Résultats : 14 texte(s)
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1
p. 318-319
AUTRE ENIGME.
Début :
Ie n'aime que le sang, le meurtre, & le carnage, [...]
Mots clefs :
Araignée
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTPE ENIGME..
Er'aime que lesang,le meurtre
le carnage,
Le plus cruelTyran l'est beaucoup
moins que moy.
Iefurprensdans levol ceux quifentent
ma rage,
Et d'un aspect affreux jedonnede
l'effroy.
as
L'imite les Brigans,&cherche une
Echanguere
GALANT. 319
D'où jepuiſſe opprimer ceux queje
mets àmort.
Helas!quandje les tiens, c'estune
affairefaite,
Leur arracher la vie, estmmoonnplus
doux effort.
Se
Deleurs corps exposezje mefais un
trophée;
Mais comme ils marquent trop ma
noire trahison,
L'évite rarement qu'en sa bile
échaufée,
Quelqu'un, pour m'en punir, n'abate
ma Maiſon .
Er'aime que lesang,le meurtre
le carnage,
Le plus cruelTyran l'est beaucoup
moins que moy.
Iefurprensdans levol ceux quifentent
ma rage,
Et d'un aspect affreux jedonnede
l'effroy.
as
L'imite les Brigans,&cherche une
Echanguere
GALANT. 319
D'où jepuiſſe opprimer ceux queje
mets àmort.
Helas!quandje les tiens, c'estune
affairefaite,
Leur arracher la vie, estmmoonnplus
doux effort.
Se
Deleurs corps exposezje mefais un
trophée;
Mais comme ils marquent trop ma
noire trahison,
L'évite rarement qu'en sa bile
échaufée,
Quelqu'un, pour m'en punir, n'abate
ma Maiſon .
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2
p. 335-337
AUTRE ENIGME.
Début :
Je suis Fille de Pere élevé dans les Bois, [...]
Mots clefs :
Chaise
5
p. 315-316
AUTRE ENIGME.
Début :
Je suis jeunete & délicate, [...]
Mots clefs :
Cerise
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
J Efuisjeunete &délicate,
Ma beauté mefait rechercher;
ht quoy que mon teintviféclate,
J'aypourtant,le coeur de rocher.
Sipour ma beauténaturelle,
J'assifteUfin du Printcmps,
C'tff qu'en cetteSaisonsibelle
le rends beaucoup de coeurs contens,
Aveccette douceur charmantt,
Et toute contraire a mon coeur,
Fait-on quelque Fcjlegalante,
le myrencontre en bonne humeur.
Sijemytrouve déguisés,
l'y vay couronner le Repas , j !
Bien loint^efirealorsJnéprij7cy
-
Demoy l'onfaitxnplus grand flU..
Ma beauté mefait rechercher;
ht quoy que mon teintviféclate,
J'aypourtant,le coeur de rocher.
Sipour ma beauténaturelle,
J'assifteUfin du Printcmps,
C'tff qu'en cetteSaisonsibelle
le rends beaucoup de coeurs contens,
Aveccette douceur charmantt,
Et toute contraire a mon coeur,
Fait-on quelque Fcjlegalante,
le myrencontre en bonne humeur.
Sijemytrouve déguisés,
l'y vay couronner le Repas , j !
Bien loint^efirealorsJnéprij7cy
-
Demoy l'onfaitxnplus grand flU..
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6
p. 316-318
AUTRE ENIGME.
Début :
Je n'aime que la nuit, & je fuis le grand jour. [...]
Mots clefs :
Lanterne
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
J
E n'aime
que la nuit, &jefuis le
grandjour.
Si je tire d'un Labyrinthe
Celuy qui n'y vivoit qu'en crainte,
C'est bien plus par devoir, qué ce n'eſt
par amour.
GALANT. 317
Sa
Mais il faut quej'emprunte unfecours
queje cache,
Pour me regler moy- mefme , &le
regler auffis
Et toutefois de deux que nous fommes
ainfi,
Nous ne faifons qu'un corpspar une
mefme attache.
Sa
D'aveugle quejefuis ,fi l'on mefait
voir clair,
Fay divers Ennemis , puiſſans , mais
invifibles,
Qui cependant en leurs courfes terribles
,
Rodant autour de moy, tâchent de
m'aveugler.
S &
Comme leur violence estfans regle &
fansbornes,
Dd iij
318 MERCURE
Je n'y puis réfifter, qu'en leur montrant
mes Cornes ;
C'est par là feulement que je vaincs
leur efforts
Mais s'ils ontle deffus ,fans mourir
c'est ma mort.
Quoy queje fois legere , ou baffe , ou
haute, ou lourde,
Je cours rifque d'un autre fort,
Car on fait mon Procés d'abordqueje
fuisfourde.
J
E n'aime
que la nuit, &jefuis le
grandjour.
Si je tire d'un Labyrinthe
Celuy qui n'y vivoit qu'en crainte,
C'est bien plus par devoir, qué ce n'eſt
par amour.
GALANT. 317
Sa
Mais il faut quej'emprunte unfecours
queje cache,
Pour me regler moy- mefme , &le
regler auffis
Et toutefois de deux que nous fommes
ainfi,
Nous ne faifons qu'un corpspar une
mefme attache.
Sa
D'aveugle quejefuis ,fi l'on mefait
voir clair,
Fay divers Ennemis , puiſſans , mais
invifibles,
Qui cependant en leurs courfes terribles
,
Rodant autour de moy, tâchent de
m'aveugler.
S &
Comme leur violence estfans regle &
fansbornes,
Dd iij
318 MERCURE
Je n'y puis réfifter, qu'en leur montrant
mes Cornes ;
C'est par là feulement que je vaincs
leur efforts
Mais s'ils ontle deffus ,fans mourir
c'est ma mort.
Quoy queje fois legere , ou baffe , ou
haute, ou lourde,
Je cours rifque d'un autre fort,
Car on fait mon Procés d'abordqueje
fuisfourde.
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7
p. 308-310
ENIGME.
Début :
Je remets au 15. du mois prochain, à vous aprendre / Je suis une Belle Etrangere, [...]
Mots clefs :
Orange
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je remets au 15. du mois
prochain , à vous aprendre
les mots des deux Enigmes
propofées le dernier mois , &
les noms de ceux qui les ont
expliquées dans leur vray
fens . Cét Article fera un de
ceux du XXIX . Extraordi
GALANT. 309
naire , que je vous prépare.
Voicy cependant deux nouvelles
Enigmes que je vous
envoye. La premiere eft de
M' Rault de Roüen.
ENIGME.
E fuis une Belle Etrangere,
Dont le teint vif& délicat
Foint la douceur avec l'éclat,
Et je fais mon bonheur de n'eftrepas
legere.
$ 2
Pour le coeur & lesyeuxj'ay defi doux
appas,
Que les obligeant à ferendre,
Chaque Beauté qui vient me pren
dre,
310 MERCURE
Trouve mon coeurfidelle , &fait dè
moygrand cas.
S&
Sije viens d'un des Coins du
Monde,
Où toute la Richeffe abonde,
J'en apporte avec moy des faveurs dis
Soleil;
C'est cet éclat dont il me pare;-
C'estun Tréfor encorplus rare,
Et qu'on peut direfans pareil..
SS
Auffi, comme l'Hiftoire chante,
Un Amant épris d'une Amante,
Par mayfittriompherfesfeux;·
Quoy que toujours fiere & eruclle ,,
Ilgagna le coeur de la Belle,
Et luy fit de l'Hymen agréer les doux:
noeuds.
prochain , à vous aprendre
les mots des deux Enigmes
propofées le dernier mois , &
les noms de ceux qui les ont
expliquées dans leur vray
fens . Cét Article fera un de
ceux du XXIX . Extraordi
GALANT. 309
naire , que je vous prépare.
Voicy cependant deux nouvelles
Enigmes que je vous
envoye. La premiere eft de
M' Rault de Roüen.
ENIGME.
E fuis une Belle Etrangere,
Dont le teint vif& délicat
Foint la douceur avec l'éclat,
Et je fais mon bonheur de n'eftrepas
legere.
$ 2
Pour le coeur & lesyeuxj'ay defi doux
appas,
Que les obligeant à ferendre,
Chaque Beauté qui vient me pren
dre,
310 MERCURE
Trouve mon coeurfidelle , &fait dè
moygrand cas.
S&
Sije viens d'un des Coins du
Monde,
Où toute la Richeffe abonde,
J'en apporte avec moy des faveurs dis
Soleil;
C'est cet éclat dont il me pare;-
C'estun Tréfor encorplus rare,
Et qu'on peut direfans pareil..
SS
Auffi, comme l'Hiftoire chante,
Un Amant épris d'une Amante,
Par mayfittriompherfesfeux;·
Quoy que toujours fiere & eruclle ,,
Ilgagna le coeur de la Belle,
Et luy fit de l'Hymen agréer les doux:
noeuds.
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8
p. 14-115
SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
Début :
Il faut maintenant parler des Corps qu'on bruloit. Cette coûtume [...]
Mots clefs :
Sépulture, Tombeaux, Corps, Inhumation, Décès, Tradition, Grecs, Romains, Coutumes, Rois, Ensevelissement, Indiens , Présents mortuaires, Parfums, Gaulois, Richesses, Funérailles, Vêtements d'apparat, Cérémonies, Urnes, Linceul, Cendres, Bûcher, Autels, Pleureuses, Virgile, Homère, Peuples, Alexandre le Grand, Lois, Égyptiens, Juifs
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
E LA SEPULTURE
ET DES TOMBEAUX. IL faut maintenant parler des
Corps qu'on bruloit. Cette coûtume,s''"ob-s-ervoi- tc-h1-e--zd-i%v*e---r--
ses Nations. SelonlaFable,Pluton
a estélepremier quiait inhumé
les Corps; & MerealeA
esté aussi le premier qui les ait
brulez,comme dit Alexandre
Sardus, liv. I. chapitre dernier.
Argius,Fils de Licmius, a estéle
premier des Grecs dont le corps aitesté réduit encendre, ayant
r-esié tué en la guerre que ce
Peupleavoit contre Laomedon
Roy deTroye.Quoy cette que coûtume foit tres-ancienne,
elle ne laisse pas d'estre descenreduuërsjusqu'au
temps des Empe-
Romains; mais elle nese
pratiquoit presque que pour les
Personnes deconsidération.
Quand le Roy des Scythes
venoit àmourir
,
ils en vuidoient
lesentrailles,&remplissoient
le Corps de benjoin, d'encens,
de cinamome, & d'autres parfums
broyez avec de la graine
d'ache &. d'anis
,
& enduisoient
tous les membres de cire,puis
l'ayant mis dans un Chariot, ils le
portoient dans toutes les Provinces
de la Scythie,&enfin, comme
rapporte Herodote liv. 4. ils luy
donnoientlasépulture. Les Sepulcres
des Roys de cette Nation
estoient proche de l'embouchure
du Boristene, où ilcommence
àestre navigable, fort peu loin
du Païs des Gerches. Ceux qui
recevoient le Corps du Prince,
estoient obligez d'en faire autant
que faisoient ses Courtisans& [es.-
Domestiques, c'est à dire, de se
couper une oreille,de tondre leurs
cheveux en rond, de se taillader
les bras, de se déchirer avec les
ongles le nez &le front, & de
se percer la main gauche de fié-?
ches; ce qui se reïtéroit encore
au bout de l'année. Mais ce qui
^paflè toute humanité, on étrangloit
sa Concubine qu'ilavoit
chérie le plus ,
pour,l'ensevelir
dans le mesmeTombeau. De
plus, tous ceuxquiavoientesté
au serviceduPrince, ne faisoient
pas de difficulté de se donner la
mort pour l'acompagner,comme
son Echanson,ses Estafiers \,k<:
autres.C'est aussice que raporte
Zuingerus , sur la Pompe des'
Funéraillesdeces Roys.
Les Indiens avoient la coutume
de bruler les Corps de leurs Princes
,& dans le mesme Bucher
on mettoit celuy dela Femme
qu'ilsavoient le plus aimée, quoy
que les Brachmanes quiessaient
leurs Prestres, inhumassentles
Corps de leurs semblables.
t Les Thraces & les Géresgar..,z--
doientcettemesmecoûtume, de
mettre dans Je mêmeSepulcre la
Femmede leurs Princes la plus
chérie, & c'estoient les Parens les
plus proches qui luy donnoient le
coup mortel,afin qu'elle lesaccompagnast
en la mort, comme
elle avoir fait en leur viè.n
Les Ethiopiens obfervoient à
peu prés la mesmecoutume, èc
mettoient avec le Corps dans le
Bucher quantité de parfums,
,
d'herbes odoriférantes, & d'encens
, pour en rendre la flame
plus agreable à l'odorat. Autant
en faisoient les anciens Allemans,
mais sans odeurs.
Les Gaulois, avant qu'ils eussentesté
vaincus par Césarquand
il vint dans les Gaules, avoient
atîiTi la coutume de bruler les
Corps, en mettant au mesme
Bûcher ce que le Défuntavoit eu - de plus cher & de plus précieux.
Le Peuple commun chez les
, Thracesavoitunecoutumeopofée
à la plùpart des autres Na-
- tions, car on solemnisoit les Fu-
- nérailles desDéfunts avec grande - joye, des Banquets Íomprueux
& l'harmonie des Instrumens,&
ils pleuroientle jourde leurnaissance,
parce, disoient-ils, qu'ils
- estoient délivrez des travaux ôc
des périls de la vie en mourant. ,
La coutume de brûler les
Corps & de les inhumer, eftoic:
presque égale chez les Romains-:
mais la premiere s'observoit le
plus souvent pour les grands Se
lesPrincipaux;&la seconde pour; lQ..Populace. Macrobe en ses Si-.
turnales remarque que celle de
réduire les Corps en cendresa
duré jusqu'au temps des Princes
Chrétiens, c'est àdire fous l'Empereur
Theodose le jeune, à sçavoir
408 ans de la Naissance du
Sauveur.Toutefois lesFunérailles
de Poppée, comme nous avons
dit, se firent avec grande pompe
à Rome. C'est au liv. 7. chap. 7-
& Eusebe liv. 9. chap.8.
L'on trouve que Numa Pompilius
,
qui sur le second Roy de
Rome ,
donna la charge de la
Sépulture & des Funéraillesdes
Romains au Grand Pontife, ôc
qu'il fut luy-mesme inhumé prés
de l'Autel de la Fontaine Egerie,
qui estoit la Déesse qu'on dit
qu'il confultoic la nuit sur le Gouvernement
de Rome. La Lignée
des Cornéliens fut inhumée jusqu'au
temps de Sylla Dictateur,
qui fut le premier dont on reduisit
le Corps en cendres à Rome,
quoyqu'il fustde la mesme Race.
LeCorpsdu grand Pompée,
qui fut vaincu en la guerre de
PharGde., & qui dans sa retraite
en Alexandrie fut perfidement
tué, parPhotin &Achillas, Satellites
de Prolemée, & par son
ordre, fut brulé sans honneur &.
sans pompe sur le Rivage d'Alexandrie
par unancien Romain
nommé Codrus, & Cornelie son
Epouse en alla recüeillir les cendres
avec beaucoup de douleur
& d'amertnme.
Suetone
, en la vie de Jules
César, nous fait une peinture
aitteZ: lugubre de la mort de cet
Empereur; car apres avoir esté
assassinédansle Senat, son Corps
fut porté dans le Champ deMars,
pour y estre réduit en cendres,
& les cendres enfermées dansune
Urne, comme c'estoit la coutume
, & de là estre portées dans
le Monument qui devoit estre
préparé. Mais la confusion fut
si grande, que les Senateurs ne
purent tenir aucun ordre en ses
Funérailles jusque-là mêmeque
la Populace animée alla rompre
les Bancs du Sénat, pour en
apporter les débris au Bucher où
le Corps alloit estre consumé,
Virgile, livre 6. de ttEneIde;
nous fait une autre peinture d«
tout ce que l'on observoit en cette
forte de Funérailles, qyatid il
fait la description de ce qui foc
t pratiqué en celles de Mifenus,
¡ qui estoit un Trompette d'Enée,
t£c qui fut noyé. On luydressa un grand Bucher, & l'on mit
autour des Cyprés liezde Bandelettes
noires ou bleuës, avec
les Armes donc le Défunt s'étoit
servy en guerre. Apres que
le Corps glit esté lavé &. oingr,
on le mit dans un Lit, couvert
de ses Vestemens de pourpre, &
il fut porté de cette maniere au
Bucher.Selonla coutume des
Anciens, on portoit en arriere
des Flambeaux allumez, pour
mettre le feu au Bucher.
fuhj,e&awmortparentum
Avertitenuerefacçm*
Pwis08 jetta -dans le enefroeBûcher,
de l'encens;de l'huile,d. viandes, &desodeurssuaves.
Thureadom, dapes, fuso craterer
olivo.
Le Corpsestant consumé, on
arrofoitles os & les cendres de
vin noir,comme dit Tibul.liv.3.
Elégie 2.&on les enfermoit dans
une Urne,pourestremise au
Tombeau.
Le mêmeVirgile, liv.4.faitune
ample Se magnifique représentationde
tout ce qui fut observé
aux Funérailles de Didon,Reyne
de Carthage, qui s'estantdonné
elle-mesme la mort, monta sur
leBucher pouryexpirer, y ayant
fait porter lesVestemens précieuxqu'Enée
luy avoit laissez,
pour y estre consumez avec elle.
Voicy encore une autre marque
spécieuse decesAntiquités.
Cyrus, Roy des Médes & des
,
Perses,
Perses,ayant vaincu Crésus Roy
de Lydie, & l'ayant réduit en
l'état d'un misérable Esclave, ne
lefit-il pasexposer surun Bucher,
sans aucuns ornemens Royaux,
pour y estre brulé vif? Ce fut
alors que ce Roy se souvint des
paroles que le PhilosopheSolon
luy avoit tant de fois repétées
en son Palais mesme, J>h£aucun
Mortel ne se peut estimer heureux
avant lamort. Mais lors iiie ce
Roy alloit estreréduit en cendres
au milieudes flames,leCiel,
comme s'il eust estétouché du
malheureux estac de ce Prince,
permit qu'il s'élevast un si prompt
orage, qu'il éteignit le feu de
ce Bucher, & Cyrus dont le coeur
fut attendry
,
fit délivrer Cresus,
qu'il renvoya en son Royaume
dont il l'avoit dépoüillé. C'est
ce qui est rapporté par justin.
Dans un ancien Tombeau, qui
estoit celuy de Ciceron, plusieurs
siécles apres que ses cendresy
avoient esté ensevelies, on trouva
deux Urnes, dont l'une estoit
pleine des cendres de son Corps,
,& c'estoit la plus grande; &. dans
la plus petite ce n'estoit que de
l'eau, que l'on tient avoir esté
les larmes de ses Amis qui avoient
assisté à sesFunérailles. Ce Monument
est dans l'Isle deZante,
autrefois Zacynthe, dansl'Etat
des Venitiens, & futouvertl'année
1544. aux Calendes de Décembre
, comme leremarque le
Livre en Figures desMonumens
des Personnages illustres,imprimé
àUtrech. Ces mots font gravez
sur son Sepulcre, M. Tulii
Cicere, have, &tuTeptia Antonia.
Mais voicy une remarque digne
de consideration, sur la reduêè:
on des Corps des Roys des
Indes en cendres. Les anciens
Roys de ces Regions faisoient
cüeillir une espece de lin qui re..
siste au feu, & que l'on appelle
Incombustible& l'on s'en servoit
à faire des Suaires. Ces Suaires
estoient d'un prix inestimable, &
n'estoientemployez que pour les
Testes couronnées. Ce Lin se
nommoitLinum Asbestinum, Lin
inextinguible. Solinen parle;&
Pline liv.19.chap.1. dit qu'il ne
croissoit que dans les Deserts, en
des lieux extrêmement chauds,
&où les Serpens frequentent;
ainsi c'estoitla difficulté de le
trouver, & d'en cueillir. On
couchoit les Corps de ces Princes
dans des Toiles faites de ce
Lin, & on les en envelopoit, de
1arre que les cendres du Bucher
ne se pouvoientmesler avec celles
des Corps;& comme ces Suaires
neseconsumoient point dans
le feu, au contraire ils en sortoient
plus purs, il estoit facile
d'en tirer les cendres & lesossemenspour
les mettre en des Urnes
d'or ou d'autre métal precieux,
pour estre ensuite portées
dans les Mausolées deces Princes.
On donne la meqme vertu à
la Pierre Amianthos, dont on tire
une espece de Coton a pres l'avoir
batuë 5cfroifljee
; tk on s'en
1ère pareillement pour faire des
Suaires, £c des lumignons de
Lampes, dont le coton ne se
consume point au feu.
Sur cette antiquité de bruler
les Corps, on remarque plusieurs
choses
; & il en arriva une étonnante
dans le Bûcher d'Etheocle
& de Polynice,Freres & Fils,
d'OEdipe. Ces deux Princes eurent
guerre ensemble pour la
Couronne deThebes. Etheocle,
commeaîné, devoit regner la,
premiere année, & Polynice la
feconde
; mais le plaisir de regner
sembla si doux à cet Aîné,
qu'il ne voulut pas que son Frere
regnastà son tour. C'estde là
ques'éleva cette sanglante guerre
entre les Thebains& les Grecs,
car Polynice avoit épousé Arie"
Fille d'Adraste Roy d' Argos.
Cette guerre fut si funeste;
que tous les Princes Grecs furent
tuez dans la Bataille, à l'exception
d'Adrafte ; & commeelle
ne se pouvoit terminer, Etheocle
& Polynice furent contraints
d'en venir aux mains l'un contre
l'autre, & se tuerent tous deux,
leur haine n'ayant pû s'appaiser
par les larmes de Jocaste leur
Mere, non plus que par celles
d'Antigone & d'Ismene leurs
Soeurs. On leur prepara un Bucher
commun pour réduire leurs
Corps en cendres, à la veuë de
Thebes & des deux Armées;
mais tous les Assistans furent furpris
de voir la flame se separer
en deux, pour marquer que la
haine de ces deux Princes duroit
encore a pres leur mort. C'estce
quia fait triompher sur leTheatreces
sçavantes Plumes qui ont
donné la Thebaïde,l'Antigone,
l'oEdipe, & les Freres Ennemis.
On jettoitaussidans le Bucher
ce que le Défunt avoir chery le
plus, ouce qu'il avoit de plus
precieux; comme on le voit aux-1
Funérailles de Patrocle, liv. 17.
de l'Iliade d'Homere
, car pii
précipita dans le feu quatre de
les plus beaux Chevaux, avec
douze des plus nobles Troyens
égorgez pour Victimes.
Cette barbare manie d'égor--
ger des Hommes aux Funerailles
des Roys, des Princes, ou des
principaux Chefs d'Armée tuez
en guerre, efloit usitée chez les
Grecs & chez les Troyens. C'étoit
quelquefois de braves Capi.
taines, ou d'autres Prisonniers
de guerre,qu'on immoloit de
cette forte auxManes de ces Princes.
C'est ce que represente Virgile
liv. XI. de l'Eneïde, aux Funérailles
du jeune Prince Pallas,
Fils d'Evandre Roy du Latium.
Vinzerat &pett terg* maum, qws
mlttcret umhrû
Inferioé, cdfo fparfuros fanguine
lfnmmds.
On jettoir non feulement ces
Victimes dans le Bucher, mais
mesme les Armes dont le Mort
avoir pû dépoüiller ses Ennemis.
On y ajoûtoit les Vestemens les
plusriches&les plussomptueux;
comme Enée fie en celuy-cy,
ayant vestu le Corps de Pallas
d'un habit de pourpre enrichy
d'or,& l'ayant couvert d'un autre
sur le Bucher. Ces Vestemens
estoient ceux mesmes qui avoient
esté faits des mains de la Reyne
Didon, & qu'ilavoit emportez
avec luy
,
quand il l'abandonna
pour venir de Carthage en Italie.
Outre cela, une Toile pretieuse
estoit encore l'ouvrage de cette
Reyne, pour ensevelir le Corps
de ce Prince.
Tum gemmas vesses,oftroque arnaque
rigentes^
ExtulitJEtHas, quoes itli UtaUbïrum
Jpfafuù quondam manihut Sidonia,-
Did&
Fecerat>drtenuitelatdifcrcverat
aura.
De plus, on portoit les Trophées
d'Armes, & tout le riche
Butin que le Défunt pouvoit
avoir faitsur l'Ennemy
, avec les
noms des Nations qu'ilavoit prises
; & mesme on portoir les Armes
renversées, comme dit Stace
liv. 6. de sa Thebaïde. C'est ce
qu'on observeencore aux Funerailles
de nos illustres Guerriers,
en lescouvrant de Crespe. Vie*
gileau mesme liv.
¡ Indntofquc juhet truncos hojlilibm
armu
Jpfosf -rreducesy immicaquenomina
fiÉ-j.
,<5 Cette pompe estant achevée,
on disoit le dernier adieu aux
Manes du Défunt, ce qui se repétoit
trois fois; & ce que l'on
observe encore aujourd'huy aux
Funerailles des Roys & des
Reynes.
Salve jternam, mi maximeFalla,,
JEttrntWjHe vale.
L'année estant expirée, les
Parens & les Amis venoient offrir
leurs Presens sur des Autels dresfez
prés duSepulchre, & les Ensans
honoroient les Manes de
leurs Peres comme des Divinitez,
& les renoient pour tels, comme
dit Plutarque en ses Questions
Romaines, & Cornelius Nepos
en l'Oraison de Cornelie aux
Graques.
Theophraste dit, que souvent
au lieu de mettre le Corps au
milieu du Bucher, on le mettotc
dans une Pierre circulaire & creuse,
pouren conserver les cendres
sans aucun meslange de celles du
bois; mais cette circon stance ne
change point la coutume ny la
nature de la chose.
On n'égorgeoitaucuns Prison.
niers deguerre, ou Esclaves, aux
Funerailles des Princes ou des
Chefs qui estoient morts chez
eux, comme l'on voiten la mort
de Didon, dont on
-
vient de
parler. Pour ce qui est des devoirs
que les Anciens rendoient apres
la mort, c'estoit que ceux de
la Famille du Défunt, se rasoient
la teste, & jectoient leurs
cheveuxdans le Bucher avec le
Corps, ou les mettoient dans le
Sepulcre avec le mesme. On
menoit ensuite un grand deüil.
On répandoitaussi des larmes
dans les mesmesTombeaux. C'est
ce que remarque Homere, liv. 4
de son Odyssée; 6c Eurypide en
son Iphigenie.Cet office de pleurs
continuoit trois jours avantles
derniers devoirs que l'onrendoit
aux Défunts, comme témoigne
Apollonius, livre 2. des Argonautes.
, Nous voyons de plus, que
pour augmenterledeüil on loüoit
desFemmes àprix d'argent,qu'on
appelloit Pleureuses,( Tr&fieoe.)
C'est ce que dit Virgile, liv.3.
de l'Eneïde, aux Funerailles de
Polydore, que la Reyne Hecube
luyfait faire apres avoir esté tué
en Thrace par Polymnestor son
Oncle, qui vouloitusurper les
richesses qui luy avoient este
données en dépost durant la
guerre de Troye ; & les Troyens
appelloientcesPleureuses Iliades,
du mot Grec d'Homere. Elles
avoient les cheveux épars, &
jettoient de longs soûpirs, en
s'arrachant les cheveux 6c levisageavec
les ongles.
Etcircum Iliades crincm de mercfiluræ.
On prenoit aussi des Hommes
à gage pour le mesme effet, &
qui en faisoient autant que ces
Pleureuses ; mais cettecoûtume
fut défenduë aux Egyptiens par
Moïse
, comme il est marqué au
Levitique
, 19. & au Deuteronome,
14. Solon la défenditaux
Atheniens. Lamesme futdéfendue
aux Juifs
,
& les Decemvirs
la défendirent aux Romains. On
se servoit aussi auxFunerailles,
d'Instrumens lugubres ,comme
TdeFalutmes, bdeoHauutrbosis., 6c de
Cetre coutume de loüer des
Pleureux :&- des Pleureuses, a
esté fort usitée chez les Romains,
&c a duré long-temps.Il en a passé
mesme uncertain usage jusque
dans nostre siécle, que l'on prenoit
à prixd'argent desHommes
qu'on revestoit degrandes Robes
noires traînantes douze ou quinze
pieds derriere, ayant en la teste
de longs Capuçons en forme de
tuyau pendans surlevisage. Ce
font ceux qu'on employoit aux
Funéraillesdes Personnesdequalité,
quelquefois au nombre de
douze ou vingten deux rangs,
& quelquefois plus, avec un autre
qui marchoit (ènl au milieu sur le
derriere, traînant une pluslongue
queuë que les autres. Ce font ces
Hommes que l'onappelloit Babeloux
; mais à la fin cette coutume
s'est éteinte.
Tertullien au liv. 13. de la Resurrection
, tire la coutume de
bruler les Corps, de l'exemple
du Phénix, qui se prépare un
Buscher de bois aromatique,
d'Encens, de Baume,&d'autres
odeurs suaves
,
& se donne la
nort luy mesme
, pour s'y consumerensuite,
ressusciter &serajeunir;
les Hommes, dit-il, devant
un jour renaistre& revivre
comme cét Oyseau. Lactance
parle ainsi du Phenix à la fin de
ses Ouvrages.
Confinâtindefibifeunidum.si'vefipulcrumi
Nampéritutvivat,(e tamenif»fa créât.
fuccos
, o drre;î divite
IVAcdores fjlvây
JVuoslegis Ajfyrlm, quos opultn*-
TH4 Arahl.
T-unc inter variosanimam commendatodores,
Dcpojîti tanti nec timet illajidem.
Aprés avoir mis les cendres
dans le Sepulchre
, on y
mettoitles marques de (a Prosession
, fussent Hommes de
Guerre, ouqui eussent excellé en
quelque Art, comme dit Homère
d'Elpenor en son Odyssée,
quireceut d'Ohne en son Tombeau
un Aviron en espece de trophée
, pour avoir esté Homme
decoeur , &c avoir servy ce Roy
sur Mer. Autant en dit Virgile
liv. 6. en faveur de Mifénus ,à
qui Enée faitdresserunMonument
surune Montagne,qui depuis
a porté lenomdeMiséne,
oùilluy donna une Trompettes
&. une Rame,pour marquer qu'il
avoiresté dèÍon tempsexcellent
Trompette e,,,, Rameur.
Ingentimole Jcpulcrum
Jmponit,fuacjucarmaviro,remum..
que tuliâmefue.
Archimede qui avoir une parfaire
connoissance de la Geometrie
& de la Sphere
, comme dit
Ciceron
, au liv. 5. de ses Tuscu-
Janes, obtint de ses Amis d'avoir
sur sa Sepulture, pour marque de
sa profonde science, une Sphere
avec un Cylindre & un Compas.
C'estceque Plutarque confirme
aussi en la vie de Marcellius.
On tient pour asseuré que les
Romains ont appris des Juifs 6c
des Chrétiens à ne plusbrulerles
corps, comme ils avoient fait
long-temps auparavant. C'est
EusebequileditauPassagecité.
Quand on faisoit les Obséques
pour ceux qui estoient morts
en des Pays étrangers, on leur
dressoit des Tombeaux au lieu
d'Autels, au pied desquels on leur
presentoit du Vin & du fang des
Vi&imes, & quelquefois du Vin
mêlé avec le sang, &on invitoit
leurs Manes pour en venir boire.
C'est , ce que fait Andromaque
Femmed'Hector, qui avoit esté - tué par Achille à Troye. Elle
quiestoitalors remariée à Helenus,
qui regnoit en Epire, ne fait
que les simples solemnitez que
l'on rend auxMorts dont on est
beaucoupéloigné.
Les coutumes d'inhumer ou
<îebrûler les corps estoient differenteschez
diverses Nations, &-,
cda (c pratiq uent en des lieux
éloignezc'.esVilles. A Athenes
on porto*tles Corpshors laPorte
sacréej2c la mesme Loy qui
estoit observée chez les Athéniens
,
l'estoit aussi chez les Sicyoniens,
comme rapporte Plutarqueen
lavied'Aratus.
Les Habitansde l'Islede Delos
estoient encore plus religieux
en cela, & leursuperstitionestoit
telle, qu'ils tenoient que la Déesse
Latone ayant accouché d'Apollon
& de Diane en cette Isle,
il n'estoit alors licite qu'aucun
mortel yfust inhumé, ny qu'on
y
souffrist aucune Sepulture.
Aussi faisoit-on porter les Corps
des Défuntsen des Islesvoisines
pour y estre ensevelis
, tant la
superstitionavoit de pouvoir
sur l'esprit de ces Peuples.
Les Nosamons Peuples de la
Lybie
,
ayoient tant deveneration
pour les Sepulchres, & pour
ceux qui y estoient, que quand il
falloit jurer pour quelque chose
dedouteux,ils mettoient la main
surces Monumens, &faisoient
leur Serment; ou- s'il y avoit
quelque chose àdeviner,ils seretiroient
vers la nuit aux Tonru
beaux de leurs Ancestres
,
& s'y
estant endormis, comme ditTertullien
au liv.de l'Ame chap.57.ils
tenoient pour un Oracledivin le
Songe qu'ils y avoient eu endormant.
Les Celtes anciens Habitans
d'une partiedes Gaules, & proches
voisins de l'Espagne
,
n'en
faisoient pas moins, 6c se retiroient
prés des Tombeaux pour
y passer la nuit, ôcettre certains
de ce dont ils estoient en doute;
se persuadant que les esprits des
Défunts qui y residoient,les viendroient
tirerde perplexité.
Les Augiles habitans d'autour
de Cyrene
,
consultoient les Manes
des Morts de cette maniere.
Ils se couchoient sur les Sepulchres,
&aprés y avoir fait leurs
prieres,& s'y estre endormis,ils
tenoient pour réponses les visions
ou les songesqu'ils y avoient
eus.
Les Athéniens & les Megariens
ensevelissoientles corps de
diverse maniere
,
& ordinairement
les faisoient porter en l'ine
de Salamine pour les y inhumer.
Mais ces deuxPeuples estant
tombez en dispute pour la proprieté
de cette IHeJe sujet en fut
rapportéàSolon, qui n'en pût regler
la possession que par la pluralité
des Corps enterrez, disant
que les Athéniens enterroient les
cadavres des leurs le visage tourné
vers l'Occident
,
& les Mégariens
vers l'Orient, & que le
plus grand nombre devoit l'emporter.
Les Mégariens au contraire
répondirent que leur coûtume
estoit de mettre deux, trois
& quatre Corps ensemble en un
mesme Tombeau. MaisDiogéne
Laertius dit tout autrement,
& que les Athéniens enterroient
les corps la face tournée vers
l'Orient, & les Mégariens vers
l'Occident
,
& qu'il s'en falloit
rapporter à ce que Thucydide en
asvoitt éicriot pounr rés.oudre la que- Les Cariens avoient une méthode
particuliere d'ensevelir IC5
Corps de leursCompatriotes, en
laquelle ils ne sepouvoienttromper
,
si on en venoit à la dispute;
car chacun affectionnoit ceux
deson Pays, & avoitsa coutume
particuliere.
On trouve aussiquechez les
Perses, chez les Grecs, & chez
d'autres Nations, les Capitaines
aprés le Combat, prenoient soin
de renvoyer les Corpsde leur
Ennemis tuez dans la bataille,
pour leur donner la Sépulture
C'est ce que fit Pausanias chez
les Grecs envers ceux des Perses,
qui estoient demeurez sur la place
, quoy queMardonius leur
Capitaine
Capitaine n'eust pas rendu la pareille
aux corps des Grecs qui
avoient esté tuez dans le combat.
Autant en fit Philippe, Pere
d'Alexandre le Grand , envers les
Grecs, qui avoient elfcé vaincus
prés de Cheronée
, aux corps
desquels il rendit les honneurs funébres,
& les renvoya à Athénes.
Alexandre le Grand se comporta
de la mesme maniere que
son Pcre envers les Soldats de
Darius, Se envers la Mere de ce
Roy, à laquelle il permit de rendre
les derniers devoirs à ceux à
quiellevoudroit selon la coutume
des Perses, ainsi qu'il les rendit
luy mesme à SisygambisMerede
Darius aprés sa mort.
Homére Iliade2. dit la mesme
chosedes Grecs;car Nestorperfuade
auxChefs de faire recherche
des cadavres des leurs, pour
les bru!er &enensevelirles cen-
:'
dres dans un mesmeTombeau:
ce qui fut aussi la coutume des
Troyens, aussi bien que des A- théniens, de rapporter les ossemens
de leurs Mortsen leur Patrie,
comme ditThucydide Jiv.I.
>£c mesme on dressoitdesMonumens
communs aux Soldats
qlii avoient perdu la vie au sujet
de leur Pays; oùl'on ecrivoit
leurs noms ..& la Tribudont ils
estoient.
Les Romains obfervoient encore
laLoy desXII. Tables, par
laquelle il estoitpermis d'aller
chercher les -corpsdes Soldats
tuez pour lesrapporter chez
eux, afin d'y estre ensevelis ou
brulez
, comme remarque Appian
liv.1. desGuerresciviles.
Olaus Magnus Archevesque
d'Upsal liv. 6. Chap. 45. de la
Violationdes Sepulchres ,rapporte
diverses Observations,entr'autres
,
qu'Hannibal ayant
vaincu Marcellus, il en fit orner
le corps avec beaucoup de magnificence
, avant que de le reduireen
cendres; puis ilenvoya
ces mesmes cendres à son Fils,
dans une Urne d'argent, y ayant
fait ajoûter uneCouronne d'or,
pour avoir remarqué une gerérosité
merveilleuleen ce grand
Capitaine.Parlàonvoitqueles
Carthaginoisreduisoient en cendres
les corpsaprès leur mort.
MaisSyllaAgit bien d'une autre,
maniere envers le Corps de
Marius, dit le mesme Olaus, car
après une cruauté épouvantable
,
il nese contenta pas d'in-
J'i.11cer ceux qu'ilavoit vaincus,
mais il en fit arracherles os des
Tombeaux& les jetter en la
Mer. Cefut avec la mesme barbarie
qu'il traita le corps de ce
grandPersonnage, quis'estoitsignalé
en tant de batailles par ses
faitshéroïques. Mais luy mesme
, comme ditPlutarque, craignantde
servir de joüet à ses Ennemis
a près sa mort, ilordonna
par son Testament queson corps
Jufl- brulé, si tostqu'il auroirren-
>dui^me. Ce fut le premier des
Romainsdont lecorps ait entré
4ans le bucher.
Antoine se comporta avec
beaucoup de clemence envers
Brutus; car après avoir remporté
la victoire sur luy
,
il en fie envelopper
le corps dans une Cotte
d'armes de pourpre, & après l'avoir
fait consumer dans le feu, il
prit foin d'en envoyer les cendres
à Servilie sa Mere & à Porcie
son Epouse.
Solon entre ses belles Loix
, y
encomprend une ,par laquelle
il estoit défendu de faire aucune
injure auxTombeaux,aux corps
ou aux cendres, que l'on y avoit
enfermées,disantque c'estoit un
crime qui ne se pouvoit aucune- :
ment expier.
Alexandre le Grand, a prés
avoir vaincu Darius, s'envint en-
Perse, oùil fitmettreà mort un
Genéral d'Armée, pour avoir
osé ouvrir le Tombeau de Cyrus
; ayant esté touché de beaucoupde
ressentiment de ce qu.Jil
avoit leu en une Epigramme
Grecque, qui estoit sur le Monument
de ce Roy,& qui en expliquoit
les actions & lafortune,
voulant punir le crime de ce Genéral
,
Déécfvuangner lets .M.anes du Pyrrhus Roy d'Epire ne van..
gea-t-il pas avec beaucoup de justice
la mored'un Voyageur,
qu'il trouva tué dans une Campagne
êc sans sepulture, le Cadavre
en estant gardé depuis trois
jours par un Chien, hurlant incessamment
& sans manger. Ce
Roy fit donner d'abord la Scpulture
au corps, & ayant amenéce
Chien en son Camp., cé<,
animal ayant reconnu les Autheurs
du meurtre se jetta sur
eux, Be les déchiroir. Pyrrhus
averty de cela les fit prendre
&punir du supplice qu'ils merif
toient;
On voit donc, pour revenir
au principe de la Sepulture
, que
ce droit ne peut estre refusé à
qui que ce foit sans une extrême
barbarie, & sans mesme en excepter
les Ennemis. Les Philiftins
permirent aux Parens de
r
Samson d'enlever son Corps, &
de luy donner la Sepulture. Les
HabitansdeJabes de Galaad furent
loüez beaucoup,pour avoir
au peril de leur vie enlevé le
Corps de Saul & de Jonathan,
pour les porter dans les Tombeaux
des Roys leurs Ancestres.
Tobie se faisoit un devoir de
pieté d'ensevelirlesCorps, &les
retiroit mesme chez luy, quittant
le plusfouventfon repas pour les
mettredans la Sépulture , & instruisantson
Fils àce mesme de-.
voir.
Les Corps mesme de ceux qui
avoient esté crucifiez, devoient
estre inhumez avant le coucher
duSoleil. L'Ecritureenl'Eccle-
- siaste 6.3. Jerémie 36.30. avec le
cha p.22. 19.&2. Roys9.10. envisage
le défaut de Sepulture
comme une peine & comme une
malediction; & là-mesme eXiÎge.
re l'inhumanité des Chaldéens.
en ce qu'aprés la prise de JeruGw
lem, ilsn'accorderent pas. la Sepulture
àceux qu'ils avoientmassacrez.
Et Josephe liv, 4,chap.
14. déplore la misere de ceux de
la mesmeVille
,
d'estre privez de
laSepulture
,
6c d'estre exposez
aux Corbeaux & aux Bestes fau-
-
vages. Les Payens mesmes. qui
consideroient le droit de Sepulture,
comme undroit&uneloy
de la nature, disoient que l'empescher
estoit une barbarie & unefureur.
La Fable ne nous dit-elle pas
que l'on souhaitoit passionnément
que les Corps su(Ten& inhumez
,
puis que les Ombres ou
les Manesdes Défunts n'estoient
pas receus, pour aller aux
Champs Elisees
,
à moins qu'ils
n'eussent erré cent années le
long des rives du Styx,avant
que de le parler dans la Barque:
de Charon ? Encore faUQU-il.por-.
terl'argent pour le passage,qu'on
mettoit en la bouche du Mort,
& qu'on appelloit Naulus, coitime
dit Lucien en ses Dialogues
des Morts,&Virgile liv.6. del'Eneïde..
li*comnu IPltt", cernùinops, inhu*
matâqueturbaest;
Portitor ille Chilronj hiques vekit
unda, fèpulti.
Et le mesme Virgile ailleurs;
1 Nttdmin
il
ignetk. Palinurejacebis
axena.
C'estoitlacourtimedesouhaiter
que la Terre ou le Sablefust
léger,qu'on mettoit surles Corps
desDéfunts; quoy queMartial
s'enrailleen l'Epigramme30. du
liv.9. Sittibi temlevis,mollique ttgdris
IIrtlltl.,
-
Ive tUIt fif). pêjjint erucrt ossi
CAlltf
L'on, remarque encore que
ceux qui entreprenoient des
Voyages par Mar, avoient cou..
:uO'e dés leur embarquement
de pendre à leur col quelque piece
d'or ou d'argent pour le prix
de leur Sepulture, dans la crainte
de n'estre pas inhumez s'ils faisoient
naufrage ,comme dit Properce
liv. 30 Eleg. 5. Homere
Iliade 8. remarque lamesmechose.
Aussiestoitceun grandmalheur
que l'on fouhaicoit à une
personne
,
& c'est l'imprecation
queThyestefaitàAtrée.
On privoit de la Sepulture les
Corps des Parricides, comme n'y,
ayant point de punition plus rigoureuse
que de n'en pas joüir.
Chez les anciens Romains &;
chez les Gaulois on les cousoit
nuds dans des Sacs de cuir avec
un Aspic,un Chien & un Coq.
D'autres y ajoûtent un Renard,
pour estre ensuite précipitez à
Rome du Tibre dàns la Mer, &
dans le Rhosnechez les Gaulois,
comme s'ils n'estoient pas dignes
detoucher la Terre.
C'eftoir la coutume en la Loy
de Moyse, d'inhumer les instrumens
avec lesquels les Malfaifaicteurs
avoient esté punis de
mort, soit le Bois, les Pierres, le
Glaive, le Cordeau, ou quelque
autre instrumens que ce fust
afin qu'il n'en restastplus aucune
marque, comme rapporte Rabbi
Mosesd'Egypre, pour preuve
dela coutume desjuifs.,—
Le desir & l'affection d'estre
enfevely avec ses Peres & ses Ancestres
est encore, une chose iî -
naturlle, qu'on l'exprime dans
le Livre des Roysendiverses manieres.
En voila quelques-unes.
Jls'ejl-râjifmblcavecfisPères. Ouil
est retournéàfm Petiple. Ouil4
dormy avecses Peres,
L'exemple de Berfellaus est
d'une grande authorité pour marquer
ce desir; car comme il est
-dit au 2 des Royschapir. 19.
quoy qu'il fun: estimé ultime amy
de David, apres la mort d'Absalonson
Fils, àla poursuiteduquel
il avoit esté envoyé, il ne
pût estre retenu dans le Palais de
ce Roy
, ny pour e repos la seureté
,
les honneurs, ny pour les
richesses
4 ou les autres plaisirs
que David luy Offl-Olr; maisestinlatitquela
Sepulturede sesPeresestoitàpréfererà
tout cela.,il
ne fit point d'autre réponse au
Roy que celle-cy. le riay *ucm
besoin de toutesces choses; maisseulement
que je retourneen ma Cité
que il meure ,
pourestreensevely
prés du Tombeau de mon Pere. Davidfut
obligé de le laisser aller
avec beaucoup de regret de sa
Personne.
La mesmechose arriva à ceux
de Jerusalem, quand sous l'EmpereurTitus
cette Ville eut esté
"Inifeà feu 6c àsang: car lapsuspart
trouvoient la mort plus douce&
plusagréabledansleur Pays
natal, esperant joüir du Tombeau
de leurs Peres
, que de se
sauverailleurs, commechezks
Romains, comme ils pouvoient
facilement le faire. C'estceque
josephe liv. 5. chap. 2. de la
Guerre desjuifs, & Hegesippe
remarquent. Cette affectionnaturelle
se voit en l'Epitaphe de
Leonidas de Tarente. Proculab
Itala jaceo terra, Atyu TarCfilo-Patyia,
hoc veromihi acerbiusmorte.
Les Grecs & plusieurs autres
Nations ne recevoient pas les
Corps de leurs Ennemis dans
leurs Tombeaux. Sophocle le
rapporte en la vie d'Ajax, où
Teucer son Ennemy prie for-t
'Umie qu'il ne messe pas ses cendres
avec celles d'Ajax
,
à cause
de leurs anciennes inimitiez: car
ilstenoient queleur haine duroit
aprés lamort, comme on aveu
cy devantau Bucherd'Etheocle
dePolynice.
Selon l'ancienne coutume des
Hebreux, comme disent Rabbi
Jacob, & Rabbi Moses, dans
lesFunerailles les Hommes prenoient
foin des Hommes, & les
Femmes des Femmes. Le Fils
oule présomptif héritierfermoit
Ja bouche& les yeux à son Pere
ou à son Parent, & recevoit fou
dernier soupir. On coupoit les
cheveux aux Défunts
, on leur
lavoit le Corps;on les oignoit&
on les parfumoit d'odeurs. On
les envelopoit de linceuls & on
les ferroit de bandes, & en cét
étatilsestoient portez au Sepulchre.
La mesme coutumeapassé
ch,-zlesGrecs,l)ch,,--z les Juifs,
poftérieurc-nietit chez les Romains.
C'estd'où En Ni dit du
Roy Tarquin.
TarquiniicorpUJ bonafxmina lavit
& unxit.
Les Tyriens & les Sidoniens
se servoient de Pourpreau lieu de':;
linceuls. C'est pourquoi ordinairementonappelloit
les Suaires
Sindones, ou Sidones, du norn-ï
de la Ville de Sidon..,-&, delà..
Pourprequiyestoitenusage.
Comme les Gentils vestoient.
le plus souvent les Corps dCSti
Défunts, pourles porter auBucher,
couchez sur des lits [om.
ptueux, & préparez, ou dansle
Sepulchre; oùceluy qui avoirle
plus grandnombre de lits estoit
estimé le plusmagniifque,cornrrteHii
arrivaauCorps deSylla
qui en avoit 60, lesRomains .&:
après eux les Chrétiens. prirerrt.-;
la mefrne coutumed'ensevelirles
Corps avec leursvestemens. Bo-,
siusen parle amplement, & me£
me à l'égard des Martyrs, puis
qu'à Romeonatrouvé le Corps
de Sainte Cecile, avec seshabits
enrichis d'or, long-temps après
son Martyre.
Saint, Chrysostome reprend
cette pompe Ôcceccedcpetife
excessive dans les Funerailles, à
moinsque ce ne foie- pour les
Pontifes , les Empereurs , les
Roys &les Princes,ou du moins
pour des Personnesillustres de
l'un & de l'autre Sexe.
Cette coutume d'inhumer les
Corps avec leurs vestemens PontificauxdansleSacerdoce,
a esté
toutefoisobservéedans l'ancienneLoy,
commeon le remarque
dansleLevirique chap. 10. parlantdeNadab
&. d'Abiu
,
qui
faisoient la sonction du Sacerdoce,
commedeLyra l'a expliqué.
La mesme coutume s'observe
aussien la nouvelle
,
puis qu'on
laisseaux Evesques, outre leurs
vestemens Pontificaux, leur
Anneau Episcopal. C'est ce qui
se voit dans les Actesd'Arnulphe
Evesquede Soissons;car comme
Everulphe son Fiere avoit oublié
à luy mettreson Anneau Episcopal
audoigt
,
ayantdisposé le
Corpsdasl'état qu'il devoitestre
portéàlaSepulture, il se souvint
de cetAnneau,& par une merveille
surprenante
,
la main du
Mort
, quoy que les doigts en lasussentrétrecis & resserrezvers
paulme,s'estendit Scpresenta le
doist. annulaire
, &ayant recelL.
l'Anneau, parlamesme merveille)
se reserra comme elle estoit
auparavant Cela arriva aux yeux
de tous ceuxqui estoientau Convoy.
Les Egyptiens
,
les, Hebreux,
& ensuite lesjuifs&les Romains,
se servoient de Toile cle Lin, qui.
quelquefois pour ornementavoit
des filets d'or, ou decouleur de
pourpre êç.,dtazur aux exrrémitez
, pour ensevelir les Corps.
Nous en ayons rapporté des.
exemples au Corps du jeune
Prince Pallas.
Nous dirons que les Juifs ont
eni toujours curieux, de faire.
mettre les Corps deleurs Défunts
en des terres neuves,& de
n'inhumer pas plusieurs Corps
ensemble
,
prefentemeptils.
ont encore la mesme Religion &.
coutume ,
qu'ilsn'ontpoint,
changée ;ils ajoutent de petits
Sacsremplisd'odeurs souslateste
du Morten les portant au Tombeau.
Mais nous voilà venus à un
Suaire le plus précieuxde tout lemonde,
qui se garde encore en
la Ville de Turin en Savoye.
C'estceluy ou le Corpssacré du-
Sauveur sur estendu te ensevely
a près sa mort, & misdans le:
SaintSepulchre. On y voit l'étendue
duSaint Corpsimprimée
avec lesStigmatesde sesPlayes.
Ilesten grande venération en
cetteVille-là,& àcertaines Festes
de l'année onl'èxpose à la veutt
duPeupleyqui y vient de toutes,
lfo parties dela Savoye & du.
Piedmont, comme aussi déplufleursautres
Provinces. Ilestoit
auparavanten la VilledeChamberry,
en la Chapelledu Château
, lors queparaccident le feu
ayant pris en ce lieu l'an 1631le
4.de Decembre,tout y futconfumé
parles Harnes, &que les
Barreaux & les GrillesdeFer ne
purentrésister à la violence du
feu. La Chaslemesme d'argent
oùestoitleSacréTresor,surfonduë,
& leboisbrûle ; mais Dieu
permit quecesacréLinceulne
receust aucune atteinte ny dommage
,
&que l'Image du Sauveur
formée de son précieux
Sang, & qui estimprimée au
milieu du Suaire demeuraft: en son
entier. Philibertos Pingoniusde
Savoye témoinoculaire,Al-
-
phonfus Paieotus Archevesque
de Boulogne;Daniel Mallonius
ThéologienDominicain,l'Evesque
de Vultubia.
,
Chifletius &:
Simon Majole
, rapportent ce
grand Miracle, en leurs Livres
Latins.
Les Juifsont emprunté des
Egyptiens la coutume d'oindre
les Corps, & de les parfumer
d'aromars ôc debonnes odeurs,
commela Genese leditchap. 50.
Enlasepulture, des anciens Patriarches5&
dans l'Eglise nais-,: fante cette coutume s'estobservée
àl'égard des Martyrs &
d'autres, comme lesActes 8.
desApostres le remarquent, Se.
Baronius en ses Annalestom. i.,
an. 69. mais Cleraent Alexan-
DRIN 1IV.Ï..feirvoir que l'excès
de ces parfums & de ces onctions;
aecté blâmé chez les Chrétiens,
& principalement du temps des
premiers, parce que les derniers
ont beaucoup retranché de la,
coutume des Hebreux, des Egyptiens&
desJuifs. Ceux quis'employoient
au Ministere de ces
Onctions
,..
Boress'ap.pelloient Pollin-
Cette mesme coutume estreprise
par lesLoix des XII. Tablés
chezles Romains, aussi bien
que la coutume de boire en la
sepulture des Morts, & sur tour
en inhumant
-
les Esclaves. 'ElIc"
Je dit en ces plfohs',Vtiflrvilis,
un6itir*,omnisque compotatiotêl—
latur.
Cettemême Loy avouluqu'on
re&raneha(1raujdL cette magni6-
cence
oene«e?xceffiveycesparsumSjprécieux,
& ces liqueurs deMyrrhe,
aux Funérailles des PC'r[lc libres,
ne fumptuojïnitnirum rfjfflïj-ve
jkretj tffCfHt)my^rbat^yotio*-mjfrtuo
Mcretur.:rÇar:comme en ipliumantouen
brulantles Corps,
on pbrerV'Qiîii,eeBtecoutumede
jiiptçre dans les Tombeaux, ou
de jetter dans le Rucher ces bonnesodeurs,
on en voit par tout
des exemples, titu dans les Sacrez
que dans, les, P roi-mes. Ho-
2re enTon Iliade6. Virgileliv.6. del'Enéide.
Lucien au chapitre du Dcrif,
-diflours 120. parlant de Stobée,
fait mentionde cetre coutume.
Apulée en son Traité de la Se*
P dtwrc ; &. Perse, satyre 3. se raille
d'unHéritieroffensede ne trouverpasune
ample succession,&
dit ainsî,
;liIt"næ
'Offk^inodora dabït**
Nicephore'",liv..IO chap 46,
ditqu'outre les enctions on employoit
le miel, foit qu'il ait quelque
qualitéparticulièrepourempescher
lacorruption,où la rriaul
vaideodeur. Maffée, en desNarrations
historiques, raportequ'on
se servoit dechauxdans les Indes,
au lieu d'aromars,& que
cettechaux a une vertu toute
contraire à celle des autres Recrions
, carelle preserveles Corps
jdc la putréfactionailleurs elle
jesconfumeen raelnoe temps. Le
mesmeAutheur dit que la chaux
s'tîimp.lo.ye en la Sepulture des
Corps cians leParisdeCorosnandti.
•
Turfellin rapporte aussi, que la
coutume des Chinois est de vêtir
les Corps de leurs habits, Be
d'y mettre de la chaux dans le
Cercueil; que ce foin yest donné
aux Pontifes & aux Prestres de
leur Loy, & souvent aux Personnes
de pieté
; & que la plùpart
des Corps y estoient ensevelis
debout, le visage tourné
vers l'Orient, ainsi qu'on faisoit
à RomeauxVestales, qu'on enfoüissoittoutes
vives debotit,potit
avoirlaissééteindre le Feu sacré.
Corippus l'Africain, décrivant
la Pompe & les Funerailles de
l'Empereur Justinien
, rapporte
la diversité d'Onctions & d'Odeurs
aromatiques qui y furent
employées.
Pour ce qui en: des Chrestiens,
on lavoit leurs Corps apres leur
mort. Saint Luc raconte dans le
chap. 7. des Actes des Apostres,
que l'on en usa ainsi envers Tabitha.
Denis Evesqued'Alexandrie,
dans Eusebe liv. 7. chap. 22.
japporce la même coutume. Gregoire
de Tours, en son histoire
xr hap. 104. de la gloire des Confesseurs,
apprend que cette couxume
s'observoit en France de
[onrcrilps ,c'est à dire, dans le
sixiéme siécle; on en voit des
exemples dans la vie de Gregoire
I, dans les Dialogues, 8c
<tans l'Homelie38. sur les Evangiles.
Apres qu'on avoit lavé le
Corps, on le laissoit quelque
tempsexposéà la veuë de ceux
quivouloientlevoir. Celaestoit
accompagné de pleurs &. delamentations
sur les Morts; comme
on fit sur S. Etienne, aura poro
de S. Luc ch. 7. des Actes.De
là vient que Saint Paul, dans 1cchap.
4. de l'Epître aux Tessaloniciens,
console ceux qui pieu-*
rent sur les morts, par l'espérance
de la Resurrection & de
l'Immortalité.
L'Autheur des Commentaires
deJob, parmyles Ouvrages d'Origene,
fait mention dans le livre
7. des sept jours & des [cpt.
nuits de Deüil. S. Cyprien ne
l'oublie pasdans le Traité de la
Mortalité, où il tâche de le moderer.
S. Chrysostome,dans*
l'homel. 61. sur S. Jean, ne condamne
pas en ces occasions les
larmes & les pleurs, mais seulement
ce grand excez. Ilen use
dans le discours3 sur lesPhilistins,
de la mesmemaniere.Il reprend
surtoutfortementla coutume qui
s'éstoit introduitede son tem ps,
&quis'estoit enracinée, de prendre
des Femmes à prix d'argent
pour pleurer&lamenter aux Funerailles.
Ce sont celles donc
nous avons cy-devant parlé.
LemesmeS. Cyprienne menace-
t-il pas dans la 4.homelie sur
l'Epistre aux Hebreux, d'en excommunier
les Autheurs
,
s'ils
n'arrestent le cours de cette dangereuse
pratique? Gregoire de
Tours dans le chap. 34. liv.5.de
son histoire
,
& Alcuin sur le
chap. 12. del'Ecclesiaste,en parlent
de la mesme maniere que les
autres.
Comme l'excez de la pompe
& de la magnificence,s'estoit
beaucoup augmenté pour la Seu
pulture,Prudencetitre 8. de la,
Bibliothéque des Peres,le dé
critdans son Hymne des Funerailles,
àc parce que le plus souventilalloitàune
dépense eX-t
cessive, Saint Augustin dans le
chap. 12. du Livre de la Cité de
Dieu, blâmecettesuperfluité.
Gregoire I. défend de couvrir
de quoyquece soit le Cercueil
duPontife, &Íd rien recevoir
pour la Sepulture desMortsliv.4.
Epiffcre4.6c44.
Du temps desApostresil yavoit
de jeunes Gensdestinez pour la
Sepulturedes Corps. Cesont
ceux que les Romains appelloientVespi
, ouVefpillones. Ils
avoientfoiad^toutrce quidevoit
estre observé, & de l'ordre que
l'on y devoit tenir.L'histoire
d'Ananias &deSaphyra nous ef\
fait mention. Dans les temps
suivans les Personnes les plugcoil.,
siderables
,
& les plus pieuses,
faisoient gloire de.s'employer- à
ce devoir charitable, & dignede
pietei— -•
-
Gregoire de Nazianzeremarque
dans l'Oraison Funèbre-is'.
de Saint Basile,qu'il fut porté
en Terre par les mains de quefà
quesSaints Personnages,&qu'alorson
avoirestably uncertain
nombre dePersonnes pour porter
les Corpsau Tombeau.
Les Flambeaux & les Torches
ont esté mis en usage de tout
temps, comme on le remarque
.du temps des Grecs& des
Troyens C'estce quis'estpratiqué
aux Funérailles de MlfënUS"
dé du Prince Pallas,commenous
avons dir; & dans le temps des
Chrétiens Saint Cyprienfutinhumé
de cette maniere
, comme
cm levoit danslesActes de son
Martyre,dont PoncesonDiacre
fait mention ensaVie. <
M1 Rigaut & Mr Lambert expliquantlemot
Grec d'Origénè
Svcol'fel-ê]Ju:r;quilpeeutnestrte chez les: que ce
terme signifie des Joncs
, ou des
cordes de
Genest
torses
,
qui
estoientcouvertes de Cire tant audedansqu'audehors
, pour y servirdeFlambeaux.Euseb. liv.
4. de la vie de Constantin le
Grand chp. 66. y employe des
Flambeaux,avec des Cantiques
comme dit Saint Chrysostome.
Gregoire de Tours liv. 3. chap.
18. parle du son des Cloche;
Beda dans l'histoire Ecclesiastique
d'Angleterre liv. 4. chap.23.
en parlede la mesmesorte.
On faisoit des Oraisons Eupe-o
bres le jour des,F-aiiérailles-j- odrç
quelques jours après -comme1^
coûtume s'en observe encore
pour les Roys ,pour les Princes.
ou autresPersonnesdehautrang.
&; de menrer.deL'un^-de-Hau^
tre Sexe.Gregoire de Nazianze
fit celle de son Frere Cefa-,
rius, de Gergonie sa Soeur, & cte)
Saint BasilesonAmy. Gregoire
de Nysseprononça celle de Me- letiusEvesqued'Antioche.
Mais pource quiest des Qrai*
sons Funebres ou Panégyrique
&de leurantiquité, on tient que;
Valerius Publicola , qui fut dé:
claréle premier Consul de R.o*
me , pour en avoir chasse leSt
Roys par le secours que Brutus
luy presta, a esté le premier qlli
les aitinstituées après la mort dUi
mesme Brutus. Quelques-uns.
font d'opinion que dés les premiers
Roys de Rome, ces Pané.
gyriques avoient esté introduits,
puis que Romulus mesme qui en)
estoitle premier, faisant une
Harangue publique en pleine
Assemblée du Senat, & de tous
les Grands de Rome
,
& venant à
s'emporter avec excez contr'eux,
fut déchiréen pieces. Florusen
parle ainsi. Les Romains ontesté
les premiers qui ont commencé
cette Cérémonie, & les Grecs
à leur imitation s'en sont servis
apjcs eux. Il cft toutefois con.
stant que dans les Guerres des-)
Grecs, on voit Uliiîe & Ajax,
dans leurs Haranguesen la dispute
desarmes d'Achille,faireune
grande énumeration des
hautsfaits de ce Prince
,
& des
hautes qualitez desa Race, en la.
présence du Roy Agammenon,
lx des autres Princes de la Grece
,
& qu*inM les Romains ne
pouvoient pasestre les prcnliersi
Autheurs deces Panégyriques.
Mais d'autres sontde ce sentinlcnr,
que le Philosophe Selon,
qui vivoit du tempsde Tarquin
l'ancien,institua les OraisonsFunébres
ou Panégyriques.C'est
ce que die Anaximénes. Quelques-
uns en donnent l'origine i.
Thesée
,
& croyent que les Athéniens
commencerent à loüer publiquement
ceux qui avoientesté
tuez en la Bataille de Salamine,
de Marathon, ou en celledu Peloponese.
Ilestcertaincomeonvoit dans
Suetone,& en d'autres Autheurs,
que les Romains n'ont passeulementloüé
les Illustres Personnagestuez
enG uerre,maisaussi ceux
quiestoientmortsenPaix,& mek
me rllffi les Femmes d'une qualiré
éminente; commefit Jules
Cesarâeé de Il ans aux Obséques
de sa Tante du cossé de son
Pere, devant les Sénateurs ôc
dans le Barreau, & pareillement
son Epouse. Tibere en fit autant
aux Funeraillesde son Pere;
te Mutius Scevola loüa en publicaussisaMere.
Nous avons dit que les Funéraillesestoient
accompagnées de
Cantiques. Chez les Grecs on
appelloit ces Chants Nxm* ÔC
Epicedia. Les Latins les appelloientPlanctusouLamenta.
Ilest
certain que les Hebreux & les
Juifs s'en font servis dans leurs
temps, ce qui est remarqué dans
l'Ecriture Sainte, & que le Roy
David lesa employez enla mort,
de Saul & d'Abner. Les Romains
ont voulu éteindre ces excez
de Lamentations par leur
Loy des XII. Tables qui le dit
ainsi
,
Mulicrcs ne gaiM radunto,
parce que, comme nous avons dit,lesFemmess'arrachoient les
cheveux & lesjouës.
De plus, on farsoit des dinri..
butions d'aumônes
,
de Pains &
de Viandes, comme disent Oriigcne
6c Saint Hierôrne en la
Lettre26à Pammachius, pour
le consoler de ht mort de Pauline
dfo'EBpeimstmree6,4&àSaint Augustin en CarthAuraeleEgvesqeued.e
1 On faisoit pareillement des
Banquetsprés des Tombeaux
des Défunts, qui s'appelloient
Agapes, comme par une dilection
fraternelle.C'est dont parle Saint
Cyprien, ,-z Tertulien en son Apologetique
chap.39. où les
Pauvres estoient admis. Mais
ayant remarqué que l'abus s'y
estoit glissé
,
il les reprit aigrement
, ainsi que Saint Gregoire
de Nazianze. Ces Agapes sefaisoient
allffi bien en la naissance
qu'aux mariages. Ilsemble que
la coutume de faire des Banquets
soitvenue ds Gentils: car c'étoit
leurordinaire de préparerde
grands Festins aux Funérailles
en faveur des Manes des Défunts,
ausquelsils se persuadoient
qu'ils venoient assister ,& prendre
un grand pjaiur) ou quedu
rnojnsils se repaissoient de la su-
-mée des Viatid-esiiLifif -clcfto-It
la coûtume de les y inviter, en
criant à haute voix dans le Sepulelire.
£
Les Grecs appeloient ces Banquets
Firidipnd, & les Romains
Parentalia.On1aiiTo11 {owvcnt ces
Viandes préparées sur les Tomjleaux
, ou on les consumoit au
feu. Homere&Virgileen font
menton, 5c ce dernier au liv.
del'Eneïde.
Libavitque dapes.
Lucien en ses Dialogues,dit quecette
superstition s'estoit estenduë
chez plusieursNations, jusqu'au
temps de Saint Augustin,
comme ce Saint Personnage le
rapporte au Discours 15. & il la
reprend bien à propos en ces termes.
-Ztioy ? l'esprit ou lesames Ititsontdhachée
s des liens de leurs Corps,
ont- elles besoin de ces fomptueuxr
Banquets ? Mais la pieté des anciens
Patriarches estoit bien éloignée
delaGentilité &dessuperstitions
des Anciens; car ils employoient
ces Viandes presentées
surles Tombeauxà la nourrituredesNécessiteux;&
cette coûtumes'estreligieusement
observée
du temps des Israëlites, comme
on le peut voiren la Sainte Ecris
tureTobie3. 17.où le Pere lare,.
commandefôiemnellemcnc au.
jeune Tobie: selon que l'ont remarqué
Lyranus & Turrianus.
Du temps des premiers Romains
Numa. Pompilius leur
Roy,voulut que le grand Pontife
eust le foin de rendre les honneursaux
Di.ux.Mânes, ôc principalement
à la Déesse Libitina*
qu'ils tenoient présider à la nJor[;
d'oùvient que l'onappelloit ceux
qui estoient employez à ces. devoirs
Libitinarrii. Il y avoitaussi
à Rome la Porte Libitinensis,
prochel'AmphithéâtredeStatilius
, par laquelle on porroit Ice,
Corps des Gladiateurs dans le
lieu de leur Sepulture. C'est dcquoy
parle Plutarque.
Les Jeux Funébres se celç
broient aussi en la Ville de Rome.
Celuy des Gladiateurs y estoit
employéen l'ivonueur des priacipaux
Rjomains/,pembm que
leurs Corpsestoient dansleBucher
j,&delà les Gladiateurs qui
y combattoientestoient appellez
jtujfaarii. Marcus&DéciusFils
de Jimtas Brutusfurent lei.p'r-t..
miers qui en célebrerenten faveur
de leurPere. CesJeux fureur
empruntez des Grecsi &: dds.,
_Troyen&vcommeoolàybied&tîs
Je Ity. 5de l'Encide
,
oir'Enéten;
J^hontxcùn,de;fan Pere Anchise
e,nff\aitRrep.re0sen'tfer decinqfortes déxSidtevdù
lsontPère eftoir>uVtaia^rc,:ce^jui se t€<Q~apwéailÀh. finy.
ExPectata dies aderat:-,twnamquâv
A : firwk
sîttroram Phaetonttstquijam lute
firtbant.
Les Cyprez seplantoient ordinairement
anx Funerailles des
Princes&des grands Seigneurs,
autour de leurs Sepultures, & de
leurs Tombeaux, & i-nest-nede-
Tvant la par te deleurs maisons.
C'cft uneespeced'Arbre fiiiieste,
& qui est pris pour lamort,
car estant coupé il ne renaist ja-
Olis.., L'Ache servoit auxSépultures
dela, Populace auliude
cet Arbre. C'fist ce que reprecseentDe
Ailscitaitqenusees.vEm"blêmespar
:JF'IIndr-a. rèjt rbort ProcetiumMomi- :. monta CUpsiJfUJ T • aleApiumpiebisprotrîfrefrondefolct.
-1 De plus, on nettoyoit la Maison
du Mort avec une espece de
Balay particuliere ;&ceuxqui
avoient ce foin s'appelloient £-
verrancdtûres'.i:
•' Chez les Anciens on couvroft
de guirlandes deFleurs la telle des
Vierges, avant que de les mettre
du Tombeau; on yen jettoit
ausside blanchesen faveur de leur
Virginité, comme Damascéne
& Nyssénus le remarquent.
Chez les Romains quand une
Veuvemouroit, quin'avoiteu
qu'un seul Mt.TY
, on la portoit
au Tombeau de son Epoux,avec
une Couronne de pudicité. On
a souvent envoyéles Corps des
Défuntsvétus de blanc dans le
lieu de leur Sepulture. LesFemmes
mcfmedes Personnes de
qualité
,
dansles Funerailles de
leurs Epoux se vétoient d.l: meftiiecouleur.,
La mesme coûtume s'observe
encore en Angleterre, deseservir
de Fleurs blanches & de vétir
les Corps des Défunts d'habits
blancs. Celasepratiquoit
autrefoisen France en la mort
d'un Roy* & la Reyne se vétoit
deblanc, c'est d'oùest venu le
nom de la Reyne Blanche, comme
Alexandre Surdus l'a remarqué
,&PoLydore \fJgleij (t.
chap.7
On avoit aussicoûtume quelquefois
aprèsles Obsç..ques.detré.,.
pandre diverses El^utsP/irfiarns-,
,for les Sepu^cbrps te Peuple Romain sur celuy d-up
,des Sçipioiis-- si c'estoisun Giierrier^on,aaackûitauro^•
Monument son Bouclier, son
Casque, son Epée & divers au..
tres Ornemens. Cette coûtumen'est
pas encore efteinte presentement,
comme on peutvoir
dans nosTemples,oùsont les,
Drapeaux& les Armesde nos
Genérauxd'Armée,arrachez
aux Voutes, C'est ce qȣ;dit
fort propos Virgile Iiv. 9. de l'Ete,
neïde. 1> Sufvcndi've-Thala,autfatmadftuy
/iigid-Jixi.
On mettoit des feüilles, de
Laurier, de Marthe, ou de quel
ques autres Arbresqui gardent
leur verdure
,
dans les Tombeaux,
fous les Corpsdes Défunca
; ce que Duranres remarqueestre
un Symbole mysté- r:Íde:l'immortalité,enfaveur
de ceux que l'on croit ne prendre
qu'un doux sommeil, pourrevivre
un jour mieux qu'auparavant.
Il yavoit de plus les Lampes
sepulcrales que l'on mettoit dans
les Mausolées. Ces Lampes
avoient une vertu particulière
qu'ellesne s'esteignoient aucunement
, tant qu'elles n'avoient
point d'air; foit que cette vertu
vinst du Lumignon qui pouvoir
estre fait du Lin Asbestos, ou de
la Pierre Amianthos dont nous
avons parlé, ou que cela procès
dast delamatiere ou de l'Huile
qui yestoit employée. Nous
avons Saint Augustin pour témoin
,
de cette vérité. Il dit
en sa Ciré de Dieuliv. 1. chap. 6,.
qu'en foüillant dans les ruines
d'un
;'¿'un ancien Monument
, on y
trouva une Lampe d'or, qui se-
Ion son inscription y avoit demeuré
allumée prés de deux mille
ans, & que quand l'air y eut entré,
elles'esteignit. Il est encore
certain que dans Rome on trouveassez
souvent de ces Lampes
dans les Catacombes & en d'autres
lieux. Roma subterranea. en
peut fournir des exemples.
Quoy que nous ayons dit un
mot des Epitaphes & de leur origine,
en parlant de la Sepulture
d'Abel,ilest à proposdeles distinguerdesinscriptions.
Lesinscriptionsmarquent
sur des Pierres,
Airain ou autre Matier,certains
ou Tombeaux appartiennent, &
d'ordinaire les mots en estoient en
abrégé, commeon le peut voir
en ces Lettres Sepulchrales. H.
M. N.H.S. qui veulent dire, hoc
monumentum non hæredessquitur.
Mais les Epitaphescomprenoient
ordinairement les noms, les dignirez
& les vertus, ou les hautes
actions de ceux qui estoient en
ces Monumens. On remarque
que les plus anciennes avoient un
style particulier,&uneagréable
varietédans leurs termes, quoy
que quelques-unes fussent simples
& naïves; & comme elles ne
sentoient ny les Vers ny laProse;
il y avoit un art ou une cadence
dans les mots donton les formoic
qu'on appelle Art Lapidairey &
qu'manuel Thesaurus de Sa.,
voyea fait revivre en la vie de ses
Patriarches. Ce sçavant Personnage
a fait des Peintures
achevées de toutes les Personnes
qu'il a écritesenson Livre, &on
ne les lit qu'avec admiration. Son
Livrea esté imprimé depuis
quelque temps à Rome avec
deux fois autant d'augmentation
sur d'autressujets curieux & sçavans.
La pluspart des Epitaphes se
faisoient aussi en Vers; & pour
voir les Eloges que l'on donnoit
au merite
,
à la dignité & aux
vertus des Personnes
,
le Livre
intitulé Rome Souterraine, en fournit
un grand dombre tant parinscriptions
que par Epitaphes,
creant recueillies de divers Autheurs.
Plusieurs ont écrit leurs Epitaphes
de leur vivant, comme Je
CardinalBaronius le rapporte de
Cassius,Evesque de Narnie.
Pierre leDiacre a fait un excellentTraité
des Epiraphes &
des Inscriptions, & mesme des
marques Hierogliphiques ou Caracteres
Romains
,
qui setrouvoient
sur les anciens Tombeaux
ou Sepulchres. Bossus est aussi.
un Autheur fort curieux de ces
antiquitez
,
de mesme queJean
Severanus&PaulAringhus.
Vvolphangus traitant cette
matiere liv.3. chapitre dernier,
rapporte tant sur Rome, sur
Naples, que surle Portugal, &
autres lieux, plusieurs Epitaphes
& Inscriptions fort ancien-
¡,Des & dit qu'on a trouvé plusieurs
vaisseaux d'or, d'argent,
d'Airain ou d'autre matiere dans
les Sepulchres, dans lesque's les
ossemens & les cendres des Corps
estoient encore enfermées,& il en
marque souvent les temps.
Pausaniasen ses Atriques mir,
que de quel temps les Epitaphes
ont commencé
,
6c dit aussi que
l'on érigeoir des Autels à la Milicequiavoiresté
tuéepour la désensedela
Patrie, & qu'on luy
rendoit des honneurs annuels; ce
que Lycurgue ordonna aussi d'être
observé.
Pour ce qui est d'inhumer les
Corps couchez sur le dos, la teste
vers le Couchant, & les pieds
vers l'Orient,c'est ce que Quailard
a remarqué dans ses Voyages
de la Terre Sainte, & ce qui se
pratique encore aujourd'huy. Le
Concile de Maçon,Canon 17.
défend d'inhumer les Corps les
uns sur les autres) mais on doit
les mettre à costé. Ille dit ainlÏ.
Non licet mortuum filer mortuum
mitti.
Les Instituts de l'Empereur
Justinienne permettent pas d'ensevelir
aucun dans le Tombeau
d'aurruy
,
sans sonconsentement.
Non licct inferre mortuum in tumutum
alienum invitodomino.
Les Romains eurent leur temps
limité pour regretter les morts;,
car Numaajouta aux Sacrifices
qu'il avoit établis, ceux que l'on,
devoit faire aux Dieux Mânes.
Il défendit de regretter aucun
enfant au déssous de trois mois,
& ne jugea pas à propos qu'un
plus âgé sust regretté plus de
mois qu'il n'avoit vécu d'années.
Pour les Personnes mariées, le
terme estoit fixé à dix mois au'
plus. Mais si quelque Femme
se remarioit avant ce temps, elle
eneaoitreprise
,
& c'estoit une
honte pour elle, selon le Code Be
l'Ordonnance de ce Roy.
Il n'en alla pas de mesme de
cette Veuve de la Ville de Lyon,
qui sans garder les temps preferitspar
l'Ordonnance, épousa
vingt trois Maris, & dont le dernier
l'ayant mise au Tombeau,
fut couronné de Fleurs, ayant
une branche de Laurier en la
main, en marque de victoire &
de triomphe, & accompagna le
Cercueilen cette maniéré, avec
toute la jeunesse de la Ville, qui
pour honorer les Funerailles yfit.
venir les Violons, & les Hautbois,
qui joüerent par concerts
&.avecmélodie, comme sic'eust
esté une nopce au lieu d'un convoydemort.
Plutarque dit en ses Problèmes
que les Veuves mettoient bas
leur Pourpre
,
leurs Anneaux,
leurs Bracelets,& qu'elles se vétoient
de blanc;mais que le temps
du deüil estantexpiré, elles reprenoient
leurs vétemens fomptueuxavec
leurs Bijoux;comme leditTite Live.
Chez les Juifs le deuil,estoit
de trente jours, & les Anglois
observent la mefoiecoutume à
Rome, selon Horace en ses Epodes,
on faisoit un Sacrifice le 9.
jour d'aprés la Sepulture; & les.
eux commençoient le mesme
ouraussi.
Novendiales dissiparepulveres.
Il y avoic une coutume chez
les Rojmains,qui sentoit fort son
antiquiré
, comme le fait voir S.
Augustinen la Cité de Dieu liv.
4. chap. 11. par laquelle cette
Nation faisoit mettre à terre les
Enfans nouveau-nez par les mains
des Sagefemmes, êt les Peres les
relevoient , pour se remettre en
memoire que toutes choses doivent
retourner en leur principe.
De là estoit pris le nom de l'adresse
Levana , que les Gentils
adoroienr.
Ona veu des Sepulchres miraculeusement
construits en peu
de temps. Sous l'Empereur
Trajan, Saint Clement I. Pontise
Romain de son nom , ayant
esté précipité une Ancre au col,
les Eaux se retirant à Tes prieres,
les Anges luy érigerent un Monument
au fond de la Mer, afin
de luy donner la Sepulture en ce
lieu. Céc Elément par une merveille
surprenante, se retiroittous
les ans la veille de saFeste en
forte que tout le monde pouvoit
allervisiter ce Sepulchre que la
Mer reconvroit après le jour expiré.
C'estoù un Enfant demeura
endormy pandant un an par
miracle.
Les Iafiensérigerentun magnifique
Mausolée à un jeune Enfant
&à un Dauphin, pour l'amour
qu'ils avoient contracté
ensemble. Ce Poisson avoir
coutume de porter cet Enfant
surla Mer en se joüant, & de le
rapporter au rivage; maisayant
filé piqué d'unedesépinesde
son dos, il en mourut; ce qu.
ayant apperceu le Dauphin ,il en
mourut de regret. Leurs Corps
estant trouvez sur le Sable, ils furent
portez en ce Monument.
Lesmesmesérigèrent une Statue
de Marbre en leur honneur, representant
un Dauphin qui portoit
un Enfant sur son dos, avec
cette belle Devise.
Non ponaasamori.
Ils fabriquerent mesme des
Médailles d'argenr qui representoient
leurs Images, & laisserent
à la postérité l'histoire de leur
amour. Les Romains se vantent
qu'il en est autant arrivé au Lac
Lucrin, prés de leur Ville.
Ilsetrouve des animaux qui se
rendent ce devoir les uns aux autres.
Les Gruës
, comme dit Elian
livre2.. cha pitre 1. partant de
Thrace pour passer en Egypter
afin d'y trouver un Climat plus
temperé
,
si quelqu'une de leur
compagnie meurt en chemin, elles
s'assemblent autour, la couvrent
de Sable, & continuent
leur route, après luy avoir rendu
ce dernier devoir.
Les Abeilles, comme dit Virgîle
liv. 4 des Georgiqnes,nese
rendent-elles pas ce dernier de.
voir en leurs Funerailles
, avec
beaucoup de foin & deregret?
Tum corpçra Luce carentum
Exportant tefîis, & tristia funert
dueunt.
Mais voila une merveilleuse
surprise qui arriva aux yeux des
principaux Romains. Drufilla
Epouse del'Empereur Caligula
estant morte, comme on en
brûloit le Corps avec la pompe
& la magnificence accoûtumée,
une Aigle qu'elle avoit élevée ôc
nourrie de sa main,& qui la fuivoit
en quelque part qu'elle allast
en volantd'Arbre en autre,
voyant que l'onmettoitle Corps
de cette Impératricedans le Bu.
cher, s'y précipita d'elle mesme
& s'y consuma à même temps;
canc la passion de cet Oyseau
estoit grande.
Avant que l'on mhumast dans
les Villes & dans les Temples, on
mettoit les Corps en des Grottes
souterraines, ou dans lesChamps
en des lieux que l'on appelloit Mress
comme il estdit de Saint Cyprien
,qui sur inhumé dans l'Aire
d'un Procureur nommé Candide.
Souvent on élevait, des
Monumensdes Sepulchres sur
les lieux où les Martyrs avoient
esté ensèvelis. Les Caracombes
à Romenousdonnentun témoignage
de ces Sepultures.
La Loy des XII. Tables défendoit
de brûler ou d'inhumer
aucun dans l'enceinte de Rome
,& elle portoit ces mots, Iin
urbene fepelito, neveurito. Dans
ce tempslà il y avoit beaucoup
de Monumens ou Tombeaux autour
de cette Ville, tant vers la
Porte Capene, au chemin d'Appie,
que vers la Porte Nomentane.
Les plus considerables
estoientdans le Champ de Mars,
comme asseure Clemenc Alexandrin
liv. i. des Guerres Civiles.
Mais ensuite de ces premiers
temps, on a inhumé les Corps à
la porte des Temples, & en leur
circuit, & l'une a pris exemple
sur Vautre. L'Empereur Constantin
le Grand fut enseveli à
Constantinople dans le Portique
du Temple des Apostres; Clovis
à Paris enceluy de Saint Pierre
Saint Paul, aujourd'huy Sainte
Geneviéve; Clotaire dans celuy
de Saint Germain des prez;Charlemagneà
Aix laChapelle dans
le Temple de Sainte Marie.
Enfin la coûtume se relâcha
de n'inhumer pas dans les Villes,
ny prés de leurs enceintes&l'on
permit à Kome ,&principalement
à ceux qui avoient mérité
le Triomphe
,
d'avoir leurs Sepulchres
dans la Ville, comme
aussià ceux qui par leur race ou
par leurs vertus estoient illustres.
Delà ca venuë la Ruë Patricienne,
où il y au pied du Mont VL:
minal & Quirinal
,
quanrité de ;
Mausolées pour cesPersonnes
considerées.Enfin l'usage s'en est
introduit par tout, & l'on n'a plus
eu d'égard aux Loix qui ledéfendoientauparavant.
Mais avant que de finir ce discours
,nous dirons que les Turcs,
estant prests de mettre au Tombeau
les Corps des leurs, lesrasent
& les lavent, & que leurs
Sepulchres font sur le bord des
chemins , 6c qu'il ya eu des Roys
&desPrinces qui faisoient porter
Jeurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mort devant leurs yeux, ôc pour
ne la pas redouter dans les combats
; comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant ,est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
quatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
de lesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part.
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeaude leur Prophete.
Quoy queles 8c les Mau[ol¿Ci",
leurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mortdevant leurs yeux, & pour
ne la pas redouter dans les combats;
comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant, est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
qatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
delesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeau de leur Pro-
Pl-icte.- (II
Quoy queles & les Mausolées
magnifiques Sepulchres donc
nous avons parlé, ayent esté pour
les Roys & pour les Princes,
voicy qu'un accident fait qu'une
Fourmy est plus noblement ensevelie
queCleopatre Reyne d'Egypte.
CetteEpigramme ledit,
parce que ce petit animal fut enfermé
dans de l'Ambre transparent
,
& cette Reyne dans du
Marbre.
Ilm'Vis mygdemojaccat Cleopatra
flpulcro,
Use Formica iacetnobilioreleco.
Nous finirons parleSepulchre
de Timon
,
dit le Misantrope
,
qui
avoit esté construit surle bordde
la Mer, & que cét Element avoit
tellement en horreur, qu'il vomissoit
continuellement ses Flots
contre ,
&: avec le remps le repoussa
fort loin; car comme il
avoit eu en haine les Hommes,
leMer n'en eut pas moins de son
: Corps 6cde son Tombeau.Voila
l'Epitaphe qu'ils'estoit fait luy
mesme, & que l'onvoyoit.
Hicfrm possvitam miferdmque ¡no.., ftraquefepultwi ..-
Nomcn non quaras, dii Icélor,tt
maieperdant,
ET DES TOMBEAUX. IL faut maintenant parler des
Corps qu'on bruloit. Cette coûtume,s''"ob-s-ervoi- tc-h1-e--zd-i%v*e---r--
ses Nations. SelonlaFable,Pluton
a estélepremier quiait inhumé
les Corps; & MerealeA
esté aussi le premier qui les ait
brulez,comme dit Alexandre
Sardus, liv. I. chapitre dernier.
Argius,Fils de Licmius, a estéle
premier des Grecs dont le corps aitesté réduit encendre, ayant
r-esié tué en la guerre que ce
Peupleavoit contre Laomedon
Roy deTroye.Quoy cette que coûtume foit tres-ancienne,
elle ne laisse pas d'estre descenreduuërsjusqu'au
temps des Empe-
Romains; mais elle nese
pratiquoit presque que pour les
Personnes deconsidération.
Quand le Roy des Scythes
venoit àmourir
,
ils en vuidoient
lesentrailles,&remplissoient
le Corps de benjoin, d'encens,
de cinamome, & d'autres parfums
broyez avec de la graine
d'ache &. d'anis
,
& enduisoient
tous les membres de cire,puis
l'ayant mis dans un Chariot, ils le
portoient dans toutes les Provinces
de la Scythie,&enfin, comme
rapporte Herodote liv. 4. ils luy
donnoientlasépulture. Les Sepulcres
des Roys de cette Nation
estoient proche de l'embouchure
du Boristene, où ilcommence
àestre navigable, fort peu loin
du Païs des Gerches. Ceux qui
recevoient le Corps du Prince,
estoient obligez d'en faire autant
que faisoient ses Courtisans& [es.-
Domestiques, c'est à dire, de se
couper une oreille,de tondre leurs
cheveux en rond, de se taillader
les bras, de se déchirer avec les
ongles le nez &le front, & de
se percer la main gauche de fié-?
ches; ce qui se reïtéroit encore
au bout de l'année. Mais ce qui
^paflè toute humanité, on étrangloit
sa Concubine qu'ilavoit
chérie le plus ,
pour,l'ensevelir
dans le mesmeTombeau. De
plus, tous ceuxquiavoientesté
au serviceduPrince, ne faisoient
pas de difficulté de se donner la
mort pour l'acompagner,comme
son Echanson,ses Estafiers \,k<:
autres.C'est aussice que raporte
Zuingerus , sur la Pompe des'
Funéraillesdeces Roys.
Les Indiens avoient la coutume
de bruler les Corps de leurs Princes
,& dans le mesme Bucher
on mettoit celuy dela Femme
qu'ilsavoient le plus aimée, quoy
que les Brachmanes quiessaient
leurs Prestres, inhumassentles
Corps de leurs semblables.
t Les Thraces & les Géresgar..,z--
doientcettemesmecoûtume, de
mettre dans Je mêmeSepulcre la
Femmede leurs Princes la plus
chérie, & c'estoient les Parens les
plus proches qui luy donnoient le
coup mortel,afin qu'elle lesaccompagnast
en la mort, comme
elle avoir fait en leur viè.n
Les Ethiopiens obfervoient à
peu prés la mesmecoutume, èc
mettoient avec le Corps dans le
Bucher quantité de parfums,
,
d'herbes odoriférantes, & d'encens
, pour en rendre la flame
plus agreable à l'odorat. Autant
en faisoient les anciens Allemans,
mais sans odeurs.
Les Gaulois, avant qu'ils eussentesté
vaincus par Césarquand
il vint dans les Gaules, avoient
atîiTi la coutume de bruler les
Corps, en mettant au mesme
Bûcher ce que le Défuntavoit eu - de plus cher & de plus précieux.
Le Peuple commun chez les
, Thracesavoitunecoutumeopofée
à la plùpart des autres Na-
- tions, car on solemnisoit les Fu-
- nérailles desDéfunts avec grande - joye, des Banquets Íomprueux
& l'harmonie des Instrumens,&
ils pleuroientle jourde leurnaissance,
parce, disoient-ils, qu'ils
- estoient délivrez des travaux ôc
des périls de la vie en mourant. ,
La coutume de brûler les
Corps & de les inhumer, eftoic:
presque égale chez les Romains-:
mais la premiere s'observoit le
plus souvent pour les grands Se
lesPrincipaux;&la seconde pour; lQ..Populace. Macrobe en ses Si-.
turnales remarque que celle de
réduire les Corps en cendresa
duré jusqu'au temps des Princes
Chrétiens, c'est àdire fous l'Empereur
Theodose le jeune, à sçavoir
408 ans de la Naissance du
Sauveur.Toutefois lesFunérailles
de Poppée, comme nous avons
dit, se firent avec grande pompe
à Rome. C'est au liv. 7. chap. 7-
& Eusebe liv. 9. chap.8.
L'on trouve que Numa Pompilius
,
qui sur le second Roy de
Rome ,
donna la charge de la
Sépulture & des Funéraillesdes
Romains au Grand Pontife, ôc
qu'il fut luy-mesme inhumé prés
de l'Autel de la Fontaine Egerie,
qui estoit la Déesse qu'on dit
qu'il confultoic la nuit sur le Gouvernement
de Rome. La Lignée
des Cornéliens fut inhumée jusqu'au
temps de Sylla Dictateur,
qui fut le premier dont on reduisit
le Corps en cendres à Rome,
quoyqu'il fustde la mesme Race.
LeCorpsdu grand Pompée,
qui fut vaincu en la guerre de
PharGde., & qui dans sa retraite
en Alexandrie fut perfidement
tué, parPhotin &Achillas, Satellites
de Prolemée, & par son
ordre, fut brulé sans honneur &.
sans pompe sur le Rivage d'Alexandrie
par unancien Romain
nommé Codrus, & Cornelie son
Epouse en alla recüeillir les cendres
avec beaucoup de douleur
& d'amertnme.
Suetone
, en la vie de Jules
César, nous fait une peinture
aitteZ: lugubre de la mort de cet
Empereur; car apres avoir esté
assassinédansle Senat, son Corps
fut porté dans le Champ deMars,
pour y estre réduit en cendres,
& les cendres enfermées dansune
Urne, comme c'estoit la coutume
, & de là estre portées dans
le Monument qui devoit estre
préparé. Mais la confusion fut
si grande, que les Senateurs ne
purent tenir aucun ordre en ses
Funérailles jusque-là mêmeque
la Populace animée alla rompre
les Bancs du Sénat, pour en
apporter les débris au Bucher où
le Corps alloit estre consumé,
Virgile, livre 6. de ttEneIde;
nous fait une autre peinture d«
tout ce que l'on observoit en cette
forte de Funérailles, qyatid il
fait la description de ce qui foc
t pratiqué en celles de Mifenus,
¡ qui estoit un Trompette d'Enée,
t£c qui fut noyé. On luydressa un grand Bucher, & l'on mit
autour des Cyprés liezde Bandelettes
noires ou bleuës, avec
les Armes donc le Défunt s'étoit
servy en guerre. Apres que
le Corps glit esté lavé &. oingr,
on le mit dans un Lit, couvert
de ses Vestemens de pourpre, &
il fut porté de cette maniere au
Bucher.Selonla coutume des
Anciens, on portoit en arriere
des Flambeaux allumez, pour
mettre le feu au Bucher.
fuhj,e&awmortparentum
Avertitenuerefacçm*
Pwis08 jetta -dans le enefroeBûcher,
de l'encens;de l'huile,d. viandes, &desodeurssuaves.
Thureadom, dapes, fuso craterer
olivo.
Le Corpsestant consumé, on
arrofoitles os & les cendres de
vin noir,comme dit Tibul.liv.3.
Elégie 2.&on les enfermoit dans
une Urne,pourestremise au
Tombeau.
Le mêmeVirgile, liv.4.faitune
ample Se magnifique représentationde
tout ce qui fut observé
aux Funérailles de Didon,Reyne
de Carthage, qui s'estantdonné
elle-mesme la mort, monta sur
leBucher pouryexpirer, y ayant
fait porter lesVestemens précieuxqu'Enée
luy avoit laissez,
pour y estre consumez avec elle.
Voicy encore une autre marque
spécieuse decesAntiquités.
Cyrus, Roy des Médes & des
,
Perses,
Perses,ayant vaincu Crésus Roy
de Lydie, & l'ayant réduit en
l'état d'un misérable Esclave, ne
lefit-il pasexposer surun Bucher,
sans aucuns ornemens Royaux,
pour y estre brulé vif? Ce fut
alors que ce Roy se souvint des
paroles que le PhilosopheSolon
luy avoit tant de fois repétées
en son Palais mesme, J>h£aucun
Mortel ne se peut estimer heureux
avant lamort. Mais lors iiie ce
Roy alloit estreréduit en cendres
au milieudes flames,leCiel,
comme s'il eust estétouché du
malheureux estac de ce Prince,
permit qu'il s'élevast un si prompt
orage, qu'il éteignit le feu de
ce Bucher, & Cyrus dont le coeur
fut attendry
,
fit délivrer Cresus,
qu'il renvoya en son Royaume
dont il l'avoit dépoüillé. C'est
ce qui est rapporté par justin.
Dans un ancien Tombeau, qui
estoit celuy de Ciceron, plusieurs
siécles apres que ses cendresy
avoient esté ensevelies, on trouva
deux Urnes, dont l'une estoit
pleine des cendres de son Corps,
,& c'estoit la plus grande; &. dans
la plus petite ce n'estoit que de
l'eau, que l'on tient avoir esté
les larmes de ses Amis qui avoient
assisté à sesFunérailles. Ce Monument
est dans l'Isle deZante,
autrefois Zacynthe, dansl'Etat
des Venitiens, & futouvertl'année
1544. aux Calendes de Décembre
, comme leremarque le
Livre en Figures desMonumens
des Personnages illustres,imprimé
àUtrech. Ces mots font gravez
sur son Sepulcre, M. Tulii
Cicere, have, &tuTeptia Antonia.
Mais voicy une remarque digne
de consideration, sur la reduêè:
on des Corps des Roys des
Indes en cendres. Les anciens
Roys de ces Regions faisoient
cüeillir une espece de lin qui re..
siste au feu, & que l'on appelle
Incombustible& l'on s'en servoit
à faire des Suaires. Ces Suaires
estoient d'un prix inestimable, &
n'estoientemployez que pour les
Testes couronnées. Ce Lin se
nommoitLinum Asbestinum, Lin
inextinguible. Solinen parle;&
Pline liv.19.chap.1. dit qu'il ne
croissoit que dans les Deserts, en
des lieux extrêmement chauds,
&où les Serpens frequentent;
ainsi c'estoitla difficulté de le
trouver, & d'en cueillir. On
couchoit les Corps de ces Princes
dans des Toiles faites de ce
Lin, & on les en envelopoit, de
1arre que les cendres du Bucher
ne se pouvoientmesler avec celles
des Corps;& comme ces Suaires
neseconsumoient point dans
le feu, au contraire ils en sortoient
plus purs, il estoit facile
d'en tirer les cendres & lesossemenspour
les mettre en des Urnes
d'or ou d'autre métal precieux,
pour estre ensuite portées
dans les Mausolées deces Princes.
On donne la meqme vertu à
la Pierre Amianthos, dont on tire
une espece de Coton a pres l'avoir
batuë 5cfroifljee
; tk on s'en
1ère pareillement pour faire des
Suaires, £c des lumignons de
Lampes, dont le coton ne se
consume point au feu.
Sur cette antiquité de bruler
les Corps, on remarque plusieurs
choses
; & il en arriva une étonnante
dans le Bûcher d'Etheocle
& de Polynice,Freres & Fils,
d'OEdipe. Ces deux Princes eurent
guerre ensemble pour la
Couronne deThebes. Etheocle,
commeaîné, devoit regner la,
premiere année, & Polynice la
feconde
; mais le plaisir de regner
sembla si doux à cet Aîné,
qu'il ne voulut pas que son Frere
regnastà son tour. C'estde là
ques'éleva cette sanglante guerre
entre les Thebains& les Grecs,
car Polynice avoit épousé Arie"
Fille d'Adraste Roy d' Argos.
Cette guerre fut si funeste;
que tous les Princes Grecs furent
tuez dans la Bataille, à l'exception
d'Adrafte ; & commeelle
ne se pouvoit terminer, Etheocle
& Polynice furent contraints
d'en venir aux mains l'un contre
l'autre, & se tuerent tous deux,
leur haine n'ayant pû s'appaiser
par les larmes de Jocaste leur
Mere, non plus que par celles
d'Antigone & d'Ismene leurs
Soeurs. On leur prepara un Bucher
commun pour réduire leurs
Corps en cendres, à la veuë de
Thebes & des deux Armées;
mais tous les Assistans furent furpris
de voir la flame se separer
en deux, pour marquer que la
haine de ces deux Princes duroit
encore a pres leur mort. C'estce
quia fait triompher sur leTheatreces
sçavantes Plumes qui ont
donné la Thebaïde,l'Antigone,
l'oEdipe, & les Freres Ennemis.
On jettoitaussidans le Bucher
ce que le Défunt avoir chery le
plus, ouce qu'il avoit de plus
precieux; comme on le voit aux-1
Funérailles de Patrocle, liv. 17.
de l'Iliade d'Homere
, car pii
précipita dans le feu quatre de
les plus beaux Chevaux, avec
douze des plus nobles Troyens
égorgez pour Victimes.
Cette barbare manie d'égor--
ger des Hommes aux Funerailles
des Roys, des Princes, ou des
principaux Chefs d'Armée tuez
en guerre, efloit usitée chez les
Grecs & chez les Troyens. C'étoit
quelquefois de braves Capi.
taines, ou d'autres Prisonniers
de guerre,qu'on immoloit de
cette forte auxManes de ces Princes.
C'est ce que represente Virgile
liv. XI. de l'Eneïde, aux Funérailles
du jeune Prince Pallas,
Fils d'Evandre Roy du Latium.
Vinzerat &pett terg* maum, qws
mlttcret umhrû
Inferioé, cdfo fparfuros fanguine
lfnmmds.
On jettoir non feulement ces
Victimes dans le Bucher, mais
mesme les Armes dont le Mort
avoir pû dépoüiller ses Ennemis.
On y ajoûtoit les Vestemens les
plusriches&les plussomptueux;
comme Enée fie en celuy-cy,
ayant vestu le Corps de Pallas
d'un habit de pourpre enrichy
d'or,& l'ayant couvert d'un autre
sur le Bucher. Ces Vestemens
estoient ceux mesmes qui avoient
esté faits des mains de la Reyne
Didon, & qu'ilavoit emportez
avec luy
,
quand il l'abandonna
pour venir de Carthage en Italie.
Outre cela, une Toile pretieuse
estoit encore l'ouvrage de cette
Reyne, pour ensevelir le Corps
de ce Prince.
Tum gemmas vesses,oftroque arnaque
rigentes^
ExtulitJEtHas, quoes itli UtaUbïrum
Jpfafuù quondam manihut Sidonia,-
Did&
Fecerat>drtenuitelatdifcrcverat
aura.
De plus, on portoit les Trophées
d'Armes, & tout le riche
Butin que le Défunt pouvoit
avoir faitsur l'Ennemy
, avec les
noms des Nations qu'ilavoit prises
; & mesme on portoir les Armes
renversées, comme dit Stace
liv. 6. de sa Thebaïde. C'est ce
qu'on observeencore aux Funerailles
de nos illustres Guerriers,
en lescouvrant de Crespe. Vie*
gileau mesme liv.
¡ Indntofquc juhet truncos hojlilibm
armu
Jpfosf -rreducesy immicaquenomina
fiÉ-j.
,<5 Cette pompe estant achevée,
on disoit le dernier adieu aux
Manes du Défunt, ce qui se repétoit
trois fois; & ce que l'on
observe encore aujourd'huy aux
Funerailles des Roys & des
Reynes.
Salve jternam, mi maximeFalla,,
JEttrntWjHe vale.
L'année estant expirée, les
Parens & les Amis venoient offrir
leurs Presens sur des Autels dresfez
prés duSepulchre, & les Ensans
honoroient les Manes de
leurs Peres comme des Divinitez,
& les renoient pour tels, comme
dit Plutarque en ses Questions
Romaines, & Cornelius Nepos
en l'Oraison de Cornelie aux
Graques.
Theophraste dit, que souvent
au lieu de mettre le Corps au
milieu du Bucher, on le mettotc
dans une Pierre circulaire & creuse,
pouren conserver les cendres
sans aucun meslange de celles du
bois; mais cette circon stance ne
change point la coutume ny la
nature de la chose.
On n'égorgeoitaucuns Prison.
niers deguerre, ou Esclaves, aux
Funerailles des Princes ou des
Chefs qui estoient morts chez
eux, comme l'on voiten la mort
de Didon, dont on
-
vient de
parler. Pour ce qui est des devoirs
que les Anciens rendoient apres
la mort, c'estoit que ceux de
la Famille du Défunt, se rasoient
la teste, & jectoient leurs
cheveuxdans le Bucher avec le
Corps, ou les mettoient dans le
Sepulcre avec le mesme. On
menoit ensuite un grand deüil.
On répandoitaussi des larmes
dans les mesmesTombeaux. C'est
ce que remarque Homere, liv. 4
de son Odyssée; 6c Eurypide en
son Iphigenie.Cet office de pleurs
continuoit trois jours avantles
derniers devoirs que l'onrendoit
aux Défunts, comme témoigne
Apollonius, livre 2. des Argonautes.
, Nous voyons de plus, que
pour augmenterledeüil on loüoit
desFemmes àprix d'argent,qu'on
appelloit Pleureuses,( Tr&fieoe.)
C'est ce que dit Virgile, liv.3.
de l'Eneïde, aux Funerailles de
Polydore, que la Reyne Hecube
luyfait faire apres avoir esté tué
en Thrace par Polymnestor son
Oncle, qui vouloitusurper les
richesses qui luy avoient este
données en dépost durant la
guerre de Troye ; & les Troyens
appelloientcesPleureuses Iliades,
du mot Grec d'Homere. Elles
avoient les cheveux épars, &
jettoient de longs soûpirs, en
s'arrachant les cheveux 6c levisageavec
les ongles.
Etcircum Iliades crincm de mercfiluræ.
On prenoit aussi des Hommes
à gage pour le mesme effet, &
qui en faisoient autant que ces
Pleureuses ; mais cettecoûtume
fut défenduë aux Egyptiens par
Moïse
, comme il est marqué au
Levitique
, 19. & au Deuteronome,
14. Solon la défenditaux
Atheniens. Lamesme futdéfendue
aux Juifs
,
& les Decemvirs
la défendirent aux Romains. On
se servoit aussi auxFunerailles,
d'Instrumens lugubres ,comme
TdeFalutmes, bdeoHauutrbosis., 6c de
Cetre coutume de loüer des
Pleureux :&- des Pleureuses, a
esté fort usitée chez les Romains,
&c a duré long-temps.Il en a passé
mesme uncertain usage jusque
dans nostre siécle, que l'on prenoit
à prixd'argent desHommes
qu'on revestoit degrandes Robes
noires traînantes douze ou quinze
pieds derriere, ayant en la teste
de longs Capuçons en forme de
tuyau pendans surlevisage. Ce
font ceux qu'on employoit aux
Funéraillesdes Personnesdequalité,
quelquefois au nombre de
douze ou vingten deux rangs,
& quelquefois plus, avec un autre
qui marchoit (ènl au milieu sur le
derriere, traînant une pluslongue
queuë que les autres. Ce font ces
Hommes que l'onappelloit Babeloux
; mais à la fin cette coutume
s'est éteinte.
Tertullien au liv. 13. de la Resurrection
, tire la coutume de
bruler les Corps, de l'exemple
du Phénix, qui se prépare un
Buscher de bois aromatique,
d'Encens, de Baume,&d'autres
odeurs suaves
,
& se donne la
nort luy mesme
, pour s'y consumerensuite,
ressusciter &serajeunir;
les Hommes, dit-il, devant
un jour renaistre& revivre
comme cét Oyseau. Lactance
parle ainsi du Phenix à la fin de
ses Ouvrages.
Confinâtindefibifeunidum.si'vefipulcrumi
Nampéritutvivat,(e tamenif»fa créât.
fuccos
, o drre;î divite
IVAcdores fjlvây
JVuoslegis Ajfyrlm, quos opultn*-
TH4 Arahl.
T-unc inter variosanimam commendatodores,
Dcpojîti tanti nec timet illajidem.
Aprés avoir mis les cendres
dans le Sepulchre
, on y
mettoitles marques de (a Prosession
, fussent Hommes de
Guerre, ouqui eussent excellé en
quelque Art, comme dit Homère
d'Elpenor en son Odyssée,
quireceut d'Ohne en son Tombeau
un Aviron en espece de trophée
, pour avoir esté Homme
decoeur , &c avoir servy ce Roy
sur Mer. Autant en dit Virgile
liv. 6. en faveur de Mifénus ,à
qui Enée faitdresserunMonument
surune Montagne,qui depuis
a porté lenomdeMiséne,
oùilluy donna une Trompettes
&. une Rame,pour marquer qu'il
avoiresté dèÍon tempsexcellent
Trompette e,,,, Rameur.
Ingentimole Jcpulcrum
Jmponit,fuacjucarmaviro,remum..
que tuliâmefue.
Archimede qui avoir une parfaire
connoissance de la Geometrie
& de la Sphere
, comme dit
Ciceron
, au liv. 5. de ses Tuscu-
Janes, obtint de ses Amis d'avoir
sur sa Sepulture, pour marque de
sa profonde science, une Sphere
avec un Cylindre & un Compas.
C'estceque Plutarque confirme
aussi en la vie de Marcellius.
On tient pour asseuré que les
Romains ont appris des Juifs 6c
des Chrétiens à ne plusbrulerles
corps, comme ils avoient fait
long-temps auparavant. C'est
EusebequileditauPassagecité.
Quand on faisoit les Obséques
pour ceux qui estoient morts
en des Pays étrangers, on leur
dressoit des Tombeaux au lieu
d'Autels, au pied desquels on leur
presentoit du Vin & du fang des
Vi&imes, & quelquefois du Vin
mêlé avec le sang, &on invitoit
leurs Manes pour en venir boire.
C'est , ce que fait Andromaque
Femmed'Hector, qui avoit esté - tué par Achille à Troye. Elle
quiestoitalors remariée à Helenus,
qui regnoit en Epire, ne fait
que les simples solemnitez que
l'on rend auxMorts dont on est
beaucoupéloigné.
Les coutumes d'inhumer ou
<îebrûler les corps estoient differenteschez
diverses Nations, &-,
cda (c pratiq uent en des lieux
éloignezc'.esVilles. A Athenes
on porto*tles Corpshors laPorte
sacréej2c la mesme Loy qui
estoit observée chez les Athéniens
,
l'estoit aussi chez les Sicyoniens,
comme rapporte Plutarqueen
lavied'Aratus.
Les Habitansde l'Islede Delos
estoient encore plus religieux
en cela, & leursuperstitionestoit
telle, qu'ils tenoient que la Déesse
Latone ayant accouché d'Apollon
& de Diane en cette Isle,
il n'estoit alors licite qu'aucun
mortel yfust inhumé, ny qu'on
y
souffrist aucune Sepulture.
Aussi faisoit-on porter les Corps
des Défuntsen des Islesvoisines
pour y estre ensevelis
, tant la
superstitionavoit de pouvoir
sur l'esprit de ces Peuples.
Les Nosamons Peuples de la
Lybie
,
ayoient tant deveneration
pour les Sepulchres, & pour
ceux qui y estoient, que quand il
falloit jurer pour quelque chose
dedouteux,ils mettoient la main
surces Monumens, &faisoient
leur Serment; ou- s'il y avoit
quelque chose àdeviner,ils seretiroient
vers la nuit aux Tonru
beaux de leurs Ancestres
,
& s'y
estant endormis, comme ditTertullien
au liv.de l'Ame chap.57.ils
tenoient pour un Oracledivin le
Songe qu'ils y avoient eu endormant.
Les Celtes anciens Habitans
d'une partiedes Gaules, & proches
voisins de l'Espagne
,
n'en
faisoient pas moins, 6c se retiroient
prés des Tombeaux pour
y passer la nuit, ôcettre certains
de ce dont ils estoient en doute;
se persuadant que les esprits des
Défunts qui y residoient,les viendroient
tirerde perplexité.
Les Augiles habitans d'autour
de Cyrene
,
consultoient les Manes
des Morts de cette maniere.
Ils se couchoient sur les Sepulchres,
&aprés y avoir fait leurs
prieres,& s'y estre endormis,ils
tenoient pour réponses les visions
ou les songesqu'ils y avoient
eus.
Les Athéniens & les Megariens
ensevelissoientles corps de
diverse maniere
,
& ordinairement
les faisoient porter en l'ine
de Salamine pour les y inhumer.
Mais ces deuxPeuples estant
tombez en dispute pour la proprieté
de cette IHeJe sujet en fut
rapportéàSolon, qui n'en pût regler
la possession que par la pluralité
des Corps enterrez, disant
que les Athéniens enterroient les
cadavres des leurs le visage tourné
vers l'Occident
,
& les Mégariens
vers l'Orient, & que le
plus grand nombre devoit l'emporter.
Les Mégariens au contraire
répondirent que leur coûtume
estoit de mettre deux, trois
& quatre Corps ensemble en un
mesme Tombeau. MaisDiogéne
Laertius dit tout autrement,
& que les Athéniens enterroient
les corps la face tournée vers
l'Orient, & les Mégariens vers
l'Occident
,
& qu'il s'en falloit
rapporter à ce que Thucydide en
asvoitt éicriot pounr rés.oudre la que- Les Cariens avoient une méthode
particuliere d'ensevelir IC5
Corps de leursCompatriotes, en
laquelle ils ne sepouvoienttromper
,
si on en venoit à la dispute;
car chacun affectionnoit ceux
deson Pays, & avoitsa coutume
particuliere.
On trouve aussiquechez les
Perses, chez les Grecs, & chez
d'autres Nations, les Capitaines
aprés le Combat, prenoient soin
de renvoyer les Corpsde leur
Ennemis tuez dans la bataille,
pour leur donner la Sépulture
C'est ce que fit Pausanias chez
les Grecs envers ceux des Perses,
qui estoient demeurez sur la place
, quoy queMardonius leur
Capitaine
Capitaine n'eust pas rendu la pareille
aux corps des Grecs qui
avoient esté tuez dans le combat.
Autant en fit Philippe, Pere
d'Alexandre le Grand , envers les
Grecs, qui avoient elfcé vaincus
prés de Cheronée
, aux corps
desquels il rendit les honneurs funébres,
& les renvoya à Athénes.
Alexandre le Grand se comporta
de la mesme maniere que
son Pcre envers les Soldats de
Darius, Se envers la Mere de ce
Roy, à laquelle il permit de rendre
les derniers devoirs à ceux à
quiellevoudroit selon la coutume
des Perses, ainsi qu'il les rendit
luy mesme à SisygambisMerede
Darius aprés sa mort.
Homére Iliade2. dit la mesme
chosedes Grecs;car Nestorperfuade
auxChefs de faire recherche
des cadavres des leurs, pour
les bru!er &enensevelirles cen-
:'
dres dans un mesmeTombeau:
ce qui fut aussi la coutume des
Troyens, aussi bien que des A- théniens, de rapporter les ossemens
de leurs Mortsen leur Patrie,
comme ditThucydide Jiv.I.
>£c mesme on dressoitdesMonumens
communs aux Soldats
qlii avoient perdu la vie au sujet
de leur Pays; oùl'on ecrivoit
leurs noms ..& la Tribudont ils
estoient.
Les Romains obfervoient encore
laLoy desXII. Tables, par
laquelle il estoitpermis d'aller
chercher les -corpsdes Soldats
tuez pour lesrapporter chez
eux, afin d'y estre ensevelis ou
brulez
, comme remarque Appian
liv.1. desGuerresciviles.
Olaus Magnus Archevesque
d'Upsal liv. 6. Chap. 45. de la
Violationdes Sepulchres ,rapporte
diverses Observations,entr'autres
,
qu'Hannibal ayant
vaincu Marcellus, il en fit orner
le corps avec beaucoup de magnificence
, avant que de le reduireen
cendres; puis ilenvoya
ces mesmes cendres à son Fils,
dans une Urne d'argent, y ayant
fait ajoûter uneCouronne d'or,
pour avoir remarqué une gerérosité
merveilleuleen ce grand
Capitaine.Parlàonvoitqueles
Carthaginoisreduisoient en cendres
les corpsaprès leur mort.
MaisSyllaAgit bien d'une autre,
maniere envers le Corps de
Marius, dit le mesme Olaus, car
après une cruauté épouvantable
,
il nese contenta pas d'in-
J'i.11cer ceux qu'ilavoit vaincus,
mais il en fit arracherles os des
Tombeaux& les jetter en la
Mer. Cefut avec la mesme barbarie
qu'il traita le corps de ce
grandPersonnage, quis'estoitsignalé
en tant de batailles par ses
faitshéroïques. Mais luy mesme
, comme ditPlutarque, craignantde
servir de joüet à ses Ennemis
a près sa mort, ilordonna
par son Testament queson corps
Jufl- brulé, si tostqu'il auroirren-
>dui^me. Ce fut le premier des
Romainsdont lecorps ait entré
4ans le bucher.
Antoine se comporta avec
beaucoup de clemence envers
Brutus; car après avoir remporté
la victoire sur luy
,
il en fie envelopper
le corps dans une Cotte
d'armes de pourpre, & après l'avoir
fait consumer dans le feu, il
prit foin d'en envoyer les cendres
à Servilie sa Mere & à Porcie
son Epouse.
Solon entre ses belles Loix
, y
encomprend une ,par laquelle
il estoit défendu de faire aucune
injure auxTombeaux,aux corps
ou aux cendres, que l'on y avoit
enfermées,disantque c'estoit un
crime qui ne se pouvoit aucune- :
ment expier.
Alexandre le Grand, a prés
avoir vaincu Darius, s'envint en-
Perse, oùil fitmettreà mort un
Genéral d'Armée, pour avoir
osé ouvrir le Tombeau de Cyrus
; ayant esté touché de beaucoupde
ressentiment de ce qu.Jil
avoit leu en une Epigramme
Grecque, qui estoit sur le Monument
de ce Roy,& qui en expliquoit
les actions & lafortune,
voulant punir le crime de ce Genéral
,
Déécfvuangner lets .M.anes du Pyrrhus Roy d'Epire ne van..
gea-t-il pas avec beaucoup de justice
la mored'un Voyageur,
qu'il trouva tué dans une Campagne
êc sans sepulture, le Cadavre
en estant gardé depuis trois
jours par un Chien, hurlant incessamment
& sans manger. Ce
Roy fit donner d'abord la Scpulture
au corps, & ayant amenéce
Chien en son Camp., cé<,
animal ayant reconnu les Autheurs
du meurtre se jetta sur
eux, Be les déchiroir. Pyrrhus
averty de cela les fit prendre
&punir du supplice qu'ils merif
toient;
On voit donc, pour revenir
au principe de la Sepulture
, que
ce droit ne peut estre refusé à
qui que ce foit sans une extrême
barbarie, & sans mesme en excepter
les Ennemis. Les Philiftins
permirent aux Parens de
r
Samson d'enlever son Corps, &
de luy donner la Sepulture. Les
HabitansdeJabes de Galaad furent
loüez beaucoup,pour avoir
au peril de leur vie enlevé le
Corps de Saul & de Jonathan,
pour les porter dans les Tombeaux
des Roys leurs Ancestres.
Tobie se faisoit un devoir de
pieté d'ensevelirlesCorps, &les
retiroit mesme chez luy, quittant
le plusfouventfon repas pour les
mettredans la Sépulture , & instruisantson
Fils àce mesme de-.
voir.
Les Corps mesme de ceux qui
avoient esté crucifiez, devoient
estre inhumez avant le coucher
duSoleil. L'Ecritureenl'Eccle-
- siaste 6.3. Jerémie 36.30. avec le
cha p.22. 19.&2. Roys9.10. envisage
le défaut de Sepulture
comme une peine & comme une
malediction; & là-mesme eXiÎge.
re l'inhumanité des Chaldéens.
en ce qu'aprés la prise de JeruGw
lem, ilsn'accorderent pas. la Sepulture
àceux qu'ils avoientmassacrez.
Et Josephe liv, 4,chap.
14. déplore la misere de ceux de
la mesmeVille
,
d'estre privez de
laSepulture
,
6c d'estre exposez
aux Corbeaux & aux Bestes fau-
-
vages. Les Payens mesmes. qui
consideroient le droit de Sepulture,
comme undroit&uneloy
de la nature, disoient que l'empescher
estoit une barbarie & unefureur.
La Fable ne nous dit-elle pas
que l'on souhaitoit passionnément
que les Corps su(Ten& inhumez
,
puis que les Ombres ou
les Manesdes Défunts n'estoient
pas receus, pour aller aux
Champs Elisees
,
à moins qu'ils
n'eussent erré cent années le
long des rives du Styx,avant
que de le parler dans la Barque:
de Charon ? Encore faUQU-il.por-.
terl'argent pour le passage,qu'on
mettoit en la bouche du Mort,
& qu'on appelloit Naulus, coitime
dit Lucien en ses Dialogues
des Morts,&Virgile liv.6. del'Eneïde..
li*comnu IPltt", cernùinops, inhu*
matâqueturbaest;
Portitor ille Chilronj hiques vekit
unda, fèpulti.
Et le mesme Virgile ailleurs;
1 Nttdmin
il
ignetk. Palinurejacebis
axena.
C'estoitlacourtimedesouhaiter
que la Terre ou le Sablefust
léger,qu'on mettoit surles Corps
desDéfunts; quoy queMartial
s'enrailleen l'Epigramme30. du
liv.9. Sittibi temlevis,mollique ttgdris
IIrtlltl.,
-
Ive tUIt fif). pêjjint erucrt ossi
CAlltf
L'on, remarque encore que
ceux qui entreprenoient des
Voyages par Mar, avoient cou..
:uO'e dés leur embarquement
de pendre à leur col quelque piece
d'or ou d'argent pour le prix
de leur Sepulture, dans la crainte
de n'estre pas inhumez s'ils faisoient
naufrage ,comme dit Properce
liv. 30 Eleg. 5. Homere
Iliade 8. remarque lamesmechose.
Aussiestoitceun grandmalheur
que l'on fouhaicoit à une
personne
,
& c'est l'imprecation
queThyestefaitàAtrée.
On privoit de la Sepulture les
Corps des Parricides, comme n'y,
ayant point de punition plus rigoureuse
que de n'en pas joüir.
Chez les anciens Romains &;
chez les Gaulois on les cousoit
nuds dans des Sacs de cuir avec
un Aspic,un Chien & un Coq.
D'autres y ajoûtent un Renard,
pour estre ensuite précipitez à
Rome du Tibre dàns la Mer, &
dans le Rhosnechez les Gaulois,
comme s'ils n'estoient pas dignes
detoucher la Terre.
C'eftoir la coutume en la Loy
de Moyse, d'inhumer les instrumens
avec lesquels les Malfaifaicteurs
avoient esté punis de
mort, soit le Bois, les Pierres, le
Glaive, le Cordeau, ou quelque
autre instrumens que ce fust
afin qu'il n'en restastplus aucune
marque, comme rapporte Rabbi
Mosesd'Egypre, pour preuve
dela coutume desjuifs.,—
Le desir & l'affection d'estre
enfevely avec ses Peres & ses Ancestres
est encore, une chose iî -
naturlle, qu'on l'exprime dans
le Livre des Roysendiverses manieres.
En voila quelques-unes.
Jls'ejl-râjifmblcavecfisPères. Ouil
est retournéàfm Petiple. Ouil4
dormy avecses Peres,
L'exemple de Berfellaus est
d'une grande authorité pour marquer
ce desir; car comme il est
-dit au 2 des Royschapir. 19.
quoy qu'il fun: estimé ultime amy
de David, apres la mort d'Absalonson
Fils, àla poursuiteduquel
il avoit esté envoyé, il ne
pût estre retenu dans le Palais de
ce Roy
, ny pour e repos la seureté
,
les honneurs, ny pour les
richesses
4 ou les autres plaisirs
que David luy Offl-Olr; maisestinlatitquela
Sepulturede sesPeresestoitàpréfererà
tout cela.,il
ne fit point d'autre réponse au
Roy que celle-cy. le riay *ucm
besoin de toutesces choses; maisseulement
que je retourneen ma Cité
que il meure ,
pourestreensevely
prés du Tombeau de mon Pere. Davidfut
obligé de le laisser aller
avec beaucoup de regret de sa
Personne.
La mesmechose arriva à ceux
de Jerusalem, quand sous l'EmpereurTitus
cette Ville eut esté
"Inifeà feu 6c àsang: car lapsuspart
trouvoient la mort plus douce&
plusagréabledansleur Pays
natal, esperant joüir du Tombeau
de leurs Peres
, que de se
sauverailleurs, commechezks
Romains, comme ils pouvoient
facilement le faire. C'estceque
josephe liv. 5. chap. 2. de la
Guerre desjuifs, & Hegesippe
remarquent. Cette affectionnaturelle
se voit en l'Epitaphe de
Leonidas de Tarente. Proculab
Itala jaceo terra, Atyu TarCfilo-Patyia,
hoc veromihi acerbiusmorte.
Les Grecs & plusieurs autres
Nations ne recevoient pas les
Corps de leurs Ennemis dans
leurs Tombeaux. Sophocle le
rapporte en la vie d'Ajax, où
Teucer son Ennemy prie for-t
'Umie qu'il ne messe pas ses cendres
avec celles d'Ajax
,
à cause
de leurs anciennes inimitiez: car
ilstenoient queleur haine duroit
aprés lamort, comme on aveu
cy devantau Bucherd'Etheocle
dePolynice.
Selon l'ancienne coutume des
Hebreux, comme disent Rabbi
Jacob, & Rabbi Moses, dans
lesFunerailles les Hommes prenoient
foin des Hommes, & les
Femmes des Femmes. Le Fils
oule présomptif héritierfermoit
Ja bouche& les yeux à son Pere
ou à son Parent, & recevoit fou
dernier soupir. On coupoit les
cheveux aux Défunts
, on leur
lavoit le Corps;on les oignoit&
on les parfumoit d'odeurs. On
les envelopoit de linceuls & on
les ferroit de bandes, & en cét
étatilsestoient portez au Sepulchre.
La mesme coutumeapassé
ch,-zlesGrecs,l)ch,,--z les Juifs,
poftérieurc-nietit chez les Romains.
C'estd'où En Ni dit du
Roy Tarquin.
TarquiniicorpUJ bonafxmina lavit
& unxit.
Les Tyriens & les Sidoniens
se servoient de Pourpreau lieu de':;
linceuls. C'est pourquoi ordinairementonappelloit
les Suaires
Sindones, ou Sidones, du norn-ï
de la Ville de Sidon..,-&, delà..
Pourprequiyestoitenusage.
Comme les Gentils vestoient.
le plus souvent les Corps dCSti
Défunts, pourles porter auBucher,
couchez sur des lits [om.
ptueux, & préparez, ou dansle
Sepulchre; oùceluy qui avoirle
plus grandnombre de lits estoit
estimé le plusmagniifque,cornrrteHii
arrivaauCorps deSylla
qui en avoit 60, lesRomains .&:
après eux les Chrétiens. prirerrt.-;
la mefrne coutumed'ensevelirles
Corps avec leursvestemens. Bo-,
siusen parle amplement, & me£
me à l'égard des Martyrs, puis
qu'à Romeonatrouvé le Corps
de Sainte Cecile, avec seshabits
enrichis d'or, long-temps après
son Martyre.
Saint, Chrysostome reprend
cette pompe Ôcceccedcpetife
excessive dans les Funerailles, à
moinsque ce ne foie- pour les
Pontifes , les Empereurs , les
Roys &les Princes,ou du moins
pour des Personnesillustres de
l'un & de l'autre Sexe.
Cette coutume d'inhumer les
Corps avec leurs vestemens PontificauxdansleSacerdoce,
a esté
toutefoisobservéedans l'ancienneLoy,
commeon le remarque
dansleLevirique chap. 10. parlantdeNadab
&. d'Abiu
,
qui
faisoient la sonction du Sacerdoce,
commedeLyra l'a expliqué.
La mesme coutume s'observe
aussien la nouvelle
,
puis qu'on
laisseaux Evesques, outre leurs
vestemens Pontificaux, leur
Anneau Episcopal. C'est ce qui
se voit dans les Actesd'Arnulphe
Evesquede Soissons;car comme
Everulphe son Fiere avoit oublié
à luy mettreson Anneau Episcopal
audoigt
,
ayantdisposé le
Corpsdasl'état qu'il devoitestre
portéàlaSepulture, il se souvint
de cetAnneau,& par une merveille
surprenante
,
la main du
Mort
, quoy que les doigts en lasussentrétrecis & resserrezvers
paulme,s'estendit Scpresenta le
doist. annulaire
, &ayant recelL.
l'Anneau, parlamesme merveille)
se reserra comme elle estoit
auparavant Cela arriva aux yeux
de tous ceuxqui estoientau Convoy.
Les Egyptiens
,
les, Hebreux,
& ensuite lesjuifs&les Romains,
se servoient de Toile cle Lin, qui.
quelquefois pour ornementavoit
des filets d'or, ou decouleur de
pourpre êç.,dtazur aux exrrémitez
, pour ensevelir les Corps.
Nous en ayons rapporté des.
exemples au Corps du jeune
Prince Pallas.
Nous dirons que les Juifs ont
eni toujours curieux, de faire.
mettre les Corps deleurs Défunts
en des terres neuves,& de
n'inhumer pas plusieurs Corps
ensemble
,
prefentemeptils.
ont encore la mesme Religion &.
coutume ,
qu'ilsn'ontpoint,
changée ;ils ajoutent de petits
Sacsremplisd'odeurs souslateste
du Morten les portant au Tombeau.
Mais nous voilà venus à un
Suaire le plus précieuxde tout lemonde,
qui se garde encore en
la Ville de Turin en Savoye.
C'estceluy ou le Corpssacré du-
Sauveur sur estendu te ensevely
a près sa mort, & misdans le:
SaintSepulchre. On y voit l'étendue
duSaint Corpsimprimée
avec lesStigmatesde sesPlayes.
Ilesten grande venération en
cetteVille-là,& àcertaines Festes
de l'année onl'èxpose à la veutt
duPeupleyqui y vient de toutes,
lfo parties dela Savoye & du.
Piedmont, comme aussi déplufleursautres
Provinces. Ilestoit
auparavanten la VilledeChamberry,
en la Chapelledu Château
, lors queparaccident le feu
ayant pris en ce lieu l'an 1631le
4.de Decembre,tout y futconfumé
parles Harnes, &que les
Barreaux & les GrillesdeFer ne
purentrésister à la violence du
feu. La Chaslemesme d'argent
oùestoitleSacréTresor,surfonduë,
& leboisbrûle ; mais Dieu
permit quecesacréLinceulne
receust aucune atteinte ny dommage
,
&que l'Image du Sauveur
formée de son précieux
Sang, & qui estimprimée au
milieu du Suaire demeuraft: en son
entier. Philibertos Pingoniusde
Savoye témoinoculaire,Al-
-
phonfus Paieotus Archevesque
de Boulogne;Daniel Mallonius
ThéologienDominicain,l'Evesque
de Vultubia.
,
Chifletius &:
Simon Majole
, rapportent ce
grand Miracle, en leurs Livres
Latins.
Les Juifsont emprunté des
Egyptiens la coutume d'oindre
les Corps, & de les parfumer
d'aromars ôc debonnes odeurs,
commela Genese leditchap. 50.
Enlasepulture, des anciens Patriarches5&
dans l'Eglise nais-,: fante cette coutume s'estobservée
àl'égard des Martyrs &
d'autres, comme lesActes 8.
desApostres le remarquent, Se.
Baronius en ses Annalestom. i.,
an. 69. mais Cleraent Alexan-
DRIN 1IV.Ï..feirvoir que l'excès
de ces parfums & de ces onctions;
aecté blâmé chez les Chrétiens,
& principalement du temps des
premiers, parce que les derniers
ont beaucoup retranché de la,
coutume des Hebreux, des Egyptiens&
desJuifs. Ceux quis'employoient
au Ministere de ces
Onctions
,..
Boress'ap.pelloient Pollin-
Cette mesme coutume estreprise
par lesLoix des XII. Tablés
chezles Romains, aussi bien
que la coutume de boire en la
sepulture des Morts, & sur tour
en inhumant
-
les Esclaves. 'ElIc"
Je dit en ces plfohs',Vtiflrvilis,
un6itir*,omnisque compotatiotêl—
latur.
Cettemême Loy avouluqu'on
re&raneha(1raujdL cette magni6-
cence
oene«e?xceffiveycesparsumSjprécieux,
& ces liqueurs deMyrrhe,
aux Funérailles des PC'r[lc libres,
ne fumptuojïnitnirum rfjfflïj-ve
jkretj tffCfHt)my^rbat^yotio*-mjfrtuo
Mcretur.:rÇar:comme en ipliumantouen
brulantles Corps,
on pbrerV'Qiîii,eeBtecoutumede
jiiptçre dans les Tombeaux, ou
de jetter dans le Rucher ces bonnesodeurs,
on en voit par tout
des exemples, titu dans les Sacrez
que dans, les, P roi-mes. Ho-
2re enTon Iliade6. Virgileliv.6. del'Enéide.
Lucien au chapitre du Dcrif,
-diflours 120. parlant de Stobée,
fait mentionde cetre coutume.
Apulée en son Traité de la Se*
P dtwrc ; &. Perse, satyre 3. se raille
d'unHéritieroffensede ne trouverpasune
ample succession,&
dit ainsî,
;liIt"næ
'Offk^inodora dabït**
Nicephore'",liv..IO chap 46,
ditqu'outre les enctions on employoit
le miel, foit qu'il ait quelque
qualitéparticulièrepourempescher
lacorruption,où la rriaul
vaideodeur. Maffée, en desNarrations
historiques, raportequ'on
se servoit dechauxdans les Indes,
au lieu d'aromars,& que
cettechaux a une vertu toute
contraire à celle des autres Recrions
, carelle preserveles Corps
jdc la putréfactionailleurs elle
jesconfumeen raelnoe temps. Le
mesmeAutheur dit que la chaux
s'tîimp.lo.ye en la Sepulture des
Corps cians leParisdeCorosnandti.
•
Turfellin rapporte aussi, que la
coutume des Chinois est de vêtir
les Corps de leurs habits, Be
d'y mettre de la chaux dans le
Cercueil; que ce foin yest donné
aux Pontifes & aux Prestres de
leur Loy, & souvent aux Personnes
de pieté
; & que la plùpart
des Corps y estoient ensevelis
debout, le visage tourné
vers l'Orient, ainsi qu'on faisoit
à RomeauxVestales, qu'on enfoüissoittoutes
vives debotit,potit
avoirlaissééteindre le Feu sacré.
Corippus l'Africain, décrivant
la Pompe & les Funerailles de
l'Empereur Justinien
, rapporte
la diversité d'Onctions & d'Odeurs
aromatiques qui y furent
employées.
Pour ce qui en: des Chrestiens,
on lavoit leurs Corps apres leur
mort. Saint Luc raconte dans le
chap. 7. des Actes des Apostres,
que l'on en usa ainsi envers Tabitha.
Denis Evesqued'Alexandrie,
dans Eusebe liv. 7. chap. 22.
japporce la même coutume. Gregoire
de Tours, en son histoire
xr hap. 104. de la gloire des Confesseurs,
apprend que cette couxume
s'observoit en France de
[onrcrilps ,c'est à dire, dans le
sixiéme siécle; on en voit des
exemples dans la vie de Gregoire
I, dans les Dialogues, 8c
<tans l'Homelie38. sur les Evangiles.
Apres qu'on avoit lavé le
Corps, on le laissoit quelque
tempsexposéà la veuë de ceux
quivouloientlevoir. Celaestoit
accompagné de pleurs &. delamentations
sur les Morts; comme
on fit sur S. Etienne, aura poro
de S. Luc ch. 7. des Actes.De
là vient que Saint Paul, dans 1cchap.
4. de l'Epître aux Tessaloniciens,
console ceux qui pieu-*
rent sur les morts, par l'espérance
de la Resurrection & de
l'Immortalité.
L'Autheur des Commentaires
deJob, parmyles Ouvrages d'Origene,
fait mention dans le livre
7. des sept jours & des [cpt.
nuits de Deüil. S. Cyprien ne
l'oublie pasdans le Traité de la
Mortalité, où il tâche de le moderer.
S. Chrysostome,dans*
l'homel. 61. sur S. Jean, ne condamne
pas en ces occasions les
larmes & les pleurs, mais seulement
ce grand excez. Ilen use
dans le discours3 sur lesPhilistins,
de la mesmemaniere.Il reprend
surtoutfortementla coutume qui
s'éstoit introduitede son tem ps,
&quis'estoit enracinée, de prendre
des Femmes à prix d'argent
pour pleurer&lamenter aux Funerailles.
Ce sont celles donc
nous avons cy-devant parlé.
LemesmeS. Cyprienne menace-
t-il pas dans la 4.homelie sur
l'Epistre aux Hebreux, d'en excommunier
les Autheurs
,
s'ils
n'arrestent le cours de cette dangereuse
pratique? Gregoire de
Tours dans le chap. 34. liv.5.de
son histoire
,
& Alcuin sur le
chap. 12. del'Ecclesiaste,en parlent
de la mesme maniere que les
autres.
Comme l'excez de la pompe
& de la magnificence,s'estoit
beaucoup augmenté pour la Seu
pulture,Prudencetitre 8. de la,
Bibliothéque des Peres,le dé
critdans son Hymne des Funerailles,
àc parce que le plus souventilalloitàune
dépense eX-t
cessive, Saint Augustin dans le
chap. 12. du Livre de la Cité de
Dieu, blâmecettesuperfluité.
Gregoire I. défend de couvrir
de quoyquece soit le Cercueil
duPontife, &Íd rien recevoir
pour la Sepulture desMortsliv.4.
Epiffcre4.6c44.
Du temps desApostresil yavoit
de jeunes Gensdestinez pour la
Sepulturedes Corps. Cesont
ceux que les Romains appelloientVespi
, ouVefpillones. Ils
avoientfoiad^toutrce quidevoit
estre observé, & de l'ordre que
l'on y devoit tenir.L'histoire
d'Ananias &deSaphyra nous ef\
fait mention. Dans les temps
suivans les Personnes les plugcoil.,
siderables
,
& les plus pieuses,
faisoient gloire de.s'employer- à
ce devoir charitable, & dignede
pietei— -•
-
Gregoire de Nazianzeremarque
dans l'Oraison Funèbre-is'.
de Saint Basile,qu'il fut porté
en Terre par les mains de quefà
quesSaints Personnages,&qu'alorson
avoirestably uncertain
nombre dePersonnes pour porter
les Corpsau Tombeau.
Les Flambeaux & les Torches
ont esté mis en usage de tout
temps, comme on le remarque
.du temps des Grecs& des
Troyens C'estce quis'estpratiqué
aux Funérailles de MlfënUS"
dé du Prince Pallas,commenous
avons dir; & dans le temps des
Chrétiens Saint Cyprienfutinhumé
de cette maniere
, comme
cm levoit danslesActes de son
Martyre,dont PoncesonDiacre
fait mention ensaVie. <
M1 Rigaut & Mr Lambert expliquantlemot
Grec d'Origénè
Svcol'fel-ê]Ju:r;quilpeeutnestrte chez les: que ce
terme signifie des Joncs
, ou des
cordes de
Genest
torses
,
qui
estoientcouvertes de Cire tant audedansqu'audehors
, pour y servirdeFlambeaux.Euseb. liv.
4. de la vie de Constantin le
Grand chp. 66. y employe des
Flambeaux,avec des Cantiques
comme dit Saint Chrysostome.
Gregoire de Tours liv. 3. chap.
18. parle du son des Cloche;
Beda dans l'histoire Ecclesiastique
d'Angleterre liv. 4. chap.23.
en parlede la mesmesorte.
On faisoit des Oraisons Eupe-o
bres le jour des,F-aiiérailles-j- odrç
quelques jours après -comme1^
coûtume s'en observe encore
pour les Roys ,pour les Princes.
ou autresPersonnesdehautrang.
&; de menrer.deL'un^-de-Hau^
tre Sexe.Gregoire de Nazianze
fit celle de son Frere Cefa-,
rius, de Gergonie sa Soeur, & cte)
Saint BasilesonAmy. Gregoire
de Nysseprononça celle de Me- letiusEvesqued'Antioche.
Mais pource quiest des Qrai*
sons Funebres ou Panégyrique
&de leurantiquité, on tient que;
Valerius Publicola , qui fut dé:
claréle premier Consul de R.o*
me , pour en avoir chasse leSt
Roys par le secours que Brutus
luy presta, a esté le premier qlli
les aitinstituées après la mort dUi
mesme Brutus. Quelques-uns.
font d'opinion que dés les premiers
Roys de Rome, ces Pané.
gyriques avoient esté introduits,
puis que Romulus mesme qui en)
estoitle premier, faisant une
Harangue publique en pleine
Assemblée du Senat, & de tous
les Grands de Rome
,
& venant à
s'emporter avec excez contr'eux,
fut déchiréen pieces. Florusen
parle ainsi. Les Romains ontesté
les premiers qui ont commencé
cette Cérémonie, & les Grecs
à leur imitation s'en sont servis
apjcs eux. Il cft toutefois con.
stant que dans les Guerres des-)
Grecs, on voit Uliiîe & Ajax,
dans leurs Haranguesen la dispute
desarmes d'Achille,faireune
grande énumeration des
hautsfaits de ce Prince
,
& des
hautes qualitez desa Race, en la.
présence du Roy Agammenon,
lx des autres Princes de la Grece
,
& qu*inM les Romains ne
pouvoient pasestre les prcnliersi
Autheurs deces Panégyriques.
Mais d'autres sontde ce sentinlcnr,
que le Philosophe Selon,
qui vivoit du tempsde Tarquin
l'ancien,institua les OraisonsFunébres
ou Panégyriques.C'est
ce que die Anaximénes. Quelques-
uns en donnent l'origine i.
Thesée
,
& croyent que les Athéniens
commencerent à loüer publiquement
ceux qui avoientesté
tuez en la Bataille de Salamine,
de Marathon, ou en celledu Peloponese.
Ilestcertaincomeonvoit dans
Suetone,& en d'autres Autheurs,
que les Romains n'ont passeulementloüé
les Illustres Personnagestuez
enG uerre,maisaussi ceux
quiestoientmortsenPaix,& mek
me rllffi les Femmes d'une qualiré
éminente; commefit Jules
Cesarâeé de Il ans aux Obséques
de sa Tante du cossé de son
Pere, devant les Sénateurs ôc
dans le Barreau, & pareillement
son Epouse. Tibere en fit autant
aux Funeraillesde son Pere;
te Mutius Scevola loüa en publicaussisaMere.
Nous avons dit que les Funéraillesestoient
accompagnées de
Cantiques. Chez les Grecs on
appelloit ces Chants Nxm* ÔC
Epicedia. Les Latins les appelloientPlanctusouLamenta.
Ilest
certain que les Hebreux & les
Juifs s'en font servis dans leurs
temps, ce qui est remarqué dans
l'Ecriture Sainte, & que le Roy
David lesa employez enla mort,
de Saul & d'Abner. Les Romains
ont voulu éteindre ces excez
de Lamentations par leur
Loy des XII. Tables qui le dit
ainsi
,
Mulicrcs ne gaiM radunto,
parce que, comme nous avons dit,lesFemmess'arrachoient les
cheveux & lesjouës.
De plus, on farsoit des dinri..
butions d'aumônes
,
de Pains &
de Viandes, comme disent Oriigcne
6c Saint Hierôrne en la
Lettre26à Pammachius, pour
le consoler de ht mort de Pauline
dfo'EBpeimstmree6,4&àSaint Augustin en CarthAuraeleEgvesqeued.e
1 On faisoit pareillement des
Banquetsprés des Tombeaux
des Défunts, qui s'appelloient
Agapes, comme par une dilection
fraternelle.C'est dont parle Saint
Cyprien, ,-z Tertulien en son Apologetique
chap.39. où les
Pauvres estoient admis. Mais
ayant remarqué que l'abus s'y
estoit glissé
,
il les reprit aigrement
, ainsi que Saint Gregoire
de Nazianze. Ces Agapes sefaisoient
allffi bien en la naissance
qu'aux mariages. Ilsemble que
la coutume de faire des Banquets
soitvenue ds Gentils: car c'étoit
leurordinaire de préparerde
grands Festins aux Funérailles
en faveur des Manes des Défunts,
ausquelsils se persuadoient
qu'ils venoient assister ,& prendre
un grand pjaiur) ou quedu
rnojnsils se repaissoient de la su-
-mée des Viatid-esiiLifif -clcfto-It
la coûtume de les y inviter, en
criant à haute voix dans le Sepulelire.
£
Les Grecs appeloient ces Banquets
Firidipnd, & les Romains
Parentalia.On1aiiTo11 {owvcnt ces
Viandes préparées sur les Tomjleaux
, ou on les consumoit au
feu. Homere&Virgileen font
menton, 5c ce dernier au liv.
del'Eneïde.
Libavitque dapes.
Lucien en ses Dialogues,dit quecette
superstition s'estoit estenduë
chez plusieursNations, jusqu'au
temps de Saint Augustin,
comme ce Saint Personnage le
rapporte au Discours 15. & il la
reprend bien à propos en ces termes.
-Ztioy ? l'esprit ou lesames Ititsontdhachée
s des liens de leurs Corps,
ont- elles besoin de ces fomptueuxr
Banquets ? Mais la pieté des anciens
Patriarches estoit bien éloignée
delaGentilité &dessuperstitions
des Anciens; car ils employoient
ces Viandes presentées
surles Tombeauxà la nourrituredesNécessiteux;&
cette coûtumes'estreligieusement
observée
du temps des Israëlites, comme
on le peut voiren la Sainte Ecris
tureTobie3. 17.où le Pere lare,.
commandefôiemnellemcnc au.
jeune Tobie: selon que l'ont remarqué
Lyranus & Turrianus.
Du temps des premiers Romains
Numa. Pompilius leur
Roy,voulut que le grand Pontife
eust le foin de rendre les honneursaux
Di.ux.Mânes, ôc principalement
à la Déesse Libitina*
qu'ils tenoient présider à la nJor[;
d'oùvient que l'onappelloit ceux
qui estoient employez à ces. devoirs
Libitinarrii. Il y avoitaussi
à Rome la Porte Libitinensis,
prochel'AmphithéâtredeStatilius
, par laquelle on porroit Ice,
Corps des Gladiateurs dans le
lieu de leur Sepulture. C'est dcquoy
parle Plutarque.
Les Jeux Funébres se celç
broient aussi en la Ville de Rome.
Celuy des Gladiateurs y estoit
employéen l'ivonueur des priacipaux
Rjomains/,pembm que
leurs Corpsestoient dansleBucher
j,&delà les Gladiateurs qui
y combattoientestoient appellez
jtujfaarii. Marcus&DéciusFils
de Jimtas Brutusfurent lei.p'r-t..
miers qui en célebrerenten faveur
de leurPere. CesJeux fureur
empruntez des Grecsi &: dds.,
_Troyen&vcommeoolàybied&tîs
Je Ity. 5de l'Encide
,
oir'Enéten;
J^hontxcùn,de;fan Pere Anchise
e,nff\aitRrep.re0sen'tfer decinqfortes déxSidtevdù
lsontPère eftoir>uVtaia^rc,:ce^jui se t€<Q~apwéailÀh. finy.
ExPectata dies aderat:-,twnamquâv
A : firwk
sîttroram Phaetonttstquijam lute
firtbant.
Les Cyprez seplantoient ordinairement
anx Funerailles des
Princes&des grands Seigneurs,
autour de leurs Sepultures, & de
leurs Tombeaux, & i-nest-nede-
Tvant la par te deleurs maisons.
C'cft uneespeced'Arbre fiiiieste,
& qui est pris pour lamort,
car estant coupé il ne renaist ja-
Olis.., L'Ache servoit auxSépultures
dela, Populace auliude
cet Arbre. C'fist ce que reprecseentDe
Ailscitaitqenusees.vEm"blêmespar
:JF'IIndr-a. rèjt rbort ProcetiumMomi- :. monta CUpsiJfUJ T • aleApiumpiebisprotrîfrefrondefolct.
-1 De plus, on nettoyoit la Maison
du Mort avec une espece de
Balay particuliere ;&ceuxqui
avoient ce foin s'appelloient £-
verrancdtûres'.i:
•' Chez les Anciens on couvroft
de guirlandes deFleurs la telle des
Vierges, avant que de les mettre
du Tombeau; on yen jettoit
ausside blanchesen faveur de leur
Virginité, comme Damascéne
& Nyssénus le remarquent.
Chez les Romains quand une
Veuvemouroit, quin'avoiteu
qu'un seul Mt.TY
, on la portoit
au Tombeau de son Epoux,avec
une Couronne de pudicité. On
a souvent envoyéles Corps des
Défuntsvétus de blanc dans le
lieu de leur Sepulture. LesFemmes
mcfmedes Personnes de
qualité
,
dansles Funerailles de
leurs Epoux se vétoient d.l: meftiiecouleur.,
La mesme coûtume s'observe
encore en Angleterre, deseservir
de Fleurs blanches & de vétir
les Corps des Défunts d'habits
blancs. Celasepratiquoit
autrefoisen France en la mort
d'un Roy* & la Reyne se vétoit
deblanc, c'est d'oùest venu le
nom de la Reyne Blanche, comme
Alexandre Surdus l'a remarqué
,&PoLydore \fJgleij (t.
chap.7
On avoit aussicoûtume quelquefois
aprèsles Obsç..ques.detré.,.
pandre diverses El^utsP/irfiarns-,
,for les Sepu^cbrps te Peuple Romain sur celuy d-up
,des Sçipioiis-- si c'estoisun Giierrier^on,aaackûitauro^•
Monument son Bouclier, son
Casque, son Epée & divers au..
tres Ornemens. Cette coûtumen'est
pas encore efteinte presentement,
comme on peutvoir
dans nosTemples,oùsont les,
Drapeaux& les Armesde nos
Genérauxd'Armée,arrachez
aux Voutes, C'est ce qȣ;dit
fort propos Virgile Iiv. 9. de l'Ete,
neïde. 1> Sufvcndi've-Thala,autfatmadftuy
/iigid-Jixi.
On mettoit des feüilles, de
Laurier, de Marthe, ou de quel
ques autres Arbresqui gardent
leur verdure
,
dans les Tombeaux,
fous les Corpsdes Défunca
; ce que Duranres remarqueestre
un Symbole mysté- r:Íde:l'immortalité,enfaveur
de ceux que l'on croit ne prendre
qu'un doux sommeil, pourrevivre
un jour mieux qu'auparavant.
Il yavoit de plus les Lampes
sepulcrales que l'on mettoit dans
les Mausolées. Ces Lampes
avoient une vertu particulière
qu'ellesne s'esteignoient aucunement
, tant qu'elles n'avoient
point d'air; foit que cette vertu
vinst du Lumignon qui pouvoir
estre fait du Lin Asbestos, ou de
la Pierre Amianthos dont nous
avons parlé, ou que cela procès
dast delamatiere ou de l'Huile
qui yestoit employée. Nous
avons Saint Augustin pour témoin
,
de cette vérité. Il dit
en sa Ciré de Dieuliv. 1. chap. 6,.
qu'en foüillant dans les ruines
d'un
;'¿'un ancien Monument
, on y
trouva une Lampe d'or, qui se-
Ion son inscription y avoit demeuré
allumée prés de deux mille
ans, & que quand l'air y eut entré,
elles'esteignit. Il est encore
certain que dans Rome on trouveassez
souvent de ces Lampes
dans les Catacombes & en d'autres
lieux. Roma subterranea. en
peut fournir des exemples.
Quoy que nous ayons dit un
mot des Epitaphes & de leur origine,
en parlant de la Sepulture
d'Abel,ilest à proposdeles distinguerdesinscriptions.
Lesinscriptionsmarquent
sur des Pierres,
Airain ou autre Matier,certains
ou Tombeaux appartiennent, &
d'ordinaire les mots en estoient en
abrégé, commeon le peut voir
en ces Lettres Sepulchrales. H.
M. N.H.S. qui veulent dire, hoc
monumentum non hæredessquitur.
Mais les Epitaphescomprenoient
ordinairement les noms, les dignirez
& les vertus, ou les hautes
actions de ceux qui estoient en
ces Monumens. On remarque
que les plus anciennes avoient un
style particulier,&uneagréable
varietédans leurs termes, quoy
que quelques-unes fussent simples
& naïves; & comme elles ne
sentoient ny les Vers ny laProse;
il y avoit un art ou une cadence
dans les mots donton les formoic
qu'on appelle Art Lapidairey &
qu'manuel Thesaurus de Sa.,
voyea fait revivre en la vie de ses
Patriarches. Ce sçavant Personnage
a fait des Peintures
achevées de toutes les Personnes
qu'il a écritesenson Livre, &on
ne les lit qu'avec admiration. Son
Livrea esté imprimé depuis
quelque temps à Rome avec
deux fois autant d'augmentation
sur d'autressujets curieux & sçavans.
La pluspart des Epitaphes se
faisoient aussi en Vers; & pour
voir les Eloges que l'on donnoit
au merite
,
à la dignité & aux
vertus des Personnes
,
le Livre
intitulé Rome Souterraine, en fournit
un grand dombre tant parinscriptions
que par Epitaphes,
creant recueillies de divers Autheurs.
Plusieurs ont écrit leurs Epitaphes
de leur vivant, comme Je
CardinalBaronius le rapporte de
Cassius,Evesque de Narnie.
Pierre leDiacre a fait un excellentTraité
des Epiraphes &
des Inscriptions, & mesme des
marques Hierogliphiques ou Caracteres
Romains
,
qui setrouvoient
sur les anciens Tombeaux
ou Sepulchres. Bossus est aussi.
un Autheur fort curieux de ces
antiquitez
,
de mesme queJean
Severanus&PaulAringhus.
Vvolphangus traitant cette
matiere liv.3. chapitre dernier,
rapporte tant sur Rome, sur
Naples, que surle Portugal, &
autres lieux, plusieurs Epitaphes
& Inscriptions fort ancien-
¡,Des & dit qu'on a trouvé plusieurs
vaisseaux d'or, d'argent,
d'Airain ou d'autre matiere dans
les Sepulchres, dans lesque's les
ossemens & les cendres des Corps
estoient encore enfermées,& il en
marque souvent les temps.
Pausaniasen ses Atriques mir,
que de quel temps les Epitaphes
ont commencé
,
6c dit aussi que
l'on érigeoir des Autels à la Milicequiavoiresté
tuéepour la désensedela
Patrie, & qu'on luy
rendoit des honneurs annuels; ce
que Lycurgue ordonna aussi d'être
observé.
Pour ce qui est d'inhumer les
Corps couchez sur le dos, la teste
vers le Couchant, & les pieds
vers l'Orient,c'est ce que Quailard
a remarqué dans ses Voyages
de la Terre Sainte, & ce qui se
pratique encore aujourd'huy. Le
Concile de Maçon,Canon 17.
défend d'inhumer les Corps les
uns sur les autres) mais on doit
les mettre à costé. Ille dit ainlÏ.
Non licet mortuum filer mortuum
mitti.
Les Instituts de l'Empereur
Justinienne permettent pas d'ensevelir
aucun dans le Tombeau
d'aurruy
,
sans sonconsentement.
Non licct inferre mortuum in tumutum
alienum invitodomino.
Les Romains eurent leur temps
limité pour regretter les morts;,
car Numaajouta aux Sacrifices
qu'il avoit établis, ceux que l'on,
devoit faire aux Dieux Mânes.
Il défendit de regretter aucun
enfant au déssous de trois mois,
& ne jugea pas à propos qu'un
plus âgé sust regretté plus de
mois qu'il n'avoit vécu d'années.
Pour les Personnes mariées, le
terme estoit fixé à dix mois au'
plus. Mais si quelque Femme
se remarioit avant ce temps, elle
eneaoitreprise
,
& c'estoit une
honte pour elle, selon le Code Be
l'Ordonnance de ce Roy.
Il n'en alla pas de mesme de
cette Veuve de la Ville de Lyon,
qui sans garder les temps preferitspar
l'Ordonnance, épousa
vingt trois Maris, & dont le dernier
l'ayant mise au Tombeau,
fut couronné de Fleurs, ayant
une branche de Laurier en la
main, en marque de victoire &
de triomphe, & accompagna le
Cercueilen cette maniéré, avec
toute la jeunesse de la Ville, qui
pour honorer les Funerailles yfit.
venir les Violons, & les Hautbois,
qui joüerent par concerts
&.avecmélodie, comme sic'eust
esté une nopce au lieu d'un convoydemort.
Plutarque dit en ses Problèmes
que les Veuves mettoient bas
leur Pourpre
,
leurs Anneaux,
leurs Bracelets,& qu'elles se vétoient
de blanc;mais que le temps
du deüil estantexpiré, elles reprenoient
leurs vétemens fomptueuxavec
leurs Bijoux;comme leditTite Live.
Chez les Juifs le deuil,estoit
de trente jours, & les Anglois
observent la mefoiecoutume à
Rome, selon Horace en ses Epodes,
on faisoit un Sacrifice le 9.
jour d'aprés la Sepulture; & les.
eux commençoient le mesme
ouraussi.
Novendiales dissiparepulveres.
Il y avoic une coutume chez
les Rojmains,qui sentoit fort son
antiquiré
, comme le fait voir S.
Augustinen la Cité de Dieu liv.
4. chap. 11. par laquelle cette
Nation faisoit mettre à terre les
Enfans nouveau-nez par les mains
des Sagefemmes, êt les Peres les
relevoient , pour se remettre en
memoire que toutes choses doivent
retourner en leur principe.
De là estoit pris le nom de l'adresse
Levana , que les Gentils
adoroienr.
Ona veu des Sepulchres miraculeusement
construits en peu
de temps. Sous l'Empereur
Trajan, Saint Clement I. Pontise
Romain de son nom , ayant
esté précipité une Ancre au col,
les Eaux se retirant à Tes prieres,
les Anges luy érigerent un Monument
au fond de la Mer, afin
de luy donner la Sepulture en ce
lieu. Céc Elément par une merveille
surprenante, se retiroittous
les ans la veille de saFeste en
forte que tout le monde pouvoit
allervisiter ce Sepulchre que la
Mer reconvroit après le jour expiré.
C'estoù un Enfant demeura
endormy pandant un an par
miracle.
Les Iafiensérigerentun magnifique
Mausolée à un jeune Enfant
&à un Dauphin, pour l'amour
qu'ils avoient contracté
ensemble. Ce Poisson avoir
coutume de porter cet Enfant
surla Mer en se joüant, & de le
rapporter au rivage; maisayant
filé piqué d'unedesépinesde
son dos, il en mourut; ce qu.
ayant apperceu le Dauphin ,il en
mourut de regret. Leurs Corps
estant trouvez sur le Sable, ils furent
portez en ce Monument.
Lesmesmesérigèrent une Statue
de Marbre en leur honneur, representant
un Dauphin qui portoit
un Enfant sur son dos, avec
cette belle Devise.
Non ponaasamori.
Ils fabriquerent mesme des
Médailles d'argenr qui representoient
leurs Images, & laisserent
à la postérité l'histoire de leur
amour. Les Romains se vantent
qu'il en est autant arrivé au Lac
Lucrin, prés de leur Ville.
Ilsetrouve des animaux qui se
rendent ce devoir les uns aux autres.
Les Gruës
, comme dit Elian
livre2.. cha pitre 1. partant de
Thrace pour passer en Egypter
afin d'y trouver un Climat plus
temperé
,
si quelqu'une de leur
compagnie meurt en chemin, elles
s'assemblent autour, la couvrent
de Sable, & continuent
leur route, après luy avoir rendu
ce dernier devoir.
Les Abeilles, comme dit Virgîle
liv. 4 des Georgiqnes,nese
rendent-elles pas ce dernier de.
voir en leurs Funerailles
, avec
beaucoup de foin & deregret?
Tum corpçra Luce carentum
Exportant tefîis, & tristia funert
dueunt.
Mais voila une merveilleuse
surprise qui arriva aux yeux des
principaux Romains. Drufilla
Epouse del'Empereur Caligula
estant morte, comme on en
brûloit le Corps avec la pompe
& la magnificence accoûtumée,
une Aigle qu'elle avoit élevée ôc
nourrie de sa main,& qui la fuivoit
en quelque part qu'elle allast
en volantd'Arbre en autre,
voyant que l'onmettoitle Corps
de cette Impératricedans le Bu.
cher, s'y précipita d'elle mesme
& s'y consuma à même temps;
canc la passion de cet Oyseau
estoit grande.
Avant que l'on mhumast dans
les Villes & dans les Temples, on
mettoit les Corps en des Grottes
souterraines, ou dans lesChamps
en des lieux que l'on appelloit Mress
comme il estdit de Saint Cyprien
,qui sur inhumé dans l'Aire
d'un Procureur nommé Candide.
Souvent on élevait, des
Monumensdes Sepulchres sur
les lieux où les Martyrs avoient
esté ensèvelis. Les Caracombes
à Romenousdonnentun témoignage
de ces Sepultures.
La Loy des XII. Tables défendoit
de brûler ou d'inhumer
aucun dans l'enceinte de Rome
,& elle portoit ces mots, Iin
urbene fepelito, neveurito. Dans
ce tempslà il y avoit beaucoup
de Monumens ou Tombeaux autour
de cette Ville, tant vers la
Porte Capene, au chemin d'Appie,
que vers la Porte Nomentane.
Les plus considerables
estoientdans le Champ de Mars,
comme asseure Clemenc Alexandrin
liv. i. des Guerres Civiles.
Mais ensuite de ces premiers
temps, on a inhumé les Corps à
la porte des Temples, & en leur
circuit, & l'une a pris exemple
sur Vautre. L'Empereur Constantin
le Grand fut enseveli à
Constantinople dans le Portique
du Temple des Apostres; Clovis
à Paris enceluy de Saint Pierre
Saint Paul, aujourd'huy Sainte
Geneviéve; Clotaire dans celuy
de Saint Germain des prez;Charlemagneà
Aix laChapelle dans
le Temple de Sainte Marie.
Enfin la coûtume se relâcha
de n'inhumer pas dans les Villes,
ny prés de leurs enceintes&l'on
permit à Kome ,&principalement
à ceux qui avoient mérité
le Triomphe
,
d'avoir leurs Sepulchres
dans la Ville, comme
aussià ceux qui par leur race ou
par leurs vertus estoient illustres.
Delà ca venuë la Ruë Patricienne,
où il y au pied du Mont VL:
minal & Quirinal
,
quanrité de ;
Mausolées pour cesPersonnes
considerées.Enfin l'usage s'en est
introduit par tout, & l'on n'a plus
eu d'égard aux Loix qui ledéfendoientauparavant.
Mais avant que de finir ce discours
,nous dirons que les Turcs,
estant prests de mettre au Tombeau
les Corps des leurs, lesrasent
& les lavent, & que leurs
Sepulchres font sur le bord des
chemins , 6c qu'il ya eu des Roys
&desPrinces qui faisoient porter
Jeurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mort devant leurs yeux, ôc pour
ne la pas redouter dans les combats
; comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant ,est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
quatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
de lesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part.
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeaude leur Prophete.
Quoy queles 8c les Mau[ol¿Ci",
leurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mortdevant leurs yeux, & pour
ne la pas redouter dans les combats;
comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant, est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
qatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
delesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeau de leur Pro-
Pl-icte.- (II
Quoy queles & les Mausolées
magnifiques Sepulchres donc
nous avons parlé, ayent esté pour
les Roys & pour les Princes,
voicy qu'un accident fait qu'une
Fourmy est plus noblement ensevelie
queCleopatre Reyne d'Egypte.
CetteEpigramme ledit,
parce que ce petit animal fut enfermé
dans de l'Ambre transparent
,
& cette Reyne dans du
Marbre.
Ilm'Vis mygdemojaccat Cleopatra
flpulcro,
Use Formica iacetnobilioreleco.
Nous finirons parleSepulchre
de Timon
,
dit le Misantrope
,
qui
avoit esté construit surle bordde
la Mer, & que cét Element avoit
tellement en horreur, qu'il vomissoit
continuellement ses Flots
contre ,
&: avec le remps le repoussa
fort loin; car comme il
avoit eu en haine les Hommes,
leMer n'en eut pas moins de son
: Corps 6cde son Tombeau.Voila
l'Epitaphe qu'ils'estoit fait luy
mesme, & que l'onvoyoit.
Hicfrm possvitam miferdmque ¡no.., ftraquefepultwi ..-
Nomcn non quaras, dii Icélor,tt
maieperdant,
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Résumé : SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
Le texte explore les pratiques funéraires anciennes, en se concentrant particulièrement sur la crémation. Pluton est associé à la première inhumation, tandis que Méraos est crédité d'avoir introduit la crémation. Cette méthode était répandue chez plusieurs peuples, tels que les Grecs, les Romains, les Scythes, les Indiens, les Thraces, les Gètes, et les Éthiopiens. Souvent, ces cérémonies incluaient des sacrifices humains ou animaux. Les Gaulois brûlaient les corps avec les biens précieux du défunt. Les Thraces célébraient les funérailles avec des banquets joyeux. À Rome, la crémation était courante pour les personnes de haut rang, tandis que l'inhumation était plus fréquente pour le peuple. Les rites funéraires romains comprenaient le lavage, l'oignement, et l'habillage des corps en pourpre avant leur placement sur un bûcher. Les os et cendres étaient ensuite recueillis et placés dans une urne. Les Romains suivaient la loi des Douze Tables pour rapatrier les corps des soldats. Les Égyptiens, Hébreux, Juifs et Romains utilisaient de la toile de lin pour ensevelir les corps. Les Juifs préféraient les terres neuves pour les inhumations et ajoutaient des sacs d'odeurs sous la tête du défunt. Les Chinois ensevelissaient les corps debout, face à l'Orient, et utilisaient des onctions aromatiques. Les chrétiens lavaient les corps après la mort. Les inscriptions et épitaphes marquaient les tombeaux et les vertus des défunts. Les Romains avaient des règles strictes concernant les inhumations et les deuils. Les empereurs et rois étaient souvent inhumés dans ou près des temples. Les Turcs rasaient et lavaient les morts avant l'enterrement.
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9
p. 186
I.
Début :
Je vous fais part des Explications en Vers que j'ay receuës, / Incomparable Trône, où nos Augustes Rois, [...]
Mots clefs :
Trône, Lois, Lys, Quenouille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
le vousfais part des Explications
en Versqueareeeues. des deux
Enigmes du mois el'Avril) dont les
mots cftoient la Quenouille(j* L'E.'
creviïïè.
I I. NcomparableTroue, M nos Angufles
Rois,
Ont droitseuls de donner des LIJÏJ,
Sans que le betut Sexe /enpicque;
Où ton ne peut monterparbrigue,force,
on cheix
, Selon la Loy Salique. mrA voir cette fplendtur., qui fait briller
nos Lys,
Et qk,,aucunetache ne fouille, - - On coqnoitf que t'éclat qui les rend tlJlbellis,
Leur vient de ce qu'ils n'ont ny fuflall;,
- py quenoüille.
RAUT, de Roüen.
en Versqueareeeues. des deux
Enigmes du mois el'Avril) dont les
mots cftoient la Quenouille(j* L'E.'
creviïïè.
I I. NcomparableTroue, M nos Angufles
Rois,
Ont droitseuls de donner des LIJÏJ,
Sans que le betut Sexe /enpicque;
Où ton ne peut monterparbrigue,force,
on cheix
, Selon la Loy Salique. mrA voir cette fplendtur., qui fait briller
nos Lys,
Et qk,,aucunetache ne fouille, - - On coqnoitf que t'éclat qui les rend tlJlbellis,
Leur vient de ce qu'ils n'ont ny fuflall;,
- py quenoüille.
RAUT, de Roüen.
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Résumé : I.
Le document présente deux énigmes d'avril avec les mots clés 'La Quenouille' et 'L'Écrevisse'. La première énigme explique que les rois de France doivent être des hommes selon la loi salique, excluant les femmes du trône. La splendeur des lys royaux est liée à l'absence de travaux manuels féminins symbolisés par la quenouille et l'écrevisse. L'auteur est Raut, de Rouen.
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10
p. 315-317
ENIGME.
Début :
Voicy deux Enigmes nouvelles, dont la premiere est de Mr / Je suis un furieux gourmand, [...]
Mots clefs :
Four
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy deux Enigmes nouvelles
, dont la premiere eft
de Mr Rault de Roüen , & la
feconde de M ' Diéreville du
Pont - l'Evefque . Vous trouverez
dans le xxxii . Extraordinaire
qui fe débitera fur la
Dd ij
316 MERCURE
fin du mois prochain , les
noms de ceux qui ont expliqué
les deux dernieres.
J
ENIGME.
E fuis un furieux gourmand ,
Fe porte une grande bedaine ,
Souvent plus farcie & plus pleine
Que la pance d'un Allemand.
03
Mais quoy qu'avec foin on s'em.
prefe
De me fournir de bons repas ,
où les plus dégoûtez trouveroient
des appas
,
On ne voit pas que j'en engraiſſe.
5
Fait - on quelque fameux Régal,
Fay coûtume fouvent d'eftre de la
parties
GALANT. 317
La Table la mieux aſſortie ,
Sans moyferoit peut- eftre mal.
Quand unefois j'ay pris ma place,
F'y fais alors du quant- à- moy,
Et pour priere ou pour menace
Je n'en fortirois pas , quand je ver
rois un Roy.
, dont la premiere eft
de Mr Rault de Roüen , & la
feconde de M ' Diéreville du
Pont - l'Evefque . Vous trouverez
dans le xxxii . Extraordinaire
qui fe débitera fur la
Dd ij
316 MERCURE
fin du mois prochain , les
noms de ceux qui ont expliqué
les deux dernieres.
J
ENIGME.
E fuis un furieux gourmand ,
Fe porte une grande bedaine ,
Souvent plus farcie & plus pleine
Que la pance d'un Allemand.
03
Mais quoy qu'avec foin on s'em.
prefe
De me fournir de bons repas ,
où les plus dégoûtez trouveroient
des appas
,
On ne voit pas que j'en engraiſſe.
5
Fait - on quelque fameux Régal,
Fay coûtume fouvent d'eftre de la
parties
GALANT. 317
La Table la mieux aſſortie ,
Sans moyferoit peut- eftre mal.
Quand unefois j'ay pris ma place,
F'y fais alors du quant- à- moy,
Et pour priere ou pour menace
Je n'en fortirois pas , quand je ver
rois un Roy.
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11
p. 273-275
AUTRE ENIGME.
Début :
Ie suis Fille d'un Pere aimé de tout le monde ; [...]
Mots clefs :
Eau-de-vie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
IE fuis Fille d'un Pere aiméde tout
le monde ;
De ma Mere je fors d'une étrange
façon ;
Ie paffe par lefeu , par l'eau , par
la
prifon,
274 MERCURE
Et femblable à Niobe , en pleurs je
fuis feconde.
36
Mon Pere a l'efprit vif, c'est ainsi
que je l'ay.
Et fi quelquefois je m'échape,
Il est bien fin qui me ratrape ,
Mais onme tient captive en tous lieux
où je vay.
Soit quej'aille fur Mer, foit que j'aille
fur terre,
On trouve du fecours en moy ,
Et jefuis mefme en mon employ
Neceffaire en la Paix , neceffaire en la
Guerre.
Mais fur tout admirez mon mervei !.
leux pouvoir ;
D'un gueux je fais un riche, & change's
un autre enbefte,
GALANT. 275
A celuy- cy je mets des cornes en la
tefte,
vantage ,
Si par buy nous eftions
le bel âges
+fi
ne
22
u
.u-
ONY
'nt.
da274
MERCURE
E femblable à Niobe , en pleurs je
rande
.
Ma
Soit
N
HII ..
dis un riche , & change
un autre enbefte,
GALANT. 275
A celuy- cy je mets des cornes en la
refte,
Et ce que Circé fit , je le fais auſſi
voir.
IE fuis Fille d'un Pere aiméde tout
le monde ;
De ma Mere je fors d'une étrange
façon ;
Ie paffe par lefeu , par l'eau , par
la
prifon,
274 MERCURE
Et femblable à Niobe , en pleurs je
fuis feconde.
36
Mon Pere a l'efprit vif, c'est ainsi
que je l'ay.
Et fi quelquefois je m'échape,
Il est bien fin qui me ratrape ,
Mais onme tient captive en tous lieux
où je vay.
Soit quej'aille fur Mer, foit que j'aille
fur terre,
On trouve du fecours en moy ,
Et jefuis mefme en mon employ
Neceffaire en la Paix , neceffaire en la
Guerre.
Mais fur tout admirez mon mervei !.
leux pouvoir ;
D'un gueux je fais un riche, & change's
un autre enbefte,
GALANT. 275
A celuy- cy je mets des cornes en la
tefte,
vantage ,
Si par buy nous eftions
le bel âges
+fi
ne
22
u
.u-
ONY
'nt.
da274
MERCURE
E femblable à Niobe , en pleurs je
rande
.
Ma
Soit
N
HII ..
dis un riche , & change
un autre enbefte,
GALANT. 275
A celuy- cy je mets des cornes en la
refte,
Et ce que Circé fit , je le fais auſſi
voir.
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12
p. 28-124
DE L'ART DE NAVIGER.
Début :
Il n'y a jamais eu tant de Vaisseaux en Europe que / Entre les Arts qui sont estimez les plus necessaires [...]
Mots clefs :
Navigation, Naviguer, Aimant, Boussole, Fer, Pierre, Traité, Vaisseaux, Année, Mer, Usage, Aiguille, Monde, Art, Manière, Vertus, Nord, Pôle, Ouvrage, Cause, Expérience, Vaisseau, Secours, Pilotes, Nature, Jésuite, Secret, Découverte, Cartes, Curieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ART DE NAVIGER.
Il n'y a jamais eu tant de
Vaisseaux en Europe que
l'année derniere
,
& si l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Esté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fortcurieux
,
dans lequel il
efl: traité detout ce qui regarde
la Navigation.C'est
une matiere d'une fort grande
étenduë, &qui doit faire
pdluaisir non feulement à ceux
mestier, mais mesme aux
indifferens, puis qu'il est fort
agreable de sçavoir unpeu
>dc tout , pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occasion s'en offre.
DE L'ART DE NJVIGEK ENtre les Arts qui font
estimez les plus necessaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a esté un des
premiers & des principaux.
L'obligation qu'il y avoit de
traverser les Rivieres, de pasfer
dans les Isles, & en d'autres
lieux, tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans,les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les soûtenir sur les eaux, pour
les transporterd'un bord à
l'autre, avec ce qu'ils vouloient
y conduire , & cela se
faisoit alors sans aucun Pilote.
De là font venus les
Rats-d'eaux
,
les Bacs
J
les
Pontons, les Canots, les
Gondoles, les Balons, les
Nacelles, & une infinité
d'autres Barques
,
aurquelles
on a donné divers noms selon
l'usage & les Regions où elles
ont elle inventées, & ces
Vaisseaux pour la pluspart
estoient ordinairement faits
tout d'une Iiiece, comme de
troncs d'arbres creu sez
)
d'écorces
& de roleaux
, y en
avanr d'une grosseur & d'une
grandeur suffisante pourcela.
D'autresestoient faits de
joncs pliez & joints ensemble
; quelques-uns de bois
de sciage? & de planches
chevillées, & d'autres de
cuir cousu & end urcy. Il y
en avoit qui estant faciles à
plier, le pouvoient aifémenc
transporter d'un lieu à l'autre,
ou que l'on pouvoit porter
en leur efiarJ comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes, & les Balons dans
le Royaume de Siam, ou les
Gondoles à Venise, & les
Pontons ailleurs.
Comme l'usage de tous ces
Vaisseaux n'estoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet,
on n'avoit besoin pour les
conduire que de perches, de
rames, de cordages, de moulinets
3 ou de voiles; on y
employoit les uns& les autres
en ces premiers temps,
& l'on voit encore dans les
Pa ïs qu'on découvre de nouveau,
que leurs Habitans en
usent presque tous de la mes-
: me maniere. Ilyaaussi des lieux vers
le Nort , comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaisseaux à
cause des glaces sont si portatifs
, qu'on les faitglisser
sur les neges pour les tranf-
: porter de Rmere à autre,
sans aucun débris,& vers la
Mer Glaciale; les Pyrates y
) ont des Vaisseaux de cuir si
bien fermez, qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
l profondement dans Teauj &L
pendant la nuit ils se glissent
sous les grands Vaisseaux)
les percent au fond de cale,
&.les font submerger
, pour
y exercer enfuire leur brigandage.
Voilà pour ce qui regarde
la construction la
matiere îz l'usage des premicrs
Vaisseaux.
On tient generalement que
les Egyptiens ont esté les
premiers qui ayent inventé
l'usage de ces petitsVaisseaux,
par la necessité qu'ils avoient :
des'en servir en certaine faûson
de l'année à cause des
inondations ordinaires que
[ le Nil fait tous les ans dans
leur Païs,ensorte que tou- tes les terresen sont couver- tes; ce qui oblige les Habirr
tans à y faire des Tranchées.
~&: des Fossez pour faciliter
lIes écoulemens de l'eau
, »5C
à se retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux sur les
» éminences de leurs Terres;
) car ce Fleuve ne croist qu'à
une certaine mesure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs,
Gondoles,se servent encore
) aujourd'huy de cette force de
[ petitsVaisseaux
)
qu'ils appellent
Fisoleroe,ils font ex- ;
tremement legers
,
& vont
aussiviste que le vent; c'est
pour la chasse de certains oiseaux
qu'ils appellent Fisoolæ,
& qui se fait sur l'eau avec
assez de divertisement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaisseaux
)
ils les appellent
Fusoleroe à cause de leur vi--
tesse, ou parce qu'ils ressemblcnt
à des fuseaux, estant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam, cymbala,longs &
ronds.
Les Syriens&lesAffricains
savoient emprunté l'usage de
olleurs Vaisseaux des Egyptiens.
Toutefois pour l'art de navviger
comme il estoit rude
5&& grossier en ce temps-là,
chaque Nation y ajoûta du
sien selon l'occasion
, & suivant
que leur propre ex perience
leur en donnoit lieu;
mais ce n'estoit pas encore our faire des voyages de
olong cours, ny pour sexposer
aux vents, & aux tempestes.
Ils ne faisoient que
costoyer les rivages, sans
entrer en pleine Mer, &
ixherchoient seulement leur
seureté en navigeant.
Il y a diversité d'opinions
entre les Auteurs àl'égard de
ceux qui ont esté les premiers
Inventeurs de la lonHruétion
des grands Vaisseaux, & des
instrumens qui fervent à la
Navigation. Quelques-uns
tiennent qu'A tlas inventa les
Navires & l'art de navi ger;
& d autres disent que ce furent
les Tyriens.
Ensuite les Copeens, habitans
de la Boeotie prés du
Fleuve Caphise, trouverent : l'usage des Rames & des Avi--:
rons. Dedale inventa le Mast ; «j
â.X. les Antennes, Icare, son
Fils, les Voiles. Les Tyrrremiens
forgerent les Ancres;
Mnacharsis fit les Harpons,
& Pericles les Crocs & les Agrafes
, pour servir dans les
combats demer. Les Platéens
J:onlpaiIcrent les premiers la uste largeur des Vaisseaux;
car auparavant ils estoient
oous bien plus longs que lar-
D'res) & toutefois capables de
recevoir beaucoup de personnes&
de bagage, selon la
ongueur des arbres, des ro- caux, ou des écorces dont
2ls estoient conitruits.
Quant à la difference des
Vaisseaux,& à leurs équipages
3
on donne à Tiphis
l'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
, & de conduire les
gouvernail comme un bon
Pilote. Minos composales
premier l'ArméeNavale.Eole
enseigna aux Nautonniers lai)
maniere de gouverner les
Voiles. Enfin on ajoûta tantii de découvertes à la Navigation
,
qu'elle commença àe
devenir plus parfaite, & alors
le desir de connoistre les>3
Regions &les Peuples, pOftaÕJ
ceux qui en avoient déja quelque
experience,àpasser en des
Païsun peu plus éloignez,&
à y transporter des vivres &
d'autres choses necessaires,
puur établir une espece de
commerce.
Entre ces Vaisseaux qui
commençoient déja à pouvoir
souffrir la Mer
3
les Galeres
semblerent d'un ufaec
aasfsletzzccoommmmooddeeppoouurrlleeuurrlele--
gereté & pour leur virefe;
Diodore dit que Sesostris Roy
d'Egypte
, & Successeur de
Moeris
, a esté le premier de
tous qui se soit servyde Galere
?
& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge, il tâcha de conduire
un Canal navigable depuis le
Nil jusqu'à cette Mer.
Thucydide rapporte que
Damased'Erictée inventa
la premiere Galere à deux
bancs, & Aminocle de Corint
he,celle qui estoit à trois.
Aristote aécrit que les Carthaginois
formerent celle qui
en avoit quatre. Nesictonde
Salamine en fitune de cinq;
& selon le témoignage de
Polybej, lesRomains furent
les premiers qui firent construire
une Armée navale de
cette sorte deVaisseaux,dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuse inventa des
Galeres à six bancs. Mnefigethon
en composa juiqu'l
dix; Alexandre le Grand,
jusqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une jusqu'à
quinze, Ainsi le progréss'en
augmentoit detempsen
temps, & selonles expcriences
& la force des Vaisseaux
? qui devoient tenir la mer ,
& y resister
,
& alors les rames
estoient autant en usage
que les voiles.
Mais quand le bruit se fut
répandu par toute la Grece,
que Jason commandé par le
Pvoy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par -
mer, pour aller en laColchideàla
conqueste de la Toison
d'or, toute la Fleur de la
jeunesse de Grece voulut avoir
part à cette fameuse navigation
dont tout le monde parloir.
C'est ainsi qu'en usent
les Volontaires dans les grandes
Expéditions. Le nombre
en fut de cinquante-quatre?
des plus braves & des plus
considerables de laGrece.
A ce sujet on construisit
une Galere à trente ttaçcs de
chaque costé,ce qui n'avoit
:, point encore esté fait jusques
alors. Ce fut Argus Fils d'Arestor,
qui en fut l'Architecte
,
&qui luy donna de son
nom celuy d'Argo
,
& ceux
qui le monterent furent delà
appeliezArgonautes, si l'on
encroitApollonius le Rhodien.
ToutefoisDiodore dit
que ce Vaisseau futainsi
nommé à cause de sa legereté;
& Ciceton assure que
cetre Galere portoit ce nom
à cause de celuy des Grecs,
qui s'appelloient alors Argi,
ve5,du nom de la Ville d'Argos
dont ils estoientoriginaires.
Typhis,commePilote
pour son experience, prit la
conduire de ce Vaisseau?qui
a esté si renommé dans la
Grece,& qui pourainsi dire
a merité d'estre transporté
dans le Ciel, pour y faire unes,
constellation entre les autres
Astres.
Moreri dans son Diéèion-I
naire historique, marque que
cette Navigation se fit en
l'année 2792. de la Creation
du monde, s'il y a quelque
ombre de verité en cette histoire
si fabuleuse. Tout le
mistere de cette Conqueste
rin'ciloit que le secret & la
b découverte de la Pierre Philosophale,
que les Anciens
couvroient des voiles decette
IFabïe.
Mais quel que éclat que cet-
,ne Navigation au eu, & quoy
pqu'on l'éleve au dessus de
toutes les autres entreprises
maritimes,elle n'est presque
nrien à l'égard de ces grandes
Navigations qui se sont faites
bdepuis dans toutes les mers
asses plus vastes
,
& jusquss aux
Regions les plus reculées, &
dont la découverte n'a pû
fc faire sans le secours de
l'Aimant & l'usage de lal
Boussole.
Les bancs des Galeress'aug-
-
menterent encore de nombre
,
puis que Ptolomeus Phi-
- ladelphus en fit faire une de
quarante, & Ptoloméus Phi- -
lopator; surnommé Triphon, (J
uneautre desoixante.
Mais de quelle quantité de 3
Vaisseaux
? & de quelle grandeur
Xerxes, Roy des perses,
<; necouvrit-ilpasl'Hellespont
avec son Aimée navale? Le
nombre en estoit du moins
de
bde mille. Quelle hauteur,
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas les Navires,
dont il fit faire un pont ilié de chaifnes pour joindre
l'Asie à l'Europe. Toutefois
avec ce grand appareil de
guerre sur mer) il fut vaincu
par Themistocle prés de Salanine
,
&: contraint de se sauver
avec une petiteBarque.
Aprés tout, l'on remarque
ussu'en ces temps-l à les Pilotes
¡;tn'dvoient point d'autres guiotes
que leurexperience, la
lécouverte des Isles & des
Terres qu'ils avoient euxmêmesveuës,
des Golphcs-oùi
ils étoieut arrivez, des banc
&des écueils qu'ils avoient
€vitez,desRéd uits &desSinus
qu'ils connoissoient, & l'ot<
fervation des Estoiles qui leult
servoient à se conduire; U
quand ils avoient perdu leutfj
tramontane,ils couroient riQ
que de faire naufrage. -Ju-nques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'e-a
stoient point en usage; aussi
leurs Navigations n'estoient
elles pas fort grandes, & les]
naufrages pouvoient estre aie
sez frequens
Y
puis qu'il
alloit assurer sur la force de
ses bras, sur l'industrie des
Nautonniers, sur la conduite
les voiles & des rames, pour
se tirer des écueils, des bancs
de sable, & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aussi remarque-t-on que
la pluspart faisoient ferrer
leurs Vaisseaux sur le devant
& fous la carene, pour les rendre
plus solides contre les vagues,
& pour en empescher
le débris contre les rochers
sachez.
On donnoit aussi ancienment
des noms specieux aux
Vaisseaux les plus considerables,
commeon le voit au * combat navaldécric par Virgile
dans le cinquième livre
de son Eneide, où il nomme
trois Vaisseaux, la Balene, le
Centaure, & la Chimere. Et
aujourd huy encore à Venise
n'ya-t-il pas le Bucentaure,
qui est un Vaisseau de solem-
- nité & d'apparat, d'une pro--
digieufe grandeur, qui se démonte,
& qu'on remet enn
efur quand le Doge fait la
ceremonie d'aller e pouser la
Mer. De mesme dans les Arméesnavales
il y a des VaiC-l;
séaux qu'on nomme le Grand
„
Amiral, le Vice -
Amiral, la
) Capitane, &c.
Les Anciens en avoienten-
) core de differente nature, les
uns decharge,& les autres de
3 guerre. Les premiers estoient
) ordinairement plats, & fervoient
au passage des gens
de guerre, du bagage, des
rl harnois & des chevaux. Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa, & on lesappelloit
Hippagines
, non pas de son
nom, mais dumotGrec de
3 cheval. Les autres qui servoient
dans les combats d.,
mer, estoient gros & ronds)
munis de becs de fer & poin- !
tus> pour percer de roideur :
ceux des Ennemis à force de : bras, & par la violence des ;
rames, & les couler à fond.
Aussi estoient-ils appellez;
rostratæ na-La Navires à bec.
De là cft venu chez les Romains,
que le Senat estoit
apellé l\Eflra, & que pro rostris
dicere,veut dire haranguerdevant
leSena,parce que quand
Romains avoient pris des
Vaisseauxà bec sur les Ennemis
dans quelque combat
on leur coupoit ce bec., &..
~oon l'attachoit le long du
éIBarreau où se faisoient les
harangues, & où fevuidoient
}llcs causes; de mesme que l'on
fc attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Eten- bdardsqu'on prend sur les
3 Ennemis.
Ces mesmes Vaisseaux de
guerreavoientaussi des Tourelles
sur la poupe, d'où la
Milice combattoit à coups
) de dards & de Bêcbes) &
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaisseaux des ennemis,comme
du le mesme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Auguste
contre Antoine &
Cleopatre.
1 Ces Vaisseaux avoient encore
les Pàvoijddes3 qui cG
toient des ceintures de boucliers
rangezsur le bord
>
avec lesquels la Milice se
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'usage
s'en garde encore maintenant
dans les grands Vaisseaux de
guerre, maisplûtost par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étose
ordinairement d'écarlate, tausquelles
on donne le nom.
de Pavesades, par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'usage de la Boussole
,
qui
estla conduite la plus reguliete
dont les Pilotes se fervent
avec le secours de la
Carte ou Mappemonde,pour
faire de grands voyages par
mer,& ellen'a estéd écouverte
que depuis trois ou quatre
cens ans,par le moyen de l'Aiman,
il estfacile de croire,
comme j'ay dit,que l'on ne se
conduisoit furmpr auparavant
quepar sa propre experience,
par les vents,& par les Af-
!
tres : ce qui se remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il semble que la Divine
Providence avoit renfermé
tout le secret de la Boussole
dans le seul Aiman ; car
en effet sans le secours de :
cette Pierre, l'usage n'en au-«
roit pasesté connu. LaBoussole
que les Latins appellent:
ACHS Magnetica navicularia, Aiguilleaimantée, ou Pixis
nautica,àcausedesa boëte)
est un infiniment fort necessaire
àla navigation. Cest;
une découverte des derniers
ficcles. dont les Anciens
n'ont point eu l'urage. Il est
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
esté connuës, en ce qu'il attire
à soy le fer; mais ils n'ont
pas sceu que ce mesme fer
touché de l'Aiman eustune
propriété pour se tourner vers leNord& le Midy; & c'est
là cette noble connoissance,,
qui a servy à découvrir les.
nouveaux Mondes, les Isles
inconnues
?
les Nations les
plus éloignées, & pour ainsi
dire, à enrichir l'Europe par
le commerce& par les frequentes
navigations qui se
font faires,& se font encore:
en toutes Izs parties diu
monde.
Quoy que les Anciensscessent
les vertus de l'Aiman,
&: qu'ils enayentécrit,
comme AnHore, Platon,
Pline,&plusieursautresdont
nous parleronsa on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Boussole, & le temps que l'on
commença à se servir dans
l'Europe de l' Aimanaulieu
de Boussole
,
est environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien,
ayant fait un voyage dans la
Chine, en apporta le secret.
Les Chinois s'en servoient
de cette maniere. Ils suspendoient
un morceau de la
pierre d'Aman sur un morceau
de Liege, & le laissoient
flotter sur l'eau dans un Basfin
ou un Cuveau, & ce
Liege avec l'Aiman nemanquoit
pas de tourner du
costé du Nort. C'estoit-là
leurBoussolequileurfaisoit
connoistre l'Etoile polaire,
&; la maniere de con duire
leurs Vaisseaux sur la Mer,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du ficcle precedent.
Ce mesme usage de cette
forte de Boussole a duré aussi
en Europe un assez longtemps,
jusqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus,
trouva le secret de la Boussole
, & par cet instrument
il donna moyen aux Espagnols
de naviger au nouveau
Monde,&d'y découvrir
la Castille d'or, & d'autres
parties de l'Amérique,
comme la Riviere de Platoe
& de Parana; c'est ce que
rapporte Petrus Cic'{tt , en
son traité de la Marine. Collenutius
dans son Histoire de
Naples en fait aussi mention;
•ôcjonjitisappelle la Boussole,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine.
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira, natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome,
environ l'an 1300. Cela a du
rapport avec ce qu'enécrit
Collenutius. Toutefois il se
peut faire que ce Gira ne
trouva feulement que le
secret de faire la Boussole ;
c'est a dire de faire la Boëtte
êc de suspendre les aiguilles
aimantées sur un pivot, pour
leur donner le mouvement
qu'elles ont. Mais on demande
si le Lys qui se
met en toutes les Boussoles
pour marquer le Pole ou le
Nort , en conduisant l'aiguille
sur ce Lys qui est la
marque du Midy, n'est pas
un indice, que lesFrançois
ont trouvé le secret de mettre
les Boussoles dans leur
perfection
, car toutes les
Boussoles font marquées de
cette fleur Royale, & mesme
en quelque Païs que cesoit
que l'on en fasse
, pourune
instruction generale on y
ajoute ce Lys.
Aussi est-cedepuis ce tempslà,
que l'Art de naviger a
acquis de la perfection,& est
ca si grande estime cheztoutes
les Nations, qu'on a tâché
dans Les deux derniers
Siecles à le porter à son plus
haut point de perfection &
qu'enfin fous le Regne de
Louis LE GRAND
, on Jo
proposé des recompenses
considerables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes.
Eneffet, Comme le commerce
unit les Nations les
plus éloignées, & n'enfait
presque pour ainsidire qu'un
seul peuple, qu'il porte les
richesses dans les lieux les
plus infertiles qu'il y répand
l'abondance & qu'il fait
voir les Indes Orientales &
Occidentales, la Chine & le
Perou dans l'Europe, ne doiton
pas dire que la Boussole,
qui fait tant de merveilles,4 trll un ouvrage & un miracle
de l'Art,publique c'est sur
elle que l'onasseure sa vie,
ses biens & sa fortune, & que
l'on va sur toute forte de
Mers par son secours, aussi
aisement & avec autant de
seureté que sur rcrrc)& qu'enfin
l'onattire les peuples les
plus Barbares, & les moins
civilisez à des connoissances
qu'ilsn'auroient jamais euës,
& à des alliances qui ne se
(
seroient jamais faites,témoins
les Ambassadeurs d'Ardra
dans la Guinée, ceux de
Moscovie, d'Alger, de Maroc
de Fez, & de nouveau ceux
de Siam,& d'autres?
Comme l'aiguille aimantée
est la principale partie
& la plus noble de la
Boussole, on doit avoir un
grand foin de la mettre dans
sa perfection
, & dans une
liberté qui la laisse bien agir.
L'aiguille ayant esté frottée
de l'A iman) acquiert les
mesmes proprietcz que cette
pierre renferme en soy, & les
conferve des Siecles entiers.
La Boëte ou elle doit estre
enfermée,est ordinairement
de bois, ronde ou quarrée;
il n'importe, mais sur tout il
faut se donner de garde de ;
n'y mettre aucun clou de fer,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte fera de cinq
ou six pouces de diamettre.
On plantera au milieu un pi-
-
vot à angles droits fait de
cuivre,c'est la matiere la plus
propre, décrivant avec le
Compas un Cercle Concentrique
en la mesme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
a réputation d'y travailler
excellemment.
Au retour des grandsvoyages
, on doit laisser les Boussoles
en leur état & dans leur
situation naturelle; elles ne :
se gastent pas pour estre dans
le repos. Quelques-uns atta--
chent la roteavec l'aiguilles
pour luy donner plus de fermeté
; celle d'un Cadran solaire
est tropvive pour unn
Vaisseau qui est toujours
dans l'agitation,&on auroit
peine à s'y regler. Pour lasJ
figure de l'aiguille aimantée
cela dépend des habiles Ar..]
tisans, & qui en connoissentir
les défauts & la perfection.
On a remarqué du moin
vingt declinaisons de l'Ai
man ou de la Boussole, c'est
¥
a quoy les habiles Pilotes
prennent ordinairement gar- de,pour se regler sur leurs
Cartes &asseurer leur Navigation
; les. sçavans Auteurs
enseignent à les corriger.
Toutes les Nations del'Europe
se font accord ées à diviser
l'horison en trente-deux
Rumbs
,
qui font autant de
routes différentes
, que le
Vaisseau doit suivre par le
moyen de la Boussole, estant
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route est éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart; & quoy
que cette division puisse s'e
tendre jusqu'à trois cens soi
xante degrez
,
la premiere est
l'ordinaire de tous les Pilotes
& sur laquelleils sereglent
& leurs Cartes font marquées
de ces trente-deux Rumbs:
qui font les vents, & ces
vents font les routes qui regardent
les parties du mon.
de. Je laisse aux Curieux à
visiter les Cartes,& à enapprendre
les noms qui y font
marquez, & principalement
sur la Boussole.
L'aiguille de la BoUssole.
ayant acquis la mesme vertu
de
de l'Aiman qui l'a touchée,
laconserve dans cette admirable
& surprenante proprieté
,
qu'elle tourne naturelle.
ment un de les bouts au Nort
& l'autre auSud, qui luy est
opposé; & le Lys qui en: en
la Rose legarde toujours le
Nort ; ainsi en suivant les lu
gnes qui font marquées en la
Boussole seulement avec
l'oeil, on peut connoistre
en touttempsl'end roit de
l'horison
,
les quatre Vents
principaux, & pareillement
tous les autres.
L'avantage que son tire
de la Boussole., qui rend la
conduite du Vaisseau tresaisée
, est qu'elle represente
toutes les routes dans la mesme
disposition qu'elles font
en effet
) & l'experience &la
pratique en font connoiftrc
lavérité.
C'eil: une chose merveilleuse,&
qui donne un grand
avantage à la Navigation;
que par la conduite de la
Boussole,le Pilote peut tel.
lement gouverner ion Vaisseau,
dans les plus épaisses
tenebres de la nuit qu'il n'a
besoin ny des Astres ny de
;
lumière,& mesme il le gouverne
aussi-bien estant dans
le fond decale, ques'ilestoit
sur la poupe ou sur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
Mer, ou de ne la pas voir,
non plus que le Ciel, ny aucune
Estoile remarquable
qui puisse luy designer quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Bousfoie,
ou une pierre d'A iman
dans leurs voyages de long
cours, à cause des accidens
qui sont à craindre, & c'est
une précaution qu'il est bon
d'avoir. Ce n'est pas que l'aiguille
d'un Cadran ne pust
servir deBoussolleencasdecas denetr.
1 ", 1 cessitépourvûqu'on la mette
sur du liege flotant, sur de
l'eau dans un grand vase
, car
elle marquera toujours le
Nort, ou l'Estoile polaire.
C'est comme les Anciçns en
usoient.
Si l'Aiman ou l'aiguille
aimantée de la Boussole n'avoit
point de declinaison,
l'art de la Navigation Seroit
entierement allure en son
principe;& le Vaisseau suivant
si ligne marquée par le
ent ou le Rumb< ne s'écarteroit
jamais de sa route, ce
pgui ne se peur faire sans dé*-
sliner.
Enfin,comme jel'ay déjai
Hit,ilya un grand nombre
He declinaisons que les Carycs
enseignent, & les Auteurs
qui les marquent dans
eurs traitez, font à consulter.
Comme l'aiguille de la
Boussoleales mesmes vertus
yc proprietez que l' A iman , est à propos de parler de
cette Pierre, pour faire l'uion
de l'une avec l'autre.
PlusieursAuteursontécrie
de la nature & des vertus de
l'Aiman à l'égard du fer qu'il
attire,&en sontun prodige
denature. S. Augustin mesme
en saCité deDieu,Isidore,
Platon & Theophraste en
disent des merveilles, & pour
la découverte, Nicander
&'. Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvépar ha"
zard de cette maniere.
Un Pasteur l10mnlé¡rAa.,
snety menant paistre son ,troupeau sur le montIda en
Phrygie,s'apperceut que M
fer de sa houlette & lescloud
de ses souliers le tenoient ans
resté. Il en fut surpris, & en
avertit ses Compagnons qui
meurent la curiosité de tirer
p quelquesunes deces Pierres
bdulieuoù elles estoient, &
bd'en faire l'experience, ce
quiayant réussi, ils nommeirent
l'Aiman Magnes, du
nom decePasteur,&ce nom
ulluy est demeuré depuis en
Latin. La chose se divulgua,
&&C cette vertu cachée & secrete
fut ainsidécouverte.
D'autres donnent le nom de Magnesà l' Aimant de
Celuy de Magnesie, Ville de
^Macédoine) tirantversle lac
*Boebti$3 où il se trouve sur le ;
mont appellé Capo virilichi
de Natolie; d'autres le nomment
encore Heraclion
,
du J
nom de la Ville d'Heraclée *t
parce qu'on y en trouve aux
environs;ou du nom d'Hercule,
i cau se de sa foreeattra--
ctive envers le fer.
Sotachus faitcinq especes
d'Aiman
>
& les divise de
cetre forte
,
le premier qui.
vient d'Ethiopie
)
le second,
qui se trouve en Phrygie ou àCapo-Virilichi,le troisiéme
prés d'Echium,Ville de Boeotie,
le quatriéme en Alexan-
,j
drie de Troade, & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
>W*7guiefeo> à une lieuë & den
mie de Prague. Il y en a de
maslme & de femelle, dont les
vertus font différentes. On
en voit de diverse couleur;
mais le bleu est le plus
excel lent & le plus precieux
b de tous. Il s'en trouve de
) cette especeen une Contrée
) sablonneuse appellée Zimiris.
Le blanc n'a pas tant de force,
) & les Italiens l'appellentCalamita
bianca. Ce n'est pas
) qu'il n'yen ait en Allemagne
) d'excellent; mais le meilleur
est celuy quiattirele fer d'une
costé, & lerepousse de l'autre.
Ainsi dans l'Aiman la partie
Boreale qui attire le fer, doit
regarder la Boreale,de mesme
que l'australe qui lerepousse,
doit regarder l'australe.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes,&que les Allemans
appellent Ein Bleser, n'est pas
uneespece difference;car tout
Aiman qui attire le fer, &
montre les plages du monde
par une de ses parties, le
repousse de la partie opposée.
On voit ainsi dans l'Aiman.
que les parties opposées font:
Il des effetsdifferens.
C'est une erreur que les
Vaisseauxqui ont des cloux de fer,demeurentattachez à.
u une Montagneversle Nort,
«» s'ils en approchent de trop- prés, à cause de rAitnan
qui s'y trouve, & qu'ils ont
peine à s'en tirer; mais c'est
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
> d'Aiman, y courtnaturellement,
&tache de s'y joindre,
& si le fer est attaché & plus
pesant que la pierre, l'Aiman,
, court au fer & s'y joint.
Il faut pour la conservation
de l'Aiman qu'il soit enfermé
dans la limaille de fer
..J
où
il conferve ses forces, les
augmente,& en fait sa nourriture
; de plus il communique
sa vertu au fer, comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaisne, dont l'un attire
l'autre, parce que la
vertu de l'Aiman [rani pire,
& passe au travers de chaque
anneau jusqu'au bout de la
chaisne&dansl'estenduë ou
cercle de son activité. Dans
cette attraction il est necessaire
que l'Aiman soit plus
pesant que le fer
, autrement
,'lPAiman iroit au fer ; mais
quoy qu'il en soit, c'est toûjoursl'Aiman
qui attire selon
le sentiment de tous ceux qui en ont écrit.
Ce qui est encore de plus
merveilleux, l'Aimanne laissse
pas d'attirer le fer au travers
du bois,de la pierre &
du verre mesme
,
& ces corps
ne mettent point d'obstacle
sa vertuattractrice. Cette
vertu naturelle ressemble à
La lumiere
,
qui passe au travers
des corps diaphanes &
ransparens
, ou au son qui
raverse les corps les plus solides,
& vient fraper lesorei
les; maisc'est une chose a
sez étonnante que l'Aima
ayant tant de simpathie ave
le fer, se fortifiant dans
limaille, & y acquerant me
me de nouvelles forces,
n'agit pas également en tou
tes ses parties, que d'un cost
il l'attire
,
& de l'autre il
repousse. D'où luy vient ce
amour & cette aversion
un mesmetemps? Ce son
des merveilles qui doiven
estre admirées des hommes
& qui ne sçauroient estr
connuës.
L'onpourroit douter sil'Aiman
souhaite s'unir au fer,
ou lefer à l'Aiman pour se
revestir de ses vertus, combine
font, attirer un autre fer,
:Jx, montrer les plages du
)rmonde, & cette propriété
est sans doute la plus Dclle,
a plus curieuse & la plus
dmirable , puis que par le
)lnoyen d'une aiguille aimansèée
,enfermée dans une Boufole
,
l'on trouve le pole, l'on
onnoiftle point arctique&
antarctique, l'on parcourt
joutes les Mers aussi-bien la uit que le jour, & l'on peuc
adresserdes routes sans erreur
à toutes les parties du
monde, & mesme jusqu'aux
Antipodes.
Voicy uneexpérience aC
fez aisée pour connoistre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal, & le poin
austral. Il faut la mettre dan
une écuelle de bois sur une
eau reposée dans un bassîn
Cette écuelle tournera assc,,:
long-temps sur l'eau, jusqu'
ce que le point boreal d
la pierre ait trouvé le pol.
boreal
,
& alors elle s'y an
restera, & cela donnera lier
de distinguer dans l'Aiman
v !!a partie boreale & l'australe.
[ La mesme experience se peut
encore faire avec un filet;
) car si vous suspendez une
pierre d'Aiman, elletournera
long-temps jusqu'à ce qu'elle aittrouvé son pole. Ilenest de mesme de l'aiguilleaimantéeenfermée
dans sa Boussole&posée (u-r
son pivot;elle ne se reposera
pas qu'elle n'ait trouvé son
ÎNortj&enle montrant elle
amontre toutesles autres parties
du monde dans le mesme
temps. Elle a la mesme aé\ivite
que l'Aiman, & la garde
pendant tout un siecle sans
en este dépoüillée, à moins;
de quelque accident, comme;
du feu.
!
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman. Il faut
mettre un fer surun ais bien
poly,& luy presenter la pierre
d'Aiman.Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
; d'abord le fer tremblera
& suivra l'Aiman pour
s'y attacher. C'est une mer-j
veille que l'esprit de l'Aiman.
s'épanche sur le fer fl-J
1
tost qu'il enest coucher dans
son irradiation il se forme
un cetc le où s'étend sa vertu
inspirée.
Theoprafte Paracelse écrit
que les forces de 1" Aiman
peuvent Cllre augmentées à
l'infiny ,jusqu'à arracher un
cloud attaché dans une mu,,
raille, ce qu'il a mesme ex*
perimenté.
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodose
en l'année427. a fait
une admirable descriprion
de la pierre d'Aiman & de
ses vertus en une de ses Elj-.
L
grammes. Il la represents
sous la figure de la Déesse
Venus,&le fer fous celle du
Dieu Mars, & nous donne
une merveilleuse peinture de
leur simpathie & de leur amour.
Aussi n'y a m1 rien de
plus éclatant en la nature,
& qui paroisse plus aux yeux
que cetteviveimpression qui
feO'ne entre cette pierre& le
fer. On se sert de cet exemple
pour montrer qu'il peut
y avoir d'autres fimpathies
en la Nature, sinon auni
fortes, du moins approchantes
,
telle que la poudre
de simpathie par le vitriol
Romain avec le fang
d'une playe.
* On tient qu'AlbertleGrand,
qui a traité de l'Aimanjavoit
aussi la connoissance de la.
Boussole. C'est la pensée de
Cardan au 7.liv. de la Subtilité,
où il parle amplement
des vertus & des propriétés
de l'Ainlan., de sa découverte,
de ses effets & de ses
especes.
Jean-Baptisse Porta, Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre. Zuingerus en parle
beaucoup en son Theatre de
la Vie humaine; maisjamais
personne n'en a pû découvrir
la cause, &Dieu a voulu
que ce secret demeurait
caché dans la nature.
Ansclme Boëce de Bort,
en son histoire des Pierres
Precieuses, qu'il dédia àl'Empereur
Rodolphe II. dont il
estoit Medecin, & qu'il mit
en lumiere l'an
1 514. comme ;
aussîdans les Commentaites <
qu'il a faits sur la Pratique
dorée de Jean Stocher, im--
primez a Leyde l'an 1634,
parle àfond de l'Aiman^ôc>:
le préfere mesme à toutes les
Pierres les plus precieuses
pour ses vertus & ses proprie.
tez. Il dit que les unes ne
font que pour la couleur, le
brillant&labeauté, & pour
[
plaire
-
aux yeux, & l'autre
pour ravir l'esprit.
Mais à propos de la Bouf-
[ole, il y a encore une autre
L
merveille, que plusieurs Pi-
[ lotes ont ebservée dans leurs
[ Navigations. C'est que quand
[ le Vaisseauapasséau delà de
[ la Ligne meridionale,la Boussole
se sent affoiblir, & panche
ducollédu Pole Antarctique,
comme s'il y
avoit une autre montagne
d'Aiman dans l'extremité de
l'Amerique versle Pole Austral,
qui l'attiraft, cette quatrième
partie du Monde n'estant
pas encore entièrement : découverte.Quelques-uns;
mesme tiennent qu'il y en
peut avoir une, par les declinaifons
qu'ils remarquent en laBoussoleau delà de laLigne;
mais cette Boussole re- - prend toutes ses forces su tost
que le Vaisseau retourne au
dessous de la Ligne? en tirant
un peu vers le Nort:& par là
on
on presumeque cette aiguille
aimantée regarde plûtost les
IPoles que les plages du mon-
3 de. Ceux qui ont navigé le
iplus prés vers l' Amérique, se
sont apperceusque leurBous.
sole declinoit de quelques
bdegrez contre l'Occident, & ils ont remarquécela sur leur
Mappemonde par les hauteurs
du Pole Austral.
.: Comme le rond de la terre
est divisé dans saSphere
en360. degrez, & la Carte
bdes Pilotes en 32. Vents,qui
sont autant de plages;il leur
3eft facile de voir combien ils
sécartent de leur route ,6c
de la reprend re par le secours
de leur Boussole,ensupputant
les degrez. Cette aiguille:
(ertaufS de guide sur laterre;
4
ayant un Cadran solaire, on
y remarque le Nort, en la
faisant tourner sur la pointe:
du Midy, qui est la Fleur de :
Lys:&enconnoissant le Nort,
on connoist les autres parties,,
leMidy,l'Orient & l'Occi--
dent. On peutmesme par
son secours traverser les plus
vastes landes & les plus gran- -
des forests, l'aiguille mar--
quant toûjours le Pole Arctique.
LaBaussole sert aussi à
l'Ichnographie,quiest tracer
& décrirelafigure d'une
Ville, le plan d'un Chasteau,
ou d'une terre, ou d'unautre
lieu par ses éminencces,& par
les reduirs,en se servant de
;
pals ou de pieux pour marquer
lesd istances.
L'on a inventé encore
beaucoup d'autres secretscurieux
par l'usage de la Boussole,
& divers Jeux d'esprit
qui surprennent ceux qui
n'en sçavent pas le Cecree, &
qui se persuadent qu'il y a
de la magie ou de l'enchan..
tement. Boëtius en rapporte
de fort subtils en son histoire
des Pierreries,au chapitrede
l'Aiman.
Il nous reste à voir quelques
Navigations des plus
celebres qui se font faites depuisladécouverte
de cette
Boussole. Celle de Chriftophle
Colomb, natif de Gennés,
ne se fit que plus de cent
quatrevingt ans après ; il
découvrit la quatrième partie
du monde, qui est l'Amerique,
& ce fut l'an 1492.
pette partie futainsi nommée
&Arrimons Vespatius de
j Florence, qui y fit voile en-
1fuite
,
& l'an IJI?/.Ferdinand
ni Magellan trouva ledétroit
: qui porte son naIn, Magella-
„ nique, & fit le circuit du
1 monde. Mais aujourd'huy la
1 Navigation est élevée à un
1 point où elle n'avait point
| encore monré, &la France a | sesTyphis& ses Argonautes,
; qui n'apprehendent point les
écueils, les bancs, & les au-
<
tres perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
l
jours, leur experience les rend
t maistres dés leurs premiers
voyages. De plusonnepeut
donner assez de loüanges, aux
habiles Cosmographes &
aux illustresMathématiciens,
dont les Ouvrages
célébrés onc beaucoup
servy à la Navigation; les
Arias que l'on a faits en
Hollande, pour la defeription
des Mers
1
des Régions
&des Terres, fonr encore
d.un grand secours aux habiles
Pilotes.
J'ajoute icy pour la curiosité
de ceux qui voudront
s'instruire de tout ce qu'on
peut connoistre sur la Navigation,
& sur toutes les parr
ties qui la regardent,un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
Pierre Nonius, célébré
Mathématicien Portugais, en
l'année 1330. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parcies, où il traite des Cartes
marines, & des instrumens
qui fervent pour trouver
l'élévation du Pole: il y
explique lanaturedes Lignes
Loxodromiques
,
quels font
les instrumens les plus propres
pour faire une heureuse
navigation, &lesReglesque
l'on doit suivre pour le mesmeeffet.
De plus) il donne
folurionauxquestionsqu'Alphonse
Sofa luy propose sur
ses doutes qui regardent les
vents & le lever du Soleil. Il
faut dela pénétration pour
un si sçavant Auteur, dont
les queitions font curieuses.
Pierre Medina, Espagnol
) mit au jour en l'année 1561.
un traite en sa langue, divile
en huit livres; où il expose
les principes de la Sphere,
& sur tout ceux qui regardent
la Navigation. il
parle de la Mer, des courans,
des-bancs de fable les plus
fameux
,
des presages de ta
tempeste, desvents & de
leur
- cours, de la hauteur
des Etoiles
,
de l'élévation
du Pole) de la declinaison
du Soleil, & de celles de la
Boussole ; de la Lune & de
ses effets à l'égard du flux'J
des connoissances parfaites
duCalcndtier, & d'autres qui
regardent la Marine. Cet
Ouvrage a semblé assez curieux
pour avoir esté traduit
en François par Nicolas Nicolas
du Dauphiné, Geographe
du Roy. On la imprimé
à Lyon.
Jacques Severrius, donnas
au Public en l'année ijp8,
un Livre intituléde ,-
Orbes
catoptrico, où l' Auteur ex-- ''-' plique plusieurs choses qui
regardent la parfaire Navi.,;
gation, & les regles que
l'on y doit suivre.
Jean Garcia
,
surnommé
Ferdinand, mit en lumiere
en l'année1598. un Traité
fort curieux pour les Pilotes;
& pour la conduite desVaisfcaux
; où sont expliquées:
diveifes matieres, comme Jar;
declinaison du Soleil; lan
maniere de prendre les latiuudes
par la hauteur de TEooile
polaire; & ce qui efi:
sle plus curieux, c'est la defrriprion
presque entiere des
oftes de France, d'Erpagne,
& de Flandre) & de leurs
)Oorrs.
André Garcia Cespedes,
~Eûatif d'Espagne, produisiten
s'année 1606. en sa Langue
, un Livre qui porte pourtitre
ï%epimento de Navigacion
)
diinse
en deux Parties. Il yenseigne
les princi pes de la
~phere
, .&. ajoûteles Tables
sftes declinaisons du Soleil ,&
sa maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile po
laire De plus, il apprend lo
pratiques del'Astrolabe
, cz l'Arbateste, & de plusieur
autres instrumens necessaire
à la Sphere & à la Marine. 7
fait une entiere descriptio
de la Boussole., & de la ma
niere de s'en servir
,
& s'é~
tend sur plusieurs autres pal:J
ticularicez qui la regarden
Il traite de l'Hydrogaphie:
& des secrets pour la prati
quer ; & instruit à faire des
Ccarthes. eCe Lrivcreesht féort.ro
Simon Stevin Mathemai
xien du Prince d'Orange.
n l'année 1608. fit paroistre
Mémoires,divisez en six
livres.Il y traite de la Navigation
& detout ce qui la
regarde
, & de la Geographie,
sur tout il parle de la Navigation
Loxodromique&
lirculaire ; il y enseigne l'ugage
de l'Aiman &de la Boutole)
& de ses declinaisons,
vvec les pratiques ex. connoissances
duflux & reflux.
Guillaume Gilbert, Melecinde
Londres, en l'année
cvéïo. mit au jour un traité de
Aiman,où selon les principesdelaPhysique
,
il pari]
de lanature& de ses effets;
.& des moyens de s'en servin
Cet Ouvrage est Latin & son
curieux. C'est un des premiers
qui ait traité à fond de certl':
pierre.
VillebrordusSnellius en l'ann
née 1-62.0. fitparoistre son
Livre,intitulé Typhis Batavus
il donne une parfaiteconnoissance
des Lignes Loxodromiques,
& en explique h;
nature avec beaucoup de fo-i
lidité ; il y ajoute la methodo
de les réduire en tables; c'cor
jusqu'à presentceluy qui en
A parlé le plusà fond
Le cours de Conimbre parut
en i~.H y est traitede la
mature des vertus & des pro-
~prietez de l'Aiman, & de la
cBouflolc.
Nicolas Cabéc, Jesuite,mit
rmu jour en l'année1619. sa
Philosophie Magnétique,où
selon les principes de la Phisiique,
la nature,&les vertus
bde l'Aiman font expliquées,
àôc les secrets de la Boussole.
Adrianus Metius , donna n l'année1631. un traité du
premier Mobile, divisé en
xinq Livres, oùilenseigne
la Methode de naviger pan
le Globe, & pour l'usage des
Pilotes il y donne une Tables
des Lignes Loxodromiques,
qui est d'une grande érudition
&: utilité. C'est la pre-:
miere qui ait paru.
Jean Tassin, Geographe dun
Roy, en l'année 1633. donna,
au Public des Cartes desa;
costes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane, ce qui
est d'une merveilleuse commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier) Jesuite,c:
en l'année1640. fitparoistre
son Hydrographie en François
,
où il traite de l'Art )de naviger ) & de quelques
particularitez qui regardenr
la Marine.
Barthelemy Morisot > en
[ l'année 1643. fit imprimer à
1 Dijon son Livre intitulé Orbis
maritimus. On y voit tout
ce qui Yeft passé de plus
:>
considerable sur laMer,tant
0 en Navigation
,
qu'en Combats
; & tout y est traité
b d'une manière historique. Cet
) Ouvrage est fort agreable & fort utile.
Jean Grandamy, Jesuite,
mit en lumiere en l'année
1646. un traite tres-curieux y
où il fait voir par une nouvelle
demonstration l'immobilitédela
terre par le moyen
de l'Aiman. Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui onttenu le contraire, &
enseigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnétique
sans aucune décli-
Basson. Ses experiences font
admirables, & ses demonstrations
claires.
Nicolas Zuchi
,
de Parme,
Jesuite, publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman,
quiestaussi fort curieux. Il
) en explique tous les effets,
) & les fonde sur des rairons,
& en produit des experiences,
sans approfondir la cause primitive
, ne s'attachant qua la finale.
Nous avons aussi un excellent
Traité de l'Aiman du
sçavant Kirker Jesuite,&Bibliothecaire
du Vatican. Cet
) Ouvrage est remplyd'experiences
tirées de cette Pierre,
&enrichi de figures; mais il
s'attache plutôt! aux prati-
) ques, qu'à donner l'explication
de sa nature. Ce fut en
1 l'année1654. qu'il parut.
Bernard Varenius nous
donna en 1660. sa Geographie
Universelle
,
où il traite
de la Navigation assez amplement,
& donne l'explicatior
des Lignes Loxodromiques.
Jean Riccioli,de Ferrare,
Jesuite, en l'année 1661. fil
voir le jour à sa Geographie:
où il ajoûte un traité de la
Navigation. Cet Ouvrage est
divisé en neuf Livres ; il y
joint les Tables Loxodromiques,
explique clairement la
Navigation circulaire, enseigne
la plus grande partie de
Problêmes nautiques, & donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques.
La mesmeannée il parut
un Cours Mathématique de
Gaspar Schotus, Jesuite,où
il traite de l'art de naviger &
del'Hydrographie assez clairement
, mais avec peu de
démonstrations.
Mr Denis,Prestre,Hydro.
graphe & Professeur Royal
à Dieppe, en l'année 1666.
commença à donner au Public
ses Ouvrages par un trairé
de l'Aiguille aimantée ou
de laBoussole. Il enseigne les
moyens de trouver diverses
declinaisons del'Aimantée:
des Tables des amplitudes ortives.-? >.
Le mesme Mr Denis
xt
en l'année t6,6S. fit imprimer
une façon nouvelle deo
naviger par nombres, c'est à
dire, par Sinus, qui peut feulement
servir dans les Navirgations
de briefcours, & nonn
pas dans les longues.
En la mesme année Vin--l
cent Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman, dans le
quel il fait voir les directions
de la Boussole d'une maniere
nouvelle & solide. Cet Ou-u
ouvrage est d'un grand secours
pour la Navigation circulaire
'1{. Loxodromique.
.,
Le mesme M' Denis, en
année1669. donna au Puolic
un traitéintitulé, Dis
cours de la déclinaison du Soleil.
111 sert dans la Navigation à
observer la latitude en dioversesmanieres.
Le mesme Auteur en l'ananée1673.
mit au jour un autre ivre qui porte pour titre,
L'art de navigerensa plus haute
erfection
,
où il enseigne à
prouver facilement les laIluudes.
Claude - François Milleme
Dechales, Jesuite
> en l'année
1677. fit imprimer fonrii
Livre intitulé, tArt,rie nanji^v
ger, démontré parprincipes,&
confirmé par plusieurs observations
tirées de l'experience. Ce#3
Ouvrage est des plus solides
& est divisé en sept Livres,
avec quantitéde figures pour
l'intelligence, & des Table
fort amples. Il y traitede
grandeurs des Navires,avec
plusieurs circonstances de 1^1
Navigation sur les Rivières
& sur les Canaux; amplemen
de la Boussole & de sa constructionne
instruction;de la Sphere&dela
maniere d'observer la hauteur
tics Astres, des Lignes Loxo-
Hromiques, des Cartes hydrographiques,
des Latitudes
&C des Longitudes,enfindu
flus & du reflus de la Mer.
Maisoutretous ces Auteurs
jjque nous venons de citet,il y
ena encore d'autres qui ont
traitédela Navigation, sçavoir
Pierre AppianRodericus
Zamoranus , André Gaspar
Cespedius,DuRégime de la
'\Mfavigatïon-fèartholomoettsCrefr>:
entius> de Mauttcd Mediterrar,
nca-yAurufilnCoefareus; RoberItts
Dudlé, de arcanis maris
Jacques Colomb,d,ans; lo,
Flambeau de laNavigation
le Livre intitulé la Colomne
flamboyante; Pierre Herigon
en son Cours de Machematique;
Jean Janson, dans [OCI
Intioduction au Monde ma
ritime le P. Mersenne. Minime,
danssonIstiodromie:
LazarusBaytiusdere navali
J'ay leu en manufèrit L\
Phare de laMer, du Sr Bre
byon,Avocat à Dieppe, qui
mourut lors qu'on en impri
moitla premierefeüille.Ce
•Omvifieestoit divisé en si;:FI
ILivres.,& devoit avoir trente
ilfix gcran3de0s figures; le Sieur Bilaine en dévoit faire l'impression.
Il y est traitéàfond
de la Sphere, & de tout ce qui regarde une parfaite Navigation.
Il y a esperance que
aTes Héritiers le feront mettre
en lumiere dans quelque
Dzemps.11 avoit sesattestions
Ibde Mrs les Mathématiciens
ibde Paris.
Toutes les recherches que
vous venez delire sur l'Art
)hle la Navigation, ont este
faires par M Rouic,>deRouer.«i.
dont je vous ay déja envoyé
plusieurs Ouvrages quevous
avezestimez. Onest toujours
obligé a ceux qui par de femblables
foins facilitent au Public
ces fortes de connoiflances,
& qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
besoin de faire, pour s'infiruireun
peuàfond sur les
matieres de cette nature.
Vaisseaux en Europe que
l'année derniere
,
& si l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Esté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fortcurieux
,
dans lequel il
efl: traité detout ce qui regarde
la Navigation.C'est
une matiere d'une fort grande
étenduë, &qui doit faire
pdluaisir non feulement à ceux
mestier, mais mesme aux
indifferens, puis qu'il est fort
agreable de sçavoir unpeu
>dc tout , pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occasion s'en offre.
DE L'ART DE NJVIGEK ENtre les Arts qui font
estimez les plus necessaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a esté un des
premiers & des principaux.
L'obligation qu'il y avoit de
traverser les Rivieres, de pasfer
dans les Isles, & en d'autres
lieux, tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans,les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les soûtenir sur les eaux, pour
les transporterd'un bord à
l'autre, avec ce qu'ils vouloient
y conduire , & cela se
faisoit alors sans aucun Pilote.
De là font venus les
Rats-d'eaux
,
les Bacs
J
les
Pontons, les Canots, les
Gondoles, les Balons, les
Nacelles, & une infinité
d'autres Barques
,
aurquelles
on a donné divers noms selon
l'usage & les Regions où elles
ont elle inventées, & ces
Vaisseaux pour la pluspart
estoient ordinairement faits
tout d'une Iiiece, comme de
troncs d'arbres creu sez
)
d'écorces
& de roleaux
, y en
avanr d'une grosseur & d'une
grandeur suffisante pourcela.
D'autresestoient faits de
joncs pliez & joints ensemble
; quelques-uns de bois
de sciage? & de planches
chevillées, & d'autres de
cuir cousu & end urcy. Il y
en avoit qui estant faciles à
plier, le pouvoient aifémenc
transporter d'un lieu à l'autre,
ou que l'on pouvoit porter
en leur efiarJ comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes, & les Balons dans
le Royaume de Siam, ou les
Gondoles à Venise, & les
Pontons ailleurs.
Comme l'usage de tous ces
Vaisseaux n'estoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet,
on n'avoit besoin pour les
conduire que de perches, de
rames, de cordages, de moulinets
3 ou de voiles; on y
employoit les uns& les autres
en ces premiers temps,
& l'on voit encore dans les
Pa ïs qu'on découvre de nouveau,
que leurs Habitans en
usent presque tous de la mes-
: me maniere. Ilyaaussi des lieux vers
le Nort , comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaisseaux à
cause des glaces sont si portatifs
, qu'on les faitglisser
sur les neges pour les tranf-
: porter de Rmere à autre,
sans aucun débris,& vers la
Mer Glaciale; les Pyrates y
) ont des Vaisseaux de cuir si
bien fermez, qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
l profondement dans Teauj &L
pendant la nuit ils se glissent
sous les grands Vaisseaux)
les percent au fond de cale,
&.les font submerger
, pour
y exercer enfuire leur brigandage.
Voilà pour ce qui regarde
la construction la
matiere îz l'usage des premicrs
Vaisseaux.
On tient generalement que
les Egyptiens ont esté les
premiers qui ayent inventé
l'usage de ces petitsVaisseaux,
par la necessité qu'ils avoient :
des'en servir en certaine faûson
de l'année à cause des
inondations ordinaires que
[ le Nil fait tous les ans dans
leur Païs,ensorte que tou- tes les terresen sont couver- tes; ce qui oblige les Habirr
tans à y faire des Tranchées.
~&: des Fossez pour faciliter
lIes écoulemens de l'eau
, »5C
à se retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux sur les
» éminences de leurs Terres;
) car ce Fleuve ne croist qu'à
une certaine mesure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs,
Gondoles,se servent encore
) aujourd'huy de cette force de
[ petitsVaisseaux
)
qu'ils appellent
Fisoleroe,ils font ex- ;
tremement legers
,
& vont
aussiviste que le vent; c'est
pour la chasse de certains oiseaux
qu'ils appellent Fisoolæ,
& qui se fait sur l'eau avec
assez de divertisement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaisseaux
)
ils les appellent
Fusoleroe à cause de leur vi--
tesse, ou parce qu'ils ressemblcnt
à des fuseaux, estant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam, cymbala,longs &
ronds.
Les Syriens&lesAffricains
savoient emprunté l'usage de
olleurs Vaisseaux des Egyptiens.
Toutefois pour l'art de navviger
comme il estoit rude
5&& grossier en ce temps-là,
chaque Nation y ajoûta du
sien selon l'occasion
, & suivant
que leur propre ex perience
leur en donnoit lieu;
mais ce n'estoit pas encore our faire des voyages de
olong cours, ny pour sexposer
aux vents, & aux tempestes.
Ils ne faisoient que
costoyer les rivages, sans
entrer en pleine Mer, &
ixherchoient seulement leur
seureté en navigeant.
Il y a diversité d'opinions
entre les Auteurs àl'égard de
ceux qui ont esté les premiers
Inventeurs de la lonHruétion
des grands Vaisseaux, & des
instrumens qui fervent à la
Navigation. Quelques-uns
tiennent qu'A tlas inventa les
Navires & l'art de navi ger;
& d autres disent que ce furent
les Tyriens.
Ensuite les Copeens, habitans
de la Boeotie prés du
Fleuve Caphise, trouverent : l'usage des Rames & des Avi--:
rons. Dedale inventa le Mast ; «j
â.X. les Antennes, Icare, son
Fils, les Voiles. Les Tyrrremiens
forgerent les Ancres;
Mnacharsis fit les Harpons,
& Pericles les Crocs & les Agrafes
, pour servir dans les
combats demer. Les Platéens
J:onlpaiIcrent les premiers la uste largeur des Vaisseaux;
car auparavant ils estoient
oous bien plus longs que lar-
D'res) & toutefois capables de
recevoir beaucoup de personnes&
de bagage, selon la
ongueur des arbres, des ro- caux, ou des écorces dont
2ls estoient conitruits.
Quant à la difference des
Vaisseaux,& à leurs équipages
3
on donne à Tiphis
l'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
, & de conduire les
gouvernail comme un bon
Pilote. Minos composales
premier l'ArméeNavale.Eole
enseigna aux Nautonniers lai)
maniere de gouverner les
Voiles. Enfin on ajoûta tantii de découvertes à la Navigation
,
qu'elle commença àe
devenir plus parfaite, & alors
le desir de connoistre les>3
Regions &les Peuples, pOftaÕJ
ceux qui en avoient déja quelque
experience,àpasser en des
Païsun peu plus éloignez,&
à y transporter des vivres &
d'autres choses necessaires,
puur établir une espece de
commerce.
Entre ces Vaisseaux qui
commençoient déja à pouvoir
souffrir la Mer
3
les Galeres
semblerent d'un ufaec
aasfsletzzccoommmmooddeeppoouurrlleeuurrlele--
gereté & pour leur virefe;
Diodore dit que Sesostris Roy
d'Egypte
, & Successeur de
Moeris
, a esté le premier de
tous qui se soit servyde Galere
?
& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge, il tâcha de conduire
un Canal navigable depuis le
Nil jusqu'à cette Mer.
Thucydide rapporte que
Damased'Erictée inventa
la premiere Galere à deux
bancs, & Aminocle de Corint
he,celle qui estoit à trois.
Aristote aécrit que les Carthaginois
formerent celle qui
en avoit quatre. Nesictonde
Salamine en fitune de cinq;
& selon le témoignage de
Polybej, lesRomains furent
les premiers qui firent construire
une Armée navale de
cette sorte deVaisseaux,dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuse inventa des
Galeres à six bancs. Mnefigethon
en composa juiqu'l
dix; Alexandre le Grand,
jusqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une jusqu'à
quinze, Ainsi le progréss'en
augmentoit detempsen
temps, & selonles expcriences
& la force des Vaisseaux
? qui devoient tenir la mer ,
& y resister
,
& alors les rames
estoient autant en usage
que les voiles.
Mais quand le bruit se fut
répandu par toute la Grece,
que Jason commandé par le
Pvoy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par -
mer, pour aller en laColchideàla
conqueste de la Toison
d'or, toute la Fleur de la
jeunesse de Grece voulut avoir
part à cette fameuse navigation
dont tout le monde parloir.
C'est ainsi qu'en usent
les Volontaires dans les grandes
Expéditions. Le nombre
en fut de cinquante-quatre?
des plus braves & des plus
considerables de laGrece.
A ce sujet on construisit
une Galere à trente ttaçcs de
chaque costé,ce qui n'avoit
:, point encore esté fait jusques
alors. Ce fut Argus Fils d'Arestor,
qui en fut l'Architecte
,
&qui luy donna de son
nom celuy d'Argo
,
& ceux
qui le monterent furent delà
appeliezArgonautes, si l'on
encroitApollonius le Rhodien.
ToutefoisDiodore dit
que ce Vaisseau futainsi
nommé à cause de sa legereté;
& Ciceton assure que
cetre Galere portoit ce nom
à cause de celuy des Grecs,
qui s'appelloient alors Argi,
ve5,du nom de la Ville d'Argos
dont ils estoientoriginaires.
Typhis,commePilote
pour son experience, prit la
conduire de ce Vaisseau?qui
a esté si renommé dans la
Grece,& qui pourainsi dire
a merité d'estre transporté
dans le Ciel, pour y faire unes,
constellation entre les autres
Astres.
Moreri dans son Diéèion-I
naire historique, marque que
cette Navigation se fit en
l'année 2792. de la Creation
du monde, s'il y a quelque
ombre de verité en cette histoire
si fabuleuse. Tout le
mistere de cette Conqueste
rin'ciloit que le secret & la
b découverte de la Pierre Philosophale,
que les Anciens
couvroient des voiles decette
IFabïe.
Mais quel que éclat que cet-
,ne Navigation au eu, & quoy
pqu'on l'éleve au dessus de
toutes les autres entreprises
maritimes,elle n'est presque
nrien à l'égard de ces grandes
Navigations qui se sont faites
bdepuis dans toutes les mers
asses plus vastes
,
& jusquss aux
Regions les plus reculées, &
dont la découverte n'a pû
fc faire sans le secours de
l'Aimant & l'usage de lal
Boussole.
Les bancs des Galeress'aug-
-
menterent encore de nombre
,
puis que Ptolomeus Phi-
- ladelphus en fit faire une de
quarante, & Ptoloméus Phi- -
lopator; surnommé Triphon, (J
uneautre desoixante.
Mais de quelle quantité de 3
Vaisseaux
? & de quelle grandeur
Xerxes, Roy des perses,
<; necouvrit-ilpasl'Hellespont
avec son Aimée navale? Le
nombre en estoit du moins
de
bde mille. Quelle hauteur,
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas les Navires,
dont il fit faire un pont ilié de chaifnes pour joindre
l'Asie à l'Europe. Toutefois
avec ce grand appareil de
guerre sur mer) il fut vaincu
par Themistocle prés de Salanine
,
&: contraint de se sauver
avec une petiteBarque.
Aprés tout, l'on remarque
ussu'en ces temps-l à les Pilotes
¡;tn'dvoient point d'autres guiotes
que leurexperience, la
lécouverte des Isles & des
Terres qu'ils avoient euxmêmesveuës,
des Golphcs-oùi
ils étoieut arrivez, des banc
&des écueils qu'ils avoient
€vitez,desRéd uits &desSinus
qu'ils connoissoient, & l'ot<
fervation des Estoiles qui leult
servoient à se conduire; U
quand ils avoient perdu leutfj
tramontane,ils couroient riQ
que de faire naufrage. -Ju-nques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'e-a
stoient point en usage; aussi
leurs Navigations n'estoient
elles pas fort grandes, & les]
naufrages pouvoient estre aie
sez frequens
Y
puis qu'il
alloit assurer sur la force de
ses bras, sur l'industrie des
Nautonniers, sur la conduite
les voiles & des rames, pour
se tirer des écueils, des bancs
de sable, & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aussi remarque-t-on que
la pluspart faisoient ferrer
leurs Vaisseaux sur le devant
& fous la carene, pour les rendre
plus solides contre les vagues,
& pour en empescher
le débris contre les rochers
sachez.
On donnoit aussi ancienment
des noms specieux aux
Vaisseaux les plus considerables,
commeon le voit au * combat navaldécric par Virgile
dans le cinquième livre
de son Eneide, où il nomme
trois Vaisseaux, la Balene, le
Centaure, & la Chimere. Et
aujourd huy encore à Venise
n'ya-t-il pas le Bucentaure,
qui est un Vaisseau de solem-
- nité & d'apparat, d'une pro--
digieufe grandeur, qui se démonte,
& qu'on remet enn
efur quand le Doge fait la
ceremonie d'aller e pouser la
Mer. De mesme dans les Arméesnavales
il y a des VaiC-l;
séaux qu'on nomme le Grand
„
Amiral, le Vice -
Amiral, la
) Capitane, &c.
Les Anciens en avoienten-
) core de differente nature, les
uns decharge,& les autres de
3 guerre. Les premiers estoient
) ordinairement plats, & fervoient
au passage des gens
de guerre, du bagage, des
rl harnois & des chevaux. Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa, & on lesappelloit
Hippagines
, non pas de son
nom, mais dumotGrec de
3 cheval. Les autres qui servoient
dans les combats d.,
mer, estoient gros & ronds)
munis de becs de fer & poin- !
tus> pour percer de roideur :
ceux des Ennemis à force de : bras, & par la violence des ;
rames, & les couler à fond.
Aussi estoient-ils appellez;
rostratæ na-La Navires à bec.
De là cft venu chez les Romains,
que le Senat estoit
apellé l\Eflra, & que pro rostris
dicere,veut dire haranguerdevant
leSena,parce que quand
Romains avoient pris des
Vaisseauxà bec sur les Ennemis
dans quelque combat
on leur coupoit ce bec., &..
~oon l'attachoit le long du
éIBarreau où se faisoient les
harangues, & où fevuidoient
}llcs causes; de mesme que l'on
fc attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Eten- bdardsqu'on prend sur les
3 Ennemis.
Ces mesmes Vaisseaux de
guerreavoientaussi des Tourelles
sur la poupe, d'où la
Milice combattoit à coups
) de dards & de Bêcbes) &
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaisseaux des ennemis,comme
du le mesme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Auguste
contre Antoine &
Cleopatre.
1 Ces Vaisseaux avoient encore
les Pàvoijddes3 qui cG
toient des ceintures de boucliers
rangezsur le bord
>
avec lesquels la Milice se
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'usage
s'en garde encore maintenant
dans les grands Vaisseaux de
guerre, maisplûtost par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étose
ordinairement d'écarlate, tausquelles
on donne le nom.
de Pavesades, par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'usage de la Boussole
,
qui
estla conduite la plus reguliete
dont les Pilotes se fervent
avec le secours de la
Carte ou Mappemonde,pour
faire de grands voyages par
mer,& ellen'a estéd écouverte
que depuis trois ou quatre
cens ans,par le moyen de l'Aiman,
il estfacile de croire,
comme j'ay dit,que l'on ne se
conduisoit furmpr auparavant
quepar sa propre experience,
par les vents,& par les Af-
!
tres : ce qui se remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il semble que la Divine
Providence avoit renfermé
tout le secret de la Boussole
dans le seul Aiman ; car
en effet sans le secours de :
cette Pierre, l'usage n'en au-«
roit pasesté connu. LaBoussole
que les Latins appellent:
ACHS Magnetica navicularia, Aiguilleaimantée, ou Pixis
nautica,àcausedesa boëte)
est un infiniment fort necessaire
àla navigation. Cest;
une découverte des derniers
ficcles. dont les Anciens
n'ont point eu l'urage. Il est
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
esté connuës, en ce qu'il attire
à soy le fer; mais ils n'ont
pas sceu que ce mesme fer
touché de l'Aiman eustune
propriété pour se tourner vers leNord& le Midy; & c'est
là cette noble connoissance,,
qui a servy à découvrir les.
nouveaux Mondes, les Isles
inconnues
?
les Nations les
plus éloignées, & pour ainsi
dire, à enrichir l'Europe par
le commerce& par les frequentes
navigations qui se
font faires,& se font encore:
en toutes Izs parties diu
monde.
Quoy que les Anciensscessent
les vertus de l'Aiman,
&: qu'ils enayentécrit,
comme AnHore, Platon,
Pline,&plusieursautresdont
nous parleronsa on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Boussole, & le temps que l'on
commença à se servir dans
l'Europe de l' Aimanaulieu
de Boussole
,
est environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien,
ayant fait un voyage dans la
Chine, en apporta le secret.
Les Chinois s'en servoient
de cette maniere. Ils suspendoient
un morceau de la
pierre d'Aman sur un morceau
de Liege, & le laissoient
flotter sur l'eau dans un Basfin
ou un Cuveau, & ce
Liege avec l'Aiman nemanquoit
pas de tourner du
costé du Nort. C'estoit-là
leurBoussolequileurfaisoit
connoistre l'Etoile polaire,
&; la maniere de con duire
leurs Vaisseaux sur la Mer,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du ficcle precedent.
Ce mesme usage de cette
forte de Boussole a duré aussi
en Europe un assez longtemps,
jusqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus,
trouva le secret de la Boussole
, & par cet instrument
il donna moyen aux Espagnols
de naviger au nouveau
Monde,&d'y découvrir
la Castille d'or, & d'autres
parties de l'Amérique,
comme la Riviere de Platoe
& de Parana; c'est ce que
rapporte Petrus Cic'{tt , en
son traité de la Marine. Collenutius
dans son Histoire de
Naples en fait aussi mention;
•ôcjonjitisappelle la Boussole,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine.
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira, natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome,
environ l'an 1300. Cela a du
rapport avec ce qu'enécrit
Collenutius. Toutefois il se
peut faire que ce Gira ne
trouva feulement que le
secret de faire la Boussole ;
c'est a dire de faire la Boëtte
êc de suspendre les aiguilles
aimantées sur un pivot, pour
leur donner le mouvement
qu'elles ont. Mais on demande
si le Lys qui se
met en toutes les Boussoles
pour marquer le Pole ou le
Nort , en conduisant l'aiguille
sur ce Lys qui est la
marque du Midy, n'est pas
un indice, que lesFrançois
ont trouvé le secret de mettre
les Boussoles dans leur
perfection
, car toutes les
Boussoles font marquées de
cette fleur Royale, & mesme
en quelque Païs que cesoit
que l'on en fasse
, pourune
instruction generale on y
ajoute ce Lys.
Aussi est-cedepuis ce tempslà,
que l'Art de naviger a
acquis de la perfection,& est
ca si grande estime cheztoutes
les Nations, qu'on a tâché
dans Les deux derniers
Siecles à le porter à son plus
haut point de perfection &
qu'enfin fous le Regne de
Louis LE GRAND
, on Jo
proposé des recompenses
considerables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes.
Eneffet, Comme le commerce
unit les Nations les
plus éloignées, & n'enfait
presque pour ainsidire qu'un
seul peuple, qu'il porte les
richesses dans les lieux les
plus infertiles qu'il y répand
l'abondance & qu'il fait
voir les Indes Orientales &
Occidentales, la Chine & le
Perou dans l'Europe, ne doiton
pas dire que la Boussole,
qui fait tant de merveilles,4 trll un ouvrage & un miracle
de l'Art,publique c'est sur
elle que l'onasseure sa vie,
ses biens & sa fortune, & que
l'on va sur toute forte de
Mers par son secours, aussi
aisement & avec autant de
seureté que sur rcrrc)& qu'enfin
l'onattire les peuples les
plus Barbares, & les moins
civilisez à des connoissances
qu'ilsn'auroient jamais euës,
& à des alliances qui ne se
(
seroient jamais faites,témoins
les Ambassadeurs d'Ardra
dans la Guinée, ceux de
Moscovie, d'Alger, de Maroc
de Fez, & de nouveau ceux
de Siam,& d'autres?
Comme l'aiguille aimantée
est la principale partie
& la plus noble de la
Boussole, on doit avoir un
grand foin de la mettre dans
sa perfection
, & dans une
liberté qui la laisse bien agir.
L'aiguille ayant esté frottée
de l'A iman) acquiert les
mesmes proprietcz que cette
pierre renferme en soy, & les
conferve des Siecles entiers.
La Boëte ou elle doit estre
enfermée,est ordinairement
de bois, ronde ou quarrée;
il n'importe, mais sur tout il
faut se donner de garde de ;
n'y mettre aucun clou de fer,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte fera de cinq
ou six pouces de diamettre.
On plantera au milieu un pi-
-
vot à angles droits fait de
cuivre,c'est la matiere la plus
propre, décrivant avec le
Compas un Cercle Concentrique
en la mesme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
a réputation d'y travailler
excellemment.
Au retour des grandsvoyages
, on doit laisser les Boussoles
en leur état & dans leur
situation naturelle; elles ne :
se gastent pas pour estre dans
le repos. Quelques-uns atta--
chent la roteavec l'aiguilles
pour luy donner plus de fermeté
; celle d'un Cadran solaire
est tropvive pour unn
Vaisseau qui est toujours
dans l'agitation,&on auroit
peine à s'y regler. Pour lasJ
figure de l'aiguille aimantée
cela dépend des habiles Ar..]
tisans, & qui en connoissentir
les défauts & la perfection.
On a remarqué du moin
vingt declinaisons de l'Ai
man ou de la Boussole, c'est
¥
a quoy les habiles Pilotes
prennent ordinairement gar- de,pour se regler sur leurs
Cartes &asseurer leur Navigation
; les. sçavans Auteurs
enseignent à les corriger.
Toutes les Nations del'Europe
se font accord ées à diviser
l'horison en trente-deux
Rumbs
,
qui font autant de
routes différentes
, que le
Vaisseau doit suivre par le
moyen de la Boussole, estant
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route est éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart; & quoy
que cette division puisse s'e
tendre jusqu'à trois cens soi
xante degrez
,
la premiere est
l'ordinaire de tous les Pilotes
& sur laquelleils sereglent
& leurs Cartes font marquées
de ces trente-deux Rumbs:
qui font les vents, & ces
vents font les routes qui regardent
les parties du mon.
de. Je laisse aux Curieux à
visiter les Cartes,& à enapprendre
les noms qui y font
marquez, & principalement
sur la Boussole.
L'aiguille de la BoUssole.
ayant acquis la mesme vertu
de
de l'Aiman qui l'a touchée,
laconserve dans cette admirable
& surprenante proprieté
,
qu'elle tourne naturelle.
ment un de les bouts au Nort
& l'autre auSud, qui luy est
opposé; & le Lys qui en: en
la Rose legarde toujours le
Nort ; ainsi en suivant les lu
gnes qui font marquées en la
Boussole seulement avec
l'oeil, on peut connoistre
en touttempsl'end roit de
l'horison
,
les quatre Vents
principaux, & pareillement
tous les autres.
L'avantage que son tire
de la Boussole., qui rend la
conduite du Vaisseau tresaisée
, est qu'elle represente
toutes les routes dans la mesme
disposition qu'elles font
en effet
) & l'experience &la
pratique en font connoiftrc
lavérité.
C'eil: une chose merveilleuse,&
qui donne un grand
avantage à la Navigation;
que par la conduite de la
Boussole,le Pilote peut tel.
lement gouverner ion Vaisseau,
dans les plus épaisses
tenebres de la nuit qu'il n'a
besoin ny des Astres ny de
;
lumière,& mesme il le gouverne
aussi-bien estant dans
le fond decale, ques'ilestoit
sur la poupe ou sur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
Mer, ou de ne la pas voir,
non plus que le Ciel, ny aucune
Estoile remarquable
qui puisse luy designer quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Bousfoie,
ou une pierre d'A iman
dans leurs voyages de long
cours, à cause des accidens
qui sont à craindre, & c'est
une précaution qu'il est bon
d'avoir. Ce n'est pas que l'aiguille
d'un Cadran ne pust
servir deBoussolleencasdecas denetr.
1 ", 1 cessitépourvûqu'on la mette
sur du liege flotant, sur de
l'eau dans un grand vase
, car
elle marquera toujours le
Nort, ou l'Estoile polaire.
C'est comme les Anciçns en
usoient.
Si l'Aiman ou l'aiguille
aimantée de la Boussole n'avoit
point de declinaison,
l'art de la Navigation Seroit
entierement allure en son
principe;& le Vaisseau suivant
si ligne marquée par le
ent ou le Rumb< ne s'écarteroit
jamais de sa route, ce
pgui ne se peur faire sans dé*-
sliner.
Enfin,comme jel'ay déjai
Hit,ilya un grand nombre
He declinaisons que les Carycs
enseignent, & les Auteurs
qui les marquent dans
eurs traitez, font à consulter.
Comme l'aiguille de la
Boussoleales mesmes vertus
yc proprietez que l' A iman , est à propos de parler de
cette Pierre, pour faire l'uion
de l'une avec l'autre.
PlusieursAuteursontécrie
de la nature & des vertus de
l'Aiman à l'égard du fer qu'il
attire,&en sontun prodige
denature. S. Augustin mesme
en saCité deDieu,Isidore,
Platon & Theophraste en
disent des merveilles, & pour
la découverte, Nicander
&'. Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvépar ha"
zard de cette maniere.
Un Pasteur l10mnlé¡rAa.,
snety menant paistre son ,troupeau sur le montIda en
Phrygie,s'apperceut que M
fer de sa houlette & lescloud
de ses souliers le tenoient ans
resté. Il en fut surpris, & en
avertit ses Compagnons qui
meurent la curiosité de tirer
p quelquesunes deces Pierres
bdulieuoù elles estoient, &
bd'en faire l'experience, ce
quiayant réussi, ils nommeirent
l'Aiman Magnes, du
nom decePasteur,&ce nom
ulluy est demeuré depuis en
Latin. La chose se divulgua,
&&C cette vertu cachée & secrete
fut ainsidécouverte.
D'autres donnent le nom de Magnesà l' Aimant de
Celuy de Magnesie, Ville de
^Macédoine) tirantversle lac
*Boebti$3 où il se trouve sur le ;
mont appellé Capo virilichi
de Natolie; d'autres le nomment
encore Heraclion
,
du J
nom de la Ville d'Heraclée *t
parce qu'on y en trouve aux
environs;ou du nom d'Hercule,
i cau se de sa foreeattra--
ctive envers le fer.
Sotachus faitcinq especes
d'Aiman
>
& les divise de
cetre forte
,
le premier qui.
vient d'Ethiopie
)
le second,
qui se trouve en Phrygie ou àCapo-Virilichi,le troisiéme
prés d'Echium,Ville de Boeotie,
le quatriéme en Alexan-
,j
drie de Troade, & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
>W*7guiefeo> à une lieuë & den
mie de Prague. Il y en a de
maslme & de femelle, dont les
vertus font différentes. On
en voit de diverse couleur;
mais le bleu est le plus
excel lent & le plus precieux
b de tous. Il s'en trouve de
) cette especeen une Contrée
) sablonneuse appellée Zimiris.
Le blanc n'a pas tant de force,
) & les Italiens l'appellentCalamita
bianca. Ce n'est pas
) qu'il n'yen ait en Allemagne
) d'excellent; mais le meilleur
est celuy quiattirele fer d'une
costé, & lerepousse de l'autre.
Ainsi dans l'Aiman la partie
Boreale qui attire le fer, doit
regarder la Boreale,de mesme
que l'australe qui lerepousse,
doit regarder l'australe.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes,&que les Allemans
appellent Ein Bleser, n'est pas
uneespece difference;car tout
Aiman qui attire le fer, &
montre les plages du monde
par une de ses parties, le
repousse de la partie opposée.
On voit ainsi dans l'Aiman.
que les parties opposées font:
Il des effetsdifferens.
C'est une erreur que les
Vaisseauxqui ont des cloux de fer,demeurentattachez à.
u une Montagneversle Nort,
«» s'ils en approchent de trop- prés, à cause de rAitnan
qui s'y trouve, & qu'ils ont
peine à s'en tirer; mais c'est
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
> d'Aiman, y courtnaturellement,
&tache de s'y joindre,
& si le fer est attaché & plus
pesant que la pierre, l'Aiman,
, court au fer & s'y joint.
Il faut pour la conservation
de l'Aiman qu'il soit enfermé
dans la limaille de fer
..J
où
il conferve ses forces, les
augmente,& en fait sa nourriture
; de plus il communique
sa vertu au fer, comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaisne, dont l'un attire
l'autre, parce que la
vertu de l'Aiman [rani pire,
& passe au travers de chaque
anneau jusqu'au bout de la
chaisne&dansl'estenduë ou
cercle de son activité. Dans
cette attraction il est necessaire
que l'Aiman soit plus
pesant que le fer
, autrement
,'lPAiman iroit au fer ; mais
quoy qu'il en soit, c'est toûjoursl'Aiman
qui attire selon
le sentiment de tous ceux qui en ont écrit.
Ce qui est encore de plus
merveilleux, l'Aimanne laissse
pas d'attirer le fer au travers
du bois,de la pierre &
du verre mesme
,
& ces corps
ne mettent point d'obstacle
sa vertuattractrice. Cette
vertu naturelle ressemble à
La lumiere
,
qui passe au travers
des corps diaphanes &
ransparens
, ou au son qui
raverse les corps les plus solides,
& vient fraper lesorei
les; maisc'est une chose a
sez étonnante que l'Aima
ayant tant de simpathie ave
le fer, se fortifiant dans
limaille, & y acquerant me
me de nouvelles forces,
n'agit pas également en tou
tes ses parties, que d'un cost
il l'attire
,
& de l'autre il
repousse. D'où luy vient ce
amour & cette aversion
un mesmetemps? Ce son
des merveilles qui doiven
estre admirées des hommes
& qui ne sçauroient estr
connuës.
L'onpourroit douter sil'Aiman
souhaite s'unir au fer,
ou lefer à l'Aiman pour se
revestir de ses vertus, combine
font, attirer un autre fer,
:Jx, montrer les plages du
)rmonde, & cette propriété
est sans doute la plus Dclle,
a plus curieuse & la plus
dmirable , puis que par le
)lnoyen d'une aiguille aimansèée
,enfermée dans une Boufole
,
l'on trouve le pole, l'on
onnoiftle point arctique&
antarctique, l'on parcourt
joutes les Mers aussi-bien la uit que le jour, & l'on peuc
adresserdes routes sans erreur
à toutes les parties du
monde, & mesme jusqu'aux
Antipodes.
Voicy uneexpérience aC
fez aisée pour connoistre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal, & le poin
austral. Il faut la mettre dan
une écuelle de bois sur une
eau reposée dans un bassîn
Cette écuelle tournera assc,,:
long-temps sur l'eau, jusqu'
ce que le point boreal d
la pierre ait trouvé le pol.
boreal
,
& alors elle s'y an
restera, & cela donnera lier
de distinguer dans l'Aiman
v !!a partie boreale & l'australe.
[ La mesme experience se peut
encore faire avec un filet;
) car si vous suspendez une
pierre d'Aiman, elletournera
long-temps jusqu'à ce qu'elle aittrouvé son pole. Ilenest de mesme de l'aiguilleaimantéeenfermée
dans sa Boussole&posée (u-r
son pivot;elle ne se reposera
pas qu'elle n'ait trouvé son
ÎNortj&enle montrant elle
amontre toutesles autres parties
du monde dans le mesme
temps. Elle a la mesme aé\ivite
que l'Aiman, & la garde
pendant tout un siecle sans
en este dépoüillée, à moins;
de quelque accident, comme;
du feu.
!
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman. Il faut
mettre un fer surun ais bien
poly,& luy presenter la pierre
d'Aiman.Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
; d'abord le fer tremblera
& suivra l'Aiman pour
s'y attacher. C'est une mer-j
veille que l'esprit de l'Aiman.
s'épanche sur le fer fl-J
1
tost qu'il enest coucher dans
son irradiation il se forme
un cetc le où s'étend sa vertu
inspirée.
Theoprafte Paracelse écrit
que les forces de 1" Aiman
peuvent Cllre augmentées à
l'infiny ,jusqu'à arracher un
cloud attaché dans une mu,,
raille, ce qu'il a mesme ex*
perimenté.
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodose
en l'année427. a fait
une admirable descriprion
de la pierre d'Aiman & de
ses vertus en une de ses Elj-.
L
grammes. Il la represents
sous la figure de la Déesse
Venus,&le fer fous celle du
Dieu Mars, & nous donne
une merveilleuse peinture de
leur simpathie & de leur amour.
Aussi n'y a m1 rien de
plus éclatant en la nature,
& qui paroisse plus aux yeux
que cetteviveimpression qui
feO'ne entre cette pierre& le
fer. On se sert de cet exemple
pour montrer qu'il peut
y avoir d'autres fimpathies
en la Nature, sinon auni
fortes, du moins approchantes
,
telle que la poudre
de simpathie par le vitriol
Romain avec le fang
d'une playe.
* On tient qu'AlbertleGrand,
qui a traité de l'Aimanjavoit
aussi la connoissance de la.
Boussole. C'est la pensée de
Cardan au 7.liv. de la Subtilité,
où il parle amplement
des vertus & des propriétés
de l'Ainlan., de sa découverte,
de ses effets & de ses
especes.
Jean-Baptisse Porta, Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre. Zuingerus en parle
beaucoup en son Theatre de
la Vie humaine; maisjamais
personne n'en a pû découvrir
la cause, &Dieu a voulu
que ce secret demeurait
caché dans la nature.
Ansclme Boëce de Bort,
en son histoire des Pierres
Precieuses, qu'il dédia àl'Empereur
Rodolphe II. dont il
estoit Medecin, & qu'il mit
en lumiere l'an
1 514. comme ;
aussîdans les Commentaites <
qu'il a faits sur la Pratique
dorée de Jean Stocher, im--
primez a Leyde l'an 1634,
parle àfond de l'Aiman^ôc>:
le préfere mesme à toutes les
Pierres les plus precieuses
pour ses vertus & ses proprie.
tez. Il dit que les unes ne
font que pour la couleur, le
brillant&labeauté, & pour
[
plaire
-
aux yeux, & l'autre
pour ravir l'esprit.
Mais à propos de la Bouf-
[ole, il y a encore une autre
L
merveille, que plusieurs Pi-
[ lotes ont ebservée dans leurs
[ Navigations. C'est que quand
[ le Vaisseauapasséau delà de
[ la Ligne meridionale,la Boussole
se sent affoiblir, & panche
ducollédu Pole Antarctique,
comme s'il y
avoit une autre montagne
d'Aiman dans l'extremité de
l'Amerique versle Pole Austral,
qui l'attiraft, cette quatrième
partie du Monde n'estant
pas encore entièrement : découverte.Quelques-uns;
mesme tiennent qu'il y en
peut avoir une, par les declinaifons
qu'ils remarquent en laBoussoleau delà de laLigne;
mais cette Boussole re- - prend toutes ses forces su tost
que le Vaisseau retourne au
dessous de la Ligne? en tirant
un peu vers le Nort:& par là
on
on presumeque cette aiguille
aimantée regarde plûtost les
IPoles que les plages du mon-
3 de. Ceux qui ont navigé le
iplus prés vers l' Amérique, se
sont apperceusque leurBous.
sole declinoit de quelques
bdegrez contre l'Occident, & ils ont remarquécela sur leur
Mappemonde par les hauteurs
du Pole Austral.
.: Comme le rond de la terre
est divisé dans saSphere
en360. degrez, & la Carte
bdes Pilotes en 32. Vents,qui
sont autant de plages;il leur
3eft facile de voir combien ils
sécartent de leur route ,6c
de la reprend re par le secours
de leur Boussole,ensupputant
les degrez. Cette aiguille:
(ertaufS de guide sur laterre;
4
ayant un Cadran solaire, on
y remarque le Nort, en la
faisant tourner sur la pointe:
du Midy, qui est la Fleur de :
Lys:&enconnoissant le Nort,
on connoist les autres parties,,
leMidy,l'Orient & l'Occi--
dent. On peutmesme par
son secours traverser les plus
vastes landes & les plus gran- -
des forests, l'aiguille mar--
quant toûjours le Pole Arctique.
LaBaussole sert aussi à
l'Ichnographie,quiest tracer
& décrirelafigure d'une
Ville, le plan d'un Chasteau,
ou d'une terre, ou d'unautre
lieu par ses éminencces,& par
les reduirs,en se servant de
;
pals ou de pieux pour marquer
lesd istances.
L'on a inventé encore
beaucoup d'autres secretscurieux
par l'usage de la Boussole,
& divers Jeux d'esprit
qui surprennent ceux qui
n'en sçavent pas le Cecree, &
qui se persuadent qu'il y a
de la magie ou de l'enchan..
tement. Boëtius en rapporte
de fort subtils en son histoire
des Pierreries,au chapitrede
l'Aiman.
Il nous reste à voir quelques
Navigations des plus
celebres qui se font faites depuisladécouverte
de cette
Boussole. Celle de Chriftophle
Colomb, natif de Gennés,
ne se fit que plus de cent
quatrevingt ans après ; il
découvrit la quatrième partie
du monde, qui est l'Amerique,
& ce fut l'an 1492.
pette partie futainsi nommée
&Arrimons Vespatius de
j Florence, qui y fit voile en-
1fuite
,
& l'an IJI?/.Ferdinand
ni Magellan trouva ledétroit
: qui porte son naIn, Magella-
„ nique, & fit le circuit du
1 monde. Mais aujourd'huy la
1 Navigation est élevée à un
1 point où elle n'avait point
| encore monré, &la France a | sesTyphis& ses Argonautes,
; qui n'apprehendent point les
écueils, les bancs, & les au-
<
tres perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
l
jours, leur experience les rend
t maistres dés leurs premiers
voyages. De plusonnepeut
donner assez de loüanges, aux
habiles Cosmographes &
aux illustresMathématiciens,
dont les Ouvrages
célébrés onc beaucoup
servy à la Navigation; les
Arias que l'on a faits en
Hollande, pour la defeription
des Mers
1
des Régions
&des Terres, fonr encore
d.un grand secours aux habiles
Pilotes.
J'ajoute icy pour la curiosité
de ceux qui voudront
s'instruire de tout ce qu'on
peut connoistre sur la Navigation,
& sur toutes les parr
ties qui la regardent,un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
Pierre Nonius, célébré
Mathématicien Portugais, en
l'année 1330. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parcies, où il traite des Cartes
marines, & des instrumens
qui fervent pour trouver
l'élévation du Pole: il y
explique lanaturedes Lignes
Loxodromiques
,
quels font
les instrumens les plus propres
pour faire une heureuse
navigation, &lesReglesque
l'on doit suivre pour le mesmeeffet.
De plus) il donne
folurionauxquestionsqu'Alphonse
Sofa luy propose sur
ses doutes qui regardent les
vents & le lever du Soleil. Il
faut dela pénétration pour
un si sçavant Auteur, dont
les queitions font curieuses.
Pierre Medina, Espagnol
) mit au jour en l'année 1561.
un traite en sa langue, divile
en huit livres; où il expose
les principes de la Sphere,
& sur tout ceux qui regardent
la Navigation. il
parle de la Mer, des courans,
des-bancs de fable les plus
fameux
,
des presages de ta
tempeste, desvents & de
leur
- cours, de la hauteur
des Etoiles
,
de l'élévation
du Pole) de la declinaison
du Soleil, & de celles de la
Boussole ; de la Lune & de
ses effets à l'égard du flux'J
des connoissances parfaites
duCalcndtier, & d'autres qui
regardent la Marine. Cet
Ouvrage a semblé assez curieux
pour avoir esté traduit
en François par Nicolas Nicolas
du Dauphiné, Geographe
du Roy. On la imprimé
à Lyon.
Jacques Severrius, donnas
au Public en l'année ijp8,
un Livre intituléde ,-
Orbes
catoptrico, où l' Auteur ex-- ''-' plique plusieurs choses qui
regardent la parfaire Navi.,;
gation, & les regles que
l'on y doit suivre.
Jean Garcia
,
surnommé
Ferdinand, mit en lumiere
en l'année1598. un Traité
fort curieux pour les Pilotes;
& pour la conduite desVaisfcaux
; où sont expliquées:
diveifes matieres, comme Jar;
declinaison du Soleil; lan
maniere de prendre les latiuudes
par la hauteur de TEooile
polaire; & ce qui efi:
sle plus curieux, c'est la defrriprion
presque entiere des
oftes de France, d'Erpagne,
& de Flandre) & de leurs
)Oorrs.
André Garcia Cespedes,
~Eûatif d'Espagne, produisiten
s'année 1606. en sa Langue
, un Livre qui porte pourtitre
ï%epimento de Navigacion
)
diinse
en deux Parties. Il yenseigne
les princi pes de la
~phere
, .&. ajoûteles Tables
sftes declinaisons du Soleil ,&
sa maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile po
laire De plus, il apprend lo
pratiques del'Astrolabe
, cz l'Arbateste, & de plusieur
autres instrumens necessaire
à la Sphere & à la Marine. 7
fait une entiere descriptio
de la Boussole., & de la ma
niere de s'en servir
,
& s'é~
tend sur plusieurs autres pal:J
ticularicez qui la regarden
Il traite de l'Hydrogaphie:
& des secrets pour la prati
quer ; & instruit à faire des
Ccarthes. eCe Lrivcreesht féort.ro
Simon Stevin Mathemai
xien du Prince d'Orange.
n l'année 1608. fit paroistre
Mémoires,divisez en six
livres.Il y traite de la Navigation
& detout ce qui la
regarde
, & de la Geographie,
sur tout il parle de la Navigation
Loxodromique&
lirculaire ; il y enseigne l'ugage
de l'Aiman &de la Boutole)
& de ses declinaisons,
vvec les pratiques ex. connoissances
duflux & reflux.
Guillaume Gilbert, Melecinde
Londres, en l'année
cvéïo. mit au jour un traité de
Aiman,où selon les principesdelaPhysique
,
il pari]
de lanature& de ses effets;
.& des moyens de s'en servin
Cet Ouvrage est Latin & son
curieux. C'est un des premiers
qui ait traité à fond de certl':
pierre.
VillebrordusSnellius en l'ann
née 1-62.0. fitparoistre son
Livre,intitulé Typhis Batavus
il donne une parfaiteconnoissance
des Lignes Loxodromiques,
& en explique h;
nature avec beaucoup de fo-i
lidité ; il y ajoute la methodo
de les réduire en tables; c'cor
jusqu'à presentceluy qui en
A parlé le plusà fond
Le cours de Conimbre parut
en i~.H y est traitede la
mature des vertus & des pro-
~prietez de l'Aiman, & de la
cBouflolc.
Nicolas Cabéc, Jesuite,mit
rmu jour en l'année1619. sa
Philosophie Magnétique,où
selon les principes de la Phisiique,
la nature,&les vertus
bde l'Aiman font expliquées,
àôc les secrets de la Boussole.
Adrianus Metius , donna n l'année1631. un traité du
premier Mobile, divisé en
xinq Livres, oùilenseigne
la Methode de naviger pan
le Globe, & pour l'usage des
Pilotes il y donne une Tables
des Lignes Loxodromiques,
qui est d'une grande érudition
&: utilité. C'est la pre-:
miere qui ait paru.
Jean Tassin, Geographe dun
Roy, en l'année 1633. donna,
au Public des Cartes desa;
costes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane, ce qui
est d'une merveilleuse commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier) Jesuite,c:
en l'année1640. fitparoistre
son Hydrographie en François
,
où il traite de l'Art )de naviger ) & de quelques
particularitez qui regardenr
la Marine.
Barthelemy Morisot > en
[ l'année 1643. fit imprimer à
1 Dijon son Livre intitulé Orbis
maritimus. On y voit tout
ce qui Yeft passé de plus
:>
considerable sur laMer,tant
0 en Navigation
,
qu'en Combats
; & tout y est traité
b d'une manière historique. Cet
) Ouvrage est fort agreable & fort utile.
Jean Grandamy, Jesuite,
mit en lumiere en l'année
1646. un traite tres-curieux y
où il fait voir par une nouvelle
demonstration l'immobilitédela
terre par le moyen
de l'Aiman. Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui onttenu le contraire, &
enseigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnétique
sans aucune décli-
Basson. Ses experiences font
admirables, & ses demonstrations
claires.
Nicolas Zuchi
,
de Parme,
Jesuite, publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman,
quiestaussi fort curieux. Il
) en explique tous les effets,
) & les fonde sur des rairons,
& en produit des experiences,
sans approfondir la cause primitive
, ne s'attachant qua la finale.
Nous avons aussi un excellent
Traité de l'Aiman du
sçavant Kirker Jesuite,&Bibliothecaire
du Vatican. Cet
) Ouvrage est remplyd'experiences
tirées de cette Pierre,
&enrichi de figures; mais il
s'attache plutôt! aux prati-
) ques, qu'à donner l'explication
de sa nature. Ce fut en
1 l'année1654. qu'il parut.
Bernard Varenius nous
donna en 1660. sa Geographie
Universelle
,
où il traite
de la Navigation assez amplement,
& donne l'explicatior
des Lignes Loxodromiques.
Jean Riccioli,de Ferrare,
Jesuite, en l'année 1661. fil
voir le jour à sa Geographie:
où il ajoûte un traité de la
Navigation. Cet Ouvrage est
divisé en neuf Livres ; il y
joint les Tables Loxodromiques,
explique clairement la
Navigation circulaire, enseigne
la plus grande partie de
Problêmes nautiques, & donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques.
La mesmeannée il parut
un Cours Mathématique de
Gaspar Schotus, Jesuite,où
il traite de l'art de naviger &
del'Hydrographie assez clairement
, mais avec peu de
démonstrations.
Mr Denis,Prestre,Hydro.
graphe & Professeur Royal
à Dieppe, en l'année 1666.
commença à donner au Public
ses Ouvrages par un trairé
de l'Aiguille aimantée ou
de laBoussole. Il enseigne les
moyens de trouver diverses
declinaisons del'Aimantée:
des Tables des amplitudes ortives.-? >.
Le mesme Mr Denis
xt
en l'année t6,6S. fit imprimer
une façon nouvelle deo
naviger par nombres, c'est à
dire, par Sinus, qui peut feulement
servir dans les Navirgations
de briefcours, & nonn
pas dans les longues.
En la mesme année Vin--l
cent Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman, dans le
quel il fait voir les directions
de la Boussole d'une maniere
nouvelle & solide. Cet Ou-u
ouvrage est d'un grand secours
pour la Navigation circulaire
'1{. Loxodromique.
.,
Le mesme M' Denis, en
année1669. donna au Puolic
un traitéintitulé, Dis
cours de la déclinaison du Soleil.
111 sert dans la Navigation à
observer la latitude en dioversesmanieres.
Le mesme Auteur en l'ananée1673.
mit au jour un autre ivre qui porte pour titre,
L'art de navigerensa plus haute
erfection
,
où il enseigne à
prouver facilement les laIluudes.
Claude - François Milleme
Dechales, Jesuite
> en l'année
1677. fit imprimer fonrii
Livre intitulé, tArt,rie nanji^v
ger, démontré parprincipes,&
confirmé par plusieurs observations
tirées de l'experience. Ce#3
Ouvrage est des plus solides
& est divisé en sept Livres,
avec quantitéde figures pour
l'intelligence, & des Table
fort amples. Il y traitede
grandeurs des Navires,avec
plusieurs circonstances de 1^1
Navigation sur les Rivières
& sur les Canaux; amplemen
de la Boussole & de sa constructionne
instruction;de la Sphere&dela
maniere d'observer la hauteur
tics Astres, des Lignes Loxo-
Hromiques, des Cartes hydrographiques,
des Latitudes
&C des Longitudes,enfindu
flus & du reflus de la Mer.
Maisoutretous ces Auteurs
jjque nous venons de citet,il y
ena encore d'autres qui ont
traitédela Navigation, sçavoir
Pierre AppianRodericus
Zamoranus , André Gaspar
Cespedius,DuRégime de la
'\Mfavigatïon-fèartholomoettsCrefr>:
entius> de Mauttcd Mediterrar,
nca-yAurufilnCoefareus; RoberItts
Dudlé, de arcanis maris
Jacques Colomb,d,ans; lo,
Flambeau de laNavigation
le Livre intitulé la Colomne
flamboyante; Pierre Herigon
en son Cours de Machematique;
Jean Janson, dans [OCI
Intioduction au Monde ma
ritime le P. Mersenne. Minime,
danssonIstiodromie:
LazarusBaytiusdere navali
J'ay leu en manufèrit L\
Phare de laMer, du Sr Bre
byon,Avocat à Dieppe, qui
mourut lors qu'on en impri
moitla premierefeüille.Ce
•Omvifieestoit divisé en si;:FI
ILivres.,& devoit avoir trente
ilfix gcran3de0s figures; le Sieur Bilaine en dévoit faire l'impression.
Il y est traitéàfond
de la Sphere, & de tout ce qui regarde une parfaite Navigation.
Il y a esperance que
aTes Héritiers le feront mettre
en lumiere dans quelque
Dzemps.11 avoit sesattestions
Ibde Mrs les Mathématiciens
ibde Paris.
Toutes les recherches que
vous venez delire sur l'Art
)hle la Navigation, ont este
faires par M Rouic,>deRouer.«i.
dont je vous ay déja envoyé
plusieurs Ouvrages quevous
avezestimez. Onest toujours
obligé a ceux qui par de femblables
foins facilitent au Public
ces fortes de connoiflances,
& qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
besoin de faire, pour s'infiruireun
peuàfond sur les
matieres de cette nature.
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Résumé : DE L'ART DE NAVIGER.
Le texte aborde l'évolution de la navigation en Europe et l'importance croissante des vaisseaux. L'année précédente a vu un nombre record de vaisseaux, avec une augmentation prévue pour l'été suivant. La navigation est cruciale pour traverser rivières et îles, utilisant divers types d'embarcations comme des radeaux, des bacs et des gondoles, fabriqués à partir de matériaux naturels. Les Égyptiens sont souvent crédités de l'invention de ces petits vaisseaux, adaptés par les Vénitiens, Syriens et Africains. Le texte mentionne plusieurs inventions liées à la navigation, telles que les rames, les mâts, les voiles, les ancres et les gouvernails, attribuées à différents peuples et individus. Tiphys est crédité des règles de navigation et de l'utilisation du gouvernail, tandis que Minos forma la première armée navale. Les galères, rapides et maniables, furent utilisées par divers peuples, notamment les Égyptiens et les Romains. L'expédition des Argonautes, dirigée par Jason, est évoquée pour sa quête de la Toison d'Or. Les grandes flottes de Ptolémée et de Xerxès sont également mentionnées. Les pilotes anciens se fiaient à leur expérience et aux étoiles pour naviguer. Le texte compare ces navigations à celles plus récentes, facilitées par l'aimant et la boussole. Les vaisseaux anciens incluent ceux décrits par Virgile et des navires spécifiques comme le Bucentaure à Venise. Les vaisseaux de guerre possédaient des becs de fer et des tourelles pour lancer des projectiles. La boussole, introduite en Europe vers 1260, a révolutionné la navigation en permettant de découvrir de nouveaux mondes et d'enrichir l'Europe par le commerce. Les Chinois utilisaient déjà une forme primitive de boussole. Les améliorations apportées par Flavius Melphitanus et Jean Gira ont permis des explorations majeures, comme celles des Espagnols en Amérique. L'aiguille aimantée, ou aiman, est essentielle pour la navigation car elle permet de déterminer le nord et l'étoile polaire. Les cartographes enseignent diverses déclinaisons de l'aiguille. L'aimant, découvert par un pasteur nommé Magnès, attire le fer et repousse d'un côté. Les propriétés de l'aimant sont décrites par plusieurs auteurs anciens comme Saint Augustin et Pline. La boussole, utilisant une aiguille aimantée, aide à orienter les navires et à corriger leur route. Des expériences montrent que l'aimant tourne pour indiquer le nord. La boussole s'affaiblit au-delà de l'équateur, suggérant une autre montagne magnétique en Amérique du Sud.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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