en forma dans
fon fein . Sa grandeur fit fa perte. Les Loix
d'une petite Ville n'étoient pas faites pour
gouverner le monde entier : elles avoient
pû fuffire contre les factions des Manlius ,
des Caffius & des Gracques : elles.fuccomberent
fous les Armées de Silla , de Céfar
& d'Octave ; Rome perdit fa liberté , mais
elle conferva fa puiffance . Opprimée pat
Les Soldats qu'elle payoit , elle étoit encore
la terreur des Nations. Ses tyrans éroient
our à tour déclarés peres de la patrie &
malfacrés. Un monftre indigne du noma
TOULS
C
DECEMBRE. 17'Sr. 35
d'homme , fe faifoit proclamer Empereur ,
& l'Augufte Corps du Sénat n'avoit plus
d'autres fonctions que celle de le mettre
au rang des Dieux . Etranges alternatives
d'efclavage & de tyrannie ,mais telles qu'on
les a vûes dans tous les états où la milice
difpofoit du thrône : enfin de nombreuſes
irruptions de Barbares vinrent renverser &
fouler aux pieds ce vieux coloffe ébranlé de
toutes parts , & de fes débris fe formerent
tous les empires qui ont fubfifté depuis.
Ces fanglantes révolutions ont elles
donc quelque chofe de commun avec les
progrès des lettres partout je vois des
caules purement politiques. Si Rome eut
encore quelques beaux jours , ce fut lous
des Empereurs Philofophes . Seneque a - t'il
donc été le corrupteur de Néron ? eft- ce
l'étude de la Philofophie & des Arts qui
fit autant de monftres , des Caligula , des
Domitien , des Heliogabale ? les lettres
qui s'étoient élevées avec la gloire de
Kome , ne tomberent elles pas fous ces
régnes cruels elles s'affoiblirent ainfi pas
degrés avec le vafte empire , auquel la def
tinée du monde fembloit être attachée.
Leurs ruines furent communes , & l'ignorance
envahit l'univers une feconde fois
avec laBarbarie & la fervitude de fes com
pagnes fidéles.
Bvi
36 MERCURE DE FRANCE.
Difons donc que les Mules aiment la
liberté , la gloire & le bonheut. Partout
je les vois prodiguer leurs bienfaits fur les
Nations , au moment où elles font le plus
floriffantes. Elles n'ont plus redouté les
glaces de la Ruffie , fitôt qu'elles ont été
attirées dans ce puiffant Empire par le Héros
fingulier, qui en a été pour ainfi dire
le créateur : le Législateur de Berlin , le
conquérant de la Silefie , les fixe aujour
d'hui dans le Nord de l'Allemagne , qu'el
les font retentir de leurs chants.
S'il eft arrivé quelquefois que la gloire
des Empires n'a pas furvécu long tems
celle des lettres , c'eft qu'elle étoit à fon
comble , lorfque les lettres ont été cultiées
, & que le fort des chofes humaines.
eft de ne pas durer long- tenis dans le même
état . Mais bien loin que les fciences y con
tribuent , elles périffent infailliblement
frappées des mêmes coups , en forte que
l'on
peut
obferver
que que les progrès
des lettres
& leur déclin font ordinairement dans
une jufte proportion avec la fortune &
Pabbaiffement des Empires.
Cette vérité fe confirme encore par l'expérience
des derniers tems. L'efprit hu
main après une éclipfe de plufieurs fiéces ,
fembla s'éveiller d'un profond fommeil .
Unfouilla dans les cendres antiques , &
NOVEMBRE 1751 37-
le feu facré fe ralluma de toutes parts.
Nous devons encore aux Grecs cette feconde
génération des fciences. Mais dans
quel rems reprirent- elles cette nouvelle
vie ? ce fut lorfque l'Europe après tant de -
convulfions violentes , cut enfin pris une
pofition affurée , & une forme plus heu
reufe.
:
Ici fe développe un nouvel ordre de
chofes. Il ne s'agit plus de ces petits Royau
mes domeftiques , renfermés dans l'enceinte
d'une Ville de les Peuples con :
damnés à combattre pour leurs héritages &
leurs maifons , tremblans fans ceffe pour
une patrie toujours prête à leur échaper.
C'eft une Monarchie . vafte & puiffante ,
combinée dans toutes fes parties par une
légiflation profonde : tandis que cent mille
foldats combattent gayement pour la fureté
de l'état , vingt millions de Citoyens heu
reux & tranquilles , occupés à fa pofpérité
intéticure , cultivent fans allarmes les im
menfes campagnes , font fleurir les Loix ,
le commerce , les Arts & les Lettres dans
T'enceinte des Villes : toutes les profelfions
diverfes , appliquées uniquement à
leur objet , font maintenues
dans un jufte
équilibre , & dirigées au bien général par
la main puillante qui les conduit & les
anime . Telle est la foible image du beau
oup
38 MERCURE DE FRANCE.
régne de Louis XIV . & de celui fous le
quel nous avons le bonheur de vivre : la
France riche , guerriere & fçavante , eft
devenue le modéle & l'arbitre de l'Europe;
elle fçait vaincre & chanter fes victoires :
fes Philofophes mefurent la Terre , & fon
Roi la pacific.
Qui ofera foutenir que le courage des
François ait dégeneré depuis qu'ils ont
cultivé les Lettres dans quel fiécle a t'il
éclaté plus glorieufement qu'à Montalban ,
Lawfelt , & dans tant d'autres occafions
que je pourrois citer ont-ils jamais fait
paroître plus de conftance que dans les
retraites de Prague &. de Baviere ? qu'y
a- t'il enfin de fupérieur dans l'antiquité au
fiége de Bergopfom , & à ces braves grena
diers renouvellés tant de fois , qui vo
loient avec ardeur aux mêmes poftes , où
ils venoient de voir foudroyer ou englou
tir les Héros qui les précédoient.
Envain veut- on nous perfuader que le
rétabliffement des Sciences a gâté les
moeurs . On eft d'abord obligé de convenir
que les vices groffiers de nos ancêtres font
prefqu'entierement profcrits parmi nous..
C'eſt déja un grand avantage pour la
caufe des Lettres , que cet aveu qu'on eſt
forcé de faire. En effet les débauches , les
querelles & les combats qui en étoient les,
DECEMBRE. 175 1. 39
faites , les violences des Grands , la tyran
nie des péres , la bizarrerie de la vieilleffe ,
les égaremens impétueux des jeunes gens ,
tous ces excès fi communs autrefois , fu--
neftes effets de l'ignorance & de l'oifiveté ,.
n'éxiftent plus depuis que nos moeurs ont
été adoucies par les connoiffances dont .
tous les efprits font occupés ou amufés..
On nous reproche des vices rafinés &.
délicats ; c'eft que partout
que partout où il y a des
hommes , il y aura des vices ; mais les
voiles ou la parure dont ils fe couvrent
font du moins l'aveu de leur honte , & un
témoignage du refpect public pour la
vertu .
S'il y a des modes de folie , dë ridicule
& de corruption , elles ne fe trouvent que
dans la Capitale feulement , & ce n'eft
même que dans un tourbillon d'hommesperdus
par les richeffes & l'oifiveté. Les
Provinces entieres & la plus grande partic
de Paris , ignorent ces excès , ou ne les
connoiffent que de nom. Jugera- t'on tou
te la Nation fur les travers d'un petit nombre
d'hommes ? Des écrits ingénieux réclament
cependant contre ces abus ; la
corruption ne jouit de fes prétendus fuccès
que dans des têtes ignorantes ; les Sciences
& les Lettres ne ceffent point de dépofer
contre elle ; la morale la démafque , to
40 MERCURE DE FRANCE.
Philofophie humilie fes petits triomphes ,
la Comedie , la Satyre , l'Epigrame la per
cent de mille traits.
Les bons Livres font la feule défenfe des
efprits foibles, c'eft- à- dire, des trois quarts
des hommes contre la contagion de
T'exemple. Il n'appartient qu'à eux de conferver
fidelement le dépôt des moeurs.
Nos excellens ouvrages de morale furvivront
éternellement à cest brochures li
centieufes , qui difparoiffent rapidement
avec le goût de mode qui les a fait naî
tre. C'eft outrager injuftement les Sciences
& les Arts , que de leur imputer ces pro
ductions honteufes. L'efprit feul échauffé
par les - paffions fuffit pour les enfanter.
Les Sçavans, des Philofophes , les grands
Orateurs & les grands Poëtes , bien loin
d'en être les auteurs , les méprifent ,
ou même ignorent leur existence ; il y
a plus , dans le nombre infini des grands
Ecrivains en tout genre , qui ont illuftré
le dernier Regne , à peine en trouve - t'on
deux ou trois qui ayent abufé de leurs ta
lens. Quelle proportion entre les reproches
qu'on peut leur faire , & les avanta
ges immortels que le genre humain a re
tiré des Sciences cultivées des Ecrivains.
la plupart obfcurs , fe font jettés de nos
jours dans de plus grands 'excès ; heureu
DECEMBRE. 175. 41
fement cette corruption a peu duré ; elle
paroit prefque entiérement éteintecu puifee.
Mais c'étoit une faire particuliére du
gout leger & frivole de notre Nation ;
l'Angleterre & l'Italie n'ont point de femblables
reproches à faire aux Lettres.
Je pourrois me difpenfer de parler du
luxe, puifqu'il nait immédiatement des-richeffes
& non des Sciences & des Arts . Et .
quel rapport peut avoir avec les Lettres .
le luxe du fafte & de la moleffe qui eft ie
feul que la morale puiffe condamner ou
reftraindre ?
Il eft à la vérité , une forte de luxe ingénieux
& fçavant qui anime les Arts &
les éleve à la perfection . C'est lui qui mul
tiplie les productions de la Peinture , de la
Sculpture & de la Mufique . Les chofes les
plus louables en-elles mêmes doivent avoir
leurs bornes ; & une Nation feroit juftement
méprifée , qui pour augmenter le
nombre des Peintres & des Muficiens , fe
laifferoit manquer de Laboureurs & de:
Soldats .Mais lorsque les armées font com.
plettes , & la terre cultivée , à quoi employer
le loifir du refte des Citoyens ; je
ne vois pas pourquoi ils ne pourroient pas.
fe donner des Tableaux , des Statues & des
Spectacles.
Vouloir rappeller les grands Etats aux.
42 MERCURE DE FRANCE.
petites vertus des petites Républiques
c'eft vouloir contraindre un homme fort
& robufte à bégayer dans un berceau ; c'é
toir la folie de Caton avec l'humeur &
les préjugés héréditaires dans fa famille ,
il déclama toute la vie , combatit & mourut
enfin fans avoir rien fait d'utile
pour
fa Patrie. Les Anciens Romains labou
roient d'une main & combattoient de l'autre.
C'étoient de grands hommes , je le
crois , quoiqu'ils nnee ffiiffffeenntt que de petites
chofes : ils le confacroient tout entiers à
leur Patrie , parcequ'elle étoit éternel
lement en danger. Dans ces premiers
tems on ne fçavoit qu'exifter ; la tempé
rance & le courage ne pouvoient être de
vrayes vertus ce n'étoit que des qualités
forcées : on étoit alors dans une impoffibi
lité phifique d'être voluptueux , & qui
vouloit être lâche, devoit fe réfoudre à être
efclave, Les Etats s'accrûrent : l'inégalité
des biens s'introduifit néceffairement : un
Proconful d'Afie pouvoit- il être auffi pauvre
,. que ces Confuls anciens- demi-Bourgeois
& demi-Payfans , qui ravageoient
un jour les champs des Fidénates, & revenoient
le lendemain cultiver les leurs ?
Les circonstances feules ont fair ces diffe .
rences ; la pauvreté ni la richeffe ne font
point la vertu , elle eft uniquement dans
:
ECO
DECEMBRE. 1751. 43.
le bon ou le mauvais ufage des biens ou
des maux que nous avons reçûs de la Natu
re & de la fortune .
Après avoir juftifié les Lettres fur l'article
du luxe , il me reste à faire voir que
la politeffe qu'elles ont introduit dans nos
moeurs , eft un des plus utiles préfens
qu'elles puffent faire aux hommes ; fuppofons
que la policeffe n'est qu'un maſque
trompeur qui voile tous les vices , c'eſt
préfenter l'exception au lieu de la regle
& l'abus de la chofe à la place de la chofe
même..
?
Mais que deviendront ces accufations
fi la politeffe n'eft en effet que l'expreffion
d'une ame douce & bienfaifante : L'habitude
d'une fi louable imitation feroit feule
capable de nous élever juſqu'à la vertu
même ; tel eft le mépris de la coutume ;
nous devenons enfin ce que nous feignons.
d'être ; il entre dans la politeffe des moeurs,
plus de Philofophie qu'on ne penfe ; elle
refpecte le nom & la qualité d'homme ;.
elle feule conferve entr'eux une forte d'é
galité fictive , foible , mais précieux refte
de leur ancien droit naturel. Entreégaux
, elle devient la médiatrice de
leur amour propre ; elle eft le facrifice
perpétuel de l'humeur & de l'efprit de fingularité.
44 MERCURE DE FRANCE.
Dira- t-on que tout un peuple qui exer
ce habituellement ces démonftrations de
douceur , de bienveillance , n'eft
compo
fé que de perfides & de duppes ; croiraton
que tous foient en même tems & trompeurs
& trompés .
A
Nos coeurs ne font point affez parfaits
pour le montrer fans voile ; la politeffe
eft un vernis qui adoucit les teintes tran
chantes des caractéres ; elle rapproché les
hommes , & les engage à s'aimer par les
reffemblances générales qu'elle répand fur
eux ; fans elle , la fociété n'offriroit que
des difparates & des chocs. On fe haïroit
par les petites chofes , & avec cette difpo
fition , il feroit difficile de s'aimer même
pour les plus grandes qualités. On a plus
fouvent befoin de complaifance que de
fervices ; l'ami le plus généreux m'oblis
gera peut- être tout au plus une fois dans
fa vie . Mais une fociété douce & polie
´embellit tous les momens du jour. Enfin
la politeffe place les vertus ; elle feule
leur enfeigne ces combinaifons fines ,
qui les fubordonnent les unes aux autres
dans d'admirables proportions , ainfi que
ce jufte milieu , au deça & au delà du
quel elles perdent infiniment de leur
prix.
N
On ne fe contente pas d'attaquer les
DECE MBRE. 1751 43
fciences dans les effets qu'on leur attribue ,
on les empoifonne jufques dans leur fource
, on nous peint la curiofité comme
un penchant funefte ; on charge fon portrait
des couleurs les plus odieufes. J'avouerai
que l'allégorie de Pandore peut
avoir un bon côté dans le fyftême moral :
mais il n'en eft pas moins vrai que nous
devons à nos connoiffances , & par conféquent
à notre curiofité , tous les biens
dont nous jouiffons. Sans elle , réduits à
la condition des brutes , notre vie fe pafferoit
à ramper fur la petite portion de terrain
deftiné à nous nourrir & à nous engloutir
un jour L'état d'ignorance eft un
·état de crainte & de befoin ; tout eft danger
alors pour notre fragilité ; la mort
gronde fur nos têtes , elle eft cachée dans
T'herbe que nous foulons aux pieds ; lorfq'u
on craint tout , & qu'on a befoin de tour
quelle difpofition plus raisonnable , que
celle de vouloir tout connoître.
·
Telle eft la noble distinction d'un être
penfant feroit-ce donc envain que nous
aurions été doués feuls de cette faculté divine?
C'est s'en rendre digne que d'en ufer.
Les premiers hommes fe contenterent
de cultiver la terre pour en tirer le bled ;
enfuite on creufa dans fes entrailles , onen
arracha les métaux ; les mêmes progrès
46 MERCURE DE FRANCE.
"
Le font faits dans les Sciences ; on ne s'eft t
pas contenté des découvertes les plus né
ceffaires ; on s'eft attaché avec ardeur
celles qui ne paroiffoient que difficiles &
glorieufes quel étoit le point où l'on
auroit dû s'arrêter ; Ce que nous appellons
génie , n'eft autre chofe qu'une raifon fu
blime & courageufe ; il n'appartient qu'
lui feul de fe juger.
Ces globes lumineux placés loin de nous
à des diſtances fi énormes , font nos gui
des dans la navigation & l'étude de leurs
fituations refpectives , qu'on n'a peutêtre
régardé d'abord , que comme l'objet
de la curiofité la plus vaine , eft devenue
aine des Sciences la plus utile . La propriété
finguliere de l'aimant , qui n'étoit pour nos
peres qu'une énigme frivole de la Nature,
nous a conduit comme par la main à travers
l'immensité des Mers.
Deux verres placés & taillés d'une cer
taine maniére , nous ont montré une
-nouvelle fçène de merveilles , que nos
yeux ne foupçonnoient pas.
Les expériences du tube électrifé fembloient
n'être qu'un jeu ; peut-être leur
: devra t- on un jour la connoiffance du regne
univerfel de la Nature ,
Après la découverte de ces rapports fi
imprévus , fi majestueux entre les plus pé
DECEMBRE . 1751. 47 "
tites & les plus grandes chofes , quelles
connoiffances oferions- nous dédaigner ?
En fçavons -nous -affez pour méprifer ce
que nous ne fçavons pas? Bienloin d'étouffer
la curiofité , ne femble- t'il pas au contraire
,,
que l'Etre fuprême ait voulu la
réveiller par des découvertes fingulieres ,
qu'aucune analogie n'avoient annoncées
.
Mais de combien d'erreurs eft affiégée
l'étude de la vérité ; quelle audace , nous
dit-on , ou plutôt quelle témérité de s'engager
dans des routes trompenfes , où
tant d'autres fe font égarés ? Sur ces principes
il n'y aura plus rien que nous ofions
entreprendre ; la crainte éternelle des
maux , nous privera de tous les biens où
nous aurions pû afpirer , puifqu'il n'en eſt
point fans mélange. La véritable fageffe
au contraire confifte feulement à les épurer
autant que notre condition le permet.
Tous les reproches , que l'on fait à la
Philofophie , attaquent l'efprit humain
ou plutôt l'Auteur de la Nature , qui nous
a faits tels que nous fommes. Les Philofophes
étoient des hommes ; ils fe font trompés
, doit-on s'en étonner ; plaignons les
profitons de leurs fautes , & corrigeonsnous
; fongeons que c'eft à leurs erreurs
18
MERCURE DE FRANCE:
trop borné
pour
multipliées que nous devons la poffelfion
des vérités dont nous jouiffons . Il
falloit épuifer les combinaifons de tous
ces divers fyftêmes , la plupart fi répréhen
fibles & fi outrés , pour parvenir à quel
que chofe de raifonnable. Mille routes
conduifent à l'erreur , une feule mene a
la vérité ? Faut-il être furpris qu'on fe foit
mépris fi fouvent fur celle ci , & qu'elle
ait été découverte fi tard.
L'efprit humain étoit
embraffer d'abord la totalité des chofes
"Chacun de ces Philofophes ne voyoit qu '
ne face : ceux - là raffembloient les motifs
de douter; ceux - ci réduifoient tout en
dogmes : chacun d'eux avoit fon principe
favori , fon objet donninant auquel il rap
portoir toutes fes idées. Les uns faifoient
entrer la vertu dans la compofition du botheur
, qui étoit la fin de leurs recherches ;
les autres fe propofoient la vertu même,
comme leur unique objet , & fe flattoient
d'y rencontrer le bonheur. Il y en avoit qui
regardoient la folitude & la pauvreté, comme
l'afile des moeurs ; d'autres ufoient des
richeffes comme d'un inftrument de leur
félicité & de celle d'autrui quelques-ups
fréquentoient les Cours & les affemblées
publiques pour trendre leur fageffe utile
aux Rois & aux peuples . Un feul homme
LI
n'eft
DECEMBRE. 1751 . 49
;
n'eft pas tous ; un feul efprit , un feul
fyftême n'enferme pas toute la fcience
c'eft par la comparaifon des extrêmes
que l'on faifit enfin le jufte milieu ; c'eſt
par le combat des erreurs qui s'entredétruifent
,
t , que la vérité triomphe : ces diverfes
parties fe modifient , s'élévent & fe
perfectionnent mutuellement ; elles fe rapprochent
enfin pour former la chaîne des
vérités , les nuages fe diffipent , & la lumiere
de l'évidence fe leve.
Je ne diflimulerai cependant pas que les
Sciences ont rarement atteint l'objet qu'elles
s'étoient propofé ; la Métaphifique
vouloit connoître la nature des efprits , &
non moins utile , peut- être , elle n'a fait
que nous développer leurs opérations ; le
Phificien a entrepris l'Hiftoire de la Nature
, & n'a imaginé que des Romans
mais en pourfuivant un objet chimérique ,
combien n'a - t'il pas fait de découvertes
admirables ? La Chimie n'a pû nous donner
de l'or , & fa folie nous a valu d'autres miracles
dans fes analifes & fes mêlanges ; les
Sciences font donc utiles jufques dans leurs
écarts & leurs déréglemens ; il n'y a que
l'ignorance qui n'eft jamais bonne à rien :
peut-être ont - elles trop élevé leurs prétentions
. Les Anciens à cet égard paroilfoient
même plus fages que nous nous
1. Vol.
C
↓
50 MERCURE DE FRANCE.
avons la manie de vouloir procéder toujours
par démonftrations ; il n'y a fi petit
Profeffeur qui n'ait fes argumens & fes
dogmes , & par conféquent fes erreurs &
fes abfurdités . Cicéron & Platon traitoient
la Philofophie en diologues : Chacun des
Interlocuteurs faifoit valoir fon opinion ;
on difputoit , on cherchoit , & on ne ſe
piquoit point de prononcer ; rous n'avons
peut- être que trop écrit fur l'évidence
; elle eft plus propre à être fentie qu'à
être définie ; mais nous avons prefque
perdu l'Art de comparer les probabilités &
les vraisemblances , & de calculer le
degré de confentement qu'on leur doit.
Qu'il y a peu de chofes demontrées ! &
combien n'y en a t'il pas , qui ne font
probables ! Ce feroit rendre un grand fer
vice aux hommes que de donner une mé
thode pour l'opinion.
que
L'efprit de lyftême qui s'eft long-tems
attaché à des objets , où il ne pouvoit
prefque que nous égarer , devroit régler
l'acquifition , l'enchaînement & le progrés
de nos idées ; nous avons befoin
d'un ordre entre les diverfes Sciences ,
pour nous conduire des plus fimples aux
plus compofées , & parvenir ainfi à conftruire
une efpéce d'obfervatoire fpirituel ,
d'où nous puiflions contempler toutes nos
DECEMBRE 1751 .
St
Connoiffances ce qui eft le plus haut dégré
de l'esprit.
La plupart des Sciences ont été faites au
hafard ; chaque Auteur a fuivi l'idée qui
le dominoit fouvent fans fçavoir où elle
devoit le conduire ; un jour viendra où
tous les livres feront extraits & refondus ,
conformément à un certain fyftême qu'on
fe fera formé ; alors les efprits ne feront
plus de pas inutiles , hors de la route &
fouvent en arriere. Mais quel eft le genie
en état d'embraffer toutes les connoiffances
humaines , & de choifir, le meilleur ordre
pour les préfenter à l'efprit. Sommes- nous
affez avances pour cela ? Il eft du moins
glorieux de le tenter : la nouvelle Encyclopédie
doit former une époque mémorable
dans l'Hiftoire des Lettres.
Le Temple des Sciences eft un édifice
immenfe , qui nepeut s'achever que dans
la durée des fiécles . Le travail de chaque
homme eit de chofe dans un ouvrage
peu
fi vafte, mais le travail de chaque homme y
eft néceflaire ; le ruiffeau qui porte les eaux
à la Mer , doit- il s'arrêter dans fa courfe ,
en confidérant la petiteffe de fon tribut ?
quels éloges ne doit- on pas à ces hommes
généreux , qui ont percé & écrit pour la
pofterité ; ne bornons point nos idées á
notre vie propre ; étendons- les fur la
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
vie totale du genre humain ; méritons d'y
participer , & que l'inftant rapide où nous
aurons vecê , foit digne d'être marquée
dans fon Hiftoire .
Pour bien juger de l'élévation d'un Philofophe
, ou d'un homme de Lettres , au
deffus du commun des hommes , il ne
faut que confiderer le fort de leurs penfées
; celles de l'un utiles à la Société générale
, font immortelles , & confacrées
à l'admiration de tous les fiécles , tandis
que les autres voyent difparoître toutes
leurs idées avec le jour , la circonftance,
le moment qui les a vû naître ; chez
les trois quarts des hommes , lelendemain
efface la veille , fans qu'il en refte la moindre
trace .
.
Je ne parlerai point de l'aftrologie judiciaire
de la cabale , & de toutes les
Sciences , qu'on appelloit occultes ; elles
n'ont fervi qu'à prouver que la curiofité
eft un penchant invincible , & quand les
vrayes Sciences n'auroient fait que nous
délivrer de celles qui en ufurpoient fi
honteufement le nom , nous leur devrions
déjà beaucoup .
>
On nous oppoſe un jugement de Socra
te qui porta non fur les Sçavans ,
mais fur les Sophiftes, non fur les Sciences,
mais fur l'abusqu'on en peut faire : Socrate
DECEMBR E. 1751 . 53
$
étoit chef d'une Secte qui enfeignoit d
douter , & il cenfuroit avec juftice , l'orgüeil
de ceux qui prétendoient tout fçavoir.
Lavraie Science eft bien éloignée de
cette affectation.Socrate eft ici témoin contre
lui même ; le plus Sçavant des Grecs
ne rougiffoit point de fon ignorance. Les
Sciences n'ont donc pas leurs fources dans
nos vices ; elles ne font donc pas toutes
nées de l'orgueil humain ; déclamation
vaine , qui ne peut faire illufion qu'à des
efprits prévenus.
On demande , par exemple , ce que deviendroit
l'Hiftoire , s'il n'y avoit ni
Guerriers , ni Tyrans , ni Confpirateurs ,
je réponds , qu'elle feroit l'Hiftoire des
vertus des hommes . Je dirai plus ; fi les
hommes étoient tous vertueux , ils n'auroient
plus befoin , ni de Juges , ni de
Magiftrats , ni de Soldats. A quoi s'occuperoient-
ils : il ne leur refteroit que les
Sciences & les Arts . La contemplation
des chofes naturelles , l'exercice de l'efprit
font donc la plus noble & la plus pu
re fonction de l'homme .
Dire que les Sciences font nées de l'oifiveté
, c'eft abufer vifiblement des termes.
Elles naiffent du loifir , il eft vrai , mais
elles garantiflent de l'oifiveté . Le Citoyen
que fes beforns attachent à la charrue
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas plus occupé que le Geométre , ou
l'Anatomifte ; j'avoue que fon travail eſt
de premiere néceffité ; mais fous prétexte
que le pain eft néceffaire , faut-il que tout
le monde fe mette à labourer la terre , &
parce qu'il eft plus néceffaire que les Loix,
le Laboureur fera- t'il élevé au-deffus du
Magiftrat ou du Miniftre. Il n'y a point
d'abfurdités où de pareils principes ne
puffent nous conduire.
Il femble , nous dit - on , qu'on ait trop
de Laboureurs , & qu'on craigne de manquer
de Philofophes. Je demanderai à
mon tour , fi l'on craint que les profef
fions lucratives ne manquent de fujets
pour les exercer ; c'est bien mal connoître
l'empire de la cupidité ; tout nous jette
dès notre enfance dans les conditions utiles
; & quels préjugés n'a t'on pas à vaincre
, quel courage ne faut- il pas pour ofer
n'être qu'un Defcartes , un Newton , un
Locke ?
Sur quel fondement peut-on reprocher
aux Sciences d'être nuisibles aux qualités
morales quoi , l'exercice du raifonnement
qui nous a été donné pour guide ;
les Sciences Mathématiques qui en renfermant
tant d'utilités relatives à nos be
foins préfens , tiennent l'efprit fi éloigné
des idées , infpirées par les fens & par la
DECEMBRE. 1751 .
,
cupidité ; l'étude de l'antiquité , qui fait
partie de l'expérience. la premiere
fcience de l'homme ; les obfervations de
la Nature , fi néceffaires à la confervation
de notre être , & qui nous élevent jufqu'à
fon Auteur : toutes ces connoiffances contribueroient
à détruire les moeurs. Par.
quel prodige opéreroient- elles un effet fi
contraire aux objets qu'elles fe propofent ?
& on ofe traiter d'éducation infenfée
celle qui occupe la jeuneffe de tout ce qu'il
y a jamais eu de noble & d'utile dans l'efprit
des hommes : quoi , les Miniftres d'une
Religion pure & fainte , à qui la jeuneffe
eft ordinairement confiée parmi
nous , lui laifferoient ignorer les devoirs
de l'homme & du Citoyen ! Suffit- il d'avancer
une imputation fi injufte , pour la
perfuader ? On prétend nous faire regretter
l'éducation des Perfes ; cette éducation
fondée fur des principes barbares , qui
donnoit un Gouverneur pour apprendre à
ne rien craindre ; un autre pour -la tempérance
, un autre enfin , pour enfeigner à
ne point mentir comme fieles vertus
étoient divifées , & devoient former chacune
un art féparé : la vertu eft un être
unique , indivifible ; il s'agit de l'infpirer ,
non de l'enfeigner , d'en faire aimer la
pratique , & non d'en démontrer la théorie
.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
On fe livre enfuite à de nouvelles dé
clamations contre les Arts & les Sciences,
fous prétexte que le luxe va rarement fans.
elles , & qu'elles ne vont jamais fans lui .
Quand j'accorderois cette propofition ,
que pourroit-on en conclure ? La plupart
des Sciences me paroiffent d'abord parfai
tement défintéreffées dans cette prétendue
objection ; le Geométre , l'Aftronome , le
Phyficien ne font pas fufpects affurément.
A l'égard des Arts , s'ils ont en effet quel
que rapport avec le luxe , c'eſt un côté
louable de ce luxe même , contre lequel
on déclame tant , fans le bien connoître .
Quoique cette queftion doive être regar
dée , comme étrangere à mon fujet , je ne
puis m'empêcher de dire , que tant qu'on
ne voudra raifonner fur cette matiere que
par comparaifon du paffé au préfent , on
en tirera lesplus mauvaifes conféquencesdu
monde. Lorsque les hommes marchoient
tout nuds , celui qui s'avifa le premier de
porter des fabots , paffa pour un voluptueux
; de fiécle en fiécle , on n'a jamais
ceffé de crier à la corruption , fans comprendre
ce qu'on vouloit dire : le préjugé
toujours vaincu , renaifloit fidélement, à
chaque nouveauté .
T
Le commerce & le luxe font devenus
les liens des Nations. La terre avant eux
DECEMBRE. 1751. 37
n'étoit qu'un champ de bataille , la guerre
un brigandage , & les hommes des barbares
, qui ne fe croyoient nés que pour s'af
fervir , fe piller , & fe maffacrer mutuellement
: tels étoient ces fiécles anciens que
F'on veut nous faire regretter.
>
La terre ne fuffifoit ni à la nourriture ;
ni au travail de fes habitans ; les fujets de--
venoient à charge à l'Etat , fitôt qu'ils
étoient défarmés , il falloit les ramener à
lå guerre pour le foulager d'un poids in--
commode. Ces émigrations effroyables
des peuples du Nord , la honte de l'huma
nité qui détruifirent l'Empire Romain , &.
qui défolerent le neaviéme fiécle n'avoient
d'autres fources que la mifére d'un
peuple oifif : au défaut de l'égalité des .
biens , qui a été long - tems la chimére de
la politique , & qui eft impoffible dans
les grands Etats , le luxe feul peut nourrir
& occuper les fujets. Ils ne deviennent pas
moins utiles dans la paix que dans la guer--
re ; leur induftrie fert autant que leur cou--
rage . Le travail du pauvre eft payé du ſuperflu
du riche. Tous les ordres des Citoyens
s'attachent au Gouvernement pars
les avantages qu'ils en retirent.
Tandis qu'un petit nombre d'hommest
jouit avec modération , de ce qu'on nome
luxe , & qu'un nombre infiniment plus
58 MERCURE DE FRANCE.
pétit enen abufe , parce qu'il faut que les
hommes abufent de tout , il fait l'efpoir ,
l'émulation & la fubfiftance d'un million
de Citoyens , qui languiroienr fans lui
dans les horreurs de la mendicité. Tel eft
en France l'état de la Capitale. Parcourez
les Provinces , les proportions y font encore
plus favorables. Vous y trouverez,
peu d'excès ; le néceffaire , commode aſſez,
rare , l'Artifan & le Laboureur , c'est-àdire
, le Corps de la Nation , borné à la
fimple exiftence ; enforte qu'on peut regarder
le luxe , comme une humeur jettée
fur une très- petite partie du Corps politique
, qui fait la force & la fanté du
refte .
le
Mais , nous dit- on , les Arts amolliffent
courage ; on cite quelques peuples lettrés
, qui ont été peu belliqueux , tels
que l'ancienne Egypte , les Chinois , &
les Italiens modernes; quelle injuftice d'en
accufer les Sciences ! Il feroit trop long
d'en rechercher ici les caufes. Il fufira de
citer pour l'honneur des Lettres , l'exemple
des Grecs & des Romains , de l'Eſpagne
,de l'Angleterre & de la France , c'eftà
dire , des Nations les plus guerrieres , &
les plus fçavantes .
Des Barbares ont fait de grandes conquêtes
, c'eft, qu'ils étoient très injuftes
1
DECEMBRE. 1751. 59
ils ont vaincu quelquefois des peuples policés
: J'en conclurai , fi l'on veut , qu'un
peuple n'eft pas invincible pour être fçavant.
A toutes ces révolutions , j'oppoferai
feulement la plus vafte , & la plus facile
conquête qui ait jamais été faite ; c'eſt
celle de l'Amérique que les Arts & les
Sciences de l'Europe ont fubjuguée avec
une poignée de foldats , preuve fans réplique
, de la difference qu'elles peuvent
mettre entre les hommes.
J'ajouterai que , c'est enfin une barbarie
paffée de mode , de fuppofer
que les hom
mes ne font nés que pour le détruire
: les
talens & les vertus militaires
méritent
fans doute un rang diftingué
dans l'ordre
de la néceffiré. Mais la Philofophie
a épuré
nos idées fur la gloire ; l'ambition
des
Rois n'eft à fes yeux que le plus monſtrueux
des crimes : graces aux vertus du
Prince qui nous gouverne
, nous ofons célébrer
la modération
& l'humanité
.
Que quelques Nations au fein de l'ignorance
, ayant eu des idées de la gloire &
de la vertu , ce font des exceptions fi fingulieres
, qu'elles ne peuvent former aucun
préjugé contre les Sciences : pour
nous en convaincre , jettons les yeux
fur l'immenfe continent de l'Afrique ,
où nul mortel n'eft affez hardi pour
C vi
60 MERCURE DE FRANCE.
pénétrer , ou affez heureux pour l'avoir
tenté impunément. Un bras de mer fépare
à peine les Contrées fçavantes & heureufes
de l'Europe , de ces régions funel
tes , où l'homme eft ennemi né de l'homme
, où les Souverains ne font que les affaffins
privilégiés d'un peuple efclave.
D'où naiffent ces differences fi prodigieufes
entre des climats fi voisins , oùfont ces
beaux rivages que l'on nous peint parés
par les mains de la Nature ? l'Amérique
ne nous offre pas des fpectacles moins
honteux pour l'efpéce humaine . Pour un
peuple vertueux dans l'ignorance , on en
comptera cent barbares ou fauvages. Par
tout je vois l'ignorance enfanter l'erreur ,
les préjugés , les violences , les paffions
& les crimes. La terre abandonnée fans
culture , n'eft point oifive ; elle produit
des épines & des poifons , elle nourrit des
montres.
J'admire les Brutus , les Décius , les Lu
créce , les Virginius , les Scévola ; mais .
j'admirerai plus encore un Etat puiffant &
bien gouverné , où les Citoyens ne feront
point condamnés à des vertus fi cruelles .
Cincinnatus Vainqueur , retournoit àfa
charrue ; dans un hécle plus heureux ,
Scipion triomphant revenoit goûter avec
Lélius & Térence , les charmes de la PhiDECEMBRE.
1751. 65
"
lofophie & des Lettres , & ceux de l'amitié
plus précieux encore. Nous célébrons
Fabricius , qui avec fes raves cuites fous
la cendre , méprife l'or de Pyrrhus ; mais
Titus , dans la fomptuofité de fes Palais
mefurant fon bonheur , fur celui qu'il
procure au monde par fes bienfaits , &
par fes loix , devient le Héros de mon
coeur au lieu de cet antique héroifme fuperftitieux
, ruftique ou barbace , que j'ad,
mirois en frémiffant ; j'adore une vertu
éclairée , heureuſe & bienfaifante ; l'idée
de mon exiftence s'embellit : j'apprends
honorer & à chérir l'humanité.
Qui pourroit être affez aveugle , ou affezinjufte
, pour n'être pas frappé de ces
differences ? Le plus beau fpectacle de la,
Nature , c'eft Funion de la vertu & du
bonheur , les Sciences & les Arts peuvent
feuls élever la raifon à cet accord fublime..
C'eft de leur fecours qu'elle emprunte des
forces pour vaincre les paffions, des lumicres
pour diffiper leurs preftiges , de l'éle--
vation pour apprécier leur petiteffe , des
attraits enfin & des dédommagemens pour
fe diftraire de leurs féductions.
On a dit que le crime n'étoit qu'un
faux jugement . Les Sciences , dont le
* Confidérations fur les moeurs,
62 MERCURE DE FRANCE.
premier objet eft l'exercice & la perfection
du raisonnement , font donc les gui
des les plus affurés des moeurs. L'innocen
ce fans principes & fans lumieres , n'eft
qu'une qualité de tempéramment , auffi
fragile que lui. La fageffe éclairée con
noît les ennemis & fes forces. Au moyen
de fon point de vue fixe , elle purifie les
biens matériels , & en extrait le bonheur :
elle fçait tour à tour s'abstenir & jouir
dans les bornes qu'elle s'eft preferites.
Il n'eft pas plus difficile de faire voir
P'utilité des Arts pour la perfection des
mours. On comptera les abus que les pafhions
en ont fait quelquefois , mais qui
pourra compter les biens qu'ils ont produits
?
Otez les Arts du monde : que reste-t'il
les exercices du corps & les paffions. L'efprit
n'eft plus qu'un agent matériel , ou
l'inftrument du vice . On ne fe délivre de
fes paffions que par des goûts ; les Arts
font néceffaires à une Nation heureufe:s'ils
font l'occafion de quelques défordres, n'en
accufons que l'imperfection même de notre
nature : de quoi n'abufe-t'elle pas ? Ils ont
donné l'être aux plaifirs de l'ame , les feuls
qui foient dignes de nous ; nous devons
à leurs féductions utiles l'amour de la vé
sité & des vertus , que la plupart des homDECEMBRE.
1751. 63
mes auroient haïes & redoutées , fi elles
n'euffent été parées de leurs mains.
C'eft à tort qu'on affecte de regarder
leurs productions comme frivoles. La
Sculpture , la Peinture flattent la tendrefe
, confolent les regrets , immortalifent
les vertus & les talens ; elles font des
fources vivantes de l'émulation ; Céfar
verfoit des larmes en contemplant la ftatue.
d'Alexandre..
;
L'harmonie a fur nous des droits maturels
, que nous voudrions envain méconnoître
la Fable a dit , qu'elle arrêtoit le
cours des flots. Elle fait plus ; elle fufpend
la penfée , elle calme nos agitations , &
nos troubles les plus cruels ; elle anime la
valeur , & préfide aux plaifirs .
Ne femble- t'il pas que la divine Poëfie
ait dérobé le feu du Ciel pour animer tou
te la nature quelle ame peut être inacceffible
à fa touchante magie elle adoucit
le maintien fevére de la vérité , ellefait
fourire la fageffe ; les chef d'oeuvres
du Théatre doivent être confidérés comme
de fçavantes expériences du coeur humain.
C'eft aux Arts enfin que nous devons
le beau choix des idées , les graces de l'ef
prit & l'enjouement ingénieux qui font
les charmes de la fociété ; ils ont doré les
64 MERCURE DE FRANCE.
liens qui nous uniffent , orné la fcéne du
monde , & multiplié les bienfaits de la
Nature.
Sur les avantages des Sciences & des Arts
prononcé dans l'affembléepublique de l'Adémie
des Sicences & Belles- Lettres de
Lyon , le 22 Juin 175 1 .
N eft défabulé depuis long- tems de
la chimére de l'âge d'or : par tout la
Barbarie a précédé l'établiſſement des Sociétés
; c'eft une vérité prouvée par les
annales de tous les Peuples., Partout les
befoins & les crimes forcerent les hommes
à fe réunir , à s'impofer des loix , à s'enfermer
dans des ramparts . Les premiers
Dieux & les premiers Rois furent des bienfaicteurs
ou des tyrans ; la reconnoiffance
& la crainte éleverent les Trônes & les Autels.
La fuperftition & le defpotifine vin →
rent alors couvrir la face de la terre de
nouveaux malheurs , de nouveaux crimes
fuccéderent , les révolutions fe multipliérent
.
A travers ce vafte fpectacle des paffions
& des miferes des hommes , nous appercevons
à peine quelques contrées plus fages
& plus heureufes . Tandis que la plus grande
partie du monde étoit inconnte , que l'au
I Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
j
rope étoit fauvage , & l'Afie efclave , la 8
Gréce penfa & s'éleva par l'efprit à tout ce d
qui peut rendre un peuple recommandable:
Des Philofophes formerent fes moeurs &
Jui donnerent des loix.
Si l'on refufe d'ajouter foi aux traditions
qui nous difent que les Orphées & les
Amphions attirerent les hommes du fond
des forêts par la douceur de leurs chants ,
on eft forcé par l'hiftoire , de convenir
que cette heureufe révolution eft due aux
Arts utiles & aux Sciences . Quels hommes
étoient-ce que ces premiers Légiflareurs de
la Gréce peut- on nier qu'ils ne fuffent les
plus vertueux & les plus fçavans de leur
fécle ; ils avoient acquis tour ce que l'étude
& la réflexion peuvent donner de
lumiere à l'efprit , & ils y avoient joint
les fecours de l'expérience par les voyages
qu'ils avoient entrepris en Créte , en
Egypte , chez toutes les Nations où ils
avoient cru trouver à s'inftruire..
Tandis qu'ils établiffoient leurs divers
Giftèmes de politique , par qui les paffions
particulieres devenoient le plusfür inftru
ment du bien public , & qui faifoient germer
la vertu du fein même de l'amour
propre , d'autres Philofophes écrivoient
fur la morale , remontoient aux premiers
principes des chofes , obfervoient la naOCTOBRE.
1751. 27
ture & fes effets. La gloire de l'efprit &
celle des armes avançoient d'un pas égal ;
les fages & les héros naifoient en foule ;
à côté des Miltiades & des Thémistocles ,
on trouvoit les Ariftides & les Socrates.
La fuperbe Afie vit brifer fes forces innombrables
, contre une poignée d'hommes
que la Philofophie conduifoit à la gloire.
Tel eft l'infaillible effet des connoiffances
de l'efprit : les moeurs & les loix font la
feule fource du véritable héroisme . En un
mot la Gréce dur tout aux fciences , & le
refte du monde dut tout à la Grèce.
Oppofera t'on à ce brillant tableau les
maurs groffieres des Perfes & des Scithes ?
j'admirerai , fi l'on veut , des Peuples qui
paffent leur vie à la guerre ou dans les
bois , qui couchent fur la terre , & vivent
de légumes. Mais eft- ce parmi eux qu'on
ira chercher le bonheur quel fpectacle.
nous prefenteroit le genre humain , com-
"pofé uniquement de Laboureurs , de Soldats
, de Chaffeurs & de Bergers : faut- il
donc pour être digne du nom d'homme
vivre comme les lions & les ours ? érigera-
t'on en vertus , les facultés de l'inftint,
pour fe nourrir , fe perpétuer & ſe deffendre
? je ne vois là que des vertus animales ,
peu conformes à la dignité de notre être ;
P
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
le corps eft exercé , mais l'ame efclave ne
fait que ramper & languir.
Les Perfes n'eurent pas plutôt fait la
conquête de l'Afie , qu'ils perdirent leurs
moeurs , les Scithes dégénérerent auffi quoique
plus tard; des vertus & fauvages font
trop contraires à l'humanité , pour être
durables ; fe priver de tout & ne défirer
rien eft un état trop violent ; une igno
rance fi groffiere ne fçauroit être qu'un
état de paffage. Il n'y a que la ftupidité &
la mifere qui puiffe y affujettir les hommes.
Sparte , ce phénoméne politique , cette
republique de foldats vertueux , eft le feal
peuple qui ait eu la gloire d'être pauvre
par inftitution & par choix . Ses loix fi
admirées avoient pourtant de grands défauts.
La dureté des maîtres & des peres ,
l'expofition des enfans , le vol autorifé , la
pudeur violée dans l'éducation & les mariages
, une oifiveté éternelle , les exer
cices du corps recommandés uniquement ,
ceux de l'efprit profcrits & méprilés , l'aul
térité & la férocité des moeurs qui en
étoient la fuite , & qui aliénerent bientôt
Le tous les alliés de la république, font déja
d'affez juftes reproches , peut- être ne bor
netoient-ils pas là , i les particularités de
DECEMBRE . 175129
fon hiftoire interieure nous étoient mieux
connues elle fe St une vertu artificielle en
fe privant de l'ufage de l'or mais que devenoient
les vertus de fes Citoyens , fitot
qu'ils s'éloignoient de leur patrie ? Lyfandre
& Paufanias n'en furent que plus aifés
àcorrompre ; cette Nation qui ne refpiroit
que la guerre , s'eft elle fait une
gloire plus grande dans les armes que fa
rivale , qui avoit réuni toutes les fortes
de gloire . Athénes ne fut pas moins guerriére
que Sparte ; elle fut de plus fçavante ,
ingénieufe & magnifique , elle enfanta
tous les arts & tous les talens , & dans le
fein même de la corruption qu'on lui reproche
, elle donna le jour au plus fage des
Grecs . Après avoir été plufieurs fois far le
point de vaincre , elle fut vaincue , il eft
vrai ,& il eftfurprenant qu'elle ne l'eût pas
été plutôt, puifque l'Atrique étoit un pays
tout ouvert , & qui ne pouvoit fe deffendre
que par une très grande fupériorité de
fuccès. La gloire des Lacédemoniens fut
peu folide , la profpérité corrompit leurs
inftitutions trop bifarres pour pouvoir - fe ,
conferver long- tems , la fiére Sparte perdit
fes moeurs comme la fçavante Athénes.
Elle ne fit plus rien depuis qui fûc
digne de fa réputation , & tandis que les
Athéniens & plufieurs autres Villes lut-
Biij
to
MERCURE DE FRANCE .
toient contre la Macédoine pour la liberté
de la Gréce , Sparte feule languiffoit dans
le repos , & voyoit préparer de loin fa
deftruction , fans fonger à la prévenir.
Mais enfin je fuppofe que tous les états
dont laGréce étoit compofée , euffent fuivi
les mêmes loix que Sparte , que nous ref
teroit-il de cette contrée fi célébre à peine
fon nom feroit parvenu jufqu'à nous. Elle
auroit dédaigné de former des hiftoriens ,
pour
tranfmettre la gloire à la postérité ,
le fpectacle de fes farouches vertus eût été
perdu pour nous , il nous feroit indifferent
par conféquent qu'elles euffent exiité ou
non.Ces nombreux fiftêmes de Philofophic
qui ont épuifé toutes les combinaiſons
poffibles de nos idées , & qui , s'ils n'ont
pas étendu beaucoup les limites de notre
efprit , nous ont appris du moins où elles
étoient fixées . Ces chefs-d'oeuvres d'éloquence
& de Poësie qui nous ont enfeigné
toutes les routes du coeur , les Arts utiles
ou agréables , qui confervent ou embelliffent
la vie. Enfin l'ineftimable tradition
des penfées & des actions de tous les grands
hommes , qui ont fait la gloire ou le bonheur
de leurs pareils : toutes ces précieuſes
richeffes de l'efprit euffent été perdues
pour jamais. Les fiécles fe feroient accumulés
, les générations des hommes fe leDECEMBRE.
1751. 37
roient fuccédé comme celles des animaux ,
fans aucun fruit pour leur poftérité , &
n'auroienr laiffé après elles qu'un fouvenir
confus de leur exiſtence ; le monde auroit
vieilli , & les hommes feroient demeurés
dans une enfance éternelle.
Que prétendent enfin les ennemis de la
fcience quoi , le don de penfer feroit un
préfent funefte de la divinité : les connoiffances
& les moeurs feroient incompati
bles la vertu feroit un vain fantôme
produit par un inftinct aveugle , & le flambeau
de la raifon la feroit évanouir en
voulant l'éclaircir ? quelle étrange idée
voudroit-on nous donner & de la raifon &
de la vertu ?
Comment prouve- t'on de fi bifarres
paradoxes on objecte que les Sciences &
les Arts ont porté un coup mortel aux
moeurs anciennes , aux inftitutions primitives
des états , on cite pour exemple ,
Athénes & Rome. Euripide & Demoſ.
théne , ont vû Athénes livrée aux Spartiates
& aux Macédoniens ; Horace , Virgile
& Cicéron ont été contemporains de
la ruine de la liberté Romaine , les uns &
les autres ont été témoins des malheurs de
leur Pays ; ils en ont donc été la cauſe .
Conféquence peu fondée , puifqu'on ca
B 111j
3 MERCURE DE FRANCE .
pourroit dire autant de Socrate & de
Caton .
En accordant que l'altération des Loix
& la corruption des moeurs ayent beaucoup
infué fur ces grands événemens , me
forcera - t'on de convenir que les Sciences
& les Arts y ayent contribué la corrup
tion fuit de près la profpérité , les fciences
font pour l'ordinaire leurs plus rapides
progrès dans le même tems , des chofes ft
diverfes peuvent naître enfemble & fe
rencontrer , mais c'eft fans aucune relation
entr'elles de caufe & d'effet.
Athénes & Rome étoient petites & pauvres
dans leurs
commencemens , tous leurs
Cytoyens étoient Soldats , toutes leurs
vertus étoient néceffaires , les occafions
même de corrompre leurs moeurs n'éxiftoient
pas. Peu après elles acquirent des
richeffes & de la puiffance . Une partie des
Citoyens ne fut plus employée à la guer
re ; on apprit à jouir & à penfer. Dans le
fein de leur opulence ou de leur loifit , les
uns
perfectionnerent le luxe , qui fait la
plus ordinaire occupation des gens heureux
; d'autres ayant reçû de la nature de
plus favorables
difpofitions , étendirent
les limites de l'efprit , & créérentune gloi
re nouvelle .
DECEMBRE
33 1751
Ainfi tandis que les uns par le fpectacle .
des richeffes & des voluptés , prophanoient
les Loix & les moeurs , les autres allumoient
le flambeau de la Philofophie &
des Arts , inftruifoient ou célébroient les
vertus , & donnoient naiffance à ces noms
fi chers , aux gens qui fçavent penfer',
l'atticifme & l'urbanité: des occupations ſi
oppofées peuvent elles donc mériter les
mêmes qualifications , pouvoient - elles
produire les mêmes effets .
Je ne nierai pas que la corruption générale
ne fe foit répandue quelquefois jufques
fur les lettres , & qu'elle n'ait produit
des excès dangereux ; mais doit- on
confondre la noble deftination des fcien
ces avec l'abus criminel qu'on en a pût
faire? mettra- t'on dans la balance quelques
épigrammes de Catulle ou de Martial cons
tre les nombreux volumes Philofophiques,
politiques & moraux de Cicéron , contre
le fage Poëme de Virgile ?
Dailleurs les ouvrages licentieux font
ordinairement le fruir de l'imagination ,
& non celui de la fcience & du travail, Les
hommes dans tous les tems & dans tous
les Pays ont eu des paffions ; ils les ont
chantées : la France avoir des Romanciers
& des Troubadours , long - tems avant
qu'elle eût des Sçavans & des Philofophess
B.Y
34 MERCURE DE FRANCE .
En fuppofant donc que les Sciences & les
Arts cuffent été étouffés dans leur berceau
, toutes les idées infpirées par les
paffions n'en auroient pas moins été réali
Tées en Profe & en Vers , avec cette diff
ference , que nous aurions eû de moins
tout ce que les Philofophes , les Poëtes &
les Hiftoriens ont fait pour nous plaire ou
pour nous inftruire. }
Athénes fut enfin forcée de céder à la
fortune de la Macedoine , mais elle ne céda
qu'avec l'univers. C'étoit un torrent ca
pide qui entrainoit tour , & c'eft perdre
le tems que de chercher des caufes particu
lieres , où l'on voit une force fupérieure
marquée.
Rome , maitreffe du monde , ne trou
voit plus d'ennemis ; il s'en forma dans
fon fein . Sa grandeur fit fa perte. Les Loix
d'une petite Ville n'étoient pas faites pour
gouverner le monde entier : elles avoient
pû fuffire contre les factions des Manlius ,
des Caffius & des Gracques : elles.fuccomberent
fous les Armées de Silla , de Céfar
& d'Octave ; Rome perdit fa liberté , mais
elle conferva fa puiffance . Opprimée pat
Les Soldats qu'elle payoit , elle étoit encore
la terreur des Nations. Ses tyrans éroient
our à tour déclarés peres de la patrie &
malfacrés. Un monftre indigne du noma
TOULS
C
DECEMBRE. 17'Sr. 35
d'homme , fe faifoit proclamer Empereur ,
& l'Augufte Corps du Sénat n'avoit plus
d'autres fonctions que celle de le mettre
au rang des Dieux . Etranges alternatives
d'efclavage & de tyrannie ,mais telles qu'on
les a vûes dans tous les états où la milice
difpofoit du thrône : enfin de nombreuſes
irruptions de Barbares vinrent renverser &
fouler aux pieds ce vieux coloffe ébranlé de
toutes parts , & de fes débris fe formerent
tous les empires qui ont fubfifté depuis.
Ces fanglantes révolutions ont elles
donc quelque chofe de commun avec les
progrès des lettres partout je vois des
caules purement politiques. Si Rome eut
encore quelques beaux jours , ce fut lous
des Empereurs Philofophes . Seneque a - t'il
donc été le corrupteur de Néron ? eft- ce
l'étude de la Philofophie & des Arts qui
fit autant de monftres , des Caligula , des
Domitien , des Heliogabale ? les lettres
qui s'étoient élevées avec la gloire de
Kome , ne tomberent elles pas fous ces
régnes cruels elles s'affoiblirent ainfi pas
degrés avec le vafte empire , auquel la def
tinée du monde fembloit être attachée.
Leurs ruines furent communes , & l'ignorance
envahit l'univers une feconde fois
avec laBarbarie & la fervitude de fes com
pagnes fidéles.
Bvi
36 MERCURE DE FRANCE.
Difons donc que les Mules aiment la
liberté , la gloire & le bonheut. Partout
je les vois prodiguer leurs bienfaits fur les
Nations , au moment où elles font le plus
floriffantes. Elles n'ont plus redouté les
glaces de la Ruffie , fitôt qu'elles ont été
attirées dans ce puiffant Empire par le Héros
fingulier, qui en a été pour ainfi dire
le créateur : le Législateur de Berlin , le
conquérant de la Silefie , les fixe aujour
d'hui dans le Nord de l'Allemagne , qu'el
les font retentir de leurs chants.
S'il eft arrivé quelquefois que la gloire
des Empires n'a pas furvécu long tems
celle des lettres , c'eft qu'elle étoit à fon
comble , lorfque les lettres ont été cultiées
, & que le fort des chofes humaines.
eft de ne pas durer long- tenis dans le même
état . Mais bien loin que les fciences y con
tribuent , elles périffent infailliblement
frappées des mêmes coups , en forte que
l'on
peut
obferver
que que les progrès
des lettres
& leur déclin font ordinairement dans
une jufte proportion avec la fortune &
Pabbaiffement des Empires.
Cette vérité fe confirme encore par l'expérience
des derniers tems. L'efprit hu
main après une éclipfe de plufieurs fiéces ,
fembla s'éveiller d'un profond fommeil .
Unfouilla dans les cendres antiques , &
NOVEMBRE 1751 37-
le feu facré fe ralluma de toutes parts.
Nous devons encore aux Grecs cette feconde
génération des fciences. Mais dans
quel rems reprirent- elles cette nouvelle
vie ? ce fut lorfque l'Europe après tant de -
convulfions violentes , cut enfin pris une
pofition affurée , & une forme plus heu
reufe.
:
Ici fe développe un nouvel ordre de
chofes. Il ne s'agit plus de ces petits Royau
mes domeftiques , renfermés dans l'enceinte
d'une Ville de les Peuples con :
damnés à combattre pour leurs héritages &
leurs maifons , tremblans fans ceffe pour
une patrie toujours prête à leur échaper.
C'eft une Monarchie . vafte & puiffante ,
combinée dans toutes fes parties par une
légiflation profonde : tandis que cent mille
foldats combattent gayement pour la fureté
de l'état , vingt millions de Citoyens heu
reux & tranquilles , occupés à fa pofpérité
intéticure , cultivent fans allarmes les im
menfes campagnes , font fleurir les Loix ,
le commerce , les Arts & les Lettres dans
T'enceinte des Villes : toutes les profelfions
diverfes , appliquées uniquement à
leur objet , font maintenues
dans un jufte
équilibre , & dirigées au bien général par
la main puillante qui les conduit & les
anime . Telle est la foible image du beau
oup
38 MERCURE DE FRANCE.
régne de Louis XIV . & de celui fous le
quel nous avons le bonheur de vivre : la
France riche , guerriere & fçavante , eft
devenue le modéle & l'arbitre de l'Europe;
elle fçait vaincre & chanter fes victoires :
fes Philofophes mefurent la Terre , & fon
Roi la pacific.
Qui ofera foutenir que le courage des
François ait dégeneré depuis qu'ils ont
cultivé les Lettres dans quel fiécle a t'il
éclaté plus glorieufement qu'à Montalban ,
Lawfelt , & dans tant d'autres occafions
que je pourrois citer ont-ils jamais fait
paroître plus de conftance que dans les
retraites de Prague &. de Baviere ? qu'y
a- t'il enfin de fupérieur dans l'antiquité au
fiége de Bergopfom , & à ces braves grena
diers renouvellés tant de fois , qui vo
loient avec ardeur aux mêmes poftes , où
ils venoient de voir foudroyer ou englou
tir les Héros qui les précédoient.
Envain veut- on nous perfuader que le
rétabliffement des Sciences a gâté les
moeurs . On eft d'abord obligé de convenir
que les vices groffiers de nos ancêtres font
prefqu'entierement profcrits parmi nous..
C'eſt déja un grand avantage pour la
caufe des Lettres , que cet aveu qu'on eſt
forcé de faire. En effet les débauches , les
querelles & les combats qui en étoient les,
DECEMBRE. 175 1. 39
faites , les violences des Grands , la tyran
nie des péres , la bizarrerie de la vieilleffe ,
les égaremens impétueux des jeunes gens ,
tous ces excès fi communs autrefois , fu--
neftes effets de l'ignorance & de l'oifiveté ,.
n'éxiftent plus depuis que nos moeurs ont
été adoucies par les connoiffances dont .
tous les efprits font occupés ou amufés..
On nous reproche des vices rafinés &.
délicats ; c'eft que partout
que partout où il y a des
hommes , il y aura des vices ; mais les
voiles ou la parure dont ils fe couvrent
font du moins l'aveu de leur honte , & un
témoignage du refpect public pour la
vertu .
S'il y a des modes de folie , dë ridicule
& de corruption , elles ne fe trouvent que
dans la Capitale feulement , & ce n'eft
même que dans un tourbillon d'hommesperdus
par les richeffes & l'oifiveté. Les
Provinces entieres & la plus grande partic
de Paris , ignorent ces excès , ou ne les
connoiffent que de nom. Jugera- t'on tou
te la Nation fur les travers d'un petit nombre
d'hommes ? Des écrits ingénieux réclament
cependant contre ces abus ; la
corruption ne jouit de fes prétendus fuccès
que dans des têtes ignorantes ; les Sciences
& les Lettres ne ceffent point de dépofer
contre elle ; la morale la démafque , to
40 MERCURE DE FRANCE.
Philofophie humilie fes petits triomphes ,
la Comedie , la Satyre , l'Epigrame la per
cent de mille traits.
Les bons Livres font la feule défenfe des
efprits foibles, c'eft- à- dire, des trois quarts
des hommes contre la contagion de
T'exemple. Il n'appartient qu'à eux de conferver
fidelement le dépôt des moeurs.
Nos excellens ouvrages de morale furvivront
éternellement à cest brochures li
centieufes , qui difparoiffent rapidement
avec le goût de mode qui les a fait naî
tre. C'eft outrager injuftement les Sciences
& les Arts , que de leur imputer ces pro
ductions honteufes. L'efprit feul échauffé
par les - paffions fuffit pour les enfanter.
Les Sçavans, des Philofophes , les grands
Orateurs & les grands Poëtes , bien loin
d'en être les auteurs , les méprifent ,
ou même ignorent leur existence ; il y
a plus , dans le nombre infini des grands
Ecrivains en tout genre , qui ont illuftré
le dernier Regne , à peine en trouve - t'on
deux ou trois qui ayent abufé de leurs ta
lens. Quelle proportion entre les reproches
qu'on peut leur faire , & les avanta
ges immortels que le genre humain a re
tiré des Sciences cultivées des Ecrivains.
la plupart obfcurs , fe font jettés de nos
jours dans de plus grands 'excès ; heureu
DECEMBRE. 175. 41
fement cette corruption a peu duré ; elle
paroit prefque entiérement éteintecu puifee.
Mais c'étoit une faire particuliére du
gout leger & frivole de notre Nation ;
l'Angleterre & l'Italie n'ont point de femblables
reproches à faire aux Lettres.
Je pourrois me difpenfer de parler du
luxe, puifqu'il nait immédiatement des-richeffes
& non des Sciences & des Arts . Et .
quel rapport peut avoir avec les Lettres .
le luxe du fafte & de la moleffe qui eft ie
feul que la morale puiffe condamner ou
reftraindre ?
Il eft à la vérité , une forte de luxe ingénieux
& fçavant qui anime les Arts &
les éleve à la perfection . C'est lui qui mul
tiplie les productions de la Peinture , de la
Sculpture & de la Mufique . Les chofes les
plus louables en-elles mêmes doivent avoir
leurs bornes ; & une Nation feroit juftement
méprifée , qui pour augmenter le
nombre des Peintres & des Muficiens , fe
laifferoit manquer de Laboureurs & de:
Soldats .Mais lorsque les armées font com.
plettes , & la terre cultivée , à quoi employer
le loifir du refte des Citoyens ; je
ne vois pas pourquoi ils ne pourroient pas.
fe donner des Tableaux , des Statues & des
Spectacles.
Vouloir rappeller les grands Etats aux.
42 MERCURE DE FRANCE.
petites vertus des petites Républiques
c'eft vouloir contraindre un homme fort
& robufte à bégayer dans un berceau ; c'é
toir la folie de Caton avec l'humeur &
les préjugés héréditaires dans fa famille ,
il déclama toute la vie , combatit & mourut
enfin fans avoir rien fait d'utile
pour
fa Patrie. Les Anciens Romains labou
roient d'une main & combattoient de l'autre.
C'étoient de grands hommes , je le
crois , quoiqu'ils nnee ffiiffffeenntt que de petites
chofes : ils le confacroient tout entiers à
leur Patrie , parcequ'elle étoit éternel
lement en danger. Dans ces premiers
tems on ne fçavoit qu'exifter ; la tempé
rance & le courage ne pouvoient être de
vrayes vertus ce n'étoit que des qualités
forcées : on étoit alors dans une impoffibi
lité phifique d'être voluptueux , & qui
vouloit être lâche, devoit fe réfoudre à être
efclave, Les Etats s'accrûrent : l'inégalité
des biens s'introduifit néceffairement : un
Proconful d'Afie pouvoit- il être auffi pauvre
,. que ces Confuls anciens- demi-Bourgeois
& demi-Payfans , qui ravageoient
un jour les champs des Fidénates, & revenoient
le lendemain cultiver les leurs ?
Les circonstances feules ont fair ces diffe .
rences ; la pauvreté ni la richeffe ne font
point la vertu , elle eft uniquement dans
:
ECO
DECEMBRE. 1751. 43.
le bon ou le mauvais ufage des biens ou
des maux que nous avons reçûs de la Natu
re & de la fortune .
Après avoir juftifié les Lettres fur l'article
du luxe , il me reste à faire voir que
la politeffe qu'elles ont introduit dans nos
moeurs , eft un des plus utiles préfens
qu'elles puffent faire aux hommes ; fuppofons
que la policeffe n'est qu'un maſque
trompeur qui voile tous les vices , c'eſt
préfenter l'exception au lieu de la regle
& l'abus de la chofe à la place de la chofe
même..
?
Mais que deviendront ces accufations
fi la politeffe n'eft en effet que l'expreffion
d'une ame douce & bienfaifante : L'habitude
d'une fi louable imitation feroit feule
capable de nous élever juſqu'à la vertu
même ; tel eft le mépris de la coutume ;
nous devenons enfin ce que nous feignons.
d'être ; il entre dans la politeffe des moeurs,
plus de Philofophie qu'on ne penfe ; elle
refpecte le nom & la qualité d'homme ;.
elle feule conferve entr'eux une forte d'é
galité fictive , foible , mais précieux refte
de leur ancien droit naturel. Entreégaux
, elle devient la médiatrice de
leur amour propre ; elle eft le facrifice
perpétuel de l'humeur & de l'efprit de fingularité.
44 MERCURE DE FRANCE.
Dira- t-on que tout un peuple qui exer
ce habituellement ces démonftrations de
douceur , de bienveillance , n'eft
compo
fé que de perfides & de duppes ; croiraton
que tous foient en même tems & trompeurs
& trompés .
A
Nos coeurs ne font point affez parfaits
pour le montrer fans voile ; la politeffe
eft un vernis qui adoucit les teintes tran
chantes des caractéres ; elle rapproché les
hommes , & les engage à s'aimer par les
reffemblances générales qu'elle répand fur
eux ; fans elle , la fociété n'offriroit que
des difparates & des chocs. On fe haïroit
par les petites chofes , & avec cette difpo
fition , il feroit difficile de s'aimer même
pour les plus grandes qualités. On a plus
fouvent befoin de complaifance que de
fervices ; l'ami le plus généreux m'oblis
gera peut- être tout au plus une fois dans
fa vie . Mais une fociété douce & polie
´embellit tous les momens du jour. Enfin
la politeffe place les vertus ; elle feule
leur enfeigne ces combinaifons fines ,
qui les fubordonnent les unes aux autres
dans d'admirables proportions , ainfi que
ce jufte milieu , au deça & au delà du
quel elles perdent infiniment de leur
prix.
N
On ne fe contente pas d'attaquer les
DECE MBRE. 1751 43
fciences dans les effets qu'on leur attribue ,
on les empoifonne jufques dans leur fource
, on nous peint la curiofité comme
un penchant funefte ; on charge fon portrait
des couleurs les plus odieufes. J'avouerai
que l'allégorie de Pandore peut
avoir un bon côté dans le fyftême moral :
mais il n'en eft pas moins vrai que nous
devons à nos connoiffances , & par conféquent
à notre curiofité , tous les biens
dont nous jouiffons. Sans elle , réduits à
la condition des brutes , notre vie fe pafferoit
à ramper fur la petite portion de terrain
deftiné à nous nourrir & à nous engloutir
un jour L'état d'ignorance eft un
·état de crainte & de befoin ; tout eft danger
alors pour notre fragilité ; la mort
gronde fur nos têtes , elle eft cachée dans
T'herbe que nous foulons aux pieds ; lorfq'u
on craint tout , & qu'on a befoin de tour
quelle difpofition plus raisonnable , que
celle de vouloir tout connoître.
·
Telle eft la noble distinction d'un être
penfant feroit-ce donc envain que nous
aurions été doués feuls de cette faculté divine?
C'est s'en rendre digne que d'en ufer.
Les premiers hommes fe contenterent
de cultiver la terre pour en tirer le bled ;
enfuite on creufa dans fes entrailles , onen
arracha les métaux ; les mêmes progrès
46 MERCURE DE FRANCE.
"
Le font faits dans les Sciences ; on ne s'eft t
pas contenté des découvertes les plus né
ceffaires ; on s'eft attaché avec ardeur
celles qui ne paroiffoient que difficiles &
glorieufes quel étoit le point où l'on
auroit dû s'arrêter ; Ce que nous appellons
génie , n'eft autre chofe qu'une raifon fu
blime & courageufe ; il n'appartient qu'
lui feul de fe juger.
Ces globes lumineux placés loin de nous
à des diſtances fi énormes , font nos gui
des dans la navigation & l'étude de leurs
fituations refpectives , qu'on n'a peutêtre
régardé d'abord , que comme l'objet
de la curiofité la plus vaine , eft devenue
aine des Sciences la plus utile . La propriété
finguliere de l'aimant , qui n'étoit pour nos
peres qu'une énigme frivole de la Nature,
nous a conduit comme par la main à travers
l'immensité des Mers.
Deux verres placés & taillés d'une cer
taine maniére , nous ont montré une
-nouvelle fçène de merveilles , que nos
yeux ne foupçonnoient pas.
Les expériences du tube électrifé fembloient
n'être qu'un jeu ; peut-être leur
: devra t- on un jour la connoiffance du regne
univerfel de la Nature ,
Après la découverte de ces rapports fi
imprévus , fi majestueux entre les plus pé
DECEMBRE . 1751. 47 "
tites & les plus grandes chofes , quelles
connoiffances oferions- nous dédaigner ?
En fçavons -nous -affez pour méprifer ce
que nous ne fçavons pas? Bienloin d'étouffer
la curiofité , ne femble- t'il pas au contraire
,,
que l'Etre fuprême ait voulu la
réveiller par des découvertes fingulieres ,
qu'aucune analogie n'avoient annoncées
.
Mais de combien d'erreurs eft affiégée
l'étude de la vérité ; quelle audace , nous
dit-on , ou plutôt quelle témérité de s'engager
dans des routes trompenfes , où
tant d'autres fe font égarés ? Sur ces principes
il n'y aura plus rien que nous ofions
entreprendre ; la crainte éternelle des
maux , nous privera de tous les biens où
nous aurions pû afpirer , puifqu'il n'en eſt
point fans mélange. La véritable fageffe
au contraire confifte feulement à les épurer
autant que notre condition le permet.
Tous les reproches , que l'on fait à la
Philofophie , attaquent l'efprit humain
ou plutôt l'Auteur de la Nature , qui nous
a faits tels que nous fommes. Les Philofophes
étoient des hommes ; ils fe font trompés
, doit-on s'en étonner ; plaignons les
profitons de leurs fautes , & corrigeonsnous
; fongeons que c'eft à leurs erreurs
18
MERCURE DE FRANCE:
trop borné
pour
multipliées que nous devons la poffelfion
des vérités dont nous jouiffons . Il
falloit épuifer les combinaifons de tous
ces divers fyftêmes , la plupart fi répréhen
fibles & fi outrés , pour parvenir à quel
que chofe de raifonnable. Mille routes
conduifent à l'erreur , une feule mene a
la vérité ? Faut-il être furpris qu'on fe foit
mépris fi fouvent fur celle ci , & qu'elle
ait été découverte fi tard.
L'efprit humain étoit
embraffer d'abord la totalité des chofes
"Chacun de ces Philofophes ne voyoit qu '
ne face : ceux - là raffembloient les motifs
de douter; ceux - ci réduifoient tout en
dogmes : chacun d'eux avoit fon principe
favori , fon objet donninant auquel il rap
portoir toutes fes idées. Les uns faifoient
entrer la vertu dans la compofition du botheur
, qui étoit la fin de leurs recherches ;
les autres fe propofoient la vertu même,
comme leur unique objet , & fe flattoient
d'y rencontrer le bonheur. Il y en avoit qui
regardoient la folitude & la pauvreté, comme
l'afile des moeurs ; d'autres ufoient des
richeffes comme d'un inftrument de leur
félicité & de celle d'autrui quelques-ups
fréquentoient les Cours & les affemblées
publiques pour trendre leur fageffe utile
aux Rois & aux peuples . Un feul homme
LI
n'eft
DECEMBRE. 1751 . 49
;
n'eft pas tous ; un feul efprit , un feul
fyftême n'enferme pas toute la fcience
c'eft par la comparaifon des extrêmes
que l'on faifit enfin le jufte milieu ; c'eſt
par le combat des erreurs qui s'entredétruifent
,
t , que la vérité triomphe : ces diverfes
parties fe modifient , s'élévent & fe
perfectionnent mutuellement ; elles fe rapprochent
enfin pour former la chaîne des
vérités , les nuages fe diffipent , & la lumiere
de l'évidence fe leve.
Je ne diflimulerai cependant pas que les
Sciences ont rarement atteint l'objet qu'elles
s'étoient propofé ; la Métaphifique
vouloit connoître la nature des efprits , &
non moins utile , peut- être , elle n'a fait
que nous développer leurs opérations ; le
Phificien a entrepris l'Hiftoire de la Nature
, & n'a imaginé que des Romans
mais en pourfuivant un objet chimérique ,
combien n'a - t'il pas fait de découvertes
admirables ? La Chimie n'a pû nous donner
de l'or , & fa folie nous a valu d'autres miracles
dans fes analifes & fes mêlanges ; les
Sciences font donc utiles jufques dans leurs
écarts & leurs déréglemens ; il n'y a que
l'ignorance qui n'eft jamais bonne à rien :
peut-être ont - elles trop élevé leurs prétentions
. Les Anciens à cet égard paroilfoient
même plus fages que nous nous
1. Vol.
C
↓
50 MERCURE DE FRANCE.
avons la manie de vouloir procéder toujours
par démonftrations ; il n'y a fi petit
Profeffeur qui n'ait fes argumens & fes
dogmes , & par conféquent fes erreurs &
fes abfurdités . Cicéron & Platon traitoient
la Philofophie en diologues : Chacun des
Interlocuteurs faifoit valoir fon opinion ;
on difputoit , on cherchoit , & on ne ſe
piquoit point de prononcer ; rous n'avons
peut- être que trop écrit fur l'évidence
; elle eft plus propre à être fentie qu'à
être définie ; mais nous avons prefque
perdu l'Art de comparer les probabilités &
les vraisemblances , & de calculer le
degré de confentement qu'on leur doit.
Qu'il y a peu de chofes demontrées ! &
combien n'y en a t'il pas , qui ne font
probables ! Ce feroit rendre un grand fer
vice aux hommes que de donner une mé
thode pour l'opinion.
que
L'efprit de lyftême qui s'eft long-tems
attaché à des objets , où il ne pouvoit
prefque que nous égarer , devroit régler
l'acquifition , l'enchaînement & le progrés
de nos idées ; nous avons befoin
d'un ordre entre les diverfes Sciences ,
pour nous conduire des plus fimples aux
plus compofées , & parvenir ainfi à conftruire
une efpéce d'obfervatoire fpirituel ,
d'où nous puiflions contempler toutes nos
DECEMBRE 1751 .
St
Connoiffances ce qui eft le plus haut dégré
de l'esprit.
La plupart des Sciences ont été faites au
hafard ; chaque Auteur a fuivi l'idée qui
le dominoit fouvent fans fçavoir où elle
devoit le conduire ; un jour viendra où
tous les livres feront extraits & refondus ,
conformément à un certain fyftême qu'on
fe fera formé ; alors les efprits ne feront
plus de pas inutiles , hors de la route &
fouvent en arriere. Mais quel eft le genie
en état d'embraffer toutes les connoiffances
humaines , & de choifir, le meilleur ordre
pour les préfenter à l'efprit. Sommes- nous
affez avances pour cela ? Il eft du moins
glorieux de le tenter : la nouvelle Encyclopédie
doit former une époque mémorable
dans l'Hiftoire des Lettres.
Le Temple des Sciences eft un édifice
immenfe , qui nepeut s'achever que dans
la durée des fiécles . Le travail de chaque
homme eit de chofe dans un ouvrage
peu
fi vafte, mais le travail de chaque homme y
eft néceflaire ; le ruiffeau qui porte les eaux
à la Mer , doit- il s'arrêter dans fa courfe ,
en confidérant la petiteffe de fon tribut ?
quels éloges ne doit- on pas à ces hommes
généreux , qui ont percé & écrit pour la
pofterité ; ne bornons point nos idées á
notre vie propre ; étendons- les fur la
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
vie totale du genre humain ; méritons d'y
participer , & que l'inftant rapide où nous
aurons vecê , foit digne d'être marquée
dans fon Hiftoire .
Pour bien juger de l'élévation d'un Philofophe
, ou d'un homme de Lettres , au
deffus du commun des hommes , il ne
faut que confiderer le fort de leurs penfées
; celles de l'un utiles à la Société générale
, font immortelles , & confacrées
à l'admiration de tous les fiécles , tandis
que les autres voyent difparoître toutes
leurs idées avec le jour , la circonftance,
le moment qui les a vû naître ; chez
les trois quarts des hommes , lelendemain
efface la veille , fans qu'il en refte la moindre
trace .
.
Je ne parlerai point de l'aftrologie judiciaire
de la cabale , & de toutes les
Sciences , qu'on appelloit occultes ; elles
n'ont fervi qu'à prouver que la curiofité
eft un penchant invincible , & quand les
vrayes Sciences n'auroient fait que nous
délivrer de celles qui en ufurpoient fi
honteufement le nom , nous leur devrions
déjà beaucoup .
>
On nous oppoſe un jugement de Socra
te qui porta non fur les Sçavans ,
mais fur les Sophiftes, non fur les Sciences,
mais fur l'abusqu'on en peut faire : Socrate
DECEMBR E. 1751 . 53
$
étoit chef d'une Secte qui enfeignoit d
douter , & il cenfuroit avec juftice , l'orgüeil
de ceux qui prétendoient tout fçavoir.
Lavraie Science eft bien éloignée de
cette affectation.Socrate eft ici témoin contre
lui même ; le plus Sçavant des Grecs
ne rougiffoit point de fon ignorance. Les
Sciences n'ont donc pas leurs fources dans
nos vices ; elles ne font donc pas toutes
nées de l'orgueil humain ; déclamation
vaine , qui ne peut faire illufion qu'à des
efprits prévenus.
On demande , par exemple , ce que deviendroit
l'Hiftoire , s'il n'y avoit ni
Guerriers , ni Tyrans , ni Confpirateurs ,
je réponds , qu'elle feroit l'Hiftoire des
vertus des hommes . Je dirai plus ; fi les
hommes étoient tous vertueux , ils n'auroient
plus befoin , ni de Juges , ni de
Magiftrats , ni de Soldats. A quoi s'occuperoient-
ils : il ne leur refteroit que les
Sciences & les Arts . La contemplation
des chofes naturelles , l'exercice de l'efprit
font donc la plus noble & la plus pu
re fonction de l'homme .
Dire que les Sciences font nées de l'oifiveté
, c'eft abufer vifiblement des termes.
Elles naiffent du loifir , il eft vrai , mais
elles garantiflent de l'oifiveté . Le Citoyen
que fes beforns attachent à la charrue
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas plus occupé que le Geométre , ou
l'Anatomifte ; j'avoue que fon travail eſt
de premiere néceffité ; mais fous prétexte
que le pain eft néceffaire , faut-il que tout
le monde fe mette à labourer la terre , &
parce qu'il eft plus néceffaire que les Loix,
le Laboureur fera- t'il élevé au-deffus du
Magiftrat ou du Miniftre. Il n'y a point
d'abfurdités où de pareils principes ne
puffent nous conduire.
Il femble , nous dit - on , qu'on ait trop
de Laboureurs , & qu'on craigne de manquer
de Philofophes. Je demanderai à
mon tour , fi l'on craint que les profef
fions lucratives ne manquent de fujets
pour les exercer ; c'est bien mal connoître
l'empire de la cupidité ; tout nous jette
dès notre enfance dans les conditions utiles
; & quels préjugés n'a t'on pas à vaincre
, quel courage ne faut- il pas pour ofer
n'être qu'un Defcartes , un Newton , un
Locke ?
Sur quel fondement peut-on reprocher
aux Sciences d'être nuisibles aux qualités
morales quoi , l'exercice du raifonnement
qui nous a été donné pour guide ;
les Sciences Mathématiques qui en renfermant
tant d'utilités relatives à nos be
foins préfens , tiennent l'efprit fi éloigné
des idées , infpirées par les fens & par la
DECEMBRE. 1751 .
,
cupidité ; l'étude de l'antiquité , qui fait
partie de l'expérience. la premiere
fcience de l'homme ; les obfervations de
la Nature , fi néceffaires à la confervation
de notre être , & qui nous élevent jufqu'à
fon Auteur : toutes ces connoiffances contribueroient
à détruire les moeurs. Par.
quel prodige opéreroient- elles un effet fi
contraire aux objets qu'elles fe propofent ?
& on ofe traiter d'éducation infenfée
celle qui occupe la jeuneffe de tout ce qu'il
y a jamais eu de noble & d'utile dans l'efprit
des hommes : quoi , les Miniftres d'une
Religion pure & fainte , à qui la jeuneffe
eft ordinairement confiée parmi
nous , lui laifferoient ignorer les devoirs
de l'homme & du Citoyen ! Suffit- il d'avancer
une imputation fi injufte , pour la
perfuader ? On prétend nous faire regretter
l'éducation des Perfes ; cette éducation
fondée fur des principes barbares , qui
donnoit un Gouverneur pour apprendre à
ne rien craindre ; un autre pour -la tempérance
, un autre enfin , pour enfeigner à
ne point mentir comme fieles vertus
étoient divifées , & devoient former chacune
un art féparé : la vertu eft un être
unique , indivifible ; il s'agit de l'infpirer ,
non de l'enfeigner , d'en faire aimer la
pratique , & non d'en démontrer la théorie
.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
On fe livre enfuite à de nouvelles dé
clamations contre les Arts & les Sciences,
fous prétexte que le luxe va rarement fans.
elles , & qu'elles ne vont jamais fans lui .
Quand j'accorderois cette propofition ,
que pourroit-on en conclure ? La plupart
des Sciences me paroiffent d'abord parfai
tement défintéreffées dans cette prétendue
objection ; le Geométre , l'Aftronome , le
Phyficien ne font pas fufpects affurément.
A l'égard des Arts , s'ils ont en effet quel
que rapport avec le luxe , c'eſt un côté
louable de ce luxe même , contre lequel
on déclame tant , fans le bien connoître .
Quoique cette queftion doive être regar
dée , comme étrangere à mon fujet , je ne
puis m'empêcher de dire , que tant qu'on
ne voudra raifonner fur cette matiere que
par comparaifon du paffé au préfent , on
en tirera lesplus mauvaifes conféquencesdu
monde. Lorsque les hommes marchoient
tout nuds , celui qui s'avifa le premier de
porter des fabots , paffa pour un voluptueux
; de fiécle en fiécle , on n'a jamais
ceffé de crier à la corruption , fans comprendre
ce qu'on vouloit dire : le préjugé
toujours vaincu , renaifloit fidélement, à
chaque nouveauté .
T
Le commerce & le luxe font devenus
les liens des Nations. La terre avant eux
DECEMBRE. 1751. 37
n'étoit qu'un champ de bataille , la guerre
un brigandage , & les hommes des barbares
, qui ne fe croyoient nés que pour s'af
fervir , fe piller , & fe maffacrer mutuellement
: tels étoient ces fiécles anciens que
F'on veut nous faire regretter.
>
La terre ne fuffifoit ni à la nourriture ;
ni au travail de fes habitans ; les fujets de--
venoient à charge à l'Etat , fitôt qu'ils
étoient défarmés , il falloit les ramener à
lå guerre pour le foulager d'un poids in--
commode. Ces émigrations effroyables
des peuples du Nord , la honte de l'huma
nité qui détruifirent l'Empire Romain , &.
qui défolerent le neaviéme fiécle n'avoient
d'autres fources que la mifére d'un
peuple oifif : au défaut de l'égalité des .
biens , qui a été long - tems la chimére de
la politique , & qui eft impoffible dans
les grands Etats , le luxe feul peut nourrir
& occuper les fujets. Ils ne deviennent pas
moins utiles dans la paix que dans la guer--
re ; leur induftrie fert autant que leur cou--
rage . Le travail du pauvre eft payé du ſuperflu
du riche. Tous les ordres des Citoyens
s'attachent au Gouvernement pars
les avantages qu'ils en retirent.
Tandis qu'un petit nombre d'hommest
jouit avec modération , de ce qu'on nome
luxe , & qu'un nombre infiniment plus
58 MERCURE DE FRANCE.
pétit enen abufe , parce qu'il faut que les
hommes abufent de tout , il fait l'efpoir ,
l'émulation & la fubfiftance d'un million
de Citoyens , qui languiroienr fans lui
dans les horreurs de la mendicité. Tel eft
en France l'état de la Capitale. Parcourez
les Provinces , les proportions y font encore
plus favorables. Vous y trouverez,
peu d'excès ; le néceffaire , commode aſſez,
rare , l'Artifan & le Laboureur , c'est-àdire
, le Corps de la Nation , borné à la
fimple exiftence ; enforte qu'on peut regarder
le luxe , comme une humeur jettée
fur une très- petite partie du Corps politique
, qui fait la force & la fanté du
refte .
le
Mais , nous dit- on , les Arts amolliffent
courage ; on cite quelques peuples lettrés
, qui ont été peu belliqueux , tels
que l'ancienne Egypte , les Chinois , &
les Italiens modernes; quelle injuftice d'en
accufer les Sciences ! Il feroit trop long
d'en rechercher ici les caufes. Il fufira de
citer pour l'honneur des Lettres , l'exemple
des Grecs & des Romains , de l'Eſpagne
,de l'Angleterre & de la France , c'eftà
dire , des Nations les plus guerrieres , &
les plus fçavantes .
Des Barbares ont fait de grandes conquêtes
, c'eft, qu'ils étoient très injuftes
1
DECEMBRE. 1751. 59
ils ont vaincu quelquefois des peuples policés
: J'en conclurai , fi l'on veut , qu'un
peuple n'eft pas invincible pour être fçavant.
A toutes ces révolutions , j'oppoferai
feulement la plus vafte , & la plus facile
conquête qui ait jamais été faite ; c'eſt
celle de l'Amérique que les Arts & les
Sciences de l'Europe ont fubjuguée avec
une poignée de foldats , preuve fans réplique
, de la difference qu'elles peuvent
mettre entre les hommes.
J'ajouterai que , c'est enfin une barbarie
paffée de mode , de fuppofer
que les hom
mes ne font nés que pour le détruire
: les
talens & les vertus militaires
méritent
fans doute un rang diftingué
dans l'ordre
de la néceffiré. Mais la Philofophie
a épuré
nos idées fur la gloire ; l'ambition
des
Rois n'eft à fes yeux que le plus monſtrueux
des crimes : graces aux vertus du
Prince qui nous gouverne
, nous ofons célébrer
la modération
& l'humanité
.
Que quelques Nations au fein de l'ignorance
, ayant eu des idées de la gloire &
de la vertu , ce font des exceptions fi fingulieres
, qu'elles ne peuvent former aucun
préjugé contre les Sciences : pour
nous en convaincre , jettons les yeux
fur l'immenfe continent de l'Afrique ,
où nul mortel n'eft affez hardi pour
C vi
60 MERCURE DE FRANCE.
pénétrer , ou affez heureux pour l'avoir
tenté impunément. Un bras de mer fépare
à peine les Contrées fçavantes & heureufes
de l'Europe , de ces régions funel
tes , où l'homme eft ennemi né de l'homme
, où les Souverains ne font que les affaffins
privilégiés d'un peuple efclave.
D'où naiffent ces differences fi prodigieufes
entre des climats fi voisins , oùfont ces
beaux rivages que l'on nous peint parés
par les mains de la Nature ? l'Amérique
ne nous offre pas des fpectacles moins
honteux pour l'efpéce humaine . Pour un
peuple vertueux dans l'ignorance , on en
comptera cent barbares ou fauvages. Par
tout je vois l'ignorance enfanter l'erreur ,
les préjugés , les violences , les paffions
& les crimes. La terre abandonnée fans
culture , n'eft point oifive ; elle produit
des épines & des poifons , elle nourrit des
montres.
J'admire les Brutus , les Décius , les Lu
créce , les Virginius , les Scévola ; mais .
j'admirerai plus encore un Etat puiffant &
bien gouverné , où les Citoyens ne feront
point condamnés à des vertus fi cruelles .
Cincinnatus Vainqueur , retournoit àfa
charrue ; dans un hécle plus heureux ,
Scipion triomphant revenoit goûter avec
Lélius & Térence , les charmes de la PhiDECEMBRE.
1751. 65
"
lofophie & des Lettres , & ceux de l'amitié
plus précieux encore. Nous célébrons
Fabricius , qui avec fes raves cuites fous
la cendre , méprife l'or de Pyrrhus ; mais
Titus , dans la fomptuofité de fes Palais
mefurant fon bonheur , fur celui qu'il
procure au monde par fes bienfaits , &
par fes loix , devient le Héros de mon
coeur au lieu de cet antique héroifme fuperftitieux
, ruftique ou barbace , que j'ad,
mirois en frémiffant ; j'adore une vertu
éclairée , heureuſe & bienfaifante ; l'idée
de mon exiftence s'embellit : j'apprends
honorer & à chérir l'humanité.
Qui pourroit être affez aveugle , ou affezinjufte
, pour n'être pas frappé de ces
differences ? Le plus beau fpectacle de la,
Nature , c'eft Funion de la vertu & du
bonheur , les Sciences & les Arts peuvent
feuls élever la raifon à cet accord fublime..
C'eft de leur fecours qu'elle emprunte des
forces pour vaincre les paffions, des lumicres
pour diffiper leurs preftiges , de l'éle--
vation pour apprécier leur petiteffe , des
attraits enfin & des dédommagemens pour
fe diftraire de leurs féductions.
On a dit que le crime n'étoit qu'un
faux jugement . Les Sciences , dont le
* Confidérations fur les moeurs,
62 MERCURE DE FRANCE.
premier objet eft l'exercice & la perfection
du raisonnement , font donc les gui
des les plus affurés des moeurs. L'innocen
ce fans principes & fans lumieres , n'eft
qu'une qualité de tempéramment , auffi
fragile que lui. La fageffe éclairée con
noît les ennemis & fes forces. Au moyen
de fon point de vue fixe , elle purifie les
biens matériels , & en extrait le bonheur :
elle fçait tour à tour s'abstenir & jouir
dans les bornes qu'elle s'eft preferites.
Il n'eft pas plus difficile de faire voir
P'utilité des Arts pour la perfection des
mours. On comptera les abus que les pafhions
en ont fait quelquefois , mais qui
pourra compter les biens qu'ils ont produits
?
Otez les Arts du monde : que reste-t'il
les exercices du corps & les paffions. L'efprit
n'eft plus qu'un agent matériel , ou
l'inftrument du vice . On ne fe délivre de
fes paffions que par des goûts ; les Arts
font néceffaires à une Nation heureufe:s'ils
font l'occafion de quelques défordres, n'en
accufons que l'imperfection même de notre
nature : de quoi n'abufe-t'elle pas ? Ils ont
donné l'être aux plaifirs de l'ame , les feuls
qui foient dignes de nous ; nous devons
à leurs féductions utiles l'amour de la vé
sité & des vertus , que la plupart des homDECEMBRE.
1751. 63
mes auroient haïes & redoutées , fi elles
n'euffent été parées de leurs mains.
C'eft à tort qu'on affecte de regarder
leurs productions comme frivoles. La
Sculpture , la Peinture flattent la tendrefe
, confolent les regrets , immortalifent
les vertus & les talens ; elles font des
fources vivantes de l'émulation ; Céfar
verfoit des larmes en contemplant la ftatue.
d'Alexandre..
;
L'harmonie a fur nous des droits maturels
, que nous voudrions envain méconnoître
la Fable a dit , qu'elle arrêtoit le
cours des flots. Elle fait plus ; elle fufpend
la penfée , elle calme nos agitations , &
nos troubles les plus cruels ; elle anime la
valeur , & préfide aux plaifirs .
Ne femble- t'il pas que la divine Poëfie
ait dérobé le feu du Ciel pour animer tou
te la nature quelle ame peut être inacceffible
à fa touchante magie elle adoucit
le maintien fevére de la vérité , ellefait
fourire la fageffe ; les chef d'oeuvres
du Théatre doivent être confidérés comme
de fçavantes expériences du coeur humain.
C'eft aux Arts enfin que nous devons
le beau choix des idées , les graces de l'ef
prit & l'enjouement ingénieux qui font
les charmes de la fociété ; ils ont doré les
64 MERCURE DE FRANCE.
liens qui nous uniffent , orné la fcéne du
monde , & multiplié les bienfaits de la
Nature.
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Résumé : DISCOURS Sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751.
Le discours sur les avantages des Sciences et des Arts, prononcé à l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Lyon en 1751, examine l'évolution des sociétés humaines. Initialement, la barbarie a poussé les hommes à se regrouper et à établir des lois. Les premiers dirigeants étaient soit des bienfaiteurs, soit des tyrans, et la superstition ainsi que le despotisme ont engendré de nouveaux malheurs. La Grèce antique se distingue par son esprit et ses contributions culturelles. Les philosophes grecs ont formé les mœurs et donné des lois, utilisant les arts et les sciences pour améliorer la société. Sparte, connue pour ses soldats vertueux, avait des lois dures et des mœurs féroces qui ont conduit à sa décadence. Athènes, malgré ses corruptions, a été un berceau d'arts et de talents. Le texte aborde la décadence des institutions et des mœurs dans les cités antiques, soulignant que la prospérité a corrompu ces sociétés. Les sciences et les arts ont enrichi l'humanité en transmettant des connaissances et des œuvres philosophiques. La critique selon laquelle les sciences et les arts corrompent les mœurs est contestée. La France est présentée comme un modèle de richesse, de puissance militaire et de savoir, avec des transformations positives des mœurs grâce à l'éducation. Le luxe est vu comme résultant des richesses plutôt que des sciences et des arts. La politesse, introduite par les lettres, est considérée comme un précieux présent, exprimant une âme douce et bienfaisante. La curiosité humaine, faculté divine, a conduit à des avancées majeures comme l'agriculture et les technologies. Elle est essentielle pour découvrir la vérité et améliorer la condition humaine. Le discours valorise les sciences et les arts, critiquant ceux qui prétendent tout savoir. Il affirme que les sciences naissent du loisir mais combattent l'oisiveté, développant le raisonnement et élevant moralement. Les arts sont essentiels à la perfection des mœurs, permettant de se libérer des passions et de promouvoir une vie vertueuse et heureuse. Ils introduisent les plaisirs de l'âme, dignes de l'homme, et promouvoient l'amour de la vérité et des vertus. Différents arts, comme la sculpture, la peinture, la musique et la poésie, exaltent la tendresse, consolent les regrets, immortalisent les vertus et servent de sources d'émulation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1876
p. 28-38
NOUVELLE LETTRE D'un Membre de la Société Royale d'An[gle]terre, à l'Auteur du Mercure, sur l'Histoire des Arts.
Début :
Monsieur, mon ouvrage sur les Arts n'est point ce que vous pensez ; [...]
Mots clefs :
Histoire, Religion, Gouvernement, Moeurs, Anglais, Arts, Ouvrage, Brillant, Rois, Lois, Société royale d'Angleterre, Histoire des arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE LETTRE D'un Membre de la Société Royale d'An[gle]terre, à l'Auteur du Mercure, sur l'Histoire des Arts.
NOUVELLE LETTRE
D'un Membre de la Société Royale d'An[gle]terre,
à l'Auteur du Mercure, sur
l'Histoire des Arts.
Monsieur, mon ouvrage sur les Arts
n'est point ce que vous pensez ;
vous attendez de moi l'Histoire de leurs
progrès, je l'attendois bien moi- même,
sorsque je m'y mis il y a peut-être qua-
rante ans. Or je n'ai peut-être à donner
O
JANVIER.
29
1752.
que l'Histoire de la décadence & de la dé-
gradation des Arts. Ceux qui me voyent
toucher à divers sujets, tantôt de Geomé-
trie, tantôt de Physique, de Musique,
d'Astronomie, de Morale, d'Histoire, de
Geographie, quelquefois de Théologie,
croyent que je voltige, que j'effleure, &
que je cours par tout après la sleur & le
nouveau.
Encore n'y auroit-il pas de mal d'imiter
l'abeille, qui court de fleur en fleur, si
c'étoit du miel qui dût à la fin en résulter.
Je ne dis pas que cela ne mamule, & ne
puisse amuser le public, utilement même,
si c'est de Science en Science que je vol-
tige. Car c'est du fonds des choses, je le
dis enfin, que je crois toujours parler, &
d'un même principe que je crois tout dé-
river, ce qu'on appelle plusieurs sujets,
n'en est peut-être qu'un pour moi, qui
n'en laisse voir jusqu'ici que les bran-
ches, les sous-divisions, ses fruits ou les
fleurs.
Un certam brillant de style, plus na-
turel peut-être que recherché, n impose
qu'aux esprits, peu soigneux eux-mêmes,
de regarder au fond des choses On re-
connoit mon style; croit-on, dit-on à ce
brillant, à cette legereté, à ce feu volti-
geur, il n'en est rien. Bien des Auteum
Biij
jizes bGOO.
30 MERCUREDEFRANCE.
ont du style, du brillant, du feu, de la-
legereté, du voltigement. Voyez, je
m en rapporte, si ce n'est pas le fonds qui
contraste avec la surface, le sérieux avec le
gay, le massif avecc le leger, le solide
avec le brillant, la Geométrie ave l'imagi-
nation, si vous voulez, qui fait toui ici.
Je dois vous le dite: c est la Geométrie
qui m'a amusé, plutôt, qu'occupél toute
ma vie. Telle quelle est, je puis y avoit
donne trois années, en mettant les mo-
meus de cette étude bout à bout. La Phy-
sique m'a un peu plus arrêté. Elle est
plus vaste, & je puis y avoir donné quin-
ze ou vingt ans. J'en avouerois bien qua-
tinte & quatante-cinq, d'une vie toute-
donnée à l'Histoire. Il fautm entendre, en
mettant les trois daus les vingt, & les vingt
dans les quarante-cinque parce que la Phy-
sique n'a jamais été pout moi qu'une His-
toire de la Nature, & qu'en Geométrie
même, mon premier mot a étè l'Histoite-
des nouveaux calculs, il y a trente ans.
Je de connois tout franc que l'Histoire,
digoc d'occuper & d'amuser un honnête
homme, un Citoyen, un Chrétien. La
Religion même, n est que tévolation,
tradition, histoire. C'est la marche de
l'humanité sur la terre, depuis Adam jus-
qu'à moi, qui m'a toujours intéressé. Cat
dby
1752.
31
JANVIER.
voilà en deux mots le plan ou le fonds de
mon Histoire des Arts: sous le nom
d'Aris, j'embrasse tout, il est vrai. Voila
pourquoi jusqu'à ce qu'on voie le tout en-
semble, on pourra prendre pour un vol-
tigement les morceaux détachés du fonds,
ou dans leur détail immense ils ne for-
ment qu'un morceau, un seus ouvrage au
moins, sous ce titre un peu détaillé: Let-
tres sur iu Religion, le Gouvernement, les
maurs & les Arts.
Je présente quatre objets, grands objets,
mais qui se tiennent, & que je n'ai jamais
pu détacher du quatrième qui les ren-
ferme tous. Car la Religion est l'Art des
Arts, & celui nommément de mener les
hommes de la terre au Ciel, ce qui ren-
ferme tout le détail des Arts spirituels &
corporels, temporels & éternels, sacrés
& profanes, humaius & divins. Le tout,
pour vous dire que mon Histoire des
Arts n'est point un voltigement d'un Art
à l'autre, beaucoup moins d'une machine
à l'autre, fut-ce mon CI... dont l'idée
na jamais empiété chez moi sur aucune
autre idée, & a été même fort constam-
ment le frun, le résultat, le contraste, si
vous voulez, & le brillant, la fleur de
tontes les antres.
Tout dérive d'un principe, ai-je diti,.
Buij.
32 MERCUREDEFRANCE.
principe universel, & par conséquent his-
torique, philosophique, théologique,
moral, physique, métaphysique, ency-
clopédique, si vous voulez, & ce mot-là
même na rien de nouveau de ma part,
puisqu'il y a vingt-deux à vingt-cinq ans
que j'ai donné le développement net &
précis de ce principe appliqué à toutes les
Sciences, à tous les Arts, sans l'avoit, je
crois, copié de Bacon, mais non sans être
entré dans son esprit.
Mon ouvrage actuel sur cela comprend
jusqu'à sept volumes in- 12. ausquels vous
comprenez bien que je puis facileient
en ajouter vingt de mes autres ouvrages
de detail, faits sur les Arts, sur telle
Science en particulier, ne fut-ce qu' un
cours de Physique qu on enseigne depuis
sept à huit ans à Paris & ailleurs, sans
être même encore imprimé, & dans lequel
je crois avoir mis les principes, de tous les
Arts, Physico- Mathématiques au moins.
Des sept volumes en question, les deux
premiers roulent spécialement sur la Re-
ligion, le Gouvernement & les mœurs
le tout appliqué à la France, où je trouve
tout cela parfait, car je suis Citoyen,
laissant aux autres les critiques, le fiel,
s'il y en a, & ne cueillant réellement moi-
même, que les fleurs & le miel dont j'aime
JANVIER.
1752.
31
à me nourrit, & surtour à nourrir mes
concitoyens.
Je fais voit dans cet ouvrage le bien
de notre Gouvernement François, Gau-
lois même, en rapport à la Religion &
aux mœurs, aux Arts mêmes. Depuis
douze cens ans, depuis deux mille même,
je trouve, qu'à tout prendre, notre Na-
tion est la mieux morigenée, la mieux
réglée, la mieux conservée. Je laisse les
petits traits. J'atttibue la durée de notre
existence nationale Franco-Gauloise, à
nos loix spirituelles & temporelles, tout-
à-fait d'accord entr'elles, depuis l'espéce
de concert, mis entr'elles par Clovis,
baptisé & sacré par Saint Remi.
Notre Loi Salique, toute conforme à la-
Hiera rchie Ecclésiastique, nous maintient
à jamais. Toute loi qui appelle les fem-
mes à la succession, appelle les étrangers,
& les loix étrangeres, les moeurs du moins.
Nos Rois sont tous François depuis Clo-
vis N'est-ce rien que cela ? Je crois que-
c est tout.
Depuis l'origine même, les Gaulois &
les Francs neurent nulle peine à ne for-
mer qu'un peuple des deux. C'étoit les
Romains que Clovis vainquit à Soissons.
Les Gaulois pouvoient avoir appellé les-
Etancs. Les Romains. étoient perfecutents.
B.v
34 MERCURE DEFRANCE.
Les Gaulois étoient Chrétiens, les Francs:
étoieni des hommes. Dans la personne de
Clovis, l'homme n'eut nulle peine à de-
venir Chrétien. Dans la personne des,
Gaulois, le Chrétien n'eut nulle peine à
devenir homme, mâle, franc, en un mot.
Tout coule de cette source.
Nos Loix sont uniques, notre Religion
est unique, nos mours sont uniques, nos,
raisons sont uniques. Tous, sans en ex-
cepter un seul, ont été bons Chrétiens,
Catholiques même. Pas un na été persé-
cureur, mécreant, méchant. Le Grand;
Henri seul, parvenu Calviniste à la Cou-
ronne, ne le fut plus. en la prenant. Son,
hérésie n'exclut point son droit salique à
la Couronne. Ce fut la Couronne & la,
Loi Salique qui exclut de fait son Calvi-
nisme. C'est la merveille & le triomphe
de nos loix qui réellement ont toujours,
pat-là triomphé des Anglois, des Espa-
gnols, de l'Europe & de nous mêmes.
Calvin a bien pû naître parmi nous.
Mais son Calvinisme est allé s'établir à.
Genéve, en Suisse, en Allemagne, en
Angleterre, & est toujours proscrit en
France. Proaris & focis, nous avons tou-
jours combattu victorieusement pour nos.
Rois, pour nos Loix, pour nos moeurs,
pour notre Religion. Nous avons extet.
Mosines vOO
IANVIER. 1752:
355
miné de la France, de l'Espagne même,
de l'Italie, de l'Allemagne les Visigois, les-
Bourguignons les Lon bards, les Sarrazins,
les Albigeois, & mille sortes de monstres.
Nous avons volé jusqu'aux extrêmités de
la terre pour la Religion. Nous n'avons
admis les Normands que pout les rendre
Chrétiens, & nos Rois ont toujours fidó-
lement été les sils aînés de l'Eglise pour la-
protéger & la maintenit.
L'Eglise même doit son principal tem-
perel & son établissement, en quelque-
sorte sut le Trone des Césars, à Pepin, à-
Charlemagne, à nos Rois, jusqu'à lui
maintenit un Siége propre à Avignon.
Hous avons été jusqu'à fonder & cimen-
ter le Saint Empite, en Allemagne, pour
la défense spéciale de l'Eglise. Aussi nos-
mours se sentent-elles de tout tems de
cette invariabilité de notre Gouvernement:
& de notre Religion. Elles sont charman-
tes, nos moeurs, & uniques, ai- je dit, plei--
nes de ftanchise, de liberré, de gayeté.
Nos voisins nous reprochent notre mo-
bilité. Elle éclate avec élegance dans nos
tabatieres, nos perruques, nos habits,
nos meubles, nos bijoux, nos modes,.
dont la mobilité a pourtant toujours ga-
gnè ces voisins les plus graves. Mais nos
Loix, uos Rois, nos muruts, notte Reli--
Bvi
36 MERCURE DE FRANCE.
gion ont-elles varié chez nous, tandis que
chez nos voisins tout est altéré, changé
dans le Gouvernement le plus spirituel, le
plus temporel.
Depuis plus de deux mille ans que nous
primes Rome, on nous a définis en fait
de guerre, Heros au premier choc, femmes
au second. Nos ennemis ne sont pas faits
pour compter notre Histoire, c est à moi
d'ajouter que nous sommes toujours hom-
mes francs an troisième choc, qui décide
des deux: l'intégrité de notre Royaume,
tel qu'il fut sous Clovis, à peu près, le
démontre. Les Anglois citent Poitiers,
Guinegate, Hosthect, &c. c'est du détail:
nous avons le nôtre sans aller loin, Fonte-
noi, Messe, & c.
En grand je réponds aux Anglois. Pat
droit d'héritage vous avez la Guyenne, la
Normandie, le Poitou, &c. Par droit de
conquête, nous avons tout recouvré sous.
Philippe Auguste. Sous Charles VI. &
VIL. vous teniez Paris mênie, & comine
toute la France par droit de crouble, mais
vous ne teniez pas les Ftançois, les cœeurs,
les moeurs, les esprits qui ont tout recou-
vré. Je ne dis rien de Philippe de Valois,
çe fut bien là que la Loi Salique triompha
des Anglois.
Dans le plus moderne, dans la guerre
JANVIER.
1752.
3
de la succession d'Espagne, ce fut- la aussi-
& surtout que Héros au premier mot, un
peu femmes au second, nous avons fini.
par être hommes à Landreci, Dinan,
Utrecht, & retenant dans l'auguste Maison
de Bourbon, la Monarchie indivisible de
l'Espagne & des Indes, qui étoit le sujet-
de toute la dispute entre l'Eutope entiere
& nous, & je pourrois ajonter C. Q. F. D.
Vous comptenez, Monsicur, qu'un tel
ouvrage est un paralelle assez suivi des
François avec les Anglois. Je ne m'y amu-
se pomnt aux perits traits. Je ne les négli-
ge pas non plus, lorsqu'ils font marcher.
le grand de l'Historre. J'estime infiniment
les Anglois, qui m'ont honoré, & j'en
parle toujours avec honneur & distinction.
Mais je suis François, & j'aime beaucoup
ma Nation. Elle est charmante, vous dis-
je, & d'une gentillesse unique au milieu
de l'Europe; & vous ne me verrez jamais
la contrister, la faire même rougir de rien,
mais seulem ent la rappeller un peu par ci
par-là à la douce suavité de ses mœeurs,
dont il est vrai qu'elle pourroit à la lon-
gue s'écarter par une bizarrerie moderne
de goût étranger, dont le Deisme & la to-
lérance voudroient inutilement nous af-
foler.
Notre seule gayeté, vis, à-vis de la tris-
sitized by C
38. MERCURE DE FRANCE.
tesse des moeurs étrangeres, nous main-
tiendra. Il n'y a tel esprit ni Philosophie
qui tiennent. Tout ce qui aboutit à faire
de nous des songes creux, des humoristes,
des suicides, des Philosophes, des Politi-
ques, désions nous en bien, soyons plu-
tôt des babillards que des raisonneuts po-
litiques. J'ai dit souvent que dés que le
François deviendra Philosophe ou Politi-
que sérieux, adieu le François.
Je suis, &c.
P. S. Nita. Que la Philosophie que-
j'exclus, n est point la Philosophie raison-
nable, telle que celle d'un Descartes,
d'un Gassendi, d'un Rohaut, &c. mais,
comme je l'ai dit nettement, cette Philo-
sophie raisonneuse qui en veut à la Reli-
gion, au Gouvernement & aux moeurs
aux Arts même dont ilime reste à vous
parler.
D'un Membre de la Société Royale d'An[gle]terre,
à l'Auteur du Mercure, sur
l'Histoire des Arts.
Monsieur, mon ouvrage sur les Arts
n'est point ce que vous pensez ;
vous attendez de moi l'Histoire de leurs
progrès, je l'attendois bien moi- même,
sorsque je m'y mis il y a peut-être qua-
rante ans. Or je n'ai peut-être à donner
O
JANVIER.
29
1752.
que l'Histoire de la décadence & de la dé-
gradation des Arts. Ceux qui me voyent
toucher à divers sujets, tantôt de Geomé-
trie, tantôt de Physique, de Musique,
d'Astronomie, de Morale, d'Histoire, de
Geographie, quelquefois de Théologie,
croyent que je voltige, que j'effleure, &
que je cours par tout après la sleur & le
nouveau.
Encore n'y auroit-il pas de mal d'imiter
l'abeille, qui court de fleur en fleur, si
c'étoit du miel qui dût à la fin en résulter.
Je ne dis pas que cela ne mamule, & ne
puisse amuser le public, utilement même,
si c'est de Science en Science que je vol-
tige. Car c'est du fonds des choses, je le
dis enfin, que je crois toujours parler, &
d'un même principe que je crois tout dé-
river, ce qu'on appelle plusieurs sujets,
n'en est peut-être qu'un pour moi, qui
n'en laisse voir jusqu'ici que les bran-
ches, les sous-divisions, ses fruits ou les
fleurs.
Un certam brillant de style, plus na-
turel peut-être que recherché, n impose
qu'aux esprits, peu soigneux eux-mêmes,
de regarder au fond des choses On re-
connoit mon style; croit-on, dit-on à ce
brillant, à cette legereté, à ce feu volti-
geur, il n'en est rien. Bien des Auteum
Biij
jizes bGOO.
30 MERCUREDEFRANCE.
ont du style, du brillant, du feu, de la-
legereté, du voltigement. Voyez, je
m en rapporte, si ce n'est pas le fonds qui
contraste avec la surface, le sérieux avec le
gay, le massif avecc le leger, le solide
avec le brillant, la Geométrie ave l'imagi-
nation, si vous voulez, qui fait toui ici.
Je dois vous le dite: c est la Geométrie
qui m'a amusé, plutôt, qu'occupél toute
ma vie. Telle quelle est, je puis y avoit
donne trois années, en mettant les mo-
meus de cette étude bout à bout. La Phy-
sique m'a un peu plus arrêté. Elle est
plus vaste, & je puis y avoir donné quin-
ze ou vingt ans. J'en avouerois bien qua-
tinte & quatante-cinq, d'une vie toute-
donnée à l'Histoire. Il fautm entendre, en
mettant les trois daus les vingt, & les vingt
dans les quarante-cinque parce que la Phy-
sique n'a jamais été pout moi qu'une His-
toire de la Nature, & qu'en Geométrie
même, mon premier mot a étè l'Histoite-
des nouveaux calculs, il y a trente ans.
Je de connois tout franc que l'Histoire,
digoc d'occuper & d'amuser un honnête
homme, un Citoyen, un Chrétien. La
Religion même, n est que tévolation,
tradition, histoire. C'est la marche de
l'humanité sur la terre, depuis Adam jus-
qu'à moi, qui m'a toujours intéressé. Cat
dby
1752.
31
JANVIER.
voilà en deux mots le plan ou le fonds de
mon Histoire des Arts: sous le nom
d'Aris, j'embrasse tout, il est vrai. Voila
pourquoi jusqu'à ce qu'on voie le tout en-
semble, on pourra prendre pour un vol-
tigement les morceaux détachés du fonds,
ou dans leur détail immense ils ne for-
ment qu'un morceau, un seus ouvrage au
moins, sous ce titre un peu détaillé: Let-
tres sur iu Religion, le Gouvernement, les
maurs & les Arts.
Je présente quatre objets, grands objets,
mais qui se tiennent, & que je n'ai jamais
pu détacher du quatrième qui les ren-
ferme tous. Car la Religion est l'Art des
Arts, & celui nommément de mener les
hommes de la terre au Ciel, ce qui ren-
ferme tout le détail des Arts spirituels &
corporels, temporels & éternels, sacrés
& profanes, humaius & divins. Le tout,
pour vous dire que mon Histoire des
Arts n'est point un voltigement d'un Art
à l'autre, beaucoup moins d'une machine
à l'autre, fut-ce mon CI... dont l'idée
na jamais empiété chez moi sur aucune
autre idée, & a été même fort constam-
ment le frun, le résultat, le contraste, si
vous voulez, & le brillant, la fleur de
tontes les antres.
Tout dérive d'un principe, ai-je diti,.
Buij.
32 MERCUREDEFRANCE.
principe universel, & par conséquent his-
torique, philosophique, théologique,
moral, physique, métaphysique, ency-
clopédique, si vous voulez, & ce mot-là
même na rien de nouveau de ma part,
puisqu'il y a vingt-deux à vingt-cinq ans
que j'ai donné le développement net &
précis de ce principe appliqué à toutes les
Sciences, à tous les Arts, sans l'avoit, je
crois, copié de Bacon, mais non sans être
entré dans son esprit.
Mon ouvrage actuel sur cela comprend
jusqu'à sept volumes in- 12. ausquels vous
comprenez bien que je puis facileient
en ajouter vingt de mes autres ouvrages
de detail, faits sur les Arts, sur telle
Science en particulier, ne fut-ce qu' un
cours de Physique qu on enseigne depuis
sept à huit ans à Paris & ailleurs, sans
être même encore imprimé, & dans lequel
je crois avoir mis les principes, de tous les
Arts, Physico- Mathématiques au moins.
Des sept volumes en question, les deux
premiers roulent spécialement sur la Re-
ligion, le Gouvernement & les mœurs
le tout appliqué à la France, où je trouve
tout cela parfait, car je suis Citoyen,
laissant aux autres les critiques, le fiel,
s'il y en a, & ne cueillant réellement moi-
même, que les fleurs & le miel dont j'aime
JANVIER.
1752.
31
à me nourrit, & surtour à nourrir mes
concitoyens.
Je fais voit dans cet ouvrage le bien
de notre Gouvernement François, Gau-
lois même, en rapport à la Religion &
aux mœurs, aux Arts mêmes. Depuis
douze cens ans, depuis deux mille même,
je trouve, qu'à tout prendre, notre Na-
tion est la mieux morigenée, la mieux
réglée, la mieux conservée. Je laisse les
petits traits. J'atttibue la durée de notre
existence nationale Franco-Gauloise, à
nos loix spirituelles & temporelles, tout-
à-fait d'accord entr'elles, depuis l'espéce
de concert, mis entr'elles par Clovis,
baptisé & sacré par Saint Remi.
Notre Loi Salique, toute conforme à la-
Hiera rchie Ecclésiastique, nous maintient
à jamais. Toute loi qui appelle les fem-
mes à la succession, appelle les étrangers,
& les loix étrangeres, les moeurs du moins.
Nos Rois sont tous François depuis Clo-
vis N'est-ce rien que cela ? Je crois que-
c est tout.
Depuis l'origine même, les Gaulois &
les Francs neurent nulle peine à ne for-
mer qu'un peuple des deux. C'étoit les
Romains que Clovis vainquit à Soissons.
Les Gaulois pouvoient avoir appellé les-
Etancs. Les Romains. étoient perfecutents.
B.v
34 MERCURE DEFRANCE.
Les Gaulois étoient Chrétiens, les Francs:
étoieni des hommes. Dans la personne de
Clovis, l'homme n'eut nulle peine à de-
venir Chrétien. Dans la personne des,
Gaulois, le Chrétien n'eut nulle peine à
devenir homme, mâle, franc, en un mot.
Tout coule de cette source.
Nos Loix sont uniques, notre Religion
est unique, nos mours sont uniques, nos,
raisons sont uniques. Tous, sans en ex-
cepter un seul, ont été bons Chrétiens,
Catholiques même. Pas un na été persé-
cureur, mécreant, méchant. Le Grand;
Henri seul, parvenu Calviniste à la Cou-
ronne, ne le fut plus. en la prenant. Son,
hérésie n'exclut point son droit salique à
la Couronne. Ce fut la Couronne & la,
Loi Salique qui exclut de fait son Calvi-
nisme. C'est la merveille & le triomphe
de nos loix qui réellement ont toujours,
pat-là triomphé des Anglois, des Espa-
gnols, de l'Europe & de nous mêmes.
Calvin a bien pû naître parmi nous.
Mais son Calvinisme est allé s'établir à.
Genéve, en Suisse, en Allemagne, en
Angleterre, & est toujours proscrit en
France. Proaris & focis, nous avons tou-
jours combattu victorieusement pour nos.
Rois, pour nos Loix, pour nos moeurs,
pour notre Religion. Nous avons extet.
Mosines vOO
IANVIER. 1752:
355
miné de la France, de l'Espagne même,
de l'Italie, de l'Allemagne les Visigois, les-
Bourguignons les Lon bards, les Sarrazins,
les Albigeois, & mille sortes de monstres.
Nous avons volé jusqu'aux extrêmités de
la terre pour la Religion. Nous n'avons
admis les Normands que pout les rendre
Chrétiens, & nos Rois ont toujours fidó-
lement été les sils aînés de l'Eglise pour la-
protéger & la maintenit.
L'Eglise même doit son principal tem-
perel & son établissement, en quelque-
sorte sut le Trone des Césars, à Pepin, à-
Charlemagne, à nos Rois, jusqu'à lui
maintenit un Siége propre à Avignon.
Hous avons été jusqu'à fonder & cimen-
ter le Saint Empite, en Allemagne, pour
la défense spéciale de l'Eglise. Aussi nos-
mours se sentent-elles de tout tems de
cette invariabilité de notre Gouvernement:
& de notre Religion. Elles sont charman-
tes, nos moeurs, & uniques, ai- je dit, plei--
nes de ftanchise, de liberré, de gayeté.
Nos voisins nous reprochent notre mo-
bilité. Elle éclate avec élegance dans nos
tabatieres, nos perruques, nos habits,
nos meubles, nos bijoux, nos modes,.
dont la mobilité a pourtant toujours ga-
gnè ces voisins les plus graves. Mais nos
Loix, uos Rois, nos muruts, notte Reli--
Bvi
36 MERCURE DE FRANCE.
gion ont-elles varié chez nous, tandis que
chez nos voisins tout est altéré, changé
dans le Gouvernement le plus spirituel, le
plus temporel.
Depuis plus de deux mille ans que nous
primes Rome, on nous a définis en fait
de guerre, Heros au premier choc, femmes
au second. Nos ennemis ne sont pas faits
pour compter notre Histoire, c est à moi
d'ajouter que nous sommes toujours hom-
mes francs an troisième choc, qui décide
des deux: l'intégrité de notre Royaume,
tel qu'il fut sous Clovis, à peu près, le
démontre. Les Anglois citent Poitiers,
Guinegate, Hosthect, &c. c'est du détail:
nous avons le nôtre sans aller loin, Fonte-
noi, Messe, & c.
En grand je réponds aux Anglois. Pat
droit d'héritage vous avez la Guyenne, la
Normandie, le Poitou, &c. Par droit de
conquête, nous avons tout recouvré sous.
Philippe Auguste. Sous Charles VI. &
VIL. vous teniez Paris mênie, & comine
toute la France par droit de crouble, mais
vous ne teniez pas les Ftançois, les cœeurs,
les moeurs, les esprits qui ont tout recou-
vré. Je ne dis rien de Philippe de Valois,
çe fut bien là que la Loi Salique triompha
des Anglois.
Dans le plus moderne, dans la guerre
JANVIER.
1752.
3
de la succession d'Espagne, ce fut- la aussi-
& surtout que Héros au premier mot, un
peu femmes au second, nous avons fini.
par être hommes à Landreci, Dinan,
Utrecht, & retenant dans l'auguste Maison
de Bourbon, la Monarchie indivisible de
l'Espagne & des Indes, qui étoit le sujet-
de toute la dispute entre l'Eutope entiere
& nous, & je pourrois ajonter C. Q. F. D.
Vous comptenez, Monsicur, qu'un tel
ouvrage est un paralelle assez suivi des
François avec les Anglois. Je ne m'y amu-
se pomnt aux perits traits. Je ne les négli-
ge pas non plus, lorsqu'ils font marcher.
le grand de l'Historre. J'estime infiniment
les Anglois, qui m'ont honoré, & j'en
parle toujours avec honneur & distinction.
Mais je suis François, & j'aime beaucoup
ma Nation. Elle est charmante, vous dis-
je, & d'une gentillesse unique au milieu
de l'Europe; & vous ne me verrez jamais
la contrister, la faire même rougir de rien,
mais seulem ent la rappeller un peu par ci
par-là à la douce suavité de ses mœeurs,
dont il est vrai qu'elle pourroit à la lon-
gue s'écarter par une bizarrerie moderne
de goût étranger, dont le Deisme & la to-
lérance voudroient inutilement nous af-
foler.
Notre seule gayeté, vis, à-vis de la tris-
sitized by C
38. MERCURE DE FRANCE.
tesse des moeurs étrangeres, nous main-
tiendra. Il n'y a tel esprit ni Philosophie
qui tiennent. Tout ce qui aboutit à faire
de nous des songes creux, des humoristes,
des suicides, des Philosophes, des Politi-
ques, désions nous en bien, soyons plu-
tôt des babillards que des raisonneuts po-
litiques. J'ai dit souvent que dés que le
François deviendra Philosophe ou Politi-
que sérieux, adieu le François.
Je suis, &c.
P. S. Nita. Que la Philosophie que-
j'exclus, n est point la Philosophie raison-
nable, telle que celle d'un Descartes,
d'un Gassendi, d'un Rohaut, &c. mais,
comme je l'ai dit nettement, cette Philo-
sophie raisonneuse qui en veut à la Reli-
gion, au Gouvernement & aux moeurs
aux Arts même dont ilime reste à vous
parler.
Fermer
1877
p. 38-47
Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Début :
C'est peine perdue, Monsieur, c'est par préjugé de vouloir retrouver l'origine [...]
Mots clefs :
Arts, Grecs, Temps, Dieu, Histoire, Adam, Villes, Paradis, Déluge, Histoire des arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
C'est peine perdue, Monsieur, c'est
par préjugé de vouloir retrouver l'origine
des Arts chez les Grecs, ils n'en sont ni
les Historiens sidéles, ni les Auteurs.
Les Grecs étoient dans la plus profonde
barbarie, lorsque les Arts florissoient en
vpte, à Tyr, à Sidon, dans la Syrie &
Eg.
Vgitires beOO
JANVIER: 1752
391
dans toute la grande Asie. Les Grecs ne-
connurent les Arts qu'au moment qu'ils.
commençoient à tomber, qu'ils étoient
même à moitié tombés en Asic & en-
Egypre. L'Orient vivoit dans les délices.
& dans le luxe, lorsque Cerès on Trip-
toleme apprit aux Grecs à manger du
pain.
Je crois faire beaueoup d'honneur aux
Grecs, de les reconnoître au plus pour des-
seconds inventeurs, pour des restaura-
teurs des Arts, la Providence les ayant
spécialement destinés à sauver les Arts de
leur entier anéantissement pour les trans-
mettre aux Romains, & à toute l'Europe
pat leur moyen, les Romains devant être
le centre de l'Art des Arts, qui entraîne,
selon moi, tous les autres, à en juger au
moins pat l'Histoire générale de toutes-
choses dont voilà, je crois, la clef du dé-
brouillement.
C'est un fait que, passé les Grecs, on-
ne connoint plus rien à la marche des Arts,
de l'humanité, de l'Histoire, & qu'à l'o-
rigine même des Grecs, leur Histoire ne.
s'enchaîne qu'avec les fables & mille sortes.
de contes puériles qui ne menent à rien,
& empechent menme de remonter à Adam,
au deluge même, & à l'année 2000 avant:
Jesus Christ.
ed by
49 MERCURE DEFRANCE.
C'est l'idolâtrie qui a tout embrouillé,
les Grecs surtout, tant la Religion tient à
l'Histoire des Atts, tant celle-ci. ne peut
être débrouillée que pat celle-là. Encote
les Grecs mêmes, ont-ils eu. avec le tems
de vtais Historiens, des Herodotes, des
Diodores, des Strabons qui ont pû leur
apprendre, que long tems avant eux l'Ar-
chitecture la plus parfaite, la Sculpture,
la Peinture, la Teinture, l'Ecriture, les
Monumens, les Machines, les Canaux, le
Commerce, la Navigation, étoient des
choses en régle eu Asie, en Egypte il y a-
trois à quatre mille ans.
La Religion même, le Sacerdoce le.
plus hierarchique, les Sacrifices, les Prie-
res solemnelles, les Cérémonies étoient
en vigneur & en régle au tems, & sans.
doute avant le tems de Joseph, soit que
ce culte fut dès lors idolâtrique, ou qu'il.
ne le soit devenu que sous les Pharaons.
ennemis du Peuple de Dieu, & tout de
suite de Dieu même.
Les Pyramydes, les Obelisques, les Hie-
rogryphes, les Inscriptions, les porti-
ques superbes, les Colonnades, les Sta-
tues, les Bas-reliefs, les Temples déco-
rés, les Palais magnifiques & assortis, les
Fontaines, les Puits publics, toujours vas-
tes, profonds & grands, les ouvrages en-
as
17
JANVIER.
41
52.
un mot de toutes sortes d'Arts, se voyent
encore en entier en mille endroits de l'E-
gypte.
Rome même, dans sa plus grande splen-
deur sous les Césars & les Augustes, n'a
eu, & n'a même encore de monumens
parfaits en ce genre, que ceux qu elle a-
fait venit à grands frais de cette mine des-
Arts, desesperant de pouvoir les égaler.
Dès aptès le déluge, la Tour de Babel,
& la Ville de Babylone furent le ches-
d'œeuvre des Arts, du luxe & de l'orgueil,
des mêmes Arts, du même luxe, du mê-
me orgueil, dont le dernier période avoit
mérite ce déluge; Dieu ne voulant plus
recommencer celui ci, ne permit pas aux
enfans de Noë de consommer ceux là, se
contentant de confondre leur projet à
demi exécuté.
Je remonte à l'origine de tout, je fran-
chis le déluge, Noé & ses enfans l'a-
voient franchi; ils n'avoient que trop vû-
les Arts & leurs excès qui l'avoient attire.
J'ai droit de citer l'unique Histoire, l'u-
nique Livre qui nous reste de ce tems la.
On y trouve tout simplement que Jubal
inventa la Musique à chant, à cordes & à
vent: Canentium cytharâ & organo. Qu on
en fasse une division plus juste & en moina
de mots, trois mots dilent tout.
Mues
42 MERCURE DEFRANCE.
Tout de suite Tubalcain est dit le Fonda-
teur de tous les Arts de Metallagie: Faber
& Malleator in cuncta opera eris & ferri.
Voilà la forge, la fonte, le cizeau en tout
genre de métaux. Où est la fonte ? dans
ce petit mot aeris. Point de bronze & d'ai-
rain sans alliage & sans fonte & le fer mê-
me n'arrive à la forge & au marteau, qu'a-
près la fonte & au sortit de la mine. Chi-
canera t'on les autres métaux ? l'or, l'ar-
gent? Moyse raisonne ou nous laisse rai-
sonuer à fortiori. Il se contente de mettre
les deux les plus rebelles à la fonte & an
marteau, & nous laisse à penser si ces pre-
miers hommes préferoient l'or & l'argent
au fer & au bronze. Yai des raisons pour
otoire que le bronze antique couteroit
bien autant d'argent que d'étain.
Le même Livre nous dit, que Cain
le pere à tous ces inventeurs par Lamech
inventa les villes, sit une ville qu'il nom-
ma Enochia, du nom de son fils, ayeul de
Lamech. C'est quelque chose dans l'His-
toire des Arts de pouvoir nettement mar-
quer les époques précises des inventions
& dire Enochia fut la premiere ville,
Babylone, la seconde, Ninive, la troi-
sième de l'Univers. J'irois bien jusqu'à la
quatrieme & à la cinquieme Resem &
Cholé.
FANVIER. 1752.
43.
Je m'attends qu'on va dire que ce n'é-
toient que des bicoques, ces villes là. En-
core les fameux Grecs ont-ils marque les-
douze premiers bourgs de l'Attique, par
où Cecrops commença de renaître à l'Uni-
vers, en disant: Vive les Grecs. Ot Moyse
ne s'avilit pas, & en citant les premiers,
il cite les plus grandes Villes de l'Uni,
vers.
Cecrops inventa les bourgs ou les ha-
meaux, deux mille ans aptèe, que l'on eur
inventé les villes. Nons ne voulons pas,
peut- entre ne pouvons-nous pas (Cat ars-
unga, vita brevis depuis ce tems) enten-
dre, que qui dit les premieres villes du-
monde, dit des villes dessinées, quar-
tées, tirées au cordean, allignées, bien
percées avec grandes rues & places, & du
teste grandes 4, 5 & 10, & vingt fois
comme Paris, avec des Nations entieres,
d'Habitans, & toutes sortes de commo-
dités, d'aisances, d'ouvrages, d'embellis-
semens, &c.
Thebes Hecatompyle, c'est à-dire, la
Ville à cem portes, ponvoit en même tems
faire sortir pat chacune de ses portes cent
mille hommes, & cent chariots armés en-
guerre, c'étoit plus d'un million de com-
battans. Or Thebos n'étoit au plus que la
Eyt ou haititme ville du monde, & n'e-
Digiines hiL
44 MERCUREDEFRANCE.
toit sous huit lieues de circuit, en quarré,
que quadruple de Paris, qui en a à peine
quatre d'un circuit polygone, étoilé, it-
régulier. La Thebe des Grecs étoit bien
plus merveilleuse, les piertes s'étoient en-
tassées & arrangées d'elles-mêmes, en
dansant au son de la flûte d'Amphion; &
qui ne croit pas à la premiere, mérite de
croire à celle-ci. Qui Bavium non odit.,
amet, &c.
Il y a du très-bel esprit Grec, à dire que
la Peinture est fille de l'Amour, la Geo-
metrie de l'intérêt, l'Astronomie de l'oi-
fiveté; il n'y a que de l'historique, du vrai,
à dire que les Arts ont été inventés en
grand & en entier, comme tout d'un
coup. Quand un enfant invente la Pein-
ture, il peint bien ou mal, un homme
entier avec un chapeau, une épée, un
tambour, sur un cheval auprès d'un arbre,
& quelquesois un Régiment entier de pa-
reils marmouzets: Dibutadis inventtice
Grecque de la Peinture, ne charbonna
sur un mur que le contour extérieur de la
figure de son amant. Et vivent les Greea
pourtant.
Je remonte encore. Les Arts, je crois,
sont nés avec l'homme dès le Paradis ter-
restre. Il faut un peu de ce Paradis là, &
de l'autre même, pour l'invention des
gitad uO
:e
1
i..
.
32
1
72
3.
3
JANVIER.
1752.
45
Arts. Carmina secessum scribentis & otia
quaerunt. Aussi les Grecs vouloient-ils tou-
jours des Dieux & demi Dieux, des
Cerès, des Orphées pour leurs lyres, &
flutes à une ou deux cordes, à un ou deux
Hous.
Adam avoit assez de génie & de loisir
pour inventer les Arts, ou assez d'inno-
cence pour mériter que Dieu les lui inspi-
rât. Il étoit d'une nature bien fraiche &
bien divine. Et la nature étoit bien frai-
che aussi, bien à ses ordres. L'homme est
sorti parfait, tout fait des mains de Dieu.
Dieu le mit dans le Paradis, non- seulement
pour en jouit, ut custodiat il um, mais
aussi, & surtout ut operaretur illum, pour
l'opérer, réopérer, façonner, entretenir,
varier, einbellit à son gré. La conserva-
tion n'est, dit-on, qu'une recréation;
celle du Paradis n'étoit que recréation
pour Adam.
L'âge d'or n'a jamais été une vie fai-
neante, ni pastorale même, comme nous
l'entendons; l'activité, le travail libre
d'esprit est l'appanage de l'homme; je di-
rois presque de la Divinité. Il n'y a que
les Dieux d'Epicure & les Sauvages, qui
disent: Bella costa farnienie. Ce n'a pas
été précisément au travail que Dieu a con-
damné l'homme pécheur, mais au travail
Digistered voL0O
46 MERCURE DE FRANCE.
forcé, pénible, servile, ingrat: In sudore,
in laboribus, spinas & tribulos, &c. Dien
a mis Adam dans le Paradis: Ut operare-
tur illum. Il l'en a chasse sur la terre mau-
dite: Vt operaretur illam. Concluez.
Dans le Paradis tous les Arts étoient
nobles, spirituels, humains, libres, libe-
raux; au sortir de-I, tout devint fort
méchanique & corporel; & ce furent
alors les Cains, les Jabels, les Jubals, les
Tubalcains, qui sous les yeux & la dictée
sans doute de leur commun pere Adam,
inventerent ces Arts dégradés & relarifs,
désormais aux besoins de toutes les sortes,
c'est- à-dite, qui ajusterent les premiers
Arts d'Adam, à leur état présent, vers
l'âge 2, 3 & 400 du monde.
Comme on vivoit alors neuf cens ans,
qui plus qui moins, & que la nature étort
encore bien fraiche, & qu'on vivoit mê-
me assez en communauté de tamille, de
langage, d'idées, de cœeur même, n'y
ayant point encore de guerre en ce siécle
d'argent, les Arts inventés prenoient
tous les jours des accroissemens; & je
croirois même que fort vite arrivés à leur
perfection, ils la passerent peu à peu, &
dégenererent en luxe, en folies, en at-
tentats, en projets gigantesques, en fu-
reurs d'orgueil, de volupté, d'impiété,
JANAIER. 1752. 4
presque, d'Athéisme. D'où le Déluge,
&c.
Me voilà en train d'aller plus loin: je
marrete pour recommencer demain, si
vous voulez. Adieu, Monsieur.
Je suis, &c.
C'est peine perdue, Monsieur, c'est
par préjugé de vouloir retrouver l'origine
des Arts chez les Grecs, ils n'en sont ni
les Historiens sidéles, ni les Auteurs.
Les Grecs étoient dans la plus profonde
barbarie, lorsque les Arts florissoient en
vpte, à Tyr, à Sidon, dans la Syrie &
Eg.
Vgitires beOO
JANVIER: 1752
391
dans toute la grande Asie. Les Grecs ne-
connurent les Arts qu'au moment qu'ils.
commençoient à tomber, qu'ils étoient
même à moitié tombés en Asic & en-
Egypre. L'Orient vivoit dans les délices.
& dans le luxe, lorsque Cerès on Trip-
toleme apprit aux Grecs à manger du
pain.
Je crois faire beaueoup d'honneur aux
Grecs, de les reconnoître au plus pour des-
seconds inventeurs, pour des restaura-
teurs des Arts, la Providence les ayant
spécialement destinés à sauver les Arts de
leur entier anéantissement pour les trans-
mettre aux Romains, & à toute l'Europe
pat leur moyen, les Romains devant être
le centre de l'Art des Arts, qui entraîne,
selon moi, tous les autres, à en juger au
moins pat l'Histoire générale de toutes-
choses dont voilà, je crois, la clef du dé-
brouillement.
C'est un fait que, passé les Grecs, on-
ne connoint plus rien à la marche des Arts,
de l'humanité, de l'Histoire, & qu'à l'o-
rigine même des Grecs, leur Histoire ne.
s'enchaîne qu'avec les fables & mille sortes.
de contes puériles qui ne menent à rien,
& empechent menme de remonter à Adam,
au deluge même, & à l'année 2000 avant:
Jesus Christ.
ed by
49 MERCURE DEFRANCE.
C'est l'idolâtrie qui a tout embrouillé,
les Grecs surtout, tant la Religion tient à
l'Histoire des Atts, tant celle-ci. ne peut
être débrouillée que pat celle-là. Encote
les Grecs mêmes, ont-ils eu. avec le tems
de vtais Historiens, des Herodotes, des
Diodores, des Strabons qui ont pû leur
apprendre, que long tems avant eux l'Ar-
chitecture la plus parfaite, la Sculpture,
la Peinture, la Teinture, l'Ecriture, les
Monumens, les Machines, les Canaux, le
Commerce, la Navigation, étoient des
choses en régle eu Asie, en Egypte il y a-
trois à quatre mille ans.
La Religion même, le Sacerdoce le.
plus hierarchique, les Sacrifices, les Prie-
res solemnelles, les Cérémonies étoient
en vigneur & en régle au tems, & sans.
doute avant le tems de Joseph, soit que
ce culte fut dès lors idolâtrique, ou qu'il.
ne le soit devenu que sous les Pharaons.
ennemis du Peuple de Dieu, & tout de
suite de Dieu même.
Les Pyramydes, les Obelisques, les Hie-
rogryphes, les Inscriptions, les porti-
ques superbes, les Colonnades, les Sta-
tues, les Bas-reliefs, les Temples déco-
rés, les Palais magnifiques & assortis, les
Fontaines, les Puits publics, toujours vas-
tes, profonds & grands, les ouvrages en-
as
17
JANVIER.
41
52.
un mot de toutes sortes d'Arts, se voyent
encore en entier en mille endroits de l'E-
gypte.
Rome même, dans sa plus grande splen-
deur sous les Césars & les Augustes, n'a
eu, & n'a même encore de monumens
parfaits en ce genre, que ceux qu elle a-
fait venit à grands frais de cette mine des-
Arts, desesperant de pouvoir les égaler.
Dès aptès le déluge, la Tour de Babel,
& la Ville de Babylone furent le ches-
d'œeuvre des Arts, du luxe & de l'orgueil,
des mêmes Arts, du même luxe, du mê-
me orgueil, dont le dernier période avoit
mérite ce déluge; Dieu ne voulant plus
recommencer celui ci, ne permit pas aux
enfans de Noë de consommer ceux là, se
contentant de confondre leur projet à
demi exécuté.
Je remonte à l'origine de tout, je fran-
chis le déluge, Noé & ses enfans l'a-
voient franchi; ils n'avoient que trop vû-
les Arts & leurs excès qui l'avoient attire.
J'ai droit de citer l'unique Histoire, l'u-
nique Livre qui nous reste de ce tems la.
On y trouve tout simplement que Jubal
inventa la Musique à chant, à cordes & à
vent: Canentium cytharâ & organo. Qu on
en fasse une division plus juste & en moina
de mots, trois mots dilent tout.
Mues
42 MERCURE DEFRANCE.
Tout de suite Tubalcain est dit le Fonda-
teur de tous les Arts de Metallagie: Faber
& Malleator in cuncta opera eris & ferri.
Voilà la forge, la fonte, le cizeau en tout
genre de métaux. Où est la fonte ? dans
ce petit mot aeris. Point de bronze & d'ai-
rain sans alliage & sans fonte & le fer mê-
me n'arrive à la forge & au marteau, qu'a-
près la fonte & au sortit de la mine. Chi-
canera t'on les autres métaux ? l'or, l'ar-
gent? Moyse raisonne ou nous laisse rai-
sonuer à fortiori. Il se contente de mettre
les deux les plus rebelles à la fonte & an
marteau, & nous laisse à penser si ces pre-
miers hommes préferoient l'or & l'argent
au fer & au bronze. Yai des raisons pour
otoire que le bronze antique couteroit
bien autant d'argent que d'étain.
Le même Livre nous dit, que Cain
le pere à tous ces inventeurs par Lamech
inventa les villes, sit une ville qu'il nom-
ma Enochia, du nom de son fils, ayeul de
Lamech. C'est quelque chose dans l'His-
toire des Arts de pouvoir nettement mar-
quer les époques précises des inventions
& dire Enochia fut la premiere ville,
Babylone, la seconde, Ninive, la troi-
sième de l'Univers. J'irois bien jusqu'à la
quatrieme & à la cinquieme Resem &
Cholé.
FANVIER. 1752.
43.
Je m'attends qu'on va dire que ce n'é-
toient que des bicoques, ces villes là. En-
core les fameux Grecs ont-ils marque les-
douze premiers bourgs de l'Attique, par
où Cecrops commença de renaître à l'Uni-
vers, en disant: Vive les Grecs. Ot Moyse
ne s'avilit pas, & en citant les premiers,
il cite les plus grandes Villes de l'Uni,
vers.
Cecrops inventa les bourgs ou les ha-
meaux, deux mille ans aptèe, que l'on eur
inventé les villes. Nons ne voulons pas,
peut- entre ne pouvons-nous pas (Cat ars-
unga, vita brevis depuis ce tems) enten-
dre, que qui dit les premieres villes du-
monde, dit des villes dessinées, quar-
tées, tirées au cordean, allignées, bien
percées avec grandes rues & places, & du
teste grandes 4, 5 & 10, & vingt fois
comme Paris, avec des Nations entieres,
d'Habitans, & toutes sortes de commo-
dités, d'aisances, d'ouvrages, d'embellis-
semens, &c.
Thebes Hecatompyle, c'est à-dire, la
Ville à cem portes, ponvoit en même tems
faire sortir pat chacune de ses portes cent
mille hommes, & cent chariots armés en-
guerre, c'étoit plus d'un million de com-
battans. Or Thebos n'étoit au plus que la
Eyt ou haititme ville du monde, & n'e-
Digiines hiL
44 MERCUREDEFRANCE.
toit sous huit lieues de circuit, en quarré,
que quadruple de Paris, qui en a à peine
quatre d'un circuit polygone, étoilé, it-
régulier. La Thebe des Grecs étoit bien
plus merveilleuse, les piertes s'étoient en-
tassées & arrangées d'elles-mêmes, en
dansant au son de la flûte d'Amphion; &
qui ne croit pas à la premiere, mérite de
croire à celle-ci. Qui Bavium non odit.,
amet, &c.
Il y a du très-bel esprit Grec, à dire que
la Peinture est fille de l'Amour, la Geo-
metrie de l'intérêt, l'Astronomie de l'oi-
fiveté; il n'y a que de l'historique, du vrai,
à dire que les Arts ont été inventés en
grand & en entier, comme tout d'un
coup. Quand un enfant invente la Pein-
ture, il peint bien ou mal, un homme
entier avec un chapeau, une épée, un
tambour, sur un cheval auprès d'un arbre,
& quelquesois un Régiment entier de pa-
reils marmouzets: Dibutadis inventtice
Grecque de la Peinture, ne charbonna
sur un mur que le contour extérieur de la
figure de son amant. Et vivent les Greea
pourtant.
Je remonte encore. Les Arts, je crois,
sont nés avec l'homme dès le Paradis ter-
restre. Il faut un peu de ce Paradis là, &
de l'autre même, pour l'invention des
gitad uO
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JANVIER.
1752.
45
Arts. Carmina secessum scribentis & otia
quaerunt. Aussi les Grecs vouloient-ils tou-
jours des Dieux & demi Dieux, des
Cerès, des Orphées pour leurs lyres, &
flutes à une ou deux cordes, à un ou deux
Hous.
Adam avoit assez de génie & de loisir
pour inventer les Arts, ou assez d'inno-
cence pour mériter que Dieu les lui inspi-
rât. Il étoit d'une nature bien fraiche &
bien divine. Et la nature étoit bien frai-
che aussi, bien à ses ordres. L'homme est
sorti parfait, tout fait des mains de Dieu.
Dieu le mit dans le Paradis, non- seulement
pour en jouit, ut custodiat il um, mais
aussi, & surtout ut operaretur illum, pour
l'opérer, réopérer, façonner, entretenir,
varier, einbellit à son gré. La conserva-
tion n'est, dit-on, qu'une recréation;
celle du Paradis n'étoit que recréation
pour Adam.
L'âge d'or n'a jamais été une vie fai-
neante, ni pastorale même, comme nous
l'entendons; l'activité, le travail libre
d'esprit est l'appanage de l'homme; je di-
rois presque de la Divinité. Il n'y a que
les Dieux d'Epicure & les Sauvages, qui
disent: Bella costa farnienie. Ce n'a pas
été précisément au travail que Dieu a con-
damné l'homme pécheur, mais au travail
Digistered voL0O
46 MERCURE DE FRANCE.
forcé, pénible, servile, ingrat: In sudore,
in laboribus, spinas & tribulos, &c. Dien
a mis Adam dans le Paradis: Ut operare-
tur illum. Il l'en a chasse sur la terre mau-
dite: Vt operaretur illam. Concluez.
Dans le Paradis tous les Arts étoient
nobles, spirituels, humains, libres, libe-
raux; au sortir de-I, tout devint fort
méchanique & corporel; & ce furent
alors les Cains, les Jabels, les Jubals, les
Tubalcains, qui sous les yeux & la dictée
sans doute de leur commun pere Adam,
inventerent ces Arts dégradés & relarifs,
désormais aux besoins de toutes les sortes,
c'est- à-dite, qui ajusterent les premiers
Arts d'Adam, à leur état présent, vers
l'âge 2, 3 & 400 du monde.
Comme on vivoit alors neuf cens ans,
qui plus qui moins, & que la nature étort
encore bien fraiche, & qu'on vivoit mê-
me assez en communauté de tamille, de
langage, d'idées, de cœeur même, n'y
ayant point encore de guerre en ce siécle
d'argent, les Arts inventés prenoient
tous les jours des accroissemens; & je
croirois même que fort vite arrivés à leur
perfection, ils la passerent peu à peu, &
dégenererent en luxe, en folies, en at-
tentats, en projets gigantesques, en fu-
reurs d'orgueil, de volupté, d'impiété,
JANAIER. 1752. 4
presque, d'Athéisme. D'où le Déluge,
&c.
Me voilà en train d'aller plus loin: je
marrete pour recommencer demain, si
vous voulez. Adieu, Monsieur.
Je suis, &c.
Fermer
1878
p. 47-55
Seconde suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Début :
Pourquoi croyez-vous, Monsieur, que ces premiers hommes antediluviens vivoient [...]
Mots clefs :
Arts, Esprit, Sciences, Grecs, Temps, Moïse, Pères, Vrai, Dégradation, Juifs, Humanité, Histoire des arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Seconde suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Seconde suite de la Lettre sur l'Histoire
des Arts.
Pourquoi croyez-vous, Monsieur, que
ces premiers hommes antediluviens vivoient
des neuf cens ans? C'étoient les
Pattiarches de l'humanité, des Fondateurs
des Nations, les Peres des Arts. Moyse
n'étoit pas Grec, & ne se piquoit pas d'un
beau discours oratoire, historique, bril-
lant, fleuri, il ne se piquoit que de vérité,
& par conséquent de la simple propriété
des termes clairs & précis. Car quoiqu'il
dût devenit un objet de foi pat le cœeut,
il vouloit, je crois, être aussi un objet
d'intelligence par l'esprit, tant la raison
peut s'accorder facilement avec la foi,
dans ceux en qui le cœur s'accorde volon-
tiers avec l'esprit.
Moyse donc, en parlant des premiers
Inventeurs des Aris, les appelle commu-
nément Peres de ces Arts. Jabel fuit Pater
habitantium in tentatoriis atque Pastorum.
En passant, je ne vois pas pourquoi je
48 MERCUREDE FRANCE.
chercherois chez les Grecs ni ailleurs, l'In-
venteur de la vie campante & militaire,
& celui de la vie Pastorale & champêtre.
Dissertez à l'infini, & vous trouverez que
la moitié de la terre est couverte, depuis
le commencement, de tentes & de cam-
peurs, comme les Scyrhes, Sarmates, Tar-
tares, Mongoux, Manteheoux, &c, &
l'autre moitie, de villes & de villages,
avec des habitans civils, ou agrestes, ou
bergers. Moyse dans la noble simplicité,
entend les divisions, sous divisions, défi-
nitionis & énumerations des choses, des
Arts mêmes. Cain invente des villes, Ja-
bel la vie de la campagne, cela est clait &
précis dans l'Histoire des Arts.
De même Jubal fuit Pater canentium cy-
thara & organo. Ces premiers peres des Arts
devoient a eux tous régler, mettre en
regle toute la marche de l'humanité sur la
terre, quant au temporel & au spirituel.
Aussi Enos est il marqué comme l'Inven-
teur du culte religieux & public du Sci-
gneur. Iste caepit invocare nomen Domini.
Moyse n est esclave d'aucune expression.
Il na pas pu vouloir dire que Enos pria
Dieu le premier; son pere Seth, qui étoit
si juste, si saiut, & même son grand-pere
Adam, l'ayant fait avant lui, selon tous
les Saints Peres, & selon Moyse même :
JANVIER. 1752.
49
& le mot invocare, selon tout le monde
exprime une priere à haute voix, publi-
que, & en régle, en chant même, puis-
que Jubal chantoit alors, & jouoit même
de toutes sortes d'instrumens, des orgues
même si vous voulez, tant je prends avec
simplicité ce que Moyse dit avec simpli-
cué. De quoi s'agit- il, si ce n'est du vrai ?
Est ce que nous ne voulons pas sortir
de l'ignorance ou des fables Grecques? est-
ce que nous ne voulons pas lire, étudier.
citer le livre seul qui dit tout cela? & qui
nous l'apprend avec une certitude qui
vaut, je crois, celle de la Géometrie,
avec une précision même & une netteté
d'expression, qui ne nous donne la peine
que d'en pénétret ou même simplement
saisit les termes, simples & sans ambi-
guité.
Qu'y a- t'il donc la de si difficile à saisir,
à pénétrer pour des hommes? quand on
leur dit que l'homme est né tout fait,
tout orna des qualités & des arts, d'esprit,
de coeui, de corps, & que si depuis ce
tems là on trouve des Barbates, des Sau-
vages, des Monstres, des Avortons d'hu-
manité, c'est par dégradation qu'ils en
sont venus là, & que les arts, par les guer-
res, les transmigrations, les miséres
l'abrégement de la vie, &c. se sont dégra-
I. Vol.
jitized by Goc
50 MERCUREDEFRANCE.
des réellement partout, un peu & beau-
coup, & plus ou moins ici & la, en ve-
nant de là jusquici.
Avec cette clef toute simple, & non-
seulement toute vraye, mais toute vrais-
semblable, on peut marquer nettement
toutes les époques de cette dégradation
des arts & de l'humanité. La sortie du Pa-
radis Terrestre est la premiere époque, le
déluge la seconde. Les Juifs fortant de
l'Egypte sont peut-être la troisiéme. L'Em-
pire des Perses, non à Cyrus, mais à son
fils Cambyse, peut faire la quatriéme,
Alexandre la cinquiéme.
Là cependant les arts commencent à re-
monter par les Grecs mêmes, pour arriver
aux Romains aptès lesquels ils tombent,
ils remontent, ils retombent, &c. Il y a
bien des choses à dire sur cette derniere
époque, qui fut en effet la derniere pour
l'Orient, d'où les arts passerent en Occi-
dent pour subir toutes ces alternatives de
chûtes & de rechûtes, qui ne legselevent
jamais au pair de l'Orient, & les préci-
pitent toujours de plus bas en plus bas,
même en Occident.
J'excepte l'art des arts, la Réligion qui
qui ne fut parfaite qu'à J. C. centte & prin-
cipe de celle qui avoit été auparavant de-
puis Adam, par Seth, Enos, Enoch, Noë,
Dustues vO
.
JANVIER. 1752.
51
Sem, Abraham & les Juifs, & de celle
qui est venue jusqu'à nous par l'Eglise Ro-
maine, incapable de dégradation en elle-
même, mais sujette à bien des altérations
chez les divers Peuples, qui la protestent
au gré de leurs variations d'esprit, de
coeur, & de leurs aris profanes & souvent
criminels.
Les Grecs avoient leurs fables & leur.
idolattie qui embrouilloient furieusement
l'histoire des arts. Notre Réligion, la Bi-
ble seule débrouille assez bien ce cahos
antérieur à J. C. Mais nous avons aussi
nos idolatries, soit d'erreurs, soit d'amour
propre, qui forment bien une autre espéce
de cahos plus difficile, je vous l'avoue,
à debrouiller; pour moi au moins, je me
contente de vous insinuer ici une nou-
velle clef de tout cela, surtout depuis les
Grecs.
Car je veux pourtant faire ma cour aux
Sçavans, & aux beaux esprits qui pren-
nent le dessus des Sçavans mêmes. Peut-
etre me melai je d'être un peu l'un & l'au-
tre par le brillant du stile & par le fonds
du discours.
Quand je parle des arts, je ne parle que
des arts & non des sciences. Ce ne sont
pas les sciences qui se dégradent, ni à
plus forte raison le bel esprit. Ces deux
Cij
52 MERCUREDE FRANCE.
especes au contraire renaissent depuis les
Grecs, comme des cendres des arts. Je
me reconcilie avec les Grecs. Ils sont les
vrais & propres inventeurs des sciences,
un peu de concert avec les Arabes, qui
peuvent leur en disputer plusieurs, en
genre même de bel esprit.
Voici le fait. Ars longa, vita brevis.
Les arts sont trop longs a apprendre par
voye de pratique, & notre vie est trop
courte depuis les Grecs, ou plutôt depuis
les premiers hommes postdiluviens, tant
Egyptiens qu'Asiatiques. C'est dans les
premiers tems après le déluge, que les
Sems, les Japhets, les Chams surtout,
vivant encore des deux, ou trois, ou qua-
tre cens ans, fonderent eux ou leurs en-
fans immédiats, les arts à Babylone, à
Ninive, à Tyr, à Sidon, & surtout en
Egypte.
Ils en dresserent toutes sortes d'atteliers
& de monumens, jusqu'à Sesostris, en
Egypte, ou aux Pharaons persécuteurs des
Juifs, & jusqu'à Nabuchodonosor, & à
Cyrus en Chaldée, en Assyrie, en Syrie,
en Perse, en Médie, jusqu'à la dispersion
mème des Juifs qui avoient hérissé les arts
profanes des Egyptiens, jusqu'à Salomon
au moins
Dans ce tems-là ou jusqu'à ce tems-là,
17521
JANVIER.
les arts alloient comme tous seuls au gré
des Artistes & des Princes qui les faisoient
aller, la vie s'étoit abregée, les passions
& les guerres, & les invasions détruisi-
rent tout. Les miséres & les nécessités de la
vie prirent le dessus. On n'eut plus le tems
de pratiquer les arts ou même de les ap-
prendre en les pratiquant. Il fallut avoit
recours à des voyes abregées, à la Théo-
rie.
Fabricando fit faber, dit on pourtant
toujours. Mais cen est plus cela. Il a fallu
compendier les arts, les rédiger en Doc-
trine, en régles, en principes, en Méta-
physique, en bel esprit. On les apprend
plus vite par là, si toutes fois on les ap-
prend, ou si même on ne les oublie d'au-
tant. Enfin il est vrai qu'au défaut des
atts, nous avons les sciences, comme au
défaut des sciences nous aurons tôt ou tard
le simple bel esprit; derniere ressource de
lhumanité qui pourra cependant se vanter
que son dernier soupir fut un soupire illus-
tre.
Comptez que je suis l'historique de tout.
On na plus même trop le tems d'étudier
les sciences, & c'est un gout d'économie
qu'on ne sçauroit trop encouraget, que de
rout couper & découper en articses déta-
chés, en Tables, en Dictionnaires. L'hu-
Ciij
jitized by Goo
—.—
54 MERCURE DE FRANCE.
manité n'a presque plus le tems. Les cours
d'étude s'abrégent naturellement dans les
Colléges, dans les Universités. On y met
les enfans dès la bavette, on les en retire
dès la premiere lueur de raison, malgré
les passions qui arrivent en ce moment.
Ce goût meme de Géométrie, d'Algébre
qui nous gagne, est encore une affaire d'é-
conomie très politique, très humaine du
moins, pour parer à l'entière dégradation
des arts. C'est une grande perfection d'a-
voir réduit les arts en science & les scien-
ces en bel esprit. On est plutôt bel esprit
qu autre chose. Les Dictionnaires qui dé-
coupent tout, & mettent tout à la main
arts, sciences & bel esprit, à l'aide des
simples 24 lettres de l'alfabeth, A,B,
C, D, &c. forment un second ou un troi-
sième perfectionnement, pour me servir du
terme commode de mon ami feu l'Abbé de
St. Pierre.
L'Algébre perfectionne le perfection-
nement même, & est la quintessence de
toutes les perfections des sciences, des
arts, ou bel esprit, des Dictionnaires mê-
mes, que par son moyen on pourra tout
à l'heure resserrer beaucoup, car elle a le
secret de réduire vingt arts à une Science,
vingt sciences à un livre, vingt livres à un
chapitre, vingt chapitres à un article, vinge
Itized by Goog
JANVIER.
1752.
31
articles à une ligne, vingt lignes à un mot,
vingt mots à une syllable, vingt syllables à
une lettre, vingt lettres à rien, a zero.
Mais tout le monde n entend pas cela,
& bien des gens peuvent croire que j'exa-
gere, ou ce qui seroit pis, que je ne parlepas
sérieusement. Je parle très-sérieusement,
& je crois dire vrai. Le goût inême des Al-
manachs, très petits livrets, où l'on rédige
l'histoite, & déja même les Mathémati-
ques, & dont même la premiere partie du
Calendrier rédige l'Astronomie, & est
toute en chiffres & en symboles Algébri-
ques, me fait espérer que vous convien-
drez que le Fabricando fu faber n est plus
de saison, & que le Ars longa, vita brevis
est le vrai proverbe du jour désormais.
Je suis, &c.
des Arts.
Pourquoi croyez-vous, Monsieur, que
ces premiers hommes antediluviens vivoient
des neuf cens ans? C'étoient les
Pattiarches de l'humanité, des Fondateurs
des Nations, les Peres des Arts. Moyse
n'étoit pas Grec, & ne se piquoit pas d'un
beau discours oratoire, historique, bril-
lant, fleuri, il ne se piquoit que de vérité,
& par conséquent de la simple propriété
des termes clairs & précis. Car quoiqu'il
dût devenit un objet de foi pat le cœeut,
il vouloit, je crois, être aussi un objet
d'intelligence par l'esprit, tant la raison
peut s'accorder facilement avec la foi,
dans ceux en qui le cœur s'accorde volon-
tiers avec l'esprit.
Moyse donc, en parlant des premiers
Inventeurs des Aris, les appelle commu-
nément Peres de ces Arts. Jabel fuit Pater
habitantium in tentatoriis atque Pastorum.
En passant, je ne vois pas pourquoi je
48 MERCUREDE FRANCE.
chercherois chez les Grecs ni ailleurs, l'In-
venteur de la vie campante & militaire,
& celui de la vie Pastorale & champêtre.
Dissertez à l'infini, & vous trouverez que
la moitié de la terre est couverte, depuis
le commencement, de tentes & de cam-
peurs, comme les Scyrhes, Sarmates, Tar-
tares, Mongoux, Manteheoux, &c, &
l'autre moitie, de villes & de villages,
avec des habitans civils, ou agrestes, ou
bergers. Moyse dans la noble simplicité,
entend les divisions, sous divisions, défi-
nitionis & énumerations des choses, des
Arts mêmes. Cain invente des villes, Ja-
bel la vie de la campagne, cela est clait &
précis dans l'Histoire des Arts.
De même Jubal fuit Pater canentium cy-
thara & organo. Ces premiers peres des Arts
devoient a eux tous régler, mettre en
regle toute la marche de l'humanité sur la
terre, quant au temporel & au spirituel.
Aussi Enos est il marqué comme l'Inven-
teur du culte religieux & public du Sci-
gneur. Iste caepit invocare nomen Domini.
Moyse n est esclave d'aucune expression.
Il na pas pu vouloir dire que Enos pria
Dieu le premier; son pere Seth, qui étoit
si juste, si saiut, & même son grand-pere
Adam, l'ayant fait avant lui, selon tous
les Saints Peres, & selon Moyse même :
JANVIER. 1752.
49
& le mot invocare, selon tout le monde
exprime une priere à haute voix, publi-
que, & en régle, en chant même, puis-
que Jubal chantoit alors, & jouoit même
de toutes sortes d'instrumens, des orgues
même si vous voulez, tant je prends avec
simplicité ce que Moyse dit avec simpli-
cué. De quoi s'agit- il, si ce n'est du vrai ?
Est ce que nous ne voulons pas sortir
de l'ignorance ou des fables Grecques? est-
ce que nous ne voulons pas lire, étudier.
citer le livre seul qui dit tout cela? & qui
nous l'apprend avec une certitude qui
vaut, je crois, celle de la Géometrie,
avec une précision même & une netteté
d'expression, qui ne nous donne la peine
que d'en pénétret ou même simplement
saisit les termes, simples & sans ambi-
guité.
Qu'y a- t'il donc la de si difficile à saisir,
à pénétrer pour des hommes? quand on
leur dit que l'homme est né tout fait,
tout orna des qualités & des arts, d'esprit,
de coeui, de corps, & que si depuis ce
tems là on trouve des Barbates, des Sau-
vages, des Monstres, des Avortons d'hu-
manité, c'est par dégradation qu'ils en
sont venus là, & que les arts, par les guer-
res, les transmigrations, les miséres
l'abrégement de la vie, &c. se sont dégra-
I. Vol.
jitized by Goc
50 MERCUREDEFRANCE.
des réellement partout, un peu & beau-
coup, & plus ou moins ici & la, en ve-
nant de là jusquici.
Avec cette clef toute simple, & non-
seulement toute vraye, mais toute vrais-
semblable, on peut marquer nettement
toutes les époques de cette dégradation
des arts & de l'humanité. La sortie du Pa-
radis Terrestre est la premiere époque, le
déluge la seconde. Les Juifs fortant de
l'Egypte sont peut-être la troisiéme. L'Em-
pire des Perses, non à Cyrus, mais à son
fils Cambyse, peut faire la quatriéme,
Alexandre la cinquiéme.
Là cependant les arts commencent à re-
monter par les Grecs mêmes, pour arriver
aux Romains aptès lesquels ils tombent,
ils remontent, ils retombent, &c. Il y a
bien des choses à dire sur cette derniere
époque, qui fut en effet la derniere pour
l'Orient, d'où les arts passerent en Occi-
dent pour subir toutes ces alternatives de
chûtes & de rechûtes, qui ne legselevent
jamais au pair de l'Orient, & les préci-
pitent toujours de plus bas en plus bas,
même en Occident.
J'excepte l'art des arts, la Réligion qui
qui ne fut parfaite qu'à J. C. centte & prin-
cipe de celle qui avoit été auparavant de-
puis Adam, par Seth, Enos, Enoch, Noë,
Dustues vO
.
JANVIER. 1752.
51
Sem, Abraham & les Juifs, & de celle
qui est venue jusqu'à nous par l'Eglise Ro-
maine, incapable de dégradation en elle-
même, mais sujette à bien des altérations
chez les divers Peuples, qui la protestent
au gré de leurs variations d'esprit, de
coeur, & de leurs aris profanes & souvent
criminels.
Les Grecs avoient leurs fables & leur.
idolattie qui embrouilloient furieusement
l'histoire des arts. Notre Réligion, la Bi-
ble seule débrouille assez bien ce cahos
antérieur à J. C. Mais nous avons aussi
nos idolatries, soit d'erreurs, soit d'amour
propre, qui forment bien une autre espéce
de cahos plus difficile, je vous l'avoue,
à debrouiller; pour moi au moins, je me
contente de vous insinuer ici une nou-
velle clef de tout cela, surtout depuis les
Grecs.
Car je veux pourtant faire ma cour aux
Sçavans, & aux beaux esprits qui pren-
nent le dessus des Sçavans mêmes. Peut-
etre me melai je d'être un peu l'un & l'au-
tre par le brillant du stile & par le fonds
du discours.
Quand je parle des arts, je ne parle que
des arts & non des sciences. Ce ne sont
pas les sciences qui se dégradent, ni à
plus forte raison le bel esprit. Ces deux
Cij
52 MERCUREDE FRANCE.
especes au contraire renaissent depuis les
Grecs, comme des cendres des arts. Je
me reconcilie avec les Grecs. Ils sont les
vrais & propres inventeurs des sciences,
un peu de concert avec les Arabes, qui
peuvent leur en disputer plusieurs, en
genre même de bel esprit.
Voici le fait. Ars longa, vita brevis.
Les arts sont trop longs a apprendre par
voye de pratique, & notre vie est trop
courte depuis les Grecs, ou plutôt depuis
les premiers hommes postdiluviens, tant
Egyptiens qu'Asiatiques. C'est dans les
premiers tems après le déluge, que les
Sems, les Japhets, les Chams surtout,
vivant encore des deux, ou trois, ou qua-
tre cens ans, fonderent eux ou leurs en-
fans immédiats, les arts à Babylone, à
Ninive, à Tyr, à Sidon, & surtout en
Egypte.
Ils en dresserent toutes sortes d'atteliers
& de monumens, jusqu'à Sesostris, en
Egypte, ou aux Pharaons persécuteurs des
Juifs, & jusqu'à Nabuchodonosor, & à
Cyrus en Chaldée, en Assyrie, en Syrie,
en Perse, en Médie, jusqu'à la dispersion
mème des Juifs qui avoient hérissé les arts
profanes des Egyptiens, jusqu'à Salomon
au moins
Dans ce tems-là ou jusqu'à ce tems-là,
17521
JANVIER.
les arts alloient comme tous seuls au gré
des Artistes & des Princes qui les faisoient
aller, la vie s'étoit abregée, les passions
& les guerres, & les invasions détruisi-
rent tout. Les miséres & les nécessités de la
vie prirent le dessus. On n'eut plus le tems
de pratiquer les arts ou même de les ap-
prendre en les pratiquant. Il fallut avoit
recours à des voyes abregées, à la Théo-
rie.
Fabricando fit faber, dit on pourtant
toujours. Mais cen est plus cela. Il a fallu
compendier les arts, les rédiger en Doc-
trine, en régles, en principes, en Méta-
physique, en bel esprit. On les apprend
plus vite par là, si toutes fois on les ap-
prend, ou si même on ne les oublie d'au-
tant. Enfin il est vrai qu'au défaut des
atts, nous avons les sciences, comme au
défaut des sciences nous aurons tôt ou tard
le simple bel esprit; derniere ressource de
lhumanité qui pourra cependant se vanter
que son dernier soupir fut un soupire illus-
tre.
Comptez que je suis l'historique de tout.
On na plus même trop le tems d'étudier
les sciences, & c'est un gout d'économie
qu'on ne sçauroit trop encouraget, que de
rout couper & découper en articses déta-
chés, en Tables, en Dictionnaires. L'hu-
Ciij
jitized by Goo
—.—
54 MERCURE DE FRANCE.
manité n'a presque plus le tems. Les cours
d'étude s'abrégent naturellement dans les
Colléges, dans les Universités. On y met
les enfans dès la bavette, on les en retire
dès la premiere lueur de raison, malgré
les passions qui arrivent en ce moment.
Ce goût meme de Géométrie, d'Algébre
qui nous gagne, est encore une affaire d'é-
conomie très politique, très humaine du
moins, pour parer à l'entière dégradation
des arts. C'est une grande perfection d'a-
voir réduit les arts en science & les scien-
ces en bel esprit. On est plutôt bel esprit
qu autre chose. Les Dictionnaires qui dé-
coupent tout, & mettent tout à la main
arts, sciences & bel esprit, à l'aide des
simples 24 lettres de l'alfabeth, A,B,
C, D, &c. forment un second ou un troi-
sième perfectionnement, pour me servir du
terme commode de mon ami feu l'Abbé de
St. Pierre.
L'Algébre perfectionne le perfection-
nement même, & est la quintessence de
toutes les perfections des sciences, des
arts, ou bel esprit, des Dictionnaires mê-
mes, que par son moyen on pourra tout
à l'heure resserrer beaucoup, car elle a le
secret de réduire vingt arts à une Science,
vingt sciences à un livre, vingt livres à un
chapitre, vingt chapitres à un article, vinge
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JANVIER.
1752.
31
articles à une ligne, vingt lignes à un mot,
vingt mots à une syllable, vingt syllables à
une lettre, vingt lettres à rien, a zero.
Mais tout le monde n entend pas cela,
& bien des gens peuvent croire que j'exa-
gere, ou ce qui seroit pis, que je ne parlepas
sérieusement. Je parle très-sérieusement,
& je crois dire vrai. Le goût inême des Al-
manachs, très petits livrets, où l'on rédige
l'histoite, & déja même les Mathémati-
ques, & dont même la premiere partie du
Calendrier rédige l'Astronomie, & est
toute en chiffres & en symboles Algébri-
ques, me fait espérer que vous convien-
drez que le Fabricando fu faber n est plus
de saison, & que le Ars longa, vita brevis
est le vrai proverbe du jour désormais.
Je suis, &c.
Fermer
1879
p. 186-187
DE RATISBONNE, le 6 Décembre.
Début :
Le Ministre, qui réside de la part du Roi de Prusse auprès de la Diette de l'Empire, a présenté [...]
Mots clefs :
Empire, Ministre, Roi, Prusse, Berlin, Diète
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texteReconnaissance textuelle : DE RATISBONNE, le 6 Décembre.
DE RATISBONNE, le 6 Décembre.
Le Ministre, qui réside de la part du Roi de
Prusse auprès de la Diette de l'Empire, a présenté
à cette Assemblée le Mémoire suivant. » L'Assem-
»blée générale de l'Empire est pleinement instrui-
»te par d'anciens & de nouve aux documens, sans
u qu'il soit nécessaire de les alléguer ici, que par
»des résolutions de l'Empire, & uommément par
»celle du 17 Juillet 1675, il a été assuré à la Mai-
„son Electorale de Brandebourg une satisfaction
„pour les Iuvasions Suédoises, & que par une es-
»pece d'équivalent l'Empereur & l'Empire lui
»ont garanti l'Expectance sur la Principauté
»d'Oost. Frise. Néanmoins lorsque ladite Succes-
»sion a été ouverte, la Maison Electorale de
» Brunswic y a formé des prétentions. Le Roi de
» Prusse, en sa qualité de légitime possesseur de
»'Oost-Frise, reconnu & autorisé pour tel par
»l'Empereur & par l'Empire, ne peut se laisser
„traduire en aucune façon devant le Conseil Au-
„lique de l'Empire sur une action aussi peu fondée.
»Sa Majesté a donc donné ordre à son Ministre,
ade notifier cette résoiution à la Diette, & de la
„requerir, comme on le fait par le présent Mé-
JANNIER,
1752.
17
« moire, de s'interposer près de Sa Majeste Impé-
nriale par une lettre commune d'intercession,
»afin que la Maison de Brunswic sor obligée de
»renoncer à sa demande.
Le Ministre, qui réside de la part du Roi de
Prusse auprès de la Diette de l'Empire, a présenté
à cette Assemblée le Mémoire suivant. » L'Assem-
»blée générale de l'Empire est pleinement instrui-
»te par d'anciens & de nouve aux documens, sans
u qu'il soit nécessaire de les alléguer ici, que par
»des résolutions de l'Empire, & uommément par
»celle du 17 Juillet 1675, il a été assuré à la Mai-
„son Electorale de Brandebourg une satisfaction
„pour les Iuvasions Suédoises, & que par une es-
»pece d'équivalent l'Empereur & l'Empire lui
»ont garanti l'Expectance sur la Principauté
»d'Oost. Frise. Néanmoins lorsque ladite Succes-
»sion a été ouverte, la Maison Electorale de
» Brunswic y a formé des prétentions. Le Roi de
» Prusse, en sa qualité de légitime possesseur de
»'Oost-Frise, reconnu & autorisé pour tel par
»l'Empereur & par l'Empire, ne peut se laisser
„traduire en aucune façon devant le Conseil Au-
„lique de l'Empire sur une action aussi peu fondée.
»Sa Majesté a donc donné ordre à son Ministre,
ade notifier cette résoiution à la Diette, & de la
„requerir, comme on le fait par le présent Mé-
JANNIER,
1752.
17
« moire, de s'interposer près de Sa Majeste Impé-
nriale par une lettre commune d'intercession,
»afin que la Maison de Brunswic sor obligée de
»renoncer à sa demande.
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1880
p. 187-188
DE MADRID, le 30 Novembre.
Début :
C'est un usage constant en Espagne, de ne rendre jamais la liberté aux Officiers de Marine [...]
Mots clefs :
Alger, Algériens, Trinitaires, Officiers, Religieux
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texteReconnaissance textuelle : DE MADRID, le 30 Novembre.
DE MADRID, le 30 Novembre.
C'est un usage constant en Espagne, de ne rendre
jamais la liberté aux Officiers de Marine
Algériens, qui, ayant été pris à bord des vaisseaun
Corsaires, ont été mis à la chaine sut les Galeres
du Roi. Cependant les Religieux Trinitaires, dans
le dernier voyage qu'ils ont fait à Alger, avoient
promis d'obtenir de la Cour, qu'on en renvovát
plusieuis au Dey. La Cour n'y a point vonlu con-
sentir, & lorsque les Peres de la Mercy se sont ren-
dus en dernier lien dans la même Vilie pout le ra-
chat des Captiss, le Dey a demande qu'ils rem-
pliffent l'engagement pris par les Trinitaires. Com-
me les Peres de la Mercy n'étoient pas en état d'y
satisfaire, non seulement ils n'ont point été admis
à traiter de la rançon d'aucun Chrétien, mais la
Régence d'Alger les a obligés de lui payer à titre
d'indemnité vingt-neuf mille sept cens piastres. Le-
Roi, ayant été instruit du mauvais succès de leun
voyage, & de l'incident qui en a été la cause, a-
bien voulu que pour cette sois-ci seulement, &
sans tirer à conséquence, les Officiers de Marine
Algériens, qui sont actuellement à Cartagene,
fussent remis entre les mains des Peres de la Mer-
cy, afin que ces Religieux, en les reconduisant à
Alger, puissent se faire restituer l'argent que la
Régence a tiré d'eux, & ne rencontrent plus d'ob-
stacles dans le rachat qu'ils se proposent de faire.
Ja Majesté en même tems a ordonné qu'à touu
18S MERCUREDE FRANCE.
évenement les Trinitaires leur tinssent compte de
la somme susdite de vingt-neuf mille sept cens
piastres, ainsi que de celle fournie par le Consul
Hollandois, résident à Alger, pour la rançon du
Pere Ambroise Magdonogh, ci-devant Aumónier
du Régiment d'Irlande.
C'est un usage constant en Espagne, de ne rendre
jamais la liberté aux Officiers de Marine
Algériens, qui, ayant été pris à bord des vaisseaun
Corsaires, ont été mis à la chaine sut les Galeres
du Roi. Cependant les Religieux Trinitaires, dans
le dernier voyage qu'ils ont fait à Alger, avoient
promis d'obtenir de la Cour, qu'on en renvovát
plusieuis au Dey. La Cour n'y a point vonlu con-
sentir, & lorsque les Peres de la Mercy se sont ren-
dus en dernier lien dans la même Vilie pout le ra-
chat des Captiss, le Dey a demande qu'ils rem-
pliffent l'engagement pris par les Trinitaires. Com-
me les Peres de la Mercy n'étoient pas en état d'y
satisfaire, non seulement ils n'ont point été admis
à traiter de la rançon d'aucun Chrétien, mais la
Régence d'Alger les a obligés de lui payer à titre
d'indemnité vingt-neuf mille sept cens piastres. Le-
Roi, ayant été instruit du mauvais succès de leun
voyage, & de l'incident qui en a été la cause, a-
bien voulu que pour cette sois-ci seulement, &
sans tirer à conséquence, les Officiers de Marine
Algériens, qui sont actuellement à Cartagene,
fussent remis entre les mains des Peres de la Mer-
cy, afin que ces Religieux, en les reconduisant à
Alger, puissent se faire restituer l'argent que la
Régence a tiré d'eux, & ne rencontrent plus d'ob-
stacles dans le rachat qu'ils se proposent de faire.
Ja Majesté en même tems a ordonné qu'à touu
18S MERCUREDE FRANCE.
évenement les Trinitaires leur tinssent compte de
la somme susdite de vingt-neuf mille sept cens
piastres, ainsi que de celle fournie par le Consul
Hollandois, résident à Alger, pour la rançon du
Pere Ambroise Magdonogh, ci-devant Aumónier
du Régiment d'Irlande.
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1881
p. 189
DE LIVOURNE, le 20 Novembre.
Début :
Les Négocians de cette Ville ont representé au Gouvernement, que nonobstant les Traités conclus [...]
Mots clefs :
Gouvernement, Régences, Corsaires
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texteReconnaissance textuelle : DE LIVOURNE, le 20 Novembre.
DE LIVOURNE, le 20 Novembre.
Les Négocians de cette Ville ont representé au
Gouvernement, que nonobstant les Traités conclus
par l'Empereur avec les Régences d'Afrique
les Vaisseaux Livournois sont attaqués de temps
en temps pat les Corsaires de ces Régences; que
la navigation est sujette à un autre inconvenient
en ce que les Corsaires, prositant de la liberté
qu'ils ont de venir sur les cotes de Toscane, inter-
ceptent plusieurs des Batimens qui y apportent des
deniées des autres côtes de l'Italie; qu'ainsi il im-
porte absolument à la sureté du commerce, que le
Gouvernement fasse croiser au moins deux Vais-
seaux de guerre, pour protéger ces Navires ainsi
que ceux des sujets de Sa Majesté Imperiale
Les Négocians de cette Ville ont representé au
Gouvernement, que nonobstant les Traités conclus
par l'Empereur avec les Régences d'Afrique
les Vaisseaux Livournois sont attaqués de temps
en temps pat les Corsaires de ces Régences; que
la navigation est sujette à un autre inconvenient
en ce que les Corsaires, prositant de la liberté
qu'ils ont de venir sur les cotes de Toscane, inter-
ceptent plusieurs des Batimens qui y apportent des
deniées des autres côtes de l'Italie; qu'ainsi il im-
porte absolument à la sureté du commerce, que le
Gouvernement fasse croiser au moins deux Vais-
seaux de guerre, pour protéger ces Navires ainsi
que ceux des sujets de Sa Majesté Imperiale
Fermer
1882
p. 190-192
DE LONDRES, le 2 Décembre.
Début :
Les Seigneurs présenterent le 26 du mois dernier au Roi leur adresse, laquelle porte : [...]
Mots clefs :
Seigneurs, Adresse, Grande-Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 2 Décembre.
DE LONDRES, le 2 Décembre.
Les Seigneurs présenterent le 26 du mois dernier
au Roi leur adresse, laquelle porte :
»Que la justice, aussi bien que la reconnoissance,
» les oblige de lui témoigner, combien ils sont
„sensibles au bonheur inestimable, dont la Gran-
»de Bretagne jouit sous le Regne de Sa Majesté;
„que la continuation de la tranquillité publique
„P'heureuse situation du Royaume, l'etat floris-
nsant du Commerce, & la facilité que ces cir-
»constances ont donnée pour réduire l'intérêt des
„dettes nationnales, sont dus aux sages mesures
„ que le Roi, sous la protection du Tout-Puissant
»a prises, tant au dedans qu'au dehors, pour l'a-
uvantage de son Peuple; que les Seigneurs sont
„persuadés que ces mesures n'ont pas eté restrain-
»tes aux objets présens, mais qu'elles se sont
Ȏtendues aux maux & aux dangers futurs, que
»c'est dans ce point de vue qu'ils regardent le
zed by Goo
JANVIER.
1752.
191
o Traité que Sa Majest é a conclu depuis peu avec
»le Roi de Pologne Electeur de Saxe, & dont ils
„ esperent que les bons effets répondront aux gran-
des & salutaires vsles du Roi; que la moit du
Prince de Nassau, Prince allié de si près à S. M. &
„dont la perte interesse si particulietement la Cause
„commune, les a sensiblement touchés, mais
»que c'est pour eux une consolation, que ce
»triste évenement n'ait eu aucune suite facheuse
pour les affaires de la République des Provinces-
„Unies, dont ils regardent la lureté comme inti-
„ mement liée avec celle de la Grande Bretagne
que le maintien du Gouvernement de ladite Ré-
»publique, sur le pied où il a été heureusement
„ établi, & les assurances que le Roi a reçses de
„ la part des Etats Généraux, causent anx Pairs
de la Grande Bretagne le plus grand plaisir, &
»les conbirment dans la résolution où ils sont de-
»puis long. tems d'entretenir l'union la plus étroi-
te avec leurs Hautes Puissances; qu'on ne peut
„ tendre trop d'actions de graces à Sa Majesté pour
nPattention paternelle qu'elle a montrée à l'égard
nde son peuple, en faitant éclatter son ressenti-
„ment contre l'audace des vols & des attentats
i qui au mépris des Loix se multiplient à un point
si étonnant, surtout dans les environs de cette
»capitale; que les Seigneurs ne négligeront rien
„ de ce qui pourra rendre plus efficaces les Loix
„ établies pour réprimer ces brigandages, & pour
remédier aux progrès de l'irteligion, à la fai-
néantise, à la passion efftenée pour les jeux de
nhasard, & aux autres déréglemens, qui sont les
»principales causes de tant de désordres. Le Roi
répondit à cette Adresse, » Mylords, Je vous re-
»mercie des assurances que vous me donnez de
„votre affection & de votre fidelité. La satisfaction
»que vous témoiguez des mesures que j'ai prises
192 MERCURE DEFRANCE.
»tant au dedans qu'au dehors, pout la conserva-
tion de la Paix, & pour l'interêt de mon Peu-
nple, m'est très-agréable, & elle ne peut man-
nquer de produire de bons effets pour ces deux
nobjets importans. L'Adresse de la Chambre des
Communes est remplie des mêmes protestations
de reconnoissance & de zele que celle des Sei-
neurs, & la Chambre joint à ces protestations une
promesse d'accorder au Roi des Subsides, qui
puissent le mettre en état de remplir ses enga-
gemens, & de satisfaire aux différens objets, qui
seront jugés nécessaires pour le bien public.
Indépendamment de ces deux Adresses, les deux
Chambres en ont présenté de particulieres à Sa
Majesté & à la Princesse Douairiere de Galles,
pour les féliciter sur la naissance de la Princesse,
dont la Princesse Douairiem de Galles est accou-
chée depuis la mort du Prince son époux. Le 29.
la Chambre des Communes résolut d'accorder un
Subside au Roi.
On parle toujours d'envoyer aux Indes Orien-
tales une Escadre sous les ordres du sieur Edge-
cumbe. Il y a eu dans les mers du Nord une hor-
rible tempête, qui a fait périr plusieurs Bâtimens
de diverses Nations.
Les Seigneurs présenterent le 26 du mois dernier
au Roi leur adresse, laquelle porte :
»Que la justice, aussi bien que la reconnoissance,
» les oblige de lui témoigner, combien ils sont
„sensibles au bonheur inestimable, dont la Gran-
»de Bretagne jouit sous le Regne de Sa Majesté;
„que la continuation de la tranquillité publique
„P'heureuse situation du Royaume, l'etat floris-
nsant du Commerce, & la facilité que ces cir-
»constances ont donnée pour réduire l'intérêt des
„dettes nationnales, sont dus aux sages mesures
„ que le Roi, sous la protection du Tout-Puissant
»a prises, tant au dedans qu'au dehors, pour l'a-
uvantage de son Peuple; que les Seigneurs sont
„persuadés que ces mesures n'ont pas eté restrain-
»tes aux objets présens, mais qu'elles se sont
Ȏtendues aux maux & aux dangers futurs, que
»c'est dans ce point de vue qu'ils regardent le
zed by Goo
JANVIER.
1752.
191
o Traité que Sa Majest é a conclu depuis peu avec
»le Roi de Pologne Electeur de Saxe, & dont ils
„ esperent que les bons effets répondront aux gran-
des & salutaires vsles du Roi; que la moit du
Prince de Nassau, Prince allié de si près à S. M. &
„dont la perte interesse si particulietement la Cause
„commune, les a sensiblement touchés, mais
»que c'est pour eux une consolation, que ce
»triste évenement n'ait eu aucune suite facheuse
pour les affaires de la République des Provinces-
„Unies, dont ils regardent la lureté comme inti-
„ mement liée avec celle de la Grande Bretagne
que le maintien du Gouvernement de ladite Ré-
»publique, sur le pied où il a été heureusement
„ établi, & les assurances que le Roi a reçses de
„ la part des Etats Généraux, causent anx Pairs
de la Grande Bretagne le plus grand plaisir, &
»les conbirment dans la résolution où ils sont de-
»puis long. tems d'entretenir l'union la plus étroi-
te avec leurs Hautes Puissances; qu'on ne peut
„ tendre trop d'actions de graces à Sa Majesté pour
nPattention paternelle qu'elle a montrée à l'égard
nde son peuple, en faitant éclatter son ressenti-
„ment contre l'audace des vols & des attentats
i qui au mépris des Loix se multiplient à un point
si étonnant, surtout dans les environs de cette
»capitale; que les Seigneurs ne négligeront rien
„ de ce qui pourra rendre plus efficaces les Loix
„ établies pour réprimer ces brigandages, & pour
remédier aux progrès de l'irteligion, à la fai-
néantise, à la passion efftenée pour les jeux de
nhasard, & aux autres déréglemens, qui sont les
»principales causes de tant de désordres. Le Roi
répondit à cette Adresse, » Mylords, Je vous re-
»mercie des assurances que vous me donnez de
„votre affection & de votre fidelité. La satisfaction
»que vous témoiguez des mesures que j'ai prises
192 MERCURE DEFRANCE.
»tant au dedans qu'au dehors, pout la conserva-
tion de la Paix, & pour l'interêt de mon Peu-
nple, m'est très-agréable, & elle ne peut man-
nquer de produire de bons effets pour ces deux
nobjets importans. L'Adresse de la Chambre des
Communes est remplie des mêmes protestations
de reconnoissance & de zele que celle des Sei-
neurs, & la Chambre joint à ces protestations une
promesse d'accorder au Roi des Subsides, qui
puissent le mettre en état de remplir ses enga-
gemens, & de satisfaire aux différens objets, qui
seront jugés nécessaires pour le bien public.
Indépendamment de ces deux Adresses, les deux
Chambres en ont présenté de particulieres à Sa
Majesté & à la Princesse Douairiere de Galles,
pour les féliciter sur la naissance de la Princesse,
dont la Princesse Douairiem de Galles est accou-
chée depuis la mort du Prince son époux. Le 29.
la Chambre des Communes résolut d'accorder un
Subside au Roi.
On parle toujours d'envoyer aux Indes Orien-
tales une Escadre sous les ordres du sieur Edge-
cumbe. Il y a eu dans les mers du Nord une hor-
rible tempête, qui a fait périr plusieurs Bâtimens
de diverses Nations.
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1883
p. 192-193
DE PLYMOUTH, le 8 Décembre.
Début :
On vient d'apprendre par un Bâtiment qui arrive de l'Amérique Septentrionale, que le 18 du mois [...]
Mots clefs :
Bâtiment, Amitié, Tempête, Navires
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texteReconnaissance textuelle : DE PLYMOUTH, le 8 Décembre.
DE PLYMOUTH, le 8 Décembre.
On vient d'apprendre par un Bâtiment qui arrive
de l'Amérique Septentrionale, que le 18 du mois
de Septembre dernier il y avoit eu sur la côte de
Saint-Jean d'Antigoa une des plus horribles tem-
pêtes, dont on ait jamais entendu parler. Les Na-
vires le Knowles, le Neptune, la Catherine & la
Prudente Marie, de la nouvelle Yorck, y ont pé-
1i Plusieurs autres Bâtimens ont échové, & de ce
nombre sont l'Albert, le Jean & Guillaume, &
l'Amitié,
JANVIER.
1752.
193
l'Amitié, de Londres; le Kingston, de Maryland,
le Greyhound, de Boston; l'Espérance, de Will-
mington; la charmante Molly, de Tortole, le
Speedwell, de Salem; le Bannister, le Purcel,
l'Anne & l'Elisabeth, de Montserrat; un Navire
des Bermudes, le Pacquebot de l'Isse de la Barba-
de, & vingt-sept Chaloupes.
On vient d'apprendre par un Bâtiment qui arrive
de l'Amérique Septentrionale, que le 18 du mois
de Septembre dernier il y avoit eu sur la côte de
Saint-Jean d'Antigoa une des plus horribles tem-
pêtes, dont on ait jamais entendu parler. Les Na-
vires le Knowles, le Neptune, la Catherine & la
Prudente Marie, de la nouvelle Yorck, y ont pé-
1i Plusieurs autres Bâtimens ont échové, & de ce
nombre sont l'Albert, le Jean & Guillaume, &
l'Amitié,
JANVIER.
1752.
193
l'Amitié, de Londres; le Kingston, de Maryland,
le Greyhound, de Boston; l'Espérance, de Will-
mington; la charmante Molly, de Tortole, le
Speedwell, de Salem; le Bannister, le Purcel,
l'Anne & l'Elisabeth, de Montserrat; un Navire
des Bermudes, le Pacquebot de l'Isse de la Barba-
de, & vingt-sept Chaloupes.
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1884
p. 193-194
DE LA HAYE. le 2 Décembre,
Début :
Le sieur Von-Hellen, chargé des affaires du Roi de Prusse, a présenté aux Etats Généraux [...]
Mots clefs :
Roi, États généraux, Ports, Compagnie asiatique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE. le 2 Décembre,
DE LA HAYE. le 2 Décembre,
Le sieur Von-Hellen, chargé des affaires du
Roi de Prusse, a présenté aux Etats Généraux
le Mémoire suivant. » Hauts & Puissans Seigneurs,
» Plusieurs Négocians, soit d'Embden, soit des
mautres Villes commerçantes des Etats du Roi
»s'étant formés en corps, sous le nom de Compa-
ognie Asiatique, dans le dessein d'avoir un com-
merce direct avec les Indes Orientales, ils ont
osupplié Sa Majesté d'agréer ce projet & de leur
permettre de naviguer sous son Pavillon & à la
pofaveur de ses Passeports. Le Roi n'a pû que dé-
»férer à une demande si juste, & Sa Majeité leur
ma par conséquent accordé l'octroy & les permis-
osions nécessaires, à condition qu'ils s'abstien-
odront de tout commerce illicite, & qu'ils ne tra-
opfiqueront que dans les Ports ouverts à toutes les
» Nations. J'ai ordre, Hauts & Puissans Seigneurs,
o»de vous donner part de cet établissement. Com-
»me il n'est formé que sur le Droit des Gens & sur
oles loix de la Justice, le Roi se promet de l'ami-
»tié de Vos Hautes Puissances, qu'elles ne s'op-
»poseront point au Commerce de cette Compa-
ognie, & qu'elles ne chercheront pas à en em-
pêcher le succès. Vos Hautes Puissances sont re-
I. Vol.
194 MERCURE DEFRANCE
nquises en conséquence, d'ordonner à leurs Ami-
prautés, & Commandans dans les Ports de la Ré-
npublique, soit en Europe, soit dans les Indes
»Orientales, & principalement au Commandant
ndu Cap. de Bonne-Espérance, de traiter amiable-
nment les Vaisseaux naviguans sous le Pavillon &
„les Passeports de Sa Majesté, &, en cas de besoin
„de leur permettre l'entrée dans les Ports, & la
»liberté d'y faire aiguade; en un mot, de ne leur
prefuser aucun des secours ni aucune des facilités
»qui s'accordent communément entre les Puissan-
„ces Amies. Il est arrivé quatre Députés, chargés
d'une commission par les Négocians d'Amsterdam
auprès des Etats Généraux & de la Princesse Gou-
vernante, laquelle a déclaré qu'elle suivroit fide-
lement les idées du Prince son époux sur les projets
qu'il n'avoit pû exécuter; que sur-tout elle em-
ployeroit ses efforts, pour faire réussir les propo-
sitions qui regardent le rétablissement du com-
merce.
Le sieur Von-Hellen, chargé des affaires du
Roi de Prusse, a présenté aux Etats Généraux
le Mémoire suivant. » Hauts & Puissans Seigneurs,
» Plusieurs Négocians, soit d'Embden, soit des
mautres Villes commerçantes des Etats du Roi
»s'étant formés en corps, sous le nom de Compa-
ognie Asiatique, dans le dessein d'avoir un com-
merce direct avec les Indes Orientales, ils ont
osupplié Sa Majesté d'agréer ce projet & de leur
permettre de naviguer sous son Pavillon & à la
pofaveur de ses Passeports. Le Roi n'a pû que dé-
»férer à une demande si juste, & Sa Majeité leur
ma par conséquent accordé l'octroy & les permis-
osions nécessaires, à condition qu'ils s'abstien-
odront de tout commerce illicite, & qu'ils ne tra-
opfiqueront que dans les Ports ouverts à toutes les
» Nations. J'ai ordre, Hauts & Puissans Seigneurs,
o»de vous donner part de cet établissement. Com-
»me il n'est formé que sur le Droit des Gens & sur
oles loix de la Justice, le Roi se promet de l'ami-
»tié de Vos Hautes Puissances, qu'elles ne s'op-
»poseront point au Commerce de cette Compa-
ognie, & qu'elles ne chercheront pas à en em-
pêcher le succès. Vos Hautes Puissances sont re-
I. Vol.
194 MERCURE DEFRANCE
nquises en conséquence, d'ordonner à leurs Ami-
prautés, & Commandans dans les Ports de la Ré-
npublique, soit en Europe, soit dans les Indes
»Orientales, & principalement au Commandant
ndu Cap. de Bonne-Espérance, de traiter amiable-
nment les Vaisseaux naviguans sous le Pavillon &
„les Passeports de Sa Majesté, &, en cas de besoin
„de leur permettre l'entrée dans les Ports, & la
»liberté d'y faire aiguade; en un mot, de ne leur
prefuser aucun des secours ni aucune des facilités
»qui s'accordent communément entre les Puissan-
„ces Amies. Il est arrivé quatre Députés, chargés
d'une commission par les Négocians d'Amsterdam
auprès des Etats Généraux & de la Princesse Gou-
vernante, laquelle a déclaré qu'elle suivroit fide-
lement les idées du Prince son époux sur les projets
qu'il n'avoit pû exécuter; que sur-tout elle em-
ployeroit ses efforts, pour faire réussir les propo-
sitions qui regardent le rétablissement du com-
merce.
Fermer
1885
p. 195-199
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le Roi, qui étoit arrivé du Château de la Meute le 2 Décembre dernier, y retourna [...]
Mots clefs :
Roi, France, Château, Général, Marquis, Harangue, Discours, Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le Roi, qui étoit arrivé du Château de la
Meute le 2 Décembre dernier, y retourna
le 4, & revint à Versailles la nuit du 6 au 7, avec
Mor deigneur le Dauphin & Mesdames de France
qui é toient aliés le 6 joindre Sa Majesté.
adame Louise prit le 3 les eaux de Vichy, &
M
cette Princesse a pris Médecine.
le 4,
Reine communia le 7 par les mains de l'Ab-
La
Indigné, son Aumônier en quartier.
bé d'.
même jour, le Bailli de Froulay, Ambassa-
Le
deur
ordindire de la Religion de Malte, eut une
audier
ice particuliere du Roi, dans laquelle il
compl.
imenta Sa Majesté sur la naissance de Mon-
seignei
ir le Duc de Bourgogne. Le Bailli de Frou-
lay sut
conduit à cette audience pat le Chevalier
de Sain
ctot, Introducteur des Ambassadeurs.
Le 8
„Fête de la Conception de la Sainte Vier-
ge, let
us Mejestés accompagnées de Monseigneur
le Dau-
phin, de Madame la Dauphine & de Mes-
dames
de France, entendirent le Sermon de l'Ab-
bé Fro
quieres, Chanoine & Théologal de l'Eglise
Cathée
lrale de Noyon, & assisterent ensuite aux
Vêpre:
chantées par la Musique.
Sa!
dajesté a donné au Prince de Conti le Gou-
vernei
nent du Château d'Alais, qu'avoit le Ma-
réchal
de la Fatre, & au Maréchal de la Farre le
Gouv
ernement de Graveline, vacant par la mort
du M
urquis de Broglie; le Duc de Broglie, Lieu-
1ij
gitized by Goc
-r-
196MERCURE DE FRANCE.
tenant Général de l'Infanterie, a obtenu le Gou-
vernement de Bethune, qui vaquoit pat la mort
du Maréch al de Laval-Montmorency.
Le Marquis de Monteynard, Maréchal de
Camp, & le Marquis de Choiseul Beaupré, ont
été nommés Inspecteurs Généraux de l'Infan-
terie.
Le Roi a accordé à M. de Nozieres le Régi-
ment d'Infanterie de Flandte, vacant par la dé-
mission du Marquis de Choiseul Beaupré, qui
passe en qualité de Colonel & Brigadier dans le
Régiment des Grenadiers de France.
M. le Bret, un des Avocats Généraux du Parle-
ment, a ouvert les audiences de la Grand'-Cham-
bre, par une Harangue sur la gloire propre au
Barreau. Cette Harangue fut suivie d'un discours
de M. de Maupeou, Premier Président sur l'ému-
lation. Les mercuriales se sont faites, suivant l'u-
sage, & M. d'Ormesson de Noyseau, Premier
Avocat Général, a parlé contre le défaut des per-
sonnes, qui ne veulent pas être ce qu'elles sont, &
qui veulent paroitre ce qu'elles ne sont pas.
A la rentrée de la Cour des Aides, M. de La-
moignon de Malesherbes, Premier Président, pro-
nonça un discours sur la nécessité de ne point s'ecar-
ter des anciennes maximes. M. Boula de Mareuil
Avocat Général, prit ensuite la parole, & recom-
manda l'attontion sur le choix des Livres.
Le concours ayant été ouvert, pour disputer
les deux Chaires qui vaquoient dans la Fatulté de
Droit, Messieurs Thomassin & Lorry ont empor-
té les suffrages. Ils furent installés le 4, & après
une Harangue prononcée par M. Bernard, le plus
ancien des Docteurs Régens, les deux nouveaux
Professeurs firent leur discours de remerciement:
les gens du Roi, & plusieurs autres Personnes de
JANVIER. 1752.
197
distinction se trouverent à cette cétémonie.
L'Académie Royale de Chirurgie propose,
pour le prix quelle doit donner en 1753, la ques-
tion suivante: Le feu, ou cautere actuel, n'a-t'il
pas été trop employé par les anciens, & trop négligé
par les modernes? En quel cas ce moyen doit il être
préferé aux autres pour la cure des maladies Chirur-
gicales, & quelles sont les raisons de préference :
Le 25 Août 1752, l'Académie des Belles-Let-
tres, établie à Montauban, donnera le prix d'E-
loquence qu'elle a coutume d'adjuger tous les
ans, & elle propose pour sujet: La vraie Philoso-
phie est incompatible avec l'irreligion, conformement
à ces paroles du Livre de la Sagesse: Hæc cogita-
verunt, & erraverunt.
Le 9, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-huit cens quatre-vingt-deux livres
dix sols; les Billets de la premiere Lotterie Roya-
le, à sept cens cinq livres; & ceux de la seconde,
à six cens cinquante six livres.
Le 12, troisième Dimanche de l'Avent, le Roin
& la Reine, accompagnés de Monseigneur le
Dauphin, de Madanie la Dauphine, & de Mes-
dames de France, entendirent le Sermon de l'Ab-
be Froquieres, Chanoine & Théologal de l'Eglise
Cathédrale de Noyon. Leurs Majestés assisterent
ensuite aux Vêpres & au Salut.
Le Roi alla le 10 se promener à Trianon; le 9,
le 11 & le 13, Sa Majesté a pris le divertissement
de la Chasse.
Le 13, le Roi partit pour aller quelques jours
au Chateau de Bellevue.
On a publié le 15 une Déclaration du Roi, la-
quelle porte que dans tous les procès, qui seront
de nature à êtte jugés dans les Sièges Presidiaux
on dernier Ressort au premier Chef de l'Edit du
1 iij
198 MERCUREDEFRANCE.
mois de Jonvier 1751, la plutalité d'une seule
voix pour l'un des avis formura dorénavant le
jugement.
Le quatrième tirage de la leconde Lotterie
Royale, se fera le 7 du mois de Janvier prochain
dans la grande Salle de l'Hotel-de-Ville, en la
maniere accoûtumée.
La Compagnie des Indes tint le 24, en son
Hôtel une assemblée générale, dans laquelle tout
Actionnaire, qui avoit disposé vingt quatre Ac-
tions, ent séance & voix délibérative.
Les ,cent-onze Chirurgiens, que le Roi avoit
privés du droit d'assister aux assemblées de la Fa-
culté de S. Côme, ayant signé une iétractation
de la Requête qui avoit occasionné leur exclusion,
Sa Majesté a bien voulu les tétablit dans toutes
leurs prérogatives.
Selon les Lettres de Bordeaux du 4, on y a ap-
pris que le 11 du mois de Septembre dernier, il
y avoit eu dans la Bande du Sud de Saint Domin-
gue un ouragan si violent, & une augmen:ation
si considérable de mirée, que le Bourg de Jac-
quemelle avoit été inonde. Toutes les maisons
de ce Bourg ont été renversées, à l'exception de
deux qui sont réstées couvertes de sable. Le Na-
vire le Sceptre, de la Rochelle; & un Batiment
de Saint Louis, se sont brisés contre la Côte.
Leur cargaison a été entierement perdue, & deua
matelots ont péri. De tous les Bâtimens qui
étoient dans les parages, il n'y a eu qu'un Roche-
lois & un Nantois, qui n'ayent pas échové. On
espére d'en relever quelques uns, partrculiere-
ment deux, nommés le Berger, & le David. Le
vent n'a pas fait à terre un moindre ravage. Il
a couché toutes les Cannes du Sucre, déraciné
un grand nombre de Cottoniers, & endommagé
plusieurs moulins.
JANVIER.
1752.
199
On est informé que les Navires la Gloire & le
Ponchartrain, sont artivés, le premier au Cap, le
second au Port-au-Prince, lieu de leur destina-
tion.
Si l'on en croit le rapport des équipages de
quelques Batimens, le Navire le Renard, com-
mandé par le Capitaine Figoly, s'est perdu à l'Isse
de Wight. Il venoit du Cap, & étoit destiné pour
le Havre.
Le 16, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-huit cens quatre vingt-douze livres;
les Billets de la premiere Lotterie Royale, à sept
cens quatre; & ceux de la seconde, à six cens cin-
quante- trois livres.
Le Roi, qui étoit arrivé du Château de la
Meute le 2 Décembre dernier, y retourna
le 4, & revint à Versailles la nuit du 6 au 7, avec
Mor deigneur le Dauphin & Mesdames de France
qui é toient aliés le 6 joindre Sa Majesté.
adame Louise prit le 3 les eaux de Vichy, &
M
cette Princesse a pris Médecine.
le 4,
Reine communia le 7 par les mains de l'Ab-
La
Indigné, son Aumônier en quartier.
bé d'.
même jour, le Bailli de Froulay, Ambassa-
Le
deur
ordindire de la Religion de Malte, eut une
audier
ice particuliere du Roi, dans laquelle il
compl.
imenta Sa Majesté sur la naissance de Mon-
seignei
ir le Duc de Bourgogne. Le Bailli de Frou-
lay sut
conduit à cette audience pat le Chevalier
de Sain
ctot, Introducteur des Ambassadeurs.
Le 8
„Fête de la Conception de la Sainte Vier-
ge, let
us Mejestés accompagnées de Monseigneur
le Dau-
phin, de Madame la Dauphine & de Mes-
dames
de France, entendirent le Sermon de l'Ab-
bé Fro
quieres, Chanoine & Théologal de l'Eglise
Cathée
lrale de Noyon, & assisterent ensuite aux
Vêpre:
chantées par la Musique.
Sa!
dajesté a donné au Prince de Conti le Gou-
vernei
nent du Château d'Alais, qu'avoit le Ma-
réchal
de la Fatre, & au Maréchal de la Farre le
Gouv
ernement de Graveline, vacant par la mort
du M
urquis de Broglie; le Duc de Broglie, Lieu-
1ij
gitized by Goc
-r-
196MERCURE DE FRANCE.
tenant Général de l'Infanterie, a obtenu le Gou-
vernement de Bethune, qui vaquoit pat la mort
du Maréch al de Laval-Montmorency.
Le Marquis de Monteynard, Maréchal de
Camp, & le Marquis de Choiseul Beaupré, ont
été nommés Inspecteurs Généraux de l'Infan-
terie.
Le Roi a accordé à M. de Nozieres le Régi-
ment d'Infanterie de Flandte, vacant par la dé-
mission du Marquis de Choiseul Beaupré, qui
passe en qualité de Colonel & Brigadier dans le
Régiment des Grenadiers de France.
M. le Bret, un des Avocats Généraux du Parle-
ment, a ouvert les audiences de la Grand'-Cham-
bre, par une Harangue sur la gloire propre au
Barreau. Cette Harangue fut suivie d'un discours
de M. de Maupeou, Premier Président sur l'ému-
lation. Les mercuriales se sont faites, suivant l'u-
sage, & M. d'Ormesson de Noyseau, Premier
Avocat Général, a parlé contre le défaut des per-
sonnes, qui ne veulent pas être ce qu'elles sont, &
qui veulent paroitre ce qu'elles ne sont pas.
A la rentrée de la Cour des Aides, M. de La-
moignon de Malesherbes, Premier Président, pro-
nonça un discours sur la nécessité de ne point s'ecar-
ter des anciennes maximes. M. Boula de Mareuil
Avocat Général, prit ensuite la parole, & recom-
manda l'attontion sur le choix des Livres.
Le concours ayant été ouvert, pour disputer
les deux Chaires qui vaquoient dans la Fatulté de
Droit, Messieurs Thomassin & Lorry ont empor-
té les suffrages. Ils furent installés le 4, & après
une Harangue prononcée par M. Bernard, le plus
ancien des Docteurs Régens, les deux nouveaux
Professeurs firent leur discours de remerciement:
les gens du Roi, & plusieurs autres Personnes de
JANVIER. 1752.
197
distinction se trouverent à cette cétémonie.
L'Académie Royale de Chirurgie propose,
pour le prix quelle doit donner en 1753, la ques-
tion suivante: Le feu, ou cautere actuel, n'a-t'il
pas été trop employé par les anciens, & trop négligé
par les modernes? En quel cas ce moyen doit il être
préferé aux autres pour la cure des maladies Chirur-
gicales, & quelles sont les raisons de préference :
Le 25 Août 1752, l'Académie des Belles-Let-
tres, établie à Montauban, donnera le prix d'E-
loquence qu'elle a coutume d'adjuger tous les
ans, & elle propose pour sujet: La vraie Philoso-
phie est incompatible avec l'irreligion, conformement
à ces paroles du Livre de la Sagesse: Hæc cogita-
verunt, & erraverunt.
Le 9, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-huit cens quatre-vingt-deux livres
dix sols; les Billets de la premiere Lotterie Roya-
le, à sept cens cinq livres; & ceux de la seconde,
à six cens cinquante six livres.
Le 12, troisième Dimanche de l'Avent, le Roin
& la Reine, accompagnés de Monseigneur le
Dauphin, de Madanie la Dauphine, & de Mes-
dames de France, entendirent le Sermon de l'Ab-
be Froquieres, Chanoine & Théologal de l'Eglise
Cathédrale de Noyon. Leurs Majestés assisterent
ensuite aux Vêpres & au Salut.
Le Roi alla le 10 se promener à Trianon; le 9,
le 11 & le 13, Sa Majesté a pris le divertissement
de la Chasse.
Le 13, le Roi partit pour aller quelques jours
au Chateau de Bellevue.
On a publié le 15 une Déclaration du Roi, la-
quelle porte que dans tous les procès, qui seront
de nature à êtte jugés dans les Sièges Presidiaux
on dernier Ressort au premier Chef de l'Edit du
1 iij
198 MERCUREDEFRANCE.
mois de Jonvier 1751, la plutalité d'une seule
voix pour l'un des avis formura dorénavant le
jugement.
Le quatrième tirage de la leconde Lotterie
Royale, se fera le 7 du mois de Janvier prochain
dans la grande Salle de l'Hotel-de-Ville, en la
maniere accoûtumée.
La Compagnie des Indes tint le 24, en son
Hôtel une assemblée générale, dans laquelle tout
Actionnaire, qui avoit disposé vingt quatre Ac-
tions, ent séance & voix délibérative.
Les ,cent-onze Chirurgiens, que le Roi avoit
privés du droit d'assister aux assemblées de la Fa-
culté de S. Côme, ayant signé une iétractation
de la Requête qui avoit occasionné leur exclusion,
Sa Majesté a bien voulu les tétablit dans toutes
leurs prérogatives.
Selon les Lettres de Bordeaux du 4, on y a ap-
pris que le 11 du mois de Septembre dernier, il
y avoit eu dans la Bande du Sud de Saint Domin-
gue un ouragan si violent, & une augmen:ation
si considérable de mirée, que le Bourg de Jac-
quemelle avoit été inonde. Toutes les maisons
de ce Bourg ont été renversées, à l'exception de
deux qui sont réstées couvertes de sable. Le Na-
vire le Sceptre, de la Rochelle; & un Batiment
de Saint Louis, se sont brisés contre la Côte.
Leur cargaison a été entierement perdue, & deua
matelots ont péri. De tous les Bâtimens qui
étoient dans les parages, il n'y a eu qu'un Roche-
lois & un Nantois, qui n'ayent pas échové. On
espére d'en relever quelques uns, partrculiere-
ment deux, nommés le Berger, & le David. Le
vent n'a pas fait à terre un moindre ravage. Il
a couché toutes les Cannes du Sucre, déraciné
un grand nombre de Cottoniers, & endommagé
plusieurs moulins.
JANVIER.
1752.
199
On est informé que les Navires la Gloire & le
Ponchartrain, sont artivés, le premier au Cap, le
second au Port-au-Prince, lieu de leur destina-
tion.
Si l'on en croit le rapport des équipages de
quelques Batimens, le Navire le Renard, com-
mandé par le Capitaine Figoly, s'est perdu à l'Isse
de Wight. Il venoit du Cap, & étoit destiné pour
le Havre.
Le 16, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-huit cens quatre vingt-douze livres;
les Billets de la premiere Lotterie Royale, à sept
cens quatre; & ceux de la seconde, à six cens cin-
quante- trois livres.
Fermer
1886
p. 199
BENEFICES DONNÉS.
Début :
Le Roi a accordé l'Abbaye sécularisée de Saint Victor de Marseille, à l'Abbé de Lorraine ; l'Abbaye [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNÉS.
BENEFICES DONNÉS.
Le Roi a accordé l'Abbaye sécularisée de Saint
Victor de Marseille, à l'Abbé de Lorraine ; l'Abbaye
Réguliere de Monstierneuf, Ordre de Saint
Benoît, Diocése de Poitiers, à Dom Cosme, Reli-
gieux du même Ordre, & celle de la Piété-Dieu,
Ordre de Citeaux, Diocése de Troyes, à Dom
Dartois, Religieux du même Ordre.
Le Roi a accordé l'Abbaye sécularisée de Saint
Victor de Marseille, à l'Abbé de Lorraine ; l'Abbaye
Réguliere de Monstierneuf, Ordre de Saint
Benoît, Diocése de Poitiers, à Dom Cosme, Reli-
gieux du même Ordre, & celle de la Piété-Dieu,
Ordre de Citeaux, Diocése de Troyes, à Dom
Dartois, Religieux du même Ordre.
Fermer
1887
p. 214
« On distribuera vers le milieu du mois un second Mercure de Janvier qui contiendra uniquement les [...] »
Début :
On distribuera vers le milieu du mois un second Mercure de Janvier qui contiendra uniquement les [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On distribuera vers le milieu du mois un second Mercure de Janvier qui contiendra uniquement les [...] »
On distribuera vers le milieu du mois un second
Mercure de Janvier qui contiendra uniquement les
vers qui ont été faits, & les fêtes qui ont été don-
nices a l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Mercure de Janvier qui contiendra uniquement les
vers qui ont été faits, & les fêtes qui ont été don-
nices a l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Fermer
1888
p. 3-9
PREDICTION SUR LA NAISSANCE D'UN DUC DE BOURGOGNE. Par Madame Curé.
Début :
Loin d'ici Fées mensongeres du Parnasse, dont le langage fut [...]
Mots clefs :
Prédiction, Naissance du duc de Bourgogne, Peuples, Temps, Traits, Fils, Yeux, Dieux, Fille, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREDICTION SUR LA NAISSANCE D'UN DUC DE BOURGOGNE. Par Madame Curé.
PREDICTION
SUR LA NAISSANCE
D'UN DUC
DE BOURGOGNE.
Par Madame Curé.
Loin d'ici Fées mensongeres du
Parnasse, dont le langage fut
de tout tems consacré à l'impos-
ture. Je renonce à vos faveurs.
Vous fites jadis entendre sur le Tybre in-
digné, des accens impies, à la louange
A ij
II. Vol.
Digsiues vO
4 MERCUREDEFRANCE.
du * Meurtrier d'Agripine. Pour combien
de Tyrans vos nourrissons insensés allu-
merent-ils un encens criminel? Que de
traits leur plume sacrilège ne lança t'elle
pas contre des Héros bien-faisans, les
délices de leurs peuples & de toute la terre?
.
Je t'invoque, fils de l'Océan & de
Thétis, volage & savant Protée, à qui le
Livre des Destins est ouvert. Fais moi lire
dans l'avenit: éclaire moi. Quels seront
les fruits de l'Hymen glorieux qui joint
l'Auguste Lovis avec l'adorable Jo-
SEPHE? **Nos voeux & nos espérances
seront-ils trompés? La seule violence
peut, dit-on, arracher tes faveurs: mais
que peut une foible mortelle contre les
Dieux? Mes voeux & mon zéle seront les
sculs efforis que j'employrai pour te fixer.
Quels sentimens inconnus s'emparent
de moi! Je trenible, je frissonne. Quels
rayons viennent m'éclairer! L'avenir se dé-
voile à mesyeux. J'entens les bords enchan-
tés de la Seine reteutir de mille concerts
harmonieux. Les Peuples enyvtés de joie &
*Lucain dans sa Pharsile, a lové Nerou,
** Marie Josephe, P. iacesse de Pologue.
JANVIER. 1752.
d'allégresse célébrent à l'envi la bonté des
immortels. Un nouveau Lys va naître sur
nos rives fortunées. Lucine tend déja ses
mains propices à la Princesse adorable qui
le donne à notre amour. Parez- vous,
Apollon, de traits nouveaux & plus bril-
lans. Répandez, mon frere, une lumiere
& plus pure & plus belle. Elle va frapper
pour la premiere fois les yeux charmans
du petit- fils de LOVIS & de MARIN-
Je le vois dans son divin berceau entou-
ré des ris, des jeux & des graces. Vénus
en sa faveur, pardonne à la beauté de sa
rivale, la fille du Roi des Sarmates. * Elle
prodigue à cet enfant gloneux ses caresses.
Le Dieu de Paphos laissant tomber son arc
de ses mains redoutables, l'air sombre &
la tênte baissée, gémit & soupire, Ah! s'é-
crie-t'il, mon Empire est perdu! Je vois
un rival invincible dans cet enfant: il a
mes traits, mes graces: mais ai- je des yeux
comme lui, capables d'enflammer les cieux
& la tetre?
W
Tu souris, Prince illustre: l'Amour ir-
rité s'envole. Ah! quelle différence entre
toi & ceDieu cruel! Que de Sceptres brises!
La sille du Roi des Sarmates, c'est Madame
la Dauphine, qui est fille du Roi de Pologne. Les
Polonois s'appelloient autresois Sarmates.
Aiij
6 MERCUREDEFRANCE.
Que de Cités ravagées ; De combien de
maux & de calamités n est-il point l'Artisan
funeste? Mais que de Trônes soutenus! Que
de Nations sauvées! Que de bonheur & de
prospérité ta main prodigue va répandre
sur l'Univers!
Marchant sur les traces de ton auguste
Ayeul & de son fils, & digne comme eux
du nom si rare de BIEN-AIME, tuembarras-
seras l'Histoire. Clio, destinée à débrouiller
le cahos des Tems, nommera confusément,
dans nos fastes, trois Titus, plus ressemblans
encore par la bonté, la clemence, & par
routes les vertus des grands Rois, que par
le nom flatteur qui les annonce.
Peuples asservis sous un Maître barba-
re, * Grecs infortunés si différens de vos
Peres, fermez vos coeurs à une joye insen-
sée. Des Devins trompeurs brisant fausse-
ment, dans leurs oracles, vos fers & vos
chaînes, planterent nos Lys sut vos tristes
rives. Vaines illusions! Frivoles espéran-
ces ! Les destins propices préparent au
Prince qui vient de naître un bonheur plus
doux & plus sensible: il augmentera celui
de ses peuples.
* Ceitains Entousiastes ont prédit que la Fran-
ce détruiroit l'Empire des Turcs.
30
JANVIER.
1752.
La fille de Jupiter & de Thémis, Astrée
quitte les Cieux; elle vient habiter les
climats heureusemeni sou misà la Loi des
BOURBONS. Dicux! Quels tems me
découvres-tu, sçavant Prothée! L'avarice
expire, la discorde frémit, la pauvreté
s'envole, le fortuné Gaulois n'a de désirs
que pour remplir ceux des autres, de dé-
bats que pour exercer, à l'envi, sa généro-
fité, & de besoins que celui de remerciet
les Dieux de son abondance.
Le Tytan de nos plaisirs, le vil intérêt ne
forge plus de traits dorés pour le Dicu d'A-
mathonte. La tendresse, la constance, le
mystere effacent l'éclat des métaux funestes
qu'une main avare tira des entrailles de la
terre. Les Amans sçauront aimer; ils soupite-
ront pour des charmes toujours nouveaux
& toujours les mêmes, & ils ne s'en vante-
ront qu'à l'objet de leurs flammes.
L'ouvrage divin, dont le Vainqueur
pacisique de Fontenoy a jetté les fonde-
mens, s'acheve. Je vois la paix bâtir de ses
mains tranquilles son empire sur les debris
de celui de Bellone. L'arbre de Minerve
répand de toutes parts ses rameaux ver-
A iiij
LeNOO
9MERCURE DE FRANCE-
doyans. L'ambition, la cruauté & l'injustice
unissent envain leur fureur pour r'ouvrir-
un Templobarbare teint du sang des mortels
dévoués au Dieu des meurtres & du carnage.
Quel spectacle frappe mes yeux ! Je
vois, sous un ciel sercin & tranquille,
mille & mille Laboureurs amasser à l'en-
vi les dons abondans de la blonde Cerés.
La faux du Soldat effréné n'a pas moisson-
né leurs douces espérances. Bien-tôt, au
milieu de leurs chastes épouses & de leurs
enfans chéris, ils vont rroubler agréable-
ment le silence de leurs foyers parsibles,
par des hymnes sacrées que leur inspirora la
piété & la reconnoissance. Le doux Nectat
du fils de Sémelle prête une nouvelle force
à leurs voix saintement fatiguées. Les
Dieux applaudissent eux mêmes à des fêtes
dont ils ont dicté l'appareil.
Tu m'abandonnes, Dieu volage, incons-
tant Prothée. L'avenit se dérobe à mes
yeux. J'apperçois un tems bien différent,
trop présent encore à ma douleur; le pas-
sé funeste, où la Parque m'enleva le mor-
tel vertueux dont l'hymen avoit uni nos
destinées. Hélas! Quel abattement! Quel-
les douleurs! Mais de quels sons généreux-
viens-tu frapper mes oreilles? Je t'entens,
300
JANVIER. 1732.
ombre plaintive: Cesse, dis-tu, de répan-
dre des larmes stériles sur ma cendre: je-
quitte ta tendresse de regrets superflus: ta
Patrie prospére, tout rit à LO uIS: Ses
peuples sont heureux. Ton coeur pourroit-
il encore s'ouvrit à la tristesse:
SUR LA NAISSANCE
D'UN DUC
DE BOURGOGNE.
Par Madame Curé.
Loin d'ici Fées mensongeres du
Parnasse, dont le langage fut
de tout tems consacré à l'impos-
ture. Je renonce à vos faveurs.
Vous fites jadis entendre sur le Tybre in-
digné, des accens impies, à la louange
A ij
II. Vol.
Digsiues vO
4 MERCUREDEFRANCE.
du * Meurtrier d'Agripine. Pour combien
de Tyrans vos nourrissons insensés allu-
merent-ils un encens criminel? Que de
traits leur plume sacrilège ne lança t'elle
pas contre des Héros bien-faisans, les
délices de leurs peuples & de toute la terre?
.
Je t'invoque, fils de l'Océan & de
Thétis, volage & savant Protée, à qui le
Livre des Destins est ouvert. Fais moi lire
dans l'avenit: éclaire moi. Quels seront
les fruits de l'Hymen glorieux qui joint
l'Auguste Lovis avec l'adorable Jo-
SEPHE? **Nos voeux & nos espérances
seront-ils trompés? La seule violence
peut, dit-on, arracher tes faveurs: mais
que peut une foible mortelle contre les
Dieux? Mes voeux & mon zéle seront les
sculs efforis que j'employrai pour te fixer.
Quels sentimens inconnus s'emparent
de moi! Je trenible, je frissonne. Quels
rayons viennent m'éclairer! L'avenir se dé-
voile à mesyeux. J'entens les bords enchan-
tés de la Seine reteutir de mille concerts
harmonieux. Les Peuples enyvtés de joie &
*Lucain dans sa Pharsile, a lové Nerou,
** Marie Josephe, P. iacesse de Pologue.
JANVIER. 1752.
d'allégresse célébrent à l'envi la bonté des
immortels. Un nouveau Lys va naître sur
nos rives fortunées. Lucine tend déja ses
mains propices à la Princesse adorable qui
le donne à notre amour. Parez- vous,
Apollon, de traits nouveaux & plus bril-
lans. Répandez, mon frere, une lumiere
& plus pure & plus belle. Elle va frapper
pour la premiere fois les yeux charmans
du petit- fils de LOVIS & de MARIN-
Je le vois dans son divin berceau entou-
ré des ris, des jeux & des graces. Vénus
en sa faveur, pardonne à la beauté de sa
rivale, la fille du Roi des Sarmates. * Elle
prodigue à cet enfant gloneux ses caresses.
Le Dieu de Paphos laissant tomber son arc
de ses mains redoutables, l'air sombre &
la tênte baissée, gémit & soupire, Ah! s'é-
crie-t'il, mon Empire est perdu! Je vois
un rival invincible dans cet enfant: il a
mes traits, mes graces: mais ai- je des yeux
comme lui, capables d'enflammer les cieux
& la tetre?
W
Tu souris, Prince illustre: l'Amour ir-
rité s'envole. Ah! quelle différence entre
toi & ceDieu cruel! Que de Sceptres brises!
La sille du Roi des Sarmates, c'est Madame
la Dauphine, qui est fille du Roi de Pologne. Les
Polonois s'appelloient autresois Sarmates.
Aiij
6 MERCUREDEFRANCE.
Que de Cités ravagées ; De combien de
maux & de calamités n est-il point l'Artisan
funeste? Mais que de Trônes soutenus! Que
de Nations sauvées! Que de bonheur & de
prospérité ta main prodigue va répandre
sur l'Univers!
Marchant sur les traces de ton auguste
Ayeul & de son fils, & digne comme eux
du nom si rare de BIEN-AIME, tuembarras-
seras l'Histoire. Clio, destinée à débrouiller
le cahos des Tems, nommera confusément,
dans nos fastes, trois Titus, plus ressemblans
encore par la bonté, la clemence, & par
routes les vertus des grands Rois, que par
le nom flatteur qui les annonce.
Peuples asservis sous un Maître barba-
re, * Grecs infortunés si différens de vos
Peres, fermez vos coeurs à une joye insen-
sée. Des Devins trompeurs brisant fausse-
ment, dans leurs oracles, vos fers & vos
chaînes, planterent nos Lys sut vos tristes
rives. Vaines illusions! Frivoles espéran-
ces ! Les destins propices préparent au
Prince qui vient de naître un bonheur plus
doux & plus sensible: il augmentera celui
de ses peuples.
* Ceitains Entousiastes ont prédit que la Fran-
ce détruiroit l'Empire des Turcs.
30
JANVIER.
1752.
La fille de Jupiter & de Thémis, Astrée
quitte les Cieux; elle vient habiter les
climats heureusemeni sou misà la Loi des
BOURBONS. Dicux! Quels tems me
découvres-tu, sçavant Prothée! L'avarice
expire, la discorde frémit, la pauvreté
s'envole, le fortuné Gaulois n'a de désirs
que pour remplir ceux des autres, de dé-
bats que pour exercer, à l'envi, sa généro-
fité, & de besoins que celui de remerciet
les Dieux de son abondance.
Le Tytan de nos plaisirs, le vil intérêt ne
forge plus de traits dorés pour le Dicu d'A-
mathonte. La tendresse, la constance, le
mystere effacent l'éclat des métaux funestes
qu'une main avare tira des entrailles de la
terre. Les Amans sçauront aimer; ils soupite-
ront pour des charmes toujours nouveaux
& toujours les mêmes, & ils ne s'en vante-
ront qu'à l'objet de leurs flammes.
L'ouvrage divin, dont le Vainqueur
pacisique de Fontenoy a jetté les fonde-
mens, s'acheve. Je vois la paix bâtir de ses
mains tranquilles son empire sur les debris
de celui de Bellone. L'arbre de Minerve
répand de toutes parts ses rameaux ver-
A iiij
LeNOO
9MERCURE DE FRANCE-
doyans. L'ambition, la cruauté & l'injustice
unissent envain leur fureur pour r'ouvrir-
un Templobarbare teint du sang des mortels
dévoués au Dieu des meurtres & du carnage.
Quel spectacle frappe mes yeux ! Je
vois, sous un ciel sercin & tranquille,
mille & mille Laboureurs amasser à l'en-
vi les dons abondans de la blonde Cerés.
La faux du Soldat effréné n'a pas moisson-
né leurs douces espérances. Bien-tôt, au
milieu de leurs chastes épouses & de leurs
enfans chéris, ils vont rroubler agréable-
ment le silence de leurs foyers parsibles,
par des hymnes sacrées que leur inspirora la
piété & la reconnoissance. Le doux Nectat
du fils de Sémelle prête une nouvelle force
à leurs voix saintement fatiguées. Les
Dieux applaudissent eux mêmes à des fêtes
dont ils ont dicté l'appareil.
Tu m'abandonnes, Dieu volage, incons-
tant Prothée. L'avenit se dérobe à mes
yeux. J'apperçois un tems bien différent,
trop présent encore à ma douleur; le pas-
sé funeste, où la Parque m'enleva le mor-
tel vertueux dont l'hymen avoit uni nos
destinées. Hélas! Quel abattement! Quel-
les douleurs! Mais de quels sons généreux-
viens-tu frapper mes oreilles? Je t'entens,
300
JANVIER. 1732.
ombre plaintive: Cesse, dis-tu, de répan-
dre des larmes stériles sur ma cendre: je-
quitte ta tendresse de regrets superflus: ta
Patrie prospére, tout rit à LO uIS: Ses
peuples sont heureux. Ton coeur pourroit-
il encore s'ouvrit à la tristesse:
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1889
p. 9-14
LES HOMMAGES DU PARNASSE, Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Par M. Gautier, Ancien Valet-de-Chambre de Sa Majesté.
Début :
Cedant hier à l'esprit qui m'entraîne, [...]
Mots clefs :
Apollon, Roi, Cour, Gloire, Héros, Temple, Dieu, Arts, Yeux, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES HOMMAGES DU PARNASSE, Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Par M. Gautier, Ancien Valet-de-Chambre de Sa Majesté.
LES HOMMAGES
DU PARNASSE,
Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Par M. Gaubier, Ancien Valet-de-Chambre
de Sa Majesté.
Cedant hier à l'esprit qui m'entraîne,
J'osai porter mes pas dans le sacré valon;
l'échapai pat mes soins aux regurds d'Apollon,
Et côto yant saus bruit los bords de l'Hypocrene,,
J'atrive ensin au céleste séjour,
Od le Dieu des Arts tient sa cour.
La Nature toujours si féconde en miracles,
N'offrit jamais aux regards curieux
De plus magnisiques spectacles
Que ceux qui frapperent mes yeux.
Au sein du remple de Mémoire,
Apollon sur un Tronde élevé par la Gloire,
AV
10 MERCURE DE FRANCE
Entouré des Plaisirs, soutenu par les Arts,
Sur sa brillante Cour, promenoit ses regards.
Autour de lui les neuf Muses rangées,
Portoient les attributs divers
Des Sciences toujours par elles protégées
Et dont la connoissance enrichit l'univers.
De tous côtés accouroient sur leurs traces,
Les Poëtes fameux leurs plus chers favoris;
Autour d'eux voltigeoient les Graces
Qui leur avoient inspiré leuts écrits.
On voyoit le Chantre d'Achille
Couduire ce Héros à l'immottalité.
Près de lui paroissoit Virgile,
Dont la plume toujours fertile,
Sçut peindre à l'esprit enchanté
Mille sujets divers avec même beauté.
Le Maître de l'Art Poëtique
Chantre divin & famoux satyrique,
Horace y paroissoit avec ces traits mordans,
Dont il sçut foudroyer les vices de son tems.
Mais sur un lit de fleurs formé par la mollesse,
Sans cesse raffraîchi par l'aîle du Zéphir
l'apperçois dans les bras du Dieu de la tendresse
Le Légissaetur du plaisir.
C'est Ovile, le tendie Ovide
Ce Maître de la liberté.
Que la délicatesse guide
Daus ses leçons de volupte,
JANVIER.
1752.
11
L'Amour reçoit de lui son carquois & ses armes.
De lui l'Amour emprunte tous ses charmes,
Mortel divin fait pout tout animer,
Toi, par qui le plaisit respire sur la terre,
L'Amour t'inspira l'Art d'aimer,
Il apprend de toi l'Art de plaire.
Tandis qu'Ovide artête, & mon cour & met
yeux,
Apollon s'adressant à tous ces demi-Dieur
Leur dit avec un doux sourire:
Ornemens de ma Gloire, appui de mon Empire,
Je vous ai tous rassemblés dans ce jour-
Pour célébrer aux accords de ma lyre,
Le bonheur des Etats od LovIS tient ma Cour.
L'Hymen toujours heureux sous les loix de l'A-
mour
Donne un Prince aux François; cette illustre
naissance
Assure enfin le destin de la France.
Tous les Dieux à l'envi, répandent tour à tour
Sur cer Auguste Enfant une heureuse influence:
Et ce Prince, en un mot, est l'obiet précieur
Des vœux de l'nivers, & des faveurs des Dieuni-
Sur lui Jupiter lance un rayon de sa gloire,
Mars lui promet des jours tissus par la Victoite;:
Pallas de ses conseils, éclairant ses projets,
Guidera son jeune courage.
Craint de ses Ennemis, aimé de ses Sujets,,
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
Il aura les vertus du Héros & du Sage.
Tout lui promet le destin le plus beau,
Et si la slamme éclaire son berceau*,
On n'en doit concevoir qu'un illustre présage,
De son éclat futur, cet époque est le gage:
De l'Inde le Vainqueur fameux,
Le rival du Dieu des batailles,
Alexandre naquit à la clatté des feux
Qui du Temple d'Ephése embrasoient les murail.
les.
Rappellex-vous son pere au milieu des hazards,
D'un Roi victorieux suivant les étendarts.
Petit Fils de LOUIS, il suivra son exemple:
La Race des BOURBONS est celle des Heros;
Illustre enfin jusques dans le repos,
Adoré des mortels, leur cœeur sera son Temple.
Chanten les vertus, la beauté
D'une Auguste & jeune Princesse,
Qui paye à son époux le prix de sa tendresse,
En donnant un Héros à l'immortalité.
La cohorte celeste à l'instant réunie
Secondant les vœux d'Apolion,
Consacre de ses chants le divine harmonie,
A celebrer la Race de BOURBON.
*Le jour de la Naissance de Manseieneur le Das
de Bengogne. la sen o tris à la grana E curie du
Rei, à V'erfailles.
Er Alexanire naquis le nne jorr que le Terpie-
de Diaus ju: crie a Epiisc.
nes uO
JANVIER.
1752.
13.
Si j'eusse été prudent, si j'eusse pu me taire,
J'aurois vu jusqu'au bout cet auguste mystére;
Mais d'un zele indiscret me laissant emportet,
Voyant louer mes Rois, je me mis à chanter,
On s'apperçut bientôt que quelque téméraire
Jusqu'au Temple des Arts avoit osé monter.
Aux accens de ma voix, la douce melodie.
Au même instant avoit cessé,
Et de Chaptres divins. un essain amassé
Menaçoit de changer la Fête en Tragédie,
Quand Apollon surptis de ma témérité,
M'appelle, & me lançant, un regard irrité:
Mortel audacieux, me dit- il en colere:
Quel dessein t'amene en ces lieux?
L'Amout, le zele & le desir de plaire,
Repondis je, en baissant. les yeux;
A qui : reprit ce Dicu d'un ton moins furieux;
Au Monarque immortel, dont vous aimes la
gloire,
A mon Roi respecté de tous ces demi-Dieur,
Et dont je vois la place au Temple de Mémoire.
Alois faisaut briller sur son front la douceur,
Vas, me dit Apolion, j'excuse ton andace,
Suis les mouremens de ton cœur.
Tu venx plaire à LOUIS, va, parts, je te fais.
grace,
Porte Iui le récit de nos divius Concerts,
Les voeux, les hommages divers
Des Habitans & da Dien de Parnasst.
14 MERCUF
CE.
AU ROI.
SIRE, par des accens trop peu dignes de vous.
Je sens que d'Apollon je remplis mal l'attente
Mais si tous protégez une Muse tretublante,
Je ne craindrai point son courroux,
La vanité n'a point monté ma lyre,
Le respect, seul encens, dont le Ciel soit jaloux,
Est, SIRE, dans ce jour le seul Diou qui m'inspire
DU PARNASSE,
Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Par M. Gaubier, Ancien Valet-de-Chambre
de Sa Majesté.
Cedant hier à l'esprit qui m'entraîne,
J'osai porter mes pas dans le sacré valon;
l'échapai pat mes soins aux regurds d'Apollon,
Et côto yant saus bruit los bords de l'Hypocrene,,
J'atrive ensin au céleste séjour,
Od le Dieu des Arts tient sa cour.
La Nature toujours si féconde en miracles,
N'offrit jamais aux regards curieux
De plus magnisiques spectacles
Que ceux qui frapperent mes yeux.
Au sein du remple de Mémoire,
Apollon sur un Tronde élevé par la Gloire,
AV
10 MERCURE DE FRANCE
Entouré des Plaisirs, soutenu par les Arts,
Sur sa brillante Cour, promenoit ses regards.
Autour de lui les neuf Muses rangées,
Portoient les attributs divers
Des Sciences toujours par elles protégées
Et dont la connoissance enrichit l'univers.
De tous côtés accouroient sur leurs traces,
Les Poëtes fameux leurs plus chers favoris;
Autour d'eux voltigeoient les Graces
Qui leur avoient inspiré leuts écrits.
On voyoit le Chantre d'Achille
Couduire ce Héros à l'immottalité.
Près de lui paroissoit Virgile,
Dont la plume toujours fertile,
Sçut peindre à l'esprit enchanté
Mille sujets divers avec même beauté.
Le Maître de l'Art Poëtique
Chantre divin & famoux satyrique,
Horace y paroissoit avec ces traits mordans,
Dont il sçut foudroyer les vices de son tems.
Mais sur un lit de fleurs formé par la mollesse,
Sans cesse raffraîchi par l'aîle du Zéphir
l'apperçois dans les bras du Dieu de la tendresse
Le Légissaetur du plaisir.
C'est Ovile, le tendie Ovide
Ce Maître de la liberté.
Que la délicatesse guide
Daus ses leçons de volupte,
JANVIER.
1752.
11
L'Amour reçoit de lui son carquois & ses armes.
De lui l'Amour emprunte tous ses charmes,
Mortel divin fait pout tout animer,
Toi, par qui le plaisit respire sur la terre,
L'Amour t'inspira l'Art d'aimer,
Il apprend de toi l'Art de plaire.
Tandis qu'Ovide artête, & mon cour & met
yeux,
Apollon s'adressant à tous ces demi-Dieur
Leur dit avec un doux sourire:
Ornemens de ma Gloire, appui de mon Empire,
Je vous ai tous rassemblés dans ce jour-
Pour célébrer aux accords de ma lyre,
Le bonheur des Etats od LovIS tient ma Cour.
L'Hymen toujours heureux sous les loix de l'A-
mour
Donne un Prince aux François; cette illustre
naissance
Assure enfin le destin de la France.
Tous les Dieux à l'envi, répandent tour à tour
Sur cer Auguste Enfant une heureuse influence:
Et ce Prince, en un mot, est l'obiet précieur
Des vœux de l'nivers, & des faveurs des Dieuni-
Sur lui Jupiter lance un rayon de sa gloire,
Mars lui promet des jours tissus par la Victoite;:
Pallas de ses conseils, éclairant ses projets,
Guidera son jeune courage.
Craint de ses Ennemis, aimé de ses Sujets,,
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
Il aura les vertus du Héros & du Sage.
Tout lui promet le destin le plus beau,
Et si la slamme éclaire son berceau*,
On n'en doit concevoir qu'un illustre présage,
De son éclat futur, cet époque est le gage:
De l'Inde le Vainqueur fameux,
Le rival du Dieu des batailles,
Alexandre naquit à la clatté des feux
Qui du Temple d'Ephése embrasoient les murail.
les.
Rappellex-vous son pere au milieu des hazards,
D'un Roi victorieux suivant les étendarts.
Petit Fils de LOUIS, il suivra son exemple:
La Race des BOURBONS est celle des Heros;
Illustre enfin jusques dans le repos,
Adoré des mortels, leur cœeur sera son Temple.
Chanten les vertus, la beauté
D'une Auguste & jeune Princesse,
Qui paye à son époux le prix de sa tendresse,
En donnant un Héros à l'immortalité.
La cohorte celeste à l'instant réunie
Secondant les vœux d'Apolion,
Consacre de ses chants le divine harmonie,
A celebrer la Race de BOURBON.
*Le jour de la Naissance de Manseieneur le Das
de Bengogne. la sen o tris à la grana E curie du
Rei, à V'erfailles.
Er Alexanire naquis le nne jorr que le Terpie-
de Diaus ju: crie a Epiisc.
nes uO
JANVIER.
1752.
13.
Si j'eusse été prudent, si j'eusse pu me taire,
J'aurois vu jusqu'au bout cet auguste mystére;
Mais d'un zele indiscret me laissant emportet,
Voyant louer mes Rois, je me mis à chanter,
On s'apperçut bientôt que quelque téméraire
Jusqu'au Temple des Arts avoit osé monter.
Aux accens de ma voix, la douce melodie.
Au même instant avoit cessé,
Et de Chaptres divins. un essain amassé
Menaçoit de changer la Fête en Tragédie,
Quand Apollon surptis de ma témérité,
M'appelle, & me lançant, un regard irrité:
Mortel audacieux, me dit- il en colere:
Quel dessein t'amene en ces lieux?
L'Amout, le zele & le desir de plaire,
Repondis je, en baissant. les yeux;
A qui : reprit ce Dicu d'un ton moins furieux;
Au Monarque immortel, dont vous aimes la
gloire,
A mon Roi respecté de tous ces demi-Dieur,
Et dont je vois la place au Temple de Mémoire.
Alois faisaut briller sur son front la douceur,
Vas, me dit Apolion, j'excuse ton andace,
Suis les mouremens de ton cœur.
Tu venx plaire à LOUIS, va, parts, je te fais.
grace,
Porte Iui le récit de nos divius Concerts,
Les voeux, les hommages divers
Des Habitans & da Dien de Parnasst.
14 MERCUF
CE.
AU ROI.
SIRE, par des accens trop peu dignes de vous.
Je sens que d'Apollon je remplis mal l'attente
Mais si tous protégez une Muse tretublante,
Je ne craindrai point son courroux,
La vanité n'a point monté ma lyre,
Le respect, seul encens, dont le Ciel soit jaloux,
Est, SIRE, dans ce jour le seul Diou qui m'inspire
Fermer
1890
p. 14-17
ODE A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
Rempli de l'attrait où m'engage [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Prince, Main, Poète, Désir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
ODE
A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Rempli de l'attrait où m'engage
Tout ce qu'on présage de toi,
Je veux t'offrir un tendre hommage
Mon cout m'en impose la loi:
Ma main sera son Interprête:
Mais, Prince charmant, un Poëte,
Seulement par amusement
Sans talent, sans art, sans délire,
Que jamais Apolion n'inspire,
Peut-il le faire dignement:
Non. De l'audace qui m'anime,
0
JANVIER.
1752.
Il faudroit arrêter le bruit;
Mais mon transport fût il un crime,
Mes yeux t'ont vû, ma main écrit.
Je suis saus doute un téméraire,
D'oser entrer dans la carriere
Où sont les Poëtes fameux
Que dis-je ? ils n'ont rien que j'envie:
S'ils me surpassent en génie,
L'amour me met au dessus d'eux,
L'éclat qui brille dans ta mere,
Est déja devenu le tien:
Imitant ton auguste pere:
Parfaitement digne du fien,
Tu seras grand, doux, équitable.
L'Empire des tiens est aimable
Il est beau de le soûtenir.
Ce n'est qu'en suivant leurs exemples,,
Que tu p.ux méniter les Temples
Que te prépare l'avenir.
Je chante, Prince, ta sagesse,
En chantant celle de mon Roi:
C'est ses vertus, c'est sa tendresse,
Que le desir admire en toi.
Ses hauts exploits, sa bonté rate,
L'heureuse Ecole qu'il. prépata
15
16. MERCURE DEFRANCE.
Aux fils des peres malheureux,
Assurent sa gloire constante
D'une immortalité brillante,
Conforme à l'ardent de nos veux.
Son nom est inêlé dans nos Fêtes
Aux noms des Rois les plus chéris:
Iliregne aujourd'hui sur nos têtes:
Ton Pere est le Roi de nos fils:
Nos neveux verront tou Empire;
Et, j'ose ici te le prédire,
Un Dieu caché parle à mon cour,
Te voyant marcher sur sa trace,,
Le Ciel éternisant ta race,
Eternisera leur bonheun
Je n'ai point le talent de plaire,
Je n'en connois que le desir;
Mais, jeune Prince, sans mystére,
Sourent on peur y parvenir.
Vets toi, sur cette confiance,
Mes chants volent en assurance,
Sur l'aile. de l'enchantement.
Ma Muse est peut-être indiscréte;
Mais contre le goût d'un Poëte,
La raison parle vainement.
JANVIER.
1752.
Reçois, grand Prince, mon hommage,
Prête l'oreille à mes accens;
Pout t'en crayonner une image
J'ai brulé mon premier encens.
Je ne pouvois. rien autre chose;
Et si déja plusieurs en prose
Te parloient avant mes Concerts,
Quand Page ouvrira ta pensée,
Souviens-toi que, l'ame embrasée,
Je l'ai fait le premier en vers.
Ciel! si jusques à ta mere
Mon ouvrage peut pénétrer
Quelle beauté, quel caractére,
Quel éclat y verrai- je entrer!
Il n'est plus rien qui m'épouvante:
Ses yeux, du feu qui nous enchante,,
Orneront mes expressions:
Ainsi l'Astre de la lumiere,
Parcourant sa vaste carriere,
Embellit tout de ses rayons.
Par M. D. L. F.
A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Rempli de l'attrait où m'engage
Tout ce qu'on présage de toi,
Je veux t'offrir un tendre hommage
Mon cout m'en impose la loi:
Ma main sera son Interprête:
Mais, Prince charmant, un Poëte,
Seulement par amusement
Sans talent, sans art, sans délire,
Que jamais Apolion n'inspire,
Peut-il le faire dignement:
Non. De l'audace qui m'anime,
0
JANVIER.
1752.
Il faudroit arrêter le bruit;
Mais mon transport fût il un crime,
Mes yeux t'ont vû, ma main écrit.
Je suis saus doute un téméraire,
D'oser entrer dans la carriere
Où sont les Poëtes fameux
Que dis-je ? ils n'ont rien que j'envie:
S'ils me surpassent en génie,
L'amour me met au dessus d'eux,
L'éclat qui brille dans ta mere,
Est déja devenu le tien:
Imitant ton auguste pere:
Parfaitement digne du fien,
Tu seras grand, doux, équitable.
L'Empire des tiens est aimable
Il est beau de le soûtenir.
Ce n'est qu'en suivant leurs exemples,,
Que tu p.ux méniter les Temples
Que te prépare l'avenir.
Je chante, Prince, ta sagesse,
En chantant celle de mon Roi:
C'est ses vertus, c'est sa tendresse,
Que le desir admire en toi.
Ses hauts exploits, sa bonté rate,
L'heureuse Ecole qu'il. prépata
15
16. MERCURE DEFRANCE.
Aux fils des peres malheureux,
Assurent sa gloire constante
D'une immortalité brillante,
Conforme à l'ardent de nos veux.
Son nom est inêlé dans nos Fêtes
Aux noms des Rois les plus chéris:
Iliregne aujourd'hui sur nos têtes:
Ton Pere est le Roi de nos fils:
Nos neveux verront tou Empire;
Et, j'ose ici te le prédire,
Un Dieu caché parle à mon cour,
Te voyant marcher sur sa trace,,
Le Ciel éternisant ta race,
Eternisera leur bonheun
Je n'ai point le talent de plaire,
Je n'en connois que le desir;
Mais, jeune Prince, sans mystére,
Sourent on peur y parvenir.
Vets toi, sur cette confiance,
Mes chants volent en assurance,
Sur l'aile. de l'enchantement.
Ma Muse est peut-être indiscréte;
Mais contre le goût d'un Poëte,
La raison parle vainement.
JANVIER.
1752.
Reçois, grand Prince, mon hommage,
Prête l'oreille à mes accens;
Pout t'en crayonner une image
J'ai brulé mon premier encens.
Je ne pouvois. rien autre chose;
Et si déja plusieurs en prose
Te parloient avant mes Concerts,
Quand Page ouvrira ta pensée,
Souviens-toi que, l'ame embrasée,
Je l'ai fait le premier en vers.
Ciel! si jusques à ta mere
Mon ouvrage peut pénétrer
Quelle beauté, quel caractére,
Quel éclat y verrai- je entrer!
Il n'est plus rien qui m'épouvante:
Ses yeux, du feu qui nous enchante,,
Orneront mes expressions:
Ainsi l'Astre de la lumiere,
Parcourant sa vaste carriere,
Embellit tout de ses rayons.
Par M. D. L. F.
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1891
p. 18-19
SUR LA NAISSANCE De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
Contemplez à loisir, impatiens François, [...]
Mots clefs :
Rois, Naissance du duc de Bourgogne, Puissance, Dieux, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA NAISSANCE De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
SUR LA NAISSANCE
De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Contemplez à loisir, impatiens François,
Ce fruit d'un saint hymen, où votre espoir se
fonde.
Sçachez que destinée à lui donner des loix,
L'Auguste Race de vos Rois,
Doit durer autant que le monde.
Que de garans n'aviez vos pas
Du présent que vous fait la céleste Puissance?
N'est-ce pas en faveur des sages Potentats,
Qu'éclate sa magnisicence!
Interrogez la Terre, interrogez les Cieux.
Tant de vertus, dont l'assemblage brille;
Dans le plus grand des Rois, l'Astre de sa famille,
Sont un encens, un parfum précieux,
Qui s'élevant jusqu'au Trône des Dieux,
En fait descendre sur la France,
Les Trésors de leur Providences
Le Ciel ne verse point tous ses dons à la fois,
Differens de ce que nous sommes,
Ces demi-Dieux, Enfans des Rois
Ne naissent pas comme les autres hommes.
JANVIER.
1752.
19
Par des présages éclatans,
De loin d'abord, il les présente,
Et nous les annonce long. tems,
Avant de templir notre attente.
S'il paroît quelquefois être sourd à nos vœux,
N'en doit- il rien couter pour devenir heureux?
Ce heau jour qui nous luit, ce jout devoit éclore
Du sein d'une bi illante Aurore,
Qui par son éclat edt détruit
Ces nuages épais, noirs enfaus de la nuit.
Il falloit, enchainant le démon de la guerre,
Que ce Roi qui toujours prodiguant les bien-
faits
Lorsqu'il dispose du Tonnerre,
Ne veut que protéger la Paix.
Il falloit que LOVIS eût pû rendre à la Terre,
Une entiere sérénité *.
Le Temple de Janus fermé par sa Puissance,
Nous préparoit à l'heureuse Naissance
Qui fait notre félicité.
FILLE du Ciel, chaste Lucine,
Fertilise à jamais cette Tige divine
Dont les Rameaux, les Rejettons divers,
Doivent un jour ombrager l'Univers.
M. Tanevot.
La tronquillité du Nord.
De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Contemplez à loisir, impatiens François,
Ce fruit d'un saint hymen, où votre espoir se
fonde.
Sçachez que destinée à lui donner des loix,
L'Auguste Race de vos Rois,
Doit durer autant que le monde.
Que de garans n'aviez vos pas
Du présent que vous fait la céleste Puissance?
N'est-ce pas en faveur des sages Potentats,
Qu'éclate sa magnisicence!
Interrogez la Terre, interrogez les Cieux.
Tant de vertus, dont l'assemblage brille;
Dans le plus grand des Rois, l'Astre de sa famille,
Sont un encens, un parfum précieux,
Qui s'élevant jusqu'au Trône des Dieux,
En fait descendre sur la France,
Les Trésors de leur Providences
Le Ciel ne verse point tous ses dons à la fois,
Differens de ce que nous sommes,
Ces demi-Dieux, Enfans des Rois
Ne naissent pas comme les autres hommes.
JANVIER.
1752.
19
Par des présages éclatans,
De loin d'abord, il les présente,
Et nous les annonce long. tems,
Avant de templir notre attente.
S'il paroît quelquefois être sourd à nos vœux,
N'en doit- il rien couter pour devenir heureux?
Ce heau jour qui nous luit, ce jout devoit éclore
Du sein d'une bi illante Aurore,
Qui par son éclat edt détruit
Ces nuages épais, noirs enfaus de la nuit.
Il falloit, enchainant le démon de la guerre,
Que ce Roi qui toujours prodiguant les bien-
faits
Lorsqu'il dispose du Tonnerre,
Ne veut que protéger la Paix.
Il falloit que LOVIS eût pû rendre à la Terre,
Une entiere sérénité *.
Le Temple de Janus fermé par sa Puissance,
Nous préparoit à l'heureuse Naissance
Qui fait notre félicité.
FILLE du Ciel, chaste Lucine,
Fertilise à jamais cette Tige divine
Dont les Rameaux, les Rejettons divers,
Doivent un jour ombrager l'Univers.
M. Tanevot.
La tronquillité du Nord.
Fermer
1892
p. 20-23
IN Auspicatissimum ortum Ducis Burgundiae, Phalaecium.
Début :
Dies festa venit, petita Gallis : [...]
Mots clefs :
Gaudia, Risus, Puer, Dies festa
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IN Auspicatissimum ortum Ducis Burgundiae, Phalaecium.
IN Auspicatissimum ortum Ducis Burgundiae,
Phalaecium.
Dies festa venit, petita Gallis :
Adsis, Phæbe, precor, repende carmen;
Te te turba fimul sequens Sororum
Descendat properans; fremente plausu-
Cantus consociet suaviores,
Choros ingeminet;, levesque saltus.
Adsis, Phabe, precor, repende carmen.
Huc vos, Gaudia, faustitas, faceti
Risus, blanditiæ, jocique molles:
Urbes, rura, domos subite passim
Dies festa venit, petita Gallis.
Ortus Principis admonet beatus,
Effuso agmine murmurate passim.
Circùm Verfalicos volate colles,
Et lenem strepitum ciente penna,
Regalis pueri insidere cunis.
Jam Pax lata sinu premens alumnum;
Artus fasciolis ligat tenellos:
Olivae viridi caput sub umbra
Ponit molliculum, vicariasque
Figens blandula basiationes
Dilectam sobolem tuetur usque.
Dulceis igniculis nitent ocelli,
Color purpureus labella pingit,
aO
JANVIER. 1752
Jcontem Bor bonidùm explicat. serenam.
Certatim Charites, Amor, Venusque
Munns ferre suum ambiunt puello.
Huc vos, Gaudia, convolate Risus;
Ludenti, unanimes levi susurro
Molles ociùs apparate somnos:
Aspirans Zephyri auta blandienti
Plaudentem aëra ventilet flabello.
Dum Morpheus oculos sopore dulci
Irrorans placidam sovet quietem.
Ah I caro capiti benigniore
Succum, Diva salus, refunde dextrà;
Custos nectare protegas amico
Delphini Patris unicos amores
Delphinae sobolem optimam parentis.
Procul tetra cohors, febtis, dolores:
Procul tetra cohors, abite morbi.
Precor, parcite Principi puello,
Neu vos, laedite flosculum recentem.
Huc huc Gaudia, convolate Risus.
Purâ luce novi micate soles;
t cum pallida nox nigrante curtu
Pacatum tenebras vehet per orbem
Passim plectta agiles regant choreas:
Passim sulphureo rorata lusu
Spargat slamma globos, petens & astra
Diem continuet sereniorem
gignet gaudia, nuncietque plausus,
Espectate Puer, parentis alma
21
22 MERCURE DEFRANCE.
Jam nunc incipe mussitare nomen.
Ludens brachiolis, avi per ulnas
Implebis teneros, puelle, amores
Feres oscula blandientis ultrò.
Frontem ne paveas tonantis olim
Quam Victoria, Mars & ipse lauro
Cinxit sanguincâ diu timendam:
Olli Pax bona temperat verendos
Vultus, olli olea caput coronat;
Fulgent lumina leniore flamma.
Amat Rex populos, amatus idem,
Expectate Puer, virente cul tu
Et sertis roseos revincta crines
Mittir Flora suas opes, tibique
Plenis lilia fundit è canistris:
Te te flava Ceres gerens aristis
Cornu divite, Principem salutat.
Autumnus sequitur ferens tacemos,
Et Pomona parat suos honores.
Rerum læetior ecce surgit ordo;
Volvent aurea molliore fuso
Parcæ sæcla, novus refulget orbis.
Huc vos, Gaudia, convolate Risus.
Nymphæe Sequanides adeste, Nymphæ,
Et quas VERSALIA vident sub undis;
Choros ducite, vocibusque junctis
Carmen dicite, consonabit Echo:
Sanus vivat io, diuque vivat
Regui deliciæ, Puer tenellus.
23
JANVIER. 1752.
Delphinum referat bonus parentem,
Blandam moribus exprimat parentem.
Felix, pace diu favente, crescat
Regni deliciæ, Puer tenellus.
Vivat, vivat io parens uterque:
Regem numina sospitent beuignum,
Longum fata fluent beata Gallis.
Guillelmus Raoult, Clericus Rhotomagensis.
Phalaecium.
Dies festa venit, petita Gallis :
Adsis, Phæbe, precor, repende carmen;
Te te turba fimul sequens Sororum
Descendat properans; fremente plausu-
Cantus consociet suaviores,
Choros ingeminet;, levesque saltus.
Adsis, Phabe, precor, repende carmen.
Huc vos, Gaudia, faustitas, faceti
Risus, blanditiæ, jocique molles:
Urbes, rura, domos subite passim
Dies festa venit, petita Gallis.
Ortus Principis admonet beatus,
Effuso agmine murmurate passim.
Circùm Verfalicos volate colles,
Et lenem strepitum ciente penna,
Regalis pueri insidere cunis.
Jam Pax lata sinu premens alumnum;
Artus fasciolis ligat tenellos:
Olivae viridi caput sub umbra
Ponit molliculum, vicariasque
Figens blandula basiationes
Dilectam sobolem tuetur usque.
Dulceis igniculis nitent ocelli,
Color purpureus labella pingit,
aO
JANVIER. 1752
Jcontem Bor bonidùm explicat. serenam.
Certatim Charites, Amor, Venusque
Munns ferre suum ambiunt puello.
Huc vos, Gaudia, convolate Risus;
Ludenti, unanimes levi susurro
Molles ociùs apparate somnos:
Aspirans Zephyri auta blandienti
Plaudentem aëra ventilet flabello.
Dum Morpheus oculos sopore dulci
Irrorans placidam sovet quietem.
Ah I caro capiti benigniore
Succum, Diva salus, refunde dextrà;
Custos nectare protegas amico
Delphini Patris unicos amores
Delphinae sobolem optimam parentis.
Procul tetra cohors, febtis, dolores:
Procul tetra cohors, abite morbi.
Precor, parcite Principi puello,
Neu vos, laedite flosculum recentem.
Huc huc Gaudia, convolate Risus.
Purâ luce novi micate soles;
t cum pallida nox nigrante curtu
Pacatum tenebras vehet per orbem
Passim plectta agiles regant choreas:
Passim sulphureo rorata lusu
Spargat slamma globos, petens & astra
Diem continuet sereniorem
gignet gaudia, nuncietque plausus,
Espectate Puer, parentis alma
21
22 MERCURE DEFRANCE.
Jam nunc incipe mussitare nomen.
Ludens brachiolis, avi per ulnas
Implebis teneros, puelle, amores
Feres oscula blandientis ultrò.
Frontem ne paveas tonantis olim
Quam Victoria, Mars & ipse lauro
Cinxit sanguincâ diu timendam:
Olli Pax bona temperat verendos
Vultus, olli olea caput coronat;
Fulgent lumina leniore flamma.
Amat Rex populos, amatus idem,
Expectate Puer, virente cul tu
Et sertis roseos revincta crines
Mittir Flora suas opes, tibique
Plenis lilia fundit è canistris:
Te te flava Ceres gerens aristis
Cornu divite, Principem salutat.
Autumnus sequitur ferens tacemos,
Et Pomona parat suos honores.
Rerum læetior ecce surgit ordo;
Volvent aurea molliore fuso
Parcæ sæcla, novus refulget orbis.
Huc vos, Gaudia, convolate Risus.
Nymphæe Sequanides adeste, Nymphæ,
Et quas VERSALIA vident sub undis;
Choros ducite, vocibusque junctis
Carmen dicite, consonabit Echo:
Sanus vivat io, diuque vivat
Regui deliciæ, Puer tenellus.
23
JANVIER. 1752.
Delphinum referat bonus parentem,
Blandam moribus exprimat parentem.
Felix, pace diu favente, crescat
Regni deliciæ, Puer tenellus.
Vivat, vivat io parens uterque:
Regem numina sospitent beuignum,
Longum fata fluent beata Gallis.
Guillelmus Raoult, Clericus Rhotomagensis.
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1893
p. 23-25
TRANSPORT BACHIQUE Au sujet de la Naissance du nouveau Duc de Bourgogne.
Début :
Lucine donne enfin un Prince à la Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Jus, Prince, Dieux, Amis, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRANSPORT BACHIQUE Au sujet de la Naissance du nouveau Duc de Bourgogne.
TRANSPORT BACHIQUE
Au sujet de la Naissance du nouveau Duc
de Bourgogne.
Lucine donne enfin un Prince à la Bourgogne,
O Bachus, hâte- toi de lui donner du vin
Prépate ses pressoirs, fais murit son taisin;
Enyvre tour à tour la France & la Pologne:
Déja le fier Borée assiège nos climats
Déja des Aquilons la fougueuse insolence,
De tes dons renaissans menace l'abondance;
Viens; fils de Jupiter, dissipe ces frimats
Des airs, en un instant, fais cosset l'inclémence.
Un Prince nous est né; digne sang. de nos Dieux:
Mais sans ton jus victorieux
Que nous sont les transpoits, dont la France est
ravie?
Ton jus seul, ce jus précieux,
Sous d'aimables liens tient notre ame asservie,
24 MERCURE DE FRANCE.
Qui, saus ce jus délicieux,
C'est un suplice que la vie.
Protège la Bourgogne & ses riches coteaux:
Les voeux que pour hâter cette illustre naissance,
Ont faits les Habitans de ton Empire immense
De son divin nectar ont vuidé nos caveaux.
Ces vœux sont accomplis: le Prince vient de
naître
Pour célébrer un nouveau Maître,
Il nous faut des présens nouveaux.
Mais quel feu tout à coup me pénêtre & m'é-
claite ?
Où suis je ? Quel pouvoir s'empare de mes sens?
Silence, mes amis, c'est notre auguste Pere,
C'est Bachus, c'est lui que je sens....
Victoire, amis, chantons victoire,
Le Dieu rappelle à mon esprit
Ce que par un prodige incroyable, subit,
Le tems avoit enfin chassé de ma mémoire;
Venoz, courex, suivez mes pas,
Pénétrons hardiment dans tes demeures sombres
Que d'Autels renversés! que d'antiques décom-
bres !
Que de tristes témoins de nos joyeux combats !
A travers ces débris ouvrons- nous une route:
Voyex ces muids cachés sous une triple voûte,
Par quel charme inoui nous sont- ils échapés !
Un Dieu, n'en doutons point, un Dieu nous a
trompés
Bachus pour ce beau jour les réservoit sans doute.
Amis
Jigitized by Goog
JANVIER.
1752.
25
Amis, couronno ns nous de pampres, de festops,
Rangez-vous, prellez-vous autour de cette table,
Défonçons ces tonneaux: que leur jus délectable
Daus nos verre, fumans s'écoule à gros bouillons, a
Livtons nous l'un à l'autre une guerre agréable:
Rougissez, ò vainqueurs! triomphez, 8 vaincus:
Les Dieux même, les Dieux le cédent à Bacchus;
Osez-vous tésister à ce Dieu redoutable:
Mais parmi les festins & les bruyans plaisirs,
N'allons point oublier d'où viennent ces richesses-
Le Prince que le Ciel accorde à nos desirs,
Nous a seul de Bacchus attité les la gesses.
Puisse-t'il être aux Dieux un objet de caresses !
Que la Parque sensible à nos justes transports
N'interrompe jamais ses nobles destinées:
Puisse, puisse sans cesse au gré de nos esforts,
Le nombre de nos rougebords
Marquer celui de ses années !
Jette sur lui, Bacclius, un regard protecteur,
Conserve des François l'amour & l'e perance,
Telle la vigne en sa naissance
De l'ormeau qui l'éleve emprunte sa vigueur,
Ranime en son berceau cet Enfant adorable:
Qu'il croisse, pour sentir le prix de tes faveurs,
Qu'un jour, comme le tien, son Regne soit ai-
mable,
Qu'il dure aussi long. tems que la soif des buveurt-
Pavaut de Jaussal.
Au sujet de la Naissance du nouveau Duc
de Bourgogne.
Lucine donne enfin un Prince à la Bourgogne,
O Bachus, hâte- toi de lui donner du vin
Prépate ses pressoirs, fais murit son taisin;
Enyvre tour à tour la France & la Pologne:
Déja le fier Borée assiège nos climats
Déja des Aquilons la fougueuse insolence,
De tes dons renaissans menace l'abondance;
Viens; fils de Jupiter, dissipe ces frimats
Des airs, en un instant, fais cosset l'inclémence.
Un Prince nous est né; digne sang. de nos Dieux:
Mais sans ton jus victorieux
Que nous sont les transpoits, dont la France est
ravie?
Ton jus seul, ce jus précieux,
Sous d'aimables liens tient notre ame asservie,
24 MERCURE DE FRANCE.
Qui, saus ce jus délicieux,
C'est un suplice que la vie.
Protège la Bourgogne & ses riches coteaux:
Les voeux que pour hâter cette illustre naissance,
Ont faits les Habitans de ton Empire immense
De son divin nectar ont vuidé nos caveaux.
Ces vœux sont accomplis: le Prince vient de
naître
Pour célébrer un nouveau Maître,
Il nous faut des présens nouveaux.
Mais quel feu tout à coup me pénêtre & m'é-
claite ?
Où suis je ? Quel pouvoir s'empare de mes sens?
Silence, mes amis, c'est notre auguste Pere,
C'est Bachus, c'est lui que je sens....
Victoire, amis, chantons victoire,
Le Dieu rappelle à mon esprit
Ce que par un prodige incroyable, subit,
Le tems avoit enfin chassé de ma mémoire;
Venoz, courex, suivez mes pas,
Pénétrons hardiment dans tes demeures sombres
Que d'Autels renversés! que d'antiques décom-
bres !
Que de tristes témoins de nos joyeux combats !
A travers ces débris ouvrons- nous une route:
Voyex ces muids cachés sous une triple voûte,
Par quel charme inoui nous sont- ils échapés !
Un Dieu, n'en doutons point, un Dieu nous a
trompés
Bachus pour ce beau jour les réservoit sans doute.
Amis
Jigitized by Goog
JANVIER.
1752.
25
Amis, couronno ns nous de pampres, de festops,
Rangez-vous, prellez-vous autour de cette table,
Défonçons ces tonneaux: que leur jus délectable
Daus nos verre, fumans s'écoule à gros bouillons, a
Livtons nous l'un à l'autre une guerre agréable:
Rougissez, ò vainqueurs! triomphez, 8 vaincus:
Les Dieux même, les Dieux le cédent à Bacchus;
Osez-vous tésister à ce Dieu redoutable:
Mais parmi les festins & les bruyans plaisirs,
N'allons point oublier d'où viennent ces richesses-
Le Prince que le Ciel accorde à nos desirs,
Nous a seul de Bacchus attité les la gesses.
Puisse-t'il être aux Dieux un objet de caresses !
Que la Parque sensible à nos justes transports
N'interrompe jamais ses nobles destinées:
Puisse, puisse sans cesse au gré de nos esforts,
Le nombre de nos rougebords
Marquer celui de ses années !
Jette sur lui, Bacclius, un regard protecteur,
Conserve des François l'amour & l'e perance,
Telle la vigne en sa naissance
De l'ormeau qui l'éleve emprunte sa vigueur,
Ranime en son berceau cet Enfant adorable:
Qu'il croisse, pour sentir le prix de tes faveurs,
Qu'un jour, comme le tien, son Regne soit ai-
mable,
Qu'il dure aussi long. tems que la soif des buveurt-
Pavaut de Jaussal.
Fermer
1894
p. 26
A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE.
Début :
Fruit de l'Hymen & de l'Amour, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE.
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE.
Fruit de l'Hymen & de l'Amour,
Rejetton d'une Race en grands hommes séconde,
Espoir de
de
1.
Fournis la carriere brillante
Que t'onvrent, au gré de nos vœux,
Et tes destins & tes ayeux.
Autour de ton berceau vois la troupe riante
Que con luit la gloire & la paix:
Vole dans leurs bras satisfaits,
Et daigne recevoir, pour combler leur attente,
L'olive & le laurier que leur main te présente.
Tu souris, tu reçois leurs dons !
O François, quel présage, & quel prodige étran-
ge!
Vous voyez sous le même lange,
Et César, & Titus, & le fils des Bourbons,
Mailhol.
LE DUC DE BOURGOGNE.
Fruit de l'Hymen & de l'Amour,
Rejetton d'une Race en grands hommes séconde,
Espoir de
de
1.
Fournis la carriere brillante
Que t'onvrent, au gré de nos vœux,
Et tes destins & tes ayeux.
Autour de ton berceau vois la troupe riante
Que con luit la gloire & la paix:
Vole dans leurs bras satisfaits,
Et daigne recevoir, pour combler leur attente,
L'olive & le laurier que leur main te présente.
Tu souris, tu reçois leurs dons !
O François, quel présage, & quel prodige étran-
ge!
Vous voyez sous le même lange,
Et César, & Titus, & le fils des Bourbons,
Mailhol.
Fermer
1895
p. 27
VERS Sur la Naissance du Duc de Bourgogne.
Début :
Lorsque je vois la France entiere, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Sur la Naissance du Duc de Bourgogne.
VERS
Sur la Naissance du Duc de Bourgogne.
L'Orsque je vois la France entiere,
Faire éclatter un zéle aussi vif que sincére
Sur un évenement qui comble tous ses vœeux
Moi seul je garderois un coupable silence:
Dussé- je être sisfié: non; à mon tour je veux
Signaler ma rejouissance.
Apollon, je le sçais, m'a refusé ses dons,
Mais quoi! sans que sur le Parnasse
J'aille mandier une place
Qu'il n'accorde jamais qu'à ses chers nourrissons
Ne puis je donc me faire entendre:
Princesse, & vous, son époux bien-aimé
Digne fils de LOUIS, ce Roi si renommé,
Pour ce gage naissant de l'amour le plus tendre,
Agréez les transports du cœur le plus épris:
Que sur ce cher soutien de la gloire des lys
Les amis du Dieu de la lyre,
Exercent à l'envi leur esprit, leurs talens,
Pour moi, je n'ai qu'un cour, si l'on me voib
écrire
Peu curieux d'cloges & d'encens
Ce n'est point pour que l'on miadano, C
Mais pour montrei ce que jer sens.
J. [F.] Gu[i]chard[.]
Sur la Naissance du Duc de Bourgogne.
L'Orsque je vois la France entiere,
Faire éclatter un zéle aussi vif que sincére
Sur un évenement qui comble tous ses vœeux
Moi seul je garderois un coupable silence:
Dussé- je être sisfié: non; à mon tour je veux
Signaler ma rejouissance.
Apollon, je le sçais, m'a refusé ses dons,
Mais quoi! sans que sur le Parnasse
J'aille mandier une place
Qu'il n'accorde jamais qu'à ses chers nourrissons
Ne puis je donc me faire entendre:
Princesse, & vous, son époux bien-aimé
Digne fils de LOUIS, ce Roi si renommé,
Pour ce gage naissant de l'amour le plus tendre,
Agréez les transports du cœur le plus épris:
Que sur ce cher soutien de la gloire des lys
Les amis du Dieu de la lyre,
Exercent à l'envi leur esprit, leurs talens,
Pour moi, je n'ai qu'un cour, si l'on me voib
écrire
Peu curieux d'cloges & d'encens
Ce n'est point pour que l'on miadano, C
Mais pour montrei ce que jer sens.
J. [F.] Gu[i]chard[.]
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1896
p. 28-33
CANTATE Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par M. Cretois, de la Ville de Meaux. A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
DIGNE Fils d'un Monarque Auguste & Généreux, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Prince, Bouts de l'univers, Ciel, Louis, Déesse, Bonheur, Paix, Heureux
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texteReconnaissance textuelle : CANTATE Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par M. Cretois, de la Ville de Meaux. A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
CANTATE
Sur la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par M. Cretois, de la Ville
de Meaux.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
DIGNE Fils d'un Monarque Auguste &
Généreux,
Grand Prince, pardonnez mon essor téméraire;
Daignez. un moment vous distraire:
Je chante le présent que vous ont fait les Dicux
Anotre tendrs amour si cher, si précieux.
Si mes accens peuvent vous plairo
De l'Univers entier je suis le plus heureux,
La France.
LOUIS avoit vaincu ses superbes rivaux;
Il avoit enchaîné la discorde ennemie.
Je jouissois des douceurs du repos;
Mais ma tranquilité sembloit mal affermie,
si le Ciel n'accordoit à mes empressemens
Un Prince qui, par sa naissance
Du Trône de mes Rois soutenant l'espérance
En assurât les fondemens.
JANVIER.
1752.
29
Peuples unissez-vous; aux transports d'allengressa
Joignez les plus charmans concerts;
Un Prince vous est né: Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers
Chœur
Unissons-nous; aux transports d'allégresse
Joignons les plus charmans concerts.
Un Prince nous est né. Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers,
La Renommée.
FRANCS, tu dois compter sur l'ardeur de mon zele.
Par cette importante nouvelle
Je vais remplit l'attente des Mortels.
Pour ton bonheur tout l'Univers soupire,
LOUIS chérit la Paix, protège ses Autels;
Sur les cœurs par ses soins il étend ton Empire-
Tu n'as plus d'envieux, tu n'as plus d'ennemis,
Ses vertus te les ont soumis.
Chæeur.
Vnissons-nous; aux transports d'allégresse
Joignons les plus charmans concerts.
Biij
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30 MERCURE DEFRANCE.
Un Prince nous est né. Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers.
La France.
Tous les Peuples divers prendront part à ma joye.
L'Europe sur ses mauxa vu couler mes pleurs;
Le Laurier sur le front à la douleut en proie,
J'ai, l'olive à la main, dissipé ses malheurs.
Elle eut à combattre un Alcide;
Mais en tombant à ses genoux,
Elle connut qu'un Roi que la Justice guide
A le cœeur exemt de courroux.
Tous les Peuples divers prendront part à ma joye.
L'Europe sur ses maux a vu couler mes pleurs;
Le Laurier sur le front, à la douleur en proie,
J'ai, l'olive à la main, dissipé ses malheurs.
Vn Etranger.
Son repos tient à ta puissanco ;.
Elle est sensible à ton bonheur.
Partout tu maintiens la balance;
Aux Loix tu donnes la vigueur.
Tes Rois contens de leur partage
Ne sont point jaloux de nos droits;
JANVIER. 1752.
Sils font redouter leur courage,
Notre bien naît de leurs exploits.
Depuis la rive Orientale
Jusqu'aux lieux où finit le jour,
FRANCI, ca gloire est sans égale;
Tu sçais captiver notre amout.
Choeur d'Etrangers.
/es Rois contens de leur partage
Ne sont point jaloux de nos droits;
S'ils font redouter leur courage,
Notre bien naît de leurs exploits.
La France.
Illustre rejetton, ah! puissiez- vous connaître
La tendresse, pour vous, dont mon cœur est
épris
Des Augustes Epoux dont les Dieux vous font
naître
Vous aurez les vertus, les dons que je chéris,
Sur vos jours mon espoir se sonde;
Prince, pour faire des heureux
Le Ciel vous accorde à mes vœux;
Vivez pour le bonheur du Monde.
Que de votre tige féconde
Ilnaisse des Héros dignes de leurs Aieux;
Biiij
31
32 MERCURE DEFRANCE
Qu'un jour témoins de votre gloire,
Ils s'ouvrent un chemin au Temple de Mémoire;
Et que dans l'Empire des Lys
Refleurisse à jamais le Régne de LOUIS.
Illustre Rejetton, ab! puissiez- vous connoltre
La tendresse, pour vous, dont mon cour est
épris;
Des Augustes Epoux dont les Dieux vous font
naître,
Vous aurez les vertus, les dons que je chéris.
Chœeur.
Sur vos jours notre espoir se fonde,
Prince, pour faire des heureux,
Le Ciel vous accorde à nos vœux;
Vivez pour le bonheur du Monde.
Le Dieu tutelaire de la France.
YRANCI, godtez les doux fruits de la Paix;
Les plaisirs & les jeux ne finiront jamais;
Vous en jouirez d'âge en âge;
Les Immortels de leurs bienfaits
Vous donnent aujourd'hui le plus précieux gage.
Sur l'avenit mes yeux se sont ouverts;
Qelle gloire t'attend, Déesse fortunée :
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*-
JANVIER. 1752.
Aux Enfans de LOUIS que de Trônes offerts:
Je vois sa nombreuse Lignée,
Par d'equitables Loix, de cent Climats divera
Régler l'heureuse destinée.
Mortels, ne faites plus qu'un Peuple désormais;
C'est aux Bourbons à gouverner la Terre,
ke Ciel entre leurs mains a remis son Tonnerre:
Il les a faits les Héros de la Guerre
Et les Arbitres de la Paix.
Chœur.
Ne faisons plus qu'un Peuple désormais,
C'est aux Bourbons à gouverner la Terre;
Re Ciel entre leurs mains a remis son Tonnerre;
Il les a faits les Héros de la Guerre,
Et les Arbitres de la Paix.
Sur la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par M. Cretois, de la Ville
de Meaux.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
DIGNE Fils d'un Monarque Auguste &
Généreux,
Grand Prince, pardonnez mon essor téméraire;
Daignez. un moment vous distraire:
Je chante le présent que vous ont fait les Dicux
Anotre tendrs amour si cher, si précieux.
Si mes accens peuvent vous plairo
De l'Univers entier je suis le plus heureux,
La France.
LOUIS avoit vaincu ses superbes rivaux;
Il avoit enchaîné la discorde ennemie.
Je jouissois des douceurs du repos;
Mais ma tranquilité sembloit mal affermie,
si le Ciel n'accordoit à mes empressemens
Un Prince qui, par sa naissance
Du Trône de mes Rois soutenant l'espérance
En assurât les fondemens.
JANVIER.
1752.
29
Peuples unissez-vous; aux transports d'allengressa
Joignez les plus charmans concerts;
Un Prince vous est né: Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers
Chœur
Unissons-nous; aux transports d'allégresse
Joignons les plus charmans concerts.
Un Prince nous est né. Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers,
La Renommée.
FRANCS, tu dois compter sur l'ardeur de mon zele.
Par cette importante nouvelle
Je vais remplit l'attente des Mortels.
Pour ton bonheur tout l'Univers soupire,
LOUIS chérit la Paix, protège ses Autels;
Sur les cœurs par ses soins il étend ton Empire-
Tu n'as plus d'envieux, tu n'as plus d'ennemis,
Ses vertus te les ont soumis.
Chæeur.
Vnissons-nous; aux transports d'allégresse
Joignons les plus charmans concerts.
Biij
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30 MERCURE DEFRANCE.
Un Prince nous est né. Diligente Déesse,
Hâte-toi de fendre les airs;
Portes-en la nouvelle aux bouts de l'Univers.
La France.
Tous les Peuples divers prendront part à ma joye.
L'Europe sur ses mauxa vu couler mes pleurs;
Le Laurier sur le front à la douleut en proie,
J'ai, l'olive à la main, dissipé ses malheurs.
Elle eut à combattre un Alcide;
Mais en tombant à ses genoux,
Elle connut qu'un Roi que la Justice guide
A le cœeur exemt de courroux.
Tous les Peuples divers prendront part à ma joye.
L'Europe sur ses maux a vu couler mes pleurs;
Le Laurier sur le front, à la douleur en proie,
J'ai, l'olive à la main, dissipé ses malheurs.
Vn Etranger.
Son repos tient à ta puissanco ;.
Elle est sensible à ton bonheur.
Partout tu maintiens la balance;
Aux Loix tu donnes la vigueur.
Tes Rois contens de leur partage
Ne sont point jaloux de nos droits;
JANVIER. 1752.
Sils font redouter leur courage,
Notre bien naît de leurs exploits.
Depuis la rive Orientale
Jusqu'aux lieux où finit le jour,
FRANCI, ca gloire est sans égale;
Tu sçais captiver notre amout.
Choeur d'Etrangers.
/es Rois contens de leur partage
Ne sont point jaloux de nos droits;
S'ils font redouter leur courage,
Notre bien naît de leurs exploits.
La France.
Illustre rejetton, ah! puissiez- vous connaître
La tendresse, pour vous, dont mon cœur est
épris
Des Augustes Epoux dont les Dieux vous font
naître
Vous aurez les vertus, les dons que je chéris,
Sur vos jours mon espoir se sonde;
Prince, pour faire des heureux
Le Ciel vous accorde à mes vœux;
Vivez pour le bonheur du Monde.
Que de votre tige féconde
Ilnaisse des Héros dignes de leurs Aieux;
Biiij
31
32 MERCURE DEFRANCE
Qu'un jour témoins de votre gloire,
Ils s'ouvrent un chemin au Temple de Mémoire;
Et que dans l'Empire des Lys
Refleurisse à jamais le Régne de LOUIS.
Illustre Rejetton, ab! puissiez- vous connoltre
La tendresse, pour vous, dont mon cour est
épris;
Des Augustes Epoux dont les Dieux vous font
naître,
Vous aurez les vertus, les dons que je chéris.
Chœeur.
Sur vos jours notre espoir se fonde,
Prince, pour faire des heureux,
Le Ciel vous accorde à nos vœux;
Vivez pour le bonheur du Monde.
Le Dieu tutelaire de la France.
YRANCI, godtez les doux fruits de la Paix;
Les plaisirs & les jeux ne finiront jamais;
Vous en jouirez d'âge en âge;
Les Immortels de leurs bienfaits
Vous donnent aujourd'hui le plus précieux gage.
Sur l'avenit mes yeux se sont ouverts;
Qelle gloire t'attend, Déesse fortunée :
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*-
JANVIER. 1752.
Aux Enfans de LOUIS que de Trônes offerts:
Je vois sa nombreuse Lignée,
Par d'equitables Loix, de cent Climats divera
Régler l'heureuse destinée.
Mortels, ne faites plus qu'un Peuple désormais;
C'est aux Bourbons à gouverner la Terre,
ke Ciel entre leurs mains a remis son Tonnerre:
Il les a faits les Héros de la Guerre
Et les Arbitres de la Paix.
Chœur.
Ne faisons plus qu'un Peuple désormais,
C'est aux Bourbons à gouverner la Terre;
Re Ciel entre leurs mains a remis son Tonnerre;
Il les a faits les Héros de la Guerre,
Et les Arbitres de la Paix.
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1897
p. 33-36
AU ROI, Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par M. Lorin, Juge des Fermes & Subdélégué de l'Intendance à Bapaume. ODE. Temporibus spes quanta futuris !
Début :
Heureuse France, que ta joye [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Roi, Bonheur, Paix, Charmes, Vertus, Digne
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texteReconnaissance textuelle : AU ROI, Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par M. Lorin, Juge des Fermes & Subdélégué de l'Intendance à Bapaume. ODE. Temporibus spes quanta futuris !
AU ROI,
Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par M. Lorin, Juge des
Fermes & Subdélégué de l'Intendance à
Bapaume.
ODE.
Temporibus spes quanta futuris !
Heureuse France, que ta joye
Retentisse au delà des Mers,
EV
MedO
33.
34 MERCURE DE FRANCE.
Le bienfait que le Ciel t'envoye
Interesse tout l'Univers:
Ce Rejetton de cent Monarques
De ses jours respectés des Parques
Verra s'acroitre le bonheur,
Nouvel objet de ta tendresse
D'un regne rempli de sageste
Il perpétura la splendeur.
La Paix an gré de ton envie
Répandant sur toi ses faveurs,
Des charmes dont elle est suivie
Te prodiguera les douceurs:
Par ton influence entraînée
L'Europe attentive, étonnée
Te devra fa tranquilité
A nos neveux ce Prince auguste:
Retracera le siécle juste
Qui fait notre félicité.
Formé sur l'immortel exemple
D'un Héros chéri, révéré
Sorti d'un Fls qui lui ressemble
Quel sort lui sera préparé:
De ses merveilleuses années
Par mille bienfaits signalées
Les vertus marqueront le cours-
JANVIER. 1752.
Son nom beni de tous les âges
Sera des plus lointaines plages
Connu par d'utiles secours.
Couple à jamais chet à la France;
Epoux digne de tous nos vœux,
Vivez, comblez notre espérance,
Achevez de nous rendre heureux:
D'une union pleine de charmes,
D'on amour pur & sans allarmes-
Goutez les durables plaisirs;
Voyez d'un Monarque adorable
Le bonheur long, inaltérable
Remplir vos généreux désirs.
Toi, d'un Peuple soumis, sidéle-
Arbitre, tendre & bien-aimé
Jouis, grand Roi, de notre zéle
Jusqu'au tems le plus reculé:
Fuissent tes vertus qu'on admire
Avec ton sang se reproduire,
D'age en âge se succéder;
Et ta postérité féconde.
Digne objet de l'amour du monde-
Toujours en paix le gouverner.
Pacatumque reget putriis virtutilus orbem.
Wirg. Ecl. 4. v. 17.
Bvjj
zed by Goc
31.
36 MERCURE DEFRANCE.
ENVOI.
Souffrez qu'un fidéle transport
Jusqu'à vos pieds b. ule de se produire;
Le Respect, Sire, y vouloit contredire,
Mais aujourd'hui le zele est le plus fort.
Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par M. Lorin, Juge des
Fermes & Subdélégué de l'Intendance à
Bapaume.
ODE.
Temporibus spes quanta futuris !
Heureuse France, que ta joye
Retentisse au delà des Mers,
EV
MedO
33.
34 MERCURE DE FRANCE.
Le bienfait que le Ciel t'envoye
Interesse tout l'Univers:
Ce Rejetton de cent Monarques
De ses jours respectés des Parques
Verra s'acroitre le bonheur,
Nouvel objet de ta tendresse
D'un regne rempli de sageste
Il perpétura la splendeur.
La Paix an gré de ton envie
Répandant sur toi ses faveurs,
Des charmes dont elle est suivie
Te prodiguera les douceurs:
Par ton influence entraînée
L'Europe attentive, étonnée
Te devra fa tranquilité
A nos neveux ce Prince auguste:
Retracera le siécle juste
Qui fait notre félicité.
Formé sur l'immortel exemple
D'un Héros chéri, révéré
Sorti d'un Fls qui lui ressemble
Quel sort lui sera préparé:
De ses merveilleuses années
Par mille bienfaits signalées
Les vertus marqueront le cours-
JANVIER. 1752.
Son nom beni de tous les âges
Sera des plus lointaines plages
Connu par d'utiles secours.
Couple à jamais chet à la France;
Epoux digne de tous nos vœux,
Vivez, comblez notre espérance,
Achevez de nous rendre heureux:
D'une union pleine de charmes,
D'on amour pur & sans allarmes-
Goutez les durables plaisirs;
Voyez d'un Monarque adorable
Le bonheur long, inaltérable
Remplir vos généreux désirs.
Toi, d'un Peuple soumis, sidéle-
Arbitre, tendre & bien-aimé
Jouis, grand Roi, de notre zéle
Jusqu'au tems le plus reculé:
Fuissent tes vertus qu'on admire
Avec ton sang se reproduire,
D'age en âge se succéder;
Et ta postérité féconde.
Digne objet de l'amour du monde-
Toujours en paix le gouverner.
Pacatumque reget putriis virtutilus orbem.
Wirg. Ecl. 4. v. 17.
Bvjj
zed by Goc
31.
36 MERCURE DEFRANCE.
ENVOI.
Souffrez qu'un fidéle transport
Jusqu'à vos pieds b. ule de se produire;
Le Respect, Sire, y vouloit contredire,
Mais aujourd'hui le zele est le plus fort.
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1898
p. 36-37
Sur les portraits du Roi, de la Reine, de Monseigneur le Dauphin & de Madame la Dauphine, à l'occasion de l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par le même.
Début :
Sur celui du Roi. / Ce Roi, le bonheur & l'amour [...]
Mots clefs :
Portraits, Roi, Reine, Monseigneur le Dauphin, Madame la Dauphine, Naissance du duc de Bourgogne, Amour, Fils, Héros
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texteReconnaissance textuelle : Sur les portraits du Roi, de la Reine, de Monseigneur le Dauphin & de Madame la Dauphine, à l'occasion de l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par le même.
Sur les portraits du Roi, de la Reine, de
Monseigneur le Dauphin & de Madame
la Dauphine, à l'occasion de l'heureuse
Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par le même.
Sur celui du Roi. /
Ce Roi, le bonheur & l'amour
D'un Peuple à ses Maîtres fidelle,
Pour prix de ses bienfaits voit naître en ce grand
jour
Un nouvel héritier de sa gloire immortelle.
Sur colui de la Reine.
Reine, qu'avec transport l'avenir te contemple:
Si ta sublime piété
Donne à tout l'Univers le plus illustre exemple;
Que ne doit point la France à ta fécondité!
N
JANVIER. 1752.
Sur celui de Monseigneur le Dauphin.
Digne Fils d'un Héros cher à l'humanité,
I comble nos desirs, en devenant le Pere
D'un Fils dont la postétité
Reguera sur la terre entiere.
Sur celni de Madame la Dauphine.
Tant d'immortels Héros dont elle tient le jour;
Les graces dont elle est ornée;
Tout promettoit à notre amour
Les plus illustres fruits d'un auguste hyménée.
Gallufelici partu exuitan.
Monseigneur le Dauphin & de Madame
la Dauphine, à l'occasion de l'heureuse
Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par le même.
Sur celui du Roi. /
Ce Roi, le bonheur & l'amour
D'un Peuple à ses Maîtres fidelle,
Pour prix de ses bienfaits voit naître en ce grand
jour
Un nouvel héritier de sa gloire immortelle.
Sur colui de la Reine.
Reine, qu'avec transport l'avenir te contemple:
Si ta sublime piété
Donne à tout l'Univers le plus illustre exemple;
Que ne doit point la France à ta fécondité!
N
JANVIER. 1752.
Sur celui de Monseigneur le Dauphin.
Digne Fils d'un Héros cher à l'humanité,
I comble nos desirs, en devenant le Pere
D'un Fils dont la postétité
Reguera sur la terre entiere.
Sur celni de Madame la Dauphine.
Tant d'immortels Héros dont elle tient le jour;
Les graces dont elle est ornée;
Tout promettoit à notre amour
Les plus illustres fruits d'un auguste hyménée.
Gallufelici partu exuitan.
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1899
p. 37-38
AU ROI, Sur l'heureuse naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, du 13 Septembre 1751.
Début :
Quel bonheur ! il jouit enfin de la clarté [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : AU ROI, Sur l'heureuse naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, du 13 Septembre 1751.
AU ROI,
Sur l'heureuse naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du 13 Septembre
1751.
Quel bonheur ! il jouit enfin de la clarté
Ce respectable Enfant, si long. tems soubaité.
Autour de lui les cœurs se réunissent,
Et tons de concert applaudissent
Au Ciel qui nous l'a présenté:
Que tous les échos retentissent
as
58. MERCUREDEFRANCE.
Des vœux qu'avec ardeur on fait pour sa santé,
Vivez, Prince sorti du Sang le plus Auguste,
Soyez aussi vaillant & juste,
Que le grand Roi dont vous tirez le jour,
Montrez vous aussi débonnaire
Aussi sage & prudent que votre illustre Pere,
Et venez avec eux partager notre amout.
Par la Canadienne.
Sur l'heureuse naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du 13 Septembre
1751.
Quel bonheur ! il jouit enfin de la clarté
Ce respectable Enfant, si long. tems soubaité.
Autour de lui les cœurs se réunissent,
Et tons de concert applaudissent
Au Ciel qui nous l'a présenté:
Que tous les échos retentissent
as
58. MERCUREDEFRANCE.
Des vœux qu'avec ardeur on fait pour sa santé,
Vivez, Prince sorti du Sang le plus Auguste,
Soyez aussi vaillant & juste,
Que le grand Roi dont vous tirez le jour,
Montrez vous aussi débonnaire
Aussi sage & prudent que votre illustre Pere,
Et venez avec eux partager notre amout.
Par la Canadienne.
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1900
p. 38-40
NAISSANCE De Monseigneur le Duc de Bourgogne. Heureux présage.
Début :
La nuit régnoit, & ses épaisses ombres [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Jour, Airs, Glorieux, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NAISSANCE De Monseigneur le Duc de Bourgogne. Heureux présage.
NAISSANCE
De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Heureux présage.
La nuit régnoit, & ses épaisses ombres
Rendoient encor, sans craindre le Soleil
Tous les réduits t: ès paisibles & sombres;
l'étois tranquil dans les bras du sommeil,
Quand la fureur d'un sublime salpêtre,
En s'élançant de cent gousfres d'airain,
D'un coup affreux frappant les airs soudain,
Vint ébran'er mon lit & ma fenêtre.
Je me réveille à ce bruit étonnant
Lout en sursaut & craignant le tonnerre;
JANVIER.
1752.
12
Mais je connus de la bruyante guerte
Le glorieux & funeste instrument.
Je pressentis une heureuse assurance
Du don Divin que rous faisoient les Cieux,
Pour être un jour le soutien précieux,
Par ses vertus, du Trône & de la France.
Le Ciel enfin comble tous nos désirs;
Pat ion secours, Princesse souveraine,
L'on voit déja sur les bords de la Seine
Régner les jeux, les ris; & les plaisirs:
Le tendre Amout à les suivre s'empresse,
Tout peint ici la plus vive allégresse:
Chacun célebre un jour si glorieux.
Jour qui promet les jours les plus heureur.
Ce jeune Dieu fut formé par les Graces;
Tout rend hommage à ses augustes traits,
D'Amour il a le port & les attraits,
Tous les plaisirs naissent dessus ses traces,
D'un Peuple entier il possede les cœurs.
* * * * * * * * * * * * *
. * * * * * * * * * * *
. . * * * * * . . .* .*
* * * * * * ** ** * **
. . . . * * . . . . . . .
Ses jours seront gravés au Temple de Mémoire;
Je vois les Dieux zélés le combler de faveurs;
Je vois Bellone & Mars, jaloux de ses honneurs,
lie suivre triomphant & tout brillant de gloire.
40 MERCUREDEFRANCE
Dé a la renommée agile dans les airs,
Annonce cet Oracle à cent Peuples divers,
Sans cesse avec ardeur sa bouche le publie,
Le Batave le sçait, on l'apprend en Asie;
Tout l'Univers entier coutemple nos plaisits,
Son Nom vole plus loin que ne font les Zéphirs,
Cette Déesse enfin vole au-delà des Ondes
Et va le publier dans tous les nouveaux Mondes.
De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Heureux présage.
La nuit régnoit, & ses épaisses ombres
Rendoient encor, sans craindre le Soleil
Tous les réduits t: ès paisibles & sombres;
l'étois tranquil dans les bras du sommeil,
Quand la fureur d'un sublime salpêtre,
En s'élançant de cent gousfres d'airain,
D'un coup affreux frappant les airs soudain,
Vint ébran'er mon lit & ma fenêtre.
Je me réveille à ce bruit étonnant
Lout en sursaut & craignant le tonnerre;
JANVIER.
1752.
12
Mais je connus de la bruyante guerte
Le glorieux & funeste instrument.
Je pressentis une heureuse assurance
Du don Divin que rous faisoient les Cieux,
Pour être un jour le soutien précieux,
Par ses vertus, du Trône & de la France.
Le Ciel enfin comble tous nos désirs;
Pat ion secours, Princesse souveraine,
L'on voit déja sur les bords de la Seine
Régner les jeux, les ris; & les plaisirs:
Le tendre Amout à les suivre s'empresse,
Tout peint ici la plus vive allégresse:
Chacun célebre un jour si glorieux.
Jour qui promet les jours les plus heureur.
Ce jeune Dieu fut formé par les Graces;
Tout rend hommage à ses augustes traits,
D'Amour il a le port & les attraits,
Tous les plaisirs naissent dessus ses traces,
D'un Peuple entier il possede les cœurs.
* * * * * * * * * * * * *
. * * * * * * * * * * *
. . * * * * * . . .* .*
* * * * * * ** ** * **
. . . . * * . . . . . . .
Ses jours seront gravés au Temple de Mémoire;
Je vois les Dieux zélés le combler de faveurs;
Je vois Bellone & Mars, jaloux de ses honneurs,
lie suivre triomphant & tout brillant de gloire.
40 MERCUREDEFRANCE
Dé a la renommée agile dans les airs,
Annonce cet Oracle à cent Peuples divers,
Sans cesse avec ardeur sa bouche le publie,
Le Batave le sçait, on l'apprend en Asie;
Tout l'Univers entier coutemple nos plaisits,
Son Nom vole plus loin que ne font les Zéphirs,
Cette Déesse enfin vole au-delà des Ondes
Et va le publier dans tous les nouveaux Mondes.
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