Une fort aimable fille, auſſi
ſpirituelle que bien faite , de- meurant à Paris , apres avoir paſſeſes premieres années en Gaſcogne, attendoit avec plus
90 LE MERCURE de naiſſance que de fortune,ce qu'il plairoit au Ciel d'ordon- ner de ſa deftinée. Un galant
homme dont le bien répondoit à d'autres qualitez fort
eftimables , la vit par rencontrechez une Dame,amie commune de tous lesdeux.Elle luy parut enjoüée, pleine de viva- cité , d'un entretien agreable ,
&il trouva fur tout que fon accent de Province donnoit
une grace merveilleuſe aux moindres choses qu'elle diſoit.
Il la regarda, luy parla, l'écou- ta;&le plaifir qu'il prit à cette premiere entreveuë , luy en ayant fait fouhaiter une ſecon- de, il ne luy fut pas difficile d'en trouver l'occaſion. La Bel
le alloit ſouvent chez la Dame
qu'il connoiffoit. Ils estoient
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fortis fort contens l'un de l'autre ſans s'en rien dire , & c'étoit affez pour leur faire pren- dreſoindu rendez- vous.Trois
mois ſe paſſerent à ſe voir de
cette forte. Ils devinoient&ne
ſe diſoient point la cauſe de leur frequente rencontre.C'étoit le hazard en apparence, &
lear volonté en effet. La Belle
continuoit toûjours à eſtre en joüée , l'Amant à luy applau- dir; force parties de S. Clou &
d'Opera , mais ce n'eſtoit que voir l'Opera & faire des pro- menades à S. Clou ; grande complaiſance , & point dede- claration.Celan'avançoitpoint les affaires , &la Belle ne iça- voit que penſer deſon Amanr.
Elle avoit beau luy paroiſtre toute aimable, il eſtoit charmé
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de ſon humeur, loioit ſon accent Gaſcon & ne ſe haſtoit
point de parler François.Enfin Theureux moment arriva. Ils
eftoient tous deux chez leur
Amieson yliſoit la Gazette de Hollande, &ellemarquoit en- tre autres choſes ſur l'Article
de Paris, que M. le ** avoit é- pouféMademoiſellede **. Le joly endroit , dit alors cette agreable Perſonne avec ſon
enjoüementordinaire ! lecroy que je ne ſerois point faſchée de voir mon Nomdans un Article pareil à celuy cy. L'A- mant commençoit à ſe laiſſer
vaincre par l'eſtoile. Grande aſſurancede ſa part qu'elle n'a- voit qu'à luy donner l'ordre ,
&qu'elle auroit fatisfaction.
Mais, ajoûta-t'elle , il vous en
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couſteroit de l'argent, &ie ne voudrois pas engager les gens àunedépense qui ne tournaſt point à leur avantage. Autre afſurance qu'il ne tiendroit
qu'à elle que l'argent ne fuft employé pour luy. La belle le regarda; &de cet accent qui avoit accouſtumé de le charmer : Expliquez vous, luydit- elle : ſi vous me parlez pour vous divertir , ie vay vous ré- pondre ; si c'eſt ſerieuſement,
mon Pere vous répondra.
L'Amant acheva d'eſtre vaincu, il fit la reverence,alla trou- ver lePere, la luydemandaſans s'informer de la ſuite , dreſſa
des Articles fort avantageux pour la Belle, &l'épouſa qua- tre iours apres . Cent perſon- nes de qualité ont eſté de la
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nopce , &c'eſt le premierMa- riage qui ſe ſoit fait icy depuis Paſques