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1
p. 891-901
LETTRE du R. P. Dom Augustin Calmet, Abbé de Senones, au sujet de la Prophétie attribuée au Roy David, &c.
Début :
MONSIEUR, J'ai reçu avec reconnoissance les deux volumes de votre [...]
Mots clefs :
David, Prophétie, Exemplaires grecs, Septante, Version, Grecs, Texte, Origène, Hébreu, Hébreux, Anciens, Juifs, Termes, Autorité, Justin
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du R. P. Dom Augustin Calmet, Abbé de Senones, au sujet de la Prophétie attribuée au Roy David, &c.
LETTRE du R. P. Dom Augustin
Calmet , Abbé de Senones , au sujet de
la Prophétie attribuée au Roy David, & c.
MoxONSIEUR ,
J'ai reçu avec reconnoissance les deux
volumes de votre Journal , dans lesquels
sont deux Lettres , l'une de vous , Monsieur
, et l'autre du R. P. Tournemine ,
sur ces paroles du Pseaume XCV v. 19.
Dicite in gentibus, quia Dominus regnavis
&c. Il est question de sçavoir si ces mots:
regnavit à ligno , que l'on explique du
Regne de J. C. par sa Croix , sçavoir
dis-je , si ces mots à ligno étoient originairement
au moins dans quelques.
Exemplaires du texte Hebreu ,si les Septante
interprêtes les y ont lûs , et les ont
inserez dans leur version ,, si c'est delà
qu'ils sont passez dans les anciennes Editions
latines , où la plûpart des anciens
Peres Latins , jusqu'au neuvième siècle
les ont lûs , ou si c'est une addition faite
après coup par quelques Chrétiens dans
certains Exemplaires grecs , d'où elle seroit
passée dans les Bibles latines , ou au
•
C vj
con-
ا ه س
892 MERCURE DE FRANCE
contraire , si ces mots ayant d'abord été
mis dans quelques Exemplaires latins
seroient passez dans quelques Exemplaires
grecs des Septante ; vous m'avez fait
l'honneur , Monsieur , de me citer dans
la Lettre que vous avez écrite sur ce sujet
, imprimée dans le Mercure d'Août
du mois dernier , et vous souhaitez que
je vous dise mon sentiment sur la Réponse
du R P. Tournemine , inserée dans
votre mois de Septembre suivant.
J'ai reçu tant de marques de bienveillance
du R. P. Tournemine pendant mon
séjour à Paris , il a annoncé mes Ouvrages
dans ses Journaux d'une maniere si
honnête et si polie , que je ne puis me
résoudre à entrer avec lui dans aucune
contestation . Si donc vous jugez à propos
de faire quelque usage de ce que j'ai
l'honneur de vous écrire , je vous prie de
le lui communiquer auparavant et de
lui déclarer que je le rends absolument
le maître de tout. Avec cette condition ,.
je vais vous exposer ce que je pense sur
le sujet en question.
Le R. P. T. dit qu'il est certain que le
Texte des Septante sur lequel l'ancienne
Version italique a été faite , version qui est
sûrement du premier siècle de l'Eglise , consenoit
de que l'Auteur de la version a traduit
MAY. 1734.
893
duit , à ligno ; pour le prouver il dit
1° . Que ces termes à ligno , se lisoient
dans l'ancienne version italique , 2 °. Que
S. Justin les lisoit dans ses Exemplaires
des LXX. 3 °. Que Cassiodore
soutient
la même leçon par l'autorité des L X X.
4°. Que S. Ephrem les lisoit aussi dans
la version Siriaque , faite dès les premiers
siécles de l'Eglise sur celle des LXX.
5°. Qu'Origene
ayant un Texte Hebreu
pareil à celui que nous avons aujourd'hui
,
crut qu'il falloit corriger le Texte des
LXX. sur ce Texte , et sur les autres
versions grecques ; et que S. Jerôme embrassa
le sentiment d'Origene , et eût de
la peine à le faire passer dans les Eglises
d'Occident. Examinons toutes ces preuves
.
1º. Est- il bien certain que l'ancienne
version des Septante contenoit ces mots ,
à ligno ? quelle raison en apporte-t'on !
on ne connoît ni Edition ni Manuscrit
qui les porte , le Manuscrit grec Alexandrin
, imprimé à Oxfort en 1707. qui
passe pour un des plus anciens qui soient
dans le monde,et où l'on voit les Obéles
et les Asterisques d'Origene, ne le marque
point , quoique dans le même verset dont
nous parlons , on ait marqué d'un obéle
la particule quia ri , qui n'est pas
dans
l'he
894 MERCURE DE FRANCE
l'hebreu. On ne le voit point non plus
dans ceux de Rome , qu'a suivi Nobilius
, ni dans ceux d'Alde , ni dans ceux
sur lesquels ont travaillé le P. Morin et
M. Bos , et dont ils raportent les Variantesdans
lesEditions qu'ils ont donnéesde
la version desSeptante.
Seroit- il possible que ces termes si favorables
au Christianisme , eussent été
effacez si universellement de tous les
Exemplairesqu'il n'en restât aucun vestige
, ni dans les Manuscrits les plus anciens
, ni dans les Peres ? Qu'Origene
Saint Clement d'Alexandrie ,Saint Irenée,
Eusebe de Cesarée , Saint Athanase , Saint
Chrysostome , les Chaînes grecques sur
les P'seaumes, n'eussent pas fait mention
de cette varieté ? On n'en voit rien dans
la nouvelle Edition d'Origene , dans laquelle
on a ramassé avec soin tout ce
qu'on a trouvé de lui épars en differens
endroits.
Les anciens Traducteurs grecs, Aquilay
Symmaque , et Theodotion , ne l'ont pas
fu , non plus que le Paraphraste Chaldéen,
ni l'ancienne Version Siriaque faite
sur l'hebreu ; ni les Apôtres , ni les hom
mes Apostoliques , n'ont point cité ce
passage avec l'addition , à ligno , quoique
si propre à convaincre les Juifs et les
Payens
MAY. 1734 855
Payens . Enfin les Eglises d'Orient ne
l'ont jamais lû dans leur Office ; d'où je
crois avoir lieu de conclure qu'il n'étoit
originairement, ni dans le Texte hebreu,
ni dans laVersion des Septante.
" 2º. J'avoue que ces termes à ligno
se lisoient dans l'ancienne Version italique
, que plusieurs Peres Latins les ont
lûs dans leurs Exemplaites , et que malgré
la réforme de Saint Jerôme , ont les
a chantés dans lesEglises latines pendant
près de neuf siécles , et encore les chantet'on
aujourd'hui dans l'Hymne Vexilla
Regis mais cela ne me persuade pas que,
ni l'hebreu , ni le grec des Septante ait
porté à ligno : je soupçonnerois bien plutôt
que quelque Chrétien du premier
siécle par une fraude pieuse , auroit inseré
ces termes dans quelque Pseautier Grec,
ou dans le Latin ; comme on a composé
dans le même tems le quatriéme Livre
d'Esdras , le Testament des douze Patriarches
, l'Evangile de l'Enfance de J. C.
et peut-être le fameux Passage de Joseph,
où il est parlé du Sauveur , et tant d'autres
Monuments anciens dont la supposition
est aujourd'hui reconnuë et avouée.
3 °. On soutient que Saint Justin le
Martyr lisoit l'addition à ligno , dans ses
Exemplaires des Septante. Če Saint accusoir
896 MERCURE DE FRANCE
soit hautement les Juifs de l'avoir retranché
de leurs Exemplaires hebreux , en
haine de J. C. et des Chrétiens. Tryphon
son Interlocuteur , qui étoit Juif , soutient
ce retranchement incroyable , sans
s'expliquer davantage ; ni lui ni Saint
Justin n'avoient pas en main les Exemplaires
ni grecs ni hebreux , pour les confronter.
Or dans ces sortes de disputes il faut
avoir piéces en main ; l'un avance , l'autre
nie , à qui croire ? Saint Justin ne
sçavoit pas l'hebreu , ni aparemment
Tryphon , ils n'étoient point à portée
des Bibliotéques , disputants à la campagne
et sur le bord de la Mer ; or il auroit
fallu pour décider la question consulter
plusieurs Exemplaires en l'une et en l'autre
Langu , et les comparer l'un à l'autre.
Saint Justin avance hardiment que les
Septante avoient lû à ligno : comme la
chose importoit peu à Tryphon , il n'en
demande point de preuves , mais il nie
que les Juifs ayent retranché ces termes
de leur Texte , sans en donner non plus
aucune raison ; d'ailleurs il paroît que
Saint Justin n'étoit nullement Critique ,
et si l'on exigeoit de lui des preuves de
tout ce qu'il avance principalement contre
les Juifs , il lui seroit certainement
malMAY
. 1734. 897
malaisé d'en donner ; il est tout aussi
croyable que les termes à ligno soient
passez du latin dans quelques Exemplaires
grecs , que non pas qu'ils soient passez
du Grec dans le Latin.
4°. Cassiodore sur le Pseaume XCV.
V. 10. lit Dominus regnavit : à ligno , et il
ajoûte à ligno : alii quidem non habent .
interpretes , sed nobis sufficit quod L X X.
Interpretum autoritate firmatum est : voilà
qui est précis et décisif : mais qui croira .
sur l'autorité de Cassiodore , qu'au sixième
siécle où il vivoit , le Texte des Septante
eut communément porté à ligno , pendant
que tous les Peres Grecs qui avoient.
écrit avant lui , ne lisoient point cette
addition , et qu'aucun de nos Exemplaires
grecs d'aujourd'hui , qui sont copiez
sur ceux de son temps , ne le porte.
5°. On dit que Saint Ephrem lisoit :
à ligno, dans les Exemplaires Syriaques de
son Eglise , puisqu'il le cite ainsi dans
son Sermon de la Croix. Il est vrai que
ce Saint lit : Dominus regnavit à ligno :
dans l'Edition latine du Sermon qu'on
cite ; mais on ne lit pas à ligno dans
l'Edition grecque d'Angleterre . De plus
ce Sermon de la Croix ne se trouve point
parmi ceux que M. Assemani a vûs en
Sy98
MERCURE DE FRANCE
Syriaque et en Arabe , et qu'il cite dans
le premier Tomè de sa Bibliothéque
Orientale , comme indubitablement de
Saint Ephrem .
On dit de plus que la Version Syriaque
est faite sur le Texte des Septante , qu'elle
est aussi ancienne que l'Eglise , et que les
Versions postérieures n'ont pas la même autorité.
Il est vrai qu'il y a uneVersion Syriaque
faite sur le Grec des Septante , mais elle
est moderne ; Masius en cite une faite
l'an 615. de J. C. je ne sçai si elle est
differente de celle d'un nommé Mar-
Abba mais tout cela est bien éloigné
des premiers siècles de l'Eglise. Cette
Traduction , faité sur le Grec , n'a ja̸ż
mais été imprimée , et est bien posté→
rieure et de moindre autorité que l'an
cienne Version Syriaque faite sur l'hebreu.
dès le premier siécle de l'Eglise , et imprimée
dans les Bibles Poliglottes de
M.le Jay à Paris en 1545. et ensuite réimprimées
à Londres par Walton avec
l'addition de quelques nouveaux Livres
de l'Ecriture, qui n'avoient pas paru dans
l'Edition de Paris ; je puis assurer que
l'addition à ligno n'est dans aucun Pseautier
Syriaque de ceux qui ont paru jusqu'ici
, je ne puis dire la même chose de
,
ceux
MA Y. 1734. 895
teux qui n'ont pas paru , et qui ne sont
pas venus à nôtre connoissance. Toujours
est- il vrai que Saint Ephrem n'a pas να
ces derniers , puisqu'ils sont plus récents
que lui : ainsi , soit qu'ils portent à lignoz
ou non, on nen peut rien inferer ni pour
ni contre ce Saint,de sorte que sans beaucoup
hazarder ; on peut avancer que ces
Versions ne portent point à ligno : puisqu'au
temps où elles ont été faites , ces
expressions ne se lisoient plus dans les
Septante.
6º. Enfin , Monsieur , puisque la derniere
réfléxion du R. P. Tournemine est
une pure conjecture empruntée de Sala
meron et d'Agellius , qui n'est fondée
sur aucun fait historique , ni sur aucun
témoignage des Anciens , ni sur aucun
Texte , ni sur aucun Manuscrit ; on peut
la laisser dans son être de conjecture ,
sans se donner la peine de la refuter ; on
peut
la nier tout net comme chose non
prouvée et improbable.
En effet quelle aparence que du temps
d'Origene il y eût des Exemplaires
hebreux
, quoiqu'en assez petit nombre ,
qui portassent Mihez yyo à ligno ; pendant
que le plus grand nombre lisoit aph
utique comme portent aujourd'hui
tous nos Exemplaires , et qu'on ne trou-
VO
800195
Joo MERCURE DE FRANCE
>
ve ni dans Origene , ni dans S. Jerôme
aucun vestige de cette ancienne leçon
pas même pour la rejetter ou pour la refuter.
Quelle aparence que la seule autorité
d'Origene ait pû d'un trait de plume
faire disparoître à ligno: de tous les Exemplaires
Grecs et Hebreux où il étoit ,
pendant que S. Jerôme apuyé de toute
l'autorité d'Origene et de celle de tous
les Manuscrits Grecs et Hebreux , d'où
l'on avoit retranché ces termes , n'a pû
réussir à les faire ôter des Textes latins
où ils étoient demeurez ?
Je ne m'étends pas ici à relever l'im
possibilité qu'il y a à corriger les anciens
Exemplaires grecs ni hebreux , et les corriger
de telle maniere que depuis tant de
siècles il ne paroisse aucun vestige de
l'ancienne leçon , ni dans les Manuscrits
ni dans les imprimez. Que les Juifs ayent
eû assez de malice pour l'ôter de tous
leurs livres ; cela est déja très difficile , les
Juifs convertis au Christianisme auroient
crié à la falsification . Mais que les Grecs
l'ayent voulu retrancher des leurs , cette
leçon se trouvant , dit- on , autorisée par
quelques Exemplaires hebreux , cela paroît
bien plus impossible , et plus incompréhensible
, le Christianisme ayant autant
d'interêt à la conserver pour convaincre
les
MAY.
901 1734:
les Juifs d'incredulité et de falsifica- ›
tion .
Voilà , Monsieur , quelles sont mes
réfléxions sur cette matiere . Je suis tou
jours & c.
A Senones le 2 Janvier 1734;
Calmet , Abbé de Senones , au sujet de
la Prophétie attribuée au Roy David, & c.
MoxONSIEUR ,
J'ai reçu avec reconnoissance les deux
volumes de votre Journal , dans lesquels
sont deux Lettres , l'une de vous , Monsieur
, et l'autre du R. P. Tournemine ,
sur ces paroles du Pseaume XCV v. 19.
Dicite in gentibus, quia Dominus regnavis
&c. Il est question de sçavoir si ces mots:
regnavit à ligno , que l'on explique du
Regne de J. C. par sa Croix , sçavoir
dis-je , si ces mots à ligno étoient originairement
au moins dans quelques.
Exemplaires du texte Hebreu ,si les Septante
interprêtes les y ont lûs , et les ont
inserez dans leur version ,, si c'est delà
qu'ils sont passez dans les anciennes Editions
latines , où la plûpart des anciens
Peres Latins , jusqu'au neuvième siècle
les ont lûs , ou si c'est une addition faite
après coup par quelques Chrétiens dans
certains Exemplaires grecs , d'où elle seroit
passée dans les Bibles latines , ou au
•
C vj
con-
ا ه س
892 MERCURE DE FRANCE
contraire , si ces mots ayant d'abord été
mis dans quelques Exemplaires latins
seroient passez dans quelques Exemplaires
grecs des Septante ; vous m'avez fait
l'honneur , Monsieur , de me citer dans
la Lettre que vous avez écrite sur ce sujet
, imprimée dans le Mercure d'Août
du mois dernier , et vous souhaitez que
je vous dise mon sentiment sur la Réponse
du R P. Tournemine , inserée dans
votre mois de Septembre suivant.
J'ai reçu tant de marques de bienveillance
du R. P. Tournemine pendant mon
séjour à Paris , il a annoncé mes Ouvrages
dans ses Journaux d'une maniere si
honnête et si polie , que je ne puis me
résoudre à entrer avec lui dans aucune
contestation . Si donc vous jugez à propos
de faire quelque usage de ce que j'ai
l'honneur de vous écrire , je vous prie de
le lui communiquer auparavant et de
lui déclarer que je le rends absolument
le maître de tout. Avec cette condition ,.
je vais vous exposer ce que je pense sur
le sujet en question.
Le R. P. T. dit qu'il est certain que le
Texte des Septante sur lequel l'ancienne
Version italique a été faite , version qui est
sûrement du premier siècle de l'Eglise , consenoit
de que l'Auteur de la version a traduit
MAY. 1734.
893
duit , à ligno ; pour le prouver il dit
1° . Que ces termes à ligno , se lisoient
dans l'ancienne version italique , 2 °. Que
S. Justin les lisoit dans ses Exemplaires
des LXX. 3 °. Que Cassiodore
soutient
la même leçon par l'autorité des L X X.
4°. Que S. Ephrem les lisoit aussi dans
la version Siriaque , faite dès les premiers
siécles de l'Eglise sur celle des LXX.
5°. Qu'Origene
ayant un Texte Hebreu
pareil à celui que nous avons aujourd'hui
,
crut qu'il falloit corriger le Texte des
LXX. sur ce Texte , et sur les autres
versions grecques ; et que S. Jerôme embrassa
le sentiment d'Origene , et eût de
la peine à le faire passer dans les Eglises
d'Occident. Examinons toutes ces preuves
.
1º. Est- il bien certain que l'ancienne
version des Septante contenoit ces mots ,
à ligno ? quelle raison en apporte-t'on !
on ne connoît ni Edition ni Manuscrit
qui les porte , le Manuscrit grec Alexandrin
, imprimé à Oxfort en 1707. qui
passe pour un des plus anciens qui soient
dans le monde,et où l'on voit les Obéles
et les Asterisques d'Origene, ne le marque
point , quoique dans le même verset dont
nous parlons , on ait marqué d'un obéle
la particule quia ri , qui n'est pas
dans
l'he
894 MERCURE DE FRANCE
l'hebreu. On ne le voit point non plus
dans ceux de Rome , qu'a suivi Nobilius
, ni dans ceux d'Alde , ni dans ceux
sur lesquels ont travaillé le P. Morin et
M. Bos , et dont ils raportent les Variantesdans
lesEditions qu'ils ont donnéesde
la version desSeptante.
Seroit- il possible que ces termes si favorables
au Christianisme , eussent été
effacez si universellement de tous les
Exemplairesqu'il n'en restât aucun vestige
, ni dans les Manuscrits les plus anciens
, ni dans les Peres ? Qu'Origene
Saint Clement d'Alexandrie ,Saint Irenée,
Eusebe de Cesarée , Saint Athanase , Saint
Chrysostome , les Chaînes grecques sur
les P'seaumes, n'eussent pas fait mention
de cette varieté ? On n'en voit rien dans
la nouvelle Edition d'Origene , dans laquelle
on a ramassé avec soin tout ce
qu'on a trouvé de lui épars en differens
endroits.
Les anciens Traducteurs grecs, Aquilay
Symmaque , et Theodotion , ne l'ont pas
fu , non plus que le Paraphraste Chaldéen,
ni l'ancienne Version Siriaque faite
sur l'hebreu ; ni les Apôtres , ni les hom
mes Apostoliques , n'ont point cité ce
passage avec l'addition , à ligno , quoique
si propre à convaincre les Juifs et les
Payens
MAY. 1734 855
Payens . Enfin les Eglises d'Orient ne
l'ont jamais lû dans leur Office ; d'où je
crois avoir lieu de conclure qu'il n'étoit
originairement, ni dans le Texte hebreu,
ni dans laVersion des Septante.
" 2º. J'avoue que ces termes à ligno
se lisoient dans l'ancienne Version italique
, que plusieurs Peres Latins les ont
lûs dans leurs Exemplaites , et que malgré
la réforme de Saint Jerôme , ont les
a chantés dans lesEglises latines pendant
près de neuf siécles , et encore les chantet'on
aujourd'hui dans l'Hymne Vexilla
Regis mais cela ne me persuade pas que,
ni l'hebreu , ni le grec des Septante ait
porté à ligno : je soupçonnerois bien plutôt
que quelque Chrétien du premier
siécle par une fraude pieuse , auroit inseré
ces termes dans quelque Pseautier Grec,
ou dans le Latin ; comme on a composé
dans le même tems le quatriéme Livre
d'Esdras , le Testament des douze Patriarches
, l'Evangile de l'Enfance de J. C.
et peut-être le fameux Passage de Joseph,
où il est parlé du Sauveur , et tant d'autres
Monuments anciens dont la supposition
est aujourd'hui reconnuë et avouée.
3 °. On soutient que Saint Justin le
Martyr lisoit l'addition à ligno , dans ses
Exemplaires des Septante. Če Saint accusoir
896 MERCURE DE FRANCE
soit hautement les Juifs de l'avoir retranché
de leurs Exemplaires hebreux , en
haine de J. C. et des Chrétiens. Tryphon
son Interlocuteur , qui étoit Juif , soutient
ce retranchement incroyable , sans
s'expliquer davantage ; ni lui ni Saint
Justin n'avoient pas en main les Exemplaires
ni grecs ni hebreux , pour les confronter.
Or dans ces sortes de disputes il faut
avoir piéces en main ; l'un avance , l'autre
nie , à qui croire ? Saint Justin ne
sçavoit pas l'hebreu , ni aparemment
Tryphon , ils n'étoient point à portée
des Bibliotéques , disputants à la campagne
et sur le bord de la Mer ; or il auroit
fallu pour décider la question consulter
plusieurs Exemplaires en l'une et en l'autre
Langu , et les comparer l'un à l'autre.
Saint Justin avance hardiment que les
Septante avoient lû à ligno : comme la
chose importoit peu à Tryphon , il n'en
demande point de preuves , mais il nie
que les Juifs ayent retranché ces termes
de leur Texte , sans en donner non plus
aucune raison ; d'ailleurs il paroît que
Saint Justin n'étoit nullement Critique ,
et si l'on exigeoit de lui des preuves de
tout ce qu'il avance principalement contre
les Juifs , il lui seroit certainement
malMAY
. 1734. 897
malaisé d'en donner ; il est tout aussi
croyable que les termes à ligno soient
passez du latin dans quelques Exemplaires
grecs , que non pas qu'ils soient passez
du Grec dans le Latin.
4°. Cassiodore sur le Pseaume XCV.
V. 10. lit Dominus regnavit : à ligno , et il
ajoûte à ligno : alii quidem non habent .
interpretes , sed nobis sufficit quod L X X.
Interpretum autoritate firmatum est : voilà
qui est précis et décisif : mais qui croira .
sur l'autorité de Cassiodore , qu'au sixième
siécle où il vivoit , le Texte des Septante
eut communément porté à ligno , pendant
que tous les Peres Grecs qui avoient.
écrit avant lui , ne lisoient point cette
addition , et qu'aucun de nos Exemplaires
grecs d'aujourd'hui , qui sont copiez
sur ceux de son temps , ne le porte.
5°. On dit que Saint Ephrem lisoit :
à ligno, dans les Exemplaires Syriaques de
son Eglise , puisqu'il le cite ainsi dans
son Sermon de la Croix. Il est vrai que
ce Saint lit : Dominus regnavit à ligno :
dans l'Edition latine du Sermon qu'on
cite ; mais on ne lit pas à ligno dans
l'Edition grecque d'Angleterre . De plus
ce Sermon de la Croix ne se trouve point
parmi ceux que M. Assemani a vûs en
Sy98
MERCURE DE FRANCE
Syriaque et en Arabe , et qu'il cite dans
le premier Tomè de sa Bibliothéque
Orientale , comme indubitablement de
Saint Ephrem .
On dit de plus que la Version Syriaque
est faite sur le Texte des Septante , qu'elle
est aussi ancienne que l'Eglise , et que les
Versions postérieures n'ont pas la même autorité.
Il est vrai qu'il y a uneVersion Syriaque
faite sur le Grec des Septante , mais elle
est moderne ; Masius en cite une faite
l'an 615. de J. C. je ne sçai si elle est
differente de celle d'un nommé Mar-
Abba mais tout cela est bien éloigné
des premiers siècles de l'Eglise. Cette
Traduction , faité sur le Grec , n'a ja̸ż
mais été imprimée , et est bien posté→
rieure et de moindre autorité que l'an
cienne Version Syriaque faite sur l'hebreu.
dès le premier siécle de l'Eglise , et imprimée
dans les Bibles Poliglottes de
M.le Jay à Paris en 1545. et ensuite réimprimées
à Londres par Walton avec
l'addition de quelques nouveaux Livres
de l'Ecriture, qui n'avoient pas paru dans
l'Edition de Paris ; je puis assurer que
l'addition à ligno n'est dans aucun Pseautier
Syriaque de ceux qui ont paru jusqu'ici
, je ne puis dire la même chose de
,
ceux
MA Y. 1734. 895
teux qui n'ont pas paru , et qui ne sont
pas venus à nôtre connoissance. Toujours
est- il vrai que Saint Ephrem n'a pas να
ces derniers , puisqu'ils sont plus récents
que lui : ainsi , soit qu'ils portent à lignoz
ou non, on nen peut rien inferer ni pour
ni contre ce Saint,de sorte que sans beaucoup
hazarder ; on peut avancer que ces
Versions ne portent point à ligno : puisqu'au
temps où elles ont été faites , ces
expressions ne se lisoient plus dans les
Septante.
6º. Enfin , Monsieur , puisque la derniere
réfléxion du R. P. Tournemine est
une pure conjecture empruntée de Sala
meron et d'Agellius , qui n'est fondée
sur aucun fait historique , ni sur aucun
témoignage des Anciens , ni sur aucun
Texte , ni sur aucun Manuscrit ; on peut
la laisser dans son être de conjecture ,
sans se donner la peine de la refuter ; on
peut
la nier tout net comme chose non
prouvée et improbable.
En effet quelle aparence que du temps
d'Origene il y eût des Exemplaires
hebreux
, quoiqu'en assez petit nombre ,
qui portassent Mihez yyo à ligno ; pendant
que le plus grand nombre lisoit aph
utique comme portent aujourd'hui
tous nos Exemplaires , et qu'on ne trou-
VO
800195
Joo MERCURE DE FRANCE
>
ve ni dans Origene , ni dans S. Jerôme
aucun vestige de cette ancienne leçon
pas même pour la rejetter ou pour la refuter.
Quelle aparence que la seule autorité
d'Origene ait pû d'un trait de plume
faire disparoître à ligno: de tous les Exemplaires
Grecs et Hebreux où il étoit ,
pendant que S. Jerôme apuyé de toute
l'autorité d'Origene et de celle de tous
les Manuscrits Grecs et Hebreux , d'où
l'on avoit retranché ces termes , n'a pû
réussir à les faire ôter des Textes latins
où ils étoient demeurez ?
Je ne m'étends pas ici à relever l'im
possibilité qu'il y a à corriger les anciens
Exemplaires grecs ni hebreux , et les corriger
de telle maniere que depuis tant de
siècles il ne paroisse aucun vestige de
l'ancienne leçon , ni dans les Manuscrits
ni dans les imprimez. Que les Juifs ayent
eû assez de malice pour l'ôter de tous
leurs livres ; cela est déja très difficile , les
Juifs convertis au Christianisme auroient
crié à la falsification . Mais que les Grecs
l'ayent voulu retrancher des leurs , cette
leçon se trouvant , dit- on , autorisée par
quelques Exemplaires hebreux , cela paroît
bien plus impossible , et plus incompréhensible
, le Christianisme ayant autant
d'interêt à la conserver pour convaincre
les
MAY.
901 1734:
les Juifs d'incredulité et de falsifica- ›
tion .
Voilà , Monsieur , quelles sont mes
réfléxions sur cette matiere . Je suis tou
jours & c.
A Senones le 2 Janvier 1734;
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Résumé : LETTRE du R. P. Dom Augustin Calmet, Abbé de Senones, au sujet de la Prophétie attribuée au Roy David, &c.
Le R. P. Dom Augustin Calmet, abbé de Senones, adresse une lettre à un destinataire non nommé pour discuter de la prophétie attribuée au roi David dans le Psaume XCV, verset 19. La lettre répond à une question soulevée dans le journal du destinataire concernant les mots 'regnavit à ligno' et leur origine dans les textes hébreux et grecs des Septante. Calmet examine les arguments du R. P. Tournemine, qui affirme que ces mots étaient présents dans les anciens textes des Septante et dans diverses versions anciennes. Calmet conteste cette affirmation en soulignant l'absence de ces mots dans les manuscrits anciens et les versions des Septante. Il mentionne que ni les manuscrits grecs les plus anciens, ni les Pères de l'Église n'ont fait mention de cette variante. Il suggère que ces mots ont pu être ajoutés par des chrétiens dans des exemplaires grecs ou latins postérieurs. Calmet examine également les témoignages de Saint Justin, Cassiodore, et Saint Éphrem, concluant que leurs références à 'regnavit à ligno' ne sont pas fiables ou sont basées sur des versions tardives. Il conclut que les mots 'regnavit à ligno' n'étaient pas originairement présents dans les textes hébreux ou grecs des Septante, mais ont probablement été ajoutés plus tard par des chrétiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 16-23
RÉPONSE du R. P. M. Texte, D. à la Lettre anonyme, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juin 1744, sur l'origine de réciter trois fois l'Ave Maria, au son de la cloche.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, si la Priere appellée communément l'Angelus, [...]
Mots clefs :
Ave Maria, Angélus, Cloche, Louis XI, Termes, Origine, Matin, Salutation angélique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE du R. P. M. Texte, D. à la Lettre anonyme, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juin 1744, sur l'origine de réciter trois fois l'Ave Maria, au son de la cloche.
EPPO'NSE duR.P.M.TexteyD.à
la Lettre anonyme y
inférée dans le premier
Volume du Mercure de Juin 1743. yfttr l'origine
derécitertrois fois l'Ave Maria, an
son de[a clocher vOus me demandez, MonfÍeur;G;
la Priere appellée communément
»Angelur, acommence sous-Louis VI.,&
» si Louis XI l'a ordonnée le matin & le
e soir
, comme à midi.
Je vous dirai, M.qu'à juger du premier
chef par ce qu'on en lit dans le Dictionnaire
de Trévoux,T. IV
, p. 1424,Edition
de 1721, C'est Louis VI, dit le Gros
* décédé en 1137, lequel a ordonné le premier
l'Angelus.. Voici les termes qui y font
inférés.
La Salutation Angélique efî une Prierr
qu'onfait à ta Viergejjuon nomme rAve Maria,
qui contient les mêmes paroles que l'Ange
lui dit; quand il lui annonça le Myflere de
YIncarnation, SalutatioÂngelicay ellea été
introduite par fOrdonnanoe de LouisVI. Ily Or
pofitiirtment Louis VI, sans derrata qui
ie corrigeycomme le dit Robert Gaguin dans
ses Chroniques. Elle ne se fit d'abordqu'a midi
»
mais depuis elle s'est faite aussiau son dt
la clPchc qu'on son-ne appoint du jour,& a
sept heures du soir,qu'on nomme le Couvre
feu, (f)" par corruptionCarfou ; ce terme depuis,
insinuëque les Auteurs duDiction
naireparlent de Louis VI,puisqu'il estconstant
que dès 13 aD,172 ans avant l'Ordonnance
de LouisXI,on disoiten France l'Angelus
au Couvre-feu,,comme je le prouverais
M. César de Rochefort, Docteur ès
Droits, Aggregé au Collège de la Sapience
de Rome,Auteur de plusieurs Onvrages
fondé également sur une aurorirey a mis
dans celui qui a pourtirre:DiélifJlInairegénéral
& curieux, contenant les principaux:
mots, &c. imprimé à Lyon en Ié>S5", que ce
fut Louis XI, qui en 1472, ordonna de
réciter l'Angelus aux heures qu'on le fait
aujourd'hui;on y lit p. 24.
Ave Maria, LouisXI ordonna dans fin
Royaume la Salutation Angélique,qui se dit
le matin,a midi &lefoir. Crfut le 1 Aiaï
1472j Mszeray, dans la vie de Charles
VIII. ]an XXII avoit de, a inflitué celte dévotion
à la Vierge; ce qu'il y a de plusimportant,
dit l'Auteur dans sa Préface, efl que les
Citations font fort réoulieres.
Un troisième sentiment sur l'origine de
l'Angelus à midi, de la découverteduquel
je vous suis, M. redevable, &: qui efface
les, deux premiers, me paroît pliis
solide; il estfondé sur le Texte de la Chronique
d'un Greffier de l'Hôtel de Ville de
Paris, contemporain deLouis XI
, & que
vous rapportez au lieu des termes de l'Ordonnance
de ce Roi,qui seroit sans réplique;
on lit dans cette Chronique: »> Et le-
» dit premier jour de Mai1472
, un Doc-
1) teur déclaira que le Roi exhortoit son bon
1) Populaire. que doresenavant à l'heure
» du midi chascun feust fléchi un genoüil en
» terre en disantAve Mann.
Vous me permettrez, M. de continuer
cette Réponse par des découvertesquej'ai
faitesdepuis sur le même sujet de l'Angelus.
il y a eu des Synodes en France avant le
Regne de Louis XI
,otlaété or- dné. Le sçavant Dom Martenne en rapporte
deux exemples dans ses Anecdotes
T. IV.
Le premier se liten ces termes,p. 9dz.
Ex flatittis Domini Stnsonis,(a) cjno/f.lam
EpiscopiNannetenfis.avz.V.de lZ1¡j'e<.io. Item
-,Ccipl*mits,ut ipsi(b) faci^nt boraconfiteta,
prlt¡:lri campmas 111
Eccleflts fuis
,
a1 ianitsguimG.
tlliceCouvrefeur&p<-£-iyiant
Parochianis adp:tlfat!onem hu;ufrnoM iicere
genibns jl:xis, ver/mm Saluiati'onls ab Ang:U
(a) L'année n'est pas marquée.
[?) LesCurés.
gloriofe,i'irgini Mariæ Ave Maria,&ex hoc
lucrantur decem dies Indulgentia.
Ce grand Prélat, si dévot à la Vierge,
méritebien d'être connîr; c'est Simon de Langres,
unique Evêque de Nantes de ce nom,
en 13 66, & ensuite de Vannes, selon leP.
Echard,& que Froissart,L.I.Ch.2 11,appelle
Homme d'Eglise d'une grande prudence.
Il fut le 11 Généralde l'Ordre de S. Dominique,&
un des deux Légats envoyésen
France par Innocent VI, & choisi, dit le sçavant
P. Daniel, dans (on Hiss.de t rance, T.
III,p.101) par Charles, Dauphin & Régent
du Royaume, pour travailler au Traité de
Efetignyy près de Chartres,Paroisse de Sours,
où j'ai parré.Mem. de la Chambre des Comptes
de Paris.
L'autre exemple ,tiré du même Livre de
Dom Martenne, p.1107, nous donne au sujet
de l'Angelus, une époque plus ancienne.
Satuta Synodalia EcclejtaTrecorenps (Treguier
) art. LXVIII. hem pracipitDominus
Episcopus omnibus CuratisDioccefisTrecoren-
,
~MO~ M~~<? p/< <
fis,lrlvlytute obedïenti<t,cjuod de cætrO puU
fttttr Carnrarta in Ecclesiis fuis
, ante ignitegirem
, CT cjuod fit inter duas pulfationes spatium
miusAve Maria.
L'année de ce Synode, & le nom de l'Evêque
, ne font pas marqués,mais comme
ensuite viennent StAlistiJ Synodalia Alani,
EpiscopiTrecorencis,postannumM.CCC.XXXIV,
édita, le Synode, qu'on vient de citer,
doit être nécessairement plus ancien.
Cette maniere de prier le soir fut plus
étenduë dans le Concile de la Province (a)
de Sens
, tenu à Paris, dans le Palais alors
Episcopal, situé sur le bord de laSeine,(b)
auquel présida Guillaume de Melun, Archevêque
de Sens; en voici les termes, Art,
XIII.Item authoritatedicti Conciliipr&cipimus
ut observeturinviolabiliter ordinatio faftd
per fanaitrnernorͣ foannem PapamXXII, de
dicendo ter Ave Maria, tempore ignitegii &c.
j4£lumin Palatio EpiscopaliParisiensi anno
millesimo trecentesimoquadragesimo sexto dit
XIV Martii.
Quelques Historiens disent que cette Bulle
de Jean XXII, donnéele13Octobre
I3 18
,
est Le commencement & l'origine de
la Priere que nous appellons l'Angelus; mais
outre qu'ils avouentavecReynal, qu'on
la pratiquoit déja en France,sçavoir à Xaintes.
Cum pius mos in Xantonenfi Ecclesia susceptusesset,
Pontifex decem dierum Indul-
(a) La Province Ecclesiastique de Sens étoit d'une
vaste étenduë, & contenoittout un grand l'ays
dont lePeu le Belliqueux étoit nommé IZmnanorum
terror. Voyez Baudrand.
(b Sequana, subst f. Fleuve en général m. Dic-t.
de Danet, mais non pas absolument m. le Critique
qui depuis peu l'a avancé s'est trompé.
gentiam concessit, Reyn. Annal. 1318. Outre
cela, dis-je, Bzovius, qui écrivoit à Rome
dans la Bibliothéque du Vatican
, par 1'0I:
dre de Paul V
,
& que personne n'a refuté,
a mis dans ses Annales
, T. XII1 , p.391,
ann. 12 5 9, quatre-vingt ans auparavaut
Jean XXII, que le Pape Grégoire IX, persécuté
par l'Empereur Fredéric Il,avoit ordonné
de réciter trois fois cette Priere à
genoux le matin & le soir. Interim cum
scriptis& armis Frederici GregoriusIX, eXilgitaretur
,
decrevit ut Salutatio Dei parentis
tum diluculo
, tum crepusculo, dato signo campana,
ab omnibusgenuflexo ter repleretur. Il
dit pas d'où il a tiré ce fait, comme il cite
Naucler à l'égardduSalveRegina
,
ordonné
par ce Pape,Priere * qu'il attribuë à Dom
Herman,Bénédictin, en 1060; mais ce témoignage
de Bzovius mériteroit quelque
attention.
Néanmoins, pour ne rien avancer que de
positif, je dis qu'on a d'abord recité l'Angelus.
au couvre-feu avant 1318, ensuite
fous Louis XI, à midi en 1472, & enfin
l'époque la plus ancienne que j'aye pû découvrir
pour trois fois par jour,est celle
de Léon X, élû en 1513 , ** lequel
t * La coûtume de chanter le Salveaprès Complies
vient des Dominiquains. vers 1237. Martene,T.
TI.P. 544vet.script. *-P. de Breul, Hist. de l'Abbaye S. Germain
à l'instance du Cardinal Briçonnet, Eveque
de Meaux , & Abbé deS. Germain des Prcz
à Paris, accorda des Indulgences à ceux de
ce Diocèse & du Fauxbourg S. Germain,
qui réciteroient àgenoux cette Priere le ma,.
tin, à midi & le soir. Denos jours, Benoît XIII, de fainte mémoire
aaccordé le 14 Septembre 1724cent
jours d'indulgence à tous ceux qui réciteroient
à genoux la mêmePriere, & il ajoûte
une Indulgence pleniere pour ceux qui pra-
-
tiqueroient cette dévotion, & communie-
< roient un jour de chaque mois,à leur choix.
Ballarium*Pradictuorum,T' VI.p. 539.
Ily au reste, M. uneremarque à faire sur
le Concile de Sens, dont je viensde parler;
l'Editeur du Spicilege de Dom Luc Dariche,
T. I. p. 148,où ceConcile est rapporté, a
mis dans le titre, qu'il fut tenu en 13
50,
anno M. ccc. L. & au bas de la page on lit:
Concilium hoc an. 1346
,
celebratum dicitur
infra,atque id venin arbitratus est Dacherius,
sed hoec deinde monuit Balusins
, anno
13 44. Guillelmus nondum erat Archiepiscopus
probabiliusergo est habitam fitijje
banc Synodum an 13 50. Il est en effet certain
que Guill. de Melun ne prit (a) possesúon
personnellement de fou Eglise de Sens
(a) Recueil de Remarques pour la Métropole
de-Scusi Minuterie de S. Germain des Prez.
qu'au mois d'Octobre 1350, fty le ancien, Se
il paroît de cette prise de possession qu'il
assembla son Concile au mois de Mars suivant,
sur la fin de 1350, plutôt qu'en 13 46;
de plus, l'Evêque de Paris s'y trouve signé
G. Parisiensis. comme d'Acheri & les PP.
Labbe & Hardoiiin l'ont mis dans leurs
Editions ;oren 1346 Foulques décédé en
1348étoit EvêquedeParis. Je ne fais
que proposer ici la difficulté, après l'Editeur
du Spicilege
,
dont je laisseàexaminer
le fond aux sçavans Bénédictins,Continuateurs
du Gallia Christiana
, ne doutant pas
qu'ils ne se déterminent en faveur de la
vérité; & que leur décision ne foit universellement
reçuë. La date Actum die 14
Martii. ann.1346 , me paroît d'un grand
poids; remarque importante, afin que ceux
qui citeront ce Concile évitent de le tromper.
Je suis, &c.
ui Paris le 30 jioîït 1744.
la Lettre anonyme y
inférée dans le premier
Volume du Mercure de Juin 1743. yfttr l'origine
derécitertrois fois l'Ave Maria, an
son de[a clocher vOus me demandez, MonfÍeur;G;
la Priere appellée communément
»Angelur, acommence sous-Louis VI.,&
» si Louis XI l'a ordonnée le matin & le
e soir
, comme à midi.
Je vous dirai, M.qu'à juger du premier
chef par ce qu'on en lit dans le Dictionnaire
de Trévoux,T. IV
, p. 1424,Edition
de 1721, C'est Louis VI, dit le Gros
* décédé en 1137, lequel a ordonné le premier
l'Angelus.. Voici les termes qui y font
inférés.
La Salutation Angélique efî une Prierr
qu'onfait à ta Viergejjuon nomme rAve Maria,
qui contient les mêmes paroles que l'Ange
lui dit; quand il lui annonça le Myflere de
YIncarnation, SalutatioÂngelicay ellea été
introduite par fOrdonnanoe de LouisVI. Ily Or
pofitiirtment Louis VI, sans derrata qui
ie corrigeycomme le dit Robert Gaguin dans
ses Chroniques. Elle ne se fit d'abordqu'a midi
»
mais depuis elle s'est faite aussiau son dt
la clPchc qu'on son-ne appoint du jour,& a
sept heures du soir,qu'on nomme le Couvre
feu, (f)" par corruptionCarfou ; ce terme depuis,
insinuëque les Auteurs duDiction
naireparlent de Louis VI,puisqu'il estconstant
que dès 13 aD,172 ans avant l'Ordonnance
de LouisXI,on disoiten France l'Angelus
au Couvre-feu,,comme je le prouverais
M. César de Rochefort, Docteur ès
Droits, Aggregé au Collège de la Sapience
de Rome,Auteur de plusieurs Onvrages
fondé également sur une aurorirey a mis
dans celui qui a pourtirre:DiélifJlInairegénéral
& curieux, contenant les principaux:
mots, &c. imprimé à Lyon en Ié>S5", que ce
fut Louis XI, qui en 1472, ordonna de
réciter l'Angelus aux heures qu'on le fait
aujourd'hui;on y lit p. 24.
Ave Maria, LouisXI ordonna dans fin
Royaume la Salutation Angélique,qui se dit
le matin,a midi &lefoir. Crfut le 1 Aiaï
1472j Mszeray, dans la vie de Charles
VIII. ]an XXII avoit de, a inflitué celte dévotion
à la Vierge; ce qu'il y a de plusimportant,
dit l'Auteur dans sa Préface, efl que les
Citations font fort réoulieres.
Un troisième sentiment sur l'origine de
l'Angelus à midi, de la découverteduquel
je vous suis, M. redevable, &: qui efface
les, deux premiers, me paroît pliis
solide; il estfondé sur le Texte de la Chronique
d'un Greffier de l'Hôtel de Ville de
Paris, contemporain deLouis XI
, & que
vous rapportez au lieu des termes de l'Ordonnance
de ce Roi,qui seroit sans réplique;
on lit dans cette Chronique: »> Et le-
» dit premier jour de Mai1472
, un Doc-
1) teur déclaira que le Roi exhortoit son bon
1) Populaire. que doresenavant à l'heure
» du midi chascun feust fléchi un genoüil en
» terre en disantAve Mann.
Vous me permettrez, M. de continuer
cette Réponse par des découvertesquej'ai
faitesdepuis sur le même sujet de l'Angelus.
il y a eu des Synodes en France avant le
Regne de Louis XI
,otlaété or- dné. Le sçavant Dom Martenne en rapporte
deux exemples dans ses Anecdotes
T. IV.
Le premier se liten ces termes,p. 9dz.
Ex flatittis Domini Stnsonis,(a) cjno/f.lam
EpiscopiNannetenfis.avz.V.de lZ1¡j'e<.io. Item
-,Ccipl*mits,ut ipsi(b) faci^nt boraconfiteta,
prlt¡:lri campmas 111
Eccleflts fuis
,
a1 ianitsguimG.
tlliceCouvrefeur&p<-£-iyiant
Parochianis adp:tlfat!onem hu;ufrnoM iicere
genibns jl:xis, ver/mm Saluiati'onls ab Ang:U
(a) L'année n'est pas marquée.
[?) LesCurés.
gloriofe,i'irgini Mariæ Ave Maria,&ex hoc
lucrantur decem dies Indulgentia.
Ce grand Prélat, si dévot à la Vierge,
méritebien d'être connîr; c'est Simon de Langres,
unique Evêque de Nantes de ce nom,
en 13 66, & ensuite de Vannes, selon leP.
Echard,& que Froissart,L.I.Ch.2 11,appelle
Homme d'Eglise d'une grande prudence.
Il fut le 11 Généralde l'Ordre de S. Dominique,&
un des deux Légats envoyésen
France par Innocent VI, & choisi, dit le sçavant
P. Daniel, dans (on Hiss.de t rance, T.
III,p.101) par Charles, Dauphin & Régent
du Royaume, pour travailler au Traité de
Efetignyy près de Chartres,Paroisse de Sours,
où j'ai parré.Mem. de la Chambre des Comptes
de Paris.
L'autre exemple ,tiré du même Livre de
Dom Martenne, p.1107, nous donne au sujet
de l'Angelus, une époque plus ancienne.
Satuta Synodalia EcclejtaTrecorenps (Treguier
) art. LXVIII. hem pracipitDominus
Episcopus omnibus CuratisDioccefisTrecoren-
,
~MO~ M~~<? p/< <
fis,lrlvlytute obedïenti<t,cjuod de cætrO puU
fttttr Carnrarta in Ecclesiis fuis
, ante ignitegirem
, CT cjuod fit inter duas pulfationes spatium
miusAve Maria.
L'année de ce Synode, & le nom de l'Evêque
, ne font pas marqués,mais comme
ensuite viennent StAlistiJ Synodalia Alani,
EpiscopiTrecorencis,postannumM.CCC.XXXIV,
édita, le Synode, qu'on vient de citer,
doit être nécessairement plus ancien.
Cette maniere de prier le soir fut plus
étenduë dans le Concile de la Province (a)
de Sens
, tenu à Paris, dans le Palais alors
Episcopal, situé sur le bord de laSeine,(b)
auquel présida Guillaume de Melun, Archevêque
de Sens; en voici les termes, Art,
XIII.Item authoritatedicti Conciliipr&cipimus
ut observeturinviolabiliter ordinatio faftd
per fanaitrnernorͣ foannem PapamXXII, de
dicendo ter Ave Maria, tempore ignitegii &c.
j4£lumin Palatio EpiscopaliParisiensi anno
millesimo trecentesimoquadragesimo sexto dit
XIV Martii.
Quelques Historiens disent que cette Bulle
de Jean XXII, donnéele13Octobre
I3 18
,
est Le commencement & l'origine de
la Priere que nous appellons l'Angelus; mais
outre qu'ils avouentavecReynal, qu'on
la pratiquoit déja en France,sçavoir à Xaintes.
Cum pius mos in Xantonenfi Ecclesia susceptusesset,
Pontifex decem dierum Indul-
(a) La Province Ecclesiastique de Sens étoit d'une
vaste étenduë, & contenoittout un grand l'ays
dont lePeu le Belliqueux étoit nommé IZmnanorum
terror. Voyez Baudrand.
(b Sequana, subst f. Fleuve en général m. Dic-t.
de Danet, mais non pas absolument m. le Critique
qui depuis peu l'a avancé s'est trompé.
gentiam concessit, Reyn. Annal. 1318. Outre
cela, dis-je, Bzovius, qui écrivoit à Rome
dans la Bibliothéque du Vatican
, par 1'0I:
dre de Paul V
,
& que personne n'a refuté,
a mis dans ses Annales
, T. XII1 , p.391,
ann. 12 5 9, quatre-vingt ans auparavaut
Jean XXII, que le Pape Grégoire IX, persécuté
par l'Empereur Fredéric Il,avoit ordonné
de réciter trois fois cette Priere à
genoux le matin & le soir. Interim cum
scriptis& armis Frederici GregoriusIX, eXilgitaretur
,
decrevit ut Salutatio Dei parentis
tum diluculo
, tum crepusculo, dato signo campana,
ab omnibusgenuflexo ter repleretur. Il
dit pas d'où il a tiré ce fait, comme il cite
Naucler à l'égardduSalveRegina
,
ordonné
par ce Pape,Priere * qu'il attribuë à Dom
Herman,Bénédictin, en 1060; mais ce témoignage
de Bzovius mériteroit quelque
attention.
Néanmoins, pour ne rien avancer que de
positif, je dis qu'on a d'abord recité l'Angelus.
au couvre-feu avant 1318, ensuite
fous Louis XI, à midi en 1472, & enfin
l'époque la plus ancienne que j'aye pû découvrir
pour trois fois par jour,est celle
de Léon X, élû en 1513 , ** lequel
t * La coûtume de chanter le Salveaprès Complies
vient des Dominiquains. vers 1237. Martene,T.
TI.P. 544vet.script. *-P. de Breul, Hist. de l'Abbaye S. Germain
à l'instance du Cardinal Briçonnet, Eveque
de Meaux , & Abbé deS. Germain des Prcz
à Paris, accorda des Indulgences à ceux de
ce Diocèse & du Fauxbourg S. Germain,
qui réciteroient àgenoux cette Priere le ma,.
tin, à midi & le soir. Denos jours, Benoît XIII, de fainte mémoire
aaccordé le 14 Septembre 1724cent
jours d'indulgence à tous ceux qui réciteroient
à genoux la mêmePriere, & il ajoûte
une Indulgence pleniere pour ceux qui pra-
-
tiqueroient cette dévotion, & communie-
< roient un jour de chaque mois,à leur choix.
Ballarium*Pradictuorum,T' VI.p. 539.
Ily au reste, M. uneremarque à faire sur
le Concile de Sens, dont je viensde parler;
l'Editeur du Spicilege de Dom Luc Dariche,
T. I. p. 148,où ceConcile est rapporté, a
mis dans le titre, qu'il fut tenu en 13
50,
anno M. ccc. L. & au bas de la page on lit:
Concilium hoc an. 1346
,
celebratum dicitur
infra,atque id venin arbitratus est Dacherius,
sed hoec deinde monuit Balusins
, anno
13 44. Guillelmus nondum erat Archiepiscopus
probabiliusergo est habitam fitijje
banc Synodum an 13 50. Il est en effet certain
que Guill. de Melun ne prit (a) possesúon
personnellement de fou Eglise de Sens
(a) Recueil de Remarques pour la Métropole
de-Scusi Minuterie de S. Germain des Prez.
qu'au mois d'Octobre 1350, fty le ancien, Se
il paroît de cette prise de possession qu'il
assembla son Concile au mois de Mars suivant,
sur la fin de 1350, plutôt qu'en 13 46;
de plus, l'Evêque de Paris s'y trouve signé
G. Parisiensis. comme d'Acheri & les PP.
Labbe & Hardoiiin l'ont mis dans leurs
Editions ;oren 1346 Foulques décédé en
1348étoit EvêquedeParis. Je ne fais
que proposer ici la difficulté, après l'Editeur
du Spicilege
,
dont je laisseàexaminer
le fond aux sçavans Bénédictins,Continuateurs
du Gallia Christiana
, ne doutant pas
qu'ils ne se déterminent en faveur de la
vérité; & que leur décision ne foit universellement
reçuë. La date Actum die 14
Martii. ann.1346 , me paroît d'un grand
poids; remarque importante, afin que ceux
qui citeront ce Concile évitent de le tromper.
Je suis, &c.
ui Paris le 30 jioîït 1744.
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3
p. 120-124
RÉSOLUTION des deux Questions proposées dans le Mercure de Janvier 1763, énoncées en ces termes.
Début :
ON compte dans une Ville assiégée 35000 habitans, dont le nombre d'hommes [...]
Mots clefs :
Hommes, Femmes, Termes, Nombre, Cartes, Combinaisons, Siège
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texteReconnaissance textuelle : RÉSOLUTION des deux Questions proposées dans le Mercure de Janvier 1763, énoncées en ces termes.
RÉSOLUTION des deux Questions
propofées dans le Mercure de Janvier
1763 , énoncées en ces termes .
x
O N compte dans une Ville affiégée
35000 habitans ,dont le nombre d'hommes
eft en proportion à celui des femmes
; comme les des 8 du nombre
75 ; font au des 27 , du
nombre 238. L'on demande combien
d'hommes & de femmes ?
-
J'ai réfolu la queſtion de deux maniè
res différentes pour les raifons que je
déduirai ci-après ; & afin de faire éviter
toute méprife , je nommerai la première
, A , & la feconde B.
REPONSE. Selon la réfolution A.
3445
4045 hommes , & me. & 30951
femmes , & 87234
me.
90679
90679
REPONSE. Selon la réfolution B.
5622 hommes , 7803 me. & 29377 fem-
394317 me.
mes ,
376239
71902
REMARQUÈ
AVRIL. 1763.
121
REMARQUE fur cette Propofition.
PRINCIPE ÉTABLI.
L'énoncé d'un Problême quelconque
doit être intelligible , & ne point être
fufceptible d'équivoque .
5
Je démontre que l'énoncé de cette
propofition eft défectueux , en A que
les deux premiers termes de cette proportion
font fufceptibles de deux fens.
L'on ne peut deviner ce que l'on entend
dans le premier de ces termes par - 8 ;
& 27 dans le fecond : or il n'y a
point de milieu , car , ou l'on entend A
-8 unités , & +27 unités : ou B - 3
fractions , & + 27 fractions. Ce qui
pour lors devient bien différent pour la
folution de la Queftion propofée ; elle
peut donc fe réfoudre dans l'un ou l'autre
de ces cas : donc l'énoncé péche còntre
le Principe ci-deffus.
Toute la difficulté de ce Problême
confifte donc dans l'énoncé , comme je
viens de le faire voir. Or venons main-
-tenant à l'opération ,je dis que telle tournure,
ou combinaiſon qu'on voudra lui
donner , il faut 1 °. établir en même raifon
les deux termes donnés , ( qui font
la raifon des hommes aux femmes. )
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
L'on a un troifiéme terme connu qui
eft la fomme totale des habitans de la
ville en queftion , donc le 4° ne fçauroit
varier , puifque trois termes font
déterminés ; en formant donc , componendo
, cette analogie , la fomme des
termes du rapport des hommes aux
femmes , joints enſemble , font au premier
conféquent de ce rapport : comme
la fomme totale des habitans font
à un 4 terme proportionnel qui donnera
néceffairement la totalité des femmes
qui feront dans cette ville telle que je la
donne ci-contre , par la réfolution de
l'un ou l'autre de ces deux cas .
Mais en raiſon inverfe en formant cette
autre analogie la fomme des termes
du rapport des femmes aux hommes
joint auffi enſemble , font au premier
conféquent , comme la même fomme
totale des habitans font à un 4º proportionel
qui donnera auffi la totalité des
hommes qui feront dans cette ville, & c.
On pourra fe convaincre de la fureté
de ces opérations par une troifiéme analogie
, en mettant en raifon directe , inverſe
, ou alterne , &c , ( cela eſt arbitraire
) le rapport du premier nombre
donné , eft au fecond comme la raifon
des hommes eft à celle des fimes . Or
AVRIL. 1763 . 123
cela eft vrai , puifque le produit des extrêmes
égalera celui des moyennes . Ce
qu'il f. D.
Il fera alors très-aifé de trouver fi
l'on veut , combien de temps cette ville
pourroit fe foutenir en cas de fiége , fi
on faifoit fortir les femmes , en fuppofant
qu'il n'y eût des vivres dans cette
Place pour la totalité des habitans que
pour fix mois , il n'y a plus de difficul
té , puifque le nombre des hommes &
des femmes eft déterminé.
J'obſerve en paffant que dans la théorie
ce problême eft toujours foluble
mais en nature , c'eft un être de raifon,
car l'on ne partage pas ainfi pour l'ordinaire
les hommes & les femmes par
morceaux.
AUTRE Queftion dans le même Mercure
énoncée en ces termes.
Les cartes peintes d'un jeu de Piquet
étant fupprimées , faire avec les vingt
qui reftent , deux tas inégaux , & tels
que chaque tas contienne autant de
cartes qu'il y aura de fois fept points
dans l'autre tas.
RÉPONSE. Le nombre de cartes de
chaque tas , ne peut être fixé autrement
que par 11 & 9 .
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Les vingt cartes blanches d'un jeu de
Piquet compofent 140 points ; or il n'y
a qu'à faire enforte qu'il y ait 77 points
dans le tas de 9 ; & il y aura néceffairement
63 points dans le tas de 11 ,
ce qui fatisfera à la queſtion.
Il y a fept façons différentes par les
combinaifons de mettre 77 points d'un
côté , & 63 de l'autre , que je détaillerois
; mais comme je crois la queſtion
trop peu intéreffante par elle-même , je
ne m'amuferai point à en faire l'analyfe ,
j'en laifferai le foin à quelqu'autre qui
fera moins de cas du temps que moi.
AUBORT DE TOMASSET , Ingénieur- Géographe
, chez M. Bienvenu , Architecte , rue neuve
Saint Etienne , proche Notre - Dame de Bonne-
Nouvelle.
propofées dans le Mercure de Janvier
1763 , énoncées en ces termes .
x
O N compte dans une Ville affiégée
35000 habitans ,dont le nombre d'hommes
eft en proportion à celui des femmes
; comme les des 8 du nombre
75 ; font au des 27 , du
nombre 238. L'on demande combien
d'hommes & de femmes ?
-
J'ai réfolu la queſtion de deux maniè
res différentes pour les raifons que je
déduirai ci-après ; & afin de faire éviter
toute méprife , je nommerai la première
, A , & la feconde B.
REPONSE. Selon la réfolution A.
3445
4045 hommes , & me. & 30951
femmes , & 87234
me.
90679
90679
REPONSE. Selon la réfolution B.
5622 hommes , 7803 me. & 29377 fem-
394317 me.
mes ,
376239
71902
REMARQUÈ
AVRIL. 1763.
121
REMARQUE fur cette Propofition.
PRINCIPE ÉTABLI.
L'énoncé d'un Problême quelconque
doit être intelligible , & ne point être
fufceptible d'équivoque .
5
Je démontre que l'énoncé de cette
propofition eft défectueux , en A que
les deux premiers termes de cette proportion
font fufceptibles de deux fens.
L'on ne peut deviner ce que l'on entend
dans le premier de ces termes par - 8 ;
& 27 dans le fecond : or il n'y a
point de milieu , car , ou l'on entend A
-8 unités , & +27 unités : ou B - 3
fractions , & + 27 fractions. Ce qui
pour lors devient bien différent pour la
folution de la Queftion propofée ; elle
peut donc fe réfoudre dans l'un ou l'autre
de ces cas : donc l'énoncé péche còntre
le Principe ci-deffus.
Toute la difficulté de ce Problême
confifte donc dans l'énoncé , comme je
viens de le faire voir. Or venons main-
-tenant à l'opération ,je dis que telle tournure,
ou combinaiſon qu'on voudra lui
donner , il faut 1 °. établir en même raifon
les deux termes donnés , ( qui font
la raifon des hommes aux femmes. )
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
L'on a un troifiéme terme connu qui
eft la fomme totale des habitans de la
ville en queftion , donc le 4° ne fçauroit
varier , puifque trois termes font
déterminés ; en formant donc , componendo
, cette analogie , la fomme des
termes du rapport des hommes aux
femmes , joints enſemble , font au premier
conféquent de ce rapport : comme
la fomme totale des habitans font
à un 4 terme proportionnel qui donnera
néceffairement la totalité des femmes
qui feront dans cette ville telle que je la
donne ci-contre , par la réfolution de
l'un ou l'autre de ces deux cas .
Mais en raiſon inverfe en formant cette
autre analogie la fomme des termes
du rapport des femmes aux hommes
joint auffi enſemble , font au premier
conféquent , comme la même fomme
totale des habitans font à un 4º proportionel
qui donnera auffi la totalité des
hommes qui feront dans cette ville, & c.
On pourra fe convaincre de la fureté
de ces opérations par une troifiéme analogie
, en mettant en raifon directe , inverſe
, ou alterne , &c , ( cela eſt arbitraire
) le rapport du premier nombre
donné , eft au fecond comme la raifon
des hommes eft à celle des fimes . Or
AVRIL. 1763 . 123
cela eft vrai , puifque le produit des extrêmes
égalera celui des moyennes . Ce
qu'il f. D.
Il fera alors très-aifé de trouver fi
l'on veut , combien de temps cette ville
pourroit fe foutenir en cas de fiége , fi
on faifoit fortir les femmes , en fuppofant
qu'il n'y eût des vivres dans cette
Place pour la totalité des habitans que
pour fix mois , il n'y a plus de difficul
té , puifque le nombre des hommes &
des femmes eft déterminé.
J'obſerve en paffant que dans la théorie
ce problême eft toujours foluble
mais en nature , c'eft un être de raifon,
car l'on ne partage pas ainfi pour l'ordinaire
les hommes & les femmes par
morceaux.
AUTRE Queftion dans le même Mercure
énoncée en ces termes.
Les cartes peintes d'un jeu de Piquet
étant fupprimées , faire avec les vingt
qui reftent , deux tas inégaux , & tels
que chaque tas contienne autant de
cartes qu'il y aura de fois fept points
dans l'autre tas.
RÉPONSE. Le nombre de cartes de
chaque tas , ne peut être fixé autrement
que par 11 & 9 .
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Les vingt cartes blanches d'un jeu de
Piquet compofent 140 points ; or il n'y
a qu'à faire enforte qu'il y ait 77 points
dans le tas de 9 ; & il y aura néceffairement
63 points dans le tas de 11 ,
ce qui fatisfera à la queſtion.
Il y a fept façons différentes par les
combinaifons de mettre 77 points d'un
côté , & 63 de l'autre , que je détaillerois
; mais comme je crois la queſtion
trop peu intéreffante par elle-même , je
ne m'amuferai point à en faire l'analyfe ,
j'en laifferai le foin à quelqu'autre qui
fera moins de cas du temps que moi.
AUBORT DE TOMASSET , Ingénieur- Géographe
, chez M. Bienvenu , Architecte , rue neuve
Saint Etienne , proche Notre - Dame de Bonne-
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Résumé : RÉSOLUTION des deux Questions proposées dans le Mercure de Janvier 1763, énoncées en ces termes.
Le texte traite de deux questions mathématiques publiées dans le Mercure de Janvier 1763. La première question concerne une ville assiégée avec 35 000 habitants, où la proportion entre le nombre d'hommes et de femmes est ambiguë. Deux solutions sont proposées : la première indique 34 454 hommes et 30 951 femmes, tandis que la seconde suggère 5 622 hommes et 29 377 femmes. L'auteur critique l'énoncé pour son ambiguïté, soulignant que les termes de la proportion peuvent être interprétés différemment. Il propose une méthode de résolution basée sur une analogie proportionnelle. La seconde question porte sur la répartition des cartes d'un jeu de Piquet. Il s'agit de former deux tas inégaux avec les vingt cartes restantes, de sorte que chaque tas contienne un nombre de cartes égal au nombre de fois sept points dans l'autre tas. La solution est que les tas doivent contenir 11 et 9 cartes respectivement, avec 77 points dans le tas de 9 cartes et 63 points dans le tas de 11 cartes. L'auteur mentionne qu'il existe sept façons différentes de combiner les points, mais ne détaille pas ces combinaisons, jugeant la question peu intéressante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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