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Détail
Liste
1
p. 163-164
« L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
L'Académie Royale de Musique a donné
à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion
& Zelindor, & elle continuera à les donner
les Dimanches, les Mardis & les Vendre-
dis, jusqu au deux du mois de Mai qu'elle
remettra au théatre Daphnis & Cloé. M.
Godar qui vient de l'Opera de Bordeaux
a débuté le 11 dans le rolle de Pigmalion.
Le Public a trouvé ce nouvel Acteur Mu-
sicien, on est même convenu assez géné-
ralement qu'il avoit de l'adresse; son or-
gane n'a pas été jugé si favorablement,
les vrais & grands connoisseurs nen espé-
rent pas beaucoup. M. Jeliotte & Mlle
Fel continuent à jouer d'une maniere
ravissante dans Zelindor, Ouvrage déli-
cieux.
Omphale est devenu l'Opera des Jeudis.
L'intérêt qu'on prend aux progrès de M.
Gelin, a attire un peu de monde. Le
nouvel Alcide n'a pas l'expression, la no-
blesse, les attitudes vraiment sublimes de
l'ancien, un des plus grands Acteurs qu'il y
ait jamais eu à l'Opéra; mais il a une très-bel-
le voix, la figure théatrale, plus de fierté
164 MERCURE DE FRANCE.
& d'aisance qu'on n'est en droit d'en exi-
ger d'un talent naissant. Nous devons dire
à M. Gelin au nom du Public, qu'avec
des réflexions, du travail, & les conseils
des gens de goût & de l'art, de M. de Chas-
sé sur tout, il deviendra un Acteur du
premier ordre.
à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion
& Zelindor, & elle continuera à les donner
les Dimanches, les Mardis & les Vendre-
dis, jusqu au deux du mois de Mai qu'elle
remettra au théatre Daphnis & Cloé. M.
Godar qui vient de l'Opera de Bordeaux
a débuté le 11 dans le rolle de Pigmalion.
Le Public a trouvé ce nouvel Acteur Mu-
sicien, on est même convenu assez géné-
ralement qu'il avoit de l'adresse; son or-
gane n'a pas été jugé si favorablement,
les vrais & grands connoisseurs nen espé-
rent pas beaucoup. M. Jeliotte & Mlle
Fel continuent à jouer d'une maniere
ravissante dans Zelindor, Ouvrage déli-
cieux.
Omphale est devenu l'Opera des Jeudis.
L'intérêt qu'on prend aux progrès de M.
Gelin, a attire un peu de monde. Le
nouvel Alcide n'a pas l'expression, la no-
blesse, les attitudes vraiment sublimes de
l'ancien, un des plus grands Acteurs qu'il y
ait jamais eu à l'Opéra; mais il a une très-bel-
le voix, la figure théatrale, plus de fierté
164 MERCURE DE FRANCE.
& d'aisance qu'on n'est en droit d'en exi-
ger d'un talent naissant. Nous devons dire
à M. Gelin au nom du Public, qu'avec
des réflexions, du travail, & les conseils
des gens de goût & de l'art, de M. de Chas-
sé sur tout, il deviendra un Acteur du
premier ordre.
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2
p. 164-172
« Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...] »
Début :
Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...] »
Nous croyons devoir rendre compte ici
d'un évenement fort glorieux pour notre
théatre lyrique, & très flatteur pour Mrs
de Cahusac & Rameau. On a traduit en
vers Italiens l'Opéra de Zoroastre, & il
a été représenté pendant le carnaval der-
nier avec grande magnificence & beaucoup
de succès sur le théatre Royal de Dresde.
Nous allons mettre sous les yeux de nos
Lecteurs quelques morceaux de l'original,
& de la traduction. On sera par là a por-
tée de juger de sa fidélité & de son élé-
gance.
Scene premiere,
Acte premier.
Zopire.
De vos enchantemens la force est invincible,
Le pouvoir qu'Ariman a remis en vos mains,
De sa vaste puissance est l'image terrible
Kous avez à ses piés entraîné les humains.
MAI. 1752.
165
Abramane.
Ce pouvoir éclatant ne touche plus mon ame
Que l'appas d'un trône est flatteur !
Ce seul bien manque à ma grandeur,
Et mon ambition qui s'irrite & s'enslamme
Le présente sans cesse aux desirs de mon cœur.
Traduction Italienne.
Zopiro.
Degli alti tuoi incantamenti
E invincibil la forza:
Come potra sottarssi à colpi tuoi»
Il poter che Arimano te concesso
Di sua vasta potenza e imagin vera
Tu proſtrati à suoi piedi
Conducesti i mortali.
Abramano.
Lalma mia
Fini di compiacersi
D'un si vasto poter. La mente al trono
Alzo, & lo scorgo di splendor si pieno
Che non occhio sereno
Non posso rimirar la mia grandezza
Priva de fregi suoi. Non passa instante
In cui la gloria mia
Non mirifacci alcor ch'ei sol mi manca.
166 MERCUREDE FRANCE.
Scene seconde.
Abramane.
Princesse, avec Phoeres la tirannie expire,
Ses yeux étoient couverts d'un funeste bandeau;
Et nos Dieux qu'il croyoit détruire
L'ont conduit à pas lents dans la nuit du tombeau.
Abramano.
Principessa, alla fin la tirannia
Con Feres gia s'estinse.
Erano gl'occhi suoi
D'una benda coperti atra, & funesta,
Ei nostri sommi Dei,
Che distrugger credea, l'anno condotto
All' orror della morte à lento passo.
Au second Acte nous avons trouvé une
Scene entieré d'une grande beauté. Nous
croyons devoir la transcrire avec celle de
l'original.
Zoroastre entouré de peuples sauvages.
Ces retraites sont les aziles
De l'innocence & de la paix.
Peuples, puissiez-vous desormais
N'y trouver que des jours tranquilles.
D'un Dieu mastre des Dieux, & pere des hu-
mains,
MA I. 1752.
167
Vous avez reconnu la puissance suprême
A ces traits éclatans dont il s'est peint lui-même
Dans les Ouvrages de ses mains,
Abenis, Cenide, les Chœurs.
Le bruit effrayant du tonnerre,
Le feu rapide des éclairs
Abenis, Cenide.
L'haleine des Zephirs qui parfume les airs,
Les fleurs qui brillent sur la terre,
Les Chœurs.
Tout retrace sa gloire aux yeux de l'univers,
Zoroastre.
Un trône éclatant de lumiere
Aux mortels éblouis dérobe envain ses traits,
Pour le bonheur du monde il remplit sa cartiere;
Il est l'ame & l'amour de la nature entiere
Par sa flamme & par ses bienfaits.
Traduction.
Zoroastro.
Questi dolci ritiri son le stanze,
Doue regnano insieme
L'innocenza e la pace.
In questi dalma quiete: alberghi veri,
168 MERCUREDE FRANCE.
Popoli fortunati, mai non giunga
Rea ambizione ad agitarvi il core,
Quivi possiate al sine
Passar tranquilli giorni e liete l'ore.
Riconoscete la potenza estrema
D'un Dio, che agl' atri Dei sourano impera,
Gran Padre de mortali il rannisaste
All' opre eccelse delle mani sue
Ne' portentosi segni che miraste.
I dubii nostri es tinse
Et se stesso depinsse.
Abenide.
Nel tuono spaventoso
Del suo fulmin tremendo
Nel rapido chiarore del baleno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Cenide.
Nello spirao soave
De Zephiri adorosi
Ne vaghi fior che adornano il terreno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Zoroastro.
Un trono rilucente,
Seggio divin d'un immortal splendore
Non può à longo eclar i preggi suoi.
Dag
MA
1752. 169
I.
Dagl' Esperii discosti ai lidi eoi
Pergran sorte del mondo
..
Compie la sua carriera:
Egli e l'alma & l'amore
Della natura intiera,
E la luce, e le fiame sue divine
Fortunati adorate
I benefici suoi non han confine.
A ces grands morceaux nous pensons
devoir joindre quelques détails de pur
agrément, dont les images riantes sem-
bient faites pour la Langue Italienne, &
que M. de Cahusac a heureusement tra-
cées dans la nôtre.
Cenide.
Dans nos bois le cœeur nous con duit,
On ne s'unit que quand on aime,
Et c'est pour aimer qu'on s'unit.
Une tendresse extrême
Précede l'himen & le suit.
On le prendroit pour l'amour même
Et l'amour s'en applaudit.
Cenida.
Ne nostti bosehi ei richiama il core
E l'amor, che ei unisce
H
170 MERCURE DEFRANCE.
E noi ei uniam per conservarei amore.
Indicibil dolezze
..:
Estreme tenerezze
Precedono Imeneo.
E lo segnono tutte inqueste selue.
Sembra l'amore istesso,
E lieto amor ridente.
Se ne fa gloria, e dall attor consonte.
*"
Zoroastre.
.)
A vos vœeux l'amour se présente
Sous les traits riants du plaisir.
....
est le prix d'une flamme constante,
Le bonheui
..* ../.
Il faut se fixer pour jouir.
*. ..... *
).)
Le Papillon & le Zephir
Ne voltigentique dans l'attente
De la fleur cherie & brillante
Qui pour eux doit s'épanouir.
Le tuisseau murmure & serpente
Jusqu'au séjour qui lui présente
L'onde à laquelle il doit s'unir.
Zoroastro.
Nel mezzo delle Gioie ei Dei piaceti
Favorevol l'amor ai delio vostri,
Triomphante festeggia;
Una fiama constante in premio ottiene
Nella felicitade un vero bene.
20 by
.
MAI.
1752.
171
Lephiro dolce spira
Farfalla errante gira,
E in premio all innocente cor desio
Mirano alfin spuntat l'amato fiore.
Picciol ruscel con mormorio soave
Veloce eorre alla bramata riva
Del fumicello, a cui giunger se deve,
Ed al fine l'arriva.
C'est ainsi que l'on trouve dans toute la
traduction, l'esprit de l'ouvrage original
rendu avec un coloris ou fort ou aimable,
& M. Casanuova qui en est l'Auteur, fait
assez voir qu'il est capable de produire par
lui-même des Poëmes dignes d'être lus.
On a suivi litteralement dans la re-
présentation le plan des décorations, la
forme des ballets, & l'arrangement des
machines, dont l'enchaînement & la va-
riété ont frappé à Paris en 1749 tous los
Connoisseurs, & on S'est servi pour les
danses, composées par M. Pitrot premiet
danseur, & compositeur des ballets du
Roi de Pologne, & pour les ariettes & le
dernier choeur, de la Musique du Signor
. *
Adam.
Ontre le beau choeur, tremble, tremble,
fui nos pas, du premier acte sur lequel oh
a mis une traduction italienne très-bien
adaptée au chant & au dessein, on a con-
Hi
172 MERCURE DEFRANCE.
servé encore tous les grands tableaux de
Musique de l'Opéra François, comme par
exemple, la marche sublime pour l'adora-
tion du Soleil levant du second Acte, &
on a débuté par l'ouverture, dont on a
donné une explication en tête de l'ouvra-
ge traduite du François.
Ainsi, graces aux talens singuliers de
M. de Cahusac pour un genre aussi difficile
que peu connu, & à la reputation extraor-
dinaire de M. Rameau, la France partage
avec deux de ses Auteurs modetnes un
honneur, dont nos Poëtes lyriques &
nos Musiciens n avoient pas encore joui.
Nous sommes flattés de pouvoir, dans
une occasion aussi brillante, rendre justi-
ce à un ouvrage qui a attiré dans sa nou-
veauté, de si fortes représentations.
Il y a apparence que cet évenement ne
refroidira pas le desir répandu depuis long.
tems dans le public, pour la reprise de cet
Opéra. On assure que le Poëte & le Musi-
icien ont travaillé de concert pour y a joû-
ter encore de nouvelles beautés. Puissent-
elles, pour l'honneur de l'Art, égaler la
ptécision, la clarté, la noblesse du pre-
mier Acte, & la force sublime & conti-
nue du quatrième.
d'un évenement fort glorieux pour notre
théatre lyrique, & très flatteur pour Mrs
de Cahusac & Rameau. On a traduit en
vers Italiens l'Opéra de Zoroastre, & il
a été représenté pendant le carnaval der-
nier avec grande magnificence & beaucoup
de succès sur le théatre Royal de Dresde.
Nous allons mettre sous les yeux de nos
Lecteurs quelques morceaux de l'original,
& de la traduction. On sera par là a por-
tée de juger de sa fidélité & de son élé-
gance.
Scene premiere,
Acte premier.
Zopire.
De vos enchantemens la force est invincible,
Le pouvoir qu'Ariman a remis en vos mains,
De sa vaste puissance est l'image terrible
Kous avez à ses piés entraîné les humains.
MAI. 1752.
165
Abramane.
Ce pouvoir éclatant ne touche plus mon ame
Que l'appas d'un trône est flatteur !
Ce seul bien manque à ma grandeur,
Et mon ambition qui s'irrite & s'enslamme
Le présente sans cesse aux desirs de mon cœur.
Traduction Italienne.
Zopiro.
Degli alti tuoi incantamenti
E invincibil la forza:
Come potra sottarssi à colpi tuoi»
Il poter che Arimano te concesso
Di sua vasta potenza e imagin vera
Tu proſtrati à suoi piedi
Conducesti i mortali.
Abramano.
Lalma mia
Fini di compiacersi
D'un si vasto poter. La mente al trono
Alzo, & lo scorgo di splendor si pieno
Che non occhio sereno
Non posso rimirar la mia grandezza
Priva de fregi suoi. Non passa instante
In cui la gloria mia
Non mirifacci alcor ch'ei sol mi manca.
166 MERCUREDE FRANCE.
Scene seconde.
Abramane.
Princesse, avec Phoeres la tirannie expire,
Ses yeux étoient couverts d'un funeste bandeau;
Et nos Dieux qu'il croyoit détruire
L'ont conduit à pas lents dans la nuit du tombeau.
Abramano.
Principessa, alla fin la tirannia
Con Feres gia s'estinse.
Erano gl'occhi suoi
D'una benda coperti atra, & funesta,
Ei nostri sommi Dei,
Che distrugger credea, l'anno condotto
All' orror della morte à lento passo.
Au second Acte nous avons trouvé une
Scene entieré d'une grande beauté. Nous
croyons devoir la transcrire avec celle de
l'original.
Zoroastre entouré de peuples sauvages.
Ces retraites sont les aziles
De l'innocence & de la paix.
Peuples, puissiez-vous desormais
N'y trouver que des jours tranquilles.
D'un Dieu mastre des Dieux, & pere des hu-
mains,
MA I. 1752.
167
Vous avez reconnu la puissance suprême
A ces traits éclatans dont il s'est peint lui-même
Dans les Ouvrages de ses mains,
Abenis, Cenide, les Chœurs.
Le bruit effrayant du tonnerre,
Le feu rapide des éclairs
Abenis, Cenide.
L'haleine des Zephirs qui parfume les airs,
Les fleurs qui brillent sur la terre,
Les Chœurs.
Tout retrace sa gloire aux yeux de l'univers,
Zoroastre.
Un trône éclatant de lumiere
Aux mortels éblouis dérobe envain ses traits,
Pour le bonheur du monde il remplit sa cartiere;
Il est l'ame & l'amour de la nature entiere
Par sa flamme & par ses bienfaits.
Traduction.
Zoroastro.
Questi dolci ritiri son le stanze,
Doue regnano insieme
L'innocenza e la pace.
In questi dalma quiete: alberghi veri,
168 MERCUREDE FRANCE.
Popoli fortunati, mai non giunga
Rea ambizione ad agitarvi il core,
Quivi possiate al sine
Passar tranquilli giorni e liete l'ore.
Riconoscete la potenza estrema
D'un Dio, che agl' atri Dei sourano impera,
Gran Padre de mortali il rannisaste
All' opre eccelse delle mani sue
Ne' portentosi segni che miraste.
I dubii nostri es tinse
Et se stesso depinsse.
Abenide.
Nel tuono spaventoso
Del suo fulmin tremendo
Nel rapido chiarore del baleno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Cenide.
Nello spirao soave
De Zephiri adorosi
Ne vaghi fior che adornano il terreno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Zoroastro.
Un trono rilucente,
Seggio divin d'un immortal splendore
Non può à longo eclar i preggi suoi.
Dag
MA
1752. 169
I.
Dagl' Esperii discosti ai lidi eoi
Pergran sorte del mondo
..
Compie la sua carriera:
Egli e l'alma & l'amore
Della natura intiera,
E la luce, e le fiame sue divine
Fortunati adorate
I benefici suoi non han confine.
A ces grands morceaux nous pensons
devoir joindre quelques détails de pur
agrément, dont les images riantes sem-
bient faites pour la Langue Italienne, &
que M. de Cahusac a heureusement tra-
cées dans la nôtre.
Cenide.
Dans nos bois le cœeur nous con duit,
On ne s'unit que quand on aime,
Et c'est pour aimer qu'on s'unit.
Une tendresse extrême
Précede l'himen & le suit.
On le prendroit pour l'amour même
Et l'amour s'en applaudit.
Cenida.
Ne nostti bosehi ei richiama il core
E l'amor, che ei unisce
H
170 MERCURE DEFRANCE.
E noi ei uniam per conservarei amore.
Indicibil dolezze
..:
Estreme tenerezze
Precedono Imeneo.
E lo segnono tutte inqueste selue.
Sembra l'amore istesso,
E lieto amor ridente.
Se ne fa gloria, e dall attor consonte.
*"
Zoroastre.
.)
A vos vœeux l'amour se présente
Sous les traits riants du plaisir.
....
est le prix d'une flamme constante,
Le bonheui
..* ../.
Il faut se fixer pour jouir.
*. ..... *
).)
Le Papillon & le Zephir
Ne voltigentique dans l'attente
De la fleur cherie & brillante
Qui pour eux doit s'épanouir.
Le tuisseau murmure & serpente
Jusqu'au séjour qui lui présente
L'onde à laquelle il doit s'unir.
Zoroastro.
Nel mezzo delle Gioie ei Dei piaceti
Favorevol l'amor ai delio vostri,
Triomphante festeggia;
Una fiama constante in premio ottiene
Nella felicitade un vero bene.
20 by
.
MAI.
1752.
171
Lephiro dolce spira
Farfalla errante gira,
E in premio all innocente cor desio
Mirano alfin spuntat l'amato fiore.
Picciol ruscel con mormorio soave
Veloce eorre alla bramata riva
Del fumicello, a cui giunger se deve,
Ed al fine l'arriva.
C'est ainsi que l'on trouve dans toute la
traduction, l'esprit de l'ouvrage original
rendu avec un coloris ou fort ou aimable,
& M. Casanuova qui en est l'Auteur, fait
assez voir qu'il est capable de produire par
lui-même des Poëmes dignes d'être lus.
On a suivi litteralement dans la re-
présentation le plan des décorations, la
forme des ballets, & l'arrangement des
machines, dont l'enchaînement & la va-
riété ont frappé à Paris en 1749 tous los
Connoisseurs, & on S'est servi pour les
danses, composées par M. Pitrot premiet
danseur, & compositeur des ballets du
Roi de Pologne, & pour les ariettes & le
dernier choeur, de la Musique du Signor
. *
Adam.
Ontre le beau choeur, tremble, tremble,
fui nos pas, du premier acte sur lequel oh
a mis une traduction italienne très-bien
adaptée au chant & au dessein, on a con-
Hi
172 MERCURE DEFRANCE.
servé encore tous les grands tableaux de
Musique de l'Opéra François, comme par
exemple, la marche sublime pour l'adora-
tion du Soleil levant du second Acte, &
on a débuté par l'ouverture, dont on a
donné une explication en tête de l'ouvra-
ge traduite du François.
Ainsi, graces aux talens singuliers de
M. de Cahusac pour un genre aussi difficile
que peu connu, & à la reputation extraor-
dinaire de M. Rameau, la France partage
avec deux de ses Auteurs modetnes un
honneur, dont nos Poëtes lyriques &
nos Musiciens n avoient pas encore joui.
Nous sommes flattés de pouvoir, dans
une occasion aussi brillante, rendre justi-
ce à un ouvrage qui a attiré dans sa nou-
veauté, de si fortes représentations.
Il y a apparence que cet évenement ne
refroidira pas le desir répandu depuis long.
tems dans le public, pour la reprise de cet
Opéra. On assure que le Poëte & le Musi-
icien ont travaillé de concert pour y a joû-
ter encore de nouvelles beautés. Puissent-
elles, pour l'honneur de l'Art, égaler la
ptécision, la clarté, la noblesse du pre-
mier Acte, & la force sublime & conti-
nue du quatrième.
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3
p. 172-174
« Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...] »
Début :
Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...] »
Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle,
MAI. 1752.
173
& l'ouverture par Polieucte & les
Précieuses. M. le Kain a fait le compliment
dans la premiere de ces occasions, & M.
de Belcourt dans la seconde. Athalie le
chef-d'œeuvre d'un Auteur accoutumé à
nous attendrir, a excité notre admiration;
& Polieucte le chef-d'œeuvre d'un autre
génie accoutumè à notre admiration, nous
a arraché des larmes. Le public nous per-
mettra de lui rappeller à l'occasion de ces
piéces deux Anecdotes assez singulieres.
Athalie fut d'abord mal reçue, on di-
soit que c'étoit un sujet de dévotion des-
tiné à amuser des enfans: Un Prêtre & un
enfant en étoient, disoit-on, les princi-
paux objets. Desptéaux tint bon. Il osa
soûtenir qu'Athalie étoit le chef-d'œeuvre
& du Poëte & de la Tragédie, & que le
public tôt ou tard y reviendroit. Il fut feul
de son avis, & malgré sa prédiction, Ra-
cine mourut persuadé qu il avoit manqué
son sujet; parce que la froideur du public
pour cette Tragédie, lui fit croire qu'il
n avoit pas scum la rendre intéressante. Cet-
te piéce faite pour S. Cyr, n'avoit jamais
été jouée par les Comediens. M. le Duc
d'Orléans Regent du Royaume, voulut
connoître quel effet elle produiroit sur le
théatre, & malgré la clause insérée dans
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
le Privilège, ordonna aux Comediens
de la jouer. Le succès fut étonnant; & les
premieres représentations faites à la Cour,
donnoient un nouveau prix à cette Piéce,
parce que le Roi étoit à peu près de l'âge
de Joas.
Avant que l'on jouât Polieucte, Cor-
neille le lut à l'Hôtel de Rambouillet, sou-
verain Tribunal des affaires d'esprit en
ce tems-là; la piéce y fut applaudie autant
que le demandoit la bienséance & la gran-
de réputation que l'Auteur avoit déja. Mais
quelques jours après, Voiture vint trou-
ver Corneille, & prit des tours fort déli-
cats, pour lui dire que Polieucte n'avoit
pas réussi comme il pensoit, que sur toui
le Christianisme avoit déplu: Corneille
allarmé, voulut retirer sa piéce d'entre les
mains des Comediens qui l'apprenoient;
mais enfin il la leur laissa sut la parole
d'un d'entr'eux qui n'y jouoit point.
MAI. 1752.
173
& l'ouverture par Polieucte & les
Précieuses. M. le Kain a fait le compliment
dans la premiere de ces occasions, & M.
de Belcourt dans la seconde. Athalie le
chef-d'œeuvre d'un Auteur accoutumé à
nous attendrir, a excité notre admiration;
& Polieucte le chef-d'œeuvre d'un autre
génie accoutumè à notre admiration, nous
a arraché des larmes. Le public nous per-
mettra de lui rappeller à l'occasion de ces
piéces deux Anecdotes assez singulieres.
Athalie fut d'abord mal reçue, on di-
soit que c'étoit un sujet de dévotion des-
tiné à amuser des enfans: Un Prêtre & un
enfant en étoient, disoit-on, les princi-
paux objets. Desptéaux tint bon. Il osa
soûtenir qu'Athalie étoit le chef-d'œeuvre
& du Poëte & de la Tragédie, & que le
public tôt ou tard y reviendroit. Il fut feul
de son avis, & malgré sa prédiction, Ra-
cine mourut persuadé qu il avoit manqué
son sujet; parce que la froideur du public
pour cette Tragédie, lui fit croire qu'il
n avoit pas scum la rendre intéressante. Cet-
te piéce faite pour S. Cyr, n'avoit jamais
été jouée par les Comediens. M. le Duc
d'Orléans Regent du Royaume, voulut
connoître quel effet elle produiroit sur le
théatre, & malgré la clause insérée dans
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
le Privilège, ordonna aux Comediens
de la jouer. Le succès fut étonnant; & les
premieres représentations faites à la Cour,
donnoient un nouveau prix à cette Piéce,
parce que le Roi étoit à peu près de l'âge
de Joas.
Avant que l'on jouât Polieucte, Cor-
neille le lut à l'Hôtel de Rambouillet, sou-
verain Tribunal des affaires d'esprit en
ce tems-là; la piéce y fut applaudie autant
que le demandoit la bienséance & la gran-
de réputation que l'Auteur avoit déja. Mais
quelques jours après, Voiture vint trou-
ver Corneille, & prit des tours fort déli-
cats, pour lui dire que Polieucte n'avoit
pas réussi comme il pensoit, que sur toui
le Christianisme avoit déplu: Corneille
allarmé, voulut retirer sa piéce d'entre les
mains des Comediens qui l'apprenoient;
mais enfin il la leur laissa sut la parole
d'un d'entr'eux qui n'y jouoit point.
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4
p. 174-175
« M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au théatre François pour la premiere fois. Il [...] »
Début :
M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au théatre François pour la premiere fois. Il [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au théatre François pour la premiere fois. Il [...] »
M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au
théatre François pour la premiere fois. Il
a choisi pour son début la Métromanie &
les Vendanges de Surêne, & dans ces
denx Comedies les roles de Francaleu
& de Thibaut. Le nouvel Acteur s'est ren-
du justice en ne se montrant qu'une fois au
public qui lui doit pourtant le plaisic d'a-
MAI.
1752. 179
voir revu la Métromanie. Cette piéce vrai-
ment originale, dont l'ordonnance est fort
belle, qui réunit le comique des détails
au comique beaucoup plus rare de situa-
tion, où les plaisanteries naissent toujours
du fond du sujet, & qui est écrite aveo
beaucoup de force & de naturel, n est pas
jouée aussi souvent qu'elle devroit l'être.
Tous les Spectateurs ont été frappés à la
derniere représentation du jeu vif, ingé-
nieux, plein d'anthousiasme de M. Grand-
val; il nous semble que la vérité de l'ac-
tion de M. Sarrasin a échapé à la multitu-
de. Nous ne craignons pas de dire que l'i-
magination ne va pas plus loin que le ta-
lent de ce dernier Acteur, lorsqu'il est bien
placé.
théatre François pour la premiere fois. Il
a choisi pour son début la Métromanie &
les Vendanges de Surêne, & dans ces
denx Comedies les roles de Francaleu
& de Thibaut. Le nouvel Acteur s'est ren-
du justice en ne se montrant qu'une fois au
public qui lui doit pourtant le plaisic d'a-
MAI.
1752. 179
voir revu la Métromanie. Cette piéce vrai-
ment originale, dont l'ordonnance est fort
belle, qui réunit le comique des détails
au comique beaucoup plus rare de situa-
tion, où les plaisanteries naissent toujours
du fond du sujet, & qui est écrite aveo
beaucoup de force & de naturel, n est pas
jouée aussi souvent qu'elle devroit l'être.
Tous les Spectateurs ont été frappés à la
derniere représentation du jeu vif, ingé-
nieux, plein d'anthousiasme de M. Grand-
val; il nous semble que la vérité de l'ac-
tion de M. Sarrasin a échapé à la multitu-
de. Nous ne craignons pas de dire que l'i-
magination ne va pas plus loin que le ta-
lent de ce dernier Acteur, lorsqu'il est bien
placé.
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5
p. 175
« Les Comediens François ont donné Jeudi 20 Avril la premiere représentation [...] »
Début :
Les Comediens François ont donné Jeudi 20 Avril la premiere représentation [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comediens François ont donné Jeudi 20 Avril la premiere représentation [...] »
Les Comediens François ont donné
Jeudi 20 Avril la premiere représentation
de Cosroés, Tragédie de M. Mauger. Cet-
te nouveauté n'a été jouée qu'une fois.
Jeudi 20 Avril la premiere représentation
de Cosroés, Tragédie de M. Mauger. Cet-
te nouveauté n'a été jouée qu'une fois.
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6
p. 175
« Les Comediens Italiens ont donné pour la cloture & l'ouverture de leur théatre [...] »
Début :
Les Comediens Italiens ont donné pour la cloture & l'ouverture de leur théatre [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comediens Italiens ont donné pour la cloture & l'ouverture de leur théatre [...] »
Les Comediens Italiens ont donné
pour la cloture & l'ouverture de leur théatre
Fanfale, parodie d'Omphale. Mlle
Favart a fait les deux complimens.
pour la cloture & l'ouverture de leur théatre
Fanfale, parodie d'Omphale. Mlle
Favart a fait les deux complimens.
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7
p. 176-187
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert spirituel est devenu cette année un spectacle très agréable pour le public, une [...]
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Le Concert spirituel est devenu cette année
un spectacle très agréable pour le public, une
école fort instructive pour les Musiciens & les
Compositeurs, & une source féconde d'observa-
tions & de plaisir pour les amateurs de la Musi-
que.
On y a rassemblé plusieurs nouveautés tiès
piquantes, & on y a porté jusqu'à la perfec-
tion l'exécution d'une fort grande quantité de
morceaux extrémement brillans. L'ordre, l'en-
chaînement, la variété des differentes parties
dont ce spectacle a été composé, lui ont donné
nne, espece d'action & de vie. On y couroir en
foule, on en sortoit enchanté; à peine s'est-on
aperçu cette année de la cessation des autres
spectacles de Paris.
Nous en allons donner un détail jour par jour.
Il rappellera à ceux de nos Lecteurs qui y ont
assisté, le souvenit du plaisir qu'ils ont goûté
& il donnera aux autres une idée de celui qu'ils
ont perdu.
Le Concert du jour de la Passion commença
par une grande simphonie: elle fut suivie pat
Domine in virtute tua; Motet à deux chœurs
de M. Cordelet, Maî: te de musique de l'Eglise
Saint Germain l'Auxerrois; cet ouvrage est esti-
mé & mérite de l'être.
Messieurs Pla Espagnols, jouerent un con-
certo de hautbois de leur composition. Leur jeu est
la perfection même; ils ont été retenus à la
Chapelle & à la Chambre du Roi.
Mlle Bourgeois & M. Gelin, chanterent
177
MAI.
1752.
Cantemus Domino, petit motet de Mouret. Une
grande maladie que cette Chanteuse venoit d'es-
suyer a un peu retardé les progrès qu'on avoit
d'abord cru pouvoir en attendre, & que sa belle
voix fait désirer. M. Gelin:a été plus heureux.
Le public qui esperoit beaucoup de sa voix & de
son talent, voit avec unè espèce de transport que
ses esperances sont au moment d'être complete-
:
ment remplies.
M. Canavas joua seul avec élegance, & le con-
cert linit par le Dominus regnavis, motet à
grand chœur de M. Mondonville, dans lequel
Mlle Fel & M. Richer, Page de la Musique du
Roi, exécuterent le Duo parata sedes. Cet ai-
mable enfant n'a que onze ans. Sa voix est brillan-
te, légere, juste, & flutée, & son chant de fort,
bon goût.
Le Samedi vingt- cinq Mars, jour de l'Annon-
ciation, le concert fut composé d'une grande
simphonie, du motet Lauda Jerusaiem, de la
composition de feu l'Abbé Gaveau, d'une sim-
phonie à grand chœur de M. Guillemain qui est
en possession de plaire; du Cantemus Domino,
exécuté par Mlle Bourgeois & M. Gelin, d'un,
Concerto de hautbois de Mrs Pla, & du Cæli enar-
rant, dans lequel M. Benoît chanta d'une ma-
niere admirable le beau recit In sole, & Mlle.
Fel & le jeune Richer, le Duo Non sunt loquela
neque sermones, d'une façon ravissante.
Le ving. six Mars jour des Rameaux, on debura
par une grande simphonie qui fut suivie du Venite
axultemus de M. d'A vesne, ordinaire de l'Aca-
démie Royale de Musique. Ce motet a déja
de la célebrité, on estime surtout le piemier té-
cit, le choeur avec lequel il est lié, & le choeur
Luoniam ipsim mare, qui feroit honneut aux
HV
178 MERCURE. DE FRANCE.
plus grands maîtres; mais on y désire un récit de
basse qui coupe les deun premiers chœeurs. Mrs
Pla jouerent ensuite un Concerto de leur compo-
sition, qui sit place au Diligam de Gilles. Mlle Bour-
geois y chanta le récit Beata gens de la Lande qui
aété ajouté à ce motet. M. Canavas joua un Con-
certo. M. Richer chanta une ariete latine de la
composition de M. Blanchard, Maître de Mu-
sique de la Chapelle du Roi, à qui ce jeune Page-
doit son éducation; & le concert finit par le
De profundis, un des beaux motets de M. Mon-
donville, & celui peut-être dans lequel il y a
le chant le plus agréable & le plus neuf. Mlle
Fel y chanta le récit Quia apud Dominum
avec une perfection dont elle seule est capa-
bte.
Le Lundi Saint 27. après une simphonie, om
exécuta le motet Beatus quem Elegisti, de Gilles.
Madame Wendling, Cantatrice de la musique
du Prince regnant des deux Ponts, chanta un
premier air Italien, & M. Vendling son mari, de
la même musique, exécuta un Concerto de flute,
après lequel elle chanta un deurième air beaucoup
plus agréable que le premier. La voix de cette jeu-
ne Cantatrice n'est pas formée encore, mais elle
a de l'exécution. Son mari plut généralemont par
l'expression & par le fini qu'il mit dans differens
traits de son Concerto. M. Geosfroy joua une
Sonate de violon avec la plus singuliere assuran-
ce, & le concert finit par le Magnus Dominus de
M. Mondonville.
Le Mardi Saint 28. Mars, on fit l'ouverture du
concert par une grande simphonie de M. Martin,
Musicien estimé & qui a tous les talens qu'il fant
pour se faire un grand nom, si trop de timidité &
de nodestie ne l'airête mal à propos au nilicu de
MAI. 1752.
179
li. catriere. On exécuta ensuite un De profundis
nouveau, daus lequel on trouva plusieurs mor-
ceaux d'un goût aimable & très rate dans sus com-
positeurs par état. M. Pla l'asné, joua un Con-
certo de sa composition sur le Psalterion, que
fon frere cadet accompagna avec le violon.
On voit par là que ces deux Musiciens sont des
sujets capables de procurer des plaisirs de plus d'un
genre, & qu'ils lont dignes de Paccueil dont le
public, tonjoulis juste, les honore. Le jeune
M. Richer chanta sa jolie atiete, & le concert fut
terminé par le Deminus rognavit.
Le Mercredi 29 Mars aptès la simphonie or-
dinaire, on entendit avec plaisit le fameux Misc-
vere de la Lande. Un concerto des deux hautbois.
Inclina Domine, petit motet de M. Martin,
chanté fort bien par M. Gelin. Un Concerto jouò
avec beancoup de facilité, pat M. Dupont, &
& De prefondis de M. Mondonville.
Le Jeudi 30. Mars, la simphonie fut suivie du
Caniato. Motet à grand choeur, de M. Martin.
Cet ouvrage just fie ce que nous avons dit plus
kaut de ce Compositeur. Après ce moter M.
Langlois, haute contre nouvelle, chanta le
Benedictus Dominus, petit motet de Mouret. On
lui a trouvé une grande voix, des sons pleins,
forts & nourris, peu de timbre, point d'art,
le haut de la voix difficile, & les sentimens sem-
blent partages sur les esperances que l'on doit
en concevoir; peut-être no juge-t on ce debutant
que sur la forme, il y a des Connoisseurs, &
en grand nombre, qui prétendent que l'instru-
ment est trouvé, & qu'il ne manque que l'ait pou
le rendre tel qu'on le soubaite.
On entendit apiès cette haute contre, um
Concerto dont le sond est un bruit de chasse fort
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
ingenieux de Mes Pla & ils ne laisserent rien à desi-
rer ni dans la douceur des sons, ni dans la délica-
tesse des traits, ni dans le tour & la justesse de
leur exécution. Le jeune Richer chanta ensuite
son ariete, & Mlle Fel exécuta un ait Italien
nouveau de la composition de M. Pla l'aîné, qui
l'accompagna du hautbois.
Cet air est plein de chant, & les traits d'imitation,
& d'assaut entre la voix & l'istrument qui en sont
tavissans, furent rendus par l'organe le plus
sonore, le plus flexible, & par un haubois qui
ressemble presque à cet organe charmant, : &
peut-être unique. Les connoisseurs furent contens
de la composition & charmés de l'exécution.
Ceux des Auditeurs, qui regardent les Arts com-
me faisant partie de la gloire d'une Nation
étoient flattés de ce que nous jouissons en France
d'une Chanteuse qui a réuni toutes les recherches
de l'Art au talent le plus décidé qu'ait jamais
accordé la Nature. Le concet finit par le Deli-
gam, motet à grand chœur, de feu l'Abbé
Madin.
Le Vendredi Saint, on donna après une grande
simphonie, le M.serere de la Lande, l'ariete du
jeune Page, lepetit motet Inclina ad me, chan-
té par M. Gelin, l'air Italien dont on vient
de parler, & le De profondis de M. Mondon-
ville.
Ces morceaux furent coupés par une simphonie
nouvelle. L'Auteur ne s'est point découvert
mais son talent & son goût our éclaté dans cette
composition, digne des plus excellens Maîtres.
Le dessein en est grand & hafmonieux. La partie
du milieu est d'un chant très ag. éable, & il finit
pir deux menuets d'une gaite fort saillante & la
plus noble.
MAI.
1752. 181
M. Gavinies qu'un accident avoit depuis quel-
que tems empêché de jouer du violon, reparut ce
jour la & fut accueilli comme son talent distin-
gué le mérite. On ose assurer qu'il ne manque
rien à ce jeune Virtuoso de ce que la Nature peut
accorder. Le feu, le son, la bardiesse, la pré-
cision, il a tous les talens; mais à 24 ans il est
impossible d'avoir toute l'instruction. Les Arts
sont infinis; un voyage de peu d'années seroit
très utile à M. Gavinies; qu'il juge lui-même des
plaisirs qu'il donnera un jour à la France par
ceux qu'il sent bien qu'il lui procure aujour-
d'hui.
Le Samedi Saint le concert commença pat une
simphonie à timballes & trompettes de M. Plessi
cadet. On exécuta ensuite le Cantate de M. d'Aves-
ne, un concerto de havibois, le Consitemini
patit motet de M. Cordelet, un concerto de M,
Mondonville accompagné de voix, & le Cæli
enarrant.
Mlle l'Etienne debuta ce jour là dans le Consitemini
sa voix n'est point encore formée, ses traits ne sodt
point finis, sa cadence n'est point developpée,
mais elle a le germe de toutes ces choses, & on
découvre de plus dans son chant cette précision,
& ce principe de goût qui décelent le talent: les
Connoisseurs en conçoivent des espérances, elle
est musicien ne & attent l'hiver prochain pour avois
seize ans.
Le concerto de M. Mondonville dont on vient
de parler, mérite un détail particuliet; c'est
une idée qui a paru piquante; tout ce qui est
d'imagination dans les Atts doit êtrè précieux
aux Amateurs; les preiniers pas versune route
nouvelle, découvrent des pays inconnus.
Ce sont la véritablement les coups de genie.
iS2 MERCURE DE FRANGE.
M. Mondonville a imaginé qu'un Concelto
seroit plus agréable, parce qu'il seroit plus varie,
si on y joignoit aux differens instrumens, qui
pour l'ordinaire l'exécutent, les differentes voiz
qui répondent à ces instrumens. Il est parti de-la
pour donner une premiere partie au violon &
une seconde à une voix capable de rendre, en
imitation, tous les traits de l'instrument. Les
choeurs lui ont seivi pout les parties de basse,
de haute contre, de taille; ainsi son concerto une
sois composé, il a pris en canevas, des patoles
latines dont le sens répond à) l'expression de sa
musique. On ne doit douter de rien avec Mlle
Fel; elle a cette espece de voix finguliere, cette
exécution sure, cette précision, cettej intelligence
nécessaites pour un pareil dessein, & M Gavinies
ctoit le violon le plus propre à le seconder.
On a donc entendu, après un debut hardi de
iout l'orchestre, un presto exécuté par la voix &
le violon, & les chœeurs tantôt doux & tantôt
forts qui formoient un accompagnement aussi
nouveau qu'agréable. L'Adagio a cté joue par le
violon seul. M. Gavinies en a tendu le chant
avec une expression charmante. Deux tambourins
qui formoient l'Allegro terminoient ce concerto-
ingénieux, & la joye du chant de ces deux mor-
ceaux passa dans toute l'assemblée.
Les Connoisseurs ont regardé comme un coup-
de maître, une basse qui s'unit avec les bassons
dans l'Adagio. Un passage très heureux du majeur
au mineur, & de celui ci au premier dans
l'Allegro. Ils ne cessent de louer l'idée des dour
& des forts, des chœeurs qui produisent l'effet le
plus singulier & les plus, agréable, & ils se re-
Gient sur l'exécution hardie de Mlle Fel, dont
l'organe flexible se prête avec tant de facilité
MAI.
1752.
183.
à des traits que jusqu'à elle, on avoit cru impo-
possibles à li voix.
Le jour de Pâques l'assemblée fut des plus bril-
lautes: une grande simphonie, le Diligam, de
Gilles, un Duo de hautbois, le Laudatepueri, pe-
tit motet de Finco, chanté par Mlle Fel, un solo
de M. Gavinies, & le Venite exultemus de M.
Mondonville furent les morceaux qui compose-
rent un des plus agréables concents qu'il soit pos-
siblo d'entendre.
Le Lundi un Regina Coli, motet mnouveau de-
M. Giraud de l'Académie Royale de musique,
ouvrit le concert d'abord après une grande sim-
phonie. La maniere dont le public a teçu ce nou-
vel ouvrage ne paroit pas devoir décourager l'Au-
tęur. Il fut suivi du petit motet Usquequo de Mouret,
que chanta Mlle Bourgeois, d'un Duo de haut-
bois, du petit Motet Consitemini Domino, que-
Mlle l'Etienne & M. Richet exécuterent avec-
beaucoup d'agrément & de precision, d'un con-
certo de M. Gavinies, & du Bonum est de M.
Mondonville.
Une grande Simphonie de M. Caraffe, ordinaire
de la Chambre du Roi, servit d'ouverture au Con-
cert du Mardi 4. Ayril, elle fut applaudie.
On exécuta ensuite un Motet de M. Richer dans.
lequel le jeune Page son sils chanta de la maniere
la plus agréable. M. Langlois exécuta le petit Mo-
tet Benedictus. M. Gavinies joua un Concerto;
Mlle Bourgeois & M. Gelin chanterent le Cante-
mus Domino, Mlle Fel exécuta pour la troisiéme
fois l'air Italien accompagné de M. Pla l'aîné,
& passa de cet air rempli de la plus vive legéreté
au Ploremus du Venite de M. Mondonville, qui est
le morceau le plus pathetique peut-être de notra.
Musique, & qu'olle chanta de la manicre la plus
ies O
184. MERCURE DE FRANCE.
tonchante. C'est par ce Motet qu'on termina ce
beau Concert.
Le Vendredi 7 Avril, le Concert commença
par une Simphonie, le Motet Deus noster de M.
Cordelet l'a suivit & fut très applaudi.
Mlle Gautier débuta d'abord après dans le
Cantate, petit Motet de Mouret; elle montra de
.
la voix & assez de facilité.
Un Conoerto de haut-bois précéda le perit
Motet Consitemini, qui fut exécuté par Mlle l'E-
tienne, & M.; Richer. Cette jeune chanteuse y
sit voir des progtès, & l'aimable Page y reçut de
nouve aux applaudissemens.
On exécuta ensuite le nouveau Con certo de M.
Mondonville, qu'on entendit avec le plus grand
plaisit, & le Nist Dominus du même Auteur termi-
*.
na le Concert.
Une circonstance qui peut servit à l'émulation,
en faisant honneur à l'art, & qui, par ces motiss
mérite d'être raportée, rendit encore ce jour-là,
plus surp renante la bonne exécution du Concerro
de M. Mondonville. La partie sur laquelle Mile
Fel devoit chanter se trouva perdue, & dans cette
position pressée, c'est sur le premier brouillon très-
brouillé de l'Auteur que Mlle Fel chercha & scut
demeler la partie qu'elle devoit exécuter.
On peut juger par tout ce qu'on vient de rap-
porter que les Concerts ont eu dans le public une
grande faveur. Aussi le dernier qui fut donné le
9 Avril, jour de Quasimodo, & dans lequel il
parut qu'on cherchoit à rencherir sur tous les au-
tres, attira-t. il une foule extraordinaire.
Il fut composé d'une Simphonie de M. Mon-
donville, du Cali enarrant, du Contemus, de Mou-
ret, que chanta M. Gelin, d'un Concetto de flûtes
exécuté par M. Taillard, du Laudote pueri, de
joogl
MAI. 1752. 185
Fioco, dans lequel Mlle Fel déploya tontes les
graces de sa voix, & toutes les finesses de l'art,
d'un Concerto de hautbois, dont le chant
agréable & pastoral, reunit tous les suffrages en
faveur de MM. Pla. Cette composition fait assez
sentir combien il leur sera facile d'allier au saillant
de la Musique Italienne, l'amenité de la Fran-
çoise.
Ce Concerto fut suivi de celui de M. Mon-
donville accompagné de voix, & le Concert fi-
nit pat le Venite exultemus, du même Auteur. Le
beau recit Quoniam Deus magnus, fut chanté pat
M. l'Abbé Malines avec cette voix sonore, for-
te, & expressive, qui depuis long. tems lui attite
dans ce récit les plus grands applandissemens, &
Mlle Fel rendit, avec une onction aussi touchante
& aussi sublime que le morceau lui-même, le
grand Tableau du Venite adoremus, qui est & seta
toujours la base de la réputation de M. Mondon-
ville. Le charme du public ne pouroit pas croître,
& il ne falloit pas moins que M. Jeliote pout le
continuer. Il n'avoit point été annoncé, & il
chanta avec la force, l'art, l'expression, & la
noblesse dont il est capable, le récit Sicut in
ex acerbatione.
Les Spectateurs jouissoient dans le même tems
des talens qui leur sont les plus chers. Ils expri-
merent leut satisfaction par des applaudissemens
extrêmes, & M. Jeliote dut sentir le prix flat-
teur que le public met toujours aux surprises
agréobles qu'on a la galanterie de lui donner.
Tel a été le Spectacle dont Paris s'est occupé
pendant trois semaines On y a entendu des com-
positions excellentes de plusicurs genres, & en
grand nombre. On y a vu des taleus naissans qui
qui promettent des succes, & on a joui des soins.
196 MERCURE DEFRANCE.
des recherches, des travaux de ceux qui avoient
déja paru, & que l'émulation a mis en état de
rempht les espérances que leurs premiers pas
avoient données.
M. Gelin qui est celui de tous qui paroît avan-
cer avec le plus de rapidité, vient de jouir du fruit
de ses peines. Sa reconnoissance nous assure de
nouveaux efforts & de nouveaux plaisirs.
MM. Pla sont parfaits dans les genres qu'ils
connoissent, & ils ont tout ce qu'il faut pour le
devenir dans celui dont ils vont s instruire. Leurs
compositions sont pleines de feu & de génie; ils
n'ont, pour faire les délices de la Nation, qu'à
ajouter les r chesses d'un nouvel art à toutes celles
qu'ils possedent déja, & qui sont moins des obs-
tacles, que des moyens pour acquerir le goût
Frarçois qui leur n'anque.
Le jeune M. Richer va rapporter à Versailles
dans le sein de ses Maî res, les témo: gnages d'af-
fection dont Paris l'a honoré malgré sa jeunesse
ils ont été trop vifs, pour qu'il les oublie. Ils ger-
meront sans doure dans son couir, & ils ranime-
ront son zéle, & son émulation. Sa jolie voix
n'est peut-être qu'une fleur passagere; mais peut-
être aussi cette fleur donnera-t-elle des fruits de
plus d'une es éce dans une autre saison.
Si Mlle l'Etienne cultive ses dispositions, l'art
pourra supléer ce que la nature semble avoir réfu-
fé à son organe. Elle est jeune & Musicienne; sa
voix peut achever de se dévoiler. Le dernier jour
même qu'on l'a entendue, elle sembloit avoir ac-
quis un espêce de dévéloppement, & elle parut
en effet plus sonore. Que ne peut pas un travail
opiniâtre, secondé du zéle des bons Maîtres !
Qu'elle écoute, qu'elle étudie, qu'elle admite
saus cesse Mlle Fel. Ce sont les modeles pasfait
*.
* *
MAI. 1752.
187
qui peuvent seuls former les grands talens.
On ne parle point ici en particulier de l'admi-
nistration du Spectacle dont on vient de rendre
compte. Les faits qu'on a rapportés ne sont pour,
elle que des éloges, & l'affluence du public est,
une récompense aussi juste, qu'utile des peines
qu'on s'est données pour lui rendre cette admi-
nistration agréable.
Le Concert spirituel est devenu cette année
un spectacle très agréable pour le public, une
école fort instructive pour les Musiciens & les
Compositeurs, & une source féconde d'observa-
tions & de plaisir pour les amateurs de la Musi-
que.
On y a rassemblé plusieurs nouveautés tiès
piquantes, & on y a porté jusqu'à la perfec-
tion l'exécution d'une fort grande quantité de
morceaux extrémement brillans. L'ordre, l'en-
chaînement, la variété des differentes parties
dont ce spectacle a été composé, lui ont donné
nne, espece d'action & de vie. On y couroir en
foule, on en sortoit enchanté; à peine s'est-on
aperçu cette année de la cessation des autres
spectacles de Paris.
Nous en allons donner un détail jour par jour.
Il rappellera à ceux de nos Lecteurs qui y ont
assisté, le souvenit du plaisir qu'ils ont goûté
& il donnera aux autres une idée de celui qu'ils
ont perdu.
Le Concert du jour de la Passion commença
par une grande simphonie: elle fut suivie pat
Domine in virtute tua; Motet à deux chœurs
de M. Cordelet, Maî: te de musique de l'Eglise
Saint Germain l'Auxerrois; cet ouvrage est esti-
mé & mérite de l'être.
Messieurs Pla Espagnols, jouerent un con-
certo de hautbois de leur composition. Leur jeu est
la perfection même; ils ont été retenus à la
Chapelle & à la Chambre du Roi.
Mlle Bourgeois & M. Gelin, chanterent
177
MAI.
1752.
Cantemus Domino, petit motet de Mouret. Une
grande maladie que cette Chanteuse venoit d'es-
suyer a un peu retardé les progrès qu'on avoit
d'abord cru pouvoir en attendre, & que sa belle
voix fait désirer. M. Gelin:a été plus heureux.
Le public qui esperoit beaucoup de sa voix & de
son talent, voit avec unè espèce de transport que
ses esperances sont au moment d'être complete-
:
ment remplies.
M. Canavas joua seul avec élegance, & le con-
cert linit par le Dominus regnavis, motet à
grand chœur de M. Mondonville, dans lequel
Mlle Fel & M. Richer, Page de la Musique du
Roi, exécuterent le Duo parata sedes. Cet ai-
mable enfant n'a que onze ans. Sa voix est brillan-
te, légere, juste, & flutée, & son chant de fort,
bon goût.
Le Samedi vingt- cinq Mars, jour de l'Annon-
ciation, le concert fut composé d'une grande
simphonie, du motet Lauda Jerusaiem, de la
composition de feu l'Abbé Gaveau, d'une sim-
phonie à grand chœur de M. Guillemain qui est
en possession de plaire; du Cantemus Domino,
exécuté par Mlle Bourgeois & M. Gelin, d'un,
Concerto de hautbois de Mrs Pla, & du Cæli enar-
rant, dans lequel M. Benoît chanta d'une ma-
niere admirable le beau recit In sole, & Mlle.
Fel & le jeune Richer, le Duo Non sunt loquela
neque sermones, d'une façon ravissante.
Le ving. six Mars jour des Rameaux, on debura
par une grande simphonie qui fut suivie du Venite
axultemus de M. d'A vesne, ordinaire de l'Aca-
démie Royale de Musique. Ce motet a déja
de la célebrité, on estime surtout le piemier té-
cit, le choeur avec lequel il est lié, & le choeur
Luoniam ipsim mare, qui feroit honneut aux
HV
178 MERCURE. DE FRANCE.
plus grands maîtres; mais on y désire un récit de
basse qui coupe les deun premiers chœeurs. Mrs
Pla jouerent ensuite un Concerto de leur compo-
sition, qui sit place au Diligam de Gilles. Mlle Bour-
geois y chanta le récit Beata gens de la Lande qui
aété ajouté à ce motet. M. Canavas joua un Con-
certo. M. Richer chanta une ariete latine de la
composition de M. Blanchard, Maître de Mu-
sique de la Chapelle du Roi, à qui ce jeune Page-
doit son éducation; & le concert finit par le
De profundis, un des beaux motets de M. Mon-
donville, & celui peut-être dans lequel il y a
le chant le plus agréable & le plus neuf. Mlle
Fel y chanta le récit Quia apud Dominum
avec une perfection dont elle seule est capa-
bte.
Le Lundi Saint 27. après une simphonie, om
exécuta le motet Beatus quem Elegisti, de Gilles.
Madame Wendling, Cantatrice de la musique
du Prince regnant des deux Ponts, chanta un
premier air Italien, & M. Vendling son mari, de
la même musique, exécuta un Concerto de flute,
après lequel elle chanta un deurième air beaucoup
plus agréable que le premier. La voix de cette jeu-
ne Cantatrice n'est pas formée encore, mais elle
a de l'exécution. Son mari plut généralemont par
l'expression & par le fini qu'il mit dans differens
traits de son Concerto. M. Geosfroy joua une
Sonate de violon avec la plus singuliere assuran-
ce, & le concert finit par le Magnus Dominus de
M. Mondonville.
Le Mardi Saint 28. Mars, on fit l'ouverture du
concert par une grande simphonie de M. Martin,
Musicien estimé & qui a tous les talens qu'il fant
pour se faire un grand nom, si trop de timidité &
de nodestie ne l'airête mal à propos au nilicu de
MAI. 1752.
179
li. catriere. On exécuta ensuite un De profundis
nouveau, daus lequel on trouva plusieurs mor-
ceaux d'un goût aimable & très rate dans sus com-
positeurs par état. M. Pla l'asné, joua un Con-
certo de sa composition sur le Psalterion, que
fon frere cadet accompagna avec le violon.
On voit par là que ces deux Musiciens sont des
sujets capables de procurer des plaisirs de plus d'un
genre, & qu'ils lont dignes de Paccueil dont le
public, tonjoulis juste, les honore. Le jeune
M. Richer chanta sa jolie atiete, & le concert fut
terminé par le Deminus rognavit.
Le Mercredi 29 Mars aptès la simphonie or-
dinaire, on entendit avec plaisit le fameux Misc-
vere de la Lande. Un concerto des deux hautbois.
Inclina Domine, petit motet de M. Martin,
chanté fort bien par M. Gelin. Un Concerto jouò
avec beancoup de facilité, pat M. Dupont, &
& De prefondis de M. Mondonville.
Le Jeudi 30. Mars, la simphonie fut suivie du
Caniato. Motet à grand choeur, de M. Martin.
Cet ouvrage just fie ce que nous avons dit plus
kaut de ce Compositeur. Après ce moter M.
Langlois, haute contre nouvelle, chanta le
Benedictus Dominus, petit motet de Mouret. On
lui a trouvé une grande voix, des sons pleins,
forts & nourris, peu de timbre, point d'art,
le haut de la voix difficile, & les sentimens sem-
blent partages sur les esperances que l'on doit
en concevoir; peut-être no juge-t on ce debutant
que sur la forme, il y a des Connoisseurs, &
en grand nombre, qui prétendent que l'instru-
ment est trouvé, & qu'il ne manque que l'ait pou
le rendre tel qu'on le soubaite.
On entendit apiès cette haute contre, um
Concerto dont le sond est un bruit de chasse fort
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
ingenieux de Mes Pla & ils ne laisserent rien à desi-
rer ni dans la douceur des sons, ni dans la délica-
tesse des traits, ni dans le tour & la justesse de
leur exécution. Le jeune Richer chanta ensuite
son ariete, & Mlle Fel exécuta un ait Italien
nouveau de la composition de M. Pla l'aîné, qui
l'accompagna du hautbois.
Cet air est plein de chant, & les traits d'imitation,
& d'assaut entre la voix & l'istrument qui en sont
tavissans, furent rendus par l'organe le plus
sonore, le plus flexible, & par un haubois qui
ressemble presque à cet organe charmant, : &
peut-être unique. Les connoisseurs furent contens
de la composition & charmés de l'exécution.
Ceux des Auditeurs, qui regardent les Arts com-
me faisant partie de la gloire d'une Nation
étoient flattés de ce que nous jouissons en France
d'une Chanteuse qui a réuni toutes les recherches
de l'Art au talent le plus décidé qu'ait jamais
accordé la Nature. Le concet finit par le Deli-
gam, motet à grand chœur, de feu l'Abbé
Madin.
Le Vendredi Saint, on donna après une grande
simphonie, le M.serere de la Lande, l'ariete du
jeune Page, lepetit motet Inclina ad me, chan-
té par M. Gelin, l'air Italien dont on vient
de parler, & le De profondis de M. Mondon-
ville.
Ces morceaux furent coupés par une simphonie
nouvelle. L'Auteur ne s'est point découvert
mais son talent & son goût our éclaté dans cette
composition, digne des plus excellens Maîtres.
Le dessein en est grand & hafmonieux. La partie
du milieu est d'un chant très ag. éable, & il finit
pir deux menuets d'une gaite fort saillante & la
plus noble.
MAI.
1752. 181
M. Gavinies qu'un accident avoit depuis quel-
que tems empêché de jouer du violon, reparut ce
jour la & fut accueilli comme son talent distin-
gué le mérite. On ose assurer qu'il ne manque
rien à ce jeune Virtuoso de ce que la Nature peut
accorder. Le feu, le son, la bardiesse, la pré-
cision, il a tous les talens; mais à 24 ans il est
impossible d'avoir toute l'instruction. Les Arts
sont infinis; un voyage de peu d'années seroit
très utile à M. Gavinies; qu'il juge lui-même des
plaisirs qu'il donnera un jour à la France par
ceux qu'il sent bien qu'il lui procure aujour-
d'hui.
Le Samedi Saint le concert commença pat une
simphonie à timballes & trompettes de M. Plessi
cadet. On exécuta ensuite le Cantate de M. d'Aves-
ne, un concerto de havibois, le Consitemini
patit motet de M. Cordelet, un concerto de M,
Mondonville accompagné de voix, & le Cæli
enarrant.
Mlle l'Etienne debuta ce jour là dans le Consitemini
sa voix n'est point encore formée, ses traits ne sodt
point finis, sa cadence n'est point developpée,
mais elle a le germe de toutes ces choses, & on
découvre de plus dans son chant cette précision,
& ce principe de goût qui décelent le talent: les
Connoisseurs en conçoivent des espérances, elle
est musicien ne & attent l'hiver prochain pour avois
seize ans.
Le concerto de M. Mondonville dont on vient
de parler, mérite un détail particuliet; c'est
une idée qui a paru piquante; tout ce qui est
d'imagination dans les Atts doit êtrè précieux
aux Amateurs; les preiniers pas versune route
nouvelle, découvrent des pays inconnus.
Ce sont la véritablement les coups de genie.
iS2 MERCURE DE FRANGE.
M. Mondonville a imaginé qu'un Concelto
seroit plus agréable, parce qu'il seroit plus varie,
si on y joignoit aux differens instrumens, qui
pour l'ordinaire l'exécutent, les differentes voiz
qui répondent à ces instrumens. Il est parti de-la
pour donner une premiere partie au violon &
une seconde à une voix capable de rendre, en
imitation, tous les traits de l'instrument. Les
choeurs lui ont seivi pout les parties de basse,
de haute contre, de taille; ainsi son concerto une
sois composé, il a pris en canevas, des patoles
latines dont le sens répond à) l'expression de sa
musique. On ne doit douter de rien avec Mlle
Fel; elle a cette espece de voix finguliere, cette
exécution sure, cette précision, cettej intelligence
nécessaites pour un pareil dessein, & M Gavinies
ctoit le violon le plus propre à le seconder.
On a donc entendu, après un debut hardi de
iout l'orchestre, un presto exécuté par la voix &
le violon, & les chœeurs tantôt doux & tantôt
forts qui formoient un accompagnement aussi
nouveau qu'agréable. L'Adagio a cté joue par le
violon seul. M. Gavinies en a tendu le chant
avec une expression charmante. Deux tambourins
qui formoient l'Allegro terminoient ce concerto-
ingénieux, & la joye du chant de ces deux mor-
ceaux passa dans toute l'assemblée.
Les Connoisseurs ont regardé comme un coup-
de maître, une basse qui s'unit avec les bassons
dans l'Adagio. Un passage très heureux du majeur
au mineur, & de celui ci au premier dans
l'Allegro. Ils ne cessent de louer l'idée des dour
& des forts, des chœeurs qui produisent l'effet le
plus singulier & les plus, agréable, & ils se re-
Gient sur l'exécution hardie de Mlle Fel, dont
l'organe flexible se prête avec tant de facilité
MAI.
1752.
183.
à des traits que jusqu'à elle, on avoit cru impo-
possibles à li voix.
Le jour de Pâques l'assemblée fut des plus bril-
lautes: une grande simphonie, le Diligam, de
Gilles, un Duo de hautbois, le Laudatepueri, pe-
tit motet de Finco, chanté par Mlle Fel, un solo
de M. Gavinies, & le Venite exultemus de M.
Mondonville furent les morceaux qui compose-
rent un des plus agréables concents qu'il soit pos-
siblo d'entendre.
Le Lundi un Regina Coli, motet mnouveau de-
M. Giraud de l'Académie Royale de musique,
ouvrit le concert d'abord après une grande sim-
phonie. La maniere dont le public a teçu ce nou-
vel ouvrage ne paroit pas devoir décourager l'Au-
tęur. Il fut suivi du petit motet Usquequo de Mouret,
que chanta Mlle Bourgeois, d'un Duo de haut-
bois, du petit Motet Consitemini Domino, que-
Mlle l'Etienne & M. Richet exécuterent avec-
beaucoup d'agrément & de precision, d'un con-
certo de M. Gavinies, & du Bonum est de M.
Mondonville.
Une grande Simphonie de M. Caraffe, ordinaire
de la Chambre du Roi, servit d'ouverture au Con-
cert du Mardi 4. Ayril, elle fut applaudie.
On exécuta ensuite un Motet de M. Richer dans.
lequel le jeune Page son sils chanta de la maniere
la plus agréable. M. Langlois exécuta le petit Mo-
tet Benedictus. M. Gavinies joua un Concerto;
Mlle Bourgeois & M. Gelin chanterent le Cante-
mus Domino, Mlle Fel exécuta pour la troisiéme
fois l'air Italien accompagné de M. Pla l'aîné,
& passa de cet air rempli de la plus vive legéreté
au Ploremus du Venite de M. Mondonville, qui est
le morceau le plus pathetique peut-être de notra.
Musique, & qu'olle chanta de la manicre la plus
ies O
184. MERCURE DE FRANCE.
tonchante. C'est par ce Motet qu'on termina ce
beau Concert.
Le Vendredi 7 Avril, le Concert commença
par une Simphonie, le Motet Deus noster de M.
Cordelet l'a suivit & fut très applaudi.
Mlle Gautier débuta d'abord après dans le
Cantate, petit Motet de Mouret; elle montra de
.
la voix & assez de facilité.
Un Conoerto de haut-bois précéda le perit
Motet Consitemini, qui fut exécuté par Mlle l'E-
tienne, & M.; Richer. Cette jeune chanteuse y
sit voir des progtès, & l'aimable Page y reçut de
nouve aux applaudissemens.
On exécuta ensuite le nouveau Con certo de M.
Mondonville, qu'on entendit avec le plus grand
plaisit, & le Nist Dominus du même Auteur termi-
*.
na le Concert.
Une circonstance qui peut servit à l'émulation,
en faisant honneur à l'art, & qui, par ces motiss
mérite d'être raportée, rendit encore ce jour-là,
plus surp renante la bonne exécution du Concerro
de M. Mondonville. La partie sur laquelle Mile
Fel devoit chanter se trouva perdue, & dans cette
position pressée, c'est sur le premier brouillon très-
brouillé de l'Auteur que Mlle Fel chercha & scut
demeler la partie qu'elle devoit exécuter.
On peut juger par tout ce qu'on vient de rap-
porter que les Concerts ont eu dans le public une
grande faveur. Aussi le dernier qui fut donné le
9 Avril, jour de Quasimodo, & dans lequel il
parut qu'on cherchoit à rencherir sur tous les au-
tres, attira-t. il une foule extraordinaire.
Il fut composé d'une Simphonie de M. Mon-
donville, du Cali enarrant, du Contemus, de Mou-
ret, que chanta M. Gelin, d'un Concetto de flûtes
exécuté par M. Taillard, du Laudote pueri, de
joogl
MAI. 1752. 185
Fioco, dans lequel Mlle Fel déploya tontes les
graces de sa voix, & toutes les finesses de l'art,
d'un Concerto de hautbois, dont le chant
agréable & pastoral, reunit tous les suffrages en
faveur de MM. Pla. Cette composition fait assez
sentir combien il leur sera facile d'allier au saillant
de la Musique Italienne, l'amenité de la Fran-
çoise.
Ce Concerto fut suivi de celui de M. Mon-
donville accompagné de voix, & le Concert fi-
nit pat le Venite exultemus, du même Auteur. Le
beau recit Quoniam Deus magnus, fut chanté pat
M. l'Abbé Malines avec cette voix sonore, for-
te, & expressive, qui depuis long. tems lui attite
dans ce récit les plus grands applandissemens, &
Mlle Fel rendit, avec une onction aussi touchante
& aussi sublime que le morceau lui-même, le
grand Tableau du Venite adoremus, qui est & seta
toujours la base de la réputation de M. Mondon-
ville. Le charme du public ne pouroit pas croître,
& il ne falloit pas moins que M. Jeliote pout le
continuer. Il n'avoit point été annoncé, & il
chanta avec la force, l'art, l'expression, & la
noblesse dont il est capable, le récit Sicut in
ex acerbatione.
Les Spectateurs jouissoient dans le même tems
des talens qui leur sont les plus chers. Ils expri-
merent leut satisfaction par des applaudissemens
extrêmes, & M. Jeliote dut sentir le prix flat-
teur que le public met toujours aux surprises
agréobles qu'on a la galanterie de lui donner.
Tel a été le Spectacle dont Paris s'est occupé
pendant trois semaines On y a entendu des com-
positions excellentes de plusicurs genres, & en
grand nombre. On y a vu des taleus naissans qui
qui promettent des succes, & on a joui des soins.
196 MERCURE DEFRANCE.
des recherches, des travaux de ceux qui avoient
déja paru, & que l'émulation a mis en état de
rempht les espérances que leurs premiers pas
avoient données.
M. Gelin qui est celui de tous qui paroît avan-
cer avec le plus de rapidité, vient de jouir du fruit
de ses peines. Sa reconnoissance nous assure de
nouveaux efforts & de nouveaux plaisirs.
MM. Pla sont parfaits dans les genres qu'ils
connoissent, & ils ont tout ce qu'il faut pour le
devenir dans celui dont ils vont s instruire. Leurs
compositions sont pleines de feu & de génie; ils
n'ont, pour faire les délices de la Nation, qu'à
ajouter les r chesses d'un nouvel art à toutes celles
qu'ils possedent déja, & qui sont moins des obs-
tacles, que des moyens pour acquerir le goût
Frarçois qui leur n'anque.
Le jeune M. Richer va rapporter à Versailles
dans le sein de ses Maî res, les témo: gnages d'af-
fection dont Paris l'a honoré malgré sa jeunesse
ils ont été trop vifs, pour qu'il les oublie. Ils ger-
meront sans doure dans son couir, & ils ranime-
ront son zéle, & son émulation. Sa jolie voix
n'est peut-être qu'une fleur passagere; mais peut-
être aussi cette fleur donnera-t-elle des fruits de
plus d'une es éce dans une autre saison.
Si Mlle l'Etienne cultive ses dispositions, l'art
pourra supléer ce que la nature semble avoir réfu-
fé à son organe. Elle est jeune & Musicienne; sa
voix peut achever de se dévoiler. Le dernier jour
même qu'on l'a entendue, elle sembloit avoir ac-
quis un espêce de dévéloppement, & elle parut
en effet plus sonore. Que ne peut pas un travail
opiniâtre, secondé du zéle des bons Maîtres !
Qu'elle écoute, qu'elle étudie, qu'elle admite
saus cesse Mlle Fel. Ce sont les modeles pasfait
*.
* *
MAI. 1752.
187
qui peuvent seuls former les grands talens.
On ne parle point ici en particulier de l'admi-
nistration du Spectacle dont on vient de rendre
compte. Les faits qu'on a rapportés ne sont pour,
elle que des éloges, & l'affluence du public est,
une récompense aussi juste, qu'utile des peines
qu'on s'est données pour lui rendre cette admi-
nistration agréable.
Fermer
8
p. 187-192
LETTRE. De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale. A Paris ; le jour de Pâques, 2 Avril 1752, à la sortie du Concert.
Début :
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE. De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale. A Paris ; le jour de Pâques, 2 Avril 1752, à la sortie du Concert.
LETTRE.
De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur
les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale.
A Paris ; le jour de Pâques, 2
Avril 1752, à la sortie du Concert.
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous
pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui,
par une suite de sa déférence pour vos conseils,
a bien voulu enrichit ma lettre fur Omphale de ses
remarques, & sur tout au public qui a daigné juger
avec indulgence une Brochure dans laquelle il n'a,
pu trouver d'autre mérite qu'un grand zéle pour la-
vérité, & pour le bien de l'art. Comme on est
toujours timide quand on hazarde des principes
qui ne peuvent pas être du goût de tout le mon-
de; j'avoue que le jugement trop favorable que
vous en avez bien voulu porter, ne m'avoit point
entiérement rassuré; j'avois besoin des temarques
qui viennent de paroître, pour m'affermir dana
tout ce que j'avois dit.
Cependant la reconnoissance que je dois à l'Au-
teur ne m'empêchera pas de relever l'injustice
188 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a faite à un hom ne de mérite, qu'il me per-
mettra du moins d'appeller mon Contemporain.
J'ose aussi l'assurer que je n'accorde pas aussi legé-
rement qu'il semble le croire, des places autour
du grand Pergolese, & que M. Adolphati, sans
avoir assez de célébrité pour mériter son suffrage
a un titre bien plus précieux pout être placé à co-
té de ce génie sublime. Ce ti:re, c'est son talent
& les preuves de son talent, ce sont les mor-
ceaux.
Che non mi disse un di, &c.
Siete barbare amate Stelle, &c.
Scherza, il Nocchier talora, &c.
Tu vuoi ch' io viva, o cara, &c.
Ch' io mai vi, possa lasciar d' amare, &c.
D'un genio che m' Accende
Et trente autres qu'apparemmeut l'Auteur des re-
marques ne connoît pas. J'ai cru devoir cet éclair-
cissement sur le mérite de M. Adolphati. Je ne me
pardonnerois pas d'avoir donné, quoique fort in-
directement, occasion à un artêt injuste pronon-
cé sans ménagement contre un homme dont le
génie est fait pour s'attiret l'admiration & les
suffrages de tous les gens d'esprit & de goût; du-
moins de ceux, qui se mélant de juger les Mu-
ficiens, sont obligés de se connoître en Musique.
En attendant que M. Adolphati mérite (par sa
célébrité l'estime de son Cenleur, je suis bien aise
de lui apprendre que ce Musicien vient d'avoir
pour la seconde fois un succès très-brillant à
l'Opéra de Genes, & en même tems un autre non
moins flatteur à Modene.
J'ose aussi l'assurer que je connois, peut-être
1751. 189
MAI.
sintant que lui les ouvrages, le mérite & le ta-
lent de M. Hasse & de M. Hendel mes Contem-
porains & mes Compatriotes, & que je suis tout
aussi glorieux que M. Hasse peut l'être lui- même
du tire de Saxon par excellence que les Italiens
lui ont donné, & qu'à leur imitation M. de Vol-
taire a conféré en France au Heros du fiécle. Si
j'avois cru pouvoir placer cet Artiste célébre à
côté de Pergolese (a) j'aurois été trop jaloux de
la gloire de ma Patrie pour y manquer. Mais ac
cabler les grands talens de louanges excessives &
outrées sans y attacher de sens ni de vérité,
c'est les outrager plûtôt que les honorer.
Au reste je nai pas voulu designer tous les
Autels d'un Temple assez décoré par les simples
noms qui s'y trouvent. J'avois mis peu d'art a sa
construction, & l'Auteur des remarques releve
avec raison, ma négligence. Quand, par exem-
ple, je parle de la façon dont Mlle Fel chante
l'Italien, je n'ai pas voulu dire qu'elle avoit fait
je ne sçais quelles découvertes, j'ai voulu dire fini-
plement que les Etiangers; (6) & entr'autres
(a) Tout le monde reconnoit le merite de Dan-
court & de Dufresny, mais personne ne s' est avise
de les placer à coté de Moliere aussi sublime aans son
genre, que le grand Corneille l'est quelquefois dans
le sien; tout comme I latée est aussi sublime dans le sien,
que Zo roastre dans un autre.
(b) C'ast-à- dire les Connoisseurs; car les Etran-
gers qui se melent de parler de Musique par air, ont
déja décidé avant que d'entendre, qu'une voix Fran-
çoise & sur tout la premiere voix Françoise, ne scau-
voit que très mal chanter l'Italion. Comme il n'y a
iei que lo nom qui les cheque, s' ils l'aiment mieux,
vous l'appellerons désormais la voix Euro péenne.
itized by Goog
190 MERCURE DE FRANCE.
mon Compatriote M. Hasse, outre une articula,
tion très-heureuse, & une expression très-agréa-
ble, lui trouvent je ne sçais quoi d'original dans son
chant, qui sans être précisément le goût de nos
voix Italiennes, convient très-bien au génie de
cette Musique; & si l'Auteur des remarques de-
mande en quoi consiste cette maniere originale
je lui dirai que Mlle Fel la doit à son organe
le plus siagulier & le plus égal que je connoisse.
C'est avec une voix par tout également franche
& legere qu'elle parcourt deux gammes & demie;
mais la nature qui lui a accordé cette faveur, n'en
est pas prodigue, & les voix ordinaires sont obli-
gées d'y suppléer par l'att. Voilà ce qu'on fait en
Italie & en France, avec cette différence que nos
voix ont trouvé le secret d'aller, sans être fran-
ches, par tout avec la même facilité, & de char-
mer l'oreille par le goût qu'elles scavent mettre
dans leurs tours & dans leurs passages; & qu'en
France on y supplée par des cris effectivement
très-capables d'affecter l'oreille par leur fremis-
sement sinistre.
J'ose l'assuret encore que je sçais un peu ce
que c'est que déclamer en Musique & que je viens
d'entendre au Concert le plus beau morceau de
déclamation qui existe. C'est le recit: Venite ado-
remus, chanté & déclamé par Mlle Fel d'une ma-
niere sublime & celeste, c'est-à-dire, convenable
au caractere que l'Auteur lui a donné; & je n'ai
pas non plus laissé échapper le petit morceau: Ho-
die si vocem ejus audieritis, qui ne sert que de transi-
tion à la reprise; mais qui est un modele de la plus
noble déclamation, & un trait de génie anquel
je n'ai rien trouvé de ressemblant dans tout ce
que j'ai entendu de Musique. Mais je veux qu'une
déclamation pathétique me déchire le cœur &
non pas les oreilles.
191
MAI.175
J'ose enfin l'assurer que personne n'admire plus
que moi le talent de l'Eleve du grand Tartinitz
mais je n'ai pas cru devoir rappellet au public ua
évenement qu'il pourroit trouver aujourd'hpi
beaucoup plus humiliant pour son goût, qu'il
ne le fut alors pour le talent de Monueur
Pagin.
Ce que je voudrois toujours rappeller an public,
dont je voudrois le temercier sans cesse, & à quoi
je croi que les Philosophes ont contribué, c'est
la justice qu'il trend aux vrais talens, c'est l'ad-
miration avec laquelle il a écouté cette semaine
les ches-d'oouvres de M. de Mondonville, c'est le
susfrage dont il a honoté ces deux hautbois (a)
singuliers, c'est la maniere dont il napplaudi aux
progrès de M. Gelin & à l'expression noble & pa-
phetique de cette autre basse-taillo admirable (6).
C'est l'enthousi isme si juste qu'il a marqué aujour-
d'hui après le morceau: A solis ortu, du petit
Motet de Focco, chanté d'unè n sniere si neu-
ve & si digne de cette voix qui sçait chanter; c'est-
enfin la façon dont il a accueilli-& encouragé un
enfant charmant; (c) qui a chanté différens
(a) MM. Pla, freres, de la Musique du Roi
dEspagne.
.
(b)M. Benoit,
(c) M. Richer Page de la Musique de la Cha-
pille du Roi, Souhaitons que cet enfant ne soche ja-
mais chanter la Musique de Lully, s'il est vrai
comme l'Auteur des remarques sur ma lettre le prè-
tand, qu'il faille des cris & des efforts pour la ren-
ddre; & prions ceux à qui sa jeunasse est confiée, de
me pas gater en lui un don aussi précieux que le
gout naturel; soit pur das cadonces trop fréquentes
dont le chant François fourmille, & qui ne servent
Mastres vOO
392 MERCURE DEFRANCE.
morceaux sans cris, sans efforts, avec justesse,
avec aisance & sur tout avec un goût très remar-
quable à son âge & dans son pays.
J'ai l'honneur d'être, &c.
3
qu'a ganter les voix & a fatiguer les oreilles; soit
par des morcenux qui ne sont pas faits pour être chan-
tés & que le public est d'ailleurs tout accoutumè à
ontendre executer en cris. En un mot, c'est l'arieite
de M. l'Abbé Blanchard qu'il nous a si bien chantée
& le Duo Non sunt loquelæ, dans le Motet Coli
enatrant que je prie ses Maitres de prendre pour mo-
dele duns le choix: de ses merceaux.
De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur
les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale.
A Paris ; le jour de Pâques, 2
Avril 1752, à la sortie du Concert.
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous
pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui,
par une suite de sa déférence pour vos conseils,
a bien voulu enrichit ma lettre fur Omphale de ses
remarques, & sur tout au public qui a daigné juger
avec indulgence une Brochure dans laquelle il n'a,
pu trouver d'autre mérite qu'un grand zéle pour la-
vérité, & pour le bien de l'art. Comme on est
toujours timide quand on hazarde des principes
qui ne peuvent pas être du goût de tout le mon-
de; j'avoue que le jugement trop favorable que
vous en avez bien voulu porter, ne m'avoit point
entiérement rassuré; j'avois besoin des temarques
qui viennent de paroître, pour m'affermir dana
tout ce que j'avois dit.
Cependant la reconnoissance que je dois à l'Au-
teur ne m'empêchera pas de relever l'injustice
188 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a faite à un hom ne de mérite, qu'il me per-
mettra du moins d'appeller mon Contemporain.
J'ose aussi l'assurer que je n'accorde pas aussi legé-
rement qu'il semble le croire, des places autour
du grand Pergolese, & que M. Adolphati, sans
avoir assez de célébrité pour mériter son suffrage
a un titre bien plus précieux pout être placé à co-
té de ce génie sublime. Ce ti:re, c'est son talent
& les preuves de son talent, ce sont les mor-
ceaux.
Che non mi disse un di, &c.
Siete barbare amate Stelle, &c.
Scherza, il Nocchier talora, &c.
Tu vuoi ch' io viva, o cara, &c.
Ch' io mai vi, possa lasciar d' amare, &c.
D'un genio che m' Accende
Et trente autres qu'apparemmeut l'Auteur des re-
marques ne connoît pas. J'ai cru devoir cet éclair-
cissement sur le mérite de M. Adolphati. Je ne me
pardonnerois pas d'avoir donné, quoique fort in-
directement, occasion à un artêt injuste pronon-
cé sans ménagement contre un homme dont le
génie est fait pour s'attiret l'admiration & les
suffrages de tous les gens d'esprit & de goût; du-
moins de ceux, qui se mélant de juger les Mu-
ficiens, sont obligés de se connoître en Musique.
En attendant que M. Adolphati mérite (par sa
célébrité l'estime de son Cenleur, je suis bien aise
de lui apprendre que ce Musicien vient d'avoir
pour la seconde fois un succès très-brillant à
l'Opéra de Genes, & en même tems un autre non
moins flatteur à Modene.
J'ose aussi l'assurer que je connois, peut-être
1751. 189
MAI.
sintant que lui les ouvrages, le mérite & le ta-
lent de M. Hasse & de M. Hendel mes Contem-
porains & mes Compatriotes, & que je suis tout
aussi glorieux que M. Hasse peut l'être lui- même
du tire de Saxon par excellence que les Italiens
lui ont donné, & qu'à leur imitation M. de Vol-
taire a conféré en France au Heros du fiécle. Si
j'avois cru pouvoir placer cet Artiste célébre à
côté de Pergolese (a) j'aurois été trop jaloux de
la gloire de ma Patrie pour y manquer. Mais ac
cabler les grands talens de louanges excessives &
outrées sans y attacher de sens ni de vérité,
c'est les outrager plûtôt que les honorer.
Au reste je nai pas voulu designer tous les
Autels d'un Temple assez décoré par les simples
noms qui s'y trouvent. J'avois mis peu d'art a sa
construction, & l'Auteur des remarques releve
avec raison, ma négligence. Quand, par exem-
ple, je parle de la façon dont Mlle Fel chante
l'Italien, je n'ai pas voulu dire qu'elle avoit fait
je ne sçais quelles découvertes, j'ai voulu dire fini-
plement que les Etiangers; (6) & entr'autres
(a) Tout le monde reconnoit le merite de Dan-
court & de Dufresny, mais personne ne s' est avise
de les placer à coté de Moliere aussi sublime aans son
genre, que le grand Corneille l'est quelquefois dans
le sien; tout comme I latée est aussi sublime dans le sien,
que Zo roastre dans un autre.
(b) C'ast-à- dire les Connoisseurs; car les Etran-
gers qui se melent de parler de Musique par air, ont
déja décidé avant que d'entendre, qu'une voix Fran-
çoise & sur tout la premiere voix Françoise, ne scau-
voit que très mal chanter l'Italion. Comme il n'y a
iei que lo nom qui les cheque, s' ils l'aiment mieux,
vous l'appellerons désormais la voix Euro péenne.
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190 MERCURE DE FRANCE.
mon Compatriote M. Hasse, outre une articula,
tion très-heureuse, & une expression très-agréa-
ble, lui trouvent je ne sçais quoi d'original dans son
chant, qui sans être précisément le goût de nos
voix Italiennes, convient très-bien au génie de
cette Musique; & si l'Auteur des remarques de-
mande en quoi consiste cette maniere originale
je lui dirai que Mlle Fel la doit à son organe
le plus siagulier & le plus égal que je connoisse.
C'est avec une voix par tout également franche
& legere qu'elle parcourt deux gammes & demie;
mais la nature qui lui a accordé cette faveur, n'en
est pas prodigue, & les voix ordinaires sont obli-
gées d'y suppléer par l'att. Voilà ce qu'on fait en
Italie & en France, avec cette différence que nos
voix ont trouvé le secret d'aller, sans être fran-
ches, par tout avec la même facilité, & de char-
mer l'oreille par le goût qu'elles scavent mettre
dans leurs tours & dans leurs passages; & qu'en
France on y supplée par des cris effectivement
très-capables d'affecter l'oreille par leur fremis-
sement sinistre.
J'ose l'assuret encore que je sçais un peu ce
que c'est que déclamer en Musique & que je viens
d'entendre au Concert le plus beau morceau de
déclamation qui existe. C'est le recit: Venite ado-
remus, chanté & déclamé par Mlle Fel d'une ma-
niere sublime & celeste, c'est-à-dire, convenable
au caractere que l'Auteur lui a donné; & je n'ai
pas non plus laissé échapper le petit morceau: Ho-
die si vocem ejus audieritis, qui ne sert que de transi-
tion à la reprise; mais qui est un modele de la plus
noble déclamation, & un trait de génie anquel
je n'ai rien trouvé de ressemblant dans tout ce
que j'ai entendu de Musique. Mais je veux qu'une
déclamation pathétique me déchire le cœur &
non pas les oreilles.
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J'ose enfin l'assurer que personne n'admire plus
que moi le talent de l'Eleve du grand Tartinitz
mais je n'ai pas cru devoir rappellet au public ua
évenement qu'il pourroit trouver aujourd'hpi
beaucoup plus humiliant pour son goût, qu'il
ne le fut alors pour le talent de Monueur
Pagin.
Ce que je voudrois toujours rappeller an public,
dont je voudrois le temercier sans cesse, & à quoi
je croi que les Philosophes ont contribué, c'est
la justice qu'il trend aux vrais talens, c'est l'ad-
miration avec laquelle il a écouté cette semaine
les ches-d'oouvres de M. de Mondonville, c'est le
susfrage dont il a honoté ces deux hautbois (a)
singuliers, c'est la maniere dont il napplaudi aux
progrès de M. Gelin & à l'expression noble & pa-
phetique de cette autre basse-taillo admirable (6).
C'est l'enthousi isme si juste qu'il a marqué aujour-
d'hui après le morceau: A solis ortu, du petit
Motet de Focco, chanté d'unè n sniere si neu-
ve & si digne de cette voix qui sçait chanter; c'est-
enfin la façon dont il a accueilli-& encouragé un
enfant charmant; (c) qui a chanté différens
(a) MM. Pla, freres, de la Musique du Roi
dEspagne.
.
(b)M. Benoit,
(c) M. Richer Page de la Musique de la Cha-
pille du Roi, Souhaitons que cet enfant ne soche ja-
mais chanter la Musique de Lully, s'il est vrai
comme l'Auteur des remarques sur ma lettre le prè-
tand, qu'il faille des cris & des efforts pour la ren-
ddre; & prions ceux à qui sa jeunasse est confiée, de
me pas gater en lui un don aussi précieux que le
gout naturel; soit pur das cadonces trop fréquentes
dont le chant François fourmille, & qui ne servent
Mastres vOO
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morceaux sans cris, sans efforts, avec justesse,
avec aisance & sur tout avec un goût très remar-
quable à son âge & dans son pays.
J'ai l'honneur d'être, &c.
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qu'a ganter les voix & a fatiguer les oreilles; soit
par des morcenux qui ne sont pas faits pour être chan-
tés & que le public est d'ailleurs tout accoutumè à
ontendre executer en cris. En un mot, c'est l'arieite
de M. l'Abbé Blanchard qu'il nous a si bien chantée
& le Duo Non sunt loquelæ, dans le Motet Coli
enatrant que je prie ses Maitres de prendre pour mo-
dele duns le choix: de ses merceaux.
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