LA NAYADE DES THUILLERIES ,
Sur l'heureux Rétablissement de la
Santé du ROT.
Par M. DANCHET , de l'Academie Royale
des Infcriptions des Belles Lettres , &
l'un des Quarante de l'Academie Franfoife.
LE Fleuve dont les eaux tranquilles
Embelliffent le fein de la Reine des Villes ,
Avoit quitté fa fource , & vifitoit fes bords :
Il arrive : il entend mille cris d'allegreffe ,
Et voit tout Paris qui s'empreffe
A faire de ſa joye éclater les tranſports.
Surpris il s'arréte ; il appelle
Du Palais de nos Rois la Nayade fidelles
Nymphe , qui par le choix des Dieux ,
Partageant les honneurs de Zephire & de Flore ,
De ces jardins delicieux ,
Baignez les jeunes fleurs & les preffez d'eclore ,
Parlez , de quels concerts retentit ce fejour ?
Quels feux , transformez en étoiles ,
Dans l'absence du Dieu du jour ,
Ont de la nuit obfcure écarté tous les voiles
D'où naiffent ces plaifirs , ces danfes , ces feftias?
Dieu de ces bord's , dit- elle , à quels torrens de
larmes
G iij
LE MERCURE
Succedent ces ris & ces jeux !
Helas ! vous êtes trop heureux
D'avoir ignoré nos allarmes !
Notre Roy,notre eſpoir , nos plus cheres amours,
Ce refte precieux du plus grand des Monarques ,
Ce Prince .... j'en fremis , nous avons vu ces
jours
Menacez du cizeau des Parques !
Yous fremiffez vous - même , ah ! quels troubles
affreux
Agitoient fon Peuple fidelle ,
Auxmomens qu'une ardeur cruelle
our cette tendre fleur faifoit craindre fes feux
Tel qu'un Lis , la gloire de Flore ,
Qu'en naiffant l'Aurore embelit ,
Bitôt que du Midi la chaleur le devore,
Perd fon éclat & s'affoiblit :
Déja fa tige languillante
Succombe fous le poids de ſa tête mourante &
Tel , ce Prince charmant , digue prefent des
Dieux ,
Perdoit tous les attraits dont il brille à nos yeux
Je ne vous dirai point la douleur répanduë ,
La terreur portée en tous lieux ,
Les pleurs d'une Cour éperdue :
Eh! de quelles couleurs peindrois - je Villeroy
Plus languiffant encor , plus mourant que fon
Roy ?
D'A O UST. 72
La valeur du Guerrier , ni la raifon du Sage
Ne parent point de fi grands coups ,
Il croit voir les Deftins jaloux
Prêts à lui ravir fon ouvrage.
Un régard , un foupir de fon Prince accable
Penetre fon ame ſenſible !
Il fe trouble , il pâlic à ce péril terrible ,
Le feul ou fon coeur ait tremblé.
Ff toy (a ) , qui nous a fait admirer ta prudence ,
Lorfque de notre Roy tu cultivois l'enfance ,
Et preparois fon jeune coeur
A ce qui doit un jour fonder notre bonheur.
Quelle mere jamais livrée à la triſteffe ,
Voyant dans fon effroy , le bucher preparé
Pour un fils expirant , feul fruit de fa tendreffe ,
Sentit de plus de traits tout fon fein dechiré
Mais pourquoy rapeller ces images cruelles ?
Des horreurs du trépas notre Roy fort vainqueur,
Il a déja repris ces graces naturelles
Qui lui fçavent ouvrir tous les chemins du coeur,
Chantez, Mufes, chantez, il aime à vous entendre
(b) Le plus cher de vos Favoris ,
Soigneux de le former dès l'âge le plus tendre ,
Lui fait de vos talens connoître tout le prix.
Vous le verrez bien - tôt fur cette heureuſe rive !
A la douceur de vos Chanfons
Madame la Ducheffe de Ventadour.
M'Evêque de Frejusj
Giiij
LE MERCURE
Prêter une oreille attentive ;
Excitez tous vos nourriffons :
Qu'à lui plaire chacun s'empreſſe ,
Mais ne l'occupez point par de frivoles fons ,
Sous l'attrait du plaifir montrez -lui la Sageffe ,
Et jufques dans ces jeux tracez - lui des leçons.
Peignez les vifs tranfports que la France deploye,
Et lui faifant voir notre amour ,
Source unique de notre joye ,
Dites- lui , qu'il nous doit le plus tendre retour.
Ce n'eft point la magnificence ,
Ni la gloire des grands exploits ,
C'est l'amour mutuel des Peuples & des Rois
Qui d'un Thrône éclatant affermit la puiffance :
Qu'à regner dans les coeurs il borne fes projets ;
Nous l'aimons , notre amour efpere
Qu'il gouvernera fes Sujets
Moins comme Roy , que comme Pere.
Nymphe , n'en doutez point : il comblera nos
voeux ,
S'écrie à ce recit , le Fleuve de la Seine ,
Favorables Deftins , Puiffance Souveraine ,
Qu'il vive feulement & nous fommes heureux.
Vous , Nymphe , marquez votre zéle ,
Raffemblez à fes yeux les innocens plaiſirs ,
Le Ciel fe rend à nos defirs ,
Je cours au Dieu des Mers en porter la nouvelle