Résultats : 21932 texte(s)
Détail
Liste
11801
p. 111-112
« JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...] »
Début :
JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...]
Mots clefs :
Charles-Marie de La Condamine, Voyage, Académiciens
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texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...] »
JOURNAL du voyage fait par ordre du
Roi à l'Equateur, servant d'introduction
historique à la mesure des trois pre-
miers degrés du Méridien. Par M. de la
Condamine. A Paris, de l'Imprimerie
Royale, 1751, in-4. Un volume avec
des Cartes & des plans.
Le voyage & les travaux de Messieurs
Godin, Bougner & de la Condamine,
ont fait tant de bruit dans le monde sça-
vant, & même dans celui qui ne l'est pas
quun Livre qui en rend compre, n'a be-
soin que d'être annoncé pour être recher-
ché. Si notre jugement particulier pou-
voit ajoûter quelque chose à l'idée qu'on
s'est formée d'avance de cette importante
Relation, nous dirions quon y trouve
tout ce qui peut rendre précieux un Li-
vre de cette nature: des découvertes
Geographiques, Physiques & Astronomi-
ques; des observations sur les mœurs,
sur les Arts & sur le Commerce; des dé-
tails militaires & politiques, &c. Cepen-
dant ce qui frappe le plus dans cet ouvra-
ge, c'est le courage & la constance des
DI2 MERCUREDEFRANCE.
trois célèbres Académiciens dans les pei-
nes inséparables de leut entreprise, &
dans les traverses qu'on ne pouvoit man-
quer de leur fusciter. M. de la Condamine
narre tout cela naivement, vivement, in-
génieusement. Les choses agtéables de-
viennent très-agréables sous sa plume;
& celles qui sont naturellement séches,
sont écrites avec tant de clarté, d'ordre
& de précision, qu on a encore du plaisit
à les lire. L'Histoire des Pyramides éle-
vées à Quito pour immortaliser les tra-
vaux des trois Académiciens, & pout fixer
les termes de la base fondamentale de
leurs opérations, est très curieuse & très-
bien contée: nous parlerons en particu-
lier de ce morceau, parce qu'il peut amu-
ser jusqu'aux gens les plus frivoles.
Roi à l'Equateur, servant d'introduction
historique à la mesure des trois pre-
miers degrés du Méridien. Par M. de la
Condamine. A Paris, de l'Imprimerie
Royale, 1751, in-4. Un volume avec
des Cartes & des plans.
Le voyage & les travaux de Messieurs
Godin, Bougner & de la Condamine,
ont fait tant de bruit dans le monde sça-
vant, & même dans celui qui ne l'est pas
quun Livre qui en rend compre, n'a be-
soin que d'être annoncé pour être recher-
ché. Si notre jugement particulier pou-
voit ajoûter quelque chose à l'idée qu'on
s'est formée d'avance de cette importante
Relation, nous dirions quon y trouve
tout ce qui peut rendre précieux un Li-
vre de cette nature: des découvertes
Geographiques, Physiques & Astronomi-
ques; des observations sur les mœurs,
sur les Arts & sur le Commerce; des dé-
tails militaires & politiques, &c. Cepen-
dant ce qui frappe le plus dans cet ouvra-
ge, c'est le courage & la constance des
DI2 MERCUREDEFRANCE.
trois célèbres Académiciens dans les pei-
nes inséparables de leut entreprise, &
dans les traverses qu'on ne pouvoit man-
quer de leur fusciter. M. de la Condamine
narre tout cela naivement, vivement, in-
génieusement. Les choses agtéables de-
viennent très-agréables sous sa plume;
& celles qui sont naturellement séches,
sont écrites avec tant de clarté, d'ordre
& de précision, qu on a encore du plaisit
à les lire. L'Histoire des Pyramides éle-
vées à Quito pour immortaliser les tra-
vaux des trois Académiciens, & pout fixer
les termes de la base fondamentale de
leurs opérations, est très curieuse & très-
bien contée: nous parlerons en particu-
lier de ce morceau, parce qu'il peut amu-
ser jusqu'aux gens les plus frivoles.
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11804
p. 521-522
AUTRE.
Début :
Fils du Soleil & de la Terre, [...]
Mots clefs :
Fer
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Fils du Soleil & de la Terre ,
Au Tems j'ai fait donner un nom .
Ev Je
522 MERCURE DE FRANCE.
Je fis périr Agamemnon ,
Lorſqu'il revenoit de la guerre.
Envers ma mere fils rébelle ,
J'ofe lui déchirer le ſein ,
Mais c'eſt pour la rendre plus belle ,
Et plus utile au genre humain.
Mes freres , l'honneur des familles ,
Trouvent un bon gardien en moi ;
Parmi mille uſages je brille ;
Cher lecteur , penfe , cherche , voi.
Fils du Soleil & de la Terre ,
Au Tems j'ai fait donner un nom .
Ev Je
522 MERCURE DE FRANCE.
Je fis périr Agamemnon ,
Lorſqu'il revenoit de la guerre.
Envers ma mere fils rébelle ,
J'ofe lui déchirer le ſein ,
Mais c'eſt pour la rendre plus belle ,
Et plus utile au genre humain.
Mes freres , l'honneur des familles ,
Trouvent un bon gardien en moi ;
Parmi mille uſages je brille ;
Cher lecteur , penfe , cherche , voi.
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11805
p. 55-57
ODE A la Vérité.
Début :
Du sein de la voûte azurée [...]
Mots clefs :
Âme, Faiblesse, Coeurs, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : ODE A la Vérité.
ODE
A la Vérité.
DUfein de la voûte azurée
Quel rayon
éblouit mes yeux !
Quelle eft cette vierge facrée ,
Qui vers moi s'élance des cieux ?
A ſon éclat , à cette flamme
Qui pénétre & remplit mon ame
C'eft toi , célefte vérité ;
,
Tu viens me rendre à ta lumière ,
Tu viens brifer fur ma paupiere
Le fceau de la crédulité .
Les rives de l'Inculte Ingrie , ( a )
Tôt ou tard rompent leurs glaçons ;
Tôt ou tard les vents en furie
Laiffent flotter les Alcions.
Le jour ferain qui fuit l'orage ,
Offre enfin l'éclatante image
Du calme fûr où je me voi.
Laiffons la foibleffe au vulgaire ,
Tout change , mon ame s'éclaire ,
Un ciel nouveau s'ouvre pour moi.
(a ) Pays très-froid , conquis par les Suédois fur
les Mofcovites , arrofé par la Nieva.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Je connois enfin ces perfides
Que ma foibleffe ofoit aimer ;
Tandis que leurs coeurs parricides
Ne confpiroient qu'à m'opprimer.
Mon oeil franchit le labyrinthe ,
Où ces coeurs fermés par la crainte ,
Cachent l'enfer & fes fureurs ;
Plus d'égards , le Dieu qui m'éclaire ,
Cruels , pour indigner la terre ,
Vous livre à mes crayons vengeurs .
Parlez , Tyrans de ma foibleffe ,
Vils artifans de mes malheurs ,
N'avez-vous flaté ma tendreffe
Que pour vous nourrit de mes pleurs.
Coeurs ingrats , vous tramiez ma perte,
Lorfque pour vous mon ame ouverte ,
A vous aimer bornoit fes foins ;
Ainfi l'agneau , dès fa jeuneffe ,
Chérit la main qui le careffe
Pour l'immoler à nos beſoins.
Venge-moi , Dieu de l'innocence ,
Toi qui feul moteur des deſtins
Foule à tes pieds l'intelligence ,.
Et les vains projets des humains ,
De ces cruels Punis les crimes ...
SEPTEM BR E. 1755.
57
Que dis-je ces lâches victimes
Sont trop indignes de tes coups :
Je veux moi ſeul venger la terre ;
Grand Dieu , prête- moi ton tonnerre
Et laiffe éclater mon couroux.
Fuffent- ils dans les noirs abîmes ,
Je les pourfuivrai chez les morts.
J'irai leur reprocher leurs crimes ,
Trainer fur leurs pas
les remords.
J'écraferai leur tête altiere ,
Leurs fronts briſés fur la pouffiere
N'outrageront plus les vertus :
Mais qu'eft-il befoin de ta foudre ,
Ton fouffle peut les mettre en poudre ?
Grand Dieu , parle , & qu'ils ne foient plus.
Poinfinet le jeune.
L'Auteur dans fa noble colere , prend
ici le ton du Pfalmifte : L'agneau timide
eft tout à coup transformé en aigle , qui
porte & lance la foudre , on peut dire de
jui ,
Facit indignatio verfum.
A la Vérité.
DUfein de la voûte azurée
Quel rayon
éblouit mes yeux !
Quelle eft cette vierge facrée ,
Qui vers moi s'élance des cieux ?
A ſon éclat , à cette flamme
Qui pénétre & remplit mon ame
C'eft toi , célefte vérité ;
,
Tu viens me rendre à ta lumière ,
Tu viens brifer fur ma paupiere
Le fceau de la crédulité .
Les rives de l'Inculte Ingrie , ( a )
Tôt ou tard rompent leurs glaçons ;
Tôt ou tard les vents en furie
Laiffent flotter les Alcions.
Le jour ferain qui fuit l'orage ,
Offre enfin l'éclatante image
Du calme fûr où je me voi.
Laiffons la foibleffe au vulgaire ,
Tout change , mon ame s'éclaire ,
Un ciel nouveau s'ouvre pour moi.
(a ) Pays très-froid , conquis par les Suédois fur
les Mofcovites , arrofé par la Nieva.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Je connois enfin ces perfides
Que ma foibleffe ofoit aimer ;
Tandis que leurs coeurs parricides
Ne confpiroient qu'à m'opprimer.
Mon oeil franchit le labyrinthe ,
Où ces coeurs fermés par la crainte ,
Cachent l'enfer & fes fureurs ;
Plus d'égards , le Dieu qui m'éclaire ,
Cruels , pour indigner la terre ,
Vous livre à mes crayons vengeurs .
Parlez , Tyrans de ma foibleffe ,
Vils artifans de mes malheurs ,
N'avez-vous flaté ma tendreffe
Que pour vous nourrit de mes pleurs.
Coeurs ingrats , vous tramiez ma perte,
Lorfque pour vous mon ame ouverte ,
A vous aimer bornoit fes foins ;
Ainfi l'agneau , dès fa jeuneffe ,
Chérit la main qui le careffe
Pour l'immoler à nos beſoins.
Venge-moi , Dieu de l'innocence ,
Toi qui feul moteur des deſtins
Foule à tes pieds l'intelligence ,.
Et les vains projets des humains ,
De ces cruels Punis les crimes ...
SEPTEM BR E. 1755.
57
Que dis-je ces lâches victimes
Sont trop indignes de tes coups :
Je veux moi ſeul venger la terre ;
Grand Dieu , prête- moi ton tonnerre
Et laiffe éclater mon couroux.
Fuffent- ils dans les noirs abîmes ,
Je les pourfuivrai chez les morts.
J'irai leur reprocher leurs crimes ,
Trainer fur leurs pas
les remords.
J'écraferai leur tête altiere ,
Leurs fronts briſés fur la pouffiere
N'outrageront plus les vertus :
Mais qu'eft-il befoin de ta foudre ,
Ton fouffle peut les mettre en poudre ?
Grand Dieu , parle , & qu'ils ne foient plus.
Poinfinet le jeune.
L'Auteur dans fa noble colere , prend
ici le ton du Pfalmifte : L'agneau timide
eft tout à coup transformé en aigle , qui
porte & lance la foudre , on peut dire de
jui ,
Facit indignatio verfum.
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Résumé : ODE A la Vérité.
Dans l''ODE À LA VÉRITÉ', l'auteur célèbre la vérité comme une lumière éblouissante et sacrée qui dissipe l'ignorance et la crédulité, offrant une vision claire et sereine. Il compare cette révélation à la fonte des glaces en Ingérie, symbolisant la libération des contraintes. Le poète dénonce ensuite ceux qui ont exploité sa faiblesse et conspiré contre lui, révélant leur nature cruelle et parricide cachée derrière des apparences trompeuses. Il décide de les dénoncer et de les punir, invoquant l'aide divine pour venger l'innocence opprimée. Le poète se transforme en un aigle vengeur, prêt à poursuivre ses ennemis même dans les abîmes pour les accabler de remords et les réduire à néant. Il conclut en demandant à Dieu de les anéantir complètement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11806
p. 93-105
ÉLOGE HISTORIQUE de Monseigneur LE DUC DE BOURGOGNE, par M. LEFRANC DE POMPIGNAN, de l'Académie Françoise. A Paris, de l'Imprimerie Royale, in-8o. 1761.
Début :
L'ÉPITRE Dédicatoire, l'Avertissement & le corps de l'Ouvrage sont les trois [...]
Mots clefs :
Duc de Bourgogne, Prince, Roi, M. de La Vauguyon, Enfants, Monseigneur le Dauphin, Douleur, Madame la Dauphine, Paroles, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE HISTORIQUE de Monseigneur LE DUC DE BOURGOGNE, par M. LEFRANC DE POMPIGNAN, de l'Académie Françoise. A Paris, de l'Imprimerie Royale, in-8o. 1761.
ÉLOGE
HISTORIQUE de Monfeigneur
LE DUC DE
BOURGOGNE , par
M. LEFRANC DE POMPIGNAN ,
de l'Académie Françoife. A Paris ,
de l'Imprimerie Royale , in- 8 ° .1761 .
' ÉPITRE Dédicatoire , l'Avertiffement
& le corps de l'Ouvrage font les trois
parties de cette Brochure intéreffante ,
qui méritent chacune féparément , d'arrêter
les regards & de fixer l'attention de
nos Lecteurs.
""
L'Épitre eft adreffée à MONSEIGNEUR
ود
LE DAUPHIN & à MADAME LA DAUPHINE.
C'est par leurs ordres que l'Auteur leur
préſente un Ouvrage dont ils avoient daigné
entendre la lecture , & qu'ils avoient
honoré de leur approbation . » C'eft , dit
» M. de Pompignan , c'eft l'Histoire &
l'éloge d'un Prince que vous pleurez
» encore , parce que c'étoit votre fils , &
» que la France pleurera toujours , parce
qu'il vous eût reffemblé ....... C'eft
» la première fois qu'on a écrit la vie d'un
» enfant de neuf ans ; mais c'eft la premiè
» re fois auffi qu'une vie de neuf ans a
mérité d'être écrite. Celle- ci.... fera
"
ود
94 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
35
» l'étonnement de nos neveux , & embel-
» lira les Faftes de la première Maiſon de
l'Univers. Il étoit réservé à cete Maiſon ,
» fi féconde en Héros de tous les genres ,
de nous offrir encore de nouveaux modéles
d'héroïfme , dans les enfans même
qu'elle produit .... Ce doit être un
foulagement à votre douleur , d'imagi-
» ner , en vous rappellant celui qui en eft
l'objet , que vous - même le propoſerez
» pour exemple à vos arrières- petits- fils ,
» & que l'Hiftoire de fa courte vie fera
» éternellement l'école des jeunes Princes
» de votre poftérité.
98
အ
»
95
"3
L'Auteur s'adreffe enfuite à MADAME
LA DAUPHINE , & lui dit : » C'eft fur vous
qu'il tourna fes derniers regards ; c'eſt
à vous qu'il adreffa fes dernières paro-
» les .... Vous ne trouverez l'adoucife-
» ment de vos regrets , que dans vos ver-
» tus , & dans celles de l'augufte époux à
qui vous avez donné cette précieuſe famille
, où le réuniffent vos confolations.
nutvélles , notre efpérance & notre
"félicité . Fille de ces Princes belliqueux ,
» qui diſpurécent fi longtemps à Pepin &
à Charlemagne les plus nobles Provin-
» ces de la Germanie , vous avez mêlé au
plus beau fang du monde , le fang illuffre&
courageux des Héros Saxons . Ils
""
و د
19
NOVEMBRE . 1761 195x
و د
ور
Vous ont appris à fupporter avec fermeté
» les malheurs de la condition humaine .
» Élevée par une mère magnanime , qui a
» mérité les larmes & l'admiration de tou-
» te l'Europe , vous trouverez dans votre
» nouvelle Patrie , & dans la Cour d'un
» Roi qui vous chérit comme fa fille
», une autre mère auffi tendre & auffi ver-
» tueufe , qui fait fon bonheur du vôtre ,
» & de celui de tous fes enfans . C'eft dans
» les charmes de cette fociété Royale ,
» & bien douce , que des mains chéres
» éffuyeront vos pleurs , & c.
,
Cette Epître auffi noble qu'attendrif
fante , eft fuivie d'un avertiffement fur la
certitude des Mémoires qui ont fervi à
la compofition de cet Eloge Hiftorique .
On fçait combien on exagere ordinairement
dans tout ce qu'on dit des talens
extraordinaires , & des qualités rares des .
enfans, & furtout des enfans des Princes.
Ce n'eft point fur de pareils matériaux qu'a,
été fait l'Eloge de M.le DUC DE BOURGOGNE.
Quoique ce Prince eût beaucoup d'efprit,
on n'a répété de lui ni épigrammes , ni
bons mots; mais il ne difoit ni ne faifoit
rien qui ne fût un trait de caractère ;
& c'est à quoi on s'eft attaché principalement
dans le détail des faits qu'on
nous remet fous les yeux. Larfqu'il a fallu
96 MERCURE DE FRANCE.
citer fes propres paroles , on s'eft impofe
la loi de les rapporter fans aucun changement
, & fans la moindre altération ,
telles qu'elles ont été confervées par les
perfonnes qui avoient eu le bonheur de
lés recueillir de fa bouche.
C
Au récit des faits , M. Lefranc de Pompignan
mêle fouvent des réfléxions qui
les précédent ou qui les fuivent. Dans
l'extrait que nous allons en faire , nous
choifirons les traits les plus intéreffans .
"
On entretenoit un jour Mgr LE DUC DE
BOURGOGNE des haures qualités du Roi fon
Ayeul, & de la maladie qu'il avoit élluyée
à Metz. » On lui peignoit des couleurs les
plus vives & les plus vraies , cette épo-
» que attendriffante, cette défolation uni-
» verfelle, qui n'eût pas été plus grande fi
» l'Ange de la mort eût menacé la France
» entière. Ces témoignages d'affection fi
« éclatans & fi extraordinaires, que pour en
» bien juger , il faut en avoir été témoin ;
» on lui apprenoit furtout que ce fut en
» cette occafion que les François donné-
» rent à leur Roi ce nom précieux , ce
» titre unique , né du fein de la douleur
» & de la joie, & formé par acclamation.
» Ce récit l'échauffoit , le tranfportoit.
Ah!
que le Roi , s'écria -t - il , dut êtrefenfible
à sant d'amour , & que j'acheterois
volontiers
و د
NOVEMBRE . 1761. 97
volontiers ce plaifir au prix d'une pareille
maladie .
Le jeune Prince , continue l'Auteur ,
poffédoit fupérieurement la Langue Françoifeil,
la parloit avec une correction
& une pureté qui étonnoit. Clair & concis
dans tout ce qu'il difoit , il vouloit ..
qu'on s'énonçât avec netteté & préciſion
lorfqu'on avoit l'honneur de lui parler.
Sa délicateffe fur cet article étoit extrê
me. Il fe contraignoit pour ne pas marquer
une forte d'impatience quand on
lui parloit , ou qu'on lui expliquoit quelchofe
d'une manière obfcure.
que
On avoit préfenté à Mgr le Duc de
Bourgogne une Table chronologique de
tous les Rois de France, depuis la fondation
de la Monarchie. Les Hiftoriens qui
remontent jufqu'à Pharamond, en comptent
ordinairement foixante- cinq. Il fe
figura que tous ces Rois étoient les ayeux ;
& l'on remarqua que fon coeur s'en élevoit
fenfiblement. Le Duc de la Vauguyon
crut qu'il étoit bon de lui dire
qu'on n'avoit point de preuves que les
Rois de la troifiéme Race defcendiffent
de la première , ni même de la feconde.
Il en parut étonné , & répondit avec
une forte de dépit : Au moins, Monfieur,
je defcends de S. Louis & de Henri IV.
E
98 MERCURE DE FRANCE
Ce Prince jouoit un jour tête-à-tête
avec un de fes Sous- Gouverneurs. Il y
cut un coup douteux & qui méritoit d'être
décidé. Le Duc de Bourgogne foutenoit
avec chaleur qu'il avoit gagné ; le Sousgouverneur
de fon côté foutenoit la
même chofe ; & pour éprouver le Prince,
il affectoit autant d'ardeur & d'obftination
que lui. Vous croyez avoir raifon ,
lui difoit-il , & moi auffi . Qui eft- ce qui
cédera ? Ce fera vous , repliqua le Duc
de Bourgogne d'un ton un peu altéré ;
& tout de fuite prenant un air ferein , il
ajouta : parce que vous êtes le plus raifonnable.
On voulut dans une occafion lui faire
honneur d'un de fes avantages remportés
fur lui-même ; on écrivit fur un papier :
Monfeigneur le Duc de Bourgogne fera
un grand Prince ; il commence à maîtrifer
fes paffions. On avoit mis l'écrit
fur fon bureau. A peine avoit-il achevé
de le lire , qu'on vint l'avertir que Mgr
le Dauphin le demandoit. Il prend le
biller , le met dans fa poche , & n'eft
pas plutôt arrivé fur le degré , qu'il le
laiffe adroitement tomber derrière lui.On
s'en apperçoit ; & comme on lui en demanda
la raiſon : C'eft , répond-il , que
quelqu'un trouvera ce papier , le ramaf
NOVEMBRE. 1761 99
fera , lira ce qu'il contient , & le répandra
dans le Public. Ce jeune Prince aimoit
la célébrité que donnent la gloire &
le mérite. Il fouhaitoit qu'on parlât de
lui en bien ; & c'eft une preuve qu'il af
piroit à bien faire.
Mais s'il étoit fenfible à la louange
juſte & méritée , il haïſſoit & mépriſoit
la flatterie. Quelqu'un s'avifa de lui donner
des éloges qui fentoient l'adulation .
Monfieur, lui dit -il , vous me flattez , je
n'aime point qu'on me flatte , & le foir
en fe couchant il dit à fon Gouverneur :
ce Monfieur meflatte ; prenez garde à lui
M. de la Vauguyon lui avoit demandé
lequel de fes trois garçons de la cham
bre il aimoit le mieux ? C'eft un tel , ré
pondit-il , parce qu'il ne me paffoit rien
dans mon bas áge , & qu'il alloit redire
tout ce que je faifois de mal , afin que
L'on me corrigeát.
La médifance lui déplaifoit fouverainement.
Quelqu'un parloit affez mal devant
lui d'un homme dont la naiſſance.
méritoit des égards. Il le fit approcher &
lui dit : Je trouve fort mauvais que vous
parlier ainfi devant moi d'un homme de
condition , n'y revenez plus.
M. le Duc de Briffac , que le Prince
aimoit & eſtimoit infiniment , lui dit un
E ij
Zoo MERCURE DE FRANCE. -
jour ; Monfeigneur à votre première
campagne , je vous demande d'étre votre
Aide de Camp. Non , Monfieur le
Duc , répondit le Prince , vous ferez alors
Maréchal de France , & vous me donnerez
des leçons.
A
•
Le ministère de M. de .... donnoit
les plus belles efpérances , dit M. de
Pompignan les premières opérations
avoient répandu la joie & ranimé le
crédit. Dans ces commencemens , il eut
une maladie qu'on crut d'abord férieuſe ,
& qui ne dura pas. Le jeune Prince qui
l'entendoit louer tous les jours , & par
toutes les bouches , & de toutes les façons
, parut très- inquiet fur fon compte.
Il s'informoir fouvent & avec grand foin
de fes nouvelles. On étoit furpris d'une
attention fi marquée , & on lui en demanda
le motif. Rien de plus fimple ,
répondit- il , j'entends dire à tout le monde
qu'il fert bien le Roi & l'Etat.
r Quand on annonça à M. le Duc de
Bourgogne qu'on devoit ouvrir la tumeur
qu'il avoit au haut de la cuiffe , il
n'en fut ni furpris ni éffrayé. Je m'y attendois
, dit il froidement ; j'avois entendu
dire il y a quelque temps à M. Senac
qui dans ce moment me croyoit endormi
, que je ne m'en tirerois que par une
opération ; je n'en ai point parlé , de
NOVEMBRE. 1761 101
peur qu'on ne crit que cela'm'inquiétoit.
Donnez-moi cependant un demi quart
d'heure pour prendre mon parti. Il voulut
voir les inftrumens dont on fe ferviroit;
il les confidéra, les mania avec un fangfroid
admirable, & s'abandonna tranquillement
aux apprêts & aux rigueurs de l'opération. "
Dans un des premiers jours qui la ſuivit , le
Prince fe trouvoit beaucoup mieux ; il
écrivit à Monfeigneur le Dauphin ce billet
remarquable : » Je commence à me
» mieux porter , je vous prie de me per-
» mettre de continuer mes études ; j'ai
grand peur d'oublier & grande envie
» d'apprendre. Il ne voulut point écrire
cette Lettre , fans en prévenir fon Gouverneur.
M. de la Vauguyon , lui dit- il ,
je vous prie de me permettre d'écrire une
Lettre à quelqu'un , & de ne la pas lire."
Je le veux bien , lui répondit M. de la
Vauguyon ; parce que je fçais que vous
étes très-raifonnable , & que j'ai grande
confiance en votre fageffe. Il l'écrivit; &
comme il étoit au moment de la cacheter ,
il appella M. de la Vauguyon & lui dir :
tenez, voilà ma Lettre ; lifez-la ; je ne
puis me réfoudre à avoir un fecret pour
yous ..
»
Plus de quatre mois après l'opération ,
le jour de la S. Louis , il fe trouva aflez
E iij .
702 MERCURE DE FRANCE.
bien pour s'habiller. Il alla chez le Roi &
chez la Reine ; mais il revint dans fon
Appartement fort fatigué. On lui propofa
de fe mettre dans fon lit , ou du moins à
fon aife , & en robe de chambre. Non
dit- il,je veux recevoir la Ville de Paris ;
cela convient.
•
Cependant le mal avoit fait fecrettement
dans fon corps des progrès & des
ravages mortels. Pour le difpofer au double
facrifice de fa vie & d'une Couronne
temporelle , M. l'Evêque de Limoges ,
fon Précepteur , lui fit lire la Paffion de
Wotre Seigneur dans Evangile de S.
Jean . Quand on en fut à ces paroles , mon
Royaume n'eft pas de ce monde , le Prélat
lui dir que ce paffage le regardoit ; qu'il
n'y avoit plus pour lui de Royaume fur
la tèrre ; qu'un autre régneroit à fa place ;
que le Ciel étoit déformais le feul Empire
auquel il dût penfer. Il fut un peu etonné
de ce difcours , mais fans douleur ni foibleffe
: C'en eft fait , dit - il , vous te
voulez, o mon Dieu ! Je me foumets à votre
volonté. Mon Royaume n'efl pas de
ce monde. Il n'y penfa plus.
Cependant l'heure fatale approchoir.
Le moment eft venu , dit le Prince ; donnez-
moi le Crucifix. Il le prend , & colle
fes lévres mourantes fur le figne adorable
NOVEMBRE. 1761. 103
du falut. Son facrifice fe confomme ; il
va tout quitter & ne regrette rien. Que
dis-je la nature , de l'aveu même de la
Religion , exige encore de lui un tribut &
des adieux ! Ses regards femblent attirés
par un objet invifible ; & foit qu'il cherchât
des yeux cette mère augufte qu'il
avoit tant chérie , & qu'il laiffoit fur la
tèrre ; foit que par l'effet d'une imaginagination
frappée , il crût la voir réellement
, il s'écria d'une voix animée : Ah!
maman ! maman ! c'étoit l'éffor d'une
âme qui rompt fes liens. Il répéta encore
une fois ces expreffions & tendres , fit un
Acte d'amour de Dieu , & rendit le dernier
foupir.
翦
Jufqu'à préfent l'Auteur a couvert d'un
voile l'accablement affreux où étoient
plongés Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Darphine.Il ouvre enfin le rideau,
& les expofe aux regards refpectueux de
tous les hommes fenfibles. » A fix heu-
» res du matin , le Duc de la Vauguyon
paffa chez le Roi. Sa Majefté n'étoit
que trop préparée à la funefte nouvelle
qu'on venoit lui annoncer. Elle ordon-
» na au Duc de defcendre chez Monfei-
» gneur le Dauphin ; il s'y rendit fur le
champ , & fit dire au Prince que Mgr.
le Duc de Berry fe portoit bien , & que
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
"
30
ود
» le Duc de la Vauguyon étoit là . Ce
" peu de mots fignifioient tout. Le pre-
» mier effet qu'ils produifirent fe conçoit,
» mais ne ſe rend pas. Cependant le Roi
vint chez Madame la Dauphine , qui
» tomba fans connoiffance dans fes bras.
Monfeigneur le Dauphin paroît ; on
» amène le Comte de Provence & le Comte
d'Artois. La Reine arriva ; Mefdames :
a l'avoient précédée ;. toute la Famille
» Royale étoit dans le même lieu . Quels
» objets majestueux & touchans ! quel
» fanctuaire de douleur ! Les petits Princes
fondent en larmes ; leur mère évanouie
; fon augufte époux renversé dans
» un fauteuil , la tête appuyée fur le fein
du Duc de la Vanguyon , fans couleur ,,
fans paroles , fans pouls , fans refpira-.
» tion , & dans un état fi violent , frextraordinaire
, que quelques minutes de
" plus pouvoient le rendre dangereux .
» Le Roi & la Reine occupés à fecourir
» leurs enfans, la tendreffe conjugale , l'a-.
» mour paternel & filial , l'affection fra-
» terneile , tous les fentimens de la na-
» ture déployés & agiffant à la fois fur
» tant de perfonnes royales , qui mêloient
»enfemble leurs gémiffemens & leurs confternations.
"
Ceft par ce morceau touchant & patheNOVEMBRE
. 1761. TOS
tique que M. de Pompignan termine l'Eloge
Hiftorique de Mgr le Duc de Bourgogne.
Tout ce que le fentiment a de
plus tendre y eft exprimé dans la plus noble
fimplicité. On y apprend aux François
ce qu'ils ont perdu , aux enfans des
Rois ce qu'ils doivent imiter . C'eft plutôt
ici un tableau qu'une hiftoire ; mais le tableau
des qualités qui font le bonheur des
Peuples , eft préférable à l'hiftoire des actions
qui les rendent malheureux .
HISTORIQUE de Monfeigneur
LE DUC DE
BOURGOGNE , par
M. LEFRANC DE POMPIGNAN ,
de l'Académie Françoife. A Paris ,
de l'Imprimerie Royale , in- 8 ° .1761 .
' ÉPITRE Dédicatoire , l'Avertiffement
& le corps de l'Ouvrage font les trois
parties de cette Brochure intéreffante ,
qui méritent chacune féparément , d'arrêter
les regards & de fixer l'attention de
nos Lecteurs.
""
L'Épitre eft adreffée à MONSEIGNEUR
ود
LE DAUPHIN & à MADAME LA DAUPHINE.
C'est par leurs ordres que l'Auteur leur
préſente un Ouvrage dont ils avoient daigné
entendre la lecture , & qu'ils avoient
honoré de leur approbation . » C'eft , dit
» M. de Pompignan , c'eft l'Histoire &
l'éloge d'un Prince que vous pleurez
» encore , parce que c'étoit votre fils , &
» que la France pleurera toujours , parce
qu'il vous eût reffemblé ....... C'eft
» la première fois qu'on a écrit la vie d'un
» enfant de neuf ans ; mais c'eft la premiè
» re fois auffi qu'une vie de neuf ans a
mérité d'être écrite. Celle- ci.... fera
"
ود
94 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
35
» l'étonnement de nos neveux , & embel-
» lira les Faftes de la première Maiſon de
l'Univers. Il étoit réservé à cete Maiſon ,
» fi féconde en Héros de tous les genres ,
de nous offrir encore de nouveaux modéles
d'héroïfme , dans les enfans même
qu'elle produit .... Ce doit être un
foulagement à votre douleur , d'imagi-
» ner , en vous rappellant celui qui en eft
l'objet , que vous - même le propoſerez
» pour exemple à vos arrières- petits- fils ,
» & que l'Hiftoire de fa courte vie fera
» éternellement l'école des jeunes Princes
» de votre poftérité.
98
အ
»
95
"3
L'Auteur s'adreffe enfuite à MADAME
LA DAUPHINE , & lui dit : » C'eft fur vous
qu'il tourna fes derniers regards ; c'eſt
à vous qu'il adreffa fes dernières paro-
» les .... Vous ne trouverez l'adoucife-
» ment de vos regrets , que dans vos ver-
» tus , & dans celles de l'augufte époux à
qui vous avez donné cette précieuſe famille
, où le réuniffent vos confolations.
nutvélles , notre efpérance & notre
"félicité . Fille de ces Princes belliqueux ,
» qui diſpurécent fi longtemps à Pepin &
à Charlemagne les plus nobles Provin-
» ces de la Germanie , vous avez mêlé au
plus beau fang du monde , le fang illuffre&
courageux des Héros Saxons . Ils
""
و د
19
NOVEMBRE . 1761 195x
و د
ور
Vous ont appris à fupporter avec fermeté
» les malheurs de la condition humaine .
» Élevée par une mère magnanime , qui a
» mérité les larmes & l'admiration de tou-
» te l'Europe , vous trouverez dans votre
» nouvelle Patrie , & dans la Cour d'un
» Roi qui vous chérit comme fa fille
», une autre mère auffi tendre & auffi ver-
» tueufe , qui fait fon bonheur du vôtre ,
» & de celui de tous fes enfans . C'eft dans
» les charmes de cette fociété Royale ,
» & bien douce , que des mains chéres
» éffuyeront vos pleurs , & c.
,
Cette Epître auffi noble qu'attendrif
fante , eft fuivie d'un avertiffement fur la
certitude des Mémoires qui ont fervi à
la compofition de cet Eloge Hiftorique .
On fçait combien on exagere ordinairement
dans tout ce qu'on dit des talens
extraordinaires , & des qualités rares des .
enfans, & furtout des enfans des Princes.
Ce n'eft point fur de pareils matériaux qu'a,
été fait l'Eloge de M.le DUC DE BOURGOGNE.
Quoique ce Prince eût beaucoup d'efprit,
on n'a répété de lui ni épigrammes , ni
bons mots; mais il ne difoit ni ne faifoit
rien qui ne fût un trait de caractère ;
& c'est à quoi on s'eft attaché principalement
dans le détail des faits qu'on
nous remet fous les yeux. Larfqu'il a fallu
96 MERCURE DE FRANCE.
citer fes propres paroles , on s'eft impofe
la loi de les rapporter fans aucun changement
, & fans la moindre altération ,
telles qu'elles ont été confervées par les
perfonnes qui avoient eu le bonheur de
lés recueillir de fa bouche.
C
Au récit des faits , M. Lefranc de Pompignan
mêle fouvent des réfléxions qui
les précédent ou qui les fuivent. Dans
l'extrait que nous allons en faire , nous
choifirons les traits les plus intéreffans .
"
On entretenoit un jour Mgr LE DUC DE
BOURGOGNE des haures qualités du Roi fon
Ayeul, & de la maladie qu'il avoit élluyée
à Metz. » On lui peignoit des couleurs les
plus vives & les plus vraies , cette épo-
» que attendriffante, cette défolation uni-
» verfelle, qui n'eût pas été plus grande fi
» l'Ange de la mort eût menacé la France
» entière. Ces témoignages d'affection fi
« éclatans & fi extraordinaires, que pour en
» bien juger , il faut en avoir été témoin ;
» on lui apprenoit furtout que ce fut en
» cette occafion que les François donné-
» rent à leur Roi ce nom précieux , ce
» titre unique , né du fein de la douleur
» & de la joie, & formé par acclamation.
» Ce récit l'échauffoit , le tranfportoit.
Ah!
que le Roi , s'écria -t - il , dut êtrefenfible
à sant d'amour , & que j'acheterois
volontiers
و د
NOVEMBRE . 1761. 97
volontiers ce plaifir au prix d'une pareille
maladie .
Le jeune Prince , continue l'Auteur ,
poffédoit fupérieurement la Langue Françoifeil,
la parloit avec une correction
& une pureté qui étonnoit. Clair & concis
dans tout ce qu'il difoit , il vouloit ..
qu'on s'énonçât avec netteté & préciſion
lorfqu'on avoit l'honneur de lui parler.
Sa délicateffe fur cet article étoit extrê
me. Il fe contraignoit pour ne pas marquer
une forte d'impatience quand on
lui parloit , ou qu'on lui expliquoit quelchofe
d'une manière obfcure.
que
On avoit préfenté à Mgr le Duc de
Bourgogne une Table chronologique de
tous les Rois de France, depuis la fondation
de la Monarchie. Les Hiftoriens qui
remontent jufqu'à Pharamond, en comptent
ordinairement foixante- cinq. Il fe
figura que tous ces Rois étoient les ayeux ;
& l'on remarqua que fon coeur s'en élevoit
fenfiblement. Le Duc de la Vauguyon
crut qu'il étoit bon de lui dire
qu'on n'avoit point de preuves que les
Rois de la troifiéme Race defcendiffent
de la première , ni même de la feconde.
Il en parut étonné , & répondit avec
une forte de dépit : Au moins, Monfieur,
je defcends de S. Louis & de Henri IV.
E
98 MERCURE DE FRANCE
Ce Prince jouoit un jour tête-à-tête
avec un de fes Sous- Gouverneurs. Il y
cut un coup douteux & qui méritoit d'être
décidé. Le Duc de Bourgogne foutenoit
avec chaleur qu'il avoit gagné ; le Sousgouverneur
de fon côté foutenoit la
même chofe ; & pour éprouver le Prince,
il affectoit autant d'ardeur & d'obftination
que lui. Vous croyez avoir raifon ,
lui difoit-il , & moi auffi . Qui eft- ce qui
cédera ? Ce fera vous , repliqua le Duc
de Bourgogne d'un ton un peu altéré ;
& tout de fuite prenant un air ferein , il
ajouta : parce que vous êtes le plus raifonnable.
On voulut dans une occafion lui faire
honneur d'un de fes avantages remportés
fur lui-même ; on écrivit fur un papier :
Monfeigneur le Duc de Bourgogne fera
un grand Prince ; il commence à maîtrifer
fes paffions. On avoit mis l'écrit
fur fon bureau. A peine avoit-il achevé
de le lire , qu'on vint l'avertir que Mgr
le Dauphin le demandoit. Il prend le
biller , le met dans fa poche , & n'eft
pas plutôt arrivé fur le degré , qu'il le
laiffe adroitement tomber derrière lui.On
s'en apperçoit ; & comme on lui en demanda
la raiſon : C'eft , répond-il , que
quelqu'un trouvera ce papier , le ramaf
NOVEMBRE. 1761 99
fera , lira ce qu'il contient , & le répandra
dans le Public. Ce jeune Prince aimoit
la célébrité que donnent la gloire &
le mérite. Il fouhaitoit qu'on parlât de
lui en bien ; & c'eft une preuve qu'il af
piroit à bien faire.
Mais s'il étoit fenfible à la louange
juſte & méritée , il haïſſoit & mépriſoit
la flatterie. Quelqu'un s'avifa de lui donner
des éloges qui fentoient l'adulation .
Monfieur, lui dit -il , vous me flattez , je
n'aime point qu'on me flatte , & le foir
en fe couchant il dit à fon Gouverneur :
ce Monfieur meflatte ; prenez garde à lui
M. de la Vauguyon lui avoit demandé
lequel de fes trois garçons de la cham
bre il aimoit le mieux ? C'eft un tel , ré
pondit-il , parce qu'il ne me paffoit rien
dans mon bas áge , & qu'il alloit redire
tout ce que je faifois de mal , afin que
L'on me corrigeát.
La médifance lui déplaifoit fouverainement.
Quelqu'un parloit affez mal devant
lui d'un homme dont la naiſſance.
méritoit des égards. Il le fit approcher &
lui dit : Je trouve fort mauvais que vous
parlier ainfi devant moi d'un homme de
condition , n'y revenez plus.
M. le Duc de Briffac , que le Prince
aimoit & eſtimoit infiniment , lui dit un
E ij
Zoo MERCURE DE FRANCE. -
jour ; Monfeigneur à votre première
campagne , je vous demande d'étre votre
Aide de Camp. Non , Monfieur le
Duc , répondit le Prince , vous ferez alors
Maréchal de France , & vous me donnerez
des leçons.
A
•
Le ministère de M. de .... donnoit
les plus belles efpérances , dit M. de
Pompignan les premières opérations
avoient répandu la joie & ranimé le
crédit. Dans ces commencemens , il eut
une maladie qu'on crut d'abord férieuſe ,
& qui ne dura pas. Le jeune Prince qui
l'entendoit louer tous les jours , & par
toutes les bouches , & de toutes les façons
, parut très- inquiet fur fon compte.
Il s'informoir fouvent & avec grand foin
de fes nouvelles. On étoit furpris d'une
attention fi marquée , & on lui en demanda
le motif. Rien de plus fimple ,
répondit- il , j'entends dire à tout le monde
qu'il fert bien le Roi & l'Etat.
r Quand on annonça à M. le Duc de
Bourgogne qu'on devoit ouvrir la tumeur
qu'il avoit au haut de la cuiffe , il
n'en fut ni furpris ni éffrayé. Je m'y attendois
, dit il froidement ; j'avois entendu
dire il y a quelque temps à M. Senac
qui dans ce moment me croyoit endormi
, que je ne m'en tirerois que par une
opération ; je n'en ai point parlé , de
NOVEMBRE. 1761 101
peur qu'on ne crit que cela'm'inquiétoit.
Donnez-moi cependant un demi quart
d'heure pour prendre mon parti. Il voulut
voir les inftrumens dont on fe ferviroit;
il les confidéra, les mania avec un fangfroid
admirable, & s'abandonna tranquillement
aux apprêts & aux rigueurs de l'opération. "
Dans un des premiers jours qui la ſuivit , le
Prince fe trouvoit beaucoup mieux ; il
écrivit à Monfeigneur le Dauphin ce billet
remarquable : » Je commence à me
» mieux porter , je vous prie de me per-
» mettre de continuer mes études ; j'ai
grand peur d'oublier & grande envie
» d'apprendre. Il ne voulut point écrire
cette Lettre , fans en prévenir fon Gouverneur.
M. de la Vauguyon , lui dit- il ,
je vous prie de me permettre d'écrire une
Lettre à quelqu'un , & de ne la pas lire."
Je le veux bien , lui répondit M. de la
Vauguyon ; parce que je fçais que vous
étes très-raifonnable , & que j'ai grande
confiance en votre fageffe. Il l'écrivit; &
comme il étoit au moment de la cacheter ,
il appella M. de la Vauguyon & lui dir :
tenez, voilà ma Lettre ; lifez-la ; je ne
puis me réfoudre à avoir un fecret pour
yous ..
»
Plus de quatre mois après l'opération ,
le jour de la S. Louis , il fe trouva aflez
E iij .
702 MERCURE DE FRANCE.
bien pour s'habiller. Il alla chez le Roi &
chez la Reine ; mais il revint dans fon
Appartement fort fatigué. On lui propofa
de fe mettre dans fon lit , ou du moins à
fon aife , & en robe de chambre. Non
dit- il,je veux recevoir la Ville de Paris ;
cela convient.
•
Cependant le mal avoit fait fecrettement
dans fon corps des progrès & des
ravages mortels. Pour le difpofer au double
facrifice de fa vie & d'une Couronne
temporelle , M. l'Evêque de Limoges ,
fon Précepteur , lui fit lire la Paffion de
Wotre Seigneur dans Evangile de S.
Jean . Quand on en fut à ces paroles , mon
Royaume n'eft pas de ce monde , le Prélat
lui dir que ce paffage le regardoit ; qu'il
n'y avoit plus pour lui de Royaume fur
la tèrre ; qu'un autre régneroit à fa place ;
que le Ciel étoit déformais le feul Empire
auquel il dût penfer. Il fut un peu etonné
de ce difcours , mais fans douleur ni foibleffe
: C'en eft fait , dit - il , vous te
voulez, o mon Dieu ! Je me foumets à votre
volonté. Mon Royaume n'efl pas de
ce monde. Il n'y penfa plus.
Cependant l'heure fatale approchoir.
Le moment eft venu , dit le Prince ; donnez-
moi le Crucifix. Il le prend , & colle
fes lévres mourantes fur le figne adorable
NOVEMBRE. 1761. 103
du falut. Son facrifice fe confomme ; il
va tout quitter & ne regrette rien. Que
dis-je la nature , de l'aveu même de la
Religion , exige encore de lui un tribut &
des adieux ! Ses regards femblent attirés
par un objet invifible ; & foit qu'il cherchât
des yeux cette mère augufte qu'il
avoit tant chérie , & qu'il laiffoit fur la
tèrre ; foit que par l'effet d'une imaginagination
frappée , il crût la voir réellement
, il s'écria d'une voix animée : Ah!
maman ! maman ! c'étoit l'éffor d'une
âme qui rompt fes liens. Il répéta encore
une fois ces expreffions & tendres , fit un
Acte d'amour de Dieu , & rendit le dernier
foupir.
翦
Jufqu'à préfent l'Auteur a couvert d'un
voile l'accablement affreux où étoient
plongés Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Darphine.Il ouvre enfin le rideau,
& les expofe aux regards refpectueux de
tous les hommes fenfibles. » A fix heu-
» res du matin , le Duc de la Vauguyon
paffa chez le Roi. Sa Majefté n'étoit
que trop préparée à la funefte nouvelle
qu'on venoit lui annoncer. Elle ordon-
» na au Duc de defcendre chez Monfei-
» gneur le Dauphin ; il s'y rendit fur le
champ , & fit dire au Prince que Mgr.
le Duc de Berry fe portoit bien , & que
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
"
30
ود
» le Duc de la Vauguyon étoit là . Ce
" peu de mots fignifioient tout. Le pre-
» mier effet qu'ils produifirent fe conçoit,
» mais ne ſe rend pas. Cependant le Roi
vint chez Madame la Dauphine , qui
» tomba fans connoiffance dans fes bras.
Monfeigneur le Dauphin paroît ; on
» amène le Comte de Provence & le Comte
d'Artois. La Reine arriva ; Mefdames :
a l'avoient précédée ;. toute la Famille
» Royale étoit dans le même lieu . Quels
» objets majestueux & touchans ! quel
» fanctuaire de douleur ! Les petits Princes
fondent en larmes ; leur mère évanouie
; fon augufte époux renversé dans
» un fauteuil , la tête appuyée fur le fein
du Duc de la Vanguyon , fans couleur ,,
fans paroles , fans pouls , fans refpira-.
» tion , & dans un état fi violent , frextraordinaire
, que quelques minutes de
" plus pouvoient le rendre dangereux .
» Le Roi & la Reine occupés à fecourir
» leurs enfans, la tendreffe conjugale , l'a-.
» mour paternel & filial , l'affection fra-
» terneile , tous les fentimens de la na-
» ture déployés & agiffant à la fois fur
» tant de perfonnes royales , qui mêloient
»enfemble leurs gémiffemens & leurs confternations.
"
Ceft par ce morceau touchant & patheNOVEMBRE
. 1761. TOS
tique que M. de Pompignan termine l'Eloge
Hiftorique de Mgr le Duc de Bourgogne.
Tout ce que le fentiment a de
plus tendre y eft exprimé dans la plus noble
fimplicité. On y apprend aux François
ce qu'ils ont perdu , aux enfans des
Rois ce qu'ils doivent imiter . C'eft plutôt
ici un tableau qu'une hiftoire ; mais le tableau
des qualités qui font le bonheur des
Peuples , eft préférable à l'hiftoire des actions
qui les rendent malheureux .
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11807
p. 154
« Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit, Oeuf & celui [...] »
Début :
Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit, Oeuf & celui [...]
Mots clefs :
Oeuf, Pistolet de poche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit, Oeuf & celui [...] »
Le mot de la premiere Enigme du
mois pafle , étoit "Deuf, & celui de
la ſeconde, le Pistolet de poche.
mois pafle , étoit "Deuf, & celui de
la ſeconde, le Pistolet de poche.
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11808
p. 154
ENIGME.
Début :
Les anciens Grecs, dit-on, ne me connoissoient pas, [...]
Mots clefs :
Miroir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Es anciens Grecs , dit- on ,
connosfoient pas ,
ne me
:
Et se paffoient de moi , mettant laface
en bas;
Mais tête haute , on vient me rendre
hommage ,
Hommage, non , c'est trop me prévaloir ;
Car très souvent lorsque l'on vient me
voir ,
Ce n'est pas moi qu'on envisage ;
Mais tirons du moins avantage
De ce que quelques Dieux m'ont
obligation ,
Si je dois à Vulcain quelque
perfection
Sans moi l'on ne pouroit atteindre
Arendreſomptueux les Palais de Plutus;
Et fi Mercure m'aide à peindre ,
En recompense anſſi , j'aide à peindre
àVénus
Es anciens Grecs , dit- on ,
connosfoient pas ,
ne me
:
Et se paffoient de moi , mettant laface
en bas;
Mais tête haute , on vient me rendre
hommage ,
Hommage, non , c'est trop me prévaloir ;
Car très souvent lorsque l'on vient me
voir ,
Ce n'est pas moi qu'on envisage ;
Mais tirons du moins avantage
De ce que quelques Dieux m'ont
obligation ,
Si je dois à Vulcain quelque
perfection
Sans moi l'on ne pouroit atteindre
Arendreſomptueux les Palais de Plutus;
Et fi Mercure m'aide à peindre ,
En recompense anſſi , j'aide à peindre
àVénus
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11809
p. 130-131
LOGOGRIPHE.
Début :
Je ne suis presque rien, pour me bien définir ; [...]
Mots clefs :
Bagatelle
11810
p. 1176-1177
« Le Roy a accordé à M. le Comte de Guiry, cy-devant Exempt des Gardes du [...] »
Début :
Le Roy a accordé à M. le Comte de Guiry, cy-devant Exempt des Gardes du [...]
Mots clefs :
Maison de Guiry, Roi, Brevet de retenue, Comte de Guiry
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy a accordé à M. le Comte de Guiry, cy-devant Exempt des Gardes du [...] »
Le Roy a accordé à M. le Comte de
Guiry , cy- devant Exempt des Gardes du
Corps de Sa Majesté, un Brevet de retenuë
de scooo. I. sur la Lieutenance Generale de
la Province d'Aunix , dont ce Seigneur
fût pourvu aprés la mort de son Pere ,
arrivée à Clagny prés Versailles , le 17.
Juin 1711. aussi bien que du Gouvernement
des Tours , Ports , Havres et Chitnes
de la Rochelle , et ce en faveur de
Madame la Comtesse de Guiry née à Malésieux
, Dame d'Honneur de Son A. S.
Mademoiselle du Maine , réversible à
Mademoiselle de Guiry leur fille ,àprésent
unique , dont l'aînée morte en 1725 avoit
épousé M. Eugêne Pierre De Surbeck
Colonel commandant la Génerale des
Suisses et Grisons , dont le Pere est mort
Lieutenant General des Armées du Roy ,
Colonel du Régiment de son nom , et
Inspecteur d'Infanterie .
même
La Maison de Guiry a l'avantage d'être
alliée à plusieurs Maisons illustres ,
à celle de France , puisqu'en 1525. Philippe
de Guiry épousa Marguerite de Dreux,
fille de François de Dreux , Seigneur de
Morainville , Estalleville , issuë par plusieurs
degrés du Roy Louis le Gros un
des Ancêtres de M. de Guiry , fut donné
en ôtage pour le Roy Jean , aprés la Bataille
MAY. 1731. 1177
2
taille de Poitiers ; et en remontant plus
haut , on a trouvé une Mabille de Guiry ,
qui en 1243. donna à l'Abbaïe du Trésor
, prés Magni , le Quint de ses Propres
, ce qui fut confirmé par la Reine
Blanche et par le Roy S. Louis , par lettre
donnée à Vincenne en Juillet de ladite
année.
Quant à Made de Guiry , on fait son
éloge quand on dit qu'elle est de la Maison
de Malésieux , où le merite et la vertu
sont heréditaires .
Guiry , cy- devant Exempt des Gardes du
Corps de Sa Majesté, un Brevet de retenuë
de scooo. I. sur la Lieutenance Generale de
la Province d'Aunix , dont ce Seigneur
fût pourvu aprés la mort de son Pere ,
arrivée à Clagny prés Versailles , le 17.
Juin 1711. aussi bien que du Gouvernement
des Tours , Ports , Havres et Chitnes
de la Rochelle , et ce en faveur de
Madame la Comtesse de Guiry née à Malésieux
, Dame d'Honneur de Son A. S.
Mademoiselle du Maine , réversible à
Mademoiselle de Guiry leur fille ,àprésent
unique , dont l'aînée morte en 1725 avoit
épousé M. Eugêne Pierre De Surbeck
Colonel commandant la Génerale des
Suisses et Grisons , dont le Pere est mort
Lieutenant General des Armées du Roy ,
Colonel du Régiment de son nom , et
Inspecteur d'Infanterie .
même
La Maison de Guiry a l'avantage d'être
alliée à plusieurs Maisons illustres ,
à celle de France , puisqu'en 1525. Philippe
de Guiry épousa Marguerite de Dreux,
fille de François de Dreux , Seigneur de
Morainville , Estalleville , issuë par plusieurs
degrés du Roy Louis le Gros un
des Ancêtres de M. de Guiry , fut donné
en ôtage pour le Roy Jean , aprés la Bataille
MAY. 1731. 1177
2
taille de Poitiers ; et en remontant plus
haut , on a trouvé une Mabille de Guiry ,
qui en 1243. donna à l'Abbaïe du Trésor
, prés Magni , le Quint de ses Propres
, ce qui fut confirmé par la Reine
Blanche et par le Roy S. Louis , par lettre
donnée à Vincenne en Juillet de ladite
année.
Quant à Made de Guiry , on fait son
éloge quand on dit qu'elle est de la Maison
de Malésieux , où le merite et la vertu
sont heréditaires .
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Résumé : « Le Roy a accordé à M. le Comte de Guiry, cy-devant Exempt des Gardes du [...] »
Le roi a accordé à M. le Comte de Guiry, ancien Exempt des Gardes du Corps, un brevet de retenue de 500 livres sur la Lieutenance Générale de la Province d'Aunis. Cette charge lui a été attribuée après la mort de son père, survenue à Clagny près de Versailles le 17 juin 1711. Le Comte de Guiry a également reçu le Gouvernement des Tours, Ports, Havres et Châtines de La Rochelle. Cette faveur a été accordée en l'honneur de Madame la Comtesse de Guiry, née à Malésieux et Dame d'Honneur de Son Altesse Sérénissime Mademoiselle du Maine. La retenue est réversible à Mademoiselle de Guiry, leur fille unique. L'aînée, morte en 1725, avait épousé M. Eugène Pierre de Surbeck, Colonel commandant la Générale des Suisses et Grisons. Le père de ce dernier était Lieutenant Général des Armées du Roi, Colonel du Régiment de son nom, et Inspecteur d'Infanterie. La Maison de Guiry est alliée à plusieurs maisons illustres, notamment à celle de France. En 1525, Philippe de Guiry épousa Marguerite de Dreux, fille de François de Dreux, descendant du roi Louis le Gros. Un ancêtre de M. de Guiry fut donné en otage pour le roi Jean après la Bataille de Poitiers en 1177. En 1243, une Mabille de Guiry fit don à l'Abbaye du Trésor, près de Magni, du quint de ses propres biens, don confirmé par la Reine Blanche et le roi Saint Louis. Madame de Guiry est louée pour son appartenance à la Maison de Malésieux, où le mérite et la vertu sont héréditaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11812
p. 128-129
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De six membres divers mon corps est composé. [...]
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Louise
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E fix membres divers mon corps eft com
pofé.
S'il eft également en trois lots divifé ,
Un T joint au premier , dans des têtes peu faines ,
Ajoute l'efperance aux plus ardens defirs ,
Et , pour un feul mortel qu'il comble de plaifirs
A cent triftes rivaux il caufe mille peines.
Otez- moi le lot du milieu ,
On peut faire du refte un mets digne d'un Dieu.
On rencontre chés moi mille & mille merveilles ,
De ces fons enchanteurs qui charment les oreil
les ,
L'ame de nos ragoûts , l'agrément du difcours ,
Ce qu'aux Amans les plus fidelles
Accordent rarement les Belles ,
Et que l'Epoux obtient toujours ;
Ce qui fait fous le joug plier les plus rebelles ,
Et qui d'un fage Empire entretient l'heureux
cours.
Ma puiffance s'étend fur la terre & fur l'onde .
A travers les rochers , les firtes & les mers ,
Je ferois aux mortels faire le tour du monde ,
Et le fombre trajet du fleuve des enfers .
A contribution je fçais mettre les airs.
Fuyant l'éclat trompeur des vanités mondaines ;
SEPTEMBRE. 1748. 129
Aux profanes regards je cache mille attraits ;
Mais fouvent , aiguifant leurs traits ,
Mes efforts n'ont fervi qu'à former plus de chaf
nes.
Avec l'aide d'un P chés le plus fier Berger
Ma premiere moitié fait naître des allarmes ;
Il ne la voit jamais fans courir un danger ,
Qui de mainte Bergere a fait couler les larmes.
C'est bien pis , quand au lieu de trois
On prend mes membres cinq enfemble ;
Il n'eft point de Guerriers qui devant moi ne
tremble , …,
Et qui ne foit pourtant flaté quand je le vois.
Me met-on au pluriel ? Mon pouvoir eftfuprême ;
Plus queje ne puis dire, ou me chérit , on m'aime ;
Męs appas tout- puiſſaus féduiſent juſqu'aux Rois,
Ils vont charmer l'Olympe même ;
L'Amour , le fier Amour , eft foûmis à mes loix ;
Mais fi j'ai tant d'attraits , fi tout me rend les ar
mes ,
Lorfque j'ai feulement cinq membres à la fois ,
Quand je les ai tous fix , jugez quels font mes
charmes.
E fix membres divers mon corps eft com
pofé.
S'il eft également en trois lots divifé ,
Un T joint au premier , dans des têtes peu faines ,
Ajoute l'efperance aux plus ardens defirs ,
Et , pour un feul mortel qu'il comble de plaifirs
A cent triftes rivaux il caufe mille peines.
Otez- moi le lot du milieu ,
On peut faire du refte un mets digne d'un Dieu.
On rencontre chés moi mille & mille merveilles ,
De ces fons enchanteurs qui charment les oreil
les ,
L'ame de nos ragoûts , l'agrément du difcours ,
Ce qu'aux Amans les plus fidelles
Accordent rarement les Belles ,
Et que l'Epoux obtient toujours ;
Ce qui fait fous le joug plier les plus rebelles ,
Et qui d'un fage Empire entretient l'heureux
cours.
Ma puiffance s'étend fur la terre & fur l'onde .
A travers les rochers , les firtes & les mers ,
Je ferois aux mortels faire le tour du monde ,
Et le fombre trajet du fleuve des enfers .
A contribution je fçais mettre les airs.
Fuyant l'éclat trompeur des vanités mondaines ;
SEPTEMBRE. 1748. 129
Aux profanes regards je cache mille attraits ;
Mais fouvent , aiguifant leurs traits ,
Mes efforts n'ont fervi qu'à former plus de chaf
nes.
Avec l'aide d'un P chés le plus fier Berger
Ma premiere moitié fait naître des allarmes ;
Il ne la voit jamais fans courir un danger ,
Qui de mainte Bergere a fait couler les larmes.
C'est bien pis , quand au lieu de trois
On prend mes membres cinq enfemble ;
Il n'eft point de Guerriers qui devant moi ne
tremble , …,
Et qui ne foit pourtant flaté quand je le vois.
Me met-on au pluriel ? Mon pouvoir eftfuprême ;
Plus queje ne puis dire, ou me chérit , on m'aime ;
Męs appas tout- puiſſaus féduiſent juſqu'aux Rois,
Ils vont charmer l'Olympe même ;
L'Amour , le fier Amour , eft foûmis à mes loix ;
Mais fi j'ai tant d'attraits , fi tout me rend les ar
mes ,
Lorfque j'ai feulement cinq membres à la fois ,
Quand je les ai tous fix , jugez quels font mes
charmes.
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11813
p. 2368-2370
« HISTOIRE DU THEATRE ITALIEN depuis la décadence de la Comédie [...] »
Début :
HISTOIRE DU THEATRE ITALIEN depuis la décadence de la Comédie [...]
Mots clefs :
Théâtre italien, Comédie latine, Almanach chronologique, Histoire universelle, Privilèges des Suisses
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NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
ISTOIRE DU THEATRE ITALIEN
Hdepuis la décadence de - la-Comédie
Latine , avec des Extraits et Examens
critiques de plusieurs Tragédies et Comédies
Italiennes , ausquels on a joint une
Explication des figures , avec une Lettre
de M. Rousseau , et la Réponse de l'Auteur.
Par Louis Riccoboni , dit Lelio ,
Tome II . Chez And. Cailleau , Place du
Pont S. Michel , 1731. grand in 8.
CALENDRIER UNIVERSEL , ou Almanach
Chronologique et perpetuel , necessaire
à la Chronologie , à l'Histoire ,
à la Critique , à la verification des dattes,
&c. Par le P. de Rebeque , D. L. C. D. J.
Seconde Edition , revûë et augmentée .
A Paris , chez Rollin , fils , Quay des Angustins
, 1731. in 4. pp . 38 .
ABREGE' DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE ,
par feu M. Claude de l'Ifle , Historiographe
et Censeur Royal. A Paris , Quay
des
OCTOBR E. 1731. 2369
des Augustins , chez Jacq. Guerin , et Fr.
Didot , 1731. 7. vol. in 12. avec figures
COUTUMES des Bailliages de Sens et
de Langres , commentées et conférées
avec les Coûtumes voisines , et specialement
de Chaumont en Bassigny. Par
MeFuste de Laistre, Avocat au Parlement.
A Paris , Quay des Augustins , chez les
Freres Osmont , 1731. in 4. de $ 60 . pages,
sans la . Table.
LES PRIVILEGES DES SUISSES , ensemble
ceux accordez aux Villes Imperiales et
Anseatiques , et aux Habitans de Geneve,
Résidens en France. Avec un Traité historique
et politique des Alliances entre
la France et les Treize Cantons , depuis
Charles VII . jusqu'à present. Et des Observations
sur la Justice des Suisses ; fondées
sur les principes du Droit Public.
Par M. Vagel , Grand- Juge des Gardes
Suisses . A Paris, chez Saugrain et P.Prault,
Quay de Gesures , in 4.
OBSERVATIONS sur le Plomb Laminé ,
nouvellement revûës et augmentées d'un
rapport de Mrs les Commissaires de l'Académie
d'Architecture , qui prouve que
ce Plomb a les défauts citez dans les Ob.
E iij ser1370
MERCURE DE FRANCE
servations , avec quelques Reflexions sur
le Memoire de M. de Remond. Par M. B.
A Paris , de l'Imprimerie de Jacq . Guerin
Quay des Augustins , 1731. brochure in 8.
de 42. pages.
>
VOYAGE DU MONDE DE LA LUNE ;
découvert par Dominique Gonzales, Avanturier
Espagnol , surnommé le Courier
volant , traduit nouvellement de l'Espagnol
. A Paris , chez Ant . de Henqueville,
an coin de la rue Gist- le -coeur. 1731. brochure
in 12, de 68. pages.
On débite chez François le Breton , Libraire
, à l'Aigle d'or , à la descente du
Pont Neuf , chez Didot , ruë du Hurpoix
, du côté du Pont S. Michel , à la
Bible d'or , et chez Josse , rue S. Jacques,
à la Fleur de Lys d'or , quatre Tragédies
sur les sujets d'Oedipe , par M. de la
Tournelle , Commissaire des Guerres.
La varieté singuliere qui regne dans
ces quatre Ouvrages , se soutiendra , diton
, dans huit autres Tragédies sur le
même sujet d'Oedipe , et par le même
Auteur ; elles sont actuellement sous
presse.
DES BEAUX ARTS , &c.
ISTOIRE DU THEATRE ITALIEN
Hdepuis la décadence de - la-Comédie
Latine , avec des Extraits et Examens
critiques de plusieurs Tragédies et Comédies
Italiennes , ausquels on a joint une
Explication des figures , avec une Lettre
de M. Rousseau , et la Réponse de l'Auteur.
Par Louis Riccoboni , dit Lelio ,
Tome II . Chez And. Cailleau , Place du
Pont S. Michel , 1731. grand in 8.
CALENDRIER UNIVERSEL , ou Almanach
Chronologique et perpetuel , necessaire
à la Chronologie , à l'Histoire ,
à la Critique , à la verification des dattes,
&c. Par le P. de Rebeque , D. L. C. D. J.
Seconde Edition , revûë et augmentée .
A Paris , chez Rollin , fils , Quay des Angustins
, 1731. in 4. pp . 38 .
ABREGE' DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE ,
par feu M. Claude de l'Ifle , Historiographe
et Censeur Royal. A Paris , Quay
des
OCTOBR E. 1731. 2369
des Augustins , chez Jacq. Guerin , et Fr.
Didot , 1731. 7. vol. in 12. avec figures
COUTUMES des Bailliages de Sens et
de Langres , commentées et conférées
avec les Coûtumes voisines , et specialement
de Chaumont en Bassigny. Par
MeFuste de Laistre, Avocat au Parlement.
A Paris , Quay des Augustins , chez les
Freres Osmont , 1731. in 4. de $ 60 . pages,
sans la . Table.
LES PRIVILEGES DES SUISSES , ensemble
ceux accordez aux Villes Imperiales et
Anseatiques , et aux Habitans de Geneve,
Résidens en France. Avec un Traité historique
et politique des Alliances entre
la France et les Treize Cantons , depuis
Charles VII . jusqu'à present. Et des Observations
sur la Justice des Suisses ; fondées
sur les principes du Droit Public.
Par M. Vagel , Grand- Juge des Gardes
Suisses . A Paris, chez Saugrain et P.Prault,
Quay de Gesures , in 4.
OBSERVATIONS sur le Plomb Laminé ,
nouvellement revûës et augmentées d'un
rapport de Mrs les Commissaires de l'Académie
d'Architecture , qui prouve que
ce Plomb a les défauts citez dans les Ob.
E iij ser1370
MERCURE DE FRANCE
servations , avec quelques Reflexions sur
le Memoire de M. de Remond. Par M. B.
A Paris , de l'Imprimerie de Jacq . Guerin
Quay des Augustins , 1731. brochure in 8.
de 42. pages.
>
VOYAGE DU MONDE DE LA LUNE ;
découvert par Dominique Gonzales, Avanturier
Espagnol , surnommé le Courier
volant , traduit nouvellement de l'Espagnol
. A Paris , chez Ant . de Henqueville,
an coin de la rue Gist- le -coeur. 1731. brochure
in 12, de 68. pages.
On débite chez François le Breton , Libraire
, à l'Aigle d'or , à la descente du
Pont Neuf , chez Didot , ruë du Hurpoix
, du côté du Pont S. Michel , à la
Bible d'or , et chez Josse , rue S. Jacques,
à la Fleur de Lys d'or , quatre Tragédies
sur les sujets d'Oedipe , par M. de la
Tournelle , Commissaire des Guerres.
La varieté singuliere qui regne dans
ces quatre Ouvrages , se soutiendra , diton
, dans huit autres Tragédies sur le
même sujet d'Oedipe , et par le même
Auteur ; elles sont actuellement sous
presse.
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Résumé : « HISTOIRE DU THEATRE ITALIEN depuis la décadence de la Comédie [...] »
Le document recense des publications littéraires et historiques de l'année 1731. Parmi elles, 'Histoire du Théâtre Italien' de Louis Riccoboni contient des extraits critiques de tragédies et comédies italiennes, ainsi qu'une lettre de Jean-Jacques Rousseau et la réponse de l'auteur. Le 'Calendrier Universel' du Père de Rebeque est une édition révisée et augmentée, utile pour la chronologie et la vérification des dates. L''Abrégé de l'Histoire Universelle' de Claude de l'Ifle, historiographe royal, est publié en sept volumes. Les 'Coutumes des Bailliages de Sens et de Langres' sont commentées par Me Fuste de Laistre, avocat au Parlement. 'Les Privilèges des Suisses' de M. Vagel traite des alliances entre la France et les Treize Cantons, ainsi que des observations sur la justice des Suisses. Les 'Observations sur le Plomb Laminé' de M. B. incluent un rapport de l'Académie d'Architecture. Le 'Voyage du Monde de la Lune' est une traduction d'un ouvrage espagnol de Dominique Gonzales. Enfin, quatre tragédies sur le sujet d'Œdipe par M. de la Tournelle sont disponibles, avec huit autres en préparation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11814
p. 522-524
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Début :
Sans mon secours, un Général, [...]
Mots clefs :
Géographie
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LOGOGRYPHE..
S Ans mon fecours , un Général
Fut-il plus brave qu'Annibal ,
Ne feroit que peu de Conquêtes ;.
Les Hiftoriens , les Poëtes ,
Et prefque tous les Ecrivains ,
Seroient , fans moi ,, de petits Saints ; .
Les Marchands , les Jurifconfultes ,.
Recourent à moi tous les jours ;
Même les Sciences occultes
Empruntent fouvent mon fecours.
Dix membres compofent mon être ; .
Tranfpofe-les , lecteur benin ;
AuffiMARS.
1744.
323
Auffi-tôt tu verras paroître
Quelque chofe du corps humain.
Un Saint , qui fut grand Capitaine
Un efpiégle ; un méchant Lutin ;
Mal dangereux ; ce qu'un Pilote
Appréhende toujours en Mer ;
Un Volatile qui jabotte ;
Une Amante de Jupiter ;
Un nom en tous Lieux respectable
Droit émané du Souverain ;
Un fruit du genre féminin ;
Ville maintenant redoutable ;
Un des fept péchés Capitaux ;
Monftre qui nâquit dans la Fable ,
Et qui fit trembler un Héros ,
Autant pieux que miférable ;
Le contraire de la douceur ;
Certain Inftrument de Mufique ;
Le motif fouvent d'un malheur ;
Pacte qu'on fait lorsqu'on fe pique ; .
Nom des Etats d'un Souverain ,
Qui troubla l'Empire Romain ;
Evj Pays,
524 MERCURE DE FRANCE.
Pays , où les femmes très - belles ,
Sont moins , qu'en tout autre , cruelles ;
D'une mince tige le grain ,
Quelquefois , utile au malade ,
Et même quelquefois , au fain .
Tu trouveras encore un Grade ,
Dont un Sçavant ſe fait honneur ;
Un meuble aujourd'hui néceffaire ,
Aux Seigneurs ainfi qu'au vulgaire.
C'eft affés dit , cherche Lecteur..
E. Faure , à Metz.
S Ans mon fecours , un Général
Fut-il plus brave qu'Annibal ,
Ne feroit que peu de Conquêtes ;.
Les Hiftoriens , les Poëtes ,
Et prefque tous les Ecrivains ,
Seroient , fans moi ,, de petits Saints ; .
Les Marchands , les Jurifconfultes ,.
Recourent à moi tous les jours ;
Même les Sciences occultes
Empruntent fouvent mon fecours.
Dix membres compofent mon être ; .
Tranfpofe-les , lecteur benin ;
AuffiMARS.
1744.
323
Auffi-tôt tu verras paroître
Quelque chofe du corps humain.
Un Saint , qui fut grand Capitaine
Un efpiégle ; un méchant Lutin ;
Mal dangereux ; ce qu'un Pilote
Appréhende toujours en Mer ;
Un Volatile qui jabotte ;
Une Amante de Jupiter ;
Un nom en tous Lieux respectable
Droit émané du Souverain ;
Un fruit du genre féminin ;
Ville maintenant redoutable ;
Un des fept péchés Capitaux ;
Monftre qui nâquit dans la Fable ,
Et qui fit trembler un Héros ,
Autant pieux que miférable ;
Le contraire de la douceur ;
Certain Inftrument de Mufique ;
Le motif fouvent d'un malheur ;
Pacte qu'on fait lorsqu'on fe pique ; .
Nom des Etats d'un Souverain ,
Qui troubla l'Empire Romain ;
Evj Pays,
524 MERCURE DE FRANCE.
Pays , où les femmes très - belles ,
Sont moins , qu'en tout autre , cruelles ;
D'une mince tige le grain ,
Quelquefois , utile au malade ,
Et même quelquefois , au fain .
Tu trouveras encore un Grade ,
Dont un Sçavant ſe fait honneur ;
Un meuble aujourd'hui néceffaire ,
Aux Seigneurs ainfi qu'au vulgaire.
C'eft affés dit , cherche Lecteur..
E. Faure , à Metz.
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11815
p. 112-120
« La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
Début :
La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...]
Mots clefs :
Michel-Gabriel Rossillon de Bernex, Devoirs, Zèle, Style, Prélat, Droit, Application, Célèbre, Servir, Jean de Pins
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texteReconnaissance textuelle : « La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
La vie de M. de Rossillon de Bernex,
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
119
FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
119
FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
Fermer
11816
p. 155-156
AUTRE
Début :
De plus de trois fois sept, est la Cathégorie, [...]
Mots clefs :
Lettre Z
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE
AUTRE
DE plus de trois fois sept , est la
Cathégorie ,
Dont François & Latins m'ont mis
tout le dernier ;
Quoi qu'en France mon rang dût être
le prenier :
Est-ce Ufage, Caprice, on pure Allégorie?
Oh , oh , dit un Pédant, Tors , Crochu ,
Mal bâti ,
Moins bien que l'Oméga tu te crois afforti
?
Zéle bizare àpart , l'on sepaſſe de refte
De toy ; car à Raiſon tu ne fers pas d'un
Zeste.
Dans l'Histoire de France on remarque
cing Rois
Distingu's par moiſeul ; j'aiſervi même
à trois
Tout de fuite', depuis le décés d'Henri
Quatre ,
Vingt & un Lustre &plus , sans qu'on
puiſſe en rabatre .
De nôtre jeune Roy monfort est de
pendant ,
:
156 LE MERCURE
Le long cours de fon Rogne étend ma
destinée :
Puiffe- t'elle par lui n'être jamais bornée ?
Qu'ilfu paſſe du moins le Règne précédent.
DE plus de trois fois sept , est la
Cathégorie ,
Dont François & Latins m'ont mis
tout le dernier ;
Quoi qu'en France mon rang dût être
le prenier :
Est-ce Ufage, Caprice, on pure Allégorie?
Oh , oh , dit un Pédant, Tors , Crochu ,
Mal bâti ,
Moins bien que l'Oméga tu te crois afforti
?
Zéle bizare àpart , l'on sepaſſe de refte
De toy ; car à Raiſon tu ne fers pas d'un
Zeste.
Dans l'Histoire de France on remarque
cing Rois
Distingu's par moiſeul ; j'aiſervi même
à trois
Tout de fuite', depuis le décés d'Henri
Quatre ,
Vingt & un Lustre &plus , sans qu'on
puiſſe en rabatre .
De nôtre jeune Roy monfort est de
pendant ,
:
156 LE MERCURE
Le long cours de fon Rogne étend ma
destinée :
Puiffe- t'elle par lui n'être jamais bornée ?
Qu'ilfu paſſe du moins le Règne précédent.
Fermer
11817
p. 131-133
AUTRE.
Début :
En tout, de tout je suis le plus haut point ; [...]
Mots clefs :
Perfection
11818
p. 77-80
Traduction de la Lettre du Moufty, au Roy.
Début :
LA gloire des plus majestueux Monarques de la Croyance de [...]
Mots clefs :
Gloire, Croyance, Jésus, Honneur, Sa Majesté, Louis XV, Amitié, Roi victorieux, Comte, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Lettre du Moufty, au Roy.
Traduction de la Lettre du
Moufty , au Roy .
A gloire des plus majestueux
Monarques de la Croyance de
JESUS - CHRIST , choifi d'entre
les Princes glorieux de la Religion
du Meifie , l'Arbitre de toutes
les Nations Chrêtienes , Seigneur
de Majefté , & d'honneur ,
digne de loüange , & de gloire,
Notre très fincere , & très honoré
Seigneur LOUIS XV , Empereur
Giij
78 LE NOUVEAU
de France , que la fin de vos
jours foit comblée de bonheur ; après
vous avoir affûré de mes bons
Offices , & de mes très affectueux
Saluts. V. M. fçaura , que la Lettre
d'amitié qu'Elle a écrite à Notre
très Illuftre & très Puiffant
Empereur , qui eft le foûtien de
notre Religion , le Deffenfeur de
tout le monde , & le Puiffant victorieux
Roi, des Rois, le SE de la Terre
& des deux Mers , le Serviteur des
deux plus Auguftes , & plus facrées
Citées. La MEQUE & MEDINE , fils
de l'Empereur Muhamed , & petit
fils de l'Empereur Ibrahim , que fon
Régne dure jufqu'au jour du Jugement
, lui a été rendue par l'entremife
de fon Mini tre, le très-heureux
& trés-puiffant Ibrahim Pacha Kaimacham
de l'Etrier. Elle contenoit
en fubftance , que Mr le COMTE
DESALLEURS, qui réfide à la fublime
Porte , s'eft acquité des fonctions
de fon Ambaffade , de la maniere
que V. M. le fouhaittoit que de
l'avis deVotreONCLEMONSEIGNEUR
MERCURE. 19
LEDUC D'ORLEANS , le plus glorieux
d'entre les Princes de la Nation
Chrêtiene , & de la croyance du
Meffie , qui eft préfentement Régent
durant votre Minorité ; Elle a jugé
à propos de le rapeler auprès d'Elle:
Elle contenoit encore , que V. M.
maintiendroit , & feroit toujours
conitante dans l'amitié qui eft entre
vous , & la fublime Porte. Voilà
à peu près fon contenu . Préfentement
que vous demandés le fufdit
Ambaſſadeur , on lui a donné pleine
liberté de partir , quand bon lui femblera
, & V. M. jugera par la préfente
, que nous ne défirons rien tant
que de voir régner , comme nous
ávons vû par le paffé , l'union &
l'amitié qui a été plufieurs fiécles
entre les deux Empires : & fondez
que nous fommes fur cette ancienne
amitié , il a été configné au fufdit
Ambaffadeur , la Lettre qu'il vous
remettra de la part de notre Empereur
. J'ai été très fatisfait de voir
l'anciene amitié queV.M. a toujours
confervée pour la fublime Porte , &
LE NOUVEAU
d'avoir eu l'honneur de recevoir
une de vos Lettres , qui me témoigne
votre amitié & votre affection.
Ainfi pour y correfpondre , j'écris
cette Lettre à V. M. que j'envoye
avec celle de notre Empereur , par
laquelle je lui fais fçavoir que je
prendrai toujours beaucoup de part
à ce qui la regarde. Au reste , nous
elperons que V. M. voudra bien
agréer les fincéres proteftations que
nous lui faifons , & qu'Elle aura
la bonté d'y correfpondre , comme
Elle a fait jufques à préfent.
ABDULRAHIM MOUFTY.
Donné le premier du mois de Zilkide
-Icherif , l'an 1128.
Moufty , au Roy .
A gloire des plus majestueux
Monarques de la Croyance de
JESUS - CHRIST , choifi d'entre
les Princes glorieux de la Religion
du Meifie , l'Arbitre de toutes
les Nations Chrêtienes , Seigneur
de Majefté , & d'honneur ,
digne de loüange , & de gloire,
Notre très fincere , & très honoré
Seigneur LOUIS XV , Empereur
Giij
78 LE NOUVEAU
de France , que la fin de vos
jours foit comblée de bonheur ; après
vous avoir affûré de mes bons
Offices , & de mes très affectueux
Saluts. V. M. fçaura , que la Lettre
d'amitié qu'Elle a écrite à Notre
très Illuftre & très Puiffant
Empereur , qui eft le foûtien de
notre Religion , le Deffenfeur de
tout le monde , & le Puiffant victorieux
Roi, des Rois, le SE de la Terre
& des deux Mers , le Serviteur des
deux plus Auguftes , & plus facrées
Citées. La MEQUE & MEDINE , fils
de l'Empereur Muhamed , & petit
fils de l'Empereur Ibrahim , que fon
Régne dure jufqu'au jour du Jugement
, lui a été rendue par l'entremife
de fon Mini tre, le très-heureux
& trés-puiffant Ibrahim Pacha Kaimacham
de l'Etrier. Elle contenoit
en fubftance , que Mr le COMTE
DESALLEURS, qui réfide à la fublime
Porte , s'eft acquité des fonctions
de fon Ambaffade , de la maniere
que V. M. le fouhaittoit que de
l'avis deVotreONCLEMONSEIGNEUR
MERCURE. 19
LEDUC D'ORLEANS , le plus glorieux
d'entre les Princes de la Nation
Chrêtiene , & de la croyance du
Meffie , qui eft préfentement Régent
durant votre Minorité ; Elle a jugé
à propos de le rapeler auprès d'Elle:
Elle contenoit encore , que V. M.
maintiendroit , & feroit toujours
conitante dans l'amitié qui eft entre
vous , & la fublime Porte. Voilà
à peu près fon contenu . Préfentement
que vous demandés le fufdit
Ambaſſadeur , on lui a donné pleine
liberté de partir , quand bon lui femblera
, & V. M. jugera par la préfente
, que nous ne défirons rien tant
que de voir régner , comme nous
ávons vû par le paffé , l'union &
l'amitié qui a été plufieurs fiécles
entre les deux Empires : & fondez
que nous fommes fur cette ancienne
amitié , il a été configné au fufdit
Ambaffadeur , la Lettre qu'il vous
remettra de la part de notre Empereur
. J'ai été très fatisfait de voir
l'anciene amitié queV.M. a toujours
confervée pour la fublime Porte , &
LE NOUVEAU
d'avoir eu l'honneur de recevoir
une de vos Lettres , qui me témoigne
votre amitié & votre affection.
Ainfi pour y correfpondre , j'écris
cette Lettre à V. M. que j'envoye
avec celle de notre Empereur , par
laquelle je lui fais fçavoir que je
prendrai toujours beaucoup de part
à ce qui la regarde. Au reste , nous
elperons que V. M. voudra bien
agréer les fincéres proteftations que
nous lui faifons , & qu'Elle aura
la bonté d'y correfpondre , comme
Elle a fait jufques à préfent.
ABDULRAHIM MOUFTY.
Donné le premier du mois de Zilkide
-Icherif , l'an 1128.
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11819
p. 1177-1181
« Le 9. aprés mydi, le Roy se rendit du Château de Marly à la Plaine des Sablons, [...] »
Début :
Le 9. aprés mydi, le Roy se rendit du Château de Marly à la Plaine des Sablons, [...]
Mots clefs :
Roi, Duc d'Orléans, Comte, Chevaliers, Grand-messe, Château de Marly, Reine, Officiers, Chapelle, Appartement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 9. aprés mydi, le Roy se rendit du Château de Marly à la Plaine des Sablons, [...] »
Le 9. aprés mydi , le Roy se rendit du
Château de Marly à la Plaine des Sablons ,
où S. M, fit la revue des Regimens des
Girdes Françoises et Suisses , qui aprés
avoir fait l'Exercice , défilerent devant
le Roy. La Reine se trouva à cette revuë ,
et S. M. alla ensuite se promener au Cours.
Le to. May le Procez du Comte d'Agenois
fut jugé à la Grand'Chambre , l'Arrêt
porte que sans s'arrêter aux opositions
des 22. Ducs et Pairs de France , il sera
passé outre à la réception du Comte
d'Agenois en la dignité de Duc d'Aiguillon
, Pair de France , pour avoir rang et
stance au Parlement du jour de sa réception
, suivant l'Article 3. de l'Edit de
17 11. Dépens compensés.
Le
1178 MERCURE DE FRANCE
Le 13. jour de la Pentecôre ,. le; Che
valiers , Commandeurs et Officiers des
Ordres du Roy , s'étant , rendus vers les
onze heures dins le Cabinet de S. M.
le Roy tint un Chapitre dans lequel le
Duc de Duras et le Comte de Broglie qui
avoit été compris dans la promotion des
Chevaliers de l'Ordre du S. Esprit , proposés
par S. M. le 1. du mois de Janvier
dernier , furent admis , ainsi que le Comte
de Rottembourg , auquel S. M. a ordonné
qu'on envoya la Croix et le Cordon
bleu. Le Chapitre étant fini , le Duc de
Duras , le Comte de Broglie et le Marquis
de la Fare qui avoient été admis dans
le Chapitre tenu le 2 , de Fevrier dernier ,
s'étant rendus dans l'appartement du Roy
en habit, de Novices , furent introduits
dans le Cabinet , où S. M. les fit Chevaliers
de l'Ordre de S. Michel. Le Roy
sortit ensuite de son appartement pour
aller à la Chapelle du Château. S. M.
étoit précedée du Duc d'Orleans , du
Duc de Bourbon , du Comte de Charolois
, du Duc du Maine , du Prince de
Dombes , du Comte d'Eu , du Comte de
Toulouse , et des Chevaliers , Commandeurs
et Officiers de l'Ordre : les Novices
marchoient entre les Chevaliers et les
Officiers. Le Roy devant lequel les deux
Huissiers
MAY. 1731. 1179
Huissiers de la Chambre portoient leurs
Masses , étoit en manteau , le Collier de
l'Ordre par dessus , ainsi. que les Chevaliers
; et le Cardinal de Bissy , Prelat Commandeur
de l'Ordre du S. Esprit , marchoit
derriere S. M. Le Roy assista à la
Grande Messe , et lorsqu'elle fut finie ,.
S. M. quitta son Prie Dieu et monta à son
Trône auprés de l'Autel , où les trois nonveaux
Chevaliers furent réçûs avec les
Ceremonie; ordinaires , ayant pour Parrains
le Duc de Levy e le Marquis de
Brancas. Les Chevaliers qui venoient
d'être reçus , ayant pris leurs places suivant
leur rang , le Roy sortit de la Chipelle
, et fut réconduit dans son appartement
avec les Ceremonics accoutumées.
les La Reine qui avoit communié par
mains du Cardinal de Fleury , son Grand
Aumônier , se rendit avec les Dames de
Sa Cour dans la Tribune , où S. M. entendit
la Grande Messe .
,
L'aprés mydi , le Roy et la Reine accompagnés
du Duc d'Orleans , du Prince
de Conty , du Duc du Maine , du Prince
de Dombe , du Comte d'Eu et du Comte
de Toulouse , entendirent le Sermon
l'Abbé Causse , et ensuite les Vêpres.
Le14 le Roy révêtu du grand Collier de
FOrdre du S. Esprit , se rendit à la Chapelle
180 MERCURE DE FRANCE
pelle du Château , où S. M. entendit la
Messe et communia par les mains de l'Abbé
de Bellefons , Aumônier du Roy en
quartier. Ensuite le Roy toucha un grand
nombre de Malades.
Le jour de la Fête Dieu , le Roy accompagné
du Duc d'Orleans , du Prince de
Dombes , du Comté d'Eu , et de ses
Principaux Officiers , se rendit à l'Eglise
de la Paroisse de Versailles , où S. M. entendit
la Grande Messe , aprés avoir assisté
à la Procession qui vint suivant l'usage
à la Chapelle du Château . La Reine s'étoit
renduë å sa Tribune , avant que la Procession
arrivat , et S. M. y entendit la
Messe. Monseigneur le Dauphin , Monseigneur
le Duc d'Anjou , et Mesdames de
France , aprés avoir vû passer la Procession
, allerent à la Chapelle , où ils assisterent
à la Messe.
Le17. aprés mydi , le Roy fit au champ
de Mars prés du Château de Marly , la
revue des quatre Compagnies des Gardes
du Corps et de celle des Grenadiers à
cheval.
Le 22. le Duc de Bouflers prêta serment
prit séance au Parlement en qualité de
Pair de France.
Le 25. la Loterie de la Compagnie des
Indes , pour le remboursement des Actions
MAY. 1731 . 1181
tions ,fut tirée en la maniere accoutumée ,
à l'Hôtel de la Compagnie. La Liste des
Numeros gagnans des Actions , et dixiémes
d'Actions qui doivent être remboursées
, a été renduë publique ; faisant en
tout le nombre de 294. Actions.
Château de Marly à la Plaine des Sablons ,
où S. M, fit la revue des Regimens des
Girdes Françoises et Suisses , qui aprés
avoir fait l'Exercice , défilerent devant
le Roy. La Reine se trouva à cette revuë ,
et S. M. alla ensuite se promener au Cours.
Le to. May le Procez du Comte d'Agenois
fut jugé à la Grand'Chambre , l'Arrêt
porte que sans s'arrêter aux opositions
des 22. Ducs et Pairs de France , il sera
passé outre à la réception du Comte
d'Agenois en la dignité de Duc d'Aiguillon
, Pair de France , pour avoir rang et
stance au Parlement du jour de sa réception
, suivant l'Article 3. de l'Edit de
17 11. Dépens compensés.
Le
1178 MERCURE DE FRANCE
Le 13. jour de la Pentecôre ,. le; Che
valiers , Commandeurs et Officiers des
Ordres du Roy , s'étant , rendus vers les
onze heures dins le Cabinet de S. M.
le Roy tint un Chapitre dans lequel le
Duc de Duras et le Comte de Broglie qui
avoit été compris dans la promotion des
Chevaliers de l'Ordre du S. Esprit , proposés
par S. M. le 1. du mois de Janvier
dernier , furent admis , ainsi que le Comte
de Rottembourg , auquel S. M. a ordonné
qu'on envoya la Croix et le Cordon
bleu. Le Chapitre étant fini , le Duc de
Duras , le Comte de Broglie et le Marquis
de la Fare qui avoient été admis dans
le Chapitre tenu le 2 , de Fevrier dernier ,
s'étant rendus dans l'appartement du Roy
en habit, de Novices , furent introduits
dans le Cabinet , où S. M. les fit Chevaliers
de l'Ordre de S. Michel. Le Roy
sortit ensuite de son appartement pour
aller à la Chapelle du Château. S. M.
étoit précedée du Duc d'Orleans , du
Duc de Bourbon , du Comte de Charolois
, du Duc du Maine , du Prince de
Dombes , du Comte d'Eu , du Comte de
Toulouse , et des Chevaliers , Commandeurs
et Officiers de l'Ordre : les Novices
marchoient entre les Chevaliers et les
Officiers. Le Roy devant lequel les deux
Huissiers
MAY. 1731. 1179
Huissiers de la Chambre portoient leurs
Masses , étoit en manteau , le Collier de
l'Ordre par dessus , ainsi. que les Chevaliers
; et le Cardinal de Bissy , Prelat Commandeur
de l'Ordre du S. Esprit , marchoit
derriere S. M. Le Roy assista à la
Grande Messe , et lorsqu'elle fut finie ,.
S. M. quitta son Prie Dieu et monta à son
Trône auprés de l'Autel , où les trois nonveaux
Chevaliers furent réçûs avec les
Ceremonie; ordinaires , ayant pour Parrains
le Duc de Levy e le Marquis de
Brancas. Les Chevaliers qui venoient
d'être reçus , ayant pris leurs places suivant
leur rang , le Roy sortit de la Chipelle
, et fut réconduit dans son appartement
avec les Ceremonics accoutumées.
les La Reine qui avoit communié par
mains du Cardinal de Fleury , son Grand
Aumônier , se rendit avec les Dames de
Sa Cour dans la Tribune , où S. M. entendit
la Grande Messe .
,
L'aprés mydi , le Roy et la Reine accompagnés
du Duc d'Orleans , du Prince
de Conty , du Duc du Maine , du Prince
de Dombe , du Comte d'Eu et du Comte
de Toulouse , entendirent le Sermon
l'Abbé Causse , et ensuite les Vêpres.
Le14 le Roy révêtu du grand Collier de
FOrdre du S. Esprit , se rendit à la Chapelle
180 MERCURE DE FRANCE
pelle du Château , où S. M. entendit la
Messe et communia par les mains de l'Abbé
de Bellefons , Aumônier du Roy en
quartier. Ensuite le Roy toucha un grand
nombre de Malades.
Le jour de la Fête Dieu , le Roy accompagné
du Duc d'Orleans , du Prince de
Dombes , du Comté d'Eu , et de ses
Principaux Officiers , se rendit à l'Eglise
de la Paroisse de Versailles , où S. M. entendit
la Grande Messe , aprés avoir assisté
à la Procession qui vint suivant l'usage
à la Chapelle du Château . La Reine s'étoit
renduë å sa Tribune , avant que la Procession
arrivat , et S. M. y entendit la
Messe. Monseigneur le Dauphin , Monseigneur
le Duc d'Anjou , et Mesdames de
France , aprés avoir vû passer la Procession
, allerent à la Chapelle , où ils assisterent
à la Messe.
Le17. aprés mydi , le Roy fit au champ
de Mars prés du Château de Marly , la
revue des quatre Compagnies des Gardes
du Corps et de celle des Grenadiers à
cheval.
Le 22. le Duc de Bouflers prêta serment
prit séance au Parlement en qualité de
Pair de France.
Le 25. la Loterie de la Compagnie des
Indes , pour le remboursement des Actions
MAY. 1731 . 1181
tions ,fut tirée en la maniere accoutumée ,
à l'Hôtel de la Compagnie. La Liste des
Numeros gagnans des Actions , et dixiémes
d'Actions qui doivent être remboursées
, a été renduë publique ; faisant en
tout le nombre de 294. Actions.
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Résumé : « Le 9. aprés mydi, le Roy se rendit du Château de Marly à la Plaine des Sablons, [...] »
Du 9 au 17 mai 1731, plusieurs événements significatifs se déroulèrent à la cour de France. Le 9 mai, le roi passa en revue les régiments des Gardes Françaises et Suisses à la Plaine des Sablons, en présence de la reine. Le 10 mai, le procès du Comte d'Agenois fut jugé à la Grand'Chambre, confirmant sa réception en tant que Duc d'Aiguillon et Pair de France, malgré les oppositions des Ducs et Pairs. Le 13 mai, jour de la Pentecôte, le roi tint un chapitre des Ordres du Roy, admettant le Duc de Duras, le Comte de Broglie et le Comte de Rottembourg. Une cérémonie eut lieu à la Chapelle du Château, où les nouveaux Chevaliers furent reçus avec les cérémonies ordinaires. La reine communia et assista à la Grande Messe. L'après-midi, le roi et la reine écoutèrent un sermon et les vêpres. Le 14 mai, le roi, revêtu du grand Collier de l'Ordre du Saint-Esprit, entendit la messe et communia avant de toucher un grand nombre de malades. Le jour de la Fête Dieu, le roi et la reine assistèrent à la procession et à la messe à l'église paroissiale de Versailles. Le 17 mai, le roi passa en revue les compagnies des Gardes du Corps et des Grenadiers à cheval au champ de Mars près du Château de Marly. Le 22 mai, le Duc de Boufflers prêta serment et prit séance au Parlement en qualité de Pair de France. Le 25 mai, la loterie de la Compagnie des Indes pour le remboursement des actions fut tirée à l'Hôtel de la Compagnie, avec 294 actions remboursées.
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11820
p. 123-127
Progrès du Lithotome caché pour la taille.
Début :
Si la lettre suivante au Frere Jean de Saint-Côme est une preuve favorable [...]
Mots clefs :
Lithotome, Opération de la taille, Instrument, Douleurs, Chirurgien, Malade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Progrès du Lithotome caché pour la taille.
Progrès du Lithotome caché pour la taille.
I la lettre fuivante au Frere Jean de
Saint-Come
Saint-Côme eft une preuve favorable
pour fon inftrument , elle ne l'eft pas moins
pour celui qui s'en eft fervi.
* Page 37*
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
A Lille , ce 30 Janvier 1755-
Mon cher Frere , voici l'hiftoire d'une
taille que je viens de faire avec votre inftrument
, & fuivant votre méthode. Le
nommé Augufte , âgé de fept ans & demi ,
fils de Henri Cantinier , au quartier de la
Magdeleine à Lille , fut attaqué des douleurs
de la pierre dès l'âge de deux ans ,
& à quatre ans & demi il fe joignit à ces
douleurs une incontinence d'urine , qu'il
a confervée jufqu'au moment de l'opération
. Les douleurs devenant plus fortes de
jour en jour , les parens me firent appeller
dans le mois de Juillet dernier ; je leur annonçai
l'exiſtence d'une pierre dans la veffie
, & leur propofai l'opération : mais inquiers
fur la réuffice , ils ne voulurent pas
s'y prêter. Enfin je fus de nouveau prié de
revoir ce malade dans le mois de Décem
bre , je le trouvai dans un état déplorable ;
il y avoit plufieufs jours qu'il ne dormoit
plus ; la pierre faifoit une irritation fi confidérable
dans la veffie , que toutes les parties
du ventre étoient dans une contraction
violente , & prefque continuelle ; l'inteſtin
rectum étoit pouffé avec force , & bien loin
au-delà de l'anus : il y eut même une hémorrhagie
affez forte des vaiffeaux de cet
inteftin. Ce dernier accident me déserM.
A RS. $ 755. 125
•
mina à propofer une feconde fois l'opération
, & engagea les parens à l'accepter,
Je la fis le 21 Décembre dernier , malgré
les tems durs & fâcheux. Je tirai une
pierre d'une demi - once , & groffe.comme
un petit ceuf de pigeon ; la couche
extérieure de cette pierre étoit molle , &
fe détacha dans le tems de l'extraction :
j'en tirai le noyau avec la tenette , & la
curette me fervit à tirer le refte . Cette
opération ne fut néanmoins ni longue ni
difficile , quoique je n'eus porté mon inftrument
qu'au feptiéme dégré de dilatation
, qui me fuffit de refte à tirer la
pierre fans efforts & fans difficulté . Auffi
les fpectateurs qui étoient nombreux , furent-
ils fatisfaits . , & rendirent justice à
la méthode. Dès le lendemain les urines
commencerent à paffer par les voies ordinaires
; mais une indigeftion que le malade
fe donna le troifiéme jour , penfa le
faire périr. Il lui furvint de l'altération ,
des felles , & la fiévre ; la plaie deyint
pâle & feche , & les urines prirent cette
route. J'avois formé le deffein de ne faire
aucun panfement à mon malade ; mais. appercevant
le changement furvenu à ſa plaic ,
j'abandonnai ce projet , & le penſai régudierement
deux fois par jour avec un plumaceau
chargé de beaume d'arcoeüs , &
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
une languette de linge garni par fes deux
extrêmités d'emplâtre d'André de la Croix ;
cette languette me fervoit tout à la fois
à contenir mon plumaceau & à rapprocher
les deux levres de la plaie. Les autres
accidens furent combattus fi efficacement ,
que le malade fut parfaitement guéri , &
fa plaie cicatrifée le dix-neuviéme jour ;
fon incontinence d'urine n'eut plus lieu ,
& fut guérie en même tems que le refte.
Voilà , mon cher Frere , un fuccès d'autant
plus complet , que je l'ai obtenu dans
la plus mauvaiſe faifon de l'année , ce qui
prouve tout-à - fair pour votre inftrument.
J'en fuis d'autant plus enchanté que c'eft
ma premiere épreuve ; & je vous avouerai
franchement que fans votre méthode , que
je trouve d'une facile exécution , je n'euffe
peut- être jamais penfé à enrichir ma pratique
d'une opération , qui en me faifant
honneur , me met plus à portée de foulager
l'humanité.1
J'oubliois de vous dire que j'ai taillé ce
malade dans la fituation horizontale , &
des fpectateurs étoient Meffieurs Payerne ,
Chirurgien- major du régiment d'Eu infanterie
; Marchant , que vous connoiſſez ;
Baftide , Chirurgien -major de Royal-dra-
-gons , Prevôt-maître en Chirurgie à Lille ;
Defombrages , Médecin de cette ville , &
MARS. 1755. 727
Planeque , Chirurgien-major des Hôpitaux
militaires. Ce dernier , ainfi que M. Mar
chant , m'ont prié de vous faire mille
complimens.
J'efpere dans peu joindre d'autres fuccès
à celui- ci , pour feconder vos intentions &
celles de tous vos partifans .
Je fuis , & c.
L. CHASTANET ,
Maître en Chirurgie , & Chi
rurgien Aide- major des Hôpitaux
militaires.
I la lettre fuivante au Frere Jean de
Saint-Come
Saint-Côme eft une preuve favorable
pour fon inftrument , elle ne l'eft pas moins
pour celui qui s'en eft fervi.
* Page 37*
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
A Lille , ce 30 Janvier 1755-
Mon cher Frere , voici l'hiftoire d'une
taille que je viens de faire avec votre inftrument
, & fuivant votre méthode. Le
nommé Augufte , âgé de fept ans & demi ,
fils de Henri Cantinier , au quartier de la
Magdeleine à Lille , fut attaqué des douleurs
de la pierre dès l'âge de deux ans ,
& à quatre ans & demi il fe joignit à ces
douleurs une incontinence d'urine , qu'il
a confervée jufqu'au moment de l'opération
. Les douleurs devenant plus fortes de
jour en jour , les parens me firent appeller
dans le mois de Juillet dernier ; je leur annonçai
l'exiſtence d'une pierre dans la veffie
, & leur propofai l'opération : mais inquiers
fur la réuffice , ils ne voulurent pas
s'y prêter. Enfin je fus de nouveau prié de
revoir ce malade dans le mois de Décem
bre , je le trouvai dans un état déplorable ;
il y avoit plufieufs jours qu'il ne dormoit
plus ; la pierre faifoit une irritation fi confidérable
dans la veffie , que toutes les parties
du ventre étoient dans une contraction
violente , & prefque continuelle ; l'inteſtin
rectum étoit pouffé avec force , & bien loin
au-delà de l'anus : il y eut même une hémorrhagie
affez forte des vaiffeaux de cet
inteftin. Ce dernier accident me déserM.
A RS. $ 755. 125
•
mina à propofer une feconde fois l'opération
, & engagea les parens à l'accepter,
Je la fis le 21 Décembre dernier , malgré
les tems durs & fâcheux. Je tirai une
pierre d'une demi - once , & groffe.comme
un petit ceuf de pigeon ; la couche
extérieure de cette pierre étoit molle , &
fe détacha dans le tems de l'extraction :
j'en tirai le noyau avec la tenette , & la
curette me fervit à tirer le refte . Cette
opération ne fut néanmoins ni longue ni
difficile , quoique je n'eus porté mon inftrument
qu'au feptiéme dégré de dilatation
, qui me fuffit de refte à tirer la
pierre fans efforts & fans difficulté . Auffi
les fpectateurs qui étoient nombreux , furent-
ils fatisfaits . , & rendirent justice à
la méthode. Dès le lendemain les urines
commencerent à paffer par les voies ordinaires
; mais une indigeftion que le malade
fe donna le troifiéme jour , penfa le
faire périr. Il lui furvint de l'altération ,
des felles , & la fiévre ; la plaie deyint
pâle & feche , & les urines prirent cette
route. J'avois formé le deffein de ne faire
aucun panfement à mon malade ; mais. appercevant
le changement furvenu à ſa plaic ,
j'abandonnai ce projet , & le penſai régudierement
deux fois par jour avec un plumaceau
chargé de beaume d'arcoeüs , &
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
une languette de linge garni par fes deux
extrêmités d'emplâtre d'André de la Croix ;
cette languette me fervoit tout à la fois
à contenir mon plumaceau & à rapprocher
les deux levres de la plaie. Les autres
accidens furent combattus fi efficacement ,
que le malade fut parfaitement guéri , &
fa plaie cicatrifée le dix-neuviéme jour ;
fon incontinence d'urine n'eut plus lieu ,
& fut guérie en même tems que le refte.
Voilà , mon cher Frere , un fuccès d'autant
plus complet , que je l'ai obtenu dans
la plus mauvaiſe faifon de l'année , ce qui
prouve tout-à - fair pour votre inftrument.
J'en fuis d'autant plus enchanté que c'eft
ma premiere épreuve ; & je vous avouerai
franchement que fans votre méthode , que
je trouve d'une facile exécution , je n'euffe
peut- être jamais penfé à enrichir ma pratique
d'une opération , qui en me faifant
honneur , me met plus à portée de foulager
l'humanité.1
J'oubliois de vous dire que j'ai taillé ce
malade dans la fituation horizontale , &
des fpectateurs étoient Meffieurs Payerne ,
Chirurgien- major du régiment d'Eu infanterie
; Marchant , que vous connoiſſez ;
Baftide , Chirurgien -major de Royal-dra-
-gons , Prevôt-maître en Chirurgie à Lille ;
Defombrages , Médecin de cette ville , &
MARS. 1755. 727
Planeque , Chirurgien-major des Hôpitaux
militaires. Ce dernier , ainfi que M. Mar
chant , m'ont prié de vous faire mille
complimens.
J'efpere dans peu joindre d'autres fuccès
à celui- ci , pour feconder vos intentions &
celles de tous vos partifans .
Je fuis , & c.
L. CHASTANET ,
Maître en Chirurgie , & Chi
rurgien Aide- major des Hôpitaux
militaires.
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Résumé : Progrès du Lithotome caché pour la taille.
Le 21 décembre 1755, le chirurgien L. Chastanet a réalisé une opération à Lille pour extraire une pierre de la vessie d'un patient nommé Auguste, âgé de sept ans et demi. Depuis l'âge de deux ans, Auguste souffrait de douleurs et d'incontinence urinaire en raison de cette pierre. Malgré les réticences initiales des parents, l'opération a été effectuée en raison de l'aggravation de l'état du patient. Chastanet a utilisé un instrument et une méthode fournis par le frère Jean de Saint-Côme. La pierre, de la taille d'un petit œuf de pigeon, a été extraite sans difficulté majeure. La guérison complète, incluant la fin de l'incontinence urinaire, a été atteinte en dix-neuf jours. Plusieurs chirurgiens et médecins présents ont témoigné de la réussite de l'intervention. Chastanet a exprimé sa satisfaction et son espoir de reproduire ce succès à l'avenir.
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11822
p. 130
LOGOGRYPHUS.
Début :
Ex pedibus mihi prisca novem dat fabula nomen. [...]
Mots clefs :
Vertumnus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHUS.
LOGO GRYPHU S.
X pedibus mihi prifca novem dat fabula no
men.
Ex his tres anni gratiffima tempora præftant ,
Trefque locum ridet quo formofiffimus annus
In primis ; animal tres quo cum afperrima feles .
Bella gerunt ; charites quot fint , fi fcire lubebit
Quæ fit pars arcûs ftridens fugiente fagitta ;
Quis fuit Æneæ quondam generofior hoftis;
Quæ fit & artifici quæ machina longa rotatu
Eſcas ante focum coquit , & quo nomine nati
Sponfa vocetur, habes in me : fum denique donum
X pedibus mihi prifca novem dat fabula no
men.
Ex his tres anni gratiffima tempora præftant ,
Trefque locum ridet quo formofiffimus annus
In primis ; animal tres quo cum afperrima feles .
Bella gerunt ; charites quot fint , fi fcire lubebit
Quæ fit pars arcûs ftridens fugiente fagitta ;
Quis fuit Æneæ quondam generofior hoftis;
Quæ fit & artifici quæ machina longa rotatu
Eſcas ante focum coquit , & quo nomine nati
Sponfa vocetur, habes in me : fum denique donum
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11823
p. 156
CHANSON. Dont la Musique est de M. de FRANCE DE NOLA.
Début :
Le vaste Empire d'Orient & celui d'Occident, [...]
Mots clefs :
Empire d'Orient, Empire d'Occident, Ottomans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON. Dont la Musique est de M. de FRANCE DE NOLA.
CHANSON .
Dont laMuſique eſt de M. de FRANCE
DE NOLA. ::
IE vaste Empire d'Orient & celui
d'Occident
S font au ou d'huy la Guerre ;
Si l'Aigle détruit le Croiſſant ,
Que de Ruiffeaux de fang vont couler
fur la Terre !
Amis, imitons l'Alleman ,
Tandis qu'avec ſon Cimeterre ,
Il va renverser l'Ottoman ;
Avec la bouteille & le verre ,.
Allons chaffer l'Amour de l'Isle de
Cythere :
Détruifons pour jamais l'Empire de
Kenus ,
Et que l'un & l'autre Hemisphére
RevéreSeulement celui du Dieu Bachus .
Dont laMuſique eſt de M. de FRANCE
DE NOLA. ::
IE vaste Empire d'Orient & celui
d'Occident
S font au ou d'huy la Guerre ;
Si l'Aigle détruit le Croiſſant ,
Que de Ruiffeaux de fang vont couler
fur la Terre !
Amis, imitons l'Alleman ,
Tandis qu'avec ſon Cimeterre ,
Il va renverser l'Ottoman ;
Avec la bouteille & le verre ,.
Allons chaffer l'Amour de l'Isle de
Cythere :
Détruifons pour jamais l'Empire de
Kenus ,
Et que l'un & l'autre Hemisphére
RevéreSeulement celui du Dieu Bachus .
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11824
p. 114-115
ENIGME.
Début :
Je ne suis, ni corps, ni matiere ; [...]
Mots clefs :
Ombre d'un cadran
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM' E.
E ne fuis , ni corps , ni matiere ;
Je ne fuis efprit , ni lumiere .
Que fuis-je donc ? je ne [çai pas.
Si quelqu'un pouvoit me l'apprendre ,
DE NOVEMBRE.
715
J'aurois des graces à lui rendre ;
Il me tireroit d'embaras.
Eh ! comment me pouvoir connoistre ž
Puifque celui qui me fait maitre
Sans aucun fentiment d'amour ,
Dans l'instant me ravit le jour.
Je fuis rien , comme on dit , ou du moins peu de
chofe ,
Et je ne puis le contefter :
Cependant , fouvent , pour cause ,
Les plus habiles gens viennent me conſulter«
E ne fuis , ni corps , ni matiere ;
Je ne fuis efprit , ni lumiere .
Que fuis-je donc ? je ne [çai pas.
Si quelqu'un pouvoit me l'apprendre ,
DE NOVEMBRE.
715
J'aurois des graces à lui rendre ;
Il me tireroit d'embaras.
Eh ! comment me pouvoir connoistre ž
Puifque celui qui me fait maitre
Sans aucun fentiment d'amour ,
Dans l'instant me ravit le jour.
Je fuis rien , comme on dit , ou du moins peu de
chofe ,
Et je ne puis le contefter :
Cependant , fouvent , pour cause ,
Les plus habiles gens viennent me conſulter«
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11825
p. 74-75
ENIGME.
Début :
Nous sommes vingt, qu'en quatre classes [...]
Mots clefs :
Ongles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
ous fommes vingt, qu'en quatre claffes
On a fagement partagés ;
Et tellement fommes rangés
Que jamais ne perdons nos places ,
Et n'avons aucun mouvement.
Mais , fi pourtant , par avanture
Nous éprouvons l'ébranlement ,
C'eft un affez mauvais augure .
Pour mieux expliquer notre fort ,
Il faut obferver , que d'ufage
Dix de nous renfermés , cinq à cinq dans un Fort ,
FEVRIER. 1761 : 75
Pour la moitié du jour fubiffent l'esclavage.
Les dix autres au demeurant ,
Qu'on réſerve pour la parade ,
Quoique toujours fans mouvement ,
Font mainte & mainte promenade.
Le fâcheux eft que bien fouvent ,
Notre Maître , inhumainement ,
Nous fait paffer par le tranchant
Du fer impitoyable :
Mais malheur pour quiconque,avant cet accident,
Eprouve de nos parts un affaut redoutable !
Par M. l'Abbé RIMBERT .
ous fommes vingt, qu'en quatre claffes
On a fagement partagés ;
Et tellement fommes rangés
Que jamais ne perdons nos places ,
Et n'avons aucun mouvement.
Mais , fi pourtant , par avanture
Nous éprouvons l'ébranlement ,
C'eft un affez mauvais augure .
Pour mieux expliquer notre fort ,
Il faut obferver , que d'ufage
Dix de nous renfermés , cinq à cinq dans un Fort ,
FEVRIER. 1761 : 75
Pour la moitié du jour fubiffent l'esclavage.
Les dix autres au demeurant ,
Qu'on réſerve pour la parade ,
Quoique toujours fans mouvement ,
Font mainte & mainte promenade.
Le fâcheux eft que bien fouvent ,
Notre Maître , inhumainement ,
Nous fait paffer par le tranchant
Du fer impitoyable :
Mais malheur pour quiconque,avant cet accident,
Eprouve de nos parts un affaut redoutable !
Par M. l'Abbé RIMBERT .
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11826
p. 58-60
LES DEUX FOURNEAUX. FABLE. A Mme Bourette, ci-devant Mme Curé.
Début :
De deux fourneaux, une muraille antique [...]
Mots clefs :
Fourneaux, Teinturier, Liqueurs, Feu, Goût, Charlotte Reynier Bourette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DEUX FOURNEAUX. FABLE. A Mme Bourette, ci-devant Mme Curé.
LES DEUX FOURNEAUX.
FABLE .
A Mme Bourette , ci- devant Mme Curé.
De deux fourneaux , une muraille antique
E
Faifoit la féparation.
Ces fourneaux n'étant point dans la même boutique
,
Ils n'avoient pas non plus la même fonction.
L'un , d'un diftillateur , ( à ce que dit l'hiftoire :)
Servoit à diftiller les charmantes liqueurs.
Sur l'autre , un teinturier dans fon laboratoire
Faifoit bouillir fes diverfes couleurs ,
Dès que les ouvriers avoient fait leur journée ,
Le feu n'exhalant plus ni flamme ni fumée ;
Les fourneaux , à travers le vieux mur mitoyen ,
De converfer enſemble , avoient trouvé moyen :
Celui du teinturier difoit à fon confrere :
Le goût & l'odorat par vos ſoins font flatés ,
Au lieu que de mon miniſtere
L'un & l'autre fouvent le fentent rebutés .
Lors le diftillateur lui répondit : Mon frere ,
Vous avez votre utilité.
Dans moi , le feu par fon activité ,
Des fleurs , des fruits , abforbe la nature ;
SEPTEMBRE. 1755. 59
Mais par vos foins , ainfi que la peinture
Qui fe fait admirer par fon beau coloris ;
Vous faites que les yeux font charmés , éblouis.
Vous femblez donner l'être aux plus aimables
chofes ;
Et même furpaffer par vos métamorphofes ,
L'azur qui brille au ciel , & la neige des lys ,
Et le feu du corail , & le vermeil des rofes.
Lyon , les Gobelins font valoir vos talens .
Vos travaux ont rendu ces endroits opulens.
C'eſt par le ponceau fin , par la riche écarlate
Que leur magnificence éclate.
Ne vous plaignez donc plus. Quant à flater le
goût
Par mes liqueurs délicieuſes ,
A la fanté du corps fouvent pernicieuſes ;
Voilà tout mon mérite Eh ! qui peut avoir tout
On ne joint pas toujours l'utile à l'agréable .
Confolez -vous , l'utile eft toujours préférable :
Cependant , quand on peut les réunir tous deux ,
C'eſt-là ce qui s'appelle avoir un fort heureux.
Oui , dit le Teinturier : c'eſt un double avantage.
Mais vous l'avez fur moi , tel eft votre appanage.
Par le beau coloris de vos douces liqueurs
Vous charmez à la fois & les yeux & les coeurs.
Eh qui joint mieux que vous l'agréable à l'utile ș
Le goût & l'odorat ne me font point la cour ;
Mais ils fuivront toujours celui qui leur diftille
L'eau d'or & le parfait amour.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Le fourneau d'un Poëte eft fon cerveau fans
doute.
Pour faire quelques vers je fçai ce qu'il m'en
coûte.
Bourette , mieux que moi , vous fentez cette ardeur
,
Dont le fils de Latone enflamme maint auteur.
Ne comparons donc pas nos fourneaux l'un à
l'autre ;
Le mien eft de beaucoup inférieur au vôtre.
J. L. Cappon.
Maître Teinturier , & Bedeau des Saints
Innocens à Paris.
Ces qualités doivent fervir de paffeport
aux vers que l'on vient de lire.
FABLE .
A Mme Bourette , ci- devant Mme Curé.
De deux fourneaux , une muraille antique
E
Faifoit la féparation.
Ces fourneaux n'étant point dans la même boutique
,
Ils n'avoient pas non plus la même fonction.
L'un , d'un diftillateur , ( à ce que dit l'hiftoire :)
Servoit à diftiller les charmantes liqueurs.
Sur l'autre , un teinturier dans fon laboratoire
Faifoit bouillir fes diverfes couleurs ,
Dès que les ouvriers avoient fait leur journée ,
Le feu n'exhalant plus ni flamme ni fumée ;
Les fourneaux , à travers le vieux mur mitoyen ,
De converfer enſemble , avoient trouvé moyen :
Celui du teinturier difoit à fon confrere :
Le goût & l'odorat par vos ſoins font flatés ,
Au lieu que de mon miniſtere
L'un & l'autre fouvent le fentent rebutés .
Lors le diftillateur lui répondit : Mon frere ,
Vous avez votre utilité.
Dans moi , le feu par fon activité ,
Des fleurs , des fruits , abforbe la nature ;
SEPTEMBRE. 1755. 59
Mais par vos foins , ainfi que la peinture
Qui fe fait admirer par fon beau coloris ;
Vous faites que les yeux font charmés , éblouis.
Vous femblez donner l'être aux plus aimables
chofes ;
Et même furpaffer par vos métamorphofes ,
L'azur qui brille au ciel , & la neige des lys ,
Et le feu du corail , & le vermeil des rofes.
Lyon , les Gobelins font valoir vos talens .
Vos travaux ont rendu ces endroits opulens.
C'eſt par le ponceau fin , par la riche écarlate
Que leur magnificence éclate.
Ne vous plaignez donc plus. Quant à flater le
goût
Par mes liqueurs délicieuſes ,
A la fanté du corps fouvent pernicieuſes ;
Voilà tout mon mérite Eh ! qui peut avoir tout
On ne joint pas toujours l'utile à l'agréable .
Confolez -vous , l'utile eft toujours préférable :
Cependant , quand on peut les réunir tous deux ,
C'eſt-là ce qui s'appelle avoir un fort heureux.
Oui , dit le Teinturier : c'eſt un double avantage.
Mais vous l'avez fur moi , tel eft votre appanage.
Par le beau coloris de vos douces liqueurs
Vous charmez à la fois & les yeux & les coeurs.
Eh qui joint mieux que vous l'agréable à l'utile ș
Le goût & l'odorat ne me font point la cour ;
Mais ils fuivront toujours celui qui leur diftille
L'eau d'or & le parfait amour.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Le fourneau d'un Poëte eft fon cerveau fans
doute.
Pour faire quelques vers je fçai ce qu'il m'en
coûte.
Bourette , mieux que moi , vous fentez cette ardeur
,
Dont le fils de Latone enflamme maint auteur.
Ne comparons donc pas nos fourneaux l'un à
l'autre ;
Le mien eft de beaucoup inférieur au vôtre.
J. L. Cappon.
Maître Teinturier , & Bedeau des Saints
Innocens à Paris.
Ces qualités doivent fervir de paffeport
aux vers que l'on vient de lire.
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Résumé : LES DEUX FOURNEAUX. FABLE. A Mme Bourette, ci-devant Mme Curé.
La fable 'Les Deux Fourneaux' relate l'histoire de deux fourneaux séparés par une muraille antique, chacun ayant une fonction distincte. Le premier appartient à un distillateur et sert à produire des liqueurs, tandis que le second, utilisé par un teinturier, sert à faire bouillir diverses couleurs. Chaque soir, ils conversent à travers le mur. Le fourneau du teinturier admire les liqueurs du distillateur, qui flattent le goût et l'odorat, contrairement à son propre travail qui rebute souvent ces sens. Le distillateur souligne l'utilité de chacun : son fourneau extrait la nature des fleurs et des fruits, tandis que celui du teinturier charme les yeux par ses couleurs, comparables à la beauté de la nature et des arts. Le teinturier reconnaît que les liqueurs du distillateur charment à la fois les yeux et les cœurs, combinant l'utile et l'agréable. Le distillateur conclut en affirmant que, bien que l'utile soit préférable, réunir les deux est idéal. La fable se termine par une comparaison des fourneaux à ceux des poètes, soulignant que chaque métier a ses propres mérites et utilités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11827
p. 150-152
LETTRE écrite par M. FARCY, à Madame la Générale la MOTTE, du 10 Mars 1763, au sujet de ses Gouttes blanches & jaunes.
Début :
MADAME, LA vie & la santé de mon Père, que [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. FARCY, à Madame la Générale la MOTTE, du 10 Mars 1763, au sujet de ses Gouttes blanches & jaunes.
LETTRE écrite par M. FARCY, à Madame
la Générale la MOTTE, du 10
Mars 1763, au sujet de ses Gouttes
blanches & jaunes.
MADAME,
LA vie & la santé de mon Père, que
je dois à l'excellence de votre Elixir, &
aux bons ſoins de M. Thiery , Docteur
en Médecine de la Faculté de Paris,
ſont pour moi les motifs d'une recon
noiſſance qui ne s'altérera jamais. Que
ne puis-je perſuader au Public que, ſi la
paralyſie a des effets ſi fâcheux, que les
tempéramens même les plus robuſtes
n'en ſont pas exempts, on trouve dans
votre Elixir un excellent remède contre
cette maladie. Mon Père, ſexagénaire &
fort replet, fut tout-à-coup réduit le 31
Janvier dernier en un état qui ne permet
toit pas même aux gens de l'Art, d'eſpé
rer le rétabliſſement de toute la partie
droite du corps qui étoit immobile.Mais
comme nous trouvâmes heureuſement
* Cette Lettre n'a été retrouvée que depuis
quelques jours , au Bureau du Mercure.
-
M A I. 1764.
1 5 1
M Thiery , dont les lum ères ſont auſſi
connues que les bonnes qualités de ſon
cœur, il ne déſeſpéra point d'une gué
riſon parfaite. Parmi les moyens dont il
ſe ſervit, il employa principalement l'E-
lixir jaune. Ces ſecours firent au bout de
trois jours concevoir les plus grandes
eſpérances. La langue qui ſubitement
s'étoit tellement engagée, que mon Père
ne pouvoit nommer ce dont il avoit be
ſoin , commença à ſe délier, & le ſixié
me jour de ſa maladie il ſe faiſoit en
tendre. M. Thiery ayant ordonné des
frictions avec votre Elixir blanc, le long
du bras droit plus fortement affecté, le
ſurlendemain de cette opération le doigt
annulaire & le petit doigt donnèrent
quelques ſignes de mouvement, J'affir
me avec la plus grande vérité,que la con
tinuation de ces frictions, l'uſage inté
rieur de l'Elixir jaune, avec les autres
remèdes, ont en moins de quinze jours
produit des effets étonnans ; de ſorte que
l'articulation des doigts de la main étoit
on ne peut pas plus ſenſible, & il reſtoit
à la langue peu d'embarras. Je certifie
qu'aujourd'hui mon Père va, vient, ſe
proméne ;
qu'il parle auſſi librement
qu'autrefois, & ſe ſert de ſon bras au
point de s'en raſer. Tout le quartier du
G iv
1 52 MERCURE DE FRANCE.
fauxbourg S. Honoré a connoiſſance de
cet événement , auſſi-bien que M. le
Comte de Saint-Florentin , & auquel ce
Miniſtre auſſi diſtingué par ſa ſageſſe
que par ſa bonté, s'eſt intéreſſé. Indé
pendamment de M. Thiery, qui a diri
gé la cure de mon Père, je puis citer
our témoins de ſon état actuel & paſſé
MM. Bainieres, Cagnard & Cadet , Chi
rurgiens. M. de Laſſaigne, Médecin du
Roi, qui a bien voulu ſuivre mon Père
dans ſa convaleſcence , avec une atten
tion particulière, a cru ne pouvoir mieux
faire que de continuer le traitement qui
avoit ſi bien réuſſi.
Je ſuis avec autant de reſpect que de
reconnoiſſance , &c,
A Paris, le 10 Mars 1763.
la Générale la MOTTE, du 10
Mars 1763, au sujet de ses Gouttes
blanches & jaunes.
MADAME,
LA vie & la santé de mon Père, que
je dois à l'excellence de votre Elixir, &
aux bons ſoins de M. Thiery , Docteur
en Médecine de la Faculté de Paris,
ſont pour moi les motifs d'une recon
noiſſance qui ne s'altérera jamais. Que
ne puis-je perſuader au Public que, ſi la
paralyſie a des effets ſi fâcheux, que les
tempéramens même les plus robuſtes
n'en ſont pas exempts, on trouve dans
votre Elixir un excellent remède contre
cette maladie. Mon Père, ſexagénaire &
fort replet, fut tout-à-coup réduit le 31
Janvier dernier en un état qui ne permet
toit pas même aux gens de l'Art, d'eſpé
rer le rétabliſſement de toute la partie
droite du corps qui étoit immobile.Mais
comme nous trouvâmes heureuſement
* Cette Lettre n'a été retrouvée que depuis
quelques jours , au Bureau du Mercure.
-
M A I. 1764.
1 5 1
M Thiery , dont les lum ères ſont auſſi
connues que les bonnes qualités de ſon
cœur, il ne déſeſpéra point d'une gué
riſon parfaite. Parmi les moyens dont il
ſe ſervit, il employa principalement l'E-
lixir jaune. Ces ſecours firent au bout de
trois jours concevoir les plus grandes
eſpérances. La langue qui ſubitement
s'étoit tellement engagée, que mon Père
ne pouvoit nommer ce dont il avoit be
ſoin , commença à ſe délier, & le ſixié
me jour de ſa maladie il ſe faiſoit en
tendre. M. Thiery ayant ordonné des
frictions avec votre Elixir blanc, le long
du bras droit plus fortement affecté, le
ſurlendemain de cette opération le doigt
annulaire & le petit doigt donnèrent
quelques ſignes de mouvement, J'affir
me avec la plus grande vérité,que la con
tinuation de ces frictions, l'uſage inté
rieur de l'Elixir jaune, avec les autres
remèdes, ont en moins de quinze jours
produit des effets étonnans ; de ſorte que
l'articulation des doigts de la main étoit
on ne peut pas plus ſenſible, & il reſtoit
à la langue peu d'embarras. Je certifie
qu'aujourd'hui mon Père va, vient, ſe
proméne ;
qu'il parle auſſi librement
qu'autrefois, & ſe ſert de ſon bras au
point de s'en raſer. Tout le quartier du
G iv
1 52 MERCURE DE FRANCE.
fauxbourg S. Honoré a connoiſſance de
cet événement , auſſi-bien que M. le
Comte de Saint-Florentin , & auquel ce
Miniſtre auſſi diſtingué par ſa ſageſſe
que par ſa bonté, s'eſt intéreſſé. Indé
pendamment de M. Thiery, qui a diri
gé la cure de mon Père, je puis citer
our témoins de ſon état actuel & paſſé
MM. Bainieres, Cagnard & Cadet , Chi
rurgiens. M. de Laſſaigne, Médecin du
Roi, qui a bien voulu ſuivre mon Père
dans ſa convaleſcence , avec une atten
tion particulière, a cru ne pouvoir mieux
faire que de continuer le traitement qui
avoit ſi bien réuſſi.
Je ſuis avec autant de reſpect que de
reconnoiſſance , &c,
A Paris, le 10 Mars 1763.
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11828
p. 2370-2373
Douze Tragédies sur le même sujet d'Œdipe, [titre d'après la table]
Début :
L'une de ces quatre Tragédies, qui a pour titre : Oedipe et toute sa Famille, est [...]
Mots clefs :
Préface, Tragédie, Psaumes de David, Cantique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Douze Tragédies sur le même sujet d'Œdipe, [titre d'après la table]
L'une de ces quatre Tragédies , qui a
pour titre : Oedipe et toute sa Famille , est
précedée
OCTOBRE . 1731. 2371
précedée d'une Préface et suivie d'un Dialogue
entre l'Auteur et feu M. Boivin .
Le commencement de la Préface regarde
la Tragédie des trois fils de Jocaste
, qui avoit été imprimée sans Préface
; tout le reste est une explication des
moyens dont il s'est servi pour concilier
diverses opinions de M" Corneille , Despreaux
et Boivin , sur le cinquiéme Acte
de l'Oedipe de Sophocle , et pour accommoder
au Théatre les lamentations
de l'Oedipe Grec. Voici un Trait tiré du
Dialogue.
Ce n'est pas que cette nouvelle Tragédie ,
dont vous parlez , doive sa naissance à nos
procès ; elle la doit , Monsieur , à la Preface
qui précede votre Traduction de l'Oedipe
de Sophocle. Lorsque je la lûs , je m'étonnai
d'abord de ce qu'en faisant tant de
Tragédies d'Oedipe , il ne m'étoit pas seulement
une fois venu dans l'idée d'employer
·les Lamentations du cinquième Acte . Con
meille les avoit rejettées. Votre Préface m'apprit
qu'elles étoient d'un grand prix. J'ai
connu votre habileté , l'excellence de votre
gout, & la solidité de votre esprit. Votre seniment
sur ces plaintes d'Oedipe , me fit chercher
avec grand soin pendant deux jours un
nouveau sujet sur les malheurs de ce Prince,
et un moyen de faire préceder sa mort par ses
E iiij plaintes
2372 MERCURE DE FRANCE
plaintes , telles que Sophocle les a mises. Fe
crois être venu à bout de mon dessein ; je
venx dire que mon cinquième Acte doit être
bien reçû. Les Modernes avoient emprunté
déja de Sophocle , presque toutes les autres
beautez qui sont très -fréquentes dans sa Tragédie
d'Oedipe , et avoient réussi. J'ai le
premier usé de ces Lamentations , et ne leur
ai rien ôté de leur mérite. Cela ne m'a pas
été bien difficile. J'ai mis en Vers votre noble
et magnifique Traduction , et tout ce que
j'y ai ajoûé du mien n'est qu'un tour assez
ingenieux et très- heureux en même -temps
pour sauver l'horreur que le visage sanglant
d'Oedipe auroit causée aux Spectateurs sj'ai
trouvé le secret de placer de si belles plaintes
avant que ce Prince puisse porter ses
mains sur lui , et quoiqu'un peu longues ex
un temps out ce Prince qui est sans armes
ne cherche que la mort, elles ne courent poin
le risque d'ennuyer.
9
PARAPHRASE DES PSEAUMES DE DAVID
et dés Cantiques de l'Eglise , avec une
application suivie de chaque Pseaume et
de chaque Cantique à un sujet particulier
, propre à servir d'entretien avec
Dieu. Par le R. P. Th . Bern . Fellon , de
la Compagnie de Jesus. 4. vol . in 12. A
Lion , chez Claude Fournet , 1731 .
PHILO
OCTOBRE . 1731. 2373
LE PHILOSOPHE ANGLOIS, Ou Histoire de
M. Cleveland , fils naturel de Cromwel ,
écrite par lui - même , et traduite de l'Anglois
par l'Auteur des Memoires d'un Hom
me de qualité. AUtrecht, chez E. Neaulme,
4. volumes in 12.
SUPPLEMENT à l'Histoire des Guerres
Civiles de Flandres sous Philippe II . Roy
d'Espagne , du Pere Famien Strada , et
d'autres Auteurs , contenant les Procès
criminels de Lamoral , Comte d'Egmont,
et de Philippe de Montmorency , Comte
de Hornes , ausquels le Duc d'Albe a
fait trancher la Tête à Bruxelles. A Amsterdam
, chez Pierre Michield , et se trouvé
Paris , chez Briasson ruë S. Jacques ,
›
2. vol. in 12. 1729.
OEUVRES DE CLEMENT MAROT , Valet
de Chambre de François I. Roi de France
, revûës sur plusieurs Manuscrits , et
sur plus de 40. Editions ; et augmentées
tant de diverses Poësies veritables , que de
celles qu'on lui a faussement attribuées :
avec les ouvrages de Jean Marot , son
Pere , ceux de Michel Marot , son fils ,
et les Picces du differend de Clement avec
François Sagon . Accompagnées d'une
Préface Historique , et d'Observations
critiques. A la Haye , chez P. Gosse et
f. Neaulme , 1731. 6. vol. in 12 .
pour titre : Oedipe et toute sa Famille , est
précedée
OCTOBRE . 1731. 2371
précedée d'une Préface et suivie d'un Dialogue
entre l'Auteur et feu M. Boivin .
Le commencement de la Préface regarde
la Tragédie des trois fils de Jocaste
, qui avoit été imprimée sans Préface
; tout le reste est une explication des
moyens dont il s'est servi pour concilier
diverses opinions de M" Corneille , Despreaux
et Boivin , sur le cinquiéme Acte
de l'Oedipe de Sophocle , et pour accommoder
au Théatre les lamentations
de l'Oedipe Grec. Voici un Trait tiré du
Dialogue.
Ce n'est pas que cette nouvelle Tragédie ,
dont vous parlez , doive sa naissance à nos
procès ; elle la doit , Monsieur , à la Preface
qui précede votre Traduction de l'Oedipe
de Sophocle. Lorsque je la lûs , je m'étonnai
d'abord de ce qu'en faisant tant de
Tragédies d'Oedipe , il ne m'étoit pas seulement
une fois venu dans l'idée d'employer
·les Lamentations du cinquième Acte . Con
meille les avoit rejettées. Votre Préface m'apprit
qu'elles étoient d'un grand prix. J'ai
connu votre habileté , l'excellence de votre
gout, & la solidité de votre esprit. Votre seniment
sur ces plaintes d'Oedipe , me fit chercher
avec grand soin pendant deux jours un
nouveau sujet sur les malheurs de ce Prince,
et un moyen de faire préceder sa mort par ses
E iiij plaintes
2372 MERCURE DE FRANCE
plaintes , telles que Sophocle les a mises. Fe
crois être venu à bout de mon dessein ; je
venx dire que mon cinquième Acte doit être
bien reçû. Les Modernes avoient emprunté
déja de Sophocle , presque toutes les autres
beautez qui sont très -fréquentes dans sa Tragédie
d'Oedipe , et avoient réussi. J'ai le
premier usé de ces Lamentations , et ne leur
ai rien ôté de leur mérite. Cela ne m'a pas
été bien difficile. J'ai mis en Vers votre noble
et magnifique Traduction , et tout ce que
j'y ai ajoûé du mien n'est qu'un tour assez
ingenieux et très- heureux en même -temps
pour sauver l'horreur que le visage sanglant
d'Oedipe auroit causée aux Spectateurs sj'ai
trouvé le secret de placer de si belles plaintes
avant que ce Prince puisse porter ses
mains sur lui , et quoiqu'un peu longues ex
un temps out ce Prince qui est sans armes
ne cherche que la mort, elles ne courent poin
le risque d'ennuyer.
9
PARAPHRASE DES PSEAUMES DE DAVID
et dés Cantiques de l'Eglise , avec une
application suivie de chaque Pseaume et
de chaque Cantique à un sujet particulier
, propre à servir d'entretien avec
Dieu. Par le R. P. Th . Bern . Fellon , de
la Compagnie de Jesus. 4. vol . in 12. A
Lion , chez Claude Fournet , 1731 .
PHILO
OCTOBRE . 1731. 2373
LE PHILOSOPHE ANGLOIS, Ou Histoire de
M. Cleveland , fils naturel de Cromwel ,
écrite par lui - même , et traduite de l'Anglois
par l'Auteur des Memoires d'un Hom
me de qualité. AUtrecht, chez E. Neaulme,
4. volumes in 12.
SUPPLEMENT à l'Histoire des Guerres
Civiles de Flandres sous Philippe II . Roy
d'Espagne , du Pere Famien Strada , et
d'autres Auteurs , contenant les Procès
criminels de Lamoral , Comte d'Egmont,
et de Philippe de Montmorency , Comte
de Hornes , ausquels le Duc d'Albe a
fait trancher la Tête à Bruxelles. A Amsterdam
, chez Pierre Michield , et se trouvé
Paris , chez Briasson ruë S. Jacques ,
›
2. vol. in 12. 1729.
OEUVRES DE CLEMENT MAROT , Valet
de Chambre de François I. Roi de France
, revûës sur plusieurs Manuscrits , et
sur plus de 40. Editions ; et augmentées
tant de diverses Poësies veritables , que de
celles qu'on lui a faussement attribuées :
avec les ouvrages de Jean Marot , son
Pere , ceux de Michel Marot , son fils ,
et les Picces du differend de Clement avec
François Sagon . Accompagnées d'une
Préface Historique , et d'Observations
critiques. A la Haye , chez P. Gosse et
f. Neaulme , 1731. 6. vol. in 12 .
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Résumé : Douze Tragédies sur le même sujet d'Œdipe, [titre d'après la table]
Le texte présente une tragédie intitulée 'Oedipe et toute sa Famille', précédée d'une préface et suivie d'un dialogue entre l'auteur et M. Boivin. La préface explique comment l'auteur a concilié diverses opinions sur le cinquième acte de l''Oedipe' de Sophocle et adapté les lamentations d'Oedipe pour le théâtre. Le dialogue révèle que l'auteur a été inspiré par la préface d'une traduction de l''Oedipe' de Sophocle pour créer une nouvelle tragédie intégrant les lamentations du cinquième acte. L'auteur affirme avoir réussi à placer ces plaintes de manière à éviter l'horreur du visage sanglant d'Oedipe et à maintenir l'intérêt des spectateurs. Le texte mentionne également d'autres publications, telles qu'une paraphrase des Psaumes de David, une histoire intitulée 'Le Philosophe Anglois', un supplément à l'histoire des guerres civiles de Flandres, et les œuvres de Clément Marot.
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11829
p. 126-138
ÉLOGE Historique de M. LE PERE, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie d'AUXERRE par M. de S. GEORGE, Sécrétaire perpétuel de la même Académie, le 26 Octobre 1762.
Début :
MATURIN LE PERE, Secrétaire perpétuel de la Société des Sciences, Arts [...]
Mots clefs :
Travail, Mémoire, Opérations, Triangles , Précision, Société, Difficultés, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE Historique de M. LE PERE, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie d'AUXERRE par M. de S. GEORGE, Sécrétaire perpétuel de la même Académie, le 26 Octobre 1762.
ÉLOGE Hiftorique de M. LE PERE
lu dans l'Affemblée publique de l'Académie
d'AUXERRE par M. de S.
GEORGE , Sécrétaire perpétuel de la
même Académie , le 26 Octobre 1762.
MATURIN ATURIN LE PER E, Secrétaire
perpétuel de la Société des Sciences, Arts
& Belles-Lettres d'Auxerre Directeur
des Poftes de la même Ville , naquit à
Milli en Gâtinois , le 12 Janvier 1718.
Il avoit reçu de la nature des difpofitions
heureufes , qu'une bonne éducation fçut
heureufement cultiver. Il remporta du
College de Beauvais , où il avoit fait fa
Rhétorique & fa Philofophie , un amour
A O UST. 1763. 127
de l'Etude tel que les leçons des plus
habiles Maîtres pouvoient l'inspirer à un
jeune homme , qui réuniffoit la facilité
de l'efprit à la fagèffe des moeurs.
Après avoir donné dans Paris , plufieurs
années à un genre de travail , qui
femble être devenu le complément de
l'éducation pour la jeuneffe , à qui la
Nobleffe ou l'opulence n'ouvrent point
une meilleure voie de fe faire un état
dans le monde , M. le Père parfaitement
inftruit dans la fcience des affaires
s'établit en cette Ville , avec l'emploi
de Directeur de la Pofte ; auquel il joignit
bientôt après l'office de Notaire , au
Bailliage ; il fallut joindre enfuite aux
devoirs de ces deux places , tous les foins
de l'éducation d'une famille nombreufe.
- Parmi tant d'occupations , dont il a
toujours porté le poids avec une religieufe
exactitude , il fçavoit encore fe
ménager des momens , que la néceffité
du repos & le plaifir auroient pu revendiquer
, mais il étoit content de les donner
à fes anciennes études , dont l'entretien
fouvent trop peu libre n'avoit jamais
été totalement interrompu.
*
Avec ce goût & cette habitude , il
n'étoit pas poffible qu'il négligeât l'occafion
qui fe pré fentoit de cultiver , avec
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
plus d'étendue & plus de fecours , les
lettres & les fciences qu'il aimoit. Perfonne
n'a peut-être embraffé notre inftitution
naiffante avec plus d'ardeur : &
aucun n'a mieux fçu profiter des avantages
qu'elle préfente. Il s'étoit acquis de
longue main , un fond de connoiffances
variées , qui ne demandoient que
d'être repriſes avec ordre , & dirigées à
une fin , pour enfanter fans effort quantité
de productions eftimables.
Le premier objet des occupations de la
fociété devant être l'Hiftoire naturelle &
civile dupays que nous habitons , M. le
Pere commença fes travaux Académiques
par l'étude des moyens qu'il falloit mettre
en oeuvre pour fe procurer une carte
exacte du diocèfe , & une defcription
hiftorique de toutes fes parties. Il fe chargea
lui- même de toutes les opérations de
Trigonométrie néceffaires pour fixer la
fituation & la diftance des lieux &
dreffa un Mémoire qui fut envoyé à tous
MM. les Curés , pour leur demander , &
les mettre en état de donner avec précifion
, tous les éclairciffemens relatifs au
deffein qu'on fe propofoit.
1
>
Perfonne n'étoit plus capable de diriger
& de fuivre cet objet important
que M.Le Pere qui poffédoit une conAÓUST.
1763 . 124)
noiffance profonde de toutes les parties
de la Géographie , dont il préfenta en
ce même tems à nos féances un Tableau
magnifique , dans un Mémoire étendu ,
qu'on peut regarder comme une introduction
facile & attrayante à l'étude de
la Géographie.
%
Le grand ouvrage de M. Bouguer ,
fur la figure de la terre vint alors exercer
& mettre en plus grand jour les talens
de M. le Pere. Il le lut avec tant d'intérêt
, approfondit les difficultés , en rechercha
les folutions avec tant de fuccès
qu'il acquit par fon travail l'honneur
de paroître dans le Public foutenant la
caufe de M. Bouguer , dont le fyftême,
éprouva d'abord de grandes contradictions
. Les lettres qu'il écrivoit à ce sujet ,
ont été répandues & eftimées : & M.
Bouguer ravi de trouver dans une région,
naiffante, &prèfque inconnue du monde
littéraire , un défenfeur auffi habile , entra
avec lui en correfpondance. M. le
Pere étoit l'homme de notre fociété le
plus capable de la produire au dehors ,
& de former & d'entretenir des relations .
auffi utiles à nos progrès qu'honorables
à nos commencemens.
L'étude du fçavant ouvrage de M.
Bouguer, & les débats qu'il occafionna
Fv.
130 MERCURE DE FRANCE,
firent naître à M. le Pere , plufieurs idées
fur la perfection qu'il eft poffible d'ajouter
aux inftrumens d'Aftronomie ; fes
réfléxions fur ces objets font renfermées
dans un Mémoire fort intéreffant qu'il
donna en 1750. Il y expofe une nouvelle
manière d'appliquer le micrometre
aux inftrumens propres à mefurer les
angles , ou plutôt une conftruction toute
nouvelle du micrometre . Elle confifte
en une vis accompagnée d'un fimple
Cadran mobile : les pas de la vis font réglés
fur l'étendue de la divifion du quart
de cercle auquel on veut l'appliquer ; le
Cadran eft divifé de manière que chacune
de fes parties vaille un nombre
complet de fecondes ; par-là on évite les
réductions , ou le calcul des parties du
micrometre , dont toutes les obfervations
font embarraffées ; on évite les
tranfverfales dont le travail eft long , &
fujet aux plus grandes difficultés d'exécution
; on a l'avantage d'avoir toujours
l'objet au centre de la lunette . Enfin
on évite la néceffité de marquer la
Tigne de foi , par un cheveu qui fe caffe
fouvent , & qui eft incommode par fa
groffeur relativement aux divifions imperceptibles
des inftrumens d'Aftronomie.
A OUST. 1763. 131
M. le Pere , examine auffi dans fon
Mémoire l'inconvénient d'un alidade
excentrique , c'est-à- dire d'une lunette
qui tourne fur un quart de cercle , mais
qui ne décrit prèfque jamais exactement
la circonférence de l'inftrument , parce
que le centre de l'axe fur lequel tourne
la lunette , n'eft pas le même centre de
l'arc qu'on a décrit fur le limbe. Il propofe
de faire fervir l'alidade elle - même
à décrire l'arc du quart de cercle & il enfeigne
une manière nouvelle d'employer
Parc de go liv. à la place de l'arc de 601.
dont on s'eft toujours fervi pour divifer
les quarts de cercles. Sa méthode eft fondée
fur le nivellement & le renversement
, opérations connues dans l'Aftronomie
, & que M. le Pere a fçu appliquer
à fa nouvelle conftruction , comme l'auroit
pu faire l'Aftronome le plus exercé
dans ce genre d'opérations .
M. Bouguer , dans fon Livre de la Figure
de la Tèrre s'étoit plaint de l'embarras
que lui caufoit la courbure des
barres de fer qui formoient le rayon
de fon grand fecteur ; M. le Pere imagina
de rendre ce rayon immobile , &
de le laiffer toujours dans la fituation
verticale où la courbure eft nulle , en
në faiſant incliner que la lunette dont
Fvj
132 MERCURE
DE FRANCE .
la courbure eft indifférente ; pour cela
il rendoit mobile le limbe même du
fecteur , en faisant paffer les points de
la divifion fous un fil à plomb tendu
in variablement.
Ce Mémoire fut commuiqué à plufieurs
Sçavans du premier ordre qui rendirent
juftice & applaudirent à des inventions
fupérieures à ce qu'on a exécuté
jufqu'à ce jour , & qui , outre
qu'elles épargnent un travail prodigieux
dans la conftruction des inftrumens &
les difficultés du calcul aux Obfervateurs
, donnent encore dans l'obſervation
des angles la précifion la plus parfaite
.
73 . MM. Delalande & le Gentil , dont le
fuffrage eft d'un fi grand poids en ces
matières , écrivirent au bas du Manuf
crit , que ces inventions étoient abfolument
neuves & préférables à la méthode
ordinaire & que M. le Pere
avoit la gloire d'une invention utile ,
dans une matière auffi difficile qu'importante.
M. Caffini de Thury écrivit à M. le
Pere qu'il avoit examiné fon Mémoire
avec foin ; qu'il contenoit plufieurs
nouveautés intéreffantes ; que l'idée du
micrometre étoit ingénieufe & nouvelAOUST.
1763. 133
Te , & qu'il approuvoit tellement cette
conftruction , qu'il la feroit exécuter ſur
le premier inftrument qu'il ordonneroit.
Si M. le Pere s'attachoit à la perfection
des inftrumens , c'étoit à caufe du
fervice qu'il vouloit en tirer dans l'exécution.
Il fuivoit toujours le projet que
la Société avoit formé de lever la carte
détaillée du Diocèfe avec un graphometre
dont M. Caffini faifoit préfent
au nom du Roi à la Société , afin d'aider
& d'animer fon travail. M. le Pere
a mefuré les pofitions & les diſtances de
tous les endroits remarquables au dedans
& aux environs de la ville : tours ,
clochers , fommets de montagnes , tout
a été foumis à fes obfervations : les
pofitions
déterminées & les diftances calculées
avec une attention & une exactitude
admirables ; qu'il me foit permis
d'entrer en quelque détail pour donner
un exemple frappant de la jufteffe & de
la précifion du travail de M. le Pere.
Il mefura dabord une bafe de 328
Toiſes entre la Croix du Calvaire fituée .
près la Porte Saint - Simon , & un fignal
qu'il fit planter près la Porte d'Egleny
, fur le bord du chemin de Saint-
George. Il fit planter des fignaux fur
les Tureaux de Celles de Jonches & d
134 MERCURE DE FRANCE.
Saint - Denis : enfuite il forma neuf
Triangles & détermina la poſition de
fes fignaux ; celle d'un arbre en quetard
, de la Chapelle Saint- Simeon , de la
Tour Saint- Etienne , des Fourches de
Brellon , & enfin de la Croix de Queine .
Le dernier de fes Triangles fut celui
de la Tour Saint-Etienne , du fignal de
Saint-Denis & de la Croix de Queine ,
dont M. Caffini lui avoit donné les
calculs. M. le Pére calcula fes Triangles
par fa baſe meſurée , calcula en- ·
fuite à l'inverfe fept de fes Triangles
en prenant pour baſe la diftance de la
Croix Queine , au fignal Saint - Denis
donné par M. Caffini : & le réfultat de
fon nouveau calcul ne lui donna dans
la meſure de fa bafe que , de plus
c'eft-à-dire un pied de différence fur
328 Toifes. Cependant il ne s'étoit
fervi dans ces opérations , que d'un
Graphometre d'environ fix pouces de
rayon , dont le défavantage n'a pu être
réparé que par l'induftrie & l'application
la plus fcrupuleufe.
I
Il détermina avec la même jufteffe
la direction de la méridienne de l'horloge
; il fit différentes obfervations de
l'amplitude Orientale & Occidentale
du Soleil , avant & après , & pendant!
A O UST. 1763. 135
le Solftice d'Eté ; il obferva fur le Tu
reau de Celles , & plus encore fur la
plate-forme de l'Horloge. Il forma &
calcula plufieurs Triangles Sphériques ,
qui lui donnerent deuxAngles à la Méridienne
l'un au Nord , & l'autre au
Sud de la Ville . Il détermina l'Angle
au midi entre la Méridienne & le
Pilier Oriental des fourches de Brelon ,
de 11 , 34 par Eft , & l'Angle au Nord,
entre le Pignon occidental de la Chapelle
Saint-Simeon de 16 , 59 par Oueſt ;
& ces deux Angles à la méridienne de
l'horloge font parfaitement d'accord
avec les Angles à la méridienne de la
Tour Saint - Etienne , déterminés par
les opérations faites par la carte générale
du Royaume.
M. le Père a encore vérifié fes obfervations
fur la méridienne de l'horloge
en déterminant trois autres Angles à
cette méridienne , entre le clocher de
Venoi , la Chapelle Sainte- Vaubouée ,
& le fommet du Tureau de Celles.
Cinq cens obfervations faites pour
former une fuite de Triangles avec
cette précifion , & les calculs qu'elles
entraînent devoient coûter beaucoup
à M. le Père , qui jufques- là s'étoit
affez contenté des charmes de la théorie
136 MERCURE DE FRANCE .
fans y joindre les difficultés de la pratique.
Il y fit cependant des progrès
très -rapides ; il l'exerça fupérieurement
& il en fut moins redevable à l'opiniâtreté
du travail , qu'à une étude profonde
& entiere des Mathématiques.
Elles faifoient fon étude favorite , un
goût décidé & invincible l'y ramenoit
préférablement à tout : mais les circonftances
& les affaires de la vie "
fouvent peu d'accord avec l'inclination ,
lui avoient fait paffer fa jeuneffe dans
d'autres occupations. Il avoit réuffi
parce qu'il y avoit porté ce goût d'ordre
& de précifion qui eft l'efprit géométrique
fi éffentiel dans toutes les affaires
férieufes , avec bien plus d'effet
encore fe livroit - il à fon penchant, lorfqu'il
étoit maître de difpofer de fes
momens ? Il portoit alors au travail un
efprit fi appliqué , fi pénétrant , qu'il a
fouvent réfolu des difficultés qui embaraffoient
des Géométres plus confommés
que lui. On l'a vû réfoudre des
queftions de la plus fublime Géométrie
, avec le fecours d'une fimple annalyfe
, employer une adreffe fingulière
dans la manière de confidérer des fuites
infinies dont la fommation dépendoit
de la rectification du cercle , & ſe traA
OUST. 1763. 137
cer une route particuliere pour déterminer
les foutangeantes dans la courbe
tranfcendante connue fous le nom de
Quadratrice de Tſchirnaufen.
Il nous donna en 1753 , un Mé
moire rempli de calculs Algébriques ,
dans lequel il explique une nouvelle
méthode pour trouver facilement la fouf
tylaire , la méridienne , & la déclinaifon
du plan des cadrans Verticaux ,
dès que la hauteur du ftyle eft donnée,
Enfuite il nous rendit compte de l'obfervation
qu'il avoit faite de l'éclipſe de
Soleil du 28 Octobre de la même année
.
Je n'entrerai point dans le détail de
tous les problêmes d'Arithmétique , d'Algebre,
& de Trigonometrie , dont la folution
faifoit fes divertiffemens . On voit
dans le Mercure de 1760 , des lettres de
M. le Pere , qui démontrent avec autant
de clarté & de précifion , que de politeffe
, le défaut d'une nouvelle folution
du fameux problême de la duplication
du cube .
Je ne ferai que citer fon Mémoire fur
les incommenfurables, & leur multiplication:
fur l'ufage du finus d'1 °.1 dans l'approximation
de la quadrature du cercle ,
& fur l'utilité de l'Àlgebre , ou plutôt là
138 MERCURÉ DE FRANCE.
fiéceffité pour parvenir à quelques découvertes
dans la Géométrie Moderne.
Je me contente auffi d'indiquer fes
recherches fur les logarithmes , dont il a
étendu l'ufage , par une nouvelle méthode
de les employer dans certains cas ,
où l'opération eft accablante fans leur
fecours qui n'y avoit point encore été
introduit.
Nous verrons avec plus de plaifir &
d'intérêt,M. le Pere réduifant en pratique
fes hautes connoiffances , & les appliquant
à des opérations de fervice & d'u
fage continuel .
C'eft lui qui a décrit & fait éxécuter
pour l'ufage de notre Société , une machine
propre à recevoir & à mefurer l'eau
de pluie. Elle fert journellement , entre
les mains d'un exact Obfervateur,à mefurer
l'eau qui tombe chaque année à
Auxerre.
La forme que fui a donnée M. le Pere ,
& qui empêche l'évaporation , eft dans
le goût de celle de la Société d'Edimbourg,
& rend ce vaiffeau plus parfait
que ceux dont fe fervent plufieurs Académies
de l'Europe.
Le reste au Mercure prochain.
lu dans l'Affemblée publique de l'Académie
d'AUXERRE par M. de S.
GEORGE , Sécrétaire perpétuel de la
même Académie , le 26 Octobre 1762.
MATURIN ATURIN LE PER E, Secrétaire
perpétuel de la Société des Sciences, Arts
& Belles-Lettres d'Auxerre Directeur
des Poftes de la même Ville , naquit à
Milli en Gâtinois , le 12 Janvier 1718.
Il avoit reçu de la nature des difpofitions
heureufes , qu'une bonne éducation fçut
heureufement cultiver. Il remporta du
College de Beauvais , où il avoit fait fa
Rhétorique & fa Philofophie , un amour
A O UST. 1763. 127
de l'Etude tel que les leçons des plus
habiles Maîtres pouvoient l'inspirer à un
jeune homme , qui réuniffoit la facilité
de l'efprit à la fagèffe des moeurs.
Après avoir donné dans Paris , plufieurs
années à un genre de travail , qui
femble être devenu le complément de
l'éducation pour la jeuneffe , à qui la
Nobleffe ou l'opulence n'ouvrent point
une meilleure voie de fe faire un état
dans le monde , M. le Père parfaitement
inftruit dans la fcience des affaires
s'établit en cette Ville , avec l'emploi
de Directeur de la Pofte ; auquel il joignit
bientôt après l'office de Notaire , au
Bailliage ; il fallut joindre enfuite aux
devoirs de ces deux places , tous les foins
de l'éducation d'une famille nombreufe.
- Parmi tant d'occupations , dont il a
toujours porté le poids avec une religieufe
exactitude , il fçavoit encore fe
ménager des momens , que la néceffité
du repos & le plaifir auroient pu revendiquer
, mais il étoit content de les donner
à fes anciennes études , dont l'entretien
fouvent trop peu libre n'avoit jamais
été totalement interrompu.
*
Avec ce goût & cette habitude , il
n'étoit pas poffible qu'il négligeât l'occafion
qui fe pré fentoit de cultiver , avec
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
plus d'étendue & plus de fecours , les
lettres & les fciences qu'il aimoit. Perfonne
n'a peut-être embraffé notre inftitution
naiffante avec plus d'ardeur : &
aucun n'a mieux fçu profiter des avantages
qu'elle préfente. Il s'étoit acquis de
longue main , un fond de connoiffances
variées , qui ne demandoient que
d'être repriſes avec ordre , & dirigées à
une fin , pour enfanter fans effort quantité
de productions eftimables.
Le premier objet des occupations de la
fociété devant être l'Hiftoire naturelle &
civile dupays que nous habitons , M. le
Pere commença fes travaux Académiques
par l'étude des moyens qu'il falloit mettre
en oeuvre pour fe procurer une carte
exacte du diocèfe , & une defcription
hiftorique de toutes fes parties. Il fe chargea
lui- même de toutes les opérations de
Trigonométrie néceffaires pour fixer la
fituation & la diftance des lieux &
dreffa un Mémoire qui fut envoyé à tous
MM. les Curés , pour leur demander , &
les mettre en état de donner avec précifion
, tous les éclairciffemens relatifs au
deffein qu'on fe propofoit.
1
>
Perfonne n'étoit plus capable de diriger
& de fuivre cet objet important
que M.Le Pere qui poffédoit une conAÓUST.
1763 . 124)
noiffance profonde de toutes les parties
de la Géographie , dont il préfenta en
ce même tems à nos féances un Tableau
magnifique , dans un Mémoire étendu ,
qu'on peut regarder comme une introduction
facile & attrayante à l'étude de
la Géographie.
%
Le grand ouvrage de M. Bouguer ,
fur la figure de la terre vint alors exercer
& mettre en plus grand jour les talens
de M. le Pere. Il le lut avec tant d'intérêt
, approfondit les difficultés , en rechercha
les folutions avec tant de fuccès
qu'il acquit par fon travail l'honneur
de paroître dans le Public foutenant la
caufe de M. Bouguer , dont le fyftême,
éprouva d'abord de grandes contradictions
. Les lettres qu'il écrivoit à ce sujet ,
ont été répandues & eftimées : & M.
Bouguer ravi de trouver dans une région,
naiffante, &prèfque inconnue du monde
littéraire , un défenfeur auffi habile , entra
avec lui en correfpondance. M. le
Pere étoit l'homme de notre fociété le
plus capable de la produire au dehors ,
& de former & d'entretenir des relations .
auffi utiles à nos progrès qu'honorables
à nos commencemens.
L'étude du fçavant ouvrage de M.
Bouguer, & les débats qu'il occafionna
Fv.
130 MERCURE DE FRANCE,
firent naître à M. le Pere , plufieurs idées
fur la perfection qu'il eft poffible d'ajouter
aux inftrumens d'Aftronomie ; fes
réfléxions fur ces objets font renfermées
dans un Mémoire fort intéreffant qu'il
donna en 1750. Il y expofe une nouvelle
manière d'appliquer le micrometre
aux inftrumens propres à mefurer les
angles , ou plutôt une conftruction toute
nouvelle du micrometre . Elle confifte
en une vis accompagnée d'un fimple
Cadran mobile : les pas de la vis font réglés
fur l'étendue de la divifion du quart
de cercle auquel on veut l'appliquer ; le
Cadran eft divifé de manière que chacune
de fes parties vaille un nombre
complet de fecondes ; par-là on évite les
réductions , ou le calcul des parties du
micrometre , dont toutes les obfervations
font embarraffées ; on évite les
tranfverfales dont le travail eft long , &
fujet aux plus grandes difficultés d'exécution
; on a l'avantage d'avoir toujours
l'objet au centre de la lunette . Enfin
on évite la néceffité de marquer la
Tigne de foi , par un cheveu qui fe caffe
fouvent , & qui eft incommode par fa
groffeur relativement aux divifions imperceptibles
des inftrumens d'Aftronomie.
A OUST. 1763. 131
M. le Pere , examine auffi dans fon
Mémoire l'inconvénient d'un alidade
excentrique , c'est-à- dire d'une lunette
qui tourne fur un quart de cercle , mais
qui ne décrit prèfque jamais exactement
la circonférence de l'inftrument , parce
que le centre de l'axe fur lequel tourne
la lunette , n'eft pas le même centre de
l'arc qu'on a décrit fur le limbe. Il propofe
de faire fervir l'alidade elle - même
à décrire l'arc du quart de cercle & il enfeigne
une manière nouvelle d'employer
Parc de go liv. à la place de l'arc de 601.
dont on s'eft toujours fervi pour divifer
les quarts de cercles. Sa méthode eft fondée
fur le nivellement & le renversement
, opérations connues dans l'Aftronomie
, & que M. le Pere a fçu appliquer
à fa nouvelle conftruction , comme l'auroit
pu faire l'Aftronome le plus exercé
dans ce genre d'opérations .
M. Bouguer , dans fon Livre de la Figure
de la Tèrre s'étoit plaint de l'embarras
que lui caufoit la courbure des
barres de fer qui formoient le rayon
de fon grand fecteur ; M. le Pere imagina
de rendre ce rayon immobile , &
de le laiffer toujours dans la fituation
verticale où la courbure eft nulle , en
në faiſant incliner que la lunette dont
Fvj
132 MERCURE
DE FRANCE .
la courbure eft indifférente ; pour cela
il rendoit mobile le limbe même du
fecteur , en faisant paffer les points de
la divifion fous un fil à plomb tendu
in variablement.
Ce Mémoire fut commuiqué à plufieurs
Sçavans du premier ordre qui rendirent
juftice & applaudirent à des inventions
fupérieures à ce qu'on a exécuté
jufqu'à ce jour , & qui , outre
qu'elles épargnent un travail prodigieux
dans la conftruction des inftrumens &
les difficultés du calcul aux Obfervateurs
, donnent encore dans l'obſervation
des angles la précifion la plus parfaite
.
73 . MM. Delalande & le Gentil , dont le
fuffrage eft d'un fi grand poids en ces
matières , écrivirent au bas du Manuf
crit , que ces inventions étoient abfolument
neuves & préférables à la méthode
ordinaire & que M. le Pere
avoit la gloire d'une invention utile ,
dans une matière auffi difficile qu'importante.
M. Caffini de Thury écrivit à M. le
Pere qu'il avoit examiné fon Mémoire
avec foin ; qu'il contenoit plufieurs
nouveautés intéreffantes ; que l'idée du
micrometre étoit ingénieufe & nouvelAOUST.
1763. 133
Te , & qu'il approuvoit tellement cette
conftruction , qu'il la feroit exécuter ſur
le premier inftrument qu'il ordonneroit.
Si M. le Pere s'attachoit à la perfection
des inftrumens , c'étoit à caufe du
fervice qu'il vouloit en tirer dans l'exécution.
Il fuivoit toujours le projet que
la Société avoit formé de lever la carte
détaillée du Diocèfe avec un graphometre
dont M. Caffini faifoit préfent
au nom du Roi à la Société , afin d'aider
& d'animer fon travail. M. le Pere
a mefuré les pofitions & les diſtances de
tous les endroits remarquables au dedans
& aux environs de la ville : tours ,
clochers , fommets de montagnes , tout
a été foumis à fes obfervations : les
pofitions
déterminées & les diftances calculées
avec une attention & une exactitude
admirables ; qu'il me foit permis
d'entrer en quelque détail pour donner
un exemple frappant de la jufteffe & de
la précifion du travail de M. le Pere.
Il mefura dabord une bafe de 328
Toiſes entre la Croix du Calvaire fituée .
près la Porte Saint - Simon , & un fignal
qu'il fit planter près la Porte d'Egleny
, fur le bord du chemin de Saint-
George. Il fit planter des fignaux fur
les Tureaux de Celles de Jonches & d
134 MERCURE DE FRANCE.
Saint - Denis : enfuite il forma neuf
Triangles & détermina la poſition de
fes fignaux ; celle d'un arbre en quetard
, de la Chapelle Saint- Simeon , de la
Tour Saint- Etienne , des Fourches de
Brellon , & enfin de la Croix de Queine .
Le dernier de fes Triangles fut celui
de la Tour Saint-Etienne , du fignal de
Saint-Denis & de la Croix de Queine ,
dont M. Caffini lui avoit donné les
calculs. M. le Pére calcula fes Triangles
par fa baſe meſurée , calcula en- ·
fuite à l'inverfe fept de fes Triangles
en prenant pour baſe la diftance de la
Croix Queine , au fignal Saint - Denis
donné par M. Caffini : & le réfultat de
fon nouveau calcul ne lui donna dans
la meſure de fa bafe que , de plus
c'eft-à-dire un pied de différence fur
328 Toifes. Cependant il ne s'étoit
fervi dans ces opérations , que d'un
Graphometre d'environ fix pouces de
rayon , dont le défavantage n'a pu être
réparé que par l'induftrie & l'application
la plus fcrupuleufe.
I
Il détermina avec la même jufteffe
la direction de la méridienne de l'horloge
; il fit différentes obfervations de
l'amplitude Orientale & Occidentale
du Soleil , avant & après , & pendant!
A O UST. 1763. 135
le Solftice d'Eté ; il obferva fur le Tu
reau de Celles , & plus encore fur la
plate-forme de l'Horloge. Il forma &
calcula plufieurs Triangles Sphériques ,
qui lui donnerent deuxAngles à la Méridienne
l'un au Nord , & l'autre au
Sud de la Ville . Il détermina l'Angle
au midi entre la Méridienne & le
Pilier Oriental des fourches de Brelon ,
de 11 , 34 par Eft , & l'Angle au Nord,
entre le Pignon occidental de la Chapelle
Saint-Simeon de 16 , 59 par Oueſt ;
& ces deux Angles à la méridienne de
l'horloge font parfaitement d'accord
avec les Angles à la méridienne de la
Tour Saint - Etienne , déterminés par
les opérations faites par la carte générale
du Royaume.
M. le Père a encore vérifié fes obfervations
fur la méridienne de l'horloge
en déterminant trois autres Angles à
cette méridienne , entre le clocher de
Venoi , la Chapelle Sainte- Vaubouée ,
& le fommet du Tureau de Celles.
Cinq cens obfervations faites pour
former une fuite de Triangles avec
cette précifion , & les calculs qu'elles
entraînent devoient coûter beaucoup
à M. le Père , qui jufques- là s'étoit
affez contenté des charmes de la théorie
136 MERCURE DE FRANCE .
fans y joindre les difficultés de la pratique.
Il y fit cependant des progrès
très -rapides ; il l'exerça fupérieurement
& il en fut moins redevable à l'opiniâtreté
du travail , qu'à une étude profonde
& entiere des Mathématiques.
Elles faifoient fon étude favorite , un
goût décidé & invincible l'y ramenoit
préférablement à tout : mais les circonftances
& les affaires de la vie "
fouvent peu d'accord avec l'inclination ,
lui avoient fait paffer fa jeuneffe dans
d'autres occupations. Il avoit réuffi
parce qu'il y avoit porté ce goût d'ordre
& de précifion qui eft l'efprit géométrique
fi éffentiel dans toutes les affaires
férieufes , avec bien plus d'effet
encore fe livroit - il à fon penchant, lorfqu'il
étoit maître de difpofer de fes
momens ? Il portoit alors au travail un
efprit fi appliqué , fi pénétrant , qu'il a
fouvent réfolu des difficultés qui embaraffoient
des Géométres plus confommés
que lui. On l'a vû réfoudre des
queftions de la plus fublime Géométrie
, avec le fecours d'une fimple annalyfe
, employer une adreffe fingulière
dans la manière de confidérer des fuites
infinies dont la fommation dépendoit
de la rectification du cercle , & ſe traA
OUST. 1763. 137
cer une route particuliere pour déterminer
les foutangeantes dans la courbe
tranfcendante connue fous le nom de
Quadratrice de Tſchirnaufen.
Il nous donna en 1753 , un Mé
moire rempli de calculs Algébriques ,
dans lequel il explique une nouvelle
méthode pour trouver facilement la fouf
tylaire , la méridienne , & la déclinaifon
du plan des cadrans Verticaux ,
dès que la hauteur du ftyle eft donnée,
Enfuite il nous rendit compte de l'obfervation
qu'il avoit faite de l'éclipſe de
Soleil du 28 Octobre de la même année
.
Je n'entrerai point dans le détail de
tous les problêmes d'Arithmétique , d'Algebre,
& de Trigonometrie , dont la folution
faifoit fes divertiffemens . On voit
dans le Mercure de 1760 , des lettres de
M. le Pere , qui démontrent avec autant
de clarté & de précifion , que de politeffe
, le défaut d'une nouvelle folution
du fameux problême de la duplication
du cube .
Je ne ferai que citer fon Mémoire fur
les incommenfurables, & leur multiplication:
fur l'ufage du finus d'1 °.1 dans l'approximation
de la quadrature du cercle ,
& fur l'utilité de l'Àlgebre , ou plutôt là
138 MERCURÉ DE FRANCE.
fiéceffité pour parvenir à quelques découvertes
dans la Géométrie Moderne.
Je me contente auffi d'indiquer fes
recherches fur les logarithmes , dont il a
étendu l'ufage , par une nouvelle méthode
de les employer dans certains cas ,
où l'opération eft accablante fans leur
fecours qui n'y avoit point encore été
introduit.
Nous verrons avec plus de plaifir &
d'intérêt,M. le Pere réduifant en pratique
fes hautes connoiffances , & les appliquant
à des opérations de fervice & d'u
fage continuel .
C'eft lui qui a décrit & fait éxécuter
pour l'ufage de notre Société , une machine
propre à recevoir & à mefurer l'eau
de pluie. Elle fert journellement , entre
les mains d'un exact Obfervateur,à mefurer
l'eau qui tombe chaque année à
Auxerre.
La forme que fui a donnée M. le Pere ,
& qui empêche l'évaporation , eft dans
le goût de celle de la Société d'Edimbourg,
& rend ce vaiffeau plus parfait
que ceux dont fe fervent plufieurs Académies
de l'Europe.
Le reste au Mercure prochain.
Fermer
11830
p. 119
LOGOGRYPHE. Par M. G*** de la Rochelle.
Début :
On ne fait point fortune en son païs : [...]
Mots clefs :
Rhinocéros
11831
p. 115-116
AUTRE.
Début :
Vous, qui meprisés ma figure, [...]
Mots clefs :
Flambeau de poix résine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ous , qui meprifés mafigure ,
Et qui de me plonger dans un fleuve de feu,
Par la téte & les pieds ne vous faites qu'unjeu
Apprenés quelle eft ma nature.
Mon origine eft noble & belle :
Dans fa demeure naturelle ,
Mon pere menaçoit jadis le Firmament :
De la terre & des airs il faifoit l'ornement
Et d'une verdure immortelle
Il portoit dans l'hyver le brillant vêtement.
Telfuton premier (ort : quand une main cruelle
Vint l'arracher impitoi ablement
Du fein d'une mere fidele ,
Pour le faire fervir fur un autre élement.
Aprés avoir brillé fur la terre & fur l'onde ,
On déchira fon corps pour me donner lejour :
Vil objet du mepris du monde
Souvent le plus fçavant vient mefaire la Cour.
Lefoir le matin je fuis aux gens d'affaire ,
D'un fecours nompareil ;
>
Par l'un & l'autre bout je chaje les tenebres ,
Comme un fecond soleil.
Ainfi Lecteur , finit mon fort ;
Tous les quatre Elemens entrent dans morbifolres
Kij
116 LE MERCURE
Mais malgré mon éclat, magrandeur & magloire,
Je ne fuis que cendre à ma mort.
Ous , qui meprifés mafigure ,
Et qui de me plonger dans un fleuve de feu,
Par la téte & les pieds ne vous faites qu'unjeu
Apprenés quelle eft ma nature.
Mon origine eft noble & belle :
Dans fa demeure naturelle ,
Mon pere menaçoit jadis le Firmament :
De la terre & des airs il faifoit l'ornement
Et d'une verdure immortelle
Il portoit dans l'hyver le brillant vêtement.
Telfuton premier (ort : quand une main cruelle
Vint l'arracher impitoi ablement
Du fein d'une mere fidele ,
Pour le faire fervir fur un autre élement.
Aprés avoir brillé fur la terre & fur l'onde ,
On déchira fon corps pour me donner lejour :
Vil objet du mepris du monde
Souvent le plus fçavant vient mefaire la Cour.
Lefoir le matin je fuis aux gens d'affaire ,
D'un fecours nompareil ;
>
Par l'un & l'autre bout je chaje les tenebres ,
Comme un fecond soleil.
Ainfi Lecteur , finit mon fort ;
Tous les quatre Elemens entrent dans morbifolres
Kij
116 LE MERCURE
Mais malgré mon éclat, magrandeur & magloire,
Je ne fuis que cendre à ma mort.
Fermer
11833
p. 143-146
De Vienne, le 4 Décembre.
Début :
On commence à s'apercevoir, que les Turcs ne témoignent plus tant [...]
Mots clefs :
Turcs, Paix, Empereur, Sultan, Trêve, Campagne, Rebelles, Guerre, Comte, Envoyé , Prince électoral, Grossesse, Mariage, Ministres, Négociation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne, le 4 Décembre.
De Vienne , te 4 Décembre.
N commence à s'apercevoir , que
les Turcs ne témoignent plus
tant d'empreffement , pour faire leur
Paix avec l'Empereur : On attribuë ce
changement inopiné dans le Divan , à
l'arrivée du Prince Ragotſki à la Porre
; on en peut juger par les nouvelles
propofitions du Sultan, qui font fi
vagues & en même tems fi hautes ,
qu'on a pris le parti de n'y faire preſque
plus de fonds. Comme on eft informé,
que ces Infideles font de trés grands
préparatifs pour être fur l'offenfive, cette
Campagne; nous ne négligeons rien
de notre côté , pour les faire repentir
d'avoir préferé la continuation de la
guerre , à la folidité d'une Tréve bien
cimentée : On ne penfe donc plus ici,
qu'à remplacer prés de 40000 mille
bons hommes qui nous manquent de
la Campagne derniére . Dans cette vue,
on léve des recrues nombreuſes , &
144 LE MERCURE
de plus, on eft en traité avec quelques.
Princes d'Allemagne , pour avoir de
puiffans fenforts , afin de fe mettre
en êtat de foûtenir la guerre d'Italie ,
contre les prétentions de S. M. C,
dont nous reffentons déja des fuites
fâcheufes . En effet , on a contremandé
le Général Bonneval , qui devoit exécuter
avec 8000 hommes, une entreprife
confiderable fur les Turcs ; &
on lui à ordonné de fe tenir prêt à
marcher avec ce Corps , pour fe rendre
en Lombardie .
On a des avis , que plufieurs Chefs
des Rebelles Hongrois fe font rendus
à Sophie, pour toucher de groffes fommes
d'argent, deftinées à former une
Armée de Mécontens. Ils prétendent
faire par là ,une diverfion d'autant plus
grande , qu'ils fe flattent, que la Hongrie
, & la Tranfilvanie n'attendent
qu'une occafion favorable , pour prendre
les armes contre la Séréniffime
Maifon d'Autriche ; mais , on donne
ici de fi bons ordres , que l'on efpere
rendre tous leurs projets inutiles .
Le nouveau G.Vizir fetient toujours
à Niffa ,& le G.S.àPhilippoli;fa Hautef
fe n'ayant pas voulu rifquer fon retour
DE DE CEMBRE. 145
Conftantinople , où tout a êté
jufqu'à préfent dans une extréme confternation
, caufée par les mal-heurs
de la Campagne derniére.
Le Comte de Schonborn Vice-
Chancelier de l'Empire , eft arrivé ici ,
où il étoit attendu avec empreffement ,
pour des affaires de la derniére importance
.
L'Envoyé de Suéde en cette Cour ,
a de fréquentes conférences avec nos
principaux Miniftres.
Le Mariage du Prince Electoral de
Saxe , avec la premiere Archiducheffe
Jofephine , rencontre ici beaucoup de
difficultez & d'obstacles ; quoique le
Comte de Fleminghe ait ordre du
Roy Augufte , de déclarer à S. M. I.
que ce Prince abdiquera le Royaume
de Pologne , en faveur de cette Alliance
: Mais , il faudroit , pour que cette
propofition fût plus goûtée , que ce
Prince fut élû Roy , du confentement
unanime des Palatins , de la Nobleſſe
& du Peuple. On croit cependant , que
par de puiffantes raifons d'Etat , il
obtiendra cette Princeffe .
Tout eft ici dans une joye extraordinaire
, pour la groffeffe de l'Impera-
Décembre 1717. N
346 LE MERCURE
trice , qui a êté renduë publique à la
Cour.
P. S. Quoique le Prince Eugéne
n'ait point encore reçû de réponſes , à
la Lettre qu'il a écrite à Milord Vorfley
Montagu , Ambaffadeur de S. M. B.
à Conftantinople , touchant les Préliminaires
de la Paix , entre les deux
Empereurs ; Mrs de Sulton & de Stanian
Ambaffadeurs du Roy Georges en
cette Cour , ont cependant reçû - depuis
peu d'Angleterre , les ordres &
leurs Lettres de Créances & Plein-pouvoirs
, pour affifter au Traité de Paix ,
comme Miniftres médiateurs . Ces deux
Seigneurs fe préparent à partir d'ici ,
dans quinze jours , pour fe rendre au
lieu du Congrés ; mais , on doute fort
qu'ils réuffiffent dans cette Négociation.
M. de Stanian a reçû de plus ,
fes Léttres de Créances , pour aller
relever Milord Vorfley Montagu , qui
en eft tappellé.
N commence à s'apercevoir , que
les Turcs ne témoignent plus
tant d'empreffement , pour faire leur
Paix avec l'Empereur : On attribuë ce
changement inopiné dans le Divan , à
l'arrivée du Prince Ragotſki à la Porre
; on en peut juger par les nouvelles
propofitions du Sultan, qui font fi
vagues & en même tems fi hautes ,
qu'on a pris le parti de n'y faire preſque
plus de fonds. Comme on eft informé,
que ces Infideles font de trés grands
préparatifs pour être fur l'offenfive, cette
Campagne; nous ne négligeons rien
de notre côté , pour les faire repentir
d'avoir préferé la continuation de la
guerre , à la folidité d'une Tréve bien
cimentée : On ne penfe donc plus ici,
qu'à remplacer prés de 40000 mille
bons hommes qui nous manquent de
la Campagne derniére . Dans cette vue,
on léve des recrues nombreuſes , &
144 LE MERCURE
de plus, on eft en traité avec quelques.
Princes d'Allemagne , pour avoir de
puiffans fenforts , afin de fe mettre
en êtat de foûtenir la guerre d'Italie ,
contre les prétentions de S. M. C,
dont nous reffentons déja des fuites
fâcheufes . En effet , on a contremandé
le Général Bonneval , qui devoit exécuter
avec 8000 hommes, une entreprife
confiderable fur les Turcs ; &
on lui à ordonné de fe tenir prêt à
marcher avec ce Corps , pour fe rendre
en Lombardie .
On a des avis , que plufieurs Chefs
des Rebelles Hongrois fe font rendus
à Sophie, pour toucher de groffes fommes
d'argent, deftinées à former une
Armée de Mécontens. Ils prétendent
faire par là ,une diverfion d'autant plus
grande , qu'ils fe flattent, que la Hongrie
, & la Tranfilvanie n'attendent
qu'une occafion favorable , pour prendre
les armes contre la Séréniffime
Maifon d'Autriche ; mais , on donne
ici de fi bons ordres , que l'on efpere
rendre tous leurs projets inutiles .
Le nouveau G.Vizir fetient toujours
à Niffa ,& le G.S.àPhilippoli;fa Hautef
fe n'ayant pas voulu rifquer fon retour
DE DE CEMBRE. 145
Conftantinople , où tout a êté
jufqu'à préfent dans une extréme confternation
, caufée par les mal-heurs
de la Campagne derniére.
Le Comte de Schonborn Vice-
Chancelier de l'Empire , eft arrivé ici ,
où il étoit attendu avec empreffement ,
pour des affaires de la derniére importance
.
L'Envoyé de Suéde en cette Cour ,
a de fréquentes conférences avec nos
principaux Miniftres.
Le Mariage du Prince Electoral de
Saxe , avec la premiere Archiducheffe
Jofephine , rencontre ici beaucoup de
difficultez & d'obstacles ; quoique le
Comte de Fleminghe ait ordre du
Roy Augufte , de déclarer à S. M. I.
que ce Prince abdiquera le Royaume
de Pologne , en faveur de cette Alliance
: Mais , il faudroit , pour que cette
propofition fût plus goûtée , que ce
Prince fut élû Roy , du confentement
unanime des Palatins , de la Nobleſſe
& du Peuple. On croit cependant , que
par de puiffantes raifons d'Etat , il
obtiendra cette Princeffe .
Tout eft ici dans une joye extraordinaire
, pour la groffeffe de l'Impera-
Décembre 1717. N
346 LE MERCURE
trice , qui a êté renduë publique à la
Cour.
P. S. Quoique le Prince Eugéne
n'ait point encore reçû de réponſes , à
la Lettre qu'il a écrite à Milord Vorfley
Montagu , Ambaffadeur de S. M. B.
à Conftantinople , touchant les Préliminaires
de la Paix , entre les deux
Empereurs ; Mrs de Sulton & de Stanian
Ambaffadeurs du Roy Georges en
cette Cour , ont cependant reçû - depuis
peu d'Angleterre , les ordres &
leurs Lettres de Créances & Plein-pouvoirs
, pour affifter au Traité de Paix ,
comme Miniftres médiateurs . Ces deux
Seigneurs fe préparent à partir d'ici ,
dans quinze jours , pour fe rendre au
lieu du Congrés ; mais , on doute fort
qu'ils réuffiffent dans cette Négociation.
M. de Stanian a reçû de plus ,
fes Léttres de Créances , pour aller
relever Milord Vorfley Montagu , qui
en eft tappellé.
Fermer
11834
p. 80
NOUVELLES DE PARIS.
Début :
On fit mention dans le Mercure dernier, d'un Cierge présenté [...]
Mots clefs :
Cierge, Recteur de l'Université, Discours, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE PARIS.
NOUVELLES DE PARIS .
On fit mention dans le Mercure
dernier , d'un Cierge préfenté au
Roi par M de Montempuys , Recteur
de l'Univerfité . Le petit Difcours
qu'il adreffa à S. M. , reçut
des applaudiffements fincéres de
toute la Cour ; je crois que l'on me
fçaura gré de le donner tel qu'il le
pronon çâ
On fit mention dans le Mercure
dernier , d'un Cierge préfenté au
Roi par M de Montempuys , Recteur
de l'Univerfité . Le petit Difcours
qu'il adreffa à S. M. , reçut
des applaudiffements fincéres de
toute la Cour ; je crois que l'on me
fçaura gré de le donner tel qu'il le
pronon çâ
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11836
p. 152-164
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
Début :
LE 25 du mois d'Août dernier, 1763, l'Académie célébra le matin la [...]
Mots clefs :
Femmes, Sein, Mort, Discours, Gangrène, Utérus, Sciences, Abbé Gros, Traité, Mauvais, Voyages, Voyageur, Histoire, Couches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
LE 25 du mois d'Août dernier,
1763, l'Académie célébra le matin la
Fête de Saint Louis, par une Meſſe
M A I. 1764.
I 53
qu'elle fit dire , & après laquelle M.
l'Abbé de Baſtard Prêtre , Sacriſtain
de la Cathédrale & l'un de nos Confrè
res, lut le Panégyrique du Saint, qui
eut l'applaudiſſement d'une nombreuſe
aſſemblée.
Le même jour, vers les cinq heures
après midi, l'Académie ſe rendit à l'Hô
tel-de-Ville, où en préſence de MM.
les Maire & Conſuls, d'un grand nom
bre d'Officiers , & d'autres perſonnes
de diſtinction, M. Brouzet, Directeur ,
ouvrit la ſéance par un diſcours, où il
parla de la Paix ; & des circonſtances
qui l'ont précédée, & à la fin du quel il
fit l'Eloge du RoI, de M. le Comte. de
· S. Florentin notre Protecteur , de M.
notre Evêque & de M. de Mairan. En
ſuite il s'étendit beaucoup ſur l'éduca
tion morale des Enfans : c'étoit la ſe
conde partie de ſes réfléxions ſur ce ſu
jet. Il en avoit lu la première dans la
ſéance publique précédente.
M. l'Abbé de Manſe, qui avoit été
chargé par la Compagnie de faire le
précis du diſcours ſur l'utilité des Voya
ges, que notre Aſſocié M. l'Abbé Gros
de-Beſplas de la Maiſon & Société de
Sorbonne, vient de faire imprimer,
lut ce qui ſuit,
.
"
G v
*
-
.
^.
154 MERCURE DE FRANCE.
M. l'Abbé Gros, après une courte
Préface , où il rend compte des motifs
qui l'ont engagé à choiſir le Sujet qu'il
a traité, commence ſon diſcours par
un remercîment de la grace qu'il dit
avoir reçue , en ſe voyant admis par
mi nous. La modeſtie & la reconnoiſſan
ce ſemblent lui avoir dicté les expreſ
ſions dont il ſe ſert à cette occaſion ;
il paſſe tout de ſuite à l'utilité des voya
ges, relativement aux Sciences & aux
mœurs :
il
fait voir que les voyages
éclairent les Sciences & qu'ils forment
les mœurs : voilà les deux parties de
ſon diſcours.
-
, Les voyages, dit-il, après M. Piga
miol de la Force, on été les premières
écoles du monde , & les Voyageurs
les premiers Sçavans. Rempli de l'idée
de cet Auteur , M. l'Abbé Gros regar
de l'Univers comme un cabinet , & un
Voyageur comme un Sçavant qui par
court tous les Livres qui y ſont conte
nus; avec cette différence, que le Voya
geur en interrogeant les hommes de
tous les pays , en eſt bien autrement
· affecté , que le Sçavant qui n'interroge
que les Livres : tout eſt froid pour
celui - ci ; tout s'anime pour celui-là.
L'hiſtoire des Nations policées , & de
M A I. 1754.
-
1 55
celles qui ne le ſont pas, l'hiſtoire des
Empires & des Peuples, l'hiſtoire natu
relle, l'hiſtoire même de la Religion ,
tout eſt à découvert pour celui qui
voyage ; les Sciences proprement dites,
Philoſophie, Théologie, Aſtronomie ,
Géographie, Tactique, Médecine, Bota
nique , tout eſt dévoilé au voyageur. Il
juge de tout , parce qu'il voit tout, qu'il
écoute tout.
-
C'eſt le tableau que nous préſente
l'Auteur dans la première
partie de
ſon Diſcours ; & ce tableau eſt un
tableau mouvant, qui fait paſſer l'objet
dans le cœur du Spectateur.
La ſeconde partie , dit M. de Manſe,
eſt d'autant plus agréable à lire, que
l'Auteur combat victorieuſement par
les faits le préjugé que l'Abbé Regnier
a réduit en maxime : rarement à courir
le monde , on devient plus homme de
bien. On ne peut ſe refuſer à tout ce
que M. Gros dit pour prouver que les
voyages ſont profitables aux mœurs ;
premierement, en corrigeant les défauts
qui peuvent ſe trouver dans les caracté
res nationaux & perſonnels.
Il y a
des vices , dit-il , auxquels on ne peut
échapper que par la fuite ; le voyageur
fait toujours. Secondement , en ſubſti
G vj
/
156 MERCURE DE FRANCE.
tuant à ces défauts les qualités qui don
nent de l'éclat aux Nations que l'on va
viſiter. La vertu ſe montre au voyageur
ſous tant d'images, qu'il ſent redoubler
pour elle ſon inclination. D'ailleurs il a
des motifs bien puiſſans pour devenir
vertueux ; la gloire de ſa Nation, & ſà
gloire perſonnelle.
-
| Parmi nous un Citoyen ſe montre-t-il
léger ? c'eſt le vice de la perſonne : chez
l'Etranger , il fait accuſer la Nation ;
· c'eſt le vice des François. Parmi nous
le Citoyen jouit d'une confidération ,
qui peut-être n'eſt due qu'à ſes Pères :
chez l'Etranger, il n'a d'autre reſſource
que ſon propre mérite pour ſe concilier
les ſuffrages de ceux avec qui il vit.
M. l'Abbé Gros finit ſon Ouvrage par
I'Eloge du RoI,de M.le Comte de S. Flo
rentin notre Protecteur, de M. Béſiers
notre Chef, de M. de Mairan notre Fon
dateur, de Mde Lepaute notre Aſſociée;
& tous ces Eloges font ſortir le mérite
de celui qui loue , de même que le mé
rite de ceux qui ſont loués.
Après le Diſcours dont je viens , dit
M. de Manſe, de donner le précis, M.
Gros ajoute des réfléxions ſur les Voya
ges; & ce n'eſt pas l'endroit le moins
piquant , ni le moins utile de ſon écrit.
M A I. 1764.
157
Il étoit ſi plein de ſa matière , que ne
pouvant pas faire entrer tout ce qu'il
avoit médité la-deſſus, dans un diſcours
de demi-heure de lecture, il a été obligé
de la ciſailler, pour ainſi dire, afin de ne
rien omettre de ce qui devoit perſuader
ſon Sujet, & pour en faire retirer les
avantages qu'il en a retirés lui - même.
Comme Orateur, ſon éloquence déter
mine à voyager : comme penſeur, ſes
maximes apprennent à voyager : la mé
fiance, dit-il, eſt un vice dans le com
merce de la Société : elle eſt indipenſa
ble dans les voyages, & devient une
prudence; c'eſt en ce ſens, qu'on a tou
jours dit que la méfiance étoit mère,
de ſureté.
L'
-
Si l'on croit les gens du Païs , on
accourcit ſon chemin par les ſentiers ;
& j'aſſure , dit-il, qu'on l'abrège par
les grandes routes. Cette maxime a l'air
d'un paradoxe ; mais en l'éxaminant ,
on en découvre aiſément la vérité.
Les autres réfléxions que l'on trouve
en aſſez grand nombre dans l'ouvrage
de M. l'Abbé Gros , ſont très - judi
cieuſes, & d'une pratique ſûre & avan
tageuſe. Il ſeroit à ſouhaiter qu'on les
gravât dans l'eſprit & dans le cœur des
jeunes gens qu'on deſtine à voyager.
158 MERCURE DE FRANCE:
M. Bouillet le Père parla enſuite ſur
la mort prompte de quelques femmes
en couche , & ſur les moyens de pré
venir cette mort. Il n'en détailla pas
toutes les cauſes : il réſerva pour une
autre occaſion la ſyncope, la ſuffoca
tion utérine , l'apopléxie laiteuſe ; &
pour l'hémorrhagie exceſſive , il ren
voya à M. Levret, habile Accoucheur
de Paris , qui en a très-bien diſſerté
dans un de ſes ouvrages. Il ſe borna à la
gangrène de l'utérus, ſuite de l'inflam
mation de cette partie , & la cauſe la
plus ordinaire de la mort prompte de ces
accouchées : Sujet qui ne paroît pas
avoir été traité en particulier * & avec
toute l'attention qu'il mérite.
Mais à quoi attribuer cette inflam
mation, & la gangrène qui lui ſuccède
ſi promptement ? Le commun des hom
mes en rapporte ordinairement la cauſe
à quelque coup extérieur , à quelque
chute , ou à quelque déchirure, a quel
que contuſion dans l'intérieur du ſein ;
& l'on ne peut pas nier qu'a l'égard de
" M. Aſtruc a parlé de l'inflammation de la
ma trice hors le temps des couches ; mais il n'a
pas encore traité ex profeſſo de celle qui ſurvient
d'abord après l'accouchement. V. Traité des ma
ladies des Femmes imprimé en 176 I.
,
M A I. 1764.
159
certaines femmes qui ont péri bruſque
ment , ces cauſes n'aient eu quelque
part à leur mort. On ne manque guères
auſſi de ſoupçonner quelque faute dans
le traitement de l'accouchée ,
ſi ſa
mort a été précédée d'une maladie de
quelques jours.
Cependant, on voit 1°. mourir des
accouchées , qui n'avoient fait aucune
chute , & qui n'avoient reçu aucun
coup ſur le ventre.
2°. Il en meurt auſſi ſans qu'il y ait
eu aucune écorchure ou contuſion dans
leur ſein ; & l'on en voit réchapper dont
le ſein n'a pû qu'être furieuſement mal
traité. Car ſans parler de celles qui ont
ſurvécu
à l'Opération Céſarienne ,
combien d'exemples n'a-t-on pas, de
femmes à qui on a arraché de force .
ou tiré par des crochets des enfans
morts, ou des têtes ſeparées de leur
tronc , ou enclavées entre les os du
baſſin, ſans que la mort s'en ſoit tou
jours enſuivie ?
Il y a plus : on a vu revenir en ſanté
des femmes à qui les enfans pourris dans
leur ſein, avoient percé l'abdomen, s'é-
toient frayés une iſſue à travers les
membranes de l'utérus & de l'inteſtin
-
•
•
• •
• à
7 6- MERCURE DE FRANCE.
rectu n,"d'où ils ſortoient par piéces : ce
qui prouve évidemment, que, quoique
la ſubſtance de l'utérus ſoit très-délicate,
très-ſuſceptible des impreſſions ſoit ex
térieures , ſoit intérieures , & qu'il faille
la ménager avec toute l'attention poſ
ſible , ce n'eſt pas pourtant toujours
à raiſon de ſa délicateſſe , ni à raiſon
des incifions qui ont pu y être faites,
ou des meurtriſſures qu'elle a pu rece
voir , ou des inflammations & des
abſcès qui ont pu s'y former, que la
gangrène de cette partie enléve ſi bruſ
quement la femme en couche.
3°. Enfin il meurt des accouchées
entre les mains des plus habiles Mé
decins, quoiqu'elles ſe fuſſent délivrées
naturellement, & que dans leur mala
die elles euſſent été traitées ſelon toutes
les régles de l'Art.
A quoi donc attribuer le triſte ſort
de ces femmes ? C'eſt, répond M. B. à
la nature de la fiévre qui les attaque
d'abord après l'accouchement, & à la
quelle ſuccédent promptement l'inflam
mation & la gangrène de leur ſein.
* V. Joann. Langii Epiſt. Mad. Lib. 2. Epiſt.
39. Mém. de l'Acad. Royale des Sciences, année
17o2. p. 234. Obſerv. de Médecine de la Société
d'Edimbourg. Tom, V, Art, 39° &c.
M A I. 1744.
161 .
Après avoir expliqué en peu de mots
Ia diſpoſition de l'utérus après l'en
fantement, & avoir rapporté les cauſes
générales de la gangrène & du ſphacèle,
· M. B. ajoute qu'il eſt viſible que ſi une
femme avant ſes couches n'a pas ob
ſervé les régles d'une ſage diéte, ſi elle a
uſé de mauvais alimens, d'alimens capa
bles de fournir une grande quantité de
ſucs de mauvaiſe qualité,ou que par quel
que cauſe que ce ſoit ces mauvais ſucs ſe
ſoient formés dans ſon corps , que
d'abord après l'accouchement ils vien
nent à ſe développer, & qu'ils occa
ſionnent une fiévre de mauvais ca
ractère avec de violens redoublemens ,
ſon ſein doit s'engorger à un extrême
degré , ſe gangrener , ſe ſphacéler,
d'où s'enſuivra une prompte mort.
On ne ſera pas ſurpris de ce funeſte
accident, ſi on conſidére d'un côté !'état
où ſe trouve le ſein des femmes d'abord
après l'accouchement, & de l'autre, ſi
on examine les effets que doivent pro
duire ſur ce viſcére les violens pa
roxiſmes d'une fiévre putride maligne.
On s'imagine bien qu'il faut un peu
de temps pour que les parois de l'utérus
énormément diſtendus vers la fin de la
groſſeſſe, ſe rapprochent; que leurs vaiſ
ſeaux extrêmement gonflés ſe vuident
1 62 MERCURE DE FRANCE.
des liqueurs qu'ils contiennent, & que
tout le corps de ce viſcére revienne à
ſon premier état ; d'où il eſt aiſé de
comprendre que s'il arrive de violens
redoublemens de fiévre , avant que
l'utérus ſoit réduit à ſon premier volu
me ; ſes vaiſſeaux déjà gorgés & dé
pourvus d'élaſticité céderont aiſément à
l'impétuoſité des humeurs qui y abor
deront; les extrémités capillaires de leurs
rameaux artériels ſe rempliront outre
meſure; les liqueurs qui y ſont accumu-'
lées ne pourront plus rouler; les tuni
ques de quelques rameaux trop dilatées
fe rompront ; & il ſurviendra une ceſſà
tion totale du cours des liquides, & du
mouvement ſyſtaltique des ſolides : en
un mot la gangrène & le ſphacéle ou
la mort de ce viſcére qui entraîne
promptement celle de l'accouchée.
Ajoutons que plus les femmes auront
· manqué dans leur régime pendant leur
groſſeſſe, plus elles ſeront expoſées à
ce ſiniſtre événement après leurs cou
ches , & beaucoup davantage celles
dont le ſein n'étoit pas originairement
bien conſtitué.
M. B. rend raiſon du mauvais ſuccès
des remédes dans le cas dont il s'agit; &
il ajoute qu'on ne doit accuſer ici ni
M A I. 1764.
163
Médecin , ni Accoucheur. Il prétend
qu'ils ne ſont point alors comptables de
la mort de ces infortunées ; & que c'eſt
uniquement à la mauvaiſe diſpoſition
de leur ſein , & à la fiévre putride
-maligne qui les ſaiſit d'abord après leurs
couches , qu'il faut s'en prendre.
D'où il conclut que pour éviter une
ſi bruſque & ſi fâcheuſe cataſtrophe, le
· ſeul moyen ſeroit de prévenir la fiévre
putride maligne qui fait périr les femmes
en couche en occaſionnant prompte
ment l'inflammation & la gangrène de
leur ſein. Et ce moyen conſiſte , dit-il,
en un régime très-rigoureux , en une
privation abſolue d'alimens indigeſtes,
ou aiſés à ſe corrompre, ſur-tout de
ragoûts , de pâtiſſeries , de liqueurs ar
dentes ou faciles à s'enflammer, en un
ſommeil tranquille , en un exercice
modéré, & en une ſuſpenſion prèſque
totale des paſſions de l'âme : en un
mot, en une manière de vivre frugale ,
priſe principalement des végétaux , &
réglée de telle ſorte,que les femmes pen
dant leur groſſeſſe n'ayent aucune in
digeſtion à craindre, & qu'elles puiſſent
ſe flatter de ne porter aucun mauvais
levain dans leur corps , ou ce qui revient
au même , de n'avoir aucun foyer de
\
1 o4 MERCURE DE FRANCE.
maladie lors de leur enfantement.
Avec de telles précautions, auxquelles
vraiſemblablement peu de femmes groſ
ſes voudront entièrement s'aſſujettir ,
quelque néceſſaires qu'elles leur ſoient,
ou du moins en y ſuppléant ſuffiſam
ment, s'il eſt poſſible, par le ſecours
de l'Art , elles préviendront infaillible
ment la fiévre putride maligne , dont
, quelques-unes ſont menacées après leurs
couches, & dont les effets leur ſont ſi
funeſtes.
-
-
-
A BESIERS, le 15 Septembre 1763.
Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
LE 25 du mois d'Août dernier,
1763, l'Académie célébra le matin la
Fête de Saint Louis, par une Meſſe
M A I. 1764.
I 53
qu'elle fit dire , & après laquelle M.
l'Abbé de Baſtard Prêtre , Sacriſtain
de la Cathédrale & l'un de nos Confrè
res, lut le Panégyrique du Saint, qui
eut l'applaudiſſement d'une nombreuſe
aſſemblée.
Le même jour, vers les cinq heures
après midi, l'Académie ſe rendit à l'Hô
tel-de-Ville, où en préſence de MM.
les Maire & Conſuls, d'un grand nom
bre d'Officiers , & d'autres perſonnes
de diſtinction, M. Brouzet, Directeur ,
ouvrit la ſéance par un diſcours, où il
parla de la Paix ; & des circonſtances
qui l'ont précédée, & à la fin du quel il
fit l'Eloge du RoI, de M. le Comte. de
· S. Florentin notre Protecteur , de M.
notre Evêque & de M. de Mairan. En
ſuite il s'étendit beaucoup ſur l'éduca
tion morale des Enfans : c'étoit la ſe
conde partie de ſes réfléxions ſur ce ſu
jet. Il en avoit lu la première dans la
ſéance publique précédente.
M. l'Abbé de Manſe, qui avoit été
chargé par la Compagnie de faire le
précis du diſcours ſur l'utilité des Voya
ges, que notre Aſſocié M. l'Abbé Gros
de-Beſplas de la Maiſon & Société de
Sorbonne, vient de faire imprimer,
lut ce qui ſuit,
.
"
G v
*
-
.
^.
154 MERCURE DE FRANCE.
M. l'Abbé Gros, après une courte
Préface , où il rend compte des motifs
qui l'ont engagé à choiſir le Sujet qu'il
a traité, commence ſon diſcours par
un remercîment de la grace qu'il dit
avoir reçue , en ſe voyant admis par
mi nous. La modeſtie & la reconnoiſſan
ce ſemblent lui avoir dicté les expreſ
ſions dont il ſe ſert à cette occaſion ;
il paſſe tout de ſuite à l'utilité des voya
ges, relativement aux Sciences & aux
mœurs :
il
fait voir que les voyages
éclairent les Sciences & qu'ils forment
les mœurs : voilà les deux parties de
ſon diſcours.
-
, Les voyages, dit-il, après M. Piga
miol de la Force, on été les premières
écoles du monde , & les Voyageurs
les premiers Sçavans. Rempli de l'idée
de cet Auteur , M. l'Abbé Gros regar
de l'Univers comme un cabinet , & un
Voyageur comme un Sçavant qui par
court tous les Livres qui y ſont conte
nus; avec cette différence, que le Voya
geur en interrogeant les hommes de
tous les pays , en eſt bien autrement
· affecté , que le Sçavant qui n'interroge
que les Livres : tout eſt froid pour
celui - ci ; tout s'anime pour celui-là.
L'hiſtoire des Nations policées , & de
M A I. 1754.
-
1 55
celles qui ne le ſont pas, l'hiſtoire des
Empires & des Peuples, l'hiſtoire natu
relle, l'hiſtoire même de la Religion ,
tout eſt à découvert pour celui qui
voyage ; les Sciences proprement dites,
Philoſophie, Théologie, Aſtronomie ,
Géographie, Tactique, Médecine, Bota
nique , tout eſt dévoilé au voyageur. Il
juge de tout , parce qu'il voit tout, qu'il
écoute tout.
-
C'eſt le tableau que nous préſente
l'Auteur dans la première
partie de
ſon Diſcours ; & ce tableau eſt un
tableau mouvant, qui fait paſſer l'objet
dans le cœur du Spectateur.
La ſeconde partie , dit M. de Manſe,
eſt d'autant plus agréable à lire, que
l'Auteur combat victorieuſement par
les faits le préjugé que l'Abbé Regnier
a réduit en maxime : rarement à courir
le monde , on devient plus homme de
bien. On ne peut ſe refuſer à tout ce
que M. Gros dit pour prouver que les
voyages ſont profitables aux mœurs ;
premierement, en corrigeant les défauts
qui peuvent ſe trouver dans les caracté
res nationaux & perſonnels.
Il y a
des vices , dit-il , auxquels on ne peut
échapper que par la fuite ; le voyageur
fait toujours. Secondement , en ſubſti
G vj
/
156 MERCURE DE FRANCE.
tuant à ces défauts les qualités qui don
nent de l'éclat aux Nations que l'on va
viſiter. La vertu ſe montre au voyageur
ſous tant d'images, qu'il ſent redoubler
pour elle ſon inclination. D'ailleurs il a
des motifs bien puiſſans pour devenir
vertueux ; la gloire de ſa Nation, & ſà
gloire perſonnelle.
-
| Parmi nous un Citoyen ſe montre-t-il
léger ? c'eſt le vice de la perſonne : chez
l'Etranger , il fait accuſer la Nation ;
· c'eſt le vice des François. Parmi nous
le Citoyen jouit d'une confidération ,
qui peut-être n'eſt due qu'à ſes Pères :
chez l'Etranger, il n'a d'autre reſſource
que ſon propre mérite pour ſe concilier
les ſuffrages de ceux avec qui il vit.
M. l'Abbé Gros finit ſon Ouvrage par
I'Eloge du RoI,de M.le Comte de S. Flo
rentin notre Protecteur, de M. Béſiers
notre Chef, de M. de Mairan notre Fon
dateur, de Mde Lepaute notre Aſſociée;
& tous ces Eloges font ſortir le mérite
de celui qui loue , de même que le mé
rite de ceux qui ſont loués.
Après le Diſcours dont je viens , dit
M. de Manſe, de donner le précis, M.
Gros ajoute des réfléxions ſur les Voya
ges; & ce n'eſt pas l'endroit le moins
piquant , ni le moins utile de ſon écrit.
M A I. 1764.
157
Il étoit ſi plein de ſa matière , que ne
pouvant pas faire entrer tout ce qu'il
avoit médité la-deſſus, dans un diſcours
de demi-heure de lecture, il a été obligé
de la ciſailler, pour ainſi dire, afin de ne
rien omettre de ce qui devoit perſuader
ſon Sujet, & pour en faire retirer les
avantages qu'il en a retirés lui - même.
Comme Orateur, ſon éloquence déter
mine à voyager : comme penſeur, ſes
maximes apprennent à voyager : la mé
fiance, dit-il, eſt un vice dans le com
merce de la Société : elle eſt indipenſa
ble dans les voyages, & devient une
prudence; c'eſt en ce ſens, qu'on a tou
jours dit que la méfiance étoit mère,
de ſureté.
L'
-
Si l'on croit les gens du Païs , on
accourcit ſon chemin par les ſentiers ;
& j'aſſure , dit-il, qu'on l'abrège par
les grandes routes. Cette maxime a l'air
d'un paradoxe ; mais en l'éxaminant ,
on en découvre aiſément la vérité.
Les autres réfléxions que l'on trouve
en aſſez grand nombre dans l'ouvrage
de M. l'Abbé Gros , ſont très - judi
cieuſes, & d'une pratique ſûre & avan
tageuſe. Il ſeroit à ſouhaiter qu'on les
gravât dans l'eſprit & dans le cœur des
jeunes gens qu'on deſtine à voyager.
158 MERCURE DE FRANCE:
M. Bouillet le Père parla enſuite ſur
la mort prompte de quelques femmes
en couche , & ſur les moyens de pré
venir cette mort. Il n'en détailla pas
toutes les cauſes : il réſerva pour une
autre occaſion la ſyncope, la ſuffoca
tion utérine , l'apopléxie laiteuſe ; &
pour l'hémorrhagie exceſſive , il ren
voya à M. Levret, habile Accoucheur
de Paris , qui en a très-bien diſſerté
dans un de ſes ouvrages. Il ſe borna à la
gangrène de l'utérus, ſuite de l'inflam
mation de cette partie , & la cauſe la
plus ordinaire de la mort prompte de ces
accouchées : Sujet qui ne paroît pas
avoir été traité en particulier * & avec
toute l'attention qu'il mérite.
Mais à quoi attribuer cette inflam
mation, & la gangrène qui lui ſuccède
ſi promptement ? Le commun des hom
mes en rapporte ordinairement la cauſe
à quelque coup extérieur , à quelque
chute , ou à quelque déchirure, a quel
que contuſion dans l'intérieur du ſein ;
& l'on ne peut pas nier qu'a l'égard de
" M. Aſtruc a parlé de l'inflammation de la
ma trice hors le temps des couches ; mais il n'a
pas encore traité ex profeſſo de celle qui ſurvient
d'abord après l'accouchement. V. Traité des ma
ladies des Femmes imprimé en 176 I.
,
M A I. 1764.
159
certaines femmes qui ont péri bruſque
ment , ces cauſes n'aient eu quelque
part à leur mort. On ne manque guères
auſſi de ſoupçonner quelque faute dans
le traitement de l'accouchée ,
ſi ſa
mort a été précédée d'une maladie de
quelques jours.
Cependant, on voit 1°. mourir des
accouchées , qui n'avoient fait aucune
chute , & qui n'avoient reçu aucun
coup ſur le ventre.
2°. Il en meurt auſſi ſans qu'il y ait
eu aucune écorchure ou contuſion dans
leur ſein ; & l'on en voit réchapper dont
le ſein n'a pû qu'être furieuſement mal
traité. Car ſans parler de celles qui ont
ſurvécu
à l'Opération Céſarienne ,
combien d'exemples n'a-t-on pas, de
femmes à qui on a arraché de force .
ou tiré par des crochets des enfans
morts, ou des têtes ſeparées de leur
tronc , ou enclavées entre les os du
baſſin, ſans que la mort s'en ſoit tou
jours enſuivie ?
Il y a plus : on a vu revenir en ſanté
des femmes à qui les enfans pourris dans
leur ſein, avoient percé l'abdomen, s'é-
toient frayés une iſſue à travers les
membranes de l'utérus & de l'inteſtin
-
•
•
• •
• à
7 6- MERCURE DE FRANCE.
rectu n,"d'où ils ſortoient par piéces : ce
qui prouve évidemment, que, quoique
la ſubſtance de l'utérus ſoit très-délicate,
très-ſuſceptible des impreſſions ſoit ex
térieures , ſoit intérieures , & qu'il faille
la ménager avec toute l'attention poſ
ſible , ce n'eſt pas pourtant toujours
à raiſon de ſa délicateſſe , ni à raiſon
des incifions qui ont pu y être faites,
ou des meurtriſſures qu'elle a pu rece
voir , ou des inflammations & des
abſcès qui ont pu s'y former, que la
gangrène de cette partie enléve ſi bruſ
quement la femme en couche.
3°. Enfin il meurt des accouchées
entre les mains des plus habiles Mé
decins, quoiqu'elles ſe fuſſent délivrées
naturellement, & que dans leur mala
die elles euſſent été traitées ſelon toutes
les régles de l'Art.
A quoi donc attribuer le triſte ſort
de ces femmes ? C'eſt, répond M. B. à
la nature de la fiévre qui les attaque
d'abord après l'accouchement, & à la
quelle ſuccédent promptement l'inflam
mation & la gangrène de leur ſein.
* V. Joann. Langii Epiſt. Mad. Lib. 2. Epiſt.
39. Mém. de l'Acad. Royale des Sciences, année
17o2. p. 234. Obſerv. de Médecine de la Société
d'Edimbourg. Tom, V, Art, 39° &c.
M A I. 1744.
161 .
Après avoir expliqué en peu de mots
Ia diſpoſition de l'utérus après l'en
fantement, & avoir rapporté les cauſes
générales de la gangrène & du ſphacèle,
· M. B. ajoute qu'il eſt viſible que ſi une
femme avant ſes couches n'a pas ob
ſervé les régles d'une ſage diéte, ſi elle a
uſé de mauvais alimens, d'alimens capa
bles de fournir une grande quantité de
ſucs de mauvaiſe qualité,ou que par quel
que cauſe que ce ſoit ces mauvais ſucs ſe
ſoient formés dans ſon corps , que
d'abord après l'accouchement ils vien
nent à ſe développer, & qu'ils occa
ſionnent une fiévre de mauvais ca
ractère avec de violens redoublemens ,
ſon ſein doit s'engorger à un extrême
degré , ſe gangrener , ſe ſphacéler,
d'où s'enſuivra une prompte mort.
On ne ſera pas ſurpris de ce funeſte
accident, ſi on conſidére d'un côté !'état
où ſe trouve le ſein des femmes d'abord
après l'accouchement, & de l'autre, ſi
on examine les effets que doivent pro
duire ſur ce viſcére les violens pa
roxiſmes d'une fiévre putride maligne.
On s'imagine bien qu'il faut un peu
de temps pour que les parois de l'utérus
énormément diſtendus vers la fin de la
groſſeſſe, ſe rapprochent; que leurs vaiſ
ſeaux extrêmement gonflés ſe vuident
1 62 MERCURE DE FRANCE.
des liqueurs qu'ils contiennent, & que
tout le corps de ce viſcére revienne à
ſon premier état ; d'où il eſt aiſé de
comprendre que s'il arrive de violens
redoublemens de fiévre , avant que
l'utérus ſoit réduit à ſon premier volu
me ; ſes vaiſſeaux déjà gorgés & dé
pourvus d'élaſticité céderont aiſément à
l'impétuoſité des humeurs qui y abor
deront; les extrémités capillaires de leurs
rameaux artériels ſe rempliront outre
meſure; les liqueurs qui y ſont accumu-'
lées ne pourront plus rouler; les tuni
ques de quelques rameaux trop dilatées
fe rompront ; & il ſurviendra une ceſſà
tion totale du cours des liquides, & du
mouvement ſyſtaltique des ſolides : en
un mot la gangrène & le ſphacéle ou
la mort de ce viſcére qui entraîne
promptement celle de l'accouchée.
Ajoutons que plus les femmes auront
· manqué dans leur régime pendant leur
groſſeſſe, plus elles ſeront expoſées à
ce ſiniſtre événement après leurs cou
ches , & beaucoup davantage celles
dont le ſein n'étoit pas originairement
bien conſtitué.
M. B. rend raiſon du mauvais ſuccès
des remédes dans le cas dont il s'agit; &
il ajoute qu'on ne doit accuſer ici ni
M A I. 1764.
163
Médecin , ni Accoucheur. Il prétend
qu'ils ne ſont point alors comptables de
la mort de ces infortunées ; & que c'eſt
uniquement à la mauvaiſe diſpoſition
de leur ſein , & à la fiévre putride
-maligne qui les ſaiſit d'abord après leurs
couches , qu'il faut s'en prendre.
D'où il conclut que pour éviter une
ſi bruſque & ſi fâcheuſe cataſtrophe, le
· ſeul moyen ſeroit de prévenir la fiévre
putride maligne qui fait périr les femmes
en couche en occaſionnant prompte
ment l'inflammation & la gangrène de
leur ſein. Et ce moyen conſiſte , dit-il,
en un régime très-rigoureux , en une
privation abſolue d'alimens indigeſtes,
ou aiſés à ſe corrompre, ſur-tout de
ragoûts , de pâtiſſeries , de liqueurs ar
dentes ou faciles à s'enflammer, en un
ſommeil tranquille , en un exercice
modéré, & en une ſuſpenſion prèſque
totale des paſſions de l'âme : en un
mot, en une manière de vivre frugale ,
priſe principalement des végétaux , &
réglée de telle ſorte,que les femmes pen
dant leur groſſeſſe n'ayent aucune in
digeſtion à craindre, & qu'elles puiſſent
ſe flatter de ne porter aucun mauvais
levain dans leur corps , ou ce qui revient
au même , de n'avoir aucun foyer de
\
1 o4 MERCURE DE FRANCE.
maladie lors de leur enfantement.
Avec de telles précautions, auxquelles
vraiſemblablement peu de femmes groſ
ſes voudront entièrement s'aſſujettir ,
quelque néceſſaires qu'elles leur ſoient,
ou du moins en y ſuppléant ſuffiſam
ment, s'il eſt poſſible, par le ſecours
de l'Art , elles préviendront infaillible
ment la fiévre putride maligne , dont
, quelques-unes ſont menacées après leurs
couches, & dont les effets leur ſont ſi
funeſtes.
-
-
-
A BESIERS, le 15 Septembre 1763.
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11838
p. 2065
« Le 7 Septembre, les Comédiens François remirent au Théatre la Tragédie de Manlius [...] »
Début :
Le 7 Septembre, les Comédiens François remirent au Théatre la Tragédie de Manlius [...]
Mots clefs :
Tragédie, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 7 Septembre, les Comédiens François remirent au Théatre la Tragédie de Manlius [...] »
Le 7 Septembre , les Comédiens François
remirent au Théatre la Tragédie de Manlius
Capitolinus , Tragédie de M. de la Foffe ,
qui n'avoit pas été repréfentée depuis le
mois de Septembre 1729. Certe Piéce ,
qu'on juge la meilleure des quatre , que cet
excellent Auteur a données au Public , fut
reçûe très- favorablement , & parfaitement
bien repréfentée ; on peut voir l'Extrait
qui en a été donné ,dans le Mercure de Septembre
, fecond Volume , page 2247.
remirent au Théatre la Tragédie de Manlius
Capitolinus , Tragédie de M. de la Foffe ,
qui n'avoit pas été repréfentée depuis le
mois de Septembre 1729. Certe Piéce ,
qu'on juge la meilleure des quatre , que cet
excellent Auteur a données au Public , fut
reçûe très- favorablement , & parfaitement
bien repréfentée ; on peut voir l'Extrait
qui en a été donné ,dans le Mercure de Septembre
, fecond Volume , page 2247.
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11839
p. 1181
« L'Hyver qui a été assez rude cette année, n'a point encore fait place à la belle [...] »
Début :
L'Hyver qui a été assez rude cette année, n'a point encore fait place à la belle [...]
Mots clefs :
Hiver
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Hyver qui a été assez rude cette année, n'a point encore fait place à la belle [...] »
L'Hyver qui a été assez rude cette année
, n'a point encore fait place à la belle
Saison , le vent du Nord régne toûjours ,
et presque point de puye dépuis trés
longtemps , ce qui et géneral dans toute
PEurope ; on se plaint par tout du grand
froid de l'Hyver , et de la longue secheresse.
On écrit de Milan qu'elle y étoit
si grande au commencement du mois dernier
, qu'on n'en avoit jamais vû de pareille
au plus fort de l'Eté , tout paroissant
brûlé à la Campagne comme dans
l'ardeur de la Canicule.
, n'a point encore fait place à la belle
Saison , le vent du Nord régne toûjours ,
et presque point de puye dépuis trés
longtemps , ce qui et géneral dans toute
PEurope ; on se plaint par tout du grand
froid de l'Hyver , et de la longue secheresse.
On écrit de Milan qu'elle y étoit
si grande au commencement du mois dernier
, qu'on n'en avoit jamais vû de pareille
au plus fort de l'Eté , tout paroissant
brûlé à la Campagne comme dans
l'ardeur de la Canicule.
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Résumé : « L'Hyver qui a été assez rude cette année, n'a point encore fait place à la belle [...] »
L'hiver 2023 en Europe a été exceptionnellement rigoureux et prolongé, marqué par un vent du Nord dominant et une longue absence de pluie. Cette situation a causé un froid intense et une sécheresse généralisée. À Milan, la sécheresse début janvier surpassait celles d'été, laissant les campagnes semblables à des terres brûlées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11840
p. 2065
Les Comédiens François donnent leur Spectacle gratis, [titre d'après la table]
Début :
Le 11, les mêmes Comédiens donnerent leur Spectacle gratis. Ils représenterent la [...]
Mots clefs :
Façade, Pièces de vin, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Comédiens François donnent leur Spectacle gratis, [titre d'après la table]
Le 11 , les mêmes Comédiens donnerent
leur Spectacle gratis. Ils repréfenterent la
Comédie fans titre , ou le Mercure Galant , &
les Vendanges de Surefne tout s'y paffa
avec beaucoup d'ordre & fans confufion.
Sur les neuf heures , toute la façade de l'Hôtel
fut illuminée d'une maniere très- ingénicufe.
On avoit placé aux deux extré
mités du Balcon , qui regne fur toute la
longueur de cette façade , deux Piéces de
Vin , qui coulerent pendant la plus grande
partie de la nuit.
leur Spectacle gratis. Ils repréfenterent la
Comédie fans titre , ou le Mercure Galant , &
les Vendanges de Surefne tout s'y paffa
avec beaucoup d'ordre & fans confufion.
Sur les neuf heures , toute la façade de l'Hôtel
fut illuminée d'une maniere très- ingénicufe.
On avoit placé aux deux extré
mités du Balcon , qui regne fur toute la
longueur de cette façade , deux Piéces de
Vin , qui coulerent pendant la plus grande
partie de la nuit.
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11842
p. 75-76
AUTRE.
Début :
Je suis un être assez bizarre ; [...]
Mots clefs :
Huître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
J fuis un être affez bizarre ;
Aimant à garder la maison.
De qui par le monde ſe carre ;
Sur fon efprit , fur ſa raiſon ,
Je n'imite point la conduite ;
J'ai trop à redouter la fuite
D'un commerce avec les humains ,
Lorfque je tombe entre leurs mains.
Auffi je n'entr'ouvre ma porte ,
Que pour mes befoins feulement.
Dès que quelqu'indifcret s'y porte ,
Je la referme exactement.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Ce n'eft pas qu'on ne me defire
Dans ces repas de volupté ,
Où même affez fouvent j'inſpire ,
De l'appétit , de la gaîté ,
Quoiqu'on ne m'ait jamais vû rire.
Lorfqu'à telle fête on m'attire ,
J'y vais contre ma volonté.
J'eftime la fobriété ,
A notre espéce falutaire ;
Car toujours le vice contraire ,
Par un très-finiftre deftin ,
De mes pareils , hâte la fin.
Ce vice affreux nous eft nuifible ,
Bien plus encor que les Filoux ,
Qui , par un attentat horrible ,
Pour voler nos riches bijoux ,
Viennent tout culbuter chez nous.
Encor fi de notre domaine ,
( Lorsqu'il le faut enfin quitter , )
Nos enfans pouvoient hériter !
Mais non , il eft , par droit d'aubaine
A qui fçut mieux nous dévaſter.
Et quand de pointes menaçantes
Notre afyle eft environné,
Alors l'intérêt acharné ,
Arme plus de mains raviffantes ;
Et l'habitant eft ruiné.
J fuis un être affez bizarre ;
Aimant à garder la maison.
De qui par le monde ſe carre ;
Sur fon efprit , fur ſa raiſon ,
Je n'imite point la conduite ;
J'ai trop à redouter la fuite
D'un commerce avec les humains ,
Lorfque je tombe entre leurs mains.
Auffi je n'entr'ouvre ma porte ,
Que pour mes befoins feulement.
Dès que quelqu'indifcret s'y porte ,
Je la referme exactement.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Ce n'eft pas qu'on ne me defire
Dans ces repas de volupté ,
Où même affez fouvent j'inſpire ,
De l'appétit , de la gaîté ,
Quoiqu'on ne m'ait jamais vû rire.
Lorfqu'à telle fête on m'attire ,
J'y vais contre ma volonté.
J'eftime la fobriété ,
A notre espéce falutaire ;
Car toujours le vice contraire ,
Par un très-finiftre deftin ,
De mes pareils , hâte la fin.
Ce vice affreux nous eft nuifible ,
Bien plus encor que les Filoux ,
Qui , par un attentat horrible ,
Pour voler nos riches bijoux ,
Viennent tout culbuter chez nous.
Encor fi de notre domaine ,
( Lorsqu'il le faut enfin quitter , )
Nos enfans pouvoient hériter !
Mais non , il eft , par droit d'aubaine
A qui fçut mieux nous dévaſter.
Et quand de pointes menaçantes
Notre afyle eft environné,
Alors l'intérêt acharné ,
Arme plus de mains raviffantes ;
Et l'habitant eft ruiné.
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11843
p. 135-136
AUTRE.
Début :
Lecteur, je suis un mot de nouvelle fabrique ; [...]
Mots clefs :
Persiflage
11844
p. 1181-1183
A MADAME LA DUCHESSE DE .. Qui avoit demandé pour le jour de l'An des Vers à M. d'Hautefeüille.
Début :
Quels Charmes ont pour vous les vers d'un malheureux ? [...]
Mots clefs :
Duchesse, Malheureux, Disgrâce, Muse, Vœu, Cœur, Reconnaissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA DUCHESSE DE .. Qui avoit demandé pour le jour de l'An des Vers à M. d'Hautefeüille.
A MADAME LA DUCHESSE DE ..
Qui avoit demandé pour le jour de l'An des
Vers à M. d'Hautefeuille.
Q
Uels Charmes ont pour vous les Vers d'un
malheureux ?
Accablé sous le poids d'une longue disgrace ,
Sa
1182 MERCURE DE FRANCE
>
Sa Muse ne peut plus s'expliquer avec grace ;
Il ne lui reste que des voeux .
M
Qu'est- ce aujourd'hui parmi les Hommes
?
Ce mot de voeu n'est plus qu'un mot,
s'il est impuissant dans le Siécle où nous sommis
,
Son impuissance est un défaut.
Mais vous ne pensés pas de même.
Avec un goût certain , un vrai discernement,
Que donne la Vertu qu'on aime
On pense bien differemment;
On sort de la route vulgaire
Du Dieu de l'interêt on méconnoît l'Autel.
Et le plus malheureux Mortel
Quand il a du mérite a celui de nous plaire.
On l'aime ... on rend l'espoir à son coeur abbatu
,
La disgrace par tout porte le fruit du crime ,
Et la sienne pour lui nous donne de l'estime :
Il est heureux pour nous s'il a de la vertu.
Muse chagrine arrête, et vois où tu m'entraînes;
Remplis mieux mes intentions?
Et songe un peu que des Etrennes
Ne sont pas des Réflexions ?
'Arrête ? on sçait ton zéle , on louera ton silence.
Mais sentir et se taire est un trop grand effort.
Le
MAY. 1731. 1183
Le respect n'y peut rien , le Coeur est le plus fort
Quand il est plein d'estime et de reconnoissance.
Qui avoit demandé pour le jour de l'An des
Vers à M. d'Hautefeuille.
Q
Uels Charmes ont pour vous les Vers d'un
malheureux ?
Accablé sous le poids d'une longue disgrace ,
Sa
1182 MERCURE DE FRANCE
>
Sa Muse ne peut plus s'expliquer avec grace ;
Il ne lui reste que des voeux .
M
Qu'est- ce aujourd'hui parmi les Hommes
?
Ce mot de voeu n'est plus qu'un mot,
s'il est impuissant dans le Siécle où nous sommis
,
Son impuissance est un défaut.
Mais vous ne pensés pas de même.
Avec un goût certain , un vrai discernement,
Que donne la Vertu qu'on aime
On pense bien differemment;
On sort de la route vulgaire
Du Dieu de l'interêt on méconnoît l'Autel.
Et le plus malheureux Mortel
Quand il a du mérite a celui de nous plaire.
On l'aime ... on rend l'espoir à son coeur abbatu
,
La disgrace par tout porte le fruit du crime ,
Et la sienne pour lui nous donne de l'estime :
Il est heureux pour nous s'il a de la vertu.
Muse chagrine arrête, et vois où tu m'entraînes;
Remplis mieux mes intentions?
Et songe un peu que des Etrennes
Ne sont pas des Réflexions ?
'Arrête ? on sçait ton zéle , on louera ton silence.
Mais sentir et se taire est un trop grand effort.
Le
MAY. 1731. 1183
Le respect n'y peut rien , le Coeur est le plus fort
Quand il est plein d'estime et de reconnoissance.
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Résumé : A MADAME LA DUCHESSE DE .. Qui avoit demandé pour le jour de l'An des Vers à M. d'Hautefeüille.
Dans une lettre datée de mai 1731, l'auteur s'adresse à la Duchesse pour exprimer ses sentiments concernant les vers qu'il lui a dédiés. Il se questionne sur les charmes possibles de ses écrits, étant donné qu'il est accablé par une longue disgrâce qui empêche sa muse de s'exprimer avec grâce. Il ne lui reste que des vœux, qu'il juge impuissants dans le siècle présent. Cependant, il reconnaît que la Duchesse, grâce à son goût et son discernement, apprécie le mérite même chez les plus malheureux. Elle voit la disgrâce comme une preuve de vertu plutôt que de crime. L'auteur est partagé entre le désir de rester silencieux et l'incapacité de taire ses sentiments. Il conclut en affirmant que son cœur, rempli d'estime et de reconnaissance, est plus fort que le respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11845
p. 61-66
PENSÉES DIVERSES.
Début :
La vertu est de tous les états ; mais la médiocrité est en quelque sorte son [...]
Mots clefs :
Vertu, Homme vertueux, Bonheur, Passions, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PENSÉES DIVERSES.
PENSEES DIVERSES.
LA
A vertu eft de tous les états ; mais la
médiocrité eft en quelque forte fon
élément .
Il ne faut être pas vertueux ni libéral
pour faire du bien aux miférables ; il fuffit
d'être homme.
Le vice traîne avec foi tant de maux ,
que quand la vertu ne ferviroit qu'à nous
en garentir , fon prix devroit paroître infini.
Le dégoût de la vertu ne naît que dans
les coeurs qui ne connoiffent ni la vertu ni
le vice.
C'est une vertu bien équivoque que
celle qui a befoin d'épreuves pour fe fortifier
; un homme vertueux par goût & par
principes , l'eft autant qu'on peut l'être ,
& l'eft pour toute fa vie.
Le mauvais exemple eft à la vertu ce que
la prévention eft à la vérité .
La loi la plus étroite ne gêne point
Phomme vertueux , parce que tout ce qui
eft deffendu lui devient impoffible.
On dit du guerrier : il a fait de grands
exploits ; du fçavant , il a fait de bons ouvrages
; du Légiflateur , il a fait de belles
62 MERCURE DE FRANCE.
conftitutions : l'éloge de l'homme vertueux
eft d'avoir fait le bien.
Le Philofophe définit la vertu & la néglige
; le faux dévôt l'affiche & la rend ridicule
; l'enthoufiafte la prêche & la fait haïr;
l'homme de bien la fuit & en eft le modele
.
Soyez riche , vous n'aurez pas de naiffance
; foyez brave , il vous manquera du
bonheur ; foyez puiffant , vous ne ferez
pas modéré ; foyez vertueux , vous ferez
tout ce qu'il faut être.
L'honneur eft un fouverain defpotique ;
c'eft la divinité du monde entier. Fortune,
fanté , repos , tout lui eft facrifié. Faut - il
l'honneur foit différent de la vertu !
La fageffe diftingue le bien , la vertu le
pratique.
que
Le Jurifconfulte s'applique à pénétrer
l'efprit des Loix ; le Phyficien travaille à
découvrir les fecrets de la nature ; le Théologien
tâche de percer la miftérieuſe obfcurité
des Ecritures ; le Sage cherche à ſe
connoître .
Les auftérités , les jeûnes , les macérations
, &c. ne font bons qu'à compenfer
des excès contraires. Une vie uniforme &
réglée eft la vie de l'homme vertueux.
Les plus grands Princes ne font pas
toujours les meilleurs Rois.
SEPTEMBRE 1755 . 63
Admirer la vertu & en négliger la pratique
, c'eft une contradiction bien étrange
, & néanmoins encore trop rare.
Le zele ne differe de la paffion , qu'en
ce qu'il a un objet louable . Il eſt quelquefois
dangereux , & a fait faire de grandes.
fautes.
Les efprits forts font en fait de religion
ce que font les beaux efprits en fait de
littérature .
Il n'y a qu'un pas du fcrupule à la fuperftition.
Ր
Rien n'eft pire que l'anéantiffement. Du
faîte de la félicité , paffer au comble du
malheur , ce n'eſt que changer de mode
de l'exiſtence , paffer au néant , c'eft perdre
fon effence.
Qui abandonne une Religion pour une
autre , les trahit fouvent toutes deux.
Les moeurs fe forment des impreffions
qu'on reçoit , & s'épurent par les réflexions
qui en naiffent.
Qui cherche le péril eft teméraire ; qui
Je fuit eft lâches qui l'attend & le brave ,
eft courageux.
Il y a peu d'incrédules , mais beaucoup
de gens qui s'étourdiffent ou s'endorment
fur leur croyance.
Toute affectation eft voiſine du ridicule.
Un homme a- t-il de la naiflance , du
64 MERCURE DE FRANCE.
coeur , du bien , de l'eſprit ? Voilà ce qu'on
regarde dans le monde. Mais a- t- il des
mours ? c'eft ce qu'on n'examine guères .
Il en eft des paffions comme des liqueurs
qui entrent dans la compofition de l'homme.
L'équilibre fubfifte- t-il entre ces li-
?
queurs
? le corps
fe porte
bien. Eft- il dé- truit
le corps
fouffre
. De même
tant que
les paffions
demeurent
dans une certaine
affiette
où elles
fe contrebalançent
refpectivement
, l'ame
eft en bon état . Viennent- elles à fe déranger
? l'ame
eft troublée
, &
devient
malheureufe
.
On peut définir le vrai bonheur une
paix de l'ame qui naît du calme des paffions
, & du témoignage d'une bonne confcience
.
La jaloufie eft la marque d'un amour
extrême , ou d'un extrême mépris.
Les
gens de bien
& les
fcélérats
ont
quelque
chofe
de commun
; c'eſt
de mourir
comme
ils ont
vêcu
.
La politeffe n'eft pas un vice ; mais c'eft
le voile & le mafque de prefque tous les
vices.
Qui craint l'avenir , ou regrette le paffé,
jouit mal du préfent.
La folitude eft l'écueil du fçavant , &
l'effroi de l'ignorant ; c'eft l'afile de l'homme
vertueux.
SEPTEMBRE 1755. 65
L'orgueil eft la fource du vice & de la
fauffe vertu .
La vertu qui ne fe prête pas aux ufages
du monde , paffe pour un vice d'humeur ;
le vice qui s'y accommode eft regardé comme
une vertu de fociété.
Entez l'émulation fur un bon naturel ,
fi vous ne voulez pas la voir dégénérer en
envie.
Craignez Dieu ; aimez les hommes ;
défiez-vous de vous-mêmes.
On peignoit autrefois le fentiment ; au
jourd'hui on l'anatomiſe.
La plus aigre cenfure offenfe moins
qu'une raillerie ; on veut bien être fautif ,
vicieux même , mais non pas ridicule.
Qui fe trompe eft homme , qui trompe
eft un monftre .
Les grands titres font des monumens
de la vanité des hommes plutôt que des
témoignages de leur mérite .
Ce qu'on appelle modeftie , n'eft fouvent
qu'un rafinement de l'amour propre
qui quête des louanges en affectant de s'en
deffendre .
Il n'y a de vraiment malheureux què
ceux qui envient le bonheur des autres.
Il y a des gens , mais en petit nombre ,
qui ne font indignes d'une grande fortune,
que parce qu'ils la defirent.
66 MERCURE DE FRANCE.
Les plus grandes fautes dans l'ordre de
la fociété , font celles que l'on commer
contre les devoirs de fon état.
On parle toujours trop quand on parle
mal à
propos.
Les vérités fe tiennent & forment une
efpece de chaîne qu'on ne peut rompre ;
c'eft ce qui a fait dire aux Philofophes que
la vérité eft une.
La crainte naît de l'incertitude ; un péril
affuré ne peut produire que l'heroïfme
eu le defepoir.
Le monde fourmille de fots , & cependant
c'eft l'ufage du monde qui forme les
gens d'efprit.
LE MARIE', Avocat au Parlement.
LA
A vertu eft de tous les états ; mais la
médiocrité eft en quelque forte fon
élément .
Il ne faut être pas vertueux ni libéral
pour faire du bien aux miférables ; il fuffit
d'être homme.
Le vice traîne avec foi tant de maux ,
que quand la vertu ne ferviroit qu'à nous
en garentir , fon prix devroit paroître infini.
Le dégoût de la vertu ne naît que dans
les coeurs qui ne connoiffent ni la vertu ni
le vice.
C'est une vertu bien équivoque que
celle qui a befoin d'épreuves pour fe fortifier
; un homme vertueux par goût & par
principes , l'eft autant qu'on peut l'être ,
& l'eft pour toute fa vie.
Le mauvais exemple eft à la vertu ce que
la prévention eft à la vérité .
La loi la plus étroite ne gêne point
Phomme vertueux , parce que tout ce qui
eft deffendu lui devient impoffible.
On dit du guerrier : il a fait de grands
exploits ; du fçavant , il a fait de bons ouvrages
; du Légiflateur , il a fait de belles
62 MERCURE DE FRANCE.
conftitutions : l'éloge de l'homme vertueux
eft d'avoir fait le bien.
Le Philofophe définit la vertu & la néglige
; le faux dévôt l'affiche & la rend ridicule
; l'enthoufiafte la prêche & la fait haïr;
l'homme de bien la fuit & en eft le modele
.
Soyez riche , vous n'aurez pas de naiffance
; foyez brave , il vous manquera du
bonheur ; foyez puiffant , vous ne ferez
pas modéré ; foyez vertueux , vous ferez
tout ce qu'il faut être.
L'honneur eft un fouverain defpotique ;
c'eft la divinité du monde entier. Fortune,
fanté , repos , tout lui eft facrifié. Faut - il
l'honneur foit différent de la vertu !
La fageffe diftingue le bien , la vertu le
pratique.
que
Le Jurifconfulte s'applique à pénétrer
l'efprit des Loix ; le Phyficien travaille à
découvrir les fecrets de la nature ; le Théologien
tâche de percer la miftérieuſe obfcurité
des Ecritures ; le Sage cherche à ſe
connoître .
Les auftérités , les jeûnes , les macérations
, &c. ne font bons qu'à compenfer
des excès contraires. Une vie uniforme &
réglée eft la vie de l'homme vertueux.
Les plus grands Princes ne font pas
toujours les meilleurs Rois.
SEPTEMBRE 1755 . 63
Admirer la vertu & en négliger la pratique
, c'eft une contradiction bien étrange
, & néanmoins encore trop rare.
Le zele ne differe de la paffion , qu'en
ce qu'il a un objet louable . Il eſt quelquefois
dangereux , & a fait faire de grandes.
fautes.
Les efprits forts font en fait de religion
ce que font les beaux efprits en fait de
littérature .
Il n'y a qu'un pas du fcrupule à la fuperftition.
Ր
Rien n'eft pire que l'anéantiffement. Du
faîte de la félicité , paffer au comble du
malheur , ce n'eſt que changer de mode
de l'exiſtence , paffer au néant , c'eft perdre
fon effence.
Qui abandonne une Religion pour une
autre , les trahit fouvent toutes deux.
Les moeurs fe forment des impreffions
qu'on reçoit , & s'épurent par les réflexions
qui en naiffent.
Qui cherche le péril eft teméraire ; qui
Je fuit eft lâches qui l'attend & le brave ,
eft courageux.
Il y a peu d'incrédules , mais beaucoup
de gens qui s'étourdiffent ou s'endorment
fur leur croyance.
Toute affectation eft voiſine du ridicule.
Un homme a- t-il de la naiflance , du
64 MERCURE DE FRANCE.
coeur , du bien , de l'eſprit ? Voilà ce qu'on
regarde dans le monde. Mais a- t- il des
mours ? c'eft ce qu'on n'examine guères .
Il en eft des paffions comme des liqueurs
qui entrent dans la compofition de l'homme.
L'équilibre fubfifte- t-il entre ces li-
?
queurs
? le corps
fe porte
bien. Eft- il dé- truit
le corps
fouffre
. De même
tant que
les paffions
demeurent
dans une certaine
affiette
où elles
fe contrebalançent
refpectivement
, l'ame
eft en bon état . Viennent- elles à fe déranger
? l'ame
eft troublée
, &
devient
malheureufe
.
On peut définir le vrai bonheur une
paix de l'ame qui naît du calme des paffions
, & du témoignage d'une bonne confcience
.
La jaloufie eft la marque d'un amour
extrême , ou d'un extrême mépris.
Les
gens de bien
& les
fcélérats
ont
quelque
chofe
de commun
; c'eſt
de mourir
comme
ils ont
vêcu
.
La politeffe n'eft pas un vice ; mais c'eft
le voile & le mafque de prefque tous les
vices.
Qui craint l'avenir , ou regrette le paffé,
jouit mal du préfent.
La folitude eft l'écueil du fçavant , &
l'effroi de l'ignorant ; c'eft l'afile de l'homme
vertueux.
SEPTEMBRE 1755. 65
L'orgueil eft la fource du vice & de la
fauffe vertu .
La vertu qui ne fe prête pas aux ufages
du monde , paffe pour un vice d'humeur ;
le vice qui s'y accommode eft regardé comme
une vertu de fociété.
Entez l'émulation fur un bon naturel ,
fi vous ne voulez pas la voir dégénérer en
envie.
Craignez Dieu ; aimez les hommes ;
défiez-vous de vous-mêmes.
On peignoit autrefois le fentiment ; au
jourd'hui on l'anatomiſe.
La plus aigre cenfure offenfe moins
qu'une raillerie ; on veut bien être fautif ,
vicieux même , mais non pas ridicule.
Qui fe trompe eft homme , qui trompe
eft un monftre .
Les grands titres font des monumens
de la vanité des hommes plutôt que des
témoignages de leur mérite .
Ce qu'on appelle modeftie , n'eft fouvent
qu'un rafinement de l'amour propre
qui quête des louanges en affectant de s'en
deffendre .
Il n'y a de vraiment malheureux què
ceux qui envient le bonheur des autres.
Il y a des gens , mais en petit nombre ,
qui ne font indignes d'une grande fortune,
que parce qu'ils la defirent.
66 MERCURE DE FRANCE.
Les plus grandes fautes dans l'ordre de
la fociété , font celles que l'on commer
contre les devoirs de fon état.
On parle toujours trop quand on parle
mal à
propos.
Les vérités fe tiennent & forment une
efpece de chaîne qu'on ne peut rompre ;
c'eft ce qui a fait dire aux Philofophes que
la vérité eft une.
La crainte naît de l'incertitude ; un péril
affuré ne peut produire que l'heroïfme
eu le defepoir.
Le monde fourmille de fots , & cependant
c'eft l'ufage du monde qui forme les
gens d'efprit.
LE MARIE', Avocat au Parlement.
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Résumé : PENSÉES DIVERSES.
Le texte 'Pensées diverses' examine divers aspects de la vertu, du vice et des comportements humains. Il met en avant l'importance de la vertu dans tous les états, soulignant que la médiocrité joue souvent un rôle clé. Faire du bien aux misérables ne nécessite pas nécessairement d'être vertueux ou libéral, mais simplement d'être humain. Le vice engendre de nombreux maux, et la vertu est précieuse même si elle ne servait qu'à les éviter. Le dégoût de la vertu naît chez ceux qui ne connaissent ni la vertu ni le vice. Une véritable vertu ne nécessite pas d'épreuves pour se renforcer; elle est constante et durable. Le mauvais exemple nuit à la vertu comme la prévention nuit à la vérité. Un homme vertueux respecte naturellement les lois, car ce qui est défendu lui semble impossible. Les éloges varient selon les domaines, mais celui de l'homme vertueux est de faire le bien. Les philosophes, les faux dévots et les enthousiastes ont des relations ambiguës avec la vertu, tandis que l'homme de bien en est le modèle. Le texte aborde également les dangers de l'affectation, de la superstition et de l'anéantissement. Il met en garde contre les excès et prône une vie uniforme et réglée. Les grands princes ne sont pas toujours les meilleurs rois, et admirer la vertu sans la pratiquer est une contradiction. Le zèle, bien que louable, peut être dangereux. Les esprits forts en religion et les beaux esprits en littérature partagent des traits similaires. Les passions doivent être équilibrées pour maintenir la paix de l'âme et le bonheur. La jalousie est signe d'amour extrême ou de mépris. Les gens de bien et les scélérats meurent comme ils ont vécu. La politesse, bien que non un vice, masque souvent les vices. Craindre l'avenir ou regretter le passé empêche de jouir du présent. La solitude est à la fois un écueil pour le savant et un effroi pour l'ignorant, mais un asile pour l'homme vertueux. L'orgueil est la source du vice et de la fausse vertu. La vertu inadaptée au monde est perçue comme un vice d'humeur, tandis que le vice adapté est vu comme une vertu de société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11846
p. 81-89
HARANGUE FAITE AU ROY PAR Mr DE MONTEMPUYS, Recteur de l'Université. En présentant un Cierge à SA MAJESTÉ au Louvre, le premier Février 1717.
Début :
Sire, L'Université réglant les voeux qu'elle adresse à Dieu pour [...]
Mots clefs :
Université, Voeux, Sa Majesté, Moeurs, Gloire, Religion, Espérance, Sentiments, Loi, Duc, Serment, Charges, Cérémonie, Mouvements des troupes, Duchesse, Princesse, Ornements, Abbaye
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HARANGUE FAITE AU ROY PAR Mr DE MONTEMPUYS, Recteur de l'Université. En présentant un Cierge à SA MAJESTÉ au Louvre, le premier Février 1717.
HARANGUE
FAITE AU ROY
PAR M DE MONTEMPUYS ,
Recteur de l'Univerfité.
En préfentantunCierge à SAMAIESTE
an Louvre , le premier Février
SIRE,
1717.
L'Univerfité réglant les voeux
qu'elle adreffe à Dieu pour Vous
fur l'état préfent de VOTRE
MAJESTE', eft toute occupée du
moment auquel doit commencer
Votre Inftruction .
Tems précieux pour VOTRE
MAJESTE , SIRE , qui fera le
feul de Votre Vie , où l'on ofera
Vous parler fincérement fur vos actions
, & où n'étant point chargé de
Vos Etats , Vous pourez ne penfer
qu'à Vous même , & Vous donner
82 LE NOUVEAU
tout entier à ce qui pent former
Votre Efprit , & régler Vos Maurs.
Tems important pour Votre
Royaume , dont la gloire & le bonheur
dépendent des Principes que
VOTRE MAJESTE va recevoir
fur la Religion , fur l'Eglife ,
fur les Droits de Sa Couronne
& fur Ses devoirs ; & de
l'habitude qu'Elle prendra de s'y
conformer.
2
Mais quelles efpérances d'une
Education parfaite ne donnent pas
à Votre Peuple , SIRE , la droiture
& l'élévation de Vos fentimens
cultivés par la Perfonne illuftre qui
a eûfoin de Votre Enfance , les qualités
naturelles de Votre efprit
l'expérience & le dés-intereffement
des Perfonnes qui font apellées àl'honneur
de Vous conduire & de
Vous inftruire !
Pour Nous , SIRE , perfuadés
que nous fommes , que la bonne conduite
des Rois , eft pour leur Peuune
Loi puiffante , nous ferons
les premiers à tirer avantage du pro
>
MERCURE. 83
grés que Vous ferez dans les Sciences
; nous propoferons Votre Exemple
à Vos jeunes Sujets qui font confiés
à nos foins , & nous ferons enforte
que lors que Vous ferez en
état de leur donner des Loix, SIRE ,
Vous reconnoiffiez avec quelle application
nous leur aurons donné
des leçons de refpect , d'obéiffance
& d'amour envers VOTRE
MAJESTE'.
Le 25 , le Roy accorda à Mr
le Duc de S. Simon tous les honneurs
du Louvre.
Le 26 M Le Duc de Chaulnes
fut gratifié par le Roy , de la furvivance
de la Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux Legers pour Mr fon fils,
âgé de fix ans , Sa Majeſté y a joint
un Brevet de retenuë de quatre cent
mille livres , en cas de mort. >
Le 27 à trois heures Mgr le Duc
Regent s'étant rendu chez le Roy ,
S. M. recût le Serment de Mr le
Marquis de Gefvres , pour la furvivance
de la Charge de Premier
84
LE
NOUVEAU
Gentil-homme de la Chambre , en
préfence de Mr le Duc de Trefmes
fon pere & de quantité de Seigneurs.
Cette Cérémonie avoit été précédée
de celle du Serment prêté,quelques
moments auparavant , par M¹
le Prince de Soubize, pour la Charge
de Capitaine-Lieutenant des Gendarmes
, entre les mains de Mr le
Maréchal de Tallard . Ce droit appartenoit
autrefois au Conêtable :
mais depuis l'extinction de cette
Charge , les Grands Officiers ont
la liberté de choifir › pour recevoir
la preſtation de leur Serment , celui
des Maréchaux de France qui leur
agrée davantage.
,
Aprés le Serment prêté par Mr le
Marquis de Gefvres ; le Roy accompagné
de ME le Duc Regent , de
Mer le Duc , de Mers les Princes , de
M le Maréchal de Villeroy &c.
Sa Majesté voulut voir du balcon
de la Salle des Cent-Suiffes , la
Compagnie des Gendarmes de quartier
; Mr le Prince de Rohan , &
Mr le Prince de Soubize à cheval ,
firent
MERCURE. 35
firent faire divers mouvemens .
Aprés que la Compagnie eut défilé
, Mr le Prince de Rohan demanda
l'ordre au Roy , qui répondit
qu'on pouvoit s'en aller. S. M.
parut prendre beaucoup de plaifir à
cette revuë.
Ce fut dans ce temps - là que
Madanie Ducheffe de Berry arriva
dans un magnifique Caroffe , efcortée
d'un détachement de fes Gardes
; elle monta chez le Roy , d'où
elle fe rendit avec S. M. dans la
Chapelle , pour y tenir fur les Fonds
de Batême une fille de Mr le Marquis
de Monchy, Maître de la Garde-
Robe de feu M8 le Duc de Berry;
le Roy y avoit été précédéparMr le
Cardinal de Rohan, Grand Aumônier
de France. Monfieur l'Abbé de
Maulevrier & Mr l'Abbé d'Argentré
Aumôniers du Roy . S. M. étoit
accompagnéede
Mr le Maréchal de
Villeroy , de Mr le Prince Charles
Grand Ecuyer de France , de tous
les Officiers des Gardes.Le Roy portoit
un habit de Velours couleur de
Pourpre enrichi de gros boutons de
Mars 1717. H
86 LE NOUVEAU
diamans. MadameDucheffe de Berry
y avoit été précédée parM l'Abbé de
Caftriez nommé à l'Archevêché de
Tours , fon prémier Aumonier , Mr
l'Abbé de Rouget , & M l'Abbé de
Parthenay fes Aumoniers : elle étoit
accompagnée de Mde la Ducheſſe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, de Mde la Marquise de Pons
fa Dame d'atour , de fes Dames du
Palais , de Mr le Marquis de Coëtenfao
fon Chevalier d'honneur , de
Mile Chevalier d'Hautefort fon prémier
Ecuyer , & du refte de fa Maifon.
Cette Princeffe portoit une Robe
d'une étoffe d'or , toute couverte
de pierreries ; ſa coëffure en étoit
toute brillante . Mde la Ducheſſe de
Saint Simon s'y diftingua auffi par
une grande quantité de Diamans fur
fa robe , & à fa coëffure . Le Roy
fit pareillement l'honneur à Mr le
Marquis d'Arfy , un , des quatre
Gentilshommes de la Manche , de
tenir fon fils avec Mde la Ducheffe
du Mayne.
Cette double cérémonie fut faite
MERCURE.
87
par Mr le Grand Aumônier, Mrs les
Curez de Saint Germain l'Auxerrois
& de Saint Sulpice , préfents ,au
premier Batême , & Mr le Curé de
S. Roch au fecond. Mr le Curé de
Saint Germain l'Auxerrois affiſta
aux deux , avec l'Etole . Tous ont
fignés fur le Regiſtre .
Un monde infini s'étoit affemblé
pour voir ces cérémonies extraordinaires
; dautant plus que c'étoit le
jour de la préfentation des Placets.
L'Abbaye reguliere de Clairemarais
en Artois , elt vacante . Celle
de S. Ambroise de Bourges l'eit
pa
reillement par la mort de M¹ l'Abbé
de Fourcy.
Le premier de ce mois Mr le Maréchal
de Villeroy ayant jugé à
propos d'établir une régle conftante
pour tous les exercices de S. M. fit
lever le Roy à huit heures & demie.
Le 3. on créa une troifiéme
Charge d'Huiffier de l'Anti-chambre
, en faveur de Mr Pernault le
cadet , par la confiance que l'on
a en lui. Ona crû cette augmenta-
Hij
88 LE NOUVEAU
tion neceffaire , à caufe des difficultés
& des peines qui font attachées
à ce pofte , qui demande des foins
& une attention toute particuliére:
Elle a été créé a l'inſtar des deux autres
, avec l'attribution des mêmes
gages : mais afin que ce nouvel Officier
ne puiffe pas préjudicier aux
droits de fes Confreres : il a été ſtatüé
qu'il ne partagera point les droits
anciens avec eux. Le Roy , pour
le dédommager de ces retranchemens
, a ordonné qu'on en fit un
état, afin de les lui payer par que!-
qu'autre équivalent au prorata. La
furvivance de la Charge de M. N. .
Pernault l'aîné , accordée à fon cadet
, reite comme elle étoit.
On a fait un retranchement qu'on
a crû neceffaire pour les dépenfes du
Roy fur fa Table , & dans chaque
Office ; ce qui peut monter en tour
50. mille écus.
L'Abbaye de S. GILBERT à Clermont
en Auvergne , eft vacante par
la mort de M l'Abbé LARCHER
Chapelain ordinaire du Roy , cyMERCURE.
89
devant Sacriftain de la grande Chapelle
Charge qu'il avoit venduë
à Mr l'Abbé Gault , Chapelain du
Roy , & Beau-frere de Mi le Procureur
du Roy au Châtelet .
FAITE AU ROY
PAR M DE MONTEMPUYS ,
Recteur de l'Univerfité.
En préfentantunCierge à SAMAIESTE
an Louvre , le premier Février
SIRE,
1717.
L'Univerfité réglant les voeux
qu'elle adreffe à Dieu pour Vous
fur l'état préfent de VOTRE
MAJESTE', eft toute occupée du
moment auquel doit commencer
Votre Inftruction .
Tems précieux pour VOTRE
MAJESTE , SIRE , qui fera le
feul de Votre Vie , où l'on ofera
Vous parler fincérement fur vos actions
, & où n'étant point chargé de
Vos Etats , Vous pourez ne penfer
qu'à Vous même , & Vous donner
82 LE NOUVEAU
tout entier à ce qui pent former
Votre Efprit , & régler Vos Maurs.
Tems important pour Votre
Royaume , dont la gloire & le bonheur
dépendent des Principes que
VOTRE MAJESTE va recevoir
fur la Religion , fur l'Eglife ,
fur les Droits de Sa Couronne
& fur Ses devoirs ; & de
l'habitude qu'Elle prendra de s'y
conformer.
2
Mais quelles efpérances d'une
Education parfaite ne donnent pas
à Votre Peuple , SIRE , la droiture
& l'élévation de Vos fentimens
cultivés par la Perfonne illuftre qui
a eûfoin de Votre Enfance , les qualités
naturelles de Votre efprit
l'expérience & le dés-intereffement
des Perfonnes qui font apellées àl'honneur
de Vous conduire & de
Vous inftruire !
Pour Nous , SIRE , perfuadés
que nous fommes , que la bonne conduite
des Rois , eft pour leur Peuune
Loi puiffante , nous ferons
les premiers à tirer avantage du pro
>
MERCURE. 83
grés que Vous ferez dans les Sciences
; nous propoferons Votre Exemple
à Vos jeunes Sujets qui font confiés
à nos foins , & nous ferons enforte
que lors que Vous ferez en
état de leur donner des Loix, SIRE ,
Vous reconnoiffiez avec quelle application
nous leur aurons donné
des leçons de refpect , d'obéiffance
& d'amour envers VOTRE
MAJESTE'.
Le 25 , le Roy accorda à Mr
le Duc de S. Simon tous les honneurs
du Louvre.
Le 26 M Le Duc de Chaulnes
fut gratifié par le Roy , de la furvivance
de la Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux Legers pour Mr fon fils,
âgé de fix ans , Sa Majeſté y a joint
un Brevet de retenuë de quatre cent
mille livres , en cas de mort. >
Le 27 à trois heures Mgr le Duc
Regent s'étant rendu chez le Roy ,
S. M. recût le Serment de Mr le
Marquis de Gefvres , pour la furvivance
de la Charge de Premier
84
LE
NOUVEAU
Gentil-homme de la Chambre , en
préfence de Mr le Duc de Trefmes
fon pere & de quantité de Seigneurs.
Cette Cérémonie avoit été précédée
de celle du Serment prêté,quelques
moments auparavant , par M¹
le Prince de Soubize, pour la Charge
de Capitaine-Lieutenant des Gendarmes
, entre les mains de Mr le
Maréchal de Tallard . Ce droit appartenoit
autrefois au Conêtable :
mais depuis l'extinction de cette
Charge , les Grands Officiers ont
la liberté de choifir › pour recevoir
la preſtation de leur Serment , celui
des Maréchaux de France qui leur
agrée davantage.
,
Aprés le Serment prêté par Mr le
Marquis de Gefvres ; le Roy accompagné
de ME le Duc Regent , de
Mer le Duc , de Mers les Princes , de
M le Maréchal de Villeroy &c.
Sa Majesté voulut voir du balcon
de la Salle des Cent-Suiffes , la
Compagnie des Gendarmes de quartier
; Mr le Prince de Rohan , &
Mr le Prince de Soubize à cheval ,
firent
MERCURE. 35
firent faire divers mouvemens .
Aprés que la Compagnie eut défilé
, Mr le Prince de Rohan demanda
l'ordre au Roy , qui répondit
qu'on pouvoit s'en aller. S. M.
parut prendre beaucoup de plaifir à
cette revuë.
Ce fut dans ce temps - là que
Madanie Ducheffe de Berry arriva
dans un magnifique Caroffe , efcortée
d'un détachement de fes Gardes
; elle monta chez le Roy , d'où
elle fe rendit avec S. M. dans la
Chapelle , pour y tenir fur les Fonds
de Batême une fille de Mr le Marquis
de Monchy, Maître de la Garde-
Robe de feu M8 le Duc de Berry;
le Roy y avoit été précédéparMr le
Cardinal de Rohan, Grand Aumônier
de France. Monfieur l'Abbé de
Maulevrier & Mr l'Abbé d'Argentré
Aumôniers du Roy . S. M. étoit
accompagnéede
Mr le Maréchal de
Villeroy , de Mr le Prince Charles
Grand Ecuyer de France , de tous
les Officiers des Gardes.Le Roy portoit
un habit de Velours couleur de
Pourpre enrichi de gros boutons de
Mars 1717. H
86 LE NOUVEAU
diamans. MadameDucheffe de Berry
y avoit été précédée parM l'Abbé de
Caftriez nommé à l'Archevêché de
Tours , fon prémier Aumonier , Mr
l'Abbé de Rouget , & M l'Abbé de
Parthenay fes Aumoniers : elle étoit
accompagnée de Mde la Ducheſſe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, de Mde la Marquise de Pons
fa Dame d'atour , de fes Dames du
Palais , de Mr le Marquis de Coëtenfao
fon Chevalier d'honneur , de
Mile Chevalier d'Hautefort fon prémier
Ecuyer , & du refte de fa Maifon.
Cette Princeffe portoit une Robe
d'une étoffe d'or , toute couverte
de pierreries ; ſa coëffure en étoit
toute brillante . Mde la Ducheſſe de
Saint Simon s'y diftingua auffi par
une grande quantité de Diamans fur
fa robe , & à fa coëffure . Le Roy
fit pareillement l'honneur à Mr le
Marquis d'Arfy , un , des quatre
Gentilshommes de la Manche , de
tenir fon fils avec Mde la Ducheffe
du Mayne.
Cette double cérémonie fut faite
MERCURE.
87
par Mr le Grand Aumônier, Mrs les
Curez de Saint Germain l'Auxerrois
& de Saint Sulpice , préfents ,au
premier Batême , & Mr le Curé de
S. Roch au fecond. Mr le Curé de
Saint Germain l'Auxerrois affiſta
aux deux , avec l'Etole . Tous ont
fignés fur le Regiſtre .
Un monde infini s'étoit affemblé
pour voir ces cérémonies extraordinaires
; dautant plus que c'étoit le
jour de la préfentation des Placets.
L'Abbaye reguliere de Clairemarais
en Artois , elt vacante . Celle
de S. Ambroise de Bourges l'eit
pa
reillement par la mort de M¹ l'Abbé
de Fourcy.
Le premier de ce mois Mr le Maréchal
de Villeroy ayant jugé à
propos d'établir une régle conftante
pour tous les exercices de S. M. fit
lever le Roy à huit heures & demie.
Le 3. on créa une troifiéme
Charge d'Huiffier de l'Anti-chambre
, en faveur de Mr Pernault le
cadet , par la confiance que l'on
a en lui. Ona crû cette augmenta-
Hij
88 LE NOUVEAU
tion neceffaire , à caufe des difficultés
& des peines qui font attachées
à ce pofte , qui demande des foins
& une attention toute particuliére:
Elle a été créé a l'inſtar des deux autres
, avec l'attribution des mêmes
gages : mais afin que ce nouvel Officier
ne puiffe pas préjudicier aux
droits de fes Confreres : il a été ſtatüé
qu'il ne partagera point les droits
anciens avec eux. Le Roy , pour
le dédommager de ces retranchemens
, a ordonné qu'on en fit un
état, afin de les lui payer par que!-
qu'autre équivalent au prorata. La
furvivance de la Charge de M. N. .
Pernault l'aîné , accordée à fon cadet
, reite comme elle étoit.
On a fait un retranchement qu'on
a crû neceffaire pour les dépenfes du
Roy fur fa Table , & dans chaque
Office ; ce qui peut monter en tour
50. mille écus.
L'Abbaye de S. GILBERT à Clermont
en Auvergne , eft vacante par
la mort de M l'Abbé LARCHER
Chapelain ordinaire du Roy , cyMERCURE.
89
devant Sacriftain de la grande Chapelle
Charge qu'il avoit venduë
à Mr l'Abbé Gault , Chapelain du
Roy , & Beau-frere de Mi le Procureur
du Roy au Châtelet .
Fermer
11847
p. 157-170
RELATION DE LA BATAILLE DE HONGRIE.
Début :
Comme la Relation suivante venuë en droiture de Belgrade, / Sur les nouvelles que le Prince Eugéne recevoit chaque jour, [...]
Mots clefs :
Prince Eugène, Grand vizir, Tranchée, Bataille, Armée ottomane, Canons, Soldats, Travaux, Conseil de guerre, Bataillons, Infanterie, Ennemis, Pistolet, Belgrade, Artillerie, Armée navale, Camp impérial, Provisions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION DE LA BATAILLE DE HONGRIE.
Comme la Rélation fuivante venue
en droiture de Belgrade , est écrite
par un homme impartiale, &qu'elle contient
quantité de circonstances différentesde
celles qui ont esté publiées jusqu'à
présent ; on a jugé à propos , en faveur
de la varieté , de lui donner la préference
sur quantité d'autres Lettres
qui semblent avoir esté copiées ſur le
même Original.
RELATION
DE LA BATAILLE DE HONGRIE.'
Ur les nouvelles que le Prince Eugene
recevoit chaque jour , que le
Grand Vizir s'avançoit avec une armée
formidable, pour venir au ſecours de
Belgrade , il fufpendit le deſſein qu'il
avoit d'ouvrir la Tranchée devant ſa
Contrevallation , & d'attaquer cette
Place en forme. Il ſe contenta ſeulement
de faire ouvrir un ſeul boyeau
le Tranchée vis - à - vis de la Ville
l'Eau ( la Save entre deux ,) appuyée
Septembre 1717.
158
LE MERCURE
parde bonnes redoutes. L'on y plaça
40 Piéces de Canon &20 Mortiers, qui
battoient en bréche le Hanc de la Ville
baffe& le chemin couvert de la haute
à revers ; mais , cette attaque devenoit
inutile , en ce que le chemin pour aller
à cette bréche, n'étoit pas acceſſible.
Ce Prince s'occupoit de plus à fortifier
ſa Circonvallation par des redoutes
frézées , dans les endroits les plus
foibles & où l'on pouvoit juger que
l'Ennemi s'attacheroit. Son point de
vûë étoit ſeulement de prendre Belgrade
; & pour y parvenir , il vouloir
affûrer fon Camp par des Retranchemens
preſque inataquables & ne point
riſquer uneBataille. Enfin, l'Armée Ottomane
dont on nous ménaçoit depuis
long-tems, commença à paroître le 28
du mois pafle ,& ſe groſſiſlant pendant
4jours , vint ſe camper en front
de baniére le 31 , ſur des hauteurs , à la
portée de nôtre Canon. Nous vîmes
unCamp & des Gardes ſur leurs Hancs
qui nous parurent prodigieuſes , fans
pouvoir jamais découvrir au juſte leur
force par aucuns Déſerteurs ni Prifonniers.
On jugea ſeulement qu'ils pouvoient
aller à 200000 hommes. Nous
!
-
DE SEPTEMBRE. 159
re
다
S
crûmes d'abord que ce grand nombre
de Peuple ne pouvoit ſe ſoûtenir huit
jours dans ce Camp , n'ayant ni eau ni
fourage ; mais l'expérience nous fit voir
le contraire : Ils commencérent à le- '
ver terre la même nuit de leur campement
, & avançant vers nous des
tranchées & des paralleles , ils élevérent
des Batteries de Bombes & de
Canons foûtenuës par des Redoutes ,
à moitié de diſtance entre eux & nous..
Le front de leurs paralleles occupoit
un térrein à déboucher juſqu'à 20000
hommes en bataille. Ils placérent dans
cette intervalle 140 Piéces deCanon &
35 Mortiers qui nous battoient dés le
de cemois dans preſque toute l'étenduë
de nôtre front ; ce qui obligea la
plûpart de nos gens de décamper &
d'aller ſecouvrir des parapets de nos
retranchemens par des traverſes. Le
Quartier du Roy fut dans la même néceflité.
Ils continuerent enſuire ſous le
feu de leurs Canons , de travailler aux
approches de nôtre foffé , par une ine
finité de rameaux affés mal concertez ;
mais , d'où ils ne laiſſoient pasde tirer
beaucoup . Les travaux & les paralleles
qu'ils joignirent au bout , nous faifoient
O ij
160 . LE MERCURE
voir nôtre Armée auſſi régulièrement ,
atliégée , qu'on affiégeune Place. Le
13 , le feu de leur Mouſquéterie paſſoit
bien loin au delà denosparapets :Dés
qu'ilsfur čtàportée, &qu'ilsvirerquenous
n'avions fait aucun mouvement pour
les interrompre, leur audace augmenta
&ils portérent en deux jours de nouvelles
paralleles , à la portée du piſtolet
de nos retranchemens. Ils ſe préparoient
à faire la deſcente du fofſféle 17 ,
en faifant rouler de gros: gabions devant
eux , qui les auroient mis à couvert
; d'autant mieux qu'ils les ausoient
foûtenus par le feu de leurs paralleles
; & les mêmes gabions auroient
comblé le foffé dans toute la largeur
& la diſtance de leur attaque.
Le Prince Eugéne ſe voyant fi fort referré&
preffé,malgré la réſolution qu'il
avoit priſe de maintenir ſes retuanchemens
, fetrouva cependant dans la
nécéſſité lui-même de fortir & de les
attaquer. Il tint Conſeil de guerre le
15 , où il fut décidé de les combattre
le lendemain au point du jour. La difpoſition
de cette entrepriſe fut , que
nous autions une premiere ligne compoſée
de 30 Bataillons & de 24 RégiDE
SEPTEMBRE . . 168
le
C
mens de Cavalerie , de 6 Eſcadrons ,
chacuns partagés ſur la droite & fur la
gauche de l'Infanterie : Que cette premiere
ligne ſeroit foûtenue par une
ſeconde de 27 Bataillons ; le tout ,
fous les Commandemens des Maréchaux
de Palfi , du Prince Alexandre
de Virtemberg & du Comte de Mercy:
Que le reſte des Troupes destinées à
la circonvallation : borderoient le
paraper des Retranchemens , en cas
qu'on eût été forcé de ſe retirer. Il
fut donc réſolu qu'on commenceroit
à défiler à 2 heures aprés minuit par
différentes barriéres , pour être formé
devant l'Ennemi , avant que le jour
pût deſcouvrir notre manoeuvre ; &
que lorſqu'on verroit partir trois Bontbes
à la fois de nos Mortiers , on attaqueroit
, en prenant les flancs de
leur droite & de la gauche de leurs
travaux;& qu'on ſe propoſeroit de nettoyer
, s'il étoit poſſible , toutes ces
Tranchées , pénétrer juſqu'à leurs batteries,
& fi on pouvoit y parvenir , de
ſe former là en bonne ordre debataille,
& de faire donner , juſqu'à ce qu'on
ût comblé leurs Tranchées, comprant .
faire beaucoup , fi avec 35000 hom--
Q.iij.
162 LEMERCURE
mes effectifs dans ce que nous étions
cette fortie , on pouvoit parvenir à y
réuflir. Nous avions cependant 80000
Janiflaires en Tête à combattre derriere
des Tranchées. Les Troupes deſtinées
à la contrevallation étoient en
même-tems en bataille , pour s'oppofer
aux ſorties que les affiégez pouvoient
faire , pendant qu'on ſeroit
aux mains; ce qu'ils auroient infailliblement
exécuté , ſi leurs gens nous
avoient prévenus ; mais, ils furent furpris
& comme déconcertez, ne pouvant
deviner ceque ce pouvoit être ,quelques
meſures &quelques précautions que l'on
prit.Nous ne pûmes cependant être formé
au jour&nous étions en tres grand
danger , fi par un bonheur imprévu
un Broüillard fort épais ne s'éroit élevé,&
qui nous fut ſi favorable,que nous
défi âmes dans les dehors , entre nôtre
foffé de circonvallation & i'Ennemi ,
ſans qu'il nous aperçût , ce qui donna
le tems aux dernieres Troupes qui
ordinairement demeurent fort en arriere
dans des défilez , de joindre &
de ſe former aux premieres ; fans quoi ,
la moitié de la premiere ligne auroir
éte coupée. A peine fûmes nous for
د
٢
DE SEPTEMBRE. 163
11
C
1
1
5
més , que le murmure ou autre bruit
fit apperçevoir aux Turcs que nous
n'étions qu'à la portée du piſtolet , &
qu'il y avoit des Troupes devant eux.
Ils firent d'abord grand feu ,& nous
mirent en néceffité de les attaquer dans
l'épaiſſeur du broüillard , fans pouvoir
diftinguer les objets à 30 pas de
vant nous. On fut dans la confufion
plus d'une heure, ſans ſe reconnoître;
mais , le tems s'étant tout à coup
éclairci , nous nous trouvâmes avoir
déja gagné fur eux beaucoup de petits
Retranchemens ou Tranchées ; &
de plus un grand intervalle dans nôtre
centre , entre nôtre droite& nôtre
gauche : Il arrivoit qu'en avançant
pour nous rejoindre, nousgaignons tou
jours en avant quelques- uns de leurs
Rameaux de Tranchées Cette quantité
de foſſez faifoit que la Cavalerie
ne pouvoit paffer que difficilement ,
&qu'elle, ſe trouvoit expoſée à un
grand feu, pendant qu'elle ſe formoit ;
mais , ni le grand feu du Canon & de
la Mouſquéterie , nile grand nombre
d'hommes & de Retranchemens , ni
les hurlemens & cris effroyables que
ces. Barbares font en pareilles occa764
LE MERCURE
fions pour nous épouventer , n'étonna
point nôtre Soldat ;; au contraire , comime
s'il ût eu laVictoire déja fúre , ilmarcha
toujours en avant , en chargeant
l'Ennemi avec une fermeté & une intrépidité
incroyable, ſautant de Tranchées
en tranchées , auſſi facilement
que s'il avoit combattu en. raze
campagne. Les Ennemis ſe voyant repoufles
juſqu'à leur derniere barriere ,
la confufion & la terreur ſe mit parmi
cux ; & quoiqu'au nombre de plus de
200000 hommes qui nous faifoient
tête,ilsn'eurent plus l'affûrance de pouvoir
former une ſeuletroupede 100 hó
mes en ordre. Dans cette déroute, nous
nous aperceumes que pluſieurs de leurs
principaux Officiers, aprésde vains ef
forts pour les rallier, levoient les bras
au Ciel commede déſeſpoir ;& tout à
coup cette puiffante Armée s'évanoüit ,
abandona fon Camp, Bagages & Munitions,
& prit honteuſement la fuite..
Pour l'Artillerie nous en étions déja
les maîtres. Ils brûlérent la Ville de
Semendria en paffant; le Prince Eugene
ayant mis de la Cavalerie & des
Houſſards à leur trouſſe , ils en tuerent
ungrand nombre.On ne peut affez lover.
1
DE SEPTMEBRE. 165
P
13
1
5
,
-
P
'Infanterie Bavaroiſe qui contribua
beaucoup au gain de la Bataille. Cette
Troupe emportée par l'ardeur duCombat,
ſe ſéparade lapremiére ligne où elle
étoit, fans que lesGénérauxde cette aîle
là puſſent la retenir;elle perça toûjours
en avant fur l'Ennemi , ouvrit les premiers
paſſages,& en mettant en fuite ce
qui ſe rencontroit devant elle,elledonna
lieu aux Troupes qui les ſuivoient
de ſe former & de ſe mettre en Bataille :
Lorſque de Potte en Poſte elle ſe
voyoir jointe, elle recommençoit à s'avancer
de nouveau , ce qu'elle continüa
juſqu'au point du gain & de la déciſion
de la Bataille; toute l'Armée en a
été témoin . Le Prince Electoral qui ,
comme les autres Volontaires ,
accompagné le Prince Eugene partout ,
fut fi transporté de joye , qu'il acourut
à la fin du dernier choc , embraffer
M. de la Colonie Colonel de ſon Régimenr.
a
On compte environ 20000 Turcs reftés
ſur la Place ; de nôtre côté nous y
avons perdu prés de sooo hommes .
Le Prince Lobkowitz , le Prince Taxis
, le Général Hauben , le fils du Général
Palfi , le Marquis de Caretti Co
166 LE MERCURE
lonel Bavarois , le Marquis de Bona
Colonel ,& pluſieurs braves Officiers
yont été tuez .
,
On a trouve dans leCamp de Infidéles
136 Canons de Bronze
37 Mortiers, 20000 Boulets de Canon ,
3000 Grenades , 600 Barils de Poudre,
300 Barils de Bales de Mouſquets :
On leur a pris 53 Drapeaux , 9 Queues
de Cheval , 4 Trompettes , cinq Tambours
des Janiffaires , quatre Timbales
de Cuivre & 3000 Chariots &c. Le
Prince Eugene fit chanter le Te Deun
dans la Tente du Grand Vizir , au tour
de laquelle il avoit fait arranger les
Drapeaux & autres Trophées de cette
Victoire fignalée. C'eſt la troiſiéme
Tente des Grands Viſirs que ce Grand
Général a gagnée. La première,au Font
d'Effeck , la deuxième à la journée de
Semlim, &celle- cy qui est encore plus
riche que les deux autres .
Le lendemain 17 de la Bataille , la
Garnifon de Belgrade voyant qu'elle
ne pouvoit plus compter ſur aucun ſecours
, força le Séraskier à parlementer
le même jour , pour obtenir une
Capitulation plus favorable.
On convint preſque de tous les ar
I
DE SEPTEMBRE . 167
5
ticles. Le dix - huit on prit poſte dans
les Ouvrages extérieurs , & on occupaun
poſte avec 20 Compagnies de
Grenadiers & 6 Bataillons. Le 20 , on
nous remit tous nos Prifonniers , les
Déſerteurs & les Rebelles Hongrois.
Le 22 la Garniton fortit en vertu de
la Capitulation , au nombre de 25000
hommes , parmi leſquels il y avoit
un quart de Janiſſaires ; le reſte étoit
compoſé de Rafciens Boſniens &
Valachiens , fans compter 3000 Spahis .
Cette Garniſon a été conduite en partie
par eau à Freteſlaaw & en partie
par terre à Niſſa. L'Ingénieur du Régiment
de Holſtein qui avoit déſerté
au commencement du Siége , avec un
Canonier & trois autres , ont été empalez
& les Deſerteurs pendus.
L'Artillerie priſe tant fut l'Armement
Naval des Tures , que dans la
Ville& la Fortereſſe , conſiſte en 534
Canons de bronze & de fer, & 69 Mortiers
, ſans ceux qui font enterrez. ſous
les débris du dernier Magazin de poudre
qui ſauta le 14 d'Aouſt . C'est ainſi
que cette Ville qui avoit gémi 195 ans,
preſque ſans interruption , ſous le joug
des Infidéles ; eft retournée ſous la
168 LE MERCURE
Domination de la Maiſon d'Autriche.
Le Comte d'Odwier Major Général,
a été établi par interim , Commandant
dans Belgrade , avec une Garniſon de
huit Bataillons &de huit Compagnies
de Grenadiers
Les Turcs abandonérent le 17 , Sabaz
ſur la Save , y ayant laiſſe 12 Piéces
de Canon & beaucoupd'attirailles de
guerre&c.
Du Camp Impérial , proche Semlim
les Septembre.
,
Nous occupons apréſent un nouveau
Camp , entre la Save & le Danube
ayant été obligés à cauſe de l'infection ,
d'abandonner l'ancien. On ne voit
&onn'entend plus parler des Ennemis.
Il eſt ſurprenant qu'avec une poignée
de monde , nous ayons pû nous emparer
de tous les Poſtes confidérables
de l'un& de l'autre côté du Danube
depuis Belgrade juſqu'à Vidin; puiſque
nous ſommes maîtres actuellement
de Sémendrie , de Ram , d'Ipek, de
Dobra , de Sip , de Biſſa , de Vidin
&au Nord de ce Fleuve,de Vipalanka,
d'Orfova& de Meadia .
Le
د
DE SEPTEMBRE . 169
نو
:
d
Le Prince Eugéne a donné congé à
tous les Volontaires de l'Armée , n'y
ayant plus aucune expédition d'éclat à
faire ; àcauſe de l'épouvente où ſe
trouvent les Troupes Ottomanes ,
qui font tellement diſſipées qu'on ne
ſçait ce qu'elles ſont devenues. Le
Comte Jofeph- Simon d'Eftheraſi informé
qu'un corps de Turcs & de
Tartares campoit prés de Vipalanka,
eſt tombé deſſus , les a battu , mis
en fuite & pris dix Piéces de Canon
avec 153 chariots de munitions de
guerre & de proviſions de bouche .
Ila fait fabrer tous les Fuyards,excepté
trois Officiers des Janiſſaires à qui
on a fait quartier ; ayant promis de
découvrir au Prince Eugéne des chof s
de la derniere conféquence.Le Général
Major Spleni les a pourſuivi jufqu'à
Orſava qu'ils ont abandonné de
même que l'Iſle voifine : Le Comre Eitherafi
, Michel Czalli , Adam Vay& le
jeune Bérézini ayant raſſemblé environ
15000 hommes de Mécontens , ont
fait une irruption dans la haute Horgrie.
Ils ont paffejpar Radua & pénétré
juſqu'à Biſtrirz dont ils on "brûlé
le Fauxbourg ; enſuite , ils ont tiré
Septembre 1717. P
170 LE MERCURE
ſur la gauche à Maros & ſe ſont avancé
juſqu'à Iroye , en ſaccageant &
pillant tout le Païs. Le Général Steinville
eſt à leur trouſſe ;on ne ſçait s'il
pourra les joindre , tant ils ſe retirent
avec précipitation. Le Prince Eugéne
adétaché 19 Bataillons & 6 Régimens
de Cavalerie , ſous les ordres du Général
Mercy vers le Bannat de The
- meſvar , & a fait encore quelques autres
détachemens.
en droiture de Belgrade , est écrite
par un homme impartiale, &qu'elle contient
quantité de circonstances différentesde
celles qui ont esté publiées jusqu'à
présent ; on a jugé à propos , en faveur
de la varieté , de lui donner la préference
sur quantité d'autres Lettres
qui semblent avoir esté copiées ſur le
même Original.
RELATION
DE LA BATAILLE DE HONGRIE.'
Ur les nouvelles que le Prince Eugene
recevoit chaque jour , que le
Grand Vizir s'avançoit avec une armée
formidable, pour venir au ſecours de
Belgrade , il fufpendit le deſſein qu'il
avoit d'ouvrir la Tranchée devant ſa
Contrevallation , & d'attaquer cette
Place en forme. Il ſe contenta ſeulement
de faire ouvrir un ſeul boyeau
le Tranchée vis - à - vis de la Ville
l'Eau ( la Save entre deux ,) appuyée
Septembre 1717.
158
LE MERCURE
parde bonnes redoutes. L'on y plaça
40 Piéces de Canon &20 Mortiers, qui
battoient en bréche le Hanc de la Ville
baffe& le chemin couvert de la haute
à revers ; mais , cette attaque devenoit
inutile , en ce que le chemin pour aller
à cette bréche, n'étoit pas acceſſible.
Ce Prince s'occupoit de plus à fortifier
ſa Circonvallation par des redoutes
frézées , dans les endroits les plus
foibles & où l'on pouvoit juger que
l'Ennemi s'attacheroit. Son point de
vûë étoit ſeulement de prendre Belgrade
; & pour y parvenir , il vouloir
affûrer fon Camp par des Retranchemens
preſque inataquables & ne point
riſquer uneBataille. Enfin, l'Armée Ottomane
dont on nous ménaçoit depuis
long-tems, commença à paroître le 28
du mois pafle ,& ſe groſſiſlant pendant
4jours , vint ſe camper en front
de baniére le 31 , ſur des hauteurs , à la
portée de nôtre Canon. Nous vîmes
unCamp & des Gardes ſur leurs Hancs
qui nous parurent prodigieuſes , fans
pouvoir jamais découvrir au juſte leur
force par aucuns Déſerteurs ni Prifonniers.
On jugea ſeulement qu'ils pouvoient
aller à 200000 hommes. Nous
!
-
DE SEPTEMBRE. 159
re
다
S
crûmes d'abord que ce grand nombre
de Peuple ne pouvoit ſe ſoûtenir huit
jours dans ce Camp , n'ayant ni eau ni
fourage ; mais l'expérience nous fit voir
le contraire : Ils commencérent à le- '
ver terre la même nuit de leur campement
, & avançant vers nous des
tranchées & des paralleles , ils élevérent
des Batteries de Bombes & de
Canons foûtenuës par des Redoutes ,
à moitié de diſtance entre eux & nous..
Le front de leurs paralleles occupoit
un térrein à déboucher juſqu'à 20000
hommes en bataille. Ils placérent dans
cette intervalle 140 Piéces deCanon &
35 Mortiers qui nous battoient dés le
de cemois dans preſque toute l'étenduë
de nôtre front ; ce qui obligea la
plûpart de nos gens de décamper &
d'aller ſecouvrir des parapets de nos
retranchemens par des traverſes. Le
Quartier du Roy fut dans la même néceflité.
Ils continuerent enſuire ſous le
feu de leurs Canons , de travailler aux
approches de nôtre foffé , par une ine
finité de rameaux affés mal concertez ;
mais , d'où ils ne laiſſoient pasde tirer
beaucoup . Les travaux & les paralleles
qu'ils joignirent au bout , nous faifoient
O ij
160 . LE MERCURE
voir nôtre Armée auſſi régulièrement ,
atliégée , qu'on affiégeune Place. Le
13 , le feu de leur Mouſquéterie paſſoit
bien loin au delà denosparapets :Dés
qu'ilsfur čtàportée, &qu'ilsvirerquenous
n'avions fait aucun mouvement pour
les interrompre, leur audace augmenta
&ils portérent en deux jours de nouvelles
paralleles , à la portée du piſtolet
de nos retranchemens. Ils ſe préparoient
à faire la deſcente du fofſféle 17 ,
en faifant rouler de gros: gabions devant
eux , qui les auroient mis à couvert
; d'autant mieux qu'ils les ausoient
foûtenus par le feu de leurs paralleles
; & les mêmes gabions auroient
comblé le foffé dans toute la largeur
& la diſtance de leur attaque.
Le Prince Eugéne ſe voyant fi fort referré&
preffé,malgré la réſolution qu'il
avoit priſe de maintenir ſes retuanchemens
, fetrouva cependant dans la
nécéſſité lui-même de fortir & de les
attaquer. Il tint Conſeil de guerre le
15 , où il fut décidé de les combattre
le lendemain au point du jour. La difpoſition
de cette entrepriſe fut , que
nous autions une premiere ligne compoſée
de 30 Bataillons & de 24 RégiDE
SEPTEMBRE . . 168
le
C
mens de Cavalerie , de 6 Eſcadrons ,
chacuns partagés ſur la droite & fur la
gauche de l'Infanterie : Que cette premiere
ligne ſeroit foûtenue par une
ſeconde de 27 Bataillons ; le tout ,
fous les Commandemens des Maréchaux
de Palfi , du Prince Alexandre
de Virtemberg & du Comte de Mercy:
Que le reſte des Troupes destinées à
la circonvallation : borderoient le
paraper des Retranchemens , en cas
qu'on eût été forcé de ſe retirer. Il
fut donc réſolu qu'on commenceroit
à défiler à 2 heures aprés minuit par
différentes barriéres , pour être formé
devant l'Ennemi , avant que le jour
pût deſcouvrir notre manoeuvre ; &
que lorſqu'on verroit partir trois Bontbes
à la fois de nos Mortiers , on attaqueroit
, en prenant les flancs de
leur droite & de la gauche de leurs
travaux;& qu'on ſe propoſeroit de nettoyer
, s'il étoit poſſible , toutes ces
Tranchées , pénétrer juſqu'à leurs batteries,
& fi on pouvoit y parvenir , de
ſe former là en bonne ordre debataille,
& de faire donner , juſqu'à ce qu'on
ût comblé leurs Tranchées, comprant .
faire beaucoup , fi avec 35000 hom--
Q.iij.
162 LEMERCURE
mes effectifs dans ce que nous étions
cette fortie , on pouvoit parvenir à y
réuflir. Nous avions cependant 80000
Janiflaires en Tête à combattre derriere
des Tranchées. Les Troupes deſtinées
à la contrevallation étoient en
même-tems en bataille , pour s'oppofer
aux ſorties que les affiégez pouvoient
faire , pendant qu'on ſeroit
aux mains; ce qu'ils auroient infailliblement
exécuté , ſi leurs gens nous
avoient prévenus ; mais, ils furent furpris
& comme déconcertez, ne pouvant
deviner ceque ce pouvoit être ,quelques
meſures &quelques précautions que l'on
prit.Nous ne pûmes cependant être formé
au jour&nous étions en tres grand
danger , fi par un bonheur imprévu
un Broüillard fort épais ne s'éroit élevé,&
qui nous fut ſi favorable,que nous
défi âmes dans les dehors , entre nôtre
foffé de circonvallation & i'Ennemi ,
ſans qu'il nous aperçût , ce qui donna
le tems aux dernieres Troupes qui
ordinairement demeurent fort en arriere
dans des défilez , de joindre &
de ſe former aux premieres ; fans quoi ,
la moitié de la premiere ligne auroir
éte coupée. A peine fûmes nous for
د
٢
DE SEPTEMBRE. 163
11
C
1
1
5
més , que le murmure ou autre bruit
fit apperçevoir aux Turcs que nous
n'étions qu'à la portée du piſtolet , &
qu'il y avoit des Troupes devant eux.
Ils firent d'abord grand feu ,& nous
mirent en néceffité de les attaquer dans
l'épaiſſeur du broüillard , fans pouvoir
diftinguer les objets à 30 pas de
vant nous. On fut dans la confufion
plus d'une heure, ſans ſe reconnoître;
mais , le tems s'étant tout à coup
éclairci , nous nous trouvâmes avoir
déja gagné fur eux beaucoup de petits
Retranchemens ou Tranchées ; &
de plus un grand intervalle dans nôtre
centre , entre nôtre droite& nôtre
gauche : Il arrivoit qu'en avançant
pour nous rejoindre, nousgaignons tou
jours en avant quelques- uns de leurs
Rameaux de Tranchées Cette quantité
de foſſez faifoit que la Cavalerie
ne pouvoit paffer que difficilement ,
&qu'elle, ſe trouvoit expoſée à un
grand feu, pendant qu'elle ſe formoit ;
mais , ni le grand feu du Canon & de
la Mouſquéterie , nile grand nombre
d'hommes & de Retranchemens , ni
les hurlemens & cris effroyables que
ces. Barbares font en pareilles occa764
LE MERCURE
fions pour nous épouventer , n'étonna
point nôtre Soldat ;; au contraire , comime
s'il ût eu laVictoire déja fúre , ilmarcha
toujours en avant , en chargeant
l'Ennemi avec une fermeté & une intrépidité
incroyable, ſautant de Tranchées
en tranchées , auſſi facilement
que s'il avoit combattu en. raze
campagne. Les Ennemis ſe voyant repoufles
juſqu'à leur derniere barriere ,
la confufion & la terreur ſe mit parmi
cux ; & quoiqu'au nombre de plus de
200000 hommes qui nous faifoient
tête,ilsn'eurent plus l'affûrance de pouvoir
former une ſeuletroupede 100 hó
mes en ordre. Dans cette déroute, nous
nous aperceumes que pluſieurs de leurs
principaux Officiers, aprésde vains ef
forts pour les rallier, levoient les bras
au Ciel commede déſeſpoir ;& tout à
coup cette puiffante Armée s'évanoüit ,
abandona fon Camp, Bagages & Munitions,
& prit honteuſement la fuite..
Pour l'Artillerie nous en étions déja
les maîtres. Ils brûlérent la Ville de
Semendria en paffant; le Prince Eugene
ayant mis de la Cavalerie & des
Houſſards à leur trouſſe , ils en tuerent
ungrand nombre.On ne peut affez lover.
1
DE SEPTMEBRE. 165
P
13
1
5
,
-
P
'Infanterie Bavaroiſe qui contribua
beaucoup au gain de la Bataille. Cette
Troupe emportée par l'ardeur duCombat,
ſe ſéparade lapremiére ligne où elle
étoit, fans que lesGénérauxde cette aîle
là puſſent la retenir;elle perça toûjours
en avant fur l'Ennemi , ouvrit les premiers
paſſages,& en mettant en fuite ce
qui ſe rencontroit devant elle,elledonna
lieu aux Troupes qui les ſuivoient
de ſe former & de ſe mettre en Bataille :
Lorſque de Potte en Poſte elle ſe
voyoir jointe, elle recommençoit à s'avancer
de nouveau , ce qu'elle continüa
juſqu'au point du gain & de la déciſion
de la Bataille; toute l'Armée en a
été témoin . Le Prince Electoral qui ,
comme les autres Volontaires ,
accompagné le Prince Eugene partout ,
fut fi transporté de joye , qu'il acourut
à la fin du dernier choc , embraffer
M. de la Colonie Colonel de ſon Régimenr.
a
On compte environ 20000 Turcs reftés
ſur la Place ; de nôtre côté nous y
avons perdu prés de sooo hommes .
Le Prince Lobkowitz , le Prince Taxis
, le Général Hauben , le fils du Général
Palfi , le Marquis de Caretti Co
166 LE MERCURE
lonel Bavarois , le Marquis de Bona
Colonel ,& pluſieurs braves Officiers
yont été tuez .
,
On a trouve dans leCamp de Infidéles
136 Canons de Bronze
37 Mortiers, 20000 Boulets de Canon ,
3000 Grenades , 600 Barils de Poudre,
300 Barils de Bales de Mouſquets :
On leur a pris 53 Drapeaux , 9 Queues
de Cheval , 4 Trompettes , cinq Tambours
des Janiffaires , quatre Timbales
de Cuivre & 3000 Chariots &c. Le
Prince Eugene fit chanter le Te Deun
dans la Tente du Grand Vizir , au tour
de laquelle il avoit fait arranger les
Drapeaux & autres Trophées de cette
Victoire fignalée. C'eſt la troiſiéme
Tente des Grands Viſirs que ce Grand
Général a gagnée. La première,au Font
d'Effeck , la deuxième à la journée de
Semlim, &celle- cy qui est encore plus
riche que les deux autres .
Le lendemain 17 de la Bataille , la
Garnifon de Belgrade voyant qu'elle
ne pouvoit plus compter ſur aucun ſecours
, força le Séraskier à parlementer
le même jour , pour obtenir une
Capitulation plus favorable.
On convint preſque de tous les ar
I
DE SEPTEMBRE . 167
5
ticles. Le dix - huit on prit poſte dans
les Ouvrages extérieurs , & on occupaun
poſte avec 20 Compagnies de
Grenadiers & 6 Bataillons. Le 20 , on
nous remit tous nos Prifonniers , les
Déſerteurs & les Rebelles Hongrois.
Le 22 la Garniton fortit en vertu de
la Capitulation , au nombre de 25000
hommes , parmi leſquels il y avoit
un quart de Janiſſaires ; le reſte étoit
compoſé de Rafciens Boſniens &
Valachiens , fans compter 3000 Spahis .
Cette Garniſon a été conduite en partie
par eau à Freteſlaaw & en partie
par terre à Niſſa. L'Ingénieur du Régiment
de Holſtein qui avoit déſerté
au commencement du Siége , avec un
Canonier & trois autres , ont été empalez
& les Deſerteurs pendus.
L'Artillerie priſe tant fut l'Armement
Naval des Tures , que dans la
Ville& la Fortereſſe , conſiſte en 534
Canons de bronze & de fer, & 69 Mortiers
, ſans ceux qui font enterrez. ſous
les débris du dernier Magazin de poudre
qui ſauta le 14 d'Aouſt . C'est ainſi
que cette Ville qui avoit gémi 195 ans,
preſque ſans interruption , ſous le joug
des Infidéles ; eft retournée ſous la
168 LE MERCURE
Domination de la Maiſon d'Autriche.
Le Comte d'Odwier Major Général,
a été établi par interim , Commandant
dans Belgrade , avec une Garniſon de
huit Bataillons &de huit Compagnies
de Grenadiers
Les Turcs abandonérent le 17 , Sabaz
ſur la Save , y ayant laiſſe 12 Piéces
de Canon & beaucoupd'attirailles de
guerre&c.
Du Camp Impérial , proche Semlim
les Septembre.
,
Nous occupons apréſent un nouveau
Camp , entre la Save & le Danube
ayant été obligés à cauſe de l'infection ,
d'abandonner l'ancien. On ne voit
&onn'entend plus parler des Ennemis.
Il eſt ſurprenant qu'avec une poignée
de monde , nous ayons pû nous emparer
de tous les Poſtes confidérables
de l'un& de l'autre côté du Danube
depuis Belgrade juſqu'à Vidin; puiſque
nous ſommes maîtres actuellement
de Sémendrie , de Ram , d'Ipek, de
Dobra , de Sip , de Biſſa , de Vidin
&au Nord de ce Fleuve,de Vipalanka,
d'Orfova& de Meadia .
Le
د
DE SEPTEMBRE . 169
نو
:
d
Le Prince Eugéne a donné congé à
tous les Volontaires de l'Armée , n'y
ayant plus aucune expédition d'éclat à
faire ; àcauſe de l'épouvente où ſe
trouvent les Troupes Ottomanes ,
qui font tellement diſſipées qu'on ne
ſçait ce qu'elles ſont devenues. Le
Comte Jofeph- Simon d'Eftheraſi informé
qu'un corps de Turcs & de
Tartares campoit prés de Vipalanka,
eſt tombé deſſus , les a battu , mis
en fuite & pris dix Piéces de Canon
avec 153 chariots de munitions de
guerre & de proviſions de bouche .
Ila fait fabrer tous les Fuyards,excepté
trois Officiers des Janiſſaires à qui
on a fait quartier ; ayant promis de
découvrir au Prince Eugéne des chof s
de la derniere conféquence.Le Général
Major Spleni les a pourſuivi jufqu'à
Orſava qu'ils ont abandonné de
même que l'Iſle voifine : Le Comre Eitherafi
, Michel Czalli , Adam Vay& le
jeune Bérézini ayant raſſemblé environ
15000 hommes de Mécontens , ont
fait une irruption dans la haute Horgrie.
Ils ont paffejpar Radua & pénétré
juſqu'à Biſtrirz dont ils on "brûlé
le Fauxbourg ; enſuite , ils ont tiré
Septembre 1717. P
170 LE MERCURE
ſur la gauche à Maros & ſe ſont avancé
juſqu'à Iroye , en ſaccageant &
pillant tout le Païs. Le Général Steinville
eſt à leur trouſſe ;on ne ſçait s'il
pourra les joindre , tant ils ſe retirent
avec précipitation. Le Prince Eugéne
adétaché 19 Bataillons & 6 Régimens
de Cavalerie , ſous les ordres du Général
Mercy vers le Bannat de The
- meſvar , & a fait encore quelques autres
détachemens.
Fermer
11848
p. 127-144
SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
Début :
Si quelques critiques chagrins se sont érigés de nos jours en censeurs des [...]
Mots clefs :
Nature, Dieux, Vessie, Remède, Religion, Pierres humaines, Pierre, Maladie, Chaux, Société littéraire de Châlons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
SEANCES PARTICULIERES
De la Société Linéraire de Châlons.
St
1. quelques critiques chagrins fe font
érigés de nos jours en cenfeurs des
Académies , il s'eft auffi trouvé des défenfeurs
de ces fortes d'établiffemens : leur
utilité a été démontrée dans des écrits. publics
: il a été prouvé d'une maniere victorieufe
que leur multiplicité étoit néceffaire
au progrès des fciences , & que loin
de nuire au corps politique de l'Etat, elle
ne pouvoit lui être qu'avantageufe.
C'eft fous ce point de vue que M. Du-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
pré d'Aulnay , ancien Commiffaire des
Guerres , l'a confidéré. Retiré depuis plufieurs
années dans la ville de Châlons-fur-
Marne , fon amour pour l'étude l'y a fuivi
, & les liaifons qu'il a formées avec des
concitoyens animés du même amour , lui
ont fait concevoir le deffein de les unir
par les noeuds d'une fociété littéraire .
Il en a demandé. l'agrément à M. le
Comte de Saint - Florentin . Ce Miniftre
qui chérit les Lettres , autant qu'il eft cher
aux Sçavans , l'a honoré d'une réponſe
favorable , & a promis une autorifation
plus précife , lorfque les affociés auroient
donné des preuves de leurs talens .
Son A. S. M. le Comte de Clermont ,
Gouverneur des provinces de Champagne
& de Brie , a bien voulu concourit de fon
côté à cet établiffement : illuftre par fon
fang & par la faveur finguliere qu'il a fait
aux Mufes d'entrer dans leur fanctuaire ,
il a donné de nouvelles marques de fon
attachement pour elles , en fe déclarant le
protecteur de cette fociété naiffante.
Les membres d'une fociété qui commence
fous de fi heureux aufpices , ont dé
ja produits quelques fruits de leurs veilles
dans les affemblées particulieres qu'ils ont
tenues pendant le cours de cette année.
M. Culoteau de Velye , Avocat du Roi
MARS. 1755. 129
•
au Préfidial de Châlons en Champagne ,
& l'un des membres de cette fociété , a lû
une differtation fur la confécration des
Empereurs romains , & particulierement
fur celle de Pertinax , juftifiée par une médaille.
Il obferve que la confécration en uſage
chez les Romains étoit différente de l'apothéofe
admife chez les autres peuples ;
que cette derniere cérémonie étoit connue
dès le tems de Belus , premier Roi des
Affyriens , & qu'elle a été continuée depuis
en faveur des Princes , des Rois recommendables
par leur fageffe , & même
de fimples particuliers qui s'étoient fignalés
par leurs vertus & des actions éclatantes
. Il fixe au regne des Céfars l'origine de
la confécration qui , lorfque Romulus fut
admis au rang des Dieux , n'étoit point
encore établie de la maniere dont elle l'a
été dans la fuite.
›. Il fait voir que dans tel tems de la République
, le Sénat n'accorda cet honneur
qu'à la feule Acea Laurentia , comme un
tribut de fa reconnoiffance pour les biens
qu'il en avoit reça que s'il décerna par la
fuite les mêmes honneurs à un grand nom
-bre d'Empereurs , il les refufa néanmoins à
ceux qui s'étoient rendus odieux par leurs
vices.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
Il rapporte pour exemple la joie générale
qu'excita la mort de Tibere , le decret
qui déclara Neron ennemi de la patrie,
les outrages exercés fur les corps de Vitellius
& d'Héliogabale qui , après avoir
été traînés avec ignominie par les rues de
Rome , furent jertés dans le Tibre ; le long
refus du Sénat d'élever Adrien au rang des
Dieux , la fermeté avec laquelle il йétric
la mémoire de Domitien déifié par les armées
, en faifant brifer fes ftatues , fes portraits
& les infcriptions faites en fon honneur.
Il prouve que la cérémonie de la confé
cration des Empereurs a fubfifté jufqu'an
tems du parfait établiſſement de notre religion
; Jovien ayant encore été mis au
rang des Dieux par les foins de fon fuc
ceffeur Valentinien , vers l'an 364 de l'ere
chrétienne .
A l'égard de l'Empereur Pertinax , dont
-M. de la Baftie prétend dans fon ouvrage
fur le P. Joubert , que l'on n'a point encore
trouvé de médailles , M. de Velye en
produit une , qui femble ne laiffer aucun
doute que l'on a déféré à cet Empereur
-les honneurs de la confécration ." col
< Cette médaille , qui eft de moyen broneze
, préfente d'un côté la tête de Pertinax ,
avec la légende Divus Helvius Pertinax , &
MAR S.: 1755. 131
a pour tipe en fon revers un aigle avec les
aîles déployées , fur lefquelles eft la figure
de l'Empereur à demi- couché , avec la légende
Confecratio. Cette médaille paroît
caracterifer d'une façon particuliere la confécration
de Pertinax , & l'on a lieu de
croire qu'elle eft une de celles qui ont été
re nouvellées par Gallien .
M. de Velye penfe que l'on peut porter
le même jugement d'une médaille de Fauftine
, qui du côté de la tête a pour légende
Diva Fauftina ; & au revers une figure
humaine que l'on peut prendre pour un
Prêtre , faifant une libation fur un autel ,
fur lequel il y a du feu , avec la légende
Confecratio : cependant il ne propofe fon
fentiment à cet égard que comme conjecture
, s'en rapportant aux connoiffances des
fçavans en ce genre.
M. de Velye a fait encore lecture d'une
autre differtation, dont l'objet eft de déterminer
quels étoient les principes de la religion
des anciens Romains , & s'ils étoient
différens de ceux qui conftituoient le culte
religieux des Grecs .
Voici fommairement les preuves qu'il
apporte pour établir cette différence .
Les premiers Romains , preſque tous occupés
à nourrir des troupeaux , en tiroient
les fecours néceffaires pour -fubfifter. Pan
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
étoit leur principale Divinité ; ils cétébroient
en fon honneur des fêtes par des
facrifices , & par des jeux appellés Lupeztaux
; ils honoroient auffi comme des
Dieux , Janus , Saturne , Picus , Hercule ,
&c. Mais indépendamment de ces Dieux
de la patrie ils reconnoifloient encore ceux
des grandes nations ; ils admettoient auffi
les augures , les pénates , les génies , &c.
Romulus effaya de détruire les préjugés
de ceux qui compofoient fa colonie , d'établir
une religion fondée fur des principes
raisonnables , & de fixer un culte conforme
à l'idée qu'il avoit conçue de la Divinité
, qu'il reconnoiſſoit comme un être
parfait & immortel .
Numa qui lui fuccéda , approchoit aſſez
des fentimens de fon prédéceffeur au ſujet
de la religion ; il penfoit qu'on ne pouvoit
donner aucune forme fenfible à la caufe
premiere de tous les êtres créés ; en conféquence
l'on ne vit à Rome pendant près
de deux fiécles aucun monument élevé pour
repréfenter la Divinité .
La religion établie par Romulus fubfiſta
long-tems , comme le fondement inébranlable
de la confervation de la chofe publique
; tout fon fyftême confiftoit à propo
fer pour objet du culte religieux un être
pur , efprit fouverainement parfait , imMARS.
1755. 133
mortel , auteur de tout , & de l'honorer
par un culte digne de fon unité & de fa
grandeur.
Les Grecs , au contraire , s'imaginant
qu'il étoit poffible d'appercevoir , par l'organe
des fens , la divinité telle quelle eft
en elle-même , la fixerent d'abord, dans le
foleil ; ils déïferent les élémens , l'univers
entier , & les différentes parties qui le com →
pofent. Orphée , Mufée , Eumolpe , que
S. Auguftin appelle les théologiens des
Grecs , bien loin d'amener leurs compatriotes
à la connoiffance de la vérité , les
en éloignerent , & les plongerent dans des
erreurs injurieufes à l'être fuprême ; ils
propoferent des Dieux fous des fymboles
& des hieroglyphes , dont ils avoient apris
à faire ufage en Egypte. La trop grande
élévation d'efprit de ces philofophes fit
tomber dans l'égarementceux qu'ils fe pro
pofoient d'éclairer , & qui n'étoient point
capables de comprendre le fens des fables
abfurdes qu'ils employoient pour établir les
vérités les plus importantes.
Ce fut des prétendus fages de l'Egypte
qu'ils avoient appris à diftinguer l'âge , le
fexe , la forme & le nombre des Dieux ;
ils apprirent auffi d'eux à les honorer par
des fêtes & par des jeux folemnels ; mais
il n'arrivoit que trop fouvent que l'on
.
134 MERCURE DE FRANCE.
portoit l'impiété en triomphe dans ces cérémonies
, & qu'elles devenoient un affemblage
monftrueux de defordres & de crimes.
La connoiffance de la nature & l'étude
de la phyfique devint la fource de l'erreur ;
on donnoit à chacune des caufes un des
attributs de la divinité , & les attributs diftingués
, fembloient introduire & préfenter
une multiplicité de Dieux. Plufieurs
fages , comme Diagoras & Socrate , furent
les victimes de leur attachement à la vérité
, telle que l'homme peut la découvrir par
l'étude & la force du raifonnement .
Les Romains , dans leur origine , étoient
des hommes durs , groffiers , fauvages ;
mais ils furent amenés à la connoiffance
de l'être fuprême , autant qu'on peut en
approcher par les lumieres de la raifon ;
ils fe diftinguerent par leur inviolable attachement
à une religion plus fainte que
celle des autres nations..
Les Grecs , au contraire , inconftans &
legers , fe livrerent au torrent d'une aveugle
fuperftition ; leur culte avoit fouvent
l'homme pour objet ; leurs fêtes , & les
jeux qu'ils célébroient , n'étoient inſtitués
que pour exciter ceux qui y étoient admis
à fe furpaffer mutuellement par la force ,
l'adreffe & la légereté : on n'y comptoit
MARS 1755 ”ན
135
prefque pour rien le coeur , les moeurs &
la vertu .
la
De cet expofé , on peut conclure que
religion des anciens Romains étoit plus
parfaite que celle des Grecs , & qu'elle
étoit établie fur des principes différens.
- M. Dupré d'Aulnai a lû auffi une differtation
qui a pour objet l'écoulement magne
tique , Pélectricité , l'afcenfion de la feve
dans les végétaux , & le flux de la mer. Il
croit que la même caufe produit ces différens
effets , que le foleil en eft le premier
& le feul mobile , & que cet aftre eft dans
l'univers ce qu'eft le coeur dans l'animal ,
auquel il donne le mouvement , la chaleur
& la vie.
af-
M. Navier , Docteur en Médecine ,
focié correfpondant de l'Académie royale
des Sciences de Paris , & l'un des mem
bres de la Société , a lu dans différentes
féances des differtations fur plufieurs maladies
populaires qui ont regné dans la
vince de Champagne & ailleurs.
་
pro-
La Faculté de Médecine de Paris , & M.
de Vernage , ayant jugé cet ouvrage fondé
-fur une bonne théorie , conforme à la faine
·pratique , & appuyé de l'autorité des grands
maîtres , l'auteur a cru ne devoir point fe
refufer au bien du public , & s'eft en conféquence
déterminé à le faire imprimer. Il
136 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris , chez Cavelier
Saint Jacques , au Lys d'or.
·
rue
Après de pareils témoignages , il eft
inutile d'infilter fur la nature de ce travail
; le lecteur jugera par lui-même que
l'auteur a fait nombre de recherches utiles
& intéreffantes pour le traitement de différentes
maladies.
M. Navier a auffi lû des obfervations
théoriques & pratiques fur l'amolliffement
des os en général , & en particulier fur
celui qui a caractériſé la maladie extraor
dinaire de la Dame Supior , dont tout le
royaume a été informé.
Il penfe que cette maladie tenoit du rachitis
& du fcorbut. Pour démontrer le caractere
& la véritable caufe de cette maladie
, l'auteur fuit fon objet par la voie
des expériences & des démonftrations , &
conclut que les levains qui occafionnent
l'amolliffement des os , eft de nature acide.
Pour bien conftater cette vérité , il a fait
des recherches infinies , qui toutes ont concouru
à le convaincre que cette maladie ne
pouvoit reconnoître d'autre caufe . La nature
& le caractere de cette fâcheufe maladie
étant bien connue , l'auteur fait voir
qu'il faut néceffairement la combattre par
les moyens qu'il propofe. Cet ouvrage a
été examiné & approuvé par l'Académie
f
MARS. 1755. 137
royale des Sciences de Paris : il va être mis
fous preffe.
Le même a fait encore lecture d'un
autre ouvrage qui a pour titre : Obfervations
médico-phyfiques fur les dangers auxquels
on s'expofe en mangeant des fruits qui
n'ont point encore atteint leur dégré de maturité
, & fur les avantages au contraire qui
résultent de leur ufage lorfqu'ils ont acquis
toute leur perfection.
L'abus trop commun de manger les
fruits avant qu'ils foient murs , & le zéle
de l'auteur pour le bien public , l'ont engagé
à traiter cette matiere .
Après un court expofé des loix générales
de la végétation , il examine la nature des
fruits qui naiffent dans les pays chauds &
dans les pays froids & tempérés ; il fait
voir que la providence a fait naître dans
chaque contrée de la terre des fruits doués
de toutes les propriétés néceffaires pour
garantir les habitans des maladies auxquel
les les expoferoient l'intempérie de l'air
des régions qu'ils habitent. Il reconnoît
d'une part que les fruits aigrelets & acidules
qui naiffent abondamment dans les pays
chauds , contiennent des fucs merveilleux
pour réprimer les effervefcences fougueufes
, & une infinité d'autres accidens que
la chaleur exceffive occafionne dans le fang
13 8 MERCURE DE FRANCE .
de leurs habitans. D'un autre côté , il re
garde les fruits que produifent les pays
froids & tempérés , comme des matieres
favoneufes & délayantes, extrêmement propres
à diffoudre les concrétions & les
épaiffiffemens des liqueurs de ceux qui ha
bitent ces climats. Il entre à cet égard
dans un certain détail fur la nature des
matieres favoneufes , factices & naturelles :
il reconnoît que les favons naturels font
beaucoup plus parfaits que les factices ,
qu'ils font formés d'une union intime de
parties onctueufes extrêmement fines , pénétrées
par un acide végétal , au lieu que les
favons factices ordinaires font les produits
de parties graffes , fort groffieres , unies affez
imparfaitement avec un fel lixiviel , & c.
On voit que l'auteur reconnoît par- tout
un ordre & une fageffe fuprême dans la
formation & la confervation de tous les
êtres. C'eft effectivement en ne perdant
point de vue cet important objet , que les
fçavans fe rapprocheront toujours de la vérité
; au lieu qu'en fe livrant à des fyſtêmes
erronés & dictés par l'efprit d'illufion
, ils ne feront jamais d'accord ni avec
la nature , ni avec eux-mêmes.
M. Navier a auffi fait part d'un travail
qu'il a commencé en 1738 , pour trouver
un lithontriptique , ou diffolvant des pier,
MARS. 1755. 139
1
res humaines ; ouvrage dont il avoit informé
en différens tems MM. de l'Acadé-.
mie royale des Sciences de Paris ; il paroît
avoir conduit fes recherches déja fort loin
il a même fait voir plufieurs de ces pierres
extraordinairement dures, réduites en bouil
lie en fort peu de tems , par le moyen
d'une liqueur fi douce , qu'elle peut être
bûe fans faire aucune impreffion fâcheufe
fur l'eftomac. Il a déja par devers lui des
expériences du bon effet de ce remede ;
mais ,comme il n'a jamais prétendu réuffic
que par la voie des injections , il n'a pû
encore parvenir à autre chofe , finon qu'à
fe rendre certain que ce remede peut être
porté dans la veffie par les injections , fans
y caufer ni douleur ni altération . Si par
un bonheur ineftimable pour l'humanité
on pouvoit parvenir par cette voie à fondre
la pierre dans la veffie , il réfteroit en
core beaucoup à travailler , tant pour fe
perfectionner dans la maniere d'y introduire
la fonde , que dans la matiere & la
forme de cet inftrument ; car il feroit de
la derniere importance de pouvoir l'intro
duire promptement , fûrement & fans dou
leur. M.Navier defireroit que l'on s'exerçât
à fonder avec des alkalis qui n'euffent
prefque point de courbure ; il penfe que
Cette forme feroit plus commode pour ins
140 MERCURE DE FRANCE.
jecter , pour pouvoir tourner la fonde en
rous fens dans la veffie , & pour y pou
voir féjourner long- tems fans bleffer ce
vifcere , & c.
C'est particulierement du génie de nos
grands Chirurgiens que l'on doit efpérer
la perfection dans la forme de cet inftrument
, & dans la maniere de l'infinuer
dans la veffie , ou même de trouver le
moyen de dilater fon fphincter , & d'y
porter un liquide fans avoir recours au
catheter.
On a annoncé cette année deux ouvra
ges imprimés à Edimbourg , dans lesquels
on prétend que l'eau de chaux eft un excellent
diffolvant des pierres humaines pris
intérieurement , ou porté dans la veffic
par les injections .
M. Navier a fait depuis dix-fept à dixhuit
ans un fi grand nombre d'expériences
& de recherches fur les différens lithontriptiques
, qu'il auroit été furprenant que
celui de la chaux lui eût échappé : il a donc
travaillé fur ce diffolvant , comme fur une
infinité d'autres , & il craint qu'il ne réuffiffe
pas autant qu'on le fait efperer ; car
il a reconnu que ce remede avoit peu ou
point d'action fur un très - grand nombre
de pierres humaines . Si M. Whitt a éprouvé
le contraire , cela ne peut venir , ſelon
MA- R S.
1755 141
M. Navier , que de la différence des pierres
qui fe forment chez les Anglois , dont la
boiffon ordinaire eft la bierre , & de celles
qui prennent naiffance chez les François
qui font ufage du vin.
M. Navier n'a eu occafion de travailler
que fur ces dernieres ; peut-être eft- ce cette
différence de boiffon qui a fait que le diffolvant
de Mlle Stephens a été employé
avec fuccès en Angleterre , & qu'il a fi peu
réuffi en France.
M. Navier croit encore être bien fondé
à fe défier de l'eau de chaux : 1 °. parce que
contenant une grande quantité de parties
de feu , ce reméde pris . intérieurement &
à grandes dofes , comme il feroit néceffaire
pour fondre les calculs humains pourroit
intéreffer la fanté des perfonnes délicates.
2 °. Cette eau étant chargée de beaucoup
de parties pierreufes qu'elle tient en
diffolution , ne pourroit - il pas arriver
qu'elles fe dépoferoient dans différens endroits
du corps , peut-être même dans les
reins & dans la veffie ? M. Navier eſt d'aųtant
mieux fondé dans cette opinion , qu'il
a reconnu par l'expérience , qu'un peu d'urine
chaude verfée far de l'eau de chaux ,
la rend laiteufe , & en fait précipiter de
fa fubftance pierreufe. Si donc la même
chofe arrivoit dans les reins ou dans la
142 MERCURE DE FRANCE.
veffie de ceux qui prendroient beaucoup
de ce lithontriptique , comme il y a tout
lieu de le croire , fur- tout chez les pierreux
, qui ont une urine dont l'alkali volatil
eft fort développé , & par conféquent
plus propre à précipiter la partie pierreufe
de l'eau de chaux , ne doit- on pas préfumer
que ce remede pourroit dépofer dans
ces vifceres autant & peut être plus de
fubftance pierreufe qu'ils n'en éleveroient
de calculs qui s'y rencontreroient ? M. Navier
a connoiffance d'un fait qui paroît
bien confirmer cette théorie .
Une perfonne qui avoit une pierre bien
conftatée dans la veffie , s'étoit déterminée
à prendre du lithontriptique de Mlle Stephens
, qui contient , comme l'on fçait
beaucoup de matieres calcaires réduites en
chaux. Après un certain tems de l'uſage
de ce remede , on apperçut dans les urines
du malade beaucoup de parties terreufesblanches
, que l'on croyoit être infailliblement
des débris de la pierre ; mais la
perfonne étant morte , on reconnut avec
furprife , par l'ouverture de la veffie , que
la pierre n'avoit été en aucune façon endommagée.
Donc les portions blanchâtres
& terreufes que l'urine avoit charriées,
venoient des parties de chaux qui entroient
dans le remede anglois. Cela prou오
Y
MARS. 1755. 143
ve qu'on ne peut avoir trop de circonfpection
, même de défiance , dans la vérification
des faits , car ils font fouvent voilés
par des
apparences trompeufes & féduifantes.
M. Whitt a avancé que tout fel lixiviel
eft abfolument incapable de diffoudre la pierre
humaine . M. Navier a remarqué tout le
contraire , ayant conftamment obfervé
dans le nombre des lithontriptiques qu'il a
découvert , que ces fels avoient tous cette
propriété.
Cette différence entre les obfervations
de nos deux auteurs pourroit bien venir
de celle des pierres fur lefquelles ils ont
travaillé , par la raifon rapportée ci -deffus
. En effet M. Navier , d'après qui nous
parlons toujours , a reconnu que ces fels
agiffoient fort différemment , felon la nature
de la pierre ; & il eft perfuadé que
c'eſt cette différence dans les calculs humains
qui mettra toujours le plus d'obftacles
à la découverte d'un lithontriptique
univerfel , c'est-à - dire qui agiffe également
& d'une maniere douce fur toutes les pierres
humaines.
Nous venons de rapporter une partie
des obfervations de M. Navier , que fon
defintéreffement & fon amour pour le
bien public a déterminé à nous communiquer.
#44 MERCURE DE FRANCE.
Quelle louable émulation ! qu'il eft digne
de notre reconnoiffance de voir dans
deux Royaumes auffi floriffans que la France
& l'Angleterre , la Médecine toujours
occupée d'un objet qui tend à délivrer l'hu
manité du plus cruel de tous les maux !
Les affociés fe font féparés le 28 du
mois d'Août , moins pour fe délaffer de
leurs fatigues que pour préparer les mémoires
dont ils rendront compte l'année
prochaine dans leurs féances ; ils font tous
également difpofés à fe rendre dignes de
la protection qu'un grand Prince leur accorde
, à fe mettre en état d'obtenir la
confirmation de leur établiſſement , & à
mériter l'eftime du public.
De la Société Linéraire de Châlons.
St
1. quelques critiques chagrins fe font
érigés de nos jours en cenfeurs des
Académies , il s'eft auffi trouvé des défenfeurs
de ces fortes d'établiffemens : leur
utilité a été démontrée dans des écrits. publics
: il a été prouvé d'une maniere victorieufe
que leur multiplicité étoit néceffaire
au progrès des fciences , & que loin
de nuire au corps politique de l'Etat, elle
ne pouvoit lui être qu'avantageufe.
C'eft fous ce point de vue que M. Du-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
pré d'Aulnay , ancien Commiffaire des
Guerres , l'a confidéré. Retiré depuis plufieurs
années dans la ville de Châlons-fur-
Marne , fon amour pour l'étude l'y a fuivi
, & les liaifons qu'il a formées avec des
concitoyens animés du même amour , lui
ont fait concevoir le deffein de les unir
par les noeuds d'une fociété littéraire .
Il en a demandé. l'agrément à M. le
Comte de Saint - Florentin . Ce Miniftre
qui chérit les Lettres , autant qu'il eft cher
aux Sçavans , l'a honoré d'une réponſe
favorable , & a promis une autorifation
plus précife , lorfque les affociés auroient
donné des preuves de leurs talens .
Son A. S. M. le Comte de Clermont ,
Gouverneur des provinces de Champagne
& de Brie , a bien voulu concourit de fon
côté à cet établiffement : illuftre par fon
fang & par la faveur finguliere qu'il a fait
aux Mufes d'entrer dans leur fanctuaire ,
il a donné de nouvelles marques de fon
attachement pour elles , en fe déclarant le
protecteur de cette fociété naiffante.
Les membres d'une fociété qui commence
fous de fi heureux aufpices , ont dé
ja produits quelques fruits de leurs veilles
dans les affemblées particulieres qu'ils ont
tenues pendant le cours de cette année.
M. Culoteau de Velye , Avocat du Roi
MARS. 1755. 129
•
au Préfidial de Châlons en Champagne ,
& l'un des membres de cette fociété , a lû
une differtation fur la confécration des
Empereurs romains , & particulierement
fur celle de Pertinax , juftifiée par une médaille.
Il obferve que la confécration en uſage
chez les Romains étoit différente de l'apothéofe
admife chez les autres peuples ;
que cette derniere cérémonie étoit connue
dès le tems de Belus , premier Roi des
Affyriens , & qu'elle a été continuée depuis
en faveur des Princes , des Rois recommendables
par leur fageffe , & même
de fimples particuliers qui s'étoient fignalés
par leurs vertus & des actions éclatantes
. Il fixe au regne des Céfars l'origine de
la confécration qui , lorfque Romulus fut
admis au rang des Dieux , n'étoit point
encore établie de la maniere dont elle l'a
été dans la fuite.
›. Il fait voir que dans tel tems de la République
, le Sénat n'accorda cet honneur
qu'à la feule Acea Laurentia , comme un
tribut de fa reconnoiffance pour les biens
qu'il en avoit reça que s'il décerna par la
fuite les mêmes honneurs à un grand nom
-bre d'Empereurs , il les refufa néanmoins à
ceux qui s'étoient rendus odieux par leurs
vices.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
Il rapporte pour exemple la joie générale
qu'excita la mort de Tibere , le decret
qui déclara Neron ennemi de la patrie,
les outrages exercés fur les corps de Vitellius
& d'Héliogabale qui , après avoir
été traînés avec ignominie par les rues de
Rome , furent jertés dans le Tibre ; le long
refus du Sénat d'élever Adrien au rang des
Dieux , la fermeté avec laquelle il йétric
la mémoire de Domitien déifié par les armées
, en faifant brifer fes ftatues , fes portraits
& les infcriptions faites en fon honneur.
Il prouve que la cérémonie de la confé
cration des Empereurs a fubfifté jufqu'an
tems du parfait établiſſement de notre religion
; Jovien ayant encore été mis au
rang des Dieux par les foins de fon fuc
ceffeur Valentinien , vers l'an 364 de l'ere
chrétienne .
A l'égard de l'Empereur Pertinax , dont
-M. de la Baftie prétend dans fon ouvrage
fur le P. Joubert , que l'on n'a point encore
trouvé de médailles , M. de Velye en
produit une , qui femble ne laiffer aucun
doute que l'on a déféré à cet Empereur
-les honneurs de la confécration ." col
< Cette médaille , qui eft de moyen broneze
, préfente d'un côté la tête de Pertinax ,
avec la légende Divus Helvius Pertinax , &
MAR S.: 1755. 131
a pour tipe en fon revers un aigle avec les
aîles déployées , fur lefquelles eft la figure
de l'Empereur à demi- couché , avec la légende
Confecratio. Cette médaille paroît
caracterifer d'une façon particuliere la confécration
de Pertinax , & l'on a lieu de
croire qu'elle eft une de celles qui ont été
re nouvellées par Gallien .
M. de Velye penfe que l'on peut porter
le même jugement d'une médaille de Fauftine
, qui du côté de la tête a pour légende
Diva Fauftina ; & au revers une figure
humaine que l'on peut prendre pour un
Prêtre , faifant une libation fur un autel ,
fur lequel il y a du feu , avec la légende
Confecratio : cependant il ne propofe fon
fentiment à cet égard que comme conjecture
, s'en rapportant aux connoiffances des
fçavans en ce genre.
M. de Velye a fait encore lecture d'une
autre differtation, dont l'objet eft de déterminer
quels étoient les principes de la religion
des anciens Romains , & s'ils étoient
différens de ceux qui conftituoient le culte
religieux des Grecs .
Voici fommairement les preuves qu'il
apporte pour établir cette différence .
Les premiers Romains , preſque tous occupés
à nourrir des troupeaux , en tiroient
les fecours néceffaires pour -fubfifter. Pan
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
étoit leur principale Divinité ; ils cétébroient
en fon honneur des fêtes par des
facrifices , & par des jeux appellés Lupeztaux
; ils honoroient auffi comme des
Dieux , Janus , Saturne , Picus , Hercule ,
&c. Mais indépendamment de ces Dieux
de la patrie ils reconnoifloient encore ceux
des grandes nations ; ils admettoient auffi
les augures , les pénates , les génies , &c.
Romulus effaya de détruire les préjugés
de ceux qui compofoient fa colonie , d'établir
une religion fondée fur des principes
raisonnables , & de fixer un culte conforme
à l'idée qu'il avoit conçue de la Divinité
, qu'il reconnoiſſoit comme un être
parfait & immortel .
Numa qui lui fuccéda , approchoit aſſez
des fentimens de fon prédéceffeur au ſujet
de la religion ; il penfoit qu'on ne pouvoit
donner aucune forme fenfible à la caufe
premiere de tous les êtres créés ; en conféquence
l'on ne vit à Rome pendant près
de deux fiécles aucun monument élevé pour
repréfenter la Divinité .
La religion établie par Romulus fubfiſta
long-tems , comme le fondement inébranlable
de la confervation de la chofe publique
; tout fon fyftême confiftoit à propo
fer pour objet du culte religieux un être
pur , efprit fouverainement parfait , imMARS.
1755. 133
mortel , auteur de tout , & de l'honorer
par un culte digne de fon unité & de fa
grandeur.
Les Grecs , au contraire , s'imaginant
qu'il étoit poffible d'appercevoir , par l'organe
des fens , la divinité telle quelle eft
en elle-même , la fixerent d'abord, dans le
foleil ; ils déïferent les élémens , l'univers
entier , & les différentes parties qui le com →
pofent. Orphée , Mufée , Eumolpe , que
S. Auguftin appelle les théologiens des
Grecs , bien loin d'amener leurs compatriotes
à la connoiffance de la vérité , les
en éloignerent , & les plongerent dans des
erreurs injurieufes à l'être fuprême ; ils
propoferent des Dieux fous des fymboles
& des hieroglyphes , dont ils avoient apris
à faire ufage en Egypte. La trop grande
élévation d'efprit de ces philofophes fit
tomber dans l'égarementceux qu'ils fe pro
pofoient d'éclairer , & qui n'étoient point
capables de comprendre le fens des fables
abfurdes qu'ils employoient pour établir les
vérités les plus importantes.
Ce fut des prétendus fages de l'Egypte
qu'ils avoient appris à diftinguer l'âge , le
fexe , la forme & le nombre des Dieux ;
ils apprirent auffi d'eux à les honorer par
des fêtes & par des jeux folemnels ; mais
il n'arrivoit que trop fouvent que l'on
.
134 MERCURE DE FRANCE.
portoit l'impiété en triomphe dans ces cérémonies
, & qu'elles devenoient un affemblage
monftrueux de defordres & de crimes.
La connoiffance de la nature & l'étude
de la phyfique devint la fource de l'erreur ;
on donnoit à chacune des caufes un des
attributs de la divinité , & les attributs diftingués
, fembloient introduire & préfenter
une multiplicité de Dieux. Plufieurs
fages , comme Diagoras & Socrate , furent
les victimes de leur attachement à la vérité
, telle que l'homme peut la découvrir par
l'étude & la force du raifonnement .
Les Romains , dans leur origine , étoient
des hommes durs , groffiers , fauvages ;
mais ils furent amenés à la connoiffance
de l'être fuprême , autant qu'on peut en
approcher par les lumieres de la raifon ;
ils fe diftinguerent par leur inviolable attachement
à une religion plus fainte que
celle des autres nations..
Les Grecs , au contraire , inconftans &
legers , fe livrerent au torrent d'une aveugle
fuperftition ; leur culte avoit fouvent
l'homme pour objet ; leurs fêtes , & les
jeux qu'ils célébroient , n'étoient inſtitués
que pour exciter ceux qui y étoient admis
à fe furpaffer mutuellement par la force ,
l'adreffe & la légereté : on n'y comptoit
MARS 1755 ”ན
135
prefque pour rien le coeur , les moeurs &
la vertu .
la
De cet expofé , on peut conclure que
religion des anciens Romains étoit plus
parfaite que celle des Grecs , & qu'elle
étoit établie fur des principes différens.
- M. Dupré d'Aulnai a lû auffi une differtation
qui a pour objet l'écoulement magne
tique , Pélectricité , l'afcenfion de la feve
dans les végétaux , & le flux de la mer. Il
croit que la même caufe produit ces différens
effets , que le foleil en eft le premier
& le feul mobile , & que cet aftre eft dans
l'univers ce qu'eft le coeur dans l'animal ,
auquel il donne le mouvement , la chaleur
& la vie.
af-
M. Navier , Docteur en Médecine ,
focié correfpondant de l'Académie royale
des Sciences de Paris , & l'un des mem
bres de la Société , a lu dans différentes
féances des differtations fur plufieurs maladies
populaires qui ont regné dans la
vince de Champagne & ailleurs.
་
pro-
La Faculté de Médecine de Paris , & M.
de Vernage , ayant jugé cet ouvrage fondé
-fur une bonne théorie , conforme à la faine
·pratique , & appuyé de l'autorité des grands
maîtres , l'auteur a cru ne devoir point fe
refufer au bien du public , & s'eft en conféquence
déterminé à le faire imprimer. Il
136 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris , chez Cavelier
Saint Jacques , au Lys d'or.
·
rue
Après de pareils témoignages , il eft
inutile d'infilter fur la nature de ce travail
; le lecteur jugera par lui-même que
l'auteur a fait nombre de recherches utiles
& intéreffantes pour le traitement de différentes
maladies.
M. Navier a auffi lû des obfervations
théoriques & pratiques fur l'amolliffement
des os en général , & en particulier fur
celui qui a caractériſé la maladie extraor
dinaire de la Dame Supior , dont tout le
royaume a été informé.
Il penfe que cette maladie tenoit du rachitis
& du fcorbut. Pour démontrer le caractere
& la véritable caufe de cette maladie
, l'auteur fuit fon objet par la voie
des expériences & des démonftrations , &
conclut que les levains qui occafionnent
l'amolliffement des os , eft de nature acide.
Pour bien conftater cette vérité , il a fait
des recherches infinies , qui toutes ont concouru
à le convaincre que cette maladie ne
pouvoit reconnoître d'autre caufe . La nature
& le caractere de cette fâcheufe maladie
étant bien connue , l'auteur fait voir
qu'il faut néceffairement la combattre par
les moyens qu'il propofe. Cet ouvrage a
été examiné & approuvé par l'Académie
f
MARS. 1755. 137
royale des Sciences de Paris : il va être mis
fous preffe.
Le même a fait encore lecture d'un
autre ouvrage qui a pour titre : Obfervations
médico-phyfiques fur les dangers auxquels
on s'expofe en mangeant des fruits qui
n'ont point encore atteint leur dégré de maturité
, & fur les avantages au contraire qui
résultent de leur ufage lorfqu'ils ont acquis
toute leur perfection.
L'abus trop commun de manger les
fruits avant qu'ils foient murs , & le zéle
de l'auteur pour le bien public , l'ont engagé
à traiter cette matiere .
Après un court expofé des loix générales
de la végétation , il examine la nature des
fruits qui naiffent dans les pays chauds &
dans les pays froids & tempérés ; il fait
voir que la providence a fait naître dans
chaque contrée de la terre des fruits doués
de toutes les propriétés néceffaires pour
garantir les habitans des maladies auxquel
les les expoferoient l'intempérie de l'air
des régions qu'ils habitent. Il reconnoît
d'une part que les fruits aigrelets & acidules
qui naiffent abondamment dans les pays
chauds , contiennent des fucs merveilleux
pour réprimer les effervefcences fougueufes
, & une infinité d'autres accidens que
la chaleur exceffive occafionne dans le fang
13 8 MERCURE DE FRANCE .
de leurs habitans. D'un autre côté , il re
garde les fruits que produifent les pays
froids & tempérés , comme des matieres
favoneufes & délayantes, extrêmement propres
à diffoudre les concrétions & les
épaiffiffemens des liqueurs de ceux qui ha
bitent ces climats. Il entre à cet égard
dans un certain détail fur la nature des
matieres favoneufes , factices & naturelles :
il reconnoît que les favons naturels font
beaucoup plus parfaits que les factices ,
qu'ils font formés d'une union intime de
parties onctueufes extrêmement fines , pénétrées
par un acide végétal , au lieu que les
favons factices ordinaires font les produits
de parties graffes , fort groffieres , unies affez
imparfaitement avec un fel lixiviel , & c.
On voit que l'auteur reconnoît par- tout
un ordre & une fageffe fuprême dans la
formation & la confervation de tous les
êtres. C'eft effectivement en ne perdant
point de vue cet important objet , que les
fçavans fe rapprocheront toujours de la vérité
; au lieu qu'en fe livrant à des fyſtêmes
erronés & dictés par l'efprit d'illufion
, ils ne feront jamais d'accord ni avec
la nature , ni avec eux-mêmes.
M. Navier a auffi fait part d'un travail
qu'il a commencé en 1738 , pour trouver
un lithontriptique , ou diffolvant des pier,
MARS. 1755. 139
1
res humaines ; ouvrage dont il avoit informé
en différens tems MM. de l'Acadé-.
mie royale des Sciences de Paris ; il paroît
avoir conduit fes recherches déja fort loin
il a même fait voir plufieurs de ces pierres
extraordinairement dures, réduites en bouil
lie en fort peu de tems , par le moyen
d'une liqueur fi douce , qu'elle peut être
bûe fans faire aucune impreffion fâcheufe
fur l'eftomac. Il a déja par devers lui des
expériences du bon effet de ce remede ;
mais ,comme il n'a jamais prétendu réuffic
que par la voie des injections , il n'a pû
encore parvenir à autre chofe , finon qu'à
fe rendre certain que ce remede peut être
porté dans la veffie par les injections , fans
y caufer ni douleur ni altération . Si par
un bonheur ineftimable pour l'humanité
on pouvoit parvenir par cette voie à fondre
la pierre dans la veffie , il réfteroit en
core beaucoup à travailler , tant pour fe
perfectionner dans la maniere d'y introduire
la fonde , que dans la matiere & la
forme de cet inftrument ; car il feroit de
la derniere importance de pouvoir l'intro
duire promptement , fûrement & fans dou
leur. M.Navier defireroit que l'on s'exerçât
à fonder avec des alkalis qui n'euffent
prefque point de courbure ; il penfe que
Cette forme feroit plus commode pour ins
140 MERCURE DE FRANCE.
jecter , pour pouvoir tourner la fonde en
rous fens dans la veffie , & pour y pou
voir féjourner long- tems fans bleffer ce
vifcere , & c.
C'est particulierement du génie de nos
grands Chirurgiens que l'on doit efpérer
la perfection dans la forme de cet inftrument
, & dans la maniere de l'infinuer
dans la veffie , ou même de trouver le
moyen de dilater fon fphincter , & d'y
porter un liquide fans avoir recours au
catheter.
On a annoncé cette année deux ouvra
ges imprimés à Edimbourg , dans lesquels
on prétend que l'eau de chaux eft un excellent
diffolvant des pierres humaines pris
intérieurement , ou porté dans la veffic
par les injections .
M. Navier a fait depuis dix-fept à dixhuit
ans un fi grand nombre d'expériences
& de recherches fur les différens lithontriptiques
, qu'il auroit été furprenant que
celui de la chaux lui eût échappé : il a donc
travaillé fur ce diffolvant , comme fur une
infinité d'autres , & il craint qu'il ne réuffiffe
pas autant qu'on le fait efperer ; car
il a reconnu que ce remede avoit peu ou
point d'action fur un très - grand nombre
de pierres humaines . Si M. Whitt a éprouvé
le contraire , cela ne peut venir , ſelon
MA- R S.
1755 141
M. Navier , que de la différence des pierres
qui fe forment chez les Anglois , dont la
boiffon ordinaire eft la bierre , & de celles
qui prennent naiffance chez les François
qui font ufage du vin.
M. Navier n'a eu occafion de travailler
que fur ces dernieres ; peut-être eft- ce cette
différence de boiffon qui a fait que le diffolvant
de Mlle Stephens a été employé
avec fuccès en Angleterre , & qu'il a fi peu
réuffi en France.
M. Navier croit encore être bien fondé
à fe défier de l'eau de chaux : 1 °. parce que
contenant une grande quantité de parties
de feu , ce reméde pris . intérieurement &
à grandes dofes , comme il feroit néceffaire
pour fondre les calculs humains pourroit
intéreffer la fanté des perfonnes délicates.
2 °. Cette eau étant chargée de beaucoup
de parties pierreufes qu'elle tient en
diffolution , ne pourroit - il pas arriver
qu'elles fe dépoferoient dans différens endroits
du corps , peut-être même dans les
reins & dans la veffie ? M. Navier eſt d'aųtant
mieux fondé dans cette opinion , qu'il
a reconnu par l'expérience , qu'un peu d'urine
chaude verfée far de l'eau de chaux ,
la rend laiteufe , & en fait précipiter de
fa fubftance pierreufe. Si donc la même
chofe arrivoit dans les reins ou dans la
142 MERCURE DE FRANCE.
veffie de ceux qui prendroient beaucoup
de ce lithontriptique , comme il y a tout
lieu de le croire , fur- tout chez les pierreux
, qui ont une urine dont l'alkali volatil
eft fort développé , & par conféquent
plus propre à précipiter la partie pierreufe
de l'eau de chaux , ne doit- on pas préfumer
que ce remede pourroit dépofer dans
ces vifceres autant & peut être plus de
fubftance pierreufe qu'ils n'en éleveroient
de calculs qui s'y rencontreroient ? M. Navier
a connoiffance d'un fait qui paroît
bien confirmer cette théorie .
Une perfonne qui avoit une pierre bien
conftatée dans la veffie , s'étoit déterminée
à prendre du lithontriptique de Mlle Stephens
, qui contient , comme l'on fçait
beaucoup de matieres calcaires réduites en
chaux. Après un certain tems de l'uſage
de ce remede , on apperçut dans les urines
du malade beaucoup de parties terreufesblanches
, que l'on croyoit être infailliblement
des débris de la pierre ; mais la
perfonne étant morte , on reconnut avec
furprife , par l'ouverture de la veffie , que
la pierre n'avoit été en aucune façon endommagée.
Donc les portions blanchâtres
& terreufes que l'urine avoit charriées,
venoient des parties de chaux qui entroient
dans le remede anglois. Cela prou오
Y
MARS. 1755. 143
ve qu'on ne peut avoir trop de circonfpection
, même de défiance , dans la vérification
des faits , car ils font fouvent voilés
par des
apparences trompeufes & féduifantes.
M. Whitt a avancé que tout fel lixiviel
eft abfolument incapable de diffoudre la pierre
humaine . M. Navier a remarqué tout le
contraire , ayant conftamment obfervé
dans le nombre des lithontriptiques qu'il a
découvert , que ces fels avoient tous cette
propriété.
Cette différence entre les obfervations
de nos deux auteurs pourroit bien venir
de celle des pierres fur lefquelles ils ont
travaillé , par la raifon rapportée ci -deffus
. En effet M. Navier , d'après qui nous
parlons toujours , a reconnu que ces fels
agiffoient fort différemment , felon la nature
de la pierre ; & il eft perfuadé que
c'eſt cette différence dans les calculs humains
qui mettra toujours le plus d'obftacles
à la découverte d'un lithontriptique
univerfel , c'est-à - dire qui agiffe également
& d'une maniere douce fur toutes les pierres
humaines.
Nous venons de rapporter une partie
des obfervations de M. Navier , que fon
defintéreffement & fon amour pour le
bien public a déterminé à nous communiquer.
#44 MERCURE DE FRANCE.
Quelle louable émulation ! qu'il eft digne
de notre reconnoiffance de voir dans
deux Royaumes auffi floriffans que la France
& l'Angleterre , la Médecine toujours
occupée d'un objet qui tend à délivrer l'hu
manité du plus cruel de tous les maux !
Les affociés fe font féparés le 28 du
mois d'Août , moins pour fe délaffer de
leurs fatigues que pour préparer les mémoires
dont ils rendront compte l'année
prochaine dans leurs féances ; ils font tous
également difpofés à fe rendre dignes de
la protection qu'un grand Prince leur accorde
, à fe mettre en état d'obtenir la
confirmation de leur établiſſement , & à
mériter l'eftime du public.
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Résumé : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
Le texte présente les activités de la Société Linéraire de Châlons, une association littéraire fondée par M. Dupré d'Aulnay, ancien commissaire des Guerres, avec le soutien de M. le Comte de Saint-Florentin et de M. le Comte de Clermont. Cette société vise à promouvoir les sciences et les lettres. Lors de réunions privées, plusieurs membres ont présenté des dissertations. M. Culoteau de Velye a lu une dissertation sur la consécration des empereurs romains, en se concentrant sur Pertinax, et a présenté une médaille attestant de cette consécration. Il a également comparé la religion des anciens Romains à celle des Grecs, soulignant que la religion romaine était plus rationnelle et fondée sur des principes raisonnables. M. Dupré d'Aulnay a présenté une dissertation sur divers phénomènes naturels, comme l'écoulement magnétique et l'électricité, attribuant ces effets à l'influence du soleil. M. Navier, docteur en médecine, a lu des dissertations sur des maladies populaires en Champagne, sur l'amollissement des os, et sur les dangers de consommer des fruits non mûrs. Ses travaux ont été approuvés par l'Académie royale des Sciences de Paris. Le texte détaille également les recherches de M. Navier sur les lithontriptiques, des substances capables de dissoudre les calculs rénaux. Navier reconnaît la supériorité des savons naturels sur les savons artificiels en raison de leur composition plus fine et plus efficace. Il souligne l'importance de l'ordre et de la sagesse divine dans la formation des êtres vivants. Navier a commencé ses travaux en 1738 pour trouver un lithontriptique efficace. Il a présenté plusieurs pierres dures réduites en bouillie grâce à une liqueur douce, pouvant être bue sans effet nocif sur l'estomac. Cependant, il n'a pas encore pu administrer ce remède par voie interne sans causer de douleur ou d'altération. Le texte mentionne des ouvrages imprimés à Edimbourg qui prétendent que l'eau de chaux est un excellent dissolvant des calculs rénaux. Navier, après de nombreuses expériences, doute de l'efficacité de ce remède, estimant qu'il pourrait causer des dépôts de substances pierreuses dans le corps. Navier critique l'eau de chaux pour ses risques potentiels de déposer des particules pierreuses dans les reins et la vessie, et pour son inefficacité constatée sur de nombreux calculs rénaux. Il relate un cas où une personne ayant pris un lithontriptique à base de chaux a vu des particules blanches dans ses urines, mais la pierre rénale n'a pas été dissoute. Enfin, le texte souligne la différence d'observations entre Navier et M. Whitt concernant l'efficacité des lessives sur les calculs rénaux, attribuant ces divergences à la variabilité des types de calculs. Navier conclut que la découverte d'un lithontriptique universel est complexe en raison de cette variabilité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11849
p. 2066
L'Académie Royale de Musique donne l'Opera gratis, [titre d'après la table]
Début :
Le même jour, l'Académie Royale de Musique, voulant prendre part à l'allegresse publique, [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Opéra, Illumination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Académie Royale de Musique donne l'Opera gratis, [titre d'après la table]
Le même jour, l'Académie Royale de Mu
que , voulant prendre part à l'allegreffe publique
, donna l'Opera gratis , & repréſenta
Acis & Galatée , ancienne Piéce de M. de
Lully. On n'aura pas de peine à croire que
l'Affemblée fut des plus nombreuſes , cependant
tout fe paffa fans confufion ni défordre
, par les bons ordres que M. Berger ,
préfentement Directeur Général de l'Académie
Royale de Mufique , avoit donnés ;
il y eur fur le foir une très-belle Illumina
tion fur la Porte d'entrée, qui fert de fortie,
du côté de la Place du Palais Royal.
que , voulant prendre part à l'allegreffe publique
, donna l'Opera gratis , & repréſenta
Acis & Galatée , ancienne Piéce de M. de
Lully. On n'aura pas de peine à croire que
l'Affemblée fut des plus nombreuſes , cependant
tout fe paffa fans confufion ni défordre
, par les bons ordres que M. Berger ,
préfentement Directeur Général de l'Académie
Royale de Mufique , avoit donnés ;
il y eur fur le foir une très-belle Illumina
tion fur la Porte d'entrée, qui fert de fortie,
du côté de la Place du Palais Royal.
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11850
p. 2066
L'Algérien, nouvelle Piéce joüée sur le Théatre François, [titre d'après la table]
Début :
Le 15, ils donnerent la premiere représentation d'une Piéce nouvelle en Vers, & [...]
Mots clefs :
Comédie, Roi, Vers, Nation, Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : L'Algérien, nouvelle Piéce joüée sur le Théatre François, [titre d'après la table]
Le 15 , ils donnerent la premiere repré
fentation d'une Piéce nouvelle en Vers , &
en trois Actes , précédée d'un Prologue , laquelle
a pour titre , l'Algérien , ou les Mu
Les Coné liennes , Comédie-Ballet , terminée
par un Divertiffement fait au fujet de la
Convalescence du Roi ; cette Comédie , qui
a été généralement applaudie , eft de M.
de Cabufat. Elle ne fe reffent point de la
hâte avec laquelle elle a été faite , foit
pour le ftyle , l'élégance des Vers , & la délicateffe
des Eloges du Roi & de la Nation ;
l'Auteur a rempli les efpérances que fes premiers
Ouvrages avoient fait concevoir de
ſes talens ; on ne manquera pas d'en parler
plus au long.
fentation d'une Piéce nouvelle en Vers , &
en trois Actes , précédée d'un Prologue , laquelle
a pour titre , l'Algérien , ou les Mu
Les Coné liennes , Comédie-Ballet , terminée
par un Divertiffement fait au fujet de la
Convalescence du Roi ; cette Comédie , qui
a été généralement applaudie , eft de M.
de Cabufat. Elle ne fe reffent point de la
hâte avec laquelle elle a été faite , foit
pour le ftyle , l'élégance des Vers , & la délicateffe
des Eloges du Roi & de la Nation ;
l'Auteur a rempli les efpérances que fes premiers
Ouvrages avoient fait concevoir de
ſes talens ; on ne manquera pas d'en parler
plus au long.
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