Résultats : 440 texte(s)
Détail
Liste
151
p. 134-135
« TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...] »
Début :
TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...] »
TRAITÉ de la vente des immeubles
par décret, avec un recueil des Edits,
Déclarations & Reglemens des Couis-
souveraines sur ce sujet. Nouvelle Edi-
tion, revûë, corrigée & augmeniée,
PAL. M. Louis. de Hericourt, Avocat
MAI. 1752. 135
au Parlement. A Paris, chez la Veuve Ca-
velter, rue Saint Jacques, au Lys d'or,
& au Palais chez de Nully, à l'Ecu de
France & à. la Palme, 1752, Volume
in-4°. relié en veau 12. liv.
par décret, avec un recueil des Edits,
Déclarations & Reglemens des Couis-
souveraines sur ce sujet. Nouvelle Edi-
tion, revûë, corrigée & augmeniée,
PAL. M. Louis. de Hericourt, Avocat
MAI. 1752. 135
au Parlement. A Paris, chez la Veuve Ca-
velter, rue Saint Jacques, au Lys d'or,
& au Palais chez de Nully, à l'Ecu de
France & à. la Palme, 1752, Volume
in-4°. relié en veau 12. liv.
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152
p. 135
« TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...] »
Début :
TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...]
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texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...] »
TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique
concernant les choses sacrées, traduit
du latin de Grotius; Vol. in- 12 im-
primé à Londres, & se trouve à Paris,
chez G. Martin, Libraire rue S. Jacques.
C'est un Ouvrage important dont nous ren-
drons compte quelque jour.
concernant les choses sacrées, traduit
du latin de Grotius; Vol. in- 12 im-
primé à Londres, & se trouve à Paris,
chez G. Martin, Libraire rue S. Jacques.
C'est un Ouvrage important dont nous ren-
drons compte quelque jour.
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153
p. 135
« HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...] »
Début :
HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...]
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texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...] »
HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite
de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes
in. - 4. chez le même Libraire.
de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes
in. - 4. chez le même Libraire.
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154
p. 135
« ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...] »
Début :
ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...] »
ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux
principes sur la connoissance & la medecine
des chevaux, par M. Bourgelat, Ecuyer
du Roi. 2. Vol. in 8°. chez ie même Li-
braire.
principes sur la connoissance & la medecine
des chevaux, par M. Bourgelat, Ecuyer
du Roi. 2. Vol. in 8°. chez ie même Li-
braire.
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155
p. 135-136
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres, Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres,
Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression
de ses ouvrages. Je m'en suis ap-
perçu en parcourant les deux Brochures
intitulées Systême du vrai bonheur, & Ess.i
sur la perfection, que j'ai reçues seulement
y ai trouxé des
de purs quelques jouts.
136 MERCURE DEFRANCE.
erreurs typographiques, qui pourroient
faire croire que le François est une langue
tout-à-fait étrangere pour moi, & dont
quelques-unes forment des contrefens des-
agréables. Telles sont dans l'Essai sur la
perfection, p. 9. prince, pour principe,
Cencore cela est- il aisé à redresser,) mais
surtout. pr. 66 sujet de ceite sorte de désordre
pour exemt de, &c. compenser, pour com-
poser, p. 78. ce qui me paroit aise de prou-
ver, pour ce qu'il &c. C'est le premier
coup d'oeil qui m'a découvert ces fautes;
& j'en trouverois sans doute, si je faisois-
une lecture attentive de ces deux Ecrits.
Comme vous avez eu la bonté, Monsieur,
d'en parler dans un de vos derniers Mer-
cures de l'année passée, oserai- je vous
prier de. placer à la fin de quelqu'un de
ceux qui parcissent actuellement ce mo: de
lettre, où je serai ravi qu'on croye en mê-
me tems les afsurances de la considération
distinguée avec laquelle j'ai l'honneur-
d'être ,.
FORMEY.
Berlin le 14. Mars 1752.
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres,
Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression
de ses ouvrages. Je m'en suis ap-
perçu en parcourant les deux Brochures
intitulées Systême du vrai bonheur, & Ess.i
sur la perfection, que j'ai reçues seulement
y ai trouxé des
de purs quelques jouts.
136 MERCURE DEFRANCE.
erreurs typographiques, qui pourroient
faire croire que le François est une langue
tout-à-fait étrangere pour moi, & dont
quelques-unes forment des contrefens des-
agréables. Telles sont dans l'Essai sur la
perfection, p. 9. prince, pour principe,
Cencore cela est- il aisé à redresser,) mais
surtout. pr. 66 sujet de ceite sorte de désordre
pour exemt de, &c. compenser, pour com-
poser, p. 78. ce qui me paroit aise de prou-
ver, pour ce qu'il &c. C'est le premier
coup d'oeil qui m'a découvert ces fautes;
& j'en trouverois sans doute, si je faisois-
une lecture attentive de ces deux Ecrits.
Comme vous avez eu la bonté, Monsieur,
d'en parler dans un de vos derniers Mer-
cures de l'année passée, oserai- je vous
prier de. placer à la fin de quelqu'un de
ceux qui parcissent actuellement ce mo: de
lettre, où je serai ravi qu'on croye en mê-
me tems les afsurances de la considération
distinguée avec laquelle j'ai l'honneur-
d'être ,.
FORMEY.
Berlin le 14. Mars 1752.
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156
p. 92-96
« Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...] »
Début :
Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...]
Mots clefs :
Royaume de Galam, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : « Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...] »
ISTOIRE OU police du Royaume de
Gala . Cette brochure qui fe vend chez
Jombert , rue Dauphine , préſente des vûes
utiles à la fociété. Je n'en donnerai point
d'extrait ; mais je placerai ici quelques réflexions
que j'ai faites , & que je defirerois
paffionnément de voir juftifier par le fuccès.
Pour peu qu'on foit obfervateur , on remarque
dans tous les efprits une fermentation
qui n'y avoit pas été peut- être depuis
la fondation de la Monarchie . Le bien
public eft l'objet des converſations , même
des gens frivoles , de l'étude des fages , &
des écrits des citoyens affez inftruits pour
éclairer les autres. Il feroit agréable & uti
le de remonter aux caufes qui ont produit
une révolution fi heureufe ; & j'oſe inviter
quelqu'une de nos Académies à propofer
ce fujet pour un de fes prix. Si j'avois
à le traiter , je m'arrêterois principalement
à l'exemple de nos refpectables rivaux les
Anglois , à l'efprit philofophique qui fait
des progrès fi rapides depuis vingt ans , &
à l'Esprit des Loix , l'ouvrage le plus lumineux
qui foit peut- être jamais forti de la
tête d'aucnn homme.
L
DECEMBRE . 1754- 93
Les difpofitions où eft la nation n'ont
pas échappé au gouvernement . Il en a profiré
pour faire des opérations , qui dans
des tems moins éclairés n'auroient pas été
pratiquables Sa probité & fon exactitude à
remplir fes engagemens , font devenues les
fondemens d'un crédit public , aujourd'hui
la baſe de notre opalence. Nous tommes
le peuple de l'Europe qui a la maffe d'argent
la plus confiderable , & le commerce
le plus riche.
Il reftoit un vice radical dans l'Etat,
L'ordre fi nombreux & fi précieux des cultivateurs
étoit gêné dans la vente de la
plus néceffaire de fes denrées. Le nouveau
Miniftre des Finances en rendant libre le
commerce du blé dans tout le Royaume ,
& en ouvrant deux ports pour le porter 2
l'étranger , s'eft affuré pour toujours le
coeur de vingt millions d'hommes .
·
Seroit ce fe flater que d'efperer que
cette fage innovation fera fuivie d'une plus
importante encore : Toute la nation fou
pire depuis long- tems après la taille réelle ,
la feule impofition capable de prévenir les
haines , les injuftices , le découragement.
Par quelle fatalité n'a - t - on pas écouté la
voix de la raifon & le cri des peuples ? Les
obftacles que pouvojent apporter d'un côté
le défaut de lumieres & le défaut de con94
MERCURE
DE FRANCE.
fiance de l'autre , font heureuſement levés.
S'il refte des difficultés , comme il n'eft
pas permis d'en douter , M. le Controlleur
Général a dans fon coeur le courage qu'il
faut les braver , & il trouvera dans pour
fon efprit des moyens pour les furmonter.
Cette opération répareroit tout le tort
qu'on a fait au Royaume , en s'occupant
toujours moins de fon bonheur que de fa
gloire , & placeroit le Miniftre qui en ſeroit
l'auteur , au- deffus de tous les grands
hommes que leurs talens ont fait appeller
à l'adminiftration des affaires.
L'ART de cultiver les muriers blancs
d'élever les vers à foye & de tirer la foye
des cocons , avec figures . A Paris , chez la
veuve Lottin , & J. H. Butard , rue S. Jacques
, 1754, I vol . in-8°.
L'ouvrage que nous annonçons , eft divifé
en trois parties. La premiere regarde
les muriers ; la feconde , les vers ; la troifieme
, le tirage de la foye. Dans la premiere
partie on expofe en général les propriétés
du murier & fes différentes efpeces .
On donne auffi divers moyens de le multiplier
, & on enfeigne la maniere de le
cultiver , foit dans les pépinieres , foit
quand il eft planté à demeure. La feconde
partie traite de tout ce qui regarde les vers
DECEMBRE. 1754.
95
à foye , du logement qui leur convient ,
du tems & de la maniere de les faire éclor
re , de les nourrir & de les gouverner en
fanté & en maladie , de les faire filer &
d'en recueillir de la graine pour l'année
fuivante. Enfin dans la troifieme partie , fur
le tirage de la foye , on enfeigne divers
moyens de tuer les papillons dans les coques
, pour qu'ils ne les percent pas. On
donne la deſcription de plufieurs tours inventés
pour le tirage de la foye , avec la
maniere de la tirer. Ces trois traités renferment
un grand nombre de choſes neuves
, qu'on chercheroit inutilement dans
les autres traités fur cette matiere. L'excellent
citoyen auquel nous devons cet ou
vrage , n'a rien négligé ni pour le fond ni
pour la forme. Tout ce qu'il eft important
de fçavoir fur la matiere qui y eft traitée ,
s'y trouve , & s'y trouve écrit avec préci
fion , avec ordre & avec clarté.
ABREGE de la Philofophie ou differ
tation fur la certitude humaine , la Logique
, la Métaphyfique & la Morale. A
Paris , chez Delaguette , rue S. Jacques ,
1754.2 vol. in- 12.
Cet ouvrage eft de feu M. l'Abbé de la
Chambre , fort connu par un grand nombre
de livres fur des matieres qu'il feroit
96 MERCURE DE FRANCE.
à fouhaiter qu'on agitât peu . Voici le portrait
qu'on nous trace de lui .
Il avoit l'efprit extrêmement jufte , les
idées fort nettes , & beaucoup de précifion ;
fçachant faire valoir une objection , fans
négliger de mettre dans tout fon jour la
réponſe. Complaifant , facile & parlant
très-peu , il n'avoit le ten ni impofant ni
déciff. La douceur dans la fociété & la
tranquillité d'ame formoient le fond de
fon caractere. Si la converfation l'engageoit
dans quelque difpute , il foutenoit
fon fentiment fans âcreté & fanş amertume.
Cette complaifance de caractere , cette
indifférence & pour ainfi dire, cette tiédeur
qu'il avoit pour les propres fentimens ,
étoient même en lui quelquefois portées
trop loin , & l'ont engagé dans une occa
fion au-delà de ce qu'il penfoit véritablement.
Mais quel eft le Sage & le Philofophe
, l'homme le plus profond & du plus
folide jugement , qui n'ait pas fait dans fa
vie quelque fauffe démarche ? Heureux
celui qui fent fes fautes , mais plus heureux
ceux qui ont le courage de les réparer !
Gala . Cette brochure qui fe vend chez
Jombert , rue Dauphine , préſente des vûes
utiles à la fociété. Je n'en donnerai point
d'extrait ; mais je placerai ici quelques réflexions
que j'ai faites , & que je defirerois
paffionnément de voir juftifier par le fuccès.
Pour peu qu'on foit obfervateur , on remarque
dans tous les efprits une fermentation
qui n'y avoit pas été peut- être depuis
la fondation de la Monarchie . Le bien
public eft l'objet des converſations , même
des gens frivoles , de l'étude des fages , &
des écrits des citoyens affez inftruits pour
éclairer les autres. Il feroit agréable & uti
le de remonter aux caufes qui ont produit
une révolution fi heureufe ; & j'oſe inviter
quelqu'une de nos Académies à propofer
ce fujet pour un de fes prix. Si j'avois
à le traiter , je m'arrêterois principalement
à l'exemple de nos refpectables rivaux les
Anglois , à l'efprit philofophique qui fait
des progrès fi rapides depuis vingt ans , &
à l'Esprit des Loix , l'ouvrage le plus lumineux
qui foit peut- être jamais forti de la
tête d'aucnn homme.
L
DECEMBRE . 1754- 93
Les difpofitions où eft la nation n'ont
pas échappé au gouvernement . Il en a profiré
pour faire des opérations , qui dans
des tems moins éclairés n'auroient pas été
pratiquables Sa probité & fon exactitude à
remplir fes engagemens , font devenues les
fondemens d'un crédit public , aujourd'hui
la baſe de notre opalence. Nous tommes
le peuple de l'Europe qui a la maffe d'argent
la plus confiderable , & le commerce
le plus riche.
Il reftoit un vice radical dans l'Etat,
L'ordre fi nombreux & fi précieux des cultivateurs
étoit gêné dans la vente de la
plus néceffaire de fes denrées. Le nouveau
Miniftre des Finances en rendant libre le
commerce du blé dans tout le Royaume ,
& en ouvrant deux ports pour le porter 2
l'étranger , s'eft affuré pour toujours le
coeur de vingt millions d'hommes .
·
Seroit ce fe flater que d'efperer que
cette fage innovation fera fuivie d'une plus
importante encore : Toute la nation fou
pire depuis long- tems après la taille réelle ,
la feule impofition capable de prévenir les
haines , les injuftices , le découragement.
Par quelle fatalité n'a - t - on pas écouté la
voix de la raifon & le cri des peuples ? Les
obftacles que pouvojent apporter d'un côté
le défaut de lumieres & le défaut de con94
MERCURE
DE FRANCE.
fiance de l'autre , font heureuſement levés.
S'il refte des difficultés , comme il n'eft
pas permis d'en douter , M. le Controlleur
Général a dans fon coeur le courage qu'il
faut les braver , & il trouvera dans pour
fon efprit des moyens pour les furmonter.
Cette opération répareroit tout le tort
qu'on a fait au Royaume , en s'occupant
toujours moins de fon bonheur que de fa
gloire , & placeroit le Miniftre qui en ſeroit
l'auteur , au- deffus de tous les grands
hommes que leurs talens ont fait appeller
à l'adminiftration des affaires.
L'ART de cultiver les muriers blancs
d'élever les vers à foye & de tirer la foye
des cocons , avec figures . A Paris , chez la
veuve Lottin , & J. H. Butard , rue S. Jacques
, 1754, I vol . in-8°.
L'ouvrage que nous annonçons , eft divifé
en trois parties. La premiere regarde
les muriers ; la feconde , les vers ; la troifieme
, le tirage de la foye. Dans la premiere
partie on expofe en général les propriétés
du murier & fes différentes efpeces .
On donne auffi divers moyens de le multiplier
, & on enfeigne la maniere de le
cultiver , foit dans les pépinieres , foit
quand il eft planté à demeure. La feconde
partie traite de tout ce qui regarde les vers
DECEMBRE. 1754.
95
à foye , du logement qui leur convient ,
du tems & de la maniere de les faire éclor
re , de les nourrir & de les gouverner en
fanté & en maladie , de les faire filer &
d'en recueillir de la graine pour l'année
fuivante. Enfin dans la troifieme partie , fur
le tirage de la foye , on enfeigne divers
moyens de tuer les papillons dans les coques
, pour qu'ils ne les percent pas. On
donne la deſcription de plufieurs tours inventés
pour le tirage de la foye , avec la
maniere de la tirer. Ces trois traités renferment
un grand nombre de choſes neuves
, qu'on chercheroit inutilement dans
les autres traités fur cette matiere. L'excellent
citoyen auquel nous devons cet ou
vrage , n'a rien négligé ni pour le fond ni
pour la forme. Tout ce qu'il eft important
de fçavoir fur la matiere qui y eft traitée ,
s'y trouve , & s'y trouve écrit avec préci
fion , avec ordre & avec clarté.
ABREGE de la Philofophie ou differ
tation fur la certitude humaine , la Logique
, la Métaphyfique & la Morale. A
Paris , chez Delaguette , rue S. Jacques ,
1754.2 vol. in- 12.
Cet ouvrage eft de feu M. l'Abbé de la
Chambre , fort connu par un grand nombre
de livres fur des matieres qu'il feroit
96 MERCURE DE FRANCE.
à fouhaiter qu'on agitât peu . Voici le portrait
qu'on nous trace de lui .
Il avoit l'efprit extrêmement jufte , les
idées fort nettes , & beaucoup de précifion ;
fçachant faire valoir une objection , fans
négliger de mettre dans tout fon jour la
réponſe. Complaifant , facile & parlant
très-peu , il n'avoit le ten ni impofant ni
déciff. La douceur dans la fociété & la
tranquillité d'ame formoient le fond de
fon caractere. Si la converfation l'engageoit
dans quelque difpute , il foutenoit
fon fentiment fans âcreté & fanş amertume.
Cette complaifance de caractere , cette
indifférence & pour ainfi dire, cette tiédeur
qu'il avoit pour les propres fentimens ,
étoient même en lui quelquefois portées
trop loin , & l'ont engagé dans une occa
fion au-delà de ce qu'il penfoit véritablement.
Mais quel eft le Sage & le Philofophe
, l'homme le plus profond & du plus
folide jugement , qui n'ait pas fait dans fa
vie quelque fauffe démarche ? Heureux
celui qui fent fes fautes , mais plus heureux
ceux qui ont le courage de les réparer !
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Résumé : « Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...] »
En décembre 1754, le Royaume de France connaît une fermentation intellectuelle marquée par un intérêt croissant pour le bien public dans les conversations et les écrits. L'auteur suggère que les Académies devraient proposer un prix pour étudier les causes de cette révolution positive, en s'inspirant de l'exemple anglais et de l'œuvre 'L'Esprit des Lois'. Sur le plan économique, le gouvernement français a su tirer parti de cette effervescence pour renforcer le crédit public, faisant de la France le pays européen avec la plus grande masse d'argent et le commerce le plus riche. Cependant, un problème majeur subsistait : les cultivateurs rencontraient des difficultés pour vendre leurs denrées. Le nouveau ministre des Finances a alors pris des mesures pour libérer le commerce du blé et ouvrir des ports à l'exportation, ce qui lui a valu le soutien de la population. L'auteur exprime l'espoir que cette réforme sera suivie par l'instauration de la taille réelle, une forme d'imposition plus juste. Il salue le courage du contrôleur général pour surmonter les obstacles restants. Le texte mentionne également deux ouvrages : l'un traitant de la culture des muriers et de l'élevage des vers à soie, et l'autre, un abrégé de philosophie rédigé par l'Abbé de la Chambre, reconnu pour son esprit juste et sa complaisance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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157
p. 96-99
« PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...] »
Début :
PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...]
Mots clefs :
Virgile, Signification
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...] »
PUBLII Virgilii Maronis opera ordine
perpetuo , interpretationibus Gallicis & dictionariis
illuftrabat Antonius Bourgeois
Parochus Sancti Germani , & in Collegio
Crefpiaco
DECEMBRE . 1754. 27
Crefpiaco Vallenfi primarius ; ad ufum Scholarum.
Sylvanecti , apud Nicolaum Defroques
; Parifiis , apud Carolum Hochereau
natu-majorem , ripâ de Conti , 1754 ,
I vol. in- 8°.
Quelque Auteur latin , quelque recueil
même , dit M. Bourgeois , que l'on
mette entre les mains des commençans ,
ils y trouveront toujours des difficultés
de cinq fortes , & qui confiftent , 1 °. à
faire ou à retenir la conftruction de chaque
phrafe. 2°. A trouver de foi - même les
mots fous- entendus. 3 °. A trouver la fignification
propre des expreffions figurées.
4. A choifir dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot. 5 ° . Enfin
à trouver un tour françois convenable
pour traduire les phrafes latines , qu'on
peut rendre mot à mot . M. Bourgeois s'eft
appliqué à faire difparoître ces difficultés ;
voici comment il s'y eft pris.
y
1º . A côté & vis- à-vis du texte eft la
conſtruction de chaque phrafe. Les mots
font à peu près rangés comme ils doivent
l'être pour former une phrafe françoife
, quand on les aura traduits les uns
après les autres . L'auteur ne s'écarte de ce
fentier que par rapport aux mots qu'on ne
peut déranger fans pécher contre les régles
de la Grammaire , qui apprend elle-
1.Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
même où il faut les placer quand il eſt
question de traduire. La même conſtruction
offre encore tous les mots fous- entendus
dans le texte.
2º. Avec le fecours des interprétations
placées au bas des pages , il fera aifé d'apprendre
la fignification jufte des expreffions
figurées. Elles y font toutes expliquées
& traduites d'abord à la lettre , & ramenées
enfuite au fens naturel & fimple.
3° . Des remarques fur le fujet , fur les
perfonnages & fur le texte de chaque églogue
compofent la troifieme partie de l'ouvrage
de M. Bourgeois . Comme elle eſt
inutile aux commençans , l'Auteur l'a écrite
en latin . On y trouve de la fagacité , des
idées neuves & des fyltêmes vraisemblables
.
4°. La quatrieme difficulté qui confifte
à trouver dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot , eft tout- àfait
infurmontable pour les commençans
,
à caufe du grand nombre des fignifications
diverfes dont le même mot eft communément
fuivi. Pour remédier à cet inconvénient
, M. Bourgeois a compofé le petit
dictionnaire qui termine le volume , &
ne laiffe rien à défirer à la jeuneffe . Ce
dictionnaire , outre qu'il eft fort exact , eſt
encore fait de façon qu'on ne peut fe tromDECEMBRE.
1754. 99.
per dans le choix de la fignification dont
on a befoin.
Nous croyons en avoir affez dit pour
faire fentir le mérite du travail de M.
Bourgeois. Il y a apparence que l'Auteur
qui ne publie aujourd'hui que les Eglogues
, fera encouragé par des fuffrages
importans & décififs à nous donner tout
le Virgile.
LES livres de Ciceron , de la Vieilleffe
de l'Amitié , traduction nouvelle ; fur l'édition
latine de Grævius , avec le latin à'
côté. A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la Fontaine S. Benoît , aux
Cicognes , 1754 , in - 12 .
fi
On ne fçauroit trop multiplier les traductions
des bons livres , des livres de morale
fur- tout. Il eft rare que le bien reſte
long- tems dans l'efprit , fans tomber ,
l'on peut parler ainfi , dans le coeur. Combien
de fois n'eft- il pas arrivé qu'une lecture
qui n'avoit été entreprise que par curiofité
, foit devenue une leçon de vertù ?
Nous fouhaitons cette deftinée à la traduction
que nous annonçons .
perpetuo , interpretationibus Gallicis & dictionariis
illuftrabat Antonius Bourgeois
Parochus Sancti Germani , & in Collegio
Crefpiaco
DECEMBRE . 1754. 27
Crefpiaco Vallenfi primarius ; ad ufum Scholarum.
Sylvanecti , apud Nicolaum Defroques
; Parifiis , apud Carolum Hochereau
natu-majorem , ripâ de Conti , 1754 ,
I vol. in- 8°.
Quelque Auteur latin , quelque recueil
même , dit M. Bourgeois , que l'on
mette entre les mains des commençans ,
ils y trouveront toujours des difficultés
de cinq fortes , & qui confiftent , 1 °. à
faire ou à retenir la conftruction de chaque
phrafe. 2°. A trouver de foi - même les
mots fous- entendus. 3 °. A trouver la fignification
propre des expreffions figurées.
4. A choifir dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot. 5 ° . Enfin
à trouver un tour françois convenable
pour traduire les phrafes latines , qu'on
peut rendre mot à mot . M. Bourgeois s'eft
appliqué à faire difparoître ces difficultés ;
voici comment il s'y eft pris.
y
1º . A côté & vis- à-vis du texte eft la
conſtruction de chaque phrafe. Les mots
font à peu près rangés comme ils doivent
l'être pour former une phrafe françoife
, quand on les aura traduits les uns
après les autres . L'auteur ne s'écarte de ce
fentier que par rapport aux mots qu'on ne
peut déranger fans pécher contre les régles
de la Grammaire , qui apprend elle-
1.Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
même où il faut les placer quand il eſt
question de traduire. La même conſtruction
offre encore tous les mots fous- entendus
dans le texte.
2º. Avec le fecours des interprétations
placées au bas des pages , il fera aifé d'apprendre
la fignification jufte des expreffions
figurées. Elles y font toutes expliquées
& traduites d'abord à la lettre , & ramenées
enfuite au fens naturel & fimple.
3° . Des remarques fur le fujet , fur les
perfonnages & fur le texte de chaque églogue
compofent la troifieme partie de l'ouvrage
de M. Bourgeois . Comme elle eſt
inutile aux commençans , l'Auteur l'a écrite
en latin . On y trouve de la fagacité , des
idées neuves & des fyltêmes vraisemblables
.
4°. La quatrieme difficulté qui confifte
à trouver dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot , eft tout- àfait
infurmontable pour les commençans
,
à caufe du grand nombre des fignifications
diverfes dont le même mot eft communément
fuivi. Pour remédier à cet inconvénient
, M. Bourgeois a compofé le petit
dictionnaire qui termine le volume , &
ne laiffe rien à défirer à la jeuneffe . Ce
dictionnaire , outre qu'il eft fort exact , eſt
encore fait de façon qu'on ne peut fe tromDECEMBRE.
1754. 99.
per dans le choix de la fignification dont
on a befoin.
Nous croyons en avoir affez dit pour
faire fentir le mérite du travail de M.
Bourgeois. Il y a apparence que l'Auteur
qui ne publie aujourd'hui que les Eglogues
, fera encouragé par des fuffrages
importans & décififs à nous donner tout
le Virgile.
LES livres de Ciceron , de la Vieilleffe
de l'Amitié , traduction nouvelle ; fur l'édition
latine de Grævius , avec le latin à'
côté. A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la Fontaine S. Benoît , aux
Cicognes , 1754 , in - 12 .
fi
On ne fçauroit trop multiplier les traductions
des bons livres , des livres de morale
fur- tout. Il eft rare que le bien reſte
long- tems dans l'efprit , fans tomber ,
l'on peut parler ainfi , dans le coeur. Combien
de fois n'eft- il pas arrivé qu'une lecture
qui n'avoit été entreprise que par curiofité
, foit devenue une leçon de vertù ?
Nous fouhaitons cette deftinée à la traduction
que nous annonçons .
Fermer
Résumé : « PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...] »
Le texte présente une édition de l'œuvre de Publius Virgilius Maro, réalisée par Antonius Bourgeois, curé de Saint-Germain et membre du Collège de Crèfpiaco, en décembre 1754. Cette édition est destinée aux étudiants et est disponible à Sylvanecti chez Nicolaum Defroques et à Paris chez Carolus Hochereau. Bourgeois met en lumière les difficultés rencontrées par les débutants en latin, telles que la construction des phrases, la compréhension des mots usuels, l'interprétation des expressions figurées, le choix des significations dans un dictionnaire et la traduction en français. Pour surmonter ces obstacles, Bourgeois a structuré son ouvrage de manière pédagogique. Chaque phrase est présentée avec les mots rangés pour faciliter la traduction en français. Des interprétations au bas des pages expliquent et traduisent les expressions figurées. Des remarques sur les sujets, personnages et textes des églogues sont incluses en latin pour les lecteurs avancés. Un dictionnaire précis et clair termine le volume, aidant les débutants à choisir la bonne signification des mots. Le texte mentionne également une nouvelle traduction des livres de Cicéron sur la Vieillesse et l'Amitié, publiée à Paris chez Joseph Barbou, soulignant l'importance des traductions des ouvrages moraux pour leur impact durable sur l'esprit et le cœur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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158
p. 99-128
« MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
Début :
MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...]
Mots clefs :
Charles Quint, Mémoires historiques, François I, Guerre, Empereur, Roi, Succès, Conquêtes, Armée, Royaume de Naples, Italie, Prince, Troupes, Ennemis, Esprit, Bataille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
MEMOIRES hiftoriques , militaires
& politiques de l'Europe , depuis l'élévation
de Charles- Quint au thrône de l'Em-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
pire , jufqu'au traité d'Aix -la - Chapelle en
1748. Par M. l'Abbé Raynal , de la Société
royale de Londres, & de l'Académie royale
des Sciences & Belles - Lettres de Pruffe . A
Amfterdam , chez Ar ' ftée & Merkus ; & le`
vend à Paris , chez Durand , rue S. Jacques
, au Griffon , 1754 .
J'ai donné dans le Mercure dernier l'extrait
du premier volume de mon ouvrage ,
je vais continuer celui du fecond qui tenferme
l'histoire des guerres de Charles-
Quint & de François I , depuis 1521 jufqu'en
1544.
» L'Italie , ce théatre continuel & mal-
» heureux de tant de guerres , en a peu vu
» d'auffi fingulieres par les motifs & d'auffi
furprenantes par les événemens que cel-
» les qu'on va développer. Le lecteur en
» faifira mieux l'efprit , & en fuivra plus
agréablement les détails lorfqu'on l'aura
» fait remonter jufqu'à leurs caufes les plus
éloignées.
و ر
و ر
ور
و ر
Depuis la chute de l'Empire Romain
l'Italie ne s'étoit jamais trouvée dans la fituation
heureufe & brillante où elle étoit
en 1492. Une paix profonde , un commerce
étendu & floriffant , la culture des fciences
& des arts , inconnus ou méprifés ailleurs
, y faifoient regner des moeurs douces ,
aimables & polies . Tranquille , peuplée ,
DECEMBRE . 1754. tor
!
riche & magnifique au - dedans , elle avoit
au- dehors une affez grande confidération .
Cette fituation fi rare étoit particulierement
l'ouvrage de Laurent de Médicis , qui
de fimple citoyen de Florence en devint le
chef& le bienfaiteur. Sa mort fut l'époque
des troubles de l'Italie .
Ludovic Sforce méditoit d'ufurper la
Souveraineté du Milanès fur Jean Galeas
fon neveu ; mais comme il prévoyoit que
le Roi de Naples traverferoit fon projet,
il engagea la France à faire valoir les droits
qu'elle avoit par la Maiſon d'Anjou fur le
Royaume de Naples .
» Charles VIII qui n'avoit ni la péné-
» tration néceffaire pour connoître le bien
»de l'Etat , ni le fentiment qui le fait de-
» viner, & qui confondoit d'ailleurs , com-
" me prefque tous les Souverains , un fond
" méprifable d'inquiétude avec une paf-
» fion très-louable pour la gloire , s'entêta
de la conquête de Naples dès qu'on lui
» en eût fait la premiere ouverture. La né-
» ceffité de peapler fon Royaume que les
» guerres contre les Anglois avoient de-
» vafté , de réformer le gouvernement dont
» les troubles civils venoient d'augmenter
» le defordre , de rétablir les finances épui-
» fées par les bizarreries du dernier régne ,
ne balança pas une réfolution fi dange-
ود
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» reufe . Tout fut rapporté à une entrepriſe
» dont le fuccès même devoit être un mal-
» heur. Le defir de réuffir , tout vif qu'il
» étoit , peut-être même parce qu'il l'étoit ,
» n'éclaira pas fur les moyens.
و ر
ود
ود
Charles commença par gagner Ferdinand
& Maximilien , en leur abandonnant des
pays qui valoient mieux que ce qu'il ſe propofoit
d'acquerir. Il regarda fon triomphe
comme infaillible , lorfqu'il crut s'être affuré
qu'il n'auroit à combattre que des Italiens.
Il eft vrai que quand les différens
Etats de l'Italie n'auroient pas été divifés
entr'eux , ils ne pouvoient oppofer qu'une
foible réfiftance. » Leurs troupes n'étoient
compofées que de gens fans honneur ,
»fans talent & fans aveu , que quelques
Seigneurs qui jouiffoient d'une efpece
d'indépendance dans l'Etat eccléfiaftique
» ou dans d'autres états , raffembloient
»pour le fervice des Puiffances qui en
» avoient befoin . Ces chefs de bande , maî-
» tres abfolus des corps qu'ils avoient formés
, y difpofoient à leur gré de tous les
emplois , & faifoient avec leurs fubalternes
le marché qu'ils vouloient , fans que
l'Etat qui les avoit à ſa ſolde , prît con-
» noiffance de ces conventions. La diffi-
» culté ou la dépenfe des recrûes déter-
ور
"
"
minoit ces aventuriers à n'agir que de
DECEMBRE. 1754. 103
ور
ود
"
» concert ; & quoiqu'ils fuffent dans des
» camps ennemis , ils travailloient plutôt
»à fe faire valoir les uns les autres qu'à
» tenir les engagemens qu'ils avoient con-
» tractés. Un i vil intérêt avoit réduit la
» guerre à n'être qu'une comédie. On ne la
» faifoit jamais que de jour , & l'artillerie
»même fe taifoit pendant la nuit , pour
» que le repos du foldat ne fût pas troublé.
» Dans les occafions même qui font les
plus vives , il n'y avoit gueres de fang
» répandu que par inadvertance , & les
» combattans ne cherchoient réciproque-
» ment qu'à faire des prifonniers dont la
» rançon pût les enrichir. Machiavel nous
a laiffé le récit exact & détaillé des deux
plus mémorables actions de fon fiècle ,
celle d'Anghiari & celle de Caftracaro.
On y voit des aîles droites & gauches
» renversées & victorieufes , un centre
» enfoncé , le champ de bataille perdu &
regagné plufieurs fois . Ces defcriptions
>> annoncent un carnagel horrible ; il n'y
eut cependant ni mort ni bleffé dans le
premier combat , & dans le fecond il
» ne périt qu'un feul homme d'armes qui
» fut foulé par les chevaux .
ود
Charles ne trouva aucun obftacle dans
fa marche ; il fe vit maître du Royaume
de Naples fans avoir tiré l'épée , & en
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
moins de tems qu'il n'en auroit fallu pour
le parcourir. Mais la facilité & l'éclat de
cette conquête ne firent qu'aigrir la jaloufie
des autres Puiffances . Le Pape , l'Empereur
, le Roi d'Efpagne , les Vénitiens
& les Milanois s'unirent pour dépouiller
Charles qui , effrayé de cette ligue , laiffa
une partie de fes troupes pour défendre fa
conquête , & reprit la route de fes Etats
avec le refte .
Cette retraite enhardit le Roi déthrôné ,
qui vint avec des fecours confidérables
pour chaffer les François de fes Etats ; les
conquerans fe défendirent long - tems avec
affez de bonheur , mais ils furent enfin
obligés de céder & d'abandonner les places
dont ils étoient les maîtres , & il ne
refta à la France que la honte d'avoir formé
une entrepriſe confidérable fans fin déterminée
, ou fans moyens pour y parvenir .
Les mauvais fuccès de Charles VIII ne
rebuterent point fon fucceffeur. Louis XII
fut à peine parvenu au thrône qu'il tourna
fes vûes vers le Milanès fur lequel il avoit
quelques droits ; la conquête en auroit été
difficile , s'il n'avoit été fécondé par les
Vénitiens. Le Milanès ne pouvoit pas réfifter
à ces forces réunies , & il fut fubjugué
en quinze jours. Louis ne bornoit pas
fon ambition à cette conquête , il convint
DECEMBRE . 1754. 105
avec les Espagnols d'attaquer à frais communs
le Royaume de Naples & de le partager
après la victoire. Fréderic ne fit qu'u
ne très-foible réfiftance ; mais les vainqueurs
n'eurent pas plutôt accablé l'ennemi
commun , qu'ils devinrent irréconciliables.
Cette divifion eut des fuites funeftes
aux François ; les avantages qu'avoient fur
eux les Eſpagnols affurerent, après bien des
combats & des négociations , Naples à Ferdinand
, fans que Louis , que les événemens
n'éclairoient jamais , apprît à connoître
les hommes , ni même à fe défier
de fon rival . Un aveuglement fi extraordinaire
le précipita bientôt dans de nouveaux
malheurs à l'occafion que nous allons rapporter.
» La République de Venife jettoit en
1508 un éclat qu'elle n'avoit pas eu au-
» paravant , & qu'elle n'a pas eu depuis.
» Sa domination s'étendoit fur les ifles de
Chypre & de Candie , fur les meilleurs
» ports du Royaume de Naples , fur les pla-
» ces maritimes de la Romagne & fur la
partie du Milanès qui fe trouvoit à ſa
» bienféance. Des poffeffions fi fort éloignées
les unes des autres étoient en quel-
» que maniere réunies par les flottes nom-
»breufes & bien équippées de cette Puiffance
, la feule qui en eût alors. Les dé-
"
"
23
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
penfes qu'exigeoient ces armemens confidérables
ne l'épuifoient pas ; & fon
» commerce qui embraffoit tout le monde
» connu , la mettoit encore en état d'avoir
beaucoup de troupes de terre & de les
» mieux payer que les autres nations. Ces
forces n'étoient ni les feules ni même
les plus grandes reffources de l'Etat : il
pouvoit compter fur l'affection des fujets.
qui trouvoient un avantage fenfible à vi-
» vre fous un gouvernement qui entrete-
» noit l'abondance au - dedans , & qui paf-
» foit au- dehors pour le plus fage & le plus
profond de tous les gouvernemens.
99
39
"
و ر
» Pour fe maintenir dans cette pofition
» brillante , Venife travailloit fans relâche
» à mettre les forces de fes voifins dans un
tel équilibre , qu'elle pût rendre toujours
» fupérieur le parti qu'il lui conviendroit
d'embraffer. Le defir d'établir cette ba-
» lance de pouvoir , la chimere de tant de
» celebres politiques , l'empêchoit d'être fi-
» dele à fes alliances les plus folemnelles ,
» & de refpecter les droits les plus évidens
» des autres Souverains . Ses amis fatigués
" par fes défiances , & fes ennemis aigris
» par fes hauteurs , prirent peu à peu pour
» elle les mêmes fentimens . Comme cette
difpofition ne pouvoit pas être long - tems
» fecrette , on ne tarda pas à fe faire réci- '
"
DECEMBRE. 1754. 107
proquement confidence de fon averfion ,
» & cette confidence aboutit à une confpiration
générale contre la République .
L'hiftoire ne fournit gueres que le congrès
de Cambrai où plufieurs Puiffances fe
foient réunies contre une Puiffance moins
confidérable que chacune d'elles . Cette fameufe
ligue étoit compofée du Pape , du
Roi Catholique , de l'Empereur & de Louis
XII. Le Roi de France toujours fidele à
fes engagemens , entra en 1509 fur le territoire
de la République dans le tems dont
on étoit convenu , & avec les forces qu'il
devoit fournir. Il gagna par l'imprudence
du Général Vénitien qu'on lui oppofa , une
bataille complette , qui mit Venife à deux
doigts de fa perte .
La divifion des Princes confédérés fauva
la République. Louis vit tourner contre
lui les forces de la ligue , celles des
Suiffes & du Roi d'Angleterre. Malgré les
efforts réunis de tant d'ennemis , les François
fe foutinrent en Italie par des fuccès
tous les jours plus éclatans , jufqu'à la mort
du Duc de Nemours , qui fe fit tuer en foldat
à la bataille de Ravenne , qu'il avoit
gagnée en Général . Les vainqueurs déconcertés
par la mort de leur chef , s'affoibliffant
tous les jours par les divifions , les
maladies & les défertions , furent obligés
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
d'aller défendre le Milanès ; mais trop foibles
pour s'y maintenir , ils en furent chaf
fés par les Suiffes en 1512. Louis ne perdit
pas courage , il vint à bout d'amèner
les Venitiens à fon alliance, & de recouvrer
ce qu'il avoit perdu au - delà des Alpes .
» Cette conquête fut facile. Les Milanois
qui jufqu'alors avoient regardé les
François comme des Tyrans , les reçu-
» rent comme leurs libérateurs : ce qu'ils
éprouvoient de Sforce & fur-tout des
» Suiffes depuis la révolution , leur avoit
appris que l'orgueil , l'injuftice & le mépris
des loix & des bienféances étoient
" moins les vices d'une nation en particu-
» lier que de la profpérité en général . Ces
» réflexions les avoient conduits au paral-
» lele de leurs anciens & de leurs nou-
» veaux maîtres ; & ils avoient jugé que
33
ceux qui rachetoient les défauts des con-
» querans par la bonté de leur coeur & la
»facilité de leurs moeurs , devoient être
" préférés à ceux qui n'offroient pas les
"mêmes compenfations . » Malgré ces difpofitions
favorables , les François furent
encore chaffés de leur conquête.
François I fuivit les vûes de fon prédéceffeur
avec la même vivacité que fi elles
euffent été fes propres vûes. Il entra en
Italie , dont les Suiffes gardoient le paffaDECEMBRE
. 1754 109
ge ,
& gagna contr'eux la célebre bataille
de Marignan , qui lui ouvrit la conquête
du Milanès , où les François furent tranquilles
jufqu'en 1521 .
La guerre que commencerent alors à ſe
faire Charles- Quint & François I , fut vive
, fur- tout en Italie . Le Pape & l'Empereur
s'unirent pour chaffer les François du
Milanès dont ils étoient reftés les maîtres.
Lautrec qui y commandoit, fçavoit la guerre
, mais il n'avoit aucun talent pour le
gouvernement. On le trouvoit généralement
haut , fier & dédaigneux . Ses vices
& la dureté de fon adminiftration le rendirent
odieux aux Milanois , qui chercherent
à fortir de l'oppreffion . Lautrec qui
vit les fuites de cette fermentation , demanda
des fecours à la France , mais il nefut pas
affez fort pour fe défendre contre les confédérés
qui le chafferent du Milanès . Une
bataille que ce Général perdit enfuite
acheva la ruine des François en Italie.
François I ne fut point découragé. Il
vit toute l'Europe fe liguer contre lui fans
que cela changeât rien à fes projets. Il ne
réfléchiffoit pas affez pour voir le péril , &
avoit d'ailleurs trop de courage pour le
craindre. Il fe difpofoit à paffer les Alpes
avec une armée redoutable , lorfque la
confpiration du Connétable de Bourbon
116 MERCURE DE FRANCE.
l'arrêta dans fes Etats . Il chargea Bonnivet
de la conquête du Milanès .
33
» Profper Colonne fut le Général que
» la ligue lui oppofa . Cet Italien qui paſſa
» pour un des plus grands Capitaines
» de fon fiécle , faifoit la guerre avec
» moins d'éclat que de fageffe , & avoit
" pour maxime de ne rien abandonner à la
» fortune , même dans les cas les plus pref-
» fans. Il combinoit extrêmement toutes
fes démarches , & dans la crainte de les
déranger , il laiffoit échapper fouvent
» des occafions décifives que la négligence
» ou la foibleffe de l'ennemi lui préfen-
» toient . Sa maniere de faire la guerre
» étoit bonne en général , mais elle avoit
» le défaut d'être toujours la même ; il
ignoroit l'art de varier fes principes fui-
» vant les lieux , les tems , & les circonf
» tances. Il fut lent fans être irréfolu , &
» s'il manqua de l'activité néceffaire pour
fatiguer ou pour furprendre l'ennemi ,
" il fut affez vigilant pour n'être jamais
furpris . Le brillant & la gloire des ba-
» tailles ne le tentoient point , même dans
» fa jeuneffe ; fon ambition dans tous les
» âges fut de défendre ou de conquérir
n
33
des provinces fans répandre de fang.
» Exempt de l'inquiétude qu'on remarque
» dans la plupart des Généraux , il attenDECEMBRE.
1754.
»doit fans impatience le fruit de fes ma-
» noeuvres , & un fuccès , pour venir len-
» tement , n'en étoit pas moins un fuccès
» pour lui. Si la politique qui le porta à
» changer fi fouvent de parti le décria du
côté de la probité , elle lui donna la connoiffance
du génie militaire de plufieurs
» peuples , une autorité fuffifante pour les
» conduire , & l'adreffe néceffaire pour les
23
» accorder.
La moindre partie de ces talens eût fuffi
pour fermer l'entrée de l'Italie à Bonnivet
, vif, imprudent , préfomptueux &
inappliqué. Ce Général fit prefque autant
de fautes que de pas. Les François qui
avoient le pays contr'eux , un Général
qu'ils n'eftimoient pas , un ennemi qui
devenoit tous les jours plus fort , & à qui
on faifoit faire une guerre lente & à l'Italienne
, fe découragerent . Bonnivet qui
avoit formé un blocus devant Milan , fut
obligé de fe retirer. La mort de Colonne
ne rétablit pas les affaires des François .
L'Amiral voyant fon armée ruinée par les
défertions , ne fongea plus qu'à en ramener
les débris en France. Le Connétable de
Bourbon le pourfuivit dans fa retraite , &
entra en France avec une armée Espagnole :
il ne réuffit pas , & il fut forcé de regagner
F'Italie . Les François l'y fuivirent , & vin
rent affiéger Pavie.
112 MERCURE DE FRANCE.
"
» Antoine de Leve qui y commandoit ,
» avoit autant de génie que de valeur , &
» plus d'expérience encore que d'activité .
Né dans un état obfcur & d'abord fim-
» ple foldat , il étoit parvenu au com-
» mandement par d'utiles découvertes , &
» une fuite d'actions , la plûpart hardies &
toutes heureuſes . Un extérieur bas , igno-
"
ble même , ne lui ôtoit rien de l'auto-
» rité qu'il devoit avoir , parce qu'il avoit
»le talent de la parole , & une audace
» noble à laquelle les hommes ne réſiſ-
»tent pas. Ce qu'il y avoit d'inquiet ,
» d'auftere , & d'un peu barbare dans fon
» caractere , étoit corrigé ou adouci , fe-
» lon les occafions , par fon ambition , qui
» étoit vive , forte & éclairée. Il ne con-
»noiffoit de la religion & de la probité
» que les apparences. Sa fortune & la vo-
» lonté ou les intérêts du Prince , étoient
pour lui la fuprême loi .
Les efforts des François pour prendre
cette place étoient inutiles : l'armée diminuoit
tous les jours par le feu continuel de
la place , les maladies , les défertions , les
rigueurs de la faiſon , & le défaut des vivres
. Malgré tant de raiſons d'abandonner
le fiége , François s'y opiniâtra . Il ne
pouvoit pas fe réfoudre à abandonner une
entreprife qui lui avoit déja beaucoup cou
1
DECEMBRE. 1754 II
té, qui fixoit depuis long- tems l'attention
de toute l'Europe , & qu'il croyoit devoir
décider de fa réputation . Cette opiniâtreté
lui fut funefte. Il fut vaincu à Pavie , & fait
prifonnier.
Ce Prince étoit d'un caractere trop vif
& trop impatient pour foutenir fes malheurs
avec fermeté. Il fuccomba autant fous
le poids de fa foibleffe que fous celui de fes
revers , & il fut attaqué d'une maladie dangereufe.
Sorti de fa prifon après fa guérifon
, ilil recommença la guerre.
Il conclut un traité avec le Pape , les
Vénitiens & le Duc de Milan ; mais cette
ligue , dont le but étoit de rendre la li
berté aux Enfans de France qui étoient
reftés en ôtage à Madrid , d'affermir Sforce
dans fes Etats , & de remettre l'Italie entiere
dans la fituation où elle étoit avant
la guerre , n'eut qu'une iffue funcfte. Le
Duc d'Urbin qui commandoit les troupes
des confédérés , ruina les affaires
fes
fautes & fes incertitudes .
par
» Ce Général étoit lent & irréfolu :
» il voyoit toujours tant de raifons d'a-
" gir , & de n'agir pas , qu'il paffoit à difcuter
le tems qu'il auroit dû employer à
» combattre. Son imagination qui fe frappoit
aifément , groffiffoit toujours à fes
" yeux les forces de l'ennemi , & dimi-
"
114 MERCURE DE FRANCE.
» nuoit le nombre de fes propres troupes.
Il avoit le défaut ordinaire aux
» hommes timides , d'ôter le courage à fes
>> foldats en ne leur en croyant point , &
» d'enfer celui de l'ennemi en lui en fup-
» pofant trop. Les avantages qu'il avoit
" pour attaquer , & ceux que lui procu-
» reroit la victoire ne fe préfentoient ja-
» mais à lui : fon efprit ne voyoit que les
» hazards d'une action & les fuites d'une
» défaite. Tout , jufqu'à la réputation qu'il
ور
avoit de fçavoir fupérieurement la guer-
» re , nuifit à la caufe qu'il défendoit : fes
» maîtres éblouis par l'éclat de fon nom ,
approuvoient aveuglément toutes les dé-
» marches ; & les fubalternes accablés par
le poids de fon autorité , n'ofoient être
» d'un avis différent du fien , ou craignoient
de le foutenir.
Avec le caractere que nous venons
de tracer , il n'étoit pas poffible de rien
faire qui exigeât un peu de hardieffe ou
d'activité. Bourbon s'étant foutenu quelque
tems avec fort peu de troupes & fans
argeht , reçut enfin d'Allemagne des fecours
confidérables , avec lefquels il alla
faire le fiége de Rome , & y périt ; mais la
ville fut prife & abandonnée pendant plufieurs
mois à la licence & la cruauté du
foldat.
DECEMBRE. 1754 115
DE
lé n
C3
Ce fut l'occafion d'une nouvelle ligue
.contre l'Empereur , compofée des Rois de
France & d'Angleterre , des Vénitiens &
des Florentins , des Ducs de Milan & de
Ferrare , & du Marquis de Mantoue. Lautrec
commanda leurs forces réunies : il paffa
les Alpes à la tête d'une belle armée , &
s'en fervit pour réduire la plus grande partie
du Milanès fous les loix de Sforce ; fes
opérations furent vives , fages & fçavanres.
Il marcha enfuite à Naples pour en
faire le fiége ; il fut long , difficile , meurtrier
, & donna occafion à un événement
qui eut des fuites importantes.
33
و د
» André Doria , le plus grand homme
»de mer de fon fiécle , étoit entré au fer-
» vice de François I. & y avoit apporté la
hauteur , le courage & les moeurs d'un
Républicain. Les Miniftres accoutumés
» aux déférences & aux baffeffes des cour-
» tifans , conçurent aifément de la haine
contre un étranger qui ne vouloit recevoir
des ordres que du Roi . Comme l'ha-
» bitude de dépendre d'eux n'étoit pas en-
" core bien formée parmi les Grands , ils
craignirent qu'un exemple comme celui-
» là ne retardât les progrès de la fervitude.
générale qu'ils introduifoient avec fuc-
» cès dans le Royaume. Pour prévenir le
péril qui menaçoit leur autorité naiffan
"
"
23
116 MERCURE DE FRANCE.
te , ils confpirerent la perte d'un homme
dont ils n'étoient devenus ennemis
» que parce qu'il n'avoit pas voulu être
leur efclave. On ne pouvoit y parvenir
qu'en dégoûtant le Roi de lui , ou en le
» dégoûtant du Roi. Ces deux moyens fe
prêtant de la force l'un à l'autre , ils ne
» furent pas féparés . Doria fe vit infenfiblement
négligé , oublié , inſulté mê-
ม
» me .
D'autres injuftices ayant augmenté le
mécontentement de Doria , il alla porter
aux Impériaux fon crédit , fes confeils , fa
réputation & fon expérience , & parut
bientôt devant Naples pour la fecourir.
Ce contre- tems acheva d'abbattre Lautrec ,
qui luttoit depuis long-tems contre l'ennemi
, la pefte , la mifere & la famine.
Il mourut en déteftant les mauvais citoyens
dont l'Etat , l'armée & lui étoient les victimes.
Le Marquis de Saluces qui remplaça
Lautrec , manquoit de vûes , d'audace
& d'activité : il fe retira de devant
Naples , fe laiffa battre , & fut lui -même
prifonnier.
L'armée des confédérés qui étoit en
Lombardie , fut détruite peu de tems après
par Antoine de Leve. Cet événement avança
les négociations pour la paix , qui étoient
commencées , mais qui languiffoient ; la
DECEMBRE. 1754. 117
STA
paix fut faite à Cambray. L'Empereur ne
tarda pas à former le plan d'une ligue contre
le Roi de France , qui de fon côté ne
négligeoit rien pour fufciter des ennemis à
fon rival. Un événement fingulier prépara
le dénoument de ces intrigues.
Un Gentilhomme Milanois , nommé
Merveille , qui vivoit ordinairement en
France , étoit retourné dans fa patrie fous
prétexte de quelques affaires particulieres ;
mais en effet pour cimenter l'union qui
commençoit à fe former entre Sforce &
François I. Le fecret perça ; l'Empereur fut
inftruit de cette intelligence : le Duc de
Milan qui redoutoit fon reffentiment ,
chercha tous les moyens imaginables de
l'appaifer. Le hazard ou fon imprudence
lui en fournirent un affreux . Quelques domeftiques
de Merveille ayant tué dans une
querelle un Milanois , l'Agent de France
fut arrêté & décapité . Cet attentat , un
des plus crians que l'hiftoire fourniffe contre
le droit des gens , fit fur l'efprit de
François I. toute l'impreffion qu'il y devoit
faire ; mais il en différa la
vengeance , &
il attendit l'inftant que Charles Quint allât
porter la guerre en Afrique contre le Pirate
Barberouffe pour fatisfaire fon reffentiment
, réparer fa gloire , humilier Sforce ,
& recouvrer le Milanès, Il envoya par la
118 MERCURE DE FRANCE.
Savoye une armée nombreufe , qui débuta
par les plus brillans fuccès , & refta toutà-
coup dans une inaction dont on connoît
peu les motifs . Les Impériaux s'étant fortifiés
, elle fut obligée de repaffer en France
; l'Empereur l'y fuivit. Montmorenci ,
chargé de l'arrêter avec une armée bien
inférieure , s'étoit déterminé , malgré les
murmures des peuples & les railleries des
courtifans , à facrifier la Provence entiere
au falut du refte de l'Etat . Il avoit mis fon
armée fous Avignon , couverte par le Rhôpar
la Durance . L'Empereur , après
avoir fait quelques tentatives inutiles fur
Arles & fur Marſeille , effaya de faire fortir
Montmorenci de fes retranchemens , &
de l'engager à une bataille ; mais ce Général
fut ferme dans fes principes de reſter
fur la défenfive , & les Impériaux quitterent
la Provence , confumés par la faim ,
par les maladies , par la honte & par le
chagrin .
ne &
L'yvreffe où étoit François I. de fes derniers
fuccès , devoit entraîner néceffairement
l'abus de la victoire , & cela arriva
d'une maniere qui me paroît devoir être
remarquée.
» Les Comtés de Flandre & d'Artois re-
"levoient de tems immémorial de la Fran-
» ce. Charles- Quint en avoit rendu l'homDECEMBRE.
1754. 119
» mage comme fes prédéceffeurs , jufqu'à
» ce qu'on lui en eût cédé la fouveraineté
à Cambray. Ce Prince ayant depuis vio-
» lé ce traité en recommençant la guerre ,
" on prétendit qu'il étoit déchu de tous
» les avantages qu'on lui avoit faits , qu'il
» étoit redevenu vaffal de la Couronne
» que cette qualité le rendoit coupable de
» félonie , & devoit faire confifquer fes
» Fiefs. Ce raifonnement expofé en plein
» Parlement au Roi , aux Princes du Sang ,
» à tous les Pairs du Royaume , par l'Avo-
» cat Général Cappel , dans le mois de
» Janvier 1937 , fit ordonner que l'Empe-
» reur feroit cité fur la frontiere , pour ré-
»pondre lui- même , ou du moins par fes
Députés. Le tems prefcrit pour compa-
» roître s'étant écoulé fans que perfonne
» fe fût préfenté , la Flandre & l'Artois fu-
» rent déclarés réunis à la Couronne.
39
"3
François étoit fans doute affez éclairé
» pour regarder cette procédure comme
» une vaine formalité ; mais cette con-
» viction , loin de le juftifier , comme le
» prétendent fes panégyriftes , le rendoit
» évidemment plus blâmable . Il ne tiroit
qu'une vengeance inutile de l'Empereur ,
» qui par des calomnies femées adroite-
» ment , l'avoient décrié dans toute l'Eu-
"
rope , & il perdoit la réputation de
120 MERCURE DE FRANCE.
générofité qu'il avoit eue jufqu'alors ,
» fans qu'il lui en revînt aucun avantage..
" Cette conduite étoit la preuve que ce
» Prince ne faifoit la guerre qu'à Charles
, tandis que Charles la faifoit à la
» France. Qu'on y prenne garde , & on
» trouvera dans cette obfervation , qui
»pour être nouvelle , n'eft pas moins fondée
, la raifon des avantages que la
» Maifon d'Autriche remporta fur celle de
» France , dès les premiers tems de leur
concurrence . Le Chef de la premiere n'é-
» toit déterminé à agir que par des inté-
" rêt d'Etat , & celui de la feconde n'a-
» voit en vûe ordinairement que des paf-
»fions particulieres. Il portoit ce motif
» petit & bas qui entraîne toujours l'hu-
» miliation ou la ruine des Empires , juf-
» ques dans des événemens qui paroif-
» foient partir d'une politique profonde &
» lumineufe ; tel , par exemple , que l'al-
» liance qu'il contracta avec Soliman.
Dès que ce traité fut conclu , le Grand
Seigneur entra en Hongrie à la tête de cent
mille hommes , & envoya une flotte fur
les côtes de Naples. Ces deux armées eurent
quelques avantages , qui auroient pû
conduire plus loin fi François eût paffé les
Alpes en même tems avec une nombreuſe
armée la lenteur gâta tout. Le Roi , malgré
DECEMBRE . 1754. 121
gré d'affez grands avantages qu'il rempor
ta en Italie où il étoit enfin paffé , quitta
par légereté les armes qu'il avoit prifes par
reffentiment , & conclut une treve de dix
ans avec l'Empereur.
Une fermentation dangereufe qui commençoit
déja à agiter les Pays bas , rendoit
cet accomodement très - important pour
Charles - Quint. Ce Prince fentoit la néceffité
de pafler aux Pays-bas pour appaifer
les troubles : Montmorenci lui fit accorder
ce paffage par la France , à des conditions
que ce Prince ne tint pas. La chûte du
Connétable fuivit une infidélité dont il
avoit été caufe . La difgrace de ce favori
tout puiflant fut- elle un bonheur ou un
malheur pour la France ? le Lecteur en
pourra juger.
" Montmorenci , un des hommes les
plus célébres de fon. fiécle , avoit les
» moeurs auſteres , mais de cette auſtérité
» qui naît plutôt d'un efprit chagrin que
» d'un coeur vertueux . Plus ambitieux de
» dominer que jaloux de plaire , il ne re-
» doutoit pas d'être haï , pourvû qu'il fût
>> craint ; la fierté & de faux principes
qu'il s'étoit faits , lui faifoient regarder
»comme des baffeffes des ménagemens rai-
» fonnables qui lui auroient concilié l'eftime
& l'amour des peuples. L'ordre qu'il
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
établiffoit par tout où il avoit de l'au-
» torité , n'étoit pas précisément de l'or-
» dre , c'étoit de la gêne : on y démêloit
»une certaine pédanterie qui n'eft guere
» moins commune à la Cour & à l'armée
qu'ailleurs , quoiqu'elle y foit infiniment
plus ridicule. Il n'eftimoit & n'a-
» vançoit les hommes qu'à raifon du plus
» ou du moins de reffemblance qu'ils
» avoient avec lui , & il confondoit les
citoyens fans talens avec les citoyens
» qui en avoient d'autres que les fiens ,
Dou qui les avoient autrement que lui.
» Naturellement defpotique , il puniffoit
le crime fans obferver les formalités que
» preferit fagement la loi , & il fe croyoit
» difpenfé de récompenfer les actions uti-
» les à la patrie , fous prétexte qu'elles
» étoient d'obligation . Le furnom de Ca-
» ton de la Cour qu'on lui donna , étoit
» plutôt la cenfure de fes manieres que
l'éloge de fon coeur : il l'avoit fi aigre
» que la religion même n'avoit pû la-
" doucir , & qu'il étoit paffé en proverbe
» de dire : Dien nous garde des patenêtres du
ต
» Connétable. Il eut toute fa vie de fauffes
» idées fur la grandeur ; il la faifoit confifter
à gêner ceax qui l'approchoient , à
" faire éclater fes reffentimens , à éviter les
amuſemens publics , à tenir des difcours
22
DECEMBRE . 1754 123
"3
و ر
fiers & infultans , à outrer les dépenfes
qui étoient purement de fafte. La nature
» lui avoit refufé la connoiffance des hom-
» mes , & à plus forte raifon le talent de
» les former : il ne voyoit pour les gou-
» verner que la crainte ; maniere baffe , qui
" avilit les ames les plus élevées , & qui
» pour un crime qu'elle empêche , étouffe
» le germe de mille vertus. A juger de
» Montmorenci par les places qu'il occu-
» pa , les affaires dont il fut chargé , l'au-
» torité qu'il eut , on croiroit qu'il fut
» très intrigant ou très- habile ; cependant
» il étoit fans manége , & fa capacité étoit
» médiocre : le hazard & fa naiffance con-
» tribuerent beaucoup à fon élévation .
» Comme tous les Miniftres accrédités , il
» voulut fe mêler des finances , & par une
» erreur malheureufement trop commune ,
il crut qu'il fuffifoit d'avoir un caractere
dur pour les bien adminiftrer . On ne le
foupçonna jamais de rien détourner des
» deniers publics ; mais il abufoit de la
» facilité de fes maîtres pour fe faire don-
» ner : forte de malverfation moins crimi-
» nelle peut-être que la premiere , mais
qui n'eft gueres moins odieufe. Toutes
» les négociations dont il fut chargé réuf-
» firent mal : il y portoit de la hauteur ,
» de l'entêtement , de l'aigreur , des idées
"
"
"
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
» étroites , un goût trop marqué pour le cé-
» témonial. Son talent pour la guerre fe bornoit
prefque à une prudence lente , qui eft
» le plus fouvent la marque d'un efprit froid,
»timide & ftérile : il réuffit quelquefois
» à fe défendre , mais il ne fçut jamais ni
attaquer ni vaincre. Ce qui diftingua le
plus fa vie des vies ordinaires , c'eft la
» maniere dont il foutint les difgraces
qu'il efluya fa fermeté auroit frappé
davantage , fi l'oftentation dont elle étoit
accompagnée n'eût annoncé plus d'or-
» gueil que de vertu .
"
99
:
Cependant on chercha les moyens de
tirer une vengeance füre & éclatante de
l'Empereur ; la guerre lui fut déclarée en
1542. Les François ouvrirent la campagne
par le Rouffillon & les Pays- Bas , où
ils eurent quelques fuccès. M. d'Enguien
gagna en Piémont la bataille de Cerifolesdont
il perdit les fruits , parce qu'on ne
pût pas lui envoyer des fecours. L'Empereur
& le Roi d'Angleterre s'unirent pour
entrer en France en même tems avec une
armée nombreuſe ; la jaloufie & les divifions
de ces deux Princes fauverent le
Royaume : l'Empereur même , par le défaut
des vivres qui lui manquerent par la fage
attention qu'on eut de tout dévafter , ſe
feroit vû réduit à périr ou de fe rendre
DECEMBRE. 1754. 125
prifonnier , fi les intrigues de la Cour n'a
voient avancé la conclufion de la paix qui
fut fignée à Crépy en 1544 , & à laquelle
François I. ne furvêcut pas long-tems.
» Ce Prince joignoit à un goût décidé
» pour tous les exercices du corps , l'adreffe
» néceffaire pour y exceller , & affez de
fanté pour s'y livrer fans rifque. Il n'avoit
pas cet air impofant qui a fait le
plus grand mérite de quelques Souve-
» rains ; mais il régnoit dans toutes les ma
» nieres une franchiſe qui préparoit à l'a-
» mour & qui infpiroit la confiance . Pour
»trouver accès auprès de lui , il n'étoit pas
» néceffaire d'avoir des places , de la ré-
»putation ou de la naiffance ; il fuffifoit
d'être François ou même homme . Sa con-
» verfation réuniffoit les agrémens que
» doivent donner la gaieté , le naturel , la
» vivacité & les connoiflances. Il parloit
"
»
beaucoup ; & quand il auroit été un par-
» ticulier , on n'auroit pas trouvé qu'il
parlât trop. Le defir de la louange qui
rend quelquefois grands les Rois qui
» l'ont , mais qui ne fait le plus fouvent
» qu'avilir ceux qui les entourent , fut une
de fes paffions : fon caractere autoriſe à
penfer qu'il s'en feroit rendu digne , fi
les flateurs ne l'avoient perdu .
n
» Contre l'ordinaire des hommes nés
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
» pour gouverner , qui ne forment prefque'
jamais de projets dont le défaut même
de fuccès ne foit fuivi de quelque avan-
"9
ود
و د
tage , il ne s'occupoit que de ce que les
» événemens avoient d'éclatant : on ne l'amena
jamais à fentir que dans des coups
» d'état la gloire & l'utilité font le plus
»fouvent inféparables . Les partis violens
» qui ne font permis que dans des fitua-
» tions defefpérées , ou quand on fe fent
» affez de force & de génie pour les foute-
» nir , ne lui coutoient rien à prendre : l'efprit
romanefque de fon fiécle & fon imprudence
particuliere l'empêchoient de
» voir les difficultés attachées aux affaires
& celles que fon caractere y ajoûteroit .
"3
Quoiqu'il s'occupât beaucoup du foin.
d'étendre fon autorité , il ne gouverna
jamais lui-même. L'Etat fut fucceffive-
»ment abandonné aux caprices de la Ducheffe
d'Angoulême , aux paffions des
Miniftres , à l'avidité des favoris. Il eut
» une probité d'oftentation qui ne lui
» mettoit pas de manquer de parole à fes
» ennemis des principes vrais & réels ſe
perferoient
étendus jufqu'à fes fujets , &
» l'auroient empêché de les dépouiller de
» droits effentiels fondés fur les conven-
» tions & fur la nature. La jalousie qui eft
auffi ordinaire & plus dangereufe fur le
DECEMBRE.
1754. 127
5
I
thrône que dans les conditions privées
n'effleura pas feulement fon ame : il étoit
»foldat , il fe croyoit Général , & il louoit
fans effort , avec plaifir même , tous ceux
» qui avoient fait à la guerre une action
» de valeur ou d'habileté. Le feu qu'il met-
» toit d'abord dans fes entrepriſes , s'étei-
"gnoit tout- à - coup fans pouvoir être nour-
»ri par le fuccès , ni rallumé par les difgraces.
Il n'étoit donné à ce Prince , fi
»l'on peut parler ainfi , que d'avoir des
» demi-fentimens & de faire des demi -ac-
» tions. Comme il avoit beaucoup d'éléva
» tion & qu'il réfléchiffoit peu , il dédaignoit
l'intrigue & négligeoit trop les ap-
» parences : fon rival moins délicat & plus
appliqué , profita de cette imprudente
» hauteur , pour lui ôter dans l'Europe en-
» tiere une réputation de probité qui lui
» auroit donné des alliés fideles & parmi
» les François même , une réputation d'ha-
» bileté qui auroit affermi leur courage.
La franchife , la fenfibilité , la générofi-
» té , qui ont été dans tous les fiécles la bafe
» des réputations les plus pures , furent la
» ruine de la fienne : la premiere de ces
» vertus lui fit trahir fes fecrets ; la feconde
» ne lui infpira qu'une compaffion ftérile
pour des peuples furchargés qu'il devoit
foulager ; la derniere lui fit prodiguer à
F iiij
728 MERCURE DE FRANCE.
des Courtifans ce qui étoit dû à ceux qui
» fervoient l'Etat . Son adminiftration fut
accompagnée de tous les defordres qui
»deshonorent le regne des Souverains cré-
» dules , vains , inconftans , fans principes ,
» fans expérience , fans connoiffance des
» hommes & fans fermeté.
& politiques de l'Europe , depuis l'élévation
de Charles- Quint au thrône de l'Em-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
pire , jufqu'au traité d'Aix -la - Chapelle en
1748. Par M. l'Abbé Raynal , de la Société
royale de Londres, & de l'Académie royale
des Sciences & Belles - Lettres de Pruffe . A
Amfterdam , chez Ar ' ftée & Merkus ; & le`
vend à Paris , chez Durand , rue S. Jacques
, au Griffon , 1754 .
J'ai donné dans le Mercure dernier l'extrait
du premier volume de mon ouvrage ,
je vais continuer celui du fecond qui tenferme
l'histoire des guerres de Charles-
Quint & de François I , depuis 1521 jufqu'en
1544.
» L'Italie , ce théatre continuel & mal-
» heureux de tant de guerres , en a peu vu
» d'auffi fingulieres par les motifs & d'auffi
furprenantes par les événemens que cel-
» les qu'on va développer. Le lecteur en
» faifira mieux l'efprit , & en fuivra plus
agréablement les détails lorfqu'on l'aura
» fait remonter jufqu'à leurs caufes les plus
éloignées.
و ر
و ر
ور
و ر
Depuis la chute de l'Empire Romain
l'Italie ne s'étoit jamais trouvée dans la fituation
heureufe & brillante où elle étoit
en 1492. Une paix profonde , un commerce
étendu & floriffant , la culture des fciences
& des arts , inconnus ou méprifés ailleurs
, y faifoient regner des moeurs douces ,
aimables & polies . Tranquille , peuplée ,
DECEMBRE . 1754. tor
!
riche & magnifique au - dedans , elle avoit
au- dehors une affez grande confidération .
Cette fituation fi rare étoit particulierement
l'ouvrage de Laurent de Médicis , qui
de fimple citoyen de Florence en devint le
chef& le bienfaiteur. Sa mort fut l'époque
des troubles de l'Italie .
Ludovic Sforce méditoit d'ufurper la
Souveraineté du Milanès fur Jean Galeas
fon neveu ; mais comme il prévoyoit que
le Roi de Naples traverferoit fon projet,
il engagea la France à faire valoir les droits
qu'elle avoit par la Maiſon d'Anjou fur le
Royaume de Naples .
» Charles VIII qui n'avoit ni la péné-
» tration néceffaire pour connoître le bien
»de l'Etat , ni le fentiment qui le fait de-
» viner, & qui confondoit d'ailleurs , com-
" me prefque tous les Souverains , un fond
" méprifable d'inquiétude avec une paf-
» fion très-louable pour la gloire , s'entêta
de la conquête de Naples dès qu'on lui
» en eût fait la premiere ouverture. La né-
» ceffité de peapler fon Royaume que les
» guerres contre les Anglois avoient de-
» vafté , de réformer le gouvernement dont
» les troubles civils venoient d'augmenter
» le defordre , de rétablir les finances épui-
» fées par les bizarreries du dernier régne ,
ne balança pas une réfolution fi dange-
ود
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» reufe . Tout fut rapporté à une entrepriſe
» dont le fuccès même devoit être un mal-
» heur. Le defir de réuffir , tout vif qu'il
» étoit , peut-être même parce qu'il l'étoit ,
» n'éclaira pas fur les moyens.
و ر
ود
ود
Charles commença par gagner Ferdinand
& Maximilien , en leur abandonnant des
pays qui valoient mieux que ce qu'il ſe propofoit
d'acquerir. Il regarda fon triomphe
comme infaillible , lorfqu'il crut s'être affuré
qu'il n'auroit à combattre que des Italiens.
Il eft vrai que quand les différens
Etats de l'Italie n'auroient pas été divifés
entr'eux , ils ne pouvoient oppofer qu'une
foible réfiftance. » Leurs troupes n'étoient
compofées que de gens fans honneur ,
»fans talent & fans aveu , que quelques
Seigneurs qui jouiffoient d'une efpece
d'indépendance dans l'Etat eccléfiaftique
» ou dans d'autres états , raffembloient
»pour le fervice des Puiffances qui en
» avoient befoin . Ces chefs de bande , maî-
» tres abfolus des corps qu'ils avoient formés
, y difpofoient à leur gré de tous les
emplois , & faifoient avec leurs fubalternes
le marché qu'ils vouloient , fans que
l'Etat qui les avoit à ſa ſolde , prît con-
» noiffance de ces conventions. La diffi-
» culté ou la dépenfe des recrûes déter-
ور
"
"
minoit ces aventuriers à n'agir que de
DECEMBRE. 1754. 103
ور
ود
"
» concert ; & quoiqu'ils fuffent dans des
» camps ennemis , ils travailloient plutôt
»à fe faire valoir les uns les autres qu'à
» tenir les engagemens qu'ils avoient con-
» tractés. Un i vil intérêt avoit réduit la
» guerre à n'être qu'une comédie. On ne la
» faifoit jamais que de jour , & l'artillerie
»même fe taifoit pendant la nuit , pour
» que le repos du foldat ne fût pas troublé.
» Dans les occafions même qui font les
plus vives , il n'y avoit gueres de fang
» répandu que par inadvertance , & les
» combattans ne cherchoient réciproque-
» ment qu'à faire des prifonniers dont la
» rançon pût les enrichir. Machiavel nous
a laiffé le récit exact & détaillé des deux
plus mémorables actions de fon fiècle ,
celle d'Anghiari & celle de Caftracaro.
On y voit des aîles droites & gauches
» renversées & victorieufes , un centre
» enfoncé , le champ de bataille perdu &
regagné plufieurs fois . Ces defcriptions
>> annoncent un carnagel horrible ; il n'y
eut cependant ni mort ni bleffé dans le
premier combat , & dans le fecond il
» ne périt qu'un feul homme d'armes qui
» fut foulé par les chevaux .
ود
Charles ne trouva aucun obftacle dans
fa marche ; il fe vit maître du Royaume
de Naples fans avoir tiré l'épée , & en
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
moins de tems qu'il n'en auroit fallu pour
le parcourir. Mais la facilité & l'éclat de
cette conquête ne firent qu'aigrir la jaloufie
des autres Puiffances . Le Pape , l'Empereur
, le Roi d'Efpagne , les Vénitiens
& les Milanois s'unirent pour dépouiller
Charles qui , effrayé de cette ligue , laiffa
une partie de fes troupes pour défendre fa
conquête , & reprit la route de fes Etats
avec le refte .
Cette retraite enhardit le Roi déthrôné ,
qui vint avec des fecours confidérables
pour chaffer les François de fes Etats ; les
conquerans fe défendirent long - tems avec
affez de bonheur , mais ils furent enfin
obligés de céder & d'abandonner les places
dont ils étoient les maîtres , & il ne
refta à la France que la honte d'avoir formé
une entrepriſe confidérable fans fin déterminée
, ou fans moyens pour y parvenir .
Les mauvais fuccès de Charles VIII ne
rebuterent point fon fucceffeur. Louis XII
fut à peine parvenu au thrône qu'il tourna
fes vûes vers le Milanès fur lequel il avoit
quelques droits ; la conquête en auroit été
difficile , s'il n'avoit été fécondé par les
Vénitiens. Le Milanès ne pouvoit pas réfifter
à ces forces réunies , & il fut fubjugué
en quinze jours. Louis ne bornoit pas
fon ambition à cette conquête , il convint
DECEMBRE . 1754. 105
avec les Espagnols d'attaquer à frais communs
le Royaume de Naples & de le partager
après la victoire. Fréderic ne fit qu'u
ne très-foible réfiftance ; mais les vainqueurs
n'eurent pas plutôt accablé l'ennemi
commun , qu'ils devinrent irréconciliables.
Cette divifion eut des fuites funeftes
aux François ; les avantages qu'avoient fur
eux les Eſpagnols affurerent, après bien des
combats & des négociations , Naples à Ferdinand
, fans que Louis , que les événemens
n'éclairoient jamais , apprît à connoître
les hommes , ni même à fe défier
de fon rival . Un aveuglement fi extraordinaire
le précipita bientôt dans de nouveaux
malheurs à l'occafion que nous allons rapporter.
» La République de Venife jettoit en
1508 un éclat qu'elle n'avoit pas eu au-
» paravant , & qu'elle n'a pas eu depuis.
» Sa domination s'étendoit fur les ifles de
Chypre & de Candie , fur les meilleurs
» ports du Royaume de Naples , fur les pla-
» ces maritimes de la Romagne & fur la
partie du Milanès qui fe trouvoit à ſa
» bienféance. Des poffeffions fi fort éloignées
les unes des autres étoient en quel-
» que maniere réunies par les flottes nom-
»breufes & bien équippées de cette Puiffance
, la feule qui en eût alors. Les dé-
"
"
23
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
penfes qu'exigeoient ces armemens confidérables
ne l'épuifoient pas ; & fon
» commerce qui embraffoit tout le monde
» connu , la mettoit encore en état d'avoir
beaucoup de troupes de terre & de les
» mieux payer que les autres nations. Ces
forces n'étoient ni les feules ni même
les plus grandes reffources de l'Etat : il
pouvoit compter fur l'affection des fujets.
qui trouvoient un avantage fenfible à vi-
» vre fous un gouvernement qui entrete-
» noit l'abondance au - dedans , & qui paf-
» foit au- dehors pour le plus fage & le plus
profond de tous les gouvernemens.
99
39
"
و ر
» Pour fe maintenir dans cette pofition
» brillante , Venife travailloit fans relâche
» à mettre les forces de fes voifins dans un
tel équilibre , qu'elle pût rendre toujours
» fupérieur le parti qu'il lui conviendroit
d'embraffer. Le defir d'établir cette ba-
» lance de pouvoir , la chimere de tant de
» celebres politiques , l'empêchoit d'être fi-
» dele à fes alliances les plus folemnelles ,
» & de refpecter les droits les plus évidens
» des autres Souverains . Ses amis fatigués
" par fes défiances , & fes ennemis aigris
» par fes hauteurs , prirent peu à peu pour
» elle les mêmes fentimens . Comme cette
difpofition ne pouvoit pas être long - tems
» fecrette , on ne tarda pas à fe faire réci- '
"
DECEMBRE. 1754. 107
proquement confidence de fon averfion ,
» & cette confidence aboutit à une confpiration
générale contre la République .
L'hiftoire ne fournit gueres que le congrès
de Cambrai où plufieurs Puiffances fe
foient réunies contre une Puiffance moins
confidérable que chacune d'elles . Cette fameufe
ligue étoit compofée du Pape , du
Roi Catholique , de l'Empereur & de Louis
XII. Le Roi de France toujours fidele à
fes engagemens , entra en 1509 fur le territoire
de la République dans le tems dont
on étoit convenu , & avec les forces qu'il
devoit fournir. Il gagna par l'imprudence
du Général Vénitien qu'on lui oppofa , une
bataille complette , qui mit Venife à deux
doigts de fa perte .
La divifion des Princes confédérés fauva
la République. Louis vit tourner contre
lui les forces de la ligue , celles des
Suiffes & du Roi d'Angleterre. Malgré les
efforts réunis de tant d'ennemis , les François
fe foutinrent en Italie par des fuccès
tous les jours plus éclatans , jufqu'à la mort
du Duc de Nemours , qui fe fit tuer en foldat
à la bataille de Ravenne , qu'il avoit
gagnée en Général . Les vainqueurs déconcertés
par la mort de leur chef , s'affoibliffant
tous les jours par les divifions , les
maladies & les défertions , furent obligés
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
d'aller défendre le Milanès ; mais trop foibles
pour s'y maintenir , ils en furent chaf
fés par les Suiffes en 1512. Louis ne perdit
pas courage , il vint à bout d'amèner
les Venitiens à fon alliance, & de recouvrer
ce qu'il avoit perdu au - delà des Alpes .
» Cette conquête fut facile. Les Milanois
qui jufqu'alors avoient regardé les
François comme des Tyrans , les reçu-
» rent comme leurs libérateurs : ce qu'ils
éprouvoient de Sforce & fur-tout des
» Suiffes depuis la révolution , leur avoit
appris que l'orgueil , l'injuftice & le mépris
des loix & des bienféances étoient
" moins les vices d'une nation en particu-
» lier que de la profpérité en général . Ces
» réflexions les avoient conduits au paral-
» lele de leurs anciens & de leurs nou-
» veaux maîtres ; & ils avoient jugé que
33
ceux qui rachetoient les défauts des con-
» querans par la bonté de leur coeur & la
»facilité de leurs moeurs , devoient être
" préférés à ceux qui n'offroient pas les
"mêmes compenfations . » Malgré ces difpofitions
favorables , les François furent
encore chaffés de leur conquête.
François I fuivit les vûes de fon prédéceffeur
avec la même vivacité que fi elles
euffent été fes propres vûes. Il entra en
Italie , dont les Suiffes gardoient le paffaDECEMBRE
. 1754 109
ge ,
& gagna contr'eux la célebre bataille
de Marignan , qui lui ouvrit la conquête
du Milanès , où les François furent tranquilles
jufqu'en 1521 .
La guerre que commencerent alors à ſe
faire Charles- Quint & François I , fut vive
, fur- tout en Italie . Le Pape & l'Empereur
s'unirent pour chaffer les François du
Milanès dont ils étoient reftés les maîtres.
Lautrec qui y commandoit, fçavoit la guerre
, mais il n'avoit aucun talent pour le
gouvernement. On le trouvoit généralement
haut , fier & dédaigneux . Ses vices
& la dureté de fon adminiftration le rendirent
odieux aux Milanois , qui chercherent
à fortir de l'oppreffion . Lautrec qui
vit les fuites de cette fermentation , demanda
des fecours à la France , mais il nefut pas
affez fort pour fe défendre contre les confédérés
qui le chafferent du Milanès . Une
bataille que ce Général perdit enfuite
acheva la ruine des François en Italie.
François I ne fut point découragé. Il
vit toute l'Europe fe liguer contre lui fans
que cela changeât rien à fes projets. Il ne
réfléchiffoit pas affez pour voir le péril , &
avoit d'ailleurs trop de courage pour le
craindre. Il fe difpofoit à paffer les Alpes
avec une armée redoutable , lorfque la
confpiration du Connétable de Bourbon
116 MERCURE DE FRANCE.
l'arrêta dans fes Etats . Il chargea Bonnivet
de la conquête du Milanès .
33
» Profper Colonne fut le Général que
» la ligue lui oppofa . Cet Italien qui paſſa
» pour un des plus grands Capitaines
» de fon fiécle , faifoit la guerre avec
» moins d'éclat que de fageffe , & avoit
" pour maxime de ne rien abandonner à la
» fortune , même dans les cas les plus pref-
» fans. Il combinoit extrêmement toutes
fes démarches , & dans la crainte de les
déranger , il laiffoit échapper fouvent
» des occafions décifives que la négligence
» ou la foibleffe de l'ennemi lui préfen-
» toient . Sa maniere de faire la guerre
» étoit bonne en général , mais elle avoit
» le défaut d'être toujours la même ; il
ignoroit l'art de varier fes principes fui-
» vant les lieux , les tems , & les circonf
» tances. Il fut lent fans être irréfolu , &
» s'il manqua de l'activité néceffaire pour
fatiguer ou pour furprendre l'ennemi ,
" il fut affez vigilant pour n'être jamais
furpris . Le brillant & la gloire des ba-
» tailles ne le tentoient point , même dans
» fa jeuneffe ; fon ambition dans tous les
» âges fut de défendre ou de conquérir
n
33
des provinces fans répandre de fang.
» Exempt de l'inquiétude qu'on remarque
» dans la plupart des Généraux , il attenDECEMBRE.
1754.
»doit fans impatience le fruit de fes ma-
» noeuvres , & un fuccès , pour venir len-
» tement , n'en étoit pas moins un fuccès
» pour lui. Si la politique qui le porta à
» changer fi fouvent de parti le décria du
côté de la probité , elle lui donna la connoiffance
du génie militaire de plufieurs
» peuples , une autorité fuffifante pour les
» conduire , & l'adreffe néceffaire pour les
23
» accorder.
La moindre partie de ces talens eût fuffi
pour fermer l'entrée de l'Italie à Bonnivet
, vif, imprudent , préfomptueux &
inappliqué. Ce Général fit prefque autant
de fautes que de pas. Les François qui
avoient le pays contr'eux , un Général
qu'ils n'eftimoient pas , un ennemi qui
devenoit tous les jours plus fort , & à qui
on faifoit faire une guerre lente & à l'Italienne
, fe découragerent . Bonnivet qui
avoit formé un blocus devant Milan , fut
obligé de fe retirer. La mort de Colonne
ne rétablit pas les affaires des François .
L'Amiral voyant fon armée ruinée par les
défertions , ne fongea plus qu'à en ramener
les débris en France. Le Connétable de
Bourbon le pourfuivit dans fa retraite , &
entra en France avec une armée Espagnole :
il ne réuffit pas , & il fut forcé de regagner
F'Italie . Les François l'y fuivirent , & vin
rent affiéger Pavie.
112 MERCURE DE FRANCE.
"
» Antoine de Leve qui y commandoit ,
» avoit autant de génie que de valeur , &
» plus d'expérience encore que d'activité .
Né dans un état obfcur & d'abord fim-
» ple foldat , il étoit parvenu au com-
» mandement par d'utiles découvertes , &
» une fuite d'actions , la plûpart hardies &
toutes heureuſes . Un extérieur bas , igno-
"
ble même , ne lui ôtoit rien de l'auto-
» rité qu'il devoit avoir , parce qu'il avoit
»le talent de la parole , & une audace
» noble à laquelle les hommes ne réſiſ-
»tent pas. Ce qu'il y avoit d'inquiet ,
» d'auftere , & d'un peu barbare dans fon
» caractere , étoit corrigé ou adouci , fe-
» lon les occafions , par fon ambition , qui
» étoit vive , forte & éclairée. Il ne con-
»noiffoit de la religion & de la probité
» que les apparences. Sa fortune & la vo-
» lonté ou les intérêts du Prince , étoient
pour lui la fuprême loi .
Les efforts des François pour prendre
cette place étoient inutiles : l'armée diminuoit
tous les jours par le feu continuel de
la place , les maladies , les défertions , les
rigueurs de la faiſon , & le défaut des vivres
. Malgré tant de raiſons d'abandonner
le fiége , François s'y opiniâtra . Il ne
pouvoit pas fe réfoudre à abandonner une
entreprife qui lui avoit déja beaucoup cou
1
DECEMBRE. 1754 II
té, qui fixoit depuis long- tems l'attention
de toute l'Europe , & qu'il croyoit devoir
décider de fa réputation . Cette opiniâtreté
lui fut funefte. Il fut vaincu à Pavie , & fait
prifonnier.
Ce Prince étoit d'un caractere trop vif
& trop impatient pour foutenir fes malheurs
avec fermeté. Il fuccomba autant fous
le poids de fa foibleffe que fous celui de fes
revers , & il fut attaqué d'une maladie dangereufe.
Sorti de fa prifon après fa guérifon
, ilil recommença la guerre.
Il conclut un traité avec le Pape , les
Vénitiens & le Duc de Milan ; mais cette
ligue , dont le but étoit de rendre la li
berté aux Enfans de France qui étoient
reftés en ôtage à Madrid , d'affermir Sforce
dans fes Etats , & de remettre l'Italie entiere
dans la fituation où elle étoit avant
la guerre , n'eut qu'une iffue funcfte. Le
Duc d'Urbin qui commandoit les troupes
des confédérés , ruina les affaires
fes
fautes & fes incertitudes .
par
» Ce Général étoit lent & irréfolu :
» il voyoit toujours tant de raifons d'a-
" gir , & de n'agir pas , qu'il paffoit à difcuter
le tems qu'il auroit dû employer à
» combattre. Son imagination qui fe frappoit
aifément , groffiffoit toujours à fes
" yeux les forces de l'ennemi , & dimi-
"
114 MERCURE DE FRANCE.
» nuoit le nombre de fes propres troupes.
Il avoit le défaut ordinaire aux
» hommes timides , d'ôter le courage à fes
>> foldats en ne leur en croyant point , &
» d'enfer celui de l'ennemi en lui en fup-
» pofant trop. Les avantages qu'il avoit
" pour attaquer , & ceux que lui procu-
» reroit la victoire ne fe préfentoient ja-
» mais à lui : fon efprit ne voyoit que les
» hazards d'une action & les fuites d'une
» défaite. Tout , jufqu'à la réputation qu'il
ور
avoit de fçavoir fupérieurement la guer-
» re , nuifit à la caufe qu'il défendoit : fes
» maîtres éblouis par l'éclat de fon nom ,
approuvoient aveuglément toutes les dé-
» marches ; & les fubalternes accablés par
le poids de fon autorité , n'ofoient être
» d'un avis différent du fien , ou craignoient
de le foutenir.
Avec le caractere que nous venons
de tracer , il n'étoit pas poffible de rien
faire qui exigeât un peu de hardieffe ou
d'activité. Bourbon s'étant foutenu quelque
tems avec fort peu de troupes & fans
argeht , reçut enfin d'Allemagne des fecours
confidérables , avec lefquels il alla
faire le fiége de Rome , & y périt ; mais la
ville fut prife & abandonnée pendant plufieurs
mois à la licence & la cruauté du
foldat.
DECEMBRE. 1754 115
DE
lé n
C3
Ce fut l'occafion d'une nouvelle ligue
.contre l'Empereur , compofée des Rois de
France & d'Angleterre , des Vénitiens &
des Florentins , des Ducs de Milan & de
Ferrare , & du Marquis de Mantoue. Lautrec
commanda leurs forces réunies : il paffa
les Alpes à la tête d'une belle armée , &
s'en fervit pour réduire la plus grande partie
du Milanès fous les loix de Sforce ; fes
opérations furent vives , fages & fçavanres.
Il marcha enfuite à Naples pour en
faire le fiége ; il fut long , difficile , meurtrier
, & donna occafion à un événement
qui eut des fuites importantes.
33
و د
» André Doria , le plus grand homme
»de mer de fon fiécle , étoit entré au fer-
» vice de François I. & y avoit apporté la
hauteur , le courage & les moeurs d'un
Républicain. Les Miniftres accoutumés
» aux déférences & aux baffeffes des cour-
» tifans , conçurent aifément de la haine
contre un étranger qui ne vouloit recevoir
des ordres que du Roi . Comme l'ha-
» bitude de dépendre d'eux n'étoit pas en-
" core bien formée parmi les Grands , ils
craignirent qu'un exemple comme celui-
» là ne retardât les progrès de la fervitude.
générale qu'ils introduifoient avec fuc-
» cès dans le Royaume. Pour prévenir le
péril qui menaçoit leur autorité naiffan
"
"
23
116 MERCURE DE FRANCE.
te , ils confpirerent la perte d'un homme
dont ils n'étoient devenus ennemis
» que parce qu'il n'avoit pas voulu être
leur efclave. On ne pouvoit y parvenir
qu'en dégoûtant le Roi de lui , ou en le
» dégoûtant du Roi. Ces deux moyens fe
prêtant de la force l'un à l'autre , ils ne
» furent pas féparés . Doria fe vit infenfiblement
négligé , oublié , inſulté mê-
ม
» me .
D'autres injuftices ayant augmenté le
mécontentement de Doria , il alla porter
aux Impériaux fon crédit , fes confeils , fa
réputation & fon expérience , & parut
bientôt devant Naples pour la fecourir.
Ce contre- tems acheva d'abbattre Lautrec ,
qui luttoit depuis long-tems contre l'ennemi
, la pefte , la mifere & la famine.
Il mourut en déteftant les mauvais citoyens
dont l'Etat , l'armée & lui étoient les victimes.
Le Marquis de Saluces qui remplaça
Lautrec , manquoit de vûes , d'audace
& d'activité : il fe retira de devant
Naples , fe laiffa battre , & fut lui -même
prifonnier.
L'armée des confédérés qui étoit en
Lombardie , fut détruite peu de tems après
par Antoine de Leve. Cet événement avança
les négociations pour la paix , qui étoient
commencées , mais qui languiffoient ; la
DECEMBRE. 1754. 117
STA
paix fut faite à Cambray. L'Empereur ne
tarda pas à former le plan d'une ligue contre
le Roi de France , qui de fon côté ne
négligeoit rien pour fufciter des ennemis à
fon rival. Un événement fingulier prépara
le dénoument de ces intrigues.
Un Gentilhomme Milanois , nommé
Merveille , qui vivoit ordinairement en
France , étoit retourné dans fa patrie fous
prétexte de quelques affaires particulieres ;
mais en effet pour cimenter l'union qui
commençoit à fe former entre Sforce &
François I. Le fecret perça ; l'Empereur fut
inftruit de cette intelligence : le Duc de
Milan qui redoutoit fon reffentiment ,
chercha tous les moyens imaginables de
l'appaifer. Le hazard ou fon imprudence
lui en fournirent un affreux . Quelques domeftiques
de Merveille ayant tué dans une
querelle un Milanois , l'Agent de France
fut arrêté & décapité . Cet attentat , un
des plus crians que l'hiftoire fourniffe contre
le droit des gens , fit fur l'efprit de
François I. toute l'impreffion qu'il y devoit
faire ; mais il en différa la
vengeance , &
il attendit l'inftant que Charles Quint allât
porter la guerre en Afrique contre le Pirate
Barberouffe pour fatisfaire fon reffentiment
, réparer fa gloire , humilier Sforce ,
& recouvrer le Milanès, Il envoya par la
118 MERCURE DE FRANCE.
Savoye une armée nombreufe , qui débuta
par les plus brillans fuccès , & refta toutà-
coup dans une inaction dont on connoît
peu les motifs . Les Impériaux s'étant fortifiés
, elle fut obligée de repaffer en France
; l'Empereur l'y fuivit. Montmorenci ,
chargé de l'arrêter avec une armée bien
inférieure , s'étoit déterminé , malgré les
murmures des peuples & les railleries des
courtifans , à facrifier la Provence entiere
au falut du refte de l'Etat . Il avoit mis fon
armée fous Avignon , couverte par le Rhôpar
la Durance . L'Empereur , après
avoir fait quelques tentatives inutiles fur
Arles & fur Marſeille , effaya de faire fortir
Montmorenci de fes retranchemens , &
de l'engager à une bataille ; mais ce Général
fut ferme dans fes principes de reſter
fur la défenfive , & les Impériaux quitterent
la Provence , confumés par la faim ,
par les maladies , par la honte & par le
chagrin .
ne &
L'yvreffe où étoit François I. de fes derniers
fuccès , devoit entraîner néceffairement
l'abus de la victoire , & cela arriva
d'une maniere qui me paroît devoir être
remarquée.
» Les Comtés de Flandre & d'Artois re-
"levoient de tems immémorial de la Fran-
» ce. Charles- Quint en avoit rendu l'homDECEMBRE.
1754. 119
» mage comme fes prédéceffeurs , jufqu'à
» ce qu'on lui en eût cédé la fouveraineté
à Cambray. Ce Prince ayant depuis vio-
» lé ce traité en recommençant la guerre ,
" on prétendit qu'il étoit déchu de tous
» les avantages qu'on lui avoit faits , qu'il
» étoit redevenu vaffal de la Couronne
» que cette qualité le rendoit coupable de
» félonie , & devoit faire confifquer fes
» Fiefs. Ce raifonnement expofé en plein
» Parlement au Roi , aux Princes du Sang ,
» à tous les Pairs du Royaume , par l'Avo-
» cat Général Cappel , dans le mois de
» Janvier 1937 , fit ordonner que l'Empe-
» reur feroit cité fur la frontiere , pour ré-
»pondre lui- même , ou du moins par fes
Députés. Le tems prefcrit pour compa-
» roître s'étant écoulé fans que perfonne
» fe fût préfenté , la Flandre & l'Artois fu-
» rent déclarés réunis à la Couronne.
39
"3
François étoit fans doute affez éclairé
» pour regarder cette procédure comme
» une vaine formalité ; mais cette con-
» viction , loin de le juftifier , comme le
» prétendent fes panégyriftes , le rendoit
» évidemment plus blâmable . Il ne tiroit
qu'une vengeance inutile de l'Empereur ,
» qui par des calomnies femées adroite-
» ment , l'avoient décrié dans toute l'Eu-
"
rope , & il perdoit la réputation de
120 MERCURE DE FRANCE.
générofité qu'il avoit eue jufqu'alors ,
» fans qu'il lui en revînt aucun avantage..
" Cette conduite étoit la preuve que ce
» Prince ne faifoit la guerre qu'à Charles
, tandis que Charles la faifoit à la
» France. Qu'on y prenne garde , & on
» trouvera dans cette obfervation , qui
»pour être nouvelle , n'eft pas moins fondée
, la raifon des avantages que la
» Maifon d'Autriche remporta fur celle de
» France , dès les premiers tems de leur
concurrence . Le Chef de la premiere n'é-
» toit déterminé à agir que par des inté-
" rêt d'Etat , & celui de la feconde n'a-
» voit en vûe ordinairement que des paf-
»fions particulieres. Il portoit ce motif
» petit & bas qui entraîne toujours l'hu-
» miliation ou la ruine des Empires , juf-
» ques dans des événemens qui paroif-
» foient partir d'une politique profonde &
» lumineufe ; tel , par exemple , que l'al-
» liance qu'il contracta avec Soliman.
Dès que ce traité fut conclu , le Grand
Seigneur entra en Hongrie à la tête de cent
mille hommes , & envoya une flotte fur
les côtes de Naples. Ces deux armées eurent
quelques avantages , qui auroient pû
conduire plus loin fi François eût paffé les
Alpes en même tems avec une nombreuſe
armée la lenteur gâta tout. Le Roi , malgré
DECEMBRE . 1754. 121
gré d'affez grands avantages qu'il rempor
ta en Italie où il étoit enfin paffé , quitta
par légereté les armes qu'il avoit prifes par
reffentiment , & conclut une treve de dix
ans avec l'Empereur.
Une fermentation dangereufe qui commençoit
déja à agiter les Pays bas , rendoit
cet accomodement très - important pour
Charles - Quint. Ce Prince fentoit la néceffité
de pafler aux Pays-bas pour appaifer
les troubles : Montmorenci lui fit accorder
ce paffage par la France , à des conditions
que ce Prince ne tint pas. La chûte du
Connétable fuivit une infidélité dont il
avoit été caufe . La difgrace de ce favori
tout puiflant fut- elle un bonheur ou un
malheur pour la France ? le Lecteur en
pourra juger.
" Montmorenci , un des hommes les
plus célébres de fon. fiécle , avoit les
» moeurs auſteres , mais de cette auſtérité
» qui naît plutôt d'un efprit chagrin que
» d'un coeur vertueux . Plus ambitieux de
» dominer que jaloux de plaire , il ne re-
» doutoit pas d'être haï , pourvû qu'il fût
>> craint ; la fierté & de faux principes
qu'il s'étoit faits , lui faifoient regarder
»comme des baffeffes des ménagemens rai-
» fonnables qui lui auroient concilié l'eftime
& l'amour des peuples. L'ordre qu'il
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
établiffoit par tout où il avoit de l'au-
» torité , n'étoit pas précisément de l'or-
» dre , c'étoit de la gêne : on y démêloit
»une certaine pédanterie qui n'eft guere
» moins commune à la Cour & à l'armée
qu'ailleurs , quoiqu'elle y foit infiniment
plus ridicule. Il n'eftimoit & n'a-
» vançoit les hommes qu'à raifon du plus
» ou du moins de reffemblance qu'ils
» avoient avec lui , & il confondoit les
citoyens fans talens avec les citoyens
» qui en avoient d'autres que les fiens ,
Dou qui les avoient autrement que lui.
» Naturellement defpotique , il puniffoit
le crime fans obferver les formalités que
» preferit fagement la loi , & il fe croyoit
» difpenfé de récompenfer les actions uti-
» les à la patrie , fous prétexte qu'elles
» étoient d'obligation . Le furnom de Ca-
» ton de la Cour qu'on lui donna , étoit
» plutôt la cenfure de fes manieres que
l'éloge de fon coeur : il l'avoit fi aigre
» que la religion même n'avoit pû la-
" doucir , & qu'il étoit paffé en proverbe
» de dire : Dien nous garde des patenêtres du
ต
» Connétable. Il eut toute fa vie de fauffes
» idées fur la grandeur ; il la faifoit confifter
à gêner ceax qui l'approchoient , à
" faire éclater fes reffentimens , à éviter les
amuſemens publics , à tenir des difcours
22
DECEMBRE . 1754 123
"3
و ر
fiers & infultans , à outrer les dépenfes
qui étoient purement de fafte. La nature
» lui avoit refufé la connoiffance des hom-
» mes , & à plus forte raifon le talent de
» les former : il ne voyoit pour les gou-
» verner que la crainte ; maniere baffe , qui
" avilit les ames les plus élevées , & qui
» pour un crime qu'elle empêche , étouffe
» le germe de mille vertus. A juger de
» Montmorenci par les places qu'il occu-
» pa , les affaires dont il fut chargé , l'au-
» torité qu'il eut , on croiroit qu'il fut
» très intrigant ou très- habile ; cependant
» il étoit fans manége , & fa capacité étoit
» médiocre : le hazard & fa naiffance con-
» tribuerent beaucoup à fon élévation .
» Comme tous les Miniftres accrédités , il
» voulut fe mêler des finances , & par une
» erreur malheureufement trop commune ,
il crut qu'il fuffifoit d'avoir un caractere
dur pour les bien adminiftrer . On ne le
foupçonna jamais de rien détourner des
» deniers publics ; mais il abufoit de la
» facilité de fes maîtres pour fe faire don-
» ner : forte de malverfation moins crimi-
» nelle peut-être que la premiere , mais
qui n'eft gueres moins odieufe. Toutes
» les négociations dont il fut chargé réuf-
» firent mal : il y portoit de la hauteur ,
» de l'entêtement , de l'aigreur , des idées
"
"
"
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
» étroites , un goût trop marqué pour le cé-
» témonial. Son talent pour la guerre fe bornoit
prefque à une prudence lente , qui eft
» le plus fouvent la marque d'un efprit froid,
»timide & ftérile : il réuffit quelquefois
» à fe défendre , mais il ne fçut jamais ni
attaquer ni vaincre. Ce qui diftingua le
plus fa vie des vies ordinaires , c'eft la
» maniere dont il foutint les difgraces
qu'il efluya fa fermeté auroit frappé
davantage , fi l'oftentation dont elle étoit
accompagnée n'eût annoncé plus d'or-
» gueil que de vertu .
"
99
:
Cependant on chercha les moyens de
tirer une vengeance füre & éclatante de
l'Empereur ; la guerre lui fut déclarée en
1542. Les François ouvrirent la campagne
par le Rouffillon & les Pays- Bas , où
ils eurent quelques fuccès. M. d'Enguien
gagna en Piémont la bataille de Cerifolesdont
il perdit les fruits , parce qu'on ne
pût pas lui envoyer des fecours. L'Empereur
& le Roi d'Angleterre s'unirent pour
entrer en France en même tems avec une
armée nombreuſe ; la jaloufie & les divifions
de ces deux Princes fauverent le
Royaume : l'Empereur même , par le défaut
des vivres qui lui manquerent par la fage
attention qu'on eut de tout dévafter , ſe
feroit vû réduit à périr ou de fe rendre
DECEMBRE. 1754. 125
prifonnier , fi les intrigues de la Cour n'a
voient avancé la conclufion de la paix qui
fut fignée à Crépy en 1544 , & à laquelle
François I. ne furvêcut pas long-tems.
» Ce Prince joignoit à un goût décidé
» pour tous les exercices du corps , l'adreffe
» néceffaire pour y exceller , & affez de
fanté pour s'y livrer fans rifque. Il n'avoit
pas cet air impofant qui a fait le
plus grand mérite de quelques Souve-
» rains ; mais il régnoit dans toutes les ma
» nieres une franchiſe qui préparoit à l'a-
» mour & qui infpiroit la confiance . Pour
»trouver accès auprès de lui , il n'étoit pas
» néceffaire d'avoir des places , de la ré-
»putation ou de la naiffance ; il fuffifoit
d'être François ou même homme . Sa con-
» verfation réuniffoit les agrémens que
» doivent donner la gaieté , le naturel , la
» vivacité & les connoiflances. Il parloit
"
»
beaucoup ; & quand il auroit été un par-
» ticulier , on n'auroit pas trouvé qu'il
parlât trop. Le defir de la louange qui
rend quelquefois grands les Rois qui
» l'ont , mais qui ne fait le plus fouvent
» qu'avilir ceux qui les entourent , fut une
de fes paffions : fon caractere autoriſe à
penfer qu'il s'en feroit rendu digne , fi
les flateurs ne l'avoient perdu .
n
» Contre l'ordinaire des hommes nés
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
» pour gouverner , qui ne forment prefque'
jamais de projets dont le défaut même
de fuccès ne foit fuivi de quelque avan-
"9
ود
و د
tage , il ne s'occupoit que de ce que les
» événemens avoient d'éclatant : on ne l'amena
jamais à fentir que dans des coups
» d'état la gloire & l'utilité font le plus
»fouvent inféparables . Les partis violens
» qui ne font permis que dans des fitua-
» tions defefpérées , ou quand on fe fent
» affez de force & de génie pour les foute-
» nir , ne lui coutoient rien à prendre : l'efprit
romanefque de fon fiécle & fon imprudence
particuliere l'empêchoient de
» voir les difficultés attachées aux affaires
& celles que fon caractere y ajoûteroit .
"3
Quoiqu'il s'occupât beaucoup du foin.
d'étendre fon autorité , il ne gouverna
jamais lui-même. L'Etat fut fucceffive-
»ment abandonné aux caprices de la Ducheffe
d'Angoulême , aux paffions des
Miniftres , à l'avidité des favoris. Il eut
» une probité d'oftentation qui ne lui
» mettoit pas de manquer de parole à fes
» ennemis des principes vrais & réels ſe
perferoient
étendus jufqu'à fes fujets , &
» l'auroient empêché de les dépouiller de
» droits effentiels fondés fur les conven-
» tions & fur la nature. La jalousie qui eft
auffi ordinaire & plus dangereufe fur le
DECEMBRE.
1754. 127
5
I
thrône que dans les conditions privées
n'effleura pas feulement fon ame : il étoit
»foldat , il fe croyoit Général , & il louoit
fans effort , avec plaifir même , tous ceux
» qui avoient fait à la guerre une action
» de valeur ou d'habileté. Le feu qu'il met-
» toit d'abord dans fes entrepriſes , s'étei-
"gnoit tout- à - coup fans pouvoir être nour-
»ri par le fuccès , ni rallumé par les difgraces.
Il n'étoit donné à ce Prince , fi
»l'on peut parler ainfi , que d'avoir des
» demi-fentimens & de faire des demi -ac-
» tions. Comme il avoit beaucoup d'éléva
» tion & qu'il réfléchiffoit peu , il dédaignoit
l'intrigue & négligeoit trop les ap-
» parences : fon rival moins délicat & plus
appliqué , profita de cette imprudente
» hauteur , pour lui ôter dans l'Europe en-
» tiere une réputation de probité qui lui
» auroit donné des alliés fideles & parmi
» les François même , une réputation d'ha-
» bileté qui auroit affermi leur courage.
La franchife , la fenfibilité , la générofi-
» té , qui ont été dans tous les fiécles la bafe
» des réputations les plus pures , furent la
» ruine de la fienne : la premiere de ces
» vertus lui fit trahir fes fecrets ; la feconde
» ne lui infpira qu'une compaffion ftérile
pour des peuples furchargés qu'il devoit
foulager ; la derniere lui fit prodiguer à
F iiij
728 MERCURE DE FRANCE.
des Courtifans ce qui étoit dû à ceux qui
» fervoient l'Etat . Son adminiftration fut
accompagnée de tous les defordres qui
»deshonorent le regne des Souverains cré-
» dules , vains , inconftans , fans principes ,
» fans expérience , fans connoiffance des
» hommes & fans fermeté.
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Résumé : « MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
Les 'Mémoires historiques, militaires et politiques de l'Europe' de l'abbé Raynal couvrent la période de 1519 à 1748, avec un focus sur les guerres entre Charles Quint et François Ier de 1521 à 1544. L'Italie, prospère en 1492 grâce à Laurent de Médicis, connut des troubles après sa mort. Ludovic Sforza, duc de Milan, incita Charles VIII de France à revendiquer le royaume de Naples. Charles VIII, motivé par la gloire et la nécessité de repeupler son royaume, entreprit cette conquête sans préparation adéquate et s'allia avec Ferdinand et Maximilien. L'Italie, divisée, ne put offrir une résistance efficace. Charles VIII conquit Naples sans combat, mais une coalition le força à se retirer. Louis XII, successeur de Charles VIII, conquit le Milanais avec l'aide des Vénitiens, mais des divisions internes et des rivalités avec les Espagnols lui firent perdre Naples. La République de Venise, puissante et prospère, chercha à maintenir un équilibre de pouvoir en Italie. Une coalition formée par le Pape, le Roi Catholique, l'Empereur et Louis XII attaqua Venise. Louis XII remporta une bataille décisive, mais des divisions internes et des maladies affaiblirent les forces françaises. Venise récupéra ses territoires grâce à l'alliance avec Louis XII. François Ier poursuivit les ambitions italiennes de ses prédécesseurs. Il remporta la bataille de Marignan et conquit le Milanais, mais une coalition menée par Charles Quint et le Pape le chassa du Milanais. Malgré les ligues européennes contre lui, François Ier resta déterminé à reconquérir l'Italie. Profper Colonne, un général italien, menait une guerre méthodique mais manquait de flexibilité. Bonnivet, un général français, fut opposé à Colonne. Ses erreurs stratégiques contribuèrent à la défaite des Français. Antoine de Leve, commandant à Pavie, était un soldat talentueux, mais les efforts des Français pour prendre Pavie échouèrent. François Ier fut vaincu et fait prisonnier à Pavie. Après sa libération, il recommença la guerre et forma une ligue avec le Pape, les Vénetiens et le Duc de Milan. Cette alliance fut inefficace en raison des erreurs du Duc d'Urbin. Le Connétable de Bourbon, timide et hésitant, ne parvint pas à exploiter les avantages stratégiques. Il fut tué lors du siège de Rome, qui fut pris et pillé par les troupes impériales. Une nouvelle ligue contre l'Empereur fut formée, incluant la France, l'Angleterre, Venise, Florence, Milan, Ferrare et Mantoue. Lautrec réussit à réduire une grande partie du Milanais mais mourut lors du siège de Naples. André Doria, un amiral réputé, se mit au service de l'Empereur après avoir été négligé par les ministres français. Le Marquis de Saluces manqua de vision et fut battu, entraînant la destruction de l'armée des confédérés. La paix de Cambray fut signée, mais les intrigues continuèrent. François Ier envoya une armée en Italie, qui connut des succès initiaux mais dut se retirer face aux Impériaux. Montmorency réussit à repousser l'Empereur. François Ier décida de confisquer les comtés de Flandre et d'Artois, accusant Charles Quint de félonie. Cette décision montra que François Ier menait une guerre personnelle contre Charles Quint, tandis que ce dernier combattait pour la France. En 1542, François Ier conclut une alliance avec Soliman, permettant au Grand Seigneur d'envahir la Hongrie et d'envoyer une flotte sur les côtes de Naples. Cependant, la lenteur de François Ier à passer les Alpes compromit ces avantages. Malgré quelques succès en Italie, il conclut une trêve de dix ans avec l'Empereur en raison de troubles dans les Pays-Bas. Montmorency, un homme célèbre de son siècle, établit un ordre rigide et fut perçu comme despotique. La guerre contre l'Empereur fut déclarée en 1542, avec des succès initiaux en Rouffillon et en Pays-Bas. La paix fut signée à Crépy en 1544. François Ier était franc et généreux, mais manquait de projets à long terme et laissait l'État aux caprices de ses ministres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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159
p. 128-147
« EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...] »
Début :
EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...]
Mots clefs :
Physique, Électricité, Expérience, Newton, Almanach, Francis Hauksbee, Effets, Nature, Impulsion, Attraction, Physicien, Cartésiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...] »
EXPÉRIENCES Phyfico - méchaniques
fur différens fujets , & principalement
fur l'Electricité, produites par le frottement
des corps , traduites de l'Anglois de M.
Hauksbée ; par feu M. de Bremond , de
l'Académie royale des Sciences ; revûes ,
mifes au jour , avec un difcours préliminaire
, des remarques & des notes par M.
Defmareft , avec des figures ; 2 vol . in- 12.
A Paris , chez la veuve Cavelier & fils , rue
S. Jacques , au Lys d'or , 1754.
La réputation dont jouiffent en Angleterre
les expériences de M. Hauksbée , le
dégré d'authenticité qu'elles y ont acquis
d'abord & que le tems n'a point affoibli ,
font des titres qui affurent à la traduction
un accueil favorable de tous ceux qui aiment
à puifer dans des fources fûres. Feu
M. de Bremond qui connoiffoit les bons
ouvrages de Phyfique Anglois , & qui étoit
fi zélé pour les faire connoître par fes traductions
, s'attacha dans fes premiers eſſais
DECEMBRE. 1754. 129
aux expériences que nous annonçons ; mais
des travaux plus importans dont le public
a recueilli les fruits , ne lui ont pas permis
de les revoir & de les publier. M. Defmareft
qui s'en eft chargé , a revû & retouché
exactement la traduction , & l'a accompagnée
de notes & de remarques. A mefure
qu'il travailloit fur cet ouvrage , fes
réflexions fe font multipliées , & il les a
développées dans un difcours préliminaire
, qu'il a placé à la tête du recueil. Dans
la premiere fection à laquelle nous nous
bornerons dans cet extrait , M. D. établit les
raifons des principes qui ont guidé M.
Hauksbée dans un grand nombre de fes
expériences , & il mêle à cette difcuffion
quelques détails hiftoriques qui concernent
le Phyficien Anglois . Nous allons commencer
par expofer ces faits en abrégé , &
nous fuivrons enfuite M. Defmareft dans
l'expofition des principes.
M. Hauksbée s'annonça vers 1704 comme
un Phyficien d'une dexterité très- grande
dans le manuel des opérations , & d'une
exactitude fcrupuleufe dans la difcuffion
des phénomenes. Il peut être regardé comme
le premier qui à Londres ait expofé les
phénomenes de la Phyfique expérimentale
aux yeux d'une nation férieufe & capable
de faifir les objets fufceptibles de préciſion .
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Ce Phyficien ne fe borna pas à préfenter
au public d'anciennes obfervations un peu
rajeunies , ou par le procédé ou par les machines
; il fe fit à lui- même un fonds d'expériences
nouvelles & très- curieuſes , qui
forment le recueil que nous annonçons .
C'étoit auffi le Phyficien de la Société royale.
Cette illuftre compagnie le chargea de
répéter dans plufieurs occafions importantes
des expériences délicates , & il a toujours
juftifié cette diftinction , en ne faifant
pas moins admirer un coup d'oeil fûr
& la fineffe de fon tact , que fa pénétration
& fa fagacité , qualités dont la réunion
forme le phyficien.
Il avoit un grand talent pour toutes les
machines propres aux expériences de Phyfique
, & il en fourniffoit à la Société royale
& aux Sçavans d'Angleterre ; mais il
n'abufoit pas de cette confiance pour faire
de ces machines un objet de commerce
dont il auroit abandonné la direction à des
ignorans. Il veilloit à tout , & tout ce qui
portoit fon nom portoit auffi l'exactitude
& l'empreinte de fon génie. Il réforma
la machine pneumatique ; il inventa une
machine de rotation très -commode pour
communiquer du mouvement aux corps
placés dans le vuide ; il conftruifit un thermometre
que la Societé royale adopta.
DECEMBRE. 1754. 131
Ce mérite n'échappa pas à M. Newton.
M. Hauksbée fut lié étroitement avec ce
grand homme. Un commerce auffi intime
mit notre Phyficien à portée de s'inftruire
des vûes qu'avoit Newton , en introduifant
l'attraction de cobéfion dans la Phyfique
expérimentale ; il lui fournit auffi une occafion
favorable de préfenter à cet illuftre
Géometre des expériences délicates trèspropres
à établir folidement la marche de
l'agent qu'on fubftituoit à la matiere fubtile
, &c . Témoin de la révolution que la
phyfique expérimentale éprouva pour lors
en Angleterre , par rapport à l'attraction de
cohésion , M. Hauksbée ne parut pas pour
lors comme un fpectateur oifif, qui attend
le fuccès pour fe décider, ou comme un
adverfaire incommode, qui ne fçait qu'obfcurcir
les queftions par une métaphyfique
contentieufe : il y prit part , il fit des expériences.
11 fçavoit que les phénomenes pou
voient feuls lui découvrir les loix aufquelles
les attractions étoient foumiſes ; il varia
les obfervations pour en faifir la marche
, & ce fut dans ces vûes qu'il fuivit
avec zéle les expériences fur l'afcenfion
des liqueurs dans les efpaces capillaires ;
expériences qui fe trouvent toutes dans ce
recueil , & dont Newton adopta les plus
curieufes dans fon Traité d'Optique.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
M. Hauksbée ne s'attacha pas témérairement
au parti naiffant , fans y être entraîné
par des raifons folides . Il confidéra
d'abord , comme l'obſerve M. Deſmareſt ,
que la phyfique expérimentale ne confifte
pas dans la connoiffance fterile des chofes
poffibles , mais qu'elle s'occupe de la difcuffion
des effets réels , & qui peuvent fervir
à notre inſtruction ou à nos befoins, Il
cut foin de la diftinguer de la phyfique
fyftématique qui en retarde les progrès ,
parce qu'elle confond le plus fouvent des
affemblages d'idées abitraites avec des vérités
de fait . Il fe convainquit facilement
que faire des fyftêmes , c'étoit combiner le
plus fouvent ce que la nature nous daigne
montrer , avec ce que notre imagination
croit devoir y fuppléer , fans doute pour
fe dédommager de l'ignorance du vrai , en
fe forgeant une brillante chimere qui lui
en tienne lieu .
Il n'avoit garde au refte de taxer d'inutilité
tous les fyftêmes que l'on a formés
fur différens points de la phyfique expérimentale
; mais il diftingua avec foin l'efprit
fyftématique qui s'occupe à faifir les
rapports mutuels ; les analogies des princi
paux faits qui fe préfentent à fes recherches
, d'avec l'efprit de fyftême qui malheureufement
s'étoit emparé de toute la
P
DECEMBRE. 1754. 133
phyfique , & qui préfuma tout voir , tour
éclaircir , parce qu'il croyoit tout deviner .
M. Hauksbée crut devoir éviter des inconvéniens
qui regardoient les progrès de
la Phyfique ; les vues éclairées qui le guiderent
dans fes demarches , lui firent fentir
qu'un Phyficien devoit confulter plutôt
la nature que fon imagination , être plus
porté à difcuter qu'à décider : auffi s'occupa-
t-il à rechercher les loix conftantes
& uniformes aufquelles les phénomenes
étoient affujettis , à évaluer l'étendue des
effets , perfuadé que rien n'eft bien connu
en phyfique que ce qui eft réduit à des
mefures précifes, & que l'art de mefurer eft
d'autant plus ingénieux qu'on l'applique
à des objets qui en paroiffent moins fufceptibles.
A la lecture des expériences de
M. Hauksbée on reconnoît qu'il fut guidé
par ces principes : il fe contente de développer
ce qu'il a obfervé , d'en indiquer
la liaiſon avec d'autres faits avérés qu'il
rapproche , & il ne fe livre à l'analogie.
que lorfque l'enfemble des circonstances
parle en fa faveur. S'il hazarde des conjectures
il ne les porte pas au- delà des détails
principaux de fes obfervations ; il s'en fert
comme d'échafaudage pour bâtir quelque
chofe de plus folide , où comme de doutes
méthodiques pour fonder la nature ; mais
134 MERCURE DE FRANCE.
il fe fouvient que fes conjectures ne font
pas plus de la phyfique qu'un échafaudage
n'eft un bâtiment , ou que le doute méthodique
n'eft un principe de conduite.
Dans les queſtions de phyfique où les
caufes ne fe décelent par aucun endroit , M.
Hauksbée , difciple éclairé de Newton , fe
borne aux effets , dont il fçait varier les
circonftances pour démêler les loix des
agens inconnus qui concourent à leur production
. Il étoit perfuadé que dans ces
matieres les faits doivent feuls attirer notre
attention , & qu'un Phyficien judicieux
ne s'aventure pas au - delà. Cette prudence ,
cette réferve , fi oppofées à la confiance téméraire
& au charlatanifme de quelques
Phyficiens , M. Hauksbée l'avoit puifée
dans les ouvrages & le commerce de M.
Newton. Un efprit auffi conféquent que ce
grand Géométre , comprit en examinant
une infinité de phénomenes , qu'il falloit
s'en tenir aux faits , & ce fut dans ces vûes
qu'il admit l'auration de cohésion dont nous
avons parlé plus haut .
On obferve dans les petites particules
des corps une tendance à fe réunir. Cette
tendance réciproque qu'elles ont les unes
vers les autres , prefque infenfible lorfque
la diftance eft appréciable , devient d'autant
plus confidérable que le contact eft
DECEMBRE. 1754.
1754 135
plus immédiat & plus étendu . Comme la
caufe de ces mouvemens eft cachée à ceux
qui font de bonne foi , le mot attraction
marque le fait de la tendance . Outre cette
confidération qui détermina Newton à introduire
cette expreffion , il y fut porté
encore lorfqu'il eut été convaincu que les
liquides ne s'attachoient pas aux folides ,
que les gouttes d'eau ne fe réuniffoient
pas par un effet de la preffion d'un fluide
ambiant , dont on les fuppofoit gratuitement
enveloppées. Il prouva que deux
gouttes d'eau ne pouvoient iamais fe réunir
dans cette hypothèfe , parce que la figure
d'une portion de fluide foumiſe à la
preffion uniforme d'un autre fluide ne
pouvoit être altérée par cette preffion.
Newton reconnut d'ailleurs que ces petites
malles s'arrondiffoient par une tendance
fort approchante de celle qui arrondit la
furface immenfe de la mer autour de notre
globe . Enfin ce qui achevoit de convaincre
Newton , c'est que la force néceſſaire
pour un tel arrondiffement eft de beaucoup
fupérieure à celle de la pefanteur ,
puifqu'une goutte de mercure pofée fur
une table s'applatit à peine par le point de
contact.
Suivant ces principes , les faits que l'on
tangea pour lors fous les loix de l'attrac
136 MERCURE DE FRANCE.
tion de cohéfion purent être la matiere
des recherches phyfiques ; mais les Cartéfiens
de ce tems là qui foutenoient l'impulfion
exclufivement à tout autre agent ,
s'oppoferent à l'introduction de cette force
; cependant , fi nous en croyons M. Defmareft
, ce ne fut qu'avec de foibles armes
qu'une métaphysique brillante qui les féduifoit
, leur mit en main. En vain nous
repréfentent- ils le méchanifme de la nature
dépendant de la feule impulfion , il fe
plaint que l'expérience refléchie n'a pas
préfidé à la conftruction d'un auffi beau
plan ; & il avance même que bien loin qu'il
ait été formé d'après ces précautions , c'eſt
en les employant qu'on découvre combien
il eft imaginaire & hazardé.
Newton ne peut diffimuler fes allarmes
en voyant les Phyficiens de fon tems fe
tourmenter inutilement pour réduire tous
les effets à des agens méchaniques. Selon
lui , la fonction des Phyficiens eft de raifonner
fur les faits , d'en fuivre les loix
conftantes , & non d'admettre des cauſes ,
parce qu'ils en peuvent imaginer. Les défenfeurs
de l'impulfion exclufive tomberent
dans ces inconvéniens : ils foumettoient
les opérations les plus cachées de la
nature à des agens invifibles , mais qu'ils
décorerent de propriétés copiées fur des
DECEMBRE. 1754. 137
agens palpables. Fiers de ces reffources , ils
fe vanterent d'être feuls en poffeffion d'un
méchaniſme intelligible , & publierent même
que les Newtoniens ne tendoient à rien
moins qu'à le détruire : c'étoit l'imagination
qui rendoit témoignage à la beauté
de fes productions.
M. Defmareſt foutient au contraire que
tout bien apprécié , les partifans de l'impulfion
exclufive détruifoient le méchanifme
de la nature , & il appuye cette prétention
en faifant obferver , 1 °. que les
impulfionnaires fe trouvent visiblement en
défaut , lorsqu'ils entreprennent d'expliquer
avec une certaine étendue & une certaine
préciſion quelque fait de l'ordre de
ceux que les Newtoniens attribuent à l'attraction.
Il renvoye ceux qui voudront s'en
convaincre, à une hiftoire critique des ſyſtêmes
fur la caufe de l'afcenfion des liqueurs
dans les tubes capillaires , qu'il a
placée dans le fecond volume du recueil.
» Tout impulfionnaire , ajoute - t - il , fait
» voir par fon peu de fuccès , ou qu'il n'y
» a pas de méchaniſme dans la nature , ce
qui eft abfurde , ou qu'il ne le fçait pas
»faifir , ce qui eft palpable. Les attraction-
" naires au contraire font heureux dans les
» détails ; ils nous affignent des loix , des
93
proportions , des analogies , & tout ceci
138 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» bien développé nous préſente pour les
effets dont nous venons de parler , le vrai
» méchanifme de la nature : ainfi , nous di-
» fent - ils , les hauteurs d'une même li-
»queur en divers tubes capillaires font en
raifon inverte des diametres de ces tubes.
Les impulfionnaires euffent - ils trouvés
cette analogie par le fecours de leurs
principes compliqués ? elle explique plus
» de chofes , elle préfente plus de lumiere
» que tout le long tiffu des imaginations
cartéfiennes fur les mêmes effets . Ainfi
lorfqu'on fera parvenu ( & on le peut
fans le fecours d'agens méchaniques ) à
découvrir les proportions qui peuvent fe
rencontrer entre les différens phénomenes
, à fixer les limites & l'étendue des
» effets , à fuivre les loix générales qui les
maîtrifent , à en déterminer la marche ,
ne les aura-t-on pas expliqués ? Peut-on
regarder ceux qui font en état de faire
» valoir de tels fuccès , & qui les doivent
» à la maniere dont ils envifagent les phé-
» nomenes , comme ayant un plan de phyfique
barbare & copié fur le péripate-
» tifme ? Peut - on fe perfuader que l'inf-
" trument de leurs découvertes , l'attrac-
» tion , foit une chimere en phyfique &
une qualité occulte ?
n
ל כ
- M. D. appuye cette confidération en reDECEMBRE.
1754. 139
marquant que Diea eft libre de pouvoir
établir plus d'un principe primitif, & que
tout ce qu'il nous plaît de décorer du nom
de caufe , fe réduit en derniere analyſe à
une maniere d'agir de la part de Dieu , par
laquelle il s'eft affujetti très- librement à
donner de l'activité à quelque loi conftante
: c'eſt , ajoute - t - il , la découverte de
cette loi qui doit faire l'objet de nos recherches
& la gloire de nos fuccès .
En 3 lieu , notre Editeur confidere qu'on
n'a pu refufer d'admettre l'exiſtence de la
pefanteur comme une force particuliere ,
quoiqu'on n'ait pu trouver jufqu'à préfent
un méchanifme d'impulfion fatisfaifant
qui donnât le dénouement des différens
phénomenes de la pefanteur. Galilée luimême
n'a découvert les loix de l'accélération
qu'en fouftrayant tour Auide , toute
impulfion ; & quelques impulfionnaires
rigides qui ont tenté d'introduire dans cette
queftion leur machine favorite , ont contredit
les loix découvertes par Galilée .
Voilà un abus & en même tems une impuiffance
de l'impulfion bien avérées.
De toutes ces raifons M. D. conclut que
les attractionnaires , en fuivant les phenomenes
& s'y bornant , s'en tiennent à des
évaluations précifes qui aftreignent les effets
à des loix exactes. Il ne diffimule pas
140 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles laiffent quelque obfcurité dont
l'imagination peut s'allarmer : » mais ne
» vaut - il pas mieux , dit- il , préférer des
traits lumineux & vifs accompagnés de.
» certains nuages qui les enveloppent , à des
» opinions qui faififfent par un air de clarté,
mais certainement fauffes , à un ſyſ-
» tême brillant & intelligible , mais qui
» n'eft qu'une illufion ? Des faits finguliers
» fe préfentent à nous , nous en étudions.
» les rapports , nous n'allons pas d'abord
au- delà , ayant lieu de reconnoître par
expérience que la nature nous montre
» infenfiblement fes fecrets & ne fe décou-
» vre à nous que fous de très petites faces.
Une affinité , une attraction fera pour
moi un effet dont je chercherai à varier
les circonftances & à établir les loix en
» les ramenant à des précifions folides &
» inftructives ; tandis que pour ceux qui
» veulent rapporter à des agens fubordonnés
d'un méchanifme intelligible , ce fera
un paradoxe , une fource de contradictions
& d'erreurs .
Les Cartéfiens qui ne faifirent pas les
vûes de Newton & de fes difciples, crurent
qu'ils vouloient ramener les qualités occultes
du péripatetiſme ; mais il eit aifé de ſe
convaincre que l'attraction de cohésion ,
dont M. Hauksbée a obſervé les loix dans
DECEMBRE. 1754.141
plufieurs expériences délicates , étoient
aufli manifeftes que les qualités des péripatéticiens
étoient cachées. Ces difcoureurs
oififs abandonnoient la conſidération
des effets qu'ils auroient dû difcuter , pour
imaginer & fuppofer des caufes dont ils
n'avoient nulle idée ; bien différens en cela
des Newtoniens , qui fe bornent aux phé
nomenes & qui en examinent fcrupuleufement
les différentes circonftances. Les
Cartéfiens au contraire n'étoient - ils pas
plus dans le cas du péripatetifme , puifqu'on
ne peut diffimuler que dans beaucoup
de queftions ils ne fuppofent des
agens très-occultes , & dans leur nature &
dans leurs fonctions ? M.D. cite pour exem
ple la Phyfique de Regis , où la plupart des
phénomenes font expliqués d'une maniere
ennuyeufe& monotone , par l'entremise de
la matiere fubtile , & c.
Par rapport à l'obfcurité qui environne
la maniere d'agir de l'attraction , on peut
répondre que l'impulfion n'eft pas fans
difficulté , & dès lors ces deux forces fe
trouveront à peu près au même niveau , fi
on les confidere d'une vûe métaphysique :
cependant M. Defmareſt voudroit qu'on
fût réfervé dans l'application de l'attrac
tion aux phénomenes . Il ne fuffit pas , fe
lon lui , d'annoncer cette force comme
142 MERCURE DE FRANCE.
caufe d'un effet , pour avoir fatisfait à ce que
les progrès de la phyfique demandent de
nous ; on ne peut y avoir recours qu'en indiquant
les loix qu'elle fuit dans les effets
qu'on lui foumet ; & en général il faut
plus s'appliquer à approfondir les loix de
cet agent qu'à étendre fon empire fans
fpécifier fes droits. Nous parlerons du
corps de l'ouvrage dans le Mercure prochain.
On trouvera dans le difcours que nous
venons d'extraire , un ftyle net & concis ,
de grandes recherches , des principes lumineux
, une Logique exacte. L'Auteur ,
homme appliqué , modefte , vertueux , a
des connoiffances qui devroient le faire
rechercher par les gens en place.
La pratique univerfelle pour la renovation
des terriers & des droits feigneuriaux
, contenant les queftions les plus importantes
fur cette matiere , & leurs déci
fions , tant pour les pays coutumiers que
ceux régis par le Droit écrit ; Ouvrage utile
à tous les Seigneurs , tant laïques qu'eccléfiaftiques
, à leurs Intendans , Gens d'affaires
, Receveurs & Régiffeurs , de même
qu'aux Notaires & Commiffaires à terriers
& autres Officiers : dans lequel on trouvera
tout ce qui eft néceffaire de fçavoir concer
C
DECEMBRE. 1754. 143
nant les péages & leur établiffement; les foires
& marchés , & leur origine ; les che
mins , les fleuves & rivieres ; la pêche , tant
des rivieres navigables que des étangs ; la
chaffe & fon origine ; les garennes , les
colombiers , & tout ce qui doit être pratiqué
fur ces objets par les Apanagiftes ,
Engagiftes , Douairiers , Ufufruitiers , Bénéficiers
, Commandeurs de Malthe , Communautés
eccléfiaftiques & laïques , & tous
gens de main- morte , Seigneurs particuliers
; le tout accompagné de modeles &
ftyles des procès verbaux de délits , faifies
& reconnoiffances à terriers. Par M. Edme
de la Poix de Frémenville , Bailli des ville
& Marquifat de la Paliffe , Commiffaire
aux droits feigneuriaux ; in-4°. A Paris ,
chez Giffey , rue de la Vieille Bouclerie , à
l'Arbre de Jeffé .
Cet ouvrage eft fi connu & fi néceffaire,
qu'il fuffit de l'annoncer pour le faire rechercher.
DICTIONNAIRE portatif des Théatres ,
contenant l'origine des différens théatres
de Paris ; le nom de toutes les pieces qui
y ont été repréſentées depuis leur établiſ
fement , & des pieces jouées en province ,
ou qui ont fimplement paru par la voie de
l'impreffion depuis plus de trois fiécles ;
134 MERCURE DE FRANCE.
avec des anecdotes & des remarques fur la
plûpart. Le nom & les particularités intéreffantes
de la vie des Auteurs , Muſiciens ,
& Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages
, & l'expofé de leurs talens. Une
chronologie des Auteurs , des Muficiens &
des Opéra ; avec une chronologie des pieces
qui ont paru depuis vingt- cinq ans. A
Paris , chez Jombert , rue Dauphine , à
l'image Notre -Dame , 1754 , in- 8 ° . 1 vol.
petit caractere , prix cinq livres.
Quelques corrections & des additions
qu'on vient de joindre à ce Dictionnaire ,
le rendent encore plus intéreffant , & nous
engagent à l'annoncer de nouveau . On
peut voir ce que nous en avons déja dit
dans le Mercure du mois de Septembre de
cette année .
TOUTE la France connoit le plan d'une
Maifon d'affociation . Il a rendu refpectable
M. de Chamouffet aux yeux même de
ceux qui ont trouvé fes idées chimeriques.
Cet excellent citoyen vient de répondre à
une critique qui a été faite de fon projet.
Sa lettre qui eft de feize pages in - 4° , eft
écrite avec cette force de raifonnement que
pouvoit lui donner la bonté de fa caufe , &
avec cette chaleur de fentiment dont il a
déja donné tant de preuves.
MÉMOIRES
DECEMBRE . 1754 145
MÉMOIRES du Marquis de Benavidès ,
dédiés à S. A. S. Madame la Ducheffe d'Orléans
; par M. le Chevalier de Mouhy , de
'Académie des Belles- Lettres de Dijon ;
eroifieme & quatrieme parties. A Paris ,
chez Jorry , quai des Auguftins ; & chez
Duchefne , rue S. Jacques , 1754.
On trouvera dans ce Roman de grands
fentimens , & un ftyle convenable au fujet.
DUCHESNE , Libraire , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût , vient de réimprimer
'Architecture des voûtes , ou l'art des traits
& coupes des voûtes . Par le Pere Derand
Jéfuite. Cet ouvrage qui jouit d'une grande
réputation , & dont on a retouché les
planches , eft très - néceffaire à tous les Architectes
, Maîtres Maçons , Appareilleurs ,
Tailleurs de pierre , & à tous ceux qui fe
mêlent de l'Architecture militaire,
Le même Libraire diftribue pour l'année
1755 , les Almanachs fuivans.
Les Spectacles de Paris , ou Calendrier
hiftorique & chronologique de tous les
théatres : quatrieme partie , 1755. Chaque
partie fe vend féparément.
La France littéraire , ou Almanach des
beaux Arts , contenant les noms & ouvra
ges de tous les Auteurs François qui vivent
actuellement.
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
Almanach des Corps des Marchands ,
arts , métiers & communautés du royaume.
Almanach eccléfiaftique & hiftorique.
Almanach de perte & gain , avec une
table alphabétique de tous les Jeux qui fe
jouent en Europe.
Almanach danfant , chantant.
Almanach chantant du beau fexe , ou
nouvelle Ethomancie des Dames.
Almanach chantant , ou nouvelles allégories
& autres chanfons fur tout ce qui
appartient au Calendrier .
Nouvelle Lotterie d'Etrennes magiques.
Deux Almanachs de Fables en Vaudevilles.
Le Noftradamus moderne , en Vaudevilles
.
Nouveau Calendrier du deftin , précédé
de tous les amufemens de Paris .
Nouvelles tablettes de Thalie , ou les
promenades de Paris.
L'Oracle de Cythere , ou l'Almanach du
Berger.
Etrennes des Amans .
Almanach des Francs- Maçons .
La Bagatelle ou Etrennes à tout le monde .
GISSEY , rue de la vieille Bouclerie ,
à l'arbre de Jeffé , donne pour l'année 1755 ,
les deux Almanachs fuivans.
DECEMBRE . 1754 147
Etrennes hiftoriques , ou mêlange curieux
pour l'année 1755 , contenant plufieurs
remarques de chronologie & d'hiftoire
; enſemble les naiffances & morts
des Rois , Reines , Princes & Princeffes de
l'Europe , accompagnées d'époques & de
remarques que l'on ne trouve point dans
les autres calendriers ; avec un recueil de
diverfes matieres variées , utiles , curieufes
& amufantes .
Almanach des curieux pour la même
année , où les curieux trouveront la réponſe
agréable des demandes les plus divertiffantes
, pour fe réjouir dans les compagnies.
fur différens fujets , & principalement
fur l'Electricité, produites par le frottement
des corps , traduites de l'Anglois de M.
Hauksbée ; par feu M. de Bremond , de
l'Académie royale des Sciences ; revûes ,
mifes au jour , avec un difcours préliminaire
, des remarques & des notes par M.
Defmareft , avec des figures ; 2 vol . in- 12.
A Paris , chez la veuve Cavelier & fils , rue
S. Jacques , au Lys d'or , 1754.
La réputation dont jouiffent en Angleterre
les expériences de M. Hauksbée , le
dégré d'authenticité qu'elles y ont acquis
d'abord & que le tems n'a point affoibli ,
font des titres qui affurent à la traduction
un accueil favorable de tous ceux qui aiment
à puifer dans des fources fûres. Feu
M. de Bremond qui connoiffoit les bons
ouvrages de Phyfique Anglois , & qui étoit
fi zélé pour les faire connoître par fes traductions
, s'attacha dans fes premiers eſſais
DECEMBRE. 1754. 129
aux expériences que nous annonçons ; mais
des travaux plus importans dont le public
a recueilli les fruits , ne lui ont pas permis
de les revoir & de les publier. M. Defmareft
qui s'en eft chargé , a revû & retouché
exactement la traduction , & l'a accompagnée
de notes & de remarques. A mefure
qu'il travailloit fur cet ouvrage , fes
réflexions fe font multipliées , & il les a
développées dans un difcours préliminaire
, qu'il a placé à la tête du recueil. Dans
la premiere fection à laquelle nous nous
bornerons dans cet extrait , M. D. établit les
raifons des principes qui ont guidé M.
Hauksbée dans un grand nombre de fes
expériences , & il mêle à cette difcuffion
quelques détails hiftoriques qui concernent
le Phyficien Anglois . Nous allons commencer
par expofer ces faits en abrégé , &
nous fuivrons enfuite M. Defmareft dans
l'expofition des principes.
M. Hauksbée s'annonça vers 1704 comme
un Phyficien d'une dexterité très- grande
dans le manuel des opérations , & d'une
exactitude fcrupuleufe dans la difcuffion
des phénomenes. Il peut être regardé comme
le premier qui à Londres ait expofé les
phénomenes de la Phyfique expérimentale
aux yeux d'une nation férieufe & capable
de faifir les objets fufceptibles de préciſion .
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Ce Phyficien ne fe borna pas à préfenter
au public d'anciennes obfervations un peu
rajeunies , ou par le procédé ou par les machines
; il fe fit à lui- même un fonds d'expériences
nouvelles & très- curieuſes , qui
forment le recueil que nous annonçons .
C'étoit auffi le Phyficien de la Société royale.
Cette illuftre compagnie le chargea de
répéter dans plufieurs occafions importantes
des expériences délicates , & il a toujours
juftifié cette diftinction , en ne faifant
pas moins admirer un coup d'oeil fûr
& la fineffe de fon tact , que fa pénétration
& fa fagacité , qualités dont la réunion
forme le phyficien.
Il avoit un grand talent pour toutes les
machines propres aux expériences de Phyfique
, & il en fourniffoit à la Société royale
& aux Sçavans d'Angleterre ; mais il
n'abufoit pas de cette confiance pour faire
de ces machines un objet de commerce
dont il auroit abandonné la direction à des
ignorans. Il veilloit à tout , & tout ce qui
portoit fon nom portoit auffi l'exactitude
& l'empreinte de fon génie. Il réforma
la machine pneumatique ; il inventa une
machine de rotation très -commode pour
communiquer du mouvement aux corps
placés dans le vuide ; il conftruifit un thermometre
que la Societé royale adopta.
DECEMBRE. 1754. 131
Ce mérite n'échappa pas à M. Newton.
M. Hauksbée fut lié étroitement avec ce
grand homme. Un commerce auffi intime
mit notre Phyficien à portée de s'inftruire
des vûes qu'avoit Newton , en introduifant
l'attraction de cobéfion dans la Phyfique
expérimentale ; il lui fournit auffi une occafion
favorable de préfenter à cet illuftre
Géometre des expériences délicates trèspropres
à établir folidement la marche de
l'agent qu'on fubftituoit à la matiere fubtile
, &c . Témoin de la révolution que la
phyfique expérimentale éprouva pour lors
en Angleterre , par rapport à l'attraction de
cohésion , M. Hauksbée ne parut pas pour
lors comme un fpectateur oifif, qui attend
le fuccès pour fe décider, ou comme un
adverfaire incommode, qui ne fçait qu'obfcurcir
les queftions par une métaphyfique
contentieufe : il y prit part , il fit des expériences.
11 fçavoit que les phénomenes pou
voient feuls lui découvrir les loix aufquelles
les attractions étoient foumiſes ; il varia
les obfervations pour en faifir la marche
, & ce fut dans ces vûes qu'il fuivit
avec zéle les expériences fur l'afcenfion
des liqueurs dans les efpaces capillaires ;
expériences qui fe trouvent toutes dans ce
recueil , & dont Newton adopta les plus
curieufes dans fon Traité d'Optique.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
M. Hauksbée ne s'attacha pas témérairement
au parti naiffant , fans y être entraîné
par des raifons folides . Il confidéra
d'abord , comme l'obſerve M. Deſmareſt ,
que la phyfique expérimentale ne confifte
pas dans la connoiffance fterile des chofes
poffibles , mais qu'elle s'occupe de la difcuffion
des effets réels , & qui peuvent fervir
à notre inſtruction ou à nos befoins, Il
cut foin de la diftinguer de la phyfique
fyftématique qui en retarde les progrès ,
parce qu'elle confond le plus fouvent des
affemblages d'idées abitraites avec des vérités
de fait . Il fe convainquit facilement
que faire des fyftêmes , c'étoit combiner le
plus fouvent ce que la nature nous daigne
montrer , avec ce que notre imagination
croit devoir y fuppléer , fans doute pour
fe dédommager de l'ignorance du vrai , en
fe forgeant une brillante chimere qui lui
en tienne lieu .
Il n'avoit garde au refte de taxer d'inutilité
tous les fyftêmes que l'on a formés
fur différens points de la phyfique expérimentale
; mais il diftingua avec foin l'efprit
fyftématique qui s'occupe à faifir les
rapports mutuels ; les analogies des princi
paux faits qui fe préfentent à fes recherches
, d'avec l'efprit de fyftême qui malheureufement
s'étoit emparé de toute la
P
DECEMBRE. 1754. 133
phyfique , & qui préfuma tout voir , tour
éclaircir , parce qu'il croyoit tout deviner .
M. Hauksbée crut devoir éviter des inconvéniens
qui regardoient les progrès de
la Phyfique ; les vues éclairées qui le guiderent
dans fes demarches , lui firent fentir
qu'un Phyficien devoit confulter plutôt
la nature que fon imagination , être plus
porté à difcuter qu'à décider : auffi s'occupa-
t-il à rechercher les loix conftantes
& uniformes aufquelles les phénomenes
étoient affujettis , à évaluer l'étendue des
effets , perfuadé que rien n'eft bien connu
en phyfique que ce qui eft réduit à des
mefures précifes, & que l'art de mefurer eft
d'autant plus ingénieux qu'on l'applique
à des objets qui en paroiffent moins fufceptibles.
A la lecture des expériences de
M. Hauksbée on reconnoît qu'il fut guidé
par ces principes : il fe contente de développer
ce qu'il a obfervé , d'en indiquer
la liaiſon avec d'autres faits avérés qu'il
rapproche , & il ne fe livre à l'analogie.
que lorfque l'enfemble des circonstances
parle en fa faveur. S'il hazarde des conjectures
il ne les porte pas au- delà des détails
principaux de fes obfervations ; il s'en fert
comme d'échafaudage pour bâtir quelque
chofe de plus folide , où comme de doutes
méthodiques pour fonder la nature ; mais
134 MERCURE DE FRANCE.
il fe fouvient que fes conjectures ne font
pas plus de la phyfique qu'un échafaudage
n'eft un bâtiment , ou que le doute méthodique
n'eft un principe de conduite.
Dans les queſtions de phyfique où les
caufes ne fe décelent par aucun endroit , M.
Hauksbée , difciple éclairé de Newton , fe
borne aux effets , dont il fçait varier les
circonftances pour démêler les loix des
agens inconnus qui concourent à leur production
. Il étoit perfuadé que dans ces
matieres les faits doivent feuls attirer notre
attention , & qu'un Phyficien judicieux
ne s'aventure pas au - delà. Cette prudence ,
cette réferve , fi oppofées à la confiance téméraire
& au charlatanifme de quelques
Phyficiens , M. Hauksbée l'avoit puifée
dans les ouvrages & le commerce de M.
Newton. Un efprit auffi conféquent que ce
grand Géométre , comprit en examinant
une infinité de phénomenes , qu'il falloit
s'en tenir aux faits , & ce fut dans ces vûes
qu'il admit l'auration de cohésion dont nous
avons parlé plus haut .
On obferve dans les petites particules
des corps une tendance à fe réunir. Cette
tendance réciproque qu'elles ont les unes
vers les autres , prefque infenfible lorfque
la diftance eft appréciable , devient d'autant
plus confidérable que le contact eft
DECEMBRE. 1754.
1754 135
plus immédiat & plus étendu . Comme la
caufe de ces mouvemens eft cachée à ceux
qui font de bonne foi , le mot attraction
marque le fait de la tendance . Outre cette
confidération qui détermina Newton à introduire
cette expreffion , il y fut porté
encore lorfqu'il eut été convaincu que les
liquides ne s'attachoient pas aux folides ,
que les gouttes d'eau ne fe réuniffoient
pas par un effet de la preffion d'un fluide
ambiant , dont on les fuppofoit gratuitement
enveloppées. Il prouva que deux
gouttes d'eau ne pouvoient iamais fe réunir
dans cette hypothèfe , parce que la figure
d'une portion de fluide foumiſe à la
preffion uniforme d'un autre fluide ne
pouvoit être altérée par cette preffion.
Newton reconnut d'ailleurs que ces petites
malles s'arrondiffoient par une tendance
fort approchante de celle qui arrondit la
furface immenfe de la mer autour de notre
globe . Enfin ce qui achevoit de convaincre
Newton , c'est que la force néceſſaire
pour un tel arrondiffement eft de beaucoup
fupérieure à celle de la pefanteur ,
puifqu'une goutte de mercure pofée fur
une table s'applatit à peine par le point de
contact.
Suivant ces principes , les faits que l'on
tangea pour lors fous les loix de l'attrac
136 MERCURE DE FRANCE.
tion de cohéfion purent être la matiere
des recherches phyfiques ; mais les Cartéfiens
de ce tems là qui foutenoient l'impulfion
exclufivement à tout autre agent ,
s'oppoferent à l'introduction de cette force
; cependant , fi nous en croyons M. Defmareft
, ce ne fut qu'avec de foibles armes
qu'une métaphysique brillante qui les féduifoit
, leur mit en main. En vain nous
repréfentent- ils le méchanifme de la nature
dépendant de la feule impulfion , il fe
plaint que l'expérience refléchie n'a pas
préfidé à la conftruction d'un auffi beau
plan ; & il avance même que bien loin qu'il
ait été formé d'après ces précautions , c'eſt
en les employant qu'on découvre combien
il eft imaginaire & hazardé.
Newton ne peut diffimuler fes allarmes
en voyant les Phyficiens de fon tems fe
tourmenter inutilement pour réduire tous
les effets à des agens méchaniques. Selon
lui , la fonction des Phyficiens eft de raifonner
fur les faits , d'en fuivre les loix
conftantes , & non d'admettre des cauſes ,
parce qu'ils en peuvent imaginer. Les défenfeurs
de l'impulfion exclufive tomberent
dans ces inconvéniens : ils foumettoient
les opérations les plus cachées de la
nature à des agens invifibles , mais qu'ils
décorerent de propriétés copiées fur des
DECEMBRE. 1754. 137
agens palpables. Fiers de ces reffources , ils
fe vanterent d'être feuls en poffeffion d'un
méchaniſme intelligible , & publierent même
que les Newtoniens ne tendoient à rien
moins qu'à le détruire : c'étoit l'imagination
qui rendoit témoignage à la beauté
de fes productions.
M. Defmareſt foutient au contraire que
tout bien apprécié , les partifans de l'impulfion
exclufive détruifoient le méchanifme
de la nature , & il appuye cette prétention
en faifant obferver , 1 °. que les
impulfionnaires fe trouvent visiblement en
défaut , lorsqu'ils entreprennent d'expliquer
avec une certaine étendue & une certaine
préciſion quelque fait de l'ordre de
ceux que les Newtoniens attribuent à l'attraction.
Il renvoye ceux qui voudront s'en
convaincre, à une hiftoire critique des ſyſtêmes
fur la caufe de l'afcenfion des liqueurs
dans les tubes capillaires , qu'il a
placée dans le fecond volume du recueil.
» Tout impulfionnaire , ajoute - t - il , fait
» voir par fon peu de fuccès , ou qu'il n'y
» a pas de méchaniſme dans la nature , ce
qui eft abfurde , ou qu'il ne le fçait pas
»faifir , ce qui eft palpable. Les attraction-
" naires au contraire font heureux dans les
» détails ; ils nous affignent des loix , des
93
proportions , des analogies , & tout ceci
138 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» bien développé nous préſente pour les
effets dont nous venons de parler , le vrai
» méchanifme de la nature : ainfi , nous di-
» fent - ils , les hauteurs d'une même li-
»queur en divers tubes capillaires font en
raifon inverte des diametres de ces tubes.
Les impulfionnaires euffent - ils trouvés
cette analogie par le fecours de leurs
principes compliqués ? elle explique plus
» de chofes , elle préfente plus de lumiere
» que tout le long tiffu des imaginations
cartéfiennes fur les mêmes effets . Ainfi
lorfqu'on fera parvenu ( & on le peut
fans le fecours d'agens méchaniques ) à
découvrir les proportions qui peuvent fe
rencontrer entre les différens phénomenes
, à fixer les limites & l'étendue des
» effets , à fuivre les loix générales qui les
maîtrifent , à en déterminer la marche ,
ne les aura-t-on pas expliqués ? Peut-on
regarder ceux qui font en état de faire
» valoir de tels fuccès , & qui les doivent
» à la maniere dont ils envifagent les phé-
» nomenes , comme ayant un plan de phyfique
barbare & copié fur le péripate-
» tifme ? Peut - on fe perfuader que l'inf-
" trument de leurs découvertes , l'attrac-
» tion , foit une chimere en phyfique &
une qualité occulte ?
n
ל כ
- M. D. appuye cette confidération en reDECEMBRE.
1754. 139
marquant que Diea eft libre de pouvoir
établir plus d'un principe primitif, & que
tout ce qu'il nous plaît de décorer du nom
de caufe , fe réduit en derniere analyſe à
une maniere d'agir de la part de Dieu , par
laquelle il s'eft affujetti très- librement à
donner de l'activité à quelque loi conftante
: c'eſt , ajoute - t - il , la découverte de
cette loi qui doit faire l'objet de nos recherches
& la gloire de nos fuccès .
En 3 lieu , notre Editeur confidere qu'on
n'a pu refufer d'admettre l'exiſtence de la
pefanteur comme une force particuliere ,
quoiqu'on n'ait pu trouver jufqu'à préfent
un méchanifme d'impulfion fatisfaifant
qui donnât le dénouement des différens
phénomenes de la pefanteur. Galilée luimême
n'a découvert les loix de l'accélération
qu'en fouftrayant tour Auide , toute
impulfion ; & quelques impulfionnaires
rigides qui ont tenté d'introduire dans cette
queftion leur machine favorite , ont contredit
les loix découvertes par Galilée .
Voilà un abus & en même tems une impuiffance
de l'impulfion bien avérées.
De toutes ces raifons M. D. conclut que
les attractionnaires , en fuivant les phenomenes
& s'y bornant , s'en tiennent à des
évaluations précifes qui aftreignent les effets
à des loix exactes. Il ne diffimule pas
140 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles laiffent quelque obfcurité dont
l'imagination peut s'allarmer : » mais ne
» vaut - il pas mieux , dit- il , préférer des
traits lumineux & vifs accompagnés de.
» certains nuages qui les enveloppent , à des
» opinions qui faififfent par un air de clarté,
mais certainement fauffes , à un ſyſ-
» tême brillant & intelligible , mais qui
» n'eft qu'une illufion ? Des faits finguliers
» fe préfentent à nous , nous en étudions.
» les rapports , nous n'allons pas d'abord
au- delà , ayant lieu de reconnoître par
expérience que la nature nous montre
» infenfiblement fes fecrets & ne fe décou-
» vre à nous que fous de très petites faces.
Une affinité , une attraction fera pour
moi un effet dont je chercherai à varier
les circonftances & à établir les loix en
» les ramenant à des précifions folides &
» inftructives ; tandis que pour ceux qui
» veulent rapporter à des agens fubordonnés
d'un méchanifme intelligible , ce fera
un paradoxe , une fource de contradictions
& d'erreurs .
Les Cartéfiens qui ne faifirent pas les
vûes de Newton & de fes difciples, crurent
qu'ils vouloient ramener les qualités occultes
du péripatetiſme ; mais il eit aifé de ſe
convaincre que l'attraction de cohésion ,
dont M. Hauksbée a obſervé les loix dans
DECEMBRE. 1754.141
plufieurs expériences délicates , étoient
aufli manifeftes que les qualités des péripatéticiens
étoient cachées. Ces difcoureurs
oififs abandonnoient la conſidération
des effets qu'ils auroient dû difcuter , pour
imaginer & fuppofer des caufes dont ils
n'avoient nulle idée ; bien différens en cela
des Newtoniens , qui fe bornent aux phé
nomenes & qui en examinent fcrupuleufement
les différentes circonftances. Les
Cartéfiens au contraire n'étoient - ils pas
plus dans le cas du péripatetifme , puifqu'on
ne peut diffimuler que dans beaucoup
de queftions ils ne fuppofent des
agens très-occultes , & dans leur nature &
dans leurs fonctions ? M.D. cite pour exem
ple la Phyfique de Regis , où la plupart des
phénomenes font expliqués d'une maniere
ennuyeufe& monotone , par l'entremise de
la matiere fubtile , & c.
Par rapport à l'obfcurité qui environne
la maniere d'agir de l'attraction , on peut
répondre que l'impulfion n'eft pas fans
difficulté , & dès lors ces deux forces fe
trouveront à peu près au même niveau , fi
on les confidere d'une vûe métaphysique :
cependant M. Defmareſt voudroit qu'on
fût réfervé dans l'application de l'attrac
tion aux phénomenes . Il ne fuffit pas , fe
lon lui , d'annoncer cette force comme
142 MERCURE DE FRANCE.
caufe d'un effet , pour avoir fatisfait à ce que
les progrès de la phyfique demandent de
nous ; on ne peut y avoir recours qu'en indiquant
les loix qu'elle fuit dans les effets
qu'on lui foumet ; & en général il faut
plus s'appliquer à approfondir les loix de
cet agent qu'à étendre fon empire fans
fpécifier fes droits. Nous parlerons du
corps de l'ouvrage dans le Mercure prochain.
On trouvera dans le difcours que nous
venons d'extraire , un ftyle net & concis ,
de grandes recherches , des principes lumineux
, une Logique exacte. L'Auteur ,
homme appliqué , modefte , vertueux , a
des connoiffances qui devroient le faire
rechercher par les gens en place.
La pratique univerfelle pour la renovation
des terriers & des droits feigneuriaux
, contenant les queftions les plus importantes
fur cette matiere , & leurs déci
fions , tant pour les pays coutumiers que
ceux régis par le Droit écrit ; Ouvrage utile
à tous les Seigneurs , tant laïques qu'eccléfiaftiques
, à leurs Intendans , Gens d'affaires
, Receveurs & Régiffeurs , de même
qu'aux Notaires & Commiffaires à terriers
& autres Officiers : dans lequel on trouvera
tout ce qui eft néceffaire de fçavoir concer
C
DECEMBRE. 1754. 143
nant les péages & leur établiffement; les foires
& marchés , & leur origine ; les che
mins , les fleuves & rivieres ; la pêche , tant
des rivieres navigables que des étangs ; la
chaffe & fon origine ; les garennes , les
colombiers , & tout ce qui doit être pratiqué
fur ces objets par les Apanagiftes ,
Engagiftes , Douairiers , Ufufruitiers , Bénéficiers
, Commandeurs de Malthe , Communautés
eccléfiaftiques & laïques , & tous
gens de main- morte , Seigneurs particuliers
; le tout accompagné de modeles &
ftyles des procès verbaux de délits , faifies
& reconnoiffances à terriers. Par M. Edme
de la Poix de Frémenville , Bailli des ville
& Marquifat de la Paliffe , Commiffaire
aux droits feigneuriaux ; in-4°. A Paris ,
chez Giffey , rue de la Vieille Bouclerie , à
l'Arbre de Jeffé .
Cet ouvrage eft fi connu & fi néceffaire,
qu'il fuffit de l'annoncer pour le faire rechercher.
DICTIONNAIRE portatif des Théatres ,
contenant l'origine des différens théatres
de Paris ; le nom de toutes les pieces qui
y ont été repréſentées depuis leur établiſ
fement , & des pieces jouées en province ,
ou qui ont fimplement paru par la voie de
l'impreffion depuis plus de trois fiécles ;
134 MERCURE DE FRANCE.
avec des anecdotes & des remarques fur la
plûpart. Le nom & les particularités intéreffantes
de la vie des Auteurs , Muſiciens ,
& Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages
, & l'expofé de leurs talens. Une
chronologie des Auteurs , des Muficiens &
des Opéra ; avec une chronologie des pieces
qui ont paru depuis vingt- cinq ans. A
Paris , chez Jombert , rue Dauphine , à
l'image Notre -Dame , 1754 , in- 8 ° . 1 vol.
petit caractere , prix cinq livres.
Quelques corrections & des additions
qu'on vient de joindre à ce Dictionnaire ,
le rendent encore plus intéreffant , & nous
engagent à l'annoncer de nouveau . On
peut voir ce que nous en avons déja dit
dans le Mercure du mois de Septembre de
cette année .
TOUTE la France connoit le plan d'une
Maifon d'affociation . Il a rendu refpectable
M. de Chamouffet aux yeux même de
ceux qui ont trouvé fes idées chimeriques.
Cet excellent citoyen vient de répondre à
une critique qui a été faite de fon projet.
Sa lettre qui eft de feize pages in - 4° , eft
écrite avec cette force de raifonnement que
pouvoit lui donner la bonté de fa caufe , &
avec cette chaleur de fentiment dont il a
déja donné tant de preuves.
MÉMOIRES
DECEMBRE . 1754 145
MÉMOIRES du Marquis de Benavidès ,
dédiés à S. A. S. Madame la Ducheffe d'Orléans
; par M. le Chevalier de Mouhy , de
'Académie des Belles- Lettres de Dijon ;
eroifieme & quatrieme parties. A Paris ,
chez Jorry , quai des Auguftins ; & chez
Duchefne , rue S. Jacques , 1754.
On trouvera dans ce Roman de grands
fentimens , & un ftyle convenable au fujet.
DUCHESNE , Libraire , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût , vient de réimprimer
'Architecture des voûtes , ou l'art des traits
& coupes des voûtes . Par le Pere Derand
Jéfuite. Cet ouvrage qui jouit d'une grande
réputation , & dont on a retouché les
planches , eft très - néceffaire à tous les Architectes
, Maîtres Maçons , Appareilleurs ,
Tailleurs de pierre , & à tous ceux qui fe
mêlent de l'Architecture militaire,
Le même Libraire diftribue pour l'année
1755 , les Almanachs fuivans.
Les Spectacles de Paris , ou Calendrier
hiftorique & chronologique de tous les
théatres : quatrieme partie , 1755. Chaque
partie fe vend féparément.
La France littéraire , ou Almanach des
beaux Arts , contenant les noms & ouvra
ges de tous les Auteurs François qui vivent
actuellement.
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
Almanach des Corps des Marchands ,
arts , métiers & communautés du royaume.
Almanach eccléfiaftique & hiftorique.
Almanach de perte & gain , avec une
table alphabétique de tous les Jeux qui fe
jouent en Europe.
Almanach danfant , chantant.
Almanach chantant du beau fexe , ou
nouvelle Ethomancie des Dames.
Almanach chantant , ou nouvelles allégories
& autres chanfons fur tout ce qui
appartient au Calendrier .
Nouvelle Lotterie d'Etrennes magiques.
Deux Almanachs de Fables en Vaudevilles.
Le Noftradamus moderne , en Vaudevilles
.
Nouveau Calendrier du deftin , précédé
de tous les amufemens de Paris .
Nouvelles tablettes de Thalie , ou les
promenades de Paris.
L'Oracle de Cythere , ou l'Almanach du
Berger.
Etrennes des Amans .
Almanach des Francs- Maçons .
La Bagatelle ou Etrennes à tout le monde .
GISSEY , rue de la vieille Bouclerie ,
à l'arbre de Jeffé , donne pour l'année 1755 ,
les deux Almanachs fuivans.
DECEMBRE . 1754 147
Etrennes hiftoriques , ou mêlange curieux
pour l'année 1755 , contenant plufieurs
remarques de chronologie & d'hiftoire
; enſemble les naiffances & morts
des Rois , Reines , Princes & Princeffes de
l'Europe , accompagnées d'époques & de
remarques que l'on ne trouve point dans
les autres calendriers ; avec un recueil de
diverfes matieres variées , utiles , curieufes
& amufantes .
Almanach des curieux pour la même
année , où les curieux trouveront la réponſe
agréable des demandes les plus divertiffantes
, pour fe réjouir dans les compagnies.
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Résumé : « EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...] »
Le texte présente une traduction des expériences physico-mécaniques de M. Hauksbée, réalisée par feu M. de Bremond et révisée par M. Desmarets. Publiée en 1754 à Paris, cette œuvre se compose de deux volumes et inclut un discours préliminaire, des remarques et des notes de M. Desmarets. M. Hauksbée, physicien anglais du début du XVIIIe siècle, est reconnu pour sa dextérité et son exactitude dans les expériences physiques. Il a introduit la physique expérimentale à Londres et a réalisé de nombreuses expériences novatrices. Membre de la Société royale, il a inventé plusieurs machines, dont une machine de rotation pour les expériences sous vide et un thermomètre adopté par la Société royale. Hauksbée a collaboré avec Isaac Newton, contribuant à des expériences sur l'attraction de cohésion. Il a distingué la physique expérimentale de la physique systématique, préférant observer les effets réels plutôt que de spéculer sur des idées abstraites. Ses travaux se concentrent sur l'observation précise et la mesure des phénomènes physiques. Le texte souligne la controverse entre les partisans de l'attraction et ceux de l'impulsion exclusive. Influencé par Newton, Hauksbée a préféré se baser sur les faits observables plutôt que sur des hypothèses métaphysiques, évitant les conjectures non fondées et cherchant à comprendre les lois constantes des phénomènes physiques. Le texte discute également des approches scientifiques et philosophiques concernant les phénomènes naturels, en particulier l'attraction et la pesanteur. Il met en avant les travaux de scientifiques comme Newton et Galilée, qui ont étudié les lois régissant ces phénomènes sans recourir à des causes occultes ou des mécanismes complexes. Les 'attractionnaires' sont loués pour leur méthode qui consiste à observer et à suivre les phénomènes sans chercher à les expliquer par des agents subordonnés. Ils préfèrent des explications lumineuses, même si elles laissent certaines obscurités, plutôt que des systèmes brillants mais faux. Le texte critique les Cartésiens, qui refusaient les vues de Newton, en les accusant de supposer des agents occultes similaires à ceux des péripatéticiens. Il souligne que les Newtoniens se contentent d'examiner les phénomènes et leurs circonstances, contrairement aux Cartésiens qui imaginent des causes dont ils n'ont aucune idée. Enfin, le texte mentionne divers ouvrages et almanachs publiés en 1754, couvrant des sujets variés comme la physique, le droit seigneurial, le théâtre, et les associations. Il loue l'auteur d'un discours sur la physique pour son style concis et ses principes lumineux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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160
p. 147-149
LETTRE écrite à M. le Chevalier de Mouhy, de l'Académie des Belles-Lettres de Dijon ; par M. le Marquis d'Argens, Chambellan de Sa Majesté le Roi de Prusse.
Début :
J'ai été vivement mortifié, Monsieur, en apprenant le juste sujet que vous [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Dijon, Lettres juives
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. le Chevalier de Mouhy, de l'Académie des Belles-Lettres de Dijon ; par M. le Marquis d'Argens, Chambellan de Sa Majesté le Roi de Prusse.
LETTRE écrite à M. le Chevalier de
Mouhy , de l'Académie des Belles - Lettres
de Dijon ; par M. le Marquis d'Argens
Chambellan de Sa Majesté le Roi de
Pruffe.
J
'Ai été vivement mortifié , Monfieur ,
en apprenant le jufte fujet que vous
avez de vous plaindre de ce qui fe trouve
encore dans la nouvelle édition des
Lettres Juives dont vous me parlez . Je
vous jure , Monfieur , que je n'ai eu aucune
connoiffance de cette édition ; & elle
Gij
TS MERCURE DE FRANCE.
me furprend d'autant plus , que j'étois à la
veille d'en faire faire une par un Libraire
d'Amfterdam , qui a acheté le droit de copie
de cet ouvrage , & à qui cet accident
ne peut être que très- defavantageux . J'avois
réfolu de mettre à la tête de mon ouvrage
une préface que j'ai déja envoyée
en Hollande , dans laquelle je rends à votre
mérite perfonnel , à vos talens & à votre
politeffe la juftice que leur doit tout
homme équitable & éclairé. Mais comme
il pourroit arriver aujourd'hui que l'édition
d'Amfterdam fût retardée , & que je
fuis intéreffé encore plus que vous ne l'êtes
, que ma façon de penfer foit connue
du public , & qu'il fçache que la réflexion ,
un jugement plus mûr & la lecture de plufieurs
ouvrages très - ingénieux que vous
avez composés depuis quinze ans , m'ont
évidemment convaincu de la précipitation
& du peu de jufteffe de mon jugement ; je
vous prie , Monfieur , de vouloir communiquer
la lettre que j'ai l'honneur de vous
écrire , àM. l'Abbé Raynal , qui me fait la
grace de m'accorder fon amitié , & qui aura
la bonté de vouloir la faire inférer dans
le premier Mercure.
Je ne fçaurois vous exprimer , Monfieur ,
quel est mon chagrin . Je me rappelle fans:
celle que bien éloigné de fuivre la maxime:
DECEMBRE . 1754 149
des Auteurs qui cherchent à accabler d'injures
ceux qui ont ofé blâmer leurs ouvrages
, j'ai toujours trouvé en vous , Monfieur
, un défenfeur ; & dans le tems que
vous aviez à vous plaindre de moi , vous
ne vous en vengiez qu'en me rendant fervice
. Votre conduite , Monfieur , m'a plus
puni de mon impoliteffe que les réponfes
les plus piquantes , & elle m'a convaincu
que je ne pouvois trop dans toutes les
occafions vous donner des marques de mon
fincere attachement. Jugez donc de ma
douleur , lorsque j'ai vû que l'imprudence
de certains Libraires , en imprimant un
livre fans confulter l'Auteur , renouvelloit
une chofe que je voudrois mettre , s'il étoit
poffible , dans un éternel oubli .
J'ai l'honneur d'être , & c.
Le Marquis d'Argens.
A Poftdam, ces Octobre 1754.
Mouhy , de l'Académie des Belles - Lettres
de Dijon ; par M. le Marquis d'Argens
Chambellan de Sa Majesté le Roi de
Pruffe.
J
'Ai été vivement mortifié , Monfieur ,
en apprenant le jufte fujet que vous
avez de vous plaindre de ce qui fe trouve
encore dans la nouvelle édition des
Lettres Juives dont vous me parlez . Je
vous jure , Monfieur , que je n'ai eu aucune
connoiffance de cette édition ; & elle
Gij
TS MERCURE DE FRANCE.
me furprend d'autant plus , que j'étois à la
veille d'en faire faire une par un Libraire
d'Amfterdam , qui a acheté le droit de copie
de cet ouvrage , & à qui cet accident
ne peut être que très- defavantageux . J'avois
réfolu de mettre à la tête de mon ouvrage
une préface que j'ai déja envoyée
en Hollande , dans laquelle je rends à votre
mérite perfonnel , à vos talens & à votre
politeffe la juftice que leur doit tout
homme équitable & éclairé. Mais comme
il pourroit arriver aujourd'hui que l'édition
d'Amfterdam fût retardée , & que je
fuis intéreffé encore plus que vous ne l'êtes
, que ma façon de penfer foit connue
du public , & qu'il fçache que la réflexion ,
un jugement plus mûr & la lecture de plufieurs
ouvrages très - ingénieux que vous
avez composés depuis quinze ans , m'ont
évidemment convaincu de la précipitation
& du peu de jufteffe de mon jugement ; je
vous prie , Monfieur , de vouloir communiquer
la lettre que j'ai l'honneur de vous
écrire , àM. l'Abbé Raynal , qui me fait la
grace de m'accorder fon amitié , & qui aura
la bonté de vouloir la faire inférer dans
le premier Mercure.
Je ne fçaurois vous exprimer , Monfieur ,
quel est mon chagrin . Je me rappelle fans:
celle que bien éloigné de fuivre la maxime:
DECEMBRE . 1754 149
des Auteurs qui cherchent à accabler d'injures
ceux qui ont ofé blâmer leurs ouvrages
, j'ai toujours trouvé en vous , Monfieur
, un défenfeur ; & dans le tems que
vous aviez à vous plaindre de moi , vous
ne vous en vengiez qu'en me rendant fervice
. Votre conduite , Monfieur , m'a plus
puni de mon impoliteffe que les réponfes
les plus piquantes , & elle m'a convaincu
que je ne pouvois trop dans toutes les
occafions vous donner des marques de mon
fincere attachement. Jugez donc de ma
douleur , lorsque j'ai vû que l'imprudence
de certains Libraires , en imprimant un
livre fans confulter l'Auteur , renouvelloit
une chofe que je voudrois mettre , s'il étoit
poffible , dans un éternel oubli .
J'ai l'honneur d'être , & c.
Le Marquis d'Argens.
A Poftdam, ces Octobre 1754.
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Résumé : LETTRE écrite à M. le Chevalier de Mouhy, de l'Académie des Belles-Lettres de Dijon ; par M. le Marquis d'Argens, Chambellan de Sa Majesté le Roi de Prusse.
Le Marquis d'Argens écrit au Chevalier de Mouhy pour exprimer sa surprise et sa mortification après avoir découvert une nouvelle édition des 'Lettres Juives' contenant des éléments dont Mouhy se plaint. D'Argens affirme ignorer cette édition, alors qu'il préparait une nouvelle version via un libraire d'Amsterdam, incluant une préface pour rendre hommage au mérite, aux talents et à la politesse de Mouhy. Craignant que ses réflexions actuelles soient publiées, il demande à Mouhy de transmettre sa lettre à l'Abbé Raynal pour publication dans le Mercure de France. D'Argens admire la conduite de Mouhy, qui malgré les raisons de se plaindre, a toujours défendu d'Argens et lui a rendu service. Il condamne l'imprudence des libraires qui impriment sans consulter l'auteur, renouvelant une situation qu'il souhaiterait oublier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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161
p. 149-151
« M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
Début :
M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Académie de chirurgie, Moscou, Saint-Petersbourg, Sages-femmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
M. Morand , de l'Académie des Sciences
, & Secrétaire perpétuel de l'Académie
de Chirurgie , qui a autant de zéle pour le
bien de l'humanité de talent pour le
procurer , nous a communiqué une ordonnance
rendue par l'Impératrice de Ruffe
, qui porte que » toutes les Sages fem-
» mes , tant à Mofcou qu'à Petersbourg ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
39
» devront être examinées par des Médecins
» & Chirurgiens experts , ainfi que par
» des Sages femmes jurées , après quoi on
» leur fera prêter ferment fuivant le for-
» mulaire joint à la même ordonnance . Le
» nombre de ces Sages femmes eft fixé à
» quinze pour Mofcou , & à dix pour Pétersbourg.
A mesure qu'il y en aura de
» furnuméraires , on en fera paffer une
» dans chaque ville du Gouvernement , &
fucceffivement dans les villes provinciales
, afin qu'avec le tems tout l'Empire
» foit pourvû de Sages femmes. Leur ſalai-
» re eft reglé par une lifte annexée à ladite
» Ordonnance , & chacun fera tenu de le
» payer fans contradiction . Outre les Sages
» femmes ordinaires , il y en aura deux à
" Mofcou & deux à Pétersbourg pour tou
» tes fortes de cas extraordinaires , lefquel-
» les feront aux gages de la Couronne.
» Celles de Mofcou auront , la premiere
» deux cens roubles , & la feconde cent
cinquante ; celles de Pétersbourg , la pre-
» miere trois cens , & la feconde deux
» cens roubles par année . Chaque Sage
» femme jurée tiendra deux apprentives.
»
Pour l'inftruction fondamentale & la
»confirmation réguliere des Sages fem-
» mes , on établira tant à Mofcou qu'à Pé-
» tersbourg , dans chacune de ces deux vil-
00
DECEMBRE. 1754 151
»
"
» les , une école fous l'infpection d'un Mé-
>> decin & d'un Chirurgien , lefquels Méde-
» cins & Chirurgiens feront nommés Profeffeurs
en l'art d'accoucher , & les Chirur-
" giens , Accoucheurs ; ils feront auffi aux
» gages de la Couronne. Les premiers au-
» ront depuis trois cens jufqu'à fix cens
» roubles , & les derniers entre deux cens
»& quatre cens roubles par année . Le Collégé
de Médecine ne demande pour tous
» ces frais & autres qu'une fimple fomme
>> annuelle de trois mille roubles ; laquelle
» fomme devant être , comme de raifon
» fupportée par le public , l'on a formé
» une taxe , dont la liſte eft de même join-
» te à l'Ordonnance , & en conféquence de
laquelle chacun fera obligé de payer fuivant
le rang du mari de l'accouchée , fans
exception de qui que ce foit , fous peine
» d'exécution. Cette fomme fera avancée
» en trois termes annuellement par le tré-
»for de la Couronne , au Collège de Mé-
» decine , qui en fera enfuite la reftitution
» du produit de la taxe . Tout cet établif-
» fement eft foumis à la direction du même
» Collége , qui eft chargé auffi de la per-
»ception des deniers affectés à fon ufage.
, & Secrétaire perpétuel de l'Académie
de Chirurgie , qui a autant de zéle pour le
bien de l'humanité de talent pour le
procurer , nous a communiqué une ordonnance
rendue par l'Impératrice de Ruffe
, qui porte que » toutes les Sages fem-
» mes , tant à Mofcou qu'à Petersbourg ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
39
» devront être examinées par des Médecins
» & Chirurgiens experts , ainfi que par
» des Sages femmes jurées , après quoi on
» leur fera prêter ferment fuivant le for-
» mulaire joint à la même ordonnance . Le
» nombre de ces Sages femmes eft fixé à
» quinze pour Mofcou , & à dix pour Pétersbourg.
A mesure qu'il y en aura de
» furnuméraires , on en fera paffer une
» dans chaque ville du Gouvernement , &
fucceffivement dans les villes provinciales
, afin qu'avec le tems tout l'Empire
» foit pourvû de Sages femmes. Leur ſalai-
» re eft reglé par une lifte annexée à ladite
» Ordonnance , & chacun fera tenu de le
» payer fans contradiction . Outre les Sages
» femmes ordinaires , il y en aura deux à
" Mofcou & deux à Pétersbourg pour tou
» tes fortes de cas extraordinaires , lefquel-
» les feront aux gages de la Couronne.
» Celles de Mofcou auront , la premiere
» deux cens roubles , & la feconde cent
cinquante ; celles de Pétersbourg , la pre-
» miere trois cens , & la feconde deux
» cens roubles par année . Chaque Sage
» femme jurée tiendra deux apprentives.
»
Pour l'inftruction fondamentale & la
»confirmation réguliere des Sages fem-
» mes , on établira tant à Mofcou qu'à Pé-
» tersbourg , dans chacune de ces deux vil-
00
DECEMBRE. 1754 151
»
"
» les , une école fous l'infpection d'un Mé-
>> decin & d'un Chirurgien , lefquels Méde-
» cins & Chirurgiens feront nommés Profeffeurs
en l'art d'accoucher , & les Chirur-
" giens , Accoucheurs ; ils feront auffi aux
» gages de la Couronne. Les premiers au-
» ront depuis trois cens jufqu'à fix cens
» roubles , & les derniers entre deux cens
»& quatre cens roubles par année . Le Collégé
de Médecine ne demande pour tous
» ces frais & autres qu'une fimple fomme
>> annuelle de trois mille roubles ; laquelle
» fomme devant être , comme de raifon
» fupportée par le public , l'on a formé
» une taxe , dont la liſte eft de même join-
» te à l'Ordonnance , & en conféquence de
laquelle chacun fera obligé de payer fuivant
le rang du mari de l'accouchée , fans
exception de qui que ce foit , fous peine
» d'exécution. Cette fomme fera avancée
» en trois termes annuellement par le tré-
»for de la Couronne , au Collège de Mé-
» decine , qui en fera enfuite la reftitution
» du produit de la taxe . Tout cet établif-
» fement eft foumis à la direction du même
» Collége , qui eft chargé auffi de la per-
»ception des deniers affectés à fon ufage.
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Résumé : « M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
M. Morand, membre de l'Académie des Sciences et Secrétaire perpétuel de l'Académie de Chirurgie, a communiqué une ordonnance de l'Impératrice de Russie. Cette ordonnance impose que toutes les sages-femmes à Moscou et à Saint-Pétersbourg soient examinées par des médecins, chirurgiens experts et sages-femmes jurées. Le nombre de sages-femmes est limité à quinze pour Moscou et dix pour Saint-Pétersbourg. Les sages-femmes surnuméraires seront envoyées dans les villes du gouvernement et les villes provinciales pour couvrir l'ensemble de l'Empire. Leur salaire est réglementé et doit être payé sans contestation. Deux sages-femmes à Moscou et deux à Saint-Pétersbourg seront dédiées aux cas extraordinaires, rémunérées par la Couronne. Chaque sage-femme jurée supervisera deux apprenties. Pour la formation et la confirmation des sages-femmes, des écoles seront établies à Moscou et à Saint-Pétersbourg sous la supervision de médecins et chirurgiens, nommés professeurs en art d'accoucher et accoucheurs, également rémunérés par la Couronne. Le Collège de Médecine demande une somme annuelle de trois mille roubles pour ces frais, soutenue par le public via une taxe basée sur le rang du mari de l'accouchée. Cette somme sera avancée par le trésor de la Couronne et restituée par le Collège de Médecine, qui dirige l'ensemble de cet établissement et perçoit les fonds affectés à son usage.
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162
p. 105-111
« La Philosophie applicable à tous les objets de l'esprit & de la raison ; ouvrage [...] »
Début :
La Philosophie applicable à tous les objets de l'esprit & de la raison ; ouvrage [...]
Mots clefs :
Philosophie, Homme, Hommes, Esprit, Monde, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Philosophie applicable à tous les objets de l'esprit & de la raison ; ouvrage [...] »
A Philofophie applicable à tous les
vrage en réflexions détachées . Par feu M.
l'Abbé Terraffon , de l'Académie Françoife
, & Affocié à celles des Sciences de Paris
& de Berlin , 1754. A Paris , chez Prault
fils , quai de Conti , à la defcente du Pont
neuf, deux petits volumes in- 12 .
Il y a dans ce recueil que tout Paris a
lû , plufieurs penfées communes & beaucoup
de chofes fenfées , fines & philofophiques
en voici quelques- unes .
L'homme qui n'a point de philofophie ,
n'a point d'efprit à lui , il n'a que celui des
autres ; il parle comme ceux qui l'ont précédé
, au lieu que le Philofophe fera parler
comme lui ceux qui le fuivront.
Une infinité de gens ne recevront la
Philofophie , qui n'eft pas encore généralement
établie , que lorfqu'elle aura pour
elle la pluralité des voix ; alors elle n'entrera
dans leur efprit que fous la forme de
prévention .
Les Grecs fçavoient parler , les Latins
fçavoient penfer , & les François fçavent
raifonner. Le progrès des tems a fait le fe-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
cond dégré ; le progrès des tems & Defcartes
ont fait le troifiéme.
L'oppofition à tout ce qui fe préfente
de nouveau , a cela d'utile , qu'elle eft caufe
qu'il ne s'établit rien que de bon.
Chacun doit prendre fon exterieur dans
le monde , & fon interieur dans la religion
& dans la fageffe .
Ceux qui méprisent le monde fans l'avoir
connu , en parlent mal , mais en penfent
juste .
Les paffions font les vents qui font aller
notre vailleau , & la raifon eft le pilote qui
le conduit : le vaiffeau n'iroit point fans
les vents , & fe perdroit fans le pilote .
L'ambition qui eft prévoyante , facrifie
le préfent à l'avenir : la volupté qui eft
aveugle , facrifie l'avenir au préfent ; mais
l'envie , l'avarice & les autres paffions lâches
empoifonnent le préfent & l'avenir.
La grande poltronnerie fufpend chez
plufieurs hommes les effets de la grande
méchanceté .
La profpérité qui rend plus fiers & plus
durs les hommes médiocres , humanife
les grands hommes .
Les particuliers font fiers dans une République
; mais la nation l'eft bien davantage
dans une Monarchie..
Un frondeur eft un homme qui paffe fa vie
DECEMBRE. 1754 707
à être fâché de ce que la Seine va du côté de
Rouen , au lieu d'aller du côté de Melun.
Le Juge ordinaire doit comparer la punition
avec le crime : l'homme d'Etat ne
doit comparer la punition qu'avec le fruit
de la punition.
On reproche aux Auteurs Italiens la fubtilité
des pensées , aux Efpagnols la rodomontade
, aux Anglois un air de férocité
: il me femble qu'on ne reproche aux Aureurs
François aucun vice de terroir . Si la
chofe eft ainfi , c'eft à eux à cultiver cet
avantage , & à tâcher de prendre ou de
conferver toujours le ton de la nature & de
la raiſon.
J'ai entendu remarquer par d'habiles
gens , que les habitans des pays chauds
étoient plus adonnés aux femmes , & que
ceux des pays froids avoient plus d'enfans.
L'efprit doit être regardé comme un
inftrument, & non comme un objet : ainfi il
ne faut point parler ou écrire pour montrer
de l'efprit ; mais il faut fe fervir de fon
efprit pour dire ou pour écrire des chofes
bonnes & utiles .
Une des plus grandes preuves d'équité
d'efprit , c'eft de n'avoir aucun égard dans
le jugement que nous portons des autres à.
celui qu'ils portent de nous.
Parler beaucoup & bien , c'eft le talent
Evj
108 MERCURE DE FRANCE:
du bel efprit ; parler peu & bien , c'eſt le
caractere du fage ; parler beaucoup & mal ,
c'eft le vice du fat ; parler peu & mal , c'eſt
le défaut du fot.
Un jeune homme n'ira jamais des mauvais
difcours aux bons qu'en paffant par
le filence.
Le trivial conſiſte à dire ce que tout le
monde dit , & le naturel confifte à dire ce
que tout le monde fent. Voilà par où le trivial
ne fçauroit être neuf , au lieu que le
naturel peut l'être beaucoup .
Vérité dans la chofe , fineffe dans l'obfervation
, hardieffe dans l'énoncé : voilà
ce qui fait les expreffions du génie.
Le ftyle le plus parfait eft celui qui n'at
tire aucune attention comme ſtyle , & qui
ne laiffe que l'impreffion de la chofe qu'on
a voulu dire.
Il ne faut point d'efprit pour faivre
l'opinion qui eft actuellement la plus commune
; mais il en faut beaucoup pour être
dès aujourd'hui d'un fentiment dont tout
le monde ne fera que dans trente ans.
La Jurifprudence demande un efprit
droit , la politique un efprit étendu , & la
guerre un efprit préfent.
On a mis à la tête du Recueil que nous
venons de parcourir , deux morceaux trèspiquans
& très-philofophiques ; le premier,
;
DECEMBRE . 1754. 109
de M. Dalembert ; & le fecond , de M. de
Moncrif. Le but de ces deux Ecrivains célebres
, eft de développer le caractere vrai ,
naïf & tout-à-fait fingulier de M. l'Abbé
Terrallon .
S. Auguftin contre l'incrédulité , où
difcours & penfées recueillies des divers
écrits de ce Pere , les plus propres à prémunir
les fideles contre l'incrédulité de
nos jours. A Paris , chez Lottin , rue S. Jacques
, au Coq'; 1754 , 1 vol . in- 12.
Les défenfeurs de la religion font fagement
de puifer leurs preuves dans les ouvrages
des Peres , de S. Auguftin fur - tout .
Ce grand homme avoit dans l'efprit de
l'étendue , de l'élévation , de la force & ,
ce qu'il faut
fingulierement de nos jours ,
beaucoup de métaphyfique.
MEMOIRE pour fervir à la culture
des mûriers & à l'éducation des vers à foye.
A Poitiers , chez Jean Faulcon ; 1754 , in-
12 , pag. 86. On le trouve à Paris , chez
Martin.
Il n'y a pas un mot à perdre de cet important
mémoire. Un extrait tel que nous
le pourrions donner ne feroit pas fuffifant
; & nous exhortons l'Auteur du Journal
économique à l'inferer tout entier
dans fon recueil. Le Gouvernement a deFIO
MERCURE DE FRANCE.
puis quelques années l'attention de rendre
communs les ouvrages dont l'objet inté
reffe le bien public.
M. l'Abbé Coyer vient de publier chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , trois
Differtations. La premiere , fur la différence
de deux anciennes religions , la
Grecque & la Romaine , c'eft un morceau
bien fait , mais de pure curiofité. La feconde
& la troifieme , fur le vieux mot de patrie
, & fur la nature du peuple , ont un but
férieux. Cet Ecrivain après nous avoir raillé
agréablement , vivement & plaifamment
fur nos ridicules , commence à attaquer
nos vices. Nous lui fouhaitons plus de fuccès
dans la carriere qu'il commence que
dans celle qu'il vient de finir . Si je ne me
trompe , nous fommes à peu près tels que
nous étions avant l'Année merveilleufe , la
Pierre philofophale , & c .
ENTRETIENS fur les Romans. Ouvrage
moral & critique , dans lequel on
traite de l'origine des Romans & de leurs
différentes efpeces , tant par rapport à l'efprit
que par rapport au coeur . Par M. l'Abbé
Jacquin ; 1754 , 1 vol . in - 12 . A Paris,
chez Duchesne , rue S. Jacques.
M. l'Abbé Ladvocat dit dans l'approDECEMBRE.
1794 1747
bation qu'il a donnée à ce livre , que l'Auteur
y donne une jufte idée de l'origine &
des différentes efpeces de Romans , tant
anciens que modernes , & qu'il y prouve
très-bien qu'en général la lecture de ces
fortes de livres eft au moins frivole , qu'el
le ne fert le plus fouvent qu'à gâter le
goût , & qu'elle est très- dangereuse pour
les moeurs.
OBSERVATIONS & découvertes faites furt
des chevaux , avec une nouvelle pratique
fur la ferrure . Par le fieur Lafoffe , Maréchal
des petites Ecuries du Roi , avec des
figures en taille- douce. A Paris , chez Hochereau
le jeune , quai des Auguftins , au
coin de la rue Gift -le - Coeur ; 1754 , 1 V
-8° . Cet ouvrage paffe pour fort bon.
vrage en réflexions détachées . Par feu M.
l'Abbé Terraffon , de l'Académie Françoife
, & Affocié à celles des Sciences de Paris
& de Berlin , 1754. A Paris , chez Prault
fils , quai de Conti , à la defcente du Pont
neuf, deux petits volumes in- 12 .
Il y a dans ce recueil que tout Paris a
lû , plufieurs penfées communes & beaucoup
de chofes fenfées , fines & philofophiques
en voici quelques- unes .
L'homme qui n'a point de philofophie ,
n'a point d'efprit à lui , il n'a que celui des
autres ; il parle comme ceux qui l'ont précédé
, au lieu que le Philofophe fera parler
comme lui ceux qui le fuivront.
Une infinité de gens ne recevront la
Philofophie , qui n'eft pas encore généralement
établie , que lorfqu'elle aura pour
elle la pluralité des voix ; alors elle n'entrera
dans leur efprit que fous la forme de
prévention .
Les Grecs fçavoient parler , les Latins
fçavoient penfer , & les François fçavent
raifonner. Le progrès des tems a fait le fe-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
cond dégré ; le progrès des tems & Defcartes
ont fait le troifiéme.
L'oppofition à tout ce qui fe préfente
de nouveau , a cela d'utile , qu'elle eft caufe
qu'il ne s'établit rien que de bon.
Chacun doit prendre fon exterieur dans
le monde , & fon interieur dans la religion
& dans la fageffe .
Ceux qui méprisent le monde fans l'avoir
connu , en parlent mal , mais en penfent
juste .
Les paffions font les vents qui font aller
notre vailleau , & la raifon eft le pilote qui
le conduit : le vaiffeau n'iroit point fans
les vents , & fe perdroit fans le pilote .
L'ambition qui eft prévoyante , facrifie
le préfent à l'avenir : la volupté qui eft
aveugle , facrifie l'avenir au préfent ; mais
l'envie , l'avarice & les autres paffions lâches
empoifonnent le préfent & l'avenir.
La grande poltronnerie fufpend chez
plufieurs hommes les effets de la grande
méchanceté .
La profpérité qui rend plus fiers & plus
durs les hommes médiocres , humanife
les grands hommes .
Les particuliers font fiers dans une République
; mais la nation l'eft bien davantage
dans une Monarchie..
Un frondeur eft un homme qui paffe fa vie
DECEMBRE. 1754 707
à être fâché de ce que la Seine va du côté de
Rouen , au lieu d'aller du côté de Melun.
Le Juge ordinaire doit comparer la punition
avec le crime : l'homme d'Etat ne
doit comparer la punition qu'avec le fruit
de la punition.
On reproche aux Auteurs Italiens la fubtilité
des pensées , aux Efpagnols la rodomontade
, aux Anglois un air de férocité
: il me femble qu'on ne reproche aux Aureurs
François aucun vice de terroir . Si la
chofe eft ainfi , c'eft à eux à cultiver cet
avantage , & à tâcher de prendre ou de
conferver toujours le ton de la nature & de
la raiſon.
J'ai entendu remarquer par d'habiles
gens , que les habitans des pays chauds
étoient plus adonnés aux femmes , & que
ceux des pays froids avoient plus d'enfans.
L'efprit doit être regardé comme un
inftrument, & non comme un objet : ainfi il
ne faut point parler ou écrire pour montrer
de l'efprit ; mais il faut fe fervir de fon
efprit pour dire ou pour écrire des chofes
bonnes & utiles .
Une des plus grandes preuves d'équité
d'efprit , c'eft de n'avoir aucun égard dans
le jugement que nous portons des autres à.
celui qu'ils portent de nous.
Parler beaucoup & bien , c'eft le talent
Evj
108 MERCURE DE FRANCE:
du bel efprit ; parler peu & bien , c'eſt le
caractere du fage ; parler beaucoup & mal ,
c'eft le vice du fat ; parler peu & mal , c'eſt
le défaut du fot.
Un jeune homme n'ira jamais des mauvais
difcours aux bons qu'en paffant par
le filence.
Le trivial conſiſte à dire ce que tout le
monde dit , & le naturel confifte à dire ce
que tout le monde fent. Voilà par où le trivial
ne fçauroit être neuf , au lieu que le
naturel peut l'être beaucoup .
Vérité dans la chofe , fineffe dans l'obfervation
, hardieffe dans l'énoncé : voilà
ce qui fait les expreffions du génie.
Le ftyle le plus parfait eft celui qui n'at
tire aucune attention comme ſtyle , & qui
ne laiffe que l'impreffion de la chofe qu'on
a voulu dire.
Il ne faut point d'efprit pour faivre
l'opinion qui eft actuellement la plus commune
; mais il en faut beaucoup pour être
dès aujourd'hui d'un fentiment dont tout
le monde ne fera que dans trente ans.
La Jurifprudence demande un efprit
droit , la politique un efprit étendu , & la
guerre un efprit préfent.
On a mis à la tête du Recueil que nous
venons de parcourir , deux morceaux trèspiquans
& très-philofophiques ; le premier,
;
DECEMBRE . 1754. 109
de M. Dalembert ; & le fecond , de M. de
Moncrif. Le but de ces deux Ecrivains célebres
, eft de développer le caractere vrai ,
naïf & tout-à-fait fingulier de M. l'Abbé
Terrallon .
S. Auguftin contre l'incrédulité , où
difcours & penfées recueillies des divers
écrits de ce Pere , les plus propres à prémunir
les fideles contre l'incrédulité de
nos jours. A Paris , chez Lottin , rue S. Jacques
, au Coq'; 1754 , 1 vol . in- 12.
Les défenfeurs de la religion font fagement
de puifer leurs preuves dans les ouvrages
des Peres , de S. Auguftin fur - tout .
Ce grand homme avoit dans l'efprit de
l'étendue , de l'élévation , de la force & ,
ce qu'il faut
fingulierement de nos jours ,
beaucoup de métaphyfique.
MEMOIRE pour fervir à la culture
des mûriers & à l'éducation des vers à foye.
A Poitiers , chez Jean Faulcon ; 1754 , in-
12 , pag. 86. On le trouve à Paris , chez
Martin.
Il n'y a pas un mot à perdre de cet important
mémoire. Un extrait tel que nous
le pourrions donner ne feroit pas fuffifant
; & nous exhortons l'Auteur du Journal
économique à l'inferer tout entier
dans fon recueil. Le Gouvernement a deFIO
MERCURE DE FRANCE.
puis quelques années l'attention de rendre
communs les ouvrages dont l'objet inté
reffe le bien public.
M. l'Abbé Coyer vient de publier chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , trois
Differtations. La premiere , fur la différence
de deux anciennes religions , la
Grecque & la Romaine , c'eft un morceau
bien fait , mais de pure curiofité. La feconde
& la troifieme , fur le vieux mot de patrie
, & fur la nature du peuple , ont un but
férieux. Cet Ecrivain après nous avoir raillé
agréablement , vivement & plaifamment
fur nos ridicules , commence à attaquer
nos vices. Nous lui fouhaitons plus de fuccès
dans la carriere qu'il commence que
dans celle qu'il vient de finir . Si je ne me
trompe , nous fommes à peu près tels que
nous étions avant l'Année merveilleufe , la
Pierre philofophale , & c .
ENTRETIENS fur les Romans. Ouvrage
moral & critique , dans lequel on
traite de l'origine des Romans & de leurs
différentes efpeces , tant par rapport à l'efprit
que par rapport au coeur . Par M. l'Abbé
Jacquin ; 1754 , 1 vol . in - 12 . A Paris,
chez Duchesne , rue S. Jacques.
M. l'Abbé Ladvocat dit dans l'approDECEMBRE.
1794 1747
bation qu'il a donnée à ce livre , que l'Auteur
y donne une jufte idée de l'origine &
des différentes efpeces de Romans , tant
anciens que modernes , & qu'il y prouve
très-bien qu'en général la lecture de ces
fortes de livres eft au moins frivole , qu'el
le ne fert le plus fouvent qu'à gâter le
goût , & qu'elle est très- dangereuse pour
les moeurs.
OBSERVATIONS & découvertes faites furt
des chevaux , avec une nouvelle pratique
fur la ferrure . Par le fieur Lafoffe , Maréchal
des petites Ecuries du Roi , avec des
figures en taille- douce. A Paris , chez Hochereau
le jeune , quai des Auguftins , au
coin de la rue Gift -le - Coeur ; 1754 , 1 V
-8° . Cet ouvrage paffe pour fort bon.
Fermer
Résumé : « La Philosophie applicable à tous les objets de l'esprit & de la raison ; ouvrage [...] »
Le texte présente une œuvre philosophique intitulée 'A Philofophie applicable à tous les vrage en réflexions détachées' de l'Abbé Terraffon, publiée en 1754 à Paris. Cette œuvre se compose de deux petits volumes contenant des pensées communes et des réflexions fines et philosophiques. Parmi les idées notables, on trouve que l'homme sans philosophie n'a pas d'esprit propre et que la philosophie ne sera acceptée que lorsqu'elle aura la pluralité des voix. Le texte souligne également les progrès des temps et l'influence de Descartes sur la pensée. Il aborde divers aspects de la nature humaine, comme l'opposition au nouveau, l'importance de la raison et des passions, et les différences entre les nations. Le recueil inclut des morceaux de Dalembert et de Moncrif, qui développent le caractère de l'Abbé Terraffon. Le texte mentionne également d'autres publications de 1754, telles qu'un ouvrage contre l'incrédulité basé sur les écrits de Saint Augustin, un mémoire sur la culture des mûriers et l'éducation des vers à soie, des dissertations de l'Abbé Coyer, et un ouvrage moral et critique sur les romans par l'Abbé Jacquin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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163
p. 111-147
« MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
Début :
MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...]
Mots clefs :
Mémoires historiques, Suède, Angleterre, Prince, Pape, Clergé, Cour, Royaume, Divorce, Divorce de Henri VIII, Henri VIII, Roi d'Angleterre, Catherine d'Aragon, Révolutions en Suède, Conjuration de Fiesque, Conjuration , Politique, Danemark
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
MEMOIRES hiftoriques , militaires &
politiques de l'Europe , depuis l'élévation
de Charles- Quint au thrône de l'Empire ,
jufqu'au traité d'Aix - la-Chapelle en 1748.
Par M. l'Abbé Raynal , de la Société royale
de Londres , & de l'Académie royale des
Sciences & Belles Lettres de Pruffe . Se
vend chez Durand , au Griffon , rue Saint
-Jacques ; 1754 , 3 vol . in- 8 °.
J'ai déja rendu compte des deux pres
miers volumes de mon ouvrage , je vais
donner l'extrait du troifieme ; il renferme
trois morceaux.
112 MERCURE DE FRANCE.
Hiftoire des révolutions arrivées en Suede
depuis 1515 jufqu'en 1544.
La Suede qui avoit jetté un fi grand éclat ,
lorfque fes habitans , connus fous le nom
de Goths , renverferent l'Empire romain &
changerent la face de l'Europe , étoit retombée
peu -à-peu dans l'obfcurité . Des dif
fenfions domeftiques & les vices du gouvernement
, avoient formé une efpece
d'anarchie , qui auroit cent fois perdu le
Royaume fi les peuples voifins avoient eu
des loix plus fages . Toutes les nations du
Nord languiffoient dans la même barbarie ,
& l'afcendant que les unes pouvoient prendre
fur les autres , ne devoit point venir
de la fupériorité de politique , mais du
bonheur des circonftances ; elles furent
pour le Dannemarc.
Marguerite qui y regnoit , joignoit à
»l'ambition ordinaire à fon fexe , une fui-
» te de vûes qu'il n'a pas fi communément.
» Elle parloit avec grace , & fçavoit em-
»ployer au befoin ce ton de fentiment , qui
» tient fouvent lieu de raifon & qui la rend
toujours plus forte. Contre l'ufage des
» Souverains , elle abandonnoit les appa-
» rences de l'autorité pour l'autorité même ;
» & elle retenoit le Clergé dans fes inté-
» rêts , en lui faifant prendre des déférences
DECEMBRE. 1754 113
»
ور
»
"
pour du crédit. Ce qu'elle faifoit éclater
de magnificence , n'avoit jamais pour ob-
»jet fes goûts , mais fa place ; & foit qu'el-
» le donnât , foit qu'elle récompenfât , c'é
»toit toujours en Reine & au profit de la
Royauté. Lorfque fes projets n'étoient
pas traversés par la loi , elle la faifoit
» obferver avec une fermeté louable ; &
» l'ordre public étoit ce qu'elle aimoit le
» mieux après fes intérêts particuliers . On
» n'a gueres pouffé plus loin qu'elle le faifoit
le talent de paroître redoutable fans
l'être : elle intimidoit fes ennerais par
» d'autres ennemis qu'elle avoit l'art de
» faire croire fes partifans. Ce que fes
» moeurs avoient d'irrégulier étoit réparé
» dans l'efprit des peuples par les dons
» qu'elle faifoit aux Eglifes. Ces facrifices
» coûtoient à fon caractere ; mais fa politique
les faifoit à fa réputation.
"
"
Cette Princeffe entreprit de réunir la
Suede à fes autres Etats , & elle y réuſſit :
mais les Danois ayant abufé de leur fupériorité
, les Suédois trouverent bientôt l'occafion
de fecouer un joug qu'ils déteftoient
, & ils fe donnerent un maître qui
prit le titre d'Aminiftrateur. Les Rois de
Dannemarc n'abandonnerent pas les droits
qu'ils prétendoient avoir fur la Suede , &
ce fut une fource de guerres longues &
114 MERCURE DE FRANCE .
fanglantes entre ces deux Etats.
Chriftiern étoit monté fur le thrône de
Dannemarc ; c'étoit un monftre , qui prefque
au fortir de l'enfance avoit pouffé aux
derniers excès tous les vices , & n'avoit
pas même le mafque d'une vertu . Il ne
chercha point à rapprocher les Suedois du
traité d'union des deux Royaumes , il ne
chercha qu'à les foumettre. Le mécontentement
du Clergé de Suede étoit une difpofition
favorable pour ce Prince. Les Evêques
avoient joui d'une autorité fi étendue
fous les Rois Danois , qu'ils croyoient
ne devoir rien oublier pour ramener les
mêmes circonftances. L'Adminiftrateur
étant mort , ils voulurent mettre à fa place
Elric Trolle , vieillard timide , indolent
irréfolu , & qu'ils auroient fait fervir à
leurs vûes ; mais ce projet échoua. Stenon ,
fils du dernier Adminiftrateur , fut élu , &
il fit conférer l'Archevêché d'Upfal au fils
de Trolle ; démarche qu'il crut propre ,
fans doute , à confoler fon rival de fon
exclufion . Ĉe bienfait politique n'eut pas
le fuccès qu'il en attendoit . Trolle plus humilié
que touché du tendre & généreux
intérêt que ce Prince avoit pris à lui , fit
éclater un reffentiment qui allarma égale
ment pour Stenon & pour la patrie. Le
jeune Prélat ne pouvoit pas fe conføler de
DECEM BR E. 1754. 115
n'être que le fecond dans un état qu'il avoit
compté gouverner d'abord ſous le nom de
fon pere , & dans la fuite fous le fien . Son
mécontentement éclata bientôt.Il fe mit à la
tête du Clergé , s'unit avec les Danois , &
corrompit le Gouverneur de quelques places
fortes. Stenon inftruit de tout ce qui
fe tramoit contre l'Etat , convoqua le Sénat
, & Trolle fut reconnu pour l'auteur
& le chef de la confpiration. L'Archevêque
déterminé à la ruine de fon pays , par
un reffentiment que les contretems rendoient
plus vif, ne daigna ni juftifier fa
conduite , ni fe plaindre de fes complices :
il fe retira dans le châreau de Steke , en
attendant du fecours de Chriftiern. A perne
l'Adminiftrateur eut - il commencé le
fiége de cette place , que les Danois vinrent
faire une defcente près de Stockolm ;
Stenon y marcha avec une partie de fon
armée , & il fe livra un combat auffi fanglant
qu'il devoit l'être au commencement
d'une campagne entre deux nations rivales
, dans une occafion décifive & pour de
grands intérêts. La victoire fe déclara pour
La Suede , les Danois regagnerent leurs
vaiſſeaux , & l'Archevêque fut obligé de
fe rendre. Les Etats le déclarerent ennemi
de la patrie , l'obligerent de renoncer à fa
dignité , & le condamnerent à finir fés
jours dans un cloître.
116 MERCURE DE FRANCE.
"
23
» Quand le Pape n'auroit pas été follicité
par le Prélat dépofé & par Chriftiern
» de s'élever contre ce jugement , il l'au- |
» roit fait. La Cour de Rome dont les droits
» n'avoient pas été auffi bien éclaircis
» qu'ils l'ont été depuis , appuyoit indiffé-
» remment le Clergé dans toutes les affai-
» res , avec une vivacité & une fierté qui
» ne fe démentirent pas en cette occaſion .
» Elle fit menacer les Etats & l'Adminif
» trateur des cenfures de l'Eglife , s'il ne
rétabliffoient fans tarder l'Archevêque
fur fon fiége , & dans tous les avantages
» dont on l'avoit privé.
"
» Il eft glorieux pour l'humanité que
» dans un fiécle où la Philofophie avoit fait
» fi peu de progrès , un peuple entier ait
» diftingué l'autorité légitime du chef de
» la religion , de l'abus qu'il en peut faire.
» Les Suédois en marquant beaucoup de
» refpect au Souverain Pontife , parurent
» affez tranquilles fur les foudres qu'il préparoit
contr'eux. Ils témoignerent de la
répugnance à lui defobéir ; mais enfin ils
» lui defobéirent , & ils aimerent mieux
» l'avoir pour ennemi que de rifquer de
» rallumer dans leur patrie le feu des
» guerres civiles qu'ils avoient eu tant de
peine à éteindre. Si cette généreufe réfolution
avoit été accompagnée d'un ex-
"
و د
DECEMBRE. 1754 117
cès d'emportement , Rome fe feroit trou-
» vée heureufe : dans la réfolution où elle
» étoit de pouffer les chofes à l'extrêmité ,
elle auroit voula paroître forcée à des
❞ violences par des outrages qui les juftifiaffent.
L'impoffibilité de mettre les apparences
de fon côté , ne lui fit pas aban-
» donner fes vûes : elle mit en interdit la
» Suede , excommunia l'Administrateur &
» le Sénat , ordonna le rétabliſſement de
» Trolle , & pour comble d'injuftice , chargea
le Roi de Dannemarc de procurer
" par la voie des armes l'exécution d'une
Bulle fi odieufe.
و د
Chriſtiern étoit & fe montra digne d'une
telle commiffion. Il entra en Suede , & mit
tout à feu & à fang ; après bien des ravages
& bien des cruautés , les Suédois furent
défaits dans une bataille où Stenon fut
rué ; cet événement fit la deftinée de la
Suede ; tout tomba dans une confufion
horrible. Trolle qui avoit profité des malheurs
publics pour remonter fur fon fiége ,
convoqua les Etats. La craintelou la féduc
tion y firent reconnoître fans obftacle l'au
torité de Chriftiern , qui commença par
immoler à fon reffentiment & à fon ambition
tout ce qui auroit pu lui faire quelque
ombrage. Il fit maffacrer les Seigneurs
les plus diftingués de Suede & tout ce qui
118 MERCURE DE FRANCE.
reltoit d'hommes puiffans affectionnés à
leur patrie , ou aimés des peuples. Avec ces
victimes expira l'efpérance & prefque le
defir de la liberté. Les loix anciennes furent
abrogées , le defpotifme porté au dernier
période , & il ne fe fit aucun mouve
ment . Rien ne caufoit & ne pouvoit caufer
d'inquiétude à Chriftiern que la
fonne de Guftave Vaſa.
per-
Ce jeune Seigneur defcendoit des anciens
Rois de Suede , & s'étoit fignalé dans
plufieurs occafions ; c'étoit un homme fupérieur
, né pour l'honneur de fa nation
& de fon fiécle , qui n'eut point de vices ,
peu de défauts , de grandes vertus & encore
plus de grands talens.
Retenu en Dannemarc par une perfidie ,
il avoit trouvé l'occafion de s'échapper des
mains de Chriftiern , & s'étoit caché dans
les montagnes de la Dalecarlie. Après avoir
erré long- tems , forcé par le befoin de travailler
aux mines , il trouva enfin chez un
Curé un afyle , qui devint le berceâu de la
liberté , de la gloire & du bonheur de la
Suede. De concert avec cet Eccléfiaftique ,
homme fage , defintéreffé , inftruit , accrédité
, zélé pour fa patrie , Guftave commença
par échauffer les efprits , & il profita
du premier feu de l'enthoufiafme qu'il fit
aaître pour fe faire un parti. A la tête de
DECEMBRE. 1754. 119
par
quatre cens hommes il emporta d'affaut
une place commandée le Gouverneur
de la province ; fes premiers fuccès donnerent
de l'audace ; fa petite armée s'accrut
à vûe d'oeil , & il n'eût qu'à fe montrer
dans les provinces voisines de la Dalecarlie
pour les foulever. La timidité & l'indolence
du Viceroi que Chriftiern avoit
laiffé en Suede , donna à Guſtave le tems
de faire des progrès plus confidérables , de
groffir & de difcipliner fes troupes . Trolle
faifit le tems où les Dalecarliens s'étoient
retirés dans leurs pays pour faire la moiffon
; il fe mit à la tête de quatre mille
hommes , & alla attaquer brufquement
Guftave , qui n'étoit pas affez fort pour
l'attendre. Ce léger échec fut bientôt réparé
par Guftave , qui l'attaqua à fon tour
fi vivement , que l'Archevêque échappa à
peine avec la dixieme partie de fes troupes.
Les vainqueurs marcherent droit à Stockholm
; le Viceroi & l'Archevêque , dans la
crainte que quelque malheureux hazard
ne les fit tomber entre les mains de leurs
ennemis , s'enfuirent en Dannemarc . Leur
retraite fut un événement décifif pour
mécontens. L'indépendance du Royaume
parut affez affurée
pour qu'on crût pouvoir
convoquer fans rifque les Etats Généraux
, & donner quelque forme à un
,
les
120 MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement qui n'en avoit point .
» L'affemblée ne fut pas nombreufe ; il
ne s'y trouva de Députés que ceux que
» l'amour de la patrie & la haine des tyrans
» élevoient au - deffus de tous les périls.
» Les réfolutions des hommes de ce carac-
» tere ne pouvoient manquer d'être har-
» dies & leurs démarches vigoureufes . Ils
» renoncerent folemnellement à l'obéïffan
» ce qu'ils avoient promife à Chriftiern ,
» éleverent leur Général , qui n'avoit dû
» jufqu'alors for autorité qu'à fon coura-
» ge , à la dignité d'Adminiftrateur , & ar-
» rêterent qu'on continueroit à faire une
» guerre vive & fanglante.
Tandis que Guftave reprenoit fur les
Danois les places qui leur reftoient en Suede
& qu'il formoit le fiége de Stockholm ;
la révolution qui fe fit en Dannemarc affûra
l'indépendance de la Suede. La tyrannie
& les excès de Chriftiern révolterent fes
fujets , & leur infpirerent une réfolution
violente . Ils déthrônerent ce Prince , qui
fe retira auprès de Charles - Quint fon beaufrere
, & ils placerent fur le thrône Frideric
, Duc de Holſtein.
Cet événement ôta aux Danois , qui
étoient encore en Suede , le courage , l'efpérance
& la force de s'y maintenir. Ceux
qui défendoient Stockholm offrirent de
capituler;
DECEMBRE . 1754. 125
capituler ; mais l'Adminiftrateur laiffa traîner
le fiége , fous prétexte de le finir d'une
maniere plus honorable , mais en effet pour
obliger par ce fantôme de péril les Etats
Généraux de lui déférer la couronne . Cette
politique étoit plus artificieufe que néceffaire.
Guftave fut proclamé Roi avec une
unanimité & un enthouſiaſme qui étoient
fûrement les fuites de la plus vive admiration
& d'une efpece d'idolâtrie . L'union
que fit ce Prince avec Frideric , acheva
d'établir la tranquillité , la gloire & l'indépendance
de la Suede. Guftave ne fongea
plus qu'à réformer l'intérieur du Royaume
, en fubftituant de bonnes loix à la barbarie
ancienne, & une police fage aux abus
introduits par les troubles civils. Il fut
éclairé , foutenu & dirigé dans fes vûes
par un homme célebre , qu'il eft important
de connoître à fond.
Ce confident habile fe nommoit Larz-
Anderfon , né de parens obfcurs & fans
fortune. Il avoit commencé à fe diftinguer
dans l'Eglife ; mais dégoûté d'une carriere
où l'on n'avançoit que par les fuffrages de
la multitude , il s'attacha à la Cour. » Guftave
démêla bientôt dans la foule des
» courtifans empreffés à lui plaire, un hom-
» me propre à le fervir ; & dédaignant
»toutes ces petites expériences fi néceffai-
11. Fol.
و د
F
22 MERCURE DE FRANCE.
» res aux Princes médiocres , & qui ne leur
»fuffifent même pas , il l'éleva tout de
» fuite au premier pofte du Royaume , &
» le fit fon Chancelier,
و ر
» Anderſon juſtifia cette hardieffe . C'é-
» toit un génie que la nature avoit fait pro-
» fond , & que les réflexions avoient étendu,
Quoiqu'il eut l'ambition des grandes
places , il avoit encore plus l'ambition
» des grandes chofes , & il aimoit mieux
voir croître fa réputation que fon crédit.
» Il n'étoit pas citoyen dans ce fens qu'il fe
» fût facrifié pour fa patrie ; mais il méri-
>> toit ce beau nom , fi on veut l'accorder
» aux Miniftres qui ont des idées aflez juf-
» tes pour croire que leur gloire eft infé-
»parable de celle de leur Roi & de leur na-
» tion. L'exemple de ceux qui l'avoient pré-
» cédé ni le jugement de ceux qui le devoient
» fuivre , n'étoient pas la régle de fa con-
»duite ; fes projets n'étoient cités qu'à fon
» tribunal & à celui de fon maître. Cette
» indépendance qui ne peut être fentie que
» par ceux qui l'ont , étoit accompagnée
» d'une fagacité qui faififfoit tout , depuis
»les premiers principes jufqu'aux dernie-
" res conféquences , & d'une lumiere qui
» fourniffoit des vûes fublimes & les expédiens
propres à les faire réuffir . Letalent
» de hâter les événemens fans les précipi
ter lui étoit comme naturel ; & en par
و د
39
DECEMBRE. 1754 123
-99
93
و د
roiffant céder quelquefois aux difficultés,
il venoit toujours à bout de les furmonter.
L'étude de l'hiftoire & fes réflexions
» l'avoient affermi contre les murmures ,
les tumultes , les révoltes même ; & il
» étoit convaincu qu'avec du courage , du
fang froid & de la politique on vient
» tôt ou tard à bout de fubjuguer les hom-
" mes & de les ramener à leurs intérêts. Il
fçavoit le détail des loix comme un Ma-
» giftrat , & en poffédoit l'efprit en Légiflateur.
On réfiftoit d'autant moins à fon
éloquence , qu'elle partoit d'une raifon
» forte . Ce Miniftre appartenoit plus à un
autre âge qu'à celui où il vivoit ; & fes
» contemporains qui n'étoient pas à beau-
>> coup près auffi avancés que lui , n'apperçurent
pas toute l'élévation de fon ca-
» ractere , ni l'influence qu'il eut fur les
» révolutions qu'éprouva la Suede .
บ
93
"
Ce Royaume étoit la proye des Eccléfiaftiques
: leur autorité pouvoit exciter de
nouveaux troubles , & ils poffédoient tout
l'argent , toutes les richeffes de la Suede . I
falloit trouver un prétexte pour les dépouiller.
Anderſon en imagina un ; c'étoit
d'introduire le Luthéranifme , qui faifoit
des progrès rapides en Allemagne , & qu'il
avoit adopté par cet efprit d'inquiétude fi
ordinaire à ceux qui font nés plus grands
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
que leur condition. Guſtave adopta les
vûes de fon Chancelier ; mais cette révolution
ne pouvoit fe faire que par dégrés :
on laiffa le tems au Luthéranifme de s'établir
dans le Royaume. Des Docteurs de
réputation qu'on fit venir d'Allemagne , lui
donnerent de l'éclat ; la faveur qu'ils parurent
avoir, leurs déclamations, le goût de la
nouveauté entraînerent bientôt une partie
de la nation . A mefure que le Luthéranifme
faifoit des conquêtes fur le Royaume ,
Guftave en faifoit fur le Clergé. Il commença
par abolir une efpece d'impôt que
les Curés avoient mis fur certains péchés .
Il ôta aux Evêques le droit qu'ils avoient
ufurpé d'hériter de tous les Eccléfiaftiques
du fecond ordre. Les troupes furent mifes
en quartier d'hiver fur les terres du Clergé ,
ce qui étoit fans exemple : enfin il propofa
de prendre les deux tiers des dîmes pour
l'entretien des troupes , & une partie de
l'argenterie & des cloches des Eglifes riches
pour abolir , en payant les étrangers ,
les privileges odieux dont ils jouiffoient.
Ces expédiens furent généralement approuvés
; & s'il y eut quelque mécontentement
, il n'éclata pas.
Guftave mit la derniere main à fes grands
deffeins, en convoquant les Etats Généraux
à Vefteras en 1527. Les innovations qu'il
DECEMBRE . 1754. 125
propofa pour achever d'écrafer la puiffance
du Clergé , parurent trop hardies , &
le ton de defpotifine qu'il prit étoit trop
nouveaupour ne pas exciter quelques mou.
vemens ; mais ils n'eurent point de fuites .
Les troubles furent bientôt appaifés , & ce
que les Etats avoient arrêté fut établi fans
obftacle. » Le mépris pour la Communion
» Romaine fuivit la ruine & l'aviliffement
» du Clergé , qui avoient été le but de tou-
» tes les innovations qu'on venoit d'intro-
» duire. Guftave fe déclara enfin Luthe-
» rien , & toute la nation voulut être de
» la religion du Prince . Rien ne prouve
» les progrès de l'efprit de fervitude dans
» un Etat , comme l'influence du Souverain
fur la croyance des peuples. Le facrifice
de fes opinions qui coûte fi peu à
» la Cour , où on n'a proprement que des
préjugés , eft fi grand à la ville & dans
» les provinces où on a des principes ,
» qu'il prépare à tous les autres facrifices ,
» & même les affure . Auffi lorfque Guf-
» tave demanda aux Etats en 1544 , que
» la Couronne qui avoit toujours été élec-
» tive fû: déclarée héréditaire , il n'éprou
» ya point de contradictions .
" Tel fut le dernier acte d'un des regnes
les plus éclatans que le Nord ai vû ;
» nous ajouterions d'un des plus heureux ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
»fi Guſtave avoit été auffi jufte qu'il étoir
»grand , & fi en faifant par fon caractere
»le bonheur de la génération qu'il gou-
» vernoit , il n'avoit pas préparé le mal-
» heur de celles qui devoient la fuivre ,
en établiffant un defpotifme dont fes fuc-
»ceffeurs ne pouvoient manquer d'abuſer .
Hiftoire du divorce de Henri VIII. Roi
d'Angleterre , & de Catherine d' Arragon ,
depuis 1527 jufqu'en 1534.
Henri VII , furnommé dans l'hiftoire le
Salomon de l'Angleterre , voulut rendre à
fa couronne , par une alliance avantageufe,
l'éclat que les guerres civiles lui avoient
fait perdre , & il obtint pour le Prince de
Galles fon fils , Catherine d'Arragon . Ce
mariage ne fut pas heureux ; le jeune Prince
mourut un an après , à l'âge de quinze
ou de feize ans. Cet événement pouvoit
Fompre les liens qui uniffoient l'Espagne
& l'Angleterre , & qui les rendoient redoutables
à tous leurs voifins. Pour calmer
les inquiétudes des deux Puiffances , il fut
arrêté que le nouveau Prince de Galles
épouferoit la veuve de fon frere . Pour former
ces nouveaux noeuds , on eut befoin
d'une difpenfe , & le Pape Jules fecond
l'accorda,
DECEMBRE. 1754. 127
Henri & fa belle-four furent fiancés
folemnellement en 150;, & le Prince qui
n'avoit alors que douze ans , n'eut pas
plutôt atteint fa quatorziéme année qu'il
it en préſence de plufieurs témoins une
proteftation en forme contre le confentement
qu'il avoit donné. Cette proteſtation
fut tenue fecrette jufqu'à la mort de
Henri VII en 1509 , & le mariage fur
célébré la même année . » Catherine avoit
» des vertus , mais les agrémens de fon
» fexe lui manquerent. Elle n'avoit ni grace
» ni dignité , ni defir de plaire ; fa triftefle
» & fon indolence augmenterent avec l'âge
» & les infirmités . Le dégoût de Henri qui
»> ne l'avoit jamais aimée , devint infen-
» fiblement extrême , & ouvrit le coeur de
» ce Prince à une paffion fort vive pour
» Anne de Boulen.
Anne étoit plus que belle , elle étoit
piquante. Ses traits manquoient de régularité
; il en réfultoit cependant un
enfemble qui furpaffoit la beauté même.
» Une taille parfaite , le goût de la danfe ,
» une voix touchante , & le talent de
jouer avec grace de plufieurs inftru-
» mens , relevoient en elle l'éclat de la
premiere jeuneffe. Quoique la France
ne fût pas alors autant qu'elle l'a été
depuis en poffeffion de fervir de modele
"
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
» aux autres peuples , Anne y avoit pris
» des manieres , un ton , des modes , qui
» fixerent fur elle les yeux & prefque l'ad-
» miration de la Cour de Londres. Cette
premiere impreffion fut foutenue par une
» converfation vive & légere , par un enjouement
ingénieux & de tous les inftans.
Les foupçons que pouvoit faire naître
fon air libre & trop carreffant, étoient
détruits par fon âge & par fa diffipation.
Elle ne montroit de l'empreffement
"que pour les plaifirs & pour les fêtes ; &
il paroiffoit fi peu d'art dans fa conduite Ᏺ
qu'il étoit prefque impoffible de lui fup-
»pofer des projets. Sa coquetterie ne fit
pas & ne devoit pas faire des impref-
»lions fâcheufes on la regarda comme
» une fuite de l'éducation frivole qu'elle
avoit reçue , & non comme un vice du
» coeur, ou le fruit de la réflexion . Les
» événemens prouverent que fon caractere
» avoit échappé aux courtifans les plus dé-
» liés : elle fe trouva diffimulée , profonde
, ambitieufe , & fut tout cela à un
» haut dégré & avant vingt ans.
Percy parut le premier fenfible aux char
mes d'Anne , ou fut , fi l'on veut , le premier
féduit par fon adreffe. Ses foins furent
acceptés , & leur union alloit être
confommée fi l'amour du Roi n'y avoit mis
DECEMBRE. 1754. 129
1
obftacle. Percy fut forcé de renoncer à fa
maîtrelle : Henri déclara lui-même à Anne
les fentimens qu'il avoit pour elle , mais
il la trouva plus fiere qu'il ne l'avoit cru.
Eclairée fur la violence de la paffion qu'elle
avoit infpirée , elle parut plus offenfée que
Alattée des propofitions du Prince , & lui
fignifia qu'elle feroit fa femme ou ne lui
feroit rien. C'est à cette époque que les
écrivains Catholiques fixent la premiere
idée qu'eut Henri de faire divorce avec
Catherine ; les Proteftans la font remonter
plus haut. On n'eft pas moins embarraſſé
fur la date précife de la réfolution qu'il
en prit ; on auroit évité de longues & ameres
conteftations , fi on avoit été affez
defintéreffé de part & d'autre , pour voir
que le Cardinal Wolfey étoit l'unique ,
ou du moins la principale caufe de ce
grand événement.
Cet homme célébre , rapidement paffé
de la condition la plus baffe au miniſtere
& à la pourpre , avoit d'abord embraffé le
parti de l'Empereur , & il l'abandonna
enfuite , parce qu'il vit que ce Prince l'avoit
trompé par les fauffes efpérances qu'il
lui avoit données de le placer fur le trône
de l'Eglife . Wolfey voulut humilier Charles-
Quint , en faisant répudier Catherine
d'Arragon fa tante. Ce Cardinal porta
Fv
130 MERCURE DE FRANCE..
dans cet odieux procès plus d'adreffe que :
la paffion n'en permet ordinairement , &
plus de circonfpection qu'on ne l'auroit:
dû efpérer de la hauteur & de l'emporte--
ment de fon caractere. Il commença par
perfuader le Confeffeur du Roi , dont les .
remontrances firent naître des doutes dans
l'efprit de Henri , & ces fcrupules joints à
la décision de quelques Théologiens , le
déciderent entierement pour le divorce..
Sa réfolution ne tarda pas d'éclater. Trois
Ambaffadeurs François étant arrivés en Angleterre
, conclurent fans beaucoup de difficultés
, un traité de paix perpétuelle entre
les deux nations , & ils arrêterent que:
Marie , fille de Henri , épouferoit François
I. ou fon fecond fils le Duc d'Orléans
.
"
"
» L'Evêque de Tarbes , celui des Am-
» baffadeurs qui avoit le plus le talent des
" affaires , & le feul qui eut le fecret de
» celle-là , parut environ huit jours après
la fignature du traité , mécontent d'une
» négociation dont le fuccès éroit regardé
» comme complet. Son chagrin fut remar
» qué comme il le devoit être , & on cher-
» cha à en deviner la caufe . Le public s'é-
" puifa à l'ordinaire en conjectures , & les
gens en place en queftions. Lorfque le
» Prélat crut avoir affez long-tems tenu
DECEMBRE. 1754. 131
les efprits en fufpens , il fe laiffa arra-
» chet fon fecret : il dit avec un certain
embarras affez ordinaire à ceux qui ont
des vérités fâcheufes à annoncer aux
Princes , qu'il craignoit beaucoup qu'u-
»ne partie des liens que venoient de for-
>> mer les deux nations , ne fuffent bien-
» tôt rompus , & qu'en particulier le mariage
projetté ne pût pas s'exécuter. Preffé
» de s'expliquer fur le myftere que renfer-
» moient ces dernieres paroles , il avoua
» qu'il croyoit nulle l'union de Henri &
» de Catherine , & qu'il étoit inftruit que
» les Théologiens les plus habiles ne pen-
» foient pas autrement que lui.
» Le Roi parut frappé de ce difcours
» comme il l'eût été d'un coup de foudre ;
fon but étoit de perfuader par cet éton-
» nement à l'Europe que le premier doute
» fur fon mariage lui étoit venu à cette oc--
» cafion.
Les fcrupules de l'Evêque de Tarbes furent
regardés comme des vérités incontef
tables , & il partit fur le champ pour l'I--
talie un Miniſtre , chargé de folliciter au--
près du Saint Siége la diffolution du ma--
riage avec Catherine .
Člement VII . qui gouvernoit alors , étoit
encore prifonnier au Château Saint - Ange.-
Le fecours prompt & affuré qu'on lui pro-
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
mit , l'auroit infailliblement déterminé à
faire ce qu'on exigeoit de lui , s'il n'eût
été arrêté par la crainte de Charles - Quint.
Lorfque le Pape fut libre , les négociateurs
Anglois devinrent plus preffans , mais leur
adreffe & leur activité ne purent vaincre
fes irréfolutions. Il vint à bout de faire
naître des obftacles & des incidens fort
naturels , qui reculoient la décifion de cette
affaire . Après bien des détours & des lenteurs
, preflé par les inftances de l'Angleterre
, Clement établit enfin Wolfey juge
de l'affaire du divorce , & on lui donna
pour adjoint le Cardinal de Campege , qui
s'étoit trouvé du goût des deux Cours.
Il n'y avoit qu'à fuivre la négociation
de Campege , pour être convaincu que le
Pape ne donneroit jamais les mains à un
projet contraire aux intérêts de fon Siége
& à ceux de fa maifon , & qu'il vouloit
feulement obtenir par ce moyen un traitement
plus avantageux de Charles. Quint.
L'affaire fe rempliffoit tous les jours de
nouvelles difficultés. Henri que fa paffion
mettoit dans un état violent , fatigué
de tant d'indécifions , envoya de nouveau
à Clément deux Miniftres pour preffer l'exécution
de fon projet ; mais leurs infinuations
n'ayant pas eu le fuccès qu'ils
s'étoient promis , ils eurent recours à des
DECEMBRE. 1754 133
moyens odieux. Ils joignirent aux reproches
les plus humilians , des menaces effrayantes.
On faifoit craindre au Pape d'être déposé ,
fous prétexte que fon élection avoit été
irréguliere ; que l'Angleterre ne fecouât un
joug qui devenoit tous les jours plus dur &
plus injufte , & que l'Europe entiere éclairée
& enhardie par un exemple fi frappant ,
ne renonçât à l'ancien préjugé qui la tenoit
fous la domination du S. Siége. Ces
moyens ne réuffirent pas , & l'affaire du
divorce fut ramenée au tribunal de Wolfey
& de Campege. Les Légats , après l'examen
de cette caufe finguliere , citerent le
Roi & la Reine pour le 18 Juin 1529. La
Reine comparut devant eux , mais les recufa
pour juges , & ne voulut jamais fe
défifter de fa récufation . » On l'auroit peut-
» être crue occupée de fa vengeance , fi
nenfe précipitant devant toute l'aflemblée
" aux pieds du Roi , elle n'avoit fait voir
» qu'il n'y avoit dans fon coeur que le défir
» & peut- être l'efpérance de regagner un
» coeur qu'elle avoit malheureufement perdu.
Cette pofture , fon amour & fes infortunes
lui infpirerent tout ce qu'on
peut imaginer de plus modeste , de plus
» tendre & de plus touchant. Dès qu'elle
» eut fini de parler , elle fe retira , & alla
attendre dans l'obfcurité , dans les lar134
MERCURE DE FRANCE.
" mes & dans l'incertitude les effets d'une
» fcene aufli attendriffante que celle qui
» venoit de fe paller.
» Le denouement de ce coup de théatre
» ne fut pas tel qu'on avoit cru pouvoir
» l'efpérer. Tout l'attendriffement qu'on
avoit remarqué dans le Prince fe réduifoit
à une compaffion ftérile , & à des
éloges vagues. Henri rendit justice à la
» conduite exemplaire , à l'humeur douce ,
» à la foumiffion fans bornes de Cathe-
» rine ; & il parut fâché que la religion &
la confcience ne lui permiffent pas de
finir fes jours avec une Reine malheureufe
, qui n'avoit jamais rien dit ni rien-
»fait que de louable .
Tandis que Campege éloignoit tant qu'il
pouvoit la décifion de cette affaire , l'Empereur
fit un traité à Barcelone , dans lequel
il traitoit favorablement le S. Siége
dans la vûe de fe venger , fur tout du Roi
d'Angleterre , qui l'infultoit cruellement
dans la perfonne de fa tante. Le Pape immédiatement
après fon raccommodement
avec l'Empereur , évoqua l'affaire du divorce
, & fe rendit par cette démarche foible
& imprudente , l'inftrument d'une hai
ne , d'un orgueil , d'une politique qu'il auroit
dû traverfer , & dont il pouvoit trèsaifément
devenir la victime.
DECEMBRE.
1754. 135
Campege s'en retourna à Rome , & Wol- .
fey fut immolé au reffentiment du Roi ; il
fe vit accablé d'une fuite d'accufations
d'opprobres & de malheurs qui le conduifirent
au tombeau.
Henri dont les contretems ne faifoient
qu'irriter la paffion , fut obligé de chercher
d'autres moyens on lui confeilla deconfulter
toutes les Univerfités de l'Europe.
Celle d'Oxford & de Cambridge étoient
vendues à la Cour , & déclarerent le mariage
nul. Celles de France furent affez
partagées , & la Sorbonne , divifée en plufieurs
factions , ne céda qu'à des vûes d'intérêt
& de politique à la volonté du Roi
& à l'argent d'Angleterre. Le dernier de
ces moyens fut feul affez puiffant pour gagner
les Univerfités d'Italie . La fureur de
fe vendre étoit montée à tel point qu'on
avoit un Théologien pour un écu ; quelquefois
pour deux une Communauté entiere
, & qu'un Couvent de Cordeliers
paffa pour cher parce qu'il en coûtoit dix.
Mais les Théologiens Allemans ne cederent
ni à la féduction ni aux follicitations ,.
& refuferent de fe déclarer pour le divorce.
La Cour de Rome vit ces manoeuvres
avec une indifférence méprifante : c'étoit
un étrange aveuglement de penfer qu'on
136 MERCURE DE FRANCE.
la fubjugueroit par les décisions de quelques
Théologiens . Cette Cour trop intéreffée
depuis long-tems , & trop politique
pour fe conduire par les maximes foibles ,
bornées & incertaines des cafuiftes , regardoit
malheureufement moins la religion
comme fa fin , que comme un moyen d'y
arriver.
Henri qui voyoit avec douleur le peu
de fruit qu'il tiroit de toutes fes démarches
, forma , pour fe venger de Clement ,
le deffein de lui enlever l'Angleterre . Il
commença par défendre , fous des peines
capitales , de recevoir aucune expédition
de Rome qui ne fût appuyée de fon autorité
. Il attaqua les privileges du Clergé , &
dépouilla le Pape de fes droits les plus effentiels.
Dans le même tems , Catherine
preffée de nouveau de confentir au divorce
, & toujours ferme dans ſon refus , fut
obligée de s'éloigner de la Cour , où elle
ne retourna jamais.
Le Roi d'Angleterre voulut enfin terminer
fes irréfolutions , en fuivant le confeil
que lui donna François I. de fe paffer
de la difpenfe du Pape , & d'époufer fans
délai une femme aimable , qui étoit devenue
néceffaire à fon bonheur. Le mariage
fe fit , & demeura fecret jufqu'à la
groffeffe d'Anne de Boulen , qui força de
DECEMBRE . 1754. 137
le rendre public avant même qu'on eût pû
déclarer nul celui de Catherine. Cette derniere
opération fut l'ouvrage de Cranmer ,
Archevêque de Cantorbery , qui engagea
le Clergé d'Angleterre à prononcer fur
l'affaire du divorce ; & malgré la précaution
qu'avoit prife le Pape de fe referver
la connoiffance de ce grand procès , le ma--
riage fut caffé folemnellement. Anne entra
en triomphe dans Londres , & y fut reçue
avec un éclat & une magnificence finguliere
.
Clément apprit avec un dépit fenfible
ce qui venoit de fe paffer : il fit une Bulle
qui excommunioit Henri & Anne de Boulen
, s'ils ne fe quittoient dans quelques
mois ; & après de nouvelles négociations
pour terminer cette affaire , le Pape affembla
fon Confiftoire , & le réfultat fut une
fentence qui obligeoit le Prince à repren
dre Catherine , fous peine d'excommunication
pour lui , & d'interdit pour fon
Royaume. Le Parlement avoit prévenu ce
jugement par une loi qu'il avoit faite quelques
jours aparavant , & qui défendoit de
reconnoître l'autorité du Pape. Henri recueillir
le fruit d'une politique profonde &
fuivie ; & fans faire d'autres changemens
dans la religion , il défendit tout commerce
avec le S. Siége , & voulut être lui -même
138 MERCURE DE FRANCE.
chef de l'Eglife dans fon Royaume . La nation
adopta les idées fchifmatiques qu'on
lui préfentoit ; elle fuivit depuis les opinion
de Zuingle fous Edouard , retourna à
la communion de Rome fous Marie , & fe
forma fous Elizabeth un culte qu'elle profeffe
encore aujourd'hui , fous le nom de
Religion Anglicane.
Hiftoire de la conjuration de Fiefque
en 1546 & 1547.
André Doria délivra en 1528 la République
de Gênes du joug de la France ,
& y établit l'ordre qui fubfifte encore aujourd'hui,
Ce plan de Gouvernement , le feul
peut-être qui pût convenir au caractere
» des Génois , & à la fituation où ils fe
» trouvoient , les devoit raffurer naturelle-
» ment contre les entreprifes de Doria . Si
» ce grand Capitaine eût en réellement
» les vûes que lui ont fuppofées la plupart
" des hiftoriens , ou il auroit laillé fon
"pays dans l'anarchie , ou il y auroit éta-
39
bli des loix mauvaifes , ou il fe feroit
" emparé de la dignité de Doge ; trois
» voies qu'il lui étoit aifé de prendre , &
» dont chacune devoit prefque néceffaire-
» ment le rendre maître de la République.:
33
DECEMBRE. 1754. 139
» Avec un peu d'attention , on démêle
» qu'il ne cherchoit ni à être tyran ni à
» être citoyen , & qu'il vouloit fe venger
» feulement de la France , qu'il avoit bien
fervie , & dont il étoit mal traité. Ce
projet qui étoit connu de tout le monde
, & celui de maintenir la révolution ,
» l'autorifoit , fans qu'on en prît ombrage ,
» à fe charger , comme il fit , du comman
dement des galeres de Charles Quint . 11
eft vrai que ce moyen avoit quelque
» chofe d'équivoque , & qu'il pouvoit fer-
» vir à opprimer la liberté publique auffi
bien qu'à la défendre : mais l'ordre que
» Doria avoit d'abord établi dans l'Etat ,
étoit une preuve de modération , que ce
» qu'il avoit laiffé voir d'ambition ne de-
» voit gueres affoiblir , & que fa conduite
» fortifioit extrêmement. Content de l'em-
» pire que lui donnoient fur les efprits &
>> fur les coeurs les grandes chofes qu'il
» avoit faites , il paroiffoit préférer de
» bonne foi la tranquillité de la vie privée
» à l'embarras des grandes places , & fe
» livrer aux affaires plutôt par zéle que
" par goût. Il y a apparence que des dehors
auffi impofans auroient trouvé une
» confiance entiere , fans la préfomption:
» & les hauteurs d'un parent éloigné qu'il.
avoit adopté pour fils ..
140 MERCURE DE FRANCE.
Ce jeune homme fe nommoit Jeannetin
Doria : condamné dès fes premieres années
à des travaux obfcurs , l'yvreffe où le jetta
le changement de fa fortune lui donna un
orgueil & des manieres qui révolterent
tout ce qui avoit de l'élévation dans l'ame ,
& fingulierement Jean- Louis de Fiefque ,
Comte de Lavagna. Ce jeune Seigneur ,
l'homme le plus riche de la République ,
éroit magnifique , aimable & féduifant :
avec un grand nombre de qualités brillan
res , il avoit l'apparence de plufieurs vertus.
» L'inquiétude qui le pouffoit aux gran-
» des places , venoit du defir qu'il avoit de
» faire de grandes chofes ; l'ambition ne
» lui étoit infpirée que par la gloire. Une
" erreur , qui étoit plutôt un malheur de
» fon âge qu'un défaut de fon efprit , lui
» fit confondre la célébrité avec une répu-
" tation fondée : il alla jufqu'à croire qu'il
» lui fuffiroit d'occuper de lui fes contem-
" porains , pour llaaiiffffeerr uunn grand nom à la
» poftérité. Tous ceux qui l'avoient étu-
» dié & qui fe connoiffoient en hommes ,
» lui trouvoient à vingt- deux ans une po-
»litique très- raffinée & une diffimulation
impénétrable : il leur paroiffoit né pour
» affervir fa patrie ou pour l'illuftrer .
Fiefque ne pouvoit manquer d'être mécontent
de la fituation où fe trouvoit la
DECEMBRE.
1754. 141
République . Il lui parut également indigne
de lui de vivre dans l'obfcurité , ou d'en
fortir par la faveur d'un homme qu'il méprifoit.
» Entre plufieurs moyens que lui
و ر
préfenta une imagination forte & impé-
» tueufe , celui de faire périr les Doria fut
» le feul qui lui parût infaillible , & il s'y
» arrêta avec beaucoup de fang-froid & de
» fermeté. La néceffité de changer la for-
» me du Gouvernement pour foutenir
» une démarche auffi hardie , ne l'effraya
» pas , & fut peut -être fans qu'il s'en dou-
» tât un motif de plus : il devoit paroître
» doux à un homme de fon caractere d'ab-
» battre d'un même coup fes ennemis , &
» de fe placer à la tête d'un Etat affez puif-
» fant. La révolution devoit être l'ouvrage
» du génie feul pour la maintenir , la
force étoit néceflaire , & Fiefque qui le
» vit , penſa à ſe ménager l'appui de la
» France.
Cette Cour entra aifément dans les vûes
de Fiefque ; & dans l'efpérance de fe venger
de Doria & de reprendre le Milanès fur
l'Empereur , elle accorda des fecours confidérables.
Fiefque inftruit que les mêmes
paffions qui lui avoient rendu la Cour de
France favorable , regnoient à celle du
Pape , s'occuppa du foin de les mettre en
jeu. Il alla lui-même à Rome pour négo142
MERCURE DE FRANCE.
cier cette affaire , & il écarta les foupçons
que ce voyage pouvoit faire naître , par,
l'attention qu'il eut au milieu de fes projets
de ne paroître occupé que de fes plaifirs
, & par l'art de cacher des deffeins
profonds fous un air frivole. Il trouva
Paul III. auffi bien difpofé qu'il le fouhaitoit
, & ce Pontife approuva la révolution
avec de grands éloges .
Fiefque ne s'occupa plus que du foin
de mettre la derniere main à fon entre-"
prife , & il ne put en être détourné
par les
remontrances d'un de fes plus zélés partifans
: c'étoit Vincent Calcagno , homme
d'un certain âge , & qui avoit une efpéce
de paffion pour le jeune Comte. » Comme
" il avoit le fens droit , les grandes entre-
» prifes commencoient par lui être toujours
fufpectes . Il étoit d'ailleurs né timide ,
» & les réflexions ou l'expérience qui chan
» gent quelquefois les caracteres , l'avoient
» affermi dans le fien. Tout ce qui avoit
» l'air trop élevé lui paroiffoit chimérique ,
" & il regardoit comme imprudent tout
» ce qu'on abandonnoit au hazard. Son
imagination étoit plus aifément étonnee
» que fon coeur ; & il étoit ferme jufques
» dans les périls qu'il avoit prévûs & qu'il
ور
و ر
avoit craints.
Le chef de la conjuration forma d'i
DECEMBRE. 1754. 143
bord fon attention à ne pas fe laiffer pénétrer
, & il fe rendit en effet impénétrable.
Sa conduite avoit quelque chofe de fi naturel
& de fiaifé , qu'il n'étoit pas poffible d'y
foupçonner le moindre myftere. André Doria
, malgré la profonde connoiffance qu'il
-avoit des hommes , fe laiffa impofer par ces
apparences , & Jeannetin fut féduit par les
témoignages d'eftime & d'attachement que
Fiefque lui prodigua.
Le Comte fçut fe concilier les négocians
, cette précieufe portion de citoyens
fi honorée dans le gouvernement populaire
, fi opprimée dans le defpotique , fi
négligée dans le monarchique , & fi méprifée
dans l'ariftocratique , en leur exagérant
le tyrannique orgueil des nobles
& en leur laiffant entrevoir la poffibilité
-de s'en délivrer. Par là il s'affuroit du peuple
, qui fuit aveuglément le mouvement
qui lui eft communiqué par ceux qui le font
travailler ou qui le font vivre un extérieur
brillant , des manieres ouvertes & polies
, des bienfaits répandus adroitement ,
acheverent de lui gagner la multitude.
Il ne manquoit à Fiefque que des fol-
' dats. Il eut une occafion favorable , & qui
fe préfentoit naturellement , d'en lever dans
fes terres. Il prit des arrangemens fecrets
avec Pierre- Louis Farnefe Duc de Parme
144 MERCURE DE FRANCE.
& de Plaifance , qui lui promit un fecours
de deux mille hommes. Il fit venir une
galere qui lui appartenoit , dans le port de
Gênes fes amis débaucherent quelques
foldats de la garnifon , & s'affurerent dedix
mille habitans déterminés : avec ces forces
réunies , les conjurés crurent qu'il étoit
tems de prendre une derniere réfolution.
La nuit du premier au fecond Janvier
fut l'inftant arrêté pour l'exécution de leur
projet . L'époque étoit adroitement fixée.
Comme le Doge qui fortoit de place le
premier du mois , ne pouvoit être remplacé
que le quatre , la République devoit fe
trouver dans une eſpèce d'anarchie , dont
il étoit poffible de tirer parti.
Un des chefs de la conjuration , & un
de ceux fur qui Fiefque comptoit le plus ,
étoit Jean Baptifte Verrina , » homme bra-
» ve , impétueux , éloquent : il avoit l'efprit
vafte , mais déréglé ; le coeur élevé ,
» mais corrompu . Son penchant l'entraî
»noit au crime , & le mauvais état de
» fes affaires le lui rendoit prefque indifpenfable.
Une imagination vive &
» forte lui préfentoit fans ceffe des projets
finguliers & hardis , dont il n'examinoit
» jamais ni la juftice ni les refforts , &
» dont il prévoyoit rarement les fuites. Il
étoit ennemi de tout repos , du fien
33
par
inquiétude ,
DÉCEMBRE. 1754. 145
99
inquiétude , de celui des autres par ambition
. Le Gouvernement établi dans fa
patrie lui déplaifoit , précisément parce
qu'il y étoit établi ; & tous ceux qui
» entreprendroient de le changer étoient
fûrs de trouver en lui des confeils dangereux
& des fervices utiles . Ce caractere
»l'avoit rendu cher à Fiefque , dont il régloit
les plaifirs , partageoit la fortune
» & dirigeoit en quelque maniere les paf-
"
fions.
>
Le jour arrêté pour la révolution commençoit
à luire , que les conjurés firent les
dernieres difpofitions. Verrina fe rendit à
l'entrée de la nuit fur la galere de Fieſque
qui étoit fon pofte ; il donna par un coup
de canon le fignal de l'attaque , & l'action
fut auffi - tôt engagée dans l'ordre qui avoit
été projetté. On commença par attaquer
ceux qui défendoient les portes de la ville
les plus effentielles , & dont on ſe rendit
bientôt maître . Jeannetin s'étant éveillé au
bruit , & étant accouru , fut reconnu &
maffacré fur le champ. André Doria euc
le tems de fe fauver dans un château à
quinze mille de Gênes . Cette lâcheté dans
un vieillard célébre par fa valeur , ne doit
furprendre que ceux qui ne connoiffent pas
les hommes .
Les avantages que remporterent les con-
II.Fol, G
146 MERCURE DE FRANCE.
jurés , redoubla leur activité & leur courage
: après s'être fortifiés à la hâte dans les
poftes dont ils s'étoient emparés , ils ſe
répandirent dans les rues en criant , Fiefque
& liberté. Ces deux mots , dont l'un rappelloit
à un grand nombre d'ouvriers le
nom de leur bienfaicteur , & l'autre réveil
loit dans tous les efprits l'idée du plus
grand des biens , féduifirent la populace ,
qui prit auffi-tôt les armes.
Les tentatives que fit le Sénat pour oppofer
la force aux conjurés ayant été funeftes
, il tourna fes'vûes vers la négociation.
Anfaldo Juftiniani , un des Sénateurs
députés , s'avança dans le lieu du tumulte
, & demanda froidement à parler au
nom de la République , au Comte de Fiefque
. Cet homme dangereux n'étoit plus ;
en voulant paffer fur une galere , il étoit
tombé dans la mer , & s'y étoit noyé. » Le
» fecret pouvoit être facilement gardé juf-
» qu'à la fin de l'action , fans la vanité
» puérilę de Jerôme , qui répondit à Juſ
» tiniani qu'il n'y avoit plus d'autre Com-
» te de Fiefque que lui , & qu'il n'écou-
» teroit les propofitions qu'on avoit à lui
faire , que lorfqu'on lui auroit livré le
Palais . Une réponſe auffi imprudente
» eut les fuites qu'elle devoit avoir. Le Sénat
raſſuré par le feul événement qui pût
"
DECEMBRE. 1754. 147.
changer fur le champ & d'une maniere
» ftable la fituation des chofes , montra de
» la fermeté ; & les conjurés , par une rai-
» fon contraire , perdirent toute leur au-
ور
"
dace. A mefure que la mort de leur
» cheffe répandoit , & elle fe répandit fort
» vîte , on voyoit les efprits fe refroidir ,
le-courage expirer dans tous les coeurs ,
& les armes tomber des mains . Ceux
»même que des haines plus vives , de
plus grands intérêts, ou un caractere plus
emporté avoient rendus jufqu'alors plus
» redoutables que les autres , fe laiffoient
» abbattre par la terreur commune. La ré-
» volution fut fi générale , qu'au point du
" jour il n'y avoit pas un feul factieux dans
» les rues de Gênes : ils étoient tous reti-
» rés dans leurs maifons , difperfés dans
» la campagne , ou retranchés dans quel-
» que pofte .
Aing finit cette confpiration , qui par
l'événement établit fur des fondemens prefque
inébranlables l'autorité qu'on avoit
voulu détruire.
politiques de l'Europe , depuis l'élévation
de Charles- Quint au thrône de l'Empire ,
jufqu'au traité d'Aix - la-Chapelle en 1748.
Par M. l'Abbé Raynal , de la Société royale
de Londres , & de l'Académie royale des
Sciences & Belles Lettres de Pruffe . Se
vend chez Durand , au Griffon , rue Saint
-Jacques ; 1754 , 3 vol . in- 8 °.
J'ai déja rendu compte des deux pres
miers volumes de mon ouvrage , je vais
donner l'extrait du troifieme ; il renferme
trois morceaux.
112 MERCURE DE FRANCE.
Hiftoire des révolutions arrivées en Suede
depuis 1515 jufqu'en 1544.
La Suede qui avoit jetté un fi grand éclat ,
lorfque fes habitans , connus fous le nom
de Goths , renverferent l'Empire romain &
changerent la face de l'Europe , étoit retombée
peu -à-peu dans l'obfcurité . Des dif
fenfions domeftiques & les vices du gouvernement
, avoient formé une efpece
d'anarchie , qui auroit cent fois perdu le
Royaume fi les peuples voifins avoient eu
des loix plus fages . Toutes les nations du
Nord languiffoient dans la même barbarie ,
& l'afcendant que les unes pouvoient prendre
fur les autres , ne devoit point venir
de la fupériorité de politique , mais du
bonheur des circonftances ; elles furent
pour le Dannemarc.
Marguerite qui y regnoit , joignoit à
»l'ambition ordinaire à fon fexe , une fui-
» te de vûes qu'il n'a pas fi communément.
» Elle parloit avec grace , & fçavoit em-
»ployer au befoin ce ton de fentiment , qui
» tient fouvent lieu de raifon & qui la rend
toujours plus forte. Contre l'ufage des
» Souverains , elle abandonnoit les appa-
» rences de l'autorité pour l'autorité même ;
» & elle retenoit le Clergé dans fes inté-
» rêts , en lui faifant prendre des déférences
DECEMBRE. 1754 113
»
ور
»
"
pour du crédit. Ce qu'elle faifoit éclater
de magnificence , n'avoit jamais pour ob-
»jet fes goûts , mais fa place ; & foit qu'el-
» le donnât , foit qu'elle récompenfât , c'é
»toit toujours en Reine & au profit de la
Royauté. Lorfque fes projets n'étoient
pas traversés par la loi , elle la faifoit
» obferver avec une fermeté louable ; &
» l'ordre public étoit ce qu'elle aimoit le
» mieux après fes intérêts particuliers . On
» n'a gueres pouffé plus loin qu'elle le faifoit
le talent de paroître redoutable fans
l'être : elle intimidoit fes ennerais par
» d'autres ennemis qu'elle avoit l'art de
» faire croire fes partifans. Ce que fes
» moeurs avoient d'irrégulier étoit réparé
» dans l'efprit des peuples par les dons
» qu'elle faifoit aux Eglifes. Ces facrifices
» coûtoient à fon caractere ; mais fa politique
les faifoit à fa réputation.
"
"
Cette Princeffe entreprit de réunir la
Suede à fes autres Etats , & elle y réuſſit :
mais les Danois ayant abufé de leur fupériorité
, les Suédois trouverent bientôt l'occafion
de fecouer un joug qu'ils déteftoient
, & ils fe donnerent un maître qui
prit le titre d'Aminiftrateur. Les Rois de
Dannemarc n'abandonnerent pas les droits
qu'ils prétendoient avoir fur la Suede , &
ce fut une fource de guerres longues &
114 MERCURE DE FRANCE .
fanglantes entre ces deux Etats.
Chriftiern étoit monté fur le thrône de
Dannemarc ; c'étoit un monftre , qui prefque
au fortir de l'enfance avoit pouffé aux
derniers excès tous les vices , & n'avoit
pas même le mafque d'une vertu . Il ne
chercha point à rapprocher les Suedois du
traité d'union des deux Royaumes , il ne
chercha qu'à les foumettre. Le mécontentement
du Clergé de Suede étoit une difpofition
favorable pour ce Prince. Les Evêques
avoient joui d'une autorité fi étendue
fous les Rois Danois , qu'ils croyoient
ne devoir rien oublier pour ramener les
mêmes circonftances. L'Adminiftrateur
étant mort , ils voulurent mettre à fa place
Elric Trolle , vieillard timide , indolent
irréfolu , & qu'ils auroient fait fervir à
leurs vûes ; mais ce projet échoua. Stenon ,
fils du dernier Adminiftrateur , fut élu , &
il fit conférer l'Archevêché d'Upfal au fils
de Trolle ; démarche qu'il crut propre ,
fans doute , à confoler fon rival de fon
exclufion . Ĉe bienfait politique n'eut pas
le fuccès qu'il en attendoit . Trolle plus humilié
que touché du tendre & généreux
intérêt que ce Prince avoit pris à lui , fit
éclater un reffentiment qui allarma égale
ment pour Stenon & pour la patrie. Le
jeune Prélat ne pouvoit pas fe conføler de
DECEM BR E. 1754. 115
n'être que le fecond dans un état qu'il avoit
compté gouverner d'abord ſous le nom de
fon pere , & dans la fuite fous le fien . Son
mécontentement éclata bientôt.Il fe mit à la
tête du Clergé , s'unit avec les Danois , &
corrompit le Gouverneur de quelques places
fortes. Stenon inftruit de tout ce qui
fe tramoit contre l'Etat , convoqua le Sénat
, & Trolle fut reconnu pour l'auteur
& le chef de la confpiration. L'Archevêque
déterminé à la ruine de fon pays , par
un reffentiment que les contretems rendoient
plus vif, ne daigna ni juftifier fa
conduite , ni fe plaindre de fes complices :
il fe retira dans le châreau de Steke , en
attendant du fecours de Chriftiern. A perne
l'Adminiftrateur eut - il commencé le
fiége de cette place , que les Danois vinrent
faire une defcente près de Stockolm ;
Stenon y marcha avec une partie de fon
armée , & il fe livra un combat auffi fanglant
qu'il devoit l'être au commencement
d'une campagne entre deux nations rivales
, dans une occafion décifive & pour de
grands intérêts. La victoire fe déclara pour
La Suede , les Danois regagnerent leurs
vaiſſeaux , & l'Archevêque fut obligé de
fe rendre. Les Etats le déclarerent ennemi
de la patrie , l'obligerent de renoncer à fa
dignité , & le condamnerent à finir fés
jours dans un cloître.
116 MERCURE DE FRANCE.
"
23
» Quand le Pape n'auroit pas été follicité
par le Prélat dépofé & par Chriftiern
» de s'élever contre ce jugement , il l'au- |
» roit fait. La Cour de Rome dont les droits
» n'avoient pas été auffi bien éclaircis
» qu'ils l'ont été depuis , appuyoit indiffé-
» remment le Clergé dans toutes les affai-
» res , avec une vivacité & une fierté qui
» ne fe démentirent pas en cette occaſion .
» Elle fit menacer les Etats & l'Adminif
» trateur des cenfures de l'Eglife , s'il ne
rétabliffoient fans tarder l'Archevêque
fur fon fiége , & dans tous les avantages
» dont on l'avoit privé.
"
» Il eft glorieux pour l'humanité que
» dans un fiécle où la Philofophie avoit fait
» fi peu de progrès , un peuple entier ait
» diftingué l'autorité légitime du chef de
» la religion , de l'abus qu'il en peut faire.
» Les Suédois en marquant beaucoup de
» refpect au Souverain Pontife , parurent
» affez tranquilles fur les foudres qu'il préparoit
contr'eux. Ils témoignerent de la
répugnance à lui defobéir ; mais enfin ils
» lui defobéirent , & ils aimerent mieux
» l'avoir pour ennemi que de rifquer de
» rallumer dans leur patrie le feu des
» guerres civiles qu'ils avoient eu tant de
peine à éteindre. Si cette généreufe réfolution
avoit été accompagnée d'un ex-
"
و د
DECEMBRE. 1754 117
cès d'emportement , Rome fe feroit trou-
» vée heureufe : dans la réfolution où elle
» étoit de pouffer les chofes à l'extrêmité ,
elle auroit voula paroître forcée à des
❞ violences par des outrages qui les juftifiaffent.
L'impoffibilité de mettre les apparences
de fon côté , ne lui fit pas aban-
» donner fes vûes : elle mit en interdit la
» Suede , excommunia l'Administrateur &
» le Sénat , ordonna le rétabliſſement de
» Trolle , & pour comble d'injuftice , chargea
le Roi de Dannemarc de procurer
" par la voie des armes l'exécution d'une
Bulle fi odieufe.
و د
Chriſtiern étoit & fe montra digne d'une
telle commiffion. Il entra en Suede , & mit
tout à feu & à fang ; après bien des ravages
& bien des cruautés , les Suédois furent
défaits dans une bataille où Stenon fut
rué ; cet événement fit la deftinée de la
Suede ; tout tomba dans une confufion
horrible. Trolle qui avoit profité des malheurs
publics pour remonter fur fon fiége ,
convoqua les Etats. La craintelou la féduc
tion y firent reconnoître fans obftacle l'au
torité de Chriftiern , qui commença par
immoler à fon reffentiment & à fon ambition
tout ce qui auroit pu lui faire quelque
ombrage. Il fit maffacrer les Seigneurs
les plus diftingués de Suede & tout ce qui
118 MERCURE DE FRANCE.
reltoit d'hommes puiffans affectionnés à
leur patrie , ou aimés des peuples. Avec ces
victimes expira l'efpérance & prefque le
defir de la liberté. Les loix anciennes furent
abrogées , le defpotifme porté au dernier
période , & il ne fe fit aucun mouve
ment . Rien ne caufoit & ne pouvoit caufer
d'inquiétude à Chriftiern que la
fonne de Guftave Vaſa.
per-
Ce jeune Seigneur defcendoit des anciens
Rois de Suede , & s'étoit fignalé dans
plufieurs occafions ; c'étoit un homme fupérieur
, né pour l'honneur de fa nation
& de fon fiécle , qui n'eut point de vices ,
peu de défauts , de grandes vertus & encore
plus de grands talens.
Retenu en Dannemarc par une perfidie ,
il avoit trouvé l'occafion de s'échapper des
mains de Chriftiern , & s'étoit caché dans
les montagnes de la Dalecarlie. Après avoir
erré long- tems , forcé par le befoin de travailler
aux mines , il trouva enfin chez un
Curé un afyle , qui devint le berceâu de la
liberté , de la gloire & du bonheur de la
Suede. De concert avec cet Eccléfiaftique ,
homme fage , defintéreffé , inftruit , accrédité
, zélé pour fa patrie , Guftave commença
par échauffer les efprits , & il profita
du premier feu de l'enthoufiafme qu'il fit
aaître pour fe faire un parti. A la tête de
DECEMBRE. 1754. 119
par
quatre cens hommes il emporta d'affaut
une place commandée le Gouverneur
de la province ; fes premiers fuccès donnerent
de l'audace ; fa petite armée s'accrut
à vûe d'oeil , & il n'eût qu'à fe montrer
dans les provinces voisines de la Dalecarlie
pour les foulever. La timidité & l'indolence
du Viceroi que Chriftiern avoit
laiffé en Suede , donna à Guſtave le tems
de faire des progrès plus confidérables , de
groffir & de difcipliner fes troupes . Trolle
faifit le tems où les Dalecarliens s'étoient
retirés dans leurs pays pour faire la moiffon
; il fe mit à la tête de quatre mille
hommes , & alla attaquer brufquement
Guftave , qui n'étoit pas affez fort pour
l'attendre. Ce léger échec fut bientôt réparé
par Guftave , qui l'attaqua à fon tour
fi vivement , que l'Archevêque échappa à
peine avec la dixieme partie de fes troupes.
Les vainqueurs marcherent droit à Stockholm
; le Viceroi & l'Archevêque , dans la
crainte que quelque malheureux hazard
ne les fit tomber entre les mains de leurs
ennemis , s'enfuirent en Dannemarc . Leur
retraite fut un événement décifif pour
mécontens. L'indépendance du Royaume
parut affez affurée
pour qu'on crût pouvoir
convoquer fans rifque les Etats Généraux
, & donner quelque forme à un
,
les
120 MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement qui n'en avoit point .
» L'affemblée ne fut pas nombreufe ; il
ne s'y trouva de Députés que ceux que
» l'amour de la patrie & la haine des tyrans
» élevoient au - deffus de tous les périls.
» Les réfolutions des hommes de ce carac-
» tere ne pouvoient manquer d'être har-
» dies & leurs démarches vigoureufes . Ils
» renoncerent folemnellement à l'obéïffan
» ce qu'ils avoient promife à Chriftiern ,
» éleverent leur Général , qui n'avoit dû
» jufqu'alors for autorité qu'à fon coura-
» ge , à la dignité d'Adminiftrateur , & ar-
» rêterent qu'on continueroit à faire une
» guerre vive & fanglante.
Tandis que Guftave reprenoit fur les
Danois les places qui leur reftoient en Suede
& qu'il formoit le fiége de Stockholm ;
la révolution qui fe fit en Dannemarc affûra
l'indépendance de la Suede. La tyrannie
& les excès de Chriftiern révolterent fes
fujets , & leur infpirerent une réfolution
violente . Ils déthrônerent ce Prince , qui
fe retira auprès de Charles - Quint fon beaufrere
, & ils placerent fur le thrône Frideric
, Duc de Holſtein.
Cet événement ôta aux Danois , qui
étoient encore en Suede , le courage , l'efpérance
& la force de s'y maintenir. Ceux
qui défendoient Stockholm offrirent de
capituler;
DECEMBRE . 1754. 125
capituler ; mais l'Adminiftrateur laiffa traîner
le fiége , fous prétexte de le finir d'une
maniere plus honorable , mais en effet pour
obliger par ce fantôme de péril les Etats
Généraux de lui déférer la couronne . Cette
politique étoit plus artificieufe que néceffaire.
Guftave fut proclamé Roi avec une
unanimité & un enthouſiaſme qui étoient
fûrement les fuites de la plus vive admiration
& d'une efpece d'idolâtrie . L'union
que fit ce Prince avec Frideric , acheva
d'établir la tranquillité , la gloire & l'indépendance
de la Suede. Guftave ne fongea
plus qu'à réformer l'intérieur du Royaume
, en fubftituant de bonnes loix à la barbarie
ancienne, & une police fage aux abus
introduits par les troubles civils. Il fut
éclairé , foutenu & dirigé dans fes vûes
par un homme célebre , qu'il eft important
de connoître à fond.
Ce confident habile fe nommoit Larz-
Anderfon , né de parens obfcurs & fans
fortune. Il avoit commencé à fe diftinguer
dans l'Eglife ; mais dégoûté d'une carriere
où l'on n'avançoit que par les fuffrages de
la multitude , il s'attacha à la Cour. » Guftave
démêla bientôt dans la foule des
» courtifans empreffés à lui plaire, un hom-
» me propre à le fervir ; & dédaignant
»toutes ces petites expériences fi néceffai-
11. Fol.
و د
F
22 MERCURE DE FRANCE.
» res aux Princes médiocres , & qui ne leur
»fuffifent même pas , il l'éleva tout de
» fuite au premier pofte du Royaume , &
» le fit fon Chancelier,
و ر
» Anderſon juſtifia cette hardieffe . C'é-
» toit un génie que la nature avoit fait pro-
» fond , & que les réflexions avoient étendu,
Quoiqu'il eut l'ambition des grandes
places , il avoit encore plus l'ambition
» des grandes chofes , & il aimoit mieux
voir croître fa réputation que fon crédit.
» Il n'étoit pas citoyen dans ce fens qu'il fe
» fût facrifié pour fa patrie ; mais il méri-
>> toit ce beau nom , fi on veut l'accorder
» aux Miniftres qui ont des idées aflez juf-
» tes pour croire que leur gloire eft infé-
»parable de celle de leur Roi & de leur na-
» tion. L'exemple de ceux qui l'avoient pré-
» cédé ni le jugement de ceux qui le devoient
» fuivre , n'étoient pas la régle de fa con-
»duite ; fes projets n'étoient cités qu'à fon
» tribunal & à celui de fon maître. Cette
» indépendance qui ne peut être fentie que
» par ceux qui l'ont , étoit accompagnée
» d'une fagacité qui faififfoit tout , depuis
»les premiers principes jufqu'aux dernie-
" res conféquences , & d'une lumiere qui
» fourniffoit des vûes fublimes & les expédiens
propres à les faire réuffir . Letalent
» de hâter les événemens fans les précipi
ter lui étoit comme naturel ; & en par
و د
39
DECEMBRE. 1754 123
-99
93
و د
roiffant céder quelquefois aux difficultés,
il venoit toujours à bout de les furmonter.
L'étude de l'hiftoire & fes réflexions
» l'avoient affermi contre les murmures ,
les tumultes , les révoltes même ; & il
» étoit convaincu qu'avec du courage , du
fang froid & de la politique on vient
» tôt ou tard à bout de fubjuguer les hom-
" mes & de les ramener à leurs intérêts. Il
fçavoit le détail des loix comme un Ma-
» giftrat , & en poffédoit l'efprit en Légiflateur.
On réfiftoit d'autant moins à fon
éloquence , qu'elle partoit d'une raifon
» forte . Ce Miniftre appartenoit plus à un
autre âge qu'à celui où il vivoit ; & fes
» contemporains qui n'étoient pas à beau-
>> coup près auffi avancés que lui , n'apperçurent
pas toute l'élévation de fon ca-
» ractere , ni l'influence qu'il eut fur les
» révolutions qu'éprouva la Suede .
บ
93
"
Ce Royaume étoit la proye des Eccléfiaftiques
: leur autorité pouvoit exciter de
nouveaux troubles , & ils poffédoient tout
l'argent , toutes les richeffes de la Suede . I
falloit trouver un prétexte pour les dépouiller.
Anderſon en imagina un ; c'étoit
d'introduire le Luthéranifme , qui faifoit
des progrès rapides en Allemagne , & qu'il
avoit adopté par cet efprit d'inquiétude fi
ordinaire à ceux qui font nés plus grands
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
que leur condition. Guſtave adopta les
vûes de fon Chancelier ; mais cette révolution
ne pouvoit fe faire que par dégrés :
on laiffa le tems au Luthéranifme de s'établir
dans le Royaume. Des Docteurs de
réputation qu'on fit venir d'Allemagne , lui
donnerent de l'éclat ; la faveur qu'ils parurent
avoir, leurs déclamations, le goût de la
nouveauté entraînerent bientôt une partie
de la nation . A mefure que le Luthéranifme
faifoit des conquêtes fur le Royaume ,
Guftave en faifoit fur le Clergé. Il commença
par abolir une efpece d'impôt que
les Curés avoient mis fur certains péchés .
Il ôta aux Evêques le droit qu'ils avoient
ufurpé d'hériter de tous les Eccléfiaftiques
du fecond ordre. Les troupes furent mifes
en quartier d'hiver fur les terres du Clergé ,
ce qui étoit fans exemple : enfin il propofa
de prendre les deux tiers des dîmes pour
l'entretien des troupes , & une partie de
l'argenterie & des cloches des Eglifes riches
pour abolir , en payant les étrangers ,
les privileges odieux dont ils jouiffoient.
Ces expédiens furent généralement approuvés
; & s'il y eut quelque mécontentement
, il n'éclata pas.
Guftave mit la derniere main à fes grands
deffeins, en convoquant les Etats Généraux
à Vefteras en 1527. Les innovations qu'il
DECEMBRE . 1754. 125
propofa pour achever d'écrafer la puiffance
du Clergé , parurent trop hardies , &
le ton de defpotifine qu'il prit étoit trop
nouveaupour ne pas exciter quelques mou.
vemens ; mais ils n'eurent point de fuites .
Les troubles furent bientôt appaifés , & ce
que les Etats avoient arrêté fut établi fans
obftacle. » Le mépris pour la Communion
» Romaine fuivit la ruine & l'aviliffement
» du Clergé , qui avoient été le but de tou-
» tes les innovations qu'on venoit d'intro-
» duire. Guftave fe déclara enfin Luthe-
» rien , & toute la nation voulut être de
» la religion du Prince . Rien ne prouve
» les progrès de l'efprit de fervitude dans
» un Etat , comme l'influence du Souverain
fur la croyance des peuples. Le facrifice
de fes opinions qui coûte fi peu à
» la Cour , où on n'a proprement que des
préjugés , eft fi grand à la ville & dans
» les provinces où on a des principes ,
» qu'il prépare à tous les autres facrifices ,
» & même les affure . Auffi lorfque Guf-
» tave demanda aux Etats en 1544 , que
» la Couronne qui avoit toujours été élec-
» tive fû: déclarée héréditaire , il n'éprou
» ya point de contradictions .
" Tel fut le dernier acte d'un des regnes
les plus éclatans que le Nord ai vû ;
» nous ajouterions d'un des plus heureux ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
»fi Guſtave avoit été auffi jufte qu'il étoir
»grand , & fi en faifant par fon caractere
»le bonheur de la génération qu'il gou-
» vernoit , il n'avoit pas préparé le mal-
» heur de celles qui devoient la fuivre ,
en établiffant un defpotifme dont fes fuc-
»ceffeurs ne pouvoient manquer d'abuſer .
Hiftoire du divorce de Henri VIII. Roi
d'Angleterre , & de Catherine d' Arragon ,
depuis 1527 jufqu'en 1534.
Henri VII , furnommé dans l'hiftoire le
Salomon de l'Angleterre , voulut rendre à
fa couronne , par une alliance avantageufe,
l'éclat que les guerres civiles lui avoient
fait perdre , & il obtint pour le Prince de
Galles fon fils , Catherine d'Arragon . Ce
mariage ne fut pas heureux ; le jeune Prince
mourut un an après , à l'âge de quinze
ou de feize ans. Cet événement pouvoit
Fompre les liens qui uniffoient l'Espagne
& l'Angleterre , & qui les rendoient redoutables
à tous leurs voifins. Pour calmer
les inquiétudes des deux Puiffances , il fut
arrêté que le nouveau Prince de Galles
épouferoit la veuve de fon frere . Pour former
ces nouveaux noeuds , on eut befoin
d'une difpenfe , & le Pape Jules fecond
l'accorda,
DECEMBRE. 1754. 127
Henri & fa belle-four furent fiancés
folemnellement en 150;, & le Prince qui
n'avoit alors que douze ans , n'eut pas
plutôt atteint fa quatorziéme année qu'il
it en préſence de plufieurs témoins une
proteftation en forme contre le confentement
qu'il avoit donné. Cette proteſtation
fut tenue fecrette jufqu'à la mort de
Henri VII en 1509 , & le mariage fur
célébré la même année . » Catherine avoit
» des vertus , mais les agrémens de fon
» fexe lui manquerent. Elle n'avoit ni grace
» ni dignité , ni defir de plaire ; fa triftefle
» & fon indolence augmenterent avec l'âge
» & les infirmités . Le dégoût de Henri qui
»> ne l'avoit jamais aimée , devint infen-
» fiblement extrême , & ouvrit le coeur de
» ce Prince à une paffion fort vive pour
» Anne de Boulen.
Anne étoit plus que belle , elle étoit
piquante. Ses traits manquoient de régularité
; il en réfultoit cependant un
enfemble qui furpaffoit la beauté même.
» Une taille parfaite , le goût de la danfe ,
» une voix touchante , & le talent de
jouer avec grace de plufieurs inftru-
» mens , relevoient en elle l'éclat de la
premiere jeuneffe. Quoique la France
ne fût pas alors autant qu'elle l'a été
depuis en poffeffion de fervir de modele
"
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
» aux autres peuples , Anne y avoit pris
» des manieres , un ton , des modes , qui
» fixerent fur elle les yeux & prefque l'ad-
» miration de la Cour de Londres. Cette
premiere impreffion fut foutenue par une
» converfation vive & légere , par un enjouement
ingénieux & de tous les inftans.
Les foupçons que pouvoit faire naître
fon air libre & trop carreffant, étoient
détruits par fon âge & par fa diffipation.
Elle ne montroit de l'empreffement
"que pour les plaifirs & pour les fêtes ; &
il paroiffoit fi peu d'art dans fa conduite Ᏺ
qu'il étoit prefque impoffible de lui fup-
»pofer des projets. Sa coquetterie ne fit
pas & ne devoit pas faire des impref-
»lions fâcheufes on la regarda comme
» une fuite de l'éducation frivole qu'elle
avoit reçue , & non comme un vice du
» coeur, ou le fruit de la réflexion . Les
» événemens prouverent que fon caractere
» avoit échappé aux courtifans les plus dé-
» liés : elle fe trouva diffimulée , profonde
, ambitieufe , & fut tout cela à un
» haut dégré & avant vingt ans.
Percy parut le premier fenfible aux char
mes d'Anne , ou fut , fi l'on veut , le premier
féduit par fon adreffe. Ses foins furent
acceptés , & leur union alloit être
confommée fi l'amour du Roi n'y avoit mis
DECEMBRE. 1754. 129
1
obftacle. Percy fut forcé de renoncer à fa
maîtrelle : Henri déclara lui-même à Anne
les fentimens qu'il avoit pour elle , mais
il la trouva plus fiere qu'il ne l'avoit cru.
Eclairée fur la violence de la paffion qu'elle
avoit infpirée , elle parut plus offenfée que
Alattée des propofitions du Prince , & lui
fignifia qu'elle feroit fa femme ou ne lui
feroit rien. C'est à cette époque que les
écrivains Catholiques fixent la premiere
idée qu'eut Henri de faire divorce avec
Catherine ; les Proteftans la font remonter
plus haut. On n'eft pas moins embarraſſé
fur la date précife de la réfolution qu'il
en prit ; on auroit évité de longues & ameres
conteftations , fi on avoit été affez
defintéreffé de part & d'autre , pour voir
que le Cardinal Wolfey étoit l'unique ,
ou du moins la principale caufe de ce
grand événement.
Cet homme célébre , rapidement paffé
de la condition la plus baffe au miniſtere
& à la pourpre , avoit d'abord embraffé le
parti de l'Empereur , & il l'abandonna
enfuite , parce qu'il vit que ce Prince l'avoit
trompé par les fauffes efpérances qu'il
lui avoit données de le placer fur le trône
de l'Eglife . Wolfey voulut humilier Charles-
Quint , en faisant répudier Catherine
d'Arragon fa tante. Ce Cardinal porta
Fv
130 MERCURE DE FRANCE..
dans cet odieux procès plus d'adreffe que :
la paffion n'en permet ordinairement , &
plus de circonfpection qu'on ne l'auroit:
dû efpérer de la hauteur & de l'emporte--
ment de fon caractere. Il commença par
perfuader le Confeffeur du Roi , dont les .
remontrances firent naître des doutes dans
l'efprit de Henri , & ces fcrupules joints à
la décision de quelques Théologiens , le
déciderent entierement pour le divorce..
Sa réfolution ne tarda pas d'éclater. Trois
Ambaffadeurs François étant arrivés en Angleterre
, conclurent fans beaucoup de difficultés
, un traité de paix perpétuelle entre
les deux nations , & ils arrêterent que:
Marie , fille de Henri , épouferoit François
I. ou fon fecond fils le Duc d'Orléans
.
"
"
» L'Evêque de Tarbes , celui des Am-
» baffadeurs qui avoit le plus le talent des
" affaires , & le feul qui eut le fecret de
» celle-là , parut environ huit jours après
la fignature du traité , mécontent d'une
» négociation dont le fuccès éroit regardé
» comme complet. Son chagrin fut remar
» qué comme il le devoit être , & on cher-
» cha à en deviner la caufe . Le public s'é-
" puifa à l'ordinaire en conjectures , & les
gens en place en queftions. Lorfque le
» Prélat crut avoir affez long-tems tenu
DECEMBRE. 1754. 131
les efprits en fufpens , il fe laiffa arra-
» chet fon fecret : il dit avec un certain
embarras affez ordinaire à ceux qui ont
des vérités fâcheufes à annoncer aux
Princes , qu'il craignoit beaucoup qu'u-
»ne partie des liens que venoient de for-
>> mer les deux nations , ne fuffent bien-
» tôt rompus , & qu'en particulier le mariage
projetté ne pût pas s'exécuter. Preffé
» de s'expliquer fur le myftere que renfer-
» moient ces dernieres paroles , il avoua
» qu'il croyoit nulle l'union de Henri &
» de Catherine , & qu'il étoit inftruit que
» les Théologiens les plus habiles ne pen-
» foient pas autrement que lui.
» Le Roi parut frappé de ce difcours
» comme il l'eût été d'un coup de foudre ;
fon but étoit de perfuader par cet éton-
» nement à l'Europe que le premier doute
» fur fon mariage lui étoit venu à cette oc--
» cafion.
Les fcrupules de l'Evêque de Tarbes furent
regardés comme des vérités incontef
tables , & il partit fur le champ pour l'I--
talie un Miniſtre , chargé de folliciter au--
près du Saint Siége la diffolution du ma--
riage avec Catherine .
Člement VII . qui gouvernoit alors , étoit
encore prifonnier au Château Saint - Ange.-
Le fecours prompt & affuré qu'on lui pro-
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
mit , l'auroit infailliblement déterminé à
faire ce qu'on exigeoit de lui , s'il n'eût
été arrêté par la crainte de Charles - Quint.
Lorfque le Pape fut libre , les négociateurs
Anglois devinrent plus preffans , mais leur
adreffe & leur activité ne purent vaincre
fes irréfolutions. Il vint à bout de faire
naître des obftacles & des incidens fort
naturels , qui reculoient la décifion de cette
affaire . Après bien des détours & des lenteurs
, preflé par les inftances de l'Angleterre
, Clement établit enfin Wolfey juge
de l'affaire du divorce , & on lui donna
pour adjoint le Cardinal de Campege , qui
s'étoit trouvé du goût des deux Cours.
Il n'y avoit qu'à fuivre la négociation
de Campege , pour être convaincu que le
Pape ne donneroit jamais les mains à un
projet contraire aux intérêts de fon Siége
& à ceux de fa maifon , & qu'il vouloit
feulement obtenir par ce moyen un traitement
plus avantageux de Charles. Quint.
L'affaire fe rempliffoit tous les jours de
nouvelles difficultés. Henri que fa paffion
mettoit dans un état violent , fatigué
de tant d'indécifions , envoya de nouveau
à Clément deux Miniftres pour preffer l'exécution
de fon projet ; mais leurs infinuations
n'ayant pas eu le fuccès qu'ils
s'étoient promis , ils eurent recours à des
DECEMBRE. 1754 133
moyens odieux. Ils joignirent aux reproches
les plus humilians , des menaces effrayantes.
On faifoit craindre au Pape d'être déposé ,
fous prétexte que fon élection avoit été
irréguliere ; que l'Angleterre ne fecouât un
joug qui devenoit tous les jours plus dur &
plus injufte , & que l'Europe entiere éclairée
& enhardie par un exemple fi frappant ,
ne renonçât à l'ancien préjugé qui la tenoit
fous la domination du S. Siége. Ces
moyens ne réuffirent pas , & l'affaire du
divorce fut ramenée au tribunal de Wolfey
& de Campege. Les Légats , après l'examen
de cette caufe finguliere , citerent le
Roi & la Reine pour le 18 Juin 1529. La
Reine comparut devant eux , mais les recufa
pour juges , & ne voulut jamais fe
défifter de fa récufation . » On l'auroit peut-
» être crue occupée de fa vengeance , fi
nenfe précipitant devant toute l'aflemblée
" aux pieds du Roi , elle n'avoit fait voir
» qu'il n'y avoit dans fon coeur que le défir
» & peut- être l'efpérance de regagner un
» coeur qu'elle avoit malheureufement perdu.
Cette pofture , fon amour & fes infortunes
lui infpirerent tout ce qu'on
peut imaginer de plus modeste , de plus
» tendre & de plus touchant. Dès qu'elle
» eut fini de parler , elle fe retira , & alla
attendre dans l'obfcurité , dans les lar134
MERCURE DE FRANCE.
" mes & dans l'incertitude les effets d'une
» fcene aufli attendriffante que celle qui
» venoit de fe paller.
» Le denouement de ce coup de théatre
» ne fut pas tel qu'on avoit cru pouvoir
» l'efpérer. Tout l'attendriffement qu'on
avoit remarqué dans le Prince fe réduifoit
à une compaffion ftérile , & à des
éloges vagues. Henri rendit justice à la
» conduite exemplaire , à l'humeur douce ,
» à la foumiffion fans bornes de Cathe-
» rine ; & il parut fâché que la religion &
la confcience ne lui permiffent pas de
finir fes jours avec une Reine malheureufe
, qui n'avoit jamais rien dit ni rien-
»fait que de louable .
Tandis que Campege éloignoit tant qu'il
pouvoit la décifion de cette affaire , l'Empereur
fit un traité à Barcelone , dans lequel
il traitoit favorablement le S. Siége
dans la vûe de fe venger , fur tout du Roi
d'Angleterre , qui l'infultoit cruellement
dans la perfonne de fa tante. Le Pape immédiatement
après fon raccommodement
avec l'Empereur , évoqua l'affaire du divorce
, & fe rendit par cette démarche foible
& imprudente , l'inftrument d'une hai
ne , d'un orgueil , d'une politique qu'il auroit
dû traverfer , & dont il pouvoit trèsaifément
devenir la victime.
DECEMBRE.
1754. 135
Campege s'en retourna à Rome , & Wol- .
fey fut immolé au reffentiment du Roi ; il
fe vit accablé d'une fuite d'accufations
d'opprobres & de malheurs qui le conduifirent
au tombeau.
Henri dont les contretems ne faifoient
qu'irriter la paffion , fut obligé de chercher
d'autres moyens on lui confeilla deconfulter
toutes les Univerfités de l'Europe.
Celle d'Oxford & de Cambridge étoient
vendues à la Cour , & déclarerent le mariage
nul. Celles de France furent affez
partagées , & la Sorbonne , divifée en plufieurs
factions , ne céda qu'à des vûes d'intérêt
& de politique à la volonté du Roi
& à l'argent d'Angleterre. Le dernier de
ces moyens fut feul affez puiffant pour gagner
les Univerfités d'Italie . La fureur de
fe vendre étoit montée à tel point qu'on
avoit un Théologien pour un écu ; quelquefois
pour deux une Communauté entiere
, & qu'un Couvent de Cordeliers
paffa pour cher parce qu'il en coûtoit dix.
Mais les Théologiens Allemans ne cederent
ni à la féduction ni aux follicitations ,.
& refuferent de fe déclarer pour le divorce.
La Cour de Rome vit ces manoeuvres
avec une indifférence méprifante : c'étoit
un étrange aveuglement de penfer qu'on
136 MERCURE DE FRANCE.
la fubjugueroit par les décisions de quelques
Théologiens . Cette Cour trop intéreffée
depuis long-tems , & trop politique
pour fe conduire par les maximes foibles ,
bornées & incertaines des cafuiftes , regardoit
malheureufement moins la religion
comme fa fin , que comme un moyen d'y
arriver.
Henri qui voyoit avec douleur le peu
de fruit qu'il tiroit de toutes fes démarches
, forma , pour fe venger de Clement ,
le deffein de lui enlever l'Angleterre . Il
commença par défendre , fous des peines
capitales , de recevoir aucune expédition
de Rome qui ne fût appuyée de fon autorité
. Il attaqua les privileges du Clergé , &
dépouilla le Pape de fes droits les plus effentiels.
Dans le même tems , Catherine
preffée de nouveau de confentir au divorce
, & toujours ferme dans ſon refus , fut
obligée de s'éloigner de la Cour , où elle
ne retourna jamais.
Le Roi d'Angleterre voulut enfin terminer
fes irréfolutions , en fuivant le confeil
que lui donna François I. de fe paffer
de la difpenfe du Pape , & d'époufer fans
délai une femme aimable , qui étoit devenue
néceffaire à fon bonheur. Le mariage
fe fit , & demeura fecret jufqu'à la
groffeffe d'Anne de Boulen , qui força de
DECEMBRE . 1754. 137
le rendre public avant même qu'on eût pû
déclarer nul celui de Catherine. Cette derniere
opération fut l'ouvrage de Cranmer ,
Archevêque de Cantorbery , qui engagea
le Clergé d'Angleterre à prononcer fur
l'affaire du divorce ; & malgré la précaution
qu'avoit prife le Pape de fe referver
la connoiffance de ce grand procès , le ma--
riage fut caffé folemnellement. Anne entra
en triomphe dans Londres , & y fut reçue
avec un éclat & une magnificence finguliere
.
Clément apprit avec un dépit fenfible
ce qui venoit de fe paffer : il fit une Bulle
qui excommunioit Henri & Anne de Boulen
, s'ils ne fe quittoient dans quelques
mois ; & après de nouvelles négociations
pour terminer cette affaire , le Pape affembla
fon Confiftoire , & le réfultat fut une
fentence qui obligeoit le Prince à repren
dre Catherine , fous peine d'excommunication
pour lui , & d'interdit pour fon
Royaume. Le Parlement avoit prévenu ce
jugement par une loi qu'il avoit faite quelques
jours aparavant , & qui défendoit de
reconnoître l'autorité du Pape. Henri recueillir
le fruit d'une politique profonde &
fuivie ; & fans faire d'autres changemens
dans la religion , il défendit tout commerce
avec le S. Siége , & voulut être lui -même
138 MERCURE DE FRANCE.
chef de l'Eglife dans fon Royaume . La nation
adopta les idées fchifmatiques qu'on
lui préfentoit ; elle fuivit depuis les opinion
de Zuingle fous Edouard , retourna à
la communion de Rome fous Marie , & fe
forma fous Elizabeth un culte qu'elle profeffe
encore aujourd'hui , fous le nom de
Religion Anglicane.
Hiftoire de la conjuration de Fiefque
en 1546 & 1547.
André Doria délivra en 1528 la République
de Gênes du joug de la France ,
& y établit l'ordre qui fubfifte encore aujourd'hui,
Ce plan de Gouvernement , le feul
peut-être qui pût convenir au caractere
» des Génois , & à la fituation où ils fe
» trouvoient , les devoit raffurer naturelle-
» ment contre les entreprifes de Doria . Si
» ce grand Capitaine eût en réellement
» les vûes que lui ont fuppofées la plupart
" des hiftoriens , ou il auroit laillé fon
"pays dans l'anarchie , ou il y auroit éta-
39
bli des loix mauvaifes , ou il fe feroit
" emparé de la dignité de Doge ; trois
» voies qu'il lui étoit aifé de prendre , &
» dont chacune devoit prefque néceffaire-
» ment le rendre maître de la République.:
33
DECEMBRE. 1754. 139
» Avec un peu d'attention , on démêle
» qu'il ne cherchoit ni à être tyran ni à
» être citoyen , & qu'il vouloit fe venger
» feulement de la France , qu'il avoit bien
fervie , & dont il étoit mal traité. Ce
projet qui étoit connu de tout le monde
, & celui de maintenir la révolution ,
» l'autorifoit , fans qu'on en prît ombrage ,
» à fe charger , comme il fit , du comman
dement des galeres de Charles Quint . 11
eft vrai que ce moyen avoit quelque
» chofe d'équivoque , & qu'il pouvoit fer-
» vir à opprimer la liberté publique auffi
bien qu'à la défendre : mais l'ordre que
» Doria avoit d'abord établi dans l'Etat ,
étoit une preuve de modération , que ce
» qu'il avoit laiffé voir d'ambition ne de-
» voit gueres affoiblir , & que fa conduite
» fortifioit extrêmement. Content de l'em-
» pire que lui donnoient fur les efprits &
>> fur les coeurs les grandes chofes qu'il
» avoit faites , il paroiffoit préférer de
» bonne foi la tranquillité de la vie privée
» à l'embarras des grandes places , & fe
» livrer aux affaires plutôt par zéle que
" par goût. Il y a apparence que des dehors
auffi impofans auroient trouvé une
» confiance entiere , fans la préfomption:
» & les hauteurs d'un parent éloigné qu'il.
avoit adopté pour fils ..
140 MERCURE DE FRANCE.
Ce jeune homme fe nommoit Jeannetin
Doria : condamné dès fes premieres années
à des travaux obfcurs , l'yvreffe où le jetta
le changement de fa fortune lui donna un
orgueil & des manieres qui révolterent
tout ce qui avoit de l'élévation dans l'ame ,
& fingulierement Jean- Louis de Fiefque ,
Comte de Lavagna. Ce jeune Seigneur ,
l'homme le plus riche de la République ,
éroit magnifique , aimable & féduifant :
avec un grand nombre de qualités brillan
res , il avoit l'apparence de plufieurs vertus.
» L'inquiétude qui le pouffoit aux gran-
» des places , venoit du defir qu'il avoit de
» faire de grandes chofes ; l'ambition ne
» lui étoit infpirée que par la gloire. Une
" erreur , qui étoit plutôt un malheur de
» fon âge qu'un défaut de fon efprit , lui
» fit confondre la célébrité avec une répu-
" tation fondée : il alla jufqu'à croire qu'il
» lui fuffiroit d'occuper de lui fes contem-
" porains , pour llaaiiffffeerr uunn grand nom à la
» poftérité. Tous ceux qui l'avoient étu-
» dié & qui fe connoiffoient en hommes ,
» lui trouvoient à vingt- deux ans une po-
»litique très- raffinée & une diffimulation
impénétrable : il leur paroiffoit né pour
» affervir fa patrie ou pour l'illuftrer .
Fiefque ne pouvoit manquer d'être mécontent
de la fituation où fe trouvoit la
DECEMBRE.
1754. 141
République . Il lui parut également indigne
de lui de vivre dans l'obfcurité , ou d'en
fortir par la faveur d'un homme qu'il méprifoit.
» Entre plufieurs moyens que lui
و ر
préfenta une imagination forte & impé-
» tueufe , celui de faire périr les Doria fut
» le feul qui lui parût infaillible , & il s'y
» arrêta avec beaucoup de fang-froid & de
» fermeté. La néceffité de changer la for-
» me du Gouvernement pour foutenir
» une démarche auffi hardie , ne l'effraya
» pas , & fut peut -être fans qu'il s'en dou-
» tât un motif de plus : il devoit paroître
» doux à un homme de fon caractere d'ab-
» battre d'un même coup fes ennemis , &
» de fe placer à la tête d'un Etat affez puif-
» fant. La révolution devoit être l'ouvrage
» du génie feul pour la maintenir , la
force étoit néceflaire , & Fiefque qui le
» vit , penſa à ſe ménager l'appui de la
» France.
Cette Cour entra aifément dans les vûes
de Fiefque ; & dans l'efpérance de fe venger
de Doria & de reprendre le Milanès fur
l'Empereur , elle accorda des fecours confidérables.
Fiefque inftruit que les mêmes
paffions qui lui avoient rendu la Cour de
France favorable , regnoient à celle du
Pape , s'occuppa du foin de les mettre en
jeu. Il alla lui-même à Rome pour négo142
MERCURE DE FRANCE.
cier cette affaire , & il écarta les foupçons
que ce voyage pouvoit faire naître , par,
l'attention qu'il eut au milieu de fes projets
de ne paroître occupé que de fes plaifirs
, & par l'art de cacher des deffeins
profonds fous un air frivole. Il trouva
Paul III. auffi bien difpofé qu'il le fouhaitoit
, & ce Pontife approuva la révolution
avec de grands éloges .
Fiefque ne s'occupa plus que du foin
de mettre la derniere main à fon entre-"
prife , & il ne put en être détourné
par les
remontrances d'un de fes plus zélés partifans
: c'étoit Vincent Calcagno , homme
d'un certain âge , & qui avoit une efpéce
de paffion pour le jeune Comte. » Comme
" il avoit le fens droit , les grandes entre-
» prifes commencoient par lui être toujours
fufpectes . Il étoit d'ailleurs né timide ,
» & les réflexions ou l'expérience qui chan
» gent quelquefois les caracteres , l'avoient
» affermi dans le fien. Tout ce qui avoit
» l'air trop élevé lui paroiffoit chimérique ,
" & il regardoit comme imprudent tout
» ce qu'on abandonnoit au hazard. Son
imagination étoit plus aifément étonnee
» que fon coeur ; & il étoit ferme jufques
» dans les périls qu'il avoit prévûs & qu'il
ور
و ر
avoit craints.
Le chef de la conjuration forma d'i
DECEMBRE. 1754. 143
bord fon attention à ne pas fe laiffer pénétrer
, & il fe rendit en effet impénétrable.
Sa conduite avoit quelque chofe de fi naturel
& de fiaifé , qu'il n'étoit pas poffible d'y
foupçonner le moindre myftere. André Doria
, malgré la profonde connoiffance qu'il
-avoit des hommes , fe laiffa impofer par ces
apparences , & Jeannetin fut féduit par les
témoignages d'eftime & d'attachement que
Fiefque lui prodigua.
Le Comte fçut fe concilier les négocians
, cette précieufe portion de citoyens
fi honorée dans le gouvernement populaire
, fi opprimée dans le defpotique , fi
négligée dans le monarchique , & fi méprifée
dans l'ariftocratique , en leur exagérant
le tyrannique orgueil des nobles
& en leur laiffant entrevoir la poffibilité
-de s'en délivrer. Par là il s'affuroit du peuple
, qui fuit aveuglément le mouvement
qui lui eft communiqué par ceux qui le font
travailler ou qui le font vivre un extérieur
brillant , des manieres ouvertes & polies
, des bienfaits répandus adroitement ,
acheverent de lui gagner la multitude.
Il ne manquoit à Fiefque que des fol-
' dats. Il eut une occafion favorable , & qui
fe préfentoit naturellement , d'en lever dans
fes terres. Il prit des arrangemens fecrets
avec Pierre- Louis Farnefe Duc de Parme
144 MERCURE DE FRANCE.
& de Plaifance , qui lui promit un fecours
de deux mille hommes. Il fit venir une
galere qui lui appartenoit , dans le port de
Gênes fes amis débaucherent quelques
foldats de la garnifon , & s'affurerent dedix
mille habitans déterminés : avec ces forces
réunies , les conjurés crurent qu'il étoit
tems de prendre une derniere réfolution.
La nuit du premier au fecond Janvier
fut l'inftant arrêté pour l'exécution de leur
projet . L'époque étoit adroitement fixée.
Comme le Doge qui fortoit de place le
premier du mois , ne pouvoit être remplacé
que le quatre , la République devoit fe
trouver dans une eſpèce d'anarchie , dont
il étoit poffible de tirer parti.
Un des chefs de la conjuration , & un
de ceux fur qui Fiefque comptoit le plus ,
étoit Jean Baptifte Verrina , » homme bra-
» ve , impétueux , éloquent : il avoit l'efprit
vafte , mais déréglé ; le coeur élevé ,
» mais corrompu . Son penchant l'entraî
»noit au crime , & le mauvais état de
» fes affaires le lui rendoit prefque indifpenfable.
Une imagination vive &
» forte lui préfentoit fans ceffe des projets
finguliers & hardis , dont il n'examinoit
» jamais ni la juftice ni les refforts , &
» dont il prévoyoit rarement les fuites. Il
étoit ennemi de tout repos , du fien
33
par
inquiétude ,
DÉCEMBRE. 1754. 145
99
inquiétude , de celui des autres par ambition
. Le Gouvernement établi dans fa
patrie lui déplaifoit , précisément parce
qu'il y étoit établi ; & tous ceux qui
» entreprendroient de le changer étoient
fûrs de trouver en lui des confeils dangereux
& des fervices utiles . Ce caractere
»l'avoit rendu cher à Fiefque , dont il régloit
les plaifirs , partageoit la fortune
» & dirigeoit en quelque maniere les paf-
"
fions.
>
Le jour arrêté pour la révolution commençoit
à luire , que les conjurés firent les
dernieres difpofitions. Verrina fe rendit à
l'entrée de la nuit fur la galere de Fieſque
qui étoit fon pofte ; il donna par un coup
de canon le fignal de l'attaque , & l'action
fut auffi - tôt engagée dans l'ordre qui avoit
été projetté. On commença par attaquer
ceux qui défendoient les portes de la ville
les plus effentielles , & dont on ſe rendit
bientôt maître . Jeannetin s'étant éveillé au
bruit , & étant accouru , fut reconnu &
maffacré fur le champ. André Doria euc
le tems de fe fauver dans un château à
quinze mille de Gênes . Cette lâcheté dans
un vieillard célébre par fa valeur , ne doit
furprendre que ceux qui ne connoiffent pas
les hommes .
Les avantages que remporterent les con-
II.Fol, G
146 MERCURE DE FRANCE.
jurés , redoubla leur activité & leur courage
: après s'être fortifiés à la hâte dans les
poftes dont ils s'étoient emparés , ils ſe
répandirent dans les rues en criant , Fiefque
& liberté. Ces deux mots , dont l'un rappelloit
à un grand nombre d'ouvriers le
nom de leur bienfaicteur , & l'autre réveil
loit dans tous les efprits l'idée du plus
grand des biens , féduifirent la populace ,
qui prit auffi-tôt les armes.
Les tentatives que fit le Sénat pour oppofer
la force aux conjurés ayant été funeftes
, il tourna fes'vûes vers la négociation.
Anfaldo Juftiniani , un des Sénateurs
députés , s'avança dans le lieu du tumulte
, & demanda froidement à parler au
nom de la République , au Comte de Fiefque
. Cet homme dangereux n'étoit plus ;
en voulant paffer fur une galere , il étoit
tombé dans la mer , & s'y étoit noyé. » Le
» fecret pouvoit être facilement gardé juf-
» qu'à la fin de l'action , fans la vanité
» puérilę de Jerôme , qui répondit à Juſ
» tiniani qu'il n'y avoit plus d'autre Com-
» te de Fiefque que lui , & qu'il n'écou-
» teroit les propofitions qu'on avoit à lui
faire , que lorfqu'on lui auroit livré le
Palais . Une réponſe auffi imprudente
» eut les fuites qu'elle devoit avoir. Le Sénat
raſſuré par le feul événement qui pût
"
DECEMBRE. 1754. 147.
changer fur le champ & d'une maniere
» ftable la fituation des chofes , montra de
» la fermeté ; & les conjurés , par une rai-
» fon contraire , perdirent toute leur au-
ور
"
dace. A mefure que la mort de leur
» cheffe répandoit , & elle fe répandit fort
» vîte , on voyoit les efprits fe refroidir ,
le-courage expirer dans tous les coeurs ,
& les armes tomber des mains . Ceux
»même que des haines plus vives , de
plus grands intérêts, ou un caractere plus
emporté avoient rendus jufqu'alors plus
» redoutables que les autres , fe laiffoient
» abbattre par la terreur commune. La ré-
» volution fut fi générale , qu'au point du
" jour il n'y avoit pas un feul factieux dans
» les rues de Gênes : ils étoient tous reti-
» rés dans leurs maifons , difperfés dans
» la campagne , ou retranchés dans quel-
» que pofte .
Aing finit cette confpiration , qui par
l'événement établit fur des fondemens prefque
inébranlables l'autorité qu'on avoit
voulu détruire.
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Résumé : « MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
Le texte extrait des 'Mémoires historiques, militaires & politiques de l'Europe' de l'Abbé Raynal couvre la période de l'élévation de Charles Quint au trône de l'Empire jusqu'au traité d'Aix-la-Chapelle en 1748. Il se concentre sur les révolutions en Suède de 1515 à 1544. La Suède, autrefois puissante sous les Goths, était retombée dans l'obscurité en raison de divisions internes et de vices gouvernementaux. Marguerite, reine du Danemark, ambitieuse et politique, chercha à réunir la Suède à ses autres États. Les Suédois se rebellèrent contre le joug danois et se donnèrent un administrateur. Les conflits entre la Suède et le Danemark s'intensifièrent sous le règne de Christiern, un monarque cruel et tyrannique. Christiern chercha à soumettre les Suédois et exploita les mécontentements du clergé. Stenon, fils du dernier administrateur, fut élu pour succéder à l'administrateur décédé, mais des conspirations menées par Trolle, un archevêque déchu, compliquèrent la situation. Stenon dut faire face à une rébellion soutenue par les Danois et le clergé. Après une victoire suédoise, Trolle fut déclaré ennemi de la patrie et exilé. Le pape, sollicité par Trolle et Christiern, menaça les Suédois d'excommunication s'ils ne rétablissaient pas Trolle. Les Suédois refusèrent de se soumettre pour éviter des guerres civiles. Rome excommunia alors l'administrateur et le Sénat, et ordonna à Christiern de rétablir Trolle par la force. Christiern envahit la Suède, semant la destruction et la cruauté. Stenon fut tué, et Christiern établit une tyrannie en Suède. Cependant, Gustave Vasa, descendant des anciens rois de Suède, s'échappa du Danemark et rallia les Suédois. Avec l'aide d'un curé, Gustave mobilisa les Dalécarliens et remporta plusieurs victoires, forçant Christiern à fuir. Gustave fut proclamé administrateur et continua la guerre contre les Danois. Une révolution au Danemark déposa Christiern, et Frédéric de Holstein monta sur le trône. Gustave fut finalement proclamé roi de Suède avec l'unanimité du peuple. Il se consacra à réformer le royaume, substituant de bonnes lois à la barbarie ancienne et introduisant une police sage. Il fut soutenu dans ses réformes par Lars-Anderfon, un homme célèbre et habile. Parallèlement, Henri VIII, roi d'Angleterre, chercha à divorcer de Catherine d'Arragon pour épouser Anne Boleyn. Le cardinal Wolsey joua un rôle clé dans cette décision. Henri consulta les universités européennes, certaines déclarant le mariage nul, d'autres refusant. Henri finit par se passer de la dispense papale et épousa Anne Boleyn. Le pape excommunia Henri, mais le Parlement anglais défendit l'autorité papale. Henri devint chef de l'Église en Angleterre, initiant la Réforme anglicane. Le texte décrit également une conjuration à Gênes en décembre 1754, orchestrée par le Comte Fiesque. Fiesque, timide et prudent, réussit à gagner la confiance des négociants et du peuple. Il conclut un arrangement secret avec Pierre-Louis Farnèse, Duc de Parme et de Plaisance, qui lui promit un soutien militaire. La nuit du 1er au 2 janvier fut choisie pour l'exécution du projet. L'attaque débuta par la prise des portes de la ville les plus essentielles. Les conjurés prirent rapidement le contrôle des rues en criant 'Fiesque et liberté'. Cependant, Fiesque mourut en tombant à la mer, ce qui refroidit les ardeurs des conjurés, qui se dispersèrent. La conjuration échoua, renforçant ainsi l'autorité qu'elle avait voulu détruire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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164
p. 147-163
« EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...] »
Début :
EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...]
Mots clefs :
Francis Hauksbee, Expériences, Remarques, Physiciens, Phénomènes, Observations, Liqueurs, Nicolas Desmarest
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texteReconnaissance textuelle : « EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...] »
EXPERIENCES Phyfico -mécaniques
de M. Hauksbée , traduites par feu M. de
Brémond , revûes & mifes au jour , avec
des remarques ; par M. Defmareft . A Paris
, chez la veuve Cavelier & fils , rue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
Saint Jacques , au Lys d'or.
Nous nous occuperons dans cet extrait
de la maniere dont les deux volumes de ces
expériences font exécutés. M. Defmareſt a
porté fon attention fur deux objets importans
la distribution méthodique des matieres
, & les remarques.
1 °. Comme M. Hauksbée , en compofant
fon recueil , ne s'étoit point aftreint à un
certain arrangement dépendant des matieres
, on s'eft appliqué à donner aux détails
des faits une forme plus méthodique.
Dans ces vûes on a raffemblé fous différentes
claffes générales , qui forment autant
de chapitres , les expériences qui concernent
un même fujet , comme la pefanteur
, l'air , l'électricité , les tubes capillaires
, &c. & l'on a diftingué par articles
chaque expérience particuliere . Par cette
difpofition , des détails , auparavant iſolés ,
font rapprochés heureufement & fe placent
en bon ordré dans l'efprit du lecteur.
2º. L'Editeur n'a pas borné fon attention
à ce feul objet. Les expériences de M.
Hauksbée ont été faites il y a près de
quarante ans. Depuis ce tems la Phyfique
expérimentale a acquis des connoiffances ,
ou plus fûres ou plus étendues . M. Defmareft
a rapproché les faits poftérieurs du récit
de M. Haaksbée , foit qu'ils ferviſſent
DECEMBRE 1754. 149
à le confirmer ( ce qui arrive le plus fouvent)
, foit qu'ils tendiffent à le détruire. Il
a même recueilli dans certaines remarques
l'hiftoire de ce qui a été écrit fur un même
fujet; & ces fortes d'hiftoires , outre
qu'elles plaifent naturellement, parce qu'el
les préfentent les différens efforts de l'efprit
humain , inftruiſent auffi par les vûes
qu'elles fourniffent.
" On ne fçauroit trop , dir M. Defmareft
, engager ceux qui veulent faire
quelque progrès dans la Phyfique , à com-
»parer les connoiffances tranfmifes par les
fçavans qui nous ont précédé , avec les
» recherches des Phyficiens de notre tems ,
» on apprécie par là le mérite des uns &
» des autres. C'eft aufli un moyen pour s'a-
» vancer à de nouvelles découvertes , que
de confiderer, comme le premier pas que
nous ayons à faire , celui où les grands
hommes qui nous ont précédé , ont terminé
leur courfe & leurs travaux. La
continuité de nos efforts joints avec les
leurs , forme cette union & cet accord
» qui doit regner entre les fçavans de tous
» les fiécles & de tous les pays , pour éten-
» dre les limites de nos connoiffances.
où
Telles font les raifons qui ont déterminé
M. Defmareft à donner des remarques ,
il combine les efforts des anciens avec ceux
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
dés obfervateurs de notre tems. Il a fuivi
auffi ce plan dans les deux dernieres fections
de fon difcours préliminaire , qui
comprend un extrait raisonné des deux volumes.
Nous l'allons fuivre dans le compte
que nous nous propofors de rendre du
recueil.
On voit à la tête de l'ouvrage , des
éclairciffemens de l'Editeur fur les thermométres
de M. Hauksbée , & lá defcription
de la machine pneumatique du Phy
ficien Anglois. On y a joint un précis hiftorique
des différentes réformes que cette
machine a éprouvées depuis Otto de Guericke
jufqu'à préfent.
Le chapitre premier a pour objet la pefanteur
des corps . M. Hauksbée examine
d'abord par quelle force les molecules des
corps folides , quoique d'une pefanteur
fpécifiquement plus confidérable que les
liqueurs qui les décompofent , y font fontenues
& y nâgent. Il combat les Phyficiens
qui avoient cru trouver le dénouement de
cette fufpenfion dans l'augmentation des
furfaces qu'acquierent les corpufcules diffous.
M. Defmareft difcute les vûes que
différens Phyficiens ont propofées fur cette
fingulariré hydroftatique , & rapporte ce
phénomène à la même caufe qui éleve les
liqueurs dans les tubes capillaires . Le fe
DECEMBRE . 1754. 151
cond article de ce chapitre préfente les
procédés & les réfultats des expériences
-faires pour déterminer les pefanteurs fpécifiques
de l'or , de l'argent , du cuivre ,
du plomb & du fer , & leur proportion
avec un égal volume d'eau : Î'Editeur expofe
les principes d'hydroftatique fur lefquels
font fondées ces déterminations. Les
deux articles fuivans offrent des obfervations
, par lesquelles M. Hauksbée évalue
la quantité de la réſiſtance que l'air oppofe
aux corps qui s'y meuvent , foit dans
leur chute , foit dans leur réflexion. On
trouve dans les remarques quelques principes
de la théorie de la réſiſtance des fluides
, & des méthodes pour l'évaluer à cháque
inftant de la chûte.
Dans le chapitre fuivant , on a renfermé
les obfervations fur l'air. Il eft queftion
d'abord d'une expérience , par laquelle
on s'affure de la quantité d'air produite
par une certaine dofe de poudre à canon ;
enfuite on voit un procédé très -fimple
pour déterminer le rapport du poids de
l'eau avec celui d'un pareil volume d'air .
que l'on dit être celui d'un à huit cens.
M. Hauksbée , en examinant & rappellant
à des réfultats précis les phénomenes
des hémispheres de Magdebourg , affure
tque ces effets à la preffion de l'atmoſphe-
Gi
152 MERCURE DE FRANCE.
re. Il combat autant les partifans actuels
de la matiere fubtile que les raifonnemens
antiques de ceux qui de fon tems foutenoient
encore le lien funiculaire des parties
erochues de l'air . C'étoit de ces imaginations
futiles , enfantées plutôt par le befoin
d'expliquer que par la conviction de l'expérience.
L'article quatrieme contient le détail
curieux d'une expérience intéreffante fur
la dilatation & la condenfation de l'air
comparées avec celles de l'efprit de vin.
Par ce procédé , M. H. a reconnu que l'expanfion
de l'air , depuis le terme de la glace
jufqu'au plus grand dégré de la chaleur
de l'été dans le climat d'Angleterre , eft
dans le rapport de fix à fept , & depuis le
plus grand froid jufqu'au plus grand chaud
du même climat , dans le rapport de Lept à
huit. M. D. rapproche de cet effai curieux
les expériences relatives de MM . Amontons
, Bernoulli , Muffchenbroeck , & les
autres obfervations de ce chapitre , concernent
le reffort de l'air , la maniere dont
certaines vapeurs rendent ce fluide funefte
& peu propre à la refpiration , le méchanifme
par lequel les courans rapides , l'air
dans les ouragans , ébranlent le mercure
des barometres & affectent l'économie animale
. Toutes ces expériences font appré
DECEMBRE. 1754 153
ciées dans les notes & dans le difcours
préliminaire. Le dernier article contient
le détail d'une expérience importante fur
la réfraction des rayons de lumiere , en paffant
obliquement de l'air ordinaire dans le
vuide de la machine pneumatique. M. Def
mareft a recueilli toutes les circonftances.
qui ont rendu cette expérience fameuſe ,
& les conféquences intéreffantes qu'on en
a tirées par rapport aux réfractions aftronomiques.
Le troisieme chapitre renferme en XVIII
articles les expériences de M. H. fur la lumiere
électrique. Il eſt le premier qui ait
examiné avec attention , & d'une maniere
fuivie , ces phénomenes. Dans tout ce travail
, qui prouve un Phyficien auffi infati
gable que plein de fagacité , il développe
les effets de la lumiere électrique par rap
port aux différens corps qui en font fuf
ceptibles , tels que la laine , l'ambre , fes
matieres graffes & réfineufes , & enfin le
perre. Je dis le verre , car c'est à M. Haukfbée
que nous fommes redevables de la
premiere application des globes , des cylin
dres & des tubes de verre aux expériences
électriques. Avant lui le verre étoit relé
gué parmi les corps dont la vertu électrique
étoit peu confidérable. Il faut voir
dans l'ouvrage même la maniere dont M,
G.v
154 MERCURE DE FRANCE.
Hauksbée diverfifie les appareils des expériences
afin de varier les phénomenes.
La lumiere électrique entre les mains du
Phyficien Anglois , produit des ramifications
, des jets variés ; elle augmente même
au point de devenir un feu réel , & de
s'annoncer par des pétillemens marqués ,
des étincelles brûlantes & phofphoriques.
Nous paffons au chapitre fuivant , où l'on
trouve les expériences qui concernent particulierement
l'électricité. On voit en parcourant
les articles de ce chapitre , que M.
Hauksbée a apperçu les attractions & les répulfions
des effluvia , leur plus grande force
dans certains tems favorables , & lorfque le
tube étoit plein d'air ou échauffé : il a remarqué
quels étoient les corps qui admettoient
les émanations électriques & ceux qui les
interceptoient ; que deux corps inabibés du
même fluide , fe fuyoient ; que les corps
qui flottoient dans l'atmofphere du tube
échauffé , en abandonnoient le tourbillon
pour s'attacher alternativement aux corps
extérieurs & y rentrer ; qu'enfin les couches
de l'atmoſphere que les corps flottans occupoient
, étoient d'autant plus éloignées
du corps électrique qui en étoit le centre ,
que ce corps avoit un dégré de l'électricité
plus marqué. Il s'eft affuré par des fils , que
les émanations électriques formoient des
DECEMBRE. 1754. 155
rayons divergens en fortant des globes &
des cylindres, & des rayons convergens dans
leur affluence ; enfin il a vu que les corps
réfineux , par la chaleur de la fufion ,
contractoient une vertu attractive trèsconfidérable
: il a obfervé les variétés
que le vuide apportoit aux effets des globes
& des tubes ; la permanence de l'électricité
dans les corps frottés , le bruiffement
, les piquures fenfibles , la fluctuation
des effluvia , & c. Toutes ces vérités
établies folidement , & tant d'autres chofes
qu'il a entrevûes , doivent être confidérées
comme lui étant propres , & comme des découvertes
qui font par rapport à lui des vûes
neuves & non des répétitions monotones
d'obfervations faites avant lui , ou des imitations
ferviles de procédés mis en ufage.
Il fuffit de jetter un coup d'oeil fur l'état
où étoit alors cette partie de la Phyfique ,
pour fentir jufqu'où la fagacité angloife a
conduit notre Phyficien , & le peu de fecours
qu'il a tiré des Phyficiens qui l'ont
précédé dans la carriere .
M. Dufay , dans fon travail fur l'électricité
, s'étoit attaché à répéter les expériences
de M. Hauksbée , pour fe mettre ,
comme il le déclare , fur la voye. Tous les
éclairciffemens que l'Editeur a pu trouver
dans les mémoires de l'Académicien Fran-
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
çois , font partie des Commentaires qu'il a
joints au texte , & ces éclairciffemens ont
un nouveau mérite d'être rapprochés des
détails de M. Hauksbée . M. Defmareft n'a
pas négligé de faire ufage des lumieres
que les Phyficiens Anglois , Allemands &
François ont répandues de nos jours fur
les queſtions qu'il s'eft propofé de traiter.
Le dernier chapitre du premier volume
renferme différentes expériences fur les
variétés de la lumiere des phofphores dans
le plein & dans le vuide. Nous ne nous
arrêterons pas fur ces questions , quelque
intéreffantes qu'elles foient.
Nous obferverons feulement avec M.
Defmareft , que les fyftêmes de certains
Cartéfiens , qui pour expliquer la lumiere
des barometres faifoient choquer le fecond
élément de Deſcartes contre le premier
dans les vibrations du mercure , n'ont que
trop d'analogie avec le choc de deux courans
, qui fait la bafe de quelques hypothè
fes que des modernes ont voulu accrédirer.
Ce font d'autres termes , mais le méchaniſme
eft le même. Tant il eft vrai que
l'efprit de fyftême n'a rien enfanté de nouveau
, & que les idées hypothétiques fe
font préſentées avec autant de développement
aux anciens qu'aux modernes. En cela
donc nous n'avons rien , nous n'aurons
DECEMBRE. 1754. 157
rien qu'ils n'ayent eu : nos avantages fur
eux font dans les faits & dans la maniere
de les combiner.
Jufqu'ici nous n'avons parlé que du premier
volume. Le chapitre premier du fecond
contient des expériences fur l'aſcenfion
des liqueurs dans des efpaces capillaires
, & fur les loix de cette fingularité hydroftatique.
Nous y voyons l'eau s'élever
dans des tubes capillaires de différens calibres
dans le vuide , comme à l'air libre , en
raifon inverfe des diametres donc l'air
ne contribue en rien à cet effet . M. D. difcute
dans une note quelques difficultés
fpécieufes de certains Phyficiens modernes
qui prétendoient que l'air y avoit part , &
fait difparoître toute influence de l'air . La
preflion fupérieure des colonnes collatérales
eft détruite de même. Les fyphons capillaires
font affujettis aux mêmes loix que
les tubes , comme on le fait voir dans une
remarque.
Les Phyficiens n'ont employé commumément
dans leurs expériences que des tubes
capillaires cylindriques : mais comme
la nature , malgré fa fimplicité , varie prefque
à l'infini fes opérations & la forme
des agens qui y concourent , & qu'elle préfente
des cavités capillaires de différentes
moulures , pour ainfi dire , il étoit impor158
MERCURE DE FRANCE.
tant qu'on eût des obfervations qui pulfent
offrir des caracteres d'analogie & de comparaifon.
C'eft dans ces vûes que M. Haukfbée
s'eft attaché à comparer les phénomenes
des tubes ou cavités cylindriques avec
ceux des efpaces prifmatiques , & il a reconnu
les mêmes loix . Nous voyons différentes
efpeces de liqueurs s'élever entre
deux lames de verre & de cuivre , entre
deux plans de marbre polis , à une hauteur
qui est toujours en raifon inverfe des diftances
des plans. M. H. a employé non feulement
des plans paralleles , mais des plans
qui s'écartant fous un angle quelconque ,
préfentoient à chaque point de nouvelles
diftances. Les liqueurs dans lefquelles il
les plongeoit , s'élevoient différemment ,
c'eft à-dire que la hauteur de chaque colonne
de liqueur étoit à chaque point en
raifon réciproque à la diftance des plans.
Toutes les colonnes réunies formoient par
leurs parties fupérieures une courbe hyperbolique,
une des afymptores étant la furface
du liquide, & l'autre la ligne de la réunion
des deux plans. M. H. varia encore
l'appareil fur une lame de verre placée horizontalement
; il laiffa tomber une goutte
d'huile , enfuite il y appliqua une autre
lame obliquement par une de fes extrêmiés
, la bailfant infenfiblement par l'autre
DECEMBRE . 1754 159
juſqu'à ce qu'elle touchât la goutte d'huile;
cette goutte pour lors fe porta vers le point
de réunion des plans avec un mouvement
qui s'accélera toujours . Newton a donné
ce phénomene comme une preuve de l'attraction
, c'est-à- dire d'une caufe dont on
a befoin de faire encore l'apologie auprès
de certains Phyficiens intolérans . M. D.
développe dans des remarques les vûes de
Newton , & fait voir de plus par le fecours
de la Géométrie , qu'en réuniffant les momens
qui agiffent dans deux directions , leur
fomme, ou la diagonale qui les repréfente ,
eft d'autant plus confidérable que l'angle
des directions de ces forces eft plus petit ;
par là il explique l'accélération du mouvement
de la goutte d'huile. Il montre auffi
par contrafte l'inutilité & le peu de fuccès
de l'impulfion appliquée à ces phénomenes.
A la fuite de tous ces articles viennent
les réflexions de M. H. fur la caufe de l'élévation
des liqueurs dans les tubes ; c'eſt
une hypothèſe où l'attraction figure comme
l'agent principal. M. Defmareft ajoute
à ces réflexions une hiftoire critique des
principales hypothèſes que l'on a formées
pour rendre raifon de ces phénomenes.
Cette hiftoire eft divifée en trois parties ,
qui comprennent autant de claffes de fyf160
MERCURE DE FRANCE.
têmes difcutés avec étendue , M. D.expoſe
à la fin de cette difcuflion le fyftême de M.
Veitbrecht , qui occupe le quart du volume.
En développant par propofitions ce ſyſtème
, M. D. n'a pas prétenda s'expofer au
reproche que l'on fait à certains difciples
de Newton , qui mettant l'attraction partout
fe croyent difpenfés d'expofer comment
elle agit.
Le fecond chapitre comprend les expériences
de M. H. fur le fon & fur fes diffé
rentes modifications, par rapport aux divers
milieux dans lefquels il fe propage : il en
évalue les augmentations & les diminu
tions , fuivant la denfité de l'air & l'éten
due de fa fphere de propagation. L'Editeur
examine dans des remarques quel eft le
concours du reffort de l'air & de fa denfité
par rapport à la force du fon. Il a placé à
la fin du chapitre quatre éclairciffemens
étendus ; le premier , fur les erreurs aufquelles
peut conduire la fuppofition du
mouvement d'ondulation dans l'air pour
expliquer les phénomenes du fon , & fur la
néceffité d'admettre le feul mouvement de
reffort dans ce fluide. Dans le fecond , on
examine quelle variation peut éprouver la
propagation du fon par le froid & le chaud
Un troifieme éclairciffement donne une
idée fuccinte des fyftêmes harmoniques des
1
DECEMBRE. 1754. 16r
fpheres. On s'inftruit de ces fçavantes chimeres
pour avoir le droit de les apprécier.
Tel eft le ton avec lequel M. Defmareft en
fait envifager l'utilité que nous en pouvons
retirer. Ces fyftêmes prétendus harmo-
» niques , dit- il , que nous regardons avec
»raifon comme des chimeres , & qui oc-
» cupoient les meilleures têtes du tems de
» leur fortune , doivent nous faire regarder
» prefque du même oeil , ou au moins avec
»défiance , ces hypothèfes féduifantes qui
» ne prouvent que la témérité de leurs au-
» teurs. Sommes-nous plus fages que les
» anciens l'hiftoire de leurs fautes de-
» vroit naturellement produire cet effet..
"
Nous ne nous étendrons pas fur les deux
chapitres fuivans. Dans le premier, on trouve
des expériences fur l'eau ,fur fon poids ,
fur les phénomenes de fa congélation , far
celle des liqueurs fpiritueufes , fur l'état
des poiffons dans l'eau , & fur la maniere
dont l'air y eft parfemé , &c. Toutes ces
queftions font éclaircies dans des notes . Le
dernier chapitre comprend des obfervations
fur la réfraction des rayons de lumiere
, en traverfant différens fluides gras.
On ajoute dans les remarques vingt - deux
autres fluides examinés par Newton , &
l'on y développe la théorie de ce grand
Géometre fur la réfraction. La feconde ob152
MERCURE DE FRANCE,
fervation concerne le mêlange de deux liqueurs
, dont les volumes fe confondent en
partie par la pénétration . L'Editeur y a
joint le détail raifonné des expériences de
M. de Reaumur , fur un femblable phénomene.
La maniere d'évaluer la force de
l'aimant à différentes diftances , eſt expliquée
dans le troifieme article. On a dans
les remarques un recueil de toutes les expériences
des Phyficiens Anglois & autres
fur cette queftion délicate ; enforte que
les efforts des fçavans s'y trouvent rapprochés
, ainfi que leurs contradictions. M.
Defmareft a ajouté deux articles qu'il a traduits.
Le premier , fur la réfiftance qu'op.
pofe l'air à la pouffiere de malt , qui y flotte;
& l'autre fur l'arrangement des différentes
couches d'une mine de charbon. Ce
dernier article donne lieu à des notes fur
les efpeces de charbons dont il eft parlé ,
& à l'examen de la maniere dont les empreintes
des végétaux fe font formées fur
·les pierres des minieres. On y trouve auffi
des réflexions fur la difpofition relative
des différentes fubftances , & enfin fur leur
parallélifme. M. Defmareft s'attache fur
ces points à des obfervations générales ,
aux faits réguliers & conftans. » Sans nous
» hazarder , dit - il , à former des hypothè
pfes , où l'imagination , en fuppléant ag
DECEMBRE . 1754 163
, vrai , le défigure toujours , nous nous
»bornons à ces obfervations générales , qui
» font peut- être les feuls fyftêmes permis.
de M. Hauksbée , traduites par feu M. de
Brémond , revûes & mifes au jour , avec
des remarques ; par M. Defmareft . A Paris
, chez la veuve Cavelier & fils , rue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
Saint Jacques , au Lys d'or.
Nous nous occuperons dans cet extrait
de la maniere dont les deux volumes de ces
expériences font exécutés. M. Defmareſt a
porté fon attention fur deux objets importans
la distribution méthodique des matieres
, & les remarques.
1 °. Comme M. Hauksbée , en compofant
fon recueil , ne s'étoit point aftreint à un
certain arrangement dépendant des matieres
, on s'eft appliqué à donner aux détails
des faits une forme plus méthodique.
Dans ces vûes on a raffemblé fous différentes
claffes générales , qui forment autant
de chapitres , les expériences qui concernent
un même fujet , comme la pefanteur
, l'air , l'électricité , les tubes capillaires
, &c. & l'on a diftingué par articles
chaque expérience particuliere . Par cette
difpofition , des détails , auparavant iſolés ,
font rapprochés heureufement & fe placent
en bon ordré dans l'efprit du lecteur.
2º. L'Editeur n'a pas borné fon attention
à ce feul objet. Les expériences de M.
Hauksbée ont été faites il y a près de
quarante ans. Depuis ce tems la Phyfique
expérimentale a acquis des connoiffances ,
ou plus fûres ou plus étendues . M. Defmareft
a rapproché les faits poftérieurs du récit
de M. Haaksbée , foit qu'ils ferviſſent
DECEMBRE 1754. 149
à le confirmer ( ce qui arrive le plus fouvent)
, foit qu'ils tendiffent à le détruire. Il
a même recueilli dans certaines remarques
l'hiftoire de ce qui a été écrit fur un même
fujet; & ces fortes d'hiftoires , outre
qu'elles plaifent naturellement, parce qu'el
les préfentent les différens efforts de l'efprit
humain , inftruiſent auffi par les vûes
qu'elles fourniffent.
" On ne fçauroit trop , dir M. Defmareft
, engager ceux qui veulent faire
quelque progrès dans la Phyfique , à com-
»parer les connoiffances tranfmifes par les
fçavans qui nous ont précédé , avec les
» recherches des Phyficiens de notre tems ,
» on apprécie par là le mérite des uns &
» des autres. C'eft aufli un moyen pour s'a-
» vancer à de nouvelles découvertes , que
de confiderer, comme le premier pas que
nous ayons à faire , celui où les grands
hommes qui nous ont précédé , ont terminé
leur courfe & leurs travaux. La
continuité de nos efforts joints avec les
leurs , forme cette union & cet accord
» qui doit regner entre les fçavans de tous
» les fiécles & de tous les pays , pour éten-
» dre les limites de nos connoiffances.
où
Telles font les raifons qui ont déterminé
M. Defmareft à donner des remarques ,
il combine les efforts des anciens avec ceux
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
dés obfervateurs de notre tems. Il a fuivi
auffi ce plan dans les deux dernieres fections
de fon difcours préliminaire , qui
comprend un extrait raisonné des deux volumes.
Nous l'allons fuivre dans le compte
que nous nous propofors de rendre du
recueil.
On voit à la tête de l'ouvrage , des
éclairciffemens de l'Editeur fur les thermométres
de M. Hauksbée , & lá defcription
de la machine pneumatique du Phy
ficien Anglois. On y a joint un précis hiftorique
des différentes réformes que cette
machine a éprouvées depuis Otto de Guericke
jufqu'à préfent.
Le chapitre premier a pour objet la pefanteur
des corps . M. Hauksbée examine
d'abord par quelle force les molecules des
corps folides , quoique d'une pefanteur
fpécifiquement plus confidérable que les
liqueurs qui les décompofent , y font fontenues
& y nâgent. Il combat les Phyficiens
qui avoient cru trouver le dénouement de
cette fufpenfion dans l'augmentation des
furfaces qu'acquierent les corpufcules diffous.
M. Defmareft difcute les vûes que
différens Phyficiens ont propofées fur cette
fingulariré hydroftatique , & rapporte ce
phénomène à la même caufe qui éleve les
liqueurs dans les tubes capillaires . Le fe
DECEMBRE . 1754. 151
cond article de ce chapitre préfente les
procédés & les réfultats des expériences
-faires pour déterminer les pefanteurs fpécifiques
de l'or , de l'argent , du cuivre ,
du plomb & du fer , & leur proportion
avec un égal volume d'eau : Î'Editeur expofe
les principes d'hydroftatique fur lefquels
font fondées ces déterminations. Les
deux articles fuivans offrent des obfervations
, par lesquelles M. Hauksbée évalue
la quantité de la réſiſtance que l'air oppofe
aux corps qui s'y meuvent , foit dans
leur chute , foit dans leur réflexion. On
trouve dans les remarques quelques principes
de la théorie de la réſiſtance des fluides
, & des méthodes pour l'évaluer à cháque
inftant de la chûte.
Dans le chapitre fuivant , on a renfermé
les obfervations fur l'air. Il eft queftion
d'abord d'une expérience , par laquelle
on s'affure de la quantité d'air produite
par une certaine dofe de poudre à canon ;
enfuite on voit un procédé très -fimple
pour déterminer le rapport du poids de
l'eau avec celui d'un pareil volume d'air .
que l'on dit être celui d'un à huit cens.
M. Hauksbée , en examinant & rappellant
à des réfultats précis les phénomenes
des hémispheres de Magdebourg , affure
tque ces effets à la preffion de l'atmoſphe-
Gi
152 MERCURE DE FRANCE.
re. Il combat autant les partifans actuels
de la matiere fubtile que les raifonnemens
antiques de ceux qui de fon tems foutenoient
encore le lien funiculaire des parties
erochues de l'air . C'étoit de ces imaginations
futiles , enfantées plutôt par le befoin
d'expliquer que par la conviction de l'expérience.
L'article quatrieme contient le détail
curieux d'une expérience intéreffante fur
la dilatation & la condenfation de l'air
comparées avec celles de l'efprit de vin.
Par ce procédé , M. H. a reconnu que l'expanfion
de l'air , depuis le terme de la glace
jufqu'au plus grand dégré de la chaleur
de l'été dans le climat d'Angleterre , eft
dans le rapport de fix à fept , & depuis le
plus grand froid jufqu'au plus grand chaud
du même climat , dans le rapport de Lept à
huit. M. D. rapproche de cet effai curieux
les expériences relatives de MM . Amontons
, Bernoulli , Muffchenbroeck , & les
autres obfervations de ce chapitre , concernent
le reffort de l'air , la maniere dont
certaines vapeurs rendent ce fluide funefte
& peu propre à la refpiration , le méchanifme
par lequel les courans rapides , l'air
dans les ouragans , ébranlent le mercure
des barometres & affectent l'économie animale
. Toutes ces expériences font appré
DECEMBRE. 1754 153
ciées dans les notes & dans le difcours
préliminaire. Le dernier article contient
le détail d'une expérience importante fur
la réfraction des rayons de lumiere , en paffant
obliquement de l'air ordinaire dans le
vuide de la machine pneumatique. M. Def
mareft a recueilli toutes les circonftances.
qui ont rendu cette expérience fameuſe ,
& les conféquences intéreffantes qu'on en
a tirées par rapport aux réfractions aftronomiques.
Le troisieme chapitre renferme en XVIII
articles les expériences de M. H. fur la lumiere
électrique. Il eſt le premier qui ait
examiné avec attention , & d'une maniere
fuivie , ces phénomenes. Dans tout ce travail
, qui prouve un Phyficien auffi infati
gable que plein de fagacité , il développe
les effets de la lumiere électrique par rap
port aux différens corps qui en font fuf
ceptibles , tels que la laine , l'ambre , fes
matieres graffes & réfineufes , & enfin le
perre. Je dis le verre , car c'est à M. Haukfbée
que nous fommes redevables de la
premiere application des globes , des cylin
dres & des tubes de verre aux expériences
électriques. Avant lui le verre étoit relé
gué parmi les corps dont la vertu électrique
étoit peu confidérable. Il faut voir
dans l'ouvrage même la maniere dont M,
G.v
154 MERCURE DE FRANCE.
Hauksbée diverfifie les appareils des expériences
afin de varier les phénomenes.
La lumiere électrique entre les mains du
Phyficien Anglois , produit des ramifications
, des jets variés ; elle augmente même
au point de devenir un feu réel , & de
s'annoncer par des pétillemens marqués ,
des étincelles brûlantes & phofphoriques.
Nous paffons au chapitre fuivant , où l'on
trouve les expériences qui concernent particulierement
l'électricité. On voit en parcourant
les articles de ce chapitre , que M.
Hauksbée a apperçu les attractions & les répulfions
des effluvia , leur plus grande force
dans certains tems favorables , & lorfque le
tube étoit plein d'air ou échauffé : il a remarqué
quels étoient les corps qui admettoient
les émanations électriques & ceux qui les
interceptoient ; que deux corps inabibés du
même fluide , fe fuyoient ; que les corps
qui flottoient dans l'atmofphere du tube
échauffé , en abandonnoient le tourbillon
pour s'attacher alternativement aux corps
extérieurs & y rentrer ; qu'enfin les couches
de l'atmoſphere que les corps flottans occupoient
, étoient d'autant plus éloignées
du corps électrique qui en étoit le centre ,
que ce corps avoit un dégré de l'électricité
plus marqué. Il s'eft affuré par des fils , que
les émanations électriques formoient des
DECEMBRE. 1754. 155
rayons divergens en fortant des globes &
des cylindres, & des rayons convergens dans
leur affluence ; enfin il a vu que les corps
réfineux , par la chaleur de la fufion ,
contractoient une vertu attractive trèsconfidérable
: il a obfervé les variétés
que le vuide apportoit aux effets des globes
& des tubes ; la permanence de l'électricité
dans les corps frottés , le bruiffement
, les piquures fenfibles , la fluctuation
des effluvia , & c. Toutes ces vérités
établies folidement , & tant d'autres chofes
qu'il a entrevûes , doivent être confidérées
comme lui étant propres , & comme des découvertes
qui font par rapport à lui des vûes
neuves & non des répétitions monotones
d'obfervations faites avant lui , ou des imitations
ferviles de procédés mis en ufage.
Il fuffit de jetter un coup d'oeil fur l'état
où étoit alors cette partie de la Phyfique ,
pour fentir jufqu'où la fagacité angloife a
conduit notre Phyficien , & le peu de fecours
qu'il a tiré des Phyficiens qui l'ont
précédé dans la carriere .
M. Dufay , dans fon travail fur l'électricité
, s'étoit attaché à répéter les expériences
de M. Hauksbée , pour fe mettre ,
comme il le déclare , fur la voye. Tous les
éclairciffemens que l'Editeur a pu trouver
dans les mémoires de l'Académicien Fran-
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
çois , font partie des Commentaires qu'il a
joints au texte , & ces éclairciffemens ont
un nouveau mérite d'être rapprochés des
détails de M. Hauksbée . M. Defmareft n'a
pas négligé de faire ufage des lumieres
que les Phyficiens Anglois , Allemands &
François ont répandues de nos jours fur
les queſtions qu'il s'eft propofé de traiter.
Le dernier chapitre du premier volume
renferme différentes expériences fur les
variétés de la lumiere des phofphores dans
le plein & dans le vuide. Nous ne nous
arrêterons pas fur ces questions , quelque
intéreffantes qu'elles foient.
Nous obferverons feulement avec M.
Defmareft , que les fyftêmes de certains
Cartéfiens , qui pour expliquer la lumiere
des barometres faifoient choquer le fecond
élément de Deſcartes contre le premier
dans les vibrations du mercure , n'ont que
trop d'analogie avec le choc de deux courans
, qui fait la bafe de quelques hypothè
fes que des modernes ont voulu accrédirer.
Ce font d'autres termes , mais le méchaniſme
eft le même. Tant il eft vrai que
l'efprit de fyftême n'a rien enfanté de nouveau
, & que les idées hypothétiques fe
font préſentées avec autant de développement
aux anciens qu'aux modernes. En cela
donc nous n'avons rien , nous n'aurons
DECEMBRE. 1754. 157
rien qu'ils n'ayent eu : nos avantages fur
eux font dans les faits & dans la maniere
de les combiner.
Jufqu'ici nous n'avons parlé que du premier
volume. Le chapitre premier du fecond
contient des expériences fur l'aſcenfion
des liqueurs dans des efpaces capillaires
, & fur les loix de cette fingularité hydroftatique.
Nous y voyons l'eau s'élever
dans des tubes capillaires de différens calibres
dans le vuide , comme à l'air libre , en
raifon inverfe des diametres donc l'air
ne contribue en rien à cet effet . M. D. difcute
dans une note quelques difficultés
fpécieufes de certains Phyficiens modernes
qui prétendoient que l'air y avoit part , &
fait difparoître toute influence de l'air . La
preflion fupérieure des colonnes collatérales
eft détruite de même. Les fyphons capillaires
font affujettis aux mêmes loix que
les tubes , comme on le fait voir dans une
remarque.
Les Phyficiens n'ont employé commumément
dans leurs expériences que des tubes
capillaires cylindriques : mais comme
la nature , malgré fa fimplicité , varie prefque
à l'infini fes opérations & la forme
des agens qui y concourent , & qu'elle préfente
des cavités capillaires de différentes
moulures , pour ainfi dire , il étoit impor158
MERCURE DE FRANCE.
tant qu'on eût des obfervations qui pulfent
offrir des caracteres d'analogie & de comparaifon.
C'eft dans ces vûes que M. Haukfbée
s'eft attaché à comparer les phénomenes
des tubes ou cavités cylindriques avec
ceux des efpaces prifmatiques , & il a reconnu
les mêmes loix . Nous voyons différentes
efpeces de liqueurs s'élever entre
deux lames de verre & de cuivre , entre
deux plans de marbre polis , à une hauteur
qui est toujours en raifon inverfe des diftances
des plans. M. H. a employé non feulement
des plans paralleles , mais des plans
qui s'écartant fous un angle quelconque ,
préfentoient à chaque point de nouvelles
diftances. Les liqueurs dans lefquelles il
les plongeoit , s'élevoient différemment ,
c'eft à-dire que la hauteur de chaque colonne
de liqueur étoit à chaque point en
raifon réciproque à la diftance des plans.
Toutes les colonnes réunies formoient par
leurs parties fupérieures une courbe hyperbolique,
une des afymptores étant la furface
du liquide, & l'autre la ligne de la réunion
des deux plans. M. H. varia encore
l'appareil fur une lame de verre placée horizontalement
; il laiffa tomber une goutte
d'huile , enfuite il y appliqua une autre
lame obliquement par une de fes extrêmiés
, la bailfant infenfiblement par l'autre
DECEMBRE . 1754 159
juſqu'à ce qu'elle touchât la goutte d'huile;
cette goutte pour lors fe porta vers le point
de réunion des plans avec un mouvement
qui s'accélera toujours . Newton a donné
ce phénomene comme une preuve de l'attraction
, c'est-à- dire d'une caufe dont on
a befoin de faire encore l'apologie auprès
de certains Phyficiens intolérans . M. D.
développe dans des remarques les vûes de
Newton , & fait voir de plus par le fecours
de la Géométrie , qu'en réuniffant les momens
qui agiffent dans deux directions , leur
fomme, ou la diagonale qui les repréfente ,
eft d'autant plus confidérable que l'angle
des directions de ces forces eft plus petit ;
par là il explique l'accélération du mouvement
de la goutte d'huile. Il montre auffi
par contrafte l'inutilité & le peu de fuccès
de l'impulfion appliquée à ces phénomenes.
A la fuite de tous ces articles viennent
les réflexions de M. H. fur la caufe de l'élévation
des liqueurs dans les tubes ; c'eſt
une hypothèſe où l'attraction figure comme
l'agent principal. M. Defmareft ajoute
à ces réflexions une hiftoire critique des
principales hypothèſes que l'on a formées
pour rendre raifon de ces phénomenes.
Cette hiftoire eft divifée en trois parties ,
qui comprennent autant de claffes de fyf160
MERCURE DE FRANCE.
têmes difcutés avec étendue , M. D.expoſe
à la fin de cette difcuflion le fyftême de M.
Veitbrecht , qui occupe le quart du volume.
En développant par propofitions ce ſyſtème
, M. D. n'a pas prétenda s'expofer au
reproche que l'on fait à certains difciples
de Newton , qui mettant l'attraction partout
fe croyent difpenfés d'expofer comment
elle agit.
Le fecond chapitre comprend les expériences
de M. H. fur le fon & fur fes diffé
rentes modifications, par rapport aux divers
milieux dans lefquels il fe propage : il en
évalue les augmentations & les diminu
tions , fuivant la denfité de l'air & l'éten
due de fa fphere de propagation. L'Editeur
examine dans des remarques quel eft le
concours du reffort de l'air & de fa denfité
par rapport à la force du fon. Il a placé à
la fin du chapitre quatre éclairciffemens
étendus ; le premier , fur les erreurs aufquelles
peut conduire la fuppofition du
mouvement d'ondulation dans l'air pour
expliquer les phénomenes du fon , & fur la
néceffité d'admettre le feul mouvement de
reffort dans ce fluide. Dans le fecond , on
examine quelle variation peut éprouver la
propagation du fon par le froid & le chaud
Un troifieme éclairciffement donne une
idée fuccinte des fyftêmes harmoniques des
1
DECEMBRE. 1754. 16r
fpheres. On s'inftruit de ces fçavantes chimeres
pour avoir le droit de les apprécier.
Tel eft le ton avec lequel M. Defmareft en
fait envifager l'utilité que nous en pouvons
retirer. Ces fyftêmes prétendus harmo-
» niques , dit- il , que nous regardons avec
»raifon comme des chimeres , & qui oc-
» cupoient les meilleures têtes du tems de
» leur fortune , doivent nous faire regarder
» prefque du même oeil , ou au moins avec
»défiance , ces hypothèfes féduifantes qui
» ne prouvent que la témérité de leurs au-
» teurs. Sommes-nous plus fages que les
» anciens l'hiftoire de leurs fautes de-
» vroit naturellement produire cet effet..
"
Nous ne nous étendrons pas fur les deux
chapitres fuivans. Dans le premier, on trouve
des expériences fur l'eau ,fur fon poids ,
fur les phénomenes de fa congélation , far
celle des liqueurs fpiritueufes , fur l'état
des poiffons dans l'eau , & fur la maniere
dont l'air y eft parfemé , &c. Toutes ces
queftions font éclaircies dans des notes . Le
dernier chapitre comprend des obfervations
fur la réfraction des rayons de lumiere
, en traverfant différens fluides gras.
On ajoute dans les remarques vingt - deux
autres fluides examinés par Newton , &
l'on y développe la théorie de ce grand
Géometre fur la réfraction. La feconde ob152
MERCURE DE FRANCE,
fervation concerne le mêlange de deux liqueurs
, dont les volumes fe confondent en
partie par la pénétration . L'Editeur y a
joint le détail raifonné des expériences de
M. de Reaumur , fur un femblable phénomene.
La maniere d'évaluer la force de
l'aimant à différentes diftances , eſt expliquée
dans le troifieme article. On a dans
les remarques un recueil de toutes les expériences
des Phyficiens Anglois & autres
fur cette queftion délicate ; enforte que
les efforts des fçavans s'y trouvent rapprochés
, ainfi que leurs contradictions. M.
Defmareft a ajouté deux articles qu'il a traduits.
Le premier , fur la réfiftance qu'op.
pofe l'air à la pouffiere de malt , qui y flotte;
& l'autre fur l'arrangement des différentes
couches d'une mine de charbon. Ce
dernier article donne lieu à des notes fur
les efpeces de charbons dont il eft parlé ,
& à l'examen de la maniere dont les empreintes
des végétaux fe font formées fur
·les pierres des minieres. On y trouve auffi
des réflexions fur la difpofition relative
des différentes fubftances , & enfin fur leur
parallélifme. M. Defmareft s'attache fur
ces points à des obfervations générales ,
aux faits réguliers & conftans. » Sans nous
» hazarder , dit - il , à former des hypothè
pfes , où l'imagination , en fuppléant ag
DECEMBRE . 1754 163
, vrai , le défigure toujours , nous nous
»bornons à ces obfervations générales , qui
» font peut- être les feuls fyftêmes permis.
Fermer
Résumé : « EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...] »
Le texte présente les expériences physico-mécaniques de M. Hauksbée, traduites et révisées par M. Defmareft, structurées en deux volumes. L'ouvrage est organisé méthodiquement en chapitres thématiques tels que la pesanteur, l'air, l'électricité et les tubes capillaires, facilitant ainsi la compréhension du lecteur. M. Defmareft a mis à jour les expériences de M. Hauksbée, réalisées il y a près de quarante ans, en intégrant des connaissances plus récentes pour confirmer ou contredire les observations initiales. Il a également ajouté des remarques historiques sur les sujets traités. Le premier chapitre traite de la pesanteur des corps, examinant les forces qui maintiennent les molécules des solides dans les liquides. M. Defmareft discute des vues de divers physiciens sur ce phénomène et le rapporte à la même cause qui élève les liquides dans les tubes capillaires. Le deuxième chapitre aborde les observations sur l'air, incluant des expériences sur la quantité d'air produite par la poudre à canon et le rapport de poids entre l'eau et l'air. M. Hauksbée confirme les effets de la pression atmosphérique et combat les théories anciennes sur la matière subtile. Le troisième chapitre se concentre sur la lumière électrique, avec des expériences détaillées sur les effets de la lumière électrique sur différents corps. M. Hauksbée est crédité pour ses découvertes sur les propriétés électriques du verre. Le quatrième chapitre explore l'électricité, avec des observations sur les attractions et répulsions des effluves électriques, et les effets du vide sur les expériences électriques. Le texte mentionne également les contributions de M. Dufay, qui a répété les expériences de M. Hauksbée, et les éclaircissements apportés par M. Defmareft à partir des mémoires de l'Académie Française. Le deuxième volume traite de l'ascension des liquides dans des espaces capillaires, discutant des lois hydrostatiques et des observations sur différentes formes de cavités capillaires. M. Hauksbée a étudié l'élévation des liquides entre des plans parallèles ou inclinés, observant que la hauteur des colonnes de liquide est inversement proportionnelle à la distance entre les plans, formant une courbe hyperbolique. Il a également examiné le comportement d'une goutte d'huile entre deux lames de verre, phénomène expliqué par Newton comme une preuve de l'attraction. M. Defmarets a développé les vues de Newton en utilisant la géométrie pour expliquer l'accélération du mouvement de la goutte d'huile. Le texte mentionne également des réflexions de M. Hauksbée sur la cause de l'élévation des liquides dans les tubes, hypothèse où l'attraction joue un rôle principal. M. Desmarets ajoute une histoire critique des principales hypothèses formulées pour expliquer ces phénomènes, divisée en trois parties discutant différentes classes de systèmes. Un chapitre est dédié aux expériences de M. Hauksbée sur le son et ses modifications dans divers milieux, évaluant les augmentations et diminutions en fonction de la densité de l'air et de l'étendue de la sphère de propagation. L'éditeur examine le concours de la résistance de l'air et de sa densité par rapport à la force du son. Le texte aborde également des expériences sur l'eau, son poids, la congélation, les poissons dans l'eau, et la réfraction des rayons lumineux à travers différents fluides. Des observations sur la force de l'aimant à différentes distances sont également présentées, ainsi que des articles sur la résistance de l'air à la poussière de malt et l'arrangement des couches dans une mine de charbon. M. Desmarets se concentre sur des observations générales et des faits constants, évitant les hypothèses spéculatives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
165
p. 163-173
« TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...] »
Début :
TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...]
Mots clefs :
Diction, Style, Rhétorique, Manière de bien parler, Phrase, Grammaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...] »
TRAITÉ de la Diction , par M. Eſteve ,
de la Société royale des Sciences de Montpellier
, vol. in - 12 , 1755. A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , &c .
Il ne faut rien moins qu'un efprit exercé
dans les fciences abftraites pour faire de
nouvelles découvertes fur la diction . Arif.
rote , Ciceron , Quintilien ont également
écrit fur cette matiere . Au jugement de
M. de Fenelon , nous ne pouvons mieux
faire que de copier ce que ces Auteurs en
ont dit ; mais ce que nos écrivains modernes
n'avoient pas feulement vû , M.
Efteve vient de l'exécuter. Son ouvrage
-eft divifé en deux livres ; le premier traite
des principes effentiels de la diction , &
le fecond des différens ftyles . Il recherche
quelles font les vraies perfections des élémens
de la phrafe ; enfuite il examine la
phrafe en elle-même. Ce font là les matériaux
dont il fait ufage pour conftruire le
fyſtème général des diverfes manieres de
s'énoncer. Ce n'eft pas ici un ouvrage de
grammaire , mais plutôt un traité philofophique
fur l'art de bien parler & de bien
écrite dans toutes fortes de langues. On
164 MERCURE DE FRANCE.
trouve dans cette production antant de
méthode que dans un ouvrage de Géométrie
, & autant de clarté que dans un ouvrage
pur agrément : pour l'invention
on ne fçauroit la difputer à l'auteur , car
il n'y a aucun modele en ce genre.
de
Nous avons dit qu'il falloit diftinguer
cette production philofophique de tout ce
qu'on nous a donné jufqu'à préfent fur la
grammaire : nous allons rapporter ce qu'en
dit l'Auteur. Ce ne font point ici les
principes raifonnés de la grammaire ni
l'art de parler correctement ces con-
» noiffances préliminaires , je les fuppofe
» dans mes lecteurs, La déclinaifon des
» verbes & des noms , les irrégularités , en
» un mot tout ce qui appartient à la grammaire
doit être connu. Dans un traité de
la peinture il n'eft point néceffaire de re-
» chercher la nature des diverfes couleurs ,
il faut les fuppofer déja broyées & arrangées
fur la palette : nous en ufons de
même dans le traité de l'art de la diction.
Auffi tout ce que nous y difons
peut également convenir à la Langue La-
» tine , Françoife ou Allemande , ou plus
» généralement à toutes les langues anciennes
& modernes.
Le peu d'étendue que nous donnons à
mos extraits ne nous permet pas de fuivre
DECEMBRE. 1754. 165
l'Auteur dans toutes les réflexions qui naiffent
fous fa plume ; nous nous contenterons
de citer quelques morceaux , qui feront
connoître le ftyle & la maniere dont
cet ouvrage eft exécuté .
n
"
En parlant de l'harmonie du difcours ,
l'Auteur compare une période à un air de
mufique. » Ne faut-il point dans une pe-
»riode diftribuer certains repos pour la
voix , exprimer un fentiment , n'introduire
aucune difparate entre les fons qui
doivent fe fuivre , faire annoncer les
» dénominations les unes par les autres ,
ne préfenter les plus grands effets qu'après
ceux qui doivent les préparer , enfin
répandre un accord & une unité d'expreffion
? &c. « Cette comparaifon ainfi
détaillée , eft neuve , & retrace au jufte la
plus grande partie des regles que l'écrivain
doit fe prefcrire. Dans le premier livre
l'Auteur parle des images , de la chaleur
qu'on doit leur donner , des termes
figurés , de la métaphore , de l'allégorie ,
de la périphrafe , des termes négatifs , des
épithetes , des adjectifs , comme auffi des
inverfions & des tours de phrafe , de
l'harmonie du difcours , & de la variété
dans le ftyle. Le fecond Livre , ainſi que
nous l'avons déja dit , traite de toutes les
différentes efpéces de ſtyle qui ont du ca- `
166 MERCURE DE FRANCE.
ractere. Le premier dont il eſt queſtion , eſt
le ftyle fimple. Voici comme l'Auteur entre
en matiere.
»
n
30
» Les anciens ont fait des éloges éton-
» nans du ftyle fimple , qu'ils appelloient
Attique : ils lui donnerent ce nom , par-
» ce que c'étoit le feul territoire d'Athènes
» qui le produifoit . Lorfque les Athéniens
»repréfentoient les Graces , ils les laif-
»foient toutes nûes , fans aucune forte de
» vêtement ; voilà le modele de leur fty-
» le .... Le ftyle fimple pourroit être appellé
le langage de la pure raifon . Rempli
de fentimens nobles & vrais , il ne
»fe permet ni les antithèfes froides & érudiées
, ni les comparaifons fauffes & déplacées
, ni l'enchantement puerile des
figures brillantes d'une fauffe Rhétorique
la peinture exacte des objets , la
» nobleffe & l'élégance de la diction , la
force du raifonnement , la beauté effentielle
du fujet ; voilà la diftinction en-
» tiere du langage que devroient parler les
"
93
"
"
39
hommes.
Cé ftyle fimple eft divifé par l'Auteur
en ftyle fublime & ftyle naïf ; chacun de
ces ftyles eft traité dans un chapitre en particulier.
Dans celui qui traite du ftyle fublime
, l'Auteur compare la maniere d'écrire
de Racine avec celle de Corneille. Après
DECEMBRE. 1754. 167
»
avoir cité plufieurs exemples de l'un & de
l'autre écrivain , M. Efteve dit : » voilà
» encore une peinture ( il eft queftion de
quelques vers de Racine ) , mais faite
dans un autre goût que celle de Cor-
» neille. Ce dernier eft un torrent qui ravage
tout , & précipite fa courfe , la for-
» ce de fon
éloquence l'entraîne fans ceffe
» malgré lui même , on diroit que les mots
» ne font que le fuivre de loin ; mais Ra-
» cine
développe fes couleurs , il les étend ,
» il colorie , il
répréfente au vrai tout ce
» qu'il peint , il fait par les feuls mots des
répréfentations plus
parfaites que ce
» qu'on croiroit pouvoir jamais attendre
de l'art de la diction.
33
» Rien n'eft au -deffus des
fentimens
» élevés que Corneille donne à fes héros :
c'eft la nature dans fa plus grande force
» & dans fa plus belle
fimplicité ; car je
» ne parle ici que des grands traits de gé-
" nie , qui lui affurent
l'admiration de tous
» les fiécles ; il eft vrai que la vive lumiere
» de fon
éloquence s'eft
quelquefois éclip-
» fée. Ces hommes qu'il fait parler & dont
» l'ame paroît dans certains
intervalles fi
grande , fi éclairée , & fi fublime , nẹ
» fe
foutiennent pas
toujours dans cette
région élevée &
lumineufe : on les ap-
» perçoit affez ſouvent
defcendre parmi le
"
168 MERCURE DE FRANCE.
»vulgaire ; alors ils ne font plus une fource
de vive lumiere qui éclaire tout ce
qui les approche , on diroit plutôt qu'ils
» ne fe conduifent que par une lueur foi-
» ble & empruntée.
Nous ne pouvons qu'annoncer les idées
de l'Auteur. Il parcourt tous les ftyles , il
en montre les beautés & les défauts. Le
ftyle ingénieux , le ftyle brillant , le ſtyle
fleuri , le ftyle qui peint , le ftyle qui ne
peint point , le ftyle oriental , le ftyle découfu
, tout eft traité par ordre & avec
précifion . Nous nous contenterons de citer
un des traits qui terminent l'ouvrage , &
dont le lecteur pourra faire aisément l'application.
» S'il y avoit une nation qui , peu capable
de raifonnemens fuivis , ne recherchât
jamais la jufteffe dans la fucceffion
des idées ; fi une feule phrafe bien tour-
» née fuffifoit à la capacité de cette na-
» tion , le ſtyle découfu y paroîtroit avan-
» tageufement. Un écrivain , pour con-
» tenter le lecteur , négligeroit le plan &
la fuite de l'ouvrage , pour ne s'occuper
* que du tour brillant d'une penfée. A
cette premiere penfée , il feroit fuccéder
» celle qui fe préfenteroit d'abord à fon
imagination , quoiqu'elle n'eût fouvent
aucun rapport avec celle qui doit la pré-
33
céder
DECEMBRE. 1754. 169
céder ; ce feroit là le grand art d'amufer
»des efprits frivoles. Car une imagination
légere préferera toujours l'éclat d'une
phrafe ifolée à un difcours fuivi , dont
toutes les parties font faites les unes pour
les autres , & qui par- tout également vif
» & preffant , ne montre pas mal à propos
des ombres qui fervent à relever une
fauffe lumiere.
HISTOIRE & commerce des Colonies
'Angloifes dans l'Amérique feptentrionale.
ALondres ; & fe trouve à Paris , chez Lebreton
, Defaint , Piffot , Lambert. 1754
in-12. 1 vol.
Il nous paroît qu'on n'a pas faifi jufqu'ici
la vraie maniere d'écrire l'hiftoire des colonies
: on n'a prefque parlé que des guerres
qui avoient été entreprifes pour s'y établir
, ou qu'on a été forcé de foutenir pour
s'y maintenir. Comme le but de ces établiſſemens
eft moins la gloire que l'utilité ,
il auroit fallu paffer rapidement fur les événemens
militaires , & s'arrêter à la fituation
, aux productions , aux moeurs , au
gouvernement , à tous les avantages qu'on
retire & qu'on pourroit retirer des pays
éloignés dont on parle. L'Auteur de l'hiftoire
des Colonies Angloifes a parfaitement
rempli l'idée que nous propofons. Il dit
11. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
tout ce que les négocians & les politiques
peuvent defirer de fçavoir fur le fujet qu'il
traite , & il le dit d'une maniere convenable
à la matiere qu'il traite. Nous connoillons
affez les fources où il a puifé ,
pour affurer quelles font très bonnes. Cet
Ecrivain , ou quelqu'autre auffi inftruir ,
devroit bien nous donner dans le même.
goûtd'hiftoire de nos lles fous le vent , les
plus belles colonies de l'univers , fans en
excepter le Pérou & le Mexique.
NOUVEAU Commentaire fur les ordonhances
des mois d'Août 1669 , & Mars
1673 , enſemble fur l'édit du mois de
Mars 1673 , touchant les épices. Par M.
***. Confeiller au Préfidial d'Orléans. A
Paris , chez Debure l'aîné , quai des Auguftins.
1754. in- 12. 1 vol. Ce livre fe
vend liv. 12 fols.
L'Ordonnance de 1669 traite des évocations
, des réglemens de Juges en matiere
civile & criminelle , des Committimus ,
des Lettres d'Etat & de répit. L'Ordonnance
de 1673 a pour objet le commerce.
Elle traite des apprentifs négocians & marchands
, des agens de banque , & courtiers
, des livres & registres des négocians
, marchands & banquiers , des faciétés
, des lettres & billets de change & proDECEMBRE.
1754. 175
melles d'en fournir , des intérêts de change
& de rechange , des contraintes par
corps , des féparations de biens , des défenfes
& lettres de répi , des ceffions de
biens , des faillies & banqueroutes , de la
jurifdiction des Confuls. Le même auteur
nous a donné il y a deux ans des commentaires
courts , clairs , & très- inftructifs fur
les ordonnances civiles & criminelles.
Ces quatre ordonnances feront toujours
regardées comme un des plus beaux monumens
du regne de Louis XIV. L'Europe entiere
en a fenti le prix , & en a retiré les plus
grands avantages. Il faut efpérer que l'étude
de nos loix ne tardera pas à nous paroître un
objet digne de nous occuper. Notre nation
a pouffé fi loin depuis vingt ans la théorie
& la pratique des finances , du commerce
, de la guerre , de la politique ,, de toutes
les connoiffances qui peuvent intéreffer
fa gloire , fon bonheur ou fon opulence
, qu'elle est devenue dans les chofes importantes
, comme elle l'a toujours été dans
lés agréables , un objet d'émulation pour
les peuples qui fe conduifent avec le plus
de circonfpection & de fagefle . On nous
reproche cependant encore avec raifon l'ignorance
de notre droit public & de notre
jurifprudence. Les fecours fürs & faciles
qu'on nous préfente , nous détermineront
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fans doute à acquerir des lumieres qu'il
eft honteux & très- dangereux de ne pas
avoir.
Le bon Jardinier , Almanach pour l'année
1755 , contenant une idée générale
des quatre fortes de jardins , les regles pour
les cultiver , & la maniere d'élever les plus
belles fleurs. A Paris , chez Guillin , quai
des Auguftins , au Lys d'or. 1755 .
Cet Almanach qui n'étoit prefque l'an
dernier qu'un catalogue , eft devenu un
Quvrage plein de recherches & de détails
agréables fur la matiere qui y eft traitée.
On y trouvera de l'inftruction & de l'amufement.
LE College des Jéfuites de Toulouſe , où
les études font excellentes , a faifi l'occafion
de la diftribution des prix pour faire
représenter une paftorale héroïque à la
louange du Roi. Le P. Badon qui , à ce
qu'il nous paroît , eft chargé ordinairement
de ces actions d'éclat , & qui juftifie
le choix qu'on fait de lui , fait célébrer par
les bergers qu'il introduit fur la fcene , la
juftice des armes du Roi , fa douceur , fa
modération dans la victoire , fes conquêtes
, la journée de Fontenoy , la paix d'Aix-
12- Chapelle , la nobleffe accordée aux Of
DECEMBRE. 1754. 173
ficiers , l'établiſſement de l'Ecole Militaire
, &c. Les éloges de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dau
phine , de Mefdames fuivent naturelle
ment. La paftorale eft terminée par la joie
générale que la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Berri a répandu parmi les François
, & par des voeux pour la gloire de
ce jeune Prince.
de la Société royale des Sciences de Montpellier
, vol. in - 12 , 1755. A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , &c .
Il ne faut rien moins qu'un efprit exercé
dans les fciences abftraites pour faire de
nouvelles découvertes fur la diction . Arif.
rote , Ciceron , Quintilien ont également
écrit fur cette matiere . Au jugement de
M. de Fenelon , nous ne pouvons mieux
faire que de copier ce que ces Auteurs en
ont dit ; mais ce que nos écrivains modernes
n'avoient pas feulement vû , M.
Efteve vient de l'exécuter. Son ouvrage
-eft divifé en deux livres ; le premier traite
des principes effentiels de la diction , &
le fecond des différens ftyles . Il recherche
quelles font les vraies perfections des élémens
de la phrafe ; enfuite il examine la
phrafe en elle-même. Ce font là les matériaux
dont il fait ufage pour conftruire le
fyſtème général des diverfes manieres de
s'énoncer. Ce n'eft pas ici un ouvrage de
grammaire , mais plutôt un traité philofophique
fur l'art de bien parler & de bien
écrite dans toutes fortes de langues. On
164 MERCURE DE FRANCE.
trouve dans cette production antant de
méthode que dans un ouvrage de Géométrie
, & autant de clarté que dans un ouvrage
pur agrément : pour l'invention
on ne fçauroit la difputer à l'auteur , car
il n'y a aucun modele en ce genre.
de
Nous avons dit qu'il falloit diftinguer
cette production philofophique de tout ce
qu'on nous a donné jufqu'à préfent fur la
grammaire : nous allons rapporter ce qu'en
dit l'Auteur. Ce ne font point ici les
principes raifonnés de la grammaire ni
l'art de parler correctement ces con-
» noiffances préliminaires , je les fuppofe
» dans mes lecteurs, La déclinaifon des
» verbes & des noms , les irrégularités , en
» un mot tout ce qui appartient à la grammaire
doit être connu. Dans un traité de
la peinture il n'eft point néceffaire de re-
» chercher la nature des diverfes couleurs ,
il faut les fuppofer déja broyées & arrangées
fur la palette : nous en ufons de
même dans le traité de l'art de la diction.
Auffi tout ce que nous y difons
peut également convenir à la Langue La-
» tine , Françoife ou Allemande , ou plus
» généralement à toutes les langues anciennes
& modernes.
Le peu d'étendue que nous donnons à
mos extraits ne nous permet pas de fuivre
DECEMBRE. 1754. 165
l'Auteur dans toutes les réflexions qui naiffent
fous fa plume ; nous nous contenterons
de citer quelques morceaux , qui feront
connoître le ftyle & la maniere dont
cet ouvrage eft exécuté .
n
"
En parlant de l'harmonie du difcours ,
l'Auteur compare une période à un air de
mufique. » Ne faut-il point dans une pe-
»riode diftribuer certains repos pour la
voix , exprimer un fentiment , n'introduire
aucune difparate entre les fons qui
doivent fe fuivre , faire annoncer les
» dénominations les unes par les autres ,
ne préfenter les plus grands effets qu'après
ceux qui doivent les préparer , enfin
répandre un accord & une unité d'expreffion
? &c. « Cette comparaifon ainfi
détaillée , eft neuve , & retrace au jufte la
plus grande partie des regles que l'écrivain
doit fe prefcrire. Dans le premier livre
l'Auteur parle des images , de la chaleur
qu'on doit leur donner , des termes
figurés , de la métaphore , de l'allégorie ,
de la périphrafe , des termes négatifs , des
épithetes , des adjectifs , comme auffi des
inverfions & des tours de phrafe , de
l'harmonie du difcours , & de la variété
dans le ftyle. Le fecond Livre , ainſi que
nous l'avons déja dit , traite de toutes les
différentes efpéces de ſtyle qui ont du ca- `
166 MERCURE DE FRANCE.
ractere. Le premier dont il eſt queſtion , eſt
le ftyle fimple. Voici comme l'Auteur entre
en matiere.
»
n
30
» Les anciens ont fait des éloges éton-
» nans du ftyle fimple , qu'ils appelloient
Attique : ils lui donnerent ce nom , par-
» ce que c'étoit le feul territoire d'Athènes
» qui le produifoit . Lorfque les Athéniens
»repréfentoient les Graces , ils les laif-
»foient toutes nûes , fans aucune forte de
» vêtement ; voilà le modele de leur fty-
» le .... Le ftyle fimple pourroit être appellé
le langage de la pure raifon . Rempli
de fentimens nobles & vrais , il ne
»fe permet ni les antithèfes froides & érudiées
, ni les comparaifons fauffes & déplacées
, ni l'enchantement puerile des
figures brillantes d'une fauffe Rhétorique
la peinture exacte des objets , la
» nobleffe & l'élégance de la diction , la
force du raifonnement , la beauté effentielle
du fujet ; voilà la diftinction en-
» tiere du langage que devroient parler les
"
93
"
"
39
hommes.
Cé ftyle fimple eft divifé par l'Auteur
en ftyle fublime & ftyle naïf ; chacun de
ces ftyles eft traité dans un chapitre en particulier.
Dans celui qui traite du ftyle fublime
, l'Auteur compare la maniere d'écrire
de Racine avec celle de Corneille. Après
DECEMBRE. 1754. 167
»
avoir cité plufieurs exemples de l'un & de
l'autre écrivain , M. Efteve dit : » voilà
» encore une peinture ( il eft queftion de
quelques vers de Racine ) , mais faite
dans un autre goût que celle de Cor-
» neille. Ce dernier eft un torrent qui ravage
tout , & précipite fa courfe , la for-
» ce de fon
éloquence l'entraîne fans ceffe
» malgré lui même , on diroit que les mots
» ne font que le fuivre de loin ; mais Ra-
» cine
développe fes couleurs , il les étend ,
» il colorie , il
répréfente au vrai tout ce
» qu'il peint , il fait par les feuls mots des
répréfentations plus
parfaites que ce
» qu'on croiroit pouvoir jamais attendre
de l'art de la diction.
33
» Rien n'eft au -deffus des
fentimens
» élevés que Corneille donne à fes héros :
c'eft la nature dans fa plus grande force
» & dans fa plus belle
fimplicité ; car je
» ne parle ici que des grands traits de gé-
" nie , qui lui affurent
l'admiration de tous
» les fiécles ; il eft vrai que la vive lumiere
» de fon
éloquence s'eft
quelquefois éclip-
» fée. Ces hommes qu'il fait parler & dont
» l'ame paroît dans certains
intervalles fi
grande , fi éclairée , & fi fublime , nẹ
» fe
foutiennent pas
toujours dans cette
région élevée &
lumineufe : on les ap-
» perçoit affez ſouvent
defcendre parmi le
"
168 MERCURE DE FRANCE.
»vulgaire ; alors ils ne font plus une fource
de vive lumiere qui éclaire tout ce
qui les approche , on diroit plutôt qu'ils
» ne fe conduifent que par une lueur foi-
» ble & empruntée.
Nous ne pouvons qu'annoncer les idées
de l'Auteur. Il parcourt tous les ftyles , il
en montre les beautés & les défauts. Le
ftyle ingénieux , le ftyle brillant , le ſtyle
fleuri , le ftyle qui peint , le ftyle qui ne
peint point , le ftyle oriental , le ftyle découfu
, tout eft traité par ordre & avec
précifion . Nous nous contenterons de citer
un des traits qui terminent l'ouvrage , &
dont le lecteur pourra faire aisément l'application.
» S'il y avoit une nation qui , peu capable
de raifonnemens fuivis , ne recherchât
jamais la jufteffe dans la fucceffion
des idées ; fi une feule phrafe bien tour-
» née fuffifoit à la capacité de cette na-
» tion , le ſtyle découfu y paroîtroit avan-
» tageufement. Un écrivain , pour con-
» tenter le lecteur , négligeroit le plan &
la fuite de l'ouvrage , pour ne s'occuper
* que du tour brillant d'une penfée. A
cette premiere penfée , il feroit fuccéder
» celle qui fe préfenteroit d'abord à fon
imagination , quoiqu'elle n'eût fouvent
aucun rapport avec celle qui doit la pré-
33
céder
DECEMBRE. 1754. 169
céder ; ce feroit là le grand art d'amufer
»des efprits frivoles. Car une imagination
légere préferera toujours l'éclat d'une
phrafe ifolée à un difcours fuivi , dont
toutes les parties font faites les unes pour
les autres , & qui par- tout également vif
» & preffant , ne montre pas mal à propos
des ombres qui fervent à relever une
fauffe lumiere.
HISTOIRE & commerce des Colonies
'Angloifes dans l'Amérique feptentrionale.
ALondres ; & fe trouve à Paris , chez Lebreton
, Defaint , Piffot , Lambert. 1754
in-12. 1 vol.
Il nous paroît qu'on n'a pas faifi jufqu'ici
la vraie maniere d'écrire l'hiftoire des colonies
: on n'a prefque parlé que des guerres
qui avoient été entreprifes pour s'y établir
, ou qu'on a été forcé de foutenir pour
s'y maintenir. Comme le but de ces établiſſemens
eft moins la gloire que l'utilité ,
il auroit fallu paffer rapidement fur les événemens
militaires , & s'arrêter à la fituation
, aux productions , aux moeurs , au
gouvernement , à tous les avantages qu'on
retire & qu'on pourroit retirer des pays
éloignés dont on parle. L'Auteur de l'hiftoire
des Colonies Angloifes a parfaitement
rempli l'idée que nous propofons. Il dit
11. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
tout ce que les négocians & les politiques
peuvent defirer de fçavoir fur le fujet qu'il
traite , & il le dit d'une maniere convenable
à la matiere qu'il traite. Nous connoillons
affez les fources où il a puifé ,
pour affurer quelles font très bonnes. Cet
Ecrivain , ou quelqu'autre auffi inftruir ,
devroit bien nous donner dans le même.
goûtd'hiftoire de nos lles fous le vent , les
plus belles colonies de l'univers , fans en
excepter le Pérou & le Mexique.
NOUVEAU Commentaire fur les ordonhances
des mois d'Août 1669 , & Mars
1673 , enſemble fur l'édit du mois de
Mars 1673 , touchant les épices. Par M.
***. Confeiller au Préfidial d'Orléans. A
Paris , chez Debure l'aîné , quai des Auguftins.
1754. in- 12. 1 vol. Ce livre fe
vend liv. 12 fols.
L'Ordonnance de 1669 traite des évocations
, des réglemens de Juges en matiere
civile & criminelle , des Committimus ,
des Lettres d'Etat & de répit. L'Ordonnance
de 1673 a pour objet le commerce.
Elle traite des apprentifs négocians & marchands
, des agens de banque , & courtiers
, des livres & registres des négocians
, marchands & banquiers , des faciétés
, des lettres & billets de change & proDECEMBRE.
1754. 175
melles d'en fournir , des intérêts de change
& de rechange , des contraintes par
corps , des féparations de biens , des défenfes
& lettres de répi , des ceffions de
biens , des faillies & banqueroutes , de la
jurifdiction des Confuls. Le même auteur
nous a donné il y a deux ans des commentaires
courts , clairs , & très- inftructifs fur
les ordonnances civiles & criminelles.
Ces quatre ordonnances feront toujours
regardées comme un des plus beaux monumens
du regne de Louis XIV. L'Europe entiere
en a fenti le prix , & en a retiré les plus
grands avantages. Il faut efpérer que l'étude
de nos loix ne tardera pas à nous paroître un
objet digne de nous occuper. Notre nation
a pouffé fi loin depuis vingt ans la théorie
& la pratique des finances , du commerce
, de la guerre , de la politique ,, de toutes
les connoiffances qui peuvent intéreffer
fa gloire , fon bonheur ou fon opulence
, qu'elle est devenue dans les chofes importantes
, comme elle l'a toujours été dans
lés agréables , un objet d'émulation pour
les peuples qui fe conduifent avec le plus
de circonfpection & de fagefle . On nous
reproche cependant encore avec raifon l'ignorance
de notre droit public & de notre
jurifprudence. Les fecours fürs & faciles
qu'on nous préfente , nous détermineront
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fans doute à acquerir des lumieres qu'il
eft honteux & très- dangereux de ne pas
avoir.
Le bon Jardinier , Almanach pour l'année
1755 , contenant une idée générale
des quatre fortes de jardins , les regles pour
les cultiver , & la maniere d'élever les plus
belles fleurs. A Paris , chez Guillin , quai
des Auguftins , au Lys d'or. 1755 .
Cet Almanach qui n'étoit prefque l'an
dernier qu'un catalogue , eft devenu un
Quvrage plein de recherches & de détails
agréables fur la matiere qui y eft traitée.
On y trouvera de l'inftruction & de l'amufement.
LE College des Jéfuites de Toulouſe , où
les études font excellentes , a faifi l'occafion
de la diftribution des prix pour faire
représenter une paftorale héroïque à la
louange du Roi. Le P. Badon qui , à ce
qu'il nous paroît , eft chargé ordinairement
de ces actions d'éclat , & qui juftifie
le choix qu'on fait de lui , fait célébrer par
les bergers qu'il introduit fur la fcene , la
juftice des armes du Roi , fa douceur , fa
modération dans la victoire , fes conquêtes
, la journée de Fontenoy , la paix d'Aix-
12- Chapelle , la nobleffe accordée aux Of
DECEMBRE. 1754. 173
ficiers , l'établiſſement de l'Ecole Militaire
, &c. Les éloges de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dau
phine , de Mefdames fuivent naturelle
ment. La paftorale eft terminée par la joie
générale que la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Berri a répandu parmi les François
, & par des voeux pour la gloire de
ce jeune Prince.
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Résumé : « TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...] »
Le texte présente plusieurs ouvrages et sujets divers. Le 'Traité de la Diction' de M. Esteve, membre de la Société royale des Sciences de Montpellier, publié en 1755, explore les principes essentiels de la diction et les différents styles. Divisé en deux livres, le premier traite des éléments de la phrase et de la construction du discours, tandis que le second examine les diverses espèces de style, telles que le style simple, sublime et naïf. Esteve compare la diction à la musique, soulignant l'importance de l'harmonie et de la variété dans le discours. Il distingue également les styles de Racine et de Corneille, mettant en avant leurs approches différentes de l'éloquence. Le texte mentionne également d'autres publications, comme l''Histoire & commerce des Colonies Angloises dans l'Amérique septentrionale', qui se concentre sur les aspects utilitaires des colonies plutôt que sur les conflits militaires. Un 'Nouveau Commentaire' sur les ordonnances des mois d'août 1669 et mars 1673, ainsi que sur l'édit de mars 1673 concernant les épices, est également présenté. Cet ouvrage traite des réglements juridiques et commerciaux sous le règne de Louis XIV. Enfin, le texte évoque le 'Bon Jardinier', un almanach pour l'année 1755, qui offre des conseils sur la culture des jardins et l'élevage des fleurs. Il mentionne également une pastorale héroïque représentée par le Collège des Jésuites de Toulouse, célébrant les vertus et les conquêtes du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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166
p. 173-175
DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU, Fragment d'un Poëme Latin sur l'imagination.
Début :
Quà cerebrum exigui vallatur fornice tecti, [...]
Mots clefs :
Cerveau, Imagination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU, Fragment d'un Poëme Latin sur l'imagination.
DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU ,
Fragment d'un Poëme Latin fur l'imagination.
Quà cerebrum exigui vallatur fornice tecti ,
Innumeræ celantur opes ; hic fpiffa frequentes
Denfat fylva fibras & inextricabile textum
Hic vaga fpirituum rapidoque exercita curfu
Turba per anguftos refluitque fuitque canales ,
Quæfimul ac variis huc illuc flexibus errans
Trita redorditur veftigia , plurima mentem
Occupat effigies fimulachraque dædala rerum.
Sed neque fpiritibus natura eft una creandis ,
Namque olli craffo male pingues corpore cæcos
Agrè aditus penetrant obnixi & mollia furdo
Impere flexilium quaffant ramenta fibrarum.
Tenuior eft aliis exutaque pondus & omnes
Carpere prompta vias agilifque in verbera moles.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Præcipitant alii & rapido fe turbine torquent.
Ignea gens ; pars lenta gradu fe motat inerti
Cun&tatrix , paffimque ignavo frigore torper.
Pars fluit uberior fæcundoque amne tumentes
Diftentat nervos ; pars circumcurfat inanes
Rara canaliculos & inania regna pererrat.
Eft quoque quod vario difcriminet ordine -
bras.
Pars riget indocilis crebro incurvefcere pulfa
Spirituum & certis infcribi ex ordine fulcis.
Pars quoque fæmineo plerumque innata cerebre
Flexura patiens inflexa repentè refultat ,
Aut refugo properat fubfidere lubrica lapfu
at declinatos fruftratur molliter ictus.
Pars male laxa jacet fluitantibus obfita guttis
Quæ nimio bibulas oppleat humore lacunas ;
Naufragus alveolis vix denique fpiritus arctis
Enatat ; implicitis coëunt veftigia ramis.
Sunt etiam veterum rugarum apprima tenaces ;
Namque ufu longo fenioque retorrida pellis
Aruit , inque novos metuit lentefcere flexus.
Sunt graciles quas pauca vago corpufcula. fluxu
Undatim pulfant , quà pulfant cumque fequaces ;
Ut Zephyrus tremulas hinc inde fupinat ariftas
Et flabris vibrat ludentibus , aurea mellis
Fluctuat & dubios alternat flexilis æftus.
Flexilis ab nimiùm ne fit mihi fylva fibrarum
Neu nimium gracilis neque enim penetrabilis
incus ,
DECEMBRE . 1754. 175
Admittit grandes exili cortice fulcos
Et morfu crebro paulatim exefa fatifcit.
Denfior eft aliis textura & fuftinet ictum
Dùm fidis impreffa notis veftigia rerum
Altiùs infideant , nec quaffam ver bere multo
Tenuia fcindit agens in fegmina fpirituum vis ,&c .
On ne croira pas aisément que les vers
pleins d'énergie & de précision qu'on vient de
lire , foient l'ouvrage d'un homme du monde.
Fragment d'un Poëme Latin fur l'imagination.
Quà cerebrum exigui vallatur fornice tecti ,
Innumeræ celantur opes ; hic fpiffa frequentes
Denfat fylva fibras & inextricabile textum
Hic vaga fpirituum rapidoque exercita curfu
Turba per anguftos refluitque fuitque canales ,
Quæfimul ac variis huc illuc flexibus errans
Trita redorditur veftigia , plurima mentem
Occupat effigies fimulachraque dædala rerum.
Sed neque fpiritibus natura eft una creandis ,
Namque olli craffo male pingues corpore cæcos
Agrè aditus penetrant obnixi & mollia furdo
Impere flexilium quaffant ramenta fibrarum.
Tenuior eft aliis exutaque pondus & omnes
Carpere prompta vias agilifque in verbera moles.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Præcipitant alii & rapido fe turbine torquent.
Ignea gens ; pars lenta gradu fe motat inerti
Cun&tatrix , paffimque ignavo frigore torper.
Pars fluit uberior fæcundoque amne tumentes
Diftentat nervos ; pars circumcurfat inanes
Rara canaliculos & inania regna pererrat.
Eft quoque quod vario difcriminet ordine -
bras.
Pars riget indocilis crebro incurvefcere pulfa
Spirituum & certis infcribi ex ordine fulcis.
Pars quoque fæmineo plerumque innata cerebre
Flexura patiens inflexa repentè refultat ,
Aut refugo properat fubfidere lubrica lapfu
at declinatos fruftratur molliter ictus.
Pars male laxa jacet fluitantibus obfita guttis
Quæ nimio bibulas oppleat humore lacunas ;
Naufragus alveolis vix denique fpiritus arctis
Enatat ; implicitis coëunt veftigia ramis.
Sunt etiam veterum rugarum apprima tenaces ;
Namque ufu longo fenioque retorrida pellis
Aruit , inque novos metuit lentefcere flexus.
Sunt graciles quas pauca vago corpufcula. fluxu
Undatim pulfant , quà pulfant cumque fequaces ;
Ut Zephyrus tremulas hinc inde fupinat ariftas
Et flabris vibrat ludentibus , aurea mellis
Fluctuat & dubios alternat flexilis æftus.
Flexilis ab nimiùm ne fit mihi fylva fibrarum
Neu nimium gracilis neque enim penetrabilis
incus ,
DECEMBRE . 1754. 175
Admittit grandes exili cortice fulcos
Et morfu crebro paulatim exefa fatifcit.
Denfior eft aliis textura & fuftinet ictum
Dùm fidis impreffa notis veftigia rerum
Altiùs infideant , nec quaffam ver bere multo
Tenuia fcindit agens in fegmina fpirituum vis ,&c .
On ne croira pas aisément que les vers
pleins d'énergie & de précision qu'on vient de
lire , foient l'ouvrage d'un homme du monde.
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Résumé : DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU, Fragment d'un Poëme Latin sur l'imagination.
Le poème latin décrit la complexité du cerveau, comparé à un lieu riche en trésors. Il met en avant les fibres nerveuses et leur texture inextricable, ainsi que les esprits ou fluides circulant rapidement à travers des canaux étroits. Ces esprits créent des images et des simulacres représentant diverses choses. Le texte distingue plusieurs types d'esprits : certains sont épais et aveugles, d'autres légers et agiles. Certains esprits sont rapides et tourbillonnants, tandis que d'autres sont lents et inertes. Une partie des esprits distend les nerfs comme un fleuve abondant, une autre erre dans des canaux rares et vides. Le poème évoque également les différentes flexibilités et résistances des fibres nerveuses : certaines sont rigides et résistantes, d'autres flexibles et rebondissantes. Certaines fibres sont lâches et obstruées par des gouttelettes fluides, rendant difficile la circulation des esprits. Le texte mentionne des fibres anciennes et durcies par le temps, ainsi que des fibres graciles et ondulantes. Le poème se termine par une réflexion sur la nécessité d'éviter que les fibres ne deviennent trop fragiles ou trop denses, afin de permettre une circulation optimale des esprits et de préserver les traces des expériences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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167
p. 107-117
« ESSAI SUR L'ART DE LA GUERRE, 2 vol. in-4o. ornés de plans, de vignettes [...] »
Début :
ESSAI SUR L'ART DE LA GUERRE, 2 vol. in-4o. ornés de plans, de vignettes [...]
Mots clefs :
Art de la guerre, Science militaire, Manoeuvres militaires, Opérations militaires, Guerre, Généraux, Roi
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texteReconnaissance textuelle : « ESSAI SUR L'ART DE LA GUERRE, 2 vol. in-4o. ornés de plans, de vignettes [...] »
SSAI SUR L'ART DE LA GUERRE , 2
ESSA
vol. in-4° .ornés de plans , de vignettes
& de culs- de- lampe. A Paris , chez Prault ,
Libraire , quai de Conti ; & chez Jombert ,
Imprimeur, rue Dauphine . Par M. le Comte
Turpin de Criffé , Brigadier des armées
du Roi , Meſtre de camp d'un Régiment
de Huffards , de l'Académie royale de Berlin
, & c.
EXTRAIT. '
Le fiécle dernier a été l'épaque la plus
brillante des beaux Arts , mais il étoit
réfervé à celui- ci de perfectionner certaines
fciences ; telle eft la fcience militaire .
Montecuculli , le Duc de Rohan & quelques
autres n'ayant donné que des principes
fans en faire d'application , n'ont pût
être que d'un foible fecours pour les Feuquiere
, les Folard , les Puyfegur & plufieurs
autres les meilleures traductions de
Strabon , de Végece , d'Alien , de l'Empereur
Léon, & de prefque tous les anciens qui
ont écrit fur cette matiere , ont été faites
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
fous nos yeux. Tout ce qu'on avoit fur
la guerre de fiége fe réduifoit au livre de
Vauban , ouvrage admirable , mais où tout
n'eſt pas encore développé. Parmi ceux qui
de nos jours ont parlé de la guerre de campagne
, il n'en eft point qui ayent embraffé
toutes les manoeuvres & toutes les opérations
; c'eft ce que M. le Comte Turpin a
entrepris dans fon effai ; il n'excepte que
les fiéges qui ne font point de fon fujet.
Il a fçu rendre fon ouvrage utile , non
feulement aux jeunes militaires, qui y trou
veront tous les principes d'un art également
profond & fublime , mais encore à
ceux à qui une longue expérience a appris
que ces principes varient dans la pratique.
fuivant les circonftances. De tous les
moyens qu'il donne pour prévenir les événemens
, le plus certain pour un Général
eft la connoiffance du pays ; c'eft auffi celui
dont il fait émaner tous les préceptes que
renferme fon ouvrage.
Il traite dans le premier livre de tout ce
qui peut avoir quelque rapport à la guerre
défenfive , & des moyens d'exécuter dans
différens pays , foit de plaine , de montagnes
, de bois , fur les rivieres , & c . toutes
fortes d'opérations , avec une armée ou
avec des détachemens : il les fuit dans leur
marche , dans leur retraite , dans l'efcorte
JANVIER. 1755. 109
des convois , dans les fourrages au verd &
au fec , de quelque arme qu'ils foient compofés
; dans leurs camps , foit qu'ils y entrent
, foit qu'ils en fortent. L'auteur commence
par la défenſe , parce que , dit- il ,
c'eft la plus naturelle à l'homme . » En
» effet , ajoûte - t - il , à fuivre toutes les
» opérations d'une campagne , on voit que
» c'eft feulement la crainte d'ètre attaqué
qui a fait imaginer des précautions pour
»l'attaque même.
Elle fait le fujet du fecond livre . Les
principaux moyens qu'elle employe , font
les furprifes , les efpions , les embuscades ,
la force ouverte , & enfin les batailles :
chacun de ces moyens eft traité avec beancoup
d'érudition ; mais le chapitre des batailles
renferme un détail qui fuppofe des
connoiffances infinies. Après y avoir parlé
des occafions où il faut éviter ou donner
une bataille , après avoir établi les principes
que nos plus grands Généranx paroif
fent avoir fuivis dans ces circonftances ,
d'où dépendent le falut ou la perte , la
gloire ou la honte d'un Etat , M. L. C. T.
fuppofe quatre différentes difpofitions
d'armée , & démontre autant qu'il eft
poffible quel doit être le fuccès en fuivant
tels ou tels principes. M. le Maréchal
de Puyfegur a reçu tous les préceptes dans
110 MERCURE DE FRANCE.
la fuppofition qu'il fait d'une bataille aux
environs de Paris ; mais il étoit difficile de
trouver dans un eſpace auffi peu étendu
tous les terreins poflibles dont la connoiffance
étoit néceffaire au militaire . L'Auteur
de l'effai a fenti cette difficulté ; il a
fait les difpofitions relativement aux pays
qui fe rencontrent le plus communément ,
& il y a bien peu de cas qu'il n'ait prévûs.
Dans le troifieme livre , l'Auteur parle
des quartiers & des cantonnemens relatievement
à la défenfe ; il fait confifter leur
fûreté dans la vigilance de chaque Commandant
dans la place d'armes particuliere
& générale des quartiers , dans les ve-
-dettes & gardes à cheval difpofées avec
-précaution; dans les détachemens en avant,
dans les manoeuvres qu'il faut oppofer
l'ennemi contre les fauffes alarmes , dans
les précautions qu'il faut prendre en éta-
-bliflant fes quartiers ; précautions que l'Auteur
fait varier à mefure que la nature du
pays change ; la circonfpection qu'on doit
avoir en entrant dans les quartiers , ou
lorfqu'on veut en défendre l'entrée à l'en-
<nemi.
L'Auteur continue dans le quatrieme livre
à détailler les manoeuvres relatives aux
quartiers , foit pour ll''aattttaaqquuee en général
foit pour la retraite , tant des détachemens
>
JANVIER. 1755 .
que d'une armée qui n'a pu forcer les
quartiers d'une autre armée.
Ce quatrieme livre eft fuivi d'une méthode
raiſonnée , qui rend les opérations
d'une campagne plus fûres & le fuccès
moins douteux , en établiſſant dans le pays
aqu'on veut conquérir , des parelleles d'un
endroit à l'autre , & en obfervant à peuprès
en grand la même méthode qu'on obferve
en petit dans les fiéges pour parvemir
au corps de la place . M. L. C. T. a la
bonne foi d'avouer que cette idée lui a été
.communiquée par un militaire d'une expérience
confommée ; mais elle lui devient
-propre , par la maniere précife & claire
dont elle eft rendue.
Le cinquieme livre eft destiné à parler
de la petite guerre , de la néceffité des
-Huffards, ( troupes dont le fervice mési-
-te une attention particuliere ) de l'ufage
-qu'on doit en faire , foit en détachement ,
-foit le jour d'une bataille ; des troupes légeres
; de leur fervice à pied pendant la
-campagne , & de leur place le jour d'une
action générale. M. L. C. T. parle des Huffards
avec connoiffance de caufe ; c'eſt avec
´› cette arme qu'il s'eft acquis la réputation
- dont il jouit.
*
Les bornes d'un extrait ne permettent
point d'entrer dans un plus long détail.
112 MERCURE DE FRANCE.
Cet ouvrage eft rempli d'érudition , foit
pour les principes , fruit d'une étude pénible
& d'une longue expérience , foit
dans les exemples aufquels ces principes
font appliqués , d'une grande connoiffan
ce de l'art qui y eft traité , d'une critique
jufte , où , fans compromettre la gloire des
nations dont l'Auteur eft obligé de parler
ni celle des militaires dont il difcute les
actions , les fautes qu'ils ont faites & les
fuccès qu'ils ont eus , font ramenés aux
principes & jugés fans partialité. Leftyle
eft par- tout adapté à la matière , élegant ,
noble , précis fans obfcurité , clair fans
diffufion , fimple dans le détail des principes
, élevé dans l'expofition des faits &
des actions que l'Auteur cite , & ferré
dans les difcuffions .. En un mot , M. L. C.
T, a trouvé l'art de rendre agréable à ceuxmêmes
qui ne font pas du métier , une matiere
qui par elle - même eft aride , & de répandre
des fleurs fur un écrit purement didactique
, en fondant les principes dans
les exemples , fans trop les multiplier , défaut
prefque inévitable dans ce genre d'ou-
-vrages.
"
Si on avoit à reprocher quelque chofe
à l'Auteur , ce feroit le titre ; qui ne paroît
point fait pour un livre de cette étendue
& de cette profondeur , qui traite de toute
JANVIER. 1755. 113
la
guerre en général : on pourroit fubftituer
au mot effai un titre plus décidé ; mais
M. L. C. T. a fans doure cru que cette
modeſtie convenoit à fon âge , & qu'il valoit
mieux laiffer à fes compatriotes le foin
d'apprécier fon ouvrage.
Le difcours préliminaire a été regardé
par les vrais connoiffeurs comme un trèsbeau
morceau d'éloquence . M. L. C. T. y
parle des qualités du Général , en homme
qui les poffede , & réduit les principales au
génie , au coup d'oeil , au fang- froid & à
la connoiffance exacte du pays.
Pour donner une idée du ftyle de cet
ouvrage , on fe contentera de rapporter ce
qu'il dit de ces qualités.
» Comme elles émanent du génie , dit-
» il , que celui qui fe deftine au métier
» des armes ne s'y engage point fans l'a-
» voir confulté & fans connoître fon ta-
» lent & fes forces. La capacité , foit dans
»le Général, foit dans l'Officier, eft le fruit
» du génie excité par un goût naturel
»fon métier : fans ce goût, fans cette efpece
pour
de vocation qui nous entraîne comme
» malgré nous- mêmes , & qui eft la mar-
» que la plus fùre d'un talent décidé , on
» étudie fans fruit , & l'on pratique fans
» difcernement .
Le génie ne s'acquiert point , il naît
114 MERCURE DE FRANCE.
»
» avec nous ; il eft , dit -on , plus aifé à la
» nature de produire un monftre qu'ua
» homme fans talent : mais tout le monde
» ne naît point avec du génie ; c'eft la plus
» belle qualité de l'ame. Avec du talent
on peut être un bon militaire ; avec du
» génie un bon militaire devient un grand
Général : c'eft quelquefois l'affemblage
» des talens , c'est toujours la perfection
de celui que la nature nous a donné ,
» qui décele le génie. On étudie , on cher-
» che fon talent , fouvent on le manque ;
» le génie fe développe de lui -même : le
» talent peut être enfoui , parce qu'il n'a
pas toujours des occafions pour éclater ;
» le génie perce malgré tous les obftacles ,
» c'eft lui feul qui produit , le talent ne fait
» que mettre en oeuvre , & c.
و ر
Le coup d'oeil eft naturel à certaines
perfonnes , & dans ceux-là il eft l'effet
du génie ; d'autres l'acquierent par l'é-
» tude & par l'expérience . Celui qui a affez
de courage pour conferver le fang- froid
dans les occafions les plus preffantes ,
»
a le coup d'oeil plus prompt & plus jufte :
"un homme vif & bouillant , quoique
» brave , ne voit rien ; ou s'il voir quelque
chofe , c'est toujours confufément ,
» & trop tard.
»
» Le coup d'oeil n'eft autre chofe que
JANVIER. 1755 . 15
;
»
» ce génie pénétrant à qui rien n'échappe ;
» il voit dans les coeurs jufques aux plus
légeres impreffions qui peuvent les agi-
» ter. Le Général qui fçait allier le fang-
» froid à cette qualité , ne manque jamais
» de reffources , & c.
Il faut voir dans le difcours même ce
qu'il penfe de la bravoure & du courage ,
les diftinctions délicates & ingénieufes
qu'il en fait , ce qu'il dit de la nobleffe
d'origine , de la difcipline , des dangers
attachés à l'honneur de commander. » Ce
grade ambitionné , dit - il , touche les
» deux extrêmités , ou la gloire ou la
» honte.
"
"
C'est ainsi que finit ce difcours. » J'ai
» moins cherché à plaire à l'oreille qu'à
perfuader le coeur . Si le zele pour fon
Roi , fi l'amour pour fa patrie , enfin fi
l'honneur & la vertu avoient un style
particulier , ce feroit celui que j'aurois
» choifi ; mais un militaire eft affez éloquent
lorfqu'il rend fes idées avec net-
» teté ; mes voeux font remplis fi je fuis
entendu du foldat , fans qu'il ait befoin
» de m'étudier.
"
Je ne rapporterai que le trait fuivant ,
pour faire voir quelle eft la maniere de
critiquer de M. L. C. T. liv. 2. chap. 3 .
On doit garder la promeffe & fa foi ,
116 MERCURE DE FRANCE.
D» dit Onozander , aux traîtres même : on
» peut en effet leur tenir parole fans rien
craindre , pourvû qu'on fçache s'en mé-
» fier ; mais il y a bien loin de la rufe à
» la trahiſon on peut fe mettre à cou-
» vert de l'une , au lieu que toute la pru-
» dence humaine ne peut fe o
de
» l'autre. Lorfque dans Virgile , par l'ar-
» tifice de Sinon , les Troyens introdui-
» fent eux - mêmes l'ennemi dans leurs
» murs , on ne peut blâmer que leur im-
» prudente crédulité ; mais lorfque dans
» l'Iliade on voit Minerve , au mépris
» d'une alliance jurée , perfuader à Pan-
» darus de décocher une fléche contre Mé-
» nelas , on est étonné qu'Homere ait ofé
» faire de Minerve la Déeffe de la fageffe .
M. L. C. T. finit fon ouvrage en fai- ·
fant enviſager au militaire l'humanité
comme le premier principe de toutes fes
actions ; il prouve la néceflité de ce devoir
, fi fouvent négligé par des citations
heureufes , ce qui le conduit naturellement
à parler de la Religion , la bafe de toute
fubordination ; il en parle en Philofophe
chrétien ; & fans beaucoup s'étendre fur
cette matière , il en dit affez pour la faire
refpecter. !
Enfin tout refpire la vertu dans cet ouvrage.
L'amour de fon métier , le defir d'êJANVIER.
1755. 117
tre utile à fes concitoyens , la gloire de
fon Maître & la grandeur de l'Etat , y prennent
par-tout le ton du fentiment & de
l'humanité. L'auteur femble donner à regret
les préceptes d'un art qu'il profeffe
en citoyen , & dont il parle en Philofophe
ami des hommes. Il ne perd jamais de vûe
le but qu'il fe propofe dès le commencement
, & fur- tout dans le chapitre des
batailles , de ne regarder la guerre que
comme l'inftrument de la paix.
Les curieux n'ont rien à defirer pour
ce qui regarde la beauté de l'édition , qui
ne peut que faire honneur aux foins de
P. G. Simon , Imprimeur, rue de la Harpe ;
à la délicateffe & à la légereté de burin
du fieur d'Heulland , Graveur du Roi , de
qui font les vingt- cinq plans qu'on trouve
à la fin du fecond volume ; à la fineſſe &
à l'élégance des deffeins du fieur Chedel ,
qui a gravé les vignettes & les culs-delampe
.
Cet ouvrage a été préfenté au Roi , qui
en a accepté la dédicace avec bonté.
ESSA
vol. in-4° .ornés de plans , de vignettes
& de culs- de- lampe. A Paris , chez Prault ,
Libraire , quai de Conti ; & chez Jombert ,
Imprimeur, rue Dauphine . Par M. le Comte
Turpin de Criffé , Brigadier des armées
du Roi , Meſtre de camp d'un Régiment
de Huffards , de l'Académie royale de Berlin
, & c.
EXTRAIT. '
Le fiécle dernier a été l'épaque la plus
brillante des beaux Arts , mais il étoit
réfervé à celui- ci de perfectionner certaines
fciences ; telle eft la fcience militaire .
Montecuculli , le Duc de Rohan & quelques
autres n'ayant donné que des principes
fans en faire d'application , n'ont pût
être que d'un foible fecours pour les Feuquiere
, les Folard , les Puyfegur & plufieurs
autres les meilleures traductions de
Strabon , de Végece , d'Alien , de l'Empereur
Léon, & de prefque tous les anciens qui
ont écrit fur cette matiere , ont été faites
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
fous nos yeux. Tout ce qu'on avoit fur
la guerre de fiége fe réduifoit au livre de
Vauban , ouvrage admirable , mais où tout
n'eſt pas encore développé. Parmi ceux qui
de nos jours ont parlé de la guerre de campagne
, il n'en eft point qui ayent embraffé
toutes les manoeuvres & toutes les opérations
; c'eft ce que M. le Comte Turpin a
entrepris dans fon effai ; il n'excepte que
les fiéges qui ne font point de fon fujet.
Il a fçu rendre fon ouvrage utile , non
feulement aux jeunes militaires, qui y trou
veront tous les principes d'un art également
profond & fublime , mais encore à
ceux à qui une longue expérience a appris
que ces principes varient dans la pratique.
fuivant les circonftances. De tous les
moyens qu'il donne pour prévenir les événemens
, le plus certain pour un Général
eft la connoiffance du pays ; c'eft auffi celui
dont il fait émaner tous les préceptes que
renferme fon ouvrage.
Il traite dans le premier livre de tout ce
qui peut avoir quelque rapport à la guerre
défenfive , & des moyens d'exécuter dans
différens pays , foit de plaine , de montagnes
, de bois , fur les rivieres , & c . toutes
fortes d'opérations , avec une armée ou
avec des détachemens : il les fuit dans leur
marche , dans leur retraite , dans l'efcorte
JANVIER. 1755. 109
des convois , dans les fourrages au verd &
au fec , de quelque arme qu'ils foient compofés
; dans leurs camps , foit qu'ils y entrent
, foit qu'ils en fortent. L'auteur commence
par la défenſe , parce que , dit- il ,
c'eft la plus naturelle à l'homme . » En
» effet , ajoûte - t - il , à fuivre toutes les
» opérations d'une campagne , on voit que
» c'eft feulement la crainte d'ètre attaqué
qui a fait imaginer des précautions pour
»l'attaque même.
Elle fait le fujet du fecond livre . Les
principaux moyens qu'elle employe , font
les furprifes , les efpions , les embuscades ,
la force ouverte , & enfin les batailles :
chacun de ces moyens eft traité avec beancoup
d'érudition ; mais le chapitre des batailles
renferme un détail qui fuppofe des
connoiffances infinies. Après y avoir parlé
des occafions où il faut éviter ou donner
une bataille , après avoir établi les principes
que nos plus grands Généranx paroif
fent avoir fuivis dans ces circonftances ,
d'où dépendent le falut ou la perte , la
gloire ou la honte d'un Etat , M. L. C. T.
fuppofe quatre différentes difpofitions
d'armée , & démontre autant qu'il eft
poffible quel doit être le fuccès en fuivant
tels ou tels principes. M. le Maréchal
de Puyfegur a reçu tous les préceptes dans
110 MERCURE DE FRANCE.
la fuppofition qu'il fait d'une bataille aux
environs de Paris ; mais il étoit difficile de
trouver dans un eſpace auffi peu étendu
tous les terreins poflibles dont la connoiffance
étoit néceffaire au militaire . L'Auteur
de l'effai a fenti cette difficulté ; il a
fait les difpofitions relativement aux pays
qui fe rencontrent le plus communément ,
& il y a bien peu de cas qu'il n'ait prévûs.
Dans le troifieme livre , l'Auteur parle
des quartiers & des cantonnemens relatievement
à la défenfe ; il fait confifter leur
fûreté dans la vigilance de chaque Commandant
dans la place d'armes particuliere
& générale des quartiers , dans les ve-
-dettes & gardes à cheval difpofées avec
-précaution; dans les détachemens en avant,
dans les manoeuvres qu'il faut oppofer
l'ennemi contre les fauffes alarmes , dans
les précautions qu'il faut prendre en éta-
-bliflant fes quartiers ; précautions que l'Auteur
fait varier à mefure que la nature du
pays change ; la circonfpection qu'on doit
avoir en entrant dans les quartiers , ou
lorfqu'on veut en défendre l'entrée à l'en-
<nemi.
L'Auteur continue dans le quatrieme livre
à détailler les manoeuvres relatives aux
quartiers , foit pour ll''aattttaaqquuee en général
foit pour la retraite , tant des détachemens
>
JANVIER. 1755 .
que d'une armée qui n'a pu forcer les
quartiers d'une autre armée.
Ce quatrieme livre eft fuivi d'une méthode
raiſonnée , qui rend les opérations
d'une campagne plus fûres & le fuccès
moins douteux , en établiſſant dans le pays
aqu'on veut conquérir , des parelleles d'un
endroit à l'autre , & en obfervant à peuprès
en grand la même méthode qu'on obferve
en petit dans les fiéges pour parvemir
au corps de la place . M. L. C. T. a la
bonne foi d'avouer que cette idée lui a été
.communiquée par un militaire d'une expérience
confommée ; mais elle lui devient
-propre , par la maniere précife & claire
dont elle eft rendue.
Le cinquieme livre eft destiné à parler
de la petite guerre , de la néceffité des
-Huffards, ( troupes dont le fervice mési-
-te une attention particuliere ) de l'ufage
-qu'on doit en faire , foit en détachement ,
-foit le jour d'une bataille ; des troupes légeres
; de leur fervice à pied pendant la
-campagne , & de leur place le jour d'une
action générale. M. L. C. T. parle des Huffards
avec connoiffance de caufe ; c'eſt avec
´› cette arme qu'il s'eft acquis la réputation
- dont il jouit.
*
Les bornes d'un extrait ne permettent
point d'entrer dans un plus long détail.
112 MERCURE DE FRANCE.
Cet ouvrage eft rempli d'érudition , foit
pour les principes , fruit d'une étude pénible
& d'une longue expérience , foit
dans les exemples aufquels ces principes
font appliqués , d'une grande connoiffan
ce de l'art qui y eft traité , d'une critique
jufte , où , fans compromettre la gloire des
nations dont l'Auteur eft obligé de parler
ni celle des militaires dont il difcute les
actions , les fautes qu'ils ont faites & les
fuccès qu'ils ont eus , font ramenés aux
principes & jugés fans partialité. Leftyle
eft par- tout adapté à la matière , élegant ,
noble , précis fans obfcurité , clair fans
diffufion , fimple dans le détail des principes
, élevé dans l'expofition des faits &
des actions que l'Auteur cite , & ferré
dans les difcuffions .. En un mot , M. L. C.
T, a trouvé l'art de rendre agréable à ceuxmêmes
qui ne font pas du métier , une matiere
qui par elle - même eft aride , & de répandre
des fleurs fur un écrit purement didactique
, en fondant les principes dans
les exemples , fans trop les multiplier , défaut
prefque inévitable dans ce genre d'ou-
-vrages.
"
Si on avoit à reprocher quelque chofe
à l'Auteur , ce feroit le titre ; qui ne paroît
point fait pour un livre de cette étendue
& de cette profondeur , qui traite de toute
JANVIER. 1755. 113
la
guerre en général : on pourroit fubftituer
au mot effai un titre plus décidé ; mais
M. L. C. T. a fans doure cru que cette
modeſtie convenoit à fon âge , & qu'il valoit
mieux laiffer à fes compatriotes le foin
d'apprécier fon ouvrage.
Le difcours préliminaire a été regardé
par les vrais connoiffeurs comme un trèsbeau
morceau d'éloquence . M. L. C. T. y
parle des qualités du Général , en homme
qui les poffede , & réduit les principales au
génie , au coup d'oeil , au fang- froid & à
la connoiffance exacte du pays.
Pour donner une idée du ftyle de cet
ouvrage , on fe contentera de rapporter ce
qu'il dit de ces qualités.
» Comme elles émanent du génie , dit-
» il , que celui qui fe deftine au métier
» des armes ne s'y engage point fans l'a-
» voir confulté & fans connoître fon ta-
» lent & fes forces. La capacité , foit dans
»le Général, foit dans l'Officier, eft le fruit
» du génie excité par un goût naturel
»fon métier : fans ce goût, fans cette efpece
pour
de vocation qui nous entraîne comme
» malgré nous- mêmes , & qui eft la mar-
» que la plus fùre d'un talent décidé , on
» étudie fans fruit , & l'on pratique fans
» difcernement .
Le génie ne s'acquiert point , il naît
114 MERCURE DE FRANCE.
»
» avec nous ; il eft , dit -on , plus aifé à la
» nature de produire un monftre qu'ua
» homme fans talent : mais tout le monde
» ne naît point avec du génie ; c'eft la plus
» belle qualité de l'ame. Avec du talent
on peut être un bon militaire ; avec du
» génie un bon militaire devient un grand
Général : c'eft quelquefois l'affemblage
» des talens , c'est toujours la perfection
de celui que la nature nous a donné ,
» qui décele le génie. On étudie , on cher-
» che fon talent , fouvent on le manque ;
» le génie fe développe de lui -même : le
» talent peut être enfoui , parce qu'il n'a
pas toujours des occafions pour éclater ;
» le génie perce malgré tous les obftacles ,
» c'eft lui feul qui produit , le talent ne fait
» que mettre en oeuvre , & c.
و ر
Le coup d'oeil eft naturel à certaines
perfonnes , & dans ceux-là il eft l'effet
du génie ; d'autres l'acquierent par l'é-
» tude & par l'expérience . Celui qui a affez
de courage pour conferver le fang- froid
dans les occafions les plus preffantes ,
»
a le coup d'oeil plus prompt & plus jufte :
"un homme vif & bouillant , quoique
» brave , ne voit rien ; ou s'il voir quelque
chofe , c'est toujours confufément ,
» & trop tard.
»
» Le coup d'oeil n'eft autre chofe que
JANVIER. 1755 . 15
;
»
» ce génie pénétrant à qui rien n'échappe ;
» il voit dans les coeurs jufques aux plus
légeres impreffions qui peuvent les agi-
» ter. Le Général qui fçait allier le fang-
» froid à cette qualité , ne manque jamais
» de reffources , & c.
Il faut voir dans le difcours même ce
qu'il penfe de la bravoure & du courage ,
les diftinctions délicates & ingénieufes
qu'il en fait , ce qu'il dit de la nobleffe
d'origine , de la difcipline , des dangers
attachés à l'honneur de commander. » Ce
grade ambitionné , dit - il , touche les
» deux extrêmités , ou la gloire ou la
» honte.
"
"
C'est ainsi que finit ce difcours. » J'ai
» moins cherché à plaire à l'oreille qu'à
perfuader le coeur . Si le zele pour fon
Roi , fi l'amour pour fa patrie , enfin fi
l'honneur & la vertu avoient un style
particulier , ce feroit celui que j'aurois
» choifi ; mais un militaire eft affez éloquent
lorfqu'il rend fes idées avec net-
» teté ; mes voeux font remplis fi je fuis
entendu du foldat , fans qu'il ait befoin
» de m'étudier.
"
Je ne rapporterai que le trait fuivant ,
pour faire voir quelle eft la maniere de
critiquer de M. L. C. T. liv. 2. chap. 3 .
On doit garder la promeffe & fa foi ,
116 MERCURE DE FRANCE.
D» dit Onozander , aux traîtres même : on
» peut en effet leur tenir parole fans rien
craindre , pourvû qu'on fçache s'en mé-
» fier ; mais il y a bien loin de la rufe à
» la trahiſon on peut fe mettre à cou-
» vert de l'une , au lieu que toute la pru-
» dence humaine ne peut fe o
de
» l'autre. Lorfque dans Virgile , par l'ar-
» tifice de Sinon , les Troyens introdui-
» fent eux - mêmes l'ennemi dans leurs
» murs , on ne peut blâmer que leur im-
» prudente crédulité ; mais lorfque dans
» l'Iliade on voit Minerve , au mépris
» d'une alliance jurée , perfuader à Pan-
» darus de décocher une fléche contre Mé-
» nelas , on est étonné qu'Homere ait ofé
» faire de Minerve la Déeffe de la fageffe .
M. L. C. T. finit fon ouvrage en fai- ·
fant enviſager au militaire l'humanité
comme le premier principe de toutes fes
actions ; il prouve la néceflité de ce devoir
, fi fouvent négligé par des citations
heureufes , ce qui le conduit naturellement
à parler de la Religion , la bafe de toute
fubordination ; il en parle en Philofophe
chrétien ; & fans beaucoup s'étendre fur
cette matière , il en dit affez pour la faire
refpecter. !
Enfin tout refpire la vertu dans cet ouvrage.
L'amour de fon métier , le defir d'êJANVIER.
1755. 117
tre utile à fes concitoyens , la gloire de
fon Maître & la grandeur de l'Etat , y prennent
par-tout le ton du fentiment & de
l'humanité. L'auteur femble donner à regret
les préceptes d'un art qu'il profeffe
en citoyen , & dont il parle en Philofophe
ami des hommes. Il ne perd jamais de vûe
le but qu'il fe propofe dès le commencement
, & fur- tout dans le chapitre des
batailles , de ne regarder la guerre que
comme l'inftrument de la paix.
Les curieux n'ont rien à defirer pour
ce qui regarde la beauté de l'édition , qui
ne peut que faire honneur aux foins de
P. G. Simon , Imprimeur, rue de la Harpe ;
à la délicateffe & à la légereté de burin
du fieur d'Heulland , Graveur du Roi , de
qui font les vingt- cinq plans qu'on trouve
à la fin du fecond volume ; à la fineſſe &
à l'élégance des deffeins du fieur Chedel ,
qui a gravé les vignettes & les culs-delampe
.
Cet ouvrage a été préfenté au Roi , qui
en a accepté la dédicace avec bonté.
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Résumé : « ESSAI SUR L'ART DE LA GUERRE, 2 vol. in-4o. ornés de plans, de vignettes [...] »
L'ouvrage 'Essai sur l'art de la guerre' du Comte Turpin de Crissé, Brigadier des armées du Roi et Mestre de camp d'un Régiment de Hussards, est un traité sur la science militaire. L'auteur estime que le siècle précédent a été propice aux beaux-arts, mais que le perfectionnement des sciences militaires est réservé au siècle présent. Il critique les travaux antérieurs de Montecuculli, du Duc de Rohan et d'autres, jugés trop théoriques et manquant d'applications pratiques. L'ouvrage se distingue par des traductions récentes de classiques militaires tels que Strabon, Végèce, Alien, et Léon l'Empereur. L'auteur se concentre sur la guerre de campagne, excluant les sièges, et vise à rendre son ouvrage utile aux jeunes militaires ainsi qu'à ceux ayant une longue expérience. Il insiste sur la connaissance du pays comme moyen essentiel pour un général de prévenir les événements. Le premier livre traite de la guerre défensive et des opérations dans divers terrains. Le second livre aborde les attaques, les surprises, les embuscades, et les batailles, avec une analyse détaillée des dispositions d'armée et des terrains. Le troisième livre discute des quartiers et des cantonnements en relation avec la défense. Le quatrième livre propose une méthode raisonnée pour rendre les opérations de campagne plus sûres. Le cinquième livre se penche sur la petite guerre et l'importance des Hussards. L'ouvrage est caractérisé par une érudition approfondie, un style élégant et précis, et une critique juste des actions militaires. Le discours préliminaire met en avant les qualités essentielles d'un général, telles que le génie, le coup d'œil, le sang-froid et la connaissance exacte du pays. L'auteur conclut en soulignant l'importance de l'humanité et de la religion dans les actions militaires. L'ouvrage est présenté au Roi, qui en a accepté la dédicace.
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168
p. 117-119
« ANALYSE RAISONNÉE DE BAYLE, ou Abrégé méthodique de ses principaux ouvrages [...] »
Début :
ANALYSE RAISONNÉE DE BAYLE, ou Abrégé méthodique de ses principaux ouvrages [...]
Mots clefs :
Pierre Bayle, Dictionnaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ANALYSE RAISONNÉE DE BAYLE, ou Abrégé méthodique de ses principaux ouvrages [...] »
ANALYSE RAISONNÉE DE BAYLE , Ou
Abrégé méthodique de fes principaux ouvrages
, particulierement de fon Dictionnaire
hiftorique & critique , dont les remarques
ont été fondues dans le texte ,
118 MERCURE DE FRANCE.
6
pour former un corps agréable de lectures
fuivres. A Londres , 1755 .
1. L'auteur s'eft propofé de rédiger
méthodiquement , c'eft- à- dire par la voye
d'une analyfe exacte & précife , ce qu'il y
à de plus curieux & de plus inftructif
dans le Dictionnaire de Bayle. Parmi
un fi grand nombre d'articles , plus ou
moins importans , on n'a choifi que ceux
qui peuvent intéreffer véritablement les
gens de goût ; & les articles même qu'on'
a choifis , ont été réduits à un degré de
précifion , qui manque à Bayle , comme à
tous les autres compilateurs.
2°. Dans la diftribution des matieres
on n'a point fuivi l'ordre alphabétique ;
mauvaife méthode , qui brouille les tems ,
les lieux , les événemens , & qui confond
tous les objets. L'auteur s'eft attaché à
donner un peu plus de liaifon aux penfées
de Bayle , en les rangeant dans différentes
claffes , fous des titres diftinctifs & analogues
aux matieres.
30. Pour épargner aux lecteurs le foin
embarraffant de confulter un commentaire
féparé du texte , c'est- à- dire de lire
un livre ajouté à un livre , on a pris le
parti plus fimple de fondre la plupart des
remarques dans le corps même des arti
cles , en fuppléant les liaifons & les tran
JANVIER. 1755. 119
firions néceffaires. C'eft dans le choix &
dans l'affortiment de ces tranfitions que
confifte le principal travail de l'auteur.
4°. Quoique le Dictionnaire hiftorique
& critique foit l'objet capital de cette analyfe
, elle ne laiffera pas de s'étendre auffi
fur les Euvres diverfes de Bayle , fi l'on
voit jour à pouvoir s'en fervir fans multiplier
extraordinairement les volumes ; cè
qu'on ne cherche nullement. On tâchera
de les borner au nombre de douze ; les
quatre premiers paroiffent depuis le commencement
de cette année . On en annonce
la publication avec la confiance que
doivent infpirer l'objet utile & intéreſfant
de cette analyfe , le foin qu'on a pris
pour la rendre digne de l'approbation des
lecteurs , & fur- tout l'autorité du grand
nom qu'elle porte.
5°. La forme d'in - 12 . qu'on a donné
aux volumes qui compoferont cette petite
collection , achevera d'applanir à tout le
monde la lecture de Bayle. C'eſt ainfi
que l'ouvrage le plus fçavant , le plus
agréable , & fans contredit le plus célébre
de notre fiécle , que la groffeur de fes volumes
faifoit reléguer dans les bibliotheques
, va devenir un livre commode &
portatif, dont l'ufage fera de tous les tems
& de tous les lieux ,
Abrégé méthodique de fes principaux ouvrages
, particulierement de fon Dictionnaire
hiftorique & critique , dont les remarques
ont été fondues dans le texte ,
118 MERCURE DE FRANCE.
6
pour former un corps agréable de lectures
fuivres. A Londres , 1755 .
1. L'auteur s'eft propofé de rédiger
méthodiquement , c'eft- à- dire par la voye
d'une analyfe exacte & précife , ce qu'il y
à de plus curieux & de plus inftructif
dans le Dictionnaire de Bayle. Parmi
un fi grand nombre d'articles , plus ou
moins importans , on n'a choifi que ceux
qui peuvent intéreffer véritablement les
gens de goût ; & les articles même qu'on'
a choifis , ont été réduits à un degré de
précifion , qui manque à Bayle , comme à
tous les autres compilateurs.
2°. Dans la diftribution des matieres
on n'a point fuivi l'ordre alphabétique ;
mauvaife méthode , qui brouille les tems ,
les lieux , les événemens , & qui confond
tous les objets. L'auteur s'eft attaché à
donner un peu plus de liaifon aux penfées
de Bayle , en les rangeant dans différentes
claffes , fous des titres diftinctifs & analogues
aux matieres.
30. Pour épargner aux lecteurs le foin
embarraffant de confulter un commentaire
féparé du texte , c'est- à- dire de lire
un livre ajouté à un livre , on a pris le
parti plus fimple de fondre la plupart des
remarques dans le corps même des arti
cles , en fuppléant les liaifons & les tran
JANVIER. 1755. 119
firions néceffaires. C'eft dans le choix &
dans l'affortiment de ces tranfitions que
confifte le principal travail de l'auteur.
4°. Quoique le Dictionnaire hiftorique
& critique foit l'objet capital de cette analyfe
, elle ne laiffera pas de s'étendre auffi
fur les Euvres diverfes de Bayle , fi l'on
voit jour à pouvoir s'en fervir fans multiplier
extraordinairement les volumes ; cè
qu'on ne cherche nullement. On tâchera
de les borner au nombre de douze ; les
quatre premiers paroiffent depuis le commencement
de cette année . On en annonce
la publication avec la confiance que
doivent infpirer l'objet utile & intéreſfant
de cette analyfe , le foin qu'on a pris
pour la rendre digne de l'approbation des
lecteurs , & fur- tout l'autorité du grand
nom qu'elle porte.
5°. La forme d'in - 12 . qu'on a donné
aux volumes qui compoferont cette petite
collection , achevera d'applanir à tout le
monde la lecture de Bayle. C'eſt ainfi
que l'ouvrage le plus fçavant , le plus
agréable , & fans contredit le plus célébre
de notre fiécle , que la groffeur de fes volumes
faifoit reléguer dans les bibliotheques
, va devenir un livre commode &
portatif, dont l'ufage fera de tous les tems
& de tous les lieux ,
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Résumé : « ANALYSE RAISONNÉE DE BAYLE, ou Abrégé méthodique de ses principaux ouvrages [...] »
L'ouvrage 'Analyse raisonnée de Bayle' est un abrégé méthodique des principaux ouvrages de Pierre Bayle, notamment son 'Dictionnaire historique et critique'. Publié à Londres en 1755, il présente de manière précise et instructive les articles les plus intéressants du dictionnaire, en les réduisant à un degré de précision supérieur à celui de Bayle. L'auteur a choisi de ne pas suivre l'ordre alphabétique pour éviter la confusion des thèmes et des événements, préférant organiser les matières en différentes classes sous des titres distinctifs et analogues. Les remarques de Bayle ont été intégrées directement dans le texte des articles pour éviter aux lecteurs la consultation d'un commentaire séparé. L'analyse s'étend également aux œuvres diverses de Bayle, avec un objectif de publication en douze volumes, les quatre premiers étant déjà parus. La forme in-12 des volumes rendra l'ouvrage plus accessible et portable, facilitant ainsi sa lecture à tout moment et en tout lieu.
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169
p. 120-124
« AH ! QUEL CONTE ! Conte politique & astronomique, qui a pour épigraphe : O [...] »
Début :
AH ! QUEL CONTE ! Conte politique & astronomique, qui a pour épigraphe : O [...]
Mots clefs :
Conte politique, Conte astronomique, Amour, Prince, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « AH ! QUEL CONTE ! Conte politique & astronomique, qui a pour épigraphe : O [...] »
AH ! QUEL CONTE ! Conte politique &
aftronomique , qui a pour épigraphe : 0
quantum eft in rebus inane ! Perfe. A Bruxelles
, chez les freres l'affe , Libraires. On
le trouve à Paris , chez Lambert.
EXTRAIT OU PRÉCIS.
Il paroît que ce conte eft une fuite
du Sopha ; on y voit un Sultan toujours
bête , interrompre fon Vifir toujours fpirituel.
Ce Miniftre , pour fervir fon Maître
felon fon goût , ou fuivant fa portée , lui
raconte des faits très- abfurdes ; mais pour
plaire au public François , il les accompagne
de réflexions très- ingénieufes , dont
ils ne font que le prétexte : s'il en étoit
fouvent un peu plus fobre , avec moins
d'efprit il amuferoir peut- être davantage .
Schezaddin Telaïfe , Souverain d'Ifma ,
eft le héros du conte dont je vais donner
l'extrait. Ce Prince , quoique fort jeune
& fort aimable ( ce font les expreffions
de l'auteur) , s'obftinoit à vivre dans le célibat
malgré les voeux de fes fujets , &
dans l'indifférence malgré les defirs de fes
fujettes. Soit qu'il eût l'efprit gâté par la
lecture des romans , ou qu'il fût né romanefque
, il croyoit qu'une véritable paffion
eft toujours prédite à notre coeur par
des événemens finguliers ; il étoit perfuadé
qu'on
JANVIER. 1755. 125
qu'on n'aime point , lorfque dès la premiere
vûe on ne fe fent point entraîné par
un penchant irrésistible , & que toutes les
fois qu'on s'engage hors de ce cas , on fe
donne un ridicule d'autant moins pardonnable
, que l'on n'en eft pas dédommagé
par les plaifirs. Une Fée , auffi jolie que
coquette , voulut avoir la gloire de le détromper.
Pour y réuffir plus fûrement , elle
eut recours au miniftere des fonges : ellemême
fe plaça la nuit à côté du Prince
endormi , afin de les mieux diriger , &
d'être mieux à portée de s'affurer & de
jouir de fon triomphe.
Un premier rêve offrit à Schezaddin les
traits d'une nimphe piquante , qui lui fit
des agaceries fi vives que fon ame en fut
échauffée , & que le plaifir la difpofa par
degrés à recevoir l'impreffion de l'amour.
Tout ou rien , ( c'eſt le nom de la Fée )
dans un nouveau fonge , fe préfenta ellemême
dans toute fa beauté à Schezaddin ;
fes charmes le toucherent fi fort qu'il fe
réveilla vraiment amoureux d'elle fans la
connoître. Il découvre fon état à Taciturne
fon confident , homme froid &
cauftique , plus bleffé des travers des femmes
, qu'il n'étoit fenfible à leurs agrémens.
Ce favori combla fon amour , &
l'ofe traiter de vifionnaire ; mais la chi-
F
122 MERCURE DE FRANCE,
mere eft bientôt réalifée. La Fée fait annoncer
fon retour au Roi d'Ifma. Comme
elle avoit un palais voifin des Etats de
ce Prince , il s'y rendit avec une cour
nombreuſe : l'agréable furprife ! il reconnoît
dans la Fée la feconde beauté qu'il
a vûe en fonge , & dont il chérit l'image.
Il prend cette rencontre pour un coup du
deftin , qui le force d'aimer ; fon ardeur en
redouble ; le Roi paffe de l'indifférence à
la paffion la plus violente , & la Fée , du
fein de la coquetterie , à l'amour le plus
vrai. Leur bonheur eft parfait ; mais il eſt
bientôt troublé par l'imprudence de Tour
ou rien. Dans un de ces momens où les
amans fe difent tout , même ce qu'ils ont
le plus d'intérêt à fe cacher , l'indifcrette
Fée avoua à Schezaddin que l'amour qu'il
avoit elle étoit moins l'ouvrage de la
pour
deftinée que celui de fon adreffe , & lui
raconta les moyens qu'elle avoit employés
pour le féduire.
L'amour propre du Prince fut bleffe
de la fupercherie , il la regarda moins
comme l'effet d'une tendreffe ingénieufe
que comme une mauvaiſe plaifanterie
& comme un ridicule qu'elle vouloit lui
donner, Le feu de fon amour s'éteignit
par degrés. Comme il redoutoit le pouvoir
de la Fée , il n'ofa pas la quitter brufJANVIER.
1755. 123
quement ; il prit le parti détourné de l'obliger
elle-même à le congédier à force de
froideurs , de caprices extravagans , & de
jaloufies ridicules il y réuffit à la fin.
Tout ou rien excédée , rompit avec lui
& lui dit en le quittant , d'un ton ironique
, que puifqu'il ne pouvoit aimer fans
ce coup de foudre qui arrive fi rarement ,
elle tâcheroit d'obtenir du deftin qu'il le
lai procurât , & que le choix qu'il lui feroit
faire le couvrît d'autant de gloire
qu'il devoit le combler de plaifir. Schezaddin
alarmé du perfiflage de Tout ou
rien , voulut lui répondre ; mais il fe fentit
enlever du palais de la Fée , & fe
tetrouva en peu d'inftans dans le fien .
Quelques jours après la nuit le furprit
dans une forêt avec Taciturne ; comme ils
étoient embarraffés du chemin qu'ils tiendroient
, ils virent tout à coup fortir du
fein de la terre une prodigieufe quantité
de flambeaux allumés. Malgré leur étonnement
ils fuivirent la route que ces flambeaux
leur traçoient , & qui les conduifit
à une grande falle de verdure ; elle étoit
éclairée par plus de fix mille luftres de
diamant ,, qui pendoient aux branches des
arbres . Une fymphonie raviffante s'y faifoit
entendre ; ils y virent ce qu'ailleurs
ón n'a jamais vû , des grues en habit de
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
bal , des oifeaux qui battoient la meſure ,
& qui chantoient entre leurs dents , une
autruche mâle en perruque quarrée , une
autruche femelle en chauve - fouris , qui
avoit le vifage couvert de mouches & de
rouge ; une jeune oye en domino couleur
de rofe , dont le premier regard fubjugua
le Roi ; un dindon mufqué , frifé ,
qui lui donnoit la main , & qui danfa
un menuet avec elle. Mais le plus furprenant
eft le récit des exploits d'une tête à
perruque , qui conduifoit une armée , dont
elle étoit le Général , & devant qui rien
ne réſiſtoit : étonné de ces merveilles , je
m'arrête là.
On promet la fuite qui eft fous preſſe.
Ce n'eft ici qu'un léger extrait des quatre
premieres parties . Je crois qu'il doit fuffire
pour faire voir que l'auteur de ce
conte en a parfaitement rempli le titre &
l'épigraphe.
aftronomique , qui a pour épigraphe : 0
quantum eft in rebus inane ! Perfe. A Bruxelles
, chez les freres l'affe , Libraires. On
le trouve à Paris , chez Lambert.
EXTRAIT OU PRÉCIS.
Il paroît que ce conte eft une fuite
du Sopha ; on y voit un Sultan toujours
bête , interrompre fon Vifir toujours fpirituel.
Ce Miniftre , pour fervir fon Maître
felon fon goût , ou fuivant fa portée , lui
raconte des faits très- abfurdes ; mais pour
plaire au public François , il les accompagne
de réflexions très- ingénieufes , dont
ils ne font que le prétexte : s'il en étoit
fouvent un peu plus fobre , avec moins
d'efprit il amuferoir peut- être davantage .
Schezaddin Telaïfe , Souverain d'Ifma ,
eft le héros du conte dont je vais donner
l'extrait. Ce Prince , quoique fort jeune
& fort aimable ( ce font les expreffions
de l'auteur) , s'obftinoit à vivre dans le célibat
malgré les voeux de fes fujets , &
dans l'indifférence malgré les defirs de fes
fujettes. Soit qu'il eût l'efprit gâté par la
lecture des romans , ou qu'il fût né romanefque
, il croyoit qu'une véritable paffion
eft toujours prédite à notre coeur par
des événemens finguliers ; il étoit perfuadé
qu'on
JANVIER. 1755. 125
qu'on n'aime point , lorfque dès la premiere
vûe on ne fe fent point entraîné par
un penchant irrésistible , & que toutes les
fois qu'on s'engage hors de ce cas , on fe
donne un ridicule d'autant moins pardonnable
, que l'on n'en eft pas dédommagé
par les plaifirs. Une Fée , auffi jolie que
coquette , voulut avoir la gloire de le détromper.
Pour y réuffir plus fûrement , elle
eut recours au miniftere des fonges : ellemême
fe plaça la nuit à côté du Prince
endormi , afin de les mieux diriger , &
d'être mieux à portée de s'affurer & de
jouir de fon triomphe.
Un premier rêve offrit à Schezaddin les
traits d'une nimphe piquante , qui lui fit
des agaceries fi vives que fon ame en fut
échauffée , & que le plaifir la difpofa par
degrés à recevoir l'impreffion de l'amour.
Tout ou rien , ( c'eſt le nom de la Fée )
dans un nouveau fonge , fe préfenta ellemême
dans toute fa beauté à Schezaddin ;
fes charmes le toucherent fi fort qu'il fe
réveilla vraiment amoureux d'elle fans la
connoître. Il découvre fon état à Taciturne
fon confident , homme froid &
cauftique , plus bleffé des travers des femmes
, qu'il n'étoit fenfible à leurs agrémens.
Ce favori combla fon amour , &
l'ofe traiter de vifionnaire ; mais la chi-
F
122 MERCURE DE FRANCE,
mere eft bientôt réalifée. La Fée fait annoncer
fon retour au Roi d'Ifma. Comme
elle avoit un palais voifin des Etats de
ce Prince , il s'y rendit avec une cour
nombreuſe : l'agréable furprife ! il reconnoît
dans la Fée la feconde beauté qu'il
a vûe en fonge , & dont il chérit l'image.
Il prend cette rencontre pour un coup du
deftin , qui le force d'aimer ; fon ardeur en
redouble ; le Roi paffe de l'indifférence à
la paffion la plus violente , & la Fée , du
fein de la coquetterie , à l'amour le plus
vrai. Leur bonheur eft parfait ; mais il eſt
bientôt troublé par l'imprudence de Tour
ou rien. Dans un de ces momens où les
amans fe difent tout , même ce qu'ils ont
le plus d'intérêt à fe cacher , l'indifcrette
Fée avoua à Schezaddin que l'amour qu'il
avoit elle étoit moins l'ouvrage de la
pour
deftinée que celui de fon adreffe , & lui
raconta les moyens qu'elle avoit employés
pour le féduire.
L'amour propre du Prince fut bleffe
de la fupercherie , il la regarda moins
comme l'effet d'une tendreffe ingénieufe
que comme une mauvaiſe plaifanterie
& comme un ridicule qu'elle vouloit lui
donner, Le feu de fon amour s'éteignit
par degrés. Comme il redoutoit le pouvoir
de la Fée , il n'ofa pas la quitter brufJANVIER.
1755. 123
quement ; il prit le parti détourné de l'obliger
elle-même à le congédier à force de
froideurs , de caprices extravagans , & de
jaloufies ridicules il y réuffit à la fin.
Tout ou rien excédée , rompit avec lui
& lui dit en le quittant , d'un ton ironique
, que puifqu'il ne pouvoit aimer fans
ce coup de foudre qui arrive fi rarement ,
elle tâcheroit d'obtenir du deftin qu'il le
lai procurât , & que le choix qu'il lui feroit
faire le couvrît d'autant de gloire
qu'il devoit le combler de plaifir. Schezaddin
alarmé du perfiflage de Tout ou
rien , voulut lui répondre ; mais il fe fentit
enlever du palais de la Fée , & fe
tetrouva en peu d'inftans dans le fien .
Quelques jours après la nuit le furprit
dans une forêt avec Taciturne ; comme ils
étoient embarraffés du chemin qu'ils tiendroient
, ils virent tout à coup fortir du
fein de la terre une prodigieufe quantité
de flambeaux allumés. Malgré leur étonnement
ils fuivirent la route que ces flambeaux
leur traçoient , & qui les conduifit
à une grande falle de verdure ; elle étoit
éclairée par plus de fix mille luftres de
diamant ,, qui pendoient aux branches des
arbres . Une fymphonie raviffante s'y faifoit
entendre ; ils y virent ce qu'ailleurs
ón n'a jamais vû , des grues en habit de
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
bal , des oifeaux qui battoient la meſure ,
& qui chantoient entre leurs dents , une
autruche mâle en perruque quarrée , une
autruche femelle en chauve - fouris , qui
avoit le vifage couvert de mouches & de
rouge ; une jeune oye en domino couleur
de rofe , dont le premier regard fubjugua
le Roi ; un dindon mufqué , frifé ,
qui lui donnoit la main , & qui danfa
un menuet avec elle. Mais le plus furprenant
eft le récit des exploits d'une tête à
perruque , qui conduifoit une armée , dont
elle étoit le Général , & devant qui rien
ne réſiſtoit : étonné de ces merveilles , je
m'arrête là.
On promet la fuite qui eft fous preſſe.
Ce n'eft ici qu'un léger extrait des quatre
premieres parties . Je crois qu'il doit fuffire
pour faire voir que l'auteur de ce
conte en a parfaitement rempli le titre &
l'épigraphe.
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Résumé : « AH ! QUEL CONTE ! Conte politique & astronomique, qui a pour épigraphe : O [...] »
Le texte présente un conte politique et astronomique intitulé 'AH! QUEL CONTE!', publié à Bruxelles et disponible à Paris. Ce conte est la suite du 'Sopha' et met en scène un sultan stupide et son vizir spirituel. Le vizir raconte des faits absurdes au sultan, accompagnés de réflexions ingénieuses pour plaire au public français. Le héros du conte est Schezaddin Telaïfe, souverain d'Isma, un jeune prince aimable mais obstiné à vivre dans le célibat malgré les désirs de ses sujets. Influencé par des romans, il croit que l'amour véritable est prédit par des événements singuliers. Une fée, Tout ou rien, décide de le détromper en utilisant des songes pour le séduire. Dans ses rêves, Schezaddin rencontre d'abord une nymphe, puis la fée elle-même, ce qui le fait tomber amoureux. La fée se révèle ensuite au prince en chair et en os, et ils tombent amoureux. Leur bonheur est troublé lorsque la fée avoue à Schezaddin que son amour est le résultat de ses manipulations. Blessé dans son orgueil, le prince se montre froid et capricieux, forçant la fée à le quitter. Avant de partir, la fée lui promet de lui trouver un amour digne de lui. Quelques jours plus tard, Schezaddin se retrouve dans une forêt avec son confident Taciturne. Ils suivent une route tracée par des flambeaux et découvrent une clairière éclairée par des lustres de diamant, où ils assistent à des scènes surréalistes impliquant des animaux habillés et dansant. Le récit s'arrête là, promettant une suite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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170
p. 124-134
« TRAITÉ DES SENSATIONS, à Madame la Comtesse de Vassé, par M. l'Abbé de [...] »
Début :
TRAITÉ DES SENSATIONS, à Madame la Comtesse de Vassé, par M. l'Abbé de [...]
Mots clefs :
Condillac, John Locke, Idées, Sens, Muet, Sourd, Facultés, Opérations, Âme, Liberté, Esprit, Connaissances, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ DES SENSATIONS, à Madame la Comtesse de Vassé, par M. l'Abbé de [...] »
TRAITÉ DES SENSATIONS , à Madame
la Comteffe de Vaffé , par M. l'Abbé de
Condillac , de l'Académie royale de Berlin.
A Paris, chez Debure l'aîné , quai des Auguftins
, à S. Paul. 1754. 2. vol. in 12 .
Le deffein du Traité que l'on publie eft
proprement parler , une décompofition
de l'homme, dont on confidere féparément
JANVIER. 1755. 125
les fens , afin de diftinguer avec précifion
les idées qu'il doit à chacun d'eux ,
& d'obferver avec quel progrès ils s'inftruifent
, & comment ils fe prêtent des
fecours mutuels. Pour remplir cet objet ,
l'auteur de l'ouvrage que nous annonçons
imagine une ftatue organifée intérieurement
comme nous , & animée d'un efprit
privé de toute efpece d'idées. Il fuppofe
encore que l'extérieur tout de marbre ne
lui permet l'ufage d'autun de fes fens ,
& fe réfervé la liberté de les ouvrir , à fon
choix , aux différentes impreffions dont ils
font fufceptibles. C'eft pourquoi il a foin
d'avertir le lecteur de fe mettre à la place
de la ftatue qu'il fe propofe d'examiner.
Il veut qu'on ne commence d'exifter qu'avec
elle , qu'on n'ait qu'un feul fens quand
elle n'en a qu'un. Il ne faut acquerir que
les idées qu'elle acquiert , ne contracter
que les habitudes qu'elle contracte ; en
un mot il faut n'être que ce qu'elle eft.
Elle ne jugera des chofes comme nous ,
que quand elle aura tous nos fens & notre
expérience ; & nous ne jugerons comme
elle , que quand nous nous fuppoferons
privés de tout ce qui lui manque.
Ce font les expreffions de M. de Condillac,
à qui il a paru néceffaire de débuter par
cet avis , qui indique les moyens propres
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
à nous procurer l'intelligence de fon ou
vrage , autrement il avoue qu'on pourra
lui oppofer des difficultés fans nombre ::
en cas qu'elles ayent lieu , l'auteur nous
femble être en état d'en donner la folution
qu'on exigera de lui . Il a cru devoir commencer
par l'odorat , parce que c'eft de
tous les fens celui qui paroît contribuer le
moins aux connoiffances de l'efprit humain.
Les autres ont été fucceffivement
& comme par gradation , l'objet de fes recherches
, & après les avoir confidérées .
féparément , & enfemble , il a vû la ftatue
devenir un animal capable de veiller
à fa confervation.
?:
Le principe qui détermine le dévelop
pement de fes. facultés ,, eft Gmple. Les.
fenfations même le renferment ; car toutes
étant néceſſairement agréables ou defa
gréables , la ftatue eft intéreffée à jouir
des unes , & à fe fouftraire aux autres. Or
on fe convaincra que cet intérêt ſuffic
pour donner lieu aux opérations de l'entendement
& de la volonté. Le jugement
la réflexion , les defirs , les paffions , &c,
ne font que la fenfation même , qui fe
transforme différemment . Si l'on objecte
à M. de Condillac , que les bêtes ont des
fenfations , & que cependant leur ame n'eft
pas capable des mêmes facultés que celle
JANVIER. 1755. 127
de l'homme il répond que cela eft vrai ,
parce que l'organe du tact eft en elles moins
parfait, & par conféquent il ne sçauroit
être pour elles la caufe occafionnelle de
toutes les opérations qui fe remarquent en
nous . On dit la caufe occafionnelle , parce
que les fenfations font les modifications
propres de l'ame , & que les organes n'en
peuvent être que l'occafion. De là le Phi
lofophe doit conclure , conformément à ce
qui nous eft enfeigné par la foi , que l'a
me des bêtes eft d'un ordre effentiellement
différent de celle de l'homme . Car
ce feroit donner atteinte à la fageffe de
Dieu , que de croire qu'un efprit capable
de s'élever à des connoiffances de toute
efpece , de découvrir fes devoirs , de
mériter & de démériter , fût affujetti à
un corps qui n'occafionneroit en lui que
les facultés néceffaires à la confervation de
l'animal. L'auteur a donc jugé inutile de
fuppofer que l'ame tient immédiatement
de la nature toutes les facultés dont elle
eft douée. Les organes que nous recevons
de la nature fervent par le plaifir ou par
la douleur qu'ils communiquent , à nous
avertir de ce que nous devons rechercher ,
ou de ce que nous devons fuir. Mais elle
s'arrête là ; elle laiffe à l'expérience le foin
de nous faire contracter des habitudes , &
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
d'achever l'ouvrage qu'elle a commencé.
M. de Condillac fe flatte que cet objet eft
neuf, & penfe qu'il montre toute la fimplicité
des voyes de l'Auteur de la nature.
C'est une chofe digne , felon lui , d'admiration
, quand on réfléchir qu'il n'a fallu
que rendre l'homme fenfible au plaifir
& à la douleur , pour faire naître en lui
des idées , des defirs , des habitudes &
des talens de toute efpece. Il eft aifé de
fe repréfenter , par l'expofé de ce fyftême ,
les difficultés qu'il y a à furmonter pour
le développer dans toutes fes parties ; elles
n'ont pourtant point détourné l'auteur
d'en former l'entreprife . Comme nous ne
prétendons point fubftituer notre jugement
à celui du public , nous aimons mieux
nous repofer fur lui du foin de décider
fi M. de Condillac a parfaitement réuffi
dans l'exécution. Au refte il nous apprend
que ce Traité eft le réfultat des converfations
qu'il a eues avec feue Mlle . Ferrand ,
qui l'a éclairé de fes confeils fur les principes
, fur le plan , & fur les moindres détails
qui le compofent. Auffi l'auteur ne
borne-t- il pas fa reconnoiffance à prodi
guer fimplement les éloges dûs au mérite
de cette Demoifelle , que les qualités du
coeur & de l'efprit rendoient également eftimable
; il ſe fait encore un vrai plaifir de
JANVIER. 1755. 129
partager avec elle l'honneur de fon travail.
M. de Condillac , pour procéder avec
ordre dans l'examen métaphyfique des
fenfations divife le traité qui le concerne
en quatre parties. Il y fait voir
que le plaifir & la douleur qui en émanent,
font l'unique principe du développement
des facultés de l'ame , & de la variété
des opérations qui en dépendent , en l'appliquant
à chaque fens en particulier, dont
il analyfe les propriétés. Selon cette divifion
relative aux quatre points de vûe différens
, fous lefquels l'auteur confidere les
effets que ce développement produit , il
montre quels font les fens qui par euxmêmes
ne jugent pas des objets extérieurs ;
2 °. que le toucher eft le feul qui foit capable
d'en juger par lui -même ; 3 ° . comment le
toucher apprend aux autres fens à juger des
objets extérieurs. 4° . Il vient à l'obfervation
des befoins , de l'induſtrie , & des idées d'un
homme feul qui jouit de tous fes fens . Le but
général de cet ouvrage eft de ramener l'origine
des connoiffances humaines aux impreffions
primitives que les fens reçoivent
de la contemplation des objets extérieurs.
Il réfulté de là , qu'à l'égard de la génération
des idées , M. de Condillac ne penfe
pas autrement que M. Locke , qui a com-
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
battu avec tant de fuccès celles que les
Philofophes défignent fous le nom d'idées
innées. En effet , il eft bien difficile de ne
fe pas rendre aux raifons fenfibles que ce
célébre métaphyficien Anglois a apportées:
pour nous convaincre de l'impoffibilité où
ces idées font d'exifter originairement dans :
l'ame ce font des preuves qui égalent ,
pour ainfi dire , l'évidence des démonftrations
mathématiques . Au refte , s'il y a
quelque chofe qu'on puiffe defirer pour la
perfection de ce Traité des fenfations , ce ſeroit
quelquefois une plus grande précifion
dans des détails , fur lefquels il paroît que
Fauteur arrête trop long- tems fes lecteurs ;
mais après tout , cela ne doit pas être re
gardé comme un défaut dans une matiere:
fort abftraite par elle-même . M. de Condillac
a fenti de quelle importance il étoit
de fe faire bien entendre , afin qu'on entrâ
dans fes vûes en développant la connexion
de fes idées avec toute la clarté
dont les fujets métaphyfiques peuvent être
fufceptibles. Il mérite même un éloge , en
ce qu'il ne prend pas pour propofer fes
fentimens , ce ton de confiance & d'autorité
qui peut impofer d'abord , mais qui
ne fçauroit jamais perfuader quand il
n'eft pas foutenu de raifons convaincan¬
tes il y auroit de l'injustice à le placer
JANVIER. 1755. 131
dans la claffe de ces auteurs qui , prévenus
en faveur de leurs opinions , veulent
les faire recevoir à toute force , comme
des regles fixes & certaines , qui font feules
capables de nous diriger dans le chemin
de la vérité : il fçait trop que les raiſonne
mens métaphyfiques n'emportent pas toujours
avec eux tous les dégrés poffibles de
certitude ; conféquemment la prudence
exige de les ranger , pour la plupart , dans
l'ordre des conjectures & des probabilités.
C'eft auffi le parti qu'a pris M. deCondillac .
Pour mettre à portée de juger fûrement
de la folidité de fon fyftême , il faudroit
le fuivre dans toutes les conféquences qui
Fétabliffent , expofer l'enchaînement des
parties qui le lient , & en combiner les
différens rapports : ce qui demanderoit un
extrait dont l'étendue fort des bornes que
preferit un fimple précis ; c'eft pourquoi
nous fommes dans l'obligation de renvoyer
à la lecture de l'ouvrage même. Les perfonnes
qui aiment à refléchir fur leur inaniere
d'être , y pourront trouver de quoi
s'inftruire. M. de Condillac a cru devoir
joindre au traité dont nous venons de parler
, une differtation fur la liberté ,, comme
étant une fuite de la matiere qu'il a
difcutée . En effet , il ne pouvoit confidérer
les actions de la ftatue en queſtion :
Evj
132 MERCURE DE FRANCE..
fans remonter à leur principe , qui conduit
néceffairement à fçavoir comment elle
délibere & fe détermine dans le choix de
fes defirs. Il réfulte de là un examen ; 1 °. du
pouvoir qui conftitue la liberté , 2º . des
connoiffances que fuppofe l'exercice de ce
pouvoir , 3 ° . de celles qui font faire le
meilleur ufage de la liberté , enfin de la
dépendance qui ne lui eft pas contraire , &
par conféquent il s'agit de définir en quoi
cette liberté confifte ; ce font autant de
points qui fixent les recherches de M. de
Condillac. Il termine fon livre par une réponfe
où il fe juftifie d'un reproche qu'on
lui a fait fur ce que le projet exécuté dans
le Traité des fenfations , n'a pas le mérite
de la nouveauté , puifqu'il a déja été propofé
dans la lettre fur les fourds & les
muets , imprimée en 1751. Il convient que
l'Auteur de cette lettre propofe de décompofer
un homme ; mais il nous apprend
que cette idée lui avoit été communiquée
long- tems auparavant par Mile Ferrand . Il
ajoûte que plufieurs perfonnes fçavoient
même que c'étoit là l'objet d'un traité auquel
il travailloit ; & il infinue que l'Auteur
de la lettre fur les fourds & les muets
ne l'ignoroit pas. Cependant il avoue que
eet Auteur a pu regarder comme à lui cette
idée , à laquelle fes propres réflexions
JANVIER. 1755. 133
fuffifoient pour le conduire. Il paroît beaucoup
moins difficile à M. de Condillac
d'expliquer cette rencontre , que de dire
pourquoi ce fujet n'a pas été traité plutôt ;
il femble que la décompofition de l'homme
auroit dû s'offrir naturellement à l'efprit
de tous les Métaphyficiens. Quoiqu'il
en foit , on reconnoît que l'auteur de cette
lettre eft trop riche de fes propres idées ,
pour être foupçonné d'avoir befoin de celles
des autres ; on donne à cette occafion
des louanges à la beauté de fon génie . Enfin
M. de Condillac confent à fe déclarer
plagiaire , fi c'eſt l'être que de s'approprier
des idées dont on lui a abandonné l'ufage.
Au refte il fait remarquer que s'il a eu
à peu-près pour le fonds de fon travail le
même objet que l'Ecrivain célebre dont il
parle , il ne s'eft pas rencontré avec lui dans
la façon de le traiter & dans les obfervations
qui y tiennent. C'eft pour faciliter au
Lecteur les voies de la comparaifon , qu'il
a cru à propos de tranfcrire tout ce que
dit à ce fujet l'Auteur de la Lettre fur les
fourds & les muets.
PRINCIPES DISCUTÉS pour faciliter
l'intelligence des livres prophétiques ,
& fpécialement des pfeaumes , relativement
à la langue originale ; fuivis de plu134
MERCURE DE FRANCE.
feurs differtations fur les Lettres II , III ,
IV & V de M. l'Abbé de Villefroi , dans
lefquelles il eft traité de la conduite à
l'égard de fon Eglife depuis le commencement
du monde. A Paris , chez Simon ,
Imprimeur du Parlement , rue de la Har
pe , à l'Hercule ; & Cl . Hériffant , Librai
re-Imprimeur , rue neuve Notre Dame ;
1755 , quatre gros volumes in- 12 .
On trouvera dans le cours de cet ouvrage
, où l'on a déployé une érudition con
venable au fujet , des vûes nouvelles , dont
quelques- unes pourront paroître fingulie
res pour l'explication des livres prophéti
ques , & particulierement des pleaumes .
Si l'on ne demeure pas toujours d'accord
de la folidité des principes qu'on effaye
d'établir pour en développer le véritable
fens , on avouera du moins qu'il y a quel
ques interprétations qu'on a fçu préfenter
fous un afpect favorable .
la Comteffe de Vaffé , par M. l'Abbé de
Condillac , de l'Académie royale de Berlin.
A Paris, chez Debure l'aîné , quai des Auguftins
, à S. Paul. 1754. 2. vol. in 12 .
Le deffein du Traité que l'on publie eft
proprement parler , une décompofition
de l'homme, dont on confidere féparément
JANVIER. 1755. 125
les fens , afin de diftinguer avec précifion
les idées qu'il doit à chacun d'eux ,
& d'obferver avec quel progrès ils s'inftruifent
, & comment ils fe prêtent des
fecours mutuels. Pour remplir cet objet ,
l'auteur de l'ouvrage que nous annonçons
imagine une ftatue organifée intérieurement
comme nous , & animée d'un efprit
privé de toute efpece d'idées. Il fuppofe
encore que l'extérieur tout de marbre ne
lui permet l'ufage d'autun de fes fens ,
& fe réfervé la liberté de les ouvrir , à fon
choix , aux différentes impreffions dont ils
font fufceptibles. C'eft pourquoi il a foin
d'avertir le lecteur de fe mettre à la place
de la ftatue qu'il fe propofe d'examiner.
Il veut qu'on ne commence d'exifter qu'avec
elle , qu'on n'ait qu'un feul fens quand
elle n'en a qu'un. Il ne faut acquerir que
les idées qu'elle acquiert , ne contracter
que les habitudes qu'elle contracte ; en
un mot il faut n'être que ce qu'elle eft.
Elle ne jugera des chofes comme nous ,
que quand elle aura tous nos fens & notre
expérience ; & nous ne jugerons comme
elle , que quand nous nous fuppoferons
privés de tout ce qui lui manque.
Ce font les expreffions de M. de Condillac,
à qui il a paru néceffaire de débuter par
cet avis , qui indique les moyens propres
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
à nous procurer l'intelligence de fon ou
vrage , autrement il avoue qu'on pourra
lui oppofer des difficultés fans nombre ::
en cas qu'elles ayent lieu , l'auteur nous
femble être en état d'en donner la folution
qu'on exigera de lui . Il a cru devoir commencer
par l'odorat , parce que c'eft de
tous les fens celui qui paroît contribuer le
moins aux connoiffances de l'efprit humain.
Les autres ont été fucceffivement
& comme par gradation , l'objet de fes recherches
, & après les avoir confidérées .
féparément , & enfemble , il a vû la ftatue
devenir un animal capable de veiller
à fa confervation.
?:
Le principe qui détermine le dévelop
pement de fes. facultés ,, eft Gmple. Les.
fenfations même le renferment ; car toutes
étant néceſſairement agréables ou defa
gréables , la ftatue eft intéreffée à jouir
des unes , & à fe fouftraire aux autres. Or
on fe convaincra que cet intérêt ſuffic
pour donner lieu aux opérations de l'entendement
& de la volonté. Le jugement
la réflexion , les defirs , les paffions , &c,
ne font que la fenfation même , qui fe
transforme différemment . Si l'on objecte
à M. de Condillac , que les bêtes ont des
fenfations , & que cependant leur ame n'eft
pas capable des mêmes facultés que celle
JANVIER. 1755. 127
de l'homme il répond que cela eft vrai ,
parce que l'organe du tact eft en elles moins
parfait, & par conféquent il ne sçauroit
être pour elles la caufe occafionnelle de
toutes les opérations qui fe remarquent en
nous . On dit la caufe occafionnelle , parce
que les fenfations font les modifications
propres de l'ame , & que les organes n'en
peuvent être que l'occafion. De là le Phi
lofophe doit conclure , conformément à ce
qui nous eft enfeigné par la foi , que l'a
me des bêtes eft d'un ordre effentiellement
différent de celle de l'homme . Car
ce feroit donner atteinte à la fageffe de
Dieu , que de croire qu'un efprit capable
de s'élever à des connoiffances de toute
efpece , de découvrir fes devoirs , de
mériter & de démériter , fût affujetti à
un corps qui n'occafionneroit en lui que
les facultés néceffaires à la confervation de
l'animal. L'auteur a donc jugé inutile de
fuppofer que l'ame tient immédiatement
de la nature toutes les facultés dont elle
eft douée. Les organes que nous recevons
de la nature fervent par le plaifir ou par
la douleur qu'ils communiquent , à nous
avertir de ce que nous devons rechercher ,
ou de ce que nous devons fuir. Mais elle
s'arrête là ; elle laiffe à l'expérience le foin
de nous faire contracter des habitudes , &
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
d'achever l'ouvrage qu'elle a commencé.
M. de Condillac fe flatte que cet objet eft
neuf, & penfe qu'il montre toute la fimplicité
des voyes de l'Auteur de la nature.
C'est une chofe digne , felon lui , d'admiration
, quand on réfléchir qu'il n'a fallu
que rendre l'homme fenfible au plaifir
& à la douleur , pour faire naître en lui
des idées , des defirs , des habitudes &
des talens de toute efpece. Il eft aifé de
fe repréfenter , par l'expofé de ce fyftême ,
les difficultés qu'il y a à furmonter pour
le développer dans toutes fes parties ; elles
n'ont pourtant point détourné l'auteur
d'en former l'entreprife . Comme nous ne
prétendons point fubftituer notre jugement
à celui du public , nous aimons mieux
nous repofer fur lui du foin de décider
fi M. de Condillac a parfaitement réuffi
dans l'exécution. Au refte il nous apprend
que ce Traité eft le réfultat des converfations
qu'il a eues avec feue Mlle . Ferrand ,
qui l'a éclairé de fes confeils fur les principes
, fur le plan , & fur les moindres détails
qui le compofent. Auffi l'auteur ne
borne-t- il pas fa reconnoiffance à prodi
guer fimplement les éloges dûs au mérite
de cette Demoifelle , que les qualités du
coeur & de l'efprit rendoient également eftimable
; il ſe fait encore un vrai plaifir de
JANVIER. 1755. 129
partager avec elle l'honneur de fon travail.
M. de Condillac , pour procéder avec
ordre dans l'examen métaphyfique des
fenfations divife le traité qui le concerne
en quatre parties. Il y fait voir
que le plaifir & la douleur qui en émanent,
font l'unique principe du développement
des facultés de l'ame , & de la variété
des opérations qui en dépendent , en l'appliquant
à chaque fens en particulier, dont
il analyfe les propriétés. Selon cette divifion
relative aux quatre points de vûe différens
, fous lefquels l'auteur confidere les
effets que ce développement produit , il
montre quels font les fens qui par euxmêmes
ne jugent pas des objets extérieurs ;
2 °. que le toucher eft le feul qui foit capable
d'en juger par lui -même ; 3 ° . comment le
toucher apprend aux autres fens à juger des
objets extérieurs. 4° . Il vient à l'obfervation
des befoins , de l'induſtrie , & des idées d'un
homme feul qui jouit de tous fes fens . Le but
général de cet ouvrage eft de ramener l'origine
des connoiffances humaines aux impreffions
primitives que les fens reçoivent
de la contemplation des objets extérieurs.
Il réfulté de là , qu'à l'égard de la génération
des idées , M. de Condillac ne penfe
pas autrement que M. Locke , qui a com-
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
battu avec tant de fuccès celles que les
Philofophes défignent fous le nom d'idées
innées. En effet , il eft bien difficile de ne
fe pas rendre aux raifons fenfibles que ce
célébre métaphyficien Anglois a apportées:
pour nous convaincre de l'impoffibilité où
ces idées font d'exifter originairement dans :
l'ame ce font des preuves qui égalent ,
pour ainfi dire , l'évidence des démonftrations
mathématiques . Au refte , s'il y a
quelque chofe qu'on puiffe defirer pour la
perfection de ce Traité des fenfations , ce ſeroit
quelquefois une plus grande précifion
dans des détails , fur lefquels il paroît que
Fauteur arrête trop long- tems fes lecteurs ;
mais après tout , cela ne doit pas être re
gardé comme un défaut dans une matiere:
fort abftraite par elle-même . M. de Condillac
a fenti de quelle importance il étoit
de fe faire bien entendre , afin qu'on entrâ
dans fes vûes en développant la connexion
de fes idées avec toute la clarté
dont les fujets métaphyfiques peuvent être
fufceptibles. Il mérite même un éloge , en
ce qu'il ne prend pas pour propofer fes
fentimens , ce ton de confiance & d'autorité
qui peut impofer d'abord , mais qui
ne fçauroit jamais perfuader quand il
n'eft pas foutenu de raifons convaincan¬
tes il y auroit de l'injustice à le placer
JANVIER. 1755. 131
dans la claffe de ces auteurs qui , prévenus
en faveur de leurs opinions , veulent
les faire recevoir à toute force , comme
des regles fixes & certaines , qui font feules
capables de nous diriger dans le chemin
de la vérité : il fçait trop que les raiſonne
mens métaphyfiques n'emportent pas toujours
avec eux tous les dégrés poffibles de
certitude ; conféquemment la prudence
exige de les ranger , pour la plupart , dans
l'ordre des conjectures & des probabilités.
C'eft auffi le parti qu'a pris M. deCondillac .
Pour mettre à portée de juger fûrement
de la folidité de fon fyftême , il faudroit
le fuivre dans toutes les conféquences qui
Fétabliffent , expofer l'enchaînement des
parties qui le lient , & en combiner les
différens rapports : ce qui demanderoit un
extrait dont l'étendue fort des bornes que
preferit un fimple précis ; c'eft pourquoi
nous fommes dans l'obligation de renvoyer
à la lecture de l'ouvrage même. Les perfonnes
qui aiment à refléchir fur leur inaniere
d'être , y pourront trouver de quoi
s'inftruire. M. de Condillac a cru devoir
joindre au traité dont nous venons de parler
, une differtation fur la liberté ,, comme
étant une fuite de la matiere qu'il a
difcutée . En effet , il ne pouvoit confidérer
les actions de la ftatue en queſtion :
Evj
132 MERCURE DE FRANCE..
fans remonter à leur principe , qui conduit
néceffairement à fçavoir comment elle
délibere & fe détermine dans le choix de
fes defirs. Il réfulte de là un examen ; 1 °. du
pouvoir qui conftitue la liberté , 2º . des
connoiffances que fuppofe l'exercice de ce
pouvoir , 3 ° . de celles qui font faire le
meilleur ufage de la liberté , enfin de la
dépendance qui ne lui eft pas contraire , &
par conféquent il s'agit de définir en quoi
cette liberté confifte ; ce font autant de
points qui fixent les recherches de M. de
Condillac. Il termine fon livre par une réponfe
où il fe juftifie d'un reproche qu'on
lui a fait fur ce que le projet exécuté dans
le Traité des fenfations , n'a pas le mérite
de la nouveauté , puifqu'il a déja été propofé
dans la lettre fur les fourds & les
muets , imprimée en 1751. Il convient que
l'Auteur de cette lettre propofe de décompofer
un homme ; mais il nous apprend
que cette idée lui avoit été communiquée
long- tems auparavant par Mile Ferrand . Il
ajoûte que plufieurs perfonnes fçavoient
même que c'étoit là l'objet d'un traité auquel
il travailloit ; & il infinue que l'Auteur
de la lettre fur les fourds & les muets
ne l'ignoroit pas. Cependant il avoue que
eet Auteur a pu regarder comme à lui cette
idée , à laquelle fes propres réflexions
JANVIER. 1755. 133
fuffifoient pour le conduire. Il paroît beaucoup
moins difficile à M. de Condillac
d'expliquer cette rencontre , que de dire
pourquoi ce fujet n'a pas été traité plutôt ;
il femble que la décompofition de l'homme
auroit dû s'offrir naturellement à l'efprit
de tous les Métaphyficiens. Quoiqu'il
en foit , on reconnoît que l'auteur de cette
lettre eft trop riche de fes propres idées ,
pour être foupçonné d'avoir befoin de celles
des autres ; on donne à cette occafion
des louanges à la beauté de fon génie . Enfin
M. de Condillac confent à fe déclarer
plagiaire , fi c'eſt l'être que de s'approprier
des idées dont on lui a abandonné l'ufage.
Au refte il fait remarquer que s'il a eu
à peu-près pour le fonds de fon travail le
même objet que l'Ecrivain célebre dont il
parle , il ne s'eft pas rencontré avec lui dans
la façon de le traiter & dans les obfervations
qui y tiennent. C'eft pour faciliter au
Lecteur les voies de la comparaifon , qu'il
a cru à propos de tranfcrire tout ce que
dit à ce fujet l'Auteur de la Lettre fur les
fourds & les muets.
PRINCIPES DISCUTÉS pour faciliter
l'intelligence des livres prophétiques ,
& fpécialement des pfeaumes , relativement
à la langue originale ; fuivis de plu134
MERCURE DE FRANCE.
feurs differtations fur les Lettres II , III ,
IV & V de M. l'Abbé de Villefroi , dans
lefquelles il eft traité de la conduite à
l'égard de fon Eglife depuis le commencement
du monde. A Paris , chez Simon ,
Imprimeur du Parlement , rue de la Har
pe , à l'Hercule ; & Cl . Hériffant , Librai
re-Imprimeur , rue neuve Notre Dame ;
1755 , quatre gros volumes in- 12 .
On trouvera dans le cours de cet ouvrage
, où l'on a déployé une érudition con
venable au fujet , des vûes nouvelles , dont
quelques- unes pourront paroître fingulie
res pour l'explication des livres prophéti
ques , & particulierement des pleaumes .
Si l'on ne demeure pas toujours d'accord
de la folidité des principes qu'on effaye
d'établir pour en développer le véritable
fens , on avouera du moins qu'il y a quel
ques interprétations qu'on a fçu préfenter
fous un afpect favorable .
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Résumé : « TRAITÉ DES SENSATIONS, à Madame la Comtesse de Vassé, par M. l'Abbé de [...] »
Le 'Traité des sensations' de l'Abbé de Condillac, publié en 1754, vise à analyser les sens humains pour distinguer les idées qu'ils procurent et observer leur progression et interaction. Condillac imagine une statue dotée d'une organisation intérieure humaine mais dépourvue d'idées initiales, afin d'explorer comment elle acquiert des sensations et des idées en utilisant ses sens. Il commence par l'odorat, jugé le moins contributif aux connaissances humaines, et progresse vers les autres sens. Les sensations, agréables ou désagréables, motivent la statue à rechercher le plaisir et éviter la douleur, développant ainsi ses facultés mentales. Condillac réfute l'idée que les animaux, bien qu'ayant des sensations, possèdent les mêmes facultés que les humains. Il attribue cette différence à la moindre perfection de l'organe du toucher chez les animaux, concluant que l'âme des bêtes est essentiellement différente de celle de l'homme, conformément aux enseignements de la foi. Il affirme que les facultés de l'âme humaine se développent par l'expérience et l'habitude, et non par des idées innées. Le traité est structuré en quatre parties : l'analyse des sensations et leur rôle dans le développement des facultés de l'âme, l'importance du toucher dans le jugement des objets extérieurs, l'apprentissage des autres sens par le toucher, et l'observation des besoins et des idées d'un homme utilisant tous ses sens. Condillac se distingue par sa méthode prudente et réfléchie, évitant de présenter ses sentiments avec autorité, et reconnaît l'importance de la clarté et de la précision dans l'exposition de ses idées. Il inclut également une dissertation sur la liberté, examinant le pouvoir de la volonté et les connaissances nécessaires à son exercice. Condillac répond à des critiques sur l'originalité de son travail, admettant que l'idée de décomposer l'homme lui avait été communiquée par Mlle Ferrand, mais insistant sur l'originalité de sa méthode et de ses observations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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171
p. 134-142
« DICTIONNAIRE DES POSTES, contenant le nom de toutes les villes, bourgs, paroisses [...] »
Début :
DICTIONNAIRE DES POSTES, contenant le nom de toutes les villes, bourgs, paroisses [...]
Mots clefs :
Lettres, Postes, Bureau des postes, Dictionnaire, Adresse, Amour, Retard des lettres, Commerce des lettres, Perte des lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE DES POSTES, contenant le nom de toutes les villes, bourgs, paroisses [...] »
DICTIONNAIRE DES POSTES , contenant
le nom de toutes les villes , bourgs , par
roiffes , abbayes , & principaux châteaux
du Royaume de France & du Duché de-
Lorraine , les provinces où ils font fitués ,
& le nom du plus prochain bureau des
poftes où les lettres doivent être adreffées
pour chacun defdits endroits , les villes de
JANVIER. 1755. T3S
FEurope , les Etats où elles font fituées ,
& la diſtinction de celles pour lesquelles
il est néceffaire d'affranchir , différentes
obfervations utiles à tous ceux qui font en
commerce de lettres. Livre utile & nécef,
faire à toutes perfonnes , pour adreffer avec
fûreté leurs lettres , & éviter la perte ou le
retard ,, que le défaut de bonne adreffe
peut leur occafionner , 1. vol . in -4° . Par
M. Guyot , Employé au bureau des Poſtes
à Paris. A Paris , chez la veuve Delatour ,.
Imprimeur des Poftes.
La compagnie des Poftes a toujours vu
avec peine que le public n'eft que trop
dans l'ufage de rejetter für elle ou fur fes
Directeurs le défaut de remife des lettres à
leur deftination , quoique ce défaut vienne
prefque toujours du vice de l'adreffe qui
eft fauffe ; la quantité immenfe de rebuts
qu'on renvoyoit à Paris de tout le royaume
en étoit une preuve. >
La maniere dont la partie des rebuts
avoit été gérée jufqu'en 1748 , avoit été
en partie la caufe de ces deux inconvé
niens ; en effet , une lettre mal adreffée ,
après avoir féjourné pendant quatre mois
dans un bureau , étoit renvoyée à Paris ,
d'où l'on tentoit ordinairement de la faire:
paffer en d'autres bureaux , elle en revenoit
fans fuccès ; & après avoir fait inuti136
MERCURE DE FRANCE .
lement un circuit immenfe , on la gardoir
à Paris , fans que le public eût connoiſſance
des foins qu'on s'étoit donné pour faire
enforte de la faire parvenir à fa vraie deftination
, & fans qu'il fe doutât que c'étoit
prefque toujours à lui feul qu'il devoit
attribuer le défaut de remife de fa lettre
parce que l'adreffe en étoit vicieuſe.
D'un autre côté , lorfqu'il reclamoit un
paquet perdu , on ne pouvoit en faire la
recherche que dans les rebuts du bureau
où il auroit dû être adreffé , & c'étoit précifément
là où il ne fe trouvoit pas dès que
l'adreffe n'en étoit pas jufte ; & comme il
n'étoit pas poffible de fouiller fans une perte
de tems confidérable & fans un grand
nombre de Commis , dans la prodigieufe
quantité de rebuts , on étoit forcé d'en
abandonner la recherche.
Pour y remédier , on ordonna aux Directeurs
des poftes de tout le royaume de
Tenvoyer à Paris tous les mois les lettres
qu'ils n'auroient pu diftribuer. Il fut établi
un nouveau bureau pour faire un triage
général de ces lettres , & les renvoyer
dans les lieux d'où elles étoient parties.
MM. les Adminiftrateurs Généraux des
poftes ont vû avec fatisfaction que les auteurs
des lettres , à portée par ce moyen de
réclamer celles qu'ils avoient intérêt de
JANVIER. 1755. 137
retirer , en ont repété une quantité aflez
confidérable ; & que lorfqu'ils avoient négligé
pendant un tems de le faire , on étoit
en état à Paris d'en faire aifément la recherche
, parce qu'on les avoit rangées fous
le nom des bureaux d'où elles étoient par
ties & timbrées.
Cet arrangement a remédié à la vérité à
la perte des lettres ; mais il reftoit encore
un vice à déraciner ( s'il étoit poffible d'y
parvenir ) , c'eft le retardement de l'arrivée
d'une lettre à fa deftination , lorfque
par
le défaut d'indication de la route , ou
pour mieux dire du bureau de poftes par
lequel elle doit être envoyée , les Commis
des poftes ne fçavent dans quel paquet ils
la doivent mettre , fur- tout lorfqu'il y a
plufieurs lieux du même nom dans le
royaume , ce qui par malheur n'eft que
trop ordinaire ; en effet , ce défaut d'indication
les force à fe déterminer au hazard ;
& comment peuvent- ils fçavoir , par exemple
, fi une lettre adreffée fimplement à
Aire , eft pour Aire en Artois , ou pour Aire
en Gascogne , qui reçoit ces lettres par le
Mont de Marfan ?
Un Dictionnaire général , non feulement
de la France , mais encore des villes
de l'étranger , à chaque article duquel on
défignât la province , & le bureau de pof38
MERCURE DE FRANCE.
tes par où les lettres doivent être adreffées ,
a paru à l'Auteur le feul moyen propre à
mettre le public en état d'éviter ces retards ,
& même de prévenir la perte de ces lettres
; la partie des rebuts dont il eft chargé
, l'a mis à portée de connoître cet inconvénient
, & fon zele lui a infpiré le
projet de former le Dictionnaire qu'il préfente
au public.
Il indique même dans ce Dictionnaire
les villes pour lesquelles on doit néceffairement
affranchir , parce que par le défaut
d'affranchiffement les lettres destinées pour
ces villes ne partent point pour leur deſtination.
Le prix de ce Dictionnaire broché eſt
de 8 livres , & relié 10 livres. Dans les
provinces on remettra le montant des exemplaires
à MM. les Directeurs des poftes ,
qui voudront bien le faire paffer à l'auteur,
qui en enverra auffi - tôt lefdits exemplaires
francs de port ; MM . les Adminiftrateurs.
généraux des poftes ayant bien voulu , accorder
cette fatisfaction au public , en confidération
de ce que cet ouvrage leur a
paru très propre à remplir l'objet que l'au
teur s'eft propofé .
JOSEPH BAR BOU , Libraire - Imprimeur
à Paris , rue S. Jacques , aux Cico
JANVIER 1755. 139
gnes , annonce que le premier tome du Recueil
périodique de Médecine , de Chirur
gie & de Pharmacie , qui a commencé au
mois de Juillet dernier , fe trouve complet
par le recueil du mois de Décembre , qu'il
vient de mettre en vente ; il continuera à
en donner un nouveau tous les mois : il
invite les perfonnes qui ont des pieces fur
ces matieres , de vouloir bien les lui communiquer.
ALMANACH JEUNE , ou Calendrier
pour l'année 1755 ; fe vend chez le même
Libraire.
ge
ETRENNES HISTORIQUES à l'ufade
la Breffe , dans lesquelles on trouve
les événemens remarquables de l'hiſtoire
de cette province , fes ufages , fes productions
, fon gouvernement , fon étendue , &
une table du lever & du coucher du foleil ,
calculée pour la latitude de Bourg , 46 deg.
12 min. 31 fec. pour Pannée 1755, chez
Jombert.
ALMANACH HISTORIQUE DE TOURAINE
pour l'année 1755 , imprimé pour
cette province. A Tours , chez François
Lambert , Imprimeur du Roi , grande rue ,
près le College..
On mettra bientôt toutes les Sciences &
140 MERCURE DE FRANCE .
tous les Arts en Almanachs ou en Dictionnaires
pour la commodité du plus grand
nombre , qui veut avoir l'air inftruit à peu
de frais , promptement & fans étude ; par
ce moyen , chacun en lifant deux ou trois
articles le matin , aura fa provifion d'eſprit
ou d'érudition pour la journée.
LA FOLIE ET L'AMOUR , Comẻ-
die en un acte & en vers , repréſentée pour
la premiere fois par les Comédiens François
ordinaires du Roi , le 2 Octobre 1754-
Le prix eft de 24 fols . A Paris , chez Duchefne
, Libraire , rue S. Jacques , au Temple
du Goût.
L'honneur que M. Yon m'a fait de me
dédier cet ouvrage , m'ôte la liberté d'en
donner un extrait . Les éloges que ie crois
qu'il mérite , malgré fon peu de fuccès ,
paroîtroient fufpects de ma part. Je me
borne à mettre ici la fin de fa préface , qui
fervira de précis .
Tout le monde connoît la fable ingénieufe
de La Fontaine , qui a fourni le fujet
de cette petite piece. L'Auteur a imaginé
qu'étant mife en action elle pourroit préfenter
une image affez riante ; mais il falloit
fauver aux yeux du Spectateur l'aveuglement
réel de l'amour caufé par un emportement
de la folie ; c'eft ce qui a été
JANVIER. 1755. 141
exécuté le plus adroitement qu'il a été poffible
à l'Auteur. La fuppofition d'une conjuration
tramée par la Folie , & concertée
entre l'Amour , Momus & Jupiter même ,
contre les moeurs aufteres de l'Olympe ,
eft le moyen qui amene l'aveuglement
feint de l'Amour ; & l'Oracle qui ordonne
que la Folie lui fervira de guide , & fera
fon époufe , eft l'époque qui met fin à
l'âge d'or. Voilà en peu de mots le programme
de cette petite Comédie. Que
l'homme d'efprit daigne la lire , & qu'il
prononce.
Je vais joindre à ce précis l'approbation
de M. de Crebillon , mon confrere. Son
fuffrage eft le plus grand éloge qu'on
puiffe faire de la piece , & la meilleure
apologie que je puiffe donner de mon fentiment.
39
J'ai lu , par l'ordre de Mgr le Chance-
» lier , une Comédie , qui a pour titre la
» Folie & l'Amour. Cette piece , que plu-
»fieurs connoiffeurs avoient jugée digne
du fort le plus brillant , regagnera fans
» doute à la lecture les fuffrages qu'elle
» auroit dû trouver au théatre , & je crois
» que l'on peut en permettre l'impreffion.
» Če 19 Octobre , 1754. Crebillon.
Ce
و ر
Le peu de place qui refte à ce volume ,
142 MERCURE DE FRANCE.
m'oblige à remettre en Février Pextrait des
Mémoires de Benavidès , annoncés en Décembre
avec éloge par M. l'Abbé Raynal.
fera le premier de ceux que je fuis dans
la néceffité de retarder.
le nom de toutes les villes , bourgs , par
roiffes , abbayes , & principaux châteaux
du Royaume de France & du Duché de-
Lorraine , les provinces où ils font fitués ,
& le nom du plus prochain bureau des
poftes où les lettres doivent être adreffées
pour chacun defdits endroits , les villes de
JANVIER. 1755. T3S
FEurope , les Etats où elles font fituées ,
& la diſtinction de celles pour lesquelles
il est néceffaire d'affranchir , différentes
obfervations utiles à tous ceux qui font en
commerce de lettres. Livre utile & nécef,
faire à toutes perfonnes , pour adreffer avec
fûreté leurs lettres , & éviter la perte ou le
retard ,, que le défaut de bonne adreffe
peut leur occafionner , 1. vol . in -4° . Par
M. Guyot , Employé au bureau des Poſtes
à Paris. A Paris , chez la veuve Delatour ,.
Imprimeur des Poftes.
La compagnie des Poftes a toujours vu
avec peine que le public n'eft que trop
dans l'ufage de rejetter für elle ou fur fes
Directeurs le défaut de remife des lettres à
leur deftination , quoique ce défaut vienne
prefque toujours du vice de l'adreffe qui
eft fauffe ; la quantité immenfe de rebuts
qu'on renvoyoit à Paris de tout le royaume
en étoit une preuve. >
La maniere dont la partie des rebuts
avoit été gérée jufqu'en 1748 , avoit été
en partie la caufe de ces deux inconvé
niens ; en effet , une lettre mal adreffée ,
après avoir féjourné pendant quatre mois
dans un bureau , étoit renvoyée à Paris ,
d'où l'on tentoit ordinairement de la faire:
paffer en d'autres bureaux , elle en revenoit
fans fuccès ; & après avoir fait inuti136
MERCURE DE FRANCE .
lement un circuit immenfe , on la gardoir
à Paris , fans que le public eût connoiſſance
des foins qu'on s'étoit donné pour faire
enforte de la faire parvenir à fa vraie deftination
, & fans qu'il fe doutât que c'étoit
prefque toujours à lui feul qu'il devoit
attribuer le défaut de remife de fa lettre
parce que l'adreffe en étoit vicieuſe.
D'un autre côté , lorfqu'il reclamoit un
paquet perdu , on ne pouvoit en faire la
recherche que dans les rebuts du bureau
où il auroit dû être adreffé , & c'étoit précifément
là où il ne fe trouvoit pas dès que
l'adreffe n'en étoit pas jufte ; & comme il
n'étoit pas poffible de fouiller fans une perte
de tems confidérable & fans un grand
nombre de Commis , dans la prodigieufe
quantité de rebuts , on étoit forcé d'en
abandonner la recherche.
Pour y remédier , on ordonna aux Directeurs
des poftes de tout le royaume de
Tenvoyer à Paris tous les mois les lettres
qu'ils n'auroient pu diftribuer. Il fut établi
un nouveau bureau pour faire un triage
général de ces lettres , & les renvoyer
dans les lieux d'où elles étoient parties.
MM. les Adminiftrateurs Généraux des
poftes ont vû avec fatisfaction que les auteurs
des lettres , à portée par ce moyen de
réclamer celles qu'ils avoient intérêt de
JANVIER. 1755. 137
retirer , en ont repété une quantité aflez
confidérable ; & que lorfqu'ils avoient négligé
pendant un tems de le faire , on étoit
en état à Paris d'en faire aifément la recherche
, parce qu'on les avoit rangées fous
le nom des bureaux d'où elles étoient par
ties & timbrées.
Cet arrangement a remédié à la vérité à
la perte des lettres ; mais il reftoit encore
un vice à déraciner ( s'il étoit poffible d'y
parvenir ) , c'eft le retardement de l'arrivée
d'une lettre à fa deftination , lorfque
par
le défaut d'indication de la route , ou
pour mieux dire du bureau de poftes par
lequel elle doit être envoyée , les Commis
des poftes ne fçavent dans quel paquet ils
la doivent mettre , fur- tout lorfqu'il y a
plufieurs lieux du même nom dans le
royaume , ce qui par malheur n'eft que
trop ordinaire ; en effet , ce défaut d'indication
les force à fe déterminer au hazard ;
& comment peuvent- ils fçavoir , par exemple
, fi une lettre adreffée fimplement à
Aire , eft pour Aire en Artois , ou pour Aire
en Gascogne , qui reçoit ces lettres par le
Mont de Marfan ?
Un Dictionnaire général , non feulement
de la France , mais encore des villes
de l'étranger , à chaque article duquel on
défignât la province , & le bureau de pof38
MERCURE DE FRANCE.
tes par où les lettres doivent être adreffées ,
a paru à l'Auteur le feul moyen propre à
mettre le public en état d'éviter ces retards ,
& même de prévenir la perte de ces lettres
; la partie des rebuts dont il eft chargé
, l'a mis à portée de connoître cet inconvénient
, & fon zele lui a infpiré le
projet de former le Dictionnaire qu'il préfente
au public.
Il indique même dans ce Dictionnaire
les villes pour lesquelles on doit néceffairement
affranchir , parce que par le défaut
d'affranchiffement les lettres destinées pour
ces villes ne partent point pour leur deſtination.
Le prix de ce Dictionnaire broché eſt
de 8 livres , & relié 10 livres. Dans les
provinces on remettra le montant des exemplaires
à MM. les Directeurs des poftes ,
qui voudront bien le faire paffer à l'auteur,
qui en enverra auffi - tôt lefdits exemplaires
francs de port ; MM . les Adminiftrateurs.
généraux des poftes ayant bien voulu , accorder
cette fatisfaction au public , en confidération
de ce que cet ouvrage leur a
paru très propre à remplir l'objet que l'au
teur s'eft propofé .
JOSEPH BAR BOU , Libraire - Imprimeur
à Paris , rue S. Jacques , aux Cico
JANVIER 1755. 139
gnes , annonce que le premier tome du Recueil
périodique de Médecine , de Chirur
gie & de Pharmacie , qui a commencé au
mois de Juillet dernier , fe trouve complet
par le recueil du mois de Décembre , qu'il
vient de mettre en vente ; il continuera à
en donner un nouveau tous les mois : il
invite les perfonnes qui ont des pieces fur
ces matieres , de vouloir bien les lui communiquer.
ALMANACH JEUNE , ou Calendrier
pour l'année 1755 ; fe vend chez le même
Libraire.
ge
ETRENNES HISTORIQUES à l'ufade
la Breffe , dans lesquelles on trouve
les événemens remarquables de l'hiſtoire
de cette province , fes ufages , fes productions
, fon gouvernement , fon étendue , &
une table du lever & du coucher du foleil ,
calculée pour la latitude de Bourg , 46 deg.
12 min. 31 fec. pour Pannée 1755, chez
Jombert.
ALMANACH HISTORIQUE DE TOURAINE
pour l'année 1755 , imprimé pour
cette province. A Tours , chez François
Lambert , Imprimeur du Roi , grande rue ,
près le College..
On mettra bientôt toutes les Sciences &
140 MERCURE DE FRANCE .
tous les Arts en Almanachs ou en Dictionnaires
pour la commodité du plus grand
nombre , qui veut avoir l'air inftruit à peu
de frais , promptement & fans étude ; par
ce moyen , chacun en lifant deux ou trois
articles le matin , aura fa provifion d'eſprit
ou d'érudition pour la journée.
LA FOLIE ET L'AMOUR , Comẻ-
die en un acte & en vers , repréſentée pour
la premiere fois par les Comédiens François
ordinaires du Roi , le 2 Octobre 1754-
Le prix eft de 24 fols . A Paris , chez Duchefne
, Libraire , rue S. Jacques , au Temple
du Goût.
L'honneur que M. Yon m'a fait de me
dédier cet ouvrage , m'ôte la liberté d'en
donner un extrait . Les éloges que ie crois
qu'il mérite , malgré fon peu de fuccès ,
paroîtroient fufpects de ma part. Je me
borne à mettre ici la fin de fa préface , qui
fervira de précis .
Tout le monde connoît la fable ingénieufe
de La Fontaine , qui a fourni le fujet
de cette petite piece. L'Auteur a imaginé
qu'étant mife en action elle pourroit préfenter
une image affez riante ; mais il falloit
fauver aux yeux du Spectateur l'aveuglement
réel de l'amour caufé par un emportement
de la folie ; c'eft ce qui a été
JANVIER. 1755. 141
exécuté le plus adroitement qu'il a été poffible
à l'Auteur. La fuppofition d'une conjuration
tramée par la Folie , & concertée
entre l'Amour , Momus & Jupiter même ,
contre les moeurs aufteres de l'Olympe ,
eft le moyen qui amene l'aveuglement
feint de l'Amour ; & l'Oracle qui ordonne
que la Folie lui fervira de guide , & fera
fon époufe , eft l'époque qui met fin à
l'âge d'or. Voilà en peu de mots le programme
de cette petite Comédie. Que
l'homme d'efprit daigne la lire , & qu'il
prononce.
Je vais joindre à ce précis l'approbation
de M. de Crebillon , mon confrere. Son
fuffrage eft le plus grand éloge qu'on
puiffe faire de la piece , & la meilleure
apologie que je puiffe donner de mon fentiment.
39
J'ai lu , par l'ordre de Mgr le Chance-
» lier , une Comédie , qui a pour titre la
» Folie & l'Amour. Cette piece , que plu-
»fieurs connoiffeurs avoient jugée digne
du fort le plus brillant , regagnera fans
» doute à la lecture les fuffrages qu'elle
» auroit dû trouver au théatre , & je crois
» que l'on peut en permettre l'impreffion.
» Če 19 Octobre , 1754. Crebillon.
Ce
و ر
Le peu de place qui refte à ce volume ,
142 MERCURE DE FRANCE.
m'oblige à remettre en Février Pextrait des
Mémoires de Benavidès , annoncés en Décembre
avec éloge par M. l'Abbé Raynal.
fera le premier de ceux que je fuis dans
la néceffité de retarder.
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Résumé : « DICTIONNAIRE DES POSTES, contenant le nom de toutes les villes, bourgs, paroisses [...] »
Le 'DICTIONNAIRE DES POSTES' publié en janvier 1755 répertorie les villes, bourgs, paroisses, abbayes et principaux châteaux du Royaume de France et du Duché de Lorraine, ainsi que les bureaux des postes correspondants. Cet ouvrage vise à aider le public à adresser correctement les lettres, évitant ainsi les pertes ou retards causés par des adresses incorrectes. La compagnie des Postes a souvent été critiquée pour la non-livraison des lettres, bien que cela soit souvent dû à des erreurs d'adressage. Avant 1748, les lettres mal adressées étaient renvoyées à Paris après quatre mois, entraînant des circuits inutiles et des recherches infructueuses. Pour résoudre ce problème, les directeurs des postes ont été instruits d'envoyer mensuellement à Paris les lettres non distribuées. Un nouveau bureau a été créé pour trier et renvoyer ces lettres. Cependant, des retards subsistaient en raison de l'absence d'indication des routes ou des bureaux de poste appropriés, surtout lorsque plusieurs lieux portaient le même nom. L'auteur du dictionnaire, M. Guyot, a proposé un dictionnaire général des villes de France et de l'étranger, indiquant les provinces et les bureaux de poste pour chaque lieu. Ce dictionnaire signale également les villes nécessitant un affranchissement obligatoire. Le prix du dictionnaire est de 8 livres broché et 10 livres relié. Les administrateurs généraux des postes ont soutenu cet ouvrage, le jugeant utile pour améliorer l'adressage des lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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172
p. 142-145
SEANCE PUBLIQUE DE L'ACADÉMIE FRANÇOISE.
Début :
Mr. Dalembert ayant été élû par l'Académie Françoise à la place M. l'Evêque [...]
Mots clefs :
Académie française, Séance publique, Éloquence, Jean Le Rond d'Alembert, Éloquence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE DE L'ACADÉMIE FRANÇOISE.
SEANCE PUBLIQUE
DE L'ACADÉmie françoise.
R. Dalembert
été élû par l'AMcadémie
Françoife à la place M. l'Evêque
de Vence , y prit féance le 19 Décembre.
L'applaudiffement unanime d'une
affemblée nombreufe , confirma le choix
de cette Compagnie , & le Difcours que
M. Dalembert prononça auroit fuffi pour
le juftifier. Il eft plein de cette éloquence
des chofes qui caractériſe le vrai Philofophe
, ou l'homme qui penfe , & qui fait
feul le grand écrivain . Ceux qui ne connoiffent
pas ce Difcours , pourront juger
de fa beauté par les endroits que j'en vais
citer. C'eft ainfi qu'il parle de l'éloquence
& du génie , dont il eft lui-même inſpiré.
» L'éloquence eft le talent de faire paffer
rapidement , & d'imprimer avec for-
» ce dans l'ame des autres , le fentiment"
profond dont on eft pénétré ; ce talent
précieux a fon germe dans une fenfibiJANVIER
1755. 143
>>
3
99
lité rare pour le grand , l'honnête & le
vrai ; la même agitation de l'ame , capable
d'exciter en nous une émotion vi-
» ve , fuffit pour en faire fortir l'image au
dehors. Il n'y a donc point d'art pour
l'éloquence ; il n'y en a point pour fentir.
Ce n'eft point à produire des beautés
, c'eft à faire éviter les fautes , que
les grands maîtres ont deftiné les régles.
La nature forme les hommes de
génie , comme elle forme au fein de la
» terre les métaux précieux , brutes , informes
, pleins d'alliage & de matieres
étrangeres . L'art ne fait pour le génie
que ce qu'il fait pour ces métaux ; il
n'ajoute rien à la fubftance , il les dé-
" gage de ce qu'ils ont d'étranger , & dé-
» couvre l'ouvrage de la nature .
"
""
n
» Suivant ces principes , qui font les vôtres
, Meffieurs , il n'y a de vraiment
éloquent que ce qui conferve ce ca-
» ractère en paffant d'une langue dans
» une autre ; le fublime fe traduit tou-
» jours , prefque jamais le ftyle. Pourquoi
les Ciceron & les Démofthene intéreſ-
» fent- ils celui même qui les lit dans une
autre langue que la leur , quoique trop
» fouvent dénaturés & travestis ? Le génie
» de ces grands hommes y refpire encore ;
» & , fi l'on peut parler ainfi , l'empreinte
de leur ame y refte attachée.
144 MERCURE DE FRANCE.
L'exemple prouve cette vérité . Cor .
neille perd moins à être traduit que Racine.
M. Dalembert donne à M. l'Evêque de
Vence un beau trait de louange , qui réjaillit
fur toute la littérature. » IÎ fur ,
22
و د
ود
"
dit-il , fur-tout bien éloigné de ce zéle
» aveugle & barbare , qui cherche l'impiété
où elle n'eft pas , & qui moins ami
» de la Religion qu'ennemi des Sciences
» & des Lettres , outrage & noircit des
» hommes irréprochables dans leur con-
» duite & dans leurs écrits. Où pourrai-
» je , Meffieurs , réclamer avec plus de
»force & de fuccès contre cette injuftice
cruelle , qu'au milieu d'une Compagnie
» qui renferme ce que la Religion a de
plus refpectable , l'Etat de plus grand ,
» les Lettres de plus célébre ? La Reli-
» gion doit aux Lettres & à la Philofophie
l'affermiffement de fes principes ,
» les Souverains l'affermiffement de leurs
droits , combattus & violés dans des fié-
» cles d'ignorance ; les peuples cette lumiere
générale qui rend l'autorité plus
» douce , & l'obéiffance plus fidéle.
""
M. Greffet , Directeur de l'Académie ,
dans fa réponſe , met le comble à l'éloge
de ce vertueux Prélat , en s'exprimant ainfi.
» La gloire, qu'il ne cherchoit pas , vint
» le
JANVIER. 1755 . 145
">
le trouver dans fa folitude , & l'illuftrer
fans changer fes moeurs . Arrivé à
l'Epifcopat fans brigues , fans baffeffes
»& fans hypocrifie , il y vécut fans fafte ,
» fans hauteur & fans négligence.... Dé-
» voué tout entier à l'inftruction des peuples
confiés à fon zéle , il leur confacra
» tous fes talens , tous fes foins , tous fes
» jours. Paſteur d'autant plus cher à fon
troupeau , que ne le quittant pas il en
» étoit plus connu . Louange rarement
» donnée , & bien digne d'être remarquée
» dans vingt ans d'Epifcopat..
Enfin plein d'années , de vertus & de
gloire , il eft mort pleuré des fiens , com-
» me un pere tendre , honoré & chéri ,
expire au milieu des gémiffemens d'une
» famille éplorée , dont il emporte l'eftime
, la reconnoiffance & les regrets.
»
Les Académies de province m'excuseront
fi je ne mets ce mois- ci aucun de leurs extraits
; ils m'ont été remis trop tard. Mon volume
étoit rempli , je n'en puis faire uſage que
pour le mois prochain .
DE L'ACADÉmie françoise.
R. Dalembert
été élû par l'AMcadémie
Françoife à la place M. l'Evêque
de Vence , y prit féance le 19 Décembre.
L'applaudiffement unanime d'une
affemblée nombreufe , confirma le choix
de cette Compagnie , & le Difcours que
M. Dalembert prononça auroit fuffi pour
le juftifier. Il eft plein de cette éloquence
des chofes qui caractériſe le vrai Philofophe
, ou l'homme qui penfe , & qui fait
feul le grand écrivain . Ceux qui ne connoiffent
pas ce Difcours , pourront juger
de fa beauté par les endroits que j'en vais
citer. C'eft ainfi qu'il parle de l'éloquence
& du génie , dont il eft lui-même inſpiré.
» L'éloquence eft le talent de faire paffer
rapidement , & d'imprimer avec for-
» ce dans l'ame des autres , le fentiment"
profond dont on eft pénétré ; ce talent
précieux a fon germe dans une fenfibiJANVIER
1755. 143
>>
3
99
lité rare pour le grand , l'honnête & le
vrai ; la même agitation de l'ame , capable
d'exciter en nous une émotion vi-
» ve , fuffit pour en faire fortir l'image au
dehors. Il n'y a donc point d'art pour
l'éloquence ; il n'y en a point pour fentir.
Ce n'eft point à produire des beautés
, c'eft à faire éviter les fautes , que
les grands maîtres ont deftiné les régles.
La nature forme les hommes de
génie , comme elle forme au fein de la
» terre les métaux précieux , brutes , informes
, pleins d'alliage & de matieres
étrangeres . L'art ne fait pour le génie
que ce qu'il fait pour ces métaux ; il
n'ajoute rien à la fubftance , il les dé-
" gage de ce qu'ils ont d'étranger , & dé-
» couvre l'ouvrage de la nature .
"
""
n
» Suivant ces principes , qui font les vôtres
, Meffieurs , il n'y a de vraiment
éloquent que ce qui conferve ce ca-
» ractère en paffant d'une langue dans
» une autre ; le fublime fe traduit tou-
» jours , prefque jamais le ftyle. Pourquoi
les Ciceron & les Démofthene intéreſ-
» fent- ils celui même qui les lit dans une
autre langue que la leur , quoique trop
» fouvent dénaturés & travestis ? Le génie
» de ces grands hommes y refpire encore ;
» & , fi l'on peut parler ainfi , l'empreinte
de leur ame y refte attachée.
144 MERCURE DE FRANCE.
L'exemple prouve cette vérité . Cor .
neille perd moins à être traduit que Racine.
M. Dalembert donne à M. l'Evêque de
Vence un beau trait de louange , qui réjaillit
fur toute la littérature. » IÎ fur ,
22
و د
ود
"
dit-il , fur-tout bien éloigné de ce zéle
» aveugle & barbare , qui cherche l'impiété
où elle n'eft pas , & qui moins ami
» de la Religion qu'ennemi des Sciences
» & des Lettres , outrage & noircit des
» hommes irréprochables dans leur con-
» duite & dans leurs écrits. Où pourrai-
» je , Meffieurs , réclamer avec plus de
»force & de fuccès contre cette injuftice
cruelle , qu'au milieu d'une Compagnie
» qui renferme ce que la Religion a de
plus refpectable , l'Etat de plus grand ,
» les Lettres de plus célébre ? La Reli-
» gion doit aux Lettres & à la Philofophie
l'affermiffement de fes principes ,
» les Souverains l'affermiffement de leurs
droits , combattus & violés dans des fié-
» cles d'ignorance ; les peuples cette lumiere
générale qui rend l'autorité plus
» douce , & l'obéiffance plus fidéle.
""
M. Greffet , Directeur de l'Académie ,
dans fa réponſe , met le comble à l'éloge
de ce vertueux Prélat , en s'exprimant ainfi.
» La gloire, qu'il ne cherchoit pas , vint
» le
JANVIER. 1755 . 145
">
le trouver dans fa folitude , & l'illuftrer
fans changer fes moeurs . Arrivé à
l'Epifcopat fans brigues , fans baffeffes
»& fans hypocrifie , il y vécut fans fafte ,
» fans hauteur & fans négligence.... Dé-
» voué tout entier à l'inftruction des peuples
confiés à fon zéle , il leur confacra
» tous fes talens , tous fes foins , tous fes
» jours. Paſteur d'autant plus cher à fon
troupeau , que ne le quittant pas il en
» étoit plus connu . Louange rarement
» donnée , & bien digne d'être remarquée
» dans vingt ans d'Epifcopat..
Enfin plein d'années , de vertus & de
gloire , il eft mort pleuré des fiens , com-
» me un pere tendre , honoré & chéri ,
expire au milieu des gémiffemens d'une
» famille éplorée , dont il emporte l'eftime
, la reconnoiffance & les regrets.
»
Les Académies de province m'excuseront
fi je ne mets ce mois- ci aucun de leurs extraits
; ils m'ont été remis trop tard. Mon volume
étoit rempli , je n'en puis faire uſage que
pour le mois prochain .
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE DE L'ACADÉMIE FRANÇOISE.
Le 19 décembre, l'Académie française a élu R. Dalembert pour succéder à l'Évêque de Vence. Cette élection a été accueillie par des applaudissements unanimes de l'assemblée, renforcés par le discours de Dalembert. Dans son allocution, Dalembert a défini l'éloquence comme le talent de transmettre rapidement et profondément un sentiment, soulignant qu'elle ne s'apprend pas mais se manifeste naturellement. Il a également affirmé que le génie est formé par la nature et affiné par l'art, comparant ce processus à celui des métaux précieux. Dalembert a rendu hommage à l'Évêque de Vence, le félicitant pour son éloignement du zèle aveugle qui outrage injustement les hommes de lettres. M. Greffet, Directeur de l'Académie, a ajouté que l'Évêque de Vence avait vécu et travaillé avec dévouement, sans chercher la gloire. Il a été pleuré comme un père à sa mort, après vingt ans d'épiscopat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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173
p. 146
« TRAITÉ DE L'ART DU CHANT, par M. Berard, premier ouvrage qu'on ait fait [...] »
Début :
TRAITÉ DE L'ART DU CHANT, par M. Berard, premier ouvrage qu'on ait fait [...]
Mots clefs :
Histoire naturelle, Chant
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texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ DE L'ART DU CHANT, par M. Berard, premier ouvrage qu'on ait fait [...] »
TRAITÉ DE L'ART DU CHANT , par M.
Berard , premier ouvrage qu'on ait fait
dans ce genre , & que l'auteur promet de
donner dans le courant de ce mois.
OBSERVATIONS SUR L'HISTOIRE NATURELLE
, fur la Phyfique , & fur la Peinture,
avec des planches imprimées en couleur,
Cet ouvrage renferme les fecrets des Arts,
les nouvelles découvertes & les difputes
des Philofophes & des Artiftes modernes.
A Paris , chez De Laguette , rue S. Jaques,
à l'Olivier , par M. Gautier , Penfionnaire
du Roi. Les planches colorées dont il eft
orné fe diftribuent féparément chez l'Au
teur , rue de la Harpe, Il propofe une foufcription
pour la feconde édition des quarante-
fix planches anatomiques, & de leurs
tables explicatives.
Berard , premier ouvrage qu'on ait fait
dans ce genre , & que l'auteur promet de
donner dans le courant de ce mois.
OBSERVATIONS SUR L'HISTOIRE NATURELLE
, fur la Phyfique , & fur la Peinture,
avec des planches imprimées en couleur,
Cet ouvrage renferme les fecrets des Arts,
les nouvelles découvertes & les difputes
des Philofophes & des Artiftes modernes.
A Paris , chez De Laguette , rue S. Jaques,
à l'Olivier , par M. Gautier , Penfionnaire
du Roi. Les planches colorées dont il eft
orné fe diftribuent féparément chez l'Au
teur , rue de la Harpe, Il propofe une foufcription
pour la feconde édition des quarante-
fix planches anatomiques, & de leurs
tables explicatives.
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Résumé : « TRAITÉ DE L'ART DU CHANT, par M. Berard, premier ouvrage qu'on ait fait [...] »
Le texte mentionne deux ouvrages. Le premier, 'Traité de l'art du chant' de M. Berard, sera publié prochainement. Le second, 'Observations sur l'histoire naturelle, sur la physique, & sur la peinture', inclut des planches colorées et est disponible à Paris chez De Laguette. L'auteur propose également une souscription pour des planches anatomiques.
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174
p. 83-85
« JOURNAL ÉTRANGER, ouvrage périodique, Janvier 1755, qui a pour épigraphe, [...] »
Début :
JOURNAL ÉTRANGER, ouvrage périodique, Janvier 1755, qui a pour épigraphe, [...]
Mots clefs :
Journal, Abbé Prévost, Journal étranger
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texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL ÉTRANGER, ouvrage périodique, Janvier 1755, qui a pour épigraphe, [...] »
OURNAL ÉTRANGER , ouvrage périodique
, Janvier 1755 , qui a pour épigraphe
, Externo robore crefcit , Claud . &
qui fe vend à Paris , au Bureau du Journal
Étranger , rue Saint Louis au Marais ,
vis-à - vis le Bureau de la Régie des cartes ;
chez Piffot , quai de Conti ; Sangrain le
fils , & Duchefne , rue Saint Jacques.
M. l'Abbé Prévôt eft à préſent à la tête
de ce Journal , qui ne peut être rédigé
par une plume plus élégante ; elle embellit
tout ce qu'elle traite . Son Avertiffement
eft une pièce d'éloquence , les promeffes
qu'il y fait au public font magnifiques , &
perfonne n'eft plus en état de les remplir
que lui. Cet éloge de ma part eft d'autant,
moins fufpect , que je le loue à mon préjudice.
C'eft un nouveau Journal qui s'éleve
, pour ainfi dire , à mes frais & dépens
; il prend la même forme , il embraffe
, comme moi , tous les genres : il ne
fe borne pas à la littérature fçavante , il
étend fes courfes fur toute la partie agréable
, & même fur celle des fpectacles , qui
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
font mon domaine particulier. Comme il
ufurpe ainfi tous mes droits , il ne doit
pas trouver mauvais que je m'enrichie
quelquefois de fon butin , & que je falſe
ufage des extraits qu'il donnera des piéces
de Théatre , ou des Romans étrangers
pour les oppofer aux nôtres. Mon but eft
de mettre par là le lecteur françois à portée
de connoître l'efprit des autres nations ,
& de comparer leur goût avec le fien pour
en mieux fentir la différence ; c'eſt le plus
fûr moyen
de guérir les préventions trop
fortes pour ou contre les étrangers . Les
uns trouvent les feuls ouvrages anglois
admirables , ils font le fruit du génie :
les autres n'approuvent que les écrits françois
; ils font le modele du goût. Je crois
que ce goût pur & vrai reffemble à la
vertu , qu'il fuit les extrêmités , qu'il
n'eft ni en-deça ni au- delà , & qu'il refide
, comme elle , dans un milieu raifonnable.
N'en ayons jamais d'exclufif ; eftimons
les étrangers par où ils font eftimables
; fans nous déprimer , louons encore
moins notre efprit aux dépens du
leur ; ne les étudions que pour nous perfectionner
enrichiffons notre littérature
de leurs tréfors , & profitons de leurs beautés
fans imiter leurs défauts. Je com -
mence par le précis ou le programme de
FEVRIER. 1755. 85
Philoclée , tragédie angloife , dont M.
l'Abbé Prévôt a fait un extrait détaillé :
mais je le porte à l'article des Spectacles ,
il fera là mieux à fa place. Les piéces de
comparaifon y feront plus voifines ; j'y
renvoye le lecteur , il y trouvera Philoclée
après le Triumvirat .
, Janvier 1755 , qui a pour épigraphe
, Externo robore crefcit , Claud . &
qui fe vend à Paris , au Bureau du Journal
Étranger , rue Saint Louis au Marais ,
vis-à - vis le Bureau de la Régie des cartes ;
chez Piffot , quai de Conti ; Sangrain le
fils , & Duchefne , rue Saint Jacques.
M. l'Abbé Prévôt eft à préſent à la tête
de ce Journal , qui ne peut être rédigé
par une plume plus élégante ; elle embellit
tout ce qu'elle traite . Son Avertiffement
eft une pièce d'éloquence , les promeffes
qu'il y fait au public font magnifiques , &
perfonne n'eft plus en état de les remplir
que lui. Cet éloge de ma part eft d'autant,
moins fufpect , que je le loue à mon préjudice.
C'eft un nouveau Journal qui s'éleve
, pour ainfi dire , à mes frais & dépens
; il prend la même forme , il embraffe
, comme moi , tous les genres : il ne
fe borne pas à la littérature fçavante , il
étend fes courfes fur toute la partie agréable
, & même fur celle des fpectacles , qui
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
font mon domaine particulier. Comme il
ufurpe ainfi tous mes droits , il ne doit
pas trouver mauvais que je m'enrichie
quelquefois de fon butin , & que je falſe
ufage des extraits qu'il donnera des piéces
de Théatre , ou des Romans étrangers
pour les oppofer aux nôtres. Mon but eft
de mettre par là le lecteur françois à portée
de connoître l'efprit des autres nations ,
& de comparer leur goût avec le fien pour
en mieux fentir la différence ; c'eſt le plus
fûr moyen
de guérir les préventions trop
fortes pour ou contre les étrangers . Les
uns trouvent les feuls ouvrages anglois
admirables , ils font le fruit du génie :
les autres n'approuvent que les écrits françois
; ils font le modele du goût. Je crois
que ce goût pur & vrai reffemble à la
vertu , qu'il fuit les extrêmités , qu'il
n'eft ni en-deça ni au- delà , & qu'il refide
, comme elle , dans un milieu raifonnable.
N'en ayons jamais d'exclufif ; eftimons
les étrangers par où ils font eftimables
; fans nous déprimer , louons encore
moins notre efprit aux dépens du
leur ; ne les étudions que pour nous perfectionner
enrichiffons notre littérature
de leurs tréfors , & profitons de leurs beautés
fans imiter leurs défauts. Je com -
mence par le précis ou le programme de
FEVRIER. 1755. 85
Philoclée , tragédie angloife , dont M.
l'Abbé Prévôt a fait un extrait détaillé :
mais je le porte à l'article des Spectacles ,
il fera là mieux à fa place. Les piéces de
comparaifon y feront plus voifines ; j'y
renvoye le lecteur , il y trouvera Philoclée
après le Triumvirat .
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Résumé : « JOURNAL ÉTRANGER, ouvrage périodique, Janvier 1755, qui a pour épigraphe, [...] »
Le texte présente le 'Journal Étranger', une publication périodique de janvier 1755 dirigée par l'Abbé Prévôt. Ce journal est disponible à Paris dans plusieurs lieux, notamment au Bureau du Journal Étranger, chez Piffot, et chez Sangrain le fils et Duchefne. L'Abbé Prévôt est reconnu pour son élégance et son éloquence. Le texte mentionne un nouveau journal concurrent qui couvre divers genres, y compris la littérature savante, les sujets agréables et les spectacles. L'auteur du texte, tout en admettant la qualité de ce nouveau journal, souhaite enrichir son propre journal avec des extraits de pièces de théâtre ou de romans étrangers pour les comparer avec les œuvres françaises. Son objectif est de permettre aux lecteurs français de connaître l'esprit des autres nations et de comparer leurs goûts. Il prône un goût équilibré, ni exclusif ni dépréciatif, et encourage l'enrichissement de la littérature française par les trésors étrangers tout en évitant d'imiter leurs défauts. Le texte se conclut par une référence à un extrait détaillé de la tragédie anglaise 'Philoclée', renvoyé à la section des spectacles.
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175
p. 98-100
AVERTISSEMENT.
Début :
Le catalogue des Oeuvres de M. le Chevalier de Mouhy, demeurant à l'entrée de [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Dijon, Catalogue, Chevalier de Mouhy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Le catalogue des OEuvres de M. le Chevalier
de Mouhy , demeurant à l'entrée de
la rue des Cordeliers , près de la Comédie
Françoife , placé dans l'Almanach des
Beaux Arts , & à la fuite des derniers ouvrages
de cet Auteur , ayant perfuadé qu'on
les trouveroit chez lui , y ont fait envoyer
fi fouvent qu'il eft obligé d'annoncer ici ,
que les éditions de la plus grande partie de
fes anciennes productions font confommées
, & que celles qui ne le font pas encore
fe vendent chez les Libraires défignés
à la fuite des titres . Mais voulant éviter
la peine à l'avenir à une infinité de perfonnes
de venir inutilement chez lui , il
met ici les noms des nouveaux ouvrages
qu'il a fait imprimer depuis deux ans chez
Jorry , quai des Auguftins , que l'on vend
aufli chez Duchefne , rue S. Jacques ; &
FEVRIER. 1755. ୨୭
chez lui , rue des Cordeliers , afin qu'ils
fçachent où les trouver.
Nouveaux ouvrages de M. le Chevalier de
Mouby , de l'Académie des Belles- Lettres
de Dijon.
Les Tablettes dramatiques , contenant
le Dictionnaire du Théatre François , avec
l'abrégé de l'hiftoire de ce Théatre ; les vies
des Auteurs & des Acteurs , &c , in - 8 ° ,
avec les fupplémens qui fe donnent gratis
chaque année , broché 6 livres , relié 6 1 ,
12 f.
Les Délices du fentiment , 6 vol . in- 12 .
broché 10 l . 16 f. relié 15 liv .
Les Mémoires du Marquis de Benavidès
, Roman moral , 7 vol. in - 12 . broché.
huit livres huit fols , relié dix livres douze,
fols.
Les Lettres du Commandeur , avec les
réponſes , fe vendront à l'avenir 6liv. brochées
les trois vol. & 8 liv . s L. reliées ,
parce qu'il n'y en a plus que fort peu qu'on
a fait revenir de Hollande , qui ont coûté
18 liv. de
port.
Le Répertoire des pieces reftées au théatre
françois , ou le petit Dictionnaire du
théatre françois , broché 15 f. relié 1 liv.
4. f.
Les Supplémens aux tablettes dramati-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
ques pour les années 1752 , 1753 , 1754
& 1755 , diftribués gratis à ceux qui ont
acheté l'ouvrage , fe vendent 12 f. chacun ,
lorfqu'on le prend à part , c'eſt- à -dire fans
les Tablettes .
Le Financier , fous preffe , en quatre volumes.
Le catalogue des OEuvres de M. le Chevalier
de Mouhy , demeurant à l'entrée de
la rue des Cordeliers , près de la Comédie
Françoife , placé dans l'Almanach des
Beaux Arts , & à la fuite des derniers ouvrages
de cet Auteur , ayant perfuadé qu'on
les trouveroit chez lui , y ont fait envoyer
fi fouvent qu'il eft obligé d'annoncer ici ,
que les éditions de la plus grande partie de
fes anciennes productions font confommées
, & que celles qui ne le font pas encore
fe vendent chez les Libraires défignés
à la fuite des titres . Mais voulant éviter
la peine à l'avenir à une infinité de perfonnes
de venir inutilement chez lui , il
met ici les noms des nouveaux ouvrages
qu'il a fait imprimer depuis deux ans chez
Jorry , quai des Auguftins , que l'on vend
aufli chez Duchefne , rue S. Jacques ; &
FEVRIER. 1755. ୨୭
chez lui , rue des Cordeliers , afin qu'ils
fçachent où les trouver.
Nouveaux ouvrages de M. le Chevalier de
Mouby , de l'Académie des Belles- Lettres
de Dijon.
Les Tablettes dramatiques , contenant
le Dictionnaire du Théatre François , avec
l'abrégé de l'hiftoire de ce Théatre ; les vies
des Auteurs & des Acteurs , &c , in - 8 ° ,
avec les fupplémens qui fe donnent gratis
chaque année , broché 6 livres , relié 6 1 ,
12 f.
Les Délices du fentiment , 6 vol . in- 12 .
broché 10 l . 16 f. relié 15 liv .
Les Mémoires du Marquis de Benavidès
, Roman moral , 7 vol. in - 12 . broché.
huit livres huit fols , relié dix livres douze,
fols.
Les Lettres du Commandeur , avec les
réponſes , fe vendront à l'avenir 6liv. brochées
les trois vol. & 8 liv . s L. reliées ,
parce qu'il n'y en a plus que fort peu qu'on
a fait revenir de Hollande , qui ont coûté
18 liv. de
port.
Le Répertoire des pieces reftées au théatre
françois , ou le petit Dictionnaire du
théatre françois , broché 15 f. relié 1 liv.
4. f.
Les Supplémens aux tablettes dramati-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
ques pour les années 1752 , 1753 , 1754
& 1755 , diftribués gratis à ceux qui ont
acheté l'ouvrage , fe vendent 12 f. chacun ,
lorfqu'on le prend à part , c'eſt- à -dire fans
les Tablettes .
Le Financier , fous preffe , en quatre volumes.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le Chevalier de Mouhy, résidant à l'entrée de la rue des Cordeliers, près de la Comédie Française, informe que les éditions de la plupart de ses anciennes œuvres sont épuisées. Les exemplaires disponibles se trouvent chez des libraires spécifiques mentionnés à la suite des titres. Pour éviter des déplacements inutiles, il liste ses nouveaux ouvrages imprimés chez Jorry, quai des Augustins, également vendus chez Duchefne, rue Saint-Jacques, et chez lui. Les nouveaux ouvrages incluent 'Les Tablettes dramatiques', un dictionnaire du théâtre français avec des suppléments annuels gratuits, au prix de 6 livres broché ou 6 livres 12 sous relié. 'Les Délices du sentiment', en 6 volumes in-12, au prix de 10 livres 16 sous broché ou 15 livres relié. 'Les Mémoires du Marquis de Benavidès', un roman moral en 7 volumes in-12, au prix de 8 livres 8 sous broché ou 10 livres 12 sous relié. 'Les Lettres du Commandeur', avec les réponses, au prix de 6 livres broché ou 8 livres relié. 'Le Répertoire des pièces refusées au théâtre français', au prix de 15 sous broché ou 1 livre 4 sous relié. 'Les Suppléments aux tablettes dramatiques' pour les années 1752 à 1755, distribués gratuitement aux acheteurs de l'ouvrage principal, ou vendus 12 sous chacun s'ils sont achetés séparément. Enfin, 'Le Financier', en cours d'impression, en quatre volumes.
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176
p. 100-104
« HISTOIRE UNIVERSELLE SACRÉE ET PROFANE, composée par ordre de Mesdames [...] »
Début :
HISTOIRE UNIVERSELLE SACRÉE ET PROFANE, composée par ordre de Mesdames [...]
Mots clefs :
Histoire universelle, Histoire sacrée et profane, Histoire, Époque, Empire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE UNIVERSELLE SACRÉE ET PROFANE, composée par ordre de Mesdames [...] »
HISTOIRE UNIVERSELLE SACRÉE ET
PROFANE , compofée par ordre de Mefdames
de France. A Paris , chez Guillaume
Defprez , Imprimeur ordinaire du Roi &
de Mefdames de France , rue Saint Jacques
, à S. Profper & aux trois Vertus ,
1754 , cinq vol . in- 12 .
Ón ne donne aujourd'hui que la
premiere
partie de cet ouvrage . M. Hardion
de l'Académie Françoiſe , en eft l'auteur.
Il nous apprend dans une courte Préface ,
que le plan lui en a été tracé par Madame
Adélaïde , & que le zéle qui l'anime pour
le ſervice de Mefdames , l'a dirigé dans
cette entrepriſe. Voici comme il s'exprime
à ce fujet. Leur intention a été de fe rap-
» peller leurs lectures , fuivant l'ordre des
» tems , dans une hiftoire univerfelle , qui
» n'eût ni la féchereffe ordinaire des abrégés
, ni l'étendue des hiftoires particu-
» lieres ; il falloit raffembler en un corps
»ce que l'hiftoire offre de plus mémoraFEVRIER.
1755. 101
13
» ble , de plus utile , & de plus intéref-
» fant ; faire connoître les caracteres des
perfonnages qui ont joué fur les diffé-
" rens théatres les rôles principaux ; met-
» tre les lecteurs en état de fe faire à eux-
» mêmes des leçons de morale & de politique
d'après les tableaux qu'ils auroient
» fous leurs yeux ; enfin compofer un tout
dont les parties fuffent liées entr'elles ,
»fans embarras & fans confufion . Tel
» eft l'objet du travail qui m'a été im-
33
pofé , & je fuis bien éloigné de penſer
» que je l'aye rempli auffi parfaitement que
» je l'aurois fouhaité. « C'eſt ainfi que M.
Hardion a pris foin de nous expofer les
vûes qu'il s'eft propofées dans le plan de
l'ouvrage qu'il publie. Il ne s'agit à préfent
que de dire un mot de la méthode que
l'auteur a employée dans l'exécution . Pour
mettre l'ordre & la clarté qu'exige la diverfité
des faits qui entrent dans fa narration
, il s'eft attaché à la divifion commune
qui établit les fept principales époques
que fournit l'hiftoire fainte ; conféquemment
il a cru devoir placer fous chacupe
de ces époques , les événemens qui
s'y rapportent. Cependant comme il a obfervé
de donner féparément l'hiftoire de
chaque nation , il avoue que cela l'a quelquefois
obligé de répéter les mêmes faits
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
avec plus ou moins d'étendue , felon qu'its
appartiennent plus ou moins directement
à l'hiftoire de chaque Empire & de chaque
République : il n'a pourtant point ba
lancé à vaincre le fcrupule que pouvoit lui
faire naître le défaut apparent qui femble
réfulter de cette répétition , fur- tout lorfqu'il
l'a comparé aux inconvéniens réels
qu'entraîneroit après foi tout autre arrangement
fujet à embrouiller l'ordre des événemens.
Afin de mettre le lecteur à portée
de connoître la marche que M. Hardion
fuit dans le cours de cette hiftoire ,
nous allons expofer fous fes yeux les fept
différentes époques qui concourent à former
la diftribution des parties de cet ouvrage.
Premiere époque.
1
Depuis la création du monde jufqu'au
déluge univerfel , 2348 ans avant J. C.
elle comprend 1656 ans..
Seconde époque.
Depuis le déluge univerfel jufqu'à la
vocation d'Abraham ; elle renferme 427
ans. On y voit la difperfion des peuples ,
& l'origine des premiers empires .
FEVRIER. 1755. 103
Troifiéme époque.
Depuis la vocation d'Abraham jufqu'à
la délivrance des Ifraëlites de la fervitude
des Egyptiens , fous la conduite de Moyfe :
elle comprend 430 ans , & embraffe , outre
T'hiftoire des Affyriens & des Egyptiens ,
les premiers états qui fe formerent dans la
Grece , & ce qu'on appelle dans l'hiſtoire
Grecque les tems inconnus.
Quatrième époque.
Depuis la délivrance des Ifraëlites jufqu'à
la conftruction du Temple de Jerufalem
, dans la quatrième année du regne
de Salomon . Cette époque comprend environ
476 ans , & on y voit ce que dans
l'hiſtoire Grecque on appelle les tems héroïques
ou fabuleux , c'est- à-dire , où la
fable eft mêlée avec l'hiftoire .
Cinquième époque.
Depuis la conftruction du Temple de
Jerufalem , jufqu'à la premiere année de
l'empire de Cyrus : elle comprend 480 ans.
Sixième époque.
Depuis la premiere année de l'empire
de Cyrus , jufqu'à l'ere des Seleucides
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE .
ou autrement des Grecs , quelques années
après la mort d'Alexandre le Grand : elle
comprend 224 ans .
Septième époque.
Depuis l'ere des Grecs jufqu'à la premiere
année de l'ere vulgaire de J. C. elle
comprend 312 ans.
M. Hardion fe flatte avec raiſon , qu'un
travail entrepris en faveur de Meſdames ,
& deftiné à leur ufage , méritera l'attention
du public. Il a eu principalement en
vûe d'écrire pour les perfonnes du monde ,
qui fans avoir le loifir ni la volonté de ſe
livrer à des études épineufes , aiment à
trouver leur inftruction dans leur amufement.
En conféquence , il a fagement écarté
les moindres difcuffions , qui engagent toujours
dans un étalage d'érudition , dont
l'effet eft d'effrayer le commun des lecteurs
, plutôt que d'exciter en eux le defir
de s'inftruire. Son hiftoire a la qualité la
plus effentielle pour fe faire lire ; elle eſt
parfaitement bien écrite ; fon ftyle eft fimple
, clair , noble , élégant & précis. L'Aureur
s'eft préfervé de la contagion , & la
maniere dont il a traité cette premiere
partie de fon ouvrage , doit en faire defi
rer la fuite.
PROFANE , compofée par ordre de Mefdames
de France. A Paris , chez Guillaume
Defprez , Imprimeur ordinaire du Roi &
de Mefdames de France , rue Saint Jacques
, à S. Profper & aux trois Vertus ,
1754 , cinq vol . in- 12 .
Ón ne donne aujourd'hui que la
premiere
partie de cet ouvrage . M. Hardion
de l'Académie Françoiſe , en eft l'auteur.
Il nous apprend dans une courte Préface ,
que le plan lui en a été tracé par Madame
Adélaïde , & que le zéle qui l'anime pour
le ſervice de Mefdames , l'a dirigé dans
cette entrepriſe. Voici comme il s'exprime
à ce fujet. Leur intention a été de fe rap-
» peller leurs lectures , fuivant l'ordre des
» tems , dans une hiftoire univerfelle , qui
» n'eût ni la féchereffe ordinaire des abrégés
, ni l'étendue des hiftoires particu-
» lieres ; il falloit raffembler en un corps
»ce que l'hiftoire offre de plus mémoraFEVRIER.
1755. 101
13
» ble , de plus utile , & de plus intéref-
» fant ; faire connoître les caracteres des
perfonnages qui ont joué fur les diffé-
" rens théatres les rôles principaux ; met-
» tre les lecteurs en état de fe faire à eux-
» mêmes des leçons de morale & de politique
d'après les tableaux qu'ils auroient
» fous leurs yeux ; enfin compofer un tout
dont les parties fuffent liées entr'elles ,
»fans embarras & fans confufion . Tel
» eft l'objet du travail qui m'a été im-
33
pofé , & je fuis bien éloigné de penſer
» que je l'aye rempli auffi parfaitement que
» je l'aurois fouhaité. « C'eſt ainfi que M.
Hardion a pris foin de nous expofer les
vûes qu'il s'eft propofées dans le plan de
l'ouvrage qu'il publie. Il ne s'agit à préfent
que de dire un mot de la méthode que
l'auteur a employée dans l'exécution . Pour
mettre l'ordre & la clarté qu'exige la diverfité
des faits qui entrent dans fa narration
, il s'eft attaché à la divifion commune
qui établit les fept principales époques
que fournit l'hiftoire fainte ; conféquemment
il a cru devoir placer fous chacupe
de ces époques , les événemens qui
s'y rapportent. Cependant comme il a obfervé
de donner féparément l'hiftoire de
chaque nation , il avoue que cela l'a quelquefois
obligé de répéter les mêmes faits
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
avec plus ou moins d'étendue , felon qu'its
appartiennent plus ou moins directement
à l'hiftoire de chaque Empire & de chaque
République : il n'a pourtant point ba
lancé à vaincre le fcrupule que pouvoit lui
faire naître le défaut apparent qui femble
réfulter de cette répétition , fur- tout lorfqu'il
l'a comparé aux inconvéniens réels
qu'entraîneroit après foi tout autre arrangement
fujet à embrouiller l'ordre des événemens.
Afin de mettre le lecteur à portée
de connoître la marche que M. Hardion
fuit dans le cours de cette hiftoire ,
nous allons expofer fous fes yeux les fept
différentes époques qui concourent à former
la diftribution des parties de cet ouvrage.
Premiere époque.
1
Depuis la création du monde jufqu'au
déluge univerfel , 2348 ans avant J. C.
elle comprend 1656 ans..
Seconde époque.
Depuis le déluge univerfel jufqu'à la
vocation d'Abraham ; elle renferme 427
ans. On y voit la difperfion des peuples ,
& l'origine des premiers empires .
FEVRIER. 1755. 103
Troifiéme époque.
Depuis la vocation d'Abraham jufqu'à
la délivrance des Ifraëlites de la fervitude
des Egyptiens , fous la conduite de Moyfe :
elle comprend 430 ans , & embraffe , outre
T'hiftoire des Affyriens & des Egyptiens ,
les premiers états qui fe formerent dans la
Grece , & ce qu'on appelle dans l'hiſtoire
Grecque les tems inconnus.
Quatrième époque.
Depuis la délivrance des Ifraëlites jufqu'à
la conftruction du Temple de Jerufalem
, dans la quatrième année du regne
de Salomon . Cette époque comprend environ
476 ans , & on y voit ce que dans
l'hiſtoire Grecque on appelle les tems héroïques
ou fabuleux , c'est- à-dire , où la
fable eft mêlée avec l'hiftoire .
Cinquième époque.
Depuis la conftruction du Temple de
Jerufalem , jufqu'à la premiere année de
l'empire de Cyrus : elle comprend 480 ans.
Sixième époque.
Depuis la premiere année de l'empire
de Cyrus , jufqu'à l'ere des Seleucides
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE .
ou autrement des Grecs , quelques années
après la mort d'Alexandre le Grand : elle
comprend 224 ans .
Septième époque.
Depuis l'ere des Grecs jufqu'à la premiere
année de l'ere vulgaire de J. C. elle
comprend 312 ans.
M. Hardion fe flatte avec raiſon , qu'un
travail entrepris en faveur de Meſdames ,
& deftiné à leur ufage , méritera l'attention
du public. Il a eu principalement en
vûe d'écrire pour les perfonnes du monde ,
qui fans avoir le loifir ni la volonté de ſe
livrer à des études épineufes , aiment à
trouver leur inftruction dans leur amufement.
En conféquence , il a fagement écarté
les moindres difcuffions , qui engagent toujours
dans un étalage d'érudition , dont
l'effet eft d'effrayer le commun des lecteurs
, plutôt que d'exciter en eux le defir
de s'inftruire. Son hiftoire a la qualité la
plus effentielle pour fe faire lire ; elle eſt
parfaitement bien écrite ; fon ftyle eft fimple
, clair , noble , élégant & précis. L'Aureur
s'eft préfervé de la contagion , & la
maniere dont il a traité cette premiere
partie de fon ouvrage , doit en faire defi
rer la fuite.
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Résumé : « HISTOIRE UNIVERSELLE SACRÉE ET PROFANE, composée par ordre de Mesdames [...] »
L'ouvrage 'Histoire Universelle Sacrée et Profane' a été composé par ordre de Mesdames de France et publié en 1754 à Paris par Guillaume Defprez. La première partie de cet ouvrage, rédigée par M. Hardion de l'Académie Française, a été dirigée par Madame Adélaïde. L'objectif de cet ouvrage est de fournir une histoire universelle qui combine les éléments les plus mémorables, utiles et intéressants de l'histoire, tout en évitant la sécheresse des abrégés et l'étendue des histoires particulières. L'auteur vise à présenter les caractères des personnages principaux et à offrir des leçons de morale et de politique à travers les événements historiques. L'ouvrage est structuré en sept époques historiques principales : 1. Depuis la création du monde jusqu'au déluge universel (2348 ans avant J.-C.), couvrant 1656 ans. 2. Depuis le déluge universel jusqu'à la vocation d'Abraham, couvrant 427 ans. 3. Depuis la vocation d'Abraham jusqu'à la délivrance des Israélites de l'esclavage en Égypte, couvrant 430 ans. 4. Depuis la délivrance des Israélites jusqu'à la construction du Temple de Jérusalem, couvrant environ 476 ans. 5. Depuis la construction du Temple de Jérusalem jusqu'à la première année de l'empire de Cyrus, couvrant 480 ans. 6. Depuis la première année de l'empire de Cyrus jusqu'à l'ère des Séleucides, couvrant 224 ans. 7. Depuis l'ère des Séleucides jusqu'à la première année de l'ère vulgaire de J.-C., couvrant 312 ans. M. Hardion a adopté une méthode claire et élégante pour éviter les répétitions inutiles et maintenir l'ordre chronologique des événements. L'ouvrage est destiné à un public mondain qui cherche à s'instruire tout en se divertissant, avec un style simple, clair, noble, élégant et précis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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177
p. 105-108
« NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE SCULPTURE, avec cette épigraphe : Dives [...] »
Début :
NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE SCULPTURE, avec cette épigraphe : Dives [...]
Mots clefs :
Peinture, Sculpture, Peintre, Vertu, Honneur, Athlètes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE SCULPTURE, avec cette épigraphe : Dives [...] »
NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE
SCULPTURE , avec cette épigraphe : Dives
& ampla, manet piores atque poëtas materies
. De Pict. Car. Dufrefn. A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques , au
Temple du goût.
Cette brochure eft dédiée à Mrs de l'Académie
de Peinture & de Sculpture de
Paris. Elle paroît être l'ouvrage d'un amateur
éclairé les graces du ftyle répondent
à la nouveauté des recherches. L'Auteur
écrit avec tant de précifion , d'élégance &
d'agrément , qu'en le lifant on devient
Peintre , ou plutôt qu'on voudroit l'être ,
pour rendre fur la toile les fujets qu'il
expoſe fi heureuſement fur le papier. Deux
exemples que je vais citer perfuaderont
mieux que tout ce que j'en pourrois dire
» Si l'on veut des images fimplement
» riantes , les tableaux des filles de l'Ifle
» facrée & des filles de Sparte , fourniront
des grouppes auffi délicieux qu'inté
» reffans ; l'habillement fimple des filles
» Grecques , la nobleffe de leurs attitudes ,
» l'élégance de leurs tailles , la beauté de
» leurs traits , tout cela joint aux recher-
» ches néceffaires du coftume , fera va-
» loir infiniment l'efprit & le méritë du
>> Peintre dans l'un & l'autre fujet . Les
» filles de l'Ile faciée confacroient leur
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
:
ceinture à Minerve ; cette fête fe célé
»broit dans l'intérieur du temple .
Quant aux filles de Sparte , elles formoient
tous les ans des danfes religieu-
» fes autour d'une ftatue de Diane placée
» dans la campagne. Quel payfage le Peintre
a-t-il occafion de repréfenter ? Le plus
» riche de l'univers , & celui dont la feule
» idée doit le plus fatisfaire un artifte.
C'eft une campagne ornée de temples ,
» couverte de trophées & de monumens
» élevés en l'honneur de la Vertu , embellie
de ftatues de Dieux champêtres , remplie
enfin des plus grandes richeffes de
» l'art. Cette compofition , qu'on peut terminer
à fon gré par l'horizon de la mer
ou des montagnes , eft d'une beauté où
l'imagination , livrée à tout fon effor ,
» n'atteindroit peut-être pas par elle-même.
33
» Paufanias , en décrivant la fituation
» de deux Athletes vainqueurs , réunit par-
» faitement le brillant d'une image , & la
douceur d'une action . Les deux Athle-
» tes étoient freres , ils fortoient du combat
dont ils avoient remporté tout
» l'honneur : ils apperçoivent leur pere ,
» volent au- devant de lui , l'embraffent
L»l'enlevent fur leurs épaules. Le peuple
redouble fes applaudiffemens , jette des
» fleurs fur leur paffage , bénit la tendreffe
FEVRIER. 1755. 107
»
"
filiale , forme le fpectacle le plus touchant
, & ajoute à la gloire du triomphe.
» La récompenfe de la vertu , & le fuc-
» cès des talens font les fources de la joie
»
la plus pure. Il faut fe repréfenter tout
» l'honneur que les Grecs attachoient à la
» victoire remportée dans leurs jeux ; nos
» moeurs ne nous permettent pas d'en avoir
» une idée parfaite . Mais fuppofons deux
hontmes, tels que deux Athletes de la Gre-
» ce , c'est-à-dire les plus beaux à definer
» qu'il foit poffible de concevoir ; peignons-
» les remplis & pénétrés de cette joie que le
» fentiment de la vertu , & fur-tout de la
vertu récompenfée , eft feul capable d'inf
pirer. La premiere perfonne qui s'offre
aux yeux des Athletes couronés , c'eſt leur
» pere , c'eſt l'auteur de leurs jours & de
» leur gloire. Le vieillard fortuné témoi-
» gne fes tranfports avec les différences
dépendantes de fon âge & de fa fitua-
» tion . Le peuple , dont l'artifte ne pren-
>> dra que le nombre néceffaire pour expri-
» mér la variété des applaudiffemens , les
» accompagne , & feme leur paffage de
fleurs , que le peintre difpofera à fa volonté.
Que de grandeurs ! que de magni-
» ficence ! quel intérêt ! quelles expreffions
dans le tableau ! il eft difficile de
"
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
>> concevoir rien de plus flatteur.
Qu'on juge du coloris & du ton du refte
de l'ouvrage par ces deux morceaux . L'auteur
offre un nouveau champ au pinceau
des artistes. Depuis long- tems , comme il
l'infinue lui- même , leurs compofitions font
trop répétées. C'eft enrichir leurs talens
que de leur préfenter dans un fi beau jour
plufieurs fujets heureux qu'on n'a pas encore
traités . La fable a dans cet écrivain
inftruit , un zélé partiſan , qui doit lui em
faire un plus grand nombre.
LE peu d'efpace que nous laiffe l'abondance
des matieres , nous met dans la néceffité
de renvoyer au mois fuivant l'indication
des autres livres nouvellement
-imprimés
SCULPTURE , avec cette épigraphe : Dives
& ampla, manet piores atque poëtas materies
. De Pict. Car. Dufrefn. A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques , au
Temple du goût.
Cette brochure eft dédiée à Mrs de l'Académie
de Peinture & de Sculpture de
Paris. Elle paroît être l'ouvrage d'un amateur
éclairé les graces du ftyle répondent
à la nouveauté des recherches. L'Auteur
écrit avec tant de précifion , d'élégance &
d'agrément , qu'en le lifant on devient
Peintre , ou plutôt qu'on voudroit l'être ,
pour rendre fur la toile les fujets qu'il
expoſe fi heureuſement fur le papier. Deux
exemples que je vais citer perfuaderont
mieux que tout ce que j'en pourrois dire
» Si l'on veut des images fimplement
» riantes , les tableaux des filles de l'Ifle
» facrée & des filles de Sparte , fourniront
des grouppes auffi délicieux qu'inté
» reffans ; l'habillement fimple des filles
» Grecques , la nobleffe de leurs attitudes ,
» l'élégance de leurs tailles , la beauté de
» leurs traits , tout cela joint aux recher-
» ches néceffaires du coftume , fera va-
» loir infiniment l'efprit & le méritë du
>> Peintre dans l'un & l'autre fujet . Les
» filles de l'Ile faciée confacroient leur
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
:
ceinture à Minerve ; cette fête fe célé
»broit dans l'intérieur du temple .
Quant aux filles de Sparte , elles formoient
tous les ans des danfes religieu-
» fes autour d'une ftatue de Diane placée
» dans la campagne. Quel payfage le Peintre
a-t-il occafion de repréfenter ? Le plus
» riche de l'univers , & celui dont la feule
» idée doit le plus fatisfaire un artifte.
C'eft une campagne ornée de temples ,
» couverte de trophées & de monumens
» élevés en l'honneur de la Vertu , embellie
de ftatues de Dieux champêtres , remplie
enfin des plus grandes richeffes de
» l'art. Cette compofition , qu'on peut terminer
à fon gré par l'horizon de la mer
ou des montagnes , eft d'une beauté où
l'imagination , livrée à tout fon effor ,
» n'atteindroit peut-être pas par elle-même.
33
» Paufanias , en décrivant la fituation
» de deux Athletes vainqueurs , réunit par-
» faitement le brillant d'une image , & la
douceur d'une action . Les deux Athle-
» tes étoient freres , ils fortoient du combat
dont ils avoient remporté tout
» l'honneur : ils apperçoivent leur pere ,
» volent au- devant de lui , l'embraffent
L»l'enlevent fur leurs épaules. Le peuple
redouble fes applaudiffemens , jette des
» fleurs fur leur paffage , bénit la tendreffe
FEVRIER. 1755. 107
»
"
filiale , forme le fpectacle le plus touchant
, & ajoute à la gloire du triomphe.
» La récompenfe de la vertu , & le fuc-
» cès des talens font les fources de la joie
»
la plus pure. Il faut fe repréfenter tout
» l'honneur que les Grecs attachoient à la
» victoire remportée dans leurs jeux ; nos
» moeurs ne nous permettent pas d'en avoir
» une idée parfaite . Mais fuppofons deux
hontmes, tels que deux Athletes de la Gre-
» ce , c'est-à-dire les plus beaux à definer
» qu'il foit poffible de concevoir ; peignons-
» les remplis & pénétrés de cette joie que le
» fentiment de la vertu , & fur-tout de la
vertu récompenfée , eft feul capable d'inf
pirer. La premiere perfonne qui s'offre
aux yeux des Athletes couronés , c'eſt leur
» pere , c'eſt l'auteur de leurs jours & de
» leur gloire. Le vieillard fortuné témoi-
» gne fes tranfports avec les différences
dépendantes de fon âge & de fa fitua-
» tion . Le peuple , dont l'artifte ne pren-
>> dra que le nombre néceffaire pour expri-
» mér la variété des applaudiffemens , les
» accompagne , & feme leur paffage de
fleurs , que le peintre difpofera à fa volonté.
Que de grandeurs ! que de magni-
» ficence ! quel intérêt ! quelles expreffions
dans le tableau ! il eft difficile de
"
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
>> concevoir rien de plus flatteur.
Qu'on juge du coloris & du ton du refte
de l'ouvrage par ces deux morceaux . L'auteur
offre un nouveau champ au pinceau
des artistes. Depuis long- tems , comme il
l'infinue lui- même , leurs compofitions font
trop répétées. C'eft enrichir leurs talens
que de leur préfenter dans un fi beau jour
plufieurs fujets heureux qu'on n'a pas encore
traités . La fable a dans cet écrivain
inftruit , un zélé partiſan , qui doit lui em
faire un plus grand nombre.
LE peu d'efpace que nous laiffe l'abondance
des matieres , nous met dans la néceffité
de renvoyer au mois fuivant l'indication
des autres livres nouvellement
-imprimés
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Résumé : « NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE SCULPTURE, avec cette épigraphe : Dives [...] »
La brochure 'NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE SCULPTURE' est destinée aux membres de l'Académie de Peinture et de Sculpture de Paris. Rédigée par un amateur éclairé, elle se distingue par sa précision, son élégance et son agrément, visant à inspirer les lecteurs à se lancer dans la peinture. La brochure propose des sujets novateurs et enrichissants pour les artistes, tels que les tableaux des filles de l'île sacrée et des filles de Sparte. Les filles de l'île sacrée consacraient leur ceinture à Minerve dans le temple, tandis que les filles de Sparte dansaient autour d'une statue de Diane dans la campagne. Ces scènes permettent de représenter des paysages riches et nobles, ornés de temples, trophées, monuments et statues de dieux champêtres. Le texte mentionne également une description de Pausanias sur deux athlètes vainqueurs, illustrant la joie et l'honneur des victoires grecques. L'auteur suggère que ces nouveaux sujets enrichissent les talents des artistes en leur offrant des thèmes inédits et inspirants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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178
p. 109-115
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon.
Début :
Le 18 du mois d'Août 1754 , l'Académie tint à l'ordinaire fon affemblée [...]
Mots clefs :
Séance publique, Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Société, Discours, Inégalités des conditions, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon.
E 18 du mois d'Août 1754 , l'Académie
tint à l'ordinaire fon affemblée LE
publique pour la diftribution du prix.
>
La féance fut ouverte par M. Lantin
de Damerci , Académicien honoraire .
qui fit l'éloge de M. Hector - Bernard Pouffier
, Doyen du Parlement de Bourgogne
& fondateur de l'Académie. Ce difcours
fait autant d'honneur au coeur qu'à l'efprit
de M. de Damerci , qui s'y montre partout
auffi bon citoyen qu'Académicien zélé.
En louant fon héros de ce qu'il a fait
pour la patrie , par deux établiſſemens auffi
nobles qu'ils font avantageux ( la donation
faite au Doyenné du Parlement , & la
fondation de l'Académie ) , il rend un tribut
légitime de louanges aux Bourguignons
célebres qui ont tenu un rang diftingué
dans la république des Lettres , & aux citoyens
illuftres , qui plus encore par leurs
vertus que par les places éminentes qu'ils
occupent, font l'honneur & la gloire de leur
pays . Parmi ces noms refpectables on voit
110 MERCURE DE FRANCE.
avec plaifir ceux de M. de Berbifey , ancien
premier Préſident du Parlement , qui
après avoir été trente ans à la tête de cette
compagnie , plein de jours & comblé de
gloire , réfolut de paffer fes jours dans une
heureufe tranquillité , en défignant pour
le remplacer , le grand Magiftrat qui eft
aujourd'hui le chef du Parlement ; de M.
Vitte , Doyen du Parlement , & premier
Directeur de l'Académie , & de M. Joly
de Fleury , Intendant de Bourgogne , dont
les ancêtres ont rempli avec éclat les places
les plus diftinguées du Parlement de
Dijon. L'Orateur le loue avec autant de
difcernement que de délicateffe , & le peint
d'un feul trait en lui appliquant ce vers de:
Boileau ...
Soutient tout par lui-même , & voit tout par fes
yeux.
Ce difcours imprimé à Dijon in-4° . chez
J. Cofte , Imprimeur de l'Académie , eft
digne de la curiofité des Lettres & des
Arts. Outre l'érudition diftinguée qui y
regne , on y trouve plufieurs anecdotes
intéreffantes , & des réflexions fages fur les
établiffemens publics.
M. Gelot , Procureur du Roi du Domaine
, Académicien penfionnaire de la claſſe
de morale , chargé de la diftribution du
FEVRIER. 1755 111
prix , lut enfuite un difcours fur le fujer
propofé ; fçavoir quelle eft la fource de
Pinégalité parmi les hommes , & fi elle eft approuvée
par la loi naturelle.
Il y fait la critique de la méthode qu'ont
fuivie le grand nombre d'Auteurs qui ont
concouru , & dont les piéces ont été rejettées.
7
» Les Auteurs , dit M. G. qui ont traité
» de l'inégalité des conditions , plus ingé-
» nieux qu'exacts , ont orné leurs fujets ,
» mais ils ont manqué la reffemblance.
» Leurs écrits forment , fi l'on veut , une
» fuite d'idées brillantes ; mais on ne peut
» fe diffimuler que l'expérience de tous les
» fiécles & l'hiftoire de toutes les nations
» les démentent : .... La liberté qu'ils ac-
» cordent à l'homme , dégénere en licence
» effrénée ; il n'eft aucune fubordination
qu'ils ne traitent d'efclavage intoléra-
»ble... Aucun d'eux n'a daigné recourir
à l'Hiftoire : quel guide plus éclairé pouvoit
mieux leur indiquer la route qu'ils
» devoient fuivre pour parvenir à la vérité ?
Ainfi la cenfure de M. G. tombe fur
tous les difcours qui ont concouru ș fans
cependant avoir pour objet celui qui a été
couronné , & celui qui l'a approché de
plus près , dont il fera parlé plus bas .
Il dit enfuite qu'il a exifté & qu'il
"
112 MERCURE DE FRANCE.
exifte encore des fociétés où la nature fe
montre fans nuages , que fes reffources &
fes foibleffes s'y laiffent aifément faifir par
l'obfervateur impartial. Les Scythes & les
Germains , dans des fiécles plus reculés ; de
nos jours , les peuples de l'Amérique of
frent une multitude de preuves , de faits ,
de circonstances , qui apprennent à connoître
l'état primitif de la fociété ja les
défauts vifibles & groffiers où le manque
de fubordination précipita autrefois , & retient
encore les nations barbares citées en
exemple , forment autant de principes ,
defquels il eſt naturel de conclure avec
M. G. » que dans toute fociété perfection-
» née , je veux dire celle où les loix , les
" fciences & les arts fleutiffent , l'inégali-
» té des conditions eft néceffaire , qu'elle
» eft liée à la conftitution de cette fociété ,
» qu'elle en eft la bafe & le foutien ; &
par une feconde conféquence de ce prin-
» cipe fondée fur l'expérience de toutes
» les nations , que cette inégalité de condition
eft conforme à la loi naturelle.
Il va plus loin ; il expofe les dangers
continuels de cet état de barbarie , où l'on
ne peut efperer ni fûreté ni agrémens ,
d'où les talens & les arts fort bannis , &
où l'efprit & l'intelligence, qui font la meil
leure portion de notre exiſtence , éprouveFEVRIER.
1755. II}
و د
roient bientôt le même fort. » Ceux donc
qui ont regardé l'inégalité des conditions
comme contraire à la loi naturel-
» le , ne font tombés dans cette erreur que
» faute d'avoir connu la loi naturelle , &
» de lui avoir donné toute l'étendue qu'elle
>> doit avoir.
» L'homme eft né pour la fociété ; la
négative de cette propofition feroit une
» abfurdité ... S'il eft un cas où un hom-
"
"
me exifte fans faire partie d'aucune fo
» ciété , il eft fingulier , & ne peut être ici
» d'aucune confidération ... Mais donnez
» à cet homme un compagnon de folitude ,
≫ vous verrez bientôt les préceptes & les
obligations de la loi naturelle s'accroître
» à leurs égards. Multipliez ce nombre
» d'hommes , cette même loi naturelle reçoit
de nouvelles explications , prefcrit
» de nouveaux devoirs , qui fe combinent
» & fe multiplient conformément à tous
» les cas & à toutes les fituations où les
» membres de la fociété peuvent fe trou
» ver ... De là fe forment les rangs & les
» diſtinctions , en un mot l'inégalité des
» conditions .
و ر
"
·
» La fociété n'eft peut-être pas auffi par
» faite qu'elle pourroit l'être ; mais il feroit
injufte de la juger fur les abus qu'elle
» tolere , plutôt que fur les biens qu'elle
*
114 MERCURE DE FRANCE.
procure... Ce font des hommes qui la
»compofent & qui la régiffent ; ils ne peu-
» vent toujours le dépouiller de leurs paf-
» fions , de leurs foibleffes & de leurs erreurs
; les loix de cette fociété font leurs
» ouvrages , quelquefois ils portent le ſceau
» de l'humanité.
La différence des caracteres eft une des
preuves naturelles dont M. G. fe fert pour
établir l'inégalité des conditions ; il fait
fentir aux Philofophes orgueilleux , qui
ont déclamé contre ce principe fondamental
de toute fociété , combien eux-mêmes
ils feroient à plaindre fi leurs fophifmes
acqueroient affez de crédit pour changer
l'état des chofes. Il termine fon difcours
par cette fage conclufion : » Que chaque
membre de la fociété jouiffe avec modé-
» ration des avantages qu'elle lui procure ,
qu'il évite avec prudence l'effet de quel-
» ques abus qu'elle eft forcée de tolérer ,
» mais que dans tous les cas il refpecte
l'ordre établi.
Le problème intéreffant de l'inégalité
des conditions l'eft devenu davantage , par
la maniere ingénieufe & fage avec laquelle
M. Talbert , Chanoine de l'Eglife de Befançon,
& membre de l'Académie de la même
ville , l'a développé dans le difcours
que l'Académie couronne aujourd'hui. Son
FEVRIER. 1755. IIS
ftyle , fes preuves & fes réflexions annoncent
par-tout un philofophe éclairé , un auteur
chrétien , & un orateur élégant.
Sa religion a aidé fa raifon dans fes
»recherches , & leurs lumieres réunies lui
» ont fait trouver dans le coeur de l'hom-
» me même la folution du problême.
Pour ne rien ôter aux beautés de ce difcours
, il faudroit le rapporter en entier;
mais comme M. Talbert eft difpofé à le
faire imprimer , le public jugera par luimême
des talens de l'auteur & des motifs
qui ont déterminé l'Académie à le cou-
Fonner:
M. Etaffe , étudiant en Droit à Rennes ,
eft le feul concurrent que l'Académie ait
jugé digne d'entrer en lice avec M. Talbert.
Son difcours a pour devife , Urget
amor patria laudumque immenfa cupido.Pour
faire fon éloge , il fuffit d'annoncer qu'iba
fuivi le même plan , & faifi les mêmes
idées que fon rival ; mais il a été moins
heureux dans l'expofition , & n'a pas feu
répandre fur fon fujet autant de beautés
réelles que M. l'Abbé Talbert.
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon.
E 18 du mois d'Août 1754 , l'Académie
tint à l'ordinaire fon affemblée LE
publique pour la diftribution du prix.
>
La féance fut ouverte par M. Lantin
de Damerci , Académicien honoraire .
qui fit l'éloge de M. Hector - Bernard Pouffier
, Doyen du Parlement de Bourgogne
& fondateur de l'Académie. Ce difcours
fait autant d'honneur au coeur qu'à l'efprit
de M. de Damerci , qui s'y montre partout
auffi bon citoyen qu'Académicien zélé.
En louant fon héros de ce qu'il a fait
pour la patrie , par deux établiſſemens auffi
nobles qu'ils font avantageux ( la donation
faite au Doyenné du Parlement , & la
fondation de l'Académie ) , il rend un tribut
légitime de louanges aux Bourguignons
célebres qui ont tenu un rang diftingué
dans la république des Lettres , & aux citoyens
illuftres , qui plus encore par leurs
vertus que par les places éminentes qu'ils
occupent, font l'honneur & la gloire de leur
pays . Parmi ces noms refpectables on voit
110 MERCURE DE FRANCE.
avec plaifir ceux de M. de Berbifey , ancien
premier Préſident du Parlement , qui
après avoir été trente ans à la tête de cette
compagnie , plein de jours & comblé de
gloire , réfolut de paffer fes jours dans une
heureufe tranquillité , en défignant pour
le remplacer , le grand Magiftrat qui eft
aujourd'hui le chef du Parlement ; de M.
Vitte , Doyen du Parlement , & premier
Directeur de l'Académie , & de M. Joly
de Fleury , Intendant de Bourgogne , dont
les ancêtres ont rempli avec éclat les places
les plus diftinguées du Parlement de
Dijon. L'Orateur le loue avec autant de
difcernement que de délicateffe , & le peint
d'un feul trait en lui appliquant ce vers de:
Boileau ...
Soutient tout par lui-même , & voit tout par fes
yeux.
Ce difcours imprimé à Dijon in-4° . chez
J. Cofte , Imprimeur de l'Académie , eft
digne de la curiofité des Lettres & des
Arts. Outre l'érudition diftinguée qui y
regne , on y trouve plufieurs anecdotes
intéreffantes , & des réflexions fages fur les
établiffemens publics.
M. Gelot , Procureur du Roi du Domaine
, Académicien penfionnaire de la claſſe
de morale , chargé de la diftribution du
FEVRIER. 1755 111
prix , lut enfuite un difcours fur le fujer
propofé ; fçavoir quelle eft la fource de
Pinégalité parmi les hommes , & fi elle eft approuvée
par la loi naturelle.
Il y fait la critique de la méthode qu'ont
fuivie le grand nombre d'Auteurs qui ont
concouru , & dont les piéces ont été rejettées.
7
» Les Auteurs , dit M. G. qui ont traité
» de l'inégalité des conditions , plus ingé-
» nieux qu'exacts , ont orné leurs fujets ,
» mais ils ont manqué la reffemblance.
» Leurs écrits forment , fi l'on veut , une
» fuite d'idées brillantes ; mais on ne peut
» fe diffimuler que l'expérience de tous les
» fiécles & l'hiftoire de toutes les nations
» les démentent : .... La liberté qu'ils ac-
» cordent à l'homme , dégénere en licence
» effrénée ; il n'eft aucune fubordination
qu'ils ne traitent d'efclavage intoléra-
»ble... Aucun d'eux n'a daigné recourir
à l'Hiftoire : quel guide plus éclairé pouvoit
mieux leur indiquer la route qu'ils
» devoient fuivre pour parvenir à la vérité ?
Ainfi la cenfure de M. G. tombe fur
tous les difcours qui ont concouru ș fans
cependant avoir pour objet celui qui a été
couronné , & celui qui l'a approché de
plus près , dont il fera parlé plus bas .
Il dit enfuite qu'il a exifté & qu'il
"
112 MERCURE DE FRANCE.
exifte encore des fociétés où la nature fe
montre fans nuages , que fes reffources &
fes foibleffes s'y laiffent aifément faifir par
l'obfervateur impartial. Les Scythes & les
Germains , dans des fiécles plus reculés ; de
nos jours , les peuples de l'Amérique of
frent une multitude de preuves , de faits ,
de circonstances , qui apprennent à connoître
l'état primitif de la fociété ja les
défauts vifibles & groffiers où le manque
de fubordination précipita autrefois , & retient
encore les nations barbares citées en
exemple , forment autant de principes ,
defquels il eſt naturel de conclure avec
M. G. » que dans toute fociété perfection-
» née , je veux dire celle où les loix , les
" fciences & les arts fleutiffent , l'inégali-
» té des conditions eft néceffaire , qu'elle
» eft liée à la conftitution de cette fociété ,
» qu'elle en eft la bafe & le foutien ; &
par une feconde conféquence de ce prin-
» cipe fondée fur l'expérience de toutes
» les nations , que cette inégalité de condition
eft conforme à la loi naturelle.
Il va plus loin ; il expofe les dangers
continuels de cet état de barbarie , où l'on
ne peut efperer ni fûreté ni agrémens ,
d'où les talens & les arts fort bannis , &
où l'efprit & l'intelligence, qui font la meil
leure portion de notre exiſtence , éprouveFEVRIER.
1755. II}
و د
roient bientôt le même fort. » Ceux donc
qui ont regardé l'inégalité des conditions
comme contraire à la loi naturel-
» le , ne font tombés dans cette erreur que
» faute d'avoir connu la loi naturelle , &
» de lui avoir donné toute l'étendue qu'elle
>> doit avoir.
» L'homme eft né pour la fociété ; la
négative de cette propofition feroit une
» abfurdité ... S'il eft un cas où un hom-
"
"
me exifte fans faire partie d'aucune fo
» ciété , il eft fingulier , & ne peut être ici
» d'aucune confidération ... Mais donnez
» à cet homme un compagnon de folitude ,
≫ vous verrez bientôt les préceptes & les
obligations de la loi naturelle s'accroître
» à leurs égards. Multipliez ce nombre
» d'hommes , cette même loi naturelle reçoit
de nouvelles explications , prefcrit
» de nouveaux devoirs , qui fe combinent
» & fe multiplient conformément à tous
» les cas & à toutes les fituations où les
» membres de la fociété peuvent fe trou
» ver ... De là fe forment les rangs & les
» diſtinctions , en un mot l'inégalité des
» conditions .
و ر
"
·
» La fociété n'eft peut-être pas auffi par
» faite qu'elle pourroit l'être ; mais il feroit
injufte de la juger fur les abus qu'elle
» tolere , plutôt que fur les biens qu'elle
*
114 MERCURE DE FRANCE.
procure... Ce font des hommes qui la
»compofent & qui la régiffent ; ils ne peu-
» vent toujours le dépouiller de leurs paf-
» fions , de leurs foibleffes & de leurs erreurs
; les loix de cette fociété font leurs
» ouvrages , quelquefois ils portent le ſceau
» de l'humanité.
La différence des caracteres eft une des
preuves naturelles dont M. G. fe fert pour
établir l'inégalité des conditions ; il fait
fentir aux Philofophes orgueilleux , qui
ont déclamé contre ce principe fondamental
de toute fociété , combien eux-mêmes
ils feroient à plaindre fi leurs fophifmes
acqueroient affez de crédit pour changer
l'état des chofes. Il termine fon difcours
par cette fage conclufion : » Que chaque
membre de la fociété jouiffe avec modé-
» ration des avantages qu'elle lui procure ,
qu'il évite avec prudence l'effet de quel-
» ques abus qu'elle eft forcée de tolérer ,
» mais que dans tous les cas il refpecte
l'ordre établi.
Le problème intéreffant de l'inégalité
des conditions l'eft devenu davantage , par
la maniere ingénieufe & fage avec laquelle
M. Talbert , Chanoine de l'Eglife de Befançon,
& membre de l'Académie de la même
ville , l'a développé dans le difcours
que l'Académie couronne aujourd'hui. Son
FEVRIER. 1755. IIS
ftyle , fes preuves & fes réflexions annoncent
par-tout un philofophe éclairé , un auteur
chrétien , & un orateur élégant.
Sa religion a aidé fa raifon dans fes
»recherches , & leurs lumieres réunies lui
» ont fait trouver dans le coeur de l'hom-
» me même la folution du problême.
Pour ne rien ôter aux beautés de ce difcours
, il faudroit le rapporter en entier;
mais comme M. Talbert eft difpofé à le
faire imprimer , le public jugera par luimême
des talens de l'auteur & des motifs
qui ont déterminé l'Académie à le cou-
Fonner:
M. Etaffe , étudiant en Droit à Rennes ,
eft le feul concurrent que l'Académie ait
jugé digne d'entrer en lice avec M. Talbert.
Son difcours a pour devife , Urget
amor patria laudumque immenfa cupido.Pour
faire fon éloge , il fuffit d'annoncer qu'iba
fuivi le même plan , & faifi les mêmes
idées que fon rival ; mais il a été moins
heureux dans l'expofition , & n'a pas feu
répandre fur fon fujet autant de beautés
réelles que M. l'Abbé Talbert.
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179
p. 109-115
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon.
Début :
Le 18 du mois d'Août 1754 , l'Académie tint à l'ordinaire fon affemblée [...]
Mots clefs :
Séance publique, Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Société, Discours, Inégalités des conditions, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon.
E 18 du mois d'Août 1754 , l'Académie
tint à l'ordinaire fon affemblée LE
publique pour la diftribution du prix.
>
La féance fut ouverte par M. Lantin
de Damerci , Académicien honoraire .
qui fit l'éloge de M. Hector - Bernard Pouffier
, Doyen du Parlement de Bourgogne
& fondateur de l'Académie. Ce difcours
fait autant d'honneur au coeur qu'à l'efprit
de M. de Damerci , qui s'y montre partout
auffi bon citoyen qu'Académicien zélé.
En louant fon héros de ce qu'il a fait
pour la patrie , par deux établiſſemens auffi
nobles qu'ils font avantageux ( la donation
faite au Doyenné du Parlement , & la
fondation de l'Académie ) , il rend un tribut
légitime de louanges aux Bourguignons
célebres qui ont tenu un rang diftingué
dans la république des Lettres , & aux citoyens
illuftres , qui plus encore par leurs
vertus que par les places éminentes qu'ils
occupent, font l'honneur & la gloire de leur
pays . Parmi ces noms refpectables on voit
110 MERCURE DE FRANCE.
avec plaifir ceux de M. de Berbifey , ancien
premier Préſident du Parlement , qui
après avoir été trente ans à la tête de cette
compagnie , plein de jours & comblé de
gloire , réfolut de paffer fes jours dans une
heureufe tranquillité , en défignant pour
le remplacer , le grand Magiftrat qui eft
aujourd'hui le chef du Parlement ; de M.
Vitte , Doyen du Parlement , & premier
Directeur de l'Académie , & de M. Joly
de Fleury , Intendant de Bourgogne , dont
les ancêtres ont rempli avec éclat les places
les plus diftinguées du Parlement de
Dijon. L'Orateur le loue avec autant de
difcernement que de délicateffe , & le peint
d'un feul trait en lui appliquant ce vers de:
Boileau ...
Soutient tout par lui-même , & voit tout par fes
yeux.
Ce difcours imprimé à Dijon in-4° . chez
J. Cofte , Imprimeur de l'Académie , eft
digne de la curiofité des Lettres & des
Arts. Outre l'érudition diftinguée qui y
regne , on y trouve plufieurs anecdotes
intéreffantes , & des réflexions fages fur les
établiffemens publics.
M. Gelot , Procureur du Roi du Domaine
, Académicien penfionnaire de la claſſe
de morale , chargé de la diftribution du
FEVRIER. 1755 111
prix , lut enfuite un difcours fur le fujer
propofé ; fçavoir quelle eft la fource de
Pinégalité parmi les hommes , & fi elle eft approuvée
par la loi naturelle.
Il y fait la critique de la méthode qu'ont
fuivie le grand nombre d'Auteurs qui ont
concouru , & dont les piéces ont été rejettées.
7
» Les Auteurs , dit M. G. qui ont traité
» de l'inégalité des conditions , plus ingé-
» nieux qu'exacts , ont orné leurs fujets ,
» mais ils ont manqué la reffemblance.
» Leurs écrits forment , fi l'on veut , une
» fuite d'idées brillantes ; mais on ne peut
» fe diffimuler que l'expérience de tous les
» fiécles & l'hiftoire de toutes les nations
» les démentent : .... La liberté qu'ils ac-
» cordent à l'homme , dégénere en licence
» effrénée ; il n'eft aucune fubordination
qu'ils ne traitent d'efclavage intoléra-
»ble... Aucun d'eux n'a daigné recourir
à l'Hiftoire : quel guide plus éclairé pouvoit
mieux leur indiquer la route qu'ils
» devoient fuivre pour parvenir à la vérité ?
Ainfi la cenfure de M. G. tombe fur
tous les difcours qui ont concouru ș fans
cependant avoir pour objet celui qui a été
couronné , & celui qui l'a approché de
plus près , dont il fera parlé plus bas .
Il dit enfuite qu'il a exifté & qu'il
"
112 MERCURE DE FRANCE.
exifte encore des fociétés où la nature fe
montre fans nuages , que fes reffources &
fes foibleffes s'y laiffent aifément faifir par
l'obfervateur impartial. Les Scythes & les
Germains , dans des fiécles plus reculés ; de
nos jours , les peuples de l'Amérique of
frent une multitude de preuves , de faits ,
de circonstances , qui apprennent à connoître
l'état primitif de la fociété ja les
défauts vifibles & groffiers où le manque
de fubordination précipita autrefois , & retient
encore les nations barbares citées en
exemple , forment autant de principes ,
defquels il eſt naturel de conclure avec
M. G. » que dans toute fociété perfection-
» née , je veux dire celle où les loix , les
" fciences & les arts fleutiffent , l'inégali-
» té des conditions eft néceffaire , qu'elle
» eft liée à la conftitution de cette fociété ,
» qu'elle en eft la bafe & le foutien ; &
par une feconde conféquence de ce prin-
» cipe fondée fur l'expérience de toutes
» les nations , que cette inégalité de condition
eft conforme à la loi naturelle.
Il va plus loin ; il expofe les dangers
continuels de cet état de barbarie , où l'on
ne peut efperer ni fûreté ni agrémens ,
d'où les talens & les arts fort bannis , &
où l'efprit & l'intelligence, qui font la meil
leure portion de notre exiſtence , éprouveFEVRIER.
1755. II}
و د
roient bientôt le même fort. » Ceux donc
qui ont regardé l'inégalité des conditions
comme contraire à la loi naturel-
» le , ne font tombés dans cette erreur que
» faute d'avoir connu la loi naturelle , &
» de lui avoir donné toute l'étendue qu'elle
>> doit avoir.
» L'homme eft né pour la fociété ; la
négative de cette propofition feroit une
» abfurdité ... S'il eft un cas où un hom-
"
"
me exifte fans faire partie d'aucune fo
» ciété , il eft fingulier , & ne peut être ici
» d'aucune confidération ... Mais donnez
» à cet homme un compagnon de folitude ,
≫ vous verrez bientôt les préceptes & les
obligations de la loi naturelle s'accroître
» à leurs égards. Multipliez ce nombre
» d'hommes , cette même loi naturelle reçoit
de nouvelles explications , prefcrit
» de nouveaux devoirs , qui fe combinent
» & fe multiplient conformément à tous
» les cas & à toutes les fituations où les
» membres de la fociété peuvent fe trou
» ver ... De là fe forment les rangs & les
» diſtinctions , en un mot l'inégalité des
» conditions .
و ر
"
·
» La fociété n'eft peut-être pas auffi par
» faite qu'elle pourroit l'être ; mais il feroit
injufte de la juger fur les abus qu'elle
» tolere , plutôt que fur les biens qu'elle
*
114 MERCURE DE FRANCE.
procure... Ce font des hommes qui la
»compofent & qui la régiffent ; ils ne peu-
» vent toujours le dépouiller de leurs paf-
» fions , de leurs foibleffes & de leurs erreurs
; les loix de cette fociété font leurs
» ouvrages , quelquefois ils portent le ſceau
» de l'humanité.
La différence des caracteres eft une des
preuves naturelles dont M. G. fe fert pour
établir l'inégalité des conditions ; il fait
fentir aux Philofophes orgueilleux , qui
ont déclamé contre ce principe fondamental
de toute fociété , combien eux-mêmes
ils feroient à plaindre fi leurs fophifmes
acqueroient affez de crédit pour changer
l'état des chofes. Il termine fon difcours
par cette fage conclufion : » Que chaque
membre de la fociété jouiffe avec modé-
» ration des avantages qu'elle lui procure ,
qu'il évite avec prudence l'effet de quel-
» ques abus qu'elle eft forcée de tolérer ,
» mais que dans tous les cas il refpecte
l'ordre établi.
Le problème intéreffant de l'inégalité
des conditions l'eft devenu davantage , par
la maniere ingénieufe & fage avec laquelle
M. Talbert , Chanoine de l'Eglife de Befançon,
& membre de l'Académie de la même
ville , l'a développé dans le difcours
que l'Académie couronne aujourd'hui. Son
FEVRIER. 1755. IIS
ftyle , fes preuves & fes réflexions annoncent
par-tout un philofophe éclairé , un auteur
chrétien , & un orateur élégant.
Sa religion a aidé fa raifon dans fes
»recherches , & leurs lumieres réunies lui
» ont fait trouver dans le coeur de l'hom-
» me même la folution du problême.
Pour ne rien ôter aux beautés de ce difcours
, il faudroit le rapporter en entier;
mais comme M. Talbert eft difpofé à le
faire imprimer , le public jugera par luimême
des talens de l'auteur & des motifs
qui ont déterminé l'Académie à le cou-
Fonner:
M. Etaffe , étudiant en Droit à Rennes ,
eft le feul concurrent que l'Académie ait
jugé digne d'entrer en lice avec M. Talbert.
Son difcours a pour devife , Urget
amor patria laudumque immenfa cupido.Pour
faire fon éloge , il fuffit d'annoncer qu'iba
fuivi le même plan , & faifi les mêmes
idées que fon rival ; mais il a été moins
heureux dans l'expofition , & n'a pas feu
répandre fur fon fujet autant de beautés
réelles que M. l'Abbé Talbert.
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon.
E 18 du mois d'Août 1754 , l'Académie
tint à l'ordinaire fon affemblée LE
publique pour la diftribution du prix.
>
La féance fut ouverte par M. Lantin
de Damerci , Académicien honoraire .
qui fit l'éloge de M. Hector - Bernard Pouffier
, Doyen du Parlement de Bourgogne
& fondateur de l'Académie. Ce difcours
fait autant d'honneur au coeur qu'à l'efprit
de M. de Damerci , qui s'y montre partout
auffi bon citoyen qu'Académicien zélé.
En louant fon héros de ce qu'il a fait
pour la patrie , par deux établiſſemens auffi
nobles qu'ils font avantageux ( la donation
faite au Doyenné du Parlement , & la
fondation de l'Académie ) , il rend un tribut
légitime de louanges aux Bourguignons
célebres qui ont tenu un rang diftingué
dans la république des Lettres , & aux citoyens
illuftres , qui plus encore par leurs
vertus que par les places éminentes qu'ils
occupent, font l'honneur & la gloire de leur
pays . Parmi ces noms refpectables on voit
110 MERCURE DE FRANCE.
avec plaifir ceux de M. de Berbifey , ancien
premier Préſident du Parlement , qui
après avoir été trente ans à la tête de cette
compagnie , plein de jours & comblé de
gloire , réfolut de paffer fes jours dans une
heureufe tranquillité , en défignant pour
le remplacer , le grand Magiftrat qui eft
aujourd'hui le chef du Parlement ; de M.
Vitte , Doyen du Parlement , & premier
Directeur de l'Académie , & de M. Joly
de Fleury , Intendant de Bourgogne , dont
les ancêtres ont rempli avec éclat les places
les plus diftinguées du Parlement de
Dijon. L'Orateur le loue avec autant de
difcernement que de délicateffe , & le peint
d'un feul trait en lui appliquant ce vers de:
Boileau ...
Soutient tout par lui-même , & voit tout par fes
yeux.
Ce difcours imprimé à Dijon in-4° . chez
J. Cofte , Imprimeur de l'Académie , eft
digne de la curiofité des Lettres & des
Arts. Outre l'érudition diftinguée qui y
regne , on y trouve plufieurs anecdotes
intéreffantes , & des réflexions fages fur les
établiffemens publics.
M. Gelot , Procureur du Roi du Domaine
, Académicien penfionnaire de la claſſe
de morale , chargé de la diftribution du
FEVRIER. 1755 111
prix , lut enfuite un difcours fur le fujer
propofé ; fçavoir quelle eft la fource de
Pinégalité parmi les hommes , & fi elle eft approuvée
par la loi naturelle.
Il y fait la critique de la méthode qu'ont
fuivie le grand nombre d'Auteurs qui ont
concouru , & dont les piéces ont été rejettées.
7
» Les Auteurs , dit M. G. qui ont traité
» de l'inégalité des conditions , plus ingé-
» nieux qu'exacts , ont orné leurs fujets ,
» mais ils ont manqué la reffemblance.
» Leurs écrits forment , fi l'on veut , une
» fuite d'idées brillantes ; mais on ne peut
» fe diffimuler que l'expérience de tous les
» fiécles & l'hiftoire de toutes les nations
» les démentent : .... La liberté qu'ils ac-
» cordent à l'homme , dégénere en licence
» effrénée ; il n'eft aucune fubordination
qu'ils ne traitent d'efclavage intoléra-
»ble... Aucun d'eux n'a daigné recourir
à l'Hiftoire : quel guide plus éclairé pouvoit
mieux leur indiquer la route qu'ils
» devoient fuivre pour parvenir à la vérité ?
Ainfi la cenfure de M. G. tombe fur
tous les difcours qui ont concouru ș fans
cependant avoir pour objet celui qui a été
couronné , & celui qui l'a approché de
plus près , dont il fera parlé plus bas .
Il dit enfuite qu'il a exifté & qu'il
"
112 MERCURE DE FRANCE.
exifte encore des fociétés où la nature fe
montre fans nuages , que fes reffources &
fes foibleffes s'y laiffent aifément faifir par
l'obfervateur impartial. Les Scythes & les
Germains , dans des fiécles plus reculés ; de
nos jours , les peuples de l'Amérique of
frent une multitude de preuves , de faits ,
de circonstances , qui apprennent à connoître
l'état primitif de la fociété ja les
défauts vifibles & groffiers où le manque
de fubordination précipita autrefois , & retient
encore les nations barbares citées en
exemple , forment autant de principes ,
defquels il eſt naturel de conclure avec
M. G. » que dans toute fociété perfection-
» née , je veux dire celle où les loix , les
" fciences & les arts fleutiffent , l'inégali-
» té des conditions eft néceffaire , qu'elle
» eft liée à la conftitution de cette fociété ,
» qu'elle en eft la bafe & le foutien ; &
par une feconde conféquence de ce prin-
» cipe fondée fur l'expérience de toutes
» les nations , que cette inégalité de condition
eft conforme à la loi naturelle.
Il va plus loin ; il expofe les dangers
continuels de cet état de barbarie , où l'on
ne peut efperer ni fûreté ni agrémens ,
d'où les talens & les arts fort bannis , &
où l'efprit & l'intelligence, qui font la meil
leure portion de notre exiſtence , éprouveFEVRIER.
1755. II}
و د
roient bientôt le même fort. » Ceux donc
qui ont regardé l'inégalité des conditions
comme contraire à la loi naturel-
» le , ne font tombés dans cette erreur que
» faute d'avoir connu la loi naturelle , &
» de lui avoir donné toute l'étendue qu'elle
>> doit avoir.
» L'homme eft né pour la fociété ; la
négative de cette propofition feroit une
» abfurdité ... S'il eft un cas où un hom-
"
"
me exifte fans faire partie d'aucune fo
» ciété , il eft fingulier , & ne peut être ici
» d'aucune confidération ... Mais donnez
» à cet homme un compagnon de folitude ,
≫ vous verrez bientôt les préceptes & les
obligations de la loi naturelle s'accroître
» à leurs égards. Multipliez ce nombre
» d'hommes , cette même loi naturelle reçoit
de nouvelles explications , prefcrit
» de nouveaux devoirs , qui fe combinent
» & fe multiplient conformément à tous
» les cas & à toutes les fituations où les
» membres de la fociété peuvent fe trou
» ver ... De là fe forment les rangs & les
» diſtinctions , en un mot l'inégalité des
» conditions .
و ر
"
·
» La fociété n'eft peut-être pas auffi par
» faite qu'elle pourroit l'être ; mais il feroit
injufte de la juger fur les abus qu'elle
» tolere , plutôt que fur les biens qu'elle
*
114 MERCURE DE FRANCE.
procure... Ce font des hommes qui la
»compofent & qui la régiffent ; ils ne peu-
» vent toujours le dépouiller de leurs paf-
» fions , de leurs foibleffes & de leurs erreurs
; les loix de cette fociété font leurs
» ouvrages , quelquefois ils portent le ſceau
» de l'humanité.
La différence des caracteres eft une des
preuves naturelles dont M. G. fe fert pour
établir l'inégalité des conditions ; il fait
fentir aux Philofophes orgueilleux , qui
ont déclamé contre ce principe fondamental
de toute fociété , combien eux-mêmes
ils feroient à plaindre fi leurs fophifmes
acqueroient affez de crédit pour changer
l'état des chofes. Il termine fon difcours
par cette fage conclufion : » Que chaque
membre de la fociété jouiffe avec modé-
» ration des avantages qu'elle lui procure ,
qu'il évite avec prudence l'effet de quel-
» ques abus qu'elle eft forcée de tolérer ,
» mais que dans tous les cas il refpecte
l'ordre établi.
Le problème intéreffant de l'inégalité
des conditions l'eft devenu davantage , par
la maniere ingénieufe & fage avec laquelle
M. Talbert , Chanoine de l'Eglife de Befançon,
& membre de l'Académie de la même
ville , l'a développé dans le difcours
que l'Académie couronne aujourd'hui. Son
FEVRIER. 1755. IIS
ftyle , fes preuves & fes réflexions annoncent
par-tout un philofophe éclairé , un auteur
chrétien , & un orateur élégant.
Sa religion a aidé fa raifon dans fes
»recherches , & leurs lumieres réunies lui
» ont fait trouver dans le coeur de l'hom-
» me même la folution du problême.
Pour ne rien ôter aux beautés de ce difcours
, il faudroit le rapporter en entier;
mais comme M. Talbert eft difpofé à le
faire imprimer , le public jugera par luimême
des talens de l'auteur & des motifs
qui ont déterminé l'Académie à le cou-
Fonner:
M. Etaffe , étudiant en Droit à Rennes ,
eft le feul concurrent que l'Académie ait
jugé digne d'entrer en lice avec M. Talbert.
Son difcours a pour devife , Urget
amor patria laudumque immenfa cupido.Pour
faire fon éloge , il fuffit d'annoncer qu'iba
fuivi le même plan , & faifi les mêmes
idées que fon rival ; mais il a été moins
heureux dans l'expofition , & n'a pas feu
répandre fur fon fujet autant de beautés
réelles que M. l'Abbé Talbert.
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon.
Le 18 août 1754, l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Dijon organisa une séance publique pour la distribution du prix. La séance débuta par un discours de M. Lantin de Damerci, académicien honoraire, qui rendit hommage à M. Hector-Bernard Pouffier, doyen du Parlement de Bourgogne et fondateur de l'Académie. De Damerci souligna les contributions de Pouffier à la patrie, notamment par la donation au Doyenné du Parlement et la fondation de l'Académie. Il loua également des figures illustres de Bourgogne, telles que M. de Berbisey, ancien premier Président du Parlement, M. Vitte, doyen du Parlement et premier directeur de l'Académie, et M. Joly de Fleury, intendant de Bourgogne. Ensuite, M. Gelot, procureur du Roi du Domaine et académicien pensionnaire, lut un discours sur l'inégalité parmi les hommes et sa conformité avec la loi naturelle. Il critiqua les auteurs ayant traité de l'inégalité des conditions, les jugeant plus ingénieux qu'exacts, et souligna que leurs écrits étaient démentis par l'expérience des siècles et l'histoire des nations. Gelot affirma que l'inégalité des conditions est nécessaire dans une société perfectionnée, où les lois, les sciences et les arts fleurissent. Il conclut en exhortant chaque membre de la société à respecter l'ordre établi. Le problème de l'inégalité des conditions fut également développé par M. Talbert, chanoine de l'Église de Besançon et membre de l'Académie de la même ville, dont le discours fut couronné par l'Académie. Son style, ses preuves et ses réflexions témoignèrent d'un philosophe éclairé, d'un auteur chrétien et d'un orateur élégant. M. Etaffe, étudiant en droit à Rennes, fut le seul concurrent jugé digne d'entrer en lice avec M. Talbert, mais son discours fut moins réussi dans l'exposition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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180
p. 116-117
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Belles-Lettres de Marseille, 1754.
Début :
L'Académie des Belles-Lettres de Marseille tint fon assemblée publique , selon [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Marseille, Prix
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texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Belles-Lettres de Marseille, 1754.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie des Belles - Lettres de
Marſeille , 1754.
'Académie des Belles-Lettres de Marfeille
tint fon affemblée publique , felon
l'ufage , le 25 Août , fête de S. Louis ,
dans la falle que le Roi lui a accordée dans
l'Arfenal. { :
M. le Marquis de Pennes , Chancelier
faifant fonction de Directeur en abſence ,
ouvrit la féance par un difcours relatif au
fujet de l'affemblée, or ind
a
M. de Sinety lut un chant dun Poeme
de M. le Marquis de Mirabeau , affocié de
P'Académie , abfent , intitulé L'Art de la
Guerre. M. Guys lur une differtation fur
les danfes des Grecs nfodernes , comparées
à celles des anciens , qui fait partie d'un
plus long ouvrage. M. Guteu lut un ouvrage
en vers , intitulé : La guérison obtenue
par l'amour & Remerciment à la famé.
M. Guys lut un ouvrage en vers , intitulé
: Le Philofophe irréfolu
L'Académie ayant cette année réſervé
le prix , en aura deux à diftribuer l'anmée
prochaine. Elle avertit donc le public
FEVRIER. 1755. 117
>
que le 25 Août , jour & fête de S. Louis
de l'année prochaine 1755 , elle adjugera
un de ces prix à un poëme à rimes plates ,
de cent cinquante vers au plus , & de cent
au moins , à l'exclufion de toute Ode , dont
le fujet fera , la réunion de la Provence à
la Couronne ; & l'autre de ces prix à un difcours
d'un quart-d'heure , ou tout au plus
d'une demi -heure de lecture , dont le fujet
fera , l'homme eft plus grand par l'usage des
talens que par les talens même .
Le prix qu'elle décerne eft une médaille
d'or , de la valeur de trois cens livres , portant
d'un côté le bufte de M. le Maréchal
Duc de Villars , fondateur & premier protecteur
de l'Académie ; & fur le revers ces
mots , Premium Academia Maffilienfis , entourés
d'une couronne de laurier.
On adreffera les ouvrages à M. de Chalamont
de la Vifcleve , Secrétaire perpétuel
de l'Académie des Belles - Lettres, de
Marſeille , rue de l'Evêché. On affranchira
les paquets à la pofte , fans quoi ils ne feront
point retirés. Ils ne feront reçus que
jufqu'au premier Mai inclufivement.
De l'Académie des Belles - Lettres de
Marſeille , 1754.
'Académie des Belles-Lettres de Marfeille
tint fon affemblée publique , felon
l'ufage , le 25 Août , fête de S. Louis ,
dans la falle que le Roi lui a accordée dans
l'Arfenal. { :
M. le Marquis de Pennes , Chancelier
faifant fonction de Directeur en abſence ,
ouvrit la féance par un difcours relatif au
fujet de l'affemblée, or ind
a
M. de Sinety lut un chant dun Poeme
de M. le Marquis de Mirabeau , affocié de
P'Académie , abfent , intitulé L'Art de la
Guerre. M. Guys lur une differtation fur
les danfes des Grecs nfodernes , comparées
à celles des anciens , qui fait partie d'un
plus long ouvrage. M. Guteu lut un ouvrage
en vers , intitulé : La guérison obtenue
par l'amour & Remerciment à la famé.
M. Guys lut un ouvrage en vers , intitulé
: Le Philofophe irréfolu
L'Académie ayant cette année réſervé
le prix , en aura deux à diftribuer l'anmée
prochaine. Elle avertit donc le public
FEVRIER. 1755. 117
>
que le 25 Août , jour & fête de S. Louis
de l'année prochaine 1755 , elle adjugera
un de ces prix à un poëme à rimes plates ,
de cent cinquante vers au plus , & de cent
au moins , à l'exclufion de toute Ode , dont
le fujet fera , la réunion de la Provence à
la Couronne ; & l'autre de ces prix à un difcours
d'un quart-d'heure , ou tout au plus
d'une demi -heure de lecture , dont le fujet
fera , l'homme eft plus grand par l'usage des
talens que par les talens même .
Le prix qu'elle décerne eft une médaille
d'or , de la valeur de trois cens livres , portant
d'un côté le bufte de M. le Maréchal
Duc de Villars , fondateur & premier protecteur
de l'Académie ; & fur le revers ces
mots , Premium Academia Maffilienfis , entourés
d'une couronne de laurier.
On adreffera les ouvrages à M. de Chalamont
de la Vifcleve , Secrétaire perpétuel
de l'Académie des Belles - Lettres, de
Marſeille , rue de l'Evêché. On affranchira
les paquets à la pofte , fans quoi ils ne feront
point retirés. Ils ne feront reçus que
jufqu'au premier Mai inclufivement.
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Belles-Lettres de Marseille, 1754.
La séance publique de l'Académie des Belles-Lettres de Marseille s'est déroulée le 25 août 1754, à l'occasion de la fête de Saint-Louis, dans la salle de l'Arsenal. M. le Marquis de Pennes, Directeur par intérim, a ouvert la séance. M. de Sinety a lu un extrait du poème 'L'Art de la Guerre' de M. le Marquis de Mirabeau. M. Guys a présenté une dissertation sur les danses des Grecs modernes comparées à celles des anciens. M. Guteu a lu deux œuvres en vers : 'La guérison obtenue par l'amour & Remerciment à la fame' et 'Le Philosophe irréfléchi'. Pour 1755, l'Académie a annoncé deux prix : un pour un poème de 100 à 150 vers sur la réunion de la Provence à la Couronne, et un autre pour un discours de 15 à 30 minutes sur le thème 'l'homme est plus grand par l'usage des talents que par les talents eux-mêmes'. Chaque prix consiste en une médaille d'or valant 300 livres. Les œuvres doivent être envoyées à M. de Chalamont de la Vifcleve avant le 1er mai 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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181
p. 118
LETTRE DE M. DE CHEVRIER à l'Auteur du Mercure.
Début :
Je viens de parcourir , Monsieur , un ouvrage périodique , imprimé en Hollande [...]
Mots clefs :
Ouvrage périodique, Anti-feuilles
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. DE CHEVRIER à l'Auteur du Mercure.
LETTRE DE M. DE CHEVRIER
à l'Auteur du Mercure.
E viens de parcourir , Monfieur , un
ouvrage périodique , imprimé en Hollande
, dans lequel on lit ces mots : Les
Anti-feuilles publiées depuis trois ſemaines à
Paris , font de M. de Chevrier.
J'ignore qui a pu donner lieu à cette
apoftille ; mais je puis vous protefter que
je n'ai aucune part à cette production . Je
n'ai que trop de mes propres écrits , fans
qu'on m'en attribue que je ne connois
point.
J'ofe vous prier de rendre ma lettre publique
dans votre premier Mercure.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris , ce 16 Janvier 1755 .
à l'Auteur du Mercure.
E viens de parcourir , Monfieur , un
ouvrage périodique , imprimé en Hollande
, dans lequel on lit ces mots : Les
Anti-feuilles publiées depuis trois ſemaines à
Paris , font de M. de Chevrier.
J'ignore qui a pu donner lieu à cette
apoftille ; mais je puis vous protefter que
je n'ai aucune part à cette production . Je
n'ai que trop de mes propres écrits , fans
qu'on m'en attribue que je ne connois
point.
J'ofe vous prier de rendre ma lettre publique
dans votre premier Mercure.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris , ce 16 Janvier 1755 .
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Résumé : LETTRE DE M. DE CHEVRIER à l'Auteur du Mercure.
M. de Chevrier conteste dans une lettre du 16 janvier 1755 une information du Mercure, qui l'associe aux 'Anti-feuilles' publiées à Paris. Il nie toute implication et demande la publication de sa lettre pour clarifier sa position.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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182
p. 49-62
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Montauban.
Début :
L'Académie des Belles-Lettres de Montauban a célébré à son ordinaire, le [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Montauban, Montauban, Dictionnaires, Lecteurs, Lettres, Hommes, Femmes, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Montauban.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie de Montauban.
'Académie des Belles- Lettres de Mon-
L'auban a célébré à fon ordinaire , le
25 Août , la fête de S. Louis ; elle aſſiſta
le matin à une Meffe qui fut fuivie de
l'Exaudiat , pour le Roi , & du panégyrique
du Saint , prononcé par M. Court ,
Curé de Montricoux , Diocèſe de Cahors.
Elle tint l'après-midi une affemblée publique
dans la grande falle de l'Hôtel de
ville ; & M. Saint-Hubert de Gaujac , ancien
Capitaine de Cavalerie , Chevalier de
l'Ordre militaire de S. Louis , Directeur de
quartier , ouvrit la féance par un difcours
, où il ſe propoſa d'examiner fi
c'eft à leur coeur ou à leur efprit que
les femmes doivent la fupériorité qu'elles
ont fur les hommes dans plufieurs genres
d'écrire , & principalement dans le ſtyle
léger & épikolaire. Il prouva d'abord cette
C
60 MERCURE DE FRANCE.
fupériorité par des exemples décisifs , &
par des autorités refpectables. Il effaya
enfuite de l'expliquer , en obfervant qu'on
ne fçauroit difputer aux femmes qui ſe
font mêlées d'écrire , l'heureux choix des
expreffions , la délicateffe des fentimens ,
l'élégance , la précifion , &c. » Qui dou-
» te , ajouta-t- il , que l'imagination n'ouvre
une fource inépuifable d'agrémens
» & de beautés raviffantes , & que la vi-
» vacité , la variété & la fineffe de fon
ود
pinceau ne donnent au fujet qu'elle trai-
» te , l'air le plus noble , & les graces
les plus touchantes ? Or les femmes ont
» porté en naiffant un don fi précieux :
» auffi tout devient- il fous leurs mains ,
» fertile , gracieux & riant . .. .. . Si nous
»
ne les trouvons pas toujours propres à
» faire de grands tableaux & des ftatues
» coloffales , nous devons au moins convenir
que pour les ouvrages de petit
» point & de miniature , elles furpaſſent
» les Raphaël & les Phidias .... J'avoue
» qu'elles ont quelquefois un ftyle dé-
» coufu , plein de négligence & de faillies ,
» je dirois prefque un ftyle intermittent ;
mais c'eft ce qui en fait le charme , &
l'on feroit fâché d'y trouver plus d'or-
» dre & de méthode « . Quoique M. Saint-
Hubert fe fut plaint au commencement de
MARS. 1755.
S4
33
fon ouvrage , de manquer
des fecours
que
la lecture fournit aux auteurs de profeffion
, n'ayant pour lui difoit-il ., que
» le Code militaire , un peu d'imagina-
» tion , & malheureufement
beaucoup
trop
d'ufage du monde , « il ne laiffa pas de
répandre
dans fon difcours
plufieurs
traits
intéreffans
, qui montroient
que ce qu'il
avoit eu le tems ou l'occafion
de lire , il
l'avoit lû avec goût & avec réflexion
. C'eſt
par là qu'il tira un parti ingénieux
de quelques
lettres de Madame
de Sévigné
: mais
venant à rechercher
la caufe de cette fupériorité
qu'il reconnoiffoit
dans les femmes
il tenta de recourir , pour en indiquer la
fource , au méchaniſme
de la nature. » Les
»femmes , difoit- il , ont un corps plus dé-
» licatement
organifé ; c'eſt par là que la
» beauté , que les graces extérieures
leur
appartiennent
de droit. Ne feroit-ce point
auffi par là que leur imagination
eft plus
vive , & plus facile à remuer ? « Mais il
revint bientôt fur fes pas , en faifant réflexion
que dans les femmes , leur coeur
& leur efprit doivent
fe reffentir
égaledu
partage que la nature leur a fait
en ce genre. Il fe tourna alors du côté
de l'éducation
, & il demanda
fi la mariere
différente
dont on éleve les jeunes
perfonnes
de l'un & de l'autre fexe , n'of
ment
}
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
friroit pas la véritable caufe des différen
ces qui les diftinguent. Il caractériſa l'éducation
que les femmes reçoivent communément
, & il conjectura affez vraiſemblablement
, foit de la bienféance , de la
réferve & de la modeftie qu'on leur infpire
, foit du préjugé qui leur interdit les
études fortes & férieufes , qu'il eft naturel
d'une part qu'elles foient plus faites
& plus habiles que les hommes à trouver
ces tours ingénieux , où le fentiment ne paroît
fe cacher que pour être mieux apperçu ;
d'un autre côté , que leur imagination fe
trouvant débarraffée de la féchereffe d'un
travail long , affujettiffant & pénible , elle
conferve tout fon feu pour les objets agréables
& legers . Il abandonna cependant encore
cette explication , parce que l'éducation
, ajouta- t-il , influe également fur l'efprit
fur le coeur. Il fe borna donc à balancer
ici les raifons contradictoires qui forment
la difficulté de la queftion qu'il s'étoit
propofée ; & après avoir infinué que les
premieres apparences le portoient à penfer
que les femmes doivent à leur efprit
leur fupériorité fur les hommes dans les
ouvrages qui fortent de leur plume , parce
que c'eft leur efprit qui enfante ces ou
vrages ; que c'eft la maniere dont l'efprit
enviſage les objets qui décide de la maMARS.
1755.
53
niere dont on les peint ; & que les femmes
n'excellent dans le ftyle epiftolaire
que parce qu'elles ont fingulierement l'ef
prit de la converfation : il conclut enfin
» qu'en elles c'eſt le coeur qui donne le ton
» à l'efprit. En effet
En effet , continua- t- il , les
» ouvrages des femmes portent tous l'em-
»preinte du fentiment , qui eft chez elles
" fi vif & fi délicat. Les hommes raiſon-
» nent , mais les femmes fentent : voilà
» pourquoi les écrits de ceux -là font.com-
» munément plus fecs , plus arides , &c ...
» Le coeur eft la partie qui a plus d'action
dans les femmes ; il vivifie en quel-
» que forte tout ce qu'elles font , tout ce
qu'elles difent , tout ce qu'elles écri-
» vent .... D'où vient que les écrits des
femmes nous affectent d'une maniere
» particuliere ? ... c'eft qu'il n'y a que le
coeur qui ait droit de parler au coeur :
le coeur eft froid , il eft fourd , pour
» ainfi dire , au langage de l'efprit ....
Quand eft-ce que la lyre a rendu des
fons plus animés & plus tendres , fi ce
n'eft quand elle a été entre les mains
des femmes ? C'eft la nature elle -même
qui parie dans les poëfies des Sapho ,
des La Suze , des Deshoulieres , &c.
»On ne trouve nulle part des fentimens
fi vifs , fi variés , fi foutenus , fi déli-
"
"
"
»
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE .
» cats , fi touchans. Les hommes qui ont
voulu elfayer ce genre , fe font prefque
tous attirés le reproche d'avoir mis dans
leurs ouvrages un art capable de déceler
la violence qu'ils faifoient à leur
efprit , pour lui faire parler le langage
» du coeur , & c.
M. Bernoy lut enfuite deux odes , l'une
firée du Pfeaume CI . & l'autre du Pfeaume
CXLII. Il faudroit les tranfcrire ici en
entier , pour faire connoître avec quelle
fidélité l'auteur a fçu rendre les profonds
gémiffemens & la vive douleur du faint
Roi pénitent .
M. l'Abbé de Verthamon ; dans un
difcours contre l'envie , Sattacha à montrer
avec quel acharnement cette paffion
pourfuit ordinairement les grands hommes.
Après avoir fait un tableau de fes
fureurs , il entra dans le détail des funef
res effets qu'elle produit communément
parmi les gens de lettres. Il fit voir enfin
que dans tous les lieux & dans tous les
fiécles , les plus grands Poëtes & les plus
grands Orateurs ont été expofés aux traits
empoifonnés de l'envie .
M. de Claris , Préfident de la Chambre
des Comptes , Cour des Aides &
Finances de Montpellier Académicien
affocié , avoit envoyé à l'Académie des
,
MARS. 1755 .
vers qu'il avoit faits fur le mariage de M.
de **fous ce titre : le Triomphe de l'hymen
, & M. de Cathala en fit la lecture.
Depuis quelques années , nul genre
d'ouvrage ne s'eft autant multiplié que
les Dictionnaires ; & c'eft ce qui donna
lieu à M. l'Abbé Bellet d'examiner s'ilsfe
multiplient aujourd'hui pour le progrès ou
pour la ruine des lettres . Jamais , felon cer
Académicien , il ne fut plus vrai de dire
qu'on pourroit faire un Dictionnaire des
noms de tous les Dictionnaires qui exiftent.
Après avoir obfervé que chaque fcience ,
chaque art a le fien , il fe propofa de déterminer
le dégré de gloire qu'ils font ent
état de procurer à leurs auteurs , & les
avantages que les lecteurs peuvent en retirer……………
. Un dictionnaire n'eft point une
production du génie ..... c'eſt communé
ment un recueil , un registre , un magafir
d'actions ou de pensées étrangeres ... On
peut dire abfolument de la compofition
de ces fortes d'ouvrages , ce que La Bruyere
n'a dit de la critique qu'avec reftriction :
que c'est un métier où il faut plus de fanté
que d'efprit , plus de travail que de capacité
, plus d'habitude que de génie..... Le
choix des penfées eft une forte d'inven
tion , difoit encore l'auteur des Caracteres.
» Mais dans un dictionnaire on fe déter-
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
» mine plutôt à rapporter beaucoup de cho-
» fes que d'excellentes chofes ...... On
» diroit que l'auteur d'un dictionnaire
ود
craint de n'avoir pas le tems d'être diffus ,
» comme un bon auteur craint de n'avoir
→ pas le loifir d'être court ..... c'eſt le
chef- d'oeuvre de l'art de fçavoir cacher
»fon art. Mais il femble que l'auteur d'un
» dictionnaire faffe profeffion de bannir
toute forte d'art de fa compofition & de
fon ouvrage. Toujours uniforme dans fes
»tours & dans fes expreffions , il ſe borne à
» une forte de monotonie qui forme ſon ca-
» ractere .... il lui fuffit de coudre , pour
»ainfi dire , bout-à-bout ce qu'il a remar-
» qué dans le cours de, fes lectures.... En
» un mot , il n'a point l'honneur de l'in-
» vention dans ce qu'il dit , & il ne fonge
gueres à mettre les graces du ftyle dans
» la maniere dont il le dit. . ... M. l'Abbé
Bellet ne laiffa pas de rendre juftice au
genre de mérite qu'on ne peut s'empêcher
de reconnoître dans les auteurs de quelques
utiles compilations que nous avons ,
mais il crut devoir relever en même tems
les défauts effentiels qui dégradent plufieurs
dictionnaires ; il les caractériſa chacun
en particulier , il ajouta qu'un bon
vocabulaire eft la feule efpéce de dictionnaire
dont la compofition paroît exiger
>
My
MAR S. 1755. 57
un mérite plus réel & plus rare , & il en
donna plufieurs raifons .... » C'eſt ainsi ,
» continua-t- il , que l'auteur d'un Poë-
"me , prefque digne de Virgile * > avoit
» commencé un Dictionnaire latin deſtiné
» à effacer tous les autres. Nous lui avons
entendu dire qu'il ne fe propofoit pas
» moins que de faire fentir , fous chaque
mot françois , la fignification préciſe
& l'ufage particulier de ce grand nom-,
» bre de mots latins que le commun des
lecteurs regarde comme de parfaits fy
» nonimes. Un tel deffein fuppofoit en lui
autant de fineffe de goût que de lecture.
» Pour continuer fon ouvrage , en entrant
» dans fes vûes , on avoit befoin de l'hom-
» me ** d'efprit qui s'en eft chargé , &
» dont les talens font atteftés par une foule
de lauriers académiques ... " . Pallant
enfuite au fruit que l'on peut tirer de la
lecture des Dictionnaires , M. L. B. diſtingua
deux fortes de lecteurs ; des lecteurs
fuperficiels , & des lecteurs qui approfondiffent
tout : il en conclut que les dictionnaires
font un écueil pour l'ignorance
& pour la pareffe , & qu'ils ne font de
quelque fecours que pour ceux qui aiment
véritablement le travail. Il prouva
Le P. Vaniere.
** Le P. Lombard,
fucceffi-
Cv
$8 MERCURE DE FRANCE .
vement ces deux vérités , en montrant que
tous les dictionnaires font plus ou moins
fautifs ; qu'aux erreurs qu'on eft en droit
de leur reprocher , ils joignent , ainfi que
Bayle le difoit du fien , une infinité de péchés
d'omiffion , & que ce qu'ils rapportent
fe trouvant détaché de ce qui précéde &
de ce qui fait dans les auteurs qui l'ont
fourni , ou ils donnent de fauffes vûes ,
ou ils n'en donnent aucune qui foit bien
nette & bien précife ..... Si les dictionnairės
nuifent à celui dont ils bornent le
travail & les vues , ils font utiles à ceux
qui s'en fervent pour aller plus loin. ...
Dans le cours de fes études , un litté-
» rateur a ſouvent befoin , tantôt de préci-
» piter fa marche , tantôt de revenir en
quelque forte fur fes pas , pour recou-
» vrer ce que le tems enleve quelquefois à
» ſa mémoire . On ménage fon loifit , fon
» application , fes forces , en lui indiquant
, à mefure qu'il le fouhaite , la
route qu'il peut fuivre , en le remettant
fur la voie , & c. ... On peut comparer
un dictionnaire à la table d'un livre ;
elle eft utile à un écrivain laborieux
qui , pour ne point perdre de tems , veut
is quelquefois qu'on lui indique au plus
"vite la page précife où il eft queftion
» de l'objet dont il eſt actuellement occuMARS.
17556 59
pé ; mais cette table feroit évidemment
» un obftacle à la connoiffance de la vé-
» rité , pour quiconque fe contenteroit
و د
"3
de cette indication fuperficielle , &c……….
» Les dictionnaires peuvent donc être fu-
» neftes aux lecteurs indolens & fuperfi-
» ciels , parce qu'ils les arrêtent , pour
» ainfi dire , au milieu de leur courfe ;
» qu'ils les retiennent mal à propos endeça
des bornes qu'ils devroient fran-
» chir ; qu'ils leur perfuadent que de plus
amples recherches font inutiles ; qu'ils
»les accoutument à s'en rapporter à la pa-
» role d'un auteur unique , dont les inf
» tructions font communément imparfai-
»tes , &c. Mais après tout , la fortune des
» lettres dépend t -elle du commun des lecteurs
, qui ont moins recours aux livres
par le defir fincere d'augmenter leurs con
noiffances , que par le befoin preffant
» d'étourdir leur ennemi , & d'amufer leur
oifiveté ? L'avancement des ſciences &
des arts eft l'ouvrage de ceux qui les
cultivent. Les lettres font redevables de
leurs progrès & de leur gloire aux
productions des génies fupérieurs. Or
» ceux- ci ne feront jamais tentés de s'en
» tenir à des dictionnaires : on peut donc ,
» vis - à- vis d'eux , les varier , les multiplier
impunément ..... On ne dira donc
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
t
» pas précisément qu'on multiplie les dictionnaires
, ni pour la ruine ni pour le
»progrès des lettres : on craindroit d'un
» côté de leur faire trop de tort , & de
•
l'autre de leur faire trop d'honneur.
>> On ne les croit pas capables de caufer
»jamais , ni en bien , ni en mal , une ré-
» volution générale dans l'empire des let-
» tres , &c.
M. de la Mothe lut un dialogue en vers
intitulé : l'Hymen & l'Amour ; & M. P : adal
, Procureur Général à la Cour des Aides
, fit la lecture d'une Idylle qu'il adreffa
à M. de la Mothe , en lui donnant le titre
flateur d'Anacreon du Querci.
M. de Cathala , qui s'eft chargé du ſoin
de faire connoître les grands hommes que
cette province a produits , lut un effai fur
la langue gafconne , & fur quelques auteurs
* Gafcons. » Selon cet Académicien ,
» l'idiome qui eft en ufage dans les pro-
» vinces méridionales , & fur- tout à Touloufe
& à Montpellier , femble réunir
tous les caracteres des langues mortes &
» vivantes les plus eftimées. A l'abondance
de la grecque , il joint la cadence &
* M. de Mondonville vient d'en augmenter le
nombre , & va mettre cette langue à la mode
par fon Opéra Languedocien , que Paris applaudit.
MARS. 1755 61 . .
n
» oeuvre.
33
le
prefque la tournure de la latine ; à la
précifion & à la fageffe de la françoiſe ,
» il allie fans peine la légereté , la douceur
» & la molleffe de l'italienne . Propre à
tout , il offre fans effort des tours & des
» expreffions différentes , felon les diffé-
» rens befoins de ceux qui le mettent en
Pendant que la langue fran-
» çoiſe étoit plongée dans la barbarie ,
langage moundi brilloit dans les arts ,
» dans la chaire & au barreau ..... On a
» des fragmens d'une hiftoire manufcrite
» de la guerre des Albigeois , écrite en
» cette langue par un auteur contempo-
» rain ; il feroit à fouhaiter que les hifto-
» riens de la nation l'euffent connue ....
» Mais la langue gaſconne , ajouta M. de
» Cathala , eft encore plus propre à la
poësie qu'à tout autre genre. C'eft dans
» les vers qu'elle étale tous fes avantages ;
» fa poëfie eft bien antérieure à la françoife
long- tems avant les Meuns & les
» Lorris , une foule de Troubadours ou
» poëtes Provençaux , que quelques auteurs
ont dit être les inventeurs de la
» rime , brilloient dans les Cours des Souverains
.... « M. de Cathala donna enfuite
une notice de plufieurs Poëtes Gaf
cons , natifs du Querci ou du Rouergue ,
comme Raimond Jourdan , Hugues Bru-
و د
62 MERCURE DE FRANCE.
net , Albuzon , Pierre Vidal , Maître Mathieu
, & c. Il n'eut garde d'oublier la célébre
Clémence Ifaure , reftauratrice des
Jeux Floraux. Il fit une mention honorable
de Goudouli , nâtif de Toulouſe ; mais il
s'étendit davantage fur Valès , né en 1593
à Montech , petite ville du Languedoc ,
dans le Diocèfe de Montauban , & mort
Curé de cette Paroiffe , après avoir fait
en langage moundi deux traductions de
l'Eneïde , l'une en vers héroïques , & l'autre
en vers burlefques , toutes les deux
d'un mérite fingulier . Il avoit encore traduit
dans le même idiome les fept Pleaumes
de la Pénitence , & compofé une infinité
de pieces fugitives adreffées aux amis
qu'il avoit à Touloufe & à Montauban .
L'effai dont on rend compte eft deſtiné à
fervir de préface à ces divers ouvrages
quand on les donnera au public .
M. Saint-Hubert de Gaujac , Direc
teur , lut enfin des vers adreffés à l'affemblée
, aufquels tout le monde applaudit.
ON inférera le mois prochain la ſéance
de la Société royale des Sciences & Bel
les- Lettres de Nanci , & celle de la Société
littéraire d'Arras ; ainfi des autres fucceffivement
, par ordre de date .
De l'Académie de Montauban.
'Académie des Belles- Lettres de Mon-
L'auban a célébré à fon ordinaire , le
25 Août , la fête de S. Louis ; elle aſſiſta
le matin à une Meffe qui fut fuivie de
l'Exaudiat , pour le Roi , & du panégyrique
du Saint , prononcé par M. Court ,
Curé de Montricoux , Diocèſe de Cahors.
Elle tint l'après-midi une affemblée publique
dans la grande falle de l'Hôtel de
ville ; & M. Saint-Hubert de Gaujac , ancien
Capitaine de Cavalerie , Chevalier de
l'Ordre militaire de S. Louis , Directeur de
quartier , ouvrit la féance par un difcours
, où il ſe propoſa d'examiner fi
c'eft à leur coeur ou à leur efprit que
les femmes doivent la fupériorité qu'elles
ont fur les hommes dans plufieurs genres
d'écrire , & principalement dans le ſtyle
léger & épikolaire. Il prouva d'abord cette
C
60 MERCURE DE FRANCE.
fupériorité par des exemples décisifs , &
par des autorités refpectables. Il effaya
enfuite de l'expliquer , en obfervant qu'on
ne fçauroit difputer aux femmes qui ſe
font mêlées d'écrire , l'heureux choix des
expreffions , la délicateffe des fentimens ,
l'élégance , la précifion , &c. » Qui dou-
» te , ajouta-t- il , que l'imagination n'ouvre
une fource inépuifable d'agrémens
» & de beautés raviffantes , & que la vi-
» vacité , la variété & la fineffe de fon
ود
pinceau ne donnent au fujet qu'elle trai-
» te , l'air le plus noble , & les graces
les plus touchantes ? Or les femmes ont
» porté en naiffant un don fi précieux :
» auffi tout devient- il fous leurs mains ,
» fertile , gracieux & riant . .. .. . Si nous
»
ne les trouvons pas toujours propres à
» faire de grands tableaux & des ftatues
» coloffales , nous devons au moins convenir
que pour les ouvrages de petit
» point & de miniature , elles furpaſſent
» les Raphaël & les Phidias .... J'avoue
» qu'elles ont quelquefois un ftyle dé-
» coufu , plein de négligence & de faillies ,
» je dirois prefque un ftyle intermittent ;
mais c'eft ce qui en fait le charme , &
l'on feroit fâché d'y trouver plus d'or-
» dre & de méthode « . Quoique M. Saint-
Hubert fe fut plaint au commencement de
MARS. 1755.
S4
33
fon ouvrage , de manquer
des fecours
que
la lecture fournit aux auteurs de profeffion
, n'ayant pour lui difoit-il ., que
» le Code militaire , un peu d'imagina-
» tion , & malheureufement
beaucoup
trop
d'ufage du monde , « il ne laiffa pas de
répandre
dans fon difcours
plufieurs
traits
intéreffans
, qui montroient
que ce qu'il
avoit eu le tems ou l'occafion
de lire , il
l'avoit lû avec goût & avec réflexion
. C'eſt
par là qu'il tira un parti ingénieux
de quelques
lettres de Madame
de Sévigné
: mais
venant à rechercher
la caufe de cette fupériorité
qu'il reconnoiffoit
dans les femmes
il tenta de recourir , pour en indiquer la
fource , au méchaniſme
de la nature. » Les
»femmes , difoit- il , ont un corps plus dé-
» licatement
organifé ; c'eſt par là que la
» beauté , que les graces extérieures
leur
appartiennent
de droit. Ne feroit-ce point
auffi par là que leur imagination
eft plus
vive , & plus facile à remuer ? « Mais il
revint bientôt fur fes pas , en faifant réflexion
que dans les femmes , leur coeur
& leur efprit doivent
fe reffentir
égaledu
partage que la nature leur a fait
en ce genre. Il fe tourna alors du côté
de l'éducation
, & il demanda
fi la mariere
différente
dont on éleve les jeunes
perfonnes
de l'un & de l'autre fexe , n'of
ment
}
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
friroit pas la véritable caufe des différen
ces qui les diftinguent. Il caractériſa l'éducation
que les femmes reçoivent communément
, & il conjectura affez vraiſemblablement
, foit de la bienféance , de la
réferve & de la modeftie qu'on leur infpire
, foit du préjugé qui leur interdit les
études fortes & férieufes , qu'il eft naturel
d'une part qu'elles foient plus faites
& plus habiles que les hommes à trouver
ces tours ingénieux , où le fentiment ne paroît
fe cacher que pour être mieux apperçu ;
d'un autre côté , que leur imagination fe
trouvant débarraffée de la féchereffe d'un
travail long , affujettiffant & pénible , elle
conferve tout fon feu pour les objets agréables
& legers . Il abandonna cependant encore
cette explication , parce que l'éducation
, ajouta- t-il , influe également fur l'efprit
fur le coeur. Il fe borna donc à balancer
ici les raifons contradictoires qui forment
la difficulté de la queftion qu'il s'étoit
propofée ; & après avoir infinué que les
premieres apparences le portoient à penfer
que les femmes doivent à leur efprit
leur fupériorité fur les hommes dans les
ouvrages qui fortent de leur plume , parce
que c'eft leur efprit qui enfante ces ou
vrages ; que c'eft la maniere dont l'efprit
enviſage les objets qui décide de la maMARS.
1755.
53
niere dont on les peint ; & que les femmes
n'excellent dans le ftyle epiftolaire
que parce qu'elles ont fingulierement l'ef
prit de la converfation : il conclut enfin
» qu'en elles c'eſt le coeur qui donne le ton
» à l'efprit. En effet
En effet , continua- t- il , les
» ouvrages des femmes portent tous l'em-
»preinte du fentiment , qui eft chez elles
" fi vif & fi délicat. Les hommes raiſon-
» nent , mais les femmes fentent : voilà
» pourquoi les écrits de ceux -là font.com-
» munément plus fecs , plus arides , &c ...
» Le coeur eft la partie qui a plus d'action
dans les femmes ; il vivifie en quel-
» que forte tout ce qu'elles font , tout ce
qu'elles difent , tout ce qu'elles écri-
» vent .... D'où vient que les écrits des
femmes nous affectent d'une maniere
» particuliere ? ... c'eft qu'il n'y a que le
coeur qui ait droit de parler au coeur :
le coeur eft froid , il eft fourd , pour
» ainfi dire , au langage de l'efprit ....
Quand eft-ce que la lyre a rendu des
fons plus animés & plus tendres , fi ce
n'eft quand elle a été entre les mains
des femmes ? C'eft la nature elle -même
qui parie dans les poëfies des Sapho ,
des La Suze , des Deshoulieres , &c.
»On ne trouve nulle part des fentimens
fi vifs , fi variés , fi foutenus , fi déli-
"
"
"
»
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE .
» cats , fi touchans. Les hommes qui ont
voulu elfayer ce genre , fe font prefque
tous attirés le reproche d'avoir mis dans
leurs ouvrages un art capable de déceler
la violence qu'ils faifoient à leur
efprit , pour lui faire parler le langage
» du coeur , & c.
M. Bernoy lut enfuite deux odes , l'une
firée du Pfeaume CI . & l'autre du Pfeaume
CXLII. Il faudroit les tranfcrire ici en
entier , pour faire connoître avec quelle
fidélité l'auteur a fçu rendre les profonds
gémiffemens & la vive douleur du faint
Roi pénitent .
M. l'Abbé de Verthamon ; dans un
difcours contre l'envie , Sattacha à montrer
avec quel acharnement cette paffion
pourfuit ordinairement les grands hommes.
Après avoir fait un tableau de fes
fureurs , il entra dans le détail des funef
res effets qu'elle produit communément
parmi les gens de lettres. Il fit voir enfin
que dans tous les lieux & dans tous les
fiécles , les plus grands Poëtes & les plus
grands Orateurs ont été expofés aux traits
empoifonnés de l'envie .
M. de Claris , Préfident de la Chambre
des Comptes , Cour des Aides &
Finances de Montpellier Académicien
affocié , avoit envoyé à l'Académie des
,
MARS. 1755 .
vers qu'il avoit faits fur le mariage de M.
de **fous ce titre : le Triomphe de l'hymen
, & M. de Cathala en fit la lecture.
Depuis quelques années , nul genre
d'ouvrage ne s'eft autant multiplié que
les Dictionnaires ; & c'eft ce qui donna
lieu à M. l'Abbé Bellet d'examiner s'ilsfe
multiplient aujourd'hui pour le progrès ou
pour la ruine des lettres . Jamais , felon cer
Académicien , il ne fut plus vrai de dire
qu'on pourroit faire un Dictionnaire des
noms de tous les Dictionnaires qui exiftent.
Après avoir obfervé que chaque fcience ,
chaque art a le fien , il fe propofa de déterminer
le dégré de gloire qu'ils font ent
état de procurer à leurs auteurs , & les
avantages que les lecteurs peuvent en retirer……………
. Un dictionnaire n'eft point une
production du génie ..... c'eſt communé
ment un recueil , un registre , un magafir
d'actions ou de pensées étrangeres ... On
peut dire abfolument de la compofition
de ces fortes d'ouvrages , ce que La Bruyere
n'a dit de la critique qu'avec reftriction :
que c'est un métier où il faut plus de fanté
que d'efprit , plus de travail que de capacité
, plus d'habitude que de génie..... Le
choix des penfées eft une forte d'inven
tion , difoit encore l'auteur des Caracteres.
» Mais dans un dictionnaire on fe déter-
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
» mine plutôt à rapporter beaucoup de cho-
» fes que d'excellentes chofes ...... On
» diroit que l'auteur d'un dictionnaire
ود
craint de n'avoir pas le tems d'être diffus ,
» comme un bon auteur craint de n'avoir
→ pas le loifir d'être court ..... c'eſt le
chef- d'oeuvre de l'art de fçavoir cacher
»fon art. Mais il femble que l'auteur d'un
» dictionnaire faffe profeffion de bannir
toute forte d'art de fa compofition & de
fon ouvrage. Toujours uniforme dans fes
»tours & dans fes expreffions , il ſe borne à
» une forte de monotonie qui forme ſon ca-
» ractere .... il lui fuffit de coudre , pour
»ainfi dire , bout-à-bout ce qu'il a remar-
» qué dans le cours de, fes lectures.... En
» un mot , il n'a point l'honneur de l'in-
» vention dans ce qu'il dit , & il ne fonge
gueres à mettre les graces du ftyle dans
» la maniere dont il le dit. . ... M. l'Abbé
Bellet ne laiffa pas de rendre juftice au
genre de mérite qu'on ne peut s'empêcher
de reconnoître dans les auteurs de quelques
utiles compilations que nous avons ,
mais il crut devoir relever en même tems
les défauts effentiels qui dégradent plufieurs
dictionnaires ; il les caractériſa chacun
en particulier , il ajouta qu'un bon
vocabulaire eft la feule efpéce de dictionnaire
dont la compofition paroît exiger
>
My
MAR S. 1755. 57
un mérite plus réel & plus rare , & il en
donna plufieurs raifons .... » C'eſt ainsi ,
» continua-t- il , que l'auteur d'un Poë-
"me , prefque digne de Virgile * > avoit
» commencé un Dictionnaire latin deſtiné
» à effacer tous les autres. Nous lui avons
entendu dire qu'il ne fe propofoit pas
» moins que de faire fentir , fous chaque
mot françois , la fignification préciſe
& l'ufage particulier de ce grand nom-,
» bre de mots latins que le commun des
lecteurs regarde comme de parfaits fy
» nonimes. Un tel deffein fuppofoit en lui
autant de fineffe de goût que de lecture.
» Pour continuer fon ouvrage , en entrant
» dans fes vûes , on avoit befoin de l'hom-
» me ** d'efprit qui s'en eft chargé , &
» dont les talens font atteftés par une foule
de lauriers académiques ... " . Pallant
enfuite au fruit que l'on peut tirer de la
lecture des Dictionnaires , M. L. B. diſtingua
deux fortes de lecteurs ; des lecteurs
fuperficiels , & des lecteurs qui approfondiffent
tout : il en conclut que les dictionnaires
font un écueil pour l'ignorance
& pour la pareffe , & qu'ils ne font de
quelque fecours que pour ceux qui aiment
véritablement le travail. Il prouva
Le P. Vaniere.
** Le P. Lombard,
fucceffi-
Cv
$8 MERCURE DE FRANCE .
vement ces deux vérités , en montrant que
tous les dictionnaires font plus ou moins
fautifs ; qu'aux erreurs qu'on eft en droit
de leur reprocher , ils joignent , ainfi que
Bayle le difoit du fien , une infinité de péchés
d'omiffion , & que ce qu'ils rapportent
fe trouvant détaché de ce qui précéde &
de ce qui fait dans les auteurs qui l'ont
fourni , ou ils donnent de fauffes vûes ,
ou ils n'en donnent aucune qui foit bien
nette & bien précife ..... Si les dictionnairės
nuifent à celui dont ils bornent le
travail & les vues , ils font utiles à ceux
qui s'en fervent pour aller plus loin. ...
Dans le cours de fes études , un litté-
» rateur a ſouvent befoin , tantôt de préci-
» piter fa marche , tantôt de revenir en
quelque forte fur fes pas , pour recou-
» vrer ce que le tems enleve quelquefois à
» ſa mémoire . On ménage fon loifit , fon
» application , fes forces , en lui indiquant
, à mefure qu'il le fouhaite , la
route qu'il peut fuivre , en le remettant
fur la voie , & c. ... On peut comparer
un dictionnaire à la table d'un livre ;
elle eft utile à un écrivain laborieux
qui , pour ne point perdre de tems , veut
is quelquefois qu'on lui indique au plus
"vite la page précife où il eft queftion
» de l'objet dont il eſt actuellement occuMARS.
17556 59
pé ; mais cette table feroit évidemment
» un obftacle à la connoiffance de la vé-
» rité , pour quiconque fe contenteroit
و د
"3
de cette indication fuperficielle , &c……….
» Les dictionnaires peuvent donc être fu-
» neftes aux lecteurs indolens & fuperfi-
» ciels , parce qu'ils les arrêtent , pour
» ainfi dire , au milieu de leur courfe ;
» qu'ils les retiennent mal à propos endeça
des bornes qu'ils devroient fran-
» chir ; qu'ils leur perfuadent que de plus
amples recherches font inutiles ; qu'ils
»les accoutument à s'en rapporter à la pa-
» role d'un auteur unique , dont les inf
» tructions font communément imparfai-
»tes , &c. Mais après tout , la fortune des
» lettres dépend t -elle du commun des lecteurs
, qui ont moins recours aux livres
par le defir fincere d'augmenter leurs con
noiffances , que par le befoin preffant
» d'étourdir leur ennemi , & d'amufer leur
oifiveté ? L'avancement des ſciences &
des arts eft l'ouvrage de ceux qui les
cultivent. Les lettres font redevables de
leurs progrès & de leur gloire aux
productions des génies fupérieurs. Or
» ceux- ci ne feront jamais tentés de s'en
» tenir à des dictionnaires : on peut donc ,
» vis - à- vis d'eux , les varier , les multiplier
impunément ..... On ne dira donc
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
t
» pas précisément qu'on multiplie les dictionnaires
, ni pour la ruine ni pour le
»progrès des lettres : on craindroit d'un
» côté de leur faire trop de tort , & de
•
l'autre de leur faire trop d'honneur.
>> On ne les croit pas capables de caufer
»jamais , ni en bien , ni en mal , une ré-
» volution générale dans l'empire des let-
» tres , &c.
M. de la Mothe lut un dialogue en vers
intitulé : l'Hymen & l'Amour ; & M. P : adal
, Procureur Général à la Cour des Aides
, fit la lecture d'une Idylle qu'il adreffa
à M. de la Mothe , en lui donnant le titre
flateur d'Anacreon du Querci.
M. de Cathala , qui s'eft chargé du ſoin
de faire connoître les grands hommes que
cette province a produits , lut un effai fur
la langue gafconne , & fur quelques auteurs
* Gafcons. » Selon cet Académicien ,
» l'idiome qui eft en ufage dans les pro-
» vinces méridionales , & fur- tout à Touloufe
& à Montpellier , femble réunir
tous les caracteres des langues mortes &
» vivantes les plus eftimées. A l'abondance
de la grecque , il joint la cadence &
* M. de Mondonville vient d'en augmenter le
nombre , & va mettre cette langue à la mode
par fon Opéra Languedocien , que Paris applaudit.
MARS. 1755 61 . .
n
» oeuvre.
33
le
prefque la tournure de la latine ; à la
précifion & à la fageffe de la françoiſe ,
» il allie fans peine la légereté , la douceur
» & la molleffe de l'italienne . Propre à
tout , il offre fans effort des tours & des
» expreffions différentes , felon les diffé-
» rens befoins de ceux qui le mettent en
Pendant que la langue fran-
» çoiſe étoit plongée dans la barbarie ,
langage moundi brilloit dans les arts ,
» dans la chaire & au barreau ..... On a
» des fragmens d'une hiftoire manufcrite
» de la guerre des Albigeois , écrite en
» cette langue par un auteur contempo-
» rain ; il feroit à fouhaiter que les hifto-
» riens de la nation l'euffent connue ....
» Mais la langue gaſconne , ajouta M. de
» Cathala , eft encore plus propre à la
poësie qu'à tout autre genre. C'eft dans
» les vers qu'elle étale tous fes avantages ;
» fa poëfie eft bien antérieure à la françoife
long- tems avant les Meuns & les
» Lorris , une foule de Troubadours ou
» poëtes Provençaux , que quelques auteurs
ont dit être les inventeurs de la
» rime , brilloient dans les Cours des Souverains
.... « M. de Cathala donna enfuite
une notice de plufieurs Poëtes Gaf
cons , natifs du Querci ou du Rouergue ,
comme Raimond Jourdan , Hugues Bru-
و د
62 MERCURE DE FRANCE.
net , Albuzon , Pierre Vidal , Maître Mathieu
, & c. Il n'eut garde d'oublier la célébre
Clémence Ifaure , reftauratrice des
Jeux Floraux. Il fit une mention honorable
de Goudouli , nâtif de Toulouſe ; mais il
s'étendit davantage fur Valès , né en 1593
à Montech , petite ville du Languedoc ,
dans le Diocèfe de Montauban , & mort
Curé de cette Paroiffe , après avoir fait
en langage moundi deux traductions de
l'Eneïde , l'une en vers héroïques , & l'autre
en vers burlefques , toutes les deux
d'un mérite fingulier . Il avoit encore traduit
dans le même idiome les fept Pleaumes
de la Pénitence , & compofé une infinité
de pieces fugitives adreffées aux amis
qu'il avoit à Touloufe & à Montauban .
L'effai dont on rend compte eft deſtiné à
fervir de préface à ces divers ouvrages
quand on les donnera au public .
M. Saint-Hubert de Gaujac , Direc
teur , lut enfin des vers adreffés à l'affemblée
, aufquels tout le monde applaudit.
ON inférera le mois prochain la ſéance
de la Société royale des Sciences & Bel
les- Lettres de Nanci , & celle de la Société
littéraire d'Arras ; ainfi des autres fucceffivement
, par ordre de date .
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Montauban.
Le 25 août, l'Académie des Belles-Lettres de Montauban a célébré la fête de Saint Louis. La journée a débuté par une messe suivie de prières pour le roi et d'un panégyrique du saint, prononcé par M. Court, curé de Montricoux. L'après-midi, une assemblée publique s'est tenue dans la grande salle de l'Hôtel de ville. M. Saint-Hubert de Gaujac, ancien capitaine de cavalerie et chevalier de l'Ordre militaire de Saint-Louis, a ouvert la séance en discutant de la supériorité des femmes dans certains genres d'écriture, notamment le style léger et épistolaire. Il a souligné leur choix des expressions, la délicatesse des sentiments, l'élégance et la précision, tout en reconnaissant que leur style peut parfois être décousu et négligent, ce qui en fait le charme. M. Bernoy a ensuite lu deux odes inspirées des Psaumes. L'abbé de Verthamon a prononcé un discours contre l'envie, décrivant ses effets destructeurs parmi les gens de lettres. M. de Claris, président de la Chambre des Comptes de Montpellier, a présenté des vers sur le mariage de M. de ** sous le titre 'Le Triomphe de l'hymen'. L'abbé Bellet a examiné la prolifération des dictionnaires, soulignant qu'ils ne sont pas des productions du génie mais des recueils de pensées étrangères. Il a critiqué leur monotonie et leur manque de grâce stylistique, tout en reconnaissant leur utilité pour les lecteurs sérieux. Les dictionnaires peuvent être nuisibles aux lecteurs superficiels, les empêchant d'approfondir leurs recherches. M. de la Mothe a lu un dialogue en vers intitulé 'L'Hymen & l'Amour', et M. Padal a présenté une idylle dédiée à M. de la Mothe. M. de Cathala a lu un essai sur la langue gasconne, soulignant ses richesses et son histoire. Il a également parlé de plusieurs poètes gascons, comme Raimond Jourdan, Hugues Brunet, et Clémence Isaure. M. de Cathala a particulièrement mis en avant Valès, qui a traduit l'Énéide et les sept Psaumes de la Pénitence en langue gasconne. M. Saint-Hubert de Gaujac a conclu la séance par des vers applaudis par l'assemblée. Le texte annonce la publication des comptes rendus des séances de la Société royale des Sciences et Belles-Lettres de Nancy et de la Société littéraire d'Arras.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
183
p. 63-77
« LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...] »
Début :
LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...]
Mots clefs :
Lettre, Lettres, Abbé, Prophétie, Israël, Ecriture Sainte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...] »
LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES
ÊLEVES . A Paris , chez Claude Hériſſant ,
rue neuve Notre-Dante , à la Croix d'or &
aux trois Vertus , fecond volume. in- 1 z.
•
On a rendu compte dans le Mercure
de .... 1752 , du premier volume de ces
lettres imprimées à Paris en 1751 ; chez
la veuve Colombat.
L'auteur avoit promis feize lettres . Le
premier volume en contient dix , & le fe
cond préfente les fix dernieres , dont l'ob
jet eft de prouver l'existence des termes
énigmatiques & généraux dans les ouvra
ges prophétiques , & de faire fentir qué
leur intelligence eft néceffaire pour entendre
parfaitement le fens littéral hiſtorique
des Prophetes , des Pfeaumes , de Job , des
Cantiques , & de quelques autres prophé
ties répandues dans l'Ecriture Sainte .
Ainfi la premiere lettre de ce fecond
volume , qui eft la X I dans l'ordre des
feize , eft employée à parler du ftyle prophétique
& des raifons de fon obfcurité ;
& depuis la page so jufqu'à la page 70 ,
où finit la lettre XI , l'auteur commence
à faire un effai fur une partie des termes
énigmatiques qu'il doit traiter dans la lettre
fuivante.
La XII lettre entre tout-à -fait en
matiere ; on y voit quantité de paffages
64 MERCURE DE FRANCE.
с
des livres prophétiques , développés relativement
au fens littéral exigé par l'hiſtoire ;
mais l'auteur ne fe contente pas de morceaux
détachés , qui pourroient ne pas
fatisfaire , faute de liaifon avec ce qui précede
& ce qui fuit. Il prend donc une
prophétie entiere , l'une des plus difficiles
qu'il ait pu choifir. C'eft le chapitre 14
d'Ifaïe , depuis le premier jufqu'au 22
verfet inclufivement. Cette lettre étoit
trop longue pour ne la pas divifer en deux
parties. La premiere contient deux avertif
femens ; l'un traite des quatre termes énigmatiques
, dont l'intelligence eft abfolument
effentielle à la lettre hiftorique de
cette prophétie d'lfaïe. Le fecond avertif
fement contient fept remarques grammaticales
, fuivies d'une obfervation fur l'u
fage de la profopopée dans les faints Livres.
Après les deux avertiffemens on trouve le
précis de la prophétie : elle regarde , dans
le premier fens littéral , la chute de l'empire
de Babylone ; on paffe enfuite à une
double verfion latine , dont la premiere
conferve fes termes énigmatiques , & la
feconde les développe : une verfion françoiſe
dans le même goût fuccede à la latine.
L'Auteur termine cette premiere parrie
par quelques remarques fur le peu d'ordre
avec lequel on a traité jufqu'ici ces
MAR S. 1755. 65
vingt-deux premiers verfets du chap. XIV
d'Ifaïe.
La feconde partie de la XII lettre comprend
les notes indifpenfables à l'intelligence
d'une pièce auffi difficile , quant au
fens littéral de l'ancien Ifraël ; mais afin
qu'on ne croye pas que cette explication
puiffe nuire au fens de l'Eglife chrétienne
attaché néceffairement à ce texte d'Ifaïe ,
l'auteur préfente d'autres notes relatives
au nouvel Ifraël ; elles font fuivies d'une
double verſion françoiſe , mife au - deſſous
de la verfion littérale relative à l'ancien
Ifraël. Cette lettre finit par une courte
réflexion fur la ſurpriſe que pourra cauſer
à quelques perfonnes l'établiffement d'un
double fens littéral , dont cependant les
preuves font dans les Peres , les Théologiens
, & les plus habiles commentateurs.
La XIII lettre roule fur les termes gé
néraux ou indéterminés , qu'il faut reftreindre
aux fignifications particulieres
exigées par les vues du Prophéte . On donne
en preuve les deux petits Cantiques
contenus dans le XII chapitre d'Ifaïe . Deux
fimples notes de l'auteur développent en
très- peu de mots le double fens de cette
prophétie , quant à l'ancien & quant au
nouvel Ifraël . On trouve enfuite l'examen
de plufieurs termes généraux du Pleaume
66 MERCURE DE FRANCE.
XXXVI . Heb. XXXVII , Noli amulari , &
d'un affez grand nombre d'autres , & furtout
des mots mifericorde & vérité qui ,
reftreints à leur vraie & exacte fignifica
tion , jettent un grand jour fur les paſſages
où ils fe rencontrent.
La lettre XIV eft une fuite du traité des
termes généraux .L'auteur apporte en preuve
le Pf. 1. Beatus vir , &c. qu'il regarde comme
un tiffu de termes indéterminés qui
reftreints au fens exigé par le Prophéte
s'entendent d'abord des Apoftats du tems
de la captivité de Babylone , & enfuite
de ceux de l'Eglife chrétienne ; des notes
étendues fuivent le texte , & nous paroiffent
comme démonftratives.
La X Ve lettre eft uniquement occupée
à prouver que les termes énigmatiques &
généraux qui font en ufage dans les li
vres prophétiques , entrent auffi dans la
compofition des Cantiques du N. T. On
en donne pour exemple le cantique Bene
dictus Dominus , Deus Ifraël.
La XVI ne contient point le Pf. LXVII .
Heb. LXVIII . Exurgat , Deus , promis dans
le volume I. Ce chef-d'oeuvre de la poëfie
des Hébreux , accompagné de notes , eût
donné trop d'étendue à ce fecond volume.
L'auteur à donc prié quelques - uns des
éleves qu'il a formés , de fe charger de
MARS. 1755. 67
"
l'édition de ce Pfeaame . Mais pour mieux
entendre tout ce que ceci veut dire , il eſt
néceffaire de fçavoir que depuis plus de
dix ans , il fe forme parmi les RR. PP.
Capucins de la rue faint Honoré , un petit
nombre de gens de lettres qui fe font
confacrés à l'étude du double fens litteral
de l'Ecriture Sainte . L'auteur de ces lettres
a tellement goûté leur maniere de travailler
, qu'il leur confie non-feulement fon
Exurgat , mais auffi Pexécution entiere de
fon plan , dont on lit l'efquiffe aux pages
454 & 455 de ce volume. On voit dans
cette X V I lettre , les avis qu'un pere ,
non-feulement tendre , mais éclairé , donne
à des enfans pleins d'un amour inaltérable
pour l'Ecriture Sainte , d'un courage à
toute épreuve & d'un travail infatigable.
Ils vont feconder dans peu les vûes de
leur maître , puifqu'ils donnent inceffamment
quatre volumes in- 12. pour commencer
l'exécution du travail qu'il leur
remet entre les mains .
Tel eft l'extrait du fecond volume des
lettres de M. l'Abbé de *** à fes éleves.
Quoique le mérite de cet ouvrage ne puiffe
être apprécié dans toute fa valeur que par
ceux qui ont fuivi & qui fuivent encore
fes leçons publiques ou particulieres , toujours
gratuites , il eft cependant aifé de
68 MERCURE DE FRANCE .
fentir que fon plan eft établi fur les folides
principes qu'il a puifés dans les premieres
fources pendant près de cinquante
ans d'étude.
ODES D'HORACE traduites par feu M.
l'Abbé Desfontaines , in - 12 . petit format ,
1754. A Paris , chez Chaubert , quai des
Auguftins ; avec approbation & privilege
du Roi. Nous avons vû des exemplaires de
cet ouvrage , qui au lieu de Paris portent
le nom de Berlin ; mais ils font f
femblables la forme & les caracteres ,
pour
que nous ne doutons point qu'ils ne fortent
de la même preffe ; la feule différence
que nous y avons remarquée eft que
dans les exemplaires de Paris on a retranché
les odes qui ne fe lifent point dans les
Colléges , & qu'elles fe trouvent dans ceux
de Berlin , au frontifpice defquels on lit
une épigraphe qui fait honneur aux fentimens
du Libraire qui diftribue les uns &
les autres , & à laquelle nous foufcrivons
volontiers.
Quis defideriofit pudor aut modus ,
Tam cari capitis. Hor. Od. XXIV. 1. I.
BIBLIOTHEQUE HISTORIQUE ET CRITI
QUE DU POITOU , contenant les vies des
MARS.
1755. 69
fçavans de cette province depuis le troifiéme
fiécle jufqu'à prefent ; une notice
de leurs ouvrages , avec des obfervations
pour en juger , &c . A Paris , chez Ganneau
, Libraire , rue Saint Severin , à S.
Louis & aux armes de Dombes. 1754 .
Cinq gros vol. in- 12 .
:
Il y a déja du tems que cet ouvrage a
paru cependant comme les Mercures précédens
n'en ont point parlé , nous nous
faifons un devoir de l'annoncer aujour
d'hui. Il feroit inutile d'entrer dans aucun
détail fur la forme que l'auteur a jugé
à propos de lui donner , ni fur la façon
dont il s'y eft pris pour le traiter. Le
compte exact qu'on en a rendu dans la
plupart des Journaux doit fuppléer fuffifamment
à notre filence. Nous obferverons
feulement que fi dans le nombre des
fçavans qui trouvent leur place dans cette
bibliotheque , il y en a qui fe font fait un
nom fameux dans la république des lettres ,
il s'en rencontre beaucoup auffi dont la
réputation ne paffe point les limites du
Poitou .
LA VIE DES PEINTRES FLAMANDS , ALLEMANDS
ET HOLLANDOIS , avec des portraits
gravés en taille-douce , une indication
de leurs ouvrages , & des réflexions
70 MERCURE DE FRANCE.
fur leurs différentes manieres. Par M. J. B.
Defcamps , Peintre , membre de l'Académie
royale des Sciences , Belles- Lettres &
Arts de Rouen , & Profeffeur de l'Ecole
du deffein de la même ville . A Paris ,
chez Defaint & Saillant , rue Saint Jean de
Beauvais ; Piffot , quai de Conti ; Durand
, rue du Foin , en entrant par la rue
Saint Jacques , la premiere porte cochere.
1754. Tome fecond , gros in-8 ° . Il y a
lieu d'efpérer que le public ne fera pas
un accueil moins favorable à ce volume
qu'à celui qui l'a précédé.
LE CALENDRIER DES LABOUREURS ET
DES FERMIERS , contenant les inftructions
néceffaires la conduite & pour le
pour
maniement d'une ferme dans tous les mois
de l'année ouvrage néceffaire aux per
fonnes qui vivent à la campagne , & à celles
qui font valoir leur bien. Traduit de
l'Anglois , fur la fixième édition de M.
R. Bradeley de la Société royale de
Londres , & Profeffeur de Botanique dans
l'Univerfité de Cambridge . A Paris , chez
Briaffon , Libraire , rue Saint Jacques , à
la Science. 1755 , vol. in- 12.-
ANALYSE DES DISSERTATIONS SUR PLUSIEURS
MATIÈRES MEDICO - PHYSIQUES . Par
MARS. 1755. 71
M. Olivier de Villeneuve , Docteur de la
Faculté de Médecine de Montpellier ,
Doyen des Médecins de la ville de Boulogne-
fur-mer. A Utrecht , 1754 , petit in-
12. 100 pages.
. DEMONSTRATION DE LA QUADRATURE
DU CERCLE ; par M. le Chevalier de Caufans
, ci - devant Colonel du Régiment
d'Infanterie de Conti . A Paris , chez Delaguette
, rue Saint Jacques , à l'Olivier ;
·in-4°. 22. pages.
On a toujours été jufqu'ici perfuadé
& non fans raifon , de l'inutilité des efforts
que l'on voudroit employer pour parvenir
à la découverte de la Quadrature du
cercle . On s'eft réuni à en regarder la démonftration
, non feulement comme impoffible
, mais comme impliquant les contradictions
les plus évidentes en géométrie .
Il n'eft donc pas aifé de détruire un préjugé
qui paroît fi bien fondé. Cependant
M. le Chevalier de Caufans, fans s'effrayér
des difficultés qu'on peut lui oppofer , n'a
pas laiffé de tenter la chofe en queftion .
Un grand nombre de perfonnes qui ont de
la peine à s'imaginer qu'elle foit traitée
férieufement, n'auroient pas manqué d'imputer
les tentatives de M. le Chevalier à
un pur jeu d'efprit.; il a pris la fage pré72
MERCURE DE FRANCE.
caution de leur ôter cette penfée , en propofant
la foufcription de la fomme de dix
mille livres à quiconque prouvera géométriquement
un paralogifme dans fa prétendue
quadrature du cercle qu'il s'efforce
de démontrer dans le petit ouvrage que
nous annonçons. Le prix confidérable attaché
à fa réfutation devoit néceffairement
attirer fur les bras de M. de Caufans
de puiffans adverfaires , qui fe difputaffent
à l'envi le mérite ( fi toutefois c'en eſt un )
de ruiner les conféquences fur lefquelles
il l'a bâtie ; mais il ne s'étoit peut- être pas
attendu à voir dans la foule des concur
rens entrer en lice une perfonne d'un ſexe ,
qui femble moins faite pour fe livrer à des
études épineufes & abftraites que pour
s'occuper des matieres d'agrément. Mlle
Le Mire , choquée de l'injufte prévention
où l'on eft contre les femmes , a été ja
loufe de l'honneur de les juftifier , en montrant
que leur efprit eft capable d'atteindre
aux vérités géométriques , fur lefquelles
il leur arrive de raifonner plus conféquemment
que bien des hommes. Elle a
donc jugé à propos de fe mettre fur les
rangs ; & pour cet effet elle a cru devoir
rendre public le fruit de fon travail , qui
paroît fous ce titre Le Quadricide , ou Paralogismes
prouvés géométriquement dans la
Quadrature
MARS. 1755 .
73
Quadrature de M. de Caufans. Par Mile
L.A. Le Mire , veuve J ... in- 4° . 28 pag.
chez Delaguette , & c.
Le long féjour que M. Galland a fait
dans les Etats du Grand Seigneur en qualité
d'Interpréte du Roi pour les Langues
orientales , l'a mis à portée de travailler
pour l'inftruction du public , en lui apprenant
ce qu'il a eu occafion d'y voir de plus
curieux. Comme il s'en eft rendu les langues
familieres , il n'a pas cru inutile de
commencer par la traduction de trois petites
pieces écrites par divers auteurs Mu
fulmans , dont les deux premieres tendent
à donner une idée des rits & c'es cérémonies
qui fe pratiquent au pélerinage de la
Mecque , des points fondamentaux de la
religion mahométane , & des obfervances
qu'elle impofe. On fe propofe dans la troifieme
de faire connoître la maniere dont
les Turcs cultivent les fciences. Cet ou
vrage de M. Galland eft compofé de cinq
morceaux différens , qui forment un recueil
qu'il difpofe en cet ordre. 1 ° . Rits & cérémonies
du pélerinage de la Mecque , fuivant
lafelle de l'Imam on Docteur Chafei ;
traduit de l'Arabe du Cheitch el Imam el
Aalim , & c . 2° . Catéchisme Muſulman , traduit
de l'Arabe du Cheitch on Docteur Aly
D
74 MERCURE DE FRANCE.
fils d'Iaakoub. 3. Traduction d'une differtation
de Zebny Effendi fur les fciences des
Turcs , & fur l'ordre qu'ils gardent dans le
cours de leurs études . 4° . Relation de l'ifle
de Chio , faite fur le lieu par l'auteur. 5º.
Autre relation de la Marche de la Sultane
Efma , fille de Sultan Ahmed , lorfqu'on la
conduifit à fon époux Iaakoub Pacha , grand
Maréchal de la Cour de Sultan Mahmoud ,
le 27 Février 1743. Cette relation termine
ce livre , qui fe vend à Paris , chez
Defaint & Saillant. 1754 , in- 12 . 214
pages.
COLLECTION DE DÉCISIONS NOUVELLES
& de notions relatives à la Jurifprudence
préfente ; par M. Denifart , Procureur
au Châtelet de Paris . A Paris , chez Savoye
, rue S. Jacques , à l'Eſpérance , audeffus
de la Fontaine de S. Severin ; & Le
Clerc , grande Salle du Palais , au fecond
pilier , 1754.
L'Auteur nous apprend dans la préface ,
que cet ouvrage fera compofé de cinq ou fix
volumes , dont il vient de mettre les deux
premiers au jour. Nous lui fouhaitons tout
le fuccès que l'importance de fon travail
paroît mériter. Nous ne pouvons même
nous empêcher de dire que M. Denifart
eft digne d'éloge , en ce qu'il a pris foin
MARS. 1755. 75
de développer aux yeux du public cette ingénuité
de caractere qui fied aux auteurs
libres de préjugés. On doit lui fçavoir
quelque gré de ne pas témoigner les effets
de la prévention outrée qu'on a d'ordinaire
en faveur de l'état qu'on exerce.
Il avoue que les maximes renfermées dans
le recueil qu'il publie , n'étant annoncées
que par un fimple Procureur du Châtelet
perdent beaucoup par là de la confiance qu'el
les méritent. Ce font les propres paroles de
M. Denifart , aufquelles il ne nous appartient
pas de répliquer , puifque c'eft une
perfonne de la profeffion qui fait cet aveu .
Nous ajoûterons feulement que fon exemple
eft une preuve qu'il fe trouve des Procureurs
qui ont fincerement en vûe le bien
-public.
ORAISONS CHOISIES DE CICERON ,
traduction nouvelle , avec le latin à côté ,
fur l'édition latine de Grævius , & des notes.
A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la fontaine S. Benoît , aux
Cigognes. 1754 , avec privilege du Roi.
2 vol . in- 12.
A juger en général de cette nouvelle
traduction , elle paroît avoir le mérite de
la fidélité. C'eft le côté par où il faut apprécier
le travail de l'auteur , puifque c'eſt
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
particulierement le but qu'il a cru devoir
fe propofer dans l'exécution ; il a pris la
précaution de nous avertir qu'il n'a eu
d'autre deffein que de travailler pour de
jeunes écoliers de troifieme , d'humanité ,
ou tout au plus de rhétorique.
C'eft pourquoi il s'eft attaché à rendre
mot pour mot le fens de l'Orateur latin.
On peut dire que le traducteur qui avoue
s'être borné à cet unique foin , a rempli
fon objet . Il a joint à fa verfion françoile
quelques notes dans les endroits où elles
lui ont paru néceffaires.
TRAITÉ DE LA POESIE FRANÇOISE ,
par le Pere Mourgues , Jéfuite. Nouvelle
édition , revûe , corrigée & augmentée ,
avec plufieurs obfervations fur chaque efpece
de poëfie. A Paris , chez Jofeph Barbou
, rue S. Jacques , près la fontaine faint
Benoît , aux Cigognes . 1755 , avec approbation
& privilege du Roi . in- 12 .
Livres que le fieur Barbon , Libraire &
Imprimeur , rue S. Jacques , aux Cigognes,
vient de recevoir de Hollande.
Aufonius , cum notis interpretatione
J. B. Souchay , ad ufum Delphini , in- 4°.
Homeri Ilias & Odiffea Grac . 18. 2 vol.
Recentiores Poëta Latini & Graci feletti
MARS 1785. 77
quinque , curis Jofephi Oliveti collecti ac
editi ; editio auctior & emendatior , in- 8 ° .
Pervigilium Veneris , cum notis Jufti Lipfii
, & Aufonii cupido cruci adfixus . in- 8 ° .
Théologie des Infectes , traduit de l'Al-
· lemand de M. Leffer , avec des remarques
de M. P. Lyonnet , 2 vol. in- 8 °.
Les Euvres de Machiavel , nouvelle
édition , augmentée de l'Anti- Machiavel ,
in- 12 . 6 vol.
L'Efpion Turc dans les Cours des Princes
chrétiens , in- 12 . 7 vol.
Les OEuvres de Rabelais , in - 12 . 6 Volumes.
Sermons de Caillart , in- 1 2. 2 vol .
Rob. Stephani Thefaurus lingua latine ;
in-fol. 4 vol.
Nouvelles difficultés propofées par un
Péripateticien à l'auteur du Voyage du
monde de Descartes , in- 12
ÊLEVES . A Paris , chez Claude Hériſſant ,
rue neuve Notre-Dante , à la Croix d'or &
aux trois Vertus , fecond volume. in- 1 z.
•
On a rendu compte dans le Mercure
de .... 1752 , du premier volume de ces
lettres imprimées à Paris en 1751 ; chez
la veuve Colombat.
L'auteur avoit promis feize lettres . Le
premier volume en contient dix , & le fe
cond préfente les fix dernieres , dont l'ob
jet eft de prouver l'existence des termes
énigmatiques & généraux dans les ouvra
ges prophétiques , & de faire fentir qué
leur intelligence eft néceffaire pour entendre
parfaitement le fens littéral hiſtorique
des Prophetes , des Pfeaumes , de Job , des
Cantiques , & de quelques autres prophé
ties répandues dans l'Ecriture Sainte .
Ainfi la premiere lettre de ce fecond
volume , qui eft la X I dans l'ordre des
feize , eft employée à parler du ftyle prophétique
& des raifons de fon obfcurité ;
& depuis la page so jufqu'à la page 70 ,
où finit la lettre XI , l'auteur commence
à faire un effai fur une partie des termes
énigmatiques qu'il doit traiter dans la lettre
fuivante.
La XII lettre entre tout-à -fait en
matiere ; on y voit quantité de paffages
64 MERCURE DE FRANCE.
с
des livres prophétiques , développés relativement
au fens littéral exigé par l'hiſtoire ;
mais l'auteur ne fe contente pas de morceaux
détachés , qui pourroient ne pas
fatisfaire , faute de liaifon avec ce qui précede
& ce qui fuit. Il prend donc une
prophétie entiere , l'une des plus difficiles
qu'il ait pu choifir. C'eft le chapitre 14
d'Ifaïe , depuis le premier jufqu'au 22
verfet inclufivement. Cette lettre étoit
trop longue pour ne la pas divifer en deux
parties. La premiere contient deux avertif
femens ; l'un traite des quatre termes énigmatiques
, dont l'intelligence eft abfolument
effentielle à la lettre hiftorique de
cette prophétie d'lfaïe. Le fecond avertif
fement contient fept remarques grammaticales
, fuivies d'une obfervation fur l'u
fage de la profopopée dans les faints Livres.
Après les deux avertiffemens on trouve le
précis de la prophétie : elle regarde , dans
le premier fens littéral , la chute de l'empire
de Babylone ; on paffe enfuite à une
double verfion latine , dont la premiere
conferve fes termes énigmatiques , & la
feconde les développe : une verfion françoiſe
dans le même goût fuccede à la latine.
L'Auteur termine cette premiere parrie
par quelques remarques fur le peu d'ordre
avec lequel on a traité jufqu'ici ces
MAR S. 1755. 65
vingt-deux premiers verfets du chap. XIV
d'Ifaïe.
La feconde partie de la XII lettre comprend
les notes indifpenfables à l'intelligence
d'une pièce auffi difficile , quant au
fens littéral de l'ancien Ifraël ; mais afin
qu'on ne croye pas que cette explication
puiffe nuire au fens de l'Eglife chrétienne
attaché néceffairement à ce texte d'Ifaïe ,
l'auteur préfente d'autres notes relatives
au nouvel Ifraël ; elles font fuivies d'une
double verſion françoiſe , mife au - deſſous
de la verfion littérale relative à l'ancien
Ifraël. Cette lettre finit par une courte
réflexion fur la ſurpriſe que pourra cauſer
à quelques perfonnes l'établiffement d'un
double fens littéral , dont cependant les
preuves font dans les Peres , les Théologiens
, & les plus habiles commentateurs.
La XIII lettre roule fur les termes gé
néraux ou indéterminés , qu'il faut reftreindre
aux fignifications particulieres
exigées par les vues du Prophéte . On donne
en preuve les deux petits Cantiques
contenus dans le XII chapitre d'Ifaïe . Deux
fimples notes de l'auteur développent en
très- peu de mots le double fens de cette
prophétie , quant à l'ancien & quant au
nouvel Ifraël . On trouve enfuite l'examen
de plufieurs termes généraux du Pleaume
66 MERCURE DE FRANCE.
XXXVI . Heb. XXXVII , Noli amulari , &
d'un affez grand nombre d'autres , & furtout
des mots mifericorde & vérité qui ,
reftreints à leur vraie & exacte fignifica
tion , jettent un grand jour fur les paſſages
où ils fe rencontrent.
La lettre XIV eft une fuite du traité des
termes généraux .L'auteur apporte en preuve
le Pf. 1. Beatus vir , &c. qu'il regarde comme
un tiffu de termes indéterminés qui
reftreints au fens exigé par le Prophéte
s'entendent d'abord des Apoftats du tems
de la captivité de Babylone , & enfuite
de ceux de l'Eglife chrétienne ; des notes
étendues fuivent le texte , & nous paroiffent
comme démonftratives.
La X Ve lettre eft uniquement occupée
à prouver que les termes énigmatiques &
généraux qui font en ufage dans les li
vres prophétiques , entrent auffi dans la
compofition des Cantiques du N. T. On
en donne pour exemple le cantique Bene
dictus Dominus , Deus Ifraël.
La XVI ne contient point le Pf. LXVII .
Heb. LXVIII . Exurgat , Deus , promis dans
le volume I. Ce chef-d'oeuvre de la poëfie
des Hébreux , accompagné de notes , eût
donné trop d'étendue à ce fecond volume.
L'auteur à donc prié quelques - uns des
éleves qu'il a formés , de fe charger de
MARS. 1755. 67
"
l'édition de ce Pfeaame . Mais pour mieux
entendre tout ce que ceci veut dire , il eſt
néceffaire de fçavoir que depuis plus de
dix ans , il fe forme parmi les RR. PP.
Capucins de la rue faint Honoré , un petit
nombre de gens de lettres qui fe font
confacrés à l'étude du double fens litteral
de l'Ecriture Sainte . L'auteur de ces lettres
a tellement goûté leur maniere de travailler
, qu'il leur confie non-feulement fon
Exurgat , mais auffi Pexécution entiere de
fon plan , dont on lit l'efquiffe aux pages
454 & 455 de ce volume. On voit dans
cette X V I lettre , les avis qu'un pere ,
non-feulement tendre , mais éclairé , donne
à des enfans pleins d'un amour inaltérable
pour l'Ecriture Sainte , d'un courage à
toute épreuve & d'un travail infatigable.
Ils vont feconder dans peu les vûes de
leur maître , puifqu'ils donnent inceffamment
quatre volumes in- 12. pour commencer
l'exécution du travail qu'il leur
remet entre les mains .
Tel eft l'extrait du fecond volume des
lettres de M. l'Abbé de *** à fes éleves.
Quoique le mérite de cet ouvrage ne puiffe
être apprécié dans toute fa valeur que par
ceux qui ont fuivi & qui fuivent encore
fes leçons publiques ou particulieres , toujours
gratuites , il eft cependant aifé de
68 MERCURE DE FRANCE .
fentir que fon plan eft établi fur les folides
principes qu'il a puifés dans les premieres
fources pendant près de cinquante
ans d'étude.
ODES D'HORACE traduites par feu M.
l'Abbé Desfontaines , in - 12 . petit format ,
1754. A Paris , chez Chaubert , quai des
Auguftins ; avec approbation & privilege
du Roi. Nous avons vû des exemplaires de
cet ouvrage , qui au lieu de Paris portent
le nom de Berlin ; mais ils font f
femblables la forme & les caracteres ,
pour
que nous ne doutons point qu'ils ne fortent
de la même preffe ; la feule différence
que nous y avons remarquée eft que
dans les exemplaires de Paris on a retranché
les odes qui ne fe lifent point dans les
Colléges , & qu'elles fe trouvent dans ceux
de Berlin , au frontifpice defquels on lit
une épigraphe qui fait honneur aux fentimens
du Libraire qui diftribue les uns &
les autres , & à laquelle nous foufcrivons
volontiers.
Quis defideriofit pudor aut modus ,
Tam cari capitis. Hor. Od. XXIV. 1. I.
BIBLIOTHEQUE HISTORIQUE ET CRITI
QUE DU POITOU , contenant les vies des
MARS.
1755. 69
fçavans de cette province depuis le troifiéme
fiécle jufqu'à prefent ; une notice
de leurs ouvrages , avec des obfervations
pour en juger , &c . A Paris , chez Ganneau
, Libraire , rue Saint Severin , à S.
Louis & aux armes de Dombes. 1754 .
Cinq gros vol. in- 12 .
:
Il y a déja du tems que cet ouvrage a
paru cependant comme les Mercures précédens
n'en ont point parlé , nous nous
faifons un devoir de l'annoncer aujour
d'hui. Il feroit inutile d'entrer dans aucun
détail fur la forme que l'auteur a jugé
à propos de lui donner , ni fur la façon
dont il s'y eft pris pour le traiter. Le
compte exact qu'on en a rendu dans la
plupart des Journaux doit fuppléer fuffifamment
à notre filence. Nous obferverons
feulement que fi dans le nombre des
fçavans qui trouvent leur place dans cette
bibliotheque , il y en a qui fe font fait un
nom fameux dans la république des lettres ,
il s'en rencontre beaucoup auffi dont la
réputation ne paffe point les limites du
Poitou .
LA VIE DES PEINTRES FLAMANDS , ALLEMANDS
ET HOLLANDOIS , avec des portraits
gravés en taille-douce , une indication
de leurs ouvrages , & des réflexions
70 MERCURE DE FRANCE.
fur leurs différentes manieres. Par M. J. B.
Defcamps , Peintre , membre de l'Académie
royale des Sciences , Belles- Lettres &
Arts de Rouen , & Profeffeur de l'Ecole
du deffein de la même ville . A Paris ,
chez Defaint & Saillant , rue Saint Jean de
Beauvais ; Piffot , quai de Conti ; Durand
, rue du Foin , en entrant par la rue
Saint Jacques , la premiere porte cochere.
1754. Tome fecond , gros in-8 ° . Il y a
lieu d'efpérer que le public ne fera pas
un accueil moins favorable à ce volume
qu'à celui qui l'a précédé.
LE CALENDRIER DES LABOUREURS ET
DES FERMIERS , contenant les inftructions
néceffaires la conduite & pour le
pour
maniement d'une ferme dans tous les mois
de l'année ouvrage néceffaire aux per
fonnes qui vivent à la campagne , & à celles
qui font valoir leur bien. Traduit de
l'Anglois , fur la fixième édition de M.
R. Bradeley de la Société royale de
Londres , & Profeffeur de Botanique dans
l'Univerfité de Cambridge . A Paris , chez
Briaffon , Libraire , rue Saint Jacques , à
la Science. 1755 , vol. in- 12.-
ANALYSE DES DISSERTATIONS SUR PLUSIEURS
MATIÈRES MEDICO - PHYSIQUES . Par
MARS. 1755. 71
M. Olivier de Villeneuve , Docteur de la
Faculté de Médecine de Montpellier ,
Doyen des Médecins de la ville de Boulogne-
fur-mer. A Utrecht , 1754 , petit in-
12. 100 pages.
. DEMONSTRATION DE LA QUADRATURE
DU CERCLE ; par M. le Chevalier de Caufans
, ci - devant Colonel du Régiment
d'Infanterie de Conti . A Paris , chez Delaguette
, rue Saint Jacques , à l'Olivier ;
·in-4°. 22. pages.
On a toujours été jufqu'ici perfuadé
& non fans raifon , de l'inutilité des efforts
que l'on voudroit employer pour parvenir
à la découverte de la Quadrature du
cercle . On s'eft réuni à en regarder la démonftration
, non feulement comme impoffible
, mais comme impliquant les contradictions
les plus évidentes en géométrie .
Il n'eft donc pas aifé de détruire un préjugé
qui paroît fi bien fondé. Cependant
M. le Chevalier de Caufans, fans s'effrayér
des difficultés qu'on peut lui oppofer , n'a
pas laiffé de tenter la chofe en queftion .
Un grand nombre de perfonnes qui ont de
la peine à s'imaginer qu'elle foit traitée
férieufement, n'auroient pas manqué d'imputer
les tentatives de M. le Chevalier à
un pur jeu d'efprit.; il a pris la fage pré72
MERCURE DE FRANCE.
caution de leur ôter cette penfée , en propofant
la foufcription de la fomme de dix
mille livres à quiconque prouvera géométriquement
un paralogifme dans fa prétendue
quadrature du cercle qu'il s'efforce
de démontrer dans le petit ouvrage que
nous annonçons. Le prix confidérable attaché
à fa réfutation devoit néceffairement
attirer fur les bras de M. de Caufans
de puiffans adverfaires , qui fe difputaffent
à l'envi le mérite ( fi toutefois c'en eſt un )
de ruiner les conféquences fur lefquelles
il l'a bâtie ; mais il ne s'étoit peut- être pas
attendu à voir dans la foule des concur
rens entrer en lice une perfonne d'un ſexe ,
qui femble moins faite pour fe livrer à des
études épineufes & abftraites que pour
s'occuper des matieres d'agrément. Mlle
Le Mire , choquée de l'injufte prévention
où l'on eft contre les femmes , a été ja
loufe de l'honneur de les juftifier , en montrant
que leur efprit eft capable d'atteindre
aux vérités géométriques , fur lefquelles
il leur arrive de raifonner plus conféquemment
que bien des hommes. Elle a
donc jugé à propos de fe mettre fur les
rangs ; & pour cet effet elle a cru devoir
rendre public le fruit de fon travail , qui
paroît fous ce titre Le Quadricide , ou Paralogismes
prouvés géométriquement dans la
Quadrature
MARS. 1755 .
73
Quadrature de M. de Caufans. Par Mile
L.A. Le Mire , veuve J ... in- 4° . 28 pag.
chez Delaguette , & c.
Le long féjour que M. Galland a fait
dans les Etats du Grand Seigneur en qualité
d'Interpréte du Roi pour les Langues
orientales , l'a mis à portée de travailler
pour l'inftruction du public , en lui apprenant
ce qu'il a eu occafion d'y voir de plus
curieux. Comme il s'en eft rendu les langues
familieres , il n'a pas cru inutile de
commencer par la traduction de trois petites
pieces écrites par divers auteurs Mu
fulmans , dont les deux premieres tendent
à donner une idée des rits & c'es cérémonies
qui fe pratiquent au pélerinage de la
Mecque , des points fondamentaux de la
religion mahométane , & des obfervances
qu'elle impofe. On fe propofe dans la troifieme
de faire connoître la maniere dont
les Turcs cultivent les fciences. Cet ou
vrage de M. Galland eft compofé de cinq
morceaux différens , qui forment un recueil
qu'il difpofe en cet ordre. 1 ° . Rits & cérémonies
du pélerinage de la Mecque , fuivant
lafelle de l'Imam on Docteur Chafei ;
traduit de l'Arabe du Cheitch el Imam el
Aalim , & c . 2° . Catéchisme Muſulman , traduit
de l'Arabe du Cheitch on Docteur Aly
D
74 MERCURE DE FRANCE.
fils d'Iaakoub. 3. Traduction d'une differtation
de Zebny Effendi fur les fciences des
Turcs , & fur l'ordre qu'ils gardent dans le
cours de leurs études . 4° . Relation de l'ifle
de Chio , faite fur le lieu par l'auteur. 5º.
Autre relation de la Marche de la Sultane
Efma , fille de Sultan Ahmed , lorfqu'on la
conduifit à fon époux Iaakoub Pacha , grand
Maréchal de la Cour de Sultan Mahmoud ,
le 27 Février 1743. Cette relation termine
ce livre , qui fe vend à Paris , chez
Defaint & Saillant. 1754 , in- 12 . 214
pages.
COLLECTION DE DÉCISIONS NOUVELLES
& de notions relatives à la Jurifprudence
préfente ; par M. Denifart , Procureur
au Châtelet de Paris . A Paris , chez Savoye
, rue S. Jacques , à l'Eſpérance , audeffus
de la Fontaine de S. Severin ; & Le
Clerc , grande Salle du Palais , au fecond
pilier , 1754.
L'Auteur nous apprend dans la préface ,
que cet ouvrage fera compofé de cinq ou fix
volumes , dont il vient de mettre les deux
premiers au jour. Nous lui fouhaitons tout
le fuccès que l'importance de fon travail
paroît mériter. Nous ne pouvons même
nous empêcher de dire que M. Denifart
eft digne d'éloge , en ce qu'il a pris foin
MARS. 1755. 75
de développer aux yeux du public cette ingénuité
de caractere qui fied aux auteurs
libres de préjugés. On doit lui fçavoir
quelque gré de ne pas témoigner les effets
de la prévention outrée qu'on a d'ordinaire
en faveur de l'état qu'on exerce.
Il avoue que les maximes renfermées dans
le recueil qu'il publie , n'étant annoncées
que par un fimple Procureur du Châtelet
perdent beaucoup par là de la confiance qu'el
les méritent. Ce font les propres paroles de
M. Denifart , aufquelles il ne nous appartient
pas de répliquer , puifque c'eft une
perfonne de la profeffion qui fait cet aveu .
Nous ajoûterons feulement que fon exemple
eft une preuve qu'il fe trouve des Procureurs
qui ont fincerement en vûe le bien
-public.
ORAISONS CHOISIES DE CICERON ,
traduction nouvelle , avec le latin à côté ,
fur l'édition latine de Grævius , & des notes.
A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la fontaine S. Benoît , aux
Cigognes. 1754 , avec privilege du Roi.
2 vol . in- 12.
A juger en général de cette nouvelle
traduction , elle paroît avoir le mérite de
la fidélité. C'eft le côté par où il faut apprécier
le travail de l'auteur , puifque c'eſt
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
particulierement le but qu'il a cru devoir
fe propofer dans l'exécution ; il a pris la
précaution de nous avertir qu'il n'a eu
d'autre deffein que de travailler pour de
jeunes écoliers de troifieme , d'humanité ,
ou tout au plus de rhétorique.
C'eft pourquoi il s'eft attaché à rendre
mot pour mot le fens de l'Orateur latin.
On peut dire que le traducteur qui avoue
s'être borné à cet unique foin , a rempli
fon objet . Il a joint à fa verfion françoile
quelques notes dans les endroits où elles
lui ont paru néceffaires.
TRAITÉ DE LA POESIE FRANÇOISE ,
par le Pere Mourgues , Jéfuite. Nouvelle
édition , revûe , corrigée & augmentée ,
avec plufieurs obfervations fur chaque efpece
de poëfie. A Paris , chez Jofeph Barbou
, rue S. Jacques , près la fontaine faint
Benoît , aux Cigognes . 1755 , avec approbation
& privilege du Roi . in- 12 .
Livres que le fieur Barbon , Libraire &
Imprimeur , rue S. Jacques , aux Cigognes,
vient de recevoir de Hollande.
Aufonius , cum notis interpretatione
J. B. Souchay , ad ufum Delphini , in- 4°.
Homeri Ilias & Odiffea Grac . 18. 2 vol.
Recentiores Poëta Latini & Graci feletti
MARS 1785. 77
quinque , curis Jofephi Oliveti collecti ac
editi ; editio auctior & emendatior , in- 8 ° .
Pervigilium Veneris , cum notis Jufti Lipfii
, & Aufonii cupido cruci adfixus . in- 8 ° .
Théologie des Infectes , traduit de l'Al-
· lemand de M. Leffer , avec des remarques
de M. P. Lyonnet , 2 vol. in- 8 °.
Les Euvres de Machiavel , nouvelle
édition , augmentée de l'Anti- Machiavel ,
in- 12 . 6 vol.
L'Efpion Turc dans les Cours des Princes
chrétiens , in- 12 . 7 vol.
Les OEuvres de Rabelais , in - 12 . 6 Volumes.
Sermons de Caillart , in- 1 2. 2 vol .
Rob. Stephani Thefaurus lingua latine ;
in-fol. 4 vol.
Nouvelles difficultés propofées par un
Péripateticien à l'auteur du Voyage du
monde de Descartes , in- 12
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Résumé : « LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...] »
Le texte présente un compte rendu du second volume des 'Lettres de M. l'Abbé de *** à ses élèves', publié à Paris en 1755. Ce volume comprend six lettres supplémentaires, portant le total à douze, et se concentre sur l'interprétation des termes énigmatiques et généraux dans les œuvres prophétiques. L'objectif est de démontrer la nécessité de comprendre ces termes pour interpréter correctement le sens littéral historique des Prophètes, des Psaumes, de Job, des Cantiques et d'autres prophéties bibliques. La onzième lettre traite du style prophétique et de son obscurité. La douzième lettre analyse en détail le chapitre 14 d'Isaïe, expliquant les termes énigmatiques et fournissant des versions latines et françaises. La treizième lettre aborde les termes généraux ou indéterminés en utilisant les Cantiques du chapitre 12 d'Isaïe comme exemple. La quatorzième lettre continue l'étude des termes généraux en se basant sur le Psaume 1. La quinzième lettre prouve que ces termes sont également présents dans les Cantiques du Nouveau Testament. La seizième lettre, initialement prévue pour inclure le Psaume 67, a été modifiée pour laisser cette tâche à des élèves de l'abbé, qui travaillent sur le double sens littéral de l'Écriture Sainte. Le texte mentionne également plusieurs autres publications, telles que les 'Odes d'Horace' traduites par l'abbé Desfontaines, la 'Bibliothèque historique et critique du Poitou', la 'Vie des peintres flamands, allemands et hollandais' par M. J. B. Descamps, le 'Calendrier des laboureurs et des fermiers', l''Analyse des dissertations sur plusieurs matières médico-physiques' par M. Olivier de Villeneuve, et la 'Démonstration de la quadrature du cercle' par le chevalier de Caufans, ainsi qu'une réfutation par Mlle Le Mire. M. Galland a traduit des textes musulmans pour instruire le public sur les rites et cérémonies de la religion mahométane. Parmi les autres ouvrages et traductions publiés en 1754 et 1755, on trouve des traductions de textes musulmans, notamment le 'Pélerinage de la Mecque' selon la loi de l'Imam Chafei, traduit par Cheitch el Imam el Aalim, et un 'Catéchisme Musulman' traduit par Aly D. Le texte mentionne également une 'Traduction d'une dissertation de Zebny Effendi' sur les sciences des Turcs et une 'Relation de l'île de Chio'. Une autre relation décrit la marche de la Sultane Esma, fille de Sultan Ahmed, lors de son déplacement vers son époux, Iaakoub Pacha, en février 1743. Le texte évoque également une 'Collection de Décisions Nouvelles' par M. Denifart, Procureur au Châtelet de Paris, qui vise à développer des notions relatives à la jurisprudence. Denifart exprime son désir de présenter des maximes sans préjugés et reconnaît que son statut de Procureur peut limiter la confiance accordée à son ouvrage. Une nouvelle traduction des 'Oraisons Choisies de Cicéron' est publiée, destinée aux jeunes écoliers, avec le texte latin à côté et des notes explicatives. Le 'Traité de la Poésie Française' du Père Mourgues, Jésuite, est également mentionné, avec une nouvelle édition revue et augmentée. Enfin, le texte liste plusieurs ouvrages reçus par le sieur Barbon, libraire et imprimeur, incluant des œuvres d'Ausonius, Homère, des poètes latins et grecs, des textes théologiques, les œuvres de Machiavel, Rabelais, et des sermons de Caillart.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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184
p. 77-88
« ESSAIS HISTORIQUES SUR PARIS, de M. de Saint-Foix. Seconde partie. 1755. [...] »
Début :
ESSAIS HISTORIQUES SUR PARIS, de M. de Saint-Foix. Seconde partie. 1755. [...]
Mots clefs :
Histoire, Essais historiques
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texteReconnaissance textuelle : « ESSAIS HISTORIQUES SUR PARIS, de M. de Saint-Foix. Seconde partie. 1755. [...] »
ESSAIS HISTORIQUES SUR PARIS , de M.
de Saint-Foix. Seconde partie. 1755 .
. Ce fecond volume ne dément point le
premier , il a & mérite la même réuffite ,
& fait attendre le troifiéme avec impatience.
On ne fe laffe point de voyager
dans Paris avec un auffi aimable guide. M.
de Saint-Foix nous inftruit toujours en
nous amufant ; les Graces conduifent fa .
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
plume dans tout ce qu'il écrit. Elles ne
font pas ingrates ; perfonne ne les a mieux
peintes , & perfonne n'en eft mieux fervi.
Son morceau fur les Templiers eſt ſi
bien traité qu'il doit faire defirer que l'aureur
veuille bien nous donner une hiftoire
en forme. Qui peut mieux l'écrire ! Il réu
nit toutes les qualités d'un bon hiftorien ;
l'amour de la vérité , le courage , & le
talent de la dire , le choix des recherches ,
l'art de les employer & de les fondre heureufement
enfemble. Il voit en philofophe
, il parle en citoyen , & il écrit en
homme du monde ; fon ftyle en confé
quence eft toujours élégant , noble , clair
& précis fes réflexions font courtes , fortent
du fujet fans effort , & fouvent font
renfermées dans un feul trait plein de
force ou d'un fel agréable. Deux exemples
tirés de la deuxième partie de fes effais en
feront la
preuve.
:
» Le Cardinal de Lorraine étant à la tête
» du Confeil ſous le regne de François
» II , fe trouva importuné du grand nom-
» bre d'Officiers eftropiés & de veuves
» d'Officiers tués , qui follicitoient à la
Cour quelques petites penfions pour vi
» vre : il fit publier à fon de trompe , pour
* Dans la Comédie des Graces.
MARS. 1755. 79
fe délivrer , difoit- il , de ces mendians ,
» que tous ceux qui étoient venus à Fon-
» tainebleau pour demander quelque cho-
» fe , euffent à fe retirer dans vingt- quatre
» heures , fous peine d'être pendus à un
gibet , qu'il fit dreffer devant le châ-
» teau. Il mourut dans fon lit.
ود
و ر
» Sous le regne de François I. le total
» des loyers de toutes les maifons de Pa-
» ris ne montoit qu'à la fomme de trois
» cens douze mille livres . Aujourd'hui
»les Carmes Déchauffés , indépendam-
»ment du vafte terrein qu'occupent leurs
jardins & leur Couvent , jouiffent de
» près de cent mille livres de rente en
loyers de maifons qu'ils ont fait bâtir
» dans cette rue & dans les rues adja-
» centes. Ils n'ont commencé à prendre
racine en France qu'en 1611 , par une
très-petite maifon que leur donna un
» bourgeois , nommé Nicolas Vivian. Il
faut leur rendre juftice ; les richeſſes ne
» les enorgueilliffent pas , ils continuent
toujours d'envoyer des Freres quêter dans
» les maifons .
??
33
Je citerai un troifiéme exemple qui
prouve la précifion de l'Auteur. Il peint
ainfi par un feul fait , en quatre lignes
la révolution arrivée dans les moeurs
pendant le cours de deux fiécles .
D iv
80 MERCURE DE FRANCE .
爨
» Près de la fontaine étoit la maifon
» de Henri de Marle , Chancelier de France
, maffacré en 1418 ; un Procureur
» au Châtelet qui acheta cette maiſon en
1663 , s'y trouvoit , dit Sauval , mal
» logé & trop à l'étroit .
Une qualité effentielle à l'hiftorien , &
que j'avois oubliée , c'eft l'exactitude : M.
de Saint- Foix la profeffe jufqu'au fcrupule.
Il cite toujours les fources où il puife ,
foit dans le corps de fon ouvrage , ou foit
à la marge , & ne s'approprie jamais ce
qu'un autre a dit : bonne foi rare aujourd'hui
dans un écrivain , & qui mérite d'èare
fuivie.
Ce volume eft terminé par des differtations
dont on devroit imiter auffi l'heureufe
briéveté ; on ennuiroit moins , &
l'on diroit plus en moins de mots : elles
ont pour objet les Gaulois & les Francs ,
le grand & petit Châtelet , l'Hôtel de ville
, & les palais de nos Rois . Je ne puis
mieux finir ce précis que par deux traits
remarquables que j'ai extrait de ces differtations
; le premier regarde Catherine de
Médicis , & l'autre intéreffe les Médecins.
Catherine , quatre jours avant le maffacre
de la Saint Barthelemi , donna aux
*De la rue Sale au Comte.
MAR S.. 1755 . 8i
Tuileries une fête qui en étoit l'avantcoureur
& comme le prélude. M. de
Saint- Foix , après l'avoir détaillée , ſe récrie
là deffus : Peut - on fans frémir
» d'horreur , penfer à une femme , qui
" imagine , compofe & prépare une fête
un ballet fur le maffacre qu'elle doit
» faire quatre jours après d'une partie de
» la nation où elle regne ! qui fourit à fes
» victimes , qui joue avec le carnage , qui
fait danfer l'amour & les nymphes fur
» les bords d'un fleuve de fang , & qui
» mêle les charmes de la mufique aux
gémiffemens de cent mille malheureux
qu'elle égorge ! » Quel tableau ! & quelle
و د
و ر
و د
force de coloris !
で» La belle Auftrigide obtint en mou-
» rant du Roi Gontrand fon mari , qu'il
» feroit tuer & enterrer avec elle les deux
» Médecins qui l'avoient foignée pendant
fa maladie. Ce font , je crois , les feuls
» qu'on ait inhumés dans les tombeaux des
33
Rois ; mais je ne doute pas que plufieurs
» autres n'ayent mérité le même honneur «.
On croyoit la plaifanterie ufée fur les Médecins
, mais M. de Saint- Foix nous fait
voir que Moliere n'a pas encore tout dit à
leur fujet.
FABLES DE LA FONTAINE , nouvelle édi-
D v
S2 MERCURE DE FRANCE.
dition , en quatre volumes in folio , ornée
de fleurons , de culs-de- lampe , accompa
gnée de 276 planches , & dédiée au Roi ,
propofée par foufcription . A Paris , chez
Defaint & Saillant , rue Saint Jean de Beau.
vais , & chez Durand , rue du Foin.
Le goût des arts & l'amour des lettres
ont produit cette magnifique édition ; elle
eft le fruit des veilles des plus fameux artif
tes , & l'ouvrage de l'attention & des recherches
, non feulement des gens de la
profeffion , mais encore de quelques amateurs
les plus diftingués par leurs connoiffances.
Pour en faire fentir le mérite , il fuffit de
dire que les eftampes font toutes d'après les
deffeins de M. Oudri , & qu'elles font gravées
par MM.. CCoocchhiinn , ou fous fes yeux ,
par les plus habiles artiſtes.
Le premier volume paroîtra au commencement
du mois de Mars 1755. Le
fecond au mois d'Août fuivant , le troi
féme au mois de Mars 1756 , & le quatriéme
& dernier volume dans le mois
d'Octobre de la même année .
On ne tirera qu'un petit nombre d'exemplaires
, & les foufcriptions ne feront
ouvertes que depuis le jour où le premier
volume fera délivré , jufqu'au dernier jour
de Juin 1755 , paffé lequel tems on ne ſera
plus reçu à fouferite.
MARS . 83
1755 .
Prix des foufcriptions en feuilles.
Enrecevant la fouf- ordinaire. raifin . papier. Papier
Grand Très-grand
cription & le 1. vol . 72 liv. 84 liv.
e 96
liv.
En recevant le 2 ° vol . 48 бо
72 .
En recevant le 3 vol . 48
54
60.
En recevant le 4 vol . 48
54
60.
PRIX TOTAL. 216 . 252 .
288.
Prix en feuilles après la foufcription fermée,
Chaque volume à 75 liv. 87 liv. 100
liv.
Prix total de chaque volume fur les trois differens
papiers.
300
liv.
348
liv.
400
liv .
AMALAZONTE , Tragédie repréfen
tée pour la premiere fois par les Comé
diens François le 30 Mai 1754 , & à
Fontainebleau le 12 Novembre de la même
année. A Paris , chez Jorry , Imprimeur-
Libraire , quai des Auguftins , aux
Cicognes. 1555.
Je ne ferai point l'extrait de cette tragédie
; on a dû le donner dans le tems
de fa nouveauté. Je me contenterai de
dire , à la louange de l'auteur , que fa préface
annonce un homme inftruit , & fa
piéce un verfificateur : talent plus rare au
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui qu'on ne penfe. Quelqu'un m'objecte
a peut être qu'on n'a jamais tant rimé
: je répondrai qu'il eft vrai qu'on n'a
jamais tant coufu de rimes enfemble , mais
qu'on n'a jamais fait moins de vers ; car,
felon moi , il n'y a que les vers bienfaits
'à qui l'on doive donner ce nom , & l'on
en voit éclorre peu de ceux- là.
ALMANACH. DES FINANCES pour
l'année 1755 , contenant fommairement la
nature & les principales particularités des
affaires de finance , les noms & demeures
des intéreffés , les bureaux , jours d'affemblée
, tribunaux où fe portent les conteftations
, & autres éclairciffemens à ce fujet
utiles & néceffaires à toutes fortes de
perfonnes. A Paris , chez Laurent Prault ,
Cour du Palais , à la fource des Sciences.
3755.
HISTOIRE DES LOIX & des Tribunaux
de Juftice de la Monarchie Françoife.
Par le P. Barre , Chanoine Régulier ,
Chancelier de l'Abbaye de Ste Geneviève
& de l'Univerfité de Paris. A Paris , de
l'Imprimerie de C. F. Simon , Imprimeur
de la Reine , rue des Mathurins. 1755.
Cette indication n'eſt que l'annonce d'un
Profpectus que l'auteur à donné de cet ou
a
MARS. 1755. 85
vrage. Après avoir dit que c'eft une hiftoire
générale de la Juſtice de France depuis
Clovis jufqu'à Louis XIV , il avertit
modeftement le public qu'elle eft encore
loin de fa perfection , quoiqu'elle foit déja
avancée . Il prie en même tems les Sçavans
de bonne volonté de l'aider de leurs lumieres
, pour achever heureufement fon
entreprife. Par les détails de fon projet , on
fent combien une pareille hiftoire fera utile;
& par le fuccès qu'ont eu * fes premiers
ouvrages , on doit bien augurer de
celui- ci .
PROSPECTUS DE L'EUROPE ILLUSTRE ,
ouvrage contenant les vies abrégées des
Souverains , des Princes , des Miniftres
des Généraux , des Magiftrats , des Prélats ,
des Sçavans , des Dames , & des Artiftes
qui fe font diftingués en Europe depuis le
quinzieme fiécle jufqu'à préfent ; huit volumes
. Par M. Dreux du Radier , Avocat
au Parlement , enrichi de portraits gravés
les foins du fieur Odieuvre , Marchand
d'Estampes.
par
Cette collection eft la plus étendue qu'on
ait encore vûe. Tous les hommes les plus
célebres s'y trouvent réunis ; les héros du
* L'hiftoire générale d'Allemagne , & la vie du
Maréchal Faber.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
crime y tiennent auffi leur rang . L'hiſtoire
a fes Eroftrates , comme fes Titus , dit éloquemment
M. du Radier , & dans le Panthéon
on y voyoit la fiévre & la peſte
même avec Jupiter Olympien ; on n'a rien
à répondre à cette raifon .
Les huit cens portraits dont cette collection
eft actuellement compofée , font
dûs aux foins du fieur Odieuvre , ainsi que
le titre l'annonce . Il n'a rien oublié pour
fe procurer des originaux qui puffent le
guider dans fon travail ; il ne s'eft point
borné aux tableaux , aux médailles , aux
buftes , aux ftatues , il a eu recours aux
anciens tombeaux , & quelquefois même
aux anciens vitrages , rien ne l'a rebuté.
L'exemplaire complet fera compofé de
huit volumes , chaque volume de cent portraits
, avec autant d'éloges .
Les deux premiers volumes pourront
paroître à la fin de Novembre prochain ,
le troifieme & le quatrieme fix mois après,
& ainfi la fuite , enforte qu'on aura la collection
complette en 1757. On la trouvera
chez le fieur Odieuvre , rue des Poftes.
OBSERVATIONS SUR LES MALADIES
DES ARMÉES dans les camps & dans les garnifons
, avec un traité fur les fubftances
feptiques & anti-feptiques , lû à la Société
MARS 1755. 87
royale par M. Pringle , Docteur en Médecine
, Membre de la Société royale , & Médecin
général des armées du Roi pendant la
derniere guerre . Ouvrage traduit de l'Anglois
fur la feconde édition . A Paris , chez
Ganeau , Libraire , rue S. Severin , aux armes
de Dombes & à S. Louis . 1755. 2 vol.
in- 12.
Cet ouvrage réunit deux grands avantages
qui doivent le faire rechercher : la nouveauté
& l'utilité . L'auteur enrichit la Médecine
d'un livre qui lui manquoit , & dont
les Militaires doivent lui fçavoir gré . Il a
travaillé pour eux , & l'accueil qu'on lui
a fait à Londres lui promet les fuffrages de
Paris.
PETIT THRESOR DE LA BELLE LATINITÉ
, puiſé dans les meilleurs auteurs ;
ou Recueil de diverfes façons de parler de
la Langue Françoife , fuivies du tour latin
qui leur répond ; le tout par ordre alphabétique
,, pour aider les jeunes gens dans
les compofitions de François en Latin. Il
fe vend à Paris , chez Paul - Denis Brocas ,
rue S. Jacques . 1755. 1 vol. in- 12 .
L'approbation que plufieurs Profeffeurs
de l'Univerfité ont donnée à cet ouvrage ,
eft le témoignage le plus avantageux qui
doive répondre de fon utilité.
88 MERCURE DE FRANCE.
PHARMACO PEA MILITARIS in
Bavaria Nofocomiis ufitata ; per J. A. de
Woltter. S. R. J. Eq. S. E. B. Conf. & Proto-
Medicum. Parifiis , apud Briaffon , viâ
Jacobaâ , fub figno Scientia. 1754. I. vel.
in- 12 . exigua molis.
Je remers les extraits ou les indications
des autres livres nouveaux au Mercure
d'Avril , cet article fe trouvant rempli .
L'On n'exige dans aucune des Académies
de province des difcours d'apparat
& fur-tout de la part des afföciés étangers ,
qui ne pourroient jouir de l'avantage d'être
applaudis : ceux qui y font nommés
fe contentent , conformément à l'ufage , de
faire un remerciment épiſtolaire , qui annonce
plus fouvent la protection que le
talent. Il n'en eft pas de même d'une lettre
dont le hazard m'a procuré la copie ,
& qui paroît avoir été écrite par un des
premiers Commis de la Cour , affocié nouvellement
à l'Académie d'Angers.
Comme il n'eft point de ceux qui s'attribuent
une gloire dont ils font redevables
à leurs fupérieurs , & que fon remerciment
eft dicté par la modeftie , je l'infere
ici pour fervir d'exemple.
de Saint-Foix. Seconde partie. 1755 .
. Ce fecond volume ne dément point le
premier , il a & mérite la même réuffite ,
& fait attendre le troifiéme avec impatience.
On ne fe laffe point de voyager
dans Paris avec un auffi aimable guide. M.
de Saint-Foix nous inftruit toujours en
nous amufant ; les Graces conduifent fa .
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
plume dans tout ce qu'il écrit. Elles ne
font pas ingrates ; perfonne ne les a mieux
peintes , & perfonne n'en eft mieux fervi.
Son morceau fur les Templiers eſt ſi
bien traité qu'il doit faire defirer que l'aureur
veuille bien nous donner une hiftoire
en forme. Qui peut mieux l'écrire ! Il réu
nit toutes les qualités d'un bon hiftorien ;
l'amour de la vérité , le courage , & le
talent de la dire , le choix des recherches ,
l'art de les employer & de les fondre heureufement
enfemble. Il voit en philofophe
, il parle en citoyen , & il écrit en
homme du monde ; fon ftyle en confé
quence eft toujours élégant , noble , clair
& précis fes réflexions font courtes , fortent
du fujet fans effort , & fouvent font
renfermées dans un feul trait plein de
force ou d'un fel agréable. Deux exemples
tirés de la deuxième partie de fes effais en
feront la
preuve.
:
» Le Cardinal de Lorraine étant à la tête
» du Confeil ſous le regne de François
» II , fe trouva importuné du grand nom-
» bre d'Officiers eftropiés & de veuves
» d'Officiers tués , qui follicitoient à la
Cour quelques petites penfions pour vi
» vre : il fit publier à fon de trompe , pour
* Dans la Comédie des Graces.
MARS. 1755. 79
fe délivrer , difoit- il , de ces mendians ,
» que tous ceux qui étoient venus à Fon-
» tainebleau pour demander quelque cho-
» fe , euffent à fe retirer dans vingt- quatre
» heures , fous peine d'être pendus à un
gibet , qu'il fit dreffer devant le châ-
» teau. Il mourut dans fon lit.
ود
و ر
» Sous le regne de François I. le total
» des loyers de toutes les maifons de Pa-
» ris ne montoit qu'à la fomme de trois
» cens douze mille livres . Aujourd'hui
»les Carmes Déchauffés , indépendam-
»ment du vafte terrein qu'occupent leurs
jardins & leur Couvent , jouiffent de
» près de cent mille livres de rente en
loyers de maifons qu'ils ont fait bâtir
» dans cette rue & dans les rues adja-
» centes. Ils n'ont commencé à prendre
racine en France qu'en 1611 , par une
très-petite maifon que leur donna un
» bourgeois , nommé Nicolas Vivian. Il
faut leur rendre juftice ; les richeſſes ne
» les enorgueilliffent pas , ils continuent
toujours d'envoyer des Freres quêter dans
» les maifons .
??
33
Je citerai un troifiéme exemple qui
prouve la précifion de l'Auteur. Il peint
ainfi par un feul fait , en quatre lignes
la révolution arrivée dans les moeurs
pendant le cours de deux fiécles .
D iv
80 MERCURE DE FRANCE .
爨
» Près de la fontaine étoit la maifon
» de Henri de Marle , Chancelier de France
, maffacré en 1418 ; un Procureur
» au Châtelet qui acheta cette maiſon en
1663 , s'y trouvoit , dit Sauval , mal
» logé & trop à l'étroit .
Une qualité effentielle à l'hiftorien , &
que j'avois oubliée , c'eft l'exactitude : M.
de Saint- Foix la profeffe jufqu'au fcrupule.
Il cite toujours les fources où il puife ,
foit dans le corps de fon ouvrage , ou foit
à la marge , & ne s'approprie jamais ce
qu'un autre a dit : bonne foi rare aujourd'hui
dans un écrivain , & qui mérite d'èare
fuivie.
Ce volume eft terminé par des differtations
dont on devroit imiter auffi l'heureufe
briéveté ; on ennuiroit moins , &
l'on diroit plus en moins de mots : elles
ont pour objet les Gaulois & les Francs ,
le grand & petit Châtelet , l'Hôtel de ville
, & les palais de nos Rois . Je ne puis
mieux finir ce précis que par deux traits
remarquables que j'ai extrait de ces differtations
; le premier regarde Catherine de
Médicis , & l'autre intéreffe les Médecins.
Catherine , quatre jours avant le maffacre
de la Saint Barthelemi , donna aux
*De la rue Sale au Comte.
MAR S.. 1755 . 8i
Tuileries une fête qui en étoit l'avantcoureur
& comme le prélude. M. de
Saint- Foix , après l'avoir détaillée , ſe récrie
là deffus : Peut - on fans frémir
» d'horreur , penfer à une femme , qui
" imagine , compofe & prépare une fête
un ballet fur le maffacre qu'elle doit
» faire quatre jours après d'une partie de
» la nation où elle regne ! qui fourit à fes
» victimes , qui joue avec le carnage , qui
fait danfer l'amour & les nymphes fur
» les bords d'un fleuve de fang , & qui
» mêle les charmes de la mufique aux
gémiffemens de cent mille malheureux
qu'elle égorge ! » Quel tableau ! & quelle
و د
و ر
و د
force de coloris !
で» La belle Auftrigide obtint en mou-
» rant du Roi Gontrand fon mari , qu'il
» feroit tuer & enterrer avec elle les deux
» Médecins qui l'avoient foignée pendant
fa maladie. Ce font , je crois , les feuls
» qu'on ait inhumés dans les tombeaux des
33
Rois ; mais je ne doute pas que plufieurs
» autres n'ayent mérité le même honneur «.
On croyoit la plaifanterie ufée fur les Médecins
, mais M. de Saint- Foix nous fait
voir que Moliere n'a pas encore tout dit à
leur fujet.
FABLES DE LA FONTAINE , nouvelle édi-
D v
S2 MERCURE DE FRANCE.
dition , en quatre volumes in folio , ornée
de fleurons , de culs-de- lampe , accompa
gnée de 276 planches , & dédiée au Roi ,
propofée par foufcription . A Paris , chez
Defaint & Saillant , rue Saint Jean de Beau.
vais , & chez Durand , rue du Foin.
Le goût des arts & l'amour des lettres
ont produit cette magnifique édition ; elle
eft le fruit des veilles des plus fameux artif
tes , & l'ouvrage de l'attention & des recherches
, non feulement des gens de la
profeffion , mais encore de quelques amateurs
les plus diftingués par leurs connoiffances.
Pour en faire fentir le mérite , il fuffit de
dire que les eftampes font toutes d'après les
deffeins de M. Oudri , & qu'elles font gravées
par MM.. CCoocchhiinn , ou fous fes yeux ,
par les plus habiles artiſtes.
Le premier volume paroîtra au commencement
du mois de Mars 1755. Le
fecond au mois d'Août fuivant , le troi
féme au mois de Mars 1756 , & le quatriéme
& dernier volume dans le mois
d'Octobre de la même année .
On ne tirera qu'un petit nombre d'exemplaires
, & les foufcriptions ne feront
ouvertes que depuis le jour où le premier
volume fera délivré , jufqu'au dernier jour
de Juin 1755 , paffé lequel tems on ne ſera
plus reçu à fouferite.
MARS . 83
1755 .
Prix des foufcriptions en feuilles.
Enrecevant la fouf- ordinaire. raifin . papier. Papier
Grand Très-grand
cription & le 1. vol . 72 liv. 84 liv.
e 96
liv.
En recevant le 2 ° vol . 48 бо
72 .
En recevant le 3 vol . 48
54
60.
En recevant le 4 vol . 48
54
60.
PRIX TOTAL. 216 . 252 .
288.
Prix en feuilles après la foufcription fermée,
Chaque volume à 75 liv. 87 liv. 100
liv.
Prix total de chaque volume fur les trois differens
papiers.
300
liv.
348
liv.
400
liv .
AMALAZONTE , Tragédie repréfen
tée pour la premiere fois par les Comé
diens François le 30 Mai 1754 , & à
Fontainebleau le 12 Novembre de la même
année. A Paris , chez Jorry , Imprimeur-
Libraire , quai des Auguftins , aux
Cicognes. 1555.
Je ne ferai point l'extrait de cette tragédie
; on a dû le donner dans le tems
de fa nouveauté. Je me contenterai de
dire , à la louange de l'auteur , que fa préface
annonce un homme inftruit , & fa
piéce un verfificateur : talent plus rare au
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui qu'on ne penfe. Quelqu'un m'objecte
a peut être qu'on n'a jamais tant rimé
: je répondrai qu'il eft vrai qu'on n'a
jamais tant coufu de rimes enfemble , mais
qu'on n'a jamais fait moins de vers ; car,
felon moi , il n'y a que les vers bienfaits
'à qui l'on doive donner ce nom , & l'on
en voit éclorre peu de ceux- là.
ALMANACH. DES FINANCES pour
l'année 1755 , contenant fommairement la
nature & les principales particularités des
affaires de finance , les noms & demeures
des intéreffés , les bureaux , jours d'affemblée
, tribunaux où fe portent les conteftations
, & autres éclairciffemens à ce fujet
utiles & néceffaires à toutes fortes de
perfonnes. A Paris , chez Laurent Prault ,
Cour du Palais , à la fource des Sciences.
3755.
HISTOIRE DES LOIX & des Tribunaux
de Juftice de la Monarchie Françoife.
Par le P. Barre , Chanoine Régulier ,
Chancelier de l'Abbaye de Ste Geneviève
& de l'Univerfité de Paris. A Paris , de
l'Imprimerie de C. F. Simon , Imprimeur
de la Reine , rue des Mathurins. 1755.
Cette indication n'eſt que l'annonce d'un
Profpectus que l'auteur à donné de cet ou
a
MARS. 1755. 85
vrage. Après avoir dit que c'eft une hiftoire
générale de la Juſtice de France depuis
Clovis jufqu'à Louis XIV , il avertit
modeftement le public qu'elle eft encore
loin de fa perfection , quoiqu'elle foit déja
avancée . Il prie en même tems les Sçavans
de bonne volonté de l'aider de leurs lumieres
, pour achever heureufement fon
entreprife. Par les détails de fon projet , on
fent combien une pareille hiftoire fera utile;
& par le fuccès qu'ont eu * fes premiers
ouvrages , on doit bien augurer de
celui- ci .
PROSPECTUS DE L'EUROPE ILLUSTRE ,
ouvrage contenant les vies abrégées des
Souverains , des Princes , des Miniftres
des Généraux , des Magiftrats , des Prélats ,
des Sçavans , des Dames , & des Artiftes
qui fe font diftingués en Europe depuis le
quinzieme fiécle jufqu'à préfent ; huit volumes
. Par M. Dreux du Radier , Avocat
au Parlement , enrichi de portraits gravés
les foins du fieur Odieuvre , Marchand
d'Estampes.
par
Cette collection eft la plus étendue qu'on
ait encore vûe. Tous les hommes les plus
célebres s'y trouvent réunis ; les héros du
* L'hiftoire générale d'Allemagne , & la vie du
Maréchal Faber.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
crime y tiennent auffi leur rang . L'hiſtoire
a fes Eroftrates , comme fes Titus , dit éloquemment
M. du Radier , & dans le Panthéon
on y voyoit la fiévre & la peſte
même avec Jupiter Olympien ; on n'a rien
à répondre à cette raifon .
Les huit cens portraits dont cette collection
eft actuellement compofée , font
dûs aux foins du fieur Odieuvre , ainsi que
le titre l'annonce . Il n'a rien oublié pour
fe procurer des originaux qui puffent le
guider dans fon travail ; il ne s'eft point
borné aux tableaux , aux médailles , aux
buftes , aux ftatues , il a eu recours aux
anciens tombeaux , & quelquefois même
aux anciens vitrages , rien ne l'a rebuté.
L'exemplaire complet fera compofé de
huit volumes , chaque volume de cent portraits
, avec autant d'éloges .
Les deux premiers volumes pourront
paroître à la fin de Novembre prochain ,
le troifieme & le quatrieme fix mois après,
& ainfi la fuite , enforte qu'on aura la collection
complette en 1757. On la trouvera
chez le fieur Odieuvre , rue des Poftes.
OBSERVATIONS SUR LES MALADIES
DES ARMÉES dans les camps & dans les garnifons
, avec un traité fur les fubftances
feptiques & anti-feptiques , lû à la Société
MARS 1755. 87
royale par M. Pringle , Docteur en Médecine
, Membre de la Société royale , & Médecin
général des armées du Roi pendant la
derniere guerre . Ouvrage traduit de l'Anglois
fur la feconde édition . A Paris , chez
Ganeau , Libraire , rue S. Severin , aux armes
de Dombes & à S. Louis . 1755. 2 vol.
in- 12.
Cet ouvrage réunit deux grands avantages
qui doivent le faire rechercher : la nouveauté
& l'utilité . L'auteur enrichit la Médecine
d'un livre qui lui manquoit , & dont
les Militaires doivent lui fçavoir gré . Il a
travaillé pour eux , & l'accueil qu'on lui
a fait à Londres lui promet les fuffrages de
Paris.
PETIT THRESOR DE LA BELLE LATINITÉ
, puiſé dans les meilleurs auteurs ;
ou Recueil de diverfes façons de parler de
la Langue Françoife , fuivies du tour latin
qui leur répond ; le tout par ordre alphabétique
,, pour aider les jeunes gens dans
les compofitions de François en Latin. Il
fe vend à Paris , chez Paul - Denis Brocas ,
rue S. Jacques . 1755. 1 vol. in- 12 .
L'approbation que plufieurs Profeffeurs
de l'Univerfité ont donnée à cet ouvrage ,
eft le témoignage le plus avantageux qui
doive répondre de fon utilité.
88 MERCURE DE FRANCE.
PHARMACO PEA MILITARIS in
Bavaria Nofocomiis ufitata ; per J. A. de
Woltter. S. R. J. Eq. S. E. B. Conf. & Proto-
Medicum. Parifiis , apud Briaffon , viâ
Jacobaâ , fub figno Scientia. 1754. I. vel.
in- 12 . exigua molis.
Je remers les extraits ou les indications
des autres livres nouveaux au Mercure
d'Avril , cet article fe trouvant rempli .
L'On n'exige dans aucune des Académies
de province des difcours d'apparat
& fur-tout de la part des afföciés étangers ,
qui ne pourroient jouir de l'avantage d'être
applaudis : ceux qui y font nommés
fe contentent , conformément à l'ufage , de
faire un remerciment épiſtolaire , qui annonce
plus fouvent la protection que le
talent. Il n'en eft pas de même d'une lettre
dont le hazard m'a procuré la copie ,
& qui paroît avoir été écrite par un des
premiers Commis de la Cour , affocié nouvellement
à l'Académie d'Angers.
Comme il n'eft point de ceux qui s'attribuent
une gloire dont ils font redevables
à leurs fupérieurs , & que fon remerciment
eft dicté par la modeftie , je l'infere
ici pour fervir d'exemple.
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Résumé : « ESSAIS HISTORIQUES SUR PARIS, de M. de Saint-Foix. Seconde partie. 1755. [...] »
Le texte offre une critique élogieuse des 'Essais historiques sur Paris' de M. de Saint-Foix, dont le second volume, publié en 1755, confirme la qualité du premier et suscite l'attente du troisième. L'auteur est félicité pour son style élégant, noble, clair et précis, ainsi que pour sa capacité à instruire tout en amusant. Sa plume est souvent associée aux Grâces. Le passage sur les Templiers est particulièrement apprécié, et l'auteur est décrit comme réunissant toutes les qualités d'un bon historien, combinant amour de la vérité, courage et talent. Le texte mentionne plusieurs exemples tirés de l'ouvrage, tels que l'anecdote du Cardinal de Lorraine sous le règne de François II et la comparaison des loyers à Paris entre le règne de François I et le XVIIIe siècle. L'exactitude et la bonne foi de l'auteur sont soulignées, ainsi que sa capacité à citer ses sources et à éviter le plagiat. Le volume se termine par des dissertations sur divers sujets historiques, comme les Gaulois, les Francs, et des figures historiques telles que Catherine de Médicis et les médecins. Le texte mentionne également d'autres publications, comme une nouvelle édition des 'Fables de La Fontaine' et diverses œuvres historiques et littéraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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185
p. 89-90
LETTRE de remerciment au Secrétaire de l'Académie d'Angers, par M. ***
Début :
MONSIEUR, Lorsque j'eus l'honneur de vous supplier ici [...]
Mots clefs :
Académie d'Angers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de remerciment au Secrétaire de l'Académie d'Angers, par M. ***
LETTRE de remerciment au Secrétaire de
l'Académie d'Angers , par M. ***
MONSIEUR ,
Lorfque j'eus l'honneur de vous fupplier
ici de vouloir bien me faire part des
opérations de l'Académie d'Angers , je demandois
uniquement d'être éclairé , & je
n'ofois afpirer à la gloire d'y être affocié.
Celle que j'ai d'être des Académies de
Rouen , de Montauban & d'Amiens , ne
devoit pas déterminer Meffieurs les Académiciens
d'Angers en ma faveur , puifque
dans ces trois Académies je ne fuis
connu que comme amateur des Belles - Lettres
, des Sciences & des Beaux- Arts . Ce
n'eft donc , Monfieur , que l'éloge que vous
avez bien voulu faire de moi qui m'a valu
l'avantage de cette affociation . Je devrois
en ce cas prendre le ton & le langage de
la reconnoiffance ; mais je vous prie d'obferver
que les faveurs les plus diftinguées
font prefque toujours les plus grands ingrats.
J'ofe donc vous reprocher d'avoir
dit trop de bien de moi , & de m'avoir humilié
en voulant trop m'élever ; car je me
rends juftice , je fens que je n'ai pas tout
le mérite néceffaire pour être admis dans
une Académie auffi fçavante que celle
go MERCURE DE FRANCE .
d'Angers. Les Académies qui ont bien
voulu m'adopter , ont eu des raifons qui
m'honorent beaucoup , mais qui ne flattent
pas affez mon amour propre . Il est fort
trifte d'occuper des places auffi honorables
, & de n'avoir pas le tems de montrer
à fes illuftres confreres que que l'on peut mériter
par quelque endroit l'honneur d'être
affis , ou d'être en relation avec eux. Je
vous fupplie de remercier de ma part
tous ces Meffieurs , dont j'ambitionne l'eftime
& l'amitié. Je ferois bien glorieux fi
je pouvois acquerir ces fentimens de leur
part , & je ne puis cependant y parvenir
qu'en prouvant par quelque ouvrage que
je n'en fuis pas tout- à- fait indigne ; mais les
opérations de nos bureaux font fi fréquentes
& fi rapides , que nous ne pouvons
connoître d'autre Académie que celle qui
fe tient dans le cabinet de notre Miniftre ,
qui juge , qui apprécie nos ouvrages , &
qu'il n'approuve qu'autant qu'ils font conformes
aux volontés du Roi , dont il ſçait
clairement nous annoncer les oracles , &
qu'il dicte très -fouvent lui -même. Nous ne
brillons que par les lumieres de nos fupérieurs
; mais je ferois bien flatté d'être à
portée de profiter de celles de l'Académie
où je pourrois être éclairé dans les Arts ,
dans les Sciences & dans les Belles Lettres
l'Académie d'Angers , par M. ***
MONSIEUR ,
Lorfque j'eus l'honneur de vous fupplier
ici de vouloir bien me faire part des
opérations de l'Académie d'Angers , je demandois
uniquement d'être éclairé , & je
n'ofois afpirer à la gloire d'y être affocié.
Celle que j'ai d'être des Académies de
Rouen , de Montauban & d'Amiens , ne
devoit pas déterminer Meffieurs les Académiciens
d'Angers en ma faveur , puifque
dans ces trois Académies je ne fuis
connu que comme amateur des Belles - Lettres
, des Sciences & des Beaux- Arts . Ce
n'eft donc , Monfieur , que l'éloge que vous
avez bien voulu faire de moi qui m'a valu
l'avantage de cette affociation . Je devrois
en ce cas prendre le ton & le langage de
la reconnoiffance ; mais je vous prie d'obferver
que les faveurs les plus diftinguées
font prefque toujours les plus grands ingrats.
J'ofe donc vous reprocher d'avoir
dit trop de bien de moi , & de m'avoir humilié
en voulant trop m'élever ; car je me
rends juftice , je fens que je n'ai pas tout
le mérite néceffaire pour être admis dans
une Académie auffi fçavante que celle
go MERCURE DE FRANCE .
d'Angers. Les Académies qui ont bien
voulu m'adopter , ont eu des raifons qui
m'honorent beaucoup , mais qui ne flattent
pas affez mon amour propre . Il est fort
trifte d'occuper des places auffi honorables
, & de n'avoir pas le tems de montrer
à fes illuftres confreres que que l'on peut mériter
par quelque endroit l'honneur d'être
affis , ou d'être en relation avec eux. Je
vous fupplie de remercier de ma part
tous ces Meffieurs , dont j'ambitionne l'eftime
& l'amitié. Je ferois bien glorieux fi
je pouvois acquerir ces fentimens de leur
part , & je ne puis cependant y parvenir
qu'en prouvant par quelque ouvrage que
je n'en fuis pas tout- à- fait indigne ; mais les
opérations de nos bureaux font fi fréquentes
& fi rapides , que nous ne pouvons
connoître d'autre Académie que celle qui
fe tient dans le cabinet de notre Miniftre ,
qui juge , qui apprécie nos ouvrages , &
qu'il n'approuve qu'autant qu'ils font conformes
aux volontés du Roi , dont il ſçait
clairement nous annoncer les oracles , &
qu'il dicte très -fouvent lui -même. Nous ne
brillons que par les lumieres de nos fupérieurs
; mais je ferois bien flatté d'être à
portée de profiter de celles de l'Académie
où je pourrois être éclairé dans les Arts ,
dans les Sciences & dans les Belles Lettres
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Résumé : LETTRE de remerciment au Secrétaire de l'Académie d'Angers, par M. ***
La lettre est un remerciement adressé au Secrétaire de l'Académie d'Angers. L'auteur exprime sa gratitude pour avoir été informé de son association à l'Académie, une situation qu'il n'attendait pas. Il mentionne son appartenance aux Académies de Rouen, Montauban et Amiens, où il est reconnu pour son intérêt pour les Belles-Lettres, les Sciences et les Beaux-Arts. L'auteur attribue son admission à l'Académie d'Angers à un éloge qu'il a reçu, tout en reconnaissant humblement ne pas posséder tout le mérite nécessaire pour en faire partie. Il regrette de ne pas avoir le temps de prouver sa valeur à ses confrères. L'auteur demande au Secrétaire de remercier les membres de l'Académie en son nom et espère gagner leur estime et leur amitié par ses œuvres. Il critique également le système académique, soulignant que les académies sont souvent influencées par les volontés du Roi et du Ministre.
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186
p. 55-64
« HISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA QUADRATURE DU CERCLE, ouvrage [...] »
Début :
HISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA QUADRATURE DU CERCLE, ouvrage [...]
Mots clefs :
Géomètres, Cercle, Quadrature, Géométrie, Découvertes, Figure, Exactitude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA QUADRATURE DU CERCLE, ouvrage [...] »
H
ISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA
QUADRATURE DU CERCLE > ouvrage
propre à inftruire des découvertes réelles
fur ce problême célébre , &c. A Paris ,
chez Jombert. 1755.
Il fuffit qu'une queſtion ait de la célébrité
dans une fcience , pour la voir auffitôt
exciter les efforts de ceux qui font les
moins capables de la réfoudre. La quadrature
du cercle , la tranfmutation des
métaux , le mouvement perpétuel , le problême
des longitudes nous en fourniffent
journellement des exemples. Pour un Chymifte
habile que l'efpérance de parvenir
au grand oeuvre a entraîné dans cette recherche
,
, que de gens épuiſent encore leur
fortune & leur fanté à combiner des minéraux
, fans fçavoir la différence dun acide
& d'un alkali ! combien de perfonnes recherchent
les longitudes ou le mouvement
perpétuel , qui ignorent les loix les plus
fimples de la méchanique , les procédés
les plus ordinaires de l'aftronomie & de la
Civ
16 MERCURE DE FRANCE.
navigation ! Mais c'eft fur- tout à l'occafion
de la quadrature du cercle que cette remarque
fe vérifie ; rien n'eft plus ordinaire aujourd'hui
, & rien ne l'a plus été dans tous
les tems que de voir ce problême tenté par
des perfonnes peu verfées dans la Géométrie,
ordinairement même fi étrangeres dans
cette fcience , qu'elles font obligées , par
un retour modefte fur elles - mêmes , de regarder
leur découverte comme une révélation
fpéciale dont la divinité les a favorifées.
Nous fommes cependant fort éloignés
de mettre le problême de la quadrature du
cercle dans le même rang que le mouvement
perpétuel & la pierre philofophale :
ces deux dernieres recherches ne peuvent
Occuper que des gens qui n'ont pas affez
de connoiffances pour voir le chimérique
de leur objet. La quadrature du cercle eft
un problême raisonnable , & qui devoit
naturellement occuper les Géometres. En
effet , l'objet de la Géométrie eft de mefurer
les différentes efpéces d'étendues ou
de figures : quand on dit mefurer , cela doit
s'entendre avec cette précifion qui eft la vérité
même , & par des voies telles que celles
que la Géométrie fe permet , c'est- à - dire
fans tâtonnement , fans méchanifme , &
d'une maniere démonftrative. La quadraAVRIL.
1755. 57
ture du cercle eft la mefure exacte de la
furface renfermée dans cette courbe fi fimple
, & néanmoins fi rebelle à la Geométrie
: on l'appelle la quadrature , parce que
la coutume étant dans toutes les mesures de
rappeller la grandeur mefurée à la figure la
plus fimple, les Géometres ont pris le quarré
pour celle à laquelle ils rappelleroient toutes
les étendues fuperficielles. Ainfi la quadrature
, la meſure d'une furface d'une
figure , font des termes tout-à-fait fynonimes
en Géométrie : de là l'on voit que c'eft
n'avoir aucune idée da problême ni de la
Géométrie , que de donner à ces termes
de la quadrature du cercle le fens qu'y
attache le vulgaire , en s'imaginant qu'il
s'agit de faire un cercle quarré.
De tout tems d'habiles Géometres ont
fait des efforts ou pour mefurer le cercle
avec toute l'exactitude poffible , ou
pour approcher de plus en plus de fa mefure
précife ; & leurs travaux ont fucceffivement
enrichi la Géométrie de belles découvertes
de tout tems auffi des pygmées
en Géométrie ont annoncé avec emphaſe
la découverte de la quadrature du cercle ,
& ont excité la rifée des Géometres intelligens.
Je dois remarquer que les premiers
ontrarement crû avoir touché le but , qu'ils
fe font prefque jamais mépris au point
Cv
18 MERCURE DE FRANCE.
de penfer qu'ils euffent trouvé la folution
parfaite du problème. On peut échouet
fans honte à la recherche d'une queſtion
géométrique , mais on ne peut fans honte
donner des paralogifmes pour de légitimes
démonftrations.
L'objet que s'eft propofé l'auteur de
l'hiftoire que nous annonçons , n'a pas
été de tirer de la pouffiere les méprifables
tentatives que la quadrature du cercle a
excitées ; des paralogifmes qui n'en ont
jamais impofé qu'à leurs auteurs , des prétentions
d'une abfurdité palpable , méritoient
trop peu d'occuper la plume d'un
hiftorien raifonnable. L'auteur a judicieufement
penſé ne devoir préfenter que les
découvertes réelles dont ce problême a été
l'occafion il n'a cependant pas entierement
négligé de faire connoître quelquesuns
de ceux qui ont acquis une malheureufe
célébrité par leurs mauvais raifonnemens
& leur obftination à youloir les faire
adopter. Nous allons donner à préfent une
idée un peu détaillée de ce que contient
cet ouvrage .
Après une préface où l'auteur expofe
quel a été fon objet , quelle utilité peut
réfulter de fon travail , & qui contient
plufieurs chofes inftructives concernant
la quadrature du cercle , & ceux qui s'obfAVRIL.
1755. 59
tinent à la chercher , il entre en matiere .
Le premier chapitre eft occupé à donner
une idée claire de la nature du problême ,
des moyens que la Géométrie permet d'employer
pour le réfoudre ; on y explique les
diverfes manieres de l'envifager , & furtout
l'utilité qu'on doit lui affigner . Nous
ne pouvons nous difpenfer de remarquer
avec l'auteur , que c'est une erreur , & une
erreur qui ne peut être accréditée qu'auprès
de gens entierement deftitués des notions
de la Géométrie & de l'Aftronomie' , que de
penfer que le problême des longitudes dépend
de celui de la quadrature du cercle :
c'en eft encore une que de croire qu'il y
ait des récompenfes à efpérer pour celui
qui réfoudra ce dernier problême. On convient
que la théorie de la Géométrie y gagneroit
une vérité nouvelle , quoique
peut-être fort stérile , mais la pratique
n'en recevroit aucun avantage : car les Géometres
ont des moyens affez fimples d'approcher
de la grandeur du cercle , jufqu'à
une telle exactitude qu'elle furpaffe de
beaucoup nos befoins. Il leur eft facile
d'affigner un nombre qui ne s'écarteroit
que d'un pied , ou d'un pouce , d'une ligne
; que dis- je ! de l'épaiffeur d'un chede
la véritable grandeur d'un cercle
, dont le demi-diametre feroit celui de
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
la terre , & même d'un autre incomparablement
plus grand.
Après ces préliminaires , l'auteur fait l'hiftoire
de ce problême chez les anciens : c'eft
l'objet du fecond chapitre. Cette queftion ',
dit-il , a dû être prefque auffi ancienne
que la Géométrie ; car les premiers Géometres
s'éleverent bientôt au- delà des confidérations
élémentaires des figures rectilignes
, & après ces figures le cercle eft
celle qui fe préfente la prémiere. Auffi
Anaxagore s'en occupa-t- il dans fa prifon ,
& prefque dès le tems de ce Philofophe la
quadrature du cercle étoit devenue célebre
jufques auprès du vulgaire . Nous rencontrons
ici un trait curieux , c'eft qu'Ariftophane
joua les Géométres au fujet de la
quadrature du cercle , dans la perfonne du
célebre Meton , l'inventeur du cycle lunaire.
Ce Poëte l'introduit fur la fcene dans
fa comédie des Oiseaux , & lui fait tenir
des propos impertinens fur la Géométrie
& fur l'Aftronomie. Voulez- vous , dit Meton
à l'autre interlocuteur , qui lui demande
qui il eft & à quoi il eft bon ; voulezvous
, dit - il , que la regle & l'équerre en
main , je vous quare le cercle ? Ce trait peut
encore avoir rapport à la folie fimulée ,
par laquelle un autre Ecrivain nous apprend
que ce Mathématicien fçut s'exempAVRIL.
1755. 61
ter d'aller à la guerre de Sicile .
>
Ces plaifanteries d'Ariftophane n'empêcherent
cependant pas les Géométres , ou
contemporains , ou fucceffeurs de Meton ,
de continuer à s'intéreffer au problême de la
quadrature du cercle . Hippocrate le tenta ,
& en donna même une faufle folution
mais l'auteur de cet ouvrage le juftifie.
Quoiqu'ilen foit, les travaux d'Hippocrate
fur ce fujet font devenus recommendables
chez la postérité géometre par la découverte
incidente de fes lunulles abfolument quarrables.
On appelle ainfi une portion du cercle
en forme de croiffant dont on démontre
très-bien l'égalité avec une figure rectiligne
, quoique le moyen de quarrer le
cercle ait éludé jufqu'ici tous les efforts
de la Géométrie . Plufieurs Géometres modernes
ont amplifié cette invention d'Hippocrate
, ce qu'on trouve fommairement
expliqué dans une note.
Lorfque les Géometres ne peuvent par
venir à la dimenſion préciſe d'une figure
ils fe bornent à en approcher de plus en
plus près. Archimede recourut à cette
voie , & donna , comme tout le monde
fçait , le rapport de fept à vingt - deux
pour la raifon approchée du diametre à la
circonférence. On remarque ici quelques
fineſſes particulieres dans le calcul d'Ar62
MERCURE DE FRANCE.
chimede , & l'on cite quelques anciens
qui avoient laborieufement encheri fur fon
exactitude. Ce chapitre eft terminé par
quelques réflexions fur les courbes qui
dépendent de la quadrature du cercle ; on
démontre que c'eft en vain qu'on cherchera
par leur moyen la folution de ce problême
.
Le troifieme chapitre eſt deſtiné à faire
connoître les découvertes faites fur la mefure
du cercle , depuis la renaiffance des
fciences en Europe jufques à l'invention
des nouveaux calculs. On voit ici fucceffivement
les approximations de Metius
de Viete , d'Adrianus Romanus , de Ludolph
, les inventions de Snellius & d'Huygens
pour en diminuer le travail , la quadrature
prétendue de Gregoire de Saint-
Vincent , à qui l'on donne une place diftinguée
de celle des autres qui fe font
trompés fur ce fujet , la querelle qu'elle
excita , celle qui s'éleva bientôt après entre
Gregori & M. Huygens fur une démonftration
que le premier propofa pour
établir l'impoffibilité de la quadrature du
cercle , &c.
Le quatrieme paroîtra fans doute trèsintéreffant
aux Géometres , car il contient
les travaux de ceux qui ont employé les
nouvelles méthodes pour parvenir à la foAVRIL.
1755. 63
lution du problême : c'eft même à l'occafion
de cette recherche que plufieurs de
çes méthodes nouvelles ont été imaginées.
L'auteur fait à cette occafion l'hiftoire de
la naiffance du calcul intégral ; on y voit
comment Wallis , le premier , trouva une
fuite infinie de nombres pour exprimer la
grandeur du cercle , que Milord Brouncker
défigna d'une autre façon particuliere ;
mais ceci ne regardoit encore que le cercle
entier , Wallis ne put en faire autant à l'égard
de fes parties quelconques , dont la
mefure eft néceffaire pour la folution parfaite
du problême ; & ce fut en cherchant
à furmonter cet obftacle que le grand Newton
, jeune encore , & depuis peu initié
dans la Géométrie , trouva la théorie des
fuites infinies , le calcul appellé intégral
parmi nous , & plufieurs autres méthodes.
On trouvera ici expofé avec beaucoup de
foin & de clarté les divers dégrés par lefquels
les différentes inventions fe font
développées , & celles qui les ont fuivies ;
ces chofes & une foule d'autres également
intéreffantes , du moins pour les Géometres
, ne font gueres fufceptibles d'extrait ,
ou conviendroient peu à un ouvrage périodique
de la nature de celui- ci ; c'eft pourquoi
nous nous bornons à les avoir indiquées.
64 MERCURE DE FRANCE .
C'auroit été omettre une partie remarquable
de l'hiſtoire de la quadrature du cercle
, que de fupprimer entierement celle de
divers Géometres ou prétendus Géometres,
qui fe font fingularifés par leurs erreurs ou
leurs prétentions abfurdes fur ce fujet . On
en palle en revûe quelques- uns , je dis avec
l'auteur , quelques - uns , car cette matiere
feule fourniroit celle d'un gros volume.
Nous devons approuver fa délicateſſe à ne
pas s'étendre beaucoup fur des objets trop
peu dignes en effet d'occuper les loisirs d'un
Ecrivain fenfé , & trop peu capables d'amufer
les lecteurs raifonnables.L'ouvrage enfin
eft terminé par un dernier chapitre , où l'on
traite hiftoriquement deux autres problêmes
prefque auffi célebres que celui de la
quadrature du cercle , & qui ont été l'occafion
d'autant de méprifes ridicules ou
deshonorantes pour leurs auteurs : ce font
ceux de la trifection de l'angle & de la
duplication du cube. Ce dernier fujet nous
a paru traité avec le même foin , la même
exactitude , & ne peut manquer de plaire
aux Géometres.
ISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA
QUADRATURE DU CERCLE > ouvrage
propre à inftruire des découvertes réelles
fur ce problême célébre , &c. A Paris ,
chez Jombert. 1755.
Il fuffit qu'une queſtion ait de la célébrité
dans une fcience , pour la voir auffitôt
exciter les efforts de ceux qui font les
moins capables de la réfoudre. La quadrature
du cercle , la tranfmutation des
métaux , le mouvement perpétuel , le problême
des longitudes nous en fourniffent
journellement des exemples. Pour un Chymifte
habile que l'efpérance de parvenir
au grand oeuvre a entraîné dans cette recherche
,
, que de gens épuiſent encore leur
fortune & leur fanté à combiner des minéraux
, fans fçavoir la différence dun acide
& d'un alkali ! combien de perfonnes recherchent
les longitudes ou le mouvement
perpétuel , qui ignorent les loix les plus
fimples de la méchanique , les procédés
les plus ordinaires de l'aftronomie & de la
Civ
16 MERCURE DE FRANCE.
navigation ! Mais c'eft fur- tout à l'occafion
de la quadrature du cercle que cette remarque
fe vérifie ; rien n'eft plus ordinaire aujourd'hui
, & rien ne l'a plus été dans tous
les tems que de voir ce problême tenté par
des perfonnes peu verfées dans la Géométrie,
ordinairement même fi étrangeres dans
cette fcience , qu'elles font obligées , par
un retour modefte fur elles - mêmes , de regarder
leur découverte comme une révélation
fpéciale dont la divinité les a favorifées.
Nous fommes cependant fort éloignés
de mettre le problême de la quadrature du
cercle dans le même rang que le mouvement
perpétuel & la pierre philofophale :
ces deux dernieres recherches ne peuvent
Occuper que des gens qui n'ont pas affez
de connoiffances pour voir le chimérique
de leur objet. La quadrature du cercle eft
un problême raisonnable , & qui devoit
naturellement occuper les Géometres. En
effet , l'objet de la Géométrie eft de mefurer
les différentes efpéces d'étendues ou
de figures : quand on dit mefurer , cela doit
s'entendre avec cette précifion qui eft la vérité
même , & par des voies telles que celles
que la Géométrie fe permet , c'est- à - dire
fans tâtonnement , fans méchanifme , &
d'une maniere démonftrative. La quadraAVRIL.
1755. 57
ture du cercle eft la mefure exacte de la
furface renfermée dans cette courbe fi fimple
, & néanmoins fi rebelle à la Geométrie
: on l'appelle la quadrature , parce que
la coutume étant dans toutes les mesures de
rappeller la grandeur mefurée à la figure la
plus fimple, les Géometres ont pris le quarré
pour celle à laquelle ils rappelleroient toutes
les étendues fuperficielles. Ainfi la quadrature
, la meſure d'une furface d'une
figure , font des termes tout-à-fait fynonimes
en Géométrie : de là l'on voit que c'eft
n'avoir aucune idée da problême ni de la
Géométrie , que de donner à ces termes
de la quadrature du cercle le fens qu'y
attache le vulgaire , en s'imaginant qu'il
s'agit de faire un cercle quarré.
De tout tems d'habiles Géometres ont
fait des efforts ou pour mefurer le cercle
avec toute l'exactitude poffible , ou
pour approcher de plus en plus de fa mefure
précife ; & leurs travaux ont fucceffivement
enrichi la Géométrie de belles découvertes
de tout tems auffi des pygmées
en Géométrie ont annoncé avec emphaſe
la découverte de la quadrature du cercle ,
& ont excité la rifée des Géometres intelligens.
Je dois remarquer que les premiers
ontrarement crû avoir touché le but , qu'ils
fe font prefque jamais mépris au point
Cv
18 MERCURE DE FRANCE.
de penfer qu'ils euffent trouvé la folution
parfaite du problème. On peut échouet
fans honte à la recherche d'une queſtion
géométrique , mais on ne peut fans honte
donner des paralogifmes pour de légitimes
démonftrations.
L'objet que s'eft propofé l'auteur de
l'hiftoire que nous annonçons , n'a pas
été de tirer de la pouffiere les méprifables
tentatives que la quadrature du cercle a
excitées ; des paralogifmes qui n'en ont
jamais impofé qu'à leurs auteurs , des prétentions
d'une abfurdité palpable , méritoient
trop peu d'occuper la plume d'un
hiftorien raifonnable. L'auteur a judicieufement
penſé ne devoir préfenter que les
découvertes réelles dont ce problême a été
l'occafion il n'a cependant pas entierement
négligé de faire connoître quelquesuns
de ceux qui ont acquis une malheureufe
célébrité par leurs mauvais raifonnemens
& leur obftination à youloir les faire
adopter. Nous allons donner à préfent une
idée un peu détaillée de ce que contient
cet ouvrage .
Après une préface où l'auteur expofe
quel a été fon objet , quelle utilité peut
réfulter de fon travail , & qui contient
plufieurs chofes inftructives concernant
la quadrature du cercle , & ceux qui s'obfAVRIL.
1755. 59
tinent à la chercher , il entre en matiere .
Le premier chapitre eft occupé à donner
une idée claire de la nature du problême ,
des moyens que la Géométrie permet d'employer
pour le réfoudre ; on y explique les
diverfes manieres de l'envifager , & furtout
l'utilité qu'on doit lui affigner . Nous
ne pouvons nous difpenfer de remarquer
avec l'auteur , que c'est une erreur , & une
erreur qui ne peut être accréditée qu'auprès
de gens entierement deftitués des notions
de la Géométrie & de l'Aftronomie' , que de
penfer que le problême des longitudes dépend
de celui de la quadrature du cercle :
c'en eft encore une que de croire qu'il y
ait des récompenfes à efpérer pour celui
qui réfoudra ce dernier problême. On convient
que la théorie de la Géométrie y gagneroit
une vérité nouvelle , quoique
peut-être fort stérile , mais la pratique
n'en recevroit aucun avantage : car les Géometres
ont des moyens affez fimples d'approcher
de la grandeur du cercle , jufqu'à
une telle exactitude qu'elle furpaffe de
beaucoup nos befoins. Il leur eft facile
d'affigner un nombre qui ne s'écarteroit
que d'un pied , ou d'un pouce , d'une ligne
; que dis- je ! de l'épaiffeur d'un chede
la véritable grandeur d'un cercle
, dont le demi-diametre feroit celui de
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
la terre , & même d'un autre incomparablement
plus grand.
Après ces préliminaires , l'auteur fait l'hiftoire
de ce problême chez les anciens : c'eft
l'objet du fecond chapitre. Cette queftion ',
dit-il , a dû être prefque auffi ancienne
que la Géométrie ; car les premiers Géometres
s'éleverent bientôt au- delà des confidérations
élémentaires des figures rectilignes
, & après ces figures le cercle eft
celle qui fe préfente la prémiere. Auffi
Anaxagore s'en occupa-t- il dans fa prifon ,
& prefque dès le tems de ce Philofophe la
quadrature du cercle étoit devenue célebre
jufques auprès du vulgaire . Nous rencontrons
ici un trait curieux , c'eft qu'Ariftophane
joua les Géométres au fujet de la
quadrature du cercle , dans la perfonne du
célebre Meton , l'inventeur du cycle lunaire.
Ce Poëte l'introduit fur la fcene dans
fa comédie des Oiseaux , & lui fait tenir
des propos impertinens fur la Géométrie
& fur l'Aftronomie. Voulez- vous , dit Meton
à l'autre interlocuteur , qui lui demande
qui il eft & à quoi il eft bon ; voulezvous
, dit - il , que la regle & l'équerre en
main , je vous quare le cercle ? Ce trait peut
encore avoir rapport à la folie fimulée ,
par laquelle un autre Ecrivain nous apprend
que ce Mathématicien fçut s'exempAVRIL.
1755. 61
ter d'aller à la guerre de Sicile .
>
Ces plaifanteries d'Ariftophane n'empêcherent
cependant pas les Géométres , ou
contemporains , ou fucceffeurs de Meton ,
de continuer à s'intéreffer au problême de la
quadrature du cercle . Hippocrate le tenta ,
& en donna même une faufle folution
mais l'auteur de cet ouvrage le juftifie.
Quoiqu'ilen foit, les travaux d'Hippocrate
fur ce fujet font devenus recommendables
chez la postérité géometre par la découverte
incidente de fes lunulles abfolument quarrables.
On appelle ainfi une portion du cercle
en forme de croiffant dont on démontre
très-bien l'égalité avec une figure rectiligne
, quoique le moyen de quarrer le
cercle ait éludé jufqu'ici tous les efforts
de la Géométrie . Plufieurs Géometres modernes
ont amplifié cette invention d'Hippocrate
, ce qu'on trouve fommairement
expliqué dans une note.
Lorfque les Géometres ne peuvent par
venir à la dimenſion préciſe d'une figure
ils fe bornent à en approcher de plus en
plus près. Archimede recourut à cette
voie , & donna , comme tout le monde
fçait , le rapport de fept à vingt - deux
pour la raifon approchée du diametre à la
circonférence. On remarque ici quelques
fineſſes particulieres dans le calcul d'Ar62
MERCURE DE FRANCE.
chimede , & l'on cite quelques anciens
qui avoient laborieufement encheri fur fon
exactitude. Ce chapitre eft terminé par
quelques réflexions fur les courbes qui
dépendent de la quadrature du cercle ; on
démontre que c'eft en vain qu'on cherchera
par leur moyen la folution de ce problême
.
Le troifieme chapitre eſt deſtiné à faire
connoître les découvertes faites fur la mefure
du cercle , depuis la renaiffance des
fciences en Europe jufques à l'invention
des nouveaux calculs. On voit ici fucceffivement
les approximations de Metius
de Viete , d'Adrianus Romanus , de Ludolph
, les inventions de Snellius & d'Huygens
pour en diminuer le travail , la quadrature
prétendue de Gregoire de Saint-
Vincent , à qui l'on donne une place diftinguée
de celle des autres qui fe font
trompés fur ce fujet , la querelle qu'elle
excita , celle qui s'éleva bientôt après entre
Gregori & M. Huygens fur une démonftration
que le premier propofa pour
établir l'impoffibilité de la quadrature du
cercle , &c.
Le quatrieme paroîtra fans doute trèsintéreffant
aux Géometres , car il contient
les travaux de ceux qui ont employé les
nouvelles méthodes pour parvenir à la foAVRIL.
1755. 63
lution du problême : c'eft même à l'occafion
de cette recherche que plufieurs de
çes méthodes nouvelles ont été imaginées.
L'auteur fait à cette occafion l'hiftoire de
la naiffance du calcul intégral ; on y voit
comment Wallis , le premier , trouva une
fuite infinie de nombres pour exprimer la
grandeur du cercle , que Milord Brouncker
défigna d'une autre façon particuliere ;
mais ceci ne regardoit encore que le cercle
entier , Wallis ne put en faire autant à l'égard
de fes parties quelconques , dont la
mefure eft néceffaire pour la folution parfaite
du problême ; & ce fut en cherchant
à furmonter cet obftacle que le grand Newton
, jeune encore , & depuis peu initié
dans la Géométrie , trouva la théorie des
fuites infinies , le calcul appellé intégral
parmi nous , & plufieurs autres méthodes.
On trouvera ici expofé avec beaucoup de
foin & de clarté les divers dégrés par lefquels
les différentes inventions fe font
développées , & celles qui les ont fuivies ;
ces chofes & une foule d'autres également
intéreffantes , du moins pour les Géometres
, ne font gueres fufceptibles d'extrait ,
ou conviendroient peu à un ouvrage périodique
de la nature de celui- ci ; c'eft pourquoi
nous nous bornons à les avoir indiquées.
64 MERCURE DE FRANCE .
C'auroit été omettre une partie remarquable
de l'hiſtoire de la quadrature du cercle
, que de fupprimer entierement celle de
divers Géometres ou prétendus Géometres,
qui fe font fingularifés par leurs erreurs ou
leurs prétentions abfurdes fur ce fujet . On
en palle en revûe quelques- uns , je dis avec
l'auteur , quelques - uns , car cette matiere
feule fourniroit celle d'un gros volume.
Nous devons approuver fa délicateſſe à ne
pas s'étendre beaucoup fur des objets trop
peu dignes en effet d'occuper les loisirs d'un
Ecrivain fenfé , & trop peu capables d'amufer
les lecteurs raifonnables.L'ouvrage enfin
eft terminé par un dernier chapitre , où l'on
traite hiftoriquement deux autres problêmes
prefque auffi célebres que celui de la
quadrature du cercle , & qui ont été l'occafion
d'autant de méprifes ridicules ou
deshonorantes pour leurs auteurs : ce font
ceux de la trifection de l'angle & de la
duplication du cube. Ce dernier fujet nous
a paru traité avec le même foin , la même
exactitude , & ne peut manquer de plaire
aux Géometres.
Fermer
Résumé : « HISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA QUADRATURE DU CERCLE, ouvrage [...] »
Le texte aborde l'histoire des recherches sur la quadrature du cercle, un problème géométrique célèbre. Il souligne que des questions célèbres, telles que la quadrature du cercle, la transmutation des métaux, le mouvement perpétuel et le problème des longitudes, attirent souvent des tentatives de résolution par des personnes peu compétentes. La quadrature du cercle consiste à mesurer exactement la surface d'un cercle en la rapportant à un carré, ce qui est un problème légitime en géométrie. Le texte distingue la quadrature du cercle des recherches chimériques comme le mouvement perpétuel ou la pierre philosophale. Il explique que la géométrie vise à mesurer les figures de manière précise et démonstrative, sans tâtonnement ni mécanisme. Des géomètres compétents ont travaillé sur ce problème, enrichissant la géométrie de découvertes, tandis que d'autres, moins compétents, ont annoncé faussement avoir résolu le problème. L'ouvrage mentionné se concentre sur les découvertes réelles liées à la quadrature du cercle, tout en mentionnant quelques erreurs notables. Il commence par une préface expliquant l'objet et l'utilité du travail, suivi de chapitres détaillant la nature du problème, les efforts des anciens géomètres comme Anaxagore et Hippocrate, et les travaux modernes depuis la renaissance des sciences en Europe. Le texte mentionne également les contributions d'Archimède, Metius, Vieta, Ludolph, Snellius, Huygens, et d'autres, ainsi que les nouvelles méthodes comme le calcul intégral développé par Newton. Enfin, l'ouvrage traite brièvement des erreurs et prétentions absurdes de certains prétendus géomètres, et aborde d'autres problèmes célèbres comme la trisection de l'angle et la duplication du cube.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
187
p. 64-79
« LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...] »
Début :
LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...]
Mots clefs :
Genre, Poème, Genre nouveau, Serin, Amour, Auteur, Gloire, Époux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...] »
LE SERIN DE CANARIE , Poëme ;
ouvrage dans un genre nouveau pour la
Poësie françoife , qui , à l'aide de quelques
notes , forme un traité complet & très- fûr
AVRIL. 1755. 65
pour élever les ferins . A Londres , 1755.
Cet effai m'a paru mériter l'approbation
du public , par le fond qui eft agréable , &
par la forme qui he l'eft pas moins . Il me
femble que l'auteur qui a la modeftie de ne
pas fe nommer , a bien faifi le ton de verfification
convenable au genre de poëme
qu'il a entrepris ; c'eft cette élégante fimplicité
fi propre à peindre les petites chofes
, & qui feule à l'art de les ennoblir :
les anciens y excelloient ; il les a pris pour
modeles , & je trouve qu'il y a fouvent
réuffi . Pour juftifier mon fentiment , je vais
citer quelques endroits de fon poëme : je
commence par fon début .
a
Toi , dont les doux accens divertiffent ma Muſe ,
Dont l'organe enchanteur & l'infpire & l'amufe ,
Et qui montes ma lyre au fon de tes concerts ,
C'eſt toi , charmant ferin , que célébrent mes vers.
Mufe , chante avec moi fon port plein de nobleffe
,
Son air plein de candeur & mêlé de fineffe ,
Le doux feu de fes yeux ennemis du fommeil ,
Son plumage ſemblable au plus brillant vermeil ;
L'éclat de la blancheur à propos ménagée ,
Ses pannaches pompeux , fa taille dégagée :
Peux-tu trouver ailleurs un plus charmant plaifir
Mais fur toute l'efpéce , égayant ton loiſir ,
Apprens-moi le fecret d'étendre leur lignage ;
66 MERCURE DE FRANCE.
Enſeignes comment l'art embellit leur ramage ,
Comment leurs petits jeux peuvent dédommager
La main qui tous les jours leur préfente à manger ;
Et dans les tems obfcurs portant un oeil critique ,
Chante leur origine auffi noble qu'antique.
Voilà le plan de l'ouvrage heureusement
détaillé.
L'auteur fait ainfi l'éloge du mâle , qui
ne tourne pas à la gloire du beau fexe.
C'eſt du mâle fur-tout que l'humeur eft aimable.
Son épouſe fantafque & fouvent intraitable ,
Dans les mornes accès d'un bizarre courroux ,
Eteindroit les ardeurs d'un moins fidèle époux.
Tel que bien des maris , commodes par prudence ,
Il ronge fes chagrins dans un fage filence ;
Mais ce trouble finit quand les feux du printems
Excitent dans leur fein des tranfports plus conftans.
Ainfipour tous les coeurs engagés dans les chafnes
,
L'amour a fes plaiſirs , & l'amour a fes peines.
La femelle parmi les ferins commande
en reine , & l'époux eft chargé du ſoin de
tous les détails.
Les travaux affidus , les foucis du ménage ,
Suivent des premiers feux le leger badinage.
AVRI L.'
1755. 67
On pense à l'avenir , on prépare , on conftruit
L'aire où d'un chafte amour on doit loger le fruit.
De l'époux complaifant , l'épouſe induſtrieuſe ,
Habile à prévenir la voix impérieuſe
Qui lui marque le tems de décharger fon fein ,
D'une maiſon commode ordonne le deffein ;
Et fans bruit enfoncée au milieu du feuillage
D'un if propre à fixer une tête volage ,
Ou dans l'étroit contour du plus petit panier ,
Tranquille , & l'air rêveur , médite fur l'ofier.
Le mari travaille pendant ce tems là .
Il tranfporte , il fournit ; fa compagne y préſide ,
Et fuivant les confeils de l'inſtinct qui la guide
Les racines , la mouffe entourent la maiſon
Et l'on met au- dedans le duvet à foifon.
a
>
Mais jamais cette ardeur n'enfante le defordre.
S'ils s'entr'aident plufieurs , feule elle donne l'or
dre ....
L'un choifit le duvet , l'autre du coton fec ,
L'on donne , l'on reçoit : ainfi de bec en bec
Tout paffe au lieu marqué par l'inſtinct unanime ;
Le mur croît , l'oeuvre monte , & parvient à la
cime.
Tel que des ouvriers , par étage rangés ,
Entre deux longs fapins , en dégré , partagés ,
Reçoivent à leurs pieds ; élevent à leur tête
68 MERCURE DE FRANCE.
La pierre , le ciment qui montent juſqu'au faîte :
Tels nos ferins unis dès l'heure du réveil ,
Confomment leurs travaux fous le même foleil
A moins qu'un feu jaloux , enfanglantant la ferre ,
Ne porte dans l'état les horreurs de la guerre..
Le Poëte prudent nous avertit de ne pas
unir trop tôt les jeunes ferins. Ces mariages
précoces font , dit-il, funeftes , fur- tout
à la femelle. Il nous en apporte un exemple
tragique en vers touchans , par lefquels
je finirai ce précis.
Jonquille , encor trop jeune , époufe , & bientôt
mere ,
Victime de tendreffe , épuife en fon réduit
Un refte de chaleur , pour animer fon fruit.
Cinq citoyens nouveaux , donnés à la voliere , `
N'ont pas ouvert encor les yeux à la lumiere ,
Que dans fon fein flétri s'amortit la chaleur.
Ses petits languiffans augmentent fa douleur :
Elle çéde à fon mal ; tremblante , elle foupire ,
Palpite , ouvre le bec , ferme les yeux , expire ;
Et fous elle , glacés par le froid de la mort
Ses petits en un jour ont tous le même fort.
>
CONSIDERATIONS SUR LES
REVOLUTIONS DES ARTS , dédiées à Mgr
le Duc d'Orléans , premier Prince du Sang.
AVRIL. 1755. 69
A Paris , chez Brocas , Libraire , rue faint
Jacques , au chef S. Jean . 1755 .
Les principaux objets de ces confidérations
font la liaifon des Empires avec les
arts , & les influences réciproques des uns
& des autres , les caufes qui les ont donnés
à un peuple , & celles qui les lui ont ravis ;
les fources de leur renouvellement chez
quelques-uns , les dégrés où ils ont été
élevés ou abaiffés chez tous ; l'exacte connoiffance
des hommes puiffans qui les ont
protégés ; la jufte eftimation des hommes
de génie qui y ont excellé ; quelques traits
légers propres à caractériſer les hommes
d'efprit qui y ont réuffi ; enfin un examen
rapide de la nature des différens genres de
littérature , un petit nombre d'obfervations
fur les défauts qui pourroient nuire
aux progrès de nos jours , & quelques confeils
pour remédier à ces vices & augmenter
les fuccès. Voilà le précis ou le programme
que M. l'Abbé Mehegan donne luimême
de fon ouvrage dans la préface qu'il
a mis à la tête, je n'ai fait que le tranferire.
L'auteur divife ces confidérations par âge ;
il entend par ce mot une fuite non interrompue
de protecteurs & d'artistes , pendant
laquelle les arts font reftés à peu près
dans le même point. Il me paroît mériter
de la part du public beaucoup d'encoura-
(
70 MERCURE DE FRANCE.
gement. Son imagination pleine de feu
annonce un talent facile , peut - être même
fon plus grand défaut eft un excès en bien.
Il répand l'efprit avec profufion , & je ſuis
perfuadé qu'il plairoit encore davantage
s'il vouloit bien s'épargner la peine d'en
trop avoir.
HISTOIRE DE FRANCE , depuis l'établiffement
de la Monarchie jufqu'au regne de
Louis XIV , par M. l'Abbé Velly . A Paris
, chez Defaint & Saillant , rue S. Jean
de Beauvais , vis-à- vis le Collége. 1755 .
Il faut , dit l'auteur dans fa préface ,
que l'hiftoire écrite pour l'utilité commune
foit en même tems celle du Prince &
de l'Etat , de la politique & de la religion ,
des armes & des fciences , des exploits &
des inventions utiles & agréables , celle
enfin des moeurs & de l'efprit de la nation .
Cette hiſtoire nous manquoit , & nous aurons
l'obligation à M. l'Abbé Velly de
de nous enrichir d'un tréfor fi utile ; fes
deux premiers volumes qui ont déja paru ,
nous en font de fûrs garans . Il a eu l'art
de répandre le jour & l'intérêt fur les premieres
races de nos Rois , qui font la par
tie la plus obfcure & la plus feche de nos
faftes que ne devons - nous pas attendre
de la fuite ?
AVRIL. 1755. 71
LE FINANCIER ; par M. le Chevalier
de Mouhy , de l'Académie des Belles-
Lettres de Dijon , en fix parties. 1755. Se
trouve à Paris , chez Jorry , quai des Auguftins
, près le pont S. Michel , aux Cigognes.
C'eſt un Roman épifodique , dont le financier
, qui en eft le héros , répand fes libéralités
à pleine main fur tous les malheureux
que le hazard lui préfente , &
dont l'auteur raconte l'hiftoire en paffant.
Ce magnanime favori de Plutus va plus
loin ; quand la foule diverfe des indigens
ne s'offre pas à lui dans fon chemin , il
va les déterrer lui-même dans les réduits les
plus obfcurs , & monte jufqu'au cinquieme
étage pour exercer les devoirs de l'humanité
, & pour réparer fur-tout les torts
que la fortune aveugle a fait au mérite
plongé dans la mifere. C'eft un vrai Dom
Quichotte en générofité , ou plutôt le Titus
de la finance : il compte chaque heure
du jour par des bienfaits . Le ciel l'en récompenfe
; car il trouve au milieu de fa
courfe une femme digne de lui , & qui lui
apporte pour dot une beauté égale à fa
naiffance , avec un caractere auffi bienfaifant
que le fien . Tous les pauvres honteux
dont Paris abonde , feroient trop heureux
fi l'exemple de ce couple refpectable fai72
MERCURE DE FRANCE.
foit des imitateurs ; mais je doute qu'il
prenne dans le monde.
VOYAGE PITTORESQUE DES ENVIRONS
DE PARIS , ou Deſcription des maifons
royales , châteaux , & autres lieux de plaifance
fitués à quinze lieues aux environs de
cette, ville . Par M. D *** A Paris , chez
Debure l'aîné, Libraire, quai des Auguftins,
à S. Paul. 1755. Prix 3 livres relié.
Cet ouvrage m'a paru bien fait & bienécrit.
Voici quatre jolis vers , felon moi ,
fur la fontaine d'Hieres , près de Gros- bois.
La nymphe de cette fource les adreſſe à
ceux qui vont la viſiter.
Toujours vive , abondante & pure ,
Un doux penchant regle mon cours ;
Heureux l'ami de la nature
Qui voit ainfi couler les jours.
LES AMANS PHILOSOPHES , ou le Triomphe
de la raifon. A Paris , chez Hochereau
l'aîné , Libraire , quai de Conti , au
Phénix . 1755.
Ce roman eft de Mlle Brohon. Trois
fortes de recommendations parlent pour
elle ; une grande jeuneffe , elle n'a que
dix- huit ans ; une figure charmante , &
une douceur modefte qui prévient d'abord
en
AVRIL.
1755. 7%
.
en fa faveur tous ceux qui la voyent. Le
titre feul de fon ouvrage annonce fa fageffe
, & l'épigraphe dont elle a fait choix ,
Amare & fapere vix diis conceffum ) montre
qu'elle a refléchi de bonne heure , &
qu'elle connoît avant le tems tout le danger
d'une paffion qu'elle eft faite pour
infpirer & pour reffentir.
La demande qu'elle fait au public dans
un court avertiffement , eft fi raifonnable
qu'il ne peut la refufer fans injuftice. Une
critique outrée , dit-elle , abbar le courage ;
une cenfure jufte & menagée eft quelquefois
la mere du fuccès , fur-tout par rapport à
moi , dont le fexe augmente la timidité naturelle
à mon âge. Après une telle repréſentation
, il y auroit de la cruauté à juger
fon livre avec trop de rigueur ; j'en donnerai
l'extrait le mois prochain. Un auteur
fi aimable mérite d'être encouragé.
RECUEIL GÉNÉRAL HISTORIQUE
& critique de tout ce qui a été publié de
plus rare fur la ville d'Herculane , depuis
fa premiere découverte jufqu'à nos jours ,
tiré des auteurs les plus célébres d'Italie ,
tels que Venuti , Mafei , Quirini , Bellegrade
, Gori , & autres . A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques
au Temple du goût. 1755 .
D
74 MERCURE DE FRANCE.
"
Suivant l'avertiffement , on ne trouvera
rien dans cet ouvrage qui n'ait été fidelement
traduit des auteurs cités au titre. Si
l'on eft curieux de lire leurs écrits , on les
trouvera chez Tilliard , Libraire , quai des
Auguftins.
HISTOIRE D'UNE JEUNE FILLE SAUVAGE
trouvée dans les bois à l'âge de dix ans ;
publiée par Madame H.... T. A Paris ,
1755.
M. de la Condamine n'eft point l'auteur
de cette petite brochure , comme le bruit
s'en étoit répandu . Il m'écrit à ce fujet la
-lettre fuivante.
A M.de Boiffy, de l'Académie Françoise.
A Marfeille , le 15 Février 1755-
J'apprends , Monfieur , qu'on m'attribue
une brochure qui paroît à Paris depuis
peu , fous le titre d'Hiftoire d'une jeune fille
Sauvage ( aujourd'hui Mlle le Blanc ) trouvée
dans les bois à l'âge de dix ans . Get
ouvrage eft d'une Dame , veuve , qui demeure
près de Saint Marceau , & qui ayant
connu & pris cette fille en affection depuis
la mort de Mgr le Duc d'Orléans qui la
protégeoit , a pris la peine de rédiger fon
hiftoire , comme il eft dit dans l'ouvrage
C
AVRIL. 1755. 75
Ja
même , fur les queftions qu'elles lui a faites
en diverfes converfations , & à plufieurs
perfonnes qui l'ont connue peu de
tems après fon arrivée en France. Cette
Dame a feulement permis que l'on mît au
titre la premiere lettre de fon nom. Toute
part que j'ai à cette production eft d'avoir
fait quelques changemens au manuf
crit dont j'ai encore l'original , d'en avoir
retranché quelques faits qui n'étoient fondés
que fur des oui- dire , & dénués de vraifemblance
; d'avoir ajouté , à la fin furtout
, quelques conjectures à celles de Madame
H.... fur la maniere dont la jeune
fauvage & fa compagne ont pû fe trouver
tranfportées en France , & d'avoir facilité
l'impreffion de l'ouvrage au profit de la
Demoiſelle Le Blanc , dans la vûe de lui
procurer une fituation plus heureuſe , en
intéreffant à fon fort ceux qui liroient fon
aventure. Je vous prie , Monfieur , de
rendre cette déclaration publique , pour
defabufer ceux qui me feroient honneur
de ce qui ne m'appartient pas. J'ai celui
d'être , & c.
La Condamine.
L'ART DU CHANT , dédié à Madame
de Pompadour; par M. Berard. A Paris ,
-chez Deffaint & Saillant , rue Saint Jean de
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Beauvais ; chez Prault fils , quai de Conti ;
& chez Lambert , à côté de la Comédie
Françoife. 1755.
L'Auteur s'étonne avec raifon qu'on lui
ait laiffé la gloire de traiter le premier de
cet art , fur-tout dans un fiécle où le chant
eſt l'art à la mode , & domine au point
qu'il fait des enthouſiaftes , & forme des
fectes. M. Berard n'a rien épargné pour
s'en inftruire à fond , il ne ſe contente
pas d'en parler en maître de muſique , il
en raiſonne en Phyficien ; il a fait même
exprès un cours d'anatomie pour porter
l'analyfe dans tous les organes de nos fons :
ce font fes propres termes . Pour traiter
l'ouvrage méthodiquement , il le divife en
trois parties ; dans la premiere il confidere
la voix par rapport au chant ; dans
la deuxième il regarde la prononciation &
l'articulation , eu égard au chant ; & dans
la troifiéme il a pour objet la perfection
du chant. J'attendrai que les vrais connoiffeurs
en ce genre ayent prononcé , pour
m'en expliquer plus furement d'après eux ;
je m'étendrai particulierement fur la prononciation
& l'articulation : cette partie
eft un peu plus de ma compétence ; elle
ne fe borne point à la mufique , elle intéreffe
la chaire & le barreau , ainfi que le
théatre ; elle s'étend jufques fur la converAVRIL.
1755. 77
"
fation ; il n'eft prefque point d'état , il
n'eft point d'homme du monde , qui ne
doive ou qui ne veuille en être inſtruit.
M. Berard n'eût- il fait qu'ébaucher la matiere
, le public doit lui être obligé de
l'avoir mife en queftion : le premier qui
parle d'un art a toujours un grand mérite..
OBSERVATIONS SUR LE THEATRE , dans :
lefquelles on examine avec impartialité
l'état actuel des Spectacles de Paris ; par
M. de Chevrier. A Paris , chez Debure le
jeune , quai des Auguftins , à l'image S.
Germain . 1755.
Souvent l'auteur obſerve très - bien , mais
quelquefois il eft mal informé. Par exemple
, j'ouvre fa brochure , je tombe fur un
endroit qui regarde Dancourt , & j'y lis
ces mots Dancourt a joui des plus grands
fuccès ; ramené tous les jours fur la fcene , on
l'applaudit encore : ni fes comtemporains , ni
nos fâcheux n'ont écrit contre lui. Il me permettra
de lui dire que jamais auteur dramatique
n'a été de fon vivant plus traverfé
que Dancourt. Si l'on n'a pas écrit
contre lui , c'eft moins par eftime que par
un, fentiment contraire. Ses piéces étoient
non- feulement décriées par fes camarades ,
qui les jouoient à regret , mais encore
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
méprifées du public , même en réuffiffant ;
on les mettoit alors au - deffous de leur prix ,
on les défignoit par le titre peu flateur
de Dancourades. Quoiqu'on les revoye
aujourd'hui volontiers , on les apprécie à
peu près ce qu'elles valent : on convient
affez généralement que les Bourgeoifes à la
mode , les Bourgeoifes de qualité , & le
Chevalier à la mode , font les feules qui
méritent le nom de Comédie ; les autres ne
font que des farces bien dialoguées , qui fe
reffemblent prefque toutes ; on les reconnoît
à l'indécence , c'eſt leur air de famille.
Je remercie M. de Chevrier du bien
qu'il dit de moi , mais je fuis moins allarmé
que lui des décifions tranchantes de
M. R...... Il n'appartient ni à lui , ni
à aucun particulier de regler le rang des
auteurs ; le public a lui feul ce droit : ils
doivent s'en repofer fur,fes lumieres &
fur fon équité. Il met , quoique fouvent
un peu tard , chacun à fa place. Je confeille
, en qualité d'ancien , à M. de Chevrier
& à mes autres jeunes confreres ,
d'employer plutôt leur loifir à faire des
piéces pour le théatre , qui en a beſoin ,
que des obfervations dont Paris n'a que
faire ; il n'eft que trop éclairé fur les fpectacles
, & trop initié dans nos myfteres.
Pour fon amufement & pour leur gloire ,
AVRIL. 11755 79
qu'ils étudient fon goût pour le faifir , &,
s'ils fe difputent entr'eux , que ce foit de
talent & d'envie de lui plaire.
PINOLET , ou l'Aveugle parvenu , hif
toire véritable compofée fur les faits fournis
par Pinolet lui -même , actuellement
exiftant à Paris ; en quatre parties . 1755 .
Cetet ouvrage eft d'un genre qui me dif-,
penſe d'en faire l'extrait.
ÉLÉMENS DE CHYMIE , par Herman
Boerhaave , traduit du latin , en fix volumes
in- 12 . A Paris , chez Briaffon , rue
Saint Jacques ; & chez Guillyn , quai des
Auguftins .
C'eſt un vrai préfent que le Traducteur
nous a fait. Dire que Boerhaave en eft
l'auteur , peut-on faire un plus grand éloge
de l'ouvrage ?
On trouve auffi chez Briaffon la Ma
tiere Médicale , traduite du Latin de Cartheufer
, augmentée d'une table raiſonnée,
& d'une introduction ; quatre volumes
in-1 2. ainfi que la fuite des Conſultations
de médecine , traduites du latin de M.
Hoffman : elle contient quatre volumes in-
12. les 5 , 6 , 7 & 8.
ouvrage dans un genre nouveau pour la
Poësie françoife , qui , à l'aide de quelques
notes , forme un traité complet & très- fûr
AVRIL. 1755. 65
pour élever les ferins . A Londres , 1755.
Cet effai m'a paru mériter l'approbation
du public , par le fond qui eft agréable , &
par la forme qui he l'eft pas moins . Il me
femble que l'auteur qui a la modeftie de ne
pas fe nommer , a bien faifi le ton de verfification
convenable au genre de poëme
qu'il a entrepris ; c'eft cette élégante fimplicité
fi propre à peindre les petites chofes
, & qui feule à l'art de les ennoblir :
les anciens y excelloient ; il les a pris pour
modeles , & je trouve qu'il y a fouvent
réuffi . Pour juftifier mon fentiment , je vais
citer quelques endroits de fon poëme : je
commence par fon début .
a
Toi , dont les doux accens divertiffent ma Muſe ,
Dont l'organe enchanteur & l'infpire & l'amufe ,
Et qui montes ma lyre au fon de tes concerts ,
C'eſt toi , charmant ferin , que célébrent mes vers.
Mufe , chante avec moi fon port plein de nobleffe
,
Son air plein de candeur & mêlé de fineffe ,
Le doux feu de fes yeux ennemis du fommeil ,
Son plumage ſemblable au plus brillant vermeil ;
L'éclat de la blancheur à propos ménagée ,
Ses pannaches pompeux , fa taille dégagée :
Peux-tu trouver ailleurs un plus charmant plaifir
Mais fur toute l'efpéce , égayant ton loiſir ,
Apprens-moi le fecret d'étendre leur lignage ;
66 MERCURE DE FRANCE.
Enſeignes comment l'art embellit leur ramage ,
Comment leurs petits jeux peuvent dédommager
La main qui tous les jours leur préfente à manger ;
Et dans les tems obfcurs portant un oeil critique ,
Chante leur origine auffi noble qu'antique.
Voilà le plan de l'ouvrage heureusement
détaillé.
L'auteur fait ainfi l'éloge du mâle , qui
ne tourne pas à la gloire du beau fexe.
C'eſt du mâle fur-tout que l'humeur eft aimable.
Son épouſe fantafque & fouvent intraitable ,
Dans les mornes accès d'un bizarre courroux ,
Eteindroit les ardeurs d'un moins fidèle époux.
Tel que bien des maris , commodes par prudence ,
Il ronge fes chagrins dans un fage filence ;
Mais ce trouble finit quand les feux du printems
Excitent dans leur fein des tranfports plus conftans.
Ainfipour tous les coeurs engagés dans les chafnes
,
L'amour a fes plaiſirs , & l'amour a fes peines.
La femelle parmi les ferins commande
en reine , & l'époux eft chargé du ſoin de
tous les détails.
Les travaux affidus , les foucis du ménage ,
Suivent des premiers feux le leger badinage.
AVRI L.'
1755. 67
On pense à l'avenir , on prépare , on conftruit
L'aire où d'un chafte amour on doit loger le fruit.
De l'époux complaifant , l'épouſe induſtrieuſe ,
Habile à prévenir la voix impérieuſe
Qui lui marque le tems de décharger fon fein ,
D'une maiſon commode ordonne le deffein ;
Et fans bruit enfoncée au milieu du feuillage
D'un if propre à fixer une tête volage ,
Ou dans l'étroit contour du plus petit panier ,
Tranquille , & l'air rêveur , médite fur l'ofier.
Le mari travaille pendant ce tems là .
Il tranfporte , il fournit ; fa compagne y préſide ,
Et fuivant les confeils de l'inſtinct qui la guide
Les racines , la mouffe entourent la maiſon
Et l'on met au- dedans le duvet à foifon.
a
>
Mais jamais cette ardeur n'enfante le defordre.
S'ils s'entr'aident plufieurs , feule elle donne l'or
dre ....
L'un choifit le duvet , l'autre du coton fec ,
L'on donne , l'on reçoit : ainfi de bec en bec
Tout paffe au lieu marqué par l'inſtinct unanime ;
Le mur croît , l'oeuvre monte , & parvient à la
cime.
Tel que des ouvriers , par étage rangés ,
Entre deux longs fapins , en dégré , partagés ,
Reçoivent à leurs pieds ; élevent à leur tête
68 MERCURE DE FRANCE.
La pierre , le ciment qui montent juſqu'au faîte :
Tels nos ferins unis dès l'heure du réveil ,
Confomment leurs travaux fous le même foleil
A moins qu'un feu jaloux , enfanglantant la ferre ,
Ne porte dans l'état les horreurs de la guerre..
Le Poëte prudent nous avertit de ne pas
unir trop tôt les jeunes ferins. Ces mariages
précoces font , dit-il, funeftes , fur- tout
à la femelle. Il nous en apporte un exemple
tragique en vers touchans , par lefquels
je finirai ce précis.
Jonquille , encor trop jeune , époufe , & bientôt
mere ,
Victime de tendreffe , épuife en fon réduit
Un refte de chaleur , pour animer fon fruit.
Cinq citoyens nouveaux , donnés à la voliere , `
N'ont pas ouvert encor les yeux à la lumiere ,
Que dans fon fein flétri s'amortit la chaleur.
Ses petits languiffans augmentent fa douleur :
Elle çéde à fon mal ; tremblante , elle foupire ,
Palpite , ouvre le bec , ferme les yeux , expire ;
Et fous elle , glacés par le froid de la mort
Ses petits en un jour ont tous le même fort.
>
CONSIDERATIONS SUR LES
REVOLUTIONS DES ARTS , dédiées à Mgr
le Duc d'Orléans , premier Prince du Sang.
AVRIL. 1755. 69
A Paris , chez Brocas , Libraire , rue faint
Jacques , au chef S. Jean . 1755 .
Les principaux objets de ces confidérations
font la liaifon des Empires avec les
arts , & les influences réciproques des uns
& des autres , les caufes qui les ont donnés
à un peuple , & celles qui les lui ont ravis ;
les fources de leur renouvellement chez
quelques-uns , les dégrés où ils ont été
élevés ou abaiffés chez tous ; l'exacte connoiffance
des hommes puiffans qui les ont
protégés ; la jufte eftimation des hommes
de génie qui y ont excellé ; quelques traits
légers propres à caractériſer les hommes
d'efprit qui y ont réuffi ; enfin un examen
rapide de la nature des différens genres de
littérature , un petit nombre d'obfervations
fur les défauts qui pourroient nuire
aux progrès de nos jours , & quelques confeils
pour remédier à ces vices & augmenter
les fuccès. Voilà le précis ou le programme
que M. l'Abbé Mehegan donne luimême
de fon ouvrage dans la préface qu'il
a mis à la tête, je n'ai fait que le tranferire.
L'auteur divife ces confidérations par âge ;
il entend par ce mot une fuite non interrompue
de protecteurs & d'artistes , pendant
laquelle les arts font reftés à peu près
dans le même point. Il me paroît mériter
de la part du public beaucoup d'encoura-
(
70 MERCURE DE FRANCE.
gement. Son imagination pleine de feu
annonce un talent facile , peut - être même
fon plus grand défaut eft un excès en bien.
Il répand l'efprit avec profufion , & je ſuis
perfuadé qu'il plairoit encore davantage
s'il vouloit bien s'épargner la peine d'en
trop avoir.
HISTOIRE DE FRANCE , depuis l'établiffement
de la Monarchie jufqu'au regne de
Louis XIV , par M. l'Abbé Velly . A Paris
, chez Defaint & Saillant , rue S. Jean
de Beauvais , vis-à- vis le Collége. 1755 .
Il faut , dit l'auteur dans fa préface ,
que l'hiftoire écrite pour l'utilité commune
foit en même tems celle du Prince &
de l'Etat , de la politique & de la religion ,
des armes & des fciences , des exploits &
des inventions utiles & agréables , celle
enfin des moeurs & de l'efprit de la nation .
Cette hiſtoire nous manquoit , & nous aurons
l'obligation à M. l'Abbé Velly de
de nous enrichir d'un tréfor fi utile ; fes
deux premiers volumes qui ont déja paru ,
nous en font de fûrs garans . Il a eu l'art
de répandre le jour & l'intérêt fur les premieres
races de nos Rois , qui font la par
tie la plus obfcure & la plus feche de nos
faftes que ne devons - nous pas attendre
de la fuite ?
AVRIL. 1755. 71
LE FINANCIER ; par M. le Chevalier
de Mouhy , de l'Académie des Belles-
Lettres de Dijon , en fix parties. 1755. Se
trouve à Paris , chez Jorry , quai des Auguftins
, près le pont S. Michel , aux Cigognes.
C'eſt un Roman épifodique , dont le financier
, qui en eft le héros , répand fes libéralités
à pleine main fur tous les malheureux
que le hazard lui préfente , &
dont l'auteur raconte l'hiftoire en paffant.
Ce magnanime favori de Plutus va plus
loin ; quand la foule diverfe des indigens
ne s'offre pas à lui dans fon chemin , il
va les déterrer lui-même dans les réduits les
plus obfcurs , & monte jufqu'au cinquieme
étage pour exercer les devoirs de l'humanité
, & pour réparer fur-tout les torts
que la fortune aveugle a fait au mérite
plongé dans la mifere. C'eft un vrai Dom
Quichotte en générofité , ou plutôt le Titus
de la finance : il compte chaque heure
du jour par des bienfaits . Le ciel l'en récompenfe
; car il trouve au milieu de fa
courfe une femme digne de lui , & qui lui
apporte pour dot une beauté égale à fa
naiffance , avec un caractere auffi bienfaifant
que le fien . Tous les pauvres honteux
dont Paris abonde , feroient trop heureux
fi l'exemple de ce couple refpectable fai72
MERCURE DE FRANCE.
foit des imitateurs ; mais je doute qu'il
prenne dans le monde.
VOYAGE PITTORESQUE DES ENVIRONS
DE PARIS , ou Deſcription des maifons
royales , châteaux , & autres lieux de plaifance
fitués à quinze lieues aux environs de
cette, ville . Par M. D *** A Paris , chez
Debure l'aîné, Libraire, quai des Auguftins,
à S. Paul. 1755. Prix 3 livres relié.
Cet ouvrage m'a paru bien fait & bienécrit.
Voici quatre jolis vers , felon moi ,
fur la fontaine d'Hieres , près de Gros- bois.
La nymphe de cette fource les adreſſe à
ceux qui vont la viſiter.
Toujours vive , abondante & pure ,
Un doux penchant regle mon cours ;
Heureux l'ami de la nature
Qui voit ainfi couler les jours.
LES AMANS PHILOSOPHES , ou le Triomphe
de la raifon. A Paris , chez Hochereau
l'aîné , Libraire , quai de Conti , au
Phénix . 1755.
Ce roman eft de Mlle Brohon. Trois
fortes de recommendations parlent pour
elle ; une grande jeuneffe , elle n'a que
dix- huit ans ; une figure charmante , &
une douceur modefte qui prévient d'abord
en
AVRIL.
1755. 7%
.
en fa faveur tous ceux qui la voyent. Le
titre feul de fon ouvrage annonce fa fageffe
, & l'épigraphe dont elle a fait choix ,
Amare & fapere vix diis conceffum ) montre
qu'elle a refléchi de bonne heure , &
qu'elle connoît avant le tems tout le danger
d'une paffion qu'elle eft faite pour
infpirer & pour reffentir.
La demande qu'elle fait au public dans
un court avertiffement , eft fi raifonnable
qu'il ne peut la refufer fans injuftice. Une
critique outrée , dit-elle , abbar le courage ;
une cenfure jufte & menagée eft quelquefois
la mere du fuccès , fur-tout par rapport à
moi , dont le fexe augmente la timidité naturelle
à mon âge. Après une telle repréſentation
, il y auroit de la cruauté à juger
fon livre avec trop de rigueur ; j'en donnerai
l'extrait le mois prochain. Un auteur
fi aimable mérite d'être encouragé.
RECUEIL GÉNÉRAL HISTORIQUE
& critique de tout ce qui a été publié de
plus rare fur la ville d'Herculane , depuis
fa premiere découverte jufqu'à nos jours ,
tiré des auteurs les plus célébres d'Italie ,
tels que Venuti , Mafei , Quirini , Bellegrade
, Gori , & autres . A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques
au Temple du goût. 1755 .
D
74 MERCURE DE FRANCE.
"
Suivant l'avertiffement , on ne trouvera
rien dans cet ouvrage qui n'ait été fidelement
traduit des auteurs cités au titre. Si
l'on eft curieux de lire leurs écrits , on les
trouvera chez Tilliard , Libraire , quai des
Auguftins.
HISTOIRE D'UNE JEUNE FILLE SAUVAGE
trouvée dans les bois à l'âge de dix ans ;
publiée par Madame H.... T. A Paris ,
1755.
M. de la Condamine n'eft point l'auteur
de cette petite brochure , comme le bruit
s'en étoit répandu . Il m'écrit à ce fujet la
-lettre fuivante.
A M.de Boiffy, de l'Académie Françoise.
A Marfeille , le 15 Février 1755-
J'apprends , Monfieur , qu'on m'attribue
une brochure qui paroît à Paris depuis
peu , fous le titre d'Hiftoire d'une jeune fille
Sauvage ( aujourd'hui Mlle le Blanc ) trouvée
dans les bois à l'âge de dix ans . Get
ouvrage eft d'une Dame , veuve , qui demeure
près de Saint Marceau , & qui ayant
connu & pris cette fille en affection depuis
la mort de Mgr le Duc d'Orléans qui la
protégeoit , a pris la peine de rédiger fon
hiftoire , comme il eft dit dans l'ouvrage
C
AVRIL. 1755. 75
Ja
même , fur les queftions qu'elles lui a faites
en diverfes converfations , & à plufieurs
perfonnes qui l'ont connue peu de
tems après fon arrivée en France. Cette
Dame a feulement permis que l'on mît au
titre la premiere lettre de fon nom. Toute
part que j'ai à cette production eft d'avoir
fait quelques changemens au manuf
crit dont j'ai encore l'original , d'en avoir
retranché quelques faits qui n'étoient fondés
que fur des oui- dire , & dénués de vraifemblance
; d'avoir ajouté , à la fin furtout
, quelques conjectures à celles de Madame
H.... fur la maniere dont la jeune
fauvage & fa compagne ont pû fe trouver
tranfportées en France , & d'avoir facilité
l'impreffion de l'ouvrage au profit de la
Demoiſelle Le Blanc , dans la vûe de lui
procurer une fituation plus heureuſe , en
intéreffant à fon fort ceux qui liroient fon
aventure. Je vous prie , Monfieur , de
rendre cette déclaration publique , pour
defabufer ceux qui me feroient honneur
de ce qui ne m'appartient pas. J'ai celui
d'être , & c.
La Condamine.
L'ART DU CHANT , dédié à Madame
de Pompadour; par M. Berard. A Paris ,
-chez Deffaint & Saillant , rue Saint Jean de
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Beauvais ; chez Prault fils , quai de Conti ;
& chez Lambert , à côté de la Comédie
Françoife. 1755.
L'Auteur s'étonne avec raifon qu'on lui
ait laiffé la gloire de traiter le premier de
cet art , fur-tout dans un fiécle où le chant
eſt l'art à la mode , & domine au point
qu'il fait des enthouſiaftes , & forme des
fectes. M. Berard n'a rien épargné pour
s'en inftruire à fond , il ne ſe contente
pas d'en parler en maître de muſique , il
en raiſonne en Phyficien ; il a fait même
exprès un cours d'anatomie pour porter
l'analyfe dans tous les organes de nos fons :
ce font fes propres termes . Pour traiter
l'ouvrage méthodiquement , il le divife en
trois parties ; dans la premiere il confidere
la voix par rapport au chant ; dans
la deuxième il regarde la prononciation &
l'articulation , eu égard au chant ; & dans
la troifiéme il a pour objet la perfection
du chant. J'attendrai que les vrais connoiffeurs
en ce genre ayent prononcé , pour
m'en expliquer plus furement d'après eux ;
je m'étendrai particulierement fur la prononciation
& l'articulation : cette partie
eft un peu plus de ma compétence ; elle
ne fe borne point à la mufique , elle intéreffe
la chaire & le barreau , ainfi que le
théatre ; elle s'étend jufques fur la converAVRIL.
1755. 77
"
fation ; il n'eft prefque point d'état , il
n'eft point d'homme du monde , qui ne
doive ou qui ne veuille en être inſtruit.
M. Berard n'eût- il fait qu'ébaucher la matiere
, le public doit lui être obligé de
l'avoir mife en queftion : le premier qui
parle d'un art a toujours un grand mérite..
OBSERVATIONS SUR LE THEATRE , dans :
lefquelles on examine avec impartialité
l'état actuel des Spectacles de Paris ; par
M. de Chevrier. A Paris , chez Debure le
jeune , quai des Auguftins , à l'image S.
Germain . 1755.
Souvent l'auteur obſerve très - bien , mais
quelquefois il eft mal informé. Par exemple
, j'ouvre fa brochure , je tombe fur un
endroit qui regarde Dancourt , & j'y lis
ces mots Dancourt a joui des plus grands
fuccès ; ramené tous les jours fur la fcene , on
l'applaudit encore : ni fes comtemporains , ni
nos fâcheux n'ont écrit contre lui. Il me permettra
de lui dire que jamais auteur dramatique
n'a été de fon vivant plus traverfé
que Dancourt. Si l'on n'a pas écrit
contre lui , c'eft moins par eftime que par
un, fentiment contraire. Ses piéces étoient
non- feulement décriées par fes camarades ,
qui les jouoient à regret , mais encore
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
méprifées du public , même en réuffiffant ;
on les mettoit alors au - deffous de leur prix ,
on les défignoit par le titre peu flateur
de Dancourades. Quoiqu'on les revoye
aujourd'hui volontiers , on les apprécie à
peu près ce qu'elles valent : on convient
affez généralement que les Bourgeoifes à la
mode , les Bourgeoifes de qualité , & le
Chevalier à la mode , font les feules qui
méritent le nom de Comédie ; les autres ne
font que des farces bien dialoguées , qui fe
reffemblent prefque toutes ; on les reconnoît
à l'indécence , c'eſt leur air de famille.
Je remercie M. de Chevrier du bien
qu'il dit de moi , mais je fuis moins allarmé
que lui des décifions tranchantes de
M. R...... Il n'appartient ni à lui , ni
à aucun particulier de regler le rang des
auteurs ; le public a lui feul ce droit : ils
doivent s'en repofer fur,fes lumieres &
fur fon équité. Il met , quoique fouvent
un peu tard , chacun à fa place. Je confeille
, en qualité d'ancien , à M. de Chevrier
& à mes autres jeunes confreres ,
d'employer plutôt leur loifir à faire des
piéces pour le théatre , qui en a beſoin ,
que des obfervations dont Paris n'a que
faire ; il n'eft que trop éclairé fur les fpectacles
, & trop initié dans nos myfteres.
Pour fon amufement & pour leur gloire ,
AVRIL. 11755 79
qu'ils étudient fon goût pour le faifir , &,
s'ils fe difputent entr'eux , que ce foit de
talent & d'envie de lui plaire.
PINOLET , ou l'Aveugle parvenu , hif
toire véritable compofée fur les faits fournis
par Pinolet lui -même , actuellement
exiftant à Paris ; en quatre parties . 1755 .
Cetet ouvrage eft d'un genre qui me dif-,
penſe d'en faire l'extrait.
ÉLÉMENS DE CHYMIE , par Herman
Boerhaave , traduit du latin , en fix volumes
in- 12 . A Paris , chez Briaffon , rue
Saint Jacques ; & chez Guillyn , quai des
Auguftins .
C'eſt un vrai préfent que le Traducteur
nous a fait. Dire que Boerhaave en eft
l'auteur , peut-on faire un plus grand éloge
de l'ouvrage ?
On trouve auffi chez Briaffon la Ma
tiere Médicale , traduite du Latin de Cartheufer
, augmentée d'une table raiſonnée,
& d'une introduction ; quatre volumes
in-1 2. ainfi que la fuite des Conſultations
de médecine , traduites du latin de M.
Hoffman : elle contient quatre volumes in-
12. les 5 , 6 , 7 & 8.
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Résumé : « LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...] »
En avril 1755, plusieurs ouvrages ont été publiés, couvrant divers sujets littéraires et artistiques. 'Le Serin de Canarie' est un poème anonyme qui offre un traité complet sur l'élevage des serins. Il décrit les rôles distincts du mâle et de la femelle, mettant en garde contre les mariages précoces chez ces oiseaux. 'Considérations sur les révolutions des arts', dédié au Duc d'Orléans, explore les liens entre les empires et les arts, ainsi que les causes de leur développement ou déclin. L'Abbé Mehegan divise les arts en âges et propose des conseils pour améliorer leur progression. L''Histoire de France' par l'Abbé Velly couvre la monarchie jusqu'au règne de Louis XIV, intégrant des aspects politiques, religieux, militaires et scientifiques. 'Le Financier' est un roman épistolaire où le héros, un financier généreux, aide les malheureux et trouve une femme digne de lui. 'Voyage pittoresque des environs de Paris' décrit les maisons royales et châteaux à proximité de Paris, incluant des vers sur une fontaine. 'Les Amants philosophes' est un roman de Mlle Brohon, une jeune auteure de dix-huit ans, qui demande une critique juste et encourageante pour son œuvre. Le 'Recueil général historique et critique' compile des informations sur la ville d'Herculane, traduites fidèlement des auteurs italiens. 'Histoire d'une jeune fille sauvage' raconte l'histoire d'une fille trouvée dans les bois à l'âge de dix ans, rédigée par une dame veuve avec des contributions de M. de la Condamine. 'L'Art du chant', dédié à Madame de Pompadour, est écrit par M. Berard, qui combine des connaissances en musique et en physique pour approfondir l'étude du chant. L'ouvrage est divisé en trois parties : la voix par rapport au chant, la prononciation et l'articulation, et la perfection du chant. Le texte mentionne également des observations sur le théâtre par M. de Chevrier, qui examine l'état actuel des spectacles à Paris. L'auteur critique certaines affirmations de M. de Chevrier, notamment sur le succès de Dancourt, un dramaturge souvent décrié. Il conseille aux jeunes auteurs de se concentrer sur la création de pièces pour le théâtre plutôt que sur des observations critiques. Enfin, le texte cite des ouvrages comme 'Pinolet, ou l'Aveugle parvenu' et des traductions en français d'ouvrages scientifiques, tels que les 'Éléments de Chimie' de Herman Boerhaave.
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188
p. 79-82
« EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...] »
Début :
EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...]
Mots clefs :
Histoire universelle, Histoire, Tableau, Époques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...] »
EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
d'hiftoire univerfelle , fuivant la chronologie
vulgaire , efpéce d'a b c hiftorique
, en cinquante- huit leçons , dont une
pour chaque fiécle , d'après les auteurs
méthodistes en trois tableaux dédiés à
Mgr le Prince Louis de Salm- Salm . Par M.
Mahaux.
2
Quand on confidere attentivement le
vafte champ de l'hiftoire de tous les tems
& de tous les lieux , & que l'on fe pro-.
pofe de le faire parcourir fur-tout à un
enfant pour aggrandir fon imagination ,
former fon jugement & regler fes idées , cé
n'eft pas fans raifon que l'on fe trouve embarraffé
; non que les livres , les cahiers ,
les tables chronologiques , les méthodes ,
les livres , les extraits , les abrégés , les bons
maîtres manquent pour cette entrepriſe ;.
mais il s'agit de fixer une jeune tête , de
mettre l'étude à fa portée , & de la lui
rendre facile & agréable en ne fatiguant
ni les yeux ni la mémoire par trop de leçons
& de lecture. En voici un moyen que
le fieur Mahaux nous préfente , & qui nous
a paru très- clair , très- fimple , très- naturel
, & qui produit les plus grands fuccès.
Ses tableaux d'élémens hiftoriques font
un plan diftribué , économifé de maniere
qu'au premier coup d'oeil on y peut faire
toutes les opérations arithmétiques de la
AVRIL.. 1755 81
durée & de la diftance des tems. L'hiftoire
ancienne , fur le premier tableau , offre à
la vûe quarante fiécles , féparés par des lignes
horizontales , & formant quatre colonnes
, dont chacune devient millenaire
, ou contient dix fiécles , tous étiquetés
, & portant une dénomination qui les
caractérife & les diftingue les uns des autres.
Onze grandes époques , entre toutes
les autres , y font en lettres romaines , ce
qui les rend remarquables , & fait fentir,
d'abord & divifer les intervalles . Plus à
chaque fiècle , toutes les divifions ufitées
& des notices très- courtes de ce qu'il y a
de plus effentiel à fçavoir fur les grands
événemens , les Empires & Etats du monde
, les perfonnages illuftres , les loix ,
les religions & les meurs , &c. Le deuxiéme
tableau pour l'hiftoire moderne eft
dans le même arrangement , & ne contient
que dix-huit fiécles ou environ , avec
huit grandes époques dans le goût des
onze premieres ; ainfi l'un fert à comparer.
l'autre , & ils établiffent refpectivement
une forte de balance de tous les tems. Un
troifiéme & quatriéme petit tableau fur
une feule feuille , une explication alphabérique
des abréviations & des mots peu
familiers répandus dans la totalité , & une
petite inftruction fur la maniere de s'en fer-
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
vir , femblent ne rien laiffer à defirer pour
-ce procédé vraiment élémentaire, acceffible
à tous ceux qui veulent enſeigner , s'inſtruire
eux -mêmes , ou fe rappeller ce qu'ils
ont déja appris. C'eft une affaire de deux
heures de lecture tout au plus ; point de
difcuffions chronologiques . L'Eglife & les
fçavans de nos derniers tems ont décidé
celle qui eft expofée dans le louable ouvrage
que nous annonçons , & dont nous
confeillons l'acquifition à toutes les perfonnes
qui aiment les bonnes nouveautés
littéraires. On peut au refte s'affurer par
foi-même de l'effet de cette méthode , en
fe donnant la peine d'aller voir l'école de
MM. Viard & Mahaux , qui demeurent
rue de Seine , fauxbourg Saint Victor ,
Académie des enfans. On y verra avec
plaifir qu'on y enfeigne la Géographie par
des moyens femblables : peu de préceptes
& beaucoup d'ufage ; pratique excellente ,
même pour l'étude des langues. Cet ouvrage
fe trouve chez l'auteur , au lieu déja
indiqué ; & chez les Libraires , Piffots
quai de Conti ; & Lambert , rue de la
Comédie. On le vend trois livres.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
d'hiftoire univerfelle , fuivant la chronologie
vulgaire , efpéce d'a b c hiftorique
, en cinquante- huit leçons , dont une
pour chaque fiécle , d'après les auteurs
méthodistes en trois tableaux dédiés à
Mgr le Prince Louis de Salm- Salm . Par M.
Mahaux.
2
Quand on confidere attentivement le
vafte champ de l'hiftoire de tous les tems
& de tous les lieux , & que l'on fe pro-.
pofe de le faire parcourir fur-tout à un
enfant pour aggrandir fon imagination ,
former fon jugement & regler fes idées , cé
n'eft pas fans raifon que l'on fe trouve embarraffé
; non que les livres , les cahiers ,
les tables chronologiques , les méthodes ,
les livres , les extraits , les abrégés , les bons
maîtres manquent pour cette entrepriſe ;.
mais il s'agit de fixer une jeune tête , de
mettre l'étude à fa portée , & de la lui
rendre facile & agréable en ne fatiguant
ni les yeux ni la mémoire par trop de leçons
& de lecture. En voici un moyen que
le fieur Mahaux nous préfente , & qui nous
a paru très- clair , très- fimple , très- naturel
, & qui produit les plus grands fuccès.
Ses tableaux d'élémens hiftoriques font
un plan diftribué , économifé de maniere
qu'au premier coup d'oeil on y peut faire
toutes les opérations arithmétiques de la
AVRIL.. 1755 81
durée & de la diftance des tems. L'hiftoire
ancienne , fur le premier tableau , offre à
la vûe quarante fiécles , féparés par des lignes
horizontales , & formant quatre colonnes
, dont chacune devient millenaire
, ou contient dix fiécles , tous étiquetés
, & portant une dénomination qui les
caractérife & les diftingue les uns des autres.
Onze grandes époques , entre toutes
les autres , y font en lettres romaines , ce
qui les rend remarquables , & fait fentir,
d'abord & divifer les intervalles . Plus à
chaque fiècle , toutes les divifions ufitées
& des notices très- courtes de ce qu'il y a
de plus effentiel à fçavoir fur les grands
événemens , les Empires & Etats du monde
, les perfonnages illuftres , les loix ,
les religions & les meurs , &c. Le deuxiéme
tableau pour l'hiftoire moderne eft
dans le même arrangement , & ne contient
que dix-huit fiécles ou environ , avec
huit grandes époques dans le goût des
onze premieres ; ainfi l'un fert à comparer.
l'autre , & ils établiffent refpectivement
une forte de balance de tous les tems. Un
troifiéme & quatriéme petit tableau fur
une feule feuille , une explication alphabérique
des abréviations & des mots peu
familiers répandus dans la totalité , & une
petite inftruction fur la maniere de s'en fer-
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
vir , femblent ne rien laiffer à defirer pour
-ce procédé vraiment élémentaire, acceffible
à tous ceux qui veulent enſeigner , s'inſtruire
eux -mêmes , ou fe rappeller ce qu'ils
ont déja appris. C'eft une affaire de deux
heures de lecture tout au plus ; point de
difcuffions chronologiques . L'Eglife & les
fçavans de nos derniers tems ont décidé
celle qui eft expofée dans le louable ouvrage
que nous annonçons , & dont nous
confeillons l'acquifition à toutes les perfonnes
qui aiment les bonnes nouveautés
littéraires. On peut au refte s'affurer par
foi-même de l'effet de cette méthode , en
fe donnant la peine d'aller voir l'école de
MM. Viard & Mahaux , qui demeurent
rue de Seine , fauxbourg Saint Victor ,
Académie des enfans. On y verra avec
plaifir qu'on y enfeigne la Géographie par
des moyens femblables : peu de préceptes
& beaucoup d'ufage ; pratique excellente ,
même pour l'étude des langues. Cet ouvrage
fe trouve chez l'auteur , au lieu déja
indiqué ; & chez les Libraires , Piffots
quai de Conti ; & Lambert , rue de la
Comédie. On le vend trois livres.
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Résumé : « EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...] »
Le texte décrit une méthode d'enseignement de l'histoire universelle, conçue par M. Mahaux et dédiée à Mgr le Prince Louis de Salm-Salm. Cette méthode utilise trois tableaux pour structurer l'apprentissage de manière accessible et agréable, notamment pour les enfants. Le premier tableau couvre l'histoire ancienne, divisée en quarante siècles répartis en quatre colonnes millénaires. Chaque siècle est caractérisé par des événements majeurs, des empires, des personnages illustres, des lois, des religions et des mœurs. Onze grandes époques sont mises en évidence. Le deuxième tableau traite de l'histoire moderne, structuré de manière similaire avec dix-huit siècles et huit grandes époques, permettant une comparaison facile entre les périodes anciennes et modernes. Un troisième et un quatrième tableau expliquent les abréviations et les mots peu familiers, ainsi que l'utilisation des tableaux. Cette méthode est conçue pour être accessible à tous et nécessite deux heures de lecture au maximum. L'ouvrage est disponible chez l'auteur et chez les libraires Pissot et Lambert, et est recommandé pour son approche élémentaire et pratique, applicable également à l'enseignement de la géographie et des langues.
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189
p. 82-86
« DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...] »
Début :
DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...]
Mots clefs :
Description géographique, Héliopolis, Memphis, Histoire, Géographie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...] »
DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique
des plaines d'Héliopolis & de
Memphis. A Paris , chez Briaſſon , à lai
I
1
AVRI L. 1755 83
Science ; & Duchefne , au Temple du Goût,
rue S. Jacques. 1755. in- 12 , petit format,
264 pag.
M. Fourmont , Interpréte du Roi pour
les Langues orientales , eft l'auteur de cet
ouvrage. Il nous apprend que c'eft le fruit
de quelques- unes des obfervations qu'il
a eu occafion de faire pendant un féjour
de près de quatre ans au Caire. De retour
en France , fes premiers foins ont été de
dreffer une carte topographique de toute
cette étendue de pays comprife entre les
plaines d'Héliopolis & de Memphis , ces
anciennes villes , que leurs ruines rendent
encore célebres. Il a eu la précaution d'y
joindre la pofition des lieux qu'il a été à
portée de vifiter ; il a préfumé que pour
rendre plus fenfible l'avantage & l'utilité
de cette carte , il falloit néceffairement
l'accompagner d'une explication géographique
des lieux anciens & modernes qu'elle
contient ; c'eft ce qu'il nous paroît avoir
exécuté avec fuccès dans l'ouvrage qu'il
donne au public. Quelque court qu'il fait ,
nous ofons affurer que les perfonnes qui
s'appliquent à l'étude de l'Hiftoire & de la
Géographie , en pourront tirer de nouvel
les lumieres ; car l'auteur a eu principalement
en vûe la réunion de ces deux objets
fi propres à fixer les recherches des fçavans.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Il n'a pourtant pas tout-à - fait négligé les
moyens d'intéreffer le commun des lecteurs,
par le récit des moeurs & des ufages qui
caracterifent les habitans du pays qu'il a
vifité. On ne fera pas fâché de fçavoir
comment notre auteur s'explique lui - même
fur cet article dans fa préface. » Je
» n'ai point voulu , dit-il , me borner à
» un détail purement géographique ; j'ai
» préfumé que la féchereffe qui en réfulte ,'
» y répandroit de l'ennui , fi elle n'étoit
»compenfée par le détail plus amufant
quoiqu'abrégé , des particularités qui
» m'ont le plus frappé , en recherchant les
» ufages du pays où j'ai réfidé quelques
années , & en approfondiffant les moeurs
de fes habitans . J'avoue que mon inter-
» tion n'a point été d'apprendre des chofes
tout-à-fait nouvelles dans cette partie ,
que d'autres voyageurs ont déja traitée
à fond : cependant il y a quelques - unes
de celles que j'ai rapportées , qu'on s'efforceroit
inutilement de trouver détaillées
avec autant d'exactitude dans leurs
relations mais après tout il n'en faut
" juger que comme d'un acceffoire , qui
» par la liaifon qu'il occafionne , m'a paru
»propre à donner une forme fuivie &
» en même tems plus variée à cette def
≫cription , où mon principal but a été de
AVRIL. 1755- 85
"
jetter quelque jour fur un des morceaux
» les plus effentiels de l'ancienne Géographie
«. M. Fourmont finit par avouer
qu'il y auroit de la témérité à annoncer
l'ouvrage qu'il publie › autrement que
comme un fimple effai , où il a feulement
eu deffein d'infinuer au lecteur éclairé les
inftructions qu'il pourroit tirer d'un voyage
fait dans les vûes qu'il a pris foin de
fpécifier.
Les bornes d'un précis ne me permettent
pas d'entrer dans un plus grand détail ; je
me reftreins à dire l'auteur ne fe conque
tente d'être l'héritier d'un nom , que
pas
MM . fes oncles ont fait connoître d'une
maniere glorieufe dans la république des
Lettres , il afpire encore à l'honneur de
marcher fur leurs traces.
ESSAI D'UNE NOUVELLE CARTE DE LA
MER CASPIENNE ; par M. d'Anville , de
l'Académie royale des Infcriptions & Belles
Lettres , & de celles des Sciences de
Petersbourg . Quoique cette carte fe diftingue
des précédentes par de notables
changemens & une plus grande précifion
dans le détail , l'auteur ne l'intitule néanmoins
qu'Effai , dans la perfuafion où il
eft que ce fujet doit encore acquerir plus
de perfection : mais ce qui fera plus par
86 MERCURE DE FRANCE.
fait pouvant tarder à paroître , c'eft fer
vir le public que de lui donner actuelle
ment quelque chofe de mieux que ce qu'ik
avoit eu jufqu'à préfent.
des plaines d'Héliopolis & de
Memphis. A Paris , chez Briaſſon , à lai
I
1
AVRI L. 1755 83
Science ; & Duchefne , au Temple du Goût,
rue S. Jacques. 1755. in- 12 , petit format,
264 pag.
M. Fourmont , Interpréte du Roi pour
les Langues orientales , eft l'auteur de cet
ouvrage. Il nous apprend que c'eft le fruit
de quelques- unes des obfervations qu'il
a eu occafion de faire pendant un féjour
de près de quatre ans au Caire. De retour
en France , fes premiers foins ont été de
dreffer une carte topographique de toute
cette étendue de pays comprife entre les
plaines d'Héliopolis & de Memphis , ces
anciennes villes , que leurs ruines rendent
encore célebres. Il a eu la précaution d'y
joindre la pofition des lieux qu'il a été à
portée de vifiter ; il a préfumé que pour
rendre plus fenfible l'avantage & l'utilité
de cette carte , il falloit néceffairement
l'accompagner d'une explication géographique
des lieux anciens & modernes qu'elle
contient ; c'eft ce qu'il nous paroît avoir
exécuté avec fuccès dans l'ouvrage qu'il
donne au public. Quelque court qu'il fait ,
nous ofons affurer que les perfonnes qui
s'appliquent à l'étude de l'Hiftoire & de la
Géographie , en pourront tirer de nouvel
les lumieres ; car l'auteur a eu principalement
en vûe la réunion de ces deux objets
fi propres à fixer les recherches des fçavans.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Il n'a pourtant pas tout-à - fait négligé les
moyens d'intéreffer le commun des lecteurs,
par le récit des moeurs & des ufages qui
caracterifent les habitans du pays qu'il a
vifité. On ne fera pas fâché de fçavoir
comment notre auteur s'explique lui - même
fur cet article dans fa préface. » Je
» n'ai point voulu , dit-il , me borner à
» un détail purement géographique ; j'ai
» préfumé que la féchereffe qui en réfulte ,'
» y répandroit de l'ennui , fi elle n'étoit
»compenfée par le détail plus amufant
quoiqu'abrégé , des particularités qui
» m'ont le plus frappé , en recherchant les
» ufages du pays où j'ai réfidé quelques
années , & en approfondiffant les moeurs
de fes habitans . J'avoue que mon inter-
» tion n'a point été d'apprendre des chofes
tout-à-fait nouvelles dans cette partie ,
que d'autres voyageurs ont déja traitée
à fond : cependant il y a quelques - unes
de celles que j'ai rapportées , qu'on s'efforceroit
inutilement de trouver détaillées
avec autant d'exactitude dans leurs
relations mais après tout il n'en faut
" juger que comme d'un acceffoire , qui
» par la liaifon qu'il occafionne , m'a paru
»propre à donner une forme fuivie &
» en même tems plus variée à cette def
≫cription , où mon principal but a été de
AVRIL. 1755- 85
"
jetter quelque jour fur un des morceaux
» les plus effentiels de l'ancienne Géographie
«. M. Fourmont finit par avouer
qu'il y auroit de la témérité à annoncer
l'ouvrage qu'il publie › autrement que
comme un fimple effai , où il a feulement
eu deffein d'infinuer au lecteur éclairé les
inftructions qu'il pourroit tirer d'un voyage
fait dans les vûes qu'il a pris foin de
fpécifier.
Les bornes d'un précis ne me permettent
pas d'entrer dans un plus grand détail ; je
me reftreins à dire l'auteur ne fe conque
tente d'être l'héritier d'un nom , que
pas
MM . fes oncles ont fait connoître d'une
maniere glorieufe dans la république des
Lettres , il afpire encore à l'honneur de
marcher fur leurs traces.
ESSAI D'UNE NOUVELLE CARTE DE LA
MER CASPIENNE ; par M. d'Anville , de
l'Académie royale des Infcriptions & Belles
Lettres , & de celles des Sciences de
Petersbourg . Quoique cette carte fe diftingue
des précédentes par de notables
changemens & une plus grande précifion
dans le détail , l'auteur ne l'intitule néanmoins
qu'Effai , dans la perfuafion où il
eft que ce fujet doit encore acquerir plus
de perfection : mais ce qui fera plus par
86 MERCURE DE FRANCE.
fait pouvant tarder à paroître , c'eft fer
vir le public que de lui donner actuelle
ment quelque chofe de mieux que ce qu'ik
avoit eu jufqu'à préfent.
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Résumé : « DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...] »
Le texte présente un ouvrage de M. Fourmont, interprète du Roi pour les langues orientales, publié en 1755. Cet ouvrage est le résultat des observations de Fourmont lors d'un séjour de quatre ans au Caire. À son retour en France, il a réalisé une carte topographique des plaines d'Héliopolis et de Memphis, incluant la position des lieux visités. Pour enrichir cette carte, il l'a accompagnée d'une explication géographique des lieux anciens et modernes qu'elle contient. Bien que court, l'ouvrage apporte de nouvelles informations aux étudiants en histoire et en géographie en combinant ces deux disciplines. Fourmont a également inclus des descriptions des mœurs et des usages des habitants du pays visité pour intéresser un public plus large. Dans la préface, il explique avoir évité un détail purement géographique pour éviter l'ennui, préférant ajouter des particularités amusantes et abrégées. Il reconnaît que son ouvrage n'apporte pas de nouvelles informations révolutionnaires, mais il espère qu'il sera utile comme complément. Fourmont se présente comme l'héritier d'un nom illustre, aspirant à suivre les traces de ses oncles glorieux dans la république des Lettres. Le texte mentionne également un essai de carte de la mer Caspienne par M. d'Anville, distinguée par des changements notables et une plus grande précision, bien que l'auteur la considère comme un essai perfectible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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190
p. 86-91
« PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
Début :
PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...]
Mots clefs :
Bureau militaire, Bureau typographique, Fortifications, Bureau, Polygone, Menuiserie, Traité, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ
DE FORTIFICATION. L'auteur nous ap
prend qu'il a compofé cet ouvrage pour les
jeunes Officiers , qui fans fe deftiner particulierement
pour le génie , doivent pourtant
connoître les fortifications . Comme
la méthode de fortifier de M. le Maréchal :
de Vauban eft aujourd'hui la plus fuivie
c'eſt celle dont l'auteur rend raifon dans
ce traité. Pour rendre fon inftruction plus
fenfible , il a formé un bureau dont il donne
la defcription , & qui fait une partie
du mérite de fon ouvrage. Ce bureau qu'il
nomme Bureau militaire * , a à peu - près
la forme d'un bureau typographique : chaque
étage de fon bureau contient des pie
ces de ménuiferie de même efpece , de même
que les étages du bureau typographique
contiennent les caracteres de même
efpece. Par le différent affemblage de ces
pieces de ménuiferie , on peut former en
Jene fais ici que tranfcrire les dernieres pa
ges de fon profpectus. Cet objet me paroît trop
intéreffant pour ne pas l'offrir aux yeux du lecteur
dans tous fes détails.
AVRIL. 1755. 87
relief une fortification , ainfi que par l'af
femblage des caracteres on peut repréfenter
des mots.
*
Chaque niche de ce bureau militaire
contient les pieces de même efpece , qui
forcent l'enceinte & tous les différens ouvrages
d'une place : ainfi dans la ligne des
baftions font , dans des étages féparés , les
courtines , les flancs & les faces , pour trois
différens polygones ; il en eft de même des
pieces qui doivent former les ouvrages extérieurs.
Quoique les pieces de même efpece
ayent quelquefois des longueurs différentes
pour les différens polygones , elles ont
toutes cependant une échelle commune :
chaque piece porte avec elle le numero de
fa longueur.
Le nombre de ces pieces , pour former
unbureau militaire complet , n'eft pas bien
confidérable . Qu'on faffe attention que M.
le Maréchal de Vauban a toujours fuppofé
que le côté de tout polygone qu'on fe propofoit
de fortifier , avoit cent quatre - vingt
toifes. Il a trouvé qu'à cette diſtance les
baſtions étoient convenablement éloignés,
& que la ligne de défenſe avoit une jufte
longueur ; qu'on faffe attention encore
qu'il donne toujours cinquante toifes aux
faces de baſtions pour quelque polygone
88 MERCURE DE FRANCE.
que ce foit. Voilà donc deux longueurs :
qui ne varient point : je fuis parti de là
& je n'ai pas trouvé plus difficile de faire:
une fortification en relief, par l'affemblage
de différentes pieces de ménuiferie , qui ,
euffent toujours une même échelle pour
les différens polygones , que de tracer fur
le papier une fortification fur différens polygones
, qui font fuppofés avoir toujours.
une même échelle de cent quatre - vingt
toiſes. On trouvera même que la différence
de la longueur des côtés & de la grandeur
des angles de la premiere enceinte ,
n'eft pas bien confidérable dans les différens:
polygones , & qu'ainfi il n'y aura pas un
grand inconvénient de fortifier un exago-.
ne avec les pieces d'un pentagone , fur-,
tout fi l'échelle du bureau militaire , qui
doit être de cent quatre-vingt parties égales
, repréfentant des toifes , eft réduite à
fept ou huit pouces . Mais , pour plus grande
exactitude , le bureau pourra contenir
des pieces pour la premiere enceinte feulement
, de trois différens polygones. Ces
pieces de différens polygones , adaptées
enfemble , pourront même fervir à repréfenter
ou à imiter des places irrégulieres .
Tel eft en gros le plan de ce nouveau bureau
militaire.
Pour en faire ufage l'éleve n'a befoin
AVRIL. 1755 89 .
que de fçavoir tracer la ligne magiftrale
de chaque ouvrage ; après quoi il meſure
fur fon papier la longueur de chaque cour-`
tine , de chaque flanc , de chaque face , &c .
& il prend dans le bureau des pieces de
même efpece & de même longueur , les
difpofe fur une grande table , & dans un
inftant toute la fortification eft formée.
4
des
Les idées qu'il a , par le moyen de ces
fortifications en relief , font bien plus claires
; il voit bien mieux le rapport mutuel
de chaque piece , de quelle maniere elles
fe flanquent les unes les autres , qu'il ne
le verroit fur le papier par le moyen
lignes , qui ne difent rien lorfque leur ufage
n'eft pas familier ; & cela eft fi vrai ,
que j'ai vu des jeunes gens qui avoient
étudié les fortifications , ne pas fe reconnoître
dans une fortereffe . Que les perfon-,
nes les plus expérimentées dans cet art comparent
l'impreffion que fait fur eux un plan
gravé fur du papier , où un plan en relief,
tels que ceux qui font aux galeries du Louyre.
Tout deviendrá fenfible à l'éleve : cette
étude fera un véritable amuſement pour
lui , & il est bien rare que les jeunes gens
ne réuffiffent pas dans les chofes qu'ils
font avec plaifir. Il n'en faudroit pas dayantage
pour infpirer le defir d'approfongo
MERCURE DE FRANCE.
dir cette connoiffance , & peut-être d'y
faire de nouvelles découvertes.
Un Maître habile & ingénieux pourra
varier à l'infini fes leçons : tantôt c'eſt uné
place qu'il attaque , après que fon éleve
la fortifiée : tantôt c'eft le paffage d'une
riviere qu'il faut défendre. Il peut même
former fur une grande table des élévations
avec de la terre ou du fable , & donner un
terrein inégal à fortifier : de pareils exercices
feront d'autant plus inftructifs , qu'ils
feront le milieu , pour ainfi dire , entre l'i
mage & la réalité. Ainfi un jeune Seigneur
& un Officier acquerreroient parfaitement
les connoiffances qu'ils doivent avoir des
fortifications.
Selon les difpofitions de l'éleve , le pro
feffeur pourroit alors le pouffer plus out
moins avant dans les parties des Mathéma
tiques qui ont du rapport aux fortifica
tions ; & pour cela lui faire voir d'abord
les Inftitutions mathématiques de M. l'Ab
bé de la Chapelle : ce livre eft bien au
deffus de fon titre ; mais que l'Officier faffe
toujours céder cette étude à celle des connoiffances
plus particulieres à fon état . It
n'eft pas auffi effentiel pour lui de fçavoir
les différens traités de mathématique , que
de bien connoître la difcipline politique ,
économique & militaire d'une armée :
AVRIL. 1755. $
ainfi il ne devra étudier les cours mathé
matiques de M. le Camus qu'après qu'il
aura appris prefque par coeur les effais fur
l'art de la guerre de M.le Comte Turpin .
Cet ouvrage * eft écrit avec une fimplicité
& un ordre admirable , parce que l'auteur
eft un excellent Officier qui rend raifon
de ce qu'il a vû & de ce qu'il a fait . -
Je vais finir ce Proſpectus par où j'aurois
dû le commencer. Il n'a pas été fait pour.
annoncer mon ouvrage , moins encore .
pour en dire du bien : ç'auroit été une cho- >
fe pour le moins inutile ; car fans doute
je ne le crois pas mauvais , puifque je me›
propofe de le donner au public. J'annonce
donc ici mon bureau militaire ; & comme
il peut fervir à démontrer , non feulement:
mon traité des fortifications , mais encore
tout autre traité où on donnera la méthode
de M. de Vauban , les perſonnes qui ,
fans faire ufage de mon traité , voudront
faire ufage de mon bureau , n'auront qu'à
adreffer leur Ménuifier ou leur Ebéniſte
chez M. Jombert , Libraire , rue Dauphi
ne , & l'auteur fe fera un plaifir de leurs
donner des modeles , ou de les mettre en
état d'exécuter de pareils bureaux .
* Il ſe trouve à Paris , chez Jombert , rue Dau ,
phine.
DE FORTIFICATION. L'auteur nous ap
prend qu'il a compofé cet ouvrage pour les
jeunes Officiers , qui fans fe deftiner particulierement
pour le génie , doivent pourtant
connoître les fortifications . Comme
la méthode de fortifier de M. le Maréchal :
de Vauban eft aujourd'hui la plus fuivie
c'eſt celle dont l'auteur rend raifon dans
ce traité. Pour rendre fon inftruction plus
fenfible , il a formé un bureau dont il donne
la defcription , & qui fait une partie
du mérite de fon ouvrage. Ce bureau qu'il
nomme Bureau militaire * , a à peu - près
la forme d'un bureau typographique : chaque
étage de fon bureau contient des pie
ces de ménuiferie de même efpece , de même
que les étages du bureau typographique
contiennent les caracteres de même
efpece. Par le différent affemblage de ces
pieces de ménuiferie , on peut former en
Jene fais ici que tranfcrire les dernieres pa
ges de fon profpectus. Cet objet me paroît trop
intéreffant pour ne pas l'offrir aux yeux du lecteur
dans tous fes détails.
AVRIL. 1755. 87
relief une fortification , ainfi que par l'af
femblage des caracteres on peut repréfenter
des mots.
*
Chaque niche de ce bureau militaire
contient les pieces de même efpece , qui
forcent l'enceinte & tous les différens ouvrages
d'une place : ainfi dans la ligne des
baftions font , dans des étages féparés , les
courtines , les flancs & les faces , pour trois
différens polygones ; il en eft de même des
pieces qui doivent former les ouvrages extérieurs.
Quoique les pieces de même efpece
ayent quelquefois des longueurs différentes
pour les différens polygones , elles ont
toutes cependant une échelle commune :
chaque piece porte avec elle le numero de
fa longueur.
Le nombre de ces pieces , pour former
unbureau militaire complet , n'eft pas bien
confidérable . Qu'on faffe attention que M.
le Maréchal de Vauban a toujours fuppofé
que le côté de tout polygone qu'on fe propofoit
de fortifier , avoit cent quatre - vingt
toifes. Il a trouvé qu'à cette diſtance les
baſtions étoient convenablement éloignés,
& que la ligne de défenſe avoit une jufte
longueur ; qu'on faffe attention encore
qu'il donne toujours cinquante toifes aux
faces de baſtions pour quelque polygone
88 MERCURE DE FRANCE.
que ce foit. Voilà donc deux longueurs :
qui ne varient point : je fuis parti de là
& je n'ai pas trouvé plus difficile de faire:
une fortification en relief, par l'affemblage
de différentes pieces de ménuiferie , qui ,
euffent toujours une même échelle pour
les différens polygones , que de tracer fur
le papier une fortification fur différens polygones
, qui font fuppofés avoir toujours.
une même échelle de cent quatre - vingt
toiſes. On trouvera même que la différence
de la longueur des côtés & de la grandeur
des angles de la premiere enceinte ,
n'eft pas bien confidérable dans les différens:
polygones , & qu'ainfi il n'y aura pas un
grand inconvénient de fortifier un exago-.
ne avec les pieces d'un pentagone , fur-,
tout fi l'échelle du bureau militaire , qui
doit être de cent quatre-vingt parties égales
, repréfentant des toifes , eft réduite à
fept ou huit pouces . Mais , pour plus grande
exactitude , le bureau pourra contenir
des pieces pour la premiere enceinte feulement
, de trois différens polygones. Ces
pieces de différens polygones , adaptées
enfemble , pourront même fervir à repréfenter
ou à imiter des places irrégulieres .
Tel eft en gros le plan de ce nouveau bureau
militaire.
Pour en faire ufage l'éleve n'a befoin
AVRIL. 1755 89 .
que de fçavoir tracer la ligne magiftrale
de chaque ouvrage ; après quoi il meſure
fur fon papier la longueur de chaque cour-`
tine , de chaque flanc , de chaque face , &c .
& il prend dans le bureau des pieces de
même efpece & de même longueur , les
difpofe fur une grande table , & dans un
inftant toute la fortification eft formée.
4
des
Les idées qu'il a , par le moyen de ces
fortifications en relief , font bien plus claires
; il voit bien mieux le rapport mutuel
de chaque piece , de quelle maniere elles
fe flanquent les unes les autres , qu'il ne
le verroit fur le papier par le moyen
lignes , qui ne difent rien lorfque leur ufage
n'eft pas familier ; & cela eft fi vrai ,
que j'ai vu des jeunes gens qui avoient
étudié les fortifications , ne pas fe reconnoître
dans une fortereffe . Que les perfon-,
nes les plus expérimentées dans cet art comparent
l'impreffion que fait fur eux un plan
gravé fur du papier , où un plan en relief,
tels que ceux qui font aux galeries du Louyre.
Tout deviendrá fenfible à l'éleve : cette
étude fera un véritable amuſement pour
lui , & il est bien rare que les jeunes gens
ne réuffiffent pas dans les chofes qu'ils
font avec plaifir. Il n'en faudroit pas dayantage
pour infpirer le defir d'approfongo
MERCURE DE FRANCE.
dir cette connoiffance , & peut-être d'y
faire de nouvelles découvertes.
Un Maître habile & ingénieux pourra
varier à l'infini fes leçons : tantôt c'eſt uné
place qu'il attaque , après que fon éleve
la fortifiée : tantôt c'eft le paffage d'une
riviere qu'il faut défendre. Il peut même
former fur une grande table des élévations
avec de la terre ou du fable , & donner un
terrein inégal à fortifier : de pareils exercices
feront d'autant plus inftructifs , qu'ils
feront le milieu , pour ainfi dire , entre l'i
mage & la réalité. Ainfi un jeune Seigneur
& un Officier acquerreroient parfaitement
les connoiffances qu'ils doivent avoir des
fortifications.
Selon les difpofitions de l'éleve , le pro
feffeur pourroit alors le pouffer plus out
moins avant dans les parties des Mathéma
tiques qui ont du rapport aux fortifica
tions ; & pour cela lui faire voir d'abord
les Inftitutions mathématiques de M. l'Ab
bé de la Chapelle : ce livre eft bien au
deffus de fon titre ; mais que l'Officier faffe
toujours céder cette étude à celle des connoiffances
plus particulieres à fon état . It
n'eft pas auffi effentiel pour lui de fçavoir
les différens traités de mathématique , que
de bien connoître la difcipline politique ,
économique & militaire d'une armée :
AVRIL. 1755. $
ainfi il ne devra étudier les cours mathé
matiques de M. le Camus qu'après qu'il
aura appris prefque par coeur les effais fur
l'art de la guerre de M.le Comte Turpin .
Cet ouvrage * eft écrit avec une fimplicité
& un ordre admirable , parce que l'auteur
eft un excellent Officier qui rend raifon
de ce qu'il a vû & de ce qu'il a fait . -
Je vais finir ce Proſpectus par où j'aurois
dû le commencer. Il n'a pas été fait pour.
annoncer mon ouvrage , moins encore .
pour en dire du bien : ç'auroit été une cho- >
fe pour le moins inutile ; car fans doute
je ne le crois pas mauvais , puifque je me›
propofe de le donner au public. J'annonce
donc ici mon bureau militaire ; & comme
il peut fervir à démontrer , non feulement:
mon traité des fortifications , mais encore
tout autre traité où on donnera la méthode
de M. de Vauban , les perſonnes qui ,
fans faire ufage de mon traité , voudront
faire ufage de mon bureau , n'auront qu'à
adreffer leur Ménuifier ou leur Ebéniſte
chez M. Jombert , Libraire , rue Dauphi
ne , & l'auteur fe fera un plaifir de leurs
donner des modeles , ou de les mettre en
état d'exécuter de pareils bureaux .
* Il ſe trouve à Paris , chez Jombert , rue Dau ,
phine.
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Résumé : « PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
Le document est un prospectus pour un nouveau traité de fortification destiné aux jeunes officiers. Bien que ces officiers ne se spécialisent pas nécessairement dans le génie, il est crucial qu'ils maîtrisent les fortifications. Le traité repose sur la méthode de fortification du Maréchal de Vauban, encore largement utilisée à l'époque. L'auteur a développé un 'bureau militaire' pour illustrer ses enseignements. Ce bureau est conçu pour représenter les différentes pièces de fortification en relief, similaires aux caractères typographiques. Chaque niche du bureau contient des pièces de même type, permettant de reconstituer des fortifications en trois dimensions. Ces pièces sont standardisées selon une échelle commune, facilitant leur assemblage pour former divers types de polygones. Le bureau militaire permet aux élèves de visualiser clairement les relations entre les différentes parties d'une fortification, ce qui est plus efficace que les plans sur papier. Les exercices pratiques, comme la défense d'une place ou le passage d'une rivière, enrichissent l'apprentissage. L'auteur suggère également d'intégrer des connaissances mathématiques pertinentes et des études sur l'art de la guerre. Le prospectus se conclut par une annonce du bureau militaire, disponible chez le libraire Jombert à Paris. Ce bureau peut être utilisé en complément d'autres traités de fortification suivant la méthode de Vauban.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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191
p. 92-100
SEANCE PUBLIQUE De la Société royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci.
Début :
Le 20 d'Octobre dernier, la Société royale de Nanci tint, selon sa coutume, [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences et belles-lettres de Nancy, Esprit philosophique, Discours, Génie, Académie, Nancy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De la Société royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci.
SEANCE PUBLIQUE
De la Société royale des Sciences & Belles-
Lettres de Nanci.
E 20 d'Octobre dernier , la Société
royale de Nanci tint , felon fa coutume
, fa féance publique. Ce jour , fi cher
à l'Académie par la naiffance de fon fondateur
, fera encore mémorable dans fes
faftes par les fujets diftingués qu'elle vient
de recevoir. Elle comptoit déja parmi fes
membres les Fontenelle , les Hénault , les
Montefquieu; elle vient de s'affocier encore
les Maillebois , les Maupertuis , les la Condamine.
M. Dagay , Abbé de Soreze , de
l'Académie de Befançon , étoit venu exprès
de Franche-Comté à Nanci , pour faire en
ce jour fon remerciment , & M. le Corvaifier
, Secrétaire perpétuel de l'Académie
d'Angers , avoit envoyé le fien. Il fut lû
par M. le Chevalier de Solignac : la façon
de lire ne nuit point à un difcours ; celuici
fut prononcé avec goût , on l'écouta
avec attention , on le relira encore avec
plaiſir , mais il faut le lire tout entier :
quelques morceaux détachés ne feroient
connoître qu'imparfaitement le ftyle & les
fentimens de l'auteur.
AVRIL. 1755.
93
" La gloire ( dit M. le Corvaifier ) eſt
» le premier objet d'une Société d'hommes
» de Lettres , les travaux utiles la procu-
» rent , les fuccès la confirment , l'hom-
» mage du public en fixe la folidité ; elle
devient le fond & la richeffe d'un Aca-
» démie , on peut l'augmenter en la com-
» muniquant mais on peut auffi l'affoiblir
, forfqu'on admetquelqu'un à y par-
;
ticiper. Que je crains , Meffieurs , que
» vous n'ayez à vous reprocher bientôt vo-
» tre indulgence ! vous m'affociez à vos
» triomphes littéraires , pouvois- je l'efpe-
» rer ? vous exigez de moi des travaux
ferois-je affez heureux pour remplir vos
» intentions & mes devoirs ?
» Les ouvrages qui honorent votre compagnie
, & qui lui appartiennent , font
marqués au coin de l'érudition , fuppo-
» fent des recherches , annoncent des con-
» noiffances , & portent le caractere du
»goût & du génie ; ils n'éblouiffent point ,
» ils intéreffent ; ils ne féduifent point , ils
» perfuadent ; ils n'amufent pas feulement,
ils inftruifent ; ils n'obtiennent point un
applaudiffement paffager , on les admire
toujours. Quelles productions , Mef-
» fieurs , aurois-je à vous offrir qui puiffent
» être placées à côté des vôtres ? Je n'ai
pour moi que du zéle . Je ne dois pas ce4
MERCURE DE FRANCE.
pendant oublier le feul moyen que je
puiffe faire voir pour vous être agréable .
» La maniere que j'ai employée à célébrer
» les vertus du Monarque de la France , a
mérité l'approbation de votre auguſte
fondateur. Un fuffrage fi refpectable de-
» vroit calmer mes inquiétudes , & ſoute
> nir mes efpérances ; mais puis-je me dif-
» fimuler que j'ai entrepris le fujet le plus
»magnifique & le plus fécond ? qu'il ne
» s'agiffoit pas d'embellir les objets , mais
» de les montrer : qu'il fuffifoit d'être ci-
» toyen & de connoître fon Roi . On ne
peut me fçavoir gré que du choix ; la ma
tiere que j'ai embraffée , eft affez riche
»pour foutenir celui qui la traite , & pour
» fuppléer aux talens .
M. de Corvaifier parle enfuite des dif
férens établiſſemens qu'a fondés le Roi de
Pologne , & des ouvrages qu'il a compo
fés ; & après avoir expofé le plan des uns
& fait l'analyse des autres , il conclut que
les amuſemens ingénieux de ce Prince ,
auffi-bien que fes plus férieufes occupa
tions , tournent également au profit de la
religion & de l'humanité.
-
Après la lecture de ce difcours , M.
Dagay , Abbé de Soreze , Chanoine de
T'Eglife métropolitaine de Franche - Comté
, & membre de l'Académie de Befan-
•
AVRIL. 1755. 95
çon , prononça lui - même fon remerci
ment , qu'il finit ainfi . » C'eſt à vous ,
Meffieurs , qu'eft réſervée la gloire de
» tranfmettre aux fiécles à venir les fenti-
❤mens magnanimes , & les actions héroïques
dont vous êtes les témoins : c'eft à
» vous à dépofer dans le fein de la renom-
» mée tout le détail d'une vie qui doit
» être à jamais le modele & l'exemple des
»
Rois. La feule chofe que vous avez à
» craindre , c'eſt que les faits que vous de-
≫ vez raconter , & qui fe paflent fous vos
n yeux , ne paroiffent aux yeux de la pof
térité une fiction ingénieufe, plus propre
à rendre la vertu aimable que reffemblante
à la vérité. Mais raffurez - vous ,
» Meffieurs , tant de grands établiſſemens
» également utiles à la religion & à l'hu-
» manité , plus durables que le marbre &
le bronze qui les atteftent , & qui font
confignés dans les annales de l'Eglife &
dans les archives des nations , garanti
ront la certitude de votre témoignage.
Daigne la providence , qui a toujours fi
» vifiblement protégé ce Monarque , mettre
le comble à tous nos voeux Puiffent
fes jours précieux fe prolonger aux dépens
de nos années , fe perpétuer au gré
- de nos defirs , fe multiplier à proportion
de fes vertus , & durer autant que fes
Sbienfaits !
96 MERCURE DE FRANCE.
M. le Comte de Cuftine , Directeur de
l'Académie , lui répondit. Il parla avec
cette politeffe & cette modeftie qui ca
racteriſent le vrai mérite , & qui conviennent
fi bien aux perfonnes de fon rang.
Son difcours fut généralement applaudi.
Il le termina par ces paroles , qu'il adreffa
à la Compagnie. » Suivez , Meffieurs , les
» hautes deftinées qui attendent tout ce
»
qui eft l'ouvrage de Staniflas ; marchez
" avec confiance dans la carriere où il
» vous précéde , & s'il arrivoit jamais que
» votre ardeur fe rallentît , rappellez - vous
que fa gloire eft inféparable de la vôtre.
- M. de Beauchamp , Lieutenant de Roi à
Nanci , prononça un difcours fur l'ambi
tion. Il diftingua la noble ambition , qui a
pour principe l'amour de la patrie , & pour
objet l'utilité publique , de l'ambition criminelle
qui ne confulte que l'orgueil , &
qui n'afpire qu'à l'indépendance. Il prouva
par des raifons folides & des exemples
choifis , qu'autant que l'une eft louable &
peut être utile , autant l'autre eft funefte
& digne de mépris.
M. Montignot , Chanoine de l'Eglife
cathédrale de Toul , fit une differtation
fur l'efprit philofophique , dans laquelle
il fit voir que ni Lucrece , malgré la beauté
de fon génie poëtique ; ni Spinofa ,
malgré
AVRIL. 1755 . 97.
malgré l'invention hardie & la liaiſon de
fon fyftême ; ni Bayle , malgré les argumens
fpécieux de la plus fine dialectique ,
n'étoient pas de vrais Philofophes.
L'auteur avoit commencé par remonter
jufqu'au tems heureux où l'efprit philofophique
vint à paroître dans le monde.
» Qu'entendoit- on , dit- il , avant Defcar-
» tes , par cette forte d'efprit ? Etoit - ce
cette recherche févere & rigoureuſe de
» la vérité , qui pefe , balance , examine
• fans prévention , & ne s'arrête que lorf
» que l'évidence paroît : Etoit-ce ce jugement
vif& pénétrant , qui ne fe laiffant
égarer par aucune fauffe lueur , avance
» toujours d'un pas égal vers la vérité ,
» parce qu'il ne veut la reconnoître que
» dans les principes d'une claire percep
» tion , par un fentiment intérieur , ou
d'après des obfervations exactes & ré-
» pétées avec fcrupule ? Non , Meffieurs ,
ajoute-t-il , on ne penfoit même pas qu'il
»fallût acheter fi cherement la qualité de
Philofophe .... Ceux qui portoient ce
» nom , on les difpenfoit alors d'étudier
la nature , & d'obferver fes loix ; mais
" on exigeoit qu'ils excellaffent dans l'art
dangereux d'embarraffer une difficulté
par toutes les fubtilités qu'une fauffe dialectique
enfeigne ; qu'ils fuffent habiles
D
ود
"
E
98 MERCURE DE FRANCE .
» dans la fcience des mots ..... Defcartes
paroît. Sa raifon ne peut fouffrir le joug
honteux où gémiffoit le refte des hom-
» mes. Il menace de renverfer jufques dans
»fes fondemens le vieil édifice de la Phi-
» lofophie d'Ariftote , qu'il ne trouve
étayée que par la prévention de fon fié-
>> cle . Cet heureux génie a le courage de
» donner les premiers coups ; il frappe
s d'une main fure. If nons trace en vain-
» queur les vraie's routes du fçavoir ... Je
» fixe à cette époque , continue M. Montignot
, le moment où le véritable ef
» prit philofophique commença à repa-
»roître fur la terre ... Vous connoiffez ,
» Meffieurs , les avantages que la Société
» en a retirés. Mon deffein me conduit
» plus loin ; je l'envifage du côté de la re
ligion , & je dis que l'efprit philofophi
" que lui eft avantageux
, ou plutôt qu'il
» ne lui eftpas nuifible : mais eft-il facile,
» ajoute - t - il , d'accorder
enſemble
cette
docilité d'enfant , que la foi exige pour
des vérités qu'il eft défendu
d'approfon
» dir , avec ces principes
féveres de la Phi-
» lofophie moderne
, qui fe fait une loi
inviolable de n'acquiefcer à aucune opi-
» nion , jufqu'à ce que l'évidence paroiſſe ,
» & qu'elle éclaire une vérité , comme un
beau jour qui vient rendre aux objets
AVRIL. 1755.
ITI
93
93
"
1,
?
BECO
ON
leurs couleurs naturelles : Ce font des
» doutes & des frayeurs qui n'age
gueres que cette partie des hommes qué
» n'ont pas médité fur le caractere de
»l'efprit philofophique , parce qu'ils n'en
» fout point éclairés .... Rendons ici l'ef
prit philofophique refpectable à leurs
yeux Montrons qu'il eft avantageux à la
religion , & qu'il la fert auffi utilement
» qu'ilmérite d'en être honoré. » Dans le
détail ouventre enfuite M. Montignot , il
fait voir que l'efprit philofophique fert à
faire appercevoir les bornes de la raiſon ,
la néceffité d'une révélation & l'obligation
de s'y foumettre. On ne fçauroit fuivre
l'auteur dans tous fes raifonnemens . Ils
font auffi forts qu'ils le pouvoient être , &
toute Baffemblée en fut extrêmement frappée.
Cet ouvrage paroîtra , fans doute ,
bientôt dans les mémoires de l'Académie
de Nanci , avec ceux dont nous venons
de parler ob a
}
D'HOURY , Libraire , rue de la Vieille
Bouclerie , donnera inceffamment une nouvelle
édition de la Chymie médicinale , de
M. Malouin , Médecin ordinaire de la
Reine.
ailty
CONSIDERATIONS fur les caufes de la
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
grandeur des Romains & de leur décadence
; nouvelle édition , à laquelle on a
joint un dialogue de Sylla & d'Eucrate .
A Paris , chez Guillyn , quai des Auguftins
, du côté du pont Saint Michel , au Lys
d'or. 1755 .
édition ; par
URE
>
ESSAI SUR L'ARCHITECTURE , nouvelle
le P. Laugier de la Compagnie
de Jefus. A Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue Saint Jacques , au Temple
du goût. 1755 .
Cette édition eft augmentée, d'un dictionnaire
des termes , avec des planches
qui en facilitent l'explication .
De la Société royale des Sciences & Belles-
Lettres de Nanci.
E 20 d'Octobre dernier , la Société
royale de Nanci tint , felon fa coutume
, fa féance publique. Ce jour , fi cher
à l'Académie par la naiffance de fon fondateur
, fera encore mémorable dans fes
faftes par les fujets diftingués qu'elle vient
de recevoir. Elle comptoit déja parmi fes
membres les Fontenelle , les Hénault , les
Montefquieu; elle vient de s'affocier encore
les Maillebois , les Maupertuis , les la Condamine.
M. Dagay , Abbé de Soreze , de
l'Académie de Befançon , étoit venu exprès
de Franche-Comté à Nanci , pour faire en
ce jour fon remerciment , & M. le Corvaifier
, Secrétaire perpétuel de l'Académie
d'Angers , avoit envoyé le fien. Il fut lû
par M. le Chevalier de Solignac : la façon
de lire ne nuit point à un difcours ; celuici
fut prononcé avec goût , on l'écouta
avec attention , on le relira encore avec
plaiſir , mais il faut le lire tout entier :
quelques morceaux détachés ne feroient
connoître qu'imparfaitement le ftyle & les
fentimens de l'auteur.
AVRIL. 1755.
93
" La gloire ( dit M. le Corvaifier ) eſt
» le premier objet d'une Société d'hommes
» de Lettres , les travaux utiles la procu-
» rent , les fuccès la confirment , l'hom-
» mage du public en fixe la folidité ; elle
devient le fond & la richeffe d'un Aca-
» démie , on peut l'augmenter en la com-
» muniquant mais on peut auffi l'affoiblir
, forfqu'on admetquelqu'un à y par-
;
ticiper. Que je crains , Meffieurs , que
» vous n'ayez à vous reprocher bientôt vo-
» tre indulgence ! vous m'affociez à vos
» triomphes littéraires , pouvois- je l'efpe-
» rer ? vous exigez de moi des travaux
ferois-je affez heureux pour remplir vos
» intentions & mes devoirs ?
» Les ouvrages qui honorent votre compagnie
, & qui lui appartiennent , font
marqués au coin de l'érudition , fuppo-
» fent des recherches , annoncent des con-
» noiffances , & portent le caractere du
»goût & du génie ; ils n'éblouiffent point ,
» ils intéreffent ; ils ne féduifent point , ils
» perfuadent ; ils n'amufent pas feulement,
ils inftruifent ; ils n'obtiennent point un
applaudiffement paffager , on les admire
toujours. Quelles productions , Mef-
» fieurs , aurois-je à vous offrir qui puiffent
» être placées à côté des vôtres ? Je n'ai
pour moi que du zéle . Je ne dois pas ce4
MERCURE DE FRANCE.
pendant oublier le feul moyen que je
puiffe faire voir pour vous être agréable .
» La maniere que j'ai employée à célébrer
» les vertus du Monarque de la France , a
mérité l'approbation de votre auguſte
fondateur. Un fuffrage fi refpectable de-
» vroit calmer mes inquiétudes , & ſoute
> nir mes efpérances ; mais puis-je me dif-
» fimuler que j'ai entrepris le fujet le plus
»magnifique & le plus fécond ? qu'il ne
» s'agiffoit pas d'embellir les objets , mais
» de les montrer : qu'il fuffifoit d'être ci-
» toyen & de connoître fon Roi . On ne
peut me fçavoir gré que du choix ; la ma
tiere que j'ai embraffée , eft affez riche
»pour foutenir celui qui la traite , & pour
» fuppléer aux talens .
M. de Corvaifier parle enfuite des dif
férens établiſſemens qu'a fondés le Roi de
Pologne , & des ouvrages qu'il a compo
fés ; & après avoir expofé le plan des uns
& fait l'analyse des autres , il conclut que
les amuſemens ingénieux de ce Prince ,
auffi-bien que fes plus férieufes occupa
tions , tournent également au profit de la
religion & de l'humanité.
-
Après la lecture de ce difcours , M.
Dagay , Abbé de Soreze , Chanoine de
T'Eglife métropolitaine de Franche - Comté
, & membre de l'Académie de Befan-
•
AVRIL. 1755. 95
çon , prononça lui - même fon remerci
ment , qu'il finit ainfi . » C'eſt à vous ,
Meffieurs , qu'eft réſervée la gloire de
» tranfmettre aux fiécles à venir les fenti-
❤mens magnanimes , & les actions héroïques
dont vous êtes les témoins : c'eft à
» vous à dépofer dans le fein de la renom-
» mée tout le détail d'une vie qui doit
» être à jamais le modele & l'exemple des
»
Rois. La feule chofe que vous avez à
» craindre , c'eſt que les faits que vous de-
≫ vez raconter , & qui fe paflent fous vos
n yeux , ne paroiffent aux yeux de la pof
térité une fiction ingénieufe, plus propre
à rendre la vertu aimable que reffemblante
à la vérité. Mais raffurez - vous ,
» Meffieurs , tant de grands établiſſemens
» également utiles à la religion & à l'hu-
» manité , plus durables que le marbre &
le bronze qui les atteftent , & qui font
confignés dans les annales de l'Eglife &
dans les archives des nations , garanti
ront la certitude de votre témoignage.
Daigne la providence , qui a toujours fi
» vifiblement protégé ce Monarque , mettre
le comble à tous nos voeux Puiffent
fes jours précieux fe prolonger aux dépens
de nos années , fe perpétuer au gré
- de nos defirs , fe multiplier à proportion
de fes vertus , & durer autant que fes
Sbienfaits !
96 MERCURE DE FRANCE.
M. le Comte de Cuftine , Directeur de
l'Académie , lui répondit. Il parla avec
cette politeffe & cette modeftie qui ca
racteriſent le vrai mérite , & qui conviennent
fi bien aux perfonnes de fon rang.
Son difcours fut généralement applaudi.
Il le termina par ces paroles , qu'il adreffa
à la Compagnie. » Suivez , Meffieurs , les
» hautes deftinées qui attendent tout ce
»
qui eft l'ouvrage de Staniflas ; marchez
" avec confiance dans la carriere où il
» vous précéde , & s'il arrivoit jamais que
» votre ardeur fe rallentît , rappellez - vous
que fa gloire eft inféparable de la vôtre.
- M. de Beauchamp , Lieutenant de Roi à
Nanci , prononça un difcours fur l'ambi
tion. Il diftingua la noble ambition , qui a
pour principe l'amour de la patrie , & pour
objet l'utilité publique , de l'ambition criminelle
qui ne confulte que l'orgueil , &
qui n'afpire qu'à l'indépendance. Il prouva
par des raifons folides & des exemples
choifis , qu'autant que l'une eft louable &
peut être utile , autant l'autre eft funefte
& digne de mépris.
M. Montignot , Chanoine de l'Eglife
cathédrale de Toul , fit une differtation
fur l'efprit philofophique , dans laquelle
il fit voir que ni Lucrece , malgré la beauté
de fon génie poëtique ; ni Spinofa ,
malgré
AVRIL. 1755 . 97.
malgré l'invention hardie & la liaiſon de
fon fyftême ; ni Bayle , malgré les argumens
fpécieux de la plus fine dialectique ,
n'étoient pas de vrais Philofophes.
L'auteur avoit commencé par remonter
jufqu'au tems heureux où l'efprit philofophique
vint à paroître dans le monde.
» Qu'entendoit- on , dit- il , avant Defcar-
» tes , par cette forte d'efprit ? Etoit - ce
cette recherche févere & rigoureuſe de
» la vérité , qui pefe , balance , examine
• fans prévention , & ne s'arrête que lorf
» que l'évidence paroît : Etoit-ce ce jugement
vif& pénétrant , qui ne fe laiffant
égarer par aucune fauffe lueur , avance
» toujours d'un pas égal vers la vérité ,
» parce qu'il ne veut la reconnoître que
» dans les principes d'une claire percep
» tion , par un fentiment intérieur , ou
d'après des obfervations exactes & ré-
» pétées avec fcrupule ? Non , Meffieurs ,
ajoute-t-il , on ne penfoit même pas qu'il
»fallût acheter fi cherement la qualité de
Philofophe .... Ceux qui portoient ce
» nom , on les difpenfoit alors d'étudier
la nature , & d'obferver fes loix ; mais
" on exigeoit qu'ils excellaffent dans l'art
dangereux d'embarraffer une difficulté
par toutes les fubtilités qu'une fauffe dialectique
enfeigne ; qu'ils fuffent habiles
D
ود
"
E
98 MERCURE DE FRANCE .
» dans la fcience des mots ..... Defcartes
paroît. Sa raifon ne peut fouffrir le joug
honteux où gémiffoit le refte des hom-
» mes. Il menace de renverfer jufques dans
»fes fondemens le vieil édifice de la Phi-
» lofophie d'Ariftote , qu'il ne trouve
étayée que par la prévention de fon fié-
>> cle . Cet heureux génie a le courage de
» donner les premiers coups ; il frappe
s d'une main fure. If nons trace en vain-
» queur les vraie's routes du fçavoir ... Je
» fixe à cette époque , continue M. Montignot
, le moment où le véritable ef
» prit philofophique commença à repa-
»roître fur la terre ... Vous connoiffez ,
» Meffieurs , les avantages que la Société
» en a retirés. Mon deffein me conduit
» plus loin ; je l'envifage du côté de la re
ligion , & je dis que l'efprit philofophi
" que lui eft avantageux
, ou plutôt qu'il
» ne lui eftpas nuifible : mais eft-il facile,
» ajoute - t - il , d'accorder
enſemble
cette
docilité d'enfant , que la foi exige pour
des vérités qu'il eft défendu
d'approfon
» dir , avec ces principes
féveres de la Phi-
» lofophie moderne
, qui fe fait une loi
inviolable de n'acquiefcer à aucune opi-
» nion , jufqu'à ce que l'évidence paroiſſe ,
» & qu'elle éclaire une vérité , comme un
beau jour qui vient rendre aux objets
AVRIL. 1755.
ITI
93
93
"
1,
?
BECO
ON
leurs couleurs naturelles : Ce font des
» doutes & des frayeurs qui n'age
gueres que cette partie des hommes qué
» n'ont pas médité fur le caractere de
»l'efprit philofophique , parce qu'ils n'en
» fout point éclairés .... Rendons ici l'ef
prit philofophique refpectable à leurs
yeux Montrons qu'il eft avantageux à la
religion , & qu'il la fert auffi utilement
» qu'ilmérite d'en être honoré. » Dans le
détail ouventre enfuite M. Montignot , il
fait voir que l'efprit philofophique fert à
faire appercevoir les bornes de la raiſon ,
la néceffité d'une révélation & l'obligation
de s'y foumettre. On ne fçauroit fuivre
l'auteur dans tous fes raifonnemens . Ils
font auffi forts qu'ils le pouvoient être , &
toute Baffemblée en fut extrêmement frappée.
Cet ouvrage paroîtra , fans doute ,
bientôt dans les mémoires de l'Académie
de Nanci , avec ceux dont nous venons
de parler ob a
}
D'HOURY , Libraire , rue de la Vieille
Bouclerie , donnera inceffamment une nouvelle
édition de la Chymie médicinale , de
M. Malouin , Médecin ordinaire de la
Reine.
ailty
CONSIDERATIONS fur les caufes de la
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
grandeur des Romains & de leur décadence
; nouvelle édition , à laquelle on a
joint un dialogue de Sylla & d'Eucrate .
A Paris , chez Guillyn , quai des Auguftins
, du côté du pont Saint Michel , au Lys
d'or. 1755 .
édition ; par
URE
>
ESSAI SUR L'ARCHITECTURE , nouvelle
le P. Laugier de la Compagnie
de Jefus. A Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue Saint Jacques , au Temple
du goût. 1755 .
Cette édition eft augmentée, d'un dictionnaire
des termes , avec des planches
qui en facilitent l'explication .
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De la Société royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci.
Le 20 octobre, la Société royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy a célébré sa séance publique annuelle, marquant également la naissance de son fondateur. Parmi les membres présents figuraient Fontenelle, Hénault, Montesquieu, ainsi que les nouveaux membres Maillebois, Maupertuis et La Condamine. M. Dagay, Abbé de Soreze, de l'Académie de Besançon, a prononcé un discours de remerciement. M. le Corvaisier, Secrétaire perpétuel de l'Académie d'Angers, a envoyé un discours lu par M. le Chevalier de Solignac, soulignant l'importance de la gloire académique et des travaux utiles. M. le Corvaisier a également exprimé son admiration pour les œuvres érudites de l'Académie et a discuté des établissements et œuvres du Roi de Pologne, notant leur utilité pour la religion et l'humanité. M. Dagay a ensuite remercié l'Académie pour sa mission de transmettre les actions héroïques et les sentiments magnanimes aux générations futures. M. le Comte de Custine, Directeur de l'Académie, a encouragé l'Académie à suivre les hautes destinées tracées par Stanislas. M. de Beauchamp a prononcé un discours sur l'ambition, distinguant l'ambition noble de l'ambition criminelle. M. Montignot, Chanoine de l'Église cathédrale de Toul, a fait une dissertation sur l'esprit philosophique, affirmant que Descartes a marqué le début de la véritable philosophie. Il a également discuté de la compatibilité entre l'esprit philosophique et la religion, soulignant que la philosophie aide à reconnaître les limites de la raison et la nécessité de la révélation. La séance s'est conclue par des annonces de publications récentes, notamment une nouvelle édition de la 'Chymie médicinale' de M. Malouin et un 'Essai sur l'architecture' du P. Laugier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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192
p. 63-69
« EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...] »
Début :
EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...]
Mots clefs :
Philosophe, Philosophie, Amants, Commerce
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texteReconnaissance textuelle : « EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...] »
XTRAI
EX
RAIT DES AMANS PHILOSOPHES ,
ouvrage annoncé dans le Mercure
précédent.
›
Les caracteres en font vrais , les fentimens
nobles , la morale en eft fage
l'intrigue fimple , & le ftyle naturel. Je
me borne à l'analyfe des principaux carac
teres. Comme ce roman eft peu chargé
elle fuffira pour en faire le précis.
Merindor unit les dons extérieurs à toutes
les qualités de l'ame ; elles font perfectionnées
par l'étude , & plus encore par
l'adverfité. Un procès injuftement perdu
& le lâche abandon d'une premiere maîtreffe
l'ont rendu philofophe ; il fuit le
monde plus par fageffe que par humeur.
L'amitié de Damon & l'eftime d'Uranie lui
tiennent lieu de tout , & leur compagnie
forme fa fociété. Damon lui a donné des
preuves d'un zele véritable ; fes foins ont
contribué à faire revoir fon procès , &
l'ont rétabli dans fes biens : il a les mêmes
vertus que fon ami ; mais comme il a
moins d'expérience , qu'il ignore l'empire
1
*
64 MERCURE DE FRANCE .
des paffions , il eft moins ferme dans fes
principes , & fe laiffe prendre au piége
que lui tend Emilie , coquette artificieufe ;
il en devient l'adorateur , conféquemment
la dupe. Merindor l'avertit du danger. La
froideur de Damon eft le prix de fa remontrance
on le fuit comme un cenfeur
incommode ; il ne lui refte qu'Uranie .
Cette veuve eſtimable eft plus philofophe
que Damon ; fupérieure à l'amour fecret
qu'elle fent pour lui , elle le foumet à fa
raifon , & confole Merindor de cette perte.
Elle fait plus pour la mieux réparer ,
elle lui fait connoître Dericourt , dont elle
lui affure que l'attachement fera plus folide
que celui de Damon : elle ne le trompe
pas. Merindor trouve dans ce nouvel
ami une maîtreffe parfaite. Victoire , digne
éleve d'Uranie , joint comme elle
aux charmes de fon fexe , les fentimens
d'un honnête homme , & la raifon d'un
vrai fage. Trop aimée de Dorante ( c'eſt le
nom d'un frere coupable dont elle dépend
) elle a été forcée de fe traveſtir en
homme pour fe fouftraire à fes emportemens
, & de fe réfugier chez Uranie.
Sous les habits & fous le nom de Deri .
court , elle fait dans une promenade la
conquête d'Emilie , qui lui écrit un billet
des plus tendres. Cette lettre furpriſe par
1
MA I.
1755. 65
Damon , occafionne l'aveu qu'on lui fait
du déguiſement de fon'faux rival. La perfide
Emilie tire par adreffe ce fatal fecret
de la bouche de Damon , qui a la foibleffe
de renouer avec elle , & s'en ferr
pour perdre Victoire. Elle écrit à Dorante
que fa foeur , pour mieux couvrir une intrigue
fecrette , s'eft déguifée en cavalier
& que la maifon d'Uranie lui fert d'afyle.
Dorante arrive furieux , arrache Victoire
des bras de fon amie , & la contraint
d'entrer dans un couvent , où elle eft expofée
à toutes les violences de ce cruel
tuteur. La philofophie de Merindor ne
tient pas contre ce revers , il tombe malade.
Damon inftruit que fon indifcrétion en
eft la caufe , rifque tout pour réparer fa
faute. Il vole fur les lieux où Dorante
tient fa four captive : le premier objet
qu'il rencontre eft ce frere criminel , qui
le provoque lui-même au combat. Damon
le tue : Victoire fort d'efclavage ; fa liberté
rend la fanté à Merindor. 11 obtient
la
grace de fon ami , & reçoit le prix de
fes vertus , il époufe ce qu'il aime. Merindor
& Victoire , dit l'aimable auteur de ce
roman , marchent à l'autel , la raifon &
l'amour font leurs guides ; l'innocence & la
vertu les accompagnent , fans emprunter le
fecoursde l'art. Victoire n'a pour parure que
66 MERCURE DE FRANCE.
fes charmes naturels ; Merindor a obfervé la
même fimplicité le ferment qu'il fe font de
s'aimer fidelement n'est qu'une répétition de
celui qu'ils fe font déja fait mille fois ; la
même fincerité , la même droiture y prefide :
peut- il n'être pas folide? Uranie partage leur
joie ; & pour y mettre le comble , cette
veuve donne la main à Damon , qu'elle
aimoit fecrettement. Il brife fans retour
les indignes fers d'Emilie , & l'hymen le
ramene au ſein de la fageffe dont l'erreur
d'une paffion' aveugle l'avoit écarté.
Qu'on juge par la conclufion de l'ouvrage
, du mérite de fa morale . Nos faifeurs
de romans , dans un âge mûr , mettent
leur art à rendre le vice agréable & la
volupté décente. Ils ne fongent à nous intéreffer
que pour nous féduire . Mlle Brohon
à dix - huit ans applique tous fes foins
à rendre la raifon aimable , & la vertu.
touchante ; elle veut nous plaire pour
nous inftruire : quel éloge pour elle ! quelle
leçon pour eux
'ESSAI SUR L'ÉTAT DU COMMERCE D'ANGLETERRE
, deux volumes in- 12 . Il fe vend
chez Guillyn , au Lys d'or ; & chez Nyon ,
à l'Occafion , quai des Auguftins,
Il eft de l'auteur des Colonies Angloifes
: c'est un préjugé favorable pour l'ouROMAMA
I. 3 1755. 67
*
vrage qui eft moins la traduction de
Telai de Cary, qu'une imitation étendue
& fouvent critique de ce traité. L'Effai
François eft divifé en trois parties ; la premiere
traite du commerce intérieur dé
l'Angleterre. Ce que l'auteur a pris de l'original
anglois pour cette premiere partie ,
qui forme un gros volume , fe réduit au
plusa quarante - trois pages.
A
La deuxième , qui doit encore moins à
Cary , a pour objet le commerce extérieur
de la Grande- Bretagne , & s'étend parti
culierement fur celui que les Anglois font ,
tant aux Indes Orientales qu'en Afrique .
La troifiéme partie , qui n'a pas encore
paru , comprendra toutes les autres bran
ches du même cómmerce , foit en Ame .
rique , foit dans les différens ports de
l'Europe . Cet ouvrage eft celui d'un ci
toyen inftruit. L'analyfe qu'il fait du commercé
de nos voifins doit nous éclairer fur
le nôtre ; nous devons l'en remercier , &
tourner l'inftruction à notre profit.
- DISCOURS SUR LE BARREAU D'Athenes
& fur celui de Rome ; par M. l'Abbé Le
Moine d'Orgival ; deux volumes in - 12 .
chez Prault pere , quai de Gêvres , au
Paradis , & Leclerc , au Palais , à la Prudenice
; 1755.
68 MERCURE DE FRANCE.
Le Libraire nous apprend par un avis ,
que M. Terraffon , cenfeur du manufcrit
a fait fentir que ce livre , dont le fond
eft fi bon , deviendroit plus intéreffant ,
s'il étoit retouché. On a profité de ce fage
confeil , & M. l'Abbé Roger s'eft chargé
en l'abfence de l'auteur , d'être l'éditeur
d'un ouvrage auffi néceffaire à la connoiffance
de l'hiftoire ancienne , qu'utile à
ceux qui fréquentent le barreau .
EUVRES de Chapelle & de Bachau
mont , nouvelle édition , in- 12 , petit format
, 1755. Elle fe trouve chez Quillan
rue Saint Jacques , aux Armes de l'Univerfité.
Le Libraire donne avis qu'on a fait tiş
rer de cet ouvrage , en grand papier , un
petit nombre d'exemplaires.
DISCOURS de M. Le Corvaifier , Secrétaire
perpétuel de l'Académie d'Angers ;
lû dans une Séance publique de la Société
royale des Sciences & Belles- Lettres de
Nanci , lorfqu'il a été reçu affocié étranger
avec M. de Maupertuis , &c.
Comme il en a été parlé avec éloge
dans le Mercure d'Avril , où cette Séance
fe trouve inférée ; j'y renvoye le lecteur, ou
plutôt je lui confeille d'acheter ce difcours
MA I. 1755. 69
1
chez Martin Lottin , au Cocq , rue faint
Jacques. Il ne contient que trente- deux
pages , & il eft écrit de façon à mériter
d'être lû tout entier,
L'HISTOIRE NATURELLE éclaircie dans .
une de fes parties principales , l'Oryctolo
gie , qui traite des terres , des pierres
des métaux , des minéraux , & autres foffilles
; par M. D *** des Sociétés royales
de Londres & de Montpellier,
On trouve dans cet ouvrage une nou
velle méthode latine & françoife de les
divifer , avec une notice critique des principaux
écrits qui ont paru fur ces matie
res, Il eft enrichi de figures deffinées d'après
nature ; & fe vend chez Debure l'aî
né , quai des Auguftins , à S, Paul 1755.
Un volume in- 4° . prix 24 livres relié. M.
le Baron de Sparre , Gentilhomme Sué→
dois , a fait les frais de l'impreffion ,
PLAN DE L'UNIVERS ET EPHEMERIDES
EN FIGURES , d'après les éphemerides en
chiffres , pour 1755 & 1756 ; par M.
l'Abbé de Brancas , chez le fieur le Rouge ,
Géographe du Roi , rue des Grands Auguftins
, avec une explication inftructive
des cartes de Cofmographie & d'Aftronomie
, où l'on voit le fyftême de M. l'Abbé
de Brancas mieux développé.
EX
RAIT DES AMANS PHILOSOPHES ,
ouvrage annoncé dans le Mercure
précédent.
›
Les caracteres en font vrais , les fentimens
nobles , la morale en eft fage
l'intrigue fimple , & le ftyle naturel. Je
me borne à l'analyfe des principaux carac
teres. Comme ce roman eft peu chargé
elle fuffira pour en faire le précis.
Merindor unit les dons extérieurs à toutes
les qualités de l'ame ; elles font perfectionnées
par l'étude , & plus encore par
l'adverfité. Un procès injuftement perdu
& le lâche abandon d'une premiere maîtreffe
l'ont rendu philofophe ; il fuit le
monde plus par fageffe que par humeur.
L'amitié de Damon & l'eftime d'Uranie lui
tiennent lieu de tout , & leur compagnie
forme fa fociété. Damon lui a donné des
preuves d'un zele véritable ; fes foins ont
contribué à faire revoir fon procès , &
l'ont rétabli dans fes biens : il a les mêmes
vertus que fon ami ; mais comme il a
moins d'expérience , qu'il ignore l'empire
1
*
64 MERCURE DE FRANCE .
des paffions , il eft moins ferme dans fes
principes , & fe laiffe prendre au piége
que lui tend Emilie , coquette artificieufe ;
il en devient l'adorateur , conféquemment
la dupe. Merindor l'avertit du danger. La
froideur de Damon eft le prix de fa remontrance
on le fuit comme un cenfeur
incommode ; il ne lui refte qu'Uranie .
Cette veuve eſtimable eft plus philofophe
que Damon ; fupérieure à l'amour fecret
qu'elle fent pour lui , elle le foumet à fa
raifon , & confole Merindor de cette perte.
Elle fait plus pour la mieux réparer ,
elle lui fait connoître Dericourt , dont elle
lui affure que l'attachement fera plus folide
que celui de Damon : elle ne le trompe
pas. Merindor trouve dans ce nouvel
ami une maîtreffe parfaite. Victoire , digne
éleve d'Uranie , joint comme elle
aux charmes de fon fexe , les fentimens
d'un honnête homme , & la raifon d'un
vrai fage. Trop aimée de Dorante ( c'eſt le
nom d'un frere coupable dont elle dépend
) elle a été forcée de fe traveſtir en
homme pour fe fouftraire à fes emportemens
, & de fe réfugier chez Uranie.
Sous les habits & fous le nom de Deri .
court , elle fait dans une promenade la
conquête d'Emilie , qui lui écrit un billet
des plus tendres. Cette lettre furpriſe par
1
MA I.
1755. 65
Damon , occafionne l'aveu qu'on lui fait
du déguiſement de fon'faux rival. La perfide
Emilie tire par adreffe ce fatal fecret
de la bouche de Damon , qui a la foibleffe
de renouer avec elle , & s'en ferr
pour perdre Victoire. Elle écrit à Dorante
que fa foeur , pour mieux couvrir une intrigue
fecrette , s'eft déguifée en cavalier
& que la maifon d'Uranie lui fert d'afyle.
Dorante arrive furieux , arrache Victoire
des bras de fon amie , & la contraint
d'entrer dans un couvent , où elle eft expofée
à toutes les violences de ce cruel
tuteur. La philofophie de Merindor ne
tient pas contre ce revers , il tombe malade.
Damon inftruit que fon indifcrétion en
eft la caufe , rifque tout pour réparer fa
faute. Il vole fur les lieux où Dorante
tient fa four captive : le premier objet
qu'il rencontre eft ce frere criminel , qui
le provoque lui-même au combat. Damon
le tue : Victoire fort d'efclavage ; fa liberté
rend la fanté à Merindor. 11 obtient
la
grace de fon ami , & reçoit le prix de
fes vertus , il époufe ce qu'il aime. Merindor
& Victoire , dit l'aimable auteur de ce
roman , marchent à l'autel , la raifon &
l'amour font leurs guides ; l'innocence & la
vertu les accompagnent , fans emprunter le
fecoursde l'art. Victoire n'a pour parure que
66 MERCURE DE FRANCE.
fes charmes naturels ; Merindor a obfervé la
même fimplicité le ferment qu'il fe font de
s'aimer fidelement n'est qu'une répétition de
celui qu'ils fe font déja fait mille fois ; la
même fincerité , la même droiture y prefide :
peut- il n'être pas folide? Uranie partage leur
joie ; & pour y mettre le comble , cette
veuve donne la main à Damon , qu'elle
aimoit fecrettement. Il brife fans retour
les indignes fers d'Emilie , & l'hymen le
ramene au ſein de la fageffe dont l'erreur
d'une paffion' aveugle l'avoit écarté.
Qu'on juge par la conclufion de l'ouvrage
, du mérite de fa morale . Nos faifeurs
de romans , dans un âge mûr , mettent
leur art à rendre le vice agréable & la
volupté décente. Ils ne fongent à nous intéreffer
que pour nous féduire . Mlle Brohon
à dix - huit ans applique tous fes foins
à rendre la raifon aimable , & la vertu.
touchante ; elle veut nous plaire pour
nous inftruire : quel éloge pour elle ! quelle
leçon pour eux
'ESSAI SUR L'ÉTAT DU COMMERCE D'ANGLETERRE
, deux volumes in- 12 . Il fe vend
chez Guillyn , au Lys d'or ; & chez Nyon ,
à l'Occafion , quai des Auguftins,
Il eft de l'auteur des Colonies Angloifes
: c'est un préjugé favorable pour l'ouROMAMA
I. 3 1755. 67
*
vrage qui eft moins la traduction de
Telai de Cary, qu'une imitation étendue
& fouvent critique de ce traité. L'Effai
François eft divifé en trois parties ; la premiere
traite du commerce intérieur dé
l'Angleterre. Ce que l'auteur a pris de l'original
anglois pour cette premiere partie ,
qui forme un gros volume , fe réduit au
plusa quarante - trois pages.
A
La deuxième , qui doit encore moins à
Cary , a pour objet le commerce extérieur
de la Grande- Bretagne , & s'étend parti
culierement fur celui que les Anglois font ,
tant aux Indes Orientales qu'en Afrique .
La troifiéme partie , qui n'a pas encore
paru , comprendra toutes les autres bran
ches du même cómmerce , foit en Ame .
rique , foit dans les différens ports de
l'Europe . Cet ouvrage eft celui d'un ci
toyen inftruit. L'analyfe qu'il fait du commercé
de nos voifins doit nous éclairer fur
le nôtre ; nous devons l'en remercier , &
tourner l'inftruction à notre profit.
- DISCOURS SUR LE BARREAU D'Athenes
& fur celui de Rome ; par M. l'Abbé Le
Moine d'Orgival ; deux volumes in - 12 .
chez Prault pere , quai de Gêvres , au
Paradis , & Leclerc , au Palais , à la Prudenice
; 1755.
68 MERCURE DE FRANCE.
Le Libraire nous apprend par un avis ,
que M. Terraffon , cenfeur du manufcrit
a fait fentir que ce livre , dont le fond
eft fi bon , deviendroit plus intéreffant ,
s'il étoit retouché. On a profité de ce fage
confeil , & M. l'Abbé Roger s'eft chargé
en l'abfence de l'auteur , d'être l'éditeur
d'un ouvrage auffi néceffaire à la connoiffance
de l'hiftoire ancienne , qu'utile à
ceux qui fréquentent le barreau .
EUVRES de Chapelle & de Bachau
mont , nouvelle édition , in- 12 , petit format
, 1755. Elle fe trouve chez Quillan
rue Saint Jacques , aux Armes de l'Univerfité.
Le Libraire donne avis qu'on a fait tiş
rer de cet ouvrage , en grand papier , un
petit nombre d'exemplaires.
DISCOURS de M. Le Corvaifier , Secrétaire
perpétuel de l'Académie d'Angers ;
lû dans une Séance publique de la Société
royale des Sciences & Belles- Lettres de
Nanci , lorfqu'il a été reçu affocié étranger
avec M. de Maupertuis , &c.
Comme il en a été parlé avec éloge
dans le Mercure d'Avril , où cette Séance
fe trouve inférée ; j'y renvoye le lecteur, ou
plutôt je lui confeille d'acheter ce difcours
MA I. 1755. 69
1
chez Martin Lottin , au Cocq , rue faint
Jacques. Il ne contient que trente- deux
pages , & il eft écrit de façon à mériter
d'être lû tout entier,
L'HISTOIRE NATURELLE éclaircie dans .
une de fes parties principales , l'Oryctolo
gie , qui traite des terres , des pierres
des métaux , des minéraux , & autres foffilles
; par M. D *** des Sociétés royales
de Londres & de Montpellier,
On trouve dans cet ouvrage une nou
velle méthode latine & françoife de les
divifer , avec une notice critique des principaux
écrits qui ont paru fur ces matie
res, Il eft enrichi de figures deffinées d'après
nature ; & fe vend chez Debure l'aî
né , quai des Auguftins , à S, Paul 1755.
Un volume in- 4° . prix 24 livres relié. M.
le Baron de Sparre , Gentilhomme Sué→
dois , a fait les frais de l'impreffion ,
PLAN DE L'UNIVERS ET EPHEMERIDES
EN FIGURES , d'après les éphemerides en
chiffres , pour 1755 & 1756 ; par M.
l'Abbé de Brancas , chez le fieur le Rouge ,
Géographe du Roi , rue des Grands Auguftins
, avec une explication inftructive
des cartes de Cofmographie & d'Aftronomie
, où l'on voit le fyftême de M. l'Abbé
de Brancas mieux développé.
Fermer
Résumé : « EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...] »
Le roman 'Les Amans Philosophes' de Mlle Brohon met en scène plusieurs personnages principaux : Merindor, Damon, Uranie, Emilie et Victoire. Merindor, un homme philosophe et sage, est soutenu par Damon et Uranie. Damon, moins expérimenté, est trompé par Emilie, une coquette. Uranie, une veuve estimable, présente Merindor à Dericourt, qui se révèle être Victoire, une jeune femme déguisée en homme pour échapper à son frère tyrannique, Dorante. Emilie découvre le déguisement de Victoire et la dénonce à Dorante, qui enferme Victoire dans un couvent. Damon tue Dorante pour libérer Victoire, et Merindor retrouve la santé. Le roman se conclut par les mariages de Merindor avec Victoire et de Damon avec Uranie, tous guidés par la raison et la vertu. Le texte loue l'ouvrage pour son moralisme et son style naturel. Par ailleurs, il mentionne plusieurs autres publications, notamment un essai sur le commerce anglais, un discours sur les barreaux d'Athènes et de Rome, et des œuvres de Chapelle et Bachaumont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
193
p. 70-76
« J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
Début :
J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...]
Mots clefs :
Chant, Musique, Art du chant, Plaisirs, Méthode, Étude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
J'infere ici le fentiment d'un amateur
fur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait
que j'en avois promis , & je fuis perfuadé
que le lecteur y gagnera.
L'ART du chant eft compofé avec tant
de méthode & de précifion , que je crois
plus à propos d'expofer les avantages qui
doivent naturellement réfulter de cet
écrit , que d'en donner une analyfe fuperficielle
& inutile. M. Bérard , après avoir
examiné avec une finguliere attention les
organes de la voix , confidérée par rapport
au chant , emploie les deux autres parties
à établir des principes & des régles pour
donner à la Mufique chantante toute l'expreffion
dont elle eft fufceptible ; & afini
de mettre tous les amateurs plus à portée
de profiter des réflexions & des nouvelles
découvertes qu'il venoit de leur offrir , on
trouve à la fin de fon ouvrage un affez
grand nombre d'exemples choifis de tou
tes les efpeces de chant , qui , en répandant
un nouveau jour fur fes principes ,
en rendront l'application facile & l'ufage
invariable. Un pareil ouvrage exécuté par
un homme qui joindroit à un goût fûr &
délicat une expérience confommée , & une
étude réfléchie de fon art , ne pourroit
manquer de produire les effets les plus
utiles. L'accueil que toutes les perfonnes
M A I.
1755 71
éclairées , à qui la Mufique françoiſe eſt
chere , ont fait à l'art du chant , annonce
que le public le recevra volontiers cómme
une production de ce genre. Le premier
avantage qui fe préfente & qui intéreſſe
toute la nation , c'eft que ce livre bien lû
& bien médité , fera enfin connoître à toutes
les perfonnes impartiales , qu'il eft faux
(comme le publient la prévention & l'injuftice
) que le chant françois endorme par
une fade uniformité . Pour peu qu'on réfléchiffe
avec quel foin , avec quel détail l'auteur
enfeigne la maniere d'exprimer les divers
effets de la nature & des paffions , on
fera convaincu qu'il n'y a point de peuple
au monde qui ait autant penfé que nous a
donner à fon chant plus de variété , plus
de vérité & d'analogie avec les différens
objets qu'on fe propofe de préfenter. Mais
ce n'eft point affez pour M. B. d'avoir
contribué à notre gloire , il multiplie encore
& affure nos plaifirs. Jamais le goût
du chant ne fut auffi général qu'il l'eft
aujourd'hui parmi nous : cependant com
bien de perfonnes fe trouvent dans une
efpece d'impoffibilité de fe livrer à une
étude fi flateufe , foit par la rareté des
bons Maîtres , foit par les différentes occupations
, qui ne laiffent que peu de momens
à employer pour les chofes de goût
ou de fimple amufement ?
72 MERCURE
DE FRANCE.
Le préfent que M. B. vient de faire au
public , remédie , du moins en grande partie
, à ces difficultés , qui jufqu'à préfent
avoient été infurmontables
: en effet , les
perfonnes qui font abfolument étrangeres
à la mufique , & celles qui en ont déja une
connoiffance commencée, ne peuvent manquer
de tirer les plus grands fecours de cet
ouvrage , les premieres , conduites par un
Maître qui pendant quelque tems leur developpera
tous les principes de l'art du
chant ; les autres , par leurs propres réflexions
, parviendront
facilement & fûrement
au même but où jufques-là ils n'auroient
pû atteindre qu'avec beaucoup de
peines , & après bien des années . Dans
toutes nos fociétés particulieres où le goût
du chant fait une des principales occupations
, quels avantages ne recueillera-t - on
pas du livre de M. Bérard , pour peu qu'on
acquiere par habitude & par réflexion un
ufage familier de ces principes , au lieu
de ces contre fens fi ordinaires à des perfonnes
peu verfées dans l'art du chant ,
& qui font gémir tous les gens de bon
goût ? par la méthode des nouveaux fignes ,
fi l'on ne parvient pas à la perfection qu'on
ne doit attendre que des grands Maîtres ,
ne fera- t-on pas für du moins de pouvoir
chanter les morceaux même les plus frappans
,
M A I. 1755. 73'
pans , avec le caractere , la vérité & les
agrémens qui leur font propres ?
Parmi toutes les découvertes dont M. Bérard
a enrichi fon ouvrage , celle de l'invention
des fignes nous paroît mériter les plus
grands éloges: jufqu'ici nous avons entendu
nos excellens chanteurs exécuter plufieurs
endroits de nos Opéra avec tant de vérité
& tant de graces , que nous defefpérions
qu'ils puffent être imités ; comme ils devoient
à une étude profonde & réfléchie
des organes de la voix ces traits éclatans
ces paffages heureux qui nous faififfent &
qui nous enlevent , il étoit impoffible à
des perfonnes peu appliquées de faifir leur
fecret. M. Bérard vient de nous découvrir
ce méchanifme curieux , que nous admirions
fans en connoître les refforts , & par
là nous a mis en état de devenir les rivaux
même de ceux que nous n'aurions jamais
ofé regarder que comme nos maîtres . Mais
c'eft principalement aux compofiteurs en
mufique de marquer à l'auteur toute leur
reconnoiffance : quel fupplice n'étoit - ce
pas pour un habile Muficien de voir le mê
me ouvrage , qui dans la bouche d'excellens
acteurs confervoit toutes fes graces ,
défiguré enfuite fouvent au point de ne
pouvoir lui même fe reconnoître ? La méthode
des nouveaux fignes va lui fauver
D
74 MERCURE DE FRANCE.
tous ces dégoûts fi ordinaires dans la capitale
même , & infiniment plus communs
encore dans nos provinces : il peut être
fur à préfent que tous ceux qui voudront
profiter des moyens que M. B. leur offre
rendront les compofitions avec la principale
partie de tous les agrémens qui lui
font propres
.
>
Nous ne pouvons avec bienféance ters
miner cet article fans nous arrêter un mo
ment fur l'Opéra , cette partie fi importan
te de nos plaifirs . Nous accufons la nature
d'être pour nous plus avare que pour nos
peres , on veut que les bons fujets foient
plus rares qu'ils n'ont jamais été , & c'eft
à cette prétendue difette qu'on attribue la
diminution trop fenfible de nos plaifirs
cependant fi nous voulons examiner les
chofes avec attention nous verrons que
le défaut d'art & non pas de fujets , eft la
vraie caufe de cette décadence de talens
dont nous nous plaignons. Depuis bien
des années nous avons vû débuter plus
d'un acteur qui donnoit d'abord les plus
belles efperances , nous nous flations avec
juftice que le tems & l'étude acheveroient
infenfiblement ce que la nature avoit fi
heureuſement commencé ; cependant loin
de voir le talent fe perfectionner & s'ac
croître , il tombe bientôt dans l'oubli , &
MA I.
1755575
nous nous étonnons feulement d'avoir pu
l'admirer. Si l'on veut remonter à la vraie
fource de ce mal , on verra qu'il naît principalement
du peu de foin que nous prenons
de former nos éleves : un jeune acteur
abandonné à lui - même , où fuivant
une routine imparfaite & aveugle , pourrat-
il corriger ou adoucir ce qui peut être
défectueux dans fa voix pourra- t- il ac
querit ces graces touchantes , ces fineſſes
de chant qui font le fruit de l'art le plus
confommé ?
Nous ne pouvons trop les avertir ici
que nos acteurs s'appliquent avec foin à
méditer les principes de M. Bérard fur l'ar❤
ticulation & la prononciation , fur la nouvelle
ortographe de chant qu'il propofe ,
fur la néceffité de doubler de certaines lettres
; mais fur - tout qu'ils faffent un ufage
un peu conftant de tous les fecrets qu'il
leur indique pour l'infpiration & pour
l'expiration , ils fe verront bientôt dédom
magés par les fuffrages du public , des peines
que cette étude pourroit leur caufer.
La méthode qu'on leur propofe , doit d'aurant
plus mériter leur confiance ; qu'elle a
été jufqu'ici le fondement des fuccès de
tous les excellens chanteurs que nous avons
admiré jufqu'aujourd'hui . Ces réflexions
déja confirmées par l'expérience , doivent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
+
nous faire augurer qu'il eft encore des
moyens de rétablir l'Opéra dans fon ancienne
gloire , du moins pouvons - nous
nous affurer que fi nous manquons de
fujets & par conféquent de plaifirs , nous
ne devons en accufer que nous-mêmes.
On délivre actuellement chez Ch. Ant
Jombert , Libraire , rue Dauphine , le tome
III de l'Architecture françoife . Le to
me IV de cet ouvrage utile ne pourra pa◄
roître que vers la fin de cette année , par
les raifons que l'on verra dans le Profpectus
qui vient d'être publié à ce fujet.
Le même Libraire vient de mettre en
vente un Dictionnaire portatif de l'Ingénieur
, où l'on explique les principaux ter
mes des ſciences les plus néceffaires à un
Ingénieur , fçavoir , l'Arithmétique , l'Algebre
, la Géométrie , l'Architecture civile ,
fa Charpenterie , la Serrurerie , l'Architec
ture hydraulique , l'Architecture militaire,
la Fortification , l'attaque & la défenfe des
places , les mines , l'Artillerie , la Marine ,
la Pyrotechnie . Par M. Belidor , Colonel
d'Infanterie , ancien Profeffeur de Mathé
matiques , &c. un vol . in- 8 ° . petit format,
Prix 3 liv . 12 f. relié.
fur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait
que j'en avois promis , & je fuis perfuadé
que le lecteur y gagnera.
L'ART du chant eft compofé avec tant
de méthode & de précifion , que je crois
plus à propos d'expofer les avantages qui
doivent naturellement réfulter de cet
écrit , que d'en donner une analyfe fuperficielle
& inutile. M. Bérard , après avoir
examiné avec une finguliere attention les
organes de la voix , confidérée par rapport
au chant , emploie les deux autres parties
à établir des principes & des régles pour
donner à la Mufique chantante toute l'expreffion
dont elle eft fufceptible ; & afini
de mettre tous les amateurs plus à portée
de profiter des réflexions & des nouvelles
découvertes qu'il venoit de leur offrir , on
trouve à la fin de fon ouvrage un affez
grand nombre d'exemples choifis de tou
tes les efpeces de chant , qui , en répandant
un nouveau jour fur fes principes ,
en rendront l'application facile & l'ufage
invariable. Un pareil ouvrage exécuté par
un homme qui joindroit à un goût fûr &
délicat une expérience confommée , & une
étude réfléchie de fon art , ne pourroit
manquer de produire les effets les plus
utiles. L'accueil que toutes les perfonnes
M A I.
1755 71
éclairées , à qui la Mufique françoiſe eſt
chere , ont fait à l'art du chant , annonce
que le public le recevra volontiers cómme
une production de ce genre. Le premier
avantage qui fe préfente & qui intéreſſe
toute la nation , c'eft que ce livre bien lû
& bien médité , fera enfin connoître à toutes
les perfonnes impartiales , qu'il eft faux
(comme le publient la prévention & l'injuftice
) que le chant françois endorme par
une fade uniformité . Pour peu qu'on réfléchiffe
avec quel foin , avec quel détail l'auteur
enfeigne la maniere d'exprimer les divers
effets de la nature & des paffions , on
fera convaincu qu'il n'y a point de peuple
au monde qui ait autant penfé que nous a
donner à fon chant plus de variété , plus
de vérité & d'analogie avec les différens
objets qu'on fe propofe de préfenter. Mais
ce n'eft point affez pour M. B. d'avoir
contribué à notre gloire , il multiplie encore
& affure nos plaifirs. Jamais le goût
du chant ne fut auffi général qu'il l'eft
aujourd'hui parmi nous : cependant com
bien de perfonnes fe trouvent dans une
efpece d'impoffibilité de fe livrer à une
étude fi flateufe , foit par la rareté des
bons Maîtres , foit par les différentes occupations
, qui ne laiffent que peu de momens
à employer pour les chofes de goût
ou de fimple amufement ?
72 MERCURE
DE FRANCE.
Le préfent que M. B. vient de faire au
public , remédie , du moins en grande partie
, à ces difficultés , qui jufqu'à préfent
avoient été infurmontables
: en effet , les
perfonnes qui font abfolument étrangeres
à la mufique , & celles qui en ont déja une
connoiffance commencée, ne peuvent manquer
de tirer les plus grands fecours de cet
ouvrage , les premieres , conduites par un
Maître qui pendant quelque tems leur developpera
tous les principes de l'art du
chant ; les autres , par leurs propres réflexions
, parviendront
facilement & fûrement
au même but où jufques-là ils n'auroient
pû atteindre qu'avec beaucoup de
peines , & après bien des années . Dans
toutes nos fociétés particulieres où le goût
du chant fait une des principales occupations
, quels avantages ne recueillera-t - on
pas du livre de M. Bérard , pour peu qu'on
acquiere par habitude & par réflexion un
ufage familier de ces principes , au lieu
de ces contre fens fi ordinaires à des perfonnes
peu verfées dans l'art du chant ,
& qui font gémir tous les gens de bon
goût ? par la méthode des nouveaux fignes ,
fi l'on ne parvient pas à la perfection qu'on
ne doit attendre que des grands Maîtres ,
ne fera- t-on pas für du moins de pouvoir
chanter les morceaux même les plus frappans
,
M A I. 1755. 73'
pans , avec le caractere , la vérité & les
agrémens qui leur font propres ?
Parmi toutes les découvertes dont M. Bérard
a enrichi fon ouvrage , celle de l'invention
des fignes nous paroît mériter les plus
grands éloges: jufqu'ici nous avons entendu
nos excellens chanteurs exécuter plufieurs
endroits de nos Opéra avec tant de vérité
& tant de graces , que nous defefpérions
qu'ils puffent être imités ; comme ils devoient
à une étude profonde & réfléchie
des organes de la voix ces traits éclatans
ces paffages heureux qui nous faififfent &
qui nous enlevent , il étoit impoffible à
des perfonnes peu appliquées de faifir leur
fecret. M. Bérard vient de nous découvrir
ce méchanifme curieux , que nous admirions
fans en connoître les refforts , & par
là nous a mis en état de devenir les rivaux
même de ceux que nous n'aurions jamais
ofé regarder que comme nos maîtres . Mais
c'eft principalement aux compofiteurs en
mufique de marquer à l'auteur toute leur
reconnoiffance : quel fupplice n'étoit - ce
pas pour un habile Muficien de voir le mê
me ouvrage , qui dans la bouche d'excellens
acteurs confervoit toutes fes graces ,
défiguré enfuite fouvent au point de ne
pouvoir lui même fe reconnoître ? La méthode
des nouveaux fignes va lui fauver
D
74 MERCURE DE FRANCE.
tous ces dégoûts fi ordinaires dans la capitale
même , & infiniment plus communs
encore dans nos provinces : il peut être
fur à préfent que tous ceux qui voudront
profiter des moyens que M. B. leur offre
rendront les compofitions avec la principale
partie de tous les agrémens qui lui
font propres
.
>
Nous ne pouvons avec bienféance ters
miner cet article fans nous arrêter un mo
ment fur l'Opéra , cette partie fi importan
te de nos plaifirs . Nous accufons la nature
d'être pour nous plus avare que pour nos
peres , on veut que les bons fujets foient
plus rares qu'ils n'ont jamais été , & c'eft
à cette prétendue difette qu'on attribue la
diminution trop fenfible de nos plaifirs
cependant fi nous voulons examiner les
chofes avec attention nous verrons que
le défaut d'art & non pas de fujets , eft la
vraie caufe de cette décadence de talens
dont nous nous plaignons. Depuis bien
des années nous avons vû débuter plus
d'un acteur qui donnoit d'abord les plus
belles efperances , nous nous flations avec
juftice que le tems & l'étude acheveroient
infenfiblement ce que la nature avoit fi
heureuſement commencé ; cependant loin
de voir le talent fe perfectionner & s'ac
croître , il tombe bientôt dans l'oubli , &
MA I.
1755575
nous nous étonnons feulement d'avoir pu
l'admirer. Si l'on veut remonter à la vraie
fource de ce mal , on verra qu'il naît principalement
du peu de foin que nous prenons
de former nos éleves : un jeune acteur
abandonné à lui - même , où fuivant
une routine imparfaite & aveugle , pourrat-
il corriger ou adoucir ce qui peut être
défectueux dans fa voix pourra- t- il ac
querit ces graces touchantes , ces fineſſes
de chant qui font le fruit de l'art le plus
confommé ?
Nous ne pouvons trop les avertir ici
que nos acteurs s'appliquent avec foin à
méditer les principes de M. Bérard fur l'ar❤
ticulation & la prononciation , fur la nouvelle
ortographe de chant qu'il propofe ,
fur la néceffité de doubler de certaines lettres
; mais fur - tout qu'ils faffent un ufage
un peu conftant de tous les fecrets qu'il
leur indique pour l'infpiration & pour
l'expiration , ils fe verront bientôt dédom
magés par les fuffrages du public , des peines
que cette étude pourroit leur caufer.
La méthode qu'on leur propofe , doit d'aurant
plus mériter leur confiance ; qu'elle a
été jufqu'ici le fondement des fuccès de
tous les excellens chanteurs que nous avons
admiré jufqu'aujourd'hui . Ces réflexions
déja confirmées par l'expérience , doivent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
+
nous faire augurer qu'il eft encore des
moyens de rétablir l'Opéra dans fon ancienne
gloire , du moins pouvons - nous
nous affurer que fi nous manquons de
fujets & par conféquent de plaifirs , nous
ne devons en accufer que nous-mêmes.
On délivre actuellement chez Ch. Ant
Jombert , Libraire , rue Dauphine , le tome
III de l'Architecture françoife . Le to
me IV de cet ouvrage utile ne pourra pa◄
roître que vers la fin de cette année , par
les raifons que l'on verra dans le Profpectus
qui vient d'être publié à ce fujet.
Le même Libraire vient de mettre en
vente un Dictionnaire portatif de l'Ingénieur
, où l'on explique les principaux ter
mes des ſciences les plus néceffaires à un
Ingénieur , fçavoir , l'Arithmétique , l'Algebre
, la Géométrie , l'Architecture civile ,
fa Charpenterie , la Serrurerie , l'Architec
ture hydraulique , l'Architecture militaire,
la Fortification , l'attaque & la défenfe des
places , les mines , l'Artillerie , la Marine ,
la Pyrotechnie . Par M. Belidor , Colonel
d'Infanterie , ancien Profeffeur de Mathé
matiques , &c. un vol . in- 8 ° . petit format,
Prix 3 liv . 12 f. relié.
Fermer
Résumé : « J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
Le texte présente une critique élogieuse de l'ouvrage 'L'Art du chant' de M. Bérard, publié en 1755. L'auteur admire la méthode et la précision de Bérard, soulignant que l'ouvrage ne se contente pas d'une analyse superficielle mais examine en profondeur les organes de la voix et établit des principes et des règles pour enrichir l'expression musicale. L'ouvrage inclut de nombreux exemples illustrant l'application de ces principes. L'auteur conteste l'idée que le chant français soit monotone, comme le prétendent certaines préventions injustes. Bérard démontre comment exprimer divers effets de la nature et des passions, apportant ainsi variété et vérité au chant français. L'ouvrage remédie également aux difficultés rencontrées par ceux qui souhaitent étudier le chant, que ce soit par manque de maîtres qualifiés ou de temps. Il est utile tant pour les débutants que pour les musiciens déjà expérimentés. Dans les sociétés où le chant est une occupation principale, l'ouvrage de Bérard permet d'éviter les erreurs courantes et d'améliorer la qualité du chant. L'auteur loue particulièrement l'invention de nouveaux signes par Bérard, qui permettent de reproduire les performances des grands chanteurs et d'améliorer les compositions musicales. Il encourage les compositeurs et les acteurs à utiliser les principes de Bérard pour améliorer leurs performances et restaurer la gloire de l'Opéra français. Enfin, le texte mentionne la disponibilité du tome III de 'L'Architecture françoise' et d'un 'Dictionnaire portatif de l'Ingénieur' chez le libraire Ch. Ant Jombert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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194
p. 77-86
SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
Début :
Une maladie longue & opiniâtre, une convalescence des plus lentes & des [...]
Mots clefs :
Poème, Christiade, Dieu, Sauveur, Paradis, Académicien
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
SECONDE LETTRE
•
D'un Académicien de M .... à un Academicien
de R.... fur la Chriftiade , ou
le Paradis reconquis , pour fervir de fuite
au Paradis perdu de Milton.
U
NE maladie longue & opiniâtre , une
convalefcence des plus lentes & des
affaires arrierées ne m'ont pas permis ,
Monfieur , de vous tenir plutôt la parole
que je vous donnai dans ma lettre du mois
de Juillet dernier , dans laquelle je vous
promettois de vous dire mon fentiment
fur le refte de la Chriftiade. Je fuis ravi
que le jugement que j'en ai porté s'accor
de avec le vôtre , & que celui de vos illuftres
confreres y mette un fceau refpectable
à tout critique. Je vais donc achever
l'analyfe de cet ouvrage avec confiance &
fans partialité.
Je vous avois laiffé au huitième chant
& c'eft de là que je reprens. Il contient
le plus grand & le plus augufte de nos
myfteres ; l'inftitution de l'Euchariftie , &
je vous affure qu'on ne peut lire rien de
plus tendre & de plus onctueux que le
difcours que le Sauveur fait à fes Difci-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ples dans fon teftament d'adieu . Le combat
de fon agonie eft un morceau théologique
, qui n'eft pas à la vérité de notre
reffort , mais nous en avons entendu difcourir
des Théologiens , qui ont affuré
qu'on ne pouvoit mieux accommoder le
dogme dans un poëme , & le mettre dans
le jour le plus favorable & le plus conforme
à la faine doctrine , fans en rien altérer
, au milieu même des fictions poëtiques.
L'épifode de Judas Iscariot qui commence
à la fin du feptieme chant , & qui
finit dans le dixieme par fa mort tragique,
eft un épiſode d'éclat qui n'a pas échappé
à votre pénétration : il eft en effet bien
fingulier ; car cet épifode feul eûr pû faire
la matiere d'un poëme par fon commen
cement , fon milieu & fa fin . L'efpece de
choc qui fe paffe dans le jardin des Oliviers
lorfque le Sauveur y eft pris , paroîtroit
d'invention romanefque , fi l'Evangélifte
ne difoit pofitivement qu'à la parole
du Sauveur , Judas & les troupes qu'il
conduifoit tomberent à la renverſe . L'em-
-portement de S. Pierre , connu par le coup
de glaive dont il frappa Malchus , & la
difpofition des autres Apôtres fes collégues
qui n'attendoient que le confentement
de leur Maître pour tirer pareilleΜΑΙ.
79 1755.
ment le glaive , eft fi bien marqué dans
l'Evangile , qu'on ne peut le regarder comme
une rodomontade de la part des compagnons
de l'Homme Dieu . Le fonge de
la femme de Pilate , qui dans le neuvieme
chant interrompt le jugement que fon
mari alloit porter contre Jefus , & la def
cription du temple de la Sibylle , font des
épifodes d'invention hiftorique , où tout
elt afforti au fujet principal. L'antre des
génies infernaux où Satan defcend par les
bouches du Vefuve , & y fait forger les
inftrumens du fupplice de Jefus- Chriſt , eſt
encore un morceau d'imagination poëtique ,
qui ravit par le détail des ouvrages aufquels
ces génies font occupés. Cette defcription
qui égaie le fombre de la mort
tragique de Judas , eft admirable. Le por
trait de la politique que Satan appelle du
haut des tours de Solime , & la politique
qui , fidele à la voix de Satan , quitte lecabinet
de l'Empereur Tibere , & accourt
à travers les airs pour venir fe prêter aux
vûes du monarque infernal , fait un bel
effet dans le onzieme chant. Le fupplice
du Sauveur & le tableau des fouffrances
qu'il endure avec une patience plus que
héroïque , contrafte fort bien avec le zéle
des Anges qui forment l'armée céleſte , &
quiau premier mouvement courent prendre
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
1
-
les armes dans l'arfenal de Dieu pour aller
fondre fur les ennemis de fon fils , & le
délivrer des mains des impies qui s'apprêtent
à le crucifier. Ce zélé de l'armée célefte
, qui borné par l'ordre abfolu du
Tout puiffant , fe change en deuil , &
l'éclipfe de la férénité de la face brillante
de Dieu pénétré de douleur à la mort de
fon fils , éclipfe qui eft la caufe premiere
des ténébres qui obfcurciffent le foleil , &
qui couvrent toute la terre en un inſtant ,
tout cela eft d'un fublime qui étonne , ra
vit , & imprime la terreur , la crainte & le
refpect pour la majeſté de Dieu . L'éclat
qui accompagne le triomphe de la Réfurrection
du Sauveur , les vives defcriptions
de l'empire du tems , du cahos & de la
nuit , celle des enfers , dont les peintures
effrayantes font d'un nouveau coloris &
parfaitement afforties aux différens genres
de tourmens , & aux différentes efpeces
de coupables qui les endurent , la defcription
des limbes , le portrait de la tranquille
efpérance qui anime les faints perfonnages
qui l'habitent , ce doux efpoir d'un
heureux avenir qui contrafte avec la fureur
& le defefpoir des réprouvés , la beauté
du climat des limbes & l'horreur des enfers
, font des tableaux qui effrayent &
raffurent , qui troublent & qui calment,
Μ Α Ι. 1755 .
81
tour à tour le lecteur. Il fe délaffe enfin
dans les belles plaines du ciel & dans le
brillant féjour de la Divinité , dont le temple
eft peint d'une maniere d'autant plus
admirable , que l'auteur pouvant faire.
jouer fon imagination , n'a néanmoins
emprunté que les idées tracées par S. Jean
dans fon Apocalypfe. Le livre des deftinées
humaines , fcelle de fept fceaux que le
Sauveur ouvre aux yeux de fon Apôtre ,
pour lui faire connoître les hommes dont
les ames lui font confiées , eft encore emprunté
de l'Apocalypfe . L'établiffement
miraculeux de l'Eglife , & le changement
progreffif qui fe fait dans tous les états du
monde par la prédication de l'évangile ,
les portraits des premiers Souverains chré-,
tiens , & les juftes éloges donnés à leurs
fucceffeurs en qualité de protecteurs de
l'Eglife , la fucceffion invariable & non.
interrompue des fouverains Pontifes qui
ont occupé le fiége de Rome & de l'Eglife ,
& les traits fous lefquels font repréfentés
les plus grands Papes jufqu'à celui qui
remplit fi dignement la chaire de Saint .
Pierre , tout cela eft d'une invention fine
ingénieufe , délicate , qui tranfporte & ravit
le lecteur en lui rappellant les grands.
traits de l'ancien & du nouveau Teftament ,
& d'une partie de l'Hiftoire eccléfiaftique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
par une narration agréable & fleurie.
On a donc bien eu raifon , Monfieur ,
de dire que la Chriftiade , bien loin de
nuire à la religion & de fcandalifer la foi
des Fideles , ne peut fervir qu'à leur donner
une grande idée de nos myfteres . Les
fictions fans nombre qui étayent ce poëme
, n'auroient point été admiffibles dans
un fujet auffi facré , & le lecteur pieux
auroit eu raifon de s'en alarmer & de les
rejetter , fi l'auteur n'eût eu la précaution
de les puifer toutes dans le fond même des
myfteres , ainfi que l'a fort bien remarqué
un célebre Journaliſte , & de les appuyer
des autorités de l'Ecriture , des faints Peres
, des Conciles , des Commentateurs
& de l'Hiftoire . C'eft de là probablement
qu'eſt venu ce déluge de notes qui a inondé
l'ouvrage , & c'eft avec la même juſteſſe
que vous avez été frappé de l'art avec lequel
les humiliations & les grandeurs de
Homme - Dieu contraftent avec dignité &
s'ennobliffent mutuellement.
En effet le poëme de la Chriftiade n'eft
que le triomphe du Chrift . Si cet objet
nous étoit moins familier , il piqueroit
plus notre curiofité ; mais un fujet dont
nos oreilles font rebattues dans nos chaires
, dont nos livres font remplis , dont
nous fommes imbus dès l'enfance , affadit
M. A I. 83
1755. .
en quelque forte , & rebute , fi l'on peut fe
fervir de ce terme , l'attention du Chrétien
tiéde , à laquelle les objets attrayans
du fiécle font fans ceffe diverfion. Dans le
monde on ne connoît communément le
Sauveur que par fa naiffance pauvre & par
fa mort ignominieufe ; ce font là les deux
points de vûe fous lefquels on le confidere
: l'éclat de fes miracles frappe , mais
l'ignominie de fa croix fcandalife , & il
faut avoir une foi bien ferme pour n'être
pas tenté d'abandonner un maître qui vit
d'une façon fi obfcure , & qui meurt du
fupplice le plus infâme . C'eft là ce qui a
donné crédit au préjugé commun , que que les
myfteres de notre religion ne fçauroient
être la matiere d'un poëme ; mais un ef
prit qui ne s'arrête point à la fuperficie ,
qui s'éleve au- deffus des préjugés , qui approfondit
tous les myfteres , qui analyſe
tous les faits , ne peut s'empêcher d'être
frappé de la Divinité , qui éclate jufques
dans les moindres actions du Sanveur ; on
voit en lui le héros des héros , le héros par
excellence , l'Homme - Dieu , le Dieu des
Dieux .
Je ne puis mieux finir cette analyfe ,
Monfieur , qu'en vous difant mon fentiment
fur le fujer des planches , vignettes
& gravûres en taille -douce qui font à la
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
tête de chaque chant de la Chriſtiade : il
y regne autant de poëtique & de fublime
d'idées que dans l'ouvrage même ; les allégories.
en font fines , juftes & nullement
forcées. Peut - on rien de plus beau que
l'idée du frontispice , où les trois monftres,
Satan , le péché & la mort perfonnifiés ,
font attachés au trophée du Rédempteur ;
le palais du prince de l'air , avec tous fes
attributs , & la tempête qu'il excite à la
priere de Satan ; le confeil des démons fur
le Liban , où les grands acteurs font caractérifés
; le feftin d'Hérode , où Hérodias
danfe ; Magdeleine dans fes beaux jardins.
livrée à fes illufions , & enfuite dans fon
appartement renverfant & brifant fa toilette
dans un faint emportement de converfion
; la médiation du Verbe , & Adam
& Eve pris dans les filets de la mort ; la
naiffance de la femme ; l'antre des génies
infernaux ; l'arfenal célefte ; le magnifique
temple de la Sibylle , & la femme de
Pilate dormant fur les genoux du fommeil;
l'ame du Dieu crucifié, expirant, qui fort de
fa bouche , un drapeau d'une main en figne
de fa victoire , & des foudres de l'autre , en
inftrumens de fa vengeance , qui foudroye
& précipite les légions de démons répandus
dans les airs , où ils s'applaudiffoient
de leur prétendue victoire fur le Seigneur
MA I. 1755.
85 .
& fur fon Chrift ; & enfin ce même Chriſt
fortant victorieux du tombeau , dont la
pierre énorme renversée par la puiffance
divine , écrafe la mort qui étoit affife
deffus ; & les clefs de la mort & des enfers
que le Sauveur reffufcitant tient dans
fes mains? ce font là , Monfieur , autant
d'idées nobles & poëtiques que le célebre
Eyfen a parfaitement tracées , fans doute ,
d'après l'auteur , & que les plus habiles
Graveurs de Paris ont très - bien rendues .
Tout eft poëtique , tout eft admirable dans .
ce poëme , jufqu'au crayon & au burin
du Deffinateur & des Graveurs.
"
Vous penferez peut - être , Monfieur, que
la chaleur du climat qui échauffe notre
imagination , eft la feule caufe de l'admiration
que nous avons pour la Chriftiade ;
mais defabufez-vous , les coups de foleil
aufquels on nous accufe d'être fujets , ne
dirigent point nos jugemens ; je ne vous
les produirois même pas avec tant de confiance
, fi les perfonnes les plus éclairées
de nos provinces & des Académies voifines
, & principalement un homme célebre
par quantité de bons ouvrages , qui fe
diftingue à la tête de l'Académie des Belles-
Lettres de M .... n'avoit prévenu notre
jugement par les fuffrages les plus favorables
à la Chriftiade .
86 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il en foit , notre admiration
pour ce poëme n'eft point aveugle , mais
nous faifons graces aux défauts en faveur
des beautés ; car quelques exemples & autorités
que l'auteur apporte pour fe juftifier
d'avoir écrit fon poëme en profe
cependant , comme l'ufage a prévalu , &
que par poëme on entend communément
aujourd'hui un ouvrage en vers , nous faifons
des voeux avec vous pour que quel
que heureux génie s'animant du feu poëtique
de l'auteur de la Chriftiade , fans en
amortir les faillies , veuille bien prendre
la peine de nous la rendre en beaux vers
françois , débarraffée de certains détails
qui font languir l'action , & de quelques
notes qui paroiffent fuperflues. Je fuis ,
& c.
On imprime chez Boudet , rue Saint
Jacques , au Livre d'or , un projet de
Tactique d'après le fyftême du Chevalier
Folard , & les idées de M. le Maréchal de
Saxe. Je crois que l'annonce de ce livre.
doit exciter la curiofité de nos militaires ,
que fa lecture peut leur être auffi utile
que l'ouvrage paroît intéreffant. Le Libraire
le diftribuera dans le courant de ce
mois ; 1 vol. in-4°.
•
D'un Académicien de M .... à un Academicien
de R.... fur la Chriftiade , ou
le Paradis reconquis , pour fervir de fuite
au Paradis perdu de Milton.
U
NE maladie longue & opiniâtre , une
convalefcence des plus lentes & des
affaires arrierées ne m'ont pas permis ,
Monfieur , de vous tenir plutôt la parole
que je vous donnai dans ma lettre du mois
de Juillet dernier , dans laquelle je vous
promettois de vous dire mon fentiment
fur le refte de la Chriftiade. Je fuis ravi
que le jugement que j'en ai porté s'accor
de avec le vôtre , & que celui de vos illuftres
confreres y mette un fceau refpectable
à tout critique. Je vais donc achever
l'analyfe de cet ouvrage avec confiance &
fans partialité.
Je vous avois laiffé au huitième chant
& c'eft de là que je reprens. Il contient
le plus grand & le plus augufte de nos
myfteres ; l'inftitution de l'Euchariftie , &
je vous affure qu'on ne peut lire rien de
plus tendre & de plus onctueux que le
difcours que le Sauveur fait à fes Difci-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ples dans fon teftament d'adieu . Le combat
de fon agonie eft un morceau théologique
, qui n'eft pas à la vérité de notre
reffort , mais nous en avons entendu difcourir
des Théologiens , qui ont affuré
qu'on ne pouvoit mieux accommoder le
dogme dans un poëme , & le mettre dans
le jour le plus favorable & le plus conforme
à la faine doctrine , fans en rien altérer
, au milieu même des fictions poëtiques.
L'épifode de Judas Iscariot qui commence
à la fin du feptieme chant , & qui
finit dans le dixieme par fa mort tragique,
eft un épiſode d'éclat qui n'a pas échappé
à votre pénétration : il eft en effet bien
fingulier ; car cet épifode feul eûr pû faire
la matiere d'un poëme par fon commen
cement , fon milieu & fa fin . L'efpece de
choc qui fe paffe dans le jardin des Oliviers
lorfque le Sauveur y eft pris , paroîtroit
d'invention romanefque , fi l'Evangélifte
ne difoit pofitivement qu'à la parole
du Sauveur , Judas & les troupes qu'il
conduifoit tomberent à la renverſe . L'em-
-portement de S. Pierre , connu par le coup
de glaive dont il frappa Malchus , & la
difpofition des autres Apôtres fes collégues
qui n'attendoient que le confentement
de leur Maître pour tirer pareilleΜΑΙ.
79 1755.
ment le glaive , eft fi bien marqué dans
l'Evangile , qu'on ne peut le regarder comme
une rodomontade de la part des compagnons
de l'Homme Dieu . Le fonge de
la femme de Pilate , qui dans le neuvieme
chant interrompt le jugement que fon
mari alloit porter contre Jefus , & la def
cription du temple de la Sibylle , font des
épifodes d'invention hiftorique , où tout
elt afforti au fujet principal. L'antre des
génies infernaux où Satan defcend par les
bouches du Vefuve , & y fait forger les
inftrumens du fupplice de Jefus- Chriſt , eſt
encore un morceau d'imagination poëtique ,
qui ravit par le détail des ouvrages aufquels
ces génies font occupés. Cette defcription
qui égaie le fombre de la mort
tragique de Judas , eft admirable. Le por
trait de la politique que Satan appelle du
haut des tours de Solime , & la politique
qui , fidele à la voix de Satan , quitte lecabinet
de l'Empereur Tibere , & accourt
à travers les airs pour venir fe prêter aux
vûes du monarque infernal , fait un bel
effet dans le onzieme chant. Le fupplice
du Sauveur & le tableau des fouffrances
qu'il endure avec une patience plus que
héroïque , contrafte fort bien avec le zéle
des Anges qui forment l'armée céleſte , &
quiau premier mouvement courent prendre
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
1
-
les armes dans l'arfenal de Dieu pour aller
fondre fur les ennemis de fon fils , & le
délivrer des mains des impies qui s'apprêtent
à le crucifier. Ce zélé de l'armée célefte
, qui borné par l'ordre abfolu du
Tout puiffant , fe change en deuil , &
l'éclipfe de la férénité de la face brillante
de Dieu pénétré de douleur à la mort de
fon fils , éclipfe qui eft la caufe premiere
des ténébres qui obfcurciffent le foleil , &
qui couvrent toute la terre en un inſtant ,
tout cela eft d'un fublime qui étonne , ra
vit , & imprime la terreur , la crainte & le
refpect pour la majeſté de Dieu . L'éclat
qui accompagne le triomphe de la Réfurrection
du Sauveur , les vives defcriptions
de l'empire du tems , du cahos & de la
nuit , celle des enfers , dont les peintures
effrayantes font d'un nouveau coloris &
parfaitement afforties aux différens genres
de tourmens , & aux différentes efpeces
de coupables qui les endurent , la defcription
des limbes , le portrait de la tranquille
efpérance qui anime les faints perfonnages
qui l'habitent , ce doux efpoir d'un
heureux avenir qui contrafte avec la fureur
& le defefpoir des réprouvés , la beauté
du climat des limbes & l'horreur des enfers
, font des tableaux qui effrayent &
raffurent , qui troublent & qui calment,
Μ Α Ι. 1755 .
81
tour à tour le lecteur. Il fe délaffe enfin
dans les belles plaines du ciel & dans le
brillant féjour de la Divinité , dont le temple
eft peint d'une maniere d'autant plus
admirable , que l'auteur pouvant faire.
jouer fon imagination , n'a néanmoins
emprunté que les idées tracées par S. Jean
dans fon Apocalypfe. Le livre des deftinées
humaines , fcelle de fept fceaux que le
Sauveur ouvre aux yeux de fon Apôtre ,
pour lui faire connoître les hommes dont
les ames lui font confiées , eft encore emprunté
de l'Apocalypfe . L'établiffement
miraculeux de l'Eglife , & le changement
progreffif qui fe fait dans tous les états du
monde par la prédication de l'évangile ,
les portraits des premiers Souverains chré-,
tiens , & les juftes éloges donnés à leurs
fucceffeurs en qualité de protecteurs de
l'Eglife , la fucceffion invariable & non.
interrompue des fouverains Pontifes qui
ont occupé le fiége de Rome & de l'Eglife ,
& les traits fous lefquels font repréfentés
les plus grands Papes jufqu'à celui qui
remplit fi dignement la chaire de Saint .
Pierre , tout cela eft d'une invention fine
ingénieufe , délicate , qui tranfporte & ravit
le lecteur en lui rappellant les grands.
traits de l'ancien & du nouveau Teftament ,
& d'une partie de l'Hiftoire eccléfiaftique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
par une narration agréable & fleurie.
On a donc bien eu raifon , Monfieur ,
de dire que la Chriftiade , bien loin de
nuire à la religion & de fcandalifer la foi
des Fideles , ne peut fervir qu'à leur donner
une grande idée de nos myfteres . Les
fictions fans nombre qui étayent ce poëme
, n'auroient point été admiffibles dans
un fujet auffi facré , & le lecteur pieux
auroit eu raifon de s'en alarmer & de les
rejetter , fi l'auteur n'eût eu la précaution
de les puifer toutes dans le fond même des
myfteres , ainfi que l'a fort bien remarqué
un célebre Journaliſte , & de les appuyer
des autorités de l'Ecriture , des faints Peres
, des Conciles , des Commentateurs
& de l'Hiftoire . C'eft de là probablement
qu'eſt venu ce déluge de notes qui a inondé
l'ouvrage , & c'eft avec la même juſteſſe
que vous avez été frappé de l'art avec lequel
les humiliations & les grandeurs de
Homme - Dieu contraftent avec dignité &
s'ennobliffent mutuellement.
En effet le poëme de la Chriftiade n'eft
que le triomphe du Chrift . Si cet objet
nous étoit moins familier , il piqueroit
plus notre curiofité ; mais un fujet dont
nos oreilles font rebattues dans nos chaires
, dont nos livres font remplis , dont
nous fommes imbus dès l'enfance , affadit
M. A I. 83
1755. .
en quelque forte , & rebute , fi l'on peut fe
fervir de ce terme , l'attention du Chrétien
tiéde , à laquelle les objets attrayans
du fiécle font fans ceffe diverfion. Dans le
monde on ne connoît communément le
Sauveur que par fa naiffance pauvre & par
fa mort ignominieufe ; ce font là les deux
points de vûe fous lefquels on le confidere
: l'éclat de fes miracles frappe , mais
l'ignominie de fa croix fcandalife , & il
faut avoir une foi bien ferme pour n'être
pas tenté d'abandonner un maître qui vit
d'une façon fi obfcure , & qui meurt du
fupplice le plus infâme . C'eft là ce qui a
donné crédit au préjugé commun , que que les
myfteres de notre religion ne fçauroient
être la matiere d'un poëme ; mais un ef
prit qui ne s'arrête point à la fuperficie ,
qui s'éleve au- deffus des préjugés , qui approfondit
tous les myfteres , qui analyſe
tous les faits , ne peut s'empêcher d'être
frappé de la Divinité , qui éclate jufques
dans les moindres actions du Sanveur ; on
voit en lui le héros des héros , le héros par
excellence , l'Homme - Dieu , le Dieu des
Dieux .
Je ne puis mieux finir cette analyfe ,
Monfieur , qu'en vous difant mon fentiment
fur le fujer des planches , vignettes
& gravûres en taille -douce qui font à la
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
tête de chaque chant de la Chriſtiade : il
y regne autant de poëtique & de fublime
d'idées que dans l'ouvrage même ; les allégories.
en font fines , juftes & nullement
forcées. Peut - on rien de plus beau que
l'idée du frontispice , où les trois monftres,
Satan , le péché & la mort perfonnifiés ,
font attachés au trophée du Rédempteur ;
le palais du prince de l'air , avec tous fes
attributs , & la tempête qu'il excite à la
priere de Satan ; le confeil des démons fur
le Liban , où les grands acteurs font caractérifés
; le feftin d'Hérode , où Hérodias
danfe ; Magdeleine dans fes beaux jardins.
livrée à fes illufions , & enfuite dans fon
appartement renverfant & brifant fa toilette
dans un faint emportement de converfion
; la médiation du Verbe , & Adam
& Eve pris dans les filets de la mort ; la
naiffance de la femme ; l'antre des génies
infernaux ; l'arfenal célefte ; le magnifique
temple de la Sibylle , & la femme de
Pilate dormant fur les genoux du fommeil;
l'ame du Dieu crucifié, expirant, qui fort de
fa bouche , un drapeau d'une main en figne
de fa victoire , & des foudres de l'autre , en
inftrumens de fa vengeance , qui foudroye
& précipite les légions de démons répandus
dans les airs , où ils s'applaudiffoient
de leur prétendue victoire fur le Seigneur
MA I. 1755.
85 .
& fur fon Chrift ; & enfin ce même Chriſt
fortant victorieux du tombeau , dont la
pierre énorme renversée par la puiffance
divine , écrafe la mort qui étoit affife
deffus ; & les clefs de la mort & des enfers
que le Sauveur reffufcitant tient dans
fes mains? ce font là , Monfieur , autant
d'idées nobles & poëtiques que le célebre
Eyfen a parfaitement tracées , fans doute ,
d'après l'auteur , & que les plus habiles
Graveurs de Paris ont très - bien rendues .
Tout eft poëtique , tout eft admirable dans .
ce poëme , jufqu'au crayon & au burin
du Deffinateur & des Graveurs.
"
Vous penferez peut - être , Monfieur, que
la chaleur du climat qui échauffe notre
imagination , eft la feule caufe de l'admiration
que nous avons pour la Chriftiade ;
mais defabufez-vous , les coups de foleil
aufquels on nous accufe d'être fujets , ne
dirigent point nos jugemens ; je ne vous
les produirois même pas avec tant de confiance
, fi les perfonnes les plus éclairées
de nos provinces & des Académies voifines
, & principalement un homme célebre
par quantité de bons ouvrages , qui fe
diftingue à la tête de l'Académie des Belles-
Lettres de M .... n'avoit prévenu notre
jugement par les fuffrages les plus favorables
à la Chriftiade .
86 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il en foit , notre admiration
pour ce poëme n'eft point aveugle , mais
nous faifons graces aux défauts en faveur
des beautés ; car quelques exemples & autorités
que l'auteur apporte pour fe juftifier
d'avoir écrit fon poëme en profe
cependant , comme l'ufage a prévalu , &
que par poëme on entend communément
aujourd'hui un ouvrage en vers , nous faifons
des voeux avec vous pour que quel
que heureux génie s'animant du feu poëtique
de l'auteur de la Chriftiade , fans en
amortir les faillies , veuille bien prendre
la peine de nous la rendre en beaux vers
françois , débarraffée de certains détails
qui font languir l'action , & de quelques
notes qui paroiffent fuperflues. Je fuis ,
& c.
On imprime chez Boudet , rue Saint
Jacques , au Livre d'or , un projet de
Tactique d'après le fyftême du Chevalier
Folard , & les idées de M. le Maréchal de
Saxe. Je crois que l'annonce de ce livre.
doit exciter la curiofité de nos militaires ,
que fa lecture peut leur être auffi utile
que l'ouvrage paroît intéreffant. Le Libraire
le diftribuera dans le courant de ce
mois ; 1 vol. in-4°.
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Résumé : SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
La seconde lettre est une correspondance entre deux académiciens discutant de la 'Christiade', un poème épique. L'auteur de la lettre approuve le jugement de son interlocuteur et de leurs confrères sur l'œuvre. Il commence son analyse à partir du huitième chant, mettant en avant la tendresse et l'onction du discours du Sauveur lors de l'institution de l'Eucharistie. Il admire également la profondeur théologique du combat de l'agonie du Christ, bien que ce traitement ne soit pas conforme à leur ressource, il est approuvé par des théologiens. L'épître met en lumière plusieurs épisodes marquants du poème, tels que la trahison de Judas, le combat au jardin des Oliviers et l'intervention de la femme de Pilate. Elle loue également les descriptions poétiques, comme l'antre des génies infernaux et la politique de Satan. Le supplice du Sauveur et les réactions des anges sont décrits avec un sublime qui impressionne. Le poème est salué pour sa fidélité aux Écritures et aux autorités ecclésiastiques, justifiant ainsi les fictions poétiques par leur enracinement dans les mystères chrétiens. L'auteur conclut en exprimant son admiration pour les illustrations du poème, qui sont aussi poétiques et sublimes que le texte lui-même. Il espère cependant que la 'Christiade' pourrait être réécrite en vers français pour en améliorer la fluidité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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195
p. 73-82
EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Début :
La séance fut ouverte par la lecture des éloges de M. de Chazerat, premier [...]
Mots clefs :
Société littéraire de Clermont, Société littéraire, Pierres, Eaux , Pont, Clermont-Ferrand, Auvergne
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
EXTRAIT
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
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Résumé : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Le 24 août 1754, la Société Littéraire de Clermont en Auvergne a organisé une assemblée publique au cours de laquelle plusieurs ouvrages ont été présentés. La séance a débuté par la lecture des éloges de M. de Chazerat, président de la Cour des Aides, et de M. Roffignol, ancien Intendant d'Auvergne, tous deux associés honoraires de l'Académie. Ces éloges étaient les premiers à être lus depuis la création de la Société. Les deux hommes avaient joué un rôle crucial dans la revitalisation des lettres et des arts en Auvergne et avaient obtenu la permission pour les membres de la Société de se réunir régulièrement. M. Dijon a ensuite présenté un mémoire sur l'ancienneté et les dimensions du pont de vieille Brioude, situé sur la rivière d'Allier. Il a contesté l'attribution de la construction de ce pont aux Romains en comparant ses caractéristiques architecturales avec celles des édifices romains connus. M. Dijon a également produit un document de 1434 prouvant que le pont avait été construit par les habitants de vieille Brioude. Il a décrit les dimensions et les matériaux utilisés, notant que l'arche du pont est la plus grande du Royaume, formant un segment de cercle avec une corde de 172 pieds de longueur et une flèche de 66 pieds. M. de Saint-Victor a lu un mémoire sur la vie et les œuvres de Jean Savaron, président-lieutenant général au siège présidial de Clermont. Savaron, né en 1566, avait été élevé par Cujas et avait occupé diverses charges avant de devenir président du présidial de Clermont sous Henri IV. Le mémoire soulignait sa députation aux États de 1614, ses échanges avec les savants de son époque, et sa contribution à la donation du Duché d'Auvergne par Marguerite de Valois. Savaron est décédé en 1622. Enfin, M. Ozy a présenté un prospectus pour une histoire naturelle de l'Auvergne, qu'il prévoyait de publier. Il a divisé son étude en trois parties : le règne animal, le règne végétal et le règne minéral. Pour le règne animal, il a mentionné les animaux domestiques et sauvages, en se concentrant sur les espèces rares. Pour le règne végétal, il a prévu de décrire les arbres, arbustes et autres plantes de la région. Pour le règne minéral, il a prévu d'étudier les métaux, les pierres précieuses, les eaux minérales et les phénomènes géologiques comme les volcans et les cavernes. M. Ozy a également lu une dissertation sur le ver lion, détaillant ses observations et ses métamorphoses. La séance s'est conclue par la lecture des extraits des ouvrages lus lors des assemblées particulières de l'année et des observations sur divers phénomènes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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196
p. 83-91
EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
Début :
Louis-Léon Pajot, Chevalier, Comte d'Ons-en-Bray, nâquit à Paris le 25 [...]
Mots clefs :
Louis-Léon Pajot, Comte d'Ons-en-Bray, Académie des sciences, Secrétaire de l'Académie des sciences, Jean-Paul Grandjean de Fouchy, Philosophie, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
EXTRAIT DE L'ELOGE
DE M. D'ONS- EN- BRAY ,
Prononcé le 13 Novembre 1754 , par M.
de Fouchy , Secrétaire de l'Académie des
Sciences.
Quis-Léon Pajot , Chevalier , Comte
Ldons- en-Bray ,naquit à Parisleas
Mars 1678 de Léon Pajot , Comte d'Onsen-
Bray , Directeur général des poftes &
relais de France , & de Marie Anne Rouillé
, tante de M. Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat. Son ayeul avoit été envoyé
par la Reine , mere de Louis XIV , en
Efpagne , où il fut retenu quatre ans prifonnier.
Si les peines attachées aux en-
» fans deshonorent la poftérité de ceux qui
les éprouvent , pourquoi ne compteroiton
pas au rang des titres d'honneur les
difgraces qui n'ont leur fource que dans
» le zele avec lequel on fert fon Roi & fa
patrie ?
»
"
Il fit fes études au College des Jéfuites:
de Paris ; mais un mal d'yeux confidérable
dont il fut attaqué pendant fa rhétorique
obligea de le rappeller , à la maifon
nelle
ord så mot
Divis
pater
84 MERCURE DE FRANCE.
Pendant le cours de cette maladie , M.
Quent , homme habile qu'on avoit mis auprès
de lui , imagina de l'occuper d'une
fcience à laquelle les fens extérieurs font
fouvent plus nuifibles qu'utiles , de l'étude
de la philofophie . Il faifoit lire auprès de
lui les principes de celle de Defcartes , &
la meilleure preuve qu'on puiffe donner
qu'il en avoit fait dès lors un Philofophe
eft la reconnoiffance qu'il eut des foins de
cet habile maître. La vraie philofophie tend
encore plus à enrichir le coeur de toutes.
les vertus qu'à orner l'efprit de nouvelles
connoiffances .
Au fortir de cette maladie , il alla
voya
ger en Hollande . La vûe des grands hom
mes que cet état poffédoit alors, des collections
curieufes & fçavantes qu'ils y avoient
faites & des applications ingénieufes qu'il
y voyoit continuellement faire de la més
chanique , le rendirent encore plus Philos
fophe & plus Méchanicien , & ce fut là
qu'il forma le premier projet de ce cabinet
qu'il a depuis rendu fi célebre.
Il ne l'exécuta cependant pas auffi-tôt
après fon retour. Les occupations attachées
à la place de Directeur général des poftes
aufquelles M. fon pere l'engagea à fe livrer ,
ne lui laiffoient que peu de momens:
libres , mais ce peu de momens étoient
JUIN. 1755.
foigneufement ménagés pour ce qu'il
aimoit.
❤
M. d'Ons- en -Bray perdit fon pere en
1708 , & il lui fuccéda dans fa place ; mais
ce qui tourne plus à fa gloire , quoiqu'il
n'eut alors que vingt neuf à trente ans ,
Louis XIV lui accorda fa confiance ; il le
chargea de plufieurs affaires dont il lui
rendoit compte indépendamment des Miniftres
, & le fit appeller dans fa derniere
maladie pour cacheter fon teftament avant
de l'envoyer dépofer au Parlement. Il jouit
de la même confiance fous la Régence de
feu M. le Duc d'Orléans. Lorfque ce Prin
ce créa les charges d'Intendans des poftes ,
il en donna une à M. d'Ons - en - Bray , &
le public eft informé de l'exactitude avec
laquelle il s'en est toujours acquitté.
Dès qu'il s'étoit vu fon maître , il avoit
travaillé à exécuter le projet qu'il avoit
formé en Hollande ; mais comme d'un côté
les devoirs de fa charge , & d'autre part
les vifites continuelles aufquelles il étoit
expofé à Paris ne lui en laifoient pas le
loifir , il réfolut de fe dérober à celles- ci ;
ne pouvant ni ne voulant fe fouſtraire à
fes devoirs , il choifit pour ce deffein une
belle maifon qu'il avoit à Berci . Cet endroit
affez près de Paris , pour
lui
tre d'y paffer tous les momens qu'il avoit
permet86
MERCURE DE FRANCE.
de libres , en étoit cependant affez éloigné
pour écarter les vifites importunes. Il facrifia
la plus grande partie de cette maiſon
aux cabinets qu'il y vouloit former , y établit
un jardin de plantes & une orangerie ,
& fit de cet endroit un des plus agréables
afyles que la philofophie ait jamais habités
; il y venoit paffer tout le tems dont il
pouvoit difpofer , & y attiroit autant qu'il
pouvoit les Académiciens les plus célebres
; le P. Sebaſtien étoit du nombre , &
M. Geoffroy a conduit quatre ans fon laboratoire.
La route que fuivit M. d'Ons- en-
Bray l'approchoit néceffairement de l'Académie
: il y obtint en 1716 une des deux
places d'honoraires que le Roi venoit d'y
établir par le nouveau réglement il y
étoit extrêmement affidu , & prenoit part
à prefque toutes les matieres qui s'y traitoient
les fciences font trop liées les unes
aux autres , pour que le cabinet ne profitât
extrêmement de cette affiduité.
pas
Quoique M. d'Ons- en- Bray ne fût affujetti
par fa place à aucun travail acadé
mique , on a de lui plufieurs mémoires im
primés , entr'autres la defcription d'une
machine pour battre la meſure de tous les
airs , d'une maniere fixe & indépendante
du caprice des Muficiens ; des recherches:
fur les mefures des liquides , qu'il fit à la
JUIN. 1755
87
réquifition du Corps de ville de Paris :
mais ce qu'il a donné de plus fingulier , eft
fon anémometre , ou inftrument propre à
mefurer la force & la direction du vent ;
les inftrumens ordinaires ne font que des
corps purement paffifs , dont l'obfervateur
eft pour ainfi dire l'ame on pourroit
prefque dire que M. d'Ons- en- Bray a donné
de l'intelligence à fon anémometre ;
l'inftrument fçair obferver lui - même &
écrire fes obfervations : les ftatues immortelles
de Vulcain fi bien décrites par Homere
, n'en fçavoient peut- être pas davantage
.
Le cabinet qu'il avoit entrepris étoit
cependant fa principale occupation ; il
l'avoit déja rendu fi riche & fi complet
dès 1717 , que peu de Seigneurs étrangers
venoient en France fans le vifiter ; il y reçut
le Czar Pierre I , l'Empereur à préſent
regnant , & le Prince Charles de Lorraine ,.
le feu Electeur de Baviere , le Roi de Pologne
, Duc de Lorraine , les Princes de-
Saxe Kaubourg & de Saxe - Gotha , & enfin
les deux Ambaſſadeurs du Grand Seigneur
, Meheniet & Saïd- Effendi , qui en
fortirent pleins d'une admiration ,, d'autant
plus flateuſe pour M. d'Ons - en - Bray , que
*
Voyez les Mémoires de l'Académie. 17344.
p. 123.
$ 8 霉
MERCURE DE FRANCE.
ces deux Seigneurs , & fur-tout Saïd- Pacha
, étoient en état d'en connoître tout le
prix.
Dans ces occafions , M. d'Ons- en - Bray
faifoit parfaitement les honneurs de fa
maifon ; il y donnoit des repas magnifiques
& des fêtes élegantes : c'étoit un peu
de pris fur ce tems dont il étoit fi bon menager
, mais c'étoit pour l'honneur des
fciences & de la philofophie , & rien ne
lui coûtoit pour leur acquerir des profélites
ou des protecteurs.
Il ne négligeoit ni n'épargnoit rien
pour remplir fon cabinet de piéces inté
reffantes. Mais ce qui rendoit cette collection
plutôt finguliere que la premiere
de ce genre , étoit l'immenfe quantité
de piéces de méchanique dont il Pavoit
ornée , & parmi lefquelles il y en avoit
plufieurs de fon invention . Dans le nombre
de ces dernieres fe trouve un morceau
fingulier des élémens de géométrie tout en
machines ; il avoit imaginé cette finguliere
façon de démontrer , pour faciliter au Roi,
encore enfant , l'étude des Mathématiques.
Les meilleurs élémens qu'il eût pûr donner
en toute autre occafion , n'euffent fait
voir que fa capacité , ceux - ci font unt
preuve fubfiftante de fon attachement pour
fon Roi on laiffe aux coeurs françois
JUIN. 1755. 89
à décider qui des deux mérite la préférence.
Il avoit reçu de feu M. le Duc d'Orléans
, Régent , plufieurs vifites. Ce Prince
fe plaifoit extrêmement dans les cabinets
de M. d'Ons -en- Bray , & il voulut les orner
du célebre verre ardent conftruit par
M. de Tfchirnhauz , dont il lui fit préfent ;
ce Prince auroit eu de la peine à en choi
fir un qui pût lui être plus agréable .
Dans ce même lieu où il recevoit les
plus grands Princes , il recevoit auffi , &
peut-être avec plus de plaifir , les Philofophes
, & fur- tout les Académiciens fes
confreres : il fe délaffoit avec eux de fes
travaux , & puifoit dans leur entretien des
idées pour en entreprendre de nouveaux ;
c'eft ainfi qu'il a paffé tout le tems de fa
vie : toujours citoyen , toujours Académicien.
Dès le mois d'Octobre 1753 , il fut attaqué
d'une maladie , qu'il ne regarda d'abord
que comme une éréfipelle ordinaire
mais qui dans peu devint une éruption vio
lente ; il fentit lui -même le danger de fon
état ; & après avoir pris les précautions
que la religion exigeoit de lui , il voulut
donner au public & à l'Académie une derniere
marque de fon attachement . Il fit
propofer au Roi d'accepter le don qu'il
96 MERCURE DE FRANCE.
vouloit faire à l'Académie de fes cabinets ,
mais fous des conditions qui tendent toutes
à rendre ce préfent plus utile au public
; car malgré fon attachement pour cette
Compagnie , le bien public lui étoit encore
plus cher , & l'Académie n'a garde
de blâmer en lui ce fentiment , duquel elle
fe pique elle- même. Le Roi fentit toute la
générofité de M. d'Ons- en - Bray , & non
feulement accepta le don qu'il vouloit
faire , mais encore fe chargea de le loger
au Louvre , & de pourvoir à tout ce qui
feroit néceffaire pour l'entretenir , & mettre
le public en état d'en profiter . Auffi- tôr
que M. d'Ons-en-Bray fçut cette nouvelle ,
il fit un codicille , par lequel il légue fes
cabinets à l'Académie , & prefcrit les conditions
aufquelles il fait ce don ; il ne s'oc
cupa plus après cela qu'au moyen d'aug
menter le préfent qu'il venoit de faire à
l'Académie, & mourut le 22 Février 1754,
âgé de près de foixante- feize ans .
Toute fa vie a été une pratique exacte
& conftante de l'équité naturelle . Pendant
tout le tems qu'il a été à la tête des poftes ,
aucun Commis n'a pu fe plaindre d'avoir
été renvoyé par caprice. Une commiffion
fous lui étoit prefque pour d'honnêtes
gens un héritage ; il étoit bon maître
mais il ne fouffroit pas qu'on lui man
JUIN. 1755. 91
quât , ayant d'ailleurs toutes les attentions
poffibles pour fes domeftiques : il faifoit
de grandes charités ouvertement & par les
mains de fes Curés , mais il y en avoit
d'autres dont il fe réſervoit la diftribution,
& qu'il faifoit fecrettement pour éviter
cette cruelle maniere de foulager les malheureux
en bleffant les fentimens qui furvivent
fouvent dans les coeurs bien placés
aux dignités & à la fortune.
Il a fait par teftament fon légataire univerfel
M. le Gendre , Lieutenant général
des armées du Roi , frere de feu M. le
Préfident le Gendre , fils de M. le Gendre,
fucceffivement Intendant de Montauban
de Pau & de Tours , & d'une foeur de M.
d'Ons-en- Bray.
Sa place d'Académicien honoraire a étéẻ.
remplie par M. le Maréchal de Lowendal
DE M. D'ONS- EN- BRAY ,
Prononcé le 13 Novembre 1754 , par M.
de Fouchy , Secrétaire de l'Académie des
Sciences.
Quis-Léon Pajot , Chevalier , Comte
Ldons- en-Bray ,naquit à Parisleas
Mars 1678 de Léon Pajot , Comte d'Onsen-
Bray , Directeur général des poftes &
relais de France , & de Marie Anne Rouillé
, tante de M. Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat. Son ayeul avoit été envoyé
par la Reine , mere de Louis XIV , en
Efpagne , où il fut retenu quatre ans prifonnier.
Si les peines attachées aux en-
» fans deshonorent la poftérité de ceux qui
les éprouvent , pourquoi ne compteroiton
pas au rang des titres d'honneur les
difgraces qui n'ont leur fource que dans
» le zele avec lequel on fert fon Roi & fa
patrie ?
»
"
Il fit fes études au College des Jéfuites:
de Paris ; mais un mal d'yeux confidérable
dont il fut attaqué pendant fa rhétorique
obligea de le rappeller , à la maifon
nelle
ord så mot
Divis
pater
84 MERCURE DE FRANCE.
Pendant le cours de cette maladie , M.
Quent , homme habile qu'on avoit mis auprès
de lui , imagina de l'occuper d'une
fcience à laquelle les fens extérieurs font
fouvent plus nuifibles qu'utiles , de l'étude
de la philofophie . Il faifoit lire auprès de
lui les principes de celle de Defcartes , &
la meilleure preuve qu'on puiffe donner
qu'il en avoit fait dès lors un Philofophe
eft la reconnoiffance qu'il eut des foins de
cet habile maître. La vraie philofophie tend
encore plus à enrichir le coeur de toutes.
les vertus qu'à orner l'efprit de nouvelles
connoiffances .
Au fortir de cette maladie , il alla
voya
ger en Hollande . La vûe des grands hom
mes que cet état poffédoit alors, des collections
curieufes & fçavantes qu'ils y avoient
faites & des applications ingénieufes qu'il
y voyoit continuellement faire de la més
chanique , le rendirent encore plus Philos
fophe & plus Méchanicien , & ce fut là
qu'il forma le premier projet de ce cabinet
qu'il a depuis rendu fi célebre.
Il ne l'exécuta cependant pas auffi-tôt
après fon retour. Les occupations attachées
à la place de Directeur général des poftes
aufquelles M. fon pere l'engagea à fe livrer ,
ne lui laiffoient que peu de momens:
libres , mais ce peu de momens étoient
JUIN. 1755.
foigneufement ménagés pour ce qu'il
aimoit.
❤
M. d'Ons- en -Bray perdit fon pere en
1708 , & il lui fuccéda dans fa place ; mais
ce qui tourne plus à fa gloire , quoiqu'il
n'eut alors que vingt neuf à trente ans ,
Louis XIV lui accorda fa confiance ; il le
chargea de plufieurs affaires dont il lui
rendoit compte indépendamment des Miniftres
, & le fit appeller dans fa derniere
maladie pour cacheter fon teftament avant
de l'envoyer dépofer au Parlement. Il jouit
de la même confiance fous la Régence de
feu M. le Duc d'Orléans. Lorfque ce Prin
ce créa les charges d'Intendans des poftes ,
il en donna une à M. d'Ons - en - Bray , &
le public eft informé de l'exactitude avec
laquelle il s'en est toujours acquitté.
Dès qu'il s'étoit vu fon maître , il avoit
travaillé à exécuter le projet qu'il avoit
formé en Hollande ; mais comme d'un côté
les devoirs de fa charge , & d'autre part
les vifites continuelles aufquelles il étoit
expofé à Paris ne lui en laifoient pas le
loifir , il réfolut de fe dérober à celles- ci ;
ne pouvant ni ne voulant fe fouſtraire à
fes devoirs , il choifit pour ce deffein une
belle maifon qu'il avoit à Berci . Cet endroit
affez près de Paris , pour
lui
tre d'y paffer tous les momens qu'il avoit
permet86
MERCURE DE FRANCE.
de libres , en étoit cependant affez éloigné
pour écarter les vifites importunes. Il facrifia
la plus grande partie de cette maiſon
aux cabinets qu'il y vouloit former , y établit
un jardin de plantes & une orangerie ,
& fit de cet endroit un des plus agréables
afyles que la philofophie ait jamais habités
; il y venoit paffer tout le tems dont il
pouvoit difpofer , & y attiroit autant qu'il
pouvoit les Académiciens les plus célebres
; le P. Sebaſtien étoit du nombre , &
M. Geoffroy a conduit quatre ans fon laboratoire.
La route que fuivit M. d'Ons- en-
Bray l'approchoit néceffairement de l'Académie
: il y obtint en 1716 une des deux
places d'honoraires que le Roi venoit d'y
établir par le nouveau réglement il y
étoit extrêmement affidu , & prenoit part
à prefque toutes les matieres qui s'y traitoient
les fciences font trop liées les unes
aux autres , pour que le cabinet ne profitât
extrêmement de cette affiduité.
pas
Quoique M. d'Ons- en- Bray ne fût affujetti
par fa place à aucun travail acadé
mique , on a de lui plufieurs mémoires im
primés , entr'autres la defcription d'une
machine pour battre la meſure de tous les
airs , d'une maniere fixe & indépendante
du caprice des Muficiens ; des recherches:
fur les mefures des liquides , qu'il fit à la
JUIN. 1755
87
réquifition du Corps de ville de Paris :
mais ce qu'il a donné de plus fingulier , eft
fon anémometre , ou inftrument propre à
mefurer la force & la direction du vent ;
les inftrumens ordinaires ne font que des
corps purement paffifs , dont l'obfervateur
eft pour ainfi dire l'ame on pourroit
prefque dire que M. d'Ons- en- Bray a donné
de l'intelligence à fon anémometre ;
l'inftrument fçair obferver lui - même &
écrire fes obfervations : les ftatues immortelles
de Vulcain fi bien décrites par Homere
, n'en fçavoient peut- être pas davantage
.
Le cabinet qu'il avoit entrepris étoit
cependant fa principale occupation ; il
l'avoit déja rendu fi riche & fi complet
dès 1717 , que peu de Seigneurs étrangers
venoient en France fans le vifiter ; il y reçut
le Czar Pierre I , l'Empereur à préſent
regnant , & le Prince Charles de Lorraine ,.
le feu Electeur de Baviere , le Roi de Pologne
, Duc de Lorraine , les Princes de-
Saxe Kaubourg & de Saxe - Gotha , & enfin
les deux Ambaſſadeurs du Grand Seigneur
, Meheniet & Saïd- Effendi , qui en
fortirent pleins d'une admiration ,, d'autant
plus flateuſe pour M. d'Ons - en - Bray , que
*
Voyez les Mémoires de l'Académie. 17344.
p. 123.
$ 8 霉
MERCURE DE FRANCE.
ces deux Seigneurs , & fur-tout Saïd- Pacha
, étoient en état d'en connoître tout le
prix.
Dans ces occafions , M. d'Ons- en - Bray
faifoit parfaitement les honneurs de fa
maifon ; il y donnoit des repas magnifiques
& des fêtes élegantes : c'étoit un peu
de pris fur ce tems dont il étoit fi bon menager
, mais c'étoit pour l'honneur des
fciences & de la philofophie , & rien ne
lui coûtoit pour leur acquerir des profélites
ou des protecteurs.
Il ne négligeoit ni n'épargnoit rien
pour remplir fon cabinet de piéces inté
reffantes. Mais ce qui rendoit cette collection
plutôt finguliere que la premiere
de ce genre , étoit l'immenfe quantité
de piéces de méchanique dont il Pavoit
ornée , & parmi lefquelles il y en avoit
plufieurs de fon invention . Dans le nombre
de ces dernieres fe trouve un morceau
fingulier des élémens de géométrie tout en
machines ; il avoit imaginé cette finguliere
façon de démontrer , pour faciliter au Roi,
encore enfant , l'étude des Mathématiques.
Les meilleurs élémens qu'il eût pûr donner
en toute autre occafion , n'euffent fait
voir que fa capacité , ceux - ci font unt
preuve fubfiftante de fon attachement pour
fon Roi on laiffe aux coeurs françois
JUIN. 1755. 89
à décider qui des deux mérite la préférence.
Il avoit reçu de feu M. le Duc d'Orléans
, Régent , plufieurs vifites. Ce Prince
fe plaifoit extrêmement dans les cabinets
de M. d'Ons -en- Bray , & il voulut les orner
du célebre verre ardent conftruit par
M. de Tfchirnhauz , dont il lui fit préfent ;
ce Prince auroit eu de la peine à en choi
fir un qui pût lui être plus agréable .
Dans ce même lieu où il recevoit les
plus grands Princes , il recevoit auffi , &
peut-être avec plus de plaifir , les Philofophes
, & fur- tout les Académiciens fes
confreres : il fe délaffoit avec eux de fes
travaux , & puifoit dans leur entretien des
idées pour en entreprendre de nouveaux ;
c'eft ainfi qu'il a paffé tout le tems de fa
vie : toujours citoyen , toujours Académicien.
Dès le mois d'Octobre 1753 , il fut attaqué
d'une maladie , qu'il ne regarda d'abord
que comme une éréfipelle ordinaire
mais qui dans peu devint une éruption vio
lente ; il fentit lui -même le danger de fon
état ; & après avoir pris les précautions
que la religion exigeoit de lui , il voulut
donner au public & à l'Académie une derniere
marque de fon attachement . Il fit
propofer au Roi d'accepter le don qu'il
96 MERCURE DE FRANCE.
vouloit faire à l'Académie de fes cabinets ,
mais fous des conditions qui tendent toutes
à rendre ce préfent plus utile au public
; car malgré fon attachement pour cette
Compagnie , le bien public lui étoit encore
plus cher , & l'Académie n'a garde
de blâmer en lui ce fentiment , duquel elle
fe pique elle- même. Le Roi fentit toute la
générofité de M. d'Ons- en - Bray , & non
feulement accepta le don qu'il vouloit
faire , mais encore fe chargea de le loger
au Louvre , & de pourvoir à tout ce qui
feroit néceffaire pour l'entretenir , & mettre
le public en état d'en profiter . Auffi- tôr
que M. d'Ons-en-Bray fçut cette nouvelle ,
il fit un codicille , par lequel il légue fes
cabinets à l'Académie , & prefcrit les conditions
aufquelles il fait ce don ; il ne s'oc
cupa plus après cela qu'au moyen d'aug
menter le préfent qu'il venoit de faire à
l'Académie, & mourut le 22 Février 1754,
âgé de près de foixante- feize ans .
Toute fa vie a été une pratique exacte
& conftante de l'équité naturelle . Pendant
tout le tems qu'il a été à la tête des poftes ,
aucun Commis n'a pu fe plaindre d'avoir
été renvoyé par caprice. Une commiffion
fous lui étoit prefque pour d'honnêtes
gens un héritage ; il étoit bon maître
mais il ne fouffroit pas qu'on lui man
JUIN. 1755. 91
quât , ayant d'ailleurs toutes les attentions
poffibles pour fes domeftiques : il faifoit
de grandes charités ouvertement & par les
mains de fes Curés , mais il y en avoit
d'autres dont il fe réſervoit la diftribution,
& qu'il faifoit fecrettement pour éviter
cette cruelle maniere de foulager les malheureux
en bleffant les fentimens qui furvivent
fouvent dans les coeurs bien placés
aux dignités & à la fortune.
Il a fait par teftament fon légataire univerfel
M. le Gendre , Lieutenant général
des armées du Roi , frere de feu M. le
Préfident le Gendre , fils de M. le Gendre,
fucceffivement Intendant de Montauban
de Pau & de Tours , & d'une foeur de M.
d'Ons-en- Bray.
Sa place d'Académicien honoraire a étéẻ.
remplie par M. le Maréchal de Lowendal
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Résumé : EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
Léon Pajot, Chevalier et Comte d'Ons-en-Bray, naquit à Paris en mars 1678. Son père, Léon Pajot, était Directeur général des postes et relais de France, et sa mère, Marie Anne Rouillé, était la tante de M. Rouillé, Ministre et Secrétaire d'État. Son grand-père avait été envoyé en Espagne par la Reine mère de Louis XIV et y avait été retenu prisonnier pendant quatre ans. Léon Pajot fit ses études au Collège des Jésuites de Paris, mais une maladie des yeux l'obligea à interrompre ses études. Pendant sa convalescence, il se consacra à l'étude de la philosophie sous la guidance de M. Quent. Il voyagea ensuite en Hollande, où il fut inspiré par les grandes collections et les applications mécaniques qu'il y observa. Ce voyage lui donna l'idée de créer un cabinet célèbre. À la mort de son père en 1708, Léon Pajot lui succéda à la tête des postes et reçut la confiance de Louis XIV, qui le chargea de plusieurs affaires importantes. Il continua à servir sous la Régence du Duc d'Orléans, qui lui confia la charge d'Intendant des postes. Malgré ses responsabilités, il trouva le temps de réaliser son projet de cabinet à Berci, où il accueillit des académiciens et des philosophes. Léon Pajot fut élu à l'Académie des Sciences en 1716 et y publia plusieurs mémoires, notamment sur des instruments scientifiques comme l'anémomètre. Son cabinet, riche en pièces de mécanique et en inventions, attira des visiteurs illustres, y compris le Czar Pierre Ier et l'Empereur régnant. En octobre 1753, il fut atteint d'une maladie violente. Avant de mourir le 22 février 1754, il fit don de ses cabinets à l'Académie des Sciences, avec des conditions pour en assurer l'utilité publique. Il légua également ses biens à son gendre, Lieutenant général des armées du Roi. Sa vie fut marquée par une pratique constante de l'équité et de la générosité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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197
p. 92-98
LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
Début :
L'AUTEUR des mémoires que vous m'avez envoyé ne doit pas se plaindre [...]
Mots clefs :
Chronique scandaleuse, Combats littéraires, Antoine Gachet d'Artigny, Abbé d'Artigny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
LETTRE fur la Chronique fcandaleuſe ,
qui fe trouve dans le fecond volume des
Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
'AUTEUR des mémoires que vous
L'avez envoyé ne doitpas fe plaindre
de la rareté des Goujet & des La Monnoie
, puifqu'il trouve dans foi-même dequoi
y fuppléer. Il a fçu réconcilier l'érudition
avec les graces , & lui prêter cet air
aifé & délicat , qui a fait lire l'Histoire
des Oracles de l'ingénieux Fontenelle .
Cependant je vous avouerai qu'il y a
quelques articles dans fon livre qui demanderoient
une plus grande étendue :
par exemple , dans la chronique fcandaleufe
des fçavans , il a omis plufieurs
combats littéraires. Tel eft celui de Jufte
Lipfe , avec un faifeur de dialogue ( a )
( c'eft ainfi qu'il appelle fon adverfaire ) ;
ce démêlé eft d'autant plus curieux que
l'imitateur de Séneque n'y fait pas paroître
la douceur qu'il avoit , felon MM . Huet
(b ) & Balzac ; car voici fon début. [ Ofe-
( a ) Adverfus dialogiftam liber de unâ religione,
in quo tria capita libri politicorum explicantur ,
Lug. Hug. à Porta , 1592. in- 12 .
(b) Huctiana... Socrate Chrétien.
JUIN. 1755. 93
rai- je entrer en lice avec un turbulent & un
inquiet , qui écrit plutôt par rage que par
raifon , & qui , comme ces gros mâtins ,
ne ceſſe jamais d'aboyer ? Que je le vainquiffe
ou que j'en fuffe vaincu , je ne pourrois
que me deshonorer .... C'eſt un inconnu
, ou , difons mieux , fes fottifes l'ont
fait connoître ..... En l'humiliant je lui
donne du relief.... Qui lira fon ouvrage
fi je ne le critique ? ... Son ftyle n'eft que
galimathias & verbiage , il l'a emprunté
de la canaille .... Je craindrois de fouiller
mon ouvrage , fi fon nom s'y trouvoit
une feule fois . ] Dans le corps de la réponſe
les mêmes déclamations reviennent à chaque
page ... Son adverfaire eft un ftupide
un infenfé , un homme fans front ,
un impie il finit en lui difant que
bon fens n'eft pas le fruit de la vieilleffe ,
après avoir fait l'apologie de fes invecti
ves par le paffage de Tertullien , dont fe
fervoit M. Arnaud pour excufer les douceurs
que fa charité lui arrachoit.
>
le
On ne doit pas être furpris que Jufte
Lipfe invective avec fi peu de ménagement
; en poffeffion du Triumvirat (c) de
la République des Lettres , il ne peut pas
fupporter qu'on l'attaque une feule fois ;
(c) Teiffier , hommes illuftres de Thou , art
Jufte Lipfe , to ent
94 MERCURE DE FRANCE:
la rareté du mépris ne le lui rend que plus
fenfible. Il ne veut pas faire grace aux poin
tes qui fe préfentent fous fa plume , ignorant
peut-être que c'eft fe venger contre
foi-même que de noircir nos ennemis par
de fauffes imputations.
>
On attaque Jufte Lipfe fur fa religion ;
c'eft ce qui peut l'excufer. Mais de quel
cil doit- on voir Gallonius (d) & les Moines
du Mont- Caffin fe prodiguer des injures
pour des vétilles ? Les accufations de mauvaife
foi , de calomnie , de fauffaire , de
folie , Monachus ifte curandus elleboro
font répétées plus de cent fois par Gallonius.
Ah ! plût à Dieu , ( dit-il au Moine
Conftantin , ) que votre monachiſme ne
vous mît pas à l'abri de la loi Cornelia contre
les fauffaires. Et pourquoi croyez - vous
qu'il leur donne tous ces éloges ? On veut
fçavoir fi S. Grégoire a été Bénédictin.
Queſtion importante , qui auroit fanctifié
les Enfans de S. Benoit fi leur prétention
eût été fondée !
• La difpute des Bénédictins avec Naudé
( e ) ne fut pas moins intéreſſante ni moins
affaifonnée de fiel & de vinaigre , quoique
l'on ne combattît que pour trouver le
( d) Simon , Lettres choifies , t. 3. Lettre XI à
M. de Gouffainville.
(e) Ibid. Bibl. critiq. t. 1. ch. 7. p. 894
JUIN. 1755. 95,
véritable auteur d'un livre qui n'infpire
rien tant que la modération. [ Lorsqu'il
s'agit de leurs intérêts ( leut dit le Bibliothécaire
) , ils perdent de vue la charité ;
ce font des impofteurs , des fauffaires , des
présomptueux , des calomniateurs , qui
ont encore moins de jugement que de
confcience ; ils fuppofent les actions les
plus atroces pour noircir leurs adverfaires.
]
Le mordant Thiers n'épargna pas davantage
les Bénédictins , dans fa burleſque
fatyre , intitulée Apologie de M. l'Abbé" de
la Trape : jugez- en par ce trait. [ Lords &
Milords , grands & petits , Moines & Moineaux
, chacun fe fit un mérite de donner
un coup de bec à M. de la Trape (f) ] Cependant
M. de Rancé n'eut pas à faire feu
lement avec les MM . de S. Maur ; Dom
Innocent Maſſon , ( g ) Général des Chartreux
, l'attaqua très vivement dans un
livre imprimé en fecret à la grande Chartreufe
: il l'accufa d'avoir voulu diffamer
les autres ordres , par les Réflexions fur l'État
monastique , qu'il appelle un libelle fpiritualifé
, de donner la torture aux paſſages
des Peres pour prouver fon fyftême ; il
-
(f) Cité dans les Mémoires eccléfiaftiq. du P
Avrigni , Jéfuite , an. 1700. t. 4.
(g ) Bibl, critiq. chap. 32.
96 MERCURE DE FRANCE.
lui reprocha d'avoir inféré dans fon livre
plufieurs traits diffamatoires , qui reffentent
la production d'un homme qui a le
mépris des autres caché dans le coeur ....
Peut-on lire ces duretés fans faire réflexion
que dans le cloître les paffions ne font pas
amorties tout- à- fait ? Alors l'intérêt commun
peut fervir d'enveloppe à une fecrette
jaloufie ; fous le prétexte fpécieux de venger
l'honneur d'un corps, on cherche à faire
montre d'une érudition déplacée , ou à déprimer
un adverfaire dont la réputation
nous fait ombrage.
En vous donnant une efquiffe de fupplément
à la Chronique fcandaleufe , je ne
penfe pas , Monfieur , nourrir la haine que
vous avez pour l'érudition . Vous fçavez ,
fans doute, que les vrais fçavans ont en horreur
, non feulement ces injures groffieres
& perfonnelles , mais même celles qui ne
fe montrent qu'avec efprit , & qui fe cachent
avec art. Vous aurez vû dans le jugement
des fçavans , ( b ) que M. Baillet ne
peut pas fupporter Gruter , lorfqu'il appelle
Paroeus un âne , un mulet de charge , un bouc,
un verrat , un hibou. C'eſt en effet une chofe
monftrueuſe que ce noir chagrin , qu'on
voit s'exhaler des écrits de quelques fça-
( b ) Grammairiens , art.1483600 100
vans ;
JUIN . 1755 97
vans ; leur efprit obfcurci par la pouffiere
du cabinet , n'a pas goûté les agrémens de la
fociété ; la multitude des livres qu'ils parcourent
, leur perfuade qu'ils doivent être
regardés comme des oracles. Dans cette
préfomption , fi quelqu'un leve le bouclier
contre eux ; incapables de produire quelque
chofe d'ingénieux & de délicat , ils font
ufage de tout ce qui fe trouve fous leurs
mains , ils fe jettent fur les perfonalités ,
& facrifient leur honneur en voulant perdre
celui de leurs adverfaires ; l'Abbé Faidit
nous en fournit un exemple bien capa-.
сара-
ble de faire impreffion . Dès qu'il fe fut
livré à fon méchant caprice , on ne l'appella
plus que frénétique , faifeur de libelles
, &c. on lui mit cent fois devant les
yeux fes aventures . Procedé cruel , que fon
exemple ne pouvoit pas autorifer ! il eſt
honteux que le droit de repréfailles fe foit
naturalifé dans la République des Lettres.
Voilà , Monfieur , quelques démêlés littéraires
que M. d'Artigny a oubliés ; fi quelqu'un
de fes amis lui faifoit appercevoir
cette omiffion , vous feriez dédommagé ,
par l'agrément qu'il répand fur les matieres
qui en font le moins fufceptibles , de la
féchereffe de mon effai . Il feroit très-àpropos
qu'on lui rappellât auffi les difputes
de Sciopius avec Strada , de Thiers avec
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Robert , de l'Ifola avec Verjus , de Mervezin
avec un Provençal.
d'une
Si je ne connoiffois pas votre averfion ,
pour les vétilles , je vous ferois part
lettre du P. Lami , par laquelle je prouve
qu'il a travaillé plus de trente ans à ſa deſcription
du temple ; je vous ferois obferver
de même que M. d'Artigny a oublié
dans le catalogue des Ana la Bibliot . critiq.
& les lettres de Simon ; que dans les Journaux
de Trévoux , Novembre 1744, on ne
trouve aucune particularité fur la Chroni--
que fcandaleufe ; mais ces petites négligences
n'empêchent pas que fon ouvrage
ne foit un des meilleurs recueils de litté
rature . Le livre de Ahafverus Frit Schey
int . Paranefis de cavendâ nimiâ convocandi
libidine in refutandis aliorum fcriptis &
opinionibus ( k ) , renferme de bonnes réflexions
fur cette groffiereté qui s'eft introduite
dans les combats littéraires.
qui fe trouve dans le fecond volume des
Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
'AUTEUR des mémoires que vous
L'avez envoyé ne doitpas fe plaindre
de la rareté des Goujet & des La Monnoie
, puifqu'il trouve dans foi-même dequoi
y fuppléer. Il a fçu réconcilier l'érudition
avec les graces , & lui prêter cet air
aifé & délicat , qui a fait lire l'Histoire
des Oracles de l'ingénieux Fontenelle .
Cependant je vous avouerai qu'il y a
quelques articles dans fon livre qui demanderoient
une plus grande étendue :
par exemple , dans la chronique fcandaleufe
des fçavans , il a omis plufieurs
combats littéraires. Tel eft celui de Jufte
Lipfe , avec un faifeur de dialogue ( a )
( c'eft ainfi qu'il appelle fon adverfaire ) ;
ce démêlé eft d'autant plus curieux que
l'imitateur de Séneque n'y fait pas paroître
la douceur qu'il avoit , felon MM . Huet
(b ) & Balzac ; car voici fon début. [ Ofe-
( a ) Adverfus dialogiftam liber de unâ religione,
in quo tria capita libri politicorum explicantur ,
Lug. Hug. à Porta , 1592. in- 12 .
(b) Huctiana... Socrate Chrétien.
JUIN. 1755. 93
rai- je entrer en lice avec un turbulent & un
inquiet , qui écrit plutôt par rage que par
raifon , & qui , comme ces gros mâtins ,
ne ceſſe jamais d'aboyer ? Que je le vainquiffe
ou que j'en fuffe vaincu , je ne pourrois
que me deshonorer .... C'eſt un inconnu
, ou , difons mieux , fes fottifes l'ont
fait connoître ..... En l'humiliant je lui
donne du relief.... Qui lira fon ouvrage
fi je ne le critique ? ... Son ftyle n'eft que
galimathias & verbiage , il l'a emprunté
de la canaille .... Je craindrois de fouiller
mon ouvrage , fi fon nom s'y trouvoit
une feule fois . ] Dans le corps de la réponſe
les mêmes déclamations reviennent à chaque
page ... Son adverfaire eft un ftupide
un infenfé , un homme fans front ,
un impie il finit en lui difant que
bon fens n'eft pas le fruit de la vieilleffe ,
après avoir fait l'apologie de fes invecti
ves par le paffage de Tertullien , dont fe
fervoit M. Arnaud pour excufer les douceurs
que fa charité lui arrachoit.
>
le
On ne doit pas être furpris que Jufte
Lipfe invective avec fi peu de ménagement
; en poffeffion du Triumvirat (c) de
la République des Lettres , il ne peut pas
fupporter qu'on l'attaque une feule fois ;
(c) Teiffier , hommes illuftres de Thou , art
Jufte Lipfe , to ent
94 MERCURE DE FRANCE:
la rareté du mépris ne le lui rend que plus
fenfible. Il ne veut pas faire grace aux poin
tes qui fe préfentent fous fa plume , ignorant
peut-être que c'eft fe venger contre
foi-même que de noircir nos ennemis par
de fauffes imputations.
>
On attaque Jufte Lipfe fur fa religion ;
c'eft ce qui peut l'excufer. Mais de quel
cil doit- on voir Gallonius (d) & les Moines
du Mont- Caffin fe prodiguer des injures
pour des vétilles ? Les accufations de mauvaife
foi , de calomnie , de fauffaire , de
folie , Monachus ifte curandus elleboro
font répétées plus de cent fois par Gallonius.
Ah ! plût à Dieu , ( dit-il au Moine
Conftantin , ) que votre monachiſme ne
vous mît pas à l'abri de la loi Cornelia contre
les fauffaires. Et pourquoi croyez - vous
qu'il leur donne tous ces éloges ? On veut
fçavoir fi S. Grégoire a été Bénédictin.
Queſtion importante , qui auroit fanctifié
les Enfans de S. Benoit fi leur prétention
eût été fondée !
• La difpute des Bénédictins avec Naudé
( e ) ne fut pas moins intéreſſante ni moins
affaifonnée de fiel & de vinaigre , quoique
l'on ne combattît que pour trouver le
( d) Simon , Lettres choifies , t. 3. Lettre XI à
M. de Gouffainville.
(e) Ibid. Bibl. critiq. t. 1. ch. 7. p. 894
JUIN. 1755. 95,
véritable auteur d'un livre qui n'infpire
rien tant que la modération. [ Lorsqu'il
s'agit de leurs intérêts ( leut dit le Bibliothécaire
) , ils perdent de vue la charité ;
ce font des impofteurs , des fauffaires , des
présomptueux , des calomniateurs , qui
ont encore moins de jugement que de
confcience ; ils fuppofent les actions les
plus atroces pour noircir leurs adverfaires.
]
Le mordant Thiers n'épargna pas davantage
les Bénédictins , dans fa burleſque
fatyre , intitulée Apologie de M. l'Abbé" de
la Trape : jugez- en par ce trait. [ Lords &
Milords , grands & petits , Moines & Moineaux
, chacun fe fit un mérite de donner
un coup de bec à M. de la Trape (f) ] Cependant
M. de Rancé n'eut pas à faire feu
lement avec les MM . de S. Maur ; Dom
Innocent Maſſon , ( g ) Général des Chartreux
, l'attaqua très vivement dans un
livre imprimé en fecret à la grande Chartreufe
: il l'accufa d'avoir voulu diffamer
les autres ordres , par les Réflexions fur l'État
monastique , qu'il appelle un libelle fpiritualifé
, de donner la torture aux paſſages
des Peres pour prouver fon fyftême ; il
-
(f) Cité dans les Mémoires eccléfiaftiq. du P
Avrigni , Jéfuite , an. 1700. t. 4.
(g ) Bibl, critiq. chap. 32.
96 MERCURE DE FRANCE.
lui reprocha d'avoir inféré dans fon livre
plufieurs traits diffamatoires , qui reffentent
la production d'un homme qui a le
mépris des autres caché dans le coeur ....
Peut-on lire ces duretés fans faire réflexion
que dans le cloître les paffions ne font pas
amorties tout- à- fait ? Alors l'intérêt commun
peut fervir d'enveloppe à une fecrette
jaloufie ; fous le prétexte fpécieux de venger
l'honneur d'un corps, on cherche à faire
montre d'une érudition déplacée , ou à déprimer
un adverfaire dont la réputation
nous fait ombrage.
En vous donnant une efquiffe de fupplément
à la Chronique fcandaleufe , je ne
penfe pas , Monfieur , nourrir la haine que
vous avez pour l'érudition . Vous fçavez ,
fans doute, que les vrais fçavans ont en horreur
, non feulement ces injures groffieres
& perfonnelles , mais même celles qui ne
fe montrent qu'avec efprit , & qui fe cachent
avec art. Vous aurez vû dans le jugement
des fçavans , ( b ) que M. Baillet ne
peut pas fupporter Gruter , lorfqu'il appelle
Paroeus un âne , un mulet de charge , un bouc,
un verrat , un hibou. C'eſt en effet une chofe
monftrueuſe que ce noir chagrin , qu'on
voit s'exhaler des écrits de quelques fça-
( b ) Grammairiens , art.1483600 100
vans ;
JUIN . 1755 97
vans ; leur efprit obfcurci par la pouffiere
du cabinet , n'a pas goûté les agrémens de la
fociété ; la multitude des livres qu'ils parcourent
, leur perfuade qu'ils doivent être
regardés comme des oracles. Dans cette
préfomption , fi quelqu'un leve le bouclier
contre eux ; incapables de produire quelque
chofe d'ingénieux & de délicat , ils font
ufage de tout ce qui fe trouve fous leurs
mains , ils fe jettent fur les perfonalités ,
& facrifient leur honneur en voulant perdre
celui de leurs adverfaires ; l'Abbé Faidit
nous en fournit un exemple bien capa-.
сара-
ble de faire impreffion . Dès qu'il fe fut
livré à fon méchant caprice , on ne l'appella
plus que frénétique , faifeur de libelles
, &c. on lui mit cent fois devant les
yeux fes aventures . Procedé cruel , que fon
exemple ne pouvoit pas autorifer ! il eſt
honteux que le droit de repréfailles fe foit
naturalifé dans la République des Lettres.
Voilà , Monfieur , quelques démêlés littéraires
que M. d'Artigny a oubliés ; fi quelqu'un
de fes amis lui faifoit appercevoir
cette omiffion , vous feriez dédommagé ,
par l'agrément qu'il répand fur les matieres
qui en font le moins fufceptibles , de la
féchereffe de mon effai . Il feroit très-àpropos
qu'on lui rappellât auffi les difputes
de Sciopius avec Strada , de Thiers avec
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Robert , de l'Ifola avec Verjus , de Mervezin
avec un Provençal.
d'une
Si je ne connoiffois pas votre averfion ,
pour les vétilles , je vous ferois part
lettre du P. Lami , par laquelle je prouve
qu'il a travaillé plus de trente ans à ſa deſcription
du temple ; je vous ferois obferver
de même que M. d'Artigny a oublié
dans le catalogue des Ana la Bibliot . critiq.
& les lettres de Simon ; que dans les Journaux
de Trévoux , Novembre 1744, on ne
trouve aucune particularité fur la Chroni--
que fcandaleufe ; mais ces petites négligences
n'empêchent pas que fon ouvrage
ne foit un des meilleurs recueils de litté
rature . Le livre de Ahafverus Frit Schey
int . Paranefis de cavendâ nimiâ convocandi
libidine in refutandis aliorum fcriptis &
opinionibus ( k ) , renferme de bonnes réflexions
fur cette groffiereté qui s'eft introduite
dans les combats littéraires.
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Résumé : LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
La lettre critique les Mémoires de l'Abbé d'Artigny, reconnaissant son habileté à combiner érudition et élégance, à l'image de Fontenelle. Cependant, elle déplore que certains articles soient insuffisamment développés, notamment la chronique des querelles littéraires parmi les savants, qui passe sous silence plusieurs conflits notables. Parmi les omissions, la lettre mentionne le conflit entre Juste Lipse et un auteur de dialogues. Lipse, en possession du Triumvirat de la République des Lettres, réagit violemment aux attaques et utilise des accusations fallacieuses contre ses adversaires. D'autres disputes littéraires sont également évoquées, comme celles entre Gallonius et les moines du Mont-Cassin, ou entre les Bénédictins et Naudé. Ces querelles sont marquées par des accusations de mauvaise foi, de calomnie et de folie. Le texte critique également le mordant Thiers et Dom Innocent Masson, qui ont attaqué les Bénédictins avec virulence. Ces conflits montrent que les passions ne sont pas éteintes dans le cloître et que l'intérêt commun peut servir de prétexte à des attaques personnelles. La lettre conclut en rappelant d'autres démêlés littéraires oubliés par l'Abbé d'Artigny, tels que ceux entre Sciopius et Strada, ou entre Thiers et Robert. Malgré ces omissions, l'ouvrage de l'Abbé d'Artigny est considéré comme un excellent recueil de littérature.
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198
p. 98-104
« L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
Début :
L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...]
Mots clefs :
Arts, Arts en Angleterre, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ETAT DES ARTS en Angleterre ,
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
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Résumé : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ouvrage 'L'ETAT DES ARTS en Angleterre' de M. Rouquet est dédié à M. le Marquis de Marigny. Après trente ans de séjour à Londres, Rouquet démontre une grande connaissance des arts, notamment de la peinture. Son style est varié, oscillant entre poésie et analyse philosophique. Il décrit avec éloquence la vue et l'importance de l'œil parmi les sens, ainsi que l'éclat des bougies. Rouquet critique l'attention limitée portée aux arts en Angleterre, notant l'absence d'institutions publiques ou gouvernementales en leur faveur. Contrairement à la France, les artistes anglais ne sont pas récompensés de manière significative, bien que certains puissent obtenir des titres honorifiques. Il compare les ridicules et usages anglais aux français, soulignant les similitudes malgré les différences culturelles. L'auteur aborde divers arts tels que la sculpture, la gravure, l'imprimerie, l'orfèvrerie, la bijouterie, l'architecture, la déclamation, la musique, la médecine, la chirurgie et la préparation des aliments. Rouquet exprime son dégoût pour la soupe et le bouilli, critiquant l'ordre des services culinaires en Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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199
p. 104-108
« LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
Début :
LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...]
Mots clefs :
Roman, Faux pas, Baronne, Pierre Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
LES FAUX PAS , ou les Mémoires
vrais ou vraisemblables de la Baronne ***
traduits de l'original Bas- breton ; deux
parties. Chez Duchefne , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût. 1755 .
Le titre eft juftifié par le Roman . La Baronne
*** ou la Rofen , doit le jour à un
faux pas. Sa mere fut féduite par un petit
Souverain d'Allemagne ; notre héroïne fut
le fruit de cette foibleffe . Son éducation
fut encore un faux pas , qui forma la chaîne
de plufieurs autres. Abandonnée de fes
parens dès fon enfance , & confiée à des
mains étrangeres , elle fut miſe dans un
couvent dont la Supérieure l'inftruifit la
premiere à broncher . Elle eſt enlevée de
JUIN. 1755 . 105
ce cloître par une méprife : nouvelle occafion
de faux pas , qu'elle veut mettre à
profit ; mais Duréal , fon raviffeur , defefperé
de s'être trompé , a la modeftie de ne
pas s'y prêter , & montre toute la pudeur
qu'elle eût dû faire paroître. Ils couchent
tous les foirs dans la même chambre avec
une fageffe édifiante , dont le Cavalier a
toute la gloire , & la Demoiſelle tout le regret.
Il la laiffe un beau matin pour courir
après Mlle Bafin qu'il adore ; il la trouve
mariée , revient fe confoler auprès de Mlle
Rofen , & parvient enfin à l'aimer par dépit.
Elle bronche de plus belle ; mais il la
quitte une feconde fois pour aller recueillir
une fucceffion . Dans le defoeuvrement
où elle fe trouve , elle fe lie avec une jeune
perfonne appellée Lolote , qui fous un
air honnête l'engage dans une partie qui
ne l'étoit pas. Elle dément dans cette occafion
fon éducation & fon caractere ; elle
a fait des faux pas au couvent , où tout
doit en garantir , & dans une promenade
arrangée pour en faire , elle marche droit
contre toute apparence. Elle a heureufement
à faire à M. Meffin , Financier , auffi
diftingué par fes fentimens que par fes richelles
; car dans nos Romans nouveaux
on n'en voit plus que de ceux-là . Ce galant
homme édifié de la réfiftance , fe prend
Ev
T06 MERCURE DE FRANCE.
pour elle d'une tendre eftime , & la conble
de bienfaits fans en exiger de falaire .
Turreville , fon neveu , en devient auſſi
amoureux ; mais quoiqu'elle le trouve aimable
, elle fe dérobe à fes pourfuites , &
fe rend à Paris où elle cherche inutilement
Duréal , dont le fouvenir lui eft toujours
cher.
Dans cette circonftance Riza-beg , Ambaffadeur
de Perfe , arrive à Paris , voit
Mlle Rofen , l'adore , & lui donne le mouchoir.
C'eft ici où l'hiftoire eft adroitement
fondue dans le Roman. Notre héroïne enchaîne
fi bien Riza- beg à fon char qu'il
l'époufe fecrettement , & répare par ce
noeud fingulier le faux pas qu'elle a fait
en fa faveur. Mme Riza-beg part avec fon
mari , accouche à Dantzick d'un gros Perfan
, & rencontre une bande de voleurs
qui l'enlevent avec le bagage , & laiffent
Riza- beg dépouillé , maître du champ de
bataille avec l'enfant & la nourrice. Prête
à faire avec fes raviffeurs , qui fe la difputent
, le plus terrible faux pas qu'elle eût
fait en fa vie , elle eft arrêtée avec eux.
Ils font exécutés ; elle obtient fa liberté ,
& la Juftice de Brandebourg , qui devroit
fervir de modele à toutes les autres , lui
reftitue tous les effets que ces fcélerats .
avoient volés à Riza-beg fon mari . La fille
JUIN . 1755. 107
du Geolier vient la joindre dans le vaiffeau
qui doit la porter en Afie , & la prie de
vouloir bien l'y faire recevoir avec un
jeune homme dont elle a rompu les fers.
Il fe trouve que c'eft Duréal lui - même ,
ils fe reconnoiffent ; & après s'être juftifiés
l'un & l'autre , leur flamme fe rallume ; la
fille du Geolier defefpérée de s'être jettée
dans les bras de fa rivale , fe précipite
dans la mer. Duréal frappé de cette mort
tragique difparoît à la premiere occafion
& quitte fa maîtreffe pour la troifieme fois .
Celle-ci retrouve fon fils , qui la confole
de cette perte ; mais elle apprend en même
tems qu'elle eft veuve , & que Rizabeg
a été étranglé par ordre du Sophi . Elle
revient fur fes pas , & s'arrête à Drefde
où elle fait la conquête du Prince de ....
Elle trouve fon pere dans cet amant , qui
la reconnoît pour fa fille , la fait légitimer,
& obtient pour elle de la Cour de Vienne
le titre de Baronne ; il lui permet de retourner
en France . Elle retrouve Duréal à
deux lieues de Strafbourg , & s'écrie avec
raifon en le voyant : eh ! d'où fortez- vous ?
on ne trouve que vous dans les chemins,
Pour fe juftifier , il lui conte fon hiftoire
que je fupprime ; ils fe pardonnent mutuellement
leurs écarts : elle donne la main à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Duréal , & l'hymen pour le coup termine
tous fes faux pas.
Ce Roman eft de M. Rouffeau de Touloufe
; il eft écrit vivement : la premiere
partie fur-tout fe fait lire avec plaifir ; il y
a du ftyle , des portraits , des faillies . Comme
il a du feu & un talent facile , je lui
confeille de les employer à traiter le Roman
dans l'intérêt , & de l'affervir toujours
aux régles de la décence . Nos Romanciens
qu'il a trop fuivi , ont dénaturé le
genre ; la meilleure de leurs productions
eft plutôt un recueil de réflexions détachées
qu'un récit d'aventures fuivies.
Comme les incidens ne font que le prétexte
, on y trouve plus d'efprit que de
conduite , plus de coloris que de deffein ,
plus de détails que d'enſemble , & plus de
propos que d'action . Pour comble de maladreffe
le fond en est toujours libre fans.
être amuſant ; il ennuie aux dépens des
moeurs , & le vice y paroît auffi froid que
la vertu.
vrais ou vraisemblables de la Baronne ***
traduits de l'original Bas- breton ; deux
parties. Chez Duchefne , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût. 1755 .
Le titre eft juftifié par le Roman . La Baronne
*** ou la Rofen , doit le jour à un
faux pas. Sa mere fut féduite par un petit
Souverain d'Allemagne ; notre héroïne fut
le fruit de cette foibleffe . Son éducation
fut encore un faux pas , qui forma la chaîne
de plufieurs autres. Abandonnée de fes
parens dès fon enfance , & confiée à des
mains étrangeres , elle fut miſe dans un
couvent dont la Supérieure l'inftruifit la
premiere à broncher . Elle eſt enlevée de
JUIN. 1755 . 105
ce cloître par une méprife : nouvelle occafion
de faux pas , qu'elle veut mettre à
profit ; mais Duréal , fon raviffeur , defefperé
de s'être trompé , a la modeftie de ne
pas s'y prêter , & montre toute la pudeur
qu'elle eût dû faire paroître. Ils couchent
tous les foirs dans la même chambre avec
une fageffe édifiante , dont le Cavalier a
toute la gloire , & la Demoiſelle tout le regret.
Il la laiffe un beau matin pour courir
après Mlle Bafin qu'il adore ; il la trouve
mariée , revient fe confoler auprès de Mlle
Rofen , & parvient enfin à l'aimer par dépit.
Elle bronche de plus belle ; mais il la
quitte une feconde fois pour aller recueillir
une fucceffion . Dans le defoeuvrement
où elle fe trouve , elle fe lie avec une jeune
perfonne appellée Lolote , qui fous un
air honnête l'engage dans une partie qui
ne l'étoit pas. Elle dément dans cette occafion
fon éducation & fon caractere ; elle
a fait des faux pas au couvent , où tout
doit en garantir , & dans une promenade
arrangée pour en faire , elle marche droit
contre toute apparence. Elle a heureufement
à faire à M. Meffin , Financier , auffi
diftingué par fes fentimens que par fes richelles
; car dans nos Romans nouveaux
on n'en voit plus que de ceux-là . Ce galant
homme édifié de la réfiftance , fe prend
Ev
T06 MERCURE DE FRANCE.
pour elle d'une tendre eftime , & la conble
de bienfaits fans en exiger de falaire .
Turreville , fon neveu , en devient auſſi
amoureux ; mais quoiqu'elle le trouve aimable
, elle fe dérobe à fes pourfuites , &
fe rend à Paris où elle cherche inutilement
Duréal , dont le fouvenir lui eft toujours
cher.
Dans cette circonftance Riza-beg , Ambaffadeur
de Perfe , arrive à Paris , voit
Mlle Rofen , l'adore , & lui donne le mouchoir.
C'eft ici où l'hiftoire eft adroitement
fondue dans le Roman. Notre héroïne enchaîne
fi bien Riza- beg à fon char qu'il
l'époufe fecrettement , & répare par ce
noeud fingulier le faux pas qu'elle a fait
en fa faveur. Mme Riza-beg part avec fon
mari , accouche à Dantzick d'un gros Perfan
, & rencontre une bande de voleurs
qui l'enlevent avec le bagage , & laiffent
Riza- beg dépouillé , maître du champ de
bataille avec l'enfant & la nourrice. Prête
à faire avec fes raviffeurs , qui fe la difputent
, le plus terrible faux pas qu'elle eût
fait en fa vie , elle eft arrêtée avec eux.
Ils font exécutés ; elle obtient fa liberté ,
& la Juftice de Brandebourg , qui devroit
fervir de modele à toutes les autres , lui
reftitue tous les effets que ces fcélerats .
avoient volés à Riza-beg fon mari . La fille
JUIN . 1755. 107
du Geolier vient la joindre dans le vaiffeau
qui doit la porter en Afie , & la prie de
vouloir bien l'y faire recevoir avec un
jeune homme dont elle a rompu les fers.
Il fe trouve que c'eft Duréal lui - même ,
ils fe reconnoiffent ; & après s'être juftifiés
l'un & l'autre , leur flamme fe rallume ; la
fille du Geolier defefpérée de s'être jettée
dans les bras de fa rivale , fe précipite
dans la mer. Duréal frappé de cette mort
tragique difparoît à la premiere occafion
& quitte fa maîtreffe pour la troifieme fois .
Celle-ci retrouve fon fils , qui la confole
de cette perte ; mais elle apprend en même
tems qu'elle eft veuve , & que Rizabeg
a été étranglé par ordre du Sophi . Elle
revient fur fes pas , & s'arrête à Drefde
où elle fait la conquête du Prince de ....
Elle trouve fon pere dans cet amant , qui
la reconnoît pour fa fille , la fait légitimer,
& obtient pour elle de la Cour de Vienne
le titre de Baronne ; il lui permet de retourner
en France . Elle retrouve Duréal à
deux lieues de Strafbourg , & s'écrie avec
raifon en le voyant : eh ! d'où fortez- vous ?
on ne trouve que vous dans les chemins,
Pour fe juftifier , il lui conte fon hiftoire
que je fupprime ; ils fe pardonnent mutuellement
leurs écarts : elle donne la main à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Duréal , & l'hymen pour le coup termine
tous fes faux pas.
Ce Roman eft de M. Rouffeau de Touloufe
; il eft écrit vivement : la premiere
partie fur-tout fe fait lire avec plaifir ; il y
a du ftyle , des portraits , des faillies . Comme
il a du feu & un talent facile , je lui
confeille de les employer à traiter le Roman
dans l'intérêt , & de l'affervir toujours
aux régles de la décence . Nos Romanciens
qu'il a trop fuivi , ont dénaturé le
genre ; la meilleure de leurs productions
eft plutôt un recueil de réflexions détachées
qu'un récit d'aventures fuivies.
Comme les incidens ne font que le prétexte
, on y trouve plus d'efprit que de
conduite , plus de coloris que de deffein ,
plus de détails que d'enſemble , & plus de
propos que d'action . Pour comble de maladreffe
le fond en est toujours libre fans.
être amuſant ; il ennuie aux dépens des
moeurs , & le vice y paroît auffi froid que
la vertu.
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Résumé : « LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
Le roman 'Les Faux Pas, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne ***' relate l'histoire de l'héroïne, la Baronne ou la Rosen, née d'une relation illégitime entre sa mère et un petit souverain d'Allemagne. Son éducation est marquée par plusieurs erreurs, notamment son placement dans un couvent où la supérieure l'incite à mal se comporter. Enlevée du couvent par méprise, elle est ensuite abandonnée par Duréal, son ravisseur, qui la laisse pour une autre femme. Après diverses aventures, elle rencontre M. Meffin, un financier, qui l'aime malgré ses résistances. Elle refuse ensuite les avances de Turreville, le neveu de Meffin, et part à Paris chercher Duréal. À Paris, elle rencontre Riza-beg, ambassadeur de Perse, qu'elle épouse secrètement. Enlevée par des voleurs, elle est libérée et retrouve Duréal, qui l'abandonne à nouveau après une tragédie. Elle découvre alors qu'elle est veuve et retrouve son père, qui la légitime et lui permet de revenir en France. Elle retrouve finalement Duréal, et ils se marient, mettant fin à ses nombreux faux pas. Le roman est écrit par M. Rouffeau de Touloufe et est apprécié pour son style et ses portraits, bien que l'auteur conseille de respecter davantage les règles de la décence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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200
p. 108-116
« MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
Début :
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...]
Mots clefs :
Médecine, Médecine expérimentale, Maladies, Causes, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE,
ou Réſultat de nouvelles obfervations - pratiques
& anatomiques , premiere partie.
A Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût. 1755.
Cet ouvrage n'eft pas moins intéreffant
JUIN. 1755. 109
par la forme que par le fond. L'auteur a
dépouillé la Médecine de ces termes barbares
, qui effraient autant un lecteur que
les maladies qu'ils expriment 5 il la fait
parler un langage clair & précis, qui la met
à la portée de tout le monde . On lit fon
premier volume comme un ouvrage de
pur agrément. Ce que je trouve de plus
eftimable dans cet Ecrivain , c'est qu'on
voit qu'il n'a voulu rendre fon livre élégant
que pour le rendre plus utile , &
qu'un zéle éclairé l'a produit d'après les
obfervations pour le bien de l'humanité :
c'eft dans ce fens qu'il eft beau d'être
philantrope. Travailler à prolonger la vie
des hommes , ou à la rendre moins douloureuſe
, voilà la vraie philofophie réduire
en pratique . Hypocrate à mes yeux mérite
mieux le nom de fage que Bias ou
Thalés . M. T ...... eft d'autant plus digne
de ce titre , qu'il exerce la fcience
de guérir les hommes fans intérêt ; le
feul qui l'anime eft la perfection de l'art
relativement à leur bien -être. Son traité
eft divifé en trois parties. Dans la premiere
qui paroît , il offre fes réflexions
fur les befoins de la Médecine , fur le danger
des fyftêmes , & fur la néceffité de l'obfervation
; il montre en même tems la
route particuliere qu'il a fuivie pour ob110
MERCURE DE FRANCE.
ferver , & donne enfuite le précis de quel-,
ques confidérations fur les maladies en
général , fur les maladies aiguës , fur les
maladies chroniques , fur l'air & fur les
alimens.
L'auteur prouve les befoins de l'art par
l'état actuel des hommes , quant à leur
multiplication & à leur conftitution . 1 ° .
C'eſt un fait conftaté , dit l'auteur , que
dans les deux premieres années de la vie
le tiers de l'humanité eft moiffonné , & il
paroît que cette proportion n'a pas toujours
eu lieu fi l'on a égard aux caufes qui
fomentent actuellement cette perte prématurée.
2 ° . L'abus qu'on fait des denrées
qu'on tire des Indes depuis leur découverte,
& l'excès qu'on fait des liqueurs fpiritueu
fes depuis l'introduction de l'eau-de - vie ,
font périr un vingt-huitieme des hommes.
3°. Les progrès lents ou rapides de ce mal ,
aujourd'hui fi répandu que la plus honnête,
femme n'en eft pas à l'abri , & qui n'eft connu
parmi nous que depuis deux cens foixante
ans environ, autorifent à croire qu'au
moins un autre vingt-huitieme des hommes
périt par ce poifon. 4°. L'apprêt pernicieux
des alimens qu'il dénature , l'irrégularité
des faifons & celle des moeurs , font un
nouveau ravage. Comme on fe livre avant
le tems au plaifir , on eft vieillard de
JUIN. 1755. 111
">
bonne heure , & la mort eft précoce .
» Les maladies , dit éloquemment M.
» T ... fe multiplient , & fe reproduifent
» à vue d'oeil. Celles qui étoient ou paf-
» foient pour fimples , deviennent fouvent
compliquées ; elles ne vont plus le front
» levé comme autrefois , elles empruntent
>> le mafque , elles jouent le Prothée , elles
» nous donnent le change , elles nous éga-
» rent ; les fymptômes en font plus fourds,
& par là plus aggravans : ainfi les hommes
» déja affoiblis par l'organiſation , font
» encore minés dans l'état de fanté même
» par les caufes qui peuvent fomenter cette
foibleffe , c'eft- à- dire que l'attaque, eft
» devenue beaucoup plus violente , & la dé-
» fenfe beaucoup plus difficile. ... Un coup
» de vent , ajoûte- t - il , abbat quelquefois
» tout-à- coup une partie des fruirs d'un
» verger , c'eft le fléau qui moiffonne. Une
» année humide & pluvieufe en fait tom-
» ber
peu-à -peu encore un plus grand nom-
» bre avant leur maturité , c'eſt le dépé-
» riffement en détail. Telle eſt malheureufement
notre pofition préſente vis- à- vis
» des fiécles reculés.
C'est-à-dire qu'il meurt aujourd'hui plus
d'hommes par ces maux compliqués & fecrets
qui minent leurs jours , qu'il n'en mouroit
autrefois par la guerre alors plus meur112
MERCURE DE FRANCE.
triere , & par la pefte plus fréquente & plus
générale , qui moiffonnoient prefque tout
d'un coup des provinces entieres . M. T ....
prouve par là la néceffité d'avoir recours à
une fûre méthode , pour obvier autant qu'il
dépend de nous au danger de tant de maladies
qui étoient inconnues à nos peres. Y
peut- on parvenir par les fyftêmes ? il fait
voir qu'ils font la plus mauvaiſe voie .
·
» On ne trouve , dit-il , dans nos fyftê-
»mes que des notions flottantes , des in-
» certitudes continuelles , la théorie allant
>> fouvent d'un côté , & la pratique de
» l'autre .... Ouvrez les faftes littéraires
» de l'art , lifez l'hiftoire de la Médecine
» de le Clerc , de Fieund , de Schultz , &c.
» ou pour mieux dire , contentez - vous de
» lire l'hiſtoire des opinions des Philofo-
>> phes , vous y trouverez en même tems
» celle des opinions des Médecins . Combien
de fois n'ont-ils pas adopté comme
principes facrés de l'art tout ce qu'il a
plû à l'imagination échauffée d'un philofophe
d'ériger en fyftême ? ... Que cet
affemblage fait un coup d'oeil humiliant
» pour l'efprit & pour la raifon ! il s'agit
» pourtant de la chofe la plus effentielle &
la plus intéreffante pour les hommes , il
» s'agit de leur confervation .
2
»
"
On ne peut trouver dans les principes
JUIN. 1755. 113
gratuits de théorie des fecours proportionnés
aux dégrés des maux qui les exigent
, ce n'eft que dans l'obfervation fcrupuleufe
des phénomenes fucceffifs des maladies
: dans l'analogie pratique , entre les
fymptômes qui s'offrent , & ceux qui ont
frappé ailleurs ; ce qui fert à établir la néceffité
de cette même obfervation.
:
2
Elle a été le berceau & l'école de la Médecine
; ce n'eft que depuis qu'on s'eft remis
à obferver qu'on a vu l'art s'élever au
point où il est aujourd'hui. Les premiers
Médecins affidus au lit des malades , ne le
quittoient que pour mettre par écrit l'hif
toire des phénomenes , du cours , de l'heureux
& funefte événement des maladies ,
de l'application des remedes & de leurs.
effets interprêtes de la nature , la vérité
s'exprimoit par leur bouche ; ce n'eft plus
qu'aux dépens de cette même vérité qu'ils
n'ont plus été imités . Si l'on s'étoit tenu
au plan fage que nous avoient tracé Hyppocrate
, Galien , &c. nous n'aurions plus
de
regrets fur le paffé , plus de plaintes fur
le préfent , moins de fouhaits à former ſur
l'avenir ce font les expreffions de l'Auteur
, que je copie toujours exactement ,
perfuadé qu'on ne peut pas mieux dire .
Il s'eft preferit pour régles , 1 °. de ne point
répéter ce qui a été dit par d'autres . 2 ° .
114 MERCURE DE FRANCE.
De ne point affigner des principes gra
tuits , dont on veuille enfuite tirer des
conféquences arbitraires . 3 ° . De ne point
confondre les caufes avec leurs effets. 4°.
De n'avancer aucun fait qu'à l'appui d'une
expérience immuable. 5. D'avoir attention
qu'en produifant quelque chofe de
nouveau , tous les phénomenes quelconques
puiffent reffortir aux caufes & aux
raifons données , & réciproquement .
Quelle opinion ne doit - on pas avoir
d'un livre affervi à des loix fifages ! Quelle
eftime & quelle confiance ne doit pas inf
pirer l'auteur qui porte la bonne foi juf
qu'à faire ce rare & modefte aven ! La
plupart des obfervateurs , dit - il , ne s'annoncent
que par leurs fuccès , & moi je n'ai
prefque que des regrets à former fur la perte
de ceux qui ont donné lieu à ces obfervations ;
mais en perdant les uns j'ai appris à fauver
les autres , & je réferve la méthode & le détail
de mes cures pour un autre ouvrage.
Les bornes d'un extrait ne me permettent
pas de m'étendre fur le refte de cette premiere
partie je renvoie le lecteur à l'ouvrage
même, qui mérite fi bien d'être acheté
& d'être lû. Les deux autres parties qui
n'ont pas encore vû le jour , font un recueil
des obfervations fondées la plupart
fur les découvertes qui y ont donné lieu .
JUIN. 1755. 115
NOUVEAUX GLOBES céleftes &
terreftres , de neuf pouces de diametre ;
par M. Robert de Vaugondy , Géographe
ordinaire du Roi.
Ces globes font la réduction des grands
que l'auteur a faits il y a trois ans , par
ordre du Roi ; ils font deftinés principalement
pour l'inftruction de la jeuneffe . Le
célefte fur-tout eft compofé de façon à
pouvoir faire connoître avec une grande
Facilité les étoiles , par le fecours d'aligne
mens qui joignent les étoiles les unes aux
autres , & qui forment dans les conftellations
des triangles & des quadrilateres ,
figures très - connues & bien plus réelles
que celles d'hommes & d'animaux que les
anciens & les modernes ont imaginées. Il
ne s'agit que d'orienter & de difpofer le
globe pour un jour & une heure propofée ,
pour avoir par ce globe l'état actuel du
ciel ; pour lors en confidérant ce globe , &
rapportant au ciel ces figures de triangles
& de quadrilateres , l'on vient aifément à
connoître la grandeur & la pofition de ces
étoiles. Un Seigneur , autant recommendable
par fes lumieres que par fon illuftre
naillance , a bien voulu communiquer
cette idée nouvelle à l'auteur , qui l'a exécutée
, en faisant imprimer le globe célefte
en deux couleurs ; fçavoir , en noir
116 MERCURE DE FRANCE.
pour les étoiles & les figures ordinaires des
conftellations , & en rouge pour les alignemens.
L'on ne doute point que le public
n'applaudiffe à une invention fi fimple
& fi avantageufe.
Ces globes , comme ceux de dix - huit
pouces , fe vendent à Paris , chez le fieur
Robert , Géographe ordinaire du Roi , quai
de l'Horloge du Palais , proche le Pont
neuf.
ou Réſultat de nouvelles obfervations - pratiques
& anatomiques , premiere partie.
A Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût. 1755.
Cet ouvrage n'eft pas moins intéreffant
JUIN. 1755. 109
par la forme que par le fond. L'auteur a
dépouillé la Médecine de ces termes barbares
, qui effraient autant un lecteur que
les maladies qu'ils expriment 5 il la fait
parler un langage clair & précis, qui la met
à la portée de tout le monde . On lit fon
premier volume comme un ouvrage de
pur agrément. Ce que je trouve de plus
eftimable dans cet Ecrivain , c'est qu'on
voit qu'il n'a voulu rendre fon livre élégant
que pour le rendre plus utile , &
qu'un zéle éclairé l'a produit d'après les
obfervations pour le bien de l'humanité :
c'eft dans ce fens qu'il eft beau d'être
philantrope. Travailler à prolonger la vie
des hommes , ou à la rendre moins douloureuſe
, voilà la vraie philofophie réduire
en pratique . Hypocrate à mes yeux mérite
mieux le nom de fage que Bias ou
Thalés . M. T ...... eft d'autant plus digne
de ce titre , qu'il exerce la fcience
de guérir les hommes fans intérêt ; le
feul qui l'anime eft la perfection de l'art
relativement à leur bien -être. Son traité
eft divifé en trois parties. Dans la premiere
qui paroît , il offre fes réflexions
fur les befoins de la Médecine , fur le danger
des fyftêmes , & fur la néceffité de l'obfervation
; il montre en même tems la
route particuliere qu'il a fuivie pour ob110
MERCURE DE FRANCE.
ferver , & donne enfuite le précis de quel-,
ques confidérations fur les maladies en
général , fur les maladies aiguës , fur les
maladies chroniques , fur l'air & fur les
alimens.
L'auteur prouve les befoins de l'art par
l'état actuel des hommes , quant à leur
multiplication & à leur conftitution . 1 ° .
C'eſt un fait conftaté , dit l'auteur , que
dans les deux premieres années de la vie
le tiers de l'humanité eft moiffonné , & il
paroît que cette proportion n'a pas toujours
eu lieu fi l'on a égard aux caufes qui
fomentent actuellement cette perte prématurée.
2 ° . L'abus qu'on fait des denrées
qu'on tire des Indes depuis leur découverte,
& l'excès qu'on fait des liqueurs fpiritueu
fes depuis l'introduction de l'eau-de - vie ,
font périr un vingt-huitieme des hommes.
3°. Les progrès lents ou rapides de ce mal ,
aujourd'hui fi répandu que la plus honnête,
femme n'en eft pas à l'abri , & qui n'eft connu
parmi nous que depuis deux cens foixante
ans environ, autorifent à croire qu'au
moins un autre vingt-huitieme des hommes
périt par ce poifon. 4°. L'apprêt pernicieux
des alimens qu'il dénature , l'irrégularité
des faifons & celle des moeurs , font un
nouveau ravage. Comme on fe livre avant
le tems au plaifir , on eft vieillard de
JUIN. 1755. 111
">
bonne heure , & la mort eft précoce .
» Les maladies , dit éloquemment M.
» T ... fe multiplient , & fe reproduifent
» à vue d'oeil. Celles qui étoient ou paf-
» foient pour fimples , deviennent fouvent
compliquées ; elles ne vont plus le front
» levé comme autrefois , elles empruntent
>> le mafque , elles jouent le Prothée , elles
» nous donnent le change , elles nous éga-
» rent ; les fymptômes en font plus fourds,
& par là plus aggravans : ainfi les hommes
» déja affoiblis par l'organiſation , font
» encore minés dans l'état de fanté même
» par les caufes qui peuvent fomenter cette
foibleffe , c'eft- à- dire que l'attaque, eft
» devenue beaucoup plus violente , & la dé-
» fenfe beaucoup plus difficile. ... Un coup
» de vent , ajoûte- t - il , abbat quelquefois
» tout-à- coup une partie des fruirs d'un
» verger , c'eft le fléau qui moiffonne. Une
» année humide & pluvieufe en fait tom-
» ber
peu-à -peu encore un plus grand nom-
» bre avant leur maturité , c'eſt le dépé-
» riffement en détail. Telle eſt malheureufement
notre pofition préſente vis- à- vis
» des fiécles reculés.
C'est-à-dire qu'il meurt aujourd'hui plus
d'hommes par ces maux compliqués & fecrets
qui minent leurs jours , qu'il n'en mouroit
autrefois par la guerre alors plus meur112
MERCURE DE FRANCE.
triere , & par la pefte plus fréquente & plus
générale , qui moiffonnoient prefque tout
d'un coup des provinces entieres . M. T ....
prouve par là la néceffité d'avoir recours à
une fûre méthode , pour obvier autant qu'il
dépend de nous au danger de tant de maladies
qui étoient inconnues à nos peres. Y
peut- on parvenir par les fyftêmes ? il fait
voir qu'ils font la plus mauvaiſe voie .
·
» On ne trouve , dit-il , dans nos fyftê-
»mes que des notions flottantes , des in-
» certitudes continuelles , la théorie allant
>> fouvent d'un côté , & la pratique de
» l'autre .... Ouvrez les faftes littéraires
» de l'art , lifez l'hiftoire de la Médecine
» de le Clerc , de Fieund , de Schultz , &c.
» ou pour mieux dire , contentez - vous de
» lire l'hiſtoire des opinions des Philofo-
>> phes , vous y trouverez en même tems
» celle des opinions des Médecins . Combien
de fois n'ont-ils pas adopté comme
principes facrés de l'art tout ce qu'il a
plû à l'imagination échauffée d'un philofophe
d'ériger en fyftême ? ... Que cet
affemblage fait un coup d'oeil humiliant
» pour l'efprit & pour la raifon ! il s'agit
» pourtant de la chofe la plus effentielle &
la plus intéreffante pour les hommes , il
» s'agit de leur confervation .
2
»
"
On ne peut trouver dans les principes
JUIN. 1755. 113
gratuits de théorie des fecours proportionnés
aux dégrés des maux qui les exigent
, ce n'eft que dans l'obfervation fcrupuleufe
des phénomenes fucceffifs des maladies
: dans l'analogie pratique , entre les
fymptômes qui s'offrent , & ceux qui ont
frappé ailleurs ; ce qui fert à établir la néceffité
de cette même obfervation.
:
2
Elle a été le berceau & l'école de la Médecine
; ce n'eft que depuis qu'on s'eft remis
à obferver qu'on a vu l'art s'élever au
point où il est aujourd'hui. Les premiers
Médecins affidus au lit des malades , ne le
quittoient que pour mettre par écrit l'hif
toire des phénomenes , du cours , de l'heureux
& funefte événement des maladies ,
de l'application des remedes & de leurs.
effets interprêtes de la nature , la vérité
s'exprimoit par leur bouche ; ce n'eft plus
qu'aux dépens de cette même vérité qu'ils
n'ont plus été imités . Si l'on s'étoit tenu
au plan fage que nous avoient tracé Hyppocrate
, Galien , &c. nous n'aurions plus
de
regrets fur le paffé , plus de plaintes fur
le préfent , moins de fouhaits à former ſur
l'avenir ce font les expreffions de l'Auteur
, que je copie toujours exactement ,
perfuadé qu'on ne peut pas mieux dire .
Il s'eft preferit pour régles , 1 °. de ne point
répéter ce qui a été dit par d'autres . 2 ° .
114 MERCURE DE FRANCE.
De ne point affigner des principes gra
tuits , dont on veuille enfuite tirer des
conféquences arbitraires . 3 ° . De ne point
confondre les caufes avec leurs effets. 4°.
De n'avancer aucun fait qu'à l'appui d'une
expérience immuable. 5. D'avoir attention
qu'en produifant quelque chofe de
nouveau , tous les phénomenes quelconques
puiffent reffortir aux caufes & aux
raifons données , & réciproquement .
Quelle opinion ne doit - on pas avoir
d'un livre affervi à des loix fifages ! Quelle
eftime & quelle confiance ne doit pas inf
pirer l'auteur qui porte la bonne foi juf
qu'à faire ce rare & modefte aven ! La
plupart des obfervateurs , dit - il , ne s'annoncent
que par leurs fuccès , & moi je n'ai
prefque que des regrets à former fur la perte
de ceux qui ont donné lieu à ces obfervations ;
mais en perdant les uns j'ai appris à fauver
les autres , & je réferve la méthode & le détail
de mes cures pour un autre ouvrage.
Les bornes d'un extrait ne me permettent
pas de m'étendre fur le refte de cette premiere
partie je renvoie le lecteur à l'ouvrage
même, qui mérite fi bien d'être acheté
& d'être lû. Les deux autres parties qui
n'ont pas encore vû le jour , font un recueil
des obfervations fondées la plupart
fur les découvertes qui y ont donné lieu .
JUIN. 1755. 115
NOUVEAUX GLOBES céleftes &
terreftres , de neuf pouces de diametre ;
par M. Robert de Vaugondy , Géographe
ordinaire du Roi.
Ces globes font la réduction des grands
que l'auteur a faits il y a trois ans , par
ordre du Roi ; ils font deftinés principalement
pour l'inftruction de la jeuneffe . Le
célefte fur-tout eft compofé de façon à
pouvoir faire connoître avec une grande
Facilité les étoiles , par le fecours d'aligne
mens qui joignent les étoiles les unes aux
autres , & qui forment dans les conftellations
des triangles & des quadrilateres ,
figures très - connues & bien plus réelles
que celles d'hommes & d'animaux que les
anciens & les modernes ont imaginées. Il
ne s'agit que d'orienter & de difpofer le
globe pour un jour & une heure propofée ,
pour avoir par ce globe l'état actuel du
ciel ; pour lors en confidérant ce globe , &
rapportant au ciel ces figures de triangles
& de quadrilateres , l'on vient aifément à
connoître la grandeur & la pofition de ces
étoiles. Un Seigneur , autant recommendable
par fes lumieres que par fon illuftre
naillance , a bien voulu communiquer
cette idée nouvelle à l'auteur , qui l'a exécutée
, en faisant imprimer le globe célefte
en deux couleurs ; fçavoir , en noir
116 MERCURE DE FRANCE.
pour les étoiles & les figures ordinaires des
conftellations , & en rouge pour les alignemens.
L'on ne doute point que le public
n'applaudiffe à une invention fi fimple
& fi avantageufe.
Ces globes , comme ceux de dix - huit
pouces , fe vendent à Paris , chez le fieur
Robert , Géographe ordinaire du Roi , quai
de l'Horloge du Palais , proche le Pont
neuf.
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Résumé : « MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
L'ouvrage 'Médecine expérimentale', publié en 1755 à Paris par Duchefne, est reconnu pour son style clair et accessible, rendant la médecine compréhensible à un large public. L'auteur, M. T......, ambitionne de rendre la médecine utile et philanthropique, avec pour objectifs de prolonger la vie et de réduire la douleur. Son traité est structuré en trois parties. La première partie traite des besoins de la médecine, des dangers des systèmes médicaux existants et de la nécessité de l'observation. L'auteur met en lumière les besoins de la médecine en se basant sur l'état actuel de l'humanité. Il observe que le tiers des humains meurt dans les deux premières années de vie. De plus, les abus alimentaires et la consommation excessive de liqueurs spirituelles causent la mort d'un vingt-huitième des hommes. Les maladies récentes et les aliments dénaturés contribuent également à une mortalité précoce. Les maladies se multiplient et deviennent plus complexes, rendant leur traitement difficile. L'auteur critique les systèmes médicaux actuels, les jugeant incertains et inefficaces. Il prône une observation scrupuleuse des phénomènes des maladies pour améliorer les soins. L'auteur s'engage à ne pas répéter les travaux des autres, à éviter les principes gratuits, à ne pas confondre causes et effets, et à ne présenter que des faits appuyés par des expériences immuables. Il réserve le détail de ses méthodes et de ses cures pour un autre ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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