Résultats : 21932 texte(s)
Détail
Liste
11651
p. 507-508
AUTRE.
Début :
Dans l'Empire Romain je suis très-remarquable, [...]
Mots clefs :
Aigle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Ans l'Empire Romain je suis très-remar
quable , 1
Mais on peut lire dans la Fable ,
Que je suis placé près d'un Dieu.
Le feu de mes yeux étincelle ,2.
Otez
Jo8 MERCURE DE FRANCE.
Otez ma lettre du milieu :
Vous ne me verrez plus qu'une afle.
Le Tellier d'Orvilliers , de Vernon.
Ans l'Empire Romain je suis très-remar
quable , 1
Mais on peut lire dans la Fable ,
Que je suis placé près d'un Dieu.
Le feu de mes yeux étincelle ,2.
Otez
Jo8 MERCURE DE FRANCE.
Otez ma lettre du milieu :
Vous ne me verrez plus qu'une afle.
Le Tellier d'Orvilliers , de Vernon.
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11652
p. 49-50
AUTRE. Air : Tous les Bourgeois de Chartres.
Début :
Avec une belle âme, [...]
Mots clefs :
Bon esprit
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE. Air : Tous les Bourgeois de Chartres.
AUTRE.
Air : Tous les Bourgeois de Chartres.
AVEC VEC une belle âme ,
Quiconque peut m'avoir ,
A fur l'homme & la femme
Un dominant pouvoir.
C
50 MERCURE
DE FRANCE
.
Quelquefois férieux , quelquefois je fais rire ;
Je fuis le vrai fléau des fots ;
J'amufe par de bons propos ;
En tous lieux on m'admire.
Jamais je ne m'obſtine,
Je céde quand il faut ;
Pour peu qu'on s'exantine ,
On pardonne un défaut.
Sans le vouloir , aux champs fouvent je me promène
;
Un rien ôte le point d'appui :
Je rêve , mais bientôt à lui
Le bon fens me ramène.
B.. à Montdidier.
Air : Tous les Bourgeois de Chartres.
AVEC VEC une belle âme ,
Quiconque peut m'avoir ,
A fur l'homme & la femme
Un dominant pouvoir.
C
50 MERCURE
DE FRANCE
.
Quelquefois férieux , quelquefois je fais rire ;
Je fuis le vrai fléau des fots ;
J'amufe par de bons propos ;
En tous lieux on m'admire.
Jamais je ne m'obſtine,
Je céde quand il faut ;
Pour peu qu'on s'exantine ,
On pardonne un défaut.
Sans le vouloir , aux champs fouvent je me promène
;
Un rien ôte le point d'appui :
Je rêve , mais bientôt à lui
Le bon fens me ramène.
B.. à Montdidier.
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11653
p. 123-128
LETTRES PATENTES EN FORME D'EDIT, Portant établissement d'une Compagnie de Commerce, sous le nom de Compagnie d'Occident.
Début :
Jamais Compagnie n'a eu des Priviléges plus considérables que celle-ci. [...]
Mots clefs :
Privilèges, Compagnie d'Occident, Commerce, Mines, Louisiane, Colonie, Constructions, Marchandises, Étrangers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRES PATENTES EN FORME D'EDIT, Portant établissement d'une Compagnie de Commerce, sous le nom de Compagnie d'Occident.
LETTRES PATENTES
EN FORME D'EDIT ,
Portant établiſſement d'une Compagnie
de Commerce , ſous le nom de Compagnie
d'Occident .
Jamais Compagnie n'a eu des Privia.
téges plus confidérables que celle-ci. Le
Roy nese réserve d'autres droits , ni de
voirs, que la seule foy & hommage,lige.
Comme nous nepouvons pas donner tous
les articles nous tâche
rons d'en donner exaltement le précis .
en entier
,
Le Roy accorde à cette Compagnie le
Commerce de la Loüifiane ou Miſſiſſippi,
excluſivementà tous Commerçans ,
pendant l'eſpace de 25 ans , avec le
Privilége de recevoir , à l'excluſion de
Lij
124
LE MERCURE
tous autres dans la Colonie de Canada,
tous les Caſtors gras & fecs que les
Habitans de ladite Colonie auront traités.
Elle aura la propriété des Mines &
Miniéres qu'elle fera ouvrir pendant
fon Privilége : Elle pourra traiter &
faire alliance au nom du Roy , avec
toute la Nation, du Païs , vendre &
aliéner les Terres de ſa conceffion à
tels cens& rentes qu'elle jugera à propos
, mêmeles accorder en franc aleu ,
fans Juſtice , ni Seigneurie. Elle pourra
faire construire te's Forts , Châteaux
& Places qu'elle jugera néceſſaites
pour la deffence du Païs. Les Officiers
François militaires qui y ſont préfentement,
pourrontydemeurer : Ceux
qui font actuellement en France pourront
y paffer ſous le bon plaifir du
Roy, poury ſervir ſur les Commiſſions
de la Compagnie , fans que pour raifons
de ce ſervice , ils perdent les rangs
&grades qu'ils peuvent avoir actuellement
en France. Le Roy promet à
ladite Compagnie de la protéger &
deffendre , & d'employer la force de
ſes Armes , s'il eſt beſoin,pour la maintenir
dans la liberté entiére de fon
DE SEPTMEBRE.
125
هب
j
-
,
2
commerce : Ceux des Sujets du Roy
qui pafferont dans les Païs concédez
à ladite Compagnie , joüiront des îmê-'
mes libertez & franchiſes que s'ils
étoient demeurants en France ;& que
ceux qui naîtront d'Habitans François
dudit Païs& méme des Etrangers
Européens , faifans profeſſion de la
Religion C. A. & Romaine , qui pour--
ront s'y établir , ſoient cenfez & réputez
pour Regnicoles. Les Denrées &
Marchandiſes que la Compagnie aura
deſtinées pour les Païs de ſa concef
fion,& celles dont elle aura beſoin pour
la conſtruction armement & ravitaillement
de ſes Vaiſſeaux , feront
exempts des droits appartenants au
Roy& aux Villes de fa dépendance..
Les marchandises que ladite Compagnie
fera apporter dans les Ports de:
France pour fon compte , des Païs de
fa conceffion , ne payeront pendant les
dix premiéres années de ſon Privilége,
que la moitié des droits que de pareilles
marchandises venants des Ifles
&Colonies Françoiſes de l'Amérique,
doivent payer. Le Roy fera délivrer de
ſes Magazins à ladite Compagnie tous
les ans , pendant le tems de fon Pri
Lüf
:
126 LE MERCURE
vilége qui eſt de vingt-cing années ,
quarante millions de poudre à fufil
qu'elle payera au Roy ſur le prix
qu'elle lui aura couté.
Les Fonds de cette Compagnie ſeront
partagez en actions de soo livres
chacune , dont la valeur ſera fournie
en Billets d'Etat , deſquels les interêts
ſeront dûs depuis le premier du mois
de Janvier de l'année prochaine. Les
Billets deſdites Actions ſeront payables
au Porteur , ſignez par le Caiffier
de la Compagnie & viſés par l'un des
Directeurs .
Tous les Etrangers pourront acqué
rir tel nombre d'Actions qu'ils jugeront
à propos , & les Actions appartenantes
aux Etrangers ne feront ſujettes ni
au droit d'aubaine , ni à aucune confiſcation
• pour cauſe de guerre ou autrement
.
, aura
Toutes leſdites Actions pourront être
vendues ou commercées: Tout Actionnaire
Porteur de so Actions
voix déliberative aux Aſſemblées ; &
s'il eſt Porteur de 100 Actions , il aura
deux voix auſſi par augmentation .
Les Billets d'Etat receus pour lefondsdes
Actions , feront convertis en renDE
SEPTEMBRE. 727
fual
P
lives
هک
eres
16
33
tes au Denier 25 , dont les interêts
coureront , à commencer du premier
Janvier 1718 , ſur la Ferme du Contrôlle
des Actes des Notaires du petit
Sceau & Inſinuation des Laïcs , lefquelles
rentes feront héréditaires. Les
Directeurs employeront au commerce
de la Compagnie , les arrérages dûs
de la préſente année , des Contracts
qui ſeront expédiés au profit de la
Compagnie ; & il leur est très expref
fément deffendu d'y employer aucune
partie des interêts des années ſuivantes.
Les Directeurs arrêteront tous les
ans à la fin du mois de Decembre, le
Bilan général des Affaires de laCompagnie
; après quoy ils convoqueront
par affiche publique l'Affemblée géné
rale de toute la Compagnie , dansla
quelle les Répartitions des profits de
lad.Compagnie feront reſoluës &arrêtées.
Les Rentes deſd. Actions, enfemble
les Répartitions des profits prove
nans des profits de commerce , ſeront
payés ſuivant les Numeros def
dites Actions ; en commençant par la.
premiere , fans qu'il puiffe y être fait
aucun changement.
Les Actions de la Compagnie , ni
les effets d'icelle ne pourront être fai128
LE MERCURE
fis ,fous quelque prétexte que ce puiffe
êrre.
EN FORME D'EDIT ,
Portant établiſſement d'une Compagnie
de Commerce , ſous le nom de Compagnie
d'Occident .
Jamais Compagnie n'a eu des Privia.
téges plus confidérables que celle-ci. Le
Roy nese réserve d'autres droits , ni de
voirs, que la seule foy & hommage,lige.
Comme nous nepouvons pas donner tous
les articles nous tâche
rons d'en donner exaltement le précis .
en entier
,
Le Roy accorde à cette Compagnie le
Commerce de la Loüifiane ou Miſſiſſippi,
excluſivementà tous Commerçans ,
pendant l'eſpace de 25 ans , avec le
Privilége de recevoir , à l'excluſion de
Lij
124
LE MERCURE
tous autres dans la Colonie de Canada,
tous les Caſtors gras & fecs que les
Habitans de ladite Colonie auront traités.
Elle aura la propriété des Mines &
Miniéres qu'elle fera ouvrir pendant
fon Privilége : Elle pourra traiter &
faire alliance au nom du Roy , avec
toute la Nation, du Païs , vendre &
aliéner les Terres de ſa conceffion à
tels cens& rentes qu'elle jugera à propos
, mêmeles accorder en franc aleu ,
fans Juſtice , ni Seigneurie. Elle pourra
faire construire te's Forts , Châteaux
& Places qu'elle jugera néceſſaites
pour la deffence du Païs. Les Officiers
François militaires qui y ſont préfentement,
pourrontydemeurer : Ceux
qui font actuellement en France pourront
y paffer ſous le bon plaifir du
Roy, poury ſervir ſur les Commiſſions
de la Compagnie , fans que pour raifons
de ce ſervice , ils perdent les rangs
&grades qu'ils peuvent avoir actuellement
en France. Le Roy promet à
ladite Compagnie de la protéger &
deffendre , & d'employer la force de
ſes Armes , s'il eſt beſoin,pour la maintenir
dans la liberté entiére de fon
DE SEPTMEBRE.
125
هب
j
-
,
2
commerce : Ceux des Sujets du Roy
qui pafferont dans les Païs concédez
à ladite Compagnie , joüiront des îmê-'
mes libertez & franchiſes que s'ils
étoient demeurants en France ;& que
ceux qui naîtront d'Habitans François
dudit Païs& méme des Etrangers
Européens , faifans profeſſion de la
Religion C. A. & Romaine , qui pour--
ront s'y établir , ſoient cenfez & réputez
pour Regnicoles. Les Denrées &
Marchandiſes que la Compagnie aura
deſtinées pour les Païs de ſa concef
fion,& celles dont elle aura beſoin pour
la conſtruction armement & ravitaillement
de ſes Vaiſſeaux , feront
exempts des droits appartenants au
Roy& aux Villes de fa dépendance..
Les marchandises que ladite Compagnie
fera apporter dans les Ports de:
France pour fon compte , des Païs de
fa conceffion , ne payeront pendant les
dix premiéres années de ſon Privilége,
que la moitié des droits que de pareilles
marchandises venants des Ifles
&Colonies Françoiſes de l'Amérique,
doivent payer. Le Roy fera délivrer de
ſes Magazins à ladite Compagnie tous
les ans , pendant le tems de fon Pri
Lüf
:
126 LE MERCURE
vilége qui eſt de vingt-cing années ,
quarante millions de poudre à fufil
qu'elle payera au Roy ſur le prix
qu'elle lui aura couté.
Les Fonds de cette Compagnie ſeront
partagez en actions de soo livres
chacune , dont la valeur ſera fournie
en Billets d'Etat , deſquels les interêts
ſeront dûs depuis le premier du mois
de Janvier de l'année prochaine. Les
Billets deſdites Actions ſeront payables
au Porteur , ſignez par le Caiffier
de la Compagnie & viſés par l'un des
Directeurs .
Tous les Etrangers pourront acqué
rir tel nombre d'Actions qu'ils jugeront
à propos , & les Actions appartenantes
aux Etrangers ne feront ſujettes ni
au droit d'aubaine , ni à aucune confiſcation
• pour cauſe de guerre ou autrement
.
, aura
Toutes leſdites Actions pourront être
vendues ou commercées: Tout Actionnaire
Porteur de so Actions
voix déliberative aux Aſſemblées ; &
s'il eſt Porteur de 100 Actions , il aura
deux voix auſſi par augmentation .
Les Billets d'Etat receus pour lefondsdes
Actions , feront convertis en renDE
SEPTEMBRE. 727
fual
P
lives
هک
eres
16
33
tes au Denier 25 , dont les interêts
coureront , à commencer du premier
Janvier 1718 , ſur la Ferme du Contrôlle
des Actes des Notaires du petit
Sceau & Inſinuation des Laïcs , lefquelles
rentes feront héréditaires. Les
Directeurs employeront au commerce
de la Compagnie , les arrérages dûs
de la préſente année , des Contracts
qui ſeront expédiés au profit de la
Compagnie ; & il leur est très expref
fément deffendu d'y employer aucune
partie des interêts des années ſuivantes.
Les Directeurs arrêteront tous les
ans à la fin du mois de Decembre, le
Bilan général des Affaires de laCompagnie
; après quoy ils convoqueront
par affiche publique l'Affemblée géné
rale de toute la Compagnie , dansla
quelle les Répartitions des profits de
lad.Compagnie feront reſoluës &arrêtées.
Les Rentes deſd. Actions, enfemble
les Répartitions des profits prove
nans des profits de commerce , ſeront
payés ſuivant les Numeros def
dites Actions ; en commençant par la.
premiere , fans qu'il puiffe y être fait
aucun changement.
Les Actions de la Compagnie , ni
les effets d'icelle ne pourront être fai128
LE MERCURE
fis ,fous quelque prétexte que ce puiffe
êrre.
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11654
p. 25-36
SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
Début :
Les hommes naissent avec deux foiblesses contradictoires, la jalousie aveugle [...]
Mots clefs :
Hommes, Homme, Admiration, Jalousie, Modestie , Considération, Ambition, Gloire, Estime de soi, Estime, Vanité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
SUITE
DE L'ESTIME DE SOI - MESME
Ou l'art d'augmenter celle des autres ,
Par M. de Baftide.
>
Es hommes naiffent avec deux foibleffes
contradictoires , la jaloufie aveugle
& l'admiration rapide . Ces foibleffes
ont donné le mouvement au monde , tel
qu'il eft aujourd'hui . On les fait aifément
naître dans le même jour ; la nuance qui
les fépare eft prefque imperceptible. Il eft
toujours heureux de finir par être l'objet
de la derniere , mais on a rifqué de n'y
pas parvenir ; & fi cela fut arrivé , on
reftoit bien loin du dégré d'eftime , de
fortune , ou d'élévation que l'on devoit
attendre de fon mérite.
Il eſt un moyen d'affurer à fon ambition :
tout le fuccès qu'elle s'eft promis , c'eſt l'art
de fe faire valoir. Cet art paroît être partout,
aujourd'hui que les vices ont pris tant de crédit.
En effet , combien de gens réuffiffent , qui
n'auroient pas même ofe former des defirs,
fi le mérite étoit la feule clef des fuccès de ›
l'ambition. Soupleffes , trahifons , fauffes
confidences , faux fervices , fauffes louanges
, tous moyens heureux mais infâmes .
B
26
MERCURE DE FRANCE.
Cet art eft un crime, & fes motifs toujours
découverts font tôt ou tard le châtiment
de l'homme coupable qui les a lâchement
employés.
L'art dont je parle , & dont je vais effayer
de donner des leçons , eft toujours
innocent , & réuffit toujours mieux ; il
affure l'eftime des hommes fans laquelle il
n'eft point de vrai bonheur ; il n'eft jamais
un fujet de reproches pour le coeur même
le plus délicat ; tous les plaifirs qu'il procure
font vrais , on y trouve la fatisfaction
inexprimable d'être l'auteur du dégré de
confidération auquel on eft parvenu , on y
trouve encore le plaifirflateur d'être agréa
ble aux hommes en leur faifant fentir une
admiration tendre qui ne va jamais fans
leur attachement , & qui ne peut jamais être
fans plaifir pour eux.
En quoi confifte cet art fi utile & fi favorable
? fuffit-il d'être né avec du mérite &
d'éviter la modeftie pour le pofféder ? Eftce
en faifant adroitement valoir les autres
que l'on parvient à fe faire valoir ? Négliger
fes intérêts , paroître ignorer ce que
l'onvaut , être doux , careffant , docile ,
donner modeftement un confeil , demander
un avis avec cet air touchant qui fait
entrer la fimpatie dans le coeur de celui
qu'on confulte 3 montrer une fermeté noble
SEPTEMBRE . 1755. 27
lans toutes les occafions de concurrence &
le difpute où la gloire eft intéreffée ; doner
à tout ce que la vanité fait dire ou enreprendre
l'air de cette gloire fi refpectale
, dans laquelle les hommes les plus
vains ont toujours trouvé tant d'excufes ;
adoucir cet air par un regret apparent de
n'avoir pas pû éviter d'agir & de ne pouvoir
plus reculer ; être honnête dans la
concurrence & modefte dans le triomphe.
Eft- ce là l'art de fe faire valoir ? Il n'eft
point dans toutes ces chofes féparées ; il ſe
forme de toutes.
La modeſtie eſt une qualité refpectable ,
mais elle eſt le terme des avantages que le
mérite a droit de fe promettre dans le monde.
Une froide eftime eft tout ce que les
hommes lui accordent. Pour réuffir , il faut
s'annoncer & attirer les regards à foi . Le
monde, en cela , eft une image des fociétés
particulieres où l'homme le plus diftingué
par le mérite n'aura bientôt aucune forte
de diftinction , fi de tems en tems il ne fe
renouvelle dans les efprits , en y renouvellant
fa réputation par quelque trait de fa
vanité. Tout le monde fçait que ce n'eft
que fur la fin de fa vie que l'immortel
Corneille eut une penfion de Louis XIV .
Ce grand Roi aimoit pourtant à récom
penfer, & il y penfoit de lui- même ; mais
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
il étoit entouré de poëtes plus courtifans ,
qui rempliffoient fes oreilles du bruit de
leur génie & le trop modefte Corneille
laiffoit parler le fien.
Il est donc abfolument néceffaire de fe
montrer aux hommes fous un jour qui les
frappe , lorfque l'on veut repréfenter fur
la icene du monde. Mais les nuances qui
doivent former cet éclat , font délicates
difficiles à réunir , plus difficiles à placer.
Les hommes accordent volontiers leur admiration
, mais le mépris , la jaloufie & la
haine font le prix du defir de l'obtenir , fi
l'on n'a pas un cetain art de la faire naître ,
même en la méritant.
Parler trop fouvent de foi , en parler
trop bien , avoir l'air de fe careffer en fe
louant , fe louer dans des chofes que le
public a vu d'un oeil prévenu , attaquer la
réputation d'un homme eftimé pour affurer
la fienne , ce feroit choquer les hommes ,
trop préfumer de leur caprice, de leur foibleffe
ou de leur injuftice , & rifquer évidemment
de fe ruiner dans leur efprit , au
lieu de s'y bien établir. Mais fuivant les
circonftances dire de foi le bien que les
autres en ont déja dit , retracer certains
traits qui ont fait généralement honneur ,
ne paroître fe louer que par l'exigence du
cas préfent , prouver ce que l'on peut faire
SEPTEMBRE . 1755. 29
par ce que l'on a fait , &n'en parler que pour
juftifier fa prétention actuelle , voilà le vrai
moyen de le faire valoir. La modeftie nous
fait oublier des hommes , la préfomption
nous en fait hair ; une certaine vanité de
fituation prévient l'inconftance , écarte la
jaloufie , & fait naître la vraie eftime.
Sçavoir faire valoir les autres , eſt un
moyen infaillible de fe faire valoir foimême.
Quelques vains que foient les hommes
, ils ne fe jugent jamais avec affez de
complaifance pour n'avoir befoin que de
leur propre eftime. La voix du coeur fait
taire la voix de l'amour propre. Sçavoir
flatter cette avidité de louanges toujours
plus infurmontable à mefure qu'elle eft
moins véritablement fatisfaite , c'eft s'affurer
du reffort général qui fait mouvoir tous
les hommes , c'eft avoir trouvé l'art de
maîtriſer l'efprit & le coeur.
Le feul defir de plaire indique mille
moyens de flatter leur vanité , mais il eft
dangereux de n'en pas fçavoir régler l'ufage
, s'ils vous voyent trop frappés de leur
mérite , ils ne le feront plus du vôtre , il
faut fçavoir s'arrêter dans la louange comme
dans la plaifanterie. Les hommes font
naturellement ingrats. Ils haïffent qui ne
les loue pas affez , ils méprifent qui les
trop. Un homme d'efprit que l'on
loue
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
connoîtra pour n'être point louangeur &
pour avoir un goût très- difficile fera für
de s'être fait autant d'amis qu'il y aura de
perfonnes dans un cercle qu'il aura diftinguées.
On fe parera complaifamment de
cette diftinction , moins parce qu'elle fera
flatteufe par elle -même , que parce qu'on
la devra à un homme qui n'eft pas dans
l'habitude de flatter , & fi l'on eft contrarié
dans l'opinion qu'on aura prife de la qualité
dont on aura été loué , on dira M. un
tel m'en a fait compliment . Ce M. un tel
pourtant , cité comme un oracle , ne fera
qu'un homme de goût comme tant d'autres
; il n'aura rien fait que de très-fimple
en louant ce qui étoit bien & fe taifant fur
qui ne méritoit pas d'être loué , mais
c'eft que ce qui eft très- fimple devient trèsméritoire
& très- confidérable , lorfqu'on
a fçu fe faire une réputation .
Négliger fes intérêts , eft encore un de
ces moyens de fe faire valoir qu'on ne doit
employer qu'avec prudence. Il réuffit alors
parfaitement. Je fuppofe un homme d'efprit
aux prifes, dans une converſation , avec
un fat déja prefque vaincu ; que cet homme
fi fupérieur par le mérite & par l'avantage
actuel , renonce à fa victoire , qu'il
paroiffe avoir épuifé fes reffources en faifant
finir la difpute par un filence qui laifSEPTEMBRE.
1755. 31
que
fe la question indécidée ; tout le monde
admirera fa modération , & elle lui fera
plus d'honneur que fon triomphe ne lui en
eut fait. Mais pour pouvoir montrer fans
danger une pareille générofité , il faut
les fpectateurs connoiffent votre fupériorité
, & vous rendent juftice , il faut encore
& non moins neceffairement, que l'objet
de la difputé ne foit pas effentiel par
lui-même , & que votre défaite ou votre
victoire n'intéreffe que votre vanité. Si au
contraire de l'une ou de l'autre dépendoit
l'intérêt de votre gloire ou de celle de votre
ami , négliger vos avantages , ce feroit
mériter que l'on doutât de votre efprit , ou
qu'on vous accufât d'ignorer ce que l'on
doit à ſon ami ou à foi même.
Cette regle s'étend à la douceur , à la
docilité , &c. qualités qui nous rendent
tous les hommes favorables , lorfque nous
fçavons les montrer avec art, & qui peuvent
au contraire nous faire un tort confidérable
dans leur efprit , fi cet art précieux
n'en regle pas l'ufage .
Un honnête homme , qui vient vous
demander un confeil , mérite que l'attention
de ne pas bleffer fon amour propre
foit votre premier foin. Il est toujours humiliant
d'être contraint à s'éclairer des lumieres
des autres ; demander un confeil
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
7
c'eft faire l'aveu d'un befoin. Donner un
confeil eft donc faire une action par laquelle
votre vanité agit en quelque forte
contre l'amour propre de celui à qui vous
le donnez ; fi vous ne lui paroiffez pas
modefte , vous lui paroîtrez impertinent ,
vous ferez l'objet de fa haine immédiatement
après avoir été l'objet de fa confiance
; mais fi au contraire vos lumieres fe
cachent fous un air de modeftie , fi en le
confeillant vous paroiffez plus flaté du fervice
que vous pouvez lui rendre que de
l'honneur qu'il vous aura fait , fa vanité ·
reconnoiffante vous tiendra compte d'un
ménagement indifpenfable comme d'un
bienfait volontaire ; vous obtiendrez fon
amitié par votre confeil , & fon eftime par
votre procédé.
Il eft auffi néceffaire de demander un
confeil avec dignité , que de le donner
avec modeftie. On prévient l'injuftice de
la vanité en confultant avec un air touchant
, toujours affez flatteur pour contenir
l'orgueil qui voudroit agir . Celui qui
confulte a un fervice à obtenir & une offenfe
à éviter ; un fervice , parce qu'un bon
confeil donné avec cet air de ménagement
qui vient de la confidération , porte naturellement
ce nom ; une offenfe , parce que
l'homme naturellement vain abufe aifé-
1
SEPTEMBRE . 1755. 33
ment des fervices qu'il rend , & les tourne
toujours en offenfe lorfque la façon de les
demander n'a pas quelque chofe d'impofant
qui lui imprime la confidération. On
eft für d'obtenir l'un & d'éviter l'autre
par
l'art de demander .On réuffira même au -delà
de fes efpérances , fi l'on fçait tirer de cet art
tout ce que l'on peut en attendre . Celui
que vous confulterez , forcé à vous ſuppofer
de la nobleffe à proportion que vous en
aurez montré , jugera de fon mérite & de
votre eftime pour lui par votre démarche
qui les mettra dans tout leur jour ; fa vanité
careffée ; portera fes idées fur la préférence
que vous lui aurez donnée , & les détournera
du fervice qu'il vous aura rendų ;
il vous chérira , vous estimera , vous refpectera
. La reconnoiffance lui dictera des
remerciemens dont vous verrez facilement
la fincérité. Si dans ce moment vous lui
demandiez les plus grandes preuves de prédilection
, il feroit capable de vous les ac-
-corder & de vous en remercier de même.
Car que ne doit on pas attendre d'un homme
lorfqu'on a fçu flatter fa vanité ?
La plupart des concurrens font ou diffi-
-mulés avec baffefle , ou fermes avec infolence
, & il n'arrive que trop fouvent qu'ils
triomphent par l'un ou l'autre de ces défauts,
mais très - fouvent auffi leur victoire
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
les livre à la haine & au mépris publics.
L'on fent bien que , lorfqu'on demande
une préférence fur un rival , la gloire ne
fouffre pas que l'on manque , par fa faute,
de l'obtenir ; afficher fon ambition , c'eſt
afficher la préfomption fi l'on ne réuffit pas.
Mais pour réuflir n'y a-t- il point de moyens
innocens qui ne foient dangéreux ? Oui ,
fans doute , il en eft , & les voici. C'eſt à
'celui- là feul qui en fçait faire ufage , que
font réfervés le véritable fuccès & la véritable
gloire de réuffit . Que l'on foit ouvert
avec prudence & ferme avec nobleffe , que
l'on paroiffe n'avoir de l'ambition que par
-ce que l'on fe doit à foi- même d'en avoir
lorfqu'on eft fait pour parvenir , que cette
ambition n'ait pas l'air de la prétention ,
que l'opinion que l'on ade foi ne foit point
décélée par certain air de fuffifance , que
l'efpérance feule fe laiffe voir, mais qu'il
•paroiffe que foutenue du defir de la gloire,
elle fuffira pour donner la conftance de fol.
liciter ce que l'on demande, ou de pourſuivre
ce que l'on a entrepris.
Si l'on a pour concurrent un homme
abfolument fupérieur en rang ou en mérite
, on ne fçauroit réparer par trop d'é
gards l'audace de s'être mis à côté de lui ,
mais ces égards dégénéreroient en baſſeffe
s'ils ne laiffoient plus diftinguer cet air de
SEPTEMBRE . 1755. 35
C
réfolution qui marque une ame courageufe
, & qui fçait rendre aux autres ce qui
leur eſt dû fans oublier ce qu'elle fe doit à
elle-même.
Si celui dont on fe voit le rival eft un
homme médiocre mais modefte , s'il paroît
que fon ambition ait pris fa fource dans fa
mauvaiſe fortune , fi fon fort dépend de la
réuffite de fes idées ; le traiter avec humanité,
ne fe montrer à lui qu'avec la moitié
de fes moyens , foutenir fon efpérance en
lui fauvant les preuves de fon infériorité ,
defcendre jufqu'à lui & lui conferver fon
illufion , paroître regretter d'être fon compétiteur
, fans que ce regret ait rien d'humiliant
pour lui ; c'eft avoir le procédé d'un
homme généreux , d'un homme admirable
, d'un homme que tout le monde doit
aimer.
Voilà de fûrs moyens de fe faire valoir.
On les trouvé dans fon coeur lorfque l'on
penfe bien. J'ai pris dans le mien le deffein
de les expofer aux yeux des hommes
pour les tenter s'il eft poffible. Je fuis fûr
d'avoir bien fait , mais aurai- je aſſez bien
dit pour être écouté tout dépend aujourd'hui
de l'art de l'efprit. Un fermon même
eft ennuyeux s'il n'eft agréable ; il n'y a
plus de milieu. La raifon devroit pourtant
avoir confervé quelque privilege ; elle dit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
toujours des chofes & l'efprit en fait fouvent
fouhaiter. Je fçais que l'efprit est trèsaimable
, & que s'il joignoit à fes agrémens
l'appanage de la raifon , il vaudroit beaucoup
mieux qu'elle ; mais il n'a pas tout ,
ce n'eft prefque qu'une belle fleur ; pourquoi
s'y attacher uniquement le printems
eft bien court ; doit - on vivre fans provifions
pour les autres faifons de l'année ?
DE L'ESTIME DE SOI - MESME
Ou l'art d'augmenter celle des autres ,
Par M. de Baftide.
>
Es hommes naiffent avec deux foibleffes
contradictoires , la jaloufie aveugle
& l'admiration rapide . Ces foibleffes
ont donné le mouvement au monde , tel
qu'il eft aujourd'hui . On les fait aifément
naître dans le même jour ; la nuance qui
les fépare eft prefque imperceptible. Il eft
toujours heureux de finir par être l'objet
de la derniere , mais on a rifqué de n'y
pas parvenir ; & fi cela fut arrivé , on
reftoit bien loin du dégré d'eftime , de
fortune , ou d'élévation que l'on devoit
attendre de fon mérite.
Il eſt un moyen d'affurer à fon ambition :
tout le fuccès qu'elle s'eft promis , c'eſt l'art
de fe faire valoir. Cet art paroît être partout,
aujourd'hui que les vices ont pris tant de crédit.
En effet , combien de gens réuffiffent , qui
n'auroient pas même ofe former des defirs,
fi le mérite étoit la feule clef des fuccès de ›
l'ambition. Soupleffes , trahifons , fauffes
confidences , faux fervices , fauffes louanges
, tous moyens heureux mais infâmes .
B
26
MERCURE DE FRANCE.
Cet art eft un crime, & fes motifs toujours
découverts font tôt ou tard le châtiment
de l'homme coupable qui les a lâchement
employés.
L'art dont je parle , & dont je vais effayer
de donner des leçons , eft toujours
innocent , & réuffit toujours mieux ; il
affure l'eftime des hommes fans laquelle il
n'eft point de vrai bonheur ; il n'eft jamais
un fujet de reproches pour le coeur même
le plus délicat ; tous les plaifirs qu'il procure
font vrais , on y trouve la fatisfaction
inexprimable d'être l'auteur du dégré de
confidération auquel on eft parvenu , on y
trouve encore le plaifirflateur d'être agréa
ble aux hommes en leur faifant fentir une
admiration tendre qui ne va jamais fans
leur attachement , & qui ne peut jamais être
fans plaifir pour eux.
En quoi confifte cet art fi utile & fi favorable
? fuffit-il d'être né avec du mérite &
d'éviter la modeftie pour le pofféder ? Eftce
en faifant adroitement valoir les autres
que l'on parvient à fe faire valoir ? Négliger
fes intérêts , paroître ignorer ce que
l'onvaut , être doux , careffant , docile ,
donner modeftement un confeil , demander
un avis avec cet air touchant qui fait
entrer la fimpatie dans le coeur de celui
qu'on confulte 3 montrer une fermeté noble
SEPTEMBRE . 1755. 27
lans toutes les occafions de concurrence &
le difpute où la gloire eft intéreffée ; doner
à tout ce que la vanité fait dire ou enreprendre
l'air de cette gloire fi refpectale
, dans laquelle les hommes les plus
vains ont toujours trouvé tant d'excufes ;
adoucir cet air par un regret apparent de
n'avoir pas pû éviter d'agir & de ne pouvoir
plus reculer ; être honnête dans la
concurrence & modefte dans le triomphe.
Eft- ce là l'art de fe faire valoir ? Il n'eft
point dans toutes ces chofes féparées ; il ſe
forme de toutes.
La modeſtie eſt une qualité refpectable ,
mais elle eſt le terme des avantages que le
mérite a droit de fe promettre dans le monde.
Une froide eftime eft tout ce que les
hommes lui accordent. Pour réuffir , il faut
s'annoncer & attirer les regards à foi . Le
monde, en cela , eft une image des fociétés
particulieres où l'homme le plus diftingué
par le mérite n'aura bientôt aucune forte
de diftinction , fi de tems en tems il ne fe
renouvelle dans les efprits , en y renouvellant
fa réputation par quelque trait de fa
vanité. Tout le monde fçait que ce n'eft
que fur la fin de fa vie que l'immortel
Corneille eut une penfion de Louis XIV .
Ce grand Roi aimoit pourtant à récom
penfer, & il y penfoit de lui- même ; mais
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
il étoit entouré de poëtes plus courtifans ,
qui rempliffoient fes oreilles du bruit de
leur génie & le trop modefte Corneille
laiffoit parler le fien.
Il est donc abfolument néceffaire de fe
montrer aux hommes fous un jour qui les
frappe , lorfque l'on veut repréfenter fur
la icene du monde. Mais les nuances qui
doivent former cet éclat , font délicates
difficiles à réunir , plus difficiles à placer.
Les hommes accordent volontiers leur admiration
, mais le mépris , la jaloufie & la
haine font le prix du defir de l'obtenir , fi
l'on n'a pas un cetain art de la faire naître ,
même en la méritant.
Parler trop fouvent de foi , en parler
trop bien , avoir l'air de fe careffer en fe
louant , fe louer dans des chofes que le
public a vu d'un oeil prévenu , attaquer la
réputation d'un homme eftimé pour affurer
la fienne , ce feroit choquer les hommes ,
trop préfumer de leur caprice, de leur foibleffe
ou de leur injuftice , & rifquer évidemment
de fe ruiner dans leur efprit , au
lieu de s'y bien établir. Mais fuivant les
circonftances dire de foi le bien que les
autres en ont déja dit , retracer certains
traits qui ont fait généralement honneur ,
ne paroître fe louer que par l'exigence du
cas préfent , prouver ce que l'on peut faire
SEPTEMBRE . 1755. 29
par ce que l'on a fait , &n'en parler que pour
juftifier fa prétention actuelle , voilà le vrai
moyen de le faire valoir. La modeftie nous
fait oublier des hommes , la préfomption
nous en fait hair ; une certaine vanité de
fituation prévient l'inconftance , écarte la
jaloufie , & fait naître la vraie eftime.
Sçavoir faire valoir les autres , eſt un
moyen infaillible de fe faire valoir foimême.
Quelques vains que foient les hommes
, ils ne fe jugent jamais avec affez de
complaifance pour n'avoir befoin que de
leur propre eftime. La voix du coeur fait
taire la voix de l'amour propre. Sçavoir
flatter cette avidité de louanges toujours
plus infurmontable à mefure qu'elle eft
moins véritablement fatisfaite , c'eft s'affurer
du reffort général qui fait mouvoir tous
les hommes , c'eft avoir trouvé l'art de
maîtriſer l'efprit & le coeur.
Le feul defir de plaire indique mille
moyens de flatter leur vanité , mais il eft
dangereux de n'en pas fçavoir régler l'ufage
, s'ils vous voyent trop frappés de leur
mérite , ils ne le feront plus du vôtre , il
faut fçavoir s'arrêter dans la louange comme
dans la plaifanterie. Les hommes font
naturellement ingrats. Ils haïffent qui ne
les loue pas affez , ils méprifent qui les
trop. Un homme d'efprit que l'on
loue
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
connoîtra pour n'être point louangeur &
pour avoir un goût très- difficile fera für
de s'être fait autant d'amis qu'il y aura de
perfonnes dans un cercle qu'il aura diftinguées.
On fe parera complaifamment de
cette diftinction , moins parce qu'elle fera
flatteufe par elle -même , que parce qu'on
la devra à un homme qui n'eft pas dans
l'habitude de flatter , & fi l'on eft contrarié
dans l'opinion qu'on aura prife de la qualité
dont on aura été loué , on dira M. un
tel m'en a fait compliment . Ce M. un tel
pourtant , cité comme un oracle , ne fera
qu'un homme de goût comme tant d'autres
; il n'aura rien fait que de très-fimple
en louant ce qui étoit bien & fe taifant fur
qui ne méritoit pas d'être loué , mais
c'eft que ce qui eft très- fimple devient trèsméritoire
& très- confidérable , lorfqu'on
a fçu fe faire une réputation .
Négliger fes intérêts , eft encore un de
ces moyens de fe faire valoir qu'on ne doit
employer qu'avec prudence. Il réuffit alors
parfaitement. Je fuppofe un homme d'efprit
aux prifes, dans une converſation , avec
un fat déja prefque vaincu ; que cet homme
fi fupérieur par le mérite & par l'avantage
actuel , renonce à fa victoire , qu'il
paroiffe avoir épuifé fes reffources en faifant
finir la difpute par un filence qui laifSEPTEMBRE.
1755. 31
que
fe la question indécidée ; tout le monde
admirera fa modération , & elle lui fera
plus d'honneur que fon triomphe ne lui en
eut fait. Mais pour pouvoir montrer fans
danger une pareille générofité , il faut
les fpectateurs connoiffent votre fupériorité
, & vous rendent juftice , il faut encore
& non moins neceffairement, que l'objet
de la difputé ne foit pas effentiel par
lui-même , & que votre défaite ou votre
victoire n'intéreffe que votre vanité. Si au
contraire de l'une ou de l'autre dépendoit
l'intérêt de votre gloire ou de celle de votre
ami , négliger vos avantages , ce feroit
mériter que l'on doutât de votre efprit , ou
qu'on vous accufât d'ignorer ce que l'on
doit à ſon ami ou à foi même.
Cette regle s'étend à la douceur , à la
docilité , &c. qualités qui nous rendent
tous les hommes favorables , lorfque nous
fçavons les montrer avec art, & qui peuvent
au contraire nous faire un tort confidérable
dans leur efprit , fi cet art précieux
n'en regle pas l'ufage .
Un honnête homme , qui vient vous
demander un confeil , mérite que l'attention
de ne pas bleffer fon amour propre
foit votre premier foin. Il est toujours humiliant
d'être contraint à s'éclairer des lumieres
des autres ; demander un confeil
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
7
c'eft faire l'aveu d'un befoin. Donner un
confeil eft donc faire une action par laquelle
votre vanité agit en quelque forte
contre l'amour propre de celui à qui vous
le donnez ; fi vous ne lui paroiffez pas
modefte , vous lui paroîtrez impertinent ,
vous ferez l'objet de fa haine immédiatement
après avoir été l'objet de fa confiance
; mais fi au contraire vos lumieres fe
cachent fous un air de modeftie , fi en le
confeillant vous paroiffez plus flaté du fervice
que vous pouvez lui rendre que de
l'honneur qu'il vous aura fait , fa vanité ·
reconnoiffante vous tiendra compte d'un
ménagement indifpenfable comme d'un
bienfait volontaire ; vous obtiendrez fon
amitié par votre confeil , & fon eftime par
votre procédé.
Il eft auffi néceffaire de demander un
confeil avec dignité , que de le donner
avec modeftie. On prévient l'injuftice de
la vanité en confultant avec un air touchant
, toujours affez flatteur pour contenir
l'orgueil qui voudroit agir . Celui qui
confulte a un fervice à obtenir & une offenfe
à éviter ; un fervice , parce qu'un bon
confeil donné avec cet air de ménagement
qui vient de la confidération , porte naturellement
ce nom ; une offenfe , parce que
l'homme naturellement vain abufe aifé-
1
SEPTEMBRE . 1755. 33
ment des fervices qu'il rend , & les tourne
toujours en offenfe lorfque la façon de les
demander n'a pas quelque chofe d'impofant
qui lui imprime la confidération. On
eft für d'obtenir l'un & d'éviter l'autre
par
l'art de demander .On réuffira même au -delà
de fes efpérances , fi l'on fçait tirer de cet art
tout ce que l'on peut en attendre . Celui
que vous confulterez , forcé à vous ſuppofer
de la nobleffe à proportion que vous en
aurez montré , jugera de fon mérite & de
votre eftime pour lui par votre démarche
qui les mettra dans tout leur jour ; fa vanité
careffée ; portera fes idées fur la préférence
que vous lui aurez donnée , & les détournera
du fervice qu'il vous aura rendų ;
il vous chérira , vous estimera , vous refpectera
. La reconnoiffance lui dictera des
remerciemens dont vous verrez facilement
la fincérité. Si dans ce moment vous lui
demandiez les plus grandes preuves de prédilection
, il feroit capable de vous les ac-
-corder & de vous en remercier de même.
Car que ne doit on pas attendre d'un homme
lorfqu'on a fçu flatter fa vanité ?
La plupart des concurrens font ou diffi-
-mulés avec baffefle , ou fermes avec infolence
, & il n'arrive que trop fouvent qu'ils
triomphent par l'un ou l'autre de ces défauts,
mais très - fouvent auffi leur victoire
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
les livre à la haine & au mépris publics.
L'on fent bien que , lorfqu'on demande
une préférence fur un rival , la gloire ne
fouffre pas que l'on manque , par fa faute,
de l'obtenir ; afficher fon ambition , c'eſt
afficher la préfomption fi l'on ne réuffit pas.
Mais pour réuflir n'y a-t- il point de moyens
innocens qui ne foient dangéreux ? Oui ,
fans doute , il en eft , & les voici. C'eſt à
'celui- là feul qui en fçait faire ufage , que
font réfervés le véritable fuccès & la véritable
gloire de réuffit . Que l'on foit ouvert
avec prudence & ferme avec nobleffe , que
l'on paroiffe n'avoir de l'ambition que par
-ce que l'on fe doit à foi- même d'en avoir
lorfqu'on eft fait pour parvenir , que cette
ambition n'ait pas l'air de la prétention ,
que l'opinion que l'on ade foi ne foit point
décélée par certain air de fuffifance , que
l'efpérance feule fe laiffe voir, mais qu'il
•paroiffe que foutenue du defir de la gloire,
elle fuffira pour donner la conftance de fol.
liciter ce que l'on demande, ou de pourſuivre
ce que l'on a entrepris.
Si l'on a pour concurrent un homme
abfolument fupérieur en rang ou en mérite
, on ne fçauroit réparer par trop d'é
gards l'audace de s'être mis à côté de lui ,
mais ces égards dégénéreroient en baſſeffe
s'ils ne laiffoient plus diftinguer cet air de
SEPTEMBRE . 1755. 35
C
réfolution qui marque une ame courageufe
, & qui fçait rendre aux autres ce qui
leur eſt dû fans oublier ce qu'elle fe doit à
elle-même.
Si celui dont on fe voit le rival eft un
homme médiocre mais modefte , s'il paroît
que fon ambition ait pris fa fource dans fa
mauvaiſe fortune , fi fon fort dépend de la
réuffite de fes idées ; le traiter avec humanité,
ne fe montrer à lui qu'avec la moitié
de fes moyens , foutenir fon efpérance en
lui fauvant les preuves de fon infériorité ,
defcendre jufqu'à lui & lui conferver fon
illufion , paroître regretter d'être fon compétiteur
, fans que ce regret ait rien d'humiliant
pour lui ; c'eft avoir le procédé d'un
homme généreux , d'un homme admirable
, d'un homme que tout le monde doit
aimer.
Voilà de fûrs moyens de fe faire valoir.
On les trouvé dans fon coeur lorfque l'on
penfe bien. J'ai pris dans le mien le deffein
de les expofer aux yeux des hommes
pour les tenter s'il eft poffible. Je fuis fûr
d'avoir bien fait , mais aurai- je aſſez bien
dit pour être écouté tout dépend aujourd'hui
de l'art de l'efprit. Un fermon même
eft ennuyeux s'il n'eft agréable ; il n'y a
plus de milieu. La raifon devroit pourtant
avoir confervé quelque privilege ; elle dit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
toujours des chofes & l'efprit en fait fouvent
fouhaiter. Je fçais que l'efprit est trèsaimable
, & que s'il joignoit à fes agrémens
l'appanage de la raifon , il vaudroit beaucoup
mieux qu'elle ; mais il n'a pas tout ,
ce n'eft prefque qu'une belle fleur ; pourquoi
s'y attacher uniquement le printems
eft bien court ; doit - on vivre fans provifions
pour les autres faifons de l'année ?
Fermer
Résumé : SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
Le texte 'Suite de l'estime de soi-même' de M. de Baftide examine les contradictions humaines entre la jalousie et l'admiration, et comment ces traits influencent les succès mondains. L'auteur met en avant l'importance de l'art de se faire valoir pour atteindre ses ambitions, tout en distinguant cet art des pratiques immorales comme la flatterie ou la trahison. L'art de se faire valoir est décrit comme innocent et efficace. Il consiste à augmenter l'estime des autres sans susciter de reproches. Les moyens pour y parvenir incluent la modestie, la douceur, la docilité, et la capacité à donner des conseils avec tact. L'auteur insiste sur l'importance de ne pas négliger ses intérêts de manière imprudente et de savoir quand montrer de la générosité. Le texte met également en garde contre les dangers de la vanité excessive et de la présomption. Il recommande de savoir flatter la vanité des autres sans les offenser et de demander des conseils avec dignité. L'auteur souligne que les concurrents doivent éviter la bassesse et l'insolence, et qu'il existe des moyens innocents pour réussir et obtenir la véritable gloire. L'auteur décrit des stratégies pour se faire valoir en adoptant un comportement généreux et admirable. Il recommande de ne montrer à un compétiteur que la moitié de ses moyens, de lui épargner les preuves de son infériorité, de descendre à son niveau et de lui conserver son illusion, tout en regrettant d'être son compétiteur sans l'humilier. Ces moyens sont ceux d'un homme généreux et admirable, digne d'amour. L'auteur exprime sa décision d'exposer ces principes aux hommes pour les inciter à les adopter. Il doute cependant d'avoir suffisamment bien exprimé ses idées pour être écouté. Il souligne l'importance de l'art de l'esprit dans la communication, affirmant qu'un sermon, même raisonnable, est ennuyeux s'il n'est pas agréable. La raison devrait avoir un privilège, mais l'esprit, bien qu'aimable, manque souvent de profondeur. L'auteur compare l'esprit à une belle fleur éphémère, soulignant la nécessité de provisions pour les autres saisons de la vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11655
p. 91-109
REPONSE du sieur Vojeu de Brunem aux observations du P. Laugier, sur la nouvelle Histoire de la conquête de la Chine.
Début :
Une sage critique ne peut qu'être utile à la véritable histoire des nations [...]
Mots clefs :
Conquête de la Chine, Chine, Histoire, Empire, Empereur, Observateur, Tartares, Conquête, Jean-Baptiste Du Halde, Joseph-Anne-Marie de Moyria de Maillat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE du sieur Vojeu de Brunem aux observations du P. Laugier, sur la nouvelle Histoire de la conquête de la Chine.
REPONSE du fieur Vojeu de Brunem
aux obfervations du P. Laugier , fur la
nouvelle Hiftoire de la conquête de la
Chine.
NE fage critique ne peut qu'être
tions , & mérite à ce prix un accueil gracieux
de la part des gens de Lettres. Les
obfervations du P. Laugier , inférées dans
le Mercure de France (a ) , font- elles bien
marquées à ce coin de fageffe , qui rend
précieufe la cenfure des vrais fçavans , &
dont un homme de fon état ne s'écarta jamais
fans nuire à coup fûr à la réputation ?
c'eft au public d'en juger : je me préfente
avec confiance à fon tribunal , & j'attends
en paix fa décifion .
Dans la nouvelle hiftoire de la conquête
( a ) Janvier, pag. 147.
92 MERCURE DE FRANCE .
de la Chine , il eft dit que la nation des
Tartares Mancheoux étoit peu connue à la
fin du feizieme fiécle ; que le Prince Taitfong
, le premier des Rois Mancheoux qui
ait pris le titre d'Empereur des Chinois ,
mourut fans laiffer aucun fils qui lui fuccedât
; que la conquête enfin de ce vaſte
empire n'eut proprement lieu que huit ans
après la mort de ce Monarque , à l'occafion
des fuccès du rebelle Lyftching. Or
le P. Laugier emploie environ une vingtaine
de pages d'écriture à combattre vivement
ces trois points . Le défaut de vraifemblance
dans le récit de ce grand événement
eft la premiere raifon qu'il fait valoir
, & cette raifon devient péremptoire ,
felon lui , appuyée de l'autorité du P. Duhalde.
Direz- vous à l'obfervateur que le P. Dahalde
n'a pas été à portée de puifer dans
les fources ? qu'il n'a point lû les auteurs
originaux , Chinois & Tartares ? que fa
magnifique defcription de la Chine , excellente
à bien des égards , n'eft au fond
qu'une compilation des divers mémoires
qui lui étoient envoyés à Paris par fes
confreres de Pekin , où , fans miracle , il
peut s'être gliffé plus d'une erreur ? que la
partie hiftorique fur-tout de ce bel ouvrage
y eft traitée affez légerement , vû la
MARS. 1755.
93
prodigieufe étendue des annales chinoifes?
prierez-vous ce nouveau défenfeur de l'infaillibilité
du P. Duhalde , d'accorder au
moins quelque audience au P. de Mailla ,
célebre Miffionnaire de la Société , qui a
vécu plus de quarante- cinq ans à la Chine
dans l'enceinte du Palais impérial , ou dans
des voyages entrepris par ordre de l'Empereur
exhorterez-vous enfin ce redoutable
juge d'un manufcrit qu'il n'a jamais
lu , à vouloir au moins le parcourir une
fois fans paffion & fans préjugé ? Sa réponfe
eft toute prête & finguliere s'il en fut
jamais la voici. ( b ) Le peu de méthode qui
regne dans fon manufcrit ne nous invitegueres
à le croire. Et d'où fçait-il qu'il manque
de méthode ? on avoue que le ftyle
en eft fort négligé , & l'élocution peu correcte
; mais la méthode y eft à peu - près
telle qu'on a droit de l'attendre .
:
Le P. Obfervateur continue ainfi l'avis
qu'il nous donne fur l'auteur du manuf
crit : ( c ) Le jugement qu'il eft naturel d'en
-porter ( fans avoir lû fon ouvrage , capable
de former plufieurs volumes in - folio )
·le met au rang de ces efprits indulgens , qui
par un excès de bonne foi ne sçauroient avoir
ni certains fcrupules fur la certitude de leurs
(b ) Obferv. pag. 162 .
(c ) Obferv. ibid. & p. 163 , &c .
94 MERCURE DE FRANCE.
garans , ni de grandes attentions dans leurs
recherches , ni beaucoup de délicateffe fur les
preuves d'où notre critique conclut ( d )
qu'il réfulte au moins un doute bien fonde
contre l'exactitude de l'hiftoire manufcrite
qu'on vient d'imprimer à Lyon.
Je laiffe à qui le voudra le foin d'examiner
à loifir fi le P. Laugier mérite ou
non d'être mis au rang des efprits indulgens
, & s'il peche ici par un excès de bonne
foi. Mon deffein eft uniquement de
faire fentir au lecteur combien ce critique
eft lui-même peu fcrupuleux fur fes garans
, peu attentif dans fes recherches , peu
délicat fur fes preuves ; d'où réfulte néceffairement
une forte d'évidence de la frivolité
de fes remarques , tant fur la nouvelle
hiftoire imprimée à Lyon , que fur le
manufcrit dont cette hiftoire eft extraite
comme une centieme partie de fon tout.
Venons au fait.
Une des plus confidérables obfervations
du P. Laugier a pour objet la foibleffe &
l'obfcurité qu'on attribue au peuple Mancheoux
fur la fin du feizieme fiècle . Comment
croire ici le P. de Mailla , s'il réfulte
des faftes du P. Duhalde que les Tartares
ont toujours été plufieurs fiécles , même
( d ) Obfery, pag. 164 .
MARS. $755.
95
avant Jefus-Chrift , autant d'ennemis irréconciliables
des Chinois ? que les Mancheoux
ne font réellement que les Tartares
orientaux , & que ces orientaux , au
commencement du dixieme fiécle ( e ) enrent
la gloire de contraindre un Empereur
à leur céder plufieurs villes & à leur payer
tribut ?
L'objection , j'en conviens , paroîtra
forte à ceux qui n'ont jamais lu , ou qui
n'ont fait que parcourir légerement les faftes
du P. Duhalde , & l'Obſervateur eft
apparemment de ce nombre : mais une
lecture férieufe de ces faftes àuroit appris
au P. Laugier à mieux diftinguer les différentes
nations Tartares , & à ne pas confondre
les nouveaux Mancheoux avec les
anciens , appellés Kins , dont l'empire en
effet fut très- étendu . Il auroit vû de plus
que fur la fin du treizieme fiécle , non feulement
la domination de ces Kins fut ,
comme il le dit (f) , entierement abolie à la
Chine , mais qu'ils furent eux-mêmes prefque
tous exterminés ( par les Mongoux ) : ce
font les termes du P. Duhalde . (g ) Or , en
fuppofantmême comme certain que les nouveaux
Mancheoux defcendoient des Kins ,
( e ) Obferv. pag. 153 .
(f) Obferv. pag. 155 .
(g ) Duhalde , t . 1. pag. 491 ; t . 3. p. 62.5
96 MERCURE DE FRANCE.
ce qui paroît au moins douteux au P. de
Mailla , n'eft- il pas évident qu'une nation
presque toute exterminée vers la fin du treizieme
fiécle , ne pouvoit être un peuple
confidérable au feizieme ? Voilà donc le
P. de Mailla juftifié en ce point par le P.
Duhalde , & , fi je ne me trompe , le critique
confondu par fon oracle même .
Autre preuve fenfible des recherches du
P. Laugier , & de fes connoiffances en fait
d'hiftoire. Il ne peut fe perfuader qu'un
peuple , encore foible & méprifé des Chinois
au feizieme fiécle , ait pu ſe révolter
avec fuccès & faire des conquêtes au fiécle
fuivant. Non , dit le fçavant Obſervateur ,
les hiftoires anciennes & modernes ne nous
apprennent rien qui puiffe accréditer la réalité
d'un pareil foulevement. ( h ) Eft- ce bien en
France ou chez les Hurons qu'on ofe avancer
une auffi étrange propofition ? Que
l'hiftoire ancienne & moderne n'ait rien
appris de pareil au P. Laugier , je veux l'en
croire : mais nos jeunes gens , à peine fortis
du Collége , ignorent - ils le fond du
charmant récit que fait Hérodote du fou-
- levement & des rapides progrès des Perfes
? Cette nation peu connue avant Cyrus ,
ne vint-elle pas à bout , fous la conduite
( b ) Obferv. pag. 150,
de
MARS. 1755. 97
de ce héros , de vaincre les Médes , & de
conquérir leur vaîte Empire ? Les moins
verſés dans l'hiſtoire n'ont- ils pas quelque
idée de l'expédition des Cymbres , qui for
tirent tout-à- coup du Jutland , inonderent
la Germanie & les Gaules , & firent trembler
l'Italie ? Ils n'étoient pas feuls , direz
-vous , ils fe liguerent avec les Teutons.
Mais les Mancheoux firent de même
; ils s'affocierent les Mongoux , anciens
conquérans de la Chine. J'avoue que les
Cymbres furent arrêtés dans leur courfe.
Pourquoi ? parce qu'ils eurent en tête des
Romains , & que les Mancheoux à la Chine
ne furent aux prifes qu'avec des Chinois.
Le P. Laugier lui-même peut- il ne
pas fçavoir ce qu'entreprit Mahomet au
feptiéme fiécle , avec une poignée d'Arabes
, & jufqu'où les premiers Califes , fes
fucceffeurs , étendirent leur domination.
A-t-il oublié ce qui de nos jours eft arrivé
en Perfe , la conquête de cet Empire par
la nation des Aghvans ?
»
Cependant , pourfuit l'élégant Obfer-
» vateur ( i ) , je conviens que la chofe
» n'eft pas phyfiquement impoffible , &
» que fi l'on s'en tenoit toujours à la vraifemblance
, on feroit en danger de re
(i ) Obferv, pag. 150.
E
S MERCURE DE FRANCE.
jetter plus d'une vérité. Mais dès que je
vois la chofe racontée très- différemment
» par un autre auteur , je ne fçaurois fouf
» crire aveuglément à un témoignage qui ,
quoique poftérieur, n'a certainement rien
qui doive lui faire adjuger la préférence.
"
23
Les exemples qu'on vient d'indiquer &
bien d'autres auffi remarquables dans l'hiftoire
ancienne & moderne , prouvent évidemment
que le moral de la chofe va ici
de pair avec le phyfique , c'eſt-à- dire qu'il
n'eft point moralement impoffible qu'une
nation traitée avec mépris par le peuple
dominant , fe fouleve tout-à-coup , & fubjugue
à la fin fes anciens maîtres . Refte à
prononcer fur le fait particulier dont il s'agit
, après avoir pefé dans la balance d'une
critique exemte de paffion les deux autorités
du P. de Mailla & du P. Duhalde. Or , foit
dit encore une fois , il paroît que celle du
premier l'emporte fur l'autre : celui - là
ayant compofé fon hiſtoire chinoiſe fur les
lieux , ayant mis plus de vingt ans à per
fectionner fon ouvrage, ayant lû , analyfé,
confronté les auteurs originaux dans lear
propre langue , fans parler de la facilité
qu'il avoit de fe redreffer en cas de méprife
, par l'examen refléchi qu'il a fait des
quatre volumes du P. Duhalde , fur lefquels
il dit fon fentiment.
M AR S. 1755 99 .
La préfomption deviendra encore plus
forte en faveur du P. de Mailla , fi on veut
bien faire attention à ce qu'il écrit aux fupérieurs
de la province de Lyon & à fes
amis. J'ai ces lettres actuellement fous mes
yeux , & j'y vois qu'un des grands motifs
de ce laborieux Jéfuite dans la compofi
tion de fon hiftoire , fut de communiquer
aux nouveaux Miffionnaires de fa Compa
gnie une vraie érudition chinoife , rien
n'étant plus propre , felon lui , à furprendre
agréablement les Mandarins que de
paroître au fait des différentes révolutions
de l'Empire , & de montrer à propos qu'on
connoît les grands hommes des deux nations
chinoife & tartare. Il eft donc bien
à préfumer que le P. de Mailla mit tous
fes foins à ne rien inférer dans fon ouvrage
qui pût être raisonnablement contefté.
Jugeons- en par l'impreffion que feroit
fur nos François une érudition foible
ou mal digérée fur les antiquités de notre
Monarchie , fur nos Rois & nos héros.
Réuniffons ces circonftances : n'en ré
fulte-t-il pas que l'autorité du P. de Mailla
doit être naturellement préférée à celle du
P. Duhalde , par-tout où l'on voit quelque
différence dans la narration de ces
deux auteurs ? Le P. Laugier néanmoins
interdit à qui que ce foit cette préférence
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
& il l'interdit en maître. Franchement
peut il fe promettre qu'on lui obéira fans
murmurer ?
Murmure injufte , dira- t -on , fi malgré
le long féjour de votre Pere de Mailla å la
Chine , malgré fon application conftante
& toute la bonne volonté que vous lui
fuppofez , ce Miffionnaire fut tel à peuprès
que nous l'a dépeint le Pere Obfervateur
, c'est-à-dire un écrivain indulgent
à l'excès , & ce qu'on appelle en France
un bon homme. C'eft très - bien dit : mais fi
ce portrait eft de pure imagination , que
doit- on penfer du peintre ou du deffinateur
qui l'a croqué ?
Je m'adreffe ici au public , en prenant
la liberté de lui demander s'il eft avantageux
au progrès des connoiffances humaines
, conforme aux loix de l'humanité
& de l'honneur , de deshonorer à fon gré
un auteur illuſtre , également diftingué
par fa naiffance & par les travaux , par fon
caractere & par fes vertus ? de décrier fon
ouvrage fans l'avoir lû , ouvrage intéref
fant pour toute l'Europe , & unique dans
nos climats de jetter une affez forte couche
de ridicule fur les poffeffeurs de fon
manufcrit , gens de lettres par état , & , ffi
on ofe le dire , un peu connoiffeurs , qui
depuis bien des années ne ceffent de mon
?
MARS. :* 1755. 701
trer aux fçavans cette production chinoife ,
comme un des précieux ornemens de leur
magnifique bibliothèque ?
Car enfin , pour revenir à la critique du
P. Laugier , fur quoi eft fondé , je vous
prie , ce terrible arrêt de profcription dont
on appelle ? Qu'on parcoure exactement
les dix-fept pages inférées dans le Mercure
de Janvier , on n'y trouvera aucun grief
folidement établi ; on y entaffe périodes
fur périodes : on y prône le P. Duhalde ,
on y cenfure le P. de Mailla , on y déclame,
& puis c'est tout.
Mais fuis - je moi-même bien en garde
contre l'air de déclamation que je reproche
à l'Obfervateur ? Si fa critique eft des
plus frivoles , ma réponſe l'eft-elle moins ?
Le Lecteur eft ici mon juge , je le fupplie
de m'honorer encore un moment de fon
attention .
Pour déprimer le P. de Mailla , mis en
parallele avec le P. Duhalde , notre critique
affure que ce dernier forma fa defcription
de la Chine fur des mémoires recueillis
avec toutes fortes de foins par les plus
accrédités & les plus capables des Miffionnaires
Chinois. ( k ) Le fait eft certain ; mais
file P. Obfervateur avoit feulement ouvert
( k ) Obferv. p. 163.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
le premier volume du P. Duhalde , il auroit
vû le nom du P. de Mailla dans la lifte
de ces Miffionnaires les plus accrédités ¿
les plus capables . Ce n'étoit donc pas un
homme fans conféquence , au jugement
du P. Duhalde , cru infaillible par le Pere
Laugier.
J'ajoûterai que le même P. Duhalde ,
fçavant & modefte , & par là vrai fçavant ,
étoit auffi éloigné de s'attribuer quelque
forte d'infaillibilité que de manquer de
confidération à l'égard du P. de Mailla.
Ecoutons - le dans l'extrait que voici d'une
de fes lettres aux PP . Regis & de Mailla ,
datée de Paris le 7 Octobre 1736. » Quoi-
» que j'aie pris toutes les précautions ima
ginables pour ne rien avancer que d'exac-
» tement vrai , fi par la lecture de l'ouvrage,
vous trouvez que je fois tombé
dans quelques méprifes , vous m'obli-
» gerez de me le faire connoître , & je me
» ferai un plaifir d'en inftruire le public ,
» en fuivant vos , corrections , ce qui de-
و ر
viendra une nouvelle preuve de mon
» exactitude. Depuis quinze mois que cette
hiftoire paroît , on me demande déja s'il
» ne m'eft pas venu affez de mémoires
» pour faire un fupplément. Si vous & nos
»autres RR. Peres avez des écrits fur les
» matieres que j'ai traitées , ou fur d'autres
MARS. 1755. 103
» concernant la Chine & la Tartarie , qui
donnent de nouvelles connoiffances , &
» que vous vouliez bien m'en faire part ,
» je ferai ce fupplément . J'y pourrai mettre
la nouvelle carte de la Tartarie , fi
vous jugez à propos de la faire , & j'y
joindrai les raifons qu'on a eues de la
» donner de nouveau , que je tirerai des
» obfervations du P. de Mailla & de celles
>>
que vous m'enverrez. Je fuis avec bien
» du refpect , &c. Duhalde , Jéfuite. Je
laiffe à l'Obfervateur le foin de commenter
intérieurement la fin de cette lettre , &
je paffe à un autre garant bien für du génie
& de la fagacité du P. de Mailla : c'eft
le grand Kang- hi .
Lorfqu'en 1711 ce Monarque ( le Louis
le Grand des Chinois ) eut formé le deffein
de faire lever une carte exacte de fes
Etats , quatre des plus belles & des plus
riches provinces de l'Empire , avec la fameufe
ifle de Formofe , furent affignées aux
Peres Regis , de Mailla & Hinderer ; ils
s'acquitterent en habiles gens de cette importante
commiffion ( 1 ) , & l'Empereur
fut pleinement fatisfait. Ce Prince étoit
donc bien éloigné des fentimens du Pere
Laugier au fujet du P. de Mailla.
(1)Lettres édifiantes , vol . 14.
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
"
Au fuffrage de l'immortel Kang-hi joignons
celui d'un des Miffionnaires que je
viens de nommer , le fçavant P. Regis,
qui a eu tant de part à la collection du P.
Duhalde. J'ouvre le premier porte-feuille
du manufcrit odieux à l'Obfervateur , &
j'y lis l'atteftation fuivante , écrite & fignée
de la propre main du P. Regis. J'ai lu
» avec foin le manufcrit intitulé : Hiftoire
» générale de la Chine. Cet ouvrage tra
duit du texte chinois des annales , con-
» fronté avec les verfions tartares , faites
» par ordre du dernier Empereur , contient
» non feulement les révolutions arrivées
» au- dedans de l'Empire , & les guerres
» qu'il a eues à foutenir avec les Royaumes
» voiſins , mais encore les maximes de politique
qui ont toujours été les principes
du gouvernement de cette Monarchie.
Il renferme de plus l'ancien livre
» Chou-king , dont on fouhaitoit la tra-
» duction , & le Tchun - tfiou , écrit par
» Confucius , pour l'inftruction des Prin-
» ces : de forte qu'on a dans ce feul ou
vrage prefque tout ce qu'on pouvoit fouhaiter
de fçavoir fur ce vafte Empire :
ainfi je le juge digne de l'attention du
public. Fait à Peking , ce 2 Juin 1727 .
J. Bapt . Regis , de la Compagnie de Je-
» fus.
MARS. 1755. 105
Feu M. Freret , Secrétaire perpétuel de
l'Académie royale des Belles- Lettres , fut
de l'aveu de fes illuftres confreres , & , ce
qui revient au même , de l'aveu de tous
les fçavans , un de ces critiques confommés
qui font honneur à leur fiécle. Jufte appréciateur
des ouvrages qui lui tomboient
fous la main , il en découvroit bientôt le
fort & le foible ; j'ofe même dire que fon
caractere franc & loyal ne lui permit jamais
de diffimuler fes fentimens , quand
l'intérêt des lettres ou quelqu'autre pareil
devoir exigeoit de lui qu'il les fit connoître.
Sa politeffe , à la vérité , étoit extrême
: c'est l'efprit dominant de fa compagnie
; mais un beau génie , un coeur
droit , un fçavant du premier ordre fçut
toujours allier l'amour du vrai avec les
regles de la politeffe la plus exacte.
Or deux lettres de ce célébre Académieien
, que je fuis en état de produire ent
original , font foi des démarches qu'il fai
foit actuellement , par lui - même ou par fes
amis , auprès de M. le Duc d'Antin , pour
procurer l'honneur de l'impreffion royale
à l'hiftoire du P. de Mailla. Voici fes propres
termes dans la lettre du 29 Août
1735 , adreffée au P. Morand , Prefet des
hautes études du Collège de Lyon. » Je
me préparois à yous renvoyer le manuf
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
» crit du P. de Mailla , après en avoir tiré
» un extrait ( de la préface ) . J'y ai trouvé
», une notice excellente des différentes hif-
» toires générales de la Chine . Quoique
» j'euſſe déja connoiffance d'une partie de
» ces chofes , j'y ai trouvé un détail qui
» m'a fait un très-grand plaifir. Je vois
par la lettre de M. le Prévôt des Marchands
( Camille Perrichon , Confeiller
» d'Etat , nom à jamais immortel dans le
» coeur des Lyonnois ) , que le fieur de
» Tournes paroît avoir deffein de fe char-
» ger de l'impreffion de cet ouvrage. Ce
fera un grand avantage que la chofe fe
» faffe fous vos yeux ; mais à l'égard des
» cartes & des figures , je crois qu'il fau
droit les faire graver ici , & je me chargerois
de conduire l'ouvrage , & de choi
» fir les Graveurs ... . La publication de
» cette hiftoire autentique devroit cepen-
" dant être revêtue ici d'une autorité
» femblable à celle avec laquelle elle a
paru à la Chine par les ordres de Kang-
» hi ..... C'eft une difficulté qui n'eſt pas
»infurmontable , fi l'on pouvoit infpirer
cette envie à la Cour , au Cardinal de
» Fleuri , au Garde des Sceaux , & c. «
En parlant du Profpectus qu'il vouloit faire
lui-même , il dit ; je crois , fauf meilleur
» avis , qu'il feroit à propos de le mettre
»
"
MAR S. 1755. 107
» dans le Mercure de France : cet ouvrage
» va par-tout , & tout le monde le lit ; ce
» n'eft plus le Mercure galant d'autrefois .
La 2 lettre du 23 Novembre témoigne
le même empreffement pour faire honneur
au P. de Mailla . On y voit auſſi un
trait remarquable de la critique exacte &
févere de M. Freret. » J'ai écrit au R. P.
» de Mailla pour le remercier la diffi-
» culté que je propofois au fujet de la maniere
dont il parle de la chronologie ,
» ne tombe pas fur le fond même de cette
chronologie ; mais la certitude parfaite
qu'il femble lui attribuer , fans parler
» des controverfes qui font parmi les fça-
» vans Chinois , au fujet des tems anté-
» rieurs au huitiéme fiècle avant J. C.
"
Quoique le tribunal ait pris un parti ,
» qui eft celui que fuit le texte traduit par
» le R. P. de Mailla , il y a de grandes va-
» riétés là- deflus , & je voudrois que le
» R. P. de Mailla l'eût fait fentir.
Ne pourrois je pas ajouter ici un affez
bon nombre d'autres fuffrages favorables à
l'hiftoire du P. de Mailla ? 1 °. Les termes
dont fe fervit , il y a environ dix ans , un
grand Miniftre qui paffoit à Lyon , & à
qui j'eus l'honneur de préfenter le manuf
crit en queftion : Je connois cet ouvrage ,
me dit- il avec bonté , ilfaut penfer férieuseÉ
vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ment à le donner au public : mais prenez -J
garde , l'écriture paroit s'effacer en quelques
endroits ; ayez foin d'enfaire tirer une copie.
2 °. L'eitime finguliere qu'en faifoit ,
après l'avoir lu en partie , un de nos anciens
Prévôts des Marchands *, fils & pere
de Prévôt des Marchands , d'un vafte fçavoir
& d'un goût exquis , auffi habile Académicien
que Magiftrat refpectable à tous
égards , qui n'a ceflé de cultiver les lettres
& de nous édifier par fes vertus
qu'en ceffant de vivre.
de Paris
3 ° . Les lettres que j'ai reçues
depuis la publication des deux petits volumes
de la conquête de la Chine , qui
toutes m'exhortent vivement à travailler
fur le manufcrit du P. de Mailla , ainfi
que fur l'accord de chronologie du P. Regis.
Parmi ces lettres il en eft une fur- tout
d'un fçavant Académicien à qui j'étois abfolument
inconnu . Il m'affure prendre
beaucoup d'intérêt à la grande hiftoire de
Ja Chine déposée au Collège de Lyon , &
veut bien m'encourager à en pourfuivre l'édition
, finon en gros , du moins en détail .
Les traits obligeans dont il m'honore font
moins flateurs mei pour que les offres qu'il
me fait de fon fecours. Tout le contenu
Feu M. le Préfident Dugas.
MAR S. 1755. 109
de fa lettre eft une expreffion vive de la
bonté de fon coeur , & de ce zéle ardent
pour le progrès des lettres qui l'anime ,
lui & fes illuftres collégues ; auffi ne doutai
-je pas qu'en profitant des lumieres de
ces Meffieurs , je ne puffe rendre mes extraits
du P. de Mailla propres à mériter
l'attention du public.
Au reste , les lettres qu'on a rapportées
ou indiquées dans cette réponſe , peuvent
fe voir aisément dans la bibliotheque du
grand College de Lyon.
aux obfervations du P. Laugier , fur la
nouvelle Hiftoire de la conquête de la
Chine.
NE fage critique ne peut qu'être
tions , & mérite à ce prix un accueil gracieux
de la part des gens de Lettres. Les
obfervations du P. Laugier , inférées dans
le Mercure de France (a ) , font- elles bien
marquées à ce coin de fageffe , qui rend
précieufe la cenfure des vrais fçavans , &
dont un homme de fon état ne s'écarta jamais
fans nuire à coup fûr à la réputation ?
c'eft au public d'en juger : je me préfente
avec confiance à fon tribunal , & j'attends
en paix fa décifion .
Dans la nouvelle hiftoire de la conquête
( a ) Janvier, pag. 147.
92 MERCURE DE FRANCE .
de la Chine , il eft dit que la nation des
Tartares Mancheoux étoit peu connue à la
fin du feizieme fiécle ; que le Prince Taitfong
, le premier des Rois Mancheoux qui
ait pris le titre d'Empereur des Chinois ,
mourut fans laiffer aucun fils qui lui fuccedât
; que la conquête enfin de ce vaſte
empire n'eut proprement lieu que huit ans
après la mort de ce Monarque , à l'occafion
des fuccès du rebelle Lyftching. Or
le P. Laugier emploie environ une vingtaine
de pages d'écriture à combattre vivement
ces trois points . Le défaut de vraifemblance
dans le récit de ce grand événement
eft la premiere raifon qu'il fait valoir
, & cette raifon devient péremptoire ,
felon lui , appuyée de l'autorité du P. Duhalde.
Direz- vous à l'obfervateur que le P. Dahalde
n'a pas été à portée de puifer dans
les fources ? qu'il n'a point lû les auteurs
originaux , Chinois & Tartares ? que fa
magnifique defcription de la Chine , excellente
à bien des égards , n'eft au fond
qu'une compilation des divers mémoires
qui lui étoient envoyés à Paris par fes
confreres de Pekin , où , fans miracle , il
peut s'être gliffé plus d'une erreur ? que la
partie hiftorique fur-tout de ce bel ouvrage
y eft traitée affez légerement , vû la
MARS. 1755.
93
prodigieufe étendue des annales chinoifes?
prierez-vous ce nouveau défenfeur de l'infaillibilité
du P. Duhalde , d'accorder au
moins quelque audience au P. de Mailla ,
célebre Miffionnaire de la Société , qui a
vécu plus de quarante- cinq ans à la Chine
dans l'enceinte du Palais impérial , ou dans
des voyages entrepris par ordre de l'Empereur
exhorterez-vous enfin ce redoutable
juge d'un manufcrit qu'il n'a jamais
lu , à vouloir au moins le parcourir une
fois fans paffion & fans préjugé ? Sa réponfe
eft toute prête & finguliere s'il en fut
jamais la voici. ( b ) Le peu de méthode qui
regne dans fon manufcrit ne nous invitegueres
à le croire. Et d'où fçait-il qu'il manque
de méthode ? on avoue que le ftyle
en eft fort négligé , & l'élocution peu correcte
; mais la méthode y eft à peu - près
telle qu'on a droit de l'attendre .
:
Le P. Obfervateur continue ainfi l'avis
qu'il nous donne fur l'auteur du manuf
crit : ( c ) Le jugement qu'il eft naturel d'en
-porter ( fans avoir lû fon ouvrage , capable
de former plufieurs volumes in - folio )
·le met au rang de ces efprits indulgens , qui
par un excès de bonne foi ne sçauroient avoir
ni certains fcrupules fur la certitude de leurs
(b ) Obferv. pag. 162 .
(c ) Obferv. ibid. & p. 163 , &c .
94 MERCURE DE FRANCE.
garans , ni de grandes attentions dans leurs
recherches , ni beaucoup de délicateffe fur les
preuves d'où notre critique conclut ( d )
qu'il réfulte au moins un doute bien fonde
contre l'exactitude de l'hiftoire manufcrite
qu'on vient d'imprimer à Lyon.
Je laiffe à qui le voudra le foin d'examiner
à loifir fi le P. Laugier mérite ou
non d'être mis au rang des efprits indulgens
, & s'il peche ici par un excès de bonne
foi. Mon deffein eft uniquement de
faire fentir au lecteur combien ce critique
eft lui-même peu fcrupuleux fur fes garans
, peu attentif dans fes recherches , peu
délicat fur fes preuves ; d'où réfulte néceffairement
une forte d'évidence de la frivolité
de fes remarques , tant fur la nouvelle
hiftoire imprimée à Lyon , que fur le
manufcrit dont cette hiftoire eft extraite
comme une centieme partie de fon tout.
Venons au fait.
Une des plus confidérables obfervations
du P. Laugier a pour objet la foibleffe &
l'obfcurité qu'on attribue au peuple Mancheoux
fur la fin du feizieme fiècle . Comment
croire ici le P. de Mailla , s'il réfulte
des faftes du P. Duhalde que les Tartares
ont toujours été plufieurs fiécles , même
( d ) Obfery, pag. 164 .
MARS. $755.
95
avant Jefus-Chrift , autant d'ennemis irréconciliables
des Chinois ? que les Mancheoux
ne font réellement que les Tartares
orientaux , & que ces orientaux , au
commencement du dixieme fiécle ( e ) enrent
la gloire de contraindre un Empereur
à leur céder plufieurs villes & à leur payer
tribut ?
L'objection , j'en conviens , paroîtra
forte à ceux qui n'ont jamais lu , ou qui
n'ont fait que parcourir légerement les faftes
du P. Duhalde , & l'Obſervateur eft
apparemment de ce nombre : mais une
lecture férieufe de ces faftes àuroit appris
au P. Laugier à mieux diftinguer les différentes
nations Tartares , & à ne pas confondre
les nouveaux Mancheoux avec les
anciens , appellés Kins , dont l'empire en
effet fut très- étendu . Il auroit vû de plus
que fur la fin du treizieme fiécle , non feulement
la domination de ces Kins fut ,
comme il le dit (f) , entierement abolie à la
Chine , mais qu'ils furent eux-mêmes prefque
tous exterminés ( par les Mongoux ) : ce
font les termes du P. Duhalde . (g ) Or , en
fuppofantmême comme certain que les nouveaux
Mancheoux defcendoient des Kins ,
( e ) Obferv. pag. 153 .
(f) Obferv. pag. 155 .
(g ) Duhalde , t . 1. pag. 491 ; t . 3. p. 62.5
96 MERCURE DE FRANCE.
ce qui paroît au moins douteux au P. de
Mailla , n'eft- il pas évident qu'une nation
presque toute exterminée vers la fin du treizieme
fiécle , ne pouvoit être un peuple
confidérable au feizieme ? Voilà donc le
P. de Mailla juftifié en ce point par le P.
Duhalde , & , fi je ne me trompe , le critique
confondu par fon oracle même .
Autre preuve fenfible des recherches du
P. Laugier , & de fes connoiffances en fait
d'hiftoire. Il ne peut fe perfuader qu'un
peuple , encore foible & méprifé des Chinois
au feizieme fiécle , ait pu ſe révolter
avec fuccès & faire des conquêtes au fiécle
fuivant. Non , dit le fçavant Obſervateur ,
les hiftoires anciennes & modernes ne nous
apprennent rien qui puiffe accréditer la réalité
d'un pareil foulevement. ( h ) Eft- ce bien en
France ou chez les Hurons qu'on ofe avancer
une auffi étrange propofition ? Que
l'hiftoire ancienne & moderne n'ait rien
appris de pareil au P. Laugier , je veux l'en
croire : mais nos jeunes gens , à peine fortis
du Collége , ignorent - ils le fond du
charmant récit que fait Hérodote du fou-
- levement & des rapides progrès des Perfes
? Cette nation peu connue avant Cyrus ,
ne vint-elle pas à bout , fous la conduite
( b ) Obferv. pag. 150,
de
MARS. 1755. 97
de ce héros , de vaincre les Médes , & de
conquérir leur vaîte Empire ? Les moins
verſés dans l'hiſtoire n'ont- ils pas quelque
idée de l'expédition des Cymbres , qui for
tirent tout-à- coup du Jutland , inonderent
la Germanie & les Gaules , & firent trembler
l'Italie ? Ils n'étoient pas feuls , direz
-vous , ils fe liguerent avec les Teutons.
Mais les Mancheoux firent de même
; ils s'affocierent les Mongoux , anciens
conquérans de la Chine. J'avoue que les
Cymbres furent arrêtés dans leur courfe.
Pourquoi ? parce qu'ils eurent en tête des
Romains , & que les Mancheoux à la Chine
ne furent aux prifes qu'avec des Chinois.
Le P. Laugier lui-même peut- il ne
pas fçavoir ce qu'entreprit Mahomet au
feptiéme fiécle , avec une poignée d'Arabes
, & jufqu'où les premiers Califes , fes
fucceffeurs , étendirent leur domination.
A-t-il oublié ce qui de nos jours eft arrivé
en Perfe , la conquête de cet Empire par
la nation des Aghvans ?
»
Cependant , pourfuit l'élégant Obfer-
» vateur ( i ) , je conviens que la chofe
» n'eft pas phyfiquement impoffible , &
» que fi l'on s'en tenoit toujours à la vraifemblance
, on feroit en danger de re
(i ) Obferv, pag. 150.
E
S MERCURE DE FRANCE.
jetter plus d'une vérité. Mais dès que je
vois la chofe racontée très- différemment
» par un autre auteur , je ne fçaurois fouf
» crire aveuglément à un témoignage qui ,
quoique poftérieur, n'a certainement rien
qui doive lui faire adjuger la préférence.
"
23
Les exemples qu'on vient d'indiquer &
bien d'autres auffi remarquables dans l'hiftoire
ancienne & moderne , prouvent évidemment
que le moral de la chofe va ici
de pair avec le phyfique , c'eſt-à- dire qu'il
n'eft point moralement impoffible qu'une
nation traitée avec mépris par le peuple
dominant , fe fouleve tout-à-coup , & fubjugue
à la fin fes anciens maîtres . Refte à
prononcer fur le fait particulier dont il s'agit
, après avoir pefé dans la balance d'une
critique exemte de paffion les deux autorités
du P. de Mailla & du P. Duhalde. Or , foit
dit encore une fois , il paroît que celle du
premier l'emporte fur l'autre : celui - là
ayant compofé fon hiſtoire chinoiſe fur les
lieux , ayant mis plus de vingt ans à per
fectionner fon ouvrage, ayant lû , analyfé,
confronté les auteurs originaux dans lear
propre langue , fans parler de la facilité
qu'il avoit de fe redreffer en cas de méprife
, par l'examen refléchi qu'il a fait des
quatre volumes du P. Duhalde , fur lefquels
il dit fon fentiment.
M AR S. 1755 99 .
La préfomption deviendra encore plus
forte en faveur du P. de Mailla , fi on veut
bien faire attention à ce qu'il écrit aux fupérieurs
de la province de Lyon & à fes
amis. J'ai ces lettres actuellement fous mes
yeux , & j'y vois qu'un des grands motifs
de ce laborieux Jéfuite dans la compofi
tion de fon hiftoire , fut de communiquer
aux nouveaux Miffionnaires de fa Compa
gnie une vraie érudition chinoife , rien
n'étant plus propre , felon lui , à furprendre
agréablement les Mandarins que de
paroître au fait des différentes révolutions
de l'Empire , & de montrer à propos qu'on
connoît les grands hommes des deux nations
chinoife & tartare. Il eft donc bien
à préfumer que le P. de Mailla mit tous
fes foins à ne rien inférer dans fon ouvrage
qui pût être raisonnablement contefté.
Jugeons- en par l'impreffion que feroit
fur nos François une érudition foible
ou mal digérée fur les antiquités de notre
Monarchie , fur nos Rois & nos héros.
Réuniffons ces circonftances : n'en ré
fulte-t-il pas que l'autorité du P. de Mailla
doit être naturellement préférée à celle du
P. Duhalde , par-tout où l'on voit quelque
différence dans la narration de ces
deux auteurs ? Le P. Laugier néanmoins
interdit à qui que ce foit cette préférence
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
& il l'interdit en maître. Franchement
peut il fe promettre qu'on lui obéira fans
murmurer ?
Murmure injufte , dira- t -on , fi malgré
le long féjour de votre Pere de Mailla å la
Chine , malgré fon application conftante
& toute la bonne volonté que vous lui
fuppofez , ce Miffionnaire fut tel à peuprès
que nous l'a dépeint le Pere Obfervateur
, c'est-à-dire un écrivain indulgent
à l'excès , & ce qu'on appelle en France
un bon homme. C'eft très - bien dit : mais fi
ce portrait eft de pure imagination , que
doit- on penfer du peintre ou du deffinateur
qui l'a croqué ?
Je m'adreffe ici au public , en prenant
la liberté de lui demander s'il eft avantageux
au progrès des connoiffances humaines
, conforme aux loix de l'humanité
& de l'honneur , de deshonorer à fon gré
un auteur illuſtre , également diftingué
par fa naiffance & par les travaux , par fon
caractere & par fes vertus ? de décrier fon
ouvrage fans l'avoir lû , ouvrage intéref
fant pour toute l'Europe , & unique dans
nos climats de jetter une affez forte couche
de ridicule fur les poffeffeurs de fon
manufcrit , gens de lettres par état , & , ffi
on ofe le dire , un peu connoiffeurs , qui
depuis bien des années ne ceffent de mon
?
MARS. :* 1755. 701
trer aux fçavans cette production chinoife ,
comme un des précieux ornemens de leur
magnifique bibliothèque ?
Car enfin , pour revenir à la critique du
P. Laugier , fur quoi eft fondé , je vous
prie , ce terrible arrêt de profcription dont
on appelle ? Qu'on parcoure exactement
les dix-fept pages inférées dans le Mercure
de Janvier , on n'y trouvera aucun grief
folidement établi ; on y entaffe périodes
fur périodes : on y prône le P. Duhalde ,
on y cenfure le P. de Mailla , on y déclame,
& puis c'est tout.
Mais fuis - je moi-même bien en garde
contre l'air de déclamation que je reproche
à l'Obfervateur ? Si fa critique eft des
plus frivoles , ma réponſe l'eft-elle moins ?
Le Lecteur eft ici mon juge , je le fupplie
de m'honorer encore un moment de fon
attention .
Pour déprimer le P. de Mailla , mis en
parallele avec le P. Duhalde , notre critique
affure que ce dernier forma fa defcription
de la Chine fur des mémoires recueillis
avec toutes fortes de foins par les plus
accrédités & les plus capables des Miffionnaires
Chinois. ( k ) Le fait eft certain ; mais
file P. Obfervateur avoit feulement ouvert
( k ) Obferv. p. 163.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
le premier volume du P. Duhalde , il auroit
vû le nom du P. de Mailla dans la lifte
de ces Miffionnaires les plus accrédités ¿
les plus capables . Ce n'étoit donc pas un
homme fans conféquence , au jugement
du P. Duhalde , cru infaillible par le Pere
Laugier.
J'ajoûterai que le même P. Duhalde ,
fçavant & modefte , & par là vrai fçavant ,
étoit auffi éloigné de s'attribuer quelque
forte d'infaillibilité que de manquer de
confidération à l'égard du P. de Mailla.
Ecoutons - le dans l'extrait que voici d'une
de fes lettres aux PP . Regis & de Mailla ,
datée de Paris le 7 Octobre 1736. » Quoi-
» que j'aie pris toutes les précautions ima
ginables pour ne rien avancer que d'exac-
» tement vrai , fi par la lecture de l'ouvrage,
vous trouvez que je fois tombé
dans quelques méprifes , vous m'obli-
» gerez de me le faire connoître , & je me
» ferai un plaifir d'en inftruire le public ,
» en fuivant vos , corrections , ce qui de-
و ر
viendra une nouvelle preuve de mon
» exactitude. Depuis quinze mois que cette
hiftoire paroît , on me demande déja s'il
» ne m'eft pas venu affez de mémoires
» pour faire un fupplément. Si vous & nos
»autres RR. Peres avez des écrits fur les
» matieres que j'ai traitées , ou fur d'autres
MARS. 1755. 103
» concernant la Chine & la Tartarie , qui
donnent de nouvelles connoiffances , &
» que vous vouliez bien m'en faire part ,
» je ferai ce fupplément . J'y pourrai mettre
la nouvelle carte de la Tartarie , fi
vous jugez à propos de la faire , & j'y
joindrai les raifons qu'on a eues de la
» donner de nouveau , que je tirerai des
» obfervations du P. de Mailla & de celles
>>
que vous m'enverrez. Je fuis avec bien
» du refpect , &c. Duhalde , Jéfuite. Je
laiffe à l'Obfervateur le foin de commenter
intérieurement la fin de cette lettre , &
je paffe à un autre garant bien für du génie
& de la fagacité du P. de Mailla : c'eft
le grand Kang- hi .
Lorfqu'en 1711 ce Monarque ( le Louis
le Grand des Chinois ) eut formé le deffein
de faire lever une carte exacte de fes
Etats , quatre des plus belles & des plus
riches provinces de l'Empire , avec la fameufe
ifle de Formofe , furent affignées aux
Peres Regis , de Mailla & Hinderer ; ils
s'acquitterent en habiles gens de cette importante
commiffion ( 1 ) , & l'Empereur
fut pleinement fatisfait. Ce Prince étoit
donc bien éloigné des fentimens du Pere
Laugier au fujet du P. de Mailla.
(1)Lettres édifiantes , vol . 14.
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
"
Au fuffrage de l'immortel Kang-hi joignons
celui d'un des Miffionnaires que je
viens de nommer , le fçavant P. Regis,
qui a eu tant de part à la collection du P.
Duhalde. J'ouvre le premier porte-feuille
du manufcrit odieux à l'Obfervateur , &
j'y lis l'atteftation fuivante , écrite & fignée
de la propre main du P. Regis. J'ai lu
» avec foin le manufcrit intitulé : Hiftoire
» générale de la Chine. Cet ouvrage tra
duit du texte chinois des annales , con-
» fronté avec les verfions tartares , faites
» par ordre du dernier Empereur , contient
» non feulement les révolutions arrivées
» au- dedans de l'Empire , & les guerres
» qu'il a eues à foutenir avec les Royaumes
» voiſins , mais encore les maximes de politique
qui ont toujours été les principes
du gouvernement de cette Monarchie.
Il renferme de plus l'ancien livre
» Chou-king , dont on fouhaitoit la tra-
» duction , & le Tchun - tfiou , écrit par
» Confucius , pour l'inftruction des Prin-
» ces : de forte qu'on a dans ce feul ou
vrage prefque tout ce qu'on pouvoit fouhaiter
de fçavoir fur ce vafte Empire :
ainfi je le juge digne de l'attention du
public. Fait à Peking , ce 2 Juin 1727 .
J. Bapt . Regis , de la Compagnie de Je-
» fus.
MARS. 1755. 105
Feu M. Freret , Secrétaire perpétuel de
l'Académie royale des Belles- Lettres , fut
de l'aveu de fes illuftres confreres , & , ce
qui revient au même , de l'aveu de tous
les fçavans , un de ces critiques confommés
qui font honneur à leur fiécle. Jufte appréciateur
des ouvrages qui lui tomboient
fous la main , il en découvroit bientôt le
fort & le foible ; j'ofe même dire que fon
caractere franc & loyal ne lui permit jamais
de diffimuler fes fentimens , quand
l'intérêt des lettres ou quelqu'autre pareil
devoir exigeoit de lui qu'il les fit connoître.
Sa politeffe , à la vérité , étoit extrême
: c'est l'efprit dominant de fa compagnie
; mais un beau génie , un coeur
droit , un fçavant du premier ordre fçut
toujours allier l'amour du vrai avec les
regles de la politeffe la plus exacte.
Or deux lettres de ce célébre Académieien
, que je fuis en état de produire ent
original , font foi des démarches qu'il fai
foit actuellement , par lui - même ou par fes
amis , auprès de M. le Duc d'Antin , pour
procurer l'honneur de l'impreffion royale
à l'hiftoire du P. de Mailla. Voici fes propres
termes dans la lettre du 29 Août
1735 , adreffée au P. Morand , Prefet des
hautes études du Collège de Lyon. » Je
me préparois à yous renvoyer le manuf
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
» crit du P. de Mailla , après en avoir tiré
» un extrait ( de la préface ) . J'y ai trouvé
», une notice excellente des différentes hif-
» toires générales de la Chine . Quoique
» j'euſſe déja connoiffance d'une partie de
» ces chofes , j'y ai trouvé un détail qui
» m'a fait un très-grand plaifir. Je vois
par la lettre de M. le Prévôt des Marchands
( Camille Perrichon , Confeiller
» d'Etat , nom à jamais immortel dans le
» coeur des Lyonnois ) , que le fieur de
» Tournes paroît avoir deffein de fe char-
» ger de l'impreffion de cet ouvrage. Ce
fera un grand avantage que la chofe fe
» faffe fous vos yeux ; mais à l'égard des
» cartes & des figures , je crois qu'il fau
droit les faire graver ici , & je me chargerois
de conduire l'ouvrage , & de choi
» fir les Graveurs ... . La publication de
» cette hiftoire autentique devroit cepen-
" dant être revêtue ici d'une autorité
» femblable à celle avec laquelle elle a
paru à la Chine par les ordres de Kang-
» hi ..... C'eft une difficulté qui n'eſt pas
»infurmontable , fi l'on pouvoit infpirer
cette envie à la Cour , au Cardinal de
» Fleuri , au Garde des Sceaux , & c. «
En parlant du Profpectus qu'il vouloit faire
lui-même , il dit ; je crois , fauf meilleur
» avis , qu'il feroit à propos de le mettre
»
"
MAR S. 1755. 107
» dans le Mercure de France : cet ouvrage
» va par-tout , & tout le monde le lit ; ce
» n'eft plus le Mercure galant d'autrefois .
La 2 lettre du 23 Novembre témoigne
le même empreffement pour faire honneur
au P. de Mailla . On y voit auſſi un
trait remarquable de la critique exacte &
févere de M. Freret. » J'ai écrit au R. P.
» de Mailla pour le remercier la diffi-
» culté que je propofois au fujet de la maniere
dont il parle de la chronologie ,
» ne tombe pas fur le fond même de cette
chronologie ; mais la certitude parfaite
qu'il femble lui attribuer , fans parler
» des controverfes qui font parmi les fça-
» vans Chinois , au fujet des tems anté-
» rieurs au huitiéme fiècle avant J. C.
"
Quoique le tribunal ait pris un parti ,
» qui eft celui que fuit le texte traduit par
» le R. P. de Mailla , il y a de grandes va-
» riétés là- deflus , & je voudrois que le
» R. P. de Mailla l'eût fait fentir.
Ne pourrois je pas ajouter ici un affez
bon nombre d'autres fuffrages favorables à
l'hiftoire du P. de Mailla ? 1 °. Les termes
dont fe fervit , il y a environ dix ans , un
grand Miniftre qui paffoit à Lyon , & à
qui j'eus l'honneur de préfenter le manuf
crit en queftion : Je connois cet ouvrage ,
me dit- il avec bonté , ilfaut penfer férieuseÉ
vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ment à le donner au public : mais prenez -J
garde , l'écriture paroit s'effacer en quelques
endroits ; ayez foin d'enfaire tirer une copie.
2 °. L'eitime finguliere qu'en faifoit ,
après l'avoir lu en partie , un de nos anciens
Prévôts des Marchands *, fils & pere
de Prévôt des Marchands , d'un vafte fçavoir
& d'un goût exquis , auffi habile Académicien
que Magiftrat refpectable à tous
égards , qui n'a ceflé de cultiver les lettres
& de nous édifier par fes vertus
qu'en ceffant de vivre.
de Paris
3 ° . Les lettres que j'ai reçues
depuis la publication des deux petits volumes
de la conquête de la Chine , qui
toutes m'exhortent vivement à travailler
fur le manufcrit du P. de Mailla , ainfi
que fur l'accord de chronologie du P. Regis.
Parmi ces lettres il en eft une fur- tout
d'un fçavant Académicien à qui j'étois abfolument
inconnu . Il m'affure prendre
beaucoup d'intérêt à la grande hiftoire de
Ja Chine déposée au Collège de Lyon , &
veut bien m'encourager à en pourfuivre l'édition
, finon en gros , du moins en détail .
Les traits obligeans dont il m'honore font
moins flateurs mei pour que les offres qu'il
me fait de fon fecours. Tout le contenu
Feu M. le Préfident Dugas.
MAR S. 1755. 109
de fa lettre eft une expreffion vive de la
bonté de fon coeur , & de ce zéle ardent
pour le progrès des lettres qui l'anime ,
lui & fes illuftres collégues ; auffi ne doutai
-je pas qu'en profitant des lumieres de
ces Meffieurs , je ne puffe rendre mes extraits
du P. de Mailla propres à mériter
l'attention du public.
Au reste , les lettres qu'on a rapportées
ou indiquées dans cette réponſe , peuvent
fe voir aisément dans la bibliotheque du
grand College de Lyon.
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Résumé : REPONSE du sieur Vojeu de Brunem aux observations du P. Laugier, sur la nouvelle Histoire de la conquête de la Chine.
Vojeu de Brunem répond aux observations du Père Laugier concernant la 'Nouvelle Histoire de la conquête de la Chine'. Il commence par souligner l'importance d'accueillir gracieusement toute critique et d'évaluer les observations du Père Laugier, publiées dans le Mercure de France, par le public. L'histoire en question affirme que la nation des Tartares Mancheoux était peu connue à la fin du XVIIe siècle, que le Prince Taitfong, premier Empereur des Chinois de cette nation, est mort sans héritier, et que la conquête de l'empire chinois a eu lieu huit ans après sa mort, à l'occasion des succès du rebelle Lyftching. Le Père Laugier conteste ces points dans environ vingt pages, arguant du manque de vraisemblance du récit. Vojeu de Brunem remet en question la fiabilité des sources du Père Duhalde, sur lesquelles s'appuie le Père Laugier. Il suggère que le Père Duhalde n'a peut-être pas eu accès aux sources originales et que son ouvrage est une compilation de mémoires envoyés par ses confrères à Paris. Vojeu de Brunem critique également la méthode et le style du manuscrit du Père Laugier, tout en défendant la méthode et l'érudition du Père de Mailla. Ce dernier a vécu plus de quarante-cinq ans en Chine et a composé son histoire sur place. Il souligne que le Père de Mailla a eu accès aux auteurs originaux et a confronté ses sources, ce qui lui donne une autorité supérieure à celle du Père Duhalde. Le texte se termine par une défense de l'œuvre du Père de Mailla, soulignant son importance pour les missionnaires et les lettrés. Vojeu de Brunem critique l'attitude du Père Laugier, qui décrierait un ouvrage sans l'avoir lu. Il appelle le public à juger de la validité des critiques du Père Laugier et à reconnaître la valeur de l'œuvre du Père de Mailla. Le Père Duhalde, reconnu pour son jugement et son érudition, considère le Père de Mailla comme un auteur de confiance. Dans une lettre datée du 7 octobre 1736, Duhalde exprime son désir de corriger toute erreur potentielle dans son ouvrage et de publier un supplément si des informations supplémentaires sont fournies par des collègues comme les Pères Régis et de Mailla. L'empereur Kang-hi, en 1711, avait chargé les Pères Régis, de Mailla et Hinderer de créer une carte précise de ses États, ce qu'ils accomplirent avec succès. Le Père Régis, dans une attestation datée du 2 juin 1727, loue l'œuvre de Mailla pour sa précision et son exhaustivité. Plusieurs personnalités, dont des ministres et des académiciens, ont également exprimé leur soutien et leur admiration pour l'œuvre de Mailla.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11656
p. 68
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis, ami Lecteur, un hideux phénomene, [...]
Mots clefs :
Hydrocéphale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRTPH E.
JE füis , ami Lecteur , un hideux phénomene
Redoutable fléau dans la nature humaine.
;
Je renferme en mon ſein l'arbre du Mont Liban,
Qui fe perd dans les airs , un fleuve du Braban
Le nom fi révéré des Maîtres de la terre ;
Ce qui fait aux mortels affronter le tonnerre ,
Ce qui dans le befoin fert de retranchement
Un ornement d'Eglife , un antique bftrument ;
Le mari de Procris , un monftre de la fable ;
L'objet qui pour un fils doit eae reſpectable ;
Ce que cherche un Marin ; un Tile du Levant ;
Ce qui porte un pendu quand on le jette au vent.
Quoique mille autres mots forment mon exiſtence,
C'eft affez éprouver , Lecteur , ta patience :
Je n'en dirai plus qu'un ; fi tu veux de mes maux
Connoître les effets , cherche-moi dans Bordeaux.
Par M.l'Abbé de M.Vic. Gén. de M. l'Ev . de B.
JE füis , ami Lecteur , un hideux phénomene
Redoutable fléau dans la nature humaine.
;
Je renferme en mon ſein l'arbre du Mont Liban,
Qui fe perd dans les airs , un fleuve du Braban
Le nom fi révéré des Maîtres de la terre ;
Ce qui fait aux mortels affronter le tonnerre ,
Ce qui dans le befoin fert de retranchement
Un ornement d'Eglife , un antique bftrument ;
Le mari de Procris , un monftre de la fable ;
L'objet qui pour un fils doit eae reſpectable ;
Ce que cherche un Marin ; un Tile du Levant ;
Ce qui porte un pendu quand on le jette au vent.
Quoique mille autres mots forment mon exiſtence,
C'eft affez éprouver , Lecteur , ta patience :
Je n'en dirai plus qu'un ; fi tu veux de mes maux
Connoître les effets , cherche-moi dans Bordeaux.
Par M.l'Abbé de M.Vic. Gén. de M. l'Ev . de B.
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11657
p. 50-52
LOGOGRYPHES. A M. l'Abbé DE V...
Début :
Vous savez le latin, Abbé, certainement. [...]
Mots clefs :
Béat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHES. A M. l'Abbé DE V...
LOGO GRYPHE S.
A M. l'Abbé DE V...
Vous favez le látin , Abbé , certainement.
Or , devinez un mot , qui , tel qu'il fe préfente ,
Aux humains qu'il enchante ,
Donne un heureux moment .
Coupez la tête ; alors , Polype véritable ,
Sous autre forme cependant
Il fe reproduira : c'eft un commandement
NOVEMBRE 1766. §1
Ou bien un congé favorable
Que donne à ſon valet un maître confentant ,
Ou bien à l'écolier un Profeffeur content
D'aller où ? c'est ce que j'ignore .
Tranchez une autre tête encore ,
Et , par une conjonction ,
Il vous annonce une oppofition .
L'opération vous amufe ;
Eh bien , je la permets encor pour une fois :
Mais toute chofe à la fin s'uſe ,
Si l'on ne ménage fes droits.
Ce qui vous refte , atôme indiviſible ,
A cependant la qualité ,
Une lettre , fans elle , on n'auroit pas fanté.
Mais mon latin pour vous eft inintelligible :
Eh bien , parlons françois ; le mot eſt uſité ,
Moins au férieux qu'au comique ,
Moins en éloge qu'en critique ;
Ce n'eft pas vous , en vérité ,
A qui , fur ce défaut , on peut faire querelle.
Une inverfion , telle quelle ,
Me donne un autre nom encor moins obligeant ,
Burleſque , injure en France , en Grèce un élément ,
De l'alphabet une confonne ;
Je ne veux offenfer perfonne ,
Le nom françois pourtant pourroit trèsbien quadrer
A qui de mes filets ne fait pas fe tirer.
Cij
62 MERCURE
DE FRANCE
.
Eft - ce vous que cela regarde ?
Quoi qu'il en foit , foyez en garde ,
Jufqu'à vous je veux arriver ;
Je veux dans mon mot vous trouver
Et m'y voici . ( honni qui mal y penſe ! )
Depuis que nos docteurs nouveaux ont réformé
Notre orthographe , & fupprimé
Des doublemens l'inutile dépenfe ,
Trois lettres font un mot que vous appliquera
L'oeil de quiconque vous verra .
A M. l'Abbé DE V...
Vous favez le látin , Abbé , certainement.
Or , devinez un mot , qui , tel qu'il fe préfente ,
Aux humains qu'il enchante ,
Donne un heureux moment .
Coupez la tête ; alors , Polype véritable ,
Sous autre forme cependant
Il fe reproduira : c'eft un commandement
NOVEMBRE 1766. §1
Ou bien un congé favorable
Que donne à ſon valet un maître confentant ,
Ou bien à l'écolier un Profeffeur content
D'aller où ? c'est ce que j'ignore .
Tranchez une autre tête encore ,
Et , par une conjonction ,
Il vous annonce une oppofition .
L'opération vous amufe ;
Eh bien , je la permets encor pour une fois :
Mais toute chofe à la fin s'uſe ,
Si l'on ne ménage fes droits.
Ce qui vous refte , atôme indiviſible ,
A cependant la qualité ,
Une lettre , fans elle , on n'auroit pas fanté.
Mais mon latin pour vous eft inintelligible :
Eh bien , parlons françois ; le mot eſt uſité ,
Moins au férieux qu'au comique ,
Moins en éloge qu'en critique ;
Ce n'eft pas vous , en vérité ,
A qui , fur ce défaut , on peut faire querelle.
Une inverfion , telle quelle ,
Me donne un autre nom encor moins obligeant ,
Burleſque , injure en France , en Grèce un élément ,
De l'alphabet une confonne ;
Je ne veux offenfer perfonne ,
Le nom françois pourtant pourroit trèsbien quadrer
A qui de mes filets ne fait pas fe tirer.
Cij
62 MERCURE
DE FRANCE
.
Eft - ce vous que cela regarde ?
Quoi qu'il en foit , foyez en garde ,
Jufqu'à vous je veux arriver ;
Je veux dans mon mot vous trouver
Et m'y voici . ( honni qui mal y penſe ! )
Depuis que nos docteurs nouveaux ont réformé
Notre orthographe , & fupprimé
Des doublemens l'inutile dépenfe ,
Trois lettres font un mot que vous appliquera
L'oeil de quiconque vous verra .
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11658
p. 508-514
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. T. [...]
Mots clefs :
Dialectique, Aristote, Dispute académique, Philosophie, Jugement, Injustice, François I, Logique, Pierre Ramus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
M
EMOIRES pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres , &c.
T. XIII. de 408. pages. A Paris , chez
Bríasson , à la Science , M. DCC. XXX.
Voici les noms des Sçavans dont les
Vies et le Catalogue des Ouvrages remplissent
ce Volume. Louis Alamanni; Guill.
Amontons ; Jean Barbier d'Aucour; Pierre
de Boissat ; Jean Boscan ; Jean Coras ;
Claude d'Epences ; Melchior Guillandin ;
George - Abraham Merklinus : Etienne le
Moine ; André Navagero ; Bernard Nieu-
Wentit : Sertorio Orsato ; Conrad Peuttinger.
Pierre Ramus ; Jean Russellay ; Joseph
Pompée Sacco ; Nic. Sanson ; Benoît de
Spinosa Guill. Temple ; Robert Titi ; Bernard
Trivisano ; Garsilasso ; de la Vega ;
Gerard Vossius ; Gerard-Jean Vossius; Isaac
Vossius ; André- Chrisostome Zaluski.
Nous exposerons ici à nos Lecteurs ce
que
MARS. 1731. 509
que
l'Editeur des Mémoires rapporte au
sujet du fameux Pierre Ramus , cet article
nous ayant parû l'un des plus curieux
et des plus travaillez.
Pierre Ramus , ou de la Ramée , nâquit
l'an 1515. dans un Village de Vermandois
en Picardie,nommé Cuth . Son Aycul,
qui étoit d'une bonne famille du Pays de
Liege , s'étoit retiré dans ces quartiers-là ,
après avoir perdu tous ses biens , lorsque
sa Patrie fut réduite en cendres par Charles
Duc de Bourgogne. Le triste état où
il se vit alors , l'obligea à gagner sa vie
le reste de ses jours , à faire et à vendre
du Charbon . Il laissa un fils qui gagna
la sienne à labourer , et qui fut le Pere
de celui dont il s'agit ici .
Pierre Ramus ne fut gueres plus heureux
que son Pere et son Ayeul , car sa
vie a été une alternative perpetuelle d'élevation
et d'abaissement , et il a été en
toutes manieres le jouet de la fortune.
A peine étoit-il hors du berceau , qu'il
fut attaqué deux fois de la Peste . A l'âge
de huit ans l'envie d'apprendre le fit ve
nir à Paris ; mais la misere l'ayant obligé
d'en sortir , il y revint le plutôt qu'il put,
et n'y trouvant point les moyens d'y subsister
, il en partit une seconde fois. La
mauvaise réussite de ces deux voyages
ne le découragea pas cependant ; sa pas-
E sion
510 MERCURE DE FRANCE
sion pour l'étude lui en fit entreprendre
un troisième qui fut plus heureux .
Il fut d'abord entretenu pendant quelques
mois par un de ses oncles ; mais ce
secours lui ayant manqué , il fut contraint
d'être Valet au Collegé de Navarre.
Le service qu'il rendoit à son Maître , ne
l'empêchoit pas de s'appliquer à l'étude ,
car il y employoit une partie de la nuit ,
et il y fit
par ce moyen , des progrès considerables
en peu de tems.
Il n'y a aucune vrai- semblance à ce qu'on
Jit dans le premier Scaligeriana , qu'il vécut
jusqu'à l'âge de dix- neuf ans sans sçavoir
lire , qu'il avoit l'esprit hébêté , pesant
et stupide , et qu'il avoit trente ans
lorsqu'il écrivit contre Aristote. Ce dernier
fait est incontestablement faux ; car
son Livre contre Aristote fut condamné
après mille contestations , le 10.May'1543 .
or il n'avoit encore que vingt- huit ans.
Après ses études d'Humanitez et de
Rhéthorique , il fit son cours de Philosophie
, qui dura , selon l'usage de son
tems , trois ans et demi. La These qu'il
soutint pour se faire recevoir Maître- ès-
Arts , révolta bien du monde ; il s'y proposa
de soutenir cette Propostion , que
tout ce qu' Aristote avoit dit étoit faux.
Tous les Professeurs,quine connoissoient
d'autre Philosophe qu'Aristote , & qui
croyoient
MAR S. 173. 511
croyoient qu'on ne pouvoit sans crime aller
contre son autorité, prirent feu, et vinrent
attaquer la These avec toute la force que
leur habileté pouvoit leur fournir.Mais le
Répondant repoussa pendant un jour entier
leurs attaques avec tant de subtilité
et d'adresse , que tout Paris en fut dans
l'étonnement .
Ce succès enhardit Ramus , et lui fit
naître l'envie d'examiner plus à fond la
Doctrine d'Aristote , et de la combattre
vigoureusement ; il se borna cependant à
la Logique , à laquelle il rapporta toutes
ses lectures , et même les leçons d'Eloquence
, qu'il commença alors à faire à
la jeunesse .
- Les deux premiers Livres qu'il publia
sur cette matiere , causerent de grands
troubles dans l'Université de Paris . On le
cita devant les Juges Criminels , comme
un homme qui vouloit renverser la Religion
et les Sciences. Le Parlement voyant
le vacarme que causoit cette affaire , voulut
en prendre connoissance ; mais ses Adversaires
, persuadez qu'elle y seroit examinée
dans toutes les formes et selon les
regles de l'équité , la tirerent de ce Tribunal
, par leurs intrigues , et la firent
évoquer au Conseil du Roi , où ils espe
roient que leur crédit leur seroit d'un .
grand usage.
}
E ij
Le
512 MERCURE DE FRANCE
Le Roi ordonna donc qu'Antoine Govea,
qui étoit son principal Adversaire, et
Ramus choisiroient chacun deux personnes
habiles pour être,avec celui qu'il nommeroit
lui-même , Juges de leur dispute.
En conséquence de cette Ordonnance ,
Govea choisit Pierre Danés et François
à Vincercato, et Ramus nomma Jean Quintin
, Docteur en Droit , et Jean de Beaumont
, Docteur en Medecine. Le Député
de la part du Roi , fut Jean de Salignac ,
Docteur en Théologic.
Ramus , pour obeïr aux ordres du Roi,
comparut
devant les cinq Juges , quoiqu'il
y en eût trois qui fussent ses ennemis
déclarez ; on disputa pendant deux
jours. Il soutint que la Dialectique
d'Aristote
étoit imparfaite , parce qu'elle ne
contenoit
ni définition
ni division . Les
deux Juges qu'il avoit choisis , déclarerent
le premier jour que la définition
étoit necessaire
dans toute dispute bien
reglée ; les trois autres déclarerent
, au
contraire , que la Dialectique
peut être
parfaite sans définition . Le lendemain
ces
derniers reconurent
que la division y étoit
nécessaire ; mais voyant que Ramus en
concluoit
qu'il avoit raison de condamner
la Logique d'Aristote
, puisqu'elle
n'en avoit point , ils renvoyerent
l'affaire
à un autre jour. S'apMARS.
1731. 513
S'appercevant ensuite qu'ils s'étoient
jettez dans un embarras dont ils ne pouvoient
sortir avec honneur , ils déclarerent
qu'il falloit recommencer la dispute
, et tenir pour non avenu tout ce qui
s'étoit passé pendant les deux jours . Ramus
se plaignit hautement de ce procedé,
par lequel les Juges , non - seulement faisoient
paroître ouvertement qu'ils vouloient
le condamner , mais cassoient aussi
eux-mêmes leur Jugement , il les récusa
et appella de tout ce qu'ils pourroient
faire.
Son Appel fut déclaré nul par François
I. qui ordonna que les cinq Juges
prononceroient en dernier ressort et définitivement
sur cette affaire . Les Juges
nommez par Ramus ne voulurent point
assister au Jugement , pour n'être point
témoins de l'injustice qu'on alloit lui faire.
Ainsi les trois autres prononcerent
tout ce que la passion et la prévention
leur suggererent , sans avoir attendu davantage
Ramus , qui ne voulut plus paroître
devant eux , et ils prévinrent tellement
l'esprit du Roi , par de faux rap-.
ports , qu'ils obtinrent de lui la confirmation
de leur Jugement.
C'est ainsi que ce fait est raconté par
Omer Talon , dans un Livre qu'il dédia
au Cardinal de Lorraine. Si on s'arrête à
E iij
son
514 MERCURE DE FRANCE
son récit , comme il y a tout lieu de le
faire , on rejettera comme une Fable ce
qui est rapporté par Pierre Galland , dans
la Vie de Castellan , où il dit que François
I. ayant appris les invectives continuelles
d'un certain Sophiste , contre Aris ,
tote , contre Ciceron et contre Quintilien
, avoit résolu de l'envoyer aux Galeres
; mais que Castellan lui suggera un
autre genre de punition , qui fut d'engager
ce Sophiste à une dispute , où il
feroit voir sa folie par le silence , auquel
on le réduiroit ; que le Roi goûta cet
expedient , et que lorsqu'il eut sçû la confusion
que ce Personnage avoit reçûë , il
se contenta de cette peine. C'est de Ramus
que Galland vouloit parler , mais il
est bon de se souvenir que c'étoit son
grand Ennemi.
EMOIRES pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres , &c.
T. XIII. de 408. pages. A Paris , chez
Bríasson , à la Science , M. DCC. XXX.
Voici les noms des Sçavans dont les
Vies et le Catalogue des Ouvrages remplissent
ce Volume. Louis Alamanni; Guill.
Amontons ; Jean Barbier d'Aucour; Pierre
de Boissat ; Jean Boscan ; Jean Coras ;
Claude d'Epences ; Melchior Guillandin ;
George - Abraham Merklinus : Etienne le
Moine ; André Navagero ; Bernard Nieu-
Wentit : Sertorio Orsato ; Conrad Peuttinger.
Pierre Ramus ; Jean Russellay ; Joseph
Pompée Sacco ; Nic. Sanson ; Benoît de
Spinosa Guill. Temple ; Robert Titi ; Bernard
Trivisano ; Garsilasso ; de la Vega ;
Gerard Vossius ; Gerard-Jean Vossius; Isaac
Vossius ; André- Chrisostome Zaluski.
Nous exposerons ici à nos Lecteurs ce
que
MARS. 1731. 509
que
l'Editeur des Mémoires rapporte au
sujet du fameux Pierre Ramus , cet article
nous ayant parû l'un des plus curieux
et des plus travaillez.
Pierre Ramus , ou de la Ramée , nâquit
l'an 1515. dans un Village de Vermandois
en Picardie,nommé Cuth . Son Aycul,
qui étoit d'une bonne famille du Pays de
Liege , s'étoit retiré dans ces quartiers-là ,
après avoir perdu tous ses biens , lorsque
sa Patrie fut réduite en cendres par Charles
Duc de Bourgogne. Le triste état où
il se vit alors , l'obligea à gagner sa vie
le reste de ses jours , à faire et à vendre
du Charbon . Il laissa un fils qui gagna
la sienne à labourer , et qui fut le Pere
de celui dont il s'agit ici .
Pierre Ramus ne fut gueres plus heureux
que son Pere et son Ayeul , car sa
vie a été une alternative perpetuelle d'élevation
et d'abaissement , et il a été en
toutes manieres le jouet de la fortune.
A peine étoit-il hors du berceau , qu'il
fut attaqué deux fois de la Peste . A l'âge
de huit ans l'envie d'apprendre le fit ve
nir à Paris ; mais la misere l'ayant obligé
d'en sortir , il y revint le plutôt qu'il put,
et n'y trouvant point les moyens d'y subsister
, il en partit une seconde fois. La
mauvaise réussite de ces deux voyages
ne le découragea pas cependant ; sa pas-
E sion
510 MERCURE DE FRANCE
sion pour l'étude lui en fit entreprendre
un troisième qui fut plus heureux .
Il fut d'abord entretenu pendant quelques
mois par un de ses oncles ; mais ce
secours lui ayant manqué , il fut contraint
d'être Valet au Collegé de Navarre.
Le service qu'il rendoit à son Maître , ne
l'empêchoit pas de s'appliquer à l'étude ,
car il y employoit une partie de la nuit ,
et il y fit
par ce moyen , des progrès considerables
en peu de tems.
Il n'y a aucune vrai- semblance à ce qu'on
Jit dans le premier Scaligeriana , qu'il vécut
jusqu'à l'âge de dix- neuf ans sans sçavoir
lire , qu'il avoit l'esprit hébêté , pesant
et stupide , et qu'il avoit trente ans
lorsqu'il écrivit contre Aristote. Ce dernier
fait est incontestablement faux ; car
son Livre contre Aristote fut condamné
après mille contestations , le 10.May'1543 .
or il n'avoit encore que vingt- huit ans.
Après ses études d'Humanitez et de
Rhéthorique , il fit son cours de Philosophie
, qui dura , selon l'usage de son
tems , trois ans et demi. La These qu'il
soutint pour se faire recevoir Maître- ès-
Arts , révolta bien du monde ; il s'y proposa
de soutenir cette Propostion , que
tout ce qu' Aristote avoit dit étoit faux.
Tous les Professeurs,quine connoissoient
d'autre Philosophe qu'Aristote , & qui
croyoient
MAR S. 173. 511
croyoient qu'on ne pouvoit sans crime aller
contre son autorité, prirent feu, et vinrent
attaquer la These avec toute la force que
leur habileté pouvoit leur fournir.Mais le
Répondant repoussa pendant un jour entier
leurs attaques avec tant de subtilité
et d'adresse , que tout Paris en fut dans
l'étonnement .
Ce succès enhardit Ramus , et lui fit
naître l'envie d'examiner plus à fond la
Doctrine d'Aristote , et de la combattre
vigoureusement ; il se borna cependant à
la Logique , à laquelle il rapporta toutes
ses lectures , et même les leçons d'Eloquence
, qu'il commença alors à faire à
la jeunesse .
- Les deux premiers Livres qu'il publia
sur cette matiere , causerent de grands
troubles dans l'Université de Paris . On le
cita devant les Juges Criminels , comme
un homme qui vouloit renverser la Religion
et les Sciences. Le Parlement voyant
le vacarme que causoit cette affaire , voulut
en prendre connoissance ; mais ses Adversaires
, persuadez qu'elle y seroit examinée
dans toutes les formes et selon les
regles de l'équité , la tirerent de ce Tribunal
, par leurs intrigues , et la firent
évoquer au Conseil du Roi , où ils espe
roient que leur crédit leur seroit d'un .
grand usage.
}
E ij
Le
512 MERCURE DE FRANCE
Le Roi ordonna donc qu'Antoine Govea,
qui étoit son principal Adversaire, et
Ramus choisiroient chacun deux personnes
habiles pour être,avec celui qu'il nommeroit
lui-même , Juges de leur dispute.
En conséquence de cette Ordonnance ,
Govea choisit Pierre Danés et François
à Vincercato, et Ramus nomma Jean Quintin
, Docteur en Droit , et Jean de Beaumont
, Docteur en Medecine. Le Député
de la part du Roi , fut Jean de Salignac ,
Docteur en Théologic.
Ramus , pour obeïr aux ordres du Roi,
comparut
devant les cinq Juges , quoiqu'il
y en eût trois qui fussent ses ennemis
déclarez ; on disputa pendant deux
jours. Il soutint que la Dialectique
d'Aristote
étoit imparfaite , parce qu'elle ne
contenoit
ni définition
ni division . Les
deux Juges qu'il avoit choisis , déclarerent
le premier jour que la définition
étoit necessaire
dans toute dispute bien
reglée ; les trois autres déclarerent
, au
contraire , que la Dialectique
peut être
parfaite sans définition . Le lendemain
ces
derniers reconurent
que la division y étoit
nécessaire ; mais voyant que Ramus en
concluoit
qu'il avoit raison de condamner
la Logique d'Aristote
, puisqu'elle
n'en avoit point , ils renvoyerent
l'affaire
à un autre jour. S'apMARS.
1731. 513
S'appercevant ensuite qu'ils s'étoient
jettez dans un embarras dont ils ne pouvoient
sortir avec honneur , ils déclarerent
qu'il falloit recommencer la dispute
, et tenir pour non avenu tout ce qui
s'étoit passé pendant les deux jours . Ramus
se plaignit hautement de ce procedé,
par lequel les Juges , non - seulement faisoient
paroître ouvertement qu'ils vouloient
le condamner , mais cassoient aussi
eux-mêmes leur Jugement , il les récusa
et appella de tout ce qu'ils pourroient
faire.
Son Appel fut déclaré nul par François
I. qui ordonna que les cinq Juges
prononceroient en dernier ressort et définitivement
sur cette affaire . Les Juges
nommez par Ramus ne voulurent point
assister au Jugement , pour n'être point
témoins de l'injustice qu'on alloit lui faire.
Ainsi les trois autres prononcerent
tout ce que la passion et la prévention
leur suggererent , sans avoir attendu davantage
Ramus , qui ne voulut plus paroître
devant eux , et ils prévinrent tellement
l'esprit du Roi , par de faux rap-.
ports , qu'ils obtinrent de lui la confirmation
de leur Jugement.
C'est ainsi que ce fait est raconté par
Omer Talon , dans un Livre qu'il dédia
au Cardinal de Lorraine. Si on s'arrête à
E iij
son
514 MERCURE DE FRANCE
son récit , comme il y a tout lieu de le
faire , on rejettera comme une Fable ce
qui est rapporté par Pierre Galland , dans
la Vie de Castellan , où il dit que François
I. ayant appris les invectives continuelles
d'un certain Sophiste , contre Aris ,
tote , contre Ciceron et contre Quintilien
, avoit résolu de l'envoyer aux Galeres
; mais que Castellan lui suggera un
autre genre de punition , qui fut d'engager
ce Sophiste à une dispute , où il
feroit voir sa folie par le silence , auquel
on le réduiroit ; que le Roi goûta cet
expedient , et que lorsqu'il eut sçû la confusion
que ce Personnage avoit reçûë , il
se contenta de cette peine. C'est de Ramus
que Galland vouloit parler , mais il
est bon de se souvenir que c'étoit son
grand Ennemi.
Fermer
Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Le texte extrait des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres' présente une liste de savants, dont les vies et les œuvres sont détaillées dans le volume XIII. L'article se concentre sur Pierre Ramus, né en 1515 dans un village de Picardie. Son grand-père, originaire de Liège, avait perdu tous ses biens lors de la destruction de sa patrie par Charles Duc de Bourgogne et s'était réfugié en Picardie où il gagnait sa vie en vendant du charbon. Le père de Ramus était paysan. La vie de Ramus fut marquée par des alternances de succès et d'échecs. À l'âge de huit ans, il vint à Paris pour étudier, mais dut quitter la ville à plusieurs reprises en raison de la misère. Grâce à un oncle, il put revenir à Paris et, manquant de ressources, il devint valet au Collège de Navarre tout en continuant ses études la nuit. Contrairement à certaines rumeurs, Ramus savait lire dès son jeune âge et avait écrit contre Aristote avant ses trente ans. Après ses études d'humanité et de rhétorique, Ramus soutint une thèse controversée affirmant que tout ce qu'Aristote avait dit était faux. Cette thèse provoqua un grand émoi parmi les professeurs parisiens, qui défendaient l'autorité d'Aristote. Ramus publia ensuite deux livres sur la logique, ce qui lui valut d'être accusé de vouloir renverser la religion et les sciences. Le Parlement et le Conseil du Roi furent impliqués dans cette affaire, mais les adversaires de Ramus réussirent à influencer le jugement en sa défaveur. Malgré les efforts de Ramus pour se défendre, il fut finalement condamné par un jugement partial.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11659
p. 2032-2041
LETTRE de M. Beauvais, à M. l'Abbé de Matigney, Chanoine de la Métropole de Besançon, sur la Mort de M. l'Abbé de Rothelin.
Début :
Je vous ai annoncé, Monsieur, avec beaucoup de douleur par ma derniere Lettre, [...]
Mots clefs :
Charles d'Orléans de Rothelin, Belles-lettres, Sciences, Médailles, Cardinal de Polignac, Académie française, Académie des inscriptions et belles-lettres, Anti-Lucrèce, Bibliothèque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Beauvais, à M. l'Abbé de Matigney, Chanoine de la Métropole de Besançon, sur la Mort de M. l'Abbé de Rothelin.
LETTRE de M. Beauvais , à M. l'Abbé
de Matigney , Chanoine de la Métropole de
Befançon , fur la Mort de M. l'Abbé de
Rothelin.
E vous ai annoncé , Monfieur , avec beau
coup de douleur par ma derniere Lettre,
la mort de l'Illuftre Abbé de Rothelin ; vous
connoiffez les Relations que j'avois avec
lui , l'amitié & la confiance dont il m'a honoré
pendant les quatorze dernieres années
de fa Vie , & je crois vous faire plaifir , en
vous apprenant les particularités que je fçais
de la Vie d'un fi grand homme ; c'eſt la
moindre chofe à laquelle la reconnoiffance
m'engage , en attendant que l'Académie
Françoife , & celle des Infcriptions & Belles-
Lettres célébrent fa mémoire & faffent
connoître à la République des Lettres la
perte qu'elle vient de faire.
CHARLES D'ORLEANS ROTHELIN nâquit
les Août 1691 d'Henri d'Orleans , Marquis
de Rothelin , & de Gabrielle Eleonore
de Montaud , fille de Philippe de Montaud ,
Duc de Navailles , Maréchal de France . Il
n'avoit que fix femaines , lorfque le Marquis
de Rothelin fon Pere , fut tué à la Bataille
de Leuze , en combattant à la tête de
la Gendarmerie , où il fut bleffé de 32
coups ,
SEPTEMBRE . 1744. 2033
coups , dont quatre étoient mortels
.
M. de Rothelin , dont il s'agit ici , qui
étoit le dernier des trois fils , que le Marquis
avoit laiffés , fe détermina dès la jeunelle
à embrafler l'Etat Eccléfiaftique , plû-
τότ que celui des Armes , où fes Ancêtres
avoient beaucoup brillé : ce choix ne lui
fut point infpiré par fa famille , comme on
Pinfpire affés ordinairement aux Cadets
des Maifons Illuftres ; il s'y fentit porté par
l'amour qu'il conçût pour l'Etude , & em
général pour toutes les Sciences , & on auroit
pû prévoir alors, qu'il feroit un jour en
France un des plus zélés Protecteurs des
Belles- Lettres & des Sciences , ce qui s'eft
vérifié après le Régne , à cet égard , le plus
brillant , qu'il y ait jamais eû.
Il fit fes Etudes avec un fuccès étonnant
& il devint en peu de tems excellent Humanifte
, Philofophe profond , & un des plus
grands Théologiens ; on fçait que fes Cahiers
de Théologie fervent encore aujourd'hui
de modéles aux perfonnes , qui veulent
étudier avec fuccès une Science où il
faut joindre la folidité du jugement avec la
vivacité de l'efprit .
Comme notre Illuftre Abbé étoit un de
ces hommes rares , qui naiffent pour faire
honneur aux Siécles où ils vivent , & qui
font sûrs de réüffir & de plaire dans tous
E v les
2034 MERCURE DE FRANCE.
les genres qu'ils embraffent , fon mérite
frappa , entr'autres , dès ce tems- là , M. le
Cardinal de Polignac , & ces deux hommes
d'un génie fuperieur , s'infpirerent récipro
quement ces fentimens d'eftime & de vénération
que le vrai mérite produit . Leur amitié
, qui faifoit l'admiration de tous ceux
qui avoient l'avantage de les connoître particulierement
, a duré juſqu'à la fin de leurs
Vies.
Le Cardinal de Polignac , ayant été obligé
d'aller à Rome après la mort du Pape
Innocent XIII , pour affifter à une nouvelle
Election , M. de Rothelin , qui avoit achevé
, il y avoit quelques années , le cours de
fes Etudes Eccléfiaftiques , & reçû l'Ordre
de Prêtrife , fit le voyage d'Italie , & fe renferma
dans le Conclave avec fon ami . Lorfqu'il
en fut forti après l'Election de Benoît
XIII , les Négociations dont M. de Polignac
fut chargé de la part de la Cour de
France , & dans lefquelles notre Illuftre
Abbé eut beaucoup de part , ne l'empêcherent
pas de fuivre fon goût & de vifiter
avec attention toutes les.Merveilles de cette
ancienne Capitale du Monde , principalement
les Monumens Antiques , que fon
imagination jufte & pénétrante lui repréfentoit
dans l'Etat majeftueux , où les Romains
les avoient autrefois élevés. Cette
idée
SEPTEMBRE. 1744. 2035
idée brillante de Rome Ancienne , qu'il faifoit
renaître fur fes propres débris , lui inf
pira pour les Médailles Antiques , fur leſquelles
la plupart de ces Monumens font repréfentés
, ce goût qui l'a rendu un des plus
Sçavans Antiquaires, & sûrement le premier
Médaillifte de fon tems.
Il commença dès- lors à amaffer ces fameufes
fuites de Médailles Impériales d'Argent
, de Médaillons de même Métal , & de
Quinaires, qu'il a perfectionnées pendant le
le refte de la Vie , par l'acquifition de plus
de trente Cabinets de Médailles Antiques
que differens Particuliers avoient recueillis
avec beaucoup de foin & de dépenfe , & qui
lui avoient à la fin formés ces trois Collections
, qui ne font égalées par aucun Cabinet
en ce genre , qu'il y ait en Europe..
y
Elles font aujourd'hui l'admiration dess
Connoiffeurs , & les Sçavans peuvent les
regarder comme les fources les plus sûres
& les plus curieufes de l'Hiftoire Ancienne
.
Il s'étoit auffi formé une Bibliotéque
qu'on peut confiderer comme une des plus:
précieufes qu'il y ait à Paris , foit par less
Manuferits , foit par les Livres rares, dont
elle eft compofée ; elle feroit plus compler--
te , fi fon amour pour les Sçavans , & pour
lebien public ne l'avoit pas engagé à dépo
Evj
Lex
2036 MERCURE DE FRANCE .
fer dans celle du Roi les Manufcrits & les
autres Livres , qu'il poffedoit , & qui y manquoient.
Quoiqu'il femblât que M. de Rothelin
donnoit beaucoup de fon tems à amaffer des
Médailles & à former fa Bibliotéque , ces
objets n'étoient cependant qu'un amuſement
pour lui , lefquels lui fervoient de délaffedans
des occupations
, qu'il regardoit
comme plus effentielles à l'Etat qu'il
avoit embraffé.
ment ,
Il fut reçû à l'Académie Françoiſe le 28
Juin 1728 , & enfuite dans celle des Infcriptions
& Belles- Lettres , en qualité d'Honoraire.
Nous avons le Difcours qu'il prononça
dans la premiere de ces deux Académies ,
& ceux qu'il a compofés depuis à l'occafion
de differentes Receptions : on y remarque
avec plaifir cette éloquence qui lui étoit naturelle
; en effet M. de Rothelin étoit , de
l'aveu de tous les Connoiffeurs , un des Seigneurs
qui parloit avec le plus de graces, &
qui compofoit avec le plus de facilité fur
toutes fortes de fujets. Son ftyle Epiftolaire
a un naturel qui frappe & qui ne permet
pas de lire fes Lettres , fans être charmé de
la façon dont elles font écrites ; j'en parle,
M. avec certitude , puifqu'il m'a fait l'honneur
de m'en écrire plus de 300 , que je
poffède , & qui auroient dû me former un
style ,
SEPTEMBRE. 1744. 2.037
ftyle , s'il étoit poffible , aux perfonnes qui
naiffent avec des talens bornés , d'imiter les
Grands Hommes .
Il fembloit , dans le tems qu'il fut reçû à
l'Académie Françoife , qu'il ne fut pas fixé
pour toujours à Paris , & cette Compagnie
lui fit fentir dans le Difcours qu'elle lui
adreffa , l'appréhenfion qu'elle avoit de le
perdre ; elle le regardoit comme un fujet
qui lui feroit bientôt enlevé , pour briller
dans une de ces Places où la Vertu & les
talens doivent paroître dans tout leur
éclat.
M. de Rothelin avoit des idées bien differentes
; il avoit accepté à la fin de 1726 , la
fimple Abbaye de Cormeilles , mais on fçait
aufli qu'il avoit conftamment refufé l'Epifcopat
, & que le goût univerfel qui le dominoit
pour les Sciences , le fit renoncer à
toutes les idées de Grandeur & de Fortune ,
pour ne pas quitter Paris , & pour paffer
une partie de la vie dans fon Cabinet , qui
étoit un véritable Sanctuaire des Mufes , le
rendez - vous des Sçavans , & furtout des
hommes rares & finguliers dans chaque
Science .
C'est dans cette fituation , où il a paffé
les quinze dernieres années de fa vie , que
j'ai eu lieu de le connoître plus particulierement
& de l'admirer , où j'ai tâché deprofiter
2038 MERCURE DE FRANCE.
fiter de fes lumieres fur le goût commun qui
nous unifoit. C'eſt dans cet état d'un homme
, qui n'ambitionnoit que la qualité d'Amateur
des Belles - Lettres , que je fouhaite
vous le faire connoître , & vous repréfenter
un de ces hommes d'un caractere aimable
, & de la politeffe la plus parfaite , dont
les qualités du coeur furpaffoient encore celles
de l'efprit , qui faifoit fon bonheur d'encourager
& de favorifer les Gens de Lettres
& de cultiver de véritables amis , qui fe livroit
entierement à eux , qui les charmoit
dans fes Difcours , par des graces qui lui
étoient naturelles , & qui auroient fuffi feules
,pour perfuader , indépendamment de la
folidité de fes raifonnemens ;un de ces hommes
univerfels , nés pour connoître à fond
la plupart des Sciences , & en même-tems
d'un caractere à ne jamais faire fentir à ceux
qui paroiffoient y briller davantage , la fu
périorité qu'il avoit fur eux ; un de ces hommes
enfin , qu'on n'abordoit jamais fans:
plaifir , qu'on n'écoutoit qu'avec un charme
infini , & qu'on ne pouvoit quitter fans emporter
de lui une idée qu'aucun objet ne
pouvoit effacer.
Outre les talens que M. de Rothelin poffédoit
, foit du côté des Sciences , foit du
côté de la Politique , où il étoit regardé
comme un Génie fupérieur ,,qui connoiffoit
SEPTEMBRE. 1744. 2039
à fond les intérêts des differentes Nations ,
il avoit encore celui de fçavoir plufieurs
Langues ; il fçavoit parfaitement la Langue
Grecque ; il connoiffoit toutes les beautés
& les délicateffes de la Latine ; il parloit
& écrivoit l'Italienne, comme fi elle avoit
été fa Langue Maternelle ; je lui ai vû apprendre
l'Anglois en moins d'un mois , &
il m'a dit qu'il en avoit conçû le deffein
uniquement pour pouvoir lire dans l'Origi
nal les Poëmes de Milton . Tout le monde
fçait combien il excelloit dans la Langue-
Françoife , & l'Académie en étoit fi perfuadée
, qu'elle l'engagea , il y a fix années , &
fe charger en partie de la correction du Dic
tionnaire dont elle a donné une nouvelle
Edition en 1740.
L'année fuivante , M. de Rothelin accep
ta une Place dans la focieté Litteraire d'Or
leans , qui venoit de fe former fous les auf
pices de M. l'Evêque de cette Ville , & dont
M. le Duc d'Orleans fe déclara enfuite Protecteur.
Notre Illuftre Abbé eut le malheur de
perdre dans ce tems-là , M. le Cardinal de
Polignac , qui lui remit fon Poëme de l'Anti-
Lucrece , dans lequel ce fameux Cardinal a
fçû par des Vers auffi harmonieux que ceux
de l'Auteur qu'il combat , vaincre Lucrece
par fes propres armes , & faire fentir le faux
de
2040 MERCURE DE FRANCE.
de la Morale d'Epicure, fur laquelle il avoit
fondé fon Systême .
Il m'écrivit le 23 Novembre 1741 , au
fujet de cette mort en ces termes.
» J'ai eu le malheur de perdre , depuis
»peu de jours , M. le Cardinal de Poli-
»gnac , homme fupérieur & au -deffus de
>> tous les Eloges . Il m'a remis , en mourant ,
>>fon Poëme de l'Anti-Lucrece ; je vais faire
»de mon mieux pour le mettre en état d'être
» imprimé ; ce fera un hommage que je ren-
» drai à notre Académie ( d'Orleans ) dès
que je pourrai en avoir des Exemplaires .
Il me communiqua dans mon dernier
voyage de Paris , une partie des corrections
qu'il avoit faites à ce Poëme , & il me lût
la Traduction en Profe Françoife qu'il en
avoit entrepris ; je ne puis mieux vous la
comparer pour le ftyle , qu'à celle du Paradis
perdu de Milton , & même je crois qu'il
s'y trouve plus de fublime . Il eft à fouhaiter
que quelque habile Ecrivain continue
cette Traduction , qui feroit tant d'honneur
à notre Langue ; c'eft , comme l'a dit
un Auteur célébre , prolonger la vie des
Grands Hommes , que de continuer dignement
leurs Ouvrages.
La mauvaiſe fanté de M. de Rothelin ne
lui a pas permis de faire imprimer l'Anti-
Lucrece , qui étoit prefque entierement corrigé
;
SEPTEMBRE . 1744. 204
rigé ; il fut attaqué , il y a quelques mois ,
par une langueur & par un épuiſement ,
qui l'a conduit au Tombeau ; je lui écrivis
pour lui témoigner l'affliction où j'étois de
fa fituation ; il n'étoit plus en état de me
faire réponſe lui-même , mais il eut encore
l'attention de me faire faire fes derniers
adieux .
Comme il avoit toujours rempli fes devoirs
d'Eccléfiaftique & de véritable
Chrétien avec la derniere exactitude , &
qu'il avoit vécu avec la Piété la plus édifiante
, & la Sageffe la plus exemplaire , il
a vû venir avec un courage tranquille la
mort, qui l'a ravi à fes amis & au monde, le
17 de ce mois , âgé de près de 53 ans.
A Orleans , ce 30 Juillet 1744.
de Matigney , Chanoine de la Métropole de
Befançon , fur la Mort de M. l'Abbé de
Rothelin.
E vous ai annoncé , Monfieur , avec beau
coup de douleur par ma derniere Lettre,
la mort de l'Illuftre Abbé de Rothelin ; vous
connoiffez les Relations que j'avois avec
lui , l'amitié & la confiance dont il m'a honoré
pendant les quatorze dernieres années
de fa Vie , & je crois vous faire plaifir , en
vous apprenant les particularités que je fçais
de la Vie d'un fi grand homme ; c'eſt la
moindre chofe à laquelle la reconnoiffance
m'engage , en attendant que l'Académie
Françoife , & celle des Infcriptions & Belles-
Lettres célébrent fa mémoire & faffent
connoître à la République des Lettres la
perte qu'elle vient de faire.
CHARLES D'ORLEANS ROTHELIN nâquit
les Août 1691 d'Henri d'Orleans , Marquis
de Rothelin , & de Gabrielle Eleonore
de Montaud , fille de Philippe de Montaud ,
Duc de Navailles , Maréchal de France . Il
n'avoit que fix femaines , lorfque le Marquis
de Rothelin fon Pere , fut tué à la Bataille
de Leuze , en combattant à la tête de
la Gendarmerie , où il fut bleffé de 32
coups ,
SEPTEMBRE . 1744. 2033
coups , dont quatre étoient mortels
.
M. de Rothelin , dont il s'agit ici , qui
étoit le dernier des trois fils , que le Marquis
avoit laiffés , fe détermina dès la jeunelle
à embrafler l'Etat Eccléfiaftique , plû-
τότ que celui des Armes , où fes Ancêtres
avoient beaucoup brillé : ce choix ne lui
fut point infpiré par fa famille , comme on
Pinfpire affés ordinairement aux Cadets
des Maifons Illuftres ; il s'y fentit porté par
l'amour qu'il conçût pour l'Etude , & em
général pour toutes les Sciences , & on auroit
pû prévoir alors, qu'il feroit un jour en
France un des plus zélés Protecteurs des
Belles- Lettres & des Sciences , ce qui s'eft
vérifié après le Régne , à cet égard , le plus
brillant , qu'il y ait jamais eû.
Il fit fes Etudes avec un fuccès étonnant
& il devint en peu de tems excellent Humanifte
, Philofophe profond , & un des plus
grands Théologiens ; on fçait que fes Cahiers
de Théologie fervent encore aujourd'hui
de modéles aux perfonnes , qui veulent
étudier avec fuccès une Science où il
faut joindre la folidité du jugement avec la
vivacité de l'efprit .
Comme notre Illuftre Abbé étoit un de
ces hommes rares , qui naiffent pour faire
honneur aux Siécles où ils vivent , & qui
font sûrs de réüffir & de plaire dans tous
E v les
2034 MERCURE DE FRANCE.
les genres qu'ils embraffent , fon mérite
frappa , entr'autres , dès ce tems- là , M. le
Cardinal de Polignac , & ces deux hommes
d'un génie fuperieur , s'infpirerent récipro
quement ces fentimens d'eftime & de vénération
que le vrai mérite produit . Leur amitié
, qui faifoit l'admiration de tous ceux
qui avoient l'avantage de les connoître particulierement
, a duré juſqu'à la fin de leurs
Vies.
Le Cardinal de Polignac , ayant été obligé
d'aller à Rome après la mort du Pape
Innocent XIII , pour affifter à une nouvelle
Election , M. de Rothelin , qui avoit achevé
, il y avoit quelques années , le cours de
fes Etudes Eccléfiaftiques , & reçû l'Ordre
de Prêtrife , fit le voyage d'Italie , & fe renferma
dans le Conclave avec fon ami . Lorfqu'il
en fut forti après l'Election de Benoît
XIII , les Négociations dont M. de Polignac
fut chargé de la part de la Cour de
France , & dans lefquelles notre Illuftre
Abbé eut beaucoup de part , ne l'empêcherent
pas de fuivre fon goût & de vifiter
avec attention toutes les.Merveilles de cette
ancienne Capitale du Monde , principalement
les Monumens Antiques , que fon
imagination jufte & pénétrante lui repréfentoit
dans l'Etat majeftueux , où les Romains
les avoient autrefois élevés. Cette
idée
SEPTEMBRE. 1744. 2035
idée brillante de Rome Ancienne , qu'il faifoit
renaître fur fes propres débris , lui inf
pira pour les Médailles Antiques , fur leſquelles
la plupart de ces Monumens font repréfentés
, ce goût qui l'a rendu un des plus
Sçavans Antiquaires, & sûrement le premier
Médaillifte de fon tems.
Il commença dès- lors à amaffer ces fameufes
fuites de Médailles Impériales d'Argent
, de Médaillons de même Métal , & de
Quinaires, qu'il a perfectionnées pendant le
le refte de la Vie , par l'acquifition de plus
de trente Cabinets de Médailles Antiques
que differens Particuliers avoient recueillis
avec beaucoup de foin & de dépenfe , & qui
lui avoient à la fin formés ces trois Collections
, qui ne font égalées par aucun Cabinet
en ce genre , qu'il y ait en Europe..
y
Elles font aujourd'hui l'admiration dess
Connoiffeurs , & les Sçavans peuvent les
regarder comme les fources les plus sûres
& les plus curieufes de l'Hiftoire Ancienne
.
Il s'étoit auffi formé une Bibliotéque
qu'on peut confiderer comme une des plus:
précieufes qu'il y ait à Paris , foit par less
Manuferits , foit par les Livres rares, dont
elle eft compofée ; elle feroit plus compler--
te , fi fon amour pour les Sçavans , & pour
lebien public ne l'avoit pas engagé à dépo
Evj
Lex
2036 MERCURE DE FRANCE .
fer dans celle du Roi les Manufcrits & les
autres Livres , qu'il poffedoit , & qui y manquoient.
Quoiqu'il femblât que M. de Rothelin
donnoit beaucoup de fon tems à amaffer des
Médailles & à former fa Bibliotéque , ces
objets n'étoient cependant qu'un amuſement
pour lui , lefquels lui fervoient de délaffedans
des occupations
, qu'il regardoit
comme plus effentielles à l'Etat qu'il
avoit embraffé.
ment ,
Il fut reçû à l'Académie Françoiſe le 28
Juin 1728 , & enfuite dans celle des Infcriptions
& Belles- Lettres , en qualité d'Honoraire.
Nous avons le Difcours qu'il prononça
dans la premiere de ces deux Académies ,
& ceux qu'il a compofés depuis à l'occafion
de differentes Receptions : on y remarque
avec plaifir cette éloquence qui lui étoit naturelle
; en effet M. de Rothelin étoit , de
l'aveu de tous les Connoiffeurs , un des Seigneurs
qui parloit avec le plus de graces, &
qui compofoit avec le plus de facilité fur
toutes fortes de fujets. Son ftyle Epiftolaire
a un naturel qui frappe & qui ne permet
pas de lire fes Lettres , fans être charmé de
la façon dont elles font écrites ; j'en parle,
M. avec certitude , puifqu'il m'a fait l'honneur
de m'en écrire plus de 300 , que je
poffède , & qui auroient dû me former un
style ,
SEPTEMBRE. 1744. 2.037
ftyle , s'il étoit poffible , aux perfonnes qui
naiffent avec des talens bornés , d'imiter les
Grands Hommes .
Il fembloit , dans le tems qu'il fut reçû à
l'Académie Françoife , qu'il ne fut pas fixé
pour toujours à Paris , & cette Compagnie
lui fit fentir dans le Difcours qu'elle lui
adreffa , l'appréhenfion qu'elle avoit de le
perdre ; elle le regardoit comme un fujet
qui lui feroit bientôt enlevé , pour briller
dans une de ces Places où la Vertu & les
talens doivent paroître dans tout leur
éclat.
M. de Rothelin avoit des idées bien differentes
; il avoit accepté à la fin de 1726 , la
fimple Abbaye de Cormeilles , mais on fçait
aufli qu'il avoit conftamment refufé l'Epifcopat
, & que le goût univerfel qui le dominoit
pour les Sciences , le fit renoncer à
toutes les idées de Grandeur & de Fortune ,
pour ne pas quitter Paris , & pour paffer
une partie de la vie dans fon Cabinet , qui
étoit un véritable Sanctuaire des Mufes , le
rendez - vous des Sçavans , & furtout des
hommes rares & finguliers dans chaque
Science .
C'est dans cette fituation , où il a paffé
les quinze dernieres années de fa vie , que
j'ai eu lieu de le connoître plus particulierement
& de l'admirer , où j'ai tâché deprofiter
2038 MERCURE DE FRANCE.
fiter de fes lumieres fur le goût commun qui
nous unifoit. C'eſt dans cet état d'un homme
, qui n'ambitionnoit que la qualité d'Amateur
des Belles - Lettres , que je fouhaite
vous le faire connoître , & vous repréfenter
un de ces hommes d'un caractere aimable
, & de la politeffe la plus parfaite , dont
les qualités du coeur furpaffoient encore celles
de l'efprit , qui faifoit fon bonheur d'encourager
& de favorifer les Gens de Lettres
& de cultiver de véritables amis , qui fe livroit
entierement à eux , qui les charmoit
dans fes Difcours , par des graces qui lui
étoient naturelles , & qui auroient fuffi feules
,pour perfuader , indépendamment de la
folidité de fes raifonnemens ;un de ces hommes
univerfels , nés pour connoître à fond
la plupart des Sciences , & en même-tems
d'un caractere à ne jamais faire fentir à ceux
qui paroiffoient y briller davantage , la fu
périorité qu'il avoit fur eux ; un de ces hommes
enfin , qu'on n'abordoit jamais fans:
plaifir , qu'on n'écoutoit qu'avec un charme
infini , & qu'on ne pouvoit quitter fans emporter
de lui une idée qu'aucun objet ne
pouvoit effacer.
Outre les talens que M. de Rothelin poffédoit
, foit du côté des Sciences , foit du
côté de la Politique , où il étoit regardé
comme un Génie fupérieur ,,qui connoiffoit
SEPTEMBRE. 1744. 2039
à fond les intérêts des differentes Nations ,
il avoit encore celui de fçavoir plufieurs
Langues ; il fçavoit parfaitement la Langue
Grecque ; il connoiffoit toutes les beautés
& les délicateffes de la Latine ; il parloit
& écrivoit l'Italienne, comme fi elle avoit
été fa Langue Maternelle ; je lui ai vû apprendre
l'Anglois en moins d'un mois , &
il m'a dit qu'il en avoit conçû le deffein
uniquement pour pouvoir lire dans l'Origi
nal les Poëmes de Milton . Tout le monde
fçait combien il excelloit dans la Langue-
Françoife , & l'Académie en étoit fi perfuadée
, qu'elle l'engagea , il y a fix années , &
fe charger en partie de la correction du Dic
tionnaire dont elle a donné une nouvelle
Edition en 1740.
L'année fuivante , M. de Rothelin accep
ta une Place dans la focieté Litteraire d'Or
leans , qui venoit de fe former fous les auf
pices de M. l'Evêque de cette Ville , & dont
M. le Duc d'Orleans fe déclara enfuite Protecteur.
Notre Illuftre Abbé eut le malheur de
perdre dans ce tems-là , M. le Cardinal de
Polignac , qui lui remit fon Poëme de l'Anti-
Lucrece , dans lequel ce fameux Cardinal a
fçû par des Vers auffi harmonieux que ceux
de l'Auteur qu'il combat , vaincre Lucrece
par fes propres armes , & faire fentir le faux
de
2040 MERCURE DE FRANCE.
de la Morale d'Epicure, fur laquelle il avoit
fondé fon Systême .
Il m'écrivit le 23 Novembre 1741 , au
fujet de cette mort en ces termes.
» J'ai eu le malheur de perdre , depuis
»peu de jours , M. le Cardinal de Poli-
»gnac , homme fupérieur & au -deffus de
>> tous les Eloges . Il m'a remis , en mourant ,
>>fon Poëme de l'Anti-Lucrece ; je vais faire
»de mon mieux pour le mettre en état d'être
» imprimé ; ce fera un hommage que je ren-
» drai à notre Académie ( d'Orleans ) dès
que je pourrai en avoir des Exemplaires .
Il me communiqua dans mon dernier
voyage de Paris , une partie des corrections
qu'il avoit faites à ce Poëme , & il me lût
la Traduction en Profe Françoife qu'il en
avoit entrepris ; je ne puis mieux vous la
comparer pour le ftyle , qu'à celle du Paradis
perdu de Milton , & même je crois qu'il
s'y trouve plus de fublime . Il eft à fouhaiter
que quelque habile Ecrivain continue
cette Traduction , qui feroit tant d'honneur
à notre Langue ; c'eft , comme l'a dit
un Auteur célébre , prolonger la vie des
Grands Hommes , que de continuer dignement
leurs Ouvrages.
La mauvaiſe fanté de M. de Rothelin ne
lui a pas permis de faire imprimer l'Anti-
Lucrece , qui étoit prefque entierement corrigé
;
SEPTEMBRE . 1744. 204
rigé ; il fut attaqué , il y a quelques mois ,
par une langueur & par un épuiſement ,
qui l'a conduit au Tombeau ; je lui écrivis
pour lui témoigner l'affliction où j'étois de
fa fituation ; il n'étoit plus en état de me
faire réponſe lui-même , mais il eut encore
l'attention de me faire faire fes derniers
adieux .
Comme il avoit toujours rempli fes devoirs
d'Eccléfiaftique & de véritable
Chrétien avec la derniere exactitude , &
qu'il avoit vécu avec la Piété la plus édifiante
, & la Sageffe la plus exemplaire , il
a vû venir avec un courage tranquille la
mort, qui l'a ravi à fes amis & au monde, le
17 de ce mois , âgé de près de 53 ans.
A Orleans , ce 30 Juillet 1744.
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11660
p. 101
AUTRE.
Début :
Je suis ici, Lecteur, ce que tout est par moi ; [...]
Mots clefs :
Métamorphose
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E fuis ici , Lecteur , ce que tout eft par moi ;
霏
F'entre en matiere , apprête - toi.
Mes membres font une douzaine ;
Ils t'offriront , bien combinés ,
Le moment redoutable à la nature humaine ,
Où s'accomplit l'arrêt qui nous a condamnés ;
Le Dieu qui nous repaît d'agréables menfonges ,
Lorfqu'il voit au fommeil nos fens abandonnés ,
Le mortel , dont la force appuyant de vains fongess
Fit fléchir fous les loix cent peuples confternés ;
Ce fo!, dont le Roi du Tenare ,
Malgré les doux encens , eut fi peu de pitié ,
Qu'il ne tint pas à lui que le Chantre bizare
Ne fortît des Enfers , fuivi de fa moitié
La veftale , qu'un fort barbare
Fit defcendre vive au tombeau ;
Mere de Romulus , pour un crime fi beau ;
Tu méritois l'apothéose ;
Ce que bien du monde eft ; que tout le monde
glofe ;
Le mont où s'immola le Vainqueur de Chiron
Une fleur de Vénus chérie ;
Le nom des Enfans d'Apollon's
Une Ifle piès d'Alexandrie ;
Celle d'où vient le marbre blanc ;
Le Dieu qui fait voler l'effroi de rang en rang i
Quand on eft trop long , on ennuye.
S*****
E fuis ici , Lecteur , ce que tout eft par moi ;
霏
F'entre en matiere , apprête - toi.
Mes membres font une douzaine ;
Ils t'offriront , bien combinés ,
Le moment redoutable à la nature humaine ,
Où s'accomplit l'arrêt qui nous a condamnés ;
Le Dieu qui nous repaît d'agréables menfonges ,
Lorfqu'il voit au fommeil nos fens abandonnés ,
Le mortel , dont la force appuyant de vains fongess
Fit fléchir fous les loix cent peuples confternés ;
Ce fo!, dont le Roi du Tenare ,
Malgré les doux encens , eut fi peu de pitié ,
Qu'il ne tint pas à lui que le Chantre bizare
Ne fortît des Enfers , fuivi de fa moitié
La veftale , qu'un fort barbare
Fit defcendre vive au tombeau ;
Mere de Romulus , pour un crime fi beau ;
Tu méritois l'apothéose ;
Ce que bien du monde eft ; que tout le monde
glofe ;
Le mont où s'immola le Vainqueur de Chiron
Une fleur de Vénus chérie ;
Le nom des Enfans d'Apollon's
Une Ifle piès d'Alexandrie ;
Celle d'où vient le marbre blanc ;
Le Dieu qui fait voler l'effroi de rang en rang i
Quand on eft trop long , on ennuye.
S*****
Fermer
11661
p. 99-126
MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
Début :
SI j'entreprenois de faire ici l'éloge de la fiévre, on croiroit sans doute, qu'à [...]
Mots clefs :
Fièvre, Nature, Cause, Maladie, Maladies, Humeurs, Matière, Sang, Causes, Corps, Mouvement, Effets, Remède, Chaleur, Fièvres, Médecins, Organes, Coeur, Matière morbifique, Vaisseaux, Symptôme, Santé, Dérangement, Évacuations, Dépravation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
MEMOIR E
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
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11662
p. 102
AUTRE.
Début :
Je suis l'occasion d'un spectacle amusant, [...]
Mots clefs :
Mithridate
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E fuis l'occafion d'un fpectacle amusant ,
Et je porte le nom d'un Monarque puiſſant.
Quoique très rarement je fois mis en uſage ,
J'attire les badauts & gens du bas étage :
Néceffaire aux humains , quand par leur cruauté,
On doit avoir recours à mon utilité .
Il faut pour m'employer qu'on faffe diligence ;
La mort feroit le prix d'un peu de négligence.
Combinez les dix pieds , dont mon tout eft conf
truit ,
Vous trouverez d'abord , d'un bel arbre le fruit ;
Un arbuste connu dans l'Ile de Cythére ,
Et qui fert de laurier dans l'amoureux mystére;
L'animal qui fouvent le loge en maints cerveaux;
Une arme des anciens ; l'azile des Vaiſſeaux ;
Une Ville qu'on voit fur les Côtes d'Afrique ;
Un Opéra fameux , deux notes de muſique ;
Un péché capital ; le premier des impôts ;
En Amérique un tems que l'on donne au repos ;
L'élément , où fouvent l'avarice importune
Nous fait trouver la mort , en cherchant la fortune.
Mais mon ouvrage enfin doit ici ſe borner ,
Car à préfent , Lecteur , tu dois me deviner.
Le Chevalier de T***.
E fuis l'occafion d'un fpectacle amusant ,
Et je porte le nom d'un Monarque puiſſant.
Quoique très rarement je fois mis en uſage ,
J'attire les badauts & gens du bas étage :
Néceffaire aux humains , quand par leur cruauté,
On doit avoir recours à mon utilité .
Il faut pour m'employer qu'on faffe diligence ;
La mort feroit le prix d'un peu de négligence.
Combinez les dix pieds , dont mon tout eft conf
truit ,
Vous trouverez d'abord , d'un bel arbre le fruit ;
Un arbuste connu dans l'Ile de Cythére ,
Et qui fert de laurier dans l'amoureux mystére;
L'animal qui fouvent le loge en maints cerveaux;
Une arme des anciens ; l'azile des Vaiſſeaux ;
Une Ville qu'on voit fur les Côtes d'Afrique ;
Un Opéra fameux , deux notes de muſique ;
Un péché capital ; le premier des impôts ;
En Amérique un tems que l'on donne au repos ;
L'élément , où fouvent l'avarice importune
Nous fait trouver la mort , en cherchant la fortune.
Mais mon ouvrage enfin doit ici ſe borner ,
Car à préfent , Lecteur , tu dois me deviner.
Le Chevalier de T***.
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11663
p. 102
ENIGMES EN VAUDEVILLES. Air : Babet, que t'es gentille.
Début :
Ma tige est dans les coeurs ; [...]
Mots clefs :
Amitié
11664
p. 102
AUTRE. Air : V'là c'que c'est qu'd'aller au bois.
Début :
Fier préjugé, je t'ai vaincu ; [...]
Mots clefs :
Amour
11665
p. 72-73
ENIGME.
Début :
Quoique je serve assez de modele en bêtise, [...]
Mots clefs :
Grue
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
****
Uoique je ſerve affez de modele en
bêtiſe ,
On trouve cependant en beaucoup de
pays
د
Voire des badaûts de Paris ,
Gens qui ſans me citer pour exemple en
fottife ,
En diſent à pouvoir s'attirer bien des ris,
Si mon Auteur en eſt , il en aura la crife ,
Ses Enigmes feront proſcrites ,
ouproſcrits.
Pour moi privée du langage ,
En récompenſe mon partage
Eſt ſouvent l'élevation ,
Dans l'air , ou ſur quelque maiſon
Qu'il feroit mal- aiſe ſans mon utileuſage,
De faire en ſa perfection ,
Mais
de Septembre 1722 . 73
Mais mon maître de moi ſe jouë ,
Me tourne , & me prenant pour un autre
Ixion
د
Me met à côté d'une rouë .
****
Uoique je ſerve affez de modele en
bêtiſe ,
On trouve cependant en beaucoup de
pays
د
Voire des badaûts de Paris ,
Gens qui ſans me citer pour exemple en
fottife ,
En diſent à pouvoir s'attirer bien des ris,
Si mon Auteur en eſt , il en aura la crife ,
Ses Enigmes feront proſcrites ,
ouproſcrits.
Pour moi privée du langage ,
En récompenſe mon partage
Eſt ſouvent l'élevation ,
Dans l'air , ou ſur quelque maiſon
Qu'il feroit mal- aiſe ſans mon utileuſage,
De faire en ſa perfection ,
Mais
de Septembre 1722 . 73
Mais mon maître de moi ſe jouë ,
Me tourne , & me prenant pour un autre
Ixion
د
Me met à côté d'une rouë .
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11666
p. 48-50
A MADAME DE GONDRIN EPITRE DE Mr AROUET. Sur le péril qu'elle avoit couru en traversant la Loire.
Début :
Savez-vous, gentille Doüairiere, [...]
Mots clefs :
Esprit malin, Abbé, Oraison, Ministres, Duc, Voyage, Prince régent, Gloire, Auguste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE GONDRIN EPITRE DE Mr AROUET. Sur le péril qu'elle avoit couru en traversant la Loire.
A MADAME DE GONDRIN
EPITRE DE M AROUet.
Sur le péril qu'elle avoit couru en
traverfant la Loire.
SAvez- vous , gentille Douairiere,
Ce que dans SULLY l'on faifoit,
Lorfqu'E OLE vous conduisoit ,
D'une fi terrible maniere.
Certain efprit malin rioit ,
Et pour vous déja preparoit
Une Epitaphe familiere ;
Difant qu'on vous repêcheroit
Inceffament dans la riviere.
Cependant L'ESPAR , la VALIERE ,
GUICHE , SULLY , tout foupiroit ,
ROUSSI comme un Diable juroit
Et l'Abbé COURTIN qui pleuroit ,
En voyant vôtre heure derniere ,
Adrefloit à Dieu ſa priere ,
Et tout bas pour vous marmotoit
Quelque Oraifon de fon Breviaire.
Mais quel fpectacle ! J'enviſage
Les Amours , qui de tous côtez ,
Miniftres
MERCURE. 49
Miniftres de vos volontez ,
S'oppofoient à l'affreufe rage
Des vents contre vous irritez :
Je les vois , ils font à la nage ,
Et plongez jufqu'au cou dans l'eau ,
Ils conduifent vôtre bateau ,
Et vous voilà fur le rivage.
GONDRIN , fongez à faire ufage
Des jours qu'Amour a confervez.
C'est pour lui qu'il les a fauvez ,
En faut- il dire davantage ?
Daignez pour moi vous employer ,
Prés de ce DUC aimable & fage .
Qui fit avec vous ce voyage ,,
Où vous penfàtes vous noyer ;
Et que vôtre bonté l'engage ,
A conjurer un peu l'orage ,
Qui fur moi gronde maintenant ,
Et qu'enfin au PRINCE REGENT
Il tienne à peu près ce langage .
PRINCE , dont la vertu va changer
nos deftins ,
Toi , qui par tes bienfaits ſignales ta
puiffance ,
Toi , qui fais ton plaifir du bonheur
des humains ,
PHILIPPE , il est pourtant um
E
50 LE NOUVEAU
malheureux en France
. Du Dieu des vers un fils infortuné
,
Depuis un temps fut par
condamné
toi
A fuir loin de ces bords qu'embellit
ta préfence ,
Songes que d'Apollon fouvent les
favoris
D'un Prince affurent la memoire
;
PHILIPPE, quand tu les
bannis ,
Souviens - toi que tu te ravis
Autant de témoins de ta gloire
:
Jâdis le tendre OVIDE eût un pareil
deftin >
AUGUSTE l'éxila dans l'affreufe
SCYTHIE .
Auguite eft un Heros , mais ce n'est
pas enfin,
Le plus bel endroit de fa vie.
GRAND PRINCE puiffe - tu
devenir aujourd'huy ,
Et plus clement qu'AUGUSTE ,
plus heureux que lui.
EPITRE DE M AROUet.
Sur le péril qu'elle avoit couru en
traverfant la Loire.
SAvez- vous , gentille Douairiere,
Ce que dans SULLY l'on faifoit,
Lorfqu'E OLE vous conduisoit ,
D'une fi terrible maniere.
Certain efprit malin rioit ,
Et pour vous déja preparoit
Une Epitaphe familiere ;
Difant qu'on vous repêcheroit
Inceffament dans la riviere.
Cependant L'ESPAR , la VALIERE ,
GUICHE , SULLY , tout foupiroit ,
ROUSSI comme un Diable juroit
Et l'Abbé COURTIN qui pleuroit ,
En voyant vôtre heure derniere ,
Adrefloit à Dieu ſa priere ,
Et tout bas pour vous marmotoit
Quelque Oraifon de fon Breviaire.
Mais quel fpectacle ! J'enviſage
Les Amours , qui de tous côtez ,
Miniftres
MERCURE. 49
Miniftres de vos volontez ,
S'oppofoient à l'affreufe rage
Des vents contre vous irritez :
Je les vois , ils font à la nage ,
Et plongez jufqu'au cou dans l'eau ,
Ils conduifent vôtre bateau ,
Et vous voilà fur le rivage.
GONDRIN , fongez à faire ufage
Des jours qu'Amour a confervez.
C'est pour lui qu'il les a fauvez ,
En faut- il dire davantage ?
Daignez pour moi vous employer ,
Prés de ce DUC aimable & fage .
Qui fit avec vous ce voyage ,,
Où vous penfàtes vous noyer ;
Et que vôtre bonté l'engage ,
A conjurer un peu l'orage ,
Qui fur moi gronde maintenant ,
Et qu'enfin au PRINCE REGENT
Il tienne à peu près ce langage .
PRINCE , dont la vertu va changer
nos deftins ,
Toi , qui par tes bienfaits ſignales ta
puiffance ,
Toi , qui fais ton plaifir du bonheur
des humains ,
PHILIPPE , il est pourtant um
E
50 LE NOUVEAU
malheureux en France
. Du Dieu des vers un fils infortuné
,
Depuis un temps fut par
condamné
toi
A fuir loin de ces bords qu'embellit
ta préfence ,
Songes que d'Apollon fouvent les
favoris
D'un Prince affurent la memoire
;
PHILIPPE, quand tu les
bannis ,
Souviens - toi que tu te ravis
Autant de témoins de ta gloire
:
Jâdis le tendre OVIDE eût un pareil
deftin >
AUGUSTE l'éxila dans l'affreufe
SCYTHIE .
Auguite eft un Heros , mais ce n'est
pas enfin,
Le plus bel endroit de fa vie.
GRAND PRINCE puiffe - tu
devenir aujourd'huy ,
Et plus clement qu'AUGUSTE ,
plus heureux que lui.
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11667
p. 52-54
AUTRE.
Début :
Lecteur, je n'offre point aux yeux [...]
Mots clefs :
Châtillon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE..
LICTEUR ,
BCTEUR , je n'offre point aux yeux
De ces maifons que l'on connoît à peine :
Parcours les mers , viens aux bords de la Seine ,
Tout retentit de mon nom glorieux.
Mille fameux exploits m'ont placé dans l'hiſtoire ;
Sur les pas de nos Rois j'ai cueilli des lauriers ;
Mon fang coula pour eux , & fix fiècles entiers
Onttranfmis à mes fils ma grandeur & ma gloire !
A ces traits je ne puis échapper à tes yeux ;
Mais en lifant ceci , tu m'accufes peut - être
De vouloir t'éblouir par un détail pompeux ?
Pour te défabufer , emploie , à me connoître ,
Tous les refforts de ton efprit ;
NOVEMBRE 1766. 53
Tu verras que fur tout ce qui tient à mon être
Je fuis bien éloigné d'en avoir affez dit.
Pour rendre ton travail facile ,
De mes dix pieds fais la combinaiſon ;
Tu trouveras une femence utile ,
Dont le produit fert en toute faiſon ;
Je t'offre encore une très- grande ville
Où l'ouvrier ingénieux
Affortit , d'une main habile ,
Des couleurs dont l'éclat enchante tous les yeux ;
Du corps humain la dernière partie ;
Ce qui marque notre âge ; un Roi de Theſſalie ;
Un vêtement utile aux hommes feulement ;
Une bru d'Ifaac ; le premier aliment.
Ce n'eft pas tout , pourfuis ; en exerçant ta tête ,
Tu trouveras un meuble ; une farouche bête ;
Celle qui dans les flots expia fa fureur :
Raſſemble bien mon tout , & tu verras enfuite
Ce que fait un moulin lorfque l'onde l'agite ;
Une douce voiture ; une favante foeur ;
Un Romain que l'on vante ; un Prince magnanime,
Des ayeux de Louis augufte defcendant.
Sur ce détail réfléchis un inſtant ,
Tu verras que mon nom fublime
S'unit plus d'une fois à l'Empire des lys.
Donne des pleurs au dernier de mes fils ,
Dont la brillante deftinée
Au printemps de fes jours vient d'être moiffonnées
C iij
54
MERCURE DE FRANCE .
Réſerve tous tes voeux pour fon illuſtre ſoeur ,
Des grâces , des vertus le plus brillant modèle ;
Dreffe- lui chaque jour des autels dans ton coeur :
Que jamais ton encens ne brûle que pour elle .
Par une Dame de Pithiviers.
LICTEUR ,
BCTEUR , je n'offre point aux yeux
De ces maifons que l'on connoît à peine :
Parcours les mers , viens aux bords de la Seine ,
Tout retentit de mon nom glorieux.
Mille fameux exploits m'ont placé dans l'hiſtoire ;
Sur les pas de nos Rois j'ai cueilli des lauriers ;
Mon fang coula pour eux , & fix fiècles entiers
Onttranfmis à mes fils ma grandeur & ma gloire !
A ces traits je ne puis échapper à tes yeux ;
Mais en lifant ceci , tu m'accufes peut - être
De vouloir t'éblouir par un détail pompeux ?
Pour te défabufer , emploie , à me connoître ,
Tous les refforts de ton efprit ;
NOVEMBRE 1766. 53
Tu verras que fur tout ce qui tient à mon être
Je fuis bien éloigné d'en avoir affez dit.
Pour rendre ton travail facile ,
De mes dix pieds fais la combinaiſon ;
Tu trouveras une femence utile ,
Dont le produit fert en toute faiſon ;
Je t'offre encore une très- grande ville
Où l'ouvrier ingénieux
Affortit , d'une main habile ,
Des couleurs dont l'éclat enchante tous les yeux ;
Du corps humain la dernière partie ;
Ce qui marque notre âge ; un Roi de Theſſalie ;
Un vêtement utile aux hommes feulement ;
Une bru d'Ifaac ; le premier aliment.
Ce n'eft pas tout , pourfuis ; en exerçant ta tête ,
Tu trouveras un meuble ; une farouche bête ;
Celle qui dans les flots expia fa fureur :
Raſſemble bien mon tout , & tu verras enfuite
Ce que fait un moulin lorfque l'onde l'agite ;
Une douce voiture ; une favante foeur ;
Un Romain que l'on vante ; un Prince magnanime,
Des ayeux de Louis augufte defcendant.
Sur ce détail réfléchis un inſtant ,
Tu verras que mon nom fublime
S'unit plus d'une fois à l'Empire des lys.
Donne des pleurs au dernier de mes fils ,
Dont la brillante deftinée
Au printemps de fes jours vient d'être moiffonnées
C iij
54
MERCURE DE FRANCE .
Réſerve tous tes voeux pour fon illuſtre ſoeur ,
Des grâces , des vertus le plus brillant modèle ;
Dreffe- lui chaque jour des autels dans ton coeur :
Que jamais ton encens ne brûle que pour elle .
Par une Dame de Pithiviers.
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11668
p. 84-94
DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
Début :
Le motif qui me conduisit l'année derniere dans le Sanctuaire des Muses, [...]
Mots clefs :
Espagne, Nation, Histoire, Goût, Amour, Patrie, Philippe V, Gloire, Monde, Génies, Règne, Utile, Peuples, Académie royale d'histoire d'Espagne
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
DISCOURS
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
85
1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
87
1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
89
1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
Ngitized by Goog
94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
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1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
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FEVRIER.
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1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
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1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
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94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
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11668
11669
p. 103
AUTRE. Air : Ne v'là t-il pas que j'aime.
Début :
Il est un être fréluquet [...]
Mots clefs :
Petit-maître
11670
p. 2045-2046
PREMIERE ENIGME.
Début :
Dans les vastes climats où j'ai mon origine, [...]
Mots clefs :
Café
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texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
Ans les vaftes climats où j'ai mon or
gine ,
Chacun eftime mon pouvoir ,
Parmi les plaifirs je domine ,
Et tout le monde aime à me voir.
M
Je n'avois point ailleurs d'entrée ,
Là fe bornoit tout mon renom ;
Ou fi j'étois connu dans quelque autre contrée
,
Je ne l'étois que par mon nom.
Mais depuis que par tout fur la Terre & f
l'Onde ,
J'ai des guides intelligens
On me connoît de l'un à l'autre bout du monde
,
Parmi tous les honnêtes gens.
Je fuis, fans me vanter, de bonne compagnie,
Je
2046 MERCURE DE FRANCE
Je fers à la Societé ,.
Et quand la belle humeur enfemble être bannic
,
Je lui rends fa vivacité.
Mais , helas admirez , malgré ma renommée
,
L'étrange malheur qui me fuit ,
J'ai beau faire du bien , ma vertu n'eſt aimée
,
Qu'à mesure qu'on me détruit.
Il faut pour obéir à mon fort me réfoudre ,
Pendant que je fuis encor frais ,
D'être brifé de coups , privé , réduit en posdre
,
Sans autre forme de procès .
Ans les vaftes climats où j'ai mon or
gine ,
Chacun eftime mon pouvoir ,
Parmi les plaifirs je domine ,
Et tout le monde aime à me voir.
M
Je n'avois point ailleurs d'entrée ,
Là fe bornoit tout mon renom ;
Ou fi j'étois connu dans quelque autre contrée
,
Je ne l'étois que par mon nom.
Mais depuis que par tout fur la Terre & f
l'Onde ,
J'ai des guides intelligens
On me connoît de l'un à l'autre bout du monde
,
Parmi tous les honnêtes gens.
Je fuis, fans me vanter, de bonne compagnie,
Je
2046 MERCURE DE FRANCE
Je fers à la Societé ,.
Et quand la belle humeur enfemble être bannic
,
Je lui rends fa vivacité.
Mais , helas admirez , malgré ma renommée
,
L'étrange malheur qui me fuit ,
J'ai beau faire du bien , ma vertu n'eſt aimée
,
Qu'à mesure qu'on me détruit.
Il faut pour obéir à mon fort me réfoudre ,
Pendant que je fuis encor frais ,
D'être brifé de coups , privé , réduit en posdre
,
Sans autre forme de procès .
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11671
p. 119-121
« LE POT-POURRI, Epître à qui on voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ; [...] »
Début :
LE POT-POURRI, Epître à qui on voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE POT-POURRI, Epître à qui on voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ; [...] »
LE POT-POURRI, Epître à qui on
voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ;
ſuivi d'une autre Epître , par l'Auteur
de Zélis au bain; à Genéve, & ſe trouve
à Paris , chez Sébaſtien Jorry , Impri
meur - Libraire , rue & vis - à - vis de
la Comédie Françoiſe , au Grand Mo
narque & aux Cigognes; 1764, in-8°.
enrichi comme la Brochure précédente,
de tous les ornemens de la Typographie
& du Burin.
On lit à la tête cet Avertiſſement qui
explique le Sujet de la première Piéce.
» Un voyage que je fis l'Automne der
» nier près de Blois, dit l'Auteur,i(M.
» Dorat) a donné lieu à cette Epitre.
» Il ſemble que la Nature ait choiſi les
» bords de la Loire pour y déployer
riches ornemens. C'eſt là
» qu'elle eſt riante & majeſtueuſe; c'eſt
12o MERCURE DE FRANCE.
» là qu'elle préſente à l'imagination les
• » tableaux les plus variés. J'ai tâché
» d'en reproduire quelques-uns dans cet
» Ouvrage , où j'ai peint ce que j'ai
» vu , & où j'exprime ce que j'ai ſenti,
Parmi ces divers tableaux nous choiſiſ
ſons celui du Château de Blois , parce
qu'il fait avec le Concierge & les Voya
geurs , le Sujet de la première Gravure,
Tu connois ce Châtel antique
Que fit bâtir François Premier ;
Mazure biſarre & gothique,
Mais qu'il ne faut point oublier.
Sur-tout ſon Concierge fidèle
Mérite bien d'être cité :
C'eſt un Monſieur tout plein de zèle,
Et très-plaiſant en vérité.
Malgré la peſanteur de l'âge,
Et ſes deux aulnes de viſage,
Il va grimpant , trottant, ſoufflant ;
Vous indique chaque paſſage,
Et s'extaſie à tout inſtant.
Il voit de la magnificence
Où l'on ne voit que des débris :
Il n'eſt point de trou de ſouris,
Qui ne faſſe honneur à la France.
Dans les recoins les plus obſcurs
· Très-gravement il vous promène ;
II
M A I. 1764.
Il vous fait admirer les murs
Comme des murs de porcelaine.
Souvent, pour vous inſtruire mieux,
Il s'arrête, ferme les yeux,
Met ſes deux mains ſur ſa bedaine ;
Et puis voilà mon gros menteur
Qui, ſans oſer reprendre haleine,
Vous dit tout ſon Château par cœur.
I2.I
L'Epître qui termine ce recueil eſt
intitulée : Epître à mon ami , au retour
du voyage qui a donné lieu au Pot
pourri. Nous avons dit qu'elle eſt de
l'Auteur de Zélis au bain : c'eſt dire
que la Poëſie en eſt gracieuſe.
voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ;
ſuivi d'une autre Epître , par l'Auteur
de Zélis au bain; à Genéve, & ſe trouve
à Paris , chez Sébaſtien Jorry , Impri
meur - Libraire , rue & vis - à - vis de
la Comédie Françoiſe , au Grand Mo
narque & aux Cigognes; 1764, in-8°.
enrichi comme la Brochure précédente,
de tous les ornemens de la Typographie
& du Burin.
On lit à la tête cet Avertiſſement qui
explique le Sujet de la première Piéce.
» Un voyage que je fis l'Automne der
» nier près de Blois, dit l'Auteur,i(M.
» Dorat) a donné lieu à cette Epitre.
» Il ſemble que la Nature ait choiſi les
» bords de la Loire pour y déployer
riches ornemens. C'eſt là
» qu'elle eſt riante & majeſtueuſe; c'eſt
12o MERCURE DE FRANCE.
» là qu'elle préſente à l'imagination les
• » tableaux les plus variés. J'ai tâché
» d'en reproduire quelques-uns dans cet
» Ouvrage , où j'ai peint ce que j'ai
» vu , & où j'exprime ce que j'ai ſenti,
Parmi ces divers tableaux nous choiſiſ
ſons celui du Château de Blois , parce
qu'il fait avec le Concierge & les Voya
geurs , le Sujet de la première Gravure,
Tu connois ce Châtel antique
Que fit bâtir François Premier ;
Mazure biſarre & gothique,
Mais qu'il ne faut point oublier.
Sur-tout ſon Concierge fidèle
Mérite bien d'être cité :
C'eſt un Monſieur tout plein de zèle,
Et très-plaiſant en vérité.
Malgré la peſanteur de l'âge,
Et ſes deux aulnes de viſage,
Il va grimpant , trottant, ſoufflant ;
Vous indique chaque paſſage,
Et s'extaſie à tout inſtant.
Il voit de la magnificence
Où l'on ne voit que des débris :
Il n'eſt point de trou de ſouris,
Qui ne faſſe honneur à la France.
Dans les recoins les plus obſcurs
· Très-gravement il vous promène ;
II
M A I. 1764.
Il vous fait admirer les murs
Comme des murs de porcelaine.
Souvent, pour vous inſtruire mieux,
Il s'arrête, ferme les yeux,
Met ſes deux mains ſur ſa bedaine ;
Et puis voilà mon gros menteur
Qui, ſans oſer reprendre haleine,
Vous dit tout ſon Château par cœur.
I2.I
L'Epître qui termine ce recueil eſt
intitulée : Epître à mon ami , au retour
du voyage qui a donné lieu au Pot
pourri. Nous avons dit qu'elle eſt de
l'Auteur de Zélis au bain : c'eſt dire
que la Poëſie en eſt gracieuſe.
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11672
p. 104-105
LOGOGRYPHE.
Début :
Je vas, je viens, j'agis, je bâtis, je voyage : [...]
Mots clefs :
Hirondelle
11673
p. 2046-2047
DEUXIÈME ENIGME.
Début :
Jadis fort inconnuë, à present en usage, [...]
Mots clefs :
Plume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEUXIÈME ENIGME.
DEUXIE ME ENIG ME.
JAAdis fort inconnue . à prefent en uſage ,
Je fers au fol , je fers au ſage :
Je fais le mal , je fais le bien.
Le divorce eft de moi ,fans moi point de lien,
A mon Maître défunt je redonne la vie.
Je
SEPTEMBRE. 1726. 2047
Je fais battre le monde , & le réconcilie.
Par le fer on me tranche ; & je donne des fers .
Prefque fans m'émouvoir je parcours l'Univers.
On me trouve à la fois & pefante & legere :
Mais il faut me couper , je ne vaux rien entiere.
Je ne vois rien , je fais tout voir :
Mais blanche que je fuis , je ne puis rien fans
noir.
JAAdis fort inconnue . à prefent en uſage ,
Je fers au fol , je fers au ſage :
Je fais le mal , je fais le bien.
Le divorce eft de moi ,fans moi point de lien,
A mon Maître défunt je redonne la vie.
Je
SEPTEMBRE. 1726. 2047
Je fais battre le monde , & le réconcilie.
Par le fer on me tranche ; & je donne des fers .
Prefque fans m'émouvoir je parcours l'Univers.
On me trouve à la fois & pefante & legere :
Mais il faut me couper , je ne vaux rien entiere.
Je ne vois rien , je fais tout voir :
Mais blanche que je fuis , je ne puis rien fans
noir.
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11674
p. 100-111
Suite des Caractéres des Dames de Qualité, par M. de Marivaux [titre d'après la table]
Début :
Voici la suite des Caractéres de M. de Marivaux que nous avions êté / Dans mes dernieres réfléxions, Madame, je vous en promis de [...]
Mots clefs :
Femme, Madame, Femmes, Cour, Âme, Qualité, Négligé, Amant, Amants, Habit, Espérances, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Caractéres des Dames de Qualité, par M. de Marivaux [titre d'après la table]
V
Oici la fuite des Caractéres de M.
de Marivaux que nous avions êté
obligés d'interrompre pendant quelques
mois , par certains contre - tems qui
font néceffairement du reffort du Mercure
: Si les morceaux du même Auteur
inférés dans nos derniers Journaux de
1717 , lui ont concilié le fuffrage des
gens délicats , il me femble que celui - ci
en fera du moins auffi favorablement
reçû. Ony fentira une maniere neuve
& fine de penser, qui renduë par des
expreffions de génie , préfente aux
yeux de l'efprit , des tableaux finis :
Mais , c'est au Lecteur à l'apprécier
felon fa jufte valeur.
DE MAR S 101
D
Ans mes dernieres réfléxions ,
Madame , je vous en promis
de nouvelles fur les femmes de Qualité
: J'en vis l'autre jour deux ou trois
qui m'en fournirent quelques - unes ;
elles étoient , ce qu'on appelle , en négligé.
J'ai toujours regardé cet habit ,
comme un honnête équivalent de la
nudité- même : Vous verrez dans un
moment pourquoi je l'appelle équivalent
Les femmes ont un fentiment
de coquetterie qui ne defempare
jamais leur ame ; il eft viclent
dans les occafions d'éclat , quelquefois
tranquille dans les indifférentes ;
mais , toujours préfent , toujours fur
le qui- vive : C'eft en un mot , le mouvement
perpétuel de leur ame ; c'eft
le feu facré qui ne s'éteint jamais ;
de forte qu'une femme veut toujours
plaire,fans le vouloir par une réflexion
expreffe. La Nature a mis ce fentiment
chez elle , à l'abri de la diftraction
& de l'oubli : Une fême qui n'eft
plus coquette , c'est une femme qui
a ceffé d'être .
Mais , revenons à ma Théfe . J'ai
Iiij
702 LE MERCURE
nommé le négligé , l'équivalent de la
audité même : Pourquoi , Madame ?
Le voici.
Je vous ai dit que les femmes
eftoient coquettes fans relâche . Or ,
elles ne le font jamais plus , que quand
elles femblent vouloir infinuer qu'elles
ne le font pas. Le négligé , par exemple
, eft une abjuration fimulée de
coquetterie , mais , en même tems ,
le chef- d'oeuvre de l'envie de plaire..
L'habit magnifique donne de l'éclat
à l'aimable femme ; elle en devient
plus curieuſe à voir , mais , non pas
fi touchante ; elle en eft plus belle ,
& moins dangereufe ; & cet éclat
étranger qui faute au yeux , étouffe
l'impreffion des graces naturelles , &
divertit le fpectateur de l'attention
rifquable qu'il donneroit au refte.
Cette façon de fe montrer , eft plus .
fuperbe que délicate : Ufer d'ornemens
pour plaire , c'eft s'appuyer de feconds
, c'eft combattre avec rufe ; &
comme cela , la victoire n'est pas
nette. Ai-je plû comme femme ornée,
ou comme femme aimable ? Voilà la
fourde queftion qu'en pareils cas fe
fait une Dame ; argument dicté par
DE MARS 103
l'amour propre qui fe connoit en
vrais avantages , & qui fe juge à la
rigueur , quand il prévoit n'y rien
rifquer.
Pour vuider la queſtion , on a recours
au négligé , c'eft par lui qu'on
fait une épreuve de fes charmes , qui
finit les chicannes de l'amour propre ;
c'est par lui qu'on expofe la vérité
toute nue , & qu'on femble dire , me
voilà telle que m'a fait la Narure ;
voilà du moins une copie modefte de
l'original mais à vous dire vrai , ce
modefte eft fifuperficiel , qu'il ne gêne
en rien l'imagination des hommes.
Mais , me dirés - vous , les femmes fça
vent-elles ce libertinage d'imagination.
Je ne vous dirai pas fi elles le
fçavent ; mais , pour le peu qu'elles
s'en doutent , le négligé durera longtems.
:
Concluez fur tout ce que nous ve
nons de dire , Madame , que cet habit
a la fimplicité , la proprété , le
peu d'affectation des habits vraiment
modeftes ; mais , qu'il n'en a pas la
pudeur ; qu'il porte ,pour ainfi dire, le
caractére de la peu chafte vanité
qui l'inventa fans doute : Quand je
Liiij .
i04 LE MERCURE
dis peu chafte , je n'entends pas des
deffeins formellement mauvais ; mais,
de vifs fentimens de complaifance
pour fes charmes ; fentimens de qui
vient l'art de pallier la vérité fans
rien perdre , & de mettre fans blâme
fes appas dans leur plus dange-
Leufe posture.
:
Revenons aux Dames que je vis .
Une d'elles fe retira , je m'en allois
auffi Un Cavalier s'avança pour
lui parler. Je m'attendis fur le champ.
à quelque phrafe de manége , & je
ne me trompai point. Laiffez- moi , lui
dit- elle , je me fauve , je fuis faite
comme une folle . Sçavez- vous , Madame
, ce qu'une femme de Qualité
penfe confufément , toutes les fois
qu'elle prononce ce peu de mots.
Regardés moi ; je ne fuis point parée
comme les femmes doivent l'eftre ;
mon bon air & les graces de ma taille
ne font point équivoques ; tout naît
de moi , c'eft moi qui donne la forme
à mon habit , & non , mon habit qui
me la donne ; je fçai combien je fuis
aimable & touchante en cet état ;
mais , je dois paroiftre ne le pas fçavoir
; c'eft une grace de plus , que
DE MARS:
105
d'en avoir tant, & les ignorer : On les
voit , on les fent , on croit qu'elles
m'échappent;croyés - le de même , je
me fauve ,je fuis faite comme une folle .
Voilà , .Madame , ce que fignifie
le langage hipocrite dont nous parlons
; & le plaifant de cela , c'eft que
les hommes n'en expliquent que le
fens favorable , & que leur jugement
étourdi fait grace du refte à la Comédienne
, & glifle fur le ridicule
qu'il contient. Il y a là deffus bien
d'autres réflexions à faire , convenables
au feu de mon âge , mais d'un
vrai trop voifin de la licence : Quelque
agréable que foit le champ d'idées
qu'elles ouvriroient à mon efprit
, je vous les facrifie , Madame.
Que vous dirai- je encore ? Les femmes
de Qualité élevées dans les ufages
de Cour , qui fçavent leurs droits
& l'étendue de leurs libertés , ne rougiffent
pas d'avoir un Amant avoué ;
ce feroit rougir à la Bourgeoife
. De
quoi rougiffent
- elles donc ? C'eft de
n'avoir
point d'Amant
, ou de le
perdre. J'aurois
pû dire des Amans.
Le plurier ailleurs
deshonorant
, fait
ici cortége
glorieux
. Chaque
Païs a
105 LE MERCURE
fa guife . On fçait à la Cour le prix de
la vie , & l'on n'y admet nulle maxime
qui ne tende à la faire fentir .
Nous avons dit qu'elles y rougif
foient de n'avoir point d'Amant . Cela
n'eit pas difficile à comprendre , en
les fuppofant coquettes . Une femme
qui vit fans eftre aimée , vit dans l'opprobre
, & dans la derniere des réputations
; la plus galante des femmes
de Cour à le pas fur elle dans
l'eftime des hommes: Je ne fçai même ,
à bien examiner l'efprit de Cour , fi
cette plus galante n'eft pas dans mille
momens la plus eftimée. Les momens
font ceux où les Courtifans ne font
point de réfléxions raifonnables : Il
feroit hardi de parier qu'ils en fiffent
quelquefois
Il faut donc des Amans , il faut
même fe les conferver. Ah ! C'en eft
trop , me répondrés- vous : Ceci devient
férieux ; j'en conviens , Madame
, & trés férieux ; fur-tout , avec
des Amans de Cour , qui veulent bien
effuyer des délais de bienséance , qui
s'attendent bien à combattre des imitations
de vertu ; mais non pas , la
verin-même ; & qui fçavent,à un jour
DE MAR S. 107
prés , affigner la durée raisonnable de
ces imitations , qui foûpirent enfin ,
non , pour tâcher de vaincre , car , tâcher
,fuppofe des efforts pour un fuccés
douteux ; mais , parce que les foupits
font un cérémonial qui doit précéder
la récompenfe ; & qu'il eft de
l'ordre qu'une femme paroifle recompenfer
, & non, donner d'avance .
Comment donc conferver des
Amans de cette efpece ? Comment.
Comme on peut : Par des efpérances.
Ah grands Dieux ! Eit- il permis
d'en fouffrir l'idée dans un homme?
Une femme a-t - elle befoin d'un plus
grand oubli de vertu pour les remplir
, que pour les donner ? C'eft contefter
fur le tems , & non, fur le crime.
Oh, Madame Attendés : Ces efperances
qui vous choquent ,ne font pas
fi criminelles que vous le penfez : Si
nous parlions d'une femme ordinaire ,
j'entends , femme de Ville ou de Pro
vince , vos conféquences feroient juftes.
Une éducation roturiere , purgée
de licence, & qui lui a appris à obferver
les vertus à la lettre , lui défend
de fouffrir unAmant : Le fouffre- t- elle?-
Elle a fait un premier pas dans la voye
108 LE MERCURE
du crime : Lui perme- t- elle d'efperer ?
Elle en a fait mille.
En effet , avant que d'en venir là ,
que de diminutions journalieres dans
fa fageffe ? Que d'inutiles travaux de
pudeur ? Quelle fucceffion de mouvemens
libertins n'a- t- il pas fallu , pour
aguerrir fon ame , pour la familiarifer
avec l'idée du crime ? Elle donne des
efperances , le crime eft refolu , elle
l'envifage , elle s'y promet. Que ne s'y
livre- t-elle ? Ce n'est pas la pudeur qui
l'en empêche , c'eft le fouvenir d'en
avoir eu , qui la retarde .
Voilà , Madame , l'hiftoire du coeur
d'une femme ordinaire qui donne des
efperances Vous vous imaginez qu'il
en eft de même du coeur d'une femine
de Cour ; mais il n'y a rien de tout
celà. 1o , quoi qu'elle foit mariée ,
elle peut avoir un foûpirant ; il fait
comme partie de fon équipage : Quant
aux efperances qu'elle lui donne , c'eſt
un difcours en l'air , un proverbe , un
vaudeville de Cour : En fait de galanterie
, elle ne fçait pas ce qu'elle don
ne alors.
Mais , l'Amant qui en attend l'échéance
, comme d'un bon billet, preffe ,
DE MAR S.
109
s'impatiente , fait fes diligences , menace
d'infidelité ; & fi quelqu'un alors ,
ne vient heureufement fe préfenter
pour tenir fa place, en cas de deſertion,
je croi franchement qu'une femme
eft en peril manifefte .
L'on voit encore une autre forte de
femmes de Cour . Il eft , par exemple,
des Coquettes honoraires ; ce font celles
qui font leurs preuves d'agrêmens
& de charmes , en laiffant feulement
aborder les Amans ; & qui , refoluës
d'être fages , prennent de publiques
atteftations de la facilité qu'elles auroient
à fe mettre au rang des aimables
folles.
Ce n'eft pas là , vertu parfaite ;
mais que voulez- vous , Madame . La
corruption eft tellement fimpathique
avec le coeur humain , qu'on ne peut
l'en purger fibien , qu'il n'y refte fouvent
ou la honte de n'ofer paroître
fage , ou du penchant à ne pas l'être .
Là deffus , ne pouroit - on pas dire que
le vice eft comme l'Amant chéri de
l'ame ? Elle le regrête en y renonçant ,
& ne le hait jamais.
Il y ades femmes de Qualité plus
courageufes encore que ces dernieres ,
TIO LE MERCURE
& qui ne fouffrent point d'adorateurs :
On voudroit bien qu'elles fuffent coquettes
; elles fçavent qu'on le voudroit
bien , & le fçavent avec plaifir ;
voilà leur coquetterie : Il leur eft doux
d'être comptées comme des beautez
inacceffibles , il leur est doux , toutes
féqueftrées qu'elles font de la foule ,
d'inquiéter les fens des fpectateurs.
Je vous parlerois ici , Madame , des
femmes de Qualité devotes; mais c'eft
une efpece trop marquée : Il vous fuffira
de fçavoir en général que la devotion
dont il s'agit , les éloigne du
monde , fans le plus fouvent les approcher
de Dieu .
Quand je vois ces faintes Ames ,
je ne puis m'empêcher de les comparer
à ces Soldats que leurs bleffures envoyent
aux Invalides : Les bleffures
de nos femmes , c'eft l'âge , & le déchet
de leurs charmes : Adieu le
monde, belle vocation ! Les habits , le
maintien, le difcours, les démarches ,
tout eft pieux , le coeur même prend
du goût pour la façon des actions
pieufes , il aime fon métier ; le formulaire
ambulant ou contemplatif lui en
plaît on gémira fans douleur aux
DE MAR S. III
pieds des Autels, on verfera des pleurs
dont la fource fera , non , l'amourde
Dieu , mais la vive & jaloufe imitation
de cet amour ; je veux dire , que l'ame
entrera dans fon fujet , ainfi qu'un
Acteur Tragique entre dans la paffion
qu'il reprefente .
Mais , fans m'en appercevoir , je
traitte une matiere que je m'êtois d'abord
interdite. Peu s'en eft fallu , que
je ne parlaffe de ceux à qui nos Dames
confient leur confcience , gens au
profit dequi , tourne la pieté de nos devotes
, pendant que Dieu n'en a que
les honneurs .
Je ne fçai ; mais l'inquiétude , le
fcrupule toûjours renaiffant , & ces vifites
fréquentes chez l'homme de Dieu ,
font une image bien reffemblante des
mouvemens du coeur tendre , ce pouroit
être de l'amour qui n'a fait que
changer de nom ; peut- être que l'ame
s'y méprend elle -même & qu'elle
n'eft jamais plus profane , que quand
elle paroît fcrupuleufe .
Oici la fuite des Caractéres de M.
de Marivaux que nous avions êté
obligés d'interrompre pendant quelques
mois , par certains contre - tems qui
font néceffairement du reffort du Mercure
: Si les morceaux du même Auteur
inférés dans nos derniers Journaux de
1717 , lui ont concilié le fuffrage des
gens délicats , il me femble que celui - ci
en fera du moins auffi favorablement
reçû. Ony fentira une maniere neuve
& fine de penser, qui renduë par des
expreffions de génie , préfente aux
yeux de l'efprit , des tableaux finis :
Mais , c'est au Lecteur à l'apprécier
felon fa jufte valeur.
DE MAR S 101
D
Ans mes dernieres réfléxions ,
Madame , je vous en promis
de nouvelles fur les femmes de Qualité
: J'en vis l'autre jour deux ou trois
qui m'en fournirent quelques - unes ;
elles étoient , ce qu'on appelle , en négligé.
J'ai toujours regardé cet habit ,
comme un honnête équivalent de la
nudité- même : Vous verrez dans un
moment pourquoi je l'appelle équivalent
Les femmes ont un fentiment
de coquetterie qui ne defempare
jamais leur ame ; il eft viclent
dans les occafions d'éclat , quelquefois
tranquille dans les indifférentes ;
mais , toujours préfent , toujours fur
le qui- vive : C'eft en un mot , le mouvement
perpétuel de leur ame ; c'eft
le feu facré qui ne s'éteint jamais ;
de forte qu'une femme veut toujours
plaire,fans le vouloir par une réflexion
expreffe. La Nature a mis ce fentiment
chez elle , à l'abri de la diftraction
& de l'oubli : Une fême qui n'eft
plus coquette , c'est une femme qui
a ceffé d'être .
Mais , revenons à ma Théfe . J'ai
Iiij
702 LE MERCURE
nommé le négligé , l'équivalent de la
audité même : Pourquoi , Madame ?
Le voici.
Je vous ai dit que les femmes
eftoient coquettes fans relâche . Or ,
elles ne le font jamais plus , que quand
elles femblent vouloir infinuer qu'elles
ne le font pas. Le négligé , par exemple
, eft une abjuration fimulée de
coquetterie , mais , en même tems ,
le chef- d'oeuvre de l'envie de plaire..
L'habit magnifique donne de l'éclat
à l'aimable femme ; elle en devient
plus curieuſe à voir , mais , non pas
fi touchante ; elle en eft plus belle ,
& moins dangereufe ; & cet éclat
étranger qui faute au yeux , étouffe
l'impreffion des graces naturelles , &
divertit le fpectateur de l'attention
rifquable qu'il donneroit au refte.
Cette façon de fe montrer , eft plus .
fuperbe que délicate : Ufer d'ornemens
pour plaire , c'eft s'appuyer de feconds
, c'eft combattre avec rufe ; &
comme cela , la victoire n'est pas
nette. Ai-je plû comme femme ornée,
ou comme femme aimable ? Voilà la
fourde queftion qu'en pareils cas fe
fait une Dame ; argument dicté par
DE MARS 103
l'amour propre qui fe connoit en
vrais avantages , & qui fe juge à la
rigueur , quand il prévoit n'y rien
rifquer.
Pour vuider la queſtion , on a recours
au négligé , c'eft par lui qu'on
fait une épreuve de fes charmes , qui
finit les chicannes de l'amour propre ;
c'est par lui qu'on expofe la vérité
toute nue , & qu'on femble dire , me
voilà telle que m'a fait la Narure ;
voilà du moins une copie modefte de
l'original mais à vous dire vrai , ce
modefte eft fifuperficiel , qu'il ne gêne
en rien l'imagination des hommes.
Mais , me dirés - vous , les femmes fça
vent-elles ce libertinage d'imagination.
Je ne vous dirai pas fi elles le
fçavent ; mais , pour le peu qu'elles
s'en doutent , le négligé durera longtems.
:
Concluez fur tout ce que nous ve
nons de dire , Madame , que cet habit
a la fimplicité , la proprété , le
peu d'affectation des habits vraiment
modeftes ; mais , qu'il n'en a pas la
pudeur ; qu'il porte ,pour ainfi dire, le
caractére de la peu chafte vanité
qui l'inventa fans doute : Quand je
Liiij .
i04 LE MERCURE
dis peu chafte , je n'entends pas des
deffeins formellement mauvais ; mais,
de vifs fentimens de complaifance
pour fes charmes ; fentimens de qui
vient l'art de pallier la vérité fans
rien perdre , & de mettre fans blâme
fes appas dans leur plus dange-
Leufe posture.
:
Revenons aux Dames que je vis .
Une d'elles fe retira , je m'en allois
auffi Un Cavalier s'avança pour
lui parler. Je m'attendis fur le champ.
à quelque phrafe de manége , & je
ne me trompai point. Laiffez- moi , lui
dit- elle , je me fauve , je fuis faite
comme une folle . Sçavez- vous , Madame
, ce qu'une femme de Qualité
penfe confufément , toutes les fois
qu'elle prononce ce peu de mots.
Regardés moi ; je ne fuis point parée
comme les femmes doivent l'eftre ;
mon bon air & les graces de ma taille
ne font point équivoques ; tout naît
de moi , c'eft moi qui donne la forme
à mon habit , & non , mon habit qui
me la donne ; je fçai combien je fuis
aimable & touchante en cet état ;
mais , je dois paroiftre ne le pas fçavoir
; c'eft une grace de plus , que
DE MARS:
105
d'en avoir tant, & les ignorer : On les
voit , on les fent , on croit qu'elles
m'échappent;croyés - le de même , je
me fauve ,je fuis faite comme une folle .
Voilà , .Madame , ce que fignifie
le langage hipocrite dont nous parlons
; & le plaifant de cela , c'eft que
les hommes n'en expliquent que le
fens favorable , & que leur jugement
étourdi fait grace du refte à la Comédienne
, & glifle fur le ridicule
qu'il contient. Il y a là deffus bien
d'autres réflexions à faire , convenables
au feu de mon âge , mais d'un
vrai trop voifin de la licence : Quelque
agréable que foit le champ d'idées
qu'elles ouvriroient à mon efprit
, je vous les facrifie , Madame.
Que vous dirai- je encore ? Les femmes
de Qualité élevées dans les ufages
de Cour , qui fçavent leurs droits
& l'étendue de leurs libertés , ne rougiffent
pas d'avoir un Amant avoué ;
ce feroit rougir à la Bourgeoife
. De
quoi rougiffent
- elles donc ? C'eft de
n'avoir
point d'Amant
, ou de le
perdre. J'aurois
pû dire des Amans.
Le plurier ailleurs
deshonorant
, fait
ici cortége
glorieux
. Chaque
Païs a
105 LE MERCURE
fa guife . On fçait à la Cour le prix de
la vie , & l'on n'y admet nulle maxime
qui ne tende à la faire fentir .
Nous avons dit qu'elles y rougif
foient de n'avoir point d'Amant . Cela
n'eit pas difficile à comprendre , en
les fuppofant coquettes . Une femme
qui vit fans eftre aimée , vit dans l'opprobre
, & dans la derniere des réputations
; la plus galante des femmes
de Cour à le pas fur elle dans
l'eftime des hommes: Je ne fçai même ,
à bien examiner l'efprit de Cour , fi
cette plus galante n'eft pas dans mille
momens la plus eftimée. Les momens
font ceux où les Courtifans ne font
point de réfléxions raifonnables : Il
feroit hardi de parier qu'ils en fiffent
quelquefois
Il faut donc des Amans , il faut
même fe les conferver. Ah ! C'en eft
trop , me répondrés- vous : Ceci devient
férieux ; j'en conviens , Madame
, & trés férieux ; fur-tout , avec
des Amans de Cour , qui veulent bien
effuyer des délais de bienséance , qui
s'attendent bien à combattre des imitations
de vertu ; mais non pas , la
verin-même ; & qui fçavent,à un jour
DE MAR S. 107
prés , affigner la durée raisonnable de
ces imitations , qui foûpirent enfin ,
non , pour tâcher de vaincre , car , tâcher
,fuppofe des efforts pour un fuccés
douteux ; mais , parce que les foupits
font un cérémonial qui doit précéder
la récompenfe ; & qu'il eft de
l'ordre qu'une femme paroifle recompenfer
, & non, donner d'avance .
Comment donc conferver des
Amans de cette efpece ? Comment.
Comme on peut : Par des efpérances.
Ah grands Dieux ! Eit- il permis
d'en fouffrir l'idée dans un homme?
Une femme a-t - elle befoin d'un plus
grand oubli de vertu pour les remplir
, que pour les donner ? C'eft contefter
fur le tems , & non, fur le crime.
Oh, Madame Attendés : Ces efperances
qui vous choquent ,ne font pas
fi criminelles que vous le penfez : Si
nous parlions d'une femme ordinaire ,
j'entends , femme de Ville ou de Pro
vince , vos conféquences feroient juftes.
Une éducation roturiere , purgée
de licence, & qui lui a appris à obferver
les vertus à la lettre , lui défend
de fouffrir unAmant : Le fouffre- t- elle?-
Elle a fait un premier pas dans la voye
108 LE MERCURE
du crime : Lui perme- t- elle d'efperer ?
Elle en a fait mille.
En effet , avant que d'en venir là ,
que de diminutions journalieres dans
fa fageffe ? Que d'inutiles travaux de
pudeur ? Quelle fucceffion de mouvemens
libertins n'a- t- il pas fallu , pour
aguerrir fon ame , pour la familiarifer
avec l'idée du crime ? Elle donne des
efperances , le crime eft refolu , elle
l'envifage , elle s'y promet. Que ne s'y
livre- t-elle ? Ce n'est pas la pudeur qui
l'en empêche , c'eft le fouvenir d'en
avoir eu , qui la retarde .
Voilà , Madame , l'hiftoire du coeur
d'une femme ordinaire qui donne des
efperances Vous vous imaginez qu'il
en eft de même du coeur d'une femine
de Cour ; mais il n'y a rien de tout
celà. 1o , quoi qu'elle foit mariée ,
elle peut avoir un foûpirant ; il fait
comme partie de fon équipage : Quant
aux efperances qu'elle lui donne , c'eſt
un difcours en l'air , un proverbe , un
vaudeville de Cour : En fait de galanterie
, elle ne fçait pas ce qu'elle don
ne alors.
Mais , l'Amant qui en attend l'échéance
, comme d'un bon billet, preffe ,
DE MAR S.
109
s'impatiente , fait fes diligences , menace
d'infidelité ; & fi quelqu'un alors ,
ne vient heureufement fe préfenter
pour tenir fa place, en cas de deſertion,
je croi franchement qu'une femme
eft en peril manifefte .
L'on voit encore une autre forte de
femmes de Cour . Il eft , par exemple,
des Coquettes honoraires ; ce font celles
qui font leurs preuves d'agrêmens
& de charmes , en laiffant feulement
aborder les Amans ; & qui , refoluës
d'être fages , prennent de publiques
atteftations de la facilité qu'elles auroient
à fe mettre au rang des aimables
folles.
Ce n'eft pas là , vertu parfaite ;
mais que voulez- vous , Madame . La
corruption eft tellement fimpathique
avec le coeur humain , qu'on ne peut
l'en purger fibien , qu'il n'y refte fouvent
ou la honte de n'ofer paroître
fage , ou du penchant à ne pas l'être .
Là deffus , ne pouroit - on pas dire que
le vice eft comme l'Amant chéri de
l'ame ? Elle le regrête en y renonçant ,
& ne le hait jamais.
Il y ades femmes de Qualité plus
courageufes encore que ces dernieres ,
TIO LE MERCURE
& qui ne fouffrent point d'adorateurs :
On voudroit bien qu'elles fuffent coquettes
; elles fçavent qu'on le voudroit
bien , & le fçavent avec plaifir ;
voilà leur coquetterie : Il leur eft doux
d'être comptées comme des beautez
inacceffibles , il leur est doux , toutes
féqueftrées qu'elles font de la foule ,
d'inquiéter les fens des fpectateurs.
Je vous parlerois ici , Madame , des
femmes de Qualité devotes; mais c'eft
une efpece trop marquée : Il vous fuffira
de fçavoir en général que la devotion
dont il s'agit , les éloigne du
monde , fans le plus fouvent les approcher
de Dieu .
Quand je vois ces faintes Ames ,
je ne puis m'empêcher de les comparer
à ces Soldats que leurs bleffures envoyent
aux Invalides : Les bleffures
de nos femmes , c'eft l'âge , & le déchet
de leurs charmes : Adieu le
monde, belle vocation ! Les habits , le
maintien, le difcours, les démarches ,
tout eft pieux , le coeur même prend
du goût pour la façon des actions
pieufes , il aime fon métier ; le formulaire
ambulant ou contemplatif lui en
plaît on gémira fans douleur aux
DE MAR S. III
pieds des Autels, on verfera des pleurs
dont la fource fera , non , l'amourde
Dieu , mais la vive & jaloufe imitation
de cet amour ; je veux dire , que l'ame
entrera dans fon fujet , ainfi qu'un
Acteur Tragique entre dans la paffion
qu'il reprefente .
Mais , fans m'en appercevoir , je
traitte une matiere que je m'êtois d'abord
interdite. Peu s'en eft fallu , que
je ne parlaffe de ceux à qui nos Dames
confient leur confcience , gens au
profit dequi , tourne la pieté de nos devotes
, pendant que Dieu n'en a que
les honneurs .
Je ne fçai ; mais l'inquiétude , le
fcrupule toûjours renaiffant , & ces vifites
fréquentes chez l'homme de Dieu ,
font une image bien reffemblante des
mouvemens du coeur tendre , ce pouroit
être de l'amour qui n'a fait que
changer de nom ; peut- être que l'ame
s'y méprend elle -même & qu'elle
n'eft jamais plus profane , que quand
elle paroît fcrupuleufe .
Fermer
11675
p. 128-143
NOUVELLE RELATION DE LA LOUISIANNE.
Début :
Comme je finissois cet Extrait, il m'est tombé à point / Le Mississippi appellé maintenant le Fleuve Saint Loüis, [...]
Mots clefs :
Mississippi, Vaisseaux, Amérique, Sauvages, Chasse, Climat, Pierres précieuses, Fort, Vers à soie, Gouverneur, Île, Vaisseaux, La Havane, Or et argent, Familles, Nation, Marchandises, Indigo, Laine, Peuples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE RELATION DE LA LOUISIANNE.
Cm'esttombé apoint nommé une
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
Fermer
11676
p. 51
VERS A UN GOUTEUX.
Début :
TU manges des Ragouts exquis, [...]
Mots clefs :
Ragoûts, Champagne, Liqueurs, Festins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A UN GOUTEUX.
SIOIDES A UN GOUTEUX.
T
U manges des Ragouts exquis ,
Tu ne bois que du fin Champagne'
,
Et tu joins aux liqueurs d'Espagne ,
Ces vins que le TURC a conquis .
Sous une houffe d'Ecarlatte
Tes rideaux font d'un gros Damas .
La Hollande a filé tes dras ,
Et tes Matelats font d'Oüate.
Dois tu, Geronte , t'étonner
De voir qu'une goutte cruelle,
Qui , traîne fa foeur la Gravelle ,
Ne veuille point t'abandonner.
讚
Je l'a trouverois ridicule ,
De quitter tes feftins avec ton
lit molet ,
Pour s'en aller jeûner , avec un Camaldule
,
Ou coucher fur la dure avec un
Recolet.
T
U manges des Ragouts exquis ,
Tu ne bois que du fin Champagne'
,
Et tu joins aux liqueurs d'Espagne ,
Ces vins que le TURC a conquis .
Sous une houffe d'Ecarlatte
Tes rideaux font d'un gros Damas .
La Hollande a filé tes dras ,
Et tes Matelats font d'Oüate.
Dois tu, Geronte , t'étonner
De voir qu'une goutte cruelle,
Qui , traîne fa foeur la Gravelle ,
Ne veuille point t'abandonner.
讚
Je l'a trouverois ridicule ,
De quitter tes feftins avec ton
lit molet ,
Pour s'en aller jeûner , avec un Camaldule
,
Ou coucher fur la dure avec un
Recolet.
Fermer
11677
p. 103
ENIGME.
Début :
La décence & la propreté [...]
Mots clefs :
Mouchoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
LA décence & la propreté
Sont cauſes de mon origine ; ¨
Pourquoi faut- il qu'on me deftine
Si fouvent à la faleté ?
Pour m'approprier au ſervice
L'on me fait volontiers quarré ,
Et je fuis tenu très-ferré
Même pendant mon exercice.
On fait toujours de moi grand cas-
Quand je viens d'un lointain rivage ;
Et pour éclipfer les appas,
Philis emprunte mon ombrage.
D'un grand que je ne nomme pas
Fort enclin aux tendres ébats ,
Je fers àdéfigner l'hommage
Qu'il rend à celle qui l'engage.
Par M. M*****, de Paris.
LA décence & la propreté
Sont cauſes de mon origine ; ¨
Pourquoi faut- il qu'on me deftine
Si fouvent à la faleté ?
Pour m'approprier au ſervice
L'on me fait volontiers quarré ,
Et je fuis tenu très-ferré
Même pendant mon exercice.
On fait toujours de moi grand cas-
Quand je viens d'un lointain rivage ;
Et pour éclipfer les appas,
Philis emprunte mon ombrage.
D'un grand que je ne nomme pas
Fort enclin aux tendres ébats ,
Je fers àdéfigner l'hommage
Qu'il rend à celle qui l'engage.
Par M. M*****, de Paris.
Fermer
11678
p. 2047-2048
TROISIÈME ENIGME.
Début :
L'on voit deux Soeurs toujours ensemble, [...]
Mots clefs :
Porte de pierre et porte de bois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME ENIGME.
TROISIEME ENIG ME.
On voit deux Soeurs toujours enſemble ,
Qui fervent en même maiſon ;
Elles n'ont rien qui fe reffemble ,
Si ce n'eft la taille & le nom.
Quoiqu'également
neceſſaires ,
L'une eft toujours fans ſe mouvoir ,
Et l'autre n'a pas peu d'affaires ,
Depuis le matin juſqu'au foir.
Elle eft fort fujette au caprice ,
Souvent elle fait des jaloux,
· Et
2048 MERCURE DE FRANCE .
Et ne fend prefque point juftice ,
Si ce n'eft à force de coups.
On voit deux Soeurs toujours enſemble ,
Qui fervent en même maiſon ;
Elles n'ont rien qui fe reffemble ,
Si ce n'eft la taille & le nom.
Quoiqu'également
neceſſaires ,
L'une eft toujours fans ſe mouvoir ,
Et l'autre n'a pas peu d'affaires ,
Depuis le matin juſqu'au foir.
Elle eft fort fujette au caprice ,
Souvent elle fait des jaloux,
· Et
2048 MERCURE DE FRANCE .
Et ne fend prefque point juftice ,
Si ce n'eft à force de coups.
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11679
p. 121-125
« LES Baladins, ou Melpomène vengée ; avec cette Epigraphe : Facit indignatio [...] »
Début :
LES Baladins, ou Melpomène vengée ; avec cette Epigraphe : Facit indignatio [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LES Baladins, ou Melpomène vengée ; avec cette Epigraphe : Facit indignatio [...] »
LES Baladins, ou Melpomène vengée ;
avec cette Epigraphe : Facit indignatio
verſum. A Amſterdam , I764,
in-8°. de 36 pages.
Nous n'annonçons cette Brochure ,
que pour cette claſſe de Lecteurs qui
ne veulent rien ignorer de ce qui s'im
prime à Paris ; car ceux pour qui la
critique eſt un genre odieux , pren
dront peu de part à cette production.
On affecte d'y rabaiſſer la plupart des
gens de Lettres, & principalement ceux
qui travaillent pour la Comédie Ita
lienne & les Spectacles for
2-4
.
: 22 MERCURE DE FRANCE.
CHIMERANDRE l'Anti-Grec , fils
de Bacha Bilboquet, ou les équivoques
de la Langue Franchoſe : nouvelle re
fonte ; avec cette Epigraphe.
º
-
Ne perdas operam ; qui ſe mirantur in illos
Virus habe : nos hac novimus eſſe nihil.
· Martial. Lib. 13. Epig. 2,
à Balivernopolis , 1764 ; & ſe vend
chez Hériſſant , Libraire , rue Neuve
| Notre-Dame. Brochure in-12. de 62
| pages.
.
-
Le Bacha Bilboquet eſt une Brochure
• ſi connue , qu'il ſuffit, pour connoître
celle que nous annonçons , de dire
qu'elle eſt écrite dans le même goût &
le même ſtyle. Elle peut ſervir de pen
dant à la première, & être reliée dans
, le même volume. C'eſt une autre hiſtoi
re & d'autres équivoques qui égayeront
le Lecteur pendant quelques inſtans de
déſœuvrement.
LE Code de l'Amour', ou les déci
ſions de Cythère ; Ftrennes du mois de
Mai , à l'uſage des Amans déſœuvrés, "
| par une Société de vieux amoureux ; à
Cythère , chez Tyrſis galant , à l'En
ſeigne du Mai, & ſe trouve à Paris ,
chez Hériſſant , Imprimeur-Libraire,
'.
)
-
M A I. 1764.
-
12.3
rue Neuve Notre-Dame ; I764 ; 1 vol.
in-12 , diviſé en deux parties d'environ
2oo pages chacune.
,
Malgré ce qu'il peut y avoir de plai
ſant dans le titre, il eſt certain que cet
te double Brochure contient des Piéces
très-ingénieuſes. Elles ſont tirées , pour
la plûpart, des Journaux & autres Ou
vrages périodiques , & choiſies avec
goût. On eſt charmé de retrouver en
un ſeul recueil un grand nombre de
diſſertations pleines de ſel, d'agrément
& de fineſſe , qui ſe trouvoient telle
ment diſperſées , qu'on pouvoit les re
garder comme perdues pour le Public
avant qu'on eût pris le ſoin très-loua
ble de les raſſembler en un volume. Ce
qui nous a fait le plus de plaiſir dans
cet agréable recueil, ce ſont des queſ
tions ſur des matières qui intéreſſent le
cœur, & dont la déciſion ſuppoſe une
· connoiſſance parfaite de tous ſes divers
mouvemens. On y trouve auſſi, en for
me de digreſſions, pluſieurs morceaux
très-bien faits ſur des Sujets analogues
au reſte de l'Ouvrage. La Proſe y eſt
agréablement mêlée avec la Poëſie ; &
le tout enſemble forme une variété qui
· plaît, qui attache & qui #e
1]
|
124 MERCURE DE FRANCE.
DICTIoNNAIRE
Géographique ,
Hiſtorique & Politique des Gaules & de
la France ; par M. l'Abbé Expilly,Cha
· noine-Tréſorier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte-Marthe de Taraſcon ,
de la Société Royale des Sciences &
Belles-Lettres de Nanci, &c; Tome ſe
| cond ; à Amſterdam ; & ſe trouve à
Paris , chez Deſaint & Saillant, Li
braires , rue S. Jean de Beauvais ; Bau
che , Libraire, quai des Auguſtins ; Hé
riſſant , Libraire , rue S. Jacques ; Deſ
pilly , Libraire , rue S. Jacques ; Nyon
Libraire , rue S. Jacques , 1764 ; vol.
in-folio.
Nous avons annoncé ce grand Ou
vrage, lorſqu'on en publia le premier
volume. Le ſecond Tome comprend les
lettres C. D. E, & répond parfaitement
à l'idée avantageuſe qu'en a donnée le
Proſpectus que nous avons auſſi annon
cé dans le temps. Nous avons lu avec
, la plus grande ſatisfaction pluſieurs Ar
ticles de ce nouveau volume ; & par
l'exactitude avec laquelle l'Auteur a
parlé de tous les lieux que nous con--
noiſſons, nous avons jugé de celle qu'il
a miſe également en parlant des Pays
& des Villes qui nous ſont moins con
nus. Nous partageons avec le Public la
M A I. 1764.
125
reconnoiſſance due à M. l'Abbé d'Ex
pilly pour un travail ſi utile ; & nous
croyons que cette entrepriſe, qui fait
tant d'honneur à ſon Auteur , eſt auſ
ſi très-glorieuſe à notre Siécle & à
notre Nation.
avec cette Epigraphe : Facit indignatio
verſum. A Amſterdam , I764,
in-8°. de 36 pages.
Nous n'annonçons cette Brochure ,
que pour cette claſſe de Lecteurs qui
ne veulent rien ignorer de ce qui s'im
prime à Paris ; car ceux pour qui la
critique eſt un genre odieux , pren
dront peu de part à cette production.
On affecte d'y rabaiſſer la plupart des
gens de Lettres, & principalement ceux
qui travaillent pour la Comédie Ita
lienne & les Spectacles for
2-4
.
: 22 MERCURE DE FRANCE.
CHIMERANDRE l'Anti-Grec , fils
de Bacha Bilboquet, ou les équivoques
de la Langue Franchoſe : nouvelle re
fonte ; avec cette Epigraphe.
º
-
Ne perdas operam ; qui ſe mirantur in illos
Virus habe : nos hac novimus eſſe nihil.
· Martial. Lib. 13. Epig. 2,
à Balivernopolis , 1764 ; & ſe vend
chez Hériſſant , Libraire , rue Neuve
| Notre-Dame. Brochure in-12. de 62
| pages.
.
-
Le Bacha Bilboquet eſt une Brochure
• ſi connue , qu'il ſuffit, pour connoître
celle que nous annonçons , de dire
qu'elle eſt écrite dans le même goût &
le même ſtyle. Elle peut ſervir de pen
dant à la première, & être reliée dans
, le même volume. C'eſt une autre hiſtoi
re & d'autres équivoques qui égayeront
le Lecteur pendant quelques inſtans de
déſœuvrement.
LE Code de l'Amour', ou les déci
ſions de Cythère ; Ftrennes du mois de
Mai , à l'uſage des Amans déſœuvrés, "
| par une Société de vieux amoureux ; à
Cythère , chez Tyrſis galant , à l'En
ſeigne du Mai, & ſe trouve à Paris ,
chez Hériſſant , Imprimeur-Libraire,
'.
)
-
M A I. 1764.
-
12.3
rue Neuve Notre-Dame ; I764 ; 1 vol.
in-12 , diviſé en deux parties d'environ
2oo pages chacune.
,
Malgré ce qu'il peut y avoir de plai
ſant dans le titre, il eſt certain que cet
te double Brochure contient des Piéces
très-ingénieuſes. Elles ſont tirées , pour
la plûpart, des Journaux & autres Ou
vrages périodiques , & choiſies avec
goût. On eſt charmé de retrouver en
un ſeul recueil un grand nombre de
diſſertations pleines de ſel, d'agrément
& de fineſſe , qui ſe trouvoient telle
ment diſperſées , qu'on pouvoit les re
garder comme perdues pour le Public
avant qu'on eût pris le ſoin très-loua
ble de les raſſembler en un volume. Ce
qui nous a fait le plus de plaiſir dans
cet agréable recueil, ce ſont des queſ
tions ſur des matières qui intéreſſent le
cœur, & dont la déciſion ſuppoſe une
· connoiſſance parfaite de tous ſes divers
mouvemens. On y trouve auſſi, en for
me de digreſſions, pluſieurs morceaux
très-bien faits ſur des Sujets analogues
au reſte de l'Ouvrage. La Proſe y eſt
agréablement mêlée avec la Poëſie ; &
le tout enſemble forme une variété qui
· plaît, qui attache & qui #e
1]
|
124 MERCURE DE FRANCE.
DICTIoNNAIRE
Géographique ,
Hiſtorique & Politique des Gaules & de
la France ; par M. l'Abbé Expilly,Cha
· noine-Tréſorier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte-Marthe de Taraſcon ,
de la Société Royale des Sciences &
Belles-Lettres de Nanci, &c; Tome ſe
| cond ; à Amſterdam ; & ſe trouve à
Paris , chez Deſaint & Saillant, Li
braires , rue S. Jean de Beauvais ; Bau
che , Libraire, quai des Auguſtins ; Hé
riſſant , Libraire , rue S. Jacques ; Deſ
pilly , Libraire , rue S. Jacques ; Nyon
Libraire , rue S. Jacques , 1764 ; vol.
in-folio.
Nous avons annoncé ce grand Ou
vrage, lorſqu'on en publia le premier
volume. Le ſecond Tome comprend les
lettres C. D. E, & répond parfaitement
à l'idée avantageuſe qu'en a donnée le
Proſpectus que nous avons auſſi annon
cé dans le temps. Nous avons lu avec
, la plus grande ſatisfaction pluſieurs Ar
ticles de ce nouveau volume ; & par
l'exactitude avec laquelle l'Auteur a
parlé de tous les lieux que nous con--
noiſſons, nous avons jugé de celle qu'il
a miſe également en parlant des Pays
& des Villes qui nous ſont moins con
nus. Nous partageons avec le Public la
M A I. 1764.
125
reconnoiſſance due à M. l'Abbé d'Ex
pilly pour un travail ſi utile ; & nous
croyons que cette entrepriſe, qui fait
tant d'honneur à ſon Auteur , eſt auſ
ſi très-glorieuſe à notre Siécle & à
notre Nation.
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11680
p. 103-107
LOGOGRYPHE.
Début :
J'ai dix pieds, belle Iris, & je ne marche point. [...]
Mots clefs :
Champignon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPH E.
'Ai dix pieds , belle Iris , & je ne marche point.
Oh ! oh! me direz - vous , la chofe eft finguliere ;
Pourquoi non ? Ne ferez furement la derniere
Qui pour me chicaner difputera ce point.
E
104 MERCURE DE FRANCE
Pour deviner mon nom beſoin n'eſt de magie ,
Si vous fçavez les mots dont je fuis compofé ;
Or comme à vous tromper je me vois diſpoſé ,
Voici pour cela feul ma généalogie.
Chez moi , trouvez d'abord un petit inftrument ,
Qui fans s'appercevoir fert à votre ornement.
Si vous voulez enfaite un lieu de ma naiffance ,
Je pourrai vous l'apprendre avec beaucoup d'ai
fance ;
'Ainfiqu'un lieu fameux pour l'Inquifition .
Un mot fort ufité , mot de maçonnerie..
D'un mortel affamé l'unique ambition .
Un petit nom fareur , nom de galanterie.
Une fille qu'aima le plus puiffant des Dieux ,
A qui Junon dans fa colere
Fit parcourir toute la terre.
Celui qui de Saplo , lui feul fixa les yeux ..
La mere de Léarque . Un des fils de Neptunes.
Celui qu'on trouve peu dans l'adverſe fortune ,
Et qu'un grand ne trouve jamais.
Pour élever les fuperbes Palais ,
Un homme toujours néceflaire.
L'inftrument qui punit notre témérité ,
Qui chez vous eft une beauté ,
Et qui rend un homme fauflaire .
Un mot Latin que tout le monde enténd ,
Que veut vous exprimer un amant qui foupire ;
Ce mot que l'amitié me permet de vous dire ,
Que dicté par l'amour , le devoir me defend..
M´ARS.
1754 105
J'avois quitté la Fable & je vais la reprendre .
Que je crains votre efprit , toujours promt à comprendre.
Oui , je ſuis découvert , & vous me devinez ? -
Si je parois encore , Iris , vous me tenez.
Je vois qu'à vous tromper vainement je m'ap
prête ,
Vous bravez mes efforts , & c'eſt ce qui m'arrête.
Mais qu'importe , après tout ,
L'ouvrage eft commencé , j'en dois venir à bout.
Je renferme en mon nom un fleuve d'Italie ,`
Qui d'un fils imprudent fut la punition ;
Dans ce feuve il perdit la vie
Par trop d'ambition. "
Celui qui des Thébains lui feul bâtit la ville."
Un fils de ce héros , qui du peuple Troyen
Fit long-tems le bonheur , fut même le foutien.
Un Prince , époux d'Hellice ; & de l'Irlande une
Iffe.
Une fille d'Atlas . Mais infenfiblement
Je me découvre à vous ; peut être en ce moment '
Vous connoiffez déja mon nom & ma figure ,
Si je dis que chez moi l'on trouve la monture
Du ſexe féminin .
De plus , une arme à feu , qui dépeuple la terre ,
Ex dont le bruit affreux imite le tonnerre ,
Vous me direz d'un air bénin ,
Abl pour le coup je vous devine.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE
Attendez encore un inftant ;
Ilfaut auparavant
Connoître tous les mots qu'ici je vous deſtine .
D'abord , un bois très-propre à conftruire un vaif
feau.
Un des fils de Noë. Ce magnifique oifeau
Très-renommé par fon plumage ,
Du fot & du faquin la plus parfaite image.
Le lieu que l'on choifit quand on veut fe cac her ;
Que nous allons fouvent chercher
Si quelque chagrin nous dévore ,
Lieu chéri d'ane pecore
A qui le grand cercle fait peur..
Ce qui d'un ouvrier fait le plus grand bonheur j
Sans quoi le Marchand ne vit
Un meuble utile pour le froid.
Un lieu qui caufe de l'effroi ,
Où loge un Officier de guerre.
guere.
Le nom qui peut caufer des pleurs--
A l'homme qui voudroit être fort grand de taille
Le mois qui fait croître les fleurs.
Une arme dont le fert fort fouvent la canaille
Pour terminer les différends.
Un fruit que quelquefois l'on met en confitures
Une pièce d'un jeu fort chéri des Sçavans.
Ce qu'en lifant ceci vous cherchez , je vous jure.
L'épithete commune à l'homme courageux.
Le nom qu'à votre chat le plus fouvent on donne
Un sien , qui raffemblé peut rendre malheureux.
MAR.S.
107 1734:.
Ce que répond toute perfonne
Si ce qu'on veut ne lui plaît pas.
Du corps une partie connue ,
Qui chez vous le voit toute nue ,
Et qui même a quelques appas.
Enfin , certain oiſeau qui paroît fur la table ,
Q'u'on dit être fort bon quand il nous vient du
Mans.
J'y parois comme lui ; m'en croyez- vous capable
?
Si vous me devinez ; vous verrez fi je mens.
P. M. C. D. G.
'Ai dix pieds , belle Iris , & je ne marche point.
Oh ! oh! me direz - vous , la chofe eft finguliere ;
Pourquoi non ? Ne ferez furement la derniere
Qui pour me chicaner difputera ce point.
E
104 MERCURE DE FRANCE
Pour deviner mon nom beſoin n'eſt de magie ,
Si vous fçavez les mots dont je fuis compofé ;
Or comme à vous tromper je me vois diſpoſé ,
Voici pour cela feul ma généalogie.
Chez moi , trouvez d'abord un petit inftrument ,
Qui fans s'appercevoir fert à votre ornement.
Si vous voulez enfaite un lieu de ma naiffance ,
Je pourrai vous l'apprendre avec beaucoup d'ai
fance ;
'Ainfiqu'un lieu fameux pour l'Inquifition .
Un mot fort ufité , mot de maçonnerie..
D'un mortel affamé l'unique ambition .
Un petit nom fareur , nom de galanterie.
Une fille qu'aima le plus puiffant des Dieux ,
A qui Junon dans fa colere
Fit parcourir toute la terre.
Celui qui de Saplo , lui feul fixa les yeux ..
La mere de Léarque . Un des fils de Neptunes.
Celui qu'on trouve peu dans l'adverſe fortune ,
Et qu'un grand ne trouve jamais.
Pour élever les fuperbes Palais ,
Un homme toujours néceflaire.
L'inftrument qui punit notre témérité ,
Qui chez vous eft une beauté ,
Et qui rend un homme fauflaire .
Un mot Latin que tout le monde enténd ,
Que veut vous exprimer un amant qui foupire ;
Ce mot que l'amitié me permet de vous dire ,
Que dicté par l'amour , le devoir me defend..
M´ARS.
1754 105
J'avois quitté la Fable & je vais la reprendre .
Que je crains votre efprit , toujours promt à comprendre.
Oui , je ſuis découvert , & vous me devinez ? -
Si je parois encore , Iris , vous me tenez.
Je vois qu'à vous tromper vainement je m'ap
prête ,
Vous bravez mes efforts , & c'eſt ce qui m'arrête.
Mais qu'importe , après tout ,
L'ouvrage eft commencé , j'en dois venir à bout.
Je renferme en mon nom un fleuve d'Italie ,`
Qui d'un fils imprudent fut la punition ;
Dans ce feuve il perdit la vie
Par trop d'ambition. "
Celui qui des Thébains lui feul bâtit la ville."
Un fils de ce héros , qui du peuple Troyen
Fit long-tems le bonheur , fut même le foutien.
Un Prince , époux d'Hellice ; & de l'Irlande une
Iffe.
Une fille d'Atlas . Mais infenfiblement
Je me découvre à vous ; peut être en ce moment '
Vous connoiffez déja mon nom & ma figure ,
Si je dis que chez moi l'on trouve la monture
Du ſexe féminin .
De plus , une arme à feu , qui dépeuple la terre ,
Ex dont le bruit affreux imite le tonnerre ,
Vous me direz d'un air bénin ,
Abl pour le coup je vous devine.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE
Attendez encore un inftant ;
Ilfaut auparavant
Connoître tous les mots qu'ici je vous deſtine .
D'abord , un bois très-propre à conftruire un vaif
feau.
Un des fils de Noë. Ce magnifique oifeau
Très-renommé par fon plumage ,
Du fot & du faquin la plus parfaite image.
Le lieu que l'on choifit quand on veut fe cac her ;
Que nous allons fouvent chercher
Si quelque chagrin nous dévore ,
Lieu chéri d'ane pecore
A qui le grand cercle fait peur..
Ce qui d'un ouvrier fait le plus grand bonheur j
Sans quoi le Marchand ne vit
Un meuble utile pour le froid.
Un lieu qui caufe de l'effroi ,
Où loge un Officier de guerre.
guere.
Le nom qui peut caufer des pleurs--
A l'homme qui voudroit être fort grand de taille
Le mois qui fait croître les fleurs.
Une arme dont le fert fort fouvent la canaille
Pour terminer les différends.
Un fruit que quelquefois l'on met en confitures
Une pièce d'un jeu fort chéri des Sçavans.
Ce qu'en lifant ceci vous cherchez , je vous jure.
L'épithete commune à l'homme courageux.
Le nom qu'à votre chat le plus fouvent on donne
Un sien , qui raffemblé peut rendre malheureux.
MAR.S.
107 1734:.
Ce que répond toute perfonne
Si ce qu'on veut ne lui plaît pas.
Du corps une partie connue ,
Qui chez vous le voit toute nue ,
Et qui même a quelques appas.
Enfin , certain oiſeau qui paroît fur la table ,
Q'u'on dit être fort bon quand il nous vient du
Mans.
J'y parois comme lui ; m'en croyez- vous capable
?
Si vous me devinez ; vous verrez fi je mens.
P. M. C. D. G.
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11681
p. 104
ENIGME.
Début :
Je suis un être utile à l'Univers ; [...]
Mots clefs :
Soleil
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME
E fuis un être utile à l'Univers ;
J'y.caufe quelquefois de terribles revers.
Quoique feul, ceperdant on me voit chés le More
Jufqu'aux climats où naît l'Aurore.
Je fuis tout à a fois en mille endroits divers.
Il fuffit qu'on me voye ,
Tout s'anime , tout rit ,
Et tout eft dans la joye ;
Mais ne me voit on plus ? tout meurt, tout dépérit,
E fuis un être utile à l'Univers ;
J'y.caufe quelquefois de terribles revers.
Quoique feul, ceperdant on me voit chés le More
Jufqu'aux climats où naît l'Aurore.
Je fuis tout à a fois en mille endroits divers.
Il fuffit qu'on me voye ,
Tout s'anime , tout rit ,
Et tout eft dans la joye ;
Mais ne me voit on plus ? tout meurt, tout dépérit,
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11682
p. 104-105
ENIGME EN LOGOGRYPHE.
Début :
J'excite le plaisir dans l'ame, [...]
Mots clefs :
Opéra
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME EN LOGOGRYPHE.
ENIGME EN LOGO GRYPHE.
J'Excite le plaifir dans l'ame ,
Et je vife toujours au coeur.
Plus d'un ,pour m'avoir vu,s'eft fenti tout de flâme,
Qui jufques-là n'étoit que glace & que froideur ;
Chacun à mon fort s'intéreffe.
Suis je dans la trifteffe ?
Je tire les larmes des yeux ;
Suis je dans l'allegreffe ?
Comme moi chacun eft joyeux.
A me venir voir on s'empreffe.
Les deux fexes de moi font leur amuſement .
MAR S. 1747. 195
Tout mon corps fe foutient fur cinq pieds feulement
;
Otez- en trois , je fuis un Fleuve d'Italie ,
Et j'enferme en mon fein un métal précieux ,
Mais qui cauſe beaucoup d'envie.
Dans deux un , quatre , trois , imperceptible
aux yeux ,
A l'airje fournis un paffage ;
Par un dernier effort , je deviens inftrument
A faire poudre , dont l'ufage
Eft fréquent chés les grands ,le peuple & le manant.
Vincent , de Rofnai en Champagne .
J'Excite le plaifir dans l'ame ,
Et je vife toujours au coeur.
Plus d'un ,pour m'avoir vu,s'eft fenti tout de flâme,
Qui jufques-là n'étoit que glace & que froideur ;
Chacun à mon fort s'intéreffe.
Suis je dans la trifteffe ?
Je tire les larmes des yeux ;
Suis je dans l'allegreffe ?
Comme moi chacun eft joyeux.
A me venir voir on s'empreffe.
Les deux fexes de moi font leur amuſement .
MAR S. 1747. 195
Tout mon corps fe foutient fur cinq pieds feulement
;
Otez- en trois , je fuis un Fleuve d'Italie ,
Et j'enferme en mon fein un métal précieux ,
Mais qui cauſe beaucoup d'envie.
Dans deux un , quatre , trois , imperceptible
aux yeux ,
A l'airje fournis un paffage ;
Par un dernier effort , je deviens inftrument
A faire poudre , dont l'ufage
Eft fréquent chés les grands ,le peuple & le manant.
Vincent , de Rofnai en Champagne .
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11683
p. 52-55
SUR LA PROMOTION DE MONSEIGNEUR LE CHANCELIER DAGUESSEAU. ODE.
Début :
De Themis le Temple s'ouvre, [...]
Mots clefs :
Temple, Gloire, Déesse, Sagesse, Esprit, Innocence, Liberté, Éloquence, Vertus, Hommage, Règne, Ennemis, Empire, Chancelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA PROMOTION DE MONSEIGNEUR LE CHANCELIER DAGUESSEAU. ODE.
SUR LA PROMOTION
DE MONSEIGNEUR LE CHANCELIER
DE
DAGUESSEAU.
ODE..
E Themis le Temple s'ouvre,
Quel éclat frape nos yeux !
PHILIPPE , je te découvre
Dans ce féjour glorieux.
Apuy de fon culte augufte ,
Tu cherches un homme juſte
Pour nous difpenfer fes Loix ,
Un regard de la Déefle
Fait connoître à ta fageffe ,
Sur qui doit tomber ton choix.
榮
Il eſt un efprit fublime ,
Qui rempliroit ce haut rang ,
Si nos voeux & notre eftime
Décidoit d'un choix fi grand.
Tu nous préviens , tu le nommes ,
MERCURE. 53
C'est lui qu'à tant de grandshommes
Ta fageffe a préferé.
C'eft DAGUESSEAU , quelle joye ,
Sur tous les fronts fe déploye
A ce nom fi réveré !
L'innocence moins timide
Defcend des Cieux pour le voir ,
J'entends 'l'injustice avide
En rugir de défeſpoir.
La Piété le devance
L'intégrité , la prudence ,
Paroillent à fes côtez :
On y voit briller le zele
Et la fermeté fidelle
Qui foûtint nos libertez.
*
L'Eloquence triomphante
Groffit la fuperbe Cour ,
Et par fa gloire elle augmente
La pompe d'un fi beau jour :
Telle enflamant Demoftenes ,
Elle tona dans Athènes ,
Telle à Rome elle éclata ;
Eij
LE NOUVEAU
Quand fon Orateur illuftre
La montroit dans tout fon luftre
Au Senat qui l'adopta.
Que de Vertus le couronnent !
Que de talens raffemblez !
Tous les beaux Arts l'environnent
De nouveaux bienfaits comblez .
Il vous aime doctes Fées ,
Elevés-lui des Trophées ,
Préparés -lui des Concerts ;
fera paroître ,
Son apuy
Des Vers tels qu'en firent naître
Les RICHELIEUX , les COLBERTS .
Le loüer , c'eft rendre homage]
A la main qui la placé ,
Elle acheve par ce gage
Notre bonheur commencé.
Dans un choix fi plein de gloire ;
Chantés Filles de Memoire
L'infatigable Heros ,
Dont la bonté paternelle ,
La vigilance éternelle ,
Affurent notre repos.
MERCURE.
藜
Il éternife le Regne
De la Paix & de Themis ,
Il ne veut plus que l'on craigne
D'Opreffeurs
, ni d'Ennemis.
Sa voix dans nos Villes calmes
Change à l'ombre de fes palmes ,
Le Soldat en Laboureur.
MARS perdant fous fa Regence ,
L'efpoir de troubler la France ,
Porte aux THRACES fa fureur.
La face de cet Empire ,
Reprend un nouvel éclat :
PHILIPPE qui peut décrire
Tes heureux foins pour l'Etat.
Pourfuis Heros Magnanime ,
Du beau zele qui t'anime
Remplis notre jeune Roy .
Qu'il croiffe , qu'il te contemple
Qu'il puifle fur ton exemple
Se faire aimer comme toi.
DE MONSEIGNEUR LE CHANCELIER
DE
DAGUESSEAU.
ODE..
E Themis le Temple s'ouvre,
Quel éclat frape nos yeux !
PHILIPPE , je te découvre
Dans ce féjour glorieux.
Apuy de fon culte augufte ,
Tu cherches un homme juſte
Pour nous difpenfer fes Loix ,
Un regard de la Déefle
Fait connoître à ta fageffe ,
Sur qui doit tomber ton choix.
榮
Il eſt un efprit fublime ,
Qui rempliroit ce haut rang ,
Si nos voeux & notre eftime
Décidoit d'un choix fi grand.
Tu nous préviens , tu le nommes ,
MERCURE. 53
C'est lui qu'à tant de grandshommes
Ta fageffe a préferé.
C'eft DAGUESSEAU , quelle joye ,
Sur tous les fronts fe déploye
A ce nom fi réveré !
L'innocence moins timide
Defcend des Cieux pour le voir ,
J'entends 'l'injustice avide
En rugir de défeſpoir.
La Piété le devance
L'intégrité , la prudence ,
Paroillent à fes côtez :
On y voit briller le zele
Et la fermeté fidelle
Qui foûtint nos libertez.
*
L'Eloquence triomphante
Groffit la fuperbe Cour ,
Et par fa gloire elle augmente
La pompe d'un fi beau jour :
Telle enflamant Demoftenes ,
Elle tona dans Athènes ,
Telle à Rome elle éclata ;
Eij
LE NOUVEAU
Quand fon Orateur illuftre
La montroit dans tout fon luftre
Au Senat qui l'adopta.
Que de Vertus le couronnent !
Que de talens raffemblez !
Tous les beaux Arts l'environnent
De nouveaux bienfaits comblez .
Il vous aime doctes Fées ,
Elevés-lui des Trophées ,
Préparés -lui des Concerts ;
fera paroître ,
Son apuy
Des Vers tels qu'en firent naître
Les RICHELIEUX , les COLBERTS .
Le loüer , c'eft rendre homage]
A la main qui la placé ,
Elle acheve par ce gage
Notre bonheur commencé.
Dans un choix fi plein de gloire ;
Chantés Filles de Memoire
L'infatigable Heros ,
Dont la bonté paternelle ,
La vigilance éternelle ,
Affurent notre repos.
MERCURE.
藜
Il éternife le Regne
De la Paix & de Themis ,
Il ne veut plus que l'on craigne
D'Opreffeurs
, ni d'Ennemis.
Sa voix dans nos Villes calmes
Change à l'ombre de fes palmes ,
Le Soldat en Laboureur.
MARS perdant fous fa Regence ,
L'efpoir de troubler la France ,
Porte aux THRACES fa fureur.
La face de cet Empire ,
Reprend un nouvel éclat :
PHILIPPE qui peut décrire
Tes heureux foins pour l'Etat.
Pourfuis Heros Magnanime ,
Du beau zele qui t'anime
Remplis notre jeune Roy .
Qu'il croiffe , qu'il te contemple
Qu'il puifle fur ton exemple
Se faire aimer comme toi.
Fermer
11684
p. 1152-1156
L'Italie Galante, ou les Contes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens représenterent le 11. de ce mois une Piece nouvelle intitulée [...]
Mots clefs :
Comédiens, Bienséances, Extinction de voix, Tumulte, Divertissement, Fête, Magnificence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Italie Galante, ou les Contes, &c. [titre d'après la table]
Les Comédiens représenterent le 11.
de ce mois une Piece nouvelle intitulée
PItalie Galante , ou les Contes . Ce sont
trois Comédies differentes , où M. Delamotte
, s'est fait un plaisir d'accomoder
au Théatre , et de ramener aux bonnes
moeurs er aux bienséances , trois Contes
de la Fontaine ; l'Oraison de S. Julien
Richard Minutolo , et le Magnifique.
*
L'Oraison de S. Julien changée en Talisman
, dont on avoit déja vû trois Répre
sentations il y a quelques années , fût r‹ -
ceue avec beaucoup de plaisir.
Le Magnifique en deux Actes , eût le
succès le plus eclatant qu'un Autheur
puisse souhaitter : mais il arriva à Minu
tolo l'inconvenient de n'être pas entendu .
Un
MAY. 1737 TIT
Un des Acteurs principaux , et même le
plus nécessaire pour faire entendre la
Piéce , fût surpris d'une extinction de
voix , qui ne lui permit pas de prononcer
un seul mot de son Rôle : le tumulte que
ce contre-temps excita dans l'Assemblée ,
ne laissa point entendre les autres Acteurs:
ainsi l'on peut dire que la Piéce ne fût
pas representée ce jour- là ; elle le fut deux
jours aprés , et elle fut géneralement aplau
die. Le Public donne de jour en jour de
nouvelles louanges à tout l'ouvrage , et
le trouve digne de son Auteur
Chaque Piéce est ornée d'un Divertis
sement , la Musique est vive , enjoüée ,
ou tendre , selon que les caractéres l'éxigent
: elle est de M. Quinaut. Le Balet est
galand , et comique : il est de M. Dangeville.
La Fête de Renaud d'Ast est un Bal.
Le Vaudeville roule sur les Talismans ,
en voici deux Couplets.
Four surmonter l'Indifference ,
Il est tant de secrets charmants.
Faut il que contre l'Inconstance
L'Amour n'ait point de Talismans.
Pour bon gîte et bonne avanture
Faut-il
1154 MERCURE DE FRANCE
Faut- il des Aneaux et des Sorts ?
Soyez aimable , et je vous jure ,
Vous ne coucherez pas déhors.
La Fête de Minutolo est une Fête cham
pêtre. Le Vaudeville roule fur le bonheur
des Bergers , en voici trois Couplets:
Vous de qui la Richesse
Flate en vain les désirs ,
Vous cherchés les plaisirs ,
Et les manqués sans cesse ;
Nos Amours sont tout nôtre bien
Et nous ne vous envions rien.
Le Ciel a fait aux Hommes
Des Destins differents :
Vous paroissez contens :
Mais c'est nous qui le sommes ,
Nos Amours & c.
Au Parterre .
Si nos soins , pour vous plaire ,
N'avoient pas été vains ,
Vous auriés dans vos mains
Nôtre plus doux salaire ;
Vos
MAY. 1731
1159
Vos plaisirs sont tout nôtre bien
Hors delà nous n'envions rien.
2
La Fête du Magnifique : ce sont differents
Peuples qui offrent à Lucille les Richesses
de leur pays. Le Vaudeville rou
le sur la Magnificence. En voiçi trois
Couplets:
L'Amant avare et tiranique
Verra rebutter ses désirs :
Mais si l'Amour a des plaisirs ;
Ils sont pour l'Amant Magnifique,
Donnés , Amants ; mais donnés bien
Donner mal , c'est ne donner rien.
粥
La maniere ajoûte au service :
Il faut que les dons soient adroits ;
Les présens même quelquefois
Offensent plus que l'avarice .
Donnés , Amants &c.
Au Parters .
ន
W
Soyez avares de Critiques ,
Si vous ne sortés pas contens :
Ce n'est qu'en applaudissemen,
Qu'il
156 MERCURE DE FRANCE
Qu'il vous sied d'être Magnifiques.
Applaudissez pour nôtre bien :
Critiqués , mais si peu que rien.
Ce Couplet , que chante la Dlle. Gossin
avec beaucoup de grace, est fort applaudi :
les autres Couplets sont chantez vivement
et trés-bien exprimez . Les Dilles . Labate .
et Dangeville
font un très grand plaisir
dans le Balet , au milieu duquel la petite
Dlle. Dubreuil, en Sauve-Souris , danse ,
toujours; poursuivie
par ceux qui veulent
l'attrapper. Toutes ces Piéces, au reste,sont
trés bien représentées. Ce qui a fait remarquer
par plusieurs bons connoisseurs
que depuis fort long- temps , il n'y avoit
cu à la Comédie Françoise , tant ni de si
excellens sujets . Nous nous abstenons de
les nommer icy de peur de décourager
ceux dont les talens ne sont pas encore dévelopés
, et dont le Public empêche souvent
les progrés par trop peu d'indulgence.
de ce mois une Piece nouvelle intitulée
PItalie Galante , ou les Contes . Ce sont
trois Comédies differentes , où M. Delamotte
, s'est fait un plaisir d'accomoder
au Théatre , et de ramener aux bonnes
moeurs er aux bienséances , trois Contes
de la Fontaine ; l'Oraison de S. Julien
Richard Minutolo , et le Magnifique.
*
L'Oraison de S. Julien changée en Talisman
, dont on avoit déja vû trois Répre
sentations il y a quelques années , fût r‹ -
ceue avec beaucoup de plaisir.
Le Magnifique en deux Actes , eût le
succès le plus eclatant qu'un Autheur
puisse souhaitter : mais il arriva à Minu
tolo l'inconvenient de n'être pas entendu .
Un
MAY. 1737 TIT
Un des Acteurs principaux , et même le
plus nécessaire pour faire entendre la
Piéce , fût surpris d'une extinction de
voix , qui ne lui permit pas de prononcer
un seul mot de son Rôle : le tumulte que
ce contre-temps excita dans l'Assemblée ,
ne laissa point entendre les autres Acteurs:
ainsi l'on peut dire que la Piéce ne fût
pas representée ce jour- là ; elle le fut deux
jours aprés , et elle fut géneralement aplau
die. Le Public donne de jour en jour de
nouvelles louanges à tout l'ouvrage , et
le trouve digne de son Auteur
Chaque Piéce est ornée d'un Divertis
sement , la Musique est vive , enjoüée ,
ou tendre , selon que les caractéres l'éxigent
: elle est de M. Quinaut. Le Balet est
galand , et comique : il est de M. Dangeville.
La Fête de Renaud d'Ast est un Bal.
Le Vaudeville roule sur les Talismans ,
en voici deux Couplets.
Four surmonter l'Indifference ,
Il est tant de secrets charmants.
Faut il que contre l'Inconstance
L'Amour n'ait point de Talismans.
Pour bon gîte et bonne avanture
Faut-il
1154 MERCURE DE FRANCE
Faut- il des Aneaux et des Sorts ?
Soyez aimable , et je vous jure ,
Vous ne coucherez pas déhors.
La Fête de Minutolo est une Fête cham
pêtre. Le Vaudeville roule fur le bonheur
des Bergers , en voici trois Couplets:
Vous de qui la Richesse
Flate en vain les désirs ,
Vous cherchés les plaisirs ,
Et les manqués sans cesse ;
Nos Amours sont tout nôtre bien
Et nous ne vous envions rien.
Le Ciel a fait aux Hommes
Des Destins differents :
Vous paroissez contens :
Mais c'est nous qui le sommes ,
Nos Amours & c.
Au Parterre .
Si nos soins , pour vous plaire ,
N'avoient pas été vains ,
Vous auriés dans vos mains
Nôtre plus doux salaire ;
Vos
MAY. 1731
1159
Vos plaisirs sont tout nôtre bien
Hors delà nous n'envions rien.
2
La Fête du Magnifique : ce sont differents
Peuples qui offrent à Lucille les Richesses
de leur pays. Le Vaudeville rou
le sur la Magnificence. En voiçi trois
Couplets:
L'Amant avare et tiranique
Verra rebutter ses désirs :
Mais si l'Amour a des plaisirs ;
Ils sont pour l'Amant Magnifique,
Donnés , Amants ; mais donnés bien
Donner mal , c'est ne donner rien.
粥
La maniere ajoûte au service :
Il faut que les dons soient adroits ;
Les présens même quelquefois
Offensent plus que l'avarice .
Donnés , Amants &c.
Au Parters .
ន
W
Soyez avares de Critiques ,
Si vous ne sortés pas contens :
Ce n'est qu'en applaudissemen,
Qu'il
156 MERCURE DE FRANCE
Qu'il vous sied d'être Magnifiques.
Applaudissez pour nôtre bien :
Critiqués , mais si peu que rien.
Ce Couplet , que chante la Dlle. Gossin
avec beaucoup de grace, est fort applaudi :
les autres Couplets sont chantez vivement
et trés-bien exprimez . Les Dilles . Labate .
et Dangeville
font un très grand plaisir
dans le Balet , au milieu duquel la petite
Dlle. Dubreuil, en Sauve-Souris , danse ,
toujours; poursuivie
par ceux qui veulent
l'attrapper. Toutes ces Piéces, au reste,sont
trés bien représentées. Ce qui a fait remarquer
par plusieurs bons connoisseurs
que depuis fort long- temps , il n'y avoit
cu à la Comédie Françoise , tant ni de si
excellens sujets . Nous nous abstenons de
les nommer icy de peur de décourager
ceux dont les talens ne sont pas encore dévelopés
, et dont le Public empêche souvent
les progrés par trop peu d'indulgence.
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Résumé : L'Italie Galante, ou les Contes, &c. [titre d'après la table]
Le 11 mai 1737, les Comédiens ont présenté une pièce intitulée 'L'Italie Galante, ou les Contes'. Cette œuvre est composée de trois comédies adaptées par M. Delamotte à partir de contes de La Fontaine : 'L'Oraison de S. Julien', 'Richard Minutolo' et 'Le Magnifique'. La première comédie, 'L'Oraison de S. Julien', rebaptisée 'Le Talisman', a été bien accueillie après trois représentations précédentes. La deuxième comédie, 'Le Magnifique', en deux actes, a connu un succès remarquable malgré un incident lors de la première représentation où un acteur principal a perdu sa voix, rendant la pièce inaudible. La représentation a été reprise deux jours plus tard et a été applaudie. Chaque pièce est accompagnée de divertissements musicaux et chorégraphiques. La musique, composée par M. Quinaut, est adaptée aux caractères des pièces, tandis que le ballet, créé par M. Dangeville, est galant et comique. Les vaudevilles accompagnant les pièces traitent des thèmes des talismans, du bonheur des bergers et de la magnificence. Les représentations ont été saluées pour leur excellence, et le public a loué les talents des acteurs et des auteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11685
p. 514-520
Lettres Patentes de François I. contre Ramus, [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres Patentes du Roi, qui confirment le Jugement rendu [...]
Mots clefs :
Pierre Ramus, Jugement, Aristote, Université de Paris, Philosophie, Condamnation , François I, Enseignement, Censure, Parlement de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettres Patentes de François I. contre Ramus, [titre d'après la table]
Les Lettres Patentes du Roi , qui eonfirment
le Jugement rendu contre Ramus
, renferment assez de particularitez
sur son affaire , pour trouver ici leur
place . On y verra ce qu'on avoit fait entendre
au Roi , sur ce qui le regardoit ,
et la maniere dont on lui avoit fait croire
qu'il avoit été condamné.
FRANÇOIS , par la grace de Dieu ,
Roi de France , à tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , Salut . Comme entre
les autres grandes sollicitudes que nous avons
toûjours
MARS. 1731. 515
toujours eues de bien ordonner et établir la
chose publique de notre Royaume , nous avons
mis toute la peine , que possible nous a été ,
de l'accroître et enrichir de toutes bonnes
Lettres et Sciences , à l'honneur et gloire de
Notre Seigneur , et au salut des Fideles ;
puis n'a gueres , avertis du trouble advenn
à notre chere et aimée l'Université de Paris
à cause de deux Livres faits par Maitre
Pierre Ramus , intitulez , l'un , Dialectica
Institutiones , et l'autre , Aristotelicæ animadversiones,
et des procés et differends qui
étoient pendans en notre Cour de Parlement
audit lieu , entre elle et ledit Ramus , pour
raison desdits Livres , nous les eussions évoquez
à nous pour sommairement et promptement
y pourvoir , et à cette fin en eussions
ordonné , que Maître Antoine de Govea ,
qui s'étoit presenté à impugner et débattre
lesdits Livres , et ledit Ramus , qui les soutenoit
et deffendoit , éliroient et nommeroient
de chacun côté , deux bons et notables Personnages
, connoissans les Langues Grecque
et Latine, et experimentez en Philosophie , et
que nous élirions et nommerions un cinquiéme
pour visiter lesdits Livres , ouir lesdits
de Govea et Ramus en leur advis ; suivant
Laquelle notre Ordonnance eût été ledit Govea ,
élu, et nommé Maîtres Pierre Danés et François
à Vincercato 5 et ledit Ramus , Maître
Jean Quintin , Docteur en Decret , et Jean
E iiij
de
516 MERCURE DE FRANCE
de Beaumont , Docteur en Médecine ; et nous
pour le cinquiéme eussions nommé et ordonné
notre cher et aimé Maître Jean de Salignac,
Docteur en Théologie ; pardevant lesquelsiles
dits de Govea et Ramus eussent été ouis en
leurs disputes et débats , jusques à ce que
pour interrompre l'affaire , icelui Ramus se
seroit porté pour Appellant desdits Censeurs,
dont nous advertis , eussions décerné nos Lettres
à notre Prévôt de Paris , ou à son Lieutenant
, pour contraindre lesdits de Govea ,
et Ramus , à parfaire leurs disputes , afin que
par lesdits Censeurs nous fût donné leur advis
, nonobstant ledit Appel et autres appellations
quelconques , suivant lesquelles nos
Lettres , eussent lesdits de Govea et Ramus
derechefcomparu pardevant lesdits Censeurs ,
et voyant que par icelui Ramus , lesdits Lia
vres ne se pourroient soutenir, eût déclaré
n'en vouloir plus disputer , et qu'il les soumettoit
à la censure des susdits ; et comme
on y vouloit proceder , lesdits de Quintin et
Beaumont , Pun aprés l'autre , eussent décla
ré ne s'en vouloir plus entremettre. Au moyen
de quoi eût icelui Ramus été sommé et requis
d'en élire et nommer deux autres . Ce qu'il
n'eût voulu faire , et si fût du tout soumis
aux trois autres dessus nommez , lesquels
après avoir le tout vû et consideré , eussent
été d'avis que ledit Ramus avoit été témeraire,
arrogant et impudent d'avoir réprouvé et
condamné
MARS. 17318 517
condamné le train et Art de Logique reçû
de toutes les Nations , que lui- même ignoroit, et
parce qu'en son Livre des Animadversions il
reprenoit Aristote , étoit évidemment connuë
et manifeste son ignorance . Voire qu'il avoit
mauvaise volonté, de tant qu'il blâmoit plusieurs
choses , à quoi il ne pensa onque. Et
ne contenoit sondit Livre des Animadversions
que tous mensonges , et une maniere de
médits , tellement qu'il sembloit être le grand
bien et profit des Livres et Sciences , que
ledit Livre fût du tout supprimé ; semblablement
l'autre dessusdit intitulé , Dialectica
Institutiones , comme contenant aussi plusieurs
choses fausses et étranges : Scavoirfaisons,
que vû par nous ledit Avis, et eû sur ce
autres avis et déliberations avec plusieurs
sçavans , et notables personnages , étant lés
nous, avons condamné , supprimé et aboli ,
condamnons , supprimons et abolissons lesdits
deux Livres, l'un Institutiones Dialecticæ ,
l'autre , Aristotelica Animadversiones , et
avonsfait et faisons inhibitions et deffenses
à tous Imprimeurs et Libraires de notre Royaume,
Pays , Terres et Seigneuries , et à tous
autres nos Sujets , de quelque état et conditions
qu'ils soient , qu'ils n'ayent plus à imprimer
oufaire imprimer lesdits Livres , ne
publier, vendre , ne debiter en nosdits Royanme
, Pays , Terres et Seigneuries , sous peine
de confiscation desdits Livres , et de puni-
E v tion
418 MERCURE DE FRANCE
tion corporelle , soit qu'ils soient imprimez en
iceux nos Royaume , Pays , Terres et Seigneuries
, ou autres lieux non étant de notre
obéissance; et semblablement audit Ramus , de
neplus lire,ne lesfaire écrire ou copier,publier;
ne semer en aucune maniere , ne lire en Dialectique
, ne Philsophie en quelque maniere
que ce soit , sans notre expresse permission ;
aussi de ne plus user de telles médisances et
invectives contre Aristote , ne autres anciens
Auteurs reçus et approuvez , ne contre noiredite
Fille l'Université, et Suppôts d'icelle , sous
les peines que dessus . Si donnons en Mandement
et comettons par ces Presentes à notre
Prévôt de Paris ou à son Lieutenant , Conservateur
des Privileges , par nous et nos Prédecesseurs
Rois , donnez et octroyez à notredite
Fille l'Université , que notre present Fu
gement et Ordonnance il mette où fasse mettre
à due et entiere execution , selon sa for
me et teneur , et à ce faire souffrir et obeir
contraigne etfasse contraindre tous ceux qu'il
appartiendra , et pour ce feront contraindre
par toutes voyes et manieres dûës et raisonnables
, nonobstant oppositions ou appellations
quelconques , pour lesquelles ne voulons
être differé. Et pour ce qu'il est besoin de fai
re notifier nosdites deffenses en plusieurs lieux
de notre Royaume , Pays , Terres et Seigneuries
, afin de les faire observer ; nous vou
lons qu'au vidimus d'icelle fait sous Scel
Royal,
M.AR S. 1731. 419
2.
Royal , ou signé par collation par l'un de nos
ame et féaux Notaires et Secretaires , soit
ajoûté foi comme au present Original. Mandons
en outre à tous nos autres Justiciers
Officiers et à chacun d'eux , si comme il lui
appartiendra , que nosdites deffenses et injonctions
ils fassent observer , en procedant
par eux contre les infracteurs d'icelle , si au-
Cuns y en a , par les peines cy-dessus indites,
et autres qu'ils verront être àfaire par raison .
En témoin de ce , nous avons fait mettre notre
Scel à cesdites Presentes. DONNE' à
Paris le dixième jour de May , l'an de grace
1543. et de notre Regne le trentiéme.
Les Ennemis de Ramus firent éclater
d'une maniere extraordinaire la joye qu'ils
avoient de sa condamnation . La Sentence
renduë contre lui , fut publiée en Latin
et en François dans toutes les rues de Paris
et dans tous les lieux de l'Europe , où
Pon pût l'envoyer.. On représenta même
des Pieces de Théatre où il fut baffoué
en mille manieres , au milieu des
acclamations et des applaudissemens des
Aristoteliciens. "
L'année suivante 1544. la Peste fit du
ravage dans Paris , et dissipa presque tous
les Ecoliers du College de Prefle ; maist
Ramus s'étant laissé persuader d'y enseigner
, attira bien-tôt un grand nombre
E vj d'Au
120 MERCURE DE FRANCE
d'Auditeurs . La Sorbonne voulut le chasser
de ce College , et ne put en venir
à bout ; il fut confirmé par Arrêt du
Parlement dans la principalité de cette
Maison qu'il avoit déja depuis quelque
tems.
Il, trouva même dans la suite un si bon
Patron dans la personne du Cardinal de
Lorraine , qu'il obtint en 1547. du Roi
Henry II . la permission d'écrire et d'enscigner
, et que ce Prince lui donnat quatre
ans après , c'est-à- dire au mois de Juillet
1551. la Charge de Professeur Royal
en Philosophie et d'Eloquence.
Le Parlement de Paris l'avoit maintenu
quelque tems auparavant dans la liberté
de joindre les Leçons de Philosophie avec
celles de l'Eloquence ; l'Arrêt qu'il avoit
donné à cette occasion , avoit arrêté les
persécutions que Ramus et ses Ecoliers
avoient souffertes , et les chicanes qu'on
lui avoit faites au commencement de
cette année.
La suite pour le Mercure prochain.
le Jugement rendu contre Ramus
, renferment assez de particularitez
sur son affaire , pour trouver ici leur
place . On y verra ce qu'on avoit fait entendre
au Roi , sur ce qui le regardoit ,
et la maniere dont on lui avoit fait croire
qu'il avoit été condamné.
FRANÇOIS , par la grace de Dieu ,
Roi de France , à tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , Salut . Comme entre
les autres grandes sollicitudes que nous avons
toûjours
MARS. 1731. 515
toujours eues de bien ordonner et établir la
chose publique de notre Royaume , nous avons
mis toute la peine , que possible nous a été ,
de l'accroître et enrichir de toutes bonnes
Lettres et Sciences , à l'honneur et gloire de
Notre Seigneur , et au salut des Fideles ;
puis n'a gueres , avertis du trouble advenn
à notre chere et aimée l'Université de Paris
à cause de deux Livres faits par Maitre
Pierre Ramus , intitulez , l'un , Dialectica
Institutiones , et l'autre , Aristotelicæ animadversiones,
et des procés et differends qui
étoient pendans en notre Cour de Parlement
audit lieu , entre elle et ledit Ramus , pour
raison desdits Livres , nous les eussions évoquez
à nous pour sommairement et promptement
y pourvoir , et à cette fin en eussions
ordonné , que Maître Antoine de Govea ,
qui s'étoit presenté à impugner et débattre
lesdits Livres , et ledit Ramus , qui les soutenoit
et deffendoit , éliroient et nommeroient
de chacun côté , deux bons et notables Personnages
, connoissans les Langues Grecque
et Latine, et experimentez en Philosophie , et
que nous élirions et nommerions un cinquiéme
pour visiter lesdits Livres , ouir lesdits
de Govea et Ramus en leur advis ; suivant
Laquelle notre Ordonnance eût été ledit Govea ,
élu, et nommé Maîtres Pierre Danés et François
à Vincercato 5 et ledit Ramus , Maître
Jean Quintin , Docteur en Decret , et Jean
E iiij
de
516 MERCURE DE FRANCE
de Beaumont , Docteur en Médecine ; et nous
pour le cinquiéme eussions nommé et ordonné
notre cher et aimé Maître Jean de Salignac,
Docteur en Théologie ; pardevant lesquelsiles
dits de Govea et Ramus eussent été ouis en
leurs disputes et débats , jusques à ce que
pour interrompre l'affaire , icelui Ramus se
seroit porté pour Appellant desdits Censeurs,
dont nous advertis , eussions décerné nos Lettres
à notre Prévôt de Paris , ou à son Lieutenant
, pour contraindre lesdits de Govea ,
et Ramus , à parfaire leurs disputes , afin que
par lesdits Censeurs nous fût donné leur advis
, nonobstant ledit Appel et autres appellations
quelconques , suivant lesquelles nos
Lettres , eussent lesdits de Govea et Ramus
derechefcomparu pardevant lesdits Censeurs ,
et voyant que par icelui Ramus , lesdits Lia
vres ne se pourroient soutenir, eût déclaré
n'en vouloir plus disputer , et qu'il les soumettoit
à la censure des susdits ; et comme
on y vouloit proceder , lesdits de Quintin et
Beaumont , Pun aprés l'autre , eussent décla
ré ne s'en vouloir plus entremettre. Au moyen
de quoi eût icelui Ramus été sommé et requis
d'en élire et nommer deux autres . Ce qu'il
n'eût voulu faire , et si fût du tout soumis
aux trois autres dessus nommez , lesquels
après avoir le tout vû et consideré , eussent
été d'avis que ledit Ramus avoit été témeraire,
arrogant et impudent d'avoir réprouvé et
condamné
MARS. 17318 517
condamné le train et Art de Logique reçû
de toutes les Nations , que lui- même ignoroit, et
parce qu'en son Livre des Animadversions il
reprenoit Aristote , étoit évidemment connuë
et manifeste son ignorance . Voire qu'il avoit
mauvaise volonté, de tant qu'il blâmoit plusieurs
choses , à quoi il ne pensa onque. Et
ne contenoit sondit Livre des Animadversions
que tous mensonges , et une maniere de
médits , tellement qu'il sembloit être le grand
bien et profit des Livres et Sciences , que
ledit Livre fût du tout supprimé ; semblablement
l'autre dessusdit intitulé , Dialectica
Institutiones , comme contenant aussi plusieurs
choses fausses et étranges : Scavoirfaisons,
que vû par nous ledit Avis, et eû sur ce
autres avis et déliberations avec plusieurs
sçavans , et notables personnages , étant lés
nous, avons condamné , supprimé et aboli ,
condamnons , supprimons et abolissons lesdits
deux Livres, l'un Institutiones Dialecticæ ,
l'autre , Aristotelica Animadversiones , et
avonsfait et faisons inhibitions et deffenses
à tous Imprimeurs et Libraires de notre Royaume,
Pays , Terres et Seigneuries , et à tous
autres nos Sujets , de quelque état et conditions
qu'ils soient , qu'ils n'ayent plus à imprimer
oufaire imprimer lesdits Livres , ne
publier, vendre , ne debiter en nosdits Royanme
, Pays , Terres et Seigneuries , sous peine
de confiscation desdits Livres , et de puni-
E v tion
418 MERCURE DE FRANCE
tion corporelle , soit qu'ils soient imprimez en
iceux nos Royaume , Pays , Terres et Seigneuries
, ou autres lieux non étant de notre
obéissance; et semblablement audit Ramus , de
neplus lire,ne lesfaire écrire ou copier,publier;
ne semer en aucune maniere , ne lire en Dialectique
, ne Philsophie en quelque maniere
que ce soit , sans notre expresse permission ;
aussi de ne plus user de telles médisances et
invectives contre Aristote , ne autres anciens
Auteurs reçus et approuvez , ne contre noiredite
Fille l'Université, et Suppôts d'icelle , sous
les peines que dessus . Si donnons en Mandement
et comettons par ces Presentes à notre
Prévôt de Paris ou à son Lieutenant , Conservateur
des Privileges , par nous et nos Prédecesseurs
Rois , donnez et octroyez à notredite
Fille l'Université , que notre present Fu
gement et Ordonnance il mette où fasse mettre
à due et entiere execution , selon sa for
me et teneur , et à ce faire souffrir et obeir
contraigne etfasse contraindre tous ceux qu'il
appartiendra , et pour ce feront contraindre
par toutes voyes et manieres dûës et raisonnables
, nonobstant oppositions ou appellations
quelconques , pour lesquelles ne voulons
être differé. Et pour ce qu'il est besoin de fai
re notifier nosdites deffenses en plusieurs lieux
de notre Royaume , Pays , Terres et Seigneuries
, afin de les faire observer ; nous vou
lons qu'au vidimus d'icelle fait sous Scel
Royal,
M.AR S. 1731. 419
2.
Royal , ou signé par collation par l'un de nos
ame et féaux Notaires et Secretaires , soit
ajoûté foi comme au present Original. Mandons
en outre à tous nos autres Justiciers
Officiers et à chacun d'eux , si comme il lui
appartiendra , que nosdites deffenses et injonctions
ils fassent observer , en procedant
par eux contre les infracteurs d'icelle , si au-
Cuns y en a , par les peines cy-dessus indites,
et autres qu'ils verront être àfaire par raison .
En témoin de ce , nous avons fait mettre notre
Scel à cesdites Presentes. DONNE' à
Paris le dixième jour de May , l'an de grace
1543. et de notre Regne le trentiéme.
Les Ennemis de Ramus firent éclater
d'une maniere extraordinaire la joye qu'ils
avoient de sa condamnation . La Sentence
renduë contre lui , fut publiée en Latin
et en François dans toutes les rues de Paris
et dans tous les lieux de l'Europe , où
Pon pût l'envoyer.. On représenta même
des Pieces de Théatre où il fut baffoué
en mille manieres , au milieu des
acclamations et des applaudissemens des
Aristoteliciens. "
L'année suivante 1544. la Peste fit du
ravage dans Paris , et dissipa presque tous
les Ecoliers du College de Prefle ; maist
Ramus s'étant laissé persuader d'y enseigner
, attira bien-tôt un grand nombre
E vj d'Au
120 MERCURE DE FRANCE
d'Auditeurs . La Sorbonne voulut le chasser
de ce College , et ne put en venir
à bout ; il fut confirmé par Arrêt du
Parlement dans la principalité de cette
Maison qu'il avoit déja depuis quelque
tems.
Il, trouva même dans la suite un si bon
Patron dans la personne du Cardinal de
Lorraine , qu'il obtint en 1547. du Roi
Henry II . la permission d'écrire et d'enscigner
, et que ce Prince lui donnat quatre
ans après , c'est-à- dire au mois de Juillet
1551. la Charge de Professeur Royal
en Philosophie et d'Eloquence.
Le Parlement de Paris l'avoit maintenu
quelque tems auparavant dans la liberté
de joindre les Leçons de Philosophie avec
celles de l'Eloquence ; l'Arrêt qu'il avoit
donné à cette occasion , avoit arrêté les
persécutions que Ramus et ses Ecoliers
avoient souffertes , et les chicanes qu'on
lui avoit faites au commencement de
cette année.
La suite pour le Mercure prochain.
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Résumé : Lettres Patentes de François I. contre Ramus, [titre d'après la table]
Les Lettres Patentes du Roi confirment le jugement rendu contre Pierre Ramus, un maître ayant publié deux livres controversés : 'Dialectica Institutiones' et 'Aristotelicae animadversiones'. Le Roi, préoccupé par l'ordre et l'enrichissement des sciences dans son royaume, a été informé des troubles causés par ces ouvrages à l'Université de Paris. Il a donc décidé d'évoquer l'affaire pour la juger promptement. Des censeurs, dont Maître Jean de Salignac, ont été nommés pour examiner les livres et entendre les parties. Ramus a finalement soumis ses ouvrages à la censure après avoir tenté de contester les censeurs. Ces derniers ont jugé ses livres téméraires et ignorants, notamment pour avoir critiqué Aristote. Le Roi a donc condamné et supprimé les deux ouvrages, interdisant leur impression, vente ou lecture sous peine de confiscation et de punition corporelle. Ramus a également été interdit d'enseigner sans permission royale et de critiquer les auteurs classiques. La sentence a été publiée en latin et en français à Paris et en Europe, et Ramus a été bafoué dans des pièces de théâtre. Malgré cette condamnation, Ramus a continué à enseigner et a obtenu des soutiens, notamment du Cardinal de Lorraine, et a finalement reçu la charge de Professeur Royal en Philosophie et en Eloquence en 1551.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11686
p. 105-106
LOGOGRYPHE.
Début :
Dans le siécle passé, ce Roi dont la puissance [...]
Mots clefs :
Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYP HE.
Ans le fiécle paffé , ce Roi dont la puiffance
Fit trembler l'ennemi fur les Rives du Rhin ,
Par le fecours de l'art me donna la naiſſance
Dans un ingrat terrein.
Voici comme j'explique
Le fens énigmatique
Du Sphinx audacieux
Que j'expofe à vos yeux.
1,7,6,4 , 10 , joignez 9 , la Phrygie
Du fang de fes fujets a vû ma main rougie.
3,7,6 , on me vit au milieu d'Ifpahan
>
E v
106 MERCURE DE FRANCE,
Prêcher avec chaleur les loix de l'Alcoran .
2,7,6,4,9 , celle qui pour Enée
Finit , par défefpoir , ſa triſte deſtinée.
4 , 6 , 7 , 8 , 5 , tout le peuple Romain
Me vit pour dominer , les armes à la main.
l'ennemi de la Déeffe Flore ,
I 2 3,
" "
Qui fouvent fait mourir ce qu'elle fait éclore.
10 , 9 , 3 , 5 , 6 , 7 , mes fuperbes lambris
Renferment des Sultans les amours & les ris
6 , 4 , 7 & 2 , dans les eaux je fuis née
Et de tous les côtés j'en fuis environnée .
2 , 7 , 6 , avec 9 , je confondrai l'erreur
D'un monftre le Ciel verra naître en fureur
Ans le fiécle paffé , ce Roi dont la puiffance
Fit trembler l'ennemi fur les Rives du Rhin ,
Par le fecours de l'art me donna la naiſſance
Dans un ingrat terrein.
Voici comme j'explique
Le fens énigmatique
Du Sphinx audacieux
Que j'expofe à vos yeux.
1,7,6,4 , 10 , joignez 9 , la Phrygie
Du fang de fes fujets a vû ma main rougie.
3,7,6 , on me vit au milieu d'Ifpahan
>
E v
106 MERCURE DE FRANCE,
Prêcher avec chaleur les loix de l'Alcoran .
2,7,6,4,9 , celle qui pour Enée
Finit , par défefpoir , ſa triſte deſtinée.
4 , 6 , 7 , 8 , 5 , tout le peuple Romain
Me vit pour dominer , les armes à la main.
l'ennemi de la Déeffe Flore ,
I 2 3,
" "
Qui fouvent fait mourir ce qu'elle fait éclore.
10 , 9 , 3 , 5 , 6 , 7 , mes fuperbes lambris
Renferment des Sultans les amours & les ris
6 , 4 , 7 & 2 , dans les eaux je fuis née
Et de tous les côtés j'en fuis environnée .
2 , 7 , 6 , avec 9 , je confondrai l'erreur
D'un monftre le Ciel verra naître en fureur
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11687
p. 110
ENIGME.
Début :
Je suis, Lecteur, un instrument [...]
Mots clefs :
Plume
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
JE fuis ,Lecteur , un inftrument
Que chacun à fon gré manie.
Je fers fouvent à la manie ,
Et je fais plus d'un mécontent.
Je duis à l'homme de pratique ,
Marchand & Ecclefiaftique .
A tous je fuis d'utilité ,
Et dans tout pays ufité.
Si tu veux fçavoir ma ftructure ;
Côtés Pelus , un pied fendu
Feront toute mon encoulure :
A fort bas prix je ſuis vendu.
Puis-je , Lecteur , mieux me dépeindre?
Non. Telle eft ma condition :
Telle ma définition .
Parle ; car je cefle de feindre.
Par l'Abbé, de VINCHEGUERL
JE fuis ,Lecteur , un inftrument
Que chacun à fon gré manie.
Je fers fouvent à la manie ,
Et je fais plus d'un mécontent.
Je duis à l'homme de pratique ,
Marchand & Ecclefiaftique .
A tous je fuis d'utilité ,
Et dans tout pays ufité.
Si tu veux fçavoir ma ftructure ;
Côtés Pelus , un pied fendu
Feront toute mon encoulure :
A fort bas prix je ſuis vendu.
Puis-je , Lecteur , mieux me dépeindre?
Non. Telle eft ma condition :
Telle ma définition .
Parle ; car je cefle de feindre.
Par l'Abbé, de VINCHEGUERL
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11688
p. 111
AUTRE.
Début :
Je suis faite pour divertir, [...]
Mots clefs :
Énigme
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
JE fuis faite pour divertir ,
Et le plus fouvent j'embarafle ;
Je fuis toujours cachée , & j'ai fi peu d'audace ;
Qu'à tout moment je crains de me trop
découvrir ?
Veux-tu fçavoir pourquoi je n'ofe point paroître?
J'ai de juftes raifons , tu vas en convenit ,
Dès qu'une fois tu viens à me connoitre ,
Tu me quittes alors , & n'a plus de plaifir.
JE fuis faite pour divertir ,
Et le plus fouvent j'embarafle ;
Je fuis toujours cachée , & j'ai fi peu d'audace ;
Qu'à tout moment je crains de me trop
découvrir ?
Veux-tu fçavoir pourquoi je n'ofe point paroître?
J'ai de juftes raifons , tu vas en convenit ,
Dès qu'une fois tu viens à me connoitre ,
Tu me quittes alors , & n'a plus de plaifir.
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11689
p. 107-108
AUTRE.
Début :
Je suis une profession [...]
Mots clefs :
Fripier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
E fuis une profeffion
Utile quoique dangereufe ;
J'occupe fréquemment certaine nation ,
Sur l'intérêt peu fcrupuleuſe.
Je fais briller par le fecours de l'art
Le Poëte & le Campagnard.
Le peuple fouvent me viſite :
Que de vieilles beautés à face décrépite ,
Au prix de leurs tréfors , voudroient de leurs are
traits
Pouvoir faire ce que je fais !
Combinez mes fept pieds , vous trouverez fans
peine
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Le contraire du plus grand bien ,
Des plus grands potentats la ruine ou le foutien ;
Ce qui dénote une ame vaine ,
Ce que doit craindre le poiffon ;
Ce qu'un Marchand malheureux ne peut faire ;
Et qu'on ne fit jamais au fort de la colere.
A ma fin retranchez trois pieds & mettez on
Vous trouverez fouvent mon nom. "
B. G. A. A. de Lyon.
E fuis une profeffion
Utile quoique dangereufe ;
J'occupe fréquemment certaine nation ,
Sur l'intérêt peu fcrupuleuſe.
Je fais briller par le fecours de l'art
Le Poëte & le Campagnard.
Le peuple fouvent me viſite :
Que de vieilles beautés à face décrépite ,
Au prix de leurs tréfors , voudroient de leurs are
traits
Pouvoir faire ce que je fais !
Combinez mes fept pieds , vous trouverez fans
peine
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Le contraire du plus grand bien ,
Des plus grands potentats la ruine ou le foutien ;
Ce qui dénote une ame vaine ,
Ce que doit craindre le poiffon ;
Ce qu'un Marchand malheureux ne peut faire ;
Et qu'on ne fit jamais au fort de la colere.
A ma fin retranchez trois pieds & mettez on
Vous trouverez fouvent mon nom. "
B. G. A. A. de Lyon.
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11690
p. 2041-2042
Mort de l'Abbé Gédoyn, [titre d'après la table]
Début :
Le 10 Août, Nicolas Gédoyn, Prêtre, Abbé de Notre-Dame de Beaugency, O. S. A. [...]
Mots clefs :
Nicolas Gédoyn, Académie française, Académie des inscriptions et belles-lettres, Traduction, Quintilien, Pausanias
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de l'Abbé Gédoyn, [titre d'après la table]
Le 10 Août , Nicolas Gédoyn , Prêtre ,
Abbé de Notre-Dame de Beaugency , O.
S. A. Congrégation de France , Diocèfe
d'Orleans , à laquelle il avoit été nommé en
1730 , Chanoine de la Ste Chapelle de Paris,
depuis 1701 , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, depuis 1719 , & Penfionnaire
de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres, depuis 1711 , mourut en fon
Abbaye,dans la foixante-dix -feptiéme année
de fon âge. Il étoit fils de Philippe Gédoyn ,
Seigneur de Bellan , & de Pully , Maréchal
des
2042 MERCURE DE FRANCE.
des Camps & Armées du Roi , & Sous-Lieu
tenant de la Compagnie des Gendarmes de
Gafton de France , Duc d'Orleans , & de
Dame Marie de Mareau , Dame de Pully ,
mariés le 26 Mars 1653. Les Armes de Mrs
Gédoyn,de Bellan & de Pully font écartelées
d'or & d'azur à la Croix recroifetée de l'un en
Pautre.
M. l'Abbé Gédoyn s'étoit fait connoître
dans la République des Lettres , par une excellente
Traduction de Quintilien , par celle
de Paufanias , & par plufieurs Differtations
imprimées dans les Mémoires de l'Académic
des Belles- Lettres , & c.
Abbé de Notre-Dame de Beaugency , O.
S. A. Congrégation de France , Diocèfe
d'Orleans , à laquelle il avoit été nommé en
1730 , Chanoine de la Ste Chapelle de Paris,
depuis 1701 , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, depuis 1719 , & Penfionnaire
de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres, depuis 1711 , mourut en fon
Abbaye,dans la foixante-dix -feptiéme année
de fon âge. Il étoit fils de Philippe Gédoyn ,
Seigneur de Bellan , & de Pully , Maréchal
des
2042 MERCURE DE FRANCE.
des Camps & Armées du Roi , & Sous-Lieu
tenant de la Compagnie des Gendarmes de
Gafton de France , Duc d'Orleans , & de
Dame Marie de Mareau , Dame de Pully ,
mariés le 26 Mars 1653. Les Armes de Mrs
Gédoyn,de Bellan & de Pully font écartelées
d'or & d'azur à la Croix recroifetée de l'un en
Pautre.
M. l'Abbé Gédoyn s'étoit fait connoître
dans la République des Lettres , par une excellente
Traduction de Quintilien , par celle
de Paufanias , & par plufieurs Differtations
imprimées dans les Mémoires de l'Académic
des Belles- Lettres , & c.
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11691
p. 111-113
LOGOGRIPHE.
Début :
Cher Lecteur, ici bas tout n'est que trahison, [...]
Mots clefs :
Démangeaison
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIP HE.
CHer Lecteur , ici bas tout n'eft que trahiſon ;
Depuis que la fatale pomme
Fit tant de tort au premier homme ,
Tout fous un bon appas , n'offre que du poifon.
C'eſt ainfi , qu'infultant au fort d'un miſérable
Je fais d'un miel perfide éprouver la douceur
Mais plus le goût en eft flateur ,
Plus le coup en eft redoutable .
Entrons dans le détail , quelques combinaiſons
Te mettront mieux au fait du refte.
Douze pieds auffi- tôt te produifent deux noms ,
Qu'à jamais pourfuivra la vengeance celefte.
L'ouvrage qui du Createur
Sans ceffe annonce la puiſſance ,
12 MERCURE DE FRANCE;
Celui que trop de complaifance
Précipita dans le malheur :
L'Hebreu qui d'un édit infâme
Aidé de quelques Jones fe fauva par hafard ;
Celle dont la beauté fans fard
Dans le coeur de Sichem répandit tant de flame
me.
Faut -il un peu plus de façon ?
Tu rencontres felon la fable ,
Du manoir infernal le Juge impitoyable
Le heros qui conquit cette riche toiſon ,
Cette Déefle fi coureufe ,
Qui ( quoique affez fage , dit - on
D'un berger de certain canton
Rechercha la flamme amoureuſe .
Celle dont la fatale cour
Ne fut qu'un vain obftacle aux rufes de l'amour,
Une de ces femmes cruelles ,
Qui ne vouloient fouffrir aucun mâle auprès
d'elles.
Ce Roi dont les heureuſes mains
Plus fertiles que le Pactole
Auroient en peu de tems enrichi les humains ;
S'il eût pû foutenir fon rôle.
Ce mont où fut tant en concours
Un prix ou trois beautés avoient droit de prétens
dre ;
Ce Romain dont le coeur trop tendre
Soupira dans l'exil le refte de fes jours
SEPTEMBRE . 113 1752 ,
Un fage de la Grece , un Apôtre , un Prophete ;
Un endroit où cent fois a folatré Lifette ,
Ce bouclier dont Homere étale le pouvoir ,
Ce qui paffe à Paris plutôt que dans nos Villes ,
Un fruit affez commun propre pour les Vigiles ;
Ce qu'on voit rarement & que l'on croit avoir ;
Deux efpeces de gens bien différens de taille ;
Ce qu'on n'eft pas sûr d'être au fortir du combat ;
Ce fans quoi le meilleur foldat
Ne fçauroit valoir une maille
Ces efprits qu'il falloit jadis
Appailer par le facrifice ,
Celui qui d'Hébé prit l'office ,
La fleur qui reçut Adonis ,
Quatre beaux Evêchés en France ;
Trois Villes dans le Pays- bas ,
Dans un autre deux beaux Etats ,
Une riviere d'importance ,
Un oifeau fans lequel Rome étoit aux abois ,
Un adroit animal tout propre à faire rire .
Je ferois infini fi je voulois tout dire ;
En voila bien affez , Lecteur , pour cette fois.
Par M. de B. Officier d'Artillerie.
A Agen ce- 25 Septembre.
CHer Lecteur , ici bas tout n'eft que trahiſon ;
Depuis que la fatale pomme
Fit tant de tort au premier homme ,
Tout fous un bon appas , n'offre que du poifon.
C'eſt ainfi , qu'infultant au fort d'un miſérable
Je fais d'un miel perfide éprouver la douceur
Mais plus le goût en eft flateur ,
Plus le coup en eft redoutable .
Entrons dans le détail , quelques combinaiſons
Te mettront mieux au fait du refte.
Douze pieds auffi- tôt te produifent deux noms ,
Qu'à jamais pourfuivra la vengeance celefte.
L'ouvrage qui du Createur
Sans ceffe annonce la puiſſance ,
12 MERCURE DE FRANCE;
Celui que trop de complaifance
Précipita dans le malheur :
L'Hebreu qui d'un édit infâme
Aidé de quelques Jones fe fauva par hafard ;
Celle dont la beauté fans fard
Dans le coeur de Sichem répandit tant de flame
me.
Faut -il un peu plus de façon ?
Tu rencontres felon la fable ,
Du manoir infernal le Juge impitoyable
Le heros qui conquit cette riche toiſon ,
Cette Déefle fi coureufe ,
Qui ( quoique affez fage , dit - on
D'un berger de certain canton
Rechercha la flamme amoureuſe .
Celle dont la fatale cour
Ne fut qu'un vain obftacle aux rufes de l'amour,
Une de ces femmes cruelles ,
Qui ne vouloient fouffrir aucun mâle auprès
d'elles.
Ce Roi dont les heureuſes mains
Plus fertiles que le Pactole
Auroient en peu de tems enrichi les humains ;
S'il eût pû foutenir fon rôle.
Ce mont où fut tant en concours
Un prix ou trois beautés avoient droit de prétens
dre ;
Ce Romain dont le coeur trop tendre
Soupira dans l'exil le refte de fes jours
SEPTEMBRE . 113 1752 ,
Un fage de la Grece , un Apôtre , un Prophete ;
Un endroit où cent fois a folatré Lifette ,
Ce bouclier dont Homere étale le pouvoir ,
Ce qui paffe à Paris plutôt que dans nos Villes ,
Un fruit affez commun propre pour les Vigiles ;
Ce qu'on voit rarement & que l'on croit avoir ;
Deux efpeces de gens bien différens de taille ;
Ce qu'on n'eft pas sûr d'être au fortir du combat ;
Ce fans quoi le meilleur foldat
Ne fçauroit valoir une maille
Ces efprits qu'il falloit jadis
Appailer par le facrifice ,
Celui qui d'Hébé prit l'office ,
La fleur qui reçut Adonis ,
Quatre beaux Evêchés en France ;
Trois Villes dans le Pays- bas ,
Dans un autre deux beaux Etats ,
Une riviere d'importance ,
Un oifeau fans lequel Rome étoit aux abois ,
Un adroit animal tout propre à faire rire .
Je ferois infini fi je voulois tout dire ;
En voila bien affez , Lecteur , pour cette fois.
Par M. de B. Officier d'Artillerie.
A Agen ce- 25 Septembre.
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11692
p. 125-129
« SOUSCRIPTIONS pour les chaînes élastiques, à substituer aux soupentes & [...] »
Début :
SOUSCRIPTIONS pour les chaînes élastiques, à substituer aux soupentes & [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SOUSCRIPTIONS pour les chaînes élastiques, à substituer aux soupentes & [...] »
SOUSCRIPTIONS pour les chaînes
élastiques, à substituer aux soupentes
& reſſorts des Carroſſes ,
Berlines ,
Chaiſes de Poſtes & autres ſemblables
voitures; propoſées par le Sr Guillaume
Zacharie le jeune, Horloger de la
Ville de Lyon, Inventeur & privilé
gié du Roi pour la monture des chaînes,
par Lettres-Patentes du 28 Août 176I ,
enregiſtrées au Parlement de Paris le 17
Juin 1763 ; à Lyon, de l'Imprimerie
d'Aimé de la Roche, Imprimeur - Li
brire de la Ville & du Gouvernement ;
aux Halles de la Grenette; 1763; bro
chure in-8° de 3o pages.
Les perſonnes à équipages prendront
ſurtout intérêt à cet écrit qui contient
toutes les conditions de la ſouſcription.
On pourra ſe le procurer à Lyon chez
M. Soupat, Avocat en Parlement, &
Notaire , rue de Grenette ; & à Paris ,
chez M. l'Héritier, Notaire, rue de la
Verrerie. En attendant nous placerons
F iij
I26 MERCURE DE FRANCE.
ici cet avis qu'on nous prie d'inſérer
dans notre Mercure.
» LE Sieur Guillaume Zacharie a
» fait annoncer cette nouvelle décou
» verte dans les Gazettes & Papiers pu
» blics , & a fait répandre une brochu
» re inſtructive, afin que l'Europe en
» tière en ſoit inſtruite & puiſſe en pro
» fiter.
-
·
» Il a appris que beaucoup de per
» ſonnes, en ouvrant les yeux ſur l'uti
» lité de cette découverte, craignoient
» que le temps de remplir les 3ooo ſouſ
» criptions ne fût trop long, & qu'elles
» ne vouloient ſe déterminer à ſouſcrire
» qu'à l'extrémité de l'accompliſſement
» des ſouſcriptions.
· » Mais le ſieur Zacharie ſe croit obli
» gé de leur faire ſçavoir par le préſent
99 § que le nombre des ſouſcriptions
» augmente chaque jour, & que ceux
» qui différent pourroient ſe priver eux--
» mêmes du bénéfice de la ſouſcription
» en ſe laiſſant devancer par d'autres ;
» il ſe pourroit même qu'au lieu du ter
» me de cette année, annoncé pour la
» délivrance des Chaînes, (uniquement
» dans la vue de donner le loiſir aux
» perſonnes qui habitent les contrées
M A I. 1764.
-
127
» les plus reculées, de ſe procurer l'a-
» vantage de cette découverte ,) le
» nombre des ſouſcriptions pourroit
» être accompli dans ſix mois ; & dans
» ce cas , la délivrance des Chaînes ſe
» feroit avant le temps projetté : on
» n'aura pas de peine à le croire, ſi l'on
» jette un coup d'œil ſur la quantité d'é-
» quipages qu'il ya en Europe,qui mon
» te à plus de 3ooooo.
» Déjà la France, l'Angleterre, l'Al
» lemagne, Rome, Naples, Gênes &
» autres Villes, ont fourni grand nom
» bre de ſouſcriptions; c'eſt ſans doute
» au jugement qu'en a porté l'Académie
» Royale des Sciences de Paris, que cette
» confiance eſt due.Jugement prononcé
» après l'examen le plus ſévere & le plus
» réfléchi ſur le Caroſſe en grand que
» l'Auteura préſenté.
» L'Auteur a encore ajouté depuis
» l'obtention de ſon Privilége, un nouvel
» avantage dans l'uſage de ces montures;
» c'eſt qu'en roulant dans des chemins
» rapides, ſoit en montant ou en deſcen
» dant, on mettra la caiſſe dans le niveau
» par le moyen du jeu d'un cordon que
» l'on tirera avee aiſance de ſa place
» dans le Carroſſe ; & dans la plaine
» l'on donnera le penchant que l'on vou
F iv
128 MERCURE DE FRANCE.
» dra à la caiſſe en arriere,pour ſe mettre
» mieux à ſon aiſe par le moyen d'un
» autre cordon que l'on tirera auſſi
» ſans éffort & ſans ſe déranger de ſa
» place.
-
» Le Sieur Zacharie s'engage de livrer
» les 3ooo montures dans l'intervalle de -
» trois mois après les ſouſcriptions rem
» plies ; mais il n'en délivrera point,
» ſous quelque prétexte que ce ſoit,
» avant cette époque, Les Papiers pu
» blics informeront les Intéreſſés du
» temps de la livraiſon des Chaînes,
» pour les faire retirer à Lyon ; à l'é-
» gard de ceux qui auront ſouſcrit à
» Paris, elles leur ſeront livrées dans
» cette Capitale dans l'endroit qu'il indi
» quera.
» Il déclare de plus au Public, comme
» il a fait dans ſa Brochure, page 1o,qu'à
» meſure qu'il reçoit la première moitié
» des ſouſcriptions , il en fait emploi
» pour la fabrication des Chaînes élaſti
» ques, ce qui hâtera le moment de la
» délivrance totale.
» Le Bureau général pour les ſouſcrip
» tions, eſt établi à Lyon , chez M° Sou
» pat, Avocat en Parlement, Conſeiller
» du Roi, Notaire , rue Grenette.
» On peut auſſi s'adreſſer au Sieur
· M A I. 1764.
I29
» Zacharie, qui délivrera gratis des Bro
» chures inſtructives, avec la gravure du
» Caroſſe monté en Chaînes élaſtiques.
. » Les perſonnes réſidantes à Paris ou
» aux environs, pourront ſe procurer
» des ſouſcriptions dans ladite Ville ,
» chez M. L'Heritier , Conſeiller du
» Roi, Notaire au Châtelet, rue de la
» Verrerie, qui délivrera aux ſouſcrip
» teurs des reconnoiſſances ſignées de
» l'Auteur, & chez lequel on trouvera
» auſſi des Brochures inſtructives avec
» la gravure du Carroſſe.
élastiques, à substituer aux soupentes
& reſſorts des Carroſſes ,
Berlines ,
Chaiſes de Poſtes & autres ſemblables
voitures; propoſées par le Sr Guillaume
Zacharie le jeune, Horloger de la
Ville de Lyon, Inventeur & privilé
gié du Roi pour la monture des chaînes,
par Lettres-Patentes du 28 Août 176I ,
enregiſtrées au Parlement de Paris le 17
Juin 1763 ; à Lyon, de l'Imprimerie
d'Aimé de la Roche, Imprimeur - Li
brire de la Ville & du Gouvernement ;
aux Halles de la Grenette; 1763; bro
chure in-8° de 3o pages.
Les perſonnes à équipages prendront
ſurtout intérêt à cet écrit qui contient
toutes les conditions de la ſouſcription.
On pourra ſe le procurer à Lyon chez
M. Soupat, Avocat en Parlement, &
Notaire , rue de Grenette ; & à Paris ,
chez M. l'Héritier, Notaire, rue de la
Verrerie. En attendant nous placerons
F iij
I26 MERCURE DE FRANCE.
ici cet avis qu'on nous prie d'inſérer
dans notre Mercure.
» LE Sieur Guillaume Zacharie a
» fait annoncer cette nouvelle décou
» verte dans les Gazettes & Papiers pu
» blics , & a fait répandre une brochu
» re inſtructive, afin que l'Europe en
» tière en ſoit inſtruite & puiſſe en pro
» fiter.
-
·
» Il a appris que beaucoup de per
» ſonnes, en ouvrant les yeux ſur l'uti
» lité de cette découverte, craignoient
» que le temps de remplir les 3ooo ſouſ
» criptions ne fût trop long, & qu'elles
» ne vouloient ſe déterminer à ſouſcrire
» qu'à l'extrémité de l'accompliſſement
» des ſouſcriptions.
· » Mais le ſieur Zacharie ſe croit obli
» gé de leur faire ſçavoir par le préſent
99 § que le nombre des ſouſcriptions
» augmente chaque jour, & que ceux
» qui différent pourroient ſe priver eux--
» mêmes du bénéfice de la ſouſcription
» en ſe laiſſant devancer par d'autres ;
» il ſe pourroit même qu'au lieu du ter
» me de cette année, annoncé pour la
» délivrance des Chaînes, (uniquement
» dans la vue de donner le loiſir aux
» perſonnes qui habitent les contrées
M A I. 1764.
-
127
» les plus reculées, de ſe procurer l'a-
» vantage de cette découverte ,) le
» nombre des ſouſcriptions pourroit
» être accompli dans ſix mois ; & dans
» ce cas , la délivrance des Chaînes ſe
» feroit avant le temps projetté : on
» n'aura pas de peine à le croire, ſi l'on
» jette un coup d'œil ſur la quantité d'é-
» quipages qu'il ya en Europe,qui mon
» te à plus de 3ooooo.
» Déjà la France, l'Angleterre, l'Al
» lemagne, Rome, Naples, Gênes &
» autres Villes, ont fourni grand nom
» bre de ſouſcriptions; c'eſt ſans doute
» au jugement qu'en a porté l'Académie
» Royale des Sciences de Paris, que cette
» confiance eſt due.Jugement prononcé
» après l'examen le plus ſévere & le plus
» réfléchi ſur le Caroſſe en grand que
» l'Auteura préſenté.
» L'Auteur a encore ajouté depuis
» l'obtention de ſon Privilége, un nouvel
» avantage dans l'uſage de ces montures;
» c'eſt qu'en roulant dans des chemins
» rapides, ſoit en montant ou en deſcen
» dant, on mettra la caiſſe dans le niveau
» par le moyen du jeu d'un cordon que
» l'on tirera avee aiſance de ſa place
» dans le Carroſſe ; & dans la plaine
» l'on donnera le penchant que l'on vou
F iv
128 MERCURE DE FRANCE.
» dra à la caiſſe en arriere,pour ſe mettre
» mieux à ſon aiſe par le moyen d'un
» autre cordon que l'on tirera auſſi
» ſans éffort & ſans ſe déranger de ſa
» place.
-
» Le Sieur Zacharie s'engage de livrer
» les 3ooo montures dans l'intervalle de -
» trois mois après les ſouſcriptions rem
» plies ; mais il n'en délivrera point,
» ſous quelque prétexte que ce ſoit,
» avant cette époque, Les Papiers pu
» blics informeront les Intéreſſés du
» temps de la livraiſon des Chaînes,
» pour les faire retirer à Lyon ; à l'é-
» gard de ceux qui auront ſouſcrit à
» Paris, elles leur ſeront livrées dans
» cette Capitale dans l'endroit qu'il indi
» quera.
» Il déclare de plus au Public, comme
» il a fait dans ſa Brochure, page 1o,qu'à
» meſure qu'il reçoit la première moitié
» des ſouſcriptions , il en fait emploi
» pour la fabrication des Chaînes élaſti
» ques, ce qui hâtera le moment de la
» délivrance totale.
» Le Bureau général pour les ſouſcrip
» tions, eſt établi à Lyon , chez M° Sou
» pat, Avocat en Parlement, Conſeiller
» du Roi, Notaire , rue Grenette.
» On peut auſſi s'adreſſer au Sieur
· M A I. 1764.
I29
» Zacharie, qui délivrera gratis des Bro
» chures inſtructives, avec la gravure du
» Caroſſe monté en Chaînes élaſtiques.
. » Les perſonnes réſidantes à Paris ou
» aux environs, pourront ſe procurer
» des ſouſcriptions dans ladite Ville ,
» chez M. L'Heritier , Conſeiller du
» Roi, Notaire au Châtelet, rue de la
» Verrerie, qui délivrera aux ſouſcrip
» teurs des reconnoiſſances ſignées de
» l'Auteur, & chez lequel on trouvera
» auſſi des Brochures inſtructives avec
» la gravure du Carroſſe.
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11693
p. 36
VERS A Madame P ...
Début :
Qui voit P ... voit la beauté : [...]
Mots clefs :
Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A Madame P ...
VERS
A Madame P ...
Ui voit P ... voit la beauté :
C'eft à cette Divinité
Qu'il appartient de fixer fur fes traces
Les jeux , les ris , les amours & les graces :
Mais on ne peut l'apprécier
Qu'en lui rendant le plus fidele hommage
Elle feule des Dieux eft la parfaite image ;
Elle les repréfente , & les fait oublier. *
>
* Il y a dans les Danaïdes , Tragédie de Gombauld
, un vers qui paroît le modele de ce dernier.
Représente les Dieux , & les fait oublier.
A Madame P ...
Ui voit P ... voit la beauté :
C'eft à cette Divinité
Qu'il appartient de fixer fur fes traces
Les jeux , les ris , les amours & les graces :
Mais on ne peut l'apprécier
Qu'en lui rendant le plus fidele hommage
Elle feule des Dieux eft la parfaite image ;
Elle les repréfente , & les fait oublier. *
>
* Il y a dans les Danaïdes , Tragédie de Gombauld
, un vers qui paroît le modele de ce dernier.
Représente les Dieux , & les fait oublier.
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11694
p. 2042-2043
ASSEMBLÉE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de Marseille.
Début :
L'Académie des Belles-Lettres de Marseille tint, suivant la coûtume, son Assemblée publique le [...]
Mots clefs :
Discours, Prix, Érudition, Éloge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de Marseille.
Le 10 Août , Nicolas Gédoyn , Prêtre ,
Abbé de Notre-Dame de Beaugency , O.
S. A. Congrégation de France , Diocèfe
d'Orleans , à laquelle il avoit été nommé en
1730 , Chanoine de la Ste Chapelle de Paris,
depuis 1701 , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, depuis 1719 , & Penfionnaire
de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres, depuis 1711 , mourut en fon
Abbaye,dans la foixante-dix -feptiéme année
de fon âge. Il étoit fils de Philippe Gédoyn ,
Seigneur de Bellan , & de Pully , Maréchal
des
2042 MERCURE DE FRANCE.
des Camps & Armées du Roi , & Sous-Lieu
tenant de la Compagnie des Gendarmes de
Gafton de France , Duc d'Orleans , & de
Dame Marie de Mareau , Dame de Pully ,
mariés le 26 Mars 1653. Les Armes de Mrs
Gédoyn,de Bellan & de Pully font écartelées
d'or & d'azur à la Croix recroifetée de l'un en
Pautre.
M. l'Abbé Gédoyn s'étoit fait connoître
dans la République des Lettres , par une excellente
Traduction de Quintilien , par celle
de Paufanias , & par plufieurs Differtations
imprimées dans les Mémoires de l'Académic
des Belles- Lettres , & c.
Abbé de Notre-Dame de Beaugency , O.
S. A. Congrégation de France , Diocèfe
d'Orleans , à laquelle il avoit été nommé en
1730 , Chanoine de la Ste Chapelle de Paris,
depuis 1701 , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, depuis 1719 , & Penfionnaire
de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres, depuis 1711 , mourut en fon
Abbaye,dans la foixante-dix -feptiéme année
de fon âge. Il étoit fils de Philippe Gédoyn ,
Seigneur de Bellan , & de Pully , Maréchal
des
2042 MERCURE DE FRANCE.
des Camps & Armées du Roi , & Sous-Lieu
tenant de la Compagnie des Gendarmes de
Gafton de France , Duc d'Orleans , & de
Dame Marie de Mareau , Dame de Pully ,
mariés le 26 Mars 1653. Les Armes de Mrs
Gédoyn,de Bellan & de Pully font écartelées
d'or & d'azur à la Croix recroifetée de l'un en
Pautre.
M. l'Abbé Gédoyn s'étoit fait connoître
dans la République des Lettres , par une excellente
Traduction de Quintilien , par celle
de Paufanias , & par plufieurs Differtations
imprimées dans les Mémoires de l'Académic
des Belles- Lettres , & c.
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11696
p. 56-69
Ecrite de Constantinople, le 7 Novembre 1716.
Début :
Ne vous êtes vous pas imaginé, Mr, sur la foy des [...]
Mots clefs :
Constantinople, Ville, Disposition, Colonnes, Rues, Ambassadeurs, Chrétien, Mosquées, Sultan, Mariages, Eunuque, Filles, Cérémonies, Chambre, Gouvernement, Sérail, Officiers, Peste, Ennemis, Paix, Allemagne, Peuple, Armée, Attaques, Pologne, Envoyé , Vizir, Règne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ecrite de Constantinople, le 7 Novembre 1716.
Ecrite de Conftantinople , le
Novembre 1716.
Ngine, Me , fur la foy des Re-
E vous êtes vous pas imalations,
que CONSTANTINOPLE étoit
la Ville de l'Univers la plus fuperbe
, & la mieux batie. Quelle illufion
! Il est vray , que fi on n'ep
voyoit jamais que fa fituation , fes
dehors & fon port , on en porteroit
ce jugement ; rien de plus
beau en effet. Figurez - vous une
grande Ville en perspective , batie
fur fept montagnes , de même que
Rome. Comme elles font difpofées
en forme d'Amphiteatre , tout
ce qu'il y a de frapant , fe prefente
d'un coup doeil à la vûë. Le
mélange des Cyprés avec les frontifpices
des Maifons , peintes de diverfes
couleurs ; les Domes & Minarets
des Mofquées , le magnifique
Temple de Sainte Sophie ,
les Piramides , ou Colonnes , telles
que celles du Marché des femmes,
d'une hauteur extraordinaire ; celles
de Marcien , ainfi que la Colonne
brulée , le vieux & le nouMERCURE.
57
veau Serail avec fes Tours , ayant
pour horifon le plus beau Ciel du
monde ; Tout cela raffemblé , produit
le plus merveilleux fpectacle
de la Nature . Qui ne croiroit
aprés une defcription auffi véri
table , qu'elle paroît fabuleufe
que les dedans font autant de Palais
, & de chef - d'oeuvres de
l'art ; rien moins que cela , lorfqu'on
y eft une fois entré , on ne
peut s'imaginer que ce foit la même
Ville. On cherche Conitantinople
dans Conftantinople -même.
Les rues en font tortues & inégales
, fales & puantes par la négligence
des habitans ; ce qui
pouroit bien ne pas peu contribuer
à la pefte , dont cette Ville.
elt fi frequemment affligée . Elles
font dailleurs la plupart étroites ,
& baties de bois. Dans un endroit,
les maifons font hautes , dans un
autre , fort baffes : En un mot ,
elles font telles , qu'on a de la peine
à y marcher , & à s'y foûtenir ,
Voilà au juſte , une image fidelle de
cette Capitalle de l'EmpireOtoman.
58
LE
NOUVEAU
Mi- O N peut prefque porter le
ris des même jugement des Ci-
Tures toyens de cette grande Ville : Il
our les faudroit ne les voir que de loin ,
utres fans
fans trop les approcher : Comme
Nations c'est une Nation méprifante & or-
*
pour gueilleufe , le Commerce civil en
CHYS eft infupportable ; les Ambaffaemmes.
deurs - même ne font pas à couvert
de leurs avanies , & de leurs
mépris. Je me foucie bien ( difoit
un jour le Grand Vifir Kupruli à
Mr de la Haye nôtre Ambaffadeur )
que le chien mange le pourceau ,
ou que le pourceau mange le
chien , pourvu que les affaires de
mon Maître aillent bien. Il fit cette
fiére réponſe , à l'occafion de quelques
avantages remportez par les
François en Flandres fur les Efpagnols
, voulant infinuer par-là ,
qu'il ne confideroit les Chrêtiens
que comme des efpeces de Bêtes.
Ce qu'il y a de fort plaifant
c'eft qu'ils ne penfent pas plus avantageufement
fur le compte de
leurs femmes. A peine leurs fontMERCURE.
pas
ils l'honneur de les tenir pour des
animaux raiformables ; auffi ne
leurs permettent - ils d'entrer
dans leurs Mofquées ,, & ils ne
croient pas qu'elles aillent en Paradis.
Cependant avec tout ce mépris
, ils en font fi jaloux , & s'en
défient tellement , à caufe de leurs
foibleffes , qu'ils ne leur permertent
pas de voir aucun homme ; &
une femme qui montreroit fon vifage
découvert , ou fes mains nuës,
feroit deshonorée , & on la chatieroit
à coups de latte . Plus elles
font élevées en dignité , plus elles
font málhûreufes , du moins
par raport à la liberté ; car comme
les gens de qualité ont chez
eux des bains , elles font par - là
obligées d'être renfermées au logis ,
gardées par des Eunuques ; & par
confequent , hors d'état de prendre
au dehors , le moindre divertiffement.
Cette vie retirée les entretient
dans une oifiveté , qui fait,
qu'elles ne fongent qu'aux moyens
de fe procurer du plaifir , à quel60
LE NOUVEAU
que prix que ce foit , ayant naturellement
du penchant au libertinage.
Comme elles font fuperbes
, elles ont , comme nos Parifiennes
, une forte paffion pour
leurs ajuſtemens , n'étans jamais affez
richement parées à leur gré.
Quoiqu'elles foient ordinairement
fort blanches , elles ont pourtant
recours à l'art , pour relever leur
beauté , fe peignans les fourcils
& les paupières d'un noir , dont
elles titent avantage . Leurs ongles
font auffi colorés d'un rouge
obfcur. Comme elles fe . baignent
prefque tous les jours , elles font
d'une propreté , à laquelle on n'atteint
pas dans nos Païs Occidentaux
.
Puifque je fuis fur le chapitre.
des femmes , je ne les quitteray
point , fans vous faire part des cé
rémonies qui fe pratiquent , lorfque
le Sultan marie une de fes filles
à quelque Grand de fa Porte.
Honeur qui eft ordinairement funefte
à l'Époux.
Le
MERCURE GI
Du
Le jour étant venu pour l'entrevue
; les Eunuques introduifent Mariale
futur dans le cabinet de la SUL- ge des
TANE , qui est voilée fur un Sofa . Filles du
Elle fe leve , lorfqu'elle l'apperçoit, Sultan.
pour marquer fon confentement.
Il entre enfuite , fait trois profondes
reverences , & s'arrêtant au
milieu , fait fa priere pour la profperité
de fon Epoufe , & de leur
Mariage , demeurant ainfi les bras
croifez fur l'eftomac , jufques a ce
qu'elle lui dife , comme à un Efclave
, Sou ĜUETIR , donnemoi
de l'eau , qui eft préparée dans
une coupe d'or , qu'il lui préfente
à genoux ; elle leve fon voile pour
boire , & fe fait voir. Cependant
les filles aportent un baffin
d'or , fur lequel il y a deux affietes
de porcelaine & une paire de pigeons.
L'Epoux la prie de manger ;
elle fait la dédaigneufe , il l'adoucit
enfin par de nouveaux préfens,
& l'oblige d'en gouter. Après cet
honneur , il fe retire au fon des
inftruments de mufique , & attend
Mars 1737. F
62 LE NOUVEAU
l'ordre de devenir tout-à-fait fon
il est averty
Epoux. Le jour venu ,
,
par un Eunuque , & conduit en
deshabillé & en Robe de chambre
par une Introductrice , dans l'Appartement
de la Sultane ; alors fe
mettant à genoux aux pieds du lit ,
il lui chatouille doucement la plante
des pieds , & infenfiblement fe
couche auprès d'elle. Le lendemain
, les conviez reviennent de
bonne heure à la même porte , avec
la mufique pour l'éveiller , & le mener
au bain ; alors la nouvelle
mariée lui donne une Toillette
garnie d'une Chemife , Camifole ,
Caleçon , Mouchoir & un Turban ,
qu'il met à la fortie; il paffe delà dans
l'Apartement des hommes
quels il donne un grand repas. La
Sultane fait un femblable regal aux
Dames. Ainfi finit cette Cérémonie ,
fuivie fouvent après , de la mort du
nouvel Epoux , étranglé par ordre
du Grand Seigneur , pour s'emparer
de fes richeffes , & redonner
enfuite fa Fille à quelque autre ,
qui doit avoir le même fort .
> auxMERCURE.
63
Pour le Sultan , vous n'aurés Li
d'autres particularités de moi , que Sultan
celle - ci . Lorsqu'il eft au lit , il y dans fon
a au milieu de la chambre deux lit.
grands Chandeliers d'or , avec de
groffes bougies ambrées , qui brûlent
toute la nuit , pendant que
deux Dames , nommées FIRASCH ,
où fentinelles , veillent & font la
garde. Il a toujours aux pieds de
fon lit , une Maîtreffe qui s'y coule
au moindre figne .
Si je ne craignois de faire une Du
Hiftoire plûtôt qu'une Lettre , je Gouver
vous entretiendrois de ce que j'ai ment &
apris de l'intérieur du Serrail , de queldes
principaux Officiers de la PORTE , ques
de l'Etat du Gouvernement , tant Points
Civil , que Militaire ; des forces de la
& des revenus de cet Empire. Je Religion
n'ométrois point les impertinences destures
qu'ils débitent fur le Paradis de
de Mahomet , où felon l'Alcoran.
On y verra leMOUTONd'ABRAHAM,
le VEAU DE MOYSE , la FOURMI
DE SALOMON,le PERROQUET DE LA
REINE DE SABA , L'ANE D'EDRAS,
Fij
64 LE NOUVEAU
la BALEINE DE JONAS , le CHIEN
DES SEPT-DORMANS , & le CHAMEAU
DE MAHOMET. Mais il ne
feroit pas à propos que je préferaffe
ces matieres , qui ont efté traitées
par tant de Voyageurs , à celles du
tems. Je continuerai donc cette
Lettre par les nouvelles fuivantes,
Nouvelles de Conftantinople.
Malgré la pefte , qui enleve
icy une infinité de perfonnes de
out âge , la PORTE n'est pas moins
occupée à faire tous les prépara-.
tifs néceffaires pour être en état
d'ataquer même fes Ennemis , tant
fur le Danube qu'aux Echelles
du Levant.
Comme toute idée de Paix eſt
effacée , par la quantité d'efpeces
que le G. S. a fait répandre de
toutes parts : cette profufion , jointe
à l'orgueil des Infidels les
a tellement enflez , que le DIVAN
s'eft trouvé tout à coup comme
infpiré , pour faire les derniers efforts
contre l'Allemagne.
>
MERGURE. GS
Il ne fe propofe pas moins , que
de mettre en campagne s . à 600.
mille hommes , en differentes Armées
, pour faire connoître aux
Imperiaux , que la perte d'une
bataille ne fuffit pas pour décourager
les Otomans , & les porter
à mandier une Paix honteufe.
Le Peuple eft ici dans une pleine
allegreffe , fur ce que le MUFTY
a remis entre les mains de fa Haureffe
, un Sabre d'un très grand
prix , dont la poignée , eft un Talifman
prétendu , où l'on voit luire
la Lune à la faveur d'un Eclipfe
du Soleil ; & dans cette interception
de lumiere , on apperçoit un
Aigle ; qui ayant pris l'effort , fe
précipite fur une Moſquée.
D'ailleurs le grand Etendart de
MAHOMET, a efté tranfporté d'ici
, à Andrinople , pour encourager
par cette efpece d'Oriflame , les
fidels Mufulmans à réparer toutes
les pertes de la Campagne derniere.
Ils ne doutent pas que le
G. S. marchant en perfonne , avec
66 LE NOUVEAU
une Armée des plus formidables
il ne porte la terreur jufques à
VIENNE .
Ils prétendent commencer leurs
attaques par la POLOGNE , afin d'y
attirer une puiffante diverfion des
Armées Imperiales , pour couvrir
la HONGRIE ET LA SILESIE ,
fe flatant que les POLONOIS
prefque ruïnez de leurs longues
Guerres inteftines , & de l'épuifement
de leurs Finances , que les
Armées étrangeres ont confumées,
ne feront pas en état de s'oppoſer
à l'irruption des Turcs , & des
.Tartares ; principalement fi les
Mofcovites font occupez contre la
SUEDE. Pour cet effet , le Sultan
qui fait fon féjour à ANDRINOPLE
, pour être plus à portée
de donner fes ordres , preffe viyement
tous les HORDES , ZIAMETS
, TIMARIOTRES , SANGIACS
& BACHAS de fe trouver
au RENDEZ - VOUS avec
tous leurs Corps de Troupes , fur
la fin d'Avril , fous peine du conMERCURE.
67
DON. Non content de ces difpofitions
fur Terre , on n'épargne ni
foins , ni dépenſes , pour mettre en
Mer une Flore , qu'ils nomment
déja par avance L'INVINCIBLE ,
& dont ces Peuples fe promettent
de merveilleux fuccés en ITALIE.
Les Equipages fe rempliffent journellement
de Marins de toutes for
tes de Nations Européanes , qui
préferent leur fervice à celui des
VENITIENS , au grand préjudice
de la Chrêtienté..
ARRIVE'E DE M¹ DE BONNAČ
A CONSTANTINOPLE.
DEPART DE Mr DESALEURS .
M Onfieur de Bonac , qui fuccede
à Mr DESALEURS , en
qualité d'Ambaffadeur de la France
à la Porte , eft arrivé ici en
très bonne fanté. Madame fon Epouſe
, qui la fuivi dans fon Ambaffade
, quoique groffe , a foûtenu
en femme forte , les fatigues de,
68 LE NOUVEAU
la Mer. Elle vient d'accoucher hûreufement
d'un fils : la mere & l'enfant
fe portent bien. Le nouvel
Envoyé va prendre fon Audience
à Andrinople , où S. H. fait fa réfidence
, & où il fera obligé de
faire la fienne.
•
Mr Defaleurs , qui a fi bien mérité
du Roy & de fa Patrie , par
fes fervices importants à la Porte,
s'eft embarqué le fept Novembre
fur le TOULOUSE , il doit être
de retour à Paris , & avoir préfenté
à S. M. les trois Lettres ,
qui lui ont efté remifes ; l'une du
Grand Seigneur , Pautre de fon
Grand Vizir , & la troifiéme du
Mufty ; je crois intéreffer votre
curiofité , en vous les communiquant
toutes traduites. Vous reconoîtrez
fans peine , par le ftile poli de celle
du Pontife des Mufulmans la
difference que l'on peut remarquer
entre un homme de Guerre
& un homme de Lettre ; élevez
tous deux à la Cour ; l'une eft peu
fuivic , & trop familiere ; l'autre au
MERCURE. 69
,
contraire , eft pleine d'égards & de
tour's qui décélent un homme
d'efprit. Mais avant que d'en venir
à la lecture , il eft neceffaire,
pour l'intelligence de ces Lettres,
que je faffe préceder la filiation des
fix derniers Empereurs Turcs
à commencer par IBRAHIM grand
pere du Sultan ACHMED , qui
regne aujourd'huy.
Novembre 1716.
Ngine, Me , fur la foy des Re-
E vous êtes vous pas imalations,
que CONSTANTINOPLE étoit
la Ville de l'Univers la plus fuperbe
, & la mieux batie. Quelle illufion
! Il est vray , que fi on n'ep
voyoit jamais que fa fituation , fes
dehors & fon port , on en porteroit
ce jugement ; rien de plus
beau en effet. Figurez - vous une
grande Ville en perspective , batie
fur fept montagnes , de même que
Rome. Comme elles font difpofées
en forme d'Amphiteatre , tout
ce qu'il y a de frapant , fe prefente
d'un coup doeil à la vûë. Le
mélange des Cyprés avec les frontifpices
des Maifons , peintes de diverfes
couleurs ; les Domes & Minarets
des Mofquées , le magnifique
Temple de Sainte Sophie ,
les Piramides , ou Colonnes , telles
que celles du Marché des femmes,
d'une hauteur extraordinaire ; celles
de Marcien , ainfi que la Colonne
brulée , le vieux & le nouMERCURE.
57
veau Serail avec fes Tours , ayant
pour horifon le plus beau Ciel du
monde ; Tout cela raffemblé , produit
le plus merveilleux fpectacle
de la Nature . Qui ne croiroit
aprés une defcription auffi véri
table , qu'elle paroît fabuleufe
que les dedans font autant de Palais
, & de chef - d'oeuvres de
l'art ; rien moins que cela , lorfqu'on
y eft une fois entré , on ne
peut s'imaginer que ce foit la même
Ville. On cherche Conitantinople
dans Conftantinople -même.
Les rues en font tortues & inégales
, fales & puantes par la négligence
des habitans ; ce qui
pouroit bien ne pas peu contribuer
à la pefte , dont cette Ville.
elt fi frequemment affligée . Elles
font dailleurs la plupart étroites ,
& baties de bois. Dans un endroit,
les maifons font hautes , dans un
autre , fort baffes : En un mot ,
elles font telles , qu'on a de la peine
à y marcher , & à s'y foûtenir ,
Voilà au juſte , une image fidelle de
cette Capitalle de l'EmpireOtoman.
58
LE
NOUVEAU
Mi- O N peut prefque porter le
ris des même jugement des Ci-
Tures toyens de cette grande Ville : Il
our les faudroit ne les voir que de loin ,
utres fans
fans trop les approcher : Comme
Nations c'est une Nation méprifante & or-
*
pour gueilleufe , le Commerce civil en
CHYS eft infupportable ; les Ambaffaemmes.
deurs - même ne font pas à couvert
de leurs avanies , & de leurs
mépris. Je me foucie bien ( difoit
un jour le Grand Vifir Kupruli à
Mr de la Haye nôtre Ambaffadeur )
que le chien mange le pourceau ,
ou que le pourceau mange le
chien , pourvu que les affaires de
mon Maître aillent bien. Il fit cette
fiére réponſe , à l'occafion de quelques
avantages remportez par les
François en Flandres fur les Efpagnols
, voulant infinuer par-là ,
qu'il ne confideroit les Chrêtiens
que comme des efpeces de Bêtes.
Ce qu'il y a de fort plaifant
c'eft qu'ils ne penfent pas plus avantageufement
fur le compte de
leurs femmes. A peine leurs fontMERCURE.
pas
ils l'honneur de les tenir pour des
animaux raiformables ; auffi ne
leurs permettent - ils d'entrer
dans leurs Mofquées ,, & ils ne
croient pas qu'elles aillent en Paradis.
Cependant avec tout ce mépris
, ils en font fi jaloux , & s'en
défient tellement , à caufe de leurs
foibleffes , qu'ils ne leur permertent
pas de voir aucun homme ; &
une femme qui montreroit fon vifage
découvert , ou fes mains nuës,
feroit deshonorée , & on la chatieroit
à coups de latte . Plus elles
font élevées en dignité , plus elles
font málhûreufes , du moins
par raport à la liberté ; car comme
les gens de qualité ont chez
eux des bains , elles font par - là
obligées d'être renfermées au logis ,
gardées par des Eunuques ; & par
confequent , hors d'état de prendre
au dehors , le moindre divertiffement.
Cette vie retirée les entretient
dans une oifiveté , qui fait,
qu'elles ne fongent qu'aux moyens
de fe procurer du plaifir , à quel60
LE NOUVEAU
que prix que ce foit , ayant naturellement
du penchant au libertinage.
Comme elles font fuperbes
, elles ont , comme nos Parifiennes
, une forte paffion pour
leurs ajuſtemens , n'étans jamais affez
richement parées à leur gré.
Quoiqu'elles foient ordinairement
fort blanches , elles ont pourtant
recours à l'art , pour relever leur
beauté , fe peignans les fourcils
& les paupières d'un noir , dont
elles titent avantage . Leurs ongles
font auffi colorés d'un rouge
obfcur. Comme elles fe . baignent
prefque tous les jours , elles font
d'une propreté , à laquelle on n'atteint
pas dans nos Païs Occidentaux
.
Puifque je fuis fur le chapitre.
des femmes , je ne les quitteray
point , fans vous faire part des cé
rémonies qui fe pratiquent , lorfque
le Sultan marie une de fes filles
à quelque Grand de fa Porte.
Honeur qui eft ordinairement funefte
à l'Époux.
Le
MERCURE GI
Du
Le jour étant venu pour l'entrevue
; les Eunuques introduifent Mariale
futur dans le cabinet de la SUL- ge des
TANE , qui est voilée fur un Sofa . Filles du
Elle fe leve , lorfqu'elle l'apperçoit, Sultan.
pour marquer fon confentement.
Il entre enfuite , fait trois profondes
reverences , & s'arrêtant au
milieu , fait fa priere pour la profperité
de fon Epoufe , & de leur
Mariage , demeurant ainfi les bras
croifez fur l'eftomac , jufques a ce
qu'elle lui dife , comme à un Efclave
, Sou ĜUETIR , donnemoi
de l'eau , qui eft préparée dans
une coupe d'or , qu'il lui préfente
à genoux ; elle leve fon voile pour
boire , & fe fait voir. Cependant
les filles aportent un baffin
d'or , fur lequel il y a deux affietes
de porcelaine & une paire de pigeons.
L'Epoux la prie de manger ;
elle fait la dédaigneufe , il l'adoucit
enfin par de nouveaux préfens,
& l'oblige d'en gouter. Après cet
honneur , il fe retire au fon des
inftruments de mufique , & attend
Mars 1737. F
62 LE NOUVEAU
l'ordre de devenir tout-à-fait fon
il est averty
Epoux. Le jour venu ,
,
par un Eunuque , & conduit en
deshabillé & en Robe de chambre
par une Introductrice , dans l'Appartement
de la Sultane ; alors fe
mettant à genoux aux pieds du lit ,
il lui chatouille doucement la plante
des pieds , & infenfiblement fe
couche auprès d'elle. Le lendemain
, les conviez reviennent de
bonne heure à la même porte , avec
la mufique pour l'éveiller , & le mener
au bain ; alors la nouvelle
mariée lui donne une Toillette
garnie d'une Chemife , Camifole ,
Caleçon , Mouchoir & un Turban ,
qu'il met à la fortie; il paffe delà dans
l'Apartement des hommes
quels il donne un grand repas. La
Sultane fait un femblable regal aux
Dames. Ainfi finit cette Cérémonie ,
fuivie fouvent après , de la mort du
nouvel Epoux , étranglé par ordre
du Grand Seigneur , pour s'emparer
de fes richeffes , & redonner
enfuite fa Fille à quelque autre ,
qui doit avoir le même fort .
> auxMERCURE.
63
Pour le Sultan , vous n'aurés Li
d'autres particularités de moi , que Sultan
celle - ci . Lorsqu'il eft au lit , il y dans fon
a au milieu de la chambre deux lit.
grands Chandeliers d'or , avec de
groffes bougies ambrées , qui brûlent
toute la nuit , pendant que
deux Dames , nommées FIRASCH ,
où fentinelles , veillent & font la
garde. Il a toujours aux pieds de
fon lit , une Maîtreffe qui s'y coule
au moindre figne .
Si je ne craignois de faire une Du
Hiftoire plûtôt qu'une Lettre , je Gouver
vous entretiendrois de ce que j'ai ment &
apris de l'intérieur du Serrail , de queldes
principaux Officiers de la PORTE , ques
de l'Etat du Gouvernement , tant Points
Civil , que Militaire ; des forces de la
& des revenus de cet Empire. Je Religion
n'ométrois point les impertinences destures
qu'ils débitent fur le Paradis de
de Mahomet , où felon l'Alcoran.
On y verra leMOUTONd'ABRAHAM,
le VEAU DE MOYSE , la FOURMI
DE SALOMON,le PERROQUET DE LA
REINE DE SABA , L'ANE D'EDRAS,
Fij
64 LE NOUVEAU
la BALEINE DE JONAS , le CHIEN
DES SEPT-DORMANS , & le CHAMEAU
DE MAHOMET. Mais il ne
feroit pas à propos que je préferaffe
ces matieres , qui ont efté traitées
par tant de Voyageurs , à celles du
tems. Je continuerai donc cette
Lettre par les nouvelles fuivantes,
Nouvelles de Conftantinople.
Malgré la pefte , qui enleve
icy une infinité de perfonnes de
out âge , la PORTE n'est pas moins
occupée à faire tous les prépara-.
tifs néceffaires pour être en état
d'ataquer même fes Ennemis , tant
fur le Danube qu'aux Echelles
du Levant.
Comme toute idée de Paix eſt
effacée , par la quantité d'efpeces
que le G. S. a fait répandre de
toutes parts : cette profufion , jointe
à l'orgueil des Infidels les
a tellement enflez , que le DIVAN
s'eft trouvé tout à coup comme
infpiré , pour faire les derniers efforts
contre l'Allemagne.
>
MERGURE. GS
Il ne fe propofe pas moins , que
de mettre en campagne s . à 600.
mille hommes , en differentes Armées
, pour faire connoître aux
Imperiaux , que la perte d'une
bataille ne fuffit pas pour décourager
les Otomans , & les porter
à mandier une Paix honteufe.
Le Peuple eft ici dans une pleine
allegreffe , fur ce que le MUFTY
a remis entre les mains de fa Haureffe
, un Sabre d'un très grand
prix , dont la poignée , eft un Talifman
prétendu , où l'on voit luire
la Lune à la faveur d'un Eclipfe
du Soleil ; & dans cette interception
de lumiere , on apperçoit un
Aigle ; qui ayant pris l'effort , fe
précipite fur une Moſquée.
D'ailleurs le grand Etendart de
MAHOMET, a efté tranfporté d'ici
, à Andrinople , pour encourager
par cette efpece d'Oriflame , les
fidels Mufulmans à réparer toutes
les pertes de la Campagne derniere.
Ils ne doutent pas que le
G. S. marchant en perfonne , avec
66 LE NOUVEAU
une Armée des plus formidables
il ne porte la terreur jufques à
VIENNE .
Ils prétendent commencer leurs
attaques par la POLOGNE , afin d'y
attirer une puiffante diverfion des
Armées Imperiales , pour couvrir
la HONGRIE ET LA SILESIE ,
fe flatant que les POLONOIS
prefque ruïnez de leurs longues
Guerres inteftines , & de l'épuifement
de leurs Finances , que les
Armées étrangeres ont confumées,
ne feront pas en état de s'oppoſer
à l'irruption des Turcs , & des
.Tartares ; principalement fi les
Mofcovites font occupez contre la
SUEDE. Pour cet effet , le Sultan
qui fait fon féjour à ANDRINOPLE
, pour être plus à portée
de donner fes ordres , preffe viyement
tous les HORDES , ZIAMETS
, TIMARIOTRES , SANGIACS
& BACHAS de fe trouver
au RENDEZ - VOUS avec
tous leurs Corps de Troupes , fur
la fin d'Avril , fous peine du conMERCURE.
67
DON. Non content de ces difpofitions
fur Terre , on n'épargne ni
foins , ni dépenſes , pour mettre en
Mer une Flore , qu'ils nomment
déja par avance L'INVINCIBLE ,
& dont ces Peuples fe promettent
de merveilleux fuccés en ITALIE.
Les Equipages fe rempliffent journellement
de Marins de toutes for
tes de Nations Européanes , qui
préferent leur fervice à celui des
VENITIENS , au grand préjudice
de la Chrêtienté..
ARRIVE'E DE M¹ DE BONNAČ
A CONSTANTINOPLE.
DEPART DE Mr DESALEURS .
M Onfieur de Bonac , qui fuccede
à Mr DESALEURS , en
qualité d'Ambaffadeur de la France
à la Porte , eft arrivé ici en
très bonne fanté. Madame fon Epouſe
, qui la fuivi dans fon Ambaffade
, quoique groffe , a foûtenu
en femme forte , les fatigues de,
68 LE NOUVEAU
la Mer. Elle vient d'accoucher hûreufement
d'un fils : la mere & l'enfant
fe portent bien. Le nouvel
Envoyé va prendre fon Audience
à Andrinople , où S. H. fait fa réfidence
, & où il fera obligé de
faire la fienne.
•
Mr Defaleurs , qui a fi bien mérité
du Roy & de fa Patrie , par
fes fervices importants à la Porte,
s'eft embarqué le fept Novembre
fur le TOULOUSE , il doit être
de retour à Paris , & avoir préfenté
à S. M. les trois Lettres ,
qui lui ont efté remifes ; l'une du
Grand Seigneur , Pautre de fon
Grand Vizir , & la troifiéme du
Mufty ; je crois intéreffer votre
curiofité , en vous les communiquant
toutes traduites. Vous reconoîtrez
fans peine , par le ftile poli de celle
du Pontife des Mufulmans la
difference que l'on peut remarquer
entre un homme de Guerre
& un homme de Lettre ; élevez
tous deux à la Cour ; l'une eft peu
fuivic , & trop familiere ; l'autre au
MERCURE. 69
,
contraire , eft pleine d'égards & de
tour's qui décélent un homme
d'efprit. Mais avant que d'en venir
à la lecture , il eft neceffaire,
pour l'intelligence de ces Lettres,
que je faffe préceder la filiation des
fix derniers Empereurs Turcs
à commencer par IBRAHIM grand
pere du Sultan ACHMED , qui
regne aujourd'huy.
Fermer
11697
p. 185
AUTRE.
Début :
Mon corps est fort solide, ainsi qu'on le peut voir ; [...]
Mots clefs :
Moulin à vent
11698
p. 1157-1159
TURQUIE.
Début :
On mande de Constantinople que la punition rigoureuse des Auteurs de la derniere révolution [...]
Mots clefs :
Constantinople, Punition, Révolution, Trésor, Faction, Rebelles, Étendard du prophète, Expédition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE.
TURQUIE.
N mande de Constantinople que la punition
Origoureuse des Auteurs de la derniere
te , n'avoit pas empeché qu'il n'y eût encore des
troubles dans divers endroits de l'Asie , où les
Janissaires aprés avoir massacré la plupart de
leurs Chefs , se portoient aux dernieres extrémi
tés , sous pretexte qu'on leur retenoit leur solde ;
et que Sa Hautesse , pour prévenir les suites fàcheuses
de cette disposition à la révolte , avoit
fait tirer du Trésor vingt millions qu'on devoit
leur distribuer.
Mais voici ce que nous venons d'apprendre d'une
nouvelle revolte , par des Lettres de Constantinople
, dattées du 14. Avril , venues par la voye
de Vienne.
Le 25. Mars dernier , un Turc Albanois , de
la faction de Patrona Kalil , avoit assemblé 2000.
hommes de la même Nation dans la Place de la
Mosquée de Sultan Bajazet , et à l'heure de
minuit, cette Troupe avoit marché en corps chez
le Janissaire Aga , pour l'engager de se joindre
à eux , dans le dessein de détrôner le nouveau
Sultan , et de remettre à sa place le Sultan Achmet;
le Janissaire Aga s'étoit fort opposé à ce projet
séditieux , et il étoit allé la même nuit en
informer le Grand Seigneur. Ce Prince ordonna
sur le champ au Grand-Visir , au Mufty , et au
Capitan
1158 MERCURE DE FRANCE
Capitan Pacha d'assembler un Corps de Troupes,
et de les faire marcher dès la pointe du jour ,
pour dissiper ces Rébelles . Ces Troupes marche--
rent en bon ordre vers la place d'Atmeydan où
les Rébelles étoient campés , cette place étant
beaucoup plus spacieuse que celle du Sultan Ba
jazet où ils s'étoient d'abord affemblés . Le Grand-
Visir , le Mufty et le Capitan Pacha étoient à la
tête des Troupes du Grand- Seigneur , parmi lesquelles
il y avoit 600. Leventis ou Soldats de
Marine trés bien armés , le Mufty avoit à côté
de lui le fameux Etendart de Mahomet.
Les Rébelles sans s'étonner de voir arriver les
Troupes du G. S. en bon ordre , et bien disposés
à les charger , tirerent eux mêmes les premiers ,
avec cette circonstance qu'une bâle de Mousquet ,
ayant persé l'Etendart du Prophête , le Mufty en
fút si indigné , qu'il prononça sur le champ une
Sentence de mort contre tous les Rébelles ; ce
qui anima tellement les Troupes du G. S. qu'il
y cût un sanglant Combat , dans lequel plus de
300. Rébelles resterent sur la place , et les autres
furent dissipés.
Aprés cette expédition , le Grand Visir partagea
ses Troupes en deux corps, dont l'un resta
sur la même Place , et l'autre fût comandé pour
faire la Patrouille dans la Ville , et veiller à la
seureté publique,
Ces Letres ajoûtent que tous ceux qui furent
trouvés armés dans Constantinople fûrent étran
glés sur le champ . On croit que cette nouvelle
révolte a été suscitée par la Veuve du dernier G.
V.fille du Sultan déposé : elle a été , dit - on , étran
glée , mise dans un sac et jettée dans la Mer avec
une de ses confidentes .
Le G. S, a donné une Déclaration portant que
tous
MAY. 1731.
1159
tous ceux qui viendroient dénoncer des Rébelles
ou d'autres personnes qui pourroient avoir eu
quelque part à cette derniere révolte , auroient
quinze Aspres par jours de rente viagere. Cette
récompense a operé et opére tous les jours de
nouveaux châtimens exemplaires. Nous attendons
de plus amples circonstances de cet évenement ,
par des Vaisseaux partis de Constantinople le
30. Mars dernier.
N mande de Constantinople que la punition
Origoureuse des Auteurs de la derniere
te , n'avoit pas empeché qu'il n'y eût encore des
troubles dans divers endroits de l'Asie , où les
Janissaires aprés avoir massacré la plupart de
leurs Chefs , se portoient aux dernieres extrémi
tés , sous pretexte qu'on leur retenoit leur solde ;
et que Sa Hautesse , pour prévenir les suites fàcheuses
de cette disposition à la révolte , avoit
fait tirer du Trésor vingt millions qu'on devoit
leur distribuer.
Mais voici ce que nous venons d'apprendre d'une
nouvelle revolte , par des Lettres de Constantinople
, dattées du 14. Avril , venues par la voye
de Vienne.
Le 25. Mars dernier , un Turc Albanois , de
la faction de Patrona Kalil , avoit assemblé 2000.
hommes de la même Nation dans la Place de la
Mosquée de Sultan Bajazet , et à l'heure de
minuit, cette Troupe avoit marché en corps chez
le Janissaire Aga , pour l'engager de se joindre
à eux , dans le dessein de détrôner le nouveau
Sultan , et de remettre à sa place le Sultan Achmet;
le Janissaire Aga s'étoit fort opposé à ce projet
séditieux , et il étoit allé la même nuit en
informer le Grand Seigneur. Ce Prince ordonna
sur le champ au Grand-Visir , au Mufty , et au
Capitan
1158 MERCURE DE FRANCE
Capitan Pacha d'assembler un Corps de Troupes,
et de les faire marcher dès la pointe du jour ,
pour dissiper ces Rébelles . Ces Troupes marche--
rent en bon ordre vers la place d'Atmeydan où
les Rébelles étoient campés , cette place étant
beaucoup plus spacieuse que celle du Sultan Ba
jazet où ils s'étoient d'abord affemblés . Le Grand-
Visir , le Mufty et le Capitan Pacha étoient à la
tête des Troupes du Grand- Seigneur , parmi lesquelles
il y avoit 600. Leventis ou Soldats de
Marine trés bien armés , le Mufty avoit à côté
de lui le fameux Etendart de Mahomet.
Les Rébelles sans s'étonner de voir arriver les
Troupes du G. S. en bon ordre , et bien disposés
à les charger , tirerent eux mêmes les premiers ,
avec cette circonstance qu'une bâle de Mousquet ,
ayant persé l'Etendart du Prophête , le Mufty en
fút si indigné , qu'il prononça sur le champ une
Sentence de mort contre tous les Rébelles ; ce
qui anima tellement les Troupes du G. S. qu'il
y cût un sanglant Combat , dans lequel plus de
300. Rébelles resterent sur la place , et les autres
furent dissipés.
Aprés cette expédition , le Grand Visir partagea
ses Troupes en deux corps, dont l'un resta
sur la même Place , et l'autre fût comandé pour
faire la Patrouille dans la Ville , et veiller à la
seureté publique,
Ces Letres ajoûtent que tous ceux qui furent
trouvés armés dans Constantinople fûrent étran
glés sur le champ . On croit que cette nouvelle
révolte a été suscitée par la Veuve du dernier G.
V.fille du Sultan déposé : elle a été , dit - on , étran
glée , mise dans un sac et jettée dans la Mer avec
une de ses confidentes .
Le G. S, a donné une Déclaration portant que
tous
MAY. 1731.
1159
tous ceux qui viendroient dénoncer des Rébelles
ou d'autres personnes qui pourroient avoir eu
quelque part à cette derniere révolte , auroient
quinze Aspres par jours de rente viagere. Cette
récompense a operé et opére tous les jours de
nouveaux châtimens exemplaires. Nous attendons
de plus amples circonstances de cet évenement ,
par des Vaisseaux partis de Constantinople le
30. Mars dernier.
Fermer
Résumé : TURQUIE.
En Turquie, malgré la répression des auteurs de la dernière révolte, des troubles persistent en Asie, notamment parmi les Janissaires réclamant leur solde. Pour éviter une escalade, le sultan a distribué vingt millions de son trésor. Le 25 mars, un Albanais de la faction de Patrona Kalil a rassemblé 2000 hommes dans la mosquée de Sultan Bajazet pour destituer le nouveau sultan et rétablir le sultan Achmet. Informé, le sultan a ordonné au Grand-Visir, au Mufty et au Capitan Pacha de rassembler des troupes pour disperser les rebelles. Les troupes, incluant 600 Soldats de Marine, ont affronté les rebelles à la place d'Atmeydan. Après qu'une balle ait percé l'étendard de Mahomet, le Mufty a prononcé une sentence de mort contre les rebelles, intensifiant le combat. Plus de 300 rebelles ont été tués et les autres dispersés. Après la bataille, les troupes ont assuré la sécurité publique, exécutant ceux trouvés armés à Constantinople. La veuve du dernier sultan, fille du sultan déposé, a été exécutée pour avoir fomenté la révolte. Le sultan a offert une récompense de quinze aspres par jour de rente viagère pour la dénonciation de rebelles, entraînant de nouveaux châtiments exemplaires. Des informations supplémentaires sont attendues via des vaisseaux partis de Constantinople le 30 mars.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11699
p. 2043-2046
ESTAMPES NOUVELLES.
Début :
La suite des Portraits des Hommes Illustres dans les Arts & dans les Sciences contin[u]ë de paroître [...]
Mots clefs :
Portraits, Hommes illustres, Vers, Roi, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES.
ESTAMPES NOUVELLE S.
LA fuite des Portraits des Hommes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continnë de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou . Il vient de mettre en vente ceux de
HENRI DE LORRAINE , COMTE DE HARCOURT ,
Chevalier des Ordres du Roi , Grand Ecuyer de
France , né le 20 Mars 1601 , mort le 25 Juillet
1666 , peint par Nic. Mignard & gravé par Fiquet.
FRANÇOIS DE LA MOTHE LE VAYER , de l'Acadé
mie Françoiſe , mort en 1672 , âgé de 86 ans , def
finé par Nanteuil & gravé par Etienne Feffard.
SCEVOLE DE Ste MARTHE , né à Loudun le 2 Fé
vrier 1536 , mort le 29 Mars 1623 , âgé de 87 ans
gravé par le même.
JEAN LAURENT BERNIN , Sculpteur , Architecte
& Peintre , né à Naples le 7 Décembre 1598 , mort
à Rome le 28 Novembre 1680 , peint par J. B
Gaulli & gravé par Pinffio.
Le
2044 MERCURE DEFRANCE.
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuf
tres du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre en vente les deux Portraits fuivans , qui
font Pendant .
LOUIS-FR.RANÇOIS DE BOURBON , PRINCE DE CONTY
, né à Paris le 13 Août 1717. On lit ces Vers an
bas de M. Moraine.
Digne fils des Héros qui t'ont donné naiffance ,
Terreur des Ennemis , amour de nos Soldats ,
Prince , auffi bien faifant , que fier dans les Combats,
Après LOUIS , tu fais la gloire de la France.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France , né
à Paris le premier Septembre 1637 , mort dans fon
Château de S. Gratien , près S. Denis en France , le
25 Février 1712. On lit ces Vers au bas, auſſi de M.
Moraine.
Grand Général , dont la mémoire
Sera toûjours pleine de gloire ,
Dont Marfal & Staffarde éternifent l'honneur ,
Du Prince Savoyard brave & fage vainqueur ,
Il ne tint pas à ton courage
Que notre Grand Conty n'eût plus trouvé d'ouvrage
Autre Portrait en hauteur , jufqu'aux genoux de
DON BERNARD DE MONTFAUCON , de la Congrégation
de S. Maur , né au Château de Soulage le 17
Janvier 1655 , mort à Paris le 21 Décembre 1741 ,
fort bien gravé par B. Audran , d'après le Portrait
original de M. Geuſlin. Il fe yend à Paris chés l'Auteur
,
SEPTEMBRE . 1744
2045'
teur , rue S. Jacques , à la Ville de Paris. On lit ces
Vers au bas.
Objetde fes fçavantes veilles
La docte Antiquité cachoit peu de merveilles ,
Qu'en vrai Critique il n'ait fçû voir,
Et par un fort, digne d'envie,
L'Or * , dont un Grand Monarque honora fon fça
yoir ,
Brille moins que l'éclat des Vertus de ſa vie. ·
REPRESENTATION DU FEU D'ARTIFICE , élevé
dans la Place de Gréve , par ordre de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins de la Ville de Paris , en
réjouiffance de l'heureux rétabliffement de la fanté
du Roi , le 8 Septembre 1744. Ce feu a été exécuté
fous la conduite de M. Beaufire , Architecte du Roi
& de fon Académie d'Architecture , Maître Général
Contrôleur , Infpecteur des Bâtimens de la Ville ,
inventé & peint par les Sieurs Dumefnil , freres ,
Peintres ordinaires de la Ville , fe vend chés de Peilly,
rue S. Jacques , à l'Image S. Benoît , & chés Heriffet
, le Pere , Graveur , rue S, Jacques , vis-à - vis
les Jefuites.
On vend au même endroit une autre Eftampe en
large & plus grande : c'eſt la repréſentation du Fau
D'ARTIFICE ET DE L'ILLUMINATION , élevé dans la
même Place , par l'ordre des mêmes Magiftrats , &
pour le même fujet. L'Illumination eftdu même M.
Beaufire , & l'artifice a été compofé & exécuté par
les Srs Rugieri , freres , Italiens de Bologne.
* La Médaille d'Or , que l'Empereur lui envoya ;
accompagnée d'une Lettre.
La
2046 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr Moyreau vient de mettre au jour une fort
belle Etampe en large , qu'on veni chés lui , ruë
S. Jacques , à la vieiile Poite , d'après le Tableau
Original de Ph. Vauvremens , de 20 pouces & demi
de haut fur 25 de large , qui eft dans le Cabinet
de M. le Préſident de Tugny . Cette Eftampe qui
porte pour Titre L'EMERASEMENT DU MOULIN , eft
dédiée au même Président de Tugny , 1744.
LA fuite des Portraits des Hommes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continnë de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou . Il vient de mettre en vente ceux de
HENRI DE LORRAINE , COMTE DE HARCOURT ,
Chevalier des Ordres du Roi , Grand Ecuyer de
France , né le 20 Mars 1601 , mort le 25 Juillet
1666 , peint par Nic. Mignard & gravé par Fiquet.
FRANÇOIS DE LA MOTHE LE VAYER , de l'Acadé
mie Françoiſe , mort en 1672 , âgé de 86 ans , def
finé par Nanteuil & gravé par Etienne Feffard.
SCEVOLE DE Ste MARTHE , né à Loudun le 2 Fé
vrier 1536 , mort le 29 Mars 1623 , âgé de 87 ans
gravé par le même.
JEAN LAURENT BERNIN , Sculpteur , Architecte
& Peintre , né à Naples le 7 Décembre 1598 , mort
à Rome le 28 Novembre 1680 , peint par J. B
Gaulli & gravé par Pinffio.
Le
2044 MERCURE DEFRANCE.
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuf
tres du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre en vente les deux Portraits fuivans , qui
font Pendant .
LOUIS-FR.RANÇOIS DE BOURBON , PRINCE DE CONTY
, né à Paris le 13 Août 1717. On lit ces Vers an
bas de M. Moraine.
Digne fils des Héros qui t'ont donné naiffance ,
Terreur des Ennemis , amour de nos Soldats ,
Prince , auffi bien faifant , que fier dans les Combats,
Après LOUIS , tu fais la gloire de la France.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France , né
à Paris le premier Septembre 1637 , mort dans fon
Château de S. Gratien , près S. Denis en France , le
25 Février 1712. On lit ces Vers au bas, auſſi de M.
Moraine.
Grand Général , dont la mémoire
Sera toûjours pleine de gloire ,
Dont Marfal & Staffarde éternifent l'honneur ,
Du Prince Savoyard brave & fage vainqueur ,
Il ne tint pas à ton courage
Que notre Grand Conty n'eût plus trouvé d'ouvrage
Autre Portrait en hauteur , jufqu'aux genoux de
DON BERNARD DE MONTFAUCON , de la Congrégation
de S. Maur , né au Château de Soulage le 17
Janvier 1655 , mort à Paris le 21 Décembre 1741 ,
fort bien gravé par B. Audran , d'après le Portrait
original de M. Geuſlin. Il fe yend à Paris chés l'Auteur
,
SEPTEMBRE . 1744
2045'
teur , rue S. Jacques , à la Ville de Paris. On lit ces
Vers au bas.
Objetde fes fçavantes veilles
La docte Antiquité cachoit peu de merveilles ,
Qu'en vrai Critique il n'ait fçû voir,
Et par un fort, digne d'envie,
L'Or * , dont un Grand Monarque honora fon fça
yoir ,
Brille moins que l'éclat des Vertus de ſa vie. ·
REPRESENTATION DU FEU D'ARTIFICE , élevé
dans la Place de Gréve , par ordre de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins de la Ville de Paris , en
réjouiffance de l'heureux rétabliffement de la fanté
du Roi , le 8 Septembre 1744. Ce feu a été exécuté
fous la conduite de M. Beaufire , Architecte du Roi
& de fon Académie d'Architecture , Maître Général
Contrôleur , Infpecteur des Bâtimens de la Ville ,
inventé & peint par les Sieurs Dumefnil , freres ,
Peintres ordinaires de la Ville , fe vend chés de Peilly,
rue S. Jacques , à l'Image S. Benoît , & chés Heriffet
, le Pere , Graveur , rue S, Jacques , vis-à - vis
les Jefuites.
On vend au même endroit une autre Eftampe en
large & plus grande : c'eſt la repréſentation du Fau
D'ARTIFICE ET DE L'ILLUMINATION , élevé dans la
même Place , par l'ordre des mêmes Magiftrats , &
pour le même fujet. L'Illumination eftdu même M.
Beaufire , & l'artifice a été compofé & exécuté par
les Srs Rugieri , freres , Italiens de Bologne.
* La Médaille d'Or , que l'Empereur lui envoya ;
accompagnée d'une Lettre.
La
2046 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr Moyreau vient de mettre au jour une fort
belle Etampe en large , qu'on veni chés lui , ruë
S. Jacques , à la vieiile Poite , d'après le Tableau
Original de Ph. Vauvremens , de 20 pouces & demi
de haut fur 25 de large , qui eft dans le Cabinet
de M. le Préſident de Tugny . Cette Eftampe qui
porte pour Titre L'EMERASEMENT DU MOULIN , eft
dédiée au même Président de Tugny , 1744.
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11700
p. 37-41
EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
Début :
Toujours fondé sur votre complaisance, [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Choix des livres, Littérature, Goût
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
EPITRE
A Mr F *** Docteur en Médecine , &
amateur de la Littérature , fur le choix
des livres.
Toujours fondé fur votre complaifance ,
Dont jufqu'ici j'ai fait l'expérience ,
Puis-je , Docteur , par ce nouveau placet ,
Frapper encore à votre cabinet ?
Temple des arts , facré dépofitaire
De la ſcience & du goût littéraire ,
J'y viens cueillir , ( vous me l'avez permis )
Le peu de fleurs dont j'orne mes écrits :
En vain croirois-je , allant à d'autres fources ,
Me procurer de meilleures reffources .
Par-tout ailleurs que trouve un curieux ?
Tout eft obfcène , ou tout eft ennuyeux.
Pour le prouver vous faut- il des exemples ?
J'ouvre à vos yeux deux ou trois de ces temples.
Voyez Damon , ce brillant Adonis ,
Damon vanté parmi nos Erudits ,
Qui joint , dit-on , aux traits de la figure
Ceux d'un génie orné par la culture :
J'entens par tout préconifer fon nom ,
Les belles font les hérauts de Damon :
On le defire ; il va dans les ruelles ,
Toujours porteur d'égayantes nouvelles ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Faire briller fes graces , fon efprit ;
C'eſt un oracle : Eh ! d'où vient ? » c'eſt qu'il lit ;
» Me répond-on , il faut voir les volumes ,
» Tous fruits récens des plus fçavantes plumes ,
» Dont il s'est fait un riche magazin
» Rien de plus beau , c'eft de l'exquis , du fin.
Moi qu'on verroit voler juſqu'à la Mecque
Si j'y fçavois une bibliothéque .
Sur ce rapport qui flate mon eſpoir
Je cours chez lui , je m'empreffe à le voir.
Beau maroquin & brillantes dorures ,
Beau caractere , ô les charmans augures !
Oui , le dedans doit répondre au-dehors ,
J'ouvre... que vois - je ? .... & quels font ces tréfors
?
Al.... , les lettres portugaifes ,
D ... S *** & mille autres fadaifes :
Lubrique amas des plus honteux recucils ,
De la pudeur , redoutables écueils ,
Damon , tranquille au milieu d'eux , le joue ,
Et puife là ces beaux talens qu'on loue ,
Ses complimens , fes contes , fes bons mots.
Quel répertoire ! Amathonte , Paphos ,
Etes-vous donc l'école favorite ,
Où de nos jours s'acquiert le vrai mérite ?
Un laid Satyre , un Priape laſcif ,
Dignes objets d'un regard peu craintif,
Te font , Damon , admirer leurs grimaces ,
Et tu profcris les Muſes & les Graces ,
SEPTEMBRE. 1755. 39
Comme beautés indignes de ton foin.
Moi , je les cherche ....Adieu , voyons plus loin
Si plus heureux enfin je les découvre.
Ici , Docteur , un fecond temple s'ouvre
Eraſte habite en ces paifibles lieux ;
C'eft de Thémis un Prêtre ſtudieux ;
Que des neuf foeurs on croit auffi l'éleve ,
Si le palais , par quelque courte treve ,
Sufpend par fois fes travaux journaliers ,
Des lys qu'il quitte il va fous les lauriers ,
Près d'Apollon paffer de doux quarts-d'heure .
Je pourrai donc .... quel vain eſpoir me leurre !
Rongés des vers , mille auteurs découfus ,
Sont pêle- mêle en ces lieux étendus.
Que m'offrent-ils ? d'infipides matieres ,
C'eſt du barreau les antiques lumieres ,
Un froid Bertaud , un énorme Cujas.
O ciel ! où donc ai-je adreffé mes pas ?
Je pourfuivois Minerve en ces retraites ;
Qu'y rencontrai- je ? un hydre à mille têtes.
Des ais poudreux foutiennent fes noirs flancs ,
Et la chicane occupe tous les
rangs.
Ses louches yeux fatiguent ma paupiere ,
Elle mugit , je recule en arriere ,
Et curieux de plus rares tréſors ,
Je vais ailleurs tenter d'autres efforts.
La fcene encore , Docteur , change de face:
de grace .... Entrons ici , fuivez mes pas ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Où vous conduis - je ? .... où vais - je ... Nons
voilà.
Précipités de Carybde en Scylla ,
Philinte y loge : hériffé philoſophe ,
Fort fur l'ergo , jugez de quelle étoffe
Sont les recueils qui tombent fous mes mains.
C'eft Epicure , & ſes atômes vains ;
C'eft Ariftote avec le fillogifme ,
Je prens la fuite à l'aſpect du ſophiſme ;
Et je crains trop , éleve de Clio ,
D'être écrasé fous un in-folio.
Epris d'amour pour la littérature ,
J'en viens chercher chez vous la fource
Ainfi l'abeille aux ftériles vallons ,
Ne rencontrant que ronces & chardons ,
Pour fon goût fin toutes plantes ameres ,
Prend fon effor vers ces rians pafterres.
Beaux lieux où Flore , étalant fes appas ,
Offre à fon choix des fucs plus délicats .
Ces belles fleurs que l'abeille cajole ,
De vos trésors , ami , font le ſymbole.
L'hiftorien avec le traducteur ;
Là le poëte , & plus loin l'orateur
Compofent tous , arrangés dans leur cafe
Un helicon dont le goût eft la bafe.
Y briguez-vous une place ayez foin
Que vos effais foient marqués à ce coin.
Nouveaux auteurs , dont la race pullule.
Plus des écrits le nombre s'accumule ;
V
pure.
SEPTEMBRE. 1755 45
Et plus auffi dans ce fatras fufpect ,
L'homme lettré fur le choix circonfpect ,
Pefe , compare , examine & difcerne
L'or ancien de ce clinquant moderne ,
Qui féduit l'oeil fans éclairer l'efprit ,
Et que la mode a mis feule en crédit .
Qu'à votre goút tous les goûts foient conformes ,
Bientôt , Docteur , que d'heureufes réformes !
Que de Romans à l'oubli condamnés !
Que d'avortons , que de nains détrônés !
Nains aujourd'hui qui vont fur les toilettes ,
Dans les bureaux , jufqu'aux faintes retraites ,
Effrontément étaler leur orgueil ,
Que favoriſe un général accueil.
Mais puiſqu'en vain à ce torrent rapide
La raiſon veut oppoſer fon Egide ,
Sans déformais chercher à l'affoiblir ,
Bornons nos foins à nous en garantir.
Par M. Li. de Limoges .
A Mr F *** Docteur en Médecine , &
amateur de la Littérature , fur le choix
des livres.
Toujours fondé fur votre complaifance ,
Dont jufqu'ici j'ai fait l'expérience ,
Puis-je , Docteur , par ce nouveau placet ,
Frapper encore à votre cabinet ?
Temple des arts , facré dépofitaire
De la ſcience & du goût littéraire ,
J'y viens cueillir , ( vous me l'avez permis )
Le peu de fleurs dont j'orne mes écrits :
En vain croirois-je , allant à d'autres fources ,
Me procurer de meilleures reffources .
Par-tout ailleurs que trouve un curieux ?
Tout eft obfcène , ou tout eft ennuyeux.
Pour le prouver vous faut- il des exemples ?
J'ouvre à vos yeux deux ou trois de ces temples.
Voyez Damon , ce brillant Adonis ,
Damon vanté parmi nos Erudits ,
Qui joint , dit-on , aux traits de la figure
Ceux d'un génie orné par la culture :
J'entens par tout préconifer fon nom ,
Les belles font les hérauts de Damon :
On le defire ; il va dans les ruelles ,
Toujours porteur d'égayantes nouvelles ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Faire briller fes graces , fon efprit ;
C'eſt un oracle : Eh ! d'où vient ? » c'eſt qu'il lit ;
» Me répond-on , il faut voir les volumes ,
» Tous fruits récens des plus fçavantes plumes ,
» Dont il s'est fait un riche magazin
» Rien de plus beau , c'eft de l'exquis , du fin.
Moi qu'on verroit voler juſqu'à la Mecque
Si j'y fçavois une bibliothéque .
Sur ce rapport qui flate mon eſpoir
Je cours chez lui , je m'empreffe à le voir.
Beau maroquin & brillantes dorures ,
Beau caractere , ô les charmans augures !
Oui , le dedans doit répondre au-dehors ,
J'ouvre... que vois - je ? .... & quels font ces tréfors
?
Al.... , les lettres portugaifes ,
D ... S *** & mille autres fadaifes :
Lubrique amas des plus honteux recucils ,
De la pudeur , redoutables écueils ,
Damon , tranquille au milieu d'eux , le joue ,
Et puife là ces beaux talens qu'on loue ,
Ses complimens , fes contes , fes bons mots.
Quel répertoire ! Amathonte , Paphos ,
Etes-vous donc l'école favorite ,
Où de nos jours s'acquiert le vrai mérite ?
Un laid Satyre , un Priape laſcif ,
Dignes objets d'un regard peu craintif,
Te font , Damon , admirer leurs grimaces ,
Et tu profcris les Muſes & les Graces ,
SEPTEMBRE. 1755. 39
Comme beautés indignes de ton foin.
Moi , je les cherche ....Adieu , voyons plus loin
Si plus heureux enfin je les découvre.
Ici , Docteur , un fecond temple s'ouvre
Eraſte habite en ces paifibles lieux ;
C'eft de Thémis un Prêtre ſtudieux ;
Que des neuf foeurs on croit auffi l'éleve ,
Si le palais , par quelque courte treve ,
Sufpend par fois fes travaux journaliers ,
Des lys qu'il quitte il va fous les lauriers ,
Près d'Apollon paffer de doux quarts-d'heure .
Je pourrai donc .... quel vain eſpoir me leurre !
Rongés des vers , mille auteurs découfus ,
Sont pêle- mêle en ces lieux étendus.
Que m'offrent-ils ? d'infipides matieres ,
C'eſt du barreau les antiques lumieres ,
Un froid Bertaud , un énorme Cujas.
O ciel ! où donc ai-je adreffé mes pas ?
Je pourfuivois Minerve en ces retraites ;
Qu'y rencontrai- je ? un hydre à mille têtes.
Des ais poudreux foutiennent fes noirs flancs ,
Et la chicane occupe tous les
rangs.
Ses louches yeux fatiguent ma paupiere ,
Elle mugit , je recule en arriere ,
Et curieux de plus rares tréſors ,
Je vais ailleurs tenter d'autres efforts.
La fcene encore , Docteur , change de face:
de grace .... Entrons ici , fuivez mes pas ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Où vous conduis - je ? .... où vais - je ... Nons
voilà.
Précipités de Carybde en Scylla ,
Philinte y loge : hériffé philoſophe ,
Fort fur l'ergo , jugez de quelle étoffe
Sont les recueils qui tombent fous mes mains.
C'eft Epicure , & ſes atômes vains ;
C'eft Ariftote avec le fillogifme ,
Je prens la fuite à l'aſpect du ſophiſme ;
Et je crains trop , éleve de Clio ,
D'être écrasé fous un in-folio.
Epris d'amour pour la littérature ,
J'en viens chercher chez vous la fource
Ainfi l'abeille aux ftériles vallons ,
Ne rencontrant que ronces & chardons ,
Pour fon goût fin toutes plantes ameres ,
Prend fon effor vers ces rians pafterres.
Beaux lieux où Flore , étalant fes appas ,
Offre à fon choix des fucs plus délicats .
Ces belles fleurs que l'abeille cajole ,
De vos trésors , ami , font le ſymbole.
L'hiftorien avec le traducteur ;
Là le poëte , & plus loin l'orateur
Compofent tous , arrangés dans leur cafe
Un helicon dont le goût eft la bafe.
Y briguez-vous une place ayez foin
Que vos effais foient marqués à ce coin.
Nouveaux auteurs , dont la race pullule.
Plus des écrits le nombre s'accumule ;
V
pure.
SEPTEMBRE. 1755 45
Et plus auffi dans ce fatras fufpect ,
L'homme lettré fur le choix circonfpect ,
Pefe , compare , examine & difcerne
L'or ancien de ce clinquant moderne ,
Qui féduit l'oeil fans éclairer l'efprit ,
Et que la mode a mis feule en crédit .
Qu'à votre goút tous les goûts foient conformes ,
Bientôt , Docteur , que d'heureufes réformes !
Que de Romans à l'oubli condamnés !
Que d'avortons , que de nains détrônés !
Nains aujourd'hui qui vont fur les toilettes ,
Dans les bureaux , jufqu'aux faintes retraites ,
Effrontément étaler leur orgueil ,
Que favoriſe un général accueil.
Mais puiſqu'en vain à ce torrent rapide
La raiſon veut oppoſer fon Egide ,
Sans déformais chercher à l'affoiblir ,
Bornons nos foins à nous en garantir.
Par M. Li. de Limoges .
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Résumé : EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
L'épître est adressée à un docteur en médecine et amateur de littérature, sollicitant son aide pour choisir des livres. L'auteur exprime sa gratitude pour la complaisance passée du docteur et justifie sa demande par la difficulté de trouver des œuvres de qualité. Il critique les bibliothèques de deux érudits, Damon et Eraste. Damon, bien que réputé, possède des ouvrages obscènes et de mauvaise qualité. Eraste, un juriste, a des livres anciens et ennuyeux. L'auteur rencontre également des philosophes comme Philinte, dont les recueils sont trop techniques. Il souligne l'importance de la sélection rigoureuse des livres, distinguant les œuvres de valeur des productions modernes et superficielles. L'auteur espère que le docteur l'aidera à trouver des œuvres littéraires de qualité, comparables aux fleurs délicates que l'abeille recherche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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