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101
p. 143-149
Dissertations sur la Fondation de Marseille, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
DISSERTATIONS sur la fondation de la Ville de Marseille, sur l'Histoire des Rois [...]
Mots clefs :
Ville, Marseille, Phocéens, Félix Cary, Fondation, Histoire, Médailles, Médaille
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texteReconnaissance textuelle : Dissertations sur la Fondation de Marseille, Extrait, [titre d'après la table]
DISSERTATIONS ſur la fondation de la
Ville de Marſeille , ſur l'Hiſtoire des Rois
du Boſphore Cimmerien , & ſur Leſbonax
Philoſophe de Mytilene ; à Paris , chés Jac
ques Barrois , Quai des Auguſtins , à la
Ville de Nevers , in 12. 1744.
Ce Livre est dédié à feu M. l'Abbé de
Rothelin , qu'une vaſte érudition , un goût
délicat , & des moeurs auſſi douces que pures
rendoient ſi cher à la République des
Lettres qui l'a perdu trop tôt.
- L'Epitre dédicatoire nous apprend que
M. Cari eſt l'Auteur de ces Differtations ,
44 MERCURE DE FRANCE.
&dans celle dont l'époque de la fondation
de Marſeille eſt l'objet , il ne laiſſe pas ignorer
qu'il eſt natif de cette Ville ; ainſi c'eſt
l'amour de la Patrie qui lui a mis la plume
à la main. Il eſt certain que la matiere eſt
furtout intéreſſante pour les Marſeillois
quoiqu'elle ne ſoit pas indifferente pour le
reſte des lecteurs. Il étoit néceſſaire d'éclaircir
cette queſtion , ſi l'on veut avoir une
bonne Hiſtoire de Marſeille , travail que
P'Auteur regarde avec raiſon comme digne
de l'émulation de l'Académie de Marseille ;
cet Ouvrage eſt de la nature de ceux qui
peuvent& doivent même être faits en ſociété;
& Mrs de l'Académie de Marſeille
poſſedent tous les talens néceſſaires pour le
conduire à ſa perfection. Deux opinions
diviſent les Chronologiſtes au ſujet de la
fondation de cette Ville , l'une des plus anciennes
de la France ; les uns , & Ufferius
eſt de ce ſentiment , la placent la premiere
année de la quarante-cinquiéme Olimpiade,
l'an de Rome 154 , avant J. C. 599 .
L'Auteur est auli de ce ſentiment. Le P.
Petau a embraſfé l'opinion oppoſée , & renvoye
cette époque à la foixantiéme Olimpiade.
Les Auteurs anciens font auffi partagés
, & s'il ne falloit que compter les fuffrages
, peut- être s'en trouveroit-il plus en faveur
du P. Petau , mais un Critique éclairé
péfe
NOVEMBRE. 1744. 145
péſe les voix , & ne les compte pas ; c'eſt ce
qu'a fait M. Cari , & plufieurs des preuves
qu'il employe , prouvent invinciblement
fonopinion.
L'Hiſtoire de la Fondation de Marſeille
trouvoit ici néceſſairement ſa place. C'eſt le
premier Chapitre d'une Hiſtoire de cette
Ville , qui n'en ſeroit pas le moins intéreſfant.
Les Phocéens accoutumés à courir la
Mer vinrent juſqu'à l'embouchure du
Rhône ; frappés de la beauté du Pays , lorfqu'ils
furent de retour dans leur Patrie ,
ils engagerent pluſieurs de leurs Compatriotes
à venir avec eux , pour fonder une
Colonie dans le Pays qu'ils avoient découvert
; ils ſe mettent en Mer & au moment
qu'ils abordent au lieu déſiré , ils trouvent
un Pêcheur , à qui ils jettent une corde
pour attacher leur Navire. Cette circonftance
donna le nom à la Ville qu'ils fonderent
; elle fut appellée Maffilia du mot
Grec μάσσειν , qui fignifie lier , & de celui
de άλιους ; Pêcheur.
Les Phocéens penſerent à ſe mettre ſous
la protection du Peuple qui étoit le plus
voifin , & les Chefs allerent à la Cour de
Nannus , Roi des Segobrigiens ; on croit
que cette Cour étoit à Aix .
Le jour où ils arriverent , étoit le même
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
1
où ſuivant l'uſage des Segobrigiens , la fille
du Roi choiſiſſoit elle-même ſon époux ;
la cérémonie étoit fingulière ; les Seigneurs
étoient aſſemblés , la Princeſſe promenoit
ſes regards ſur eux , & lorſqu'elle avoit fait
fon choix , elle le déclaroit en allant préſenter
de l'eau à celui que ſon coeur ou ſes
yeux avoient choiſi. Les Phocéens furent
invités à cette Fête , & Protis , l'un de leurs
Chefs , fut le fortuné à qui la Princeſſe préſenta
la Coupe. Ainſi tout ſeconda l'établiſſement
des Phocéens,& ils bâtirent Marſeille
dans l'endroit même où cette Ville eſt
encore aujourd'hui. Soixante ans après , les
Phocéens épouvantés des progrèsde Cyrus ,
abandonnerent leur Pays , & firent ce ſerment
ſi fameux de n'y revenir que lorſqu'une
maſſe de fer qu'ils jetterent au fond de la
Mer furnageroit ; une partie alla chercher
un aſile chés les Marſeillois leurs anciens
Compatriotes , & c'eſt ce qui a donné lieu
àl'erreur ; on a pris cette fuite des Phocéens
vers Marſeille , pour la véritable époque
de la Fondation de cette Ville.
M. Cari a très bien démêlé le principe
de la mépriſe des Auteurs qu'il combat ; le
départ , dit- il , » des Phocéens qui vinrent
>>fonder Marſeille , n'avoit rien de fameux
>> ou de frappant , c'étoit des Ioniens que
• leur Ville ne pouvoit plus contenir , &
NOVEMBRE . 1744 147
qui cherchoient un lieu pour s'établir ,
>>événement ſimple & commun dans ce
>> tems là. Mais la fuite des Phocéens de-
>> vant Cyrus eſt une époque conſidérable;
>> elle arrive ſous un Prince fameux par ſes
>>>Conquêtes , & qui fixe les yeux del'Uni-
>>v>ers. La crainte de tomber entre les mains
>> des Perfes , fait prendre une réſolution
>> violente aux Phocéens ; ils embarquent
>> leurs femmes , leurs enfans , & tout ce
>> qu'ils poffédent. Ces evenemens & les
>>circonſtances qui les cauſerent , ſont bien
>> autrement frappantes que la ſimple Fon-
>> dation de Marſeille.
Il ſeroit bien avantageux pour les Lettres
que tout lemonde ſuivît la méthode de M.
Cari , & qu'en réfutant des Auteurs , on
cherchat ſoigneuſement par quelle route
ils ſe ſont égarés ; quelle utilité ne procureroient
pas ceux qui démêleroient ainſi le
labyrinthe ou ſe perd ſi ſouvent l'eſprithumain
? On leur devroit bien plus qu'à ces
Pilotes qui ont obſervé exactement les
écueils des Mers , & en ont dreſſé des Cartes
pour apprendre aux Navigateurs à les
éviter . Mais Hoc opus , hic labor est.
Deux Médailles , que M. Cari a décou
vertes , & qui avoient échapé juſqu'à ce
jour aux recherches des Antiquaires , ont
donné licu aux deux autres Differtations..
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Le Public verra avec plaiſir qu'un homme,
comme M. Cari , qui a de la ſagacité & de
la lecture , s'attache aux Médailles , Genre
que l'on commence à trop négliger .
La premiere des deux Médailles eſt celle
d'unTeiranes Roi du Boſphore , inconnu
juſqu'à préſent , que M. Cari place l'an de
Rome 833 , de JESUS - CHRIST 130 , entre
Rheſcuporis I. & Cotys II .
On voit d'un côté la tête de Teiranes
avec ces mots FACΙΛΕΩΣ TΕΙΡΑΝΟΥ & au
revers la tête d'un Empereur avec ces Lettres
re qui ſignifient 573. Cette Médaille
a fourni l'occaſion à M. Cari de donner
une ſuite Chronologique des Rois du Bofphore
, & de combattre pluſieurs fois le
ſentiment de M. Vaillant , qui a fait unbon
Livre ſur cette matiere .
La Médaille qui fait le ſujet de la troi.
fiéme Differtation , eſt une Médaille de
L'eſbonax Philoſophe célébre de Metylene ,
mais moins fameux que Potamon ſon fils ,
dont il eſt beaucoup plus queſtion que du
pere dans la Diſſertation de M. Cari . Ce
Potamon Aoriſſoit ſous Tibere & en
étoit fort aimé. Lorſqu'il retourna dans ſa
Patrie , comblé des bienfaits de ce Prince
il en reçut une eſpèce de paſſeport conçû
ences termes ſinguliers : Si quelqu'un ose
faire infulte àPotamonfils de Leſbonax , qu'il
د
NOVEMBRE. 1744. 149
confidere auparavant s'il eſt en état de me réfister.
La Médaille repréſente une tête avec ces
mots ΛΕΣΒΩΝΑΞ ΕΡΩΣ ΝΕΟΣ . On voit fur
le revers un homme couvert fimplement
d'un Manteau , tenant un bâton de la main
gauche , & de la droite quelque choſe qu'il
n'eſt pas aiſé de déterminer , avec l'inſcription
ΜΥΤΙΛΗΝΑΙΩΝ .
Ville de Marſeille , ſur l'Hiſtoire des Rois
du Boſphore Cimmerien , & ſur Leſbonax
Philoſophe de Mytilene ; à Paris , chés Jac
ques Barrois , Quai des Auguſtins , à la
Ville de Nevers , in 12. 1744.
Ce Livre est dédié à feu M. l'Abbé de
Rothelin , qu'une vaſte érudition , un goût
délicat , & des moeurs auſſi douces que pures
rendoient ſi cher à la République des
Lettres qui l'a perdu trop tôt.
- L'Epitre dédicatoire nous apprend que
M. Cari eſt l'Auteur de ces Differtations ,
44 MERCURE DE FRANCE.
&dans celle dont l'époque de la fondation
de Marſeille eſt l'objet , il ne laiſſe pas ignorer
qu'il eſt natif de cette Ville ; ainſi c'eſt
l'amour de la Patrie qui lui a mis la plume
à la main. Il eſt certain que la matiere eſt
furtout intéreſſante pour les Marſeillois
quoiqu'elle ne ſoit pas indifferente pour le
reſte des lecteurs. Il étoit néceſſaire d'éclaircir
cette queſtion , ſi l'on veut avoir une
bonne Hiſtoire de Marſeille , travail que
P'Auteur regarde avec raiſon comme digne
de l'émulation de l'Académie de Marseille ;
cet Ouvrage eſt de la nature de ceux qui
peuvent& doivent même être faits en ſociété;
& Mrs de l'Académie de Marſeille
poſſedent tous les talens néceſſaires pour le
conduire à ſa perfection. Deux opinions
diviſent les Chronologiſtes au ſujet de la
fondation de cette Ville , l'une des plus anciennes
de la France ; les uns , & Ufferius
eſt de ce ſentiment , la placent la premiere
année de la quarante-cinquiéme Olimpiade,
l'an de Rome 154 , avant J. C. 599 .
L'Auteur est auli de ce ſentiment. Le P.
Petau a embraſfé l'opinion oppoſée , & renvoye
cette époque à la foixantiéme Olimpiade.
Les Auteurs anciens font auffi partagés
, & s'il ne falloit que compter les fuffrages
, peut- être s'en trouveroit-il plus en faveur
du P. Petau , mais un Critique éclairé
péfe
NOVEMBRE. 1744. 145
péſe les voix , & ne les compte pas ; c'eſt ce
qu'a fait M. Cari , & plufieurs des preuves
qu'il employe , prouvent invinciblement
fonopinion.
L'Hiſtoire de la Fondation de Marſeille
trouvoit ici néceſſairement ſa place. C'eſt le
premier Chapitre d'une Hiſtoire de cette
Ville , qui n'en ſeroit pas le moins intéreſfant.
Les Phocéens accoutumés à courir la
Mer vinrent juſqu'à l'embouchure du
Rhône ; frappés de la beauté du Pays , lorfqu'ils
furent de retour dans leur Patrie ,
ils engagerent pluſieurs de leurs Compatriotes
à venir avec eux , pour fonder une
Colonie dans le Pays qu'ils avoient découvert
; ils ſe mettent en Mer & au moment
qu'ils abordent au lieu déſiré , ils trouvent
un Pêcheur , à qui ils jettent une corde
pour attacher leur Navire. Cette circonftance
donna le nom à la Ville qu'ils fonderent
; elle fut appellée Maffilia du mot
Grec μάσσειν , qui fignifie lier , & de celui
de άλιους ; Pêcheur.
Les Phocéens penſerent à ſe mettre ſous
la protection du Peuple qui étoit le plus
voifin , & les Chefs allerent à la Cour de
Nannus , Roi des Segobrigiens ; on croit
que cette Cour étoit à Aix .
Le jour où ils arriverent , étoit le même
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
1
où ſuivant l'uſage des Segobrigiens , la fille
du Roi choiſiſſoit elle-même ſon époux ;
la cérémonie étoit fingulière ; les Seigneurs
étoient aſſemblés , la Princeſſe promenoit
ſes regards ſur eux , & lorſqu'elle avoit fait
fon choix , elle le déclaroit en allant préſenter
de l'eau à celui que ſon coeur ou ſes
yeux avoient choiſi. Les Phocéens furent
invités à cette Fête , & Protis , l'un de leurs
Chefs , fut le fortuné à qui la Princeſſe préſenta
la Coupe. Ainſi tout ſeconda l'établiſſement
des Phocéens,& ils bâtirent Marſeille
dans l'endroit même où cette Ville eſt
encore aujourd'hui. Soixante ans après , les
Phocéens épouvantés des progrèsde Cyrus ,
abandonnerent leur Pays , & firent ce ſerment
ſi fameux de n'y revenir que lorſqu'une
maſſe de fer qu'ils jetterent au fond de la
Mer furnageroit ; une partie alla chercher
un aſile chés les Marſeillois leurs anciens
Compatriotes , & c'eſt ce qui a donné lieu
àl'erreur ; on a pris cette fuite des Phocéens
vers Marſeille , pour la véritable époque
de la Fondation de cette Ville.
M. Cari a très bien démêlé le principe
de la mépriſe des Auteurs qu'il combat ; le
départ , dit- il , » des Phocéens qui vinrent
>>fonder Marſeille , n'avoit rien de fameux
>> ou de frappant , c'étoit des Ioniens que
• leur Ville ne pouvoit plus contenir , &
NOVEMBRE . 1744 147
qui cherchoient un lieu pour s'établir ,
>>événement ſimple & commun dans ce
>> tems là. Mais la fuite des Phocéens de-
>> vant Cyrus eſt une époque conſidérable;
>> elle arrive ſous un Prince fameux par ſes
>>>Conquêtes , & qui fixe les yeux del'Uni-
>>v>ers. La crainte de tomber entre les mains
>> des Perfes , fait prendre une réſolution
>> violente aux Phocéens ; ils embarquent
>> leurs femmes , leurs enfans , & tout ce
>> qu'ils poffédent. Ces evenemens & les
>>circonſtances qui les cauſerent , ſont bien
>> autrement frappantes que la ſimple Fon-
>> dation de Marſeille.
Il ſeroit bien avantageux pour les Lettres
que tout lemonde ſuivît la méthode de M.
Cari , & qu'en réfutant des Auteurs , on
cherchat ſoigneuſement par quelle route
ils ſe ſont égarés ; quelle utilité ne procureroient
pas ceux qui démêleroient ainſi le
labyrinthe ou ſe perd ſi ſouvent l'eſprithumain
? On leur devroit bien plus qu'à ces
Pilotes qui ont obſervé exactement les
écueils des Mers , & en ont dreſſé des Cartes
pour apprendre aux Navigateurs à les
éviter . Mais Hoc opus , hic labor est.
Deux Médailles , que M. Cari a décou
vertes , & qui avoient échapé juſqu'à ce
jour aux recherches des Antiquaires , ont
donné licu aux deux autres Differtations..
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Le Public verra avec plaiſir qu'un homme,
comme M. Cari , qui a de la ſagacité & de
la lecture , s'attache aux Médailles , Genre
que l'on commence à trop négliger .
La premiere des deux Médailles eſt celle
d'unTeiranes Roi du Boſphore , inconnu
juſqu'à préſent , que M. Cari place l'an de
Rome 833 , de JESUS - CHRIST 130 , entre
Rheſcuporis I. & Cotys II .
On voit d'un côté la tête de Teiranes
avec ces mots FACΙΛΕΩΣ TΕΙΡΑΝΟΥ & au
revers la tête d'un Empereur avec ces Lettres
re qui ſignifient 573. Cette Médaille
a fourni l'occaſion à M. Cari de donner
une ſuite Chronologique des Rois du Bofphore
, & de combattre pluſieurs fois le
ſentiment de M. Vaillant , qui a fait unbon
Livre ſur cette matiere .
La Médaille qui fait le ſujet de la troi.
fiéme Differtation , eſt une Médaille de
L'eſbonax Philoſophe célébre de Metylene ,
mais moins fameux que Potamon ſon fils ,
dont il eſt beaucoup plus queſtion que du
pere dans la Diſſertation de M. Cari . Ce
Potamon Aoriſſoit ſous Tibere & en
étoit fort aimé. Lorſqu'il retourna dans ſa
Patrie , comblé des bienfaits de ce Prince
il en reçut une eſpèce de paſſeport conçû
ences termes ſinguliers : Si quelqu'un ose
faire infulte àPotamonfils de Leſbonax , qu'il
د
NOVEMBRE. 1744. 149
confidere auparavant s'il eſt en état de me réfister.
La Médaille repréſente une tête avec ces
mots ΛΕΣΒΩΝΑΞ ΕΡΩΣ ΝΕΟΣ . On voit fur
le revers un homme couvert fimplement
d'un Manteau , tenant un bâton de la main
gauche , & de la droite quelque choſe qu'il
n'eſt pas aiſé de déterminer , avec l'inſcription
ΜΥΤΙΛΗΝΑΙΩΝ .
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102
p. 50-53
COUPLETS CHANTÉS Par les nouveaux Mariés de la Paroisse de Saint Laurent, aux nôces faites par la Ville à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, sur différens airs de Noëls. Sur l'air : Les Bourgeois de Chartres.
Début :
L'enfant qui vient de naître [...]
Mots clefs :
Ville, Conquérant, Vertus, Nouveaux mariés, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : COUPLETS CHANTÉS Par les nouveaux Mariés de la Paroisse de Saint Laurent, aux nôces faites par la Ville à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, sur différens airs de Noëls. Sur l'air : Les Bourgeois de Chartres.
COUPLETS CHANTÉS
Par les nouveaux Mariés de la Paroisse de
Saint Laurent, aux nôces faites par la
Ville à l'occasion de la naissanee de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, sur différens
airs de Noëls. Sur l'air : Les Bourgeois
de Chartres.
L'enfant qui vient de naître
Est un présent des cieux.
De notre Auguste Maître
Il vient comblet les vœeux.
Qu'il soit digne de lui ! Sa Clémence Héroique
Rendra ses Ennemis
Soumis.
Est- il un Conquérant
JANVIER. 1752.
51
Plus grand
Qu'un Hétos pacisique:
Ce Monarque intrépide
Affronte les hazards.
La valeur qui le guide
Animoit les Césars.
Mais des qu'aux champs de Mars il est couvert de
gloire
Il surpasse en vertus
Titus;
Conquérant généteux,
Ses yeux
Pleutent sur sa victoire.
WS
Déposant son Tonnerte,
On vit ce Potentat,
Des malheurs de la Guerre
Consoler le Soldat.
Peuples qu'il subjuguoit aux Plaines de la Flandre
Vous fûtes bien surpris,
Ravis
De voir dans un Vainqueur
Le cœur
De l'ami le plus tendre.
Cij
52 MERCUREDE FRANCE.
La France, Grande Reine
Fait pout vous mille vœux.
Vous êtes Souveraine
Pour faire des heureux.
Votre coeur est du paurre & l'espoir & l'azile.
Ce coeur rend vos bienfaits
Parfaits.
Vous êtes de la Cour
L'amiour
Et l'amour de la Ville.
Quelle aimable Famille
S'éleve sous vos Loix!
L'éclat dont elle brille
Charme l'espoir des Rois.
Vos Augustes Enfans suivent vos nobles tracea
Ils sont, tous ces Ensans,
Charmans.
Chacun est un Portrait
Complet
Des Vertus & des Graces.
Quelle heureuse abondance
Ce beau jour nous prédit !
Il n'est plus d'indigence
Quand Le Roi nous unit,
(.
JANVIER. 1752. * 53
S'il vient de nous doter, ce Prince débonnaire,
C'est que non-seulement,
Vrasment,
Louis est notre Roi;
Ma foi
C'est encor notre Pere.
Par les nouveaux Mariés de la Paroisse de
Saint Laurent, aux nôces faites par la
Ville à l'occasion de la naissanee de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, sur différens
airs de Noëls. Sur l'air : Les Bourgeois
de Chartres.
L'enfant qui vient de naître
Est un présent des cieux.
De notre Auguste Maître
Il vient comblet les vœeux.
Qu'il soit digne de lui ! Sa Clémence Héroique
Rendra ses Ennemis
Soumis.
Est- il un Conquérant
JANVIER. 1752.
51
Plus grand
Qu'un Hétos pacisique:
Ce Monarque intrépide
Affronte les hazards.
La valeur qui le guide
Animoit les Césars.
Mais des qu'aux champs de Mars il est couvert de
gloire
Il surpasse en vertus
Titus;
Conquérant généteux,
Ses yeux
Pleutent sur sa victoire.
WS
Déposant son Tonnerte,
On vit ce Potentat,
Des malheurs de la Guerre
Consoler le Soldat.
Peuples qu'il subjuguoit aux Plaines de la Flandre
Vous fûtes bien surpris,
Ravis
De voir dans un Vainqueur
Le cœur
De l'ami le plus tendre.
Cij
52 MERCUREDE FRANCE.
La France, Grande Reine
Fait pout vous mille vœux.
Vous êtes Souveraine
Pour faire des heureux.
Votre coeur est du paurre & l'espoir & l'azile.
Ce coeur rend vos bienfaits
Parfaits.
Vous êtes de la Cour
L'amiour
Et l'amour de la Ville.
Quelle aimable Famille
S'éleve sous vos Loix!
L'éclat dont elle brille
Charme l'espoir des Rois.
Vos Augustes Enfans suivent vos nobles tracea
Ils sont, tous ces Ensans,
Charmans.
Chacun est un Portrait
Complet
Des Vertus & des Graces.
Quelle heureuse abondance
Ce beau jour nous prédit !
Il n'est plus d'indigence
Quand Le Roi nous unit,
(.
JANVIER. 1752. * 53
S'il vient de nous doter, ce Prince débonnaire,
C'est que non-seulement,
Vrasment,
Louis est notre Roi;
Ma foi
C'est encor notre Pere.
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103
p. 101-107
De Paris, le 13 Septembre.
Début :
Le Lundi 13 Septembre 1751. Ce jour en comblant les voeux de la Famille [...]
Mots clefs :
Duc de Gesvres, Ville, Paris, Roi, Versailles, Gardes, Argent
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texteReconnaissance textuelle : De Paris, le 13 Septembre.
De Paris, le 13 Septembre.
Le Lundi 13 Septembre 1751. Ce
jour en comblant les voeux de la Famille
Royale, assura le bonheur de la France.
Madame la Dauphine lui donna un Duc
de Bourgogne dont elle accoucha si heu-
reusement, qu'il ne fut guerre possible de
marquer l'intervale des douleurs à la
naissance. M. le Duc de Gêvres en qualité
de Gou verneur de Paris dépêcha un de ses
Pages pour porter la nouvelle des douleurs
au Corps de Ville, il fut suivi du Lieute-
nant de ses Gardes qui lui annonça la
naissance: la Ville, la Bastille & les In-
valides firent aussi-tôt tirer le canon: la
Ville fit sonner la cloche qui continua
jour & nuit jusqu'a la fin de la troisicme
quit.
Eiij
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202 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il ne fût qu'une heure du ma-
tin, lorsque Madame la Dauphine accou-
cha, cet événement causa tant joye, qu'en
un instaut le plaisit réveilla tous les habi-
tans de Versailles, leur empressement &
leurs acclamations réitérés furent les in-
terprêtes de leur cœur.
On chanta le Te Deum dans la Chapelle
du Roi sur les cinq heures du matin, en
action de graces; la Famille Royale & tou-
te la Cour y assistérent en grand habit;
le Roi fit jetter beaucoup d'argent au pu-
blic.
Le soir du même jour il y eut des illu-
minations considérables dans Versailles, on
tira un feu d'artifice dans la Place d'Ar-
mes; la promptitude avec laquelle il fue
préparé est inconcevable & ne lui ôta point
de sa beauté; on en fut étonné, on en a
pen tiré avec autant de succès & qui ayent
produit un si bel effet.
Apeine le feu d'artifice cessa qu'on vit
s'élever une flâme, dont l'éclat étoit ad-
mirable & effrayant; tout le comble de la
grande Ecurie du Roi s'enflamma dans le
même instant, le secours qu'on y apporta
fut inutile, le feu dura pendant deux
jours & a causé beaucoup de dommage; il
prit dans le même instant à la petite écurie
& dans deux ou trois endroits à Versailles;
nes bO.
JANVIER. 1752. 103
l fut éteint aussi-tôt. Voici quelques
vers qu'on fit sur le champ à cette occa-
sion.
Tont lui promet le destin le plus beau,
Et fi la flâme éclaire son bercean
On n'en doit concevoir qu'un illustre présage i
De son éclat futur cette époque est le gage;
De l'Inde le vainqueur fameux,
Le rival du Dieu des batailles
Alexandre naquit à la clarté des feux
Qui du Temple d'Ephése embrasoient les mu-
railles.
M. le Duc de Gêvres étoit parti l'après-
midi de Versailles & étoit arrivé sur les
cinque heures à l'Hôtel de Ville, accompa-
gné d'un détachement de ses Gardes, precé-
dé de ses Pages, & jettant de l'argent sur
son passage.
Le Corps de Ville vint le recevoir, il
fut ensuite prendre sa guirlande de fleurs
asin d'aller à la tête de la Ville allumer un
feu préparé pour le soir: il y fut escorté pas
seize de ses Suisses, ses Gardes, ses Cour-
reurs, 30 Valets de pied, ce qui compo-
soit deux files confidérables qui formoient
presque l'enceinte de la Place: il avoit au
tour de lui ses six Gentilhommes, les Prin-
cipaux Officiers de ses Gardes, ses Pages,
ceux de la Chambre du Roi & les trompet-
...
Euii
00
104 MERCURE DEFRANCE.
tes sonnant, le Corps de Ville le suivoit;
elle avoit aussi ses Gardes; il jetta beaucoup
d'argent; le peuple étoit immense, les
acclamations de joye ne cestoient point,
on tira ensuite un nombre infini de fusées
& d'artifice.
L'Hôtel de Ville fut superbement
illuminé & toutes les rues de Paris; ces
fêtes & ces'cétémonies durerent trois jours.
La Ville pendant ce tems donna de
grands repas à M. le Duc de Gêvres qui
y alloit tous les jours fuivi de ses Gardes
& de ses carrosses & jettant de l'argent
dans toutes les ruës.
Il fit donner l'Opera gratis à Paris, le
jour suivant la Comédie Françoise & le
troisiéme jour la Comédie Italienne, la
foule innombrable qui s'y trouva n'empê-
cha pas le bon ordre.
Le Dimanche suivant jour marqué pour
le Te Deum, le Roi avec la Famille Royale
vint escorté de toute sa Maison à Notre-
Dame.
Sa Majesté fit jetter un argent considéra-
ble & retourna le soir à Versailles; M. le
Duc de Gêvres, que le Roi avoit dispen-
sé d'aller à Notre-Dame, fut à l'Hôtel de
Ville avec un cortège eneore plus nom-
breux que les jours précédens; on tira
un feu d'artifice superbe pout terminer les
fêtes.
3
10)
JANVIER. 1752.
M. le Duc de Gêvres donna sa loge
aux Ambassadeurs & aux Etrangers pour
voir.
Paris fut magnisiquement illuminé tou-
te la nuit, M. le Duc de Gêvres fit mettre
un orchestre dans sa cour qui étoit rem-
plie de desseins de l'ampions ainsi que sa
porte & la facade de son Hôtel, il y fit
distribuer du pain & des viandes de toute
espece, le vin ne cessa d'y couler, on y
dansa toute la nuit; le Prevôt des Mar-
chands, le Lieutenant de Police & beau-
coup de Seigneurs en firent autant.
M. le Duc de Gêvres fut passer trois
jours à S. Ouen: il donna des fêtes
où il invita les Ambassadeurs & Am-
bassadrices, & les Etrangers à qui il
donna de grands repas & des feux d'ar-
tifice, il en a fait itirer trois considé-
rables, & plusieurs petits chez lui, il fit
illuminer son Château & son Parc; il don-
na particulierement une fête à Madamo
l'Ambassadrice de Pologne, il eut tous les
Etrangers, il fit tirer encorę un feu d'arti-
fice & donna le prix de l'atquebuse.
La Ville de Paris pout ne laisser échap-
per aucun moyen possible de donner à la
Famille Royale des marques de la satistac-
tion, dont elle est pénéttée par cet événe-
ment, joint aux fêtes qu'elle a données
EV
d by Goc
106 MERCUREDEFRANCE.
six cens mariages elle dote des filles que
l'indigence empêche de trouver un établis-
sement; la Ville a jugé qu'il en résulteroit
un bien réel dont le souvenir se transmet-
troii à la postérité par de nouveaux Sujets,
qui devront unir la reconnoissance aux
sentimens que tous les François ont pour
leur Roi.
M. le Duc de Gevres en fait particulie-
rement à ses dépens trois à Saint Ouen,
quatre à Mareil, dix à Gêvres, sept à
Blérancourt & un dans toutes ses Tertes;
les Villes du Royaume suivent son exem-
ple; se nombre des mariages devient infi-
ni, ce projet est un nouvel accroissement
pour la France.
Le Dimanche qui fut le dernier jour des
fêtes de la Ville de Paris, M. le Duc de
Gêvres partit le soir de l'Hôtel de Ville
pour aller coucher à Versailles; le lende-
main matin au lever, il vit la Cour Royale
remplie de tous les Artilans qui portoient
les marques de leur état orné de décora-
tions, elles exprimoient tous les Arts qui
vinrent rendre leur hommage; ils étoient
suivis & précédés de tambours, de hau-
bois & de violons, ils vinrent danser
sous les fenêtres du Roi, toute la journée
se passa de même, ces sortes de réjouissan-
ces avoient commencé dès le 13 &
yGoc
107
JANVIER. 1752.
avoient continué tous les jours jusqu'au2o;
elles avoient été varices chaque fois, tout
le peaple de Versailles vêcut pendant ce
tems que de l'argent que le Roi fit distri-
buer; ils les passerent en danses & en di-
vertissements.
Les Gardes du Corps de Sa Majesté
donnerent dans leur Salle un bal paré,
superbe, il fut suivi d'un bal mas-
qué.
Toutes les Communautés font chanter
tous les jours des Te Deum à Versailles & à
Paris, on entend sans cesse le bruit du
canon, l'air le soir est rempli de fusées,
la France ne respire que la joie, tout par-
ticipe au bonheur général, & chacus
en fait le sien particulier.
Le Lundi 13 Septembre 1751. Ce
jour en comblant les voeux de la Famille
Royale, assura le bonheur de la France.
Madame la Dauphine lui donna un Duc
de Bourgogne dont elle accoucha si heu-
reusement, qu'il ne fut guerre possible de
marquer l'intervale des douleurs à la
naissance. M. le Duc de Gêvres en qualité
de Gou verneur de Paris dépêcha un de ses
Pages pour porter la nouvelle des douleurs
au Corps de Ville, il fut suivi du Lieute-
nant de ses Gardes qui lui annonça la
naissance: la Ville, la Bastille & les In-
valides firent aussi-tôt tirer le canon: la
Ville fit sonner la cloche qui continua
jour & nuit jusqu'a la fin de la troisicme
quit.
Eiij
jitized by Goc
202 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il ne fût qu'une heure du ma-
tin, lorsque Madame la Dauphine accou-
cha, cet événement causa tant joye, qu'en
un instaut le plaisit réveilla tous les habi-
tans de Versailles, leur empressement &
leurs acclamations réitérés furent les in-
terprêtes de leur cœur.
On chanta le Te Deum dans la Chapelle
du Roi sur les cinq heures du matin, en
action de graces; la Famille Royale & tou-
te la Cour y assistérent en grand habit;
le Roi fit jetter beaucoup d'argent au pu-
blic.
Le soir du même jour il y eut des illu-
minations considérables dans Versailles, on
tira un feu d'artifice dans la Place d'Ar-
mes; la promptitude avec laquelle il fue
préparé est inconcevable & ne lui ôta point
de sa beauté; on en fut étonné, on en a
pen tiré avec autant de succès & qui ayent
produit un si bel effet.
Apeine le feu d'artifice cessa qu'on vit
s'élever une flâme, dont l'éclat étoit ad-
mirable & effrayant; tout le comble de la
grande Ecurie du Roi s'enflamma dans le
même instant, le secours qu'on y apporta
fut inutile, le feu dura pendant deux
jours & a causé beaucoup de dommage; il
prit dans le même instant à la petite écurie
& dans deux ou trois endroits à Versailles;
nes bO.
JANVIER. 1752. 103
l fut éteint aussi-tôt. Voici quelques
vers qu'on fit sur le champ à cette occa-
sion.
Tont lui promet le destin le plus beau,
Et fi la flâme éclaire son bercean
On n'en doit concevoir qu'un illustre présage i
De son éclat futur cette époque est le gage;
De l'Inde le vainqueur fameux,
Le rival du Dieu des batailles
Alexandre naquit à la clarté des feux
Qui du Temple d'Ephése embrasoient les mu-
railles.
M. le Duc de Gêvres étoit parti l'après-
midi de Versailles & étoit arrivé sur les
cinque heures à l'Hôtel de Ville, accompa-
gné d'un détachement de ses Gardes, precé-
dé de ses Pages, & jettant de l'argent sur
son passage.
Le Corps de Ville vint le recevoir, il
fut ensuite prendre sa guirlande de fleurs
asin d'aller à la tête de la Ville allumer un
feu préparé pour le soir: il y fut escorté pas
seize de ses Suisses, ses Gardes, ses Cour-
reurs, 30 Valets de pied, ce qui compo-
soit deux files confidérables qui formoient
presque l'enceinte de la Place: il avoit au
tour de lui ses six Gentilhommes, les Prin-
cipaux Officiers de ses Gardes, ses Pages,
ceux de la Chambre du Roi & les trompet-
...
Euii
00
104 MERCURE DEFRANCE.
tes sonnant, le Corps de Ville le suivoit;
elle avoit aussi ses Gardes; il jetta beaucoup
d'argent; le peuple étoit immense, les
acclamations de joye ne cestoient point,
on tira ensuite un nombre infini de fusées
& d'artifice.
L'Hôtel de Ville fut superbement
illuminé & toutes les rues de Paris; ces
fêtes & ces'cétémonies durerent trois jours.
La Ville pendant ce tems donna de
grands repas à M. le Duc de Gêvres qui
y alloit tous les jours fuivi de ses Gardes
& de ses carrosses & jettant de l'argent
dans toutes les ruës.
Il fit donner l'Opera gratis à Paris, le
jour suivant la Comédie Françoise & le
troisiéme jour la Comédie Italienne, la
foule innombrable qui s'y trouva n'empê-
cha pas le bon ordre.
Le Dimanche suivant jour marqué pour
le Te Deum, le Roi avec la Famille Royale
vint escorté de toute sa Maison à Notre-
Dame.
Sa Majesté fit jetter un argent considéra-
ble & retourna le soir à Versailles; M. le
Duc de Gêvres, que le Roi avoit dispen-
sé d'aller à Notre-Dame, fut à l'Hôtel de
Ville avec un cortège eneore plus nom-
breux que les jours précédens; on tira
un feu d'artifice superbe pout terminer les
fêtes.
3
10)
JANVIER. 1752.
M. le Duc de Gêvres donna sa loge
aux Ambassadeurs & aux Etrangers pour
voir.
Paris fut magnisiquement illuminé tou-
te la nuit, M. le Duc de Gêvres fit mettre
un orchestre dans sa cour qui étoit rem-
plie de desseins de l'ampions ainsi que sa
porte & la facade de son Hôtel, il y fit
distribuer du pain & des viandes de toute
espece, le vin ne cessa d'y couler, on y
dansa toute la nuit; le Prevôt des Mar-
chands, le Lieutenant de Police & beau-
coup de Seigneurs en firent autant.
M. le Duc de Gêvres fut passer trois
jours à S. Ouen: il donna des fêtes
où il invita les Ambassadeurs & Am-
bassadrices, & les Etrangers à qui il
donna de grands repas & des feux d'ar-
tifice, il en a fait itirer trois considé-
rables, & plusieurs petits chez lui, il fit
illuminer son Château & son Parc; il don-
na particulierement une fête à Madamo
l'Ambassadrice de Pologne, il eut tous les
Etrangers, il fit tirer encorę un feu d'arti-
fice & donna le prix de l'atquebuse.
La Ville de Paris pout ne laisser échap-
per aucun moyen possible de donner à la
Famille Royale des marques de la satistac-
tion, dont elle est pénéttée par cet événe-
ment, joint aux fêtes qu'elle a données
EV
d by Goc
106 MERCUREDEFRANCE.
six cens mariages elle dote des filles que
l'indigence empêche de trouver un établis-
sement; la Ville a jugé qu'il en résulteroit
un bien réel dont le souvenir se transmet-
troii à la postérité par de nouveaux Sujets,
qui devront unir la reconnoissance aux
sentimens que tous les François ont pour
leur Roi.
M. le Duc de Gevres en fait particulie-
rement à ses dépens trois à Saint Ouen,
quatre à Mareil, dix à Gêvres, sept à
Blérancourt & un dans toutes ses Tertes;
les Villes du Royaume suivent son exem-
ple; se nombre des mariages devient infi-
ni, ce projet est un nouvel accroissement
pour la France.
Le Dimanche qui fut le dernier jour des
fêtes de la Ville de Paris, M. le Duc de
Gêvres partit le soir de l'Hôtel de Ville
pour aller coucher à Versailles; le lende-
main matin au lever, il vit la Cour Royale
remplie de tous les Artilans qui portoient
les marques de leur état orné de décora-
tions, elles exprimoient tous les Arts qui
vinrent rendre leur hommage; ils étoient
suivis & précédés de tambours, de hau-
bois & de violons, ils vinrent danser
sous les fenêtres du Roi, toute la journée
se passa de même, ces sortes de réjouissan-
ces avoient commencé dès le 13 &
yGoc
107
JANVIER. 1752.
avoient continué tous les jours jusqu'au2o;
elles avoient été varices chaque fois, tout
le peaple de Versailles vêcut pendant ce
tems que de l'argent que le Roi fit distri-
buer; ils les passerent en danses & en di-
vertissements.
Les Gardes du Corps de Sa Majesté
donnerent dans leur Salle un bal paré,
superbe, il fut suivi d'un bal mas-
qué.
Toutes les Communautés font chanter
tous les jours des Te Deum à Versailles & à
Paris, on entend sans cesse le bruit du
canon, l'air le soir est rempli de fusées,
la France ne respire que la joie, tout par-
ticipe au bonheur général, & chacus
en fait le sien particulier.
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104
p. 134-137
De Metz. le 26.
Début :
M. Le Maréchal de Belle-Isle a célébré, d'une maniere vraiment digne de lui, [...]
Mots clefs :
Metz, Maréchal de Belle-Isle, Tables, Table, Ville, Cheval, Couverts, Soldats, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Metz. le 26.
De Metz. le 26.
M. Le Maréchal de Belle-Isle a célébré,
d'une maniere vraiment digne de lui,
l'heureux événement qui comble les
rœeux des François. Les Regimens de Na-
varre, d'Alsace, de Touraine, de Cam-
bis & de Séédorf, & un Bataillon d'Ar-
tillerie, sont en garnison dans la Ville de
Metz. Outre ces troupes, qui composent
quinze Bataillons, il se trouve dans la
même Ville le Régiment de Cavalerie
d'Orléans, les Volontaires Royaux, &
deux Compagnies de Mineurs & d'Ou-
vriers. Le Maréchal Duc deBelle- Isse s'est
proposé de donner à diner à tous les Sol-
dats de ces Corps, formant ensemble huit
mille hommes effectifs. Le 26, jour fixé
pour cette Fête, elle fut annoncée à la
pointe du jour par une salve générale de
artillerie des remparts. Lorsque les Déta-
chemens, commandes pour porter le pain
& les viandes, eurent couvert les tables
les Soldats fortirent des Cazernes. Les
tables de chaque Régiment étoient en
fer à cheval, & les Soldats s'y place-
rent en dedans & en dehors sur des Ban-
d by Goo
JANVIER.
1752. 135
quettes, qui régnoient des deux côtés. Il
avoit été ordonné une livre & demie de
viande, autant de pain, & une pinte de vin
pour chaque Soldat. Dans l'intérieur du fer
a cheval de chaque table, étoit une table
pour les Sergens, auxquels on fervit de
plus qu'aux Soldats, plusieurs pâtés froids.
Vis- à- vis du milieu & aux deux extrêmi-
tés de chaque fer à cheval, on avoit cons-
truit des Orchestres, où différens Instru-
mens de Musique, pendant tout le diner,
exécuterent des symphonies melées de fan-
fares. Le Maréchal & la Maréchale de Bel-
le-Isse se rendirent à l'endroit où les tables
étoient dressées, & ils burent à chaque
table la santé du Roi.
A quatre heures après midi, l'on chan-
ta dans l'Eglise Cathédrale de Metz, au
bruit d'une nouvelle salve de l'artillerie, le
Te Deum auquel l'Evêque de Metz officia
pontificalement. Toutes les Dames de la
Ville s'assemblerent ensuite sur la terrasse
de l'Hôtel du Gouverneut, pour voir tirer
le feu d'artifice qui avoit été préparé sur
l'Esplanade. Il commença à sept heures,
& il fut allumé par ure Colombe, à la-
quelle la Princesse de Wirteniberg mit le
feu. En com prenant le tems des trois salves
des canons des remparts, & des trois dé-
charges de la mousqueterie de toutes les
es
136 MERCUREDE FRANCE.
troupes qui étoient sous les armes tant fur
l'Esplanade que dans la Citadelle, il dura
une heure. Vers les huit heures du soir,
on servit les tables destinées pour les per-
sonnes qui avoient été invitées à souper
à l'Hôtel du Gouvernement. La principale
table à laquelle étoit la Princesse de Vir-
temberg, étoit en fer à cheval, & étoit de
soixante-dix couverts. La Maréchale Du-
chesse de Belle-Isse en fit les honneurs:
cinquante- trois Dames souperent à cette ta-
ble, & le reste des couverts fut rempli par
l'Evêque de Metz, par M. de Creil, In-
tendant de la Province, par M. de Mon-
tholon, premier Président du Parlement
de Metz, par le Doyen de la Cathédrale,
& pat quelques Etrangers de distinction. Ily
eut onze autres tables, dont une de trente
couverts, trois de vingt-cinque & sept chacu-
ne de douze, servies avecla même délicates-
se & la même profusion que la premiere.
Quelque considérable que fût le nombre
des couverts, le nombre des Convives
l'excéda de beaucoup, & tous les Officiers
de la Garnison, à l'exception de ceux qui
étoient à leurs postes, souperent au Gou-
vernement. Pendant tout le repas, des
fontaines de vin coulerent pour le Peu-
ple, on lui distribua de la viande & du
pain.
jines vO
JANVIER. 1752.
137
On se leva de table à onze heures du
soir, & l'on commença le Bal paré, qui
dura jusqu'au lendemain matin. L'Hôtel
du Gouvernement fut illuminé avec au-
tant de goût que de magnificence. Indé-
pendamment de cinque autres Bals qui fu-
rent donnés au Peuple dans les places pu-
bliques, le Maréchal Duc de Belle-Isse
avoit donné ordre qu'il y eût dans la Salle
de la Comédie, un Bal pour la Bour-
geoisie.
L'Evêque de Metz a signalé aussi son
zéle, en donnant à diner à quinze cens.
pauvres dans les cours de son Palais Episco-
pal, & la Ville, pour se conformer nux
sages vûes du Roi, a résolu de donner des
dots à cinquante filles.
M. Le Maréchal de Belle-Isle a célébré,
d'une maniere vraiment digne de lui,
l'heureux événement qui comble les
rœeux des François. Les Regimens de Na-
varre, d'Alsace, de Touraine, de Cam-
bis & de Séédorf, & un Bataillon d'Ar-
tillerie, sont en garnison dans la Ville de
Metz. Outre ces troupes, qui composent
quinze Bataillons, il se trouve dans la
même Ville le Régiment de Cavalerie
d'Orléans, les Volontaires Royaux, &
deux Compagnies de Mineurs & d'Ou-
vriers. Le Maréchal Duc deBelle- Isse s'est
proposé de donner à diner à tous les Sol-
dats de ces Corps, formant ensemble huit
mille hommes effectifs. Le 26, jour fixé
pour cette Fête, elle fut annoncée à la
pointe du jour par une salve générale de
artillerie des remparts. Lorsque les Déta-
chemens, commandes pour porter le pain
& les viandes, eurent couvert les tables
les Soldats fortirent des Cazernes. Les
tables de chaque Régiment étoient en
fer à cheval, & les Soldats s'y place-
rent en dedans & en dehors sur des Ban-
d by Goo
JANVIER.
1752. 135
quettes, qui régnoient des deux côtés. Il
avoit été ordonné une livre & demie de
viande, autant de pain, & une pinte de vin
pour chaque Soldat. Dans l'intérieur du fer
a cheval de chaque table, étoit une table
pour les Sergens, auxquels on fervit de
plus qu'aux Soldats, plusieurs pâtés froids.
Vis- à- vis du milieu & aux deux extrêmi-
tés de chaque fer à cheval, on avoit cons-
truit des Orchestres, où différens Instru-
mens de Musique, pendant tout le diner,
exécuterent des symphonies melées de fan-
fares. Le Maréchal & la Maréchale de Bel-
le-Isse se rendirent à l'endroit où les tables
étoient dressées, & ils burent à chaque
table la santé du Roi.
A quatre heures après midi, l'on chan-
ta dans l'Eglise Cathédrale de Metz, au
bruit d'une nouvelle salve de l'artillerie, le
Te Deum auquel l'Evêque de Metz officia
pontificalement. Toutes les Dames de la
Ville s'assemblerent ensuite sur la terrasse
de l'Hôtel du Gouverneut, pour voir tirer
le feu d'artifice qui avoit été préparé sur
l'Esplanade. Il commença à sept heures,
& il fut allumé par ure Colombe, à la-
quelle la Princesse de Wirteniberg mit le
feu. En com prenant le tems des trois salves
des canons des remparts, & des trois dé-
charges de la mousqueterie de toutes les
es
136 MERCUREDE FRANCE.
troupes qui étoient sous les armes tant fur
l'Esplanade que dans la Citadelle, il dura
une heure. Vers les huit heures du soir,
on servit les tables destinées pour les per-
sonnes qui avoient été invitées à souper
à l'Hôtel du Gouvernement. La principale
table à laquelle étoit la Princesse de Vir-
temberg, étoit en fer à cheval, & étoit de
soixante-dix couverts. La Maréchale Du-
chesse de Belle-Isse en fit les honneurs:
cinquante- trois Dames souperent à cette ta-
ble, & le reste des couverts fut rempli par
l'Evêque de Metz, par M. de Creil, In-
tendant de la Province, par M. de Mon-
tholon, premier Président du Parlement
de Metz, par le Doyen de la Cathédrale,
& pat quelques Etrangers de distinction. Ily
eut onze autres tables, dont une de trente
couverts, trois de vingt-cinque & sept chacu-
ne de douze, servies avecla même délicates-
se & la même profusion que la premiere.
Quelque considérable que fût le nombre
des couverts, le nombre des Convives
l'excéda de beaucoup, & tous les Officiers
de la Garnison, à l'exception de ceux qui
étoient à leurs postes, souperent au Gou-
vernement. Pendant tout le repas, des
fontaines de vin coulerent pour le Peu-
ple, on lui distribua de la viande & du
pain.
jines vO
JANVIER. 1752.
137
On se leva de table à onze heures du
soir, & l'on commença le Bal paré, qui
dura jusqu'au lendemain matin. L'Hôtel
du Gouvernement fut illuminé avec au-
tant de goût que de magnificence. Indé-
pendamment de cinque autres Bals qui fu-
rent donnés au Peuple dans les places pu-
bliques, le Maréchal Duc de Belle-Isse
avoit donné ordre qu'il y eût dans la Salle
de la Comédie, un Bal pour la Bour-
geoisie.
L'Evêque de Metz a signalé aussi son
zéle, en donnant à diner à quinze cens.
pauvres dans les cours de son Palais Episco-
pal, & la Ville, pour se conformer nux
sages vûes du Roi, a résolu de donner des
dots à cinquante filles.
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105
p. 143-144
Le 30.
Début :
On chanta le Te Deum dans l'Eglise Métropolitaine de Bordeaux, avec [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Église métropolitaine de Bordeaux, Ville, Porte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le 30.
Le 30.
On chanta le Te Deum dans l'Eglise
Métropolitaine de Bordeaux, avec
toute la solemnité possible, en action de
graces de l'heureux accouchement de Ma-
dame la Dauphine. Après cette cérémo-
nie, les Jurats, ayant à leur tênte M. de
Tourny, Intendant de la Province, & la
Milice Bourgeoise étant sous les armes,
allerent au milieu des acclamations du
peuple & au bruit de l'artillerie, tant de
ia Ville que des Vaisseaux, poser la pre-
miere pierre d'une nouvelle Porte que la
Ville fait construire, & à laquelle les Bor-
delois, avec la permission du Roi, donne-
ront le nom de Porte du Duc de Bourgogne,
Ily eut ensuite un feu devant l'Hôtel-de-
144 MERCUREDE FRANCE.
Ville, & des illuminations dans toutes les
rues, & l'on tira une quantité prodigieu-
se de fusées; le Corps de-Ville de Bor-
deaux a résolu de doter cent soixante-dix
filles, & à cet Acte de liberalité, si avan-
tageux au bien public, il joindra plusieurs
autres largesses considérables, qui seront
distribuées dans toutes les Patoisses de la
Ville & de sa Jurisdiction.
On chanta le Te Deum dans l'Eglise
Métropolitaine de Bordeaux, avec
toute la solemnité possible, en action de
graces de l'heureux accouchement de Ma-
dame la Dauphine. Après cette cérémo-
nie, les Jurats, ayant à leur tênte M. de
Tourny, Intendant de la Province, & la
Milice Bourgeoise étant sous les armes,
allerent au milieu des acclamations du
peuple & au bruit de l'artillerie, tant de
ia Ville que des Vaisseaux, poser la pre-
miere pierre d'une nouvelle Porte que la
Ville fait construire, & à laquelle les Bor-
delois, avec la permission du Roi, donne-
ront le nom de Porte du Duc de Bourgogne,
Ily eut ensuite un feu devant l'Hôtel-de-
144 MERCUREDE FRANCE.
Ville, & des illuminations dans toutes les
rues, & l'on tira une quantité prodigieu-
se de fusées; le Corps de-Ville de Bor-
deaux a résolu de doter cent soixante-dix
filles, & à cet Acte de liberalité, si avan-
tageux au bien public, il joindra plusieurs
autres largesses considérables, qui seront
distribuées dans toutes les Patoisses de la
Ville & de sa Jurisdiction.
Fermer
106
p. 174-177
LE TEMPLE de la felicité publique figuré par le feu de joie élevé par les soins de Messieurs les Lieutenant, Gens du Conseil, Echevins, Gouverneurs de la Ville de Reims, & tiré devant l'Hôtel de Ville, pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, en présence de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant Général de la Province, qui mit le feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans, le Lundi 18. Octobre. Jam nova progenies caelo demittitur alto, Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna, Virg. Eglog. IV.
Début :
La naissance de Monseigneur le DUC DE BOURG[O]GNE, est un événement qui [...]
Mots clefs :
Félicité publique, Feu de joie, Reims, Temple, Figure, Ville, Majesté, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TEMPLE de la felicité publique figuré par le feu de joie élevé par les soins de Messieurs les Lieutenant, Gens du Conseil, Echevins, Gouverneurs de la Ville de Reims, & tiré devant l'Hôtel de Ville, pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, en présence de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant Général de la Province, qui mit le feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans, le Lundi 18. Octobre. Jam nova progenies caelo demittitur alto, Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna, Virg. Eglog. IV.
LE TEMPLE de la felicité publique
figuré par le feu de joie élevé par les
soins de Messieurs les Lieutenant, Gens
du Conseil, Echevins, Gouverneurs de
la Ville de Reims, & tirè devant l'Hôtel
de Ville, pour la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, en presence
de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant
Général de la Province, qui mit le
feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans,
le Lundi 18. Octobre.
Jam nova progenies caelo demittitur alto,
Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna,
Virg. Eglog. IV.
La naissance de Monseigneur le DUC DE
BOURG[O]GNE, est un événement qui
met tout à la fois le comble aux vœux de Sa
Majesté, à ceux de Monseigneur le Dauphin
& au bonheur des Peuples.
La Ville de Reims, toujours distinguée par
son empressement à signaler son zele dans les
circonstances qui intéressent Sa Majesté & la fé-
JANVIER. 1752.
175
liciré de son Royaume, a voulu donner un specta-
cle digne de l'amour & de la reconnoissance dont
elle est si vivement pénétrée pour les bienfaits
dont Sa Majessé vient de la combler, & qui lui
fournissent les moyens de hâter l'éxécution des
fontaines amenées dans l'enceinte de ses muis. El-
le a cru devoir profiter des circonstances de la
joie publique pour reconnostre une faveur aussi
honorable; & au plaisir de se conformer aux in-
tentions de Sa Majesté, sur l'objet des dots
elle a joint la satisfaction de faire éclater les
mouvemens de sa gratitude.
Le Temple de la félicité publique, par une
imitation de celui qui fut élevé dans Rome sous
le plus grand & le meilleur des Empereurs, † est
le monument qui a paru au Conseil de Ville
le plus propre à exprimer ses sentimens pour un
Prince qui fait revivre les vertus d'Auguste.
Cet édifice d'ordre Corinthien, a cinquante-
cinque pieds d'élévation & vingt pieds de face, suu
un plan octogone, élevé sur cinq dégrés de mar-
bre; les pilastres, aussi de marbre, sont posés
sur des pieds-d'estaux couronnés de leur entable-
ment: dans les grandes faces s'ouvrent quatre
portiques en plein ceintre, ornés de leur impos-
te & archivolte, chargés de caducées, de car-
quois, & des armes de Ftance & de Bourgo-
gne : ces portiques découvrent l'intérieur du
Temple.
Dans les pans conpés de l'édifice du Temple
*Sa Majesté a accordé à la Vi. le de Reims, pour
remt lir cet objet, la somme de cent quatre- vingt mille
livres.
† Ce Temple fut banti par les soins de Lepidus. Dion.
Livre 44.
Hiij
Itized by Goog
176 MERCUREDEFRANCE.
sont placées quatre figures héroiques posées sur
leurs pied-d'estaux, au bas de chacun desquels on
lit dans un cattouche quatre vers, qui ont
rapport à la figure. Au dessus sont des médail-
lons en camoieux, rehaussés d'or, suspendus par
des mascarons.
Une balustrade aussi octogone, surmonte l'en-
tablement; dans les pans coupés sont des bas-
reliefs, & les inscriptions qui y ont tapport sont
placées dans la frise: sur les tablettes des piéd-d'es-
taux sont polés des groupes d'Amours & des
vases.
Au niveau de la corniche s'éleve un attique
sur lequel est appuyé un dôme de figure octo-
gone, enrichi de guirlandes; au sommet du
dôme est un amortissement qui porte la figure de
la Renommée terminant l'edifice du Temple.
Chaque figure placée dans les pans coupés de-
vient, par le caractere qui lui est propre, la Di-
vinité tutélaire du Temple; ces figures sont la
Paix, Minerve, la Force & l'Abondance.
La Paix tenant d'une main un rameau d'oli-
vier, & de l'autre un flambeau avec lequel elle
brule un trophée d'armes, pour annoncer que
son regne est plus que jamais assuré par la nais-
sance du jeune Priace.
A jamais sous mes pieds que la discorde expire;
L'Amout qui vient de naître écarte ses forfaits,
Et de LoUIS l'heureux empire
Deviendra pour toujours celui de mes bienfaits.
L'Abondance, caractérisée par la corne d'A-
malthée qu'elle tient daus ses bras, promet au
peuple ses bienfaits.
JANVIER. 1752.
177
Peuples, un fils du sang des Dieux,
De mes laveurs pour vous est la douce espérance,
Mes dons versés à sa naissance
Par les mains de LOUIS combleront tous vos
vœux.
Minerve portant d'une main le livre de ses
Joix, & de l'autre des desseins d'Architecture &
de Mathématique, semble exprimer que le Due
DE BOURGOGNI, instruit par les leçons de la Sa-
gesse, sera un jour la gloire & le protecteur des
beaux Arts.
Un Eleve nouveau, formé par mes otacles,
De ce Temple sacré sera le ferme appui,
Il crostra pour sa gloire, & deux Héros en lui
Verront de leurs vertus retracer les miracles.
La Force, armée d'une massue, terrasse à
ses pieds une Hydre representant la Discorde,
France, qu'a tes regards mes armes, mon con-
rage
N'annoncent désormais la crainte ni l'horreur;
Sous les yeux de LOUIS elles n'ont d'autre
usage,
Que d'affermit la paix, ta gloire & ton bonhour.
figuré par le feu de joie élevé par les
soins de Messieurs les Lieutenant, Gens
du Conseil, Echevins, Gouverneurs de
la Ville de Reims, & tirè devant l'Hôtel
de Ville, pour la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, en presence
de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant
Général de la Province, qui mit le
feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans,
le Lundi 18. Octobre.
Jam nova progenies caelo demittitur alto,
Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna,
Virg. Eglog. IV.
La naissance de Monseigneur le DUC DE
BOURG[O]GNE, est un événement qui
met tout à la fois le comble aux vœux de Sa
Majesté, à ceux de Monseigneur le Dauphin
& au bonheur des Peuples.
La Ville de Reims, toujours distinguée par
son empressement à signaler son zele dans les
circonstances qui intéressent Sa Majesté & la fé-
JANVIER. 1752.
175
liciré de son Royaume, a voulu donner un specta-
cle digne de l'amour & de la reconnoissance dont
elle est si vivement pénétrée pour les bienfaits
dont Sa Majessé vient de la combler, & qui lui
fournissent les moyens de hâter l'éxécution des
fontaines amenées dans l'enceinte de ses muis. El-
le a cru devoir profiter des circonstances de la
joie publique pour reconnostre une faveur aussi
honorable; & au plaisir de se conformer aux in-
tentions de Sa Majesté, sur l'objet des dots
elle a joint la satisfaction de faire éclater les
mouvemens de sa gratitude.
Le Temple de la félicité publique, par une
imitation de celui qui fut élevé dans Rome sous
le plus grand & le meilleur des Empereurs, † est
le monument qui a paru au Conseil de Ville
le plus propre à exprimer ses sentimens pour un
Prince qui fait revivre les vertus d'Auguste.
Cet édifice d'ordre Corinthien, a cinquante-
cinque pieds d'élévation & vingt pieds de face, suu
un plan octogone, élevé sur cinq dégrés de mar-
bre; les pilastres, aussi de marbre, sont posés
sur des pieds-d'estaux couronnés de leur entable-
ment: dans les grandes faces s'ouvrent quatre
portiques en plein ceintre, ornés de leur impos-
te & archivolte, chargés de caducées, de car-
quois, & des armes de Ftance & de Bourgo-
gne : ces portiques découvrent l'intérieur du
Temple.
Dans les pans conpés de l'édifice du Temple
*Sa Majesté a accordé à la Vi. le de Reims, pour
remt lir cet objet, la somme de cent quatre- vingt mille
livres.
† Ce Temple fut banti par les soins de Lepidus. Dion.
Livre 44.
Hiij
Itized by Goog
176 MERCUREDEFRANCE.
sont placées quatre figures héroiques posées sur
leurs pied-d'estaux, au bas de chacun desquels on
lit dans un cattouche quatre vers, qui ont
rapport à la figure. Au dessus sont des médail-
lons en camoieux, rehaussés d'or, suspendus par
des mascarons.
Une balustrade aussi octogone, surmonte l'en-
tablement; dans les pans coupés sont des bas-
reliefs, & les inscriptions qui y ont tapport sont
placées dans la frise: sur les tablettes des piéd-d'es-
taux sont polés des groupes d'Amours & des
vases.
Au niveau de la corniche s'éleve un attique
sur lequel est appuyé un dôme de figure octo-
gone, enrichi de guirlandes; au sommet du
dôme est un amortissement qui porte la figure de
la Renommée terminant l'edifice du Temple.
Chaque figure placée dans les pans coupés de-
vient, par le caractere qui lui est propre, la Di-
vinité tutélaire du Temple; ces figures sont la
Paix, Minerve, la Force & l'Abondance.
La Paix tenant d'une main un rameau d'oli-
vier, & de l'autre un flambeau avec lequel elle
brule un trophée d'armes, pour annoncer que
son regne est plus que jamais assuré par la nais-
sance du jeune Priace.
A jamais sous mes pieds que la discorde expire;
L'Amout qui vient de naître écarte ses forfaits,
Et de LoUIS l'heureux empire
Deviendra pour toujours celui de mes bienfaits.
L'Abondance, caractérisée par la corne d'A-
malthée qu'elle tient daus ses bras, promet au
peuple ses bienfaits.
JANVIER. 1752.
177
Peuples, un fils du sang des Dieux,
De mes laveurs pour vous est la douce espérance,
Mes dons versés à sa naissance
Par les mains de LOUIS combleront tous vos
vœux.
Minerve portant d'une main le livre de ses
Joix, & de l'autre des desseins d'Architecture &
de Mathématique, semble exprimer que le Due
DE BOURGOGNI, instruit par les leçons de la Sa-
gesse, sera un jour la gloire & le protecteur des
beaux Arts.
Un Eleve nouveau, formé par mes otacles,
De ce Temple sacré sera le ferme appui,
Il crostra pour sa gloire, & deux Héros en lui
Verront de leurs vertus retracer les miracles.
La Force, armée d'une massue, terrasse à
ses pieds une Hydre representant la Discorde,
France, qu'a tes regards mes armes, mon con-
rage
N'annoncent désormais la crainte ni l'horreur;
Sous les yeux de LOUIS elles n'ont d'autre
usage,
Que d'affermit la paix, ta gloire & ton bonhour.
Fermer
106
LE TEMPLE de la felicité publique figuré par le feu de joie élevé par les soins de Messieurs les Lieutenant, Gens du Conseil, Echevins, Gouverneurs de la Ville de Reims, & tiré devant l'Hôtel de Ville, pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, en présence de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant Général de la Province, qui mit le feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans, le Lundi 18. Octobre. Jam nova progenies caelo demittitur alto, Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna, Virg. Eglog. IV.
107
p. 188-189
« La Façade de l'Hôtel de Ville présentoit par son Illumination un autre Spectacle. Au dessus du balcon [...] »
Début :
La Façade de l'Hôtel de Ville présentoit par son Illumination un autre Spectacle. Au dessus du balcon [...]
Mots clefs :
Ville, Illumination, Spectacle, Fête, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Façade de l'Hôtel de Ville présentoit par son Illumination un autre Spectacle. Au dessus du balcon [...] »
La Façade de l'Hôtel de Ville présentoit par son
Illumination un autre Spectacle. Au dessus du balcon
s'élevoit une estrade de six dégrés, où l'on
voyoit les portraits du Roi & de la Reine, sous un
dais enrichi de broderies & des Chiffres de leurs
Majestés.
La fête fut annoncée dès le matin par le bruit du
canon des remparts. L'Illumination commença
vers les sept heures du soir, au son des trom-
pettes, des fifres, des hanthois, des tavibours
& des tymbales, suivi des décharges du cinon &
de la mousqueterie des Chovaliers de l'Aiquebu-
se: cette Compagnie, par l'éclat de son unifor-
me, & la legéreté de ses évolutions, ajoutoit à la
fête un nonvel embélissement.
L'illumination, l'artifice & les Fusées volan-
tes, semblerent donner une espece de vie aux
figures symboliques dont le bâtiment du Temple
étoit décoré; & pour donnet un nouvel agrément
à ce spectacle, on avoit placé au balcon de l'Ho-
tel de Ville, un chœur nombrenx de symphonis-
tes, dont les airs exptimoient la joie universelle.
Une joie vive annonçoit le zéle, l'amour, & la
reconnoissance de tous les Citoyens pour notre au-
guste Monarque, & ces sentimens étoient élo-
zed by Goog
JANVIER.
1752.
189
quemment exprimés par leurs acclamations, &
par les cris redoublés de leurs vœux pour Sa Ma-
jesté & la Famille Royale.
Le même jour, le Palais Archiépiscopal de
M. le Prince de Rohan fut magnisiquement illu-
miné: le bon goût & l'arrangement de cette illu-
lumination attira un grand nombre de Specta-
teurs.
M. Rogier, Lieutenant des habitans, si distin-
gué par son zéle pout la gloire & les Intérêts de la
Ville, a voulu dans cette occasion se rendre le
Ministre de l'allégresse publique, & l'interprête de
l'amour du Peuple pout son Roi, par une fête
magnisique qu'il a donnée à laquelle ont été invi-
tés M. le Comte de Grand Pré, le Corps de Ville,
les Capitaines de la Bourgeoisie. & différentes au-
tres personnes. Plusieurs tables ont été servies àvec
autant d'ordre que de délicatesse & de magnifi-
cence. La foçade & l'intérieur de son Hôtel, of-
scoient une illumination charmante, par le nom-
bre & la disposition des lumieres qui formoient sur
la terrasse un spectacle nouveau, en feu figurant des
arcades, des portiques, & différens ornemens
d'Architecture.
La Ville de Reims, pour se conformer aux in-
tentions de Sa Majesté, a conclu qu'il seroit pris
sut les deniers dont l'administration lui est confiée,
la somme de quatre mille livres, pour doter vingt
filles.
Chacun s'empressa de seconder le zéle du Con-
seil de Ville par des Illuminations, qui furent
générales dans toute la Ville.
Le dessein du Temple, les devises & les emble-
mes, ont été imaginés, & les Inscriptions en
vers, composées par M. de Saulx, Chanoine de
l'Eglise de Reims, Chancelier de l'Université, &
Principal du College.
Illumination un autre Spectacle. Au dessus du balcon
s'élevoit une estrade de six dégrés, où l'on
voyoit les portraits du Roi & de la Reine, sous un
dais enrichi de broderies & des Chiffres de leurs
Majestés.
La fête fut annoncée dès le matin par le bruit du
canon des remparts. L'Illumination commença
vers les sept heures du soir, au son des trom-
pettes, des fifres, des hanthois, des tavibours
& des tymbales, suivi des décharges du cinon &
de la mousqueterie des Chovaliers de l'Aiquebu-
se: cette Compagnie, par l'éclat de son unifor-
me, & la legéreté de ses évolutions, ajoutoit à la
fête un nonvel embélissement.
L'illumination, l'artifice & les Fusées volan-
tes, semblerent donner une espece de vie aux
figures symboliques dont le bâtiment du Temple
étoit décoré; & pour donnet un nouvel agrément
à ce spectacle, on avoit placé au balcon de l'Ho-
tel de Ville, un chœur nombrenx de symphonis-
tes, dont les airs exptimoient la joie universelle.
Une joie vive annonçoit le zéle, l'amour, & la
reconnoissance de tous les Citoyens pour notre au-
guste Monarque, & ces sentimens étoient élo-
zed by Goog
JANVIER.
1752.
189
quemment exprimés par leurs acclamations, &
par les cris redoublés de leurs vœux pour Sa Ma-
jesté & la Famille Royale.
Le même jour, le Palais Archiépiscopal de
M. le Prince de Rohan fut magnisiquement illu-
miné: le bon goût & l'arrangement de cette illu-
lumination attira un grand nombre de Specta-
teurs.
M. Rogier, Lieutenant des habitans, si distin-
gué par son zéle pout la gloire & les Intérêts de la
Ville, a voulu dans cette occasion se rendre le
Ministre de l'allégresse publique, & l'interprête de
l'amour du Peuple pout son Roi, par une fête
magnisique qu'il a donnée à laquelle ont été invi-
tés M. le Comte de Grand Pré, le Corps de Ville,
les Capitaines de la Bourgeoisie. & différentes au-
tres personnes. Plusieurs tables ont été servies àvec
autant d'ordre que de délicatesse & de magnifi-
cence. La foçade & l'intérieur de son Hôtel, of-
scoient une illumination charmante, par le nom-
bre & la disposition des lumieres qui formoient sur
la terrasse un spectacle nouveau, en feu figurant des
arcades, des portiques, & différens ornemens
d'Architecture.
La Ville de Reims, pour se conformer aux in-
tentions de Sa Majesté, a conclu qu'il seroit pris
sut les deniers dont l'administration lui est confiée,
la somme de quatre mille livres, pour doter vingt
filles.
Chacun s'empressa de seconder le zéle du Con-
seil de Ville par des Illuminations, qui furent
générales dans toute la Ville.
Le dessein du Temple, les devises & les emble-
mes, ont été imaginés, & les Inscriptions en
vers, composées par M. de Saulx, Chanoine de
l'Eglise de Reims, Chancelier de l'Université, &
Principal du College.
Fermer
108
p. 190-191
De Rochefort, le 20.
Début :
Un nouveau Vaisseau de quatre-vingt canons fut lancé à l'eau le 20, dans le Port de Rochefort, [...]
Mots clefs :
Rochefort, Jean-Baptiste Mac Nemara, Marine, Roi, Ville, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rochefort, le 20.
De Rochefort, le 20.
Un nouveau Vaisseau de quatre-vingt canons
fut lancé à l'eau le 20, dans le Port de Rochefort,
& il a été nommé le Duc de Bourgogne. Il
arriva dans cette occasion un hazard, qui auroit
été regardé par les anciens Romains, comme un
augure digne de remarque. On avoit orné ce
Vaisseau de quelques btanches d'arbre: un oi-
seau, qu'un faucon poursuivoit à tire d'asle, s'y
refugia, & il y trouva un asile qui lui sauva la vie.
Le lendemain, on annonça par une salve de vingt
& une pièce de canon, les rejouissances pour la nais-
sance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. A
midi, tout le Corps des Officiers de la Marine se
rendit chez M. de Macnemara, Chef d'Escadie
des Armées Navales du Roi, & Commandant à
Rochefort, qui avoit invité à cette fête les prin-
cipales Dames de la Ville, & tous les Etrangers
que la curiosité y avoit attirés. On servit plusieurs
tables, dont quatre étoient de trente couverts
& une de vingt. Les santés du Roi, de la Reine,
de Monseigneur le Dauphin, de Madame la Dau-
phine, & de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
furent salvées chacune de vingt & un coup de
canon. Sur les cinq heures du soir, le Te Deum
fut chanté daus la Chapelle du Roi, & tout le
Clergé Séculier & Régulier de la Ville y assista,
Lorsque la nuit fut venue, on tira un feu d'arti-
fice dans la Prairie de Rhône. En même tems,
toutes les maisons de la Ville furent illuminées,
ainsi que le Château, l'Intendance & le Contrôle
& plusieurs fontaines de vin coulerent par ordre
de M. de Macnemara dans la Place du Château,
Le souper, que ce Commandant donna, ne ceda
191
JANVIER. 1752.
point au diner en magnificence. Toute la Com-
pagnie se rendit vers les onze heures à l'Hôtel des
Gardes de la Marine, qui étoit illuminé avec
beauçoup de goût & d'élégance, & où, M. de
Macnemara ouvrit le Bal avec Madame ie Nor-
mant de Mezy, épouse de l'Intendant de Roche-
fort. L'éclat de cette fête a répondu parfaitement
aux soins que M. de Macnemara a pris, & à l'ar-
deur avec laquelle tout le Corps de la Marine de
Rochefort l'a secondé, pout rendre ces rejouis-
sances dignes de l'évenement qui en étoit l'occa-
sion.
Un nouveau Vaisseau de quatre-vingt canons
fut lancé à l'eau le 20, dans le Port de Rochefort,
& il a été nommé le Duc de Bourgogne. Il
arriva dans cette occasion un hazard, qui auroit
été regardé par les anciens Romains, comme un
augure digne de remarque. On avoit orné ce
Vaisseau de quelques btanches d'arbre: un oi-
seau, qu'un faucon poursuivoit à tire d'asle, s'y
refugia, & il y trouva un asile qui lui sauva la vie.
Le lendemain, on annonça par une salve de vingt
& une pièce de canon, les rejouissances pour la nais-
sance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. A
midi, tout le Corps des Officiers de la Marine se
rendit chez M. de Macnemara, Chef d'Escadie
des Armées Navales du Roi, & Commandant à
Rochefort, qui avoit invité à cette fête les prin-
cipales Dames de la Ville, & tous les Etrangers
que la curiosité y avoit attirés. On servit plusieurs
tables, dont quatre étoient de trente couverts
& une de vingt. Les santés du Roi, de la Reine,
de Monseigneur le Dauphin, de Madame la Dau-
phine, & de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
furent salvées chacune de vingt & un coup de
canon. Sur les cinq heures du soir, le Te Deum
fut chanté daus la Chapelle du Roi, & tout le
Clergé Séculier & Régulier de la Ville y assista,
Lorsque la nuit fut venue, on tira un feu d'arti-
fice dans la Prairie de Rhône. En même tems,
toutes les maisons de la Ville furent illuminées,
ainsi que le Château, l'Intendance & le Contrôle
& plusieurs fontaines de vin coulerent par ordre
de M. de Macnemara dans la Place du Château,
Le souper, que ce Commandant donna, ne ceda
191
JANVIER. 1752.
point au diner en magnificence. Toute la Com-
pagnie se rendit vers les onze heures à l'Hôtel des
Gardes de la Marine, qui étoit illuminé avec
beauçoup de goût & d'élégance, & où, M. de
Macnemara ouvrit le Bal avec Madame ie Nor-
mant de Mezy, épouse de l'Intendant de Roche-
fort. L'éclat de cette fête a répondu parfaitement
aux soins que M. de Macnemara a pris, & à l'ar-
deur avec laquelle tout le Corps de la Marine de
Rochefort l'a secondé, pout rendre ces rejouis-
sances dignes de l'évenement qui en étoit l'occa-
sion.
Fermer
109
p. 191
De Sion, en Vallais, le 21.
Début :
Un Courier dépêché de Soleure, par M. le Marquis de Paulmy, ayant apporté ici la nouvelle [...]
Mots clefs :
Sion, Valais, Résident de France, Ville, Cathédrale, Chapitre, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Sion, en Vallais, le 21.
De Sion, en Vallais, le 21.
Un Courier dépêché de Soleure, par M. le
Marquis de Paulmy, ayant apporté ici la nouvelle
de la naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, les Habitans de cette Ville ont montré la
même joie que s'ils avoient été François. L'Evê-
que & le Chapitre de la Cathédrale ont été des
premiers à faire éclater leurs sentimens, en chan-
tant solemnellement le Te Deum, après lequel
l'Evêque donna un somptueux repas au Résident
de France, ainsi qu'au Chapitre & au Conseil. Le
3 de ce mois, le Conseil en donna un qui ne fut
pas moins magnisique, & le 17 il assista au Te
Deum, que le Résident de France fit chanter en
musique dans la Cathédrale. Après cette cérémo-
nie, le Résident de France fit servir une table de
cent couverts. Deux fontaines de vin coulerent en
même tems par son ordre pour le peuple, à qui il
fit abandonner un bœeuf rôti. Le soir il y eut Bal
chez le Résident, & sa maison illuminée avec ma-
gnificence, offrit un spectacle qu'on n'avoit point
encore vû dans cette Ville,
Un Courier dépêché de Soleure, par M. le
Marquis de Paulmy, ayant apporté ici la nouvelle
de la naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, les Habitans de cette Ville ont montré la
même joie que s'ils avoient été François. L'Evê-
que & le Chapitre de la Cathédrale ont été des
premiers à faire éclater leurs sentimens, en chan-
tant solemnellement le Te Deum, après lequel
l'Evêque donna un somptueux repas au Résident
de France, ainsi qu'au Chapitre & au Conseil. Le
3 de ce mois, le Conseil en donna un qui ne fut
pas moins magnisique, & le 17 il assista au Te
Deum, que le Résident de France fit chanter en
musique dans la Cathédrale. Après cette cérémo-
nie, le Résident de France fit servir une table de
cent couverts. Deux fontaines de vin coulerent en
même tems par son ordre pour le peuple, à qui il
fit abandonner un bœeuf rôti. Le soir il y eut Bal
chez le Résident, & sa maison illuminée avec ma-
gnificence, offrit un spectacle qu'on n'avoit point
encore vû dans cette Ville,
Fermer
110
p. 193-194
D'Avignon, le 24.
Début :
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent [...]
Mots clefs :
Avignon, Te Deum, Église, Vice-légat, Ville, Musique, Feu d'artifice, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'Avignon, le 24.
D'Avignon, le 24.
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville
ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent
une reconnoissance trop sincère, pour qu'ils
négligent aucune occasion de la faire éclater.
Pendant trois jours consécutifs, il y a eu ici des
rejouissances publiques pour la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne. Le 24 de ce mois,
le Deum fut chanté à plusieurs chœurs de musique
dans l'Eglise Métropolitaine par ordre du Vice-
Légat, qui y assista, étant accompagné de tous
les Tribunaux, ains: que du Corps de-Ville.
Après cette cétémonie, le Vice-Légat, an bruit
d'une décharge d'artillerie, & de plusieurs salves,
de mousqueterie des troupes de la garnison & de
la Milice Bourgeoise, alluma le Buchet qu'on
avoit préparé dans la Place, vis-à vis le Palais.
On tira le soir devant l'Hô el-de Vile un feu
d'artifice, & toutes les rues furent illuininées.
Le 25 & le 26, l'Archevêché, le Corps-de Vil'e
& le Chapitre de l'Eglise Métropolitaive, ont
fait successivement chanter le Te Deum dans cette
Eglise, en action de graces du même évenement.
Chacun de ces deux jours, on a renouvellé les
illuminations, & le : 6 le Corps-de Visse fit tirer.
un seeond seu d'artifice, de beaucoup plus grande
dépense encore que celui du 24. Ces fêtes. furent
terminées par un somptueux repas, que le Vice-
Légat donna à toute la Noblesse. Les, Célestins
dont le Couvent a été fondé par le Roi Charles
VI. out signalé en particulier leur zéle, en faisant
chanter une Messe solemnelle, & le Te Deum en
II. Vol.
tized by Goc
194 MERCUREDEFRANCE.
musique. Le Marquis de Crillon, & le Marquis
d'Aulan, n'ont rien épargné pour marquet leur
joie, & ils se sont distingues surtout par la beauté
des illuminations de leurs Hôtels.
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville
ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent
une reconnoissance trop sincère, pour qu'ils
négligent aucune occasion de la faire éclater.
Pendant trois jours consécutifs, il y a eu ici des
rejouissances publiques pour la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne. Le 24 de ce mois,
le Deum fut chanté à plusieurs chœurs de musique
dans l'Eglise Métropolitaine par ordre du Vice-
Légat, qui y assista, étant accompagné de tous
les Tribunaux, ains: que du Corps de-Ville.
Après cette cétémonie, le Vice-Légat, an bruit
d'une décharge d'artillerie, & de plusieurs salves,
de mousqueterie des troupes de la garnison & de
la Milice Bourgeoise, alluma le Buchet qu'on
avoit préparé dans la Place, vis-à vis le Palais.
On tira le soir devant l'Hô el-de Vile un feu
d'artifice, & toutes les rues furent illuininées.
Le 25 & le 26, l'Archevêché, le Corps-de Vil'e
& le Chapitre de l'Eglise Métropolitaive, ont
fait successivement chanter le Te Deum dans cette
Eglise, en action de graces du même évenement.
Chacun de ces deux jours, on a renouvellé les
illuminations, & le : 6 le Corps-de Visse fit tirer.
un seeond seu d'artifice, de beaucoup plus grande
dépense encore que celui du 24. Ces fêtes. furent
terminées par un somptueux repas, que le Vice-
Légat donna à toute la Noblesse. Les, Célestins
dont le Couvent a été fondé par le Roi Charles
VI. out signalé en particulier leur zéle, en faisant
chanter une Messe solemnelle, & le Te Deum en
II. Vol.
tized by Goc
194 MERCUREDEFRANCE.
musique. Le Marquis de Crillon, & le Marquis
d'Aulan, n'ont rien épargné pour marquet leur
joie, & ils se sont distingues surtout par la beauté
des illuminations de leurs Hôtels.
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111
p. 243
De Cagliary le 29. Novembre.
Début :
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de [...]
Mots clefs :
Cagliari, Naissance du duc de Bourgogne, M. Le Grand, Fêtes, Ville, Consul de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Cagliary le 29. Novembre.
De Cagliary le 29. Novembre.
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé
les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de
la Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne par les Quarante-heures & les Indulgen-
ces qu'il avoit obtenues de M. l'Archevêque de
cette Ville: l'Eglise de Saint Louis tut choisie
pour cela, le grand-Autel, illuminé en pira-
mide, étoit surmonté par la Statue de Saint
Louis sous un dais, orné des armoiries du Roi
de Monseigneur le Dauphin, & de Monseigneur
le Duc de Bourgogne. Ces Fêtes furent annon-
cées le matin au lever du Soleil par une salve d'ar-
tillerie en arborant le pavillon au haut de la façade
del'Eigise. LaGrande-Messe & le Te Deum à grand
Chœur furent chantés par tout ce qu'il y a de
meilleurs Musiciens dans le Royaume, & il y
eut un discours prononcé par le R. P. Simon
Jesuite. La clôture des Quarante--Heures se fit
le troisiéme jour au soir par la Procession du
Saint Sacrement, M. le Consul y assista accom-
pagné des Consuls Etrangers & de tous les
François qui habitent cette Ville. Le premier
jour de ces Fêtes, M. le Consul donna à diner
acinquante personnes des plus distinguées de cette
Ville, il fit tirer le soir un fort beau feu d'arti-
fice, & pendant les trois jours, sa Maison fut il-
luminée par des flambeaux de cire- vierge, pélant
quatre livres chacun.
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé
les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de
la Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne par les Quarante-heures & les Indulgen-
ces qu'il avoit obtenues de M. l'Archevêque de
cette Ville: l'Eglise de Saint Louis tut choisie
pour cela, le grand-Autel, illuminé en pira-
mide, étoit surmonté par la Statue de Saint
Louis sous un dais, orné des armoiries du Roi
de Monseigneur le Dauphin, & de Monseigneur
le Duc de Bourgogne. Ces Fêtes furent annon-
cées le matin au lever du Soleil par une salve d'ar-
tillerie en arborant le pavillon au haut de la façade
del'Eigise. LaGrande-Messe & le Te Deum à grand
Chœur furent chantés par tout ce qu'il y a de
meilleurs Musiciens dans le Royaume, & il y
eut un discours prononcé par le R. P. Simon
Jesuite. La clôture des Quarante--Heures se fit
le troisiéme jour au soir par la Procession du
Saint Sacrement, M. le Consul y assista accom-
pagné des Consuls Etrangers & de tous les
François qui habitent cette Ville. Le premier
jour de ces Fêtes, M. le Consul donna à diner
acinquante personnes des plus distinguées de cette
Ville, il fit tirer le soir un fort beau feu d'arti-
fice, & pendant les trois jours, sa Maison fut il-
luminée par des flambeaux de cire- vierge, pélant
quatre livres chacun.
Fermer
112
p. 244-245
De Carthagene le 15. Décembre.
Début :
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Carthagène, Naissance du duc de Bourgogne, Nation, Église, Ville, Pays, Événement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Carthagene le 15. Décembre.
De Carthagene le 15. Décembre.
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
commencerent le 16. Novembre au soir dans
l'Eglise des Réligieux de Saint François de cet-
te Ville, par un Te Deum chanté par les meil-
leurs Musiciens du Pays, & une infinité de feux
zed by Goog
JANVIER.
1752. 24
de poudre volans; après quoi la Natiou, le Gou-
verneur & tous les Gens en place & Principaux
de la Ville s'étant rendus chez M. Marconiet
Consul de la Nation Françoise, on leur servit
avec abondance des rafraîchissemens.
Le lendemain on célébra dans la même Eglise
un Service divin accompagné de la même musi-
que, & il y fut ptononcé par un très habile
Prédicateur du Pays nn Sermon sur l'heureux
événement de la Naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Le 28. la Nation fit tirer un beau feu d'ar-
tifiec.
Les Députés & Négocians François établis
à Murcie, ont donné des marques de leur joie
dans un évenement aussi interellant, par des
sêtes semblables à celles qui ont été données à
Carthagene.
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
commencerent le 16. Novembre au soir dans
l'Eglise des Réligieux de Saint François de cet-
te Ville, par un Te Deum chanté par les meil-
leurs Musiciens du Pays, & une infinité de feux
zed by Goog
JANVIER.
1752. 24
de poudre volans; après quoi la Natiou, le Gou-
verneur & tous les Gens en place & Principaux
de la Ville s'étant rendus chez M. Marconiet
Consul de la Nation Françoise, on leur servit
avec abondance des rafraîchissemens.
Le lendemain on célébra dans la même Eglise
un Service divin accompagné de la même musi-
que, & il y fut ptononcé par un très habile
Prédicateur du Pays nn Sermon sur l'heureux
événement de la Naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Le 28. la Nation fit tirer un beau feu d'ar-
tifiec.
Les Députés & Négocians François établis
à Murcie, ont donné des marques de leur joie
dans un évenement aussi interellant, par des
sêtes semblables à celles qui ont été données à
Carthagene.
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113
p. 155-156
« CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...] »
Début :
CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...]
Mots clefs :
Ville, Église, Paris, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...] »
CELEBRATIONS des mariages de
la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale
de Saint Merry à Paris, faites le Mar-
dy 9 Novembre 1751. à l'occasion de la
naissance de Monseigueur le Duc de Bour
gogne; exhortation à ce sujet; par M.
Artaud Docteur de Sorbonne, Chefcier-
Curé dela dite Eglise. A Paris chez Heris-
sant, rue neuve Notre-Dame.
Si M. Artaud ne jouissoit pas depnis,
long-tems de la réputation de bien parler,
il l'auroit acquise par deux exhortations
que nous annonçons; elles sont pleines,
d'onction & de véhémence. L'Auteur y a
fait ingénieusement entrer tout ce que les
circonstances réunies de la naissance de
Fvj
156 MERCUREDEFRANCE.
Monseigneur le Duc de Bourgogne & de
la magnificence de la Ville luifournissoient.
la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale
de Saint Merry à Paris, faites le Mar-
dy 9 Novembre 1751. à l'occasion de la
naissance de Monseigueur le Duc de Bour
gogne; exhortation à ce sujet; par M.
Artaud Docteur de Sorbonne, Chefcier-
Curé dela dite Eglise. A Paris chez Heris-
sant, rue neuve Notre-Dame.
Si M. Artaud ne jouissoit pas depnis,
long-tems de la réputation de bien parler,
il l'auroit acquise par deux exhortations
que nous annonçons; elles sont pleines,
d'onction & de véhémence. L'Auteur y a
fait ingénieusement entrer tout ce que les
circonstances réunies de la naissance de
Fvj
156 MERCUREDEFRANCE.
Monseigneur le Duc de Bourgogne & de
la magnificence de la Ville luifournissoient.
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114
p. 17-25
LETTRE De M. de la Sauvagere, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis, Ingénieur en chef du Port Louis, à l'Auteur du Mercure, sur la persuosion où l'on est que le Port Louis est un lieu fort ancien, connu autrefois sous le nom de Blavet.
Début :
Tout le monde est persuadé, Monsieur, que le lieu où est aujourd'hui [...]
Mots clefs :
Port-Louis, Blavet, Ville, Nom, Roi, Lieu, Port, Citadelle, Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. de la Sauvagere, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis, Ingénieur en chef du Port Louis, à l'Auteur du Mercure, sur la persuosion où l'on est que le Port Louis est un lieu fort ancien, connu autrefois sous le nom de Blavet.
LETTRE
De M. de la Sauvagere, Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, Ingénieur
en chef du Port Louis, à l'Auteur
du Mercure, sur la persuosion où l'on est
que le Port Louis est un lieu fort ancien,
connu autrefois sous le nom de Blavet. ,
Tout le monde est persuadé, Monsieur,
que le lieu où est aujourd'hui
la ville & citadelle du Port Louis, s'appel-
loit anciennement Blavet. Cette croyance
se trouve répandue dans plusieurs ouvrages
imprimés, & particuliérement dans ceux
qui ont été publiés sur la Géographie de-
puis 160 ans: il n'y a qui que ce soit qui
ne suive le torrent qui entraine à le penser.
Ce sentiment ne fait aucun doute, même
dans cette Province de Bretagne; & les
Habitans du Port Louis & des Villes voi-
sines le croyent fermement.
Il est étonnant, Monficur, qu'une telle
erreur se soit transmise depuis le premier
qui l'a dit, sans être scrutec & relevée par
personne jusqu'aujourd'hui. Il m'a paru
que le Public, & surtout ceux qui ont de
l'amour pour tout ce qui peut tendre à la
18 MERCURE DE FRANCE.
perfection de la Géographie, recevroient
avec plaisit, les preuves que je vais essayer
de rapporter, qui ont servi à me désabu-
ser sur certè pretendue antique origine.
Il seroit trop long de faire ici la nomen-
clature de tous les livres où il est parlé du
Port Louis, comme d'une ville ancienne
appellée autrefois Blavet: les uns la placent
à une demie lieue au-dessus, sur la riviere
de Blavet, les autres veulent qu'elle ait
été rebatie sur ses mêmes ruines.
Ces deux sentimens ont aussi peu de
vraisemblance l'un que l'autre. Quiconque
connoitra la Topographie des environs
du Port Louis, ne pourra disconvenir de
l'absurdité de cette position, puisque
l'embouchure de la riviere de Blavet en
est éloignée de plus d'une lieue; on ne
connoît d'ailleurs aucuns vestiges aux en-
virons, qui puissent donuer le moindre in-
dice qu'il y ait eu une autre ville autrefois
au voisinage du Port Louis.
Cependant on s'est tellement mis dans
l'esprit que le Port Louis s'étoit de tous
les tems appellé Blavet, que plusieurs sça-
vans des derniers siécles ont employé toute
leur sagacité pour en cherchet l'origine
dans la haute antiquité, entr'autres Or-
telius (a) & le célebre Historiographe M.
(al Ortolii Thesaurus Geographicus.
MARS. 1752.
19
de Valois (a), lequel rapportant un pas-
sage de l'ancienne notice (b) de l'Empire
Romain soutient que le mot Bablia, que
l'on y lit, doit s'expliquer par Blavet,
nom ancien du lieu où est le Port Louis:
Prafectus militum Carronentium Bablia, où
il remarque qu'il faut lire Blabitta ou Bla-
vitta: ce lieu appellé par les Anciens Ba-
blia, étoit une forteresse importante, où les
Romains tenoient une garnison de troupes
appellées Carroneuses, sous les ordres d'un
Duc ou Général de l'Armorique, qui cer-
tainement doit s'entendre de Blaye, ville
du Bourdelois sur la Garonne, que Pto-
leméè (c) appelle Portus Santonum, Promon-
torium Santonum; & le Poëte Ausone (d) à
la fin du quatrième siécle Blavia Militaris;
Gregoite de Tours (e) Blavia, & l'Itine-
raire d'Antonin met Blavetum, Blavia &
Blavium, sur le chemin de Bourdeaux à
Autun, & par consequent ne peut s'appli-
quet à l'endroit où est placé le Port Louis.
Ce qui confirme de plus en plus qu'il
(a) Valesius netitiae Galliarum. Voyez les Preuves
de la Nouvelle Hist. de Bret. de Dom Hyacinte-
Maurice. T. I. col. 163.
(6) Notice de l'Empire Romain; sect. 61.
(c) Ptolomai Cosmographie sive Geographia lib. 2.
(d) Ausoni Burdigalensis Opera ep. X. ad Paulum.
(e) Gregor. Tur. glor. Conf.
20 MERCUREDE FRANCE.
n'y a jamais eu anciennement de ville du
nom de Blavet, sur cette partie meridio-
nale de la Côte de Bretagne, c'est qu'il
nen est rien dit dans aucun des anciens
Historiens de ce Duché: il nen est fait au-
cunè mention dans la collection des Titres
de la Province, par le sçavant Benedictin,
de la nouvelle Histoire de Bretagne, où
on ne la trouve nulle part, soit dans les
archives du Domaine du Roi, dont le fond
releve, soit dans les titres des Seigneurs
voisins, ou ceux des vassaux qui en posse-
doient le terrein ou les cabanes qui y
étoient, losqu'en 1486. François II. Duc
de Bretagne (a) y envoya Jean Prince d'O-
range, & Jean Sire de Rieux accompagnés
de quantité de Gentils-Hommes & de
commerçans, pour en examiner la situa-
tion & le Port, où le Duc de Bretagne dès-
lors avoit dessein d'y faire l'établissement
d'une ville de commercé, dont il fut fait
un Procès-verbal, dans lequel ce lieu est
nommé Loc-Peran, petit Hameau habité
par des Pêcheurs, qui signifie en Langue du
pays, Lieu de S. Pierre, à cause d'une cha-
pelle sous l'invocation de ce Saint qui exis-
te encore aujourd'hui.
Le petit Hameau de Loc Peran étoit en-
eore le même l'an 1590. dans le tems des
(a) MS.
MARS. 1752.
21
révolutions de la Ligue. Le Duc de Mer-
cœeur (a) y attira 4000 Espagnols qu'il
avoit demandés au Roi d'Espague Philip-
pe II, qui débarquerent le 12 Octobre.
Le premier soin de ces troupes, fut
de s'y retrancher du côté de la terre, dont
quelques vestiges des murs & les fossés se
remarquent encore aujourd'hui; & com-
me le Port ou Golphe (à l'entrée duquel
est placé le Port Louis ) s'appelloit Bla-
vet (du nom de la principale Riviere qui
s'y jette) les Espagnols nommerent l'en-
droit où ils avoient débarqué, du nom
du Port. Voilà l'époque du nom Blavet,
donné à l'endroit où est le Pott-Louis :
& par la raison que dans ces temps de
guerres civiles, le débarquement des
Espagnols en Bretagne, faisoit l'atten-
tion de toute l'Europe. Le lieu où ils
avoient pris poste fit grand bruit; toutes
les Histoires en firent mention, sous le
nom de Blavet, ainsi que les Espagnols le
nommoient, & il a continué à être ap-
pellé de même, sans toutes les circons-
tances où il en a été depuis ce moment
question, jusqu'au temps qu'il a pris le
nom du Port Louis. Il est dit dans le
(a) Voyez le P. Dan. Hist. de Fr. in-4°. T. IX.
p. 511, 561. T. X. p. 33, 207, 208. & Pr. de sa
nouv. Hist. de Bret. T. III. col. 1715.
22 MERCURE DE FRANCE
Traité de Paix de Vervins, l'an 1598, que
le Roi d'Espagne fera restitution de la for-
teresse de Blavet au Roi Henry IV.
Les Géographes Blaeu (a) & Jansson (b)
par une fiction Géographique tracée
dans le Cabinet, ont placé cette forte-
resse dans leurs Cartes, isolée au milleu
du Golphe. Le sçavant Abbé de Longue-
rie (c), Piganiol de la Force (d), dans la
description qu'ils font du Port Louis
disent, qu'il s'appelloit anciennement
Blavet.
Les Princes mécontens (e) en 1610,
y établirent un Fort sur la pointe la plus
avancée dans la mer, précisément dans
le même emplacement de la citadelle ac-
tuelle, à l'entrée du Port, dont les vais-
seaux rangent les murs de très-près. Ce
Fort ayant ensuite été remis au Marquis
de Cœuvre par le Duc de Vendôme, le
Roi en ordonna la démolition.
Le Roi Louis XIII. peu de temps
après, prit la résolution, par le conseil
du grand Cardinal de Richelieu, d'y
établir une Ville de Commerce, & d'y cons-
(a) Geograpbia Blaviana.
(5) Atlas de Jean Jansson.
(c) Description de la France, p. 91.
(d) Description de la France, T. 6. p. 235.
(e) Moreri & un Manuscrit.
MARS. 1752.
23
truire une Citadelle: la direction en fut
confiée à M. le Maréchal de Brissac. Sa
Majesté voulut que cette nouvelle Ville
fût nommée de son nom, & les Lettres
Patentes en furent expédiées le 18 Juil-
let 1618.
La Citadelle n'étoit point achevée en
1625, lorsque M. de Soubise, (a) com-
mandant une flotte de vaisseaux Roche-
lois (dans ces temps malheureux qu'ils ne
se rapellent qu'avec douleur, ) étant en-
tré dans ce Port, dans le dessein de fai-
re le siège de la Citadelle, & de s'en em-
parer, les Ducs de Vendôme, de Retz &
de Brissac, instruits de cette invasion,
accoururent au secours: le Marquis de
Molac se jetta avec cent Gentils-hommes
Bretons dans la Citadelle, ce qui obli-
gea M. de Soubise à se rembarquer pré-
cipitamment pendant la nuit avec toutes
ses troupes qui commirent avant que de
partir, mille desordres dans la Ville,
où ils mirent le feu par tout, entrerent
dans les Eglises, les saccagerent, brise-
rent les images des Saints, les vases sa-
crés, & même pousserent leur exécrable
fureur jusques sur les Hosties.
Ce ne fut que dans la suite, que la
(a) Mezeray, Hist. de France, & le P. Daniel,
Tom. X. p. 15. 18, 27 Jan.
24 MERCUREDEFRANCE.
Ville fut fermée de murs par les soins &
les frais du Maréchal de la Meilleraye,
qui en fut fait Gouverneur après le Duc
de Brissac, par l'alliance qu'il contracta
avec la fille da ce Prince: il paroît que
cette enceinte fut finie avant l'an 1655;
& en considération des dépenses que le
Maréchal de la Meilleraye avoit faites
pour enfermer la Ville de murs, on lui
accorda, en forme de dédommagement,
la perception des droits sur les Boissons
dans l'intérieur de la Ville, dont le re-
venu avoit-passé en succession à la Maison
de Mazarin comme leur patrimoine qui
par un arrangement qui vient tout à
l'heure de se faire entre le Roi & la Mai-
son de Mazarin, sont actuellement per-
çus au nom de Sa Majesté.
La Compagnie des Indes (a) avoit eu
dessein, sous le regne du Roi Louis XIV.
de former au Port Louis son établisse-
ment; Sa Majesté en accorda la permis-
sion, par une Déclaration de l'an 1666;
mais cette Compagnie préféra un terrain
vague à l'intérêt de la rivière de Pons-
corf, à une lieue au nord, de l'autre
côté du Port Louis dans le même Gol-
phe
(a) Preuves de l'Hist. de la Compagnie des
Indes. p. 208.
MARS. 1752.
25
phe que l'on a nommé l'Orient, à cause
de la partie du monde, où cette Com-
pagnie fait son commerce, qui est un
des plus considérables établissemens qu'il
y ait jamais eu, tant par la construction
d'une quantité considérable de vaisseaux,
que par les magnifiques Magazins que
l'on y a bâtis, & que l'on augmente
chaque année.
J'ai insensiblement, Monsieur, éten-
du ma Lettre au delà des bornes qui
en étoient le motif; mais on ne peut
guères se dispenser en parlant d'une Ville,
de dire les principales choses qui peu-
vent l'intéresser. J'en passe beaucoup sous
silence dans la crainte d'abuser plus long.
temps d'une place, qui peut être plus
essentiellement remplie dans votre Mer-
cure: je suis, &c.
De M. de la Sauvagere, Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, Ingénieur
en chef du Port Louis, à l'Auteur
du Mercure, sur la persuosion où l'on est
que le Port Louis est un lieu fort ancien,
connu autrefois sous le nom de Blavet. ,
Tout le monde est persuadé, Monsieur,
que le lieu où est aujourd'hui
la ville & citadelle du Port Louis, s'appel-
loit anciennement Blavet. Cette croyance
se trouve répandue dans plusieurs ouvrages
imprimés, & particuliérement dans ceux
qui ont été publiés sur la Géographie de-
puis 160 ans: il n'y a qui que ce soit qui
ne suive le torrent qui entraine à le penser.
Ce sentiment ne fait aucun doute, même
dans cette Province de Bretagne; & les
Habitans du Port Louis & des Villes voi-
sines le croyent fermement.
Il est étonnant, Monficur, qu'une telle
erreur se soit transmise depuis le premier
qui l'a dit, sans être scrutec & relevée par
personne jusqu'aujourd'hui. Il m'a paru
que le Public, & surtout ceux qui ont de
l'amour pour tout ce qui peut tendre à la
18 MERCURE DE FRANCE.
perfection de la Géographie, recevroient
avec plaisit, les preuves que je vais essayer
de rapporter, qui ont servi à me désabu-
ser sur certè pretendue antique origine.
Il seroit trop long de faire ici la nomen-
clature de tous les livres où il est parlé du
Port Louis, comme d'une ville ancienne
appellée autrefois Blavet: les uns la placent
à une demie lieue au-dessus, sur la riviere
de Blavet, les autres veulent qu'elle ait
été rebatie sur ses mêmes ruines.
Ces deux sentimens ont aussi peu de
vraisemblance l'un que l'autre. Quiconque
connoitra la Topographie des environs
du Port Louis, ne pourra disconvenir de
l'absurdité de cette position, puisque
l'embouchure de la riviere de Blavet en
est éloignée de plus d'une lieue; on ne
connoît d'ailleurs aucuns vestiges aux en-
virons, qui puissent donuer le moindre in-
dice qu'il y ait eu une autre ville autrefois
au voisinage du Port Louis.
Cependant on s'est tellement mis dans
l'esprit que le Port Louis s'étoit de tous
les tems appellé Blavet, que plusieurs sça-
vans des derniers siécles ont employé toute
leur sagacité pour en cherchet l'origine
dans la haute antiquité, entr'autres Or-
telius (a) & le célebre Historiographe M.
(al Ortolii Thesaurus Geographicus.
MARS. 1752.
19
de Valois (a), lequel rapportant un pas-
sage de l'ancienne notice (b) de l'Empire
Romain soutient que le mot Bablia, que
l'on y lit, doit s'expliquer par Blavet,
nom ancien du lieu où est le Port Louis:
Prafectus militum Carronentium Bablia, où
il remarque qu'il faut lire Blabitta ou Bla-
vitta: ce lieu appellé par les Anciens Ba-
blia, étoit une forteresse importante, où les
Romains tenoient une garnison de troupes
appellées Carroneuses, sous les ordres d'un
Duc ou Général de l'Armorique, qui cer-
tainement doit s'entendre de Blaye, ville
du Bourdelois sur la Garonne, que Pto-
leméè (c) appelle Portus Santonum, Promon-
torium Santonum; & le Poëte Ausone (d) à
la fin du quatrième siécle Blavia Militaris;
Gregoite de Tours (e) Blavia, & l'Itine-
raire d'Antonin met Blavetum, Blavia &
Blavium, sur le chemin de Bourdeaux à
Autun, & par consequent ne peut s'appli-
quet à l'endroit où est placé le Port Louis.
Ce qui confirme de plus en plus qu'il
(a) Valesius netitiae Galliarum. Voyez les Preuves
de la Nouvelle Hist. de Bret. de Dom Hyacinte-
Maurice. T. I. col. 163.
(6) Notice de l'Empire Romain; sect. 61.
(c) Ptolomai Cosmographie sive Geographia lib. 2.
(d) Ausoni Burdigalensis Opera ep. X. ad Paulum.
(e) Gregor. Tur. glor. Conf.
20 MERCUREDE FRANCE.
n'y a jamais eu anciennement de ville du
nom de Blavet, sur cette partie meridio-
nale de la Côte de Bretagne, c'est qu'il
nen est rien dit dans aucun des anciens
Historiens de ce Duché: il nen est fait au-
cunè mention dans la collection des Titres
de la Province, par le sçavant Benedictin,
de la nouvelle Histoire de Bretagne, où
on ne la trouve nulle part, soit dans les
archives du Domaine du Roi, dont le fond
releve, soit dans les titres des Seigneurs
voisins, ou ceux des vassaux qui en posse-
doient le terrein ou les cabanes qui y
étoient, losqu'en 1486. François II. Duc
de Bretagne (a) y envoya Jean Prince d'O-
range, & Jean Sire de Rieux accompagnés
de quantité de Gentils-Hommes & de
commerçans, pour en examiner la situa-
tion & le Port, où le Duc de Bretagne dès-
lors avoit dessein d'y faire l'établissement
d'une ville de commercé, dont il fut fait
un Procès-verbal, dans lequel ce lieu est
nommé Loc-Peran, petit Hameau habité
par des Pêcheurs, qui signifie en Langue du
pays, Lieu de S. Pierre, à cause d'une cha-
pelle sous l'invocation de ce Saint qui exis-
te encore aujourd'hui.
Le petit Hameau de Loc Peran étoit en-
eore le même l'an 1590. dans le tems des
(a) MS.
MARS. 1752.
21
révolutions de la Ligue. Le Duc de Mer-
cœeur (a) y attira 4000 Espagnols qu'il
avoit demandés au Roi d'Espague Philip-
pe II, qui débarquerent le 12 Octobre.
Le premier soin de ces troupes, fut
de s'y retrancher du côté de la terre, dont
quelques vestiges des murs & les fossés se
remarquent encore aujourd'hui; & com-
me le Port ou Golphe (à l'entrée duquel
est placé le Port Louis ) s'appelloit Bla-
vet (du nom de la principale Riviere qui
s'y jette) les Espagnols nommerent l'en-
droit où ils avoient débarqué, du nom
du Port. Voilà l'époque du nom Blavet,
donné à l'endroit où est le Pott-Louis :
& par la raison que dans ces temps de
guerres civiles, le débarquement des
Espagnols en Bretagne, faisoit l'atten-
tion de toute l'Europe. Le lieu où ils
avoient pris poste fit grand bruit; toutes
les Histoires en firent mention, sous le
nom de Blavet, ainsi que les Espagnols le
nommoient, & il a continué à être ap-
pellé de même, sans toutes les circons-
tances où il en a été depuis ce moment
question, jusqu'au temps qu'il a pris le
nom du Port Louis. Il est dit dans le
(a) Voyez le P. Dan. Hist. de Fr. in-4°. T. IX.
p. 511, 561. T. X. p. 33, 207, 208. & Pr. de sa
nouv. Hist. de Bret. T. III. col. 1715.
22 MERCURE DE FRANCE
Traité de Paix de Vervins, l'an 1598, que
le Roi d'Espagne fera restitution de la for-
teresse de Blavet au Roi Henry IV.
Les Géographes Blaeu (a) & Jansson (b)
par une fiction Géographique tracée
dans le Cabinet, ont placé cette forte-
resse dans leurs Cartes, isolée au milleu
du Golphe. Le sçavant Abbé de Longue-
rie (c), Piganiol de la Force (d), dans la
description qu'ils font du Port Louis
disent, qu'il s'appelloit anciennement
Blavet.
Les Princes mécontens (e) en 1610,
y établirent un Fort sur la pointe la plus
avancée dans la mer, précisément dans
le même emplacement de la citadelle ac-
tuelle, à l'entrée du Port, dont les vais-
seaux rangent les murs de très-près. Ce
Fort ayant ensuite été remis au Marquis
de Cœuvre par le Duc de Vendôme, le
Roi en ordonna la démolition.
Le Roi Louis XIII. peu de temps
après, prit la résolution, par le conseil
du grand Cardinal de Richelieu, d'y
établir une Ville de Commerce, & d'y cons-
(a) Geograpbia Blaviana.
(5) Atlas de Jean Jansson.
(c) Description de la France, p. 91.
(d) Description de la France, T. 6. p. 235.
(e) Moreri & un Manuscrit.
MARS. 1752.
23
truire une Citadelle: la direction en fut
confiée à M. le Maréchal de Brissac. Sa
Majesté voulut que cette nouvelle Ville
fût nommée de son nom, & les Lettres
Patentes en furent expédiées le 18 Juil-
let 1618.
La Citadelle n'étoit point achevée en
1625, lorsque M. de Soubise, (a) com-
mandant une flotte de vaisseaux Roche-
lois (dans ces temps malheureux qu'ils ne
se rapellent qu'avec douleur, ) étant en-
tré dans ce Port, dans le dessein de fai-
re le siège de la Citadelle, & de s'en em-
parer, les Ducs de Vendôme, de Retz &
de Brissac, instruits de cette invasion,
accoururent au secours: le Marquis de
Molac se jetta avec cent Gentils-hommes
Bretons dans la Citadelle, ce qui obli-
gea M. de Soubise à se rembarquer pré-
cipitamment pendant la nuit avec toutes
ses troupes qui commirent avant que de
partir, mille desordres dans la Ville,
où ils mirent le feu par tout, entrerent
dans les Eglises, les saccagerent, brise-
rent les images des Saints, les vases sa-
crés, & même pousserent leur exécrable
fureur jusques sur les Hosties.
Ce ne fut que dans la suite, que la
(a) Mezeray, Hist. de France, & le P. Daniel,
Tom. X. p. 15. 18, 27 Jan.
24 MERCUREDEFRANCE.
Ville fut fermée de murs par les soins &
les frais du Maréchal de la Meilleraye,
qui en fut fait Gouverneur après le Duc
de Brissac, par l'alliance qu'il contracta
avec la fille da ce Prince: il paroît que
cette enceinte fut finie avant l'an 1655;
& en considération des dépenses que le
Maréchal de la Meilleraye avoit faites
pour enfermer la Ville de murs, on lui
accorda, en forme de dédommagement,
la perception des droits sur les Boissons
dans l'intérieur de la Ville, dont le re-
venu avoit-passé en succession à la Maison
de Mazarin comme leur patrimoine qui
par un arrangement qui vient tout à
l'heure de se faire entre le Roi & la Mai-
son de Mazarin, sont actuellement per-
çus au nom de Sa Majesté.
La Compagnie des Indes (a) avoit eu
dessein, sous le regne du Roi Louis XIV.
de former au Port Louis son établisse-
ment; Sa Majesté en accorda la permis-
sion, par une Déclaration de l'an 1666;
mais cette Compagnie préféra un terrain
vague à l'intérêt de la rivière de Pons-
corf, à une lieue au nord, de l'autre
côté du Port Louis dans le même Gol-
phe
(a) Preuves de l'Hist. de la Compagnie des
Indes. p. 208.
MARS. 1752.
25
phe que l'on a nommé l'Orient, à cause
de la partie du monde, où cette Com-
pagnie fait son commerce, qui est un
des plus considérables établissemens qu'il
y ait jamais eu, tant par la construction
d'une quantité considérable de vaisseaux,
que par les magnifiques Magazins que
l'on y a bâtis, & que l'on augmente
chaque année.
J'ai insensiblement, Monsieur, éten-
du ma Lettre au delà des bornes qui
en étoient le motif; mais on ne peut
guères se dispenser en parlant d'une Ville,
de dire les principales choses qui peu-
vent l'intéresser. J'en passe beaucoup sous
silence dans la crainte d'abuser plus long.
temps d'une place, qui peut être plus
essentiellement remplie dans votre Mer-
cure: je suis, &c.
Fermer
114
115
p. 168-178
Extrait du Duc de Foix, Tragédie de M. de Voltaire.
Début :
Nous n'avons fait qu'annoncer cette Piéce dans le dernier Mercure, parce que [...]
Mots clefs :
Amélie, Duc de Foix, Vamir, Prince, Frère, Acte, Amour, Ami, Ville, Sentiments, Officier, Prisonnier, Annoncer, Troupes, Passion
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Duc de Foix, Tragédie de M. de Voltaire.
Extrait du Duc de Foix , Tragédie
de M. de Voltaire.
Nous n'avons fait qu'annoncer cette
Piéce dans le dernier Mercure , parce que
nous comptions qu'elle feroit bientôt imprimée
; comme l'impreffion eft peut - être
encore éloignée , nous allons extraire ce
que nous en avons pû recueillir pendant
le cours des repréſentations.
Thierri , Roi de France , étoit un Monarque
foible & effeminé , qui fe laiſſoit
gouverner par Pepin , Maire du Palais.
Le Miniftre abufoit de fa faveur , pour
humilier tout ce que l'Etat & la Cour
avoient de plus diftingué.
Le Duc de Foix , Prince altier & impetueux
, ne pouvant plus fupporter une tyrannie
dont il étoit principalement la victime
, fe révolta contre le Roi , fit alliance
avec les Maures qui inondoient alors les
Pays méridionaux de l'Europe , & fe retira
à Foix , Ville Capitale de fon appanage.
Pendant la guerre , Vamir , frere du
Duc de Foix , qui étoit refté fidéle au Roi,
devint amoureux d'Amélie de Comminge,
&
OCTOBRE. 1752. 169
& s'en fit aimer. Amelie fe refugia à Leucate , perite
ville du Languedoc , où Vamit devoit la joindre
pour l'époufer . Les Maurés dans leurs courfes
fuiprirent Leucate , pillerent la Ville , & enicverent
Amélie . Le Duc de Foix la retira des mains
ia fit des raviffeurs , lui ſauva l'honneur & la vie ,
conduire à Foix , & conçut pour elle l'amour ie
plus violent . Lifois , Seigneur attaché au Duc
de Foix, trouva le moyen , malgré les Troupes du
Roi , de fe rendre auprès du Duc , pour le fecou
rir ou périr avec lui. Lifoisavoit offert fon hommage
à Amélie dans des tems plus heureux ; mais
s'appercevant fur le champ de l'ardente paffion
du Duc, il prend le parti de renoncer à la conquête
, & de fervir fon ami .
C'est ici le commencement de l'action.
Amélie repréfente à Lifois que les tems de difcordes
& de guerres civiles , ne font pas propres
pour l'Hymenée , & qu'il devoit engager le Duc
à fe foumettre au Roi ; Lifois qui n'eft dans le
parti contraire , qu'à caufe de fon amitié pour le
Duc , dit qu'il va tout tenter pour le faire rentrer
dans l'obéiflance qu'il doit à fon Souverain , il
exhorte Amélie à couronner la tendreffe du Duc ,
il lui fait valoir les avantages d'une pareille union ,
il vante enfuite les vertus du Prince , fans cacher
Les défauts , & juſtifie ſon attachement pour lui
par ces Vers.
Eh qui fçauroit , Madame , où placer ces fervices ,
S'il ne nous falloit fuivre & ne chérir jamais
Que des coeurs fans foibleffe , ou des Princes par
faits.
J'ai facrifié , ajoûte - t'il à Amélie, les fentimens
que vous m'avez infpirés , non pas au Prince ,
car je l'aurois bravé , mais à mon ami.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
:
Après le départ de Lifois , Amélie dit à Thaife
fa confidente , qu'elle ne peut répondre à l'amour
du Duc , que Vamir fon frere , a toute fa tendiefle
, & qu'ils fe font promis une foi réciproque
Amélie appercevant le Duc fe retire , le
Prince en eft furpris , il fait refter Thaife , & lui
ordonne d'annoncer à Amelie , qu'elle doit fe dif
pofer à lui donner la main dans le jour ; il refte
feul avec Lifois , qui , après lui avoir rendu compte
de l'état de l'armée fait de fortes instances pour
le déterminer à faire la paix avec le Roi. Le Duc
ne veut rien écouter & s'écrie ,
De Pepin fon tyran , je crains peu la colere ,
Je déteste un fujet qui croit m'intimider ,
Et je méprife un Roi qui n'ofe commander .
Lifois affligé de l'inflexibilité du Duc , & de
l'excès de fa paffion pour Amélie , lui dit :
Il faut à fon ami montrer fon injuftice ,
L'éclairer , l'arrêter au bord du précipice ,
Je l'ai dit , je l'ai fait malgré votre couroux ,
Vous y voulez tomber , & j'y tombe avec vous.
Après un court monologue du Duc de Foix qui
commence le ſecond Acte , Amélie paroît qui veut
l'éviter ; mais le Prince l'arrête , lui renouvelie
fes hommages , & la preffe d'accepter fa main.
Amélie refufe fes offies , en difant que les ayeux
ont tous été fidéles à leurs Souverains , qu'ils ont
verfé leur fang pour la patrie & qu'elle ne peut
fe réfoudre à époufer l'auteur d'une guerre civile .
Le Due furieux , loue ironiquement la politiOCTOBRE
. 1752. 171
tique & le zele heroïque d'Amélie ; elle perfifte
dans fon refus , & lui confeille de fuivre en tant
les avis de Lifois. A ce nom , le Duc qui eft ombrageux
, prend de la jaloufie contre fon ami ; Lifois
furvient dans le moment , & furpris de trouwer
au Prince un air fombre & chagrin , il lui en
demande la raifon ; le Duc ne peut diffimu'er
fa jalousie , Lifois eft indigné & fe juftifie d'un
ton de vérité & de perfuafion qui défabufe entierement
le Duc . Lifois ajoûte :
S'il eft quelque rival qui vous ofe outrager ,
Tout mon fang eft à vous , & je cours vous vanger.
Le Prince fe plaint de l'obftacle que lui oppofe
Amelie , Lifois bien loin de la blâmer , prend la
défenfe , & fait de nouvelles remontrances au Duc
fur faréfiftance au Roi dont il prévoit le triomphe.
Le pur fang de Clovis , eft toujours adoré ,
Tôt ou tard , il faudra que de ce Trônc ſacré ,
Les rameaux divifés , & courbés par l'orage ,
Plus unis & plus beaux , foient notre unique ombrage.
Le Duc fe rend enfin , mais ce n'est que pour
plaire à Amelie , il deviendra vestueux par elle , &
tous les fentimens deviendront les fiens : Lifois ne
peut s'empêcher de lui dire qu'un fi grand changement
devroit appartenir plutôt au heros qu'à
Pamant.
Mais fi d'un fi grand coeur une femme difpole
L'effet en eft trop , pour en blâmer la caufe beau
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Un Officier des Gardes vient apprendre que les
Troupes du Roi le préparent à attaquer la Ville ,
le Duc ne veut plus entendre parler de paix , &
part pour combattre les ennemis ; Lifois le fuit en
proteftant que fi le Duc périt , il ne lui furvivra pas .
On apprend au commencement du troifiéme
Acte que les Troupes du Roi ont été repouflées ,
& que leur Chef eft fait prifonnier. Ce prifonnier
eft Vamir qui n'avoit follicité l'honneur du Commandement
que pour recouvrer fa maitielle , il eft
auffi idolâtre & aufli jaloux d'Amelie que le Duc.
Vamir ne veut pas fe faire connoître , Lifois qui
Paccompagne refpe&te for fecret , & le laiffe avec
fon confident. Vamir déplore alors la trifte fituation
, il croit Amelie infidele , il tremble d'apprendre
fon union avec fou frete , il eft prifonnier
de fon rival. Que de malheurs à la fois ! Cependant
le Duc qui a fenti je ne fçais quel trouble
en combattant le Genéral des Troupes du Roi ,
veut fçavoir quel eft le prifonnier qui eft en fa
puiflance , il est étonné de reconnoître Vamir ,
lui fait de tendres reproches de ce qu'il fert fes
ennemis ; il lui donne de vifs témoignages d'ami
tié , & lui promet de faire la paix avec le Roi , &
fait venir Amelie qui doit être le gage de la réconciliation
des deux freres , & de la foumiffion du
Duc à fon Souverain . Amelie arrive , quelle furprife
pour elle de rencontrer fon amant ? Nouvelvelles
offres d'hymen de la part du Duc à Amelie ,
& nouveau refus de cette fidéle amante , qui n'eft
Occupée que de Vamir ; il faut pourtant qu'elle
déclare fes vrais fentimens , & elle avoue fon penchant
pour Vamir . Le Duc entre dans une fureur
inexprimable , Vamir n'eft pas plus tranquile ,
& protefte avec vehemence qu'il perdra plutôt le
jour que de céder Amelie , qu'il est lié avec elle
OCTOBRE. 1752 . 173
par un ferment folemnel , & il renouvelle ce ferment
en préfence du Dus , par ces deux beaux
Vers de fituation.
A la face des Cieux , je lui donne ma for
Je te fais de nos voeux le témoin malgré toi ,
Lifois vient annoncer au Duc que le peuple fe
révolte au nom de fon frere , la fureur du Prince
redouble encore , s'il eft poffible , & il fort eri
ordonnant à Lifois de lui répondre de Vamir. Lifois
effrayé de la rage du Duc en demande le fujet
à Vamir , l'amour caufe toutes ces horreurs ,
lui répond Vamir : Ciel , réplique Lifois pénétré
de douleur , l'amour doit il donc être l'ame des
actions des Princes , anéantira - t'il les plus nobles
deffeins ?
Lifois termine le troifiéme Acte en faiſant Vamir
prifonnier fur la parole.
Vamir ne s'occupe plus que du foin de voir
Amelie qui de fon côté à le même défir , ils confirment
leurs fermens de s'aimer éternellement.
Amelie exhorte Vamir à prendre la fuite pour éviter
la perfécution de fon frere ; Vamir oppofe la
parole qu'ila donnée à Lifois & conjure Amelie
de partir feule ; le Duc les furprend dans ce tendre
entretien , fa fureur & la jalouffe parviennent aut
comble , il menace Vamir de la mort , & dit à
Amelie de le fuivre fur le champ à l'autel ; la vie
de ce perfide , en parlant de fon frere , eft à ce
prix. Vamir la prie avec la plus vive inftance de
tout facrifier plutôt que d'accepter les offres de
fon rival : Amelie ne voit , n'entend que Vamic
& continue de réfifter au Duc qui ordonne qu'on ,
entraine fon frere à la Tour : Amelie effrayée
fort de fa modération ordinaire , & fait une im-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
précation des plus fortes contre le Duc. Lifois
furvient , elle s'adreffe à lui , c'eft fon feul recours
, le Duc la fait éloigner & refte feul avec
Lifois , il prend la réfolution de faire affaffiner
fon frere. Lifois indigné d'un crime & atroce , le
lui réprefente dans toute fon étendue , & avec
toute la vigueur dont il eft capable ; le Duc eft
dars un état fi violent qu'il ne peut rien écouter ,
il charge même Lifois d'un ordre fi inhumain , qui
n'a garde d'accepter un emploi fi odieux , le Duc
lui dit qu'il le croyoit fon ami , mais qu'il n'eft
qu'un ingrat : Lifois remarquant que le Prince ne
fe connoit plus , feint de confentir à cet horrible
attentat , dans la crainte que le Duc ne cho:fiffe
un autre Miniftre de fa vengeance , il lui demande
en même tenis le commandement abfolu dans l'armée
, & même fur les Maures , & il l'obtient.
Le Duc dans la premiere Scene du cinquième
Acte , fait connoftre qu'il ne fe fie pas à Lifois ,
il a chargé un bras plus sûr de l'exécution de fon
- forfait , & s'adreflant à un Officier de fes Gardes,
il lui demande fi le foldat qui doit aller à la Tour
a fatisfait à fon ordre , l'Officier en répond &
fort pour retourner à fon pofte . Le Duc livré à
toutes les réflexions d'un homme qui n'eſt pas
accoutumé au crime , commence à fe repentir
il est également tourmenté par l'amour , par la
vengeance & par les remords , il fe rappelle les
jours de fon enfance , jours purs & heureux , ou
fon frere & lui , n'avoient qu'un même fentiment
, qu'une égale tendreffe , & tâchant l'inſtant
d'après , de juftifier fa cruauté il s'écrie ,
Mais lui-même il m'attaque , il brave ma colere ,
Il me trompe , il me hait ... n'importe il eft mon
frere.
OCTOBRE. 1752. 175
A ce nom il déteſte fon fatal amour , & le péril
de Vamir le fait frémir , l'Officier de fes Gardes
rentre pour lui dire que la Ville eft en fureté ,
cela ne l'intéreffe plus , il n'eft occupé que du falut
de fon frere , change l'ordre qu'il a donné contre.
lui , & s'informe avec vivacité de ce que fait Lifois
, & de ce qui fe paffe à la Tour ; l'Officier
lui répond qu'il vient de voir emporter par ordre
de Lifois un cadavre tout fanglant hors la Tour
Le Duc qui ne peut pas douter de la confommation
de fon crime , tombe dans un fauteuil , privé
, pour ainfi dire , de tout fentiment. Amélie
vient lui annoncer qu'elle s'eft déterminée à acceptet
fa main pour fauver les jours de Vamir. Le
Duc ne répond que par fes larmes : Amélie eſt
faifie d'un mortel effroi , le Duc pénétré d'horreur
lui arrache l'ame par ces mors : Madame , it
n'eft plus tems. Amélie confternée ne fait point de
plaintes inutiles , elle veut feulement voir
fon amant , l'embraffer & mourir. Le Duc veut
fe percer le fein aux yeux d'Amélie , Lifois furvient
, & lui retient le bras , le Duc lui reproche
fon fecours , & fon obéiance avec impétuofité e
Amélie éclate , & marque fon indignation ; Lifois
fe défend fur les ordres réitérés & abſolus
qu'il a reçus ; mais les regrets du Prince lui faifant
connoître que le moment heureux eſt arrivé ,
la confolation & la joye fuccédent aux allarmes &
à la terreur par ces Vers que Lifois adreſſe au Duc
& à Amélic.
Je peux donc m'expliquer , je peux donc vous
apprendre ,
Que de vous même enfin , Lifois fçait vous déf
fendic.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffez - moi , Madame , & calmez vos douleurs
,•
Vous gardez vos remords , & vous fechez vos
pleurs :
Que ce jour à tous trois , foit un jour falutaire.
Venez , paroiffez Prince , embrallez votre frere.
La préfence de Vamir & les fentimens de reconnoillance
que le Duc & Amélie témoignent
à l'envi au genereux Lifois , d'un fervice fi fignalé
, forment un Tableau des plus frappans qu'on
ait vu au Théatre. Lifois les inftruit de la manie
re dont il a fauvé Vamir ; c'eft en frappant le foldat
qui avoit été chargé après lui d'un ordre barbare.
Le Duc de Foix triomphe de lui - même , fe
foumet au Roi , & céde Amélie en déclatant qu'il
en eft plus épris que jamais.
Il nous tefte à rendre compte des fentimens du
Public , fur cet Ouvrage digne de la réputation
éclatante de M. de Voltaire , mais inférieur à Alzire
, comme Bajazet l'eſt à Athalie .
Le premier Acte eft froid , & ne prépare pas
à un grand interêt , parce que l'expofition n'en est
pas affez claire , furtout dans un fujet d'inven
tion ; le Spectateur fouhaiteroit être mieux inftruit
des motifs de la vengeance & de l'emportement
du Duc de Foix contre Thierri , ainfi que de la
naiffance & des progrès de la paffion d'Amelie pour
Vamir , qui fans le charme de la fimpatie , ne mérite
pas d'être préféré . Le fecond Acte eft applaudi
avec juftice , la Scene de jaloufie entre le Duc
de Foix & Lifois , quoique le prétexte en foir le
ger , eft extrêmement belle. Le commencement
OCTOBRE. 1752. 177
& le milieu du troifiéme Acte font très - chauds , la
fin eft languillante . Le quatriéme eft ferré , il excite
une grande attention , & conduit naturellement
au cinquiéme qui produit les plus grands effets
de la Tragédie . On eft effrayé dans les premieres
Scenes , & tout le monde s'attendrit aux
dernieres.
Les ames froides & tranquilles , & plufieurs critiques
condamnent le caractere du Duc de Foix g
il est outré ; ce n'eft point un François , c'eſt un
Barbare ; nous ne balançons point à dire que non
feulement ce caractere eft vraisemblable , mais
qu'il eft pris dans la nature & par conféquent de
toutes les nations. C'est ainsi qu'aiment la plupart
de ceux qui font fupérieurs aux autres , & qui font
en droit de commander ; quand leur paffion eft a
dente , ils s'en laiffent dominer , & veulent que
rien ne leur réfifte . Nous ofons même foutenir que
le perfonnage du Duc de Foix eft une école de
moeurs pour la jeunelle fougueufe qui fe livre fans
réferve à fes penchans ; la feule critique raifonnable
qu'on en puifle faire , c'eft que fon repentig
n'eft peut- être pas affez préparé.Amélie n'eft qu'amante
, elle a toujours raiſon relativement à fa
tendreffe , mais elle ne fait pas verter des larmes ;
Vamir intereffe peu . L'objet de l'Auteur a été fans
doute de réunir toute l'attention & tout l'interêt
des Spectateurs fur le Duc de Foix qui a les principes
de toutes les vertus , mais qui eft égaré par fes
paffions. Racine a fait la même chofe dans Phédre
à qui il atout facrifié. On ne s'occupe point
d'Aricie.
Nous n'avons point entendu faire de critiques:
fur le rolle de Lifois , qui forme un contrafte parfait
avec celui du Duc de Foix . Ce caractere eft admi .
rable , & neuf au Théatre. Ce n'eft ni Acomatai
Burthus , c'eft Lifois ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Le file de Fouvrage eft enchanteur , naturel &
affez foutenu, les beautés qu'on appelle de détail ,
ne font point
de M. de Voltaire.
Nous n'avons fait qu'annoncer cette
Piéce dans le dernier Mercure , parce que
nous comptions qu'elle feroit bientôt imprimée
; comme l'impreffion eft peut - être
encore éloignée , nous allons extraire ce
que nous en avons pû recueillir pendant
le cours des repréſentations.
Thierri , Roi de France , étoit un Monarque
foible & effeminé , qui fe laiſſoit
gouverner par Pepin , Maire du Palais.
Le Miniftre abufoit de fa faveur , pour
humilier tout ce que l'Etat & la Cour
avoient de plus diftingué.
Le Duc de Foix , Prince altier & impetueux
, ne pouvant plus fupporter une tyrannie
dont il étoit principalement la victime
, fe révolta contre le Roi , fit alliance
avec les Maures qui inondoient alors les
Pays méridionaux de l'Europe , & fe retira
à Foix , Ville Capitale de fon appanage.
Pendant la guerre , Vamir , frere du
Duc de Foix , qui étoit refté fidéle au Roi,
devint amoureux d'Amélie de Comminge,
&
OCTOBRE. 1752. 169
& s'en fit aimer. Amelie fe refugia à Leucate , perite
ville du Languedoc , où Vamit devoit la joindre
pour l'époufer . Les Maurés dans leurs courfes
fuiprirent Leucate , pillerent la Ville , & enicverent
Amélie . Le Duc de Foix la retira des mains
ia fit des raviffeurs , lui ſauva l'honneur & la vie ,
conduire à Foix , & conçut pour elle l'amour ie
plus violent . Lifois , Seigneur attaché au Duc
de Foix, trouva le moyen , malgré les Troupes du
Roi , de fe rendre auprès du Duc , pour le fecou
rir ou périr avec lui. Lifoisavoit offert fon hommage
à Amélie dans des tems plus heureux ; mais
s'appercevant fur le champ de l'ardente paffion
du Duc, il prend le parti de renoncer à la conquête
, & de fervir fon ami .
C'est ici le commencement de l'action.
Amélie repréfente à Lifois que les tems de difcordes
& de guerres civiles , ne font pas propres
pour l'Hymenée , & qu'il devoit engager le Duc
à fe foumettre au Roi ; Lifois qui n'eft dans le
parti contraire , qu'à caufe de fon amitié pour le
Duc , dit qu'il va tout tenter pour le faire rentrer
dans l'obéiflance qu'il doit à fon Souverain , il
exhorte Amélie à couronner la tendreffe du Duc ,
il lui fait valoir les avantages d'une pareille union ,
il vante enfuite les vertus du Prince , fans cacher
Les défauts , & juſtifie ſon attachement pour lui
par ces Vers.
Eh qui fçauroit , Madame , où placer ces fervices ,
S'il ne nous falloit fuivre & ne chérir jamais
Que des coeurs fans foibleffe , ou des Princes par
faits.
J'ai facrifié , ajoûte - t'il à Amélie, les fentimens
que vous m'avez infpirés , non pas au Prince ,
car je l'aurois bravé , mais à mon ami.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
:
Après le départ de Lifois , Amélie dit à Thaife
fa confidente , qu'elle ne peut répondre à l'amour
du Duc , que Vamir fon frere , a toute fa tendiefle
, & qu'ils fe font promis une foi réciproque
Amélie appercevant le Duc fe retire , le
Prince en eft furpris , il fait refter Thaife , & lui
ordonne d'annoncer à Amelie , qu'elle doit fe dif
pofer à lui donner la main dans le jour ; il refte
feul avec Lifois , qui , après lui avoir rendu compte
de l'état de l'armée fait de fortes instances pour
le déterminer à faire la paix avec le Roi. Le Duc
ne veut rien écouter & s'écrie ,
De Pepin fon tyran , je crains peu la colere ,
Je déteste un fujet qui croit m'intimider ,
Et je méprife un Roi qui n'ofe commander .
Lifois affligé de l'inflexibilité du Duc , & de
l'excès de fa paffion pour Amélie , lui dit :
Il faut à fon ami montrer fon injuftice ,
L'éclairer , l'arrêter au bord du précipice ,
Je l'ai dit , je l'ai fait malgré votre couroux ,
Vous y voulez tomber , & j'y tombe avec vous.
Après un court monologue du Duc de Foix qui
commence le ſecond Acte , Amélie paroît qui veut
l'éviter ; mais le Prince l'arrête , lui renouvelie
fes hommages , & la preffe d'accepter fa main.
Amélie refufe fes offies , en difant que les ayeux
ont tous été fidéles à leurs Souverains , qu'ils ont
verfé leur fang pour la patrie & qu'elle ne peut
fe réfoudre à époufer l'auteur d'une guerre civile .
Le Due furieux , loue ironiquement la politiOCTOBRE
. 1752. 171
tique & le zele heroïque d'Amélie ; elle perfifte
dans fon refus , & lui confeille de fuivre en tant
les avis de Lifois. A ce nom , le Duc qui eft ombrageux
, prend de la jaloufie contre fon ami ; Lifois
furvient dans le moment , & furpris de trouwer
au Prince un air fombre & chagrin , il lui en
demande la raifon ; le Duc ne peut diffimu'er
fa jalousie , Lifois eft indigné & fe juftifie d'un
ton de vérité & de perfuafion qui défabufe entierement
le Duc . Lifois ajoûte :
S'il eft quelque rival qui vous ofe outrager ,
Tout mon fang eft à vous , & je cours vous vanger.
Le Prince fe plaint de l'obftacle que lui oppofe
Amelie , Lifois bien loin de la blâmer , prend la
défenfe , & fait de nouvelles remontrances au Duc
fur faréfiftance au Roi dont il prévoit le triomphe.
Le pur fang de Clovis , eft toujours adoré ,
Tôt ou tard , il faudra que de ce Trônc ſacré ,
Les rameaux divifés , & courbés par l'orage ,
Plus unis & plus beaux , foient notre unique ombrage.
Le Duc fe rend enfin , mais ce n'est que pour
plaire à Amelie , il deviendra vestueux par elle , &
tous les fentimens deviendront les fiens : Lifois ne
peut s'empêcher de lui dire qu'un fi grand changement
devroit appartenir plutôt au heros qu'à
Pamant.
Mais fi d'un fi grand coeur une femme difpole
L'effet en eft trop , pour en blâmer la caufe beau
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Un Officier des Gardes vient apprendre que les
Troupes du Roi le préparent à attaquer la Ville ,
le Duc ne veut plus entendre parler de paix , &
part pour combattre les ennemis ; Lifois le fuit en
proteftant que fi le Duc périt , il ne lui furvivra pas .
On apprend au commencement du troifiéme
Acte que les Troupes du Roi ont été repouflées ,
& que leur Chef eft fait prifonnier. Ce prifonnier
eft Vamir qui n'avoit follicité l'honneur du Commandement
que pour recouvrer fa maitielle , il eft
auffi idolâtre & aufli jaloux d'Amelie que le Duc.
Vamir ne veut pas fe faire connoître , Lifois qui
Paccompagne refpe&te for fecret , & le laiffe avec
fon confident. Vamir déplore alors la trifte fituation
, il croit Amelie infidele , il tremble d'apprendre
fon union avec fou frete , il eft prifonnier
de fon rival. Que de malheurs à la fois ! Cependant
le Duc qui a fenti je ne fçais quel trouble
en combattant le Genéral des Troupes du Roi ,
veut fçavoir quel eft le prifonnier qui eft en fa
puiflance , il est étonné de reconnoître Vamir ,
lui fait de tendres reproches de ce qu'il fert fes
ennemis ; il lui donne de vifs témoignages d'ami
tié , & lui promet de faire la paix avec le Roi , &
fait venir Amelie qui doit être le gage de la réconciliation
des deux freres , & de la foumiffion du
Duc à fon Souverain . Amelie arrive , quelle furprife
pour elle de rencontrer fon amant ? Nouvelvelles
offres d'hymen de la part du Duc à Amelie ,
& nouveau refus de cette fidéle amante , qui n'eft
Occupée que de Vamir ; il faut pourtant qu'elle
déclare fes vrais fentimens , & elle avoue fon penchant
pour Vamir . Le Duc entre dans une fureur
inexprimable , Vamir n'eft pas plus tranquile ,
& protefte avec vehemence qu'il perdra plutôt le
jour que de céder Amelie , qu'il est lié avec elle
OCTOBRE. 1752 . 173
par un ferment folemnel , & il renouvelle ce ferment
en préfence du Dus , par ces deux beaux
Vers de fituation.
A la face des Cieux , je lui donne ma for
Je te fais de nos voeux le témoin malgré toi ,
Lifois vient annoncer au Duc que le peuple fe
révolte au nom de fon frere , la fureur du Prince
redouble encore , s'il eft poffible , & il fort eri
ordonnant à Lifois de lui répondre de Vamir. Lifois
effrayé de la rage du Duc en demande le fujet
à Vamir , l'amour caufe toutes ces horreurs ,
lui répond Vamir : Ciel , réplique Lifois pénétré
de douleur , l'amour doit il donc être l'ame des
actions des Princes , anéantira - t'il les plus nobles
deffeins ?
Lifois termine le troifiéme Acte en faiſant Vamir
prifonnier fur la parole.
Vamir ne s'occupe plus que du foin de voir
Amelie qui de fon côté à le même défir , ils confirment
leurs fermens de s'aimer éternellement.
Amelie exhorte Vamir à prendre la fuite pour éviter
la perfécution de fon frere ; Vamir oppofe la
parole qu'ila donnée à Lifois & conjure Amelie
de partir feule ; le Duc les furprend dans ce tendre
entretien , fa fureur & la jalouffe parviennent aut
comble , il menace Vamir de la mort , & dit à
Amelie de le fuivre fur le champ à l'autel ; la vie
de ce perfide , en parlant de fon frere , eft à ce
prix. Vamir la prie avec la plus vive inftance de
tout facrifier plutôt que d'accepter les offres de
fon rival : Amelie ne voit , n'entend que Vamic
& continue de réfifter au Duc qui ordonne qu'on ,
entraine fon frere à la Tour : Amelie effrayée
fort de fa modération ordinaire , & fait une im-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
précation des plus fortes contre le Duc. Lifois
furvient , elle s'adreffe à lui , c'eft fon feul recours
, le Duc la fait éloigner & refte feul avec
Lifois , il prend la réfolution de faire affaffiner
fon frere. Lifois indigné d'un crime & atroce , le
lui réprefente dans toute fon étendue , & avec
toute la vigueur dont il eft capable ; le Duc eft
dars un état fi violent qu'il ne peut rien écouter ,
il charge même Lifois d'un ordre fi inhumain , qui
n'a garde d'accepter un emploi fi odieux , le Duc
lui dit qu'il le croyoit fon ami , mais qu'il n'eft
qu'un ingrat : Lifois remarquant que le Prince ne
fe connoit plus , feint de confentir à cet horrible
attentat , dans la crainte que le Duc ne cho:fiffe
un autre Miniftre de fa vengeance , il lui demande
en même tenis le commandement abfolu dans l'armée
, & même fur les Maures , & il l'obtient.
Le Duc dans la premiere Scene du cinquième
Acte , fait connoftre qu'il ne fe fie pas à Lifois ,
il a chargé un bras plus sûr de l'exécution de fon
- forfait , & s'adreflant à un Officier de fes Gardes,
il lui demande fi le foldat qui doit aller à la Tour
a fatisfait à fon ordre , l'Officier en répond &
fort pour retourner à fon pofte . Le Duc livré à
toutes les réflexions d'un homme qui n'eſt pas
accoutumé au crime , commence à fe repentir
il est également tourmenté par l'amour , par la
vengeance & par les remords , il fe rappelle les
jours de fon enfance , jours purs & heureux , ou
fon frere & lui , n'avoient qu'un même fentiment
, qu'une égale tendreffe , & tâchant l'inſtant
d'après , de juftifier fa cruauté il s'écrie ,
Mais lui-même il m'attaque , il brave ma colere ,
Il me trompe , il me hait ... n'importe il eft mon
frere.
OCTOBRE. 1752. 175
A ce nom il déteſte fon fatal amour , & le péril
de Vamir le fait frémir , l'Officier de fes Gardes
rentre pour lui dire que la Ville eft en fureté ,
cela ne l'intéreffe plus , il n'eft occupé que du falut
de fon frere , change l'ordre qu'il a donné contre.
lui , & s'informe avec vivacité de ce que fait Lifois
, & de ce qui fe paffe à la Tour ; l'Officier
lui répond qu'il vient de voir emporter par ordre
de Lifois un cadavre tout fanglant hors la Tour
Le Duc qui ne peut pas douter de la confommation
de fon crime , tombe dans un fauteuil , privé
, pour ainfi dire , de tout fentiment. Amélie
vient lui annoncer qu'elle s'eft déterminée à acceptet
fa main pour fauver les jours de Vamir. Le
Duc ne répond que par fes larmes : Amélie eſt
faifie d'un mortel effroi , le Duc pénétré d'horreur
lui arrache l'ame par ces mors : Madame , it
n'eft plus tems. Amélie confternée ne fait point de
plaintes inutiles , elle veut feulement voir
fon amant , l'embraffer & mourir. Le Duc veut
fe percer le fein aux yeux d'Amélie , Lifois furvient
, & lui retient le bras , le Duc lui reproche
fon fecours , & fon obéiance avec impétuofité e
Amélie éclate , & marque fon indignation ; Lifois
fe défend fur les ordres réitérés & abſolus
qu'il a reçus ; mais les regrets du Prince lui faifant
connoître que le moment heureux eſt arrivé ,
la confolation & la joye fuccédent aux allarmes &
à la terreur par ces Vers que Lifois adreſſe au Duc
& à Amélic.
Je peux donc m'expliquer , je peux donc vous
apprendre ,
Que de vous même enfin , Lifois fçait vous déf
fendic.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffez - moi , Madame , & calmez vos douleurs
,•
Vous gardez vos remords , & vous fechez vos
pleurs :
Que ce jour à tous trois , foit un jour falutaire.
Venez , paroiffez Prince , embrallez votre frere.
La préfence de Vamir & les fentimens de reconnoillance
que le Duc & Amélie témoignent
à l'envi au genereux Lifois , d'un fervice fi fignalé
, forment un Tableau des plus frappans qu'on
ait vu au Théatre. Lifois les inftruit de la manie
re dont il a fauvé Vamir ; c'eft en frappant le foldat
qui avoit été chargé après lui d'un ordre barbare.
Le Duc de Foix triomphe de lui - même , fe
foumet au Roi , & céde Amélie en déclatant qu'il
en eft plus épris que jamais.
Il nous tefte à rendre compte des fentimens du
Public , fur cet Ouvrage digne de la réputation
éclatante de M. de Voltaire , mais inférieur à Alzire
, comme Bajazet l'eſt à Athalie .
Le premier Acte eft froid , & ne prépare pas
à un grand interêt , parce que l'expofition n'en est
pas affez claire , furtout dans un fujet d'inven
tion ; le Spectateur fouhaiteroit être mieux inftruit
des motifs de la vengeance & de l'emportement
du Duc de Foix contre Thierri , ainfi que de la
naiffance & des progrès de la paffion d'Amelie pour
Vamir , qui fans le charme de la fimpatie , ne mérite
pas d'être préféré . Le fecond Acte eft applaudi
avec juftice , la Scene de jaloufie entre le Duc
de Foix & Lifois , quoique le prétexte en foir le
ger , eft extrêmement belle. Le commencement
OCTOBRE. 1752. 177
& le milieu du troifiéme Acte font très - chauds , la
fin eft languillante . Le quatriéme eft ferré , il excite
une grande attention , & conduit naturellement
au cinquiéme qui produit les plus grands effets
de la Tragédie . On eft effrayé dans les premieres
Scenes , & tout le monde s'attendrit aux
dernieres.
Les ames froides & tranquilles , & plufieurs critiques
condamnent le caractere du Duc de Foix g
il est outré ; ce n'eft point un François , c'eſt un
Barbare ; nous ne balançons point à dire que non
feulement ce caractere eft vraisemblable , mais
qu'il eft pris dans la nature & par conféquent de
toutes les nations. C'est ainsi qu'aiment la plupart
de ceux qui font fupérieurs aux autres , & qui font
en droit de commander ; quand leur paffion eft a
dente , ils s'en laiffent dominer , & veulent que
rien ne leur réfifte . Nous ofons même foutenir que
le perfonnage du Duc de Foix eft une école de
moeurs pour la jeunelle fougueufe qui fe livre fans
réferve à fes penchans ; la feule critique raifonnable
qu'on en puifle faire , c'eft que fon repentig
n'eft peut- être pas affez préparé.Amélie n'eft qu'amante
, elle a toujours raiſon relativement à fa
tendreffe , mais elle ne fait pas verter des larmes ;
Vamir intereffe peu . L'objet de l'Auteur a été fans
doute de réunir toute l'attention & tout l'interêt
des Spectateurs fur le Duc de Foix qui a les principes
de toutes les vertus , mais qui eft égaré par fes
paffions. Racine a fait la même chofe dans Phédre
à qui il atout facrifié. On ne s'occupe point
d'Aricie.
Nous n'avons point entendu faire de critiques:
fur le rolle de Lifois , qui forme un contrafte parfait
avec celui du Duc de Foix . Ce caractere eft admi .
rable , & neuf au Théatre. Ce n'eft ni Acomatai
Burthus , c'eft Lifois ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Le file de Fouvrage eft enchanteur , naturel &
affez foutenu, les beautés qu'on appelle de détail ,
ne font point
Fermer
116
p. 30-35
VERS A M. le Baron de ***, Brigadier des Armées du Roi, premier Lieutenant Colonel du Régiment Royal ***, Chevalier des Ordres du Roi de ** ; par M. de Bastide.
Début :
Il est temps que je me rapproche [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Esprit, Ville, Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A M. le Baron de ***, Brigadier des Armées du Roi, premier Lieutenant Colonel du Régiment Royal ***, Chevalier des Ordres du Roi de ** ; par M. de Bastide.
VERS
A M. le Baron de *** , Brigadier des Armées
du Roi , premier Lieutenant Colonel
du Régiment Royal *** , Chevalier des
Ordres du Roi de ** ; par M. de Baftide.
IL eft temps que je me rapproche
Du Philofophe & du Guerrier
Qui couronné de myrthe & de laurier ,
Penfe avec goût , vit fans reproche
Ennemi de la vanité
Dont tout feigneur eft entêté ,
Dans fon château dont il eft idolâtre ;
Plein de nobleffe & plein de probité ,
Prêt à boire , prêt à combattre ,
Prêt à raifonner fçavamment ,
Ayant tous les efprits , aimant tous les mérites ,
N'ayant qu'un défaut feulement ,
Celui d'abréger fes viſites ,
Et de digérer rarement .
Depuis un mois , la pluie impitoyable
M'enchaîne à mon trifte foyer :
Mais duflai-je enfin me noyer ,
Vous me verrez , Baron aimable
Braver pour vous les élemens.
J'arriverai fait comme un diable ;
AVRIL. 1756. 31
> Car les frimats & la pluie & les vents
Déchaînés dans notre hémiſphere ,
Nous réduifent , depuis longtemps ,
A chercher des moyens de plaire
Etrangers aux ajuftemens :
Mais aux yeux de l'homme qui penfe
La parure n'eft pas beauté.
J'irai donc avec Paffurance
D'être reçu mieux qu'un fat apprêté , `
Certain que vous ferez flatté
De ce mépris pour l'élégance ,
"
Et que vous jugerez par mon habit crotté ,
De mes regrets pendant un mois d'abſence .
Je ne puis vous revoir trop tôt ;
L'humeur me gagne , & j'en fçais bien la cauſe :
Une affreuse métamorphofe
Me rend chagrin & prefque fot ,
Depuis que loin de la barriere
Du monde aimable & des efprits choiſis ,
Je paffe dans une chaumiere
Des jours filés par les ennuis..
Plaifirs charmans que je regrette ,
Plaiſirs de la fociété ,
Plaifirs de l'art & de la nouveauté ,
Plaifirs d'une union fecrete
Plaifirs de l'infidélité
>
Plaifirs d'une flamme indifcrete ,
Pourquoi par un fonge emporté ,
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Me fuis-je mis dans la néceffité ,
De regretter votre douceur parfaite !
Pourquoi me fuis - je tranſplanté
Du fein de la félicité .
Dans le néant de la retraite !
Un faux goût de tranquillité ,
Un vain eſpoir de liberté ,
Un peu d'inconftance , peut-être ,
Ont féduit mon efprit trop aifément tenté.
J'ai cru trouver la volupté
Dans une demeure champêtre
Et dans le féjour ſi vanté
De l'innocence & de la vérité.
Vains défirs , fatales chimeres !
On ne reconnoît plus les champs.
On ne voit plus de bergers innocens ,
Il n'eft plus d'aimables bergeres.
Le vice & la férocité
Ont chaffé les graces légeres :
L'amour & la fimplicité
Sont devenus des vertus étrangeres
Parmi ce peuple autrefois refpecté ,
Dont les moeurs , les chanfons & la délicateffe
Etoient des leçons de tendreffe
Et des leçons d'humanité.
Si des champs je paffe ( 1 ) à la ville ,
J'y revois l'affligeant tableau
(1 ) L'Auteur parle d'unepetite Ville du voi
nage.
AVRIL. 1756. 33
Qu'a peint le févere Rouſſeau
Dans le début de fon livre inutile .
Nul plaifir , nulle aménité ,
Nul fentiment , nulle fociété.
A la ville comme au village ,
On ne voit plus cette aimable union ,
Ce doux rapport d'eſprit & d'inclination ,
Cette fincérité de coeur & de langage
Que l'on vit , fans exception ,
Dans les hommes du premier âge.
Mais taifons -nous : il faut être prudent
Et réſiſter à la critique ,
Lorsqu'on prévoit & que l'on fent
Que l'on feroit trop véridique.
L'homme trop vrai devient méchant.
Hélas ! quelle fut ma folie ,
Quel fut l'excès de mon égarement !
Mon fort étoit digne d'envie .
L'efprit , le fentiment ,
Les arts & Penjouement
Répandoient fur ma vie
Les tréfors de l'amufement ,
De la raifon & du génie.
Par Cidalife & par Leſbie ,
Séduit & partagé ,
Je me rendois chez Emilie ,
J'y trouvois un jeu moins chargé ,
Plus d'efprit & plus de faillie.
I
BY
34 MERCURE DE FRANCE.
Par elle mon coeur éclairé ,
Goûtoit dans une douce chaîne ,
Ce bonheur que l'amour ramene
Et que l'efprit a préparé.
Tous les arts & toutes les belles
- M'imprimoient des plaifirs nouveaux ;
N'épuifant rien , recherchant à propos ,
Paffant ſouvent des bagatelles
Aux productions immortelles ,
Et des bons livres , aux bons mots ,
Recueillant toutes les nouvelles ,
Parcourant toutes les ruelles ;
Allant partout , excepté chez les fots.
C'eft ainfi que de la journée ,
Coupant le fil par la légéreté ,
Je voyois s'écouler l'année ,
Comme une belle nuit d'été .
Hélas ! que de ma deftinée
Les Dieux ont bien changé le cours !
Mon ame aux ennuis enchaînée ,
Eft triftement abandonnée
Par les plaifirs & les amours.
Je ne vois plus Cidalife & Lefbie ,
Je n'entends plus Clairon ni Dumefni ,
Je ne vois plus Puvigné ni Lani ,
Je ne foupe plus chez Silvie ,
Entre Jéliote & . Gauffin.
La guittarre , le clavecin ,
Les fons brillans de l'Italie ,
AVRIL 1756. 31
Les beaux vers , les fruits du génie ,
Tous les biens ont pour moi pris fin .
Vous , près de qui je les retrouve
Dans le plaifir de me les rappeller ,
Yous ,qui les connoiffez , qui fçavez en parler ,
Vous enfin , près de qui j'éprouve
Combien l'efprit peut confoler ,
Jugez , fi de votre préfence ,
Je puis me priver aisément ,
Et combien pendant votre abfence ,
J'ai du voir croître mon tourment .
A M. le Baron de *** , Brigadier des Armées
du Roi , premier Lieutenant Colonel
du Régiment Royal *** , Chevalier des
Ordres du Roi de ** ; par M. de Baftide.
IL eft temps que je me rapproche
Du Philofophe & du Guerrier
Qui couronné de myrthe & de laurier ,
Penfe avec goût , vit fans reproche
Ennemi de la vanité
Dont tout feigneur eft entêté ,
Dans fon château dont il eft idolâtre ;
Plein de nobleffe & plein de probité ,
Prêt à boire , prêt à combattre ,
Prêt à raifonner fçavamment ,
Ayant tous les efprits , aimant tous les mérites ,
N'ayant qu'un défaut feulement ,
Celui d'abréger fes viſites ,
Et de digérer rarement .
Depuis un mois , la pluie impitoyable
M'enchaîne à mon trifte foyer :
Mais duflai-je enfin me noyer ,
Vous me verrez , Baron aimable
Braver pour vous les élemens.
J'arriverai fait comme un diable ;
AVRIL. 1756. 31
> Car les frimats & la pluie & les vents
Déchaînés dans notre hémiſphere ,
Nous réduifent , depuis longtemps ,
A chercher des moyens de plaire
Etrangers aux ajuftemens :
Mais aux yeux de l'homme qui penfe
La parure n'eft pas beauté.
J'irai donc avec Paffurance
D'être reçu mieux qu'un fat apprêté , `
Certain que vous ferez flatté
De ce mépris pour l'élégance ,
"
Et que vous jugerez par mon habit crotté ,
De mes regrets pendant un mois d'abſence .
Je ne puis vous revoir trop tôt ;
L'humeur me gagne , & j'en fçais bien la cauſe :
Une affreuse métamorphofe
Me rend chagrin & prefque fot ,
Depuis que loin de la barriere
Du monde aimable & des efprits choiſis ,
Je paffe dans une chaumiere
Des jours filés par les ennuis..
Plaifirs charmans que je regrette ,
Plaiſirs de la fociété ,
Plaifirs de l'art & de la nouveauté ,
Plaifirs d'une union fecrete
Plaifirs de l'infidélité
>
Plaifirs d'une flamme indifcrete ,
Pourquoi par un fonge emporté ,
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Me fuis-je mis dans la néceffité ,
De regretter votre douceur parfaite !
Pourquoi me fuis - je tranſplanté
Du fein de la félicité .
Dans le néant de la retraite !
Un faux goût de tranquillité ,
Un vain eſpoir de liberté ,
Un peu d'inconftance , peut-être ,
Ont féduit mon efprit trop aifément tenté.
J'ai cru trouver la volupté
Dans une demeure champêtre
Et dans le féjour ſi vanté
De l'innocence & de la vérité.
Vains défirs , fatales chimeres !
On ne reconnoît plus les champs.
On ne voit plus de bergers innocens ,
Il n'eft plus d'aimables bergeres.
Le vice & la férocité
Ont chaffé les graces légeres :
L'amour & la fimplicité
Sont devenus des vertus étrangeres
Parmi ce peuple autrefois refpecté ,
Dont les moeurs , les chanfons & la délicateffe
Etoient des leçons de tendreffe
Et des leçons d'humanité.
Si des champs je paffe ( 1 ) à la ville ,
J'y revois l'affligeant tableau
(1 ) L'Auteur parle d'unepetite Ville du voi
nage.
AVRIL. 1756. 33
Qu'a peint le févere Rouſſeau
Dans le début de fon livre inutile .
Nul plaifir , nulle aménité ,
Nul fentiment , nulle fociété.
A la ville comme au village ,
On ne voit plus cette aimable union ,
Ce doux rapport d'eſprit & d'inclination ,
Cette fincérité de coeur & de langage
Que l'on vit , fans exception ,
Dans les hommes du premier âge.
Mais taifons -nous : il faut être prudent
Et réſiſter à la critique ,
Lorsqu'on prévoit & que l'on fent
Que l'on feroit trop véridique.
L'homme trop vrai devient méchant.
Hélas ! quelle fut ma folie ,
Quel fut l'excès de mon égarement !
Mon fort étoit digne d'envie .
L'efprit , le fentiment ,
Les arts & Penjouement
Répandoient fur ma vie
Les tréfors de l'amufement ,
De la raifon & du génie.
Par Cidalife & par Leſbie ,
Séduit & partagé ,
Je me rendois chez Emilie ,
J'y trouvois un jeu moins chargé ,
Plus d'efprit & plus de faillie.
I
BY
34 MERCURE DE FRANCE.
Par elle mon coeur éclairé ,
Goûtoit dans une douce chaîne ,
Ce bonheur que l'amour ramene
Et que l'efprit a préparé.
Tous les arts & toutes les belles
- M'imprimoient des plaifirs nouveaux ;
N'épuifant rien , recherchant à propos ,
Paffant ſouvent des bagatelles
Aux productions immortelles ,
Et des bons livres , aux bons mots ,
Recueillant toutes les nouvelles ,
Parcourant toutes les ruelles ;
Allant partout , excepté chez les fots.
C'eft ainfi que de la journée ,
Coupant le fil par la légéreté ,
Je voyois s'écouler l'année ,
Comme une belle nuit d'été .
Hélas ! que de ma deftinée
Les Dieux ont bien changé le cours !
Mon ame aux ennuis enchaînée ,
Eft triftement abandonnée
Par les plaifirs & les amours.
Je ne vois plus Cidalife & Lefbie ,
Je n'entends plus Clairon ni Dumefni ,
Je ne vois plus Puvigné ni Lani ,
Je ne foupe plus chez Silvie ,
Entre Jéliote & . Gauffin.
La guittarre , le clavecin ,
Les fons brillans de l'Italie ,
AVRIL 1756. 31
Les beaux vers , les fruits du génie ,
Tous les biens ont pour moi pris fin .
Vous , près de qui je les retrouve
Dans le plaifir de me les rappeller ,
Yous ,qui les connoiffez , qui fçavez en parler ,
Vous enfin , près de qui j'éprouve
Combien l'efprit peut confoler ,
Jugez , fi de votre préfence ,
Je puis me priver aisément ,
Et combien pendant votre abfence ,
J'ai du voir croître mon tourment .
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Résumé : VERS A M. le Baron de ***, Brigadier des Armées du Roi, premier Lieutenant Colonel du Régiment Royal ***, Chevalier des Ordres du Roi de ** ; par M. de Bastide.
L'auteur adresse une lettre au Baron de ***, brigadier des armées du roi et premier lieutenant colonel du Régiment Royal ***. Il exprime son admiration pour le baron, le qualifiant de philosophe et de guerrier, noble et probe, capable de boire, combattre et raisonner savamment. L'auteur regrette de ne pouvoir lui rendre visite plus tôt en raison de la pluie qui l'a confiné chez lui. Il se plaint de l'ennui et de la métamorphose qui l'ont rendu chagrin et presque sot, éloigné de la société mondaine et des esprits choisis. Il évoque les plaisirs de la société, de l'art et de la nouveauté, ainsi que ceux d'une union secrète et d'une flamme indiscrète, qu'il regrette amèrement. L'auteur critique la corruption des mœurs tant à la campagne qu'à la ville, où il ne trouve plus l'aimable union et la sincérité des hommes du premier âge. Il se remémore les plaisirs passés en compagnie de personnes comme Cidalise, Lesbie, Émilie, et d'autres, où l'esprit, le sentiment, les arts et l'enjouement régnaient. Il conclut en exprimant son tourment durant l'absence du baron et son désir de retrouver les plaisirs partagés avec lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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117
p. 196
DE VIENNE, le 30 Mars.
Début :
Un Courier dépêché par le Maréchal Daun arriva ici Lundi dernier. [...]
Mots clefs :
Maréchal Daun, Général, Ville, Prise, Prisonniers, Ennemis, Attaque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 30 Mars.
DE VI E N N E, le 3o Mars.
[ ] N Courier dépêché par le Maréchal Daun
arriva ici Lundi dernier. Il a apporté la nouvelle
que le Général Beck avoit ſurpris la Ville de
Greiffenberg en Siléſie ; qu'il s'en étoit rendu
maître; qu'il y avoit fait priſonniers de guerre un
Bataillon de grenadiers, & ſoixante Huſlards Pruſ
ſiens ; qu'il s'étoit emparé de l'Hôpital militaire
établi dans cette Ville, & qu'il y avoit trouvé
pluſieurs piéces de canon avec beaucoup de mu
nitions de guerre & de bouche, On aſſure que la
erte des ennemis en cette occaſion , a été de
mille hommes.
[ ] N Courier dépêché par le Maréchal Daun
arriva ici Lundi dernier. Il a apporté la nouvelle
que le Général Beck avoit ſurpris la Ville de
Greiffenberg en Siléſie ; qu'il s'en étoit rendu
maître; qu'il y avoit fait priſonniers de guerre un
Bataillon de grenadiers, & ſoixante Huſlards Pruſ
ſiens ; qu'il s'étoit emparé de l'Hôpital militaire
établi dans cette Ville, & qu'il y avoit trouvé
pluſieurs piéces de canon avec beaucoup de mu
nitions de guerre & de bouche, On aſſure que la
erte des ennemis en cette occaſion , a été de
mille hommes.
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Résumé : DE VIENNE, le 30 Mars.
Le 30 mars à Vienne, le Maréchal Daun a reçu des nouvelles militaires. Le Général Beck a pris Greiffenberg en Silésie par surprise, capturant un bataillon de grenadiers, soixante hussards, l'hôpital militaire, plusieurs pièces d'artillerie et des munitions. Les pertes ennemies sont estimées à mille hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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118
p. 203-204
De l'Armée aux ordres du Maréchal de Contades, le 23 Juillet.
Début :
Le Marquis d'Armentieres ayant fait toute ses dispositions pour le siège de Munster, [...]
Mots clefs :
Marquis, Artillerie, Siège, Ville, Garnison, Citadelle, Maréchal de camp, Capitulation, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De l'Armée aux ordres du Maréchal de Contades, le 23 Juillet.
De l'Armée aux ordres du Maréchal de Contades ,
le 23 Juillet.
Le Marquis d'Armentieres ayant fait toutes les
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
ditpofitions pour le fiége de Munfter , & l'artille
rie étant arrivée de Caffel le 18 , il fit ouvrir la
tranchée en deux endroits , l'une devant la Ville
le 19 , & l'autre devant la Citadelle le z1 . On
poulla les ouvrages avec beaucoup de vivacité
& fans perte. La Garniton craignant d'être emportée
l'épée à la main , évacua la Ville , & fe
retira dans la Citadelle. On convint d'une neutralité
pour la Ville , & le Marquis de Goyon ,
Maréchal de Camp , y fut etabli pour y com
mander.
La Citadelle s'eft rendue le 25 à fept heures
du matin. La tranchée avoit été ouverte la nuit
du 21 au 22 , & les batteries avoient commencé
à tirer le 25 au point du jour. Par la Capitulation
, la Garnifon au nombre de trois mille quatre-
vingt- dix hommes , non compris les Off-
*ciers & commandée par le fieur Zoftrow ,
Lieutenant Général , eft prifonniere de guerre.
Elle a été conduite à Weſel.
le 23 Juillet.
Le Marquis d'Armentieres ayant fait toutes les
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
ditpofitions pour le fiége de Munfter , & l'artille
rie étant arrivée de Caffel le 18 , il fit ouvrir la
tranchée en deux endroits , l'une devant la Ville
le 19 , & l'autre devant la Citadelle le z1 . On
poulla les ouvrages avec beaucoup de vivacité
& fans perte. La Garniton craignant d'être emportée
l'épée à la main , évacua la Ville , & fe
retira dans la Citadelle. On convint d'une neutralité
pour la Ville , & le Marquis de Goyon ,
Maréchal de Camp , y fut etabli pour y com
mander.
La Citadelle s'eft rendue le 25 à fept heures
du matin. La tranchée avoit été ouverte la nuit
du 21 au 22 , & les batteries avoient commencé
à tirer le 25 au point du jour. Par la Capitulation
, la Garnifon au nombre de trois mille quatre-
vingt- dix hommes , non compris les Off-
*ciers & commandée par le fieur Zoftrow ,
Lieutenant Général , eft prifonniere de guerre.
Elle a été conduite à Weſel.
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Résumé : De l'Armée aux ordres du Maréchal de Contades, le 23 Juillet.
Le 23 juillet, le Marquis d'Armentières prit des mesures pour ouvrir des tranchées devant Münster. Les travaux débutèrent le 19 juillet devant la ville et le 21 juillet devant la citadelle, sans pertes notables. Face à la menace d'un assaut, la garnison quitta la ville pour se retrancher dans la citadelle. Une neutralité fut établie pour la ville, et le Marquis de Goyon fut nommé pour la commander. La citadelle capitula le 25 juillet à sept heures du matin. Les batteries commencèrent à tirer ce même jour à l'aube. Selon les termes de la capitulation, la garnison, composée de 3 090 hommes sous le commandement du Lieutenant Général Zoftrow, fut capturée et conduite à Wesel.
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119
p. 203-205
Du Quartier-général de l'armée de l'Empire, le 25 Août.
Début :
Le Prince des Deux-Ponts s'étant rendu maître de Torgau, la garnison Prussienne [...]
Mots clefs :
Prince, Garnison, Canons, Régiment, Fort, Prisonniers, Attaques, Magasins, Provisions, Cavalerie, Généraux, Ville, Comte, Dresde, Baron, Capitulation, Roi de Prusse
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texteReconnaissance textuelle : Du Quartier-général de l'armée de l'Empire, le 25 Août.
Du Quartier -général de l'armée de l'Empire ,
le 25 Août.
LEE Prince des Deux-Ponts s'étant rendu maître
de Torgau , la garniſon Prufſienne fortit de cette
Ville le 1 avec douze piéces de canon & leurs
caillons. Elle prit la route de Wittemberg.
Pendant la marche cette garnifon le révolta ,
ainfi qu'il étoit déja arrivé à celle de Léipfick s
les rébelles déferterent au nombre de huit cens
hommes , qui font venus joindre l'armée.
Le Régiment de Bade-Baden fut mis en gar-
nifon dans la place ; & le Fort fut occupé par un
détachement de Croates. Nous avons trouvé dans
Torgau trois cens prifonniers de troupes Autri-
chiennes & de l'Empire ; un grand nombre de
piéces de canon qui appartiennent au Roi de Polo-
gne , Electeur de Saxe , & un Magafin qui eſt ef-
timé à deux cens mille écus.
Le 20
,
le
Général Kleefeld
marcha
fur
Wit-
temberg
,
avec ordre
de
tenter
une
entrepriſe
contre
cette
place
.
Il
fit
avancer
le
21
un
gros dé-
tachement aux
ordres
du
Colonel Soly
.
Cer Of-
ficier
s'empara des
Fauxbourgs
.
Il
fomma
le
Gé-
néral
Horn
de
fe
rendre
.
Ce Commandant
de-
manda
à
capituler
.
Le
22
,
les
Grenadiers de Badeoccuperent
la porte
de
l'Elftre
,
&
la
garnison
,
compofée de
trois
Bataillons
,
fortit
avec
les
hon
meurs
de la guerre
.
I
vj
204
MERCURE
DE
FRANCE
.
Du
28
.
Les Magafins que les Pruffiens ont été forcés
d'abandonner à Léïpfick & à Torgau confiftent en
38177 mefures de grain , 32656 quintaux de fa-
rine , 10090 rations de biſcuit , 38360 meſures
d'avoine , 10092 mesures d'orge , 7 £24 quintaux
de foin , 28695 bottes de paille , & 4000 tonneaux
remplis de vivres.
Le Régiment de Bade- Baden a été mis en gar-
nifon à Wittemberg avec un détachement de
Croates & de Cavalerie. Torgau eft occupé par
un Régiment d'Infanterie des troupes Electorales
de Trêves.
Les Généraux Autrichiens tiennent la Ville de
Drefde bloquée des deux côtés de l'Elbe. Le fieur
de Churield , Colonel au ſervice de l'Impératrice-
Reine , fomma le Comte de Schmettau de fe
rendre. Ce Commandant répondit qu'il avoir
ordre de fe défendre jufqu'à la derniere extrémité.
Sur cette réponſe le Prince de Deux- Ponts donna
ordre de hârer le tranfport de la groffe artillerie-
qui vient de Prague, & de faire promptement tou-
tes les difpofitions néceffaires pour l'attaque.
Le Comte de Maquire eft pofté fur les hauteurs
qui font vis-à-vis de Dreſde , fur la rive droite de
l'Elbe ; & il a fait jetter un pont fur ce fleuve
pour établir la communication.
Le 27 au matin , le Comte de Maquire donna
avis que la garaifon , après avoir fait miner le
pont de Dreide , avoit évacué la Ville neuve , &
s'étoit retirée précipitamment dans la vieille
Ville ; qu'auth- tôt il avoit donné ordre au Géné
ral de Vehla d'occuper la Ville neuve avec les
Troupes , & qu'on y avoit trouvé un magaſin
confidérable, des armes & des munitions de touse.
elpèce. Le Prince de Deux-Ponts, après avoir bien
OCTOBRE
.
17597
205
affuré fon camp , fe porta au corps du Comte de
Maquire , afin de reconnoître exactement l'état
de la Place , & de faire fes difpofitions en confé-
quence. Les Pruffiens l'ont rendue le 5 Septem-
bre. ( Voyez l'article de la Cour.)
Du
2
Septembre
.
Le Baron de Saint-André manda le 3 I du mois
dernier que la petite garnifon que nous avions à
Wittemberg avoit rendu cette Ville par capitula-
tion , à l'approche d'un corps nombreux détaché
de l'armée du Roi de Prufle , & qu'elle s'étoit
retirée à Léipfick, 2
Le premier de ce mois nous apprîmes que
Torgau s'étoit ren lu la veille au corps de trou-
pes Pruffiennes qui avoit repris Wittemberg. On
aflure que ce corps eft compofé de huit mille
hommes aux ordres du Général Wunſch.
le 25 Août.
LEE Prince des Deux-Ponts s'étant rendu maître
de Torgau , la garniſon Prufſienne fortit de cette
Ville le 1 avec douze piéces de canon & leurs
caillons. Elle prit la route de Wittemberg.
Pendant la marche cette garnifon le révolta ,
ainfi qu'il étoit déja arrivé à celle de Léipfick s
les rébelles déferterent au nombre de huit cens
hommes , qui font venus joindre l'armée.
Le Régiment de Bade-Baden fut mis en gar-
nifon dans la place ; & le Fort fut occupé par un
détachement de Croates. Nous avons trouvé dans
Torgau trois cens prifonniers de troupes Autri-
chiennes & de l'Empire ; un grand nombre de
piéces de canon qui appartiennent au Roi de Polo-
gne , Electeur de Saxe , & un Magafin qui eſt ef-
timé à deux cens mille écus.
Le 20
,
le
Général Kleefeld
marcha
fur
Wit-
temberg
,
avec ordre
de
tenter
une
entrepriſe
contre
cette
place
.
Il
fit
avancer
le
21
un
gros dé-
tachement aux
ordres
du
Colonel Soly
.
Cer Of-
ficier
s'empara des
Fauxbourgs
.
Il
fomma
le
Gé-
néral
Horn
de
fe
rendre
.
Ce Commandant
de-
manda
à
capituler
.
Le
22
,
les
Grenadiers de Badeoccuperent
la porte
de
l'Elftre
,
&
la
garnison
,
compofée de
trois
Bataillons
,
fortit
avec
les
hon
meurs
de la guerre
.
I
vj
204
MERCURE
DE
FRANCE
.
Du
28
.
Les Magafins que les Pruffiens ont été forcés
d'abandonner à Léïpfick & à Torgau confiftent en
38177 mefures de grain , 32656 quintaux de fa-
rine , 10090 rations de biſcuit , 38360 meſures
d'avoine , 10092 mesures d'orge , 7 £24 quintaux
de foin , 28695 bottes de paille , & 4000 tonneaux
remplis de vivres.
Le Régiment de Bade- Baden a été mis en gar-
nifon à Wittemberg avec un détachement de
Croates & de Cavalerie. Torgau eft occupé par
un Régiment d'Infanterie des troupes Electorales
de Trêves.
Les Généraux Autrichiens tiennent la Ville de
Drefde bloquée des deux côtés de l'Elbe. Le fieur
de Churield , Colonel au ſervice de l'Impératrice-
Reine , fomma le Comte de Schmettau de fe
rendre. Ce Commandant répondit qu'il avoir
ordre de fe défendre jufqu'à la derniere extrémité.
Sur cette réponſe le Prince de Deux- Ponts donna
ordre de hârer le tranfport de la groffe artillerie-
qui vient de Prague, & de faire promptement tou-
tes les difpofitions néceffaires pour l'attaque.
Le Comte de Maquire eft pofté fur les hauteurs
qui font vis-à-vis de Dreſde , fur la rive droite de
l'Elbe ; & il a fait jetter un pont fur ce fleuve
pour établir la communication.
Le 27 au matin , le Comte de Maquire donna
avis que la garaifon , après avoir fait miner le
pont de Dreide , avoit évacué la Ville neuve , &
s'étoit retirée précipitamment dans la vieille
Ville ; qu'auth- tôt il avoit donné ordre au Géné
ral de Vehla d'occuper la Ville neuve avec les
Troupes , & qu'on y avoit trouvé un magaſin
confidérable, des armes & des munitions de touse.
elpèce. Le Prince de Deux-Ponts, après avoir bien
OCTOBRE
.
17597
205
affuré fon camp , fe porta au corps du Comte de
Maquire , afin de reconnoître exactement l'état
de la Place , & de faire fes difpofitions en confé-
quence. Les Pruffiens l'ont rendue le 5 Septem-
bre. ( Voyez l'article de la Cour.)
Du
2
Septembre
.
Le Baron de Saint-André manda le 3 I du mois
dernier que la petite garnifon que nous avions à
Wittemberg avoit rendu cette Ville par capitula-
tion , à l'approche d'un corps nombreux détaché
de l'armée du Roi de Prufle , & qu'elle s'étoit
retirée à Léipfick, 2
Le premier de ce mois nous apprîmes que
Torgau s'étoit ren lu la veille au corps de trou-
pes Pruffiennes qui avoit repris Wittemberg. On
aflure que ce corps eft compofé de huit mille
hommes aux ordres du Général Wunſch.
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Résumé : Du Quartier-général de l'armée de l'Empire, le 25 Août.
Le 25 août, le Prince des Deux-Ponts s'empare de Torgau. La garnison prussienne, composée de 1 200 hommes et de douze pièces de canon, se rend et se dirige vers Wittemberg. En chemin, 800 hommes désertent pour rejoindre l'armée adverse. Les troupes occupantes découvrent 300 prisonniers autrichiens et impériaux, ainsi que des pièces de canon et un magasin évalué à 200 000 écus. Le 20 août, le Général Kleefeld reçoit l'ordre de marcher sur Wittemberg. Le 21, un détachement sous le Colonel Soly prend les faubourgs. Le Général Horn demande à capituler, et le 22, la garnison, composée de trois bataillons, se rend avec les honneurs de la guerre. Les magasins abandonnés par les Prussiens à Leipzig et Torgau contiennent des quantités importantes de grain, de farine, de biscuit, d'avoine, d'orge, de foin, de paille et de vivres. Wittemberg et Torgau sont occupés par le Régiment de Bade-Baden et des Croates, ainsi qu'un régiment d'infanterie des troupes électorales de Trêves. Les Autrichiens bloquent Dresde. Le Comte de Schmettau refuse de se rendre, et le Prince des Deux-Ponts prépare une attaque. Le Comte de Maquire établit un pont sur l'Elbe et occupe la Ville neuve de Dresde, y trouvant des magasins et des munitions. Les Prussiens se retirent dans la vieille ville et se rendent le 5 septembre. Le 2 septembre, Wittemberg et Torgau sont reprises par les troupes prussiennes.
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120
p. 194-195
DE HAMBOURG, le 4 Novembre.
Début :
On mande de Poméranie, que les Prussiens ont été forcés d'abandonner la Ville de [...]
Mots clefs :
Prussiens, Troupes suédoises, Libération, Ville, Pillages, Ennemis, Attaque, Officiers, Soldats, Reddition
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texteReconnaissance textuelle : DE HAMBOURG, le 4 Novembre.
DE HAMBOURG , le 4 Novembre.
On mande de Pomeranie , que les Pruffiens
ont été forcés d'abandonner la Ville de Demmin
, qu'ils avoient furprife. Les troupes Suédoifes
arrivées trop tard pour fauver la Place ,
pourfuivirent les Prufliens dans leur retraite , &
les atteignirent à Malchin le 25 au foir . Les Barons
de Wrangel & de Sprengport, qui commandoient
ces troupes , firent enfoncer les portes de
JANVIER. 1760 . 195
La Ville , chafsèrent l'ennemi de rue en rue , &
le forcèrent de fe retirer en défordre. Ils lui enlevèrent
le butin & les prifonniers . Les Pruffiens
eurent beaucoup de foldats tués dans cette artaque.
Un de leurs Lieutenans , dix Bas - Officiers
& cent Soldats furent enveloppés & obligés de ſe
rendre.
On mande de Pomeranie , que les Pruffiens
ont été forcés d'abandonner la Ville de Demmin
, qu'ils avoient furprife. Les troupes Suédoifes
arrivées trop tard pour fauver la Place ,
pourfuivirent les Prufliens dans leur retraite , &
les atteignirent à Malchin le 25 au foir . Les Barons
de Wrangel & de Sprengport, qui commandoient
ces troupes , firent enfoncer les portes de
JANVIER. 1760 . 195
La Ville , chafsèrent l'ennemi de rue en rue , &
le forcèrent de fe retirer en défordre. Ils lui enlevèrent
le butin & les prifonniers . Les Pruffiens
eurent beaucoup de foldats tués dans cette artaque.
Un de leurs Lieutenans , dix Bas - Officiers
& cent Soldats furent enveloppés & obligés de ſe
rendre.
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Résumé : DE HAMBOURG, le 4 Novembre.
Le 4 novembre, les Prussiens ont abandonné la ville de Demmin. Les troupes suédoises les ont poursuivis et les ont atteints à Malchin le 25 octobre. Les commandants Wrangel et Sprengport ont repris la ville, récupéré le butin et les prisonniers. Les Prussiens ont subi de lourdes pertes, avec un lieutenant, dix sous-officiers et cent soldats capturés.
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121
p. 211
DE HAMBOURG, le 20 Mars.
Début :
Les Suédois font des dispositions pour commencer la campagne. Ils marchent [...]
Mots clefs :
Suédois, Campagne militaire, Ville, Violences, Général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE HAMBOURG, le 20 Mars.
DE HAMBOURG , le 20 Mars .
Les Suédois font des difpofitions pour commencer
la campagne. Ils marchent vers Swinemunde,
dans le deffein d'y prendre pofte . La Ville
d'Olnabruck n'a pas été exempte des violences
exercées contre tant d'autres , pour procurer des
recrues aux troupes Pruffiennes ou à celles des
Alliés. On écrit , de cette Ville , que vers le milieu
de ce mois , le Général Anglois qui l'occupe ,
fit battre l'allarme & affembler la garniſon . La
curioſité fit accourir dans la place une bourgeoisie
nombreufe ; elle fur tout-à- coup enveloppée par
la garnifon , qui enleva tous les hommes en état
de lervir.
Les Suédois font des difpofitions pour commencer
la campagne. Ils marchent vers Swinemunde,
dans le deffein d'y prendre pofte . La Ville
d'Olnabruck n'a pas été exempte des violences
exercées contre tant d'autres , pour procurer des
recrues aux troupes Pruffiennes ou à celles des
Alliés. On écrit , de cette Ville , que vers le milieu
de ce mois , le Général Anglois qui l'occupe ,
fit battre l'allarme & affembler la garniſon . La
curioſité fit accourir dans la place une bourgeoisie
nombreufe ; elle fur tout-à- coup enveloppée par
la garnifon , qui enleva tous les hommes en état
de lervir.
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Résumé : DE HAMBOURG, le 20 Mars.
Le 20 mars, les Suédois se préparent à attaquer Swinemünde. À Osnabrück, des violences surviennent pour recruter des soldats. Le général anglais ordonne une alerte et rassemble la garnison. La population civile est encerclée et les hommes aptes au service militaire sont enlevés.
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122
p. 241
DE DRESDE, le 30 Avril.
Début :
Le Roi de Prusse a enfin renoncé à l'entreprise de reprendre cette Ville ; [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Ville, Camp, Général, Campagne militaire, Armée autrichienne, Troupes hongroises, Comte, Soldats, Contingent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE DRESDE, le 30 Avril.
De DRESDE , le 30 Avril.
Le Roi de Pruffe a enfin renoncé à l'entrepriſe
de reprendre cette Ville ; il a abandonné , la nuit
du 25 au 26 de ce mois , le pofte de Freyberg ,
& il s'eft rétiré dans le Camp qu'il a fait retrancher
près de Meiffen . Le Général Brentano
a pris auffitôt poffeffion de Freyberg , d'où il a déjà
poullé des détachemens en avant. La campagne
va commencer incellamment ; une partie des troupes
Autrichiennes eſt déjà campée , & toute l'Armée
doit être fous la tente , dans huit ou dix jours
au plus tard . Cette armée eft forte de quatre-vingtdix
mille hommes , fans compter les corps dérachés
& les troupes Hongroifes.
Le corps du Comte de Lafcy eft préfentement
de trente mille hommes ; il conferve encore fa
pofition dans les environs de Groffen - hayn.
Le Roi de Pruffe a enfin renoncé à l'entrepriſe
de reprendre cette Ville ; il a abandonné , la nuit
du 25 au 26 de ce mois , le pofte de Freyberg ,
& il s'eft rétiré dans le Camp qu'il a fait retrancher
près de Meiffen . Le Général Brentano
a pris auffitôt poffeffion de Freyberg , d'où il a déjà
poullé des détachemens en avant. La campagne
va commencer incellamment ; une partie des troupes
Autrichiennes eſt déjà campée , & toute l'Armée
doit être fous la tente , dans huit ou dix jours
au plus tard . Cette armée eft forte de quatre-vingtdix
mille hommes , fans compter les corps dérachés
& les troupes Hongroifes.
Le corps du Comte de Lafcy eft préfentement
de trente mille hommes ; il conferve encore fa
pofition dans les environs de Groffen - hayn.
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Résumé : DE DRESDE, le 30 Avril.
Le 30 avril, le roi de Prusse a abandonné son projet de reprendre Dresde. La nuit du 25 au 26 avril, il s'est retiré près de Meissen. Le général Brentano a pris possession de Freyberg. La campagne militaire est imminente. L'armée autrichienne, forte de 90 000 hommes, devrait être prête dans huit à dix jours. Le corps du comte de Lacy, de 30 000 hommes, est positionné près de Grossenhayn.
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123
p. 192
DE STOCKOLM, le 24 Mai.
Début :
Les recruës destinées à renforcer notre Armée en Poméranie s'embarqueront, [...]
Mots clefs :
Recrues, Armée, Famille, Fuite , Ville, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE STOCKOLM, le 24 Mai.
De STOCKOLM , le 24 Mai.
Les recrue's deſtinées à renforcer notre Armé
en Pomeranie s'embarqueront, partie à Dalerve ,"
& partie à Carllcroon .
Nous apprenons de Hambourg , que quantité
de familles de la Pomeranie Pruffienne tant en
delà qu'en deçà de l'Oder , & même du Brandebourg
, fe font retirées dans cette Ville , pour é
ter les malheurs dont ces Provinces font menacées
par l'approche des Armées ennemies.
Les recrue's deſtinées à renforcer notre Armé
en Pomeranie s'embarqueront, partie à Dalerve ,"
& partie à Carllcroon .
Nous apprenons de Hambourg , que quantité
de familles de la Pomeranie Pruffienne tant en
delà qu'en deçà de l'Oder , & même du Brandebourg
, fe font retirées dans cette Ville , pour é
ter les malheurs dont ces Provinces font menacées
par l'approche des Armées ennemies.
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124
p. 199-200
De l'Armée, commandée par le Maréchal de Broglie, le 14 Septembre.
Début :
Cette Armée n'a pas encore fait de mouvement important, le quartier [...]
Mots clefs :
Armée, Mouvements des troupes, Quartier général, Prince Héréditaire de Brunswick, Régiments, Ville, Brigadier, Colonel, Retraite des ennemis, Prince de Condé, Escarmouche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De l'Armée, commandée par le Maréchal de Broglie, le 14 Septembre.
De l'Armée , commandée par le Maréchal de
Broglie, le 14 Septembre
Cette Armée n'a pas encore fait de mouvement
important, le quartier général eſt toujours
à Immenhaufen .
>
Le 6 de ce mois , à deux heures du matin , un
Corps de quatre à cinq mille hommes , commandé
par le Prince héréditaire de Brunfwick.
fe porta fur Zierenberg , petite Ville de la Heffe ,
à trois lieues de Cafel ; elle étoit occupée par les
deux Régimens des Volontaires du Dauphiné &
de Clermont. Les Grenadiers Anglois , ayant pénétré
dans la Ville , y firent trois cens foixante &
feize prifonniers tant de l'Infanterie que des Dra
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
gons , & une trentaine d'Officiers , parmi lesquels
fe trouvent le fieur de Nortmann , Brigadier , qur
commandoit cette Brigade, & le Sr. de Comeiras,
Colonel du Régiment des Volontaires de Clermont
; ces deux Officiers ont été bleffés . Le fieur
de Viomenil , qui a auffi été bleffé légérement ,
ayant raffemblé ce qui reftoit des deux Régimens,
a fuivi les ennemis dans leur retraite , & a repris
Pofte à Zierenberg ; il y a eu dans cette affaire environ
cinquanté hommes tués , tant du côté des
Anglois , que de celui des François .
Le 9 , le Prince de Condé, ayant à fes ordres
différens Corps de troupes , au nombre d'environ
quinze mille hommes commandés par les Marquis
de Saint Pern , de Poyanne & de Ségur , Lieutenans
Généraux , par le Prince de Robecq, Maréchal
de Camp , & par le Baron de Clozen , Brigadier
, ayant prévenu l'ennemi fur les hauteurs
voifines de Geifmar , fit un fourage avec le plus
grand fuccès. Il n'y a eu que quelques efcarmouches
dans lesquelles on a fait quelques prifonniers,
& on n'a eu qu'un Officier & fix ou fept hommes
de blétlés.
Broglie, le 14 Septembre
Cette Armée n'a pas encore fait de mouvement
important, le quartier général eſt toujours
à Immenhaufen .
>
Le 6 de ce mois , à deux heures du matin , un
Corps de quatre à cinq mille hommes , commandé
par le Prince héréditaire de Brunfwick.
fe porta fur Zierenberg , petite Ville de la Heffe ,
à trois lieues de Cafel ; elle étoit occupée par les
deux Régimens des Volontaires du Dauphiné &
de Clermont. Les Grenadiers Anglois , ayant pénétré
dans la Ville , y firent trois cens foixante &
feize prifonniers tant de l'Infanterie que des Dra
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
gons , & une trentaine d'Officiers , parmi lesquels
fe trouvent le fieur de Nortmann , Brigadier , qur
commandoit cette Brigade, & le Sr. de Comeiras,
Colonel du Régiment des Volontaires de Clermont
; ces deux Officiers ont été bleffés . Le fieur
de Viomenil , qui a auffi été bleffé légérement ,
ayant raffemblé ce qui reftoit des deux Régimens,
a fuivi les ennemis dans leur retraite , & a repris
Pofte à Zierenberg ; il y a eu dans cette affaire environ
cinquanté hommes tués , tant du côté des
Anglois , que de celui des François .
Le 9 , le Prince de Condé, ayant à fes ordres
différens Corps de troupes , au nombre d'environ
quinze mille hommes commandés par les Marquis
de Saint Pern , de Poyanne & de Ségur , Lieutenans
Généraux , par le Prince de Robecq, Maréchal
de Camp , & par le Baron de Clozen , Brigadier
, ayant prévenu l'ennemi fur les hauteurs
voifines de Geifmar , fit un fourage avec le plus
grand fuccès. Il n'y a eu que quelques efcarmouches
dans lesquelles on a fait quelques prifonniers,
& on n'a eu qu'un Officier & fix ou fept hommes
de blétlés.
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Résumé : De l'Armée, commandée par le Maréchal de Broglie, le 14 Septembre.
Le 14 septembre, l'armée du Maréchal de Broglie était stationnée à Immenhaufen sans mouvement significatif. Le 6 septembre, à 2 heures du matin, le Prince héréditaire de Brunswick attaqua Zierenberg avec 4 à 5 000 hommes. La ville, occupée par les régiments des Volontaires du Dauphiné et de Clermont, fut prise par les grenadiers anglais, qui capturèrent 362 prisonniers, dont une trentaine d'officiers. Parmi eux, les sieurs de Nortmann et de Comeiras furent blessés. Le sieur de Viomenil, également blessé, rassembla les survivants et reprit la position. Cette bataille fit environ cinquante morts des deux côtés. Le 9 septembre, le Prince de Condé, à la tête de 15 000 hommes, surprit l'ennemi près de Geismar. Cette opération, menée par les marquis de Saint Pern, de Poyanne et de Ségur, ainsi que le prince de Robecq et le baron de Clozen, fut couronnée de succès avec quelques escarmouches mineures et plusieurs blessés.
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125
p. 200-204
De PARIS, le 20 Septembre.
Début :
Sa Majesté voulant mettre la Ville de Paris en état d'exécuter [...]
Mots clefs :
Embellissement, Ville, Revenus, Loterie, Lots, Royaume, Duc, Comte, Ministre, Audience du roi, Prince du sang, Nominations, Abbesse, Roi de Sardaigne, Traité, Liberté, Puissances, Provinces, Noblesse, Canada, Évêque de Québec, Décès, Loterie de l'école royale militaire, Tirage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 20 Septembre.
De PARIS , le 20 Septembre.
Sa Majesté voulant mettre la Ville de Paris en
état d'exécuter différentes entreprifes projettées
pour l'utilité & pour l'embélillement de cette Capitale
, fans intervertir la deſtination de fes revenus
ordinaires , fpécialement affectés au payement
des rentes & des autres Charges dont Elle eft
tenue , vient de lui accorder pour trois années ,
une loterie de 2400000 livres , qui fera renouvellée
& tirée tous les deux mois . Cette loterie
fera compolée decent mille billets, chacun du prix
de
24 liv. Il y aura dix mille lots , dont le pre
OCTOBRE . 1760. 201
nier fera de 150000 livres , le fecond de 100000 ,
& le troifiéme de 50000. Parmi les antres lots , il
y en aura deux de 3000 livres , quatre de 15000,
vingt de rooco , cinquante de 3000 , cent neuf
de 2000 , deux cens onze de rooo , fix cens deux
de soo . Les autres au nombre de huit mille neuf
cens quatre- vingt dix neuf , feront de roo liv . à
l'exception d'un qui fera de 200. On retiendra fur
lefdits lots , dix pour cent , pour les frais & pour
le bénéfice de la loterie. Sa Majefté permet à toutes
perfonnes de s'y intéreller , même aux étrangers
non naturalifés demeurant dans le Royaume ,
ou hors du Royaume , fans excepter les Sujets des
Puiffances avec lesquelles Elle eft actuellement , &
ou Elle pourroit être en guerre ; & Elle renonce
en leur faveur à tous droits de dèshérence , bâtardile
, &c. fur les billets de ladité loterie , & fur
les lots qui pourroient leur écheoir .
Le 25 du mois dernier , Fête de Saint Louis , le
Gorps de Ville alla à Verſailles , & ayant à la tête
le Duc de Chevreuſe , Gouverneur de Paris , il
eur Audience du Roi . Il fut préfenté à Sa Majeſé
par le Comte de Saint Florentin , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , & conduit par le fieur Defgranges ,
Maître des Cérémonies. Le fieur Camus de Pontcarré
de Viarme , Prévôt des Marchands , & les
feurs Darlu & Boyer , nouveaux Echevins , prê
terent le ferment , dont le Comte de Saint Florentin
' fit l'a lecture , ainfi que du fcrutin qui fur
préfenté par le fieur de la Briffe , Avocat du Roi
au Châtelet. Le Corps de Ville eut enfuite l'honneur
de rendre les refpects à la Reine , & à la Fa
mille Royale.
Le niême jour , la proceffion des Carmes dut
Grand Couvent fe rendit , felon la coutume , à la
Chapelle du Palais des Tuileries , où ces Religieu
chanterent la Melle:
I w
202 MERCURE DE FRANCE.
On célébra le premier de ce mois , dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de Saint Denis , le Service annuel
pour le repos de l'ame de Louis XIV . L'Evêque
de Comminges y officia pontificalement.
Le Duc de Penthiévre , & le Prince de Lamballe y
affiftérent , ainfi que le Maréchal Duc de Noail
les , & plufieurs autres Seigneurs de la Cour.
>
P
Marie Gabrielle Eléonore de Bourbon Condé ,
Princelle du Sang , Abbeffe de l'Abbaye Royale
de Saint Antoine de Paris mourut à la Sauffaye
le 28 du mois dernier , âgée de 69 ans , 8 mois &
6 jours. Elle étoit fille aînée de Louis , Duc de
Bourbon-Condé , Prince du Sang , Grand- Maître
de la Maifon du Roi , & Gouverneur du Duché
de Bourgogne , & de Louife- Françoiſe de Bourbon
, légitimée de France , fille du feu Roi ,
morte le 6 Juin 1743. Cette Princeffe avoit fait
fa profeffion dans l'Abbaye de Fontevrault , le
20 Mai 1707 , & Sa Majesté l'avoit nommée Abbeffe
de l'Abbaye Royale de Saint Antoine , le
Mai 1723. Elle a été transférée du Couvent de la
Saulaye le 3 de ce mois , à l'Abbaye Royale de
Saint Antoine , où elle a été inhumée le même
jour , avec toutes les cérémonies dues à fon rang.
Son corps avoit été préfenté à la Supérieure par
l'Abbé de Citeaux. La Cour a pris le deuil le 5 ,
pour douze jours , à l'occafion de la mort de
cette Princeffe.
و ت
Sa Majesté a conclu avec le Roi de Sardaigne
un traité , portant une fixation exacte , générale
& définitive des limites , qui doivent déformais
féparer leurs Etats , depuis la fortie du Rhône des
Terres de la Répub ique de Genève , juſqu'à l'em➡
bouchure du Var . Par ce traité , la Ville de Che
zery , fituće en-deçà du Rhône , ainsi que fes ap
partenances , depuis le pont de Grefin , jufqu'aux
OCTOBRE. 1760. 203
confins de la Franche-Comté , font cédées à la
France ; & en échange , une partie de la vallée
de Seiffel , & divers territoires fitués au- delà đu
Rhône , font réunis à la Savoye. La Provence acquiert
par cette fixation , quelques territoires ; &
quelques autres , ci -devant de la domination Francoife
, font cédés au Roi de Sardaigne . Et pour.ci
menter de plus en plus l'union & la correfpondance
, que les deux Rois defirent voir regner entre
leurs Sujets refpectifs , ils renoncent pour l'avenir
au droit d'Aubaine , & à tous autres qui
pourroient être contraires à la liberté des fucceffions
& difpofitions réciproques pour tous less
Etats des deux Puiffances , y compris les Duchés
de Lorraine & de Bar. Par le même traité , la
Nobleffe des Provinces de Breffe, Bugey , Valro
mey & Gex , eft confervée dans fes exemptions
relativement aux biens qu'elle poffède en Savoye
dès l'année 1738 ; & les mêmes priviléges font
affurés à la Nobleffe de Savoye , pour les biens
qu'elle pofféde dans les Provinces fufdites , dès la
même date. La même réciprocité d'exemptions:
aura lieu, à l'égard de la Nobleffe des Terres qui
viennent d'être échangées , & pour les biens:
qu'elle pofféde en franchife , à la date de ce traité..
Cette réciprocité d'exemptions n'aura lieu néanmoins
, à l'égard de la Nobleffe du Dauphiné &
de Savoye, qu'en faveur de ceux qui feront preuve
de Noblefle & de poffeffion fucceffive , dès le
Commencement de l'année 1600. Il eſt ſtipulé
par un autre article , que les hypothéques établiss
dans un des deux Etats , auront lieu dans l'autre ,,
& que les Cours Supérieures déféreront de part &
d'autre , aux réquifitoires qui leur ferontadreffés.
Ce traité été conclu & figné à Turin le 24
Mars de cette année , & ratifié par Sa Majesté le
10 du mois de Juillet.
On a appris par des Lettres du Canada dir moiss
Lvj
204 MERCURE DE FRANCE
dernier , que l'Evêque de Quebec étoit mort à
Montréal le 9 Juin ; il eft univerfellement regretté.
Ces mêmes Lettres ajoutent , que le Général
Amherst étoit retenu au Fort Saint Frederic,,
à caufe des Chiroquois , qui menaçoient les colonies
Angloifes; & que le Général Murray,Gouverneur
de Quebec , qui s'étoit avancé jusqu'au
Richelieu , avoit été battu au mois de Juillet dernier
par les Canadiens , joints aux troupes de la
colonie, commandées par le fieur Repantigny..
Le tirage de la loterie de l'Ecole Royale mili
taire , s'eft fait en la maniere accoutumée , dans
l'Hôtel de Ville de Paris , le 6. Les numeros qui:
font fortis de la roue de fortune , font 62 , 89, 28,
30 , 38. Le prochain tirage fe fera le 7 du mois .
d'Octobre..
Sa Majesté voulant mettre la Ville de Paris en
état d'exécuter différentes entreprifes projettées
pour l'utilité & pour l'embélillement de cette Capitale
, fans intervertir la deſtination de fes revenus
ordinaires , fpécialement affectés au payement
des rentes & des autres Charges dont Elle eft
tenue , vient de lui accorder pour trois années ,
une loterie de 2400000 livres , qui fera renouvellée
& tirée tous les deux mois . Cette loterie
fera compolée decent mille billets, chacun du prix
de
24 liv. Il y aura dix mille lots , dont le pre
OCTOBRE . 1760. 201
nier fera de 150000 livres , le fecond de 100000 ,
& le troifiéme de 50000. Parmi les antres lots , il
y en aura deux de 3000 livres , quatre de 15000,
vingt de rooco , cinquante de 3000 , cent neuf
de 2000 , deux cens onze de rooo , fix cens deux
de soo . Les autres au nombre de huit mille neuf
cens quatre- vingt dix neuf , feront de roo liv . à
l'exception d'un qui fera de 200. On retiendra fur
lefdits lots , dix pour cent , pour les frais & pour
le bénéfice de la loterie. Sa Majefté permet à toutes
perfonnes de s'y intéreller , même aux étrangers
non naturalifés demeurant dans le Royaume ,
ou hors du Royaume , fans excepter les Sujets des
Puiffances avec lesquelles Elle eft actuellement , &
ou Elle pourroit être en guerre ; & Elle renonce
en leur faveur à tous droits de dèshérence , bâtardile
, &c. fur les billets de ladité loterie , & fur
les lots qui pourroient leur écheoir .
Le 25 du mois dernier , Fête de Saint Louis , le
Gorps de Ville alla à Verſailles , & ayant à la tête
le Duc de Chevreuſe , Gouverneur de Paris , il
eur Audience du Roi . Il fut préfenté à Sa Majeſé
par le Comte de Saint Florentin , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , & conduit par le fieur Defgranges ,
Maître des Cérémonies. Le fieur Camus de Pontcarré
de Viarme , Prévôt des Marchands , & les
feurs Darlu & Boyer , nouveaux Echevins , prê
terent le ferment , dont le Comte de Saint Florentin
' fit l'a lecture , ainfi que du fcrutin qui fur
préfenté par le fieur de la Briffe , Avocat du Roi
au Châtelet. Le Corps de Ville eut enfuite l'honneur
de rendre les refpects à la Reine , & à la Fa
mille Royale.
Le niême jour , la proceffion des Carmes dut
Grand Couvent fe rendit , felon la coutume , à la
Chapelle du Palais des Tuileries , où ces Religieu
chanterent la Melle:
I w
202 MERCURE DE FRANCE.
On célébra le premier de ce mois , dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de Saint Denis , le Service annuel
pour le repos de l'ame de Louis XIV . L'Evêque
de Comminges y officia pontificalement.
Le Duc de Penthiévre , & le Prince de Lamballe y
affiftérent , ainfi que le Maréchal Duc de Noail
les , & plufieurs autres Seigneurs de la Cour.
>
P
Marie Gabrielle Eléonore de Bourbon Condé ,
Princelle du Sang , Abbeffe de l'Abbaye Royale
de Saint Antoine de Paris mourut à la Sauffaye
le 28 du mois dernier , âgée de 69 ans , 8 mois &
6 jours. Elle étoit fille aînée de Louis , Duc de
Bourbon-Condé , Prince du Sang , Grand- Maître
de la Maifon du Roi , & Gouverneur du Duché
de Bourgogne , & de Louife- Françoiſe de Bourbon
, légitimée de France , fille du feu Roi ,
morte le 6 Juin 1743. Cette Princeffe avoit fait
fa profeffion dans l'Abbaye de Fontevrault , le
20 Mai 1707 , & Sa Majesté l'avoit nommée Abbeffe
de l'Abbaye Royale de Saint Antoine , le
Mai 1723. Elle a été transférée du Couvent de la
Saulaye le 3 de ce mois , à l'Abbaye Royale de
Saint Antoine , où elle a été inhumée le même
jour , avec toutes les cérémonies dues à fon rang.
Son corps avoit été préfenté à la Supérieure par
l'Abbé de Citeaux. La Cour a pris le deuil le 5 ,
pour douze jours , à l'occafion de la mort de
cette Princeffe.
و ت
Sa Majesté a conclu avec le Roi de Sardaigne
un traité , portant une fixation exacte , générale
& définitive des limites , qui doivent déformais
féparer leurs Etats , depuis la fortie du Rhône des
Terres de la Répub ique de Genève , juſqu'à l'em➡
bouchure du Var . Par ce traité , la Ville de Che
zery , fituće en-deçà du Rhône , ainsi que fes ap
partenances , depuis le pont de Grefin , jufqu'aux
OCTOBRE. 1760. 203
confins de la Franche-Comté , font cédées à la
France ; & en échange , une partie de la vallée
de Seiffel , & divers territoires fitués au- delà đu
Rhône , font réunis à la Savoye. La Provence acquiert
par cette fixation , quelques territoires ; &
quelques autres , ci -devant de la domination Francoife
, font cédés au Roi de Sardaigne . Et pour.ci
menter de plus en plus l'union & la correfpondance
, que les deux Rois defirent voir regner entre
leurs Sujets refpectifs , ils renoncent pour l'avenir
au droit d'Aubaine , & à tous autres qui
pourroient être contraires à la liberté des fucceffions
& difpofitions réciproques pour tous less
Etats des deux Puiffances , y compris les Duchés
de Lorraine & de Bar. Par le même traité , la
Nobleffe des Provinces de Breffe, Bugey , Valro
mey & Gex , eft confervée dans fes exemptions
relativement aux biens qu'elle poffède en Savoye
dès l'année 1738 ; & les mêmes priviléges font
affurés à la Nobleffe de Savoye , pour les biens
qu'elle pofféde dans les Provinces fufdites , dès la
même date. La même réciprocité d'exemptions:
aura lieu, à l'égard de la Nobleffe des Terres qui
viennent d'être échangées , & pour les biens:
qu'elle pofféde en franchife , à la date de ce traité..
Cette réciprocité d'exemptions n'aura lieu néanmoins
, à l'égard de la Nobleffe du Dauphiné &
de Savoye, qu'en faveur de ceux qui feront preuve
de Noblefle & de poffeffion fucceffive , dès le
Commencement de l'année 1600. Il eſt ſtipulé
par un autre article , que les hypothéques établiss
dans un des deux Etats , auront lieu dans l'autre ,,
& que les Cours Supérieures déféreront de part &
d'autre , aux réquifitoires qui leur ferontadreffés.
Ce traité été conclu & figné à Turin le 24
Mars de cette année , & ratifié par Sa Majesté le
10 du mois de Juillet.
On a appris par des Lettres du Canada dir moiss
Lvj
204 MERCURE DE FRANCE
dernier , que l'Evêque de Quebec étoit mort à
Montréal le 9 Juin ; il eft univerfellement regretté.
Ces mêmes Lettres ajoutent , que le Général
Amherst étoit retenu au Fort Saint Frederic,,
à caufe des Chiroquois , qui menaçoient les colonies
Angloifes; & que le Général Murray,Gouverneur
de Quebec , qui s'étoit avancé jusqu'au
Richelieu , avoit été battu au mois de Juillet dernier
par les Canadiens , joints aux troupes de la
colonie, commandées par le fieur Repantigny..
Le tirage de la loterie de l'Ecole Royale mili
taire , s'eft fait en la maniere accoutumée , dans
l'Hôtel de Ville de Paris , le 6. Les numeros qui:
font fortis de la roue de fortune , font 62 , 89, 28,
30 , 38. Le prochain tirage fe fera le 7 du mois .
d'Octobre..
Fermer
Résumé : De PARIS, le 20 Septembre.
Le 20 septembre, le roi de France a instauré une loterie de 2 400 000 livres, renouvelée et tirée tous les deux mois pendant trois ans. Cette loterie, composée de 10 000 billets à 24 livres chacun, offre 10 000 lots, dont les principaux sont de 150 000, 100 000 et 50 000 livres. Les autres lots varient de 3 000 à 100 livres, avec une retenue de 10 % pour les frais et le bénéfice. Tous les résidents, y compris les étrangers non naturalisés, peuvent participer, sauf les sujets des puissances en guerre avec la France. Le 25 août, à la fête de Saint Louis, le corps de ville de Paris s'est rendu à Versailles pour une audience royale. Le duc de Chevreuse, gouverneur de Paris, a conduit la délégation, qui a prêté serment en présence du roi et de la famille royale. Le 1er octobre, un service annuel pour le repos de l'âme de Louis XIV a été célébré à l'abbaye royale de Saint-Denis, avec la participation de plusieurs personnalités de la cour. Marie Gabrielle Eléonore de Bourbon Condé, princesse du sang et abbesse de l'abbaye royale de Saint-Antoine de Paris, est décédée le 28 août à l'âge de 69 ans. Elle a été inhumée à l'abbaye royale de Saint-Antoine après une cérémonie appropriée à son rang. La cour a observé un deuil de douze jours à cette occasion. La France a conclu un traité avec le roi de Sardaigne fixant les limites entre leurs États, depuis le Rhône jusqu'à l'embouchure du Var. Ce traité prévoit des échanges territoriaux, notamment la cession de la ville de Chezery à la France et de territoires en Savoie. Les deux rois ont également renoncé au droit d'aubaine et assuré des exemptions réciproques pour les nobles des deux pays. Le traité a été signé à Turin le 24 mars et ratifié par le roi de France le 10 juillet. Des nouvelles du Canada indiquent la mort de l'évêque de Québec à Montréal le 9 juin. Le général Amherst était retenu au Fort Saint Frédéric en raison des menaces des Chiroquois, tandis que le général Murray, gouverneur de Québec, a été battu par les Canadiens et les troupes coloniales en juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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126
p. 206
De RATISBONNE le 20 Septembre.
Début :
Le Corps de troupes du Duc de Wirtemberg campe actuellement dans les [...]
Mots clefs :
Corps, Duc, Prince, Commandant, Incendie, Ville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE le 20 Septembre.
De RATISBONNE le 20 Septembre.
Le Corps de troupes du Duc de Wirtemberg
campe actuellement dans les environs de Hall.
Ce Prince fit fommer , le 10 de ce mois , le Commandant
Pruffien de Leipfick de fe retirer de cette
place. Ce Commandant répondit qu'il avoit ordre
du Roi fon Maître de la défendre juſqu'à
la derniere extrémité , & de bruler fes fauxbourgs
& la Ville même plutôt que de la rendre. Le
Duc de Wirtemberg lui fit dire que la Ville de
Hall , dont il étoit en poffeffion , lui répondroic .
du traitement que l'on feroit à celle de Leipfick .
Le Corps de troupes du Duc de Wirtemberg
campe actuellement dans les environs de Hall.
Ce Prince fit fommer , le 10 de ce mois , le Commandant
Pruffien de Leipfick de fe retirer de cette
place. Ce Commandant répondit qu'il avoit ordre
du Roi fon Maître de la défendre juſqu'à
la derniere extrémité , & de bruler fes fauxbourgs
& la Ville même plutôt que de la rendre. Le
Duc de Wirtemberg lui fit dire que la Ville de
Hall , dont il étoit en poffeffion , lui répondroic .
du traitement que l'on feroit à celle de Leipfick .
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Résumé : De RATISBONNE le 20 Septembre.
Le 20 septembre, les troupes du Duc de Wurtemberg sont près de Hall. Le 10 septembre, le Duc a ordonné au commandant prussien de Leipzig, Leipfick, de se retirer. Leipfick a refusé, affirmant qu'il devait défendre et brûler Leipzig sur ordre du roi. Le Duc a menacé de traiter Hall de la même manière si elle n'était pas rendue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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127
p. 142-147
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur les Aqueducs, sur les grands Chemins, &c.
Début :
MONSIEUR, L'Histoire des grands chemins de l'Empire Romain de M. Bergier, & le [...]
Mots clefs :
Chemins, Aqueducs, Recherches, Ville, Honneur, Lecteurs, Romains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur les Aqueducs, sur les grands Chemins, &c.
LETTRE à M. DE LA PLACE , fur
les Aqueducs , fur les grands Chemins
, &c.
MONSIEUR ONSIEUR ,
,
L'Hiftoire des grands chemins de l'Einpire
Romain de M. Bergier , & le
magnifique projet de donner de l'eau
à Paris par M. Deparcieux , de l'Académie
Royale des Sciences , m'ont fait
naître une idée que je vous prie de
communiquer au Public .
M. Bergier dit dans fon Avertiffement
que plufieurs Savans de différentes Provinces
l'ont aidé à compofer fon Ouvrage
& l'on fent affez que des recherches
auffi immenfes ne peuvent
pas être faites par un feul homme.
AVRIL. 1763. 143
Ces recherches font profondes &
inftructives , & peut-être leur devonsnous
l'attention particulière , & bien
digne de la protection Royale qu'on
apporte aux grands chemins , beaucoup
plus fous ce régne & fous le précédent ,
qu'on n'a fait fous les autres.
Une histoire des aqueducs faits dans
les Gaules par la même nation pour procurer
de l'eau aux Villes , ne pourroitelle
pas avoir auffi fon objet d'utilité ?
au moins pourroit-elle fatisfaire la curiofité
de nombre de Lecteurs d'une manière
très -piquante , & par-là devenir
utile .
Il y a peu de Villes dans le Royaume
fi petites qu'elles foient, où l'on ne trouve
des hommes lettres & fouvent très-érudits.
Il feroit à fouhaiter que dans chaque
canton , où l'on trouve des reftes
d'aqueducs faits par les Romains ou par
d'autres , jufques & compris ceux faits
de nos jours pour procurer de l'eau aux
Habitans des Villes , il fe trouvât quelques
Savans qui vouluffent bien prendre
la peine de faire des recherches
fur ces refpec &tables monumens faits
pour l'utilité publique , ainfi que les
chemins.
On pourroit fuivre le plan de la dif144
MERCURE DE FRANCE .
fertation que M. de Lorme de l'Acadé
mie de Lyon a faite fur les aqueducs
conftruits par les Romains pour procurer
de l'eau à cette Ville , ou s'en faire
une autre fi le fujet l'éxige ; la differtation
de M. de Lorme , a été imprimée
à Lyon , chez Aimé de la Roche , aux
Halles de la Grenette. Il faudroit y joindre
quelques deffeins en figures quand
il en feroit befoin. Ces differtations envoyées
aux Auteurs du Mercure , ou à
l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres feroient honneur à leurs Auteurs
& plaifir aux Lecteurs , & l'on en feroit
un jour un recueil en confervant à chacun
l'honneur de fon travail.
?
La prife d'eau ou le commencement
des aqueducs , leur route & leur étendue
, la defcription dés reftes tels qu'ils
font , la grandeur & la forme du paffage
de l'eau , la conftruction & la matière
qu'on y employoit , quelle eau
ils portoient de fource ou de rivière
la quantité qu'on en pouvoit prendre
à ces fources ou à ces rivières , fi l'eau
étoit menée à couvert ou à découvert ,
la quantité de pente , le nombre & l'étendue
des vallons à traverfer , avec la
hauteur que devoient avoir les pontsaqueducs
aux endroits les plus bas des
vallons
AVRIL. 1763 . 145
vallons , les montagnes ou rochers coupés
ou percés , & dans quelle longueur ,
&c , font autant de chofes qu'il eft à
fouhaiter qu'on faffe connoître quand
on le verra clairement , ou dire ce qu'on
préfume par tel ou tel indice tâcher
de dire par qui ils ont été faits , quand
on poura le fçavoir ou le préfumer ou
l'établir par quelque recherche hiſtorique.
>
Ces mêmes recherches pourront peutêtre
apprendre , pour quelques aqueducs
comme celles de M. Bergier ont fait
pour quelques chemins , s'ils ont été
faits des fonds publics de l'Etat ou de
la Ville pour laquelle ils étoient faits
ou par la générofité de quelque riche
Citoyen , auxquels il appartient de faire
les grandes chofes , quand ils penſent
affez bien pour fentir qu'un nom refpectable
laiffé à leur poftérité eft bien
plus flatteur & communément plus utile
que trop de grands biens trouvés en
naiffant , dont il ne refte fouvent rien
à la fin de la feconde ou de la troifiéme
génération. Paris en fournit nombre
d'éxemples , on ne les cherche pas
longtemps ; mais il fera toujours difficile
de perfuader aux perfonnes accoutumées
à entaffer millions für millions
I.Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE .
qu'un Particulier n'eft pas plus heureux ,
on pourroit même dire pas plus riche
avec vingt ou trente millions qu'avec
dix , & qu'une médiocre fortune avec
un nom mémorable par quelque belle
action de valeur ou de patriotisme ,
donneroient bien plus d'âme , de fentimens,
de confidération & de fatisfaction
que cet excès de richeffes feul.
Il eft probable que les aqueducs
auront trouvé des bienfaiteurs comme
les grands chemins en ont trouvé,les uns
& les autres étant de la plus grande néceffité.
Ceux qui connoiffent bien l'hiftoire
pourront fur cet objet faire des
découvertes qui intérefferont les Lecteurs
patriotes, ainfi qu'a fait M. Bergier,
pour ce qui concerne les grands chemins.
Ce Sçavant nous apprend , Liv. I.
Chap. XXIV. que plufieurs Citoyens
Romains donnoient des fommes confidérables
pour faire travailler aux chemins;
que les uns donnoient de leur
vivant, d'autres par teftament, les uns des
fommes déterminées , d'autres celles
qui étoient néceffaires pour faire conftruire
à neuf, ou faire paver ou entretenir
une longeur défignée de chemins
; d'autres s'affocioient pour faire
AVRIL. 1763.
un chemin entier qu'ils dédioient à
un Prince chéri ou bien -aimé , auquel
ils donnoient fon nom . Peut- on mieux
flatter un Maître digne de l'affection
de fes Sujets , & lui faire fa cour plus
grandement , qu'en travaillant à tranfmettre
fon nom à la postérité par des
Monumens publics , durables & utiles
qui font connoître à la fois le reſpect ,
l'attachement & l'amour qu'on avoit
pour lui ?
Lacer , affectionné à l'Empereur Trajan
, fit bâtir à fes propres frais un
pont confidérable dans la Ville d'Alicante
, à l'honneur de ce Prince . Les habitans
de la Ville de Chaves en Portugal,
lui en dédiérent un autre.
Un Médecin nommé Décimius , né
de baffe condition , mais avec des fentimens
élevés , nobles & généreux , donna
350 mille fefterces ; & un Chirurgien
oculiſte , nommé Clinicus , 309 mille
fefterces pour être employés au pavé
des chemins fommes avec lesquelles
on devoit faire alors des travaux confidérables.
J'ai l'honneur d'être , & c.
les Aqueducs , fur les grands Chemins
, &c.
MONSIEUR ONSIEUR ,
,
L'Hiftoire des grands chemins de l'Einpire
Romain de M. Bergier , & le
magnifique projet de donner de l'eau
à Paris par M. Deparcieux , de l'Académie
Royale des Sciences , m'ont fait
naître une idée que je vous prie de
communiquer au Public .
M. Bergier dit dans fon Avertiffement
que plufieurs Savans de différentes Provinces
l'ont aidé à compofer fon Ouvrage
& l'on fent affez que des recherches
auffi immenfes ne peuvent
pas être faites par un feul homme.
AVRIL. 1763. 143
Ces recherches font profondes &
inftructives , & peut-être leur devonsnous
l'attention particulière , & bien
digne de la protection Royale qu'on
apporte aux grands chemins , beaucoup
plus fous ce régne & fous le précédent ,
qu'on n'a fait fous les autres.
Une histoire des aqueducs faits dans
les Gaules par la même nation pour procurer
de l'eau aux Villes , ne pourroitelle
pas avoir auffi fon objet d'utilité ?
au moins pourroit-elle fatisfaire la curiofité
de nombre de Lecteurs d'une manière
très -piquante , & par-là devenir
utile .
Il y a peu de Villes dans le Royaume
fi petites qu'elles foient, où l'on ne trouve
des hommes lettres & fouvent très-érudits.
Il feroit à fouhaiter que dans chaque
canton , où l'on trouve des reftes
d'aqueducs faits par les Romains ou par
d'autres , jufques & compris ceux faits
de nos jours pour procurer de l'eau aux
Habitans des Villes , il fe trouvât quelques
Savans qui vouluffent bien prendre
la peine de faire des recherches
fur ces refpec &tables monumens faits
pour l'utilité publique , ainfi que les
chemins.
On pourroit fuivre le plan de la dif144
MERCURE DE FRANCE .
fertation que M. de Lorme de l'Acadé
mie de Lyon a faite fur les aqueducs
conftruits par les Romains pour procurer
de l'eau à cette Ville , ou s'en faire
une autre fi le fujet l'éxige ; la differtation
de M. de Lorme , a été imprimée
à Lyon , chez Aimé de la Roche , aux
Halles de la Grenette. Il faudroit y joindre
quelques deffeins en figures quand
il en feroit befoin. Ces differtations envoyées
aux Auteurs du Mercure , ou à
l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres feroient honneur à leurs Auteurs
& plaifir aux Lecteurs , & l'on en feroit
un jour un recueil en confervant à chacun
l'honneur de fon travail.
?
La prife d'eau ou le commencement
des aqueducs , leur route & leur étendue
, la defcription dés reftes tels qu'ils
font , la grandeur & la forme du paffage
de l'eau , la conftruction & la matière
qu'on y employoit , quelle eau
ils portoient de fource ou de rivière
la quantité qu'on en pouvoit prendre
à ces fources ou à ces rivières , fi l'eau
étoit menée à couvert ou à découvert ,
la quantité de pente , le nombre & l'étendue
des vallons à traverfer , avec la
hauteur que devoient avoir les pontsaqueducs
aux endroits les plus bas des
vallons
AVRIL. 1763 . 145
vallons , les montagnes ou rochers coupés
ou percés , & dans quelle longueur ,
&c , font autant de chofes qu'il eft à
fouhaiter qu'on faffe connoître quand
on le verra clairement , ou dire ce qu'on
préfume par tel ou tel indice tâcher
de dire par qui ils ont été faits , quand
on poura le fçavoir ou le préfumer ou
l'établir par quelque recherche hiſtorique.
>
Ces mêmes recherches pourront peutêtre
apprendre , pour quelques aqueducs
comme celles de M. Bergier ont fait
pour quelques chemins , s'ils ont été
faits des fonds publics de l'Etat ou de
la Ville pour laquelle ils étoient faits
ou par la générofité de quelque riche
Citoyen , auxquels il appartient de faire
les grandes chofes , quand ils penſent
affez bien pour fentir qu'un nom refpectable
laiffé à leur poftérité eft bien
plus flatteur & communément plus utile
que trop de grands biens trouvés en
naiffant , dont il ne refte fouvent rien
à la fin de la feconde ou de la troifiéme
génération. Paris en fournit nombre
d'éxemples , on ne les cherche pas
longtemps ; mais il fera toujours difficile
de perfuader aux perfonnes accoutumées
à entaffer millions für millions
I.Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE .
qu'un Particulier n'eft pas plus heureux ,
on pourroit même dire pas plus riche
avec vingt ou trente millions qu'avec
dix , & qu'une médiocre fortune avec
un nom mémorable par quelque belle
action de valeur ou de patriotisme ,
donneroient bien plus d'âme , de fentimens,
de confidération & de fatisfaction
que cet excès de richeffes feul.
Il eft probable que les aqueducs
auront trouvé des bienfaiteurs comme
les grands chemins en ont trouvé,les uns
& les autres étant de la plus grande néceffité.
Ceux qui connoiffent bien l'hiftoire
pourront fur cet objet faire des
découvertes qui intérefferont les Lecteurs
patriotes, ainfi qu'a fait M. Bergier,
pour ce qui concerne les grands chemins.
Ce Sçavant nous apprend , Liv. I.
Chap. XXIV. que plufieurs Citoyens
Romains donnoient des fommes confidérables
pour faire travailler aux chemins;
que les uns donnoient de leur
vivant, d'autres par teftament, les uns des
fommes déterminées , d'autres celles
qui étoient néceffaires pour faire conftruire
à neuf, ou faire paver ou entretenir
une longeur défignée de chemins
; d'autres s'affocioient pour faire
AVRIL. 1763.
un chemin entier qu'ils dédioient à
un Prince chéri ou bien -aimé , auquel
ils donnoient fon nom . Peut- on mieux
flatter un Maître digne de l'affection
de fes Sujets , & lui faire fa cour plus
grandement , qu'en travaillant à tranfmettre
fon nom à la postérité par des
Monumens publics , durables & utiles
qui font connoître à la fois le reſpect ,
l'attachement & l'amour qu'on avoit
pour lui ?
Lacer , affectionné à l'Empereur Trajan
, fit bâtir à fes propres frais un
pont confidérable dans la Ville d'Alicante
, à l'honneur de ce Prince . Les habitans
de la Ville de Chaves en Portugal,
lui en dédiérent un autre.
Un Médecin nommé Décimius , né
de baffe condition , mais avec des fentimens
élevés , nobles & généreux , donna
350 mille fefterces ; & un Chirurgien
oculiſte , nommé Clinicus , 309 mille
fefterces pour être employés au pavé
des chemins fommes avec lesquelles
on devoit faire alors des travaux confidérables.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur les Aqueducs, sur les grands Chemins, &c.
La lettre adressée à M. de La Place aborde l'histoire des grands chemins et des aqueducs, s'inspirant des travaux de M. Bergier et du projet de M. Deparcieux pour approvisionner Paris en eau. L'auteur propose de compiler une histoire des aqueducs construits dans les Gaules par les Romains, afin de satisfaire la curiosité des lecteurs et de servir l'utilité publique. Il suggère que des savants dans chaque canton où subsistent des restes d'aqueducs entreprennent des recherches sur ces monuments. Ces études pourraient suivre le modèle de la dissertation de M. de Lorme sur les aqueducs romains à Lyon, incluant des descriptions détaillées des aqueducs, leur construction, leur utilisation et leur financement. L'auteur souligne que ces recherches pourraient révéler des informations sur les bienfaiteurs ayant financé ces infrastructures, qu'il s'agisse de fonds publics ou de générosité privée. Il cite des exemples de citoyens romains ayant contribué à la construction et à l'entretien des chemins, mettant en avant l'importance de ces actes de patriotisme et de générosité.
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128
p. 152-157
GÉOGRAPHIE.
Début :
PLAN de la Ville & Fauxbourgs de Paris, divisè en vingt Quartiers, dont [...]
Mots clefs :
Auteur, Ville, Atlas, Paris, Faubourgs, Veau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GÉOGRAPHIE.
GÉOGRAPHIE.
PLAN de la Ville & Fauxbourgs de
Paris , divifè en vingt Quartiers , dont
la plus grande partie a été rectifiée d'après
les différens deffeins , levés géométriquement
, tirés du Cabinet de M.
le Chevalier de Beaurain , Géographe
AVRIL. 1763. 153
Ordinaire du Roi , & de beaucoup
d'obfervations faites fur les lieux par
l'Auteur , qui ont fervi a réformer plufieur
obmiffions qu'on a laiffé ſubfifter
dans ceux qui ont précédé celui- ci.
L'on y a joint celles qui indiquent les
Meffageries , les Coches , Caroffes &
Rouliers des différens endroits de la
France & le jour de leur départ , les
Boëtes aux lettres de la Grande- Pofte &
les principaux paffages d'une rue à l'autre
: Ouvrage utile à toutes perfonnes ,
principalement à celles de Cabinet . Dédié
& préfenté à Meffire LE CAMUS DE
PONTCARRÉ, Seigneur de Viarme ,&e.
Confeiller d'Etat , Prévôt des Marchands
, par le Sieur DE HARME ,
Topographe du Roi.
On y a joint un Plan général de la
Ville , Cité , Univerfité & Fauxbourgs
de Paris , divifé en vingt Quartiers ,
fait pour fervir à orienter les trentecinq
feuilles du grand Plan de Paris.
Se vend chez l'Auteur , rue S. Honoré
, paffage des Grandes Ecuries du
Roi , vis-à -vis S. Roch , & chez le
fieur Lattré , Graveur , rue S. Jacques ,
près la Fontaine S. Severin , à la Ville
de Bordeaux .
Nous ne pouvons mieux faire l'élo-
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
圈
ge de cet Ouvrage , qu'en rapportant
le Brevet accordé par Sa Majefté à.
l'Auteur.
!
Aujourd'hui cinq Mars mil fept cent
foixante-trois , le Roi étant à Verſailles ,
voulant donner au Sieur Louis - François
DE HARME , une marque de fa
bienveillance , & mettant d'ailleurs en
confidération les progrès qu'il a faits
dans la Topographie , reconnus par
les ouvrages qu'il a donnés & particulièrement
par le Plan de la Ville de
Paris , qu'il a levé & diftribué en cinquante
feuilles , indépendamment de
plufieurs autres plans agréables & utiles:
Sa Majefté toujours attentive à récompenſer
le mérite & les talens , a accordé
audit fieur de Harme , le titre de
Topographe de Sa Majefté , lui permet
d'en prendre la qualité en tous.
lieux & à fes Héritiers ; & pour af
furance de fà volonté , Sa Majesté m'a
commandé de lui expédier le préfent
Brevet , qu'elle a figné de fa main-
& fait contrefigner par moi Confeiller
Secrétaire d'Etat & de fes Commandemens
& Finances.
-
Le fieur Latré , Graveur , ci- devant
au coin de la rue de la Parcheminerie ,
AVRIL. 1763. 155
& actuellement demeurant rue S. Jacques
, près la Fontaine S. Severin , du
côté de la rue Galande , à l'Enfeigne
de la Ville de Bordeaux ; vient de mettre
au jour une Carte marine des Côtes
d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Irlande , dédiée
à S. A. S.Mgr le Duc de Penthiévre,
avec une Analyfe des principaux fondemens
fur lesquels cette Carte eft appuyée.
M. Bonne , Auteur de cer Ouvrage
, a eu égard dans la projection à
l'applatiffement de la terre vers les Poles
Pour rendre cette Carte plus intéreffante
& plus utile , il y a marqué les fondes,
la variation de l'aiguille aimantée, l'heure
& la hauteur des marées.
Le fieur Lattré a publié l'Atlas mo
derne , format in -fol. de Librairie , pour
fervir à la Géographie de M. l'Abbé
Nicole de la Croix & à toute : a
autre Géographie , pour lire les voyageurs
& fuivre les opérations militaires;
il eft auffi utile pour l'hiftoire moderne .
Il fe vend relié en carton 19 liv . 10 f...
en veau 24 liv . en papier fin lavé . & .
relié en veau , 30 liv.
L'Atlas militaire de toutes les Côtes
de France , avec le plan des Villes &
principaux Ports de ce Royaume , relié
en veau , 9 liv . en papier d'hollande
G-vj
156 MERCURE DE FRANCE.
(
lavé & relié en maroquin , 15 liv.
L'Atlas topographique des Environs
de Paris , en 24 feuilles , avec une Table
alphabétique , relié en veau 6 liv.
lavé & relié en maroquin , 10 liv. 4 f.
collé fur taffetas , lavé avec étui 10 liv.
fur toile avec étui fans lavure 6 1. avec
lavure 8 l. 10 f.
L'Atlas , ou Etrènnes Géographiques,
contenant la Mappemonde , les 4 Parties
& les Etats d'Europe augmenté cetre
année de 4 Cartes & un Traité de
Sphère , relié en veau 9 liv . 10 f. en
maroquin II liv .
L'Atlas militaire , où font marqués
les marches & campemens des Armées ,
avec un journal depuis le commencement
de la derniere guerre jufqu'aux
préliminaires de la Paix fignée le trois
Novembre dernier.
Un petit plan de Paris , au même
point d'échelle que ceux de l'Atlas maritime
, que l'on peut joindre aux différens
Atlas ci - deffus. Il fe vend féparément
, lavé , 2 liv . 10 f. monté fous
verre 4 liv. ou 4 liv . 10 f.fuivant la bor
dure.
On trouve auffi dans fon fond différentes
Mappe-mondes , les quatre parties
& les différens Etats d'Europe avec
AVRIL. 1763. 157
plufieurs plans de Ville , le tout en grandes
feuilles d'Atlas ordinaire , il a auffi
des Cartes de différens Auteurs.
PLAN de la Ville & Fauxbourgs de
Paris , divifè en vingt Quartiers , dont
la plus grande partie a été rectifiée d'après
les différens deffeins , levés géométriquement
, tirés du Cabinet de M.
le Chevalier de Beaurain , Géographe
AVRIL. 1763. 153
Ordinaire du Roi , & de beaucoup
d'obfervations faites fur les lieux par
l'Auteur , qui ont fervi a réformer plufieur
obmiffions qu'on a laiffé ſubfifter
dans ceux qui ont précédé celui- ci.
L'on y a joint celles qui indiquent les
Meffageries , les Coches , Caroffes &
Rouliers des différens endroits de la
France & le jour de leur départ , les
Boëtes aux lettres de la Grande- Pofte &
les principaux paffages d'une rue à l'autre
: Ouvrage utile à toutes perfonnes ,
principalement à celles de Cabinet . Dédié
& préfenté à Meffire LE CAMUS DE
PONTCARRÉ, Seigneur de Viarme ,&e.
Confeiller d'Etat , Prévôt des Marchands
, par le Sieur DE HARME ,
Topographe du Roi.
On y a joint un Plan général de la
Ville , Cité , Univerfité & Fauxbourgs
de Paris , divifé en vingt Quartiers ,
fait pour fervir à orienter les trentecinq
feuilles du grand Plan de Paris.
Se vend chez l'Auteur , rue S. Honoré
, paffage des Grandes Ecuries du
Roi , vis-à -vis S. Roch , & chez le
fieur Lattré , Graveur , rue S. Jacques ,
près la Fontaine S. Severin , à la Ville
de Bordeaux .
Nous ne pouvons mieux faire l'élo-
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
圈
ge de cet Ouvrage , qu'en rapportant
le Brevet accordé par Sa Majefté à.
l'Auteur.
!
Aujourd'hui cinq Mars mil fept cent
foixante-trois , le Roi étant à Verſailles ,
voulant donner au Sieur Louis - François
DE HARME , une marque de fa
bienveillance , & mettant d'ailleurs en
confidération les progrès qu'il a faits
dans la Topographie , reconnus par
les ouvrages qu'il a donnés & particulièrement
par le Plan de la Ville de
Paris , qu'il a levé & diftribué en cinquante
feuilles , indépendamment de
plufieurs autres plans agréables & utiles:
Sa Majefté toujours attentive à récompenſer
le mérite & les talens , a accordé
audit fieur de Harme , le titre de
Topographe de Sa Majefté , lui permet
d'en prendre la qualité en tous.
lieux & à fes Héritiers ; & pour af
furance de fà volonté , Sa Majesté m'a
commandé de lui expédier le préfent
Brevet , qu'elle a figné de fa main-
& fait contrefigner par moi Confeiller
Secrétaire d'Etat & de fes Commandemens
& Finances.
-
Le fieur Latré , Graveur , ci- devant
au coin de la rue de la Parcheminerie ,
AVRIL. 1763. 155
& actuellement demeurant rue S. Jacques
, près la Fontaine S. Severin , du
côté de la rue Galande , à l'Enfeigne
de la Ville de Bordeaux ; vient de mettre
au jour une Carte marine des Côtes
d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Irlande , dédiée
à S. A. S.Mgr le Duc de Penthiévre,
avec une Analyfe des principaux fondemens
fur lesquels cette Carte eft appuyée.
M. Bonne , Auteur de cer Ouvrage
, a eu égard dans la projection à
l'applatiffement de la terre vers les Poles
Pour rendre cette Carte plus intéreffante
& plus utile , il y a marqué les fondes,
la variation de l'aiguille aimantée, l'heure
& la hauteur des marées.
Le fieur Lattré a publié l'Atlas mo
derne , format in -fol. de Librairie , pour
fervir à la Géographie de M. l'Abbé
Nicole de la Croix & à toute : a
autre Géographie , pour lire les voyageurs
& fuivre les opérations militaires;
il eft auffi utile pour l'hiftoire moderne .
Il fe vend relié en carton 19 liv . 10 f...
en veau 24 liv . en papier fin lavé . & .
relié en veau , 30 liv.
L'Atlas militaire de toutes les Côtes
de France , avec le plan des Villes &
principaux Ports de ce Royaume , relié
en veau , 9 liv . en papier d'hollande
G-vj
156 MERCURE DE FRANCE.
(
lavé & relié en maroquin , 15 liv.
L'Atlas topographique des Environs
de Paris , en 24 feuilles , avec une Table
alphabétique , relié en veau 6 liv.
lavé & relié en maroquin , 10 liv. 4 f.
collé fur taffetas , lavé avec étui 10 liv.
fur toile avec étui fans lavure 6 1. avec
lavure 8 l. 10 f.
L'Atlas , ou Etrènnes Géographiques,
contenant la Mappemonde , les 4 Parties
& les Etats d'Europe augmenté cetre
année de 4 Cartes & un Traité de
Sphère , relié en veau 9 liv . 10 f. en
maroquin II liv .
L'Atlas militaire , où font marqués
les marches & campemens des Armées ,
avec un journal depuis le commencement
de la derniere guerre jufqu'aux
préliminaires de la Paix fignée le trois
Novembre dernier.
Un petit plan de Paris , au même
point d'échelle que ceux de l'Atlas maritime
, que l'on peut joindre aux différens
Atlas ci - deffus. Il fe vend féparément
, lavé , 2 liv . 10 f. monté fous
verre 4 liv. ou 4 liv . 10 f.fuivant la bor
dure.
On trouve auffi dans fon fond différentes
Mappe-mondes , les quatre parties
& les différens Etats d'Europe avec
AVRIL. 1763. 157
plufieurs plans de Ville , le tout en grandes
feuilles d'Atlas ordinaire , il a auffi
des Cartes de différens Auteurs.
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Résumé : GÉOGRAPHIE.
Le document présente un plan de la ville de Paris et de ses faubourgs, divisé en vingt quartiers, rectifié à partir de divers relevés géométriques et observations personnelles. Ce plan, daté d'avril 1763, inclut des informations détaillées sur les messageries, les coches, les carrosses et les rouleurs des différents endroits de la France, ainsi que les jours de départ, les boîtes aux lettres de la Grande-Poste et les principaux passages d'une rue à l'autre. Il est dédié à Monsieur Le Camus de Pontcarré, Seigneur de Viarme, Conseiller d'État et Prévôt des Marchands, et présenté par le Sieur De Harme, Topographe du Roi. Un plan général de la ville, de la Cité, de l'Université et des faubourgs de Paris est également inclus pour orienter les trente-cinq feuilles du grand plan de Paris. Le texte mentionne un brevet accordé par le Roi à Louis-François De Harme, le nommant Topographe du Roi en mars 1763. De plus, le Sieur Lattré, Graveur, a publié diverses cartes et atlas, notamment une carte marine des côtes d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, un Atlas moderne, un Atlas militaire des côtes de France, un Atlas topographique des environs de Paris, et un Atlas militaire des marches et campements des armées. Ces ouvrages sont disponibles à la vente chez l'auteur et chez le Sieur Lattré.
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129
p. 153-157
Description du Feu d'Artifice ordonné par la Ville pour être tiré le 22 Juin 1763 à l'occasion de l'Inauguration de la Statue du Roi & de la Publication de la Paix.
Début :
Nous avons déja dit que la décoration de ce feu étoit élevée au milieu de la [...]
Mots clefs :
Feu, Artifice, Ville, Spectateurs, Terrasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du Feu d'Artifice ordonné par la Ville pour être tiré le 22 Juin 1763 à l'occasion de l'Inauguration de la Statue du Roi & de la Publication de la Paix.
Defcription du Feu d'Artifice ordonné
par la Ville pour être tiré le 22 Juin
1763 à l'occafion de l'Inauguration
de la Statue du Roi & de la Publica
tion de la Paix.
Nous avons déja dit que la décora
tion de ce feu étoit élevée au milieu de la
rivière, en face de la place de Louis XV
d'un côté , & de l'autre , du Palais des
Ambaffadeurs - Extraordinaires , ( ci-devant
Palais de Bourbon ) dont le Roia--
voit permis l'ufage à la Ville, qui en
Goy
154 MERCURE DE FRANCE :
conféquence y avoit fait conftruire ,
décorer & éclairer magnifiquement des
Loges à la difpofition de M. le Gouverneur
, de M. le Prévôt des Marchands
des Echevins & Officiers Municipaux
du Corps de Ville , ainfi que pour M.
le Directeur- Général des Bâtimens du
Roi & quelques autres perfonnes diftinguées.
Dans toutes ces Loges , dont
la plupart étoient remplies de Princes
& de Seigneurs de la Cour , d'Etrangers
& autres perfonnes qualifiées , on
fervit pendant toute l'après-midi une
fomptueufe collation & des rafraîchiffemens
avec profufion . Ces Loges feules.
contenoient fept mille places , toute occupées
, ( * ) ce qui ne faifoit cependant
qu'un point dans la vaſte étendue
de l'efpace depuis Chaillot jufqu'au
Pont Royal , efpace entiérement couvert
de Spectateurs jufqu'à l'eau qui
baignoit même les pieds de la dernière
ligne. Que l'on juge par là & que l'on
évalue cette prodigieufe multitude , &
la grandeur du Spectacle qu'elle of-
.froit
Tout l'édifice du feu étoit établi au
milieu d'une Ifle de 60 toifes de long
Nous avions été mal informés précédemment
en ne difant que cinq mille.
JUILLET. 1763. 155
fur 12 toifes de large , formée par un
grand nombre de bâteaux raffemblés.
La partie d'en-bas , qui touchoit à la
rivière , étoit peinte en rochers fur lefquels
étoit élevée une terraffe , dont la
décoration préfentoit,aux extrémités , des
fontaines qui prenoient leur fource dans
la grande maffe de roches du milieu ,
& retomboient en nappes fur trois faces.
La difpofition des plans avoit fourni le
moyen de placer dans tout le pourtour
de cette terraffe , ( dont la fuperficie étoit
de 2700 pieds ) des piédeftaux chargés
d'emblêmes & richement ornés qui
portoient des groupes de fleuves , de
Nayades & Tritons , avec leurs urnes
& autres attributs caractériſtiques , De
toutes les urnes fortoient des fources
tombant en napes & reffaillantes de leur
bouillonnement. On avoit orné auffi
cette vafte terraffe de huit groupes d'Enfans
peints en bronze , lefquels portoient
des coquilles , d'où s'élancoit un jet qui
formoit une cafcade en retombant. Du
milieu de cette terraffe s'élevoit un Temple
, dont la forme générale étoit un parallelograme
, formé par vingt colonnes
fpirales & tournantes d'ordre ïonique
de 39 pieds de hauteur y compris le
piédeftal & l'entablement.
>
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Chacune des grandes faces étoit compofée
d'un Portique de vingt pieds d'ouverture
, couronné d'un archivolte , furmonté
de cartouches & autres ornemens.
Les petits côtés étoient décorés
par des frontons & tout autour regnoit
une balustrade terminée par des vafes &
autres amortiffemens qui formoient un
deffein élégant , noble , & dont l'effet.
étoit très agréable. Les colonnes &
toute cette architecture devoient fe
deffiiner en feu & prendre du mouve
ment , ainfi que l'emblême d'Apollon
annonçant un beau jour , environné ,
d'une gloire formée par une piéce d'artifice
Italien d'une compofition finguliere
, & du plus grand effet * . On montoit
à ce Temple par des gradins dont
les devants étoient plus avancés & for
moient une platte-forme fur laquelle on;
R
* Le Public n'a pû jouir de cet effet , ainſi que
de tous les feux figurés , que le Dimanche 3 de ce
mois ; la Ville ayant fait tirer avec un très - grand
faccès toutes les parties d'Artifice que le mauvais
remps du 22 Jain avoit obligé de fupprimer , ce
qui a compofé , avec les feux d'air qu'on avoit
ajoutés , un fecond feu très magnifique , qui
a attiré la même quantité de Spectateurs dans le mê
me efpace, & produit un fecond Spectacle auffi
grand & auffi extraordinaire que celui du pre
mier jour..
❤
JUILLET. 1763. IST
avoit pratiqué un orcheftre où cinquante
Muficiens de chaque côté exécuterent
des fymphonies pendant toute l'aprèsdinée
.
*
Nous avons parlé précédemment des
joûtes de Bateliers qui amuferent jufqu'à
la nuit les Spectateurs . placés pour voir
tirer le feu.
On fçait par quel contre- temps tout
l'artifice préparé ne put avoir lieu le
jour defliné à cette grande fête ; mais
comme on a vu un autre jour l'effet des
autres parties , nous allons les réunir
dans cette relation , de la même manière
que l'imagination des Spectateurs a dû
faire , & donner ici l'ordre & le détail
de cette prodigieufe quantité d'artifice
telle qu'elle étoit ordonnée & difpofés
pour être tirée en une feule fois..
par la Ville pour être tiré le 22 Juin
1763 à l'occafion de l'Inauguration
de la Statue du Roi & de la Publica
tion de la Paix.
Nous avons déja dit que la décora
tion de ce feu étoit élevée au milieu de la
rivière, en face de la place de Louis XV
d'un côté , & de l'autre , du Palais des
Ambaffadeurs - Extraordinaires , ( ci-devant
Palais de Bourbon ) dont le Roia--
voit permis l'ufage à la Ville, qui en
Goy
154 MERCURE DE FRANCE :
conféquence y avoit fait conftruire ,
décorer & éclairer magnifiquement des
Loges à la difpofition de M. le Gouverneur
, de M. le Prévôt des Marchands
des Echevins & Officiers Municipaux
du Corps de Ville , ainfi que pour M.
le Directeur- Général des Bâtimens du
Roi & quelques autres perfonnes diftinguées.
Dans toutes ces Loges , dont
la plupart étoient remplies de Princes
& de Seigneurs de la Cour , d'Etrangers
& autres perfonnes qualifiées , on
fervit pendant toute l'après-midi une
fomptueufe collation & des rafraîchiffemens
avec profufion . Ces Loges feules.
contenoient fept mille places , toute occupées
, ( * ) ce qui ne faifoit cependant
qu'un point dans la vaſte étendue
de l'efpace depuis Chaillot jufqu'au
Pont Royal , efpace entiérement couvert
de Spectateurs jufqu'à l'eau qui
baignoit même les pieds de la dernière
ligne. Que l'on juge par là & que l'on
évalue cette prodigieufe multitude , &
la grandeur du Spectacle qu'elle of-
.froit
Tout l'édifice du feu étoit établi au
milieu d'une Ifle de 60 toifes de long
Nous avions été mal informés précédemment
en ne difant que cinq mille.
JUILLET. 1763. 155
fur 12 toifes de large , formée par un
grand nombre de bâteaux raffemblés.
La partie d'en-bas , qui touchoit à la
rivière , étoit peinte en rochers fur lefquels
étoit élevée une terraffe , dont la
décoration préfentoit,aux extrémités , des
fontaines qui prenoient leur fource dans
la grande maffe de roches du milieu ,
& retomboient en nappes fur trois faces.
La difpofition des plans avoit fourni le
moyen de placer dans tout le pourtour
de cette terraffe , ( dont la fuperficie étoit
de 2700 pieds ) des piédeftaux chargés
d'emblêmes & richement ornés qui
portoient des groupes de fleuves , de
Nayades & Tritons , avec leurs urnes
& autres attributs caractériſtiques , De
toutes les urnes fortoient des fources
tombant en napes & reffaillantes de leur
bouillonnement. On avoit orné auffi
cette vafte terraffe de huit groupes d'Enfans
peints en bronze , lefquels portoient
des coquilles , d'où s'élancoit un jet qui
formoit une cafcade en retombant. Du
milieu de cette terraffe s'élevoit un Temple
, dont la forme générale étoit un parallelograme
, formé par vingt colonnes
fpirales & tournantes d'ordre ïonique
de 39 pieds de hauteur y compris le
piédeftal & l'entablement.
>
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Chacune des grandes faces étoit compofée
d'un Portique de vingt pieds d'ouverture
, couronné d'un archivolte , furmonté
de cartouches & autres ornemens.
Les petits côtés étoient décorés
par des frontons & tout autour regnoit
une balustrade terminée par des vafes &
autres amortiffemens qui formoient un
deffein élégant , noble , & dont l'effet.
étoit très agréable. Les colonnes &
toute cette architecture devoient fe
deffiiner en feu & prendre du mouve
ment , ainfi que l'emblême d'Apollon
annonçant un beau jour , environné ,
d'une gloire formée par une piéce d'artifice
Italien d'une compofition finguliere
, & du plus grand effet * . On montoit
à ce Temple par des gradins dont
les devants étoient plus avancés & for
moient une platte-forme fur laquelle on;
R
* Le Public n'a pû jouir de cet effet , ainſi que
de tous les feux figurés , que le Dimanche 3 de ce
mois ; la Ville ayant fait tirer avec un très - grand
faccès toutes les parties d'Artifice que le mauvais
remps du 22 Jain avoit obligé de fupprimer , ce
qui a compofé , avec les feux d'air qu'on avoit
ajoutés , un fecond feu très magnifique , qui
a attiré la même quantité de Spectateurs dans le mê
me efpace, & produit un fecond Spectacle auffi
grand & auffi extraordinaire que celui du pre
mier jour..
❤
JUILLET. 1763. IST
avoit pratiqué un orcheftre où cinquante
Muficiens de chaque côté exécuterent
des fymphonies pendant toute l'aprèsdinée
.
*
Nous avons parlé précédemment des
joûtes de Bateliers qui amuferent jufqu'à
la nuit les Spectateurs . placés pour voir
tirer le feu.
On fçait par quel contre- temps tout
l'artifice préparé ne put avoir lieu le
jour defliné à cette grande fête ; mais
comme on a vu un autre jour l'effet des
autres parties , nous allons les réunir
dans cette relation , de la même manière
que l'imagination des Spectateurs a dû
faire , & donner ici l'ordre & le détail
de cette prodigieufe quantité d'artifice
telle qu'elle étoit ordonnée & difpofés
pour être tirée en une feule fois..
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130
p. 184-187
De PARIS, le 13 Mai 1763.
Début :
Le 13 Avril, le Corps de la Ville, à la tête duquel étoit le sieur de Pontcarré de [...]
Mots clefs :
Prévôts des marchands, Duc, Chevalier, Cérémonie, Ministre plénipotentiaire, Diplomatie, Météores, Lumière, Lune, Incendie, Prince de Condé, Ville, Dégâts, Perte, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Gains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 13 Mai 1763.
De PARIS, le 13 Mai 1763.
Le 13 Avril , le Corps de Ville , à la tête
duquel étoit le fieur de Pontcarré de Viarmes ,
Prévôt des Marchands , fe tranſporta a l'Hôtel
de Lamoignon , rue Pavée , où il fit l'ouver
ture de la nouvelle Bibliothèque Publique que
l'on a déja annoncée. Le Duc de Brillac , Pair
& Grand Pannetier de France , Chevalier des
Ordres du Roi , & Lieutenant - Général de ſes
JUILLET. 1763. 185
au Armées , nommé pour préfider cette année,
Chapitre de l'Ordre de S. Michel , s'eft rendu
le 9 de ce mois , à la Grand'Salle des Pères
Cordeliers de cette Ville . Là , revêtu du Manteau
& du Collier des Ordres du Roi , & ayant à
fes côtés le fieur Chendret , Héraut , & le fieur
Perfeville , Huifier defdits Ordres , en habit de
cérémonie ; il reçut Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , le fieur Brochier , Ecuyer , premier Secré
taire du Comte de Rochechouart , Miniftre plénipotentiaire
du Roi à la Cour de Parme. Le
Duc de Briffac aſſiſta enſuite , avec tous les Chevaliers
qui fe trouvoient préfens , à la Grand'-
Meffe qui fe célébre tous les ans dans l'Eglife des
Pères Cordeliers , en mémoire de l'apparition
de S. Michel.
On a appris de Lisbone , que Don Vincent
de Souza Coufinho , Miniftre plénipotentiaire du
Roi de Portugal , auprè; du Roi de Sardaigne
a été nommé par Sa Majefté Très-Fidèle , pour
venir réfider en la même qualité auprès du
Roi.
Le fieur Meffier , habile Aftronome , obfervant
à l'Obfervatoire Royal de la Marine , à l'Hôtel
de Clugny , le 29 Avril , à une heure quarantehuit
minutes du matin , a apperçu un globe de
feu , à la hauteur d'environ douze degrés fur
l'Horifon & à l'Orient de Paris , traînant une
longue queue lumineuſe , comme le fillon que
trace en l'air une fufée volante : fon diamétre
apparent étoit environ le tiers de la Lune , &
fa couleur étoit d'un rouge vif. La Lune qui
étoit alors fur l'Horifon , effaçoit une grande partie
de la lumière de ce Météore qui , dans une
nuit obfcure , auroit répandu une lumière confidérable
dans l'Atmosphère. Ce globe parut tome
186 MERCURE DE FRANCE.
ber prefque perpendiculairement , en employant
dans fa chute jufqu'à l'Horiſon environ quatorze
fecondes de temps. Le Ciel étoit pour lors prefque
totalement couvert , le vent au Sud- Oueſt
& le Barometre étoit à la hauteur de vingtfept
pouces fix lignes.
On écrit de Nancy , que le même jour , à une
heure & demie du matin , le même globe de
feu y a été obfervé. Ce globe n'a été apperçu
qu'un inftant à l'Oueft de Nancy , fort près de
l'Horifon , & traînant une queue brillante qui
auroit jetté une lumière très-conſidérable fi elle
n'avoit été effacée par celle de la Lune.
On vient d'apprendre la malheureuſe nouvelle
d'un incendie qui a détruit plus de la moitié de
la petite Ville d'Hirfon , appartenante au Prince
de Condé , & fituée dans la Généralité de Soiffons ,
Election de Guife . Le 23 du mois dernier , à cinq
heures du foir , le feu prit à la maiſon d'un
Couvreur , les flammes excitées par un vent du
Nord très-violent , fe portèrent , en moins d'une
demic heure , d'une extrémité à l'autre de la
Ville , & s'attachèrent en fept ou huit endroits
différens , avec une telle impétuofité , qu'en moins
de deux heures , plus de trois cens Bâtimens
furent entiérement confumés avec tous les meubles
, grains , fourages & effets qui s'y trou
voient enfermés , fans qu'il eût été poffible de
retirer du plus grand nombre de ces maifons ,
ni les papiers des Notaires & des Employés des
Fermes , ni même l'argent comptant. On regarde
comme un grand bonheur , qu'un enfant feul air
péri dans les flammes. Les Officiers & les principaux
Habitans du lieu , ont dreflé un Procèsverbal
de la perte que cet incendie a occafionnée ,
& l'eftimation monte à quatre cens quarante &
un mille fept cens vingt - une livres.
JUILLET. 1763 . 187
Un femblable malheur eft arrivé le premier
de ce mois , au Village de Perrigny , Bailliage
d'Auxonne , où cinquante maiſons ont été confumées
par le feu.
Le vingt - huitième Tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de- Ville s'eft fait le 25 du mois dernier ,
en la manière accoutumée. Le Lot de cinquante
mille livres eft échu au numéro 8694 ; celurde
vingt mille livres au numéro 11093 ; & les deux
de dix mille livres aux numéros 5978 & 7110 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de
l'Ecole Royale Militaire. Les Numéros fortis de
la Roue de Fortune , font , 7 , 19 , 34 , 56 , 59.
Le prochain Tirage fe fera le 16 Juin .
Le 13 Avril , le Corps de Ville , à la tête
duquel étoit le fieur de Pontcarré de Viarmes ,
Prévôt des Marchands , fe tranſporta a l'Hôtel
de Lamoignon , rue Pavée , où il fit l'ouver
ture de la nouvelle Bibliothèque Publique que
l'on a déja annoncée. Le Duc de Brillac , Pair
& Grand Pannetier de France , Chevalier des
Ordres du Roi , & Lieutenant - Général de ſes
JUILLET. 1763. 185
au Armées , nommé pour préfider cette année,
Chapitre de l'Ordre de S. Michel , s'eft rendu
le 9 de ce mois , à la Grand'Salle des Pères
Cordeliers de cette Ville . Là , revêtu du Manteau
& du Collier des Ordres du Roi , & ayant à
fes côtés le fieur Chendret , Héraut , & le fieur
Perfeville , Huifier defdits Ordres , en habit de
cérémonie ; il reçut Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , le fieur Brochier , Ecuyer , premier Secré
taire du Comte de Rochechouart , Miniftre plénipotentiaire
du Roi à la Cour de Parme. Le
Duc de Briffac aſſiſta enſuite , avec tous les Chevaliers
qui fe trouvoient préfens , à la Grand'-
Meffe qui fe célébre tous les ans dans l'Eglife des
Pères Cordeliers , en mémoire de l'apparition
de S. Michel.
On a appris de Lisbone , que Don Vincent
de Souza Coufinho , Miniftre plénipotentiaire du
Roi de Portugal , auprè; du Roi de Sardaigne
a été nommé par Sa Majefté Très-Fidèle , pour
venir réfider en la même qualité auprès du
Roi.
Le fieur Meffier , habile Aftronome , obfervant
à l'Obfervatoire Royal de la Marine , à l'Hôtel
de Clugny , le 29 Avril , à une heure quarantehuit
minutes du matin , a apperçu un globe de
feu , à la hauteur d'environ douze degrés fur
l'Horifon & à l'Orient de Paris , traînant une
longue queue lumineuſe , comme le fillon que
trace en l'air une fufée volante : fon diamétre
apparent étoit environ le tiers de la Lune , &
fa couleur étoit d'un rouge vif. La Lune qui
étoit alors fur l'Horifon , effaçoit une grande partie
de la lumière de ce Météore qui , dans une
nuit obfcure , auroit répandu une lumière confidérable
dans l'Atmosphère. Ce globe parut tome
186 MERCURE DE FRANCE.
ber prefque perpendiculairement , en employant
dans fa chute jufqu'à l'Horiſon environ quatorze
fecondes de temps. Le Ciel étoit pour lors prefque
totalement couvert , le vent au Sud- Oueſt
& le Barometre étoit à la hauteur de vingtfept
pouces fix lignes.
On écrit de Nancy , que le même jour , à une
heure & demie du matin , le même globe de
feu y a été obfervé. Ce globe n'a été apperçu
qu'un inftant à l'Oueft de Nancy , fort près de
l'Horifon , & traînant une queue brillante qui
auroit jetté une lumière très-conſidérable fi elle
n'avoit été effacée par celle de la Lune.
On vient d'apprendre la malheureuſe nouvelle
d'un incendie qui a détruit plus de la moitié de
la petite Ville d'Hirfon , appartenante au Prince
de Condé , & fituée dans la Généralité de Soiffons ,
Election de Guife . Le 23 du mois dernier , à cinq
heures du foir , le feu prit à la maiſon d'un
Couvreur , les flammes excitées par un vent du
Nord très-violent , fe portèrent , en moins d'une
demic heure , d'une extrémité à l'autre de la
Ville , & s'attachèrent en fept ou huit endroits
différens , avec une telle impétuofité , qu'en moins
de deux heures , plus de trois cens Bâtimens
furent entiérement confumés avec tous les meubles
, grains , fourages & effets qui s'y trou
voient enfermés , fans qu'il eût été poffible de
retirer du plus grand nombre de ces maifons ,
ni les papiers des Notaires & des Employés des
Fermes , ni même l'argent comptant. On regarde
comme un grand bonheur , qu'un enfant feul air
péri dans les flammes. Les Officiers & les principaux
Habitans du lieu , ont dreflé un Procèsverbal
de la perte que cet incendie a occafionnée ,
& l'eftimation monte à quatre cens quarante &
un mille fept cens vingt - une livres.
JUILLET. 1763 . 187
Un femblable malheur eft arrivé le premier
de ce mois , au Village de Perrigny , Bailliage
d'Auxonne , où cinquante maiſons ont été confumées
par le feu.
Le vingt - huitième Tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de- Ville s'eft fait le 25 du mois dernier ,
en la manière accoutumée. Le Lot de cinquante
mille livres eft échu au numéro 8694 ; celurde
vingt mille livres au numéro 11093 ; & les deux
de dix mille livres aux numéros 5978 & 7110 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de
l'Ecole Royale Militaire. Les Numéros fortis de
la Roue de Fortune , font , 7 , 19 , 34 , 56 , 59.
Le prochain Tirage fe fera le 16 Juin .
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Résumé : De PARIS, le 13 Mai 1763.
En avril 1763, plusieurs événements marquants eurent lieu. Le 13 avril, le Corps de Ville, sous la direction du Prévôt des Marchands Pontcarré de Viarmes, inaugura la nouvelle Bibliothèque Publique à l'Hôtel de Lamoignon. Lors de cette cérémonie, le Duc de Brillac, président pour l'année, accueillit le Chevalier Brochier dans l'Ordre de Saint-Michel. Par la suite, le Duc de Brillac assista à la Grand-Messe en mémoire de Saint-Michel. À Lisbonne, Don Vincent de Souza Couto fut nommé ministre plénipotentiaire du Roi de Portugal auprès du Roi de Sardaigne. Le 29 avril, l'astronome Messier observa un globe de feu lumineux à l'Observatoire Royal de la Marine, phénomène également observé à Nancy le même jour. Les conditions météorologiques étaient particulières, avec un ciel couvert, un vent soufflant du sud-ouest et un baromètre à vingt-sept pouces six lignes. Le 23 mai, un incendie dévasta plus de la moitié de la ville d'Hirson, appartenant au Prince de Condé. En moins de deux heures, plus de trois cents bâtiments furent détruits, causant la mort d'un enfant et des pertes estimées à quatre cent quarante et un mille sept cent vingt et une livres. Le 1er juillet, un autre incendie détruisit cinquante maisons au village de Perrigny, dans le Bailliage d'Auxonne. Le 25 mai, le vingt-huitième tirage de la Loterie de l'Hôtel-de-Ville eut lieu, avec les numéros gagnants 8694, 11093, 5978 et 7110. La Loterie de l'École Royale Militaire fut également tirée, révélant les numéros fortunés 7, 19, 34, 56 et 59. Le prochain tirage était prévu pour le 16 juin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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131
p. 184
De VETZLAR, le 24 Juin 1763.
Début :
Les Troupes du Landgrave de Hesse-Darmstad ont abandonné cette [...]
Mots clefs :
Troupes, Landgrave, Ville, Prisonniers, Conseillers, Insultes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VETZLAR, le 24 Juin 1763.
De VETZLAR , le 24 Juin 1763.
Les Troupes du Landgrave de Heffe- Darmſtad
ont abandonné cette Ville , après avoir fait conduire
à Giellen le Bourgue-Maître , & les feize
Confeillers dont elle s'étoit faifie. Le Landgrave
ne veut , dit-on , conſentir à les relâcher qu'à condition
que nos Magiftrats lui enverront une députation
folemnelle pour lui faire réparation de l'infulte
que les habitans de laVille ont faite à les troupes
il y a quelques mois.
Les Troupes du Landgrave de Heffe- Darmſtad
ont abandonné cette Ville , après avoir fait conduire
à Giellen le Bourgue-Maître , & les feize
Confeillers dont elle s'étoit faifie. Le Landgrave
ne veut , dit-on , conſentir à les relâcher qu'à condition
que nos Magiftrats lui enverront une députation
folemnelle pour lui faire réparation de l'infulte
que les habitans de laVille ont faite à les troupes
il y a quelques mois.
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132
p. 113-122
SUITE de l'Eloge historique de M. LE PERE, lû dans l'Assemblée publique de l'Académie D'AUXERRE.
Début :
EN étudiant la matière des poids & des mesures tant anciennes que modernes [...]
Mots clefs :
Père, Mémoire, Estime, Quantité, Ville, Érudition, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Eloge historique de M. LE PERE, lû dans l'Assemblée publique de l'Académie D'AUXERRE.
SUITE de l'Eloge hiftorique de M. LE
PERE , lû dans l'Affemblée publique
de l'Académie D'AUXERRE.
E N étudiant la matière des poids & des
mefures tant anciennes que modernes,
dans le Pere Merfenne , qui l'a traitée
avec la plus profonde érudition , M. le
Pere a reconnu que l'évaluation de la
livre romaine étoit portée trop haut ,
par une légére méprife , telle qu'il en
échappe aux hommes les plus habiles.
Et reprenant tous les calculs il détermine
le poids de l'amphore , de l'urne ;
du boiffeau romain , & toujours audeffous
de celui que le Pere Merfenne
leur attribue. Il a fallu bien de la faga#
14 MERCURE DE FRANCE .
cité & de l'attention pour reconnoître
l'erreur , & bien du travail pour la réparer.
M. le Pere a fait un Mémoire fur les
moyens de garantir les appartemens
de la fumée , qui eft fi fouvent incommode
. Ce Mémoire eft rempli de la
plus fçavante théorie , de forte qu'en
le lifant on fe croit affuré des avantages
qu'il annonce. Mais comme ici la Géo
métrie eft affujettie dans l'exécution à
quantité de caufes phyfiques , on n'ofe
encore efpérer de détourner leurs influences
nuifibles dans quantité de pofitions.
Il eft plus aifé de mettre en ufage ce
qu'il a écrit fur l'arpentage , fur la manière
de jauger les cuves , qu'il eft ordinaire
de payer à l'ouvrier à raiſon de
la quantité de muids qu'elles contiennent
, & fur les moyens de rendre les
puits les plus profonds , tels qu'ils font
dans la partie la plus confidérable de
cette ville , d'un ufage plus facile &
plus prompt , par le fervice d'une nouvelle
machine , de fon invention , dont
il décrit la forme , calcule la puiffance ,
& démontre les avantages.
L'efprit de calcul & de Géométrie
s'applique à tout , perfectionne tout ; M
SEPTEMBRE. 1763. 115
Le Pere le porta dans la Mufique; & peutêtre,
le talent & les difpofitions naturelles
qu'il avoit pour cet Art contribuérentelles
moins au progrès qu'il y fit , que
l'amour du calcul & des proportions qui
en font le fondement. Il y joignit encore
une profonde érudition, qui a paru
dans un Mémoire qu'il nous a fourni
plein de recherches favantes fur la Mufique
des Anciens.
Dans la théorie , la Mufique eft une
fcience profonde & difficile , & fans
cette étude tout ce qu'elle a d'agréable
dans l'exercice auroit eu peu d'attraits
pour M. le Pere. Certainement il n'y a
rien de divertiffant dans les longs calculs
où il s'eft plongé pour évaluer les
dimenfions des cloches , & leurs poids ,
& les fons qu'elles doivent rendre en
conféquence & ramener à la Géométrie
exacte tout le méchanifme que les
Fondeurs employent fans remonter aux
principes & aux régles qui font le fondement
de leur Art.
Un troifiéme Mémoire , où M. le
Pere traite deux queftions de pleinchant
d'un ufage journalier ayant été
lu dans la derniere Affemblée publique,
je n'en dirai rien davantage ; & ne
m'étendrai point fur d'autres ouvrages,
116 MERCURE DE FRANCE.
infiniment intéreffans qui ont été lus ,
les années précédentes , & qui ont parų
remporter une eftime générale .
Tel eft un premier Mémoire fur l'éva
luation des monnoyes anciennes , & la
néceffité d'en connoître les variations
pour les réduire , avec quelque exactitude
, à nos monnoyes courantes,
Un fecond Mémoire qui contient
l'évaluation en monnoie de notre temps,
du prix que couta au Roi Charles V.
l'achat de la Ville du Comté d'Auxerre.
Enfin une differtation fur le nombre
d'habitans qu'Auxerre enfermoit autrefois
comparé à la population préſente
de la Ville , matières appartenantes à
l'hiftoire de fon pays , & dont l'érudition
par conféquent l'affecte & nous
l'intéreffe plus particuliérement.
Je ne ferai qu'indiquer d'autres ouvrages
moins étendus que M. le Pere
a faits , s'appliquant , fuivant l'occafion
, aux différens objets qui venoient
flatter fa curiofité de quelque apparence
d'utilité publique.
Une differtation fur les Chenilles
plieufes de feuilles qui abondérent dans
nos vignes en l'année 1743.
Un Mémoire fur les Eaux de Pougues
& leurs environs qu'il vifita en homme
SEPTEMBRE . 1763. 117
qui met tout à profit , tandis qu'il fu
biffoit en 1754 , des remédes ordonnés.
en vain pour rétablir une fanté qui
commençoit a déperir .
La defcription d'une Chauffée Antique
, qui va de la montagne de Chatenai
,ou d'Ouaine à Entrains , pardeffus
la montagne des Alouettes.
Une defcription phyfique de la Fontaine
de Tonnere , nommée la Foffe
d'Yonne.
Une obfervation fur le Feu qui fe
concentre au coeur d'une maffe d'eau
congelée .. !
Un Mémoire fur la quantité de livres
de pain que doit rendre le Bichet de
Froment , & fur le Tarif à faire en
conféquence , pour le prix du pain.
La defcription de plufieurs Tombeaux
trouvés à S. Amatre .
Une differtation fur l'infcription de
la Tombe de Robins de Beaumont
trouvée dans les ruines de S. Marien.
Cleft ainfi que M. le Pere joignoit la
phyfique & la recherche des Antiquités
aux travaux de l'Algébre & de l'Aftronomie.
Confidérons-le encore faifant valoir
les talens des autres, par la manière dont
il fçait en rendre compte. Vous l'avez
118 MERCURE DE FRANCE.
entendu Meffieurs , pendant quatre an
nées , s'exprimer avec facilité fur toutes
les matières . La Médécine & l'Anatomie
, qu'il ne connoiffoit que par
l'expérience de fes longues infirmités ,
& la Chymie , & la Botanique fembloient
avoir été pour lui l'objet d'une
étude particulière :le zéle & l'application
fuppléoient , en ceci , à la profondeur
des connoiffances .
Toutes les autres parties dont s'occus
pe la Société , lui étoient familières , &
il y en a qui ne l'étoient qu'à lui feul .
Dans l'expofition qu'il en faifoit , fon
Style étoit fimple & précis , tel qu'il
convient en ces matières , il fçavoit auffi
l'élever & l'embellir dans les ſujets qui
permettoient plus d'effor. Les éloges
qu'il a prononcés en ce même lieu font
aifément connoître qu'en s'attachant à
cultiver les hautes fciences, il ne s'étoit
pas févré des ornemens de la plus belle
Littérature..
Son jugement étoit für , & d'un efprit
accoutumé a faifir le vrai ; une généreufe
liberté animoit fes critiques ,
le Génie en faifoit l'affaifonnement :.
mais la modération & l'urbanité qui
conviennent au commerce des lettres
en étoient la régle & la mefure .
7
SEPTEMBRE . 1763. 119
Ses moeurs étoient fimples , fon com
merce facile , fes affections fincéres. I
étoit de grande ftature , de maintien
grave, fi ordinaire à un Géométre; & par
même convenance , d'humeur philofo
phique c'est - à - dire qu'il confidéroit
les événemens de la vie & les jeux de
la fortune , avec plus d'indifférence que
ne fait le commun des hommes.
.
Ses ouvrages & le mérite qu'ils an
noncent lui avoient acquis au dehors
l'éftime de plufieurs grands hommes,
Des Sçavans diftingués qui connoiffoient
tout ce que valoit M. le Pere , avoient
donné de lui l'idée la plus avantageufe
à notre illuftre Préfident. Et pour dire
enfin ce qui fera la plus belle partie de
fon éloge , fes derniers efforts & fes
derniers accens , ont été des expreffions
publiques de fa vive reconnoiffance
pour l'augufte Prélat dont il avoit
reçu des témoignages confidérables
d'eftime & d'affection . Ses fentimens
à cet égard étoient encore animés par le
grand & vif attachement qu'il a tous
jours eu pour notre fociété. Jamais vous
noublierez , Meffieurs , la part qu'il a
eue à fon établiffement ; la haute idée
qu'il en avoit conçue , combien il s'in
téreffoit à fes progrés & à fa gloire &
1
120 MERCURE DE FRANCE.
avec quelle ardeur il y travailloit ;
croyant faire office de bon citoyen ,
s'il contribuoit à fon accroiffement .
Difons quelque chofe de plus : tout
ce que les autres hommes ont de peine
à fe détacher des objets de leur ambition
, ou de leur cupidité , M. le Pere
l'éprouvoit à fe féparer de cette fociété
dans laquelle il trouvoit les compagnons
de la feule fortune qu'il eût vou
lu courir en ce monde.
Il auroit fouhaité de vivre encore ,
ce font fes expreffions , pour jouir des
beaux jours qui fembloient devoir bientot
luire fur elle ; déja nous en voyons
l'aurore paroître , nous difoit-il dans le
dernier ouvrage que vous avez entendu
de lui . Un Prélat l'amour de fon Peuple
, l'ami des Sciences & des Arts ,
& qui eft continuellement occupé du
bien public , en fait éclore les premiers
rayons : il nous aime , il nous protége
il veut lui-même diriger & animer nos
études ; notre existence lui eft précieufe;
il la veut affurer.
La néceffité de la mort venant dans
ces circonftances défarmoit le caractêre
philofophique de M. le Pere : & ce qui
fait aujourd'hui l'objet de nos plus belles
efpérances étoit pour notre illuftre Con
frère
SEPTEMBRE. 1763. 121
>
la ma-
, frère en ces triftes momens
tière du plus grand facrifice . Heureux
de n'avoir a furmonter que des attachemens
honnêtes & légitimes ! tout ce
qu'il pouvoit y avoir eu de flateuſe illufion
; contentement de l'efprit dans fes
nobles occupations , eftime généralement
acquife , relations, amitiés précieufes
, qui en étoient le fruit , tout a cédé
aux grandes vues de la religion qui exerçoit
fes droits avec la préférence qu'elle
a néceffairement fur tous les objets de
l'eftime & de l'affection des hommes .
Purifié par une maladie qui détruifant
le corps infenfiblement n'altera jamais
la liberté de l'efprit , & la tranquillité
de l'âme , confolé par les efpérances
faintes , dont il reçut les gages précieux
avec une piété édifiante , M. le Pere
expira le neuf Décembre de l'année
derniere agé de quarante -trois ans.
La Société Littéraire Militaire de
Befançon lui avoit donné place au nombre
de fes Affociés ordinaires en 1760 ;
fon mérite fe repandoit au dehors avec
un éclat toujours croiffant : & fi fes
travaux n'avoient point été traversés par
les longues fouffrances qui ont confumé
fes dernieres années , & qu'il lui eût
été donné de pouffer plus loin fa car-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
rière , nous ne craignons point de dire
que notre Société & cette Ville même
euffent été honorés de la grande réputation
à laquelle fe fût élevé le nom de
M. le Pere , dans le monde Sçavant.
PERE , lû dans l'Affemblée publique
de l'Académie D'AUXERRE.
E N étudiant la matière des poids & des
mefures tant anciennes que modernes,
dans le Pere Merfenne , qui l'a traitée
avec la plus profonde érudition , M. le
Pere a reconnu que l'évaluation de la
livre romaine étoit portée trop haut ,
par une légére méprife , telle qu'il en
échappe aux hommes les plus habiles.
Et reprenant tous les calculs il détermine
le poids de l'amphore , de l'urne ;
du boiffeau romain , & toujours audeffous
de celui que le Pere Merfenne
leur attribue. Il a fallu bien de la faga#
14 MERCURE DE FRANCE .
cité & de l'attention pour reconnoître
l'erreur , & bien du travail pour la réparer.
M. le Pere a fait un Mémoire fur les
moyens de garantir les appartemens
de la fumée , qui eft fi fouvent incommode
. Ce Mémoire eft rempli de la
plus fçavante théorie , de forte qu'en
le lifant on fe croit affuré des avantages
qu'il annonce. Mais comme ici la Géo
métrie eft affujettie dans l'exécution à
quantité de caufes phyfiques , on n'ofe
encore efpérer de détourner leurs influences
nuifibles dans quantité de pofitions.
Il eft plus aifé de mettre en ufage ce
qu'il a écrit fur l'arpentage , fur la manière
de jauger les cuves , qu'il eft ordinaire
de payer à l'ouvrier à raiſon de
la quantité de muids qu'elles contiennent
, & fur les moyens de rendre les
puits les plus profonds , tels qu'ils font
dans la partie la plus confidérable de
cette ville , d'un ufage plus facile &
plus prompt , par le fervice d'une nouvelle
machine , de fon invention , dont
il décrit la forme , calcule la puiffance ,
& démontre les avantages.
L'efprit de calcul & de Géométrie
s'applique à tout , perfectionne tout ; M
SEPTEMBRE. 1763. 115
Le Pere le porta dans la Mufique; & peutêtre,
le talent & les difpofitions naturelles
qu'il avoit pour cet Art contribuérentelles
moins au progrès qu'il y fit , que
l'amour du calcul & des proportions qui
en font le fondement. Il y joignit encore
une profonde érudition, qui a paru
dans un Mémoire qu'il nous a fourni
plein de recherches favantes fur la Mufique
des Anciens.
Dans la théorie , la Mufique eft une
fcience profonde & difficile , & fans
cette étude tout ce qu'elle a d'agréable
dans l'exercice auroit eu peu d'attraits
pour M. le Pere. Certainement il n'y a
rien de divertiffant dans les longs calculs
où il s'eft plongé pour évaluer les
dimenfions des cloches , & leurs poids ,
& les fons qu'elles doivent rendre en
conféquence & ramener à la Géométrie
exacte tout le méchanifme que les
Fondeurs employent fans remonter aux
principes & aux régles qui font le fondement
de leur Art.
Un troifiéme Mémoire , où M. le
Pere traite deux queftions de pleinchant
d'un ufage journalier ayant été
lu dans la derniere Affemblée publique,
je n'en dirai rien davantage ; & ne
m'étendrai point fur d'autres ouvrages,
116 MERCURE DE FRANCE.
infiniment intéreffans qui ont été lus ,
les années précédentes , & qui ont parų
remporter une eftime générale .
Tel eft un premier Mémoire fur l'éva
luation des monnoyes anciennes , & la
néceffité d'en connoître les variations
pour les réduire , avec quelque exactitude
, à nos monnoyes courantes,
Un fecond Mémoire qui contient
l'évaluation en monnoie de notre temps,
du prix que couta au Roi Charles V.
l'achat de la Ville du Comté d'Auxerre.
Enfin une differtation fur le nombre
d'habitans qu'Auxerre enfermoit autrefois
comparé à la population préſente
de la Ville , matières appartenantes à
l'hiftoire de fon pays , & dont l'érudition
par conféquent l'affecte & nous
l'intéreffe plus particuliérement.
Je ne ferai qu'indiquer d'autres ouvrages
moins étendus que M. le Pere
a faits , s'appliquant , fuivant l'occafion
, aux différens objets qui venoient
flatter fa curiofité de quelque apparence
d'utilité publique.
Une differtation fur les Chenilles
plieufes de feuilles qui abondérent dans
nos vignes en l'année 1743.
Un Mémoire fur les Eaux de Pougues
& leurs environs qu'il vifita en homme
SEPTEMBRE . 1763. 117
qui met tout à profit , tandis qu'il fu
biffoit en 1754 , des remédes ordonnés.
en vain pour rétablir une fanté qui
commençoit a déperir .
La defcription d'une Chauffée Antique
, qui va de la montagne de Chatenai
,ou d'Ouaine à Entrains , pardeffus
la montagne des Alouettes.
Une defcription phyfique de la Fontaine
de Tonnere , nommée la Foffe
d'Yonne.
Une obfervation fur le Feu qui fe
concentre au coeur d'une maffe d'eau
congelée .. !
Un Mémoire fur la quantité de livres
de pain que doit rendre le Bichet de
Froment , & fur le Tarif à faire en
conféquence , pour le prix du pain.
La defcription de plufieurs Tombeaux
trouvés à S. Amatre .
Une differtation fur l'infcription de
la Tombe de Robins de Beaumont
trouvée dans les ruines de S. Marien.
Cleft ainfi que M. le Pere joignoit la
phyfique & la recherche des Antiquités
aux travaux de l'Algébre & de l'Aftronomie.
Confidérons-le encore faifant valoir
les talens des autres, par la manière dont
il fçait en rendre compte. Vous l'avez
118 MERCURE DE FRANCE.
entendu Meffieurs , pendant quatre an
nées , s'exprimer avec facilité fur toutes
les matières . La Médécine & l'Anatomie
, qu'il ne connoiffoit que par
l'expérience de fes longues infirmités ,
& la Chymie , & la Botanique fembloient
avoir été pour lui l'objet d'une
étude particulière :le zéle & l'application
fuppléoient , en ceci , à la profondeur
des connoiffances .
Toutes les autres parties dont s'occus
pe la Société , lui étoient familières , &
il y en a qui ne l'étoient qu'à lui feul .
Dans l'expofition qu'il en faifoit , fon
Style étoit fimple & précis , tel qu'il
convient en ces matières , il fçavoit auffi
l'élever & l'embellir dans les ſujets qui
permettoient plus d'effor. Les éloges
qu'il a prononcés en ce même lieu font
aifément connoître qu'en s'attachant à
cultiver les hautes fciences, il ne s'étoit
pas févré des ornemens de la plus belle
Littérature..
Son jugement étoit für , & d'un efprit
accoutumé a faifir le vrai ; une généreufe
liberté animoit fes critiques ,
le Génie en faifoit l'affaifonnement :.
mais la modération & l'urbanité qui
conviennent au commerce des lettres
en étoient la régle & la mefure .
7
SEPTEMBRE . 1763. 119
Ses moeurs étoient fimples , fon com
merce facile , fes affections fincéres. I
étoit de grande ftature , de maintien
grave, fi ordinaire à un Géométre; & par
même convenance , d'humeur philofo
phique c'est - à - dire qu'il confidéroit
les événemens de la vie & les jeux de
la fortune , avec plus d'indifférence que
ne fait le commun des hommes.
.
Ses ouvrages & le mérite qu'ils an
noncent lui avoient acquis au dehors
l'éftime de plufieurs grands hommes,
Des Sçavans diftingués qui connoiffoient
tout ce que valoit M. le Pere , avoient
donné de lui l'idée la plus avantageufe
à notre illuftre Préfident. Et pour dire
enfin ce qui fera la plus belle partie de
fon éloge , fes derniers efforts & fes
derniers accens , ont été des expreffions
publiques de fa vive reconnoiffance
pour l'augufte Prélat dont il avoit
reçu des témoignages confidérables
d'eftime & d'affection . Ses fentimens
à cet égard étoient encore animés par le
grand & vif attachement qu'il a tous
jours eu pour notre fociété. Jamais vous
noublierez , Meffieurs , la part qu'il a
eue à fon établiffement ; la haute idée
qu'il en avoit conçue , combien il s'in
téreffoit à fes progrés & à fa gloire &
1
120 MERCURE DE FRANCE.
avec quelle ardeur il y travailloit ;
croyant faire office de bon citoyen ,
s'il contribuoit à fon accroiffement .
Difons quelque chofe de plus : tout
ce que les autres hommes ont de peine
à fe détacher des objets de leur ambition
, ou de leur cupidité , M. le Pere
l'éprouvoit à fe féparer de cette fociété
dans laquelle il trouvoit les compagnons
de la feule fortune qu'il eût vou
lu courir en ce monde.
Il auroit fouhaité de vivre encore ,
ce font fes expreffions , pour jouir des
beaux jours qui fembloient devoir bientot
luire fur elle ; déja nous en voyons
l'aurore paroître , nous difoit-il dans le
dernier ouvrage que vous avez entendu
de lui . Un Prélat l'amour de fon Peuple
, l'ami des Sciences & des Arts ,
& qui eft continuellement occupé du
bien public , en fait éclore les premiers
rayons : il nous aime , il nous protége
il veut lui-même diriger & animer nos
études ; notre existence lui eft précieufe;
il la veut affurer.
La néceffité de la mort venant dans
ces circonftances défarmoit le caractêre
philofophique de M. le Pere : & ce qui
fait aujourd'hui l'objet de nos plus belles
efpérances étoit pour notre illuftre Con
frère
SEPTEMBRE. 1763. 121
>
la ma-
, frère en ces triftes momens
tière du plus grand facrifice . Heureux
de n'avoir a furmonter que des attachemens
honnêtes & légitimes ! tout ce
qu'il pouvoit y avoir eu de flateuſe illufion
; contentement de l'efprit dans fes
nobles occupations , eftime généralement
acquife , relations, amitiés précieufes
, qui en étoient le fruit , tout a cédé
aux grandes vues de la religion qui exerçoit
fes droits avec la préférence qu'elle
a néceffairement fur tous les objets de
l'eftime & de l'affection des hommes .
Purifié par une maladie qui détruifant
le corps infenfiblement n'altera jamais
la liberté de l'efprit , & la tranquillité
de l'âme , confolé par les efpérances
faintes , dont il reçut les gages précieux
avec une piété édifiante , M. le Pere
expira le neuf Décembre de l'année
derniere agé de quarante -trois ans.
La Société Littéraire Militaire de
Befançon lui avoit donné place au nombre
de fes Affociés ordinaires en 1760 ;
fon mérite fe repandoit au dehors avec
un éclat toujours croiffant : & fi fes
travaux n'avoient point été traversés par
les longues fouffrances qui ont confumé
fes dernieres années , & qu'il lui eût
été donné de pouffer plus loin fa car-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
rière , nous ne craignons point de dire
que notre Société & cette Ville même
euffent été honorés de la grande réputation
à laquelle fe fût élevé le nom de
M. le Pere , dans le monde Sçavant.
Fermer
133
p. 194
De BERLIN, le 15 Novembre 1763.
Début :
L'Envoyé de la Porte, Achmet Effendi, fut le 9 de ce mois son entrée [...]
Mots clefs :
Envoyé de la Porte, Arrivée, Ville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De BERLIN, le 15 Novembre 1763.
De BERLIN , le 15 Novembre 1763.
L'Envoyé de la Porte , Achmet Effendi , fit le
de ce mois fon entrée publique en cette Ville
& alla loger au Palais de Wernefobre qui avoit
étédifpofe pour le recevoir.
L'Envoyé de la Porte , Achmet Effendi , fit le
de ce mois fon entrée publique en cette Ville
& alla loger au Palais de Wernefobre qui avoit
étédifpofe pour le recevoir.
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134
p. 46-50
ELEGIE VIe. du livre I. de Tibule. Tibule célèbre le jour de la naissance de Messala. Traduction par M. P**. Hunc cecinere diem Parca fatalia nentes stamina, &c.
Début :
Les Parques, en filant la trame des destinées qu'aucun dieu ne peut rompre, ont [...]
Mots clefs :
Ville, Messalla, Osiris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE VIe. du livre I. de Tibule. Tibule célèbre le jour de la naissance de Messala. Traduction par M. P**. Hunc cecinere diem Parca fatalia nentes stamina, &c.
ELEGIEVIe. du livre 1. de Tibule.
Tibule célèbre lejour de la naiffance de
Meffala.
Traduction par M. P**.
Hunc cecinere diem Parca fatalia nentes
Stamina, &c.
Les Parques, en filant la trame desdeſ
tinées qu'aucun dieu nepeut rompre, ont
annoncé ce beau jour ; elles ont prédic
qu'il naîtroit un héros qui dompteroit les
peuples de l'Aquitaine , & qui fe rendroit
redoutable à l'Adour, foumis àfes armes
victorieufes ces faits font arrivés : la
JANVIER. 1773. 47
Jeuneffe Romaine a vu de nouveaux
triomphes& deschefs les bras chargés de
chaînes. Pour vous , Meffala , le front
couronné d'un laurier vainqueur , vous
avanciez fur un char d'ivoire , attelé de
chevaux blancs. J'ai eu quelque part à
votre gloire ; la ville de Tatbes & les
Monts Pyrénées enfurent témoins , ainfi
que les rivages de la mer de Saintonge ,
comme auffi la Saone , le Rhône rapide
>
la Garonne &la Loire, qui de fes eaux
claires , arrofe le pays des Carnutes. (1)
Vous chanterai- je auffi, fleuve de Cyd
nac,vous , qui d'un cours paisible , épan
chez , dans d'agréables vallons , vos lim
pides ondes? Ditai-je dans quel efpace le
froid Taurus, qui porte fonfommetdans
les nues , s'étend fur la Cilicée ? Que ra
conterai-je des colombes facrées de la
Palestine , qui révérée du Syrien , vole ,
de ville en ville , fans danger d'aucune
atteinte? Dirai- je comme Tyr , qui , la
première, ofa confier un navireau fouffle
des vents, domine de fes hautes tours la
vafte Méditerranée? Parlerai-je de la fer
tilité du Nil , qui de fes tiédes ondes
abreuve les campagnes , lorfque les ar
(1) Aujourd'hui le Pays Chartrain.
48 MERCURE DE FRANCE.
·
deurs de la canicule font entr'ouvrir la
terre aride ? Puiffant fleuve , pourrai-je
dire quelle eft la caufe qui te produit , &
dans quelle contrée eft placée ta fource?
Grace à tes eaux fécondes , le pays qu'el
les arrofent ne demande jamais de
pluies, & l'herbe defléchée ne follicite
pas les fecours du pluvieux Jupiter ; la
jeuneffe Egyptienne , inftruite dans les
myftères religieux du bœuf de Memphis,
célèbre tes bienfaits , & tu fais , ainfi
qu'Oficis , le fujet de fes hymnes & l'objet
de fareconnoiffance. Ofiris fut le premier
qui d'une main induftrieufe , façonna une
charrue , & qui , avec le coutre , ellaya de
fe rendre la terre favorable. Il futle pre
mier quilui confia les femences des plan
tes , & qui cueillit des fruits fur des ar
bres inconnus (1 ) avant lui. Il apprit
commeon peut foutenirlavigne, encore
jeune , par des échalats, & il enſeigna
l'ufage de la faulx pour couper l'herbe des
prés. Ce fut la première fois que la grap
pe, venueà fa maturité & foulée par des
hommes ruftiques , exprima pour Ofiris
fonjus agréable. Dans la joie qu'inſpira
(1) Inconnus, parce que la culture donne des
efpèces nouvelles.
cette
<
JANVIER. 1773.
49
cette liqueur , on apprit, par le chant , à
donner à la voix différentes inflexions , &
à plier les membres du corps , tout inha
biles qu'ils étoient , à des mouvemens
réglés & cadencés ; ainfi le laboureur , fa
tigué d'un long travail , trouva dans les
dons de Bacchus un remèdeàfes peines.
Le vin procure du foulagement àun in
fortuné, quoiqu'une cruelle chaîne re
fonneau tour de fesjambes.
Ofiris, on ne vous voit point entouré
des noirs chagrins ni des triftes foucis ;
mais , avecun vifage riant, vous menez à
votre fuite le chant, la danfe , l'amour
galant & volage : des fleurs diverfes cou
ronnent avec le lierre votre front toujours
ferein; onvousvoit avecunerobe couleur
defafran , qui ferépand avecgrace fur vos
pieds délicats ; vos habits font peints de
,
lapourpre de Tyr; vous aimezà enten
dre le doux fon dela flûte, & dansla cé
lébration de vos mystères , on n'oublie
point les petites corbeilles : Venez , aima
ble Ofiris, & les tempes arrofés de vin
faites , en l'honneur de Genius , naître
par votre préfence , des danfes & des jeux.
Que fes cheveux foient parfumés d'effen
cesprécieufes; quefatête&foncol foient
ornés de guirlandes; offrez- vous aujour
II.Vol.
C
So MERCURE DE FRANCE.
d'hui fous cette parure , je ferai brûleren
votre honneur de l'encens, &je vous of
frirai des gâteaux faits de miel de Mople.
Pourvous , Meffala , mes vœux font que
votre poftérité , devenue nombreuſe ,
ajoute encore, par les actions , à la gloire
de fon auteur. Puiffiez-vous, arrivé à une
heureuſe vieillefle , vous voir environné
d'aimables enfans qui s'empreffent de
vous marquer leurs refpects! Les chemins
qui conduifent de Tufculanum à cet en
droit, qui eft l'ancien domaine de la ville
d'Albe, feront long-tems des témoigna
ges fenfibles de votre magnificence ; car
c'est par vos foins & par vos largeffes
qu'ont été raffemblés tous les matériaux
qui en allurent , avec beaucoup d'art, la
durée & la folidité. Le laboureur chan
tera vos louanges., lorfque fur le foir, re
venant de la ville, il fera fa route com
modément & fans fatigue. O fortuné
jour, qu'on doit encore long- tems célé
brer, reveneztoujours plus brillant
Tibule célèbre lejour de la naiffance de
Meffala.
Traduction par M. P**.
Hunc cecinere diem Parca fatalia nentes
Stamina, &c.
Les Parques, en filant la trame desdeſ
tinées qu'aucun dieu nepeut rompre, ont
annoncé ce beau jour ; elles ont prédic
qu'il naîtroit un héros qui dompteroit les
peuples de l'Aquitaine , & qui fe rendroit
redoutable à l'Adour, foumis àfes armes
victorieufes ces faits font arrivés : la
JANVIER. 1773. 47
Jeuneffe Romaine a vu de nouveaux
triomphes& deschefs les bras chargés de
chaînes. Pour vous , Meffala , le front
couronné d'un laurier vainqueur , vous
avanciez fur un char d'ivoire , attelé de
chevaux blancs. J'ai eu quelque part à
votre gloire ; la ville de Tatbes & les
Monts Pyrénées enfurent témoins , ainfi
que les rivages de la mer de Saintonge ,
comme auffi la Saone , le Rhône rapide
>
la Garonne &la Loire, qui de fes eaux
claires , arrofe le pays des Carnutes. (1)
Vous chanterai- je auffi, fleuve de Cyd
nac,vous , qui d'un cours paisible , épan
chez , dans d'agréables vallons , vos lim
pides ondes? Ditai-je dans quel efpace le
froid Taurus, qui porte fonfommetdans
les nues , s'étend fur la Cilicée ? Que ra
conterai-je des colombes facrées de la
Palestine , qui révérée du Syrien , vole ,
de ville en ville , fans danger d'aucune
atteinte? Dirai- je comme Tyr , qui , la
première, ofa confier un navireau fouffle
des vents, domine de fes hautes tours la
vafte Méditerranée? Parlerai-je de la fer
tilité du Nil , qui de fes tiédes ondes
abreuve les campagnes , lorfque les ar
(1) Aujourd'hui le Pays Chartrain.
48 MERCURE DE FRANCE.
·
deurs de la canicule font entr'ouvrir la
terre aride ? Puiffant fleuve , pourrai-je
dire quelle eft la caufe qui te produit , &
dans quelle contrée eft placée ta fource?
Grace à tes eaux fécondes , le pays qu'el
les arrofent ne demande jamais de
pluies, & l'herbe defléchée ne follicite
pas les fecours du pluvieux Jupiter ; la
jeuneffe Egyptienne , inftruite dans les
myftères religieux du bœuf de Memphis,
célèbre tes bienfaits , & tu fais , ainfi
qu'Oficis , le fujet de fes hymnes & l'objet
de fareconnoiffance. Ofiris fut le premier
qui d'une main induftrieufe , façonna une
charrue , & qui , avec le coutre , ellaya de
fe rendre la terre favorable. Il futle pre
mier quilui confia les femences des plan
tes , & qui cueillit des fruits fur des ar
bres inconnus (1 ) avant lui. Il apprit
commeon peut foutenirlavigne, encore
jeune , par des échalats, & il enſeigna
l'ufage de la faulx pour couper l'herbe des
prés. Ce fut la première fois que la grap
pe, venueà fa maturité & foulée par des
hommes ruftiques , exprima pour Ofiris
fonjus agréable. Dans la joie qu'inſpira
(1) Inconnus, parce que la culture donne des
efpèces nouvelles.
cette
<
JANVIER. 1773.
49
cette liqueur , on apprit, par le chant , à
donner à la voix différentes inflexions , &
à plier les membres du corps , tout inha
biles qu'ils étoient , à des mouvemens
réglés & cadencés ; ainfi le laboureur , fa
tigué d'un long travail , trouva dans les
dons de Bacchus un remèdeàfes peines.
Le vin procure du foulagement àun in
fortuné, quoiqu'une cruelle chaîne re
fonneau tour de fesjambes.
Ofiris, on ne vous voit point entouré
des noirs chagrins ni des triftes foucis ;
mais , avecun vifage riant, vous menez à
votre fuite le chant, la danfe , l'amour
galant & volage : des fleurs diverfes cou
ronnent avec le lierre votre front toujours
ferein; onvousvoit avecunerobe couleur
defafran , qui ferépand avecgrace fur vos
pieds délicats ; vos habits font peints de
,
lapourpre de Tyr; vous aimezà enten
dre le doux fon dela flûte, & dansla cé
lébration de vos mystères , on n'oublie
point les petites corbeilles : Venez , aima
ble Ofiris, & les tempes arrofés de vin
faites , en l'honneur de Genius , naître
par votre préfence , des danfes & des jeux.
Que fes cheveux foient parfumés d'effen
cesprécieufes; quefatête&foncol foient
ornés de guirlandes; offrez- vous aujour
II.Vol.
C
So MERCURE DE FRANCE.
d'hui fous cette parure , je ferai brûleren
votre honneur de l'encens, &je vous of
frirai des gâteaux faits de miel de Mople.
Pourvous , Meffala , mes vœux font que
votre poftérité , devenue nombreuſe ,
ajoute encore, par les actions , à la gloire
de fon auteur. Puiffiez-vous, arrivé à une
heureuſe vieillefle , vous voir environné
d'aimables enfans qui s'empreffent de
vous marquer leurs refpects! Les chemins
qui conduifent de Tufculanum à cet en
droit, qui eft l'ancien domaine de la ville
d'Albe, feront long-tems des témoigna
ges fenfibles de votre magnificence ; car
c'est par vos foins & par vos largeffes
qu'ont été raffemblés tous les matériaux
qui en allurent , avec beaucoup d'art, la
durée & la folidité. Le laboureur chan
tera vos louanges., lorfque fur le foir, re
venant de la ville, il fera fa route com
modément & fans fatigue. O fortuné
jour, qu'on doit encore long- tems célé
brer, reveneztoujours plus brillant
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135
p. 172-178
I.
Début :
Vues de Suisse, par M. Aberli. [...]
Mots clefs :
Vue, Suisse, Partie, Ville, Berne, Paysage, Spectacle, Rivière, Aar, Découvrir, Jean-Jacques Rousseau, Nature, Glacières, Île de Saint-Pierre, Johann Ludwig Aberli
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
I.
Vues de Suiffe , par M. Aberli,
Si les tableaux d'hiſtoire & les portraits
intéreſſent plus que les ſujets d'imagination&
les têtes de fantaiſie , il ſemble
auſſi qu'un payſage deſſiné d'après quelque
endroit connu & remarquable par luimême
, dont le ſite eſt d'ailleurs bien
choiſi , doit attacher davantage qu'un
payſage de pure invention. Le StAberli ,
A
1
FEVRIER. 1773. 173
Peintre Suifle , établi à Berne depuis
vingt- cinq ou trente ans , né avec un talent
décidé pour le payſage , a étudié avec
ſoin la belle nature , & la variété dont la
Suiſſe offre le ſpectacle aux yeux d'un artiſte
éclairé . Il n'eſt peut être aucun pays
qui préfente un ſi grand nombre de contraſtes
& d'oppoſitions pittoreſques de
tout ce que la nature a d'effrayant & d'agréable
, de fombre & de riant. On ne
pouvoit imaginer un projet plus heureux
que celui de donner au public une ſuite de
vues & de ſites intéreſſans , deſſinés ,
d'après nature , dans un goût auſſi neuf.
Ily a long- tems que les Anglois &lesAllemands
connoiffent les ouvrages du ſieur
Aberli , & les enlèvent avec empreſſemens
. Nous les jugeons dignes d'être con
nus en France . Ces vues ont été deſſinées
fur les lieux par l'auteur , gravées ſous
ſes yeux , & enluminées par lui même ,
avec un ſoin qui réunit l'agrément du
coloris avec la préciſiondu burin.
Première vue . La Ville de Berne du
côté du nord. La riviere de l'Aar baigne
les pieds de la colline fur laquelle cette
Ville eſt ſituée , & en fait une preſqu'iſle .
Dans le lointain on découvre au midi
une partie de la chaîne de hautes mon
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
tagnes , connues fous le nomde Gletscher,
ouglacieres,& qui ſe préſentent ici en amphithéâtre.
Leur prodigieuſe hauteur
trompe ſur leur diſtance , qui eſt de 20
lieues environ depuis leur pied juſqu'à
la Ville de Berne. Ce payſage eſt long de
13 pouces , haut de huit.
Deuxième vue. La ville de Berne ſous
un autre aſpect , qui n'en préſente qu'ané
petite partie. On voit la rivière de l'Aar
qui baigne les pieds de la ville au midi .
Même grandeur.
Troifiéme vue. Le château de Nidau ,
à l'embouchure de la Ticle, petite rivière
par laquelle le lac de Bienne ſe dégorge ,
&qui va fe réunir à l'Aar à une lieu de là.
Ce payfage riant & varié préſente le ſingulier
ſpectacle de quatre ſouverainetés ,
réunies fous ce point de vue , celle de
Berne , de l'Evêque de Baſle , Seigneur
de Bienne , de la Comté de Neufchatel
&du Canton de Fribourg, dont on découvre
une partie. Du milieu des eaux
on voit fortir une petite iſle , ſituée dans
la partie ſupérieure du lac , & qu'on découvre
à peine dans ce payſage. La fituation
en eſt charmante , & la nature l'a
rendue digne d'être comparée aux ifles
boromées. Elle nous rappelle les chagrins
1
FEVRIER . 1773 . 175
du célèbre Rouſſeau , qui , chaſſe de ſon
aſyle dans les montagnes de Neufchâtel ,
ſe refugia en ce lieu , où il cherchoit en
vain le repos & la tolérance. Singulière
deſtinée , qui après lui avoir fait courir
des vallons & des iſles écartées , finit par
lui faire enfin trouver ce repos tant defiré ,
où ? à Paris!
Ce tableau n'a que 2 pouces de long
fur 7 de large .
Quatriéme vue. Une partie de la ville
&du lac de Thoun. On voit la rivière
de l'Aar , qui après avoir pris naiſſance
dans un gletſcher ou glacière , voiſine des
ſources du Rhône , traverſe les lacs de
Brienz & celui de Thoun , baigne les
murs de cette ville , & continuant ſa
courſe rapide , conduit les barques en
deux heures de tems à la ville de Berne ,
par un eſpace de 7 lieues . Le tableau des
montagnes commence ici à ſe rapprocher
conſidérablement. Même grandeur que
le précédent.
Cinquiéme vue. Le village & le lac
de Brienz. Nous approchons toujours
davantage des grandes montagnes , dont
les ſommers ſont couverts d'une glace perpétuelle.
Dans le lointain on découvre
l'entrée du vallon hafle , traverſé dans
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
toute fa longueur par la rivière de l'Aar.
Largeur 13 pouces , hauteur 8 .
Sixiéme vue. Une partie du pays de
Hafle. Le devant du tableau préſente une
-haute montagne , qui fait la ſéparation de
ce vallon d'avec celui du Grindelwald où
font les glacières que les voyageurs vont
voir ordinairement. Derrière cette montagne
on découvre les ſommets de quelques
gletschers , qui méritent d'être vus ,
& qui le font de peu de voyageurs . Ceux
qui ont la curiofité de paſſer cette montagne
, jouiſſent ordinairement dans les
beaux jours d'été , d'un ſpectacle dont il
eſt difficile d'exprimer la majeſté. Vers le
milieu du jour , quand le ſoleil donne
fes rayons fur les glaces , qui ſe préſentent
à une lieue de distance vis à-vis du
voyageur , la chaleur venant à fondre une
partie des glaçons mêlés de neige durcie ,
en détache des maſles énormes , qui ſe
précipitant de rocher en rocher , & faifant
des bonds prodigieux , forment enfin
une caſcade que la réflexion des rayons
du foleil fait paroître ſemblable à un
ruiſſeau de métal en fonte. Ce ſpectacle
eſt annoncé quelques inſtans à l'avance ,
& fuivi d'un roulement ſemblable à celui
d'un tonnerre , qui font que les échos
FEVRIER. 17730 177.
des environs répètent & augmentent de
tout côté. Le voyageur étonné s'arrête, admire&
penſe en lui-même que ce ſpectacle
eft bien au-deſſus du plus beau feu
d'artifice & de la plus brillante machine
d'opéra. Même grandeur.
Septiéme vue. Une partie des glacières
du Grindelwald. Ce pays eſt déjà connu
par ſes eſtampes qui accompagnent la
deſcription des glacières de M. Grounes ,
ouvrage ſavant , traduit par M. de Keralio,
& dont les deſſeins font en partie
de M. Aberli . Hauteur 10 pouces to lignes
, largeur 8
Huitiéme vue. Les glacières du Lauterbrunen
avec la caſcade appelée Staubbach
, ou ruiſſeau en pouſſere. C'eſt ici
que l'art du Peintre eſt en défaut. Comment
rendre l'eau réduite en pouſſiere à
peine viſible , qui va ſe réunir en écumant
fur la plaine , & former de nouveau un
torrent rapide ? Même grandeur .
Nous ne pouvons qu'applaudir à l'heureux
crayon de M. Aberli , qui par un
artifice agréable a ſu inultiplier des payſages
intéreſſans pour tous les amateurs ,
non ſeulement de la peinture
auſſi ceux de l'hiſtoire naturelle ?
د
mais
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Il continue cette ſuite ,& va nous donner
des vues des environs du lac de Genève.
Vues de Suiffe , par M. Aberli,
Si les tableaux d'hiſtoire & les portraits
intéreſſent plus que les ſujets d'imagination&
les têtes de fantaiſie , il ſemble
auſſi qu'un payſage deſſiné d'après quelque
endroit connu & remarquable par luimême
, dont le ſite eſt d'ailleurs bien
choiſi , doit attacher davantage qu'un
payſage de pure invention. Le StAberli ,
A
1
FEVRIER. 1773. 173
Peintre Suifle , établi à Berne depuis
vingt- cinq ou trente ans , né avec un talent
décidé pour le payſage , a étudié avec
ſoin la belle nature , & la variété dont la
Suiſſe offre le ſpectacle aux yeux d'un artiſte
éclairé . Il n'eſt peut être aucun pays
qui préfente un ſi grand nombre de contraſtes
& d'oppoſitions pittoreſques de
tout ce que la nature a d'effrayant & d'agréable
, de fombre & de riant. On ne
pouvoit imaginer un projet plus heureux
que celui de donner au public une ſuite de
vues & de ſites intéreſſans , deſſinés ,
d'après nature , dans un goût auſſi neuf.
Ily a long- tems que les Anglois &lesAllemands
connoiffent les ouvrages du ſieur
Aberli , & les enlèvent avec empreſſemens
. Nous les jugeons dignes d'être con
nus en France . Ces vues ont été deſſinées
fur les lieux par l'auteur , gravées ſous
ſes yeux , & enluminées par lui même ,
avec un ſoin qui réunit l'agrément du
coloris avec la préciſiondu burin.
Première vue . La Ville de Berne du
côté du nord. La riviere de l'Aar baigne
les pieds de la colline fur laquelle cette
Ville eſt ſituée , & en fait une preſqu'iſle .
Dans le lointain on découvre au midi
une partie de la chaîne de hautes mon
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
tagnes , connues fous le nomde Gletscher,
ouglacieres,& qui ſe préſentent ici en amphithéâtre.
Leur prodigieuſe hauteur
trompe ſur leur diſtance , qui eſt de 20
lieues environ depuis leur pied juſqu'à
la Ville de Berne. Ce payſage eſt long de
13 pouces , haut de huit.
Deuxième vue. La ville de Berne ſous
un autre aſpect , qui n'en préſente qu'ané
petite partie. On voit la rivière de l'Aar
qui baigne les pieds de la ville au midi .
Même grandeur.
Troifiéme vue. Le château de Nidau ,
à l'embouchure de la Ticle, petite rivière
par laquelle le lac de Bienne ſe dégorge ,
&qui va fe réunir à l'Aar à une lieu de là.
Ce payfage riant & varié préſente le ſingulier
ſpectacle de quatre ſouverainetés ,
réunies fous ce point de vue , celle de
Berne , de l'Evêque de Baſle , Seigneur
de Bienne , de la Comté de Neufchatel
&du Canton de Fribourg, dont on découvre
une partie. Du milieu des eaux
on voit fortir une petite iſle , ſituée dans
la partie ſupérieure du lac , & qu'on découvre
à peine dans ce payſage. La fituation
en eſt charmante , & la nature l'a
rendue digne d'être comparée aux ifles
boromées. Elle nous rappelle les chagrins
1
FEVRIER . 1773 . 175
du célèbre Rouſſeau , qui , chaſſe de ſon
aſyle dans les montagnes de Neufchâtel ,
ſe refugia en ce lieu , où il cherchoit en
vain le repos & la tolérance. Singulière
deſtinée , qui après lui avoir fait courir
des vallons & des iſles écartées , finit par
lui faire enfin trouver ce repos tant defiré ,
où ? à Paris!
Ce tableau n'a que 2 pouces de long
fur 7 de large .
Quatriéme vue. Une partie de la ville
&du lac de Thoun. On voit la rivière
de l'Aar , qui après avoir pris naiſſance
dans un gletſcher ou glacière , voiſine des
ſources du Rhône , traverſe les lacs de
Brienz & celui de Thoun , baigne les
murs de cette ville , & continuant ſa
courſe rapide , conduit les barques en
deux heures de tems à la ville de Berne ,
par un eſpace de 7 lieues . Le tableau des
montagnes commence ici à ſe rapprocher
conſidérablement. Même grandeur que
le précédent.
Cinquiéme vue. Le village & le lac
de Brienz. Nous approchons toujours
davantage des grandes montagnes , dont
les ſommers ſont couverts d'une glace perpétuelle.
Dans le lointain on découvre
l'entrée du vallon hafle , traverſé dans
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
toute fa longueur par la rivière de l'Aar.
Largeur 13 pouces , hauteur 8 .
Sixiéme vue. Une partie du pays de
Hafle. Le devant du tableau préſente une
-haute montagne , qui fait la ſéparation de
ce vallon d'avec celui du Grindelwald où
font les glacières que les voyageurs vont
voir ordinairement. Derrière cette montagne
on découvre les ſommets de quelques
gletschers , qui méritent d'être vus ,
& qui le font de peu de voyageurs . Ceux
qui ont la curiofité de paſſer cette montagne
, jouiſſent ordinairement dans les
beaux jours d'été , d'un ſpectacle dont il
eſt difficile d'exprimer la majeſté. Vers le
milieu du jour , quand le ſoleil donne
fes rayons fur les glaces , qui ſe préſentent
à une lieue de distance vis à-vis du
voyageur , la chaleur venant à fondre une
partie des glaçons mêlés de neige durcie ,
en détache des maſles énormes , qui ſe
précipitant de rocher en rocher , & faifant
des bonds prodigieux , forment enfin
une caſcade que la réflexion des rayons
du foleil fait paroître ſemblable à un
ruiſſeau de métal en fonte. Ce ſpectacle
eſt annoncé quelques inſtans à l'avance ,
& fuivi d'un roulement ſemblable à celui
d'un tonnerre , qui font que les échos
FEVRIER. 17730 177.
des environs répètent & augmentent de
tout côté. Le voyageur étonné s'arrête, admire&
penſe en lui-même que ce ſpectacle
eft bien au-deſſus du plus beau feu
d'artifice & de la plus brillante machine
d'opéra. Même grandeur.
Septiéme vue. Une partie des glacières
du Grindelwald. Ce pays eſt déjà connu
par ſes eſtampes qui accompagnent la
deſcription des glacières de M. Grounes ,
ouvrage ſavant , traduit par M. de Keralio,
& dont les deſſeins font en partie
de M. Aberli . Hauteur 10 pouces to lignes
, largeur 8
Huitiéme vue. Les glacières du Lauterbrunen
avec la caſcade appelée Staubbach
, ou ruiſſeau en pouſſere. C'eſt ici
que l'art du Peintre eſt en défaut. Comment
rendre l'eau réduite en pouſſiere à
peine viſible , qui va ſe réunir en écumant
fur la plaine , & former de nouveau un
torrent rapide ? Même grandeur .
Nous ne pouvons qu'applaudir à l'heureux
crayon de M. Aberli , qui par un
artifice agréable a ſu inultiplier des payſages
intéreſſans pour tous les amateurs ,
non ſeulement de la peinture
auſſi ceux de l'hiſtoire naturelle ?
د
mais
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Il continue cette ſuite ,& va nous donner
des vues des environs du lac de Genève.
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Résumé : I.
Johann Ludwig Aberli, peintre suisse établi à Berne, est célèbre pour ses paysages dessinés d'après nature. La diversité des paysages suisses inspire abondamment son œuvre, déjà reconnue en Angleterre et en Allemagne. Aberli maîtrise toutes les étapes de création de ses œuvres, du dessin à la gravure en passant par l'enluminure, ce qui lui permet d'allier précision et harmonie des couleurs. Parmi ses vues notables, on trouve 'La Ville de Berne du côté du nord', qui montre la rivière Aar entourant la ville et les montagnes glacées des Gletschers au loin. 'La ville de Berne sous un autre aspect' présente une partie de la ville et la rivière Aar au sud. 'Le château de Nidau' illustre l'embouchure de la Ticle avec quatre souverainetés et une île évoquant les souvenirs de Jean-Jacques Rousseau. 'Une partie de la ville et du lac de Thoune' montre la rivière Aar traversant plusieurs lacs avant Berne. 'Le village et le lac de Brienz' est situé près de grandes montagnes couvertes de glace perpétuelle. 'Une partie du pays de Hasle' met en scène des montagnes, des glaciers et des cascades spectaculaires. Enfin, 'Les glacières du Grindelwald' et 'Les glacières du Lauterbrunnen', incluant la cascade Staubbach, sont également représentées. Aberli exécute ses œuvres avec un soin minutieux, offrant une représentation fidèle des paysages suisses. Il capture des scènes naturelles impressionnantes, comme l'eau se transformant en poussière presque invisible avant de former un torrent rapide. Ses dessins sont précieux pour les amateurs de peinture et d'histoire naturelle. Aberli prévoit de continuer à présenter des vues des environs du lac de Genève.
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136
p. 193-194
De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
Début :
On a reçu successivement le 2 & le 3 de ce mois deux exprès du Capitan-Bacha ; ils nous ont appris [...]
Mots clefs :
Constantinople, Capitan pacha, Flotte, Ville, Canons, Troupes
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texteReconnaissance textuelle : De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
De CONSTANTINOPLE le 7 Juillet.
ON a reçu fucceffivement le z & le 3 de ce mois
deux exprès du Capitan- Bacha ; ils nous ont appris
que le 25 du mois dernier , il étoit arrivé à Sinope
avec toute fa flotte , à l'exception d'un vailfeau
de 74 canons qui n'a pu le fuivre , & qui eft
rentré dans le canal pour réparer quelques dommages.
Les troupes raflemblées à Sinope & deftinées
à diverfes expéditions dans la Crimée & dans
ie Kuban , commençoient à s'embarquer au départ
du dernier courier . Le Capitan - Bacha avoit reçu
des nouvelles de la Péninfule où la Porte a toujours
un parti qui ne demande que d'être foutenu , & qui a
remporté dernièrement un avantage confidérable
dans le Kuban , & a chaffé de Taman tous les Tartares
qui tenoient pour Sahin Guéray. On fe propofe
de le feconder plus efficacement qu'on ne l'a
Fait jufqu'à préfent , & une petite flotte n'attend que
le vent favorable pour aller renforcer le Capitan-
Bacha ; elle eft compofée du vaiffeau de 74 canons
refté en arrière , de 2 frégates de 40 chacune , de 6
chébecs de 12 à 16 , & de 20 bâtimens de tranfport
chargés de vivres & de munitions de guerre. La pefte
continue fes ravages fur la flotte ; & nous apprenons
que l'Officier qui commande fous les ordres du Capitan
-Bacha , en a été la victime.
15 Septembre 1778.
I
( 194 )
La Crimée ne fera pas le feul théâtre des hoftilités
; on voit paffer journellement par cette Capitale
des corps de cavalerie & d'infanterie qui fe rendent
à Ifaccia & à Ifmaël : les chemins depuis cette
ville jufqu'à Ruffug font couverts de nos foldats
qui s'avançent du côté de Bender & de l'embouchure
du Danube : on ne porte pas à moins de 300 mille
hommes les troupes raffemblées fur nos frontières.
Elles laiffent par- tout fur leur paffage des marques
de leur barbarie que leurs chefs ne peuvent réprimer.
On mande de Ruffug que trois compagnies fè font
foulevées contre leur commandant qu'elles ont maffacré
& coupé en morceaux ; après cet acte d'atrocité
, elles le font divifées en plufieurs bandes &
infeftent les chemins. Comme la pefte eft parmi ces
brigands , ils la portent par- tout où ils s'étendent .
•
» Depuis la mort d'Abdulah , Bacha , écrit -on de
Bagdad , deux partis d'environ 5000 hommes préten
dent gouverner cette ville jufqu'à l'arrivée de Huffein
, Bacha de Mouffol & de Kerkout , nommé pour
remplacer ce Vifir ; l'un s'eft emparé de la citadelle
l'autre de la ville ; après quelques bombes , quelques
coups de canon tirés de part & d'autre , & divers
combats , chaque parti eft convenu de refter
tranquille jufqu'à ce que Huffein , Bacha , ſoit arrivé.
Baffora eft toujours au pouvoir des Perfans . Cette ville
autrefois floriffante , défolée par des maladies contagieufes
& par un long fiége , n'offre plus aujourd'hui
qu'un amas confus de maſures & de décombres , entouré
de marais fangeux & d'eaux croupiffantes « .
ON a reçu fucceffivement le z & le 3 de ce mois
deux exprès du Capitan- Bacha ; ils nous ont appris
que le 25 du mois dernier , il étoit arrivé à Sinope
avec toute fa flotte , à l'exception d'un vailfeau
de 74 canons qui n'a pu le fuivre , & qui eft
rentré dans le canal pour réparer quelques dommages.
Les troupes raflemblées à Sinope & deftinées
à diverfes expéditions dans la Crimée & dans
ie Kuban , commençoient à s'embarquer au départ
du dernier courier . Le Capitan - Bacha avoit reçu
des nouvelles de la Péninfule où la Porte a toujours
un parti qui ne demande que d'être foutenu , & qui a
remporté dernièrement un avantage confidérable
dans le Kuban , & a chaffé de Taman tous les Tartares
qui tenoient pour Sahin Guéray. On fe propofe
de le feconder plus efficacement qu'on ne l'a
Fait jufqu'à préfent , & une petite flotte n'attend que
le vent favorable pour aller renforcer le Capitan-
Bacha ; elle eft compofée du vaiffeau de 74 canons
refté en arrière , de 2 frégates de 40 chacune , de 6
chébecs de 12 à 16 , & de 20 bâtimens de tranfport
chargés de vivres & de munitions de guerre. La pefte
continue fes ravages fur la flotte ; & nous apprenons
que l'Officier qui commande fous les ordres du Capitan
-Bacha , en a été la victime.
15 Septembre 1778.
I
( 194 )
La Crimée ne fera pas le feul théâtre des hoftilités
; on voit paffer journellement par cette Capitale
des corps de cavalerie & d'infanterie qui fe rendent
à Ifaccia & à Ifmaël : les chemins depuis cette
ville jufqu'à Ruffug font couverts de nos foldats
qui s'avançent du côté de Bender & de l'embouchure
du Danube : on ne porte pas à moins de 300 mille
hommes les troupes raffemblées fur nos frontières.
Elles laiffent par- tout fur leur paffage des marques
de leur barbarie que leurs chefs ne peuvent réprimer.
On mande de Ruffug que trois compagnies fè font
foulevées contre leur commandant qu'elles ont maffacré
& coupé en morceaux ; après cet acte d'atrocité
, elles le font divifées en plufieurs bandes &
infeftent les chemins. Comme la pefte eft parmi ces
brigands , ils la portent par- tout où ils s'étendent .
•
» Depuis la mort d'Abdulah , Bacha , écrit -on de
Bagdad , deux partis d'environ 5000 hommes préten
dent gouverner cette ville jufqu'à l'arrivée de Huffein
, Bacha de Mouffol & de Kerkout , nommé pour
remplacer ce Vifir ; l'un s'eft emparé de la citadelle
l'autre de la ville ; après quelques bombes , quelques
coups de canon tirés de part & d'autre , & divers
combats , chaque parti eft convenu de refter
tranquille jufqu'à ce que Huffein , Bacha , ſoit arrivé.
Baffora eft toujours au pouvoir des Perfans . Cette ville
autrefois floriffante , défolée par des maladies contagieufes
& par un long fiége , n'offre plus aujourd'hui
qu'un amas confus de maſures & de décombres , entouré
de marais fangeux & d'eaux croupiffantes « .
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Résumé : De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
Le 7 juillet, le Capitan-Bacha arrive à Sinope avec sa flotte, sauf un vaisseau de 74 canons en réparation. Les troupes se préparent à des expéditions en Crimée et dans le Kouban. Une victoire loyale à la Porte a été remportée dans le Kouban contre les Tartares de Sahin Guéray. Une petite flotte, incluant le vaisseau réparé, deux frégates, six chébecs et vingt bâtiments de transport, attend un vent favorable pour rejoindre le Capitan-Bacha. La peste continue de sévir, notamment parmi les officiers. Le 15 septembre 1778, des troupes se déplacent vers Iffaca et Ismaïl, avec des soldats sécurisant les chemins jusqu'à Roussé et avançant vers Bender et l'embouchure du Danube. Environ 300 000 hommes montrent des comportements barbares. À Roussé, trois compagnies se révoltent, tuant leur commandant et se dispersant, propageant ainsi la peste. À Bagdad, après la mort d'Abdullah Bacha, deux factions de 5000 hommes chacune se disputent le pouvoir jusqu'à l'arrivée de Husein Bacha. Après des combats, elles acceptent de rester tranquilles. Bassora, sous contrôle persan, est dévastée par des maladies et un long siège, apparaissant comme un amas de ruines et de marais.
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137
p. 206-207
De RATISBONNE, le 24 Août.
Début :
La Cour de Vienne se donnne tous les mouvemens imaginables pour informer la validité de l'acte [...]
Mots clefs :
Ratisbonne, Empire, Ville, Empereur, Écus, Diète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 24 Août.
De RATISBON NE , le 24 Août.
LA Cour de Vienne fe doune tous les mouvemens
imaginables pour infirmer la validité de l'acte
de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron
de Borie vient de faire une démarche remarquable ,
qui tend au même but ; il a requis , par une lettre cir
culaire , les Monaftères de cette ville de faire dans
leurs archives , les recherches les plus exactes pour
conftater l'authenticité du ferment que l'Archiduc
doit avoir prêté en 1429 ; on a répandu depuis , que
ces perquifitions ont fervi à prouver que ce Prince
n'a point été à Ratisbonne dans l'année indiquée .
Quel que foit l'effet de cette découverte , plus ou
moins fondée , il eft certain que jufqu'ici la réfutation
qui avoit été annoncée par la Cour Impériale,
n'a pas encore été portée à la Diète , & vraiſemblablement
elle ne le fera pas de fi -tôt , puifque les
vacances caniculaires ont déjà commencé.
Le Miniftre Electoral de Mayence remit , le r
de ce mois , à la Diète , une lettre du Prince Evêque
de Spire. Il réclame la propriété de la ville & fortereffe
de Philipsbourg , dont le droit de défenſe &
de garnifon avoit été accordé à la France & enfuite
à l'Empereur & à l'Empire par tous les Traités , &
particulièrement par ceux de Munſter & de Rifwick.
Il forme auffi une prétention qu'il fait monter à
80,000 florins , pour des dépenfes que lui & fes prédéceffeurs
ont faites depuis 1710 , tant pour l'entretien
des fortifications que pour l'approvifionnement
de la garnifon , dépenfes qui , devant être faites
par l'Empereur & l'Empire , ne peuvent refter à fa
charge . En reprenant cette place , l'Empereur &
l'Empire feront déchargés des frais de fon entretien.
( 207 )
On mande de Drefde que les Etats de cet Electorat,
convoqués pour le 23 de ce mois , doivent délibérer
fur les points fuivans : 10. D'accorder pour les frais
de la guerre , à compter du 1 Octobre prochain, outre
les impôts actuels , 100,000 écus par mois . 2 ° . D'impofer
cette nouvelle charge , non- feulement fur les
bourgeois & les cultivateurs , mais auffi en grande
partie fur l'ordre équeftre , d'autant mieux que cet.
ordre étoit ci-devant tenu de fervir fous la bannière
de fon Seigneur . 3 ° . De continuer les fournitures néceffaires
& la levée des recrues. 4°. Au cas qu'il fût
abfolument impoffible de contribuer les 100,000 écus
par mois , de fufpendre provifionnellement , & pendant
la durée de la guerre , le tirage & le rembourſement
de la caifle de la fteuer & de celle de la
Chambre de crédit , tant à Leipfick qu'à Dreſde , &
d'en payer feulement les intérêts.
Le Cercle de Franconie vient de convoquer la tenue
de fa Dière à Nuremberg. On dit que fon objet eft
de confulter fur le parti que les Etats de ce Cercle
prendront aux affaires actuelles de l'Empire.
" Lorfque les 31 Officiers & 1160 foldats Autri
chiens faits prifonniers , arrivèrent ici le 19 , écriton
de Berlin , on s'eft empreffé de leur prodiguer ,
& fur- tout aux malades & aux bleffés , tous les fecours
poffibles. Les Officiers fe promènent librement
, fur leur parole , dans tous les quartiers de
la ville , & notre Commandant les a invités à la table;
les bourgeois ont fait une quête pour les foldats , &
ont rainaffé 2000 écus ; à leur arrivée , nos Braffeurs
leur envoyèrent plufieurs tonnes de bière ; d'autres
leur fournirent abondamment des rafraîchiffemens .
Plufieurs de ces prifonniers, touchés de ces bons trai
temens , ont pris parti volontairement dans les trou,
pes du Roi «.
LA Cour de Vienne fe doune tous les mouvemens
imaginables pour infirmer la validité de l'acte
de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron
de Borie vient de faire une démarche remarquable ,
qui tend au même but ; il a requis , par une lettre cir
culaire , les Monaftères de cette ville de faire dans
leurs archives , les recherches les plus exactes pour
conftater l'authenticité du ferment que l'Archiduc
doit avoir prêté en 1429 ; on a répandu depuis , que
ces perquifitions ont fervi à prouver que ce Prince
n'a point été à Ratisbonne dans l'année indiquée .
Quel que foit l'effet de cette découverte , plus ou
moins fondée , il eft certain que jufqu'ici la réfutation
qui avoit été annoncée par la Cour Impériale,
n'a pas encore été portée à la Diète , & vraiſemblablement
elle ne le fera pas de fi -tôt , puifque les
vacances caniculaires ont déjà commencé.
Le Miniftre Electoral de Mayence remit , le r
de ce mois , à la Diète , une lettre du Prince Evêque
de Spire. Il réclame la propriété de la ville & fortereffe
de Philipsbourg , dont le droit de défenſe &
de garnifon avoit été accordé à la France & enfuite
à l'Empereur & à l'Empire par tous les Traités , &
particulièrement par ceux de Munſter & de Rifwick.
Il forme auffi une prétention qu'il fait monter à
80,000 florins , pour des dépenfes que lui & fes prédéceffeurs
ont faites depuis 1710 , tant pour l'entretien
des fortifications que pour l'approvifionnement
de la garnifon , dépenfes qui , devant être faites
par l'Empereur & l'Empire , ne peuvent refter à fa
charge . En reprenant cette place , l'Empereur &
l'Empire feront déchargés des frais de fon entretien.
( 207 )
On mande de Drefde que les Etats de cet Electorat,
convoqués pour le 23 de ce mois , doivent délibérer
fur les points fuivans : 10. D'accorder pour les frais
de la guerre , à compter du 1 Octobre prochain, outre
les impôts actuels , 100,000 écus par mois . 2 ° . D'impofer
cette nouvelle charge , non- feulement fur les
bourgeois & les cultivateurs , mais auffi en grande
partie fur l'ordre équeftre , d'autant mieux que cet.
ordre étoit ci-devant tenu de fervir fous la bannière
de fon Seigneur . 3 ° . De continuer les fournitures néceffaires
& la levée des recrues. 4°. Au cas qu'il fût
abfolument impoffible de contribuer les 100,000 écus
par mois , de fufpendre provifionnellement , & pendant
la durée de la guerre , le tirage & le rembourſement
de la caifle de la fteuer & de celle de la
Chambre de crédit , tant à Leipfick qu'à Dreſde , &
d'en payer feulement les intérêts.
Le Cercle de Franconie vient de convoquer la tenue
de fa Dière à Nuremberg. On dit que fon objet eft
de confulter fur le parti que les Etats de ce Cercle
prendront aux affaires actuelles de l'Empire.
" Lorfque les 31 Officiers & 1160 foldats Autri
chiens faits prifonniers , arrivèrent ici le 19 , écriton
de Berlin , on s'eft empreffé de leur prodiguer ,
& fur- tout aux malades & aux bleffés , tous les fecours
poffibles. Les Officiers fe promènent librement
, fur leur parole , dans tous les quartiers de
la ville , & notre Commandant les a invités à la table;
les bourgeois ont fait une quête pour les foldats , &
ont rainaffé 2000 écus ; à leur arrivée , nos Braffeurs
leur envoyèrent plufieurs tonnes de bière ; d'autres
leur fournirent abondamment des rafraîchiffemens .
Plufieurs de ces prifonniers, touchés de ces bons trai
temens , ont pris parti volontairement dans les trou,
pes du Roi «.
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Résumé : De RATISBONNE, le 24 Août.
Le 24 août, la cour de Vienne conteste la validité de l'acte de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron de Borie a sollicité les monastères de Ratisbonne pour vérifier un serment prêté par l'Archiduc en 1429, mais les résultats ne sont pas encore présentés à la Diète en raison des vacances estivales. Le Ministre Electoral de Mayence a soumis à la Diète une lettre du Prince Évêque de Spire réclamant la propriété de la ville et forteresse de Philipsbourg et le remboursement de 80 000 florins. À Dresde, les États de l'Électorat doivent délibérer sur l'octroi de 100 000 écus mensuels pour les frais de guerre, leur imposition sur divers ordres sociaux, et la continuation des fournitures nécessaires. Le Cercle de Franconie a convoqué une assemblée à Nuremberg pour discuter des affaires actuelles de l'Empire. À Berlin, les prisonniers autrichiens, y compris les officiers et soldats, reçoivent des soins et des secours, certains soldats rejoignant même les troupes du Roi.
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138
p. 129-139
De PARIS, le 17 Décembre.
Début :
Les bruits de paix prochaine se soutiennent & se fortifient encore par les expressions [...]
Mots clefs :
Paris, Bureau, Nouvelles, Ville, Pauvres, Roi, Général, Anglais, Écrit, Jean-Michel Moreau, Vent, Marseille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 17 Décembre.
De PARIS , le 17 Décembre.
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
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Résumé : De PARIS, le 17 Décembre.
Le document du 17 décembre à Paris mentionne des rumeurs de paix entre l'Angleterre et les États-Unis, confirmées par le roi d'Angleterre. Les négociations avec les États-Unis sont conditionnées par un accord préalable avec la France. En Inde, M. de Suffren semble avoir l'avantage. Sa flotte pourrait être en mer, tandis que le comte de Buffy est en mission de négociation. Les Anglais, grâce à leurs établissements dans le Malabar, reçoivent des nouvelles plus rapidement. Une corvette royale a accosté en France avec le maréchal de camp Du Chilleau, et la frégate La Joséphine rapporte des préparatifs pour une expédition au Cap. Un bâtiment parlementaire avec des prisonniers français est arrivé à Saint-Malo depuis New York. Les dernières troupes pour l'Amérique ont quitté Brest le 8 décembre, et le comte d'Estaing est arrivé à Madrid le 22 novembre. À Paris, on espère une paix prochaine, mais les préparatifs militaires continuent à Cadix. Un officier, Gourgue, a résisté aux chaloupes anglaises et doit recevoir la Croix de Saint-Louis. À Amiens, des mesures ont été prises pour lutter contre la mendicité, réduisant ainsi le nombre de mendiants. À Marseille, un prix est offert pour le meilleur plan d'éducation. Une aurore boréale a été observée à La Rochelle le 7 novembre. En Provence, le vent de Mistral a causé des dégâts en octobre. Un édit royal de décembre 1782 crée dix millions de rentes perpétuelles pour financer les dépenses de guerre. Le document détaille également les modalités de délivrance et de gestion des titres financiers.
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