Résultats : 3 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 230-256
Description du Chasteau[,] des Peintures, des Jardins, & des Fontaines du Château de Marly, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain les Ambassadeurs allerent voir le Château de Marly. [...]
Mots clefs :
Peintures, Jardins, Fontaines, Château de Marly, Pavillons, Appartements, Pavillon, Pans, Marbre, Roi, Extraordinaire, Faces, Étage, Corniche, Toises, Magnifique, Parc, Chemin, Jardin, Plan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du Chasteau[,] des Peintures, des Jardins, & des Fontaines du Château de Marly, [titre d'après la table]
Lelendemain les Ambafſadeurstallerent
voir le Chabeteau
de Marly.onComme il
n'y a peut-être rien au monde
de d'une conftruction
nit culiere ly qui ſoit fi galant
vot& fi magnifique tout enfem-
( partieje
blejateroy que vous ferez
penbien-aifd d'en savoir une defagecriptions
Co Chaſteau qui
T
2:22 Suite du Voyage 20.5
tient au Parc de Verfailles ,
eſt renfermé dans un Parc
particulier fur le chemin de
Saint Germain, Ibeſti ſitué
dansun Vallon , au bout du
quel & par l'échapée de la
gorge on découvre leCha
iteau de Saint Germain& fes
environs : ce qui forme une
des plus bellesveues qu'on les
puiſſe imaginer Lalplus.con
ſiderable dépenſe de getre
Maiſon , a eſté dans Haccom
modement , qu'ila fallu faire
pour combler ce Tallon qui
efſtoit marécageux , pour don
ner de l'étonduc au Jardin ,
& pour faire un Plan auffi
:
des Amb. de Siam.
22534
e
extraordinaire qué celuy de
cette ſituatio.n La diftribu
tion du Plan eſt unique en
fon eſpece. On y arrive par
le chemin de Saint Germain ,
où il ſe repreſented'abord une
Court ronde del so toiſes
avec des Corps-de-gardes ,
Remiſes &Ecuries , dioù l'on
of apperçoit leChaſteau au bour
d'une longue Avenuë de irs.
toiſes de long , & de tot de
large fermée de murs de
chaque côté pour retenir les
terres de part & d'autre. Elle !
eſt plantes d'Arbres ,& le
CO
Co
Ho
rdin
ر
chemin eft pavé ,& de lA
2:24 Suite du Voyage
eft
venuënon deſcend à l'Avantcourt.
Le corps du Chaſteau
eft détaché de douze autres
Pavillons fix dechaque cô
tés qui ſont ſeparez les uns
des autres. Le plus gros Pavillon
, ou le Chaſteau
large de 21. toiſe en tout ſens,
&conſiſte en un grand corps
de baſtiment iſolé , dont les
quatre faces font égales. On
ymonte par des Perrons ceintrez
& à pans , qui regnent
au pourtour en deux repriſes.
L'étage au réz de chauffée eft
magnifique , & fa diſtribution
confifte en quatre veltibules
, un à chaque face , par
A
desAmb. de Siam.
225
兰
leſquels on entre dansun fallon
octogone. Ces quatre
veſtibules ſeparent quatre
grands Appartemens , appellez
les quatre Saifons , & y fervent
de communication. La
principale piece eſt le Sallon :
fs il eſt à huit pans , quatre
of grands & quatre petits. Il
eſt large de huit toiſes , &
( orné de ſeize pilaſtres d'ordre
ce Compoſite canelez , avec des
and ornemens. Dans les plus
grands pans font les portes
eed des veſtibules , & dans les
quatre petits pans font quatre
vell Statuës de Marbre antique
poſées ſur des piedeſtaux en P
T- iij
216 Suite du Voyage
faillies . Cét ordre, eft couronné
de fon entablement
d'une compoſition extraordinaire
, avec des conſoler.
Au doſſus eſtun Attique décoré
par autant de cariatides
en termes , qui ſe tenant avec
des guirlandes de fleurs , foulagent
d'une de leurs mains
l'entablement qu'elles portent
fur leurs têtes , & cet en
tablement n'est qu'une cor
niche architravée. Quatre
fenetres dans l'Attique éclairent
le fallon , au bas deſquel,
les en dedans & fur la corniche
compoſite ſont quatre
balcons ſoûtenus par des Aides
Amb. de Siam.
$227
al
a
gles. La voûte qui a la naiffance
du deſſus de la corniche
de l'Attique ,a huit pans
of par ſon Plan , qui vont ſe racorder
à une groſſe moûlure
ronde taillée d'un riche cordon
de fleurs qui fert de corniche
àune voûte ſpherique.
Tous les ornemens de ce ſallon
ſont de Stuc , travaillez
avec une grande propreté.
Du milieu de la voûte pend
un Lustre de criſtal de roche
d'une merveilleuſe grandeur.
Ila que fix àdſiexptpideedsldaregeh;auilteeſutrgafru-r
uny de pluſieurs rangs de branches
, & foutenu par un grand
pe
Ori
S
Tij
228 Suite do Voyage
tour ,
Aigle de criſtalà deux faces .
Huit autres Luftfes de moindre
grandeur pendent à l'ende
forte qu'outre ces
Luftres , les Girandoles qui
font fur les Gueridons devant
les pilaftres eſtant remplies de
lumieres , font un tres-brillant
effer lorſqu'elles font
jointes à celles des Luftres.
Les quatre veftibules font
plus longs que larges fur leur
profondeur , ayant quatre
toiſes ſur cinq & demie , &
font décorées d'Architecture
&de Sculpture,& de Buſtes de
Marbre portez fur des guaines.
Il y a dans chaque vef-
T
des Amb. de Siam.
229
tibule deux grandes tables de
Marbre précieux & deux
grands tableaux de Me de
Vandermulen de huit pieds
de long fur cinq à fix de haut,
qui reprefentent les Sieges
que le Roy a faits , & les
Villes que Sa Majefté a prifes
. Chacun de ces grands
Appartemens eft compofé de
trois pieces , antichambre ,
chambre & cabiner. L'étage
mau deſſus , auquel on monte
par deux eſcaliers , confifte
en quatre falles , une au mieu
de chaque façade. Elles
ont feize pieds de large , &
fervent d'antichambre à huit
lieu
:
14
Tv
230 Suite du Voyage
(
perits Appartemens, de douze
qu'ilya de deux pieces chacun.
A l'entour du dôme ou
fallon regne une terraſſe ofrogone
de douze pieds de
large, & de petits corridors
qui en ont fix. La décora
tion exterieure eſt de Peinture
à Freſque , à la maniere
d'Italie. L'ordonnance de
cette décoration eſt un grand
ordre Corinthien de pilaftres
des Marbre , n'ayant que la
corniche de relief pour couronner
la maſſe de l'Edifice.
Achaque façade un fronton
couronne l'avant-corps , qui
n'a de faillie apparente que
desAmb. de Siam.
231
de ce que les ombres de la Peinture
luy donnent. Entre les
croifées du rez de chauffée
odu premier étage font des bas
reliefs ,otrophées & devifes.
Lesiangles font ornez de
pierres de refand , parce que
fide pilastre estoit angulaire ,
la faillie des bafes& des cha
@piteaux paroiſtroit mutilée.
L'Edifice eft terminé par une
balluſtrade , & n'a point de
comble apparent. Toute la
Sculpture , les bafes , chapi
Eteaux & balüſtrades ſont de
o Bronze doré , & l'Architec
ture de Marbre de diverſe
t couleur. Les douze autres
232 Suite du Voyage
-Pavillons font décorez de
même, dontofix dont d'ordre
Jonique ; chaque Pavillon
contient deux Appartemens,
un par bas , & l'autre au pre
mier étage. Ils ont chacun
fix toiſes de face , diſtans l'un
de l'autre de trente-deux toifest
Outte ces treize Pavil
lons , il y en a deux à la droite
du Chaſteau qui regardent
le parterre ; dans l'un eſt la
Chapelle , décorée au dedans
de pilaftres d'ordre Corinthien
, & dans l'autre au rez
de chauffée est la Salle des
Gardes , au deſſus de laquelle
font des logemens pour les
des Amb. de Siam. 233
up
ns
X
Pa
Ja
are
el el
det
Co
au
alle
Officiers On a ajoûté depuis
peu à ces Pavillons deux
aifles, qui jointes à deux murs
en portion de cercle, forment
une avant- court de frente
cinq toiſes de diametre au
bas de la defcente de l'ave
nuë de l'autre côté ,& vis-à
vis ces deux Pavillons. Il y
en a doux autres de pareille
fimetric qui font partiendu
Baftiment , & qui compofent
les cuiſines & offices,ayant 30 .
toiſes de face , & renferment
une court pour cét suſage.
Ces Pavillons font décorezen
dehors comme ceux qu'ils
८
regardent & cachent tout ce
234 Suite da Voyage
Baſtiment , destiné ſeulement
aux uſages de ce Palais &
ces deux Pavillons fontjoints
par un mur où eſt pointe una
Perspective', qui fait un effet
ſurprenant. Elle eſt de Monfieur
Rouffeau. Tous ces Pas
villonstant les douze de
grandeur égale, que les autres
donton vient de parler , ſo
communiquent enſemble par
des berceaux de treillage do
quinze pieds de large , qui
formentune demie- Lune par
derriere le Chaftcau , dont
chaque portion circulaire termine
à un Pavillonoauſfic de
:
treillage. Comme le Jardin.
des Amb. de Siam.
235
eſt mêlé avec le Baſtiment ,
en forte que les Carroffes
n'entrent point au delà de la
grille entre les deux Pavil
lons au bas de la defcente ,
M il faut remarquer que la comest
poſition du Jardin eft auffi
e nouvelle , qu'extraordinaire ,
aud eftant des chûtes differentes
er, de terraffes retenuës parudes :
let glacis de gazon avec des
ag Arbres verds , comine Sapins,
Ifs , Piceas , &c. & l'on def
net cend de l'uno à d'autre par
d des Perrons de pierre d'une
juch grandeuri extraordinaire , &
ufli de diverſes figures. Les Par-
# terres no font formez que de
1
2365 Suite du Voyage
baffins de formes differentes ,
& ornez de pluſieurs jets
d'eau , entre lefquels le plus
confiderablebeſt celuy qui eft
derriere le Chafteau , dont le
jet s'élance plus de cent pieds.
Ce baffin en demib tunelan
38. toifes de larges fur 22. Les
baffins dub Parterrefontai
nombre de 70dont le pre
mier qui ſe preſente deviant
le grand rerron à 20. toiſes
fur 40 ayant trois ajets. Lel
plus grand baffin enllongueur
a 100. toifes far so & as
jets ; & le dernier baffin à
pansipar en bas à droites
fur 2 avec trois jets . Les
quatre
L
:
des Amb. de Siam. 237
10
le
ne
quatre autres font ronds,
dont deux petits au pied du
Chaſteau ont chacun 10. toifes
de diamettre , & ceux d'en
bas ronds auſh de 16. toifes
chacun. Les Terraſſes vont
toutes en pente ainſi que les
Pavillons , quoyque poſez de
niveau de même que les baffins
: de forte que de doin on
eft furpris de la ſcene.cxtraordinaire
des Bâtimens,desTerraffes
& des Baflins, qui ne
fe naiſent point les uns aux
Jautres, &aufquels le Bois de
la côte fait un fond avantato
geux qui détache rout Tou
vragen Le Barcode cette
TUR
Tin
V
238 Suite du Voyage
Maiſon eſt fermé d'un mur,
&traverſé par des Allées , les
unes de 8. & les autres de 6.
toiſes de large, qui donnent
des points de veuë , d'où l'on
découvre tantôt le Chaſteau,
&tantôt des grilles qui en
fermentadjentrée & pour
profiter des endroits que la
(ſituation a donnez , on a fait
des Boſquets de diverſes figures
dans les clairieres du
Bois. Laniclôture du Parc
renferme dengrands Refer-
Voins doritulel plus grand a
18000. toiſes de fuperficie ,
80deux petirs enſemble qui
font à côté du grand on
des Amb. de Siam: 239
1
ont 2000. Les trois Refervoirs
ont douze pieds d'eau.
Il y a encore deux autres Re
fervoirs plus grands, auſquels
on doit donner quelque for
me reguliere, La ſuperficie
de l'eau des premiers Refervoirs
eft plus haute que la
fuperficie du dernier baſſin
du Parterre de 33. toiſes ..
Outre les routes de traverſe
où l'on peut aller en Carroffe ,
il y en a encore d'autres le
long des murs de clôture
Ainfo ce Chasteau eſt d'antant
plus confiderable , que
la ſituation en eſt peu commune
, & la diſpoſition nouaidməl
li reino1i0dVol int
140 Suite du Voyage
velle: ce qui la rend unique
en ſon eſpece , & ce qui fait
voir le merveilleux génie de
Me Manſard qui en eſt l'Architecte
Celuy de Monfieur le
Brun a auffi beaucoup éclaté
en cette occafion , puiſque
fur ſes deſſeins & fous fa conduite
, on y à peint à freſque
en dehorsle grand Pavillon ,
ou le Pavillon du milieu , &
fix petis qui faccompagnent.
Ce grand Pavillon à quatre
faces comme les autres 3 &
fait voir le Palais du Soleil
Apollon paroift dans fon
Char dans les quatre frontons.
Dans le premier il ſemble
des Amb. de Siam. 241
fon Midy.
monter ſur l'horifon , pour
marquer le Soleil Levant.
Dans le ſecond , il eſt dans
i
Autroifiéme , il commendce
a pancher vers le Couchant.
C Dans le quarriéme , il finit
10 facarrierre &la Nuit le couvre
de ſon voile.
Tous lesbornemens des
quatre faces ont rapport au
Soleil. Яавирна 63
- Quatre autres de cesuravillons
fontornes d'Arch
tecture & Figures , qui ont
rapport aux quatre Sai-
; Viij
242 Suite du Voyage
1
Les deux autres font voir
ſimplement de l'architecture,
fans aucune fignification. Mr
Rouſſeau qui eſt tres-habile
pour l'Architecture & pour la
Perſpective , a travaillé luymême
au dehors de pluſieurs
autres Pavillons of the
Les Ambaſſadeurs, furent
furpris de trouver un nouveau
Palais preſque dans l'enceinte
de Verſailles , où fans
compter le Château qui en
pourroit faire pluſieurs enfemble
, ils avoient déja vu
Clagny, la Menagerie &Trianon.
Je ne parle point de
1
pluſieurs autres endroits du
des Amb. de Siam. 243
meſme Château , qui n'ont
pas moins coûté qu'auroient
fait des bâtimens deſtinez
pour le logement des plus
Opuiſſans Souverains. Ils adel
mirerent d'abord la conftruuction
toute nouvelle de ce
bâtiment , & aprés en avoir
fe examiné les terraſſes, les eaux
& les peintures , ils en virent
-tous les Appartemens, & furent
tavis d'y trouver la plus.
grande partie des Prelens.
squ'ils avoient apportez au
Roy de la part du Roy de
Siam leur Maître. Ils s'attacherent
beaucoup à confidever
les Tableaux de Monfieur
s
Dri
244 Suite du Voyage
Vandermeulen , dont je vous
ay déja parlé ; & ne pûrent
s'empêcher de marquer qu'ils
auroient bien de la joye d'en
avoir de pareils. Ils virent enfuite
les Appartemens de la
Cour, qui font deſtinez pour
ceux qui accompagnent le
Roy , lorſque Sa Majesté va
coucher à Marly. Il faut remarquer
que tous ces Appartemens
font non feulement
meublez , mais encore garnis
de tout ce que l'on peut s'iimaginer
de neceffaire aux
perſonnes de qualité qui doivent
coucher dans ce lieu-là ,
&le tout aux dépens duRoy ;
de
des Amb. de Siam .
245
et
de forte qu'en donnant la
clefà ceux qu'on y veut loqger
, ils n'ont beſoin de rien
d'avantage. Tout ce grand
foin roule fur Mr Bontemps ,
de dont la vigilance , l'exactitu
ez de & le grand ordre font
Les Ambaſſadeurs
et loüerent la magnifique bon
auté que le Roy avoit pour les
App Grands de fa Cour , & dirent
et qu'encore que Marly fust tout
git Royal , ils ne pouvoient s'empêel
cher de dire qu'il estoit auſſi tour
galant.
voir le Chabeteau
de Marly.onComme il
n'y a peut-être rien au monde
de d'une conftruction
nit culiere ly qui ſoit fi galant
vot& fi magnifique tout enfem-
( partieje
blejateroy que vous ferez
penbien-aifd d'en savoir une defagecriptions
Co Chaſteau qui
T
2:22 Suite du Voyage 20.5
tient au Parc de Verfailles ,
eſt renfermé dans un Parc
particulier fur le chemin de
Saint Germain, Ibeſti ſitué
dansun Vallon , au bout du
quel & par l'échapée de la
gorge on découvre leCha
iteau de Saint Germain& fes
environs : ce qui forme une
des plus bellesveues qu'on les
puiſſe imaginer Lalplus.con
ſiderable dépenſe de getre
Maiſon , a eſté dans Haccom
modement , qu'ila fallu faire
pour combler ce Tallon qui
efſtoit marécageux , pour don
ner de l'étonduc au Jardin ,
& pour faire un Plan auffi
:
des Amb. de Siam.
22534
e
extraordinaire qué celuy de
cette ſituatio.n La diftribu
tion du Plan eſt unique en
fon eſpece. On y arrive par
le chemin de Saint Germain ,
où il ſe repreſented'abord une
Court ronde del so toiſes
avec des Corps-de-gardes ,
Remiſes &Ecuries , dioù l'on
of apperçoit leChaſteau au bour
d'une longue Avenuë de irs.
toiſes de long , & de tot de
large fermée de murs de
chaque côté pour retenir les
terres de part & d'autre. Elle !
eſt plantes d'Arbres ,& le
CO
Co
Ho
rdin
ر
chemin eft pavé ,& de lA
2:24 Suite du Voyage
eft
venuënon deſcend à l'Avantcourt.
Le corps du Chaſteau
eft détaché de douze autres
Pavillons fix dechaque cô
tés qui ſont ſeparez les uns
des autres. Le plus gros Pavillon
, ou le Chaſteau
large de 21. toiſe en tout ſens,
&conſiſte en un grand corps
de baſtiment iſolé , dont les
quatre faces font égales. On
ymonte par des Perrons ceintrez
& à pans , qui regnent
au pourtour en deux repriſes.
L'étage au réz de chauffée eft
magnifique , & fa diſtribution
confifte en quatre veltibules
, un à chaque face , par
A
desAmb. de Siam.
225
兰
leſquels on entre dansun fallon
octogone. Ces quatre
veſtibules ſeparent quatre
grands Appartemens , appellez
les quatre Saifons , & y fervent
de communication. La
principale piece eſt le Sallon :
fs il eſt à huit pans , quatre
of grands & quatre petits. Il
eſt large de huit toiſes , &
( orné de ſeize pilaſtres d'ordre
ce Compoſite canelez , avec des
and ornemens. Dans les plus
grands pans font les portes
eed des veſtibules , & dans les
quatre petits pans font quatre
vell Statuës de Marbre antique
poſées ſur des piedeſtaux en P
T- iij
216 Suite du Voyage
faillies . Cét ordre, eft couronné
de fon entablement
d'une compoſition extraordinaire
, avec des conſoler.
Au doſſus eſtun Attique décoré
par autant de cariatides
en termes , qui ſe tenant avec
des guirlandes de fleurs , foulagent
d'une de leurs mains
l'entablement qu'elles portent
fur leurs têtes , & cet en
tablement n'est qu'une cor
niche architravée. Quatre
fenetres dans l'Attique éclairent
le fallon , au bas deſquel,
les en dedans & fur la corniche
compoſite ſont quatre
balcons ſoûtenus par des Aides
Amb. de Siam.
$227
al
a
gles. La voûte qui a la naiffance
du deſſus de la corniche
de l'Attique ,a huit pans
of par ſon Plan , qui vont ſe racorder
à une groſſe moûlure
ronde taillée d'un riche cordon
de fleurs qui fert de corniche
àune voûte ſpherique.
Tous les ornemens de ce ſallon
ſont de Stuc , travaillez
avec une grande propreté.
Du milieu de la voûte pend
un Lustre de criſtal de roche
d'une merveilleuſe grandeur.
Ila que fix àdſiexptpideedsldaregeh;auilteeſutrgafru-r
uny de pluſieurs rangs de branches
, & foutenu par un grand
pe
Ori
S
Tij
228 Suite do Voyage
tour ,
Aigle de criſtalà deux faces .
Huit autres Luftfes de moindre
grandeur pendent à l'ende
forte qu'outre ces
Luftres , les Girandoles qui
font fur les Gueridons devant
les pilaftres eſtant remplies de
lumieres , font un tres-brillant
effer lorſqu'elles font
jointes à celles des Luftres.
Les quatre veftibules font
plus longs que larges fur leur
profondeur , ayant quatre
toiſes ſur cinq & demie , &
font décorées d'Architecture
&de Sculpture,& de Buſtes de
Marbre portez fur des guaines.
Il y a dans chaque vef-
T
des Amb. de Siam.
229
tibule deux grandes tables de
Marbre précieux & deux
grands tableaux de Me de
Vandermulen de huit pieds
de long fur cinq à fix de haut,
qui reprefentent les Sieges
que le Roy a faits , & les
Villes que Sa Majefté a prifes
. Chacun de ces grands
Appartemens eft compofé de
trois pieces , antichambre ,
chambre & cabiner. L'étage
mau deſſus , auquel on monte
par deux eſcaliers , confifte
en quatre falles , une au mieu
de chaque façade. Elles
ont feize pieds de large , &
fervent d'antichambre à huit
lieu
:
14
Tv
230 Suite du Voyage
(
perits Appartemens, de douze
qu'ilya de deux pieces chacun.
A l'entour du dôme ou
fallon regne une terraſſe ofrogone
de douze pieds de
large, & de petits corridors
qui en ont fix. La décora
tion exterieure eſt de Peinture
à Freſque , à la maniere
d'Italie. L'ordonnance de
cette décoration eſt un grand
ordre Corinthien de pilaftres
des Marbre , n'ayant que la
corniche de relief pour couronner
la maſſe de l'Edifice.
Achaque façade un fronton
couronne l'avant-corps , qui
n'a de faillie apparente que
desAmb. de Siam.
231
de ce que les ombres de la Peinture
luy donnent. Entre les
croifées du rez de chauffée
odu premier étage font des bas
reliefs ,otrophées & devifes.
Lesiangles font ornez de
pierres de refand , parce que
fide pilastre estoit angulaire ,
la faillie des bafes& des cha
@piteaux paroiſtroit mutilée.
L'Edifice eft terminé par une
balluſtrade , & n'a point de
comble apparent. Toute la
Sculpture , les bafes , chapi
Eteaux & balüſtrades ſont de
o Bronze doré , & l'Architec
ture de Marbre de diverſe
t couleur. Les douze autres
232 Suite du Voyage
-Pavillons font décorez de
même, dontofix dont d'ordre
Jonique ; chaque Pavillon
contient deux Appartemens,
un par bas , & l'autre au pre
mier étage. Ils ont chacun
fix toiſes de face , diſtans l'un
de l'autre de trente-deux toifest
Outte ces treize Pavil
lons , il y en a deux à la droite
du Chaſteau qui regardent
le parterre ; dans l'un eſt la
Chapelle , décorée au dedans
de pilaftres d'ordre Corinthien
, & dans l'autre au rez
de chauffée est la Salle des
Gardes , au deſſus de laquelle
font des logemens pour les
des Amb. de Siam. 233
up
ns
X
Pa
Ja
are
el el
det
Co
au
alle
Officiers On a ajoûté depuis
peu à ces Pavillons deux
aifles, qui jointes à deux murs
en portion de cercle, forment
une avant- court de frente
cinq toiſes de diametre au
bas de la defcente de l'ave
nuë de l'autre côté ,& vis-à
vis ces deux Pavillons. Il y
en a doux autres de pareille
fimetric qui font partiendu
Baftiment , & qui compofent
les cuiſines & offices,ayant 30 .
toiſes de face , & renferment
une court pour cét suſage.
Ces Pavillons font décorezen
dehors comme ceux qu'ils
८
regardent & cachent tout ce
234 Suite da Voyage
Baſtiment , destiné ſeulement
aux uſages de ce Palais &
ces deux Pavillons fontjoints
par un mur où eſt pointe una
Perspective', qui fait un effet
ſurprenant. Elle eſt de Monfieur
Rouffeau. Tous ces Pas
villonstant les douze de
grandeur égale, que les autres
donton vient de parler , ſo
communiquent enſemble par
des berceaux de treillage do
quinze pieds de large , qui
formentune demie- Lune par
derriere le Chaftcau , dont
chaque portion circulaire termine
à un Pavillonoauſfic de
:
treillage. Comme le Jardin.
des Amb. de Siam.
235
eſt mêlé avec le Baſtiment ,
en forte que les Carroffes
n'entrent point au delà de la
grille entre les deux Pavil
lons au bas de la defcente ,
M il faut remarquer que la comest
poſition du Jardin eft auffi
e nouvelle , qu'extraordinaire ,
aud eftant des chûtes differentes
er, de terraffes retenuës parudes :
let glacis de gazon avec des
ag Arbres verds , comine Sapins,
Ifs , Piceas , &c. & l'on def
net cend de l'uno à d'autre par
d des Perrons de pierre d'une
juch grandeuri extraordinaire , &
ufli de diverſes figures. Les Par-
# terres no font formez que de
1
2365 Suite du Voyage
baffins de formes differentes ,
& ornez de pluſieurs jets
d'eau , entre lefquels le plus
confiderablebeſt celuy qui eft
derriere le Chafteau , dont le
jet s'élance plus de cent pieds.
Ce baffin en demib tunelan
38. toifes de larges fur 22. Les
baffins dub Parterrefontai
nombre de 70dont le pre
mier qui ſe preſente deviant
le grand rerron à 20. toiſes
fur 40 ayant trois ajets. Lel
plus grand baffin enllongueur
a 100. toifes far so & as
jets ; & le dernier baffin à
pansipar en bas à droites
fur 2 avec trois jets . Les
quatre
L
:
des Amb. de Siam. 237
10
le
ne
quatre autres font ronds,
dont deux petits au pied du
Chaſteau ont chacun 10. toifes
de diamettre , & ceux d'en
bas ronds auſh de 16. toifes
chacun. Les Terraſſes vont
toutes en pente ainſi que les
Pavillons , quoyque poſez de
niveau de même que les baffins
: de forte que de doin on
eft furpris de la ſcene.cxtraordinaire
des Bâtimens,desTerraffes
& des Baflins, qui ne
fe naiſent point les uns aux
Jautres, &aufquels le Bois de
la côte fait un fond avantato
geux qui détache rout Tou
vragen Le Barcode cette
TUR
Tin
V
238 Suite du Voyage
Maiſon eſt fermé d'un mur,
&traverſé par des Allées , les
unes de 8. & les autres de 6.
toiſes de large, qui donnent
des points de veuë , d'où l'on
découvre tantôt le Chaſteau,
&tantôt des grilles qui en
fermentadjentrée & pour
profiter des endroits que la
(ſituation a donnez , on a fait
des Boſquets de diverſes figures
dans les clairieres du
Bois. Laniclôture du Parc
renferme dengrands Refer-
Voins doritulel plus grand a
18000. toiſes de fuperficie ,
80deux petirs enſemble qui
font à côté du grand on
des Amb. de Siam: 239
1
ont 2000. Les trois Refervoirs
ont douze pieds d'eau.
Il y a encore deux autres Re
fervoirs plus grands, auſquels
on doit donner quelque for
me reguliere, La ſuperficie
de l'eau des premiers Refervoirs
eft plus haute que la
fuperficie du dernier baſſin
du Parterre de 33. toiſes ..
Outre les routes de traverſe
où l'on peut aller en Carroffe ,
il y en a encore d'autres le
long des murs de clôture
Ainfo ce Chasteau eſt d'antant
plus confiderable , que
la ſituation en eſt peu commune
, & la diſpoſition nouaidməl
li reino1i0dVol int
140 Suite du Voyage
velle: ce qui la rend unique
en ſon eſpece , & ce qui fait
voir le merveilleux génie de
Me Manſard qui en eſt l'Architecte
Celuy de Monfieur le
Brun a auffi beaucoup éclaté
en cette occafion , puiſque
fur ſes deſſeins & fous fa conduite
, on y à peint à freſque
en dehorsle grand Pavillon ,
ou le Pavillon du milieu , &
fix petis qui faccompagnent.
Ce grand Pavillon à quatre
faces comme les autres 3 &
fait voir le Palais du Soleil
Apollon paroift dans fon
Char dans les quatre frontons.
Dans le premier il ſemble
des Amb. de Siam. 241
fon Midy.
monter ſur l'horifon , pour
marquer le Soleil Levant.
Dans le ſecond , il eſt dans
i
Autroifiéme , il commendce
a pancher vers le Couchant.
C Dans le quarriéme , il finit
10 facarrierre &la Nuit le couvre
de ſon voile.
Tous lesbornemens des
quatre faces ont rapport au
Soleil. Яавирна 63
- Quatre autres de cesuravillons
fontornes d'Arch
tecture & Figures , qui ont
rapport aux quatre Sai-
; Viij
242 Suite du Voyage
1
Les deux autres font voir
ſimplement de l'architecture,
fans aucune fignification. Mr
Rouſſeau qui eſt tres-habile
pour l'Architecture & pour la
Perſpective , a travaillé luymême
au dehors de pluſieurs
autres Pavillons of the
Les Ambaſſadeurs, furent
furpris de trouver un nouveau
Palais preſque dans l'enceinte
de Verſailles , où fans
compter le Château qui en
pourroit faire pluſieurs enfemble
, ils avoient déja vu
Clagny, la Menagerie &Trianon.
Je ne parle point de
1
pluſieurs autres endroits du
des Amb. de Siam. 243
meſme Château , qui n'ont
pas moins coûté qu'auroient
fait des bâtimens deſtinez
pour le logement des plus
Opuiſſans Souverains. Ils adel
mirerent d'abord la conftruuction
toute nouvelle de ce
bâtiment , & aprés en avoir
fe examiné les terraſſes, les eaux
& les peintures , ils en virent
-tous les Appartemens, & furent
tavis d'y trouver la plus.
grande partie des Prelens.
squ'ils avoient apportez au
Roy de la part du Roy de
Siam leur Maître. Ils s'attacherent
beaucoup à confidever
les Tableaux de Monfieur
s
Dri
244 Suite du Voyage
Vandermeulen , dont je vous
ay déja parlé ; & ne pûrent
s'empêcher de marquer qu'ils
auroient bien de la joye d'en
avoir de pareils. Ils virent enfuite
les Appartemens de la
Cour, qui font deſtinez pour
ceux qui accompagnent le
Roy , lorſque Sa Majesté va
coucher à Marly. Il faut remarquer
que tous ces Appartemens
font non feulement
meublez , mais encore garnis
de tout ce que l'on peut s'iimaginer
de neceffaire aux
perſonnes de qualité qui doivent
coucher dans ce lieu-là ,
&le tout aux dépens duRoy ;
de
des Amb. de Siam .
245
et
de forte qu'en donnant la
clefà ceux qu'on y veut loqger
, ils n'ont beſoin de rien
d'avantage. Tout ce grand
foin roule fur Mr Bontemps ,
de dont la vigilance , l'exactitu
ez de & le grand ordre font
Les Ambaſſadeurs
et loüerent la magnifique bon
auté que le Roy avoit pour les
App Grands de fa Cour , & dirent
et qu'encore que Marly fust tout
git Royal , ils ne pouvoient s'empêel
cher de dire qu'il estoit auſſi tour
galant.
Fermer
Résumé : Description du Chasteau[,] des Peintures, des Jardins, & des Fontaines du Château de Marly, [titre d'après la table]
Le texte relate la visite des ambassadeurs de Siam au château de Marly, situé sur le chemin de Saint-Germain. Le château, réputé pour sa magnificence et son élégance, est entouré d'un vallon offrant une vue splendide sur le château de Saint-Germain. Sa construction a nécessité des dépenses considérables pour assécher un terrain marécageux et aménager le jardin. Le château se compose d'un corps central de 21 toises de large, flanqué de douze pavillons séparés. Le rez-de-chaussée est somptueusement décoré, avec un grand salon octogonal orné de pilastres et de statues antiques. La voûte de ce salon est richement décorée et illuminée par des lustres de cristal. Les vestibules et les appartements sont également magnifiquement ornés, avec des tables de marbre et des tableaux représentant les victoires du roi. L'extérieur du château est embelli par des peintures à fresque et des sculptures en bronze doré. Les terrasses et les bassins d'eau ajoutent à la beauté du site. Le jardin, intégré au bâtiment, présente des chutes d'eau, des terrasses et des bassins de formes variées. Le parc est clôturé par des murs et des allées, offrant des points de vue sur le château et les grilles d'entrée. Les ambassadeurs ont été impressionnés par la construction novatrice et la décoration du château, ainsi que par les appartements meublés et prêts à accueillir des personnes de qualité. Ils ont particulièrement admiré les tableaux de Vandermeulen et les prévenances du roi. Par ailleurs, les ambassadeurs notent que tout est prêt pour les accueillir, sans nécessiter de préparation supplémentaire. La vigilance, l'exactitude et le grand ordre sont attribués à Monsieur Bontemps. Ils louent également la magnifique bonté du roi envers les Grands de sa cour et le caractère à la fois royal et galant de Marly.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 2319-2325
FESTES données dans la Ville de Tours, pour la Convalescence du Roi.
Début :
IL n'y a aucune Ville qui ait témoigné plus de joye pour la Convalescence du Roi, que celle de [...]
Mots clefs :
Roi, Convalescence, Lampions, Fête, Abbaye, Peuple, Joie, Te Deum, Ville, Feu, Magnifique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTES données dans la Ville de Tours, pour la Convalescence du Roi.
2320 MERCURE DE FRANCE.
Roi , aux deux côtés duquel on avoit placé deux
Palmes d'une grandeur & d'une étenduë proportionnées
, qui jettoient un feu & un éclat admirables.
Des Guirlandes de feu , ſemées de Lampions , en
forme de Diamans , régnoient tout le long de cet
Edifice ; d'autres , de même eſpece , ténoient ſufendus
au milieu de chaque Croiſée & de chaque Porte
, des Luftres de Lampions.
Au-deſſus des Croiſées du rez- de-chauffée , deux
rangs de lumieres , avec des Pots à feu , formoient
une magnifique Balustrade. A l'endroit le plus éminent
du Palais Abbatial , on avoit élevé un grand
Soleil , parfaitement éclairé , avec ces mots au-deffous,
en très-gros Caractéres , garnis de Lampions,
SERENITAS RESTITUTA , CONVALESCENTE REGE ,
de forte qu'on pouvoit les lire de plus de 300 pas.
Tous les Bâtimens qui environnent le Palais Abbatial
, pour être illuminés dans un autre goût , n'en
étoient pas moins éclatans. On y liſoit dans pluſieurs
endroits ces mots VIVE LE Ror , & ceux- ci La-
TITIA PURA .
Le long des Terraſſes , & dans pluſieurs endroits
du Jardin, on avoit placé beaucoup de groſſes Terrines.
Enfin on n'a tien négligé pour rendre cette
Fête digne du Souverain pour qui elle étoit deſtinée.
Flle fut annoncée par le carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye, puis precédée & fuivie d'une
décharge d'un grand nombre de Boëtes. Jamais la
joye ne fut plus grande, depuis les plus jeunes Penfionnaires
juſqu'aux plus graves Religieuſes , toutes
en donnerent les marques les plus touchantes.
La fituation de l'Abbaye de Beaumont, qui eft ervironnée
de Ponts & de Levées , permettant à la
vûë de découvrir une grande partie de ſon intérieur,
donna lieu à un grand concours de monde . En effer
le Peuple de la Ville accourut en foule des endroits
les
OCTOBRE.
1744. 2321
les plus éloignés , pour participer à la joye que l'on
faiſoit éclater pour la Convalescence du Roi .
Notre grand Prélat & M. L'Intendant , ſuivirent
cet exemple , & bien-tôt les Fêtes devinrent géné-
Tales. Les réjoniſſances de M. l'Intendant commenrent
le Dimanche 13 Septembre. Il y eut une illumination
magnifique & très -bien entenduë, & un Souper
, où M. l'Archevêque ſe trouva. Il y avoit cinq
tables differentes, qui faisoient plus de 140 couverts,
toutes ſervies avec beaucoup de délicateffe & de
profufion. Le ſouper fut fuivi d'un Bal. Le Peuple
ne fut point oublié , on fit dreffer dans les cours
plufieurs tables , qui toutes retentiſſoient d'acclamations
de VIVE LE ROI , & le Peuple danſa toute
la nuit. On ne décrira point la magnificence des
feux& des illuminations ; c'eſt M. de Bayeux , In .
génieur de la Province & connu par ſes talens , qui
en avoit donné le Plan ; il ſuffira de dire que le ſuc.
cès furpaſſa l'attente , & l'on attendoit d'autant plus
du zéle de M.l'Intendant ,qu'il ne ceſſe point d'en
marquer la vivacité dans toutes les parties de l'Adminiſtration
, dont il eſt chargé , ſurtout dans une
application fans relâche à rétablir les Manufactures
& à rendre la Ville de Tours auſſi floriſſante qu'elle
l'a été autrefois .
Le Dimanche ſuivant 20 du même mois , M. l'Archevêque
fu chanter dans ſa Cathédrale un Te Deum,
qui dès la veille fut annoncé par le ſon de toutes les
Cloches , & peut- être n'est- il pas dans le Royaume
unt plus belle ſonnerie. La Muſique du Te Deum
fut trouvée parfaite& très bien exécutée. Elle étoit
de la compofition du Sr du Luc. L'Auteur , déja diftingué
par d'autres Morceaux en ce genre,remplis
l'idée qu'on avoit de ſa capacité ,& foutint parfaitement
la réputation qu'il s'eſt faite à Paris par les
Piéces qu'il a données aux Concerts Spirituels . Les
Hv Com2322
MERCURE DE FRANCE.
Compagnies de Ville y aſſiſterent en habits de cérémonie.
Jamais on ne vit une ſi grande affluence
de Peuple.
Ily eut au Palais Archiepifcopal un Feu de joye,
tunetrès-belle illumination & un grand fouper pour
tout le Chapitre & autres perſonnes , ce qui forma
deux grandes tables, de 30 couverts chacune. Dans
la cour de l'Archevêché & dans la Place qui eſt auprès
, couloient des Fontaines de vin pour le Peuple.
Tout répondoit à la grandeur de celui pour qui
ſe faifoit la Fête , & à la générofité de celui qui la
donnoit. Le Prélat , admirable en tout , mais particulierement
par ſa bonté , fit diſtribuer des aumônes
confidérables , paroiſſant toujours avec cet air de
grandeur & d'affabilité , qui lui concilie le reſpect
&la tendre confiance des Peuples:
Toute la Bordure du Bâtiment , qui eft d'úne très
grande longueur , & toutes les Croiſées , étoient
éclairées par pluſieurs milliers de Lampions , depuis
le haut juſqu'au bas ; on s'attacha pour ce Deſlein
àl'Ordre d'Architecture , que l'on fuivit exactement.
A la face de la premiere cour à droite , paroiffoient
en differens endroits les Armes de S M. éclairées
de quantité de Lampions: Deux mille Terrines,
poſées avec art , tant en-dedans qu'en - dehors , répandoient
laplus grande clarté ; tout le Portail&&
les Bâtimens contigus , étoient illuminés avec le
même goût.
Vers les onze heures du foir , on tirale Feu d'ar
tifice , élevé dans le Jardin ſur un Amphithéatre
très ſpacieux.
Sur les Piliers de cet Amphithéatre s'élevoient
cinquante groffes Gerbes, qui jettoient un feuétonnant,
& finiffoient par un bruit ſemblable à celui du
canon. On voyoit dans un grand Baffin du Jardin
deux
OCTOBRE. 1744. 2323
deux Soleils tournans , qui au milieu de l'eau , faifoient
un très-bel effet. Cinquante groſſesGerbes ,
fuivies d'une Chaſſe de plus de soo Plongeons, qui
fortoient de l'eau & ſe répandoient fur tout le Parterre
, formoient un ſpectacle auſſi agréable que fingulier.
Sut la Terraffe de l'Archevêché parurent
pluſieurs Gerbes à fix quarts , & dans le même inftant
ſuivirent trois décharges de 300 Sauciffons , qui
imitoient le bruit du canon . Dans toute la Charmille
du Parterre on avoit diſtribué avec ordre 200
Pots à feu , qui jettoient chacun plus de 60 pieds en
ferpenteaux. Tout a été exécuté par le Sr Courſon
Artificier du Roi.
>
Les Réjouiſſances de la Ville ſe firent le même
jour. On ne trouva-point de ſituation plus propre
pour l'illumination , que la Maiſon des PP . Capu
eins. Il eſt impoſſible en effet de ſe repréſenter com
bien le coup d'oeil étoit frappant. La Maiſon de ces
PP. dont les foins ne contribuerent paspeu à l'embelliſſement
de la Fête , eſt parfaitement bien ſituée.
Elle domine toute la Ville,& étant placée au-deſſus
des bords enchantés de la Loire, elle offroit le plus
magnifique ſpectacle. Il y eut plufieurs décharges
de l'Artillerie, & la Ville traita enſuite les Capucins .
Les Particuliers ne montrerent pas moins de vivacité,&
l'empreſſement à célebrer le rétabliſſement
de la ſanté du Roi fut unanime. Le Corps des Marchands
fit chanter un Te Deum , illumina fon Bu
reau , & diftribus d'abondantės aumônes . Les Marchands
Fabriquans firent le lendemain la même choſe.
Tous fans diftinction , marquoient un égal defir
de fignaler leur zéle pour la Pertonne de notre Mo:
narque , & jamais on n'a mieux vu combien cet attachement
eſt gravé dans tous les coeurs Ge qu'on
ne doit pas oublier fur tout , ce font les aumônes.
LePrélat avoit donné l'exemple ,& il fut ſuivi .
Hvj
Les
2324 MERCURE DE FRANCE .
Les PP. Jéſuites donnerent un repas à tous les
Pauvres de la Ville qui ſe préſenterent. Mad. de
Chezelles , dont la Pieté releve encore la Naiſſance,
&connue par ſa grande charité ſous le nom de la
Mere des Prisonniers , chargée des libéralités de
M. l'Archevêque , alla porter la joye juſques dans
les Priſons , & on peut dire que la ſanté du plus
grand des Rois , a fait entrer l'allegreſſe dans les
Lieux condamnés aux larmes & à l'horreur. Il fembloit
que tous les coeurs ne fuflent alors capables
que de ſentimens de plaifir.
Il n'eſt ni Ville , ni Bourg, ni Village, ni Hameau
dans toute la Touraine , qui n'ait ſuivi l'exemple de
laVille Capitale .
Dans l'Abbaye de Cormery , les Peres Bénédictins
, tant en leur nom , qu'en celui de M. de Vaubrun
, leur Abbé , dont tout le monde connoît & le
mérite & l'eſprit , ont donné une Fête , qui mérite
de tenir fa place dans cette Relation.
Le Samedi au foir , 10 Octobre, la Fête fut annoncée
par pluſieurs décharges de l'Artillerie de la
Ville , qui fut ſuivie du ſon des cloches de l'Abbaye.
Le Dimanche ſur les cinq heures du foir , les Religieux
en Chappes , accompagnés de tout le Clergé
de la Ville , fuivis des Officiers de la Jurifdiction ,
tous les Habitans ſous les armes , fe rendirent dans
l'Egliſe de cette Abbaye. Plus de 2000 Lampions
en compartimens , dont les uns formoient des feftons
de fleurs , les autres compofoient differens Emblêmes
à la gloire du Roi , préſentoient un coup
d'oeil des plus brillants. Du hout du Frontifpice de
l'Eglife fortoit un Soleil plein de lumieres , dont
les rayons étoient ménagés avec tant d'art , qu'ils
ne ſe réüniffoient que pour faire briller les Armes
du Roi , autour deſquelles on liſoit , LUCET ET
ORNAT; plus bas le préſentoiens les Armes de M
de
OCTOBRE. 1744. 2325
de Vaubrun , Abbé de Cormery , avec celles de
l'Abbaye , qui étoient décorées d'une infinité de
Lampions. Le grand Autel étoit tout illuminé ; la
Décoration du Sanctuaire étoit formée de Lam.
pions , qui repréſentoient en gros Caractéres cette
Inſcription : QUEM PLANXIT AMOR , EI GRATU
LATUR AMOR. Tout le Choeur des Religieux n'offroit
aux yeux que des VIVA LE ROI.
A la premiere ſalve , le R. P. Prieur précedé du
Maître de Cérémonie , monta ſur un Trône parfemé
de Fleursde Lis , & entonna le Te Deum , qui fut
chanté à trois Choeurs . On fit enſuite défiler la Milice
Bourgeoife , au bruit des Tambours & Violons.
Les Religieux en Chappes, précedés de leur Clergé,
marchoient deux à deux , pour ſe rendre dans la
Place deſtinée pour allumer le Feu de joye.. Le
Prieur , avec quatre Religieux des plus anciens ,
y mit le feu , ce qui fut ſuivi de pluſieurs décharges
d'Artillerie. Tout retentiſſoit des acclamations
& des cris de joye du Peuple , à qui l'on
diftribucit fans meſure des vivres de differentes efpeces
, pendant que deux Fontaines de Vin cou-
Loient avec abondance.
La Fête fut terminée par un beau Feu d'artifice,
de la compofition du St Courſon.
Roi , aux deux côtés duquel on avoit placé deux
Palmes d'une grandeur & d'une étenduë proportionnées
, qui jettoient un feu & un éclat admirables.
Des Guirlandes de feu , ſemées de Lampions , en
forme de Diamans , régnoient tout le long de cet
Edifice ; d'autres , de même eſpece , ténoient ſufendus
au milieu de chaque Croiſée & de chaque Porte
, des Luftres de Lampions.
Au-deſſus des Croiſées du rez- de-chauffée , deux
rangs de lumieres , avec des Pots à feu , formoient
une magnifique Balustrade. A l'endroit le plus éminent
du Palais Abbatial , on avoit élevé un grand
Soleil , parfaitement éclairé , avec ces mots au-deffous,
en très-gros Caractéres , garnis de Lampions,
SERENITAS RESTITUTA , CONVALESCENTE REGE ,
de forte qu'on pouvoit les lire de plus de 300 pas.
Tous les Bâtimens qui environnent le Palais Abbatial
, pour être illuminés dans un autre goût , n'en
étoient pas moins éclatans. On y liſoit dans pluſieurs
endroits ces mots VIVE LE Ror , & ceux- ci La-
TITIA PURA .
Le long des Terraſſes , & dans pluſieurs endroits
du Jardin, on avoit placé beaucoup de groſſes Terrines.
Enfin on n'a tien négligé pour rendre cette
Fête digne du Souverain pour qui elle étoit deſtinée.
Flle fut annoncée par le carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye, puis precédée & fuivie d'une
décharge d'un grand nombre de Boëtes. Jamais la
joye ne fut plus grande, depuis les plus jeunes Penfionnaires
juſqu'aux plus graves Religieuſes , toutes
en donnerent les marques les plus touchantes.
La fituation de l'Abbaye de Beaumont, qui eft ervironnée
de Ponts & de Levées , permettant à la
vûë de découvrir une grande partie de ſon intérieur,
donna lieu à un grand concours de monde . En effer
le Peuple de la Ville accourut en foule des endroits
les
OCTOBRE.
1744. 2321
les plus éloignés , pour participer à la joye que l'on
faiſoit éclater pour la Convalescence du Roi .
Notre grand Prélat & M. L'Intendant , ſuivirent
cet exemple , & bien-tôt les Fêtes devinrent géné-
Tales. Les réjoniſſances de M. l'Intendant commenrent
le Dimanche 13 Septembre. Il y eut une illumination
magnifique & très -bien entenduë, & un Souper
, où M. l'Archevêque ſe trouva. Il y avoit cinq
tables differentes, qui faisoient plus de 140 couverts,
toutes ſervies avec beaucoup de délicateffe & de
profufion. Le ſouper fut fuivi d'un Bal. Le Peuple
ne fut point oublié , on fit dreffer dans les cours
plufieurs tables , qui toutes retentiſſoient d'acclamations
de VIVE LE ROI , & le Peuple danſa toute
la nuit. On ne décrira point la magnificence des
feux& des illuminations ; c'eſt M. de Bayeux , In .
génieur de la Province & connu par ſes talens , qui
en avoit donné le Plan ; il ſuffira de dire que le ſuc.
cès furpaſſa l'attente , & l'on attendoit d'autant plus
du zéle de M.l'Intendant ,qu'il ne ceſſe point d'en
marquer la vivacité dans toutes les parties de l'Adminiſtration
, dont il eſt chargé , ſurtout dans une
application fans relâche à rétablir les Manufactures
& à rendre la Ville de Tours auſſi floriſſante qu'elle
l'a été autrefois .
Le Dimanche ſuivant 20 du même mois , M. l'Archevêque
fu chanter dans ſa Cathédrale un Te Deum,
qui dès la veille fut annoncé par le ſon de toutes les
Cloches , & peut- être n'est- il pas dans le Royaume
unt plus belle ſonnerie. La Muſique du Te Deum
fut trouvée parfaite& très bien exécutée. Elle étoit
de la compofition du Sr du Luc. L'Auteur , déja diftingué
par d'autres Morceaux en ce genre,remplis
l'idée qu'on avoit de ſa capacité ,& foutint parfaitement
la réputation qu'il s'eſt faite à Paris par les
Piéces qu'il a données aux Concerts Spirituels . Les
Hv Com2322
MERCURE DE FRANCE.
Compagnies de Ville y aſſiſterent en habits de cérémonie.
Jamais on ne vit une ſi grande affluence
de Peuple.
Ily eut au Palais Archiepifcopal un Feu de joye,
tunetrès-belle illumination & un grand fouper pour
tout le Chapitre & autres perſonnes , ce qui forma
deux grandes tables, de 30 couverts chacune. Dans
la cour de l'Archevêché & dans la Place qui eſt auprès
, couloient des Fontaines de vin pour le Peuple.
Tout répondoit à la grandeur de celui pour qui
ſe faifoit la Fête , & à la générofité de celui qui la
donnoit. Le Prélat , admirable en tout , mais particulierement
par ſa bonté , fit diſtribuer des aumônes
confidérables , paroiſſant toujours avec cet air de
grandeur & d'affabilité , qui lui concilie le reſpect
&la tendre confiance des Peuples:
Toute la Bordure du Bâtiment , qui eft d'úne très
grande longueur , & toutes les Croiſées , étoient
éclairées par pluſieurs milliers de Lampions , depuis
le haut juſqu'au bas ; on s'attacha pour ce Deſlein
àl'Ordre d'Architecture , que l'on fuivit exactement.
A la face de la premiere cour à droite , paroiffoient
en differens endroits les Armes de S M. éclairées
de quantité de Lampions: Deux mille Terrines,
poſées avec art , tant en-dedans qu'en - dehors , répandoient
laplus grande clarté ; tout le Portail&&
les Bâtimens contigus , étoient illuminés avec le
même goût.
Vers les onze heures du foir , on tirale Feu d'ar
tifice , élevé dans le Jardin ſur un Amphithéatre
très ſpacieux.
Sur les Piliers de cet Amphithéatre s'élevoient
cinquante groffes Gerbes, qui jettoient un feuétonnant,
& finiffoient par un bruit ſemblable à celui du
canon. On voyoit dans un grand Baffin du Jardin
deux
OCTOBRE. 1744. 2323
deux Soleils tournans , qui au milieu de l'eau , faifoient
un très-bel effet. Cinquante groſſesGerbes ,
fuivies d'une Chaſſe de plus de soo Plongeons, qui
fortoient de l'eau & ſe répandoient fur tout le Parterre
, formoient un ſpectacle auſſi agréable que fingulier.
Sut la Terraffe de l'Archevêché parurent
pluſieurs Gerbes à fix quarts , & dans le même inftant
ſuivirent trois décharges de 300 Sauciffons , qui
imitoient le bruit du canon . Dans toute la Charmille
du Parterre on avoit diſtribué avec ordre 200
Pots à feu , qui jettoient chacun plus de 60 pieds en
ferpenteaux. Tout a été exécuté par le Sr Courſon
Artificier du Roi.
>
Les Réjouiſſances de la Ville ſe firent le même
jour. On ne trouva-point de ſituation plus propre
pour l'illumination , que la Maiſon des PP . Capu
eins. Il eſt impoſſible en effet de ſe repréſenter com
bien le coup d'oeil étoit frappant. La Maiſon de ces
PP. dont les foins ne contribuerent paspeu à l'embelliſſement
de la Fête , eſt parfaitement bien ſituée.
Elle domine toute la Ville,& étant placée au-deſſus
des bords enchantés de la Loire, elle offroit le plus
magnifique ſpectacle. Il y eut plufieurs décharges
de l'Artillerie, & la Ville traita enſuite les Capucins .
Les Particuliers ne montrerent pas moins de vivacité,&
l'empreſſement à célebrer le rétabliſſement
de la ſanté du Roi fut unanime. Le Corps des Marchands
fit chanter un Te Deum , illumina fon Bu
reau , & diftribus d'abondantės aumônes . Les Marchands
Fabriquans firent le lendemain la même choſe.
Tous fans diftinction , marquoient un égal defir
de fignaler leur zéle pour la Pertonne de notre Mo:
narque , & jamais on n'a mieux vu combien cet attachement
eſt gravé dans tous les coeurs Ge qu'on
ne doit pas oublier fur tout , ce font les aumônes.
LePrélat avoit donné l'exemple ,& il fut ſuivi .
Hvj
Les
2324 MERCURE DE FRANCE .
Les PP. Jéſuites donnerent un repas à tous les
Pauvres de la Ville qui ſe préſenterent. Mad. de
Chezelles , dont la Pieté releve encore la Naiſſance,
&connue par ſa grande charité ſous le nom de la
Mere des Prisonniers , chargée des libéralités de
M. l'Archevêque , alla porter la joye juſques dans
les Priſons , & on peut dire que la ſanté du plus
grand des Rois , a fait entrer l'allegreſſe dans les
Lieux condamnés aux larmes & à l'horreur. Il fembloit
que tous les coeurs ne fuflent alors capables
que de ſentimens de plaifir.
Il n'eſt ni Ville , ni Bourg, ni Village, ni Hameau
dans toute la Touraine , qui n'ait ſuivi l'exemple de
laVille Capitale .
Dans l'Abbaye de Cormery , les Peres Bénédictins
, tant en leur nom , qu'en celui de M. de Vaubrun
, leur Abbé , dont tout le monde connoît & le
mérite & l'eſprit , ont donné une Fête , qui mérite
de tenir fa place dans cette Relation.
Le Samedi au foir , 10 Octobre, la Fête fut annoncée
par pluſieurs décharges de l'Artillerie de la
Ville , qui fut ſuivie du ſon des cloches de l'Abbaye.
Le Dimanche ſur les cinq heures du foir , les Religieux
en Chappes , accompagnés de tout le Clergé
de la Ville , fuivis des Officiers de la Jurifdiction ,
tous les Habitans ſous les armes , fe rendirent dans
l'Egliſe de cette Abbaye. Plus de 2000 Lampions
en compartimens , dont les uns formoient des feftons
de fleurs , les autres compofoient differens Emblêmes
à la gloire du Roi , préſentoient un coup
d'oeil des plus brillants. Du hout du Frontifpice de
l'Eglife fortoit un Soleil plein de lumieres , dont
les rayons étoient ménagés avec tant d'art , qu'ils
ne ſe réüniffoient que pour faire briller les Armes
du Roi , autour deſquelles on liſoit , LUCET ET
ORNAT; plus bas le préſentoiens les Armes de M
de
OCTOBRE. 1744. 2325
de Vaubrun , Abbé de Cormery , avec celles de
l'Abbaye , qui étoient décorées d'une infinité de
Lampions. Le grand Autel étoit tout illuminé ; la
Décoration du Sanctuaire étoit formée de Lam.
pions , qui repréſentoient en gros Caractéres cette
Inſcription : QUEM PLANXIT AMOR , EI GRATU
LATUR AMOR. Tout le Choeur des Religieux n'offroit
aux yeux que des VIVA LE ROI.
A la premiere ſalve , le R. P. Prieur précedé du
Maître de Cérémonie , monta ſur un Trône parfemé
de Fleursde Lis , & entonna le Te Deum , qui fut
chanté à trois Choeurs . On fit enſuite défiler la Milice
Bourgeoife , au bruit des Tambours & Violons.
Les Religieux en Chappes, précedés de leur Clergé,
marchoient deux à deux , pour ſe rendre dans la
Place deſtinée pour allumer le Feu de joye.. Le
Prieur , avec quatre Religieux des plus anciens ,
y mit le feu , ce qui fut ſuivi de pluſieurs décharges
d'Artillerie. Tout retentiſſoit des acclamations
& des cris de joye du Peuple , à qui l'on
diftribucit fans meſure des vivres de differentes efpeces
, pendant que deux Fontaines de Vin cou-
Loient avec abondance.
La Fête fut terminée par un beau Feu d'artifice,
de la compofition du St Courſon.
Fermer
3
p. 184-191
COPIE de la Lettre de M. le Ch. P***, à M. le Ch. S**, à Malte le 27 Octobre.
Début :
Depuis que j'habite notre Rocher, mon cher Chevalier, je vous ai souvent [...]
Mots clefs :
Roi, Grand maître, Charles de Tubières de Caylus, Escadre, Vaisseaux, Commandant, Magnifique, Te Deum, Illumination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre de M. le Ch. P***, à M. le Ch. S**, à Malte le 27 Octobre.
COPIE de la Lettre de M. le Ch. P ***
àM. le Ch. S ** , à Malte le 27 Octobre .
Depuisque
j'habite notre Rocher , mon
cher Chevalier , je vous ai ſouvent
écrit que je n'avois rien à mander , fur tout
à un habitant de Paris ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui , écoutez -moi.
L'Eſcadre du Roi , commandée par le
Chevalier de Caylus , parut devant Malte
le premier Octobre & nous apprit à la fois
la maladie & la convalefcence du Roi ; le
danger fit fur nous une impreflion que la
nouvelle de fon rétabliſſement n'effaçoit
pas ; nous eûmes beſoin des affurances pofitives
qui nous vinrent de tous les côtés de
fon entiere guériſon pour refpirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
, nous ne laiſſions pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmes de joye que
nous répandions.
On ne penſa plus qu'à remercier Dieu , &
à faire éclater ſa reconnoiſſance.
Les Trois Langues de France en Corps &
le Bailly du Bocage , chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter ſéparéi
:
NOVEMBRE. 1744. 185
ment des Te Deum , aufquels le Grand Maî
tre aſſiſta dans l'Egliſe de S. Jean à l'iſſue
d'une grandeMeſſe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'eſt chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus ; il n'avoit rien négligé
comme vous le verrez , pour ſignaler
fon zéle & fon attachement pour le Roi ;
aufli il s'en eft acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique , du moins
je vous aflûre qu'on n'avoit jamais rien vû
de pareil àMalte.
L'Eſcadre du Chevalier de Caylus , compoſée
de cinq Vaiſſeaux , & à laquelle ſe
joignit un fixiéme Vaiſſeau François , commandé
par le Comte de Vaudreuil , entra
dans le Port le 19 , & la fête fut indiquée
au 26 ; le 25 au matin , les Vaiſſeaux furent
pavoiſés & parés de flames & de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Na-.
tions ; au Soleil couchant , le Commandant
fit une ſalve de 21 coups de canon , & les
s autres Vaiſſeaux une de 19 chacun ; quand
la nuit fut venuë , les Navires parurent abſolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées ; tout étoit formé par des
lumieres ; ces fix Batimens placés avantageuſement
dans le Port & brillans de tous
les côtés , produifurent le plus beau coup
186 MERCURE DE FRANCE.
d'oeil que l'on puiffe imaginer , pendant
deux heures que dura cette ſuperbe illumination
.
Le 26 au lever du Soleil , ces Vaiſſeaux
parurent pavoiſés comme ils l'avoient été la
veille , ſans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumieres ; ce
fut alors qu'une décharge générale de la
mouſqueterie , fuivie d'un falut de 21 coups
duCommandant& de 19 des autres Vaifſeaux
avertit toute la Ville de la fêre
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
les fenêtres & les terraſſes ſur le Port furent
remplies d'un monde infini ; le peuple
couvroit le môle & les baſtions dans l'attente
du Te Deum qui devoit ſe chanter ſur.
le Vaiſſeau Commandant , & de l'illumination
qui devoit le ſuivre , mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs ,
c'étoit le Grand Maître , qui a fait en cette
occaſion ce qu'aucun de ſes prédéceſſeurs
n'a pratiqué ; jamais il n'y en a eu qui ait
été viſiter ſes propres Vaiſſeaux , encore
moins qui ſoit monté fur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignoroit
par cet article de l'étiquette , ne laiſſa pas
d'aller à la tête des Capitaines& des Officiersde
ſon Eſcadre , prier ſon Eminence
d'honorer la fête de ſa préſence ; le Grand
Maître charmé de témoigner ſa vénération
NOVEMBRE. 1744. 187
pour le Roi , oublia les uſages les plus anciennement
établis ; il fortit à quatre heures
& demie de fon Palais , précédé de tous les
Chevaliers qui font à Malte & fuivi de
preſque tous les Grand'Croix , des Baillifs
& des Seigneurs du Conſeil des differentes
Nations. Environné de cette Cour refpectable
, il vint à pied juſques à la Marine ;
tous les canots de l'Eſcadre allerent au- devant
du Grand - Maître , qu'une ſuperbe
Gondole attendoit &dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix
& fon grand Ecuyer en habit de cérémonie
; les principaux Officiers du Palais également
en habits de cérémonie , le précédoient
dans une autre Gondole . Les Chevaliers
avoient rempli les canots & tous les
petits bâtimens que le Commandant avoit
fait trouver au mole. Le Grand-Maître vo
guoit lentement au bruit des tymbales &
trompettes,& les Vaifleaux François devant
leſquels il paſſa , le ſaluerent de ſept Vivé
le Roi.
Quand fon Alteſſe fut arrivée au Commandant
, elle trouva fur une eſpéce de perron
que l'on avoit ajouté au pied de la
grande échelle , tous les Capitaines de l'Efcadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
il donna le bras au Grand- Maître & l'aida a
monter , tandis que les équipages faifoient
و
188 MERCURE DEFRANCE.
retentir l'air de cris redoublés de Vive le
Roi. Son Eminence trouva au haut de l'échelletes
troupes ſous les armes , & fut faluée
par leurs Officiers ; elle paſſa ſur le
gaillard , où les Officiers de la Compagnie
des Gardes de la Marine la faluerent également
; quarante de ces Mrs étoient ſous les
armes ; ils les préſenterent avec tant de grace
que le Grand-Maître en fut charmé ; il
s'arrêta quelques momens pour voir & admirer
cette jeune nobleſſe , dont pluſieurs
fontde notre Ordre , enfuite le Grand-Maî
tre entra dans la chambre du Conſeil , à la
porte de laquelle un Garde Marine étoit en
faction l'épée nuë ; ſon Eminence s'aflit fur
un fauteiiil placé ſur un tapis de pied ; tous
lesGrand'Croix étoient affis autour de lui ;
une décharge de moufqueterie fut le ſignal
d'une ſalve générale de toute l'artillerie
des Vaiſſeaux ; S. E. après quelques momens
d'une converſation polie & agréable, voulut
viſiter l'intérieur du Vaiſſeau ; tout y étoit
diſpoſé comme pour le combat ; le Grand-
Maître alla par tout , examina & parut charmé
de l'ordre &de la propreté de ce beau
Navire , il vint enfuite ſur le Gaillard & fe
plaça fous unDais qu'on lui avoit preparé à
Tribord. Ce Gaillard formoit alors un falon
magnifique , au fond duquel les Gardes de
la Marine étoient ſous les armes , & deux
• NOVEMBRE . 1744. 189
de ces Mrs étoient en faction aux côtés du .
Dais ; les Grand'Croix étoient affis , & les
Chevaliers avec les Officiers de l'Eſcadre
étoient debout. Le Pere de Leſpinaffe , Jefuite
, Aumônier du Commandant , vint à
la tête des Aumôniers de l'Eſcadre complimenter
le Grand Maître , avant que de lui
preſenter l'Eau-Bénite , enſuite il alla devant
un Autel richement paré , & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Muſique de Malte , que le Chevalier de
Caylus avoit placée ſur la Dunette.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent , on avoit placé le
Portrait du Roi . Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier , l'effet que cette
vûë produifit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étions aſſemblés , c'étoit pour lui que
nous venions intéreſſer le Ciel ; nos coeurs
en furent remués ; les differentes Nations
qui étoient avec nous , s'en apperçûrent&
convinrent que jamais aucune Nation n'a
aimé ſon Roi comme les François aiment le
leur. Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raifonde cet amour fi tendre & fi vif ; voici
celle que nous trouvames ; je crois que c'eſt
la véritable , du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
fentimens. Toutes les Nations , même les
plus fidelles , ne voyent que leur Maître
190 MERCURE DE FRANCE.
dans la perſonne de leur Roi , les François
vont plus loin , ils y voyent un Pere , auquel
ils doivent tout , & un ami pour lequel
ils mourroient. Ces Mrs avouerent
qu'il falloir que cela fut ainſi , pour furprendre
les François dans les mouvemens
involontaires de crainte ou de triſteſſe dont
on voitbien qu'ils ne ſont pas les Maîtres ,
d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quandles prieres furent finies , le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conſeil
où le Commandant lui ſervit lui-même des
rafraîchiſſemens ; on en préſenta à tous les
Seigneurs , parmi leſquels étoit l'Evêque
deMalte & le Prieur de l'Eglife ; ces deux
Prélats ont affifté à toutes les prieres qu'on
a fait pour le Roi , & ſe ſont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit
l'objet.
Tous les Officiers s'approcherent auſſi de
ſon Eminence ; ce Prince les reçut avec une
politeffe & un air de fatisfaction , qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par ſa préſence ; il fit donner
75 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage ; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher , au premier Pilote & au
premier Canonnier; enfin au coucher du Soleil
, leGrandMaître parût fortir à regret
du Vaiſſeau ; il fut conduit avec les mêmes
NOVEMBRE.
1744. 191
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à deſcendre & à entrer
dans ſaGondole;à peine fut-elle débordée,
qu'une ſalve générale d'artillerie &demoufqueterie
ſe fit entendre.
Le Grand- Maître , pour ne rien perdre
de cette fête , vint débarquer à ſon jardin
de la Marine , dont il avoit fait illuminer le
beau ſalon , pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaiſſeaux dont il n'avoit
pû joüir: la veille & ce jour-là tout
concourut à luidonner un magnifique ſpectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans ſon jardin , S. E. retourna ſur les neuf
heures à ſon Palais , mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fourniſloit cette brillante Eſcadre , ce Prince
paſſa à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Caſtille ; ſa Cour étoit un
peu moins nombreuſe qu'en arrivant à fon
jardin ; 70 Chevaliers ou Baillifs de diffe
rentes Nations qui l'avoient ſuivi, revinrent
au Vaiſſeau du Chevalier de Caylus , où il
les attendoit avec le plus grand & le plus
magnifique ſouper , qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere , les vins
précieux & la Muſique firent durer jufqu'au
jour un ſouper qui lui ſeul eut été
une fête magnifique.
àM. le Ch. S ** , à Malte le 27 Octobre .
Depuisque
j'habite notre Rocher , mon
cher Chevalier , je vous ai ſouvent
écrit que je n'avois rien à mander , fur tout
à un habitant de Paris ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui , écoutez -moi.
L'Eſcadre du Roi , commandée par le
Chevalier de Caylus , parut devant Malte
le premier Octobre & nous apprit à la fois
la maladie & la convalefcence du Roi ; le
danger fit fur nous une impreflion que la
nouvelle de fon rétabliſſement n'effaçoit
pas ; nous eûmes beſoin des affurances pofitives
qui nous vinrent de tous les côtés de
fon entiere guériſon pour refpirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
, nous ne laiſſions pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmes de joye que
nous répandions.
On ne penſa plus qu'à remercier Dieu , &
à faire éclater ſa reconnoiſſance.
Les Trois Langues de France en Corps &
le Bailly du Bocage , chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter ſéparéi
:
NOVEMBRE. 1744. 185
ment des Te Deum , aufquels le Grand Maî
tre aſſiſta dans l'Egliſe de S. Jean à l'iſſue
d'une grandeMeſſe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'eſt chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus ; il n'avoit rien négligé
comme vous le verrez , pour ſignaler
fon zéle & fon attachement pour le Roi ;
aufli il s'en eft acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique , du moins
je vous aflûre qu'on n'avoit jamais rien vû
de pareil àMalte.
L'Eſcadre du Chevalier de Caylus , compoſée
de cinq Vaiſſeaux , & à laquelle ſe
joignit un fixiéme Vaiſſeau François , commandé
par le Comte de Vaudreuil , entra
dans le Port le 19 , & la fête fut indiquée
au 26 ; le 25 au matin , les Vaiſſeaux furent
pavoiſés & parés de flames & de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Na-.
tions ; au Soleil couchant , le Commandant
fit une ſalve de 21 coups de canon , & les
s autres Vaiſſeaux une de 19 chacun ; quand
la nuit fut venuë , les Navires parurent abſolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées ; tout étoit formé par des
lumieres ; ces fix Batimens placés avantageuſement
dans le Port & brillans de tous
les côtés , produifurent le plus beau coup
186 MERCURE DE FRANCE.
d'oeil que l'on puiffe imaginer , pendant
deux heures que dura cette ſuperbe illumination
.
Le 26 au lever du Soleil , ces Vaiſſeaux
parurent pavoiſés comme ils l'avoient été la
veille , ſans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumieres ; ce
fut alors qu'une décharge générale de la
mouſqueterie , fuivie d'un falut de 21 coups
duCommandant& de 19 des autres Vaifſeaux
avertit toute la Ville de la fêre
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
les fenêtres & les terraſſes ſur le Port furent
remplies d'un monde infini ; le peuple
couvroit le môle & les baſtions dans l'attente
du Te Deum qui devoit ſe chanter ſur.
le Vaiſſeau Commandant , & de l'illumination
qui devoit le ſuivre , mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs ,
c'étoit le Grand Maître , qui a fait en cette
occaſion ce qu'aucun de ſes prédéceſſeurs
n'a pratiqué ; jamais il n'y en a eu qui ait
été viſiter ſes propres Vaiſſeaux , encore
moins qui ſoit monté fur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignoroit
par cet article de l'étiquette , ne laiſſa pas
d'aller à la tête des Capitaines& des Officiersde
ſon Eſcadre , prier ſon Eminence
d'honorer la fête de ſa préſence ; le Grand
Maître charmé de témoigner ſa vénération
NOVEMBRE. 1744. 187
pour le Roi , oublia les uſages les plus anciennement
établis ; il fortit à quatre heures
& demie de fon Palais , précédé de tous les
Chevaliers qui font à Malte & fuivi de
preſque tous les Grand'Croix , des Baillifs
& des Seigneurs du Conſeil des differentes
Nations. Environné de cette Cour refpectable
, il vint à pied juſques à la Marine ;
tous les canots de l'Eſcadre allerent au- devant
du Grand - Maître , qu'une ſuperbe
Gondole attendoit &dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix
& fon grand Ecuyer en habit de cérémonie
; les principaux Officiers du Palais également
en habits de cérémonie , le précédoient
dans une autre Gondole . Les Chevaliers
avoient rempli les canots & tous les
petits bâtimens que le Commandant avoit
fait trouver au mole. Le Grand-Maître vo
guoit lentement au bruit des tymbales &
trompettes,& les Vaifleaux François devant
leſquels il paſſa , le ſaluerent de ſept Vivé
le Roi.
Quand fon Alteſſe fut arrivée au Commandant
, elle trouva fur une eſpéce de perron
que l'on avoit ajouté au pied de la
grande échelle , tous les Capitaines de l'Efcadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
il donna le bras au Grand- Maître & l'aida a
monter , tandis que les équipages faifoient
و
188 MERCURE DEFRANCE.
retentir l'air de cris redoublés de Vive le
Roi. Son Eminence trouva au haut de l'échelletes
troupes ſous les armes , & fut faluée
par leurs Officiers ; elle paſſa ſur le
gaillard , où les Officiers de la Compagnie
des Gardes de la Marine la faluerent également
; quarante de ces Mrs étoient ſous les
armes ; ils les préſenterent avec tant de grace
que le Grand-Maître en fut charmé ; il
s'arrêta quelques momens pour voir & admirer
cette jeune nobleſſe , dont pluſieurs
fontde notre Ordre , enfuite le Grand-Maî
tre entra dans la chambre du Conſeil , à la
porte de laquelle un Garde Marine étoit en
faction l'épée nuë ; ſon Eminence s'aflit fur
un fauteiiil placé ſur un tapis de pied ; tous
lesGrand'Croix étoient affis autour de lui ;
une décharge de moufqueterie fut le ſignal
d'une ſalve générale de toute l'artillerie
des Vaiſſeaux ; S. E. après quelques momens
d'une converſation polie & agréable, voulut
viſiter l'intérieur du Vaiſſeau ; tout y étoit
diſpoſé comme pour le combat ; le Grand-
Maître alla par tout , examina & parut charmé
de l'ordre &de la propreté de ce beau
Navire , il vint enfuite ſur le Gaillard & fe
plaça fous unDais qu'on lui avoit preparé à
Tribord. Ce Gaillard formoit alors un falon
magnifique , au fond duquel les Gardes de
la Marine étoient ſous les armes , & deux
• NOVEMBRE . 1744. 189
de ces Mrs étoient en faction aux côtés du .
Dais ; les Grand'Croix étoient affis , & les
Chevaliers avec les Officiers de l'Eſcadre
étoient debout. Le Pere de Leſpinaffe , Jefuite
, Aumônier du Commandant , vint à
la tête des Aumôniers de l'Eſcadre complimenter
le Grand Maître , avant que de lui
preſenter l'Eau-Bénite , enſuite il alla devant
un Autel richement paré , & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Muſique de Malte , que le Chevalier de
Caylus avoit placée ſur la Dunette.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent , on avoit placé le
Portrait du Roi . Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier , l'effet que cette
vûë produifit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étions aſſemblés , c'étoit pour lui que
nous venions intéreſſer le Ciel ; nos coeurs
en furent remués ; les differentes Nations
qui étoient avec nous , s'en apperçûrent&
convinrent que jamais aucune Nation n'a
aimé ſon Roi comme les François aiment le
leur. Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raifonde cet amour fi tendre & fi vif ; voici
celle que nous trouvames ; je crois que c'eſt
la véritable , du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
fentimens. Toutes les Nations , même les
plus fidelles , ne voyent que leur Maître
190 MERCURE DE FRANCE.
dans la perſonne de leur Roi , les François
vont plus loin , ils y voyent un Pere , auquel
ils doivent tout , & un ami pour lequel
ils mourroient. Ces Mrs avouerent
qu'il falloir que cela fut ainſi , pour furprendre
les François dans les mouvemens
involontaires de crainte ou de triſteſſe dont
on voitbien qu'ils ne ſont pas les Maîtres ,
d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quandles prieres furent finies , le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conſeil
où le Commandant lui ſervit lui-même des
rafraîchiſſemens ; on en préſenta à tous les
Seigneurs , parmi leſquels étoit l'Evêque
deMalte & le Prieur de l'Eglife ; ces deux
Prélats ont affifté à toutes les prieres qu'on
a fait pour le Roi , & ſe ſont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit
l'objet.
Tous les Officiers s'approcherent auſſi de
ſon Eminence ; ce Prince les reçut avec une
politeffe & un air de fatisfaction , qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par ſa préſence ; il fit donner
75 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage ; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher , au premier Pilote & au
premier Canonnier; enfin au coucher du Soleil
, leGrandMaître parût fortir à regret
du Vaiſſeau ; il fut conduit avec les mêmes
NOVEMBRE.
1744. 191
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à deſcendre & à entrer
dans ſaGondole;à peine fut-elle débordée,
qu'une ſalve générale d'artillerie &demoufqueterie
ſe fit entendre.
Le Grand- Maître , pour ne rien perdre
de cette fête , vint débarquer à ſon jardin
de la Marine , dont il avoit fait illuminer le
beau ſalon , pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaiſſeaux dont il n'avoit
pû joüir: la veille & ce jour-là tout
concourut à luidonner un magnifique ſpectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans ſon jardin , S. E. retourna ſur les neuf
heures à ſon Palais , mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fourniſloit cette brillante Eſcadre , ce Prince
paſſa à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Caſtille ; ſa Cour étoit un
peu moins nombreuſe qu'en arrivant à fon
jardin ; 70 Chevaliers ou Baillifs de diffe
rentes Nations qui l'avoient ſuivi, revinrent
au Vaiſſeau du Chevalier de Caylus , où il
les attendoit avec le plus grand & le plus
magnifique ſouper , qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere , les vins
précieux & la Muſique firent durer jufqu'au
jour un ſouper qui lui ſeul eut été
une fête magnifique.
Fermer