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1
p. 173-185
Trait d'Histoire Arabe.
Début :
Moutalaya, natif de Hayatamar, petite Ville proche de Medine, s'établit [...]
Mots clefs :
Calife, Amour, Moutalaya, Triomphe, Poète, Couronne, Poétique, Désirs, Avarice, Guérir, Philosophie, Arabe, Hattebé, Cruches
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texteReconnaissance textuelle : Trait d'Histoire Arabe.
TraitctHiftoir: Arabe.
MOutalaya, natif de
Hayatamar., petite Ville
proche de Medine, s'établit
à Bagdad, où il se fit
vendeur de Craches, &
ensuite s'acquit beaucoup
de réputation par sa Poësie,
& sur tout par sa Filosofie.
On disoit de luy
qu'il cadençoit toutes les
avions comme les Vers,
& à cause de sa grande
moderation on l'appella
d'un mot Arabe qui signifioit
le Peseur de Desirs
Malgré cela il se rendit celebre
par son amour pour
Hattebé, maistresse du
Calife Almondi, ayant
obtenu du Calife permission
de faire un presènt
à Hattebé le jour d'une
Feste. Il prefenca à
Hattebéen presence
du Prince une haute
Piramide de carton, au
bas de laquelle estoit representé
le Calife avec sa
Maistresse, &du bas de la
Piramide en haut tournoie
en spirale une bande de
roseaux portez par de petits
Amours serpentant dé
bas en haut, où estoient
écrits des Vers, qui marquoienr
qne le Vendeur
de Cruches portoit ses de-
-
sirs -jut'qu-aux plaisirs de -
son Maistre
, & les Amours
tenoient des balances
rompuës fous leurs
pieds, marque que luy,
qu'on appelloit le Pesèur
de desirs , n'avait point
pesé ccluy qui le portoità
un si haut point. D'abord
le present fut pris pour
une idée poëtique, mais
Moutalaya tomba en langueur
& pensa mourir de
son amour : en forte que
le Calife en ayant pitié,
luy promit de luy faire
present de Hattebé. Sa parole
donnée, Hattebé se
jetta en pleurs aux pieds
du Calife pour nestre
point livrée à un homme
si laid,car Moutalaya l'é.
toit beaucoup. Le Calife
ne voulant pas retirer sa
parole, envoya chercher
le Poëteamoureux, & luy
dit: 0 toy qui pese tes
desirs, regarde Hattebé
d'un côté de la balance,
& de l'autre ce grand vase
d'argent, &,- choisis. Oh,
luy répondit le Poëte
,
ton vase pese moins pour
moy qu'une plume de l'asle
de l'Amour qui m'a
blessé. En même temps le
Calife ordonna qu'on jettât
à poignée de l'or dans
le vase, & dit au Poëte.
Avertis- moy quand le
poids sera égal à celuy de
ton amour. Moutalaya
qui comprit par la profusion
du Calife qu'il avoit
peine àluy donner Hattebé3
luy cria:Arreste
,
le
poids est trébuchant.
Alors le Calife qui avoit
beaucoup desprit luy
dit: Ajoûte- donc ducôté
d'Hattebé, qu'elle ne peut
se résoudre à t'aimer, ou
plutôt qu'elle te haïra si
tu l'exige de moy )
& par
cette circonstance
3 prens
le vase sans balancer.
Moutalaya rêva un lno.
ment, & dit au Calise:
Donne-moy trois mois de
temps pour peser ces deux
presens; & pour faire encore
division
y
donne-moy
encore un autre objet à
desirer
,
qui est celuy de
la Couronne Poëtique &
le Triomphe qui s'accorde
au premier Poète de dix
ans en dix ans.
Le Calife luy donna encore
ce choix & les trois
mois qu'illuy demandoit
pour le déterminer. Ces
trois mois écoulez, il dit
au Calife, qu'il avoit demandé
ce temps pour voir
si son amour ou la haine
de Hattebédiminuëroient.
Hattebé qui estoit
presente luy cria devant
le Calife, avec une faillie
sans reflelhir: Eh! croistu
que trois moisd'âge &
de langueur t'ayent embelli.
Non certes, répondit
le Poëte, mais ce que tu
me dis a diminué ta beauté
à mes yeux; ainsi je
n'ay plus à déliberer que
sur l'argent&la gloire; &
pour me déterminer
,
je
demande six mois.
Les six mois de délay
luy furent accordez, aprés
quoy il dit au Calife
qu'il avoit demandé un
délay double de l'autre,
parce qu'il falloit bien
plus de temps au Sage
pour se guerir de l'avarice
que de l'amour;mais
qu'efin il le quittoit de ses
richesses& les refusa.
Acceptez donc le triomphe
&la couronne Poëtique
, luy repliqua le CSlife.
Pour sçavoir si je l'accepteray
ou non , jetedemande
un an de delay.
En effet,lePoëteFilososefut
une année sans vouloir
accepter le Triomphe
& l'an écoulé, il vint &
dit au Calife que le Sage
se guerissoit en peu de
temps de l'amour comme
il avoit fait en trois mois,
qu'illuy avoit fallu le double
pour se guerir de l'avarice
, mais que la vanité,
& sur tout des Auteurs
, augmentant avec
l'âge plutôt que de diminuër,
c'estoit merveilles
qu'il n'eut demandé qu'un
an pour s'en guerir, mais
qu'il en estoit tellement
gueri qu'il refusoit la Couronne
& le Triomphe de
Poëte, parce qu'il en connoissoit
un au-dessus de
luy. Mais,continua-t-il,
quand on a renoncé aux
premiers honneurs de la
Poësie & qu'on se croit
inferieur à quelqu'un, il
ne faut plus faire de Vers ;
ainÍÏ je me retranche àma
Filosofie.
Le Calife luy répondit:
Vous aurez donc la Couronne
& le Triomphe
comme Filosofe, & je
vous tiens à present pour
leplus grand de tous ceux
qquueeJj'aayy)ajatmllaaislSccoonnnnuuss,,
& le Calife lecontraignit
à recevoir des honneurs
qu'il refusoit obstinement.
MOutalaya, natif de
Hayatamar., petite Ville
proche de Medine, s'établit
à Bagdad, où il se fit
vendeur de Craches, &
ensuite s'acquit beaucoup
de réputation par sa Poësie,
& sur tout par sa Filosofie.
On disoit de luy
qu'il cadençoit toutes les
avions comme les Vers,
& à cause de sa grande
moderation on l'appella
d'un mot Arabe qui signifioit
le Peseur de Desirs
Malgré cela il se rendit celebre
par son amour pour
Hattebé, maistresse du
Calife Almondi, ayant
obtenu du Calife permission
de faire un presènt
à Hattebé le jour d'une
Feste. Il prefenca à
Hattebéen presence
du Prince une haute
Piramide de carton, au
bas de laquelle estoit representé
le Calife avec sa
Maistresse, &du bas de la
Piramide en haut tournoie
en spirale une bande de
roseaux portez par de petits
Amours serpentant dé
bas en haut, où estoient
écrits des Vers, qui marquoienr
qne le Vendeur
de Cruches portoit ses de-
-
sirs -jut'qu-aux plaisirs de -
son Maistre
, & les Amours
tenoient des balances
rompuës fous leurs
pieds, marque que luy,
qu'on appelloit le Pesèur
de desirs , n'avait point
pesé ccluy qui le portoità
un si haut point. D'abord
le present fut pris pour
une idée poëtique, mais
Moutalaya tomba en langueur
& pensa mourir de
son amour : en forte que
le Calife en ayant pitié,
luy promit de luy faire
present de Hattebé. Sa parole
donnée, Hattebé se
jetta en pleurs aux pieds
du Calife pour nestre
point livrée à un homme
si laid,car Moutalaya l'é.
toit beaucoup. Le Calife
ne voulant pas retirer sa
parole, envoya chercher
le Poëteamoureux, & luy
dit: 0 toy qui pese tes
desirs, regarde Hattebé
d'un côté de la balance,
& de l'autre ce grand vase
d'argent, &,- choisis. Oh,
luy répondit le Poëte
,
ton vase pese moins pour
moy qu'une plume de l'asle
de l'Amour qui m'a
blessé. En même temps le
Calife ordonna qu'on jettât
à poignée de l'or dans
le vase, & dit au Poëte.
Avertis- moy quand le
poids sera égal à celuy de
ton amour. Moutalaya
qui comprit par la profusion
du Calife qu'il avoit
peine àluy donner Hattebé3
luy cria:Arreste
,
le
poids est trébuchant.
Alors le Calife qui avoit
beaucoup desprit luy
dit: Ajoûte- donc ducôté
d'Hattebé, qu'elle ne peut
se résoudre à t'aimer, ou
plutôt qu'elle te haïra si
tu l'exige de moy )
& par
cette circonstance
3 prens
le vase sans balancer.
Moutalaya rêva un lno.
ment, & dit au Calise:
Donne-moy trois mois de
temps pour peser ces deux
presens; & pour faire encore
division
y
donne-moy
encore un autre objet à
desirer
,
qui est celuy de
la Couronne Poëtique &
le Triomphe qui s'accorde
au premier Poète de dix
ans en dix ans.
Le Calife luy donna encore
ce choix & les trois
mois qu'illuy demandoit
pour le déterminer. Ces
trois mois écoulez, il dit
au Calife, qu'il avoit demandé
ce temps pour voir
si son amour ou la haine
de Hattebédiminuëroient.
Hattebé qui estoit
presente luy cria devant
le Calife, avec une faillie
sans reflelhir: Eh! croistu
que trois moisd'âge &
de langueur t'ayent embelli.
Non certes, répondit
le Poëte, mais ce que tu
me dis a diminué ta beauté
à mes yeux; ainsi je
n'ay plus à déliberer que
sur l'argent&la gloire; &
pour me déterminer
,
je
demande six mois.
Les six mois de délay
luy furent accordez, aprés
quoy il dit au Calife
qu'il avoit demandé un
délay double de l'autre,
parce qu'il falloit bien
plus de temps au Sage
pour se guerir de l'avarice
que de l'amour;mais
qu'efin il le quittoit de ses
richesses& les refusa.
Acceptez donc le triomphe
&la couronne Poëtique
, luy repliqua le CSlife.
Pour sçavoir si je l'accepteray
ou non , jetedemande
un an de delay.
En effet,lePoëteFilososefut
une année sans vouloir
accepter le Triomphe
& l'an écoulé, il vint &
dit au Calife que le Sage
se guerissoit en peu de
temps de l'amour comme
il avoit fait en trois mois,
qu'illuy avoit fallu le double
pour se guerir de l'avarice
, mais que la vanité,
& sur tout des Auteurs
, augmentant avec
l'âge plutôt que de diminuër,
c'estoit merveilles
qu'il n'eut demandé qu'un
an pour s'en guerir, mais
qu'il en estoit tellement
gueri qu'il refusoit la Couronne
& le Triomphe de
Poëte, parce qu'il en connoissoit
un au-dessus de
luy. Mais,continua-t-il,
quand on a renoncé aux
premiers honneurs de la
Poësie & qu'on se croit
inferieur à quelqu'un, il
ne faut plus faire de Vers ;
ainÍÏ je me retranche àma
Filosofie.
Le Calife luy répondit:
Vous aurez donc la Couronne
& le Triomphe
comme Filosofe, & je
vous tiens à present pour
leplus grand de tous ceux
qquueeJj'aayy)ajatmllaaislSccoonnnnuuss,,
& le Calife lecontraignit
à recevoir des honneurs
qu'il refusoit obstinement.
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Résumé : Trait d'Histoire Arabe.
Moutalaya, originaire de Hayatamar près de Médine, s'installa à Bagdad où il débuta comme vendeur de cruches. Il se distingua rapidement par sa poésie et sa philosophie, ce qui lui valut le surnom de 'Peseur de Désirs' en raison de sa modération. Il tomba amoureux de Hattebé, la maîtresse du calife Almondi, et obtint la permission de lui offrir un présent lors d'une fête. Il lui présenta une pyramide de carton symbolisant ses désirs et son amour pour elle. Le calife, impressionné par la poésie de Moutalaya, lui proposa de choisir entre Hattebé et un grand vase d'argent rempli d'or. Moutalaya refusa l'or, préférant l'amour. Le calife lui accorda alors trois mois pour réfléchir. Après ce délai, Moutalaya demanda six mois supplémentaires pour se guérir de l'avarice. Finalement, il refusa à la fois l'or et la couronne poétique, affirmant connaître un poète supérieur à lui. Le calife lui offrit alors la couronne et le triomphe en tant que philosophe, honneurs que Moutalaya accepta finalement.
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2
p. 2271-2276
LA VIE CHAMPÊTRE. ODE, A M. Frion.
Début :
Heureux Frion, heureux qui, loin du bruit des Villes, [...]
Mots clefs :
Sillons fertiles, Palais, Vigne, Cruches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA VIE CHAMPÊTRE. ODE, A M. Frion.
LA VIE
CHAMPÊTRE.
H →
ODE,
A M. Frion.
Eureux Frion , heureux qui, loin du
bruit des Villes ,
Ainsi que les
premiers
Mortels ,
Cultive les sillons fertiles ,
Des
héritages
paternels.
Qu'il entende sonner la trompette éclatante ,
A ij
Son
2272 MERCURE DE FRANCE.
Son esprit n'est point agité ;
Loin des fureurs de la tourmente
Il n'en est point épouvanté.
De mes Concitoyens qu'éleve l'injustice
Je fréquenterois les Palais !
Vainement contre l'Artifice
J'userois ma vie en Procès :
Je me ris de quiconque y consume ses veilles ,
Pendant que je vois se lier
La Vigne qui charge mes Treilles
Au branchage du Peuplier.
Utilement oisif dans un séjour tranquile
J'aperçois mon fruit s'étouffer;
J'en coupe une branche inutile
Qui me sert ensuite à greffer.
Dans une profitable et douce rêveric
Assis sur l'herbe du côteau
Je ne reconnois la prairie
Qu'en voyant mon nombreux Troupeau,
Le chien , en poursuivant la chevre bondissante ;
La ramene au jeune Chevreau ,
Auprès
OCTOBRE. 1731. 2273
Auprès de la Brebis paissante
Le Berger raporte l'Agneau.
Un essain de son miel a - t'il rempli mes Ruches
A l'entour j'allume des feux
L'Abeille sort , et dans mes Cruches
Coule son present doucereux .
Voyez-vous à la Terre une face riante ?
Que de fruits s'offrent à nos sens !
Semence , couche , greffe , plante ,
C'est l'Automne avec ses presens,
Qu'on reconnoisse ici le Dieu des Jardinages ;
Comment le louer dignement ?
Que deviendroient nos héritages
S'il n'y veilloit incessamment.
Seul , il peut éloigner parsa bonté Divine
De nos Vergers , de nos
guerets
Ces hommes nez pour la rapine
Et les hôtes de nos Forêts.
J'ai toûjours sous ce Chêne une retraitte somBre
Contre les plus vives chaleurs ;*
Et sa fraîcheur se joint à l'ombre
A iij
Sur
2274 MERCURE DE FRANCE
Sur ce Gazon mêlé de fleurs.
L'Onde vive , en fuyant d'une source très-pure
S'y forme en differens ruisseaux ;
Je m'endors à son doux murmure
Charmé du concert des Oiseaux.
Hyver, par les Arrêts du Maître du Tonnerre ;
Sêche les fleurs , gele les eaux ;
Approche et dépouille la Terre
De ses ornemens les plus beaux.
L'on me verra braver les Neiges et les Glaces ;
Le Cor anime mes limiers ;
Et je vais courir sur leurs traces ,
Livrer la Guerre aux Sangliers.
Un Pastre industrieux voit un Liévre timide
S'étrangler à ses trébuchets ;
L'autre trouve la grive avide
Embarrassée en ses filets.
Jei mon Laboureur détele sous ma vůť
Les Boeufs lass és par l'aiguillon ,
Trainant sur le col la charüc
Dont ils ont creusé le sillón.
Qui
OCTOBRE 1731. 2273
Qui pourroit nous troubler dans cet aimable
azile
Le travail assidu du jour
Nous répond d'une nuit tranquille
Que n'ose interrompre l'Amour.
Si le Dieu de l'Hymen te présente une Epouse ,
Elle s'applique à soulager
Des travaux dont elle est jalouse
Et qu'elle ne peut partager.
Telle nous la voyons , FRION , dans ton ménage
D'un mot conduire ta maison
Qu'une telle femme , un fils sage
Font bien - honneur à ta raison.
Les Troupeaux mugissans sortent de la prairie
Phebus précipite ses pas ;
Près de sa compagne chérie
L'Epoux vient chercher le répas.
Lassé par la chaleur , on lui verse un breuvage
Que Bacchus a cuit sous ses yeux ;
Il n'aimeroit pas davantage
Le Nectar qu'Hebé sert aux Dieux.
A iiij
N'a2276
MERCURE DE FRANCE
N'aprochez point d'ici , magnifiques avides
Qui dépouillez , pour un festin,
De Gibier les plaines humides ,
Et tout l'Ibere de son Vin.
Si le Loup me surprend une Agnelle bélante ;
Je joins l'Animal carnassier ;
Je reprens la bête sanglante
Et la fais cuire à mon foyer.
Je dois mes autres mets à mes couches utiles
Mes huiles à mes oliviers ;
Mes Vins à mes Treilles fertiles ;
Et mes fruits à mes Espaliers.
C'est à peu près ainsi que dans ses chants lyri
riques ,
Horace , à l'aide d'Apollon
>
Celebroit les plaisirs rustiques
Près de l'onde du saint Vallon.
Mais , plus heureux FRION, que l'ami de Mecéne
Si j'ai reüssi dans mes Vers ;
Je les dois moins à l'hypocréne
Qu'aux agrémens de ton Villers.
L. C. D. N. D. M.
CHAMPÊTRE.
H →
ODE,
A M. Frion.
Eureux Frion , heureux qui, loin du
bruit des Villes ,
Ainsi que les
premiers
Mortels ,
Cultive les sillons fertiles ,
Des
héritages
paternels.
Qu'il entende sonner la trompette éclatante ,
A ij
Son
2272 MERCURE DE FRANCE.
Son esprit n'est point agité ;
Loin des fureurs de la tourmente
Il n'en est point épouvanté.
De mes Concitoyens qu'éleve l'injustice
Je fréquenterois les Palais !
Vainement contre l'Artifice
J'userois ma vie en Procès :
Je me ris de quiconque y consume ses veilles ,
Pendant que je vois se lier
La Vigne qui charge mes Treilles
Au branchage du Peuplier.
Utilement oisif dans un séjour tranquile
J'aperçois mon fruit s'étouffer;
J'en coupe une branche inutile
Qui me sert ensuite à greffer.
Dans une profitable et douce rêveric
Assis sur l'herbe du côteau
Je ne reconnois la prairie
Qu'en voyant mon nombreux Troupeau,
Le chien , en poursuivant la chevre bondissante ;
La ramene au jeune Chevreau ,
Auprès
OCTOBRE. 1731. 2273
Auprès de la Brebis paissante
Le Berger raporte l'Agneau.
Un essain de son miel a - t'il rempli mes Ruches
A l'entour j'allume des feux
L'Abeille sort , et dans mes Cruches
Coule son present doucereux .
Voyez-vous à la Terre une face riante ?
Que de fruits s'offrent à nos sens !
Semence , couche , greffe , plante ,
C'est l'Automne avec ses presens,
Qu'on reconnoisse ici le Dieu des Jardinages ;
Comment le louer dignement ?
Que deviendroient nos héritages
S'il n'y veilloit incessamment.
Seul , il peut éloigner parsa bonté Divine
De nos Vergers , de nos
guerets
Ces hommes nez pour la rapine
Et les hôtes de nos Forêts.
J'ai toûjours sous ce Chêne une retraitte somBre
Contre les plus vives chaleurs ;*
Et sa fraîcheur se joint à l'ombre
A iij
Sur
2274 MERCURE DE FRANCE
Sur ce Gazon mêlé de fleurs.
L'Onde vive , en fuyant d'une source très-pure
S'y forme en differens ruisseaux ;
Je m'endors à son doux murmure
Charmé du concert des Oiseaux.
Hyver, par les Arrêts du Maître du Tonnerre ;
Sêche les fleurs , gele les eaux ;
Approche et dépouille la Terre
De ses ornemens les plus beaux.
L'on me verra braver les Neiges et les Glaces ;
Le Cor anime mes limiers ;
Et je vais courir sur leurs traces ,
Livrer la Guerre aux Sangliers.
Un Pastre industrieux voit un Liévre timide
S'étrangler à ses trébuchets ;
L'autre trouve la grive avide
Embarrassée en ses filets.
Jei mon Laboureur détele sous ma vůť
Les Boeufs lass és par l'aiguillon ,
Trainant sur le col la charüc
Dont ils ont creusé le sillón.
Qui
OCTOBRE 1731. 2273
Qui pourroit nous troubler dans cet aimable
azile
Le travail assidu du jour
Nous répond d'une nuit tranquille
Que n'ose interrompre l'Amour.
Si le Dieu de l'Hymen te présente une Epouse ,
Elle s'applique à soulager
Des travaux dont elle est jalouse
Et qu'elle ne peut partager.
Telle nous la voyons , FRION , dans ton ménage
D'un mot conduire ta maison
Qu'une telle femme , un fils sage
Font bien - honneur à ta raison.
Les Troupeaux mugissans sortent de la prairie
Phebus précipite ses pas ;
Près de sa compagne chérie
L'Epoux vient chercher le répas.
Lassé par la chaleur , on lui verse un breuvage
Que Bacchus a cuit sous ses yeux ;
Il n'aimeroit pas davantage
Le Nectar qu'Hebé sert aux Dieux.
A iiij
N'a2276
MERCURE DE FRANCE
N'aprochez point d'ici , magnifiques avides
Qui dépouillez , pour un festin,
De Gibier les plaines humides ,
Et tout l'Ibere de son Vin.
Si le Loup me surprend une Agnelle bélante ;
Je joins l'Animal carnassier ;
Je reprens la bête sanglante
Et la fais cuire à mon foyer.
Je dois mes autres mets à mes couches utiles
Mes huiles à mes oliviers ;
Mes Vins à mes Treilles fertiles ;
Et mes fruits à mes Espaliers.
C'est à peu près ainsi que dans ses chants lyri
riques ,
Horace , à l'aide d'Apollon
>
Celebroit les plaisirs rustiques
Près de l'onde du saint Vallon.
Mais , plus heureux FRION, que l'ami de Mecéne
Si j'ai reüssi dans mes Vers ;
Je les dois moins à l'hypocréne
Qu'aux agrémens de ton Villers.
L. C. D. N. D. M.
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Résumé : LA VIE CHAMPÊTRE. ODE, A M. Frion.
Le texte est une ode dédiée à M. Frion, mettant en lumière les plaisirs de la vie champêtre. L'auteur exprime sa satisfaction à cultiver les terres héritées de ses ancêtres, loin du tumulte des villes et des conflits. Il décrit les activités agricoles et la tranquillité de la vie rurale, où il observe la nature et les animaux. L'automne est particulièrement souligné pour ses fruits abondants et la protection divine des vergers et des champs. L'auteur apprécie aussi la fraîcheur des chênes et le murmure des ruisseaux en été, ainsi que les activités de chasse en hiver. La vie rurale est présentée comme un refuge paisible, où le travail quotidien assure des nuits tranquilles. L'auteur loue également la contribution de l'épouse et du fils de Frion à la gestion harmonieuse du ménage. Il conclut en comparant sa vie rustique à celle décrite par Horace, tout en soulignant que ses vers doivent plus aux agréments du domaine de Frion qu'à l'inspiration poétique.
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