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1
p. 1408-1417
LES SERMENS INDISCRETS, Comédie en Prose et en cinq Actes, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois au Théatre François, le 8 Juin.
Début :
Cette Piéce a d'abord éprouvé le sort de beaucoup [...]
Mots clefs :
Les Serments Indiscrets, Marivaux, Théâtre-Français, Damis, Lisette, Actes
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texteReconnaissance textuelle : LES SERMENS INDISCRETS, Comédie en Prose et en cinq Actes, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois au Théatre François, le 8 Juin.
LES SERMENS INDISCRETS
Comédie en Prose et en cing Actes , de
M. de Marivaux , representée pour la
premierefois au Théatre François , le &
Juin.
9
Cette Piéce a d'abord éprouvé le sort de
beaucoup d'autres; la premiere Représentation fût des plus tumultueuses , peutêtre auroit-elle été écoutée plus tranquille
ment , si elle avoit été donnée tout autre
jour qu'un Dimanche le Parterre des
jours de Fête est ordinairement plus impatient et plus turbulent que les autres ;
'Auteur en fit la triste expérience , et
quoique son dernier Acte fut le plus
beau , comme on l'a reconnu dans les
Représentations suivantes , on ne laissa
pas aux Acteurs la liberté de l'achever ;
le plus grand deffaut qu'on trouve dans
toute la Piéce , c'est de n'avoir pas assez.
d'action et trop d'esprit. Voici ce qui
concerne l'action..
Lucile , fille de M. Orgon , doit être mariée à Damis , fils de M. Ergaste. Ils ne se
sont jamais vûs , et d'ailleurs ils ont tous
deux une égale aversion pour le mariage.
Lucile paroît d'abord , écrivant une Lettre , qu'elle charge Lisette , sa Suivante
II. Vol. de
JUIN. 1732. 1409 •
de remettre entre les mains de Damis ,
dès qu'il sera arrivé. Lisette qui craint
que le changement d'état de sa Maîtresse
ne lui fasse perdre l'empire qu'elle a pris
sur elle , la confirme dans le dessein qu'elle a de ne perdre aucun engagement , et
de jouir autant qu'elle pourra de sa precieuse liberté..
Damis arrivé , Lucile se retire à son apa
proche , Lisette demeure pour s'acquitter de la commission que sa Maîtresse lui
a donnée. Elle est ravie d'apprendre que
le futur époux n'a pas moins d'aversion
pour tout ce qui s'appelle engagement ,
que sa future ; elle agit en Plénipotentiaire , et fait entendre à Damis que sa
Maîtresse se trouve heureusement dans
les mêmes dispositions que lui..
2
Lucile qui a écouté la conversation de
Damis et de Lisette , vient confirmer les
articles du Traité. Dámis la trouve si
belle , qu'il commence à se repentir en
secret de la résolution qu'il a formée
sans connoissance de cause ; la même cho--
se se passe à peu près dans le cœur de Lucile ; mais elle le cache avec plus de soin.-
Lisette qui a interêt à les faire perseverer
tous deux dans leur premiere résolution ,
les lie par un serment indiscret, et pourtant
réciproque. Damis , devenu jaloux aussi--
11. Vol, - Gay τον
1410 MERCURE DE FRANCE
•
tôt qu'amoureux , s'imagine que Lucile
n'auroit pas l'aversion qu'elle vient de lui
témoigner pour le mariage , si son cœur
n'avoit point d'engagement pour un autre que lui. Il craindroit de la rendre
malheureuse, s'il rompoit le serment qu'il
vient de lui faire , de rompre le mariage
que leurs Peres ont projetté sans les avoir
consultez ; c'est donc par probité qu'il
veut être fidele à son serment ; mais cette
probité se trouve un peu en deffaut dans
les nouvelles mesures qu'ils prennent
pour l'éxécution de leur dessein. Damis
promet de feindre de l'amour pour Phenice , stir cadette de Lucile ; on n'a pas
trouvé que cette feinte fût assez dans les
régles de l'honneur dont il paroît qu'il
se pique.
Le feint attachement de Damis pour
Phenice embarasse et afflige également
M. Orgon , et M. Ergaste ; le premier
est pere de Lucile et de Phenice , et l'autre eft pere de Damis. Frontin , qui s'est
acquis la même autorité sur Damis que
Lisette sur Lucile , se lie d'interêt avec
cette Suivante , et tous deux par le même motif se promettent de ne rien négli
ger pour empêcher le mariage de Damis
et de Lucile. Phenice , pour se disculper
envers sa sœur , vient dire à Frontin
II. Vol. en
JUIN 1732. 1411
en présence de Lisette , qu'elle ne veut
point absolument que Damis continue à
s'attacher à elle. Lisette se sert d'un artifice qui produit dans l'esprit de Phénice
l'effet qu'elle s'en eft promis. Elle lui dit
assez désobligemment qu'il n'y a point
de beauté qui ne doive baisser le pavillon devant celle de sa Maîtresse. Phenice
en a un dépit qu'elle ne peut dissimuler ,
et fait entendre, en se retirant,qu'on pourroit se repentir de l'injure qu'on vient
de lui faire. L'attachement que Damis
affecte pour Phenice , dérange le projet
d'hymen , dont M. Orgon et M. Ergaste
s'étoient flattez ; mais ils en forment un
nouveau pour se dédommager du mauvais succès du premier ; il n'y a , se disent-ils , pour former l'alliance que nous
avons concertée ensemble , qu'à changer
d'objet , et qu'à marier Damis avec Phenice , puisque leurs cœurs sont fait l'un
pour Fautre. Ce dernier projet n'est pas
plutôt arrangé qu'on travaille à le mettre
en éxécution. Damis et Lucile en sont
également allarmez ; Lucile par fierté le
fait moins paroître que son Amant, mais
elle en témoigne assez pour faire entendre à Lisette qu'elle est disgraciée , et
qu'elle pourroit bien être chassée. Frontin n'est point déconcerté , surtout de- H.Vol. G vj puis
1412 MERCURE DE FRANCE
2
puis qu'Ergaste lui a dit d'un ton ferme
que si son fils ne répare les chagrins qu'il
lui a causez par une prompte obéissance ,
il le punira , lui Frontin , des mauvais
conseils qu'il donne à son fils. Il lui commande de fui dire qu'il ne le verra jamais,,
et qu'il le desheritera , s'il n'épouse Phénice au deffaut de Lucile. Tous ces inconvéniens que Lisette et Frontin n'avoient pas prévus dans leur premiere
conspiration , les déterminent à changer
de batterie, et à contribuer de leur mieux
à ce même hymen qu'ils ont voulu empêcher ,, de sorte que cette même Lisette
qui avolt dit à M. Orgon , que Damis er
Lucile avoient un égal éloignement l'un
pour l'autre, est la plus ardente à faire
entendre tout le contraire ; elle fait plus
elle assûre Damis de l'amour que Lucile·
a pour lui. Damis doute de son bonheur ;.
Lisette acheve de le persuader. Frontin
lui porte un coup mortel , en lui disant
que son pere veut absolument qu'il épouse Phénice sur peine d'exheredation . II
ne sçait comment se tirer d'embarras avec
cette derniere , à qui Frontin et Lisette
ont déja annoncé qu'elle ne sert que de
prétexte ; elle en a d'abord été picquée au
-vif; mais pour son bonheur, ne s'étant pas
engagée trop avant avec ce feint Amant
·
11. Kol qui
JUIN 1732. 1413
Y
qui la joue , elle borne sa vengeance à lui
fire peur de l'hymen que son pere luiordonne. La scene qu'elle a avec lui fait
naître des incidens très- comiques. Elle lui
parle d'abord de son mariage avec lui comme d'une affaire conclue. Damis
loin d'en paroître embarrassé , lui dit
que c'est à elle à parer un coup si fatal'
-puisqu'elle lui à déja fait connoître
que son cœur est engagé ailleurs ;-
Phenice lui répond avec la même fer- meté affectée qu'elle ne lui a pas
dit alors ses véritables sentimens ; que
cet engagement prétendu dont elle lui
a parlé n'étoit qu'un prétexte pour ne
point déranger ce que son pere avoit réglé ; mais que depuis qu'elle a sçû qu'on
a résolu toute autre chose , elle n'a pas
Balancé à suivreson devoir , età le suivre
sans répugnance. Damis qui s'imagine.
qu'elle joue au plus fin avec lui , et qu'elle veut qu'il se charge lui-même de la
rupture de ce mariage , lui proteste qu'il
obeïra à son pere , et qu'il ne veut pas
courir le risque d'être desherité , en s'opposant à un établissement pour lequel il
ne se sent nulle répugnance. Pour le lui
mieux persuader, il lui dit qu'il n'est plus
temps de feindre , et qu'il l'aime veritablement il se jette à ses pieds pour
A
:
El Vol micux
1414 MERCURE DE FRANCE
mieux achever de la tromper et pour la
remercier de son obéissance à son pere;
M. Orgon et M. Ergaste le surprennent
dans cette posture suppliante ; ils en sont
charmez , et ne doutant point qu'ils ne
s'aiment , ils les quittent pour aller faire dresser le Contrat. Cet incident est suivi
d'un autre , qui fait encore plus de peine
à Damis ; il cesse de feindre, et suppliant.
Phénice de le tirer d'un si mauvais pas
il lui baise la main avec transport. Lucile arrive sur le champ , Damis se retire tout confus , la vindicative Phénice
jouit malignement de la jalousie de sa
sœur ; et après en avoir essuyé de vifs
reproches , elle se retire très - satisfaite
d'elle- même. Lisette vient porter un dernier coup à la jalousie de Lucile ; elle lui
avoue qu'elle s'est mépris: quand elle a
crû que Damis l'aimoit , et qu'elle a voulu le luii persuader; elle convient que Phénice en est aimée , et cet adroit mensonge n'est que pour l'obliger à lui avoüer
qu'elle aime Damis ; cet aveu décisif arrive enfin , il est même suivi d'une prie
re que sa Maîtresse est forcée de lui faire ,
d'aller trouver Damis , et de lui faire entendre qu'il estaimé , sans pourtant qu'il
paroisse qu'elle lui en ait fait confidence ,
encore moins qu'elle l'ait chargée de faire
11. Vol. une
JUIN. 1732. 1415
une démarche si humiliante pour sa fierté. Si l'Auteur eût encore voulu multiplier les incidens ingénieux , son esprit
n'eut pas manqué de ressources ; mais il
falloit enfin dénouer sa Piéce voici
comment il s'y prend dans son dernier
Acte.
Lucile , toujours persuadée que Damis
aime sa sœur , n'a point d'autre ressource
que de s'opposer à leur hymen ; elle se
plaint amérement à son pere de ce qu'il
lui fait l'injure de marier sa cadette avant
elle ; M. Orgon lui represente en bon pere l'injustice de sa plainte , d'autant mieux
qu'il n'a tenu qu'à elle d'accepter Damis
pour époux , et que Phénice ne reçoit sa
main qu'à son refus ; cette remontrance ,
toute juste qu'elle est , ne calme point
Lucile , elle dit à son pere qu'après l'affront qu'elle va essuyer , elle n'a point
d'autre parti à prendre qu'une clôture
éternelle. Phénice vient toute disposée à
finir le cours de sa petite vengeance ; l'amitié qu'elle a pour sa sœur ne peut souffrir qu'elle porte plus loin le ressentiment
qu'elle doit avoir du personnage qu'on
lui a fait jouer , en la faisant servir de
prétexte ; elle dit à Lucile qu'elle lui cede de bon cœur ce Damis avec qui il ne
tiendroit qu'à elle d'être unie ; l'esprit de
II. Vol. Lucile
1416 MERCURE DE FRANCE
Lucile est aigrie à un tel point , qu'elle
donne un mauvais sens à tout ce que sa
sœur lui peut dire de plus obligeant ;
Orgon ne sçachant plus comment mettre
d'accord ses deux filles , les quitte dans le
dessein d'achever le mariage concerté entre son ami Ergaste et lui , ce qui déses-
-pere de plus en plus la jalouse Lucile
elle accable sa sœur de reproches , dont
cette sœur maltraitée ne peut lui faire
sentir l'injustice. Damis arrive enfin , il
veut se retirer par respect , Phénice lui dic
d'approcher er lui ordonne de rendre
Hommage à son vainqueur , en se jettant
aux genoux de Lucile; cette scene qu'on
n'avoit point vûë à la premiere Représentation est jouée par ces trois Acteurs avec
toute la finesse et toute la précision qu'on
peut souhaitter au théatre ; Phénice rem
plit la fonction de médiatrice avec une
grace géneralement applaudie. Orgon et
Ergaste arrivent dans le dessein dé conclure le mariage entre Damis et Phénice ,
et sont agréablement surpris d'un changement auquel ils n'osoient s'attendre ,.
et qui remet toutes choses dans l'ordre
qu'ils s'étoient d'abord prescrit. Voilà
quelle est cette piéce qui a paruë d'abord
si mal reçûë , et qu'on n'a cessé d'applau--
dir depuis la seconde Représentation ; on
11.Vol. ne
JUIN. 17328 1417
ne désespere pas qu'elle n'ait dans la suite le sort de tant d'autres dont les commencemens ont été malheureux. Tous les
gens qui en jugent sans prévention conviennent qu'elle leur fait plaisir ; il est
vrai qu'ils souhaiteroient qu'il y eut plus
de consistance dans l'action , et moins.
d'expressions un peu trop recherchées.
dans le Dialogue ; en un mot, que l'esprit de l'Auteur fut moins abondant ;
c'est un défaut que d'avoir trop d'esprit ,
mais c'est un excès dont le reproche a
toujours quelque chose de flateur , et dont
on a bien de la peine à se corriger au
reste, on n'a guére mis au Théatre François de Piéce mieux jouée que celle-ci
le sieur Quinault l'aîné , la Elle Quinault,
sa sœur , parfaitement secondée des Dlle
Dangeville et Gossin , et de leurs autres
camarades , y brillent à qui mieux mieux,
et remplissent l'attente des Spectateurs
les plus difficiles et les plus délicats.
Comédie en Prose et en cing Actes , de
M. de Marivaux , representée pour la
premierefois au Théatre François , le &
Juin.
9
Cette Piéce a d'abord éprouvé le sort de
beaucoup d'autres; la premiere Représentation fût des plus tumultueuses , peutêtre auroit-elle été écoutée plus tranquille
ment , si elle avoit été donnée tout autre
jour qu'un Dimanche le Parterre des
jours de Fête est ordinairement plus impatient et plus turbulent que les autres ;
'Auteur en fit la triste expérience , et
quoique son dernier Acte fut le plus
beau , comme on l'a reconnu dans les
Représentations suivantes , on ne laissa
pas aux Acteurs la liberté de l'achever ;
le plus grand deffaut qu'on trouve dans
toute la Piéce , c'est de n'avoir pas assez.
d'action et trop d'esprit. Voici ce qui
concerne l'action..
Lucile , fille de M. Orgon , doit être mariée à Damis , fils de M. Ergaste. Ils ne se
sont jamais vûs , et d'ailleurs ils ont tous
deux une égale aversion pour le mariage.
Lucile paroît d'abord , écrivant une Lettre , qu'elle charge Lisette , sa Suivante
II. Vol. de
JUIN. 1732. 1409 •
de remettre entre les mains de Damis ,
dès qu'il sera arrivé. Lisette qui craint
que le changement d'état de sa Maîtresse
ne lui fasse perdre l'empire qu'elle a pris
sur elle , la confirme dans le dessein qu'elle a de ne perdre aucun engagement , et
de jouir autant qu'elle pourra de sa precieuse liberté..
Damis arrivé , Lucile se retire à son apa
proche , Lisette demeure pour s'acquitter de la commission que sa Maîtresse lui
a donnée. Elle est ravie d'apprendre que
le futur époux n'a pas moins d'aversion
pour tout ce qui s'appelle engagement ,
que sa future ; elle agit en Plénipotentiaire , et fait entendre à Damis que sa
Maîtresse se trouve heureusement dans
les mêmes dispositions que lui..
2
Lucile qui a écouté la conversation de
Damis et de Lisette , vient confirmer les
articles du Traité. Dámis la trouve si
belle , qu'il commence à se repentir en
secret de la résolution qu'il a formée
sans connoissance de cause ; la même cho--
se se passe à peu près dans le cœur de Lucile ; mais elle le cache avec plus de soin.-
Lisette qui a interêt à les faire perseverer
tous deux dans leur premiere résolution ,
les lie par un serment indiscret, et pourtant
réciproque. Damis , devenu jaloux aussi--
11. Vol, - Gay τον
1410 MERCURE DE FRANCE
•
tôt qu'amoureux , s'imagine que Lucile
n'auroit pas l'aversion qu'elle vient de lui
témoigner pour le mariage , si son cœur
n'avoit point d'engagement pour un autre que lui. Il craindroit de la rendre
malheureuse, s'il rompoit le serment qu'il
vient de lui faire , de rompre le mariage
que leurs Peres ont projetté sans les avoir
consultez ; c'est donc par probité qu'il
veut être fidele à son serment ; mais cette
probité se trouve un peu en deffaut dans
les nouvelles mesures qu'ils prennent
pour l'éxécution de leur dessein. Damis
promet de feindre de l'amour pour Phenice , stir cadette de Lucile ; on n'a pas
trouvé que cette feinte fût assez dans les
régles de l'honneur dont il paroît qu'il
se pique.
Le feint attachement de Damis pour
Phenice embarasse et afflige également
M. Orgon , et M. Ergaste ; le premier
est pere de Lucile et de Phenice , et l'autre eft pere de Damis. Frontin , qui s'est
acquis la même autorité sur Damis que
Lisette sur Lucile , se lie d'interêt avec
cette Suivante , et tous deux par le même motif se promettent de ne rien négli
ger pour empêcher le mariage de Damis
et de Lucile. Phenice , pour se disculper
envers sa sœur , vient dire à Frontin
II. Vol. en
JUIN 1732. 1411
en présence de Lisette , qu'elle ne veut
point absolument que Damis continue à
s'attacher à elle. Lisette se sert d'un artifice qui produit dans l'esprit de Phénice
l'effet qu'elle s'en eft promis. Elle lui dit
assez désobligemment qu'il n'y a point
de beauté qui ne doive baisser le pavillon devant celle de sa Maîtresse. Phenice
en a un dépit qu'elle ne peut dissimuler ,
et fait entendre, en se retirant,qu'on pourroit se repentir de l'injure qu'on vient
de lui faire. L'attachement que Damis
affecte pour Phenice , dérange le projet
d'hymen , dont M. Orgon et M. Ergaste
s'étoient flattez ; mais ils en forment un
nouveau pour se dédommager du mauvais succès du premier ; il n'y a , se disent-ils , pour former l'alliance que nous
avons concertée ensemble , qu'à changer
d'objet , et qu'à marier Damis avec Phenice , puisque leurs cœurs sont fait l'un
pour Fautre. Ce dernier projet n'est pas
plutôt arrangé qu'on travaille à le mettre
en éxécution. Damis et Lucile en sont
également allarmez ; Lucile par fierté le
fait moins paroître que son Amant, mais
elle en témoigne assez pour faire entendre à Lisette qu'elle est disgraciée , et
qu'elle pourroit bien être chassée. Frontin n'est point déconcerté , surtout de- H.Vol. G vj puis
1412 MERCURE DE FRANCE
2
puis qu'Ergaste lui a dit d'un ton ferme
que si son fils ne répare les chagrins qu'il
lui a causez par une prompte obéissance ,
il le punira , lui Frontin , des mauvais
conseils qu'il donne à son fils. Il lui commande de fui dire qu'il ne le verra jamais,,
et qu'il le desheritera , s'il n'épouse Phénice au deffaut de Lucile. Tous ces inconvéniens que Lisette et Frontin n'avoient pas prévus dans leur premiere
conspiration , les déterminent à changer
de batterie, et à contribuer de leur mieux
à ce même hymen qu'ils ont voulu empêcher ,, de sorte que cette même Lisette
qui avolt dit à M. Orgon , que Damis er
Lucile avoient un égal éloignement l'un
pour l'autre, est la plus ardente à faire
entendre tout le contraire ; elle fait plus
elle assûre Damis de l'amour que Lucile·
a pour lui. Damis doute de son bonheur ;.
Lisette acheve de le persuader. Frontin
lui porte un coup mortel , en lui disant
que son pere veut absolument qu'il épouse Phénice sur peine d'exheredation . II
ne sçait comment se tirer d'embarras avec
cette derniere , à qui Frontin et Lisette
ont déja annoncé qu'elle ne sert que de
prétexte ; elle en a d'abord été picquée au
-vif; mais pour son bonheur, ne s'étant pas
engagée trop avant avec ce feint Amant
·
11. Kol qui
JUIN 1732. 1413
Y
qui la joue , elle borne sa vengeance à lui
fire peur de l'hymen que son pere luiordonne. La scene qu'elle a avec lui fait
naître des incidens très- comiques. Elle lui
parle d'abord de son mariage avec lui comme d'une affaire conclue. Damis
loin d'en paroître embarrassé , lui dit
que c'est à elle à parer un coup si fatal'
-puisqu'elle lui à déja fait connoître
que son cœur est engagé ailleurs ;-
Phenice lui répond avec la même fer- meté affectée qu'elle ne lui a pas
dit alors ses véritables sentimens ; que
cet engagement prétendu dont elle lui
a parlé n'étoit qu'un prétexte pour ne
point déranger ce que son pere avoit réglé ; mais que depuis qu'elle a sçû qu'on
a résolu toute autre chose , elle n'a pas
Balancé à suivreson devoir , età le suivre
sans répugnance. Damis qui s'imagine.
qu'elle joue au plus fin avec lui , et qu'elle veut qu'il se charge lui-même de la
rupture de ce mariage , lui proteste qu'il
obeïra à son pere , et qu'il ne veut pas
courir le risque d'être desherité , en s'opposant à un établissement pour lequel il
ne se sent nulle répugnance. Pour le lui
mieux persuader, il lui dit qu'il n'est plus
temps de feindre , et qu'il l'aime veritablement il se jette à ses pieds pour
A
:
El Vol micux
1414 MERCURE DE FRANCE
mieux achever de la tromper et pour la
remercier de son obéissance à son pere;
M. Orgon et M. Ergaste le surprennent
dans cette posture suppliante ; ils en sont
charmez , et ne doutant point qu'ils ne
s'aiment , ils les quittent pour aller faire dresser le Contrat. Cet incident est suivi
d'un autre , qui fait encore plus de peine
à Damis ; il cesse de feindre, et suppliant.
Phénice de le tirer d'un si mauvais pas
il lui baise la main avec transport. Lucile arrive sur le champ , Damis se retire tout confus , la vindicative Phénice
jouit malignement de la jalousie de sa
sœur ; et après en avoir essuyé de vifs
reproches , elle se retire très - satisfaite
d'elle- même. Lisette vient porter un dernier coup à la jalousie de Lucile ; elle lui
avoue qu'elle s'est mépris: quand elle a
crû que Damis l'aimoit , et qu'elle a voulu le luii persuader; elle convient que Phénice en est aimée , et cet adroit mensonge n'est que pour l'obliger à lui avoüer
qu'elle aime Damis ; cet aveu décisif arrive enfin , il est même suivi d'une prie
re que sa Maîtresse est forcée de lui faire ,
d'aller trouver Damis , et de lui faire entendre qu'il estaimé , sans pourtant qu'il
paroisse qu'elle lui en ait fait confidence ,
encore moins qu'elle l'ait chargée de faire
11. Vol. une
JUIN. 1732. 1415
une démarche si humiliante pour sa fierté. Si l'Auteur eût encore voulu multiplier les incidens ingénieux , son esprit
n'eut pas manqué de ressources ; mais il
falloit enfin dénouer sa Piéce voici
comment il s'y prend dans son dernier
Acte.
Lucile , toujours persuadée que Damis
aime sa sœur , n'a point d'autre ressource
que de s'opposer à leur hymen ; elle se
plaint amérement à son pere de ce qu'il
lui fait l'injure de marier sa cadette avant
elle ; M. Orgon lui represente en bon pere l'injustice de sa plainte , d'autant mieux
qu'il n'a tenu qu'à elle d'accepter Damis
pour époux , et que Phénice ne reçoit sa
main qu'à son refus ; cette remontrance ,
toute juste qu'elle est , ne calme point
Lucile , elle dit à son pere qu'après l'affront qu'elle va essuyer , elle n'a point
d'autre parti à prendre qu'une clôture
éternelle. Phénice vient toute disposée à
finir le cours de sa petite vengeance ; l'amitié qu'elle a pour sa sœur ne peut souffrir qu'elle porte plus loin le ressentiment
qu'elle doit avoir du personnage qu'on
lui a fait jouer , en la faisant servir de
prétexte ; elle dit à Lucile qu'elle lui cede de bon cœur ce Damis avec qui il ne
tiendroit qu'à elle d'être unie ; l'esprit de
II. Vol. Lucile
1416 MERCURE DE FRANCE
Lucile est aigrie à un tel point , qu'elle
donne un mauvais sens à tout ce que sa
sœur lui peut dire de plus obligeant ;
Orgon ne sçachant plus comment mettre
d'accord ses deux filles , les quitte dans le
dessein d'achever le mariage concerté entre son ami Ergaste et lui , ce qui déses-
-pere de plus en plus la jalouse Lucile
elle accable sa sœur de reproches , dont
cette sœur maltraitée ne peut lui faire
sentir l'injustice. Damis arrive enfin , il
veut se retirer par respect , Phénice lui dic
d'approcher er lui ordonne de rendre
Hommage à son vainqueur , en se jettant
aux genoux de Lucile; cette scene qu'on
n'avoit point vûë à la premiere Représentation est jouée par ces trois Acteurs avec
toute la finesse et toute la précision qu'on
peut souhaitter au théatre ; Phénice rem
plit la fonction de médiatrice avec une
grace géneralement applaudie. Orgon et
Ergaste arrivent dans le dessein dé conclure le mariage entre Damis et Phénice ,
et sont agréablement surpris d'un changement auquel ils n'osoient s'attendre ,.
et qui remet toutes choses dans l'ordre
qu'ils s'étoient d'abord prescrit. Voilà
quelle est cette piéce qui a paruë d'abord
si mal reçûë , et qu'on n'a cessé d'applau--
dir depuis la seconde Représentation ; on
11.Vol. ne
JUIN. 17328 1417
ne désespere pas qu'elle n'ait dans la suite le sort de tant d'autres dont les commencemens ont été malheureux. Tous les
gens qui en jugent sans prévention conviennent qu'elle leur fait plaisir ; il est
vrai qu'ils souhaiteroient qu'il y eut plus
de consistance dans l'action , et moins.
d'expressions un peu trop recherchées.
dans le Dialogue ; en un mot, que l'esprit de l'Auteur fut moins abondant ;
c'est un défaut que d'avoir trop d'esprit ,
mais c'est un excès dont le reproche a
toujours quelque chose de flateur , et dont
on a bien de la peine à se corriger au
reste, on n'a guére mis au Théatre François de Piéce mieux jouée que celle-ci
le sieur Quinault l'aîné , la Elle Quinault,
sa sœur , parfaitement secondée des Dlle
Dangeville et Gossin , et de leurs autres
camarades , y brillent à qui mieux mieux,
et remplissent l'attente des Spectateurs
les plus difficiles et les plus délicats.
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Résumé : LES SERMENS INDISCRETS, Comédie en Prose et en cinq Actes, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois au Théatre François, le 8 Juin.
La pièce 'Les Sermens indiscrets' est une comédie en prose et en cinq actes de Marivaux, représentée pour la première fois au Théâtre Français le 6 juin. La première représentation fut tumultueuse en raison de l'impatience et de la turbulence du public un dimanche. La pièce a été critiquée pour manquer d'action et avoir trop d'esprit. L'intrigue principale concerne Lucile, fille de M. Orgon, et Damis, fils de M. Ergaste, qui doivent se marier malgré leur aversion mutuelle pour le mariage. Lucile écrit une lettre à Damis, confiée à sa suivante Lisette. Damis exprime également son aversion pour le mariage à Lisette. Lucile, ayant entendu la conversation, confirme leur accord. Lisette les lie par un serment réciproque de ne pas se marier. Damis, jaloux, feint d'aimer Phénice, la sœur cadette de Lucile, pour éviter le mariage. Cette feinte complique les plans des pères, qui décident alors de marier Damis à Phénice. Lisette et Frontin, le valet de Damis, initialement opposés au mariage, changent de stratégie pour éviter les conséquences. Phénice, initialement utilisée comme prétexte, se venge en jouant avec les sentiments de Damis. La pièce se dénoue lorsque Lucile, jalouse, s'oppose au mariage de Damis et Phénice. Phénice cède finalement Damis à Lucile, révélant ainsi la vérité. Les pères, agréablement surpris, concluent le mariage entre Lucile et Damis. La pièce, mal reçue initialement, a été applaudie par la suite. Les acteurs, notamment le sieur Quinault l'aîné, la demoiselle Quinault, la demoiselle Dangeville et Gossin, ont été particulièrement applaudis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2017-2025
EXTRAIT de l'Ecole des Meres, Comédie en Prose, en un Acte, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois sur le Théatre Italien. le 26 Juillet 1732.
Début :
Cette intrigue se passe entre Mme Argante, Angelique, sa fille, Lizette, [...]
Mots clefs :
Ecole des Mères, Marivaux, Théâtre italien, Lisette, Angélique
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Ecole des Meres, Comédie en Prose, en un Acte, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois sur le Théatre Italien. le 26 Juillet 1732.
EXTRAITde l'Ecole des Meres , Comédie en Prose , en un Acte , de M. de
Marivaux , representée pour la premiere
fois sur le Théatre Italien , le 26 Juilles
1732.
CErre
intrigue.se
Ette intrigue se passe entre Mme Argante , Angelique , sa fille , Lizette ,
sa Suivante , Eraste, Amant d'Angelique,
sous le nom de la Ramée , Damis , pere
d'Eraste est aussi Amant d'Angelique ,
Frontin et Champagne , Valets de Mme Argante et de Damis, La Scene est dans l'Appartement de Mme Argante.
Eraste travesti en Valet commence la
Piece avec Lisette , laquelle veut lui menager un entretien avec Angelique, dont
il est autant aimé qu'il l'aime. Frontin
Valet de Me Argante , arrive et se défie
du prêtendu parantage du faux la Ramée avec Lizette , dont il est amoureux
et le prend sur un ton qui oblige Lisette
à le mettre dans la confidence ; il se charge de l'entrevûë qu'il s'agit de ménager
à Eraste , qui veut parer le mariage qu'on
est prêt à conclure entre son Amante et
le vieux Damis , c'est un nom que le peré d'Eraste a pris pour dérober la connoissance
H
2018 MERCURE DE FRANCE
noissance de son futur Hymen à tout le
monde , et sur tout à son fils , quoiqu'il
ne sçache pas encore qu'il est son Rival
et Rival aimé.
Mme Argante vient ; le faux la Ramée
ne pouvant se retirer sans se rendre suspect , Frontin le fait passer pourun Cousin qui cherche condirion ; Mme Argante
le trouvant bien fait, lui ordonne de rester dans la maison , et lui promet de le
mettre au service de M. Damis. Mme Argante demande à Lisette dans quelles dispositions elle trouve sa fille Angelique ;
Lisette lui répond d'une maniere à ne répondre de rien : voici la fin de la Scene:
entre la Maîtresse et la Suivante..
Md. Argante.
M. Damis est un peu vieux , à la verité ,
mais doux, complaisant , attentif, aimable.
Lisette.
Aimable ! prenez donc garde , Madame ; il a
soixante ans,
Mad. Argante.
Il est bien question de l'âge d'un mari avec une fille élevée comme la mienne.
Lisette.
Oh! s'il n'en est pas question avec Mademoi selle
SEPTEMBRE. 1732. 2619
selle votre fille , il n'y aura guere eu de prodige de cette force-là.
Mad. Argante.
Qu'entendez-vous avec votre prodige ?
Lisette.
J'entends qu'il faut le plus qu'on peut , mettre la vertu des gens son aise , et que celle d'Ange
lique ne le sera pas sans fatigue.
Mad.
Argante.
Vous avez de sottes idées , Lisette ; les inspi- rez-vous à ma fillers
Lisette.
Oh que non , Madame ; elle les trouvera bien,
sans que je m'en mêle.
Mad, Argante.
Hé pourquoi , de l'humeur dont elle est ,
seroit- elle pas heureuse ?
Lisette,
1
ne
C'est qu'elle ne sera point de l'humeur dont
yous dites ; cette humeur- là n'est nulle part.
Mad. Aviante.
Il faudroit qu'elle l'eût bien difficile , si elle
ne s'accommodoit pas d'un homme qui l'a dorera ,
Lisette.
On adore mal à son âge.
Mad.
2020 MERCURE DE FRANCE
Mad. Argante.
Qui ira audevant de tous ses desirs.
Lisette.
Ils seront donc bien modestes , &c.
>
L'arrivée d'Angelique interrompt la
suite de cette conversation ; ce rôle est
joué par la Dule Sylvia avec une grace et
une intelligence qu'on ne sauroit trop
admirer ; comme c'est un rôle d'Agnés
elle y met une ingenuité qui enchante les
Spectateurs ; et cette ingenuité est accompagnée, coup sur coup, de profondes
révérences qui la caracterisent d'une maniere à n'y reconnoître que la simple nature , quoique ce ne soit pas sans y mettre un art infini. Voici quelques morceaux
de la Scene qui se passe entr'elle et sa mere.
Mad. Argante.
Vous voyez , ma fille , ce que je fais aujour
d'hui pour vous ; ne tenez-vous pas compte
ma tendresse du mariage que je vous procure &
Angelique faisant la réverence.
Je ferai tout ce qui vous plaira , ma mere.
Ma . Argante.
Je vous demande si vous me sçavez gré da
parti
SEPTEMBRE. 1732 2021
parti que je vous donne , &c. allons ; répondez ,
ma fille.
Angelique.
Vous mel'ordonnez donc ?
Mad. Argante.
Qui, sans doute. Voyons ; n'êtes-vous pas satisfaite de votre sort ?
Angelique.
Mais.
Mad. Argante.
Quoi ? mais ! je veux qu'on me réponde raisonnablement ; je m'attendois à votre reconnoissance , et non pas à des mais...
Angelique saluant.
Je n'en dirai plus , ma mere.
Mad. Argante.
Je vous dispense des révérences ; dites-moi ce
que vous pensez.
Ce queje pense
Angelique.
Mad. Argante.
Oui , comment regardez-vous le mariage en
question ?
! Mais,
Angelique.
Mad. Argante.
Toujours des mais !
Am
2022 MERCURE DE FRANCE
Angelique.
Je vous demande pardon ; je n'y songeois pas ,
ma Mere , &c.
Toute cette Scene , qui est à peu près
sur le même ton, fait beaucoup de plaisir ,
tant de la part de l'Auteur , que de l'Actrice. La De Sylvia ne parle pas toujours
avec la même innocence dans le reste de
cette Piéce ; elle est très hardie quand elle
s'entretient avec Lisette , le Lecteur en
pourra aisément juger par ce commencement de Scene.
Lisette.
Eh bien? Mademoiselle , à quoi en êtes - vous ?
Angelique.
J'en suis à m'affliger , comme tu vois,
Lisette.
Qu'avez-vous dit à votre Mere !
Angelique.
Hé tout ce qu'elle a voulu.
4
Lisette.
Vous épouserez donc Monsieur Damis
Angelique.
Moi , l'épouser ! je t'assûre que non c'est
bien assez qu'il m'épouse.
Lisette,
SEPTEMBRE. 1732. 2023
>
Lisette.
Oui mais vous n'en serez pas moins sa femme.
sant "
Angelique.
Hé bien; ma Mere n'a qu'à l'aimer pour nous
deux ; car pour moi je n'aimerai jamais qu'Eraste , &c, c'est lui qui est aimable , qui est complai
et non pas ce Monsieur Damis , que ma
mere a été prendre je ne sçai où , qui feroit bien
mieux d'être mon grand pere , que mon mari ,
qui me glace quand il me parle , et qui m'appelle
toujours ma belle personne , comme si on s'embarassoit beaucoup d'être belle ou laide avec lui ;
au lieu que tout ce que me dit Eraste est si touchant ; on voit que c'est du fond du cœur qu'il parle ; et j'aimerois mieux être sa femme huit
jours , que de l'être toute ma vie de l'autre
&c.
On vient annoncer à Angelique qu'un
Laquais d'Eraste a une Lettre à lui rendrę
de la part de cet Amant si tendrement ai
mé ; elle marque un tendre empressement;
mais son activité éclate bien plus quand
elle voit Eraste même à ses pieds après la
lecture de sa Lettre , &c. Comme cet Extrait commence à devenir un peu trop
long pour une Piéce en un Acte , nous ne
parlerons plus que de ce qui concerne l'action théatrale.
Le faux Damis , pere de Léandre vient
pour
2024 MERCURE DE FRANCE
pour épouser Angelique ; il prie Mad.
Argante de lui permettre un moment
d'entretien avec sa future Epouse. C'est
dans cet entretien qu'Angelique lui avoüc.
avecsa naïveté ordinaire qu'elle ne l'aime,
pas ; il apprend même,qu'elle en aime un
autre , et à la faveur d'un rendez- vous
nocturne , il reconnoît cet Amant aimé
pour son fils. Cette nuit donne lieu à
beaucoup de méprises , qui finissent par
des lumieres que Madame Argante fait
apporter. Le pere se rendant justice , et
d'ailleurs attendri pour son fils , conseille
àMad. Argante de rendre ces deux Amans
heureux , elle y consent. On commence
une Fête que Damis avoit fait préparer
pour lui-même ; il consent qu'elle serve
pour le mariage de son fils avec Angelique ; Lisette est aussi récompensée pour
avoir contribué au mariage d'Eraste ;
Mad: Argante consent qu'elle épouse son
cher Frontin ; la Piéce finit par des Danses et des Divertissemens , dont la Musi
que , qui a été goûtée , est de M. Mouret : voici deux Couplets du Vaudeville
qui termine le Divertissement.
Si mes soins pouvoient t'engager
Me dit un jour le beau Sylvandre,
D'un air tendre
Que
SEPTEMBRE, 1732 2025
Que ferois-tu ? dis-je au Berger?
Il demeura comme un Idole ,
Et ne répondit pas un mot.
Le grand sot !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
L'autre jour à Nicole il prit ,
Une vapeur auprès de Blaise ,
Sur sa chaise :
La pauvre enfant s'évanouit ;
Blaise , pour secourir Nicole ,
Fut chercher du monde aussi- tôt ;
Le nigaut !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
La Dile Roland et le sieur Lelio ont
dansé dans ce Divertissement un Pas de
Deux, composé d'une Loure et d'un Tambourin , avec toute la justesse et la vivacité possible , et ont été généralement ap
plaudis ; cette nouvelle Danseuse est de
plus en plus goûtée du Public.
Marivaux , representée pour la premiere
fois sur le Théatre Italien , le 26 Juilles
1732.
CErre
intrigue.se
Ette intrigue se passe entre Mme Argante , Angelique , sa fille , Lizette ,
sa Suivante , Eraste, Amant d'Angelique,
sous le nom de la Ramée , Damis , pere
d'Eraste est aussi Amant d'Angelique ,
Frontin et Champagne , Valets de Mme Argante et de Damis, La Scene est dans l'Appartement de Mme Argante.
Eraste travesti en Valet commence la
Piece avec Lisette , laquelle veut lui menager un entretien avec Angelique, dont
il est autant aimé qu'il l'aime. Frontin
Valet de Me Argante , arrive et se défie
du prêtendu parantage du faux la Ramée avec Lizette , dont il est amoureux
et le prend sur un ton qui oblige Lisette
à le mettre dans la confidence ; il se charge de l'entrevûë qu'il s'agit de ménager
à Eraste , qui veut parer le mariage qu'on
est prêt à conclure entre son Amante et
le vieux Damis , c'est un nom que le peré d'Eraste a pris pour dérober la connoissance
H
2018 MERCURE DE FRANCE
noissance de son futur Hymen à tout le
monde , et sur tout à son fils , quoiqu'il
ne sçache pas encore qu'il est son Rival
et Rival aimé.
Mme Argante vient ; le faux la Ramée
ne pouvant se retirer sans se rendre suspect , Frontin le fait passer pourun Cousin qui cherche condirion ; Mme Argante
le trouvant bien fait, lui ordonne de rester dans la maison , et lui promet de le
mettre au service de M. Damis. Mme Argante demande à Lisette dans quelles dispositions elle trouve sa fille Angelique ;
Lisette lui répond d'une maniere à ne répondre de rien : voici la fin de la Scene:
entre la Maîtresse et la Suivante..
Md. Argante.
M. Damis est un peu vieux , à la verité ,
mais doux, complaisant , attentif, aimable.
Lisette.
Aimable ! prenez donc garde , Madame ; il a
soixante ans,
Mad. Argante.
Il est bien question de l'âge d'un mari avec une fille élevée comme la mienne.
Lisette.
Oh! s'il n'en est pas question avec Mademoi selle
SEPTEMBRE. 1732. 2619
selle votre fille , il n'y aura guere eu de prodige de cette force-là.
Mad. Argante.
Qu'entendez-vous avec votre prodige ?
Lisette.
J'entends qu'il faut le plus qu'on peut , mettre la vertu des gens son aise , et que celle d'Ange
lique ne le sera pas sans fatigue.
Mad.
Argante.
Vous avez de sottes idées , Lisette ; les inspi- rez-vous à ma fillers
Lisette.
Oh que non , Madame ; elle les trouvera bien,
sans que je m'en mêle.
Mad, Argante.
Hé pourquoi , de l'humeur dont elle est ,
seroit- elle pas heureuse ?
Lisette,
1
ne
C'est qu'elle ne sera point de l'humeur dont
yous dites ; cette humeur- là n'est nulle part.
Mad. Aviante.
Il faudroit qu'elle l'eût bien difficile , si elle
ne s'accommodoit pas d'un homme qui l'a dorera ,
Lisette.
On adore mal à son âge.
Mad.
2020 MERCURE DE FRANCE
Mad. Argante.
Qui ira audevant de tous ses desirs.
Lisette.
Ils seront donc bien modestes , &c.
>
L'arrivée d'Angelique interrompt la
suite de cette conversation ; ce rôle est
joué par la Dule Sylvia avec une grace et
une intelligence qu'on ne sauroit trop
admirer ; comme c'est un rôle d'Agnés
elle y met une ingenuité qui enchante les
Spectateurs ; et cette ingenuité est accompagnée, coup sur coup, de profondes
révérences qui la caracterisent d'une maniere à n'y reconnoître que la simple nature , quoique ce ne soit pas sans y mettre un art infini. Voici quelques morceaux
de la Scene qui se passe entr'elle et sa mere.
Mad. Argante.
Vous voyez , ma fille , ce que je fais aujour
d'hui pour vous ; ne tenez-vous pas compte
ma tendresse du mariage que je vous procure &
Angelique faisant la réverence.
Je ferai tout ce qui vous plaira , ma mere.
Ma . Argante.
Je vous demande si vous me sçavez gré da
parti
SEPTEMBRE. 1732 2021
parti que je vous donne , &c. allons ; répondez ,
ma fille.
Angelique.
Vous mel'ordonnez donc ?
Mad. Argante.
Qui, sans doute. Voyons ; n'êtes-vous pas satisfaite de votre sort ?
Angelique.
Mais.
Mad. Argante.
Quoi ? mais ! je veux qu'on me réponde raisonnablement ; je m'attendois à votre reconnoissance , et non pas à des mais...
Angelique saluant.
Je n'en dirai plus , ma mere.
Mad. Argante.
Je vous dispense des révérences ; dites-moi ce
que vous pensez.
Ce queje pense
Angelique.
Mad. Argante.
Oui , comment regardez-vous le mariage en
question ?
! Mais,
Angelique.
Mad. Argante.
Toujours des mais !
Am
2022 MERCURE DE FRANCE
Angelique.
Je vous demande pardon ; je n'y songeois pas ,
ma Mere , &c.
Toute cette Scene , qui est à peu près
sur le même ton, fait beaucoup de plaisir ,
tant de la part de l'Auteur , que de l'Actrice. La De Sylvia ne parle pas toujours
avec la même innocence dans le reste de
cette Piéce ; elle est très hardie quand elle
s'entretient avec Lisette , le Lecteur en
pourra aisément juger par ce commencement de Scene.
Lisette.
Eh bien? Mademoiselle , à quoi en êtes - vous ?
Angelique.
J'en suis à m'affliger , comme tu vois,
Lisette.
Qu'avez-vous dit à votre Mere !
Angelique.
Hé tout ce qu'elle a voulu.
4
Lisette.
Vous épouserez donc Monsieur Damis
Angelique.
Moi , l'épouser ! je t'assûre que non c'est
bien assez qu'il m'épouse.
Lisette,
SEPTEMBRE. 1732. 2023
>
Lisette.
Oui mais vous n'en serez pas moins sa femme.
sant "
Angelique.
Hé bien; ma Mere n'a qu'à l'aimer pour nous
deux ; car pour moi je n'aimerai jamais qu'Eraste , &c, c'est lui qui est aimable , qui est complai
et non pas ce Monsieur Damis , que ma
mere a été prendre je ne sçai où , qui feroit bien
mieux d'être mon grand pere , que mon mari ,
qui me glace quand il me parle , et qui m'appelle
toujours ma belle personne , comme si on s'embarassoit beaucoup d'être belle ou laide avec lui ;
au lieu que tout ce que me dit Eraste est si touchant ; on voit que c'est du fond du cœur qu'il parle ; et j'aimerois mieux être sa femme huit
jours , que de l'être toute ma vie de l'autre
&c.
On vient annoncer à Angelique qu'un
Laquais d'Eraste a une Lettre à lui rendrę
de la part de cet Amant si tendrement ai
mé ; elle marque un tendre empressement;
mais son activité éclate bien plus quand
elle voit Eraste même à ses pieds après la
lecture de sa Lettre , &c. Comme cet Extrait commence à devenir un peu trop
long pour une Piéce en un Acte , nous ne
parlerons plus que de ce qui concerne l'action théatrale.
Le faux Damis , pere de Léandre vient
pour
2024 MERCURE DE FRANCE
pour épouser Angelique ; il prie Mad.
Argante de lui permettre un moment
d'entretien avec sa future Epouse. C'est
dans cet entretien qu'Angelique lui avoüc.
avecsa naïveté ordinaire qu'elle ne l'aime,
pas ; il apprend même,qu'elle en aime un
autre , et à la faveur d'un rendez- vous
nocturne , il reconnoît cet Amant aimé
pour son fils. Cette nuit donne lieu à
beaucoup de méprises , qui finissent par
des lumieres que Madame Argante fait
apporter. Le pere se rendant justice , et
d'ailleurs attendri pour son fils , conseille
àMad. Argante de rendre ces deux Amans
heureux , elle y consent. On commence
une Fête que Damis avoit fait préparer
pour lui-même ; il consent qu'elle serve
pour le mariage de son fils avec Angelique ; Lisette est aussi récompensée pour
avoir contribué au mariage d'Eraste ;
Mad: Argante consent qu'elle épouse son
cher Frontin ; la Piéce finit par des Danses et des Divertissemens , dont la Musi
que , qui a été goûtée , est de M. Mouret : voici deux Couplets du Vaudeville
qui termine le Divertissement.
Si mes soins pouvoient t'engager
Me dit un jour le beau Sylvandre,
D'un air tendre
Que
SEPTEMBRE, 1732 2025
Que ferois-tu ? dis-je au Berger?
Il demeura comme un Idole ,
Et ne répondit pas un mot.
Le grand sot !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
L'autre jour à Nicole il prit ,
Une vapeur auprès de Blaise ,
Sur sa chaise :
La pauvre enfant s'évanouit ;
Blaise , pour secourir Nicole ,
Fut chercher du monde aussi- tôt ;
Le nigaut !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
La Dile Roland et le sieur Lelio ont
dansé dans ce Divertissement un Pas de
Deux, composé d'une Loure et d'un Tambourin , avec toute la justesse et la vivacité possible , et ont été généralement ap
plaudis ; cette nouvelle Danseuse est de
plus en plus goûtée du Public.
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Résumé : EXTRAIT de l'Ecole des Meres, Comédie en Prose, en un Acte, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois sur le Théatre Italien. le 26 Juillet 1732.
L'intrigue de 'L'École des Mères' de Marivaux se déroule dans l'appartement de Mme Argante, impliquant plusieurs personnages clés : Mme Argante, Angelique, sa fille, Lizette, la suivante d'Angelique, Eraste, l'amant d'Angelique déguisé en valet sous le nom de la Ramée, et Damis, le père d'Eraste également amoureux d'Angelique sous un faux nom. Frontin et Champagne, valets respectifs de Mme Argante et de Damis, jouent également des rôles importants. Eraste, déguisé, cherche à rencontrer Angelique avec l'aide de Lizette. Frontin découvre la supercherie et aide Eraste à organiser une entrevue. Eraste souhaite empêcher le mariage entre Angelique et Damis, qui se fait passer pour un homme plus jeune. Mme Argante arrive et prend Eraste pour un cousin, décidé de le garder à son service. Une conversation entre Mme Argante et Lizette révèle les réticences d'Angelique à épouser Damis en raison de son âge. Angelique exprime son amour pour Eraste et son refus d'épouser Damis. Damis, sous son faux nom, demande à rencontrer Angelique et découvre qu'elle aime Eraste. Lors d'un rendez-vous nocturne, il reconnaît Eraste comme son fils. Après des malentendus, Mme Argante accepte de rendre les deux amants heureux. La pièce se termine par une fête où Eraste et Angelique se marient, et Lizette épouse Frontin. La musique et les danses concluent la pièce.
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3
p. 1201-1210
LE RENDEZ-VOUS, ou l'Amour Supposé, Comédie, en un Acte, représentée au Théatre François avec beaucoup de succès, le 27. May. Extrait.
Début :
ACTEURS. Lucile, jeune veuve. La Dlle Gaussin. Valere, Le [...]
Mots clefs :
Rendez-vous, Lucile, Valère, Lisette, Crispin, Amour, Départ, Succès, Entendre
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texteReconnaissance textuelle : LE RENDEZ-VOUS, ou l'Amour Supposé, Comédie, en un Acte, représentée au Théatre François avec beaucoup de succès, le 27. May. Extrait.
LE RENDEZ -VOUS , ou l'Amour
Supposé , Comédie , en un Acte , représentée
au Théatre François avec beaucoup
de succès , le 27. May. Exttait.
·
ACTEURS.
Lucile , jeune veuve.
Valere
و
La Dlle Gaussin.
Le sieur Dufresne.
Lisette , Suivante de Lucile , La Dlle Quinauit
,
Crispin , Valet de Valere, Le sieur Poisson ,
M. Jacquemin , Sous - Fermier , amoureux
, & c. Le sieur Lathorilliere.
Charlot , Jardinier de Lucile , Le sieur
de Montmesnil.
La Scene est dans une Ville de Bretagne
et le Théatre représente l'Avenuë d'un
Château.
Valere et Lucile , qui sont les principaux
Personnages de cette Piece , viennent
de terminer un Procès , auquel un
Testament qui les nommoit , l'un héritier
, et l'autre Légataire , avoit donné
lieu . Valere est sur le point de partir
de Bretagne pour s'en retourner à
Paris ; ce prompt départ n'est pas au
gré de Crispin , non plus que de Lisette
; ils s'aiment et voudroient bien n'ê
I. Vol.
tre
1202 MERCURE DE FRANCE
tre pas séparez. C'est ici que l'action
theatrale commence ; ils ont imaginé
une ruse dont le succès est fondé
sur cette maxime : aimez et vous serez
aimé ; en effet , à peine Crispin a- t'il fait
croire à Valere que Lucile l'aime , que
la reconnoissance prépare son coeur à l'amour
; il en est de même de Lucile , à qui
Lisette fait entendre que Valere l'adore ,
sans avoir jamais osé le lui déclarer . Crispin
dit à son Maître que Lucile doit se
promener ce soir dans le Jardin , dans
P'esperance de l'y trouver et de le voir
du moins pour quelques momens avant
un départ qui doit lui donner la mort.
Voici les propres termes de Crispin :
Sous cet épais feuillage ,
Cette Beauté cedant à l'amour qui l'engage ,
Comme pour prendre l'air , doit se trouver ce
soir ;
Avant votre départ , elle voudroit vous voir ;
On m'a sollicité pour vous le faire entendre ,
Si donc , ce soir aussi, vous vouliez vous y ren
dre ,
Notre Veuve discrette , aux yeux de son vainqueur
,
Exposeroit le feu qu'elle cache en son coeur ,
Sans causer de scandale et sans qu'on en murmure.
I. Vol. Valere
JUIN. 1733. 1203
Valere donne dans le piége ; Crispin
lui a déja fait entendre que Lucile a
donné des indices plus sûrs de l'amour
secret qu'elle a pour lui et dont Lisette
lui a fait confidence ; il lui a appris que
Lucile n'avoit pû soutenir la funeste
nouvelle de son départ , et qu'elle étoit
tombée en pamoison entre les bras de sa
Suivante.Cet adroit mensonge ne le laisse
point douter qu'il ne soit éperdument
aimé ; mais son amour propre le lui
suade bien mieux , comme Crispin le fait
connoître par ce petit Monologue.
per-
Le mensonge est lâché ; courage , il croit qu'on
l'aime ;
La bonne opinion et l'amour de soi - même ,
Chez lui seront encore , à ce que je conçoi ,
Et meilleurs Orateurs et plus fourbes que moi.'
Lisette joie à peu près le même côle
auprès de sa Maîtresse ; elle lui dit , nonseulement
qu'elle est adorée de Valere ,
mais qu'elle est surprise qu'elle ne s'en
soit pas apperçuë . Elle lui parle entre autres
choses d'une Lettre de Valere qu'elle
a trouvée sur sa Toilette , et qui , ditelle
, sous des termes ordinaires , cache
adroitement une déclaration d'amour
dans toutes les formes ; cette Lettre déją
lûë par Lisette , autorise le Commentaire
1. Vol. in1204
MERCURE DE FRANCE
ingénieux qu'elle semble en faire sur le
champ, et qui ne seroit pas si vrai- semblable
, s'il n'avoit été étudié à loisir ; voila
donc nos deuxAmans disposez à se trouver
au rendez -vous imaginé par leurs Domesti
ques ; Lucile y résiste d'abord , mais Lisette
tranche toutes les difficultez par
ce Vers :
Enfin que voulez- vous ? j'ai donné ma parole,
Ce qui confirme Lucile dans l'opinion
qu'elle est aimée de Valere , c'est là brusque
incartade que lui vient faire M. Jac
quemin , Sous- Fermier et l'un de ses soupirans
, à qui , par une nouvelle fourberie
, Crispin à fait entendre que son
Maître est son Rival . Jacquemin éclate
contre Lucile et retire la parole qu'il
lui avoit donnée de l'épouser .
Crispin et Lisette s'applaudissent déja
d'un plein succès , mais par malheur ils
ont été entendus de Charlot , Amoureux
de Lisette , qui pour se venger de la préference
qu'elle donne à Crispin , veut
observer de plus près ce complot , dont
il n'a encore qu'une legere connoissance
, et en empêcher la réussite .
Valere se trouve le premier au prétendu
rendez - vous , accompagné de Crispin
; Lucile ne tarde pas d'y venir , sui-
I. Vel.
vie
JUIN. 1733. 1205
vie de Lisette. Cette Scene , est sans contredit
, neuve et charmante ; ce qui nous
engage à en inserer ici quelques fragmens.
Valere à Lucile.
Puis qu'un hazard heureux auprès de vous me
guide ,
Avant que de partir , Madame , il m'est bien
doux ,
De pouvoir librement prendre congé de vous.
Lucile.
Vous partez donc , Valere
Helas !
Crispin.
Il le faut bien , Madame ;
Lisette.
Crispin.
Tais-toi , Lisette , où je vais rendre l'ame.
Valere.
Je l'avouerai pourtant , si , contre mon espoir ,
En ce dernier moment je pouvois entrevoir ,
Un destin trop flateur pour moi , trop favo
rable ,
L'Arrêt de mon départ n'est point irrévocable,
Lucile.
Quel sort attendez - vous ? quand on n'ose parler,
Quand l'amour avec art prend soin de se voiler ,
Ses feux sont étouffez par l'extrême prudence ,
I. Vol. Et
1207 MERCURE DE FRANCE
Et l'on est quelquefois victime du silence.
Valere.
Ah ! lorsque cent raisons nous forcent de cou
vrir ,
Un penchant dont le coeur se plaît à se nourrir ,
Dans un objet épris tout en rend témoignage ;
Il est pour s'exprimer, il est plus d'un langage ;
Un regard , un soupir , au défaut de la voix
Ont souvent malgré nous déclaré notre choix.
Oui , madame , les yeux les yeux révelent le mystere , & c.
"
>
A ce dernier Vers prononcé passionné
ment , Crispin baise la main de Lucile
qui croit que c'est Valere même à qui
l'excès de sa passion a fait prendre cette
liberté ; le reproche qu'elle lui en fait est
conçû en des termes qui lui font croire
qu'elle l'y invite elle même ; il lui baisë
la main avec transport , en disant :
Ah ! que m'accordez- vous !
à part.
Quelle aimable franchise !
Je n'en sçaurois douter , elle m'aime éperdument.
Il la presse de prononcer sur son départ
; comme elle ne répond rien , il veut
se retirer ; mais Lisette le retient secrettement
; il croit que c'est Lucile mê
me qui s'oppose à son départ , et ce qui
I. Vol. Ty
JUI N.
1733. 1207
l'y confirme , c'est que Lucile lui dit dans
le moment.
Pourquoi donc vous livrer à tant de défiance?
Ah ! concevez plutôt une juste esperance , &c.
Jusques- là Crispin et Lisette chantent
victoire ; mais Charlot qui a tout entendu
sans être apperçû , les fait bientôt déchanter.
Cette nouvelle Scene est toutà
-fait comique ; Crispin et Lisette s'efforcent
de fermer la bouche à Charlot ;
mais il ne laisse pas de jaser et de dire
à Valere et à Lucile ;
Vous ne vous aimez pas , je vous en avertis ;
Valere,
Il a bu surement,
Charlot,
Non , morgué, je le dis
Vous n'avez nullement d'amiquié . l'un pous
l'autre ;
C'est cette fine mouche avec ce bon Apotre ,
Qui vous laissont tous deux donner dans le pa¬
niau ;
Tout votre bel amour n'est que dans leur cer
yiau ;
Ils avont à par eux manigancé la chose ,
Et si vous vous aimez , j'en devine la cause ;
I. Vol.
11
108 MERCURE DE FRANCE
•
Il faut qu'ils soient sorciez comme des bas Normands
,
Et sçachiont un secret pour faire aimer les
.gens.
Valere et Lucile ne doutent point que
Charlot ne soit yvre ; 'on le chasse : Lisette
ajoute à ce soupçon d'yvresse un
autre motif , et dit :
Non , Madame , voici la vérité du fait ;
Charlot m'aime , et Crispin lui donne de l'ombrage
;
La peur qu'il a , je crois que Monsieur ne s'enj
gage
Par estime pour vous , à séjourner icy ,
Sans rime et sans raison , le fait parler ainsi.
Crispin et Lisette sont à peine sortis de
la premiere allarme que Charlot leur a
donnée , qu'ils retombent dans une seconde
, dont ils désesperent de pouvoir
se tirer.
Valere demande à Lucile si elle est toutà
- fait remise de l'indisposition qu'elle a
euë le jour précédent Lucile fort étonnée
, lui répond qu'elle n'a nullement
été indisposée ; elle lui parle à son tour
de la Lettre énigmatique que Lisette a si
joliment commentée.
Valere lui répond qu'il ne sçait ce que
c'est que cette Lettre , il ajoute :
I. Vol. Jc
JUIN.
1209 1733
Je n'ai point eu , je croi , l'honneur de vous
écrire
,
Si ce n'est quatre mots , quand vous me fîtes
dire ,
Que sur nos différens vous vouliez terminer ;
Mon Procureur dicta , je ne fis que signer.
7
Cette double explication déconcerte
entierement Crispin et Lisette ; Valere
outré de colere contre Crispin , lui jure
de lui faire payer cher son mensonge ;
Lucile en promet autant à Lisette ; pour
surcroit de malheur M.Jacquemin , désabusé
par Charlot , fait dire à Lucile qu'il
viendra la voir pour faire sa paix avec
elle.Lucile répond froidement au Laquais
de M. Jacquemin ;
Dis lui que rien ne presse et que je len tiens
quitte.
lere
Cette froide réponse fait esperer à Vaque
la feinte pourroit bien devenir
ane vérité , comme il le souhaite. Il coninue
à lui parler d'amour ; elle l'écoute
vec plaisir ; il pardonne à Crispin , elle
ait grace à Lisette ; et le rendez - vous a
out le succès que le Valet et la Suivante
uroient pû esperer.
Cette Piece a paruë tres - jolie , et a fait
ouhaiter au public que M, Fagan, qui en
I. Vol. est
210 MERCURE DE FRANCE
est l'Auteur , continuât à lui faire part de
ses productions. Au reste les Acteurs s'y
sont tous distinguez par leur maniere de
joier.
Supposé , Comédie , en un Acte , représentée
au Théatre François avec beaucoup
de succès , le 27. May. Exttait.
·
ACTEURS.
Lucile , jeune veuve.
Valere
و
La Dlle Gaussin.
Le sieur Dufresne.
Lisette , Suivante de Lucile , La Dlle Quinauit
,
Crispin , Valet de Valere, Le sieur Poisson ,
M. Jacquemin , Sous - Fermier , amoureux
, & c. Le sieur Lathorilliere.
Charlot , Jardinier de Lucile , Le sieur
de Montmesnil.
La Scene est dans une Ville de Bretagne
et le Théatre représente l'Avenuë d'un
Château.
Valere et Lucile , qui sont les principaux
Personnages de cette Piece , viennent
de terminer un Procès , auquel un
Testament qui les nommoit , l'un héritier
, et l'autre Légataire , avoit donné
lieu . Valere est sur le point de partir
de Bretagne pour s'en retourner à
Paris ; ce prompt départ n'est pas au
gré de Crispin , non plus que de Lisette
; ils s'aiment et voudroient bien n'ê
I. Vol.
tre
1202 MERCURE DE FRANCE
tre pas séparez. C'est ici que l'action
theatrale commence ; ils ont imaginé
une ruse dont le succès est fondé
sur cette maxime : aimez et vous serez
aimé ; en effet , à peine Crispin a- t'il fait
croire à Valere que Lucile l'aime , que
la reconnoissance prépare son coeur à l'amour
; il en est de même de Lucile , à qui
Lisette fait entendre que Valere l'adore ,
sans avoir jamais osé le lui déclarer . Crispin
dit à son Maître que Lucile doit se
promener ce soir dans le Jardin , dans
P'esperance de l'y trouver et de le voir
du moins pour quelques momens avant
un départ qui doit lui donner la mort.
Voici les propres termes de Crispin :
Sous cet épais feuillage ,
Cette Beauté cedant à l'amour qui l'engage ,
Comme pour prendre l'air , doit se trouver ce
soir ;
Avant votre départ , elle voudroit vous voir ;
On m'a sollicité pour vous le faire entendre ,
Si donc , ce soir aussi, vous vouliez vous y ren
dre ,
Notre Veuve discrette , aux yeux de son vainqueur
,
Exposeroit le feu qu'elle cache en son coeur ,
Sans causer de scandale et sans qu'on en murmure.
I. Vol. Valere
JUIN. 1733. 1203
Valere donne dans le piége ; Crispin
lui a déja fait entendre que Lucile a
donné des indices plus sûrs de l'amour
secret qu'elle a pour lui et dont Lisette
lui a fait confidence ; il lui a appris que
Lucile n'avoit pû soutenir la funeste
nouvelle de son départ , et qu'elle étoit
tombée en pamoison entre les bras de sa
Suivante.Cet adroit mensonge ne le laisse
point douter qu'il ne soit éperdument
aimé ; mais son amour propre le lui
suade bien mieux , comme Crispin le fait
connoître par ce petit Monologue.
per-
Le mensonge est lâché ; courage , il croit qu'on
l'aime ;
La bonne opinion et l'amour de soi - même ,
Chez lui seront encore , à ce que je conçoi ,
Et meilleurs Orateurs et plus fourbes que moi.'
Lisette joie à peu près le même côle
auprès de sa Maîtresse ; elle lui dit , nonseulement
qu'elle est adorée de Valere ,
mais qu'elle est surprise qu'elle ne s'en
soit pas apperçuë . Elle lui parle entre autres
choses d'une Lettre de Valere qu'elle
a trouvée sur sa Toilette , et qui , ditelle
, sous des termes ordinaires , cache
adroitement une déclaration d'amour
dans toutes les formes ; cette Lettre déją
lûë par Lisette , autorise le Commentaire
1. Vol. in1204
MERCURE DE FRANCE
ingénieux qu'elle semble en faire sur le
champ, et qui ne seroit pas si vrai- semblable
, s'il n'avoit été étudié à loisir ; voila
donc nos deuxAmans disposez à se trouver
au rendez -vous imaginé par leurs Domesti
ques ; Lucile y résiste d'abord , mais Lisette
tranche toutes les difficultez par
ce Vers :
Enfin que voulez- vous ? j'ai donné ma parole,
Ce qui confirme Lucile dans l'opinion
qu'elle est aimée de Valere , c'est là brusque
incartade que lui vient faire M. Jac
quemin , Sous- Fermier et l'un de ses soupirans
, à qui , par une nouvelle fourberie
, Crispin à fait entendre que son
Maître est son Rival . Jacquemin éclate
contre Lucile et retire la parole qu'il
lui avoit donnée de l'épouser .
Crispin et Lisette s'applaudissent déja
d'un plein succès , mais par malheur ils
ont été entendus de Charlot , Amoureux
de Lisette , qui pour se venger de la préference
qu'elle donne à Crispin , veut
observer de plus près ce complot , dont
il n'a encore qu'une legere connoissance
, et en empêcher la réussite .
Valere se trouve le premier au prétendu
rendez - vous , accompagné de Crispin
; Lucile ne tarde pas d'y venir , sui-
I. Vel.
vie
JUIN. 1733. 1205
vie de Lisette. Cette Scene , est sans contredit
, neuve et charmante ; ce qui nous
engage à en inserer ici quelques fragmens.
Valere à Lucile.
Puis qu'un hazard heureux auprès de vous me
guide ,
Avant que de partir , Madame , il m'est bien
doux ,
De pouvoir librement prendre congé de vous.
Lucile.
Vous partez donc , Valere
Helas !
Crispin.
Il le faut bien , Madame ;
Lisette.
Crispin.
Tais-toi , Lisette , où je vais rendre l'ame.
Valere.
Je l'avouerai pourtant , si , contre mon espoir ,
En ce dernier moment je pouvois entrevoir ,
Un destin trop flateur pour moi , trop favo
rable ,
L'Arrêt de mon départ n'est point irrévocable,
Lucile.
Quel sort attendez - vous ? quand on n'ose parler,
Quand l'amour avec art prend soin de se voiler ,
Ses feux sont étouffez par l'extrême prudence ,
I. Vol. Et
1207 MERCURE DE FRANCE
Et l'on est quelquefois victime du silence.
Valere.
Ah ! lorsque cent raisons nous forcent de cou
vrir ,
Un penchant dont le coeur se plaît à se nourrir ,
Dans un objet épris tout en rend témoignage ;
Il est pour s'exprimer, il est plus d'un langage ;
Un regard , un soupir , au défaut de la voix
Ont souvent malgré nous déclaré notre choix.
Oui , madame , les yeux les yeux révelent le mystere , & c.
"
>
A ce dernier Vers prononcé passionné
ment , Crispin baise la main de Lucile
qui croit que c'est Valere même à qui
l'excès de sa passion a fait prendre cette
liberté ; le reproche qu'elle lui en fait est
conçû en des termes qui lui font croire
qu'elle l'y invite elle même ; il lui baisë
la main avec transport , en disant :
Ah ! que m'accordez- vous !
à part.
Quelle aimable franchise !
Je n'en sçaurois douter , elle m'aime éperdument.
Il la presse de prononcer sur son départ
; comme elle ne répond rien , il veut
se retirer ; mais Lisette le retient secrettement
; il croit que c'est Lucile mê
me qui s'oppose à son départ , et ce qui
I. Vol. Ty
JUI N.
1733. 1207
l'y confirme , c'est que Lucile lui dit dans
le moment.
Pourquoi donc vous livrer à tant de défiance?
Ah ! concevez plutôt une juste esperance , &c.
Jusques- là Crispin et Lisette chantent
victoire ; mais Charlot qui a tout entendu
sans être apperçû , les fait bientôt déchanter.
Cette nouvelle Scene est toutà
-fait comique ; Crispin et Lisette s'efforcent
de fermer la bouche à Charlot ;
mais il ne laisse pas de jaser et de dire
à Valere et à Lucile ;
Vous ne vous aimez pas , je vous en avertis ;
Valere,
Il a bu surement,
Charlot,
Non , morgué, je le dis
Vous n'avez nullement d'amiquié . l'un pous
l'autre ;
C'est cette fine mouche avec ce bon Apotre ,
Qui vous laissont tous deux donner dans le pa¬
niau ;
Tout votre bel amour n'est que dans leur cer
yiau ;
Ils avont à par eux manigancé la chose ,
Et si vous vous aimez , j'en devine la cause ;
I. Vol.
11
108 MERCURE DE FRANCE
•
Il faut qu'ils soient sorciez comme des bas Normands
,
Et sçachiont un secret pour faire aimer les
.gens.
Valere et Lucile ne doutent point que
Charlot ne soit yvre ; 'on le chasse : Lisette
ajoute à ce soupçon d'yvresse un
autre motif , et dit :
Non , Madame , voici la vérité du fait ;
Charlot m'aime , et Crispin lui donne de l'ombrage
;
La peur qu'il a , je crois que Monsieur ne s'enj
gage
Par estime pour vous , à séjourner icy ,
Sans rime et sans raison , le fait parler ainsi.
Crispin et Lisette sont à peine sortis de
la premiere allarme que Charlot leur a
donnée , qu'ils retombent dans une seconde
, dont ils désesperent de pouvoir
se tirer.
Valere demande à Lucile si elle est toutà
- fait remise de l'indisposition qu'elle a
euë le jour précédent Lucile fort étonnée
, lui répond qu'elle n'a nullement
été indisposée ; elle lui parle à son tour
de la Lettre énigmatique que Lisette a si
joliment commentée.
Valere lui répond qu'il ne sçait ce que
c'est que cette Lettre , il ajoute :
I. Vol. Jc
JUIN.
1209 1733
Je n'ai point eu , je croi , l'honneur de vous
écrire
,
Si ce n'est quatre mots , quand vous me fîtes
dire ,
Que sur nos différens vous vouliez terminer ;
Mon Procureur dicta , je ne fis que signer.
7
Cette double explication déconcerte
entierement Crispin et Lisette ; Valere
outré de colere contre Crispin , lui jure
de lui faire payer cher son mensonge ;
Lucile en promet autant à Lisette ; pour
surcroit de malheur M.Jacquemin , désabusé
par Charlot , fait dire à Lucile qu'il
viendra la voir pour faire sa paix avec
elle.Lucile répond froidement au Laquais
de M. Jacquemin ;
Dis lui que rien ne presse et que je len tiens
quitte.
lere
Cette froide réponse fait esperer à Vaque
la feinte pourroit bien devenir
ane vérité , comme il le souhaite. Il coninue
à lui parler d'amour ; elle l'écoute
vec plaisir ; il pardonne à Crispin , elle
ait grace à Lisette ; et le rendez - vous a
out le succès que le Valet et la Suivante
uroient pû esperer.
Cette Piece a paruë tres - jolie , et a fait
ouhaiter au public que M, Fagan, qui en
I. Vol. est
210 MERCURE DE FRANCE
est l'Auteur , continuât à lui faire part de
ses productions. Au reste les Acteurs s'y
sont tous distinguez par leur maniere de
joier.
Fermer
Résumé : LE RENDEZ-VOUS, ou l'Amour Supposé, Comédie, en un Acte, représentée au Théatre François avec beaucoup de succès, le 27. May. Extrait.
La pièce 'LE RENDEZ-VOUS, ou l'Amour' est une comédie en un acte représentée avec succès le 27 mai. L'action se déroule dans une ville de Bretagne et met en scène plusieurs personnages, dont Lucile, une jeune veuve, et Valere, son héritier. Après un procès lié à un testament, Valere s'apprête à partir pour Paris, ce qui attriste ses serviteurs, Crispin et Lisette, qui sont amoureux l'un de l'autre et ne veulent pas être séparés. Crispin et Lisette élaborent un plan pour réunir Lucile et Valere, en leur faisant croire mutuellement qu'ils sont aimés. Crispin convainc Valere que Lucile l'aime secrètement et l'invite à un rendez-vous dans le jardin. De même, Lisette persuade Lucile que Valere l'adore. Lucile résiste d'abord, mais accepte après que Lisette lui montre une lettre prétendument écrite par Valere. Au rendez-vous, Valere et Lucile se retrouvent et échangent des mots tendres. Cependant, Charlot, le jardinier amoureux de Lisette, révèle la supercherie. Valere et Lucile découvrent la vérité et sont furieux contre leurs serviteurs. Jacquemin, un soupirant de Lucile, désabusé par Charlot, tente de se réconcilier avec Lucile, mais elle reste froide. Finalement, Valere et Lucile pardonnent à leurs serviteurs et la pièce se termine sur une note positive. La pièce a été bien accueillie par le public et les acteurs ont été salués pour leur performance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 142-147
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Début :
La Scene de cette Piece est dans le Château d'un Comte ; Lucas, Jardinier [...]
Mots clefs :
Isabelle, Lisette, Comte, Éraste, Château, Père, Frontin, Comédie, Jardinier, Valet, Mariage, Campagne, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne,
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
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Résumé : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
L'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé, est une pièce de théâtre dont l'action se déroule dans le château d'un comte. Lucas, le jardinier, et Lisette, la suivante d'Isabelle, la fille unique du comte, discutent d'un jeune cavalier rôdant autour du château. Lucas révèle que le valet de ce cavalier a montré une grande générosité. Lisette traite ce valet d'animal. Ils se retirent en entendant du bruit. Eraste, le cavalier en question, et son valet Frontin apparaissent ensuite. Eraste est un fils de famille qui s'est enfui de chez lui après avoir volé trois cents louis à son père pour éviter un mariage arrangé. Frontin conseille à Eraste de retourner à Paris, où son père est prêt à le pardonner. Eraste refuse, car il est amoureux d'une personne qu'il croit habiter le château. Il souhaite se faire passer pour un comédien de campagne pour s'introduire dans le château. Frontin accepte finalement de jouer le rôle de comédien, malgré ses réserves. Ils discutent de la comédie, que Frontin défend comme une forme d'art éducative et moralisatrice. Isabelle et Lisette discutent ensuite du cavalier. Lisette devine qu'Isabelle est amoureuse de lui et utilise une ruse pour le découvrir. Isabelle finit par avouer son attirance pour le cavalier. Elles sont interrompues par l'arrivée du comte et de la comtesse. Eraste et Frontin jouent une scène de comédie devant le comte et sa famille, intitulée 'l'Amant déguisé'. Le comte est satisfait et les invite à rester quelques jours. Eraste profite de l'occasion pour déclarer son amour à Isabelle, qui accepte après qu'il lui révèle sa condition sociale. Leur joie est interrompue par le jardinier, qui annonce l'arrivée d'un homme parlant de mariage. Isabelle craint d'être séparée de son amant, mais Eraste la rassure. Le dénouement révèle que l'homme en question est le père d'Eraste. Père et fils sont surpris de se retrouver. Le père consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle, un projet qu'il avait déjà envisagé avec le comte.
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