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1
p. 204-231
Lettre de Mr de Vienne Plancy, sur l'Ecriture universelle. [titre d'après la table]
Début :
Voicy, Madame, une nouvelle Lettre de Mr de Vienne / Ce n'a pas esté sans raison, Monsieur, que j'ay differé [...]
Mots clefs :
Écriture, Mystère, Promesse, Abréviation, Réflexions, Dictionnaires, Grammaire, Expressions, Verbes, Adjectifs, Adverbe, Langue, Discours, Écrivain, Terminaisons, Déclinaisons, Élocution, Nations, Capitales, Public
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de Mr de Vienne Plancy, sur l'Ecriture universelle. [titre d'après la table]
Voicy
,
Madame, une nouvelle
Lettre de M*deVienne Plancy sur
£Ecriture univcrfelle.
cAEau-Cleranton le4. luin1685. E n'a pas esté sans raison,
Monsieur, que j'ay differé
si long-temps à m'acquitter de
ce quejevousay promis à la fin
de ma derniere Lettre, sur mes
projers d'Ecrirure universelle,
rapportée dans le 23 Extraordinaire.
Dispensez moy neanmoins
de vous apprendre aujourd'huy
la cause de ce retardement;
c'est un mystere qui sera
plus propre à estre éclaircy
uneautrefois. La promesse que
je vous en ay faite a deux parties.
La premiere, m'engageà donner
du jour à mes deux Lettres précedentes
; & la seconde, à fournir
des moyens d'abréviation
pour ces fortes d'Ecriture. Le
jour que je leur puis donner, ne
se tire quedesreflexions qu'il est
à propos de faire sur leur composition
, sur l'enchaînement genéral
& naturel de leurs Djébonnaires;
sur le grand nombre de
mots simples, dont je les ay enrichies
; sur l'exacte distribution
de leurs Chiffres en neuf & en
trois, pour le rapport particulier
rieces mots; sur la faciledistin-
.cion des manieres differentes,
dont elles marquent les neuf parties
du discours, sur la réduction
de leurs noms à une feule façon
de les décliner, & de leurs verbes
à une feule façon aussi de les conjuguer;
&: enfin sur la regle d'équité
que j'ay observée partour
autant que j'ay pû, qui veut qu'on
traite ~égalemenc les choses égales.
Moyens qui ont pour fondemens
la nature, la raison & l'ordre; &
qui parconsequent ne sçauroient
manquer de rendre ces Ecritures
trespropres à s'imprimer dans
l'esprir,&ày conserver sans embarras
le souvenir de leurs caracteres,
tantà l'égard de l'expression
, que de la signification;
mais comme il suffit de proposer
aux Personnes intelligentes les
sujets sur lesquels elles doivent
refléchir,pour les leur faire a pprofondir
,
6c y voir clair, sans
qu'il foit besoin de leséterdre
,
je
laisseray, Monsieur vostre penetration
l'accroissement des lu.
mieres que j'ay données, & je ne
vous en diray rien davantage.
Quant aux moyens d'abreviation
, vous sçavez que toute Ecriture
, comme toute Langue, consiste
dans son Dictionnaire &
dans sa Grammaire ; & qu'il est
impossible dans le fonds, d'abreger
le Dictionnaire
, parce qu'il
doit contenir les expressions de
tous les estres
,
& de tous leurs
accompagnemens;foir qu'on les
détaille directement, commej'ay
fait par un grand cmiloy de
Chiffres primitifs, dans celuy
que j'ay dressé,suivantlamethode
commune; soit qu'on en marque
une partie directement
,
&
l'autre indirectement, en rapportant
les choses subalternes aux
principales, comme j'ay fait par lesecoursdesChiffres auxiliaires,
dans celuy que j'ay proposé selon
la methode particuliere.
Il n'en est pas de mesme de la
Grammaire; on peut abreger les
expressions qui en dépendent,
j'entends les variations de ses
mots. Nostre langue & ses voilîties
réduisent par exemple,
toutes les déclinaisons
,
à celles'
de l'article définy, ou de l'indéfiny
, & ne leur attribuent que
deux genres,&quatre cas. Elles
expriment les degrez de comparaison
,par des adverbes; ceux
de diminution & d'augmentation,
par des adjectifs; les verbes
passifs, par le verbe substantif
avec un participe; &les verbes
meslez ,par la jonctiond'un
pronom personnel, au verbe aébf-
&au passif.
On peut imiter ces abreviations
,
& mesme encherir sur ellis
,
puis qu'on peut reduire les
deux articles àun seul
,
tel que
l'article general de ma methode
particuliere
;
marquer parluy,
le singulier & le plurieldetout
ce qui sedécline ,**aufïîbienque
les genres & les cas, comme je
l'ay déjaproposédanscette Méthode
; joindre dans sa déclinaison
le vocatifau nominatif;commejel'ay
pratiqué dansmaMevÇjwdpÇpmmun.
e ; employerles
aJverbçs plus & moinsleplus Be
Jemoinsà exprimerles degrez de
-
diminution ,ècd/augmçntation,
Auih.bie# que ceux qecomparai.
'JRl1 i:j& former les verbes actifs
par, le verbesubstantifavec leur
participedu temps present, comme
nous composons les verbes
paOEf.çpr.hlY) avec leur participedutemps
passé, selonma premiere
idée, expliquée dans m.t
Lettre de vostre19. Extraordinaire
p. 304&dire parex. jefuis
tyrnant, tuesaimant, il estaimant;
j'ay jil aimant jefiray aimant,
&c.aulieu dedire,j'aime, tuaimes,
il aime,j'ay aiméj'aimerçiy,
&c.
<-. Op peutajoûterd'autresabreviationsà
ceilesrlà* & parex. ne
point donner devariations aux
genres desadjectifs& dtVpàrtU
cipes, commeenont beauIle7
apprùchtnjtlbiitppYockiifftèTmaisles
Craiter comme sage\brave'lessàtrt,
tymt, dont les genresne sont
point distincts ; reduirelaconjugaifon
,
aussi b~in que ladéclinaison
,&à cet effetnelacomposer
que de trois moeufs & modes
à l'imitation de l Hebreu,
sçavoir, de l'infinitif, de l'imperarif,
Be del'indicatif; qui fera
aussi subjonctif&optatifmoyennant
quelques prépositions dont
on l'accompagnera au besoin telles
que sontsi quand, àJmme,flNft
à Dieu quey&c ne luy laisser que
les trois temps principaux, &exprimer
les autres, pardesAdverbes,
comme autrefois, dernitrement
,l'autrejour, recemment, &c..
ny distinguerles Personnes
, que
par les pronoms personnelscomme
on fait en nostre Langue, lors,
qu'on dit,j'aime, tu aime, il aime,
& comme on feroit si l'on y disoit
usm aimons
, vom aimons, ils aimons
& exprimer mesme sans
variation lesingulier & le pluriel
des personnes
,
& en marquer
feulement les nombres par le
moyen des mesmes Pronoms personnels,
à qui on lesattribuera,
commej'ay dit qu'on les pouvoit
attribuer àl'article,pour marquer
ceux des Noms.
On peut enfin à l'imitation de
la Longue Franque bannir mesme
l'arcicle; reduire ladéclinaisonàun
seul Cas commun, & la
conjuguaisonau seul Infinitif, &
en representer encore les temps
principaux par lesAdverbes déja,
presentement,tantost,hier, AUjourd'huy
,
demain,&c. & dire comme
elle par ex. Ji vous vouloir pre..
sentement aimer moy , moy donner
d/ifjitoj?vom mil écus (Ir, au lieu
dedire, sisousme voulez, aimer,
je vota donne)ay mille écus a'or.
Je ne vous-propose pas de mettre
les conjonctions 6c les préposicionsau
rang des Adverbes,
comme les Grecs font à l'égard
des interjections;d'unir les participes
avec les adjectifs, fous le titre
de noms, fie de necompter
ainsiquecinq parties dudiscours;
au lieu de neuf, sçavoir l'article,
le pronom,le nom,le verbe &
l'adverbe. Cette réduction ne
feroit rien à l'abréviation de l'Ecricureny
de la Langue,rpar,ce.qure1
les Caractères ny les mots n'en
feroient pas en moindre quantité,
quoy qu'ils fussentdistribuez
en moins de Classes ,estant tous
également nécellaires pour l'expression
du discours .,;'& devant
par consequent estre distinguez
en quelque sorce l'unde l'autre.
D'ailleurs j'ay marqué dans mes
deux Ecritures, les parties invariables,
par une barre sur elles,
les déclinables par une barre inserée
& droite; & celles qui se
conjuguent par une barre inserée
& courbe: & c'est avoir réduit
toutesles parties du discoursen
trois Classes au lieu de cinq ;mais
il nes'agit pasdecela,comme:je
viens de dire. d 1:)uHôr'rn,(ri
ï,Le; retranchementdes, Car
âcres& des mots ne peut proceder
que des moyensprécedens,
&. je n'en vois point d'autres
que ceux que je viens de
rapporter. On peutlesemployer,
le champ est libre, l'interprete
en échapera. J'aylaide au choix
de l' Ecrivain, dans le cours de
mesLettres
,
l'usage de la pluspart
de ces moyens,& j'en ayexpliqué
mon sentiment
,
mais à
examiner la chose à fonds, ils
font plutost à rejetter qu'à mettre
en pratique. La nature donne
trois genres aux Eftres, 6c
les separe ; pourquoy quitter foa
exemple, 6c mettre en un, le
Masculin 6c leNeutre? La raison
nous montre que leVerbe a six
maniérés d'influersur le nom, 6c
cinqdetémoigner son aéhon;
Pourquoy donc confondre les
Cas & les Modes qui les distinguent?
Estceuneaffaireàlameémoired'apprendre
trois genres
aulieu dedeux,six Cas&cinq-
Modes aulieu d'un plus petit
nombre? Non sans doute, un
quart d'heure de plus, est plus de
temps qu'il ne faut pour s'instruire
pleinement detoutes ces choses;
On dira peut-estre, que si les
mots simples font l'abondance SC-1'
la richessedesLangues.,ils en
augmententaussila peine,au lieu
que les phrases la diminuent;
qu'ainsisçachant en nostre Langue
déclinerl'article, on en sçait
décliner tous les noms ,
puis
qu'on n'a qu'à placer cet article
devanteux,pour en marquer les
Cas;
Cas; que fçachant^ quatre ou
cinq adverbes de comparaison,
on sçaic composer tous les comparatifs
& tous les superlatifs,
puis qu'on n'a qu'à associer ces
Adverbes avec les Adjedifs,
pour les former; que sçachant
conjuguer le Verbe estre
, on
sçait conjuguer tous les Verbes
passifs, puisqu'on n'a qu'à joindre
leur participe passé àcette conjuguaifon
, pour avoir toutes les
autres.
Je réponds à cela, que je remarque
plus d'éclaircissement
que de verité
,
dans l'opinion
qu'on a que ces fortes d'usages
abregent plus l'instruction d'une
Langue, que ceux que j'ay pro.
posez dans mes deux dernieres
Lettres. J'y fais décliner tous les
Noms, tous les Pronoms, & tous
les Participes d'une mesme maniere,
puis que je leur donne à
tous les mesmesterminaisons, 8c
j'en use ainsi à l'égard des Verbes;
& je maintiens que routes
ces déclinaisons & toutes ces
conjuguaifons ne font pas plus
difficiles à retenir, que la déclinaison
du seul article, & que la
conjuguaifon du seul Verbe fubftatftifj
parce qu'on ne sçait pas
plûtost décliner un Nom & conjuguer
un Verbe, qu'on sçait décliner'tous
les autres Noms, ôc
conjuguer tous les autres Verbes.
, -
,
Il en est demesmedelacomposition
de degrez de comparai-
-
son, dediminution, &d'augmentation.
Qui en sçaitformer un,
sçait former tous les autres; 6c
ces compositions ne sont pas
moins aisées que les associations
des Adverbes pour leurs expressions.
C'est le fruit & l'avantagedesrégies
générales,&desrégles
d'équité, que j'ay suivies par
tout le plus exactement qu'il m'a
estépossible. L'un revient donc à
l'autre, mais ce qui résulte de
mon usage me semble bien important;
c'est qu'il me fait exprimer
les choses par la simplicité
des mots, au lieu qu'on tombe
presque à tout momentpar l'autre
maniere dans l'embarras des phrases;
car enfin je ne croy pasm'être
trompé d'avoir préferé jusqu'icy
les mots simples aux phrases
,
5c
par ex. YZJtbs Rema des Latins, à
la VilledeRome des François; l'e
mtllllY; à il est aimé; le deambulavimus
,
à nosu nom femmespromenez,;
le doctior illo, à f>lu&Jfavant
que tuy, &c. Je me fuis fondé sur
l'exemple delanature, qui n'employe
jamais les lignes courbes,
lors qu'elle peut venir à ses fins,
par les lignes droites; & sur la
Sentence des Sages, qui témoignent
qu'en vain on fait avec
beaucoup, cequ'on peut faire
avec peu. Ces raisons m'ont sceu
persuader qu'il falloit éviter les
détours&les longueurs dans l'E.
criture&dansla Langueuniverfelle
, autant qu'ilestoit possible.
Ondira peutestreencore,que
l'Article, le Verbesubstantif,les
Adverbes
,
les comparatifs, &c.
desquels se forment les petites
phrases ou constructions allongées,
font des marques quiaident
à juger de ce qui les suit; mais j'ay
à répondre que les terminaisons,
ou les Chiffres auxiliaires de mes
Caracteres, sont des si;nes qui
aident aussi à juger de ce qui les
précede, &:qu'ainG l'un revient
encore à l'autre
-,
si bien que le
mot simple cftuu: plus au goust
de la nature tk de la sagesse que
la phrase , il est ce me semble à
préferer à elle dans cette occafioti.-
Mais encore une fois, j'en
laisse lechamp libre, commeje
l'ay laissé dans tout le cours de
mes lettres,en y donnantaux Nations
le choix de toutes ces différentes
manieres de s'exprimer; je
ne prétens les obliger qu'à ce
qu'elles trouveront deplus commode
; une élocunon allongée,
quoyqu'ennuyeu se,nelaisse pas
d'estre intelligible. La concordance
l'il: arbitraire, & bien que
Je defaut de ses a gréables rapports
oste beaucoup de la grace
6cde la perfection du stile
,
il ne
luy fait pas perdre toute sa clarté.
Le soinnéccessaire en de prendre
garde seulement qu'il ne se glisse
point d'équivoque dans cét -La barbarie Cepeutsouffrir
mais l'équivoqueest insupportable
;
elle rend le senspropre à décevoir,
& le met quelquefois hors
d'inrel:iTence.
, Voib, Monsieur
, ce que je
pensedes moyens d'abréviation.
Pour peu que vous les exa-
111inicz,vousJuerez1vec moy,
qu'ils sont plus propres à ébloüir,
comme j'aydit, qu'à servir; 6c
que le meilleur partyest de s'en
tenir aux bornes que j'ay données
à l'Ecriture universelle dans
mes deux dernieres Lettres, sans y
innover aucune chose.
Je n'aurois plus rien à vous dire
decette Ecriture, sans la singularité
que jeluyay attribuée
,
dans
ma Lettre de vostre 14. Extraord.
p.345. où j'ay avance qu'elle nétoit
pm sujette à équivoque, & que
mesme on ne luy en causeroit ¡dl,
quand-on en figureroitUsCd)acftns
sans separation,tant ils estointaisez.
adémejlcr. Vous sçavez,Monsieur,
que par ce nlnt de Caractere, je
n'entens pas un Chiffre seul, mais
un Chiffre ou plusieursavec une
enseigne, comme je l'ayexpliqué
dans ma Lettre de vostre 19. Extraord.
p. 323. & c'est de la maniere
dont cette enses gne est faite,&
de l'endroit où elle est mise
, que résulte ce facile démeslement.
Il vous seraaisedereconnoiftre
cetteveriré
,
sans que je
m'étende dans son explication
& le débutdu Textesacré que
j'ay exprimé par l'une & par l'autre
de mes Ecritures, servira à
vous Ll montrer, sans que je m'en
mesle, pour peu que vous preniez
garde aux principes que j'ay établis
en parlant de l'enseigne.
D'autres Thémes vous produiront
aussi cette connoissance, si
vous vous donnez la peine d'en
faire, je vous demanderois volontiers
quelques momens d'application
pour cela,afin que vous
vissiez en mesme temps la grace &
acilité de ces Ecritures, dans
r pratique.
e iii'ciloisperfutadéjusqu'i
sent, qu'on donnoit à nos
chiffresordinaires le nom d)A-
\ques
,
à cause qu'ils devoient
origineàl'industriedes Ara-
; mais je viens d'e stredesabule
cette opinion,par un de mes sAmis de Paris, tres éclairé
toutes sortes de Sciences. Il
mande que cesPeuples qui ha-
,nt le milieu de l'ancien monn'ont
fait que communiquer
Figures, & la maniere de les
ployeràl'occident; & qu'ils
bnt tirées de l'Orient, non pas
la Chine, mais des Indes où
ÎS onteste inventées; &: que
LIT cette raison les Turcs
,
les;
rfes
, 6c les autres Orientaux
appellent ces Chiffres, chiffres
Indiens" Il ajoûte qu'à la verité,
il ya un peu de diffé rence entre
quelques-unes de leurs Figures,
& quelquesunesdecelles dont
nous nous servons
,
toutesfois si
peu considerable
,
qu'on voie
bien que les nostres sont issuës
des leurs, & qu'au restela maniere
de les employer est toute
semblable. Il me cite làdessus,
outre les Relations Orientales,
un AutheurAngloisnommé Bre-
- veredge, dont son Livre imprimé
à Londres en 1669. intitulé
Instutionum Chronologicarum libri
duo, unà cllm totidem Arithmetices
Chronoligicælibellis.Cetteorigine
de nos Chiffres est encore un
grandavantage pourune Ecriture
qui est fondée sur eux, & iln'y a
pas lieu de douter qu'éstant venuJ.
des Indes jusqu'à nous, ils n'ayent
aussi passé jusqu'à la Chine, Se
auxautresEtats les plus avancez
dans l'Orient. Grand acheminement
pour y faire recevoir la
nouvel!C,si"nifiation que j'ay ccc.
trepris de leur donner, pour la
communication des Nations, &
pour la commodité du Commerce.
Car enfin, Monsieur, legrand
& le facile servicequ'on en peut
tirer, doit faire avoüer aux 1plus
opiniâtres
, que les Peuples qui
écrivent à la Chinoise, & les
Chinois mesmes tÎ sonttant les
sages
, ne le seroient glleres s'ils
en avoient la connoissance
,
6c
qu'ils en refusassent l'usage. Je
prierois vojontiers,par vostre entremise,
le sçavant Mr Comiers
Ji\:n faire l'ouverture au jeunè,
Chinois, qui est le sujet de sa Lettre
inserée dans vostre Mercure
de Septembre dernier, si cetEtranger
est encore à Paris,comtne ilyalieudelejuger,parle temps
qu'il faut pour voir les beautez
de cerreincomparableVille, qui
seroit sans doute plus grande que
les deux Capitales de son Pays,,
si les Maisons qu'elle peuple
avoient leurs étages à leurs côfez,
au lieu de les avoir l'un sur
l'autre comme elles,
La façon d'écrire de ceux qui
parlent la Latigue-Latine, la
Grecque, la Teutonique,Se
l' Esclavone
quatreLangues
Meres qui ont pour Filles toutes
les Langues de l'Europe, excepté
la Turque,
est de conduire
leur Plume du costé gauche au
cofté droit; celle desHebreux,
fiede leurs branches est de la mener-
du costé droit au costé gauche,
& celle des Chinois est de la
tirer du haut en bas. Peut-estre
qued'autres Peuples la font aller
debas en haut, tant l'art allffi
bien que la nature se plaist à la
diversité. Mesdeux sortes d' Ecriture
se peuvent marquer de
toutes ces manieres , sans aucun
desordre; & la situation de leurs
Caracteres leur est indifferente.
Il est vray qu'à y bien penser, cét
avantage est commun à toute autre
Ecriture ou Langue, puis qu'il
ne dépend que du capricedes Ecrivains.
Ce qui est à souhaiter pour
l'employ des miennes, c'est qu'il
se trouve quelque Personne assez
charitableenvers le Public, pour
vouloir bien prendre la peine
d'en mettre les deux Dictionnaires
universels dans toutes leurs
étendues
,
afin que les Nations
n'ayant plus qu'à dresser leurs
Dictionnaires particuliers sur l'un
ou sur l'autre de ces universels
à leur choix, elles soient excitées
à y travailler, & à s'en servir. Il
me suffit d'en avoir tracéle plan,
il faut laisser quelque choseà faire
aux autres, comme dit Sorel,
dans l'endroit de sa Science universelle,
où il traite de ce grand
secrer. L'utilité de l'Ouvrage y
doit porter les interessez dans
le Commerce, &la Chambre
Royale qui prend tant de foin
d'étendre le nostre par toute la
terre, peut l'ordonner à quelqu'un
d'eux, avec la récompense
qui luy ensera deuë.
Vous concevez assez,Monsieur
l'avantage que les Peuples en tire.
roient,sans que je m'en explique.
Je serois pourtant bierfaÜe de
sçavoir de vous, qui de l'Ecriture
universelle
, ou de la Langue
de mesme nature, vous sembleroit
d'un plus grand service pour
les Nations? Je vous ay découvert
toutes mes pensées sur le
premier moyen de communicacation
,reste à vous entretenir du
fecond. Le Quartier d'Octobre
ne se passera pas que je n'aye cet
honneur. Je m'y engage, &je
fuis vostre, &c.
DE VIENNE PLANCY.
,
Madame, une nouvelle
Lettre de M*deVienne Plancy sur
£Ecriture univcrfelle.
cAEau-Cleranton le4. luin1685. E n'a pas esté sans raison,
Monsieur, que j'ay differé
si long-temps à m'acquitter de
ce quejevousay promis à la fin
de ma derniere Lettre, sur mes
projers d'Ecrirure universelle,
rapportée dans le 23 Extraordinaire.
Dispensez moy neanmoins
de vous apprendre aujourd'huy
la cause de ce retardement;
c'est un mystere qui sera
plus propre à estre éclaircy
uneautrefois. La promesse que
je vous en ay faite a deux parties.
La premiere, m'engageà donner
du jour à mes deux Lettres précedentes
; & la seconde, à fournir
des moyens d'abréviation
pour ces fortes d'Ecriture. Le
jour que je leur puis donner, ne
se tire quedesreflexions qu'il est
à propos de faire sur leur composition
, sur l'enchaînement genéral
& naturel de leurs Djébonnaires;
sur le grand nombre de
mots simples, dont je les ay enrichies
; sur l'exacte distribution
de leurs Chiffres en neuf & en
trois, pour le rapport particulier
rieces mots; sur la faciledistin-
.cion des manieres differentes,
dont elles marquent les neuf parties
du discours, sur la réduction
de leurs noms à une feule façon
de les décliner, & de leurs verbes
à une feule façon aussi de les conjuguer;
&: enfin sur la regle d'équité
que j'ay observée partour
autant que j'ay pû, qui veut qu'on
traite ~égalemenc les choses égales.
Moyens qui ont pour fondemens
la nature, la raison & l'ordre; &
qui parconsequent ne sçauroient
manquer de rendre ces Ecritures
trespropres à s'imprimer dans
l'esprir,&ày conserver sans embarras
le souvenir de leurs caracteres,
tantà l'égard de l'expression
, que de la signification;
mais comme il suffit de proposer
aux Personnes intelligentes les
sujets sur lesquels elles doivent
refléchir,pour les leur faire a pprofondir
,
6c y voir clair, sans
qu'il foit besoin de leséterdre
,
je
laisseray, Monsieur vostre penetration
l'accroissement des lu.
mieres que j'ay données, & je ne
vous en diray rien davantage.
Quant aux moyens d'abreviation
, vous sçavez que toute Ecriture
, comme toute Langue, consiste
dans son Dictionnaire &
dans sa Grammaire ; & qu'il est
impossible dans le fonds, d'abreger
le Dictionnaire
, parce qu'il
doit contenir les expressions de
tous les estres
,
& de tous leurs
accompagnemens;foir qu'on les
détaille directement, commej'ay
fait par un grand cmiloy de
Chiffres primitifs, dans celuy
que j'ay dressé,suivantlamethode
commune; soit qu'on en marque
une partie directement
,
&
l'autre indirectement, en rapportant
les choses subalternes aux
principales, comme j'ay fait par lesecoursdesChiffres auxiliaires,
dans celuy que j'ay proposé selon
la methode particuliere.
Il n'en est pas de mesme de la
Grammaire; on peut abreger les
expressions qui en dépendent,
j'entends les variations de ses
mots. Nostre langue & ses voilîties
réduisent par exemple,
toutes les déclinaisons
,
à celles'
de l'article définy, ou de l'indéfiny
, & ne leur attribuent que
deux genres,&quatre cas. Elles
expriment les degrez de comparaison
,par des adverbes; ceux
de diminution & d'augmentation,
par des adjectifs; les verbes
passifs, par le verbe substantif
avec un participe; &les verbes
meslez ,par la jonctiond'un
pronom personnel, au verbe aébf-
&au passif.
On peut imiter ces abreviations
,
& mesme encherir sur ellis
,
puis qu'on peut reduire les
deux articles àun seul
,
tel que
l'article general de ma methode
particuliere
;
marquer parluy,
le singulier & le plurieldetout
ce qui sedécline ,**aufïîbienque
les genres & les cas, comme je
l'ay déjaproposédanscette Méthode
; joindre dans sa déclinaison
le vocatifau nominatif;commejel'ay
pratiqué dansmaMevÇjwdpÇpmmun.
e ; employerles
aJverbçs plus & moinsleplus Be
Jemoinsà exprimerles degrez de
-
diminution ,ècd/augmçntation,
Auih.bie# que ceux qecomparai.
'JRl1 i:j& former les verbes actifs
par, le verbesubstantifavec leur
participedu temps present, comme
nous composons les verbes
paOEf.çpr.hlY) avec leur participedutemps
passé, selonma premiere
idée, expliquée dans m.t
Lettre de vostre19. Extraordinaire
p. 304&dire parex. jefuis
tyrnant, tuesaimant, il estaimant;
j'ay jil aimant jefiray aimant,
&c.aulieu dedire,j'aime, tuaimes,
il aime,j'ay aiméj'aimerçiy,
&c.
<-. Op peutajoûterd'autresabreviationsà
ceilesrlà* & parex. ne
point donner devariations aux
genres desadjectifs& dtVpàrtU
cipes, commeenont beauIle7
apprùchtnjtlbiitppYockiifftèTmaisles
Craiter comme sage\brave'lessàtrt,
tymt, dont les genresne sont
point distincts ; reduirelaconjugaifon
,
aussi b~in que ladéclinaison
,&à cet effetnelacomposer
que de trois moeufs & modes
à l'imitation de l Hebreu,
sçavoir, de l'infinitif, de l'imperarif,
Be del'indicatif; qui fera
aussi subjonctif&optatifmoyennant
quelques prépositions dont
on l'accompagnera au besoin telles
que sontsi quand, àJmme,flNft
à Dieu quey&c ne luy laisser que
les trois temps principaux, &exprimer
les autres, pardesAdverbes,
comme autrefois, dernitrement
,l'autrejour, recemment, &c..
ny distinguerles Personnes
, que
par les pronoms personnelscomme
on fait en nostre Langue, lors,
qu'on dit,j'aime, tu aime, il aime,
& comme on feroit si l'on y disoit
usm aimons
, vom aimons, ils aimons
& exprimer mesme sans
variation lesingulier & le pluriel
des personnes
,
& en marquer
feulement les nombres par le
moyen des mesmes Pronoms personnels,
à qui on lesattribuera,
commej'ay dit qu'on les pouvoit
attribuer àl'article,pour marquer
ceux des Noms.
On peut enfin à l'imitation de
la Longue Franque bannir mesme
l'arcicle; reduire ladéclinaisonàun
seul Cas commun, & la
conjuguaisonau seul Infinitif, &
en representer encore les temps
principaux par lesAdverbes déja,
presentement,tantost,hier, AUjourd'huy
,
demain,&c. & dire comme
elle par ex. Ji vous vouloir pre..
sentement aimer moy , moy donner
d/ifjitoj?vom mil écus (Ir, au lieu
dedire, sisousme voulez, aimer,
je vota donne)ay mille écus a'or.
Je ne vous-propose pas de mettre
les conjonctions 6c les préposicionsau
rang des Adverbes,
comme les Grecs font à l'égard
des interjections;d'unir les participes
avec les adjectifs, fous le titre
de noms, fie de necompter
ainsiquecinq parties dudiscours;
au lieu de neuf, sçavoir l'article,
le pronom,le nom,le verbe &
l'adverbe. Cette réduction ne
feroit rien à l'abréviation de l'Ecricureny
de la Langue,rpar,ce.qure1
les Caractères ny les mots n'en
feroient pas en moindre quantité,
quoy qu'ils fussentdistribuez
en moins de Classes ,estant tous
également nécellaires pour l'expression
du discours .,;'& devant
par consequent estre distinguez
en quelque sorce l'unde l'autre.
D'ailleurs j'ay marqué dans mes
deux Ecritures, les parties invariables,
par une barre sur elles,
les déclinables par une barre inserée
& droite; & celles qui se
conjuguent par une barre inserée
& courbe: & c'est avoir réduit
toutesles parties du discoursen
trois Classes au lieu de cinq ;mais
il nes'agit pasdecela,comme:je
viens de dire. d 1:)uHôr'rn,(ri
ï,Le; retranchementdes, Car
âcres& des mots ne peut proceder
que des moyensprécedens,
&. je n'en vois point d'autres
que ceux que je viens de
rapporter. On peutlesemployer,
le champ est libre, l'interprete
en échapera. J'aylaide au choix
de l' Ecrivain, dans le cours de
mesLettres
,
l'usage de la pluspart
de ces moyens,& j'en ayexpliqué
mon sentiment
,
mais à
examiner la chose à fonds, ils
font plutost à rejetter qu'à mettre
en pratique. La nature donne
trois genres aux Eftres, 6c
les separe ; pourquoy quitter foa
exemple, 6c mettre en un, le
Masculin 6c leNeutre? La raison
nous montre que leVerbe a six
maniérés d'influersur le nom, 6c
cinqdetémoigner son aéhon;
Pourquoy donc confondre les
Cas & les Modes qui les distinguent?
Estceuneaffaireàlameémoired'apprendre
trois genres
aulieu dedeux,six Cas&cinq-
Modes aulieu d'un plus petit
nombre? Non sans doute, un
quart d'heure de plus, est plus de
temps qu'il ne faut pour s'instruire
pleinement detoutes ces choses;
On dira peut-estre, que si les
mots simples font l'abondance SC-1'
la richessedesLangues.,ils en
augmententaussila peine,au lieu
que les phrases la diminuent;
qu'ainsisçachant en nostre Langue
déclinerl'article, on en sçait
décliner tous les noms ,
puis
qu'on n'a qu'à placer cet article
devanteux,pour en marquer les
Cas;
Cas; que fçachant^ quatre ou
cinq adverbes de comparaison,
on sçaic composer tous les comparatifs
& tous les superlatifs,
puis qu'on n'a qu'à associer ces
Adverbes avec les Adjedifs,
pour les former; que sçachant
conjuguer le Verbe estre
, on
sçait conjuguer tous les Verbes
passifs, puisqu'on n'a qu'à joindre
leur participe passé àcette conjuguaifon
, pour avoir toutes les
autres.
Je réponds à cela, que je remarque
plus d'éclaircissement
que de verité
,
dans l'opinion
qu'on a que ces fortes d'usages
abregent plus l'instruction d'une
Langue, que ceux que j'ay pro.
posez dans mes deux dernieres
Lettres. J'y fais décliner tous les
Noms, tous les Pronoms, & tous
les Participes d'une mesme maniere,
puis que je leur donne à
tous les mesmesterminaisons, 8c
j'en use ainsi à l'égard des Verbes;
& je maintiens que routes
ces déclinaisons & toutes ces
conjuguaifons ne font pas plus
difficiles à retenir, que la déclinaison
du seul article, & que la
conjuguaifon du seul Verbe fubftatftifj
parce qu'on ne sçait pas
plûtost décliner un Nom & conjuguer
un Verbe, qu'on sçait décliner'tous
les autres Noms, ôc
conjuguer tous les autres Verbes.
, -
,
Il en est demesmedelacomposition
de degrez de comparai-
-
son, dediminution, &d'augmentation.
Qui en sçaitformer un,
sçait former tous les autres; 6c
ces compositions ne sont pas
moins aisées que les associations
des Adverbes pour leurs expressions.
C'est le fruit & l'avantagedesrégies
générales,&desrégles
d'équité, que j'ay suivies par
tout le plus exactement qu'il m'a
estépossible. L'un revient donc à
l'autre, mais ce qui résulte de
mon usage me semble bien important;
c'est qu'il me fait exprimer
les choses par la simplicité
des mots, au lieu qu'on tombe
presque à tout momentpar l'autre
maniere dans l'embarras des phrases;
car enfin je ne croy pasm'être
trompé d'avoir préferé jusqu'icy
les mots simples aux phrases
,
5c
par ex. YZJtbs Rema des Latins, à
la VilledeRome des François; l'e
mtllllY; à il est aimé; le deambulavimus
,
à nosu nom femmespromenez,;
le doctior illo, à f>lu&Jfavant
que tuy, &c. Je me fuis fondé sur
l'exemple delanature, qui n'employe
jamais les lignes courbes,
lors qu'elle peut venir à ses fins,
par les lignes droites; & sur la
Sentence des Sages, qui témoignent
qu'en vain on fait avec
beaucoup, cequ'on peut faire
avec peu. Ces raisons m'ont sceu
persuader qu'il falloit éviter les
détours&les longueurs dans l'E.
criture&dansla Langueuniverfelle
, autant qu'ilestoit possible.
Ondira peutestreencore,que
l'Article, le Verbesubstantif,les
Adverbes
,
les comparatifs, &c.
desquels se forment les petites
phrases ou constructions allongées,
font des marques quiaident
à juger de ce qui les suit; mais j'ay
à répondre que les terminaisons,
ou les Chiffres auxiliaires de mes
Caracteres, sont des si;nes qui
aident aussi à juger de ce qui les
précede, &:qu'ainG l'un revient
encore à l'autre
-,
si bien que le
mot simple cftuu: plus au goust
de la nature tk de la sagesse que
la phrase , il est ce me semble à
préferer à elle dans cette occafioti.-
Mais encore une fois, j'en
laisse lechamp libre, commeje
l'ay laissé dans tout le cours de
mes lettres,en y donnantaux Nations
le choix de toutes ces différentes
manieres de s'exprimer; je
ne prétens les obliger qu'à ce
qu'elles trouveront deplus commode
; une élocunon allongée,
quoyqu'ennuyeu se,nelaisse pas
d'estre intelligible. La concordance
l'il: arbitraire, & bien que
Je defaut de ses a gréables rapports
oste beaucoup de la grace
6cde la perfection du stile
,
il ne
luy fait pas perdre toute sa clarté.
Le soinnéccessaire en de prendre
garde seulement qu'il ne se glisse
point d'équivoque dans cét -La barbarie Cepeutsouffrir
mais l'équivoqueest insupportable
;
elle rend le senspropre à décevoir,
& le met quelquefois hors
d'inrel:iTence.
, Voib, Monsieur
, ce que je
pensedes moyens d'abréviation.
Pour peu que vous les exa-
111inicz,vousJuerez1vec moy,
qu'ils sont plus propres à ébloüir,
comme j'aydit, qu'à servir; 6c
que le meilleur partyest de s'en
tenir aux bornes que j'ay données
à l'Ecriture universelle dans
mes deux dernieres Lettres, sans y
innover aucune chose.
Je n'aurois plus rien à vous dire
decette Ecriture, sans la singularité
que jeluyay attribuée
,
dans
ma Lettre de vostre 14. Extraord.
p.345. où j'ay avance qu'elle nétoit
pm sujette à équivoque, & que
mesme on ne luy en causeroit ¡dl,
quand-on en figureroitUsCd)acftns
sans separation,tant ils estointaisez.
adémejlcr. Vous sçavez,Monsieur,
que par ce nlnt de Caractere, je
n'entens pas un Chiffre seul, mais
un Chiffre ou plusieursavec une
enseigne, comme je l'ayexpliqué
dans ma Lettre de vostre 19. Extraord.
p. 323. & c'est de la maniere
dont cette enses gne est faite,&
de l'endroit où elle est mise
, que résulte ce facile démeslement.
Il vous seraaisedereconnoiftre
cetteveriré
,
sans que je
m'étende dans son explication
& le débutdu Textesacré que
j'ay exprimé par l'une & par l'autre
de mes Ecritures, servira à
vous Ll montrer, sans que je m'en
mesle, pour peu que vous preniez
garde aux principes que j'ay établis
en parlant de l'enseigne.
D'autres Thémes vous produiront
aussi cette connoissance, si
vous vous donnez la peine d'en
faire, je vous demanderois volontiers
quelques momens d'application
pour cela,afin que vous
vissiez en mesme temps la grace &
acilité de ces Ecritures, dans
r pratique.
e iii'ciloisperfutadéjusqu'i
sent, qu'on donnoit à nos
chiffresordinaires le nom d)A-
\ques
,
à cause qu'ils devoient
origineàl'industriedes Ara-
; mais je viens d'e stredesabule
cette opinion,par un de mes sAmis de Paris, tres éclairé
toutes sortes de Sciences. Il
mande que cesPeuples qui ha-
,nt le milieu de l'ancien monn'ont
fait que communiquer
Figures, & la maniere de les
ployeràl'occident; & qu'ils
bnt tirées de l'Orient, non pas
la Chine, mais des Indes où
ÎS onteste inventées; &: que
LIT cette raison les Turcs
,
les;
rfes
, 6c les autres Orientaux
appellent ces Chiffres, chiffres
Indiens" Il ajoûte qu'à la verité,
il ya un peu de diffé rence entre
quelques-unes de leurs Figures,
& quelquesunesdecelles dont
nous nous servons
,
toutesfois si
peu considerable
,
qu'on voie
bien que les nostres sont issuës
des leurs, & qu'au restela maniere
de les employer est toute
semblable. Il me cite làdessus,
outre les Relations Orientales,
un AutheurAngloisnommé Bre-
- veredge, dont son Livre imprimé
à Londres en 1669. intitulé
Instutionum Chronologicarum libri
duo, unà cllm totidem Arithmetices
Chronoligicælibellis.Cetteorigine
de nos Chiffres est encore un
grandavantage pourune Ecriture
qui est fondée sur eux, & iln'y a
pas lieu de douter qu'éstant venuJ.
des Indes jusqu'à nous, ils n'ayent
aussi passé jusqu'à la Chine, Se
auxautresEtats les plus avancez
dans l'Orient. Grand acheminement
pour y faire recevoir la
nouvel!C,si"nifiation que j'ay ccc.
trepris de leur donner, pour la
communication des Nations, &
pour la commodité du Commerce.
Car enfin, Monsieur, legrand
& le facile servicequ'on en peut
tirer, doit faire avoüer aux 1plus
opiniâtres
, que les Peuples qui
écrivent à la Chinoise, & les
Chinois mesmes tÎ sonttant les
sages
, ne le seroient glleres s'ils
en avoient la connoissance
,
6c
qu'ils en refusassent l'usage. Je
prierois vojontiers,par vostre entremise,
le sçavant Mr Comiers
Ji\:n faire l'ouverture au jeunè,
Chinois, qui est le sujet de sa Lettre
inserée dans vostre Mercure
de Septembre dernier, si cetEtranger
est encore à Paris,comtne ilyalieudelejuger,parle temps
qu'il faut pour voir les beautez
de cerreincomparableVille, qui
seroit sans doute plus grande que
les deux Capitales de son Pays,,
si les Maisons qu'elle peuple
avoient leurs étages à leurs côfez,
au lieu de les avoir l'un sur
l'autre comme elles,
La façon d'écrire de ceux qui
parlent la Latigue-Latine, la
Grecque, la Teutonique,Se
l' Esclavone
quatreLangues
Meres qui ont pour Filles toutes
les Langues de l'Europe, excepté
la Turque,
est de conduire
leur Plume du costé gauche au
cofté droit; celle desHebreux,
fiede leurs branches est de la mener-
du costé droit au costé gauche,
& celle des Chinois est de la
tirer du haut en bas. Peut-estre
qued'autres Peuples la font aller
debas en haut, tant l'art allffi
bien que la nature se plaist à la
diversité. Mesdeux sortes d' Ecriture
se peuvent marquer de
toutes ces manieres , sans aucun
desordre; & la situation de leurs
Caracteres leur est indifferente.
Il est vray qu'à y bien penser, cét
avantage est commun à toute autre
Ecriture ou Langue, puis qu'il
ne dépend que du capricedes Ecrivains.
Ce qui est à souhaiter pour
l'employ des miennes, c'est qu'il
se trouve quelque Personne assez
charitableenvers le Public, pour
vouloir bien prendre la peine
d'en mettre les deux Dictionnaires
universels dans toutes leurs
étendues
,
afin que les Nations
n'ayant plus qu'à dresser leurs
Dictionnaires particuliers sur l'un
ou sur l'autre de ces universels
à leur choix, elles soient excitées
à y travailler, & à s'en servir. Il
me suffit d'en avoir tracéle plan,
il faut laisser quelque choseà faire
aux autres, comme dit Sorel,
dans l'endroit de sa Science universelle,
où il traite de ce grand
secrer. L'utilité de l'Ouvrage y
doit porter les interessez dans
le Commerce, &la Chambre
Royale qui prend tant de foin
d'étendre le nostre par toute la
terre, peut l'ordonner à quelqu'un
d'eux, avec la récompense
qui luy ensera deuë.
Vous concevez assez,Monsieur
l'avantage que les Peuples en tire.
roient,sans que je m'en explique.
Je serois pourtant bierfaÜe de
sçavoir de vous, qui de l'Ecriture
universelle
, ou de la Langue
de mesme nature, vous sembleroit
d'un plus grand service pour
les Nations? Je vous ay découvert
toutes mes pensées sur le
premier moyen de communicacation
,reste à vous entretenir du
fecond. Le Quartier d'Octobre
ne se passera pas que je n'aye cet
honneur. Je m'y engage, &je
fuis vostre, &c.
DE VIENNE PLANCY.
Fermer
2
p. 105-109
Cours des Sciences, sur des principes nouveaux, &c. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît un Projet imprimé d'un Ouvrage des plus singuliers qu'on ait vûs [...]
Mots clefs :
Grammaire, Esprit, Langage, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cours des Sciences, sur des principes nouveaux, &c. [titre d'après la table]
li paroît un Projet imprimé d'un Ou?
vrage des plus singuliers qu'on ait vus
dans la Litteratute , il a pour titre , Cours
des Sciences fur des principes nouveaux
& simples ppur former le langage , f esprit
& le coeur dans l' usage ordinaire de la vie,
Volume in-folio de 8. a 900. pages ,4
deux colonnes , caraSlere de jìugufìin.
Par le Pere Buffier , de la Compagnie de
Jésus.
Si la brièveté que demande notre Mer?
cure, permettoit d'en donner ici le projc*
tput au long , ceux qui ont du gout pour
lesScienccs nousen sçaurpient gréjilsprendroient
%oS MERCURE DE FRANCE,
droient plaisir à la clarté & à la précision
avec laquelle sont énoncez les principes
rde chacune des Sciences qui forment ce
Recueil , 8c entre lesquelles on fak appercevoir
une liaison naturelle.
On rnet d'abord la Grammaire Fran
çoise de l' Auteur, laquelle a e'te' si répan
due dans l'Europe , & qui a pour fonde
ment de représenter le langage comme
l'image de nos pensées pour les discerner
.& les arranger. Inexpérience a montré
d'ailleurs combien elle est utile pour fa-
.ciliter l'étude de la Langue Françoise en
(particulier, & pour tourner en gênerai le
istyle à une lieureuse élocution ; c'est ce
qui conduit à deux facuitez qui sont le
plus excellent usage de la Grammaire ,
íçavoir , {'Eloquence &f la Po'éfìe. Comme
la Grammaire enseigne à nous faire bien
bien entendre , l'Eloquence Sc la Poésie
.enseignent à faire une impression sensible
fur l'esprit de ceux à qui nous nous fai
sons entendre. Le Traité de la Grammaire
,est donc suivi de deux autres Traitez, l'un
fur l' Eloquence , l'autre fur la Poésie ; ÔC
Voilà pour ce qui sert à former le- langage.
Ce qui contribue à former l'esprit & l'intelligence
, est amené aussi naturellement:
Que serviroit , dit l'Auteur , d'énoncer
heureusement nos pensées , si elles-mêmes
ae font exactes & justes? c'est pour cela-
<jue
JANVIER, 1729. 107
que dans les Collèges on fait succéder
J'étude de la Logique à celle des Huma
nisez j mais dans les víiës du P. Buffier ,
la Logique e'tant la science des conséquent
.ces , qui tirent leur prix des principes , la
science des principes doit précéder celle
des conséquences. Ainsi il place avant la
Logique l'Ouvrage intitulé , Des premiè
res ventez,, dont nous parlâmes il y .a.
quelques années. Les veritez qui font dé
duites des premières par voye de consé
quence & de raisonnement , font l'objet
propre & spécial de la Logique. On est
étonné d'abord de voir l'Auteur insinuer
que pour règle générale de Logique , il
ne faut qu'avoir simplement & nettement
préfentes à í'efprit & Vidée du principe ,
& Vidée de la conséquence ; néanmoins fa
proposition se vérifie par les exemples
qu'il apporte. Qu'on ait , dit- il , présents
à I'efprit l'idée d'une Horloge & l'idée
d'un Moulin , il est impossible de conclure
qu'une Horloge est un Moulin. Nouvel
exemple ; un homme craint de vous toucher
far la raison , dit 'il t qu'il vous cajferoiti
vous croyez qu'il raisonne en fou , vous
vous trompez 5 c'est qu'il vous' croît de
verre : la conséquence est juste , il n'y a
de fou que le principe. On ajoûte deux
autres Ouvrages , l'un intitulé Elemens
4e Mét4fhyjì^ue k. la portée de tout le
monde
tf eS MERCURE DE FR ANGE;
monde ; l'autre Examen des préjugez, vttl^
gaires ; ils font destinez à rendre plus fa-
.eíle l'accès des deux fciènces précédentes,
£c ils font traitez en Dialogue avec pré
cision , mais d'un style égayé ; pour faite
sentir que des connoifiances cjui sem
blent difficiles en elles-mêmes , feroient
faciles à guérir fi on les expofoit d'une
manière aisée & familière. Ces quatre
fortes d'Ouvrages font four former l'efprit
.en lui donnant de la justesse §c de lasor
lidité.
Enfin après avoir formé le langage &
l'efprit , il est plus important encore de
former le coeur par la science de la Mo
rale & par celle de la Religion. Ce font
les derniers Traitez de ce Recueil. La Mo
rale est indiquée sous un jour qúi en doit
exciter le gout , puisque dans le Plan de
f" Auteur elle ne tend qu'à nous rendre
.heureux en procurant le bonheur des au
tres. Le Traité intitulé De la Société Ci'
vile , sert d'introduction à un Traité in
titulé, Analyse des preuves les plus plau
sibles de la Religion , ce que i'Auteur ré%
áuit à trois propositions simples & très?-
intelligibles , pour montrer que rien n'est
plus raisonnable que d'embrasser la Foi
Chrétienne , qui feule peut donner £
í'homme toute sa perfection pour le pré
sent & pour 1'av.erar. - , .
ÇC5
.^JANVIER. 173(3. T6f
Ces divers Traitez s'imprimeront cette
anne'e dans un même volume in-folio ,
afin qu'étant liez par des principes nou
veaux & simples , ils faííent un corps com
plet dont les parties ne se puissent disperser.
On i avertit à la fin que ceux qui retien
dront les premiers des Exemplaires de
cette Edition , auront le choix des mieux
imprimez , avec diminution du prix. O»
a sçCi depuis que V In-folio fera de 1 8. li
vres , & qu'on rabattra le tiers à ceux des
amis qui veulent bien d'avance aider aux
frais de ['impression.
vrage des plus singuliers qu'on ait vus
dans la Litteratute , il a pour titre , Cours
des Sciences fur des principes nouveaux
& simples ppur former le langage , f esprit
& le coeur dans l' usage ordinaire de la vie,
Volume in-folio de 8. a 900. pages ,4
deux colonnes , caraSlere de jìugufìin.
Par le Pere Buffier , de la Compagnie de
Jésus.
Si la brièveté que demande notre Mer?
cure, permettoit d'en donner ici le projc*
tput au long , ceux qui ont du gout pour
lesScienccs nousen sçaurpient gréjilsprendroient
%oS MERCURE DE FRANCE,
droient plaisir à la clarté & à la précision
avec laquelle sont énoncez les principes
rde chacune des Sciences qui forment ce
Recueil , 8c entre lesquelles on fak appercevoir
une liaison naturelle.
On rnet d'abord la Grammaire Fran
çoise de l' Auteur, laquelle a e'te' si répan
due dans l'Europe , & qui a pour fonde
ment de représenter le langage comme
l'image de nos pensées pour les discerner
.& les arranger. Inexpérience a montré
d'ailleurs combien elle est utile pour fa-
.ciliter l'étude de la Langue Françoise en
(particulier, & pour tourner en gênerai le
istyle à une lieureuse élocution ; c'est ce
qui conduit à deux facuitez qui sont le
plus excellent usage de la Grammaire ,
íçavoir , {'Eloquence &f la Po'éfìe. Comme
la Grammaire enseigne à nous faire bien
bien entendre , l'Eloquence Sc la Poésie
.enseignent à faire une impression sensible
fur l'esprit de ceux à qui nous nous fai
sons entendre. Le Traité de la Grammaire
,est donc suivi de deux autres Traitez, l'un
fur l' Eloquence , l'autre fur la Poésie ; ÔC
Voilà pour ce qui sert à former le- langage.
Ce qui contribue à former l'esprit & l'intelligence
, est amené aussi naturellement:
Que serviroit , dit l'Auteur , d'énoncer
heureusement nos pensées , si elles-mêmes
ae font exactes & justes? c'est pour cela-
<jue
JANVIER, 1729. 107
que dans les Collèges on fait succéder
J'étude de la Logique à celle des Huma
nisez j mais dans les víiës du P. Buffier ,
la Logique e'tant la science des conséquent
.ces , qui tirent leur prix des principes , la
science des principes doit précéder celle
des conséquences. Ainsi il place avant la
Logique l'Ouvrage intitulé , Des premiè
res ventez,, dont nous parlâmes il y .a.
quelques années. Les veritez qui font dé
duites des premières par voye de consé
quence & de raisonnement , font l'objet
propre & spécial de la Logique. On est
étonné d'abord de voir l'Auteur insinuer
que pour règle générale de Logique , il
ne faut qu'avoir simplement & nettement
préfentes à í'efprit & Vidée du principe ,
& Vidée de la conséquence ; néanmoins fa
proposition se vérifie par les exemples
qu'il apporte. Qu'on ait , dit- il , présents
à I'efprit l'idée d'une Horloge & l'idée
d'un Moulin , il est impossible de conclure
qu'une Horloge est un Moulin. Nouvel
exemple ; un homme craint de vous toucher
far la raison , dit 'il t qu'il vous cajferoiti
vous croyez qu'il raisonne en fou , vous
vous trompez 5 c'est qu'il vous' croît de
verre : la conséquence est juste , il n'y a
de fou que le principe. On ajoûte deux
autres Ouvrages , l'un intitulé Elemens
4e Mét4fhyjì^ue k. la portée de tout le
monde
tf eS MERCURE DE FR ANGE;
monde ; l'autre Examen des préjugez, vttl^
gaires ; ils font destinez à rendre plus fa-
.eíle l'accès des deux fciènces précédentes,
£c ils font traitez en Dialogue avec pré
cision , mais d'un style égayé ; pour faite
sentir que des connoifiances cjui sem
blent difficiles en elles-mêmes , feroient
faciles à guérir fi on les expofoit d'une
manière aisée & familière. Ces quatre
fortes d'Ouvrages font four former l'efprit
.en lui donnant de la justesse §c de lasor
lidité.
Enfin après avoir formé le langage &
l'efprit , il est plus important encore de
former le coeur par la science de la Mo
rale & par celle de la Religion. Ce font
les derniers Traitez de ce Recueil. La Mo
rale est indiquée sous un jour qúi en doit
exciter le gout , puisque dans le Plan de
f" Auteur elle ne tend qu'à nous rendre
.heureux en procurant le bonheur des au
tres. Le Traité intitulé De la Société Ci'
vile , sert d'introduction à un Traité in
titulé, Analyse des preuves les plus plau
sibles de la Religion , ce que i'Auteur ré%
áuit à trois propositions simples & très?-
intelligibles , pour montrer que rien n'est
plus raisonnable que d'embrasser la Foi
Chrétienne , qui feule peut donner £
í'homme toute sa perfection pour le pré
sent & pour 1'av.erar. - , .
ÇC5
.^JANVIER. 173(3. T6f
Ces divers Traitez s'imprimeront cette
anne'e dans un même volume in-folio ,
afin qu'étant liez par des principes nou
veaux & simples , ils faííent un corps com
plet dont les parties ne se puissent disperser.
On i avertit à la fin que ceux qui retien
dront les premiers des Exemplaires de
cette Edition , auront le choix des mieux
imprimez , avec diminution du prix. O»
a sçCi depuis que V In-folio fera de 1 8. li
vres , & qu'on rabattra le tiers à ceux des
amis qui veulent bien d'avance aider aux
frais de ['impression.
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Résumé : Cours des Sciences, sur des principes nouveaux, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un projet d'ouvrage intitulé 'Cours des Sciences sur des principes nouveaux & simples pour former le langage, l'esprit & le cœur dans l'usage ordinaire de la vie', rédigé par le Père Buffier de la Compagnie de Jésus. Cet ouvrage, d'un volume in-folio de 8 à 900 pages organisé en deux colonnes, vise à offrir une approche claire et précise des sciences en mettant en évidence les liaisons naturelles entre elles. L'ouvrage commence par une grammaire française, déjà répandue en Europe, qui considère le langage comme l'image des pensées. Cette grammaire facilite l'étude de la langue et conduit à l'éloquence et à la poésie, qui enseignent à faire une impression sensible sur l'esprit des auditeurs. Le traité de grammaire est suivi de deux autres traités, l'un sur l'éloquence et l'autre sur la poésie. Pour former l'esprit et l'intelligence, l'auteur propose d'abord l'étude des principes avant celle des conséquences, inversant ainsi l'ordre traditionnel des collèges. Il place donc avant la logique un ouvrage intitulé 'Des premières vérités'. La logique, science des conséquences, est précédée par la science des principes. L'auteur illustre ses propos par des exemples simples et concrets. Deux autres ouvrages, 'Éléments de Métaphysique' et 'Examen des préjugés vulgaires', sont destinés à rendre l'accès aux sciences précédentes plus facile. Ils sont présentés sous forme de dialogues précis mais dans un style agréable. Enfin, pour former le cœur, l'ouvrage inclut des traités sur la morale et la religion. La morale est présentée comme un moyen de rendre heureux en procurant le bonheur des autres. Le traité 'De la Société Civile' introduit un autre traité intitulé 'Analyse des preuves les plus plausibles de la Religion', qui montre la rationalité d'embrasser la foi chrétienne pour atteindre la perfection humaine. Tous ces traités seront imprimés dans un même volume in-folio pour former un corps complet et cohérent. Les premiers exemplaires seront disponibles avec une réduction de prix pour ceux qui aident aux frais d'impression.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 1183-1187
« Méthode nouvelle, abregée & figurée, pour apprendre conjointement le François & le Latin, [...] »
Début :
Méthode nouvelle, abregée & figurée, pour apprendre conjointement le François & le Latin, [...]
Mots clefs :
Méthode d'apprentissage, Français, Latin, Grammaire
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texteReconnaissance textuelle : « Méthode nouvelle, abregée & figurée, pour apprendre conjointement le François & le Latin, [...] »
Méthode nouvelle , abregée & figurée , pour
apprendre conjointement le François & le Latin ,
enfemble l'Ortographe & la Ponctuation , le tout
par regles & par principes , en moins d'un an,
L'Auteur commence par le François , il y fait
d'abord une fenfible application des regles & des
préceptes de la Grammaire , y diftingue les huit
fortes de mots , leur proprieté , leur ufage & les
differences Grammaticales qui en procedent ; il
fait voir de combien de Parties eft compofée la
Phrafe , le rapport qu'elles ont les unes avec les
autres , & l'ordre qui s'y obferve. En un mót ,
raffemble ce que les Langues ont de commun ,
en fait un Corps d'inftruction qu'il réduit en
pratique par un exercice fimple & familier ; &
pour plus de facilité , il y joint encore certains
caracteres qui fans caufer de confufion femblent,
pour ainsi dire , conduire au doigt & à l'oeil.
il
Ayant mis le fondement de fa Méthode fur le
François , il s'agit de la faire paffer au Latin.
Pour cet effet , il donne fur un quarré de papier
le précis des terminaifons Latine's, dans un ordre
1. Vol.
qui Fv
1186 MERCURE DE FRANCE
qui , quoique fimple , fuffit néanmoins pour les
diftinguer , en faire la jufte application & demêler
ce qu'elles ont d'équivoque. C'eft donc fur
ces terminaiſons & les parties grammaticales
qu'elles dénotent , que s'appliquent ces caracteres
François , qui paffant au Latin , ont la vertu d'y
porter avec eux toutes ces notions fondamentales
de Grammaire qu'on y avoit déja attachées.
Pour venir enfuite à l'explication des Auteurs
qui d'ordinaire eft le but qu'on fe propofe dans
Cette forte d'étude , il eft effentiel de trouver cette
conftruction Latine par laquelle l'Ecrivain a voulu
nous communiquer fes penfées , & c'est ce que
la Méthode apprend , & qui fera d'autant plus
aifé à faire , qu'on fera plus jufte & plus habile à
diftinguer par les terminaifons les differentes parties
dont la Phrafe fe trouvera conpofée , & que
de plus on s'attachera à obferver le même ordre
qui s'eft pratiqué dans le François.
C'eft enfin par cette conftruction que l'Auteur
de la Méthode prétend conduire à une explication
promte & facile. Trois chofes felon lui y
concourent. 1º Le fens de l'Ecrivain renfermé
dans cette conftruction, qui n'eft autre chofe qu'u
ne fuite d'idées , lefquelles jointes enſemble font
un fens , & concourrent à le manifefter. 2 ° L'étimologie
ou rapport de fignification qui fe trouve
entre le Latin & le François. 5 L'analogie
autre rapport de fignification que les mots de
certaines claffes ont les uns avec les autres. Sur
les moyens dévelopés comme il faut , le fréquent
exercice qu'il y joint & l'experience qu'il en a ,
l'Auteur fe promet d'apprendre le Latin en peu de
tems , d'y remettre très promtement ceux qui
croyent l'avoir oublié & comme il a plus à
coeur l'interêt public que le fien propre , il fe
prêtera volontiers gratis à ceux à qui il convien-
>
dra de le faire.
Méthode nouvelle , abregée & figurée , pour
apprendre conjointement le François & le Latin ,
enfemble l'Ortographe & la Ponctuation , le tout
par regles & par principes , en moins d'un an,
L'Auteur commence par le François , il y fait
d'abord une fenfible application des regles & des
préceptes de la Grammaire , y diftingue les huit
fortes de mots , leur proprieté , leur ufage & les
differences Grammaticales qui en procedent ; il
fait voir de combien de Parties eft compofée la
Phrafe , le rapport qu'elles ont les unes avec les
autres , & l'ordre qui s'y obferve. En un mót ,
raffemble ce que les Langues ont de commun ,
en fait un Corps d'inftruction qu'il réduit en
pratique par un exercice fimple & familier ; &
pour plus de facilité , il y joint encore certains
caracteres qui fans caufer de confufion femblent,
pour ainsi dire , conduire au doigt & à l'oeil.
il
Ayant mis le fondement de fa Méthode fur le
François , il s'agit de la faire paffer au Latin.
Pour cet effet , il donne fur un quarré de papier
le précis des terminaifons Latine's, dans un ordre
1. Vol.
qui Fv
1186 MERCURE DE FRANCE
qui , quoique fimple , fuffit néanmoins pour les
diftinguer , en faire la jufte application & demêler
ce qu'elles ont d'équivoque. C'eft donc fur
ces terminaiſons & les parties grammaticales
qu'elles dénotent , que s'appliquent ces caracteres
François , qui paffant au Latin , ont la vertu d'y
porter avec eux toutes ces notions fondamentales
de Grammaire qu'on y avoit déja attachées.
Pour venir enfuite à l'explication des Auteurs
qui d'ordinaire eft le but qu'on fe propofe dans
Cette forte d'étude , il eft effentiel de trouver cette
conftruction Latine par laquelle l'Ecrivain a voulu
nous communiquer fes penfées , & c'est ce que
la Méthode apprend , & qui fera d'autant plus
aifé à faire , qu'on fera plus jufte & plus habile à
diftinguer par les terminaifons les differentes parties
dont la Phrafe fe trouvera conpofée , & que
de plus on s'attachera à obferver le même ordre
qui s'eft pratiqué dans le François.
C'eft enfin par cette conftruction que l'Auteur
de la Méthode prétend conduire à une explication
promte & facile. Trois chofes felon lui y
concourent. 1º Le fens de l'Ecrivain renfermé
dans cette conftruction, qui n'eft autre chofe qu'u
ne fuite d'idées , lefquelles jointes enſemble font
un fens , & concourrent à le manifefter. 2 ° L'étimologie
ou rapport de fignification qui fe trouve
entre le Latin & le François. 5 L'analogie
autre rapport de fignification que les mots de
certaines claffes ont les uns avec les autres. Sur
les moyens dévelopés comme il faut , le fréquent
exercice qu'il y joint & l'experience qu'il en a ,
l'Auteur fe promet d'apprendre le Latin en peu de
tems , d'y remettre très promtement ceux qui
croyent l'avoir oublié & comme il a plus à
coeur l'interêt public que le fien propre , il fe
prêtera volontiers gratis à ceux à qui il convien-
>
dra de le faire.
E YORK
PUBLIC LIBRARY .
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
Vol .
FORK
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
JUIN. 1730. 1187
Il faut s'adreffer au S. Monier de Colonge
rue S. Chriftophe , chez Me de Quainfy , la derniere
Porte joignant celle du Cloître Notre-
Dame.
apprendre conjointement le François & le Latin ,
enfemble l'Ortographe & la Ponctuation , le tout
par regles & par principes , en moins d'un an,
L'Auteur commence par le François , il y fait
d'abord une fenfible application des regles & des
préceptes de la Grammaire , y diftingue les huit
fortes de mots , leur proprieté , leur ufage & les
differences Grammaticales qui en procedent ; il
fait voir de combien de Parties eft compofée la
Phrafe , le rapport qu'elles ont les unes avec les
autres , & l'ordre qui s'y obferve. En un mót ,
raffemble ce que les Langues ont de commun ,
en fait un Corps d'inftruction qu'il réduit en
pratique par un exercice fimple & familier ; &
pour plus de facilité , il y joint encore certains
caracteres qui fans caufer de confufion femblent,
pour ainsi dire , conduire au doigt & à l'oeil.
il
Ayant mis le fondement de fa Méthode fur le
François , il s'agit de la faire paffer au Latin.
Pour cet effet , il donne fur un quarré de papier
le précis des terminaifons Latine's, dans un ordre
1. Vol.
qui Fv
1186 MERCURE DE FRANCE
qui , quoique fimple , fuffit néanmoins pour les
diftinguer , en faire la jufte application & demêler
ce qu'elles ont d'équivoque. C'eft donc fur
ces terminaiſons & les parties grammaticales
qu'elles dénotent , que s'appliquent ces caracteres
François , qui paffant au Latin , ont la vertu d'y
porter avec eux toutes ces notions fondamentales
de Grammaire qu'on y avoit déja attachées.
Pour venir enfuite à l'explication des Auteurs
qui d'ordinaire eft le but qu'on fe propofe dans
Cette forte d'étude , il eft effentiel de trouver cette
conftruction Latine par laquelle l'Ecrivain a voulu
nous communiquer fes penfées , & c'est ce que
la Méthode apprend , & qui fera d'autant plus
aifé à faire , qu'on fera plus jufte & plus habile à
diftinguer par les terminaifons les differentes parties
dont la Phrafe fe trouvera conpofée , & que
de plus on s'attachera à obferver le même ordre
qui s'eft pratiqué dans le François.
C'eft enfin par cette conftruction que l'Auteur
de la Méthode prétend conduire à une explication
promte & facile. Trois chofes felon lui y
concourent. 1º Le fens de l'Ecrivain renfermé
dans cette conftruction, qui n'eft autre chofe qu'u
ne fuite d'idées , lefquelles jointes enſemble font
un fens , & concourrent à le manifefter. 2 ° L'étimologie
ou rapport de fignification qui fe trouve
entre le Latin & le François. 5 L'analogie
autre rapport de fignification que les mots de
certaines claffes ont les uns avec les autres. Sur
les moyens dévelopés comme il faut , le fréquent
exercice qu'il y joint & l'experience qu'il en a ,
l'Auteur fe promet d'apprendre le Latin en peu de
tems , d'y remettre très promtement ceux qui
croyent l'avoir oublié & comme il a plus à
coeur l'interêt public que le fien propre , il fe
prêtera volontiers gratis à ceux à qui il convien-
>
dra de le faire.
Méthode nouvelle , abregée & figurée , pour
apprendre conjointement le François & le Latin ,
enfemble l'Ortographe & la Ponctuation , le tout
par regles & par principes , en moins d'un an,
L'Auteur commence par le François , il y fait
d'abord une fenfible application des regles & des
préceptes de la Grammaire , y diftingue les huit
fortes de mots , leur proprieté , leur ufage & les
differences Grammaticales qui en procedent ; il
fait voir de combien de Parties eft compofée la
Phrafe , le rapport qu'elles ont les unes avec les
autres , & l'ordre qui s'y obferve. En un mót ,
raffemble ce que les Langues ont de commun ,
en fait un Corps d'inftruction qu'il réduit en
pratique par un exercice fimple & familier ; &
pour plus de facilité , il y joint encore certains
caracteres qui fans caufer de confufion femblent,
pour ainsi dire , conduire au doigt & à l'oeil.
il
Ayant mis le fondement de fa Méthode fur le
François , il s'agit de la faire paffer au Latin.
Pour cet effet , il donne fur un quarré de papier
le précis des terminaifons Latine's, dans un ordre
1. Vol.
qui Fv
1186 MERCURE DE FRANCE
qui , quoique fimple , fuffit néanmoins pour les
diftinguer , en faire la jufte application & demêler
ce qu'elles ont d'équivoque. C'eft donc fur
ces terminaiſons & les parties grammaticales
qu'elles dénotent , que s'appliquent ces caracteres
François , qui paffant au Latin , ont la vertu d'y
porter avec eux toutes ces notions fondamentales
de Grammaire qu'on y avoit déja attachées.
Pour venir enfuite à l'explication des Auteurs
qui d'ordinaire eft le but qu'on fe propofe dans
Cette forte d'étude , il eft effentiel de trouver cette
conftruction Latine par laquelle l'Ecrivain a voulu
nous communiquer fes penfées , & c'est ce que
la Méthode apprend , & qui fera d'autant plus
aifé à faire , qu'on fera plus jufte & plus habile à
diftinguer par les terminaifons les differentes parties
dont la Phrafe fe trouvera conpofée , & que
de plus on s'attachera à obferver le même ordre
qui s'eft pratiqué dans le François.
C'eft enfin par cette conftruction que l'Auteur
de la Méthode prétend conduire à une explication
promte & facile. Trois chofes felon lui y
concourent. 1º Le fens de l'Ecrivain renfermé
dans cette conftruction, qui n'eft autre chofe qu'u
ne fuite d'idées , lefquelles jointes enſemble font
un fens , & concourrent à le manifefter. 2 ° L'étimologie
ou rapport de fignification qui fe trouve
entre le Latin & le François. 5 L'analogie
autre rapport de fignification que les mots de
certaines claffes ont les uns avec les autres. Sur
les moyens dévelopés comme il faut , le fréquent
exercice qu'il y joint & l'experience qu'il en a ,
l'Auteur fe promet d'apprendre le Latin en peu de
tems , d'y remettre très promtement ceux qui
croyent l'avoir oublié & comme il a plus à
coeur l'interêt public que le fien propre , il fe
prêtera volontiers gratis à ceux à qui il convien-
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E YORK
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ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
Vol .
FORK
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
JUIN. 1730. 1187
Il faut s'adreffer au S. Monier de Colonge
rue S. Chriftophe , chez Me de Quainfy , la derniere
Porte joignant celle du Cloître Notre-
Dame.
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Résumé : « Méthode nouvelle, abregée & figurée, pour apprendre conjointement le François & le Latin, [...] »
Le texte décrit une méthode pédagogique visant à apprendre simultanément le français et le latin, ainsi que l'orthographe et la ponctuation, en moins d'un an. La méthode commence par l'enseignement du français, en appliquant rigoureusement les règles et préceptes de la grammaire. L'auteur distingue les huit types de mots, leurs propriétés, usages et différences grammaticales. Il explique également la composition des phrases, les rapports entre leurs parties et l'ordre observé. Cette approche rassemble les éléments communs aux langues et les réduit en pratique par des exercices simples et familiers, aidés par des caractères facilitant l'apprentissage. Ensuite, la méthode est transposée au latin. L'auteur fournit un résumé des terminaisons latines sur un carré de papier, permettant de les distinguer et de les appliquer correctement. Les caractères français sont utilisés pour porter les notions grammaticales au latin. Pour expliquer les auteurs latins, il est essentiel de trouver la construction latine utilisée par l'écrivain pour communiquer ses pensées. La méthode enseigne cette construction, facilitant ainsi la compréhension des textes latins. Trois éléments contribuent à cette explication : le sens de l'écrivain, l'étymologie et l'analogie entre les mots. L'auteur se propose d'enseigner le latin rapidement et de rafraîchir les connaissances de ceux qui l'ont oublié. Il offre son aide gratuitement, priorisant l'intérêt public à son propre gain.
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4
p. 2237-2239
Principes generaux & raisonnez de la Grammaire Françoise, &c. [titre d'après la table]
Début :
PRINCIPES GENERAUX ET RAISONNEZ de la Grammaire françoise, par demandes [...]
Mots clefs :
Grammaire française, Université de Paris, Orthographe, Grammaire, Ponctuation, Prononciation
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texteReconnaissance textuelle : Principes generaux & raisonnez de la Grammaire Françoise, &c. [titre d'après la table]
PRINCIPES GENERAUX ET RAISONNEZ
Fiij
de
2238 MERCURE DE FRANCE
de la Grammaire françoife , par demandes
& par réponſes , dediés à Monfeigneur
le Duc de Chartres . A Paris , chez Jean
Defaint , Libraire- Juré de l'Univerfué
ruë de S. Jean de Beauvais. 1730. volume
in 12 d'environ 350 pages. prix une
liv. 15 f.
Celui qui a compofé cet ouvrage a
eu deffein d'entrer dans les vuës de M.
Rollin , qui dit dans fon excellent Traité
des Etudes , qu'il feroit à fouhaiter que
l'on compofât pour les jeunes gens une
Grammaire abregée , qui ne renfermât
que les regles & les reflexions les plus
neceffaires . Les gens fenfez fe plaignent
avec raifon depuis long- tems que l'on
faffe employer à la jeuneffe une fi longue
carriere pour leur apprendre le grec & le
latin , & que l'on néglige de leur donner
en même tems des regles fûres pour bien
parler , & pour bien écrire leur propre
langue. On entend tous les jours des gens
habiles d'ailleurs prononcer je trouverrai
pour je trouverai , il mourera , pour il
mourra , &c. On voit très -peu de Lettres
bien ponctuées , bien orthographiées ,
d'où cela vient- il ? fi ce n'eft du peu d'attention
que l'on a d'inftruire les enfans
des regles de leur propre langue.
On ne fçauroit donc trop louer le deffein
que s'eft propofé celui qui a arangé
la
OCTOBRE. 1730. 2239
la nouvelle Grammaire Françoife dont
nous parlons. Ce livre eft très -clair , trèsméthodique
, & rempli de beaux exemples
, qui fervent à faire entendre les définitions
qui fe trouvent néceffairement
dans un ouvrage de cette efpece.
On trouve à la fin de ce Livre un Traité
de l'Orthographe , de la Ponctuation , &
de la Prononciation , où l'Auteur a ramaffé
tout ce qui lui a paru neceffaire fur ces
trois articles.
L'Univerfité de Paris paroît juger fa
vorablement de cet Ouvrage puifque
plufieurs des plus habiles Profeffeurs l'ont
déja mis entre les mains de leurs Ecoliers ,
pour en faire un livre claffique.
Fiij
de
2238 MERCURE DE FRANCE
de la Grammaire françoife , par demandes
& par réponſes , dediés à Monfeigneur
le Duc de Chartres . A Paris , chez Jean
Defaint , Libraire- Juré de l'Univerfué
ruë de S. Jean de Beauvais. 1730. volume
in 12 d'environ 350 pages. prix une
liv. 15 f.
Celui qui a compofé cet ouvrage a
eu deffein d'entrer dans les vuës de M.
Rollin , qui dit dans fon excellent Traité
des Etudes , qu'il feroit à fouhaiter que
l'on compofât pour les jeunes gens une
Grammaire abregée , qui ne renfermât
que les regles & les reflexions les plus
neceffaires . Les gens fenfez fe plaignent
avec raifon depuis long- tems que l'on
faffe employer à la jeuneffe une fi longue
carriere pour leur apprendre le grec & le
latin , & que l'on néglige de leur donner
en même tems des regles fûres pour bien
parler , & pour bien écrire leur propre
langue. On entend tous les jours des gens
habiles d'ailleurs prononcer je trouverrai
pour je trouverai , il mourera , pour il
mourra , &c. On voit très -peu de Lettres
bien ponctuées , bien orthographiées ,
d'où cela vient- il ? fi ce n'eft du peu d'attention
que l'on a d'inftruire les enfans
des regles de leur propre langue.
On ne fçauroit donc trop louer le deffein
que s'eft propofé celui qui a arangé
la
OCTOBRE. 1730. 2239
la nouvelle Grammaire Françoife dont
nous parlons. Ce livre eft très -clair , trèsméthodique
, & rempli de beaux exemples
, qui fervent à faire entendre les définitions
qui fe trouvent néceffairement
dans un ouvrage de cette efpece.
On trouve à la fin de ce Livre un Traité
de l'Orthographe , de la Ponctuation , &
de la Prononciation , où l'Auteur a ramaffé
tout ce qui lui a paru neceffaire fur ces
trois articles.
L'Univerfité de Paris paroît juger fa
vorablement de cet Ouvrage puifque
plufieurs des plus habiles Profeffeurs l'ont
déja mis entre les mains de leurs Ecoliers ,
pour en faire un livre claffique.
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Résumé : Principes generaux & raisonnez de la Grammaire Françoise, &c. [titre d'après la table]
En 1730, une nouvelle grammaire française intitulée 'Grammaire françoise, par demandes & par réponses' est publiée et dédiée au Duc de Chartres. Cet ouvrage de 350 pages répond aux souhaits de M. Rollin, qui désirait une grammaire abrégée adaptée aux jeunes. L'auteur critique la priorité donnée à l'apprentissage du grec et du latin au détriment des règles de la langue maternelle. Il mentionne des erreurs fréquentes en prononciation et en écriture, comme 'je trouverrai' au lieu de 'je trouverai' ou 'il mourera' au lieu de 'il mourra'. La grammaire est décrite comme claire et méthodique, enrichie d'exemples pertinents. Elle inclut des traités sur l'orthographe, la ponctuation et la prononciation. Plusieurs professeurs de l'Université de Paris l'ont déjà adoptée comme livre classique pour leurs élèves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 9-30
HUITIEME Lètre sur la bibliotèque des enfans, etc.
Début :
Monsieur, La plupart des lecteurs ne cherchant qu'à s'amuser [...]
Mots clefs :
Éducation, Enfants, Bureau typographique, Lecture, Écriture, Orthographe, Grammaire
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texteReconnaissance textuelle : HUITIEME Lètre sur la bibliotèque des enfans, etc.
HUITIEME Lètre sur la bibliotèque
des enfans , etc.
MONSIEUR ,
La plupart des lecteurs ne cherchant
qu'à s'amuser , parcourent un Mercure
sans beaucoup d'atention , au hazard de
ne pas entendre ce qu'ils lisent . Le mal
ne seroit pas grand s'ils s'en tenoìent-là ;
mais ils veulent ensuite parler , raisoner
et mème juger de ce qu'ils avouent
n'avoir
* MERCURE DE FRANCE.
n'avoir pas bien compris : leur défaut,
d'aplication leur fait souvent acuser d'obscurité
et de négligence l'auteur le plus
clair et le plus laborieus ; car la critique
verbale bien ou mal fondée , sera
toujours plus aisée à pratiquer , que la
composition de quelque ouvrage ; il est
dificile de parer le coup. cependant en
faveur des persones bien intentionées qui
n'ont pas le tems de lire tout , et des
persones indulgentes qui voudront bien
me pardoner des repetitions necessaires
sur l'importante matiere de la premiere
éducation des enfans , je vaì récapituler
ici le plus succintement qu'il me sera
possible , ce qui dans les précedentes lètres
a été dit , pour faire voir 1 ° . que
les enfans de deus à trois ans sont capables
des prémières operations litéraìres ; 2 ° .
que les métodes vulgaires ne sont ni sufisantes
, ni proportionées à l'age et à la
foiblesse de la prémière enfance ; 3 ° . que
la métode du bureau tipografique a les
conditions convenables et proportionées
à tout age d'enfant ou d'home mis aus
premiers élémens des lètres .
L'ordre métodique et géométrique n'est
par malheur guere utile que pour le petit
nombre de lecteurs capables de saisir , de
retenir la suite , la liaison et l'enchainement
des idées ; de voir et d'envisager
en
JANVIER. 1731. IF
en mème- tems les principes et les consequences
; mais le comun des lecteurs
à l'exemple des enfans , conte et détache,
pour ainsi- dire , les mots et les idées
sans faire atention aus principes , aus raports
et aus conséquences qu'on en peut
tirer. Les répetitions serviront donc ici
quelquefois à éclaircir les choses , et mème
à rendre souvent plus atentif un lecteur
distrait. que je dise , par exemple ,
à un lecteur vulgaire qu'il y a quatre
triangles dans un quaré divisé par ses deust
diagonales , il m'entendra d'abord ; si je
dis qu'il y en a sis , il comencera à ne
plus voir ; et si j'ajoute qu'il y en a huit ,
il n'en vera peut ètre pas plus clair : mais
si je continue à répeter qu'il y a huit
triangles dans ce quaré , le lecteur obligé
par cète répetition de revenir sur ses pas ,
et d'y penser avec plus de soin , parviendra
enfin sans éfort de génie , à la petite
découverte des huit triangles de ce quaré,
savoir , des quatre grans come des quatre
petits : j'espere que sans beaucoup de sagacité
, on fera à peu près la mème chose
sur le détail des avantages de la métode
du bureau tipografique.
Ceus qui dans l'éducation ne content
presque pour rien la diference de deus
ou trois ans entre des enfans comencés -
plutot ou plus tard , voudront bien me
permètre
12 MERCURE DE FRANCE.
permètre ici une comparaison : je suposo
donc deus enfans comencés l'un de bone
heure par la métode du bureau tipografique
, et l'autre plus tard par la métode
vulgaire , et je dis que , si le premier maitre
a bien semé et bien recueilli la
premiere
anée , il poura semer et recueillir
encore plus la segonde anée , et encore
plus la troisième anée. or , par quel moyen
le segond maitre semant plus tard et recueillant
peut-ètre moins , poura-t'il jamais
ratraper la progression des avantages
réels du bureau tipografique ? Dirat'on
que
la terre négligée , inculte et en
friche , sera ensuite plus fertile ? il faudra
examiner si cète fécondité sera en
bon ou en mauvais grain ; car il y a bien
des chams dont on ne peut jamais extirper
totalement les mauvaises herbes.
Autre comparaison ; un courier , fut- il
des plus robustes , qui part plus tard , qui
prend la plus longue route et qui va plus
lentement , poura- t'il jamais ateindre un
autre courier parti plutot , qui a pris le
chemin le plus court et qui va plus vite ?
il s'agit donc de savoir si la métode du
bureau tipografique a tant d'avantages sur
la métode vulgaire , et c'est ce que je
vai démontrer au lecteur atentif et nulement
prévenu,
1.L'experience m'aïant fait voir depuis
lontems
JANVIER. 1731. 13
,
lontems l'imperfection des métodes vulgaires
qui faute de pouvoir faire
mieus , regardent come perdu le tems .
de la premiere enfance , j'ai cherché
les moyens d'employer utilement les premieres
anées de l'enfant , et j'ai trouvé
qu'on pouvoit sans danger pour le corps,
lui montrer la figure des lètres , et ranger
ces lètres devant lui sur la table du
bureau , mème avant qu'il sut articuler
la moindre silabe , il voudra bientot ,
come les singes , faire la mème chose par
un mouvement organique et machinal ,
sur tout si l'on a la précaution de le presenter
souvent devant le bureau tipografique
, et de lui doner à manger et à
jouer sur cète mème table faite exprès pour
lui , et c'est là un des premiers avantages
du bureau tipografique sur la métode vulgaire
, qui afecte de mépriser cetè diligence
, et se flate de pouvoir ensuite également
enseigner tout , quoique plus tard
et avec plus de tems ou plus de vie.
Dès que l'enfant articulera des sons et
qu'il fera bien l'Eco , on poura lui apren
dre come à un peroquet la veritable
dénomination des lètres , et cète dénomination
metra peu à peu les enfans en état
de lire à trois et à quatre ans , bien mieus
que ne lisent ordinairement les enfans
de sis à sèt ans , par la métode vulg ire.
B LC
14 MERCURE DE FRANCE.
Le premier aïant d'abord été mis dans
l'agréable , la bone et la nouvele route ,
-va toujours gaìment son chemin ; au lieu
que les autres mis dans la triste , l'anciene
et souvent la mauvaise voie , ont
peine à revenir sur leurs pas , et ne sacrifient
pas volontiers leurs amusemens
agréables , quoique frivoles , aus ocupations
literaires qu'ils trouvent pénibles
dans un age plus avancé. Les peres et les
meres sont toujours contens des petits.
enfans qu'ils gâtent , mais ils trouvent
mauvais ensuite qu'un gouverneur ou un
précepteur n'ait pas le talent d'en faire
un prodige : il y a bien du préjugé et de
l'aveuglement sur cet article.
3. Selon la métode du bureau tipografique
un enfant , avant que de savoir lire,
poura imprimer toutes sortes de langues
mortes ou vivantes , il ne faut avoir pour
cela que des ïeus et des mains , car il est
bien plus aisé d'imprimer , par exemple ,
du latin et du françois , qu'il n'est aisé
de les lire. La grande ignorance de la
plupart des compositeurs d'une imprimerie
ne le prouve que trop ; d'ailleurs il
est clair qu'un sourd voyant , pouroit
ètre imprimeur , mème chès M. Ballard
pour la musique.
4. Un enfant de trois à quatre ans
qui conoit par les feus la figure des
lètres,
JANVIER. 1730. IS
>
lètres , et ensuite par l'oreille , le son des
caracteres simples ou combinés , saura
bientot écrire ou imprimer les sons qu'on
lui donera sur des cartes , et ceus qu'on
lui dictera il poura s'ocuper pour lors
avec autant de plaisir que les autres enfans
ont ordinairement de dégout par
les métodes vulgaires . Le premier nouri
dans les lètres , en fait ses amusemens
pendant que les autres , au contraire n'y
trouvent que des crois et des épines . si
les persones zelées et charitables , qui
dirigent les écoles des pauvres , conoissolent
donc le mérite et l'utilité de la métode
tipografique , elles en introduiroìent
bientot l'usage dans les paroisses et dans
les Monasteres , en fesant bâtir ou construire
des amfiteatres où les petits enfans
aprendro ent pour lors presque seuls et
d'eus mèmes , en voyant travailler les
que les grans. J'oserai donc dire
parens
et les maitres bien intentionés , aprouveront
et pratiqueront l'usage du bureau,
dès qu'ils en auront vu les avantages réels,
pratiques , et superieurs à ceus des métodes
vulgaires.
5. Selon cète métode , l'enfant aprendra
facilement et par des principes surs
non captieus ni équivoques , l'ortografe
des sons ou de l'oreille ; ce que la plupart
des maitres ignorent toute leur vie .
Bij L'enj
16 MERCURE DE FRANCE.
L'enfant aprendra par pratique et par téorie
l'ortografe courante et d'usage , anciene
et nouvelle, d'une maniere à bien lire
dans toute sorte de livres , et à se rendre
ensuite capable de faire un bon chois
d'ortografe françoise.
6. L'enfant saura lire dans le manuscrit
en mème- tems que dans les livres ,
et cela par la pratique journalière d'avoir
imprimé des tèmes interlinéaires sur la
table du bureau , non - seulement avec
des caractères romains , mais encore avec
des caracteres italiques et manuscrits.
7. Le petit enfant poura savoir bien
lire le françois , le latin et le grec avant
l'age auquel , selon la métode vulgaire , la
plupart des enfans ne sont pas encore mis
à l'A BC ; avantage inexprimable , qui influe
, non- seulement dans toute la suite
des études , mais dans toute la vie.
8.Les A BC ordinaires , faus ,équivoques
et captieus,induisent les enfans en êreur et
les exposent souvent à des chatimens injustes;
desorte que, sans diminuer en rien le
mérite et la juste réputation des bons
maitres , on peut dire que la métode vulgaire
dans toute l'Europe n'a pas les raports
necessaires entre les lètres et les
sons , ou entre les signes et les sons des
choses signifiées ; au lieu que la métode
du bureau tipografique n'étant fondée que
sur
JANVIER. 1731. 17
sur la verité et sur la justesse de ces mè
mes raports remarqués il y a plus d'un
siecle, par de très - habiles maitres , cète
métode , dis je , atache agréablement au
jeu tipografique le mème enfant qui venoit
de pleurer à la seule vue de la persone
qui lui montroit les lètres selon la
métode des écoles.on ne doit pas craindre,
au reste , que l'enfant ignore dans la suite
la fausse et vulgaire dénomination des
lètres ; il ne l'aprendra que trop tot , en
vironé de persones souvent oficieuses à
contre-tems , quand il s'agit de bien nomer
les lètres.
9. La lecture est d'abord mise à profit
sur la table du bureau : on y aprend à
conoìtre et à sentir les parties du discours
indéclinables , déclinables et conjugables
de la langue françoise et de la langue la
tine , laquelle conoissance dispose les enfans
à employer plutot leur loisir et
d'une maniere plus aisée , plus utile ,
plus sure et plus agréable. Bien des
maitres indépendament de l'usage du
bureau tipografique , ont abandoné la
métode vulgaire des rudimens téoriques,
pour suivre celle du rudiment pratique
dont j'ai doné l'essaì aprouvé des meilleurs
métodistes , filosofes non prévenust
10. Fesant imprimer à l'enfant les deus
langues en glose interlinéaire et mot à
B iij mot
18 MERCURE DE FRANCE.
mot , on dispose et prépare plu - tot son
imagination aus grandes operations literaires
et grammaticales que la métode
vulgaire n'entreprend pas ordinairement
d'enseigner à des enfans de deus à trois.
et à quatre ans.
11. L'enfant aprend par pratique les
terminaisons des noms et des verbes , et
enfin à décliner et à conjuguer ; il aprend
les genres , les déclinaisons , les prêterits
et les supins , les concordances , et partie
de la sintaxe , par les principales règles
donées sur des cartes en glose interlinealre
, et par les exemples pratiques donés
aussi sur des cartes , et expliqués peu à
peu et de vive vois , à mesure qu'il les
imprime sur sa table.
12. On écrit ce qu'on veut dans les
tèmes donés sur des cartes : chaque jour
fournit son sujet , et l'on met à profit
le chois des programes , des afiches , des
placars , des tèses , des avis , des anonces,
des enseignes , et enfin de tous les écritaus
publics ; la table du bureau devient un livre
ouvert à tous les spectateurs ; livre
cheri de l'enfant qui en est le composi
teur , et livre qui n'est jamais nuisible à
sa posture come le sont ordinairement
les petits livres élementaires .
13. Par le moyen du dictionaire du bu--
reau tipografique , l'enfant fera provision
de
JANVIER. 1731 . 19
de plusieurs miliers de mots latins et françois
avant l'age de cinq à sis ans ; avan
tage qui doit nécessairement influer sur
toute la suite des études , et qu'on n'aquiert
que
fort tard par la routine vulgaire.
14. L'enfant aprendra , non -seulement
Portografe de l'oreille et des ïeus par ra
port aus lètres , mais encore l'accentuation
, la ponctuation , les petites abrevia
rions françoises , latines et greques , et
la quantité latine , par la pratique jour
nalière du bureau , où il trouvera les signes
, les voyèles longues et brèves
come caracteres utiles et necessaires pour
Fimpression de la glose interlinéaire ; ce
que la métode vulgaire ne peut faire pratiquer
à l'enfant que lorsqu'il sait écrire,
c'est-à-dire fort tard.
15. L'enfant qui imprimera du latin
avec de beaus caracteres manuscrits , disposera
et préparera son imagination pour
mieus faire imiter ensuite à sa main , les
traits , les figures et les lètres , dont la
parfaite image sera vivement , distinc
tement et profondément gravée dans son
cerveau.
16. Par l'impression des tèmes donés à
l'enfant , il poura aprendre de bone heu
re les élémens de tout ce qu'on pourolt
lui montrer par le moyen de l'écriture ;
B iiij
c'est18
MERCURE DE FRANCE.
mot , on dispose et prépare plu-tot son
imagination aus grandes operations literaires
et grammaticales que la métode
vulgaire n'entreprend pas ordinairement
d'enseigner à des enfans de deus à trois.
et à quatre ans.
11. L'enfant aprend par pratique les
terminaisons des noms et des verbes , et
enfin à décliner et à conjuguer ; il aprend
les genres , les déclinaisons , les prêterits
et les supins , les concordances , et partie
de la sintaxe , par les principales règles
donées sur des cartes en glose interlinéal
re , et par les exemples pratiques donés
aussi sur des cartes , et expliqués peu
peu et de vive vois , à mesure qu'il les
imprime sur sa table.
à
12. On écrit ce qu'on veut dans les
tèmes donés sur des cartes : chaque jour
fournit son sujet , et l'on met à profit
le chois des programes , des afiches , des
placars , des tèses , des avis , des anonces,
des enseignes, et enfin de tous les écritaus
publics ; la table du bureau devient un livre
ouvert à tous les spectateurs ; livre
cheri de l'enfant qui en est le compositeur
, et livre qui n'est jamais nuisible à
sa posture come le sont ordinairement
les petits livres élementaires .
13. Par le moyen du dictionaire du bureau
tipografique , l'enfant fera provision
de
JANVIER. 1731 . 19
de plusieurs miliers de mots latins et françois
avant l'age de cinq à sis ans ; avan➡
tage qui doit nécessairement influer sur
toute la suite des études , et qu'on n'a→
quiert que fort tard par la routine vulgaire.
14. L'enfant aprendra , non-seulement
Portografe de l'oreille et des feus par raport
aus lètres , mais encore l'accentuation
, la ponctuation , les petites abreviations
françoises , latines et greques , et
la quantité latine , par la pratique jour
nalière du bureau , où il trouvera les signes
, les voyèles longues et brèves
come caracteres utiles et necessaires pour
Fimpression de la glose interlinéaire ; ce
que la métode vulgaire ne peut faire pratiquer
à l'enfant que lorsqu'il sait écrire,
c'est-à-dire fort tard.
15. L'enfant qui imprimera du latin
avec de beaus caracteres manuscrits , disposera
et préparera son imagination pour
mieus faire imiter ensuite à sa main , les
traits , les figures et les lètres , dont la
parfaite image sera vivement , distinc
tement et profondément gravée dans son
cerveau.
16. Par l'impression des tèmes donés à
l'enfant , il poura aprendre de bone heu
re les élémens de tout ce qu'on pourolt
lui montrer par le moyen de l'écriture ;
Biiij c'est20
MERCURE DE FRANCE
c'est-à- dire , qu'on poura lui enseigner
tous les principes sensibles , et lui doner
par là les premieres notions des arts et
des siences. Il a été déja démontré que
les enfans de deus à trois ans sont capables
de ces premières notions , par le
moyens des idées et des mèmes opérations
dont il se servent pour aprendre
leur langue ; verité à laquelle les seuls
préjugés empêchent de faire toute l'atention
necessaire. L'experience et l'aveu
des maîtres qui en faveur du corps négligent
, éloignent , diferent et retardent
les premiers soins literaires , au préjudice
de l'esprit prouvent l'insufisance des
métodes vulgaires dans l'éducation diligente
et hâtée des enfans. or la métode
du Bureau tipografique alant toujours ,
pour ainsi dire , de niveau avec l'enfant ,
done les moyens surs et infaillibles de le
suivre pas à pas ,
et de comancer sans
danger , à lui former plutot l'esprit et le
coeur. on peut donc , sans temerité
avancer cète proposition , que les enfans
étant capables d'aprendre , plutot que la
métode vulgaire n'est propre à les enseigner
, on doit aprouver et préferer cele
du Bureau tipogràfique ; ce que je vai tacher
de confirmer encore par le détail
des choses sensibles , que l'on peut montrer
à un petit enfant , avant qu'il soit en
état
JANVIER. 1731 . 21
état d'y ètre conduit par les métodes
ordinaires.
17. Quoique l'erreur , le mensonge ,
l'imposture , la charlatanerie , la chicane
et l'injustice , abusent des mots et dés
expressions de la langue françoise , il
ne s'ensuit pas que dans un ouvrage la
verité , la justice , et la bone foi doivent
s'abstenir de ces mèmes mots et
de ces mèmes expressions ; le zèle pour
le bien public ne perd jamais ses droits ;
c'est pourquoi je demande un peu d'indulgence
, ou de tolerance de la part des
maitres trop prévenus , et qui mal à
propos s'identifiant , pour ainsi dire ,
avec les métodes vulgaires qu'ils pratiquent
, ont le courage de mètre sur leur
conte , ce que je n'ai jamais pretendų
dire que contre les métodes sur l'abus.
desqueles , il y a toujours eu liberté d'écrire
, malgré le respect et le préjugé en
faveur du DESPAUTERE du .......
De tout ce que j'aí , dit jusqu'ici on peut
conclure qu'il sera aisé d'enseigner à l'enfant
le latin , des mèmes mots qu'il aprendra
d'abord en françois , et pour cet éfet
on essayera de suivre peu à peu l'ordre et:
la métode qu'indiquera la langue mater
nele ou d'usage .
etc.
18. On donera à l'enfant , et sur des
cartes , les noms des persones et des ob
By Jets
22 MERCURE DE FRANCE
jets qu'il voit et qu'il conoìt ; cela servira
à le familiariser avec les raports des signes
et des choses signifiées.
19. Les figures de la Bible fournissent
la liste des noms propres des patriarches ,
des juges, des Rois , des pontifes , des grans
homes, etc. ces listes ou suites historiques,
généalogiques , cronologiques et géografiques,
devienent la base de l'histoire universéle
pour un enfant de 3 à 4 ans.
20. La Fable , les Métamorfoses d'ovide
, les Dieus , les Déesses , les demi - Dieus
les Heros du Paganisme fournissent aussi
dequoi varier agréablement l'exercice
tipografique .
21. L'histoire profane fournit également
des époques , des listes , des suites
qui amusent et instruisent l'enfant de 3
à 4 ans. Toutes les cartes étant numé
rotées , pouront ètre lues , et rangées selon
l'ordre cronologique sur la table du
Bureau.
22. On poura doner ainsi les souve-.
rains et les capitales de tous les Etats du
monde , et les capitales des provinces ou
des Gouvernemens de France ; et à l'ocasion
des mots , des choses ou des racines
historiques , on poura amuser et instruire
l'enfant , en essayant peu à peu de lui
doner de tems en tems des idées sensibles
sur le bien et le mal , sur le vice et
la:
JANVIER. 1731 . 23
fa vertu , sur le juste et l'injuste , et sur
Fe vrat et le faus.
23. On peut doner des cartes de bla
son , faire imprimer sur la table du Bureau
les termes héraldiques , et en montrer
tous les objets sensibles quand l'ocasion
s'en presentera.
24. On pratiquera facilement les premières
règles de l'aritmétique et de l'algèbre
sur la table du Bureau , aiant sur
des cartes les chifres et les signes nécessaires
pour ces petites opérations , et
pouvant d'ailleurs employer utilement
des jetons , des marques , et des dés ;
pour rendre les nombres plus sensibles.
25. On peut également doner la conoissance
des premiers élémens de géométrie
sur les lignes , les surfaces et les solides
des corps réguliers , avec lesquels
un enfant se familiarise , et se rend peu
à peu capable de toutes les parties sen
sibles des matématiques , sans en excepter
les sections coniques donées aussi en
relief.
26. La Musique mème trouvera son
avantage sur la table du Bureau. on pou .
ra montrer à l'enfant la game et le dia
pason , sur la tringle ou la règle de bois
mobile qui a servi à l'enfant pour le jeu
de la première classe. on y poura done
mètre les clés , les notes et les signes , que
B.vj L'en
24 MERCURE DE FRANCE
l'enfant aura également sur des cartes ;
qu'il poura ranger vis-à - vis de ces mèmes
signes marqués sur la tringle ou re
gle de bois , il se metra par là en état de
lire et de conoître le clavier d'une épinete
ou d'un clavecin , qui pouront lui
doner ensuite le son et le ton des figures
ou des notes conues, et colées sur les touches
d'un clavier.
,
27. Chaque art peut également ètre
rendu sensible à un petit enfant , si l'on
veut bien prendre la peine de lui démontrer
l'usage des choses , et de lui faire
imprimer le nom des outils , des objets
et des pièces des machines qu'on lui présentera
; c'est ainsi que l'anatomiste , le
botaniste et le machiniste, pouront amuser
et instruire de bone heure leurs petits
enfans ; l'ainé deviendra ensuite le maitre
de ses frères .. Des os , des plantes , des
Machines , des outils , des instrumens
des Balances , des poids , des mesures, des
Jétons , des Dés , des monoies , des médailes
, etc. Tout cela fournit l'abondance.,
la variété , le plaisir du chois, et done par
consequent les moyens de mètre bien à
profit les premieres anées de l'enfance ,.
par toute sorte de métodes , mais non
pas si - tot ni si-bien que par la métode
du Bureau tipografique.
28. On peut faire aprendre l'A , B , C.
Grec
JAVIER. 1731. 25
crec , Ebreu , Arabe , etc. avec l'A , B , C ,
François; faire imprimer du françois avec
les caracteres grecs , et avec les lètres
ébraïques , de droit à gauche , et montrer
ensuite la casse des imprimeurs, avec des
caracteres renversés , lus à rebours ; avantage
considérable pour les enfans des im
primeurs et des graveurs,ausquels on pou
ra doner un casseau , dont les cartes seront
distribuées come les lètres d'un casseau
d'imprimerie , et pour lors en peu de
mois on poura leur enseigner à imprimer
sur le Bureau les racines latines , gre--
ques , ébraïques , caldaïques , et arabes ;
de mème qu'aus enfans destinés à l'église
ou à l'étude des langues saintes et
orientales.
29. On poura faire imprimer en fran
çois , des rimes ou des vers de peu de
silabes , pour sonder , essayer et former
l'oreille de l'enfant dans la lecture soutenue
et dans la déclamation . on poura
jouer au jeu des rimes après avoir fait
déviner les sons et les lètres des mots ..
on peut doner de petites anagrames , et
mème des vers latins , examètres et pen-.
tamètres , pour faire aprendre à conoìtre
, à sentir et à ranger les piés de cète
structure de vers , dont on trouvera tous
les mots sur autant de cartes diférentes
dans la derniere logète du se rang sous.
cele de la
syntaxe
-
26 MERCURE DE FRANCE.
Exemple :
Tot tibi sunt dotes , Virgo , quot sïdërå.
coelo.
omnia sunt hominum , tenůī pēndentia filo
Et subito casu , que valuere ruunt.
30. On metra donc d'abord un en--
fant en état . d'imprimer des mots ,
des lignes , des frases en glose interli
naire , en latin et en françois ; 2° . d'imprimer
et de faire lui - mème la construc
tion du texte de rhèdre chifré ou numeroté.
3 ° . de faire de petites versions.
4. d'imprimer aussi de petites compositions
; et ces quatre exercices fourni
ront au maitre Focasion de doner à l'enfant
plus d'idées et de conoissances literaires
et grammaticales , qu'aucun rudiment
vulgaire n'en poura jamais doner sitôt
et en si peu de tems .
31. Les enfans du Bureau tipografique
seront plutot en état d'exercer leur mé
moire et d'aprendre quelque chose par
coeur , non seulement par Foreille , étant
siflés come des oiseaus , mais encore par
les ïeus , dès qu'ils sauront lire seuls.
32. Un enfant sera plutot en état de
travailler seul avec un domestique ou
avec d'autres persones , pendant que le
maître sera absent , ou ocupé à quelque
autre chose et l'enfant , plutot que de
A
Bester
JANVIER. 1731. 27
et à
rester oisif, vera toujours avec plaisir un
domestique employé à imprimer les cartes
de la garniture du bureau , ou à tailler
rogner des cartes sur un modele de
fer -blanc proportioné aus logetes des petits
bureaus portatifs de 4 piés de long
dont les cartes apelées Etrenes mignones
auront is lignes de largeur , et 2 pouces.
de hauteur , ainsi qu'on l'a déja pratiqué.
33. Non seulement les enfans qui parlent
, mais encore les sours et les muets
pouront aprendre presque tout , excepté
les sons , par les combinaisons pratiques
des signes sensibles , extérieurs , soumis à
la vue, et en passant , pour ainsi dire , des
ïeus du corps à ceus de l'esprit..
34. Les abécédaires de tout age seront
moins honteus sur la table d'un bureau ,.
que sur la crois de pardieu , leur intelligence
et leur empressement les feront lire.
passablement dans un mois ou deus..
35. L'enfant du Bureau conservera_sa
main en aprenant à écrire , et poura sans
préjudicier à l'étude des langues , n'écrire
jamais au comencement que sous
les ieus et sous la main d'un bon maître.
Je parleraí ailleurs d'une métode tres - utile
pour aprendre à écrire en assés peu de
tems.
36. L'enfant conoìtra plu-tot l'usage
des livres , des dictionaires , et des tables
des :
28 MERCURE DE FRANCE.
des matières , qu'on lui aprendra à parcourir
et à feuilleter tout seul ; il aquêra
aussi plu-tôt le gout de la lecture , de
l'étude , du travail , des livres , et des savans
; et il sera enfin plutot et beaucoup
plus sensible à la gloire et à l'émulation
literaire , que ne le sont ordinai
rement les enfans conduits et dirigés par
la métode vulgaire et tardive.
qua-
37. L'enfant aura plu - tôt l'adresse des
doits et des mains ; adresse qui manque
souvent à la plupart des enfans de
lité , peu exercés à l'action de la maîn ;
l'enfant aura plutot le gout , le coup
d'euil , l'esprit d'ordre et l'esprit rangé
si rares parmi les homes , et plus rares encore
parmi les jeunes gens.
38. L'enfant du Bureau est mis en état
d'aler plutot et plus fort au colege, et parconsequent
d'entrer plutot à l'académic
pour y faire tous ses exercices , avantage
considerable pour la jeunesse destinée et
apelée au noble et glorieus métier des
armes.
39. Beaucoup de savans par principe
de santé , travaillent debout , à l'exemple
des imprimeurs et de plusieurs autres nobles
artisans ; or l'action , l'exercice et le
mouvement du jeu tipografique , entre
tenant aussi le corps en santé , done en
mème- tems à l'esprit la meilleure culture
possi
JANVIER. 1730. 2
possible de l'aveu des medecins et de
'ESCULAPE de notre siècle . on ne prétend
pas dire par là que l'exercice du Bureau
rende immortel ou invulnerable ; cette
remarque est pour les bones gens qui ne
jugent des choses que par l'évenement, et
qui regardent souvent come un éfet necessaire
, ce qui n'est qu'un pur accident
40. La métode du Bureau tipografique
donera lieu aus bons maitres d'ètre encore
plus atachés et plus atentifs à leur de
voir , et plus utiles à leurs éleves ; ils auront
plus souvent ocasion de precher
d'exemple ; article essentiel dont se dispensent
volontiers bien des maîtres négligens
et indiferens sur l'éducation d'un
enfant , ou trop ocupés du seul esprit
mercenaire, ces derniers ne manqueront
pas de faire leurs éforts contre la métode
du Bureau , qui les remet,pour ainsi dire,
à l'A , B, C , et qui demande de leur part,
au moins au comancement , plus d'assiduité
et de soins que n'en paroit exiger
la routine vulgaire.
41. Persuadé de la verité , de l'utilité et
de la diligence de cete métode , j'ose assurer
et prédire que toutes choses dail
leurs égales , les viles qui les premieres
feront usage du Bureau tipografique , seront
dans la suite , à proportion des écoles
et des écoliers , les premieres à produi
re
30 MERCURE DE FRANCE.
>
re le plus grand nombre d'enfans et
d'homes celebres dans les arts et dans les
siences.
Si on ne goute point la métode du Bureau
tipografique , je m'en étone , et si on la
goute , je m'en étone de même.
des enfans , etc.
MONSIEUR ,
La plupart des lecteurs ne cherchant
qu'à s'amuser , parcourent un Mercure
sans beaucoup d'atention , au hazard de
ne pas entendre ce qu'ils lisent . Le mal
ne seroit pas grand s'ils s'en tenoìent-là ;
mais ils veulent ensuite parler , raisoner
et mème juger de ce qu'ils avouent
n'avoir
* MERCURE DE FRANCE.
n'avoir pas bien compris : leur défaut,
d'aplication leur fait souvent acuser d'obscurité
et de négligence l'auteur le plus
clair et le plus laborieus ; car la critique
verbale bien ou mal fondée , sera
toujours plus aisée à pratiquer , que la
composition de quelque ouvrage ; il est
dificile de parer le coup. cependant en
faveur des persones bien intentionées qui
n'ont pas le tems de lire tout , et des
persones indulgentes qui voudront bien
me pardoner des repetitions necessaires
sur l'importante matiere de la premiere
éducation des enfans , je vaì récapituler
ici le plus succintement qu'il me sera
possible , ce qui dans les précedentes lètres
a été dit , pour faire voir 1 ° . que
les enfans de deus à trois ans sont capables
des prémières operations litéraìres ; 2 ° .
que les métodes vulgaires ne sont ni sufisantes
, ni proportionées à l'age et à la
foiblesse de la prémière enfance ; 3 ° . que
la métode du bureau tipografique a les
conditions convenables et proportionées
à tout age d'enfant ou d'home mis aus
premiers élémens des lètres .
L'ordre métodique et géométrique n'est
par malheur guere utile que pour le petit
nombre de lecteurs capables de saisir , de
retenir la suite , la liaison et l'enchainement
des idées ; de voir et d'envisager
en
JANVIER. 1731. IF
en mème- tems les principes et les consequences
; mais le comun des lecteurs
à l'exemple des enfans , conte et détache,
pour ainsi- dire , les mots et les idées
sans faire atention aus principes , aus raports
et aus conséquences qu'on en peut
tirer. Les répetitions serviront donc ici
quelquefois à éclaircir les choses , et mème
à rendre souvent plus atentif un lecteur
distrait. que je dise , par exemple ,
à un lecteur vulgaire qu'il y a quatre
triangles dans un quaré divisé par ses deust
diagonales , il m'entendra d'abord ; si je
dis qu'il y en a sis , il comencera à ne
plus voir ; et si j'ajoute qu'il y en a huit ,
il n'en vera peut ètre pas plus clair : mais
si je continue à répeter qu'il y a huit
triangles dans ce quaré , le lecteur obligé
par cète répetition de revenir sur ses pas ,
et d'y penser avec plus de soin , parviendra
enfin sans éfort de génie , à la petite
découverte des huit triangles de ce quaré,
savoir , des quatre grans come des quatre
petits : j'espere que sans beaucoup de sagacité
, on fera à peu près la mème chose
sur le détail des avantages de la métode
du bureau tipografique.
Ceus qui dans l'éducation ne content
presque pour rien la diference de deus
ou trois ans entre des enfans comencés -
plutot ou plus tard , voudront bien me
permètre
12 MERCURE DE FRANCE.
permètre ici une comparaison : je suposo
donc deus enfans comencés l'un de bone
heure par la métode du bureau tipografique
, et l'autre plus tard par la métode
vulgaire , et je dis que , si le premier maitre
a bien semé et bien recueilli la
premiere
anée , il poura semer et recueillir
encore plus la segonde anée , et encore
plus la troisième anée. or , par quel moyen
le segond maitre semant plus tard et recueillant
peut-ètre moins , poura-t'il jamais
ratraper la progression des avantages
réels du bureau tipografique ? Dirat'on
que
la terre négligée , inculte et en
friche , sera ensuite plus fertile ? il faudra
examiner si cète fécondité sera en
bon ou en mauvais grain ; car il y a bien
des chams dont on ne peut jamais extirper
totalement les mauvaises herbes.
Autre comparaison ; un courier , fut- il
des plus robustes , qui part plus tard , qui
prend la plus longue route et qui va plus
lentement , poura- t'il jamais ateindre un
autre courier parti plutot , qui a pris le
chemin le plus court et qui va plus vite ?
il s'agit donc de savoir si la métode du
bureau tipografique a tant d'avantages sur
la métode vulgaire , et c'est ce que je
vai démontrer au lecteur atentif et nulement
prévenu,
1.L'experience m'aïant fait voir depuis
lontems
JANVIER. 1731. 13
,
lontems l'imperfection des métodes vulgaires
qui faute de pouvoir faire
mieus , regardent come perdu le tems .
de la premiere enfance , j'ai cherché
les moyens d'employer utilement les premieres
anées de l'enfant , et j'ai trouvé
qu'on pouvoit sans danger pour le corps,
lui montrer la figure des lètres , et ranger
ces lètres devant lui sur la table du
bureau , mème avant qu'il sut articuler
la moindre silabe , il voudra bientot ,
come les singes , faire la mème chose par
un mouvement organique et machinal ,
sur tout si l'on a la précaution de le presenter
souvent devant le bureau tipografique
, et de lui doner à manger et à
jouer sur cète mème table faite exprès pour
lui , et c'est là un des premiers avantages
du bureau tipografique sur la métode vulgaire
, qui afecte de mépriser cetè diligence
, et se flate de pouvoir ensuite également
enseigner tout , quoique plus tard
et avec plus de tems ou plus de vie.
Dès que l'enfant articulera des sons et
qu'il fera bien l'Eco , on poura lui apren
dre come à un peroquet la veritable
dénomination des lètres , et cète dénomination
metra peu à peu les enfans en état
de lire à trois et à quatre ans , bien mieus
que ne lisent ordinairement les enfans
de sis à sèt ans , par la métode vulg ire.
B LC
14 MERCURE DE FRANCE.
Le premier aïant d'abord été mis dans
l'agréable , la bone et la nouvele route ,
-va toujours gaìment son chemin ; au lieu
que les autres mis dans la triste , l'anciene
et souvent la mauvaise voie , ont
peine à revenir sur leurs pas , et ne sacrifient
pas volontiers leurs amusemens
agréables , quoique frivoles , aus ocupations
literaires qu'ils trouvent pénibles
dans un age plus avancé. Les peres et les
meres sont toujours contens des petits.
enfans qu'ils gâtent , mais ils trouvent
mauvais ensuite qu'un gouverneur ou un
précepteur n'ait pas le talent d'en faire
un prodige : il y a bien du préjugé et de
l'aveuglement sur cet article.
3. Selon la métode du bureau tipografique
un enfant , avant que de savoir lire,
poura imprimer toutes sortes de langues
mortes ou vivantes , il ne faut avoir pour
cela que des ïeus et des mains , car il est
bien plus aisé d'imprimer , par exemple ,
du latin et du françois , qu'il n'est aisé
de les lire. La grande ignorance de la
plupart des compositeurs d'une imprimerie
ne le prouve que trop ; d'ailleurs il
est clair qu'un sourd voyant , pouroit
ètre imprimeur , mème chès M. Ballard
pour la musique.
4. Un enfant de trois à quatre ans
qui conoit par les feus la figure des
lètres,
JANVIER. 1730. IS
>
lètres , et ensuite par l'oreille , le son des
caracteres simples ou combinés , saura
bientot écrire ou imprimer les sons qu'on
lui donera sur des cartes , et ceus qu'on
lui dictera il poura s'ocuper pour lors
avec autant de plaisir que les autres enfans
ont ordinairement de dégout par
les métodes vulgaires . Le premier nouri
dans les lètres , en fait ses amusemens
pendant que les autres , au contraire n'y
trouvent que des crois et des épines . si
les persones zelées et charitables , qui
dirigent les écoles des pauvres , conoissolent
donc le mérite et l'utilité de la métode
tipografique , elles en introduiroìent
bientot l'usage dans les paroisses et dans
les Monasteres , en fesant bâtir ou construire
des amfiteatres où les petits enfans
aprendro ent pour lors presque seuls et
d'eus mèmes , en voyant travailler les
que les grans. J'oserai donc dire
parens
et les maitres bien intentionés , aprouveront
et pratiqueront l'usage du bureau,
dès qu'ils en auront vu les avantages réels,
pratiques , et superieurs à ceus des métodes
vulgaires.
5. Selon cète métode , l'enfant aprendra
facilement et par des principes surs
non captieus ni équivoques , l'ortografe
des sons ou de l'oreille ; ce que la plupart
des maitres ignorent toute leur vie .
Bij L'enj
16 MERCURE DE FRANCE.
L'enfant aprendra par pratique et par téorie
l'ortografe courante et d'usage , anciene
et nouvelle, d'une maniere à bien lire
dans toute sorte de livres , et à se rendre
ensuite capable de faire un bon chois
d'ortografe françoise.
6. L'enfant saura lire dans le manuscrit
en mème- tems que dans les livres ,
et cela par la pratique journalière d'avoir
imprimé des tèmes interlinéaires sur la
table du bureau , non - seulement avec
des caractères romains , mais encore avec
des caracteres italiques et manuscrits.
7. Le petit enfant poura savoir bien
lire le françois , le latin et le grec avant
l'age auquel , selon la métode vulgaire , la
plupart des enfans ne sont pas encore mis
à l'A BC ; avantage inexprimable , qui influe
, non- seulement dans toute la suite
des études , mais dans toute la vie.
8.Les A BC ordinaires , faus ,équivoques
et captieus,induisent les enfans en êreur et
les exposent souvent à des chatimens injustes;
desorte que, sans diminuer en rien le
mérite et la juste réputation des bons
maitres , on peut dire que la métode vulgaire
dans toute l'Europe n'a pas les raports
necessaires entre les lètres et les
sons , ou entre les signes et les sons des
choses signifiées ; au lieu que la métode
du bureau tipografique n'étant fondée que
sur
JANVIER. 1731. 17
sur la verité et sur la justesse de ces mè
mes raports remarqués il y a plus d'un
siecle, par de très - habiles maitres , cète
métode , dis je , atache agréablement au
jeu tipografique le mème enfant qui venoit
de pleurer à la seule vue de la persone
qui lui montroit les lètres selon la
métode des écoles.on ne doit pas craindre,
au reste , que l'enfant ignore dans la suite
la fausse et vulgaire dénomination des
lètres ; il ne l'aprendra que trop tot , en
vironé de persones souvent oficieuses à
contre-tems , quand il s'agit de bien nomer
les lètres.
9. La lecture est d'abord mise à profit
sur la table du bureau : on y aprend à
conoìtre et à sentir les parties du discours
indéclinables , déclinables et conjugables
de la langue françoise et de la langue la
tine , laquelle conoissance dispose les enfans
à employer plutot leur loisir et
d'une maniere plus aisée , plus utile ,
plus sure et plus agréable. Bien des
maitres indépendament de l'usage du
bureau tipografique , ont abandoné la
métode vulgaire des rudimens téoriques,
pour suivre celle du rudiment pratique
dont j'ai doné l'essaì aprouvé des meilleurs
métodistes , filosofes non prévenust
10. Fesant imprimer à l'enfant les deus
langues en glose interlinéaire et mot à
B iij mot
18 MERCURE DE FRANCE.
mot , on dispose et prépare plu - tot son
imagination aus grandes operations literaires
et grammaticales que la métode
vulgaire n'entreprend pas ordinairement
d'enseigner à des enfans de deus à trois.
et à quatre ans.
11. L'enfant aprend par pratique les
terminaisons des noms et des verbes , et
enfin à décliner et à conjuguer ; il aprend
les genres , les déclinaisons , les prêterits
et les supins , les concordances , et partie
de la sintaxe , par les principales règles
donées sur des cartes en glose interlinealre
, et par les exemples pratiques donés
aussi sur des cartes , et expliqués peu à
peu et de vive vois , à mesure qu'il les
imprime sur sa table.
12. On écrit ce qu'on veut dans les
tèmes donés sur des cartes : chaque jour
fournit son sujet , et l'on met à profit
le chois des programes , des afiches , des
placars , des tèses , des avis , des anonces,
des enseignes , et enfin de tous les écritaus
publics ; la table du bureau devient un livre
ouvert à tous les spectateurs ; livre
cheri de l'enfant qui en est le composi
teur , et livre qui n'est jamais nuisible à
sa posture come le sont ordinairement
les petits livres élementaires .
13. Par le moyen du dictionaire du bu--
reau tipografique , l'enfant fera provision
de
JANVIER. 1731 . 19
de plusieurs miliers de mots latins et françois
avant l'age de cinq à sis ans ; avan
tage qui doit nécessairement influer sur
toute la suite des études , et qu'on n'aquiert
que
fort tard par la routine vulgaire.
14. L'enfant aprendra , non -seulement
Portografe de l'oreille et des ïeus par ra
port aus lètres , mais encore l'accentuation
, la ponctuation , les petites abrevia
rions françoises , latines et greques , et
la quantité latine , par la pratique jour
nalière du bureau , où il trouvera les signes
, les voyèles longues et brèves
come caracteres utiles et necessaires pour
Fimpression de la glose interlinéaire ; ce
que la métode vulgaire ne peut faire pratiquer
à l'enfant que lorsqu'il sait écrire,
c'est-à-dire fort tard.
15. L'enfant qui imprimera du latin
avec de beaus caracteres manuscrits , disposera
et préparera son imagination pour
mieus faire imiter ensuite à sa main , les
traits , les figures et les lètres , dont la
parfaite image sera vivement , distinc
tement et profondément gravée dans son
cerveau.
16. Par l'impression des tèmes donés à
l'enfant , il poura aprendre de bone heu
re les élémens de tout ce qu'on pourolt
lui montrer par le moyen de l'écriture ;
B iiij
c'est18
MERCURE DE FRANCE.
mot , on dispose et prépare plu-tot son
imagination aus grandes operations literaires
et grammaticales que la métode
vulgaire n'entreprend pas ordinairement
d'enseigner à des enfans de deus à trois.
et à quatre ans.
11. L'enfant aprend par pratique les
terminaisons des noms et des verbes , et
enfin à décliner et à conjuguer ; il aprend
les genres , les déclinaisons , les prêterits
et les supins , les concordances , et partie
de la sintaxe , par les principales règles
donées sur des cartes en glose interlinéal
re , et par les exemples pratiques donés
aussi sur des cartes , et expliqués peu
peu et de vive vois , à mesure qu'il les
imprime sur sa table.
à
12. On écrit ce qu'on veut dans les
tèmes donés sur des cartes : chaque jour
fournit son sujet , et l'on met à profit
le chois des programes , des afiches , des
placars , des tèses , des avis , des anonces,
des enseignes, et enfin de tous les écritaus
publics ; la table du bureau devient un livre
ouvert à tous les spectateurs ; livre
cheri de l'enfant qui en est le compositeur
, et livre qui n'est jamais nuisible à
sa posture come le sont ordinairement
les petits livres élementaires .
13. Par le moyen du dictionaire du bureau
tipografique , l'enfant fera provision
de
JANVIER. 1731 . 19
de plusieurs miliers de mots latins et françois
avant l'age de cinq à sis ans ; avan➡
tage qui doit nécessairement influer sur
toute la suite des études , et qu'on n'a→
quiert que fort tard par la routine vulgaire.
14. L'enfant aprendra , non-seulement
Portografe de l'oreille et des feus par raport
aus lètres , mais encore l'accentuation
, la ponctuation , les petites abreviations
françoises , latines et greques , et
la quantité latine , par la pratique jour
nalière du bureau , où il trouvera les signes
, les voyèles longues et brèves
come caracteres utiles et necessaires pour
Fimpression de la glose interlinéaire ; ce
que la métode vulgaire ne peut faire pratiquer
à l'enfant que lorsqu'il sait écrire,
c'est-à-dire fort tard.
15. L'enfant qui imprimera du latin
avec de beaus caracteres manuscrits , disposera
et préparera son imagination pour
mieus faire imiter ensuite à sa main , les
traits , les figures et les lètres , dont la
parfaite image sera vivement , distinc
tement et profondément gravée dans son
cerveau.
16. Par l'impression des tèmes donés à
l'enfant , il poura aprendre de bone heu
re les élémens de tout ce qu'on pourolt
lui montrer par le moyen de l'écriture ;
Biiij c'est20
MERCURE DE FRANCE
c'est-à- dire , qu'on poura lui enseigner
tous les principes sensibles , et lui doner
par là les premieres notions des arts et
des siences. Il a été déja démontré que
les enfans de deus à trois ans sont capables
de ces premières notions , par le
moyens des idées et des mèmes opérations
dont il se servent pour aprendre
leur langue ; verité à laquelle les seuls
préjugés empêchent de faire toute l'atention
necessaire. L'experience et l'aveu
des maîtres qui en faveur du corps négligent
, éloignent , diferent et retardent
les premiers soins literaires , au préjudice
de l'esprit prouvent l'insufisance des
métodes vulgaires dans l'éducation diligente
et hâtée des enfans. or la métode
du Bureau tipografique alant toujours ,
pour ainsi dire , de niveau avec l'enfant ,
done les moyens surs et infaillibles de le
suivre pas à pas ,
et de comancer sans
danger , à lui former plutot l'esprit et le
coeur. on peut donc , sans temerité
avancer cète proposition , que les enfans
étant capables d'aprendre , plutot que la
métode vulgaire n'est propre à les enseigner
, on doit aprouver et préferer cele
du Bureau tipogràfique ; ce que je vai tacher
de confirmer encore par le détail
des choses sensibles , que l'on peut montrer
à un petit enfant , avant qu'il soit en
état
JANVIER. 1731 . 21
état d'y ètre conduit par les métodes
ordinaires.
17. Quoique l'erreur , le mensonge ,
l'imposture , la charlatanerie , la chicane
et l'injustice , abusent des mots et dés
expressions de la langue françoise , il
ne s'ensuit pas que dans un ouvrage la
verité , la justice , et la bone foi doivent
s'abstenir de ces mèmes mots et
de ces mèmes expressions ; le zèle pour
le bien public ne perd jamais ses droits ;
c'est pourquoi je demande un peu d'indulgence
, ou de tolerance de la part des
maitres trop prévenus , et qui mal à
propos s'identifiant , pour ainsi dire ,
avec les métodes vulgaires qu'ils pratiquent
, ont le courage de mètre sur leur
conte , ce que je n'ai jamais pretendų
dire que contre les métodes sur l'abus.
desqueles , il y a toujours eu liberté d'écrire
, malgré le respect et le préjugé en
faveur du DESPAUTERE du .......
De tout ce que j'aí , dit jusqu'ici on peut
conclure qu'il sera aisé d'enseigner à l'enfant
le latin , des mèmes mots qu'il aprendra
d'abord en françois , et pour cet éfet
on essayera de suivre peu à peu l'ordre et:
la métode qu'indiquera la langue mater
nele ou d'usage .
etc.
18. On donera à l'enfant , et sur des
cartes , les noms des persones et des ob
By Jets
22 MERCURE DE FRANCE
jets qu'il voit et qu'il conoìt ; cela servira
à le familiariser avec les raports des signes
et des choses signifiées.
19. Les figures de la Bible fournissent
la liste des noms propres des patriarches ,
des juges, des Rois , des pontifes , des grans
homes, etc. ces listes ou suites historiques,
généalogiques , cronologiques et géografiques,
devienent la base de l'histoire universéle
pour un enfant de 3 à 4 ans.
20. La Fable , les Métamorfoses d'ovide
, les Dieus , les Déesses , les demi - Dieus
les Heros du Paganisme fournissent aussi
dequoi varier agréablement l'exercice
tipografique .
21. L'histoire profane fournit également
des époques , des listes , des suites
qui amusent et instruisent l'enfant de 3
à 4 ans. Toutes les cartes étant numé
rotées , pouront ètre lues , et rangées selon
l'ordre cronologique sur la table du
Bureau.
22. On poura doner ainsi les souve-.
rains et les capitales de tous les Etats du
monde , et les capitales des provinces ou
des Gouvernemens de France ; et à l'ocasion
des mots , des choses ou des racines
historiques , on poura amuser et instruire
l'enfant , en essayant peu à peu de lui
doner de tems en tems des idées sensibles
sur le bien et le mal , sur le vice et
la:
JANVIER. 1731 . 23
fa vertu , sur le juste et l'injuste , et sur
Fe vrat et le faus.
23. On peut doner des cartes de bla
son , faire imprimer sur la table du Bureau
les termes héraldiques , et en montrer
tous les objets sensibles quand l'ocasion
s'en presentera.
24. On pratiquera facilement les premières
règles de l'aritmétique et de l'algèbre
sur la table du Bureau , aiant sur
des cartes les chifres et les signes nécessaires
pour ces petites opérations , et
pouvant d'ailleurs employer utilement
des jetons , des marques , et des dés ;
pour rendre les nombres plus sensibles.
25. On peut également doner la conoissance
des premiers élémens de géométrie
sur les lignes , les surfaces et les solides
des corps réguliers , avec lesquels
un enfant se familiarise , et se rend peu
à peu capable de toutes les parties sen
sibles des matématiques , sans en excepter
les sections coniques donées aussi en
relief.
26. La Musique mème trouvera son
avantage sur la table du Bureau. on pou .
ra montrer à l'enfant la game et le dia
pason , sur la tringle ou la règle de bois
mobile qui a servi à l'enfant pour le jeu
de la première classe. on y poura done
mètre les clés , les notes et les signes , que
B.vj L'en
24 MERCURE DE FRANCE
l'enfant aura également sur des cartes ;
qu'il poura ranger vis-à - vis de ces mèmes
signes marqués sur la tringle ou re
gle de bois , il se metra par là en état de
lire et de conoître le clavier d'une épinete
ou d'un clavecin , qui pouront lui
doner ensuite le son et le ton des figures
ou des notes conues, et colées sur les touches
d'un clavier.
,
27. Chaque art peut également ètre
rendu sensible à un petit enfant , si l'on
veut bien prendre la peine de lui démontrer
l'usage des choses , et de lui faire
imprimer le nom des outils , des objets
et des pièces des machines qu'on lui présentera
; c'est ainsi que l'anatomiste , le
botaniste et le machiniste, pouront amuser
et instruire de bone heure leurs petits
enfans ; l'ainé deviendra ensuite le maitre
de ses frères .. Des os , des plantes , des
Machines , des outils , des instrumens
des Balances , des poids , des mesures, des
Jétons , des Dés , des monoies , des médailes
, etc. Tout cela fournit l'abondance.,
la variété , le plaisir du chois, et done par
consequent les moyens de mètre bien à
profit les premieres anées de l'enfance ,.
par toute sorte de métodes , mais non
pas si - tot ni si-bien que par la métode
du Bureau tipografique.
28. On peut faire aprendre l'A , B , C.
Grec
JAVIER. 1731. 25
crec , Ebreu , Arabe , etc. avec l'A , B , C ,
François; faire imprimer du françois avec
les caracteres grecs , et avec les lètres
ébraïques , de droit à gauche , et montrer
ensuite la casse des imprimeurs, avec des
caracteres renversés , lus à rebours ; avantage
considérable pour les enfans des im
primeurs et des graveurs,ausquels on pou
ra doner un casseau , dont les cartes seront
distribuées come les lètres d'un casseau
d'imprimerie , et pour lors en peu de
mois on poura leur enseigner à imprimer
sur le Bureau les racines latines , gre--
ques , ébraïques , caldaïques , et arabes ;
de mème qu'aus enfans destinés à l'église
ou à l'étude des langues saintes et
orientales.
29. On poura faire imprimer en fran
çois , des rimes ou des vers de peu de
silabes , pour sonder , essayer et former
l'oreille de l'enfant dans la lecture soutenue
et dans la déclamation . on poura
jouer au jeu des rimes après avoir fait
déviner les sons et les lètres des mots ..
on peut doner de petites anagrames , et
mème des vers latins , examètres et pen-.
tamètres , pour faire aprendre à conoìtre
, à sentir et à ranger les piés de cète
structure de vers , dont on trouvera tous
les mots sur autant de cartes diférentes
dans la derniere logète du se rang sous.
cele de la
syntaxe
-
26 MERCURE DE FRANCE.
Exemple :
Tot tibi sunt dotes , Virgo , quot sïdërå.
coelo.
omnia sunt hominum , tenůī pēndentia filo
Et subito casu , que valuere ruunt.
30. On metra donc d'abord un en--
fant en état . d'imprimer des mots ,
des lignes , des frases en glose interli
naire , en latin et en françois ; 2° . d'imprimer
et de faire lui - mème la construc
tion du texte de rhèdre chifré ou numeroté.
3 ° . de faire de petites versions.
4. d'imprimer aussi de petites compositions
; et ces quatre exercices fourni
ront au maitre Focasion de doner à l'enfant
plus d'idées et de conoissances literaires
et grammaticales , qu'aucun rudiment
vulgaire n'en poura jamais doner sitôt
et en si peu de tems .
31. Les enfans du Bureau tipografique
seront plutot en état d'exercer leur mé
moire et d'aprendre quelque chose par
coeur , non seulement par Foreille , étant
siflés come des oiseaus , mais encore par
les ïeus , dès qu'ils sauront lire seuls.
32. Un enfant sera plutot en état de
travailler seul avec un domestique ou
avec d'autres persones , pendant que le
maître sera absent , ou ocupé à quelque
autre chose et l'enfant , plutot que de
A
Bester
JANVIER. 1731. 27
et à
rester oisif, vera toujours avec plaisir un
domestique employé à imprimer les cartes
de la garniture du bureau , ou à tailler
rogner des cartes sur un modele de
fer -blanc proportioné aus logetes des petits
bureaus portatifs de 4 piés de long
dont les cartes apelées Etrenes mignones
auront is lignes de largeur , et 2 pouces.
de hauteur , ainsi qu'on l'a déja pratiqué.
33. Non seulement les enfans qui parlent
, mais encore les sours et les muets
pouront aprendre presque tout , excepté
les sons , par les combinaisons pratiques
des signes sensibles , extérieurs , soumis à
la vue, et en passant , pour ainsi dire , des
ïeus du corps à ceus de l'esprit..
34. Les abécédaires de tout age seront
moins honteus sur la table d'un bureau ,.
que sur la crois de pardieu , leur intelligence
et leur empressement les feront lire.
passablement dans un mois ou deus..
35. L'enfant du Bureau conservera_sa
main en aprenant à écrire , et poura sans
préjudicier à l'étude des langues , n'écrire
jamais au comencement que sous
les ieus et sous la main d'un bon maître.
Je parleraí ailleurs d'une métode tres - utile
pour aprendre à écrire en assés peu de
tems.
36. L'enfant conoìtra plu-tot l'usage
des livres , des dictionaires , et des tables
des :
28 MERCURE DE FRANCE.
des matières , qu'on lui aprendra à parcourir
et à feuilleter tout seul ; il aquêra
aussi plu-tôt le gout de la lecture , de
l'étude , du travail , des livres , et des savans
; et il sera enfin plutot et beaucoup
plus sensible à la gloire et à l'émulation
literaire , que ne le sont ordinai
rement les enfans conduits et dirigés par
la métode vulgaire et tardive.
qua-
37. L'enfant aura plu - tôt l'adresse des
doits et des mains ; adresse qui manque
souvent à la plupart des enfans de
lité , peu exercés à l'action de la maîn ;
l'enfant aura plutot le gout , le coup
d'euil , l'esprit d'ordre et l'esprit rangé
si rares parmi les homes , et plus rares encore
parmi les jeunes gens.
38. L'enfant du Bureau est mis en état
d'aler plutot et plus fort au colege, et parconsequent
d'entrer plutot à l'académic
pour y faire tous ses exercices , avantage
considerable pour la jeunesse destinée et
apelée au noble et glorieus métier des
armes.
39. Beaucoup de savans par principe
de santé , travaillent debout , à l'exemple
des imprimeurs et de plusieurs autres nobles
artisans ; or l'action , l'exercice et le
mouvement du jeu tipografique , entre
tenant aussi le corps en santé , done en
mème- tems à l'esprit la meilleure culture
possi
JANVIER. 1730. 2
possible de l'aveu des medecins et de
'ESCULAPE de notre siècle . on ne prétend
pas dire par là que l'exercice du Bureau
rende immortel ou invulnerable ; cette
remarque est pour les bones gens qui ne
jugent des choses que par l'évenement, et
qui regardent souvent come un éfet necessaire
, ce qui n'est qu'un pur accident
40. La métode du Bureau tipografique
donera lieu aus bons maitres d'ètre encore
plus atachés et plus atentifs à leur de
voir , et plus utiles à leurs éleves ; ils auront
plus souvent ocasion de precher
d'exemple ; article essentiel dont se dispensent
volontiers bien des maîtres négligens
et indiferens sur l'éducation d'un
enfant , ou trop ocupés du seul esprit
mercenaire, ces derniers ne manqueront
pas de faire leurs éforts contre la métode
du Bureau , qui les remet,pour ainsi dire,
à l'A , B, C , et qui demande de leur part,
au moins au comancement , plus d'assiduité
et de soins que n'en paroit exiger
la routine vulgaire.
41. Persuadé de la verité , de l'utilité et
de la diligence de cete métode , j'ose assurer
et prédire que toutes choses dail
leurs égales , les viles qui les premieres
feront usage du Bureau tipografique , seront
dans la suite , à proportion des écoles
et des écoliers , les premieres à produi
re
30 MERCURE DE FRANCE.
>
re le plus grand nombre d'enfans et
d'homes celebres dans les arts et dans les
siences.
Si on ne goute point la métode du Bureau
tipografique , je m'en étone , et si on la
goute , je m'en étone de même.
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Résumé : HUITIEME Lètre sur la bibliotèque des enfans, etc.
Le texte aborde les défis liés à la lecture et à la compréhension des lecteurs du Mercure de France, qui souvent ne prêtent pas suffisamment attention aux textes, ce qui les rend incapables de les analyser ou d'en parler de manière éclairée. Cette inattention conduit à des critiques injustes envers les auteurs, car il est plus facile de critiquer que de créer. L'auteur récapitule les points essentiels de ses lettres précédentes sur l'éducation des enfants. Il souligne que les enfants de deux à trois ans sont capables des premières opérations littéraires et que les méthodes vulgaires sont inadaptées à leur âge. Il recommande la méthode du bureau typographique, qui est proportionnée à tous les âges et permet une meilleure éducation. Le texte compare les avantages de commencer l'éducation tôt avec la méthode du bureau typographique par rapport à une initiation tardive avec des méthodes vulgaires. Il utilise des analogies, comme celle du coureur, pour illustrer que commencer tôt et par la bonne méthode permet de progresser plus rapidement et efficacement. L'auteur décrit les étapes de la méthode du bureau typographique : montrer les lettres aux enfants dès leur jeune âge, leur apprendre à les nommer comme un perroquet, et les faire imprimer différentes langues. Cette méthode rend l'apprentissage agréable et évite les difficultés rencontrées avec les méthodes traditionnelles. Le texte détaille également les avantages spécifiques de la méthode du bureau typographique, tels que l'apprentissage précoce de la lecture et de l'écriture, la maîtrise de l'orthographe, la capacité de lire manuscrits et imprimés, et l'acquisition de vocabulaire latin et français. Cette méthode prépare les enfants aux opérations littéraires et grammaticales de manière plus efficace que les méthodes vulgaires. Les enfants, dès l'âge de deux à quatre ans, apprennent les terminaisons des noms et des verbes, les genres, les déclinaisons, les préterits, les supins, les concordances et la syntaxe par des cartes et des exemples pratiques. Ils écrivent sur des cartes des sujets variés, comme des programmes, des affiches ou des annonces, transformant la table du bureau en un livre ouvert. Grâce à un dictionnaire typographique, ils acquièrent plusieurs milliers de mots latins et français avant l'âge de cinq ou six ans. La méthode enseigne également la ponctuation, les abréviations et la quantité latine par la pratique quotidienne. Les enfants impriment du latin avec des caractères manuscrits, préparant ainsi leur imagination pour imiter ensuite des traits et des lettres. Ils apprennent les éléments de divers arts et sciences par l'écriture, démontrant que les enfants de deux à trois ans sont capables de ces premières notions. Le texte critique les méthodes vulgaires, jugées insuffisantes et tardives, et vante les avantages de la méthode du bureau typographique, qui suit l'enfant pas à pas et forme son esprit et son cœur dès le plus jeune âge. Les enfants apprennent également les noms des personnes et des objets, les figures de la Bible, les fables, les métamorphoses d'Ovide, et l'histoire profane. Ils pratiquent les règles de l'arithmétique, de l'algèbre, de la géométrie et même de la musique sur la table du bureau. La méthode permet aussi d'enseigner plusieurs langues, comme le grec, l'hébreu et l'arabe, et de former l'oreille des enfants à la lecture et à la déclamation. Les enfants du bureau typographique sont capables de travailler seuls et d'apprendre par cœur, développant ainsi leur mémoire et leur adresse manuelle. Ils acquièrent également le goût de la lecture et de l'étude, et sont plus sensibles à la gloire et à l'émulation littéraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 35-48
LETTRE d'un Grammairien de Provence, sur le Bureau Tipographique.
Début :
Est-il licite de vous demander, Monsieur, pourquoi et comment [...]
Mots clefs :
Charlatans, Bureau typographique, Méthode vulgaire, Grammaire, Apprentissage, Scepticisme, Mémoire, Rigueur, Langues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Grammairien de Provence, sur le Bureau Tipographique.
LETTRE d'un Grammairien de Provence
, fur le Bureau Tipographique.
E
St-il licite de vous demander , Monsieur
>
pourquoi et comment tant de
charlatans de la République des Lettres
sont écoutés à la Cour et à la Ville ? Votre
Mercure parle toujours de quelqu'un
de ces Messieurs ; divertissent- ils donc le
Public à ses dépens ? Jadis des fols et des
bouffons augmentoient le nombre des
domes
36 MERCURE DE FRANCE.
domestiques des grands Seigneurs , ensuite
par un meilleur goût , on préfera
les Menétriers , les Troubadours , les Baladins
et les Saltinbanques ; ne seroit- ce
point aujourd'hui le tour des Charlatans ?
il semble qu'ils soient devenus à la mode,
( car en France , comme vous sçavez ) la
mode est l'ame et le mobile presque de
tout , et on dit que Paris seul pourroit
fournir plus de troupes de Charlatans
que tout le Royaume ensemble.
·
Je ne vous parle point ici , Monsieur ,
des prétendus inventeurs de la Pierre.
Philosophale , de la Quadrature du Cercle
, du mouvement perpetuel , des longitudes
etc. je n'y prens aucun interêt ;
mais je vous avouë que je ne puis comprendre
comment des gens de Lettres
donnent dans de pareils travers , et comment
ils peuvent être non -seulement tolerés
et protegés, mais encore quelquefois
récompensés.
On dit que tous les jours vous êtes regalés
d'Affiches nouvelles qui annoncent
au Public des Phénomenes litteraires ;
par l'une on promer de mettre une femme
, une nourisse , un Suisse même , en
état de montrer à un François la Langue
Latine en peu de tems , par le secret ou
le moyen de quelques Monosillabes techniques
et de quelques signe sou herissons
hyeroglifiques.
Un
JANVIER. 1731. 37
Un autre Auteur donne les Sciences
dévoilées et le moyen d'apprendre le Latin
et les Sciences sans le secours d'aucun
Maître ; il donne l'art d'enseigner
le Latin aux petits enfans en les divertissant
, et sans qu'ils s'en apperçoivent :
ce même Auteur dit qu'il ne faut pas
plus de six mois pour apprendre le Latin
et faire son droit , six mois pour être en
état d'entrer dans un Seminaire
mois pour le Latin qui regarde la Medecine.
Je m'imagine qu'avec de tels secrets
on ne manque pas de faire rouler carosse
& c .
trois
Ce qui me revolte le plus en lisant votre
Mercure , c'est d'y trouver un de ces
Charlatans qui affecte de décrier les méthodes
des autres pour donner plus de
crédit à la sienne , et l'élever sur le débris
des autres. Il parle toujours d'un
rudiment pratique de bois , par le moyen
duquel il promet de mieux montrer que
les autres la silabisation , l'orthographe
et les rudimens de la Langue Latine . On
dit que ce Bureau pour un enfant de
deux à trois ans a plus d'une toise de
long , et si ce Bureau si nécessaire pour
l'instruction d'un enfant , croit à mesure
que l'écolier avance en âge , il lui
faudra cinq ou six toises avant que
l'enfant
en quitte l'usage ; à ce
compte là
C le
38 MERCURE DE FRANCE
les jeux de paume vont devenir prodigieusement
chers , car où placer ces machines
de bois à moins qu'on n'ait de
grandes Sales , ou des Galeries telles que
celles des Princes et des grands Seigneurs
une voye plus abregée , à mon avis , ce
seroit d'habiter une Bibliotheque. En atrendant
que je sçache bien la construction
de cette machine , je vous suplie de ne pas
me refuser les éclaircissemens que je vous
demande ; car il appert visiblement que
tet Auteur ignore lui-même ce qu'il veur
montrer aux autres .
Quelle plaisante route n'est- ce point
de faire pratiquer une fausse orthographe
qu'il appelle l'orthographe de l'oreille,
pour parvenir enfin à la veritable or
thographe des yeux ou de l'usage ? A quoi
bon ce détour ? Est-ce là cette simplicité
dont il se pique tant ? La méthode vulgaire
n'est- elle pas plus simple d'aller
droit à la veritable orthographe , sans
chercher les détours qu'indique ce rudiment
de bois car enfin c'est abuser de
la tolerance et de la liberté dont on jouit
dans la République des Lettres , que de
donner ainsi au Public une méthode bizarre
et embarassante sur le nom des lettres
, sur la sillabisation , sur l'ortographe
et sur le rudiment de la Langue Latine
, pendant que nous avons d'excellentes
JANVIER. 1731. 39
lentes méthodes sur chacune de ces parties.
Pourquoi les abandonne - t'on , et
pourquoi leur préferer le - sistême de la
chienne lettrée de la Foire , puisque selon
l'exposé de l'Auteur , un enfant travaille
à ce nouveau Bureau de la même
maniere que la chienne en question ; l'enfant
, à ce qu'on dit , prend dans son Bureau
les lettres dont il a besoin pour composer
un mot tout comme la chienne les
prend sur le pavé ou sur le plancher , et
les donne à son Maître,suivant l'ordre de
l'orthographe
, ainsi que l'enfant
les range
l'une après l'autre sur la table de son
Bureau ; et si l'un et l'autre fait est bien
constant , n'y auroit- il point quelque mistere
que nous ne sçaurions penetrer , et
qui n'est entendu que par ces nouveaux
maîtres et par leurs éleves ? Je me défie
extrêmement
de ces merveilles .
Quoiqu'à la rigueur , je ne doute nullement
qu'on ne puisse dresser un enfant
à ces sortes de jeux comme on dresse un
chien ou tout autre animal. Il me reste
toujours un scrupule dont je sens bien
que je ne guerirai que par ma propre experience
, ou par le témoignage de personnes
sensées , et sans prévention ; je
serois curieux , par exemple , de sçavoir
si un enfant dressé par cette nouvelle.
façon pourroit lire dans un Livre impricij
mé
MERCURE DE FRANCE
mé à Paris , et qu'il n'auroit jamais vû ?
ces faits une fois posés , je passe à ce
prétendu rudiment pratique , et je voudrois
sçavoir si ce rudiment de bois , futil
d'ébene , ou de quelqu'autre bois plus
précieux , apprendra à l'enfant les principes
de la Langue Latine suivis , observés
, et scrupuleusement pratiqués depuis
tant de siecles ? nos maîtres qui n'avoient
point ces moyens prestigieux , ne sontils
pas parvenus à un dégré de sçavoir
auquel nous avons bien de la peine à atteindre
, et finalement auquel tous ces
beaux esprits à rechercher ne parviendront
jamais ? Quoi ! nous aurons passé
bien des années à nous tourmenter pour
apprendre des choses que nous sentons
ne sçavoir pas encore bien dans un âge
avancé , et des enfans de quatre ou cinq
des Gouvernantes , des domestiques
apprendront en jouant ce qui nous a
couté tant de peines , tant de pleurs et
et de fatigues ? nous faudra- t'il remettre
à la Croix de pardieu , sous peine d'être
repris par des enfans ?
ans ,
Que je crains , Monsieur , qu'à force
de vouloir rendre les Sciences aisées , on
ne les rende trop communes , et qu'on
ne méprise les Sçavans par la facilité que
l'on aura à tout âge et en toute condition
de se mettre de niveau avec eux.
En
JANVIER. 1731. 41
En verité , Monsieur , on a bien peu d'é
gard pour des personnes qui ont vieilli
sur les livres , et qui se livrent avec tant
de zele à l'instruction de la jeunesse. On
se livre trop aisément à de nouveaux
venus qui nous ravissent nos droits par
des jeux et par des prestiges , car je ne
sçaurois nommer autrement ces inventions
phantastiques.
Despautere , Hannibal Quadret , le
P. Pomey et tant d'autres auront donc
travaillé inutilement pour la Jeunesse
si l'on suit d'autres routes que celles qu'ils
nous ont marquées. L'experience journaliere
nous apprend que la voye de la récitation
et d'apprendre par coeur est la
plus sure pour exercer la mémoire des
enfans ; nous voyons avec satisfaction que
des enfans sçavent à peine lire qu'ils
nous recitent sans faute leur Mufa , leur
Penelope , la femme d'Ulisse , leur Templum
, Pater, Fructus , Cornu , Dies , et
tous les Paradigmes des Rudimens , nous
voyons qu'ils retiennent avec un succès
égal toutes les concordances , les difficultes
sur la particule On , sur le Que relatif
ou particule , les quatre Questions de
lieu , celles de tems , les régimes des Verbes
Celo , rogo , doceo , moneo , posco , flagito
, ceux de refert et interest , des Verbes ,
piget , pudet , penitet , enfin tout ce qu'il,
Ciij y
42 MERCURE DE FRANCE
ya de plus épineux dans la Grammaire
et dans la Syntaxe , et après cela on viendra
nous débiter des préceptes qui sont
de vrais paradoxes , pour ne rien dire
de plus , ceux qui les débitent seront
crus , seront suivis , tandis que l'on rira
de nos raisonnemens et que nos Ecoles
seront desertes : Que deviendra le fruit
de nos veilles et de nos travaux ? Permettez
-moi , Monsieur , de m'écrier ici avec
un Ancien : 0 tempora ! ô mores !
Avant que de finir ma Lettre
, agréez
,
Monsieur
, que je vous demande
un éclaircissement
sur le titre ridicule
que cet Au-
`teur
avoit
dabord
donné
à sa nouvelle
méthode
, l'A , B , C de Candiac
; ce titre
porte
bien
avec
lui un caractere
de
vision
; car ou ce Candiac
est un nom
propre
de Ville
, ou de personne
, quelque
ce puisse
être des deux
, je dis qu'il
est absurde
de vouloir
ériger
ses visions
en dogmes
litteraires
, au préjudice
de
la doctrine
reçuë
depuis
tant de tems
par
lés plus habiles
Maîtres
; et si cette
voye
a lieu il sera donc
permis
à chacun
de
donner
ses idées
au Public
comme
des
régles
infaillibles
. Je n'aurai
donc
qu'à
donner
må maniere
de montrer
à lire et
le Latin
sous le nom de l'A , B , C , ou
du rudiment
de Ventabrén
, un autre
donnera
la Grammaire
d'Auron
, et quelqu'autre
1
JANVIER. 1731. 43
qu'autre aussi la Sintaxe de Vitrole ; tour
le monde doit sentir les inconveniens d'un
tel abus et le ridicule de pareilles maximes.
Cette reflexion m'en fait naître une
autre que je ne dois pas obmettre , vous
jugerez de sa valeur . Toute personne qui
n'est point née à Paris ou à Blois a mauvaise
grace de vouloir donner des regles
d'orthographe françoise , et qui ne possede
pas le Grec et le Latin ne peut écrire
correctement et suivant l'étimologie des
mots françois qui dérivent de ces deux
Langues. Laissons donc à nos Professeurs
des Universités du Royaume , et sur tout
à ceux de notre Capitale , le soin de nous
donner des regles pour la prononciation
et pour l'orthographe françoise ; nourris
depuis leur enfance dans les Langues oríginales
, ils sçavent mieux que tout au
tre la vraye source du françois , ils en
sçavent mieux la prononciation , ils ont
vieilli dans l'étude du Grec et du Latin .
Plus j'y pense , plus je suis frappé de
la singularité du titre de ce nouveau sistême
, l'A , B , C de Candiac , la Biblio
theque des enfans ; un livre ne sçauroit
être une Bibliotheque , car une Bibliotheque
est une grande chambre , ou appartement
où l'on met des livres de touté
de tout genre ; or un Livre sur
C iiij
espece ,
l'a
4 MERCURE DE FRANCE
l'a , b , c , pour des enfans ne sçauroit
composer une Bibliotheque. Ce titre me
fait ressouvenir d'une Epigramme du fameux
Owen , le Martial Anglois , contre.
un certain Rider , Auteur d'un Lexicon
qu'il avoit donné au Public sous le titre
de Bibliotheque ; ne pourroit on pas en
faire une application à ce nouveau sistême
? La voici :
Quid sibi ridendi vult Bibliotheca , Rideri
Unus enim non est Bibliotheca liber ;
Verborum cum theca fit hac , non theca Librorum
,
Lexicon hoc dici , Dictio theca potest.
Un Livre seul est- il une Bibliotheque
Ma foi , Rider , cette pensée est Grecque ;
Tu ne me comprens pas ; voici donc mes raisons;
Ton Livre tout au plus est de mots un repaire ;.
Une aire au plus de Dictions ;
Nommons-le donc Dictionnaire .
Ce Bureau à niches de bois peut encore
moins passer pour une Bibliotheque
puisqu'on n'y doit mettre que des verbes
, des noms substantifs , des adjectifs ,
des indéclinables ; et ces niches continssent-
elles tous les substantifs imaginables ,
ne donneront jamais à un enfant la connoissance
de la nature du substantif , de
l'adjectif, du verbe &c.
Ca
JANVIER. 1731 45
Ce Bureau , ce Colombier , puisque
Colombier y a , ne rendra jamais un enfant
imperturbable sur les déclinaisons ,
les conjugaisons et les genres , sur les concordances
, car si , par exemple , je viens à
lui demander de quel genre est pileus
sçaura t'il me le dire ? et s'il le dit , sera:
t'il en état de répondre au da regulam ?
ce sera là pour lui un langage inconnu
son Bureau ne pouvant lui fournir cette:
maxime si courte , si usitée dans nos Ecoles
, et qui est le fruit des veilles du co…
riphée des Grammairiens.
Omne viro soli quod convenit esto virile .
Mais sans entrer dans ce détail qui
mettroit en déroute ces nouveaux Maîtres
, et leur Bureau en éclats , je me
borne à un raisonnement que peu de
personnes sont en état de faire , parceque
peu de gens prennent un aussi grand
interêt à ces sortes de matieres.
Tout ce qu'un enfant instruit par cette
méthode acquerra de connoissance de la
Langue Latine , de la Grammaire et de
la Syntaxe, ne sera qu'une mémoire locale:
artificielle et méchanique du substantif ,
de l'adjectif et de toutes les parties d'o
raison ; mais il n'aura jamais ce qu'on
appelle la mémoire spirituelle et métaphisique
de ce que ces mots signifient..
Cv Car
46 MERCURE DE FRANCE
Car enfin , lors qu'on lui aura ôté son
Bureau , ses logettes , et qu'on lui demandera
ce que c'est qu'un substantif , un
adjectif , un Verbe &c. il sera entierement
dérouté , et manquant de l'outil
ou de l'instrument qui lui donnoit ce
dont il avoit besoin , il ne sçaura que
devenir. Mais quelle difference à l'égard
d'un enfant instruit par l'ingénieuse méthode
du Rudiment ? avec son Quadret ,
et sans son Quadret , avec son Despautere
, ou sans son Despautere , il répondra
positivement , et ad rem , sur tout ce
qu'on pourra lui demander , parce qu'il
sçaura que ces définitions sont dans ces
Livres , qu'on les lui a expliquées , qu'il
les a apprises par coeur , et vous les recitera
même sans faute , sa mémoire qu'on
a cultivée avec tant de soin ne sçauroit
lui manquer dans une pareille occasion.
C'est , au reste , se tromper lourdement
et donner dans une erreur manifeste , de
croire qu'il faille cultiver autre chose que
la mémoire dans les enfans ; c'est là tout
leur fonds , leur ame , leur esprit n'est
point encore assez formé pour pouvoir
faire toutes les opérations qui conduisent
à l'intelligence . Donnez leur donc beaucoup
de mots beaucoup de termes à
apprendre par coeur , faites les leur recizer
souvent , et vous en ferez des prodi-
>
ga
JANVIER. 1731. 47
ges . On perdra son tems et sa peine quand
on voudra leur donner l'intelligence des
définitions , leur en faire comprendre le
sens ; le tems de les entendre viendra
toujours assez tôt , ne vint-il qu'à l'âge
de quinze ou vingt ans , et c'est justement
alors que leur esprit formé commence
à sentir la valeur des termes qu'ils
ont appris avant ce tems là , et que leur
mémoire conserve comme en depôt ; car
ce n'est que la mémoire qui nous rend
sçavans , et nous fait paroître tels . Autant
que je puis m'en ressouvenir un Ancien
Fa dit avant moi nous ne sommes sçavans
qu'autant que nous avons de la mémoire.
Que ces Tipographistes me font de compassion
, et que je plains les personnes
qui ont à essuyer leurs visions ! Tenonsnous-
en à nos anciennes maximes ; sui
vons les traces qu'on nous a frayées , et
marchons par la voye qu'ils nous ont
indiquée , dussions nous ne jamais arteindre
au but où nous tendons. Et quoique
puisse dire' Seneque , les hommes font
toujours bien de suivre la foule : errer
avec de grands Maîtres , c'est suivre la
bonne tou
, et j'ose le dire , c'e
jours ou presque toujours errer , que
suivre de nouvelles routes . En attendant
C vj
de
l'hort
48 MERCURE DE FRANCE
l'honneur de votre Réponse , j'ai celui
d'être &c.
A Ventabrén , ce 2. Octobre 1730 .
, fur le Bureau Tipographique.
E
St-il licite de vous demander , Monsieur
>
pourquoi et comment tant de
charlatans de la République des Lettres
sont écoutés à la Cour et à la Ville ? Votre
Mercure parle toujours de quelqu'un
de ces Messieurs ; divertissent- ils donc le
Public à ses dépens ? Jadis des fols et des
bouffons augmentoient le nombre des
domes
36 MERCURE DE FRANCE.
domestiques des grands Seigneurs , ensuite
par un meilleur goût , on préfera
les Menétriers , les Troubadours , les Baladins
et les Saltinbanques ; ne seroit- ce
point aujourd'hui le tour des Charlatans ?
il semble qu'ils soient devenus à la mode,
( car en France , comme vous sçavez ) la
mode est l'ame et le mobile presque de
tout , et on dit que Paris seul pourroit
fournir plus de troupes de Charlatans
que tout le Royaume ensemble.
·
Je ne vous parle point ici , Monsieur ,
des prétendus inventeurs de la Pierre.
Philosophale , de la Quadrature du Cercle
, du mouvement perpetuel , des longitudes
etc. je n'y prens aucun interêt ;
mais je vous avouë que je ne puis comprendre
comment des gens de Lettres
donnent dans de pareils travers , et comment
ils peuvent être non -seulement tolerés
et protegés, mais encore quelquefois
récompensés.
On dit que tous les jours vous êtes regalés
d'Affiches nouvelles qui annoncent
au Public des Phénomenes litteraires ;
par l'une on promer de mettre une femme
, une nourisse , un Suisse même , en
état de montrer à un François la Langue
Latine en peu de tems , par le secret ou
le moyen de quelques Monosillabes techniques
et de quelques signe sou herissons
hyeroglifiques.
Un
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Un autre Auteur donne les Sciences
dévoilées et le moyen d'apprendre le Latin
et les Sciences sans le secours d'aucun
Maître ; il donne l'art d'enseigner
le Latin aux petits enfans en les divertissant
, et sans qu'ils s'en apperçoivent :
ce même Auteur dit qu'il ne faut pas
plus de six mois pour apprendre le Latin
et faire son droit , six mois pour être en
état d'entrer dans un Seminaire
mois pour le Latin qui regarde la Medecine.
Je m'imagine qu'avec de tels secrets
on ne manque pas de faire rouler carosse
& c .
trois
Ce qui me revolte le plus en lisant votre
Mercure , c'est d'y trouver un de ces
Charlatans qui affecte de décrier les méthodes
des autres pour donner plus de
crédit à la sienne , et l'élever sur le débris
des autres. Il parle toujours d'un
rudiment pratique de bois , par le moyen
duquel il promet de mieux montrer que
les autres la silabisation , l'orthographe
et les rudimens de la Langue Latine . On
dit que ce Bureau pour un enfant de
deux à trois ans a plus d'une toise de
long , et si ce Bureau si nécessaire pour
l'instruction d'un enfant , croit à mesure
que l'écolier avance en âge , il lui
faudra cinq ou six toises avant que
l'enfant
en quitte l'usage ; à ce
compte là
C le
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les jeux de paume vont devenir prodigieusement
chers , car où placer ces machines
de bois à moins qu'on n'ait de
grandes Sales , ou des Galeries telles que
celles des Princes et des grands Seigneurs
une voye plus abregée , à mon avis , ce
seroit d'habiter une Bibliotheque. En atrendant
que je sçache bien la construction
de cette machine , je vous suplie de ne pas
me refuser les éclaircissemens que je vous
demande ; car il appert visiblement que
tet Auteur ignore lui-même ce qu'il veur
montrer aux autres .
Quelle plaisante route n'est- ce point
de faire pratiquer une fausse orthographe
qu'il appelle l'orthographe de l'oreille,
pour parvenir enfin à la veritable or
thographe des yeux ou de l'usage ? A quoi
bon ce détour ? Est-ce là cette simplicité
dont il se pique tant ? La méthode vulgaire
n'est- elle pas plus simple d'aller
droit à la veritable orthographe , sans
chercher les détours qu'indique ce rudiment
de bois car enfin c'est abuser de
la tolerance et de la liberté dont on jouit
dans la République des Lettres , que de
donner ainsi au Public une méthode bizarre
et embarassante sur le nom des lettres
, sur la sillabisation , sur l'ortographe
et sur le rudiment de la Langue Latine
, pendant que nous avons d'excellentes
JANVIER. 1731. 39
lentes méthodes sur chacune de ces parties.
Pourquoi les abandonne - t'on , et
pourquoi leur préferer le - sistême de la
chienne lettrée de la Foire , puisque selon
l'exposé de l'Auteur , un enfant travaille
à ce nouveau Bureau de la même
maniere que la chienne en question ; l'enfant
, à ce qu'on dit , prend dans son Bureau
les lettres dont il a besoin pour composer
un mot tout comme la chienne les
prend sur le pavé ou sur le plancher , et
les donne à son Maître,suivant l'ordre de
l'orthographe
, ainsi que l'enfant
les range
l'une après l'autre sur la table de son
Bureau ; et si l'un et l'autre fait est bien
constant , n'y auroit- il point quelque mistere
que nous ne sçaurions penetrer , et
qui n'est entendu que par ces nouveaux
maîtres et par leurs éleves ? Je me défie
extrêmement
de ces merveilles .
Quoiqu'à la rigueur , je ne doute nullement
qu'on ne puisse dresser un enfant
à ces sortes de jeux comme on dresse un
chien ou tout autre animal. Il me reste
toujours un scrupule dont je sens bien
que je ne guerirai que par ma propre experience
, ou par le témoignage de personnes
sensées , et sans prévention ; je
serois curieux , par exemple , de sçavoir
si un enfant dressé par cette nouvelle.
façon pourroit lire dans un Livre impricij
mé
MERCURE DE FRANCE
mé à Paris , et qu'il n'auroit jamais vû ?
ces faits une fois posés , je passe à ce
prétendu rudiment pratique , et je voudrois
sçavoir si ce rudiment de bois , futil
d'ébene , ou de quelqu'autre bois plus
précieux , apprendra à l'enfant les principes
de la Langue Latine suivis , observés
, et scrupuleusement pratiqués depuis
tant de siecles ? nos maîtres qui n'avoient
point ces moyens prestigieux , ne sontils
pas parvenus à un dégré de sçavoir
auquel nous avons bien de la peine à atteindre
, et finalement auquel tous ces
beaux esprits à rechercher ne parviendront
jamais ? Quoi ! nous aurons passé
bien des années à nous tourmenter pour
apprendre des choses que nous sentons
ne sçavoir pas encore bien dans un âge
avancé , et des enfans de quatre ou cinq
des Gouvernantes , des domestiques
apprendront en jouant ce qui nous a
couté tant de peines , tant de pleurs et
et de fatigues ? nous faudra- t'il remettre
à la Croix de pardieu , sous peine d'être
repris par des enfans ?
ans ,
Que je crains , Monsieur , qu'à force
de vouloir rendre les Sciences aisées , on
ne les rende trop communes , et qu'on
ne méprise les Sçavans par la facilité que
l'on aura à tout âge et en toute condition
de se mettre de niveau avec eux.
En
JANVIER. 1731. 41
En verité , Monsieur , on a bien peu d'é
gard pour des personnes qui ont vieilli
sur les livres , et qui se livrent avec tant
de zele à l'instruction de la jeunesse. On
se livre trop aisément à de nouveaux
venus qui nous ravissent nos droits par
des jeux et par des prestiges , car je ne
sçaurois nommer autrement ces inventions
phantastiques.
Despautere , Hannibal Quadret , le
P. Pomey et tant d'autres auront donc
travaillé inutilement pour la Jeunesse
si l'on suit d'autres routes que celles qu'ils
nous ont marquées. L'experience journaliere
nous apprend que la voye de la récitation
et d'apprendre par coeur est la
plus sure pour exercer la mémoire des
enfans ; nous voyons avec satisfaction que
des enfans sçavent à peine lire qu'ils
nous recitent sans faute leur Mufa , leur
Penelope , la femme d'Ulisse , leur Templum
, Pater, Fructus , Cornu , Dies , et
tous les Paradigmes des Rudimens , nous
voyons qu'ils retiennent avec un succès
égal toutes les concordances , les difficultes
sur la particule On , sur le Que relatif
ou particule , les quatre Questions de
lieu , celles de tems , les régimes des Verbes
Celo , rogo , doceo , moneo , posco , flagito
, ceux de refert et interest , des Verbes ,
piget , pudet , penitet , enfin tout ce qu'il,
Ciij y
42 MERCURE DE FRANCE
ya de plus épineux dans la Grammaire
et dans la Syntaxe , et après cela on viendra
nous débiter des préceptes qui sont
de vrais paradoxes , pour ne rien dire
de plus , ceux qui les débitent seront
crus , seront suivis , tandis que l'on rira
de nos raisonnemens et que nos Ecoles
seront desertes : Que deviendra le fruit
de nos veilles et de nos travaux ? Permettez
-moi , Monsieur , de m'écrier ici avec
un Ancien : 0 tempora ! ô mores !
Avant que de finir ma Lettre
, agréez
,
Monsieur
, que je vous demande
un éclaircissement
sur le titre ridicule
que cet Au-
`teur
avoit
dabord
donné
à sa nouvelle
méthode
, l'A , B , C de Candiac
; ce titre
porte
bien
avec
lui un caractere
de
vision
; car ou ce Candiac
est un nom
propre
de Ville
, ou de personne
, quelque
ce puisse
être des deux
, je dis qu'il
est absurde
de vouloir
ériger
ses visions
en dogmes
litteraires
, au préjudice
de
la doctrine
reçuë
depuis
tant de tems
par
lés plus habiles
Maîtres
; et si cette
voye
a lieu il sera donc
permis
à chacun
de
donner
ses idées
au Public
comme
des
régles
infaillibles
. Je n'aurai
donc
qu'à
donner
må maniere
de montrer
à lire et
le Latin
sous le nom de l'A , B , C , ou
du rudiment
de Ventabrén
, un autre
donnera
la Grammaire
d'Auron
, et quelqu'autre
1
JANVIER. 1731. 43
qu'autre aussi la Sintaxe de Vitrole ; tour
le monde doit sentir les inconveniens d'un
tel abus et le ridicule de pareilles maximes.
Cette reflexion m'en fait naître une
autre que je ne dois pas obmettre , vous
jugerez de sa valeur . Toute personne qui
n'est point née à Paris ou à Blois a mauvaise
grace de vouloir donner des regles
d'orthographe françoise , et qui ne possede
pas le Grec et le Latin ne peut écrire
correctement et suivant l'étimologie des
mots françois qui dérivent de ces deux
Langues. Laissons donc à nos Professeurs
des Universités du Royaume , et sur tout
à ceux de notre Capitale , le soin de nous
donner des regles pour la prononciation
et pour l'orthographe françoise ; nourris
depuis leur enfance dans les Langues oríginales
, ils sçavent mieux que tout au
tre la vraye source du françois , ils en
sçavent mieux la prononciation , ils ont
vieilli dans l'étude du Grec et du Latin .
Plus j'y pense , plus je suis frappé de
la singularité du titre de ce nouveau sistême
, l'A , B , C de Candiac , la Biblio
theque des enfans ; un livre ne sçauroit
être une Bibliotheque , car une Bibliotheque
est une grande chambre , ou appartement
où l'on met des livres de touté
de tout genre ; or un Livre sur
C iiij
espece ,
l'a
4 MERCURE DE FRANCE
l'a , b , c , pour des enfans ne sçauroit
composer une Bibliotheque. Ce titre me
fait ressouvenir d'une Epigramme du fameux
Owen , le Martial Anglois , contre.
un certain Rider , Auteur d'un Lexicon
qu'il avoit donné au Public sous le titre
de Bibliotheque ; ne pourroit on pas en
faire une application à ce nouveau sistême
? La voici :
Quid sibi ridendi vult Bibliotheca , Rideri
Unus enim non est Bibliotheca liber ;
Verborum cum theca fit hac , non theca Librorum
,
Lexicon hoc dici , Dictio theca potest.
Un Livre seul est- il une Bibliotheque
Ma foi , Rider , cette pensée est Grecque ;
Tu ne me comprens pas ; voici donc mes raisons;
Ton Livre tout au plus est de mots un repaire ;.
Une aire au plus de Dictions ;
Nommons-le donc Dictionnaire .
Ce Bureau à niches de bois peut encore
moins passer pour une Bibliotheque
puisqu'on n'y doit mettre que des verbes
, des noms substantifs , des adjectifs ,
des indéclinables ; et ces niches continssent-
elles tous les substantifs imaginables ,
ne donneront jamais à un enfant la connoissance
de la nature du substantif , de
l'adjectif, du verbe &c.
Ca
JANVIER. 1731 45
Ce Bureau , ce Colombier , puisque
Colombier y a , ne rendra jamais un enfant
imperturbable sur les déclinaisons ,
les conjugaisons et les genres , sur les concordances
, car si , par exemple , je viens à
lui demander de quel genre est pileus
sçaura t'il me le dire ? et s'il le dit , sera:
t'il en état de répondre au da regulam ?
ce sera là pour lui un langage inconnu
son Bureau ne pouvant lui fournir cette:
maxime si courte , si usitée dans nos Ecoles
, et qui est le fruit des veilles du co…
riphée des Grammairiens.
Omne viro soli quod convenit esto virile .
Mais sans entrer dans ce détail qui
mettroit en déroute ces nouveaux Maîtres
, et leur Bureau en éclats , je me
borne à un raisonnement que peu de
personnes sont en état de faire , parceque
peu de gens prennent un aussi grand
interêt à ces sortes de matieres.
Tout ce qu'un enfant instruit par cette
méthode acquerra de connoissance de la
Langue Latine , de la Grammaire et de
la Syntaxe, ne sera qu'une mémoire locale:
artificielle et méchanique du substantif ,
de l'adjectif et de toutes les parties d'o
raison ; mais il n'aura jamais ce qu'on
appelle la mémoire spirituelle et métaphisique
de ce que ces mots signifient..
Cv Car
46 MERCURE DE FRANCE
Car enfin , lors qu'on lui aura ôté son
Bureau , ses logettes , et qu'on lui demandera
ce que c'est qu'un substantif , un
adjectif , un Verbe &c. il sera entierement
dérouté , et manquant de l'outil
ou de l'instrument qui lui donnoit ce
dont il avoit besoin , il ne sçaura que
devenir. Mais quelle difference à l'égard
d'un enfant instruit par l'ingénieuse méthode
du Rudiment ? avec son Quadret ,
et sans son Quadret , avec son Despautere
, ou sans son Despautere , il répondra
positivement , et ad rem , sur tout ce
qu'on pourra lui demander , parce qu'il
sçaura que ces définitions sont dans ces
Livres , qu'on les lui a expliquées , qu'il
les a apprises par coeur , et vous les recitera
même sans faute , sa mémoire qu'on
a cultivée avec tant de soin ne sçauroit
lui manquer dans une pareille occasion.
C'est , au reste , se tromper lourdement
et donner dans une erreur manifeste , de
croire qu'il faille cultiver autre chose que
la mémoire dans les enfans ; c'est là tout
leur fonds , leur ame , leur esprit n'est
point encore assez formé pour pouvoir
faire toutes les opérations qui conduisent
à l'intelligence . Donnez leur donc beaucoup
de mots beaucoup de termes à
apprendre par coeur , faites les leur recizer
souvent , et vous en ferez des prodi-
>
ga
JANVIER. 1731. 47
ges . On perdra son tems et sa peine quand
on voudra leur donner l'intelligence des
définitions , leur en faire comprendre le
sens ; le tems de les entendre viendra
toujours assez tôt , ne vint-il qu'à l'âge
de quinze ou vingt ans , et c'est justement
alors que leur esprit formé commence
à sentir la valeur des termes qu'ils
ont appris avant ce tems là , et que leur
mémoire conserve comme en depôt ; car
ce n'est que la mémoire qui nous rend
sçavans , et nous fait paroître tels . Autant
que je puis m'en ressouvenir un Ancien
Fa dit avant moi nous ne sommes sçavans
qu'autant que nous avons de la mémoire.
Que ces Tipographistes me font de compassion
, et que je plains les personnes
qui ont à essuyer leurs visions ! Tenonsnous-
en à nos anciennes maximes ; sui
vons les traces qu'on nous a frayées , et
marchons par la voye qu'ils nous ont
indiquée , dussions nous ne jamais arteindre
au but où nous tendons. Et quoique
puisse dire' Seneque , les hommes font
toujours bien de suivre la foule : errer
avec de grands Maîtres , c'est suivre la
bonne tou
, et j'ose le dire , c'e
jours ou presque toujours errer , que
suivre de nouvelles routes . En attendant
C vj
de
l'hort
48 MERCURE DE FRANCE
l'honneur de votre Réponse , j'ai celui
d'être &c.
A Ventabrén , ce 2. Octobre 1730 .
Fermer
Résumé : LETTRE d'un Grammairien de Provence, sur le Bureau Tipographique.
Un grammairien de Provence critique la prolifération de charlatans dans la République des Lettres, notant qu'ils sont écoutés à la Cour et en ville. Il compare ces individus aux fous et bouffons d'antan, soulignant que la mode en France favorise leur ascension. Le grammairien exprime son incompréhension face à la tolérance et au soutien accordés à ces charlatans, qui promettent des méthodes révolutionnaires pour apprendre le latin et d'autres sciences. Il mentionne des affiches annonçant des méthodes rapides pour apprendre le latin, telles que l'utilisation de monosyllabes techniques et de signes hiéroglyphiques. Un auteur prétend enseigner le latin et les sciences sans maître, en divertissant les enfants. Un autre charlatan utilise un rudiment pratique de bois pour enseigner la syllabisation et l'orthographe, mais le grammairien trouve cette méthode absurde et inutile. Le grammairien déplore que ces méthodes soient préférées aux méthodes traditionnelles éprouvées. Il craint que la facilité d'accès aux connaissances ne dévalue les savants et leurs efforts. Il critique également le titre ridicule donné à une nouvelle méthode, 'l'A, B, C de Candiac', et compare cette méthode à un dictionnaire plutôt qu'à une bibliothèque. Le grammairien conclut que les connaissances acquises par ces méthodes ne seront que mécaniques et locales, sans véritable compréhension des concepts. Le texte oppose ensuite un enfant non instruit à un enfant formé par la méthode du 'Rudiment', utilisant des ouvrages comme le 'Quadret' et le 'Despautere'. L'enfant instruit peut répondre précisément aux questions grâce à sa mémoire bien cultivée, où il a appris par cœur les définitions expliquées dans ces livres. L'auteur affirme que se concentrer uniquement sur la mémoire est essentiel chez les enfants, car leur esprit n'est pas encore suffisamment développé pour comprendre les définitions. Il recommande d'apprendre beaucoup de mots et de termes par cœur et de les réciter souvent pour en faire des prodiges. Selon lui, essayer de donner aux enfants une compréhension des définitions est une perte de temps, car ils comprendront leur sens plus tard, vers quinze ou vingt ans. L'auteur exprime également sa compassion pour les imprimeurs qui propagent des idées nouvelles et préfère suivre les anciennes maximes et les traces des maîtres. Il conclut en soulignant que suivre la foule et les méthodes éprouvées est préférable à explorer de nouvelles voies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 76-87
RÉPONSE à l'Esprit en if, de M. l'Abbé L*** inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730.
Début :
Parbleu ! vous faites l'apprentif, [...]
Mots clefs :
Satire, Critique, Inventif, Ironie, Grammaire, Style, Excessif
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à l'Esprit en if, de M. l'Abbé L*** inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730.
REPONSE à l'Epitre en If , de
M. l'Abbé L *** inserée dans le Mercure
du mois d'Août 1730 .
Parbleu Arbleu ! vous faites l'apprentif ,
Et vous montrez le plus chetif,
Malgré l'amusant narratif,
Et le parfait compositif ,
De votre versificatif !
Quoi ! sans aucun émulatif,
Et quittant tout ostentatif ,
Yous êtes annonciatif¸
Que votre renonciatif ,
Est causé par le défestif ,
Du litteraire plumitif ,
Qui n'ayant plus de munitif ,λ
De ces mots qui riment en If ,
Vous rend assez peu restrictif a
Et vous vous tenez inactif ,
Dans ce honteux limitatif?
Mais dans votre imaginatif ,
Ou si l'on veut intellectif ,
Vous n'avez donc pas d'argent vif
Le Dieu Phoebus inspiratif ,
Est donc sourd à tout rogatif
Et d'Hélicon le libatif ,
N'est
JANVIER.
77 1731.
N'est pas pour vous excitatif?
Sans quoi votre cerveau fictif,
Cedant à son operatif,
Auroit été plus inventif;
Et de bien des mots créatif
Dans ce même terminatif,
Dont par aisé cumulatif ,
Vous auriez fait un productif,
A notre gré prolongatif ,
Et de tout Lecteur adoptif.
Des Noms et Pronoms l'ablatif
Auffi bien que le genitif ,
Et des Verbes le gerondif ,
Sans oublier le fubjonctif ,
Et même tout nom possessif ,
Auroient par incorporatif ,
Beaucoup augmenté l'électif,,
De votre borné collectif.
En nous décrivant l'ornatif
Et l'arrangé décoratif ,
De ce repas saturatif,
Qui se trouvant appetitif ,
Vous rendit par trop repletif ,
Ce gros Prieur figuratif,
De son corps peu maceratif ,
"
Ains pour le repas propensif,
L'auroit rendu prorogatif ,
En faisant faire innovatif,
D'assiete , avec exhibitif,
D
D'um
48 MERCURE DE FNANCE
D'un plat garni d'un rôt de bif,
Délicieux et tentatif ,
Malgré le surérogatif ,
Dont son couteau très-incisif
Ayant fait un prompt dissectif,
Vous auriez eu le traditif
Avec pressant invitatif ,
Poussé jusques à l'injonctif ,
D'un morceau très - manducatif ,
Et d'appétit imitatif,
Le vin non falsificatif ,
Dans un sceau de glace immersif ,
Et dans votre verre effusif,
Frais et non réverberatif,
Eut été plus incitatif,
De boire par iteratif , 愿
Et vous cût rendu locutif,
Par forme de gratulatif.
Sur sa fraîcheur exclamatif.
Puis du dessert expectatif ,
Il falloit être informatif,
De quel Vignoble émanatif ,
Ce vin étoit transpositif ;
A combien par supputatif ,
Se montoit le rétributif ,
Du Prieural habitatif ,
S'il avoit un attributif ,
De quelque revenu censif ;
Que coutoit le réparatik ; -
Et
JANVIER.
79 1731.
1
Et de combien par exactif ,
Aux Décimes contributif ,
Il en souffroit le vexatif ,
Sous quel bon Saint invocatif ,
De son Clocher dominatif,
Il se trouvoit occupatif,
Et depuis quel tems obtentif;
Si dans l'Eglise un positif, *
Au maître Autel oppositif ,
Avoit un Jeu bien diversif,
Et de tous sons imitatif;
Si lors de son visitatif ,
Son jeune cheval impassif ,
Faisoit frequent évolutif ,
S'il avoit pas bien progressif.
Et de ce discours mutatif,
Vous l'auriez comme indignatif,
Vû faire le renovatif,
De fait au long explicatif ,
( Avec plus d'un imprécatif,
En terme non mitigatif , )
De certain procès dévictif ,
Qu'un Chicaneur supplicatif,
En Cour de Rome impétratif,
D'un Bref dont l'intitulatif,
Est celui de dévolutif,
Lui fit jadis comme intrusif,
* Petite Orgue posée au bas de la grande.
Par
80 MERCURE DE FRANCE
Par exploit interpellatif,
En haîne du révocatif ,
D'un sien accord permutatif ,
Et contre les Loix extorsif ;
Sur quoi par trop inattentif
Le Chicaneur machinatif ,
Surprit Jugement forclusif;
Mais que par un évocatif,
Suivi d'un examinatif ,
Et d'un très - exact révisif ,
De son droit verificatif ,
Il avoit le procuratif,
D'un bon Arrêt manutentif,
Et de frais adjudicatif,
Dont il étoit exultatif,
Et son Plaideur tribulatif;
Que pourtant fort inclinatif ,
A prévenir tout discussif ,
Et d'âge non retrogressif,
Il formoit le méditatif”,
De faire son résignatif ,
Avec un sur moderatif,
Irritament stipulatif,
Et dans l'Acte même insertif,,
D'une pension rétentif ,
Revétu d'homologatif ,
Non sujet à rétractatif.
- Là , cessant le contemplatif ,
Et de son discours irruptif,.
Votre
JANVIER.
< 1731 .
Votre perçant lamentatif ,
L'auroit rendu stupefactif,
Et vraiment mortificatif ,
De ses fàcheux révolutif,
Vous voyant plaindre d'excessif ,
Et trop incommode oppressif,
D'un violent suffocatif
D'estomac extenuatif;
Qu'en Medecin transformatif,
Et toujours irrésolutif ,
Dans son avis vacillatif ,
Il eût traité d'opilatif,
Et même de vaporatif ,
Venant de ventre inflammatif.
Votre pouls moins élevatif ,
Votre coeur peu palpitatif ,
Eût fait son préoccupatif ;
Sans songer au fomentatif ,
Il eût proposé l'inflictif ,
D'un sanglant scarificatif ;
Et malgré votre déjectif ,
Selon vous , évacuatif ,
Vous auriez par intercessif,
Crainte d'aucun imputatif,
Avalé l'amer infusif ,
D'un gros de Séné transfusif ,
Violent et répercussif,
Avec Sel évaporatif,
Mineral
82 MERCURE DE FRANCE
Mineral et vegetatif,
Qu'il eût dit spécificatif,
Pour operer le digestif,
Par son effet dissolutif,
Et parfaitement abstersif.
Après ce premier purgatif,
Votre sang peu circulatif ,
Et devenu fermentatif ,
Auroit souffert l'introductif
Du remede carminatif ,
Et même du palliatif ;
Quoique du mal peu suppreffif,
Et presque toujours abusif ,
Pour n'être assez liberatif.
Enfin rendant le relatif ,
( A l'aide d'un suppositif ,
Un peu forcé , mais extensif. )
Pour le Lecteur désolatif,
Vous vous seriez , par disjonctif ,
De la terre en mer translatif ,
Embarqué près du Château- d'If , *
Dans un Vaisseau navigatif,
Dont un gros tems tempestatif ,
Ayant fait un rude implusif,
Sur un Rocher laceratif,
Vous auriez , peur du sumèrsif,
Sauté promptement dans l'esquif,
Au gré des eaux dérivatif,
Isle près de Marseille,
酥
JANVIER.
83 1731. Et de
tout secous privatif ,
Ne portant jamais Papefif , *
Et n'ayant besoin d'accoursif ;
Ou seul , et très - anxiatif ,
De mort prochaine appréhensif,
Au bon saint Nicolas votif ,
Et de tous Saints imploratif ,
Mécreant , après maint estrif,
Fer à la main décolatif,
Et très-souvent mutilatif,
Ayant Pair exterminatif ,
Et le geste verberatif,
Vous auroient pris comme furtif
Et comme espion putatif
De son fait dissimulatif,
Mis avec cordon coactif
Vos mains enserré conjonctif ,
Presque jusqu'au dislocatif ;
Et par l'effet consecutif,
Aussi l'on veut subsecutif,
D'un secret déliberatif ,
De votre sort définitif ,
Vous auroient sans exhortatif ,
Et differant votre occisif ,
Traîné dans leur Ville Eleatif.
Là vous auriez vû le Cherif ,
* Partie superieure de la grand Voile.
Passage de la Proie à la Poupe.
* Elcatif, Ville d'Arabie.
Qu'on
84 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on dit se nommer Ilgerif ,
Plus fier qu'en France aucun Baillif
L'oeil fixe et jamais conversif
Avec un air rebarbatif
Et le verbe haut et jussif ,
Sans le moindre salutatif,
Vous faire l'abord primitif,
( Ainsi qu'on traite un fugitif, )
Don cruel et numératif,
Sans aucun modificatif ,•
De cent coups d'un bâton massif
Qui des pieds est le destructif ,
Ensuite un interrogatif
Très- sec & très-instigatif,
Par quel veritable motif
Chez lui vous étiez adventif,
De quel Pays étiez natif,
De quel Peuple fréquentatif,
De quel pere generatif,
Et de quel nom appellatif,
Avec certain observatif,
Que fussiez surtout attentif
Dans tout votre déclaratif ,
A n'être du vrai corruptif ,
Mais bien très fidele instructif :
Qu'autrement très reprehensif,
Il feroit faire un erectif,
De votre col très - suspensif ,
Après quoi du corps divisif
Chaque
JANVIER.
85 1731.
Chaque membre séparatif
Occuperoit son locatif
Au bout d'un piquet plantatif .
Si mieux vous n'aimiez l'éversif
D'un plomb fondu plus que frictif ,
Ou qu'un grand brasier très- arsif,
De tout votre corps abstractif,
Fût de vos os calcinatif.
A ce barbare conclusif,
De l'un et l'autre alternatif,
Votre fang coagulatif
Vous eut causé le convulsif ;
Et n'étant rien moins qu'obstructif ,
Un subit et promt soustractif ,
Pour chaque nez très-offensif,
Tout autant qu'un suppuratif ,
Auroit par multiplicatif,
Gâté le purificatif
De votre linge deffensif.
Puis sur la fin constitutif,
Après un simple affirmatif,
De verité confirmatif ,
Vous auriez fait un responsif
Pour votre salut solutif ,
Et votre représentatif
N'ayant rien que de probatif,
Et pas aucun fait négatif ,
Nous aurions vû notre Cherif,
Devenu plus adulatif,
E Yous
8 % MERCURE DE FRANCE.
Vous faire communicatif ,
Ou plutôt gratificatif ,
Par forme de restauratif ,
D'un Sorbet bon et potatif,
Et nullement alteratif .
Dieu vous donne bon reversif ,
Et vous garde du suggestif ,
De tout heritier présomptif ,
Qui , sous un faux démonstratif.
N'aimant que votre successif ,
Et craignant le subrogatif ,
De tout Acte substitutif,
Voudroit avoir l'institutif,
Sans aucun mot dérogatif ,
D'un testament nuncupatif
Pour l'universel lucratif
De maint contract pignoratif.
Or sus , pour peu que processif
Soyez , ou bien vindicatif,
Vous me rendrez le respectif ,
Lequel ( sauf le restitutif )
J'attends en froid speculatif.
Auteur de ces Rimes en If ,
Soyez un peu mémoratif,
Que par avis iteratif,
On affranchit tout productif,
Au Mercure destinatif,
Sans
JANVIER. 1731
Sans quoi le plus bel inventif,
Sera mis au rebutatif.
Soyez aussi plus attentif ,
A ne broncher sur l'élisif ;
Cela rend le Vers bien chetif ,
Mais nous avons fait corrrectif.
M. l'Abbé L *** inserée dans le Mercure
du mois d'Août 1730 .
Parbleu Arbleu ! vous faites l'apprentif ,
Et vous montrez le plus chetif,
Malgré l'amusant narratif,
Et le parfait compositif ,
De votre versificatif !
Quoi ! sans aucun émulatif,
Et quittant tout ostentatif ,
Yous êtes annonciatif¸
Que votre renonciatif ,
Est causé par le défestif ,
Du litteraire plumitif ,
Qui n'ayant plus de munitif ,λ
De ces mots qui riment en If ,
Vous rend assez peu restrictif a
Et vous vous tenez inactif ,
Dans ce honteux limitatif?
Mais dans votre imaginatif ,
Ou si l'on veut intellectif ,
Vous n'avez donc pas d'argent vif
Le Dieu Phoebus inspiratif ,
Est donc sourd à tout rogatif
Et d'Hélicon le libatif ,
N'est
JANVIER.
77 1731.
N'est pas pour vous excitatif?
Sans quoi votre cerveau fictif,
Cedant à son operatif,
Auroit été plus inventif;
Et de bien des mots créatif
Dans ce même terminatif,
Dont par aisé cumulatif ,
Vous auriez fait un productif,
A notre gré prolongatif ,
Et de tout Lecteur adoptif.
Des Noms et Pronoms l'ablatif
Auffi bien que le genitif ,
Et des Verbes le gerondif ,
Sans oublier le fubjonctif ,
Et même tout nom possessif ,
Auroient par incorporatif ,
Beaucoup augmenté l'électif,,
De votre borné collectif.
En nous décrivant l'ornatif
Et l'arrangé décoratif ,
De ce repas saturatif,
Qui se trouvant appetitif ,
Vous rendit par trop repletif ,
Ce gros Prieur figuratif,
De son corps peu maceratif ,
"
Ains pour le repas propensif,
L'auroit rendu prorogatif ,
En faisant faire innovatif,
D'assiete , avec exhibitif,
D
D'um
48 MERCURE DE FNANCE
D'un plat garni d'un rôt de bif,
Délicieux et tentatif ,
Malgré le surérogatif ,
Dont son couteau très-incisif
Ayant fait un prompt dissectif,
Vous auriez eu le traditif
Avec pressant invitatif ,
Poussé jusques à l'injonctif ,
D'un morceau très - manducatif ,
Et d'appétit imitatif,
Le vin non falsificatif ,
Dans un sceau de glace immersif ,
Et dans votre verre effusif,
Frais et non réverberatif,
Eut été plus incitatif,
De boire par iteratif , 愿
Et vous cût rendu locutif,
Par forme de gratulatif.
Sur sa fraîcheur exclamatif.
Puis du dessert expectatif ,
Il falloit être informatif,
De quel Vignoble émanatif ,
Ce vin étoit transpositif ;
A combien par supputatif ,
Se montoit le rétributif ,
Du Prieural habitatif ,
S'il avoit un attributif ,
De quelque revenu censif ;
Que coutoit le réparatik ; -
Et
JANVIER.
79 1731.
1
Et de combien par exactif ,
Aux Décimes contributif ,
Il en souffroit le vexatif ,
Sous quel bon Saint invocatif ,
De son Clocher dominatif,
Il se trouvoit occupatif,
Et depuis quel tems obtentif;
Si dans l'Eglise un positif, *
Au maître Autel oppositif ,
Avoit un Jeu bien diversif,
Et de tous sons imitatif;
Si lors de son visitatif ,
Son jeune cheval impassif ,
Faisoit frequent évolutif ,
S'il avoit pas bien progressif.
Et de ce discours mutatif,
Vous l'auriez comme indignatif,
Vû faire le renovatif,
De fait au long explicatif ,
( Avec plus d'un imprécatif,
En terme non mitigatif , )
De certain procès dévictif ,
Qu'un Chicaneur supplicatif,
En Cour de Rome impétratif,
D'un Bref dont l'intitulatif,
Est celui de dévolutif,
Lui fit jadis comme intrusif,
* Petite Orgue posée au bas de la grande.
Par
80 MERCURE DE FRANCE
Par exploit interpellatif,
En haîne du révocatif ,
D'un sien accord permutatif ,
Et contre les Loix extorsif ;
Sur quoi par trop inattentif
Le Chicaneur machinatif ,
Surprit Jugement forclusif;
Mais que par un évocatif,
Suivi d'un examinatif ,
Et d'un très - exact révisif ,
De son droit verificatif ,
Il avoit le procuratif,
D'un bon Arrêt manutentif,
Et de frais adjudicatif,
Dont il étoit exultatif,
Et son Plaideur tribulatif;
Que pourtant fort inclinatif ,
A prévenir tout discussif ,
Et d'âge non retrogressif,
Il formoit le méditatif”,
De faire son résignatif ,
Avec un sur moderatif,
Irritament stipulatif,
Et dans l'Acte même insertif,,
D'une pension rétentif ,
Revétu d'homologatif ,
Non sujet à rétractatif.
- Là , cessant le contemplatif ,
Et de son discours irruptif,.
Votre
JANVIER.
< 1731 .
Votre perçant lamentatif ,
L'auroit rendu stupefactif,
Et vraiment mortificatif ,
De ses fàcheux révolutif,
Vous voyant plaindre d'excessif ,
Et trop incommode oppressif,
D'un violent suffocatif
D'estomac extenuatif;
Qu'en Medecin transformatif,
Et toujours irrésolutif ,
Dans son avis vacillatif ,
Il eût traité d'opilatif,
Et même de vaporatif ,
Venant de ventre inflammatif.
Votre pouls moins élevatif ,
Votre coeur peu palpitatif ,
Eût fait son préoccupatif ;
Sans songer au fomentatif ,
Il eût proposé l'inflictif ,
D'un sanglant scarificatif ;
Et malgré votre déjectif ,
Selon vous , évacuatif ,
Vous auriez par intercessif,
Crainte d'aucun imputatif,
Avalé l'amer infusif ,
D'un gros de Séné transfusif ,
Violent et répercussif,
Avec Sel évaporatif,
Mineral
82 MERCURE DE FRANCE
Mineral et vegetatif,
Qu'il eût dit spécificatif,
Pour operer le digestif,
Par son effet dissolutif,
Et parfaitement abstersif.
Après ce premier purgatif,
Votre sang peu circulatif ,
Et devenu fermentatif ,
Auroit souffert l'introductif
Du remede carminatif ,
Et même du palliatif ;
Quoique du mal peu suppreffif,
Et presque toujours abusif ,
Pour n'être assez liberatif.
Enfin rendant le relatif ,
( A l'aide d'un suppositif ,
Un peu forcé , mais extensif. )
Pour le Lecteur désolatif,
Vous vous seriez , par disjonctif ,
De la terre en mer translatif ,
Embarqué près du Château- d'If , *
Dans un Vaisseau navigatif,
Dont un gros tems tempestatif ,
Ayant fait un rude implusif,
Sur un Rocher laceratif,
Vous auriez , peur du sumèrsif,
Sauté promptement dans l'esquif,
Au gré des eaux dérivatif,
Isle près de Marseille,
酥
JANVIER.
83 1731. Et de
tout secous privatif ,
Ne portant jamais Papefif , *
Et n'ayant besoin d'accoursif ;
Ou seul , et très - anxiatif ,
De mort prochaine appréhensif,
Au bon saint Nicolas votif ,
Et de tous Saints imploratif ,
Mécreant , après maint estrif,
Fer à la main décolatif,
Et très-souvent mutilatif,
Ayant Pair exterminatif ,
Et le geste verberatif,
Vous auroient pris comme furtif
Et comme espion putatif
De son fait dissimulatif,
Mis avec cordon coactif
Vos mains enserré conjonctif ,
Presque jusqu'au dislocatif ;
Et par l'effet consecutif,
Aussi l'on veut subsecutif,
D'un secret déliberatif ,
De votre sort définitif ,
Vous auroient sans exhortatif ,
Et differant votre occisif ,
Traîné dans leur Ville Eleatif.
Là vous auriez vû le Cherif ,
* Partie superieure de la grand Voile.
Passage de la Proie à la Poupe.
* Elcatif, Ville d'Arabie.
Qu'on
84 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on dit se nommer Ilgerif ,
Plus fier qu'en France aucun Baillif
L'oeil fixe et jamais conversif
Avec un air rebarbatif
Et le verbe haut et jussif ,
Sans le moindre salutatif,
Vous faire l'abord primitif,
( Ainsi qu'on traite un fugitif, )
Don cruel et numératif,
Sans aucun modificatif ,•
De cent coups d'un bâton massif
Qui des pieds est le destructif ,
Ensuite un interrogatif
Très- sec & très-instigatif,
Par quel veritable motif
Chez lui vous étiez adventif,
De quel Pays étiez natif,
De quel Peuple fréquentatif,
De quel pere generatif,
Et de quel nom appellatif,
Avec certain observatif,
Que fussiez surtout attentif
Dans tout votre déclaratif ,
A n'être du vrai corruptif ,
Mais bien très fidele instructif :
Qu'autrement très reprehensif,
Il feroit faire un erectif,
De votre col très - suspensif ,
Après quoi du corps divisif
Chaque
JANVIER.
85 1731.
Chaque membre séparatif
Occuperoit son locatif
Au bout d'un piquet plantatif .
Si mieux vous n'aimiez l'éversif
D'un plomb fondu plus que frictif ,
Ou qu'un grand brasier très- arsif,
De tout votre corps abstractif,
Fût de vos os calcinatif.
A ce barbare conclusif,
De l'un et l'autre alternatif,
Votre fang coagulatif
Vous eut causé le convulsif ;
Et n'étant rien moins qu'obstructif ,
Un subit et promt soustractif ,
Pour chaque nez très-offensif,
Tout autant qu'un suppuratif ,
Auroit par multiplicatif,
Gâté le purificatif
De votre linge deffensif.
Puis sur la fin constitutif,
Après un simple affirmatif,
De verité confirmatif ,
Vous auriez fait un responsif
Pour votre salut solutif ,
Et votre représentatif
N'ayant rien que de probatif,
Et pas aucun fait négatif ,
Nous aurions vû notre Cherif,
Devenu plus adulatif,
E Yous
8 % MERCURE DE FRANCE.
Vous faire communicatif ,
Ou plutôt gratificatif ,
Par forme de restauratif ,
D'un Sorbet bon et potatif,
Et nullement alteratif .
Dieu vous donne bon reversif ,
Et vous garde du suggestif ,
De tout heritier présomptif ,
Qui , sous un faux démonstratif.
N'aimant que votre successif ,
Et craignant le subrogatif ,
De tout Acte substitutif,
Voudroit avoir l'institutif,
Sans aucun mot dérogatif ,
D'un testament nuncupatif
Pour l'universel lucratif
De maint contract pignoratif.
Or sus , pour peu que processif
Soyez , ou bien vindicatif,
Vous me rendrez le respectif ,
Lequel ( sauf le restitutif )
J'attends en froid speculatif.
Auteur de ces Rimes en If ,
Soyez un peu mémoratif,
Que par avis iteratif,
On affranchit tout productif,
Au Mercure destinatif,
Sans
JANVIER. 1731
Sans quoi le plus bel inventif,
Sera mis au rebutatif.
Soyez aussi plus attentif ,
A ne broncher sur l'élisif ;
Cela rend le Vers bien chetif ,
Mais nous avons fait corrrectif.
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Résumé : RÉPONSE à l'Esprit en if, de M. l'Abbé L*** inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730.
Le texte est une réponse à une épître de l'abbé L*** publiée dans le Mercure d'août 1730. L'auteur critique l'épître pour son manque d'originalité et d'inspiration, soulignant ce point en utilisant des termes rimant en 'if'. Il reproche à l'abbé de ne pas avoir exploité pleinement les ressources linguistiques disponibles, telles que les noms, pronoms, verbes et autres formes grammaticales. L'auteur imagine ensuite diverses situations où l'abbé aurait pu enrichir son texte en décrivant des détails spécifiques, comme un repas, un procès ou une maladie. Il critique également l'abbé pour son manque d'imagination et de créativité, le comparant à un médecin incapable de diagnostiquer correctement. L'auteur raconte ensuite une histoire fictive où l'abbé, après avoir été capturé et torturé, finit par obtenir une récompense sous forme de sorbet. Il conclut en conseillant à l'abbé d'être plus attentif et productif dans ses écrits pour éviter que ses efforts ne soient rejetés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 87-93
RÉFLEXIONS sur la conjecture proposée, touchant la correction d'un endroit des traductions d'Horace.
Début :
En raisonnant ces jours passez avec un Grammairien, sur la [...]
Mots clefs :
Traduction, Horace, Grammaire, Traducteurs, Cornicula, Conjecture, Journal des savants, Hésiode
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texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS sur la conjecture proposée, touchant la correction d'un endroit des traductions d'Horace.
REFLEXIONS sur la conjecture
proposée , touchant la correction d'un endroit
des traductions d'Horace.
N raisonnant ces jours passez avec
ENun Gramairien , sur la remarque inprimée
dans le Mercure de Juin , page
1350. la premiere pensée qui m'est venue
a été , qu'il n'est nullement deffendu de
s'opposer au torrent des Traducteurs ou
Interpretes des Aureurs Classiques. Je suis
ensuite allé plus loin , et j'ai cru qu'il
étoit necessaire de faire sentir aux Imprimeurs
le tort qu'ils ont de faire copier
souvent les fautes des manuscrits. Il n'est
pas
étonnant
, disois
-je , que
ceux
qui
lisent
Cornicula
dans
Horace
, traduisent
ce terme
par
celui
de Corneille
. Peut
-être
n'ont
-ils pas
bien
examiné
s'il
faut
veritablement
lire
Cornicula
dans
ce Poëte
,
et si ce
mot
a toujours
été
écrit
ainsi
.
Dès
lors
je
suis
tombé
d'accord
avec
E ij
l'Au-
-
88 MERCURE DE FRANCE.
sert pour
l'Auteur de la conjecture proposée , que
le mot Cornix écarte tout- à- fait l'idée de
Geai ; mais sans user du détour dont il se
faire valoir son sentiment, voicy
la pensée que je hazardois. Je ne prétendois
point qu'il en dût être autrement
de Cornicula par rapport à Cornix , que
de graculus par rapport à gracus et de
hædulus par rapport à heedus. Je présumois
seulement que le substantif corvus
avoit pû avoir dans l'antiquité ses diminutifs
, de même que ces trois autres coravec
l'autre avant
nix ,, gracus et hædus , et qu'ainsi on a pû
'dire corviculus et corvicula. Il seroit ennuyeux
de produire une infinité d'exemples
où l'on voit que la lettre n a été
prise pour la lettre . Ces méprises sont
venues de la ressemblance que l'une avoit
que dans l'écriture latine
on eut inventé une v consone pour
le besoin , et chez les grecs même la ressemblance
de ces deux caracteres est si
grande, que je lisois encore dernierement
dans le Journal des Sçavans du mois de
Juillet, que c'est sur le principe de cette
conformité que M. l'Abbé Sévin s'appuye
pour avoir la veritable lecture d'un
passage d'Hésiode ; ensorte qu'au lieu
de Dion genos , il faut lire, selon lui , Dion
genos.
Dans le texte de notre Poëte , il ne s'agit
JANVIER. 1731. 89
git point de race divine , mais de race.
corvine. Le Geai étant donc compris sub
genere corvino , selon l'Auteur de la Remarque
, qui me paroissoit suffisainment
autorisée , en ce que les bons Dictionaires
rendent le xoλe d'Esope , par le
terme Graculus . J'en concluois que si
Graculus signifie un Geai , xoxoids est
surement cet oiseau , et non pas la Corneille.
Mais comme il n'est pas certain
que graculus soit le Geai . C'est ce qui
doit arrêter toutes les consequences qu'on
pourroit tirer en supposant la chose.
D'ailleurs , la conjecture par laquelle on
prétendoit qu'Horace a mis originaire
ment corvicula, ne peut se soutenir , parce
que le Poëte , pour faire son vers , a
du mettre un mot dont la seconde syllabe
fût longue. Or la seconde de corvi
cula ( si ce mot existoit ) seroit breve , suivant
les regles des dérivez.
Comment donc ajuster tout cela : Ce
ne sera point en suivant l'auteur de la
conjecture dans tous les raisonnemens
qu'il fait , mais seulement dans quelques-
uns. Il a raison d'improuver ceux
qui croyent qu'Horace et Phédre ont
voulu désigner un oiseau different , et ilne
faut pas s'imaginer que le graculus
de celui- ci , soit different du cornicula du
premier.
E iij L'Augo
MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur doit , selon moi , revenir au
sentiment de Furetiere , qui dit que
graculus n'est point le Geai. A la verité
son Dictionaire ne renferme point de
Dissertation pour le prouver ; mais je
suis persuadé qu'il n'a pas pris la négative
sur cet article sans avoir de bonnes
raisons . Laissons donc les Traducteurs
d'Horace dans l'usage de prendre l'oiseau
de la fable pour une corneille ; et
tâchons seulement d'empêcher ceux qui
dans la suite traduiront Phédre , de rendre
le mot graculus par celui de Geai .
Déja il faut avouer que le terme latin
n'a pas grande affinité avec le françois
et c'est un assez grand fondement pour
douter.
J'avoue encore une fois que le noλorde
κολοιός
des Grees , et le graculus des Latins sont
le même oiseau. Il faut attribuer à
gram
eulus tout ce que les Grecs ont dit du ca
quet importun et désagréable du xoxoide.
figure des grands parleurs , qui cherchent
leurs semblables, et qui se plaisent à s'at-
Troupper pour faire grand bruit. Si le
Geai aime à jazer , le Graculus se plait à
grailler. Ces deux sortes d'oiseaux sont
loquaces, pour ainsi dire , et cependant ils
sont differens. Je n'ai point dans ma solitude
tous les Livres des Auteurs Payens
des premiers temps , qui ont parlé de ces
SOEJANVIER.
1731. 9:19
sortes d'animaux ; mais parmi quelques
collections que j'ai faites des Ecrivains
des moyens temps , je trouve un Historien
du huitième siècle , Auteur de la
Vie de S. Frichoux ou Fructueux , Archevêque
de Brague , en Portugal , mort
en 665 , lequel s'exprime ainsi : Nigras
parvasque aves quas usitato nomine vulgus
graculas vocitat , mansuetas in Monasterio
babuisse perhibetur. Il est important de
remarquer icy que selon ce texte , graculus
ou gracula est un oiseau de couleur
noire. Or le Geai n'est pas un oiseau
noir ; il est varié dans sa couleur.
Outre cela le but de l'Auteur de la
fable n'eût pas été assez sensible , ni le
sujer assez exactement traité , s'il eut
pris pour le fond de sa moralité un oi
seau qui eut eu un plumage de diver
ses couleurs , et qui n'eut point été laid
à voir. Il vouloit representer un oiseau
different du Paon, generalement en tou
tes choses , un oiseau peu agréable à la
uë , un oiseau d'un plumage uniforme
et de couleur lugubre et triste , lequet
dégouté de sa propre laideur , qui le faisoit
mépriser , avoit entrepris de se mé
tamorphoser en un autre oiseau infiniment
mieux habillé .
Sur le fondement de la disproportion
des deux oiseaux , la morale étoit ensuite
E iiij bien
92 MERCURE DE FRANCE.
*
bien plus sensible, et tomboit bien plus
visiblement sur ceux qui honteux de leur
pauvreté ou de la sterilité de leurs_talens
, se parent et s'ornent des biens et
des productions d'autrui . Je conclus
donc tout au contraire de la remarque.
inserée dans le Mercure , que ce sont les
Traducteurs de Phédre qui ont tort , et
non pas ceux d'Horace ; et qu'il ne faudroit
point intituler cette fable du Geai
glorieux , mais de la Corneille glorieuſe. Il
me paroît que l'Auteur a eu intention
de parler d'un oiseau semblable à nos
Corneilles. Il ne seroit peut-être pas même
hors de vrai-semblance que cet oinommé
par l'un de nos Auteurs
Latins , graculus , et par l'autre cornicula,
fut la Pie. On trouve dans cet oiseau
la loquacité reconnue par les Anciens.
dans le graculus , et elle est d'une espece
noire. Outre cela c'est un oiseau
qu'on apprivoise facilement ; cela convient
avec le texte de l'Auteur de la
Vie de S, Fructueux , qui écrivoit il y a
mille ans .
seau ,
. La Corneille dont il est fait mention
dans la Vie de S. Sour , Hermite en Périgord
, au sixième siècle , étoit un oiseau
domestique ; mais le nom de Cornicula
employé par l'Ecrivain de cette Vie , fait
croire qu'elle étoit de la couleur de nos
"
CorJANVIER.
1731. 93
Corneilles , et par consequent si on veut
allier en quelque maniere la domesticité
de cet oiseau avec sa couleur , on peut
dire que c'est la Pie . Il est vrai que la Pie:
et le Geal se ressemblent aussi du côté
de la domesticité ; peut-être est- ce pour
cela que les vocabulaires du moyen
temps , tels que celui de Papias de Lom.
bardie , identifient Gaius , Gaia , avec
Picus et Pica. Mais il y a trop de difference
du côté de la couleur , pour pou-.
voir dire que l'un soit l'autre. Et comme
dans la fable , c'est de la variété du
plumage qu'il est question , autant ques
principe de la beauté, je reviens toujours
à dire que l'animal le plus triste en couleur
et le plus laid en plumage , est celui
que nos Poëtes ont eu en vue , et non cefui
dont le plumage est aussi varié que
l'est celui du Geai . Et puisqu'il n'est pas .
rare de trouver des Geais blancs , trèsagréables
à la vue ; c'est une justice
qu'on doit rendre à cette espece d'oiseau
que de ne la pas mettre dans la catégorie:
des oiseaux naturellement laids , qui ont
besoin d'emprunter du Paon ,de quoi se
farder et s'embellir ..
que
Ce 2. Aouft 1730 ..
proposée , touchant la correction d'un endroit
des traductions d'Horace.
N raisonnant ces jours passez avec
ENun Gramairien , sur la remarque inprimée
dans le Mercure de Juin , page
1350. la premiere pensée qui m'est venue
a été , qu'il n'est nullement deffendu de
s'opposer au torrent des Traducteurs ou
Interpretes des Aureurs Classiques. Je suis
ensuite allé plus loin , et j'ai cru qu'il
étoit necessaire de faire sentir aux Imprimeurs
le tort qu'ils ont de faire copier
souvent les fautes des manuscrits. Il n'est
pas
étonnant
, disois
-je , que
ceux
qui
lisent
Cornicula
dans
Horace
, traduisent
ce terme
par
celui
de Corneille
. Peut
-être
n'ont
-ils pas
bien
examiné
s'il
faut
veritablement
lire
Cornicula
dans
ce Poëte
,
et si ce
mot
a toujours
été
écrit
ainsi
.
Dès
lors
je
suis
tombé
d'accord
avec
E ij
l'Au-
-
88 MERCURE DE FRANCE.
sert pour
l'Auteur de la conjecture proposée , que
le mot Cornix écarte tout- à- fait l'idée de
Geai ; mais sans user du détour dont il se
faire valoir son sentiment, voicy
la pensée que je hazardois. Je ne prétendois
point qu'il en dût être autrement
de Cornicula par rapport à Cornix , que
de graculus par rapport à gracus et de
hædulus par rapport à heedus. Je présumois
seulement que le substantif corvus
avoit pû avoir dans l'antiquité ses diminutifs
, de même que ces trois autres coravec
l'autre avant
nix ,, gracus et hædus , et qu'ainsi on a pû
'dire corviculus et corvicula. Il seroit ennuyeux
de produire une infinité d'exemples
où l'on voit que la lettre n a été
prise pour la lettre . Ces méprises sont
venues de la ressemblance que l'une avoit
que dans l'écriture latine
on eut inventé une v consone pour
le besoin , et chez les grecs même la ressemblance
de ces deux caracteres est si
grande, que je lisois encore dernierement
dans le Journal des Sçavans du mois de
Juillet, que c'est sur le principe de cette
conformité que M. l'Abbé Sévin s'appuye
pour avoir la veritable lecture d'un
passage d'Hésiode ; ensorte qu'au lieu
de Dion genos , il faut lire, selon lui , Dion
genos.
Dans le texte de notre Poëte , il ne s'agit
JANVIER. 1731. 89
git point de race divine , mais de race.
corvine. Le Geai étant donc compris sub
genere corvino , selon l'Auteur de la Remarque
, qui me paroissoit suffisainment
autorisée , en ce que les bons Dictionaires
rendent le xoλe d'Esope , par le
terme Graculus . J'en concluois que si
Graculus signifie un Geai , xoxoids est
surement cet oiseau , et non pas la Corneille.
Mais comme il n'est pas certain
que graculus soit le Geai . C'est ce qui
doit arrêter toutes les consequences qu'on
pourroit tirer en supposant la chose.
D'ailleurs , la conjecture par laquelle on
prétendoit qu'Horace a mis originaire
ment corvicula, ne peut se soutenir , parce
que le Poëte , pour faire son vers , a
du mettre un mot dont la seconde syllabe
fût longue. Or la seconde de corvi
cula ( si ce mot existoit ) seroit breve , suivant
les regles des dérivez.
Comment donc ajuster tout cela : Ce
ne sera point en suivant l'auteur de la
conjecture dans tous les raisonnemens
qu'il fait , mais seulement dans quelques-
uns. Il a raison d'improuver ceux
qui croyent qu'Horace et Phédre ont
voulu désigner un oiseau different , et ilne
faut pas s'imaginer que le graculus
de celui- ci , soit different du cornicula du
premier.
E iij L'Augo
MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur doit , selon moi , revenir au
sentiment de Furetiere , qui dit que
graculus n'est point le Geai. A la verité
son Dictionaire ne renferme point de
Dissertation pour le prouver ; mais je
suis persuadé qu'il n'a pas pris la négative
sur cet article sans avoir de bonnes
raisons . Laissons donc les Traducteurs
d'Horace dans l'usage de prendre l'oiseau
de la fable pour une corneille ; et
tâchons seulement d'empêcher ceux qui
dans la suite traduiront Phédre , de rendre
le mot graculus par celui de Geai .
Déja il faut avouer que le terme latin
n'a pas grande affinité avec le françois
et c'est un assez grand fondement pour
douter.
J'avoue encore une fois que le noλorde
κολοιός
des Grees , et le graculus des Latins sont
le même oiseau. Il faut attribuer à
gram
eulus tout ce que les Grecs ont dit du ca
quet importun et désagréable du xoxoide.
figure des grands parleurs , qui cherchent
leurs semblables, et qui se plaisent à s'at-
Troupper pour faire grand bruit. Si le
Geai aime à jazer , le Graculus se plait à
grailler. Ces deux sortes d'oiseaux sont
loquaces, pour ainsi dire , et cependant ils
sont differens. Je n'ai point dans ma solitude
tous les Livres des Auteurs Payens
des premiers temps , qui ont parlé de ces
SOEJANVIER.
1731. 9:19
sortes d'animaux ; mais parmi quelques
collections que j'ai faites des Ecrivains
des moyens temps , je trouve un Historien
du huitième siècle , Auteur de la
Vie de S. Frichoux ou Fructueux , Archevêque
de Brague , en Portugal , mort
en 665 , lequel s'exprime ainsi : Nigras
parvasque aves quas usitato nomine vulgus
graculas vocitat , mansuetas in Monasterio
babuisse perhibetur. Il est important de
remarquer icy que selon ce texte , graculus
ou gracula est un oiseau de couleur
noire. Or le Geai n'est pas un oiseau
noir ; il est varié dans sa couleur.
Outre cela le but de l'Auteur de la
fable n'eût pas été assez sensible , ni le
sujer assez exactement traité , s'il eut
pris pour le fond de sa moralité un oi
seau qui eut eu un plumage de diver
ses couleurs , et qui n'eut point été laid
à voir. Il vouloit representer un oiseau
different du Paon, generalement en tou
tes choses , un oiseau peu agréable à la
uë , un oiseau d'un plumage uniforme
et de couleur lugubre et triste , lequet
dégouté de sa propre laideur , qui le faisoit
mépriser , avoit entrepris de se mé
tamorphoser en un autre oiseau infiniment
mieux habillé .
Sur le fondement de la disproportion
des deux oiseaux , la morale étoit ensuite
E iiij bien
92 MERCURE DE FRANCE.
*
bien plus sensible, et tomboit bien plus
visiblement sur ceux qui honteux de leur
pauvreté ou de la sterilité de leurs_talens
, se parent et s'ornent des biens et
des productions d'autrui . Je conclus
donc tout au contraire de la remarque.
inserée dans le Mercure , que ce sont les
Traducteurs de Phédre qui ont tort , et
non pas ceux d'Horace ; et qu'il ne faudroit
point intituler cette fable du Geai
glorieux , mais de la Corneille glorieuſe. Il
me paroît que l'Auteur a eu intention
de parler d'un oiseau semblable à nos
Corneilles. Il ne seroit peut-être pas même
hors de vrai-semblance que cet oinommé
par l'un de nos Auteurs
Latins , graculus , et par l'autre cornicula,
fut la Pie. On trouve dans cet oiseau
la loquacité reconnue par les Anciens.
dans le graculus , et elle est d'une espece
noire. Outre cela c'est un oiseau
qu'on apprivoise facilement ; cela convient
avec le texte de l'Auteur de la
Vie de S, Fructueux , qui écrivoit il y a
mille ans .
seau ,
. La Corneille dont il est fait mention
dans la Vie de S. Sour , Hermite en Périgord
, au sixième siècle , étoit un oiseau
domestique ; mais le nom de Cornicula
employé par l'Ecrivain de cette Vie , fait
croire qu'elle étoit de la couleur de nos
"
CorJANVIER.
1731. 93
Corneilles , et par consequent si on veut
allier en quelque maniere la domesticité
de cet oiseau avec sa couleur , on peut
dire que c'est la Pie . Il est vrai que la Pie:
et le Geal se ressemblent aussi du côté
de la domesticité ; peut-être est- ce pour
cela que les vocabulaires du moyen
temps , tels que celui de Papias de Lom.
bardie , identifient Gaius , Gaia , avec
Picus et Pica. Mais il y a trop de difference
du côté de la couleur , pour pou-.
voir dire que l'un soit l'autre. Et comme
dans la fable , c'est de la variété du
plumage qu'il est question , autant ques
principe de la beauté, je reviens toujours
à dire que l'animal le plus triste en couleur
et le plus laid en plumage , est celui
que nos Poëtes ont eu en vue , et non cefui
dont le plumage est aussi varié que
l'est celui du Geai . Et puisqu'il n'est pas .
rare de trouver des Geais blancs , trèsagréables
à la vue ; c'est une justice
qu'on doit rendre à cette espece d'oiseau
que de ne la pas mettre dans la catégorie:
des oiseaux naturellement laids , qui ont
besoin d'emprunter du Paon ,de quoi se
farder et s'embellir ..
que
Ce 2. Aouft 1730 ..
Fermer
Résumé : RÉFLEXIONS sur la conjecture proposée, touchant la correction d'un endroit des traductions d'Horace.
Le texte traite d'une conjecture sur la correction d'un terme dans les traductions d'Horace, en se concentrant sur le mot 'Cornicula' et sa possible confusion avec 'Corneille'. L'auteur souligne que les traducteurs et imprimeurs reproduisent souvent les erreurs des manuscrits, ce qui peut entraîner des traductions incorrectes. Il examine la possibilité que 'Cornicula' soit un diminutif de 'corvus' (corbeau), de même que 'graculus' est un diminutif de 'gracus' (geai). Il mentionne des erreurs courantes dans l'écriture latine et grecque, où la lettre 'n' est souvent confondue avec la lettre 'u'. Le texte aborde également la fable d'Ésope et la traduction du terme grec 'xoλe' par 'Graculus'. L'auteur conclut que 'graculus' ne désigne pas le geai mais plutôt la corneille, en se basant sur des descriptions historiques et des dictionnaires. Il cite un historien du VIIIe siècle qui décrit 'graculus' comme un oiseau noir, ce qui correspond mieux à la corneille qu'au geai. L'auteur critique les traducteurs de Phèdre qui traduisent 'graculus' par 'geai' et propose que la fable devrait être intitulée 'La Corneille glorieuse' plutôt que 'Le Geai glorieux'. Il suggère que l'oiseau en question pourrait être la pie, qui est noire et loquace, et qui correspond mieux aux descriptions historiques. Enfin, l'auteur insiste sur l'importance de la couleur et de l'apparence des oiseaux dans la fable, concluant que l'oiseau décrit est probablement la pie, en raison de son plumage uniforme et sombre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 1498-1514
RÉFLEXIONS sur la Methode de M. le Fevre de Saumur, et sur les Notes de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme au College du Plessis-Sorbonne.
Début :
MR. Gaullyer se plaint de ce que ceux qu'il appelle les Charlatans de la [...]
Mots clefs :
Méthode, Professeur, Collège, Littérature, Charlatans, Déclinaisons, Grammaire, Composition, Explication, Philosophie
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texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS sur la Methode de M. le Fevre de Saumur, et sur les Notes de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme au College du Plessis-Sorbonne.
REFLEXIONS sur la Methode de
M. le Fevre de Saumur , et sur les Notes
de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme
au College du Plessis - Sorbonne.
M
R. Gaullyer se plaint de ce que ceux
qu'il appelle les Charlatans de la
menue Litterature ne font aucune ré
ponse aux déclamations qu'il vient de
faire contre eux sans aucune distinction .
Il attribuë ce silence à la même cause qui
a fait taire le sage M. Rollin : mais les
prétendus Charlatans ne présument pas
assés d'eux- mêmes pour se mettre de ni
veau avec M. Rollin : ainsi pour faire
connoître à M. Gaullyer le profond res
pect qu'ils ont pour lui , ils feront ici
quelques réflexions sur ses Notes .
7
Iº. Ils sont surpris que pour justifier
II. Vol. la
JUIN. 1731 1499
la pratique vulgaire , M. Gaullyer ait
fait imprimer la Methode de M. le Févre
qui condamne cette pratique ; mais après
tout quand nous sommes appelés à faire
imprimer , et que le public ne se prête
pas à notre vocation , que pouvons-nous
faire de mieux pour la remplir , que de
faire imprimer les Livres des autres ?
II° La Methode de M. le Fevre con
siste ,
1. A ne parlerde Grec ni de Latin aux
Enfans qu'ils n'ayent atteint au moins la
dixième année. ( pag. 4. )
2. Avant ce temps là , faire apprendre
à lire et à écrire sans se mettre fort en peine
de la beauté du caractère , ( pag. 4. ) il suf
fit qu'il lise bien son écriture. ( pag. 6. )
3. Quand l'Enfant a atteint l'âge de
dix ans , il est tems de commencer ,
pour moý , dit M. le Fevre , ( page 6. ).
je n'eusse appris Musa qu'à douze ans ,
mais je m'imaginai qu'avec le secours d'un
Précepteur, comme moi, il pourroit bien com
mencer deux ans devant.
quoyque
IC
4. Faire apprendre les déclinaisons &c.
et cela en grand papier , plié in 4 ° . et relié
proprement. ( pag. 9. )
5. Quand la Grammaire latine est ache
vée , qu'il est question de venir à la pratique
de cette Grammaire ; je me gardai bien , die
I I. Vol.
M.
1500 MERCURE DE FRANCE
que
M. le Fevre , ( pag. 20. ) de suivre la ma
niere l'on suit ordinairement , qui est de
commencer par la composition , c'est-à-dire ,
par les Thèmes, il n'y a rien , selon mon sens ,
qui nuise si fort à un enfant. M. le Fevre
s'étend beaucoup pour faire voir le peu
de raison qu'il y a dans cette pratique
des Thèmes , et soutient qu'il faut com
mencer par l'explication , c'est-à dire , par
une version de vive voix, qui soit nette , sim
ple , et sans aucune circonlocution . M. le
Fevre fait donc expliquer , et expliquer
jusqu'à extinction de chaleur naturelle.
Ce sont là les points principaux , telle
est , pour ainsi - dire , la charpente de la
Méthode de M. le Fevre : les réflexions
détaillées , dont chacun de ces points est
accompagné , ne changent rien au fond
de la Méthode.
Il ne seroit pas difficile de faire voir
que les Méthodes des prétendus Charla
tans de la menuë Litterature sont plus
conformes à celle de M. le Fevre , que
ne l'est celle de M. Gaullyer .
M. le Fevre dit avec raison , ( pag. 2 )
que sa Méthode ne s'accommode nullememt
avec la pratique des Colleges. Ceux qui di
ront cela , ajoute t'il , diront vray.
M. Gaullyer fait une Note pour
répondre à cet article ; mais sa réponse
II. Vol. RC
JUIN. 1731. I sor
ne satisfait pas ceux qui sçavent réduire les
difficultés à leur veritable point.
M. Gaullyer prétend 1 ° . que du tems
de M. le Fevre , c'est-à - dire , depuis l'an
1651 jusqu'en l'an 1672. les Colleges
étoient mal montés , c'est-à-dire , comme
il l'explique , remplis de Régens peu ha
biles. 2 ° . que les Auteurs Grecs et Latins
sont bien mieux distribués aujourd'huy
dans les six Classes d'humanité des Colle
ges , qu'ils ne l'étoient du tems de M. le
Fevre . Voilà en quoy consiste la répon
se de M. Gaullycr à cet article de M. le
Fevre. Un des Agresseurs des nouvelles
Méthodes , prétend que les Ecoliers du
siécle passé étoient au moins aussi habiles
que ceux d'aujourd'hui , et qu'à mesure
qu'on a vû des Méthodes nouvelles , on
a vû le nombre des Sçavans décroître ,
réflexions, ajoute - t'il ,du célébre M. Huet :
mais accordons à M. Gaullyer , puisque
tel est son bon plaisir, que les Regens d'au
jourd'huy sont plus habiles qu'ils ne
l'étoient du tems de M. le Fevre ; en effet
M. Gaullyer n'étoit pas de ce tems- là ,
il n'en sera pas plus avancé ; car la ques
tion se réduit à sçavoir si la Méthode que
l'on suit aujourd'hui , n'est pas au fond
* Mémoires de Trevoux ,May 1723.
}
II Vol.
la
1502 MERCURE DE FRANCÉ
la même que celle que l'on suivoit du
tems de M. le Fevre : faire expliquer Ho
race avant Virgile , ou Virgile avant Ho
race ; Ciceron avant Homére , ou Homé
re avant Ciceron , ce n'est pas en cela que
consiste la difference qu'il y avoit entre
la Méthode de M. le Fevre et celle des
Colleges de son tems : la principale diffe
rence étoit la Méthode commune
que
menoit au Latin par la composition des
Thèmes , et que M. le Fevre y menoit par
l'explication. Or cette différence éssen
tiéle subsiste encore aujourd'hui , donc
quand M. Gaullyer sera monté en Philo
sophie , on pourra luy faire ce raison
nement:
On ne peut pas dire, selon M. Gaullyer,
que la Méthode de M. le Fevre ne sait pas
bonne , elle est fondée sur la raison et l'expe
rience. Or ce qui distingue principalement
cette Méthode de celle des Colleges du
siécle passé et de ceux d'aujourd'hui , c'est
de mener à l'intelligence du Latin par la
voye de l'explication, plutôt que par celle
de la composition : donc la Méthode des
Colleges d'aujourd'hui , aussi bien que
celle des Colleges du siécle passé, n'est pas
la bonne en ce point essentiel , et est con
traire à celle de M. le Fevre , quoique
les Colleges soient mieux montés que ceux
de son tems .
En
JUIN. 1731. 1503
En un mot, on soutient que la Méthode
des Colleges d'aujourd'hui est la mème,
quant au fond , que celle des Colleges de
1672. Or M. le Fevre qui connoissoit sans
doute l'étendue et l'esprit de saMéthode ,
déclare d'abord que sa Méthode ne s'ac
commode nullement avec la pratique des
Colleges : donc il faut convenir que M.
Gaullyer n'a compris ni l'esprit ni l'éten- :
duë de la Methode de M. le Fevre. Car
enfin s'il l'a comprise , dans quelle vuë
osera- t'on le soupçonner de l'avoir fait
imprimer à ses dépens ?
A l'égard du tems qu'on doit commen
cer à étudier le Latin , M. le Fevre , com
me nous l'avons déja remarqué , ne veut
l'on commence avant
pas que
que l'enfant
ait atteint l'âge de dix ans. M. Gaullyer
remarque sçavament ( pag. 76. ) que comme
on dressé de bonne heure les jeunes Veaux
et les petits poulains pour l'exercice de la
Campagne , de même dès que les Enfans
peuvent parler , on doit leur enseigner à
lire ensuite à écrire , et même plusieurs
choses qui sont à leur portée , par exemple
ce qu'il y a de plusfacile dans la Géographie
la Chronologie , et l'Histoire . Ce sentiment ,
dit-il , ( pag. 77. ) n'est pas contraire pour
le fonds à celui de M. le Fevre ; car tout
se que prétend M. le Fevre , c'est qu'on ne
.
II.Vol.
commerce
1504 MERCURE DE FRANCE
›
commence qu'à dix ou douze ans , c'est-à
dire , qu'on ne leur fasse pas apprendre plû
tôt les principes du Latin et du Grec ; ainsy
en commençant la sixième à dix ans , les
Enfans seront en Rétorique , dit- il , à quin
Ze à seize et à dix-sept ans. Ils y seront
encore assés-tôt , ajoute - t'il , peut- être mê
me trop- tôt à l'âge de dix-sept à dix- huit
ans. ainsi à dix- neuf ou vingt ans un jeu
ne homme aura fait sa Philosophie. Les
Parens impatiens de donner à leurs enfans
des emplois militaires , ou des charges
de robe , ne doivent - ils pas sçavoir gré à
M. Gaullyer d'adopter en ce point la
pensée de M. le Fevre ? car si l'on y veut
faire attention , c'est encore trop- tôt que
dix ou douze ans pour commencer une
étude que la Methode vulgaire a renduë
si penible et si embarassée. Quel effort de
mémoire et quelle justesse ne faut-il point
dans l'application de tant de régles si peu
claires , si peu fondées dans la nature , et
sujettes à tant d'exceptions ! les préten
dus charlatans , quoyqu'en dise M. Gaul
lyer , ont ici un grand avantage , du moins
ceux à qui le seul M. Gaullyer donne
le nom de Charlatans , la Methode du
Bureau Typographique, par exemple, met
les enfans en état de profiter des années
dont la Methode vulgaire fait un si mau
C
II. Vol.
vais
JUIN. 1731 1505
vais usage , parceque la Methode de ce
Bureau est fondée sur des principes pro
portionés à l'enfance . M. Gaullyer peut
s'en convaincre dans son propre College
s'il est capable d'être convaincu. Le petit
Rémilly,Pensionnaire au College du Ples
sis , et qui n'est âgé que de six ans , y étu
die selon cette Methode , M. Gaullyer
exigera- t'il qu'il y travaille encore au
moins quatre ans avant que d'aller en si
xiéme ?
Cet empressement des Charlatans , dit
M. Gaullyer ,est nuisible à la santé des en
fans , sur quoy je me contenteray d'ob
server que toute Methode qui instruit
les enfans agréablement , sans les forcer ,
sans les passionner , allant toujours du
connu à l'inconnu , c'est- à-dire , liant les
impressions nouvelles à celles qui sont
déja gravées dans le Cerveau , n'est nul
lement contraire à la santé des enfans :
mais il faut du rélâche , du sommeil , et
éviter sur tout de les forcer, et de les pas
sionner. Je suis persuadé que le grand
travail M. le Fevre a fait faire à son
fils ., peut avoir contribué à la perte de
cet enfant précieux , quoiqu'il soit diffi
cile en ces occasions qu'on ne prenne
pour cause ce qui n'est pas cause .
que
Ce n'est pas le sçavoir qui tue un en
\
II. Vol. fant
506 MERCURE DE FRANCE
fant , c'est l'éffort , c'est de ne point gar
der de proportion entre sa capacité et
ce qu'on veut lui faire apprendre ; les
enfans élevés dans les grandes Villes ap
prennent par l'usage de la vie une infiz
nité de choses sans qu'ils s'en portent
plus mal que les enfans de la Campagne
qui ignorent toutes ces choses : combien
de mots n'apprennent-ils point de leur
langue naturelle ? combien d'objets , com
bien de personnes ne connoissent- ils pas ?
c'est donc de la maniere d'apprendre que
vient tout le bien ou tout le mal. Sur ces
príncipes, il seroit aisé de faire voir que la
Methode vulgaire est bien plus contraire
à la santé des enfans , que celles contre
lesquelles M. Gaullyer fait des déclama
tions si pathétiques . On pourroit aussi
faire voir que quelque Methode que l'on
suive il y a des differences à observer ,
qu'ainst n'en déplaise à M. Gaullyer ,
M. le Feyre a grande raison de dire que
sa maniere d'enseigner n'est pas ce qu'il faut
pour des personnes qui ont peu de bien , mais
tous ces points demanderoient un détail
dans lequel je n'ai pas le temps d'entrer
maintenant.
On ne veut point approfondir d'où
vient le zele de M. Gaullyer contre cer
taines personnes à qui assurément le pu
II. Vol.
blic
JUIN. 1731.
1507
ܐܫܟܗ
Llic ne donne point les noms dont il plaît
à M. Gaullyer de les qualifier. Il traite
leurs idées de folles et d'extravagantes ,
quoiqu'elles soient assurément bien plus
conformes au sistême de M. le Fevre :
il les appelle des Charlatans et des Avan
turiers de la menuë Litterature ; on pourroit
fort bien , dit-il , ( pag. 78. ) lesforcer à
se taire et les chasser des grandes Villes :
et pourquoy ne pas les chasser aussi des
petites les livres de M. Gaullyer ne se
débitent- ils point dans celles - ci ? leurs
ridicules imaginations , poursuit-il , de
vraient au moins les faire bannir des Colleges,
ou plutôt on ne devroit on ne devroit pas leury laisser
mettre le pied. Ce n'est-là ni la pensée ,
pour ainsi dire , ni le langage de la raison .
Qui ne riroit , dit M. Gaullyer , ( p. 83. )
de voir ces bonnes gens nous proposer sérieu
sement , celui - là son Imprimerie en colom
bier avecses logetes ou boulins. M. Gaullyer
peut en rire tout à son aise , et c'est mê
me ce qu'il fera de mieux ; mais il en ri
ra tout seul. La Cour , la Ville , et mê
me les Colleges en pensent plus serieu
sement. Mais rions un moment avec M.
Gaullyer. L'autre , poursuit- il , nous pro
pose serieusement ses gloses interlinéaires ;
comme si c'étoit quelque chose de bien rare ,
et qui fut utile à d'autres qu'à des enfans.
4
II. Vol. Le
1508 MERCURE DE FRANCE.
Le dessein de celui - ci n'a pas été de tra 3
vailler des Vicillards. M. Gaullyer
pour
a d'autant plus de tort de confondre ce
dernier avec les autres dont il parle ,
que celui -ci n'a jamais rien dit contre les
Colleges , qu'il a même l'honneur d'avoir
fait les dernieres années de ses études dans
l'Université de Paris , et d'y avoir pris
des degrés ; il vient de donner au Public
un ouvrage qui a été réçû avec une Apro
bation singuliere dans les Colleges mê
me , il n'y a rien dans cet ouvrage ni dans
tout le reste de sa Methode , qui ne puis
se parfaitement s'accorder avec la prati
que des Colleges , et cet ouvrage n'a pas
été regardé comme une production d'une
menuë Litterature .
Cet autre , continuë M. Gaullyer , nous
propose ses propres Livres. Quel est celui
ci ? seroit- ce M. Gaullyer lui- même ? En
effet au versò du titre de la Methode de
M. le Fevre , M. Gaullyer a pris soin de
faire imprimer le Catalogue de ses pro
pres Livres. LIVRES DE M. GAULLYER.
Régles pour la Langue Latine , Rudiment
Methode , Régles d'élégance , Régles de
Traduction , Régles de Versification , Gram
maire Françoise , Feuille de François . &c
Ceux qui voudront avoir un nombre de ces
Livres sont priés de s'addresser à la V. Bro
د
II. Vol.
GAS
JUIN. 1731. 1509
sas. On leurfera les remises convenables & c.
Dans toutes cès Notes , M. Gaullyer ne
propose que ses propres Livres. Quel
nom donnerons - nous à ce langage ? Il ne
manque plus que de crier , tout le monde
l'a vũ , tout le monde l'a voulu voir. Quoy
qu'il en soit j'avouerai ingenûment , conti
nue M. Gaullyer , qu'il m'est venu souvent
à leur sujet une pensée que je crois vraye ,
pourvû qu'on ne la prenne pas à la rigueurs
c'est qu'ils sont , dit-il , ( pag. 84. ) ou
HERETIQUES on Fous : héretiques , s'ils ne
croyent pas le peché originel ; fous , si en le
croyant ils s'imaginent qu'on puisse guerir fá
cilement une des playes , les plus grandes qu'il
aitfaites à la nature humaine ; et cette playe
c'est l'ignorance.
J'ai lu dans les vies des Peres du dé
sert , qu'un pieux Solitaire fut un jour
extrémement maltraité de paroles par
quelques personnes : vous êtes un fou
lui disoit- on , un médisant , un calom
niateur , un emporté , un fanatique
un charlatan , peut- être lui dit-on aussi
vous n'êtes qu'un homme de la menuë Litte
rature : à tout cela le pieux Solitaire ne ré
pondit rien ; il imita le silence sage de
M. Rollin : mais ces personnes ayant dit
au Solitaire qu'il étoit hérétique , il prit
la parole , et se justifia , parce que
II. Vol. are E
1510 MERCURE DE FRANCE
ore confessio fit ad salutem. Nous déclarons
donc que nous reconnoissons le peché
originel et ses effets dans tous les hom
mes , en notre personne , et même en
celle de M. Gaullyer ; nous croyons aussi
que M. Gaullyer est très bon catholique ,
et qu'il est soumis comme nous à toutes
les décisions de l'Eglise ; mais si au lieu .
de lui retorquer cette premiere partie de
son dilemme , on lui reprochoit et on
lui prouvoit la seconde par ses discours
et par ses livres , imiteroit- il la conduite
du Saint Solitaire ?
M. Gaullyer se plaint , ( pag. 84. ) que
nous trouvons quelques dupes , par LA
REGLÉ qu'un sot trouve toujours un plus
sot qui l'admire. Que M. Gaullyer est ad
mirable !
Voici , entre tant d'autres , une Note où
brille une très- grosse Litterature , M. le
Fevre parlant de Longin , l'appelle Cassius
Longinus. M. Gaullyer à la page 100. fait
cette remarque modeste : je ne connoispoint,
dit- il , le Rhéteur Cassius Longinus, mais le
célebre Denis Longin. Il est vray que M.
Boileau et les Notes du Traité du subli
me , ont supprimé le nom de Cassius ,
mais Suidas , M. Baillet , Jugem. des Sça
vans , Tom. 2. 1. part . in 12. 1685. et
les autres Bibliothequaires nomment Lon
11. Vol.
gin
JUIN 1731. ISII
gin Dionysius Cassius Longinus. Si M. le
Fevre avoit dit Tullius Ciceron , M. Gaul
lyer nous auroit peut-être fait une sça
vante note, pour nous dire : je ne connois
point Tullius Ciceron , mais je connois
bien Marcus Ciceron.
M. Gaullyer remarque ( pag. 83. ) que
le seul moyen d'apprendre les belles Lettres ,
c'est la lecture qu'on fait assidûment pen
dant plusieurs années des Auteurs, et qu'ain
si les Charlatans qui suivent , dit - il ,
d'autres routes n'ont pas grand commerce
avec la raison et l'experience : mais où
sont les Charlatans qui ont prétendu
qu'il ne faloit point lire les Auteurs ? les
Charlatans dont parle M. Gaullyer , ne
different que dans les préliminaires et
dans la Methode , ils sont d'accord avec
M. le Fevre , ils disent avec ce grand hom
me , qu'il ne faut point perdrele tems à
faire des Thèmes , surtout dans les pre
miers commencemens , qu'il faut voir les
Originaux avant que de faire des copies :
un homme qui délibere là-dessus , dit M. le
Fevre , ( pag. 21. ) n'a pas grand com
merce avec la saine raison. Ainsi expli
quons les Auteurs , facilitons d'abord
cette explication , disent nos Charla
tans ; s'ils ne parlent pas comme M. Gaul
lyer encore un coup , ils parlent comme
II. Vol. E ij MA
1512 MERCURE DE FRANCE
M. le Fevre ; mais il suffit à M. Gaullyer
de dire beaucoup de mal des autres , et
beaucoup de bien de lui-même : justice ,
équité , discernement , raison , justesse ;
il n'a pas été en ces Classes-là.
M. le Fevre dit ( pag . 8. et 9. ) qu'il
donna à son fils le gros Alphabet de Robert
Estienne , et veut qu'on se serve de grand
papier plié in 4º . l'Auteur du Bureau
Typographique conseille aussi les grands
livres pour l'usage des enfans , parceque
ses livres se tiennent ouverts , ils laissent
les enfans plus libres, et facilitent la lectu
re : mais M. Gaullyer nous renvoye à
ses petits livres chez la V. Brocas , c'est
dit-il ,
que
l'on trouvera les ouvrages
que nous avons fait imprimer pour l'usage des
Classes. Ces ouvrages sont imprimés en
lettres fort menuës , pour ne pas dire en
menuë Litterature ; il seroit inutile d'en par
ler ici plus au long , le Public sçait assés
l'usage qu'on en fait.
Entre un grand nombre d'observation:
que je pourrois faire sur les Notes d
M. Gaullyer, je me réduis à ces deux der
nieres.
là
,
1. M. Gaullyer n'imite pas les Pane
gyristes qui élevent au dessus des autres
Saints ceux dont il font l'éloge , pour lui
il blâme M. le Fevre ; mais en quelles
11. Vol.
occasions ?
JUIN. 1731 . 1513
Occasions ? c'est uniquement quand M. le
Fevre est contraire aux usages et aux
livres de notre critique ; on voit par tout
que M. Gaullyer ne cherche qu'à faire
valoir ses propres ouvrages . Si j'avois à
instruire un enfant , dit- il , ( pag . 109. )
je lui mettrois entre les mains six on sept pe
tites feuilles que j'ai fait imprimer , lafeuille
de Grammairefrançoise , celle du Rudiment ,
celle des Préterits et Supins &c. de la feuille
du françois je passerois à la feuille du La
tin , je distilerois mes paroles goutte à goutte
dans ses oreilles et dans son esprit , qui
est d'une étroite embouchure , ( c'est de l'es
prit de l'enfant et non du sien dont il par
le ) j'imiterois les bonnes nourrices qui four
rent dans la bouche des petits enfans des
morceaux très-menus. Ce stile ne reveillé
t'il
pas l'idée d'une grande Litterature ?
2. M. Gaullyer employe presque une
page en citations , pour nous apprendre
où nous pourrons aller chercher ce que
c'est que Pedant et Pedanterie . Il fait fort
bien de ne pas le définir , il n'y a rien
de si difficile que la connoissance
de
soy- même.
Voilà quelques-unes des réfléxions que
nous n'avons faites que pour donner à
M. Gaullyer la satisfaction qu'il a de
mandée , nous sçavons d'ailleurs qu'il
II. Vol.
E iij persistera
114 MERCURE DE FRANCE
.
persistera dans le même sentiment . Nous
le soutenons, dit- il dans sa belle Preface de
ses Régles innombrables , page XVIII
nous le soutenons , nous l'avons déja soutenu
et nous le soutiendrons encore. Que M.
Gaullyer sçait bien conjuguer ! voilà le
présent , le passé , le futur. Pour nous
gens à menue Litterature , entierement vui
des de science et de bon sens , & c. nous
tâcherons de profiter des lumieres des
autres quand on voudra bien nous
en faire part ; mais si M. Gaullyer n'a
que des déclamations à faire contre
nous , nous lui déclarons que nous ne
voulions , nous ne voulons , ni ne vou
drons pas perdre le tems à lui répondre.
Si quis est qui delictum in se inclementiùs
Existimavit esse , sic existimet ,
Responsum, non dictum esse , quia lasit prior .
Ter. Eun. Prol .
M. le Fevre de Saumur , et sur les Notes
de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme
au College du Plessis - Sorbonne.
M
R. Gaullyer se plaint de ce que ceux
qu'il appelle les Charlatans de la
menue Litterature ne font aucune ré
ponse aux déclamations qu'il vient de
faire contre eux sans aucune distinction .
Il attribuë ce silence à la même cause qui
a fait taire le sage M. Rollin : mais les
prétendus Charlatans ne présument pas
assés d'eux- mêmes pour se mettre de ni
veau avec M. Rollin : ainsi pour faire
connoître à M. Gaullyer le profond res
pect qu'ils ont pour lui , ils feront ici
quelques réflexions sur ses Notes .
7
Iº. Ils sont surpris que pour justifier
II. Vol. la
JUIN. 1731 1499
la pratique vulgaire , M. Gaullyer ait
fait imprimer la Methode de M. le Févre
qui condamne cette pratique ; mais après
tout quand nous sommes appelés à faire
imprimer , et que le public ne se prête
pas à notre vocation , que pouvons-nous
faire de mieux pour la remplir , que de
faire imprimer les Livres des autres ?
II° La Methode de M. le Fevre con
siste ,
1. A ne parlerde Grec ni de Latin aux
Enfans qu'ils n'ayent atteint au moins la
dixième année. ( pag. 4. )
2. Avant ce temps là , faire apprendre
à lire et à écrire sans se mettre fort en peine
de la beauté du caractère , ( pag. 4. ) il suf
fit qu'il lise bien son écriture. ( pag. 6. )
3. Quand l'Enfant a atteint l'âge de
dix ans , il est tems de commencer ,
pour moý , dit M. le Fevre , ( page 6. ).
je n'eusse appris Musa qu'à douze ans ,
mais je m'imaginai qu'avec le secours d'un
Précepteur, comme moi, il pourroit bien com
mencer deux ans devant.
quoyque
IC
4. Faire apprendre les déclinaisons &c.
et cela en grand papier , plié in 4 ° . et relié
proprement. ( pag. 9. )
5. Quand la Grammaire latine est ache
vée , qu'il est question de venir à la pratique
de cette Grammaire ; je me gardai bien , die
I I. Vol.
M.
1500 MERCURE DE FRANCE
que
M. le Fevre , ( pag. 20. ) de suivre la ma
niere l'on suit ordinairement , qui est de
commencer par la composition , c'est-à-dire ,
par les Thèmes, il n'y a rien , selon mon sens ,
qui nuise si fort à un enfant. M. le Fevre
s'étend beaucoup pour faire voir le peu
de raison qu'il y a dans cette pratique
des Thèmes , et soutient qu'il faut com
mencer par l'explication , c'est-à dire , par
une version de vive voix, qui soit nette , sim
ple , et sans aucune circonlocution . M. le
Fevre fait donc expliquer , et expliquer
jusqu'à extinction de chaleur naturelle.
Ce sont là les points principaux , telle
est , pour ainsi - dire , la charpente de la
Méthode de M. le Fevre : les réflexions
détaillées , dont chacun de ces points est
accompagné , ne changent rien au fond
de la Méthode.
Il ne seroit pas difficile de faire voir
que les Méthodes des prétendus Charla
tans de la menuë Litterature sont plus
conformes à celle de M. le Fevre , que
ne l'est celle de M. Gaullyer .
M. le Fevre dit avec raison , ( pag. 2 )
que sa Méthode ne s'accommode nullememt
avec la pratique des Colleges. Ceux qui di
ront cela , ajoute t'il , diront vray.
M. Gaullyer fait une Note pour
répondre à cet article ; mais sa réponse
II. Vol. RC
JUIN. 1731. I sor
ne satisfait pas ceux qui sçavent réduire les
difficultés à leur veritable point.
M. Gaullyer prétend 1 ° . que du tems
de M. le Fevre , c'est-à - dire , depuis l'an
1651 jusqu'en l'an 1672. les Colleges
étoient mal montés , c'est-à-dire , comme
il l'explique , remplis de Régens peu ha
biles. 2 ° . que les Auteurs Grecs et Latins
sont bien mieux distribués aujourd'huy
dans les six Classes d'humanité des Colle
ges , qu'ils ne l'étoient du tems de M. le
Fevre . Voilà en quoy consiste la répon
se de M. Gaullycr à cet article de M. le
Fevre. Un des Agresseurs des nouvelles
Méthodes , prétend que les Ecoliers du
siécle passé étoient au moins aussi habiles
que ceux d'aujourd'hui , et qu'à mesure
qu'on a vû des Méthodes nouvelles , on
a vû le nombre des Sçavans décroître ,
réflexions, ajoute - t'il ,du célébre M. Huet :
mais accordons à M. Gaullyer , puisque
tel est son bon plaisir, que les Regens d'au
jourd'huy sont plus habiles qu'ils ne
l'étoient du tems de M. le Fevre ; en effet
M. Gaullyer n'étoit pas de ce tems- là ,
il n'en sera pas plus avancé ; car la ques
tion se réduit à sçavoir si la Méthode que
l'on suit aujourd'hui , n'est pas au fond
* Mémoires de Trevoux ,May 1723.
}
II Vol.
la
1502 MERCURE DE FRANCÉ
la même que celle que l'on suivoit du
tems de M. le Fevre : faire expliquer Ho
race avant Virgile , ou Virgile avant Ho
race ; Ciceron avant Homére , ou Homé
re avant Ciceron , ce n'est pas en cela que
consiste la difference qu'il y avoit entre
la Méthode de M. le Fevre et celle des
Colleges de son tems : la principale diffe
rence étoit la Méthode commune
que
menoit au Latin par la composition des
Thèmes , et que M. le Fevre y menoit par
l'explication. Or cette différence éssen
tiéle subsiste encore aujourd'hui , donc
quand M. Gaullyer sera monté en Philo
sophie , on pourra luy faire ce raison
nement:
On ne peut pas dire, selon M. Gaullyer,
que la Méthode de M. le Fevre ne sait pas
bonne , elle est fondée sur la raison et l'expe
rience. Or ce qui distingue principalement
cette Méthode de celle des Colleges du
siécle passé et de ceux d'aujourd'hui , c'est
de mener à l'intelligence du Latin par la
voye de l'explication, plutôt que par celle
de la composition : donc la Méthode des
Colleges d'aujourd'hui , aussi bien que
celle des Colleges du siécle passé, n'est pas
la bonne en ce point essentiel , et est con
traire à celle de M. le Fevre , quoique
les Colleges soient mieux montés que ceux
de son tems .
En
JUIN. 1731. 1503
En un mot, on soutient que la Méthode
des Colleges d'aujourd'hui est la mème,
quant au fond , que celle des Colleges de
1672. Or M. le Fevre qui connoissoit sans
doute l'étendue et l'esprit de saMéthode ,
déclare d'abord que sa Méthode ne s'ac
commode nullement avec la pratique des
Colleges : donc il faut convenir que M.
Gaullyer n'a compris ni l'esprit ni l'éten- :
duë de la Methode de M. le Fevre. Car
enfin s'il l'a comprise , dans quelle vuë
osera- t'on le soupçonner de l'avoir fait
imprimer à ses dépens ?
A l'égard du tems qu'on doit commen
cer à étudier le Latin , M. le Fevre , com
me nous l'avons déja remarqué , ne veut
l'on commence avant
pas que
que l'enfant
ait atteint l'âge de dix ans. M. Gaullyer
remarque sçavament ( pag. 76. ) que comme
on dressé de bonne heure les jeunes Veaux
et les petits poulains pour l'exercice de la
Campagne , de même dès que les Enfans
peuvent parler , on doit leur enseigner à
lire ensuite à écrire , et même plusieurs
choses qui sont à leur portée , par exemple
ce qu'il y a de plusfacile dans la Géographie
la Chronologie , et l'Histoire . Ce sentiment ,
dit-il , ( pag. 77. ) n'est pas contraire pour
le fonds à celui de M. le Fevre ; car tout
se que prétend M. le Fevre , c'est qu'on ne
.
II.Vol.
commerce
1504 MERCURE DE FRANCE
›
commence qu'à dix ou douze ans , c'est-à
dire , qu'on ne leur fasse pas apprendre plû
tôt les principes du Latin et du Grec ; ainsy
en commençant la sixième à dix ans , les
Enfans seront en Rétorique , dit- il , à quin
Ze à seize et à dix-sept ans. Ils y seront
encore assés-tôt , ajoute - t'il , peut- être mê
me trop- tôt à l'âge de dix-sept à dix- huit
ans. ainsi à dix- neuf ou vingt ans un jeu
ne homme aura fait sa Philosophie. Les
Parens impatiens de donner à leurs enfans
des emplois militaires , ou des charges
de robe , ne doivent - ils pas sçavoir gré à
M. Gaullyer d'adopter en ce point la
pensée de M. le Fevre ? car si l'on y veut
faire attention , c'est encore trop- tôt que
dix ou douze ans pour commencer une
étude que la Methode vulgaire a renduë
si penible et si embarassée. Quel effort de
mémoire et quelle justesse ne faut-il point
dans l'application de tant de régles si peu
claires , si peu fondées dans la nature , et
sujettes à tant d'exceptions ! les préten
dus charlatans , quoyqu'en dise M. Gaul
lyer , ont ici un grand avantage , du moins
ceux à qui le seul M. Gaullyer donne
le nom de Charlatans , la Methode du
Bureau Typographique, par exemple, met
les enfans en état de profiter des années
dont la Methode vulgaire fait un si mau
C
II. Vol.
vais
JUIN. 1731 1505
vais usage , parceque la Methode de ce
Bureau est fondée sur des principes pro
portionés à l'enfance . M. Gaullyer peut
s'en convaincre dans son propre College
s'il est capable d'être convaincu. Le petit
Rémilly,Pensionnaire au College du Ples
sis , et qui n'est âgé que de six ans , y étu
die selon cette Methode , M. Gaullyer
exigera- t'il qu'il y travaille encore au
moins quatre ans avant que d'aller en si
xiéme ?
Cet empressement des Charlatans , dit
M. Gaullyer ,est nuisible à la santé des en
fans , sur quoy je me contenteray d'ob
server que toute Methode qui instruit
les enfans agréablement , sans les forcer ,
sans les passionner , allant toujours du
connu à l'inconnu , c'est- à-dire , liant les
impressions nouvelles à celles qui sont
déja gravées dans le Cerveau , n'est nul
lement contraire à la santé des enfans :
mais il faut du rélâche , du sommeil , et
éviter sur tout de les forcer, et de les pas
sionner. Je suis persuadé que le grand
travail M. le Fevre a fait faire à son
fils ., peut avoir contribué à la perte de
cet enfant précieux , quoiqu'il soit diffi
cile en ces occasions qu'on ne prenne
pour cause ce qui n'est pas cause .
que
Ce n'est pas le sçavoir qui tue un en
\
II. Vol. fant
506 MERCURE DE FRANCE
fant , c'est l'éffort , c'est de ne point gar
der de proportion entre sa capacité et
ce qu'on veut lui faire apprendre ; les
enfans élevés dans les grandes Villes ap
prennent par l'usage de la vie une infiz
nité de choses sans qu'ils s'en portent
plus mal que les enfans de la Campagne
qui ignorent toutes ces choses : combien
de mots n'apprennent-ils point de leur
langue naturelle ? combien d'objets , com
bien de personnes ne connoissent- ils pas ?
c'est donc de la maniere d'apprendre que
vient tout le bien ou tout le mal. Sur ces
príncipes, il seroit aisé de faire voir que la
Methode vulgaire est bien plus contraire
à la santé des enfans , que celles contre
lesquelles M. Gaullyer fait des déclama
tions si pathétiques . On pourroit aussi
faire voir que quelque Methode que l'on
suive il y a des differences à observer ,
qu'ainst n'en déplaise à M. Gaullyer ,
M. le Feyre a grande raison de dire que
sa maniere d'enseigner n'est pas ce qu'il faut
pour des personnes qui ont peu de bien , mais
tous ces points demanderoient un détail
dans lequel je n'ai pas le temps d'entrer
maintenant.
On ne veut point approfondir d'où
vient le zele de M. Gaullyer contre cer
taines personnes à qui assurément le pu
II. Vol.
blic
JUIN. 1731.
1507
ܐܫܟܗ
Llic ne donne point les noms dont il plaît
à M. Gaullyer de les qualifier. Il traite
leurs idées de folles et d'extravagantes ,
quoiqu'elles soient assurément bien plus
conformes au sistême de M. le Fevre :
il les appelle des Charlatans et des Avan
turiers de la menuë Litterature ; on pourroit
fort bien , dit-il , ( pag. 78. ) lesforcer à
se taire et les chasser des grandes Villes :
et pourquoy ne pas les chasser aussi des
petites les livres de M. Gaullyer ne se
débitent- ils point dans celles - ci ? leurs
ridicules imaginations , poursuit-il , de
vraient au moins les faire bannir des Colleges,
ou plutôt on ne devroit on ne devroit pas leury laisser
mettre le pied. Ce n'est-là ni la pensée ,
pour ainsi dire , ni le langage de la raison .
Qui ne riroit , dit M. Gaullyer , ( p. 83. )
de voir ces bonnes gens nous proposer sérieu
sement , celui - là son Imprimerie en colom
bier avecses logetes ou boulins. M. Gaullyer
peut en rire tout à son aise , et c'est mê
me ce qu'il fera de mieux ; mais il en ri
ra tout seul. La Cour , la Ville , et mê
me les Colleges en pensent plus serieu
sement. Mais rions un moment avec M.
Gaullyer. L'autre , poursuit- il , nous pro
pose serieusement ses gloses interlinéaires ;
comme si c'étoit quelque chose de bien rare ,
et qui fut utile à d'autres qu'à des enfans.
4
II. Vol. Le
1508 MERCURE DE FRANCE.
Le dessein de celui - ci n'a pas été de tra 3
vailler des Vicillards. M. Gaullyer
pour
a d'autant plus de tort de confondre ce
dernier avec les autres dont il parle ,
que celui -ci n'a jamais rien dit contre les
Colleges , qu'il a même l'honneur d'avoir
fait les dernieres années de ses études dans
l'Université de Paris , et d'y avoir pris
des degrés ; il vient de donner au Public
un ouvrage qui a été réçû avec une Apro
bation singuliere dans les Colleges mê
me , il n'y a rien dans cet ouvrage ni dans
tout le reste de sa Methode , qui ne puis
se parfaitement s'accorder avec la prati
que des Colleges , et cet ouvrage n'a pas
été regardé comme une production d'une
menuë Litterature .
Cet autre , continuë M. Gaullyer , nous
propose ses propres Livres. Quel est celui
ci ? seroit- ce M. Gaullyer lui- même ? En
effet au versò du titre de la Methode de
M. le Fevre , M. Gaullyer a pris soin de
faire imprimer le Catalogue de ses pro
pres Livres. LIVRES DE M. GAULLYER.
Régles pour la Langue Latine , Rudiment
Methode , Régles d'élégance , Régles de
Traduction , Régles de Versification , Gram
maire Françoise , Feuille de François . &c
Ceux qui voudront avoir un nombre de ces
Livres sont priés de s'addresser à la V. Bro
د
II. Vol.
GAS
JUIN. 1731. 1509
sas. On leurfera les remises convenables & c.
Dans toutes cès Notes , M. Gaullyer ne
propose que ses propres Livres. Quel
nom donnerons - nous à ce langage ? Il ne
manque plus que de crier , tout le monde
l'a vũ , tout le monde l'a voulu voir. Quoy
qu'il en soit j'avouerai ingenûment , conti
nue M. Gaullyer , qu'il m'est venu souvent
à leur sujet une pensée que je crois vraye ,
pourvû qu'on ne la prenne pas à la rigueurs
c'est qu'ils sont , dit-il , ( pag. 84. ) ou
HERETIQUES on Fous : héretiques , s'ils ne
croyent pas le peché originel ; fous , si en le
croyant ils s'imaginent qu'on puisse guerir fá
cilement une des playes , les plus grandes qu'il
aitfaites à la nature humaine ; et cette playe
c'est l'ignorance.
J'ai lu dans les vies des Peres du dé
sert , qu'un pieux Solitaire fut un jour
extrémement maltraité de paroles par
quelques personnes : vous êtes un fou
lui disoit- on , un médisant , un calom
niateur , un emporté , un fanatique
un charlatan , peut- être lui dit-on aussi
vous n'êtes qu'un homme de la menuë Litte
rature : à tout cela le pieux Solitaire ne ré
pondit rien ; il imita le silence sage de
M. Rollin : mais ces personnes ayant dit
au Solitaire qu'il étoit hérétique , il prit
la parole , et se justifia , parce que
II. Vol. are E
1510 MERCURE DE FRANCE
ore confessio fit ad salutem. Nous déclarons
donc que nous reconnoissons le peché
originel et ses effets dans tous les hom
mes , en notre personne , et même en
celle de M. Gaullyer ; nous croyons aussi
que M. Gaullyer est très bon catholique ,
et qu'il est soumis comme nous à toutes
les décisions de l'Eglise ; mais si au lieu .
de lui retorquer cette premiere partie de
son dilemme , on lui reprochoit et on
lui prouvoit la seconde par ses discours
et par ses livres , imiteroit- il la conduite
du Saint Solitaire ?
M. Gaullyer se plaint , ( pag. 84. ) que
nous trouvons quelques dupes , par LA
REGLÉ qu'un sot trouve toujours un plus
sot qui l'admire. Que M. Gaullyer est ad
mirable !
Voici , entre tant d'autres , une Note où
brille une très- grosse Litterature , M. le
Fevre parlant de Longin , l'appelle Cassius
Longinus. M. Gaullyer à la page 100. fait
cette remarque modeste : je ne connoispoint,
dit- il , le Rhéteur Cassius Longinus, mais le
célebre Denis Longin. Il est vray que M.
Boileau et les Notes du Traité du subli
me , ont supprimé le nom de Cassius ,
mais Suidas , M. Baillet , Jugem. des Sça
vans , Tom. 2. 1. part . in 12. 1685. et
les autres Bibliothequaires nomment Lon
11. Vol.
gin
JUIN 1731. ISII
gin Dionysius Cassius Longinus. Si M. le
Fevre avoit dit Tullius Ciceron , M. Gaul
lyer nous auroit peut-être fait une sça
vante note, pour nous dire : je ne connois
point Tullius Ciceron , mais je connois
bien Marcus Ciceron.
M. Gaullyer remarque ( pag. 83. ) que
le seul moyen d'apprendre les belles Lettres ,
c'est la lecture qu'on fait assidûment pen
dant plusieurs années des Auteurs, et qu'ain
si les Charlatans qui suivent , dit - il ,
d'autres routes n'ont pas grand commerce
avec la raison et l'experience : mais où
sont les Charlatans qui ont prétendu
qu'il ne faloit point lire les Auteurs ? les
Charlatans dont parle M. Gaullyer , ne
different que dans les préliminaires et
dans la Methode , ils sont d'accord avec
M. le Fevre , ils disent avec ce grand hom
me , qu'il ne faut point perdrele tems à
faire des Thèmes , surtout dans les pre
miers commencemens , qu'il faut voir les
Originaux avant que de faire des copies :
un homme qui délibere là-dessus , dit M. le
Fevre , ( pag. 21. ) n'a pas grand com
merce avec la saine raison. Ainsi expli
quons les Auteurs , facilitons d'abord
cette explication , disent nos Charla
tans ; s'ils ne parlent pas comme M. Gaul
lyer encore un coup , ils parlent comme
II. Vol. E ij MA
1512 MERCURE DE FRANCE
M. le Fevre ; mais il suffit à M. Gaullyer
de dire beaucoup de mal des autres , et
beaucoup de bien de lui-même : justice ,
équité , discernement , raison , justesse ;
il n'a pas été en ces Classes-là.
M. le Fevre dit ( pag . 8. et 9. ) qu'il
donna à son fils le gros Alphabet de Robert
Estienne , et veut qu'on se serve de grand
papier plié in 4º . l'Auteur du Bureau
Typographique conseille aussi les grands
livres pour l'usage des enfans , parceque
ses livres se tiennent ouverts , ils laissent
les enfans plus libres, et facilitent la lectu
re : mais M. Gaullyer nous renvoye à
ses petits livres chez la V. Brocas , c'est
dit-il ,
que
l'on trouvera les ouvrages
que nous avons fait imprimer pour l'usage des
Classes. Ces ouvrages sont imprimés en
lettres fort menuës , pour ne pas dire en
menuë Litterature ; il seroit inutile d'en par
ler ici plus au long , le Public sçait assés
l'usage qu'on en fait.
Entre un grand nombre d'observation:
que je pourrois faire sur les Notes d
M. Gaullyer, je me réduis à ces deux der
nieres.
là
,
1. M. Gaullyer n'imite pas les Pane
gyristes qui élevent au dessus des autres
Saints ceux dont il font l'éloge , pour lui
il blâme M. le Fevre ; mais en quelles
11. Vol.
occasions ?
JUIN. 1731 . 1513
Occasions ? c'est uniquement quand M. le
Fevre est contraire aux usages et aux
livres de notre critique ; on voit par tout
que M. Gaullyer ne cherche qu'à faire
valoir ses propres ouvrages . Si j'avois à
instruire un enfant , dit- il , ( pag . 109. )
je lui mettrois entre les mains six on sept pe
tites feuilles que j'ai fait imprimer , lafeuille
de Grammairefrançoise , celle du Rudiment ,
celle des Préterits et Supins &c. de la feuille
du françois je passerois à la feuille du La
tin , je distilerois mes paroles goutte à goutte
dans ses oreilles et dans son esprit , qui
est d'une étroite embouchure , ( c'est de l'es
prit de l'enfant et non du sien dont il par
le ) j'imiterois les bonnes nourrices qui four
rent dans la bouche des petits enfans des
morceaux très-menus. Ce stile ne reveillé
t'il
pas l'idée d'une grande Litterature ?
2. M. Gaullyer employe presque une
page en citations , pour nous apprendre
où nous pourrons aller chercher ce que
c'est que Pedant et Pedanterie . Il fait fort
bien de ne pas le définir , il n'y a rien
de si difficile que la connoissance
de
soy- même.
Voilà quelques-unes des réfléxions que
nous n'avons faites que pour donner à
M. Gaullyer la satisfaction qu'il a de
mandée , nous sçavons d'ailleurs qu'il
II. Vol.
E iij persistera
114 MERCURE DE FRANCE
.
persistera dans le même sentiment . Nous
le soutenons, dit- il dans sa belle Preface de
ses Régles innombrables , page XVIII
nous le soutenons , nous l'avons déja soutenu
et nous le soutiendrons encore. Que M.
Gaullyer sçait bien conjuguer ! voilà le
présent , le passé , le futur. Pour nous
gens à menue Litterature , entierement vui
des de science et de bon sens , & c. nous
tâcherons de profiter des lumieres des
autres quand on voudra bien nous
en faire part ; mais si M. Gaullyer n'a
que des déclamations à faire contre
nous , nous lui déclarons que nous ne
voulions , nous ne voulons , ni ne vou
drons pas perdre le tems à lui répondre.
Si quis est qui delictum in se inclementiùs
Existimavit esse , sic existimet ,
Responsum, non dictum esse , quia lasit prior .
Ter. Eun. Prol .
Fermer
Résumé : RÉFLEXIONS sur la Methode de M. le Fevre de Saumur, et sur les Notes de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme au College du Plessis-Sorbonne.
Le texte présente une critique de la méthode pédagogique de M. le Fèvre de Saumur et des notes de M. Gaullyer, professeur au Collège du Plessis - Sorbonne. M. Gaullyer accuse des 'charlatans de la menue Littérature' de ne pas répondre à ses critiques. Les auteurs anonymes du texte, se présentant comme ces 'charlatans', expriment leur surprise que M. Gaullyer ait imprimé la méthode de M. le Fèvre, qui condamne la pratique vulgaire. Ils détaillent la méthode de M. le Fèvre, qui consiste à ne pas enseigner le grec et le latin aux enfants avant l'âge de dix ans, à apprendre à lire et à écrire sans se soucier de la beauté du caractère, et à commencer l'apprentissage des déclinaisons en grand papier. M. le Fèvre recommande également de commencer par l'explication des textes plutôt que par la composition de thèmes. Les auteurs soutiennent que la méthode des 'charlatans' est plus conforme à celle de M. le Fèvre que celle de M. Gaullyer. Les auteurs critiquent la réponse de M. Gaullyer, qui affirme que les collèges sont mieux montés aujourd'hui et que les auteurs grecs et latins sont mieux distribués. Ils argumentent que la principale différence entre la méthode de M. le Fèvre et celle des collèges réside dans l'approche pédagogique, et non dans l'ordre des auteurs étudiés. Ils concluent que la méthode des collèges actuels est fondamentalement la même que celle de 1672, et que M. Gaullyer n'a pas compris l'esprit de la méthode de M. le Fèvre. Ils soulignent également que la méthode vulgaire est plus nuisible à la santé des enfants que les méthodes alternatives. Le texte mentionne également les ouvrages de M. Gaullyer sur la langue latine et française, tels que 'Règles pour la Langue Latine', 'Rudiment', 'Méthode', 'Règles d'élégance', 'Règles de Traduction', 'Règles de Versification', et 'Grammaire Françoise'. Il critique M. Gaullyer pour ne proposer que ses propres livres et pour son langage excessif. Gaullyer affirme que ses critiques sont soit hérétiques, soit fous, selon qu'ils croient ou non au péché originel et à la difficulté de guérir l'ignorance. Il cite un exemple d'un solitaire pieux qui reste silencieux face aux insultes mais se justifie lorsqu'on l'accuse d'hérésie. Gaullyer se plaint également de trouver des dupes parmi ses admirateurs. Le texte mentionne une erreur de Gaullyer concernant l'identité de Longin et critique son approche pédagogique, qui privilégie ses propres ouvrages. Gaullyer est décrit comme quelqu'un qui parle beaucoup de mal des autres et de bien de lui-même, sans justice ni équité. Le texte conclut en soulignant que Gaullyer ne cherche qu'à valoriser ses propres ouvrages et en refusant de perdre du temps à répondre à ses déclamations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 163-173
« TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...] »
Début :
TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...]
Mots clefs :
Diction, Style, Rhétorique, Manière de bien parler, Phrase, Grammaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...] »
TRAITÉ de la Diction , par M. Eſteve ,
de la Société royale des Sciences de Montpellier
, vol. in - 12 , 1755. A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , &c .
Il ne faut rien moins qu'un efprit exercé
dans les fciences abftraites pour faire de
nouvelles découvertes fur la diction . Arif.
rote , Ciceron , Quintilien ont également
écrit fur cette matiere . Au jugement de
M. de Fenelon , nous ne pouvons mieux
faire que de copier ce que ces Auteurs en
ont dit ; mais ce que nos écrivains modernes
n'avoient pas feulement vû , M.
Efteve vient de l'exécuter. Son ouvrage
-eft divifé en deux livres ; le premier traite
des principes effentiels de la diction , &
le fecond des différens ftyles . Il recherche
quelles font les vraies perfections des élémens
de la phrafe ; enfuite il examine la
phrafe en elle-même. Ce font là les matériaux
dont il fait ufage pour conftruire le
fyſtème général des diverfes manieres de
s'énoncer. Ce n'eft pas ici un ouvrage de
grammaire , mais plutôt un traité philofophique
fur l'art de bien parler & de bien
écrite dans toutes fortes de langues. On
164 MERCURE DE FRANCE.
trouve dans cette production antant de
méthode que dans un ouvrage de Géométrie
, & autant de clarté que dans un ouvrage
pur agrément : pour l'invention
on ne fçauroit la difputer à l'auteur , car
il n'y a aucun modele en ce genre.
de
Nous avons dit qu'il falloit diftinguer
cette production philofophique de tout ce
qu'on nous a donné jufqu'à préfent fur la
grammaire : nous allons rapporter ce qu'en
dit l'Auteur. Ce ne font point ici les
principes raifonnés de la grammaire ni
l'art de parler correctement ces con-
» noiffances préliminaires , je les fuppofe
» dans mes lecteurs, La déclinaifon des
» verbes & des noms , les irrégularités , en
» un mot tout ce qui appartient à la grammaire
doit être connu. Dans un traité de
la peinture il n'eft point néceffaire de re-
» chercher la nature des diverfes couleurs ,
il faut les fuppofer déja broyées & arrangées
fur la palette : nous en ufons de
même dans le traité de l'art de la diction.
Auffi tout ce que nous y difons
peut également convenir à la Langue La-
» tine , Françoife ou Allemande , ou plus
» généralement à toutes les langues anciennes
& modernes.
Le peu d'étendue que nous donnons à
mos extraits ne nous permet pas de fuivre
DECEMBRE. 1754. 165
l'Auteur dans toutes les réflexions qui naiffent
fous fa plume ; nous nous contenterons
de citer quelques morceaux , qui feront
connoître le ftyle & la maniere dont
cet ouvrage eft exécuté .
n
"
En parlant de l'harmonie du difcours ,
l'Auteur compare une période à un air de
mufique. » Ne faut-il point dans une pe-
»riode diftribuer certains repos pour la
voix , exprimer un fentiment , n'introduire
aucune difparate entre les fons qui
doivent fe fuivre , faire annoncer les
» dénominations les unes par les autres ,
ne préfenter les plus grands effets qu'après
ceux qui doivent les préparer , enfin
répandre un accord & une unité d'expreffion
? &c. « Cette comparaifon ainfi
détaillée , eft neuve , & retrace au jufte la
plus grande partie des regles que l'écrivain
doit fe prefcrire. Dans le premier livre
l'Auteur parle des images , de la chaleur
qu'on doit leur donner , des termes
figurés , de la métaphore , de l'allégorie ,
de la périphrafe , des termes négatifs , des
épithetes , des adjectifs , comme auffi des
inverfions & des tours de phrafe , de
l'harmonie du difcours , & de la variété
dans le ftyle. Le fecond Livre , ainſi que
nous l'avons déja dit , traite de toutes les
différentes efpéces de ſtyle qui ont du ca- `
166 MERCURE DE FRANCE.
ractere. Le premier dont il eſt queſtion , eſt
le ftyle fimple. Voici comme l'Auteur entre
en matiere.
»
n
30
» Les anciens ont fait des éloges éton-
» nans du ftyle fimple , qu'ils appelloient
Attique : ils lui donnerent ce nom , par-
» ce que c'étoit le feul territoire d'Athènes
» qui le produifoit . Lorfque les Athéniens
»repréfentoient les Graces , ils les laif-
»foient toutes nûes , fans aucune forte de
» vêtement ; voilà le modele de leur fty-
» le .... Le ftyle fimple pourroit être appellé
le langage de la pure raifon . Rempli
de fentimens nobles & vrais , il ne
»fe permet ni les antithèfes froides & érudiées
, ni les comparaifons fauffes & déplacées
, ni l'enchantement puerile des
figures brillantes d'une fauffe Rhétorique
la peinture exacte des objets , la
» nobleffe & l'élégance de la diction , la
force du raifonnement , la beauté effentielle
du fujet ; voilà la diftinction en-
» tiere du langage que devroient parler les
"
93
"
"
39
hommes.
Cé ftyle fimple eft divifé par l'Auteur
en ftyle fublime & ftyle naïf ; chacun de
ces ftyles eft traité dans un chapitre en particulier.
Dans celui qui traite du ftyle fublime
, l'Auteur compare la maniere d'écrire
de Racine avec celle de Corneille. Après
DECEMBRE. 1754. 167
»
avoir cité plufieurs exemples de l'un & de
l'autre écrivain , M. Efteve dit : » voilà
» encore une peinture ( il eft queftion de
quelques vers de Racine ) , mais faite
dans un autre goût que celle de Cor-
» neille. Ce dernier eft un torrent qui ravage
tout , & précipite fa courfe , la for-
» ce de fon
éloquence l'entraîne fans ceffe
» malgré lui même , on diroit que les mots
» ne font que le fuivre de loin ; mais Ra-
» cine
développe fes couleurs , il les étend ,
» il colorie , il
répréfente au vrai tout ce
» qu'il peint , il fait par les feuls mots des
répréfentations plus
parfaites que ce
» qu'on croiroit pouvoir jamais attendre
de l'art de la diction.
33
» Rien n'eft au -deffus des
fentimens
» élevés que Corneille donne à fes héros :
c'eft la nature dans fa plus grande force
» & dans fa plus belle
fimplicité ; car je
» ne parle ici que des grands traits de gé-
" nie , qui lui affurent
l'admiration de tous
» les fiécles ; il eft vrai que la vive lumiere
» de fon
éloquence s'eft
quelquefois éclip-
» fée. Ces hommes qu'il fait parler & dont
» l'ame paroît dans certains
intervalles fi
grande , fi éclairée , & fi fublime , nẹ
» fe
foutiennent pas
toujours dans cette
région élevée &
lumineufe : on les ap-
» perçoit affez ſouvent
defcendre parmi le
"
168 MERCURE DE FRANCE.
»vulgaire ; alors ils ne font plus une fource
de vive lumiere qui éclaire tout ce
qui les approche , on diroit plutôt qu'ils
» ne fe conduifent que par une lueur foi-
» ble & empruntée.
Nous ne pouvons qu'annoncer les idées
de l'Auteur. Il parcourt tous les ftyles , il
en montre les beautés & les défauts. Le
ftyle ingénieux , le ftyle brillant , le ſtyle
fleuri , le ftyle qui peint , le ftyle qui ne
peint point , le ftyle oriental , le ftyle découfu
, tout eft traité par ordre & avec
précifion . Nous nous contenterons de citer
un des traits qui terminent l'ouvrage , &
dont le lecteur pourra faire aisément l'application.
» S'il y avoit une nation qui , peu capable
de raifonnemens fuivis , ne recherchât
jamais la jufteffe dans la fucceffion
des idées ; fi une feule phrafe bien tour-
» née fuffifoit à la capacité de cette na-
» tion , le ſtyle découfu y paroîtroit avan-
» tageufement. Un écrivain , pour con-
» tenter le lecteur , négligeroit le plan &
la fuite de l'ouvrage , pour ne s'occuper
* que du tour brillant d'une penfée. A
cette premiere penfée , il feroit fuccéder
» celle qui fe préfenteroit d'abord à fon
imagination , quoiqu'elle n'eût fouvent
aucun rapport avec celle qui doit la pré-
33
céder
DECEMBRE. 1754. 169
céder ; ce feroit là le grand art d'amufer
»des efprits frivoles. Car une imagination
légere préferera toujours l'éclat d'une
phrafe ifolée à un difcours fuivi , dont
toutes les parties font faites les unes pour
les autres , & qui par- tout également vif
» & preffant , ne montre pas mal à propos
des ombres qui fervent à relever une
fauffe lumiere.
HISTOIRE & commerce des Colonies
'Angloifes dans l'Amérique feptentrionale.
ALondres ; & fe trouve à Paris , chez Lebreton
, Defaint , Piffot , Lambert. 1754
in-12. 1 vol.
Il nous paroît qu'on n'a pas faifi jufqu'ici
la vraie maniere d'écrire l'hiftoire des colonies
: on n'a prefque parlé que des guerres
qui avoient été entreprifes pour s'y établir
, ou qu'on a été forcé de foutenir pour
s'y maintenir. Comme le but de ces établiſſemens
eft moins la gloire que l'utilité ,
il auroit fallu paffer rapidement fur les événemens
militaires , & s'arrêter à la fituation
, aux productions , aux moeurs , au
gouvernement , à tous les avantages qu'on
retire & qu'on pourroit retirer des pays
éloignés dont on parle. L'Auteur de l'hiftoire
des Colonies Angloifes a parfaitement
rempli l'idée que nous propofons. Il dit
11. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
tout ce que les négocians & les politiques
peuvent defirer de fçavoir fur le fujet qu'il
traite , & il le dit d'une maniere convenable
à la matiere qu'il traite. Nous connoillons
affez les fources où il a puifé ,
pour affurer quelles font très bonnes. Cet
Ecrivain , ou quelqu'autre auffi inftruir ,
devroit bien nous donner dans le même.
goûtd'hiftoire de nos lles fous le vent , les
plus belles colonies de l'univers , fans en
excepter le Pérou & le Mexique.
NOUVEAU Commentaire fur les ordonhances
des mois d'Août 1669 , & Mars
1673 , enſemble fur l'édit du mois de
Mars 1673 , touchant les épices. Par M.
***. Confeiller au Préfidial d'Orléans. A
Paris , chez Debure l'aîné , quai des Auguftins.
1754. in- 12. 1 vol. Ce livre fe
vend liv. 12 fols.
L'Ordonnance de 1669 traite des évocations
, des réglemens de Juges en matiere
civile & criminelle , des Committimus ,
des Lettres d'Etat & de répit. L'Ordonnance
de 1673 a pour objet le commerce.
Elle traite des apprentifs négocians & marchands
, des agens de banque , & courtiers
, des livres & registres des négocians
, marchands & banquiers , des faciétés
, des lettres & billets de change & proDECEMBRE.
1754. 175
melles d'en fournir , des intérêts de change
& de rechange , des contraintes par
corps , des féparations de biens , des défenfes
& lettres de répi , des ceffions de
biens , des faillies & banqueroutes , de la
jurifdiction des Confuls. Le même auteur
nous a donné il y a deux ans des commentaires
courts , clairs , & très- inftructifs fur
les ordonnances civiles & criminelles.
Ces quatre ordonnances feront toujours
regardées comme un des plus beaux monumens
du regne de Louis XIV. L'Europe entiere
en a fenti le prix , & en a retiré les plus
grands avantages. Il faut efpérer que l'étude
de nos loix ne tardera pas à nous paroître un
objet digne de nous occuper. Notre nation
a pouffé fi loin depuis vingt ans la théorie
& la pratique des finances , du commerce
, de la guerre , de la politique ,, de toutes
les connoiffances qui peuvent intéreffer
fa gloire , fon bonheur ou fon opulence
, qu'elle est devenue dans les chofes importantes
, comme elle l'a toujours été dans
lés agréables , un objet d'émulation pour
les peuples qui fe conduifent avec le plus
de circonfpection & de fagefle . On nous
reproche cependant encore avec raifon l'ignorance
de notre droit public & de notre
jurifprudence. Les fecours fürs & faciles
qu'on nous préfente , nous détermineront
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fans doute à acquerir des lumieres qu'il
eft honteux & très- dangereux de ne pas
avoir.
Le bon Jardinier , Almanach pour l'année
1755 , contenant une idée générale
des quatre fortes de jardins , les regles pour
les cultiver , & la maniere d'élever les plus
belles fleurs. A Paris , chez Guillin , quai
des Auguftins , au Lys d'or. 1755 .
Cet Almanach qui n'étoit prefque l'an
dernier qu'un catalogue , eft devenu un
Quvrage plein de recherches & de détails
agréables fur la matiere qui y eft traitée.
On y trouvera de l'inftruction & de l'amufement.
LE College des Jéfuites de Toulouſe , où
les études font excellentes , a faifi l'occafion
de la diftribution des prix pour faire
représenter une paftorale héroïque à la
louange du Roi. Le P. Badon qui , à ce
qu'il nous paroît , eft chargé ordinairement
de ces actions d'éclat , & qui juftifie
le choix qu'on fait de lui , fait célébrer par
les bergers qu'il introduit fur la fcene , la
juftice des armes du Roi , fa douceur , fa
modération dans la victoire , fes conquêtes
, la journée de Fontenoy , la paix d'Aix-
12- Chapelle , la nobleffe accordée aux Of
DECEMBRE. 1754. 173
ficiers , l'établiſſement de l'Ecole Militaire
, &c. Les éloges de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dau
phine , de Mefdames fuivent naturelle
ment. La paftorale eft terminée par la joie
générale que la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Berri a répandu parmi les François
, & par des voeux pour la gloire de
ce jeune Prince.
de la Société royale des Sciences de Montpellier
, vol. in - 12 , 1755. A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , &c .
Il ne faut rien moins qu'un efprit exercé
dans les fciences abftraites pour faire de
nouvelles découvertes fur la diction . Arif.
rote , Ciceron , Quintilien ont également
écrit fur cette matiere . Au jugement de
M. de Fenelon , nous ne pouvons mieux
faire que de copier ce que ces Auteurs en
ont dit ; mais ce que nos écrivains modernes
n'avoient pas feulement vû , M.
Efteve vient de l'exécuter. Son ouvrage
-eft divifé en deux livres ; le premier traite
des principes effentiels de la diction , &
le fecond des différens ftyles . Il recherche
quelles font les vraies perfections des élémens
de la phrafe ; enfuite il examine la
phrafe en elle-même. Ce font là les matériaux
dont il fait ufage pour conftruire le
fyſtème général des diverfes manieres de
s'énoncer. Ce n'eft pas ici un ouvrage de
grammaire , mais plutôt un traité philofophique
fur l'art de bien parler & de bien
écrite dans toutes fortes de langues. On
164 MERCURE DE FRANCE.
trouve dans cette production antant de
méthode que dans un ouvrage de Géométrie
, & autant de clarté que dans un ouvrage
pur agrément : pour l'invention
on ne fçauroit la difputer à l'auteur , car
il n'y a aucun modele en ce genre.
de
Nous avons dit qu'il falloit diftinguer
cette production philofophique de tout ce
qu'on nous a donné jufqu'à préfent fur la
grammaire : nous allons rapporter ce qu'en
dit l'Auteur. Ce ne font point ici les
principes raifonnés de la grammaire ni
l'art de parler correctement ces con-
» noiffances préliminaires , je les fuppofe
» dans mes lecteurs, La déclinaifon des
» verbes & des noms , les irrégularités , en
» un mot tout ce qui appartient à la grammaire
doit être connu. Dans un traité de
la peinture il n'eft point néceffaire de re-
» chercher la nature des diverfes couleurs ,
il faut les fuppofer déja broyées & arrangées
fur la palette : nous en ufons de
même dans le traité de l'art de la diction.
Auffi tout ce que nous y difons
peut également convenir à la Langue La-
» tine , Françoife ou Allemande , ou plus
» généralement à toutes les langues anciennes
& modernes.
Le peu d'étendue que nous donnons à
mos extraits ne nous permet pas de fuivre
DECEMBRE. 1754. 165
l'Auteur dans toutes les réflexions qui naiffent
fous fa plume ; nous nous contenterons
de citer quelques morceaux , qui feront
connoître le ftyle & la maniere dont
cet ouvrage eft exécuté .
n
"
En parlant de l'harmonie du difcours ,
l'Auteur compare une période à un air de
mufique. » Ne faut-il point dans une pe-
»riode diftribuer certains repos pour la
voix , exprimer un fentiment , n'introduire
aucune difparate entre les fons qui
doivent fe fuivre , faire annoncer les
» dénominations les unes par les autres ,
ne préfenter les plus grands effets qu'après
ceux qui doivent les préparer , enfin
répandre un accord & une unité d'expreffion
? &c. « Cette comparaifon ainfi
détaillée , eft neuve , & retrace au jufte la
plus grande partie des regles que l'écrivain
doit fe prefcrire. Dans le premier livre
l'Auteur parle des images , de la chaleur
qu'on doit leur donner , des termes
figurés , de la métaphore , de l'allégorie ,
de la périphrafe , des termes négatifs , des
épithetes , des adjectifs , comme auffi des
inverfions & des tours de phrafe , de
l'harmonie du difcours , & de la variété
dans le ftyle. Le fecond Livre , ainſi que
nous l'avons déja dit , traite de toutes les
différentes efpéces de ſtyle qui ont du ca- `
166 MERCURE DE FRANCE.
ractere. Le premier dont il eſt queſtion , eſt
le ftyle fimple. Voici comme l'Auteur entre
en matiere.
»
n
30
» Les anciens ont fait des éloges éton-
» nans du ftyle fimple , qu'ils appelloient
Attique : ils lui donnerent ce nom , par-
» ce que c'étoit le feul territoire d'Athènes
» qui le produifoit . Lorfque les Athéniens
»repréfentoient les Graces , ils les laif-
»foient toutes nûes , fans aucune forte de
» vêtement ; voilà le modele de leur fty-
» le .... Le ftyle fimple pourroit être appellé
le langage de la pure raifon . Rempli
de fentimens nobles & vrais , il ne
»fe permet ni les antithèfes froides & érudiées
, ni les comparaifons fauffes & déplacées
, ni l'enchantement puerile des
figures brillantes d'une fauffe Rhétorique
la peinture exacte des objets , la
» nobleffe & l'élégance de la diction , la
force du raifonnement , la beauté effentielle
du fujet ; voilà la diftinction en-
» tiere du langage que devroient parler les
"
93
"
"
39
hommes.
Cé ftyle fimple eft divifé par l'Auteur
en ftyle fublime & ftyle naïf ; chacun de
ces ftyles eft traité dans un chapitre en particulier.
Dans celui qui traite du ftyle fublime
, l'Auteur compare la maniere d'écrire
de Racine avec celle de Corneille. Après
DECEMBRE. 1754. 167
»
avoir cité plufieurs exemples de l'un & de
l'autre écrivain , M. Efteve dit : » voilà
» encore une peinture ( il eft queftion de
quelques vers de Racine ) , mais faite
dans un autre goût que celle de Cor-
» neille. Ce dernier eft un torrent qui ravage
tout , & précipite fa courfe , la for-
» ce de fon
éloquence l'entraîne fans ceffe
» malgré lui même , on diroit que les mots
» ne font que le fuivre de loin ; mais Ra-
» cine
développe fes couleurs , il les étend ,
» il colorie , il
répréfente au vrai tout ce
» qu'il peint , il fait par les feuls mots des
répréfentations plus
parfaites que ce
» qu'on croiroit pouvoir jamais attendre
de l'art de la diction.
33
» Rien n'eft au -deffus des
fentimens
» élevés que Corneille donne à fes héros :
c'eft la nature dans fa plus grande force
» & dans fa plus belle
fimplicité ; car je
» ne parle ici que des grands traits de gé-
" nie , qui lui affurent
l'admiration de tous
» les fiécles ; il eft vrai que la vive lumiere
» de fon
éloquence s'eft
quelquefois éclip-
» fée. Ces hommes qu'il fait parler & dont
» l'ame paroît dans certains
intervalles fi
grande , fi éclairée , & fi fublime , nẹ
» fe
foutiennent pas
toujours dans cette
région élevée &
lumineufe : on les ap-
» perçoit affez ſouvent
defcendre parmi le
"
168 MERCURE DE FRANCE.
»vulgaire ; alors ils ne font plus une fource
de vive lumiere qui éclaire tout ce
qui les approche , on diroit plutôt qu'ils
» ne fe conduifent que par une lueur foi-
» ble & empruntée.
Nous ne pouvons qu'annoncer les idées
de l'Auteur. Il parcourt tous les ftyles , il
en montre les beautés & les défauts. Le
ftyle ingénieux , le ftyle brillant , le ſtyle
fleuri , le ftyle qui peint , le ftyle qui ne
peint point , le ftyle oriental , le ftyle découfu
, tout eft traité par ordre & avec
précifion . Nous nous contenterons de citer
un des traits qui terminent l'ouvrage , &
dont le lecteur pourra faire aisément l'application.
» S'il y avoit une nation qui , peu capable
de raifonnemens fuivis , ne recherchât
jamais la jufteffe dans la fucceffion
des idées ; fi une feule phrafe bien tour-
» née fuffifoit à la capacité de cette na-
» tion , le ſtyle découfu y paroîtroit avan-
» tageufement. Un écrivain , pour con-
» tenter le lecteur , négligeroit le plan &
la fuite de l'ouvrage , pour ne s'occuper
* que du tour brillant d'une penfée. A
cette premiere penfée , il feroit fuccéder
» celle qui fe préfenteroit d'abord à fon
imagination , quoiqu'elle n'eût fouvent
aucun rapport avec celle qui doit la pré-
33
céder
DECEMBRE. 1754. 169
céder ; ce feroit là le grand art d'amufer
»des efprits frivoles. Car une imagination
légere préferera toujours l'éclat d'une
phrafe ifolée à un difcours fuivi , dont
toutes les parties font faites les unes pour
les autres , & qui par- tout également vif
» & preffant , ne montre pas mal à propos
des ombres qui fervent à relever une
fauffe lumiere.
HISTOIRE & commerce des Colonies
'Angloifes dans l'Amérique feptentrionale.
ALondres ; & fe trouve à Paris , chez Lebreton
, Defaint , Piffot , Lambert. 1754
in-12. 1 vol.
Il nous paroît qu'on n'a pas faifi jufqu'ici
la vraie maniere d'écrire l'hiftoire des colonies
: on n'a prefque parlé que des guerres
qui avoient été entreprifes pour s'y établir
, ou qu'on a été forcé de foutenir pour
s'y maintenir. Comme le but de ces établiſſemens
eft moins la gloire que l'utilité ,
il auroit fallu paffer rapidement fur les événemens
militaires , & s'arrêter à la fituation
, aux productions , aux moeurs , au
gouvernement , à tous les avantages qu'on
retire & qu'on pourroit retirer des pays
éloignés dont on parle. L'Auteur de l'hiftoire
des Colonies Angloifes a parfaitement
rempli l'idée que nous propofons. Il dit
11. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
tout ce que les négocians & les politiques
peuvent defirer de fçavoir fur le fujet qu'il
traite , & il le dit d'une maniere convenable
à la matiere qu'il traite. Nous connoillons
affez les fources où il a puifé ,
pour affurer quelles font très bonnes. Cet
Ecrivain , ou quelqu'autre auffi inftruir ,
devroit bien nous donner dans le même.
goûtd'hiftoire de nos lles fous le vent , les
plus belles colonies de l'univers , fans en
excepter le Pérou & le Mexique.
NOUVEAU Commentaire fur les ordonhances
des mois d'Août 1669 , & Mars
1673 , enſemble fur l'édit du mois de
Mars 1673 , touchant les épices. Par M.
***. Confeiller au Préfidial d'Orléans. A
Paris , chez Debure l'aîné , quai des Auguftins.
1754. in- 12. 1 vol. Ce livre fe
vend liv. 12 fols.
L'Ordonnance de 1669 traite des évocations
, des réglemens de Juges en matiere
civile & criminelle , des Committimus ,
des Lettres d'Etat & de répit. L'Ordonnance
de 1673 a pour objet le commerce.
Elle traite des apprentifs négocians & marchands
, des agens de banque , & courtiers
, des livres & registres des négocians
, marchands & banquiers , des faciétés
, des lettres & billets de change & proDECEMBRE.
1754. 175
melles d'en fournir , des intérêts de change
& de rechange , des contraintes par
corps , des féparations de biens , des défenfes
& lettres de répi , des ceffions de
biens , des faillies & banqueroutes , de la
jurifdiction des Confuls. Le même auteur
nous a donné il y a deux ans des commentaires
courts , clairs , & très- inftructifs fur
les ordonnances civiles & criminelles.
Ces quatre ordonnances feront toujours
regardées comme un des plus beaux monumens
du regne de Louis XIV. L'Europe entiere
en a fenti le prix , & en a retiré les plus
grands avantages. Il faut efpérer que l'étude
de nos loix ne tardera pas à nous paroître un
objet digne de nous occuper. Notre nation
a pouffé fi loin depuis vingt ans la théorie
& la pratique des finances , du commerce
, de la guerre , de la politique ,, de toutes
les connoiffances qui peuvent intéreffer
fa gloire , fon bonheur ou fon opulence
, qu'elle est devenue dans les chofes importantes
, comme elle l'a toujours été dans
lés agréables , un objet d'émulation pour
les peuples qui fe conduifent avec le plus
de circonfpection & de fagefle . On nous
reproche cependant encore avec raifon l'ignorance
de notre droit public & de notre
jurifprudence. Les fecours fürs & faciles
qu'on nous préfente , nous détermineront
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fans doute à acquerir des lumieres qu'il
eft honteux & très- dangereux de ne pas
avoir.
Le bon Jardinier , Almanach pour l'année
1755 , contenant une idée générale
des quatre fortes de jardins , les regles pour
les cultiver , & la maniere d'élever les plus
belles fleurs. A Paris , chez Guillin , quai
des Auguftins , au Lys d'or. 1755 .
Cet Almanach qui n'étoit prefque l'an
dernier qu'un catalogue , eft devenu un
Quvrage plein de recherches & de détails
agréables fur la matiere qui y eft traitée.
On y trouvera de l'inftruction & de l'amufement.
LE College des Jéfuites de Toulouſe , où
les études font excellentes , a faifi l'occafion
de la diftribution des prix pour faire
représenter une paftorale héroïque à la
louange du Roi. Le P. Badon qui , à ce
qu'il nous paroît , eft chargé ordinairement
de ces actions d'éclat , & qui juftifie
le choix qu'on fait de lui , fait célébrer par
les bergers qu'il introduit fur la fcene , la
juftice des armes du Roi , fa douceur , fa
modération dans la victoire , fes conquêtes
, la journée de Fontenoy , la paix d'Aix-
12- Chapelle , la nobleffe accordée aux Of
DECEMBRE. 1754. 173
ficiers , l'établiſſement de l'Ecole Militaire
, &c. Les éloges de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dau
phine , de Mefdames fuivent naturelle
ment. La paftorale eft terminée par la joie
générale que la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Berri a répandu parmi les François
, & par des voeux pour la gloire de
ce jeune Prince.
Fermer
Résumé : « TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...] »
Le texte présente plusieurs ouvrages et sujets divers. Le 'Traité de la Diction' de M. Esteve, membre de la Société royale des Sciences de Montpellier, publié en 1755, explore les principes essentiels de la diction et les différents styles. Divisé en deux livres, le premier traite des éléments de la phrase et de la construction du discours, tandis que le second examine les diverses espèces de style, telles que le style simple, sublime et naïf. Esteve compare la diction à la musique, soulignant l'importance de l'harmonie et de la variété dans le discours. Il distingue également les styles de Racine et de Corneille, mettant en avant leurs approches différentes de l'éloquence. Le texte mentionne également d'autres publications, comme l''Histoire & commerce des Colonies Angloises dans l'Amérique septentrionale', qui se concentre sur les aspects utilitaires des colonies plutôt que sur les conflits militaires. Un 'Nouveau Commentaire' sur les ordonnances des mois d'août 1669 et mars 1673, ainsi que sur l'édit de mars 1673 concernant les épices, est également présenté. Cet ouvrage traite des réglements juridiques et commerciaux sous le règne de Louis XIV. Enfin, le texte évoque le 'Bon Jardinier', un almanach pour l'année 1755, qui offre des conseils sur la culture des jardins et l'élevage des fleurs. Il mentionne également une pastorale héroïque représentée par le Collège des Jésuites de Toulouse, célébrant les vertus et les conquêtes du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 165-172
REMARQUES de M....... de la Société littéraire d'Arras, sur quelques points de prononciation & d'ortographe.
Début :
Il est surprenant que lorsqu'on a publié de nouveau dans les Opuscules sur la [...]
Mots clefs :
Société littéraire d'Arras, Prononciation, Grammaire, Orthographe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES de M....... de la Société littéraire d'Arras, sur quelques points de prononciation & d'ortographe.
REMARQUES de M....... de la
Société littéraire d'Arras , fur quelques
points de prononciation & d'ortographe.
Left furprenant que lorfqu'on a publié
de nouveau dans les Opufcules fur la
langue Françoife , les Effais de grammaire
de feu M. l'Abbé de Dangeau , on air
obmis de rectifier , par quelques notes ,
plufieurs endroits de cet ouvrage eſtimable
, dans lesquels on ne trouve pas toute
l'exactitude poffible . Je vais tâcher d'y fuppléer
, du moins par rapport aux articles
qui regardent la prononciation .
L'Abbé de Dangeau enfeigne ( pages 10
& 12 des Opufcules ) qu'outre le fon qui
répond à la lettre o , nous avons un fon
plus fourd repréfenté par la fauffe diphtongue
au. Suivant la maniere dont cette diftinction
eft annoncée , il femble que le fon
• , quand il eft clair , foit toujours exprimé
paro ; & que ce ſon , lorsqu'il est fourd ,
foit toujours rendu par an. Quoique cela
arrive ordinairement , il y a bien des exemples
du contraire : au eft clair & bref dans
chapeau , autorité , &c. & a eft fourd &
long dans globe , foffe , tome , &c,
166 MERCURE DE FRANCE.
Page 13. Selon l'Abbé de D. les mots
berger & leger font une rime normande .
Il est vrai que de fon tems on prononçoit
la feconde fyllabe de léger avec un e ouvert
; mais à préfent la plupart font cet e
fermé , & léger rime très -bien avec berger.
Pages 13 , 38 & autres , l'Auteur , en
difant que le fon de la voyelle finale eft .
une ouvert dans exprès & amer , dans j'irois
& il alloit , ne fait point affez connoître
la différence qu'il y a entre l'e fimplement
ouvert & l'e très - ouvert .
Page 15. Notre e muet , dit l'Abbé de
D. ne fe trouve ni dans le Latin , ni
dans l'Efpagnol , ni dans l'Italien « . Le
fon dont il s'agit n'eft pas exprimé dans
l'ortographe de ces langues : il n'y eft marqué
par aucun caractere ; mais il n'y exiſte
pas moins dans la prononciation , car on
ne fçauroit prononcer une confonne finale
fans faire entendre à fa fuite un fon obfeur
& fourd , qui eft celui de l'e muet ou
féminin : tel & telle fe prononcent à peu
près de même .
Page 17. En traitant de nos voyelles
nazales an , en , in , on , un , l'auteur avance
qu'on pourroit les appeller esclavones , pare
ce que les peuples qui parlent cette langue
ont des caracteres particuliers pour les exprimer.
M. l'Abbé Antonini convient ,
JANVIER. 1755. 167
dans fa Grammaire Françoife , que ces peu,
ples mettent quelquefois une efpéce de
cédille au-deffous de l'e , pour marquer la
fuppreffion de l'n fuivante ; mais il penfe
que cette cédille ne fert pas plus à defigner
un fon nazal que le tiret dont nous fai
fions autrefois ufage pour indiquer auffi le
retranchement de l'n ou de l'm . Le moyen
d'éclaircir la question eft de voir fi la cédille
de la langue esclavone s'employe ou
ne s'employe pas quand l'n dont elle tient
lieu fait fa fonction de confonne , comme
dans les mots françois venez , finiffez , où
cette lettre ne marque point la nazalité du
fon qui la précéde. >
Page 21. L'Abbé de D. dit que pour
éviter le bâillement qui fe trouye entre les
deux derniers mots de ce vers de Quinault
,
Ah! j'attendrai long- tems ; la nuit eft loin encore.
les Muficiens ont recours à différens expédiens
dont l'un eft de mettre un petit g
après loin , & de prononcer la nuit eft loing
encore. Je ne fçai fi cette prononciation
pouvoit être fupportable il y a cinquante
ans , mais elle feroit aujourd'hui bien ridicule
,
Page 35. L'Auteur prétend qu'il y a dans
le mot entier une diphtongue compofée
168 MERCURE DE FRANCE.
de l'i & de l'e ouvert. On y met préfentement
un e fermé auffi bien que dans les
autres adjectifs en ier , excepté fier & altier
; & on ne prononce pas ordinairement
I'r de tous ces adjectifs , qui fe prononçoit
au commencement de ce fiécle , s'il
faut en croire l'Abbé Regnier Deſmarais ,
dont la Grammaire parut en 1706.
Page 48. Après avoir expofé ce qui diftingue
les confonnes foibles , qui font b ,
v , d , g , z , j , d'avec les fortes , qui font
P , f, t , k , s , ch , l'Abbé de D. s'exprime
il Y
ainfi .
ور
b
Que fi dans quelque mot propre
a pour finale un ou un d , comme dans
» Aminadab , ou David , on prononcera
» naturellement Davit , Aminadap ; & fi
» l'on veut s'efforcer à prononcer le d & le
» b , on prononcera
néceffairement
un petit
» e feminin , pour donner lieu à la pleine
prononciation du b & du d , qui , comme
j'ai dit , ne peuvent être finales.
»
Il me femble qu'on prononce naturellement
& aifément Aminadab & David comme
ils font écrits. Si nos organes , en faifant
fonner le bou le dà la fin de ces mots ,
y ajoutent néceffairement un e feminin , ils
l'ajoutent certainement auffi après le p & le
t, & toute autre confonne finale , ainfi que
je l'ai déja remarqué,
Page
JANVIER. 1753 . 189
Page 85. Suivant ce que dit l'Auteur ,
la lettre double ch fe prononce comme un
k dans Acheron. L'ufage me paroît maintenant
partagé fur ce point : j'ai entendu
prononcer Akéron à l'Opéra , & Acheron
à la Comédie Françoiſe.
Page 96. L'Abbé de D. blâme ceux qui
au lieu de prononcer a - yant , a-yez , prononcent
eyant , eyez , comme fi l'y tenoit
dans ces mots la place de deux i. La prononciation
de l'a s'eft confervée dans aïant ;
mais je crois qu'on prononce affez généralement
erez , & non aïez.
g Page 101. Sur la prononciation du
» dur & du c dur ou du k , il faut remar-
» quer qu'en François devant les e fermés ,
» lese ouverts & la voyelle eu , on pro-
» nonce ces deux confonnes un peu mouil-
» lées , & comme s'il y avoit un petit i . On
» prononce guérir , comme s'il y avoitguié-
» rtr ; rigueur , comme s'il avoit riguieur ;
queftion , comme s'il y avoit quicftion
» vainqueur , comme s'il y avoit vainquieur.
J'ignore fi la prononciation a varié fur
cet article depuis que l'Abbé de D. compofa
ces Effais ; mais mon oreille n'a jamais
fenti l'addition du fon de l'i dans les
mots qui font l'objet de fa réflexion.
"
Cet Abbé eft d'avis qu'il faut prononcer
par uni nazal & non par ain , les mots
H
170 MERCURE DE FRANCE.
qui commencent par la négative in , comme
ingrat , infidéle . C'eft auffi le fentiment
du P. Buffier & de l'Abbé Girard ; mais
M. Reftaut affûre le contraire , ainſi que
M. Duclos , dans fes Remarques fur la
Grammaire générale & raisonnée , dont il a
donné depuis peu une nouvelle édition ;
& il ſe rencontre une oppofition finguliere
dans les termes dont le P. Buffier & M.
Duclos fe fervent à ce fujer.
Prononcez infini , imprudent , dit le premier
, & non pas ènfini , èmprudent , comme
fait le peuple de Paris. Il répete la
même décifion dans un autre endroit , en
joignant quelques beaux efprits de province
à ces bourgeois de Paris , qui , felon
lui , alterent la bonne prononciation .
D'un autre côté , M. Duclos penfe que
l'i nazal eſt un fon provincial qui n'eſt
d'ufage ni à la Cour , ni à la Ville. » Ileft
» vrai , ajoute- t-il , que l'i nazal s'eft in-
» troduit au théâtre ; mais il n'en eft pas
» moins vicieux , puifqu'il n'eft pas autorifé
par le bon u fage , auquel le théâtre
eft obligé de fe conformer , comme la
chaire & le barreau .
L'opinion de M. Duclos me paroît juſtifiée
par l'ufage actuel , fi ce n'eft à l'égard
du chant , où l'on employe communément
le fon de l'i nazal , dans le cas dont
il s'agit ici .
JANVIER . 1755. 171
M. Duclos, dans fon édition de la Grammaire
générale & raisonnée , a laiffé l'ortographe
commune dans le texte du livre ,
parce qu'il ne s'eft pas cru en droit d'y rien
changer ; mais agiffant avec plus de liberté
dans les Remarques , qui étoient fon propre
ouvrage , il y a donné le précepte &
l'exemple d'une ortographe plus analogue
à la prononciation.
Un de nos Journaliſtes , en rendant
compte de cette production de M. Duclos,
fi précieufe à beaucoup d'égards , a apporté
de fort bonnes raifons pour maintenir
l'ortographe ordinaire ; mais parmi ces
raifons il lui en eft échappé une qui ne
me paroît pas fans replique : » Si l'on
établit , dit ce Journaliſte , qu'il faut
» écrire comme l'on parle , toutes les pro-
» vinces du Royaume écriront autrement
qu'on n'écrira à Paris , puifqu'elles par-
» lent autrement. » Ne pourroit - on pas
dire au contraire , que s'il y avoit un motif
affez fort pour exciter à réformer l'ortographe
, ce feroit cette diverfité même
de prononciation dans les différentes provinces
? Car le but des amateurs de la
réforme ne fçauroit être d'autorifer chaque
particulier à écrire comme il parle : ils
veulent fans doute qu'une nouvelle ortographe
, adoptée par l'Académie Françoiſe,
39
Hij
172 MERCURE
DE FRANCE
.
& par les bons auteurs qui vivent à Paris
ou à la Cour , fixe la vraie prononciation
,
& l'enſeigne aux habitans des provinces
'qui ont une prononciation
défectueufe.
Sans toucher au fond de l'ortographe , il
feroit peut-être affez à propos d'y introduire
encore quelques changemens peu
effentiels , & de la nature de ceux que l'Académie
a légitimés dans la nouvelle édition
de fon Dictionnaire , tels que le chanla
gement de l'y en i à la fin des mots ,
fuppreffion de plufieurs confonnes muettes
, &c. Mais on doit bien fe garder d'écrire
éxélent , éxeption , au lieu d'excellent ,
exception ; car l'x n'a dans ces mots que
la valeur d'un kou d'un c dur , & il y occafionneroit
une équivoque , s'il n'étoit
fuivi d'un c . Une telle nouveauté , outre
l'atteinte qu'elle porteroit à l'étymologie ,
induiroit à prononcer éxéllent , éxeption ,
par gz, comme on prononce éxamen , éxem-
-ple , exorde , & tous les autres mots qui
commencent par ex , fuivis immédiatement
d'une voyelle,
Société littéraire d'Arras , fur quelques
points de prononciation & d'ortographe.
Left furprenant que lorfqu'on a publié
de nouveau dans les Opufcules fur la
langue Françoife , les Effais de grammaire
de feu M. l'Abbé de Dangeau , on air
obmis de rectifier , par quelques notes ,
plufieurs endroits de cet ouvrage eſtimable
, dans lesquels on ne trouve pas toute
l'exactitude poffible . Je vais tâcher d'y fuppléer
, du moins par rapport aux articles
qui regardent la prononciation .
L'Abbé de Dangeau enfeigne ( pages 10
& 12 des Opufcules ) qu'outre le fon qui
répond à la lettre o , nous avons un fon
plus fourd repréfenté par la fauffe diphtongue
au. Suivant la maniere dont cette diftinction
eft annoncée , il femble que le fon
• , quand il eft clair , foit toujours exprimé
paro ; & que ce ſon , lorsqu'il est fourd ,
foit toujours rendu par an. Quoique cela
arrive ordinairement , il y a bien des exemples
du contraire : au eft clair & bref dans
chapeau , autorité , &c. & a eft fourd &
long dans globe , foffe , tome , &c,
166 MERCURE DE FRANCE.
Page 13. Selon l'Abbé de D. les mots
berger & leger font une rime normande .
Il est vrai que de fon tems on prononçoit
la feconde fyllabe de léger avec un e ouvert
; mais à préfent la plupart font cet e
fermé , & léger rime très -bien avec berger.
Pages 13 , 38 & autres , l'Auteur , en
difant que le fon de la voyelle finale eft .
une ouvert dans exprès & amer , dans j'irois
& il alloit , ne fait point affez connoître
la différence qu'il y a entre l'e fimplement
ouvert & l'e très - ouvert .
Page 15. Notre e muet , dit l'Abbé de
D. ne fe trouve ni dans le Latin , ni
dans l'Efpagnol , ni dans l'Italien « . Le
fon dont il s'agit n'eft pas exprimé dans
l'ortographe de ces langues : il n'y eft marqué
par aucun caractere ; mais il n'y exiſte
pas moins dans la prononciation , car on
ne fçauroit prononcer une confonne finale
fans faire entendre à fa fuite un fon obfeur
& fourd , qui eft celui de l'e muet ou
féminin : tel & telle fe prononcent à peu
près de même .
Page 17. En traitant de nos voyelles
nazales an , en , in , on , un , l'auteur avance
qu'on pourroit les appeller esclavones , pare
ce que les peuples qui parlent cette langue
ont des caracteres particuliers pour les exprimer.
M. l'Abbé Antonini convient ,
JANVIER. 1755. 167
dans fa Grammaire Françoife , que ces peu,
ples mettent quelquefois une efpéce de
cédille au-deffous de l'e , pour marquer la
fuppreffion de l'n fuivante ; mais il penfe
que cette cédille ne fert pas plus à defigner
un fon nazal que le tiret dont nous fai
fions autrefois ufage pour indiquer auffi le
retranchement de l'n ou de l'm . Le moyen
d'éclaircir la question eft de voir fi la cédille
de la langue esclavone s'employe ou
ne s'employe pas quand l'n dont elle tient
lieu fait fa fonction de confonne , comme
dans les mots françois venez , finiffez , où
cette lettre ne marque point la nazalité du
fon qui la précéde. >
Page 21. L'Abbé de D. dit que pour
éviter le bâillement qui fe trouye entre les
deux derniers mots de ce vers de Quinault
,
Ah! j'attendrai long- tems ; la nuit eft loin encore.
les Muficiens ont recours à différens expédiens
dont l'un eft de mettre un petit g
après loin , & de prononcer la nuit eft loing
encore. Je ne fçai fi cette prononciation
pouvoit être fupportable il y a cinquante
ans , mais elle feroit aujourd'hui bien ridicule
,
Page 35. L'Auteur prétend qu'il y a dans
le mot entier une diphtongue compofée
168 MERCURE DE FRANCE.
de l'i & de l'e ouvert. On y met préfentement
un e fermé auffi bien que dans les
autres adjectifs en ier , excepté fier & altier
; & on ne prononce pas ordinairement
I'r de tous ces adjectifs , qui fe prononçoit
au commencement de ce fiécle , s'il
faut en croire l'Abbé Regnier Deſmarais ,
dont la Grammaire parut en 1706.
Page 48. Après avoir expofé ce qui diftingue
les confonnes foibles , qui font b ,
v , d , g , z , j , d'avec les fortes , qui font
P , f, t , k , s , ch , l'Abbé de D. s'exprime
il Y
ainfi .
ور
b
Que fi dans quelque mot propre
a pour finale un ou un d , comme dans
» Aminadab , ou David , on prononcera
» naturellement Davit , Aminadap ; & fi
» l'on veut s'efforcer à prononcer le d & le
» b , on prononcera
néceffairement
un petit
» e feminin , pour donner lieu à la pleine
prononciation du b & du d , qui , comme
j'ai dit , ne peuvent être finales.
»
Il me femble qu'on prononce naturellement
& aifément Aminadab & David comme
ils font écrits. Si nos organes , en faifant
fonner le bou le dà la fin de ces mots ,
y ajoutent néceffairement un e feminin , ils
l'ajoutent certainement auffi après le p & le
t, & toute autre confonne finale , ainfi que
je l'ai déja remarqué,
Page
JANVIER. 1753 . 189
Page 85. Suivant ce que dit l'Auteur ,
la lettre double ch fe prononce comme un
k dans Acheron. L'ufage me paroît maintenant
partagé fur ce point : j'ai entendu
prononcer Akéron à l'Opéra , & Acheron
à la Comédie Françoiſe.
Page 96. L'Abbé de D. blâme ceux qui
au lieu de prononcer a - yant , a-yez , prononcent
eyant , eyez , comme fi l'y tenoit
dans ces mots la place de deux i. La prononciation
de l'a s'eft confervée dans aïant ;
mais je crois qu'on prononce affez généralement
erez , & non aïez.
g Page 101. Sur la prononciation du
» dur & du c dur ou du k , il faut remar-
» quer qu'en François devant les e fermés ,
» lese ouverts & la voyelle eu , on pro-
» nonce ces deux confonnes un peu mouil-
» lées , & comme s'il y avoit un petit i . On
» prononce guérir , comme s'il y avoitguié-
» rtr ; rigueur , comme s'il avoit riguieur ;
queftion , comme s'il y avoit quicftion
» vainqueur , comme s'il y avoit vainquieur.
J'ignore fi la prononciation a varié fur
cet article depuis que l'Abbé de D. compofa
ces Effais ; mais mon oreille n'a jamais
fenti l'addition du fon de l'i dans les
mots qui font l'objet de fa réflexion.
"
Cet Abbé eft d'avis qu'il faut prononcer
par uni nazal & non par ain , les mots
H
170 MERCURE DE FRANCE.
qui commencent par la négative in , comme
ingrat , infidéle . C'eft auffi le fentiment
du P. Buffier & de l'Abbé Girard ; mais
M. Reftaut affûre le contraire , ainſi que
M. Duclos , dans fes Remarques fur la
Grammaire générale & raisonnée , dont il a
donné depuis peu une nouvelle édition ;
& il ſe rencontre une oppofition finguliere
dans les termes dont le P. Buffier & M.
Duclos fe fervent à ce fujer.
Prononcez infini , imprudent , dit le premier
, & non pas ènfini , èmprudent , comme
fait le peuple de Paris. Il répete la
même décifion dans un autre endroit , en
joignant quelques beaux efprits de province
à ces bourgeois de Paris , qui , felon
lui , alterent la bonne prononciation .
D'un autre côté , M. Duclos penfe que
l'i nazal eſt un fon provincial qui n'eſt
d'ufage ni à la Cour , ni à la Ville. » Ileft
» vrai , ajoute- t-il , que l'i nazal s'eft in-
» troduit au théâtre ; mais il n'en eft pas
» moins vicieux , puifqu'il n'eft pas autorifé
par le bon u fage , auquel le théâtre
eft obligé de fe conformer , comme la
chaire & le barreau .
L'opinion de M. Duclos me paroît juſtifiée
par l'ufage actuel , fi ce n'eft à l'égard
du chant , où l'on employe communément
le fon de l'i nazal , dans le cas dont
il s'agit ici .
JANVIER . 1755. 171
M. Duclos, dans fon édition de la Grammaire
générale & raisonnée , a laiffé l'ortographe
commune dans le texte du livre ,
parce qu'il ne s'eft pas cru en droit d'y rien
changer ; mais agiffant avec plus de liberté
dans les Remarques , qui étoient fon propre
ouvrage , il y a donné le précepte &
l'exemple d'une ortographe plus analogue
à la prononciation.
Un de nos Journaliſtes , en rendant
compte de cette production de M. Duclos,
fi précieufe à beaucoup d'égards , a apporté
de fort bonnes raifons pour maintenir
l'ortographe ordinaire ; mais parmi ces
raifons il lui en eft échappé une qui ne
me paroît pas fans replique : » Si l'on
établit , dit ce Journaliſte , qu'il faut
» écrire comme l'on parle , toutes les pro-
» vinces du Royaume écriront autrement
qu'on n'écrira à Paris , puifqu'elles par-
» lent autrement. » Ne pourroit - on pas
dire au contraire , que s'il y avoit un motif
affez fort pour exciter à réformer l'ortographe
, ce feroit cette diverfité même
de prononciation dans les différentes provinces
? Car le but des amateurs de la
réforme ne fçauroit être d'autorifer chaque
particulier à écrire comme il parle : ils
veulent fans doute qu'une nouvelle ortographe
, adoptée par l'Académie Françoiſe,
39
Hij
172 MERCURE
DE FRANCE
.
& par les bons auteurs qui vivent à Paris
ou à la Cour , fixe la vraie prononciation
,
& l'enſeigne aux habitans des provinces
'qui ont une prononciation
défectueufe.
Sans toucher au fond de l'ortographe , il
feroit peut-être affez à propos d'y introduire
encore quelques changemens peu
effentiels , & de la nature de ceux que l'Académie
a légitimés dans la nouvelle édition
de fon Dictionnaire , tels que le chanla
gement de l'y en i à la fin des mots ,
fuppreffion de plufieurs confonnes muettes
, &c. Mais on doit bien fe garder d'écrire
éxélent , éxeption , au lieu d'excellent ,
exception ; car l'x n'a dans ces mots que
la valeur d'un kou d'un c dur , & il y occafionneroit
une équivoque , s'il n'étoit
fuivi d'un c . Une telle nouveauté , outre
l'atteinte qu'elle porteroit à l'étymologie ,
induiroit à prononcer éxéllent , éxeption ,
par gz, comme on prononce éxamen , éxem-
-ple , exorde , & tous les autres mots qui
commencent par ex , fuivis immédiatement
d'une voyelle,
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Résumé : REMARQUES de M....... de la Société littéraire d'Arras, sur quelques points de prononciation & d'ortographe.
Le texte critique les ouvrages de grammaire de l'Abbé de Dangeau, publiés dans les *Opuscules sur la langue française*, en soulignant plusieurs inexactitudes concernant la prononciation et l'orthographe. L'auteur conteste notamment la distinction faite par l'Abbé de Dangeau entre les sons représentés par 'o' et 'au'. Il note que des mots comme 'chapeau' et 'autorité' ont un 'au' clair et bref, tandis que 'globe' et 'tome' ont un 'a' long et sourd. De plus, il mentionne que les mots 'berger' et 'léger' riment bien ensemble, contrairement à ce que prétend l'Abbé de Dangeau. Le texte aborde également la présence de l'e muet en français, qui n'est pas marqué dans l'orthographe du latin, de l'espagnol ou de l'italien, bien qu'il existe dans la prononciation. Il discute des voyelles nasales et de la prononciation des consonnes finales. L'auteur critique la prononciation de certains mots comme 'entier' et 'Aminadab', et examine les variations dans la prononciation des mots commençant par 'in'. Enfin, le texte traite de l'orthographe et de la nécessité de la réformer pour qu'elle reflète mieux la prononciation. Il souligne l'importance d'éviter les équivoques et de respecter l'étymologie des mots.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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