Résultats : 6441 texte(s)
Détail
Liste
201
p. 387-388
AUTRE ENIGME.
Début :
Celuy qui me connoist, bien souvent me carresse, [...]
Mots clefs :
Chien couchant
202
p. 343-344
ENIGME.
Début :
Je vous envoye deux Enigmes nouvelles. L'une est de / Deux Femmes, par un droit ou juste, ou tyrannique, [...]
Mots clefs :
Loi et coutume
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Jevous envoye deux Enigmes
nouvelles. L'une est de
Mr de Beaurepaire) Gentilhomme
d'Argentan; & l'autre,
de Mr Diéreville
,
du
Pontlevesque. A -:.
ENIGME- DEux Femmes,par un droitou
juste, ou tyrannique,
Domptentlesplussiers Potentats,
Et commandentmesmeaux Etats
Ou regne encor la Loy Salique.
Elles ont un pouvoir égal*
Toutefois par un coup fatal,
La seconde éteint la premiere,
}, Et luy dérobe la lumière.
L'one en naissantporte le Sceptre
en main7
Etdun Empire Souverain
Défendles droits delàJustice,
Réduit à leur devoir les timides
Mortels,
Recompense les bons,poursuitles Criminels,
Et Ils ~L./(damne elle mesme au suplice.
L'autre,quoy qued>> tres-baslieuy
Tirannise la Terre nou4 commande
en Dieu.
Sans châtiment,sans récompense,
Elle établitsabizarrepuissance,
Etbien quau crime elle doive lejour,
On feroit criminel de luy nténquer
d'amour.
Enjinpourfinir, la première
Naistd'un Pere éclairé, noble,sage,
&puissant;
Maislaseconde pour un Pere,
En pourroit compterplus de cent.
nouvelles. L'une est de
Mr de Beaurepaire) Gentilhomme
d'Argentan; & l'autre,
de Mr Diéreville
,
du
Pontlevesque. A -:.
ENIGME- DEux Femmes,par un droitou
juste, ou tyrannique,
Domptentlesplussiers Potentats,
Et commandentmesmeaux Etats
Ou regne encor la Loy Salique.
Elles ont un pouvoir égal*
Toutefois par un coup fatal,
La seconde éteint la premiere,
}, Et luy dérobe la lumière.
L'one en naissantporte le Sceptre
en main7
Etdun Empire Souverain
Défendles droits delàJustice,
Réduit à leur devoir les timides
Mortels,
Recompense les bons,poursuitles Criminels,
Et Ils ~L./(damne elle mesme au suplice.
L'autre,quoy qued>> tres-baslieuy
Tirannise la Terre nou4 commande
en Dieu.
Sans châtiment,sans récompense,
Elle établitsabizarrepuissance,
Etbien quau crime elle doive lejour,
On feroit criminel de luy nténquer
d'amour.
Enjinpourfinir, la première
Naistd'un Pere éclairé, noble,sage,
&puissant;
Maislaseconde pour un Pere,
En pourroit compterplus de cent.
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203
p. 345-346
AUTRE ENIGME.
Début :
Je suis un Corps formé de diverses parties, [...]
Mots clefs :
Sinet
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME. J Esuis un Corpsformé de diverses
parties,
Toûjours assez bien assorties,
A les prendre ar lalongueur,
Car elles sont '/ù/tVC¡¡t de bizarre
couleur.
Elles ne tiennent qu'à ma teste
Etsont libres par le bas bout;
Ce qui fait que chacune efl presse,
Sans la quiter, d'allerpartout.
La matiere qui me compose,
Entre dans les Habits des Princes
&des Roys.
*>uoy que l'or &l'argentme parent
quelquefois
Celane va pas à grand'chose
Plaignez,l'étatouje mevois;
A maplace, Lecteur, vous mourriez
de triflcjji,
Je ne puism'acquiterde mes plut
beauxEmploisy >r(
Queje nesoistoûjours en prefe.
parties,
Toûjours assez bien assorties,
A les prendre ar lalongueur,
Car elles sont '/ù/tVC¡¡t de bizarre
couleur.
Elles ne tiennent qu'à ma teste
Etsont libres par le bas bout;
Ce qui fait que chacune efl presse,
Sans la quiter, d'allerpartout.
La matiere qui me compose,
Entre dans les Habits des Princes
&des Roys.
*>uoy que l'or &l'argentme parent
quelquefois
Celane va pas à grand'chose
Plaignez,l'étatouje mevois;
A maplace, Lecteur, vous mourriez
de triflcjji,
Je ne puism'acquiterde mes plut
beauxEmploisy >r(
Queje nesoistoûjours en prefe.
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204
p. 3-76
CONVERSATION ACADEMIQUE, Dans laquelle il est traité des bonnes, & des mauvaises qualitez de l'Air. A Madame la Comtesse de C. R. C.
Début :
Vous m'avez témoigné, Madame, que l'Entretien Académique, dont [...]
Mots clefs :
Air, Docteur, Corps, Vent, Chevalier, Abbé, Pays, Vents, Feu, Hommes, Marquis, Terre, Feu, Lieu, Lieux, Président, Temps, Dieu, Âme, Esprit, Maisons, Qualité, Conversation académique, Raison, Manière, Éléments, Eau, Couleur, Froid, Maladies
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texteReconnaissance textuelle : CONVERSATION ACADEMIQUE, Dans laquelle il est traité des bonnes, & des mauvaises qualitez de l'Air. A Madame la Comtesse de C. R. C.
CONVERSATION
ACADEMIQUE,
Dans laquelle il eſt traité des ,
bonnes , & des mauvaiſes
litez de l'Air.
qua.
AMadame la Comteſſe de C. R. C.
V
Ous m'avez témoigné,
Madame , que l'Entretien
Académique , dont je vous fis
part au mois d'Avril de l'année
1680 , ne vous avoit point déplû,
& vous m'avez mefme demandé
tant de fois des nouvelles de cet
illuftre Abbé , chez qui l'on parla
du fommeil de l'aprefaînée, que
je crois encore vous faire plaifir
7
A ij
4
Extraordinaire
en vous apprenant fon retour,
& ce qui s'eft dit dans une autre
Converfation , où je me ſuis auffi
heureufement trouvé que la premiere
fois. Il y avoit longtemps
que nous n'avions veu cet Abbé
dans la Province ; mais quoy
qu'il foit infirme , il ne laiffe pas
d'entreprendre des Voyages pénibles
pour le fervice du Roy, &
de fes Amis , & d'agir comme s'il
fe partoit bien. Je vous avoue
que fa patience eft merveill‹ uſe;
mais en pratiquant cette excellente
vertu , il croit arriver à
toutes les autres. Pour vous,
Madame , qui ne pouvez foufrir
de retardement à tout ce que
vous fouhaitez , je m'imagine
déja que vous eftes impatiente
de fçavoir fur quoy a roulé noſtre
Entretien.
du Mercure Galant.
S
Je vous diray donc qu'eſtanc
alle voir cet illuftre Abbé , je le
trouvay avec la Troupe choisie,
qui ne l'abandonne pas quand il
eft en ce Païs , & un Confeiller
qui fortit quelque temps apres
que je fus arrivé. Comme ce
Confeiller eft d'une grande pref
tance , cet Homme , dit M' le
Marquis , a l'air d'un veritable
Magiftrat. Oüy , repliqua l'Abbé
, c'eft un Juge fort entendu
dans fa Charge , & plein de
courage pour la juftice , & pour
les intérefts de fa Compagnie. Il
porte cela fur fon vifage , dit le
Chevalier , il n'y a qu'à le voir.
On a quelquefois de la peine à
le retenir , tant il a de feu & de
vivacité , ajoûta le Préfident.
Cette chaleur , dit le Docteur,
7
A iij
6 Extraordinaire-
>
eft un effet de fon tempérament,
qui eftant fanguin le rend
violent & prompt. Il eft vray
que nous devons beaucoup à
noftre complexion , dit l'Abbé ;
& fi l'heureuſe naiffance fait les
bonnes moeurs , il est encore
vray , pour en revenir à l'air dont
nous parlions , qu'il contribuë
extrémement à la fortune des
Hommes. Ifabelle , Reyne d'Eſ
pagne , difoit ordinairement que
la bonne mine leur fervoit d'une
Lettre de recommandation affez
ample. En effet , quand une Perfonne
bien faite vient à nous , fon
air nous prévient d'abord en fa faveur
; & le Duc de Guife , parlant
dans fesMémoires de l'Action hé !
roïque qu'il fit à Naples, lors qu'il
appaifa tout feul une troupe de
du Mercure Galant. ブ
Séditieux , ce Prince dit que les
Gens de qualité ont un je ne.
fçay- quoy dans le vifage , qui fait
peur à la Canaille. Jules Céfar
paroiffant devant les Soldats mutinez
, les ärrefta d'une feule parole
; & Augufte étonna les Lé.
gions d'Antoine par fa préſence .
Dans le temps des Guerres deParis
, le Garde des Sceaux Molé,
en fe montrant fur les Degrez
du Palais , defarma & appaifa le
Peuple qui le cherchoit pour
s'en défaire . Ileft donc conſtant
qu'il y a un certain air dans les
Perfonnes , & un certain caractere
fur le vifage , qui nous infpire
de l'eftime , de la crainte , & de
la venération . Comme auffi il
y
a un certain air , & un certain caradere
qui nous cauſe de la dé-
A iiij
& Extraordinaire
fiance , de l'averfion , & du mé.
pris. De - là viennent ces viſages
favorables , ou malencontreux ,
dont la mine . feule femble nous
annoncer d'abord quelque bonheur
, ou quelque malheur à venir.
Tel eftoit Montagne , qui
fur le fimple crédit de fa préfen- .
ce , & de fon air , nous affure que
des Perfonnes qui ne le connoiffoient
pas , fe fioient en luy , foit
pour leurs propres affaires , ou
pour les fiennes , & que mefme
dans les Païs Etrangers , il en
avoit tiré des faveurs rares &
fingulieres. Il fait quelques petits
contes fur le fujet des chofes qui
luy estoient arrivées , qui font
affez remarquables .
L'Abbé ayant ceffé de parler;
ne peut- on pas ajouter à tous
du Mercure Galant .
9
ces Exemples , dit le Marquis ,
la bonne mine du Roy , fa taille,
fon grand air , & ce caractere
plein de majeſté , & de fageffe
qui l'accompagne toujours ?
C'eft par- là qu'il terraffe les Ennemis
, auffibien que par la force
de fes Armes , & qu'il s'attire
les refpects , & l'amour de tous
ceux qui l'envifagent . On a eu
bien raifon de mettre entre les
Fremieres maximes de regner,
qu'il falloit pour remplir dignement
la Royauté , le port , la
taille , & la bonne mine , qui ne
font autre chofe que le bon air
qui charme par des vertus fe.
crettes de l'ame. Car il ne faut
pas s'imaginer que le corps luy
tienne lieu d'une honteufe prifon
, c'eſt un Temple où cette
10 Extraordinaire
petite Divinité fe plaiſt davanta
ge, plus il eft pur & net au dedans,
& beau & magnifique au dehors.
Neantmoins Scaron a dit ,
Souvent un vilain corps loge un
noble courages
Et c'eft un grand menteur fouvent
que le vifage.
Oh, pour Scaron , interrompit
le
Chevalier qui n'avoit poinɛ
encore parlé , & dont j'admirois
le long filence , il n'avoit garde
de s'expliquer autrement. Il ef
toit trop intereffé à défendre le
party de la laideur , & de la di
formité , car il n'avoit pas le
viſage plus beau que le corps,
& chacun fçait comme il eftoit
fait ; mais M' de Corneille a dit
bien plus vray que M' Scaron ,
quand il affure que tout le mon
du Mercure Galant. 11
de veut eftre beau , & bien fait,
Et quefinous eftions artifans de nous
mefmes,
On ne verroitpar tout que des beautez
Suprémes.
Cela dépend de Dieu , & non
pas de nous , dit l'Abbé, Ipfefecit
nos, & non ipfi nos. Il s'eft réſervé à
luy feul , le fecret de la nailfance
des Hommes , & l'a rendu impénétrable
à leur curiofité . Nous
ne fçaurions donc connoiftre
pourquoy celuy.cy a un air qui
plaiſt , & celuy là un air qui rebute
& qui dégoufte ; mais M ' le
Docteur , dites - nous un peu à
le bien prendre , ce que c'eft que
l'air , car les Orateurs, les Poëtes,
& les Philofophes en parlent diverſement.
L'air , répondit ce Docteur,
12 Extraordinaire
peut eftre confideré en trois manieres,
comme Elément , comme
Température , & comme Mode
ou Maniere . Pour moy , je croy
que c'est l'expreffion des autres
Élémens , & du mouvement , de
to s les Corps , qui participe à
toutes leurs bonnes ou mauvaiſes
- qualitez. Ainfi l'on dit , l'air du
temps , l'airdu feu , prendre l'air,
pour dire recevoir cette tranfpiration
des corps dans fa fource,
& dans toute fon , étendue . On
donne ordinairement le nom
'd'air à toute cette Matiere li
quide & tranfparente dans la.
quelle nous vivons , & qui eft ré .
pandue de tous coftez à l'entour
du Globe , compofé de la terre
& de l'eau. En effet , quelques
Philofophes prétendent que les
du Mercure Galant.
13
Cieux font fluides , comme un
grand air vague & fpatieux,
dans lequel les Etoiles & les
Planetes fe promenent comme
les Poiffons dans la Mer , & les
Oifeaux dans les Nuës ; & le
Philofophe de Cour ( car enfin
il faut raifonner à la mode aujourd'huy
) cet Autheur , dis-je,
veut que les Cieux foient fluides,
& de la nature d'un air tres.fub
til , & tres- purifié . Les Anciens
ont auffi confondu les mots de
Ciel , & d'Air , en parlant de la
Partie que nous voyons ; & l'on
dit tous les jours , apres la Sainte
Ecriture , les Oiseaux du Ciel ,
ils volent dans le Ciel , pour dire,
les Oifeaux de l'air , ils volent
dans l'air. En effet , l'air entre
dans la compofition du Ciel , &
14
Extraordinaire
le Ciel femble eftre un air con
denfé. Un Moderne a eu raiſon
de dire , que l'air eft un étrange
& admirable compofé , & que
pour le bien connoiftre , il faudroit
connoiftre auparavant la
nature de tous les Corps qui entrent
dans fa compofition. Comment
donc le concevoir dans
cette fimplicité qui luy eſt neceffaire
pour eftre Elément ? Car
dans la compofition où il fe trouve
prefque toujours , par le mélange
des autres Elemens , & de
tous les Corps qui s'exhalent.
continuellement de la Terre , on
ne peut dire précisément ce que
c'eft . Le Philofophe de Cour,
dénie à l'air le nom & la qualité
d'Elément , & dit que par fa
fubtilité il eft feulement fembla
du Mercure Galant,
ble au premier Elément des Car
réfiens. Quelques autres difent
que c'est une portion de la
Matiere premiere , débrouillée
& purifiée par la Lumiere. La
penſée de cet Ancien eft jolie,
qui difoit que l'Air eftoit la vître.
rie de l'Univers , par où les Crea.
tures voyent tous les Objets
comme dans un Miroir , par la
refléxion de cetteLumiere. C'eft
luy qui conferve les couleurs invifibles
qui peignent tous les
Objets dans nos yeux , quoy qu'il
foit fans couleurs , puis que tous
les Objets tranfmetent leurs efpeces
en luy , ce qu'ils ne pour
roient pas faire s'il avoit quelque
couleur , comme nous voyons
tout rouge , ou tout jaune , dans
un verre qui eft peint de la fort,
16 Extraordinaire
›
Un Philofophe moderne dit que
l'air n'eft pas vifible , parce qu'il
eft trop délié ; mais qu'autant
qu'on le peut voir par la refpiration
, ou par les Arquebules à
vent , il eft de couleur grifatre,
A propos de la couleur de l'Air,
s'écria le Chevalier , en regar.
dant le Marquis , ne vous fouvient-
il point de ce prétendu Sor
cier , qui nous difoit un jour qu'il
avoit veu le Vent , & qu'il eftoit
rouge , jaune , & bleu ? Il eſt
beaucoup de femblables Viſionnaires
, répondit le Marquis , &
je croy qu'il s'en trouve auffi
parmy les Philofophes ; mais
laiffons parler M' le Docteur, car
il a fans doute de belles chofes à
nous dire . Apres un modefte
fous-rire , le Docteur reprit fon.
du Mercure Galant.
17
Difcours de la forte.
Les Philofophes donnent à
l'Air des figures bien diférentes,
& le mettent en tant de postures,
qu'il eft impoffible de le connoiftre
tel qu'il eft en effet. Quel
ques- uns difent
que les goutes
d'eau & de rolée, qui tombent de
l'air eftant rondes , cer Elément
eft de figure ronde , parce que
les parties doivent avoir l'inclination
du tout , mais en verité, je
trouve cette raifon badine , car
hors la Terre , les autres Elémens
qui font toujours dans l'agitation
, & dans le mouvement ,
n'ont point de figures certaines
& naturelles , Encore s'il eft vray
que la Terre tourne, il faut croire
qu'elle en change de temps en
temps puis qu'elle s'éboule , &
Q. d'Octobre 1683. B
18 Extraordinaire
s'écorne ſouvent , comme par
lent ceux qui fuivent cette opi- .
nion . Ainfi on diſpute fort inutilement
, fi la Terre eft ronde,
ou fphérique ; fi le Feu eft ovale,
ou pyramidal ; fi l'Eau eft plate,
ou fphérique , & fi l'Air eft
rond , ou triangulaire. Les Cartéfiens
difent que le fecond Elément
, auquel ils donnent le nom
d'Air , n'eft autre choſe que les
parties de leur Matiere fubtile,
qui pour eftre plus groffieres s'ar
rondiffent fans ceffe , que l'Air
le plus groffier a la proprieté de
fe dilater beaucoup , & qu'il fe
mefle aisément avec la Matiere
fubtile. Quelque autre affure
qu'il eft droit , quand il eft lenr,
c'eft à dire, dans fa gravité , mais
que lors qu'il eft furieux & turdu
Mercure Galant.
19
•
bulent , & fi vous voulez tourbillon
, il eft un peu courbé , &
d'une figure circulaire , mais je
croy qu'il n'a point d'autres figures
que celles du corps qui le
renferme. Quoy que fa couleur
foit inperceptible , comme nous
avons dit,il eft neantmoins tranf
parens , parce que les parties eftant
toûjours en action , laiffent
un grand vuide entre elles , & ce
vuide eft remply des rayons des
Corps lumineux. L'air que nous
refpirons eft vifible , parce que
ce font les fumées du coeur que
l'air extérieur codenſe & épaiffit,
quand il eft froid ; & plus la Perfoune
eft d'une complexion forte
& robufte , & plus elle pouffe
d'air quand elle eſt agirée ,
principalement en Hyver qu'il
Bij
20 Extraordinaire
·
fort de la bouche à gros flocons.
Pour fon odeur, les Philofophes
que j'ay déja citez , affurent
qu'elle eft fouvent mauvaiſe.
Enfin il eft chaud , humide , &
leger ; mais quelques Modernes
prétendent , qu'il eft froid , &
pelant ; & d'autres , qu'il n'eft
froid , ou chaud , que felon les
divers mouvemens qu'il foufre.
Ainsi, lors qu'on dit qu'il peut
devenir feu , on veut dire qu'il
peut s'échaufer jufqu'à ce fupré
me degré de chaleur, Quoy qu'il
nous paroiffe leger , il ne laiffe
pas d'eftre eftimé pefant , jufque.
là que Reid , docte Medecin , a
démontré qu'il ne l'eft pas moins
que la Terre , mais il eſt certain
qu'il eft médiocre en pefanteur,
plus pefant que le Feu , & plus
du Mercure Galant. 21
leger que l'eau . Pour ſa hauteur, -
finous en croyons M' Rohaut,
elle eft de plus de quatre mille
cinq cens quatre - vingts toifes ;
& il tient qu'il n'y a point de
Montagne affez haute
pour nous
élever au deffus de la plus haute
furface de l'Air, ou de la premiere
Région . Je me fouviens pourtant
, interrompit le Préfident,
que M' Bary raporte dans fa Phy
fique, qu'en Angleterre on monte
d'un certain Tertre jufqu'à
une certaine hauteur , où il n'y a
plus d'air , & qu'à moins d'y
porter des Eponges humectées,
on y meurt. Cela fe peut , reprit
le Docteur , & tout ce que
nous diſons icy , n'eſt pas fi pofitif
qu'on ne le puiffe contre.
dire ; mais pour continuer à vous
22 Extraordinaire
parler de cet Element , on ne
peut changer la veritable confiftence.
Il ne reçoit aucun mélange
, & comme tel , l'Air eft
appellé Elément , mais que celuy
que nous fouflons , que nous
refpirons , que nous voyons , &
qui nous environne , ne foit
qu'un mefme air , exempt d'aucun
mélange , cela ne le peut
foûtenir. L'air que nous refpirons
eſt un ſoufle vital , compofé
de noftre ame & du mouvement
de noftre corps . Celuy que
nous reſpirons , & qui nous en
vironne , eft compofé des vapeurs
, & du mouvement des
corps extérieurs qui nous approchent
; & celuy qui tient
lieu d'Elément , eſt une fubftance
extrémement deliée qui fe
du Mercure Galant.
23 1
fourre par tout , & qui remplit
tous les lieux , d'où les corps fe
def uniffent . Mais M' le Docteur
, dit le Marquis , quelle diférence
mettez- vous entre le
Vent , & l'Air pris comme Elément
? Car felon moy , le Vent
eft un Air agité , & l'Air eft un
Venten repos. Tous les Philofophes
modernes définiffent le
Vent une agitation fenfible de
l'Air , & felon M¹ Bary , le Vent
n'eft autre chofe qu'une agitation
d'air , plus ou moins notable.
L'Air eft encore toûjours
le fujet du Vent , & une de fes
caufes efficientes. Enfin il fert
de Théatre à ces merveilleux
Tourbillons . Ceux qui difpofent
des Vents ( car il y en a qui les
retiennent , & qui les lâchent
24
Extraordinaire
quand il leur plaift , ) ceux -là,
dis - je , obfervent les diférentes
qualitez de l'Air ; & je me ſouviens
d'avoir leu dans Théophrafte
, que les Brachmanes
avoient deux Tonneaux remplis
de Vent , qu'ils ne bouchoient
jamais que l'Air ne fuft fec , &.
tranquille , & qu'ils ne débouchoient
que lors qu'il eftoit hu
mide & tempeftueux . Je fçay,
continua le Marquis , qu'on dit
tous les jours , que les Vents
chaffent & purifient l'Air , mais
cela s'entend de ce que les parties
les plus groffieres de l'Air fe
fubtilifent , & fe raréfient par
cette agitation , & voila ces
Vents qu'il a pleu aux Pilotes
de nommer de noms barbares &
inconnus , felon les lieux où cet
Air
du Mercure Galant. 25
Air eft plus ou moins dans l'agitation
. En verité voſtre Philofophie
eft jolie , s'écria le Che
valier en riant , & elle feroit bien
reçeuë de l'Univerfité . Le Philofophe
de Cour ne raifonne pas
plus férieufement que vous fur
cette matiere , & j'aime autant
voftre Air agité , qui eft l'opinion
de Pline , que fon Météore
composé de deux fou
fres diférens & ennemis , que le
froid condenſe fi fort , que le
Météore creve par cette contrarieté
, & fait le grand fracas
que nous entendons .
Mais pourquoy , Mr le Che.
valier, reprit le Marquis, ne voulez
-vous pas que fous le bon plaifir
de M' le Docteur , je parle du
Vent à ua fantaiſie ? Ne fçavez-
Q. d'Octobre 1683. C
26 Extraordinaire
vous pas que c'eſt une des choſes
inconnues dans le monde ? Quelques-
uns en attribuent la pro.
duction au Soleil , les autres , au
combat que font les atomes ;
les autres , aux vapeurs , & aux
exalaifons ; & enfin il y en a d'autres
qui m'ont fait penfer , que
l'Air fe meut de foy - mefme ; car
je ne fuis fi vifionnaire
que
pas
vous le croyez , ny fi ridicule
fur le fujet des Vents , que celuy
qui difoit que c'eftoient les éter.
nuëmens de ce grand Animal
que nous appellons le Monde,
comme l'Air eftoit fon haleine &
fa refpiration . Cette imagination
eftoit bien digne de Rabelais
, qui dit que le Vent eft le
foufle de Gargantua . Dieu en
´eft l'Autheur , au fentiment d'un
du Mercure Galant.
27
Prophete, & il peut auffibien le
former de l'Air , que d'une autre
matiere. Quoy que Pline que
vous venez de citer , reconnoiffe
plufieurs fortes de Vents , comme
les Vents de Mer & de Terre,
tout cela n'est que l'Air , qquuiiaaggiitt
ou fur l'Eau , ou fur la Terre. Cer
Autheur veut encore que le Vent
foit un efprit vital , par lequel la
Nature produit toutes chofes .
Et ce Vent , ou cet Air dont nous
parlons , ne font- ils pas les mefmes
? Si cela eft , répondit le
Chevalier , je ne m'étonne plus
que les Cavales d'Andaloufie engendrent
par le Vent ; car l'Air
ou le Vent , eft un tréfor qui contient
toutes les femences , fi nous
en croyons Anaxagore . Et ne
croi t-ce point par cette raiſon
C ij
28 Extraordinaire
que nous appellons un Cheval
viſte, un Coureur , & que nous
difons , aller comme le vent ?
Car les Chevaux qui naiffent du
vent , & de telles Cavales , font
je m'imagine d'admirables Coureurs
pour leur legereté & leur
viteffe , & pareils aux Chevaux
volans , dont parle noftre Pline;
mais à l'endroit que vous avez
cité , il compare l'agitation du
Vent dans la nature , à une Femme
groffe , & dit que cet efprit
vital, remuë dans fes flancs com.
me un Enfant dans le ventre de
fa Mere . Ne voila- t-il pas une
belle origine des Vents ? Je ne
puis encore m'empeſcher derire,
qu nd il nous dit qu'ils font plus
mols que fermes. Quoy , les
Vents ont de la molete , eux
du Mercure Galant. 29
3
J.
J
1
1
qui font fi refolus qu'ils attaquent
les plus durs Rochers , &
les Baftimens les plus inėbranlables
, qui arrachent les Forefts ,
qui renverfent les Montagnes ?
Non , non. Je croy que leur tempérament
eft froid & fec , ce qui
marque leur force , & leur courage.
Vous badinez toujours ,
M le Chevalier , interrompit
l'Abbé . Il eft constant qu'il
y a des Vents chauds , & des
Vents humides . Ouy ; mais , reprit
le Chevalier , ce n'eft pas en
eux-mefies qu'ils font tels , mais
par accident , & felon les lieux
où ils fouflent , & la Saifon qu'ils
fe mettent en Campagne . Je
croy que M' le Chevalier a raifon
dit le Marquis , car
quand on dit, ce vent -là amenera
>
C iij
30 Extraordinaire
de la pluye , ce n'eft pas qu'il
foit pluvieux de fa nature , mais
c'cft qu'il amene , & fait tomber
les vapeurs qui fe réſolvent en
pluye. L'Air eft donc un veritable
Caméleon , capable de
toutes fortes d'impreffions . Tout
froid qu'il eft, il devient feu , felon
les divers mouvemens qu'il fou-
Ale ; mais ce qui eft admirable, eft
que ces vents ou ces impreffions
d'Air , comme nous les avons
appellez , ont leur révolution
jufte & périodique , de quatre
ans en quatre ans , vers le commencement
de la Canicule .
Quoy que je m'en tienne à
l'opinion de l'Ecole , dit le Do-
&teur , voyant que le Marquis
s'eftoit teú , qui eft que l'Air
n'eſt pas le Vent , il eſt neantdu
Mercure Galant. jr
moins le Pere des Vents , & le
crible de la Nature , comme
parle un Ancien , mais un Moderne
l'appelle avec plus de raifon
, le Compagnon du Soleil,
parce qu'il concourt avec luy à
la creation de toutes chofes , &
à la formation des plus merveil
Jeux Phénomenes de la Nature .
Il infpire ce que la Lumiere vivifie
, il purifie ce qu'elle dore , &
fert avec elle à éclairer tout l'Univers.
Anaximenés difoit que
Pair eftoit l'efprit du Monde , &
qu'il eftoit à l'Univers ce que
l'ame eft au corps ; que toutes
chofes eftoient engendrées de
l'air , & fe réfolvoient en air.
Enfin on peut dire de l'Air , ce
que S. Paul a dit de Dieu , In quo
vivimus , movemur, & fumus, I
C iiij
32
Extrardinaire
nous fait voir les objets , mais il
nous donne encore l'oüye , &
l'odorat, Par fon moyen nous
fentons , & nous entendons.
Tous nos Inftrumens , & toutes
nos Chanſons , ne font qu'un air
mefuré & harmonieux. Il anime
les uns , il infpire les autres . Une
Chanfon s'appelle un Air , parce
que c'est un Mode , ou une façon
de chanter , mais encore par
ce qu'il faut de l'air pour le chanter
, & que la Mufique rend cet
air harmonieux par les diférentes
notes qui le compofent. En effet,
l'air agité par la voix ,frape agreablement
nos oreilles , ce qui a fait
dire à un Ancien , qu'une belle
Ode , qui eft la mefme chofe
qu'une belle Chanſon , eftoit un
air qui voloit dans les oreilles. II
du Mercure Galant.
33
y a des Païs mefme où l'air fait
les belles Voix , & où tous les
Hommes chantent bien. Vous
demeurerez d'accord de cette
verité , puis que felon Ariftote,
la Voix & les Inftrumens ne font
qu'une répercuffion de l'air infpiré
.
L'air eft encore un excellent
médiateur entre l'eau & le feu.
Il corrige celuy - cy , & tempere
celle- là. Il eſt naturellement
Amy de la Terre , mais ce qui
releve davantage la nobleffe de
cet Elément , c'est que quelques
Philofophes ont crû que fe Dieu
unique & fouverain n'eftoit
autre que l'Air. Le Docteur
ayant ceffé de parler , comme
s'il n'euft eu plus rien à dire ; Oh
je me doutois bien que les An-
>
34
Extraordinaire
ciens en avoient fait un Dieu,
reprit le Chevalier ; mais moy,
je vous dis que c'eſt un Démon
en fubtilité , & en malice , qui
rend tous les corps agiles , & qui
penetre toutes chofes , fans les
rendre plus pefantes lors qu'il les
remplit. C'est un grand faifeur
de Fufées, & de Feux d'artifices,
qui forme les Méteores , & qui
les renferme dans fon fein ,
mais c'eſt auffi un grand tireur
de quinte effences , qui fçait
diftiler avec le feu élémentaire ,
les influences & les proprietez
occultes des Etoiles , & des Planetes
. Peu s'en faut que je ne
l'appelle Soufleur & Charlatan ;
mais enfin il eft le mieux logé de
tous les Elémens , puis qu'il ha.
bite dans trois regions diférentes,
·
du Mercure Galant.
33
& que le Feu , l'Eau & la Terre
demeurent toûjours où Dieu les
a placez . Il devoit ce me femble ,
avoir quatre Régions , afin de
partager les quatres Saifons de
l'année . Ileft chaud dans la haute
région proche du Feu élémentaire
. I eft plus fraichement dans
Ja moyenne , & d'une maniere
plus temperée dans la baffe , puis
que cette Région eft tantoft
chaude , & tantoft froide. Pline
qui connoiffoit cet Elément , &
qui peut eftre en avoit reçeu
quelque incommodité , dit qu'il
eft caufe de tous les malheurs qui
arrivent aux Hommes , & le
compare à un Sujet rebelle qui
fait fans ceffe la guerre à la Nature
. Les Vents qui font les
Soldats de l'Air , font tous les
36
Extraordinaire
ravages qu'il leur commande , &
ne fe retirent jamais de la meflée
fans eftre chargez de butin.
Toute la Compagnie ne pút
s'empefcher de rire de ce qu'avoir
dit le Chevalier ; mais l'Abbé
prit la parole , & s'adreffant au
Docteur d'un air plus férieux,
Mais noftre ame n'eft - elle point
de la nature de l'air , puis que
felon la penſée d'un Ancien , l'air
& l'efprit ne font qu'une mefine
chofe ? Pour moy je croy que
noftre ame eft un air tres fubtil,
& foit qu'elle anime nos corps,
ou qu'elle s'en fépare , elle en a
toute la reffemblance autant
qu'elle peut eftre viſible. Lors
que je la confidere comme fenfitive
ou animale , ou comme immortelle
, je n'en puis avoir naAu
Mercure Galant.
37
turellement d'autre idée . Diogenes
eftoit de voſtre ſentiment,
répondit le Docteur ; & Héraclite
& les Stoïciens eftoient en.
core de cette opinion. Ils vouloient
que noftre ame fuft une
évaporation d'humeurs inceffamment
coulantes , ou un vent.
L'efprit des Infectes , difent les
Chymiftes , eft la plus pure por
tion de l'air , & cette pure portion
de l'air eft le lien qui unit
l'ame avec le corps. L'ame des
Vegétaux eft auffi aërienne , &
c'est pourquoy le corps qu'elle
anime veut toujours s'élever en
l'air. La fainte Ecriture expri
mant de quelle maniere le pre
mier Homme fut animé , dit que
Dieu luy foufla dans le corps un
eſprit de vie. Or qu'eſt- ce qu'une
38
Extraordinaire
evaporation , qu'un vent , qu'un
foufle , finon l'air que nous ref
pirons , ou quelque chofe qui luy
reffemble ? Mais vous fçavez que
M'l'Evefque de Meaux , dans ce
beau Difcours qu'il a fait fur
l'Hiftoire Univerſelle , nous défend
de croire que noftre ame
foit un air fubtil , ny une vapeur
déliée ; parce que le foufle que
Dieu infpire , & qui porte en luymefme
fon image , n'eft ny air
ny vapeur. Je fçay cela , dit
l'Abbé , & d'autres Docteurs me
l'ont appris , mais nous ne parlerons
pas icy fur les Bancs . Quoy
qu'il en foit , reprit le Docteur,
l'air contribue non feulement à
toutes les belles qualitez du
corps & de l'efprit ; il infpire &
regle tous les mouvemens de l'adu
Mercure Galant.
39
me , ce qu'il eft facile de faire
voir , fi nous le confiderons.com.
me température .
L'éloquent Evefque que je
viens de citer , dit que les Elemens
furent alterez par le deluge,
& que l'air chargé d'une humi
dité exceffive , fortifia les principes
de cette corruption ; & ily a
bien de l'apparence que la Nature
fe fentit la premiere de la
corruption des Hommes , qu'elle
fut affoiblie , & qu'il demeura en
elle- mefme une impreffion éternelle
de la vangeance Divine.
Mais enfin , pour que l'air foit fa
lubre , il faut qu'il foit temperé,
ny trop groffier , ny trop fubtil.
Ainfi l'on dit une bonne température
d'air , une bonne contitution
d'air. Sa fubtilité ne
40 Extraordinaire
tait pas fa bonté , il eft auffi dana
gereux trop fubtil , que trop grof
Ler. C'est pourquoy dans la fupérieure
Region , où il eft dans
fa plus grande fubtilité , nous n'y
pourrions pas vivre. Cette fubti
lité rend fes parties trop aiguës,
& trop penétrantes ; & les lieux
trop élevez font contraires aux
poitrines foibles , & délicates. Un
Voyageur nous affure , qu'allant
voirun Hermite fur le Mont Ararath
, dans l'Arménie , il monta
jufques à la Region de l'air, où fe
forment les nuages ; que la plufpart
de ces nuages eftoient obfcurs
& épais , les autres extrémement
froids & pleins de neige,
& qu'il y fût mort , s'il y eût demeuré
encore un quart d'heure.
Lors que l'air eft trop groffier ,
du Mercure Galant.
fes parties trop épaiffes & trop
maſſives engraiſſent & tuënt la
poitrine , & les parties où elles
s'attachent par le moyen de la
refpiration. Il faut donc laiffer
l'air groffier aux Pituiteux , & le
fubtil aux Mélancoliques . Pour
moy , dit le Chevalier , j'aime à
reſpirer le grand air. Outre que
je m'en porte mieux , il me rend
F'efprit plus gay & plus agreable ;
il me donne mefme des penſées
plus nobles & plus relevées , & je
Vous affure que j'y trouve quel--
que chofe de divin & de ſurna.
turel , que je reifens viſiblement
en moy - mefme . Vous eftes du
naturel des Arbres , interrompir
le Préfident , qui aiment beau
coup l'air , ou plûtôt comme ces
Peuples de Siam qui l'adorent, &
2. d'Octobre 1683. D
•42
Extraordinaire
qui n'ont point d'autre tombeau
apres leur mort ,,
que
d'eftre
fuf
pendus
en l'air. Mais
je fuis bien
aife
que
vous
foyez
reconcilié
avec
cet Elément
, depuis
tantôt
.
Il ne s'agir
plus
de nôtre
querelle
,
reprit
le Chevalier
. Je l'aime
quand
il me fait
du bien
, mais
je ne fuis point
Aëriſte
, & je ne
Louhaite
pas que
mes
funérailles
fe faffent
en l'air . Je n'aime
pas
non
plus
ces airs voraces
, qui ren
dent
les Peuples
faméliques
, &
qui
tuënt
la poitrine
, comme
nous
a dit M' le Docteur
, mais
un air comme
celuy
de l'Egypte
,
qui infpire
la fobrieté
& l'abftinence
. Les
Hermites
de l'ancienne
Thebaide
eftoient
de vô.
tre gouft
, dit l'Abbé
, ils avoient
choify
exprés
ce lieu -là pour
leur
du Mercure Galant.
43
1
-
retraite ; auffi eſt- cè un vray païs
d'Hermites. Je vous avouë ma
foibleffe , reprit le Chevalier , ce
n'eft point par le meſme efprit
quej'aime le grand air ; mais c'eft
que je fuis tout différent de moymefme
dans les lieux bas ., obfcurs
&
defagreables ; au lieu que
les belles vûes , les belles Maifons
, les belles Perfonnes , me
charment , & me donnent une
nouvelle vie. Toutes ces chofes
nous infpirent je ne fçay quel air
doux & tendre , qui nous rend de
belle humeur , & de bonne compagnie.
Je ne puis refpirer l'air de ces riches
Plaines ,
Qu'échauffent les Zéphirs , de leurs
tiédes baleines ;
Je ne puis de ces Prez voir l'émail
précieux ,
44
Extraordinaire
Ou tant de vives fleurs éblouiffent
Les yeux i
Entendre de ces caux l'agreable mur.
mure ,
·Contempler de ces Bois la verte chevelure
,
Que je ne fois touché de quelque
fainte horreur,
Et ne fente les traits d'une fainte
furcur.
Cela m'arrive dans tous les
beaux Lieux dont parle ce Poëte,
& principalement en celuy - cy ,
où il me femble que ma vûë s'ë.
chauffe , où vôtre vûë , qui eft
proprement vôtre air , m'anime
& me donne plus d'efprit que je
n'en ay d'ordinaire. Qu'est - ce
qu'un beau jour , pourſuivit - il,
qu'une continuation d'air, que le
Soleil dore & purifie , qui fait
du Mercure Galant. 45
naître & anime toutes choſes ?
Qu'eft.ce auffi qu'une fale journée
, qu'une continuation d'air
corrompu , pareil à ce vilain
brouillard dont parle Ovide dans
fes Metamorphofes , qui eft l'origine
de la pefte , & des maladies
contagieufes ,
PrincipioCalum fpißä caligine terras
Preffit.
Qu'eft ce, dis-je, qu'unejournée
trifte & pluvieufe , finon un
air épais & fumeux , qui veut fuffoquer
toute la Nature , & qui la
rend afinatique , & fans refpiration
, fi j'ofe parler de la forte devant
un Docteur , qui veut qu'on
foit ferieux jufque dans les plus
petites chofes , quand il s'agit de
Philofophie Apres qu'on eut
applaudy d'une maniere un peu
46
Extraordinaire
railleufe à ce que le Chevalier ve
noit de dire , le Docteur repris
ainfi .
Chaque lieu a fon air , qui a
fes proprietez différentes , &
quelquefois merveilleufes. Juvenal
dit que dans une certaine
Contrée de l'Espagne , l'air y
teint naturellement la laine des
Brebis d'une tres belle couleur
, & qui eftoit fort estimée
chez les Romains . Les Peuples
qui habitent divers Climats , ont .
auffi diverfes qualitez . Icy l'air
rend les Hommes triftes & melancoliques
, là gays & éveillez ;
icy fobres , là gourmans , icy lâches
, & ' à genéreux ; icy chaftes,
là débanchez. On attribue le
long âge des Suédois à la pureté
de l'air qu'ils refpirent dans les
du Mercure Galant.
47
Montagnes dont ce Royaume eft
remply. Il y a auffi des Lieux ,
comme Aiguemorte en Languedoc
, où l'on ne vieillit guere , à
caufe de l'intempérie de l'air.
Mais bien plus , ceux qui en ref-
#pirent un autre que le natal,
prennent les moeurs & les complexions
desPeuples avec lesquels
ils habitent. Il eft vray , dit le
EMarquis, & Voiture écrit galamment
à Mademoiſelle Paulet , en
parlant de l'Affrique, où il eftoit,
Ne vous étonnez pas de m'ouir dire
des Galanteries fi ouvertement , l'air
de ce Pais m'a déja donné je ne
Seay quoy de felon , qui fait queje
Vous crains moins ; & quand je
traiteray deformais avec vous , fai-
Les état que c'est de Turc à More.
Vous fçavez , continüe- t- il , que
48
Extraordinaire
l'Afrique eft le Pais de l'Amour , des
emportemens & des violentes paffions
; ainfi il rend les Gensfélons,
amoureux & emportez.
Vous eftes toûjours galant,
M' le Marquis , reprit le Docteur,
mais l'Autheur de la Recherche
de la Verité eft affez de vôtre
fentiment. Il prétend que l'air
fait le mefme effet en nous , que
le fuc des viandes dont nous tirons
notre nourriture . Or chacunfçit
les incommoditez qu'on
reçoit des méchantes viandes que
l'on prend , & combien elles alté
rent le tempérament & la fanté.
Mais cet Autheur va encore plus
loin . Il dit que l'air penétre les
poulmons , & s'infinue dans le
fang , ce qui aporte un tres- grand
changement à nos humeurs & à
nos
du Mercure Galant.
49
de la difnos
inclinations , & que
férence de l'air qu'on refpire en
différens Climats , vient la diffé
rence des efprits . Là où il eft groffier,
gras & pefant, les Hommes y
font plus mous , plus ftupides , &
plus mélancoliques , là où il eſt
pur, fubtil & délié , les Hommes
y font plus enjoüez , plus fpirituels
, & plus agiles. Mais, interrompit
le Préfident , ne peut-on
pas dire que comme il y a quatre
Elémens , qui composent le tempérament
de tous les Hommes ,
il y a auffi quatre fortes d'Efprits , il-y
par raport à ces quatre Elémens ,
les Ignez , les Aériens , les Aquatiques
, & les Terreftres , qui font
encore divifez chacun en deux
ordres. Il y a ceux qui font animez
du feu qui fait briller les
2. d'Octobre 1683. E
So
Extraordinaire
Aftres , ils font courageux , harë
dis , habiles , aimables & bienfaifans
; & ceux qui brûlent du feu
qui embrafe les Cométes , font
malicieux , ambitieux , & cruels.
Il y a ceux qui reffemblent aux
caux pures & claires des Fontaines
, ils font nets , doux & paifi.
bles , les autres , comme ces eaux
croupiffantes & fangeufes des
Marais , font lents , pareffeux,
fales , malicieux & couverts . Les
Terreftres font quelquefois comme
ces belles Plaines fleuries &
tapiffées de verdure , ils font feconds
, agreables , fermes & folides
; les autres qui font plus fouterrains
, font avares , opiniâtres,
impudens , & brûlans. Et pour
1: s Aérins dont vous avez parlé,
les uns font affables , complaifans,
!
du Mercure Galant.
5%
inventifs , agiffans , & de belle
humeur , & de ce genre font les
Perfonnes de Cour, les honneftes
Gens , les jolies Femmes , enfin
les Gens de qualité , d'honneur,
& tous ceux qui compofent ce
qu'on appelle le beau Monde , &
qui font propres à la Converfa.
tion ; ceux- là avec raifon font du
grand air , & font tout de bon
air . Mais ceux qui dégenérent
font grands mangeurs , grands
rieurs , vains flatteurs & diffolus,
pour les autres ; femblables à Pair
agité , à cet air obfcur & nuageux
, qui produit les orages &
les tempeftes , ils font coléres,
ombrageux , impatiens , incon
ftans & brouillons . Ce que vous
venez de dire eft parfaitement
beau,répondit le Docteur, j'ay lu
E ij
32
Extraordinaire
quelque chofe de femblable ; mais
le tour que vous y avez donné
mele fait paroître tout nouveau.
Je fçay peu de Gens qui fe fervent
de leur lecture auffi bien que
vous. Mon Dieu , M` le Docteur,
reprit le Préfident , ne me loüez
pas tant d'un peu de memoire, qui
pour le petit fervice qu'elle me
rend aujourd'huy, me fait tous les
jours mille fupercheries . Le Doc.
teur, pour ne pas pouffer plus loin
le Compliment , reprit ainfi la
parole.
La diverfité de l'air fait la diverfité
des maladies , & on peut
voir là- deffus le Livre qu'Hyppocrate
en a fait. L'air eft quel
quefois fi corrompu , qu'il fait
mourir les Créatures qui le refpirent.
Il y a des Régions où les
du Mercure Galant.
$3
animaux mefme ne peuvent vivre
, & il n'arrive jamais de gran .
des peftes, qu'il n'en meure bean .
coup dans les lieux où eft la contagion.
Perfonne n'ignore fur ce
fujet la délicateffe des Aeurs , &
fur tout des Oeillets, qui meurent
au méchant air. Mais peut- cftre
ne fçavez- vous point , que les
Peuples du Japon font fi prévenus
que l'air eft mal fain , & contraire
à l'Homme , qu'ils ne fouf.
frent pas que leur Dairo ou Empereur
foir jamais découvert à
l'air. Mais bien plus , il y a des
Hommes fidélicats, qu'ils diftinguent
l'air d'une mefine rüe , &
qu'ils affurent que celuy de la
main droite eft plus pur que celuy
de la main gauche , & qui féparent
ainsi l'air en marchant , avec
E iij
34
Extraordinaire
une grande fubtilité . Cette re.
marque eftoit digne de moy , interrompit
le Chevalier ; mais je
veux vous dire quelque chofe de
plus veritable & de plus folide ,
touchant la corruption de l'air.
Vous avez lû les Mémoires de
Pontis , cependant je croy que
vous ne ferez pas fâchez que je
vous faffe reffouvenir d'un accident
fort remarquable
, que raporte
cet Autheur. Il dit qu'apres
qu'on eut levé le fiege de Louvain
, l'Armée cft : nt allée pour
fe rafraîchir vers Ruremonde , it
s'y éleva une fi furicufe tempefte,
avec de fi grands tourbillons, que
comme ce Païs eft extrémement
fablonneux , on n'y refpira pendant
plufieurs jours que du fable
au lieu d'air. Cinq ou fix mille
du Mercure Galant.
S$
Hommes en furent étouffez fubi.
tement , ou moururent -en trespeu
de temps , par I.s maladies
que leur caufoit cette grande corruption.
Non feulement l'air
qu'on refpiroit par le nez , mais
celuy qu'on avaloit avec les viandes
, qui en eftoient toûjours fort.
affaifonnées , formoit une espece
de contagion , qui gâtoit les par
-ties de ceux qui en eftoient attaquez
, il falut que l'air natal chaffât
cet air malin , & redonnât aux
Troupes la fanté qu'il leur avoit
fi étrangement alterée.
Le changement d'air fait de
grands effets , reprit le Docteur,
mais s'il a fes avantages , il a auffi
fes incommoditez . A moins
que
la maladie qu'on a contractée , ne
vienne principalement de l'air où
E iiij
56 Extraordinaire
l'on eft , le changement n'y fait
rien de bien , & fouvent du mal ,
lors qu'il eft une qualité oppoſée
ouà la maladie ou au tépérament
du Malade. Mais il eft admirable
que l'air , qui vivifie toutes les
Créatures , les empoifonne , ou
par fa qualité naturelle , ou par la
malice des Hommes , qui ont
trouvé l'invention de le corrompre,
auffi -bien que les autres Elemens.
Mais enfin , il eft toûjours
bon d'éviter le méchant air , puis
qu'on en attire beaucoup plus
qu'on n'en pouffe , & que prefque
tout l'air qu'on refpire , paffe
&fe convertit en nourriture . L'air
de la Campagne eft auffi plus
pur & plus fain que celuy des Villes
, car outre toutes les vapeurs
des ordures & des immondices,
du Mercure Galant .
59م و
I
5
les Morts qu'on y enterre , y rendent
l'air gras , épais & corrompu
; ce qui caufe de grandes & de
fâcheufes maladies ' , qui fait les
perfonnes languiflantes & de pâle
couleur . Platon qui en connoiffoit
les accidens , veut par fes
Loix que les Cimetieres feient
fituez en forte que les Vivans ne
puiffent eftre incommodez du
mauvais air des Morts . Les Grecs
& les Egyptiens eftoient fort délicats
en cela , ayant des Ifles
éloignées & defertes , où ils faifoient
porter les corps des défunts
. Pour moy , dit le Marquis ,
j'aurois voulu fur tout demeurer
dans l'ifle de Delos , où il eftoit
défendu d'accoucher, & d'enterrer
les Morts . Ce lieu eftoit fans
doute bien agreable & bien fain,
58
Extraordinaire
car l'un ne contribue pas moins
que l'autre à l'infection de l'air.
Vous avez raifon , dit le Docteur,
& ceux deDelos obfervérét cette
loy depuis une furieufe pefte dont
ils furent affligez , qui ne procédoit
que de la puanteur des tombeaux
Les Romains défendoient
de brûler les morts dansla ville , &
Augufte ordonna que ce fût pour
le moins deux milles loin des mu
railles . On remarque meſme dans
l'antiquité , qu'il n'y a eu que les
Tarentins qui ayent enterré les
Morts dans leur Ville , apres que
l'Oracle leur ayant promis beaucoup
d'heureux fuccés , s'ils de.
meuroient avec le plus grand
nombre , ils crûrent que cela devoit
s'entendre des Morts. Mais
la Religion Chrétienne , qui prêdu
Mercure Galant. 59
che la mort & les fouffrances , n'a
pas eu ces égards pour les Fidel .
les ; à joindre que les Prieres pour
les Morts , & la venération pour
leurs Reliques , ont authorifé
cette coutume. Les Corps des
Saints ne fçauroient eftre trop
e prés de nous ; & les autres , dont
les Ames ont besoin de nos fe.
cours fpirituels , feroient peuteftre
negligez , fi les tombeaux
ne nous faifoient reſſouvenir de
leurs neceffitez . Et de plus , dit
le Préfident , les Corps Saints
font tous de bonne odeur , & ils
exhalent quelquefois une douce
vapeur , qui furpaffe les parfums
les plus exquis . Ileft vray , dit le
Chevalier, plufieurs Autheurs en
ont raporté témoignage ; mais
le nombre de ces Corps eft petit,
60 Extraordinaire
& pour un Saint combien de....
Tout beau , dit le Docteur , retirons-
nous de là , cet air nous
feroit contraire , prenons - le autre
part. Vous avez raiſon , dit
l'Abbé , je n'aime pas volontiers
à m'entretenir de Religion , dans
des converfations un peu familieres
, & auffi libres que le font les
nôtres.
Le grand air eft perilleux pour
les convalefcens qui fortent d'un
petit air , ou d'un air renfermé ;
ce n'eft pas qu'un air trop tranquille
eft auffi mal fain , parce
qu'il peut plus aisément fe charger
& s'alterer , que celuy qui eft
agité. C'est pourquoy on dit
l'air pour eftre bon , doit eftre
tantôt mû par le Zéphir qui le
rafraîchit , & tantôt comprimé
que
du Mercure Galant.
par l'Aquilon , qui le purge . L'air
de la Mer guérit de plufieurs maladies
, mais il en donne plufieurs
autres à ceux mefme qui y font
naturalifez ; & on affure que cet
air eft fi corrofif, que les Oiſeaux
qui fréquentent la Mer , ont le
plumage prefque tout rouge.
Mais l'air temperé & purifié d'une
certaine maniere , conferve la
fanté , & la redonne à ceux qui
l'ont perdue. Il prolonge la vie,
& fert mefme de nouriture à quel.
ques Oifeaux ,dit le Préfident . Les
Aftchomes qui font une espéce
d'Hommes , qui n'ont point de
bouche , fe nourriffent de bonnes
odeurs , comme ils meurent s'ils
en fentent de mauvaiſes . Le Caméleon
& les Pluviers vivent
d'air , & il ne faut pas s'en éton62
Extraordinaire
ner , puis que la vie ne confifte
qu'en ces deux qualité de l'air,
qui font le chaud & l'humide.
Si le feu nourrit la Salamandre,
pourquoy l'air qui a des qualitez
bien plus nutritives , ne peut - il
pas nourrir des Oifeaux , à moins
qu'on ne veüille dégraiffer l'air,
& en féparer la rofee , qui n'eft
pas moins une fubftance de cet
Elément , que des vapeurs de la
terre. Ce que vous venez de dire
eft bien imaginé , repartit le Doc
teur ; mais puifque les Pluviers &
les oifeaux deParadis vivent d'air ,
c'est encore une des crédulitez de
Pline . L'air eft bien l'élément des
Oiſeaux, & le lieu qu'ils habitent,
mais il ne peut pas nourir un corps
folide d'une viande fi creufe .
Si on ne trouve point d'alimens
du Mercure Galant
C
E groffiers dans l'eftomac de ces
Qifeaux , c'eft qu'ils la digérent
promptement , qu'ils mangent
peu , & des chofes fort delicates.
Le Caméleon vit de vermine;
mais comme il aime extraordinai.
rement le grand jour , & qu'il devore
le bel air , comme l'on dit,
cela fait croire qu'il vit par la ver
tu de cet Elément . Mais vous fçavez
, reprit le Préfident , combien
l'air que les Enfans foufflent,
& les Perfonnes qui font bien
compofées , eft doux & falubre.
Il en fort un fi grand nombre d'ef
prits , qu'ils communiquent
une
nouvelle
e à ceux qui le refpirent
; & c'est la raifon pourquoy
on a dit que ceux qui enfeignent,
& qui paffent leur vie avec la Jeunede,
vivent plus long- temps que
64
Extraordinaire
les autres , & ont la couleur beaucoup
meilleure. Il en eft au contraire
de ceux qui fréquentent
des Perfonnes mal faines , & qui
ont les parties gâtées, parce qu'el
les communiquent leurs indifpofirions
& leurs maladies. On ne
trouva point de meilleur expédient
pour éloigner le Cardinal
Pancirole d'aupres le Pape Innocent
X. qu'en gagnant fon Medecin
, qui affura fa Sainteté que
ce Cardinal eftoit pulmonique,
& que fon haleine eftoit dange .
reufe & nuifible à fa fanté , par les
fréquens entretiens qu'ils avoient
enfemble .
Le Loup a l'haleine fi mauvaife
, qu'on a raifon d'appeller cet
animal un cloaque animé , mais
la malignité de fon haleine eſt ſi
du Mercure Galant.
65
1
fubtile & fi penétrante , qu'il n'y
a point de chair qu'elle ne corrompe.
Cette Fille dont parle
Galien, qui vivoit de napel , avoit
P'haleine bien pernicieufe , interrompit
le Chevalier , puis qu'elle
faifoit mourir ceux qui l'apro .
choient. Cette autre que cite Albert
le Grand , qui vivoit d'Aragnées
, ne l'avoit pas meilleure,
dit le Marquis ; mais que dirons.
nous de ces haleines excellentes,
dont l'air eft fi doux & agréable ,
continua- t-il? Je me fouviens toûjours
de cette délicate expreffion
du Comte de Buffy parlant d'une
Belle, L'air qu'elle fouffle eft plus
pur que celui qu'elle refpire . Quel
avantage , quel charme pour moy
qui n'aime rien tất, qu'on ne ſente
rien!Mais comme il y en a qui ont
Q. d Octobre 1683.
F
66 Extraordinaire
la fueur parfumée , pour ainfi dire,
' il y en a auffi qui ont la refpiration
admirable , & qui reſſem.
blent aux Abeilles , tout ce qu'el
les mangent & qu'elles prennent
fe convertit en miel , & enfucre,
Mixtura quadam & proprietate fpiritus
fui, & quafi conditura fui.
Elles forment de l'ambrofie &
du nectar dans leurs entrailles , &
de là vient la bonté & la douceur
de leur baleine . Tel eftoit Alexandre
le Grand , dit le Préfident
; mais comme il y a peu de
Perfonnes de cette nature, & qui
ayent toutes les qualitez du tempérament
adpondus , comme parlent
les Medecins , il n'y a point
de choſes au monde où l'on puiffe
s'apliquer plus utilement dans un
Etat , qu'à empêcher la corrup
du Mercure Galant. 67
tion de l'air , ſoit qu'elle vienne
par la méchante haleine des Malades
, par l'infection des immondices
& des ordures qu'on laiffe
amaſſer dans les Villes , ou par
l'inclémence des faifons . On a
donc eu raiſon autrefois de féparer
les Ladres d'avec les autres,
& encore aujourd'huy d'interdire
l'entrée des Villes à ceux qui
viennent des Lieux foupçonnez.
de la pefte , ou de quelque autre
maladie contagieufe , comme la
petite vérole , & tant d'autres
maladies qui fe communiquent
par la corruption de l'air.
Comme le Préfident fait bâtir
à la Campagne , il n'oublia pas à
demander plufieurs avispour rendre
une Maiſon auffi faine qu'agreable
, & là - deffus le Docteur
Fij
68 Extraordinaire
auquel la Compagnie avoit toû
jours deferé , parla de la forte.
Ce n'eft pas d'aujourd'huy
qu'on a de la peine à bien s'habi
tuer. Les Anciens avoient diffé
rentes opinions fur ce fujet . Ils difoient
qu'il ne falloit point choifir
les lieux trop gras , trop bas
& trop humides , parce qu'ils
eftoient mal fains . Ils ajoûtoient
qu'on ne connoiffoit pas toujours
la bonté de l'air d'un Païs , par la
couleur & la bonne difpofition
des Habitans , parce qu'il y en a
qui fe portent bien dans l'air mê .
me de la pefte. Il y a encore des
lieux qui ne font fains qu'en de
certaines faifons de l'année, & qui
font dangereux dans d'autres.
Mais afin qu'un lieu foit jugé
fain, il faut pour le moins en avoir
du Mercure Galant.
79
J
Pexpérience une année entiere.
Les Maifons expofées au Midy,
dans les Païs chauds , font mal
faines , on y devient bilicux &
languiflans , & fujets à des fiévres
tres aigües . Dans les Païs froids,
lesMailons qui font tournées vers
le Septentrion , rendent ceux qui
les habitent fujets aux fluxions &
paralifies. Les Maifons qui regardant
l'Occident , dans les Païs
humides , caufent des foiblefles
d'eftomac & des ulcéres. Les
Maifons qui font placées du côté
de l'Orient , dans les Païs fecs,
rendent les jointures débiles , con
denfent les humeurs , &
> engendrent
de grandes obftructions.
Et où bâtirons.nous donc , s'écria
le Chevalier , puis que dans tous
les cantons du Monde il n'y a que
"
70
Extraordinaire
と
maladies , & pas un lieu qui foit
fain La terre ? eft donc inhabitable.
Non pas , M' le Chevalier,
reprit le Docteur , chaque Païs a
fon terroir , fes eaux , fes afpects
& fes vents , qui luy font ou nui
fibles ou falutaires , il ne faut que
les bien choisir , & alors il n'y a
point de lieu qui ne puiffe eftre
fain , au moins pour les naturels
du Païs , & il n'y a que les Voyageurs
, qui en puiffent recevoir
quelques incommoditez.
Pline qui a écrit fort au long
fur la maniere de bâtir les Maifons
de Campagne , pour les rendrefaines
& logeables , dit que fi le
Climat eft chaud , l'ouverture
doit regarder le Nort ; s'il eft
froid, elle doit regarder le Midy,
& s'il eft temperé, elle doit regar
du Mercure Galant. 71
[
1
der le Levant. Cela eft bon , interrompit
l'Abbé , mais je vou .
drois fçavoir s'il eft neceffaire
pour avoir le bon air , de percer
un Bâtiment par quantité de hau
tes & pleines croifées , comme on
fait aujourdhuy , ou de l'ouvrir
feulement par des feneftres médiocres
, comme on faifoit autrefois.
Ileft aifé de remarquer par
tous les vieux Châteeux , tant dehors
que das le Royaume, que nos
Peres n'aimoient pas le grand air
pour leursMaifons . Tous les vieux
Bâtimens font placez de biais, ou
accompagnez aux coſtez de tourelles,
qui couvrent les jours, afin
de rompre le vent , & de fendre
l'air , qu'ils croyoient nuifible à
la fanté , ſe perfuadant de vivre
plus long -temps , en fe tenans
$2
Extraordinaire
ainfi renfermez ; eftant bien contraires
aux Poiffons , qui aiment
à changer d'air , & qui montrent
fouvent la tefte au deffus de l'eau ,
& meurent fous la glace , fi on n'a
foin de la fendre en Hyver , afin
de leur conferver la vie. Mais
nos Peres difoient que les Maifons
cftoient faites pour fe mettre à
couvert des injures de l'air , &
non pas pour le recevoir par de
grandes ouvertures , que nous
avons inventées pour fatisfaire au
plaifir , & à la vanité . J'ay vû un
Homme plus vieux que fon fiecle
, qui durant les trois mois fâcheux
de l'Hyver ne fort point,
neveut ny voir ny fentir l'air , qu'il
refpire feulement par un petit
jour qui eft au.deffus de la porte
de fa Chambre , foutenant que le
trop
du Mercure Galant.
73
C
trop grand jour tüe. Elifabeth
Reyne d'Angleterre , en allant
voir le Chancelier Bacon , dans
un Château qu'il avoit nouvellement
fait bâtir , & percer de toutes
parts par de belles & grandes
croifées, elle luy demanda où l'on
s'y mettroit l'Hyver , voulant
luy marquer par là , que le trop
d'air n'eft pas toûjours bon ny
commode , & que les feneftres
médiocres font meilleures. Cela
dépend des Climats, & de la coutume
des Peuples , dit le Docteur.
En Angleterre toutes les fenêtres
font fort petites , mefme dans les
Maiſons de plaifance des Princes ,
auffi bien que des Particuliers ,
qui n'ont que des ouvertures
quarrées , fans corniches ; & à
Douvres , il n'y a que quelques
Q. d'Octobre 1683. G
-
74
Extraordinaire
il
vires pourtoutes fenêtres, qu'on
ouvre pour donner de l'air. Les
Maifons de Picardie font prefque
fans feneftres , ou du moins elles
font fipetites, que ces Maifons ne
reffemblent proprement qu'à des
lafnieres. Mais comme les Maifons
fermées & ombragées font
plus froides & plus mal faines,
parce que le Soleil n'y entre pas ,
& quel'air y eft plus humide ,
fait plus froid dans les Villes qu'à
la Campagne. Enfin , outre le
bon air qu'il faut obferver pour
rendre les Maiſons faines & bien
fituées , il ya encore le bel air, &
la maniere de bien bâtir , qui les
rend agreables & commodes ; &
c'eft de ce bel air, priscommemo.
de ou maniere , dont il nous refte
parler , mais je croy que ce que
du Mercure Galant. 75
nousen avons déja dit à l'entrée
de cette Converfation, doit fuffire
, renvoyant les Curieux au
beau Difcours que Mr le Chevalier
a fait de l'air du monde , &
de la veritable policeffe . Cela
s'appelle , interrompit le Chevalier
, renvoyer les Curieux au
Dialogue de la Bonne - Grace d'un de
nos vieux Poëtes. Pardonnezmoy
, Mr le Chevalier , reprit le
Docteur, nous fçavons la différence
qu'il y a entre l'illuftre Autheur
du Mercure Galant , &
Autheur des Apprehenfions Spirituelles.
Le premier n'expoſe rien
au Public , qui ne foit digne de
fon approbation , & de l'eſtine
qu'il s'eft acquife . On ne peut
rien auffi ajoûter à ce que vous
avez dit fur cette matiere , mais
Gij
·75 Extraordinaire
il me femble que c'eit affez battre
l'air, & fi M' l'Abbé le trouve
bon , nous irons prendre l'air de
cette foirée, qui eft fort agreable.
L'Abbé eftant dans le mefme
fentiment , toute la Compagnie
fe leva , & fortit pour aller à la
promenade .
Je croy auffi , Madame , qu'il
eft temps de finir , & de vous retirer
d'une fi longue lecture , pour
Jaquelle j'aurois mille excufes à
vous faire , fi je ne fçavois que
tout ce que je vous écris de cette
illuftre Compagnie, ne vous peut
eftre ennuyeux. C'eft donc avec
cette affurance , & en qualité de
leur fidelle Secretaire , que je
prens la qualité de vôtre , &c.
DE LA FEVRERIE.
ACADEMIQUE,
Dans laquelle il eſt traité des ,
bonnes , & des mauvaiſes
litez de l'Air.
qua.
AMadame la Comteſſe de C. R. C.
V
Ous m'avez témoigné,
Madame , que l'Entretien
Académique , dont je vous fis
part au mois d'Avril de l'année
1680 , ne vous avoit point déplû,
& vous m'avez mefme demandé
tant de fois des nouvelles de cet
illuftre Abbé , chez qui l'on parla
du fommeil de l'aprefaînée, que
je crois encore vous faire plaifir
7
A ij
4
Extraordinaire
en vous apprenant fon retour,
& ce qui s'eft dit dans une autre
Converfation , où je me ſuis auffi
heureufement trouvé que la premiere
fois. Il y avoit longtemps
que nous n'avions veu cet Abbé
dans la Province ; mais quoy
qu'il foit infirme , il ne laiffe pas
d'entreprendre des Voyages pénibles
pour le fervice du Roy, &
de fes Amis , & d'agir comme s'il
fe partoit bien. Je vous avoue
que fa patience eft merveill‹ uſe;
mais en pratiquant cette excellente
vertu , il croit arriver à
toutes les autres. Pour vous,
Madame , qui ne pouvez foufrir
de retardement à tout ce que
vous fouhaitez , je m'imagine
déja que vous eftes impatiente
de fçavoir fur quoy a roulé noſtre
Entretien.
du Mercure Galant.
S
Je vous diray donc qu'eſtanc
alle voir cet illuftre Abbé , je le
trouvay avec la Troupe choisie,
qui ne l'abandonne pas quand il
eft en ce Païs , & un Confeiller
qui fortit quelque temps apres
que je fus arrivé. Comme ce
Confeiller eft d'une grande pref
tance , cet Homme , dit M' le
Marquis , a l'air d'un veritable
Magiftrat. Oüy , repliqua l'Abbé
, c'eft un Juge fort entendu
dans fa Charge , & plein de
courage pour la juftice , & pour
les intérefts de fa Compagnie. Il
porte cela fur fon vifage , dit le
Chevalier , il n'y a qu'à le voir.
On a quelquefois de la peine à
le retenir , tant il a de feu & de
vivacité , ajoûta le Préfident.
Cette chaleur , dit le Docteur,
7
A iij
6 Extraordinaire-
>
eft un effet de fon tempérament,
qui eftant fanguin le rend
violent & prompt. Il eft vray
que nous devons beaucoup à
noftre complexion , dit l'Abbé ;
& fi l'heureuſe naiffance fait les
bonnes moeurs , il est encore
vray , pour en revenir à l'air dont
nous parlions , qu'il contribuë
extrémement à la fortune des
Hommes. Ifabelle , Reyne d'Eſ
pagne , difoit ordinairement que
la bonne mine leur fervoit d'une
Lettre de recommandation affez
ample. En effet , quand une Perfonne
bien faite vient à nous , fon
air nous prévient d'abord en fa faveur
; & le Duc de Guife , parlant
dans fesMémoires de l'Action hé !
roïque qu'il fit à Naples, lors qu'il
appaifa tout feul une troupe de
du Mercure Galant. ブ
Séditieux , ce Prince dit que les
Gens de qualité ont un je ne.
fçay- quoy dans le vifage , qui fait
peur à la Canaille. Jules Céfar
paroiffant devant les Soldats mutinez
, les ärrefta d'une feule parole
; & Augufte étonna les Lé.
gions d'Antoine par fa préſence .
Dans le temps des Guerres deParis
, le Garde des Sceaux Molé,
en fe montrant fur les Degrez
du Palais , defarma & appaifa le
Peuple qui le cherchoit pour
s'en défaire . Ileft donc conſtant
qu'il y a un certain air dans les
Perfonnes , & un certain caractere
fur le vifage , qui nous infpire
de l'eftime , de la crainte , & de
la venération . Comme auffi il
y
a un certain air , & un certain caradere
qui nous cauſe de la dé-
A iiij
& Extraordinaire
fiance , de l'averfion , & du mé.
pris. De - là viennent ces viſages
favorables , ou malencontreux ,
dont la mine . feule femble nous
annoncer d'abord quelque bonheur
, ou quelque malheur à venir.
Tel eftoit Montagne , qui
fur le fimple crédit de fa préfen- .
ce , & de fon air , nous affure que
des Perfonnes qui ne le connoiffoient
pas , fe fioient en luy , foit
pour leurs propres affaires , ou
pour les fiennes , & que mefme
dans les Païs Etrangers , il en
avoit tiré des faveurs rares &
fingulieres. Il fait quelques petits
contes fur le fujet des chofes qui
luy estoient arrivées , qui font
affez remarquables .
L'Abbé ayant ceffé de parler;
ne peut- on pas ajouter à tous
du Mercure Galant .
9
ces Exemples , dit le Marquis ,
la bonne mine du Roy , fa taille,
fon grand air , & ce caractere
plein de majeſté , & de fageffe
qui l'accompagne toujours ?
C'eft par- là qu'il terraffe les Ennemis
, auffibien que par la force
de fes Armes , & qu'il s'attire
les refpects , & l'amour de tous
ceux qui l'envifagent . On a eu
bien raifon de mettre entre les
Fremieres maximes de regner,
qu'il falloit pour remplir dignement
la Royauté , le port , la
taille , & la bonne mine , qui ne
font autre chofe que le bon air
qui charme par des vertus fe.
crettes de l'ame. Car il ne faut
pas s'imaginer que le corps luy
tienne lieu d'une honteufe prifon
, c'eſt un Temple où cette
10 Extraordinaire
petite Divinité fe plaiſt davanta
ge, plus il eft pur & net au dedans,
& beau & magnifique au dehors.
Neantmoins Scaron a dit ,
Souvent un vilain corps loge un
noble courages
Et c'eft un grand menteur fouvent
que le vifage.
Oh, pour Scaron , interrompit
le
Chevalier qui n'avoit poinɛ
encore parlé , & dont j'admirois
le long filence , il n'avoit garde
de s'expliquer autrement. Il ef
toit trop intereffé à défendre le
party de la laideur , & de la di
formité , car il n'avoit pas le
viſage plus beau que le corps,
& chacun fçait comme il eftoit
fait ; mais M' de Corneille a dit
bien plus vray que M' Scaron ,
quand il affure que tout le mon
du Mercure Galant. 11
de veut eftre beau , & bien fait,
Et quefinous eftions artifans de nous
mefmes,
On ne verroitpar tout que des beautez
Suprémes.
Cela dépend de Dieu , & non
pas de nous , dit l'Abbé, Ipfefecit
nos, & non ipfi nos. Il s'eft réſervé à
luy feul , le fecret de la nailfance
des Hommes , & l'a rendu impénétrable
à leur curiofité . Nous
ne fçaurions donc connoiftre
pourquoy celuy.cy a un air qui
plaiſt , & celuy là un air qui rebute
& qui dégoufte ; mais M ' le
Docteur , dites - nous un peu à
le bien prendre , ce que c'eft que
l'air , car les Orateurs, les Poëtes,
& les Philofophes en parlent diverſement.
L'air , répondit ce Docteur,
12 Extraordinaire
peut eftre confideré en trois manieres,
comme Elément , comme
Température , & comme Mode
ou Maniere . Pour moy , je croy
que c'est l'expreffion des autres
Élémens , & du mouvement , de
to s les Corps , qui participe à
toutes leurs bonnes ou mauvaiſes
- qualitez. Ainfi l'on dit , l'air du
temps , l'airdu feu , prendre l'air,
pour dire recevoir cette tranfpiration
des corps dans fa fource,
& dans toute fon , étendue . On
donne ordinairement le nom
'd'air à toute cette Matiere li
quide & tranfparente dans la.
quelle nous vivons , & qui eft ré .
pandue de tous coftez à l'entour
du Globe , compofé de la terre
& de l'eau. En effet , quelques
Philofophes prétendent que les
du Mercure Galant.
13
Cieux font fluides , comme un
grand air vague & fpatieux,
dans lequel les Etoiles & les
Planetes fe promenent comme
les Poiffons dans la Mer , & les
Oifeaux dans les Nuës ; & le
Philofophe de Cour ( car enfin
il faut raifonner à la mode aujourd'huy
) cet Autheur , dis-je,
veut que les Cieux foient fluides,
& de la nature d'un air tres.fub
til , & tres- purifié . Les Anciens
ont auffi confondu les mots de
Ciel , & d'Air , en parlant de la
Partie que nous voyons ; & l'on
dit tous les jours , apres la Sainte
Ecriture , les Oiseaux du Ciel ,
ils volent dans le Ciel , pour dire,
les Oifeaux de l'air , ils volent
dans l'air. En effet , l'air entre
dans la compofition du Ciel , &
14
Extraordinaire
le Ciel femble eftre un air con
denfé. Un Moderne a eu raiſon
de dire , que l'air eft un étrange
& admirable compofé , & que
pour le bien connoiftre , il faudroit
connoiftre auparavant la
nature de tous les Corps qui entrent
dans fa compofition. Comment
donc le concevoir dans
cette fimplicité qui luy eſt neceffaire
pour eftre Elément ? Car
dans la compofition où il fe trouve
prefque toujours , par le mélange
des autres Elemens , & de
tous les Corps qui s'exhalent.
continuellement de la Terre , on
ne peut dire précisément ce que
c'eft . Le Philofophe de Cour,
dénie à l'air le nom & la qualité
d'Elément , & dit que par fa
fubtilité il eft feulement fembla
du Mercure Galant,
ble au premier Elément des Car
réfiens. Quelques autres difent
que c'est une portion de la
Matiere premiere , débrouillée
& purifiée par la Lumiere. La
penſée de cet Ancien eft jolie,
qui difoit que l'Air eftoit la vître.
rie de l'Univers , par où les Crea.
tures voyent tous les Objets
comme dans un Miroir , par la
refléxion de cetteLumiere. C'eft
luy qui conferve les couleurs invifibles
qui peignent tous les
Objets dans nos yeux , quoy qu'il
foit fans couleurs , puis que tous
les Objets tranfmetent leurs efpeces
en luy , ce qu'ils ne pour
roient pas faire s'il avoit quelque
couleur , comme nous voyons
tout rouge , ou tout jaune , dans
un verre qui eft peint de la fort,
16 Extraordinaire
›
Un Philofophe moderne dit que
l'air n'eft pas vifible , parce qu'il
eft trop délié ; mais qu'autant
qu'on le peut voir par la refpiration
, ou par les Arquebules à
vent , il eft de couleur grifatre,
A propos de la couleur de l'Air,
s'écria le Chevalier , en regar.
dant le Marquis , ne vous fouvient-
il point de ce prétendu Sor
cier , qui nous difoit un jour qu'il
avoit veu le Vent , & qu'il eftoit
rouge , jaune , & bleu ? Il eſt
beaucoup de femblables Viſionnaires
, répondit le Marquis , &
je croy qu'il s'en trouve auffi
parmy les Philofophes ; mais
laiffons parler M' le Docteur, car
il a fans doute de belles chofes à
nous dire . Apres un modefte
fous-rire , le Docteur reprit fon.
du Mercure Galant.
17
Difcours de la forte.
Les Philofophes donnent à
l'Air des figures bien diférentes,
& le mettent en tant de postures,
qu'il eft impoffible de le connoiftre
tel qu'il eft en effet. Quel
ques- uns difent
que les goutes
d'eau & de rolée, qui tombent de
l'air eftant rondes , cer Elément
eft de figure ronde , parce que
les parties doivent avoir l'inclination
du tout , mais en verité, je
trouve cette raifon badine , car
hors la Terre , les autres Elémens
qui font toujours dans l'agitation
, & dans le mouvement ,
n'ont point de figures certaines
& naturelles , Encore s'il eft vray
que la Terre tourne, il faut croire
qu'elle en change de temps en
temps puis qu'elle s'éboule , &
Q. d'Octobre 1683. B
18 Extraordinaire
s'écorne ſouvent , comme par
lent ceux qui fuivent cette opi- .
nion . Ainfi on diſpute fort inutilement
, fi la Terre eft ronde,
ou fphérique ; fi le Feu eft ovale,
ou pyramidal ; fi l'Eau eft plate,
ou fphérique , & fi l'Air eft
rond , ou triangulaire. Les Cartéfiens
difent que le fecond Elément
, auquel ils donnent le nom
d'Air , n'eft autre choſe que les
parties de leur Matiere fubtile,
qui pour eftre plus groffieres s'ar
rondiffent fans ceffe , que l'Air
le plus groffier a la proprieté de
fe dilater beaucoup , & qu'il fe
mefle aisément avec la Matiere
fubtile. Quelque autre affure
qu'il eft droit , quand il eft lenr,
c'eft à dire, dans fa gravité , mais
que lors qu'il eft furieux & turdu
Mercure Galant.
19
•
bulent , & fi vous voulez tourbillon
, il eft un peu courbé , &
d'une figure circulaire , mais je
croy qu'il n'a point d'autres figures
que celles du corps qui le
renferme. Quoy que fa couleur
foit inperceptible , comme nous
avons dit,il eft neantmoins tranf
parens , parce que les parties eftant
toûjours en action , laiffent
un grand vuide entre elles , & ce
vuide eft remply des rayons des
Corps lumineux. L'air que nous
refpirons eft vifible , parce que
ce font les fumées du coeur que
l'air extérieur codenſe & épaiffit,
quand il eft froid ; & plus la Perfoune
eft d'une complexion forte
& robufte , & plus elle pouffe
d'air quand elle eſt agirée ,
principalement en Hyver qu'il
Bij
20 Extraordinaire
·
fort de la bouche à gros flocons.
Pour fon odeur, les Philofophes
que j'ay déja citez , affurent
qu'elle eft fouvent mauvaiſe.
Enfin il eft chaud , humide , &
leger ; mais quelques Modernes
prétendent , qu'il eft froid , &
pelant ; & d'autres , qu'il n'eft
froid , ou chaud , que felon les
divers mouvemens qu'il foufre.
Ainsi, lors qu'on dit qu'il peut
devenir feu , on veut dire qu'il
peut s'échaufer jufqu'à ce fupré
me degré de chaleur, Quoy qu'il
nous paroiffe leger , il ne laiffe
pas d'eftre eftimé pefant , jufque.
là que Reid , docte Medecin , a
démontré qu'il ne l'eft pas moins
que la Terre , mais il eſt certain
qu'il eft médiocre en pefanteur,
plus pefant que le Feu , & plus
du Mercure Galant. 21
leger que l'eau . Pour ſa hauteur, -
finous en croyons M' Rohaut,
elle eft de plus de quatre mille
cinq cens quatre - vingts toifes ;
& il tient qu'il n'y a point de
Montagne affez haute
pour nous
élever au deffus de la plus haute
furface de l'Air, ou de la premiere
Région . Je me fouviens pourtant
, interrompit le Préfident,
que M' Bary raporte dans fa Phy
fique, qu'en Angleterre on monte
d'un certain Tertre jufqu'à
une certaine hauteur , où il n'y a
plus d'air , & qu'à moins d'y
porter des Eponges humectées,
on y meurt. Cela fe peut , reprit
le Docteur , & tout ce que
nous diſons icy , n'eſt pas fi pofitif
qu'on ne le puiffe contre.
dire ; mais pour continuer à vous
22 Extraordinaire
parler de cet Element , on ne
peut changer la veritable confiftence.
Il ne reçoit aucun mélange
, & comme tel , l'Air eft
appellé Elément , mais que celuy
que nous fouflons , que nous
refpirons , que nous voyons , &
qui nous environne , ne foit
qu'un mefme air , exempt d'aucun
mélange , cela ne le peut
foûtenir. L'air que nous refpirons
eſt un ſoufle vital , compofé
de noftre ame & du mouvement
de noftre corps . Celuy que
nous reſpirons , & qui nous en
vironne , eft compofé des vapeurs
, & du mouvement des
corps extérieurs qui nous approchent
; & celuy qui tient
lieu d'Elément , eſt une fubftance
extrémement deliée qui fe
du Mercure Galant.
23 1
fourre par tout , & qui remplit
tous les lieux , d'où les corps fe
def uniffent . Mais M' le Docteur
, dit le Marquis , quelle diférence
mettez- vous entre le
Vent , & l'Air pris comme Elément
? Car felon moy , le Vent
eft un Air agité , & l'Air eft un
Venten repos. Tous les Philofophes
modernes définiffent le
Vent une agitation fenfible de
l'Air , & felon M¹ Bary , le Vent
n'eft autre chofe qu'une agitation
d'air , plus ou moins notable.
L'Air eft encore toûjours
le fujet du Vent , & une de fes
caufes efficientes. Enfin il fert
de Théatre à ces merveilleux
Tourbillons . Ceux qui difpofent
des Vents ( car il y en a qui les
retiennent , & qui les lâchent
24
Extraordinaire
quand il leur plaift , ) ceux -là,
dis - je , obfervent les diférentes
qualitez de l'Air ; & je me ſouviens
d'avoir leu dans Théophrafte
, que les Brachmanes
avoient deux Tonneaux remplis
de Vent , qu'ils ne bouchoient
jamais que l'Air ne fuft fec , &.
tranquille , & qu'ils ne débouchoient
que lors qu'il eftoit hu
mide & tempeftueux . Je fçay,
continua le Marquis , qu'on dit
tous les jours , que les Vents
chaffent & purifient l'Air , mais
cela s'entend de ce que les parties
les plus groffieres de l'Air fe
fubtilifent , & fe raréfient par
cette agitation , & voila ces
Vents qu'il a pleu aux Pilotes
de nommer de noms barbares &
inconnus , felon les lieux où cet
Air
du Mercure Galant. 25
Air eft plus ou moins dans l'agitation
. En verité voſtre Philofophie
eft jolie , s'écria le Che
valier en riant , & elle feroit bien
reçeuë de l'Univerfité . Le Philofophe
de Cour ne raifonne pas
plus férieufement que vous fur
cette matiere , & j'aime autant
voftre Air agité , qui eft l'opinion
de Pline , que fon Météore
composé de deux fou
fres diférens & ennemis , que le
froid condenſe fi fort , que le
Météore creve par cette contrarieté
, & fait le grand fracas
que nous entendons .
Mais pourquoy , Mr le Che.
valier, reprit le Marquis, ne voulez
-vous pas que fous le bon plaifir
de M' le Docteur , je parle du
Vent à ua fantaiſie ? Ne fçavez-
Q. d'Octobre 1683. C
26 Extraordinaire
vous pas que c'eſt une des choſes
inconnues dans le monde ? Quelques-
uns en attribuent la pro.
duction au Soleil , les autres , au
combat que font les atomes ;
les autres , aux vapeurs , & aux
exalaifons ; & enfin il y en a d'autres
qui m'ont fait penfer , que
l'Air fe meut de foy - mefme ; car
je ne fuis fi vifionnaire
que
pas
vous le croyez , ny fi ridicule
fur le fujet des Vents , que celuy
qui difoit que c'eftoient les éter.
nuëmens de ce grand Animal
que nous appellons le Monde,
comme l'Air eftoit fon haleine &
fa refpiration . Cette imagination
eftoit bien digne de Rabelais
, qui dit que le Vent eft le
foufle de Gargantua . Dieu en
´eft l'Autheur , au fentiment d'un
du Mercure Galant.
27
Prophete, & il peut auffibien le
former de l'Air , que d'une autre
matiere. Quoy que Pline que
vous venez de citer , reconnoiffe
plufieurs fortes de Vents , comme
les Vents de Mer & de Terre,
tout cela n'est que l'Air , qquuiiaaggiitt
ou fur l'Eau , ou fur la Terre. Cer
Autheur veut encore que le Vent
foit un efprit vital , par lequel la
Nature produit toutes chofes .
Et ce Vent , ou cet Air dont nous
parlons , ne font- ils pas les mefmes
? Si cela eft , répondit le
Chevalier , je ne m'étonne plus
que les Cavales d'Andaloufie engendrent
par le Vent ; car l'Air
ou le Vent , eft un tréfor qui contient
toutes les femences , fi nous
en croyons Anaxagore . Et ne
croi t-ce point par cette raiſon
C ij
28 Extraordinaire
que nous appellons un Cheval
viſte, un Coureur , & que nous
difons , aller comme le vent ?
Car les Chevaux qui naiffent du
vent , & de telles Cavales , font
je m'imagine d'admirables Coureurs
pour leur legereté & leur
viteffe , & pareils aux Chevaux
volans , dont parle noftre Pline;
mais à l'endroit que vous avez
cité , il compare l'agitation du
Vent dans la nature , à une Femme
groffe , & dit que cet efprit
vital, remuë dans fes flancs com.
me un Enfant dans le ventre de
fa Mere . Ne voila- t-il pas une
belle origine des Vents ? Je ne
puis encore m'empeſcher derire,
qu nd il nous dit qu'ils font plus
mols que fermes. Quoy , les
Vents ont de la molete , eux
du Mercure Galant. 29
3
J.
J
1
1
qui font fi refolus qu'ils attaquent
les plus durs Rochers , &
les Baftimens les plus inėbranlables
, qui arrachent les Forefts ,
qui renverfent les Montagnes ?
Non , non. Je croy que leur tempérament
eft froid & fec , ce qui
marque leur force , & leur courage.
Vous badinez toujours ,
M le Chevalier , interrompit
l'Abbé . Il eft constant qu'il
y a des Vents chauds , & des
Vents humides . Ouy ; mais , reprit
le Chevalier , ce n'eft pas en
eux-mefies qu'ils font tels , mais
par accident , & felon les lieux
où ils fouflent , & la Saifon qu'ils
fe mettent en Campagne . Je
croy que M' le Chevalier a raifon
dit le Marquis , car
quand on dit, ce vent -là amenera
>
C iij
30 Extraordinaire
de la pluye , ce n'eft pas qu'il
foit pluvieux de fa nature , mais
c'cft qu'il amene , & fait tomber
les vapeurs qui fe réſolvent en
pluye. L'Air eft donc un veritable
Caméleon , capable de
toutes fortes d'impreffions . Tout
froid qu'il eft, il devient feu , felon
les divers mouvemens qu'il fou-
Ale ; mais ce qui eft admirable, eft
que ces vents ou ces impreffions
d'Air , comme nous les avons
appellez , ont leur révolution
jufte & périodique , de quatre
ans en quatre ans , vers le commencement
de la Canicule .
Quoy que je m'en tienne à
l'opinion de l'Ecole , dit le Do-
&teur , voyant que le Marquis
s'eftoit teú , qui eft que l'Air
n'eſt pas le Vent , il eſt neantdu
Mercure Galant. jr
moins le Pere des Vents , & le
crible de la Nature , comme
parle un Ancien , mais un Moderne
l'appelle avec plus de raifon
, le Compagnon du Soleil,
parce qu'il concourt avec luy à
la creation de toutes chofes , &
à la formation des plus merveil
Jeux Phénomenes de la Nature .
Il infpire ce que la Lumiere vivifie
, il purifie ce qu'elle dore , &
fert avec elle à éclairer tout l'Univers.
Anaximenés difoit que
Pair eftoit l'efprit du Monde , &
qu'il eftoit à l'Univers ce que
l'ame eft au corps ; que toutes
chofes eftoient engendrées de
l'air , & fe réfolvoient en air.
Enfin on peut dire de l'Air , ce
que S. Paul a dit de Dieu , In quo
vivimus , movemur, & fumus, I
C iiij
32
Extrardinaire
nous fait voir les objets , mais il
nous donne encore l'oüye , &
l'odorat, Par fon moyen nous
fentons , & nous entendons.
Tous nos Inftrumens , & toutes
nos Chanſons , ne font qu'un air
mefuré & harmonieux. Il anime
les uns , il infpire les autres . Une
Chanfon s'appelle un Air , parce
que c'est un Mode , ou une façon
de chanter , mais encore par
ce qu'il faut de l'air pour le chanter
, & que la Mufique rend cet
air harmonieux par les diférentes
notes qui le compofent. En effet,
l'air agité par la voix ,frape agreablement
nos oreilles , ce qui a fait
dire à un Ancien , qu'une belle
Ode , qui eft la mefme chofe
qu'une belle Chanſon , eftoit un
air qui voloit dans les oreilles. II
du Mercure Galant.
33
y a des Païs mefme où l'air fait
les belles Voix , & où tous les
Hommes chantent bien. Vous
demeurerez d'accord de cette
verité , puis que felon Ariftote,
la Voix & les Inftrumens ne font
qu'une répercuffion de l'air infpiré
.
L'air eft encore un excellent
médiateur entre l'eau & le feu.
Il corrige celuy - cy , & tempere
celle- là. Il eſt naturellement
Amy de la Terre , mais ce qui
releve davantage la nobleffe de
cet Elément , c'est que quelques
Philofophes ont crû que fe Dieu
unique & fouverain n'eftoit
autre que l'Air. Le Docteur
ayant ceffé de parler , comme
s'il n'euft eu plus rien à dire ; Oh
je me doutois bien que les An-
>
34
Extraordinaire
ciens en avoient fait un Dieu,
reprit le Chevalier ; mais moy,
je vous dis que c'eſt un Démon
en fubtilité , & en malice , qui
rend tous les corps agiles , & qui
penetre toutes chofes , fans les
rendre plus pefantes lors qu'il les
remplit. C'est un grand faifeur
de Fufées, & de Feux d'artifices,
qui forme les Méteores , & qui
les renferme dans fon fein ,
mais c'eſt auffi un grand tireur
de quinte effences , qui fçait
diftiler avec le feu élémentaire ,
les influences & les proprietez
occultes des Etoiles , & des Planetes
. Peu s'en faut que je ne
l'appelle Soufleur & Charlatan ;
mais enfin il eft le mieux logé de
tous les Elémens , puis qu'il ha.
bite dans trois regions diférentes,
·
du Mercure Galant.
33
& que le Feu , l'Eau & la Terre
demeurent toûjours où Dieu les
a placez . Il devoit ce me femble ,
avoir quatre Régions , afin de
partager les quatres Saifons de
l'année . Ileft chaud dans la haute
région proche du Feu élémentaire
. I eft plus fraichement dans
Ja moyenne , & d'une maniere
plus temperée dans la baffe , puis
que cette Région eft tantoft
chaude , & tantoft froide. Pline
qui connoiffoit cet Elément , &
qui peut eftre en avoit reçeu
quelque incommodité , dit qu'il
eft caufe de tous les malheurs qui
arrivent aux Hommes , & le
compare à un Sujet rebelle qui
fait fans ceffe la guerre à la Nature
. Les Vents qui font les
Soldats de l'Air , font tous les
36
Extraordinaire
ravages qu'il leur commande , &
ne fe retirent jamais de la meflée
fans eftre chargez de butin.
Toute la Compagnie ne pút
s'empefcher de rire de ce qu'avoir
dit le Chevalier ; mais l'Abbé
prit la parole , & s'adreffant au
Docteur d'un air plus férieux,
Mais noftre ame n'eft - elle point
de la nature de l'air , puis que
felon la penſée d'un Ancien , l'air
& l'efprit ne font qu'une mefine
chofe ? Pour moy je croy que
noftre ame eft un air tres fubtil,
& foit qu'elle anime nos corps,
ou qu'elle s'en fépare , elle en a
toute la reffemblance autant
qu'elle peut eftre viſible. Lors
que je la confidere comme fenfitive
ou animale , ou comme immortelle
, je n'en puis avoir naAu
Mercure Galant.
37
turellement d'autre idée . Diogenes
eftoit de voſtre ſentiment,
répondit le Docteur ; & Héraclite
& les Stoïciens eftoient en.
core de cette opinion. Ils vouloient
que noftre ame fuft une
évaporation d'humeurs inceffamment
coulantes , ou un vent.
L'efprit des Infectes , difent les
Chymiftes , eft la plus pure por
tion de l'air , & cette pure portion
de l'air eft le lien qui unit
l'ame avec le corps. L'ame des
Vegétaux eft auffi aërienne , &
c'est pourquoy le corps qu'elle
anime veut toujours s'élever en
l'air. La fainte Ecriture expri
mant de quelle maniere le pre
mier Homme fut animé , dit que
Dieu luy foufla dans le corps un
eſprit de vie. Or qu'eſt- ce qu'une
38
Extraordinaire
evaporation , qu'un vent , qu'un
foufle , finon l'air que nous ref
pirons , ou quelque chofe qui luy
reffemble ? Mais vous fçavez que
M'l'Evefque de Meaux , dans ce
beau Difcours qu'il a fait fur
l'Hiftoire Univerſelle , nous défend
de croire que noftre ame
foit un air fubtil , ny une vapeur
déliée ; parce que le foufle que
Dieu infpire , & qui porte en luymefme
fon image , n'eft ny air
ny vapeur. Je fçay cela , dit
l'Abbé , & d'autres Docteurs me
l'ont appris , mais nous ne parlerons
pas icy fur les Bancs . Quoy
qu'il en foit , reprit le Docteur,
l'air contribue non feulement à
toutes les belles qualitez du
corps & de l'efprit ; il infpire &
regle tous les mouvemens de l'adu
Mercure Galant.
39
me , ce qu'il eft facile de faire
voir , fi nous le confiderons.com.
me température .
L'éloquent Evefque que je
viens de citer , dit que les Elemens
furent alterez par le deluge,
& que l'air chargé d'une humi
dité exceffive , fortifia les principes
de cette corruption ; & ily a
bien de l'apparence que la Nature
fe fentit la premiere de la
corruption des Hommes , qu'elle
fut affoiblie , & qu'il demeura en
elle- mefme une impreffion éternelle
de la vangeance Divine.
Mais enfin , pour que l'air foit fa
lubre , il faut qu'il foit temperé,
ny trop groffier , ny trop fubtil.
Ainfi l'on dit une bonne température
d'air , une bonne contitution
d'air. Sa fubtilité ne
40 Extraordinaire
tait pas fa bonté , il eft auffi dana
gereux trop fubtil , que trop grof
Ler. C'est pourquoy dans la fupérieure
Region , où il eft dans
fa plus grande fubtilité , nous n'y
pourrions pas vivre. Cette fubti
lité rend fes parties trop aiguës,
& trop penétrantes ; & les lieux
trop élevez font contraires aux
poitrines foibles , & délicates. Un
Voyageur nous affure , qu'allant
voirun Hermite fur le Mont Ararath
, dans l'Arménie , il monta
jufques à la Region de l'air, où fe
forment les nuages ; que la plufpart
de ces nuages eftoient obfcurs
& épais , les autres extrémement
froids & pleins de neige,
& qu'il y fût mort , s'il y eût demeuré
encore un quart d'heure.
Lors que l'air eft trop groffier ,
du Mercure Galant.
fes parties trop épaiffes & trop
maſſives engraiſſent & tuënt la
poitrine , & les parties où elles
s'attachent par le moyen de la
refpiration. Il faut donc laiffer
l'air groffier aux Pituiteux , & le
fubtil aux Mélancoliques . Pour
moy , dit le Chevalier , j'aime à
reſpirer le grand air. Outre que
je m'en porte mieux , il me rend
F'efprit plus gay & plus agreable ;
il me donne mefme des penſées
plus nobles & plus relevées , & je
Vous affure que j'y trouve quel--
que chofe de divin & de ſurna.
turel , que je reifens viſiblement
en moy - mefme . Vous eftes du
naturel des Arbres , interrompir
le Préfident , qui aiment beau
coup l'air , ou plûtôt comme ces
Peuples de Siam qui l'adorent, &
2. d'Octobre 1683. D
•42
Extraordinaire
qui n'ont point d'autre tombeau
apres leur mort ,,
que
d'eftre
fuf
pendus
en l'air. Mais
je fuis bien
aife
que
vous
foyez
reconcilié
avec
cet Elément
, depuis
tantôt
.
Il ne s'agir
plus
de nôtre
querelle
,
reprit
le Chevalier
. Je l'aime
quand
il me fait
du bien
, mais
je ne fuis point
Aëriſte
, & je ne
Louhaite
pas que
mes
funérailles
fe faffent
en l'air . Je n'aime
pas
non
plus
ces airs voraces
, qui ren
dent
les Peuples
faméliques
, &
qui
tuënt
la poitrine
, comme
nous
a dit M' le Docteur
, mais
un air comme
celuy
de l'Egypte
,
qui infpire
la fobrieté
& l'abftinence
. Les
Hermites
de l'ancienne
Thebaide
eftoient
de vô.
tre gouft
, dit l'Abbé
, ils avoient
choify
exprés
ce lieu -là pour
leur
du Mercure Galant.
43
1
-
retraite ; auffi eſt- cè un vray païs
d'Hermites. Je vous avouë ma
foibleffe , reprit le Chevalier , ce
n'eft point par le meſme efprit
quej'aime le grand air ; mais c'eft
que je fuis tout différent de moymefme
dans les lieux bas ., obfcurs
&
defagreables ; au lieu que
les belles vûes , les belles Maifons
, les belles Perfonnes , me
charment , & me donnent une
nouvelle vie. Toutes ces chofes
nous infpirent je ne fçay quel air
doux & tendre , qui nous rend de
belle humeur , & de bonne compagnie.
Je ne puis refpirer l'air de ces riches
Plaines ,
Qu'échauffent les Zéphirs , de leurs
tiédes baleines ;
Je ne puis de ces Prez voir l'émail
précieux ,
44
Extraordinaire
Ou tant de vives fleurs éblouiffent
Les yeux i
Entendre de ces caux l'agreable mur.
mure ,
·Contempler de ces Bois la verte chevelure
,
Que je ne fois touché de quelque
fainte horreur,
Et ne fente les traits d'une fainte
furcur.
Cela m'arrive dans tous les
beaux Lieux dont parle ce Poëte,
& principalement en celuy - cy ,
où il me femble que ma vûë s'ë.
chauffe , où vôtre vûë , qui eft
proprement vôtre air , m'anime
& me donne plus d'efprit que je
n'en ay d'ordinaire. Qu'est - ce
qu'un beau jour , pourſuivit - il,
qu'une continuation d'air, que le
Soleil dore & purifie , qui fait
du Mercure Galant. 45
naître & anime toutes choſes ?
Qu'eft.ce auffi qu'une fale journée
, qu'une continuation d'air
corrompu , pareil à ce vilain
brouillard dont parle Ovide dans
fes Metamorphofes , qui eft l'origine
de la pefte , & des maladies
contagieufes ,
PrincipioCalum fpißä caligine terras
Preffit.
Qu'eft ce, dis-je, qu'unejournée
trifte & pluvieufe , finon un
air épais & fumeux , qui veut fuffoquer
toute la Nature , & qui la
rend afinatique , & fans refpiration
, fi j'ofe parler de la forte devant
un Docteur , qui veut qu'on
foit ferieux jufque dans les plus
petites chofes , quand il s'agit de
Philofophie Apres qu'on eut
applaudy d'une maniere un peu
46
Extraordinaire
railleufe à ce que le Chevalier ve
noit de dire , le Docteur repris
ainfi .
Chaque lieu a fon air , qui a
fes proprietez différentes , &
quelquefois merveilleufes. Juvenal
dit que dans une certaine
Contrée de l'Espagne , l'air y
teint naturellement la laine des
Brebis d'une tres belle couleur
, & qui eftoit fort estimée
chez les Romains . Les Peuples
qui habitent divers Climats , ont .
auffi diverfes qualitez . Icy l'air
rend les Hommes triftes & melancoliques
, là gays & éveillez ;
icy fobres , là gourmans , icy lâches
, & ' à genéreux ; icy chaftes,
là débanchez. On attribue le
long âge des Suédois à la pureté
de l'air qu'ils refpirent dans les
du Mercure Galant.
47
Montagnes dont ce Royaume eft
remply. Il y a auffi des Lieux ,
comme Aiguemorte en Languedoc
, où l'on ne vieillit guere , à
caufe de l'intempérie de l'air.
Mais bien plus , ceux qui en ref-
#pirent un autre que le natal,
prennent les moeurs & les complexions
desPeuples avec lesquels
ils habitent. Il eft vray , dit le
EMarquis, & Voiture écrit galamment
à Mademoiſelle Paulet , en
parlant de l'Affrique, où il eftoit,
Ne vous étonnez pas de m'ouir dire
des Galanteries fi ouvertement , l'air
de ce Pais m'a déja donné je ne
Seay quoy de felon , qui fait queje
Vous crains moins ; & quand je
traiteray deformais avec vous , fai-
Les état que c'est de Turc à More.
Vous fçavez , continüe- t- il , que
48
Extraordinaire
l'Afrique eft le Pais de l'Amour , des
emportemens & des violentes paffions
; ainfi il rend les Gensfélons,
amoureux & emportez.
Vous eftes toûjours galant,
M' le Marquis , reprit le Docteur,
mais l'Autheur de la Recherche
de la Verité eft affez de vôtre
fentiment. Il prétend que l'air
fait le mefme effet en nous , que
le fuc des viandes dont nous tirons
notre nourriture . Or chacunfçit
les incommoditez qu'on
reçoit des méchantes viandes que
l'on prend , & combien elles alté
rent le tempérament & la fanté.
Mais cet Autheur va encore plus
loin . Il dit que l'air penétre les
poulmons , & s'infinue dans le
fang , ce qui aporte un tres- grand
changement à nos humeurs & à
nos
du Mercure Galant.
49
de la difnos
inclinations , & que
férence de l'air qu'on refpire en
différens Climats , vient la diffé
rence des efprits . Là où il eft groffier,
gras & pefant, les Hommes y
font plus mous , plus ftupides , &
plus mélancoliques , là où il eſt
pur, fubtil & délié , les Hommes
y font plus enjoüez , plus fpirituels
, & plus agiles. Mais, interrompit
le Préfident , ne peut-on
pas dire que comme il y a quatre
Elémens , qui composent le tempérament
de tous les Hommes ,
il y a auffi quatre fortes d'Efprits , il-y
par raport à ces quatre Elémens ,
les Ignez , les Aériens , les Aquatiques
, & les Terreftres , qui font
encore divifez chacun en deux
ordres. Il y a ceux qui font animez
du feu qui fait briller les
2. d'Octobre 1683. E
So
Extraordinaire
Aftres , ils font courageux , harë
dis , habiles , aimables & bienfaifans
; & ceux qui brûlent du feu
qui embrafe les Cométes , font
malicieux , ambitieux , & cruels.
Il y a ceux qui reffemblent aux
caux pures & claires des Fontaines
, ils font nets , doux & paifi.
bles , les autres , comme ces eaux
croupiffantes & fangeufes des
Marais , font lents , pareffeux,
fales , malicieux & couverts . Les
Terreftres font quelquefois comme
ces belles Plaines fleuries &
tapiffées de verdure , ils font feconds
, agreables , fermes & folides
; les autres qui font plus fouterrains
, font avares , opiniâtres,
impudens , & brûlans. Et pour
1: s Aérins dont vous avez parlé,
les uns font affables , complaifans,
!
du Mercure Galant.
5%
inventifs , agiffans , & de belle
humeur , & de ce genre font les
Perfonnes de Cour, les honneftes
Gens , les jolies Femmes , enfin
les Gens de qualité , d'honneur,
& tous ceux qui compofent ce
qu'on appelle le beau Monde , &
qui font propres à la Converfa.
tion ; ceux- là avec raifon font du
grand air , & font tout de bon
air . Mais ceux qui dégenérent
font grands mangeurs , grands
rieurs , vains flatteurs & diffolus,
pour les autres ; femblables à Pair
agité , à cet air obfcur & nuageux
, qui produit les orages &
les tempeftes , ils font coléres,
ombrageux , impatiens , incon
ftans & brouillons . Ce que vous
venez de dire eft parfaitement
beau,répondit le Docteur, j'ay lu
E ij
32
Extraordinaire
quelque chofe de femblable ; mais
le tour que vous y avez donné
mele fait paroître tout nouveau.
Je fçay peu de Gens qui fe fervent
de leur lecture auffi bien que
vous. Mon Dieu , M` le Docteur,
reprit le Préfident , ne me loüez
pas tant d'un peu de memoire, qui
pour le petit fervice qu'elle me
rend aujourd'huy, me fait tous les
jours mille fupercheries . Le Doc.
teur, pour ne pas pouffer plus loin
le Compliment , reprit ainfi la
parole.
La diverfité de l'air fait la diverfité
des maladies , & on peut
voir là- deffus le Livre qu'Hyppocrate
en a fait. L'air eft quel
quefois fi corrompu , qu'il fait
mourir les Créatures qui le refpirent.
Il y a des Régions où les
du Mercure Galant.
$3
animaux mefme ne peuvent vivre
, & il n'arrive jamais de gran .
des peftes, qu'il n'en meure bean .
coup dans les lieux où eft la contagion.
Perfonne n'ignore fur ce
fujet la délicateffe des Aeurs , &
fur tout des Oeillets, qui meurent
au méchant air. Mais peut- cftre
ne fçavez- vous point , que les
Peuples du Japon font fi prévenus
que l'air eft mal fain , & contraire
à l'Homme , qu'ils ne fouf.
frent pas que leur Dairo ou Empereur
foir jamais découvert à
l'air. Mais bien plus , il y a des
Hommes fidélicats, qu'ils diftinguent
l'air d'une mefine rüe , &
qu'ils affurent que celuy de la
main droite eft plus pur que celuy
de la main gauche , & qui féparent
ainsi l'air en marchant , avec
E iij
34
Extraordinaire
une grande fubtilité . Cette re.
marque eftoit digne de moy , interrompit
le Chevalier ; mais je
veux vous dire quelque chofe de
plus veritable & de plus folide ,
touchant la corruption de l'air.
Vous avez lû les Mémoires de
Pontis , cependant je croy que
vous ne ferez pas fâchez que je
vous faffe reffouvenir d'un accident
fort remarquable
, que raporte
cet Autheur. Il dit qu'apres
qu'on eut levé le fiege de Louvain
, l'Armée cft : nt allée pour
fe rafraîchir vers Ruremonde , it
s'y éleva une fi furicufe tempefte,
avec de fi grands tourbillons, que
comme ce Païs eft extrémement
fablonneux , on n'y refpira pendant
plufieurs jours que du fable
au lieu d'air. Cinq ou fix mille
du Mercure Galant.
S$
Hommes en furent étouffez fubi.
tement , ou moururent -en trespeu
de temps , par I.s maladies
que leur caufoit cette grande corruption.
Non feulement l'air
qu'on refpiroit par le nez , mais
celuy qu'on avaloit avec les viandes
, qui en eftoient toûjours fort.
affaifonnées , formoit une espece
de contagion , qui gâtoit les par
-ties de ceux qui en eftoient attaquez
, il falut que l'air natal chaffât
cet air malin , & redonnât aux
Troupes la fanté qu'il leur avoit
fi étrangement alterée.
Le changement d'air fait de
grands effets , reprit le Docteur,
mais s'il a fes avantages , il a auffi
fes incommoditez . A moins
que
la maladie qu'on a contractée , ne
vienne principalement de l'air où
E iiij
56 Extraordinaire
l'on eft , le changement n'y fait
rien de bien , & fouvent du mal ,
lors qu'il eft une qualité oppoſée
ouà la maladie ou au tépérament
du Malade. Mais il eft admirable
que l'air , qui vivifie toutes les
Créatures , les empoifonne , ou
par fa qualité naturelle , ou par la
malice des Hommes , qui ont
trouvé l'invention de le corrompre,
auffi -bien que les autres Elemens.
Mais enfin , il eft toûjours
bon d'éviter le méchant air , puis
qu'on en attire beaucoup plus
qu'on n'en pouffe , & que prefque
tout l'air qu'on refpire , paffe
&fe convertit en nourriture . L'air
de la Campagne eft auffi plus
pur & plus fain que celuy des Villes
, car outre toutes les vapeurs
des ordures & des immondices,
du Mercure Galant .
59م و
I
5
les Morts qu'on y enterre , y rendent
l'air gras , épais & corrompu
; ce qui caufe de grandes & de
fâcheufes maladies ' , qui fait les
perfonnes languiflantes & de pâle
couleur . Platon qui en connoiffoit
les accidens , veut par fes
Loix que les Cimetieres feient
fituez en forte que les Vivans ne
puiffent eftre incommodez du
mauvais air des Morts . Les Grecs
& les Egyptiens eftoient fort délicats
en cela , ayant des Ifles
éloignées & defertes , où ils faifoient
porter les corps des défunts
. Pour moy , dit le Marquis ,
j'aurois voulu fur tout demeurer
dans l'ifle de Delos , où il eftoit
défendu d'accoucher, & d'enterrer
les Morts . Ce lieu eftoit fans
doute bien agreable & bien fain,
58
Extraordinaire
car l'un ne contribue pas moins
que l'autre à l'infection de l'air.
Vous avez raifon , dit le Docteur,
& ceux deDelos obfervérét cette
loy depuis une furieufe pefte dont
ils furent affligez , qui ne procédoit
que de la puanteur des tombeaux
Les Romains défendoient
de brûler les morts dansla ville , &
Augufte ordonna que ce fût pour
le moins deux milles loin des mu
railles . On remarque meſme dans
l'antiquité , qu'il n'y a eu que les
Tarentins qui ayent enterré les
Morts dans leur Ville , apres que
l'Oracle leur ayant promis beaucoup
d'heureux fuccés , s'ils de.
meuroient avec le plus grand
nombre , ils crûrent que cela devoit
s'entendre des Morts. Mais
la Religion Chrétienne , qui prêdu
Mercure Galant. 59
che la mort & les fouffrances , n'a
pas eu ces égards pour les Fidel .
les ; à joindre que les Prieres pour
les Morts , & la venération pour
leurs Reliques , ont authorifé
cette coutume. Les Corps des
Saints ne fçauroient eftre trop
e prés de nous ; & les autres , dont
les Ames ont besoin de nos fe.
cours fpirituels , feroient peuteftre
negligez , fi les tombeaux
ne nous faifoient reſſouvenir de
leurs neceffitez . Et de plus , dit
le Préfident , les Corps Saints
font tous de bonne odeur , & ils
exhalent quelquefois une douce
vapeur , qui furpaffe les parfums
les plus exquis . Ileft vray , dit le
Chevalier, plufieurs Autheurs en
ont raporté témoignage ; mais
le nombre de ces Corps eft petit,
60 Extraordinaire
& pour un Saint combien de....
Tout beau , dit le Docteur , retirons-
nous de là , cet air nous
feroit contraire , prenons - le autre
part. Vous avez raiſon , dit
l'Abbé , je n'aime pas volontiers
à m'entretenir de Religion , dans
des converfations un peu familieres
, & auffi libres que le font les
nôtres.
Le grand air eft perilleux pour
les convalefcens qui fortent d'un
petit air , ou d'un air renfermé ;
ce n'eft pas qu'un air trop tranquille
eft auffi mal fain , parce
qu'il peut plus aisément fe charger
& s'alterer , que celuy qui eft
agité. C'est pourquoy on dit
l'air pour eftre bon , doit eftre
tantôt mû par le Zéphir qui le
rafraîchit , & tantôt comprimé
que
du Mercure Galant.
par l'Aquilon , qui le purge . L'air
de la Mer guérit de plufieurs maladies
, mais il en donne plufieurs
autres à ceux mefme qui y font
naturalifez ; & on affure que cet
air eft fi corrofif, que les Oiſeaux
qui fréquentent la Mer , ont le
plumage prefque tout rouge.
Mais l'air temperé & purifié d'une
certaine maniere , conferve la
fanté , & la redonne à ceux qui
l'ont perdue. Il prolonge la vie,
& fert mefme de nouriture à quel.
ques Oifeaux ,dit le Préfident . Les
Aftchomes qui font une espéce
d'Hommes , qui n'ont point de
bouche , fe nourriffent de bonnes
odeurs , comme ils meurent s'ils
en fentent de mauvaiſes . Le Caméleon
& les Pluviers vivent
d'air , & il ne faut pas s'en éton62
Extraordinaire
ner , puis que la vie ne confifte
qu'en ces deux qualité de l'air,
qui font le chaud & l'humide.
Si le feu nourrit la Salamandre,
pourquoy l'air qui a des qualitez
bien plus nutritives , ne peut - il
pas nourrir des Oifeaux , à moins
qu'on ne veüille dégraiffer l'air,
& en féparer la rofee , qui n'eft
pas moins une fubftance de cet
Elément , que des vapeurs de la
terre. Ce que vous venez de dire
eft bien imaginé , repartit le Doc
teur ; mais puifque les Pluviers &
les oifeaux deParadis vivent d'air ,
c'est encore une des crédulitez de
Pline . L'air eft bien l'élément des
Oiſeaux, & le lieu qu'ils habitent,
mais il ne peut pas nourir un corps
folide d'une viande fi creufe .
Si on ne trouve point d'alimens
du Mercure Galant
C
E groffiers dans l'eftomac de ces
Qifeaux , c'eft qu'ils la digérent
promptement , qu'ils mangent
peu , & des chofes fort delicates.
Le Caméleon vit de vermine;
mais comme il aime extraordinai.
rement le grand jour , & qu'il devore
le bel air , comme l'on dit,
cela fait croire qu'il vit par la ver
tu de cet Elément . Mais vous fçavez
, reprit le Préfident , combien
l'air que les Enfans foufflent,
& les Perfonnes qui font bien
compofées , eft doux & falubre.
Il en fort un fi grand nombre d'ef
prits , qu'ils communiquent
une
nouvelle
e à ceux qui le refpirent
; & c'est la raifon pourquoy
on a dit que ceux qui enfeignent,
& qui paffent leur vie avec la Jeunede,
vivent plus long- temps que
64
Extraordinaire
les autres , & ont la couleur beaucoup
meilleure. Il en eft au contraire
de ceux qui fréquentent
des Perfonnes mal faines , & qui
ont les parties gâtées, parce qu'el
les communiquent leurs indifpofirions
& leurs maladies. On ne
trouva point de meilleur expédient
pour éloigner le Cardinal
Pancirole d'aupres le Pape Innocent
X. qu'en gagnant fon Medecin
, qui affura fa Sainteté que
ce Cardinal eftoit pulmonique,
& que fon haleine eftoit dange .
reufe & nuifible à fa fanté , par les
fréquens entretiens qu'ils avoient
enfemble .
Le Loup a l'haleine fi mauvaife
, qu'on a raifon d'appeller cet
animal un cloaque animé , mais
la malignité de fon haleine eſt ſi
du Mercure Galant.
65
1
fubtile & fi penétrante , qu'il n'y
a point de chair qu'elle ne corrompe.
Cette Fille dont parle
Galien, qui vivoit de napel , avoit
P'haleine bien pernicieufe , interrompit
le Chevalier , puis qu'elle
faifoit mourir ceux qui l'apro .
choient. Cette autre que cite Albert
le Grand , qui vivoit d'Aragnées
, ne l'avoit pas meilleure,
dit le Marquis ; mais que dirons.
nous de ces haleines excellentes,
dont l'air eft fi doux & agréable ,
continua- t-il? Je me fouviens toûjours
de cette délicate expreffion
du Comte de Buffy parlant d'une
Belle, L'air qu'elle fouffle eft plus
pur que celui qu'elle refpire . Quel
avantage , quel charme pour moy
qui n'aime rien tất, qu'on ne ſente
rien!Mais comme il y en a qui ont
Q. d Octobre 1683.
F
66 Extraordinaire
la fueur parfumée , pour ainfi dire,
' il y en a auffi qui ont la refpiration
admirable , & qui reſſem.
blent aux Abeilles , tout ce qu'el
les mangent & qu'elles prennent
fe convertit en miel , & enfucre,
Mixtura quadam & proprietate fpiritus
fui, & quafi conditura fui.
Elles forment de l'ambrofie &
du nectar dans leurs entrailles , &
de là vient la bonté & la douceur
de leur baleine . Tel eftoit Alexandre
le Grand , dit le Préfident
; mais comme il y a peu de
Perfonnes de cette nature, & qui
ayent toutes les qualitez du tempérament
adpondus , comme parlent
les Medecins , il n'y a point
de choſes au monde où l'on puiffe
s'apliquer plus utilement dans un
Etat , qu'à empêcher la corrup
du Mercure Galant. 67
tion de l'air , ſoit qu'elle vienne
par la méchante haleine des Malades
, par l'infection des immondices
& des ordures qu'on laiffe
amaſſer dans les Villes , ou par
l'inclémence des faifons . On a
donc eu raiſon autrefois de féparer
les Ladres d'avec les autres,
& encore aujourd'huy d'interdire
l'entrée des Villes à ceux qui
viennent des Lieux foupçonnez.
de la pefte , ou de quelque autre
maladie contagieufe , comme la
petite vérole , & tant d'autres
maladies qui fe communiquent
par la corruption de l'air.
Comme le Préfident fait bâtir
à la Campagne , il n'oublia pas à
demander plufieurs avispour rendre
une Maiſon auffi faine qu'agreable
, & là - deffus le Docteur
Fij
68 Extraordinaire
auquel la Compagnie avoit toû
jours deferé , parla de la forte.
Ce n'eft pas d'aujourd'huy
qu'on a de la peine à bien s'habi
tuer. Les Anciens avoient diffé
rentes opinions fur ce fujet . Ils difoient
qu'il ne falloit point choifir
les lieux trop gras , trop bas
& trop humides , parce qu'ils
eftoient mal fains . Ils ajoûtoient
qu'on ne connoiffoit pas toujours
la bonté de l'air d'un Païs , par la
couleur & la bonne difpofition
des Habitans , parce qu'il y en a
qui fe portent bien dans l'air mê .
me de la pefte. Il y a encore des
lieux qui ne font fains qu'en de
certaines faifons de l'année, & qui
font dangereux dans d'autres.
Mais afin qu'un lieu foit jugé
fain, il faut pour le moins en avoir
du Mercure Galant.
79
J
Pexpérience une année entiere.
Les Maifons expofées au Midy,
dans les Païs chauds , font mal
faines , on y devient bilicux &
languiflans , & fujets à des fiévres
tres aigües . Dans les Païs froids,
lesMailons qui font tournées vers
le Septentrion , rendent ceux qui
les habitent fujets aux fluxions &
paralifies. Les Maifons qui regardant
l'Occident , dans les Païs
humides , caufent des foiblefles
d'eftomac & des ulcéres. Les
Maifons qui font placées du côté
de l'Orient , dans les Païs fecs,
rendent les jointures débiles , con
denfent les humeurs , &
> engendrent
de grandes obftructions.
Et où bâtirons.nous donc , s'écria
le Chevalier , puis que dans tous
les cantons du Monde il n'y a que
"
70
Extraordinaire
と
maladies , & pas un lieu qui foit
fain La terre ? eft donc inhabitable.
Non pas , M' le Chevalier,
reprit le Docteur , chaque Païs a
fon terroir , fes eaux , fes afpects
& fes vents , qui luy font ou nui
fibles ou falutaires , il ne faut que
les bien choisir , & alors il n'y a
point de lieu qui ne puiffe eftre
fain , au moins pour les naturels
du Païs , & il n'y a que les Voyageurs
, qui en puiffent recevoir
quelques incommoditez.
Pline qui a écrit fort au long
fur la maniere de bâtir les Maifons
de Campagne , pour les rendrefaines
& logeables , dit que fi le
Climat eft chaud , l'ouverture
doit regarder le Nort ; s'il eft
froid, elle doit regarder le Midy,
& s'il eft temperé, elle doit regar
du Mercure Galant. 71
[
1
der le Levant. Cela eft bon , interrompit
l'Abbé , mais je vou .
drois fçavoir s'il eft neceffaire
pour avoir le bon air , de percer
un Bâtiment par quantité de hau
tes & pleines croifées , comme on
fait aujourdhuy , ou de l'ouvrir
feulement par des feneftres médiocres
, comme on faifoit autrefois.
Ileft aifé de remarquer par
tous les vieux Châteeux , tant dehors
que das le Royaume, que nos
Peres n'aimoient pas le grand air
pour leursMaifons . Tous les vieux
Bâtimens font placez de biais, ou
accompagnez aux coſtez de tourelles,
qui couvrent les jours, afin
de rompre le vent , & de fendre
l'air , qu'ils croyoient nuifible à
la fanté , ſe perfuadant de vivre
plus long -temps , en fe tenans
$2
Extraordinaire
ainfi renfermez ; eftant bien contraires
aux Poiffons , qui aiment
à changer d'air , & qui montrent
fouvent la tefte au deffus de l'eau ,
& meurent fous la glace , fi on n'a
foin de la fendre en Hyver , afin
de leur conferver la vie. Mais
nos Peres difoient que les Maifons
cftoient faites pour fe mettre à
couvert des injures de l'air , &
non pas pour le recevoir par de
grandes ouvertures , que nous
avons inventées pour fatisfaire au
plaifir , & à la vanité . J'ay vû un
Homme plus vieux que fon fiecle
, qui durant les trois mois fâcheux
de l'Hyver ne fort point,
neveut ny voir ny fentir l'air , qu'il
refpire feulement par un petit
jour qui eft au.deffus de la porte
de fa Chambre , foutenant que le
trop
du Mercure Galant.
73
C
trop grand jour tüe. Elifabeth
Reyne d'Angleterre , en allant
voir le Chancelier Bacon , dans
un Château qu'il avoit nouvellement
fait bâtir , & percer de toutes
parts par de belles & grandes
croifées, elle luy demanda où l'on
s'y mettroit l'Hyver , voulant
luy marquer par là , que le trop
d'air n'eft pas toûjours bon ny
commode , & que les feneftres
médiocres font meilleures. Cela
dépend des Climats, & de la coutume
des Peuples , dit le Docteur.
En Angleterre toutes les fenêtres
font fort petites , mefme dans les
Maiſons de plaifance des Princes ,
auffi bien que des Particuliers ,
qui n'ont que des ouvertures
quarrées , fans corniches ; & à
Douvres , il n'y a que quelques
Q. d'Octobre 1683. G
-
74
Extraordinaire
il
vires pourtoutes fenêtres, qu'on
ouvre pour donner de l'air. Les
Maifons de Picardie font prefque
fans feneftres , ou du moins elles
font fipetites, que ces Maifons ne
reffemblent proprement qu'à des
lafnieres. Mais comme les Maifons
fermées & ombragées font
plus froides & plus mal faines,
parce que le Soleil n'y entre pas ,
& quel'air y eft plus humide ,
fait plus froid dans les Villes qu'à
la Campagne. Enfin , outre le
bon air qu'il faut obferver pour
rendre les Maiſons faines & bien
fituées , il ya encore le bel air, &
la maniere de bien bâtir , qui les
rend agreables & commodes ; &
c'eft de ce bel air, priscommemo.
de ou maniere , dont il nous refte
parler , mais je croy que ce que
du Mercure Galant. 75
nousen avons déja dit à l'entrée
de cette Converfation, doit fuffire
, renvoyant les Curieux au
beau Difcours que Mr le Chevalier
a fait de l'air du monde , &
de la veritable policeffe . Cela
s'appelle , interrompit le Chevalier
, renvoyer les Curieux au
Dialogue de la Bonne - Grace d'un de
nos vieux Poëtes. Pardonnezmoy
, Mr le Chevalier , reprit le
Docteur, nous fçavons la différence
qu'il y a entre l'illuftre Autheur
du Mercure Galant , &
Autheur des Apprehenfions Spirituelles.
Le premier n'expoſe rien
au Public , qui ne foit digne de
fon approbation , & de l'eſtine
qu'il s'eft acquife . On ne peut
rien auffi ajoûter à ce que vous
avez dit fur cette matiere , mais
Gij
·75 Extraordinaire
il me femble que c'eit affez battre
l'air, & fi M' l'Abbé le trouve
bon , nous irons prendre l'air de
cette foirée, qui eft fort agreable.
L'Abbé eftant dans le mefme
fentiment , toute la Compagnie
fe leva , & fortit pour aller à la
promenade .
Je croy auffi , Madame , qu'il
eft temps de finir , & de vous retirer
d'une fi longue lecture , pour
Jaquelle j'aurois mille excufes à
vous faire , fi je ne fçavois que
tout ce que je vous écris de cette
illuftre Compagnie, ne vous peut
eftre ennuyeux. C'eft donc avec
cette affurance , & en qualité de
leur fidelle Secretaire , que je
prens la qualité de vôtre , &c.
DE LA FEVRERIE.
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Résumé : CONVERSATION ACADEMIQUE, Dans laquelle il est traité des bonnes, & des mauvaises qualitez de l'Air. A Madame la Comtesse de C. R. C.
En 1680, une lettre adressée à Madame la Comtesse de C. R. C. relate une conversation académique impliquant un illustre abbé et plusieurs personnalités. La discussion porte sur les qualités et les défauts des individus en fonction de leur apparence et de leur 'air'. Des exemples historiques, comme Isabelle d'Espagne et le duc de Guise, illustrent comment l'apparence peut inspirer l'estime, la crainte ou le mépris. La conversation aborde également l'importance de la bonne mine et du port royal pour un souverain. Les participants débattent ensuite de la nature de l'air, considéré sous trois aspects : élément, température et manière. Ils explorent les propriétés de l'air, sa composition et ses interactions avec d'autres éléments. Le docteur présente diverses théories philosophiques sur l'air, incluant ses figures, sa couleur, son odeur et sa pesanteur. La discussion se termine par des réflexions sur la hauteur de l'air et les effets de son absence. Le texte distingue l'air élémentaire, pur et exempt de tout mélange, de l'air que nous respirons, composé de vapeurs et du mouvement des corps extérieurs. L'air est décrit comme un souffle vital, lié à l'âme et au mouvement du corps. Le vent est défini comme une agitation de l'air, avec des philosophes modernes le décrivant comme une agitation sensible de l'air. Les vents sont décrits comme ayant des qualités variées, pouvant être chauds, froids ou humides, et leur nature dépend des lieux et des saisons. L'air est comparé à un caméléon, capable de diverses impressions, et joue un rôle crucial dans la création et la formation des phénomènes naturels. Un voyageur partage son expérience sur le mont Ararat, où il a rencontré des nuages épais et froids. Le Chevalier exprime son amour pour le grand air, affirmant qu'il le rend plus gai et inspiré. Le Président compare le Chevalier à des arbres ou à des peuples adorant l'air, comme ceux de Siam. Le Chevalier précise qu'il apprécie l'air lorsqu'il lui fait du bien, mais ne souhaite pas des funérailles en l'air. Il préfère un air comme celui d'Égypte, qui inspire la sobriété et l'abstinence. Le texte mentionne également les ermites de l'ancienne Thébaïde, connus pour leur retraite en Égypte. Le Chevalier explique que les beaux lieux et les belles personnes lui inspirent un air doux et tendre, contrairement aux riches plaines qui lui provoquent une horreur subite. Il compare un beau jour à une continuation d'air purifié par le soleil, et une journée triste à un air corrompu causant des maladies. Le Docteur ajoute que chaque lieu a un air avec des propriétés spécifiques, influençant les qualités des habitants. Par exemple, l'air en Espagne teint naturellement la laine des brebis, et en Suède, il contribue à la longévité. Le Marquis cite Voiture, notant que l'air d'Afrique rend les gens audacieux et amoureux. Le Docteur conclut que l'air pénètre les poumons et altère les humeurs et les inclinations, influençant ainsi les esprits des personnes selon la pureté ou la corruption de l'air. Les interlocuteurs évoquent les prières pour les morts et la vénération des reliques dans la religion chrétienne, soulignant que les corps des saints sont considérés comme bénéfiques et exhalant une douce vapeur. Ils abordent les qualités de l'air, notant que l'air pur et tempéré conserve la santé et prolonge la vie, tandis que l'air corrompu peut transmettre des maladies. Le texte mentionne également des animaux comme les caméléons et les pluviers, qui se nourrissent d'air, et discute des effets de l'haleine des personnes sur leur environnement. Les interlocuteurs débattent des meilleures pratiques pour construire des maisons saines, en tenant compte de l'exposition aux vents et des saisons. Ils concluent que chaque région a ses particularités climatiques et que les maisons doivent être adaptées en conséquence pour assurer la santé des habitants. Le texte se termine par une promenade de la compagnie, appréciant l'air agréable de la soirée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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205
p. 312-314
AUTRE ENIGME.
Début :
On ne me connoist pas seulement à Vienne, [...]
Mots clefs :
Mi
206
p. 176-181
REPONSE DE Mr LE DUC DE S. AIGNAN, A Madame des Houlieres.
Début :
Voicy la Réponse que Mr le Duc de S. Aignan a faite / A Caution tous ne sont pas sujets, [...]
Mots clefs :
Amants, Caution, Aimer, Jadis, Coeurs, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE DE Mr LE DUC DE S. AIGNAN, A Madame des Houlieres.
oicy la Réponse que M*
le Duc de S. Aignan a faite
à cette Ballade. Elle eft fur
les mefmes rimes.
GALANT. 177
REPONSE DE M'
LE DUC DE S. AIGNAN,
A Madame des Houlieres.
A
Caution tous nefont pasfujets,
Autremaxime en ma tefte eft écrites
Etpourparler de mes tourmensfecrets,
Famais de Cour ne connus l'Eaubenite.
Si dans les cœurs probité plus n'habite,
Dans le mien font mefmes faits,
mefmes dits,
Qu'avantqu' Aftuce au mondefust
venüe,
178 MERCURE
D'Aman's loyauxfi la mode eftperdie,
J'aime toûjours comme on aimoitjadis.
S2
Nulriche atour, nul nombre de Valets,
Ne contribüe à monpeu demérite,
Toujours metiens au rangdesplus
difcrets;
Tant-mieuxpour moy,filaTroupe
eftpetites
Si dans l'amour nouvelle on décrépite,
Lesplusgroffiersfont toujours applandis.
Duffay-je en tout me voirpaſſerpour
Grüe,
Faveurfe cache auffitoft qu'obtenue,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
GALANT. 179
Ieunes Beautez qui nous tendez
filets,
Chaffez bien loin cette engeance
maudite
de De Jouvenceaux ; quand pres
beaux objets
D'eftre indolent chacunfefélicite,
Lefers l'Amourfans faire l'hypocrite,
Et mieux lefers qu'un de ces Etourdisi
Maisfipourvous auxſoinsje m'habitüe,
Don demercyje veux avoir en veüe,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
S&
Quandjeunes cœurs fe trouvent
ainfi faits,
Meilleurs Préfens aux Damesje
debite.
180 MERCURE
Certains Barbons ont droit d'eftre
Coquets,
Le Diable cut tort quand ilfe fit
Hermite.
Si maperfonne à tendreffe n'invite,
Mesfens au moins point ne font
refroidis,
Paraucuns maux mon humeur n'eft
bourrie,
Etquandplusfort aurois tefte chenüe,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
ENVOY.
Fils de Vénus,fipour tes intérefts
Ieprens l'Encens, &rompsles Camouflets,
Accorde-nous que ce train continüe.
Nous reverrons le Siecle d'Amadis;
GALANT. 181
Etfiparfsis Dame d'attraits pourveže,
Am'enflamerfe trouveparvenue,
J'aime toujours comine on aimoit jadis.
le Duc de S. Aignan a faite
à cette Ballade. Elle eft fur
les mefmes rimes.
GALANT. 177
REPONSE DE M'
LE DUC DE S. AIGNAN,
A Madame des Houlieres.
A
Caution tous nefont pasfujets,
Autremaxime en ma tefte eft écrites
Etpourparler de mes tourmensfecrets,
Famais de Cour ne connus l'Eaubenite.
Si dans les cœurs probité plus n'habite,
Dans le mien font mefmes faits,
mefmes dits,
Qu'avantqu' Aftuce au mondefust
venüe,
178 MERCURE
D'Aman's loyauxfi la mode eftperdie,
J'aime toûjours comme on aimoitjadis.
S2
Nulriche atour, nul nombre de Valets,
Ne contribüe à monpeu demérite,
Toujours metiens au rangdesplus
difcrets;
Tant-mieuxpour moy,filaTroupe
eftpetites
Si dans l'amour nouvelle on décrépite,
Lesplusgroffiersfont toujours applandis.
Duffay-je en tout me voirpaſſerpour
Grüe,
Faveurfe cache auffitoft qu'obtenue,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
GALANT. 179
Ieunes Beautez qui nous tendez
filets,
Chaffez bien loin cette engeance
maudite
de De Jouvenceaux ; quand pres
beaux objets
D'eftre indolent chacunfefélicite,
Lefers l'Amourfans faire l'hypocrite,
Et mieux lefers qu'un de ces Etourdisi
Maisfipourvous auxſoinsje m'habitüe,
Don demercyje veux avoir en veüe,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
S&
Quandjeunes cœurs fe trouvent
ainfi faits,
Meilleurs Préfens aux Damesje
debite.
180 MERCURE
Certains Barbons ont droit d'eftre
Coquets,
Le Diable cut tort quand ilfe fit
Hermite.
Si maperfonne à tendreffe n'invite,
Mesfens au moins point ne font
refroidis,
Paraucuns maux mon humeur n'eft
bourrie,
Etquandplusfort aurois tefte chenüe,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
ENVOY.
Fils de Vénus,fipour tes intérefts
Ieprens l'Encens, &rompsles Camouflets,
Accorde-nous que ce train continüe.
Nous reverrons le Siecle d'Amadis;
GALANT. 181
Etfiparfsis Dame d'attraits pourveže,
Am'enflamerfe trouveparvenue,
J'aime toujours comine on aimoit jadis.
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Résumé : REPONSE DE Mr LE DUC DE S. AIGNAN, A Madame des Houlieres.
Le Duc de S. Aignan répond à une ballade de Madame des Houlières en affirmant que tous ne sont pas sujets à la galanterie. Il reste fidèle à l'amour traditionnel malgré les changements dans les mœurs. Il ignore les artifices de la cour et préfère la loyauté d'Aman. Se décrivant comme modeste, sans richesses ni nombreux valets, il se place parmi les discrets. Il critique les nouvelles modes amoureuses et les jeunes beautés qui tendent des pièges. Indulgent envers les jeunes cœurs et les barbons coquets, il n'est pas aigri par les maux. Il espère le retour du siècle d'Amadis, marqué par un amour sincère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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209
p. 114-132
SUR LA LETTRE S, A MONSEIGNEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
Début :
MONSEIGNEUR, Je ne sçaurois assez déclamer contre l'injustice de [...]
Mots clefs :
Lettre, Termes, Sapho, Lettre S, Orthographe, Dictionnaire, Académie, Alphabet, Français, Langue, Duc de S. Aignan
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA LETTRE S, A MONSEIGNEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
les termes de Serviteur de de Ser-
vante. 1
GUYONNETDEVERTRON,
Ffijloriographe du Roy,&
deCAcadémie Royale
vante. 1
GUYONNETDEVERTRON,
Ffijloriographe du Roy,&
deCAcadémie Royale
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210
p. 141-143
A MADAME DES HOULIERES, Sur sa derniere Ballade. On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Début :
Les Vers qui suivent vous paroistront galamment tournez / J'en demeure d'accord, charmante DES-HOULIERES; [...]
Mots clefs :
Jadis, Aimer
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME DES HOULIERES, Sur sa derniere Ballade. On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Les Vers qui fuivent vous
paroiftront galamment tournez; ils font de M'de Lofme.
142 MERCURE
A MADAME
DES HOULIERES,
I
Surfa derniere Ballade.
On n'aime plus comme on
aimoit jadis.
'En demeure d'accord, charmante
DES-HOVLIERES;
Maisfi chaque Beauté poẞédoit vos
Lumieres ,
On reverroit bien-toft le fiécle d'Amadis.
Lebongouft , la délicateffe,
Lefçavoir, &la politeffe,
Régnentpartout dans vos Ecrits.
Quelcœurneferoitpoint épris,
Voyantavecquellefineffe
Vousfçavezparlerde tendreffe ?
Rienn'égale vos tendres dits.
Sicomme vous toutes les Femmes
GALANT.
143
Avoient l'art detoucher les ames ,
Onaimeroitbien-toft comme onaimois
jadis.
paroiftront galamment tournez; ils font de M'de Lofme.
142 MERCURE
A MADAME
DES HOULIERES,
I
Surfa derniere Ballade.
On n'aime plus comme on
aimoit jadis.
'En demeure d'accord, charmante
DES-HOVLIERES;
Maisfi chaque Beauté poẞédoit vos
Lumieres ,
On reverroit bien-toft le fiécle d'Amadis.
Lebongouft , la délicateffe,
Lefçavoir, &la politeffe,
Régnentpartout dans vos Ecrits.
Quelcœurneferoitpoint épris,
Voyantavecquellefineffe
Vousfçavezparlerde tendreffe ?
Rienn'égale vos tendres dits.
Sicomme vous toutes les Femmes
GALANT.
143
Avoient l'art detoucher les ames ,
Onaimeroitbien-toft comme onaimois
jadis.
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Résumé : A MADAME DES HOULIERES, Sur sa derniere Ballade. On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Le texte est une dédicace poétique à Madame des Houlières. L'auteur déplore la perte des valeurs de l'amour passé et suggère que ses lumières pourraient restaurer une époque idéalisée de chevalerie. Il loue ses écrits pour leur bon goût, délicatesse, science et politesse. Il admire sa manière de parler de la tendresse et conclut que son art pourrait raviver l'amour ancien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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211
p. 223-228
SECONDE BALLADE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, Pour réponse à celle qui commence par ces mots, Duc plus vaillant, &c.
Début :
Il court icy de nouvelles Ballades, ajoûtées depuis peu / O L'heureux temps, où les fiers Paladins [...]
Mots clefs :
Copies, Guerriers, Chevalerie, Métier, Dame
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE BALLADE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, Pour réponse à celle qui commence par ces mots, Duc plus vaillant, &c.
l court icy de nouvelles
Ballades, ajoûtées depuis peu
aux premierespar M le Duc
de S. Aignan , & je vous
avoue , Madame, qu'elles
T mij
224 MERCURE
312
m ont embaraffé. Fay crâ
qu'il y auroit de l'injuftice à
refufer aux Curieux , ce qui
a efté fi agreable à toute la
Cour, & j'ay craint en meſme temps de faire foufrir la
modeftiede ce Duc , comme
cela m'eft arrivé plufieurs
fois , mais enfin je me fuis
déterminé à les rendre publiques dans cette Lettre,
voyant qu'elles le font déja,
par le grand nombre de Copies qui en ont efté faites , la
plupart pleines de faures,
auffi bien que de celles de
Madame des Houlieres..
GALANT 225
SECONDE RALLADE
DE MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
Pour réponse à celle qui commence par ces mots Duc plus
vaillant, &c.
O
L'heureux temps , oùksfiers . ,
Paladins
Alloient par tout cherchant les avanTures,
Oùfans dormirnon plus quefont Lu
tins,
Sans eftre las deporter leurs axmures;
Princes & Roys, de Vins & Cofitures
Lesrégaloientaufortirdes Feftins !
Dame , àbon droit desbeaux Eſprits OR chérie,
Qui faites cas deGuerriers valeuneux,
220 MERCURE
Eft-ilrien telqu' Art de Chevalerie?
Fut-il jamais un Métier plus heureux ?\\ raad 120*
25
CcsDamoiſels s'écatoientauxjardins
Bien atournez de pompenfes vestures.
La plus vermicils qu'on ne peint Chérubin's A tobox
Chapeauxde Fleurs misfur leurs che
velures,
Se déduifoient enfuperbesparures,
Gentilsfurcots , toiles d'or fatins.
Deles voirtels toute ame eftoit ravie,
Tantavoient l'airdeGens victorieux.
Dam:fanspair, dites - nous , je vous
pric,
Fut il jamais un Métierplus heureux?
tu
SS AC THAI
S'ilavenoitquefelons Affaffirs
Endurcombat leurfiffent disbleſſures,
GALANT. 227
i
Fa nulmétiern'avoientde Médecins,
FillesdeRoys, mouli belles Créatures,
Qu'on renommoitpourleursfçavantes cures,
SurLitsmollets &furrichesCouffins,
Chacuneàpartdeleurdouleurmarrie,
Lesconfolant &fe senantprés d'eux,
Rendoient bien - toft leur Perfonne
317 guérie.
Fut iljamais un Métier plus heureux ?
S&
Moy, qui toujours furpaffant maint Blondins
Entrais effets ainsi qu'en Ecritures,"
Ay depuispeu mis aujourdeux Bam- babins,
Dontonferoit d'agréablespeintures,
Dans la vigueur qu'on voit en mes
allures,
Fere veux encorpar mouli nobles deffeins
228 MERCURE
·Des Ennemis voir la face blêmie,
Etleas donnerun affaut vivigouri gourdux,
Puistall apres retourner versm'amik.
Fut, iljamais un Métier plus heu.
reux ?
ENVOY. yoyov
Quepuiffuz- vous, Dame au cœur &
génereux,
Voirenhonneurs toujours voftreMef
gnie,
Et qu'un Germain bien dignede vos
Puiffe bien- toftpoffeder Abaie,
D'unbon rapport, commode , &fort nombreux,
Sique miré, content &glorieux,
En tel dedu i quelquefoisil s'écrie,
Fut iljamais unMétier plus heu
reux
Ballades, ajoûtées depuis peu
aux premierespar M le Duc
de S. Aignan , & je vous
avoue , Madame, qu'elles
T mij
224 MERCURE
312
m ont embaraffé. Fay crâ
qu'il y auroit de l'injuftice à
refufer aux Curieux , ce qui
a efté fi agreable à toute la
Cour, & j'ay craint en meſme temps de faire foufrir la
modeftiede ce Duc , comme
cela m'eft arrivé plufieurs
fois , mais enfin je me fuis
déterminé à les rendre publiques dans cette Lettre,
voyant qu'elles le font déja,
par le grand nombre de Copies qui en ont efté faites , la
plupart pleines de faures,
auffi bien que de celles de
Madame des Houlieres..
GALANT 225
SECONDE RALLADE
DE MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
Pour réponse à celle qui commence par ces mots Duc plus
vaillant, &c.
O
L'heureux temps , oùksfiers . ,
Paladins
Alloient par tout cherchant les avanTures,
Oùfans dormirnon plus quefont Lu
tins,
Sans eftre las deporter leurs axmures;
Princes & Roys, de Vins & Cofitures
Lesrégaloientaufortirdes Feftins !
Dame , àbon droit desbeaux Eſprits OR chérie,
Qui faites cas deGuerriers valeuneux,
220 MERCURE
Eft-ilrien telqu' Art de Chevalerie?
Fut-il jamais un Métier plus heureux ?\\ raad 120*
25
CcsDamoiſels s'écatoientauxjardins
Bien atournez de pompenfes vestures.
La plus vermicils qu'on ne peint Chérubin's A tobox
Chapeauxde Fleurs misfur leurs che
velures,
Se déduifoient enfuperbesparures,
Gentilsfurcots , toiles d'or fatins.
Deles voirtels toute ame eftoit ravie,
Tantavoient l'airdeGens victorieux.
Dam:fanspair, dites - nous , je vous
pric,
Fut il jamais un Métierplus heureux?
tu
SS AC THAI
S'ilavenoitquefelons Affaffirs
Endurcombat leurfiffent disbleſſures,
GALANT. 227
i
Fa nulmétiern'avoientde Médecins,
FillesdeRoys, mouli belles Créatures,
Qu'on renommoitpourleursfçavantes cures,
SurLitsmollets &furrichesCouffins,
Chacuneàpartdeleurdouleurmarrie,
Lesconfolant &fe senantprés d'eux,
Rendoient bien - toft leur Perfonne
317 guérie.
Fut iljamais un Métier plus heureux ?
S&
Moy, qui toujours furpaffant maint Blondins
Entrais effets ainsi qu'en Ecritures,"
Ay depuispeu mis aujourdeux Bam- babins,
Dontonferoit d'agréablespeintures,
Dans la vigueur qu'on voit en mes
allures,
Fere veux encorpar mouli nobles deffeins
228 MERCURE
·Des Ennemis voir la face blêmie,
Etleas donnerun affaut vivigouri gourdux,
Puistall apres retourner versm'amik.
Fut, iljamais un Métier plus heu.
reux ?
ENVOY. yoyov
Quepuiffuz- vous, Dame au cœur &
génereux,
Voirenhonneurs toujours voftreMef
gnie,
Et qu'un Germain bien dignede vos
Puiffe bien- toftpoffeder Abaie,
D'unbon rapport, commode , &fort nombreux,
Sique miré, content &glorieux,
En tel dedu i quelquefoisil s'écrie,
Fut iljamais unMétier plus heu
reux
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Résumé : SECONDE BALLADE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, Pour réponse à celle qui commence par ces mots, Duc plus vaillant, &c.
L'auteur d'une lettre discute de la publication de ballades récemment ajoutées par le Duc de Saint-Aignan. Il hésite entre refuser de les publier pour éviter l'injustice envers les curieux de la cour et respecter la modestie du Duc. Il choisit finalement de les publier en raison du grand nombre de copies erronées en circulation, y compris celles de Madame des Houlières. La lettre inclut une ballade du Duc répondant à une autre ballade. Cette ballade décrit un temps heureux où les paladins cherchaient des aventures, étaient récompensés par des princes et des rois, et étaient admirés pour leur bravoure. Elle met en avant la chevalerie et les métiers heureux des guerriers, malgré les dangers et les blessures. Le Duc exprime son désir de continuer à combattre et de revenir victorieux vers ses amis, soulignant la gloire et le bonheur de ce métier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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212
p. 233-234
« Mr le Duc de S. Aignan a répondu à Madame des / Puis qu'aupres de vos Vers tous les autres sont fades, [...] »
Début :
Mr le Duc de S. Aignan a répondu à Madame des / Puis qu'aupres de vos Vers tous les autres sont fades, [...]
Mots clefs :
Beaux esprits, Applaudir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mr le Duc de S. Aignan a répondu à Madame des / Puis qu'aupres de vos Vers tous les autres sont fades, [...] »
le Duc de S. Aignan
a répondu à Madame des
Houlieres par cegalant Ma
drigal.
P
Vis qu'auprès de vos V'ers tous
les autresfont fades,
Aujourd'huy pour longtemps jercnonce aux Ballades,
Fevrier 1684
234 MERCURE
Etne fais qu'applandir à celle que
longe voju tenal namansar
Lesplus charmans Ecrits ne walent.
1 pasasles les voftres; 01302 199
Mais tous les beaux Efprits jugeront
commemoy,
be
Defant vaincu par vous , onpeut
vaincre les autres.
a répondu à Madame des
Houlieres par cegalant Ma
drigal.
P
Vis qu'auprès de vos V'ers tous
les autresfont fades,
Aujourd'huy pour longtemps jercnonce aux Ballades,
Fevrier 1684
234 MERCURE
Etne fais qu'applandir à celle que
longe voju tenal namansar
Lesplus charmans Ecrits ne walent.
1 pasasles les voftres; 01302 199
Mais tous les beaux Efprits jugeront
commemoy,
be
Defant vaincu par vous , onpeut
vaincre les autres.
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213
p. 377-379
ENIGME.
Début :
Des deux nouvelles Enigmes que je vous envoye, la premiere / Je suis Fille de l'Air, sans corps quoy que j'en donne. [...]
Mots clefs :
Glace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Des deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye , la premiere
eft de Mr de la Barre , de Tours
& l'autre , de la Fauvete de Morlaix.
J
ENIGME.
E fuis Fille de l'Air , fans corpe,i
quoy que j'en donne.
Les Dottes éclairés , mefententfans
me voir.
Fevrier 1684
蛋逗
378 MERCURE
I´ntiaque rout,je #'épargneperſonne
LesPauvres craignetmonpouvoir.
Des Riches , dans l'Eté les plaifirs
j'affaifonne,
Comine cela ſefait , chacun le peut
Sçavoir.
EYE KHS 2902 ) HOT
Quoy qu'un Rien , je produis une
Fille brillante, bourg alon@
asfliy
L'éclat qu'on voit en elle aux Saphirs
eft pareils
Mais malgrecet éclat qu'auxjeux elle
préſente,
Safierté demeure impuiſſante
Au moindre regard duSoleil
Cet Aftre eftant abfent , itn'estrien
qui ne meures
homlase
Tout languis ; l'Vnivers
fans luy n'a
point d'appas.paulyang
A
Afon abordtourrit , & tout chante.
y basi
GALANT. 379
Maſeule Fille, en le voyant , bélas !
S'évanouit , fe meurt, & mourant
zri\ielle plcuxe,
que je vous envoye , la premiere
eft de Mr de la Barre , de Tours
& l'autre , de la Fauvete de Morlaix.
J
ENIGME.
E fuis Fille de l'Air , fans corpe,i
quoy que j'en donne.
Les Dottes éclairés , mefententfans
me voir.
Fevrier 1684
蛋逗
378 MERCURE
I´ntiaque rout,je #'épargneperſonne
LesPauvres craignetmonpouvoir.
Des Riches , dans l'Eté les plaifirs
j'affaifonne,
Comine cela ſefait , chacun le peut
Sçavoir.
EYE KHS 2902 ) HOT
Quoy qu'un Rien , je produis une
Fille brillante, bourg alon@
asfliy
L'éclat qu'on voit en elle aux Saphirs
eft pareils
Mais malgrecet éclat qu'auxjeux elle
préſente,
Safierté demeure impuiſſante
Au moindre regard duSoleil
Cet Aftre eftant abfent , itn'estrien
qui ne meures
homlase
Tout languis ; l'Vnivers
fans luy n'a
point d'appas.paulyang
A
Afon abordtourrit , & tout chante.
y basi
GALANT. 379
Maſeule Fille, en le voyant , bélas !
S'évanouit , fe meurt, & mourant
zri\ielle plcuxe,
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214
p. 39-40
A MADAME DES HOULIERES, INPROMPTU.
Début :
Les Ballades que je vous ay envoyées dans mes deux dernieres / Ouy, je l'ay dit sans hyperbole, [...]
Mots clefs :
Vainqueur, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DES HOULIERES, INPROMPTU.
Les Ballades que je vous ay
envoyées dans mes deux dernieL , ' res ettres , m engagent a vot1s.
faire part de deux Madrigaux
qt1'on m'a donnez, & qt1i en fon~
·une fuite. Le pre1nicr cft de M..
le Duc de S.Aignan. .
•
•
•
\
•
• •
MERCURE
A MADAME
•
DES HOULIERES;. •
•
IN PR 0 M PTU ..
?Jy , jt t,11y dit fans hyptr~
boit t
YoJU écrive'{ d'un tiir qui pa.r loNt
· tjl v11inqueur.
1e veux bien confejfer 1u'it me reft~ tJ,, cœur,
Maù je àemet,re fans parole
envoyées dans mes deux dernieL , ' res ettres , m engagent a vot1s.
faire part de deux Madrigaux
qt1'on m'a donnez, & qt1i en fon~
·une fuite. Le pre1nicr cft de M..
le Duc de S.Aignan. .
•
•
•
\
•
• •
MERCURE
A MADAME
•
DES HOULIERES;. •
•
IN PR 0 M PTU ..
?Jy , jt t,11y dit fans hyptr~
boit t
YoJU écrive'{ d'un tiir qui pa.r loNt
· tjl v11inqueur.
1e veux bien confejfer 1u'it me reft~ tJ,, cœur,
Maù je àemet,re fans parole
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215
p. 14-19
A MADAME DE GRITIN.
Début :
Je croy vous avoir parlé dans quelqu'une de mes Lettres, / Je vous l'avois bien dit, Madame, lors que vous fistes [...]
Mots clefs :
Abjuration, Marquise , Conversion, Erreurs, Prétendus réformés, Religionnaires, Fausse religion, Ferveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE GRITIN.
Je croy vous avoir parlé ~-
dans quelqu'une de mes
Lettres , de l'abjuration que
fit il y a deux ans Madame la
Marquife d'Anquitar . Elle a
efté caufe que plufieurs Perfonnes
de ce Party ont ou--
vert les yeux à la verité , &
vous ne douterez pas qu'elle
n'ait veu avec une extréme
joye , la converfion dont vous
trouverez le détail dans cette
Lettre de M Grammont de
Richelieu . Il l'adreffe à une
Dame qui ayant fuivy les mef
mes erreurs pendant quelque
temps , y a heureuſement
renoncé.
1
འ
GALANT. 15
25 :25252525 255525
A MADAME
DE GRITIN.
A Richelieu , ce 24. Mars 1684,
JE
VOUS
E vous l'avois bien dit, Ma
dame, lors que vous fiftes vôtre
abjuration en cette Ville , que
tous les Prétendus Réformez
fuivroient bien-toft vostre exemple
, puis qu'il eft vray qu'il s'y
eftfait tant de converfions depuis
ce temps-là , qu'on n'y trouve
maintenant qu'un feul Religions
naire , dont mefme on afujer d'ef
pérer bien-toft le retour à la vés
16 MERCURE
ritable Eglife. Je fçay- bien que
Meffieurs de la Miffion ont beaucoup
contribué à ces abjurations;
mais je puis vous affurer que
dans celle , dont je vay vous apprendre
la nouvelle, Madame la
"Marquife d'Anquitar a toutfait.
Comme elle eft entierement convaincuë
de la fauffeté de la Reli
gion qu'elle a quitée , elle n'a rien
negligé pour en retirer une defes
Filles de Chambre , qui depuis
deux ans balançoit à fe détermi
ner là - deffus. Les difficultez
qu'elle a rencontrées à la gagner
tout- à -fait, n'ayant point efté capables
de la rebuter, elle a telleGALANT.
, 17
le danment
redoublé fon zele , & fes
foins , qu'enfin elle luy afait reconnoiftrefes
erreurs ,
ger où elle eftoit engagée . Elle
abjura icy le 19. de ce mois , &
elle en paroift fi fatisfaite , qu'on
ne croit pas qu'elle fe plaigne jamais
d'une défaite , qui luy eft
plus glorieufe quefa résistance
fes combats. Vousfçavez, Madame
, Madame la Mar
quife d' Anquitar, avantfa converfion
, a confondu les Mi.
nistres qu'elle confulsoit fur fes
doutes ; vous connoiffez la force
de fon efprit , fa vertu , fon mêrite
, & fa capacité ; mais vous
Avril 1684.
que
B
18 MERCURE
n:fçavez peut- eſtre pas que depuis
fon abjuration , elle n'a laiffé
paffer aucun jourfans entendre la
Meffe , & que ny les veilles , ny
l'incommodité du chaud , ny la
rigueur du froid , ny fes affaires
particulieres , qui font des excufes
1
affez ordinaires pour les Perſonnes
qui n'ont nyfa vertu , nyfon
zelé, ne l'ontjamais difpenſée de
venir aßifter en cette Ville à
toutes les Cerémonies de l'Eglife.
Sa pieté mefme eft telle, qu'elle a
bien voulu fe mettre d'une Con
frairie de la Charité, establiepar
Madame la Ducheffe de Riche.
lieu. Son mérite, & fa vertu,
GALANT. 19
plûtoft que fa naiſſance & fon
rang, la firent auffi tost choisir -
pour en estre Supérieure , & elle
s'acquite de cet Employ avec une
affiduité , une ferveur qui édifient
tout le monde.
dans quelqu'une de mes
Lettres , de l'abjuration que
fit il y a deux ans Madame la
Marquife d'Anquitar . Elle a
efté caufe que plufieurs Perfonnes
de ce Party ont ou--
vert les yeux à la verité , &
vous ne douterez pas qu'elle
n'ait veu avec une extréme
joye , la converfion dont vous
trouverez le détail dans cette
Lettre de M Grammont de
Richelieu . Il l'adreffe à une
Dame qui ayant fuivy les mef
mes erreurs pendant quelque
temps , y a heureuſement
renoncé.
1
འ
GALANT. 15
25 :25252525 255525
A MADAME
DE GRITIN.
A Richelieu , ce 24. Mars 1684,
JE
VOUS
E vous l'avois bien dit, Ma
dame, lors que vous fiftes vôtre
abjuration en cette Ville , que
tous les Prétendus Réformez
fuivroient bien-toft vostre exemple
, puis qu'il eft vray qu'il s'y
eftfait tant de converfions depuis
ce temps-là , qu'on n'y trouve
maintenant qu'un feul Religions
naire , dont mefme on afujer d'ef
pérer bien-toft le retour à la vés
16 MERCURE
ritable Eglife. Je fçay- bien que
Meffieurs de la Miffion ont beaucoup
contribué à ces abjurations;
mais je puis vous affurer que
dans celle , dont je vay vous apprendre
la nouvelle, Madame la
"Marquife d'Anquitar a toutfait.
Comme elle eft entierement convaincuë
de la fauffeté de la Reli
gion qu'elle a quitée , elle n'a rien
negligé pour en retirer une defes
Filles de Chambre , qui depuis
deux ans balançoit à fe détermi
ner là - deffus. Les difficultez
qu'elle a rencontrées à la gagner
tout- à -fait, n'ayant point efté capables
de la rebuter, elle a telleGALANT.
, 17
le danment
redoublé fon zele , & fes
foins , qu'enfin elle luy afait reconnoiftrefes
erreurs ,
ger où elle eftoit engagée . Elle
abjura icy le 19. de ce mois , &
elle en paroift fi fatisfaite , qu'on
ne croit pas qu'elle fe plaigne jamais
d'une défaite , qui luy eft
plus glorieufe quefa résistance
fes combats. Vousfçavez, Madame
, Madame la Mar
quife d' Anquitar, avantfa converfion
, a confondu les Mi.
nistres qu'elle confulsoit fur fes
doutes ; vous connoiffez la force
de fon efprit , fa vertu , fon mêrite
, & fa capacité ; mais vous
Avril 1684.
que
B
18 MERCURE
n:fçavez peut- eſtre pas que depuis
fon abjuration , elle n'a laiffé
paffer aucun jourfans entendre la
Meffe , & que ny les veilles , ny
l'incommodité du chaud , ny la
rigueur du froid , ny fes affaires
particulieres , qui font des excufes
1
affez ordinaires pour les Perſonnes
qui n'ont nyfa vertu , nyfon
zelé, ne l'ontjamais difpenſée de
venir aßifter en cette Ville à
toutes les Cerémonies de l'Eglife.
Sa pieté mefme eft telle, qu'elle a
bien voulu fe mettre d'une Con
frairie de la Charité, establiepar
Madame la Ducheffe de Riche.
lieu. Son mérite, & fa vertu,
GALANT. 19
plûtoft que fa naiſſance & fon
rang, la firent auffi tost choisir -
pour en estre Supérieure , & elle
s'acquite de cet Employ avec une
affiduité , une ferveur qui édifient
tout le monde.
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Résumé : A MADAME DE GRITIN.
En mars 1684 à Richelieu, la Marquise d'Anquitar a abjuré ses croyances protestantes pour se convertir au catholicisme. Influencée par les conversions récentes de proches, elle a également contribué à celle d'une de ses Filles de Chambre. Sa détermination et son zèle religieux se sont manifestés par sa fréquentation assidue des messes et des cérémonies religieuses, malgré les désagréments. Après sa conversion, elle a intégré une confrérie de la Charité fondée par la Duchesse de Richelieu et a été élue supérieure grâce à son mérite et sa vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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217
p. 356-357
AUTRE ENIGME.
Début :
Je tire ma vertu de Climats diférens, [...]
Mots clefs :
Médecine
218
p. 3-74
DE LA LECTURE.
Début :
La Lecture est le canal des Sciences. C'est par là qu'elles coulent, [...]
Mots clefs :
Livres, Galant, Lecture, Auteurs, Esprit, Vérité, Expérience, Affaires, Lecteurs, Sciences, Foi, Monde, Savants, Connaissances, Jeunesse, Études, Usage, Nature, Sentiments, Anciens, Poètes, Éloquence, Instruction, Philosophes, Commerce, Moeurs, Politique, Connaissance
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texteReconnaissance textuelle : DE LA LECTURE.
DE
LA LECTURE
LS
A Lecture eft le canal des
Sciences. C'eft par là qu'elles
coulent , & qu'elles s'infi
nuent dans l'efprit des Hommes.
Elle donne les connoiffances acquifes
, & elle perfectionne les
habituelles. Sans la Lecture , le
meilleur fond d'efprit eft ftérile ,
& la plus forte contemplation
n'a que de la fechereffe. L'ame
reçoit par elle les connoiffances
qui luy font neceffaires ; & quoy
que l'inftruction & l'expérience
A ij
4
Extraordinaire
"
luy fournillent quelques lumieres
, elle en tire tous les jours de
grands avantages, outre qu'il luy
faut du temps pour profiter de
l'expérience , & qu'il eft peu
d'inftruction fans lecture . L'ame
y trouve en tout temps des lumieres
, à toute heure des exemples
, & par un feul coup d'oeil,
elle voit & elle fçait ce qu'elle
ne pourroit apprendre en pluhieurs
Siecles , car fouvent dans
la lecture, les yeux agiffent pour
les oreilles , & nous lifons bien
plus pour entendre , que pour
voir. Il n'y a que dans les Poëmes
& dans les Romans , où nos
yeux trouvent quelque fatisfation.
Par tout ailleurs , nous lifons
pour écouter. Les Orateurs
& les Philofophes , la Sainte Ecridu
Mercure Galant.
$
ture mefme, ne font lûs que pour
eftre entendus , & de là , foir
qu'on life , ou qu'on écoute , la
Science & la Foy nous font veritablement
communiquées par
loüye , Fides ex auditu. Enfin
nous concevons en vain de belles
penfées, nous avons inutilement
de beaux fentimens , il faut que
la lecture les appuye & les for ,
tifie; mais elle eft encore comme
une femence qui les fait naître,
& comme une habile Gouver
nantè qui nous regle , & qui nous
conduit dans la recherche des
Sciences . Les Livres nous font
comprendre dans un moment,
ce que la Nature a de plus fecret
& de plus curieux , ce que le
Ciel a de plus noble & de plus
grand , ce que la Terre a de plus,
A iij
Extraordinaire
beau & de plus rare . Par eux , les
Terres & les Mers nous font découvertes
. Ils nous enfeignent
la Religion, la Morale , & la Pofitique
, le Culte des Dieux , &
l'Art de gouverner les Hommes,
& de fe conduire foy - mefine ."
Rien n'eft plus agreable que
leur occupation ; car en un mor,
on trouve dans la Lecture un
Confeiller fidelle & definté.
reffé , un Medecin doux & charitable
.
Combien mérite de louanges
celuy qui par le moyen de l'Impreffion
nous a facilité cette le-
&are ! Ceft luy qui a donné veritablement
la vie aux produ-
&tions de l'Eſprit. L'Ecriture
leur avoit donné quelque corps
& quelque confiftance , mais c'é
du Mercure Galanı.
7
:(
roit un corps informe & groffier,
que l'Impreflion a poly & r . ndu
agreable aux yeux & à l'efprit
mefine, qui luy eft redevable en
quelque façon de nos Ecrits , car
fi l'Ecriture leur a donné la naif
fance , l'Impreffion les redreffe ,
les corrige , leur donne la perfe-
Яtion , & les met au jour. C'eft
donc une chofe fort utile & fort
agreable que la Lecture ; mais
elle ne doit pas cftre continuelle ,
fi l'on en veut recevoir quelque
utilité & quelque divertiffement,
Elle rebouche l'efprit, elle offuf
que l'imagination , & luy ofte
tour fon feu & toute fa vivacité .
Les Livres n'ennuyent pas, mais
ils étourdiffent & fatiguent bien
fouvet, & l'on en fait des indigeftions
auffi dangereuses à l'ame,
A i
8. Extraordinaire
que celle des Viandes eft nu fible.
au corps. Celle da Pain , qui eft
le foûtien de la vie , eft la plus à
craindre. Celle delilecture , qui
eft l'aliment de l'efprit , fe doit le
plus éviter. Tous les Hommes
ne font pas propres à devorer les
Livres comme le Prophete ; &
tous les Livres ne reffemblent
pas à celuy que l'Ange luy préfenta.
Ileft des Efprits caeochimes
commedes eftomachs, & il
eft des Livres comine le Fer, qui
ne fe digérent jamais. La nature
des alimens qu'on prend , cor
rompt fouvent la fanté , fi on ne
regle lufage des Viandes felon
les eftemachs . Il faut donc auffi
regler Pufige des Livres fuivant:
la force des Efprits , & prendre
garde à la lecture qu'on fait,
du Mercure Galant.
9
choifir bien les Livres , n'en prendre
trop , ny trop pcu . Eftre trop
longtemps fans lire , defleche &
amaigrit l'efprit ; lire trop fouvent,
l'accable & l'étouffe . Il fe
fit une trop grande replétion .
La mémoire , quoy qu'excellente,
& mefme divine en quelques-
uns, eft neantmoins limitée,
& ne peut agir que felon la bonté
des organes , ny fe remplir que
felon leur capacité . Lors qu'on
met dans un Vaiſſeau plus de liqueur
qu'il n'en peut contenir,
il faut qu'il créve , ou qu'elle fe
répande. Non feulement les organes
s'ufent & s'affoiblient ;
il fe fait encore une fi étrange
confufion dans la mémoire, par
la foule & par la diverfité des
images qui s'y rencontrent, qu'-
10 Extraordinaire
elle fe déregle , & mefme qu'elle
trouble le jugement. Je fçay bien
que nous avons une faculté, qui
eft comme un garde meuble , fi
j'ofe parler ainfi, qui place & qui
difpofe ces images , mais leur
trop grand nombre l'accable &
l'embaraffe . On me dira peuteftre,
qu'il importe peu de perdre
nos vieilles connoiffances , lors
que nous en acquérons de nouvelles
. Mais croit.on que ces
images fe faffent place ainfi dans
noftre mémoire ? Noftre ame
qui ne veut rien perdre , qui tâ
che de garder ce qu'elle a , &
d'acquérir toûjours quelque cho
fe , affoiblit extrémement nos
organes par ce moyen , & nous
peut caufer un déreglement d'ef
prit.. D'où vient qu'on voit tant
du Mercure Galant. IF
de Foux par la lecture , fi ce n'eft
la continuelle application & l'af
foibliffement des organes ? Mais
quand on les auroit de fer, & que
noftre cervelle feroit la mieux
timbrée du monde , on ne feroit
pas exempt de cette confufion
de mémoire qui embroüille les
plus beaux Efprits ; & il faudroit
toûjours avouer que nous per
dons plus de connoiffances que
nous n'en acquérons ; & en verité
nous ferions bien empefchez
dans le choix , des choſes que
nous avons oubliées , & de celles
que nous avons apprifes.
On peut affurer que les Livres
font tort aux Efprits naturels, &
à tous ceux en qui le bon fens
domine. Les Efprits vifs & brillans
d'imagination , achevent de
12 Extraordinaire
fe gafter par les Livres , parce
que le plus fouvent la folie eft le
fruit de leur lecture . Les Efprits -
folides & de jugement, s'altérent
& fe corrompent par les Livres.
La refléxion & la méditation eft
leur partage , & la feule Biblio .
teque qu'ils doivent confulter,
en toutes chofes , Ces Gens là
doivent tout fçavoir par recit
& par converfation , & étudier,
comme les anciens Drüides, qui ;
n'enfeignoient & n'apprenoient
les Sciences que de vive voix , par
tradition , & par mémoire. Si
faire des Livres eft une maladie,,
je crois que les lire eft une espece
de contagion , qui laiffe une
grande démangeaifon d'écrire,
ou du moins de racoter ce qu'on
a lú , & comme cette forte de
du Mercure Galant.
13
maladie eft de celles que Petrarque
nomme publiques & incu .
rables, il femble qu'il y ait quelque
infamie attachée à ce mal ,
& qu'on devroit féparer ou dif
tinguer les Autheurs & les Le-
&eurs , comme on faifoit autre .
fois les Ladres. Et en effet,
ajoûte Petrarque , un Homme
infecté de cette maladie, en infecte
beaucoup d'autres , & le
nombre des Malades croift de
plus en plus. Le Sage dit qu'il
n'y a jamais de fin pour les perpétuels
Ecrivains , & je penfe
qu'il n'y en a jamais pour les per-
Fétuels Lecteurs . Ce Sophifte
qui compofa fix mille Volumes ,
en avoit lû peut - cftre un plus
grand nombre.
Ceux qui ont plus de fens que
14
Extraordinaire
d'efprit, lifent peu, font délicats
en Livres , & ne les aiment guére;
mais ceux qui ont plus d'efprit
que de fens , lifent beaucoup,
font grands amateurs de Livres,
& s'accommodent de tout Ecrit,
foit bon ou mauvais , pourveu
qu'il en ait figure . Ces Gens - la
préferent les Livres aux Compa
gnies , & la Lecture à la Conver
fation. Vous leur entendez dire
fans ceffe, mes Livres fontbien plus
raisonnables. Il eft vray qu'il y a
des Livres bien raisonnables,
mais il y en a de bien impertinens
; & je ne fçay fi le nombre
des Sots & des Ignorans , n'eft
point auffi grand dans les Biblioteques
que dans les Affemblées
publiques , & dans la Societé civile,
ou l'on en voit fouvent deux
du Mercure Galant.
IS
enfemble , celuy qui parle , &
l'Autheur qu'il cite. Il eſt encore
vray qu'on gagne quelquefois
de quitter les Compagnies
pour s'entretenir avec les Livres,
mais enfin ce qui oblige à préferer
les bons Livres aux honneftes
Gens , & aux beaux Efprits mefme,
c'est que les Autheurs de ces
bons Livres , font la dans leurs
bons momens , & incapables de
changement , au lieu
que hors
leurs bons Livres , ils nous pa
roiftroient peut - eftre plus infuportables
que les autres Hommes.
Leurs Ouvrages ont fixé
leur belle humeur , leur agrément,
& leur complaifance ; ou
du moins, s'ils y paroiffent autre.
ment, & avec leurs foibleffes , ils
leur donnent du relief & de l'é.
16 Extraordinaire
clat. Leurs coleres, leurs haines ,
leurs amours, y font juftes & raifonnables.
Tout y plaiſt, mefme
jufqu'à leur fureur & à leur emportement.
Mais s'il y a des
Compagnies & des Converfations
dangereufes , il y a des Livres
& des Lectures fort préjudiciables
à la beauté de l'efprit,
& à la bonté des moeurs. Si les
grandes Biblioteques font des
Boutiques d'Aporicaires, comme
les appelloit un Roy d'Egypte,
il y a des Poifons auffi bien que)
des Romedes , & il cit facile de
s'y méprendre , & de faire d'étranges
qui pro quo . Lire de bons
Livres, & d'Autheurs d'un grand
fens, & d'une profonde doctrine;
cela donne de la force , de l'élevation
, & de la nobleſſe dans les
"
du Mercure Galant.
17
penfécs , dans les fentimens , &
dans les expreffions. On eft Philofophe
avec Socrate & Platon.
Mais lire des contes & des bagatelles
, cela infpire la badinerie,
la fadaife , & la turlupinade. On
voit bien dans l'entretien de ceux
qui lifent, quelles lectures ils font,
& par là , le caractere de leur ef
prit , car comme il y a des Gens
qui prennent plaifir à parler de
leur table , & de ce qu'ils mangent,
par où l'on reconnoift leur
gouft & leur délicateffe , il y en
a auffi qui parlent toujours de
certains Autheurs , & qui font
toûjours de certaines Hiftoires.
On remarque bientoft le génie
de ces Lecteurs , mais encore
comme on voit bien ceux qui
font délicatement , ou groffiére-
Q.d'Avril1684. B
18 Extraordinaire
ment nourris , on difcerne auffi
facilement ceux qui ont commerce
avec les bons ou les méchans
Autheurs. Cependant il
faut demeurer d'accord , que
comme il y a des chofes qui pour
eftre contraires à la fanté , ne
laiffent pás de nous eftre agreables
, & de nous flater le gouft,
de mefme il y a des Livres qui
font propres à réjouir & à diver.
tir l'efprit , qui le délaffent & le
recréent , femblables à la Salade,
qui nous réveille l'appétit .
Bien que la Lecture plaife &
foit utile en tout temps , il y a
neantmoins des faifons & des
conjonctures, où elle eft plus
profitable, & où elle donne plus
de plaifir. Dans la jeuneſſe , elle
bouche l'efprit , elle appéſantit
4
du Mercure Galant.
19
& altere le corps ; dans la vieilleffe
, elle laffe & fatigue. Dans
la jeuneffe , on lit fans choix &
fans jugement , dans la vicilleffe,
avec dégouft & avec chagrin,
Un Moderne appelle la Lecture,
une oifiveté laborieuſe , ce qui a
fait dire à un autre, que quelque
honnefte que foit le commerce
qu'on a avec les Livres, c'eſt déterrer
les Morts , & s'enterrer
avec eux, par une profonde mé
ditation ; que lire , c'eft travailler
aux Mines , & qu'on y court la
mefine fortune & les meſmes
accidens, puis qu'on en rapporte
toûjours un vifage pâle , & des
yeux enfoncez ; car pour dire
apres Cicéron , que les Livres
nous font paffer la vie innocem
ment & fans déplaiſirs, il faut en
Bij
20 Extraordinaire
fçavoir faire un bon uſage , au.
trement noftre lecture n'eft pas
fans peine & fans crime ; elle a
fes chagrins , fes veilles , & fes
i quiétudes , elle a auffi fes paſfions,
les déréglemens , & fes er.
reurs. Et puis enfin , fi par eux
on eft fçavant , qui acquiert la
Science , dit l'Eccléfiafte , acquiert
du travail & du tourment,
lors que cette Science eſt vaine ,
curieufe , & criminelle , car la
bonne Science apporte la paix &
le repos à l'efprit . Je veux que
cette occupation foit honnefte
& inftructive , & qu'elle nous
prépare mefme à l'action , elle
nous en détourne bien fouvent ,
& fi elle nous donne la fcience
& la fag ffe des Siecles paffez ,
elle ne nous rend pas toûjours
du Mercure Galant. 21
plus fages & plus fçavans . Il femble
encore que la Lecture ne foit
utile qu'à ceux qui n'ont pas le
loifir de s'étudier eux - mefmes;
car qui fe connoift & s'obſerve ,
n'a pas befoin d'autre modele
pour cftre prudent & fage dans
fa conduite, fi co n'eft que l'exemple
d'autruy nous touche
davantage . Mais y a- t- il rien qui
nous foit plus préfent & plus fenfible,
que ce que nous reffentons
en nous. mêmes ? Ce qui nous eft
arrivé, peut encore nous arriver.
Voyons donc ce que nous avons
fait , & difons le hardiment , il
vautmieux éftre obligé de noſtre
habileté à noftre efprit, qu'à nos
Livres. Tous ces grands Autheurs
qu'on ramene au College,
bien loin de nous inftruire dans
Extraordinaire
noftre jeuneffe , ne nous laiffent
ny amour ny eftime pour eux , &
il faut que l'âge & l'expérience
nous les faffent rapporter au Ca
binet , pour en profiter & pour
nous plaire . Ils nous laiffent
mefine peu de teinture de leur.
Langue, & ces Poëtes & ces
Orateurs , font les Tyrans de
noftre enfance , comme parle
M' Ogier, & nous font hair le
Grec & le Latin, avant que
nous le faire aimer,
de
Mais tous les Hommes ne font
pas comme les Tartares, qui femblent
avoir mangé , & s'eftre
nourris des Livres , c'eft à dire,
qu'ils font fçavans fans lecture , &
fans étude . Il faut des Livres
pour eftre fage , mais il en faut
beaucoup pour eftre fçavant.
du Mercure Galant,
Qu'on diftingue tant qu'on voudra
la Science en ſpéculative &
en pratique , l'une & l'autre a
befoin d'un grand nombre de
connoiffances , que l'expérience
& le naturel ne nous peuvent
donner. Si l'on eft jeune , peut- on
eftre docte fans Livres Et la
Philofophie du College peut- elle
faire un Sage & un Sçavant ? Je
ne dis pas un Docteur , car les
Enfans en fortent tout fourrez .
Mais peut- elle faire un habile
Homme à l'âge de quinze on
feize ans ? Mais dequoy peut- on
eftre capable dans la vieilleffe ?
Si la vie a efté partagée entre la
folitude & les affaires , le bon
fens naturel , & ce qu'on a veu,
ne fuffit pas pour eftre fage &
fçavant. Ce n'eft pas affez que
24 Extraordinaire
de belles reflexions & de fortes
méditations . Il manque des
exemples aux Solitaires, & mefme
l'art de penfer ; & l'Homme
public & politique, a befoin de
la théorie & de la fpéculation,
pour çavoir bien faire ce qu'il
fait heureufement & au hazard .
Mais outre cela , il manque à
tous les deux , mille chofes à fçavoir
pour leur falut & leur conduite,
qu'ils ne peuvent avoir en
eux-mefmes, & par les lumieres
naturelles. Tout ce qui regarde
les Sciences & les Arts , ne s'acquiert
point fans Livres. Du genie,
de l'invention , de l'induftrie,
tant qu'il vous plaira , de la communication
avec les Sçavans &
les Maiftres , il faut encor avoir
recours aux Livres , pour eftre
pleinement
51
du Mercure Galant.
25
pleinement inftruits des chofes.
Le Sage des Stoïciens fuffifoit
à foy - même; mais encore avoit - il
eu befoin de Livres , avant que
d'eftre en état de mépriſer tout
ce qui eftoit hors de luy ; & peut.
eftre fans eux, n'auroit- il pas fait
tant de bruit , & voila , dit- on , le
mal que font les Livres. Ils don
nent avec ce mépris de toutes
chofes , une fuffifance arrogante,
qui rend les faux Sages infolens
& ridicules. Mais files Livres
ont perdu quelques Pédans , qu'ils
ont fait Roys de la Férule , n'ontils
pas fait des Philofophes & de
veritables Sages , qu'ils ont élevez
fur le Trône , & entre les
mains defquels ils ont mis un
Sceptre d'or , pour l'ornement
& la protection des belles Let-
Q. d'Avril 1684.
C
26 Extraordinaire
tres, & pour le bien & la félicité
des Hommes ?
Par le moyen des Livres, toute
la fageffe des plus habiles devient
la noftre ; & files Sages n'ont pas
moins vefcu pour nous que pour
eux , c'eſt là que nous profitons
de leur vie , & fans la lecture,
tout ce qu'ils ont dit , & tout ce
qu'ils ont fait , feroit enfevely
dans leurs Tombeaux. Les Grecs
& les Romains ont fait de grandes
chofes, & nous ont donné de
grands exemples ; mais ils ont
perdu tout cela , & nous auffi , fi
nous ne l'apprenons dans les Livres
; & c'eſt par le
moyen de
l'Hiftoire , dont la connoiffance
nous eft fi neceffaire pour noftre
conduite , afin de regler les éve
nemens préfens fur les évenedu
Mercure Galant. 27
mens paffez . Ce qui arriva hyer,
peut eftre plus diférent de ce qui
eft arrivé aujourd'huy , que ce
qui s'eft paffé il y a mille ans ;
& alors l'expérience & la fageffe
ne fervent de rien . La relation
qui fe tire de là, eft toûjours imparfaite
& défectueuſe . Il faut
joindre la lecture à l'obſervation ,
pour en bien juger. Le Chancelier
Bacon dit qu'il arrive
tous les jours, par un caprice de
la Nature, que les Enfans reffemblent
à leurs Grands - Peres , &
meſme à leurs Biſayeuls , & n'ont
aucun trait de leurs Peres. De
mefme, continue.t - il , les affaires
par un caprice de la Fortune, auront
du raport avec ce qui fe fera
fait dans les Siecles les plus éloi
gnez , & n'en auront point du
Cij
28
Extraordinaire
tout avec ce qui vient d'eftre fait.
Il compare agreablement toutes
les connoiffances que la lecture
peut donner aux Tréfors publics,
à l'Epargne, & aux Finances d'un
grand Prince , & tout ce qu'un
bel Efprit peut produire de fon
propre fond , aux richeffes d'un
fimple Particulier. Il eſt aifé
d'en voir la diférence , & de conclure
, que l'expérience a beſoin
des Livres, pour rendre un Hom.
me veritablement fage & .prudent
; ce qui a fait dire qu'un
grand Politique , ou un grand
Miniftre fans étude & fans lecture
, eft un Empirique d'Etat,
qui tue plus de Malades qu'il
n'en guérit , parce qu'il fe conduit
par une fauffe pratique qui
n'a point d'exemples.
du Mercure Galant.
29
L'Hiftoire peut donc s'accommoder
avec les évenemens qui
nous arrivent, & nous eftre utile,
par raport à trois chofes , parce
que dans toutes les affaires il y a
ce qui les prépare , ce qui les dé
termine, & ce qui les fait réüffir.
Or l'Hiftoire , qui eft le récit
d'une chofe paffée , a ces trois
mefmes circonftances ; & il en
eft ce que Mademoiſelle deGour
nay a dit des Effais de Montaigne,
que c'eft le dernier bon Livre
qu'on doit prendre , comine
Je dernier qu'on doit quitter ; car
hormis les Fables & la Chronologie,
qu'il eft neceffaire de faire
aprendre aux Enfans, parce qu'ils
ont en cet âge. la plus de mé.
moire, & que cela leur donne le
gouft des Livres, je ne crois pas
C
30
Extraordinaire
qu'on leur doive abandonner
'Hiftoire
& la Politique
. Un
jeune Homme
doit aller par degrez
dans fa lecture ; car ce n'eft
pas affez d'avoir
le jugement
avancé , & l'intelligence
vigoureufe,
il faut un jugement
formé,
& une intelligence
confommée
.
On peut entendre
ces choſes.
dans la jeuneffe
, quand on a de
l'efprit, &une heureuſe
naiſſance
,
mais pour les bien digérer, & en
faire fon profit, on ne le peut que
dans un âge plus meûr, & apres
une longue expérience
. Les Livres
qui regardent
les moeurs , ne
fe doivent
lire que quand on eft
fage , comme
les autres ne fe
doivent
lire que lors qu'on eft.
jeune.
Comme il y a des Gens qui
du Mercure Galant.
font infuportables avec leur le-
&ture , & qui dans les affaires &
le commerce du monde ne font
pas fort habiles , on a douté fi
les Livres eftoient neceffaires
dans la Politique , & fi un grand
Lecteur pouvoit eftre un grand
Homme d'Etat . Il y a icy quel
que diférence à faire, & quelque
tempérament à garder. Traiter
les affaires fans Livres, c'eft ignorance.
Traiter les affaires par les
Livres , c'eft fimplicité. Ceux
qui n'ont que l'expérience , ſe
trompent groffiérement dans les
affaires , car pour juger fainement
des chofes, il les faut connoïftre
parfaitement , & cette
connoiffance ne peut venir de
l'expérience feule, qui n'eft qu'un
effet de l'occurrence des évene-
C iij
32
Extraordinaire
mens, parce qu'on ne fçait qu'apres
qu'ils font paffez , ſi l'on a
bien ou mal fait, de les laiffer paf
fer ainfi. De plus , il faudroit vivre
l'âge des Patriarches , pour
voir pendant fa vie plufieurs éve
nemens femblables . D'autre côté,
ceux qui n'ont que la lecture,
ne font pas moins fujets à faillir,
Ils reglent toutes chofes felon
leurs idées, & jugent plutoft par
mémoire que par jugement. Ils
s'amufent à compaffer les évenemens
paffez avec les préfens , &
font fi longtemps à en faire les
paralelles , que le mal arrive
avant que de le pouvoir empefcher
, & qu'il fe rend incurable
avant que d'y apporter le remede.
Les affaires, comme nous
avons dit, ont toûjours quelques
du Mercure Galant.
33
circonftances qui les diverfifient.
Si deux chofes qui arrivent en
mefme temps à une mefme perfonne,
font fi diffemblables , c'eft
bien pour qu'il y ait encore plus
de diférence entre le préfent &
le paffé. Ceux qui n'ont que la
lecture, n'ont point l'art de joindre
ces deux extrémitez , & de
comparer les affaires par où elles
fe reffemblent dans la théorie &
dans la pratique. Ils les voyent
venir de loin , & s'accoûtument
à cette veuë ; mais ils ne peuvent
s'en démêler, parce qu'ils n'ont
point d'expérience. Les autres
ne les apperçoivent point, qu'el
les ne les touchent , & s'épou
vantent à leur abord, parce qu'ils
n'ont ny lecture, ny étude. Mais
pour dignement fe débaraffer
34 Extraordinaire
des affaires , il faut remplir cet
entre- deux , & confondre ces
deux choſes. C'eſt le moyen de
faire un habile Homme , & un
grand Homme d'Etat.
Mais il faut eftre fçavant &
éclairé, pour bien juger des Livres,
& pour faire un bon ufage
des vieux & des nouveaux . Pour
peu qu'un Homme ait d'éloquence
& de teinture des belles
Lettres , il luy eft facile de faire
des Livres, & de remplir de gros
Volumes , de la maniere que l'on
compofe aujourd'huy. Ce n'eft
pas que nous foyons plus fçavans
que nos Peres , mais nousfommes
plus intelligens & plus intelligi
bles. Plus ils vouloient penétrer
le fond des Sciences , plus ils :
y rencontroient d'obſcurité ; &
du Mercure Galant.
35
ce qu'il y a de brillant & de lumi
neux dans leurs Ecrits, vient feulement
de la fuperficie. Ils ont
affecté mefine de paroiſtre tenébreux
, pour paroiſtre doctes ; ce
qui fait la rudeffe de leur langage
, & le galimathias de leur
ftile. Cependant nous leur fom.
mes redevables de nous avoir défriché,
& mâché les Sciences.
mais on nous doit pardonner, fi
nous n'allons pas plus avant que
leurs lumieres nous peuvent conduire
, par la briéveté de noftre
vie ; & l'on nous doit fçavoir
quelque gré , d'avoir plus d'ordre,
plus de difcernement , & plus
d'apropriation qu'eux , dans nos
Ouvrages , qui font des chofes
effentiellement neceffaires pour
plaire & pour inftruire, lefquelles
36
Extraordinaire
་
neantmoins ils ont négligées, par
ignorance , ou manque d'application.
Nous ne difons pas de
meilleures chofes , mais nous les
difons en meilleurs termes. Je
parle icy des Autheurs qui ont
écrit en noftre Langue . La facilité
& l'agrément de noſtre expreffion,
valent bien la fécondité
de leurs pointes , & l'artifice de
leurs figures . Ce qu'il y a de pré- a
tieux dans leurs Livres , font des
Diamans bruts, mal polis , & enchaffez
en cuivre tout le monde
n'en voit pas l'éclat , & n'en connoift
pas le prix , Il eſt vray qu'on
dit que les Ecrits d'apréſent font
comme les faux Diamans , qui
brillent davantage que les veritables
; mais on avoüera que cet
éclat , & l'art de les mettre en
du Mercure Galant.
37
ceuvre , vaut mieux que cette
fombre obfcurité , qui couvre
dans les vieux Livres les Pierreries
les plus rares, dont leur éloquence
eft parée. C'eſt une éloquence
ridée , qui à la verité a
des muſcles & des nerfs, mais qui
rebute les Lecteurs , & qui plaiſt
bien moins que la politeffe & la
pureté du ftile d'aujourd'huy.
Ces ridicules ornemens de la
vieille Rhétorique, & cette do-
Arine tenébreuſe, font-ils préferables
à un ordre & à un arrangement
naturel , qui débrouille
& qui difpofe les matieres les
plus confufes & les plus embaraffées
? A une diction fi claire
& fi intelligible , que les plus
groffiers par fon moyen penétrent
les choſes les plus fublimes
38
Extraordinaire
& les plus relevées ? Avoüons
donc que nos Autheurs modernes
l'emportent fur tous les anciens
qui ont écrit en hoftre
Langue , & bien loin de donner
le titre de Reyne à une vieille
Dame chargée de Médailles de
cuivre & de Chaînes de laton,
comme parle M' Paſcal, foúmettons
-la aux pieds de l'illuftre
Académie Françoiſe , qui doit
avec juſtice regner dans l'Empire
des belles Lettres.
Cependant comme la plûpart
des Livres nouveaux ne fortent
pas de cette Source d'éloquence
& de politeffe , on les lit feulement
pour dire qu'on les a lûs ;
car la lecture de ces fortes d'Ou.
vrages fait aujourd'huy une par.
tie de l'efprit de bien des Gens
du Mercure Galant.
39
devant lefquels on ne paroiftroit
que groffiérement fçavant, fi on
on ne citoit que les anciens Autheurs
, & fi on n'avoit pas
la
connoiffance de tous les petits
Livres de Vers & de Profe, que
les Cavaliers & les Dames portent
dans leurs poches , comme
une marque de politeffe & de
galanterie. On eft perfuadé que
i la lecture des Livres nouveaux
ne nous rend pas plus habiles ,
elle nous donne l'efprit du temps,
fans quoy nous ne fçaurions plai .
re, ny eftre à la mode. J'en connois
de fidélicats en cela , qu'ils
feroient fcrupule de citer le Plu
tarque d'Amiot , pour celuy de
l'Abbé Tallemant, & les Satires
de Regnier pour celles de Boileau.
C'eft pourquoy afin de
40
Extraordinaire
fçavoir les chofes anciennes
parmy
les nouvelles , on a traduit la
plupart des vieux Livres qui ont
quelque réputation . Mais enfin
foit qu'on life les vieux ou les
nouveaux Autheurs , ceux qui
écrivent doivent prendre garde
à l'uſage qu'ils font de leur le-
&ture ; car s'il faut avoir lû pour
bien écrire, il ne faut pas écrire
pour montrer qu'on a lû . C'eſt
neantmoins la folie de beaucoup
de Gens . Leurs Ouvrages ne
font que des Copies imparfaites
des Originaux qu'ils ont pillez,
Ils reffemblent à ceux qui s'enrichiffent
du bien d'autruy. Ils
fubfiftent de leur vivant, mais ils
ne laiffent à leurs Heritiers qu'-
une Succeffion qu'il faut rendre,
ou que l'on ne conferve qu'en fe
du Mercure Galant.
41
3
ruinant. Que demeureroit-il à
tant d'Autheurs, s'ils rendoient
aux Anciens ce qu'ils leur ont
pris ? Il ne leur refteroit qu'un
peu d'ordre & de mémoire ;
bien du papier blanc , & beau-
| coup de temps perdu. Tels font
ceux qui ne compofent que par
mémoire, & qui n'ont de l'invention
que pour arranger des lieux
communs , & les placer bien à
propos, Ils écrivent avec facilité
fur toutes fortes de fujets,
parce qu'ils ont une idée genérale
de toutes fortes de matieres,
& de pleins Magazins de paffa .
ges & de recherches . Si on leur
dit qu'ils ne font rien de nouveau
, & que leur abondance
vient de leur grande lecture , ils
répondent que ce font des no
Q.d Avril 1684- D
42
Extraordinaire
tious genérales & communes &
tous les beaux Efprits , & qu'ils
font honneur aux Autheurs qu'ils
alléguent. Cependant , je confeillerois
aux grands Lecteurs &
auxjeunes Gens, qui ne compo
fent encore que par imitation , &:
qui ont befoin de guide , de ne
fe flater point de cette penſée, &
d'éviter comme un écueil de pa
reilles compofitions , car c'eft le
vray moyen de ne faire jamais.
rien de foy-mefme , & de s'attirer
té mépris & indignation des .
Sçavans ; mais fur tout, ceux qui
écrivent , & ceux qui lifent, doi .
vent prendre garde d'avoir de
mauvais fentimens . On les prend
infenfiblement dans les méchans.
Livres , & on les communique
apres aux autres. L'Homme eft
du Mercure Galant.
43
naturellement idolâtre de les
opinions , & particulierement
dans fes Ecrits, qui les immorta.
lifent. Plus fes opinions font foi
bles , plus il s'éforce de les foû
tenir , & l'on diroit mefime que
fon opiniâtreté s'augmente , à
mefure qu'elles tombent en rui
ne ; & c'eft pourquoy il y a fi peu
d'Autheurs qui fe retractent.
Il y a des Gens qui lifent tou
tes fortes de Livres, & qui ne lifent
que pour lire , & pour dire
qu'ils ont lû , & ceux - là font auffi
habiles que s'ils n'avoient jamais
veu de Livres. Il y en a d'autres
qui à la verité lifent tout , fans
s'attacher à aucun Autheur particulier
, mais ils profitent de
tout, & font comme les Abeilles ,
qui compofent leur miel du fuck
Dij
44
Extraordinaire
de diverfes Fleurs. Ce font des
Efprits qui ne veulent point de
guide dans l'étude des belles
Lettres , & qui cherchent par
tout la fcience & la verité. Je
crois auffi qu'un Homme qui a
pris la voye de la Lecture pour
eftre fçavant (car on le peut eftre
par la méditation & par la refléxion
, mais qui eft une étude plus
feche & plus ennuyeufe; ) je croy,
dis-je, qu'un grand Lecteur doit
tout lire , pour eftre fatisfait ,
& pour eftre docte. Il ne doit
pas feulement éfleurer & parcourir
les Livres, il doit lire eny
tierement un Ouvrage & avec
application, & prefque toûjours
les Originaux, & dans leur propre
fource , afin d'en bien juger,
mais il doit encore lire tous les
du Mercure Galant.
45%
?
bons Livres du temps , s'il veut
eſtre un fouverain Arbitre en fait
de Littérature. Il y en a qui ne
s'attachent qu'à un certain nombre
de Livres choifis , qui font
toute leur étude & toute leur
application. Je ne blâme point
ceux qui ne lifent que les Livres
qu'ils entendent , parce qu'ils
n'ont pas affez d'intelligence &
de capacité pour lire des Autheurs
d'une plus grande force;
mais ceux qui pour faire parade
d'une fotte & ridicule fuffifance ,
lifent Platon & Ariftote , où ils
n'entendent rien , qui ne lifent
jamais que les grands Autheurs,
pour faire croire qu'ils ont un
grand commerce avec eux , &
pour montrer l'élevation de leur
génie , ceux- là, dis-je, méritent
bien d'eftre berpez des Sçavans
46
Extraordinaire
qu'ils fréquentent . Il faut avoueringénúment
noftre ignorance,
& ne citer pas fi hardiment des
Autheurs qu'on n'a veus qu'à la
marge d'un Livre , ou entendu
nommer qu'au Sermon . On ne
peut pas conoiftre à fons tous les
bons Autheurs , la vie de l'Homme
eſt trop courte , pour faire ;
habitude avec tous , c'eft bien
affez d'en connoiftre quelquesuns
de noſtre portée , & à noftre
ufage. Ce qui me fait fouvenir
de ce que répondit plaifammentun
Cavalier de mes Amis à quel
qu'un quiluy parloit de Scaliger;
qu'il ne le connoiffoit que de
veuë , pour l'avoir rencontré
quelque part , mais qu'il ne fçavoit
pas de quel Païs il eftoit.
Que dirons-nous encore de ceux
qui n'ont jamais veu ces grands
du Mercure Galant. 47
5
Autheurs , qu'en mafque , traveftis,
& déguiſez, & qui cependant
ne jurent que fur la verité
& la fidélité de leurs paroles? Il
les faut mettre au nombre de nos :
Dames Lectrices , qui citent Sear..
ron & Daffoucy, pour Ovide & Virgile . Il y a d'aul
Sçavans ,
qui par inclination ou par capri
ce , ne s'attachent qu'à de cera
tains Autheurs d'une doctrineextraordinaire
& chimérique, ce
quilés rend: fort finguliers & fort
attachez à leurs opinions. Il feroit
à fouhaiter pour le repos del'Eglife
, & de la focieté civile,
qu'ils n'euffent jamais lû que leur
Álmanach ; mais il eſt une amouraveugle
pour les Livres & pour
les Autheurs, auffi-bien que pour
les autres chofes , & cette folie
48 Extraordinaire
nous porte quelquefois juſqués à
choquer la bienséance & l'honnefteté.
Comme les productions
de l'efprit font plus nobles que
celles du corps, l'amour que chacun
a pour les Ecrits eft plus raifonnable
que celuy que nous
avons pour nos Enfans . Il eſt
auffi plus fort & plus folide , je
diray mefme qu'il eft plus tendre ;
car s'il eft rare que nos Enfans
nous reffemblent , nos Livres
nous reffemblent toûjours. Ce
font les vives images de noftre
efprit & de nous-mefmes. Il y a
deux amours pour les Livres, un
amour de Pere , & celuy- là, c'eft
l'amour des Autheurs pour leurs
Ouvrages. Il y a un amour d'A
mant, & c'eſt l'amour que nous
portons aux Ouvrages des au
fres .
du Mercure Galant.
49
tres. Tous deux font aveugles ,
& vont à l'excés . Ils font fujets
à faire bien de faux jugemens ;
& tous ceux qui fe font mêlez de
faire le difcernement des Livres,
foit anciens ou modernes , ont
toûjours manqué en cela , par
préoccupation & par enteftement.
Que de ridicules Biblioteques
dans le monde , par le
choix mefme de Gens fçavans !
Je pardonne ce fol amour de
Pere dans un Autheur ; mais je
ne puis pardonner à un Lecteur
cette amour bizarre , qui le rend
idolâtre de certains Livres indignes
de fon eftime , & qui luy
font perdre fa réputation , car
rien ne décrie plus un galant
Homme , que le mauvais gouſt
en toutes choſes . On feroit un
Q.d'Avril 1684. E
So
Extraordinaire
Roman de tous ces plaifans Le-
&eurs , & j'ay veu des Devots
contefter jufqu'à l'aigreur & à
l'emportement , pour la préference
de la Guide des Pecheurs ,
& de la Cour Sainte ; du Penfez- y
bien , & des Penfées Chreftien
nes ; de Philothée, & de l'Horreur
du Peché . Il n'y a fi petit
Docteur qui n'époufe un Pere
de l'Eglife , & qui ne fe faffe le
Palladin de fon éloquence & de
fa doctrine. Nous avons vû de.
puis quelques années un Prédicateur
fiamoureux de Tertulien ,
qu'il ne s'eft pas contenté de
prefcher par la bouche de ce
grand Homme , il l'a fait pref
cher par la fienne , & a intitulé
trois ou quatre gros Volumes de
Sermons, Tertulianus prædicans.
du Mercure Galant.
SA
Pour les Autheurs profanes,
S. Auguftin s'attendriffoit fur
l'Eneïde de Virgile ; & S. Jerôme
fut foüeté par les Anges , pour
avoir lû Cicéron avec trop d'attache.
Je ne parle point des Philofophes
& des Autheurs qui ont
fait Secte ; l'Ecole & le Païs
Latin, retentiffent encore tous les
jours du bruit qu'on fait pour
foutenir de fi vaines & de fi ridicules
affections. Mais on ne trouvera
jamais la verité tant qu'on´
s'amufera à contefter fur le mé.
rite de ceux qui l'ont cherchée.
Je ne dis rien non plus des fauffes
Clélies , des faux Cyrus , & des
fauffés Cléopatres ; car il y a des
Cavaliers & des Dames auffi
fous de ces Romans , que de Pédans
enteftez de Platon & d'AE
ij
52
Extraordinaire
riftote. J'ay un Amy fi prévenu
en faveur des Penfées de M' Pafcal,
qu'il a rompu vingt fois avec
moy, parce qu'il s'imaginoit que
je n'eftimois pas affez cet Au
theur. J'ay connu un illuſtre Prélat
, qui n'eftoit pas moins paf
fionné pour les Lettres Provin
ciales qu'on luy attribuë. Il les
avoit de trois ou quatre fortes,
pour la taille & pour l'impreffion ,
mais fur tout il les avoit en petit
dans un Sac de cuir mufqué trespropre
, qu'il portoit toujours
fur foy. Ce Prélat eſtoit neantmoins
du Party contraire , &
grand Amy des Jéfuites ; mais
tout cela n'avoit pú diminuer l'a
mour qu'il portoit à ces Lettres
agreables & fpirituelles .
Ccs belles Refléxions de M
du Mercure Galant.
53
le Duc de la Rochefoucaur,
n'ont - elles pas fait autant d'Idolâtres
qu'elles ont eu de Lecteurs
? Je connois encore des
Gens qui font fous de Montaigne,
de Charon , & de M ' de la
Hoguete ; mais ces trois Autheurs
fe reffemblent fi fort ,
qu'on ne peut en aimer l'un fans
aimer l'autre . Cet amour aveugle
pour quelques Livres , nous
en fait hair d'autres avec auffi
peu de raifon , & on feroit de
plaifans contes de ces fortes d'averfions
, mais on ne diroit rien.
que tout le monde ne fçache.
Enfin cette fympatie & cette
antipatie partagent tous les jours
les Lecteurs , & de la naiffent ces
agreables Difputes , & ces fçavantes
Differtations , qui font
E
iij
54
Extraordinaire
paroiftre les beaux Efprits, & ga
gner les Libraires . Il eft d'autres
Lecteurs qui ne s'attachent à
perfonne , & qui lifent tout fans
dégouft & fans paffion , pourveu
qu'il foit vray , ou qu'ils le
croyent tel , car autrement ils
feroient confcience de leur le-
&ture , & n'oferoient pas voir dans
l'Almanach quel temps il doit
faire, s'ils l'ont une fois reconnu
menteur.
La verité eft bien aimable , &
mérite bien qu'on la cherche par
tout où l'on peut la trouver;
mais il ne faut pas la chercher où
elle ne fut jamais , & où l'on fe
doit contenter de la vray -femblance
, qui pour n'eftre pas fi
forte, ne laiffe pas d'eftre fouvent
& plus utile , & plus agreable,
du Mercure Galant .
SS
S
Les fixions des Poëtes ne font
pas des menfonges criminels , &
on n'a point fait de Loix pour
les punir. Ce font des tromperies
innocentes & fpirituelles , qui
n'apportent aucun préjudice à
la focieté civile. Il y en a meſme
d'inftructives & de profitables
pour les bonnes moeurs. La vrayfemblance
eft quelquefois plus
propre à nous éloigner du vice ,
& à nous porter à la vertu ; &
dans les chofes indiférentes, elle
eſt préferable à une verité odieu.
fe , lors qu'elle ne choque ny
la
Foy hiftorique , ny la Créance
humaine. Ces Amateurs de la
verité , que je comparerois volontiers
à ceux qui cherchent la
Pierre Philofophale , devroient
s'attacher au fens, & non pas aux
E iiij
56
Extraordinaire
paroles , qui n'en font que l'é
corce. Lors que N. Seigneur
enfeignoit fes Difciples , il le faifoit
par des paraboles , qui êtoient
fouvent fauffes quant à la chofe,
mais fi veritables quant au fens,
qu'ils n'en pouvoient douter. Il
eftoit la verité meſme , mais il fe
fervoit de ces paraboles comme
d'un véhicule , pour faire entrer
fa doctrine dans leurs efprits , qui
auroit pû les ébloüir & les effrayer,
en fortant toute claire &
toute pure de cette fource de
-lumiere & de fainteté . Aucun de
fes Diſciples ne luy dit ; fi les
exemples que vous nous propofez
eftoient veritables , nous les
fuivrions ; mais les chofes que
vous nous contez eftant fauffes,
nous ne devons pas nous regler
du Mercure Galant.
57
là deffus . Au contraire , ils êtoient
charmez de fes recits , & cette
maniere de les enfeigner leur faifoit
comprendre , & les perfuadoit
des veritez les plus incroyables
, au lieu que lors qu'il leur
dit naïvement, & fans paraboles,
qui ne mangera pas ma chair, & qui
ne boira pas mon fang, n'aura point
la vie eternelle , ils fe récrient &
fe fcandalifent de cette verité.
Moïfe, dit Philon , a efté ennemy
des Fables, parce qu'il a toûjours
voulu marcher ſur les veftiges de
la verité. Cependant il eſt plein
de paraboles & d'allégories , &
il n'y en a pas moins dans l'Ancien
Teftament , que dans le
Nouveau . Ily a apparence mefme
que le Fils de Dieu ne s'eſt
fervy de cette maniere d'enſei
58
Extraordinaire
gner, que parce qu'elle estoit du
gouft & du génie des Juifs. D'où
vient donc cela ? ' C'eſt qu'il y a
cette diférence entre la Fable &
la Parabole , que celle- cy contient
la verité ſous la figure de la
vray -femblance , & celle . là fous
la figure du menfonge. La Fable
eft toûjours extraordinaire
&
merveilleufe ; la Parabole , toujours
fimple & naturelle, & voila
pourquoy Moïfe s'eft éloigné de
la Fable dans fes Ecrits ; mais au
refte il en eft comme de la Pein.
ture & de la Sculpture , que ce
Législateur défendit au Peuple
de Dieu. Ces ingénieufes fixions
ont eu leur utilité chez tous les
autres Peuples , & nous tirons.
encore tous les jours de grandes
inftructions
des Fables d'Efope
,
du Mercure Galant,
$9
dont l'Histoire eft fi oppoſée au
bon fens & à la raifon , mais dont
la morale eft fi jufte & fi raiſonnable.
Ce font des Beſtes qui
parlent, cela eft incroyable , mais
ce qu'elles difent eſt la verité
mefme . Lifons donc les Poëtes
en Poëtes , & les Hiftoriens en
Hiftoriens. Ce n'eſt pas dans les
chofes profanes que la verité eft
fi neceffaire pour noſtre inftruction
. C'eſt dans les choſes faintes,
encore y faut- il de la précaution
& du difcernement ; car la
Lettre tue , & la Bible renferme
des veritez plus capables de nous
fcandalifer, que de nous édifier.
Je parlerois icy de la lecture de
1'Ecriture Sainte , & des Saints
Peres, & du mauvais ufage qu'on.
en fait , car il ne faut pas croire
во Extraordinaire
qu'il n'y ait que les mauvais Livres
qui foient nuifibles. On
abufe des bons plus dangereufe
ment que des autres , & il faut
avoir de grandes lumieres pour
cette forte de lecture , mais ces
lumieres doivent eftre douces &
tempérées. Si les Livres profanes
fe lifent d'ordinaire aux Flambeaux
, ceux - cy fe doivent lire à
la Lampe , je veux dire dans le
Cabinet & dans la Solitude , avec
foûmiffion , avec fimplicité , avec
application, avec recueillement,
& non pas dans l'éclat & le bruit
du grand monde ; par curiofité ,
par fuffifance , par mépris , par
raillerie. Mais où vay- je m'embaraffer
? Je dois laiffer cette matiere
aux Maistres de la Vie fpirituelle,
& aux Peres de l'Egliſe,
du Mercure Galant. 61
5
qui nous ont appris eux- mefmes
comment nous les devons lire.
Il faut donc faire diftinction
des chofes qu'on lit, & de l'uſage
qu'on en peut faire . Si je lis une
Fable , je ne m'attache qu'au
fens , & j'en examine la verité,
par le raport que j'en fais à la
Philofophie, ou à la Theologie,
à la Nature, aux Moeurs, ou à la
Religion. Si c'eft quelque recit
plaifant, je m'endivertis, fans me
mettre en peine fi la choſe eft
fauffe, ou veritable , fielle eft de
l'invention de l'Autheur , ou s'il
n'en eft que l'Hiftorien ; parce
que cette circonstance ne fait
rien à mon divertiffement . Si
nos Ignorans veritables lifent les
Métamorphofes d'Ovide , ou les
Contes de Bocace , ils feront
62 Extraordinaire
une heure à dire , Cela eft faux,
Cela n'a jamais efté , Si cela eftoit
vray. Belle confidération! Comme
s'il leur importoit beaucoup,
qu'un tel ait fait telle chofe , que
Daphné ait efté changée en
Laurier, ou Aracné en Araignée .
Si on leur fait un Conte, en vain.
il eft ingénieux & plaifant ; ils ne
vous écouteront pas , fi vous ne
leur donnez Caution Bourgeoiſe,
de la verité du Fait pour l'HiL
toire. On peut y eftre fcrupuleux,
parce que la verité des éve.
nemens dépend des paroles de
l'Hiftorien ; mais il faut l'exami.
ner en honneſte Homme, & ne
pas démentir les Gens pour des
Vetilles & pour des bagatelles.
Il faut laiffer au Maréchal de
Baffompierre ces Remarques
du Mercure Galant.
63
Cavalieres fur Duplex , c'eft un
Sot, C'est un Ignorant, Il en a menty.
On foufre cela d'un Maréchal
de France , encore que dans l'Em .
pire des belles Lettres il n'y ait fi
petit Copifte, qui ne croye eftre
grand Seigneur . Je connois un
fort honnefte Homme , & bel
Efprit, qui a cette plaifante habitude
, de donner en lifant des
chiquenaudes à tout ce qui ne
luy plait pas. Si je lis quelque
Traité de Phyfique ou de Medecine,
& que j'y trouve une expérience
furprenante , ou une cure
merveilleufe , je confidere fi cela
peut faire naturellement , & s'il
eft ainfi , je donne ma créance à
ce Philofophe , & à ce Medecin ,
auffitoft qu'à un autre . Il eft encore
icy permis de douter, & de
64
Extraordinaire
•
dire , Cela feroit - il vray? parce
qu'il eft facile de fe laifler tromper
fur les fecrets de la Nature,
dont les nouveaux Philofophes
ont fait la découverte. Tout le
monde n'a pas la capacité d'en
bien juger , & il vaut mieux eftre
ignorant en Phyſique , que ridi.
culement fçavant . Enfin fi je lis
quelque Ouvrage de Theologie ,
ou de Pieté , c'eſt avec une foûmiffion
entiere de ma raiſon, facrifiant
à la Foy tous les doutes
que je pourrois avoir. Je croy
que la verité y eft , & ne m'amufe
pas à l'y chercher. Je m'en repofe
fur le foin & la fidelité de
ceux en qui Dieu a mis fon efprit
& fa doctrine .
Mais de tous ceux qui lifent
mal , les plus méchans ecteurs
du Mercure Galant.
65
font ceux qui font lire mal les
7. autres. J'entens parler des Pédans
, qui par ignorance , & manque
de difcernement, nous donnent
dans noftre jeuneffe une
méchante teinture des Livres .
Ils corrompent le fens , & défigurent
l'expreffion des meilleurs
Autheurs ; & à peine d'un fi
grand nombre qui font leur le.
cture continuelle de Cicéron &
de Virgile , s'en trouve- t - il un
3 feul qui les puiffent dignement
expliquer. Il faut pour cela une
netteté d'esprit dont ils ne font
pas capables , une imagination
noble & relevée , & une pro
fonde connoiffance de l'Antiquité.
Sices Autheurs pouvoient
foufrir quelque chofe en cette
vie , ce feroit de le voir déchirez
Q. d'Avril 1684.
F
66 Extraordinaire
par un fi grand nombre d'Igno
rans qui fe mêlent tous les jours
de les expliquer . En effet , les
Autheurs les plus polis nous paroiffent
barbares entre leurs
mains ; & jamais quelqu'un en
a- t-il fait fes delices pendant qu'il
a efté fous la difcipline de fon
Pėdant ? Au contraire , juſqu'à
ce qu'on foit hors de cet ignorant
efclavage , on préfereroitTabarin
à Térence , & Jean de Paris à
Cicéron. Ce n'eft point la jeuneffe
qui fait cela , c'eſt la mé .
chante inftruction qu'on nous.
donne.
Ce n'eft pas affez que la Le
cture nous rende fçavans & habiles
; il faut encore qu'elle nous
rende bien faits & polis , qu'elle
forme nos mours & noftre jugedu
Mercure Galant.
67
gement , qu'elle faffe noftre ef
prit, & donne à noftre naiſſance
S une élevation que la Fortune
nous avoit refuſée ; c'eſt à dire,
qu'elle fe falfe voir auffi - bien
dans nos fentimens que dans nos
paroles , & que nous devenions
par elle encore plus nobles que
fçavans,
Et quepar le travail d'une longue
lecture,
L'Art acheve les traits qu'ébauche
la Nature.
Que de Gens ont lû, qui ont
les fentimens auffi bas , & les manieres
auffi groffieres , que ceux
qui ne connoiffent pas les lettres
de l'Alphabet ! Que de Gens
ont lû, qui ne font pas plus vertueux
, & qui de toute leur le-
Eture n'en tirent pas la moindre
Fij
68 Extraordinaire
confolation dans leurs difgraces!
Cela s'appelle lire en Pédant, &
par une fotte curiofité d'apprendre.
Ils fe rempliffent du fatras
des Livres, incapables qu'ils font
de connoiftre ce qu'il y a de bon,
de le choiſir, & d'en profiter. Le
temps qu'ils employent à la leature
, eft un temps perdu , &
quelques -uns ont raiſon de s'en
confeffer.
Il y en a qui s'accufent de leur
lecture comme d'un grand peché
, & qui croyent que hormis
la Bible & la Legende , tous les
Livres font défendus . Leur conſcience
ſcrupuleuſe leur a renverfé
le ſens commun , en forte
qu'ils s'accufent du bien comme
du mal . Je connois des Devots,
qui fe font accuſez d'avoir lû les
du Mercure Galant.
69
$
Quatrains de Pibrac , & des Di.
recteurs qui ont défendu de lire
la Cour Sainte . Ce n'eſt
pastour .
jours ignorance & fimplicité , il
y a de la bizarrerie, de la paffion ,
& du faux zele. Mais ceux qui
par la corruption de leur nature,
fe fouillent, & fe gâtent à tout ce
qu'ils approchent, ne font- ils pas
indifcrets & teméraires, d'accufer
de leur defordre des Autheurs
innocens , & de les nommer en
confeffant leurs crimes ? Quoy,
un Autheur celebre par fon mérite
& par fa vertu , fera déclaré
infame, & chaffé de la focieté
civile, & meſme de l'Eglife, parce
qu'un Débauché abufera de ce
qu'il a écrit pour le divertiſſement
des honneftes Gens ? Et
s'il eft défendu de nommer les
70
Extraordinaire
Complices de nos crimes au Tribunal
de la Penitence, nous ferat
-il permis d'y eftre les Délateurs
de tant d'illuftres Ecrivains , qui
ne nous connoiffent pas ? Que
ces pernicieux Lecteurs s'accufent
fimplement dú mauvais
ufage qu'ils font des Livres , &
ne s'en prennent pas à leurs Autheurs.
Que ces faux Directeurs
ne confondent pas l'Innocent
avec le Coupable , & ne ſe vangent
pas , fous prétexte de l'intéreft
de l'Eglife , pour contenter
leur paffion & leur caprice . Ils
livrent au Bras féculier de la
Servante, comme parle l'Hiftorien
de Dom Quichote , les plus
celebres Autheurs . Quelle hote!
quelle infamie ! ou plutoft quel
Emportement quelle injuftice!
du Mercure Galant.
7ì
Le feu P. E. terminoit toutes
Tes Miffions par un ſemblable ſacrifice,
auquel il apportoit la paf
fion d'un Tyran , plutoft que le
zele d'un Apoftre. Là dans un
amas confus de Livres qu'il avoit
excroquez de fes Devots , on
voit Porta , Bellot , Agrippa, &
quelques Autheurs d'une réputation
un peu fcabreuſe ; mais
ce qui faifoit le plus grand nom
bre , on voit d'un autre cofté,
les Scudery , les Gomberville,
les Calprénede , les Moliere , &
les Corneilles mefme ; & ce que
Les plus éclairez ne pourroient
voir fans frémir , les Ecrits du
fameux Evefque du Bellay , n'étoient
pas reſpectez de ces flâmes
impures.
Je me fouviens toûjours du
72 Extraordinaire
pauvre Poléxandre, qu'une Da
me de cette Province conſerve
curieufement dans fon Cabinet,
depuis qu'elle le tira de cet indigne
Bacher , où une autre
Dame l'avoit lâchement aban.
donné . Il porte plufieurs marques
de cette infamie ; mais la
Dame l'en eftime davantage , &
elle dit merveille de fes proüeffes
en cette rencontre , & de la bonté
de fes Armes dorées , qui réſiſ.
térent aux flâmes , & qui aidérent
à l'en fauver. Elle entend
par
là une bonne Couverture de
Maroquin de Levant , dorée, &
ajuſtée, dont ce Livre eftoit re.
lié. Enfin elle raconte cette avanture
d'une maniere ſi naturelle &
fitouchante, que ce ne feroit pas
la moins belle partie de ce Roman,
du Mercure Galant.
73
man, fi on la vouloit ajoûter aux
infortunes du brave & genéreux
Poléxandre.
Je l'avoue ingénúment, quand
je confidere avec une férieuſe
refléxion le bien & le mal que
fait à la Jeuneffe la lecture des
Romans & des Poëtes, je n'oferois
ny en approuver, ny en con.
damner l'ufage , mais quand je
me fouviens que je les ay lús
dans mon enfance , & mefme
dans un âge plus avancé, fans la
moindre émotion, & queje leur
dois ce que j'ay d'éducation &
de teinture des belles Lettres ,
qu'ils m'ont ouvert la Porte des
Sciences , & donné le gouft des
Livres, je fuis forcé de dire qu'on
les peut lire fans danger du cofté
de l'ame, & avec utilité du cofté
Q.d'Avril 1684.
G
74
Extraordinaire'
de l'efprit , car enfin , je le répete
encore apres M' de Balzac, il doit
y avoir des Livres pour occuper,
& pour inftruire. Il doit y en
avoir pour délaffer & pour plaire ;
les uns font utiles , les autres
agreables ; & l'Homme a befoin
des uns & des autres. Si on veut
fuivre ce partage , & ne rien confondre,
on fera toujours un bon
ufage de la Lecture.
DE LA FEVRERIE .
LA LECTURE
LS
A Lecture eft le canal des
Sciences. C'eft par là qu'elles
coulent , & qu'elles s'infi
nuent dans l'efprit des Hommes.
Elle donne les connoiffances acquifes
, & elle perfectionne les
habituelles. Sans la Lecture , le
meilleur fond d'efprit eft ftérile ,
& la plus forte contemplation
n'a que de la fechereffe. L'ame
reçoit par elle les connoiffances
qui luy font neceffaires ; & quoy
que l'inftruction & l'expérience
A ij
4
Extraordinaire
"
luy fournillent quelques lumieres
, elle en tire tous les jours de
grands avantages, outre qu'il luy
faut du temps pour profiter de
l'expérience , & qu'il eft peu
d'inftruction fans lecture . L'ame
y trouve en tout temps des lumieres
, à toute heure des exemples
, & par un feul coup d'oeil,
elle voit & elle fçait ce qu'elle
ne pourroit apprendre en pluhieurs
Siecles , car fouvent dans
la lecture, les yeux agiffent pour
les oreilles , & nous lifons bien
plus pour entendre , que pour
voir. Il n'y a que dans les Poëmes
& dans les Romans , où nos
yeux trouvent quelque fatisfation.
Par tout ailleurs , nous lifons
pour écouter. Les Orateurs
& les Philofophes , la Sainte Ecridu
Mercure Galant.
$
ture mefme, ne font lûs que pour
eftre entendus , & de là , foir
qu'on life , ou qu'on écoute , la
Science & la Foy nous font veritablement
communiquées par
loüye , Fides ex auditu. Enfin
nous concevons en vain de belles
penfées, nous avons inutilement
de beaux fentimens , il faut que
la lecture les appuye & les for ,
tifie; mais elle eft encore comme
une femence qui les fait naître,
& comme une habile Gouver
nantè qui nous regle , & qui nous
conduit dans la recherche des
Sciences . Les Livres nous font
comprendre dans un moment,
ce que la Nature a de plus fecret
& de plus curieux , ce que le
Ciel a de plus noble & de plus
grand , ce que la Terre a de plus,
A iij
Extraordinaire
beau & de plus rare . Par eux , les
Terres & les Mers nous font découvertes
. Ils nous enfeignent
la Religion, la Morale , & la Pofitique
, le Culte des Dieux , &
l'Art de gouverner les Hommes,
& de fe conduire foy - mefine ."
Rien n'eft plus agreable que
leur occupation ; car en un mor,
on trouve dans la Lecture un
Confeiller fidelle & definté.
reffé , un Medecin doux & charitable
.
Combien mérite de louanges
celuy qui par le moyen de l'Impreffion
nous a facilité cette le-
&are ! Ceft luy qui a donné veritablement
la vie aux produ-
&tions de l'Eſprit. L'Ecriture
leur avoit donné quelque corps
& quelque confiftance , mais c'é
du Mercure Galanı.
7
:(
roit un corps informe & groffier,
que l'Impreflion a poly & r . ndu
agreable aux yeux & à l'efprit
mefine, qui luy eft redevable en
quelque façon de nos Ecrits , car
fi l'Ecriture leur a donné la naif
fance , l'Impreffion les redreffe ,
les corrige , leur donne la perfe-
Яtion , & les met au jour. C'eft
donc une chofe fort utile & fort
agreable que la Lecture ; mais
elle ne doit pas cftre continuelle ,
fi l'on en veut recevoir quelque
utilité & quelque divertiffement,
Elle rebouche l'efprit, elle offuf
que l'imagination , & luy ofte
tour fon feu & toute fa vivacité .
Les Livres n'ennuyent pas, mais
ils étourdiffent & fatiguent bien
fouvet, & l'on en fait des indigeftions
auffi dangereuses à l'ame,
A i
8. Extraordinaire
que celle des Viandes eft nu fible.
au corps. Celle da Pain , qui eft
le foûtien de la vie , eft la plus à
craindre. Celle delilecture , qui
eft l'aliment de l'efprit , fe doit le
plus éviter. Tous les Hommes
ne font pas propres à devorer les
Livres comme le Prophete ; &
tous les Livres ne reffemblent
pas à celuy que l'Ange luy préfenta.
Ileft des Efprits caeochimes
commedes eftomachs, & il
eft des Livres comine le Fer, qui
ne fe digérent jamais. La nature
des alimens qu'on prend , cor
rompt fouvent la fanté , fi on ne
regle lufage des Viandes felon
les eftemachs . Il faut donc auffi
regler Pufige des Livres fuivant:
la force des Efprits , & prendre
garde à la lecture qu'on fait,
du Mercure Galant.
9
choifir bien les Livres , n'en prendre
trop , ny trop pcu . Eftre trop
longtemps fans lire , defleche &
amaigrit l'efprit ; lire trop fouvent,
l'accable & l'étouffe . Il fe
fit une trop grande replétion .
La mémoire , quoy qu'excellente,
& mefme divine en quelques-
uns, eft neantmoins limitée,
& ne peut agir que felon la bonté
des organes , ny fe remplir que
felon leur capacité . Lors qu'on
met dans un Vaiſſeau plus de liqueur
qu'il n'en peut contenir,
il faut qu'il créve , ou qu'elle fe
répande. Non feulement les organes
s'ufent & s'affoiblient ;
il fe fait encore une fi étrange
confufion dans la mémoire, par
la foule & par la diverfité des
images qui s'y rencontrent, qu'-
10 Extraordinaire
elle fe déregle , & mefme qu'elle
trouble le jugement. Je fçay bien
que nous avons une faculté, qui
eft comme un garde meuble , fi
j'ofe parler ainfi, qui place & qui
difpofe ces images , mais leur
trop grand nombre l'accable &
l'embaraffe . On me dira peuteftre,
qu'il importe peu de perdre
nos vieilles connoiffances , lors
que nous en acquérons de nouvelles
. Mais croit.on que ces
images fe faffent place ainfi dans
noftre mémoire ? Noftre ame
qui ne veut rien perdre , qui tâ
che de garder ce qu'elle a , &
d'acquérir toûjours quelque cho
fe , affoiblit extrémement nos
organes par ce moyen , & nous
peut caufer un déreglement d'ef
prit.. D'où vient qu'on voit tant
du Mercure Galant. IF
de Foux par la lecture , fi ce n'eft
la continuelle application & l'af
foibliffement des organes ? Mais
quand on les auroit de fer, & que
noftre cervelle feroit la mieux
timbrée du monde , on ne feroit
pas exempt de cette confufion
de mémoire qui embroüille les
plus beaux Efprits ; & il faudroit
toûjours avouer que nous per
dons plus de connoiffances que
nous n'en acquérons ; & en verité
nous ferions bien empefchez
dans le choix , des choſes que
nous avons oubliées , & de celles
que nous avons apprifes.
On peut affurer que les Livres
font tort aux Efprits naturels, &
à tous ceux en qui le bon fens
domine. Les Efprits vifs & brillans
d'imagination , achevent de
12 Extraordinaire
fe gafter par les Livres , parce
que le plus fouvent la folie eft le
fruit de leur lecture . Les Efprits -
folides & de jugement, s'altérent
& fe corrompent par les Livres.
La refléxion & la méditation eft
leur partage , & la feule Biblio .
teque qu'ils doivent confulter,
en toutes chofes , Ces Gens là
doivent tout fçavoir par recit
& par converfation , & étudier,
comme les anciens Drüides, qui ;
n'enfeignoient & n'apprenoient
les Sciences que de vive voix , par
tradition , & par mémoire. Si
faire des Livres eft une maladie,,
je crois que les lire eft une espece
de contagion , qui laiffe une
grande démangeaifon d'écrire,
ou du moins de racoter ce qu'on
a lú , & comme cette forte de
du Mercure Galant.
13
maladie eft de celles que Petrarque
nomme publiques & incu .
rables, il femble qu'il y ait quelque
infamie attachée à ce mal ,
& qu'on devroit féparer ou dif
tinguer les Autheurs & les Le-
&eurs , comme on faifoit autre .
fois les Ladres. Et en effet,
ajoûte Petrarque , un Homme
infecté de cette maladie, en infecte
beaucoup d'autres , & le
nombre des Malades croift de
plus en plus. Le Sage dit qu'il
n'y a jamais de fin pour les perpétuels
Ecrivains , & je penfe
qu'il n'y en a jamais pour les per-
Fétuels Lecteurs . Ce Sophifte
qui compofa fix mille Volumes ,
en avoit lû peut - cftre un plus
grand nombre.
Ceux qui ont plus de fens que
14
Extraordinaire
d'efprit, lifent peu, font délicats
en Livres , & ne les aiment guére;
mais ceux qui ont plus d'efprit
que de fens , lifent beaucoup,
font grands amateurs de Livres,
& s'accommodent de tout Ecrit,
foit bon ou mauvais , pourveu
qu'il en ait figure . Ces Gens - la
préferent les Livres aux Compa
gnies , & la Lecture à la Conver
fation. Vous leur entendez dire
fans ceffe, mes Livres fontbien plus
raisonnables. Il eft vray qu'il y a
des Livres bien raisonnables,
mais il y en a de bien impertinens
; & je ne fçay fi le nombre
des Sots & des Ignorans , n'eft
point auffi grand dans les Biblioteques
que dans les Affemblées
publiques , & dans la Societé civile,
ou l'on en voit fouvent deux
du Mercure Galant.
IS
enfemble , celuy qui parle , &
l'Autheur qu'il cite. Il eſt encore
vray qu'on gagne quelquefois
de quitter les Compagnies
pour s'entretenir avec les Livres,
mais enfin ce qui oblige à préferer
les bons Livres aux honneftes
Gens , & aux beaux Efprits mefme,
c'est que les Autheurs de ces
bons Livres , font la dans leurs
bons momens , & incapables de
changement , au lieu
que hors
leurs bons Livres , ils nous pa
roiftroient peut - eftre plus infuportables
que les autres Hommes.
Leurs Ouvrages ont fixé
leur belle humeur , leur agrément,
& leur complaifance ; ou
du moins, s'ils y paroiffent autre.
ment, & avec leurs foibleffes , ils
leur donnent du relief & de l'é.
16 Extraordinaire
clat. Leurs coleres, leurs haines ,
leurs amours, y font juftes & raifonnables.
Tout y plaiſt, mefme
jufqu'à leur fureur & à leur emportement.
Mais s'il y a des
Compagnies & des Converfations
dangereufes , il y a des Livres
& des Lectures fort préjudiciables
à la beauté de l'efprit,
& à la bonté des moeurs. Si les
grandes Biblioteques font des
Boutiques d'Aporicaires, comme
les appelloit un Roy d'Egypte,
il y a des Poifons auffi bien que)
des Romedes , & il cit facile de
s'y méprendre , & de faire d'étranges
qui pro quo . Lire de bons
Livres, & d'Autheurs d'un grand
fens, & d'une profonde doctrine;
cela donne de la force , de l'élevation
, & de la nobleſſe dans les
"
du Mercure Galant.
17
penfécs , dans les fentimens , &
dans les expreffions. On eft Philofophe
avec Socrate & Platon.
Mais lire des contes & des bagatelles
, cela infpire la badinerie,
la fadaife , & la turlupinade. On
voit bien dans l'entretien de ceux
qui lifent, quelles lectures ils font,
& par là , le caractere de leur ef
prit , car comme il y a des Gens
qui prennent plaifir à parler de
leur table , & de ce qu'ils mangent,
par où l'on reconnoift leur
gouft & leur délicateffe , il y en
a auffi qui parlent toujours de
certains Autheurs , & qui font
toûjours de certaines Hiftoires.
On remarque bientoft le génie
de ces Lecteurs , mais encore
comme on voit bien ceux qui
font délicatement , ou groffiére-
Q.d'Avril1684. B
18 Extraordinaire
ment nourris , on difcerne auffi
facilement ceux qui ont commerce
avec les bons ou les méchans
Autheurs. Cependant il
faut demeurer d'accord , que
comme il y a des chofes qui pour
eftre contraires à la fanté , ne
laiffent pás de nous eftre agreables
, & de nous flater le gouft,
de mefme il y a des Livres qui
font propres à réjouir & à diver.
tir l'efprit , qui le délaffent & le
recréent , femblables à la Salade,
qui nous réveille l'appétit .
Bien que la Lecture plaife &
foit utile en tout temps , il y a
neantmoins des faifons & des
conjonctures, où elle eft plus
profitable, & où elle donne plus
de plaifir. Dans la jeuneſſe , elle
bouche l'efprit , elle appéſantit
4
du Mercure Galant.
19
& altere le corps ; dans la vieilleffe
, elle laffe & fatigue. Dans
la jeuneffe , on lit fans choix &
fans jugement , dans la vicilleffe,
avec dégouft & avec chagrin,
Un Moderne appelle la Lecture,
une oifiveté laborieuſe , ce qui a
fait dire à un autre, que quelque
honnefte que foit le commerce
qu'on a avec les Livres, c'eſt déterrer
les Morts , & s'enterrer
avec eux, par une profonde mé
ditation ; que lire , c'eft travailler
aux Mines , & qu'on y court la
mefine fortune & les meſmes
accidens, puis qu'on en rapporte
toûjours un vifage pâle , & des
yeux enfoncez ; car pour dire
apres Cicéron , que les Livres
nous font paffer la vie innocem
ment & fans déplaiſirs, il faut en
Bij
20 Extraordinaire
fçavoir faire un bon uſage , au.
trement noftre lecture n'eft pas
fans peine & fans crime ; elle a
fes chagrins , fes veilles , & fes
i quiétudes , elle a auffi fes paſfions,
les déréglemens , & fes er.
reurs. Et puis enfin , fi par eux
on eft fçavant , qui acquiert la
Science , dit l'Eccléfiafte , acquiert
du travail & du tourment,
lors que cette Science eſt vaine ,
curieufe , & criminelle , car la
bonne Science apporte la paix &
le repos à l'efprit . Je veux que
cette occupation foit honnefte
& inftructive , & qu'elle nous
prépare mefme à l'action , elle
nous en détourne bien fouvent ,
& fi elle nous donne la fcience
& la fag ffe des Siecles paffez ,
elle ne nous rend pas toûjours
du Mercure Galant. 21
plus fages & plus fçavans . Il femble
encore que la Lecture ne foit
utile qu'à ceux qui n'ont pas le
loifir de s'étudier eux - mefmes;
car qui fe connoift & s'obſerve ,
n'a pas befoin d'autre modele
pour cftre prudent & fage dans
fa conduite, fi co n'eft que l'exemple
d'autruy nous touche
davantage . Mais y a- t- il rien qui
nous foit plus préfent & plus fenfible,
que ce que nous reffentons
en nous. mêmes ? Ce qui nous eft
arrivé, peut encore nous arriver.
Voyons donc ce que nous avons
fait , & difons le hardiment , il
vautmieux éftre obligé de noſtre
habileté à noftre efprit, qu'à nos
Livres. Tous ces grands Autheurs
qu'on ramene au College,
bien loin de nous inftruire dans
Extraordinaire
noftre jeuneffe , ne nous laiffent
ny amour ny eftime pour eux , &
il faut que l'âge & l'expérience
nous les faffent rapporter au Ca
binet , pour en profiter & pour
nous plaire . Ils nous laiffent
mefine peu de teinture de leur.
Langue, & ces Poëtes & ces
Orateurs , font les Tyrans de
noftre enfance , comme parle
M' Ogier, & nous font hair le
Grec & le Latin, avant que
nous le faire aimer,
de
Mais tous les Hommes ne font
pas comme les Tartares, qui femblent
avoir mangé , & s'eftre
nourris des Livres , c'eft à dire,
qu'ils font fçavans fans lecture , &
fans étude . Il faut des Livres
pour eftre fage , mais il en faut
beaucoup pour eftre fçavant.
du Mercure Galant,
Qu'on diftingue tant qu'on voudra
la Science en ſpéculative &
en pratique , l'une & l'autre a
befoin d'un grand nombre de
connoiffances , que l'expérience
& le naturel ne nous peuvent
donner. Si l'on eft jeune , peut- on
eftre docte fans Livres Et la
Philofophie du College peut- elle
faire un Sage & un Sçavant ? Je
ne dis pas un Docteur , car les
Enfans en fortent tout fourrez .
Mais peut- elle faire un habile
Homme à l'âge de quinze on
feize ans ? Mais dequoy peut- on
eftre capable dans la vieilleffe ?
Si la vie a efté partagée entre la
folitude & les affaires , le bon
fens naturel , & ce qu'on a veu,
ne fuffit pas pour eftre fage &
fçavant. Ce n'eft pas affez que
24 Extraordinaire
de belles reflexions & de fortes
méditations . Il manque des
exemples aux Solitaires, & mefme
l'art de penfer ; & l'Homme
public & politique, a befoin de
la théorie & de la fpéculation,
pour çavoir bien faire ce qu'il
fait heureufement & au hazard .
Mais outre cela , il manque à
tous les deux , mille chofes à fçavoir
pour leur falut & leur conduite,
qu'ils ne peuvent avoir en
eux-mefmes, & par les lumieres
naturelles. Tout ce qui regarde
les Sciences & les Arts , ne s'acquiert
point fans Livres. Du genie,
de l'invention , de l'induftrie,
tant qu'il vous plaira , de la communication
avec les Sçavans &
les Maiftres , il faut encor avoir
recours aux Livres , pour eftre
pleinement
51
du Mercure Galant.
25
pleinement inftruits des chofes.
Le Sage des Stoïciens fuffifoit
à foy - même; mais encore avoit - il
eu befoin de Livres , avant que
d'eftre en état de mépriſer tout
ce qui eftoit hors de luy ; & peut.
eftre fans eux, n'auroit- il pas fait
tant de bruit , & voila , dit- on , le
mal que font les Livres. Ils don
nent avec ce mépris de toutes
chofes , une fuffifance arrogante,
qui rend les faux Sages infolens
& ridicules. Mais files Livres
ont perdu quelques Pédans , qu'ils
ont fait Roys de la Férule , n'ontils
pas fait des Philofophes & de
veritables Sages , qu'ils ont élevez
fur le Trône , & entre les
mains defquels ils ont mis un
Sceptre d'or , pour l'ornement
& la protection des belles Let-
Q. d'Avril 1684.
C
26 Extraordinaire
tres, & pour le bien & la félicité
des Hommes ?
Par le moyen des Livres, toute
la fageffe des plus habiles devient
la noftre ; & files Sages n'ont pas
moins vefcu pour nous que pour
eux , c'eſt là que nous profitons
de leur vie , & fans la lecture,
tout ce qu'ils ont dit , & tout ce
qu'ils ont fait , feroit enfevely
dans leurs Tombeaux. Les Grecs
& les Romains ont fait de grandes
chofes, & nous ont donné de
grands exemples ; mais ils ont
perdu tout cela , & nous auffi , fi
nous ne l'apprenons dans les Livres
; & c'eſt par le
moyen de
l'Hiftoire , dont la connoiffance
nous eft fi neceffaire pour noftre
conduite , afin de regler les éve
nemens préfens fur les évenedu
Mercure Galant. 27
mens paffez . Ce qui arriva hyer,
peut eftre plus diférent de ce qui
eft arrivé aujourd'huy , que ce
qui s'eft paffé il y a mille ans ;
& alors l'expérience & la fageffe
ne fervent de rien . La relation
qui fe tire de là, eft toûjours imparfaite
& défectueuſe . Il faut
joindre la lecture à l'obſervation ,
pour en bien juger. Le Chancelier
Bacon dit qu'il arrive
tous les jours, par un caprice de
la Nature, que les Enfans reffemblent
à leurs Grands - Peres , &
meſme à leurs Biſayeuls , & n'ont
aucun trait de leurs Peres. De
mefme, continue.t - il , les affaires
par un caprice de la Fortune, auront
du raport avec ce qui fe fera
fait dans les Siecles les plus éloi
gnez , & n'en auront point du
Cij
28
Extraordinaire
tout avec ce qui vient d'eftre fait.
Il compare agreablement toutes
les connoiffances que la lecture
peut donner aux Tréfors publics,
à l'Epargne, & aux Finances d'un
grand Prince , & tout ce qu'un
bel Efprit peut produire de fon
propre fond , aux richeffes d'un
fimple Particulier. Il eſt aifé
d'en voir la diférence , & de conclure
, que l'expérience a beſoin
des Livres, pour rendre un Hom.
me veritablement fage & .prudent
; ce qui a fait dire qu'un
grand Politique , ou un grand
Miniftre fans étude & fans lecture
, eft un Empirique d'Etat,
qui tue plus de Malades qu'il
n'en guérit , parce qu'il fe conduit
par une fauffe pratique qui
n'a point d'exemples.
du Mercure Galant.
29
L'Hiftoire peut donc s'accommoder
avec les évenemens qui
nous arrivent, & nous eftre utile,
par raport à trois chofes , parce
que dans toutes les affaires il y a
ce qui les prépare , ce qui les dé
termine, & ce qui les fait réüffir.
Or l'Hiftoire , qui eft le récit
d'une chofe paffée , a ces trois
mefmes circonftances ; & il en
eft ce que Mademoiſelle deGour
nay a dit des Effais de Montaigne,
que c'eft le dernier bon Livre
qu'on doit prendre , comine
Je dernier qu'on doit quitter ; car
hormis les Fables & la Chronologie,
qu'il eft neceffaire de faire
aprendre aux Enfans, parce qu'ils
ont en cet âge. la plus de mé.
moire, & que cela leur donne le
gouft des Livres, je ne crois pas
C
30
Extraordinaire
qu'on leur doive abandonner
'Hiftoire
& la Politique
. Un
jeune Homme
doit aller par degrez
dans fa lecture ; car ce n'eft
pas affez d'avoir
le jugement
avancé , & l'intelligence
vigoureufe,
il faut un jugement
formé,
& une intelligence
confommée
.
On peut entendre
ces choſes.
dans la jeuneffe
, quand on a de
l'efprit, &une heureuſe
naiſſance
,
mais pour les bien digérer, & en
faire fon profit, on ne le peut que
dans un âge plus meûr, & apres
une longue expérience
. Les Livres
qui regardent
les moeurs , ne
fe doivent
lire que quand on eft
fage , comme
les autres ne fe
doivent
lire que lors qu'on eft.
jeune.
Comme il y a des Gens qui
du Mercure Galant.
font infuportables avec leur le-
&ture , & qui dans les affaires &
le commerce du monde ne font
pas fort habiles , on a douté fi
les Livres eftoient neceffaires
dans la Politique , & fi un grand
Lecteur pouvoit eftre un grand
Homme d'Etat . Il y a icy quel
que diférence à faire, & quelque
tempérament à garder. Traiter
les affaires fans Livres, c'eft ignorance.
Traiter les affaires par les
Livres , c'eft fimplicité. Ceux
qui n'ont que l'expérience , ſe
trompent groffiérement dans les
affaires , car pour juger fainement
des chofes, il les faut connoïftre
parfaitement , & cette
connoiffance ne peut venir de
l'expérience feule, qui n'eft qu'un
effet de l'occurrence des évene-
C iij
32
Extraordinaire
mens, parce qu'on ne fçait qu'apres
qu'ils font paffez , ſi l'on a
bien ou mal fait, de les laiffer paf
fer ainfi. De plus , il faudroit vivre
l'âge des Patriarches , pour
voir pendant fa vie plufieurs éve
nemens femblables . D'autre côté,
ceux qui n'ont que la lecture,
ne font pas moins fujets à faillir,
Ils reglent toutes chofes felon
leurs idées, & jugent plutoft par
mémoire que par jugement. Ils
s'amufent à compaffer les évenemens
paffez avec les préfens , &
font fi longtemps à en faire les
paralelles , que le mal arrive
avant que de le pouvoir empefcher
, & qu'il fe rend incurable
avant que d'y apporter le remede.
Les affaires, comme nous
avons dit, ont toûjours quelques
du Mercure Galant.
33
circonftances qui les diverfifient.
Si deux chofes qui arrivent en
mefme temps à une mefme perfonne,
font fi diffemblables , c'eft
bien pour qu'il y ait encore plus
de diférence entre le préfent &
le paffé. Ceux qui n'ont que la
lecture, n'ont point l'art de joindre
ces deux extrémitez , & de
comparer les affaires par où elles
fe reffemblent dans la théorie &
dans la pratique. Ils les voyent
venir de loin , & s'accoûtument
à cette veuë ; mais ils ne peuvent
s'en démêler, parce qu'ils n'ont
point d'expérience. Les autres
ne les apperçoivent point, qu'el
les ne les touchent , & s'épou
vantent à leur abord, parce qu'ils
n'ont ny lecture, ny étude. Mais
pour dignement fe débaraffer
34 Extraordinaire
des affaires , il faut remplir cet
entre- deux , & confondre ces
deux choſes. C'eſt le moyen de
faire un habile Homme , & un
grand Homme d'Etat.
Mais il faut eftre fçavant &
éclairé, pour bien juger des Livres,
& pour faire un bon ufage
des vieux & des nouveaux . Pour
peu qu'un Homme ait d'éloquence
& de teinture des belles
Lettres , il luy eft facile de faire
des Livres, & de remplir de gros
Volumes , de la maniere que l'on
compofe aujourd'huy. Ce n'eft
pas que nous foyons plus fçavans
que nos Peres , mais nousfommes
plus intelligens & plus intelligi
bles. Plus ils vouloient penétrer
le fond des Sciences , plus ils :
y rencontroient d'obſcurité ; &
du Mercure Galant.
35
ce qu'il y a de brillant & de lumi
neux dans leurs Ecrits, vient feulement
de la fuperficie. Ils ont
affecté mefine de paroiſtre tenébreux
, pour paroiſtre doctes ; ce
qui fait la rudeffe de leur langage
, & le galimathias de leur
ftile. Cependant nous leur fom.
mes redevables de nous avoir défriché,
& mâché les Sciences.
mais on nous doit pardonner, fi
nous n'allons pas plus avant que
leurs lumieres nous peuvent conduire
, par la briéveté de noftre
vie ; & l'on nous doit fçavoir
quelque gré , d'avoir plus d'ordre,
plus de difcernement , & plus
d'apropriation qu'eux , dans nos
Ouvrages , qui font des chofes
effentiellement neceffaires pour
plaire & pour inftruire, lefquelles
36
Extraordinaire
་
neantmoins ils ont négligées, par
ignorance , ou manque d'application.
Nous ne difons pas de
meilleures chofes , mais nous les
difons en meilleurs termes. Je
parle icy des Autheurs qui ont
écrit en noftre Langue . La facilité
& l'agrément de noſtre expreffion,
valent bien la fécondité
de leurs pointes , & l'artifice de
leurs figures . Ce qu'il y a de pré- a
tieux dans leurs Livres , font des
Diamans bruts, mal polis , & enchaffez
en cuivre tout le monde
n'en voit pas l'éclat , & n'en connoift
pas le prix , Il eſt vray qu'on
dit que les Ecrits d'apréſent font
comme les faux Diamans , qui
brillent davantage que les veritables
; mais on avoüera que cet
éclat , & l'art de les mettre en
du Mercure Galant.
37
ceuvre , vaut mieux que cette
fombre obfcurité , qui couvre
dans les vieux Livres les Pierreries
les plus rares, dont leur éloquence
eft parée. C'eſt une éloquence
ridée , qui à la verité a
des muſcles & des nerfs, mais qui
rebute les Lecteurs , & qui plaiſt
bien moins que la politeffe & la
pureté du ftile d'aujourd'huy.
Ces ridicules ornemens de la
vieille Rhétorique, & cette do-
Arine tenébreuſe, font-ils préferables
à un ordre & à un arrangement
naturel , qui débrouille
& qui difpofe les matieres les
plus confufes & les plus embaraffées
? A une diction fi claire
& fi intelligible , que les plus
groffiers par fon moyen penétrent
les choſes les plus fublimes
38
Extraordinaire
& les plus relevées ? Avoüons
donc que nos Autheurs modernes
l'emportent fur tous les anciens
qui ont écrit en hoftre
Langue , & bien loin de donner
le titre de Reyne à une vieille
Dame chargée de Médailles de
cuivre & de Chaînes de laton,
comme parle M' Paſcal, foúmettons
-la aux pieds de l'illuftre
Académie Françoiſe , qui doit
avec juſtice regner dans l'Empire
des belles Lettres.
Cependant comme la plûpart
des Livres nouveaux ne fortent
pas de cette Source d'éloquence
& de politeffe , on les lit feulement
pour dire qu'on les a lûs ;
car la lecture de ces fortes d'Ou.
vrages fait aujourd'huy une par.
tie de l'efprit de bien des Gens
du Mercure Galant.
39
devant lefquels on ne paroiftroit
que groffiérement fçavant, fi on
on ne citoit que les anciens Autheurs
, & fi on n'avoit pas
la
connoiffance de tous les petits
Livres de Vers & de Profe, que
les Cavaliers & les Dames portent
dans leurs poches , comme
une marque de politeffe & de
galanterie. On eft perfuadé que
i la lecture des Livres nouveaux
ne nous rend pas plus habiles ,
elle nous donne l'efprit du temps,
fans quoy nous ne fçaurions plai .
re, ny eftre à la mode. J'en connois
de fidélicats en cela , qu'ils
feroient fcrupule de citer le Plu
tarque d'Amiot , pour celuy de
l'Abbé Tallemant, & les Satires
de Regnier pour celles de Boileau.
C'eft pourquoy afin de
40
Extraordinaire
fçavoir les chofes anciennes
parmy
les nouvelles , on a traduit la
plupart des vieux Livres qui ont
quelque réputation . Mais enfin
foit qu'on life les vieux ou les
nouveaux Autheurs , ceux qui
écrivent doivent prendre garde
à l'uſage qu'ils font de leur le-
&ture ; car s'il faut avoir lû pour
bien écrire, il ne faut pas écrire
pour montrer qu'on a lû . C'eſt
neantmoins la folie de beaucoup
de Gens . Leurs Ouvrages ne
font que des Copies imparfaites
des Originaux qu'ils ont pillez,
Ils reffemblent à ceux qui s'enrichiffent
du bien d'autruy. Ils
fubfiftent de leur vivant, mais ils
ne laiffent à leurs Heritiers qu'-
une Succeffion qu'il faut rendre,
ou que l'on ne conferve qu'en fe
du Mercure Galant.
41
3
ruinant. Que demeureroit-il à
tant d'Autheurs, s'ils rendoient
aux Anciens ce qu'ils leur ont
pris ? Il ne leur refteroit qu'un
peu d'ordre & de mémoire ;
bien du papier blanc , & beau-
| coup de temps perdu. Tels font
ceux qui ne compofent que par
mémoire, & qui n'ont de l'invention
que pour arranger des lieux
communs , & les placer bien à
propos, Ils écrivent avec facilité
fur toutes fortes de fujets,
parce qu'ils ont une idée genérale
de toutes fortes de matieres,
& de pleins Magazins de paffa .
ges & de recherches . Si on leur
dit qu'ils ne font rien de nouveau
, & que leur abondance
vient de leur grande lecture , ils
répondent que ce font des no
Q.d Avril 1684- D
42
Extraordinaire
tious genérales & communes &
tous les beaux Efprits , & qu'ils
font honneur aux Autheurs qu'ils
alléguent. Cependant , je confeillerois
aux grands Lecteurs &
auxjeunes Gens, qui ne compo
fent encore que par imitation , &:
qui ont befoin de guide , de ne
fe flater point de cette penſée, &
d'éviter comme un écueil de pa
reilles compofitions , car c'eft le
vray moyen de ne faire jamais.
rien de foy-mefme , & de s'attirer
té mépris & indignation des .
Sçavans ; mais fur tout, ceux qui
écrivent , & ceux qui lifent, doi .
vent prendre garde d'avoir de
mauvais fentimens . On les prend
infenfiblement dans les méchans.
Livres , & on les communique
apres aux autres. L'Homme eft
du Mercure Galant.
43
naturellement idolâtre de les
opinions , & particulierement
dans fes Ecrits, qui les immorta.
lifent. Plus fes opinions font foi
bles , plus il s'éforce de les foû
tenir , & l'on diroit mefime que
fon opiniâtreté s'augmente , à
mefure qu'elles tombent en rui
ne ; & c'eft pourquoy il y a fi peu
d'Autheurs qui fe retractent.
Il y a des Gens qui lifent tou
tes fortes de Livres, & qui ne lifent
que pour lire , & pour dire
qu'ils ont lû , & ceux - là font auffi
habiles que s'ils n'avoient jamais
veu de Livres. Il y en a d'autres
qui à la verité lifent tout , fans
s'attacher à aucun Autheur particulier
, mais ils profitent de
tout, & font comme les Abeilles ,
qui compofent leur miel du fuck
Dij
44
Extraordinaire
de diverfes Fleurs. Ce font des
Efprits qui ne veulent point de
guide dans l'étude des belles
Lettres , & qui cherchent par
tout la fcience & la verité. Je
crois auffi qu'un Homme qui a
pris la voye de la Lecture pour
eftre fçavant (car on le peut eftre
par la méditation & par la refléxion
, mais qui eft une étude plus
feche & plus ennuyeufe; ) je croy,
dis-je, qu'un grand Lecteur doit
tout lire , pour eftre fatisfait ,
& pour eftre docte. Il ne doit
pas feulement éfleurer & parcourir
les Livres, il doit lire eny
tierement un Ouvrage & avec
application, & prefque toûjours
les Originaux, & dans leur propre
fource , afin d'en bien juger,
mais il doit encore lire tous les
du Mercure Galant.
45%
?
bons Livres du temps , s'il veut
eſtre un fouverain Arbitre en fait
de Littérature. Il y en a qui ne
s'attachent qu'à un certain nombre
de Livres choifis , qui font
toute leur étude & toute leur
application. Je ne blâme point
ceux qui ne lifent que les Livres
qu'ils entendent , parce qu'ils
n'ont pas affez d'intelligence &
de capacité pour lire des Autheurs
d'une plus grande force;
mais ceux qui pour faire parade
d'une fotte & ridicule fuffifance ,
lifent Platon & Ariftote , où ils
n'entendent rien , qui ne lifent
jamais que les grands Autheurs,
pour faire croire qu'ils ont un
grand commerce avec eux , &
pour montrer l'élevation de leur
génie , ceux- là, dis-je, méritent
bien d'eftre berpez des Sçavans
46
Extraordinaire
qu'ils fréquentent . Il faut avoueringénúment
noftre ignorance,
& ne citer pas fi hardiment des
Autheurs qu'on n'a veus qu'à la
marge d'un Livre , ou entendu
nommer qu'au Sermon . On ne
peut pas conoiftre à fons tous les
bons Autheurs , la vie de l'Homme
eſt trop courte , pour faire ;
habitude avec tous , c'eft bien
affez d'en connoiftre quelquesuns
de noſtre portée , & à noftre
ufage. Ce qui me fait fouvenir
de ce que répondit plaifammentun
Cavalier de mes Amis à quel
qu'un quiluy parloit de Scaliger;
qu'il ne le connoiffoit que de
veuë , pour l'avoir rencontré
quelque part , mais qu'il ne fçavoit
pas de quel Païs il eftoit.
Que dirons-nous encore de ceux
qui n'ont jamais veu ces grands
du Mercure Galant. 47
5
Autheurs , qu'en mafque , traveftis,
& déguiſez, & qui cependant
ne jurent que fur la verité
& la fidélité de leurs paroles? Il
les faut mettre au nombre de nos :
Dames Lectrices , qui citent Sear..
ron & Daffoucy, pour Ovide & Virgile . Il y a d'aul
Sçavans ,
qui par inclination ou par capri
ce , ne s'attachent qu'à de cera
tains Autheurs d'une doctrineextraordinaire
& chimérique, ce
quilés rend: fort finguliers & fort
attachez à leurs opinions. Il feroit
à fouhaiter pour le repos del'Eglife
, & de la focieté civile,
qu'ils n'euffent jamais lû que leur
Álmanach ; mais il eſt une amouraveugle
pour les Livres & pour
les Autheurs, auffi-bien que pour
les autres chofes , & cette folie
48 Extraordinaire
nous porte quelquefois juſqués à
choquer la bienséance & l'honnefteté.
Comme les productions
de l'efprit font plus nobles que
celles du corps, l'amour que chacun
a pour les Ecrits eft plus raifonnable
que celuy que nous
avons pour nos Enfans . Il eſt
auffi plus fort & plus folide , je
diray mefme qu'il eft plus tendre ;
car s'il eft rare que nos Enfans
nous reffemblent , nos Livres
nous reffemblent toûjours. Ce
font les vives images de noftre
efprit & de nous-mefmes. Il y a
deux amours pour les Livres, un
amour de Pere , & celuy- là, c'eft
l'amour des Autheurs pour leurs
Ouvrages. Il y a un amour d'A
mant, & c'eſt l'amour que nous
portons aux Ouvrages des au
fres .
du Mercure Galant.
49
tres. Tous deux font aveugles ,
& vont à l'excés . Ils font fujets
à faire bien de faux jugemens ;
& tous ceux qui fe font mêlez de
faire le difcernement des Livres,
foit anciens ou modernes , ont
toûjours manqué en cela , par
préoccupation & par enteftement.
Que de ridicules Biblioteques
dans le monde , par le
choix mefme de Gens fçavans !
Je pardonne ce fol amour de
Pere dans un Autheur ; mais je
ne puis pardonner à un Lecteur
cette amour bizarre , qui le rend
idolâtre de certains Livres indignes
de fon eftime , & qui luy
font perdre fa réputation , car
rien ne décrie plus un galant
Homme , que le mauvais gouſt
en toutes choſes . On feroit un
Q.d'Avril 1684. E
So
Extraordinaire
Roman de tous ces plaifans Le-
&eurs , & j'ay veu des Devots
contefter jufqu'à l'aigreur & à
l'emportement , pour la préference
de la Guide des Pecheurs ,
& de la Cour Sainte ; du Penfez- y
bien , & des Penfées Chreftien
nes ; de Philothée, & de l'Horreur
du Peché . Il n'y a fi petit
Docteur qui n'époufe un Pere
de l'Eglife , & qui ne fe faffe le
Palladin de fon éloquence & de
fa doctrine. Nous avons vû de.
puis quelques années un Prédicateur
fiamoureux de Tertulien ,
qu'il ne s'eft pas contenté de
prefcher par la bouche de ce
grand Homme , il l'a fait pref
cher par la fienne , & a intitulé
trois ou quatre gros Volumes de
Sermons, Tertulianus prædicans.
du Mercure Galant.
SA
Pour les Autheurs profanes,
S. Auguftin s'attendriffoit fur
l'Eneïde de Virgile ; & S. Jerôme
fut foüeté par les Anges , pour
avoir lû Cicéron avec trop d'attache.
Je ne parle point des Philofophes
& des Autheurs qui ont
fait Secte ; l'Ecole & le Païs
Latin, retentiffent encore tous les
jours du bruit qu'on fait pour
foutenir de fi vaines & de fi ridicules
affections. Mais on ne trouvera
jamais la verité tant qu'on´
s'amufera à contefter fur le mé.
rite de ceux qui l'ont cherchée.
Je ne dis rien non plus des fauffes
Clélies , des faux Cyrus , & des
fauffés Cléopatres ; car il y a des
Cavaliers & des Dames auffi
fous de ces Romans , que de Pédans
enteftez de Platon & d'AE
ij
52
Extraordinaire
riftote. J'ay un Amy fi prévenu
en faveur des Penfées de M' Pafcal,
qu'il a rompu vingt fois avec
moy, parce qu'il s'imaginoit que
je n'eftimois pas affez cet Au
theur. J'ay connu un illuſtre Prélat
, qui n'eftoit pas moins paf
fionné pour les Lettres Provin
ciales qu'on luy attribuë. Il les
avoit de trois ou quatre fortes,
pour la taille & pour l'impreffion ,
mais fur tout il les avoit en petit
dans un Sac de cuir mufqué trespropre
, qu'il portoit toujours
fur foy. Ce Prélat eſtoit neantmoins
du Party contraire , &
grand Amy des Jéfuites ; mais
tout cela n'avoit pú diminuer l'a
mour qu'il portoit à ces Lettres
agreables & fpirituelles .
Ccs belles Refléxions de M
du Mercure Galant.
53
le Duc de la Rochefoucaur,
n'ont - elles pas fait autant d'Idolâtres
qu'elles ont eu de Lecteurs
? Je connois encore des
Gens qui font fous de Montaigne,
de Charon , & de M ' de la
Hoguete ; mais ces trois Autheurs
fe reffemblent fi fort ,
qu'on ne peut en aimer l'un fans
aimer l'autre . Cet amour aveugle
pour quelques Livres , nous
en fait hair d'autres avec auffi
peu de raifon , & on feroit de
plaifans contes de ces fortes d'averfions
, mais on ne diroit rien.
que tout le monde ne fçache.
Enfin cette fympatie & cette
antipatie partagent tous les jours
les Lecteurs , & de la naiffent ces
agreables Difputes , & ces fçavantes
Differtations , qui font
E
iij
54
Extraordinaire
paroiftre les beaux Efprits, & ga
gner les Libraires . Il eft d'autres
Lecteurs qui ne s'attachent à
perfonne , & qui lifent tout fans
dégouft & fans paffion , pourveu
qu'il foit vray , ou qu'ils le
croyent tel , car autrement ils
feroient confcience de leur le-
&ture , & n'oferoient pas voir dans
l'Almanach quel temps il doit
faire, s'ils l'ont une fois reconnu
menteur.
La verité eft bien aimable , &
mérite bien qu'on la cherche par
tout où l'on peut la trouver;
mais il ne faut pas la chercher où
elle ne fut jamais , & où l'on fe
doit contenter de la vray -femblance
, qui pour n'eftre pas fi
forte, ne laiffe pas d'eftre fouvent
& plus utile , & plus agreable,
du Mercure Galant .
SS
S
Les fixions des Poëtes ne font
pas des menfonges criminels , &
on n'a point fait de Loix pour
les punir. Ce font des tromperies
innocentes & fpirituelles , qui
n'apportent aucun préjudice à
la focieté civile. Il y en a meſme
d'inftructives & de profitables
pour les bonnes moeurs. La vrayfemblance
eft quelquefois plus
propre à nous éloigner du vice ,
& à nous porter à la vertu ; &
dans les chofes indiférentes, elle
eſt préferable à une verité odieu.
fe , lors qu'elle ne choque ny
la
Foy hiftorique , ny la Créance
humaine. Ces Amateurs de la
verité , que je comparerois volontiers
à ceux qui cherchent la
Pierre Philofophale , devroient
s'attacher au fens, & non pas aux
E iiij
56
Extraordinaire
paroles , qui n'en font que l'é
corce. Lors que N. Seigneur
enfeignoit fes Difciples , il le faifoit
par des paraboles , qui êtoient
fouvent fauffes quant à la chofe,
mais fi veritables quant au fens,
qu'ils n'en pouvoient douter. Il
eftoit la verité meſme , mais il fe
fervoit de ces paraboles comme
d'un véhicule , pour faire entrer
fa doctrine dans leurs efprits , qui
auroit pû les ébloüir & les effrayer,
en fortant toute claire &
toute pure de cette fource de
-lumiere & de fainteté . Aucun de
fes Diſciples ne luy dit ; fi les
exemples que vous nous propofez
eftoient veritables , nous les
fuivrions ; mais les chofes que
vous nous contez eftant fauffes,
nous ne devons pas nous regler
du Mercure Galant.
57
là deffus . Au contraire , ils êtoient
charmez de fes recits , & cette
maniere de les enfeigner leur faifoit
comprendre , & les perfuadoit
des veritez les plus incroyables
, au lieu que lors qu'il leur
dit naïvement, & fans paraboles,
qui ne mangera pas ma chair, & qui
ne boira pas mon fang, n'aura point
la vie eternelle , ils fe récrient &
fe fcandalifent de cette verité.
Moïfe, dit Philon , a efté ennemy
des Fables, parce qu'il a toûjours
voulu marcher ſur les veftiges de
la verité. Cependant il eſt plein
de paraboles & d'allégories , &
il n'y en a pas moins dans l'Ancien
Teftament , que dans le
Nouveau . Ily a apparence mefme
que le Fils de Dieu ne s'eſt
fervy de cette maniere d'enſei
58
Extraordinaire
gner, que parce qu'elle estoit du
gouft & du génie des Juifs. D'où
vient donc cela ? ' C'eſt qu'il y a
cette diférence entre la Fable &
la Parabole , que celle- cy contient
la verité ſous la figure de la
vray -femblance , & celle . là fous
la figure du menfonge. La Fable
eft toûjours extraordinaire
&
merveilleufe ; la Parabole , toujours
fimple & naturelle, & voila
pourquoy Moïfe s'eft éloigné de
la Fable dans fes Ecrits ; mais au
refte il en eft comme de la Pein.
ture & de la Sculpture , que ce
Législateur défendit au Peuple
de Dieu. Ces ingénieufes fixions
ont eu leur utilité chez tous les
autres Peuples , & nous tirons.
encore tous les jours de grandes
inftructions
des Fables d'Efope
,
du Mercure Galant,
$9
dont l'Histoire eft fi oppoſée au
bon fens & à la raifon , mais dont
la morale eft fi jufte & fi raiſonnable.
Ce font des Beſtes qui
parlent, cela eft incroyable , mais
ce qu'elles difent eſt la verité
mefme . Lifons donc les Poëtes
en Poëtes , & les Hiftoriens en
Hiftoriens. Ce n'eſt pas dans les
chofes profanes que la verité eft
fi neceffaire pour noſtre inftruction
. C'eſt dans les choſes faintes,
encore y faut- il de la précaution
& du difcernement ; car la
Lettre tue , & la Bible renferme
des veritez plus capables de nous
fcandalifer, que de nous édifier.
Je parlerois icy de la lecture de
1'Ecriture Sainte , & des Saints
Peres, & du mauvais ufage qu'on.
en fait , car il ne faut pas croire
во Extraordinaire
qu'il n'y ait que les mauvais Livres
qui foient nuifibles. On
abufe des bons plus dangereufe
ment que des autres , & il faut
avoir de grandes lumieres pour
cette forte de lecture , mais ces
lumieres doivent eftre douces &
tempérées. Si les Livres profanes
fe lifent d'ordinaire aux Flambeaux
, ceux - cy fe doivent lire à
la Lampe , je veux dire dans le
Cabinet & dans la Solitude , avec
foûmiffion , avec fimplicité , avec
application, avec recueillement,
& non pas dans l'éclat & le bruit
du grand monde ; par curiofité ,
par fuffifance , par mépris , par
raillerie. Mais où vay- je m'embaraffer
? Je dois laiffer cette matiere
aux Maistres de la Vie fpirituelle,
& aux Peres de l'Egliſe,
du Mercure Galant. 61
5
qui nous ont appris eux- mefmes
comment nous les devons lire.
Il faut donc faire diftinction
des chofes qu'on lit, & de l'uſage
qu'on en peut faire . Si je lis une
Fable , je ne m'attache qu'au
fens , & j'en examine la verité,
par le raport que j'en fais à la
Philofophie, ou à la Theologie,
à la Nature, aux Moeurs, ou à la
Religion. Si c'eft quelque recit
plaifant, je m'endivertis, fans me
mettre en peine fi la choſe eft
fauffe, ou veritable , fielle eft de
l'invention de l'Autheur , ou s'il
n'en eft que l'Hiftorien ; parce
que cette circonstance ne fait
rien à mon divertiffement . Si
nos Ignorans veritables lifent les
Métamorphofes d'Ovide , ou les
Contes de Bocace , ils feront
62 Extraordinaire
une heure à dire , Cela eft faux,
Cela n'a jamais efté , Si cela eftoit
vray. Belle confidération! Comme
s'il leur importoit beaucoup,
qu'un tel ait fait telle chofe , que
Daphné ait efté changée en
Laurier, ou Aracné en Araignée .
Si on leur fait un Conte, en vain.
il eft ingénieux & plaifant ; ils ne
vous écouteront pas , fi vous ne
leur donnez Caution Bourgeoiſe,
de la verité du Fait pour l'HiL
toire. On peut y eftre fcrupuleux,
parce que la verité des éve.
nemens dépend des paroles de
l'Hiftorien ; mais il faut l'exami.
ner en honneſte Homme, & ne
pas démentir les Gens pour des
Vetilles & pour des bagatelles.
Il faut laiffer au Maréchal de
Baffompierre ces Remarques
du Mercure Galant.
63
Cavalieres fur Duplex , c'eft un
Sot, C'est un Ignorant, Il en a menty.
On foufre cela d'un Maréchal
de France , encore que dans l'Em .
pire des belles Lettres il n'y ait fi
petit Copifte, qui ne croye eftre
grand Seigneur . Je connois un
fort honnefte Homme , & bel
Efprit, qui a cette plaifante habitude
, de donner en lifant des
chiquenaudes à tout ce qui ne
luy plait pas. Si je lis quelque
Traité de Phyfique ou de Medecine,
& que j'y trouve une expérience
furprenante , ou une cure
merveilleufe , je confidere fi cela
peut faire naturellement , & s'il
eft ainfi , je donne ma créance à
ce Philofophe , & à ce Medecin ,
auffitoft qu'à un autre . Il eft encore
icy permis de douter, & de
64
Extraordinaire
•
dire , Cela feroit - il vray? parce
qu'il eft facile de fe laifler tromper
fur les fecrets de la Nature,
dont les nouveaux Philofophes
ont fait la découverte. Tout le
monde n'a pas la capacité d'en
bien juger , & il vaut mieux eftre
ignorant en Phyſique , que ridi.
culement fçavant . Enfin fi je lis
quelque Ouvrage de Theologie ,
ou de Pieté , c'eſt avec une foûmiffion
entiere de ma raiſon, facrifiant
à la Foy tous les doutes
que je pourrois avoir. Je croy
que la verité y eft , & ne m'amufe
pas à l'y chercher. Je m'en repofe
fur le foin & la fidelité de
ceux en qui Dieu a mis fon efprit
& fa doctrine .
Mais de tous ceux qui lifent
mal , les plus méchans ecteurs
du Mercure Galant.
65
font ceux qui font lire mal les
7. autres. J'entens parler des Pédans
, qui par ignorance , & manque
de difcernement, nous donnent
dans noftre jeuneffe une
méchante teinture des Livres .
Ils corrompent le fens , & défigurent
l'expreffion des meilleurs
Autheurs ; & à peine d'un fi
grand nombre qui font leur le.
cture continuelle de Cicéron &
de Virgile , s'en trouve- t - il un
3 feul qui les puiffent dignement
expliquer. Il faut pour cela une
netteté d'esprit dont ils ne font
pas capables , une imagination
noble & relevée , & une pro
fonde connoiffance de l'Antiquité.
Sices Autheurs pouvoient
foufrir quelque chofe en cette
vie , ce feroit de le voir déchirez
Q. d'Avril 1684.
F
66 Extraordinaire
par un fi grand nombre d'Igno
rans qui fe mêlent tous les jours
de les expliquer . En effet , les
Autheurs les plus polis nous paroiffent
barbares entre leurs
mains ; & jamais quelqu'un en
a- t-il fait fes delices pendant qu'il
a efté fous la difcipline de fon
Pėdant ? Au contraire , juſqu'à
ce qu'on foit hors de cet ignorant
efclavage , on préfereroitTabarin
à Térence , & Jean de Paris à
Cicéron. Ce n'eft point la jeuneffe
qui fait cela , c'eſt la mé .
chante inftruction qu'on nous.
donne.
Ce n'eft pas affez que la Le
cture nous rende fçavans & habiles
; il faut encore qu'elle nous
rende bien faits & polis , qu'elle
forme nos mours & noftre jugedu
Mercure Galant.
67
gement , qu'elle faffe noftre ef
prit, & donne à noftre naiſſance
S une élevation que la Fortune
nous avoit refuſée ; c'eſt à dire,
qu'elle fe falfe voir auffi - bien
dans nos fentimens que dans nos
paroles , & que nous devenions
par elle encore plus nobles que
fçavans,
Et quepar le travail d'une longue
lecture,
L'Art acheve les traits qu'ébauche
la Nature.
Que de Gens ont lû, qui ont
les fentimens auffi bas , & les manieres
auffi groffieres , que ceux
qui ne connoiffent pas les lettres
de l'Alphabet ! Que de Gens
ont lû, qui ne font pas plus vertueux
, & qui de toute leur le-
Eture n'en tirent pas la moindre
Fij
68 Extraordinaire
confolation dans leurs difgraces!
Cela s'appelle lire en Pédant, &
par une fotte curiofité d'apprendre.
Ils fe rempliffent du fatras
des Livres, incapables qu'ils font
de connoiftre ce qu'il y a de bon,
de le choiſir, & d'en profiter. Le
temps qu'ils employent à la leature
, eft un temps perdu , &
quelques -uns ont raiſon de s'en
confeffer.
Il y en a qui s'accufent de leur
lecture comme d'un grand peché
, & qui croyent que hormis
la Bible & la Legende , tous les
Livres font défendus . Leur conſcience
ſcrupuleuſe leur a renverfé
le ſens commun , en forte
qu'ils s'accufent du bien comme
du mal . Je connois des Devots,
qui fe font accuſez d'avoir lû les
du Mercure Galant.
69
$
Quatrains de Pibrac , & des Di.
recteurs qui ont défendu de lire
la Cour Sainte . Ce n'eſt
pastour .
jours ignorance & fimplicité , il
y a de la bizarrerie, de la paffion ,
& du faux zele. Mais ceux qui
par la corruption de leur nature,
fe fouillent, & fe gâtent à tout ce
qu'ils approchent, ne font- ils pas
indifcrets & teméraires, d'accufer
de leur defordre des Autheurs
innocens , & de les nommer en
confeffant leurs crimes ? Quoy,
un Autheur celebre par fon mérite
& par fa vertu , fera déclaré
infame, & chaffé de la focieté
civile, & meſme de l'Eglife, parce
qu'un Débauché abufera de ce
qu'il a écrit pour le divertiſſement
des honneftes Gens ? Et
s'il eft défendu de nommer les
70
Extraordinaire
Complices de nos crimes au Tribunal
de la Penitence, nous ferat
-il permis d'y eftre les Délateurs
de tant d'illuftres Ecrivains , qui
ne nous connoiffent pas ? Que
ces pernicieux Lecteurs s'accufent
fimplement dú mauvais
ufage qu'ils font des Livres , &
ne s'en prennent pas à leurs Autheurs.
Que ces faux Directeurs
ne confondent pas l'Innocent
avec le Coupable , & ne ſe vangent
pas , fous prétexte de l'intéreft
de l'Eglife , pour contenter
leur paffion & leur caprice . Ils
livrent au Bras féculier de la
Servante, comme parle l'Hiftorien
de Dom Quichote , les plus
celebres Autheurs . Quelle hote!
quelle infamie ! ou plutoft quel
Emportement quelle injuftice!
du Mercure Galant.
7ì
Le feu P. E. terminoit toutes
Tes Miffions par un ſemblable ſacrifice,
auquel il apportoit la paf
fion d'un Tyran , plutoft que le
zele d'un Apoftre. Là dans un
amas confus de Livres qu'il avoit
excroquez de fes Devots , on
voit Porta , Bellot , Agrippa, &
quelques Autheurs d'une réputation
un peu fcabreuſe ; mais
ce qui faifoit le plus grand nom
bre , on voit d'un autre cofté,
les Scudery , les Gomberville,
les Calprénede , les Moliere , &
les Corneilles mefme ; & ce que
Les plus éclairez ne pourroient
voir fans frémir , les Ecrits du
fameux Evefque du Bellay , n'étoient
pas reſpectez de ces flâmes
impures.
Je me fouviens toûjours du
72 Extraordinaire
pauvre Poléxandre, qu'une Da
me de cette Province conſerve
curieufement dans fon Cabinet,
depuis qu'elle le tira de cet indigne
Bacher , où une autre
Dame l'avoit lâchement aban.
donné . Il porte plufieurs marques
de cette infamie ; mais la
Dame l'en eftime davantage , &
elle dit merveille de fes proüeffes
en cette rencontre , & de la bonté
de fes Armes dorées , qui réſiſ.
térent aux flâmes , & qui aidérent
à l'en fauver. Elle entend
par
là une bonne Couverture de
Maroquin de Levant , dorée, &
ajuſtée, dont ce Livre eftoit re.
lié. Enfin elle raconte cette avanture
d'une maniere ſi naturelle &
fitouchante, que ce ne feroit pas
la moins belle partie de ce Roman,
du Mercure Galant.
73
man, fi on la vouloit ajoûter aux
infortunes du brave & genéreux
Poléxandre.
Je l'avoue ingénúment, quand
je confidere avec une férieuſe
refléxion le bien & le mal que
fait à la Jeuneffe la lecture des
Romans & des Poëtes, je n'oferois
ny en approuver, ny en con.
damner l'ufage , mais quand je
me fouviens que je les ay lús
dans mon enfance , & mefme
dans un âge plus avancé, fans la
moindre émotion, & queje leur
dois ce que j'ay d'éducation &
de teinture des belles Lettres ,
qu'ils m'ont ouvert la Porte des
Sciences , & donné le gouft des
Livres, je fuis forcé de dire qu'on
les peut lire fans danger du cofté
de l'ame, & avec utilité du cofté
Q.d'Avril 1684.
G
74
Extraordinaire'
de l'efprit , car enfin , je le répete
encore apres M' de Balzac, il doit
y avoir des Livres pour occuper,
& pour inftruire. Il doit y en
avoir pour délaffer & pour plaire ;
les uns font utiles , les autres
agreables ; & l'Homme a befoin
des uns & des autres. Si on veut
fuivre ce partage , & ne rien confondre,
on fera toujours un bon
ufage de la Lecture.
DE LA FEVRERIE .
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219
p. 91-95
AU ROY DE FRANCE.
Début :
Lettre de la Royale & insigne Ambassade du grand Roy [...]
Mots clefs :
Roi, Amitié, Royaume de France, Offre, Ambassadeurs, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY DE FRANCE.
AU ROY DE FRANCE.
Istre de la Royale
la Royale & infigne
Ambaffade du grand
Roy du Royaume deSeryfurthia,
qu'ilenvoye à vous, o tres-grand
ex tres puiſſant Seigneur des
Royaumes de France & deNa
-Durre , qui avez des Dignitez
Suréeminentes , dont l'éclat la
Splendeurbrillent comme le Soleil,
Vous qui gardez une Loy tres
excelleennttee &parfaite & cest
auffipour cette raison, que com
vous gardez foûtenez la Loy
८
4
Hij
92 MERCURE
laJustice , vous avez rem
porté des victoires fur tous vos
Ennemis , & que le bruit
la renommée de vos triomphes
s'est répandue par totes les Nations
de l'Univers. Or touchant
les Lettres de la Royale Ambaſſade
, & pleine de Majesté,
que Vous , o Tres - grand Roy,
nous avez envoyée par Dom
François Evesque , jusque dans
ce Royaume ; & apres avoir
copris le contenu de vostre illuftre
elegante Ambassade , noftre
coeur Royal a este remply &
comblé d'une tres-grande joye,
& ay cu foin de chercher les
ن م
GALANT. 93
moyens d'établir une forte &
ferme amitié à l'avenir; & lors
que j'ay vú le General de Surate
, envoyer fous vostre bon
plaisir un Vaisseau pour prendre
nostre Ambaſſade & nos Ambaffadeurs
, pour lors mon coeur
s'est trouvé dans l'accompliffement
de ſes ſouhaits
defirs ,& nous avons envoyé
tels &tels , pour eftre les Porteurs
de nostre Lettre d'Ambaffade
, & des Préfens que nous
envoyons àVous , o Tres-grand
Roy, afin qu'entre Nous ilyait
une parfaite intelligence , une
parfaite une veritable union
4
de ses
)
94 MERCURE
<
& amitié , & que cette amitié
puiſſe effre ferme & inviolable
dans le temps à venir. Que fi,
ô Tres- grand Roy , vous defirez
quelque chofe de nostreRoyaume,
je vous prie de le faire déclarer
àvos Ambassadeurs. Lors que
les meſmes Ambaſfadeurs auront
achevé, je vous prie de leur
donner permiffon de 's'enrevenir..
afin que je puiffe apprendre les
bonnes nouvelles de vosfélicitez,
Tres-grand & Paiffant Roy,
de nous envoyer des Ambaffadeurs,
que nos Ambaffadeurs
puiffent aller & venirfans!
manquer;Vous priant que noftre
GALANT. 95
amitié ſoit ferme & inviolable
pourtoûjours ; &je conjure la
Toutepuiſſance de Dieu , de vous
conferver en toutes sortes deprof
péritez, & qu'illes augmentede
jouren jour, afin que vous puis
fiez gouverner vos Royaumes de
France & de Navarre , &je
le ſuplie qu'il vous agrandiſſepar
des vistoires ſurtous vos Ennemis
, &qu'il vous accordé une
longue vie, &pleine de profpéritez.
Istre de la Royale
la Royale & infigne
Ambaffade du grand
Roy du Royaume deSeryfurthia,
qu'ilenvoye à vous, o tres-grand
ex tres puiſſant Seigneur des
Royaumes de France & deNa
-Durre , qui avez des Dignitez
Suréeminentes , dont l'éclat la
Splendeurbrillent comme le Soleil,
Vous qui gardez une Loy tres
excelleennttee &parfaite & cest
auffipour cette raison, que com
vous gardez foûtenez la Loy
८
4
Hij
92 MERCURE
laJustice , vous avez rem
porté des victoires fur tous vos
Ennemis , & que le bruit
la renommée de vos triomphes
s'est répandue par totes les Nations
de l'Univers. Or touchant
les Lettres de la Royale Ambaſſade
, & pleine de Majesté,
que Vous , o Tres - grand Roy,
nous avez envoyée par Dom
François Evesque , jusque dans
ce Royaume ; & apres avoir
copris le contenu de vostre illuftre
elegante Ambassade , noftre
coeur Royal a este remply &
comblé d'une tres-grande joye,
& ay cu foin de chercher les
ن م
GALANT. 93
moyens d'établir une forte &
ferme amitié à l'avenir; & lors
que j'ay vú le General de Surate
, envoyer fous vostre bon
plaisir un Vaisseau pour prendre
nostre Ambaſſade & nos Ambaffadeurs
, pour lors mon coeur
s'est trouvé dans l'accompliffement
de ſes ſouhaits
defirs ,& nous avons envoyé
tels &tels , pour eftre les Porteurs
de nostre Lettre d'Ambaffade
, & des Préfens que nous
envoyons àVous , o Tres-grand
Roy, afin qu'entre Nous ilyait
une parfaite intelligence , une
parfaite une veritable union
4
de ses
)
94 MERCURE
<
& amitié , & que cette amitié
puiſſe effre ferme & inviolable
dans le temps à venir. Que fi,
ô Tres- grand Roy , vous defirez
quelque chofe de nostreRoyaume,
je vous prie de le faire déclarer
àvos Ambassadeurs. Lors que
les meſmes Ambaſfadeurs auront
achevé, je vous prie de leur
donner permiffon de 's'enrevenir..
afin que je puiffe apprendre les
bonnes nouvelles de vosfélicitez,
Tres-grand & Paiffant Roy,
de nous envoyer des Ambaffadeurs,
que nos Ambaffadeurs
puiffent aller & venirfans!
manquer;Vous priant que noftre
GALANT. 95
amitié ſoit ferme & inviolable
pourtoûjours ; &je conjure la
Toutepuiſſance de Dieu , de vous
conferver en toutes sortes deprof
péritez, & qu'illes augmentede
jouren jour, afin que vous puis
fiez gouverner vos Royaumes de
France & de Navarre , &je
le ſuplie qu'il vous agrandiſſepar
des vistoires ſurtous vos Ennemis
, &qu'il vous accordé une
longue vie, &pleine de profpéritez.
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Résumé : AU ROY DE FRANCE.
Le roi de Seryfurthia adresse une lettre au roi de France, exaltant sa grandeur et ses victoires. Il exprime sa loyauté et sa joie après avoir reçu les lettres de la royale ambassade envoyée par Dom François, évêque. Le roi de Seryfurthia souhaite établir une amitié forte et durable entre les deux royaumes. Il annonce l'envoi de vaisseaux et d'ambassadeurs pour renforcer cette alliance et invite le roi de France à formuler toute demande spécifique. Il prie pour la prospérité et la longévité du roi de France, ainsi que pour des victoires sur ses ennemis. La lettre se conclut par un vœu de conservation et d'augmentation des prospérités du roi de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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220
p. 95-99
AU SOUVERAIN PONTIFE.
Début :
Il y a pour subscription à la Lettre que ce Roy a écrite / Lettre de la Royale Ambassade du grand Roy de Siam, [...]
Mots clefs :
Pape, Lettre, Chrétiens, Mérites, Joie, Ambassadeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU SOUVERAIN PONTIFE.
HIlyy a pour ſubſcription à
la Lettre que ceRoy a écrite
auPape,
1
96 MERCURE
AU
SOUVERAIN PONTIFE..
Ettre de la Royale Ambaf-
Wade du grandRoy de Siam
qu'il envoye au S. Pape , qui
est le Premier&le Pere de tous
les Chrétiens , dont ilfoûtient la
Religion, pour luy donner de l'éclat
,&la gouverner, afin que
tous les. Chrétiensy demeurent
fermes ,&ſuivent ce que laReligion
& la Justice demandent..
D'autantqu'il a eftéde touttemps
uſité, que les grands Roys
Princes qui excellent en mérites
1
GALANT. 97
enforces , ont ſoin &defirent
ardemment étendre leurs Royales
amitiez par toutes les Parties du
Monde, parles diverſesNations
qui l'habitent , &fçavoir
les choses qui s'y paffent. C'est
pourquoy quand le S. Pape nous
aicy envoyé en Royale AmbasfadeDom
François Evesque,cela
nous donna unetres-grande joyes
apres avoir vû le contenu de
la Lettre dont il eſtoit Porteur,
remplie de civilitez , nostre coeur
Royalfut remply d'une joye tresgrande.
Pour ces raiſons nous
avons résolu d'envoyer tels &
tels, pour porter au S. Pape les
Juin1684.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
I
۱
98 MERCURE
Lettres de noftre Royale Ambas
fade dont ils font chargez, à
deffein qu'il y ait une Royale
Amitiéentre Nous,&un mutuel
amour qui dure jusqu'à l'Eternité.
Quand nos Ambassadeurs
auront achevé ce dont ils font
chargez, je vous priede les laiffer
revenir , afin qu'ils m'appor
tent des Nouvelles du S. Pape,
qui mefont tres-cheres , &que
j'eftimeray infiniment. Jeprie
auſſi le S. Pape de m'envoyer des
Ambassadeurs , &que nosAmbaffadeurs
puiffent aller&venir
fans interruption, afin qu'une fi
excellente,siprécieuse fiillustre
GALANT 99
amitiépuiſſe durer éternellement.
Enfin je ſouhaite que le S.Pape
joüiffe de toutesfortes de biens&
defélicitezdans la Loydes Chrétiens,
&qu'il vive pluſieurs an
néespleines de mérites, joye,fainteté&
repos.
la Lettre que ceRoy a écrite
auPape,
1
96 MERCURE
AU
SOUVERAIN PONTIFE..
Ettre de la Royale Ambaf-
Wade du grandRoy de Siam
qu'il envoye au S. Pape , qui
est le Premier&le Pere de tous
les Chrétiens , dont ilfoûtient la
Religion, pour luy donner de l'éclat
,&la gouverner, afin que
tous les. Chrétiensy demeurent
fermes ,&ſuivent ce que laReligion
& la Justice demandent..
D'autantqu'il a eftéde touttemps
uſité, que les grands Roys
Princes qui excellent en mérites
1
GALANT. 97
enforces , ont ſoin &defirent
ardemment étendre leurs Royales
amitiez par toutes les Parties du
Monde, parles diverſesNations
qui l'habitent , &fçavoir
les choses qui s'y paffent. C'est
pourquoy quand le S. Pape nous
aicy envoyé en Royale AmbasfadeDom
François Evesque,cela
nous donna unetres-grande joyes
apres avoir vû le contenu de
la Lettre dont il eſtoit Porteur,
remplie de civilitez , nostre coeur
Royalfut remply d'une joye tresgrande.
Pour ces raiſons nous
avons résolu d'envoyer tels &
tels, pour porter au S. Pape les
Juin1684.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
I
۱
98 MERCURE
Lettres de noftre Royale Ambas
fade dont ils font chargez, à
deffein qu'il y ait une Royale
Amitiéentre Nous,&un mutuel
amour qui dure jusqu'à l'Eternité.
Quand nos Ambassadeurs
auront achevé ce dont ils font
chargez, je vous priede les laiffer
revenir , afin qu'ils m'appor
tent des Nouvelles du S. Pape,
qui mefont tres-cheres , &que
j'eftimeray infiniment. Jeprie
auſſi le S. Pape de m'envoyer des
Ambassadeurs , &que nosAmbaffadeurs
puiffent aller&venir
fans interruption, afin qu'une fi
excellente,siprécieuse fiillustre
GALANT 99
amitiépuiſſe durer éternellement.
Enfin je ſouhaite que le S.Pape
joüiffe de toutesfortes de biens&
defélicitezdans la Loydes Chrétiens,
&qu'il vive pluſieurs an
néespleines de mérites, joye,fainteté&
repos.
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Résumé : AU SOUVERAIN PONTIFE.
Le roi de Siam adresse une lettre au pape pour exprimer sa joie et son admiration après avoir reçu une missive portée par l'ambassadeur Dom François. Il met en avant l'importance des relations diplomatiques et de l'amitié entre les nations. Le roi décide d'envoyer des ambassadeurs au pape afin de renforcer cette amitié et sollicite l'envoi réciproque d'ambassadeurs. Il souhaite que les échanges diplomatiques se poursuivent sans interruption pour maintenir une amitié durable. Le roi formule également des vœux de bonheur et de prospérité pour le pape et la communauté chrétienne.
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221
p. 99-101
LETTRE ECRITE PAR le Barcalon, ou Ministre du Roy de Siam, à Messieurs les Directeurs Genéraux de la Compagnie du Commerce des Indes Orientales.
Début :
Lettre de Chao Peja Ferry Terrama Bacha Chady Amatraja, Mehittra, [...]
Mots clefs :
Barcalon, Compagnie du commerce des Indes orientales, Directeurs généraux, France, Maître, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE ECRITE PAR le Barcalon, ou Ministre du Roy de Siam, à Messieurs les Directeurs Genéraux de la Compagnie du Commerce des Indes Orientales.
LETTRE ECRITE PAR
le Barcalon , ou Miniſtre du
Roy de Siam , à Meſſieurs les
Directeurs Genéraux de la
Compagnie du Commerce des
Indes Orientales .
Ettre de Chao Peja Ferry
LTeTrerrarammaa Bacha Chady
Amatraja, Mehittra , Pipittra,
I ij
100 MERCURE
Rathana, Rat, Couffa , Tidody,
Apaja , Pery, Bora , Cromma,
Pahoué , qu'il envoye en figne
d'amitié fincere à Ms les Directeurs
Genéraux de la Royale
Compagnie de France. D'autant
que le Roy mon Maiſtre envoye
Jes Ambassadeurs , afin de porter
fes Royales Lettres , & Préfens,
à la Haute &Royale Majesté
du Grand Roy de France , afin
que leurs Alliances fi excellentes
avantageuses puiffent estre
éternelles. Or comme les Ambaf-
Sadeurs Serviteurs du Roy
mon Maiſtre font un cheminfort
long, fi lesdits Ambaſſadeurs ont
GALANT. IOI
beſoin de quelque chose , ou- bien
fi le Pere Gayme & Emmanuel
Ficards vont le demander à la
Compagnie , je prie ladite Compagnie
d'enfaire un Compte clair
net ,&de l'envoyer icy, afin
que jefatisfaſſe à tout ce qu'ils
ont reçûde la CompagnieRoyale,
de plus , si la Compagnie Royale
defire quelque chose de ceRoyau
me, je la prie de nous lefaire
fçavoir avec toute la clartépof
fible.....
le Barcalon , ou Miniſtre du
Roy de Siam , à Meſſieurs les
Directeurs Genéraux de la
Compagnie du Commerce des
Indes Orientales .
Ettre de Chao Peja Ferry
LTeTrerrarammaa Bacha Chady
Amatraja, Mehittra , Pipittra,
I ij
100 MERCURE
Rathana, Rat, Couffa , Tidody,
Apaja , Pery, Bora , Cromma,
Pahoué , qu'il envoye en figne
d'amitié fincere à Ms les Directeurs
Genéraux de la Royale
Compagnie de France. D'autant
que le Roy mon Maiſtre envoye
Jes Ambassadeurs , afin de porter
fes Royales Lettres , & Préfens,
à la Haute &Royale Majesté
du Grand Roy de France , afin
que leurs Alliances fi excellentes
avantageuses puiffent estre
éternelles. Or comme les Ambaf-
Sadeurs Serviteurs du Roy
mon Maiſtre font un cheminfort
long, fi lesdits Ambaſſadeurs ont
GALANT. IOI
beſoin de quelque chose , ou- bien
fi le Pere Gayme & Emmanuel
Ficards vont le demander à la
Compagnie , je prie ladite Compagnie
d'enfaire un Compte clair
net ,&de l'envoyer icy, afin
que jefatisfaſſe à tout ce qu'ils
ont reçûde la CompagnieRoyale,
de plus , si la Compagnie Royale
defire quelque chose de ceRoyau
me, je la prie de nous lefaire
fçavoir avec toute la clartépof
fible.....
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Résumé : LETTRE ECRITE PAR le Barcalon, ou Ministre du Roy de Siam, à Messieurs les Directeurs Genéraux de la Compagnie du Commerce des Indes Orientales.
Le Barcalon, Chao Peja Ferry, ministre du roi de Siam, écrit aux Directeurs Généraux de la Compagnie du Commerce des Indes Orientales pour exprimer son amitié. Il annonce l'envoi d'ambassadeurs en France, porteurs de lettres royales et de présents pour le roi de France, afin de créer des alliances durables et bénéfiques entre les deux nations. La lettre souligne les besoins des ambassadeurs durant leur voyage et demande à la Compagnie de fournir un compte détaillé des dépenses. Le Barcalon invite également la Compagnie à formuler toute demande auprès du roi de Siam, insistant sur la nécessité de clarté dans les communications.
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222
p. 102-106
LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
Début :
Comme le Genéral de Surate a eu la bonté d'envoyer par [...]
Mots clefs :
Présents, Roi, Général, Envoyer, André Boureau-Deslandes, Temps, Ambre, Lettres, Ambassade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
LETTRE DU MESME
Miniſtre à M. le Directeur
Baron .
Omme te
Comme
Genéralde Surate
a' eu la bonté d'envoyer par
Mª des Landes , des Lettres
des Préfens, pour eftre présentez
au grand er puiſfant Roy mon
Maistre , me recommandantde
donner mon afſiſtance pour les luy
estre présentez , & qu'il ma
auffi envoyé une Lettre , & des
Préfens quejay reçû; on a ex
pliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume .Or j'ay conuu par leur
GALANT. 103
teneur , er par les difcours de
M des Landes , que M² le
General ayant fçû que l'on devoit
envoyer des Ambassadeurs
au Roy de France , OJ au S.
Pape , en avoit conçu beaucoup
de joye , & qu'il avoit préparé
unVaiffeau afin de recevoir l' Ambaffade,
auquel il avoit ordonné
defaire conformément à ce qui
leurferoit commandé ; &que si
l'on differoit encore d'envoyer
l'Ambaffade , il nous prioitque
le Vaiſſeau fuft dépêché à temps,
pour ne pas perdre la Mouffon.
Comme il y a tres-long-temps
qu'il defiroit avec paſſion qu'ily
I mj
104 MERCURE
cust Alliance er unionferme en
tre les deux Couronnes à l'avenir
; & quand M² le General a
envoyé un Vaisseau pour porter
les Ambassadeurs , c'est ce que
fon coeurRoyalſouhaitoit ardemment
, à mesme temps il m'a
donnéfes ordres , que j'ay reçus
fur le sommet de ma teste,sça
voir, de préparer des Ambassa
deurs pour porterfes Lettres
Préfens à la Royale &Haute
Majefté du Roy de France , afin
que cette Royale & excellente
Alliance fust éternelle à l'avenir.
Je croy que M des Landes.ne
manquera pas de donner avis
<
GALANT. IoF
M le General,desſervices que
je luy ay rendus.
Le Roy mon Maistre vous
envoye ſes Préfens . 3
Et moy de ma part, un Coffre
de Japon, à couverture voutée,
le fond noir avec des Feinlles
d'or ; un Coffre de Chine , le
fond noir , travaillé avec ambre
&& or ; deux Arbriſſeaux d'ambre
; un Pot d'ambre ; deux Boulis
à Chaa ; huit Chavanes ; deux
Bandéges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Japon;
ce que je vous prie de recevoir,
pour l'amitiéque vous me portez.
Fe laiſſe à M le General àpour
L
t
106 MERCURE
/
voir aux moyens quiſont necef
faires pour qu'entre lay of moy
ilpuiffey avoir un parfait amour,
& inviolable amitié pour l'avenir.
Miniſtre à M. le Directeur
Baron .
Omme te
Comme
Genéralde Surate
a' eu la bonté d'envoyer par
Mª des Landes , des Lettres
des Préfens, pour eftre présentez
au grand er puiſfant Roy mon
Maistre , me recommandantde
donner mon afſiſtance pour les luy
estre présentez , & qu'il ma
auffi envoyé une Lettre , & des
Préfens quejay reçû; on a ex
pliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume .Or j'ay conuu par leur
GALANT. 103
teneur , er par les difcours de
M des Landes , que M² le
General ayant fçû que l'on devoit
envoyer des Ambassadeurs
au Roy de France , OJ au S.
Pape , en avoit conçu beaucoup
de joye , & qu'il avoit préparé
unVaiffeau afin de recevoir l' Ambaffade,
auquel il avoit ordonné
defaire conformément à ce qui
leurferoit commandé ; &que si
l'on differoit encore d'envoyer
l'Ambaffade , il nous prioitque
le Vaiſſeau fuft dépêché à temps,
pour ne pas perdre la Mouffon.
Comme il y a tres-long-temps
qu'il defiroit avec paſſion qu'ily
I mj
104 MERCURE
cust Alliance er unionferme en
tre les deux Couronnes à l'avenir
; & quand M² le General a
envoyé un Vaisseau pour porter
les Ambassadeurs , c'est ce que
fon coeurRoyalſouhaitoit ardemment
, à mesme temps il m'a
donnéfes ordres , que j'ay reçus
fur le sommet de ma teste,sça
voir, de préparer des Ambassa
deurs pour porterfes Lettres
Préfens à la Royale &Haute
Majefté du Roy de France , afin
que cette Royale & excellente
Alliance fust éternelle à l'avenir.
Je croy que M des Landes.ne
manquera pas de donner avis
<
GALANT. IoF
M le General,desſervices que
je luy ay rendus.
Le Roy mon Maistre vous
envoye ſes Préfens . 3
Et moy de ma part, un Coffre
de Japon, à couverture voutée,
le fond noir avec des Feinlles
d'or ; un Coffre de Chine , le
fond noir , travaillé avec ambre
&& or ; deux Arbriſſeaux d'ambre
; un Pot d'ambre ; deux Boulis
à Chaa ; huit Chavanes ; deux
Bandéges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Japon;
ce que je vous prie de recevoir,
pour l'amitiéque vous me portez.
Fe laiſſe à M le General àpour
L
t
106 MERCURE
/
voir aux moyens quiſont necef
faires pour qu'entre lay of moy
ilpuiffey avoir un parfait amour,
& inviolable amitié pour l'avenir.
Fermer
Résumé : LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
La lettre du ministre à M. le Directeur, Baron, mentionne l'envoi de lettres et de présents par M. des Landes au roi de France, avec une recommandation pour leur présentation. Le ministre a également reçu des lettres et des présents du Général, qui exprime sa joie à l'idée d'envoyer des ambassadeurs en France et au Saint-Père. Le Général a préparé un vaisseau pour l'ambassade et prie que ce vaisseau soit dépêché à temps pour ne pas manquer la mousson. Le ministre souligne le désir du Général d'établir une alliance ferme entre les deux couronnes et a reçu l'ordre de préparer des ambassadeurs pour porter des lettres et des présents au roi de France afin de renforcer cette alliance. Le ministre espère que M. des Landes informera le Général des services rendus. Enfin, divers présents, dont des coffres de Japon et de Chine, des arbrisseaux d'ambre, et d'autres objets, sont envoyés en signe d'amitié. Le ministre laisse au Général le soin de trouver les moyens nécessaires pour maintenir une amitié parfaite et inviolable à l'avenir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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223
p. 330
ENIGME.
Début :
Voicy une nouvelle Enigme. Elle est de Mr Hegron de Tours. / Un peu plus pâle que l'Aurore, [...]
Mots clefs :
Citron
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy une nouvelle Enigme.
Elle est de Me Hegron de Tours.
:
ENIGME .
Un pluspale quelAurare Jeſuisd'agreable couleur;
Je prens ma beauté, mafraîcheur,
Au noir & chaud Climat du Mores
Jenais, jevis ausein deFlore,
Dans leparfum de mon odeur;
Je réjouis & boucke& coeur,
Les Festins, les Festes j'honore.
Cher au Malade comme au Sain,
Leplus critique Medecin
Dema vertu vante l'usage;
Et touchant quatredes cing Sens,
Du Voluptueux & du Sage
F'anime lesplus languiſſans.
Elle est de Me Hegron de Tours.
:
ENIGME .
Un pluspale quelAurare Jeſuisd'agreable couleur;
Je prens ma beauté, mafraîcheur,
Au noir & chaud Climat du Mores
Jenais, jevis ausein deFlore,
Dans leparfum de mon odeur;
Je réjouis & boucke& coeur,
Les Festins, les Festes j'honore.
Cher au Malade comme au Sain,
Leplus critique Medecin
Dema vertu vante l'usage;
Et touchant quatredes cing Sens,
Du Voluptueux & du Sage
F'anime lesplus languiſſans.
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224
p. 9-37
DE L'ORIGINE DE LA POESIE.
Début :
L'Ouvrage qui suit, est de Mr Bouchet, ancien Curé de Nogent le Roy / Plus de deux mille ans avant Laon, [...]
Mots clefs :
Origine, Poésie, Ouvrages, Monarque, Art, Prince, Amour, Malheur, Plume, Auteur, Rime, Savants, Parnasse, Mémoire, Art poétique, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ORIGINE DE LA POESIE.
L'Ouvrage quifuit, estde J'vir
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Roy. C'est luy qui est l'Autheurde
l'Origine des Jeux, que vaut me
mandez, avoir lû avec plaisir dans
le dernier Extraordinaire. Ce que
vous m'en dites d'avantageux, m'a
faitprendre garde quejavois oublié
à vous apprendre son nom, & il ne
seroitpasjuste de lepriverpluslongtemps
dela gloire qu'ilmérite.
DE L'ORIGINE
DELA Pr)ECfr'!
~P Lus dedeuxmille ansavant Laon,
Et plus d'un Siecle avant ifilon,
9,,umoy que Milanfoitfortantique,
Régna l'Art nomméPoëtique,
Cet Art illustre &figuré,
Où toutse tru.1)e mesuré;
Carsans tnefiiTi &sanscadence
Le Mu'~e tombe en décadence.
Cet Art q charme les Humains,
Avant Romule & les Romains,
Chez qui tout estoit héroïque,
Etoit Xufaçe & de pratique.
A-fêifr, ce Chefdes Hébreux,
Ce Capitaine genéreux,
Ce Législateurintrépide,
Dont l'amen'est rin desordide,
CeFavory, ce Bien-aimé,
De l'Ange & del'Homme efïimz3
AYAnttiré tantpar Oracles,
Qiieparde merveilleux miracles,
De l'esclavage Egyptien
Le PeuplequeDieu nommoitsien,
AyantdanslaMerErythrée
Confondul'insolence outrée
D'un Potentat audacieux
Qui vouloit résisteraux Cieux,
Ensuite desa délivrance,
Pour marquersa reconnois.,nce
Au Monarque del'Univers,
Inspiré d'Entrant,fitdes Virs,.
Et le premier forgea laRifne;
Carrimern'estpasfaireuncrime,
Comme ontprétendudans ces temps
Certains Boltr/U &Mécontens, par une critique austere
Blâment ce qu'ils ne peuventfaire.
Apres cet Hommesanspareil,
Qui rayonnoit comme un Soleil,
uiyam eu dans cet ArtpourMaistre
Le Dieu des Dieux le premier Estre,
Parut David,.CeFavory
,
Ce Monarque du Ciel chery,
Dans des transports tout extatiques,
Fit cent cinquante beaux Cantiques,
Qui chaquejour nous donnent lieu
D'honorer&de loüer Dieu.
SalomonsonFils, Princesage,
Mit aussisa veineenusage,
Etfit des Versforts &puissans,
Qui renferment beaucoup desens.
C'est une sa:'nfe Postorale,
Où cesçavant Monarque étale,
MAil dans un mystérieux tour,
Lessentimens d'unchaste amour.
Job, cet abysme descience,
Cemiracle de patience,
Dont le Seigneur parsabonté
Eprouva la fidélité
Par de sanglantestentatives,
Deses diforaces les plus vives
D'un stile vrveux & parfait
Nous a Uffigné le portrait.
Tous les Vers en font magnifiques,
Coulans,sçavans, &pathétiques,
Tout en effort & vigoureux;
Heureux,Lecteur, troisfoùheurtat-,
Ce luy qui conduirasaBarque,
Comme fit ce Prince de marque,
Avec pleinesoûmissîon,
Aux ordres du Dieu de Sion.
lt!!and l'amour de l'indépendance
N'aveuglepointnostre prudence,
Nous nousfaisons ungrandplaijîr
D'assujettir nostre desir,
Et nostreentiereobéissance,
A celuy de qui la puissance
Soumet àses divines Loix
LesRépubliques & les Roys.
Le compatissantJerémie,
'Dont l'amefutdu Ciel amie,
jQue la pitié santifia,
En Vers Hébreuxversisia,
Prédit d'une Ville coupable
La décadence déplorable,
Etfit des Lamentations
Dignes de nos attentions.
jfisnas ( dit un JÎutheur Classique)
Del'Elégie& Poëme Epique,
Fut tout le premier Inventeur,
Et tres-grand YerflftcAtlUr.
Terpandre, un des Scientifiques,
Dressa des Loix Cytharediques
Enfaveur des Joüeurs de Luth;
Cefui làson premier début,
Etses Ouvrages de mérite
Eurent beaucoup de réüffiu.
PolymnestedeColophon,
Qui n'avoit pas l'espritboufon,
Maûférieux, mais dramatique,
Fut l'Autheur du Vers héroïque.
Pierus, non Athénien,
Aiais BourgeoisMacédonien,
Grand amateur de rharmonie,
Pour le Poëme eut bien du génie;
Etsil'on en croit Scaliger,
Ecrivain grave, & non léger,
IlfHt nommé Pere des bjUfeS.
Ce nom luy vint, non deses ruses,
Quoy qu'ilfust un peu guoguenard,
Et presque aiijfi fin qu'un Renard,
Mais bien de ce qu'a ses neuf Filles,
Toutes belles, toutes gentilles,
Dont laverve avoit du renom,
Des Muses il donna le nom.
Thaliafit les Comédies,
Molpomene les Tragédies;
Dithyrambe,fameux Thébain,
Mortelunpeufolâtre c£ vain,
Dressa les Vers Dithyrambiques;
Daphnis Pasteur, les Bucoliques;
Romert, de belle hauteur,
DesVerslambesfutl'Autheur;
./t:ezon fit tant par ses ménages,
Qu'ilfit entrer les Personnages,
Et les Scenes qui plaisent tant,
Dessus un Théâtre éclatant.
Phémenoé, Homme deLettres,
Composa des Vers Héxametres,
Accompagnezd'une douceur
Qui charmoit le Frere & la Soeur.
Alemanfut un Poète Lyrique,
Qui parlait la Langue Dorique,
Et qui lepremier mit au jour
Des Vers au sujet de lAmour.
L*Athénien, qu'onnommeEschile,
Doüé d'une Languesubtile,
Et d'éloquence, eut le malheur
Depasserpour HH grand parleur;
Mais cest luy qui trouva la Dance„
Lafaçon d'alleren cadence,
Et tous ces beauxpasfigurez.
JQui dans les Balssontadmirez.
Les Chants que l'on nommoit Néniesî
Qu'aux lugubres Cérémonies
On employoit communément,
Trouverent leur commencement,
Non dans la tested'Euripide,
Mais dans celle de Simonide,
Poëtequisefitaimer,
Heureuxsur terre, heureuxsur mer
Pratinas, Poëte Tragique,
Mais bizarre & mélancolique,
Pour exorciserlechagrin
Dont ilavoit bien plus d'ungrain,
S'avisa, poursefairerire;
D'estre Inventeur de la Satyre,
Et de railler à tour de bras
Tous ceux quine luy plaisoientpas,
En voulant lescharger de honte;
Mais iln'y trouvapasson compte,
Car aux dépens deson hornois
Onjoüasur luy du Hautbois.
Voila lefort d'un Satyrique,
Comme il offence, comme ilpique;
Et comme ilse croit tout permis, Ils'attiredes Ennemis.
Dans cettefouled'Adversaires,
Qui luysontsouvent des affaires,
Il s'en trouve toujours quelqu'un
Qui nese croyant du commun,
Sevange, nazarde son mufle,
Etvient luy repasserson Buste.
Ainsicroyons que rarement
Onsatyrise impunément.
Aristophane le Comique
A mis l'Octometre en pratique;
Le Tétramesre en est auffy3
Dont il IlfAit un racourcy.
Aristore le Stagirite,
Philosophe degrand mérite,
Et de qui l'érudition
S'attira l'admiration,
Sçavoit aussifort bien la trace
Del'Hippocrene & du Parnasses.
Et malgrésesemploisdivers,
Donnait unfort beau tour aux Ferf-
Il composa des Epigrammes,
Des 1ailes. desAnaorammes;
L'Elégie pareillement
Estoitdeson département.
Quand un Homme aide la cervelle,
Par tout il triomphe, il excelle,
Et vous paffastesdans ce rang,
Maistre d'Alexandrele Grand,
PourPoëte, Orateur, Botaniste,
Philosophe NAturaliste
Aureste,plusieurs Gens d'esprit,
Del'ArtPoëtique ont écrit,
Et donné carriers à leurs Plumes,
Pourfaire de sçavans Volumes,
Marquant par un travail si beau,
Qu'ilsfçavaientdusacréCoupeau
Que l'onvante au dessusdes nuës
Les Routes les plus inconnues.
Pour peuquel'onfaitstHdieux,
On en peut juger par lesyeux,
On aveu Zénon le Pitique,
Horacele Prince Lyrique,
Et Caton le Grammairien,
Autheurs qui raisonnementfort bien
Ecrire de l'ArtPoétique
D'unefaçonfort ItutentÍque.
Que l'on peut liresans danger..
Autant en afait Scaliger,
Ce Puitsdescience profonde,
Dont le nom voleparlemonde.
Varron, L'ornement des HNmll"inf,;.
Et lepinssçavant des Romains.
Ecrivit en Vers, non en Prose,
Sur l'essence de chaque chose,
Etsurd'autressujets, le tout du resse trouvé dugrandgoust.
Théonas employa sa plume
si composer un grandVolume
Surlasainte Religion
Dont nousfaisonsprofession,
Le tout en YerJ, le tout en Rime,
Et le tout paffè par la Lime.
L'admirable Sérapion,
GrandHommede biens ce dit-on, 1
Grand amateur de Poésie,
Se mit enteste, enf{lntaiJie
De mettre en Volumes divers
La Logique & Physique en Vers;
La Métaphysique & Morale,
Où par tout sa Minerve étale
De merveilleuxenseignemens,
Et de vertueux documens.
Guide, sçavant &fameux Prej/rt"
Quiparses Vers s'estfaitconnoistre
Ecrivit copieusfement
Sur l'un & l'autreTestament.
Le grand Prosper-tl,'AquitanieJ
Docteurd'un celestegénie,
Afait un Poëmeplein d'appas
Contre ces malheureux rats,,
Quinégligent de
reconnoistre
Lagrace dusouverain Maistre.
En effet, tarit son bonheur,
Qui néglige son Bienfaiteur.
Saint Fulgence, Homme de courage
Né d'un Sénateur de Catrhage,
Composa des Poëmes Chrestiens,
peuventservir de moyens
Poursournir de riches idées
Aux Ames de Dieu possedées
Saint Cyprien, nobleAffricairty
Quin'eutjamaisl'esprit taquin,
Mais dont famé tres-liberale
jilla d'une façon Royale
JrtfqHtl àprodiguerson [1IlIt.
Pour l'Estre qui tient le hautrang,,
Sur ce Poteau si vénérable,
Où par un crime abominable
Le Sauveur on crucifia.
Elégamment versisia.
LedocteFirmian LaBance,
Hommesansfaste&sans jaBance^
Eloquent comme un Cicéron,
Asur la Résurrection,
Etsurla Mort du Dieufait Homme
Ausujet d'une trisse Pomme,
Composé des Vers élegans,
Quoy que certains Extravagant
jlyent voulu, remplitde rage,
Donner atteinte a cet Ouvrage.
Victorin, nommél'Affricain,
Qui milleans avant Charles-quint;
( Prince que l'Histloire renomme)
Lisoit publiquement à Rome
'.Avec un applaudissement
Qui donnait de létonnement
Aux Esprits jaloux desaglpirr,
Chanta la mort & la viEieire
De cesseptFreres généreux,
De cessept Freres bienheureux,
Quiflgnalerentleurconfiance,
Leurbravoure & leur résistance,
Ensoufrant lefer &lefeu
Pour ladéfense du vray Dieu.
On les appelle Macchabées,
Par leurs images exhibées
Que dans le mondeenfaitcourir,
NIUsçavons tous qu'ilfaut mourir.
De SédulleEcossois, lesveilles
Ontproduit degrandes merveilles; unHymnefaitpourle Seigneur,
Ils'est accjuis beaucoup d'honneur,
Le tout en Vers comme en cadence.
A celuy-cyjoignons Prudence,
Quisuivantses pieux desseins
Afait Céloge desgrands Saints,
Et nom en a tracél'histoire,
Pour en remplirnostre mémfJirt).
-4fin qu'onimite en ces lieux
Ceux que Dieu récompense aux dense*
Si l'on meleveut bien permettre,
Je diray qu'en rime béxametre
Travailla legrandJuvencw,
Dont lesVersvaloientdes écus,
Etquefuries quatreEvangiles
Ses soins ont estéfort utiles.
Rien n'cft dans laperfection
Pluspurquesa Traduïiion.
A ceux-cy je dois joindreAlcimt3
Prélat célebre& magnanime,
Quifit la guerreaux Arriens
Parsaplume&ses entretiens.
Ajoutons encor DAmAJèene,
Unpeuplou.moderne qu'Arsene,
Damascene appelle le Grand,
Quiparmyles Drlan eut rang.
Cet Autheur, d'un air non profane,
Afait l'Histoire de Suzanne,
Etsolidement composé,
D'un espritcalme &reposé,
Certaines Regles Canoniques,
Le toutenbeaux Vers Iambiques,
Uilhtftre Diacre Aratory
Homme valantsonpesant d'or,
Et quiseulenvaloit dix autres,
Afait les Actes des Apostres,
Le toutenVersfort élégans.
On necraintpointlesOuragans,
Quand onse donne l'avantage
Deprofiterd'un telOuvrage.
Il n'estrien de mieux inventé,
Demieuxfait,demieuxconcerte.
Si l'on en croit Georges iAmboi{e,
QuelesHymnes de Saint Ambroise;
Dans nosjournaliers entretiens,
IIestlabouche des Chrestiens,
Et par luyl'Eglise s'explique
D'unesa,sonfort emphatique.
Nonne le Pentapolitain,
Homme devot, nonlibertin,
Employasonzèle&sonstile
A travaillersur l'Evangile
Du grandFvory du Sauveur,
Etfit ensuite avec ardeur
RoulersesVers &songénie
De/fusla Gigantomachie.
Quand on a l'espritexcegent,
Onse prévaut desontalent.
Nazianze, & legrand Boece,
Ont dans leurs Vers une tendrtJfr.
Dont les Esprits un peu bienfaits
Sefont trouvez, tres-satisfaits.
Je IAiffi les Poëtes profanes,
Perse Properce, Aristophanes,
Plante, Maron, State, Nazon,
Et l'Inventeur duVersScazon.
Lucain,danslevrayrienn'égale
Vostre incomparable Pbarfale.
SesVers quisont coulans&forts,
Surpaient le prix des TréflrJ.
Iln esr rien de mieuxfait,Lucrece,
Que et qui part de vostre adresse;
Etvostre Muse, un le voit bien,
A le tour Hélieonien.
Sur les bords du Rivage humide
DelaFontaineCaftalide,
Clauienfit desVerspompeux,
EmpfJulez., &sententieux,
Où l'on ne voitpoint de césure,
Mai$uniportablemtfure»
Juvenal n'a rien quede bon
Pour leJeune & pour le Barbon;
Etsansprofit l' on ne peut lire
Les maximes desasatire,
Puis qu'onyvoit le vray portrait
De tout ce
qu'aujourd'huy l'onfait
Pour l'avarice, pour l'envie,
Pour les desordres dela vie,
Pourl'ambiticn des honneurs,
Pourl'incontinence des moenrs,
Pour la fourbe d- la tromperie,
Pour le Vin,pour l'yvrognerie,
Pour les intrigues del'Amour;
Et pource qui touche la Cour.
Il est bien vray que ses manieres
Se trouvent un peu cavalieres,
Etpleines d'uneliberté
JQui hleffi unpeu l'honnesteté;
Mais apncs tout il est louable
Dans cet Ouvrageincomparables
D'avoir levice combattu,
Afin d'affermir la vertu.
D'Hésoidele grandgénie
Fut bonpeurlaThéogonie.
-
Homerefutfort estimé,
Et de beaucoup de Gensaimé,
Vourl'Odyssée& l'Iliade;
Mais ony voitparfois dufade,
Du bat,dufoible, du rampant; Ilsemble que c'est un Serpent,
Ouichâtiédesasuperbe,
Se traînecommeilpeutsurl'herbe.
Horace estoit un bon Vivant,
Quisa gDrgcArrojlitfowvfnt,'
Etse lavoitsouvent la bouche;
Aveccelason stile touche,
Et ria rien que de vigoureux.
Onvoudraitse rendre Chartreux,
Entendantsa Museseconde
Draper lesvanitez du monde.
Quieroiroitque le Verre en mAi",
JlillflruiJIit le Genre-humain?
Qui croirait que cet Homme aimable,
Le dos aufeu, le flemre à table,
Donnoit de modestesleçons
Tant aux Princes cqu'aux VoliJJênsf
Martial,sanssortir de gamme,
S.,st jetté JeffHI l'Epigrammc;
Maiscequi rend mauvaise odeur;
Il épargne peu la pudeur.
De Marelles,I'Favant en rime,
Abbé plein d'honneur & d'estimes
Comme un modesteTraducteur,
A rectifiécet Autheur,
Et voilé d'unchastesilence
Cequ'avoit produitl'insolence.
C'estainsiqu'unsçavant Chrestien
Corrige l'erreur d'un Payen.
Que vtu-i diray-je icy d'Ausone,
Si renommé dans chaqueZone,
Ce cher ornement de Bordeaux,
Qui par des Ouvragessi beaux,
Si pleins deforce & d'attrempance,
S'est distingué dans nostreFrance,
Etdont les merveilleux Centons
ValentdesBoisseaux de Testons,
Sinon que par sa Poejie.
Ilfait honneuràsa Patrie,
Et qu'ilinstruit les Ignorans?
Au reste, depuissix vingtans,
Et dans l'heureuxsiccleoùnoussommes,
Emile en braves &grandsHommes,
Plusïeurs ont ausacré Villon
Brigué lafaveur d'Apollon,
Et faitla couraux neufPucelles
Que le sçavoir rend toujours belles
Inégalpourtantfut lesort
De ceux quifirent cet effort.
Tout les OuvragesPoëtiques,
Soitferreux,foiehéroïques,
DeMoulinet & de Crétin,
Estoient unamas de frétin..
Q^ù nefutpointsuivy degloires
JLt n'en déplaise à la mémoire
De Marot) on ne trouve pas
Quesa Mufe eust degrands *pp*t,
Ny dit brillant, nonplus que celle
EtdeBaïf&dejodelle.
Mais on eut un respect nouveau
Pour les Vers tracez,par Belleau.
Du Bellay s'acquitl'avantage,
D'avoir la douceur en partage,
Aussi-bien que lafermeté,
La force, & la ViVdciré.
Bersaui eut le talent de plaire,
Cefut là fin vray caractere;
Oüy Bertaud,Evesque de Sés,
Quifut pointu jufsjua l'excés;
JVlaif ses rimes par tout connuës,
De bonsensfurentsoûtenuës.
Que diray-je encor? Du Bartas
JEtêt des Admirateurs à tas,
Et l'on vit des Gens à centaine
Lire jour& nuitsaSemaine
Dans un certain empressement
Quimarquoitleurentestement;
Jrfais ce qui paroissoit commode,
N'est plus maintenant àla mode.
Laissant cette antique beauté,
Chacun court à la nouveauté.
Voila quel est l'avertinnostre,
Vn objetendétruit un autre, Et ce qu'unsiecle toujoursfait,
Vnautresiecle le défait.
Cette vicissitude étrange
Fait que tout s'altere &se change.
C'estpour cette mesme raison
Que Saint Gelais hors desaison,
Seplaint quele tempsfait outrage
Au mérite arfin Ouvrage,
Et que les S çavans d'anjourd'huy
Nesesouviennentplusde luy.
Jiiaistjttefaire en cette occurrence?
Ilfaut s'armerde patience.
Ronsard, ce PoëteVandômois,
• Jivecson Pourpoint de Chamois,
Avecsa Culotte à la Smffei
Etsa Flambergesur lacuisse,
Fut le Prince des grands Rimeurs,
Etfitgagner les Imprimeurs,
,C.a--ronpoëttque ramage -,. Des Doctes obtint le suffrage.
Alors chacunsefit honneur,
Non d'aspirer à sonbonheur,
Maisd'imiterson caractere,
DouxJinsinuAnts &sincere,
Et lesnoblesexpressiens
Tiefes belles conceptions.
Aussiprenoit-onsonlangage
Pour la regle du bel ufacre; Jo Et lors que tjuelcju}unparlait mal,
Ondf'ok, ceftnn Animal,
'VnRnffôyue, un Sot, un Empuze,
Va-Cheval debast, une Buze,
UnHommesanssel &sans art,
Quidonne unsoufflet à Ronsard.
Ajoutez*a ce Personnage
Dautres Poëtes à grandfeüillage,
Lesçavant Abbéde Tyron,
BalzaC, Malherbe, duPerron,
.Bels,Boirrobert, Benserade,
Dont laverve ria rien defade,
Desyveteaux, Motin, Faret,
Sarrasin, la Serre, Loret,
Dtfmllrefts, Dalibray, Arolitre,
Pinchesne, Boileau, Furetiere,
Dandilly,Rotrou, Scudery,
De Racan, Contart, Monfleury
Dormy, Gombaud, de Malleville,
Jean Baudoüin, Maynard, & Douville,
Mairet,deSégrais, Pélisson,
Monsuron, Racine, Poisson,
Quinault, du Ryer, la Ménardiere;
Théophile, la Giraudiere,
Co£etet9 Tristan,Priézac,
Mainart, Scarron, Meziriac,
Chappelain,Cottin,Gomberville,
MefloMleJu Rgjïei, Diéreville,
Bordier, du Perrin, DassOucy,
Le Président Nkolieaussy,
Magnon, dont les dévots Ouvrages
Servent auxpécheurs commeauxsages,
Régnier,Saint Amant, Cerisy,
Dont lestile estpur & choisy,
Becçasse le devot Chanoine,
Pere Rappin, Pere le LVo:ne,
Chevreau, MIIllevAl, & Brêbeuf
Deschèneaux, Chappeton, Marbenf,
Yiondde Ctrlifers, Voiture,
Dont Pinchesne afait lapeinture,
Beauregard, Boursault, de Sentend,
Jtfagnin, de Lingendes, Montreüil
L'ingênieux de la Fontaine.
Qui•ri*me &raisonnesans peine
'Avec une fAcilité.
Qui, marquesonhabileté;
Et commesa plume efi amie
De la celebre Académie
Que l'Eloquencefaitfleurir,
Et qui le bonsensfaitmeurir, Ilvientdy rencontrersaplace,
Comme il la trouvait au Varnajfe*.
iln'est nulPalais, nulHostel,
Quinadmette unsçavant Mortel.
Prônons maintenant vos merveilles,
Doctes Freres,fameux Corneilles,
Qjj d un nombre infiny de Vers
Avez. enrichy l'Univers,
Comme axffi mainte & mainte étude,
Sans que la grande multitude
De tant de merveilleuxEcrits
En ait diminué le prix.
La dans chacune de vos Pieces
Lesplus fines delicatesses
Du belArt quifert a l'Amour,
PArtJiJfellt dans leurplus beau jour,
Soitdam vos graves Tragédies,
Soit dans vos chastes Comédies,
Dont le Public bien averty
S'est innocemment diverty;
Carquand un Homme afaitsa tâche, Ildemande unpeu de relâche;
Et quand illeprendsans pécher,
On nesçaurait l'en empescher,
A moins que dans un Monaflere
Ilprosesse une vit "uflere..
Maisparlons de cesage Duc,.
Aussiger.éreuxqueMonluc,
Qjm pour la Plume &pourl'Epée
Est un César,eftunPompée.
Peut-estre mesme il estplusgrand,
C'estl'illustre de SaintAignan.
Q»'on me traite deTurc a More,
Si du langage à mètrphore,
Q^ti d'Ovidefut le deduit.
Ce Duc n'estpleinement instruit;
Aussisa belle destinée
Jbji de nous donner chaque année
Denouvellesproductions
Deses belles refléxions.
Le tout riefl point Muse mourante,
Mais Ouvrage a plume courante,
D'unstileaussifort que l'airain,
Digne du Cédre&du Burin.
Jlsçait dansson Art Poëtique
Joindre le moderne à l'antique,
Et sçait parler comme jadis
Onparlolt du temps d'Amadis.
Veut-onrencontrerplHl de grace
Que.chezvont,Evefqutde GYlifeaVoê'tefacrèyfçavant
Godeau,
Qui nom levastes le rideau,
Et dévoilastesdesmysteres
Impénetrables à nos Peres!
Vosserventes expressions,
Vossublimes Traductions,
VYf admirables Paraphrases,
M'ontsouvent causé des extases,
Et m'ont rendu comme enchanté.
D'effet, &dans la vérité,
Une Musesage & modeste
Est un langage tout celeste;
Et les Dames de qualité,
Toutes pleines d'bonnesteté,
Avecque leurvertusevere,
Passent du Parnasse au Calvaire,
Et de la composition
A la belle dévotion,
Sans qù"enpuisseimputer à crime
Letemps qui se donne àla rime.
Fleurisse àjamais le belArt
Où les Sçavans ont tant depart,
Par quiles Hommes & les Anges
DugrandDieu chantent leslouanges
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Roy. C'est luy qui est l'Autheurde
l'Origine des Jeux, que vaut me
mandez, avoir lû avec plaisir dans
le dernier Extraordinaire. Ce que
vous m'en dites d'avantageux, m'a
faitprendre garde quejavois oublié
à vous apprendre son nom, & il ne
seroitpasjuste de lepriverpluslongtemps
dela gloire qu'ilmérite.
DE L'ORIGINE
DELA Pr)ECfr'!
~P Lus dedeuxmille ansavant Laon,
Et plus d'un Siecle avant ifilon,
9,,umoy que Milanfoitfortantique,
Régna l'Art nomméPoëtique,
Cet Art illustre &figuré,
Où toutse tru.1)e mesuré;
Carsans tnefiiTi &sanscadence
Le Mu'~e tombe en décadence.
Cet Art q charme les Humains,
Avant Romule & les Romains,
Chez qui tout estoit héroïque,
Etoit Xufaçe & de pratique.
A-fêifr, ce Chefdes Hébreux,
Ce Capitaine genéreux,
Ce Législateurintrépide,
Dont l'amen'est rin desordide,
CeFavory, ce Bien-aimé,
De l'Ange & del'Homme efïimz3
AYAnttiré tantpar Oracles,
Qiieparde merveilleux miracles,
De l'esclavage Egyptien
Le PeuplequeDieu nommoitsien,
AyantdanslaMerErythrée
Confondul'insolence outrée
D'un Potentat audacieux
Qui vouloit résisteraux Cieux,
Ensuite desa délivrance,
Pour marquersa reconnois.,nce
Au Monarque del'Univers,
Inspiré d'Entrant,fitdes Virs,.
Et le premier forgea laRifne;
Carrimern'estpasfaireuncrime,
Comme ontprétendudans ces temps
Certains Boltr/U &Mécontens, par une critique austere
Blâment ce qu'ils ne peuventfaire.
Apres cet Hommesanspareil,
Qui rayonnoit comme un Soleil,
uiyam eu dans cet ArtpourMaistre
Le Dieu des Dieux le premier Estre,
Parut David,.CeFavory
,
Ce Monarque du Ciel chery,
Dans des transports tout extatiques,
Fit cent cinquante beaux Cantiques,
Qui chaquejour nous donnent lieu
D'honorer&de loüer Dieu.
SalomonsonFils, Princesage,
Mit aussisa veineenusage,
Etfit des Versforts &puissans,
Qui renferment beaucoup desens.
C'est une sa:'nfe Postorale,
Où cesçavant Monarque étale,
MAil dans un mystérieux tour,
Lessentimens d'unchaste amour.
Job, cet abysme descience,
Cemiracle de patience,
Dont le Seigneur parsabonté
Eprouva la fidélité
Par de sanglantestentatives,
Deses diforaces les plus vives
D'un stile vrveux & parfait
Nous a Uffigné le portrait.
Tous les Vers en font magnifiques,
Coulans,sçavans, &pathétiques,
Tout en effort & vigoureux;
Heureux,Lecteur, troisfoùheurtat-,
Ce luy qui conduirasaBarque,
Comme fit ce Prince de marque,
Avec pleinesoûmissîon,
Aux ordres du Dieu de Sion.
lt!!and l'amour de l'indépendance
N'aveuglepointnostre prudence,
Nous nousfaisons ungrandplaijîr
D'assujettir nostre desir,
Et nostreentiereobéissance,
A celuy de qui la puissance
Soumet àses divines Loix
LesRépubliques & les Roys.
Le compatissantJerémie,
'Dont l'amefutdu Ciel amie,
jQue la pitié santifia,
En Vers Hébreuxversisia,
Prédit d'une Ville coupable
La décadence déplorable,
Etfit des Lamentations
Dignes de nos attentions.
jfisnas ( dit un JÎutheur Classique)
Del'Elégie& Poëme Epique,
Fut tout le premier Inventeur,
Et tres-grand YerflftcAtlUr.
Terpandre, un des Scientifiques,
Dressa des Loix Cytharediques
Enfaveur des Joüeurs de Luth;
Cefui làson premier début,
Etses Ouvrages de mérite
Eurent beaucoup de réüffiu.
PolymnestedeColophon,
Qui n'avoit pas l'espritboufon,
Maûférieux, mais dramatique,
Fut l'Autheur du Vers héroïque.
Pierus, non Athénien,
Aiais BourgeoisMacédonien,
Grand amateur de rharmonie,
Pour le Poëme eut bien du génie;
Etsil'on en croit Scaliger,
Ecrivain grave, & non léger,
IlfHt nommé Pere des bjUfeS.
Ce nom luy vint, non deses ruses,
Quoy qu'ilfust un peu guoguenard,
Et presque aiijfi fin qu'un Renard,
Mais bien de ce qu'a ses neuf Filles,
Toutes belles, toutes gentilles,
Dont laverve avoit du renom,
Des Muses il donna le nom.
Thaliafit les Comédies,
Molpomene les Tragédies;
Dithyrambe,fameux Thébain,
Mortelunpeufolâtre c£ vain,
Dressa les Vers Dithyrambiques;
Daphnis Pasteur, les Bucoliques;
Romert, de belle hauteur,
DesVerslambesfutl'Autheur;
./t:ezon fit tant par ses ménages,
Qu'ilfit entrer les Personnages,
Et les Scenes qui plaisent tant,
Dessus un Théâtre éclatant.
Phémenoé, Homme deLettres,
Composa des Vers Héxametres,
Accompagnezd'une douceur
Qui charmoit le Frere & la Soeur.
Alemanfut un Poète Lyrique,
Qui parlait la Langue Dorique,
Et qui lepremier mit au jour
Des Vers au sujet de lAmour.
L*Athénien, qu'onnommeEschile,
Doüé d'une Languesubtile,
Et d'éloquence, eut le malheur
Depasserpour HH grand parleur;
Mais cest luy qui trouva la Dance„
Lafaçon d'alleren cadence,
Et tous ces beauxpasfigurez.
JQui dans les Balssontadmirez.
Les Chants que l'on nommoit Néniesî
Qu'aux lugubres Cérémonies
On employoit communément,
Trouverent leur commencement,
Non dans la tested'Euripide,
Mais dans celle de Simonide,
Poëtequisefitaimer,
Heureuxsur terre, heureuxsur mer
Pratinas, Poëte Tragique,
Mais bizarre & mélancolique,
Pour exorciserlechagrin
Dont ilavoit bien plus d'ungrain,
S'avisa, poursefairerire;
D'estre Inventeur de la Satyre,
Et de railler à tour de bras
Tous ceux quine luy plaisoientpas,
En voulant lescharger de honte;
Mais iln'y trouvapasson compte,
Car aux dépens deson hornois
Onjoüasur luy du Hautbois.
Voila lefort d'un Satyrique,
Comme il offence, comme ilpique;
Et comme ilse croit tout permis, Ils'attiredes Ennemis.
Dans cettefouled'Adversaires,
Qui luysontsouvent des affaires,
Il s'en trouve toujours quelqu'un
Qui nese croyant du commun,
Sevange, nazarde son mufle,
Etvient luy repasserson Buste.
Ainsicroyons que rarement
Onsatyrise impunément.
Aristophane le Comique
A mis l'Octometre en pratique;
Le Tétramesre en est auffy3
Dont il IlfAit un racourcy.
Aristore le Stagirite,
Philosophe degrand mérite,
Et de qui l'érudition
S'attira l'admiration,
Sçavoit aussifort bien la trace
Del'Hippocrene & du Parnasses.
Et malgrésesemploisdivers,
Donnait unfort beau tour aux Ferf-
Il composa des Epigrammes,
Des 1ailes. desAnaorammes;
L'Elégie pareillement
Estoitdeson département.
Quand un Homme aide la cervelle,
Par tout il triomphe, il excelle,
Et vous paffastesdans ce rang,
Maistre d'Alexandrele Grand,
PourPoëte, Orateur, Botaniste,
Philosophe NAturaliste
Aureste,plusieurs Gens d'esprit,
Del'ArtPoëtique ont écrit,
Et donné carriers à leurs Plumes,
Pourfaire de sçavans Volumes,
Marquant par un travail si beau,
Qu'ilsfçavaientdusacréCoupeau
Que l'onvante au dessusdes nuës
Les Routes les plus inconnues.
Pour peuquel'onfaitstHdieux,
On en peut juger par lesyeux,
On aveu Zénon le Pitique,
Horacele Prince Lyrique,
Et Caton le Grammairien,
Autheurs qui raisonnementfort bien
Ecrire de l'ArtPoétique
D'unefaçonfort ItutentÍque.
Que l'on peut liresans danger..
Autant en afait Scaliger,
Ce Puitsdescience profonde,
Dont le nom voleparlemonde.
Varron, L'ornement des HNmll"inf,;.
Et lepinssçavant des Romains.
Ecrivit en Vers, non en Prose,
Sur l'essence de chaque chose,
Etsurd'autressujets, le tout du resse trouvé dugrandgoust.
Théonas employa sa plume
si composer un grandVolume
Surlasainte Religion
Dont nousfaisonsprofession,
Le tout en YerJ, le tout en Rime,
Et le tout paffè par la Lime.
L'admirable Sérapion,
GrandHommede biens ce dit-on, 1
Grand amateur de Poésie,
Se mit enteste, enf{lntaiJie
De mettre en Volumes divers
La Logique & Physique en Vers;
La Métaphysique & Morale,
Où par tout sa Minerve étale
De merveilleuxenseignemens,
Et de vertueux documens.
Guide, sçavant &fameux Prej/rt"
Quiparses Vers s'estfaitconnoistre
Ecrivit copieusfement
Sur l'un & l'autreTestament.
Le grand Prosper-tl,'AquitanieJ
Docteurd'un celestegénie,
Afait un Poëmeplein d'appas
Contre ces malheureux rats,,
Quinégligent de
reconnoistre
Lagrace dusouverain Maistre.
En effet, tarit son bonheur,
Qui néglige son Bienfaiteur.
Saint Fulgence, Homme de courage
Né d'un Sénateur de Catrhage,
Composa des Poëmes Chrestiens,
peuventservir de moyens
Poursournir de riches idées
Aux Ames de Dieu possedées
Saint Cyprien, nobleAffricairty
Quin'eutjamaisl'esprit taquin,
Mais dont famé tres-liberale
jilla d'une façon Royale
JrtfqHtl àprodiguerson [1IlIt.
Pour l'Estre qui tient le hautrang,,
Sur ce Poteau si vénérable,
Où par un crime abominable
Le Sauveur on crucifia.
Elégamment versisia.
LedocteFirmian LaBance,
Hommesansfaste&sans jaBance^
Eloquent comme un Cicéron,
Asur la Résurrection,
Etsurla Mort du Dieufait Homme
Ausujet d'une trisse Pomme,
Composé des Vers élegans,
Quoy que certains Extravagant
jlyent voulu, remplitde rage,
Donner atteinte a cet Ouvrage.
Victorin, nommél'Affricain,
Qui milleans avant Charles-quint;
( Prince que l'Histloire renomme)
Lisoit publiquement à Rome
'.Avec un applaudissement
Qui donnait de létonnement
Aux Esprits jaloux desaglpirr,
Chanta la mort & la viEieire
De cesseptFreres généreux,
De cessept Freres bienheureux,
Quiflgnalerentleurconfiance,
Leurbravoure & leur résistance,
Ensoufrant lefer &lefeu
Pour ladéfense du vray Dieu.
On les appelle Macchabées,
Par leurs images exhibées
Que dans le mondeenfaitcourir,
NIUsçavons tous qu'ilfaut mourir.
De SédulleEcossois, lesveilles
Ontproduit degrandes merveilles; unHymnefaitpourle Seigneur,
Ils'est accjuis beaucoup d'honneur,
Le tout en Vers comme en cadence.
A celuy-cyjoignons Prudence,
Quisuivantses pieux desseins
Afait Céloge desgrands Saints,
Et nom en a tracél'histoire,
Pour en remplirnostre mémfJirt).
-4fin qu'onimite en ces lieux
Ceux que Dieu récompense aux dense*
Si l'on meleveut bien permettre,
Je diray qu'en rime béxametre
Travailla legrandJuvencw,
Dont lesVersvaloientdes écus,
Etquefuries quatreEvangiles
Ses soins ont estéfort utiles.
Rien n'cft dans laperfection
Pluspurquesa Traduïiion.
A ceux-cy je dois joindreAlcimt3
Prélat célebre& magnanime,
Quifit la guerreaux Arriens
Parsaplume&ses entretiens.
Ajoutons encor DAmAJèene,
Unpeuplou.moderne qu'Arsene,
Damascene appelle le Grand,
Quiparmyles Drlan eut rang.
Cet Autheur, d'un air non profane,
Afait l'Histoire de Suzanne,
Etsolidement composé,
D'un espritcalme &reposé,
Certaines Regles Canoniques,
Le toutenbeaux Vers Iambiques,
Uilhtftre Diacre Aratory
Homme valantsonpesant d'or,
Et quiseulenvaloit dix autres,
Afait les Actes des Apostres,
Le toutenVersfort élégans.
On necraintpointlesOuragans,
Quand onse donne l'avantage
Deprofiterd'un telOuvrage.
Il n'estrien de mieux inventé,
Demieuxfait,demieuxconcerte.
Si l'on en croit Georges iAmboi{e,
QuelesHymnes de Saint Ambroise;
Dans nosjournaliers entretiens,
IIestlabouche des Chrestiens,
Et par luyl'Eglise s'explique
D'unesa,sonfort emphatique.
Nonne le Pentapolitain,
Homme devot, nonlibertin,
Employasonzèle&sonstile
A travaillersur l'Evangile
Du grandFvory du Sauveur,
Etfit ensuite avec ardeur
RoulersesVers &songénie
De/fusla Gigantomachie.
Quand on a l'espritexcegent,
Onse prévaut desontalent.
Nazianze, & legrand Boece,
Ont dans leurs Vers une tendrtJfr.
Dont les Esprits un peu bienfaits
Sefont trouvez, tres-satisfaits.
Je IAiffi les Poëtes profanes,
Perse Properce, Aristophanes,
Plante, Maron, State, Nazon,
Et l'Inventeur duVersScazon.
Lucain,danslevrayrienn'égale
Vostre incomparable Pbarfale.
SesVers quisont coulans&forts,
Surpaient le prix des TréflrJ.
Iln esr rien de mieuxfait,Lucrece,
Que et qui part de vostre adresse;
Etvostre Muse, un le voit bien,
A le tour Hélieonien.
Sur les bords du Rivage humide
DelaFontaineCaftalide,
Clauienfit desVerspompeux,
EmpfJulez., &sententieux,
Où l'on ne voitpoint de césure,
Mai$uniportablemtfure»
Juvenal n'a rien quede bon
Pour leJeune & pour le Barbon;
Etsansprofit l' on ne peut lire
Les maximes desasatire,
Puis qu'onyvoit le vray portrait
De tout ce
qu'aujourd'huy l'onfait
Pour l'avarice, pour l'envie,
Pour les desordres dela vie,
Pourl'ambiticn des honneurs,
Pourl'incontinence des moenrs,
Pour la fourbe d- la tromperie,
Pour le Vin,pour l'yvrognerie,
Pour les intrigues del'Amour;
Et pource qui touche la Cour.
Il est bien vray que ses manieres
Se trouvent un peu cavalieres,
Etpleines d'uneliberté
JQui hleffi unpeu l'honnesteté;
Mais apncs tout il est louable
Dans cet Ouvrageincomparables
D'avoir levice combattu,
Afin d'affermir la vertu.
D'Hésoidele grandgénie
Fut bonpeurlaThéogonie.
-
Homerefutfort estimé,
Et de beaucoup de Gensaimé,
Vourl'Odyssée& l'Iliade;
Mais ony voitparfois dufade,
Du bat,dufoible, du rampant; Ilsemble que c'est un Serpent,
Ouichâtiédesasuperbe,
Se traînecommeilpeutsurl'herbe.
Horace estoit un bon Vivant,
Quisa gDrgcArrojlitfowvfnt,'
Etse lavoitsouvent la bouche;
Aveccelason stile touche,
Et ria rien que de vigoureux.
Onvoudraitse rendre Chartreux,
Entendantsa Museseconde
Draper lesvanitez du monde.
Quieroiroitque le Verre en mAi",
JlillflruiJIit le Genre-humain?
Qui croirait que cet Homme aimable,
Le dos aufeu, le flemre à table,
Donnoit de modestesleçons
Tant aux Princes cqu'aux VoliJJênsf
Martial,sanssortir de gamme,
S.,st jetté JeffHI l'Epigrammc;
Maiscequi rend mauvaise odeur;
Il épargne peu la pudeur.
De Marelles,I'Favant en rime,
Abbé plein d'honneur & d'estimes
Comme un modesteTraducteur,
A rectifiécet Autheur,
Et voilé d'unchastesilence
Cequ'avoit produitl'insolence.
C'estainsiqu'unsçavant Chrestien
Corrige l'erreur d'un Payen.
Que vtu-i diray-je icy d'Ausone,
Si renommé dans chaqueZone,
Ce cher ornement de Bordeaux,
Qui par des Ouvragessi beaux,
Si pleins deforce & d'attrempance,
S'est distingué dans nostreFrance,
Etdont les merveilleux Centons
ValentdesBoisseaux de Testons,
Sinon que par sa Poejie.
Ilfait honneuràsa Patrie,
Et qu'ilinstruit les Ignorans?
Au reste, depuissix vingtans,
Et dans l'heureuxsiccleoùnoussommes,
Emile en braves &grandsHommes,
Plusïeurs ont ausacré Villon
Brigué lafaveur d'Apollon,
Et faitla couraux neufPucelles
Que le sçavoir rend toujours belles
Inégalpourtantfut lesort
De ceux quifirent cet effort.
Tout les OuvragesPoëtiques,
Soitferreux,foiehéroïques,
DeMoulinet & de Crétin,
Estoient unamas de frétin..
Q^ù nefutpointsuivy degloires
JLt n'en déplaise à la mémoire
De Marot) on ne trouve pas
Quesa Mufe eust degrands *pp*t,
Ny dit brillant, nonplus que celle
EtdeBaïf&dejodelle.
Mais on eut un respect nouveau
Pour les Vers tracez,par Belleau.
Du Bellay s'acquitl'avantage,
D'avoir la douceur en partage,
Aussi-bien que lafermeté,
La force, & la ViVdciré.
Bersaui eut le talent de plaire,
Cefut là fin vray caractere;
Oüy Bertaud,Evesque de Sés,
Quifut pointu jufsjua l'excés;
JVlaif ses rimes par tout connuës,
De bonsensfurentsoûtenuës.
Que diray-je encor? Du Bartas
JEtêt des Admirateurs à tas,
Et l'on vit des Gens à centaine
Lire jour& nuitsaSemaine
Dans un certain empressement
Quimarquoitleurentestement;
Jrfais ce qui paroissoit commode,
N'est plus maintenant àla mode.
Laissant cette antique beauté,
Chacun court à la nouveauté.
Voila quel est l'avertinnostre,
Vn objetendétruit un autre, Et ce qu'unsiecle toujoursfait,
Vnautresiecle le défait.
Cette vicissitude étrange
Fait que tout s'altere &se change.
C'estpour cette mesme raison
Que Saint Gelais hors desaison,
Seplaint quele tempsfait outrage
Au mérite arfin Ouvrage,
Et que les S çavans d'anjourd'huy
Nesesouviennentplusde luy.
Jiiaistjttefaire en cette occurrence?
Ilfaut s'armerde patience.
Ronsard, ce PoëteVandômois,
• Jivecson Pourpoint de Chamois,
Avecsa Culotte à la Smffei
Etsa Flambergesur lacuisse,
Fut le Prince des grands Rimeurs,
Etfitgagner les Imprimeurs,
,C.a--ronpoëttque ramage -,. Des Doctes obtint le suffrage.
Alors chacunsefit honneur,
Non d'aspirer à sonbonheur,
Maisd'imiterson caractere,
DouxJinsinuAnts &sincere,
Et lesnoblesexpressiens
Tiefes belles conceptions.
Aussiprenoit-onsonlangage
Pour la regle du bel ufacre; Jo Et lors que tjuelcju}unparlait mal,
Ondf'ok, ceftnn Animal,
'VnRnffôyue, un Sot, un Empuze,
Va-Cheval debast, une Buze,
UnHommesanssel &sans art,
Quidonne unsoufflet à Ronsard.
Ajoutez*a ce Personnage
Dautres Poëtes à grandfeüillage,
Lesçavant Abbéde Tyron,
BalzaC, Malherbe, duPerron,
.Bels,Boirrobert, Benserade,
Dont laverve ria rien defade,
Desyveteaux, Motin, Faret,
Sarrasin, la Serre, Loret,
Dtfmllrefts, Dalibray, Arolitre,
Pinchesne, Boileau, Furetiere,
Dandilly,Rotrou, Scudery,
De Racan, Contart, Monfleury
Dormy, Gombaud, de Malleville,
Jean Baudoüin, Maynard, & Douville,
Mairet,deSégrais, Pélisson,
Monsuron, Racine, Poisson,
Quinault, du Ryer, la Ménardiere;
Théophile, la Giraudiere,
Co£etet9 Tristan,Priézac,
Mainart, Scarron, Meziriac,
Chappelain,Cottin,Gomberville,
MefloMleJu Rgjïei, Diéreville,
Bordier, du Perrin, DassOucy,
Le Président Nkolieaussy,
Magnon, dont les dévots Ouvrages
Servent auxpécheurs commeauxsages,
Régnier,Saint Amant, Cerisy,
Dont lestile estpur & choisy,
Becçasse le devot Chanoine,
Pere Rappin, Pere le LVo:ne,
Chevreau, MIIllevAl, & Brêbeuf
Deschèneaux, Chappeton, Marbenf,
Yiondde Ctrlifers, Voiture,
Dont Pinchesne afait lapeinture,
Beauregard, Boursault, de Sentend,
Jtfagnin, de Lingendes, Montreüil
L'ingênieux de la Fontaine.
Qui•ri*me &raisonnesans peine
'Avec une fAcilité.
Qui, marquesonhabileté;
Et commesa plume efi amie
De la celebre Académie
Que l'Eloquencefaitfleurir,
Et qui le bonsensfaitmeurir, Ilvientdy rencontrersaplace,
Comme il la trouvait au Varnajfe*.
iln'est nulPalais, nulHostel,
Quinadmette unsçavant Mortel.
Prônons maintenant vos merveilles,
Doctes Freres,fameux Corneilles,
Qjj d un nombre infiny de Vers
Avez. enrichy l'Univers,
Comme axffi mainte & mainte étude,
Sans que la grande multitude
De tant de merveilleuxEcrits
En ait diminué le prix.
La dans chacune de vos Pieces
Lesplus fines delicatesses
Du belArt quifert a l'Amour,
PArtJiJfellt dans leurplus beau jour,
Soitdam vos graves Tragédies,
Soit dans vos chastes Comédies,
Dont le Public bien averty
S'est innocemment diverty;
Carquand un Homme afaitsa tâche, Ildemande unpeu de relâche;
Et quand illeprendsans pécher,
On nesçaurait l'en empescher,
A moins que dans un Monaflere
Ilprosesse une vit "uflere..
Maisparlons de cesage Duc,.
Aussiger.éreuxqueMonluc,
Qjm pour la Plume &pourl'Epée
Est un César,eftunPompée.
Peut-estre mesme il estplusgrand,
C'estl'illustre de SaintAignan.
Q»'on me traite deTurc a More,
Si du langage à mètrphore,
Q^ti d'Ovidefut le deduit.
Ce Duc n'estpleinement instruit;
Aussisa belle destinée
Jbji de nous donner chaque année
Denouvellesproductions
Deses belles refléxions.
Le tout riefl point Muse mourante,
Mais Ouvrage a plume courante,
D'unstileaussifort que l'airain,
Digne du Cédre&du Burin.
Jlsçait dansson Art Poëtique
Joindre le moderne à l'antique,
Et sçait parler comme jadis
Onparlolt du temps d'Amadis.
Veut-onrencontrerplHl de grace
Que.chezvont,Evefqutde GYlifeaVoê'tefacrèyfçavant
Godeau,
Qui nom levastes le rideau,
Et dévoilastesdesmysteres
Impénetrables à nos Peres!
Vosserventes expressions,
Vossublimes Traductions,
VYf admirables Paraphrases,
M'ontsouvent causé des extases,
Et m'ont rendu comme enchanté.
D'effet, &dans la vérité,
Une Musesage & modeste
Est un langage tout celeste;
Et les Dames de qualité,
Toutes pleines d'bonnesteté,
Avecque leurvertusevere,
Passent du Parnasse au Calvaire,
Et de la composition
A la belle dévotion,
Sans qù"enpuisseimputer à crime
Letemps qui se donne àla rime.
Fleurisse àjamais le belArt
Où les Sçavans ont tant depart,
Par quiles Hommes & les Anges
DugrandDieu chantent leslouanges
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227
p. 73-78
EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
Début :
Monsieur l'Evesque d'Heliopolis a présenté les Lettres qu'il [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Audience, Trône, François Pallu, Artus de Lionne, Barcalon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
EXTRAIT DE LA LETTRE
de MrdgsuLandcs,Bourreaq,.
écrite de Siam, en datte du22.
Décembre 1682. MOnjieurl'Eiefqtie dHe-
.lifJpolÚ a préfente les Let-
L 1 y très qu'ilavait de Sa Majefle
Très- Cbreflienne pour le Roy de
Sidm, & elles ont cJlé nçetlé's de
la mesme maniéré vue les premierea
le furent. Cet Evejque
tut le lendemain audience de ce
Monarque, à laquelle M11Ahbe
deLyonne seul affilia.
- Ilyavoit déja que
le Barcatlon m'avoit dit.que le
Roy Jon Mtiflrc,, avant que
d'aller à Lavau, me donneroit
une marque de l'eslime qu'ilfaisoit
de nostre Nation, & de la
considération particuliere qu'il
avoit pour moy i
lors qu'onniavertit
de me trouver le 11. Octobre
au Palau du Roy. Les
jimbaffadeurs du Roy de Damby
devoient le mejme jour avoir
audience. Je m'y rendis dés le
matin3 & après avoir passé
pltifieurs Courts, dans l'une desquelles,
qui efloit vis-a-vis le
Trône du Roy, il y avait pluGALANT.
7*
fleurs Soldats fous les armes9
l'on me fit ajifeoir dans un endroit
tout couvert de Tentes, au milieu
de plus de six cens Mandarins.
Lon fitasseoir les Ambajifadeurs
de Dam»y douze à quinze pas
derriere moy 3
cesi à dire que
feflois plus près du Trône du Roy
dequinze pas.Aufilialdequel-
,qua Inftrtmens,plusieurs riches
Rideaux qui couvroientleTrone
de ce 'Prince, Je tinrenty 19 sa
Majerréy parut avecbeaucoup
<£éclat, tantpour la beauté du
Trône-; que pour la richeffi du
Pirrrerie$;, dontJa tesie efes
habits efioient couverts. Apres
plujîeursfanfares de Trompettes]
le Barcdllonprit laparole, dr luy
dit, que félon l'ordre de Sa Majessé,
je me prêfcntois asespieds
pour recevoirses faveurs. Ce
Prince me fit quelques quefiions
sur le Roy de France, esur le
grttnti nombre de ses Conquefles.
jipras que j'eus repondu a ce
qu'il me demandait, l'onmit devant
moy une 73andeige d'ttrgent,
dans laquelle ily avoit un Juftrau
-corpsfait d'un 'Brocard d'or&
d'argent, dont mus luy avions
flcfiité quelques Pieces en arri- ,vanticyyun$>nbre à la manicredes
Indes, garny, d'or,
[Ayant élevé trois fois le t&ut a
la hauteur de ma tesse, l'en me
rcvejlit du Jufte-at4-corps,&je
recommençay la revérence a la
mode du Pais.Apres cela, le
Roy dit quelque chose aux AmbassadeursdeDxmlyy
r chacun
d'eux fut revcfîu de la mcfme
jorte d'un Jufie-aucorps de peu
devaleur,d,t,,sOignaldesInftm-*
1 mens que l'on avoit entenhis
d'abord, les i'i?l(rncs Rideaux rc-
cCoOutvrurirrlerfnntl.tele TTrrêcnneeRROoyYatil!.:TTcouutt
le monde a eite étonné de cet
honneur, que je ne puis attribuer
qua la haute efiime que le Roy
de Siam a peur Sa AIajefléTresChrefficnne,
dontle*Ân'A'Sn Cles
Hollandois ne peuvent s'emp:
fcher de parler avec ad miration.
Le Roy a ordonne que l'on
batij} une E'jJife pour M¡' Ics
Evcj-fJiucs* ¡rroche du Seminaire J e s!e,,,~ï ; .,,i ~,~
1*re
qu'il leur avoit déjà jatt bliïïry
& une Adaifonpoury recevoir
les ;4mbafpideurs qu'il s'attend
quenojlre invincible Monarque
luy envoyera. Il faitfaire de la
Vaiffille d'argent pour leurfervice.
Le Barcallon ma fandonner
une grandeMaijon di bois,
que fay fait élever dans nOJqre
Enclos.
de MrdgsuLandcs,Bourreaq,.
écrite de Siam, en datte du22.
Décembre 1682. MOnjieurl'Eiefqtie dHe-
.lifJpolÚ a préfente les Let-
L 1 y très qu'ilavait de Sa Majefle
Très- Cbreflienne pour le Roy de
Sidm, & elles ont cJlé nçetlé's de
la mesme maniéré vue les premierea
le furent. Cet Evejque
tut le lendemain audience de ce
Monarque, à laquelle M11Ahbe
deLyonne seul affilia.
- Ilyavoit déja que
le Barcatlon m'avoit dit.que le
Roy Jon Mtiflrc,, avant que
d'aller à Lavau, me donneroit
une marque de l'eslime qu'ilfaisoit
de nostre Nation, & de la
considération particuliere qu'il
avoit pour moy i
lors qu'onniavertit
de me trouver le 11. Octobre
au Palau du Roy. Les
jimbaffadeurs du Roy de Damby
devoient le mejme jour avoir
audience. Je m'y rendis dés le
matin3 & après avoir passé
pltifieurs Courts, dans l'une desquelles,
qui efloit vis-a-vis le
Trône du Roy, il y avait pluGALANT.
7*
fleurs Soldats fous les armes9
l'on me fit ajifeoir dans un endroit
tout couvert de Tentes, au milieu
de plus de six cens Mandarins.
Lon fitasseoir les Ambajifadeurs
de Dam»y douze à quinze pas
derriere moy 3
cesi à dire que
feflois plus près du Trône du Roy
dequinze pas.Aufilialdequel-
,qua Inftrtmens,plusieurs riches
Rideaux qui couvroientleTrone
de ce 'Prince, Je tinrenty 19 sa
Majerréy parut avecbeaucoup
<£éclat, tantpour la beauté du
Trône-; que pour la richeffi du
Pirrrerie$;, dontJa tesie efes
habits efioient couverts. Apres
plujîeursfanfares de Trompettes]
le Barcdllonprit laparole, dr luy
dit, que félon l'ordre de Sa Majessé,
je me prêfcntois asespieds
pour recevoirses faveurs. Ce
Prince me fit quelques quefiions
sur le Roy de France, esur le
grttnti nombre de ses Conquefles.
jipras que j'eus repondu a ce
qu'il me demandait, l'onmit devant
moy une 73andeige d'ttrgent,
dans laquelle ily avoit un Juftrau
-corpsfait d'un 'Brocard d'or&
d'argent, dont mus luy avions
flcfiité quelques Pieces en arri- ,vanticyyun$>nbre à la manicredes
Indes, garny, d'or,
[Ayant élevé trois fois le t&ut a
la hauteur de ma tesse, l'en me
rcvejlit du Jufte-at4-corps,&je
recommençay la revérence a la
mode du Pais.Apres cela, le
Roy dit quelque chose aux AmbassadeursdeDxmlyy
r chacun
d'eux fut revcfîu de la mcfme
jorte d'un Jufie-aucorps de peu
devaleur,d,t,,sOignaldesInftm-*
1 mens que l'on avoit entenhis
d'abord, les i'i?l(rncs Rideaux rc-
cCoOutvrurirrlerfnntl.tele TTrrêcnneeRROoyYatil!.:TTcouutt
le monde a eite étonné de cet
honneur, que je ne puis attribuer
qua la haute efiime que le Roy
de Siam a peur Sa AIajefléTresChrefficnne,
dontle*Ân'A'Sn Cles
Hollandois ne peuvent s'emp:
fcher de parler avec ad miration.
Le Roy a ordonne que l'on
batij} une E'jJife pour M¡' Ics
Evcj-fJiucs* ¡rroche du Seminaire J e s!e,,,~ï ; .,,i ~,~
1*re
qu'il leur avoit déjà jatt bliïïry
& une Adaifonpoury recevoir
les ;4mbafpideurs qu'il s'attend
quenojlre invincible Monarque
luy envoyera. Il faitfaire de la
Vaiffille d'argent pour leurfervice.
Le Barcallon ma fandonner
une grandeMaijon di bois,
que fay fait élever dans nOJqre
Enclos.
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Résumé : EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
Le 22 décembre 1682, le roi de Siam a accordé une audience à un représentant du roi de France, suivant le protocole habituel avec la présentation de lettres. Le lendemain, une audience privée a été organisée en présence du baron de Lyonne. Le roi de Siam a exprimé une marque d'estime envers la nation française et une considération particulière envers le représentant français. Le 11 octobre, ce dernier s'est rendu au palais royal, où il a été installé dans un endroit couvert de tentes, entouré de mandarins, tandis que les ambassadeurs de Damby étaient placés plus loin. Le roi de Siam, assis sur son trône richement décoré, a reçu une présentation du représentant français par le baron. Il a posé des questions sur le roi de France et ses conquêtes. En réponse, une grande robe d'honneur a été offerte au représentant français, qui a effectué les révérences appropriées. Les ambassadeurs de Damby ont été reçus avec moins d'honneur. Le roi de Siam a ordonné la construction d'une église pour les évêques français près du séminaire et a prévu une aumône pour les ambassadeurs attendus du roi de France. Il a également fait fabriquer de la vaisselle d'argent pour leur service. Le baron a offert au représentant français une grande maison en bois construite dans son enclos.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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228
p. 319-320
AUTRE ENIGME.
Début :
Il est des veritez dont l'aveu n'est point doux. [...]
Mots clefs :
Feuilles des arbres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
I Leftdes veritez dont l'aveu n'eſt poins
doux.
De bons Peres, de bonnes Meres,
Nousfommes.... quoy , le dirons nous?
Des Enfans qui ne valons gueres.
3
Mais bien que nous ayons peu de grace
d'appas,
Nos bons Parens nous portent fur leurs
bras,
Commepournousfaire paroiftre.
S'ils nous font chers, voicy qui le donne
connoiftre,
Les quiter une fois fans aller au trépas,
Nous ne le pouvons pas .
$3
Dés l'enfance on nous voit avec la Cotte
verte,
Et puis la jaune à la fin de nos jours;
"Nos Saurs , qui dans leur temps réparent
water noftre perte,
*
Ont mefmefort & meſme cours…
320 MERCURE
23
Nous venons an Printemps , comme les
Hirondelles, T
Et la legereté plus grande en nous qu'en
elles,
Nous contraint de fuivre en tout teps
Letrain des Efprits inconftans.
Nous enfaifons du bruit , mais ce font
bagatelles;
Le monde rit des mécontens .
Enfinpour nous mieuxfaire entendre,
Veut - on nous voir , veut - on nous
prendre?
Noftre plus grandféjour eft dans les plus.
grands Bois.
Mais a-t-on peur de nous ? Il nefaut pas.
s'y rendre.
Combien vous l'a -t-on dit defois!
I Leftdes veritez dont l'aveu n'eſt poins
doux.
De bons Peres, de bonnes Meres,
Nousfommes.... quoy , le dirons nous?
Des Enfans qui ne valons gueres.
3
Mais bien que nous ayons peu de grace
d'appas,
Nos bons Parens nous portent fur leurs
bras,
Commepournousfaire paroiftre.
S'ils nous font chers, voicy qui le donne
connoiftre,
Les quiter une fois fans aller au trépas,
Nous ne le pouvons pas .
$3
Dés l'enfance on nous voit avec la Cotte
verte,
Et puis la jaune à la fin de nos jours;
"Nos Saurs , qui dans leur temps réparent
water noftre perte,
*
Ont mefmefort & meſme cours…
320 MERCURE
23
Nous venons an Printemps , comme les
Hirondelles, T
Et la legereté plus grande en nous qu'en
elles,
Nous contraint de fuivre en tout teps
Letrain des Efprits inconftans.
Nous enfaifons du bruit , mais ce font
bagatelles;
Le monde rit des mécontens .
Enfinpour nous mieuxfaire entendre,
Veut - on nous voir , veut - on nous
prendre?
Noftre plus grandféjour eft dans les plus.
grands Bois.
Mais a-t-on peur de nous ? Il nefaut pas.
s'y rendre.
Combien vous l'a -t-on dit defois!
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229
p. 133-214
HUITIÈME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur des Mathematiques à Paris.
Début :
Tous les tuyaux des Lunetes portatives doivent estre [...]
Mots clefs :
Verre, Lunette, Objet, Image, Longueur, Objectif, Occulaire, Distance, Solaire, Table, Aérienne, Foyer, Rayons, Tuyaux, Diaphragme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HUITIÈME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur des Mathematiques à Paris.
HUITIEME PARTIE
DU TRAITE
DES LUNETES,
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
Par M COMIERS d'Ambrun,
Prevoft de Ternant , Profeſſeur des
Mathematiques à Paris.
T
Ous les tuyaux des Lunetes portatives doivent eftre
cilindriques , car les tuyaux coniques ne peuvent garder leur
rectitude, eftant moins tirez pour
voir diſtinctement les objets plus
éloignez , & au contraire , fi la
134 Extraordinaire
longueur de la Lunete eft pour
voir diſtinctement les objets treséloignez , on ne peut les éloigner
davantage , pour voir les objets
qui font fenfiblement plus prés
de nous.
Les moindres tuyaux d'une Lunete , c'eſt à dire ceux qu'on infére dans les autres , auront tous
autour de la gorge extérieure,
des orles ou viroles , pour les
rendre tous d'égal diamétre; afin
que l'Axe de la Lunete foit paral
lele fur le plan de l'appuy. C'eft
à quoy M' Hevelius n'a pas pris
garde dans la Figure de la 40.
page de fa Selenographie de l'année 1647. car l'axe des verres &
du tuyau dela Lunete faifant angle für le plan d'appuy , le perpendicule ne peut marquer fur
du Mercure Galant. 135
le quart de cercle l'angle de l'élevation de l'objet que l'on mire.
Voyez.enicy la Fig. 1. Les bouts
des tuyaux par leſquels ils font
inferez dans les autres , feront
renforcez par des viroles de bois,
mifes en dedans, & qu'on arrefte
avec cole forte , ces viroles porteront les juftes ouvertures pour
ſervir de diafragmes , & maintiendront les tuyaux dans leur
parfaite rondeur , & toute la Lunete dans fa rectitude. Voyez la
Figure II.
C'eft enfinune loy indifpenfa.
ble , que l'Axe de tous les tuyaux
& celuy de tous les verres doivent eſtre dans une mefme li
gne droite. J'en excepte les Lunetes Catop- dioptriques , comme
auffi la Lunete Polemofcope , def
136 Extraordinaire
fon
quelles nous traiterons en par
ticulier. Eo quòd utraque lensfiopum ſuum affequatur , quum tamen
regione altera alteri non exactè
refpondeat , comme dit M Heve.
lius dans la 27. page de ſa Sele.
nographie , Hictubus tam à Catoptricis quàm Dioptricisparaturfundamentis , etenim duobus fpeculis planis
& gemino vitro Dioptrico conftat.
Il l'appelle Polemoſcope , pour
ufage en temps de guerre ,, puis
qu'eftant couverts du Parapet,
nous voyons ce que fait l'Ennemy, mefme lors qu'il eft dans le
Foffé , & au pied de la Muraille,
parce quefon tuyau eft recourbé
à angle droit. Nous découvrons
aufi par fon moyen tout ce qui
fe paffe dans une Rüe , fans
nous paroiffions à la Feneftre ;
que
duMercureGalant. 137
ayant cet avantage , auffi-bien
que lesLunetes communes, qu'on
les peut , comme a dit M'Hevelius dans la 29. page , mettre
dans une canne ou bafton d'un
pouce & huit lignes de diamètre,
avec le recourbement de deux
pouces. Nous en donnerons cyapres la conftruction.
Deux manieres diférêtes d'ajuſter
les Verres dans les Tuyaux.
Les Anglois mettent le verre
objectif dans le tuyau le plus
étroit, & les verres oculaires dans
les tuyaux les plus larges. Voyez
le tout dans la Figure III. Cette
difpofition a trois choſes avantageufes. 1° Les rayons inutiles
qui vont toujours en s'élargif
fant , s'affoibliffent plus facileQ. d'Octobre 1684, M
138 Extraordinairement dans cette concavité ſpa
cieuſe du tuyau. 2º On y peut pla…
cer des oculaires de plus grande
furface. 3º Cette Lunete eft plus
facile à manier , parce que le
centre de gravité de la pefanteur
eft comme dans la main de celuy
qui s'en fert ; & dans l'autre maniere, le centre de gravité eftant
audelà du point de l'appuy ou
Hypomoclion , pele davantage à la
main , & fatigue celuy qui s'en
fert. Il eft vray qu'il y a une
longueur de tuyau comme perdüe , par la néceffité de la dif
pofition des trois oculaires ; car
s'il n'y avoit qu'un oculaire, convexe ou concave , il n'y auroit
aucune difficulté .
En France , nos Ouvriers placent le verre objectif dans le plus 1
du Mercure Galant. 139
large tuyau , & les verres ocu--
laires dans les tuyaux les plus
étroits. Voicy là pofition la plus
commode des deux verres ocu--
laires qui font apres le verre objectif. Placez ces deux verres
oculaires , comme dans la Figu
re IV. à la diftance l'un de l'au
tre égale à la longueur de leursfoyers folaires , tellement que le
point fera leur foyer commun,
dans le tuyau C, qu'on coule dans
le tuyau B, par le bout qui eft du
cofté du verre objectif , car par
l'autre bout du mefme tuyau B¸-
on coulé le tuyau porte- oculaire A, avec fa boëte de recouvrement à pinnule , ou trou de
trois lignes de diamètre , qui eft
éloigné du verre d'un peu moins
quefon foyer folaire. Le tuyau B
1
Mij
140 Extraordinaire
porte encore le diafragme fur
lequel on place les brins de fimplefoye plate noire , qui fervent
de mire , ou le treillis , ou quatre brins qui fe croiſent en un
mefme point au centre de l'ou.
verture du diafragme , qu'lls divifent en huit parties égales
c'eft fur ces filets qu'on doit faire
aboutir précisément l'image aërienne & redreffée de l'objet,
puis qu'elle nous fert d'objet im
médiat , que nous voyons par le
troifiéme verre oculaire..
Ainfi pour voir bien diftincte..
mentavecune Lunete compofée.
de quatre verres convexes
furface du Soleil ( ne donnant
l'ouverture d'un trou d'épingle au
carton qui couvre le verre objectif),
la diſtance du verre objectif au
la.
que
du Mercure Galant 14.
I
premierverre oculaire, fera compofée de leurs foyers folaires, &
par conféquent l'image renverfee du Soleil , qui fert d'objet
immédiat , fe trouvant au foyer
antérieur du verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque
point de cette image folaire tombant divergens fur le verre oculaire , en fortiront paralleles ; &
tombant ainfi paralleles fur le
fecond verre oculaire , dont la
diftance au premier eft compofée de la longueur de leurs foyers,
les rayons en fortiront convergens , & formeront l'image redreffée du Soleil , au derriere de
ce ſecond verre oculaire , à la
diſtance de fon foyer folaire ,
& c'eft cette image qui fervira
d'objet immédiat ,, car cette imas
142 Extraordinaire"
ge eftant au foyer antérieur du
troifiéme verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque point en fortiront paralleles;
& tombant paralleles fur l'humeur cristallin , feront rendus
convergens , & formeront par
leur concours ou pinceau optique , l'image renversée du Soleil
& de fes taches fur la Retine , &
on verra le Soleil & fes taches
redreffées , c'eft à dire dans leur
fituation naturelle.
La diſtance des deux premiers
oculaires fera toujours invaria
ble, auffi bien que la diftancedu fecond verre oculaire aux filets du treillis , qu'on met précifément en fon foyer folaire. -
Quant au troifiéme oculaire , au
foyer duquel on met l'oil, ilfera:
3
du Mercure Galant. 143
pour les miopes qui racourci
fent un peu la longueur des Lunetes , un peu moins éloigné de
ces filets ; parce qu'en regardant
de plus prés cette image aërienne
des objets , ils en reçoivent les
rayons fenfiblement divergens ,
& tels tombant fur leur criftallin
trop rond & enflé , leurs concoursou image diftincte de l'objet, en eft retardé & prolongé
jufque fur la Retine.
Il eft abfolument néceffaire
que le foyer objectif, c'eft à dire
l'image aërienne de l'objet , fe
rencontre précisément fur ces
filets ou treillis mis à l'endroit
du foyer du verre objectif, fi la
Lunete n'a qu'un verré oculaire
convexe; & au foyer folaire du
fecond verre oculaire , fi la Lu-
144 Extraordinaire
nete eft composée de trois oculaires convexes. Mais comme la
Lune & tous les objets terreftres,
font comme infiniment moins
éloignés que le Soleil , les rayons.
de la radiation émanée de chaque point de l'objet, tombet fenfiblement divergens fur le verre
objectif, leur foyer ou image aërienne eft retardé & allongé, &
leur image portée plus loin, & audeça de ces filets ou treillis , c'eft
pourquoy il faut allonger davan
tage la Lunete , c'eft à dire, éloigner le verre objectif du verre
oculaire , afin d'avancer l'image
de l'objet précisément fur les
filets. J'ay crû devoir icy réfou
dre une Queſtion importante.
Si
du Mercure Galant. 145
QUESTION.
Si par la diferente longueur à
laquelle on tire les tuyaux de
laLunete à Oculaire convexe,
pour voir bien diftinctement
un objet , on peut déterminer
fa diftance , ou éloignement.
C
Ette image aërienne ne ſe
forme pas dans une diſtance
deprécifion geométrique au derriere du verre objectif , ny au
derriere du fecond verre oculaire. Elle a comme une certaine
épaiffeur ; ce que vous obſerve.
rez avec plaifir dans la chambre
noire , en recevant ſur un papier
blanc, les espéces ou images des
objets qui font au dehors , car
Q.d'Octobre 1684. N
146 Extraordinaire
ces images paroiftront diftinctes,
voſtre papier eftant arrivé à certaine diſtance du trou fait auvo,
let de la feneftre , & garny d'un
verre objectifde Lunete, foit que
vous l'approchiez ou quevous le
reculiez de quelques lign.de plus;
étantimpoffible de déterminer la
diftance préciſe où ces images
font dans leur plus grande diftintion. Vous obferverez la meſme
chofe , en regardant avec une Lunete un objet éloigné & bien
éclairé , que vous verrez toû¬
jours comme également bien,
quoy que vous allongiez ou racourciffiez de quelques lignes la
Lunete. Ainfrle Foyer, ou cette
image , n'eſt pas une chofe Mathematique , mais Phifique, &c.
On ne peut donc par l'expé-
du Mercure Galant. 147
rience déterminer précisément
la diſtance du verre objectif à
fon Foyer objectif , ou image de
tout autre objet que le Soleil.
D'où je conclus , qu de la
longueur de la Lunete tirée juf
ques à tant que les objets paroiffent bien diftinctemet , on ne
peut conclurre la diftance de
l'objet, bien qu'on foit perfuadé
par raiſon & par expérience, que
la Lunete doit eftre tirée de plus
grande longueur , à mesure que
les objets font moins éloignez ;
vray, comme nous avons déja
dit ailleurs , que l'objet eftant
éloigné du verre objectifde deux
fois la longueur de fon foyerfolaire , l'image aërienne de l'objet , égale à l'objet , fe formera
au derriere du verre , à la di
Nij
148 Extraordinaire
ftance de deux fois la longueur
de fon foyer folaire ; ainfi l'ima
ge & l'objet feront également
éloignez du verre.
·
Nea moins chacun pourra fatisfaire fa curiofité , par des di-'
ftances médiocres qu'on aura
mefurées actuellement ; & pour
cela je répéte icy les Problémes
que j'avois énoncé & donné de.
puis la 122 page du XXI.Volume:
du Mercure Extraordinaire.
PROBLEME I.
Eftant donnée la distance de l'objet au verre objectif, trouver la di
Stance du verre à l'image aërienne
diftincte de l'objet.
ANALOGIE,
Comme ladiftance de l'objet auverre,
moins la longueur defon Foyer folaire,
du Mercure Galant. 149
Eft à la longueur du mefme Foyer
Solaire:
Ainfi la diftance de l'objet au verre,
Eft à la distance du verre àl'image.
PROBLEME II.
Eftantdonnée la diſtance du verrc
objectifà l'image aërienne de l'objet,
& la longueur du Foyer folaire du
verre , trouver la diftance du verre
à l'objet.
ANALOGIE.
Comme la distance du verre àl'image
aërienne de l'objet, moins la longueur
du Foyerfolaire du verre,
1
Eft à la longueurdu mefme Foyer
folaire du verre objectif:
Ainfi la distance du verre à l'image
aërienne,
Eft à la distance du verre à l'objet.
On ne pourra jamais énoncer
& réfoudre ces Problémes en
N iij
150 Extraordinaire
termes plus formels & plus intelligibles que ceux que j'avois
employé dans les 122. & 123. pages du XXI. Tome du Mercure
Galant Extraordinaire du Quartier deJanvier 1683. Neanmoins
le fçavant M Fattio de Duiller,
de Genéve , dit dans leJournal
du 20. Novembre 1684. Qu'il a
cherché le moyen de trouver la diftance du verre aux filets , c'eſt à
dire à l'image de l'objet , la diftance
de l'objetau verre eftantfuppofée ou
donnée. Ilajoûte , Et qu'en pofant
Le Foyer de l'objectif = £ , &l'excés de la diftance de l'objet au verre
par deffus la longueur du foyer de
l'objectif= a, &la distance de l'objet à la croifée desfilets = b ; &
Qu'enfin par une grande attention
dans le calcul d'Algebre il a efté conduit à cette Equation
di Mercure Galant. 151
aaab― z af-ff
Cecyme fait fouvenir des Vers
fuivans , tirez de l'Epître chagrine de Madame des Houlieres.
Si tout voftre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout- bas, C'eft- là ce bel
Efprit!
Commeles autres il s'explique,
Etl'on entend tout ce qu'il dit.
Il eft vray que l'Algebre , ou
l'Art de bien trouver , eft un langage relevé , & inconnu à bien
des Sçavans ; mais puis que toutes les Effections Geométriques
éſtant trouvées par la Spécienfe la
plus rafinée , il en faut venir au
Compas, à la Regle, &aux nombres , pour les réduire en pratique , pour épargner à bien des
Gens cettegrande attention du CalN iiij
152 Extraordinaire
culd'Algebre , qui leur cauſe bien
fouvent la Migraine , je veux répéter icy en langage connu &
utile , les autres Problémes dont
j'ay déja donné la folution en
1683 dans le XXI.Tome de l'Ex
traordinaire du Mercure Galant.
PROBLEME III.
Eftant donnée la grandeur, bauteur ou diametre de l'objet , ſon éloignement au verre objectif, & la longueur defon Foyerfolaire ; trouver
la grandeur ou diamétre de l'image
aerienne de l'objet , produite dans la
chambre noire, ou dans le creux du
tuyau de la Lunetefur lesfilets.
Trouvez premierement par le
premier Probléme , la diftance
du verre objectif à l'image diftin&te aërienne de l'objet , vous
aurez enfuite fa grandeur par la
fuivante
du Mercure Galant.
153
Analogie.
Commela diftance del'objet au verre,
Eft à lagrandeur de l'objet:
Ainfila diftance du verre à l'image,
Eft à lagrandeur de l'image.
PROBLEME IV.
Eftant donnée la grandeur de l'image diftincteaërienne de l'objet, &
fa diftance au verre objectif, &la
longueur de fon Foyerfolaire ; trouver la grandeur de l'objet.
Trouvez premiérément par le
fecond Probléme , la diftance de
l'objet au verre , vous aurez enfuite fa grandeur par la fuivante
Analogie.
Commeladiftance du verre à l'image,
Eft àlagrandeur de l'image :
Ainfi la distance du verre àl'objet,
Eft à la grandeur de l'objet.
154 Extraordinaire
PROBLEME V.
* Eftant donnée la distance de l'objet
àfon image aérienne , & la diftance
de l'objet au verre ( par conféquent
la diftance du verre à l'image eft
auffi connue ) trouver la longueur
du Foyerfolaire du verre.
Analogie.
Comme la distance de l'objet àfon
image,
Eft à la diftance de l'objet au verre:
Ainfi la diftance duverre à l'image,
Eft à la longueur du Foyerfolaire.
du verre.
PROBLEME VI.
Eftant donnée la diſtance de l'objet
à la table d'attente, linge , ou papier
blanc, poury recevoir l'image aërienne de l'objets déterminer le verre du
plus grandfoyer , qui y puiffe produire cette image diftincte.
du Mercure Galant.
ISS
Je dis r Que la qutriéme partie de la diftance de l'objet à la
table d'attente , eft la lougueur
du Foyer folaire du verre requis.
2°.Queleverre doit eftre placé
en égale distance de l'objet & de
la table d'attente , ce qui ſe vérifie par le premier Probléme.
3 Que la grandeur de l'image fera égale à la grandeur de
l'objet.
PROBLEME VIÍ.
Eftant donné ( comme dans la
Figure Va de l'Effection Geométrique ) la diftance de l'objet à
fon image diftinéte aërienne , &la
longueur du Foyer folaire du verre
qui l'a produite s trouver le point où
le verre eftoitplacé , &où il doit eftre
remis , pour reproduire cette image de
l'objet.
156 " Extraordinaire
De la diftance de l'image aërienne à fon objet ▲ , ôtez
F, qui eft deux fois la longueur du foyer folaire du verre
qui l'a produite , il vous reftera
FA, qu'il faut divifer au pointy
en deux fegmens Ay , &yF, en
forte que la longueur du foyer
folaire foit moyenne , proportionnelle entre ces deuxfegmens,
carajoûtant ce petit fegment y
à la longueurdu foyer folaire du
verre , vous aurez fa diſtance reF
quifè à l'image , & par confé
quentfon point de pofition en z.
Pour déterminer le pointy, qui
' fait les deux fegmens , diviſez
également 4 F au point C , duquel pris pour centre , faites le
demy cercle fur 4 F, prife pour
diamétre , fur lequel élevez la
du Mercure Galant. 157
perpendiculaire Fƒégale à la longueur du foyer folaire. Tirez ƒB
parallele au diamètre 4 F, furlequel du point s deſcendez la per
pendiculaire By, qui fera égale
à Ff, longueur du foyer folaire
du verre. Par la converſe de la
xiij Propofition du 6. Livre d'Eu
clide, By fera auffi moyenne pro
portionnelle entre les fegmens
Ay, & yoF. C'est pourquoy le
petit fegmenty F, Fflongueur.
du foyer folaire , fera la diftance
requife du verre depuis en z.
J'ay ajoûté des nombres à la
Figure V. afin d'en rendre la pratique plus intelligible. Ainfi A
diftance de l'objet à la table d'attente , linge ou papier blanc, fur
lequel l'image aerienne de l'ob.
jer dans la Chambre noire , ou
158 Extraordinaire
80-0
à l'endroit d'une Lunete , au.
quel elle paroiffoit fort diftincte,
eftant 80 , & la longueur du
foyer folaire du verre qui l'a
voit produite, eftant 15, deux fois
1530 pour la ligne F dans
la Figure & A 80 AP F
30 AF50. Donc la moitié FC
25 Tirez CB, elle fera auffi 25.
Or le triangle crв eft rectangle , donc par la 47. Propofition
du 1. Livre d'Euclide , le Quarré
de l'hypothenufe CB - leQuarré
du cofté Br eſt égal au Quarré
de l'autre cofté Cr. Mais l'hypothenufe C B eft 25, donc ion
Quarré eft eſt 225 , & 625— 225
400 Quarré du cofté cr.Mais
la Racine de 400 eſt 20 , donc
le cofté cr eft 20. Mais C F25
—— CYCr20 rF 5 , donc le petit
du Mercure Galant. 159
fegmentrFeft 5. C'est pourquoy
515 longueur du foyer folaire
du verre 20 pour de z diſtance
de la table d'attente de l'image
aërienne de l'objet au verre objectif z. Et parce que 4 la
diftance de l'objet A à fon imageeft 80 , il s'enfuit que A
80 -
Z20
du verre à l'objet.
cle
ZA60 diſtance
PROBLEME VIII.
L'objet& la table d'attente, papier
ou linge blanc , pour en recevoir l'image aerienne diftincte , eftant donnez depofitionfixe, eftant auſſi donné
un verre de quelconque longueur de
Foyerfolaire ( mais moindre quela
quatrième partie de la diſtance
de l'objet à la table d'attente ) determiner le point où il doit eftreplacé
entre le point de l'objet &la table
160 Extraordinaire
d'attente , pouryformer l'image aërienne diftincte de l'objet.
J'ay dit que la fongueur du
Foyerfolaire duverre , doit eftre
moindre que la quatrième partie
de la diſtance donnée de l'objet
à la table d'attente.
Car fi la longueur dufoyer folaire du verre eſtoit égale à la
quatrième partie de la diſtance
donnée,il faudroit placer le verre
préciſément au milieu de la diftance donnée entre l'objet & la
table d'atete; ce que vous reconnoiſtrez être vray, par le premier
Probléme , & par l'expérience.
Et fi la longueur du foyer folaire du verre eft plus grande
que cette quatrième partie de la
diſtance donnée ; fi on met le
verre moins éloigné de l'objet,
du Mercure Galant. 161
་
que la longueur de fon foyer fo
laire , les rayons émanez d'un
mefine point de l'objet , enfortiront divergens, c'eſt à dire, s'écartant les uns des autres , au lieu
de fe reunir , c'est pourquoy ils
ne peuvent former l'image de
l'objet.
Et fi on met le verre précifément éloigné de la longueur de
fon foyer folaire , les rayons en
fortiront paralleles c'eſt pour.
quoy ils ne peuvent former aucune image de l'objet.
Et fi on met le verre plus éloi
gné de l'objet , que de la lon.
gueur de fon foyer folaire , le
cone des rayons divergens émanez de chaque point de l'objec
ayant couvert la furface du verre, en fortiront convergens , &
Q. d'Octobre 1634,
162 Extraordinaired
ceux de la radiation d'un mefme
point, fe réuniffant à la pointe
deleur cone renverfé , peindront
l'image du point de l'objet ; ainfi
les rayons de la radiation conique émanée de chaque point de
l'objet , formant fon image aërienne , toute l'image de l'objet
fe trouvera diftinctement peinte, & avec les vives couleurs ,
mais plus loin que la table d'attente, & cette image eft renverfée ; ce que nous avons expliqué au long , & par Figures,
dans le XIX. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quar
tier de Juillet 1682.1.1
Enfin , fi la longueur dufoyer
folaire de ce verre objectif est
précisément la quatrième partie
de la diftance de l'objet , à la
du Mercure Galant. 163
table d'attente , papier , oufilets
mis dans la Lunete , fur lefquels
doit aboutir l'image renverfée,
aerienne & diftincte de l'objet,
il faut mettre le verre au milieu
de la diſtance , également éloigné de l'objet & du verre ; car
en quelque autre part que vous
le placiez , plus prés , ou plus
loin de l'objet , l'image fe formera plus loin que les filets, papier blanc, ou table d'attente,
dont la poſition eſt donnée.
RESOLUTION
du Probléme I X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la Table d'attente , & la longueur
du Foyerfolaire , déterminer le lieu
de fa pofition , auquel eftant placé,
il produira l'image aérienne diftin
&renversée de l'objet donné de poO ij
164 Extraordinaire
fition , far le papier ou table d'at
tente auffi donnée de pofition. Dela
distance donnée de l'objet à la table
d'attente , ôtez le double de la longueur du Foyer folaire du verre
donné, & du Quarré de la moitié
du reftant , ôtez le Quarré de la
longueur du Foyer folaire du verre,
& du reftant tirez la Racine quarrée. La diférence de cette racine,
softé , ou ligne , à la moitié de la
diférence de toute la diftance à deux
fois la longueur duFoyerfolaire du
verre, eftant ajoutée à la longueur
du Foyerfolaire du verre , eft la diftance requife des Filets , papier, on
table d'attente , au point où doit eftre
placé le verre, pour produire l'image
diftincte , aérienne & renversée de
L'objet , dont la pofition , auſſi- bien
que celle dela table d'attente avoient
du Mercure Galant. 165
cfté données. Doncfi de cette distance
donnée, vous ôtez la diftance dela table d'attente au verre , il vous restera
la diſtance du verre à l'objet.
Puis que toute cette opération
n'eft que l'application de l'Effe-
&tion Geométrique, confidéronsla dans la Figure VI. & afin de
vous y exercer , en voicy des
Exemples , que j'ay trouvez conformes à mes calculs , par les
expériences que j'en fis en l'année 1652. eftant pour le fervice
du Roy au Fort de l'Eclufe fur
le Rhône, quatre lieues au- def
fous de Genève , & que vous vérifierez par le I. & par le II. Probléme, apres que vous aurez trouvé la diſtance du verre à l'image.
I. EXEMPLE.
La diftancepropofée de l'objet aux
166 Extraordinaire
filets , papier blanc , ou Table d'at
tente A dans la Figure foit so
pieds , &la longueur du Foyer lolaire foit 12 pieds.
OPERATION.
2 X 12
& so
24 pour F.
2426 pour FA.
Et la moitiéde 26
Le Quarré de CB.
13 pour CB.
= 169
14 Et Quarré 169 144 quarré
de By 12 Quarré 2525,, dont la
Racines, eft la valeur de la li
gne Cy.
Et C F 13
Et 8
Cysy8
Z
la longueur du Foyer
folaire du verre 12-20pour
diftance de la Table d'attente
au point z où doit eftre pofé le
verre objectif. Mais A50- z
20 =Z A 30 pour la diſtance de
l'objet A au verre Z.
duMercure Galant. 167
2. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet A
à la table d'attente , papierou filets
eftant 36 pieds , & la longueur du
Foyerfolaire du verre eftat de spieds,
la diftance A Z de l'objet A au
verre Zfera de 30 pieds ; & par
conféquent la distance du verre Z
àla la table d'attente fera de 20
pieds.
"
3. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet à
la table d'attente , eftant 80pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera do pieds ; & par conféquent la diftance du verre à la table
d'attentefera 20 pieds.
4. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet
la table d'attente eftant 256pieds, &
$68 Extraordinaire
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera 240pieds ; &par confé.
quent 16pieds feront la distance du
verreàla table d'attente, papier blanc
ou filets de pofition , fur lesquels fe
Seformera l'image aérienne de l'objet.
5. EXEMPLE.
La diftance propofée de l'objet à
la table d'attente estant 90 pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
20 pieds ; la diftance de l'objet an
verrefera de 60 pieds ; &par con
féquent , la diftance du verre à la
table d'attente fera 30 pieds.
6. EXEMPLE.
La diftanceproposée étant 196pieds,
& la longueur du Foyer du verre
24.pieds à la diſtance de l'objet an
verrefera168pieds ; &celle duverre
àla Tablefera de 30 pieds.
PROBLEME X.
du Mercure Galant. 169
PROBLEME X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la table d'attente , papierblanc, où
filets, furlesquels l'image aërienne de
l'objet doit eftreformée distinctémět,
& le point ou distance de la pofition
duverre eftant auffi donnée ; détermi
nerla longueurde fon Foyerfolaire.
Puis que le point de la poſition du verre eft donné , on connoiſt d'abordfa diſtance à l'objet
& à la table d'attente.
donc la fuivante
Analogie.
Faites
Comme ladistance de l'objet à latable
d'attente,
Est à la distance du vere à la table .
d'attente:
Ainfi la distance de l'objet au verre,
Està lalongueur requife du Foyer
folaire du verre.
Q. d'Octobre 1684.
P
170 Extraordinaire
COROLLAIRE GENERAL.
L'objet & le verre eſtant placez fixement , en forte que la li
gne droite du milieu de l'objet
au centre de l'interfection des
filets , & à plomb fur l'objet &
fur le plan des filets , paffe par
le centre des deux furfaces du
verre , & perpendiculairement
fur icelles , il refte à faire voir
mefmeen plein jour cette image
aerienne de l'objet , parun verre
oculaire bien large ; tellement
que cette image vous fervant
d'objet immédiat , comme nous
avons dit ailleurs , un petit objet
vous paroiftra fort grand, & dans
fa fituation naturelle , fi vous
avez renversé l'objet , qui peut
eftre une petite Image en mignature ou une Médaille , &c.
Le petit objet doit eftre mis
en un lieu bien éclairé & placé
parmy quelques pierres, Livres,
ou autres chofes femblables , en
forte qu'on ne le puiffe décou
vrir, que lors qu'on appliquera
l'œil à la Pinnule , ou petit trou
d'environ trois lignes de diamétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , ajustée au bout d'un petit
tuyau d'environ un pied de longueur, & qui porte le verre oculaire. Voyez le tout dans la Figure XI.
Il ne faut pas que le diamétre de ce trou ou pinnule excéde la plus grande ouverture
que la prunelle pour acquerir
dans l'ombre , l'oeil eftant couvert de la boëte de recouvre
•
Pij
172 Extraordinaire
ment , garnie en dehors d'un
veloux noir , contre lequel on
appuye doucement le fourcil de
l'œil. Ce veloux noir fert encore
pour abforber les rayons , qui
tombant fur la cornée , fe reflé.
chiffent contre la Lunete , puis
que tous les yeux , excepté ceux
d'un Moribond, qui fe terniffent,
refléchiffent dans l'œil du regardant , fon image , de mefme
qu'un Miroir ; & c'est comme
dans la prunelle que paroift
peinte en mignature cette petite
image ou Poupée, de laquelle la
prunelle a tiré fon nom dans les
trois principales Langues ; car
les Hébreux l'appellent Bath, petite Fille ; les Grecs l'appellent
Corin , Fillete ; & les Latins difent Pupula, ou Pupilla, Poupée.
duMercure Galant. 173
Ce verre oculaire de deux ou
trois pouces au plus de longueur
de foyer folaire , ne doit eſtre
éloigné des filets , ou image aërienne de l'objet , que de deux
ou trois pouces , c'eft à dire de
la longueur de fon foyer folaire;
mais il en doit eftre un peu moins
éloigné pour les Miopes , qui font
ceux qui ont la veue baffe ou
courte car par ce moyen les
rayons fortent fenfiblement divergens ; & tels tombant fur
l'humeur cristallin , dont la furface antérieure eſt trop ronde,
leur concours ne fe faifant pas
fitoft que files rayons tomboient
paralleles , leur réunion eft portée plus loin jufques fur la Retine , qui eft l'organe formel de
la vifion. C'eft pourquoy j'ay
Piij
174 Extraordinaire
toujours fait monter à viz cette
bočte de recouvrement du tuyau
qui porte l'oculaire , afin de l'approcher plus ou moins du verre
oculaire. Voyez en la Figure X.
Quant à la pinnule , ou trou
d'environ tro's lignes de diзmétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , il doit eftre un peu moins
éloigné du verre oculaire , que
de la longueur de fon foyer folaire. C'eft pourquoy j'ay toû
jours fait monter à viz ce fonds
à pinnule , afin qu'on le puftapprocher ou éloigner , ce qui fert
à éviter les couleurs , & ce que
nous dirons encore plus parti
culiérement. Voyez en la Figure IX.
Vous fçavez qu'avec le verre
duMercure Galant. 175
concave contre lequel on doit
appliquer l'œil , on voit l'objet
mefme, puis qu'il eft mis de la
longueur de fon Foyer virtuelfolaire , avant le foyer objectif,
c'eſt à dire , avant que l'image
aërienne de l'objet foit formée , &c .
Il fufit donc d'enfermer le verre
objectif bien perpendiculairement dans le milieu d'un tuyau
d'environ un pied de longueur,
d'autant qu'il n'eſt pas néceffaire d'avoir un long tuyau de
Lunete , qui contienne le verre
objectif & le verre oculaire ; dequoy j'avois inftruit les Curieux
dans les pages 127. & 128. du
XXI. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quartier de Janvier
1682.
P iiij
176 Extraordinaire
AVIS.
J'aurois donné icy le moyen
de fe paffer des tuyaux pour les
grandes Lunetes , dequoy j'ay
depuis 20. ans parlé au Titre,
Maniere de braquerpromptement une
Lunete à deux verres convexesfans
aucun Tube , pour contempler les
Aftres , qui eft à la fin de mon
Traité des grandes Lunetes , imprimé à Lyon en l'année 1665.
avec mon Livre de la Nouvelle
Science de la Nature , & Préfage
des Cometes , fi l'illuftre , tresfçavant , expérimenté & vray
Philofophe Phyfico- Mathematicien, Monfieur Hugens de l'Académie Royale des Sciences, ne
m'euft prévenu par fon docte
Livre in 4° imprimé cette année
1684. à la Haye chez Arnoux
du Mercure Galant. 177
Leers , &intitulé Astroſcopia Compendiaria, Tubi Optici molimine liberata.
PROBLEME XI.
Le Verre dontla longueur du Foyer
= folaire est connüc , estant donné de
pofition , placer l'objet & la table
d'attente , pour y recevoir l'image
de l'objet aërienne &diftincte, mais
renversée.
Mettez l'objet du moins un
peu plus éloigné du verre que la
longueur de fon foyer folaire,
vous troverez enſuite par le 1. Probléme la diftance requife du verre
àla table d'attente. Nous avons
remarqué dans la 129. page du
XXI. Tome Extraordinaire Mercure Galant , Quartier de Janvier
1683. contre l' Autheur de la Dioptrique oculaire, & des deux Volu.
178 Extraordinaire
mes de fes vifions parfaitement
adioptriques & ageométres , que
l'objet eftant placé à 20 pieds
& 4 pouces audelà de fon verre
objectif plan- convexe de la longueur de 20 pieds de diamètre,
ou longueur de foyer folaire, l'image aërienne de cet objet fe
formera à la diftance de 1220
pieds audeçà du verre , au lieu
des Soixante dix ou 80 pieds , à
quoy cet Autheur l'avoit déterminé. Son erreur n'eft que de
1140 pieds.
Ou bien , mettez la table d'attente du moinsquelque peu plus
éloignée du verre , que n'eft la
longueur de fon foyer folaire ;
car les rayons de la radiation
émanée de chaque point d'un
objet terreftre , tombant fur le
du Mercure Galant. 179
verre plus diverges que les rayons
émanez de chaque point du So.
leil , leur concours eft retardé,
& par conféquent l'image aërienne de l'objet terreſtre eſt
formée plus loin du verre , que
l'image du Soleil , que nous ap.
pellons foyer folaire. La table
d'attente eltant pofée, vous trouverez enfuite par le 2 Probléme
la diftance requife du verre à
Fobjet.
EXEMPLE.
Le verre ayant 20 pieds de longueur de Foyerfolaire , fi vous pla
cez la table d'attente , à 20 pieds &
quatre pouces audeçà du verre, l'objetfera placé à 1220 pieds audelà du
verre.
PROBLEME XII.
Par la longucurdela Lunete com-
180 Extraordinaire
pofée de deux verres convexes , &
dont la longueur du Foyer folaire de
l'objectif est connüe , connoistre la
distance de l'objet , qu'on voit diftinctement par la Lunete .
Vous fçavez par raiſon & par
expérience , que pour bien &
diftinctement voir les objets par
la Lunete , il en faut tirer davantage les tuyaux, & l'allonger
à proportion que les objets font
moins éloignez, & cela toûjours
de plus en plus jufques à tant
quela diftance de l'objet au verre
objectif, foit précisément égale
à la longueur de fon foyer folaire ; car pour lors les rayons
enfortiront paralleles, & ne pouvant par conféquent concourir,
ne formeront plus d'image. Dans
ce Probléme l'on connoift par
du Mercure Galant. 181
la longueur de la Lunete , la diſtance du verre objectif aux filets ou image aërienne de l'objer. On connoift auffi la longueur du foyer folaire du verre
objectif. C'est donc le fecond
Probléme. Employez donc la
fuivante
Analogie.
-Commel'excés dela distance du verre
objectifauxfilets, ou image aërienne
de l'objet, pardeffus la longueur du
Foyer folaire du mesme verre,
Està la mefme longueur du Foyer:
Ainfila diftance de l'image au verre,
Est à la diftance du verre à l'objet,
Souvenez- vous de ce quej'ay
dit au commencement.
cette image aërienne de l'objet
a quelque forte ou eſpèce d'épaiffeur , ou profondeur, & qu'il
Que
182 Extraordinaire
eft impoffible de juger avec certitude , dans quelle diſtance elle
eft plus diftincte , car le verre objectifnepeut faire cocourir en un
mêmepoint mathematique de la
baſe de diftinction, tousles rayons
qu'il a reçûs de la radiation émanée d'un mefme point de l'objet, d'autant que ceux qui tombant plus éloignez de l'axe du
verre ,
feréüniffent plûtoſt ; outre que tout l'œil fe conforme en
s'allongeant ou fe racourciffant,
& l'humeur criftallin fe convexe
plus ou moins , fuivant qu'il en
eftbefoin, pour porter fur la Retine la baze de diftinction, foyer
objectif, on image diftincte de
l'objet. C'est pourquoy lors qu'il
s'agit de conclure & déterminer par la diférente longueur de
du Mercure Galant. 183
La Lunete, la diférence qu'il y a
entre deux objets inégalement
éloignez , mais tous deux treséloignez de nous , les calculs tirez de la longueur de la Lunete
fe trouvent inutiles , parce que
les rayons émanez d'un mefme
point d'un objet tres- éloigné
tombentfurle verre objectifavec
une diférence phyfiquement in,
fible, &la diférence de la diftance
du mefmeverre objectifà l'image
d'un autre objet encore nota
blement plus éloigné , fera auffi
phyfiquement infenfible , puis
que la diférence de la divergence
des rayons des deux objets eft
phyfiquement infenfible, d'autāt
que les deux rayons de la radiation émanée du point central du
Soleil , qui embraffent la terre,
184 Extraordinaire
quand ils toucheroient mefme
les deux points extrémes de fon
diamétre , ne comprennent au
plus qu'un angle d'une minute,
dont la moitié eft ce que nous
appellons l'angle de la Parallaxe
Horizontale du Soleil.
Et comme à mesure que l'ob.
jets'approche du foyer antérieur
du verre , l'image aërienne de
l'objet formée par la refraction,
s'en éloigne , de meſme auffi au
miroir fphériquement concave,
Fig. XII, dont la portion M.i.M
ne doit eftre découverte que de
18 degrez , les rayons R.M. RM
de la radiation émanée d'un mê
me point de l'objet , n'eftant
éloignez fur le miroir que de9
degrez du rayon AI qui eft l'axe
de la portion découverte M.i.M
du Mercure Galant. 185
font prefque mathematiquement
paralleles , à caufe que la baze
qui foûtient l'angle , formé au
Soleil , n'eft que la corde des 18
degrez du miroir ; & d'autant
que l'angle de réflexion C M0,
eft égal à l'angle d'incidence
RMC, le point o auquel ils fe
reüniffent fur l'axe A I , eft plus
prés du point I fonds du miroir,
que de fon centre C, de prefque
une partie des 160 de tout le
diamétre C. Ce que j'ay déja
remarqué dans une Differtation
fur les Miroirs ardens. Voyez les
pages 288. & 291. du Mercure Galant du mois de Juin 1681. Ainſi
le foyer folaire ou image du So
leil , fe forme prefque éloignée
du fonds du miroir de la qua
triéme partie de fon axe AI ;
Q. d'Octobre 1684. Q
186 Extraordinaire
C'eſt pourquoy à mesure que
les autres objets s'approchent
davantage du foyer folaire du
miroir , leurs images s'en éloignent , & viennent à la rencontre de l'objet. Ainfi un objet
mis au bout d'un baſton, paroiſt
fortir tout au dehors du miroir,
pour venir rencontrer fon objet,
fi vray qu'il vous femble que
vous maniez voftre main. Cette
image formée par réflexion a
cet avantage , qu'elle fe voit
mefme au plus grand jour ; &
l'image formée par la réfraction
des verres , laquelle ne peut jamais fe rencontrer avec fon ob
jet , ne peut paroiftre que dans
la chambre noire , ou dans l'ob
fcurité du tuyau de la Lunete..
Neanmoins bien des Gens,
du Mercure Galant. 187
commeauffi le R.P.Antonius Maria de Rheita , ce fçavant & religieux Capucin', qui apres Daniel
Chorez publia en l'année 1647.
dans un gros Volume in folio,
intitulé Oculus Enoch & Elia, tout
ce qui conce¡ne la conſtruction
des grands Binocles , qu'il travailloit luy mefme dans la derniere perfection , & que toute
PEurope a admiré, comme nous
l'avons prouvédepuisla 120. page
du XXVI. Tome Extraordinaire
Mercure Galant , Quartier d'A
vril 1684-
Le R. P. Balthazar Conrard,Jéfuîte , écrivit de Glacio 7. Ianvar.
1660. les termes fuivans au R. P.
Gafpard Schot , auffi Jéfuîte , qui
en l'année 1664. les a donnez au
Public dans la 857- page de Tech
nica Curiofa,,
188 Extraordinaire
De diftantiis objectorum per Tubum metiendis, pridem cogitavi egos
nifi fallor, etiam Pater Scheinerus. Sine dubio Rheita Capucinus id
voluit tentare per Tubum duplicatum. Voco eum per quem uterque
oculus hominis fimul&femel trans
picere poteft. Verùm ipfa videt Reverentia Veftra , in diftantiis maguis , ne magna quidem intervalla
fentiri. Unde quid judicandum fit
detali invento inferet. Nihil tamen
adhuc determino , qui nondum cò
Speculationum perveni.
Si le Pere Conrard euſtajoûté
àl'expérience , le calcul & la démonſtration , comme j'ay fait, il
auroit prononcé , que tout ce
qu'on ne peut conclure de la diférente longueur d'une mefme
Lunete, pour voir bien diftincte-
"
du Mercure Galant. 189
ment deux objets diféremment
éloignez,que la diſtance de celuy
des deux objets fera plus grande,
pour lequel on tire moins la Lu.
nete; & la diſtance de l'objet fera
moindre , pour lequel auffi voir
bien diftin&tement , il faut allonger davantage la Lunete.
>
Cela eft fi vray , qu'à cauſe
que la longueur des plus gran
des Lunetes eft toûjours comme infiniment petite à proportion de la diftance du Soleil
& la diſtance du verre au foyer
folaire , ou image diftincte du
Soleil Périgée , n'eſt pas fenfiblement plus longue que celle du
Soleil Apogée. Ainfi bien que la
diſtance du Soleil en Eté dans
fon Apogée , foit tres- notablement plus grande, que lors qu'en
190 Extraordinaire
Hyver il est dans fon Perigées
neanmoins la diférence de la
diſtance du verre à fon Foyer ou
image eft diftincte imperceptible
par la longueur de la Lunete.
LUNETE A DEUX VERRES.
Et de la grandeur de la Baze qu'on
découvre.
L
A Lunete à deux Verres
convexes, quoy qu'elle faffe
voir les objets renverfez , eft
fans doute la plus commode pour
l'obfervation des Aftres. Elle dé
couvre une grande baze du cone
vifuel , le diamètre de laquelle
eft compris fous un angle qu'on
détermine en divifant les degrez
que contient l'arc de la convexité découverte du verre ocu.
laire , par l'Expofant de la raiſon
de la longueur du foyer folaire
du Mercure Galant. 191
du verre oculaire à la longueur
du foyer folaire du verre objectif, car le quotient eft le nombre des degrez de l'angle , qui
comprend le diamètre de toute
la baze qu'on découvre.
Ainfi le verre objectif eftant
par exemple au verre oculaire ,
comme 84 à 3, l'expofant de la
raiſon eft 28 ; & la partie décou
verte du verre oculaire eftant par
exemple fegment de 35 degrez,
divilez 35. par 28 , le quotient
fera 1 degré & 15 minutes ; fous
lequel angle eft compris le diamétre du terrain , efpace des ob
jets vûs par cette Lunete.
Lunete à trois Verres.
2
La Lunete à trois verres convexes redreſſe les objets , mais
elle devient notablement plus
192 Extraordinaire
longue , & les objets paroiffent
moins clairs. Le R. P. de Rheïta
dans la page 351. d'Oculus Enoch
&Elia, dit , objecta autem duobus
convexis everfa , tribus pulcherrimè
&liffimo obtutu eriguntur. Scilicet duobus ocularibus & uno ebjectivo , ritatamen proportione inter
fe & àfe invicem difpofitis. Tali
tubo pro terreftribus nos utimur , qui
&uno obtutu centies quafiplus fpatii
repræfentat, quàmconcavo- convexu.
Le P. Rheita a fait un miftere de la proportion des deux
oculaires , & de leur diftance.
1º Lepremier oculaire apres l'objectif doit eftre d'un plus grand
foyer que le dernier oculaire.
Quant à leur diſtance , puis que
l'image aërienne fert d'objet immédiat , mettez le premier ocu
laire
du Mercure Galant. 193
·
laire au deçà , éloigné de cette
image de deux fois la longueur de
fon foyer, il fe formera uneimage
redreffée & égale au derriere de
l'oculaire , éloignée auffi de deux
longueurs de fon foyer , par nô.
tre Probleme VII. Cette image
doit fervir d'objet , que vous regarderez avec le ſecond oculaire.
Lunete à quatre Verves.
La Lunete à quatre verres
convexes , un objectif & trois
oculaires , eft la plus parfaite,
puis qu'elle fait découvrir une
grande baze du cone vifuel , &
voir les objets dans leur fituation
naturelle , & en augmente fuffifammentl'apparence naturelle.
Nous avons dit que les trois
oculaires peuvent eſtre d'une
mefme puiffance ou longueur de
Q. d'Octobre 1684. R
194 Extraordinaire
toyer folaire , ou bien le premier
oculaire apres le verre objectif
eftant à l'objectif comme i à 36
ou à 40 , ces deux verres eftant
poſez à la diſtance de leurs deux
foyers , & ayant placé les filets
de mire à leur foyer commun,
forment la premiere Lunete, qui
fait paroiftre les objets à la renverſe. Le fecond oculaire doit
avoir une plus grande longueur
de foyer , & letroifiéme oculaire
doit estre de mefme que le premier oculaire , & mefme d'un
peu moindre longueur de foyer.
Ainfi le verre objectif eſtant au
premier oculaire comme 36 à 1,
ilfera au troifiéme oculaire comme 40 à 1.
Lunete à cinq Verres.
La Lunete àcinq verres ne dé
du Mercure Galant. 195
couvre pas un plus grand champ,
ou plus grande quantité d'ob
jets , elle augmente feulement
l'apparence des objets , en la rendant un peu plus obfcure , à quoy
on remédiera en partie ; fi la fuperficie des verres oculaires également convexes font bien grandes. Voicy leur arrangement &
leur proportion.
Le troifiéme oculaire eft d'un
plus long foyer , & on ne l'éloi
gne pas du fecond oculaire de
la longueur de leurs deux foyers
folaires. Ainfi les rayons en fortiront divergens , & tomberont
divergens fur le quatrièmeverre
oculaire , au derriere duquel les
axes des cones renverfez de la
radiation de chaque point de
l'objet , fe croiſent davantage
Rij
196 Extraordinaire
avant que d'entrer dans l'œil ;
c'est pourquoy apres avoir traverfé l'humeur criftallin , ils peignentfur laRetine une plus grande image de l'objet.
Il y a d'autres manieres de conftruire cette Lunete à cinq verres convexes , qui eft une Lunete
composée de deux Lunetes, chacune defquelles fait voir les objers renverfez. La premiere Lunete eft compofée à l'ordinaire
du grand objectif & de fonoculaire. La feconde eft composée
de trois verres ; le premier eft
femblable à celuy qui luy fert
d'oculaire , & l'un & l'autre
doivent eſtre d'une longueur de
foyer , double du foyer de l'oculaire de la premiere Lunete,
& le foyer du verre qu'on met
du Mercure Galant. 197
juſtement au milieu des deux autres, fera de la moitié plus long.
Joignez ces deux Lunetes , les
approchant peu à peu juſques à
tant que vous découvriez la
plus grande baze du Cone vi
fuel , ou quantité d'objets avec
grande clarté & diftinction. Apres quoy marquez à l'inftant
des repaires fur les tuyaux. Tirez enfuite un peu le tuyau qui
porte le verre objectif, afin d'éloigner davantage les deux premiers. verres ; ce qui fera que
l'image de l'objet ſe trouvant
plus éloignée du premier oculaire , que de la longueur de fon
antérieur foyerfolaire, les rayons
qui auparavant en fortoient paralleles , en fortiront convergens. Il faut auffi éloigner un
Rij
198 Extraordinaire
peu davantage les deux derniers.
verres.
Le R. P. Zucchi , Jéfuîte , qui
s'eft toûjours expliqué affez ob.
fcurement , apres avoir dit au
num. 3 de la 370 page de la feconde partie de fon Philofophia
Optica, imprimée à Lyon en l'année 1656. Collocatio autem convexorum intermediorum ad excipiendos omnes radios , & tranfmitiendos
apta erit , fifequensftatuatur ad Focum præcedentis. Vltimum enim
convexum ad impreffionem diftinEtam obtinendam , longius ultra Focum constituendum. Apres quoy
dans le Numero 1 v. il ajoúte,.
Quod quatuorconvexapræftant, habetur exactiu per quinque , fi difponantur ut fecundum collocetur tantifper ultra Focum primi , tertium
BLIOTHEE
du Mercure Galake
citra Focumfecundi, per quartame
eiterpartem diftantia Foci ab ipfofecundo. Quartumfimiliter adtertium.
Quinque convexafolă æquivalebunt
quatuor convexis , in excipienda
multitudine radiorum ; fed quia tertium , ante determinationem Bafis
-diftinétionis ex vifecundi accedetad
illud , dum hujufmodi Bafim accelerabit, &ad minus fpatium reftringet, deducet radios ad fingula in
Objecto condiftinguenda pertinentes,
totrus imaginis comprehenfivos;quare
neceſſario diſponentur , ut ad con.
vexa fequentia , ipfumque oculam,
cum majori inclinatione fub majori
angulo incidant , ad majorem nota.
biliter imaginem imprimendam in
Retina. Hancdifpofitionem quinque
convexorum invenit D. Euftachius
Divinius , quam meritò aliis præ--
R. iiij .
200 Extraordinaire
tulit , quia notabiliter auget Appa
rentiam Totius , & diftinctionem
partium in toto ; licet nonnihil minuat claritatem , dum pauciores radios colligunt vitrafic difpofita,quàm
fi difponunturjuxta dicta Numero3.
Des Lunetes compofees de dixneufVerres convexes.-
J
'Ay tiré ce que j'en diray de
la 184. page d'un Livre intitulé Nervus Opticus , imprimé à
Vienne en Auftriche en l'année
1675. Le R. P. Zacharias Traber
en eft l'Autheur , le croira qui
voudra , quand il dit,
Artifex Romanus
mine, Tubum fecerat cum octo convexis , ad unum milliare Germanicum res minutiffimas clarè cxhiben.
Fontana no-
du Mercure Galant. (2011
1
zor
tem, qui ab Eminentiſſime Cardinali
Nepote , Coronatis comparatus octingentis , magno Florentie Duci prafentatus fuerat.
Alium idem Dax noftro cuidam
Patri vifendum præbuit ; qui à quodam Eustachio Neapolitano cum No-- VEMDECIM lentibus convexis in
longitudinefiftularum 19 cubitorum
confectus , & quia aliquâ vitrafubtiliffimâ interpofita , Specierum decolorationem impediebant.
L
Il a fans doute compté les ou
vertures des diafragmes pour au
tant de verres.
SECRET
De Jérôme Syrturus , Milanois,
concernant les Lunetes.
N
Unc celebre omni evo futurum adinventum tibi referatum co, ut ftudii &laboris mei ma-
• 202 Extraordinaire
numentum aliquod perpetuò apud te
& alios ftudiofos extet.
Teleſcopium id autem est ex duabus lentibus & cavo specillo ; fecunda lens ponitur in medioTubi.
DES DIAFRAGMES.
Les images ou efpéces des objets ne paroiffent jamais bien fur
la table d'attente , que lors que
la chambre eft rendüe tres-noire,
& que la lumiere ne trouve d'entrée que par le verre qu'on met
au trou de la feneftre , & qui eſt
inferé en dedans de la chambre
dans l'extrémité d'un tuyau d'un
pied de longueur , dont l'autre
extrémité fort en dehors. Il en
eft de mefine de l'image qui fe
forme dans les tuyaux ; c'el
pourquoy pour exclurre & dé.
fendre l'entrée aux rayons des
du Mercure Galant.
203
objets latéraux , la boëte qui
porte le verre objectif , a du
moins un pouce & demy de longueur au-delà du verre. Voyez
en la Figure XIII. Cette boëte
a fon fonds du cofté de l'objet,
qui fe monte auffi à- viz , & ce
fonds a bien moins d'ouverture
que le verre. On peut couvrir
ce diafragme de plufieurs cartons noirs de diférente ouverture , bien qu'on la puiffe dérerminer par l'angle fous lequel on
voit l'objet , que nous avons cydevant demontré.
Les autres diafragmes font intérieurs. Le principal eft mis au
foyer antérieur dupremier verreoculaire, ou foyer poftérieur du
verre objectif, où le forme l'image aërienne diftincte de l'ob
204 Extraordinaire
jet , fur laquelle les filets de mire
doivent toûjours le trouver précifément. Če diafragme détermine la quantité des objets qu'on
veut découvrir , & voir leur apparence trés- augmentée , en re.
gardant par les verres oculaires
leurs images , qui fervent d'ob
jer immédiat , tout de mefme
que fices mefmes images eftant
reçeües dans la chambre noire
fur un papier , vous appliquiez
pardeffus ce carton qui porteau
milieu fon ouverture , car en re:
gardant par derriere le papier,
vous ne verriez que les images
comprifes dans l'ouverture de ce
diafragme. Cette ouverture doit
eftre retreffie juſques à ce que
fon trop d'ouverture ne foit pas
la caufe des couleurs de l'Iris,
duMercure Galant. 205
qui peignent les bords des ob
jets comprisdans la baze du cone
vifuel.
Je dis donc que l'ouverture
circulaire de ce diafragme , &
celle de tous les autres, y compris l'ouverture du verre objectif, font parties d'un cone tron.
qué , dont la pointe eſt du coſté,
du verre oculaire , fi l'ouverture
de ce principal diafragme eft
moindre que celle du verre ob.
jectif, qui en fera la baſe, comme
en la Figure XV. Et au contraire,
fi l'ouverture du verre objectif
cft moindre que celle de ce diafragme, ce diafragmefera la baze
du cone tronqué , dont la pointe
fera hors de la Lunete , comme
en la Figure XV.
206 Extraordinaire
Déterminer l'ouverture des
Diafragmes.
Tirez voftre Lunete comme
en la Fig. XVI. pour voir diſtin .
ctement les objets terreftres les
plus éloignez , pour lors la diftance A B de l'image Bau verre
objectif A, fera plus grande que
la longueur de fon foyer folaire;
outre qu'il faut allonger un peu
davantage la Lunete , & y mettre un verre oculaire de plus
long foyer , pour voir les objets
bien clairs & diftincts , lors que
le temps eft humide , ou que
Euros fouf , comme auffi dans
les Païs où l'air eft plus groffier,
l'apparence de l'objet fera plus
diftincte , mais un peu diminuée.
Déterminez l'ouverture du verre
objectif , comme par exemple
du Mercure Galant. 207
de deux pouces de diamètre , ſi
le verre a dix pieds de longueur
de foyer folaire , qui eft la plus
grande ouverture qu'il puiffe
foufrir avec diftinction pour voir
bien diftinctement les objets les
plus fombres , car il la faut retreffir pour voir bien diſtinctement les objets fortement éclairez , de mefme qu'il faut retreffir
l'ouverture de l'objectif des plus
grandes Lunetes Aftro-fpiques,
pour voir le difque ou rondeur
bien terminée des Etoiles fort lu
mineuſes, Syrius , Arcturus, &Aldebaran, & des Planetes fortement éclairées par le Soleil,
comme Mercure , Vénus, &Mars,
lors qu'ils font Périgées. C'eſt
cela fans doute qui a obligé
Mi Hevelius de dire dans fa Se-
208. Extraordinaire
lenographie en la page 17. H
afus & experientia me docuit, quòd
foramen vitri objectivi , magnorum
Teleſcopiorum indiametro fefquipollicem non excedere debeat. Qua
quantitas etfi alicui valde exigua
aideri poteft , tamen praxis quemibet edocebit hanc proportionem foraminis majori tubo omnium optimè
refpondere.
Enfin le diametre de l'ouverture du verre objectif eftant déterminée, comme auffi fa diftance
au diafragme des filets , faites en
la Figure XVI. fur un plan, tirez
les deux lignes e C e C, comme
auffi les lignes traverfantes eo.
MM. ii. leurs parties compriſes
entre les lignes e C. eC feront les
diamètres des ouvertures des diafragmes des tuyaux. Vous mar-
du Mercure Galant. 209
querez leurs repaires , afin que
tous les diafragmes puiffent toujours eftre mis en mefmediftance
les uns des autres , pour toûjours compofer le cone tronqué.
On peut facilement déterminer par le calcul le diamètre des
diafragmes , car vous connoif
fez la diftance A B du verre objectif A au point B, interfection
des filets mis fur l'ouverture du
diafragme , dans laquelle fedoit
toûjours terminer l'image de
l'objet. Vous connoiffez bc demy-diamétre de l'ouverture dư
diafragme principal , ou baze de
l'image aërienne de l'objet. Vous
connoiffez auffi a E demy.diamétre de l'ouverture du verre
objectif.
Il faut par ces connus trou ~
2. d'Octobre 1684. Sp
240 Extraordinaire
ver premiérement par le calcul.
le point R pointe du coqe tronqué, c'eft à dire la longueur de
fon axe b R. Faites cette
Analogie.
bc-a E. ba :: bc. b R
Voustrouverez enfuite les demy..
diamètres x 0. y M. z I. de l'ou
verture des diafragmes par les
fuivantes
Analogies.
b.bc:: Rx . x 0.
Rb.bc:: Ry.y M.
Rb.bc:: Rz.ZI.
Moyen facile de faire coffer les
Couleurs qui paroiffent
entourer les Objets.
Our guérir un mal , il en
Pofaut connoiftre la caufe
ainfi pour remédier à ce defaut
du Mercure Galant. 211
3
des Lunetes ·
, de faire voir les
objets qui font au bord de la
baze du cone vifuel , teints des
couleurs del'Arc- en- Ciel , il faut
fçavoir qui les caufe , & d'où
elles procédent , n'eftant que le
meflange & confufion qui le fait
fur un melme point de la Re
tine , de plufieurs rayons éma--
nez de diférens points de l'ob
jet. Ce meflange peut venir
1° De la trop grande ouverture du verre objectif..
2° De la trop grande ouverture du diafragme qui porte les
filets de mire , fur lefquels fe :
forme l'image aerienne de l'objet -
3 Du trop de convexité du
verre oculaire .
4° De la trop grande ouver
ture du verre oculaire.
Sip
212 ExtraordinaireAyant remédié à ces quatre
defauts, fi l'oculaire eft trop prés
de l'image , les rayons trop ferrez & confus , feront paroiftre
les extrémitez de leurs objets
jbordez de couleurs rouges &
aunes ; . c'est pourquoy il faut
P'en éloigner davantage , comme
auffi le trou ou pinnule contre
laquelle on applique l'œil ce
que je fais commodément , en
tournant la pinnule par le moyen
de la viz , quia plufieurs filets ou
pas. Que fi vous l'en éloignez
trop , les bords des objets paroîtront bluâtres , Jes rayons eftant
reçûs trop dilatez & confus. De
cette jufte diftance de la pinnule
au dernier verre oculaire , dépend la plus grande baze du
cone vifuel , ou de la quantité
du Mercure Galant. 21329
d'objets , car on en voit beaucoup moins d'étendue de Païs,
fi cette pinnule eft trop éloignée
de fon oculaire , lequel doit être
également convexe des deux cô.
tez , & bien tranchant fur les
bords , & avoir du moins 20 lignes de diamétre en fa furface
pour un objectif de dix pieds de
foyer , & environ 10 lignes pour
les petites Lunetes . Je fais monter à viz toutes les piéces de la
boëte du porte.oculaire , afin
que les Miepes puiffent approcher davantage l'œil du dernierverre oculaire , & cet oculaire
des filets ou image aërienne &.
diftincte de l'objet. Voyez le
tout dans la Figure
214 Extraordinaire
Dans le dernier Mercure Extraordi
naire , Torse XXVII.
Page 149. ligne 15. lifez copiofioris..
Page 166. ligne 5. lifez 1460.
Page 173 ligne 4 lifez alfez précifément. Ligne 9. ajoûtez ou
le produit du diamétre par la
circonférence. Et en la ligne
16. apres le mot Axe ajoutez car
le cone, la fphere &le cilindre
font comme 1.2.3..
Page 187. ligne 8. lifez Henry II .
Page 200. ligne 12. lifez deux fois
1635794 , quifōt 3271588 toiles.
Page 203 ligne 18. apres ST.
lifez & doublezle produit.
Page 208. ligne 17. lifez deffus.
COMIERS.
On donnera la fuite de ce Traité
des Lunetes , dans lesfuivans Mer--
Cures Extraordinaires.
DU TRAITE
DES LUNETES,
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
Par M COMIERS d'Ambrun,
Prevoft de Ternant , Profeſſeur des
Mathematiques à Paris.
T
Ous les tuyaux des Lunetes portatives doivent eftre
cilindriques , car les tuyaux coniques ne peuvent garder leur
rectitude, eftant moins tirez pour
voir diſtinctement les objets plus
éloignez , & au contraire , fi la
134 Extraordinaire
longueur de la Lunete eft pour
voir diſtinctement les objets treséloignez , on ne peut les éloigner
davantage , pour voir les objets
qui font fenfiblement plus prés
de nous.
Les moindres tuyaux d'une Lunete , c'eſt à dire ceux qu'on infére dans les autres , auront tous
autour de la gorge extérieure,
des orles ou viroles , pour les
rendre tous d'égal diamétre; afin
que l'Axe de la Lunete foit paral
lele fur le plan de l'appuy. C'eft
à quoy M' Hevelius n'a pas pris
garde dans la Figure de la 40.
page de fa Selenographie de l'année 1647. car l'axe des verres &
du tuyau dela Lunete faifant angle für le plan d'appuy , le perpendicule ne peut marquer fur
du Mercure Galant. 135
le quart de cercle l'angle de l'élevation de l'objet que l'on mire.
Voyez.enicy la Fig. 1. Les bouts
des tuyaux par leſquels ils font
inferez dans les autres , feront
renforcez par des viroles de bois,
mifes en dedans, & qu'on arrefte
avec cole forte , ces viroles porteront les juftes ouvertures pour
ſervir de diafragmes , & maintiendront les tuyaux dans leur
parfaite rondeur , & toute la Lunete dans fa rectitude. Voyez la
Figure II.
C'eft enfinune loy indifpenfa.
ble , que l'Axe de tous les tuyaux
& celuy de tous les verres doivent eſtre dans une mefme li
gne droite. J'en excepte les Lunetes Catop- dioptriques , comme
auffi la Lunete Polemofcope , def
136 Extraordinaire
fon
quelles nous traiterons en par
ticulier. Eo quòd utraque lensfiopum ſuum affequatur , quum tamen
regione altera alteri non exactè
refpondeat , comme dit M Heve.
lius dans la 27. page de ſa Sele.
nographie , Hictubus tam à Catoptricis quàm Dioptricisparaturfundamentis , etenim duobus fpeculis planis
& gemino vitro Dioptrico conftat.
Il l'appelle Polemoſcope , pour
ufage en temps de guerre ,, puis
qu'eftant couverts du Parapet,
nous voyons ce que fait l'Ennemy, mefme lors qu'il eft dans le
Foffé , & au pied de la Muraille,
parce quefon tuyau eft recourbé
à angle droit. Nous découvrons
aufi par fon moyen tout ce qui
fe paffe dans une Rüe , fans
nous paroiffions à la Feneftre ;
que
duMercureGalant. 137
ayant cet avantage , auffi-bien
que lesLunetes communes, qu'on
les peut , comme a dit M'Hevelius dans la 29. page , mettre
dans une canne ou bafton d'un
pouce & huit lignes de diamètre,
avec le recourbement de deux
pouces. Nous en donnerons cyapres la conftruction.
Deux manieres diférêtes d'ajuſter
les Verres dans les Tuyaux.
Les Anglois mettent le verre
objectif dans le tuyau le plus
étroit, & les verres oculaires dans
les tuyaux les plus larges. Voyez
le tout dans la Figure III. Cette
difpofition a trois choſes avantageufes. 1° Les rayons inutiles
qui vont toujours en s'élargif
fant , s'affoibliffent plus facileQ. d'Octobre 1684, M
138 Extraordinairement dans cette concavité ſpa
cieuſe du tuyau. 2º On y peut pla…
cer des oculaires de plus grande
furface. 3º Cette Lunete eft plus
facile à manier , parce que le
centre de gravité de la pefanteur
eft comme dans la main de celuy
qui s'en fert ; & dans l'autre maniere, le centre de gravité eftant
audelà du point de l'appuy ou
Hypomoclion , pele davantage à la
main , & fatigue celuy qui s'en
fert. Il eft vray qu'il y a une
longueur de tuyau comme perdüe , par la néceffité de la dif
pofition des trois oculaires ; car
s'il n'y avoit qu'un oculaire, convexe ou concave , il n'y auroit
aucune difficulté .
En France , nos Ouvriers placent le verre objectif dans le plus 1
du Mercure Galant. 139
large tuyau , & les verres ocu--
laires dans les tuyaux les plus
étroits. Voicy là pofition la plus
commode des deux verres ocu--
laires qui font apres le verre objectif. Placez ces deux verres
oculaires , comme dans la Figu
re IV. à la diftance l'un de l'au
tre égale à la longueur de leursfoyers folaires , tellement que le
point fera leur foyer commun,
dans le tuyau C, qu'on coule dans
le tuyau B, par le bout qui eft du
cofté du verre objectif , car par
l'autre bout du mefme tuyau B¸-
on coulé le tuyau porte- oculaire A, avec fa boëte de recouvrement à pinnule , ou trou de
trois lignes de diamètre , qui eft
éloigné du verre d'un peu moins
quefon foyer folaire. Le tuyau B
1
Mij
140 Extraordinaire
porte encore le diafragme fur
lequel on place les brins de fimplefoye plate noire , qui fervent
de mire , ou le treillis , ou quatre brins qui fe croiſent en un
mefme point au centre de l'ou.
verture du diafragme , qu'lls divifent en huit parties égales
c'eft fur ces filets qu'on doit faire
aboutir précisément l'image aërienne & redreffée de l'objet,
puis qu'elle nous fert d'objet im
médiat , que nous voyons par le
troifiéme verre oculaire..
Ainfi pour voir bien diftincte..
mentavecune Lunete compofée.
de quatre verres convexes
furface du Soleil ( ne donnant
l'ouverture d'un trou d'épingle au
carton qui couvre le verre objectif),
la diſtance du verre objectif au
la.
que
du Mercure Galant 14.
I
premierverre oculaire, fera compofée de leurs foyers folaires, &
par conféquent l'image renverfee du Soleil , qui fert d'objet
immédiat , fe trouvant au foyer
antérieur du verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque
point de cette image folaire tombant divergens fur le verre oculaire , en fortiront paralleles ; &
tombant ainfi paralleles fur le
fecond verre oculaire , dont la
diftance au premier eft compofée de la longueur de leurs foyers,
les rayons en fortiront convergens , & formeront l'image redreffée du Soleil , au derriere de
ce ſecond verre oculaire , à la
diſtance de fon foyer folaire ,
& c'eft cette image qui fervira
d'objet immédiat ,, car cette imas
142 Extraordinaire"
ge eftant au foyer antérieur du
troifiéme verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque point en fortiront paralleles;
& tombant paralleles fur l'humeur cristallin , feront rendus
convergens , & formeront par
leur concours ou pinceau optique , l'image renversée du Soleil
& de fes taches fur la Retine , &
on verra le Soleil & fes taches
redreffées , c'eft à dire dans leur
fituation naturelle.
La diſtance des deux premiers
oculaires fera toujours invaria
ble, auffi bien que la diftancedu fecond verre oculaire aux filets du treillis , qu'on met précifément en fon foyer folaire. -
Quant au troifiéme oculaire , au
foyer duquel on met l'oil, ilfera:
3
du Mercure Galant. 143
pour les miopes qui racourci
fent un peu la longueur des Lunetes , un peu moins éloigné de
ces filets ; parce qu'en regardant
de plus prés cette image aërienne
des objets , ils en reçoivent les
rayons fenfiblement divergens ,
& tels tombant fur leur criftallin
trop rond & enflé , leurs concoursou image diftincte de l'objet, en eft retardé & prolongé
jufque fur la Retine.
Il eft abfolument néceffaire
que le foyer objectif, c'eft à dire
l'image aërienne de l'objet , fe
rencontre précisément fur ces
filets ou treillis mis à l'endroit
du foyer du verre objectif, fi la
Lunete n'a qu'un verré oculaire
convexe; & au foyer folaire du
fecond verre oculaire , fi la Lu-
144 Extraordinaire
nete eft composée de trois oculaires convexes. Mais comme la
Lune & tous les objets terreftres,
font comme infiniment moins
éloignés que le Soleil , les rayons.
de la radiation émanée de chaque point de l'objet, tombet fenfiblement divergens fur le verre
objectif, leur foyer ou image aërienne eft retardé & allongé, &
leur image portée plus loin, & audeça de ces filets ou treillis , c'eft
pourquoy il faut allonger davan
tage la Lunete , c'eft à dire, éloigner le verre objectif du verre
oculaire , afin d'avancer l'image
de l'objet précisément fur les
filets. J'ay crû devoir icy réfou
dre une Queſtion importante.
Si
du Mercure Galant. 145
QUESTION.
Si par la diferente longueur à
laquelle on tire les tuyaux de
laLunete à Oculaire convexe,
pour voir bien diftinctement
un objet , on peut déterminer
fa diftance , ou éloignement.
C
Ette image aërienne ne ſe
forme pas dans une diſtance
deprécifion geométrique au derriere du verre objectif , ny au
derriere du fecond verre oculaire. Elle a comme une certaine
épaiffeur ; ce que vous obſerve.
rez avec plaifir dans la chambre
noire , en recevant ſur un papier
blanc, les espéces ou images des
objets qui font au dehors , car
Q.d'Octobre 1684. N
146 Extraordinaire
ces images paroiftront diftinctes,
voſtre papier eftant arrivé à certaine diſtance du trou fait auvo,
let de la feneftre , & garny d'un
verre objectifde Lunete, foit que
vous l'approchiez ou quevous le
reculiez de quelques lign.de plus;
étantimpoffible de déterminer la
diftance préciſe où ces images
font dans leur plus grande diftintion. Vous obferverez la meſme
chofe , en regardant avec une Lunete un objet éloigné & bien
éclairé , que vous verrez toû¬
jours comme également bien,
quoy que vous allongiez ou racourciffiez de quelques lignes la
Lunete. Ainfrle Foyer, ou cette
image , n'eſt pas une chofe Mathematique , mais Phifique, &c.
On ne peut donc par l'expé-
du Mercure Galant. 147
rience déterminer précisément
la diſtance du verre objectif à
fon Foyer objectif , ou image de
tout autre objet que le Soleil.
D'où je conclus , qu de la
longueur de la Lunete tirée juf
ques à tant que les objets paroiffent bien diftinctemet , on ne
peut conclurre la diftance de
l'objet, bien qu'on foit perfuadé
par raiſon & par expérience, que
la Lunete doit eftre tirée de plus
grande longueur , à mesure que
les objets font moins éloignez ;
vray, comme nous avons déja
dit ailleurs , que l'objet eftant
éloigné du verre objectifde deux
fois la longueur de fon foyerfolaire , l'image aërienne de l'objet , égale à l'objet , fe formera
au derriere du verre , à la di
Nij
148 Extraordinaire
ftance de deux fois la longueur
de fon foyer folaire ; ainfi l'ima
ge & l'objet feront également
éloignez du verre.
·
Nea moins chacun pourra fatisfaire fa curiofité , par des di-'
ftances médiocres qu'on aura
mefurées actuellement ; & pour
cela je répéte icy les Problémes
que j'avois énoncé & donné de.
puis la 122 page du XXI.Volume:
du Mercure Extraordinaire.
PROBLEME I.
Eftant donnée la distance de l'objet au verre objectif, trouver la di
Stance du verre à l'image aërienne
diftincte de l'objet.
ANALOGIE,
Comme ladiftance de l'objet auverre,
moins la longueur defon Foyer folaire,
du Mercure Galant. 149
Eft à la longueur du mefme Foyer
Solaire:
Ainfi la diftance de l'objet au verre,
Eft à la distance du verre àl'image.
PROBLEME II.
Eftantdonnée la diſtance du verrc
objectifà l'image aërienne de l'objet,
& la longueur du Foyer folaire du
verre , trouver la diftance du verre
à l'objet.
ANALOGIE.
Comme la distance du verre àl'image
aërienne de l'objet, moins la longueur
du Foyerfolaire du verre,
1
Eft à la longueurdu mefme Foyer
folaire du verre objectif:
Ainfi la distance du verre à l'image
aërienne,
Eft à la distance du verre à l'objet.
On ne pourra jamais énoncer
& réfoudre ces Problémes en
N iij
150 Extraordinaire
termes plus formels & plus intelligibles que ceux que j'avois
employé dans les 122. & 123. pages du XXI. Tome du Mercure
Galant Extraordinaire du Quartier deJanvier 1683. Neanmoins
le fçavant M Fattio de Duiller,
de Genéve , dit dans leJournal
du 20. Novembre 1684. Qu'il a
cherché le moyen de trouver la diftance du verre aux filets , c'eſt à
dire à l'image de l'objet , la diftance
de l'objetau verre eftantfuppofée ou
donnée. Ilajoûte , Et qu'en pofant
Le Foyer de l'objectif = £ , &l'excés de la diftance de l'objet au verre
par deffus la longueur du foyer de
l'objectif= a, &la distance de l'objet à la croifée desfilets = b ; &
Qu'enfin par une grande attention
dans le calcul d'Algebre il a efté conduit à cette Equation
di Mercure Galant. 151
aaab― z af-ff
Cecyme fait fouvenir des Vers
fuivans , tirez de l'Epître chagrine de Madame des Houlieres.
Si tout voftre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout- bas, C'eft- là ce bel
Efprit!
Commeles autres il s'explique,
Etl'on entend tout ce qu'il dit.
Il eft vray que l'Algebre , ou
l'Art de bien trouver , eft un langage relevé , & inconnu à bien
des Sçavans ; mais puis que toutes les Effections Geométriques
éſtant trouvées par la Spécienfe la
plus rafinée , il en faut venir au
Compas, à la Regle, &aux nombres , pour les réduire en pratique , pour épargner à bien des
Gens cettegrande attention du CalN iiij
152 Extraordinaire
culd'Algebre , qui leur cauſe bien
fouvent la Migraine , je veux répéter icy en langage connu &
utile , les autres Problémes dont
j'ay déja donné la folution en
1683 dans le XXI.Tome de l'Ex
traordinaire du Mercure Galant.
PROBLEME III.
Eftant donnée la grandeur, bauteur ou diametre de l'objet , ſon éloignement au verre objectif, & la longueur defon Foyerfolaire ; trouver
la grandeur ou diamétre de l'image
aerienne de l'objet , produite dans la
chambre noire, ou dans le creux du
tuyau de la Lunetefur lesfilets.
Trouvez premierement par le
premier Probléme , la diftance
du verre objectif à l'image diftin&te aërienne de l'objet , vous
aurez enfuite fa grandeur par la
fuivante
du Mercure Galant.
153
Analogie.
Commela diftance del'objet au verre,
Eft à lagrandeur de l'objet:
Ainfila diftance du verre à l'image,
Eft à lagrandeur de l'image.
PROBLEME IV.
Eftant donnée la grandeur de l'image diftincteaërienne de l'objet, &
fa diftance au verre objectif, &la
longueur de fon Foyerfolaire ; trouver la grandeur de l'objet.
Trouvez premiérément par le
fecond Probléme , la diftance de
l'objet au verre , vous aurez enfuite fa grandeur par la fuivante
Analogie.
Commeladiftance du verre à l'image,
Eft àlagrandeur de l'image :
Ainfi la distance du verre àl'objet,
Eft à la grandeur de l'objet.
154 Extraordinaire
PROBLEME V.
* Eftant donnée la distance de l'objet
àfon image aérienne , & la diftance
de l'objet au verre ( par conféquent
la diftance du verre à l'image eft
auffi connue ) trouver la longueur
du Foyerfolaire du verre.
Analogie.
Comme la distance de l'objet àfon
image,
Eft à la diftance de l'objet au verre:
Ainfi la diftance duverre à l'image,
Eft à la longueur du Foyerfolaire.
du verre.
PROBLEME VI.
Eftant donnée la diſtance de l'objet
à la table d'attente, linge , ou papier
blanc, poury recevoir l'image aërienne de l'objets déterminer le verre du
plus grandfoyer , qui y puiffe produire cette image diftincte.
du Mercure Galant.
ISS
Je dis r Que la qutriéme partie de la diftance de l'objet à la
table d'attente , eft la lougueur
du Foyer folaire du verre requis.
2°.Queleverre doit eftre placé
en égale distance de l'objet & de
la table d'attente , ce qui ſe vérifie par le premier Probléme.
3 Que la grandeur de l'image fera égale à la grandeur de
l'objet.
PROBLEME VIÍ.
Eftant donné ( comme dans la
Figure Va de l'Effection Geométrique ) la diftance de l'objet à
fon image diftinéte aërienne , &la
longueur du Foyer folaire du verre
qui l'a produite s trouver le point où
le verre eftoitplacé , &où il doit eftre
remis , pour reproduire cette image de
l'objet.
156 " Extraordinaire
De la diftance de l'image aërienne à fon objet ▲ , ôtez
F, qui eft deux fois la longueur du foyer folaire du verre
qui l'a produite , il vous reftera
FA, qu'il faut divifer au pointy
en deux fegmens Ay , &yF, en
forte que la longueur du foyer
folaire foit moyenne , proportionnelle entre ces deuxfegmens,
carajoûtant ce petit fegment y
à la longueurdu foyer folaire du
verre , vous aurez fa diſtance reF
quifè à l'image , & par confé
quentfon point de pofition en z.
Pour déterminer le pointy, qui
' fait les deux fegmens , diviſez
également 4 F au point C , duquel pris pour centre , faites le
demy cercle fur 4 F, prife pour
diamétre , fur lequel élevez la
du Mercure Galant. 157
perpendiculaire Fƒégale à la longueur du foyer folaire. Tirez ƒB
parallele au diamètre 4 F, furlequel du point s deſcendez la per
pendiculaire By, qui fera égale
à Ff, longueur du foyer folaire
du verre. Par la converſe de la
xiij Propofition du 6. Livre d'Eu
clide, By fera auffi moyenne pro
portionnelle entre les fegmens
Ay, & yoF. C'est pourquoy le
petit fegmenty F, Fflongueur.
du foyer folaire , fera la diftance
requife du verre depuis en z.
J'ay ajoûté des nombres à la
Figure V. afin d'en rendre la pratique plus intelligible. Ainfi A
diftance de l'objet à la table d'attente , linge ou papier blanc, fur
lequel l'image aerienne de l'ob.
jer dans la Chambre noire , ou
158 Extraordinaire
80-0
à l'endroit d'une Lunete , au.
quel elle paroiffoit fort diftincte,
eftant 80 , & la longueur du
foyer folaire du verre qui l'a
voit produite, eftant 15, deux fois
1530 pour la ligne F dans
la Figure & A 80 AP F
30 AF50. Donc la moitié FC
25 Tirez CB, elle fera auffi 25.
Or le triangle crв eft rectangle , donc par la 47. Propofition
du 1. Livre d'Euclide , le Quarré
de l'hypothenufe CB - leQuarré
du cofté Br eſt égal au Quarré
de l'autre cofté Cr. Mais l'hypothenufe C B eft 25, donc ion
Quarré eft eſt 225 , & 625— 225
400 Quarré du cofté cr.Mais
la Racine de 400 eſt 20 , donc
le cofté cr eft 20. Mais C F25
—— CYCr20 rF 5 , donc le petit
du Mercure Galant. 159
fegmentrFeft 5. C'est pourquoy
515 longueur du foyer folaire
du verre 20 pour de z diſtance
de la table d'attente de l'image
aërienne de l'objet au verre objectif z. Et parce que 4 la
diftance de l'objet A à fon imageeft 80 , il s'enfuit que A
80 -
Z20
du verre à l'objet.
cle
ZA60 diſtance
PROBLEME VIII.
L'objet& la table d'attente, papier
ou linge blanc , pour en recevoir l'image aerienne diftincte , eftant donnez depofitionfixe, eftant auſſi donné
un verre de quelconque longueur de
Foyerfolaire ( mais moindre quela
quatrième partie de la diſtance
de l'objet à la table d'attente ) determiner le point où il doit eftreplacé
entre le point de l'objet &la table
160 Extraordinaire
d'attente , pouryformer l'image aërienne diftincte de l'objet.
J'ay dit que la fongueur du
Foyerfolaire duverre , doit eftre
moindre que la quatrième partie
de la diſtance donnée de l'objet
à la table d'attente.
Car fi la longueur dufoyer folaire du verre eſtoit égale à la
quatrième partie de la diſtance
donnée,il faudroit placer le verre
préciſément au milieu de la diftance donnée entre l'objet & la
table d'atete; ce que vous reconnoiſtrez être vray, par le premier
Probléme , & par l'expérience.
Et fi la longueur du foyer folaire du verre eft plus grande
que cette quatrième partie de la
diſtance donnée ; fi on met le
verre moins éloigné de l'objet,
du Mercure Galant. 161
་
que la longueur de fon foyer fo
laire , les rayons émanez d'un
mefine point de l'objet , enfortiront divergens, c'eſt à dire, s'écartant les uns des autres , au lieu
de fe reunir , c'est pourquoy ils
ne peuvent former l'image de
l'objet.
Et fi on met le verre précifément éloigné de la longueur de
fon foyer folaire , les rayons en
fortiront paralleles c'eſt pour.
quoy ils ne peuvent former aucune image de l'objet.
Et fi on met le verre plus éloi
gné de l'objet , que de la lon.
gueur de fon foyer folaire , le
cone des rayons divergens émanez de chaque point de l'objec
ayant couvert la furface du verre, en fortiront convergens , &
Q. d'Octobre 1634,
162 Extraordinaired
ceux de la radiation d'un mefme
point, fe réuniffant à la pointe
deleur cone renverfé , peindront
l'image du point de l'objet ; ainfi
les rayons de la radiation conique émanée de chaque point de
l'objet , formant fon image aërienne , toute l'image de l'objet
fe trouvera diftinctement peinte, & avec les vives couleurs ,
mais plus loin que la table d'attente, & cette image eft renverfée ; ce que nous avons expliqué au long , & par Figures,
dans le XIX. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quar
tier de Juillet 1682.1.1
Enfin , fi la longueur dufoyer
folaire de ce verre objectif est
précisément la quatrième partie
de la diftance de l'objet , à la
du Mercure Galant. 163
table d'attente , papier , oufilets
mis dans la Lunete , fur lefquels
doit aboutir l'image renverfée,
aerienne & diftincte de l'objet,
il faut mettre le verre au milieu
de la diſtance , également éloigné de l'objet & du verre ; car
en quelque autre part que vous
le placiez , plus prés , ou plus
loin de l'objet , l'image fe formera plus loin que les filets, papier blanc, ou table d'attente,
dont la poſition eſt donnée.
RESOLUTION
du Probléme I X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la Table d'attente , & la longueur
du Foyerfolaire , déterminer le lieu
de fa pofition , auquel eftant placé,
il produira l'image aérienne diftin
&renversée de l'objet donné de poO ij
164 Extraordinaire
fition , far le papier ou table d'at
tente auffi donnée de pofition. Dela
distance donnée de l'objet à la table
d'attente , ôtez le double de la longueur du Foyer folaire du verre
donné, & du Quarré de la moitié
du reftant , ôtez le Quarré de la
longueur du Foyer folaire du verre,
& du reftant tirez la Racine quarrée. La diférence de cette racine,
softé , ou ligne , à la moitié de la
diférence de toute la diftance à deux
fois la longueur duFoyerfolaire du
verre, eftant ajoutée à la longueur
du Foyerfolaire du verre , eft la diftance requife des Filets , papier, on
table d'attente , au point où doit eftre
placé le verre, pour produire l'image
diftincte , aérienne & renversée de
L'objet , dont la pofition , auſſi- bien
que celle dela table d'attente avoient
du Mercure Galant. 165
cfté données. Doncfi de cette distance
donnée, vous ôtez la diftance dela table d'attente au verre , il vous restera
la diſtance du verre à l'objet.
Puis que toute cette opération
n'eft que l'application de l'Effe-
&tion Geométrique, confidéronsla dans la Figure VI. & afin de
vous y exercer , en voicy des
Exemples , que j'ay trouvez conformes à mes calculs , par les
expériences que j'en fis en l'année 1652. eftant pour le fervice
du Roy au Fort de l'Eclufe fur
le Rhône, quatre lieues au- def
fous de Genève , & que vous vérifierez par le I. & par le II. Probléme, apres que vous aurez trouvé la diſtance du verre à l'image.
I. EXEMPLE.
La diftancepropofée de l'objet aux
166 Extraordinaire
filets , papier blanc , ou Table d'at
tente A dans la Figure foit so
pieds , &la longueur du Foyer lolaire foit 12 pieds.
OPERATION.
2 X 12
& so
24 pour F.
2426 pour FA.
Et la moitiéde 26
Le Quarré de CB.
13 pour CB.
= 169
14 Et Quarré 169 144 quarré
de By 12 Quarré 2525,, dont la
Racines, eft la valeur de la li
gne Cy.
Et C F 13
Et 8
Cysy8
Z
la longueur du Foyer
folaire du verre 12-20pour
diftance de la Table d'attente
au point z où doit eftre pofé le
verre objectif. Mais A50- z
20 =Z A 30 pour la diſtance de
l'objet A au verre Z.
duMercure Galant. 167
2. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet A
à la table d'attente , papierou filets
eftant 36 pieds , & la longueur du
Foyerfolaire du verre eftat de spieds,
la diftance A Z de l'objet A au
verre Zfera de 30 pieds ; & par
conféquent la distance du verre Z
àla la table d'attente fera de 20
pieds.
"
3. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet à
la table d'attente , eftant 80pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera do pieds ; & par conféquent la diftance du verre à la table
d'attentefera 20 pieds.
4. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet
la table d'attente eftant 256pieds, &
$68 Extraordinaire
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera 240pieds ; &par confé.
quent 16pieds feront la distance du
verreàla table d'attente, papier blanc
ou filets de pofition , fur lesquels fe
Seformera l'image aérienne de l'objet.
5. EXEMPLE.
La diftance propofée de l'objet à
la table d'attente estant 90 pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
20 pieds ; la diftance de l'objet an
verrefera de 60 pieds ; &par con
féquent , la diftance du verre à la
table d'attente fera 30 pieds.
6. EXEMPLE.
La diftanceproposée étant 196pieds,
& la longueur du Foyer du verre
24.pieds à la diſtance de l'objet an
verrefera168pieds ; &celle duverre
àla Tablefera de 30 pieds.
PROBLEME X.
du Mercure Galant. 169
PROBLEME X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la table d'attente , papierblanc, où
filets, furlesquels l'image aërienne de
l'objet doit eftreformée distinctémět,
& le point ou distance de la pofition
duverre eftant auffi donnée ; détermi
nerla longueurde fon Foyerfolaire.
Puis que le point de la poſition du verre eft donné , on connoiſt d'abordfa diſtance à l'objet
& à la table d'attente.
donc la fuivante
Analogie.
Faites
Comme ladistance de l'objet à latable
d'attente,
Est à la distance du vere à la table .
d'attente:
Ainfi la distance de l'objet au verre,
Està lalongueur requife du Foyer
folaire du verre.
Q. d'Octobre 1684.
P
170 Extraordinaire
COROLLAIRE GENERAL.
L'objet & le verre eſtant placez fixement , en forte que la li
gne droite du milieu de l'objet
au centre de l'interfection des
filets , & à plomb fur l'objet &
fur le plan des filets , paffe par
le centre des deux furfaces du
verre , & perpendiculairement
fur icelles , il refte à faire voir
mefmeen plein jour cette image
aerienne de l'objet , parun verre
oculaire bien large ; tellement
que cette image vous fervant
d'objet immédiat , comme nous
avons dit ailleurs , un petit objet
vous paroiftra fort grand, & dans
fa fituation naturelle , fi vous
avez renversé l'objet , qui peut
eftre une petite Image en mignature ou une Médaille , &c.
Le petit objet doit eftre mis
en un lieu bien éclairé & placé
parmy quelques pierres, Livres,
ou autres chofes femblables , en
forte qu'on ne le puiffe décou
vrir, que lors qu'on appliquera
l'œil à la Pinnule , ou petit trou
d'environ trois lignes de diamétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , ajustée au bout d'un petit
tuyau d'environ un pied de longueur, & qui porte le verre oculaire. Voyez le tout dans la Figure XI.
Il ne faut pas que le diamétre de ce trou ou pinnule excéde la plus grande ouverture
que la prunelle pour acquerir
dans l'ombre , l'oeil eftant couvert de la boëte de recouvre
•
Pij
172 Extraordinaire
ment , garnie en dehors d'un
veloux noir , contre lequel on
appuye doucement le fourcil de
l'œil. Ce veloux noir fert encore
pour abforber les rayons , qui
tombant fur la cornée , fe reflé.
chiffent contre la Lunete , puis
que tous les yeux , excepté ceux
d'un Moribond, qui fe terniffent,
refléchiffent dans l'œil du regardant , fon image , de mefme
qu'un Miroir ; & c'est comme
dans la prunelle que paroift
peinte en mignature cette petite
image ou Poupée, de laquelle la
prunelle a tiré fon nom dans les
trois principales Langues ; car
les Hébreux l'appellent Bath, petite Fille ; les Grecs l'appellent
Corin , Fillete ; & les Latins difent Pupula, ou Pupilla, Poupée.
duMercure Galant. 173
Ce verre oculaire de deux ou
trois pouces au plus de longueur
de foyer folaire , ne doit eſtre
éloigné des filets , ou image aërienne de l'objet , que de deux
ou trois pouces , c'eft à dire de
la longueur de fon foyer folaire;
mais il en doit eftre un peu moins
éloigné pour les Miopes , qui font
ceux qui ont la veue baffe ou
courte car par ce moyen les
rayons fortent fenfiblement divergens ; & tels tombant fur
l'humeur cristallin , dont la furface antérieure eſt trop ronde,
leur concours ne fe faifant pas
fitoft que files rayons tomboient
paralleles , leur réunion eft portée plus loin jufques fur la Retine , qui eft l'organe formel de
la vifion. C'eft pourquoy j'ay
Piij
174 Extraordinaire
toujours fait monter à viz cette
bočte de recouvrement du tuyau
qui porte l'oculaire , afin de l'approcher plus ou moins du verre
oculaire. Voyez en la Figure X.
Quant à la pinnule , ou trou
d'environ tro's lignes de diзmétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , il doit eftre un peu moins
éloigné du verre oculaire , que
de la longueur de fon foyer folaire. C'eft pourquoy j'ay toû
jours fait monter à viz ce fonds
à pinnule , afin qu'on le puftapprocher ou éloigner , ce qui fert
à éviter les couleurs , & ce que
nous dirons encore plus parti
culiérement. Voyez en la Figure IX.
Vous fçavez qu'avec le verre
duMercure Galant. 175
concave contre lequel on doit
appliquer l'œil , on voit l'objet
mefme, puis qu'il eft mis de la
longueur de fon Foyer virtuelfolaire , avant le foyer objectif,
c'eſt à dire , avant que l'image
aërienne de l'objet foit formée , &c .
Il fufit donc d'enfermer le verre
objectif bien perpendiculairement dans le milieu d'un tuyau
d'environ un pied de longueur,
d'autant qu'il n'eſt pas néceffaire d'avoir un long tuyau de
Lunete , qui contienne le verre
objectif & le verre oculaire ; dequoy j'avois inftruit les Curieux
dans les pages 127. & 128. du
XXI. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quartier de Janvier
1682.
P iiij
176 Extraordinaire
AVIS.
J'aurois donné icy le moyen
de fe paffer des tuyaux pour les
grandes Lunetes , dequoy j'ay
depuis 20. ans parlé au Titre,
Maniere de braquerpromptement une
Lunete à deux verres convexesfans
aucun Tube , pour contempler les
Aftres , qui eft à la fin de mon
Traité des grandes Lunetes , imprimé à Lyon en l'année 1665.
avec mon Livre de la Nouvelle
Science de la Nature , & Préfage
des Cometes , fi l'illuftre , tresfçavant , expérimenté & vray
Philofophe Phyfico- Mathematicien, Monfieur Hugens de l'Académie Royale des Sciences, ne
m'euft prévenu par fon docte
Livre in 4° imprimé cette année
1684. à la Haye chez Arnoux
du Mercure Galant. 177
Leers , &intitulé Astroſcopia Compendiaria, Tubi Optici molimine liberata.
PROBLEME XI.
Le Verre dontla longueur du Foyer
= folaire est connüc , estant donné de
pofition , placer l'objet & la table
d'attente , pour y recevoir l'image
de l'objet aërienne &diftincte, mais
renversée.
Mettez l'objet du moins un
peu plus éloigné du verre que la
longueur de fon foyer folaire,
vous troverez enſuite par le 1. Probléme la diftance requife du verre
àla table d'attente. Nous avons
remarqué dans la 129. page du
XXI. Tome Extraordinaire Mercure Galant , Quartier de Janvier
1683. contre l' Autheur de la Dioptrique oculaire, & des deux Volu.
178 Extraordinaire
mes de fes vifions parfaitement
adioptriques & ageométres , que
l'objet eftant placé à 20 pieds
& 4 pouces audelà de fon verre
objectif plan- convexe de la longueur de 20 pieds de diamètre,
ou longueur de foyer folaire, l'image aërienne de cet objet fe
formera à la diftance de 1220
pieds audeçà du verre , au lieu
des Soixante dix ou 80 pieds , à
quoy cet Autheur l'avoit déterminé. Son erreur n'eft que de
1140 pieds.
Ou bien , mettez la table d'attente du moinsquelque peu plus
éloignée du verre , que n'eft la
longueur de fon foyer folaire ;
car les rayons de la radiation
émanée de chaque point d'un
objet terreftre , tombant fur le
du Mercure Galant. 179
verre plus diverges que les rayons
émanez de chaque point du So.
leil , leur concours eft retardé,
& par conféquent l'image aërienne de l'objet terreſtre eſt
formée plus loin du verre , que
l'image du Soleil , que nous ap.
pellons foyer folaire. La table
d'attente eltant pofée, vous trouverez enfuite par le 2 Probléme
la diftance requife du verre à
Fobjet.
EXEMPLE.
Le verre ayant 20 pieds de longueur de Foyerfolaire , fi vous pla
cez la table d'attente , à 20 pieds &
quatre pouces audeçà du verre, l'objetfera placé à 1220 pieds audelà du
verre.
PROBLEME XII.
Par la longucurdela Lunete com-
180 Extraordinaire
pofée de deux verres convexes , &
dont la longueur du Foyer folaire de
l'objectif est connüe , connoistre la
distance de l'objet , qu'on voit diftinctement par la Lunete .
Vous fçavez par raiſon & par
expérience , que pour bien &
diftinctement voir les objets par
la Lunete , il en faut tirer davantage les tuyaux, & l'allonger
à proportion que les objets font
moins éloignez, & cela toûjours
de plus en plus jufques à tant
quela diftance de l'objet au verre
objectif, foit précisément égale
à la longueur de fon foyer folaire ; car pour lors les rayons
enfortiront paralleles, & ne pouvant par conféquent concourir,
ne formeront plus d'image. Dans
ce Probléme l'on connoift par
du Mercure Galant. 181
la longueur de la Lunete , la diſtance du verre objectif aux filets ou image aërienne de l'objer. On connoift auffi la longueur du foyer folaire du verre
objectif. C'est donc le fecond
Probléme. Employez donc la
fuivante
Analogie.
-Commel'excés dela distance du verre
objectifauxfilets, ou image aërienne
de l'objet, pardeffus la longueur du
Foyer folaire du mesme verre,
Està la mefme longueur du Foyer:
Ainfila diftance de l'image au verre,
Est à la diftance du verre à l'objet,
Souvenez- vous de ce quej'ay
dit au commencement.
cette image aërienne de l'objet
a quelque forte ou eſpèce d'épaiffeur , ou profondeur, & qu'il
Que
182 Extraordinaire
eft impoffible de juger avec certitude , dans quelle diſtance elle
eft plus diftincte , car le verre objectifnepeut faire cocourir en un
mêmepoint mathematique de la
baſe de diftinction, tousles rayons
qu'il a reçûs de la radiation émanée d'un mefme point de l'objet, d'autant que ceux qui tombant plus éloignez de l'axe du
verre ,
feréüniffent plûtoſt ; outre que tout l'œil fe conforme en
s'allongeant ou fe racourciffant,
& l'humeur criftallin fe convexe
plus ou moins , fuivant qu'il en
eftbefoin, pour porter fur la Retine la baze de diftinction, foyer
objectif, on image diftincte de
l'objet. C'est pourquoy lors qu'il
s'agit de conclure & déterminer par la diférente longueur de
du Mercure Galant. 183
La Lunete, la diférence qu'il y a
entre deux objets inégalement
éloignez , mais tous deux treséloignez de nous , les calculs tirez de la longueur de la Lunete
fe trouvent inutiles , parce que
les rayons émanez d'un mefme
point d'un objet tres- éloigné
tombentfurle verre objectifavec
une diférence phyfiquement in,
fible, &la diférence de la diftance
du mefmeverre objectifà l'image
d'un autre objet encore nota
blement plus éloigné , fera auffi
phyfiquement infenfible , puis
que la diférence de la divergence
des rayons des deux objets eft
phyfiquement infenfible, d'autāt
que les deux rayons de la radiation émanée du point central du
Soleil , qui embraffent la terre,
184 Extraordinaire
quand ils toucheroient mefme
les deux points extrémes de fon
diamétre , ne comprennent au
plus qu'un angle d'une minute,
dont la moitié eft ce que nous
appellons l'angle de la Parallaxe
Horizontale du Soleil.
Et comme à mesure que l'ob.
jets'approche du foyer antérieur
du verre , l'image aërienne de
l'objet formée par la refraction,
s'en éloigne , de meſme auffi au
miroir fphériquement concave,
Fig. XII, dont la portion M.i.M
ne doit eftre découverte que de
18 degrez , les rayons R.M. RM
de la radiation émanée d'un mê
me point de l'objet , n'eftant
éloignez fur le miroir que de9
degrez du rayon AI qui eft l'axe
de la portion découverte M.i.M
du Mercure Galant. 185
font prefque mathematiquement
paralleles , à caufe que la baze
qui foûtient l'angle , formé au
Soleil , n'eft que la corde des 18
degrez du miroir ; & d'autant
que l'angle de réflexion C M0,
eft égal à l'angle d'incidence
RMC, le point o auquel ils fe
reüniffent fur l'axe A I , eft plus
prés du point I fonds du miroir,
que de fon centre C, de prefque
une partie des 160 de tout le
diamétre C. Ce que j'ay déja
remarqué dans une Differtation
fur les Miroirs ardens. Voyez les
pages 288. & 291. du Mercure Galant du mois de Juin 1681. Ainſi
le foyer folaire ou image du So
leil , fe forme prefque éloignée
du fonds du miroir de la qua
triéme partie de fon axe AI ;
Q. d'Octobre 1684. Q
186 Extraordinaire
C'eſt pourquoy à mesure que
les autres objets s'approchent
davantage du foyer folaire du
miroir , leurs images s'en éloignent , & viennent à la rencontre de l'objet. Ainfi un objet
mis au bout d'un baſton, paroiſt
fortir tout au dehors du miroir,
pour venir rencontrer fon objet,
fi vray qu'il vous femble que
vous maniez voftre main. Cette
image formée par réflexion a
cet avantage , qu'elle fe voit
mefme au plus grand jour ; &
l'image formée par la réfraction
des verres , laquelle ne peut jamais fe rencontrer avec fon ob
jet , ne peut paroiftre que dans
la chambre noire , ou dans l'ob
fcurité du tuyau de la Lunete..
Neanmoins bien des Gens,
du Mercure Galant. 187
commeauffi le R.P.Antonius Maria de Rheita , ce fçavant & religieux Capucin', qui apres Daniel
Chorez publia en l'année 1647.
dans un gros Volume in folio,
intitulé Oculus Enoch & Elia, tout
ce qui conce¡ne la conſtruction
des grands Binocles , qu'il travailloit luy mefme dans la derniere perfection , & que toute
PEurope a admiré, comme nous
l'avons prouvédepuisla 120. page
du XXVI. Tome Extraordinaire
Mercure Galant , Quartier d'A
vril 1684-
Le R. P. Balthazar Conrard,Jéfuîte , écrivit de Glacio 7. Ianvar.
1660. les termes fuivans au R. P.
Gafpard Schot , auffi Jéfuîte , qui
en l'année 1664. les a donnez au
Public dans la 857- page de Tech
nica Curiofa,,
188 Extraordinaire
De diftantiis objectorum per Tubum metiendis, pridem cogitavi egos
nifi fallor, etiam Pater Scheinerus. Sine dubio Rheita Capucinus id
voluit tentare per Tubum duplicatum. Voco eum per quem uterque
oculus hominis fimul&femel trans
picere poteft. Verùm ipfa videt Reverentia Veftra , in diftantiis maguis , ne magna quidem intervalla
fentiri. Unde quid judicandum fit
detali invento inferet. Nihil tamen
adhuc determino , qui nondum cò
Speculationum perveni.
Si le Pere Conrard euſtajoûté
àl'expérience , le calcul & la démonſtration , comme j'ay fait, il
auroit prononcé , que tout ce
qu'on ne peut conclure de la diférente longueur d'une mefme
Lunete, pour voir bien diftincte-
"
du Mercure Galant. 189
ment deux objets diféremment
éloignez,que la diſtance de celuy
des deux objets fera plus grande,
pour lequel on tire moins la Lu.
nete; & la diſtance de l'objet fera
moindre , pour lequel auffi voir
bien diftin&tement , il faut allonger davantage la Lunete.
>
Cela eft fi vray , qu'à cauſe
que la longueur des plus gran
des Lunetes eft toûjours comme infiniment petite à proportion de la diftance du Soleil
& la diſtance du verre au foyer
folaire , ou image diftincte du
Soleil Périgée , n'eſt pas fenfiblement plus longue que celle du
Soleil Apogée. Ainfi bien que la
diſtance du Soleil en Eté dans
fon Apogée , foit tres- notablement plus grande, que lors qu'en
190 Extraordinaire
Hyver il est dans fon Perigées
neanmoins la diférence de la
diſtance du verre à fon Foyer ou
image eft diftincte imperceptible
par la longueur de la Lunete.
LUNETE A DEUX VERRES.
Et de la grandeur de la Baze qu'on
découvre.
L
A Lunete à deux Verres
convexes, quoy qu'elle faffe
voir les objets renverfez , eft
fans doute la plus commode pour
l'obfervation des Aftres. Elle dé
couvre une grande baze du cone
vifuel , le diamètre de laquelle
eft compris fous un angle qu'on
détermine en divifant les degrez
que contient l'arc de la convexité découverte du verre ocu.
laire , par l'Expofant de la raiſon
de la longueur du foyer folaire
du Mercure Galant. 191
du verre oculaire à la longueur
du foyer folaire du verre objectif, car le quotient eft le nombre des degrez de l'angle , qui
comprend le diamètre de toute
la baze qu'on découvre.
Ainfi le verre objectif eftant
par exemple au verre oculaire ,
comme 84 à 3, l'expofant de la
raiſon eft 28 ; & la partie décou
verte du verre oculaire eftant par
exemple fegment de 35 degrez,
divilez 35. par 28 , le quotient
fera 1 degré & 15 minutes ; fous
lequel angle eft compris le diamétre du terrain , efpace des ob
jets vûs par cette Lunete.
Lunete à trois Verres.
2
La Lunete à trois verres convexes redreſſe les objets , mais
elle devient notablement plus
192 Extraordinaire
longue , & les objets paroiffent
moins clairs. Le R. P. de Rheïta
dans la page 351. d'Oculus Enoch
&Elia, dit , objecta autem duobus
convexis everfa , tribus pulcherrimè
&liffimo obtutu eriguntur. Scilicet duobus ocularibus & uno ebjectivo , ritatamen proportione inter
fe & àfe invicem difpofitis. Tali
tubo pro terreftribus nos utimur , qui
&uno obtutu centies quafiplus fpatii
repræfentat, quàmconcavo- convexu.
Le P. Rheita a fait un miftere de la proportion des deux
oculaires , & de leur diftance.
1º Lepremier oculaire apres l'objectif doit eftre d'un plus grand
foyer que le dernier oculaire.
Quant à leur diſtance , puis que
l'image aërienne fert d'objet immédiat , mettez le premier ocu
laire
du Mercure Galant. 193
·
laire au deçà , éloigné de cette
image de deux fois la longueur de
fon foyer, il fe formera uneimage
redreffée & égale au derriere de
l'oculaire , éloignée auffi de deux
longueurs de fon foyer , par nô.
tre Probleme VII. Cette image
doit fervir d'objet , que vous regarderez avec le ſecond oculaire.
Lunete à quatre Verves.
La Lunete à quatre verres
convexes , un objectif & trois
oculaires , eft la plus parfaite,
puis qu'elle fait découvrir une
grande baze du cone vifuel , &
voir les objets dans leur fituation
naturelle , & en augmente fuffifammentl'apparence naturelle.
Nous avons dit que les trois
oculaires peuvent eſtre d'une
mefme puiffance ou longueur de
Q. d'Octobre 1684. R
194 Extraordinaire
toyer folaire , ou bien le premier
oculaire apres le verre objectif
eftant à l'objectif comme i à 36
ou à 40 , ces deux verres eftant
poſez à la diſtance de leurs deux
foyers , & ayant placé les filets
de mire à leur foyer commun,
forment la premiere Lunete, qui
fait paroiftre les objets à la renverſe. Le fecond oculaire doit
avoir une plus grande longueur
de foyer , & letroifiéme oculaire
doit estre de mefme que le premier oculaire , & mefme d'un
peu moindre longueur de foyer.
Ainfi le verre objectif eſtant au
premier oculaire comme 36 à 1,
ilfera au troifiéme oculaire comme 40 à 1.
Lunete à cinq Verres.
La Lunete àcinq verres ne dé
du Mercure Galant. 195
couvre pas un plus grand champ,
ou plus grande quantité d'ob
jets , elle augmente feulement
l'apparence des objets , en la rendant un peu plus obfcure , à quoy
on remédiera en partie ; fi la fuperficie des verres oculaires également convexes font bien grandes. Voicy leur arrangement &
leur proportion.
Le troifiéme oculaire eft d'un
plus long foyer , & on ne l'éloi
gne pas du fecond oculaire de
la longueur de leurs deux foyers
folaires. Ainfi les rayons en fortiront divergens , & tomberont
divergens fur le quatrièmeverre
oculaire , au derriere duquel les
axes des cones renverfez de la
radiation de chaque point de
l'objet , fe croiſent davantage
Rij
196 Extraordinaire
avant que d'entrer dans l'œil ;
c'est pourquoy apres avoir traverfé l'humeur criftallin , ils peignentfur laRetine une plus grande image de l'objet.
Il y a d'autres manieres de conftruire cette Lunete à cinq verres convexes , qui eft une Lunete
composée de deux Lunetes, chacune defquelles fait voir les objers renverfez. La premiere Lunete eft compofée à l'ordinaire
du grand objectif & de fonoculaire. La feconde eft composée
de trois verres ; le premier eft
femblable à celuy qui luy fert
d'oculaire , & l'un & l'autre
doivent eſtre d'une longueur de
foyer , double du foyer de l'oculaire de la premiere Lunete,
& le foyer du verre qu'on met
du Mercure Galant. 197
juſtement au milieu des deux autres, fera de la moitié plus long.
Joignez ces deux Lunetes , les
approchant peu à peu juſques à
tant que vous découvriez la
plus grande baze du Cone vi
fuel , ou quantité d'objets avec
grande clarté & diftinction. Apres quoy marquez à l'inftant
des repaires fur les tuyaux. Tirez enfuite un peu le tuyau qui
porte le verre objectif, afin d'éloigner davantage les deux premiers. verres ; ce qui fera que
l'image de l'objet ſe trouvant
plus éloignée du premier oculaire , que de la longueur de fon
antérieur foyerfolaire, les rayons
qui auparavant en fortoient paralleles , en fortiront convergens. Il faut auffi éloigner un
Rij
198 Extraordinaire
peu davantage les deux derniers.
verres.
Le R. P. Zucchi , Jéfuîte , qui
s'eft toûjours expliqué affez ob.
fcurement , apres avoir dit au
num. 3 de la 370 page de la feconde partie de fon Philofophia
Optica, imprimée à Lyon en l'année 1656. Collocatio autem convexorum intermediorum ad excipiendos omnes radios , & tranfmitiendos
apta erit , fifequensftatuatur ad Focum præcedentis. Vltimum enim
convexum ad impreffionem diftinEtam obtinendam , longius ultra Focum constituendum. Apres quoy
dans le Numero 1 v. il ajoúte,.
Quod quatuorconvexapræftant, habetur exactiu per quinque , fi difponantur ut fecundum collocetur tantifper ultra Focum primi , tertium
BLIOTHEE
du Mercure Galake
citra Focumfecundi, per quartame
eiterpartem diftantia Foci ab ipfofecundo. Quartumfimiliter adtertium.
Quinque convexafolă æquivalebunt
quatuor convexis , in excipienda
multitudine radiorum ; fed quia tertium , ante determinationem Bafis
-diftinétionis ex vifecundi accedetad
illud , dum hujufmodi Bafim accelerabit, &ad minus fpatium reftringet, deducet radios ad fingula in
Objecto condiftinguenda pertinentes,
totrus imaginis comprehenfivos;quare
neceſſario diſponentur , ut ad con.
vexa fequentia , ipfumque oculam,
cum majori inclinatione fub majori
angulo incidant , ad majorem nota.
biliter imaginem imprimendam in
Retina. Hancdifpofitionem quinque
convexorum invenit D. Euftachius
Divinius , quam meritò aliis præ--
R. iiij .
200 Extraordinaire
tulit , quia notabiliter auget Appa
rentiam Totius , & diftinctionem
partium in toto ; licet nonnihil minuat claritatem , dum pauciores radios colligunt vitrafic difpofita,quàm
fi difponunturjuxta dicta Numero3.
Des Lunetes compofees de dixneufVerres convexes.-
J
'Ay tiré ce que j'en diray de
la 184. page d'un Livre intitulé Nervus Opticus , imprimé à
Vienne en Auftriche en l'année
1675. Le R. P. Zacharias Traber
en eft l'Autheur , le croira qui
voudra , quand il dit,
Artifex Romanus
mine, Tubum fecerat cum octo convexis , ad unum milliare Germanicum res minutiffimas clarè cxhiben.
Fontana no-
du Mercure Galant. (2011
1
zor
tem, qui ab Eminentiſſime Cardinali
Nepote , Coronatis comparatus octingentis , magno Florentie Duci prafentatus fuerat.
Alium idem Dax noftro cuidam
Patri vifendum præbuit ; qui à quodam Eustachio Neapolitano cum No-- VEMDECIM lentibus convexis in
longitudinefiftularum 19 cubitorum
confectus , & quia aliquâ vitrafubtiliffimâ interpofita , Specierum decolorationem impediebant.
L
Il a fans doute compté les ou
vertures des diafragmes pour au
tant de verres.
SECRET
De Jérôme Syrturus , Milanois,
concernant les Lunetes.
N
Unc celebre omni evo futurum adinventum tibi referatum co, ut ftudii &laboris mei ma-
• 202 Extraordinaire
numentum aliquod perpetuò apud te
& alios ftudiofos extet.
Teleſcopium id autem est ex duabus lentibus & cavo specillo ; fecunda lens ponitur in medioTubi.
DES DIAFRAGMES.
Les images ou efpéces des objets ne paroiffent jamais bien fur
la table d'attente , que lors que
la chambre eft rendüe tres-noire,
& que la lumiere ne trouve d'entrée que par le verre qu'on met
au trou de la feneftre , & qui eſt
inferé en dedans de la chambre
dans l'extrémité d'un tuyau d'un
pied de longueur , dont l'autre
extrémité fort en dehors. Il en
eft de mefine de l'image qui fe
forme dans les tuyaux ; c'el
pourquoy pour exclurre & dé.
fendre l'entrée aux rayons des
du Mercure Galant.
203
objets latéraux , la boëte qui
porte le verre objectif , a du
moins un pouce & demy de longueur au-delà du verre. Voyez
en la Figure XIII. Cette boëte
a fon fonds du cofté de l'objet,
qui fe monte auffi à- viz , & ce
fonds a bien moins d'ouverture
que le verre. On peut couvrir
ce diafragme de plufieurs cartons noirs de diférente ouverture , bien qu'on la puiffe dérerminer par l'angle fous lequel on
voit l'objet , que nous avons cydevant demontré.
Les autres diafragmes font intérieurs. Le principal eft mis au
foyer antérieur dupremier verreoculaire, ou foyer poftérieur du
verre objectif, où le forme l'image aërienne diftincte de l'ob
204 Extraordinaire
jet , fur laquelle les filets de mire
doivent toûjours le trouver précifément. Če diafragme détermine la quantité des objets qu'on
veut découvrir , & voir leur apparence trés- augmentée , en re.
gardant par les verres oculaires
leurs images , qui fervent d'ob
jer immédiat , tout de mefme
que fices mefmes images eftant
reçeües dans la chambre noire
fur un papier , vous appliquiez
pardeffus ce carton qui porteau
milieu fon ouverture , car en re:
gardant par derriere le papier,
vous ne verriez que les images
comprifes dans l'ouverture de ce
diafragme. Cette ouverture doit
eftre retreffie juſques à ce que
fon trop d'ouverture ne foit pas
la caufe des couleurs de l'Iris,
duMercure Galant. 205
qui peignent les bords des ob
jets comprisdans la baze du cone
vifuel.
Je dis donc que l'ouverture
circulaire de ce diafragme , &
celle de tous les autres, y compris l'ouverture du verre objectif, font parties d'un cone tron.
qué , dont la pointe eſt du coſté,
du verre oculaire , fi l'ouverture
de ce principal diafragme eft
moindre que celle du verre ob.
jectif, qui en fera la baſe, comme
en la Figure XV. Et au contraire,
fi l'ouverture du verre objectif
cft moindre que celle de ce diafragme, ce diafragmefera la baze
du cone tronqué , dont la pointe
fera hors de la Lunete , comme
en la Figure XV.
206 Extraordinaire
Déterminer l'ouverture des
Diafragmes.
Tirez voftre Lunete comme
en la Fig. XVI. pour voir diſtin .
ctement les objets terreftres les
plus éloignez , pour lors la diftance A B de l'image Bau verre
objectif A, fera plus grande que
la longueur de fon foyer folaire;
outre qu'il faut allonger un peu
davantage la Lunete , & y mettre un verre oculaire de plus
long foyer , pour voir les objets
bien clairs & diftincts , lors que
le temps eft humide , ou que
Euros fouf , comme auffi dans
les Païs où l'air eft plus groffier,
l'apparence de l'objet fera plus
diftincte , mais un peu diminuée.
Déterminez l'ouverture du verre
objectif , comme par exemple
du Mercure Galant. 207
de deux pouces de diamètre , ſi
le verre a dix pieds de longueur
de foyer folaire , qui eft la plus
grande ouverture qu'il puiffe
foufrir avec diftinction pour voir
bien diftinctement les objets les
plus fombres , car il la faut retreffir pour voir bien diſtinctement les objets fortement éclairez , de mefme qu'il faut retreffir
l'ouverture de l'objectif des plus
grandes Lunetes Aftro-fpiques,
pour voir le difque ou rondeur
bien terminée des Etoiles fort lu
mineuſes, Syrius , Arcturus, &Aldebaran, & des Planetes fortement éclairées par le Soleil,
comme Mercure , Vénus, &Mars,
lors qu'ils font Périgées. C'eſt
cela fans doute qui a obligé
Mi Hevelius de dire dans fa Se-
208. Extraordinaire
lenographie en la page 17. H
afus & experientia me docuit, quòd
foramen vitri objectivi , magnorum
Teleſcopiorum indiametro fefquipollicem non excedere debeat. Qua
quantitas etfi alicui valde exigua
aideri poteft , tamen praxis quemibet edocebit hanc proportionem foraminis majori tubo omnium optimè
refpondere.
Enfin le diametre de l'ouverture du verre objectif eftant déterminée, comme auffi fa diftance
au diafragme des filets , faites en
la Figure XVI. fur un plan, tirez
les deux lignes e C e C, comme
auffi les lignes traverfantes eo.
MM. ii. leurs parties compriſes
entre les lignes e C. eC feront les
diamètres des ouvertures des diafragmes des tuyaux. Vous mar-
du Mercure Galant. 209
querez leurs repaires , afin que
tous les diafragmes puiffent toujours eftre mis en mefmediftance
les uns des autres , pour toûjours compofer le cone tronqué.
On peut facilement déterminer par le calcul le diamètre des
diafragmes , car vous connoif
fez la diftance A B du verre objectif A au point B, interfection
des filets mis fur l'ouverture du
diafragme , dans laquelle fedoit
toûjours terminer l'image de
l'objet. Vous connoiffez bc demy-diamétre de l'ouverture dư
diafragme principal , ou baze de
l'image aërienne de l'objet. Vous
connoiffez auffi a E demy.diamétre de l'ouverture du verre
objectif.
Il faut par ces connus trou ~
2. d'Octobre 1684. Sp
240 Extraordinaire
ver premiérement par le calcul.
le point R pointe du coqe tronqué, c'eft à dire la longueur de
fon axe b R. Faites cette
Analogie.
bc-a E. ba :: bc. b R
Voustrouverez enfuite les demy..
diamètres x 0. y M. z I. de l'ou
verture des diafragmes par les
fuivantes
Analogies.
b.bc:: Rx . x 0.
Rb.bc:: Ry.y M.
Rb.bc:: Rz.ZI.
Moyen facile de faire coffer les
Couleurs qui paroiffent
entourer les Objets.
Our guérir un mal , il en
Pofaut connoiftre la caufe
ainfi pour remédier à ce defaut
du Mercure Galant. 211
3
des Lunetes ·
, de faire voir les
objets qui font au bord de la
baze du cone vifuel , teints des
couleurs del'Arc- en- Ciel , il faut
fçavoir qui les caufe , & d'où
elles procédent , n'eftant que le
meflange & confufion qui le fait
fur un melme point de la Re
tine , de plufieurs rayons éma--
nez de diférens points de l'ob
jet. Ce meflange peut venir
1° De la trop grande ouverture du verre objectif..
2° De la trop grande ouverture du diafragme qui porte les
filets de mire , fur lefquels fe :
forme l'image aerienne de l'objet -
3 Du trop de convexité du
verre oculaire .
4° De la trop grande ouver
ture du verre oculaire.
Sip
212 ExtraordinaireAyant remédié à ces quatre
defauts, fi l'oculaire eft trop prés
de l'image , les rayons trop ferrez & confus , feront paroiftre
les extrémitez de leurs objets
jbordez de couleurs rouges &
aunes ; . c'est pourquoy il faut
P'en éloigner davantage , comme
auffi le trou ou pinnule contre
laquelle on applique l'œil ce
que je fais commodément , en
tournant la pinnule par le moyen
de la viz , quia plufieurs filets ou
pas. Que fi vous l'en éloignez
trop , les bords des objets paroîtront bluâtres , Jes rayons eftant
reçûs trop dilatez & confus. De
cette jufte diftance de la pinnule
au dernier verre oculaire , dépend la plus grande baze du
cone vifuel , ou de la quantité
du Mercure Galant. 21329
d'objets , car on en voit beaucoup moins d'étendue de Païs,
fi cette pinnule eft trop éloignée
de fon oculaire , lequel doit être
également convexe des deux cô.
tez , & bien tranchant fur les
bords , & avoir du moins 20 lignes de diamétre en fa furface
pour un objectif de dix pieds de
foyer , & environ 10 lignes pour
les petites Lunetes . Je fais monter à viz toutes les piéces de la
boëte du porte.oculaire , afin
que les Miepes puiffent approcher davantage l'œil du dernierverre oculaire , & cet oculaire
des filets ou image aërienne &.
diftincte de l'objet. Voyez le
tout dans la Figure
214 Extraordinaire
Dans le dernier Mercure Extraordi
naire , Torse XXVII.
Page 149. ligne 15. lifez copiofioris..
Page 166. ligne 5. lifez 1460.
Page 173 ligne 4 lifez alfez précifément. Ligne 9. ajoûtez ou
le produit du diamétre par la
circonférence. Et en la ligne
16. apres le mot Axe ajoutez car
le cone, la fphere &le cilindre
font comme 1.2.3..
Page 187. ligne 8. lifez Henry II .
Page 200. ligne 12. lifez deux fois
1635794 , quifōt 3271588 toiles.
Page 203 ligne 18. apres ST.
lifez & doublezle produit.
Page 208. ligne 17. lifez deffus.
COMIERS.
On donnera la fuite de ce Traité
des Lunetes , dans lesfuivans Mer--
Cures Extraordinaires.
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Résumé : HUITIÈME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur des Mathematiques à Paris.
Le texte traite de la construction et de l'optimisation des lunettes portatives, en insistant sur la rectitude et la précision des éléments optiques. Les tuyaux des lunettes doivent être cylindriques pour assurer une vision distincte des objets éloignés. Les petits tuyaux doivent être équipés de viroles pour maintenir un diamètre égal et un axe parallèle au plan d'appui. Les extrémités des tuyaux sont renforcées par des viroles de bois pour préserver leur rondeur et leur rectitude. L'alignement des axes de tous les tuyaux et des verres est crucial, sauf pour les lunettes catop-dioptriques et la lunette polémoscope utilisée en temps de guerre. Les Anglais et les Français diffèrent dans la disposition des verres : les Anglais placent le verre objectif dans le tuyau le plus étroit, tandis que les Français le placent dans le plus large. Le texte détaille deux méthodes pour ajuster les verres dans les tuyaux et explique les avantages de chaque méthode. Il aborde également la détermination de la distance des objets observés à travers une lunette et propose des problèmes mathématiques pour calculer la distance entre l'objet, le verre objectif et l'image aérienne. Le texte critique l'usage de l'algèbre pour résoudre ces problèmes, préférant des méthodes plus accessibles. Le texte présente plusieurs problèmes et leurs solutions pour déterminer des distances et des tailles d'images en fonction de la grandeur de l'objet, de son éloignement, et de la longueur focale de la lentille. Il inclut des exemples numériques et des analogies pour illustrer les solutions des problèmes. Le texte décrit également la structure et le fonctionnement d'une lunette astronomique. L'œil observe à travers un petit trou, appelé pinnule, situé dans une boîte de recouvrement ajustée à un tuyau portant le verre oculaire. La boîte est garnie de velours noir pour absorber les rayons réfléchis. Le verre oculaire doit être positionné à une distance équivalente de l'image aérienne de l'objet. Pour les myopes, ce verre doit être légèrement moins éloigné des filets. La pinnule doit être ajustable pour éviter les couleurs. La lunette à deux verres convexes est décrite comme la plus commode pour l'observation des astres, permettant de découvrir une grande base du cône visuel. La lunette à trois verres convexes redresse les objets mais est plus longue et moins claire. La lunette à quatre verres convexes est considérée comme la plus parfaite, offrant une grande base du cône visuel et une vision naturelle des objets. La lunette à cinq verres convexes améliore l'apparence des objets, bien que cela puisse rendre l'image plus obscure. Le texte mentionne également des lunettes composées de dix-neuf verres convexes, attribuées à des inventeurs comme Zacharias Traber et Eustachio Divinius. Ces configurations permettent une observation détaillée des objets à grande distance. Enfin, le texte aborde l'utilisation des diaphragmes pour améliorer la qualité des images observées à travers les lunettes. Les diaphragmes déterminent la quantité d'objets visibles et augmentent l'apparence des images en excluant les rayons latéraux indésirables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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230
p. 100-106
A Mlle DE SCUDERY.
Début :
Le croiras-tu, Sapho ? L'on veut que je m'engage [...]
Mots clefs :
Esprit, Vers, Épître, Sapho, Muse, Apollon, Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mlle DE SCUDERY.
A Mile DE SCUDERY.
Le queje
m'engage
E croiras - tu, Sapha ? L'on veut
A l'écrire une Epitre ; en ay je le
courage?
Ay je quelque Parterre, oùje trouve
des Fleurs .
Quifoientpeintes pour toy d'affez
vives couleurs ?
En ces Lieux reculez pres de la barbarie
,
Puis -je faire des Vers dignes de ton
génie?
En vain mon efprit rêve à quelques
traits nouveaux
A
Aux bords d'une Fontaine, au murmure
des Eaux.
1
GALANT. IOI
Loin du monde & du bruit, en vain
dans un Boisfombre
Ie confulte ma Muſe àla fraîcheur
de l'ombre,
Tous ces foins ne fçauroientfervir à
mon deffein.
Ce Bois eft éloigné de ceux de Sains
Germain,
Et les Eaux que répand cette claire
Fontaine,
Nefe vont pas mêler aux ondes de
la Seine.
Ainfi dois-je, Sapho, fans qu'il en 2
foit befoin,
Fatiguer mon efprit d'un inutile
Join ?
Pour lower tes vertus qu'Apollon
mesme chante,
Dois -je employer ma voix & grof
fiere & tremblante?
Non, je ne prétens pas d'un efprit
égaré
102 MERCURE
Faire aupied du Parnaffe un naufrage
affuré.
C'est ainsi que fur Mer un Nocher
iémeraire
Rend,feachant le danger, faperte
volontaire.
De mesfoibles efforts mon efprit
prévenu,
N'a garde de donner contre un écueil
connu .
Puis -je, aidéfoiblement des Filles
de Mémoire,
Toucher à tant d'endroits qui foùtiennent
la gloire?
Ce n'est paspar les voeux d'unefoule
d'Amans
,
Que ton Sexe reçoitfesplus beaux
ornemenss
Je ne compte pourrien qu'il tire par
fes charmes
Lefrivole tribut desfoupirs & des
larmes.
GALANT 103
Que ce Sexe eft orné defolides honneurs,
Quand lafeule vertu faitfes Adorateurs!
Que nete doit- il pas quand ta vertus
Sublime
T'auire des Sçavans le refpect légi
time?
< P >
Leurs efprits admirant tes Ouvrages
divers,
Sontinftruits par ta Profe, & charmez
par des Vers.
Quet eftten noblefeu ! quelle eft tare
politeffe !
La délicate Rome , & L'éloquente
Gréce ,
Ont elles plus montré d'attraits dans
Leur difcours
Qu'on en voit dans les tiens qui
brilléront toûjours?
Nom veux-tu prudemment remettre
en la mémoire
104 MERCURE
Lesplusgrands des Héros que célebre
l'Hiftoire
,
Ils ont dans tes Ecrits & leur air,
& leur tons
Céfarparle en Céfar, Caton parle en›
Caton.
Enfin quand il te plaift, ton efpritz
nous rameine
Et la vertu des Grecs, & la grandeur
Romaine.
Tu fais encore plus ; tes Ecrits im
martels
Sont dignes de LOVIS , ils parent
fes Autels.
Si tu veux quelquefois par une main
habile
Bedrefferde nos moeurs la route dif- ››
ficiles
Si tu veux, t'éloignant d'un fi grave,
projet,
De mille traits fleuris embellir un
Sujet,
GALANT 10
En quelques tours divèrs que tons
efprit fe plie,
Tu montres ton folide & fertile
génie,
Ilfe répand par tout, &ſon cours eft
heureux,
Semblable en cet état à ce FleuvC
fameux
Qui nefort defon litque pour rendre ,
féconde
Par le cours de fes eaux la Plaine
qu'il inonde..
Toute l'Europe fçait , Sapho, ce que
tu vaux.
Dois-je t'importuner par mes foibles:
travaux?
Le les connois affez ; n'est- ce pas à
bon titre
Queje n'ay pas voulu t'adreffer une
Epitre ?
Cependant jefinis, &je m'apperçois,
bien
106 MERCURE
Qu'ilfaut à ton efprit unplus noble
entretien.
Je n'ay tracé ces Vers, que pour te
pouvoir dire,poti bub
Mon illuftre Sapho , que je n'ofois
d'écrire.
Le queje
m'engage
E croiras - tu, Sapha ? L'on veut
A l'écrire une Epitre ; en ay je le
courage?
Ay je quelque Parterre, oùje trouve
des Fleurs .
Quifoientpeintes pour toy d'affez
vives couleurs ?
En ces Lieux reculez pres de la barbarie
,
Puis -je faire des Vers dignes de ton
génie?
En vain mon efprit rêve à quelques
traits nouveaux
A
Aux bords d'une Fontaine, au murmure
des Eaux.
1
GALANT. IOI
Loin du monde & du bruit, en vain
dans un Boisfombre
Ie confulte ma Muſe àla fraîcheur
de l'ombre,
Tous ces foins ne fçauroientfervir à
mon deffein.
Ce Bois eft éloigné de ceux de Sains
Germain,
Et les Eaux que répand cette claire
Fontaine,
Nefe vont pas mêler aux ondes de
la Seine.
Ainfi dois-je, Sapho, fans qu'il en 2
foit befoin,
Fatiguer mon efprit d'un inutile
Join ?
Pour lower tes vertus qu'Apollon
mesme chante,
Dois -je employer ma voix & grof
fiere & tremblante?
Non, je ne prétens pas d'un efprit
égaré
102 MERCURE
Faire aupied du Parnaffe un naufrage
affuré.
C'est ainsi que fur Mer un Nocher
iémeraire
Rend,feachant le danger, faperte
volontaire.
De mesfoibles efforts mon efprit
prévenu,
N'a garde de donner contre un écueil
connu .
Puis -je, aidéfoiblement des Filles
de Mémoire,
Toucher à tant d'endroits qui foùtiennent
la gloire?
Ce n'est paspar les voeux d'unefoule
d'Amans
,
Que ton Sexe reçoitfesplus beaux
ornemenss
Je ne compte pourrien qu'il tire par
fes charmes
Lefrivole tribut desfoupirs & des
larmes.
GALANT 103
Que ce Sexe eft orné defolides honneurs,
Quand lafeule vertu faitfes Adorateurs!
Que nete doit- il pas quand ta vertus
Sublime
T'auire des Sçavans le refpect légi
time?
< P >
Leurs efprits admirant tes Ouvrages
divers,
Sontinftruits par ta Profe, & charmez
par des Vers.
Quet eftten noblefeu ! quelle eft tare
politeffe !
La délicate Rome , & L'éloquente
Gréce ,
Ont elles plus montré d'attraits dans
Leur difcours
Qu'on en voit dans les tiens qui
brilléront toûjours?
Nom veux-tu prudemment remettre
en la mémoire
104 MERCURE
Lesplusgrands des Héros que célebre
l'Hiftoire
,
Ils ont dans tes Ecrits & leur air,
& leur tons
Céfarparle en Céfar, Caton parle en›
Caton.
Enfin quand il te plaift, ton efpritz
nous rameine
Et la vertu des Grecs, & la grandeur
Romaine.
Tu fais encore plus ; tes Ecrits im
martels
Sont dignes de LOVIS , ils parent
fes Autels.
Si tu veux quelquefois par une main
habile
Bedrefferde nos moeurs la route dif- ››
ficiles
Si tu veux, t'éloignant d'un fi grave,
projet,
De mille traits fleuris embellir un
Sujet,
GALANT 10
En quelques tours divèrs que tons
efprit fe plie,
Tu montres ton folide & fertile
génie,
Ilfe répand par tout, &ſon cours eft
heureux,
Semblable en cet état à ce FleuvC
fameux
Qui nefort defon litque pour rendre ,
féconde
Par le cours de fes eaux la Plaine
qu'il inonde..
Toute l'Europe fçait , Sapho, ce que
tu vaux.
Dois-je t'importuner par mes foibles:
travaux?
Le les connois affez ; n'est- ce pas à
bon titre
Queje n'ay pas voulu t'adreffer une
Epitre ?
Cependant jefinis, &je m'apperçois,
bien
106 MERCURE
Qu'ilfaut à ton efprit unplus noble
entretien.
Je n'ay tracé ces Vers, que pour te
pouvoir dire,poti bub
Mon illuftre Sapho , que je n'ofois
d'écrire.
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231
p. 297-299
ENIGME.
Début :
Des deux nouvelles Enigmes que je vous envoye, la pr[e]miere / Vous autres Curieux qui voulez tout sçavoir, [...]
Mots clefs :
Surtout
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Des deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye , la
298 MERCURE
prmiere eft de M' Diéreville
du Pont-l'Evefque , & la feconde
de Sylvie du Havre .
ENIGME.
V
Ous autres Curieux qui voulez
toutfçavoir,
il faut contenter voſtre envie .
Je fuis un nouveau né, brunet,grifon,
blanc, noir,
La couleur ne dépendque de lafantaifie,
Et chacun me diverfifie
Selon qu'il en a lepouvoir.
Fe fers aux Champs comme à la
Ville,
Etfuis de toutes les faifons;
Mais c'eft dans le temps des glacons
++;
GALANT. 299
Qu'on me trouve le plus utile.
Ie fais honneur à qui jefuis,
Ie le diftingue du vulgaire,
Ilfemble que je l'enrichis ,
Mais auffi quelquefois je cache fa
mifere.
Ceux qu'on voit aujourd'huyfou
Amis,
Par une catastrophe étrange,
Faifoient jadis fculs mon employs
Voyez unpeu comme tout change.
Ie nefuis pasjufte, il est vray,
Mais en celaje vous diray
Que la mode eft de ne pas l'eftre,
Et qu'ainfi je plais à mon Maiftre.
que je vous envoye , la
298 MERCURE
prmiere eft de M' Diéreville
du Pont-l'Evefque , & la feconde
de Sylvie du Havre .
ENIGME.
V
Ous autres Curieux qui voulez
toutfçavoir,
il faut contenter voſtre envie .
Je fuis un nouveau né, brunet,grifon,
blanc, noir,
La couleur ne dépendque de lafantaifie,
Et chacun me diverfifie
Selon qu'il en a lepouvoir.
Fe fers aux Champs comme à la
Ville,
Etfuis de toutes les faifons;
Mais c'eft dans le temps des glacons
++;
GALANT. 299
Qu'on me trouve le plus utile.
Ie fais honneur à qui jefuis,
Ie le diftingue du vulgaire,
Ilfemble que je l'enrichis ,
Mais auffi quelquefois je cache fa
mifere.
Ceux qu'on voit aujourd'huyfou
Amis,
Par une catastrophe étrange,
Faifoient jadis fculs mon employs
Voyez unpeu comme tout change.
Ie nefuis pasjufte, il est vray,
Mais en celaje vous diray
Que la mode eft de ne pas l'eftre,
Et qu'ainfi je plais à mon Maiftre.
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232
s. p.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Début :
MONSEIGNEUR, Voici la neufiéme année que la gloire de vostre [...]
Mots clefs :
Épîtres, France, Princesse, Éloges, Grands, Sapho, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
IGNEUR
LE
ONSIIGNEVR,
r Voicy la ncuiféme Annie
que [la gloire de ruoftre
Nom rend le Mercure
considérablea toute l'Eu-
rope. Dou&e Epitres au
commencement Sautant
de Volumu, ont parléd'a-
bord de tout ce que vous
a<veZj fait de remarqua-
blejsi dans ceux qui
les ontfuivy\ Je n'ay que
de temps en temps étale
dans d'autres ce que la
France admiroit en Vous,
çtfi parce que faj appré-.
hendé que le grand nom-
bre de ces Panigiriqueii
naccablafivofire modefiie
Ainfij~ay crû queJe devois.
feulement laisser cet au-
gusteblom à la teste de cet
Ourvragc, afin qu'on ne
doutafipoint qu'il nefujî
a ou*. Je croy pourtant,
MONSEIGNEUR, lors que
je regarde cette jincere
parfaiteunion qui regne
entre Vous f5 lincompa-
rablePrincesse que le Ciel
vous a donnée pour Epou-
se, que je puisluy parler
lcy comme a une autrepar-
tie de Vous-mesme, fS'
quefantcelle que vom
aimeZj le plus5 j'enferay,
mieux ma cour auprès de
rouf. Cesï ce quim'en-
gage à prendre la liberte
deluj dire,
QSMADAME,
Quoy que cefoit aujour-
r Ph t, ,rd/huy un jour ou. I"usage
wutque lonfaffe deffou-
haits, quels vœux peut-on
faire pour unegrandePrtn-
cesse, dont la hante Naf-
sance eji le moindre deses
avantages? gj9 quelles
louanges peut-on luy don-
ner, lors quelle ejl au des-
sUs de tous les Eloges?
Vojfre esprit,quon peut
appelleruniversel5 a paru
toujours admirable a tous
ceux qui ont eu l'honneur
de vous approcher. Vos
yeux font connolJlfre ce que
la vérité me fait dire icy;
Lors que Madame de
Maintenon vous alla re--
cevoir sur la Frontterey
elle écrivit au Roy, dû-
qu'elle eut eu l'honneur de
vousvoir, Que le feu de
vos yeux, & l'esprit qui
paroissoit dans -
toutes
vos manieres, estoient,
des chosesque les paroles 1
& la peinture estoient
incapables d'exprimer.
Vous parlez,plusieursLan-
gues avec la mesme faci-
lité que si elles vous es-
toient naturelles, eS jugtZ-J
admirablement de toutes.
choses. Je lAijfc la avan-
1
tagu que vous avegj a
chanter avec méthode, a
Jouer du Clavecin, a def-
(iner, à dancer dune ma-
nierc noble Ç53 aifée.T"ou-
tel ce4 perfections font re-
levéed par une devotion
exemplaire, qui eji d'au-
tant plus à estimer, qu-
ajanttoujours esié reglée
sans tropparottre, on ne
peut douter quelle ne foit
t ,-y-.verItalie.Tous ceux nue
vous hfJnorez.., de rvcjlfc
efitme,se doivent ajfurer-
LE
ONSIIGNEVR,
r Voicy la ncuiféme Annie
que [la gloire de ruoftre
Nom rend le Mercure
considérablea toute l'Eu-
rope. Dou&e Epitres au
commencement Sautant
de Volumu, ont parléd'a-
bord de tout ce que vous
a<veZj fait de remarqua-
blejsi dans ceux qui
les ontfuivy\ Je n'ay que
de temps en temps étale
dans d'autres ce que la
France admiroit en Vous,
çtfi parce que faj appré-.
hendé que le grand nom-
bre de ces Panigiriqueii
naccablafivofire modefiie
Ainfij~ay crû queJe devois.
feulement laisser cet au-
gusteblom à la teste de cet
Ourvragc, afin qu'on ne
doutafipoint qu'il nefujî
a ou*. Je croy pourtant,
MONSEIGNEUR, lors que
je regarde cette jincere
parfaiteunion qui regne
entre Vous f5 lincompa-
rablePrincesse que le Ciel
vous a donnée pour Epou-
se, que je puisluy parler
lcy comme a une autrepar-
tie de Vous-mesme, fS'
quefantcelle que vom
aimeZj le plus5 j'enferay,
mieux ma cour auprès de
rouf. Cesï ce quim'en-
gage à prendre la liberte
deluj dire,
QSMADAME,
Quoy que cefoit aujour-
r Ph t, ,rd/huy un jour ou. I"usage
wutque lonfaffe deffou-
haits, quels vœux peut-on
faire pour unegrandePrtn-
cesse, dont la hante Naf-
sance eji le moindre deses
avantages? gj9 quelles
louanges peut-on luy don-
ner, lors quelle ejl au des-
sUs de tous les Eloges?
Vojfre esprit,quon peut
appelleruniversel5 a paru
toujours admirable a tous
ceux qui ont eu l'honneur
de vous approcher. Vos
yeux font connolJlfre ce que
la vérité me fait dire icy;
Lors que Madame de
Maintenon vous alla re--
cevoir sur la Frontterey
elle écrivit au Roy, dû-
qu'elle eut eu l'honneur de
vousvoir, Que le feu de
vos yeux, & l'esprit qui
paroissoit dans -
toutes
vos manieres, estoient,
des chosesque les paroles 1
& la peinture estoient
incapables d'exprimer.
Vous parlez,plusieursLan-
gues avec la mesme faci-
lité que si elles vous es-
toient naturelles, eS jugtZ-J
admirablement de toutes.
choses. Je lAijfc la avan-
1
tagu que vous avegj a
chanter avec méthode, a
Jouer du Clavecin, a def-
(iner, à dancer dune ma-
nierc noble Ç53 aifée.T"ou-
tel ce4 perfections font re-
levéed par une devotion
exemplaire, qui eji d'au-
tant plus à estimer, qu-
ajanttoujours esié reglée
sans tropparottre, on ne
peut douter quelle ne foit
t ,-y-.verItalie.Tous ceux nue
vous hfJnorez.., de rvcjlfc
efitme,se doivent ajfurer-
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233
p. 1-85
EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Je croy, Madame, que je ne puis mieux répondre à / L'Allégorie est la maniere la plus ancienne d'exprimer [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XIV, Prince, Hollande, Guerre, France, Paix, Tableaux, Justice, Espagne, Main, Mars, Femme, Couronne, Fleurs, Sujet, Ovale, Trône, Côté, Minerve, Miroirs, Parois, Valeur, Force, Forme, Abondance, Ennemis, Flandre, Comte, Campagnes, Aigle, Lion, Épée, Hiver, État, Gloire, Finances, Commerce, Ambassadeur, Violence, Conquêtes, Allemagne, Soldats, Charles Le Brun, Galerie de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
E croy, Madame, que je
ne puis mieux répondre
à ce que vous attendez du
premier Article de ma Letrre
sur les choses qui regardentla
gloire du Roy,qu'en vous envoyant
une Description de la
Galerie deVersailles,quim'est
tombée depuis peu de jours
entre lesmains,&que MrLorne
Peintre a faite avec une entiere
exattitude. Elle est belle,
succincte, fort intelligible, &
comprend toute la vie de nôtre
auguste Monarque, depuis
qu'ila commencé à gouverner
par luy-mesme. Vous
me l'aviez demadée il y a déjà
long temps de la part de vos « Amis,& jevoy par toutes les
Lettres que je reçois, qu'elle
est extrêmement souhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainsi,
Madame, comme vous foufrez
que celles que je vous
adresse devinent publiques,
en vous faisant part de cette
Description, je puis dire que
je satisfais à la curiosité de
toute l'Europe.
EXPLICATION
DELAGALERIE
DEVERSAILLES. r.
LAllégorie estla maniere
1
la plus ancienned'expri
mer les pensées par des cara
toute l'Europe. 'Dln>171
,
cteres. Les lettres n'ont esté
en usage que logtemps après
que les Egyptiens eurent, par
des figures, laissé à la Posté
rité les Mistéres de leur Re
ligion
,& les Loix de leur
Etat. Les Poëtes depuis, sous
des sens allégoriques, dans
les Métamorphoses, & dans
les Fables
,nousont donné
les plus beaux préceptes, &
les leçons les plus utiles de la
Philosophie. Les ornemens
de ce fameuxTemple,a dont
Dieu luy-mesme donna le
dessein au plus sage des Mo
narques, estoientmistérieux
;
mais cette science a esté en
usage de tout temps, princi
palement parmy les Peintres
A Temple de Salomon
&les Sculpteurs, quin'ont
point d'autre langage pour se
faireentendre dans leurs ou
vrages. Jupiter est la Puis
sance
; Junon, l'Autorité
.,
;
Mars, la Valeur; Hercule, la
Force.. Une belle Femme
qui rient un Sceptre & une
Couronne d'Etoiles,estla
Gloire. Une autre avec des
aîles, qui tient un Sable &
un Eperon, accompagnée
:
r
d'un Coq, est la Vigilance.
Pour la Prévoyance
,ils font
¥
*
une Femme avec un Compas
& un Livre. La figurede la
Renommée est assez con
nuë. Ils expriment le Secret
par un jeune Homme tenant
un Cachet sur sa bouche, &
ayant ses cheveux attachez
à un Bandeau d'or, qui soû
tient une Sphinx. LaVictoire
estcouronnée de Laurier;
elle a des aîles, & porte un
Trophée. La Peur tient un
Lièvre.L'Envie est entourée
de Serpens. La Terreur em
bouche une Trompette, &
menace avec des Fouëts; sa
coëfure est une teste de Dra
gon en forme de Chimere.
L'Abondance tient la Corne
d'Amalthée,&la Tranquilité
couronnée de Fleurs, a dans
lamain une Grenade. Ils ont
encore quantité d'autres fi
gures,qu'il seroit inutile de
décrireicy, n'estant point ou
peu représèntées dans la Ga
lerie de Versailles, où Mrle
Brun a peint l'Histoire du
Roy,depuis la Paix des Py
renées jusqu'à celle de Ni
mégue.Pourexprimer les,
mégue. Pour exprimer les
diférens mouvemens qui ont
fait agir. ce Prince, & les En
nemis qui le font opposez à.
ses desseins, il ne s'est servy
que des Divinitez qui nous
sontles plus connues, & qu'il
a accompagnéesde toutes
les marques propres à les
distinguer. Les Royaumes,
comme les Provinces & les
Villes, sontreprésentez par
desFemmes vêtues à la mode
de leurs Peuples, & ayant
leurs Armoiries auprès d'el
les. Les Fleuves sous la fi
gure de vieux Hommes cou
ronnez de Roseaux, sont re
marquables par des Urnes,
d'où sort l'eau de leur source.
Enfin il a pris un si grand
soin de marquer tout cequi
peut rendre ses pensées intel
ligibles, que pour peu que
l'on sçache les Poëtes,on ex
plique sans peine les tujets*
& l'Allégorie. loin de les ob
fcurcir,les éclaircir & les en
richir, estanttraitée avec tout
l'art & toute la delicatesse
necessaire, pour faire com
prendre une infinité de cir
constances tres-importantes
au sujet,qu'il eust esté im
5
possible de faire concevoir,
sans ce moyen dont il s'est:
ingénieusement servy pour
les marquer.
L'Histoire commence par
un des Tableaux a qui estau
aJ!a^.opieds Je Ion?.
milieu de la Galerie, où le
Roy dans la fleur dela jeu
nesse, envisageant la Gloire,
prend après son Mariage le
Gouvernement de l'Etat, &
quitant pour la mériter les
heureux
plaisirs d'un Regne paisible,
médite de rendre ses Sujets
,
& d'humilier ses
Ennemis.
Dans douze Ovales,
voit le commencement de
a on
ses glorieuxdesseins exécuté.j
On y remarque l'ordre qu'il'
met dans les Finances; le
foin qu'il prend de faire ren
a.Ils ont 8 pieds de haut.
dre la Justice
; le rétablisse.
ment du commerce
,l'insti
tution des Académies, le se
cours qu'il donne à l'Empire
:ontre les Turcs; les Trou
pes qu'il envoyé en Hollande
contre l'Evesque de Munster;
la satisfaction que luy faitl'Es
pagne pour l'insulte que son
Ambassadeur avoit faire au
nôtre en laVille deLondres,la
Pyramide élevée dans Rome
pour réparation de la violence
faire par les Corses à nostre
tiaiiceavec
les Treize Cantons; l'arrivée
des Ambassadeurs des Na
i
tions les plus reculées ;
k
jondtiondes deux Mers &
des.
la construction des Invali
]
octogones,à feintsdeLapis
à
Dans les six Bas reliefs
fondd'or, onapeint laGuerre
de Flandre, pour les droits-1
de la Reyne ;
la Paix d'Aix
la Chapelle, qui finit cette
Guerre; la défentedesDuels
la distribution desBleds pen
dant la Famine la seûreté &:
la Police du dedans de la
Ville de Paris; &: l'acquisi
tion deDunquerque.
a Depareilleme/hre;
Laderniere Guerre est le
sujet des huit plus grands
Tableaux.
Dans l'un a on voit le Roy
méditer sur toutes les diffi
cultez qui se pourroient ren
contrer dans la Guerre qu'il
veut entreprendre contre les
Hollandois.
;5-j
Les Provisions qu'il fait
pour surmonter tous les ac
cidens qu'il a préveus com
posent
b
le second.
Dans
le troisiéme,ilpro
pose à ses Généraux le def.
sein qu'il à formé& de quelle
,3.4 2.0pieds. b lia15 pieds.c 55pieds..
maniéré il prétend l'exécu
ter.
Le quatrième a représente
lesCampagnes de Hollande.
Dans le cinquième b on
voit l'Empire & l'Espagne
s'unir avec la Hollande con
tre le Roy.
Le sixiéme c
fait voir la
Conqueste de la Franche
Comté.
Le septiéme donne une
idée de la Prisè de Gand
, &
des Campagnes de Flandre.
Et le huitième e
forme
a 35
pieds,b55pie.lsJœrgeHr10. c 25p.
d 3$p. e 55p.delargesurvingt.
l'image de la desunion des
trois Puissances par la Paix
de Hollande.
Tous ces Tableaux font
enfermez dans de riches
Compartimens, &: les Ovales
font accompagnez de Ther
mes peints couleur de bron
ze, rechaussez d'or, qui por
tent des Corniches, avec des
Frontons feints de marbre,
sur chacun desquels sont
deux Enfans de coloris, qui,
se joüent à des Festons de
Fleurs sortans d'une Cor
beille
, posée sur un Masque
coloré, qui est au milieu de
chaque Fronton. Deriches
Tapis de velours, où l'onvoit
les amusemens de l'Enfance
de ce Prince, decorenrl'es
pape d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux.,sur des
Cartouches deSculpture,
l'on a écrit des Inscriptions
sur chaque sujet.
Des Victoires semblent
retrousser le Tapis, en inten
tion d'y mettre 4 la place
d'autres Tapisseries d'Actions
plus sérieuses, & plus impor
tantes..
Voila engrosla distribu- j
tion& l'ordonnancede la j
Galerie
;mais comme l'Hit
toire y est traitée avectoutes
ses circonstances, ilfaut par
ticulariser un peu plus de
choses, pour tâcherde faire
mieux comprendre l'allégo
rie des Figures qui entrent
dans cegrand Ouvrage. Le
premierdesSujets est dans
leplusgrand des Tableaux,à
où l'on voit au milieu le Roy
dans la fleur de la jeunesse.
Son Habit est à la Romaine,
avec un Manteau Royal qui
couvre une partiedu Trône,
a-dumilieu de la Voutedont il tient
toute lalaraeitr.
Ó
'JL*
î
*'
f
sur lequel il est assis. Il tie
un Gouvernail,pour marq
qu'il commence à gouveri
son Etat; 8c les trois Grad
qui le couronnent, représent
tent celles que l'on voit bi
ler dans toute sa persons
L'Amour leur donne c
Fleurs; & la Tranquilité
reposant au bas du Trôr
marque celle que ce Prin
vient de donner à son Et
Des Enfans figurant les G
nies des Divertissemens, s'e
cupent à toutes forces de pl
fil s & de jeux au bas& da
l'un des costez duTableau.
Al'autre costé, la France
assise tous un Pavillon de
brocard d'or, tient unFaif
ceau Romain. Elle étouffe
la Discorde fous son Bou
clier. L'Hymen
àcostéd'elle,
porte la Corne d'abondance,,
&son Flambeau dont elle est
éclairée, parce que le Ma
riageduRoy estoit. la princi
:pale cause de son bonheur.
LaSeine, a couronnée de
s
marquent
Raisins, s'appuye sur forp.
Urne,d'oùsortentavec l'eau
des Fleurs & des Fruits, quii
sa source, & l'a
aRivieredont IdfourceeftenBourgognerr
bondance que son cours
porte dans laCapitale dui
Royaume.
i
A costé, &un peuaudes
sus du Roy, Minerve assise
sur unNuage,-luyprélente
j
d'une mainsonBouclier,al
luy montrant de lautre la
Gloire preste à le. couronner..
Mars en
quercecette Déesse qui l'at
l'air luy fait remat
tend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déesseluy
présente la Couronne d'im
mortalité.LaVictoire & la
'-i
Renommée l'accopagnent;;
Le Temps leve un bout du
Pavillon sous lequel est le
Roy, pour marquerqu'il a
fait connoistre lesvertushe
roïques de ce Prince, auquel
|
il fait voir par le Sable
a qu'il
luy présente., que l'heure est
venued'entreprendre i
les
grandes Actions qu'il a mé
ditées, & de profiter des mo
mens qu'ilfaitcouler en sa
faveur. Les Dieux paroissent
dans le Ciel, luy offrant leur
assistance Pluton, sesriches
sesVulcain, sesarmesCe
1.
rés & Bacchus, des vivres
pourses Armées.
;Apollon
a. Horlogedu Temps.
précédé de l'Etoile de Vénus,
vient du plus haut des nues
pouréclairer ses grandes Ac
tions& Diane paroist pour
le guider dans les ombres de
laNuit. Jupiter offre son Fou
dre. Mercure traverse les airs
*
pour allerfaire connoistre ce
Prince à toute la Terre. Ju
non,Protectrice delaVanité,
se tourne de l'autre costé du,
ceintre ou regardant favo
rablement l'Allemagne, elle,
luy envoye une Niiée.,aaub
luy servant de Trône, mar
que la vaine supériorité quL
a fable riIxion.
elle prétend iur les autres
Royaumes. La Couronne
Impériale, & l'Aigle, la font
reconnoistre. Son attitude
estfiere, son habillement
pompeux. Elle tient le Bâton
decommandement
; &l'Es
pagne à costé, & un peu plus
bas, sembleobserver les mou
vemens. Elle s'appuye sur son
Lion, qui devore un Roy des
Indes renversé sur desTrésors
épars. Son ambition est re
présentée par une Femme
avec des aîles, qui a la teste
& les bras chargez de Cou
ronnes. Elle embrase d'un
Flambeau qu'elle tient dela
>
main droite, les Palais des
malheureux Princes qu'elle a
dépoüillez, &-, arrache de
l'autre la Couronne de l'un
de ces Infortunez, accablé
fous le Trône qu'elle a ren
versé. La Hollande à la gau
che de l'Allemagne,&plus
basencore que l'Espagne,est
assise surunLion quitientles
sept Fleches que les Provin
ces Unies ont prises pour
marque de leurconfédera
rion. Elle a le Trident à k
main, & tientThétis enchaî
née,prétendantavoir l'Em
pire
pire de la Mer par son Com
merce. Onvoit auprès d'elle
des Balots de Marchandises,
& des Vaisseaux prests à par
tir pour le Voyage de long
cours.
Ces trois Puissances pa
roissent avec toutes les mar
ques d'ambition & de fierté,
quipouvoient exciter le Roy
à vanger la France des inju
res qu'elle avoit souffertes
pendant sa Minorité, & la
leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
fous les Regnes précedens.
Pour remédier aux abus
qui lecommettoient dans les
Finances, le Roy suprima la
Charge de SurIntendant, &
s'en réserva le foin, pour estre
Luy-mesme l'Oeconome &
le Dispensateur de ses Tré
sors; ce qui le voit dans le
premier
ades quatre Ovales
qui entourent
le Tableau que
nous venons de décrire. La
France estaux pieds du Prin-*
ce, entre les mains duquel
elle a remis le Gouvernail.
La Fidélité a son Chien pres
d'elle. Elle tient une Clef
d'or, parce que cemétal in
£ DHCefiédesMiroirs.
corruptible marque que rien
ne la peut corrompre. Elle
accompagne Minerve,
chasse,l'Epée à la main
qui
o'
, des
Harpies, qui laissent tomber
en fuyant une partie de l'ar
gent qu'elles emportent; ce
qui signifie les comptes que
l'on fit rendre à ceux qui a
voient pillé les Finances dont
ils avoient eu le manîment.
Dans lesecond , aonre
connoist l'institution des A
cadémies.LeRoy estaccom
pagné de Minerve, qui tient
un Plan de l'Obesrvatoire.
a DHcofté des Fenefires.
L'Académie Françoise po
un Caducée
aà la main. E
est à la telle de ses Comp
gnes, pour lesquelles elle
~r
mercie le Prince de l'ho
neur de sa protection.
Pour rétablir le Commerc
que les Guerres avoienc ~bar
ny duRoyaume, Sa ~Majesté
établit deux Compagnies
pour les Indes Orientalesà
Occidentales, dona la ~chass
aux Pyrates, rendit la ~Me
libre pour tous sesSujets au
voudroientcommercer.~C'es
a Symboledel'Elquencc.
jb £«1664.
le troisiéme a Ovale, où le
Roy tient un Trident. Des
Corsaires sont enchaînezà
ses pieds; un Matelot porce
des Balors sur le Port qui pa
roist couvert de Vaisseaux;
& l'Abondance que l'on y
voit, exprime l' unticcdu
Commerce.
Le quatriéme b estl'image
de l'ordre remis dans la Jus
tice. Elle est pres du Roy,
qui donne le Code aux Ma
gistrats. La Chicane ,
sous
l'ap*parence d'une Femme
a Sfude/fus des Miroirs.
b Du cgjléduFenestres.
maigre & décharnée
, dont
le corps fè termine en viz sans
fin, pour signifier ses diférens
velles.
décours, est terrassée fous les
pieds du Prince, qui la vient
d'éroufcr par des Loix nou
Dans l'un des Basreliefs,a
la justice présente son Epée
an Roy.LaRenomméevole,
& publie un Manifeste qui
contient les raisons qui atti
rèrent la Guerre en Flandre
pour les droits de la Reyne,
que l'Espagne refusoit.
a îbfont£az.urafortesd\r, alaClef
dht Vo.-.'ît,ancoftéditTablc.1Hditmil:(u.
Dans l'autre
, a lEipagne
reçoit du Roy une Branche
d'Olivier,ensigne de laPaix
i;
qu'il vient de luy offrir àAix
la Chapelle, en rendant libé
ralement la Franche-Comté
qu'ilavoirconquiseenvingt
joursau milieu de l'Hyver.
Cette Provinceestàgenoux,
& entourée de Canons pour
laréjouissance dela Paix. La
Victoire couronne le Vain
queur.
)I! Les quatre Ovales b qui
a Acoftèdugrand TableaualaClefde
la Voute.
b Du coflédes Miroirs ,
prés des Cam-
fagnes deHollande.
font aux costez du Tableau
des Campagnes de Hollande,
représententdans l'un la Hol
lande quisuit;mais la France
qui vient à son secours, arra
che le Bouclier de Munster
qui la poursuivoit. Les Trou
pes du Roy sirent retirer l'E
vesque de Munster & l'o
bligerent de conclure la Paix
avec lesEtats.
Dans un autre,aune Fem
mevêtuëd'écarlate, 6c suivie
d'une Louve, signifieRome,
quivient reparer la violence
faire par les Corses à nostre
a D:.< cojîédes Fencftrcs.
Ambassadeur, & offrir pour
satisfaire à cet attentat, de
faire élever une Pyramide,
dontlaFrance,accompagnée
;
de la Force
Plan.
, luy montre le
Le troisiéme
a fait voir la
France l'Epée à la main ,
qui.
pouriuK des Turcs effrayez,
&renversez.L'Aigle de l'Em
pire chancelant, se raffermit
à l'ombre de son Epée
; ce
qui arriva à la Bataille de
S. Godart, où la valeur d'un
petit nombre de François
rassura l'Empireétonné
,&
a DUccftè-dssFcneftrcs.
contraignit une Armée for
midabled'Infidelles à faire
une Paix honteuse.
Le quatrième a nous mon
tre l'Espagne, accompagnée
de son Lion soûmis & ram
pant, parce qu'elle vient sa
tisfaire à L'insulteque son
Ambassadeur avoit faite au
nostre en laVille deLondres.
La France a prcs d'elle la
Force &
la Justice; elle re
çoit b la soûmission & la pro
testation publique faite par
l'Espagne de ne luy disputer
jamais le premier rang.
aDiscoftéde
tFenefîres. b En1661.
Dans un Basrelief, a la
:Justice sépare d'une main les
Combatans, qu'elle menace
de l'autre. Dans l'éloigne.
ment, des Archers en traî
nent un en prison, pour ex
primer avec quelle rigueur
le Roy fait observer la DCN
fente des Duels.
L'autre b fait ressouvenir
de sa bonté pendant la Fa
ine.,l1ne belle Femme avec
11'
une Flâmesur la teste, & une
Corne d'abondance fous le
a A
la Cléfde la F"o;t;e,prés les Cam
pagnesde H"
faride.
b AlaClefA? lufouts.
bras, nous designe sa pieté,
qui faitdistribuer a du Pain à
des Pauvres, qui semblent le
recevoir avec empressement.
Il Les quatre derniers Ova
les,b & les deux Bas reliefs;
font autour du Tableau des
Campagnes deFlandre. Dans
l'un des quatre Ovales, les
Ambassadeurs des Nations
les plus reculées, viennent
*
admirer la France, que les
glorieuses Actions du Roy
ont renduë redoutable jus
ques aux Lieux quivoyent
lever & coucher le Soleil.
a En1662. bAiidejfnidesFeneflres.
Dans un autre, a les Am
bassadeurs des Treize Can
tons viennent renouveler
l'Alliance avec elle.
Lajonction des Mers étant
d'une extrêmeutilité pour le
Commerce
, le Roy a fait
creuser ce fameux Canal de
Languedoc; ce qui se voit
dans le troisiéme, b où Ne
ptune qui est l'Océan, &';
Thétis la Méditerranée, se
joignent en figne de leur
communication.
Les Soldats, que les longs
a Aude(fusdes F'enejîres.
b sixdejfus des Miroirs.
services, ou les malheurs de
la Guerre, avoient rendus
inutiles, estoient contraints
de chercher dans la charité
des Peuples un soulagement
à leurs misères, l'extréme
nécessité estant presque la
feule récompense de leurs
travaux. Le Roy voulant
adoucir leur disgrace, & les
récompenser, a fait bâtir ce
fameux Hostelde Mars, où
sa magnificence les entre
tient. C'est le sujet du der
nier
a Ovale. LaPieté paroist
sur un Trône, donnant l'Or
a AudeJfusdel Miroirs.
dre de S. Lazare aux Offi
ciers, & distribuant de l'ar
gent aux Soldats. Minerve
luy présente le Plan de ce ma
gnifique Bâtiment, où ils
sont logez.
Dés que la nuit estoitve
nuë, les Voleurs se rendoient
maistres de Paris. On couroit
risque de la vie, si l'on estoit
contraint de sortir, & les
Maisons mesme n'estoient
pas un lieu de seûreté. Le
Roy, pour remédier à ces
désordres, ordonna des Com
pagnies d'Archers à pied &
à cheval dans la Ville,& sur
les grandsChemins; ce que
l'on a représentédans ce Bas
relief aoù la Justiceassise sur
sur son Tribunal, ordonne à
des Archers d'aller prendre
des Voleurs qui assassinent
les Passans au coin des Ruës.
La Seûreté reposent à l'om
bre de la Justice, tient une
Bourse ouverte.
Dans le dernier b Bas-re
lief, on a mis l'acquisition
de Dunquerque. C'estoit le
seul Port qui restoit aux E--
trangers sur nos Costes, &le
a AUClefdelaVm
te.
b A La Clefdl LA Voute.
refuse de tous lesCorfau'es.
Le Roy voyantà regret cette
Place de son Royaume sous
une domination opposée à
l'Eglifc Romaine, n'épargna
rien pour l'obtenir. Dun
querque présente ses Clefs à
la France, qui ordonne à Il
Pieté de répandre ses riches
ses que l'A ngleterre fait ser
rer. L'Herésie se retire.
P( Le Roy lassé de l'ingrati
tude des Hollandois, porte
la Guerre dans leurs États,
L'Allemagne & l'Espagne,
étonnées de la rapidité de ses
Conquestes, s'unissent à la
Hollande pour s'opposer aux
progrès de ses armes victo
rieuses; mais cette union leur
fut si funeste, qu'elles se vi
rent obligées de demander
la Paix, & de la recevoiraux
conditions qu'il plût au
Vainqueur de leur imposer.
Cette Guerre estle sujet des
huit Tableaux qui restent à
décrire. Dans le premier,le
Roy animé par sa, valeur à
une Conqueste juste, déli
bérant en luymesme s'il la
commencera ,
écoute sasa
•
gesse,poursurmonter par ses
conseils lesobstacles qu'elle
à
luy fait remarquer dans son
entreprise.
Il paroist
acouvert duMan
teau Royal, sur un Trône
magnifique,sousunPavillon
bleu semé de Fleurs de Lys,
attaché par des Cordons
d'or à des Colomnes d'un
superbe Ordre Ionique. La
Victoire &laRenommée l'at
tendent sur des nuages aux
costez d'un Chartraîné par
deux Chevaux dont l'adhcn
marque l'impatience. Mars
l'invited'y monter, en luy
a Audefus Feneftres.entre Jearanct}
Tablcatt & les Campagnes de Hollande,
faisant voir l'éclat de la Vic
toire
, dont le Char paroist
tout resplendissant, & l'ex
cite à une nouvelle Con
queste , par la veüe de ses
premiers Trophées a qu'il
luy montre; la Justice der
riere le Prince
, semble in
spirer un dessein si noble.
Toutl'invite à marcher
;mais.
Minerveassise au bas du Trô
ne, luy fait remarquer les
horreurs de la Guerre, qu'elle
a tissües dans une Tap1ÍTene,_.
où la Canicule en feu se voiH
a Ce font des Boucliers, oufont les noms
des Villespries en la premiere Gueye de
JFUadrts--
dansl'éloignement. Des Ma
ladesexpirans de peste & de
fièvres ardentes, sont les sui
tes de la contagion d'un air
enflâmé;L'EnvieaunAigle
en8~mé. L'Envie a un Aigle
& un Lion à les costez, pour
faire connoistre que les deux
Puissances qu'ils signifient,
devoient s'opposeraux des
feins du Roy. Un Fleuvequi
soûleve sesflots, entraînedes
Soldats, dont on ne revoit
qu'une partie du corps; ôc
l'avidité d'un Soldat man
geant de la terre & de l'her
be, marque la faim qui le
devoresur la pented'un Ro
cher glacé, fous la forme d'un
vieil Homme. L'Hyver presse.
entre ses bras unSoldat, que
l'excès du froid rend immo
bile. L'airestplein de vents
& de frimats.C'est par ces
imagesdediférens obstacles
capables de détruire ou de
retarder une entreprise,que
la Sagesselaissant agir la
Valeur, fait prévoir tous les
inconveniens qui peuvent
tromper une ardeur inconsi
dérée.
Jusques icy le Roy a paru
avec un Manteau Royal
;
mais dans les sept Tableaux
suivans il en a un de Brocard
d'or, comme les portoient
les Demy Dieux & les Hé
ros, pour montrer que les
premièresActions,toutes
justes & toutes grandes qu'
elles sont, n'aprochent point
des Prodigesquisontrepré
sentez en suite. <*nn npism
si Dans lesecond
aTableau;
ce Monarque prépare tout
pour la Guerre qu'il estprest
d'entreprendre, & fait les
provisionsnécessaires pour
remédier aux inconveniens
k
*
aAmde[Tu
1
sdes Fçnefîres, entre legrand.
Tableau & les Campagnes de Hollande
que la Sagesse luy a fait pré
voir. Les Dieux qui luy ont
promis leur assistance, luy
donnent leur secours. Sur
le devant, Neptune dans un
Char traîné par des Chevaux
marins, & suivy de Tritons,
présente son Trident au Roy
qui est debout,& qui avance
la main pour recevoir le Sce
ptre du liquide Empire.
Mars dans son Char for
tant d'une Tranchée, luy a
mene des Troupes dont les
Chefs baissent la Pique
, en
s'inclinant devant leur Gé
néral
Vulcain
Vulcain offredes Armes
portées par des Forgerons,
lx. c'est Mercure qui présen
te le Bouclier, parce que l'A
dresse & l'Eloquence four
nissent les raisons dont les
Roys font leurs premières
Armes. Aux pieds du Prin
ce on voit des Vases pleins
de richesses, que Pluton qui
estau haut du Tableau, luy
vient de donner. La Terrasse
estcouverte d'Instrumens &:
de Machines de guerre. Sur
desNuages au dessus duRoy,
Minerve soûtient un Casque
d'or qu'elle luy va mettre sur
la teste. dont le sens allégori
riqueest, que la Sagesse sor
tisse l'entendement, & em
pesche qu'il ne se corrompe. ;
La Prévoyance à costé de
Minerve , montre de son
Compas le Livre qu'elle
tient
, pour faire enten
dre qn'il a tout préveu
, &
mis ordreàtout. Cerésvient
offrir ses riches Moissons.
Son Char traîné par des Dra
gons est plus loin,& l'Abon
dance la suit.Del'autre costé
Apollon, A
semble y donner
a II bastit avec Neptnne les AlMrs de
Troye.
1
1
les ordres, & prendre le soin
des Bastions qu'on élève.
Dansl'éloignement on dé
couvre un Arsenal
construit avec diligence des
,oùl'on
Vaisseaux & des Galéres. La
Vigilance, comme l'âme de
cette action ,
est dans dans
le milieu
, &laplus élevéedu
Tableau.
Voila de quels moyens le
Roy s'estservy pour faire
reüssir les desseins qu'il avoit
méditez,& qu'il proposeà les
~«
Genéraux. Dans le Tableau
suivant , il y est debout
a Au drJtM des Miroirs entre le grand
T-abkau (5 les Campagnes deHollande.
appuyé sur un Bâton deCom
mandement.Monsieur,Mon
sieur le Prince,MrleVicomte
de Turenne, l'accopagnent.
Minerve déploye une Carte
des Pays-Bas, qu'un Amour
couronné de Laurier, repré
sentant l'amour de la gloire,
tient devant eux. Vésel, Bu
rich, Orfoy & Rhimberg,s'y
voyent en Lettres d'or
, &
d'un plus grand caradere,
parce que ce sont les Villes
que le Roy veut attaqueren
mesme temps , & qu'il or
donne aux Princes d'aller as
siéger
; &pour faire conce,
voir qu'il n'avoit encore com
muniqué ce desseinà person
ne, le Secret est derriere luy,
& porte son Casque. Prés du
Secret, on remarque laVigi
lance; &
laPrévoyance est z
cofté de Minerve. La Gloire
préside à l'entreprise qu'elle
a inspirée, & le Nuage épais
qui la soûtient, fert à expri
mer le filcnce, & le secret du
Conseilau milieu d'un Camp,
que l'on découvre derriere,
& dans lequel des Cavaliers
& des Soldats s'apprestent à
suivre le Dieu des Combats,
qui paroist en l'air portant
un Ecu armoiriéde France.
'La Victoire vole déja ,
d'au
tant qu'il y eut si peu d'inter
vale entre l'entrepirise , &: le
succés
,
que l'on sçût aussi
,
tost laprise des Villes , que
leurs Sièges.
Dans laa premiere Cam
pagne de Hollande,les Ar
mées du Roy ayant passé le
Rhin
, on prit plus de qua
rante Places ; on remporta
une grandevictoire sur Mer; Î
on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez ou
blierent leur ambition er- j
a En \Cf 2.
dirent presque leur libeney
&: les secours secrets de l'Es
pagne ne leur pouvans fuffirc,
ils furent contraints d'inon
der leur Pays pour en em
pescher l'entière perte. La
seconde a ne fut pas moins
heureuse. LeRoy emporta
Mastrich en treize jours ,
(es
Troupes prirentTréves ,
te
(esArméesNavalesga
gnerent deux grandes Ba
tailles. Ces deux Campa
gnes composent le quatriè
me Tableau
, où toutes ces
Conquestes & ces Vidboire^
a 1673.
font merveilleusementrepré
[entées.
Les plus vivescouleurs
font remarquer le Roy la
Foudre à la main ,
les Che
veux & son Manteau agitez
par les vents ,
son Char rapi
dement traîné par des Che
vaux fougueux. Minerve le
guide, la Gloire l'accompa
gne) Herculele fuit, &pous
le le Char par dessus lesflots
que le Rhin soûleve. Ce
Fleuve qui depuis ce fameux
Romain quis"'assujettitl'Em
pire de l'Univers ,
n'avoit
point souffert de Vainqueur,
paroilt plein de courroux 3c
de dépit
j de n'avoirpu par la
rapidité de son cours arrester
ce Monarque, & de se voir
obscurcir par une Victoire
qui vole au dessus de luy
,
&
porte un Etendart
critTolmk
, où est é
,nom du lieuoù
ce renommé partage se
fit.
L'Efp,l.çyt-ie tient un Mas
que , pour marquer les se
cours secrets qu'elle donnoit
aux Hollandois. Elle tâche
envain d'arrester le Char,
parce qu'au lieu de se jetter
aux Guides des Chevaux,el
le ne s'attache qu'aux traits,
ce qui sert à l'entraîner elle
mesme
5
& figure la guerre
qu'elle s'attira. Le Char passe
sur les premieres Villes con
quises, représentéespar des
Femmes terrassées.
L'ambition de Il Hollan
de mord la poussiere. Ses
aîles font rompuës ,
elle ne
peut plus s'élever
, comme
Cuc ÛvOlt âCCGiltUVnÇ
j ^4 un.
Homme renversé sur le dos
parmy des Balots & des Li
vres.de Compte,signifie le
desordre de son commerce.
La Libertédes ProvincesUL J
nies assise sur un Lion qui
tient les sept Fléches
,
tâche
de se défendre. Elle a l'Epée
dune main , & presentede
l'autre son Bouclier, où se lit
cette Inscription , qui pro
mettoit tant de forces, &
qui fut suivie de tant de foi
blesse. Les Peuples paroissent
dans une si grande conster
nation ,
qu'ils viennent de
loin presenter les Clefs de
leurs Places.LesRenommées
volent de tous costez. Un
groupe deVittoires qui se ca
chent &se succedentlesunes
aux autres,tiennent desPal
mes ôc des Lauriers, & for
ment en l'air un triomphe
autour du Vainqueur. Les
plus remarquables portent
quatre Couronnes murales
pour la prisedes quatre Villes
en un mesmejour.
De l'autre costé a du Ta
bleau
,
l'Europe regarde le
Roy avec surprise. SonChe
val épouvanté se cabre. Les
Fruits& Instrumens des Arts
qui marquentla fertilité
, &
le génie de ses Peuples, sont
à ses pieds. Plusieurs Victoi
res emportent les Armoiries
des Villes conquises. Celle
a AHdejfpu des Feneftres.
deMastrichse met seule en
défense, mais Mars arrache
en passant son Bouclier,
poursignifier le peu detemps
que dura cette Place
, que
l'on croyoit imprénable.
Dans un Angle duTableau,
deux Amériquainsadmirent
ce grand spectacle. Ils ont
place ence lieu, comme té
moins des Victoires que nos
Armées Navals ont rem
,
portées dans leurs isles les
plus reculées.
L'Allemagne & l'Espagne
se repentant de ne s'estre pas
plûtostopposéesaux Armes
du Roy, se liguérent avec la
Hollande, pour arrester s'il
le pouvoit, la rapiditédes ses
conquestes. L'Espagne leva
le masque, & se déclara ou
vertement. L'Empereura
,
assembla les Princes d'Alle
gne
, mitune Armée consi
dérable sur pied
,&: le Roy
resta seul
,
comme il l'avoit
préveu ,
& mesme desiré,
pour faire voir à ces Puissan
ces qui s'estoient toujours
flatées
,
que leur union feroit
fatale à la France; qu'elle
estoitpluspuissante
, quoy
a 1674.
que feule
, qu'elles ne l'e
toient toutes ensembles.C'est
cette union dont le cinquié
me Tableau a est composé,
qui donne une admirable
idée de la crainte & de l'en
vie qui obligerent ces Puis.
fances à s'unir, pour arrester
les progrés delagloire d'un
Prince, dont elles ne purent
retarder les prospéritez.
L'obscurité regne dans le
milieu, où fousun riche Pa
villon ces mesmes Puissances
se donnent la main. La Hol
a An deffiu de la Po?te du Salon dela
Guerre, iloccupe tout
tcfpacedepuis la
C-ornxhe jiifquala Voute.
lande vétuë à la mode de ses
Habitans, & par dessus or
née d'un riche Manteau, por
te sur son visage les marques
de sa desolation & de son de
sespoir.
Pour avoir du se
cours, elle s'attache d'une
main à lEfpagne qui leve
le masque
,
& fait voir le dé
pit sur son viiage. Elle tend
la mainà la Hollande;& l'Al
lemagne aŒlèau milieu, fem
ble les unir & le joindre avec
elles. Toute son action mar
que le repentir; & l'Aigle de
l'Empirepressefortement
avec une de ses serres une des
pattes du Lion de Hollande
que l'on voit dans une po
sturesouffrante
, pour faire
connoistre que les secours
qu'on luy donnoit luy coû
toient cher.Des Furies repre
sentent la peine, le dépit,&
la jalousie
,
dont ces Puissan
ces sontagitées
Dans le bas
èc dans l'un des costez du
Tableau, les Electeurs &:les
Princes d'Allemagne s'as
semblent. Onles reconnoist
à leurs Ecus, & à leurs Eten
darts.
Un Timbaliertâche
,
d'intéresser toute l'Europe:
dans leur querelle, ôc hs>
Troupes viennent de toutes
parts., Dans l'autre costé on
forge des Armes que l'on
emporte avec précipitation..
Les Forgerons refusent d'en
livrer une partie
, pour signi
fier le retardement que le
manque d'argent apportoic
aux armemens des Ennemis.
Des Renomméesparoissent
dansleCiel.Elles augmentent
le desordre &l'éprouvate par le
récit desnouvelles Victoires
qu'elles publient de toutes
leurs forces) & dans l'Eten
dart qu'une d'elles présente,
où se lit cette Fameuse Il-i--
i
scription, queCésar&leRoy
ont
seulsméritée,Veni
rvïàirs
La Campagne de la Fran
che Comté commence les
Conquestes de Flandre. Le
Roy partit pour cette expé
dition au mois de Févrierde
l'année 1674. Jamais il n'y
eut de fin d'Hyver plus fâ
cheufe
,
& la resistance des
Ennemis fut le moindredes
obstacles que les Troupes.)
eurent à combatre.
Le Roy paroist tranquille:
au milieu d'un grand mou
vement qui est exprime A
dans le Tableau. Le Doux b
saisi de frayeur étend les bras
pour s'opposer au passage.
Mars traîne avec violence
un grand nombre de Fem
mes de tout âge. Ce sont
toutes les Villes de la Pro
vince que le Roy dompta
comme en passant. On les
reconnoift à leurs Ecus char
gez de leurs Armoiries. La
Franche Comté est abattuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le desespoir qui luy
a Entre le çrrartdTableau & les Cam"
pAonesdeFlandre au de(fui des Miroirs'- b PrincpalFleuvedela Province.
fait arracher les cheveux, on
ne laisse pas de remarquer la
beauté de son visage. Son.
habit est à la maniere de ses
Habitans.Toutes les passions
quiagissent sur l'esprit des
Vaincus
, sont merveilleuse
mentexprimées dans l'action
de ces Captives, oùla crain
te, l'espérance, & le dépit, se
remarquent en je ne sçay
combien de maniérés difé
rentes.
Sur la pente d'un
Rocher, Minerve présente sa
Pique,se couvre de son Bou.
clier. Hercule leve sa Massue
pour chasser l'Aigle , & le
Lion en fureur, quitâche
de défendre le sommes. Les
Signes des, trois mois que
dura cetee conqueste
, se
voyent parmy les Frimats, la.
Greste, la Neige ,
&laPluye
que l'Hyver jette à plei
nes mains en se retirant, &
que les Venrs poussent
avecimpétuosité
,mais toiis.
les obstacles de la saison
, ny
la resistance des Ennemis,,
ne peuvent rerarder la Force
conduire' par fa- Sagessequi
paroissént au haut du Ro
cher
, <%
ayant précipité uiïa
awC-estBesançon..
partie des- Soldats qui le dé
sendoient. L'Aigle cric de
dessus l Arbre où il est perché
au coin du Tableau De l'au
ne costé)les Troupes fuventv
& donnent une idée du trou
ble & de l'épouvante que
les Armes du Roy avoient
portée dans cette Province.
La Victoire attache des Bou
cliers des Places conquises à
un grand Palmier
, &pose
deux Couronnes sur le Tro
phée
, pour marquer que
c'est pour la seconde fois qu'
elles sont domptées; &
la Re
nommée embouche deux
Trompettes pour aller pu
blier cette double conquerte.
La Gloire paroist dans le Ciel;
son éclat rejallit sur le Heros,
&l'oppositiondecette lumie
re à l'obscurité des Frimats,
rend cét Ouvrage un des plus
brillants qui,sevoyent.
La Campagne de1675.fut
celebre par la prise de Cam
bray, deValenciennes
, de
SaintOrner,& par la Batail
le de Mont-Cassel. En 1676.
le Roy formaplusieurs Corps
d'Armées en Flandre
, insulta
quasi toutes les Places
, en
leva Gand par une conduite"
c,
fij
si admirable, que le Gouver
neur des Pays-Bas n'eut pas
L
plûtost les nouvelles du Sie- •
je que de la prise de la Vil
e. ».
le, Voila la matiere du Ta-,
bleau qui fait cimetrie aux
Campagnes de Hollande.
Au milieu du Ciel , le Roy
porte sur l'Aigle de Jupiter,
ance la foudre.Un gros nua
re d'où partent des tourbil
ons deNuées, des Tonner
cs & des Eclairs) quiinfpi
ent la frayeur aux Villes que
Ion voit dans la crainte
, font
'image des diférens Corps
d'Armées qui les investirent.
i
Le Secret & la Vigilance ac
compagnent ce Monarque, j
les Renommées le devan
cent,* la Gloire tient sur [a. !
teste la Couronne d'immor- 1
talité. Il ne regarde point les 1
Villes effrayées, & tient sa <
veüe attachée sur Mars qui
abatl'Hydre ,
& force
l'Envie à se cacher dans un
coin du Tableau
, parce qu'
en domptant toutes ces
Places, le Roy ne songeoit
qu'à vaincre l'opiniastreté de
ses Ennemis
, &ne se ren
doit redoutable que pour les
à
contraindre
a recevoir la
Paix qu'il leur veuloit don
ner. A l'autre coin Ypre est
tremblante. Elle écoute &
regarde avec frayeur la Ter
reur qui la menace , & dans
le milieu Minerve qui a déjà
enlevél'Etendart de la Ville
de Gand ,
luy arracheencore
les Clefs qu'elle tâche inuti
lement de retenir; cette Vil
le paroist dans une vive dou
leur. Une grande Jeunesse
& une extrême Beauté re
présentent bien ce Tître de
Pucelle que les Flamans luy
ont donné,avcc un Parc qui
l'environne, &unLion cou
ronné pour la garde. Il sem
ble qu'elle ait glisse de dessus
les genoux de la Flandre, sur
le sein de laquelle elle lre
croyoit en seureté. Cette
Province porte le Torquet
& la Mante noire comme
ses Peuples, & danssasurprise
elle étend les bras aux pieds
, sans scayoir àquoy
duLion
se resoudre. Valenciennes est
renversée sur un de ses Ca
nons qui la fait tomber, par
ce qu'on s'en servit pour s'en
rendre maistre.Cambray
est enchaînée à un Char ar
morie de France
, & charge
des dépouilles de cette Cam
pagne.
j
tk®
A l'autre cofté du Ta
bleau, la Politique, le Con
seil, & la Prévoyance d'Efpa
gne, paroissent déconcertées.
Au milieu le Conleil est ob
fcurcy d'un nuage qui le
couvre y & qui l'empesche
de penetrer dans les desseins
du Kov
; & pour marquer
son aveuglement
, on luy a
mislamain sur les yeux.
La Prévoyance trouve son
Compas court, & une de (es
branches rompuë. Elle tire
en vain la Politique par sa
robe
,elle ne la peutsecourir
ny en estre secouruë
,
la for
ce luy manque
, le Sceptre
luy tombe des mains
,& le
Lion quelle excice, recule,&:
1
ne veut point avancer. La
Ruse representée par le Ty
gre qui s'enfuir, luy devient
aussi inutile.L'Aigle crie
, il
fait ployer fous luy les co
lombes d'Hercule où l'on a
attaché l'Inscription, Plus ott
t;:e, que prit autrefois Char
les- Quint.
Les Troupes
fPyent; & leConsèil, la Pré
yoyance
,&la Politique, re-.
sfent sans recours, & hors
d'étatd'aOgir dans la fraveur
que leur cause
le bruit d'un
événement si extraordinaire,
ôc si peu attendu, qu'une
Renommée qui vole au def
fus de leur cette semble leur
annoncer.- La Paix de Hollande finit
la Galerie. C'clt la desunion
des trois Puissances que l'on
voit se lierenfemble dans le
Tableau qui luy est opposé.
L'Allemagne paroist tombée
sur'des marches de Marbre
aAudeJfn4de la Porte du Salon de la
>
Paix.
fous un grand Pavillon atta
chéàlavoûte. Les nuées qui
luy servoient deTrône/eper
de nt,&se dissipent. Ellere
garde la Paix avec étonne
ment, & paroist surprise de
la foudre, qui semble gron
der sur sa cette. Son Aigle en
est étonne, il tire la Hollan
de par sa robe pour tâcher de
la retenir. L'Etpagne tourne
la teste du oofté de l'Eclair
elle étend la main pour en
garantir son Lion qui en est
renversé sur le dos.* Les
Troupes en font épouvan
tées,& fuyenr. LesForgerons
emportent leurs Marteaux,
;
& laissent des Armes qui re
stent inutiles. Mercure en
l'air semble dissiper un nua
ge épais, qui empefehoit la
Hollande de recevoirla Paix,
dont illuy apportc pour si
gne une branche d'Olivier.
CetteDéesse viét du Ciel pour
se donner à elle.On larecon
t
noist à son airgracieux
,aux
[Caducées qu'elle tient,à la
Corne d'abondance
, à (a
Couronne d'Olivier, &aux
Enfans qui l'accompagnent,
& qui jettent des fleurs pour
marquer les douceurs qui la
L
Clivent partout. LaHollan
de s'élance,&tend les bras
pour larecevoir. Elle fendes
besoins qu'elle en a ;
Ton
Lion ne peut plus la {bûte
nir , & ployé fous Tes ge
noüils, ce quiluy faitmépri
fer les conseils de ses Voi
jfïns, ôclavanité d'unPrince,
représentéé par une Femme
accompagnée d'un Paon,
;
qui pour se laffujettir tâche
de la détourner de la Paix en ;
.la tirant par le bras
, &luy
montrantdes Troupes &des
Vaisseaux qu'elle amene à
<
son(ecours, mais elle ne veut.
plus de guerre, & ne s'appli
que qu'à recevoir la Paix.
Voila l'explication de la
Galerie. Elle a 40toises de'
long
, & 36
piedsdelarge.
Tour y est finy
& dans le
nombre prodigieux des Fi--
gures qui la composent, on
n'en remarque pas une qui
ne soit terminée avec le mes
me foin que si elle devoir
estre seule, & qui ne fasse
son effet.
Il est étonnantqueMr le
Brun ait pû en quatre an
nées l'achever, ayant voulu
Peindre le
tout luymesme,
&nesestant confié à.per
sonne , pour se faire soula-,
ger dans une si grande en
treprise,qu'il a heureufcment
terminée à la fitisfa&ion du
Roy, qui par des louanges
publiques & particulières a
témoigne qu'il n'avoit jamais
rien vû de si beau
; &toute
la Cour instruite des foins &
du tempsque demandent les
grandsOuvrages,& charmée
;
de celuy-cy, dit hautement
que Mr
le Brun méritoit plus
que pèrsonne du monde,de
travailler pour Sa Majefté3
& qu'il cull salu à tous au..
es plus de temps pour pen
r de si grandes choies, qu'il
luy en avoir fallu pour les
cecuter.
ne puis mieux répondre
à ce que vous attendez du
premier Article de ma Letrre
sur les choses qui regardentla
gloire du Roy,qu'en vous envoyant
une Description de la
Galerie deVersailles,quim'est
tombée depuis peu de jours
entre lesmains,&que MrLorne
Peintre a faite avec une entiere
exattitude. Elle est belle,
succincte, fort intelligible, &
comprend toute la vie de nôtre
auguste Monarque, depuis
qu'ila commencé à gouverner
par luy-mesme. Vous
me l'aviez demadée il y a déjà
long temps de la part de vos « Amis,& jevoy par toutes les
Lettres que je reçois, qu'elle
est extrêmement souhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainsi,
Madame, comme vous foufrez
que celles que je vous
adresse devinent publiques,
en vous faisant part de cette
Description, je puis dire que
je satisfais à la curiosité de
toute l'Europe.
EXPLICATION
DELAGALERIE
DEVERSAILLES. r.
LAllégorie estla maniere
1
la plus ancienned'expri
mer les pensées par des cara
toute l'Europe. 'Dln>171
,
cteres. Les lettres n'ont esté
en usage que logtemps après
que les Egyptiens eurent, par
des figures, laissé à la Posté
rité les Mistéres de leur Re
ligion
,& les Loix de leur
Etat. Les Poëtes depuis, sous
des sens allégoriques, dans
les Métamorphoses, & dans
les Fables
,nousont donné
les plus beaux préceptes, &
les leçons les plus utiles de la
Philosophie. Les ornemens
de ce fameuxTemple,a dont
Dieu luy-mesme donna le
dessein au plus sage des Mo
narques, estoientmistérieux
;
mais cette science a esté en
usage de tout temps, princi
palement parmy les Peintres
A Temple de Salomon
&les Sculpteurs, quin'ont
point d'autre langage pour se
faireentendre dans leurs ou
vrages. Jupiter est la Puis
sance
; Junon, l'Autorité
.,
;
Mars, la Valeur; Hercule, la
Force.. Une belle Femme
qui rient un Sceptre & une
Couronne d'Etoiles,estla
Gloire. Une autre avec des
aîles, qui tient un Sable &
un Eperon, accompagnée
:
r
d'un Coq, est la Vigilance.
Pour la Prévoyance
,ils font
¥
*
une Femme avec un Compas
& un Livre. La figurede la
Renommée est assez con
nuë. Ils expriment le Secret
par un jeune Homme tenant
un Cachet sur sa bouche, &
ayant ses cheveux attachez
à un Bandeau d'or, qui soû
tient une Sphinx. LaVictoire
estcouronnée de Laurier;
elle a des aîles, & porte un
Trophée. La Peur tient un
Lièvre.L'Envie est entourée
de Serpens. La Terreur em
bouche une Trompette, &
menace avec des Fouëts; sa
coëfure est une teste de Dra
gon en forme de Chimere.
L'Abondance tient la Corne
d'Amalthée,&la Tranquilité
couronnée de Fleurs, a dans
lamain une Grenade. Ils ont
encore quantité d'autres fi
gures,qu'il seroit inutile de
décrireicy, n'estant point ou
peu représèntées dans la Ga
lerie de Versailles, où Mrle
Brun a peint l'Histoire du
Roy,depuis la Paix des Py
renées jusqu'à celle de Ni
mégue.Pourexprimer les,
mégue. Pour exprimer les
diférens mouvemens qui ont
fait agir. ce Prince, & les En
nemis qui le font opposez à.
ses desseins, il ne s'est servy
que des Divinitez qui nous
sontles plus connues, & qu'il
a accompagnéesde toutes
les marques propres à les
distinguer. Les Royaumes,
comme les Provinces & les
Villes, sontreprésentez par
desFemmes vêtues à la mode
de leurs Peuples, & ayant
leurs Armoiries auprès d'el
les. Les Fleuves sous la fi
gure de vieux Hommes cou
ronnez de Roseaux, sont re
marquables par des Urnes,
d'où sort l'eau de leur source.
Enfin il a pris un si grand
soin de marquer tout cequi
peut rendre ses pensées intel
ligibles, que pour peu que
l'on sçache les Poëtes,on ex
plique sans peine les tujets*
& l'Allégorie. loin de les ob
fcurcir,les éclaircir & les en
richir, estanttraitée avec tout
l'art & toute la delicatesse
necessaire, pour faire com
prendre une infinité de cir
constances tres-importantes
au sujet,qu'il eust esté im
5
possible de faire concevoir,
sans ce moyen dont il s'est:
ingénieusement servy pour
les marquer.
L'Histoire commence par
un des Tableaux a qui estau
aJ!a^.opieds Je Ion?.
milieu de la Galerie, où le
Roy dans la fleur dela jeu
nesse, envisageant la Gloire,
prend après son Mariage le
Gouvernement de l'Etat, &
quitant pour la mériter les
heureux
plaisirs d'un Regne paisible,
médite de rendre ses Sujets
,
& d'humilier ses
Ennemis.
Dans douze Ovales,
voit le commencement de
a on
ses glorieuxdesseins exécuté.j
On y remarque l'ordre qu'il'
met dans les Finances; le
foin qu'il prend de faire ren
a.Ils ont 8 pieds de haut.
dre la Justice
; le rétablisse.
ment du commerce
,l'insti
tution des Académies, le se
cours qu'il donne à l'Empire
:ontre les Turcs; les Trou
pes qu'il envoyé en Hollande
contre l'Evesque de Munster;
la satisfaction que luy faitl'Es
pagne pour l'insulte que son
Ambassadeur avoit faire au
nôtre en laVille deLondres,la
Pyramide élevée dans Rome
pour réparation de la violence
faire par les Corses à nostre
tiaiiceavec
les Treize Cantons; l'arrivée
des Ambassadeurs des Na
i
tions les plus reculées ;
k
jondtiondes deux Mers &
des.
la construction des Invali
]
octogones,à feintsdeLapis
à
Dans les six Bas reliefs
fondd'or, onapeint laGuerre
de Flandre, pour les droits-1
de la Reyne ;
la Paix d'Aix
la Chapelle, qui finit cette
Guerre; la défentedesDuels
la distribution desBleds pen
dant la Famine la seûreté &:
la Police du dedans de la
Ville de Paris; &: l'acquisi
tion deDunquerque.
a Depareilleme/hre;
Laderniere Guerre est le
sujet des huit plus grands
Tableaux.
Dans l'un a on voit le Roy
méditer sur toutes les diffi
cultez qui se pourroient ren
contrer dans la Guerre qu'il
veut entreprendre contre les
Hollandois.
;5-j
Les Provisions qu'il fait
pour surmonter tous les ac
cidens qu'il a préveus com
posent
b
le second.
Dans
le troisiéme,ilpro
pose à ses Généraux le def.
sein qu'il à formé& de quelle
,3.4 2.0pieds. b lia15 pieds.c 55pieds..
maniéré il prétend l'exécu
ter.
Le quatrième a représente
lesCampagnes de Hollande.
Dans le cinquième b on
voit l'Empire & l'Espagne
s'unir avec la Hollande con
tre le Roy.
Le sixiéme c
fait voir la
Conqueste de la Franche
Comté.
Le septiéme donne une
idée de la Prisè de Gand
, &
des Campagnes de Flandre.
Et le huitième e
forme
a 35
pieds,b55pie.lsJœrgeHr10. c 25p.
d 3$p. e 55p.delargesurvingt.
l'image de la desunion des
trois Puissances par la Paix
de Hollande.
Tous ces Tableaux font
enfermez dans de riches
Compartimens, &: les Ovales
font accompagnez de Ther
mes peints couleur de bron
ze, rechaussez d'or, qui por
tent des Corniches, avec des
Frontons feints de marbre,
sur chacun desquels sont
deux Enfans de coloris, qui,
se joüent à des Festons de
Fleurs sortans d'une Cor
beille
, posée sur un Masque
coloré, qui est au milieu de
chaque Fronton. Deriches
Tapis de velours, où l'onvoit
les amusemens de l'Enfance
de ce Prince, decorenrl'es
pape d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux.,sur des
Cartouches deSculpture,
l'on a écrit des Inscriptions
sur chaque sujet.
Des Victoires semblent
retrousser le Tapis, en inten
tion d'y mettre 4 la place
d'autres Tapisseries d'Actions
plus sérieuses, & plus impor
tantes..
Voila engrosla distribu- j
tion& l'ordonnancede la j
Galerie
;mais comme l'Hit
toire y est traitée avectoutes
ses circonstances, ilfaut par
ticulariser un peu plus de
choses, pour tâcherde faire
mieux comprendre l'allégo
rie des Figures qui entrent
dans cegrand Ouvrage. Le
premierdesSujets est dans
leplusgrand des Tableaux,à
où l'on voit au milieu le Roy
dans la fleur de la jeunesse.
Son Habit est à la Romaine,
avec un Manteau Royal qui
couvre une partiedu Trône,
a-dumilieu de la Voutedont il tient
toute lalaraeitr.
Ó
'JL*
î
*'
f
sur lequel il est assis. Il tie
un Gouvernail,pour marq
qu'il commence à gouveri
son Etat; 8c les trois Grad
qui le couronnent, représent
tent celles que l'on voit bi
ler dans toute sa persons
L'Amour leur donne c
Fleurs; & la Tranquilité
reposant au bas du Trôr
marque celle que ce Prin
vient de donner à son Et
Des Enfans figurant les G
nies des Divertissemens, s'e
cupent à toutes forces de pl
fil s & de jeux au bas& da
l'un des costez duTableau.
Al'autre costé, la France
assise tous un Pavillon de
brocard d'or, tient unFaif
ceau Romain. Elle étouffe
la Discorde fous son Bou
clier. L'Hymen
àcostéd'elle,
porte la Corne d'abondance,,
&son Flambeau dont elle est
éclairée, parce que le Ma
riageduRoy estoit. la princi
:pale cause de son bonheur.
LaSeine, a couronnée de
s
marquent
Raisins, s'appuye sur forp.
Urne,d'oùsortentavec l'eau
des Fleurs & des Fruits, quii
sa source, & l'a
aRivieredont IdfourceeftenBourgognerr
bondance que son cours
porte dans laCapitale dui
Royaume.
i
A costé, &un peuaudes
sus du Roy, Minerve assise
sur unNuage,-luyprélente
j
d'une mainsonBouclier,al
luy montrant de lautre la
Gloire preste à le. couronner..
Mars en
quercecette Déesse qui l'at
l'air luy fait remat
tend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déesseluy
présente la Couronne d'im
mortalité.LaVictoire & la
'-i
Renommée l'accopagnent;;
Le Temps leve un bout du
Pavillon sous lequel est le
Roy, pour marquerqu'il a
fait connoistre lesvertushe
roïques de ce Prince, auquel
|
il fait voir par le Sable
a qu'il
luy présente., que l'heure est
venued'entreprendre i
les
grandes Actions qu'il a mé
ditées, & de profiter des mo
mens qu'ilfaitcouler en sa
faveur. Les Dieux paroissent
dans le Ciel, luy offrant leur
assistance Pluton, sesriches
sesVulcain, sesarmesCe
1.
rés & Bacchus, des vivres
pourses Armées.
;Apollon
a. Horlogedu Temps.
précédé de l'Etoile de Vénus,
vient du plus haut des nues
pouréclairer ses grandes Ac
tions& Diane paroist pour
le guider dans les ombres de
laNuit. Jupiter offre son Fou
dre. Mercure traverse les airs
*
pour allerfaire connoistre ce
Prince à toute la Terre. Ju
non,Protectrice delaVanité,
se tourne de l'autre costé du,
ceintre ou regardant favo
rablement l'Allemagne, elle,
luy envoye une Niiée.,aaub
luy servant de Trône, mar
que la vaine supériorité quL
a fable riIxion.
elle prétend iur les autres
Royaumes. La Couronne
Impériale, & l'Aigle, la font
reconnoistre. Son attitude
estfiere, son habillement
pompeux. Elle tient le Bâton
decommandement
; &l'Es
pagne à costé, & un peu plus
bas, sembleobserver les mou
vemens. Elle s'appuye sur son
Lion, qui devore un Roy des
Indes renversé sur desTrésors
épars. Son ambition est re
présentée par une Femme
avec des aîles, qui a la teste
& les bras chargez de Cou
ronnes. Elle embrase d'un
Flambeau qu'elle tient dela
>
main droite, les Palais des
malheureux Princes qu'elle a
dépoüillez, &-, arrache de
l'autre la Couronne de l'un
de ces Infortunez, accablé
fous le Trône qu'elle a ren
versé. La Hollande à la gau
che de l'Allemagne,&plus
basencore que l'Espagne,est
assise surunLion quitientles
sept Fleches que les Provin
ces Unies ont prises pour
marque de leurconfédera
rion. Elle a le Trident à k
main, & tientThétis enchaî
née,prétendantavoir l'Em
pire
pire de la Mer par son Com
merce. Onvoit auprès d'elle
des Balots de Marchandises,
& des Vaisseaux prests à par
tir pour le Voyage de long
cours.
Ces trois Puissances pa
roissent avec toutes les mar
ques d'ambition & de fierté,
quipouvoient exciter le Roy
à vanger la France des inju
res qu'elle avoit souffertes
pendant sa Minorité, & la
leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
fous les Regnes précedens.
Pour remédier aux abus
qui lecommettoient dans les
Finances, le Roy suprima la
Charge de SurIntendant, &
s'en réserva le foin, pour estre
Luy-mesme l'Oeconome &
le Dispensateur de ses Tré
sors; ce qui le voit dans le
premier
ades quatre Ovales
qui entourent
le Tableau que
nous venons de décrire. La
France estaux pieds du Prin-*
ce, entre les mains duquel
elle a remis le Gouvernail.
La Fidélité a son Chien pres
d'elle. Elle tient une Clef
d'or, parce que cemétal in
£ DHCefiédesMiroirs.
corruptible marque que rien
ne la peut corrompre. Elle
accompagne Minerve,
chasse,l'Epée à la main
qui
o'
, des
Harpies, qui laissent tomber
en fuyant une partie de l'ar
gent qu'elles emportent; ce
qui signifie les comptes que
l'on fit rendre à ceux qui a
voient pillé les Finances dont
ils avoient eu le manîment.
Dans lesecond , aonre
connoist l'institution des A
cadémies.LeRoy estaccom
pagné de Minerve, qui tient
un Plan de l'Obesrvatoire.
a DHcofté des Fenefires.
L'Académie Françoise po
un Caducée
aà la main. E
est à la telle de ses Comp
gnes, pour lesquelles elle
~r
mercie le Prince de l'ho
neur de sa protection.
Pour rétablir le Commerc
que les Guerres avoienc ~bar
ny duRoyaume, Sa ~Majesté
établit deux Compagnies
pour les Indes Orientalesà
Occidentales, dona la ~chass
aux Pyrates, rendit la ~Me
libre pour tous sesSujets au
voudroientcommercer.~C'es
a Symboledel'Elquencc.
jb £«1664.
le troisiéme a Ovale, où le
Roy tient un Trident. Des
Corsaires sont enchaînezà
ses pieds; un Matelot porce
des Balors sur le Port qui pa
roist couvert de Vaisseaux;
& l'Abondance que l'on y
voit, exprime l' unticcdu
Commerce.
Le quatriéme b estl'image
de l'ordre remis dans la Jus
tice. Elle est pres du Roy,
qui donne le Code aux Ma
gistrats. La Chicane ,
sous
l'ap*parence d'une Femme
a Sfude/fus des Miroirs.
b Du cgjléduFenestres.
maigre & décharnée
, dont
le corps fè termine en viz sans
fin, pour signifier ses diférens
velles.
décours, est terrassée fous les
pieds du Prince, qui la vient
d'éroufcr par des Loix nou
Dans l'un des Basreliefs,a
la justice présente son Epée
an Roy.LaRenomméevole,
& publie un Manifeste qui
contient les raisons qui atti
rèrent la Guerre en Flandre
pour les droits de la Reyne,
que l'Espagne refusoit.
a îbfont£az.urafortesd\r, alaClef
dht Vo.-.'ît,ancoftéditTablc.1Hditmil:(u.
Dans l'autre
, a lEipagne
reçoit du Roy une Branche
d'Olivier,ensigne de laPaix
i;
qu'il vient de luy offrir àAix
la Chapelle, en rendant libé
ralement la Franche-Comté
qu'ilavoirconquiseenvingt
joursau milieu de l'Hyver.
Cette Provinceestàgenoux,
& entourée de Canons pour
laréjouissance dela Paix. La
Victoire couronne le Vain
queur.
)I! Les quatre Ovales b qui
a Acoftèdugrand TableaualaClefde
la Voute.
b Du coflédes Miroirs ,
prés des Cam-
fagnes deHollande.
font aux costez du Tableau
des Campagnes de Hollande,
représententdans l'un la Hol
lande quisuit;mais la France
qui vient à son secours, arra
che le Bouclier de Munster
qui la poursuivoit. Les Trou
pes du Roy sirent retirer l'E
vesque de Munster & l'o
bligerent de conclure la Paix
avec lesEtats.
Dans un autre,aune Fem
mevêtuëd'écarlate, 6c suivie
d'une Louve, signifieRome,
quivient reparer la violence
faire par les Corses à nostre
a D:.< cojîédes Fencftrcs.
Ambassadeur, & offrir pour
satisfaire à cet attentat, de
faire élever une Pyramide,
dontlaFrance,accompagnée
;
de la Force
Plan.
, luy montre le
Le troisiéme
a fait voir la
France l'Epée à la main ,
qui.
pouriuK des Turcs effrayez,
&renversez.L'Aigle de l'Em
pire chancelant, se raffermit
à l'ombre de son Epée
; ce
qui arriva à la Bataille de
S. Godart, où la valeur d'un
petit nombre de François
rassura l'Empireétonné
,&
a DUccftè-dssFcneftrcs.
contraignit une Armée for
midabled'Infidelles à faire
une Paix honteuse.
Le quatrième a nous mon
tre l'Espagne, accompagnée
de son Lion soûmis & ram
pant, parce qu'elle vient sa
tisfaire à L'insulteque son
Ambassadeur avoit faite au
nostre en laVille deLondres.
La France a prcs d'elle la
Force &
la Justice; elle re
çoit b la soûmission & la pro
testation publique faite par
l'Espagne de ne luy disputer
jamais le premier rang.
aDiscoftéde
tFenefîres. b En1661.
Dans un Basrelief, a la
:Justice sépare d'une main les
Combatans, qu'elle menace
de l'autre. Dans l'éloigne.
ment, des Archers en traî
nent un en prison, pour ex
primer avec quelle rigueur
le Roy fait observer la DCN
fente des Duels.
L'autre b fait ressouvenir
de sa bonté pendant la Fa
ine.,l1ne belle Femme avec
11'
une Flâmesur la teste, & une
Corne d'abondance fous le
a A
la Cléfde la F"o;t;e,prés les Cam
pagnesde H"
faride.
b AlaClefA? lufouts.
bras, nous designe sa pieté,
qui faitdistribuer a du Pain à
des Pauvres, qui semblent le
recevoir avec empressement.
Il Les quatre derniers Ova
les,b & les deux Bas reliefs;
font autour du Tableau des
Campagnes deFlandre. Dans
l'un des quatre Ovales, les
Ambassadeurs des Nations
les plus reculées, viennent
*
admirer la France, que les
glorieuses Actions du Roy
ont renduë redoutable jus
ques aux Lieux quivoyent
lever & coucher le Soleil.
a En1662. bAiidejfnidesFeneflres.
Dans un autre, a les Am
bassadeurs des Treize Can
tons viennent renouveler
l'Alliance avec elle.
Lajonction des Mers étant
d'une extrêmeutilité pour le
Commerce
, le Roy a fait
creuser ce fameux Canal de
Languedoc; ce qui se voit
dans le troisiéme, b où Ne
ptune qui est l'Océan, &';
Thétis la Méditerranée, se
joignent en figne de leur
communication.
Les Soldats, que les longs
a Aude(fusdes F'enejîres.
b sixdejfus des Miroirs.
services, ou les malheurs de
la Guerre, avoient rendus
inutiles, estoient contraints
de chercher dans la charité
des Peuples un soulagement
à leurs misères, l'extréme
nécessité estant presque la
feule récompense de leurs
travaux. Le Roy voulant
adoucir leur disgrace, & les
récompenser, a fait bâtir ce
fameux Hostelde Mars, où
sa magnificence les entre
tient. C'est le sujet du der
nier
a Ovale. LaPieté paroist
sur un Trône, donnant l'Or
a AudeJfusdel Miroirs.
dre de S. Lazare aux Offi
ciers, & distribuant de l'ar
gent aux Soldats. Minerve
luy présente le Plan de ce ma
gnifique Bâtiment, où ils
sont logez.
Dés que la nuit estoitve
nuë, les Voleurs se rendoient
maistres de Paris. On couroit
risque de la vie, si l'on estoit
contraint de sortir, & les
Maisons mesme n'estoient
pas un lieu de seûreté. Le
Roy, pour remédier à ces
désordres, ordonna des Com
pagnies d'Archers à pied &
à cheval dans la Ville,& sur
les grandsChemins; ce que
l'on a représentédans ce Bas
relief aoù la Justiceassise sur
sur son Tribunal, ordonne à
des Archers d'aller prendre
des Voleurs qui assassinent
les Passans au coin des Ruës.
La Seûreté reposent à l'om
bre de la Justice, tient une
Bourse ouverte.
Dans le dernier b Bas-re
lief, on a mis l'acquisition
de Dunquerque. C'estoit le
seul Port qui restoit aux E--
trangers sur nos Costes, &le
a AUClefdelaVm
te.
b A La Clefdl LA Voute.
refuse de tous lesCorfau'es.
Le Roy voyantà regret cette
Place de son Royaume sous
une domination opposée à
l'Eglifc Romaine, n'épargna
rien pour l'obtenir. Dun
querque présente ses Clefs à
la France, qui ordonne à Il
Pieté de répandre ses riches
ses que l'A ngleterre fait ser
rer. L'Herésie se retire.
P( Le Roy lassé de l'ingrati
tude des Hollandois, porte
la Guerre dans leurs États,
L'Allemagne & l'Espagne,
étonnées de la rapidité de ses
Conquestes, s'unissent à la
Hollande pour s'opposer aux
progrès de ses armes victo
rieuses; mais cette union leur
fut si funeste, qu'elles se vi
rent obligées de demander
la Paix, & de la recevoiraux
conditions qu'il plût au
Vainqueur de leur imposer.
Cette Guerre estle sujet des
huit Tableaux qui restent à
décrire. Dans le premier,le
Roy animé par sa, valeur à
une Conqueste juste, déli
bérant en luymesme s'il la
commencera ,
écoute sasa
•
gesse,poursurmonter par ses
conseils lesobstacles qu'elle
à
luy fait remarquer dans son
entreprise.
Il paroist
acouvert duMan
teau Royal, sur un Trône
magnifique,sousunPavillon
bleu semé de Fleurs de Lys,
attaché par des Cordons
d'or à des Colomnes d'un
superbe Ordre Ionique. La
Victoire &laRenommée l'at
tendent sur des nuages aux
costez d'un Chartraîné par
deux Chevaux dont l'adhcn
marque l'impatience. Mars
l'invited'y monter, en luy
a Audefus Feneftres.entre Jearanct}
Tablcatt & les Campagnes de Hollande,
faisant voir l'éclat de la Vic
toire
, dont le Char paroist
tout resplendissant, & l'ex
cite à une nouvelle Con
queste , par la veüe de ses
premiers Trophées a qu'il
luy montre; la Justice der
riere le Prince
, semble in
spirer un dessein si noble.
Toutl'invite à marcher
;mais.
Minerveassise au bas du Trô
ne, luy fait remarquer les
horreurs de la Guerre, qu'elle
a tissües dans une Tap1ÍTene,_.
où la Canicule en feu se voiH
a Ce font des Boucliers, oufont les noms
des Villespries en la premiere Gueye de
JFUadrts--
dansl'éloignement. Des Ma
ladesexpirans de peste & de
fièvres ardentes, sont les sui
tes de la contagion d'un air
enflâmé;L'EnvieaunAigle
en8~mé. L'Envie a un Aigle
& un Lion à les costez, pour
faire connoistre que les deux
Puissances qu'ils signifient,
devoient s'opposeraux des
feins du Roy. Un Fleuvequi
soûleve sesflots, entraînedes
Soldats, dont on ne revoit
qu'une partie du corps; ôc
l'avidité d'un Soldat man
geant de la terre & de l'her
be, marque la faim qui le
devoresur la pented'un Ro
cher glacé, fous la forme d'un
vieil Homme. L'Hyver presse.
entre ses bras unSoldat, que
l'excès du froid rend immo
bile. L'airestplein de vents
& de frimats.C'est par ces
imagesdediférens obstacles
capables de détruire ou de
retarder une entreprise,que
la Sagesselaissant agir la
Valeur, fait prévoir tous les
inconveniens qui peuvent
tromper une ardeur inconsi
dérée.
Jusques icy le Roy a paru
avec un Manteau Royal
;
mais dans les sept Tableaux
suivans il en a un de Brocard
d'or, comme les portoient
les Demy Dieux & les Hé
ros, pour montrer que les
premièresActions,toutes
justes & toutes grandes qu'
elles sont, n'aprochent point
des Prodigesquisontrepré
sentez en suite. <*nn npism
si Dans lesecond
aTableau;
ce Monarque prépare tout
pour la Guerre qu'il estprest
d'entreprendre, & fait les
provisionsnécessaires pour
remédier aux inconveniens
k
*
aAmde[Tu
1
sdes Fçnefîres, entre legrand.
Tableau & les Campagnes de Hollande
que la Sagesse luy a fait pré
voir. Les Dieux qui luy ont
promis leur assistance, luy
donnent leur secours. Sur
le devant, Neptune dans un
Char traîné par des Chevaux
marins, & suivy de Tritons,
présente son Trident au Roy
qui est debout,& qui avance
la main pour recevoir le Sce
ptre du liquide Empire.
Mars dans son Char for
tant d'une Tranchée, luy a
mene des Troupes dont les
Chefs baissent la Pique
, en
s'inclinant devant leur Gé
néral
Vulcain
Vulcain offredes Armes
portées par des Forgerons,
lx. c'est Mercure qui présen
te le Bouclier, parce que l'A
dresse & l'Eloquence four
nissent les raisons dont les
Roys font leurs premières
Armes. Aux pieds du Prin
ce on voit des Vases pleins
de richesses, que Pluton qui
estau haut du Tableau, luy
vient de donner. La Terrasse
estcouverte d'Instrumens &:
de Machines de guerre. Sur
desNuages au dessus duRoy,
Minerve soûtient un Casque
d'or qu'elle luy va mettre sur
la teste. dont le sens allégori
riqueest, que la Sagesse sor
tisse l'entendement, & em
pesche qu'il ne se corrompe. ;
La Prévoyance à costé de
Minerve , montre de son
Compas le Livre qu'elle
tient
, pour faire enten
dre qn'il a tout préveu
, &
mis ordreàtout. Cerésvient
offrir ses riches Moissons.
Son Char traîné par des Dra
gons est plus loin,& l'Abon
dance la suit.Del'autre costé
Apollon, A
semble y donner
a II bastit avec Neptnne les AlMrs de
Troye.
1
1
les ordres, & prendre le soin
des Bastions qu'on élève.
Dansl'éloignement on dé
couvre un Arsenal
construit avec diligence des
,oùl'on
Vaisseaux & des Galéres. La
Vigilance, comme l'âme de
cette action ,
est dans dans
le milieu
, &laplus élevéedu
Tableau.
Voila de quels moyens le
Roy s'estservy pour faire
reüssir les desseins qu'il avoit
méditez,& qu'il proposeà les
~«
Genéraux. Dans le Tableau
suivant , il y est debout
a Au drJtM des Miroirs entre le grand
T-abkau (5 les Campagnes deHollande.
appuyé sur un Bâton deCom
mandement.Monsieur,Mon
sieur le Prince,MrleVicomte
de Turenne, l'accopagnent.
Minerve déploye une Carte
des Pays-Bas, qu'un Amour
couronné de Laurier, repré
sentant l'amour de la gloire,
tient devant eux. Vésel, Bu
rich, Orfoy & Rhimberg,s'y
voyent en Lettres d'or
, &
d'un plus grand caradere,
parce que ce sont les Villes
que le Roy veut attaqueren
mesme temps , & qu'il or
donne aux Princes d'aller as
siéger
; &pour faire conce,
voir qu'il n'avoit encore com
muniqué ce desseinà person
ne, le Secret est derriere luy,
& porte son Casque. Prés du
Secret, on remarque laVigi
lance; &
laPrévoyance est z
cofté de Minerve. La Gloire
préside à l'entreprise qu'elle
a inspirée, & le Nuage épais
qui la soûtient, fert à expri
mer le filcnce, & le secret du
Conseilau milieu d'un Camp,
que l'on découvre derriere,
& dans lequel des Cavaliers
& des Soldats s'apprestent à
suivre le Dieu des Combats,
qui paroist en l'air portant
un Ecu armoiriéde France.
'La Victoire vole déja ,
d'au
tant qu'il y eut si peu d'inter
vale entre l'entrepirise , &: le
succés
,
que l'on sçût aussi
,
tost laprise des Villes , que
leurs Sièges.
Dans laa premiere Cam
pagne de Hollande,les Ar
mées du Roy ayant passé le
Rhin
, on prit plus de qua
rante Places ; on remporta
une grandevictoire sur Mer; Î
on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez ou
blierent leur ambition er- j
a En \Cf 2.
dirent presque leur libeney
&: les secours secrets de l'Es
pagne ne leur pouvans fuffirc,
ils furent contraints d'inon
der leur Pays pour en em
pescher l'entière perte. La
seconde a ne fut pas moins
heureuse. LeRoy emporta
Mastrich en treize jours ,
(es
Troupes prirentTréves ,
te
(esArméesNavalesga
gnerent deux grandes Ba
tailles. Ces deux Campa
gnes composent le quatriè
me Tableau
, où toutes ces
Conquestes & ces Vidboire^
a 1673.
font merveilleusementrepré
[entées.
Les plus vivescouleurs
font remarquer le Roy la
Foudre à la main ,
les Che
veux & son Manteau agitez
par les vents ,
son Char rapi
dement traîné par des Che
vaux fougueux. Minerve le
guide, la Gloire l'accompa
gne) Herculele fuit, &pous
le le Char par dessus lesflots
que le Rhin soûleve. Ce
Fleuve qui depuis ce fameux
Romain quis"'assujettitl'Em
pire de l'Univers ,
n'avoit
point souffert de Vainqueur,
paroilt plein de courroux 3c
de dépit
j de n'avoirpu par la
rapidité de son cours arrester
ce Monarque, & de se voir
obscurcir par une Victoire
qui vole au dessus de luy
,
&
porte un Etendart
critTolmk
, où est é
,nom du lieuoù
ce renommé partage se
fit.
L'Efp,l.çyt-ie tient un Mas
que , pour marquer les se
cours secrets qu'elle donnoit
aux Hollandois. Elle tâche
envain d'arrester le Char,
parce qu'au lieu de se jetter
aux Guides des Chevaux,el
le ne s'attache qu'aux traits,
ce qui sert à l'entraîner elle
mesme
5
& figure la guerre
qu'elle s'attira. Le Char passe
sur les premieres Villes con
quises, représentéespar des
Femmes terrassées.
L'ambition de Il Hollan
de mord la poussiere. Ses
aîles font rompuës ,
elle ne
peut plus s'élever
, comme
Cuc ÛvOlt âCCGiltUVnÇ
j ^4 un.
Homme renversé sur le dos
parmy des Balots & des Li
vres.de Compte,signifie le
desordre de son commerce.
La Libertédes ProvincesUL J
nies assise sur un Lion qui
tient les sept Fléches
,
tâche
de se défendre. Elle a l'Epée
dune main , & presentede
l'autre son Bouclier, où se lit
cette Inscription , qui pro
mettoit tant de forces, &
qui fut suivie de tant de foi
blesse. Les Peuples paroissent
dans une si grande conster
nation ,
qu'ils viennent de
loin presenter les Clefs de
leurs Places.LesRenommées
volent de tous costez. Un
groupe deVittoires qui se ca
chent &se succedentlesunes
aux autres,tiennent desPal
mes ôc des Lauriers, & for
ment en l'air un triomphe
autour du Vainqueur. Les
plus remarquables portent
quatre Couronnes murales
pour la prisedes quatre Villes
en un mesmejour.
De l'autre costé a du Ta
bleau
,
l'Europe regarde le
Roy avec surprise. SonChe
val épouvanté se cabre. Les
Fruits& Instrumens des Arts
qui marquentla fertilité
, &
le génie de ses Peuples, sont
à ses pieds. Plusieurs Victoi
res emportent les Armoiries
des Villes conquises. Celle
a AHdejfpu des Feneftres.
deMastrichse met seule en
défense, mais Mars arrache
en passant son Bouclier,
poursignifier le peu detemps
que dura cette Place
, que
l'on croyoit imprénable.
Dans un Angle duTableau,
deux Amériquainsadmirent
ce grand spectacle. Ils ont
place ence lieu, comme té
moins des Victoires que nos
Armées Navals ont rem
,
portées dans leurs isles les
plus reculées.
L'Allemagne & l'Espagne
se repentant de ne s'estre pas
plûtostopposéesaux Armes
du Roy, se liguérent avec la
Hollande, pour arrester s'il
le pouvoit, la rapiditédes ses
conquestes. L'Espagne leva
le masque, & se déclara ou
vertement. L'Empereura
,
assembla les Princes d'Alle
gne
, mitune Armée consi
dérable sur pied
,&: le Roy
resta seul
,
comme il l'avoit
préveu ,
& mesme desiré,
pour faire voir à ces Puissan
ces qui s'estoient toujours
flatées
,
que leur union feroit
fatale à la France; qu'elle
estoitpluspuissante
, quoy
a 1674.
que feule
, qu'elles ne l'e
toient toutes ensembles.C'est
cette union dont le cinquié
me Tableau a est composé,
qui donne une admirable
idée de la crainte & de l'en
vie qui obligerent ces Puis.
fances à s'unir, pour arrester
les progrés delagloire d'un
Prince, dont elles ne purent
retarder les prospéritez.
L'obscurité regne dans le
milieu, où fousun riche Pa
villon ces mesmes Puissances
se donnent la main. La Hol
a An deffiu de la Po?te du Salon dela
Guerre, iloccupe tout
tcfpacedepuis la
C-ornxhe jiifquala Voute.
lande vétuë à la mode de ses
Habitans, & par dessus or
née d'un riche Manteau, por
te sur son visage les marques
de sa desolation & de son de
sespoir.
Pour avoir du se
cours, elle s'attache d'une
main à lEfpagne qui leve
le masque
,
& fait voir le dé
pit sur son viiage. Elle tend
la mainà la Hollande;& l'Al
lemagne aŒlèau milieu, fem
ble les unir & le joindre avec
elles. Toute son action mar
que le repentir; & l'Aigle de
l'Empirepressefortement
avec une de ses serres une des
pattes du Lion de Hollande
que l'on voit dans une po
sturesouffrante
, pour faire
connoistre que les secours
qu'on luy donnoit luy coû
toient cher.Des Furies repre
sentent la peine, le dépit,&
la jalousie
,
dont ces Puissan
ces sontagitées
Dans le bas
èc dans l'un des costez du
Tableau, les Electeurs &:les
Princes d'Allemagne s'as
semblent. Onles reconnoist
à leurs Ecus, & à leurs Eten
darts.
Un Timbaliertâche
,
d'intéresser toute l'Europe:
dans leur querelle, ôc hs>
Troupes viennent de toutes
parts., Dans l'autre costé on
forge des Armes que l'on
emporte avec précipitation..
Les Forgerons refusent d'en
livrer une partie
, pour signi
fier le retardement que le
manque d'argent apportoic
aux armemens des Ennemis.
Des Renomméesparoissent
dansleCiel.Elles augmentent
le desordre &l'éprouvate par le
récit desnouvelles Victoires
qu'elles publient de toutes
leurs forces) & dans l'Eten
dart qu'une d'elles présente,
où se lit cette Fameuse Il-i--
i
scription, queCésar&leRoy
ont
seulsméritée,Veni
rvïàirs
La Campagne de la Fran
che Comté commence les
Conquestes de Flandre. Le
Roy partit pour cette expé
dition au mois de Févrierde
l'année 1674. Jamais il n'y
eut de fin d'Hyver plus fâ
cheufe
,
& la resistance des
Ennemis fut le moindredes
obstacles que les Troupes.)
eurent à combatre.
Le Roy paroist tranquille:
au milieu d'un grand mou
vement qui est exprime A
dans le Tableau. Le Doux b
saisi de frayeur étend les bras
pour s'opposer au passage.
Mars traîne avec violence
un grand nombre de Fem
mes de tout âge. Ce sont
toutes les Villes de la Pro
vince que le Roy dompta
comme en passant. On les
reconnoift à leurs Ecus char
gez de leurs Armoiries. La
Franche Comté est abattuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le desespoir qui luy
a Entre le çrrartdTableau & les Cam"
pAonesdeFlandre au de(fui des Miroirs'- b PrincpalFleuvedela Province.
fait arracher les cheveux, on
ne laisse pas de remarquer la
beauté de son visage. Son.
habit est à la maniere de ses
Habitans.Toutes les passions
quiagissent sur l'esprit des
Vaincus
, sont merveilleuse
mentexprimées dans l'action
de ces Captives, oùla crain
te, l'espérance, & le dépit, se
remarquent en je ne sçay
combien de maniérés difé
rentes.
Sur la pente d'un
Rocher, Minerve présente sa
Pique,se couvre de son Bou.
clier. Hercule leve sa Massue
pour chasser l'Aigle , & le
Lion en fureur, quitâche
de défendre le sommes. Les
Signes des, trois mois que
dura cetee conqueste
, se
voyent parmy les Frimats, la.
Greste, la Neige ,
&laPluye
que l'Hyver jette à plei
nes mains en se retirant, &
que les Venrs poussent
avecimpétuosité
,mais toiis.
les obstacles de la saison
, ny
la resistance des Ennemis,,
ne peuvent rerarder la Force
conduire' par fa- Sagessequi
paroissént au haut du Ro
cher
, <%
ayant précipité uiïa
awC-estBesançon..
partie des- Soldats qui le dé
sendoient. L'Aigle cric de
dessus l Arbre où il est perché
au coin du Tableau De l'au
ne costé)les Troupes fuventv
& donnent une idée du trou
ble & de l'épouvante que
les Armes du Roy avoient
portée dans cette Province.
La Victoire attache des Bou
cliers des Places conquises à
un grand Palmier
, &pose
deux Couronnes sur le Tro
phée
, pour marquer que
c'est pour la seconde fois qu'
elles sont domptées; &
la Re
nommée embouche deux
Trompettes pour aller pu
blier cette double conquerte.
La Gloire paroist dans le Ciel;
son éclat rejallit sur le Heros,
&l'oppositiondecette lumie
re à l'obscurité des Frimats,
rend cét Ouvrage un des plus
brillants qui,sevoyent.
La Campagne de1675.fut
celebre par la prise de Cam
bray, deValenciennes
, de
SaintOrner,& par la Batail
le de Mont-Cassel. En 1676.
le Roy formaplusieurs Corps
d'Armées en Flandre
, insulta
quasi toutes les Places
, en
leva Gand par une conduite"
c,
fij
si admirable, que le Gouver
neur des Pays-Bas n'eut pas
L
plûtost les nouvelles du Sie- •
je que de la prise de la Vil
e. ».
le, Voila la matiere du Ta-,
bleau qui fait cimetrie aux
Campagnes de Hollande.
Au milieu du Ciel , le Roy
porte sur l'Aigle de Jupiter,
ance la foudre.Un gros nua
re d'où partent des tourbil
ons deNuées, des Tonner
cs & des Eclairs) quiinfpi
ent la frayeur aux Villes que
Ion voit dans la crainte
, font
'image des diférens Corps
d'Armées qui les investirent.
i
Le Secret & la Vigilance ac
compagnent ce Monarque, j
les Renommées le devan
cent,* la Gloire tient sur [a. !
teste la Couronne d'immor- 1
talité. Il ne regarde point les 1
Villes effrayées, & tient sa <
veüe attachée sur Mars qui
abatl'Hydre ,
& force
l'Envie à se cacher dans un
coin du Tableau
, parce qu'
en domptant toutes ces
Places, le Roy ne songeoit
qu'à vaincre l'opiniastreté de
ses Ennemis
, &ne se ren
doit redoutable que pour les
à
contraindre
a recevoir la
Paix qu'il leur veuloit don
ner. A l'autre coin Ypre est
tremblante. Elle écoute &
regarde avec frayeur la Ter
reur qui la menace , & dans
le milieu Minerve qui a déjà
enlevél'Etendart de la Ville
de Gand ,
luy arracheencore
les Clefs qu'elle tâche inuti
lement de retenir; cette Vil
le paroist dans une vive dou
leur. Une grande Jeunesse
& une extrême Beauté re
présentent bien ce Tître de
Pucelle que les Flamans luy
ont donné,avcc un Parc qui
l'environne, &unLion cou
ronné pour la garde. Il sem
ble qu'elle ait glisse de dessus
les genoux de la Flandre, sur
le sein de laquelle elle lre
croyoit en seureté. Cette
Province porte le Torquet
& la Mante noire comme
ses Peuples, & danssasurprise
elle étend les bras aux pieds
, sans scayoir àquoy
duLion
se resoudre. Valenciennes est
renversée sur un de ses Ca
nons qui la fait tomber, par
ce qu'on s'en servit pour s'en
rendre maistre.Cambray
est enchaînée à un Char ar
morie de France
, & charge
des dépouilles de cette Cam
pagne.
j
tk®
A l'autre cofté du Ta
bleau, la Politique, le Con
seil, & la Prévoyance d'Efpa
gne, paroissent déconcertées.
Au milieu le Conleil est ob
fcurcy d'un nuage qui le
couvre y & qui l'empesche
de penetrer dans les desseins
du Kov
; & pour marquer
son aveuglement
, on luy a
mislamain sur les yeux.
La Prévoyance trouve son
Compas court, & une de (es
branches rompuë. Elle tire
en vain la Politique par sa
robe
,elle ne la peutsecourir
ny en estre secouruë
,
la for
ce luy manque
, le Sceptre
luy tombe des mains
,& le
Lion quelle excice, recule,&:
1
ne veut point avancer. La
Ruse representée par le Ty
gre qui s'enfuir, luy devient
aussi inutile.L'Aigle crie
, il
fait ployer fous luy les co
lombes d'Hercule où l'on a
attaché l'Inscription, Plus ott
t;:e, que prit autrefois Char
les- Quint.
Les Troupes
fPyent; & leConsèil, la Pré
yoyance
,&la Politique, re-.
sfent sans recours, & hors
d'étatd'aOgir dans la fraveur
que leur cause
le bruit d'un
événement si extraordinaire,
ôc si peu attendu, qu'une
Renommée qui vole au def
fus de leur cette semble leur
annoncer.- La Paix de Hollande finit
la Galerie. C'clt la desunion
des trois Puissances que l'on
voit se lierenfemble dans le
Tableau qui luy est opposé.
L'Allemagne paroist tombée
sur'des marches de Marbre
aAudeJfn4de la Porte du Salon de la
>
Paix.
fous un grand Pavillon atta
chéàlavoûte. Les nuées qui
luy servoient deTrône/eper
de nt,&se dissipent. Ellere
garde la Paix avec étonne
ment, & paroist surprise de
la foudre, qui semble gron
der sur sa cette. Son Aigle en
est étonne, il tire la Hollan
de par sa robe pour tâcher de
la retenir. L'Etpagne tourne
la teste du oofté de l'Eclair
elle étend la main pour en
garantir son Lion qui en est
renversé sur le dos.* Les
Troupes en font épouvan
tées,& fuyenr. LesForgerons
emportent leurs Marteaux,
;
& laissent des Armes qui re
stent inutiles. Mercure en
l'air semble dissiper un nua
ge épais, qui empefehoit la
Hollande de recevoirla Paix,
dont illuy apportc pour si
gne une branche d'Olivier.
CetteDéesse viét du Ciel pour
se donner à elle.On larecon
t
noist à son airgracieux
,aux
[Caducées qu'elle tient,à la
Corne d'abondance
, à (a
Couronne d'Olivier, &aux
Enfans qui l'accompagnent,
& qui jettent des fleurs pour
marquer les douceurs qui la
L
Clivent partout. LaHollan
de s'élance,&tend les bras
pour larecevoir. Elle fendes
besoins qu'elle en a ;
Ton
Lion ne peut plus la {bûte
nir , & ployé fous Tes ge
noüils, ce quiluy faitmépri
fer les conseils de ses Voi
jfïns, ôclavanité d'unPrince,
représentéé par une Femme
accompagnée d'un Paon,
;
qui pour se laffujettir tâche
de la détourner de la Paix en ;
.la tirant par le bras
, &luy
montrantdes Troupes &des
Vaisseaux qu'elle amene à
<
son(ecours, mais elle ne veut.
plus de guerre, & ne s'appli
que qu'à recevoir la Paix.
Voila l'explication de la
Galerie. Elle a 40toises de'
long
, & 36
piedsdelarge.
Tour y est finy
& dans le
nombre prodigieux des Fi--
gures qui la composent, on
n'en remarque pas une qui
ne soit terminée avec le mes
me foin que si elle devoir
estre seule, & qui ne fasse
son effet.
Il est étonnantqueMr le
Brun ait pû en quatre an
nées l'achever, ayant voulu
Peindre le
tout luymesme,
&nesestant confié à.per
sonne , pour se faire soula-,
ger dans une si grande en
treprise,qu'il a heureufcment
terminée à la fitisfa&ion du
Roy, qui par des louanges
publiques & particulières a
témoigne qu'il n'avoit jamais
rien vû de si beau
; &toute
la Cour instruite des foins &
du tempsque demandent les
grandsOuvrages,& charmée
;
de celuy-cy, dit hautement
que Mr
le Brun méritoit plus
que pèrsonne du monde,de
travailler pour Sa Majefté3
& qu'il cull salu à tous au..
es plus de temps pour pen
r de si grandes choies, qu'il
luy en avoir fallu pour les
cecuter.
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234
p. 313-314
ENIGME.
Début :
Au moment que je viens au monde, [...]
Mots clefs :
Vigne vierge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME:
AV moment queje viens aa
monde.
mMaamMeerreemmee ddeevveouiieeadl'alavviirrog-iinniittel'l,,
Etjepasse mesjours dans lajlérilité,
Tanau que ma Soeureflféconde.
En rampantjemélevéencentmille
ftçQnSi
Et quoy quejenefois que de baffe naifsancey
Avecles flu4 grandes Maijôns
Jefais une étroite alliance.
Lors queje m'yfeux attacher,
Cett toujourspour toutemavie;
Partantde chaînesje my lie,
,9u'on nesçauroit men arracher.
JefùisAgrtAble a la vÙc;
C'cBfarcetendroitquejeplais.
Je feuxencorfaire goûterlefrais,
Selon lefens que jefuis ÛtiJdüe.
Mes chevfnxflroient toujours
verds,
Sij'eJ!ois insensible aux rigueurs des
Hyvers.
Cette Sailônpetirmoy cruelle
Me lesfaittomber tlm; mais malgré
cerêvers,
Je nefaroisjamaissibelle,
J>)ue dans le temps queje lesferds*
AV moment queje viens aa
monde.
mMaamMeerreemmee ddeevveouiieeadl'alavviirrog-iinniittel'l,,
Etjepasse mesjours dans lajlérilité,
Tanau que ma Soeureflféconde.
En rampantjemélevéencentmille
ftçQnSi
Et quoy quejenefois que de baffe naifsancey
Avecles flu4 grandes Maijôns
Jefais une étroite alliance.
Lors queje m'yfeux attacher,
Cett toujourspour toutemavie;
Partantde chaînesje my lie,
,9u'on nesçauroit men arracher.
JefùisAgrtAble a la vÙc;
C'cBfarcetendroitquejeplais.
Je feuxencorfaire goûterlefrais,
Selon lefens que jefuis ÛtiJdüe.
Mes chevfnxflroient toujours
verds,
Sij'eJ!ois insensible aux rigueurs des
Hyvers.
Cette Sailônpetirmoy cruelle
Me lesfaittomber tlm; mais malgré
cerêvers,
Je nefaroisjamaissibelle,
J>)ue dans le temps queje lesferds*
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235
p. 315-316
AUTRE ENIGME.
Début :
Je suis jeunete & délicate, [...]
Mots clefs :
Cerise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
J Efuisjeunete &délicate,
Ma beauté mefait rechercher;
ht quoy que mon teintviféclate,
J'aypourtant,le coeur de rocher.
Sipour ma beauténaturelle,
J'assifteUfin du Printcmps,
C'tff qu'en cetteSaisonsibelle
le rends beaucoup de coeurs contens,
Aveccette douceur charmantt,
Et toute contraire a mon coeur,
Fait-on quelque Fcjlegalante,
le myrencontre en bonne humeur.
Sijemytrouve déguisés,
l'y vay couronner le Repas , j !
Bien loint^efirealorsJnéprij7cy
-
Demoy l'onfaitxnplus grand flU..
Ma beauté mefait rechercher;
ht quoy que mon teintviféclate,
J'aypourtant,le coeur de rocher.
Sipour ma beauténaturelle,
J'assifteUfin du Printcmps,
C'tff qu'en cetteSaisonsibelle
le rends beaucoup de coeurs contens,
Aveccette douceur charmantt,
Et toute contraire a mon coeur,
Fait-on quelque Fcjlegalante,
le myrencontre en bonne humeur.
Sijemytrouve déguisés,
l'y vay couronner le Repas , j !
Bien loint^efirealorsJnéprij7cy
-
Demoy l'onfaitxnplus grand flU..
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236
s. p.
LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
Début :
Il s'est passé dans le Catalogue des Livres nouveaux du mois [...]
Mots clefs :
Catalogue, Traité, Journal des savants, Lettres, Livres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
L s'eft paffé dans le Catalogue
des Livres nouveaux
du mois de Decembre
, trois fautes des prix
des Livres. La premiere eft au Traité
Hutorique de l'Etabliffement de l'Eglife
de Rome, que l'on a marqué que
40. fols, & il vaut so . fols , qui eft le
prix qu'il fe vend à Paris : La feconde,
le Caractere de l'Amour 3.livtes , il ne
vaut que 30. fols ; & l'Illuftre Genoife
30. fols , on ne la vendra que 20.fols ,
& je les remettray dans le prefent Catalogue.
L'on diftribuera regulierement fans
manquer le Journal des Sçavans toutes
les femaines pour 6. fols chaque Cahier.
Ceux qui voudront tous les Mercures
Galant ou une bonne partie
›
2 2
d'iceux , on leur en fera une bonne
compofition . Quand on en voudra que
une ou deux années , il eft inutile de
les demander à moins de 20. fols chaque
Volume, & 30.fols les Extraordinaires.
Ceux qui auront des Pieces pour le
Mercure , affranchiront les Ports de
Lettres . J'ay receu plufieurs Lettres
depuis deux mois , fans nem. de Ville
d'où l'on cft ; ce qui fait que je ne puis
répondre à ceux qui me font l'honneur
de m'écrire.
Outre le Catalogue que l'on voit
dans les Mercures , ordinairement l'on
vend toutes fortes de Livres dans la
mefme Boutique à un prix fort honnefte
, & l'on peut envoyer les acheter
par les Meffagers ou Voituriers , l'on
ne prendra que ce qu'il faudra.
AU LECTEUR.
L s'eft paffé dans le Catalogue
des Livres nouveaux
du mois de Decembre
, trois fautes des prix
des Livres. La premiere eft au Traité
Hutorique de l'Etabliffement de l'Eglife
de Rome, que l'on a marqué que
40. fols, & il vaut so . fols , qui eft le
prix qu'il fe vend à Paris : La feconde,
le Caractere de l'Amour 3.livtes , il ne
vaut que 30. fols ; & l'Illuftre Genoife
30. fols , on ne la vendra que 20.fols ,
& je les remettray dans le prefent Catalogue.
L'on diftribuera regulierement fans
manquer le Journal des Sçavans toutes
les femaines pour 6. fols chaque Cahier.
Ceux qui voudront tous les Mercures
Galant ou une bonne partie
›
2 2
d'iceux , on leur en fera une bonne
compofition . Quand on en voudra que
une ou deux années , il eft inutile de
les demander à moins de 20. fols chaque
Volume, & 30.fols les Extraordinaires.
Ceux qui auront des Pieces pour le
Mercure , affranchiront les Ports de
Lettres . J'ay receu plufieurs Lettres
depuis deux mois , fans nem. de Ville
d'où l'on cft ; ce qui fait que je ne puis
répondre à ceux qui me font l'honneur
de m'écrire.
Outre le Catalogue que l'on voit
dans les Mercures , ordinairement l'on
vend toutes fortes de Livres dans la
mefme Boutique à un prix fort honnefte
, & l'on peut envoyer les acheter
par les Meffagers ou Voituriers , l'on
ne prendra que ce qu'il faudra.
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Résumé : LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
Un libraire informe ses lecteurs de corrections de prix dans son catalogue de décembre. Le 'Traité Historique de l'Etablissement de l'Eglise de Rome' coûte 50 sols, 'Le Caractère de l'Amour' 30 sols, et 'L'Illustre Genoise' 20 sols. Le 'Journal des Sçavans' est distribué chaque semaine à 6 sols par cahier. Pour le 'Mercure Galant', des compositions avantageuses sont proposées, mais les volumes pour une ou deux années ne sont pas disponibles à moins de 20 sols par volume et 30 sols pour les extraordinaires. Les auteurs doivent affranchir leurs lettres pour soumettre des pièces au 'Mercure'. Le libraire a reçu des lettres sans timbre, ce qui l'empêche de répondre. Divers livres sont vendus à prix honnête et peuvent être commandés par des messagers ou voituriers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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237
s. p.
Extrait du Privilege du Roy.
Début :
Par Grace & Privilege du Roy, donné à Chaville le [...]
Mots clefs :
Privilège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Privilege du Roy.
Pehaville de 15. Jullet 1683. Signé, Par
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
le Roy en fon Confeil , UNQUIERES . Il eft ,
permis à I; D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
plufieurs Pieces , Relations, Hiftoires , Avantures
, & autres Ouvrages hiftoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & espace de dix années ,
à compter du jour que chacun desdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois Comme auffi défenfes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de
l'Expofant , ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livre ,
mefme d'en vendre feparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires
contrefaits ; ainfi que plus au long
left porté audit Privilege .
:
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé
a cedé & tranfporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en joüir fuivant l'accord fait
›
entr'eux .
Pehaville de 15. Jullet 1683. Signé, Par
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
le Roy en fon Confeil , UNQUIERES . Il eft ,
permis à I; D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
plufieurs Pieces , Relations, Hiftoires , Avantures
, & autres Ouvrages hiftoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & espace de dix années ,
à compter du jour que chacun desdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois Comme auffi défenfes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de
l'Expofant , ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livre ,
mefme d'en vendre feparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires
contrefaits ; ainfi que plus au long
left porté audit Privilege .
:
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé
a cedé & tranfporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en joüir fuivant l'accord fait
›
entr'eux .
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le document 'Privilege du Roy', daté du 15 juillet 1683, accorde à Jean Donneau de Visé, Sieur de Vizé, l'autorisation d'imprimer mensuellement le 'Mercure Galant'. Ce livre inclut diverses pièces, relations, histoires, aventures et ouvrages historiques, curieux et galants, destinés à la satisfaction du Dauphin. Le privilège est valable pour dix années à partir de la première impression de chaque volume. Le texte interdit à tout libraire, imprimeur, graveur ou autre de reproduire, graver ou vendre le livre sans consentement, sous peine d'une amende de six mille livres et de la confiscation des exemplaires contrefaits. Le privilège a été enregistré le 14 septembre 1683 par le syndic Angot. De plus, le Sieur de Vizé a cédé ses droits de privilège à Thomas Amaulry, libraire à Lyon, conformément à un accord entre eux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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238
p. 6-7
ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
Début :
Le premier des Louis estois trop debonnaire ; [...]
Mots clefs :
Louis, Coeur, Fils, Père, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
ETRENNE
DE QUATORZE LOUIS
A
LOUIS LE GRAND .
L
SONNE T.
E premier des LOVIS eftois
trop debonnaire ;
Le Second le Troifiéme , & Louis
d'Outremer ,
Ne firent rien de propre à fe faire
eftimer ;
Le Cinquième eft marqué pour n'avoir
fçû rien faire.
Louis le Gros en Fils fut plus heureux
qu'en Pere ;
Le Ieune fe croifant , vit les Chrê–
tiens armer
,
GALAN T.
Lion par fon grand coeur fe fit ainfe
nommers
Et fon Fils Saint Louis à Dieu feul
voulut plaire.
On ne vit que quatre ans regner
Louis Hutin ;
Louis Onziémefut, & trop , & trop
peu fin ;
Et le Pere du Peuple eut unfort plus
angufte.
Ces douze effaisfinis, du Héros qu'on
attend
L'heure arrive ; & le Ciel , apres
Louis le Iufte ,
Acheva le Chef - d'oeuvre , & fit
LOUIS LE GRAND .
DE QUATORZE LOUIS
A
LOUIS LE GRAND .
L
SONNE T.
E premier des LOVIS eftois
trop debonnaire ;
Le Second le Troifiéme , & Louis
d'Outremer ,
Ne firent rien de propre à fe faire
eftimer ;
Le Cinquième eft marqué pour n'avoir
fçû rien faire.
Louis le Gros en Fils fut plus heureux
qu'en Pere ;
Le Ieune fe croifant , vit les Chrê–
tiens armer
,
GALAN T.
Lion par fon grand coeur fe fit ainfe
nommers
Et fon Fils Saint Louis à Dieu feul
voulut plaire.
On ne vit que quatre ans regner
Louis Hutin ;
Louis Onziémefut, & trop , & trop
peu fin ;
Et le Pere du Peuple eut unfort plus
angufte.
Ces douze effaisfinis, du Héros qu'on
attend
L'heure arrive ; & le Ciel , apres
Louis le Iufte ,
Acheva le Chef - d'oeuvre , & fit
LOUIS LE GRAND .
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Résumé : ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
Le poème énumère les rois de France nommés Louis. Louis Ier est trop bon. Louis II, III, IV et d'Outremer n'ont rien accompli. Louis V est inactif. Louis VI est plus chanceux en tant que fils. Louis IX participe à la croisade. Philippe Auguste, le Lion, est courageux. Son fils, Saint Louis, est dévot. Louis X règne quatre ans. Louis XI est rusé mais peu fin. Henri IV a une fin tragique. Le texte attend Louis XIV, le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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239
p. 7-8
Madrigal sur le mesme sujet, [titre d'après la table]
Début :
Ce Madrigal estoit joint à ce Sonnet. / Grand LOUIS, ma Muse en ce jour [...]
Mots clefs :
Louis, Muse, Poète, Présent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Madrigal sur le mesme sujet, [titre d'après la table]
Ce Madrigal eftoit joint à ce
Sonnet.
GRA
Rand LOUIS , ma Mufe
en ce jour
A 4
8
MERCURE
Te fait une Royale Etrenne ,
Et de l'air d'une Souveraine
Elle vient tefaire fa cour.
Quelque Poëte plus habile
Chantera tes Faits inouïs ;
Pour moy , ce que je fais eft affez
difficile ,
C'est un Préfent de quatorze Louis;
Selon mes faculte l'offre paroift
civile.
Tout le monde en convient , le der
nier eft fans prixs
Des autres je me tais , de peur d'eftre
Surpris;
Mais la Rime voudroit qu'ils en valuffent
mille.
Sonnet.
GRA
Rand LOUIS , ma Mufe
en ce jour
A 4
8
MERCURE
Te fait une Royale Etrenne ,
Et de l'air d'une Souveraine
Elle vient tefaire fa cour.
Quelque Poëte plus habile
Chantera tes Faits inouïs ;
Pour moy , ce que je fais eft affez
difficile ,
C'est un Préfent de quatorze Louis;
Selon mes faculte l'offre paroift
civile.
Tout le monde en convient , le der
nier eft fans prixs
Des autres je me tais , de peur d'eftre
Surpris;
Mais la Rime voudroit qu'ils en valuffent
mille.
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Résumé : Madrigal sur le mesme sujet, [titre d'après la table]
Le texte présente un madrigal et un sonnet dédiés à Louis XIV. Le madrigal décrit une 'Royale Etrenne' offerte à Mercure, symbolisant la générosité royale. Le sonnet exprime l'humilité de l'auteur face aux exploits du roi. L'auteur offre quatorze louis, soulignant que cette offrande est modeste et civile. Il reconnaît que le dernier louis est sans prix et évite de commenter les autres pour ne pas être surpris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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240
p. 8-10
Sonnets, [titre d'après la table]
Début :
Cet autre Sonnet a esté adressé à Monsieur le Duc de Saint-Aignan / Ces quatorze Louis mis dans un seur Sonnet. [...]
Mots clefs :
Louis, Éloge, Chant, Sublime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sonnets, [titre d'après la table]
Cet autre Sonnet a efté adreſſe
à Monfieur le Duc de Saint Aignan
par le même мonfieur Magnin
, fur le fujet de l'Etrenne .
CEs
Es quatorze Louis mis dans un
feur Sonnet.
GALANT.
9
Seront un peu preffez , Saint Aignan,
je l'avoue ;
Et fi l'on s'étand trop quelquefois
quand on loue ,
On ne peut m'acufer icy de l'avoir
fait.
Ay je prétendu faire un Eloge parfait
?
Dans un champ un peu long le plus
habile échoue ;
Pour vouloir trop chanter ,fouvent la
voix s'enroue.
Et celle de ma Plume eft un petit
Faucet.
De peur de m'égarer à force de lu
miere ,
Fabrége ette vafte & brillante
matiere,
Où fur tant de Louis le Ciel en
finitum
AS
10 MERCURE
Et j'ay crû mieux répondre à fa
hauteur fublime,
Enprenant un deffein qui nefust pas
commun ,
Qu'en donnant plus d'espace à l'ardeur
qui m'anime.
à Monfieur le Duc de Saint Aignan
par le même мonfieur Magnin
, fur le fujet de l'Etrenne .
CEs
Es quatorze Louis mis dans un
feur Sonnet.
GALANT.
9
Seront un peu preffez , Saint Aignan,
je l'avoue ;
Et fi l'on s'étand trop quelquefois
quand on loue ,
On ne peut m'acufer icy de l'avoir
fait.
Ay je prétendu faire un Eloge parfait
?
Dans un champ un peu long le plus
habile échoue ;
Pour vouloir trop chanter ,fouvent la
voix s'enroue.
Et celle de ma Plume eft un petit
Faucet.
De peur de m'égarer à force de lu
miere ,
Fabrége ette vafte & brillante
matiere,
Où fur tant de Louis le Ciel en
finitum
AS
10 MERCURE
Et j'ay crû mieux répondre à fa
hauteur fublime,
Enprenant un deffein qui nefust pas
commun ,
Qu'en donnant plus d'espace à l'ardeur
qui m'anime.
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Résumé : Sonnets, [titre d'après la table]
Le texte est un sonnet de Monsieur Magnin adressé au Duc de Saint Aignan sur le thème des étrennes. L'auteur reconnaît la difficulté de louer sans exagérer et compare sa plume à un petit sifflet. Il choisit un défi moins commun pour éviter de s'égarer en traitant des sujets brillants et précieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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241
p. 10-12
SUR CE QUE LE ROY n'a point d'égal.
Début :
Le premier des trois Sonnets que j'ajoûte icy, est de Monsieur de Grammont / Dans chaque Age on a vû plus d'un grand Capitaine ; [...]
Mots clefs :
Histoire romaine, Louis, Paix, Héros
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texteReconnaissance textuelle : SUR CE QUE LE ROY n'a point d'égal.
Le premier des trois Sonnets
que j'ajoûte icy , eft de Monfieur
de Grammont de Richelieu ; le
fecond , de Monfieur Louchaut,
& le troifiéme , de Monfieur de
Grivagere le jeune de Falaife.
SUR CE QUE LE ROY
n'a point d'égal .
D4
Ans chaque Age on a vû plus
d'ungrand Capitaine ;
Le plus grand eut toujours un Concurrent
fatal ;
3
Témoin ce qu'on nous dit dans l'Hiftoire
Romaine
GALANT. rt
Du fameux Scipion , & du grand
Annibal.
Marius & Sylla fe font fait de la
peine.
Céfar eut en Pompée un terrible
Rival:;
Marc Antoine amolly par l'Amour
de la Reine ,
S'ilne vainquit Augufte , il luyfit
bien du mal.
Quoy que l'on redoutaft de François
la vaillance,
Charles quint cependaas balança
Sa puissance.
LOVIS fans concurrent paroift feul
aujourd'huy.
Cherchez chez nos Voifins , courez
toute la Terre ,
Soit pour régir en Paix , ou triompher
en Guerre ,
A 6
7-
I 2 MERCURE
Où pourra- t- on trouver un Héros
comme luy ?
que j'ajoûte icy , eft de Monfieur
de Grammont de Richelieu ; le
fecond , de Monfieur Louchaut,
& le troifiéme , de Monfieur de
Grivagere le jeune de Falaife.
SUR CE QUE LE ROY
n'a point d'égal .
D4
Ans chaque Age on a vû plus
d'ungrand Capitaine ;
Le plus grand eut toujours un Concurrent
fatal ;
3
Témoin ce qu'on nous dit dans l'Hiftoire
Romaine
GALANT. rt
Du fameux Scipion , & du grand
Annibal.
Marius & Sylla fe font fait de la
peine.
Céfar eut en Pompée un terrible
Rival:;
Marc Antoine amolly par l'Amour
de la Reine ,
S'ilne vainquit Augufte , il luyfit
bien du mal.
Quoy que l'on redoutaft de François
la vaillance,
Charles quint cependaas balança
Sa puissance.
LOVIS fans concurrent paroift feul
aujourd'huy.
Cherchez chez nos Voifins , courez
toute la Terre ,
Soit pour régir en Paix , ou triompher
en Guerre ,
A 6
7-
I 2 MERCURE
Où pourra- t- on trouver un Héros
comme luy ?
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Résumé : SUR CE QUE LE ROY n'a point d'égal.
Le texte présente trois sonnets attribués à Monsieur de Grammont de Richelieu, Monsieur Louchaut et Monsieur de Grivagere. Le sonnet de Monsieur Louchaut compare des grands capitaines romains comme Scipion et Annibal, et des rois comme François Ier et Charles Quint. Il souligne que le roi Louis XIV n'a pas de rival, ni en temps de paix ni en temps de guerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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242
p. 12-13
SUR L'HERESIE aux abois.
Début :
Le Héros qui remplit l'Univers de terreur, [...]
Mots clefs :
Héros, Univers, Hérésie, Huguenots, Impiété , Chrétiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR L'HERESIE aux abois.
SUR L'HERESIE
aux abois.
L
E Héros qui remplit l'Univers
de terreur ,
A rendu l'Heréfic , & rampante, &
foumife;
Ses Armes, que le Ciel en tous lieux
authorife ,
Ont de l'impieté reprimé la fureur.
Parmy les Huguenots, ceux que Dieu
favorife
Regardent aujourd'huy leur Schifme
avec horreur ;
Et déteffant tout haut leur miférable
erreur ;
s'empreffent pour rentrer au giron
de l'Eglife.
GALANT . 13
Ce Triomphe déja fait trembler les
Enfers.
Ah! pour tout ces Chrétiens dout
vous brifez les fers.
Grand Roy , que de Lauriers , que de
Palmes font preftes !
La Pieté qui met la Victoire en vos
mains,
Va ravir au Démon fes funeftes
conquestes ,
Et rendre de nouveau le falut aux
Humains.
aux abois.
L
E Héros qui remplit l'Univers
de terreur ,
A rendu l'Heréfic , & rampante, &
foumife;
Ses Armes, que le Ciel en tous lieux
authorife ,
Ont de l'impieté reprimé la fureur.
Parmy les Huguenots, ceux que Dieu
favorife
Regardent aujourd'huy leur Schifme
avec horreur ;
Et déteffant tout haut leur miférable
erreur ;
s'empreffent pour rentrer au giron
de l'Eglife.
GALANT . 13
Ce Triomphe déja fait trembler les
Enfers.
Ah! pour tout ces Chrétiens dout
vous brifez les fers.
Grand Roy , que de Lauriers , que de
Palmes font preftes !
La Pieté qui met la Victoire en vos
mains,
Va ravir au Démon fes funeftes
conquestes ,
Et rendre de nouveau le falut aux
Humains.
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Résumé : SUR L'HERESIE aux abois.
Le texte relate la victoire des forces religieuses légitimes contre l'hérésie. Un héros, autorisé par le Ciel, a réprimé l'impieté. Les Huguenots favorables à Dieu rejettent désormais leur schisme. Le roi, par sa piété, obtient la victoire et libère les chrétiens. Sa piété est la source de son triomphe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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243
p. 13-15
SUR LES EDITS contre les Prétendus Reformez.
Début :
Sur cent Peuples liguez esperer la Victoire. [...]
Mots clefs :
Peuple, Victoire, Louis, Héros, Église, Hérésie, Prétendus réformés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES EDITS contre les Prétendus Reformez.
SUR LES EDITS
contre les Prétendus
Reformez .
Ur cent Peuples ligue efperer
La Victoire ,
50%
Et n'avoir que fon bras &fon coeur
pour garanti
14
MERCURE
Seul les vaincre en effet , ce qu'on a
peine à croire ,
Et par tout s'eriger en parfait Conquerant.
C'est du vaillant LOVIS la furprenante
Histoire,
A qui tout l'Univers donne le nom
de GRAND ;
C'eft LOVIS en un mot ,fifameux
par fa gloire,
Qu'entre tous les Heros Il tient le
premier rang.
Cependant, comme il eft Fils aîné de
iEglife,
Ilveut que fa grandeur luyfoit toûjours
foumife ,
Et que tousfes Sujets foient unis fous
fa Loy.
Deftruire l'Heréfie infolente & rebelle.
GALANT.
15
C'est l'unique Triomphe où prétend
ce grand Roy ,
Quel autre peut donner une gloire
plusbelle'?
contre les Prétendus
Reformez .
Ur cent Peuples ligue efperer
La Victoire ,
50%
Et n'avoir que fon bras &fon coeur
pour garanti
14
MERCURE
Seul les vaincre en effet , ce qu'on a
peine à croire ,
Et par tout s'eriger en parfait Conquerant.
C'est du vaillant LOVIS la furprenante
Histoire,
A qui tout l'Univers donne le nom
de GRAND ;
C'eft LOVIS en un mot ,fifameux
par fa gloire,
Qu'entre tous les Heros Il tient le
premier rang.
Cependant, comme il eft Fils aîné de
iEglife,
Ilveut que fa grandeur luyfoit toûjours
foumife ,
Et que tousfes Sujets foient unis fous
fa Loy.
Deftruire l'Heréfie infolente & rebelle.
GALANT.
15
C'est l'unique Triomphe où prétend
ce grand Roy ,
Quel autre peut donner une gloire
plusbelle'?
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Résumé : SUR LES EDITS contre les Prétendus Reformez.
Le texte célèbre Louis XIV, surnommé le 'Grand', pour sa victoire contre les prétendus réformés. Il le décrit comme un conquérant parfait et le plus grand des héros, reconnu mondialement. Louis XIV souhaite soumettre sa grandeur à la foi et unir ses sujets sous sa loi. Son objectif principal est de détruire l'hérésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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244
p. 17-29
LETTRE DE MR LE MARQUIS DE L... A MR LE COMTE DE... LIEUTENANT DE ROY A...
Début :
Ayant à vous donner des nouvelles de l'Attaque du Fort, /Sans une maladie qui m'a fait garder le Lit plus de cinq semaines, [...]
Mots clefs :
Place, Marquis, Académie, Comte, Attaque, Assiégeants, Épée, Noblesse, Grenades, Prince de Soubise, Travaux, Monsieur Bernardi, Gentilhommes, Fort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MR LE MARQUIS DE L... A MR LE COMTE DE... LIEUTENANT DE ROY A...
Ayant à vous donner des nouvelles
de l'Attaque du Fort , qui
a efté faite par les Gentilshommes
de l'Académie de monfienr
Bernardi , je ne puis fatisfaire
mieux vôtre curiofité, qu'en vous
envoyant la Lettre qui fuit.
18 MERCURE
LETTRE
DE ME LE MARQUIS
DE L …….
A M LE COMTE DE ...
LIEVTENANT DE ROY A...
Sav
Ans une maladie qui m'a fait
garder le Lit plus de cinq femaines
, je n'aurois pas tant diferé
àvous rendre comte de ce que vous
m'avez demandé par voftre obligeante
Lettre , touchant l'état de
l'Académie de Monfieur Bernardi,
Neveu de l'illuftre Bernardi que
vous aimiez tant , & à vous faire
le détail de tout ce que j'ay ou an'
Fort que les Gentilshommes de cette
· Académie renouvellent tous les ans
GALANT. ) 19
Pour n'oublier rien de ce que vous
defire fçavoir , j'ay efté plufieurs
fois dans cette Maifon , remarquer
jufques à la moindre chofe , & je
puis vous affurer , Monfieur , que
toute la Nobleffe ne sçauroit affe
reconnoistre l'aplication avec laquelle
les Chefs de l'Académie travaillent
, pour leur donner une éducation
digne de leur naiffance ; &
que Monfieur Bernardi d'à preſent
n'a pas moins hérité des biens defeu
fon Oncle , que de fes beaux talens
dans ce noble Employ . Vous connoiffelle
mérite de Monfieur de Chateauneuf.
C'est le méme qui pendant
vingt-cinq ans a tenu avec
feu Monfieur Bernardi , la plus belle
& la plus, nombreuſe Académie de
l'Europe , avec tant d'ordre , & une
fi belle difcipline , qu'ils ont toujours
eu un applaudiffement univerfel.
Les chofes dans cette Maifon font
20 MERCURE
toujoursfur le mefme pied ; je n'y ay
rien trouvé de changé. L'Equipage
que vousy avez vû , a esté de tout
temps des plus confidérables de
Paris ; mais j'ay efté temoin de l'augmentation
que l'on y a faite depuis
peu de jours d'un grand nombre
de tres- bons chevaux de l'Académie
de Monfieur Coulon , ce qui
rend auiourd'huy cet Equipage plus
beau que iamais , & fans contredit
le meilleur qu'on ait encore vû dans
Aucune Académie . Ainsi , Monfieur,
vous ne devez point balancer à envoyer
Meffieurs vos Enfans profiter
des avantages que l'on a dans celle-
cy, où l'on prend unfoin tout par.
ticulier des moeurs & de la conduite
ieunes Seigneurs. Outre ce bon
ordre pour toutes chofes , la Difci
pline Militaire y eft obfervée par
› faitement dans les Attaques du
Fort dont vous avez entenduparler
do
GALANT.
"
21
& c'est encore un avantage qu'on
ne trouve que dans cette feule Maifon
, Comme vous m'en avez dé
mandé le détail , ie vous diray tout
ce qui s'y eft paffé cette année , n'en
ayant pas perdu un feul iour l'occafion
, afin de vous en pouvoir mieux
informer. l'ay vi toute cette belle
Nobleffe marcher dans les Ruës de
Paris avec un ordre admirable
I'en ay compté plus de foixante &
dix , tous le Moufquetfur l'épaule
parmy lefquels il y en avoit defi
jeunes , qu'àpeine avoient . ils laforce
de le porter. Les deux Commandans
eftoient à la Tefte. Ce font
d'ordinaire les deux Doyens de l'Académie,
Les Tambours & les Hautbois
fuivoient cette belle Troupe.
Quand on fut au Rendez vous ,
l'on commença l'Attaque du Fort
parunefurprife. Le Prince de Muf
feran , Doyen de l'Academie , qui
2.2 MERCURE
eftoit le General de cette petite Armée
, alla reconnoiftre la Place infques
à la Paliffade , & détacha
enfuite le Prince de Soubife & le
Marquis de Sourches , foutenus par
le Comte de Morftein ,, les Marquis
de Bourry , de Lomaria , de Busy,
d'offac , de Sainte Croix , de Galle,
& plufieurs autres , avec ordre de
dreffer des Echelles aux deux côte
de la Porte , pour abatffer le Pont- .
levis , & enfoncer cette Porte avec
un petard. Un autre Détachements
qui avoit à la Tefte le Marquis de
Maridor fuivy du Marquis de
Chabanes , les Comtes de Maldegben
, de Vandeuvre , de Mefgrigny
, de la Roque , de Coffe, Forbeffe,
& autres , defcendit dans le Feffé,
pour efcalader la Place . Le Gros
des Troupes , où étoient les Marquis
de Prélat , & d'Amon , le Comte
de Leoncron , le Baron du Chastel,
GALANT.
23
les Marquis de Moilie , Linard
Gauville , Boyer , Robien , & plufieurs
autres Seigneurs Etrangers
dont ie n'ay puretenir les noms , fuivoit
pour foutenir ces deux Attaques.
Les uns & les autres s'aquitérent
de leur devoir en braves
Gens. Le Pont ayant efté abaiffe,
fans que la Sentinelle s'en fuft apperçuë
, on appliqua le Petard à la
Porte fi à propos , qu'elle fut enfoncée
, mais ceux du Corps de Garde
étant accouru au bruit , eurent affez
de temps pour abatre la Herfe , &
arréterent tout court la vigueur de
ceux qui fe préfentoient l'Epée à
la main pour paffer par la Porte.
A l'autre Attaque , les plus hardis
eftant montez par des Echelles , furent
aperçus , & repouffe . Le Com
mandant de la Place ayant fair
faire divers feux , &ietter de la
paille allumée dans le Foffé pour
24 MERCURE
L'éclairer , donna fi bon ordre à la
defenfe , qu'il obligea les Affaillans
à la retraite ; mais ils ne la firent
que pour infulter la Place avec plus
de vigueur qu'auparavant . Dans
ce deffein on fit trois fauffes Attaques,
& deux veritables. La Place
fut efcaladée par plufieurs endroits,
pendant que le Prince de Soubife,
à la faveur des Grenades qui luy
rendirent l'accés de la Porte libre,
& quifirent retirer ceux qui étoient
derriere la Porte , fit appliquer un
Second Petard àla Helfe , & entra
avec fes Troupes l'Epée à la main
dans la Place. On a obfervé en
toutes ces occafions tout ce qui fe
pratique à l'Attaque d'une Place
emportée dans les formes.
A
On a vú celle- cy en état de défence.
Elle eftoit fraifée & paliffadée.
Ses Dehors étoient de la derniere
propreté, & ily avoit une
Garnifon
GALAN T.
25
Garnifon nombreuſe. D'un autre
cofté , nôtre illuftre Armée n'avoit
rienoubliépour fefortifier dans fon
Camppar des Lignes de Circonvallation
d'une jufteffe achevez. Les
Tentes & les Pavillous dont il étoit
remply , étoient dreffées avec une
fimetrie digne de remarque. On
commençafans brait par l'ouverture
de la Tranchée , apres avoir fait
la Place d' Armes. Tandis que ces
jeunes Héros travailloient à la terre
avec une chaleur incroyable , donnant
des marques de ce qu'ils feauroient
faire un jour , les Ennemis
firent une Sortie fur eux , avec
des Grenadiers , & vinrent combler
& ruiner les Travaux des Affiém
geans ; mais ils furent enfuite vigoureufement
repouffe dans la
Place par un Gros de la Grande
Garde , qui fortit fur eux l'Epée à
la main. On continua depuis à tra
Janvier 1685.
B
26 MERCURE
vailler , nonobftant le feu continuel
qu'onfaifoit de la Place , pour em
pefcher le Travail. le visun Party
de la Campagne , qui vint attaquer
les Lignes , & porter des Fafcines.
pour combler le Foffé. Ony acourut
du Camp avec un Gros , pour les
défendre , mais l'on s'aperçut bientoft
apres , que ce n'eftoit qu'une
fauffe Attaque , pour favorifer un
Convoy qui paffa de l'autre cofté,
fans que ceux du Camp puffent s'opofer
a fon paffage , les Affiégez.
ayant fait une Sortie , pourfoûtenir
ceux qui conduifoient le Convoy.
Vous fçavez que je me fuis trouve
en plufieurs occafions à l'Armée ;
mais je n'ayjamais vû un fi grand
feu , pendant plus de trois heures
que cela dura.
la
La feconde fois , apres que
Garde fat montée , & que chacun
fut pris fes Poftes , l'on commença
GALANT. 27
par avancer les Bateries plus prés
de la Place , afin de ruiner les Paliffades
, & obliger des troupes qui
étoient dans les Dehors , à fe retirer.
Les Affiégez firent une Sortie,
& à la faveur d'une pluye de Grenades
qu'ils jetterent à ceux qui
gardoient des Bateries , ils s'en ren
dirent les maiftres. Ils fe fervirent
de cette Baterie pour ruiner les
Travaux des Affiégeans ; mais elle
fut bien- toft apres regagnée , &
prefque tous ceux qui la gardoient
furent faits Prifonniers , les autres
ayant pris lafuite. Les Affiégezfe
trouvant incommodez d'une Redou
te que les Affiégeans avoient faite,
ils y firent jouer un Fourneau, ayant
fait uneSortie en mefme temps , &
y montérent à l'Affaut , & l'emportérent.
Ils ne la gardèrent pas
long- temps , car les Affiégeans la
regagnérent l'Epée à la main , à la
B 2
28 MERCURE
faveur d'une infinité de Grenades
que l'on y jettoit du Camp , pour en
chaffer ceux qui s'en étoient rendus
maîtres. On rétablit d'abord la
Bréche avec des Fafcines , & l'on
continua à avancer des Travaux,
Ily avoit ce iour - là un nombre infiny
de Gens.
Une autre fois les Affiégeans commencérent
par un Logement qu'ils
firent fur la Contrefcarpe . Ceux de
la Place lefirent fauter bien- toft
apres , par un Fourneau qu'ils firent
iouer. Ce Pofte fut encore regagné,
& le Logement refait ; ce qui obligeales
Affiégez à fe retirer dans la
Demy.lune . Cela donne lieu à la
defcente dans le Foffe . Le Mineur
fut attaché à la Demy- lume. La
Mine fit une Bréche affe confidérable
, & les Affiégeans montérent
à l'Affaut avec une vigueur & une
chaleur digne de ceux que ie vous
GALANT. 29
ay nommez. Apres le Logementfait
fur la Demy line , ceux de la Place
fe rendirent avec une Compofition
honorable. Le Canon a fait grand
bruit depart & d'autre , auffi -bien
que les Bombes , les Carcaffes & les
Grenades. Le Terrainy a efté difpu
tépied àpied , & toûjours avec un
feu continuel.
Toutes ces occafions fe font paffées
en préfence d'un grand nombre de
Perfonnes de qualité ; & les Gens
du Metier ont avoüé qu'on ne pouvoit
rien faire de plus avantageux
pourcette ieune Nobleffe.
de l'Attaque du Fort , qui
a efté faite par les Gentilshommes
de l'Académie de monfienr
Bernardi , je ne puis fatisfaire
mieux vôtre curiofité, qu'en vous
envoyant la Lettre qui fuit.
18 MERCURE
LETTRE
DE ME LE MARQUIS
DE L …….
A M LE COMTE DE ...
LIEVTENANT DE ROY A...
Sav
Ans une maladie qui m'a fait
garder le Lit plus de cinq femaines
, je n'aurois pas tant diferé
àvous rendre comte de ce que vous
m'avez demandé par voftre obligeante
Lettre , touchant l'état de
l'Académie de Monfieur Bernardi,
Neveu de l'illuftre Bernardi que
vous aimiez tant , & à vous faire
le détail de tout ce que j'ay ou an'
Fort que les Gentilshommes de cette
· Académie renouvellent tous les ans
GALANT. ) 19
Pour n'oublier rien de ce que vous
defire fçavoir , j'ay efté plufieurs
fois dans cette Maifon , remarquer
jufques à la moindre chofe , & je
puis vous affurer , Monfieur , que
toute la Nobleffe ne sçauroit affe
reconnoistre l'aplication avec laquelle
les Chefs de l'Académie travaillent
, pour leur donner une éducation
digne de leur naiffance ; &
que Monfieur Bernardi d'à preſent
n'a pas moins hérité des biens defeu
fon Oncle , que de fes beaux talens
dans ce noble Employ . Vous connoiffelle
mérite de Monfieur de Chateauneuf.
C'est le méme qui pendant
vingt-cinq ans a tenu avec
feu Monfieur Bernardi , la plus belle
& la plus, nombreuſe Académie de
l'Europe , avec tant d'ordre , & une
fi belle difcipline , qu'ils ont toujours
eu un applaudiffement univerfel.
Les chofes dans cette Maifon font
20 MERCURE
toujoursfur le mefme pied ; je n'y ay
rien trouvé de changé. L'Equipage
que vousy avez vû , a esté de tout
temps des plus confidérables de
Paris ; mais j'ay efté temoin de l'augmentation
que l'on y a faite depuis
peu de jours d'un grand nombre
de tres- bons chevaux de l'Académie
de Monfieur Coulon , ce qui
rend auiourd'huy cet Equipage plus
beau que iamais , & fans contredit
le meilleur qu'on ait encore vû dans
Aucune Académie . Ainsi , Monfieur,
vous ne devez point balancer à envoyer
Meffieurs vos Enfans profiter
des avantages que l'on a dans celle-
cy, où l'on prend unfoin tout par.
ticulier des moeurs & de la conduite
ieunes Seigneurs. Outre ce bon
ordre pour toutes chofes , la Difci
pline Militaire y eft obfervée par
› faitement dans les Attaques du
Fort dont vous avez entenduparler
do
GALANT.
"
21
& c'est encore un avantage qu'on
ne trouve que dans cette feule Maifon
, Comme vous m'en avez dé
mandé le détail , ie vous diray tout
ce qui s'y eft paffé cette année , n'en
ayant pas perdu un feul iour l'occafion
, afin de vous en pouvoir mieux
informer. l'ay vi toute cette belle
Nobleffe marcher dans les Ruës de
Paris avec un ordre admirable
I'en ay compté plus de foixante &
dix , tous le Moufquetfur l'épaule
parmy lefquels il y en avoit defi
jeunes , qu'àpeine avoient . ils laforce
de le porter. Les deux Commandans
eftoient à la Tefte. Ce font
d'ordinaire les deux Doyens de l'Académie,
Les Tambours & les Hautbois
fuivoient cette belle Troupe.
Quand on fut au Rendez vous ,
l'on commença l'Attaque du Fort
parunefurprife. Le Prince de Muf
feran , Doyen de l'Academie , qui
2.2 MERCURE
eftoit le General de cette petite Armée
, alla reconnoiftre la Place infques
à la Paliffade , & détacha
enfuite le Prince de Soubife & le
Marquis de Sourches , foutenus par
le Comte de Morftein ,, les Marquis
de Bourry , de Lomaria , de Busy,
d'offac , de Sainte Croix , de Galle,
& plufieurs autres , avec ordre de
dreffer des Echelles aux deux côte
de la Porte , pour abatffer le Pont- .
levis , & enfoncer cette Porte avec
un petard. Un autre Détachements
qui avoit à la Tefte le Marquis de
Maridor fuivy du Marquis de
Chabanes , les Comtes de Maldegben
, de Vandeuvre , de Mefgrigny
, de la Roque , de Coffe, Forbeffe,
& autres , defcendit dans le Feffé,
pour efcalader la Place . Le Gros
des Troupes , où étoient les Marquis
de Prélat , & d'Amon , le Comte
de Leoncron , le Baron du Chastel,
GALANT.
23
les Marquis de Moilie , Linard
Gauville , Boyer , Robien , & plufieurs
autres Seigneurs Etrangers
dont ie n'ay puretenir les noms , fuivoit
pour foutenir ces deux Attaques.
Les uns & les autres s'aquitérent
de leur devoir en braves
Gens. Le Pont ayant efté abaiffe,
fans que la Sentinelle s'en fuft apperçuë
, on appliqua le Petard à la
Porte fi à propos , qu'elle fut enfoncée
, mais ceux du Corps de Garde
étant accouru au bruit , eurent affez
de temps pour abatre la Herfe , &
arréterent tout court la vigueur de
ceux qui fe préfentoient l'Epée à
la main pour paffer par la Porte.
A l'autre Attaque , les plus hardis
eftant montez par des Echelles , furent
aperçus , & repouffe . Le Com
mandant de la Place ayant fair
faire divers feux , &ietter de la
paille allumée dans le Foffé pour
24 MERCURE
L'éclairer , donna fi bon ordre à la
defenfe , qu'il obligea les Affaillans
à la retraite ; mais ils ne la firent
que pour infulter la Place avec plus
de vigueur qu'auparavant . Dans
ce deffein on fit trois fauffes Attaques,
& deux veritables. La Place
fut efcaladée par plufieurs endroits,
pendant que le Prince de Soubife,
à la faveur des Grenades qui luy
rendirent l'accés de la Porte libre,
& quifirent retirer ceux qui étoient
derriere la Porte , fit appliquer un
Second Petard àla Helfe , & entra
avec fes Troupes l'Epée à la main
dans la Place. On a obfervé en
toutes ces occafions tout ce qui fe
pratique à l'Attaque d'une Place
emportée dans les formes.
A
On a vú celle- cy en état de défence.
Elle eftoit fraifée & paliffadée.
Ses Dehors étoient de la derniere
propreté, & ily avoit une
Garnifon
GALAN T.
25
Garnifon nombreuſe. D'un autre
cofté , nôtre illuftre Armée n'avoit
rienoubliépour fefortifier dans fon
Camppar des Lignes de Circonvallation
d'une jufteffe achevez. Les
Tentes & les Pavillous dont il étoit
remply , étoient dreffées avec une
fimetrie digne de remarque. On
commençafans brait par l'ouverture
de la Tranchée , apres avoir fait
la Place d' Armes. Tandis que ces
jeunes Héros travailloient à la terre
avec une chaleur incroyable , donnant
des marques de ce qu'ils feauroient
faire un jour , les Ennemis
firent une Sortie fur eux , avec
des Grenadiers , & vinrent combler
& ruiner les Travaux des Affiém
geans ; mais ils furent enfuite vigoureufement
repouffe dans la
Place par un Gros de la Grande
Garde , qui fortit fur eux l'Epée à
la main. On continua depuis à tra
Janvier 1685.
B
26 MERCURE
vailler , nonobftant le feu continuel
qu'onfaifoit de la Place , pour em
pefcher le Travail. le visun Party
de la Campagne , qui vint attaquer
les Lignes , & porter des Fafcines.
pour combler le Foffé. Ony acourut
du Camp avec un Gros , pour les
défendre , mais l'on s'aperçut bientoft
apres , que ce n'eftoit qu'une
fauffe Attaque , pour favorifer un
Convoy qui paffa de l'autre cofté,
fans que ceux du Camp puffent s'opofer
a fon paffage , les Affiégez.
ayant fait une Sortie , pourfoûtenir
ceux qui conduifoient le Convoy.
Vous fçavez que je me fuis trouve
en plufieurs occafions à l'Armée ;
mais je n'ayjamais vû un fi grand
feu , pendant plus de trois heures
que cela dura.
la
La feconde fois , apres que
Garde fat montée , & que chacun
fut pris fes Poftes , l'on commença
GALANT. 27
par avancer les Bateries plus prés
de la Place , afin de ruiner les Paliffades
, & obliger des troupes qui
étoient dans les Dehors , à fe retirer.
Les Affiégez firent une Sortie,
& à la faveur d'une pluye de Grenades
qu'ils jetterent à ceux qui
gardoient des Bateries , ils s'en ren
dirent les maiftres. Ils fe fervirent
de cette Baterie pour ruiner les
Travaux des Affiégeans ; mais elle
fut bien- toft apres regagnée , &
prefque tous ceux qui la gardoient
furent faits Prifonniers , les autres
ayant pris lafuite. Les Affiégezfe
trouvant incommodez d'une Redou
te que les Affiégeans avoient faite,
ils y firent jouer un Fourneau, ayant
fait uneSortie en mefme temps , &
y montérent à l'Affaut , & l'emportérent.
Ils ne la gardèrent pas
long- temps , car les Affiégeans la
regagnérent l'Epée à la main , à la
B 2
28 MERCURE
faveur d'une infinité de Grenades
que l'on y jettoit du Camp , pour en
chaffer ceux qui s'en étoient rendus
maîtres. On rétablit d'abord la
Bréche avec des Fafcines , & l'on
continua à avancer des Travaux,
Ily avoit ce iour - là un nombre infiny
de Gens.
Une autre fois les Affiégeans commencérent
par un Logement qu'ils
firent fur la Contrefcarpe . Ceux de
la Place lefirent fauter bien- toft
apres , par un Fourneau qu'ils firent
iouer. Ce Pofte fut encore regagné,
& le Logement refait ; ce qui obligeales
Affiégez à fe retirer dans la
Demy.lune . Cela donne lieu à la
defcente dans le Foffe . Le Mineur
fut attaché à la Demy- lume. La
Mine fit une Bréche affe confidérable
, & les Affiégeans montérent
à l'Affaut avec une vigueur & une
chaleur digne de ceux que ie vous
GALANT. 29
ay nommez. Apres le Logementfait
fur la Demy line , ceux de la Place
fe rendirent avec une Compofition
honorable. Le Canon a fait grand
bruit depart & d'autre , auffi -bien
que les Bombes , les Carcaffes & les
Grenades. Le Terrainy a efté difpu
tépied àpied , & toûjours avec un
feu continuel.
Toutes ces occafions fe font paffées
en préfence d'un grand nombre de
Perfonnes de qualité ; & les Gens
du Metier ont avoüé qu'on ne pouvoit
rien faire de plus avantageux
pourcette ieune Nobleffe.
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Résumé : LETTRE DE MR LE MARQUIS DE L... A MR LE COMTE DE... LIEUTENANT DE ROY A...
Le marquis de L... adresse une lettre au comte de..., lieutenant du roi, pour répondre à sa demande concernant l'état de l'Académie de Monsieur Bernardi et les détails de l'attaque annuelle du Fort. Après une maladie de cinq semaines, le marquis décrit l'attaque du Fort, organisée par les gentilshommes de l'Académie. Il souligne l'application et le mérite des chefs de l'Académie, notamment Monsieur de Chateauneuf, qui a collaboré avec feu Monsieur Bernardi pour maintenir l'une des académies les plus prestigieuses d'Europe. Les préparatifs de l'attaque sont minutieusement décrits, ainsi que les participants et les différentes phases de l'assaut. Les jeunes gentilshommes ont démontré discipline et bravoure durant l'événement. De nombreuses personnes de qualité ont observé l'attaque, reconnaissant la valeur éducative et militaire de cet exercice.
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245
p. 36-37
« Un petit Mouton a esté aussi envoyé pour Etrennes à une / J'Espere, belle Iris, [...] »
Début :
Un petit Mouton a esté aussi envoyé pour Etrennes à une / J'Espere, belle Iris, [...]
Mots clefs :
Iris, Cris, Émouvoir, Supercherie, Mouton
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texteReconnaissance textuelle : « Un petit Mouton a esté aussi envoyé pour Etrennes à une / J'Espere, belle Iris, [...] »
Un petit Mouton a efté auffi
envoyé pour Etrennes à une
Demoifelle , par un Gentilhom
GALANT. 37
me qu'elle appelloit fon Mouton .
Il eftoit accompagné de ce Madrigal
.
"Efpere, belle Iris
Que fous cette figure
La plus douce de la nature
Vous n'aurezplus de peur d'entendre
tous mes cris.
Mes tendres bélemens auront affez
d'adreffe
Pour émouvoir voftre tendreffe.
Ie ne crains pas que vostre Chien
Me faffe de fupercherie.
Quandilmepourfuit,jefçay bien
Que c'est pour me conduire en voftre
Bergerie:
envoyé pour Etrennes à une
Demoifelle , par un Gentilhom
GALANT. 37
me qu'elle appelloit fon Mouton .
Il eftoit accompagné de ce Madrigal
.
"Efpere, belle Iris
Que fous cette figure
La plus douce de la nature
Vous n'aurezplus de peur d'entendre
tous mes cris.
Mes tendres bélemens auront affez
d'adreffe
Pour émouvoir voftre tendreffe.
Ie ne crains pas que vostre Chien
Me faffe de fupercherie.
Quandilmepourfuit,jefçay bien
Que c'est pour me conduire en voftre
Bergerie:
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Résumé : « Un petit Mouton a esté aussi envoyé pour Etrennes à une / J'Espere, belle Iris, [...] »
Un gentilhomme offre un mouton à une demoiselle pour le Nouvel An, surnommé 'son Mouton'. Le cadeau est accompagné d'un madrigal adressé à 'belle Iris'. Le poème espère que la douceur du mouton apaisera ses craintes et émouvra sa tendresse. Il conclut que le chien poursuivant le mouton le conduit vers la demoiselle.
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246
p. 50-60
SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Ma Lettre du 9 de ce mois vous à [...]
Mots clefs :
Religion, Église, Évêque, Convertis, Prédication, Abjuration, Religion prétendue réformée
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
SECONDE LETTRE.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
60
MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
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MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
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Résumé : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Le 20 décembre 1684, une lettre de Grenoble rapporte l'abjuration de Monsieur Vignes, ancien ministre de la Religion Prétendue Réformée, qui a eu lieu le dimanche précédent. Vignes s'était préparé à cette abjuration en se retirant. La cérémonie s'est déroulée dans la cathédrale Notre-Dame de Grenoble, en présence d'une grande foule. Monsieur l'Évêque a prononcé un sermon sur la mission de Saint Jean-Baptiste, soulignant son humilité et sa déférence. Il a ensuite comparé les missions des évêques catholiques à celles des ministres protestants, critiquant ces derniers pour leur manque de légitimité apostolique. Après le sermon, Vignes a fait son abjuration avec une grande présence d'esprit et de confiance. Il a ensuite reçu le sacrement de confirmation, avec Monsieur de Saint-André et Madame la Comtesse de Clermont comme parrain et marraine. La cérémonie s'est conclue par le chant du Te Deum et des embrassades. Le lendemain, au temple, les psaumes ont été chantés lamentablement, reflétant la tristesse des réformés face à la perte de leur pasteur. Le ministre Railly a tenté de les réconforter, mais sans succès. Les réformés de Grenoble ont accusé Vignes de s'être converti par intérêt temporel, oubliant les éloges qu'ils lui avaient autrefois adressés. La lettre mentionne également l'envoi prochain d'une lettre et d'un livre écrits par Vignes, contenant des preuves des vérités de la religion catholique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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247
p. 66-67
AIR NOUVEAU.
Début :
On fait des Hyvers comme des Printemps. En voicy un / Par vos cris, mes petits Moutons, [...]
Mots clefs :
Mouton, Hiver, Saison, Plaine, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
P
Vous
AIR NOUVEAU.
Ar vos cris , mes petits Moutons
,
accufez l'Hyver d'une rigueur
cruelle ,
GALANT. 67
Lors qu'il vient vousforcer de quiter
ces Valons
lufqu'au retour de la Saifon nouvelle.
Ah ! j'ay bien plus fujet que vous
= De me plaindre de fon couroux.
Vous reviendrez bien toft paître
dans cette Plaine , 7
Sans y trouver de changement ;
Et moy , je nefuis pas certaine
D'y trouver encor mon Amant.
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
P
Vous
AIR NOUVEAU.
Ar vos cris , mes petits Moutons
,
accufez l'Hyver d'une rigueur
cruelle ,
GALANT. 67
Lors qu'il vient vousforcer de quiter
ces Valons
lufqu'au retour de la Saifon nouvelle.
Ah ! j'ay bien plus fujet que vous
= De me plaindre de fon couroux.
Vous reviendrez bien toft paître
dans cette Plaine , 7
Sans y trouver de changement ;
Et moy , je nefuis pas certaine
D'y trouver encor mon Amant.
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Résumé : AIR NOUVEAU.
Le texte compare les saisons aux émotions humaines, notamment la douleur de la séparation amoureuse. Il décrit des 'petits Moutons' contraints de quitter leurs vallées en hiver. Une femme exprime une tristesse plus grande, doutant de retrouver son amant au printemps. Le poème souligne la douleur de l'absence et l'incertitude de la réconciliation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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248
p. 94-95
« Le Mardy 2. de ce mois Monsieur de Corneille, élû dés le 23. [...] »
Début :
Le Mardy 2. de ce mois Monsieur de Corneille, élû dés le 23. [...]
Mots clefs :
Académie française, Pierre Corneille, Thomas Corneille, Secrétaire, Remerciement
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texteReconnaissance textuelle : « Le Mardy 2. de ce mois Monsieur de Corneille, élû dés le 23. [...] »
Le Mardy 2. de ce mois Monfieur
de Corneille , élû dés le 23 .
de Novembre par Meffieurs de
l'Academie Françoiſe , à la place
de feu Monfieur de Corneille fon
Frere , vint prendre fa féance ; ce
que fit auffi Monsieur de Bergeret
, Secretaire du Cabinet , Premier
Commis de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat, qui avoit efté choiſi quelques
jours aprés par la mefme
Compagnie, pour fucceder à feu
Monfieur de Cordemoy . L'affemblée
fut tres nombreuſe ; & fi la
Salle fe trouva toute remplie , on
peut dire qu'elle ne le fut que
d'illuftres Auditeurs . Monfieur de
Corneille parla le premier . Le
GALANT. 95
pouvoir que l'amitié luy donne
fur moy , m'impofant filence fur
-la maniere dont il s'acquita de
cette action , je vous envoye fon
Remerciment entier ; c'est tout
ce qui m'eft permis . Voicy en
: quels termes ille fit .
de Corneille , élû dés le 23 .
de Novembre par Meffieurs de
l'Academie Françoiſe , à la place
de feu Monfieur de Corneille fon
Frere , vint prendre fa féance ; ce
que fit auffi Monsieur de Bergeret
, Secretaire du Cabinet , Premier
Commis de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat, qui avoit efté choiſi quelques
jours aprés par la mefme
Compagnie, pour fucceder à feu
Monfieur de Cordemoy . L'affemblée
fut tres nombreuſe ; & fi la
Salle fe trouva toute remplie , on
peut dire qu'elle ne le fut que
d'illuftres Auditeurs . Monfieur de
Corneille parla le premier . Le
GALANT. 95
pouvoir que l'amitié luy donne
fur moy , m'impofant filence fur
-la maniere dont il s'acquita de
cette action , je vous envoye fon
Remerciment entier ; c'est tout
ce qui m'eft permis . Voicy en
: quels termes ille fit .
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Résumé : « Le Mardy 2. de ce mois Monsieur de Corneille, élû dés le 23. [...] »
Le 2 mars, Pierre Corneille a pris possession de son siège à l'Académie française, succédant à son frère. Monsieur de Bergeret a également été élu pour remplacer Monsieur de Cordemoy. L'assemblée était nombreuse et remplie d'auditeurs illustres. Corneille a pris la parole en premier, et le narrateur a transmis son remerciement intégral.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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249
p. 95-116
REMERCIMENT A MESSIEURS DE L'ACADEMIE FRANÇOISE.
Début :
MESSIEURS, J'ay souhaité avec tant d'ardeur l'honneur [...]
Mots clefs :
Homme, Honneur, Donner, Matière, Demander, Place, Compagnie, Mérite, Avantages, Heureux, Perte, Roi, Gloire, Prix, Honneurs, Ministère, Places, Mémoire, Peine, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMERCIMENT A MESSIEURS DE L'ACADEMIE FRANÇOISE.
REMERCIMENT
A MESSIEURS
DE L'ACADEMIE
FRANCOISE.
MESSIEUE ESSIEURS ,
Fay fouhaité avec tant d'ardeur
l'honneur que je reçois aujourd'huy,
& mes empressemens à le demander
vous l'ont marqué en tant de ren96
MERCURE
1
contres , que vous ne pouviez douter
que je ne le regarde comme une chofe,
qui en rempliffant tous mes de
firs , me met en état de n'en plus
former. En effet, Meſſieurs , jusqu'où
pourroit aller mon ambition , fi elle
n'étoit pas entierement fatisfaite ?
M'accorder une Place parmy vous,
c'eft me la donner dans la plus Illustre
Compagnie où les belles Lettres
ayent jamais ouvert l'entrée.
Pour bien concevoir de quel prix.
elle eft , je n'ay qu'à jetter les yeux
fur tant de grands Hommes , qui
élevez aux premieres Dignitez de
l'Eglife & de la Robe , comblez des
honneurs du Miniftere , distingue
par une naiffance qui leur fait tenir
les plus hauts rangs à la Cour,
Je font empreffez à eftre de vostre
Corps. Ces Dignite éminentes , ces
Honneurs du Miniftere, la fplendeur
de la Naiffance , l'élevation du
Rangi
GALANT. 97
(
1
·Bang; tout cela n'a pú leur perfuader
que rien ne manquoit à leur
merite Ils en ont cherché l'accom-
:
pliffement dans les avantages que
l'esprit peut procurer à ceux en qui
l'on voit les rares Talens , qui font
voftre heureux partage ; & pour
perfectionner ce qui les mettoit au
deffus de vous , ils ont fait gloire de
vous demander des Places qui vous
égalent à eux. Mais , Meffieurs , il
n'y a point lieu d'en estre furpris .
On afpire naturellement à s'acque.
rir l Immortalité ; & où peut- on plus
feurement l'acquerir que dans une
Compagnie où toutes les belles connoiffances
fe trouvent comme ramaffées
pour communiquer à ceux
qui ont l'honneur d'y entrer
qu'elles ont de folide, de delicat, &
digne d'eftre fçeu ; car dans les
Sciences mefmes il y a des chofs
qu'on peut negliger comme inutiles ,
Janvier 1685.
E
,
ce
981 MERCURE
& je ne fçay fi ce n'est point un
défaut dans unfçavant Homme, que
de l'eftre trop. Plufieurs de ceux à
qui l'on donne ce nom , ne doivent
peut - estre qu'au bonheur de leur
memoire, ce qui les met au rang des
Sçavans. Ils ont beaucoup leu ; ils
ont travaillé à s'imprimer fortement
tout ce qu'ils ont leu ; & chargez
de l'indigefte & confus amas de ce
qu'ils ont retenu fur chaque matiere,
ce font des Bibliotheques vivantes
, preftes à fournir diverſes recherches
fur tout ce qui peut tomber
en difpute ; mais ces richellesfemées
dans un fond qui ne produit rien de
Joy , les laiffent fouvent dans l'indigence.
Aucune lumiere qui vienne
d'eux ne débrouille ce Cahos . Ils
difent de grandes chofes, qui ne leur
coûtent que
la peine de les dire , &
avec tout leurfçavoir étranger , on
pourroit avoir fujet de demander
s'ils at de l'efprit.
LYO
*
1832
GALAN T.
bye
'S
pla
Ce n'est point , Meffic
qu'on trouve parmy vous .
profonde érudition s'y rencontre.
mais dépouillée de ce qu'elle a ordinairement
d'épineux , & defanvage.
La Philofophie , la Théologie,
l'Eloquence , la Poëfie, l'Hiftoire, &
les autres Connoiffances qui font
éclater les dons que l'efprit reçoit de.
la Nature , vous les poffedez dans ce
qu'elles ont de plus fublime. Tout
vous en eft familier Vous les manie
comme il vous plaift , mais en grands
Maiftres , toûjours avec agrément ,
toûjours avec politeffe ; & fi dans
les Chef d'oeuvres qui partent de
vous , & qui font les modèles les
plus parfaits qu'onfe puiffe propofer
dans toute forte de genres d'écrire,
vous tire quelque utilité de vos
Lectures , fi vous vous fervez de
quelques penfées des Anciens , pour
mettre les voftres dans un plus bean
DEL
E 2
100 MERCURE
jour ; ces pensées tiennent toûjours
plus de vous , que de ceux qui vous
les prefent. Vous trouvez moyen de
les embellir par le tour heureux que
vous leur devez. Ce font à la verité
des Diamans , mais vous les
taillez ; vous les enchaffe avec
tant d'art , que la maniere de les
mettre en oeuvre , paffe tout le prix
qu'ils ont d'eux mefmes.
Si des excellens Ouvrages dont
chacun de vous choisit la matiere
felon fon Genie particulier , je viens
à ce grand & labourieux Travail
qui fait le fujet de vos Aſſemblées ,
& pour lequel vous uniffez tous les
jours vos foins ; qu'elles louanges ,
Meffieurs,ne doit- on pas vous donner
pour cette conftante application
avec laquelle vous vous attachez à
nous aider à déveloper ce qu'onpeut
dire , qui fait en quelquefaçon l'effence
de l'Homme. L'Homme n'eft
GALAN T.
ΠΟΙ
Homme principalement que parce
qu'il penfe . Ce qu'il conçoit au dedans
, il a befoin de le produire au
dehors , & en travaillant à nous apprendre
à quel ufage chaque mot eft
deftiné, vous cherchez à nous donner
des moyens certains de montrer ce
que nous fommes. Par ce fecours
attendu de tout le monde avec tant
d'impatience , ceux qui font affez
heureuxpour penſer juste , auront la
mefme jufteffe à s'exprimer ; & file
Public doit tirer tant d'avantages
de vos fçavantes & judicieufes décifions
, que n'en doivent point attendre
ceux qui estant reçeus dans
ces Conferences , où vous répande
vos lumiéres fi abondamment ,
peuvent
les puiferjufque dans Irurfource?
Je me vois prefentement de ce
nombre heureux , & dans la poffef
fion de ce bonheur , j'ay peine à m'imaginer
que je ne m'abuſe pas .
E
3
102 MERCURE
4
Fe le répete , Meffieurs , une Place
parmy vous donne tant de gloire,
&je la connois d'un figrand prix ,
quefilefuccés de quelques Ouvrages
que le public a reçeus de moy affez
favorablement m'a fait croire
quelque -fois que vous ne defapprouweriek
pas l'ambitieux fentimens
qui me portoit à la demander , i'ay
defefperéde pouvoir iamais en eftre
digne , quand les obftacles qui m'ont
sufqu'icy empefché de l'obtenir m'ont
fait examiner avec plus d'attention
quelles grandes qualite il faut
avoir pour réüſfir dans une entreprim
fe fi relevée. Les Illuftres Concurrens
qui ont emporté vos fuffrages
toutes les fois que j'ay ofé'y préten
dre , m'ont ouvert les yeuxfur mes
efperances trop présomptueuses. En
me montrant ce merite confommé
qui les a fait recevoir fi toft qu'ils
Se font offerts , ils m'ont fait voir
GALANT. 103
ce que je devois tâcher d'acquérir
pour eftre en état de leur reffembler.
L'ay rendu justice à voftre difcernement
, & me la rendant en même
temps à moy - même , j'ay employé
tous mes foins à ne me pas laiffer
inutiles les fameux exemples que
vous m'avezproposez
faitla
L'avoue , Meffieurs , que quand
aprés tant d'épreuves , vous m'avez
grace de jetter les yeux fur
moy , vous m'auriez mis en péril de
me permettre la vanité la plus condamnable
, fi je ne m'estois affez
fortement étudié pour n'oublier pas
ce que je fuis. Le me feroit peut- eftre
flaté, qu'enfin vous m'auriez trouvé
Les qualitez que vousfouhaitez dans
des Academiciens dignes de ce Nom ,
d'un gouft exquis , d'une penetration
entiére parfaitement éclairez
enun mot tels que vous eftes . Mais
Meffieurs , l'honneur qu'il vous a
•
E 4
104 MERCURE
plu de me faire, quelque grand qu'il
foit , ne m'aveugle point . Plus vôtre
confentement à me l'accorder a
efté prompt , & fi je l'ofe dire, unanime
, plus je voy par quel motif
Vous avez accompagné vostre choix
d'une diftinction fi peu ordinaire. Ce
que mes defauts me défendoient d'efpérer
de vous , vous l'avez donné à
la memoire d'un Homme que vous
regardiezcomme un des principaux.
ornemens de voftre Corps. L'eftime
particuliere que vous avez toujours
euë pour luy, m'attire celle dont vous
me donne des marques fi obligeantes.
Sa perte vous a touche , &
pour le faire revivreparmy vous autant
qu'il vous eft poſſible , vous
avez voulu me faire remplir fa
Place , ne doutant point que qua.
lité de Frere , qui l'a fait plus d'u
ne fois vous folliciter en mafaveur ,
ne l'euft engagé à m'inspirer les
La
GALANT.
105
fentimens d'admiration qu'il avoit
pour toute voftre Illuftre Compagnie.
Ainfi , Meffieurs , vous l'avezcherché
en moy , & n'y pouvant trouver
fon merite, vous vous cftes contentek
d'y trouver fon Nom.
Famais une perte fi confiderable
nepouvoit eftre plus imparfaitement
reparée ; mais pour vous rendre l'inégalité
du changement plus fupportable
, fongez , Meffieurs , que
lors qu'un siècle a produit un Homme
auffi extraordinaire qu'il eftoit , il
arrive rarement que ce mefme Siécle
en produife d'autres capables de
l'égaler. Il est vray que celuy où nous
vivons eft le siècle des Miracles, &
jay fans doute à rougir d'avoir ſi
mal profité de tant de Leçons que
jay reçûës de fa propre bouche , par
cette pratique continuelle qué me
donnoit avec luy la plus parfaite
union qu'on ait jamais venë entre
E S
106 MERCURE
deux Freres , quand d'heureux Gé.
nies , privez de cet avantage , fe
font elevez avec tant de gloire ,
que ce qui a paru d'eux a esté le
charme de la Cour & du Public . Ce
pendant , quand mefme l'on pourroit
dire que quelqu'un l'euft furpaſſe;
luy qu'on a mis tant de fois au deffus
des Anciens , ilferoit toûjours tresvray
que le Théatre François luy
doit tout l'éclat où nous le voyons.
Ie n'ofe , Meffieurs , vous en dire
rien de plus. Sa perte qui vous
eft fenfible à tous , eftfi particuliére
pour moy , que l'ay peine à foutenir
Les triftes idées qu'elle me prefente .
J'ajouteray feulement qu'une des
chofes qui vous doit le plus faire,
cherir fa memoire ; c'est l'attachement
queje luy ay toûjours remarqué
pour tout ce qui regardoit les interests
de l'Academie. Il montroit par
là combien il avoit d'estime pour
GALANT. 107
tous les Illuftres qui la compofent, &
reconnoiffoit en même temps les bienfaits
dont il avoit efté honoré par
Monfieur le Cardinal de Richelieu ,
qui en eft le Fondateur. Ce grand
Miniftre, tout couvert degloire qu'il
étoit par le floriffant état où il avoit
mis la France , fe répondit moins de
l'éternelle durée de fon Nom , pour
avoir executé avec des fuccés prefque
incroyables les Ordres reccus de
Louis le juste, que pour avoir étably
la celebre Compagnie dont vous foû
tenez l'honneur avec tant d'éclat.
Il n'employa ny le Bronze ny.
rain , pour leur confier les differentes
merveilles qui rendent fameux le
temps de fon Miniftere. Il s'en repofa
fur voftre reconnoiffance , & fe
tint plus affuré d'atteindre par vous
jufqu'à la pofterité la plus reculée,
que par les deffeins de l'Herefie renverfe
, & par l'orgueil fi fouvent
l'Ai-
E 6
108 MERCURE
humilié d'une Maifon fière de la
longue fuite d'Empereurs qu'il y a
plus de deux Siecles qu'elle donne à
l'Allemagne. Sa mort vous fut un
coup rude. Elle vous laiffoit dans un
état qui vous donnoit tout à craindre
, mais vous étiezrefervezà des
honneurs éclatans , &en attendant
que le temps en fuft venu , un des
grands Chanceliers que la France
ait eus, prit foin de vous confoler de
cette perte. L'amour qu'il avois pour
les belles Lettres luy infpira le def- ·
fein de vous attirer chez luy. Vous
y receûtes tous les adouciffemens que
vous pouvez efperer dans vostre
douleur , d'un Protecteur Kelé pour
vos avantages. Mais , Meffieurs ,juf
qu'où n'allerent ils point , quand le
Roy luy - mefme vous logeant dans
fon Palais ,& vous approchant defa
Ferfonne Sacrée , vous bonora de fes
graces &de fa protection ?
GALANT. 109
·
Voftre fortune eft bien glorieufe ,
mais n'a t elle rien qui vous étonne?
L'ardeur qui vous porte à reconnoître
les bontez d'un fi grand Prince ,
quelque pressée qu'elle soit par les
Miracles continuels de fa vie , n'eftelle
point arrestée par l'impuiffante
de vous exprimer ? Quoy que nostre
Langue abonde en paroles , & que
toutes les richeffes vous en foient
connues , vous la trouvez fans doute
fterile,quand voulant vous en fervir
pour expliquer ces Miracles , vous
portez vostre imagination au delà
de tout ce qu'elle peut vous fournir.
fur une fi vaste matiere . Si c'eft un
malheur pour vous de ne pouvoir
fatisfaire vostre Zele par des expreffions
qui égalent ce que l'Envie
elle - mefme ne peut fe défendre
d'admirer, au moins vous en pouvez
estre confolé par le plaifir de connoitre
que quelque foibles que puf110
MERCURE
fent estre ces expreffions , la gloire du
Roy n'y fçauroit rien perdre. Ce n'eft .
que pour relever les actions mediocres
qu'on a befoin d'éloquence. Ses
ornemens fi neceffaires à celles qui
ne brillent point par elles mefmes,
font inutiles par ces Exploits fur-.
prenans qui approchent du prodige,
& qui étant crûs, parce qu'on en eft
témoin , ne laiffent pas de nous paroître
incroyables.
Quand vous diriez feulement,
Louis LE GRAND a foûmis
une Province entiere en huit
jours , dans la plus forte rigueur
de l'Hyver.En vingt - quatre heures
il s'est rendu Maître de quatre
Villes affiegées tout à la fois .
Il a pris foixante Places en une
feule Campagne. Il a refifté luy
feul aux Puiffances les plus redoutables
de l'Europe liguées enfemble
pour empeſcher fes ConGALANT.
III
quetes. Il a rétably fes Alliez .
Aprés avoir impofé la Paix , faifapt
marcher la Juftice pour toutes
armes , il s'eft fait ouvrir en un
mefme jour les Portes de Strafbourg
, & de Cafal , qui l'ont reconnu
pour leur Souverain , Cela
eft tout fimple, cela est uny ; mais
cela remplit l'efprit de fi grandes
chofes , qu'il embrasse incontinent
tout ce qu'on n'explique pas , & je
doute que ce grand Panegyrique qui
a coûte tant de foin à Pline le feu-
пе foffe autant pour la gloire de
Trajan, que ce peu de mots , tout dénuez
qu'ils font de ce fard qui embellit
les objets , feroit capable de
faire pour celle de nostre Auguste
Monarque.
"
Il eft vray , Meffieurs , qu'il n'en
feroit pas de mefme ,fi vous vouliez
faire la Peinture des rares vertus
du Roy. Où tromveriez- vous des terII
2 MERCURE
mes pour reprefenter affez digne
ment cette grandeur d'ame , qui l'élevant
au deffus de tout ce qu'il y a
de plus Noble , de plus Heroique , &
de plus Parfait , c'eft à dire de Luymefme,
le fait renoncer à des avantages
que d'autres que luy recherche
roient aux dépens de toutes choſes ?
Aucune entreprise ne luy a manqué.
Pour fe tenir affuré de réuſſir dans
les Conqueftes les plus importantes,
il n'a qu'à vouloir tout ce qu'il peut.
La Victoire qui l'a fuivy en tous
lieux , est toujours prefte à l'accom.
pagner. Elle tâche de toucher fon
coeur par fes plus doux charmes . It
a tout vaincu , il veut la vaincre
elle mefme, & il fe fert pour cela
des armes d'une Moderation qui n'a
point d'exemple. Il s'arrefte au milieu
de fes Triomphes ; il offre la
Paix ; il en preferit les conditions,
& ces conditions fe trouventfijuftes,
GALANT. 113
que fes Ennemis font obligez de les
accepter. La jaloufte où les met la
gloire qu'il ad'eftre feul Arbitre du
Deftin du Monde , leurfait chercher
des difficulte pour troubler le calme
qu'il a rétably. On luy declare de
nouveau la Guerre . Cette Declaraleur
tation ne l'ébranle point. Il offre la
Paix encore une fois ; & comme il
Scait que la Tréve n'a aucunes fuites
qui en puiffent autorifer la rupture
, il laiffe le choix de l'une ou
de l'autre. Ses Ennemis balansent
long- temps fur la refolution qu'ils
doivent prendre. Il voit que
avantage eft de confentir à ce qu'il
leur offre. Pour les y forcer , il attaque
Luxembourg.Cette Place , impre
nable pour tout autre, fe rend en an
mois , & auroit moins refifté , fi pour
épargner le fang de fes Officiers &
de fes Soldats , ce fage Monarque
n'eust ordonné que l'on fift le Siege
114 MERCURE
dans toutes les formes. La Victoire
qui cherche toujours à l'éblouir , luy
fait voir que cette prife luy répond
de celle de toutes les Places du Païs
Efpagnol. Elle parle fans qu'elle fe
puiffe faire écouter. Il perfiste dans
fes propofitions de Tréve, elle eft enfin
acceptée , & voila l'Europe dans
un plein repos.
Que de merveilles renferme cette
grandeur d'ame , dont i'ay oféfaire
une foible ébauche ! C'est à vous ,
Meffieurs , à traiter cette matiére
dans toute fon étenduë. Si noftre
Langue ne vous prefte point dequoy
luy donner affez de poids & de force
, vousfuppléerez à cette fterilité
par le talent merveilleux que vous
avezde faire fentir plus que vous
ne dites . Ilfaut de grands traits pour
les grandes chofes que le Roy a faites
, de ces traits qui montrent tout
d'une feule veuë , & qui offrent à
GALANT. 113
L'imagination ce que les ombres du
Tableau nous cachent. Quand vous
parlerez defa vigilance exacte &
toniour's active , pour ce qui regarde
Le bien de fes Peuples , la gloire de
Jes Etats , & la maicfté du Trône ;
de ce zele ardent & infatigable, qui
luy fait donner fes plus grands foins
à détruire entierement l'Herefte , go
à rétablir le culte de Dieu , dans
toutes fa pureté; & enfin de tant
d'autres qualite auguftes , que le
Ciel a voulu voir en luy , pour le
rendre le plus grand de tous les
Hommes ; fi vous trouvez la matiere
inépuisable, voftre adreſſe à exe
cuter heureufement les plus hauts
deffeins , vous fera choisir des expreffions
fi vives , qu'elles nous feront
entrer tout d'un coup dans tout
ce que vous voudrez nous faire entendre.
Par l'ouverture qu'elles donneront
à noftre esprit , nos reflexions
2
716 MERCURE
nous meneront jufqu'où vous entreprendrez
de les faire aller , & c'eft
ainsi que vous remplire parfaitement
toute la grandeur de votre
Sujet.
Quel bon- heur pour moy , Meffieurs
, de pouvoir m'inftruire fous
de fi grands Maifires ! Mes foins
affidus à me trouver dans vos Af-
Semblées pour y profiter de vos Leçons
, vous feront connoiftre , que fi
l'honneur que vous m'avez fait ,
paffe de beaucoup mon peu de merite
, du moins vous ne pouviez le
repandre fur une perfonae qui le
reçeuft avec des fentimens plus refpectueux
& plus remplis de reconnoiffance.
A MESSIEURS
DE L'ACADEMIE
FRANCOISE.
MESSIEUE ESSIEURS ,
Fay fouhaité avec tant d'ardeur
l'honneur que je reçois aujourd'huy,
& mes empressemens à le demander
vous l'ont marqué en tant de ren96
MERCURE
1
contres , que vous ne pouviez douter
que je ne le regarde comme une chofe,
qui en rempliffant tous mes de
firs , me met en état de n'en plus
former. En effet, Meſſieurs , jusqu'où
pourroit aller mon ambition , fi elle
n'étoit pas entierement fatisfaite ?
M'accorder une Place parmy vous,
c'eft me la donner dans la plus Illustre
Compagnie où les belles Lettres
ayent jamais ouvert l'entrée.
Pour bien concevoir de quel prix.
elle eft , je n'ay qu'à jetter les yeux
fur tant de grands Hommes , qui
élevez aux premieres Dignitez de
l'Eglife & de la Robe , comblez des
honneurs du Miniftere , distingue
par une naiffance qui leur fait tenir
les plus hauts rangs à la Cour,
Je font empreffez à eftre de vostre
Corps. Ces Dignite éminentes , ces
Honneurs du Miniftere, la fplendeur
de la Naiffance , l'élevation du
Rangi
GALANT. 97
(
1
·Bang; tout cela n'a pú leur perfuader
que rien ne manquoit à leur
merite Ils en ont cherché l'accom-
:
pliffement dans les avantages que
l'esprit peut procurer à ceux en qui
l'on voit les rares Talens , qui font
voftre heureux partage ; & pour
perfectionner ce qui les mettoit au
deffus de vous , ils ont fait gloire de
vous demander des Places qui vous
égalent à eux. Mais , Meffieurs , il
n'y a point lieu d'en estre furpris .
On afpire naturellement à s'acque.
rir l Immortalité ; & où peut- on plus
feurement l'acquerir que dans une
Compagnie où toutes les belles connoiffances
fe trouvent comme ramaffées
pour communiquer à ceux
qui ont l'honneur d'y entrer
qu'elles ont de folide, de delicat, &
digne d'eftre fçeu ; car dans les
Sciences mefmes il y a des chofs
qu'on peut negliger comme inutiles ,
Janvier 1685.
E
,
ce
981 MERCURE
& je ne fçay fi ce n'est point un
défaut dans unfçavant Homme, que
de l'eftre trop. Plufieurs de ceux à
qui l'on donne ce nom , ne doivent
peut - estre qu'au bonheur de leur
memoire, ce qui les met au rang des
Sçavans. Ils ont beaucoup leu ; ils
ont travaillé à s'imprimer fortement
tout ce qu'ils ont leu ; & chargez
de l'indigefte & confus amas de ce
qu'ils ont retenu fur chaque matiere,
ce font des Bibliotheques vivantes
, preftes à fournir diverſes recherches
fur tout ce qui peut tomber
en difpute ; mais ces richellesfemées
dans un fond qui ne produit rien de
Joy , les laiffent fouvent dans l'indigence.
Aucune lumiere qui vienne
d'eux ne débrouille ce Cahos . Ils
difent de grandes chofes, qui ne leur
coûtent que
la peine de les dire , &
avec tout leurfçavoir étranger , on
pourroit avoir fujet de demander
s'ils at de l'efprit.
LYO
*
1832
GALAN T.
bye
'S
pla
Ce n'est point , Meffic
qu'on trouve parmy vous .
profonde érudition s'y rencontre.
mais dépouillée de ce qu'elle a ordinairement
d'épineux , & defanvage.
La Philofophie , la Théologie,
l'Eloquence , la Poëfie, l'Hiftoire, &
les autres Connoiffances qui font
éclater les dons que l'efprit reçoit de.
la Nature , vous les poffedez dans ce
qu'elles ont de plus fublime. Tout
vous en eft familier Vous les manie
comme il vous plaift , mais en grands
Maiftres , toûjours avec agrément ,
toûjours avec politeffe ; & fi dans
les Chef d'oeuvres qui partent de
vous , & qui font les modèles les
plus parfaits qu'onfe puiffe propofer
dans toute forte de genres d'écrire,
vous tire quelque utilité de vos
Lectures , fi vous vous fervez de
quelques penfées des Anciens , pour
mettre les voftres dans un plus bean
DEL
E 2
100 MERCURE
jour ; ces pensées tiennent toûjours
plus de vous , que de ceux qui vous
les prefent. Vous trouvez moyen de
les embellir par le tour heureux que
vous leur devez. Ce font à la verité
des Diamans , mais vous les
taillez ; vous les enchaffe avec
tant d'art , que la maniere de les
mettre en oeuvre , paffe tout le prix
qu'ils ont d'eux mefmes.
Si des excellens Ouvrages dont
chacun de vous choisit la matiere
felon fon Genie particulier , je viens
à ce grand & labourieux Travail
qui fait le fujet de vos Aſſemblées ,
& pour lequel vous uniffez tous les
jours vos foins ; qu'elles louanges ,
Meffieurs,ne doit- on pas vous donner
pour cette conftante application
avec laquelle vous vous attachez à
nous aider à déveloper ce qu'onpeut
dire , qui fait en quelquefaçon l'effence
de l'Homme. L'Homme n'eft
GALAN T.
ΠΟΙ
Homme principalement que parce
qu'il penfe . Ce qu'il conçoit au dedans
, il a befoin de le produire au
dehors , & en travaillant à nous apprendre
à quel ufage chaque mot eft
deftiné, vous cherchez à nous donner
des moyens certains de montrer ce
que nous fommes. Par ce fecours
attendu de tout le monde avec tant
d'impatience , ceux qui font affez
heureuxpour penſer juste , auront la
mefme jufteffe à s'exprimer ; & file
Public doit tirer tant d'avantages
de vos fçavantes & judicieufes décifions
, que n'en doivent point attendre
ceux qui estant reçeus dans
ces Conferences , où vous répande
vos lumiéres fi abondamment ,
peuvent
les puiferjufque dans Irurfource?
Je me vois prefentement de ce
nombre heureux , & dans la poffef
fion de ce bonheur , j'ay peine à m'imaginer
que je ne m'abuſe pas .
E
3
102 MERCURE
4
Fe le répete , Meffieurs , une Place
parmy vous donne tant de gloire,
&je la connois d'un figrand prix ,
quefilefuccés de quelques Ouvrages
que le public a reçeus de moy affez
favorablement m'a fait croire
quelque -fois que vous ne defapprouweriek
pas l'ambitieux fentimens
qui me portoit à la demander , i'ay
defefperéde pouvoir iamais en eftre
digne , quand les obftacles qui m'ont
sufqu'icy empefché de l'obtenir m'ont
fait examiner avec plus d'attention
quelles grandes qualite il faut
avoir pour réüſfir dans une entreprim
fe fi relevée. Les Illuftres Concurrens
qui ont emporté vos fuffrages
toutes les fois que j'ay ofé'y préten
dre , m'ont ouvert les yeuxfur mes
efperances trop présomptueuses. En
me montrant ce merite confommé
qui les a fait recevoir fi toft qu'ils
Se font offerts , ils m'ont fait voir
GALANT. 103
ce que je devois tâcher d'acquérir
pour eftre en état de leur reffembler.
L'ay rendu justice à voftre difcernement
, & me la rendant en même
temps à moy - même , j'ay employé
tous mes foins à ne me pas laiffer
inutiles les fameux exemples que
vous m'avezproposez
faitla
L'avoue , Meffieurs , que quand
aprés tant d'épreuves , vous m'avez
grace de jetter les yeux fur
moy , vous m'auriez mis en péril de
me permettre la vanité la plus condamnable
, fi je ne m'estois affez
fortement étudié pour n'oublier pas
ce que je fuis. Le me feroit peut- eftre
flaté, qu'enfin vous m'auriez trouvé
Les qualitez que vousfouhaitez dans
des Academiciens dignes de ce Nom ,
d'un gouft exquis , d'une penetration
entiére parfaitement éclairez
enun mot tels que vous eftes . Mais
Meffieurs , l'honneur qu'il vous a
•
E 4
104 MERCURE
plu de me faire, quelque grand qu'il
foit , ne m'aveugle point . Plus vôtre
confentement à me l'accorder a
efté prompt , & fi je l'ofe dire, unanime
, plus je voy par quel motif
Vous avez accompagné vostre choix
d'une diftinction fi peu ordinaire. Ce
que mes defauts me défendoient d'efpérer
de vous , vous l'avez donné à
la memoire d'un Homme que vous
regardiezcomme un des principaux.
ornemens de voftre Corps. L'eftime
particuliere que vous avez toujours
euë pour luy, m'attire celle dont vous
me donne des marques fi obligeantes.
Sa perte vous a touche , &
pour le faire revivreparmy vous autant
qu'il vous eft poſſible , vous
avez voulu me faire remplir fa
Place , ne doutant point que qua.
lité de Frere , qui l'a fait plus d'u
ne fois vous folliciter en mafaveur ,
ne l'euft engagé à m'inspirer les
La
GALANT.
105
fentimens d'admiration qu'il avoit
pour toute voftre Illuftre Compagnie.
Ainfi , Meffieurs , vous l'avezcherché
en moy , & n'y pouvant trouver
fon merite, vous vous cftes contentek
d'y trouver fon Nom.
Famais une perte fi confiderable
nepouvoit eftre plus imparfaitement
reparée ; mais pour vous rendre l'inégalité
du changement plus fupportable
, fongez , Meffieurs , que
lors qu'un siècle a produit un Homme
auffi extraordinaire qu'il eftoit , il
arrive rarement que ce mefme Siécle
en produife d'autres capables de
l'égaler. Il est vray que celuy où nous
vivons eft le siècle des Miracles, &
jay fans doute à rougir d'avoir ſi
mal profité de tant de Leçons que
jay reçûës de fa propre bouche , par
cette pratique continuelle qué me
donnoit avec luy la plus parfaite
union qu'on ait jamais venë entre
E S
106 MERCURE
deux Freres , quand d'heureux Gé.
nies , privez de cet avantage , fe
font elevez avec tant de gloire ,
que ce qui a paru d'eux a esté le
charme de la Cour & du Public . Ce
pendant , quand mefme l'on pourroit
dire que quelqu'un l'euft furpaſſe;
luy qu'on a mis tant de fois au deffus
des Anciens , ilferoit toûjours tresvray
que le Théatre François luy
doit tout l'éclat où nous le voyons.
Ie n'ofe , Meffieurs , vous en dire
rien de plus. Sa perte qui vous
eft fenfible à tous , eftfi particuliére
pour moy , que l'ay peine à foutenir
Les triftes idées qu'elle me prefente .
J'ajouteray feulement qu'une des
chofes qui vous doit le plus faire,
cherir fa memoire ; c'est l'attachement
queje luy ay toûjours remarqué
pour tout ce qui regardoit les interests
de l'Academie. Il montroit par
là combien il avoit d'estime pour
GALANT. 107
tous les Illuftres qui la compofent, &
reconnoiffoit en même temps les bienfaits
dont il avoit efté honoré par
Monfieur le Cardinal de Richelieu ,
qui en eft le Fondateur. Ce grand
Miniftre, tout couvert degloire qu'il
étoit par le floriffant état où il avoit
mis la France , fe répondit moins de
l'éternelle durée de fon Nom , pour
avoir executé avec des fuccés prefque
incroyables les Ordres reccus de
Louis le juste, que pour avoir étably
la celebre Compagnie dont vous foû
tenez l'honneur avec tant d'éclat.
Il n'employa ny le Bronze ny.
rain , pour leur confier les differentes
merveilles qui rendent fameux le
temps de fon Miniftere. Il s'en repofa
fur voftre reconnoiffance , & fe
tint plus affuré d'atteindre par vous
jufqu'à la pofterité la plus reculée,
que par les deffeins de l'Herefie renverfe
, & par l'orgueil fi fouvent
l'Ai-
E 6
108 MERCURE
humilié d'une Maifon fière de la
longue fuite d'Empereurs qu'il y a
plus de deux Siecles qu'elle donne à
l'Allemagne. Sa mort vous fut un
coup rude. Elle vous laiffoit dans un
état qui vous donnoit tout à craindre
, mais vous étiezrefervezà des
honneurs éclatans , &en attendant
que le temps en fuft venu , un des
grands Chanceliers que la France
ait eus, prit foin de vous confoler de
cette perte. L'amour qu'il avois pour
les belles Lettres luy infpira le def- ·
fein de vous attirer chez luy. Vous
y receûtes tous les adouciffemens que
vous pouvez efperer dans vostre
douleur , d'un Protecteur Kelé pour
vos avantages. Mais , Meffieurs ,juf
qu'où n'allerent ils point , quand le
Roy luy - mefme vous logeant dans
fon Palais ,& vous approchant defa
Ferfonne Sacrée , vous bonora de fes
graces &de fa protection ?
GALANT. 109
·
Voftre fortune eft bien glorieufe ,
mais n'a t elle rien qui vous étonne?
L'ardeur qui vous porte à reconnoître
les bontez d'un fi grand Prince ,
quelque pressée qu'elle soit par les
Miracles continuels de fa vie , n'eftelle
point arrestée par l'impuiffante
de vous exprimer ? Quoy que nostre
Langue abonde en paroles , & que
toutes les richeffes vous en foient
connues , vous la trouvez fans doute
fterile,quand voulant vous en fervir
pour expliquer ces Miracles , vous
portez vostre imagination au delà
de tout ce qu'elle peut vous fournir.
fur une fi vaste matiere . Si c'eft un
malheur pour vous de ne pouvoir
fatisfaire vostre Zele par des expreffions
qui égalent ce que l'Envie
elle - mefme ne peut fe défendre
d'admirer, au moins vous en pouvez
estre confolé par le plaifir de connoitre
que quelque foibles que puf110
MERCURE
fent estre ces expreffions , la gloire du
Roy n'y fçauroit rien perdre. Ce n'eft .
que pour relever les actions mediocres
qu'on a befoin d'éloquence. Ses
ornemens fi neceffaires à celles qui
ne brillent point par elles mefmes,
font inutiles par ces Exploits fur-.
prenans qui approchent du prodige,
& qui étant crûs, parce qu'on en eft
témoin , ne laiffent pas de nous paroître
incroyables.
Quand vous diriez feulement,
Louis LE GRAND a foûmis
une Province entiere en huit
jours , dans la plus forte rigueur
de l'Hyver.En vingt - quatre heures
il s'est rendu Maître de quatre
Villes affiegées tout à la fois .
Il a pris foixante Places en une
feule Campagne. Il a refifté luy
feul aux Puiffances les plus redoutables
de l'Europe liguées enfemble
pour empeſcher fes ConGALANT.
III
quetes. Il a rétably fes Alliez .
Aprés avoir impofé la Paix , faifapt
marcher la Juftice pour toutes
armes , il s'eft fait ouvrir en un
mefme jour les Portes de Strafbourg
, & de Cafal , qui l'ont reconnu
pour leur Souverain , Cela
eft tout fimple, cela est uny ; mais
cela remplit l'efprit de fi grandes
chofes , qu'il embrasse incontinent
tout ce qu'on n'explique pas , & je
doute que ce grand Panegyrique qui
a coûte tant de foin à Pline le feu-
пе foffe autant pour la gloire de
Trajan, que ce peu de mots , tout dénuez
qu'ils font de ce fard qui embellit
les objets , feroit capable de
faire pour celle de nostre Auguste
Monarque.
"
Il eft vray , Meffieurs , qu'il n'en
feroit pas de mefme ,fi vous vouliez
faire la Peinture des rares vertus
du Roy. Où tromveriez- vous des terII
2 MERCURE
mes pour reprefenter affez digne
ment cette grandeur d'ame , qui l'élevant
au deffus de tout ce qu'il y a
de plus Noble , de plus Heroique , &
de plus Parfait , c'eft à dire de Luymefme,
le fait renoncer à des avantages
que d'autres que luy recherche
roient aux dépens de toutes choſes ?
Aucune entreprise ne luy a manqué.
Pour fe tenir affuré de réuſſir dans
les Conqueftes les plus importantes,
il n'a qu'à vouloir tout ce qu'il peut.
La Victoire qui l'a fuivy en tous
lieux , est toujours prefte à l'accom.
pagner. Elle tâche de toucher fon
coeur par fes plus doux charmes . It
a tout vaincu , il veut la vaincre
elle mefme, & il fe fert pour cela
des armes d'une Moderation qui n'a
point d'exemple. Il s'arrefte au milieu
de fes Triomphes ; il offre la
Paix ; il en preferit les conditions,
& ces conditions fe trouventfijuftes,
GALANT. 113
que fes Ennemis font obligez de les
accepter. La jaloufte où les met la
gloire qu'il ad'eftre feul Arbitre du
Deftin du Monde , leurfait chercher
des difficulte pour troubler le calme
qu'il a rétably. On luy declare de
nouveau la Guerre . Cette Declaraleur
tation ne l'ébranle point. Il offre la
Paix encore une fois ; & comme il
Scait que la Tréve n'a aucunes fuites
qui en puiffent autorifer la rupture
, il laiffe le choix de l'une ou
de l'autre. Ses Ennemis balansent
long- temps fur la refolution qu'ils
doivent prendre. Il voit que
avantage eft de confentir à ce qu'il
leur offre. Pour les y forcer , il attaque
Luxembourg.Cette Place , impre
nable pour tout autre, fe rend en an
mois , & auroit moins refifté , fi pour
épargner le fang de fes Officiers &
de fes Soldats , ce fage Monarque
n'eust ordonné que l'on fift le Siege
114 MERCURE
dans toutes les formes. La Victoire
qui cherche toujours à l'éblouir , luy
fait voir que cette prife luy répond
de celle de toutes les Places du Païs
Efpagnol. Elle parle fans qu'elle fe
puiffe faire écouter. Il perfiste dans
fes propofitions de Tréve, elle eft enfin
acceptée , & voila l'Europe dans
un plein repos.
Que de merveilles renferme cette
grandeur d'ame , dont i'ay oféfaire
une foible ébauche ! C'est à vous ,
Meffieurs , à traiter cette matiére
dans toute fon étenduë. Si noftre
Langue ne vous prefte point dequoy
luy donner affez de poids & de force
, vousfuppléerez à cette fterilité
par le talent merveilleux que vous
avezde faire fentir plus que vous
ne dites . Ilfaut de grands traits pour
les grandes chofes que le Roy a faites
, de ces traits qui montrent tout
d'une feule veuë , & qui offrent à
GALANT. 113
L'imagination ce que les ombres du
Tableau nous cachent. Quand vous
parlerez defa vigilance exacte &
toniour's active , pour ce qui regarde
Le bien de fes Peuples , la gloire de
Jes Etats , & la maicfté du Trône ;
de ce zele ardent & infatigable, qui
luy fait donner fes plus grands foins
à détruire entierement l'Herefte , go
à rétablir le culte de Dieu , dans
toutes fa pureté; & enfin de tant
d'autres qualite auguftes , que le
Ciel a voulu voir en luy , pour le
rendre le plus grand de tous les
Hommes ; fi vous trouvez la matiere
inépuisable, voftre adreſſe à exe
cuter heureufement les plus hauts
deffeins , vous fera choisir des expreffions
fi vives , qu'elles nous feront
entrer tout d'un coup dans tout
ce que vous voudrez nous faire entendre.
Par l'ouverture qu'elles donneront
à noftre esprit , nos reflexions
2
716 MERCURE
nous meneront jufqu'où vous entreprendrez
de les faire aller , & c'eft
ainsi que vous remplire parfaitement
toute la grandeur de votre
Sujet.
Quel bon- heur pour moy , Meffieurs
, de pouvoir m'inftruire fous
de fi grands Maifires ! Mes foins
affidus à me trouver dans vos Af-
Semblées pour y profiter de vos Leçons
, vous feront connoiftre , que fi
l'honneur que vous m'avez fait ,
paffe de beaucoup mon peu de merite
, du moins vous ne pouviez le
repandre fur une perfonae qui le
reçeuft avec des fentimens plus refpectueux
& plus remplis de reconnoiffance.
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Résumé : REMERCIMENT A MESSIEURS DE L'ACADEMIE FRANÇOISE.
Le premier texte est un remerciement adressé aux membres de l'Académie française pour l'honneur de l'admission. L'auteur exprime sa gratitude et souligne l'importance de cette distinction, qui le place parmi les plus illustres représentants des belles-lettres. Il admire les grands hommes qui, malgré leurs dignités et honneurs, ont cherché à compléter leur mérite en rejoignant l'Académie. L'auteur reconnaît la valeur des connaissances et des talents partagés au sein de cette institution, où la philosophie, la théologie, l'éloquence, la poésie, et l'histoire sont maîtrisées avec subtilité et agrément. Il loue également le travail constant des académiciens pour développer et clarifier la langue française, aidant ainsi à exprimer les pensées humaines. L'auteur mentionne qu'il a été inspiré par son frère, un membre éminent de l'Académie, et exprime sa peine face à sa perte. Il conclut en soulignant l'attachement de son frère aux intérêts de l'Académie et en rendant hommage au Cardinal de Richelieu, fondateur de l'institution. Le second texte est un panégyrique célébrant les vertus et les exploits d'un monarque. L'auteur commence par souligner que quelques mots simples peuvent suffire à glorifier le roi, plus que de longs discours. Il met en avant la grandeur d'âme du monarque, qui renonce à des avantages pour maintenir la paix et la justice. Le roi est décrit comme un conquérant invincible, toujours victorieux, mais qui préfère la modération et la paix. Il offre la paix à ses ennemis, même lorsqu'ils déclarent la guerre, et ses victoires sont obtenues avec une grande humanité, épargnant le sang de ses soldats. L'auteur évoque ensuite la prise de Luxembourg, une place imprenable, qui se rend en un mois grâce à la sagesse du monarque. Cette victoire conduit à une trêve acceptée par l'Europe, rétablissant la paix. Le texte insiste sur la nécessité de grands traits pour décrire les grandes actions du roi, et encourage les orateurs à utiliser leur talent pour faire sentir plus que ce qu'ils disent. Enfin, l'auteur exprime son bonheur de pouvoir s'instruire auprès de grands maîtres et son respect pour l'honneur qui lui est fait de participer à leurs assemblées.
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250
p. 141-143
SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Début :
Cet Article m'engage à vous faire part de deux Sonnets, qui / Lors qu'Auguste eut calmé les tempestes civiles, [...]
Mots clefs :
Paix, Europe, Roi, Ennemis, Tempêtes, Peuples, Indocile, Fertile
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
SUR LA PAIX
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
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Résumé : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Le texte célèbre la paix accordée par le roi à l'Europe, comparant ses actions à celles d'Auguste, qui apaisa les troubles civils et soumit l'univers à son règne. Louis, maître du monde par ses victoires, choisit de limiter ses conquêtes et de se présenter comme le dieu de la Paix.
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