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p. 213-241
POESIE nouvelle. TRADUCTION. Epître de Sapho à Phaon.
Début :
Est-ce d'un faux espoir me laisser prévenir, [...]
Mots clefs :
Coeur, Amour, Phaon, Épître, Traduction, Voeux, Pleurs, Maux, Malheurs, Charmes
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texteReconnaissance textuelle : POESIE nouvelle. TRADUCTION. Epître de Sapho à Phaon.
POESIE
nouvelle.
TRADUCTION.
Epître de Sapho à Phaon. E St-ced'un faux espoir
me laisserprévenir,
Que de me croire encor
dans vôtre Souvenir?
Mon coeur avecraison a-t-il
dule promettre
Que vous aurez connu doù
vous vient cette lettre ?
Ou mon nom seulement
vous aura-t-il tiré
D'un douce où sans cela
vous feriez demeuré?
Je pense déja voir que vôtre
esprit s'applique
A penetrer pourquoy je renonce
au Lyrique:
Mais pour peindre l'horreur
des maux que je
ressens,
L'Ode me prêteroit de trop
foibles accens.
Semblable à ces moissons
que ravage la flâme,
Par les feux de l'amour je
sens brûlermoname:
Tu vois l'Etna,Phaon;mon
coeur trop enflamé
De même que cemontest
de feux consumé.
En proye aux vifs transports
que ton amour
m'inspire,
Je cherche, mais en vain
les accords de ma lyre.
Pour chanter les Héros, les
Dieux & les combats,
Il faudroit être libre, & je
ne le fuis pas.
Les Muses dont mon coeur
reconnoissoit les charmes,
N'ont plus pour m'arrêter
1 que d'inutiles armes.
Mais pourquoy rappeller
des soupirs mal placez,
Ingrat?ta réunis tous mes
feux dispersez.
Je n'ai pu regarder tes
beaux yeux, ton visage,
Sans de l'amour pour toy
sentirtoute la rage;
Mon coeur pour te bannir
prit des foins superflus,
Il te trouvoit plus beau qu'-
Apollon & Bacchus.
Entre ces Dieux & toy la
feule difference,
C'est qu'ils ont de l'amour
reconnu la puissance;
Ariadne & Daphné leur
donnedonnerent
des fers,
L'une & l'autre pourtant
ne faisoient point
de vers.
Pourmoy toujours le Pinde
en richesses abonde,
Et l'éclat demon nomvole.
par tout le monde.
La nature, il est vrai, par
un peu de beauté
N'apasmontré pour moy
sa libéralité:
1 Mais j'enfuis par l'esprit
assez recompensée
Puisque , je fuis par là connuë
autant qu'Alcée.
Voudrais-tu Seulement recevoir
des liens
De celles dont les traits
ééogalleerroonntt les ttiieennss??
Ah l dans ce vain espoir si
ton ame s arrête,
Jamais femme ne doit s'atd
tendre à ta conquêIl te.
Ainsi
,
sans t'amuser à de
vagues projets,
Viens par un promt retour
expier tes forfaits.
Quand tu lisois mes vers,
je te paroissois belle,
Rien n'eût pu te forcer à te
rendre infidele,
Disois-tu. Pénétré de l'ardeur
de mes sons,
Ton coeur s'abandonnoit à
mes tendres chansons.
Un jour,pleine du feu qui
cause mon martyre,
Aux accens de ma voix je
mariois ma lyre :
Il m'en souvient encor; de
precieux momens
N'e;seffacentjamais de l'es- prit des amans.
Transporte du plaisir où se
-
livroit ton ame,
Tu me donnoisalors des
,
baiserstout de flame;
Alorsjete charmois, je regnois
iur ton'Coeur,
Lui-même il avoiioit sans
honte son vainqueur.
De ces rems fortunez la
trace évanouie
Me laisse le regret d'avoir
été trame.
La Sicile te voit offrir de
nouveaux voeux,
Elle voit éclater tes infideles
feux.
Dieux puissans! faloit-il me
faire Lesbienne?
Que ne m'avez-vous fait
naître Sicilienne?
Et vous,jeunes Beautez,
quand par les voeux
offerts.
Phaon vous veut marquer:
qu'il reconnoît vos fers,
Si comme un tendre amant
vous le voyez paraître,
Tremblez de croire trop ce
, que dira le traître;
Il aura beau jurer de mourir
fous vos loix,
Ce que dira l'ingrat, ilme
l'a dit cent fois.-
Et toy, Venus, & toy qu'on
adore enErice,
Si jamais tu daignasme voir
d'un oeil propice,
Si jamais tu reçus mes vers
avec plaisir,
Sois, pour me le prouver,
promte à me recourir;
Ne laisse point languir mon
coeur dans le murmurey-
Et si je fuis à toy) viens vanger
mon injure.
Mais que. je crains, helas !
que mes voeux rejettes
Ne soient pas feulement devenus
ecoutez.
A me persecuter la fortune
confiante
t
Ne lui permettra pas de - remplir mon attente;
Il faut me préparer à de nou-
; • ; veaux combats.
l-Ié quoy donc, fort cruel
n'es-tu point , encor las?
A peineje goûtois les douceurs
de la vie,
Qu'au jour que je voyois
ma mere fut ravie,
Et mon frere arrêté par d'indignes
liens
Perdit en même tem ps son
honneur & ses biens.
Abattu, consterné
)
reduit
dans la misere,
Ilfit choix sans rougir du
métier de Corsaire;
Pour prix d'avoir voulu lui
parler librement,
Je m'attirai sa haine & son
emportement; Dudestin irrité le barbare
caprice
Me donne dans ma fille un
surcroît de supplice,
Et, pour comble de maux
tes nouvelles amours
Me forcent d'appeller la
mort à mon secours.
Languissante & cedant aux
malheurs que j'endure,
Mes cheveux surmon col
tombent à l'avanture;
Je ne regarde plus ces ornemens
pompeux
Dont je faisois ma joye en
un temps plus heureux.
Eh! pourquoy tous ces soins
& cette étude vaine t
Celui qui la causoit vient de
briser sa chaine.
Je pleure, je gbemis, & mon coeur agité
T'aime encore malgré ton
infidélité.
Soir qu'ainsi lait voulu ma
triste destinée,
Qu'aux horreurs de l'amour
je fusse condamnée; Soit que T * *•, en moy
causant ces mouvemens,
Ait disposé mon coeur aux
tendres sentimens.
Mais dois je m'étonner de
ce que ta jeunesse
A sçû sans nul effort surprendre
ma tendresse ?
J'ai craint plus d'une fois
que les Divinitez
Ne se laissassent trop fur-
,
prendre à tes beautez.
Ah
! par un prompt retour
rends le calme à mon
ame;
Viens de nouveau, Phaon,
te livrer a ma flâme,
Je ne demande plus pour
prix de mon ardeur
Que tu payes mes feux par
le don de toncoeur;
Ce seroit trop oser. Que je
t'aime ôc te voye,
Cela suffira seul pour me
combler de joye.
Pendant que je t'ecris songeant
à mes malheurs,
Je baigne ce papier d'un deluge
de pleurs,
Je pense en ce moment à
ta suiteinfidelle.
Helas! quand j'en appris la
premiere nouvelle,
Lorsquequelqu'un me dit,
Phaon est disparu,
Interdite & confuse à ce
coup imprévu,
Dans l'horreur des tourmens
dont j'éprouvai
l'atteinte,
Je voulus, mais en vain,recourir
à la plainte;
Je voulus m'écrier,& ne le
pus jamais,
Un froid mortel lioit ma
langue à mon palais:
Pour soulager les maux
dont mon ame étoit
pleine,
Je ne pus par des pleurs
faire éclater ma peine:
Mais dés que j'eus repris l'urage
de mes sens,
Me livrant toute entiere a
mes malheurs pressans,
Employant contre moy
mes foibles mains pour
armes,
Je me voulus punir d'avoir
manqué de charmes.
Ah ! de quoy m'ont servi
ces vains emportemens?
Mon coeur aime toujours
l'auteur de ses tourmens.
En vain pour t'oublier je me
- fais une étude
De réfléchir sans cesse à
ton ingratitude.
Bien loin d'être en état de
suivre ce conseil,
Je tetrouve par-tout, même
dans le sommeil
;
Et lorsque sa bonté donne.
, treve àmes larmes,
Il te montre à mon coeur
avec de nouveaux
charmes,
Il te presente à moy dans
ces momens trompeurs
Où tu m'avois juré d'éternelles
ardeurs.
Mais cette illusion dont
mon ame est frapée
Au lever de l'aurore est d'abord
dissipée,
Et j'accusePhebus par mes
frequens soûpirs
De venir éclairer trop tôt
mesdéplaisirs.
Je cherche des forêts les
détours les plus sombres,
Pour les ensevelir dans
rhorreur de leurs ombres,
Et ces bois confidens de
mon bonheur passé
Voyent par mes regrets leur
repos traversé.
Telle qu'une Bacchante à
ses fureurs livrée,
Je cours sans observer une
route assurée,
Et mon esprit errant sur
cent objets divers,
Me conduit quelquefois
dans ces bocages verds,
Dont les arbres toufus & le
séjour tranquile
Prêtoient à nôtre amour un
favorable azile.
J'ai reconnu l'endroit où
)
recevant tes voeux,
Je faisois mon bonheur de
répondre à tes feux,
Et rappellant de toy jusqu'à
la moindre trace,
J'en garde un souvenir qui
jamais ne s'efface.
Ce fatalsouvenir banissant
maraison,
D'un deluge de pleurs j'inonde
le gazon;
Les arbres attendrisdutourment
que j'endure,
Semblent perdre pour moy
l'éclat
l'éclar-de leur verdure,
Et les oiseaux touchez de
mescuifàns soucis,
N'osent par leurs chansons
-
interrompre mes CrIS;
Ils respectent mes maux. La
seule Philomelle
Exprime par ses chants sa
;
douleur immortelle;
Tout le reste insensible à
l'horreur qui me suit,
Garde un silence égal à celui
de la nuit.
Auprès est un ruisseau qui
dans sa course lente
Sur un sable argenté parmi
les fleurs serpente;
Ses bords de toutes parts de
saules entourez
- Au Dieu de la forêt sont,
diton,consacrez.
Proche de ce ruisseau je-,
tois un jour couchée,
Ma tête sur un bras languisfamment
panchée,
Ayant devant les yeux tes
injustes mépris;
Une Nymphe s'offrit à mes
regards surpris.
Puis qu'au gré de tes voeux
tu ne peux, me dit-elle,
Remettre dans ses fers le
coeur d'un infidele,
Loin que son changement;
doive exciter ces pleurs ,-
Par un pareil oublimets fin
*
à tes malheurs,
Le moyen est aisé d'imiter
son exemple.
Aux bords Leucadiens eu
trouveras un Temple;
Par les flots de la mer il est
presque entouré,
Apollon dans ce lieu fut
toûjours adoré.
Deucalion brûlé d'une filme
cruelle,
Nepouvoit dePyrrha dompter
le coeur rebelle;
Triste & desesperant de
voir changer son sort,
Du sommet de ce Temple
ilaffronta lamort,
Et cherchant dans les flots
un remede à ses peines,
Il en [orrit, le coeur dé.
chargé de ses chaines.
De ce Temple voila l'admirable
vertu ; Vadégager ton coeur par
l'amour abattu,
Cours, brave le danger,
que rien ne te retienne
., Et que ta fermeté soit égale
à la renne. àlasienne.
A peine ai-je entendu ce
salutaire avis,
LaNymphe se dérobe àmes
yeux éblouis,
Etmoy pleine d'horreur ra..
me en proye aux alarmes,
J'abandonne ces lieux arrofez
de mes larmes.
Oui, Déesse,j'irai, lui dis-je
avec transport,
Sans craindre le dangerje
remplirai mon fort,
J'irai. La mort pour moy ne
sçauroit être affreuse;
Quoy qu'il puisse arriver, je
ferai plus heureuse.
Et toy, Fils de Venus, sois
sensible à mes nlaux)
En me precipitant soûtiensmoy
surles eaux,
De peur qu'on ne reproche
aux ondes d'Ambracie
QueSapho dans leur sein
a terminé sa vie.
Maispourquoy me forcer
à bannir mon amour?
Viens plutôt l'affermir,
Phaon,par ton retour;
Fais qu'à mon desespoir un
doux calme succede,
Toy seul m'en peux fournir
l'infaillible remede.
Héquoy,sans nul remords
oses-tu concevoir
Que l'on t'imputera mon
fatal desespoir?
Dans l'excés des tourmens
dont mon ame est atccince,
Je voudrois t'adresser une
éloquente plainte:
Mais ma douleur s'oppose àmestristesaccens,
Et mes maux m'ont ôté l'iu
sagede mes sens.
Je ne retrouve plus cette
chaleur sublime
- Par qui du double mont je
surmontai lacime,
Et Phebusquim'ouvroit
jadis tous ses tresors,
Pour animer ma voix s'épuise
en vains efforts.
Cet art que je reçus de la
bonté celeste,
Phaon me l'a ravi par fou
départ funeste.
Ramenez cet ingrat, qu'3i. l1
reprenne ses fers,
Et je vous donnerai d'abord
de nouveaux vers.
Mais il n'écoute rien, mes
prieres sont vaines,
Il ne veut point rentrer
dans ses premieres
chaines.
Mes voeux par le cruel ne
sont
sont point écoutez,
Messoûpirs sont perdus,&
mes pleurs rejettez.
Ah! puis qu'ilest ainsi, du
moins apprens, volage,
Que je vais travailler à bannir
ton image,
Et qu'au fond de la - mer
mon coeur trop agité
Va rencontrer la mort ou
la tranquilité.
nouvelle.
TRADUCTION.
Epître de Sapho à Phaon. E St-ced'un faux espoir
me laisserprévenir,
Que de me croire encor
dans vôtre Souvenir?
Mon coeur avecraison a-t-il
dule promettre
Que vous aurez connu doù
vous vient cette lettre ?
Ou mon nom seulement
vous aura-t-il tiré
D'un douce où sans cela
vous feriez demeuré?
Je pense déja voir que vôtre
esprit s'applique
A penetrer pourquoy je renonce
au Lyrique:
Mais pour peindre l'horreur
des maux que je
ressens,
L'Ode me prêteroit de trop
foibles accens.
Semblable à ces moissons
que ravage la flâme,
Par les feux de l'amour je
sens brûlermoname:
Tu vois l'Etna,Phaon;mon
coeur trop enflamé
De même que cemontest
de feux consumé.
En proye aux vifs transports
que ton amour
m'inspire,
Je cherche, mais en vain
les accords de ma lyre.
Pour chanter les Héros, les
Dieux & les combats,
Il faudroit être libre, & je
ne le fuis pas.
Les Muses dont mon coeur
reconnoissoit les charmes,
N'ont plus pour m'arrêter
1 que d'inutiles armes.
Mais pourquoy rappeller
des soupirs mal placez,
Ingrat?ta réunis tous mes
feux dispersez.
Je n'ai pu regarder tes
beaux yeux, ton visage,
Sans de l'amour pour toy
sentirtoute la rage;
Mon coeur pour te bannir
prit des foins superflus,
Il te trouvoit plus beau qu'-
Apollon & Bacchus.
Entre ces Dieux & toy la
feule difference,
C'est qu'ils ont de l'amour
reconnu la puissance;
Ariadne & Daphné leur
donnedonnerent
des fers,
L'une & l'autre pourtant
ne faisoient point
de vers.
Pourmoy toujours le Pinde
en richesses abonde,
Et l'éclat demon nomvole.
par tout le monde.
La nature, il est vrai, par
un peu de beauté
N'apasmontré pour moy
sa libéralité:
1 Mais j'enfuis par l'esprit
assez recompensée
Puisque , je fuis par là connuë
autant qu'Alcée.
Voudrais-tu Seulement recevoir
des liens
De celles dont les traits
ééogalleerroonntt les ttiieennss??
Ah l dans ce vain espoir si
ton ame s arrête,
Jamais femme ne doit s'atd
tendre à ta conquêIl te.
Ainsi
,
sans t'amuser à de
vagues projets,
Viens par un promt retour
expier tes forfaits.
Quand tu lisois mes vers,
je te paroissois belle,
Rien n'eût pu te forcer à te
rendre infidele,
Disois-tu. Pénétré de l'ardeur
de mes sons,
Ton coeur s'abandonnoit à
mes tendres chansons.
Un jour,pleine du feu qui
cause mon martyre,
Aux accens de ma voix je
mariois ma lyre :
Il m'en souvient encor; de
precieux momens
N'e;seffacentjamais de l'es- prit des amans.
Transporte du plaisir où se
-
livroit ton ame,
Tu me donnoisalors des
,
baiserstout de flame;
Alorsjete charmois, je regnois
iur ton'Coeur,
Lui-même il avoiioit sans
honte son vainqueur.
De ces rems fortunez la
trace évanouie
Me laisse le regret d'avoir
été trame.
La Sicile te voit offrir de
nouveaux voeux,
Elle voit éclater tes infideles
feux.
Dieux puissans! faloit-il me
faire Lesbienne?
Que ne m'avez-vous fait
naître Sicilienne?
Et vous,jeunes Beautez,
quand par les voeux
offerts.
Phaon vous veut marquer:
qu'il reconnoît vos fers,
Si comme un tendre amant
vous le voyez paraître,
Tremblez de croire trop ce
, que dira le traître;
Il aura beau jurer de mourir
fous vos loix,
Ce que dira l'ingrat, ilme
l'a dit cent fois.-
Et toy, Venus, & toy qu'on
adore enErice,
Si jamais tu daignasme voir
d'un oeil propice,
Si jamais tu reçus mes vers
avec plaisir,
Sois, pour me le prouver,
promte à me recourir;
Ne laisse point languir mon
coeur dans le murmurey-
Et si je fuis à toy) viens vanger
mon injure.
Mais que. je crains, helas !
que mes voeux rejettes
Ne soient pas feulement devenus
ecoutez.
A me persecuter la fortune
confiante
t
Ne lui permettra pas de - remplir mon attente;
Il faut me préparer à de nou-
; • ; veaux combats.
l-Ié quoy donc, fort cruel
n'es-tu point , encor las?
A peineje goûtois les douceurs
de la vie,
Qu'au jour que je voyois
ma mere fut ravie,
Et mon frere arrêté par d'indignes
liens
Perdit en même tem ps son
honneur & ses biens.
Abattu, consterné
)
reduit
dans la misere,
Ilfit choix sans rougir du
métier de Corsaire;
Pour prix d'avoir voulu lui
parler librement,
Je m'attirai sa haine & son
emportement; Dudestin irrité le barbare
caprice
Me donne dans ma fille un
surcroît de supplice,
Et, pour comble de maux
tes nouvelles amours
Me forcent d'appeller la
mort à mon secours.
Languissante & cedant aux
malheurs que j'endure,
Mes cheveux surmon col
tombent à l'avanture;
Je ne regarde plus ces ornemens
pompeux
Dont je faisois ma joye en
un temps plus heureux.
Eh! pourquoy tous ces soins
& cette étude vaine t
Celui qui la causoit vient de
briser sa chaine.
Je pleure, je gbemis, & mon coeur agité
T'aime encore malgré ton
infidélité.
Soir qu'ainsi lait voulu ma
triste destinée,
Qu'aux horreurs de l'amour
je fusse condamnée; Soit que T * *•, en moy
causant ces mouvemens,
Ait disposé mon coeur aux
tendres sentimens.
Mais dois je m'étonner de
ce que ta jeunesse
A sçû sans nul effort surprendre
ma tendresse ?
J'ai craint plus d'une fois
que les Divinitez
Ne se laissassent trop fur-
,
prendre à tes beautez.
Ah
! par un prompt retour
rends le calme à mon
ame;
Viens de nouveau, Phaon,
te livrer a ma flâme,
Je ne demande plus pour
prix de mon ardeur
Que tu payes mes feux par
le don de toncoeur;
Ce seroit trop oser. Que je
t'aime ôc te voye,
Cela suffira seul pour me
combler de joye.
Pendant que je t'ecris songeant
à mes malheurs,
Je baigne ce papier d'un deluge
de pleurs,
Je pense en ce moment à
ta suiteinfidelle.
Helas! quand j'en appris la
premiere nouvelle,
Lorsquequelqu'un me dit,
Phaon est disparu,
Interdite & confuse à ce
coup imprévu,
Dans l'horreur des tourmens
dont j'éprouvai
l'atteinte,
Je voulus, mais en vain,recourir
à la plainte;
Je voulus m'écrier,& ne le
pus jamais,
Un froid mortel lioit ma
langue à mon palais:
Pour soulager les maux
dont mon ame étoit
pleine,
Je ne pus par des pleurs
faire éclater ma peine:
Mais dés que j'eus repris l'urage
de mes sens,
Me livrant toute entiere a
mes malheurs pressans,
Employant contre moy
mes foibles mains pour
armes,
Je me voulus punir d'avoir
manqué de charmes.
Ah ! de quoy m'ont servi
ces vains emportemens?
Mon coeur aime toujours
l'auteur de ses tourmens.
En vain pour t'oublier je me
- fais une étude
De réfléchir sans cesse à
ton ingratitude.
Bien loin d'être en état de
suivre ce conseil,
Je tetrouve par-tout, même
dans le sommeil
;
Et lorsque sa bonté donne.
, treve àmes larmes,
Il te montre à mon coeur
avec de nouveaux
charmes,
Il te presente à moy dans
ces momens trompeurs
Où tu m'avois juré d'éternelles
ardeurs.
Mais cette illusion dont
mon ame est frapée
Au lever de l'aurore est d'abord
dissipée,
Et j'accusePhebus par mes
frequens soûpirs
De venir éclairer trop tôt
mesdéplaisirs.
Je cherche des forêts les
détours les plus sombres,
Pour les ensevelir dans
rhorreur de leurs ombres,
Et ces bois confidens de
mon bonheur passé
Voyent par mes regrets leur
repos traversé.
Telle qu'une Bacchante à
ses fureurs livrée,
Je cours sans observer une
route assurée,
Et mon esprit errant sur
cent objets divers,
Me conduit quelquefois
dans ces bocages verds,
Dont les arbres toufus & le
séjour tranquile
Prêtoient à nôtre amour un
favorable azile.
J'ai reconnu l'endroit où
)
recevant tes voeux,
Je faisois mon bonheur de
répondre à tes feux,
Et rappellant de toy jusqu'à
la moindre trace,
J'en garde un souvenir qui
jamais ne s'efface.
Ce fatalsouvenir banissant
maraison,
D'un deluge de pleurs j'inonde
le gazon;
Les arbres attendrisdutourment
que j'endure,
Semblent perdre pour moy
l'éclat
l'éclar-de leur verdure,
Et les oiseaux touchez de
mescuifàns soucis,
N'osent par leurs chansons
-
interrompre mes CrIS;
Ils respectent mes maux. La
seule Philomelle
Exprime par ses chants sa
;
douleur immortelle;
Tout le reste insensible à
l'horreur qui me suit,
Garde un silence égal à celui
de la nuit.
Auprès est un ruisseau qui
dans sa course lente
Sur un sable argenté parmi
les fleurs serpente;
Ses bords de toutes parts de
saules entourez
- Au Dieu de la forêt sont,
diton,consacrez.
Proche de ce ruisseau je-,
tois un jour couchée,
Ma tête sur un bras languisfamment
panchée,
Ayant devant les yeux tes
injustes mépris;
Une Nymphe s'offrit à mes
regards surpris.
Puis qu'au gré de tes voeux
tu ne peux, me dit-elle,
Remettre dans ses fers le
coeur d'un infidele,
Loin que son changement;
doive exciter ces pleurs ,-
Par un pareil oublimets fin
*
à tes malheurs,
Le moyen est aisé d'imiter
son exemple.
Aux bords Leucadiens eu
trouveras un Temple;
Par les flots de la mer il est
presque entouré,
Apollon dans ce lieu fut
toûjours adoré.
Deucalion brûlé d'une filme
cruelle,
Nepouvoit dePyrrha dompter
le coeur rebelle;
Triste & desesperant de
voir changer son sort,
Du sommet de ce Temple
ilaffronta lamort,
Et cherchant dans les flots
un remede à ses peines,
Il en [orrit, le coeur dé.
chargé de ses chaines.
De ce Temple voila l'admirable
vertu ; Vadégager ton coeur par
l'amour abattu,
Cours, brave le danger,
que rien ne te retienne
., Et que ta fermeté soit égale
à la renne. àlasienne.
A peine ai-je entendu ce
salutaire avis,
LaNymphe se dérobe àmes
yeux éblouis,
Etmoy pleine d'horreur ra..
me en proye aux alarmes,
J'abandonne ces lieux arrofez
de mes larmes.
Oui, Déesse,j'irai, lui dis-je
avec transport,
Sans craindre le dangerje
remplirai mon fort,
J'irai. La mort pour moy ne
sçauroit être affreuse;
Quoy qu'il puisse arriver, je
ferai plus heureuse.
Et toy, Fils de Venus, sois
sensible à mes nlaux)
En me precipitant soûtiensmoy
surles eaux,
De peur qu'on ne reproche
aux ondes d'Ambracie
QueSapho dans leur sein
a terminé sa vie.
Maispourquoy me forcer
à bannir mon amour?
Viens plutôt l'affermir,
Phaon,par ton retour;
Fais qu'à mon desespoir un
doux calme succede,
Toy seul m'en peux fournir
l'infaillible remede.
Héquoy,sans nul remords
oses-tu concevoir
Que l'on t'imputera mon
fatal desespoir?
Dans l'excés des tourmens
dont mon ame est atccince,
Je voudrois t'adresser une
éloquente plainte:
Mais ma douleur s'oppose àmestristesaccens,
Et mes maux m'ont ôté l'iu
sagede mes sens.
Je ne retrouve plus cette
chaleur sublime
- Par qui du double mont je
surmontai lacime,
Et Phebusquim'ouvroit
jadis tous ses tresors,
Pour animer ma voix s'épuise
en vains efforts.
Cet art que je reçus de la
bonté celeste,
Phaon me l'a ravi par fou
départ funeste.
Ramenez cet ingrat, qu'3i. l1
reprenne ses fers,
Et je vous donnerai d'abord
de nouveaux vers.
Mais il n'écoute rien, mes
prieres sont vaines,
Il ne veut point rentrer
dans ses premieres
chaines.
Mes voeux par le cruel ne
sont
sont point écoutez,
Messoûpirs sont perdus,&
mes pleurs rejettez.
Ah! puis qu'ilest ainsi, du
moins apprens, volage,
Que je vais travailler à bannir
ton image,
Et qu'au fond de la - mer
mon coeur trop agité
Va rencontrer la mort ou
la tranquilité.
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Résumé : POESIE nouvelle. TRADUCTION. Epître de Sapho à Phaon.
L'épître de Sapho à Phaon révèle la souffrance et la désillusion de Sapho face à l'infidélité de Phaon. Elle se demande si Phaon se souvient d'elle et si sa lettre lui rappellera leur amour passé. Sapho compare son cœur enflammé par l'amour à l'Etna en feu, incapable de chanter les héros et les dieux comme elle le faisait autrefois. Elle se remémore les moments de passion partagée et les serments d'amour de Phaon, désormais réduits à des souvenirs amers. Sapho évoque également ses malheurs personnels, tels que la perte de sa mère et l'emprisonnement de son frère, qui l'ont plongée dans la misère. Elle se sent trahie par Phaon et par le destin, envisageant même de se donner la mort pour échapper à sa souffrance. Elle décrit ses errances dans les forêts, où elle pleure son amour perdu, et rencontre une nymphe qui lui suggère de se jeter du temple de Leucade pour se libérer de son amour. Malgré sa douleur, Sapho exprime son désir de voir Phaon revenir et de retrouver la paix. Elle adresse une dernière supplique aux dieux et à Vénus pour qu'ils interviennent en sa faveur. Elle conclut en annonçant son intention de se jeter à la mer pour échapper à sa souffrance, espérant y trouver la mort ou la tranquillité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 24-35
EPITRE de Sapho à Phaon ; Traduction libre d'Ovide.
Début :
Insensible Phaon, reconnoîtras-tu les caractères de cette épître ? Le nom de [...]
Mots clefs :
Phaon, Yeux, Coeur, Amour, Sapho, Larmes, Lyre, Douleur, Apollon, Ovide
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE de Sapho à Phaon ; Traduction libre d'Ovide.
EPITRE de Sapho à Phaon ; Traduction
libre d'Ovide.
INSENSIBLE Phaon , reconnoîtras - tu les
caractères de cette épître ? Le nom de
celle qui les a tracés eft- il tout- à - fait forti
de ta mémoire ? Ingrat , ton coeur ne te
dit il plus que c'eft Sapho qui t'écrit ? Peutêtre
vas- tu demander pourquoi ce ron
plaintif?
FEVRIER . 1774: 25
plaintif ? Hélas ! il convient à ma fituation
déplorable. Il fut un temps où l'écho
répétoit les fons mélodieux de ma lyre ;
déformais il ne répétera plus que les accens
de ma douleur . Le ton funèbre de l'élégie
a été inventé pour l'amante abandonnée
& trahie.
Malheureufe ! le feu circule dans mes
veines . La fleur de ma jeuneffe fe fane .
C'est ainsi que , dans l'ardeur de la cani.
cule , le vent brûlant du midi , deffèche
les moiffons & Alétrit la verdure . Je pleure
, & Phaon parcourt avec tranquillité
les riantes campagnes de la Sicile. Ma voix
ne s'accorde plus au fon de ma lyre . Les
Mufes ne m'infpirent plus. Elles fuyent
une amante défefpérée . Les aimables com
pagnes de mon enfance n'ont plus à mes
yeux ces charmes qui me les rendoient fi
chères. La belle Anactorie a perdu fes
attraits . La blonde Cydno & l'aimable
Athis ne font plus les mêmes . Je les
fuis , je ne fonge qu'à Phaon , je ne vis
que pour Phaon.
O le plus chéri des amans ! je crois
te voir à chaque inftant. Je contemple
encore ces beaux yeux dont l'éclat a été
fi funefte à mon repos . Tantôt je te vois
tenant la lyre , & je te prends alors pour
B
谨
26 MERCURE DE FRANCE.
Apollon ; tantôt je te vois un thyrfe à la
main , & je crois voir alors l'aimable
Bacchus. Ces Dieux charmans auxquels
tu ne cèdes point en beauté , ne furent
point infenfibles. Apollon aima Daphné ,
Bacchus brûla pour Ariane ; l'une & l'autre
cependant ne furent pas favorifées
des Mufes. Les chaftes Soeurs du Permelle
m'infpirèrent des chants lyriques. Mon
nom fera immortel parmi les races furures.
La gloire du poëte Alcée ne s'étendra
pas plus loin que la mienne. Nous
rendrons à jamais célèbre l'ifle de Leſbos
qui nous a vu naître.
Si la Nature m'a refufé les agrémens
du corps , elle m'a prodigué ceux de l'ef.
prit. Je n'ai point cette blancheur éblouiſ-
Tante qui fafcine les yeux des amans vulgaires
;
mais Andromède , née fous le
ciel brûlant de l'Ethiopie , avoit le teint
noir , & Perfée ne l'en aima pas moins.
La blanche colombe s'unit fouvent au
pigeon d'un plumage différent . La tendre :
tourterelle ne dédaigne pas fon amant fidèle
, parce que fon plumage eft noir.
Il fut un temps où j'étois belle à tes :
yeux .Je m'en fouviens encore. (Les amans
perdent- ils le fouvenir de leur bonheur ) ?
Ah ! rapelle- toi ces momens heureux où
FEVRIER . 1774. 27
to me preffois tendrement fur ton fein.
Je chantois , & tu m'interrompois par des
baifers pleins de feu . Tes yeux peignoient
la volupté & la tendreffe. Tu admirois
avec tranfport le fon de ma voix & les
vers tendres que l'amour m'infpiroit . Ta
bouche collée fur la mienne , me juroit
alors de m'aimer toujours . Perfide ! où
font tes fermens ? Pourquoi fuis - je à Leſbos
? Phaon n'y eft plus . Que ne fuis je en
Sicile ? C'est là que le parjure cherche à
faire de nouvelles conquêtes . Jeunes
Beautés , qui habitez les champs fleuris de
la Sicile , fuyez les piéges que le plus
dangereux des hommes tend à votre ingenuité
. Renvoyez - le à Lefbos ; c'eſt
là que l'infortunée Sapho qu'il a trom
pée , gémit fans cefle. Il vous trompe
comme elle . Son langage , fes fermens
l'expreffion même de fes yeux autrefois fi
tendres , tout eft faux . O Venus ! fi jamais
j'ai chanté des hymnes à ta louange ,
venge- moi d'un perfide qui me fuit , &
qui s'eft réfugié jufques aux pied de tes
autels. *
1
Hélas ! la Fortune a épuifé fur moi fes
* Vénus étoit adorée en Sicile fous le nom
d'Ericyna.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
rigueurs. A l'aurore de mon âge , elle s'at ,
tacha à mon fort pour me pourfuivre. Je
n'avois vu que fix printemps , & j'arrofai
déjà de mes larmes l'urne d'un père.
Il me reftoit un frète . Une femme artificieufe
fçut gliffer dans fon coeur le
poifon de l'amour . Malheureufe victime
de fa paffion , il s'oublia lui même !
Honneur , fortune ; il prodigua tout pour
fon indigne conquête. Les confeils que
mon amitié alarmée lui donna , l'éloignèrent
de moi . Fugitif & déſeſpéré , il
parcourt les mers pour foutenir les reftes
d'une vie languiffante . Je n'ai qu'une fille .
Elle eft dans cet âge heureux où le coeur
ne s'ouvre pas encore aux impreffions
de la douleur. La tendreffe maternelle
m'alarme fans ceffe fur fon fort . Je crains
qu'un jour elle ne foit aufli malheureuſe
que fa mère,
Phaon Parmi tant de viciffitudes
étoit ma feule confolation . C'étoit pour
lui que je me parois de fleurs . C'étoit pour
plaire à fes yeux , que j'ornois mes cheveux
de l'éclat des tubis , & des parfums
dé l'Arabie . Vains ornemens ! ils me font
déformais inutiles. Je voulois plaire à--
Phaon , & Phaon n'eft plus ici. Les mers
nous féparent. Je néglige à préfent le foin
de ma parure. Le Zéphire ne ſe joue plus
f
FEVRIER. 1774.
د و
dans ces treffes charmantes que la main
de mon amant avoit formées . Mes cheveux
Hottent négligemment & fans apprêt
fur mes épaules. Tout m'accable ,
tout me devient importun .
eût
Heureufe & l'absence de l'objet chéri ,
ра étiendre le feu qui me dévore ! Que
je fuis loin de cette douce fécurité qui
fuit l'indifférence ! Je le fens , la plaie de
mon coeur eſt incurable. Les Parques , auffi
cruelles que toi , ont pris plaifir à tramer
les jours de ma vie infortunée . Je cherthe
en vain le repos dans le commerce
des Mufes : j'y trouve toujours l'amour .
Pouvois-je réfifter à tes charmes ? Une
foible mortelle pouvoit - elle contempler
fans danger ce teint de rofe , & ces yeux
dont l'éclat eût charmé les Divinités ?
Belle Aurore ! Combien de fois n'ai-je pas
craint que tu ne m'enlevalles monamant ?
Mais ton coeur étoit fixé , l'amour de Céphale
te captivoit. Lune brillante ! combien
de fois dans le filence de la nuit ne
t'es-tu pas arrêtée dans ton char d'argent ,
pour admirer
mon cher Phaon
dans les
bras du fommeil
? Ah ! fi Endimyon
n'eût fçu te plaire , fans doute je t'eufle vu
ma rivale. Vénus même n'auroit
pu téfif
ter aux charmes
qui m'ont féduite , ſi le
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
fouvenir d'Adonis n'eût été gravé dans
fon coeur.
O Phaon ! aimable jeune homme , la
gloire & l'ornement de ton fiècle , reviens ,
reviens cruel , dans les bras de ta Sapho.
Je ne demande point que tu m'aimes :
fouffre feulement que je t'adore ; ne me
hais point. Ce n'eft pas un crime de t'aimer
avec tranfport . Cet écrit arrofé de
mes larmes ne dit il rien à ton coeur ?
As tu pu m'abandonner fans me dire le
dernier adieu ? Puifque tu devois me quit
ter pour toujours , pourquoi m'avoir envié
la foible confolation de te baigner de mes
larmes , de t'accabler de mes baifers? Pourquoi
ne m'avoir laiffé aucun gage de ton
amour ? Babare ! mon coeur , ma vie ,
mon innocence même , tout étoit à toi ;
& tu ne m'as pas permis de te dire en
partant : Phaon , n'oublie point ta Sapho.
·
Que devins -je , grands dieux ! lorfque
je fus informée de ton départ . Un froid
mortel glaça mon coeur . Ma douleur concentrée
au dedans , ne put s'épancher
par mes larmes . Je voulus parler ; la parole
expira fur mes lèvres. Abartue & confternée
, je ne pus prononcer que ton nom .
Bientôt un torrent de larmes coula de
mes yeux. Mon défefpoir éclata en reFEVRIER.
1774. 31
proches contre la perfidie des hommes .
Hors de moi , je déchirai mon fein , j'arrachai
mes cheveux . Semblable à une
tendre mère qui fuit au bûcher le corps
inanimé d'un fils unique ; je poulfai
vers le ciel d'affreux gémiffemens .
J'appelai Phaon , & Phaon ne me répondit
point. Mon frère , mon barbare frère ,
iufulta à ma douleur , par le ris amer
de l'ironie . Toutes mes concitoyennes
furent témoins de mon défefpoir . Je ne
cherchai point à dérober à leurs yeux le
trait cruel qui me déchiroit . Mes larmes ,
mon vifage pâle & défait , tout m'auroit
-trahi .
Cher amant ! ton image me pourſuit
fans ceffe . La nuit , lorfque Morphée répand
fur moi fes pavots , je te vois à mes
côtés. Je te tends les bras. Je te preffe
contre mon fein . Mes baiſers raniment
tes yeux mourans & accablés fous le
poids de la volupté . J'entends encore ta
voix enchantereffe répondre à mes foupirs.
Chere illuſion ! Elle s'évanouit au
lever de l'aurore. Alors mon bonheur
fantaflique difparoît . La clarté du jour me
devient infupportable . Je fuis dans les
antres des rochers , & dans les forêts , autrefois
les témoins de nos plaifis . Je res
Biv
32
MERCURE
DE
FRANCE
.
connois.cette grotte ruftique, où tu me fis
le premier aveu de ton amour. Je reconnois
ces arbres touffus ,où font encore gravés
ton nom & le mien. Que ces lieux.
font changés ! je n'y retrouve plus celui
dont la préfence me les rendoit fi chers.
Je parcours feule & défefpétée ces riantes
prairies que nous parcourûmes autrefois
enfemble. Je vois encore ce tendre gazon
où Phaon voloit des bras de l'amour
dans ceux du repos . Alors des larmes
s'échappent de mes yeux , & je dis en foupirant
c'est ici que l'ingrat me jura de
'aimertoujours.Toute la Nature femble
partager ma douleur. Ces fleurs qui s'embelliffoient
à l'aspect de nos plaifirs, fe flétriffent
& languiffent far leur tige defféchée
. Les oifeaux ne voltigent plus dans
ces bocages. Ils ne chantent plus leurs
amours. La malheureufe Procné déplore
fa difgrace. Elle redemande Ithis à l'écho
des bois. Elle pleure la mort d'un fils ,
& Sapho regrette l'abfence d'un amant ..
Le doux zéphire ne folâtre plus avec les
fleurs ; il n'agite plus le feuillage de arbres.
L'abfence de Phaon attriſte tous les
objets .
Dans le réduit obfcur d'un bois foliaire
, eft une fontaine qu'une ancienne
FEVRIER . 1774. 33
Tradition a confacrée . Ses eaux claires &
limpides font bordées d'un gazon toujours
fleuri . Un feuillage épais en interdit
l'accès aux rayons du foleil . Un foir , au
clair de la lune , je m'endormis dans cet
afyle champêtre. Je crus voir une Nayades
fortir de la fontaine & s'arrêter devant
moi. Elle étoit trifte , & , me regardant
d'un air compatiffant , elle fembloit par
tager mes peines . Sapho , me dit - elle ,
malheureufe Sapho , tu peux éteindre le
feu qui te confume. Dirige tes pas vers
le promontoire confacré à Apollon . Précipite-
toi dans la iner, & tu feras guétie..
Deucalion enflammé d'amour pour l'infenfible
Pirtha , monta fur le rocher de
Leucate , & fe précipita dans les flots.
Aufi tôt fon coeur fut libre , & la cruelle
Pinha commença dès- lors à foupirer..
Depuis ce temps , ce promontoire a tou
jours été le refuge des amans défefpérés
Ainfi parla la Nymphe , & elle difparut
auffi tôt. Je me réveillai faifie de crainte..
Mes joues étoient inondées de larmes.
Belle Nayade , je fuivrai tes confeils..
J'irai , oui , j'irai fur le rocher de Leucate.
Je me précipiterai dans la mer . L'Amour
meprêtera fesaîles. Le Zéphir fou
tiendra le poids léger de mon corps..
- B. w
34
MERCURE DE FRANCE.
Lorfque j'aurai oublié l'ingrat qui caufe
tous mes malheurs , je confacrerai ma lyre
à Apollon ; ma lyre fur laquelle j'ai chanté
mes amours.
Homme dur & infenfible ! pourquoi
me forces - tu de chercher dans la mer un
remède à mes maux. Reviens , & ta préfence
me rendra ce bonheur qui s'eſt évanoui
comme un fonge. Reviens , tu feras
mon dieu , tu feras mon Apollon . Que
dis je ? Peut être dis-ton coeur , plus dur que
les rochers , triomphera-t'il de ma mort .
Ah ! du moins , fi je pouvois te ferrer
encore une fois dans mes bras , & me précipiter
avec toi ; je ne me plaindrois point
de ta cruauté.
Jeunes filles de Lefbos , vos chants
n'accompagneront plus le fon mélodieux
de ma lyre . Vous ne vous affemblerez
plus au tour de moi , pour m'entendre
chanter mes amours. L'aimable mortel
qui m'infpiroit n'eft plus ici . Je paifois
dans fes yeux cet enthoufiafime divin qui
m'élevoit l'ame . Sa préfence allumoit le
feu de mon génie . Un feul de fes regards
enflammoit mon imagination , & faifoit
naître dans mon coeur l'extafe du fentiment.
Il n'eft plus ici . Je cherche en vain
a le toucher par mes prières. Il ne m'enFEVRIER
. 1774. 35 %
tend plus . Mes foupirs ne parviennent
point jufqu'à lui .
Ah ! fi , du haut d'un rocher , je voyois
un jour les voiles de ton vaiffeau flotter
dans les airs ; puiffe alors la déeffe de Cythère
, calmer l'impétuofité des flots ! Que
l'Amour prenne lui - même le gouvernail,
& que l'haleine des Zéphirs enfle doucement
les voiles ! Mais fi cet efpoir eft
vain ; fi Sapho doit être pour jamais féparée
de fon cher Phaon , annonce moi,
mon `malheur. J'aurai alors recours à la
plus trifte des reffources , au rocher de
Leucate. Le danger ne m'effraye point ,
pourvu que je puiffe efpérer un fort , plus
heureux .
Par M. D..... , de Chartres :
libre d'Ovide.
INSENSIBLE Phaon , reconnoîtras - tu les
caractères de cette épître ? Le nom de
celle qui les a tracés eft- il tout- à - fait forti
de ta mémoire ? Ingrat , ton coeur ne te
dit il plus que c'eft Sapho qui t'écrit ? Peutêtre
vas- tu demander pourquoi ce ron
plaintif?
FEVRIER . 1774: 25
plaintif ? Hélas ! il convient à ma fituation
déplorable. Il fut un temps où l'écho
répétoit les fons mélodieux de ma lyre ;
déformais il ne répétera plus que les accens
de ma douleur . Le ton funèbre de l'élégie
a été inventé pour l'amante abandonnée
& trahie.
Malheureufe ! le feu circule dans mes
veines . La fleur de ma jeuneffe fe fane .
C'est ainsi que , dans l'ardeur de la cani.
cule , le vent brûlant du midi , deffèche
les moiffons & Alétrit la verdure . Je pleure
, & Phaon parcourt avec tranquillité
les riantes campagnes de la Sicile. Ma voix
ne s'accorde plus au fon de ma lyre . Les
Mufes ne m'infpirent plus. Elles fuyent
une amante défefpérée . Les aimables com
pagnes de mon enfance n'ont plus à mes
yeux ces charmes qui me les rendoient fi
chères. La belle Anactorie a perdu fes
attraits . La blonde Cydno & l'aimable
Athis ne font plus les mêmes . Je les
fuis , je ne fonge qu'à Phaon , je ne vis
que pour Phaon.
O le plus chéri des amans ! je crois
te voir à chaque inftant. Je contemple
encore ces beaux yeux dont l'éclat a été
fi funefte à mon repos . Tantôt je te vois
tenant la lyre , & je te prends alors pour
B
谨
26 MERCURE DE FRANCE.
Apollon ; tantôt je te vois un thyrfe à la
main , & je crois voir alors l'aimable
Bacchus. Ces Dieux charmans auxquels
tu ne cèdes point en beauté , ne furent
point infenfibles. Apollon aima Daphné ,
Bacchus brûla pour Ariane ; l'une & l'autre
cependant ne furent pas favorifées
des Mufes. Les chaftes Soeurs du Permelle
m'infpirèrent des chants lyriques. Mon
nom fera immortel parmi les races furures.
La gloire du poëte Alcée ne s'étendra
pas plus loin que la mienne. Nous
rendrons à jamais célèbre l'ifle de Leſbos
qui nous a vu naître.
Si la Nature m'a refufé les agrémens
du corps , elle m'a prodigué ceux de l'ef.
prit. Je n'ai point cette blancheur éblouiſ-
Tante qui fafcine les yeux des amans vulgaires
;
mais Andromède , née fous le
ciel brûlant de l'Ethiopie , avoit le teint
noir , & Perfée ne l'en aima pas moins.
La blanche colombe s'unit fouvent au
pigeon d'un plumage différent . La tendre :
tourterelle ne dédaigne pas fon amant fidèle
, parce que fon plumage eft noir.
Il fut un temps où j'étois belle à tes :
yeux .Je m'en fouviens encore. (Les amans
perdent- ils le fouvenir de leur bonheur ) ?
Ah ! rapelle- toi ces momens heureux où
FEVRIER . 1774. 27
to me preffois tendrement fur ton fein.
Je chantois , & tu m'interrompois par des
baifers pleins de feu . Tes yeux peignoient
la volupté & la tendreffe. Tu admirois
avec tranfport le fon de ma voix & les
vers tendres que l'amour m'infpiroit . Ta
bouche collée fur la mienne , me juroit
alors de m'aimer toujours . Perfide ! où
font tes fermens ? Pourquoi fuis - je à Leſbos
? Phaon n'y eft plus . Que ne fuis je en
Sicile ? C'est là que le parjure cherche à
faire de nouvelles conquêtes . Jeunes
Beautés , qui habitez les champs fleuris de
la Sicile , fuyez les piéges que le plus
dangereux des hommes tend à votre ingenuité
. Renvoyez - le à Lefbos ; c'eſt
là que l'infortunée Sapho qu'il a trom
pée , gémit fans cefle. Il vous trompe
comme elle . Son langage , fes fermens
l'expreffion même de fes yeux autrefois fi
tendres , tout eft faux . O Venus ! fi jamais
j'ai chanté des hymnes à ta louange ,
venge- moi d'un perfide qui me fuit , &
qui s'eft réfugié jufques aux pied de tes
autels. *
1
Hélas ! la Fortune a épuifé fur moi fes
* Vénus étoit adorée en Sicile fous le nom
d'Ericyna.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
rigueurs. A l'aurore de mon âge , elle s'at ,
tacha à mon fort pour me pourfuivre. Je
n'avois vu que fix printemps , & j'arrofai
déjà de mes larmes l'urne d'un père.
Il me reftoit un frète . Une femme artificieufe
fçut gliffer dans fon coeur le
poifon de l'amour . Malheureufe victime
de fa paffion , il s'oublia lui même !
Honneur , fortune ; il prodigua tout pour
fon indigne conquête. Les confeils que
mon amitié alarmée lui donna , l'éloignèrent
de moi . Fugitif & déſeſpéré , il
parcourt les mers pour foutenir les reftes
d'une vie languiffante . Je n'ai qu'une fille .
Elle eft dans cet âge heureux où le coeur
ne s'ouvre pas encore aux impreffions
de la douleur. La tendreffe maternelle
m'alarme fans ceffe fur fon fort . Je crains
qu'un jour elle ne foit aufli malheureuſe
que fa mère,
Phaon Parmi tant de viciffitudes
étoit ma feule confolation . C'étoit pour
lui que je me parois de fleurs . C'étoit pour
plaire à fes yeux , que j'ornois mes cheveux
de l'éclat des tubis , & des parfums
dé l'Arabie . Vains ornemens ! ils me font
déformais inutiles. Je voulois plaire à--
Phaon , & Phaon n'eft plus ici. Les mers
nous féparent. Je néglige à préfent le foin
de ma parure. Le Zéphire ne ſe joue plus
f
FEVRIER. 1774.
د و
dans ces treffes charmantes que la main
de mon amant avoit formées . Mes cheveux
Hottent négligemment & fans apprêt
fur mes épaules. Tout m'accable ,
tout me devient importun .
eût
Heureufe & l'absence de l'objet chéri ,
ра étiendre le feu qui me dévore ! Que
je fuis loin de cette douce fécurité qui
fuit l'indifférence ! Je le fens , la plaie de
mon coeur eſt incurable. Les Parques , auffi
cruelles que toi , ont pris plaifir à tramer
les jours de ma vie infortunée . Je cherthe
en vain le repos dans le commerce
des Mufes : j'y trouve toujours l'amour .
Pouvois-je réfifter à tes charmes ? Une
foible mortelle pouvoit - elle contempler
fans danger ce teint de rofe , & ces yeux
dont l'éclat eût charmé les Divinités ?
Belle Aurore ! Combien de fois n'ai-je pas
craint que tu ne m'enlevalles monamant ?
Mais ton coeur étoit fixé , l'amour de Céphale
te captivoit. Lune brillante ! combien
de fois dans le filence de la nuit ne
t'es-tu pas arrêtée dans ton char d'argent ,
pour admirer
mon cher Phaon
dans les
bras du fommeil
? Ah ! fi Endimyon
n'eût fçu te plaire , fans doute je t'eufle vu
ma rivale. Vénus même n'auroit
pu téfif
ter aux charmes
qui m'ont féduite , ſi le
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
fouvenir d'Adonis n'eût été gravé dans
fon coeur.
O Phaon ! aimable jeune homme , la
gloire & l'ornement de ton fiècle , reviens ,
reviens cruel , dans les bras de ta Sapho.
Je ne demande point que tu m'aimes :
fouffre feulement que je t'adore ; ne me
hais point. Ce n'eft pas un crime de t'aimer
avec tranfport . Cet écrit arrofé de
mes larmes ne dit il rien à ton coeur ?
As tu pu m'abandonner fans me dire le
dernier adieu ? Puifque tu devois me quit
ter pour toujours , pourquoi m'avoir envié
la foible confolation de te baigner de mes
larmes , de t'accabler de mes baifers? Pourquoi
ne m'avoir laiffé aucun gage de ton
amour ? Babare ! mon coeur , ma vie ,
mon innocence même , tout étoit à toi ;
& tu ne m'as pas permis de te dire en
partant : Phaon , n'oublie point ta Sapho.
·
Que devins -je , grands dieux ! lorfque
je fus informée de ton départ . Un froid
mortel glaça mon coeur . Ma douleur concentrée
au dedans , ne put s'épancher
par mes larmes . Je voulus parler ; la parole
expira fur mes lèvres. Abartue & confternée
, je ne pus prononcer que ton nom .
Bientôt un torrent de larmes coula de
mes yeux. Mon défefpoir éclata en reFEVRIER.
1774. 31
proches contre la perfidie des hommes .
Hors de moi , je déchirai mon fein , j'arrachai
mes cheveux . Semblable à une
tendre mère qui fuit au bûcher le corps
inanimé d'un fils unique ; je poulfai
vers le ciel d'affreux gémiffemens .
J'appelai Phaon , & Phaon ne me répondit
point. Mon frère , mon barbare frère ,
iufulta à ma douleur , par le ris amer
de l'ironie . Toutes mes concitoyennes
furent témoins de mon défefpoir . Je ne
cherchai point à dérober à leurs yeux le
trait cruel qui me déchiroit . Mes larmes ,
mon vifage pâle & défait , tout m'auroit
-trahi .
Cher amant ! ton image me pourſuit
fans ceffe . La nuit , lorfque Morphée répand
fur moi fes pavots , je te vois à mes
côtés. Je te tends les bras. Je te preffe
contre mon fein . Mes baiſers raniment
tes yeux mourans & accablés fous le
poids de la volupté . J'entends encore ta
voix enchantereffe répondre à mes foupirs.
Chere illuſion ! Elle s'évanouit au
lever de l'aurore. Alors mon bonheur
fantaflique difparoît . La clarté du jour me
devient infupportable . Je fuis dans les
antres des rochers , & dans les forêts , autrefois
les témoins de nos plaifis . Je res
Biv
32
MERCURE
DE
FRANCE
.
connois.cette grotte ruftique, où tu me fis
le premier aveu de ton amour. Je reconnois
ces arbres touffus ,où font encore gravés
ton nom & le mien. Que ces lieux.
font changés ! je n'y retrouve plus celui
dont la préfence me les rendoit fi chers.
Je parcours feule & défefpétée ces riantes
prairies que nous parcourûmes autrefois
enfemble. Je vois encore ce tendre gazon
où Phaon voloit des bras de l'amour
dans ceux du repos . Alors des larmes
s'échappent de mes yeux , & je dis en foupirant
c'est ici que l'ingrat me jura de
'aimertoujours.Toute la Nature femble
partager ma douleur. Ces fleurs qui s'embelliffoient
à l'aspect de nos plaifirs, fe flétriffent
& languiffent far leur tige defféchée
. Les oifeaux ne voltigent plus dans
ces bocages. Ils ne chantent plus leurs
amours. La malheureufe Procné déplore
fa difgrace. Elle redemande Ithis à l'écho
des bois. Elle pleure la mort d'un fils ,
& Sapho regrette l'abfence d'un amant ..
Le doux zéphire ne folâtre plus avec les
fleurs ; il n'agite plus le feuillage de arbres.
L'abfence de Phaon attriſte tous les
objets .
Dans le réduit obfcur d'un bois foliaire
, eft une fontaine qu'une ancienne
FEVRIER . 1774. 33
Tradition a confacrée . Ses eaux claires &
limpides font bordées d'un gazon toujours
fleuri . Un feuillage épais en interdit
l'accès aux rayons du foleil . Un foir , au
clair de la lune , je m'endormis dans cet
afyle champêtre. Je crus voir une Nayades
fortir de la fontaine & s'arrêter devant
moi. Elle étoit trifte , & , me regardant
d'un air compatiffant , elle fembloit par
tager mes peines . Sapho , me dit - elle ,
malheureufe Sapho , tu peux éteindre le
feu qui te confume. Dirige tes pas vers
le promontoire confacré à Apollon . Précipite-
toi dans la iner, & tu feras guétie..
Deucalion enflammé d'amour pour l'infenfible
Pirtha , monta fur le rocher de
Leucate , & fe précipita dans les flots.
Aufi tôt fon coeur fut libre , & la cruelle
Pinha commença dès- lors à foupirer..
Depuis ce temps , ce promontoire a tou
jours été le refuge des amans défefpérés
Ainfi parla la Nymphe , & elle difparut
auffi tôt. Je me réveillai faifie de crainte..
Mes joues étoient inondées de larmes.
Belle Nayade , je fuivrai tes confeils..
J'irai , oui , j'irai fur le rocher de Leucate.
Je me précipiterai dans la mer . L'Amour
meprêtera fesaîles. Le Zéphir fou
tiendra le poids léger de mon corps..
- B. w
34
MERCURE DE FRANCE.
Lorfque j'aurai oublié l'ingrat qui caufe
tous mes malheurs , je confacrerai ma lyre
à Apollon ; ma lyre fur laquelle j'ai chanté
mes amours.
Homme dur & infenfible ! pourquoi
me forces - tu de chercher dans la mer un
remède à mes maux. Reviens , & ta préfence
me rendra ce bonheur qui s'eſt évanoui
comme un fonge. Reviens , tu feras
mon dieu , tu feras mon Apollon . Que
dis je ? Peut être dis-ton coeur , plus dur que
les rochers , triomphera-t'il de ma mort .
Ah ! du moins , fi je pouvois te ferrer
encore une fois dans mes bras , & me précipiter
avec toi ; je ne me plaindrois point
de ta cruauté.
Jeunes filles de Lefbos , vos chants
n'accompagneront plus le fon mélodieux
de ma lyre . Vous ne vous affemblerez
plus au tour de moi , pour m'entendre
chanter mes amours. L'aimable mortel
qui m'infpiroit n'eft plus ici . Je paifois
dans fes yeux cet enthoufiafime divin qui
m'élevoit l'ame . Sa préfence allumoit le
feu de mon génie . Un feul de fes regards
enflammoit mon imagination , & faifoit
naître dans mon coeur l'extafe du fentiment.
Il n'eft plus ici . Je cherche en vain
a le toucher par mes prières. Il ne m'enFEVRIER
. 1774. 35 %
tend plus . Mes foupirs ne parviennent
point jufqu'à lui .
Ah ! fi , du haut d'un rocher , je voyois
un jour les voiles de ton vaiffeau flotter
dans les airs ; puiffe alors la déeffe de Cythère
, calmer l'impétuofité des flots ! Que
l'Amour prenne lui - même le gouvernail,
& que l'haleine des Zéphirs enfle doucement
les voiles ! Mais fi cet efpoir eft
vain ; fi Sapho doit être pour jamais féparée
de fon cher Phaon , annonce moi,
mon `malheur. J'aurai alors recours à la
plus trifte des reffources , au rocher de
Leucate. Le danger ne m'effraye point ,
pourvu que je puiffe efpérer un fort , plus
heureux .
Par M. D..... , de Chartres :
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Résumé : EPITRE de Sapho à Phaon ; Traduction libre d'Ovide.
L'épître de Sapho à Phaon, traduite par Ovide, relate la détresse de Sapho après l'abandon de son amant Phaon. Sapho exprime sa douleur et sa désolation, soulignant que sa lyre ne chante plus que ses souffrances. Elle compare sa peine à celle d'une amante trahie, ressentant une aridité intérieure comparable à celle provoquée par le vent brûlant du midi. Pendant que Phaon explore tranquillement la Sicile, Sapho pleure et se remémore les moments heureux passés ensemble, où il lui jurait un amour éternel. Cependant, Phaon l'a trahie pour de nouvelles conquêtes. Sapho met en garde les jeunes beautés siciliennes contre les tromperies de Phaon et implore Vénus de la venger. Elle évoque également ses malheurs personnels, ayant perdu son père et son frère à cause de l'amour, et craint que sa fille ne subisse le même sort. Malgré ses efforts pour plaire à Phaon, il l'a laissée seule et négligée. Sapho décrit sa blessure comme incurable et l'amour comme omniprésent dans sa vie. Dans ses rêves, elle voit Phaon et ressent cruellement son absence au réveil. Elle erre dans les lieux de leurs souvenirs, où la nature semble partager sa douleur. Une nymphe lui apparaît en rêve et lui conseille de se jeter du promontoire de Leucate pour apaiser sa souffrance. Sapho décide de suivre ce conseil, espérant que l'amour l'aidera dans sa chute. Elle implore Phaon de revenir, mais se prépare à consacrer sa lyre à Apollon une fois qu'elle aura oublié son amant ingrat. Elle annonce aux jeunes filles de Lesbos qu'elles n'entendront plus ses chants.
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