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1
p. 1810-1811
Autres Antiques, trouvées en Portugal, Rome, &c. [titre d'après la table]
Début :
Des Lettres de Lisbonne portent, qu'on y avoit reçû avis de Braga, que des Ouvriers [...]
Mots clefs :
Braga, Vestiges, Colonne, Tombeau, Rome, Statues, Médailles, Antiquités romaines
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texteReconnaissance textuelle : Autres Antiques, trouvées en Portugal, Rome, &c. [titre d'après la table]
Des Lettres de Lisbonne portent , qu'on
y avoit reçû avis de Braga , que des Ou
vriers travaillant aux fondemens de l'ancienne Eglise de S. Martin de Dume ,
avoient trouvé les vestiges d'un Edifice
du temps des Romains , qu'on croit être
ceux d'un Temple dédié à Jupiter , parce
qu'on a trouvé des caracteres Romains
sur plusieurs pierres qui formoient les
Colomnes , et sur une Colomne assez bien
conservée , l'Inscription suivante , Jovi
expulsori Armia Lussina ex Voto posuit.
On a découvert aussi près de cette Colomne , un Tombeau de Marbre blanc ,
d'onze palmes de contour et large de trois
palmes , dans lequel on a trouvé les os
d'un Corps humain , que quelques Sçayans du Païs croyent être celui de Théadomire , l'un des Rois des Sueves , qui
ont regné en Portugal , qui mourut l'an
570. et qui avoit fondé le Monastete de
S.
AOUST. 1732.
1811
S. Martin de Dume. Comme les Goths
avoient ruiné les Edifices des Romains, les
Arabes ou Sarrazins ont pareillement détruit les Edifices des Goths , c'est ce qui
peut occasionner la confusion et le mêlange de toutes ces ruines , sur lesquelles
l'Académie Royale de l'Histoire , a ordre
de faire des recherches , dont elle fera
part au Public.
On écrit de Rome , que des Ouvriers
creusant depuis peu la terre aux environs
de la Chapelle de la Maison Corsini , y
trouverent quatre Statuës , une Colomne
de Jaspe antique ; deux autres Colomnes, des Urnes sépulcrales, quelques Lampes de Terre cuite , plusieurs Médailles
d'Empereurs , et diverses autres Antiqui- tez Romaines.
y avoit reçû avis de Braga , que des Ou
vriers travaillant aux fondemens de l'ancienne Eglise de S. Martin de Dume ,
avoient trouvé les vestiges d'un Edifice
du temps des Romains , qu'on croit être
ceux d'un Temple dédié à Jupiter , parce
qu'on a trouvé des caracteres Romains
sur plusieurs pierres qui formoient les
Colomnes , et sur une Colomne assez bien
conservée , l'Inscription suivante , Jovi
expulsori Armia Lussina ex Voto posuit.
On a découvert aussi près de cette Colomne , un Tombeau de Marbre blanc ,
d'onze palmes de contour et large de trois
palmes , dans lequel on a trouvé les os
d'un Corps humain , que quelques Sçayans du Païs croyent être celui de Théadomire , l'un des Rois des Sueves , qui
ont regné en Portugal , qui mourut l'an
570. et qui avoit fondé le Monastete de
S.
AOUST. 1732.
1811
S. Martin de Dume. Comme les Goths
avoient ruiné les Edifices des Romains, les
Arabes ou Sarrazins ont pareillement détruit les Edifices des Goths , c'est ce qui
peut occasionner la confusion et le mêlange de toutes ces ruines , sur lesquelles
l'Académie Royale de l'Histoire , a ordre
de faire des recherches , dont elle fera
part au Public.
On écrit de Rome , que des Ouvriers
creusant depuis peu la terre aux environs
de la Chapelle de la Maison Corsini , y
trouverent quatre Statuës , une Colomne
de Jaspe antique ; deux autres Colomnes, des Urnes sépulcrales, quelques Lampes de Terre cuite , plusieurs Médailles
d'Empereurs , et diverses autres Antiqui- tez Romaines.
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Résumé : Autres Antiques, trouvées en Portugal, Rome, &c. [titre d'après la table]
En août 1732, des ouvriers à Lisbonne ont découvert les vestiges d'un temple romain dédié à Jupiter sous les fondations de l'ancienne église de Saint-Martin de Dume. Cette hypothèse est confirmée par des inscriptions en caractères romains, dont une sur une colonne : 'Jovi expulsori Armia Lussina ex Voto posuit'. Près de cette colonne, un tombeau de marbre blanc contenant des ossements humains a été trouvé. Certains savants locaux suggèrent que ces ossements pourraient appartenir à Théodomir, roi des Suèves mort en 570. Les ruines romaines, gothiques et arabes se mélangent en raison des destructions successives. L'Académie Royale de l'Histoire a été chargée d'étudier ces vestiges et de publier les résultats. Parallèlement, à Rome, des antiquités romaines, incluant des statues, des colonnes et des médailles d'empereurs, ont été découvertes près de la chapelle de la Maison Corsini.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2310-2329
Fête donnée à l'occasion du Mariage de M. le Président Molé, [titre d'après la table]
Début :
La nuit du 21 au 22 Septembre dernier, Mathieu François Molé, Chevalier, [...]
Mots clefs :
Mathieu-François Molé, Bonne-Félicité Bernard, Maison de Molé, Samuel Bernard, Justice, Salon, Arcades, Arcade, Marbre, Balance, Yeux, Armes, Bas-reliefs, Chevalier, Couronne, Attributs de la justice, Panneaux, Bassin, Colonne, Devise
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texteReconnaissance textuelle : Fête donnée à l'occasion du Mariage de M. le Président Molé, [titre d'après la table]
La nuit du 21 au 22 Septembre dernier
, Mathieu François Molé, Chevalier,
Seigneur de Champlatreux , Luzarches ,
&c. Conseiller du Roy en tous ses Conseils
, Président du Parlement, fils de feu
Jean- Baptiste Molé , Chevalier, &c. Président
du Parlement , et de Dame Marie-
Nicole le Gorlier de Drovilly , épousa
Bonne- Félicité Bernard , fille de Samuel
Bernard , Chevalier de l'un des Ordres
du Roy , Conseiller d'Etat , Comte de
Coubert, Marquis de Merry , &c. et de
Dame Pauline Félicité de S. Chamant ,
fille de feu François de S. Chamant, Marquis
de Merry , Seigneur de Mériel , de
Saucourt, de Montabois , &c.et de Dame
Bonne de Chastelus sa veuve .
La Maison de Molé est , comme tout
le monde sait , une des plus anciennes et
des plus illustres du Parlement. Elle a
fourni dans le dernier siècle plusieurs
Grands Hommes , dont la mémoire sera
toujours en vénération , et l'on n'oubliera
OCTOBR Ë. 1733. 231º
ra jamais le nom de Mathieu Molé , qui
fut successivement Procureur Général ,
Premier Président du Parlement et Garde
des Sceaux de France ; et qui dans l'exercice
de ces différentes Charges, donna des
témoignages éclatans de zéle et d'attachement
au bien public , et à la gloire de l'Etat
, particulierement durant les troubles
de Paris. Sa principale occupation pendant
qu'il étoit Procureur Général , fut
de réprimer les désordres de l'ancienne
discipline , causez par une suite de Guerres
civiles. C'étoit un homme de probité ,
actif , vigilant et consommé dans les affaires.
M. Molé qui donne lieu à cet artiticle
, est successivement le sixième Président
à Mortier de son nom et de sa Maison
, depuis Edouard Molé , pere de Mathieu
, qui se trouvant enfermé dans Paris
et contraint par ceux de la Ligue
d'exercer la Charge de Procureur Général
, fut obligé de l'accepter , pour satisfaire
le peuple et appaiser ses cris , et à
qui le Roi Henri IV. donna cette Charge
en 1602 , pour le récompenser des grands
services qu'il lui avoit rendus. La Généalogie
de la Maison de Molé , se trouve
dans le P. Anselme , derniere Edition ,
tome 6. page $ 70.
La nouvelle Fête que M. le Chevalier
I iiij
Ber2311
MERCURE DE FRANCE ་
Bernard donna à l'occasion de ce second
mariage , ne fut ni moins magnifique ni
moins brillante que celle qu'il donna le
16 du mois d'Août dernier , pour le mariage
de M. et de Mde la Marquise de
Mirepoix , dont nous avons parlé dans
le Mercure précédent.
Elle commença comme la premiere ,
par un Concert , composé des mêmes
Voix et Instrumens ; il n'y eut rien de
changé à l'ordre et au dessein de l'illumination;
sur quoi nous renvoyons à la description
que nous en avons déja faite.
On soupa sur les neuf heures dans une
nouvelle Sale , construite dans le même
Jardin , et dont la décoration tant intéricure
, qu'extérieure ne ressembloit en
rien à celle de la premiere . Le Chevalier
Servandoni , Peintre et Architecte du
Roy , à qui M. Bernard en avoit confié
l'entreprise , y donna une preuve écla
tante de son génie et de son goût singu
lier pour ces sortes d'Ouvrages .
Le Frontispice offroit aux yeux une Architecture
rustique en bossage , d'une
vetusté majestueuse et simple , representant
la façade d'un ancien Palais , au
milieu de laquelle étoit une grande Arcade
, formée par des pierres de taille
d'inégales grandeurs , et saillantes d'environ
OCTOBRE. 1733. 2313
viron quatre pouces. Les deux fenêtres
à côté de l'Arcade étoient dans le même
goût , et portoient chacune une corniche
et un fronton surmonté d'une étoile'
en saillie qui paroissoit détachée du mur.
Au-dessus de l'Arcade régnoit d'un bout
à l'autre de la façade une corniche soutenant
un fronton qui servoit de couronnement
, et dans le timpan duquel on
voyoit un Cartouche avec les Armes des
nouveaux Epoux, surmontées du Mortier
avec la Couronne et le Manteau Ducal
pour soûtien deux Cornes d'abondance
renversées.
La Décoration interieure representoit
un Salon des plus superbes , orné d'Arcades
, de Colonnes , de Figures allegoriques
, de Bas - reliefs , de Médaillons , de
Cartels et de Trophées. Tout y avoit un
rapport marqué au nom et à la dignité
de M. Molé et de ses illustres Ancêtres .
Les Attributs de la Justice y étoient pa
tout exposez d'une maniere variée et in
genieuse , ce qui a fait nommer ce beau
Lieu le Salon de Themis.
- Ce Salon qui formoit un quarré long
de 12 toises et demie de longueur sur
7toises et demie de largeur , et de 6 toises
et demie de hauteur , étoit en marbré
blanc veiné , et ouvert par 12 Arcades.
Ly de
2314 MERCURE DE FRANCE
de 19 pieds de haut sur 8 de large , dis
tribuées par trois , sur chacun des quatre
côrez . Les Ceintres , ou Archivotes.
de ces Arcades soûtenoient chacun deux
figures de Femme couchées , en marbre
blanc , plus grandes que le naturel , et
qui exprimoient differens Attributs de
la Justice . Elles étoient au nombre de 24.
réduites à douze , parce qu'elles étoient
chacune repetées deux fois. On voyoit la
premiere tenant entre les mains une Base
sur laquelle étoit representée une Ville
pour faire entendre que la Justice est le
vrai fondement de toutes les societez .
"
La deuxième tenoit un Gouvernail
pour marquer qu'il n'y a que la Justice
qui puisse maintenir les Villes et les
Etats dans la tranquillité et la sûreté.
La troisième , les yeux attachés sur un
Livre , tenoit un Equerre de la main
droite , pour signifier l'attention que
les Magistrats doivent donner à l'Etude
des Loix , et l'équité avec laquelle ils
doivent agir.
La quatriéme tenoit une Balance
symbole de l'éxactitude et de la précision
des Magistrats , en pesant les divers.
interêts des hommes , et décidant sur
leurs vies et sur leurs biens,
La cinquième tenoit un plomb sus
pendu
OCTOBR E. 1733. 2315
pendu au bout d'un cordon , pour donner
à connoître qu'un Juge ne peut pas
être en état de rendre la justice , qu'il
ne se soit bien instruit des causes , et
qu'il n'en ait approfondi toutes les circonstances.
La sixième , qui étoit nuë avec un
Soleil sur la tête , representoit la Verité
qui doit être découverte et éclairer la
Justice.
La septième , superbement vêtuë ,
portoit une Couronne et un Sceptre , et
avoit la main sur un Globe , par où on
a voulu faire entendre que la Justice est
sur la terre comme la dépositaire de la
puissance divine.
La huitième, tenoit sur ses genoux un
Enfant qu'elle allaitoit , pour exprimer
que la Justice doit prendre pour ceux
qui ont recours à elle , les tendres sentimens
d'une mere , et devenir en quelque
sorte la nourice des peuples.
La neuviéme tenoit une Bride , pour
montrer que la Justice met un frein à
Pinsolence des méchans , et les empêche
de nuire.
*
La dixième , qui portoit un Faisceau
avec la hache , signifioit que la Justice
est armée pour punir les coupables et
deffendre les innocens.-
I vj
La
2316 MERCURE DE FRANCE
La onzième se couvroit les yeux d'un
bandeau , pour faire connoître que la
Justice doit fermer les yeux à la faveur
et au crédit , pour ne les ouvrir que sur
les Loix et l'équité lui prescri
ce que
vent.
La douzième enfin paroissoit se boucher
une oreille d'une main , et montrer
l'autre ouverte , pour exprimer l'impartialité
de la Justice , qui doit tout
écouter sans se laisser prévenir,
Le pourtour du Salon étoit decoré de
24 colonnes en relief , en bréche violette
, d'ordre Ionique , de 18 pieds de
haut , y compris Bases et Chapiteaux ,
sur deux pieds de diametre. Elles portoient
leur entablement , et elles étoient
posées à côté des Arcades sur des piedestaux
de quatre pieds de hauteur, dont
les paneaux aussi en brèche violette , les
Bases et Chapiteaux dorés ; elies avoient
chacune , au tiers de la hauteur , un
bandeau richement orné , soûtenant une
tige dorée à cinq branches , garnies de
bougies. A la place du Fleuron des chapiteaux
, étoit une Etoile , qui est une
piéce des Armes de M. Bernard et de
M. Molé .
Dans les quatre Entre colonnes des
grands côtés , qui avoient 7 pieds de
large
OCTOBRE . 1733. 2317
large , d'une Arcade à l'autre , on voyoit .
huit Bas reliefs en Marbre blanc , entourés
de Festons en fleurs artificielles ,
dont quatre étoient sous les Impos.es , et
quatre au-dessus.
1
2
·
Les quatre Bas reliefs sous les Impostes
, avoient chacun huit pieds de
haut sur 4 de large , representant les
principaux Attributs de la Justice , er
étoient couronnés chacun par un Cartel
ovale , dont les ornemens étoient dorés ,
et sur le fond , peint en émeraude , on'
lisoit des Inscriptions ou Devises latines:
relatives aux sujets exprimés dans les Basreliefs
.
Dans le premier on voyoit la Justice
sous la figure d'une Femme assise sur une
base quarrée , une Balance en équilibre.
à la main , la tête et le visage voilés , et
portant une Couronne par dessus son
voile. A ses pieds étoient , d'un côté un
Barbare , tenant une chaîne d'une main ,
et un poignard de l'autre , et paroissant
vouloir lui faire violence , et de l'autrecôté
une femme en action soumise , qui
pour la fléchir , lui offroit un vase plein
d'or , sur lequel la Justice posoit dédaigneusement
le pied , pour signifier que
la seule équité doit dicter ses jugemens ,
et qu'elle ne doit ni se laisser ébranler
par
2318 MERCURE DE FRANCE
par les menaces ,
ni se laisser corrompre
par les promesses : On lisoit dans le
Cartel , au- dessus de ce Bas- relief. Fatta
aquato examine pendit.
Dans le 2 Bas relief , la Justice sous.
la figure d'une Femme aîlée , paroissoit
descendre avec rapidité , la Foudre à la
main , pour terrasser un Cyclope que
l'on voyoit renversé à ses pieds , par où
on a voulu marquer qu'il appartient à la
Justice de punir les coupables , et d'être
la vangeresse des violentes oppressions ,
ce qui étoit exprimé dans le Cartel par
la devise : Quatit sontes accinctaflagello.
Le Sujet du 3 Bas - relief étoit un Roi
assis sur un Trône , la Couronne antique
sur la tête , et le Sceptre à la main , en
action de prononcer un jugement. A sa
gauche la Justice ayant devant elle une
Balance posée sur la base du Trône
sembloit le soûtenir. De l'autre côté
Minerve avec un Casque , la Lance et le
Bouclier , exprimoit d'une maniere sensible
que la Justice et la Sagesse sont les
plus fermes appuis des Rois. La Devise
au- dessus n'avoit rapport qu'à la Justice :
Regem foliumque tuetur.
Enfin on voyoit dans le 4 Bas- relief
la Justice avec un Diadême , assise sur
un Trône et entourée de personnes
>
de
OCTOBRE . 1733. 2359
de differens âges , dont les habillemens
dénotoient l'état malheureux , et qui
sembloient applaudir et marquer leur
joye. Elle tenoit la Balance d'une main ,
et montroit de l'autre une Corne d'abondance
, pour faite entendre que la Justiçe
est la ressource la plus assûrée des
pauvres , des veuves et des orphelins
et que c'est d'elle que dépend le bonheur
et la felicité des peuples ; c'est pourquoi
on lisoit au- dessus de ce Bas - relief :
Misero tutamen in arctis.
>
Les quatre Bas- reliefs au-dessus des
Impostes , et ayant chacun 4 pieds de
haut sur 4 de large , representoient des
Enfans badinans avec les Attributs de la
Justice. Dans le premier , des enfans délioient
un Faisceau , et en rompoient les
baguettes pour en faire des fléches , ausquelles
l'Amour attachoit lui- même les
pointes.
Dans le second un de ces Amours ayant
enlevé un bassin de la Balance , et y ayant
attaché un coeur au milieu , le tenoit
élevé pour servir de but aux autres qui
s'éxerçoient à y tirer leurs féches.
Dans le troisième , l'Amour assis surun
Globe , couronné de lauriers , tenoit
son Arc d'une main , et une Balance de
Pautre ; des enfans venoient mettre à ses
pieds
2320 MERCURE DE FRANCE
pieds les Symboles de toutes les conditions
, Couronnes , Casques , Faisceaux ,
& c. l'Amour sembloit en triompher t
leur donner la loi.
Le quatriéme offroit aux yeux des Enfans
qui avoient mis dans un des bassins
de la Balance un Globe , une Couronne ,
une Epée , des Livres , des richesses , & c .
et dans l'autre un coeur percé d'une fléche.
L'Amour ayant touché l'équilibre
de la balance , le bassin où étoit ce coeur
l'emportoit sur tout le reste.
- Dans les Entre - colonnes des angles qui
Pavoient que 4 pieds de largeur , il y
avoit au dessus des impostes , quatre Médaillons
ovales en Marbre blanc , repres
sentant d'après l'Antique , les têtes des
quatre Législateurs , Numa , Minos ,
Solon et Saleucus . Et à Paplomb de ces
Médaillons , au- dessous , on voyoit quatre
Trophées en Bas - reliefs , aussi en
Marbre blanc , composés des Attributs
de la Justice , de l'Amour et de la Victoire.
Les paneaux où étoient ces Médaillons
et ces Trophées , étoient entourés
, ainsi que les autres Bas- reliefs , de
Guirlandes de fleurs artificielles . Tous
ces Bas -reliefs et toutes les Figures en
camayeu , dont nous venons de donner
Pexplication , étoient de la main du sicut
André
OCTOBRE. 1733. 2327
André , Peintre Curlandois , ils ont fait
Fadhiration des Connoisseurs les plus
difficiles , et du meilleur goût , qui en
ent trouvé la composition sage et noble ,
le dessein aussi élégant que correct , er
le clair obscur si bien entendu que toutes
ces Figures ont parû de relief , et
nous ne croyons pas que depuis Polidore
de Caravage , Disciple de Raphaël ,
on ait rien vû de mieux en ce genre.
Les douze Arcades dont le Salon étoit
percé , à l'exception de celle de la principale
d'entrée , et de celle du fond ,
avoient chacune deux portieres , ou rideaux
de Satin verd , garnis de galons
et de franges d'or , et relevés en pavillons
par des cordons et des glands avec
beaucoup de goût. Celle du fond , visà
vis l'entrée , étoit en niche , peinte en
Marbre précieux , ayant 14 pieds de
haut sur 6 de large , le fond revêtu de
congellations en or. La Base de cette
Niche étoit un pied de Fontaine à pans ,
du même Marbre , orné de Festons et
de Consoles dorées de 4 pieds de haut
sur 9 de large , 7 d'enfoncement , et plus
de trois pieds de saillie. La surface de
cette Fontaine formoit un bassin revêtu
de plomb , de huit pouces de profondeur.
Da
222 MERCURE DE FRANCE
Du milieu de ce bassin s'élevoit une
tige ou pied droit , portant deux Coupes
, ou Coquilles dorées , d'inegale
grandeur la plus petite étoit la plus
élevée de celle ci sortoit uue grosse gerbe
d'eau vive , qui retombant en nappe
dans l'autre coquille , et de- là dans le
Bassin , formoit une cascade très - abondante
, et dont la vuë fit d'autant plus
de plaisir , qu'on devoit moins s'atten
dre à la trouver dans ce Salon.
Le pied qui soutenoit la premiere Coquille
étoit revêtu de trois mufles dorés ,
jettant de l'eau dans le Bassin , du milieu
duquel s'élevoient encore sept Jets d'eau ,
dont l'inégale hauteur formoit une figure
pyramidale. Celui du milieu s'élançoir
jusques dans la coquille d'en haut , et les
six autres retomboient inégalement dans
celle de dessous.
Au-dessus de la Gerbe , étoit suspendue
une Ancre d'argent , jettant de l'eau
par les deux pointes , et cette Ancre
étoit surmontée d'une Etoile lumineuse
de cristal , qui jettoit aussi de l'eau de
tous les côtez , ensorte qu'elle paroissoit
être au milieu d'un Soleil d'eau , ce qui
figuroit avec beaucoup d'artifice le blazon
des Armes de M. Bernard.
Le ceintre de la Niche étoit couvert
d'une
OCTOBRE . 1733. 2323
d'une Banderole peinte en émeraude , sur
laquelle on lisoit cette Devise : In patriam
populumque fluxit.
Sous les deux Arcades à côté de là
Niche étoient deux Buffets pour la distribution
du Vin , des Liqueurs , & c.
et au-dessus deux Tribunes avec des
Balustrades dorées à hauteur d'appui.
Les quatre Arcades aux extrêmitez des
grands côtez étoient entierement ouvertes.
A la premiere , à droite , aboutissoit
la Galerie couverte , qui communiquoit
de plein pied aux Appartemens du rezde
chaussée . Elle étoit tapissée de Damas
cramoisi , galonné d'or au dessus d'un
lambri à paneaux , et oruée de Trumeaux,
de Glaces , et de Girandoles . On avoit
pratiqué derriete les deux grands côtez
du Salon , des Galeries de sept pieds de
largeur , lambrissées , et richement tapissées
, qui communiquoient d'une Arcade
à l'autre , et l'on voyoit au fond de
chacune de ces Arcades des Tables de
Marbre , des Glaces , des Lustres ,
Torcheres et des Girandoles ce qui
trompoit agréablement les yeux , et faisoit
croire que ces Arcades formoient les
entrées d'autant d'Appartemens differens.
›
des
L'Arcade du milieu du grand côté , à
gauche
2324 MERCURE DE FRANCE
›
gauche , étoit fermé par un grand pa
neau de glaces , qui répétoient le Salon
dans toute son étenduë et celle qui
étoit vis à- vis à droite , étoit seulement
vitrée , pour donner passage au jour , et
laisser à un grand nombre de Spectateurs
la liberté de jouir du Spectacle du
Salon .
Les deux Arcades à côté de celle d'entrée
, embrassoient les deux- croisées vitrées
dont on a parlé en décrivant le
Frontispice,
Frontispice . Les fonds des Arcades ou
vertes ,des Tribunes et des Buffets étoient
meublés de Damas cramoisi , galonné
d'or.
en
La Frise qui régnoit tout autour du
Salon étoit ainsi que les Colonnes
bréche violette . Les ornemens de l'Architrave
et de la Corniche , selon l'ordre
Ionique , étoient en or. Au - dessus du
milieu des Arcades étoient différens
Cartouches d'Armes et Cartels de Devises
dorés en relief. Les Armes y étoient
blasonnées avec les émaux et couleurs propres,
et les devises étoient écrites dans les
carrels sur un fond vert. On voyoit les
armes des nouveaux Epoux répétées avec
tous leurs attributs et ornées de Guirlanlandes
de fleurs , en trois differens , endroits
; au dessus de l'Arcade de la Fontaine
,
OCTOBRE . 1733 2325
taine , et au dessus des Arcades du milieu
des deux grands côtez , celles de M. Bernard
étoient au dessus de l'Arcade d'entrée.
Dans le cartel posé sur l'Arcade à
gauche de la Fontaine , on lisoit cette devise
M. Molé : Hares virtutis avita.
pour
Sur l'Arcade voisine du grand côté ,
cellec- cy qui regardoit les deux époux :
trajecit utrumque sagitta.
Les deux qui étoient sur les mêmes Arcades
, de l'autre côté , convenoient à la
jeune Epouse : La premiere étoit : Magno
Patre nata puella est ; et la seconde : Quam
jocus Circumvolat et cupido.
La devise qui étoit sur l'Arcade à droi
te des Armes de M.Bernard , exprimée en
ces termes : Illum aget fama superstes , annonçoit
que ses grandes qualitez feroient
passer sa mémoire à la postérité ; et pour
marquer le noble usage qu'il fait de son
bien , on avoit mis au dessus de l'Arcade
de la Galerie des Appartemens : Beata
pleno copia cornu . Sur les mêmes Arcades,
du côté opposé , on lisoit ces deux devises
: Serus in coelum redeas , et Hic ames
dici pater, exprimoient les voeux de la famille
de M. Bernard , pour sa conservation
et la durée de ses jours .
Rien n'étoit plus brillant que le Plafond
de ce superbe Salon. Il avoit 25 .
pieds
2326 MERCURE DE FRANCE
pieds d'élevation et étoit composé de
plusieurs Travées en compartimens, alignées
d'une colonne à l'autre , et les
compartimens étoient formez par des Paneaux
quarrez et octogones , régulierement
assemblez , dont le milieu , les
moulures et les ornemens étoient en or.
Les Paneaux octogones avoient au centre
une grosse Etoile d'argent , et ils étoient
tous séparez les uns des autres , suivant
les lignes de leur direction aux colomdes
Guirlandes de fleurs peintes
par
au naturel, et par de grosses Roses dorées
en relief , qui couvroient les angles des
Paneaux , ce qui produisoit aux yeux un
effet aussi riche que varić ; ce Plafond,
aussi bien que l'Architecture de la façade
, avoit été peint par le sieur Pietre ,
Vénitien , très - habile en ce genre . C'est
le sieur Chouasse , qui a fait tous les
Ouvrages de Sculpture.
nes ,
Dans le milieu du Salon étoit la même
Table en fer à cheval qui avoit servi
pour la premiere Nôce. L'Illumination
de ce Salon répondoit parfaitement à la
magnificence de la Décoration ; il étoit
éclairé de toutes parts par un grand nombre
de Lustres et de Girandoles , dont
il est aisé d'imaginer le brillant effet.
Les Conviez descendirent dans le Salon
;
OCTOBRE . 1733. 2327
ion , comme à la précédente Nôce , au
bruit des Timbales et Trompettes, L'Assemblée
ne fut ni moins nombreuse , ni
moins brillante ; les Ministres , les principaux
Seigneurs et Dames de la Cour y
assisterent. La magnificence du Chevalier
Bernard fut également admirée dans
l'abondance , la varieté et la délicatesse
des mets et des vins qui furent servis,
>
On avoit disposé dans trois endroits
differens du Salon , trois corps de Symphonie
, l'un de Violons , Haut- bois et
Flutes , l'autre de Trompettes ct Timbales
, et le dernier de Cors de - Chasse
lesquels se répondant alternativement les
uns aux autres pendant tout le souper
et se joignant au murmure des Eaux de la
Cascade , flaterent agréablement l'oreille.
Au premier Service les sieurs Charpen
tier et Danguy , habillez en Bergers , entrerent
dans le Fer- à- cheval , le premier
joüant de la Musette , et l'autre de la
Viele. La Dlle Salé , célebre Danseuse ,
très- galamment vétuë en Bergere , vint
se placer entre eux deux ; elle sembloit
exprimer son étonnement et leur demander
la cause d'une Fête si superbe . Les
deux Bergers la conduisirent auprès de
Ma nouvelle Epouse , à qui elle présenta
un magnifique Bouquet. Elle continua
de
2328 MERCURE DE FRANCE
guant
de former quelques . Pas de danse , feide
chercher encore une autre personne
, et s'arrêta vis- à - vis la place qu'oc◄
cupoit M. Bernard ; elle lui présenta un
autre Bouquet , après quoi elle se retira.
Elle revint au dessert , pendant lequel
elle dansa differentes Entrées dans la plus
grande perfiction et avec des applaudissemens
infinis.
On sortit de table à minuit pour se
rendre à S. Eustache , où les nouveaux
Epoux devoient être mariez. Il nous pa--
roît inutile de nous étendre sur l'Illumination
et la Décoration de l'Eglise . Tout
Paris en a été témoin , et d'ailleurs nous.
n'aurions rien à ajoûter à ce que nous en
avons dit dans le dernier Mercure.
..Ce fut encore M. le Curé de S. Eusta
che qui fit la célebration du Mariage
et pendant tout le temps qu'elle dura
on entendit le bruit des Timbales et des
Trompettes , mêlé avec l'harmonie de
l'Orgue.
Nous avions intention d'ajoûter à cette
Description quelques Estampes , pour
donner au Lecteur une idée de ce superbe
Salon de Thémis , comme nous l'avons
fait pour le Temple de Mars , mais let
peu de temps que nous avons eu pour
faire graver ces Morceaux dans la perfection
OCTOBRE . 1733. 2325
fection qu'ils auroient demandé , ne nous
a pas permis de donner cette satisfaction
au Public.
, Mathieu François Molé, Chevalier,
Seigneur de Champlatreux , Luzarches ,
&c. Conseiller du Roy en tous ses Conseils
, Président du Parlement, fils de feu
Jean- Baptiste Molé , Chevalier, &c. Président
du Parlement , et de Dame Marie-
Nicole le Gorlier de Drovilly , épousa
Bonne- Félicité Bernard , fille de Samuel
Bernard , Chevalier de l'un des Ordres
du Roy , Conseiller d'Etat , Comte de
Coubert, Marquis de Merry , &c. et de
Dame Pauline Félicité de S. Chamant ,
fille de feu François de S. Chamant, Marquis
de Merry , Seigneur de Mériel , de
Saucourt, de Montabois , &c.et de Dame
Bonne de Chastelus sa veuve .
La Maison de Molé est , comme tout
le monde sait , une des plus anciennes et
des plus illustres du Parlement. Elle a
fourni dans le dernier siècle plusieurs
Grands Hommes , dont la mémoire sera
toujours en vénération , et l'on n'oubliera
OCTOBR Ë. 1733. 231º
ra jamais le nom de Mathieu Molé , qui
fut successivement Procureur Général ,
Premier Président du Parlement et Garde
des Sceaux de France ; et qui dans l'exercice
de ces différentes Charges, donna des
témoignages éclatans de zéle et d'attachement
au bien public , et à la gloire de l'Etat
, particulierement durant les troubles
de Paris. Sa principale occupation pendant
qu'il étoit Procureur Général , fut
de réprimer les désordres de l'ancienne
discipline , causez par une suite de Guerres
civiles. C'étoit un homme de probité ,
actif , vigilant et consommé dans les affaires.
M. Molé qui donne lieu à cet artiticle
, est successivement le sixième Président
à Mortier de son nom et de sa Maison
, depuis Edouard Molé , pere de Mathieu
, qui se trouvant enfermé dans Paris
et contraint par ceux de la Ligue
d'exercer la Charge de Procureur Général
, fut obligé de l'accepter , pour satisfaire
le peuple et appaiser ses cris , et à
qui le Roi Henri IV. donna cette Charge
en 1602 , pour le récompenser des grands
services qu'il lui avoit rendus. La Généalogie
de la Maison de Molé , se trouve
dans le P. Anselme , derniere Edition ,
tome 6. page $ 70.
La nouvelle Fête que M. le Chevalier
I iiij
Ber2311
MERCURE DE FRANCE ་
Bernard donna à l'occasion de ce second
mariage , ne fut ni moins magnifique ni
moins brillante que celle qu'il donna le
16 du mois d'Août dernier , pour le mariage
de M. et de Mde la Marquise de
Mirepoix , dont nous avons parlé dans
le Mercure précédent.
Elle commença comme la premiere ,
par un Concert , composé des mêmes
Voix et Instrumens ; il n'y eut rien de
changé à l'ordre et au dessein de l'illumination;
sur quoi nous renvoyons à la description
que nous en avons déja faite.
On soupa sur les neuf heures dans une
nouvelle Sale , construite dans le même
Jardin , et dont la décoration tant intéricure
, qu'extérieure ne ressembloit en
rien à celle de la premiere . Le Chevalier
Servandoni , Peintre et Architecte du
Roy , à qui M. Bernard en avoit confié
l'entreprise , y donna une preuve écla
tante de son génie et de son goût singu
lier pour ces sortes d'Ouvrages .
Le Frontispice offroit aux yeux une Architecture
rustique en bossage , d'une
vetusté majestueuse et simple , representant
la façade d'un ancien Palais , au
milieu de laquelle étoit une grande Arcade
, formée par des pierres de taille
d'inégales grandeurs , et saillantes d'environ
OCTOBRE. 1733. 2313
viron quatre pouces. Les deux fenêtres
à côté de l'Arcade étoient dans le même
goût , et portoient chacune une corniche
et un fronton surmonté d'une étoile'
en saillie qui paroissoit détachée du mur.
Au-dessus de l'Arcade régnoit d'un bout
à l'autre de la façade une corniche soutenant
un fronton qui servoit de couronnement
, et dans le timpan duquel on
voyoit un Cartouche avec les Armes des
nouveaux Epoux, surmontées du Mortier
avec la Couronne et le Manteau Ducal
pour soûtien deux Cornes d'abondance
renversées.
La Décoration interieure representoit
un Salon des plus superbes , orné d'Arcades
, de Colonnes , de Figures allegoriques
, de Bas - reliefs , de Médaillons , de
Cartels et de Trophées. Tout y avoit un
rapport marqué au nom et à la dignité
de M. Molé et de ses illustres Ancêtres .
Les Attributs de la Justice y étoient pa
tout exposez d'une maniere variée et in
genieuse , ce qui a fait nommer ce beau
Lieu le Salon de Themis.
- Ce Salon qui formoit un quarré long
de 12 toises et demie de longueur sur
7toises et demie de largeur , et de 6 toises
et demie de hauteur , étoit en marbré
blanc veiné , et ouvert par 12 Arcades.
Ly de
2314 MERCURE DE FRANCE
de 19 pieds de haut sur 8 de large , dis
tribuées par trois , sur chacun des quatre
côrez . Les Ceintres , ou Archivotes.
de ces Arcades soûtenoient chacun deux
figures de Femme couchées , en marbre
blanc , plus grandes que le naturel , et
qui exprimoient differens Attributs de
la Justice . Elles étoient au nombre de 24.
réduites à douze , parce qu'elles étoient
chacune repetées deux fois. On voyoit la
premiere tenant entre les mains une Base
sur laquelle étoit representée une Ville
pour faire entendre que la Justice est le
vrai fondement de toutes les societez .
"
La deuxième tenoit un Gouvernail
pour marquer qu'il n'y a que la Justice
qui puisse maintenir les Villes et les
Etats dans la tranquillité et la sûreté.
La troisième , les yeux attachés sur un
Livre , tenoit un Equerre de la main
droite , pour signifier l'attention que
les Magistrats doivent donner à l'Etude
des Loix , et l'équité avec laquelle ils
doivent agir.
La quatriéme tenoit une Balance
symbole de l'éxactitude et de la précision
des Magistrats , en pesant les divers.
interêts des hommes , et décidant sur
leurs vies et sur leurs biens,
La cinquième tenoit un plomb sus
pendu
OCTOBR E. 1733. 2315
pendu au bout d'un cordon , pour donner
à connoître qu'un Juge ne peut pas
être en état de rendre la justice , qu'il
ne se soit bien instruit des causes , et
qu'il n'en ait approfondi toutes les circonstances.
La sixième , qui étoit nuë avec un
Soleil sur la tête , representoit la Verité
qui doit être découverte et éclairer la
Justice.
La septième , superbement vêtuë ,
portoit une Couronne et un Sceptre , et
avoit la main sur un Globe , par où on
a voulu faire entendre que la Justice est
sur la terre comme la dépositaire de la
puissance divine.
La huitième, tenoit sur ses genoux un
Enfant qu'elle allaitoit , pour exprimer
que la Justice doit prendre pour ceux
qui ont recours à elle , les tendres sentimens
d'une mere , et devenir en quelque
sorte la nourice des peuples.
La neuviéme tenoit une Bride , pour
montrer que la Justice met un frein à
Pinsolence des méchans , et les empêche
de nuire.
*
La dixième , qui portoit un Faisceau
avec la hache , signifioit que la Justice
est armée pour punir les coupables et
deffendre les innocens.-
I vj
La
2316 MERCURE DE FRANCE
La onzième se couvroit les yeux d'un
bandeau , pour faire connoître que la
Justice doit fermer les yeux à la faveur
et au crédit , pour ne les ouvrir que sur
les Loix et l'équité lui prescri
ce que
vent.
La douzième enfin paroissoit se boucher
une oreille d'une main , et montrer
l'autre ouverte , pour exprimer l'impartialité
de la Justice , qui doit tout
écouter sans se laisser prévenir,
Le pourtour du Salon étoit decoré de
24 colonnes en relief , en bréche violette
, d'ordre Ionique , de 18 pieds de
haut , y compris Bases et Chapiteaux ,
sur deux pieds de diametre. Elles portoient
leur entablement , et elles étoient
posées à côté des Arcades sur des piedestaux
de quatre pieds de hauteur, dont
les paneaux aussi en brèche violette , les
Bases et Chapiteaux dorés ; elies avoient
chacune , au tiers de la hauteur , un
bandeau richement orné , soûtenant une
tige dorée à cinq branches , garnies de
bougies. A la place du Fleuron des chapiteaux
, étoit une Etoile , qui est une
piéce des Armes de M. Bernard et de
M. Molé .
Dans les quatre Entre colonnes des
grands côtés , qui avoient 7 pieds de
large
OCTOBRE . 1733. 2317
large , d'une Arcade à l'autre , on voyoit .
huit Bas reliefs en Marbre blanc , entourés
de Festons en fleurs artificielles ,
dont quatre étoient sous les Impos.es , et
quatre au-dessus.
1
2
·
Les quatre Bas reliefs sous les Impostes
, avoient chacun huit pieds de
haut sur 4 de large , representant les
principaux Attributs de la Justice , er
étoient couronnés chacun par un Cartel
ovale , dont les ornemens étoient dorés ,
et sur le fond , peint en émeraude , on'
lisoit des Inscriptions ou Devises latines:
relatives aux sujets exprimés dans les Basreliefs
.
Dans le premier on voyoit la Justice
sous la figure d'une Femme assise sur une
base quarrée , une Balance en équilibre.
à la main , la tête et le visage voilés , et
portant une Couronne par dessus son
voile. A ses pieds étoient , d'un côté un
Barbare , tenant une chaîne d'une main ,
et un poignard de l'autre , et paroissant
vouloir lui faire violence , et de l'autrecôté
une femme en action soumise , qui
pour la fléchir , lui offroit un vase plein
d'or , sur lequel la Justice posoit dédaigneusement
le pied , pour signifier que
la seule équité doit dicter ses jugemens ,
et qu'elle ne doit ni se laisser ébranler
par
2318 MERCURE DE FRANCE
par les menaces ,
ni se laisser corrompre
par les promesses : On lisoit dans le
Cartel , au- dessus de ce Bas- relief. Fatta
aquato examine pendit.
Dans le 2 Bas relief , la Justice sous.
la figure d'une Femme aîlée , paroissoit
descendre avec rapidité , la Foudre à la
main , pour terrasser un Cyclope que
l'on voyoit renversé à ses pieds , par où
on a voulu marquer qu'il appartient à la
Justice de punir les coupables , et d'être
la vangeresse des violentes oppressions ,
ce qui étoit exprimé dans le Cartel par
la devise : Quatit sontes accinctaflagello.
Le Sujet du 3 Bas - relief étoit un Roi
assis sur un Trône , la Couronne antique
sur la tête , et le Sceptre à la main , en
action de prononcer un jugement. A sa
gauche la Justice ayant devant elle une
Balance posée sur la base du Trône
sembloit le soûtenir. De l'autre côté
Minerve avec un Casque , la Lance et le
Bouclier , exprimoit d'une maniere sensible
que la Justice et la Sagesse sont les
plus fermes appuis des Rois. La Devise
au- dessus n'avoit rapport qu'à la Justice :
Regem foliumque tuetur.
Enfin on voyoit dans le 4 Bas- relief
la Justice avec un Diadême , assise sur
un Trône et entourée de personnes
>
de
OCTOBRE . 1733. 2359
de differens âges , dont les habillemens
dénotoient l'état malheureux , et qui
sembloient applaudir et marquer leur
joye. Elle tenoit la Balance d'une main ,
et montroit de l'autre une Corne d'abondance
, pour faite entendre que la Justiçe
est la ressource la plus assûrée des
pauvres , des veuves et des orphelins
et que c'est d'elle que dépend le bonheur
et la felicité des peuples ; c'est pourquoi
on lisoit au- dessus de ce Bas - relief :
Misero tutamen in arctis.
>
Les quatre Bas- reliefs au-dessus des
Impostes , et ayant chacun 4 pieds de
haut sur 4 de large , representoient des
Enfans badinans avec les Attributs de la
Justice. Dans le premier , des enfans délioient
un Faisceau , et en rompoient les
baguettes pour en faire des fléches , ausquelles
l'Amour attachoit lui- même les
pointes.
Dans le second un de ces Amours ayant
enlevé un bassin de la Balance , et y ayant
attaché un coeur au milieu , le tenoit
élevé pour servir de but aux autres qui
s'éxerçoient à y tirer leurs féches.
Dans le troisième , l'Amour assis surun
Globe , couronné de lauriers , tenoit
son Arc d'une main , et une Balance de
Pautre ; des enfans venoient mettre à ses
pieds
2320 MERCURE DE FRANCE
pieds les Symboles de toutes les conditions
, Couronnes , Casques , Faisceaux ,
& c. l'Amour sembloit en triompher t
leur donner la loi.
Le quatriéme offroit aux yeux des Enfans
qui avoient mis dans un des bassins
de la Balance un Globe , une Couronne ,
une Epée , des Livres , des richesses , & c .
et dans l'autre un coeur percé d'une fléche.
L'Amour ayant touché l'équilibre
de la balance , le bassin où étoit ce coeur
l'emportoit sur tout le reste.
- Dans les Entre - colonnes des angles qui
Pavoient que 4 pieds de largeur , il y
avoit au dessus des impostes , quatre Médaillons
ovales en Marbre blanc , repres
sentant d'après l'Antique , les têtes des
quatre Législateurs , Numa , Minos ,
Solon et Saleucus . Et à Paplomb de ces
Médaillons , au- dessous , on voyoit quatre
Trophées en Bas - reliefs , aussi en
Marbre blanc , composés des Attributs
de la Justice , de l'Amour et de la Victoire.
Les paneaux où étoient ces Médaillons
et ces Trophées , étoient entourés
, ainsi que les autres Bas- reliefs , de
Guirlandes de fleurs artificielles . Tous
ces Bas -reliefs et toutes les Figures en
camayeu , dont nous venons de donner
Pexplication , étoient de la main du sicut
André
OCTOBRE. 1733. 2327
André , Peintre Curlandois , ils ont fait
Fadhiration des Connoisseurs les plus
difficiles , et du meilleur goût , qui en
ent trouvé la composition sage et noble ,
le dessein aussi élégant que correct , er
le clair obscur si bien entendu que toutes
ces Figures ont parû de relief , et
nous ne croyons pas que depuis Polidore
de Caravage , Disciple de Raphaël ,
on ait rien vû de mieux en ce genre.
Les douze Arcades dont le Salon étoit
percé , à l'exception de celle de la principale
d'entrée , et de celle du fond ,
avoient chacune deux portieres , ou rideaux
de Satin verd , garnis de galons
et de franges d'or , et relevés en pavillons
par des cordons et des glands avec
beaucoup de goût. Celle du fond , visà
vis l'entrée , étoit en niche , peinte en
Marbre précieux , ayant 14 pieds de
haut sur 6 de large , le fond revêtu de
congellations en or. La Base de cette
Niche étoit un pied de Fontaine à pans ,
du même Marbre , orné de Festons et
de Consoles dorées de 4 pieds de haut
sur 9 de large , 7 d'enfoncement , et plus
de trois pieds de saillie. La surface de
cette Fontaine formoit un bassin revêtu
de plomb , de huit pouces de profondeur.
Da
222 MERCURE DE FRANCE
Du milieu de ce bassin s'élevoit une
tige ou pied droit , portant deux Coupes
, ou Coquilles dorées , d'inegale
grandeur la plus petite étoit la plus
élevée de celle ci sortoit uue grosse gerbe
d'eau vive , qui retombant en nappe
dans l'autre coquille , et de- là dans le
Bassin , formoit une cascade très - abondante
, et dont la vuë fit d'autant plus
de plaisir , qu'on devoit moins s'atten
dre à la trouver dans ce Salon.
Le pied qui soutenoit la premiere Coquille
étoit revêtu de trois mufles dorés ,
jettant de l'eau dans le Bassin , du milieu
duquel s'élevoient encore sept Jets d'eau ,
dont l'inégale hauteur formoit une figure
pyramidale. Celui du milieu s'élançoir
jusques dans la coquille d'en haut , et les
six autres retomboient inégalement dans
celle de dessous.
Au-dessus de la Gerbe , étoit suspendue
une Ancre d'argent , jettant de l'eau
par les deux pointes , et cette Ancre
étoit surmontée d'une Etoile lumineuse
de cristal , qui jettoit aussi de l'eau de
tous les côtez , ensorte qu'elle paroissoit
être au milieu d'un Soleil d'eau , ce qui
figuroit avec beaucoup d'artifice le blazon
des Armes de M. Bernard.
Le ceintre de la Niche étoit couvert
d'une
OCTOBRE . 1733. 2323
d'une Banderole peinte en émeraude , sur
laquelle on lisoit cette Devise : In patriam
populumque fluxit.
Sous les deux Arcades à côté de là
Niche étoient deux Buffets pour la distribution
du Vin , des Liqueurs , & c.
et au-dessus deux Tribunes avec des
Balustrades dorées à hauteur d'appui.
Les quatre Arcades aux extrêmitez des
grands côtez étoient entierement ouvertes.
A la premiere , à droite , aboutissoit
la Galerie couverte , qui communiquoit
de plein pied aux Appartemens du rezde
chaussée . Elle étoit tapissée de Damas
cramoisi , galonné d'or au dessus d'un
lambri à paneaux , et oruée de Trumeaux,
de Glaces , et de Girandoles . On avoit
pratiqué derriete les deux grands côtez
du Salon , des Galeries de sept pieds de
largeur , lambrissées , et richement tapissées
, qui communiquoient d'une Arcade
à l'autre , et l'on voyoit au fond de
chacune de ces Arcades des Tables de
Marbre , des Glaces , des Lustres ,
Torcheres et des Girandoles ce qui
trompoit agréablement les yeux , et faisoit
croire que ces Arcades formoient les
entrées d'autant d'Appartemens differens.
›
des
L'Arcade du milieu du grand côté , à
gauche
2324 MERCURE DE FRANCE
›
gauche , étoit fermé par un grand pa
neau de glaces , qui répétoient le Salon
dans toute son étenduë et celle qui
étoit vis à- vis à droite , étoit seulement
vitrée , pour donner passage au jour , et
laisser à un grand nombre de Spectateurs
la liberté de jouir du Spectacle du
Salon .
Les deux Arcades à côté de celle d'entrée
, embrassoient les deux- croisées vitrées
dont on a parlé en décrivant le
Frontispice,
Frontispice . Les fonds des Arcades ou
vertes ,des Tribunes et des Buffets étoient
meublés de Damas cramoisi , galonné
d'or.
en
La Frise qui régnoit tout autour du
Salon étoit ainsi que les Colonnes
bréche violette . Les ornemens de l'Architrave
et de la Corniche , selon l'ordre
Ionique , étoient en or. Au - dessus du
milieu des Arcades étoient différens
Cartouches d'Armes et Cartels de Devises
dorés en relief. Les Armes y étoient
blasonnées avec les émaux et couleurs propres,
et les devises étoient écrites dans les
carrels sur un fond vert. On voyoit les
armes des nouveaux Epoux répétées avec
tous leurs attributs et ornées de Guirlanlandes
de fleurs , en trois differens , endroits
; au dessus de l'Arcade de la Fontaine
,
OCTOBRE . 1733 2325
taine , et au dessus des Arcades du milieu
des deux grands côtez , celles de M. Bernard
étoient au dessus de l'Arcade d'entrée.
Dans le cartel posé sur l'Arcade à
gauche de la Fontaine , on lisoit cette devise
M. Molé : Hares virtutis avita.
pour
Sur l'Arcade voisine du grand côté ,
cellec- cy qui regardoit les deux époux :
trajecit utrumque sagitta.
Les deux qui étoient sur les mêmes Arcades
, de l'autre côté , convenoient à la
jeune Epouse : La premiere étoit : Magno
Patre nata puella est ; et la seconde : Quam
jocus Circumvolat et cupido.
La devise qui étoit sur l'Arcade à droi
te des Armes de M.Bernard , exprimée en
ces termes : Illum aget fama superstes , annonçoit
que ses grandes qualitez feroient
passer sa mémoire à la postérité ; et pour
marquer le noble usage qu'il fait de son
bien , on avoit mis au dessus de l'Arcade
de la Galerie des Appartemens : Beata
pleno copia cornu . Sur les mêmes Arcades,
du côté opposé , on lisoit ces deux devises
: Serus in coelum redeas , et Hic ames
dici pater, exprimoient les voeux de la famille
de M. Bernard , pour sa conservation
et la durée de ses jours .
Rien n'étoit plus brillant que le Plafond
de ce superbe Salon. Il avoit 25 .
pieds
2326 MERCURE DE FRANCE
pieds d'élevation et étoit composé de
plusieurs Travées en compartimens, alignées
d'une colonne à l'autre , et les
compartimens étoient formez par des Paneaux
quarrez et octogones , régulierement
assemblez , dont le milieu , les
moulures et les ornemens étoient en or.
Les Paneaux octogones avoient au centre
une grosse Etoile d'argent , et ils étoient
tous séparez les uns des autres , suivant
les lignes de leur direction aux colomdes
Guirlandes de fleurs peintes
par
au naturel, et par de grosses Roses dorées
en relief , qui couvroient les angles des
Paneaux , ce qui produisoit aux yeux un
effet aussi riche que varić ; ce Plafond,
aussi bien que l'Architecture de la façade
, avoit été peint par le sieur Pietre ,
Vénitien , très - habile en ce genre . C'est
le sieur Chouasse , qui a fait tous les
Ouvrages de Sculpture.
nes ,
Dans le milieu du Salon étoit la même
Table en fer à cheval qui avoit servi
pour la premiere Nôce. L'Illumination
de ce Salon répondoit parfaitement à la
magnificence de la Décoration ; il étoit
éclairé de toutes parts par un grand nombre
de Lustres et de Girandoles , dont
il est aisé d'imaginer le brillant effet.
Les Conviez descendirent dans le Salon
;
OCTOBRE . 1733. 2327
ion , comme à la précédente Nôce , au
bruit des Timbales et Trompettes, L'Assemblée
ne fut ni moins nombreuse , ni
moins brillante ; les Ministres , les principaux
Seigneurs et Dames de la Cour y
assisterent. La magnificence du Chevalier
Bernard fut également admirée dans
l'abondance , la varieté et la délicatesse
des mets et des vins qui furent servis,
>
On avoit disposé dans trois endroits
differens du Salon , trois corps de Symphonie
, l'un de Violons , Haut- bois et
Flutes , l'autre de Trompettes ct Timbales
, et le dernier de Cors de - Chasse
lesquels se répondant alternativement les
uns aux autres pendant tout le souper
et se joignant au murmure des Eaux de la
Cascade , flaterent agréablement l'oreille.
Au premier Service les sieurs Charpen
tier et Danguy , habillez en Bergers , entrerent
dans le Fer- à- cheval , le premier
joüant de la Musette , et l'autre de la
Viele. La Dlle Salé , célebre Danseuse ,
très- galamment vétuë en Bergere , vint
se placer entre eux deux ; elle sembloit
exprimer son étonnement et leur demander
la cause d'une Fête si superbe . Les
deux Bergers la conduisirent auprès de
Ma nouvelle Epouse , à qui elle présenta
un magnifique Bouquet. Elle continua
de
2328 MERCURE DE FRANCE
guant
de former quelques . Pas de danse , feide
chercher encore une autre personne
, et s'arrêta vis- à - vis la place qu'oc◄
cupoit M. Bernard ; elle lui présenta un
autre Bouquet , après quoi elle se retira.
Elle revint au dessert , pendant lequel
elle dansa differentes Entrées dans la plus
grande perfiction et avec des applaudissemens
infinis.
On sortit de table à minuit pour se
rendre à S. Eustache , où les nouveaux
Epoux devoient être mariez. Il nous pa--
roît inutile de nous étendre sur l'Illumination
et la Décoration de l'Eglise . Tout
Paris en a été témoin , et d'ailleurs nous.
n'aurions rien à ajoûter à ce que nous en
avons dit dans le dernier Mercure.
..Ce fut encore M. le Curé de S. Eusta
che qui fit la célebration du Mariage
et pendant tout le temps qu'elle dura
on entendit le bruit des Timbales et des
Trompettes , mêlé avec l'harmonie de
l'Orgue.
Nous avions intention d'ajoûter à cette
Description quelques Estampes , pour
donner au Lecteur une idée de ce superbe
Salon de Thémis , comme nous l'avons
fait pour le Temple de Mars , mais let
peu de temps que nous avons eu pour
faire graver ces Morceaux dans la perfection
OCTOBRE . 1733. 2325
fection qu'ils auroient demandé , ne nous
a pas permis de donner cette satisfaction
au Public.
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Résumé : Fête donnée à l'occasion du Mariage de M. le Président Molé, [titre d'après la table]
Le 21 septembre 1733, Mathieu François Molé, Chevalier et Seigneur de Champlatreux et Luzarches, Conseiller du Roi et Président du Parlement, a épousé Bonne-Félicité Bernard. Cette dernière est la fille de Samuel Bernard, Chevalier et Conseiller d'État, et de Pauline Félicité de Saint Chamant. La famille Molé est l'une des plus anciennes et illustres du Parlement, ayant fourni plusieurs grands hommes au siècle précédent, notamment Mathieu Molé, Procureur Général, Premier Président du Parlement et Garde des Sceaux de France. Mathieu Molé, mentionné dans le texte, est le sixième Président à Mortier de sa famille. La fête organisée par le Chevalier Bernard à l'occasion de ce mariage a été aussi magnifique que celle célébrée le 16 août précédent pour le mariage de la Marquise de Mirepoix. Elle a commencé par un concert suivi d'un souper à neuf heures dans une nouvelle salle du jardin, décorée par le Chevalier Servandoni. La décoration extérieure représentait un ancien palais avec une arcade et des fenêtres ornées. La décoration intérieure, nommée le Salon de Thémis, était ornée de figures allégoriques et de bas-reliefs représentant les attributs de la justice. Le salon, de dimensions imposantes, était décoré de colonnes et de figures de femmes symbolisant divers aspects de la justice. Les bas-reliefs et médaillons étaient l'œuvre du peintre curlandois André. Le salon, considéré comme l'un des plus beaux depuis Polidore de Caravage, est percé de douze arcades, chacune ornée de rideaux de satin vert garnis d'or. L'arcade du fond, en forme de niche, est peinte en marbre précieux et ornée de congélations en or. Elle abrite une fontaine avec des coquilles dorées et des jets d'eau formant une cascade abondante. La niche est surmontée d'une ancre d'argent et d'une étoile lumineuse de cristal, symbolisant les armes de M. Bernard. Le salon est richement meublé avec des buffets pour la distribution de vin et de liqueurs, des tribunes avec des balustrades dorées, et des galeries lambrissées et tapissées. Les arcades sont décorées de damas cramoisi galonné d'or, et la frise ainsi que les colonnes sont en brèche violette. Les ornements de l'architrave et de la corniche sont en or, suivant l'ordre ionique. Des cartouches d'armes et des devises dorées en relief sont présents au-dessus des arcades. Le plafond, élevé de 25 pieds, est composé de travées en compartiments alignés d'une colonne à l'autre, ornés de guirlandes de fleurs et de roses dorées. La décoration a été réalisée par le sieur Pietre, et les sculptures par le sieur Chouasse. Une table en fer à cheval, utilisée lors d'une précédente noce, est placée au milieu du salon. L'illumination est assurée par de nombreux lustres et girandoles, et des corps de symphonie jouent pendant le souper. Après le souper, les convives se rendent à l'église Saint-Eustache pour la célébration du mariage, accompagnée de musique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 143-174
RESULTAT de la dispute entre le P. Laugier & M. Frezier, concernant le Goût de l'Architecture.
Début :
Si l'on ne connoissoit l'esprit de l'homme, on auroit lieu de s'étonner que [...]
Mots clefs :
Dispute, Architecture, Architectes, Murs, Porte, Voûte, Église, Angle, Colonne, Marc-Antoine Laugier, Amédée-François Frézier, Vitraux, Colonnade, Nef, Construction, Ordre
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texteReconnaissance textuelle : RESULTAT de la dispute entre le P. Laugier & M. Frezier, concernant le Goût de l'Architecture.
RESULTAT de la difpute entre le P.
Laugier & M. Frezier , concernant le
Goût de l'Architecture.
Sm
I l'on ne connoiffoit
l'efprit de l'homme
, on auroit lieu de s'étonner
que
de toutes les difputes
littéraires
il ne réfulte
prefque
aucun accord entre les parties conteftantes
, ni même un fimple aveu de
conviction
de la validité des raifons alléguées
d'un adverfaire
à l'autre , quoiqu'il
foit rare qu'elles
puiffent
être d'une égalité
de poids à devoir être mifes dans la balance
du doute.
J'avois premierement établi dans mes
Remarques , inférées dans le Mercure du
mois de Juillet dernier , que je ne croyois
pas qu'il y eût un beau effentiel en architec
144 MERCURE DE FRANCE .
C
ture , fondé fur les variétés des goûts particuliers
de chaque nation , & de plus des
variations de la même en différens tems ,
comme je l'ai vû de nos jours.
à
à
Le R. Pere Laugier , qui eft d'un fentiment
contraire , a fait de beaux raifonnemens
pour prouver ( non l'exiſtence de
cette chimere ) mais la poffibilité , convenant
qu'actuellement aucun des architectes
de tous les pays connus n'eft parvenu
la montrer dans fes ouvrages. Le public m'a
l'obligation de lui avoir procuré ce beau
diſcours , dont j'abandonne l'examen , n'étant
pas dans le goût d'une difpute métaphyfique
fur les arts , où je me contente de
raifonner conféquemment aux faits qui me
font connus ,
propos de quoi je ne puis
m'empêcher de faire une remarque fur la
contradiction de ce que le R. P. dit d'une
égliſe bâtie à Pekin , à la maniere Européenne
, par les Jéfuites , qui n'a pas femblé
, dit- il , aux Chinois indigne de leur admiration
, avec ce qu'en dit le Frere Attiret
, dans les Lettres édifiantes & curieufes
que j'ai cité , qu'il ne faut pas leur vanter
l'architecture Grecque & Romaine , qu'ils
ne goûtent en aucune façon . Il en pouvoit
parler pertinemment , étant lui -même peintre
& architecte à la Cour de l'Empereur .
Tel eſt le réſultat de la premiere partie de
nos
&
MAI. 1755.
145
nos altercations. Dans la feconde , le R.
Pere , après s'être rangé du côté de mon
opinion , contre cette prétendue origine
de la vraie beauté qu'on veut tirer des
proportions harmoniques employées en architecture
, fe détache de mon parti pour
m'attaquer fur ce que j'ai dit que les architectes
anciens , & la plupart des modernes
, n'ont jamais penfé à ces principes
fcientifiques ; ce que j'ai prouvé par le filence
de tous leurs auteurs . Cette réflexion ,
dit- il , eft plus maligne que folide , comme s'il
vouloit me brouiller avec les vivans : mais
comment prouve - t-il fa conjecture à l'égard
de la folidité ? c'eft en difant qu'il
peut fort bien fe faire que fans y penfer , &
comme à tâtons , les architectes ayent rencon-
· tré le vrai.
Ainfi fon induction n'étoit pas plus jufte
que celle qui lui a fait conjecturer , mal à
propos , que j'étois infenfible à la vûe des
belles chofes , comme un ftupide qui lui
fait pitié. Je le plains , dit il , du tort que
lui a fait la nature ; il eft privé d'une grande
fource de plaifirs , de n'avoir point éprouvé
de ces mouvemens
enchanteurs qu'excite la
préfence des belles chofes , lefquels vont ( de
l'aveu du R. P. * ) juſqu'à l'extafe & au
* Voyez fon Effai fur l'Architecture.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
•
transport ; fon ame , continue- t- il , en parlant
de moi , eft vraisemblablement de celles
qui ont été battues à froid. Belle métaphore
tirée apparemment de la rhétorique des Cyclopes
, pour égayer une matiere férieufe ,
par un peu de mêlange du ftyle des farces ,
à laquelle je pourrois répondre , & montrer
en quoi confifte fon erreur , par un
proverbe du même ton , que les délicats
font difficiles à nourrir.
Les deux premieres parties de mes remarques
ne regardoient point le P. Lau--
gier , il s'y eft mêlé fans vocation ; mais
nous voici arrivés à ceux qui peuvent l'intéreffer
.
Il commence par m'attaquer fur ce que
j'ai dit , que le petit Traité d'Architecture
de M. ( où comme l'appelle le Dictionnaire
de Trévoux , au mot Eglife ) le R.
Pere de Cordemoy , Chanoine Régulier ,
ne contient rien de nouveau ; il qualifie ce
difcours , tout fimple qu'il eft , d'invective
indecente , parce qu'il l'a pris pour fon
coryphée. Y avoit- il là matiere à un propos
qui annonce trop de fenfibilité au refus
que j'ai fait d'applaudir à la prééminence
qu'il veut donner à ce Chanoine
fur tous nos Architectes , avec d'autant
moins de raifon que je lui avois fait remarquer
que cet auteur en convenoit lui-
1 7
MAI
1755 147
même dans fon Epitre dédicatoire à M. le
Duc d'Orléans , en 1706 , à qui il ne le
préfentoit que comme un Recueil de ce
qui fe trouve difperfe dans les ouvrages des
plus habiles , foit anciens ou modernes ? Ce
qu'il n'eft pas difficile de reconnoître à
ceux qui ont puifé dans les fources , car
les approbations ou critiques n'entrent
point en compte de nouveauté du fond de
la doctrine.
t
Il vient enfuite à un des points principaux
de notre difpute concernant les pilaftres
, qu'il abhorre comme des enfans
batards de l'architecture , engendrés par l'ignorance.
Il dit qu'il s'eft mis en devoir de
justifier fon averfion dans le premier chapitre
defan effai , où il n'a pas mieux réuffi
fur cet article qu'en bien d'autres , fi l'on
en juge par l'examen de cet effai , auquel
il a fourni une matiere de critique affez
ample pour être prefque auffi étendue que
le texte , fans y comprendre ce qu'on y
peut, ajouter , comme il confte en partie
-par mes remarques & ma réplique , qui
- n'ont pas épuifé la matiere. Il dit cependant
qu'il a raisonné par une
confequence
logique néceffaire du principe qui fert de
2fondement à tout le reste.
Quel eft ce principe ? j'ai beau lire ce
chapitre , je n'y en trouve aucun , à
a moins
Gij
148 MERCURE
DE FRANCE.
que
It qu'il ne l'établiffe fur ce qu'il dit
pilaftre représente une colonne . Il faut convenir
qu'il la repréfente bien imparfaitement
, comme le quarré repréfente le rond.
Car puifque les cylindres & les prifmes
de même hauteur font entr'eux comme
leurs bafes , le quarré circonfcrit repréfente
le cercle infcrit
par une confé
quence
mathématique .
Mais , dira-t -on , c'est parce qu'il en
Occupe la place : cette interprétation feroit
jufte , fi on faifoit un portique tout
de pilaftres ifolés , excepté aux angles faillans
des entablemens , fous lefquels une
colonne ne peut être admife fans faute de
jugement ; parce qu'elle ne peut y faire
les fonctions de pilaftre , en ce qu'elle
laiffe du porte-à-faux de cet angle , comme
je l'ai démontré ; & fi l'on rapporte les
piéces d'architecture à la charpente d'une
cabane , le pilaftre en cet endroit y repréfente
un potean cornier , qui eft auffi effentiellement
équarri qu'un fomier repréfenté
par l'architrave . En effet , pour foutenir
une encoignure en retour d'équerre ( pour
parler en termes de l'art ) , il faut un fupport
quarré ; le quart de cercle infcrit dans
un angle droit n'occupe qu'environ les
deux tiers de fa furface , ou plus précifément
onze quatorziemes ; de forte que le
M.Aha1735 31% 149
triangle mixte reftant,compris par les deux
lignes droites tangentes & le quart de cercle
concave , eft l'étendue de la furface
qui porte à faux , c'est - à-dire fans appui.
Donc la colonne ne peut être fubftituée
au pilaftre dont elle ne peut faire pleinement
les fonctions ; donc la conféquence logique
du R. Pere étant tirée d'un faux principe
, eft invalide pour juftifier fon averfion
qui lui eft particuliere & unique.
Sa logique l'a mieux fervi à refuter la
contradiction qu'on lui avoit reprochée ,
d'avoir appellé les pilaftres des innovations,
après en avoir reconnu l'ancienneté dans
les antiques. On voit bien par la fubtilité
de fa folution , qu'il a enfeigné le grand
art, de ne refter jamais court dans la difpute
, que les facétieux appellent l'art de
fendre un argument en deux par un diftingo
, pour le fauver par la breche ,
Mais voyons comment il réfout l'ob
jection du porte-à- faux fous l'angle faillant
d'un entablement , le faifant foutenir par
des colonnes ; il croit avoir imaginé un
expédient pour l'éviter : il faut le lire attentivement
, car il le mérite. Je ne mettrai
rien ( dit -il ) dans l'angle même ; je rangerai
mes colonnes aux deux côtés le plus près
de l'angle qu'ilme fera poffible . Cela eft clair,
c'est - à - dire jufqu'à ce que les deux chapi
Giij
6 MERCURE DE FRANCE.
teaux fe touchent fur la diagonale de l'an
gle. Mais comment appellera-t- on cet ef
pace quarré , dont les colonnes feront fé
parées en dehors , lequel eft formié par la
prolongation de l'alignement des faces intérieures
de l'architrave jufqu'à la rencon
tre des extérieures avec lefquelles elles
forment un quarré , dont la longueur des
côtés eft déterminée par l'épaiffeur della
colonnade , fuppofant l'angle faillant droit ,
ou bien un trapézoïde s'il eft aigu ou ob-
Eus ? N'eft- ce pas un porte- à- faux tout en
Fair , au dire de tous les Architectes de
Europe ? fans doute . Done ce prétendu
moyen imaginé pour Péviter ; Faugmente
ridiculement , par un effet contraire à fon
Intention , & d'une maniere fi choquante
que fans être architecte , tout fpectateur
un peu judicieux ne manqueroit pas d'en
être frappé , & de Te récriér quel ele
rignorant qui a été capable d'une telle bafourdife
? C'eft içi un de ces cas doit parle
HR . Pere dans fon préludes on la difpute
eft neceffaire pour fournir des préfervatifs
contre le poifon des vaines imaginations . On
ne peut concevoir comment un homme
defprit , tel qu'il eft , & qui s'annonce
pour avoir des connoillances dans l'art de
batir moins bornées a
qu'on ne le préfume, a pu
fe tromper fi étonnamment ; il faut quiP
M A I. 1755
V
alt raifonné fur l'apparence de l'angle
rentrant , au lieu du faillant dont il s'agit.
Pour montrer l'utilité des pilaftres pré- *
férablement aux colonnes dans les parties'
des édifices deſtinées à l'habitation , j'avois
fait remarquer qu'une colonnade ne pou-'
voit y fervir, de l'aveu du R.Pere , qui convient
qu'on ne peut habiter fous une balle
ouverte , & qu'on ne pouvoit s'y mettre
à l'abri des injures de l'air qu'en la fermant
par un mur de cloifon , dont la pofition
à l'égard des colonnes entraîne l'inconvénient
que j'ai fpécifié par un difcours
très fuccint , qui lui a cependant paru long
& obfcur. Le premier de ces défauts n'étoit
que pour lui , en ce qu'un difcours contredifant
porte l'ennui & déplaît pour
peu qu'il foit déployé aux yeux de celui
qui le lit à regret. Quant à l'obfcurité reprochée
, il eft jufte que je l'éclairciffe.
Voici comme j'argumente à mon tour.
Ce mur fera placé , ou dans le milieu de
l'épaiffeur de la colonnade , ou au dedans
ou au dehors .
Dans la premiere pofition il corrompra
la proportion de la largeur apparente à la
hauteur de la colonne. Dans la feconde.
il mafquera la colonnade au dedans , &
dans la troifieme au dehors.
La preuve du premier inconvénient eft
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
que
il
fi
vifible , en ce que pour peu d'épaiſſeur
qu'on donne à ce mur de part & d'autre
de l'alignement des axes des colonnes ,
en embraffera & cachera une partie au
dedans & au dehors de leur circonférence
apparente ; alors ce qui reftera découvert
en largeur ne fera plus un diametre ,
mais une corde plus ou moins grande
felon l'épaiffeur du mur ; de forte
on faifoit fon épaiffeur égale au diametre
de la colonne , il embrafferoit la moitié
de chaque côté , & la feroit enfin diſparoître
, ainfi les furfaces de fes paremens
deviendroient des plans tangens , qui ne la
toucheroient que fuivant une ligne fi elle
étoit cylindrique , & l'angle mixte de la
furface plane & de la courbe deviendroit
infiniment aigu , de forte qu'à moins que
d'ufer d'un maftic adhérent , on ne pourroit
le remplir folidement des matériaux
dont le 'mur feroit bâti.
>
L'inconvénient de la pofition du mur
en dedans ne mérite pas d'être prouvé ,
puifque la colonnade eftun ornement dont
on veut décorer le dedans de l'habitation ,
lequel ornement feroit rejetté en faveur
du dehors , où les colonnes ne paroîtroient
faire fonction que de contre- forts . Il ne
refte donc à choisir que la pofition du mur
en dehors ; alors , ou fa furface fera tanMAT
1755 371755.
753
-
gente de la colonnade , ou bien fon épaiffeur
recevra une partie du diametre de
chaque colonne , fi elle avance dans leur
intervalle. Dans le premier cas , il fe for
mera un angle mixte , dont nous venons
de parler , entre la furface plane du mur
& la convexe de la colonne , lequel étant
infiniment aigu deviendra un réceptacle
de pouffiere & d'araignée , dont on ne
pourra le nettoyer , par conféquent fujet
à un entretien perpétuel de propreté.
Dans le fecond cas , cet angle mixte deviendra
plus ouvert , mais préfentera toujours
un objet defagréable à la vûe , felon
qu'il fera plus ou moins aigu ou obtus ; &
ce qui eft pire & inévitable , il cachera
toujours une partie de la colonne , qu'on
reconnoît pour n'être pas deftinée à être
enclavée dans un mur , fans perdre de fa
largeur apparente , étant vue de différens
côtés , & par conféquent de cette proportion
de la largeur à la hauteur , qui conſtitue
la différence & la beauté des ordres
d'architecture ; cette proportion ne pourra
fubfifter que lorfque la colonne fera vue
perpendiculairement à la furface du mur
fuppofant qu'il n'avance pas au dedans de
l'alignement des axes des colonnes , car
alors il eft évident qu'il abforberoit plus
de la moitié de leur épaiffeur . Il n'eft pas
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
jen si
moins évident que la colonne érant vue
un peu à droite ou à gauche de laperpen
diculaire au mur , paffant par fon axe fon
épaiffeur apparente entre l'axe & fa futface
du mur fera moindre qu'entre l'axe & le
rayon tangent du côté du vuide intérieur.
Une figure auroit été ici néceffaire pour
aider l'imagination du lecteur qui n'eft
pas un peu initié dans la Géometrie , Je vais
m'expliquer par un exemple. nuog
Suppofons tn fpectateur voyant " de
côté une colonne enclavée à demi dans un
mur, fous un angle , par exemple , de trené
te dégrés , ce qui arrive en fe promenand
devant une colonnade , fans affecter de fi
ruation recherchée exprès ; alors favûe
fera bornée d'un côte au fond de l'angle
mixte de la rencontre des deux furfaces
plane & convexe , & de l'autre au rayon
vifuel tangent à la colonne en faillie hors
du mur , lequel feta avec celui qui doit
paffer par fon axé un angle plus ou moins
aigu , felon qu'il en fera plus près ou plus
foin , parce qu'il fera le complement de
celui du rayon de la colonne ,fire au point
de l'attouchement & toujours momdre que
le droit , quelque éloigné qu'en foit le
fpectateur. Mais pour la commodité de la
fuppofition la plus avantageufe , fuppo
fons -le de 20 dégrés , leſquels érant jõims
9
M A 1. 1755 . iss
aux 30 de l'obliquité donnée , il réfultera
un angle de 120 dégrés , mefuré par la
circonférence , qui n'eft qu'un tiers de celle
de la colonne , dont la corde eft moindre
d'environ un feptieme du diametre par
conféquent la largeur apparente étant die
minuée , l'oeil n'appercevra plus cette proportion
à fa hauteur , qui eft eftimée effentielle
à la beauté de l'architecture .
Donc l'enclavement ne peut fe faire fans
inconvénient , quelque profondeur qu'on
fuppofe de la colonne dans le mur. Il n'en
eft pas de même à l'égard de celui des pilaftres
, dont la face antérieure de fa lar
geur eft inaltérable , quelque profondeur
d'enclavement qu'on lui fuppofe ; done if
n'y repréfente point la colonne , mais un
poteau montant de cloifon de pan de bois ,
ou , fi l'on veut , une chaîne de pierre pour
la folidité. Je ne fçai fi de que je viens de
dire , joint à ce qui a précédé , pourra
établir la légitimité de ce que le R. Pere
appelle les enfans bâtards de l'architecture
qu'il ne veut pas reconnoître pár averfion
naturelle. Je crains qu'elle ne foir plus for
te que mes bonnes raifons , & que le ré
fultat de nos altercations fur cet article
n'ait abouti à rien qu'à mettre le lecteur
én état de prononcer avec plus ample connoiffance
de caufe , fur quoi on peut éta
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
blir un jugement ; fçavoir , qu'il n'y a que
de l'averfion d'un côté , & des raifons de
l'autre , avec l'approbation des Architectes
de toute l'Europe.
Venons préfentement à ce qui concerne
les difpofitions de l'églife qu'il propofe
pour modele. J'avois cru bien faire de la
comparer à celle des premiers fiécles du
Chriftianifme , & de montrer par l'hiſtoire
eccléfiaftique & quelques paffages des Peres
, qu'elle n'y étoit point conforme ; mais
le R. Pere me dit que tout ce que j'expoſe
d'érudition tombe en pure perte. Les anciens
ufages ( dit- il ) n'ont rien de commun
avec l'objet en question. » Il s'eft propofé de
» chercher la difpofition la plus avantageufe
, fans fe mettre en peine qu'elle fût
conforme ou non conforme à ce qui fe
» pratiquoit autrefois ; ce qui nous met hors
» de cour & de procès : il lui reftera feulement
à prouver que celle qu'il a imaginé
eft la plus avantageufe , ce qu'il ne fera
pas aifément.
D'où l'on peut inférer qu'il confidere
nos églifes comme des bâtimens livrés au
caprice de la compofition des Architectes ,
fans égard aux anciens ufages relatifs aux
cérémonies du fervice divin , fuivant la
lithurgie, & à la majeſté du lieu , à laquelle
un Architecte peut beaucoup contribuer
M A I. 1755. 157
1
par une fage difpofition des parties & dif
tribution de la lumiere.
و د
Cette conféquence n'eft pas une conjecture
, elle eft clairement énoncée à la
page 241 de fon Effai , où il dit : » qu'on
» peut donner aux Eglifes toutes les for-
» mes imaginables. Il eft bon même (ajoute-
il ) de ne les pas faire toutes fur
» le même plan : toutes les figures géométriques
, depuis le triangle jufqu'au
» cercle , peuvent fervir à varier fans ceffe
» ces édifices.
""
"
Comment concilier cette liberté avec
l'embarras où il s'eft trouvé dans l'ordonnance
de fon plan , pour le feul arrondiffement
du chevet dont il n'a pû venir
à bout , y rencontrant des inconvéniens
inévitables , de fon aveu ? ce qui l'a fait
conclure , fur ces confidérations , que le
mieux feroit de fe paſſer de rond - point :
c'eft auffi le parti qu'il a pris , fe réduifant
à la fimple ligne droite & aux angles
droits.
Cependant les célebres Architectes de
la nouvelle Rome , qui ont penfé (comme
lui ) qu'il fuffifoit de faire un édifice quel
conque d'une belle architecture , fans vifer
qu'à la fingularité de la compofition ,
n'ont pas été arrêtés par les difficultés
qui ont effrayé le nôtre , comme on le
1
158 MERCURE DE FRANCE.
w
A
voit dans les Eglifes dont Bonarotti
( ou Michel Ange ) les Cavaliers Bernin
, Borromini , Rainaldi , Volateran
Berretin , & quelques autres , ont été
les Architectes faifant des arrangemens
circulaires ou elliptiques de plu
fieurs chapelles autour du grand corps
de l'édifice , variées de toutes fortes de
figures agréables à la vûe , mais déplacées
pour une églife , en ce qu'elles en divifent
trop les objets , obligeant les fideles
affiftant au facrifice célebré fur différens
autels en même tems , de fe tourner
en tout tems , en fituations relativement
indécentes , dos à dos , de côté
& en face affez près pour fe toucher ,
ce qui ne peut manquer de caufer des
diftractions involontaires. Tel eft auffi à
peu près l'effet de la diftribution de lu
miere dans l'églife dont il s'agit , de la
compofition de notre auteur , dont les
rayons venant de tous côtés comme d'une
lanterne de vitraux qui enveloppent'
fans interruption fon fecond ordre de ,
colonnes ifolées , ne peuvent manquer
d'occuper , d'éblouir & de diftraire les fideles
en prieres , particulierement ceux
qui feront tournés au grand autel , dont
les yeux feront directement frappés des
rayons du haut & du bas ; en quoi n'ont
MAT 1755 154
92
pas péché nos Architectes modernes qui
ont appliqué l'autel principal contre le
mur de fond , qu'ils ont décoré d'un ta
bleau , & c. mais auffi ils ont péché contre
l'ancien ufage d'ifoler l'autel , autour du?
quel les cérémonies de l'Eglife exigent
qu'on puiffe tourner en certaines occa
fions , fuivant le rituel où il eft dit , Sacerdos
circuit ter altare , ufages dont ils n'ont
peut- être pas été inftruits , ou auxquels ils
ne fe font pas cru obligés d'avoir égards
comme le nôtre , en ce qui concerne la
figure des autels . 9al soulmů 33 un dị
Il veut , d'après une nouvelle mode qui
s'établit depuis peu , qu'on le faffe en tombeau
, fur un faux préjugé que ceux des
premiers fiecles étoient de même , parce
qu'on célébroit les faints myfleres fur les
tombeaux des Martirs ; ce qu'il faut entendre
des feuils endroits où il s'en trouvoir
, car il n'y en avoit pas par-tours &
quand il y en auroit eu , ce n'eft pas une rai
fon, car ils n'étoientpas immédiatement ſur
la caille ? mais au deffus du lieu où
repo
foient leurs corps , comme il confte par le
grand autel de S. Pierre de Rome , qui
eft bien fitué au deffus de ce qui nous
refté de feliques de S. Pierre & de S.
Paul ; cependant il n'eft pas fait en forme
de tombeau , quoiqu'il fort au deffus de
160 MERCURE DE FRANCE.
la chapelle fouterreine où elles font , à
laquelle on defcend ( comme je l'ai fait )
par un magnifique efcalier , dont la baluftrade
de marbre eft bordée d'une trèsgrande
quantité de lampes toujours allu
mées. Il fe peut qu'on ait fait fervir ,
par extraordinaire , la couverture d'un
tombeau de table pour le facrifice ; mais
j'ai prouvé que dans toutes les églifes
qui ont été faites neuves pendant les premiers
fiecles , l'autel y a toujours été fait
en forme de table , laquelle eft plus analogue
& fignificative que toute autre ,
de l'inftitution du S. Sacrement , faite
pendant le foupé de la Pâques , ce que
tout le monde fçait , & que l'Eglife
chante de la profe de S. Thomas d'Aquin
, quod in facra menfâ coena datum
non ambigitur.
1
Puifque le R. P. n'a rien répliqué aux
preuves que j'en ai données , il femble
que je puis préfumer qu'il en convient
fuivant la maxime que qui tacet commentire
videtur ; en ce cas il auroit pû, fe
faire honneur de cette docilité qu'il avoit
annoncée , en difant qu'on ne lui trouve
roit point d'entêtement.
Après avoir difcuté la difpofition de
fon églife , il refte à examiner fa confruction
, dont l'auteur de l'examen de
MA I..
1755.
161
fon effai fur Architecture a dreffé un
plan que le R. P. n'a point méconnu ,
quoiqu'il ait été gravé & publié , parce
qu'il eft exactement conforme au fien , qui
contient des chofes fi extraordinaires qu'on
ne peut s'empêcher d'en appercevoir les
défauts de régularité & de folidité.
Premierement quant à la régularité ,
à la feule infpection
de ce plan on eft
choqué du défaut de fymmétrie
dans l'arrangement
de fa colonnade
le long de
la nef & de la croifée , en ce que les
colonnes font accouplées
fuivant le modele
du portique
du Louvre , excepté
aux angles faillans de la rencontre
des
files de la nef & de la croifée , au fommet
defquels
il n'y en a qu'une à chacun
: or il eſt évident que c'eft là tout au
contraire
où cet accouplement
étoit plus
convenable
, & même plus néceffaire
qu'ailleurs
, pour donner de la culée à la
pouffée
des platebandes
, qui forment
les architraves
en retour à angle droit
de forte qu'outre
la beauté de la fymmétrie
il fe trouve de plus une néceffité
de
folidité.
Je fens bien que notre Architecte ayant
eu intention de prolonger l'alignement.
de fes bas côtés , comme il le dit dans
fon Effai , ( page 217 ) il n'auroit pu
162 MERCURE DE FRANCE.
ajouter une colonne à chaque retour de
l'angle , fans interrompre cet alignement ,
à quoi je ne lui vois pas de réponſe , que
celle qu'il a faite au reproche de l'enga
gement de fes colonnes dans les murs ,
qu'à néceffité il n'y a point de loi ; mais
celui qui péche dans la caufe n'eſt pas
excufable dans l'effet , c'eſt une maxime reçue
; il ne devoit donc pas s'engager dans
une ordonnance de deffein qui entraînoit
une telle faute néceffairement. Lorfque
le P. Cordemoy , dont il adopte les
idées jufqu'à les copier par-tout , propo
foit celle de Perrault fur l'accouplement
des colonnes , il ne parloit que d'une
nef d'églife , fans faire mention des retours
de la croifée , où l'on ne peut en
mettre moins de trois à chaque angle
faillant , celle du fommet ou pointe de
cet angle étant équivalente à deux , pour
faire face d'un couple de côté & d'au-'
tre.
Le fecond défaut qui concerne la folidité
, a été fuffifamment démontré dans
le livre intitulé , Examen de l'Efai fur
Achitecture de notre Auteur ; il eft er
effet vifible à tour homme qui eft initié
dans la conftruction , qu'une feule
colonne eft abfolument incapable de réfifrer
à une double pouffée des plateban
M A I. 1755. 163
1
des qui concourent à un angle droit ,
où elles pouffent au vuidé fuivant la
prolongation de la diagonale , quand
même ces platebandes ne feroient char
gées que du poids de leurs claveaux . II
n'eft pas néceffaire que j'infifte fur les
défauts déployés dans une douzaine des
pages du livre que je cite.
Cependant le R. P. ne fé tient pas pour
convaincu du rifque d'une fubverfion de
fon édifice , depuis qu'il a appris qu'on
faifoit préfentement des voûtes extrêmement
legeres , & fi bien liées dans les
parties qui la compofent , qu'on prétend
qu'elles ne pouffent point ; ce qui tran
che ( dit-il toutes les difficultés de folidi
té qu'on trouve à fon idée d'églife. Ce
font ces voûtes de briques pofées de plat
& doublées de même en plâtre , qui ont
été exécutées depuis long- tems en Rouffillon
, dont M. le Maréchal de Belle
Ifle a fait des épreuves il y a cinq ou
fix ans. S'il eft vrai ( ajoute cet Auteur )
qu'elles ne pouffent point , je n'en fais point
d'autres , me voilà délivré de l'embarras
» de la dépenfe , & de la mauffaderie
» des contreforts ; toute ma nef du haur
en bas eft en colonnes ifolées , je me
» contente d'envelopper tout le fecond
ordre par des vitraux continus , & fans
•
164 MERCURE DE FRANCE :
>> interruption- mon églife devient l'ou
" vrage le plus noble & le plus délicat ».
On pourroit ajouter & tellement foible ,
qu'il ne feroit pas étonnant qu'il fût culbuté
par un coup de vent , comme un
jeu de quilles , fuppofé qu'il eût été affez
équilibré pour ne s'être pas écroulé
avant que d'avoir été totalement achevé.
Avant que de donner fa confiance à
cette nouveauté , il y a encore bien des
chofes à confidérer .
Premierement qu'on ne peut indifféremment
exécuter ces voûtes en tous
lieux , parce qu'il y a plufieurs cantons
de provinces où il n'y a ni bonnes briques
, ni plâtre , mais feulement de la
chaux , du moilon & des pierres detaille
, comme ici à Breft , où l'on eft obligé
de faire venir de loin ces matériaux.
D'où il fuit que la dépenfe de ces auvrages
douteux excéderoit de beaucoup
celle de l'exécution fûre des yoûtes faites
à l'ordinaire , avec les bons matériaux
que l'on trouve fur les lieux.
Secondement qu'il eft fort incertain
que ces voûtes legeres en briques de plat
ne pouffent point du tout. Cette affertion
n'eft fondée que fur la fuppofition d'une
liaifon i folide , que les parties ne
forment plus qu'un feul corps d'égale
MA I. 1755. 165
confiftance , & par-tout uniforme , puifque
leur arrangement de pofition ne
concourt en rien à les foutenir mutuellement
, comme dans celui des voûtes de
pierres en coupe , auquel cas la folidité
dépend uniquement des excellentes qualités
des matériaux , lefquelles ne font ni
par- tout , ni toujours également conftantes
, de forte qu'on rifque tout fur leurs
moindres défauts ; les briques mal cuites
, ou de mauvaife pâte de terre , le
plâtre éventé ou mal gâché , ou employé
à contre-tems , peuvent empêcher cetre
confiftance uniforme & inébranlable qui
doit en réfulter . Puis le plâtre s'énerve
par les impreffions de l'air dans une fucceffion
de tems qui ne va pas à un fiecle
, mais feulement ( à ce qu'on dit ) a
la durée de la vie d'un homme bien
conftitué , après quoi il devient pouf,
c'eft-à-dire farineux ( fuivant le langage
des ouvriers ) ; ainfi il n'y auroit pas de
prudence de hazarder la perte d'un édi-
-fice auffi confidérable qu'eft celui d'une
églife , qui doit être faite pour durer
des fiecles , fur une conjecture qui fuppofe
qu'une voûte ne doit point pouffer , &
toujours fubfifter , quoique d'une largeur
de diametre ordinairement de 36 à 42
pieds d'étendue , qui excéde de beaucoup
་
166 MERCURE DE FRANCE.
celle des édifices pour l'habitation , dong
on a fait des épreuves.
"
On fçait que la pefanteur agit continuellement
, quoiqu'infenfiblement ; nous
en avons l'exemple dans les bois de la
meilleure confiftance , dont elle fait
alonger les fibres qu'elle ne peut
ne peut caffer.
Une poutre bien dreffée & pofée de niveau
, fans être chargée d'aucun poids
que de celui de fes parties , fe courbe
peu à peu en contre-bas ; & l'on voit
tous les jours des voûtes de bonne maçonnerie
, dont le mortier a fait le corps
depuis long-tems , s'ouvrir vers les reins ,
environ à 45 degrés , lorfque la réfiftan-
-ce des piédroits s'eft trouvée trop équilibrée
, ou diminuée par les moindres
accidens. On en a une preuve bien facheufe
& inquiétante encore aujourd'hui,
par la lézarde ou crevaffe qui s'eft faire
au grand dôme de l'églife de S. Pierre
de Rome , plus de 80 ans après fon édification
& perfection . Sur de telles ex-
-périences , un Architecte feroit inexcufable
de rifquer une conftruction vifiblement
trop foible.
-
•
C
On peut mettre dans le rang des idées
pittorefques celle d'envelopper tout le fecond
ordre de fon église , qui n'est que de
colonnes ifoléés par des vitraux continus
MAI.
1755 167
>
fans interruption , laquelle étant une
nouveauté inattendue fait tomber les
objections que j'avois fait concernant la
néceffité des bafes au rez de chauffée ,
pour foutenir un mur d'enceinte au fecond
ordre , où je comptois que devoient
être les bayes des vitraux , ouverts à dif
tances convenables dans les entre- colonnemens.
Mais il dit formellement que
tout eft vuide d'une colonne à l'autre , fans
aucune espece de piédroit . Tout étant
fupprimé par ce fyftême , l'objection que
je faifois eft du vieux ftyle , on ne bâtira
plus comme par le paſſé.
.
Il nous refte encore à examiner fon
idée d'une voûte à faire fur le milieu
de la croifée des deux berceaux qui couvrent
la nef & la traverfe de la croix de
fon plan , laquelle feroit ( comme je l'ai
dit ) tout naturellement une voûte d'arête
, qu'il trouve , ainfi que la plupart
des Architectes , trop fimple pour une
églife de goût , à laquelle on fubftitue
ordinairement un dôme , fuivant l'Architecture
moderne de la plupart des églifes
d'Italie , pour donner de la nouveauté ;
il rejette cette conftruction , & en fubftitue
une autre , qu'il avoit annoncée
dans fon Effai , d'une maniere fi myſtéricufe
qu'on ne pouvoit deviner que ce
168 MERCURE DE FRANCE.
fût la chofe du monde la plus ordinaire
qu'il a dévoilé dans fa réponſe à mes
remarques , par laquelle on voit que ce
n'eft plus qu'une voûte fphérique en pan .
dantif : en cet endroit ( dit - il ) on peut
» conftruire toute forte de voûte en cul-
» de-four , & en pandantif , qui empêche
( ajoute-t- il ) que fur les quatre
grands arcs-doubleaux , on éleve des
>> enroulemens qui , fuivant la diminution
» pyramidale , aillent ſe réunir à un couronnement
en portion de ſphere , rempli
par une Gloire ou une Apothéose.
» Ce centre de croifée couvert par une
» voûte ainfi percée à jour & décorée avec
» hardieffe , n'auroit- il pas quelque chofe
» de très-brillant & tout- à- fait pittoref
que ? Sans doute , c'eft un beau fujer de
décoration de théatre , fi les édifices fe
faifoient avec la même facilité que les
peintures , & n'exigeoient pas plus de
précaution ; mais malheureufement on
eft affujetti à la folidité & aux moyens
de prendre le jour fans percer plus haut
qu'il ne faut pour le ménager , & pourvoir
à l'écoulement des eaux de pluie ,
enforte qu'elles ne tombent point par ces
pans de la couverture
des combles qui fe croifent , ainfi que
les yoûtes des berceaux qu'ils couvrent ,
ouvertures : or les
ne
MA I.
1755. 169
ne laiffent pas de paffage à la lumiere fi
on ne s'élève au-deffus , auquel cas on,
retombe dans la néceflité de la conftruction
d'un dôme fur une tour à l'ordinaire , que
PAuteur condamne d'après fon maître le
P. Cordemoy , qui leur reproche du porteà-
faux .
On a lieu d'être furpris que quoiqu'il
ait profcrit les arcs doubleaux dans fon
effai , il en fafle ici mention , & qu'il y appuie
les enroulemens qui doivent porter la
coupole de l'apothéofe en cul de four , parce
qu'on y trouve plufieurs inconvéniens ;
l'un , que les affiettes de leur baſe devant
être de niveau entr'elles , elles ne peuvent
être pofées que fur les quatre clefs des arcs
doubleaux qui font dans cette fituation relative
, & ces parties ( les plus foibles des
voûtes ) ne paroiffent gueres convenables
pour foutenir ces enroulemens , qui , comme
de fimples nervûres , font chargées du
poids de la calotte fphérique . Secondement
parce que leur nombre ne fuffiroit pas pour
porter le contour de ce fegment , ainfi
percé à jour , à moins qu'il ne fût très-petit
, en approchant beaucoup de fon pôle ,
auquel cas , fi l'on enveloppe les enroulemens
de vitraux continus , comme il fait
à l'égard des colonnes du fecond ordre , ils
deviendront auffi fphériques en portions
H
170 MERCURE
DE FRANCE.
inclinés en furde
trapezes
courbes
plomb.
:
,
Les fera - t - on ainfi alors il faut renvoyer
l'exécution de ce projet à la côte du
Pérou , comme à Lima où il ne pleut jamais
mais fi l'on ne croit pas pouvoir les
faire de même à caufe de l'inconvénient de
l'écoulement des eaux de pluie , on fera
obligé , pour le faire à plomb & en abajour
, d'élever une tour fur la croifée des
berceaux , portant à faux fur les pandantifs,
& alors on retombe dans la conftruction.
ordinaire des dômes , ou du moins des
demi- dômes , plus ou moins élevés extérieurement
, fuivant le diametre de la voû
te fphérique , à laquelle cette tour fera
circonfcrite , fans paroître dans l'intérieur
que comme un-cul- de four en pandantif ,
portant immédiatement fur les panaches ,
élevés fur un pan coupé des angles faillans
de la croifée.
Cette conftruction n'a rien d'extraordi
naire ; nous en avons mille exemples , particulierement
à Rome dans les églifes de
Sainte Marie in Porticu , du deffein du Cavalier
Rainaldi ; à Sainte Marie in Vallicella
, de celui du vieux Longo ; à S. Charles
des quatre Fontaines , de celui du Cavalier
Borromini ; & fans aller fi loin , au Noviciat
des Jéfuites de Paris , excepté que cetMAI.
1755. 171
7
tere conftruction y eft fans grace , en ce que
les pandantifs n'y font pas féparés de la
calotte fphérique par une corniche horizontale
, qui lui forme une baſe , & met
à part une figure réguliere plus agréable à
la vûe que celle qui eft échancrée par les
lunettes des berceaux pénétrant la furface
fphérique ; fecondement , parce que le
fommet , ou fond de cette furface concave,
y eft obfcur , fon enfoncement n'étant pas
éclairé d'une lanterne comme dans les
églifes citées , où cette partie eft brillante
par une lumiere célefte , qui y defcend
naturellement , au lieu qu'au Noviciat elle
ne l'eft que par un peu de reflet qui renvoie
la lumiere de bas en haut ; ce défaut
que l'auteur de l'examen de l'Effai a déja
remarqué au fommet des berceaux qui
couvrent la nef & la croifée de fon églife
, eft encore ici plus remarquable , parce
que le reflet vient de plus loin , & remonte
plus haut . Je paffe fur un autre défaut
de largeur du pan coupé à chaque
angle de la croifée , lequel eft trop petit
pour fervir de baſe au panache.
Nous voilà donc au fait de cette voûte
de croifée d'églife , qui avoit été annoncée
comme une nouvelle invention , & qui
n'eſt rien moins . » C'étoit ( dit- on ) une
»forte de baldaquin , en façon de dôme ›
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
ود
» d'un deffein léger , qui puiffe fympathi
» fer avec l'idée de voûte ; dès lors ( ajoû
» toit l'auteur ) point de colonne , & rien
» de ce qui a befoin de porter dès les fondemens
, & un Architecte comprendra
fans peine les raifons qui me détermi-
» nent de propofer ainfi pour défigner une
» voûte qui aura toute la fingularité , tous
» les avantages des dômes fans en avoir les
inconvéniens .
"
,
11 eft clair qu'en admettant toutes ces
conditions à la lettre , il ne fatisfait en
aucune façon au problême. 1 ° . On ne peut
fon cul-de-four en pandantif pas dire que
ne porte fur rien qui vienne des fondemens
& qu'il n'y ait point de colonne , puifqu'il
y en a quatre , une à chaque angle faillant
de la croifée au rez de chauffée , & une
feconde en échafaudage au - deffus pour le
fecond ordre , ce qui en fait huit , à tout
compter ; la fupérieure fervant à porter le
pied du pandantif , porte fur la premiere
établie au rez de chauffée , par conféquent
dès lesfondemens : enfuite , le pandantif
établi fur ces colonnes , porte & rachete la
calotte fphérique de l'apothéofe ; donc par
une induction bien raifonnée , elle porte
dès les fondemens ; donc cette conſtruction
ne fatisfait point au problême.
Mais oferoit - on faire l'analyfe de ce
M.A I. 1755 173
fupport de tant de fardeaux ? on trouvera
qu'il fe réduit à une arête verticale de
l'angle faillant de l'architrave du premier
ordre , laquelle porte elle-même à faux ,
comme nous l'avons démontré ci - devant
dans l'examen de la fonction d'une colonne
fous un angle faillant.
Nos Architectes qui refpectent les principes
de l'art , font ordinairement un pan
coupé dans les angles de cette efpece, pour
y trouver un peu de baſe horizontale au
panache qui doit racheter le cul-de-four .
Pour finir , je pafferai fous filence bien
des chofes que j'aurois à dire fur la nouvelle
architecture en filigramme ; par
exemple , fur les pentes à ménager aux toîts
des bas côtés pour l'écoulement des eaux de
pluie , qu'on ne peut diriger qu'en s'élevant
du côté de la nef , & mafquant une
partie des vitraux du fecond ordre , lequel
eft établi immédiatement au -deffus de l'architrave
du premier , regnant de niveau
avec l'égoût extérieur des plafonds des bas
côtés , & de plus des chapelles qui l'écartent
encore du corps de la nef , d'où fuit
une plus grande hauteur de pente à donner
à cette partie inférieure qui reçoit auffi
l'égoût d'un côté du grand comble. J'en
pourrois dire autant & plus à l'égard du
baldaquin pittoresque ; mais je veux mon-
Hiij
374 MERCURE DE FRANCE.
trer que je ne cherche pas matiere à criti
quer , n'ayant d'autre intention que celle
de rendre ma réplique utile.
Au refte , je fuis très - obligé au R. Pere
Laugier de la maniere obligeante dont il
a parlé de moi dans fon prélude ; je lui en
fais mes très-humbles remercimens , fans
attention à ce que ce procédé de politeffe
ne s'eft pas toujours foutenu dans certains
momens où il lui a échapé des qualifications
de difcours , dont j'ai montré l'injuftice
; de forte qu'elles étoient réversibles
de droit à celui qui les avoit données malà-
propos , fi la qualité de Philofophe dont il
m'honore , & que je fais gloire de foutenir
en bonne part , ne me mettoit infiniment
au- deffus de ces petiteffes.
A Breft , le 2 Nov. 1754. FREZIER.
Laugier & M. Frezier , concernant le
Goût de l'Architecture.
Sm
I l'on ne connoiffoit
l'efprit de l'homme
, on auroit lieu de s'étonner
que
de toutes les difputes
littéraires
il ne réfulte
prefque
aucun accord entre les parties conteftantes
, ni même un fimple aveu de
conviction
de la validité des raifons alléguées
d'un adverfaire
à l'autre , quoiqu'il
foit rare qu'elles
puiffent
être d'une égalité
de poids à devoir être mifes dans la balance
du doute.
J'avois premierement établi dans mes
Remarques , inférées dans le Mercure du
mois de Juillet dernier , que je ne croyois
pas qu'il y eût un beau effentiel en architec
144 MERCURE DE FRANCE .
C
ture , fondé fur les variétés des goûts particuliers
de chaque nation , & de plus des
variations de la même en différens tems ,
comme je l'ai vû de nos jours.
à
à
Le R. Pere Laugier , qui eft d'un fentiment
contraire , a fait de beaux raifonnemens
pour prouver ( non l'exiſtence de
cette chimere ) mais la poffibilité , convenant
qu'actuellement aucun des architectes
de tous les pays connus n'eft parvenu
la montrer dans fes ouvrages. Le public m'a
l'obligation de lui avoir procuré ce beau
diſcours , dont j'abandonne l'examen , n'étant
pas dans le goût d'une difpute métaphyfique
fur les arts , où je me contente de
raifonner conféquemment aux faits qui me
font connus ,
propos de quoi je ne puis
m'empêcher de faire une remarque fur la
contradiction de ce que le R. P. dit d'une
égliſe bâtie à Pekin , à la maniere Européenne
, par les Jéfuites , qui n'a pas femblé
, dit- il , aux Chinois indigne de leur admiration
, avec ce qu'en dit le Frere Attiret
, dans les Lettres édifiantes & curieufes
que j'ai cité , qu'il ne faut pas leur vanter
l'architecture Grecque & Romaine , qu'ils
ne goûtent en aucune façon . Il en pouvoit
parler pertinemment , étant lui -même peintre
& architecte à la Cour de l'Empereur .
Tel eſt le réſultat de la premiere partie de
nos
&
MAI. 1755.
145
nos altercations. Dans la feconde , le R.
Pere , après s'être rangé du côté de mon
opinion , contre cette prétendue origine
de la vraie beauté qu'on veut tirer des
proportions harmoniques employées en architecture
, fe détache de mon parti pour
m'attaquer fur ce que j'ai dit que les architectes
anciens , & la plupart des modernes
, n'ont jamais penfé à ces principes
fcientifiques ; ce que j'ai prouvé par le filence
de tous leurs auteurs . Cette réflexion ,
dit- il , eft plus maligne que folide , comme s'il
vouloit me brouiller avec les vivans : mais
comment prouve - t-il fa conjecture à l'égard
de la folidité ? c'eft en difant qu'il
peut fort bien fe faire que fans y penfer , &
comme à tâtons , les architectes ayent rencon-
· tré le vrai.
Ainfi fon induction n'étoit pas plus jufte
que celle qui lui a fait conjecturer , mal à
propos , que j'étois infenfible à la vûe des
belles chofes , comme un ftupide qui lui
fait pitié. Je le plains , dit il , du tort que
lui a fait la nature ; il eft privé d'une grande
fource de plaifirs , de n'avoir point éprouvé
de ces mouvemens
enchanteurs qu'excite la
préfence des belles chofes , lefquels vont ( de
l'aveu du R. P. * ) juſqu'à l'extafe & au
* Voyez fon Effai fur l'Architecture.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
•
transport ; fon ame , continue- t- il , en parlant
de moi , eft vraisemblablement de celles
qui ont été battues à froid. Belle métaphore
tirée apparemment de la rhétorique des Cyclopes
, pour égayer une matiere férieufe ,
par un peu de mêlange du ftyle des farces ,
à laquelle je pourrois répondre , & montrer
en quoi confifte fon erreur , par un
proverbe du même ton , que les délicats
font difficiles à nourrir.
Les deux premieres parties de mes remarques
ne regardoient point le P. Lau--
gier , il s'y eft mêlé fans vocation ; mais
nous voici arrivés à ceux qui peuvent l'intéreffer
.
Il commence par m'attaquer fur ce que
j'ai dit , que le petit Traité d'Architecture
de M. ( où comme l'appelle le Dictionnaire
de Trévoux , au mot Eglife ) le R.
Pere de Cordemoy , Chanoine Régulier ,
ne contient rien de nouveau ; il qualifie ce
difcours , tout fimple qu'il eft , d'invective
indecente , parce qu'il l'a pris pour fon
coryphée. Y avoit- il là matiere à un propos
qui annonce trop de fenfibilité au refus
que j'ai fait d'applaudir à la prééminence
qu'il veut donner à ce Chanoine
fur tous nos Architectes , avec d'autant
moins de raifon que je lui avois fait remarquer
que cet auteur en convenoit lui-
1 7
MAI
1755 147
même dans fon Epitre dédicatoire à M. le
Duc d'Orléans , en 1706 , à qui il ne le
préfentoit que comme un Recueil de ce
qui fe trouve difperfe dans les ouvrages des
plus habiles , foit anciens ou modernes ? Ce
qu'il n'eft pas difficile de reconnoître à
ceux qui ont puifé dans les fources , car
les approbations ou critiques n'entrent
point en compte de nouveauté du fond de
la doctrine.
t
Il vient enfuite à un des points principaux
de notre difpute concernant les pilaftres
, qu'il abhorre comme des enfans
batards de l'architecture , engendrés par l'ignorance.
Il dit qu'il s'eft mis en devoir de
justifier fon averfion dans le premier chapitre
defan effai , où il n'a pas mieux réuffi
fur cet article qu'en bien d'autres , fi l'on
en juge par l'examen de cet effai , auquel
il a fourni une matiere de critique affez
ample pour être prefque auffi étendue que
le texte , fans y comprendre ce qu'on y
peut, ajouter , comme il confte en partie
-par mes remarques & ma réplique , qui
- n'ont pas épuifé la matiere. Il dit cependant
qu'il a raisonné par une
confequence
logique néceffaire du principe qui fert de
2fondement à tout le reste.
Quel eft ce principe ? j'ai beau lire ce
chapitre , je n'y en trouve aucun , à
a moins
Gij
148 MERCURE
DE FRANCE.
que
It qu'il ne l'établiffe fur ce qu'il dit
pilaftre représente une colonne . Il faut convenir
qu'il la repréfente bien imparfaitement
, comme le quarré repréfente le rond.
Car puifque les cylindres & les prifmes
de même hauteur font entr'eux comme
leurs bafes , le quarré circonfcrit repréfente
le cercle infcrit
par une confé
quence
mathématique .
Mais , dira-t -on , c'est parce qu'il en
Occupe la place : cette interprétation feroit
jufte , fi on faifoit un portique tout
de pilaftres ifolés , excepté aux angles faillans
des entablemens , fous lefquels une
colonne ne peut être admife fans faute de
jugement ; parce qu'elle ne peut y faire
les fonctions de pilaftre , en ce qu'elle
laiffe du porte-à-faux de cet angle , comme
je l'ai démontré ; & fi l'on rapporte les
piéces d'architecture à la charpente d'une
cabane , le pilaftre en cet endroit y repréfente
un potean cornier , qui eft auffi effentiellement
équarri qu'un fomier repréfenté
par l'architrave . En effet , pour foutenir
une encoignure en retour d'équerre ( pour
parler en termes de l'art ) , il faut un fupport
quarré ; le quart de cercle infcrit dans
un angle droit n'occupe qu'environ les
deux tiers de fa furface , ou plus précifément
onze quatorziemes ; de forte que le
M.Aha1735 31% 149
triangle mixte reftant,compris par les deux
lignes droites tangentes & le quart de cercle
concave , eft l'étendue de la furface
qui porte à faux , c'est - à-dire fans appui.
Donc la colonne ne peut être fubftituée
au pilaftre dont elle ne peut faire pleinement
les fonctions ; donc la conféquence logique
du R. Pere étant tirée d'un faux principe
, eft invalide pour juftifier fon averfion
qui lui eft particuliere & unique.
Sa logique l'a mieux fervi à refuter la
contradiction qu'on lui avoit reprochée ,
d'avoir appellé les pilaftres des innovations,
après en avoir reconnu l'ancienneté dans
les antiques. On voit bien par la fubtilité
de fa folution , qu'il a enfeigné le grand
art, de ne refter jamais court dans la difpute
, que les facétieux appellent l'art de
fendre un argument en deux par un diftingo
, pour le fauver par la breche ,
Mais voyons comment il réfout l'ob
jection du porte-à- faux fous l'angle faillant
d'un entablement , le faifant foutenir par
des colonnes ; il croit avoir imaginé un
expédient pour l'éviter : il faut le lire attentivement
, car il le mérite. Je ne mettrai
rien ( dit -il ) dans l'angle même ; je rangerai
mes colonnes aux deux côtés le plus près
de l'angle qu'ilme fera poffible . Cela eft clair,
c'est - à - dire jufqu'à ce que les deux chapi
Giij
6 MERCURE DE FRANCE.
teaux fe touchent fur la diagonale de l'an
gle. Mais comment appellera-t- on cet ef
pace quarré , dont les colonnes feront fé
parées en dehors , lequel eft formié par la
prolongation de l'alignement des faces intérieures
de l'architrave jufqu'à la rencon
tre des extérieures avec lefquelles elles
forment un quarré , dont la longueur des
côtés eft déterminée par l'épaiffeur della
colonnade , fuppofant l'angle faillant droit ,
ou bien un trapézoïde s'il eft aigu ou ob-
Eus ? N'eft- ce pas un porte- à- faux tout en
Fair , au dire de tous les Architectes de
Europe ? fans doute . Done ce prétendu
moyen imaginé pour Péviter ; Faugmente
ridiculement , par un effet contraire à fon
Intention , & d'une maniere fi choquante
que fans être architecte , tout fpectateur
un peu judicieux ne manqueroit pas d'en
être frappé , & de Te récriér quel ele
rignorant qui a été capable d'une telle bafourdife
? C'eft içi un de ces cas doit parle
HR . Pere dans fon préludes on la difpute
eft neceffaire pour fournir des préfervatifs
contre le poifon des vaines imaginations . On
ne peut concevoir comment un homme
defprit , tel qu'il eft , & qui s'annonce
pour avoir des connoillances dans l'art de
batir moins bornées a
qu'on ne le préfume, a pu
fe tromper fi étonnamment ; il faut quiP
M A I. 1755
V
alt raifonné fur l'apparence de l'angle
rentrant , au lieu du faillant dont il s'agit.
Pour montrer l'utilité des pilaftres pré- *
férablement aux colonnes dans les parties'
des édifices deſtinées à l'habitation , j'avois
fait remarquer qu'une colonnade ne pou-'
voit y fervir, de l'aveu du R.Pere , qui convient
qu'on ne peut habiter fous une balle
ouverte , & qu'on ne pouvoit s'y mettre
à l'abri des injures de l'air qu'en la fermant
par un mur de cloifon , dont la pofition
à l'égard des colonnes entraîne l'inconvénient
que j'ai fpécifié par un difcours
très fuccint , qui lui a cependant paru long
& obfcur. Le premier de ces défauts n'étoit
que pour lui , en ce qu'un difcours contredifant
porte l'ennui & déplaît pour
peu qu'il foit déployé aux yeux de celui
qui le lit à regret. Quant à l'obfcurité reprochée
, il eft jufte que je l'éclairciffe.
Voici comme j'argumente à mon tour.
Ce mur fera placé , ou dans le milieu de
l'épaiffeur de la colonnade , ou au dedans
ou au dehors .
Dans la premiere pofition il corrompra
la proportion de la largeur apparente à la
hauteur de la colonne. Dans la feconde.
il mafquera la colonnade au dedans , &
dans la troifieme au dehors.
La preuve du premier inconvénient eft
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
que
il
fi
vifible , en ce que pour peu d'épaiſſeur
qu'on donne à ce mur de part & d'autre
de l'alignement des axes des colonnes ,
en embraffera & cachera une partie au
dedans & au dehors de leur circonférence
apparente ; alors ce qui reftera découvert
en largeur ne fera plus un diametre ,
mais une corde plus ou moins grande
felon l'épaiffeur du mur ; de forte
on faifoit fon épaiffeur égale au diametre
de la colonne , il embrafferoit la moitié
de chaque côté , & la feroit enfin diſparoître
, ainfi les furfaces de fes paremens
deviendroient des plans tangens , qui ne la
toucheroient que fuivant une ligne fi elle
étoit cylindrique , & l'angle mixte de la
furface plane & de la courbe deviendroit
infiniment aigu , de forte qu'à moins que
d'ufer d'un maftic adhérent , on ne pourroit
le remplir folidement des matériaux
dont le 'mur feroit bâti.
>
L'inconvénient de la pofition du mur
en dedans ne mérite pas d'être prouvé ,
puifque la colonnade eftun ornement dont
on veut décorer le dedans de l'habitation ,
lequel ornement feroit rejetté en faveur
du dehors , où les colonnes ne paroîtroient
faire fonction que de contre- forts . Il ne
refte donc à choisir que la pofition du mur
en dehors ; alors , ou fa furface fera tanMAT
1755 371755.
753
-
gente de la colonnade , ou bien fon épaiffeur
recevra une partie du diametre de
chaque colonne , fi elle avance dans leur
intervalle. Dans le premier cas , il fe for
mera un angle mixte , dont nous venons
de parler , entre la furface plane du mur
& la convexe de la colonne , lequel étant
infiniment aigu deviendra un réceptacle
de pouffiere & d'araignée , dont on ne
pourra le nettoyer , par conféquent fujet
à un entretien perpétuel de propreté.
Dans le fecond cas , cet angle mixte deviendra
plus ouvert , mais préfentera toujours
un objet defagréable à la vûe , felon
qu'il fera plus ou moins aigu ou obtus ; &
ce qui eft pire & inévitable , il cachera
toujours une partie de la colonne , qu'on
reconnoît pour n'être pas deftinée à être
enclavée dans un mur , fans perdre de fa
largeur apparente , étant vue de différens
côtés , & par conféquent de cette proportion
de la largeur à la hauteur , qui conſtitue
la différence & la beauté des ordres
d'architecture ; cette proportion ne pourra
fubfifter que lorfque la colonne fera vue
perpendiculairement à la furface du mur
fuppofant qu'il n'avance pas au dedans de
l'alignement des axes des colonnes , car
alors il eft évident qu'il abforberoit plus
de la moitié de leur épaiffeur . Il n'eft pas
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
jen si
moins évident que la colonne érant vue
un peu à droite ou à gauche de laperpen
diculaire au mur , paffant par fon axe fon
épaiffeur apparente entre l'axe & fa futface
du mur fera moindre qu'entre l'axe & le
rayon tangent du côté du vuide intérieur.
Une figure auroit été ici néceffaire pour
aider l'imagination du lecteur qui n'eft
pas un peu initié dans la Géometrie , Je vais
m'expliquer par un exemple. nuog
Suppofons tn fpectateur voyant " de
côté une colonne enclavée à demi dans un
mur, fous un angle , par exemple , de trené
te dégrés , ce qui arrive en fe promenand
devant une colonnade , fans affecter de fi
ruation recherchée exprès ; alors favûe
fera bornée d'un côte au fond de l'angle
mixte de la rencontre des deux furfaces
plane & convexe , & de l'autre au rayon
vifuel tangent à la colonne en faillie hors
du mur , lequel feta avec celui qui doit
paffer par fon axé un angle plus ou moins
aigu , felon qu'il en fera plus près ou plus
foin , parce qu'il fera le complement de
celui du rayon de la colonne ,fire au point
de l'attouchement & toujours momdre que
le droit , quelque éloigné qu'en foit le
fpectateur. Mais pour la commodité de la
fuppofition la plus avantageufe , fuppo
fons -le de 20 dégrés , leſquels érant jõims
9
M A 1. 1755 . iss
aux 30 de l'obliquité donnée , il réfultera
un angle de 120 dégrés , mefuré par la
circonférence , qui n'eft qu'un tiers de celle
de la colonne , dont la corde eft moindre
d'environ un feptieme du diametre par
conféquent la largeur apparente étant die
minuée , l'oeil n'appercevra plus cette proportion
à fa hauteur , qui eft eftimée effentielle
à la beauté de l'architecture .
Donc l'enclavement ne peut fe faire fans
inconvénient , quelque profondeur qu'on
fuppofe de la colonne dans le mur. Il n'en
eft pas de même à l'égard de celui des pilaftres
, dont la face antérieure de fa lar
geur eft inaltérable , quelque profondeur
d'enclavement qu'on lui fuppofe ; done if
n'y repréfente point la colonne , mais un
poteau montant de cloifon de pan de bois ,
ou , fi l'on veut , une chaîne de pierre pour
la folidité. Je ne fçai fi de que je viens de
dire , joint à ce qui a précédé , pourra
établir la légitimité de ce que le R. Pere
appelle les enfans bâtards de l'architecture
qu'il ne veut pas reconnoître pár averfion
naturelle. Je crains qu'elle ne foir plus for
te que mes bonnes raifons , & que le ré
fultat de nos altercations fur cet article
n'ait abouti à rien qu'à mettre le lecteur
én état de prononcer avec plus ample connoiffance
de caufe , fur quoi on peut éta
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
blir un jugement ; fçavoir , qu'il n'y a que
de l'averfion d'un côté , & des raifons de
l'autre , avec l'approbation des Architectes
de toute l'Europe.
Venons préfentement à ce qui concerne
les difpofitions de l'églife qu'il propofe
pour modele. J'avois cru bien faire de la
comparer à celle des premiers fiécles du
Chriftianifme , & de montrer par l'hiſtoire
eccléfiaftique & quelques paffages des Peres
, qu'elle n'y étoit point conforme ; mais
le R. Pere me dit que tout ce que j'expoſe
d'érudition tombe en pure perte. Les anciens
ufages ( dit- il ) n'ont rien de commun
avec l'objet en question. » Il s'eft propofé de
» chercher la difpofition la plus avantageufe
, fans fe mettre en peine qu'elle fût
conforme ou non conforme à ce qui fe
» pratiquoit autrefois ; ce qui nous met hors
» de cour & de procès : il lui reftera feulement
à prouver que celle qu'il a imaginé
eft la plus avantageufe , ce qu'il ne fera
pas aifément.
D'où l'on peut inférer qu'il confidere
nos églifes comme des bâtimens livrés au
caprice de la compofition des Architectes ,
fans égard aux anciens ufages relatifs aux
cérémonies du fervice divin , fuivant la
lithurgie, & à la majeſté du lieu , à laquelle
un Architecte peut beaucoup contribuer
M A I. 1755. 157
1
par une fage difpofition des parties & dif
tribution de la lumiere.
و د
Cette conféquence n'eft pas une conjecture
, elle eft clairement énoncée à la
page 241 de fon Effai , où il dit : » qu'on
» peut donner aux Eglifes toutes les for-
» mes imaginables. Il eft bon même (ajoute-
il ) de ne les pas faire toutes fur
» le même plan : toutes les figures géométriques
, depuis le triangle jufqu'au
» cercle , peuvent fervir à varier fans ceffe
» ces édifices.
""
"
Comment concilier cette liberté avec
l'embarras où il s'eft trouvé dans l'ordonnance
de fon plan , pour le feul arrondiffement
du chevet dont il n'a pû venir
à bout , y rencontrant des inconvéniens
inévitables , de fon aveu ? ce qui l'a fait
conclure , fur ces confidérations , que le
mieux feroit de fe paſſer de rond - point :
c'eft auffi le parti qu'il a pris , fe réduifant
à la fimple ligne droite & aux angles
droits.
Cependant les célebres Architectes de
la nouvelle Rome , qui ont penfé (comme
lui ) qu'il fuffifoit de faire un édifice quel
conque d'une belle architecture , fans vifer
qu'à la fingularité de la compofition ,
n'ont pas été arrêtés par les difficultés
qui ont effrayé le nôtre , comme on le
1
158 MERCURE DE FRANCE.
w
A
voit dans les Eglifes dont Bonarotti
( ou Michel Ange ) les Cavaliers Bernin
, Borromini , Rainaldi , Volateran
Berretin , & quelques autres , ont été
les Architectes faifant des arrangemens
circulaires ou elliptiques de plu
fieurs chapelles autour du grand corps
de l'édifice , variées de toutes fortes de
figures agréables à la vûe , mais déplacées
pour une églife , en ce qu'elles en divifent
trop les objets , obligeant les fideles
affiftant au facrifice célebré fur différens
autels en même tems , de fe tourner
en tout tems , en fituations relativement
indécentes , dos à dos , de côté
& en face affez près pour fe toucher ,
ce qui ne peut manquer de caufer des
diftractions involontaires. Tel eft auffi à
peu près l'effet de la diftribution de lu
miere dans l'églife dont il s'agit , de la
compofition de notre auteur , dont les
rayons venant de tous côtés comme d'une
lanterne de vitraux qui enveloppent'
fans interruption fon fecond ordre de ,
colonnes ifolées , ne peuvent manquer
d'occuper , d'éblouir & de diftraire les fideles
en prieres , particulierement ceux
qui feront tournés au grand autel , dont
les yeux feront directement frappés des
rayons du haut & du bas ; en quoi n'ont
MAT 1755 154
92
pas péché nos Architectes modernes qui
ont appliqué l'autel principal contre le
mur de fond , qu'ils ont décoré d'un ta
bleau , & c. mais auffi ils ont péché contre
l'ancien ufage d'ifoler l'autel , autour du?
quel les cérémonies de l'Eglife exigent
qu'on puiffe tourner en certaines occa
fions , fuivant le rituel où il eft dit , Sacerdos
circuit ter altare , ufages dont ils n'ont
peut- être pas été inftruits , ou auxquels ils
ne fe font pas cru obligés d'avoir égards
comme le nôtre , en ce qui concerne la
figure des autels . 9al soulmů 33 un dị
Il veut , d'après une nouvelle mode qui
s'établit depuis peu , qu'on le faffe en tombeau
, fur un faux préjugé que ceux des
premiers fiecles étoient de même , parce
qu'on célébroit les faints myfleres fur les
tombeaux des Martirs ; ce qu'il faut entendre
des feuils endroits où il s'en trouvoir
, car il n'y en avoit pas par-tours &
quand il y en auroit eu , ce n'eft pas une rai
fon, car ils n'étoientpas immédiatement ſur
la caille ? mais au deffus du lieu où
repo
foient leurs corps , comme il confte par le
grand autel de S. Pierre de Rome , qui
eft bien fitué au deffus de ce qui nous
refté de feliques de S. Pierre & de S.
Paul ; cependant il n'eft pas fait en forme
de tombeau , quoiqu'il fort au deffus de
160 MERCURE DE FRANCE.
la chapelle fouterreine où elles font , à
laquelle on defcend ( comme je l'ai fait )
par un magnifique efcalier , dont la baluftrade
de marbre eft bordée d'une trèsgrande
quantité de lampes toujours allu
mées. Il fe peut qu'on ait fait fervir ,
par extraordinaire , la couverture d'un
tombeau de table pour le facrifice ; mais
j'ai prouvé que dans toutes les églifes
qui ont été faites neuves pendant les premiers
fiecles , l'autel y a toujours été fait
en forme de table , laquelle eft plus analogue
& fignificative que toute autre ,
de l'inftitution du S. Sacrement , faite
pendant le foupé de la Pâques , ce que
tout le monde fçait , & que l'Eglife
chante de la profe de S. Thomas d'Aquin
, quod in facra menfâ coena datum
non ambigitur.
1
Puifque le R. P. n'a rien répliqué aux
preuves que j'en ai données , il femble
que je puis préfumer qu'il en convient
fuivant la maxime que qui tacet commentire
videtur ; en ce cas il auroit pû, fe
faire honneur de cette docilité qu'il avoit
annoncée , en difant qu'on ne lui trouve
roit point d'entêtement.
Après avoir difcuté la difpofition de
fon églife , il refte à examiner fa confruction
, dont l'auteur de l'examen de
MA I..
1755.
161
fon effai fur Architecture a dreffé un
plan que le R. P. n'a point méconnu ,
quoiqu'il ait été gravé & publié , parce
qu'il eft exactement conforme au fien , qui
contient des chofes fi extraordinaires qu'on
ne peut s'empêcher d'en appercevoir les
défauts de régularité & de folidité.
Premierement quant à la régularité ,
à la feule infpection
de ce plan on eft
choqué du défaut de fymmétrie
dans l'arrangement
de fa colonnade
le long de
la nef & de la croifée , en ce que les
colonnes font accouplées
fuivant le modele
du portique
du Louvre , excepté
aux angles faillans de la rencontre
des
files de la nef & de la croifée , au fommet
defquels
il n'y en a qu'une à chacun
: or il eſt évident que c'eft là tout au
contraire
où cet accouplement
étoit plus
convenable
, & même plus néceffaire
qu'ailleurs
, pour donner de la culée à la
pouffée
des platebandes
, qui forment
les architraves
en retour à angle droit
de forte qu'outre
la beauté de la fymmétrie
il fe trouve de plus une néceffité
de
folidité.
Je fens bien que notre Architecte ayant
eu intention de prolonger l'alignement.
de fes bas côtés , comme il le dit dans
fon Effai , ( page 217 ) il n'auroit pu
162 MERCURE DE FRANCE.
ajouter une colonne à chaque retour de
l'angle , fans interrompre cet alignement ,
à quoi je ne lui vois pas de réponſe , que
celle qu'il a faite au reproche de l'enga
gement de fes colonnes dans les murs ,
qu'à néceffité il n'y a point de loi ; mais
celui qui péche dans la caufe n'eſt pas
excufable dans l'effet , c'eſt une maxime reçue
; il ne devoit donc pas s'engager dans
une ordonnance de deffein qui entraînoit
une telle faute néceffairement. Lorfque
le P. Cordemoy , dont il adopte les
idées jufqu'à les copier par-tout , propo
foit celle de Perrault fur l'accouplement
des colonnes , il ne parloit que d'une
nef d'églife , fans faire mention des retours
de la croifée , où l'on ne peut en
mettre moins de trois à chaque angle
faillant , celle du fommet ou pointe de
cet angle étant équivalente à deux , pour
faire face d'un couple de côté & d'au-'
tre.
Le fecond défaut qui concerne la folidité
, a été fuffifamment démontré dans
le livre intitulé , Examen de l'Efai fur
Achitecture de notre Auteur ; il eft er
effet vifible à tour homme qui eft initié
dans la conftruction , qu'une feule
colonne eft abfolument incapable de réfifrer
à une double pouffée des plateban
M A I. 1755. 163
1
des qui concourent à un angle droit ,
où elles pouffent au vuidé fuivant la
prolongation de la diagonale , quand
même ces platebandes ne feroient char
gées que du poids de leurs claveaux . II
n'eft pas néceffaire que j'infifte fur les
défauts déployés dans une douzaine des
pages du livre que je cite.
Cependant le R. P. ne fé tient pas pour
convaincu du rifque d'une fubverfion de
fon édifice , depuis qu'il a appris qu'on
faifoit préfentement des voûtes extrêmement
legeres , & fi bien liées dans les
parties qui la compofent , qu'on prétend
qu'elles ne pouffent point ; ce qui tran
che ( dit-il toutes les difficultés de folidi
té qu'on trouve à fon idée d'églife. Ce
font ces voûtes de briques pofées de plat
& doublées de même en plâtre , qui ont
été exécutées depuis long- tems en Rouffillon
, dont M. le Maréchal de Belle
Ifle a fait des épreuves il y a cinq ou
fix ans. S'il eft vrai ( ajoute cet Auteur )
qu'elles ne pouffent point , je n'en fais point
d'autres , me voilà délivré de l'embarras
» de la dépenfe , & de la mauffaderie
» des contreforts ; toute ma nef du haur
en bas eft en colonnes ifolées , je me
» contente d'envelopper tout le fecond
ordre par des vitraux continus , & fans
•
164 MERCURE DE FRANCE :
>> interruption- mon églife devient l'ou
" vrage le plus noble & le plus délicat ».
On pourroit ajouter & tellement foible ,
qu'il ne feroit pas étonnant qu'il fût culbuté
par un coup de vent , comme un
jeu de quilles , fuppofé qu'il eût été affez
équilibré pour ne s'être pas écroulé
avant que d'avoir été totalement achevé.
Avant que de donner fa confiance à
cette nouveauté , il y a encore bien des
chofes à confidérer .
Premierement qu'on ne peut indifféremment
exécuter ces voûtes en tous
lieux , parce qu'il y a plufieurs cantons
de provinces où il n'y a ni bonnes briques
, ni plâtre , mais feulement de la
chaux , du moilon & des pierres detaille
, comme ici à Breft , où l'on eft obligé
de faire venir de loin ces matériaux.
D'où il fuit que la dépenfe de ces auvrages
douteux excéderoit de beaucoup
celle de l'exécution fûre des yoûtes faites
à l'ordinaire , avec les bons matériaux
que l'on trouve fur les lieux.
Secondement qu'il eft fort incertain
que ces voûtes legeres en briques de plat
ne pouffent point du tout. Cette affertion
n'eft fondée que fur la fuppofition d'une
liaifon i folide , que les parties ne
forment plus qu'un feul corps d'égale
MA I. 1755. 165
confiftance , & par-tout uniforme , puifque
leur arrangement de pofition ne
concourt en rien à les foutenir mutuellement
, comme dans celui des voûtes de
pierres en coupe , auquel cas la folidité
dépend uniquement des excellentes qualités
des matériaux , lefquelles ne font ni
par- tout , ni toujours également conftantes
, de forte qu'on rifque tout fur leurs
moindres défauts ; les briques mal cuites
, ou de mauvaife pâte de terre , le
plâtre éventé ou mal gâché , ou employé
à contre-tems , peuvent empêcher cetre
confiftance uniforme & inébranlable qui
doit en réfulter . Puis le plâtre s'énerve
par les impreffions de l'air dans une fucceffion
de tems qui ne va pas à un fiecle
, mais feulement ( à ce qu'on dit ) a
la durée de la vie d'un homme bien
conftitué , après quoi il devient pouf,
c'eft-à-dire farineux ( fuivant le langage
des ouvriers ) ; ainfi il n'y auroit pas de
prudence de hazarder la perte d'un édi-
-fice auffi confidérable qu'eft celui d'une
églife , qui doit être faite pour durer
des fiecles , fur une conjecture qui fuppofe
qu'une voûte ne doit point pouffer , &
toujours fubfifter , quoique d'une largeur
de diametre ordinairement de 36 à 42
pieds d'étendue , qui excéde de beaucoup
་
166 MERCURE DE FRANCE.
celle des édifices pour l'habitation , dong
on a fait des épreuves.
"
On fçait que la pefanteur agit continuellement
, quoiqu'infenfiblement ; nous
en avons l'exemple dans les bois de la
meilleure confiftance , dont elle fait
alonger les fibres qu'elle ne peut
ne peut caffer.
Une poutre bien dreffée & pofée de niveau
, fans être chargée d'aucun poids
que de celui de fes parties , fe courbe
peu à peu en contre-bas ; & l'on voit
tous les jours des voûtes de bonne maçonnerie
, dont le mortier a fait le corps
depuis long-tems , s'ouvrir vers les reins ,
environ à 45 degrés , lorfque la réfiftan-
-ce des piédroits s'eft trouvée trop équilibrée
, ou diminuée par les moindres
accidens. On en a une preuve bien facheufe
& inquiétante encore aujourd'hui,
par la lézarde ou crevaffe qui s'eft faire
au grand dôme de l'églife de S. Pierre
de Rome , plus de 80 ans après fon édification
& perfection . Sur de telles ex-
-périences , un Architecte feroit inexcufable
de rifquer une conftruction vifiblement
trop foible.
-
•
C
On peut mettre dans le rang des idées
pittorefques celle d'envelopper tout le fecond
ordre de fon église , qui n'est que de
colonnes ifoléés par des vitraux continus
MAI.
1755 167
>
fans interruption , laquelle étant une
nouveauté inattendue fait tomber les
objections que j'avois fait concernant la
néceffité des bafes au rez de chauffée ,
pour foutenir un mur d'enceinte au fecond
ordre , où je comptois que devoient
être les bayes des vitraux , ouverts à dif
tances convenables dans les entre- colonnemens.
Mais il dit formellement que
tout eft vuide d'une colonne à l'autre , fans
aucune espece de piédroit . Tout étant
fupprimé par ce fyftême , l'objection que
je faifois eft du vieux ftyle , on ne bâtira
plus comme par le paſſé.
.
Il nous refte encore à examiner fon
idée d'une voûte à faire fur le milieu
de la croifée des deux berceaux qui couvrent
la nef & la traverfe de la croix de
fon plan , laquelle feroit ( comme je l'ai
dit ) tout naturellement une voûte d'arête
, qu'il trouve , ainfi que la plupart
des Architectes , trop fimple pour une
églife de goût , à laquelle on fubftitue
ordinairement un dôme , fuivant l'Architecture
moderne de la plupart des églifes
d'Italie , pour donner de la nouveauté ;
il rejette cette conftruction , & en fubftitue
une autre , qu'il avoit annoncée
dans fon Effai , d'une maniere fi myſtéricufe
qu'on ne pouvoit deviner que ce
168 MERCURE DE FRANCE.
fût la chofe du monde la plus ordinaire
qu'il a dévoilé dans fa réponſe à mes
remarques , par laquelle on voit que ce
n'eft plus qu'une voûte fphérique en pan .
dantif : en cet endroit ( dit - il ) on peut
» conftruire toute forte de voûte en cul-
» de-four , & en pandantif , qui empêche
( ajoute-t- il ) que fur les quatre
grands arcs-doubleaux , on éleve des
>> enroulemens qui , fuivant la diminution
» pyramidale , aillent ſe réunir à un couronnement
en portion de ſphere , rempli
par une Gloire ou une Apothéose.
» Ce centre de croifée couvert par une
» voûte ainfi percée à jour & décorée avec
» hardieffe , n'auroit- il pas quelque chofe
» de très-brillant & tout- à- fait pittoref
que ? Sans doute , c'eft un beau fujer de
décoration de théatre , fi les édifices fe
faifoient avec la même facilité que les
peintures , & n'exigeoient pas plus de
précaution ; mais malheureufement on
eft affujetti à la folidité & aux moyens
de prendre le jour fans percer plus haut
qu'il ne faut pour le ménager , & pourvoir
à l'écoulement des eaux de pluie ,
enforte qu'elles ne tombent point par ces
pans de la couverture
des combles qui fe croifent , ainfi que
les yoûtes des berceaux qu'ils couvrent ,
ouvertures : or les
ne
MA I.
1755. 169
ne laiffent pas de paffage à la lumiere fi
on ne s'élève au-deffus , auquel cas on,
retombe dans la néceflité de la conftruction
d'un dôme fur une tour à l'ordinaire , que
PAuteur condamne d'après fon maître le
P. Cordemoy , qui leur reproche du porteà-
faux .
On a lieu d'être furpris que quoiqu'il
ait profcrit les arcs doubleaux dans fon
effai , il en fafle ici mention , & qu'il y appuie
les enroulemens qui doivent porter la
coupole de l'apothéofe en cul de four , parce
qu'on y trouve plufieurs inconvéniens ;
l'un , que les affiettes de leur baſe devant
être de niveau entr'elles , elles ne peuvent
être pofées que fur les quatre clefs des arcs
doubleaux qui font dans cette fituation relative
, & ces parties ( les plus foibles des
voûtes ) ne paroiffent gueres convenables
pour foutenir ces enroulemens , qui , comme
de fimples nervûres , font chargées du
poids de la calotte fphérique . Secondement
parce que leur nombre ne fuffiroit pas pour
porter le contour de ce fegment , ainfi
percé à jour , à moins qu'il ne fût très-petit
, en approchant beaucoup de fon pôle ,
auquel cas , fi l'on enveloppe les enroulemens
de vitraux continus , comme il fait
à l'égard des colonnes du fecond ordre , ils
deviendront auffi fphériques en portions
H
170 MERCURE
DE FRANCE.
inclinés en furde
trapezes
courbes
plomb.
:
,
Les fera - t - on ainfi alors il faut renvoyer
l'exécution de ce projet à la côte du
Pérou , comme à Lima où il ne pleut jamais
mais fi l'on ne croit pas pouvoir les
faire de même à caufe de l'inconvénient de
l'écoulement des eaux de pluie , on fera
obligé , pour le faire à plomb & en abajour
, d'élever une tour fur la croifée des
berceaux , portant à faux fur les pandantifs,
& alors on retombe dans la conftruction.
ordinaire des dômes , ou du moins des
demi- dômes , plus ou moins élevés extérieurement
, fuivant le diametre de la voû
te fphérique , à laquelle cette tour fera
circonfcrite , fans paroître dans l'intérieur
que comme un-cul- de four en pandantif ,
portant immédiatement fur les panaches ,
élevés fur un pan coupé des angles faillans
de la croifée.
Cette conftruction n'a rien d'extraordi
naire ; nous en avons mille exemples , particulierement
à Rome dans les églifes de
Sainte Marie in Porticu , du deffein du Cavalier
Rainaldi ; à Sainte Marie in Vallicella
, de celui du vieux Longo ; à S. Charles
des quatre Fontaines , de celui du Cavalier
Borromini ; & fans aller fi loin , au Noviciat
des Jéfuites de Paris , excepté que cetMAI.
1755. 171
7
tere conftruction y eft fans grace , en ce que
les pandantifs n'y font pas féparés de la
calotte fphérique par une corniche horizontale
, qui lui forme une baſe , & met
à part une figure réguliere plus agréable à
la vûe que celle qui eft échancrée par les
lunettes des berceaux pénétrant la furface
fphérique ; fecondement , parce que le
fommet , ou fond de cette furface concave,
y eft obfcur , fon enfoncement n'étant pas
éclairé d'une lanterne comme dans les
églifes citées , où cette partie eft brillante
par une lumiere célefte , qui y defcend
naturellement , au lieu qu'au Noviciat elle
ne l'eft que par un peu de reflet qui renvoie
la lumiere de bas en haut ; ce défaut
que l'auteur de l'examen de l'Effai a déja
remarqué au fommet des berceaux qui
couvrent la nef & la croifée de fon églife
, eft encore ici plus remarquable , parce
que le reflet vient de plus loin , & remonte
plus haut . Je paffe fur un autre défaut
de largeur du pan coupé à chaque
angle de la croifée , lequel eft trop petit
pour fervir de baſe au panache.
Nous voilà donc au fait de cette voûte
de croifée d'églife , qui avoit été annoncée
comme une nouvelle invention , & qui
n'eſt rien moins . » C'étoit ( dit- on ) une
»forte de baldaquin , en façon de dôme ›
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
ود
» d'un deffein léger , qui puiffe fympathi
» fer avec l'idée de voûte ; dès lors ( ajoû
» toit l'auteur ) point de colonne , & rien
» de ce qui a befoin de porter dès les fondemens
, & un Architecte comprendra
fans peine les raifons qui me détermi-
» nent de propofer ainfi pour défigner une
» voûte qui aura toute la fingularité , tous
» les avantages des dômes fans en avoir les
inconvéniens .
"
,
11 eft clair qu'en admettant toutes ces
conditions à la lettre , il ne fatisfait en
aucune façon au problême. 1 ° . On ne peut
fon cul-de-four en pandantif pas dire que
ne porte fur rien qui vienne des fondemens
& qu'il n'y ait point de colonne , puifqu'il
y en a quatre , une à chaque angle faillant
de la croifée au rez de chauffée , & une
feconde en échafaudage au - deffus pour le
fecond ordre , ce qui en fait huit , à tout
compter ; la fupérieure fervant à porter le
pied du pandantif , porte fur la premiere
établie au rez de chauffée , par conféquent
dès lesfondemens : enfuite , le pandantif
établi fur ces colonnes , porte & rachete la
calotte fphérique de l'apothéofe ; donc par
une induction bien raifonnée , elle porte
dès les fondemens ; donc cette conſtruction
ne fatisfait point au problême.
Mais oferoit - on faire l'analyfe de ce
M.A I. 1755 173
fupport de tant de fardeaux ? on trouvera
qu'il fe réduit à une arête verticale de
l'angle faillant de l'architrave du premier
ordre , laquelle porte elle-même à faux ,
comme nous l'avons démontré ci - devant
dans l'examen de la fonction d'une colonne
fous un angle faillant.
Nos Architectes qui refpectent les principes
de l'art , font ordinairement un pan
coupé dans les angles de cette efpece, pour
y trouver un peu de baſe horizontale au
panache qui doit racheter le cul-de-four .
Pour finir , je pafferai fous filence bien
des chofes que j'aurois à dire fur la nouvelle
architecture en filigramme ; par
exemple , fur les pentes à ménager aux toîts
des bas côtés pour l'écoulement des eaux de
pluie , qu'on ne peut diriger qu'en s'élevant
du côté de la nef , & mafquant une
partie des vitraux du fecond ordre , lequel
eft établi immédiatement au -deffus de l'architrave
du premier , regnant de niveau
avec l'égoût extérieur des plafonds des bas
côtés , & de plus des chapelles qui l'écartent
encore du corps de la nef , d'où fuit
une plus grande hauteur de pente à donner
à cette partie inférieure qui reçoit auffi
l'égoût d'un côté du grand comble. J'en
pourrois dire autant & plus à l'égard du
baldaquin pittoresque ; mais je veux mon-
Hiij
374 MERCURE DE FRANCE.
trer que je ne cherche pas matiere à criti
quer , n'ayant d'autre intention que celle
de rendre ma réplique utile.
Au refte , je fuis très - obligé au R. Pere
Laugier de la maniere obligeante dont il
a parlé de moi dans fon prélude ; je lui en
fais mes très-humbles remercimens , fans
attention à ce que ce procédé de politeffe
ne s'eft pas toujours foutenu dans certains
momens où il lui a échapé des qualifications
de difcours , dont j'ai montré l'injuftice
; de forte qu'elles étoient réversibles
de droit à celui qui les avoit données malà-
propos , fi la qualité de Philofophe dont il
m'honore , & que je fais gloire de foutenir
en bonne part , ne me mettoit infiniment
au- deffus de ces petiteffes.
A Breft , le 2 Nov. 1754. FREZIER.
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Résumé : RESULTAT de la dispute entre le P. Laugier & M. Frezier, concernant le Goût de l'Architecture.
Le texte présente une dispute littéraire entre le Père Laugier et M. Frezier concernant le goût en architecture. Frezier affirme qu'il n'existe pas de beau essentiel en architecture, en raison des variétés des goûts particuliers de chaque nation et de leurs variations au fil du temps. Laugier, au contraire, soutient la possibilité d'une telle beauté, bien que aucun architecte n'ait encore réussi à la montrer dans ses ouvrages. Frezier critique Laugier pour sa contradiction concernant une église bâtie à Pékin, appréciée par les Chinois selon Laugier, mais non par le frère Attiret. Dans la seconde partie de la dispute, Laugier change d'avis et attaque Frezier sur la question des proportions harmoniques en architecture. Frezier répond que les architectes anciens et modernes n'ont jamais pensé à ces principes scientifiques, ce que Laugier conteste en suggérant que les architectes pourraient avoir trouvé le vrai par intuition. La dispute se poursuit sur la question des pilastres, que Laugier considère comme des innovations issues de l'ignorance. Frezier démontre que les pilastres sont essentiels pour soutenir les angles des entablements, contrairement aux colonnes. Laugier propose une solution pour éviter le porte-à-faux, mais Frezier la critique comme étant ridicule et ignorante. Frezier explique ensuite l'utilité des pilastres dans les habitations, soulignant que les colonnes ne peuvent pas servir de support dans ces contextes. Il conclut que les pilastres sont préférables aux colonnes pour des raisons pratiques et esthétiques. Le texte aborde également les proportions et la beauté des ordres architecturaux, soulignant que la colonne doit être vue perpendiculairement au mur pour que sa proportion soit respectée. Il critique l'enclavement des colonnes dans les murs, affirmant que cela altère leur beauté architecturale. Il compare les colonnes aux pilastres, notant que ces derniers, contrairement aux colonnes, ne perdent pas leur apparence en étant enclavés. Le texte discute des dispositions des églises, soulignant que le Père propose des plans sans se soucier de la conformité avec les usages anciens. Il critique la liberté excessive dans la conception des églises modernes, qui néglige la majesté du lieu et les cérémonies liturgiques. Il examine la construction de l'église proposée par le Père, critiquant le manque de symétrie et de solidité dans le plan. Il souligne que les colonnes isolées aux angles ne peuvent résister aux poussées des platebandes, ce qui compromet la stabilité de l'édifice. Enfin, le texte aborde les défis et les incertitudes liés à l'utilisation de nouvelles techniques de construction pour les voûtes d'églises. Il souligne plusieurs points critiques : l'indisponibilité de matériaux de qualité dans certaines régions, la solidité des voûtes légères en briques de plat, et les effets de la pesanteur sur les structures. Il critique une proposition de voûte sphérique en pendentif, jugée trop fragile et inadaptée aux contraintes climatiques. Le texte conclut que la nouvelle proposition de voûte ne répond pas aux exigences de solidité et de durabilité, et qu'elle nécessite des fondations et des supports similaires aux méthodes traditionnelles.
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5
p. 213-216
DE PARIS, le 19 Janvier 1760, & jours suivans.
Début :
Le 15 de ce mois, on fit dans l'Eglise Métropolitaine de cette Ville, [...]
Mots clefs :
Service religieux, Repos de l'âme, Roi d'Espagne, Madame, Cérémonies, Église, Décorations, Autel, Oraison funèbre, Marbre, Voûte, Colonne, Lumières, Registres publics, Décès, Mariages, Baptêmes, Tremblement de terre, Secousses, Vaisseaux, Combat, Loterie de l'école royale militaire, Tirage
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texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 19 Janvier 1760, & jours suivans.
De PARIS , le 19 Janvier 1760 , &jours fuivans .
Le 1s de ce mois , on fit dans l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville , un Service folemnel , par
ordre du Roi , pour le repos de l'ame de Ferdinand
, VI du nom , Roi d'Espagne , & de Marie-
Madelaine de Portugal , Reine d'Espagne , fon
époufe . Sa Majefté avoit nommé pour le grand
deuil du Roi d'Eſpagne, Monfeigneur le Dauphin ,
le Duc d'Orléans , le Prince de Condé ; & pour
celui de la Reine d'Espagne , Madame la Dauphine
, Madame , & Madame Victoire . Ces Princes
& Princeffes s'étant rendus à l'Archevêché , où
le Marquis de Dreux, Grand Maître des Cérémonies
, & le fieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies
en furvivance , allerent les prendre ,
lorfque tout fut prêt. Ils les conduifirent à l'Eglife ;
ils entrèrent par la grande porte , & furent pla
cés dans les hautes Italles , à droite & à gauche.
Plusieurs Archevêques & Evêques affiftèrent à
cette cérémonie , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , l'Univerfité
, & le Corps de Ville. L'Archevêque de
Paris y officia pontificalement. L'Evêque de Vence
prononça l'Oraifon funèbre.
Le portail de l'Eglife étoit tendu en noir , avec
trois lès de velours, chargés d'écuffons , entre lelquels
étoient placés trois cartels chargés des
armes & des chiffres du Roi & de la Reine d'ELpagne
Le pourtour du choeur , étoit décoré d'un ordre
Ionique , en pilaftres & arcades , furmonté d'un
entablement , dont la frife étoit femée de fleursde-
lys d'or. Cette architecture étoit figurée en
marbre antique, & tous les ornemens étoient
dorés. Ses arcades étoient garnies de rideaux
noirs , rayés d'hermine , retroulés avec des cordons
treffés en or. Au-deffus de l'entablement ,
214 MERCURE DE FRANCE.
étoit un attique , orné à l'aplomb des arcades ,
de grands écullons aux armes d'Espagne , foutenus
par des lions , entourés de palmes & de guirlandes
en or , accompagnés de chiffres du Roi &
de la Rei e d'Espagne , fur un fond d'azur , groupés
de branches de cyprès.
L'Autel , élevé de plufieurs marches , étoit au
pied d'une niche , en marbre blanc. Le fond de
la niche étoit rempli par le fymbole de la Divinité
, entouré de nuages & de grands rayons dorés.
Au haut de l'attique , terminé en fronton, un
grand dais étoit placé en baldaquin , avec des
rideaux pendans & retrouffés , rayés d'hermine.
Le Catafalque , placé à l'entrée du choeur , étoit
fur un plan quarré long. Aux quatre angles, s'élevoient
quatre focles ,; d'où partoient , quatre
corps folides . Deux colonnes , d'ordre Ionique ,
étoient engagées dans chacun de ces corps , &
portoient un entablement pareil à celui de l'architecture
du choeur. Les deux petites faces de ce monument
, étoient difpofées en arcades . Les deux
grands côtés étoient terminés , quarrément , par
la plate-bande de l'entablement . Les colonnes de
verd antique , avoient leurs bafes & leurs chapiteaux
en or. Les corps folides étoient en marbre
jaune antique , avec des encadremens renfoncés ,
chargés de trophées militaires , & de médaillons
en or , liés par des guirlandes de lauriers.
Une pyramide de brêche violette, portée par un
piédeſtal de même marbre , terminoit le monument.
Sur les quatre faces de ce piédeſtal, étoient
les Ecuffons d'Eſpagne en relief, fupportés par
deux lions ; & fur les faces de la pyramide , des
Ecuffons d'Anjou , en or.
Sous la voute du Catafalque , fur une eſtrade
élevée de fix marches , pofoit un focle de verd
campan , chargé fur fes faces de bas-reliefs & de
agures de marbre en ronde boffe. Au-deffus du foFEVRIER
. 1760. 215
cle & fur les griffes de lion , étoit un farcophage
de porphire , couvert d'un drap mortuaire en or,
chargé des écuffons d'Eſpagne en broderie d'or ,
avec deux couronnes voilées d'un crêpe .
Le Catafalque étoit couvert d'un grand poêle à
quatre rideaux pendans & retrouflés , noirs , &
rayés d'hermine.
Toute cette décoration étoit dans le goût antique.
Ses ornemens , étoient du meilleur choix.
Leur éclat étoit relevé par le grand nombre &
par l'heureufe difpofition des lumieres. Il y avoit
beaucoup de richeffe dans les détails , beaucoup
de nobleſſe & de magnificence dans l'enfemble.
Cette pompe funèbre , ordonnée de la part de
Sa Majesté , par le Duc de Duras , Pair de France ,
premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
a été dirigée par le fieur de la Ferté , Intendant
des Menus- plaifirs du Roi , fur les deffeins du fieur
Michel Ange Slodtz , Deffinateur ordinaire de la
Chambre & du Cabinet de Sa Majeſté .
Suivant les regiftres publics des Eglifes Paroiffiales
de cette Ville , il eft mort , pendant le cours
de l'année derniére , 18446 perfonnes ; il s'y eſt
fait 4059 mariages ; il y a eu 19058 baptêmes ; &
le nombre des enfans trouvés monte à 5 264.
Le 20 Janvier, on a reſſenti ici , à dix heures & un
quart du foir , une légère ſecoufle de tremblement
de terre ; mais elle a été fi peu fenfible , que trèspeu
de perfonnes s'en font apperçues . On l'a reffentie
plus diftinctement , à Verlailles. On a appris
depuis, que ce tremblement de terre a été fenti
à Amfterdam , à Leyde & à Utrecht. Les lettres
de Bruxelles & de Cologne , parlent de quelques
fecoufles qui le précédèrent le 19. Il a été affez
violent dans ces deux Villes . Suivant les lettres de
Cologne , on a reffenti une nouvelle fecouffe le
21 , vers les quatre heures du matin. A Peronne,
les fecouffes du 20 au foir, durerent deux ou trois
216 MERCURE DE FRANCE.
minutes , & effrayerent plufieurs perfonnes , qui
fortirent précipitamment de leurs maifons , de
crainte d'être écralées fur leurs ruines. On a ap .
pris auffi , que le 22 de Décembre , la fecouffe di
tremblement de terre s'étoit faite fentir dans la
Norwege & dans le Duché de Holſtein . Cette fecoulle
a été précédée , en divers , endroits par un
violent coup de tonnerre.L'ébranlement a été confidérable,
à Hadersleben. Dans quelques villes, routes
les tuilles ont été jettées par terre. Cet accident
n'a pas eu d'autres fuites.
Le 1 Février , le fieur Gigot , Recteur de l'Uni-¸
verfité , accompagné des Doyens des quatre Facultés
& des Procureurs des Nations , ſe rendit à Verfailles
; & fuivant l'ancien ufage, il préſenta un
cierge au Roi , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
, à Madame la Dauphine , & à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Le mêmejour, le Pere Aubert, Docteur de Sorbonne
, & Commandeur de l'Ordre de Notre
Dame de la Mercy , Rédemption des Captifs, accompagné
de trois Religieux de cet Ordre , eut
l'honneur de préfenter à la Reine un cierge , en
hommage & en reconnoillance de leur établiſſement
à Paris , par la feue Reine Marie de Médicis.
On a reçu avis de Toulon , que les vaiffeaux &
les frégates , qui étoient à Cadix depuis le combat
du fieur de la Clue , font rentrés dans le premier
de ces deux ports , au nombre de cinq vaiſſeaux &
trois frégates. Ils étoient fortis de Cadix immédiatement
après la tempête qui avoit difperfé l'Efcadre
Angloife.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
, s'eft fait le s de Février , en la manière
accoutumée. Les Numéros fortis de la roue de
fortune font 39 , 30 , 64 , 28 , 56. Le prochain
tirage fe fera le 6 du mois de Mars.
Le 1s de ce mois , on fit dans l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville , un Service folemnel , par
ordre du Roi , pour le repos de l'ame de Ferdinand
, VI du nom , Roi d'Espagne , & de Marie-
Madelaine de Portugal , Reine d'Espagne , fon
époufe . Sa Majefté avoit nommé pour le grand
deuil du Roi d'Eſpagne, Monfeigneur le Dauphin ,
le Duc d'Orléans , le Prince de Condé ; & pour
celui de la Reine d'Espagne , Madame la Dauphine
, Madame , & Madame Victoire . Ces Princes
& Princeffes s'étant rendus à l'Archevêché , où
le Marquis de Dreux, Grand Maître des Cérémonies
, & le fieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies
en furvivance , allerent les prendre ,
lorfque tout fut prêt. Ils les conduifirent à l'Eglife ;
ils entrèrent par la grande porte , & furent pla
cés dans les hautes Italles , à droite & à gauche.
Plusieurs Archevêques & Evêques affiftèrent à
cette cérémonie , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , l'Univerfité
, & le Corps de Ville. L'Archevêque de
Paris y officia pontificalement. L'Evêque de Vence
prononça l'Oraifon funèbre.
Le portail de l'Eglife étoit tendu en noir , avec
trois lès de velours, chargés d'écuffons , entre lelquels
étoient placés trois cartels chargés des
armes & des chiffres du Roi & de la Reine d'ELpagne
Le pourtour du choeur , étoit décoré d'un ordre
Ionique , en pilaftres & arcades , furmonté d'un
entablement , dont la frife étoit femée de fleursde-
lys d'or. Cette architecture étoit figurée en
marbre antique, & tous les ornemens étoient
dorés. Ses arcades étoient garnies de rideaux
noirs , rayés d'hermine , retroulés avec des cordons
treffés en or. Au-deffus de l'entablement ,
214 MERCURE DE FRANCE.
étoit un attique , orné à l'aplomb des arcades ,
de grands écullons aux armes d'Espagne , foutenus
par des lions , entourés de palmes & de guirlandes
en or , accompagnés de chiffres du Roi &
de la Rei e d'Espagne , fur un fond d'azur , groupés
de branches de cyprès.
L'Autel , élevé de plufieurs marches , étoit au
pied d'une niche , en marbre blanc. Le fond de
la niche étoit rempli par le fymbole de la Divinité
, entouré de nuages & de grands rayons dorés.
Au haut de l'attique , terminé en fronton, un
grand dais étoit placé en baldaquin , avec des
rideaux pendans & retrouffés , rayés d'hermine.
Le Catafalque , placé à l'entrée du choeur , étoit
fur un plan quarré long. Aux quatre angles, s'élevoient
quatre focles ,; d'où partoient , quatre
corps folides . Deux colonnes , d'ordre Ionique ,
étoient engagées dans chacun de ces corps , &
portoient un entablement pareil à celui de l'architecture
du choeur. Les deux petites faces de ce monument
, étoient difpofées en arcades . Les deux
grands côtés étoient terminés , quarrément , par
la plate-bande de l'entablement . Les colonnes de
verd antique , avoient leurs bafes & leurs chapiteaux
en or. Les corps folides étoient en marbre
jaune antique , avec des encadremens renfoncés ,
chargés de trophées militaires , & de médaillons
en or , liés par des guirlandes de lauriers.
Une pyramide de brêche violette, portée par un
piédeſtal de même marbre , terminoit le monument.
Sur les quatre faces de ce piédeſtal, étoient
les Ecuffons d'Eſpagne en relief, fupportés par
deux lions ; & fur les faces de la pyramide , des
Ecuffons d'Anjou , en or.
Sous la voute du Catafalque , fur une eſtrade
élevée de fix marches , pofoit un focle de verd
campan , chargé fur fes faces de bas-reliefs & de
agures de marbre en ronde boffe. Au-deffus du foFEVRIER
. 1760. 215
cle & fur les griffes de lion , étoit un farcophage
de porphire , couvert d'un drap mortuaire en or,
chargé des écuffons d'Eſpagne en broderie d'or ,
avec deux couronnes voilées d'un crêpe .
Le Catafalque étoit couvert d'un grand poêle à
quatre rideaux pendans & retrouflés , noirs , &
rayés d'hermine.
Toute cette décoration étoit dans le goût antique.
Ses ornemens , étoient du meilleur choix.
Leur éclat étoit relevé par le grand nombre &
par l'heureufe difpofition des lumieres. Il y avoit
beaucoup de richeffe dans les détails , beaucoup
de nobleſſe & de magnificence dans l'enfemble.
Cette pompe funèbre , ordonnée de la part de
Sa Majesté , par le Duc de Duras , Pair de France ,
premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
a été dirigée par le fieur de la Ferté , Intendant
des Menus- plaifirs du Roi , fur les deffeins du fieur
Michel Ange Slodtz , Deffinateur ordinaire de la
Chambre & du Cabinet de Sa Majeſté .
Suivant les regiftres publics des Eglifes Paroiffiales
de cette Ville , il eft mort , pendant le cours
de l'année derniére , 18446 perfonnes ; il s'y eſt
fait 4059 mariages ; il y a eu 19058 baptêmes ; &
le nombre des enfans trouvés monte à 5 264.
Le 20 Janvier, on a reſſenti ici , à dix heures & un
quart du foir , une légère ſecoufle de tremblement
de terre ; mais elle a été fi peu fenfible , que trèspeu
de perfonnes s'en font apperçues . On l'a reffentie
plus diftinctement , à Verlailles. On a appris
depuis, que ce tremblement de terre a été fenti
à Amfterdam , à Leyde & à Utrecht. Les lettres
de Bruxelles & de Cologne , parlent de quelques
fecoufles qui le précédèrent le 19. Il a été affez
violent dans ces deux Villes . Suivant les lettres de
Cologne , on a reffenti une nouvelle fecouffe le
21 , vers les quatre heures du matin. A Peronne,
les fecouffes du 20 au foir, durerent deux ou trois
216 MERCURE DE FRANCE.
minutes , & effrayerent plufieurs perfonnes , qui
fortirent précipitamment de leurs maifons , de
crainte d'être écralées fur leurs ruines. On a ap .
pris auffi , que le 22 de Décembre , la fecouffe di
tremblement de terre s'étoit faite fentir dans la
Norwege & dans le Duché de Holſtein . Cette fecoulle
a été précédée , en divers , endroits par un
violent coup de tonnerre.L'ébranlement a été confidérable,
à Hadersleben. Dans quelques villes, routes
les tuilles ont été jettées par terre. Cet accident
n'a pas eu d'autres fuites.
Le 1 Février , le fieur Gigot , Recteur de l'Uni-¸
verfité , accompagné des Doyens des quatre Facultés
& des Procureurs des Nations , ſe rendit à Verfailles
; & fuivant l'ancien ufage, il préſenta un
cierge au Roi , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
, à Madame la Dauphine , & à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Le mêmejour, le Pere Aubert, Docteur de Sorbonne
, & Commandeur de l'Ordre de Notre
Dame de la Mercy , Rédemption des Captifs, accompagné
de trois Religieux de cet Ordre , eut
l'honneur de préfenter à la Reine un cierge , en
hommage & en reconnoillance de leur établiſſement
à Paris , par la feue Reine Marie de Médicis.
On a reçu avis de Toulon , que les vaiffeaux &
les frégates , qui étoient à Cadix depuis le combat
du fieur de la Clue , font rentrés dans le premier
de ces deux ports , au nombre de cinq vaiſſeaux &
trois frégates. Ils étoient fortis de Cadix immédiatement
après la tempête qui avoit difperfé l'Efcadre
Angloife.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
, s'eft fait le s de Février , en la manière
accoutumée. Les Numéros fortis de la roue de
fortune font 39 , 30 , 64 , 28 , 56. Le prochain
tirage fe fera le 6 du mois de Mars.
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Résumé : DE PARIS, le 19 Janvier 1760, & jours suivans.
Le 1er janvier 1760, un service solennel fut organisé dans l'église métropolitaine de Paris pour honorer la mémoire de Ferdinand VI, roi d'Espagne, et de Marie-Madeleine de Portugal, reine d'Espagne. Ce service fut ordonné par le roi de France, qui désigna le Dauphin, le Duc d'Orléans et le Prince de Condé pour le grand deuil du roi d'Espagne, et Madame la Dauphine, Madame et Madame Victoire pour celui de la reine d'Espagne. Les princes et princesses furent conduits à l'église par le Marquis de Dreux et le sieur de Nantouillet. La cérémonie fut assistée par plusieurs archevêques, évêques, ainsi que par le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aides, l'Université et le Corps de Ville. L'archevêque de Paris officia pontificalement, et l'évêque de Vence prononça l'oraison funèbre. L'église était somptueusement décorée : le portail était tendu de noir avec des écussons, le chœur orné d'un ordre ionique en pilastres et arcades, et un catafalque richement décoré. La décoration, dirigée par le sieur de la Ferté et conçue par Michel Ange Slodtz, était dans le goût antique et d'une grande magnificence. Les registres publics des églises paroissiales de Paris indiquèrent 18 446 décès, 4 059 mariages, 19 058 baptêmes et 5 264 enfants trouvés pour l'année précédente. Le 20 janvier, une légère secousse de tremblement de terre fut ressentie à Paris, plus distinctement à Versailles, et signalée à Amsterdam, Leyde, Utrecht, Bruxelles et Cologne. Des secousses furent également ressenties en Norvège et dans le Duché de Holstein. Le 1er février, le sieur Gigot, recteur de l'Université, présenta un cierge au roi, à la reine et à d'autres membres de la famille royale à Versailles. Le même jour, le Père Aubert présenta un cierge à la reine en reconnaissance de l'établissement de l'Ordre de Notre Dame de la Mercy à Paris. Des nouvelles de Toulon indiquèrent le retour de vaisseaux et de frégates à Cadix après une tempête. Enfin, le tirage de la loterie de l'École Royale Militaire eut lieu le 6 février, avec les numéros 39, 30, 64, 28 et 56.
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6
p. 76
LOGOGRYPHE.
Début :
Chef d'oeuvre d'Iphicrate, & d'Epaminondas, [...]
Mots clefs :
Colonne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
CHEF HEF D'OEUVRE d'Iphicrate ,& d'Epaminondas,
C'eftpar moi que Gonfalve*a marché fur leurs pas.
Si dans un autre fens quelqu'un veut me connoître;
Au Louvre , mieux qu'ailleurs , il peut me voir paroître.
Mais , Lecteur , pour venir à la déduction
Des mors que je produis , par ma diſſection ;
Cherche un Navigateur , un parent , une Ville,
Où Marcellus parut auffi brave qu'habile ;
Ce qu'Achille prenoit du célèbre Chiron ,
Et que donnoit Polybe au jeune Scipion.
Un jour très-folemnel ; ce fameux Patriarche ,
Préfervé du déluge , à la faveur de l'Arche ;
Un illuftre guerrier , & dont Artaxerxès ,
Au grand Agéfilas , oppofa les fuccès ;
Ce que , pour être femme , une fille defire . .....
C'eft affez : finiffons : il ne faut pas tout dire.
-*
Surnommé le Grand Capitaine : c'eft le Turenne
des Efpagnols.
Par M. DE LANEVERE , ancien Mousquetaire
du Roi , à Dax le …… ..
CHEF HEF D'OEUVRE d'Iphicrate ,& d'Epaminondas,
C'eftpar moi que Gonfalve*a marché fur leurs pas.
Si dans un autre fens quelqu'un veut me connoître;
Au Louvre , mieux qu'ailleurs , il peut me voir paroître.
Mais , Lecteur , pour venir à la déduction
Des mors que je produis , par ma diſſection ;
Cherche un Navigateur , un parent , une Ville,
Où Marcellus parut auffi brave qu'habile ;
Ce qu'Achille prenoit du célèbre Chiron ,
Et que donnoit Polybe au jeune Scipion.
Un jour très-folemnel ; ce fameux Patriarche ,
Préfervé du déluge , à la faveur de l'Arche ;
Un illuftre guerrier , & dont Artaxerxès ,
Au grand Agéfilas , oppofa les fuccès ;
Ce que , pour être femme , une fille defire . .....
C'eft affez : finiffons : il ne faut pas tout dire.
-*
Surnommé le Grand Capitaine : c'eft le Turenne
des Efpagnols.
Par M. DE LANEVERE , ancien Mousquetaire
du Roi , à Dax le …… ..
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