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1
p. 138-153
Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
Début :
J'ai crû qu'il ne seroit point hors de propos de / I. Dans la situation où se trouvoient les affaires au commencement de [...]
Mots clefs :
Paix, Désordres, Pologne, Porte ottomane, Guerre, Hongrie, Campagne militaire, Victoire, Angleterre, France, Alliance, Revenus de l'État, Prince régent, Louis XV, Tsar, Traité, Naissance, Cour impériale
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texteReconnaissance textuelle : Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
J'ai crû qu'il ne feroit point
hors de propos de préfenter
ici un Tableau general des évemens
les plus importans arrivés
dans l'année derniere 1716. Je
l'ai tiré en partie du Suplément
de la Gazette d'Amfterdam , perfuadé
qu'il étoit difficile de pouvoir
en donner un plus fidel
crayon.
MERCURE. 139
Recapitulation generale des évenemens
les plus remarquables
de l'année 1716 .
D
I.
Ans la fituation où fe trouvoient
les affaires au commencement
de l'année derniere ,
il étoit bien difficile de prévoir
qu'elles en feroient les fuites
& de porter un jugement certain
parmi tant de changements qui
arrivoient tous les jours . La Paix
dont plufieurs Etats commençoient
à jouir , ne paroiffoit pas
encore bien affermie , & les laiffoit
dans l'embarras de remedier
1
140 LE NOUVEAU
à tant de maux , & de défordres
caufez par une fi longue guerre .
Celle du Nord , bien loin de finir
, fembloit prendre de nouvelles
forces , depuis le retour
du Roy de Suede dans fes Etats ,
où ce Prince toujours le même,
nonobftant toutes les difgraces,
fe propofoit de recouvrer les
Provinces qu'il avoit perduës .
Les troubles augmentoient auffi
en Pologne , à mesure que l'on
travailloità les pacifier ; & même
on en étoit venu à diverfes
hoftilitez .
Tout cela faifoit craindre de
fâcheufes influences de la partde
la Porte Ottomane , qui ne
cherchoit qu'à profiter de ces
divifions ; & qui , fière de fes
MERCURE. 141
conquêtes dans la Morée , nefe
de porter
flattoit pas moins que
la terreur en Italie , d'envahit
en même- tems la Hongrie
& les autres Provinces võifines ,
afin de couper tout fecours aux
Venitiens. L'Empereur de foncô
té voyoit bienlagrandeurdu peril
, & la neceffité indifpenfable
de fecourir promptement fes
Alliez Mais il fortoit d'une
guerre qui l'avoit mis prefque
hors d'état d'en entreprendre
une nouvelle ; & il Y avõit peu
d'apparence qu'il pût être fecouru
affez toft pour ſe charger
d'un fi pefant fardeau , dans un
tems ou toutes fes Provinces
Hereditaires , & l'Empire même
avoient befoin de foulagement
142 LE NOUVEAU
& de repos : de forte qu'en confiderant
toutes ces difpofitions ,
on voyoit par tout beaucoup
plus de fujet de craindre que
d'efperer.
I I.
On a donc été agréablement
furpris , de voir les affaires
changer fitôt de face , & prendre
de tous côtés un train de redreffement,
qui donne de fifavorables
efpérances pour l'avenir .
Pour commencer par la Hongrie,
on a admiré que l'Empereur
ait pû oppofer à tems de forces
capables de faire tête à cellesdes
en nemis , compofées de l'élite de
leurs Troupes, qui étoient fi fort
fuperieures en nombre aux
MERCUR . 143
1
troupes
Impérialles
. Il eſt vrai
celles-ci étoient
comman- que
dées par le Prince Eugene de
Savoye Mais il faut avoüer
ne s'attendoit
qu'on
pas
que ce General
, quelque
haute
opinion
qu'on cut de fa conduite
, pourroit
mander
fitôt
(& de l'attente
- même du Grand
Vizir ) l'entiere
défaite
de l'Armée
Ottomae
, prés de Peter-
Varadin
& d'une manierefi
com
pléte , qu'il n'a pas été poffible
auTurc defe rétablir
da refte de
la Campagne
. Cette
fameule
Victoire
fuivie de la conquétede
.
l'importante
Place deTemifvvar
& de plufieurs
autres
avantages
, a non feulement
délivré
Ja Hongrie , la Tranfilvanie
144 LE NOVEAUU
& les autres Provinces voifi.
nes , mais elle a porté la terreur
dans l'EmpireOttoman , & l'a ré,
duit àfontour àfouhaiter la paix:
Elle a relevé l'honneur des Armes
Chrêtiennes , & contribuć
par cette diverfion au foulagement
de la Dalmatie , à la retraite
précipitée de la flote Ottomane
, & à la levée du mémotable
Siége de Corfou , où le
Maréchal de Schulembourg a fibien
mérité par fa belle deffenfe ,
les honneurs qui lui ont été
décernez par le Sénat de Venife .
La République a commencé à
reprendre divers autres poftes ;
& elle fe voit en état de pouffer
heureufement fes progrés la
Campagne prochaine , par le fecours
MERCURE. 145
cours des forces auxiliaires d'Efpagne
, de Portugal , & des autres
Puiffances , qui fe trouvent
à la portée d'ouvrir la Campagne
de bonheur.
L'Italie le voit en même tems
délivrée de crainte , auffi bien
que la Pologne , où l'efprit de
pacification femble avoir repris
entierement le deffus : Et enfia
il y a lieu d'efperer que les
mefures que tant de grands
Princes prennent de concert ,
pour rétablir la paix du Nord,
produiront enfin leur effet pour
le bien de tous les Etats qui y
font interreffez , & pour le repos
de tant de peuples , qui fouffrent
depuis filong tems.
146 MERCURE
.
III.
L'Angleterre aprés avoir été
agitée violemment par deux Partis
oppofés , jouit à préfent d'un
calme , qui par les précautions
qu'elle a prifes , doit être du
rable. La nouvelle confédération
qu'elle vient de former avec
la France fur les fondements
folides d'une mutuelle confiance
, femble devoir en repondre .
Par cette Alliance , les deux
Royaumes ne fe trouvans plus ,
pour ainfi dire, en oppofition, comme
ci - devant : mais pûtôt en
conjonction ; l'un & l'autre Peuple
ne s'occupera à l'avenir qu'à
travailler l'envy à leur commune
confervation
MERCURE. 147
IV.
A l'égard de la France , quand
on confidere l'état où l'avoit réduit
la derniere Guerre , les dettes
immenfes contractées , les
Domaines de la Couronne alićnez
, les revenus de l'Etat prefque'anéantis
par une infinité de
Charges ; les Impofitions ordinaires
confommées par avance,
& les peuples épuifez ; on ne
peut s'empêcher de reconnoître
le bonheur du Royaume , d'a
voir trouvé un Prince Régent
pendant la Minorité du Nouveau
Roy , cap ble de foûtenig
un poids fi accablant , de dé
O ij
148 LE NOUVEAU
brouiller ce Cahos , & de s'ouvrir
une route fûre , pour procurer
enfin le foulagement des
Peuples , pour rétablir l'abondance
dans le Royaume , pour
pacifier les troubles de l'Eglife ,
& pour affermir la Paix au dedans
& au dehors . S. A. Royale
y a déja travaillé avec tant de
fuccés , & on eft fi perfuadé
que toutes ſes maximes tendent
à ce but , qu'on en peut efperer
qu'une très heureuſe iffuë ,
V.
L'Arrivée du Czar dans les
Provinces Unies , eft un évenement
des plus remarquables de
l'année derniere , & d'un bon
MERCURE . 149
augure pour l'avancement de la
Paix du Nord. La defcente en
Scanie , n'ayant pu avoir lieu au
temps marqué , à caufe de divers
contre- temps furvenus , &
ayant été renvoyée au Printems
prochain , Sa Majesté Czarienne
enfuite de quelques conferences
avec le Roy de Danemark
s'étoit renduë de Copenhague à
Havelberg, pour conferer avec
le Roi de Pruffe , aprés avoir
fait marcher fes Troupes dans le
Metklebourg , & fa Cavalerie en
Pologne , pour être à portée de
paffer au Printemps en Danemark.
En attendant , S M. eft
venue faire un tour en Hollande ,
ayant voulu revoir encore un
Pais pour lequel elle a toûjours
150 LEN OUVEAU
confervé beaucoup d'affection ,
depuis le voyage qu'elle y fie
en 1697. On efpere que le féjour
que S. M. y fera , ne fera pas
infructueux pour la Paix du
Nord : & que l'entre- vûë qu'elle
fe propofe d'avoir avec le Roi
de la Grande Bretagne , contribu
ra à faciliter l'execution
d'un fi bon deffein , pour lequel
leurs Majeftez ont une forte inclination.
Au refte , on ne peut
affez admirer l'attention de S.M.
Czarienne , à remarquer ce qu'il
ya de plus curieux dans les
Arts & les Sciences , & fon ap
plication à tout ce qui peut contribuer
à perf &tionner fes Sujets ,
àfon exemple , dans les connoiffances
utiles , outre toutes les
MERCURE. 15
autres grandes chofes qu'elle a
faites , & qui la font regarder
comme le Fondateur & le Legiflateur
d'un nouvel Empire .
le
On ne peut paffer fous filence
le Traité d'Alliance qui fut figné
4. de Janvier entre la France
& leurs Hautes- Puiffances , conjointement
avec 1 Angleterre
quoiqu'il anticipe fur l'année
1717. Ces Puiffances voisines
vont devenir en quelque maniere
le même Peuple : l'interêt
commun de fe maintenir dans
P'état tranquille dont ellesjoüiffent
par la Paix , fera un lien
puiffant, qui les tiendra unis in-
Téparablement.
152 LE NOUVEAU
VI.
ainf L'année derniere
que les précédentes , a fourni
diversexemples , qui remet
tent devant les yeux la fragilité,
& la viciffitude des chofes
humaines . Tel eft celui de
la naiſſance du Séréniffime Archiduc
, qui aprés avoir été un
fi grand fujet de joie pour la
Cour Imperiale , a été fi tốt
changé en un fujer de deuil , par
la mort de ce jeune Prince ; fans
néanmoins qu'il ait éteint les
efperances que l'on avoit conçûës
, puifqu'on a la confolation
de
MERCURE
.
153
de les voir renaître par l'heureufegroffeffe
de l'Imperatrice
.
hors de propos de préfenter
ici un Tableau general des évemens
les plus importans arrivés
dans l'année derniere 1716. Je
l'ai tiré en partie du Suplément
de la Gazette d'Amfterdam , perfuadé
qu'il étoit difficile de pouvoir
en donner un plus fidel
crayon.
MERCURE. 139
Recapitulation generale des évenemens
les plus remarquables
de l'année 1716 .
D
I.
Ans la fituation où fe trouvoient
les affaires au commencement
de l'année derniere ,
il étoit bien difficile de prévoir
qu'elles en feroient les fuites
& de porter un jugement certain
parmi tant de changements qui
arrivoient tous les jours . La Paix
dont plufieurs Etats commençoient
à jouir , ne paroiffoit pas
encore bien affermie , & les laiffoit
dans l'embarras de remedier
1
140 LE NOUVEAU
à tant de maux , & de défordres
caufez par une fi longue guerre .
Celle du Nord , bien loin de finir
, fembloit prendre de nouvelles
forces , depuis le retour
du Roy de Suede dans fes Etats ,
où ce Prince toujours le même,
nonobftant toutes les difgraces,
fe propofoit de recouvrer les
Provinces qu'il avoit perduës .
Les troubles augmentoient auffi
en Pologne , à mesure que l'on
travailloità les pacifier ; & même
on en étoit venu à diverfes
hoftilitez .
Tout cela faifoit craindre de
fâcheufes influences de la partde
la Porte Ottomane , qui ne
cherchoit qu'à profiter de ces
divifions ; & qui , fière de fes
MERCURE. 141
conquêtes dans la Morée , nefe
de porter
flattoit pas moins que
la terreur en Italie , d'envahit
en même- tems la Hongrie
& les autres Provinces võifines ,
afin de couper tout fecours aux
Venitiens. L'Empereur de foncô
té voyoit bienlagrandeurdu peril
, & la neceffité indifpenfable
de fecourir promptement fes
Alliez Mais il fortoit d'une
guerre qui l'avoit mis prefque
hors d'état d'en entreprendre
une nouvelle ; & il Y avõit peu
d'apparence qu'il pût être fecouru
affez toft pour ſe charger
d'un fi pefant fardeau , dans un
tems ou toutes fes Provinces
Hereditaires , & l'Empire même
avoient befoin de foulagement
142 LE NOUVEAU
& de repos : de forte qu'en confiderant
toutes ces difpofitions ,
on voyoit par tout beaucoup
plus de fujet de craindre que
d'efperer.
I I.
On a donc été agréablement
furpris , de voir les affaires
changer fitôt de face , & prendre
de tous côtés un train de redreffement,
qui donne de fifavorables
efpérances pour l'avenir .
Pour commencer par la Hongrie,
on a admiré que l'Empereur
ait pû oppofer à tems de forces
capables de faire tête à cellesdes
en nemis , compofées de l'élite de
leurs Troupes, qui étoient fi fort
fuperieures en nombre aux
MERCUR . 143
1
troupes
Impérialles
. Il eſt vrai
celles-ci étoient
comman- que
dées par le Prince Eugene de
Savoye Mais il faut avoüer
ne s'attendoit
qu'on
pas
que ce General
, quelque
haute
opinion
qu'on cut de fa conduite
, pourroit
mander
fitôt
(& de l'attente
- même du Grand
Vizir ) l'entiere
défaite
de l'Armée
Ottomae
, prés de Peter-
Varadin
& d'une manierefi
com
pléte , qu'il n'a pas été poffible
auTurc defe rétablir
da refte de
la Campagne
. Cette
fameule
Victoire
fuivie de la conquétede
.
l'importante
Place deTemifvvar
& de plufieurs
autres
avantages
, a non feulement
délivré
Ja Hongrie , la Tranfilvanie
144 LE NOVEAUU
& les autres Provinces voifi.
nes , mais elle a porté la terreur
dans l'EmpireOttoman , & l'a ré,
duit àfontour àfouhaiter la paix:
Elle a relevé l'honneur des Armes
Chrêtiennes , & contribuć
par cette diverfion au foulagement
de la Dalmatie , à la retraite
précipitée de la flote Ottomane
, & à la levée du mémotable
Siége de Corfou , où le
Maréchal de Schulembourg a fibien
mérité par fa belle deffenfe ,
les honneurs qui lui ont été
décernez par le Sénat de Venife .
La République a commencé à
reprendre divers autres poftes ;
& elle fe voit en état de pouffer
heureufement fes progrés la
Campagne prochaine , par le fecours
MERCURE. 145
cours des forces auxiliaires d'Efpagne
, de Portugal , & des autres
Puiffances , qui fe trouvent
à la portée d'ouvrir la Campagne
de bonheur.
L'Italie le voit en même tems
délivrée de crainte , auffi bien
que la Pologne , où l'efprit de
pacification femble avoir repris
entierement le deffus : Et enfia
il y a lieu d'efperer que les
mefures que tant de grands
Princes prennent de concert ,
pour rétablir la paix du Nord,
produiront enfin leur effet pour
le bien de tous les Etats qui y
font interreffez , & pour le repos
de tant de peuples , qui fouffrent
depuis filong tems.
146 MERCURE
.
III.
L'Angleterre aprés avoir été
agitée violemment par deux Partis
oppofés , jouit à préfent d'un
calme , qui par les précautions
qu'elle a prifes , doit être du
rable. La nouvelle confédération
qu'elle vient de former avec
la France fur les fondements
folides d'une mutuelle confiance
, femble devoir en repondre .
Par cette Alliance , les deux
Royaumes ne fe trouvans plus ,
pour ainfi dire, en oppofition, comme
ci - devant : mais pûtôt en
conjonction ; l'un & l'autre Peuple
ne s'occupera à l'avenir qu'à
travailler l'envy à leur commune
confervation
MERCURE. 147
IV.
A l'égard de la France , quand
on confidere l'état où l'avoit réduit
la derniere Guerre , les dettes
immenfes contractées , les
Domaines de la Couronne alićnez
, les revenus de l'Etat prefque'anéantis
par une infinité de
Charges ; les Impofitions ordinaires
confommées par avance,
& les peuples épuifez ; on ne
peut s'empêcher de reconnoître
le bonheur du Royaume , d'a
voir trouvé un Prince Régent
pendant la Minorité du Nouveau
Roy , cap ble de foûtenig
un poids fi accablant , de dé
O ij
148 LE NOUVEAU
brouiller ce Cahos , & de s'ouvrir
une route fûre , pour procurer
enfin le foulagement des
Peuples , pour rétablir l'abondance
dans le Royaume , pour
pacifier les troubles de l'Eglife ,
& pour affermir la Paix au dedans
& au dehors . S. A. Royale
y a déja travaillé avec tant de
fuccés , & on eft fi perfuadé
que toutes ſes maximes tendent
à ce but , qu'on en peut efperer
qu'une très heureuſe iffuë ,
V.
L'Arrivée du Czar dans les
Provinces Unies , eft un évenement
des plus remarquables de
l'année derniere , & d'un bon
MERCURE . 149
augure pour l'avancement de la
Paix du Nord. La defcente en
Scanie , n'ayant pu avoir lieu au
temps marqué , à caufe de divers
contre- temps furvenus , &
ayant été renvoyée au Printems
prochain , Sa Majesté Czarienne
enfuite de quelques conferences
avec le Roy de Danemark
s'étoit renduë de Copenhague à
Havelberg, pour conferer avec
le Roi de Pruffe , aprés avoir
fait marcher fes Troupes dans le
Metklebourg , & fa Cavalerie en
Pologne , pour être à portée de
paffer au Printemps en Danemark.
En attendant , S M. eft
venue faire un tour en Hollande ,
ayant voulu revoir encore un
Pais pour lequel elle a toûjours
150 LEN OUVEAU
confervé beaucoup d'affection ,
depuis le voyage qu'elle y fie
en 1697. On efpere que le féjour
que S. M. y fera , ne fera pas
infructueux pour la Paix du
Nord : & que l'entre- vûë qu'elle
fe propofe d'avoir avec le Roi
de la Grande Bretagne , contribu
ra à faciliter l'execution
d'un fi bon deffein , pour lequel
leurs Majeftez ont une forte inclination.
Au refte , on ne peut
affez admirer l'attention de S.M.
Czarienne , à remarquer ce qu'il
ya de plus curieux dans les
Arts & les Sciences , & fon ap
plication à tout ce qui peut contribuer
à perf &tionner fes Sujets ,
àfon exemple , dans les connoiffances
utiles , outre toutes les
MERCURE. 15
autres grandes chofes qu'elle a
faites , & qui la font regarder
comme le Fondateur & le Legiflateur
d'un nouvel Empire .
le
On ne peut paffer fous filence
le Traité d'Alliance qui fut figné
4. de Janvier entre la France
& leurs Hautes- Puiffances , conjointement
avec 1 Angleterre
quoiqu'il anticipe fur l'année
1717. Ces Puiffances voisines
vont devenir en quelque maniere
le même Peuple : l'interêt
commun de fe maintenir dans
P'état tranquille dont ellesjoüiffent
par la Paix , fera un lien
puiffant, qui les tiendra unis in-
Téparablement.
152 LE NOUVEAU
VI.
ainf L'année derniere
que les précédentes , a fourni
diversexemples , qui remet
tent devant les yeux la fragilité,
& la viciffitude des chofes
humaines . Tel eft celui de
la naiſſance du Séréniffime Archiduc
, qui aprés avoir été un
fi grand fujet de joie pour la
Cour Imperiale , a été fi tốt
changé en un fujer de deuil , par
la mort de ce jeune Prince ; fans
néanmoins qu'il ait éteint les
efperances que l'on avoit conçûës
, puifqu'on a la confolation
de
MERCURE
.
153
de les voir renaître par l'heureufegroffeffe
de l'Imperatrice
.
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Résumé : Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
En 1716, la situation mondiale était marquée par une grande incertitude. La paix récente semblait fragile, et les conséquences d'une longue guerre étaient encore visibles. La guerre du Nord s'intensifiait avec le retour du roi de Suède. En Pologne, les troubles augmentaient malgré les efforts de pacification. La Porte Ottomane menaçait l'Italie et envisageait d'envahir la Hongrie et d'autres provinces voisines. L'Empereur, affaibli par les guerres précédentes, était incapable d'entreprendre de nouveaux conflits. Cependant, la situation s'est rapidement améliorée. En Hongrie, l'Empereur, soutenu par le prince Eugène de Savoie, a remporté une victoire décisive contre les Ottomans près de Peterwaradin. Cette victoire a permis de libérer la Hongrie, la Transylvanie et les provinces voisines, semant la terreur dans l'Empire Ottoman et poussant celui-ci à souhaiter la paix. Elle a également soulagé la Dalmatie et levé le siège de Corfou. L'Italie et la Pologne ont retrouvé la paix. En Angleterre, après des troubles politiques, un calme durable semble s'installer grâce à une nouvelle alliance avec la France. En France, malgré les dettes et les difficultés économiques, le Régent a stabilisé le royaume, soulagé les peuples, pacifié les troubles religieux et assuré la paix intérieure et extérieure. Le texte mentionne également les efforts de pacification et de consolidation de la paix intérieure et extérieure par une autorité royale. L'arrivée du tsar dans les Provinces Unies est soulignée comme bénéfique pour la paix du Nord. Le tsar a rencontré le roi de Prusse et visité la Hollande, exprimant son affection pour ce pays. Un traité d'alliance entre la France, l'Angleterre et leurs Hautes-Puissances vise à maintenir la tranquillité et l'unité entre ces nations. Enfin, le texte évoque la fragilité de la condition humaine à travers la naissance et la mort rapide de l'archiduc impérial, suivie de la grossesse de l'impératrice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 214-219
« Le 30 Aoust le Roy entendit dans sa Chapelle des Tuilleries la Messe de Requiem qui fut chantée [...] »
Début :
Le 30 Aoust le Roy entendit dans sa Chapelle des Tuilleries la Messe de Requiem qui fut chantée [...]
Mots clefs :
Roi, Abbaye, Lyon, Fête, Chapelle, Abbé, Cardinal Dubois, Ambassadeur, Hôtel, Porte ottomane, Tremblement de terre, Marseille, Convalescence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 30 Aoust le Roy entendit dans sa Chapelle des Tuilleries la Messe de Requiem qui fut chantée [...] »
Le 30 Aouft le Roy entendit dans fa Chapell●
des Tuilleries la Meffe de Requiem qui fut chantée
par la Mufique , pour l'Anniverfaire du Roy
Louis XIV . '
. Le premier de Septembre on celebra aufli dans
l'Abbaye Royale de S. Denis un Service pour le
repos de l'ame du même Roy : l'Evêque de Perigueux
y officia ; le Comte de Toulouse & plufieurs
perfonnes de confideration y affiftérent ;
les Religieux Communiérent fous les deux Efpeces
.
" Mehemet Effendi grand Tréforier de l'Empire
Ottoman & Ambasadeur Extraordinaire du
Grand Seigneur à la Cour de France , arriva à
Lyon le 20 u mois dernier , après avoir reçu
dans toutes les Villes qu'il a trouvées fur la routa
DE SEPTEMBRE . 213
te , les honneurs dûs à fon caractere & à fon
merite perfonnel . Voici la Relation de ce qui
s'eft paffé à Lyon pendant le féjour de ce Miniftre
, telle qu'on nous l'a envoyée de la Province.
Si Mehemet Effendy Ambafladeur de la Porte
Ottomane a eu lieu de fe louer des manieres gracieufes
& polies qu'il a trouvées à Paris , il n'a
pas eu moins lieu d'eftre content de la reception
qu'on lui a faite à Lyon , des honneurs qu'on lui
a rendus , & des plaifirs qu'on a tâché de lui
procurer. Le jour qu'il fit fon entrée dans cette
Ville , toute la jeuneffe fuperbement montée &
vêtue magnifiquement fut au devant de fon Excellence
, à une lieuë de la Ville , formant un
cortege auffi nombreux que galant. Depuis la
porte où il entra jufques à l'Hoftel qui lui avoit
efté deftine , les rues étoient bordées des deux
côtez par des Bourgeois fous les armes ; on en
avoit raffemblé l'élite , & foit par leur air , foit
par la magnificence de leurs habis , ils ne firent
point perdre à l'Ambaffadeur Turc l'idée avan
sageufe qu'il a conçue des Troupes Françoifes.
Le même jour M. le Prevolt des Marchands &
les Echevins furent le complimenter , & lui
portérent leurs préfens ; il les reçut avec tout
Faccueillimaginable , & ces Mrs fe retirerent très
fatisfaits de fa politefle . Le lendemain M. l'Ar
chevêque de Lyon le fut vifiter ; il fit çonnoiftre
à ce Prélat l'eftime & la confideration qu'il avoit
fon illuftree Pere , & fut enfuite fouper chez
le Prélat qui lui donna un repas magnifique où
toutes les Dames & les principaux de la Ville
avoienc efté invitez Après le fouper l'on fit paffer
Ambaffadeur fur une terraffe qi -donge fur
la riviere , où.fes yeux furent également furpris
de voir tous les deux Quays illuminés , & fes
oreilles d'entendre un Concert aufli doux que ,
mélodieux qui étoit dans le même Temple d'A
pour
pollon
216 LE MERCURE
pollon qui avoit fervi à la fête de Madame l'Ins
tendante. Plufieurs feux d'artifices qui parurent
tout d'un coup fur la riviere ; deux cens petits
batteaux tout illuminés qui voguoient fur ce
paisible canal , ne fervirent pas peu à rendre la
fête complette. Après avoir fatisfait également
& fes yeux & fes oreilles , il fe retira dans le carolle
de Monfieur l'Archevêque , & arriva dans
fon Hoftel qui étoit vis à vis celui de la Villes
il fut agréablement furpris de voir toute la façade
de cet Hoftel galamment illuminée ; un feu d'artifice
au milieu de cette Place finit la fête qui
Jui avoit été deftinée . Le lendemain il fut voir
tout ce qui eft digne d'eftre vû dans cette grande
Ville ; ilfut à la Biblioteque des Jefuites dont il
paru content , auffi bien que des Manufactures
de draps d'or & d'argent que Mrs de la Ville lui
firent voir ; il fut le foir à un Bal que la Ville lui
donna dans la Salle de la Comédie , felon le modele
de celui de l'Opera de Paris ; le plaifir qu'il
parut y prendre fit que l'on lui en donna un fe
cond ; tous les rafraichiliemens de la faifon y
étoient diftribués en abondance ; les Dames
étoient magnifiquement mafquées , & fou Excellence
a été très fatisfaite & de leur beauté & de
leur agrément . La veille de fon départ , l'Ambaſfadeur
fut dîner chez M. l'Intendant , & on lui
donna l'après - midy fur l'eau une fête galante 3
Madame Poulletier le mena dans un Concert qui
a été formé par fes foins , & où elle eft la principale
Académicienne ; on y chanta l'Acte Turc de
l'Europe galante que fon fils avoit demandé , il
fut très fatisfait & de la fymphonie & des belles
voix qui le compofcnt ; enfin il eft parti ne pon
want fe laffer de fe louer des attentions poties des
Lyonno's.
La Ville de Tauris en Perſe a été abimée pa
un tremblement de terre. On compte qu'il a péri
dans
DE SEPTEMBRE. 217
dans ce funefte accident plus de deux cens cinquante
mille perfonnes. Cela eft arrivé le neuf
Avril entre neuf à dix heures du matin .
. M. d'Aligre doit prefider à 1 Chambre des
Vacations . La Declaration de R ›y qui l'établit
a été enregistrée au Parlement le 30. Aouft.
Le huit Septembre , jour de la Nativité de la
Sainte Vierge , le Roy entendit dans la Chapelle
du Louvre la Meffe chantée par fa Mufique ,
& l'après-midy affifta à Vêpres dans la même
Chapelle.
L'Archevêque de Narbonne a prêté ferment de
fidelité entre les mains du Roy , en prefence de
Monfieur le Duc d'Orleans le 24 Août.
Le 11 Septembre il arriva un accident funefte
chez M. Crozat le cadet , rue de Richelieu . Le
premier & le fecond étage d'une galerie de fa
maifon s'écroulerent tout d'un coup , avec la
moitié d'un pavillon qui joignoit cute galerie,
Les ruines écraférent deux Couvreurs , & blefferent
dangereufement quatre Maffons. On dit
que M. Crozat a donne 10 o liv de penſion à
chaque Veuve des Ouvriers qui ont été tués dans
cette chûte , & des fommes aux bleffés .
qui la
>
des
par
L'Abbé Paffarini Camerier d'honneur du Pape,
arriva le 12 Septembre à Paris avec la Barette
de M. le Cardinal Dubois >
reçut
mains du Roy le Dimanche 21 el e fut pre
fentée à Sa Majesté vers la fin de la Mefle
ce Camerier dans un grand baffin d'or . Sa Majefté
la prit & la m't fur la tête du Cardinal ,
vêtu de violet , en Rocher & Camail , & qui étoit
placé du côté de l'Evangile , près du Prie Dieu)
du Roy. L'Abbé Paffa in avoit remis d'abord
entre les mains du Cardinal le Bref de Sa Sainteté.
Dès que le Roy fortit de la Chapelle le
Cardinal Dubois alla dans la Sacriftie prendre
les habits de fa nouvelle Dignité , & enfuite re
T mercier
218 MERCURE LE
mercier le Roy dans fon Cabinet . M. Remond
Introducteur des Ambaſſadeurs , Pavo t été piendre
au Palais Royal dans les Carolles de Sa Majefté
, & M. des Granges Maître des Ceremonies,
L'avoit reçu a la Porte de la Chapelle . Le 25 ,
Son Eminence eur à S. Cloud audience de Madame.
Il y fut conduit dans les Caroffes de
Madame par M. de Marpré , Introducteur des
Ambaffadeurs auprès de Monfieur le Duc d'Orleans.
On écrit de Marfellle que la fanté alloit toujours
de mieux en mieux , & que perfonne n'y
étoit tombé malade depuis plufieurs mois , que
ceux qui inconfiderément & par une cupidité
outrée ont amaffé des hardes peftiferées . On
apprend auffi que Toulon étoit tout à fait bien ,
de même que la Ville d'Aix , & qu'à Atles il
n'y mouroit prefque plus perfonne .
Les mêmes Lettres difent qu'on fe préparoit
fort à Marseille pour faire des réjouillances au
fujet de la convalefcence du Roy. L'Abbaye de
Saint Victor , dont M. de Matignon , aucien
Evêque de Condom eft Abbé , fit chanter un
Te Deum folemnel par fa Mufi que le 7 du prefent
mois , où ce zélé & pieux Abbé officia pontificalement
; il y cu: le foir une fort belle illumination
& des feux de joye aux portes de
l'Abbaye .
Nous avons reçu par la même voye la traduction
de la Lettre que le Grand Maitre de
Malte écrit à M. le Commandeur de Langeron,
Maréchal de Camp des Armées du Roy , Chef
d'Ffcadre des Galeres , Commandant à Marieille.
L'original de la Lettre eft en Latin .
VE
Au Venerable Bailly de Langeron .
Enerable très cher & bien amé Religieux ,
la maniere genereufe avec laquelle vous
vo us
DE SEPTEMBRE. 219
vous êtes expolé au milieu de tous les périls à
l'occasion du mal contagieux qui a affligè la
Ville de Marſeille , & le bon ordre que vous y
avez fait obferver , après que la Cour vous en
a confié le commandement , a merité l'applaudiflement
de tout le monde , & nous en notre
particulier nous en avons un fingulier plaifir ,
comme nous vous l'avons témoigné par nos precedentes
, comme auifi lors qu'elle vous a con
feré l'Abbaye de Bolbone ; étant une marque du
merite que vous vous etes acquis ; nous ne nous
fommes pas arrêtés -là , nous avons voulu donner
un témoignage public de notre fatisfaction ,
en voyant renouveller en votre perfonne ce zele
de nos glorieux anteceffeus , & afin qu'en vûë
de la reconnoiffance que nous en avons , vos
Collegues nos très chers Religieux ayent le
bonheur de vous imiter , en fecondant l'exemple
que vous leur avez donné ; nous avons
fupplié de notre pur mouvement avec toute
1'ardeur poffible notre Saint Pere le Pape , d'accorder
à nos très humbles remontrances un Bref
de grande Croix en votre faveur , Sa Sainteté a
écouté benignement nos inftances , & l'ayant
reçu nous l'avons tout auffi tôt mis en execution ,
comme vous verrés par l'extrait cy joint , vous
donnant pouvoir de porter publiquement cette
marque de diftinction , afin que tout le monde
foit informé que nous avons voulu à votre infçu
faire éclater votre merite ; joüiffez tranquillement
de cette dignité qui vous eft fi bien acquiſe,
tandis que nous prierons le Seigneur qu'il vous
conferre , & qu'il tienne votre venerable perfonne
en fa fante & digne garde . A Malte le
10 Aouft 1721. Signé , ZONDADARI .
des Tuilleries la Meffe de Requiem qui fut chantée
par la Mufique , pour l'Anniverfaire du Roy
Louis XIV . '
. Le premier de Septembre on celebra aufli dans
l'Abbaye Royale de S. Denis un Service pour le
repos de l'ame du même Roy : l'Evêque de Perigueux
y officia ; le Comte de Toulouse & plufieurs
perfonnes de confideration y affiftérent ;
les Religieux Communiérent fous les deux Efpeces
.
" Mehemet Effendi grand Tréforier de l'Empire
Ottoman & Ambasadeur Extraordinaire du
Grand Seigneur à la Cour de France , arriva à
Lyon le 20 u mois dernier , après avoir reçu
dans toutes les Villes qu'il a trouvées fur la routa
DE SEPTEMBRE . 213
te , les honneurs dûs à fon caractere & à fon
merite perfonnel . Voici la Relation de ce qui
s'eft paffé à Lyon pendant le féjour de ce Miniftre
, telle qu'on nous l'a envoyée de la Province.
Si Mehemet Effendy Ambafladeur de la Porte
Ottomane a eu lieu de fe louer des manieres gracieufes
& polies qu'il a trouvées à Paris , il n'a
pas eu moins lieu d'eftre content de la reception
qu'on lui a faite à Lyon , des honneurs qu'on lui
a rendus , & des plaifirs qu'on a tâché de lui
procurer. Le jour qu'il fit fon entrée dans cette
Ville , toute la jeuneffe fuperbement montée &
vêtue magnifiquement fut au devant de fon Excellence
, à une lieuë de la Ville , formant un
cortege auffi nombreux que galant. Depuis la
porte où il entra jufques à l'Hoftel qui lui avoit
efté deftine , les rues étoient bordées des deux
côtez par des Bourgeois fous les armes ; on en
avoit raffemblé l'élite , & foit par leur air , foit
par la magnificence de leurs habis , ils ne firent
point perdre à l'Ambaffadeur Turc l'idée avan
sageufe qu'il a conçue des Troupes Françoifes.
Le même jour M. le Prevolt des Marchands &
les Echevins furent le complimenter , & lui
portérent leurs préfens ; il les reçut avec tout
Faccueillimaginable , & ces Mrs fe retirerent très
fatisfaits de fa politefle . Le lendemain M. l'Ar
chevêque de Lyon le fut vifiter ; il fit çonnoiftre
à ce Prélat l'eftime & la confideration qu'il avoit
fon illuftree Pere , & fut enfuite fouper chez
le Prélat qui lui donna un repas magnifique où
toutes les Dames & les principaux de la Ville
avoienc efté invitez Après le fouper l'on fit paffer
Ambaffadeur fur une terraffe qi -donge fur
la riviere , où.fes yeux furent également furpris
de voir tous les deux Quays illuminés , & fes
oreilles d'entendre un Concert aufli doux que ,
mélodieux qui étoit dans le même Temple d'A
pour
pollon
216 LE MERCURE
pollon qui avoit fervi à la fête de Madame l'Ins
tendante. Plufieurs feux d'artifices qui parurent
tout d'un coup fur la riviere ; deux cens petits
batteaux tout illuminés qui voguoient fur ce
paisible canal , ne fervirent pas peu à rendre la
fête complette. Après avoir fatisfait également
& fes yeux & fes oreilles , il fe retira dans le carolle
de Monfieur l'Archevêque , & arriva dans
fon Hoftel qui étoit vis à vis celui de la Villes
il fut agréablement furpris de voir toute la façade
de cet Hoftel galamment illuminée ; un feu d'artifice
au milieu de cette Place finit la fête qui
Jui avoit été deftinée . Le lendemain il fut voir
tout ce qui eft digne d'eftre vû dans cette grande
Ville ; ilfut à la Biblioteque des Jefuites dont il
paru content , auffi bien que des Manufactures
de draps d'or & d'argent que Mrs de la Ville lui
firent voir ; il fut le foir à un Bal que la Ville lui
donna dans la Salle de la Comédie , felon le modele
de celui de l'Opera de Paris ; le plaifir qu'il
parut y prendre fit que l'on lui en donna un fe
cond ; tous les rafraichiliemens de la faifon y
étoient diftribués en abondance ; les Dames
étoient magnifiquement mafquées , & fou Excellence
a été très fatisfaite & de leur beauté & de
leur agrément . La veille de fon départ , l'Ambaſfadeur
fut dîner chez M. l'Intendant , & on lui
donna l'après - midy fur l'eau une fête galante 3
Madame Poulletier le mena dans un Concert qui
a été formé par fes foins , & où elle eft la principale
Académicienne ; on y chanta l'Acte Turc de
l'Europe galante que fon fils avoit demandé , il
fut très fatisfait & de la fymphonie & des belles
voix qui le compofcnt ; enfin il eft parti ne pon
want fe laffer de fe louer des attentions poties des
Lyonno's.
La Ville de Tauris en Perſe a été abimée pa
un tremblement de terre. On compte qu'il a péri
dans
DE SEPTEMBRE. 217
dans ce funefte accident plus de deux cens cinquante
mille perfonnes. Cela eft arrivé le neuf
Avril entre neuf à dix heures du matin .
. M. d'Aligre doit prefider à 1 Chambre des
Vacations . La Declaration de R ›y qui l'établit
a été enregistrée au Parlement le 30. Aouft.
Le huit Septembre , jour de la Nativité de la
Sainte Vierge , le Roy entendit dans la Chapelle
du Louvre la Meffe chantée par fa Mufique ,
& l'après-midy affifta à Vêpres dans la même
Chapelle.
L'Archevêque de Narbonne a prêté ferment de
fidelité entre les mains du Roy , en prefence de
Monfieur le Duc d'Orleans le 24 Août.
Le 11 Septembre il arriva un accident funefte
chez M. Crozat le cadet , rue de Richelieu . Le
premier & le fecond étage d'une galerie de fa
maifon s'écroulerent tout d'un coup , avec la
moitié d'un pavillon qui joignoit cute galerie,
Les ruines écraférent deux Couvreurs , & blefferent
dangereufement quatre Maffons. On dit
que M. Crozat a donne 10 o liv de penſion à
chaque Veuve des Ouvriers qui ont été tués dans
cette chûte , & des fommes aux bleffés .
qui la
>
des
par
L'Abbé Paffarini Camerier d'honneur du Pape,
arriva le 12 Septembre à Paris avec la Barette
de M. le Cardinal Dubois >
reçut
mains du Roy le Dimanche 21 el e fut pre
fentée à Sa Majesté vers la fin de la Mefle
ce Camerier dans un grand baffin d'or . Sa Majefté
la prit & la m't fur la tête du Cardinal ,
vêtu de violet , en Rocher & Camail , & qui étoit
placé du côté de l'Evangile , près du Prie Dieu)
du Roy. L'Abbé Paffa in avoit remis d'abord
entre les mains du Cardinal le Bref de Sa Sainteté.
Dès que le Roy fortit de la Chapelle le
Cardinal Dubois alla dans la Sacriftie prendre
les habits de fa nouvelle Dignité , & enfuite re
T mercier
218 MERCURE LE
mercier le Roy dans fon Cabinet . M. Remond
Introducteur des Ambaſſadeurs , Pavo t été piendre
au Palais Royal dans les Carolles de Sa Majefté
, & M. des Granges Maître des Ceremonies,
L'avoit reçu a la Porte de la Chapelle . Le 25 ,
Son Eminence eur à S. Cloud audience de Madame.
Il y fut conduit dans les Caroffes de
Madame par M. de Marpré , Introducteur des
Ambaffadeurs auprès de Monfieur le Duc d'Orleans.
On écrit de Marfellle que la fanté alloit toujours
de mieux en mieux , & que perfonne n'y
étoit tombé malade depuis plufieurs mois , que
ceux qui inconfiderément & par une cupidité
outrée ont amaffé des hardes peftiferées . On
apprend auffi que Toulon étoit tout à fait bien ,
de même que la Ville d'Aix , & qu'à Atles il
n'y mouroit prefque plus perfonne .
Les mêmes Lettres difent qu'on fe préparoit
fort à Marseille pour faire des réjouillances au
fujet de la convalefcence du Roy. L'Abbaye de
Saint Victor , dont M. de Matignon , aucien
Evêque de Condom eft Abbé , fit chanter un
Te Deum folemnel par fa Mufi que le 7 du prefent
mois , où ce zélé & pieux Abbé officia pontificalement
; il y cu: le foir une fort belle illumination
& des feux de joye aux portes de
l'Abbaye .
Nous avons reçu par la même voye la traduction
de la Lettre que le Grand Maitre de
Malte écrit à M. le Commandeur de Langeron,
Maréchal de Camp des Armées du Roy , Chef
d'Ffcadre des Galeres , Commandant à Marieille.
L'original de la Lettre eft en Latin .
VE
Au Venerable Bailly de Langeron .
Enerable très cher & bien amé Religieux ,
la maniere genereufe avec laquelle vous
vo us
DE SEPTEMBRE. 219
vous êtes expolé au milieu de tous les périls à
l'occasion du mal contagieux qui a affligè la
Ville de Marſeille , & le bon ordre que vous y
avez fait obferver , après que la Cour vous en
a confié le commandement , a merité l'applaudiflement
de tout le monde , & nous en notre
particulier nous en avons un fingulier plaifir ,
comme nous vous l'avons témoigné par nos precedentes
, comme auifi lors qu'elle vous a con
feré l'Abbaye de Bolbone ; étant une marque du
merite que vous vous etes acquis ; nous ne nous
fommes pas arrêtés -là , nous avons voulu donner
un témoignage public de notre fatisfaction ,
en voyant renouveller en votre perfonne ce zele
de nos glorieux anteceffeus , & afin qu'en vûë
de la reconnoiffance que nous en avons , vos
Collegues nos très chers Religieux ayent le
bonheur de vous imiter , en fecondant l'exemple
que vous leur avez donné ; nous avons
fupplié de notre pur mouvement avec toute
1'ardeur poffible notre Saint Pere le Pape , d'accorder
à nos très humbles remontrances un Bref
de grande Croix en votre faveur , Sa Sainteté a
écouté benignement nos inftances , & l'ayant
reçu nous l'avons tout auffi tôt mis en execution ,
comme vous verrés par l'extrait cy joint , vous
donnant pouvoir de porter publiquement cette
marque de diftinction , afin que tout le monde
foit informé que nous avons voulu à votre infçu
faire éclater votre merite ; joüiffez tranquillement
de cette dignité qui vous eft fi bien acquiſe,
tandis que nous prierons le Seigneur qu'il vous
conferre , & qu'il tienne votre venerable perfonne
en fa fante & digne garde . A Malte le
10 Aouft 1721. Signé , ZONDADARI .
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