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1
p. 46-47
Nouvelles du Nord.
Début :
Les Lettres de Moscou du 11. Mars portent que le [...]
Mots clefs :
Moscou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles du Nord.
NouvellesduNord.
Les Lettres de Moscouu
du II. Mars portent que IesJ
8. le Czar assista à lapublication
de la Declaration
de la Guerre contre les
Turcs. Cette publications
sefit dans l'Eglise Metro-c
policaine
,
où le Czar se
rendit avec ses Ministres
& ceuxdes Princes étrangers.
Aprés qu'un Secretaire
d'Estat en eust fait la
lécture
,
le Patriarche fit
un Sermon sur ce sujet , ensuite dequoy leCzarsit
sa priere.
Les Lettres de Moscouu
du II. Mars portent que IesJ
8. le Czar assista à lapublication
de la Declaration
de la Guerre contre les
Turcs. Cette publications
sefit dans l'Eglise Metro-c
policaine
,
où le Czar se
rendit avec ses Ministres
& ceuxdes Princes étrangers.
Aprés qu'un Secretaire
d'Estat en eust fait la
lécture
,
le Patriarche fit
un Sermon sur ce sujet , ensuite dequoy leCzarsit
sa priere.
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2
p. 52-63
De Moscow le 1. Janvier 1717
Début :
Je n'ai pas esté peu surpris, en arrivant ici, de trouver [...]
Mots clefs :
Moscou, Peuples, Moeurs, Russes, Prince, Tsar, Capitale, Quartier, Incivil, Ignorance, Ivrognerie, Défauts, Beauté, Enterrement, Cérémonies, Religion grecque, Seigneurs, Noblesse, Conseillers, Grand Duc, Revenus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Moscow le 1. Janvier 1717
De Mofcovv le 1. Fanvier 17 17
E n'ai pas efté peu furpris , en arrivant
ici , de trouver des Peuples,
des Moëurs & un Gouvernement plus
exactement policéque je ne me l'étois
imaginé. Ces Ruffes que les Auteurs
traitent de Barbares ; font aujourd'hui
des hommes comme les autres .
Il eft vrai que ce changement n'eft dû
qu'au foin & à l'application que le
Czar Pierre Alexieuvvitz , qui regne
à prefent, avec tant de gloire , a
pris de les civilifer.
On ne peut plus douter que ce
Prince continuant à faire fleurir les
Sciences & les Arts ; permettant à fes
fujets de voyager , & aux Etrangers
de negocier librement dans fes Etats ,
les Mofcovites dans peu, ne le difputent
à tous les autres Peuples de l'Europe
, dans quelque genre de difcipline
que ce puiffe eftre , foit litteraire
, foit militaire .
MERCURE. 53
De laVille de Mojcovv.
Ette grande Ville eft la Capita-
Cle deRuffie , elle tire fon nom
de la Riviere de .Moskow ; fon circuit
eft d'environ trois lieuës d'Allemagne.
On y compte à préfent 60-
mille maitons ; la plufpart à la verité
n'ayant qu'un étage . Commeon a vu
les inconveniens qui arrivent à caufe
des incendies frequentes, caufées par
la conftruction des maifons qui n'étoient
que de bois ; par ordre de S
M. on n'en bâtit aujourd'hui que de
briques , pour remedier à ces acci
dens ,
Les rues font belles & fort larges ;
mais fi falles,quand la pluye a detrempé
tant foit peu la terre , qu'il feroic
impoffible de s'en tirer fans des rondins
joints enfemble , qui forment
une espece de Pont , à peu prés de la
façon de celui du Rhin prés de Straf
bourg.
La Ville eft divifée en quatre quartiers
ou enceintes ; elle a quelque raport
à cet égard avec Amferdam..
LE NOUVEAU
Le premier eft nommé Kitaigorod, la
Ville du Milieu . Le Palais de l'Empereur
qui eft dans cette partie , autrement
Cremel , en occupe prefque la
moitié ; il eft fortifié de trois fortes
murailles & d'un bon folé , garnid'artilleries
. L'on voit au milieu de
la Cour du Chafteau, plufieurs Clochers
, il y en a un entre - autres , remarquable
par fa cloche , quell'Empereur
Boris Gudenou fit fondre du poids .
de 336 quintaux ; elle ne peut eftre
ébranlée,à peine 24 hommes fuffifent
pour la fonner avec le batan . On a
bâti dans ce circuit un fort beau Palais
de pierre à l'Italienne. La Place
qui eft devant le Château , eft le premier
marché de la Ville ; il eft rempli
de boutiques , comme toutes les ruës
qui y aboutiffent ; mais chaque métier
a la fienne & fon quartier ; il y a
encore une autre Place que l'on appelle
le marché aux Pouilleux ; parce
que les Habitans s'y faiſant faire
le poil , elle en eft tellement couverte,
qu'il femble qu'on marche fur
des matelats .
Le fecond quartier a la muraille
MERCURE.
$5
particuliere ; il eft remarquable par
fon Arfenal & le lieu , où l'on fond le
canon & les cloches .
Le troifieme eft celui du marché
au bois ; on y vend des mailons que
l'on trouve toutes montées & dref
fées ; on les tranfporte & on les place
où l'on veut avec peu de peine & dedépense.
Le quatrième quartier eft celui que
EmpereurBafili.Ivanovitz fit bâtir,,
il le deftina pour le logement des
foldats étrangers.
Des moeursdes Mofcovites.
L n'y avoit rien de plus groffier &
de plus incivil, que l'étoient ces ,
Peuples, avant l'avene rent du Czar,
qui les a tirez de l'obſcurité où ils
eftoient . Le peu de relation qu'ils
avoient avec les autres Eftats de l'Europe
; jointe à leur ignorance , les
entretenoit dans des moeurs toutà-
fait fauvages ; a préfent ils fe conforment
en tout aax manieres euro-
.
péenes , excepté le bas Peuple ,
comme par tout ailleurs , on y trouve
le la politelle .
5.6
LE
NOUVEAU
Les Mofcovites en general ne
manquent pas d'efprit , ilsfont rufez,
contre-difants, réglants la raiſon fur
leur pouvoir : leur induftrie & la fubtilitéde
leur efprit paroiffent princi
palement dans leur trafic , ne le cedant
à aucune Nation , quand il s'agit
de leur intereft. Leur vice favori ,
eft l'ivrognerie ; elle ett fi commune
que toutes fortes de perfonnes , fans
exception , tombent dans ce défaut
les Ecclefiaftiques comme les autres .
Les gens de baffe condition furtout
, ne fe contentent pas de dépenfer
au cabaret juſqu'au dernier
copee de leur bourfe , ils y engagent
ordinairement leur habit . J'en ai vû
un, entr'autres qui en fortit fans chemife
; lui ayant demandé ce qu'il en
avoit fait , & s'il avoit efté volé ..
Wate promener, me dit- il , c'est
le Cabaretier& fon vin qui m'ont
mis dans cet eftat ; mais à propos,
puifque la chemife y eft demeurée ,
j'y veux auffi laiffer mon calçon,
il le fit comme il le dit.
A l'égard des femmes , elles font
MERCURE.
communément belles ; leur taille
n'eft ni trop grande , ni trop petite
mais fort bien proportionnée , ayant
avec cela un embonpoint charmant ;
il n'y a pas long-tems que le fard les
defiguroit par la maniere groffiere
dont elles l'appliquoient ; mais elles
s'en fervent à prefent avec autant
d'art, que nos femmes de Théatre; elles
fe donnent par là , un vermillon
qui manque à leur trop grande
blancheur.
"
Autréfois on fe marioit fans fe voir,
mais cette coûtume s'abolit peu à
peu ; caril arrivoit fouvent que tel
qui croyoit avoir épousé une aimable
moitié , en trouvoit une laide &
contrefaite.
On meurt ici , comme autre part, les
enterremens s'y font avec beaucoup
de ceremonie ; je m'abftiendrai cependant
de vous en donner aucun détail
; je me contenterai de vous envoyer
la copie du billet qui doit fervir
de palleport pour le voyage de
F'autre monde ; il eft conçu en ces
-termes
LE NOUVEAU
No
YOUSfouffignez, Patriarche
Lou MMetropolitain & Prestre
de cette ville de N ... reconnoif
fons & certifions par ces Prefentes,
.que N .. Porteur de nos Lettres ,
atoujours vêcuparmi nous en bon
Chrétien , faisant profeffion de la
Religion Grecque , & bien qu'il
ait quelquefois peché , il s'en eft
confeffé , il a reçu enfuite l'abſolution
& la Communion en remif.
fion de fes pechez , il a reveré
Dieu , les Saints , il a fait fes
prieres , & jeune jeuné aux heures &
jours ordonnez par l'Eglife , &
s'eftgouverné fibien avec moyqui
fuisfon Confeffeur , que je n'ay
pointfujet de me plaindre de luy,
ni de luy refufer l'abfolution de
fespechez; en témoignage de quoy
nous luy avons fait certifier leprefent
certificat , afin que S. Pierre
MERCURE
19
le voyant , luy ouvre la porte à d
joye immortelle.
Dés qu'on luy a donné ce Paffeport,
on ferme la biere , on le met
dans la fofle , le vifage tourné vers
l'Orient.
Les principaux Seigneurs de Molcovie
ont un grand nombre d'Efclaves
; ils en difpofoient avant le grand
Duc qui regne a prefent , comme
de leur meuble ; un pere même pou
voit vendre fon fils & l'aliener a fon
profit ; mais ce Pouvoir Defpotique
a efte aboli .
On y diftingue trois fortes de Nobleffe
, le Titre de Comte n'y eftant
que nouvellement introduit, ) la premiere
appartient aux Princes & aux.
Gent shommes ; les Princes font les
plus riches Seigneurs du Pays , que
Je Czar employe dans les plus hautes
Charges , aux premiers Gouvernemens
de cet Empire : Ils font auffi ordinairement
Boyars , où Confeillers
d'Etat. Le fecond degré de Noblelle
eft celui des Seigneurs , le troifiéme
des Gentilshommes, qui poffe.
60 LE NOUVEAU
dent des Fiefs par la grace & la liberalité
du Czar , pour recompenfe de
leurs fervices .Ces Terres tombent
auffi avec le Titre fur leurs fils ; ils
eſtoient obligez autre fois , d'envoyer
à la Guerre un certain nombre de Valets
; mais à preſent ſa Majefté Czarienne
ayant difcipliné fes Armées à
la maniere de l'Europe , il choifit
parmi cette Nobieffe , des Officiers,
pour les Troupes . LeCzar les honore
encore de divers Employs , comme de
Gouvernemens de Provinces , il les
fait Chambellans , Gardes du Corps;
outre ceux- ci , il y a encore les Banquiers
& Marchands renommez ; qui
tiennent rang de Nobles ; il y en a toujours
de ces derniers, deux ou trois
dans le Confeil d'Etat , on les appelle
Goften
Le Grand Duc a une autorité fi
étendue , qu'il n'eft point . fujet ats
Loix ; tous les Sujets luy obeiflent
avec une foumiffion fi grande & fi
profonde , que bien loin de s'oppofer
à la volonté , ils la regardent aucontraire
comme facrée & inviolable;
il crée les Magiftrats , les dépofe , les
chaffe
MERCURE. 61
chafle & les punit avec un pouvoir
abfolu ; il a feul , le droit de declarér
la Guerre à ſes Voiſins & de faire la
paix avec eux ; & quoiqu'il entreprenne
, il eft cependant Souverain
Arbitre de fes volontez : il a erigé
-depuis quelques années une Cour
que l'on appelle le Senat de l'Empire,
qui juge toutes les affaires d'Etat en
dernier reffort , pendant fon abſence
Dans les differens Confeils , la Jufice
s'y exerce à peu prés comme
dans les autres Etats de l'Europe.
Avant Michael Fedorovvitz , les
'Peuples ne reconnoiffoient prefque
point d'autres Loix , que celles qui
regardoient les attentats contre les
Czars ; mais en 1647. cet Empereur ,
de l'avis d'une Affemblée des principaux
Seigneurs de Mofcovie , fit rediger
par écrit des Loix que l'on fit
imprimer en un vol . in folio , appellé
le Droit Univerfel , qui fert aujour
d'hui de regle & de modele aux
Boyars ; S. M. Czarienne regnante a
desfein d'y en introduire de nouvelles
, elle avoit nommé feu M , de
Leibnitz fi connu dans tous les
F
gen
62 LE NOUVEAU
res de litterature pour fon Legiflateur
.
A l'égard du revenu que ce Prince
retire de fes Etats ; il eft certainement
trés confiderable , quelquesuns
le font monter à vingt millions;
la feule Ville d' Archangel fournit ou
rapporte plus de 600000 écus ,
Le commerce qu'il fait faire par
fes Facteurs , en divers Etats de l'Europe
; le profit qu'il tire des fourures;
les droits fur les heritages & fur les
maifons , outre la taxe du dixième
denier fur tous fes fujets, en tems de
guerre , montent trés- haut , auffi
peut- il lever dans une neceffité , des
Armées de 2 ou 300 mille hommes
fournies de tout ce qui eft neceffaire.
On fait eftat que Sa Majefté Czarienne
a actuellement 100 mille hommes
d'Infanterie , & 50 mille de Cavalerie
, qu'il peut augmenter & diminuer
felon les befoins de l'Etat .
La Religion Grecque eft la domipante
dans toute la Mofcovie ; on
peut dire qu'il n'y en a prefque point
d'autres , on y a toleré cependant les
Reformez & les Lutheriens ; le PaMERCURE.
63
triarche de Mofcovv eſt à la tefte de
tout le Clergé indépendant aujourd'hui
du Patriarche de Conftantinople,
qui avoit accoûtumé de le confir
mer ;les Czars fe font attribuez ce
droit ; voilà M. tout ce que j'ai pû
remarquer de plus memorable , de ..
puis environ fix mois que je fuis refident
ici. Je dois inceffamment me
rendre à Peterbourg , je vous promets
une relation fidele des établiffe-.
mens nouveaux que le Grand Duc
a fondé, & fonde tous les jours dans
cette Ville.
E n'ai pas efté peu furpris , en arrivant
ici , de trouver des Peuples,
des Moëurs & un Gouvernement plus
exactement policéque je ne me l'étois
imaginé. Ces Ruffes que les Auteurs
traitent de Barbares ; font aujourd'hui
des hommes comme les autres .
Il eft vrai que ce changement n'eft dû
qu'au foin & à l'application que le
Czar Pierre Alexieuvvitz , qui regne
à prefent, avec tant de gloire , a
pris de les civilifer.
On ne peut plus douter que ce
Prince continuant à faire fleurir les
Sciences & les Arts ; permettant à fes
fujets de voyager , & aux Etrangers
de negocier librement dans fes Etats ,
les Mofcovites dans peu, ne le difputent
à tous les autres Peuples de l'Europe
, dans quelque genre de difcipline
que ce puiffe eftre , foit litteraire
, foit militaire .
MERCURE. 53
De laVille de Mojcovv.
Ette grande Ville eft la Capita-
Cle deRuffie , elle tire fon nom
de la Riviere de .Moskow ; fon circuit
eft d'environ trois lieuës d'Allemagne.
On y compte à préfent 60-
mille maitons ; la plufpart à la verité
n'ayant qu'un étage . Commeon a vu
les inconveniens qui arrivent à caufe
des incendies frequentes, caufées par
la conftruction des maifons qui n'étoient
que de bois ; par ordre de S
M. on n'en bâtit aujourd'hui que de
briques , pour remedier à ces acci
dens ,
Les rues font belles & fort larges ;
mais fi falles,quand la pluye a detrempé
tant foit peu la terre , qu'il feroic
impoffible de s'en tirer fans des rondins
joints enfemble , qui forment
une espece de Pont , à peu prés de la
façon de celui du Rhin prés de Straf
bourg.
La Ville eft divifée en quatre quartiers
ou enceintes ; elle a quelque raport
à cet égard avec Amferdam..
LE NOUVEAU
Le premier eft nommé Kitaigorod, la
Ville du Milieu . Le Palais de l'Empereur
qui eft dans cette partie , autrement
Cremel , en occupe prefque la
moitié ; il eft fortifié de trois fortes
murailles & d'un bon folé , garnid'artilleries
. L'on voit au milieu de
la Cour du Chafteau, plufieurs Clochers
, il y en a un entre - autres , remarquable
par fa cloche , quell'Empereur
Boris Gudenou fit fondre du poids .
de 336 quintaux ; elle ne peut eftre
ébranlée,à peine 24 hommes fuffifent
pour la fonner avec le batan . On a
bâti dans ce circuit un fort beau Palais
de pierre à l'Italienne. La Place
qui eft devant le Château , eft le premier
marché de la Ville ; il eft rempli
de boutiques , comme toutes les ruës
qui y aboutiffent ; mais chaque métier
a la fienne & fon quartier ; il y a
encore une autre Place que l'on appelle
le marché aux Pouilleux ; parce
que les Habitans s'y faiſant faire
le poil , elle en eft tellement couverte,
qu'il femble qu'on marche fur
des matelats .
Le fecond quartier a la muraille
MERCURE.
$5
particuliere ; il eft remarquable par
fon Arfenal & le lieu , où l'on fond le
canon & les cloches .
Le troifieme eft celui du marché
au bois ; on y vend des mailons que
l'on trouve toutes montées & dref
fées ; on les tranfporte & on les place
où l'on veut avec peu de peine & dedépense.
Le quatrième quartier eft celui que
EmpereurBafili.Ivanovitz fit bâtir,,
il le deftina pour le logement des
foldats étrangers.
Des moeursdes Mofcovites.
L n'y avoit rien de plus groffier &
de plus incivil, que l'étoient ces ,
Peuples, avant l'avene rent du Czar,
qui les a tirez de l'obſcurité où ils
eftoient . Le peu de relation qu'ils
avoient avec les autres Eftats de l'Europe
; jointe à leur ignorance , les
entretenoit dans des moeurs toutà-
fait fauvages ; a préfent ils fe conforment
en tout aax manieres euro-
.
péenes , excepté le bas Peuple ,
comme par tout ailleurs , on y trouve
le la politelle .
5.6
LE
NOUVEAU
Les Mofcovites en general ne
manquent pas d'efprit , ilsfont rufez,
contre-difants, réglants la raiſon fur
leur pouvoir : leur induftrie & la fubtilitéde
leur efprit paroiffent princi
palement dans leur trafic , ne le cedant
à aucune Nation , quand il s'agit
de leur intereft. Leur vice favori ,
eft l'ivrognerie ; elle ett fi commune
que toutes fortes de perfonnes , fans
exception , tombent dans ce défaut
les Ecclefiaftiques comme les autres .
Les gens de baffe condition furtout
, ne fe contentent pas de dépenfer
au cabaret juſqu'au dernier
copee de leur bourfe , ils y engagent
ordinairement leur habit . J'en ai vû
un, entr'autres qui en fortit fans chemife
; lui ayant demandé ce qu'il en
avoit fait , & s'il avoit efté volé ..
Wate promener, me dit- il , c'est
le Cabaretier& fon vin qui m'ont
mis dans cet eftat ; mais à propos,
puifque la chemife y eft demeurée ,
j'y veux auffi laiffer mon calçon,
il le fit comme il le dit.
A l'égard des femmes , elles font
MERCURE.
communément belles ; leur taille
n'eft ni trop grande , ni trop petite
mais fort bien proportionnée , ayant
avec cela un embonpoint charmant ;
il n'y a pas long-tems que le fard les
defiguroit par la maniere groffiere
dont elles l'appliquoient ; mais elles
s'en fervent à prefent avec autant
d'art, que nos femmes de Théatre; elles
fe donnent par là , un vermillon
qui manque à leur trop grande
blancheur.
"
Autréfois on fe marioit fans fe voir,
mais cette coûtume s'abolit peu à
peu ; caril arrivoit fouvent que tel
qui croyoit avoir épousé une aimable
moitié , en trouvoit une laide &
contrefaite.
On meurt ici , comme autre part, les
enterremens s'y font avec beaucoup
de ceremonie ; je m'abftiendrai cependant
de vous en donner aucun détail
; je me contenterai de vous envoyer
la copie du billet qui doit fervir
de palleport pour le voyage de
F'autre monde ; il eft conçu en ces
-termes
LE NOUVEAU
No
YOUSfouffignez, Patriarche
Lou MMetropolitain & Prestre
de cette ville de N ... reconnoif
fons & certifions par ces Prefentes,
.que N .. Porteur de nos Lettres ,
atoujours vêcuparmi nous en bon
Chrétien , faisant profeffion de la
Religion Grecque , & bien qu'il
ait quelquefois peché , il s'en eft
confeffé , il a reçu enfuite l'abſolution
& la Communion en remif.
fion de fes pechez , il a reveré
Dieu , les Saints , il a fait fes
prieres , & jeune jeuné aux heures &
jours ordonnez par l'Eglife , &
s'eftgouverné fibien avec moyqui
fuisfon Confeffeur , que je n'ay
pointfujet de me plaindre de luy,
ni de luy refufer l'abfolution de
fespechez; en témoignage de quoy
nous luy avons fait certifier leprefent
certificat , afin que S. Pierre
MERCURE
19
le voyant , luy ouvre la porte à d
joye immortelle.
Dés qu'on luy a donné ce Paffeport,
on ferme la biere , on le met
dans la fofle , le vifage tourné vers
l'Orient.
Les principaux Seigneurs de Molcovie
ont un grand nombre d'Efclaves
; ils en difpofoient avant le grand
Duc qui regne a prefent , comme
de leur meuble ; un pere même pou
voit vendre fon fils & l'aliener a fon
profit ; mais ce Pouvoir Defpotique
a efte aboli .
On y diftingue trois fortes de Nobleffe
, le Titre de Comte n'y eftant
que nouvellement introduit, ) la premiere
appartient aux Princes & aux.
Gent shommes ; les Princes font les
plus riches Seigneurs du Pays , que
Je Czar employe dans les plus hautes
Charges , aux premiers Gouvernemens
de cet Empire : Ils font auffi ordinairement
Boyars , où Confeillers
d'Etat. Le fecond degré de Noblelle
eft celui des Seigneurs , le troifiéme
des Gentilshommes, qui poffe.
60 LE NOUVEAU
dent des Fiefs par la grace & la liberalité
du Czar , pour recompenfe de
leurs fervices .Ces Terres tombent
auffi avec le Titre fur leurs fils ; ils
eſtoient obligez autre fois , d'envoyer
à la Guerre un certain nombre de Valets
; mais à preſent ſa Majefté Czarienne
ayant difcipliné fes Armées à
la maniere de l'Europe , il choifit
parmi cette Nobieffe , des Officiers,
pour les Troupes . LeCzar les honore
encore de divers Employs , comme de
Gouvernemens de Provinces , il les
fait Chambellans , Gardes du Corps;
outre ceux- ci , il y a encore les Banquiers
& Marchands renommez ; qui
tiennent rang de Nobles ; il y en a toujours
de ces derniers, deux ou trois
dans le Confeil d'Etat , on les appelle
Goften
Le Grand Duc a une autorité fi
étendue , qu'il n'eft point . fujet ats
Loix ; tous les Sujets luy obeiflent
avec une foumiffion fi grande & fi
profonde , que bien loin de s'oppofer
à la volonté , ils la regardent aucontraire
comme facrée & inviolable;
il crée les Magiftrats , les dépofe , les
chaffe
MERCURE. 61
chafle & les punit avec un pouvoir
abfolu ; il a feul , le droit de declarér
la Guerre à ſes Voiſins & de faire la
paix avec eux ; & quoiqu'il entreprenne
, il eft cependant Souverain
Arbitre de fes volontez : il a erigé
-depuis quelques années une Cour
que l'on appelle le Senat de l'Empire,
qui juge toutes les affaires d'Etat en
dernier reffort , pendant fon abſence
Dans les differens Confeils , la Jufice
s'y exerce à peu prés comme
dans les autres Etats de l'Europe.
Avant Michael Fedorovvitz , les
'Peuples ne reconnoiffoient prefque
point d'autres Loix , que celles qui
regardoient les attentats contre les
Czars ; mais en 1647. cet Empereur ,
de l'avis d'une Affemblée des principaux
Seigneurs de Mofcovie , fit rediger
par écrit des Loix que l'on fit
imprimer en un vol . in folio , appellé
le Droit Univerfel , qui fert aujour
d'hui de regle & de modele aux
Boyars ; S. M. Czarienne regnante a
desfein d'y en introduire de nouvelles
, elle avoit nommé feu M , de
Leibnitz fi connu dans tous les
F
gen
62 LE NOUVEAU
res de litterature pour fon Legiflateur
.
A l'égard du revenu que ce Prince
retire de fes Etats ; il eft certainement
trés confiderable , quelquesuns
le font monter à vingt millions;
la feule Ville d' Archangel fournit ou
rapporte plus de 600000 écus ,
Le commerce qu'il fait faire par
fes Facteurs , en divers Etats de l'Europe
; le profit qu'il tire des fourures;
les droits fur les heritages & fur les
maifons , outre la taxe du dixième
denier fur tous fes fujets, en tems de
guerre , montent trés- haut , auffi
peut- il lever dans une neceffité , des
Armées de 2 ou 300 mille hommes
fournies de tout ce qui eft neceffaire.
On fait eftat que Sa Majefté Czarienne
a actuellement 100 mille hommes
d'Infanterie , & 50 mille de Cavalerie
, qu'il peut augmenter & diminuer
felon les befoins de l'Etat .
La Religion Grecque eft la domipante
dans toute la Mofcovie ; on
peut dire qu'il n'y en a prefque point
d'autres , on y a toleré cependant les
Reformez & les Lutheriens ; le PaMERCURE.
63
triarche de Mofcovv eſt à la tefte de
tout le Clergé indépendant aujourd'hui
du Patriarche de Conftantinople,
qui avoit accoûtumé de le confir
mer ;les Czars fe font attribuez ce
droit ; voilà M. tout ce que j'ai pû
remarquer de plus memorable , de ..
puis environ fix mois que je fuis refident
ici. Je dois inceffamment me
rendre à Peterbourg , je vous promets
une relation fidele des établiffe-.
mens nouveaux que le Grand Duc
a fondé, & fonde tous les jours dans
cette Ville.
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3
p. 1-65
ABBREGÉ DE L'HISTOIRE DU CZAR PETER ALEXIEVITS, AVEC Une Relation de l'Etat présent de la Moscovie, & de ce qui s'est passé de plus considerable, depuis son arrivée en France, jusqu'a ce jour.
Début :
ALEXIS MICHALOVITZ, Pere du CZAR qui arriva le 7. dans [...]
Mots clefs :
Tsar, Pierre Ier de Russie, Roi, Prince, Vaisseaux, Princesse, Sophie Alexeïevna, Mer, Pologne, Suède, Général, Armée, Dessein, Moscovites, Tête, Cou, Troupes, Manière, Trône, Empire, Cour, Couronne, Seigneurs, Moscou, Hommes, Palais, Armes, Pays, Bâtir, Galères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABBREGÉ DE L'HISTOIRE DU CZAR PETER ALEXIEVITS, AVEC Une Relation de l'Etat présent de la Moscovie, & de ce qui s'est passé de plus considerable, depuis son arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ABBREGÉ
DE L'HISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITS,
AVEC
Une Relation de l'Etat présent de
la Moscovie, & de ce qui s'est passé
de plus considerable, depuis son
arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ALEXIS MICHALOVITZ,
Pere du CZAR
qui arriva
le 7. dans
A
1676.
Relation
2
cette Capitale, laissa à sa
mort, deux fils du premier
Lit, Theodore ou Feodor,
lean ou Evan, la Princesse
Sophie avec plusieures au-
tres filles: & du second
Lit, Pierre ou Peter Alexieu-
vitz qui remplit aujour-
d'hui si dignement le
Trône.
Theodore étant mort apres
six ans de Régne, nomma
pour son Successeur, Pierre
Alexieuvitz, jugeant que
son frere lean etoit d'une
complexion trop foible,
pour porter le fardeau d'un
si grand Empire. Ainsi,
Pierre fut proclamé CZAR
Historique.
à l'âge de 11. ans en 1682.
au préjudice de lean.
La Princesse Sophie
agée de 23. ans, aussi re-
marquable par son esprit,
que par sa beauté & son
ambition; qui avoit û part
à la Regence, pendant la
Minorité de Thodore, mé-
contente de voir son frere
Jean, exclûde la succession,
mit tout en œuvre pour
tâcher de le placer sur le
Trône. Dans cette vûë
elle fit répandre le bruit
que le deffunt Czar avoit
eté empoisonné par ses
Medecins, & à la sollici-
tation de quelques- uns
Aij
Etant
né le 11
Juin16 72
Relation
des principaux Ministres
d'Etat. Pour animer plus
vivement à la révolte, les
Strelitzes, espece de mili-
ce, semblable aux lannissai-
res, on publia que la Cour
avoit formé le dessein de
mêler du poison avec
l'eau de vie & la biere,
qu'on devoit leur donner,
aux funerailles du Czar
Theodore. L'Emûte ne tar-
da pas, on commença
par le meurtre des deux
Medecins, on passa en-
suite aux principaux Of-
ficiers de la Couronne,
comme Auteurs d'un cri-
me si énorme; enfin les
Historique
Strelirges, à la tête des-
quels étoit Couvanshi leur
General, firent tout ce que
la rage la plus aveugle
leur inspira, jusqu'à rece-
voir ſur la pointe de leurs
piques, les corps de ceux
que leurs Camarades jet-
toient d'un balcon du Pa-
lais Royal; ils pousserent
leur fureur si loin, qu'ils
massacrerent même plu-
sieurs Seigneurs & person-
nes du premier Rang,
qui s'étoient refugiees
dans la chambre de S.
M. Czarienne; sans que
ce Prince fit paroître au-
cune foiblesse: apres quoi
A iij
Relation
ils proclamerent le Prince
lean, qui lui fut ajoint au
Trône.
Au milieu de ce Tu-
multe, le Prince Bo-
ris Alexiauvitz Gollitzen
ayant pris le Jeune Czar
entre ses bras, le trans-
porta au Monaſtere de
Troiski ou de la Trinité,
Place forte a douze lieuës
de Moscouv, pour y met-
tre ſa Personne en sûreté
jusqu'à ce que la Sédition
fût appaisée.
Apres cecy, tout sembla
se calmer, mais ce ne fut
que pour peu de jours. La
Princesse Sophie ne borna
Historique.
point ſes vues, à voir son
frere lean partager l'Em-
pire; elle fit sous main de
puissantes brigues, & flata
Couvanski, qu'il pourroit
parvenir a la Couronne
en l'épousant; elle colo-
roit ses pretentions en di-
sant, que la Monarchie
étoit trop auguste, pour
être gouvernée par desEn
fans; mais la Conspiration
qu'elle trâmoit contrelavie
deses deuxfreres, futdécou-
verte, & les Auteurs pu-
nis.
On ût l'adresse d'atti-
rer le General des Stre-
litzes vers Troiski, & de
Relation
le furprendre dans une
embuscade, où il fut pris
& conduit dans le Mona-
ſtere, où on lui fit couper
la tête; on ſe ſaiſit en mê-
me tems de la Princesse
Sophie, qui fut enfermée
dans un Convent proche
Moſcou, où elle a toû-
jours été gardée fort étroi-
tement. Après qu'on se
fut si heureusement dé-
fait de ces deux Chefs de
la Conjuration, & que le
Gouvernement fut affer-
mi, on commença par fai-
re une recherche des Au-
reurs du défordre; les
Chefs furent exterminez
9
Historique.
avec leurs familles, &
leurs maisons, rasées. On
composa 4. Regimens des
autres, qu'on envoya vers
la Siberie dans des Provin-
ces éloignees où ils ont
presque tous peris.
Dans la chaleur de cet-
te Rebellion, M. le Fort,
Genevois de Nation, alors
Colonel dans l'Armée
Moscovite, donna à leurs
Majestez de grandes preu-
ves de sa fidelité & de
son attachement a leur
service; son esprit & son
naturel actif, lui attire-
rent les bonnes graces du
Czar. Depuis ce tems-là
16
Relation
S. M. l'a toujours eù au-
près d'elle, prenant plai
sir à s'entretenir avec lui,
des Pais qu'il avoit fre-
quentés , de leurs ri-
chesses, de la discipli-
ne qui s'y observoit, tant
par Mer que par Terre,
& sur tout du Com-
merce qui se faisoit dans
toutes les parties du Mon-
de, par le moyen de la
Navigation. Ce Prince né
pour les grandes choses,
ſemble n'avoir point eù
d'enfance, ayant toûjours
marque une grandeur d'a
me & une élevation d'es-
prit toute extraordinaire;
Historique.
11
il n'avoit que quinze ans,
qu'il fit paroitre une forte
inclination pour les Ma-
thematiques, il voulut ap-
prendre la Marine & les
Mechaniques, projettant
dès lors les grands des-
seins, qu'il a depuis exe-
cutez avec toute la dex
teritè & la prudence ima-
ginable. Comme ſa paſ-
sion favorite étoit la Na-
vigation, ce jeune Prince
fit bâtir sur le Lac Perris
Lausei, assez près de Mos-
cou, des Vaisseaux qui a-
voient des Mats, des Voi-
les & des Canons; il se
divertissoit souvent a don-
Relation
12
ner des petits combats,
dans lesquels il agissoit
lui même, en qualité de
Capitaine de Vaisseau, Ti-
tre qu'il a voulu mériter
par la suite, en commen-
çant par celui d'Ensei-
gne, pour monter à ce-
lui-la.
Quoique, sur la foy de
plusieurs Memoires, j'aye
avancé que la Princesse
Sophie avoit été enfermée
dans un Convent en 1683.
après les deux Conspira-
tions dont je viens de par-
ler, je me crois obligé d'a-
vertir non Lecteur, que
je trouve ce fait contre.
dit
Historique.
dit dans une Rélation très
biencirconstanciée, impri-
mée en 1714. il tient tropi
l'Histoire de S. M. Cz.
pour le passer sous silence.
La Princesse Sophie, dit
mon Auteur, bien loin
d'être enfermée, obtint la
Régence. Le Prince Galis-
chin qui étoit dans ses in-
terêts, fut honoré de la
Charge d'Administrateur
de l'Empire, il comman-
da les Armées en 1687,
1688 & 1689; mais n'aiant
pas eû de succez heureux,
pendant ces trois Campa-
gnes, le Czar lui en fit de
sanglans réproches, ce qui
Iude
dernier
Ducs de
Lithui-
nie, de la
Maison
des Ja-
gellons.
Autre
Garde
duPrin
Relation
14
irrita ſi fort la Princesse
que, pour se maintenir
dans le Poſte où elle étoit,
elle resolut de tout entre-
prendre, & fit entendre
au Prince Galischin, qu'il
étoit à propos de se défai-
re du Czar, lui remontra
qu'il n'y avoit pas un mo-
ment a perdre; Thehelavi-
ran President de la Cham-
bre des Estrelles, fut choi-
si pour être le Chef de la
Conjuration, avec 600 Es-
trelles affidez. Dans le tems
qu'il donnoit ses ordres
pour ce tragique des-
sein, deux Estrelles ayant
horreur de souiller leurs
15
Historique.
mains dans le sang de leur
Prince, se déroberent, &
coururent en informer le
Czar Pierre, qui se levant
de son lit, fit avertir ses
Oncles freres de sa mere,
qui n'eurent tous que le
tems, de monter en caros-
ſe, & de ſeſauver du côté
duCouvent de la Trinité.
Le Czar Pierre arri
vé dans cette forteresse, fit
écrire à tous les Boyars
de se rendre aupres de sa
Personne, le Prince Ga-
lischin reçût un ordre pa-
reil; mais il s'en excusa
sur ce que le Czar lean le
retenoit. LaPrincesse ayant
Bij
16
Relation
vû que toute la Noblesse
& les Estrelles mêmes l'a-
voient abandonnée
fe
mit en chemin pour
tâcher de fléchir son fre-
re; mais un Exprés du
Czar, dépêché au devant
d'elle, la fit retourner
fur ses pas. Le Colonel
Sarque, à la tête de 300
hommes, fut chargé d'al-
ler à Moſcou ſe ſaiſir des
Traîtres; aussi-tôt qu'il
fut arrivé au Palais Impe-
rial, il ſe fit livrer Thebe-
lavitan avec ses Adherans;
Ce President interrogé &
mis à la torture, avoua
qu'il étoit chargé de tuer
Historique.
17
l'Imperatrice Mere, le
Czar & ses trois freres. A
la prière des Parens du
Prince Galischin, lui, son
Fils & ses Amis, furent
condamnez à l'exil, & à
ſe rendre à Korga, Ville
ſous le Pole, pour y paſ-
ser le reſte de leurs jours.
Après avoir puni la plû-
part des autres Criminels,
ne voulut point des-ho-
norer une Princesse de ſa
Maison, telle que la Prin-
cesse Sophie; il se conten-
ta de lui ordonner de sor-
tir du Palais, & de ſe re-
tirer dans un Monastere
qu'elle avoit fait batir. En
B iij
Relation
18
ayant fait difficulté
&
ayant formé le dessein de
chercher une retraite en
Pologne, le Czar la fit en-
fermer, avec ordre d'en
garder les avenuës; afin
que personne ne put avoir
aucunne communication
avec elle: Voilà où finit la
Régence de cette Princes-
se, ſelon cette nouvelle
Rélation.
Le Czar fit ensuite son
entrée à Moscou, avec
toute ſa famille, & alla
descendre au Palais. L'Em-
pereur lean, qui n'avoit pas
eû de part à ce Complot
vint recevoir ſon frère au
Historique.
19
haut du degré, & ils se ju-
rerent une amitié recipro-
que. Depuis ce moment,
on ne fit plus mention de
lean, qu'à la tête des Actes,
ſes indispositions conti-
nuelles l'obligerent à se
démettre du Gouverne-
ment, & il mourut en
1696.
S. M. Cz. ſe voyant
tranquile dans ses Etats,
forma la résolution de
prositer de la mauvaise si-
tuation des Turcs, de
porter ses Armes vers la
petite Tartarie, & de s'em-
parer d'Asoph, Place im-
portante sur la Mer Noi-
1695.
1696.
20
Relation
re. Pour cet effet, il fit
construire sur la Veronize
plusieurs Bâtimens, tant
Galeres, qu'autres fortes
de Vaisseaux; il assiègea
cette Place en 1695. avec
une Armée de 90000 hom-
mes; il échoua, faute d'a-
voir des Ingenieurs assez
habiles pour la conduite
de ce Siege.
Il l'attaqua la Campa-
gne suivante, avec des
Troupes plus nombreuses,
& une Flote beaucoup
mieux équipée, qu'il com-
mandoit lui-meme.
Les
Turcs ayant tente deux
fois, de secourir la Place,
Historique.
21
avec leur Flote, il les
défit dans les deux ren-
contres, & les obligea de
repasser la Barre; les As-
fiégez ſe voyant preſſez
de tous côtez par la bra-
voure extraordinaire du
Czar; & sans espérance
de recevoir le secours qu'-
ils avoient attendu de leur
Flote, furent obligez de
se rendre. Ce succes fai-
sant connoître au Czar,
quel avantage on pouvoit
retirer d'une Armée Na-
vale, il déclara aux Sei-
gneurs de sa Cour, qu'il
etoit resolu, d'en entre-
tenir une de ce côté - la,
Relation
afin de se conserver cette
importante Place, & être
en etat de pénétrer jusques
dans la Mer Noire, & d'y
aller attaquer les Turcs;
il donna en même- tems
ordre de faire venir des
Ouvriers de Hollande, d'I-
talie & de Venise, pour
construire des. Vaisseaux
& des Galères. Il prit en-
fin toutes les mesures ne-
cessaires, pour avoir, en
trois ans de tems, qua-
rante Vaisseaux de Guer-
re, dix Galiotes à Bom-
bes, vingt grandes Galé-
res & Galéasses, & trente
demi-Galères ou autres
Historique.
23
Bâtimens de cette espéce;
les Monasteres, tous les
Grands Seigneurs qui a-
voient des biens considé-
rables, & un grand nom-
bre d'Esclaves, furet taxés
à faire batir à leurs frais,
chacun, un Vaisseau de
Guerre, auquel il leur e-
toit permis de donner leur
nom; les Villes, les Mar-
chands, les Gentils-Hom-
mes de tous les Etats de S.
M. Cz. furent pareillement
obligez, a proportion de
leurs biens, de se soûmet-
tre à cette nouvelle Impo-
sition. Dans ce même tems
ce Prince déclara a son
Relation
24
Conseil, que
pendant
qu'on travailleroit à la
construction de ces Vais-
seaux, son intention étoit
d'aller voyager dans les
Pays Etrangers ; & d'être
accompagne de plusieurs
jeunes Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, dans le des-
sein qu'ils se dispersassent
par toute l'Europe, afin
qu'ils apprissent, tout ce
en quoi les autres Nations
excelloient. Les Boyars, &
sur tout les Prêtres, se fon-
dans sur plusieurs passa-
ges de l'Ecriture, qui dé-
fendent aux Enfans d'I-
rael, d'avoir aucune com-
munication
Historique.
25
munication avec les Na-
tions voisines, afin qu'ils
ne participassent point à
leur Idolâtrie, se mirent
à murmurer de toutes ces
Innovations. Les Mécon-
tens & ceux du Parti dis-
gracié, qui étoient tou-
jours dans les interests de
la Princesse Sophie qui
étoit renfermée étroite-
ment, formerent de nou-
veau, le dessein de mettre
le feu a quelques maisons
voisines du Palais du Czar,
dans la vuë de l'assassiner,
lorsque, suivant la Coû-
tume, il donneroit ses or-
dres pour l'éteindre. Aprés
Relarion
16
quoi ils devoient massa-
crer tous les nouveaux Fa-
voris de ce Prince, & tous
les Etrangers qu'il avoit
attiré auprés de lui ; tirer
ensuite la Princesse Sophie
de prison, lui mettre la
Couronne sur la tête, &
rappeller à la Cour le Prin-
ce Galliskin : Mais ce
Complot fut découvert, la
veille de l'execution, qui
étoit fixée au deux Février
1697. par deux Capitaines
des Strelitzes, qui étoient
entrez dans la Conspira-
tion. Le Czar qui étoit
pour lors chez M. le Fort
ſon Favori, dans le tems
17
Historique.
que ces deux Officiers
vinrent se jetter a ses
pieds, pour lui demander
pardon, sortit de table,
& sur le champ s'en alla
lui-même avec peu de
monde, ſe saisir des prin-
cipaux Auteurs d'un si noir
attentat. Le 5. de Mars ils
furent executez dans la
grande Place, devant le
Palais Royal. Le Czar ſe
voyant heureusement de
livré de cette première
Conspiration, se prépara
tout de bon pour le voya
premédité
ge qu'il avoit
de taire; il prit la réſolu- 1697
tion de voyager incognito,
Cij
1697.
28
Rélation
pour éviter touteCérémo-
nie, & pouvoir faire ses
observations plus libre-
ment.
Après avoir tout reglé
dans ses Etats, il partit
au mois de May 1657. ac-
compagné de M. le Fort
qui fut fait alors Lieute-
nant General de ses Ar-
mées, & Amiral de sa Flo-
te, du Prince Menxicoff &
du Comte Gollavin, qu'il
nemma ses Ambassadeurs
Extraordinaires en Hol-
lande & en Angleterre: il
avoit auſsi à ſa ſuite plu-
sieurs jeunes Gentils-hom-
mes & Favoris de moindre
Historique.
29
consideration. La premie-
re Ville remarquable où il
aborda, fut Riga, Place
fortifiée tres- reguliere-
ment & a la moderne,
appartenant alors aux Sué-
dois; les Officiers qui y
commandoient ayant re-
fuſe de lui laisser voir les
Fortifications, sous pré-
texte de ne sçavoir pas qui
il étoit, ni d'ou il venoit;
ce procedé lui parut si pi-
quant que ce futlà une des
raiſons alleguées dans le
Manifeste qu'il publia,
lorsqu'à son retour, il de-
lara la Guerre aux Sue-
dois.
Ci
Relation
30
La ſeconde Place im-
portante, où le Czar
s'arrêta, fut Coningsberg
dans les Etats du Roy de
Prusse; il y resta quelque
tems. Dans toutes les Vil-
les Maritimes de son pas-
sage, on lui fit des pré-
sens considerables, mais
toujours, sous le nom de
ses Ambassadeurs. Son
inclination n'étoit point
d'aller dans les Cours,
pour en observer la poli-
tesse & la magnificence. Il
n'avoit point de plus gran
de satisfaction, que lors-
qu'il pouvoit s'entretenir
avec des Ouvriers qui ex-
Historique.
31
celloient dans les Arts,
dont on n'avoit point de
connoissance dans son
Pais; en voyageant, il étoit
quelquefois vêtu, com-
me les Moscovites de sa
Suite, quelquefois comme
les Peuples, parmi les-
quels il se trouvoit: mais
le plus souvent, lorsqu'il
venoit dans quelque Port
de Mer, il s'habilloit en
Matelot Hollandois, afin
de pouvoir plus commo-
dément visiter les Vais-
seaux & être moins con-
nu ; il ne demeura pas
long-tems dans les Ports
de la Mer Balrique, & ne
Relation
32
sejourna que peude jours à
Hambourg, pour se rendre
plus promptement a Ams-
terdam. Le Czar, dont la
passion dominante étoit
d'apprendre l'Art de bâtir
des Vaisseaux, le plus par-
faitement qu'il lui seroit
possible, ne voulut point
prendre le Logement
qu'on lui avoit destine;
il préfera une petite Mai-
son près de l'eau.
Il demeura quelques
mois dans ce Quartier-la,
avec deux ou trois de ses
Favoris, pour voir plus à
son aiſe la maniere de cons-
truire les Vaisseaux: il)
Historique.
93
travailloit meme une par-
tie du jour avec la grande
Hache du Charpentier,
parmi les Ouvriers; &
pour mieux se déguiser
il étoit habillé, comme
eux: d'autresfois il s'a-
muſoit à voguer & à ra-
mer.
La proportion & la
beauté des Vaisseaux An-
glois, lui ayant plû d'a-
vantage, après avoir de-
meure quelque tems a la
Haye, où ſes Ambassa-
deurs firent leur Entrée
Publique, il y ût une en-
trevue particuliere avec
le Roy Guillaume; de-là,
Relatiom
34
il passa en Angleterre, &
quelques jours après son
arrivee a Londres, il alla
loger dans la Maison de
M. Evelin, fort agréable
ment ſituée; il y avoit
une Porte de derriere,
par où l'on pouvoit en-
trer dans le Chantier du
Roy, qui lui facilitoit
le moyen de s'entre-
tenir avec les Ouvriers
Anglois, qui lui faisoient
voir leurs plans & les pro-
portions qu'il falloit obser-
ver dans les Vaisseaux, ce
qui le satisfit extréme-
ment; comme il s'est de-
puis, fort perfectionné
Historique.
35
dans cet Art, on lui a sou-
vent oui dire, que s'il n'é-
toit pas venu en Angleter-
re, il n'y auroit éte toute
sa vie, qu'un Apprentif.
Il resolut pour lors de
n'avoir dans son Pais que
des Vaisseaux bâtis à l'An-
gloise; il confera avec
plusieurs Anglois, par ra-
port à la Flote qu'il avoit
dessein de mettre sur pied,
& celui qu'il consulta le
plus sur ce sujet, fut le
fils du Chevalier Antoine
Dean homme d'esprit.
Le Czar vit avec beau-
coup de plaisir l'Arcenal
dans la Tour de Londres,
Relation
36
& la maniere dont s'y fa-
brique la monnoye. On lui
fit voir les Chambres As-
semblées du Parlement;
on le mena à la Comedie,
où il parut s'ennuyer (les
plaisirs n'étant pas son ob-
jet.) Pour satisfaire ſa cu-
riosité principale, le Roy
ordonna à l'Amiral Mit-
chel, de l'accompagner à
Ports-Mouth, de mettre
en Mer la Flotte qui étoit
à Spithead, & de lui don-
ner le Spectacle d'un
Combat Naval.
Pen dant lestrois mois
de séjour qu'il fit en An-
gleterre, il n'y eût point
de
Historique.
37
de Mécanique, depuis
l'Horloger, juſqu'àl'Ar
tisan qui fait des Cer-
cuëils, ausquels il ne fit at-
tention. s'habillant, com-
me nous l'avons dit ail-
leurs, tantot d'une manié
re, tantot de l'autre. Le
Roy Guillaume lui per-
mit de prendre à son ser-
vice, ceux de ses Sujets
qui pourroient lui être u-
tiles, il choisit des Ma-
thématiciens, des Archi-
tectes de Vaisseaux, di-
vers Officiers & Bombar-
diers qui s'embarquerent
pour Archangel, sur le
Ror al Transport, qui étoit
1698.
Relation-
38
un Yacht bati en Frégate,
dont le Roy lui fit présent
à son départ.
Ce Monarque s'étant
rendu à la Cour de Vien-
ne, où il fut très-bien re-
çû de l'Empereur; il ap-
prit qu'il s'étoit formé une
Conspiration, dans la-
quelle etoient entrez plu-
sieurs des Principaux du
Clergé & de la Noblesse;
ils ſe proposoient de mas-
sacrer les Etrangers, de
déclarer le Trône vacant
par l'absence du Czar, &
de mettre en sa place sa
Soeur qui étoit toûjours
dans un Cloître. Il ne per
Historique.
32
dit point de tems, pour
ſe rendre a Moſcou. Sa
venuë causa une joye ex-
traordinaire parmi tous
tes fidéles Sujets. Le me-
me jour qu'il y arriva, il
fit donner une recompen-
se aux Soldats, qui, sous
la conduite du Général
Gordon Ecossois, avoient
défait les Rébelles pen-
dant son absence.
Ces derniers, au nom-
bre de plus de 2000, fu-
rent executez a la fin de
l'Hyver, devant le Cou-
vent où étoit la Princesse
Sophie. Deux des Princi-
pales Dames qui avoient
Dij
Relation
10
eû le plus de part à cette
Conjuration, furent en-
terrées vives: On ne fit pas
plus de grace à divers
Seigneurs qui y avoient
trempe.
Par ce châtiment exem-
plaire, le Czar trouva plus
de facilité à travailler aux
Réformations qu'il avoit
resolu de faire dans ses
vastes Etats; il mit son
Armée fur un nouveau
pied, établit une nouvel-
le discipline, fit habiller
ses Troupes d'unè manie-
re uniforme, se fit. donner
un état de tous les Nobles
qui avoient des biens con-
41
Historique,
siderables; il en obligea
une partie à servir en qua-
lite de Volontaires, aux
autres, il donna divers
Emplois, ou ſur la Flote,
ou dans les Troupes qui
étoient en Garnison dans
les Places Frontieres; afin
que s'ils ne faisoient pas
de bien, ils fussent du
moins hors d'état de faire
du mal.
Ayant ainsi redressé
toutes choſes à Moſcou,
il en partit pour Veronecz
ou Veronixe sur le Don,
afin d'y voir les Vaisseaux
& les Galéres que les Hol-
landois y avoient bâties en
Diij
A2
Relation.
son absence, & pour fai-
re travailler en diligence
à la Flote qu'il vouloit
envoyer sur la Mer Noi-
re. Il congédia tous les
Hollandois, ne voulant
plus avoir à l'avenir, que
des Vaisseaux de constru-
ction Angloise. Il en fit
même commencer un de
50 pièces de Canons, dont
il avoit fait le dessein, &
qui devoit être fabriqué
de telle maniere, qu'il se-
roit toujours clos, quand
même on auroit abbatu la
Quille.
Après avoir reglé tout
ce qui regardoit sa Flote,
Historique.
4
comme il avoit fait aupa-
ravant, à l'égard de son
Armée, il retourna à Mos-
cou. Des qu'il y fut arri-
vé, il augmenta le nom-
bre des Seigneurs de son
Conseil, & s'appliqua d'a-
bord aux affaires du Gou-
vernement, tant dans l'E-
glise, que dans l'Etat. Il
réprima toutes les malver
sations & abus qui se com-
mettoient dans les Provin-
ces de son Empire, dont
les Gouverneurs, qui e-
toient des premieres Fa-
milles de Moscovie, ve-
xoient & tirannisoient les
Peuples.
Relation
A 4
LeCzar persuadé qu'on ne
lui rendoit point un fidéle
compte de ſes Revenus,
& qu'on opprimoit ses Su-
jets par une Cottisation
inégale, établit un Bu-
reau General, où l'on re-
cevroit tous les droits du
Royaume. Ce Bureau a-
voit été formé fur la
Chambre des Comptes
de Hollande. Il étoit com-
pose d'un certain nombre
de personnes d'une probi-
té reconnue, qu'on choi-
parmi les Mar-
sit
chands, & qui eurent le
titre de Bourgue-Mestres
Comme S. M. vouloit
Historique.
45
augmenter ses Revenus
& soulager en meme tems
ceux de ses Sujets, qui
pouvoient contribuer à
faire fleurir le Negoce
dans ses Etats, il donna
ordre à la Precause ou Bu-
reau, de mettre des Im-
posts ſur tous les Cou-
vents de son Empire. De
plus il ordonna qu'à l'a-
venir, il n'y auroit que
des Personnes au-dessus de
5o ans, qui pussent estre
admises dans les Monas-
teres, ayant remarque
qu'il s'y renfermoit un
nombre considerable de
jeunes gens, qui deve
46
Relation
noient inutils par eux-
memes, & se mettoient
hors d'état de fournir à la
République, des Sujets
dont il avoit besoin pour
ſes Armées.
Les Moscovites avoient
porté jusqu'à lors de lon-
gues barbes : celle de la
levre d'en haut étoit d'u-
ne telle longueur, qu'ils
ne pouvoient boire, sans
la tremper dans leur bois-
son. Le Czar, pour réfor-
mer cette vieille coûtume
imposa à l'exception des
Pretres & des Paysans u-
ne taxe de 100 Rubles par
an, fur tous ceux qui
Historique.
4)
voudroient conserver cet
ornement; & d'un Copech
sur ceux du Commun. Il
établit pour cet effet, un
Commis aux Portes de
toutes les Villes, afin de
recevoir ce droit. Cette
Ordonnance fut regardée
comme une forte de pe
ché, & comme une cho-
se qui tendoit à abolir leur
Religion. Il falloit assu-
rément l'autorité absoluë
du Czar, pour les guérir
de cette superstition: La
crainte qu'ils avoient de
ſe la voir arrachée sà quoi
le Czar ſe divertissoit sou-
vent les obligea enfin à
Rélation
48
souffrir, qu'on la leur cou-
pât. Les femmes qui trou-
verent leurs Maris & leurs
Galans plus à leur gre,
s'accommoderent mieux
de cette nouvelle mo
de.
A l'égard des Vêtemens
des Moscovites, l'habit
qu'ils portoient ordinai-
rement, étoit une longue
Robe qui leur descendoit
jusqu'aux Talons, & qui
étoit plissée sur les han-
ches, comme une Jupe.
CePrince, pour abolir cet
te maniere empesée
de
s'habiller, enjoignit, sou
peine d'encourir sa dis-
Bace,
Historique.
40
grace, à tous ſes Boyars
de ſe vêtir à la manière
Françoise ou Angloise, &
de faire garnir leurs ha-
bits de galons d'or ou d'ar-
gent, chacun suivant ses
moyens. Il ordonna en-
suite qu'on mit a toutes
les Portes de la Ville de
Moſcou, un modele d'ha-
bit, & fit publier que
toutes personnes, à la re-
servedes Paysans, eussent à
s'y conformer, & que
tous ceux qui contrevien-
droient à ses ordres, se-
roient obligez de se met-
tre à genoux aux Portes de
la Ville, & de souffrir
E
Relation
qu'on leur coupat tout ce
qui toucheroit a terre.
Comme cela ſe faisoit d'une
maniere enjouée, le Peu-
ple commença a tourner
la chose en risée, & aban-
donna bien-tôt la mode
des longues Robes.
Les Femmes, & parti-
culierement les Dames de
la Cour, eurent ordre de
shabiller à l'Angloise, el-
les obeirent d'autant plus
volontiers, qu'elles obte-
noient par ce même or-
dre, la liberté de ſe trou-
ver en Compagnie avec
les Hommes, d'assister aux
Nôces & a toutes les Cé-
Historique.
rémonies où elles étoient
invitées, comme il se pra-
tique dans lesPays Etran-
gers, ce qui ne leur étoit
pas permis auparavant. Il
ne ſe faiſoit aucunnes Fê
tes parmi les personnes de
quelque distinction, que
le Czar ne les honorat de
ſa présence.
Il y eût encore un autre
Reglement que les jeu-
nes Personnes à marier,
approuverent fort. Aupa-
ravant, il n'étoit pas per
mis à l'Epoux, de voir sa
Future, ni de lui parler
qu'une seule fois, la veil-
le des Nôces. Le Czar
E ij
Relation
52
remarquant que cette fa-
con d'unir de jeunes gens,
sans leur approbation re-
ciproque, pourroit être
en partie la cause de la
désunion qu'il y avoit
dans les Mariages; il vou-
lut qu'on ne mariât per-
sonne sans le consente-
ment commun des deux
Parties; & qu'il leur fût
pe mis de se visiter pour
le moins six semaines, a-
vant le Sacrement.
Dans le tems que le
Cz. commençoit a refor-
mer les abus qu'il avoit
remarquez dans son Pais,
il prolongea la Tréve a-
Historiq ue.
53
vec la Porte, pour 25 ans.
Ce Monarque ne l'eût
pas plutôt fait proclamer
en 1700, qu'il declara la
Guerre aux Suédois, &
donna ſes ordres pour la
pousser avec toute la vi-
gueur possible: Les com-
mencemens n'en fu rent
pas heureux. Dès la pre-
miere Campagne, il per-
dit la moitié de ſon Ar-
mée, & toute son Artil-
lerie dans la fameuſe Ba-
taille de Narva.
Pour réparer cette per-
te, il s'appliqua principa-
lement a faire de nouvel-
les levées, à chorsir lui-
E iij
1700.
Relation
54
même des Officiers
à
discipliner ses Régimens,
à préparer toutes les cho-
ses necessaires dont son Ar-
mée pouvoit avoir besoin,
& dont il ne voulut con-
fier le soin à aucun de ses
Ministres; il faisoit tout
par lui-même, & entroit
juiques dans le moindre
détail.
Comme il manquo itde
matière pour faire des
Canons, il prit les Clo-
ches de plusieures Eglises,
& en fit faire de la grosse
Artillerie : Enfin, son ap-
plication fut si grande, &
ses mesures si justes, qu'il
Historique.
5
se vit bien-tôt en état de
faire tête à l'Ennemi, &
d'agir meme offensive
ment.
Pendant que le Roy
Auguste tournoit ses Ar-
mes contre Riga, le Czar.
portoit les siennes en Li-
vonie; mais la valeur de
Charles XII. Roy de
Suéde, fit échouer ces deux
entreprises.
Si, dans l'année 1701,
les Armes de Suéde fu-
rent favorisées par des
avantages signalez il n'en
fut pas de même de la
suivante; les Moscovites
ayant joins les Suédois.
1701
1702.
1703
Relation
56
prés de Stagniiz en Livo-
nie, sous le General Sli-
penback, celui ci eût d'a-
bord l'avantage, mais peu
aprés il fut obligé de ce-
der; la Cavalerie Finlan-
doise, alors Troupes de
Suéde , s'étant renversée
sur l'Infanterie Suédoise,
la mit dans un si grand
desordre, qu'il fut impos-
ſible de la rallier.
Cette action facilita aux
Moscovites, la Conquête
des Villes de Vvolmar,
Mariembourg & Dorpt, S.
M. ayant elle-même paſſé
à Plesko, & de là en Li-
vonie, s'empara encore
Historique.
57
au fort de l'Hyver, & a-
prés quinze jours de Sié-
ge, de Nottenbourg Place
considérable sur la Rivié-
re de Neve. Par cette der-
niere priſe, la Livonie fut
couvertede ses troupes qui
desolerent cette Province.
Narva investi depuis
long-tems, & quelques au-
tres Places de Livonie,
tomberent aussi cette an-
née, sous la domination de
ce Monarque. La ite fut
prise d'assaut; le Czar qui
y étoit en personne, y per-
mit le pillage, seulement
pour trois heures. Ainsi,
pendant que d'un côté
1704.
1705.
Relation
les Armes Suédoises pros-
peroient en Pologne, les
Moscovites la vengeoient
de l'autre.
La Pologne toûjours ex-
posée aux Divisions, par
le peu d'union de la No-
bleſſe, devint la proye du
Czar & du Roy de Suéde
en même tems. Car, pen-
dant que le Roy de Sué-
de etablit Stanislas sur le
Trone de Pologne, les
Russes entrerent en Litua-
nie, où ils firent éprouver
aux Peuples, toutes les
c alamitez de la Guer-
re. Mais, comme le sort
des Armes est sujet à de
Historique.
5
continuelles vicissitudes
le Marechal de Czereme-
thoff, qui commandoit
l'Armee des Russes, ayant
voulu s'approcher deVar-
sovie, fut battu par le Com-
te Levvenhaupt General
Suédois.
Un troiſiéme Parti, ſous
le nom d'Indifferens, qui
s'étoit déja forme en Po-
logne, s'étant joint au Roi
de Suéde & au Roi Sta-
nislas, mit enfin le Roy
Auguste dans la necessité
de faire un Traité avecS.
M. Cz. par lequel le Czar
s'engagea de rendre à la
Pologne, l'Ukraine, avec
1706.
1707
1708.
Relation
60
diverses Places, & d'assi-
ſter cette Couronne, de
Troupes & d'argent.
Pendant que le Roi de
Suéde profite du bonheur
de ses Armes, qu'il entre
en Saxe, & y rétablit son
Armée ſur un bon pied;
S. M. Cz. par répresailles,
pénètre en Pologne & pous-
ſe juſqu'à Varsovie, dans
le dessein d'y exercer de
fortes executions militai-
res: mais, sur les remon-
trances faites à S. M. Cz.
elle ordonna à ſes Gene-
raux d'en uſer avec mo-
deration.
Le Roi de Suéde, après
une
61
Historique.
une année de séjour en
Saxe, & après avoir oblige
le Roy Auguſte à faire la
Paix, aux conditions qu'il
voulut lui imposer, jus-
ques à lui faire abdiquer
la Couronne de Pologne;
abandonna cet Electorat
dans le dessein de faire
une invasion en Mosco-
vie: ayant passé en Silesie,
& fait respecter ses Ar-
mes à l'Empire & aux au-
tres Puissances: Redouté
de toute l'Europe, & en
etat de lui donner la Paix;
pouſſé par ſa noble ardeur
& par le conseil de ses
Ministres, prend le che-
1709
Relation
62
min de Smolensko & de
Moscou, il franchit d'abord
tout ce qui put faire obs-
tacle à son passage: mais
ayant par la suite trouvé
des difficult ez insurmonta-
bles, & d'ailleurs S. M. Cz.
lui en ayant opposé, qu'il
n'avoit pas prevûes, elles
arrêterent ce jeune Heros.
Après plusieures actions
fort vives, qui ne décide-
rent pourtant rien, vint
enfin la fameuse Jour-
née de Pultavva. Comme
l'Armée de Suéde, dans
ſa marche, avoit été con-
tinuellement harcelée par
celle des Moscovites, &
Historique.
63
affoiblie par diverses at-
taques qu'elle avoit edes à
soutenir, elle ſe trouva
réduite à 20 ou 25 mille
hommes; il y eût le 27
Juin un engagement ge-
neral entre les deux Ar-
mées, après une attaque
& une résistance des plus
&
vigoureuses de part
d'autre, S. M. Suédoise
eût le malheur de perdre
la Bataille, & d'être obli-
gée de se retirer à Bender
avec 3 ou 400 hommes
seulement, le reste ayant
été tué ou pris.
Le Roi Auguste qui a-
voit été forcé par le Roi,
F iij
Relation
64
de Suéde d'abandonner
la Pologne, ayant appris ſa
disgrace, rentra dans ce
Royaume, & le Roy Sta-
nislas fut contraint de lui
ceder la Place; ces Prin-
ces experimentans tour à
tour la bonne & la mau-
vaise fortune.
S. M. Cz. n'ayant plus
à craindre pour ses Etats,
repassa en Pologne, pour
favoriser le rétablissement
du Roi Auguste, elle eût
aussi une entrevûë avec
le Roy de Prusse à Ma-
rienvverder, où elle reçût
un Exprés du General
Goltz, avec avis qu'il a-
Historique.
65
voit défait pres de Kalisch,
le Palatin de Kiovie qui
vouloit faire une invasion
en Saxe, avec 6000 hom-
mes du Parti du Roy Sta-
nislas, & qu'il avoit fait
2000 prisonniers dans
cette Action.
De Mittau Capitale de
Curlande, où passa S. M.
Cz. après la Conférence
dont nous venons de par-
ler. Elle prit le chemin
de Moscou, ou on avoit
tout préparé pour lui fai-
re une Entrée digne des
premiers Césars. En voici
une Rélation abregée.
DE L'HISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITS,
AVEC
Une Relation de l'Etat présent de
la Moscovie, & de ce qui s'est passé
de plus considerable, depuis son
arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ALEXIS MICHALOVITZ,
Pere du CZAR
qui arriva
le 7. dans
A
1676.
Relation
2
cette Capitale, laissa à sa
mort, deux fils du premier
Lit, Theodore ou Feodor,
lean ou Evan, la Princesse
Sophie avec plusieures au-
tres filles: & du second
Lit, Pierre ou Peter Alexieu-
vitz qui remplit aujour-
d'hui si dignement le
Trône.
Theodore étant mort apres
six ans de Régne, nomma
pour son Successeur, Pierre
Alexieuvitz, jugeant que
son frere lean etoit d'une
complexion trop foible,
pour porter le fardeau d'un
si grand Empire. Ainsi,
Pierre fut proclamé CZAR
Historique.
à l'âge de 11. ans en 1682.
au préjudice de lean.
La Princesse Sophie
agée de 23. ans, aussi re-
marquable par son esprit,
que par sa beauté & son
ambition; qui avoit û part
à la Regence, pendant la
Minorité de Thodore, mé-
contente de voir son frere
Jean, exclûde la succession,
mit tout en œuvre pour
tâcher de le placer sur le
Trône. Dans cette vûë
elle fit répandre le bruit
que le deffunt Czar avoit
eté empoisonné par ses
Medecins, & à la sollici-
tation de quelques- uns
Aij
Etant
né le 11
Juin16 72
Relation
des principaux Ministres
d'Etat. Pour animer plus
vivement à la révolte, les
Strelitzes, espece de mili-
ce, semblable aux lannissai-
res, on publia que la Cour
avoit formé le dessein de
mêler du poison avec
l'eau de vie & la biere,
qu'on devoit leur donner,
aux funerailles du Czar
Theodore. L'Emûte ne tar-
da pas, on commença
par le meurtre des deux
Medecins, on passa en-
suite aux principaux Of-
ficiers de la Couronne,
comme Auteurs d'un cri-
me si énorme; enfin les
Historique
Strelirges, à la tête des-
quels étoit Couvanshi leur
General, firent tout ce que
la rage la plus aveugle
leur inspira, jusqu'à rece-
voir ſur la pointe de leurs
piques, les corps de ceux
que leurs Camarades jet-
toient d'un balcon du Pa-
lais Royal; ils pousserent
leur fureur si loin, qu'ils
massacrerent même plu-
sieurs Seigneurs & person-
nes du premier Rang,
qui s'étoient refugiees
dans la chambre de S.
M. Czarienne; sans que
ce Prince fit paroître au-
cune foiblesse: apres quoi
A iij
Relation
ils proclamerent le Prince
lean, qui lui fut ajoint au
Trône.
Au milieu de ce Tu-
multe, le Prince Bo-
ris Alexiauvitz Gollitzen
ayant pris le Jeune Czar
entre ses bras, le trans-
porta au Monaſtere de
Troiski ou de la Trinité,
Place forte a douze lieuës
de Moscouv, pour y met-
tre ſa Personne en sûreté
jusqu'à ce que la Sédition
fût appaisée.
Apres cecy, tout sembla
se calmer, mais ce ne fut
que pour peu de jours. La
Princesse Sophie ne borna
Historique.
point ſes vues, à voir son
frere lean partager l'Em-
pire; elle fit sous main de
puissantes brigues, & flata
Couvanski, qu'il pourroit
parvenir a la Couronne
en l'épousant; elle colo-
roit ses pretentions en di-
sant, que la Monarchie
étoit trop auguste, pour
être gouvernée par desEn
fans; mais la Conspiration
qu'elle trâmoit contrelavie
deses deuxfreres, futdécou-
verte, & les Auteurs pu-
nis.
On ût l'adresse d'atti-
rer le General des Stre-
litzes vers Troiski, & de
Relation
le furprendre dans une
embuscade, où il fut pris
& conduit dans le Mona-
ſtere, où on lui fit couper
la tête; on ſe ſaiſit en mê-
me tems de la Princesse
Sophie, qui fut enfermée
dans un Convent proche
Moſcou, où elle a toû-
jours été gardée fort étroi-
tement. Après qu'on se
fut si heureusement dé-
fait de ces deux Chefs de
la Conjuration, & que le
Gouvernement fut affer-
mi, on commença par fai-
re une recherche des Au-
reurs du défordre; les
Chefs furent exterminez
9
Historique.
avec leurs familles, &
leurs maisons, rasées. On
composa 4. Regimens des
autres, qu'on envoya vers
la Siberie dans des Provin-
ces éloignees où ils ont
presque tous peris.
Dans la chaleur de cet-
te Rebellion, M. le Fort,
Genevois de Nation, alors
Colonel dans l'Armée
Moscovite, donna à leurs
Majestez de grandes preu-
ves de sa fidelité & de
son attachement a leur
service; son esprit & son
naturel actif, lui attire-
rent les bonnes graces du
Czar. Depuis ce tems-là
16
Relation
S. M. l'a toujours eù au-
près d'elle, prenant plai
sir à s'entretenir avec lui,
des Pais qu'il avoit fre-
quentés , de leurs ri-
chesses, de la discipli-
ne qui s'y observoit, tant
par Mer que par Terre,
& sur tout du Com-
merce qui se faisoit dans
toutes les parties du Mon-
de, par le moyen de la
Navigation. Ce Prince né
pour les grandes choses,
ſemble n'avoir point eù
d'enfance, ayant toûjours
marque une grandeur d'a
me & une élevation d'es-
prit toute extraordinaire;
Historique.
11
il n'avoit que quinze ans,
qu'il fit paroitre une forte
inclination pour les Ma-
thematiques, il voulut ap-
prendre la Marine & les
Mechaniques, projettant
dès lors les grands des-
seins, qu'il a depuis exe-
cutez avec toute la dex
teritè & la prudence ima-
ginable. Comme ſa paſ-
sion favorite étoit la Na-
vigation, ce jeune Prince
fit bâtir sur le Lac Perris
Lausei, assez près de Mos-
cou, des Vaisseaux qui a-
voient des Mats, des Voi-
les & des Canons; il se
divertissoit souvent a don-
Relation
12
ner des petits combats,
dans lesquels il agissoit
lui même, en qualité de
Capitaine de Vaisseau, Ti-
tre qu'il a voulu mériter
par la suite, en commen-
çant par celui d'Ensei-
gne, pour monter à ce-
lui-la.
Quoique, sur la foy de
plusieurs Memoires, j'aye
avancé que la Princesse
Sophie avoit été enfermée
dans un Convent en 1683.
après les deux Conspira-
tions dont je viens de par-
ler, je me crois obligé d'a-
vertir non Lecteur, que
je trouve ce fait contre.
dit
Historique.
dit dans une Rélation très
biencirconstanciée, impri-
mée en 1714. il tient tropi
l'Histoire de S. M. Cz.
pour le passer sous silence.
La Princesse Sophie, dit
mon Auteur, bien loin
d'être enfermée, obtint la
Régence. Le Prince Galis-
chin qui étoit dans ses in-
terêts, fut honoré de la
Charge d'Administrateur
de l'Empire, il comman-
da les Armées en 1687,
1688 & 1689; mais n'aiant
pas eû de succez heureux,
pendant ces trois Campa-
gnes, le Czar lui en fit de
sanglans réproches, ce qui
Iude
dernier
Ducs de
Lithui-
nie, de la
Maison
des Ja-
gellons.
Autre
Garde
duPrin
Relation
14
irrita ſi fort la Princesse
que, pour se maintenir
dans le Poſte où elle étoit,
elle resolut de tout entre-
prendre, & fit entendre
au Prince Galischin, qu'il
étoit à propos de se défai-
re du Czar, lui remontra
qu'il n'y avoit pas un mo-
ment a perdre; Thehelavi-
ran President de la Cham-
bre des Estrelles, fut choi-
si pour être le Chef de la
Conjuration, avec 600 Es-
trelles affidez. Dans le tems
qu'il donnoit ses ordres
pour ce tragique des-
sein, deux Estrelles ayant
horreur de souiller leurs
15
Historique.
mains dans le sang de leur
Prince, se déroberent, &
coururent en informer le
Czar Pierre, qui se levant
de son lit, fit avertir ses
Oncles freres de sa mere,
qui n'eurent tous que le
tems, de monter en caros-
ſe, & de ſeſauver du côté
duCouvent de la Trinité.
Le Czar Pierre arri
vé dans cette forteresse, fit
écrire à tous les Boyars
de se rendre aupres de sa
Personne, le Prince Ga-
lischin reçût un ordre pa-
reil; mais il s'en excusa
sur ce que le Czar lean le
retenoit. LaPrincesse ayant
Bij
16
Relation
vû que toute la Noblesse
& les Estrelles mêmes l'a-
voient abandonnée
fe
mit en chemin pour
tâcher de fléchir son fre-
re; mais un Exprés du
Czar, dépêché au devant
d'elle, la fit retourner
fur ses pas. Le Colonel
Sarque, à la tête de 300
hommes, fut chargé d'al-
ler à Moſcou ſe ſaiſir des
Traîtres; aussi-tôt qu'il
fut arrivé au Palais Impe-
rial, il ſe fit livrer Thebe-
lavitan avec ses Adherans;
Ce President interrogé &
mis à la torture, avoua
qu'il étoit chargé de tuer
Historique.
17
l'Imperatrice Mere, le
Czar & ses trois freres. A
la prière des Parens du
Prince Galischin, lui, son
Fils & ses Amis, furent
condamnez à l'exil, & à
ſe rendre à Korga, Ville
ſous le Pole, pour y paſ-
ser le reſte de leurs jours.
Après avoir puni la plû-
part des autres Criminels,
ne voulut point des-ho-
norer une Princesse de ſa
Maison, telle que la Prin-
cesse Sophie; il se conten-
ta de lui ordonner de sor-
tir du Palais, & de ſe re-
tirer dans un Monastere
qu'elle avoit fait batir. En
B iij
Relation
18
ayant fait difficulté
&
ayant formé le dessein de
chercher une retraite en
Pologne, le Czar la fit en-
fermer, avec ordre d'en
garder les avenuës; afin
que personne ne put avoir
aucunne communication
avec elle: Voilà où finit la
Régence de cette Princes-
se, ſelon cette nouvelle
Rélation.
Le Czar fit ensuite son
entrée à Moscou, avec
toute ſa famille, & alla
descendre au Palais. L'Em-
pereur lean, qui n'avoit pas
eû de part à ce Complot
vint recevoir ſon frère au
Historique.
19
haut du degré, & ils se ju-
rerent une amitié recipro-
que. Depuis ce moment,
on ne fit plus mention de
lean, qu'à la tête des Actes,
ſes indispositions conti-
nuelles l'obligerent à se
démettre du Gouverne-
ment, & il mourut en
1696.
S. M. Cz. ſe voyant
tranquile dans ses Etats,
forma la résolution de
prositer de la mauvaise si-
tuation des Turcs, de
porter ses Armes vers la
petite Tartarie, & de s'em-
parer d'Asoph, Place im-
portante sur la Mer Noi-
1695.
1696.
20
Relation
re. Pour cet effet, il fit
construire sur la Veronize
plusieurs Bâtimens, tant
Galeres, qu'autres fortes
de Vaisseaux; il assiègea
cette Place en 1695. avec
une Armée de 90000 hom-
mes; il échoua, faute d'a-
voir des Ingenieurs assez
habiles pour la conduite
de ce Siege.
Il l'attaqua la Campa-
gne suivante, avec des
Troupes plus nombreuses,
& une Flote beaucoup
mieux équipée, qu'il com-
mandoit lui-meme.
Les
Turcs ayant tente deux
fois, de secourir la Place,
Historique.
21
avec leur Flote, il les
défit dans les deux ren-
contres, & les obligea de
repasser la Barre; les As-
fiégez ſe voyant preſſez
de tous côtez par la bra-
voure extraordinaire du
Czar; & sans espérance
de recevoir le secours qu'-
ils avoient attendu de leur
Flote, furent obligez de
se rendre. Ce succes fai-
sant connoître au Czar,
quel avantage on pouvoit
retirer d'une Armée Na-
vale, il déclara aux Sei-
gneurs de sa Cour, qu'il
etoit resolu, d'en entre-
tenir une de ce côté - la,
Relation
afin de se conserver cette
importante Place, & être
en etat de pénétrer jusques
dans la Mer Noire, & d'y
aller attaquer les Turcs;
il donna en même- tems
ordre de faire venir des
Ouvriers de Hollande, d'I-
talie & de Venise, pour
construire des. Vaisseaux
& des Galères. Il prit en-
fin toutes les mesures ne-
cessaires, pour avoir, en
trois ans de tems, qua-
rante Vaisseaux de Guer-
re, dix Galiotes à Bom-
bes, vingt grandes Galé-
res & Galéasses, & trente
demi-Galères ou autres
Historique.
23
Bâtimens de cette espéce;
les Monasteres, tous les
Grands Seigneurs qui a-
voient des biens considé-
rables, & un grand nom-
bre d'Esclaves, furet taxés
à faire batir à leurs frais,
chacun, un Vaisseau de
Guerre, auquel il leur e-
toit permis de donner leur
nom; les Villes, les Mar-
chands, les Gentils-Hom-
mes de tous les Etats de S.
M. Cz. furent pareillement
obligez, a proportion de
leurs biens, de se soûmet-
tre à cette nouvelle Impo-
sition. Dans ce même tems
ce Prince déclara a son
Relation
24
Conseil, que
pendant
qu'on travailleroit à la
construction de ces Vais-
seaux, son intention étoit
d'aller voyager dans les
Pays Etrangers ; & d'être
accompagne de plusieurs
jeunes Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, dans le des-
sein qu'ils se dispersassent
par toute l'Europe, afin
qu'ils apprissent, tout ce
en quoi les autres Nations
excelloient. Les Boyars, &
sur tout les Prêtres, se fon-
dans sur plusieurs passa-
ges de l'Ecriture, qui dé-
fendent aux Enfans d'I-
rael, d'avoir aucune com-
munication
Historique.
25
munication avec les Na-
tions voisines, afin qu'ils
ne participassent point à
leur Idolâtrie, se mirent
à murmurer de toutes ces
Innovations. Les Mécon-
tens & ceux du Parti dis-
gracié, qui étoient tou-
jours dans les interests de
la Princesse Sophie qui
étoit renfermée étroite-
ment, formerent de nou-
veau, le dessein de mettre
le feu a quelques maisons
voisines du Palais du Czar,
dans la vuë de l'assassiner,
lorsque, suivant la Coû-
tume, il donneroit ses or-
dres pour l'éteindre. Aprés
Relarion
16
quoi ils devoient massa-
crer tous les nouveaux Fa-
voris de ce Prince, & tous
les Etrangers qu'il avoit
attiré auprés de lui ; tirer
ensuite la Princesse Sophie
de prison, lui mettre la
Couronne sur la tête, &
rappeller à la Cour le Prin-
ce Galliskin : Mais ce
Complot fut découvert, la
veille de l'execution, qui
étoit fixée au deux Février
1697. par deux Capitaines
des Strelitzes, qui étoient
entrez dans la Conspira-
tion. Le Czar qui étoit
pour lors chez M. le Fort
ſon Favori, dans le tems
17
Historique.
que ces deux Officiers
vinrent se jetter a ses
pieds, pour lui demander
pardon, sortit de table,
& sur le champ s'en alla
lui-même avec peu de
monde, ſe saisir des prin-
cipaux Auteurs d'un si noir
attentat. Le 5. de Mars ils
furent executez dans la
grande Place, devant le
Palais Royal. Le Czar ſe
voyant heureusement de
livré de cette première
Conspiration, se prépara
tout de bon pour le voya
premédité
ge qu'il avoit
de taire; il prit la réſolu- 1697
tion de voyager incognito,
Cij
1697.
28
Rélation
pour éviter touteCérémo-
nie, & pouvoir faire ses
observations plus libre-
ment.
Après avoir tout reglé
dans ses Etats, il partit
au mois de May 1657. ac-
compagné de M. le Fort
qui fut fait alors Lieute-
nant General de ses Ar-
mées, & Amiral de sa Flo-
te, du Prince Menxicoff &
du Comte Gollavin, qu'il
nemma ses Ambassadeurs
Extraordinaires en Hol-
lande & en Angleterre: il
avoit auſsi à ſa ſuite plu-
sieurs jeunes Gentils-hom-
mes & Favoris de moindre
Historique.
29
consideration. La premie-
re Ville remarquable où il
aborda, fut Riga, Place
fortifiée tres- reguliere-
ment & a la moderne,
appartenant alors aux Sué-
dois; les Officiers qui y
commandoient ayant re-
fuſe de lui laisser voir les
Fortifications, sous pré-
texte de ne sçavoir pas qui
il étoit, ni d'ou il venoit;
ce procedé lui parut si pi-
quant que ce futlà une des
raiſons alleguées dans le
Manifeste qu'il publia,
lorsqu'à son retour, il de-
lara la Guerre aux Sue-
dois.
Ci
Relation
30
La ſeconde Place im-
portante, où le Czar
s'arrêta, fut Coningsberg
dans les Etats du Roy de
Prusse; il y resta quelque
tems. Dans toutes les Vil-
les Maritimes de son pas-
sage, on lui fit des pré-
sens considerables, mais
toujours, sous le nom de
ses Ambassadeurs. Son
inclination n'étoit point
d'aller dans les Cours,
pour en observer la poli-
tesse & la magnificence. Il
n'avoit point de plus gran
de satisfaction, que lors-
qu'il pouvoit s'entretenir
avec des Ouvriers qui ex-
Historique.
31
celloient dans les Arts,
dont on n'avoit point de
connoissance dans son
Pais; en voyageant, il étoit
quelquefois vêtu, com-
me les Moscovites de sa
Suite, quelquefois comme
les Peuples, parmi les-
quels il se trouvoit: mais
le plus souvent, lorsqu'il
venoit dans quelque Port
de Mer, il s'habilloit en
Matelot Hollandois, afin
de pouvoir plus commo-
dément visiter les Vais-
seaux & être moins con-
nu ; il ne demeura pas
long-tems dans les Ports
de la Mer Balrique, & ne
Relation
32
sejourna que peude jours à
Hambourg, pour se rendre
plus promptement a Ams-
terdam. Le Czar, dont la
passion dominante étoit
d'apprendre l'Art de bâtir
des Vaisseaux, le plus par-
faitement qu'il lui seroit
possible, ne voulut point
prendre le Logement
qu'on lui avoit destine;
il préfera une petite Mai-
son près de l'eau.
Il demeura quelques
mois dans ce Quartier-la,
avec deux ou trois de ses
Favoris, pour voir plus à
son aiſe la maniere de cons-
truire les Vaisseaux: il)
Historique.
93
travailloit meme une par-
tie du jour avec la grande
Hache du Charpentier,
parmi les Ouvriers; &
pour mieux se déguiser
il étoit habillé, comme
eux: d'autresfois il s'a-
muſoit à voguer & à ra-
mer.
La proportion & la
beauté des Vaisseaux An-
glois, lui ayant plû d'a-
vantage, après avoir de-
meure quelque tems a la
Haye, où ſes Ambassa-
deurs firent leur Entrée
Publique, il y ût une en-
trevue particuliere avec
le Roy Guillaume; de-là,
Relatiom
34
il passa en Angleterre, &
quelques jours après son
arrivee a Londres, il alla
loger dans la Maison de
M. Evelin, fort agréable
ment ſituée; il y avoit
une Porte de derriere,
par où l'on pouvoit en-
trer dans le Chantier du
Roy, qui lui facilitoit
le moyen de s'entre-
tenir avec les Ouvriers
Anglois, qui lui faisoient
voir leurs plans & les pro-
portions qu'il falloit obser-
ver dans les Vaisseaux, ce
qui le satisfit extréme-
ment; comme il s'est de-
puis, fort perfectionné
Historique.
35
dans cet Art, on lui a sou-
vent oui dire, que s'il n'é-
toit pas venu en Angleter-
re, il n'y auroit éte toute
sa vie, qu'un Apprentif.
Il resolut pour lors de
n'avoir dans son Pais que
des Vaisseaux bâtis à l'An-
gloise; il confera avec
plusieurs Anglois, par ra-
port à la Flote qu'il avoit
dessein de mettre sur pied,
& celui qu'il consulta le
plus sur ce sujet, fut le
fils du Chevalier Antoine
Dean homme d'esprit.
Le Czar vit avec beau-
coup de plaisir l'Arcenal
dans la Tour de Londres,
Relation
36
& la maniere dont s'y fa-
brique la monnoye. On lui
fit voir les Chambres As-
semblées du Parlement;
on le mena à la Comedie,
où il parut s'ennuyer (les
plaisirs n'étant pas son ob-
jet.) Pour satisfaire ſa cu-
riosité principale, le Roy
ordonna à l'Amiral Mit-
chel, de l'accompagner à
Ports-Mouth, de mettre
en Mer la Flotte qui étoit
à Spithead, & de lui don-
ner le Spectacle d'un
Combat Naval.
Pen dant lestrois mois
de séjour qu'il fit en An-
gleterre, il n'y eût point
de
Historique.
37
de Mécanique, depuis
l'Horloger, juſqu'àl'Ar
tisan qui fait des Cer-
cuëils, ausquels il ne fit at-
tention. s'habillant, com-
me nous l'avons dit ail-
leurs, tantot d'une manié
re, tantot de l'autre. Le
Roy Guillaume lui per-
mit de prendre à son ser-
vice, ceux de ses Sujets
qui pourroient lui être u-
tiles, il choisit des Ma-
thématiciens, des Archi-
tectes de Vaisseaux, di-
vers Officiers & Bombar-
diers qui s'embarquerent
pour Archangel, sur le
Ror al Transport, qui étoit
1698.
Relation-
38
un Yacht bati en Frégate,
dont le Roy lui fit présent
à son départ.
Ce Monarque s'étant
rendu à la Cour de Vien-
ne, où il fut très-bien re-
çû de l'Empereur; il ap-
prit qu'il s'étoit formé une
Conspiration, dans la-
quelle etoient entrez plu-
sieurs des Principaux du
Clergé & de la Noblesse;
ils ſe proposoient de mas-
sacrer les Etrangers, de
déclarer le Trône vacant
par l'absence du Czar, &
de mettre en sa place sa
Soeur qui étoit toûjours
dans un Cloître. Il ne per
Historique.
32
dit point de tems, pour
ſe rendre a Moſcou. Sa
venuë causa une joye ex-
traordinaire parmi tous
tes fidéles Sujets. Le me-
me jour qu'il y arriva, il
fit donner une recompen-
se aux Soldats, qui, sous
la conduite du Général
Gordon Ecossois, avoient
défait les Rébelles pen-
dant son absence.
Ces derniers, au nom-
bre de plus de 2000, fu-
rent executez a la fin de
l'Hyver, devant le Cou-
vent où étoit la Princesse
Sophie. Deux des Princi-
pales Dames qui avoient
Dij
Relation
10
eû le plus de part à cette
Conjuration, furent en-
terrées vives: On ne fit pas
plus de grace à divers
Seigneurs qui y avoient
trempe.
Par ce châtiment exem-
plaire, le Czar trouva plus
de facilité à travailler aux
Réformations qu'il avoit
resolu de faire dans ses
vastes Etats; il mit son
Armée fur un nouveau
pied, établit une nouvel-
le discipline, fit habiller
ses Troupes d'unè manie-
re uniforme, se fit. donner
un état de tous les Nobles
qui avoient des biens con-
41
Historique,
siderables; il en obligea
une partie à servir en qua-
lite de Volontaires, aux
autres, il donna divers
Emplois, ou ſur la Flote,
ou dans les Troupes qui
étoient en Garnison dans
les Places Frontieres; afin
que s'ils ne faisoient pas
de bien, ils fussent du
moins hors d'état de faire
du mal.
Ayant ainsi redressé
toutes choſes à Moſcou,
il en partit pour Veronecz
ou Veronixe sur le Don,
afin d'y voir les Vaisseaux
& les Galéres que les Hol-
landois y avoient bâties en
Diij
A2
Relation.
son absence, & pour fai-
re travailler en diligence
à la Flote qu'il vouloit
envoyer sur la Mer Noi-
re. Il congédia tous les
Hollandois, ne voulant
plus avoir à l'avenir, que
des Vaisseaux de constru-
ction Angloise. Il en fit
même commencer un de
50 pièces de Canons, dont
il avoit fait le dessein, &
qui devoit être fabriqué
de telle maniere, qu'il se-
roit toujours clos, quand
même on auroit abbatu la
Quille.
Après avoir reglé tout
ce qui regardoit sa Flote,
Historique.
4
comme il avoit fait aupa-
ravant, à l'égard de son
Armée, il retourna à Mos-
cou. Des qu'il y fut arri-
vé, il augmenta le nom-
bre des Seigneurs de son
Conseil, & s'appliqua d'a-
bord aux affaires du Gou-
vernement, tant dans l'E-
glise, que dans l'Etat. Il
réprima toutes les malver
sations & abus qui se com-
mettoient dans les Provin-
ces de son Empire, dont
les Gouverneurs, qui e-
toient des premieres Fa-
milles de Moscovie, ve-
xoient & tirannisoient les
Peuples.
Relation
A 4
LeCzar persuadé qu'on ne
lui rendoit point un fidéle
compte de ſes Revenus,
& qu'on opprimoit ses Su-
jets par une Cottisation
inégale, établit un Bu-
reau General, où l'on re-
cevroit tous les droits du
Royaume. Ce Bureau a-
voit été formé fur la
Chambre des Comptes
de Hollande. Il étoit com-
pose d'un certain nombre
de personnes d'une probi-
té reconnue, qu'on choi-
parmi les Mar-
sit
chands, & qui eurent le
titre de Bourgue-Mestres
Comme S. M. vouloit
Historique.
45
augmenter ses Revenus
& soulager en meme tems
ceux de ses Sujets, qui
pouvoient contribuer à
faire fleurir le Negoce
dans ses Etats, il donna
ordre à la Precause ou Bu-
reau, de mettre des Im-
posts ſur tous les Cou-
vents de son Empire. De
plus il ordonna qu'à l'a-
venir, il n'y auroit que
des Personnes au-dessus de
5o ans, qui pussent estre
admises dans les Monas-
teres, ayant remarque
qu'il s'y renfermoit un
nombre considerable de
jeunes gens, qui deve
46
Relation
noient inutils par eux-
memes, & se mettoient
hors d'état de fournir à la
République, des Sujets
dont il avoit besoin pour
ſes Armées.
Les Moscovites avoient
porté jusqu'à lors de lon-
gues barbes : celle de la
levre d'en haut étoit d'u-
ne telle longueur, qu'ils
ne pouvoient boire, sans
la tremper dans leur bois-
son. Le Czar, pour réfor-
mer cette vieille coûtume
imposa à l'exception des
Pretres & des Paysans u-
ne taxe de 100 Rubles par
an, fur tous ceux qui
Historique.
4)
voudroient conserver cet
ornement; & d'un Copech
sur ceux du Commun. Il
établit pour cet effet, un
Commis aux Portes de
toutes les Villes, afin de
recevoir ce droit. Cette
Ordonnance fut regardée
comme une forte de pe
ché, & comme une cho-
se qui tendoit à abolir leur
Religion. Il falloit assu-
rément l'autorité absoluë
du Czar, pour les guérir
de cette superstition: La
crainte qu'ils avoient de
ſe la voir arrachée sà quoi
le Czar ſe divertissoit sou-
vent les obligea enfin à
Rélation
48
souffrir, qu'on la leur cou-
pât. Les femmes qui trou-
verent leurs Maris & leurs
Galans plus à leur gre,
s'accommoderent mieux
de cette nouvelle mo
de.
A l'égard des Vêtemens
des Moscovites, l'habit
qu'ils portoient ordinai-
rement, étoit une longue
Robe qui leur descendoit
jusqu'aux Talons, & qui
étoit plissée sur les han-
ches, comme une Jupe.
CePrince, pour abolir cet
te maniere empesée
de
s'habiller, enjoignit, sou
peine d'encourir sa dis-
Bace,
Historique.
40
grace, à tous ſes Boyars
de ſe vêtir à la manière
Françoise ou Angloise, &
de faire garnir leurs ha-
bits de galons d'or ou d'ar-
gent, chacun suivant ses
moyens. Il ordonna en-
suite qu'on mit a toutes
les Portes de la Ville de
Moſcou, un modele d'ha-
bit, & fit publier que
toutes personnes, à la re-
servedes Paysans, eussent à
s'y conformer, & que
tous ceux qui contrevien-
droient à ses ordres, se-
roient obligez de se met-
tre à genoux aux Portes de
la Ville, & de souffrir
E
Relation
qu'on leur coupat tout ce
qui toucheroit a terre.
Comme cela ſe faisoit d'une
maniere enjouée, le Peu-
ple commença a tourner
la chose en risée, & aban-
donna bien-tôt la mode
des longues Robes.
Les Femmes, & parti-
culierement les Dames de
la Cour, eurent ordre de
shabiller à l'Angloise, el-
les obeirent d'autant plus
volontiers, qu'elles obte-
noient par ce même or-
dre, la liberté de ſe trou-
ver en Compagnie avec
les Hommes, d'assister aux
Nôces & a toutes les Cé-
Historique.
rémonies où elles étoient
invitées, comme il se pra-
tique dans lesPays Etran-
gers, ce qui ne leur étoit
pas permis auparavant. Il
ne ſe faiſoit aucunnes Fê
tes parmi les personnes de
quelque distinction, que
le Czar ne les honorat de
ſa présence.
Il y eût encore un autre
Reglement que les jeu-
nes Personnes à marier,
approuverent fort. Aupa-
ravant, il n'étoit pas per
mis à l'Epoux, de voir sa
Future, ni de lui parler
qu'une seule fois, la veil-
le des Nôces. Le Czar
E ij
Relation
52
remarquant que cette fa-
con d'unir de jeunes gens,
sans leur approbation re-
ciproque, pourroit être
en partie la cause de la
désunion qu'il y avoit
dans les Mariages; il vou-
lut qu'on ne mariât per-
sonne sans le consente-
ment commun des deux
Parties; & qu'il leur fût
pe mis de se visiter pour
le moins six semaines, a-
vant le Sacrement.
Dans le tems que le
Cz. commençoit a refor-
mer les abus qu'il avoit
remarquez dans son Pais,
il prolongea la Tréve a-
Historiq ue.
53
vec la Porte, pour 25 ans.
Ce Monarque ne l'eût
pas plutôt fait proclamer
en 1700, qu'il declara la
Guerre aux Suédois, &
donna ſes ordres pour la
pousser avec toute la vi-
gueur possible: Les com-
mencemens n'en fu rent
pas heureux. Dès la pre-
miere Campagne, il per-
dit la moitié de ſon Ar-
mée, & toute son Artil-
lerie dans la fameuſe Ba-
taille de Narva.
Pour réparer cette per-
te, il s'appliqua principa-
lement a faire de nouvel-
les levées, à chorsir lui-
E iij
1700.
Relation
54
même des Officiers
à
discipliner ses Régimens,
à préparer toutes les cho-
ses necessaires dont son Ar-
mée pouvoit avoir besoin,
& dont il ne voulut con-
fier le soin à aucun de ses
Ministres; il faisoit tout
par lui-même, & entroit
juiques dans le moindre
détail.
Comme il manquo itde
matière pour faire des
Canons, il prit les Clo-
ches de plusieures Eglises,
& en fit faire de la grosse
Artillerie : Enfin, son ap-
plication fut si grande, &
ses mesures si justes, qu'il
Historique.
5
se vit bien-tôt en état de
faire tête à l'Ennemi, &
d'agir meme offensive
ment.
Pendant que le Roy
Auguste tournoit ses Ar-
mes contre Riga, le Czar.
portoit les siennes en Li-
vonie; mais la valeur de
Charles XII. Roy de
Suéde, fit échouer ces deux
entreprises.
Si, dans l'année 1701,
les Armes de Suéde fu-
rent favorisées par des
avantages signalez il n'en
fut pas de même de la
suivante; les Moscovites
ayant joins les Suédois.
1701
1702.
1703
Relation
56
prés de Stagniiz en Livo-
nie, sous le General Sli-
penback, celui ci eût d'a-
bord l'avantage, mais peu
aprés il fut obligé de ce-
der; la Cavalerie Finlan-
doise, alors Troupes de
Suéde , s'étant renversée
sur l'Infanterie Suédoise,
la mit dans un si grand
desordre, qu'il fut impos-
ſible de la rallier.
Cette action facilita aux
Moscovites, la Conquête
des Villes de Vvolmar,
Mariembourg & Dorpt, S.
M. ayant elle-même paſſé
à Plesko, & de là en Li-
vonie, s'empara encore
Historique.
57
au fort de l'Hyver, & a-
prés quinze jours de Sié-
ge, de Nottenbourg Place
considérable sur la Rivié-
re de Neve. Par cette der-
niere priſe, la Livonie fut
couvertede ses troupes qui
desolerent cette Province.
Narva investi depuis
long-tems, & quelques au-
tres Places de Livonie,
tomberent aussi cette an-
née, sous la domination de
ce Monarque. La ite fut
prise d'assaut; le Czar qui
y étoit en personne, y per-
mit le pillage, seulement
pour trois heures. Ainsi,
pendant que d'un côté
1704.
1705.
Relation
les Armes Suédoises pros-
peroient en Pologne, les
Moscovites la vengeoient
de l'autre.
La Pologne toûjours ex-
posée aux Divisions, par
le peu d'union de la No-
bleſſe, devint la proye du
Czar & du Roy de Suéde
en même tems. Car, pen-
dant que le Roy de Sué-
de etablit Stanislas sur le
Trone de Pologne, les
Russes entrerent en Litua-
nie, où ils firent éprouver
aux Peuples, toutes les
c alamitez de la Guer-
re. Mais, comme le sort
des Armes est sujet à de
Historique.
5
continuelles vicissitudes
le Marechal de Czereme-
thoff, qui commandoit
l'Armee des Russes, ayant
voulu s'approcher deVar-
sovie, fut battu par le Com-
te Levvenhaupt General
Suédois.
Un troiſiéme Parti, ſous
le nom d'Indifferens, qui
s'étoit déja forme en Po-
logne, s'étant joint au Roi
de Suéde & au Roi Sta-
nislas, mit enfin le Roy
Auguste dans la necessité
de faire un Traité avecS.
M. Cz. par lequel le Czar
s'engagea de rendre à la
Pologne, l'Ukraine, avec
1706.
1707
1708.
Relation
60
diverses Places, & d'assi-
ſter cette Couronne, de
Troupes & d'argent.
Pendant que le Roi de
Suéde profite du bonheur
de ses Armes, qu'il entre
en Saxe, & y rétablit son
Armée ſur un bon pied;
S. M. Cz. par répresailles,
pénètre en Pologne & pous-
ſe juſqu'à Varsovie, dans
le dessein d'y exercer de
fortes executions militai-
res: mais, sur les remon-
trances faites à S. M. Cz.
elle ordonna à ſes Gene-
raux d'en uſer avec mo-
deration.
Le Roi de Suéde, après
une
61
Historique.
une année de séjour en
Saxe, & après avoir oblige
le Roy Auguſte à faire la
Paix, aux conditions qu'il
voulut lui imposer, jus-
ques à lui faire abdiquer
la Couronne de Pologne;
abandonna cet Electorat
dans le dessein de faire
une invasion en Mosco-
vie: ayant passé en Silesie,
& fait respecter ses Ar-
mes à l'Empire & aux au-
tres Puissances: Redouté
de toute l'Europe, & en
etat de lui donner la Paix;
pouſſé par ſa noble ardeur
& par le conseil de ses
Ministres, prend le che-
1709
Relation
62
min de Smolensko & de
Moscou, il franchit d'abord
tout ce qui put faire obs-
tacle à son passage: mais
ayant par la suite trouvé
des difficult ez insurmonta-
bles, & d'ailleurs S. M. Cz.
lui en ayant opposé, qu'il
n'avoit pas prevûes, elles
arrêterent ce jeune Heros.
Après plusieures actions
fort vives, qui ne décide-
rent pourtant rien, vint
enfin la fameuse Jour-
née de Pultavva. Comme
l'Armée de Suéde, dans
ſa marche, avoit été con-
tinuellement harcelée par
celle des Moscovites, &
Historique.
63
affoiblie par diverses at-
taques qu'elle avoit edes à
soutenir, elle ſe trouva
réduite à 20 ou 25 mille
hommes; il y eût le 27
Juin un engagement ge-
neral entre les deux Ar-
mées, après une attaque
& une résistance des plus
&
vigoureuses de part
d'autre, S. M. Suédoise
eût le malheur de perdre
la Bataille, & d'être obli-
gée de se retirer à Bender
avec 3 ou 400 hommes
seulement, le reste ayant
été tué ou pris.
Le Roi Auguste qui a-
voit été forcé par le Roi,
F iij
Relation
64
de Suéde d'abandonner
la Pologne, ayant appris ſa
disgrace, rentra dans ce
Royaume, & le Roy Sta-
nislas fut contraint de lui
ceder la Place; ces Prin-
ces experimentans tour à
tour la bonne & la mau-
vaise fortune.
S. M. Cz. n'ayant plus
à craindre pour ses Etats,
repassa en Pologne, pour
favoriser le rétablissement
du Roi Auguste, elle eût
aussi une entrevûë avec
le Roy de Prusse à Ma-
rienvverder, où elle reçût
un Exprés du General
Goltz, avec avis qu'il a-
Historique.
65
voit défait pres de Kalisch,
le Palatin de Kiovie qui
vouloit faire une invasion
en Saxe, avec 6000 hom-
mes du Parti du Roy Sta-
nislas, & qu'il avoit fait
2000 prisonniers dans
cette Action.
De Mittau Capitale de
Curlande, où passa S. M.
Cz. après la Conférence
dont nous venons de par-
ler. Elle prit le chemin
de Moscou, ou on avoit
tout préparé pour lui fai-
re une Entrée digne des
premiers Césars. En voici
une Rélation abregée.
Fermer
4
p. 66-73
ENTRÉE DU CZAR DANS MOSCOU.
Début :
Le premier de Mars 1710 jour destiné pour cette Entrée [...]
Mots clefs :
Entrée, Pierre Ier de Russie, Moscou, Cheval, Gardes, Régiment, Bataille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTRÉE DU CZAR DANS MOSCOU.
ENTRÉE DU CZAR
DANS MOSCOU.
Le premier de Mars 1710
jour destiné pour cette Entrée
triomphante, la solenni-
té commença au son de toutes
les Cloches de la Ville, &
au bruit des Canons des Rem-
parts, à plusieures reprises,
& la Marche se fit dans
l'ordre suivant.
1. Les Trompetres & Tim-
baliers à cheval, tous riche-
ment vêtus.
2. S. Alt. le Prince Mi-
chel l'ainé de Galischin,
Lieutenant General & Co-
Historique.
67
lonel des Gardes à cheval, à
la tête du Regiment des Gar-
des a pied de Semionovuski;
ce Regiment habillé & ar-
me avec la derniere magni-
ficence, precedé des Chevaux
de parade de ce Prince, cou-
verts de housses trés-riches.
3. Le Regiment des Gardes
a cheval, de Semionovvski,
aussi somprueusement equipé
que le premier.
4 L'Artillerie prise aux
Suédois dans la Bataille,
contre le General Leevven-
haupt.
5. Les Drapeaux & Eten-
darts pris dans certe Bataille.
6. Les hauts & bas Offi-
Relation
68
ciers faits prisonniers dans la
même action.
7. Une Compagnie du
Regiment des Gardes a Che-
val, de Preobrazenski, dont
la magnificence en monture,
surpaßoit encore celle de Se-
mionovuski.
8. Les Prisonniers faits à
la Baraille de Pultavva, &
par capitularion a Perevvo
loczna; les bas Officiers mar-
chans les premiers, suivis des
Enseignes, Sous-Lieutenans,
Lieutenans, Capitaines, Ca-
pitaines de Cavalerie &
d'Infanterie.
9. Les Officiers de l'Ar-
tillerie Ennemie, & ceux
Historique.
64
qui la servoient.
10. L'Artillerie prise à la
Bataille de Pultavva.
11. Les Etendarts, Dra-
peaux, Timballes, & au-
tres Trophées pris dans la mê-
me Bataille.
12. Les Majors, Lieutenans-
Colonels & Adjudans Ge-
neraux du Roy de Suéde.
13. Les Officiers de sa Cour
& de l'Ecurie, & la chaise
dont S. M. Suédoise se ser-
voit pendant la Bataille.
14. Sa Chancellerie.
15. Le General & Colonel
aux Gardes, Posse y les Ge-
neraux Majors Hamilton,
Stackelberg, Rose, Krus,
Relation
20
Kreurz, Stipenbach; le Com-
te de Leuvvenhaupt, Gene-
ral de l'Infanterie & Gou-
verneur de Riga; le Comte
de Reinschild, Grand Velt
Maréchal, & Conseiller Pri-
vé du Roy de Suéde: le Com-
te de Piper, premier Mini-
stre, Conseiller Privé &
Grand Maréchal de la Cour
de S. M. Suédoise; tous a
pied.
16. S. M. Czarienne à
cheval: A sa droite, un peu
en arriere, S. A. le Prince
de Menszikof, General
Velt-Maréchal de S. M. &
a sa gauche, S. A. le Prince
Basilis de Colgorouk i, Ge-
Historique.
neral Major, & Lieutenant
Colonel des Gardes à pied,
tous deux a cheval.
17. Le Regiment des Gar-
des de Preobrazenski.
18. Les Chariots d'Ammu-
nitions appartenans à l'Ar-
mée Ennemie.
Achaque Arc de Triom-
phe, dont il y en avoit 7. en
differents endroits de la Vil-
le. Les Grands de la Cour,
les Seigneurs du Senat & les
Ecclesiastiques allerent au de-
vant de S. M. Czarienne,
& lui firent des Compliments
de felicitation sur cette victoi-
re signalée: Ces felicitations
ctoient entremélées de Con-
Relation
12
certs de Voix & d'Instru-
ments. Cela fini, plusieurs
jeunes Seigneurs, vêtus a la
Romaine, & tenans d'une
main des Lauriers, & de
l'autre, des Palmes, salue-
rent tour à rour, S. M. &
mirent sous ses pieds ces mar-
ques de victoire.
On chanta des vers sur cette
grande Révolution, & on re-
cira des Panegeriques à l'hon-
neur de S. M. Cz. il est im-
possible d'exprimer les accla-
mations du Peuple, qui bor-
doit les rues; il n'y eût point
de maison de la Ville qui ne
fut illuminée, rapißée, ou
du moins embellie par dehors.
On
Historique.
Ons'occupa quelque tems a-
prés, à graver les Emblemes
Inscriptions qui ont servi
a l'ornement des Arcs de
Triomphe.
DANS MOSCOU.
Le premier de Mars 1710
jour destiné pour cette Entrée
triomphante, la solenni-
té commença au son de toutes
les Cloches de la Ville, &
au bruit des Canons des Rem-
parts, à plusieures reprises,
& la Marche se fit dans
l'ordre suivant.
1. Les Trompetres & Tim-
baliers à cheval, tous riche-
ment vêtus.
2. S. Alt. le Prince Mi-
chel l'ainé de Galischin,
Lieutenant General & Co-
Historique.
67
lonel des Gardes à cheval, à
la tête du Regiment des Gar-
des a pied de Semionovuski;
ce Regiment habillé & ar-
me avec la derniere magni-
ficence, precedé des Chevaux
de parade de ce Prince, cou-
verts de housses trés-riches.
3. Le Regiment des Gardes
a cheval, de Semionovvski,
aussi somprueusement equipé
que le premier.
4 L'Artillerie prise aux
Suédois dans la Bataille,
contre le General Leevven-
haupt.
5. Les Drapeaux & Eten-
darts pris dans certe Bataille.
6. Les hauts & bas Offi-
Relation
68
ciers faits prisonniers dans la
même action.
7. Une Compagnie du
Regiment des Gardes a Che-
val, de Preobrazenski, dont
la magnificence en monture,
surpaßoit encore celle de Se-
mionovuski.
8. Les Prisonniers faits à
la Baraille de Pultavva, &
par capitularion a Perevvo
loczna; les bas Officiers mar-
chans les premiers, suivis des
Enseignes, Sous-Lieutenans,
Lieutenans, Capitaines, Ca-
pitaines de Cavalerie &
d'Infanterie.
9. Les Officiers de l'Ar-
tillerie Ennemie, & ceux
Historique.
64
qui la servoient.
10. L'Artillerie prise à la
Bataille de Pultavva.
11. Les Etendarts, Dra-
peaux, Timballes, & au-
tres Trophées pris dans la mê-
me Bataille.
12. Les Majors, Lieutenans-
Colonels & Adjudans Ge-
neraux du Roy de Suéde.
13. Les Officiers de sa Cour
& de l'Ecurie, & la chaise
dont S. M. Suédoise se ser-
voit pendant la Bataille.
14. Sa Chancellerie.
15. Le General & Colonel
aux Gardes, Posse y les Ge-
neraux Majors Hamilton,
Stackelberg, Rose, Krus,
Relation
20
Kreurz, Stipenbach; le Com-
te de Leuvvenhaupt, Gene-
ral de l'Infanterie & Gou-
verneur de Riga; le Comte
de Reinschild, Grand Velt
Maréchal, & Conseiller Pri-
vé du Roy de Suéde: le Com-
te de Piper, premier Mini-
stre, Conseiller Privé &
Grand Maréchal de la Cour
de S. M. Suédoise; tous a
pied.
16. S. M. Czarienne à
cheval: A sa droite, un peu
en arriere, S. A. le Prince
de Menszikof, General
Velt-Maréchal de S. M. &
a sa gauche, S. A. le Prince
Basilis de Colgorouk i, Ge-
Historique.
neral Major, & Lieutenant
Colonel des Gardes à pied,
tous deux a cheval.
17. Le Regiment des Gar-
des de Preobrazenski.
18. Les Chariots d'Ammu-
nitions appartenans à l'Ar-
mée Ennemie.
Achaque Arc de Triom-
phe, dont il y en avoit 7. en
differents endroits de la Vil-
le. Les Grands de la Cour,
les Seigneurs du Senat & les
Ecclesiastiques allerent au de-
vant de S. M. Czarienne,
& lui firent des Compliments
de felicitation sur cette victoi-
re signalée: Ces felicitations
ctoient entremélées de Con-
Relation
12
certs de Voix & d'Instru-
ments. Cela fini, plusieurs
jeunes Seigneurs, vêtus a la
Romaine, & tenans d'une
main des Lauriers, & de
l'autre, des Palmes, salue-
rent tour à rour, S. M. &
mirent sous ses pieds ces mar-
ques de victoire.
On chanta des vers sur cette
grande Révolution, & on re-
cira des Panegeriques à l'hon-
neur de S. M. Cz. il est im-
possible d'exprimer les accla-
mations du Peuple, qui bor-
doit les rues; il n'y eût point
de maison de la Ville qui ne
fut illuminée, rapißée, ou
du moins embellie par dehors.
On
Historique.
Ons'occupa quelque tems a-
prés, à graver les Emblemes
Inscriptions qui ont servi
a l'ornement des Arcs de
Triomphe.
Fermer
5
p. 73-142
« Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Début :
Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...]
Mots clefs :
Tsar, Pierre Ier de Russie, Prince, Mer, Armée, Moscou, Amiral, Marine, Général, Ville, Fils, Mort, Saint-Petersbourg, Duc, Tête, Eau, Patriarche, Pays, États, Troupes, Main, Flotte, Princesse, Armes, Suédois, Russie, Cour, Étrangers, Seigneurs, Rang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Cette Victoire fut suivie
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
Fermer
6
p. 126-128
Russie.
Début :
Le Grand Chancelier a fait dire aux Ministres Etrangers, que le Czar [...]
Mots clefs :
Tsar, Moscou, Ordres, Cérémonie, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Russie.
LE Grand Chancelier a fait dire aux
Ministres Étrangers , que le Czar
ayant dessein de se faire couronner inces
samment à.Moscou , il croyoit qu'aucun
, d'eux ne refuscroit de se trouver à cette
céremonie. . On
JANVIER 1724. il?
. .On a envoyé à Revel des ordres du
College de l'Amirauté pour faire équi
per les trois Vaisseaux de Guerre , & les
quatre Fregates qui avoient été destinées
pour l'Ocean , Ôc qu'on avoit fait desar
mer depuis environ deux "mois.
Les Metropolitains du pays se sont
rendus à Moscou pour se trouver à la
ceremonie du Couronnement de leurs.
Majestez Czariennes i les principaux Ge
neraux des Gofaques s'y font aussi ren
dus pour recevoir les ordres du Czar à
fen arrivée , & delà rejoindre leurs
troupes qui font campées du côté de
Pultova , où les Tartares íônt venus
camper à six lieues , au nombre de vingt
mille hommes. Oh a posté un corps
de dix mille Cosaques , & de quatre
mille Moscovites dans les environs de
cette Forteresse pour observer la conte-.
hance & les démarches de ces Tartares.
Les douze Riegimens qui devoient pasfer
en revue à Moscou , ont reçu de nou
veaux ordres de se mettre en marche ;
neuf de ces Regimens ont pris la route
de Pultova , Se trois , celle d'Astracan.
Oh apprend de Turquie que le Grand
Visir avoit fait assurer M. Dierling , Ré
sident de l'Empereur à. Constantinople,
que fa Hauteife ne feroit rien contre les
Traitez conclus avec Sa Majesté Impe
riale ,
. MERCURE DE FRANCE:
riale, qu'avec le Roy & la Républiques
de Pologne , & qu'il n'avoit raslèmblé
ses troupes que pour s'opposer aux en-:
treprisci du Czar sur la Perse.
Ministres Étrangers , que le Czar
ayant dessein de se faire couronner inces
samment à.Moscou , il croyoit qu'aucun
, d'eux ne refuscroit de se trouver à cette
céremonie. . On
JANVIER 1724. il?
. .On a envoyé à Revel des ordres du
College de l'Amirauté pour faire équi
per les trois Vaisseaux de Guerre , & les
quatre Fregates qui avoient été destinées
pour l'Ocean , Ôc qu'on avoit fait desar
mer depuis environ deux "mois.
Les Metropolitains du pays se sont
rendus à Moscou pour se trouver à la
ceremonie du Couronnement de leurs.
Majestez Czariennes i les principaux Ge
neraux des Gofaques s'y font aussi ren
dus pour recevoir les ordres du Czar à
fen arrivée , & delà rejoindre leurs
troupes qui font campées du côté de
Pultova , où les Tartares íônt venus
camper à six lieues , au nombre de vingt
mille hommes. Oh a posté un corps
de dix mille Cosaques , & de quatre
mille Moscovites dans les environs de
cette Forteresse pour observer la conte-.
hance & les démarches de ces Tartares.
Les douze Riegimens qui devoient pasfer
en revue à Moscou , ont reçu de nou
veaux ordres de se mettre en marche ;
neuf de ces Regimens ont pris la route
de Pultova , Se trois , celle d'Astracan.
Oh apprend de Turquie que le Grand
Visir avoit fait assurer M. Dierling , Ré
sident de l'Empereur à. Constantinople,
que fa Hauteife ne feroit rien contre les
Traitez conclus avec Sa Majesté Impe
riale ,
. MERCURE DE FRANCE:
riale, qu'avec le Roy & la Républiques
de Pologne , & qu'il n'avoit raslèmblé
ses troupes que pour s'opposer aux en-:
treprisci du Czar sur la Perse.
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Résumé : Russie.
En janvier 1724, le Grand Chancelier a annoncé que le tsar prévoyait de se faire couronner à Moscou et a invité les ministres étrangers à y assister. Des ordres ont été donnés pour équiper trois vaisseaux de guerre et quatre frégates à Revel. Les métropolites et les principaux généraux des Gofaques se sont rendus à Moscou pour la cérémonie. Après le couronnement, les Gofaques devaient rejoindre leurs troupes près de Pultova, où vingt mille Tartares étaient présents. Un corps de dix mille Cosaques et quatre mille Moscovites a été déployé pour surveiller les Tartares. Douze régiments ont reçu de nouveaux ordres : neuf se sont dirigés vers Pultova et trois vers Astracan. Par ailleurs, la Turquie a assuré qu'elle respecterait les traités avec l'empereur, mais se préparait à contrer les initiatives du tsar en Perse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 377-378
RUSSIE
Début :
On mande de Moscou, que quatre Marchands d'Ispahan y étoient arrivez depuis [...]
Mots clefs :
Moscou, Tsar
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE
Russie
ON mande da Moscou > que quatre Mar-»
chands d'Ispahan y étoient arrivez depuis
peu pour s'y établir , & que les effets qu'ils y
jtvoient aportez consistoient en bijoux & au*
tres marchandises précieuses. Ils ont demandé
la permission de prendre intérêt dans les prin
cipales Compagnies du commerce de ce pays »
& principalement dans celle du commerce de
la Chine , où tous les Negociáns Etrangers
fiourront à présent prendre part . en vertu de
a nouvelle Ordonnance que le Czar a fait pu
blier.
. Le 11. Janvier , premier jour de l'an , selort
H ííij l'an378
MÉRCURÈ DÉ FRANCE,
í'ançien stile , le Czar , la Princeíïe Dolho-r
iucki sa fiancée , & les Princesses du Sang , re
çurent les complimens de tous les Seigneurs
& Dames de la Cour , à Moscou , sur la nou
velle année.
On mande aussi de Moscou du 18. Janvier »
«jue la Cérémonie du Mariage du Czar se fer oie
avant la fin de ce mois-là i & on apprend de
Peteríbourg que la plupart ^es .prisonniers des
prisons de cette ville avoient été mis en liberté
a l'occasion de ce futurMariage>â condition de
travailler aux Digues de la Neva pendant
J'hyver.
Il est arrivé à Moscou un Envoyé Extraor
dinaire du Prince Thamas , fils du dernier Roy
de Perse , avec une suite de trente à quaran-ce
Persans.
ON mande da Moscou > que quatre Mar-»
chands d'Ispahan y étoient arrivez depuis
peu pour s'y établir , & que les effets qu'ils y
jtvoient aportez consistoient en bijoux & au*
tres marchandises précieuses. Ils ont demandé
la permission de prendre intérêt dans les prin
cipales Compagnies du commerce de ce pays »
& principalement dans celle du commerce de
la Chine , où tous les Negociáns Etrangers
fiourront à présent prendre part . en vertu de
a nouvelle Ordonnance que le Czar a fait pu
blier.
. Le 11. Janvier , premier jour de l'an , selort
H ííij l'an378
MÉRCURÈ DÉ FRANCE,
í'ançien stile , le Czar , la Princeíïe Dolho-r
iucki sa fiancée , & les Princesses du Sang , re
çurent les complimens de tous les Seigneurs
& Dames de la Cour , à Moscou , sur la nou
velle année.
On mande aussi de Moscou du 18. Janvier »
«jue la Cérémonie du Mariage du Czar se fer oie
avant la fin de ce mois-là i & on apprend de
Peteríbourg que la plupart ^es .prisonniers des
prisons de cette ville avoient été mis en liberté
a l'occasion de ce futurMariage>â condition de
travailler aux Digues de la Neva pendant
J'hyver.
Il est arrivé à Moscou un Envoyé Extraor
dinaire du Prince Thamas , fils du dernier Roy
de Perse , avec une suite de trente à quaran-ce
Persans.
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Résumé : RUSSIE
Le document relate plusieurs événements récents en Russie. Quatre marchands d'Ispahan sont arrivés à Moscou pour s'y établir, apportant des bijoux et d'autres marchandises précieuses. Ils ont sollicité une participation aux principales compagnies de commerce, notamment celle du commerce de la Chine, désormais ouverte aux négociants étrangers grâce à une nouvelle ordonnance du Czar. Le 11 janvier, jour du Nouvel An selon le calendrier julien, le Czar, le prince Dolhoriucki, sa fiancée et les princesses du sang ont reçu les vœux des seigneurs et dames de la cour à Moscou. Le 18 janvier, il a été annoncé que la cérémonie de mariage du Czar se tiendrait avant la fin du mois. À Saint-Pétersbourg, la plupart des prisonniers ont été libérés pour travailler sur les digues de la Neva pendant l'hiver. Par ailleurs, un envoyé extraordinaire du prince Thamas, fils du dernier roi de Perse, est arrivé à Moscou accompagné d'une suite de trente à quarante Persans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 583-586
RUSSIE.
Début :
Le 21. Janvier, Mirsa Ibrahim, Envoyé Extraordinaire du Prince Thamas, fils du dernier [...]
Mots clefs :
Moscou, Tsar, Princesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
›
Lar fils du der-
E 21. Janvier , Mirfa Ibrahim , Envoyé Ex
nier Roi de Perfe , fit fon Entrée publique à Mofcou
, avec une fuite de 30. à 40. perfonnes , dans
le nombre deſquelles il y a deux proches parens
de ce Prince.
On a appris de Mofcou que le 17. Janvier, le
Czar accompagné de la Princeffe Dolhorucki
des Miniftres Etrangers & des Seigneurs de fa
Cour , alla avec une fuite de plus de cinq cent
Trainaux à Jouorof, qui eft éloigné de cette Capitale
de fix Verftes , où il y eut une grande
Chaffe
384 MERCURE DE FRANCE .
Chaffe , dans laquelle on tua plus de trois cent
pieces de gibier.
A fon retour , S. M. Cz . fe trouva très -abbatuë
, & avec un grand mal de tête ; de ſorte
qu'elle fut obligée de fe mettre au lit ; le lende
main la petite Verole commença à paroître , &
elle continua depuis à fortir fi heureuſe.nent que
les Medecins de la Cour affurerent le 26. que le
Czar étoit hors de danger ; mais la nuit ſuivante
il furvint une fievre avec un trafport au cerveau
fi violent , que ce Prince mourut la nuit du 29.
au 30. à minuit & demi , âgé de 14. ans 3. mois
& 7. jours , étant né à Petersbourg , le 23. Octobre
1715.
*
Il avoit été proclamé Czar & Souverain de
Mofcovie & de toute la Ruffie le 1-8. May 1727.
fuivant le teftament de la Czarine Catherine
feconde femme du Czar Pierre I. fon Aycul ,
laquelle étoit morte le jour précedent ; il avoit
été fiancé le 6. Juin de la même année avec Ma
rie Allexandrewna , fille ainée du Prince Menzikoff
, fon premier Miniftre ; mais le Confeil de
Regence , jaloux de la trop grande autorité de ce
Miniftre , détermina le Czar à le faire arrêter le
19. Septembre fuivant , & à le releguer dans une
Fortereffe en Siberie , avec la Princeffe fa fille.
Au commencement de l'année 1728. le Czár
quitta le féjour de Petersbourg pour fe rendre à
Mofcou , Capitale de fes Etats , ou ayant fait fon
Entrée le 15. Fevrier de la même année , il fut
couronné le 7. Mars fuivant. La Princefe Natalie
Alexiowna , fa foeur unique , qu'il aimoit
beaucoup, y mourut le 2.Decembre fuivant dans
la 15 année de fon âge ; ils étoient les deux
feuls enfans vivans d'Alexis Petrowits , Czarowits
fils unique du Czar Pierre I. qui mourut
dans la difgrace de fon Pere , le 26. Juillet 1718.
âgé
3
MARS. 1༡༢ : 185
agé de 29. ans ou environ , & de Charlotte Chrif
tine Sophie de Brunfwick Wolfembutel , Soeur
de l'Imperatrice , laquelle mourut à Petersbourg
ke 1. Novembre 1715. âgée de 21. ans.
Le Czar Pierre II. qui vient de mourir avoit
été fiancé pour la feconde fois le 11. Decembre
dernier avec Catherine Alexiwna , fille ainée d'Alexis
Gregorowitz , Prince Dolhorucki , Minif
tre & Confeil er actuel d'Etat , Grand-Maître de
la Cour , & Chevalier de l'Ordre de Saint André
, & qui avoit été Gouverneur de S. M. Cz.
Dans le moment de la mort du Czar , les Mi
niftres du Haut - Confeil & les Feldts- Maréchaux
s'étant affemblés dans le Palais , & ayant fait appeller
le Senat & toute la Generalité , la Princeffe
Anne Juanowns, Ducheffe Douairiere de Curlande
, fut reconnue d'un accord unanime Souve
raine de toute la Ruffie , conformément aux vo
lontés du feu Czar , & fa proclamation en qualité
de Czarine fut faite vers les dix heures du matin
, à la tête des Troupes , au bruit des Canons
& au fon des Cloches.
.
Cette Princeffe née en 1693. eft la feconde
fille du Czar Jean Alexiowits , frere ainé du Czar
Pierre I. & qui avoit regné avec lui jufqu'au 31 .
Janvier 1696. qu'il mourut, laiffant de Profcovic
Fæderowna Soltikow , fa femme , trois filles encore
vivantes qui font Catherine , mariée le 19.
Avril 1716. à Charles Leopol , Duc de Mekelbourg
Swevin , Anne qui vient d'être procla
mée Czarine , mariée le 13. Novembre 1710. à
Frederic Guillaume , Duc de Curlande , dont elle
eft veuve depuis le 21. Janvier 1711. & Profcovie
née en 1695. qui eft retirée dans un Couvent.
Le Czar a recommandé en mourant aux Mi
niftres du Haut-Confeil la Princeffe Dolhorucki ,
386 MERCURE DE FRANCE.
fa fiancée , la Princeffe Elifabeth , fa tante , le Duc
d'Holstein & le Duc de Mekelbourg , leur té
moignant qu'il fouhaitoit qu'on executât à leur
égard tout ce qui a été ordonné par le Teftament
du Czar Pierre I. touchant le payement de leurs
penfions.
Le Prince Bafile Lukowits Dolhorucki partit
de Mofcou le 28. Janvier en pofte pour aller à
Mittau porter à la Ducheffe Douairiere de Curlande
la nouvelle de fa proclamation . Il étoit accompagné
du Prince Trubetzkoy , Major General
, de M. Leontioff , auffi Major General , &
de M. Jerepkin , Capitaine des Gardes .
On a appris depuis que le Prince Dolhorucki
étoit arrivé le 5. Fevrier au foir à Mittau , & que
la Ducheffe Douairiere de Curlande , nouvelle
Czarine , en étoit partie le 9. pour ſe rendre à
Mofcou.
›
Lar fils du der-
E 21. Janvier , Mirfa Ibrahim , Envoyé Ex
nier Roi de Perfe , fit fon Entrée publique à Mofcou
, avec une fuite de 30. à 40. perfonnes , dans
le nombre deſquelles il y a deux proches parens
de ce Prince.
On a appris de Mofcou que le 17. Janvier, le
Czar accompagné de la Princeffe Dolhorucki
des Miniftres Etrangers & des Seigneurs de fa
Cour , alla avec une fuite de plus de cinq cent
Trainaux à Jouorof, qui eft éloigné de cette Capitale
de fix Verftes , où il y eut une grande
Chaffe
384 MERCURE DE FRANCE .
Chaffe , dans laquelle on tua plus de trois cent
pieces de gibier.
A fon retour , S. M. Cz . fe trouva très -abbatuë
, & avec un grand mal de tête ; de ſorte
qu'elle fut obligée de fe mettre au lit ; le lende
main la petite Verole commença à paroître , &
elle continua depuis à fortir fi heureuſe.nent que
les Medecins de la Cour affurerent le 26. que le
Czar étoit hors de danger ; mais la nuit ſuivante
il furvint une fievre avec un trafport au cerveau
fi violent , que ce Prince mourut la nuit du 29.
au 30. à minuit & demi , âgé de 14. ans 3. mois
& 7. jours , étant né à Petersbourg , le 23. Octobre
1715.
*
Il avoit été proclamé Czar & Souverain de
Mofcovie & de toute la Ruffie le 1-8. May 1727.
fuivant le teftament de la Czarine Catherine
feconde femme du Czar Pierre I. fon Aycul ,
laquelle étoit morte le jour précedent ; il avoit
été fiancé le 6. Juin de la même année avec Ma
rie Allexandrewna , fille ainée du Prince Menzikoff
, fon premier Miniftre ; mais le Confeil de
Regence , jaloux de la trop grande autorité de ce
Miniftre , détermina le Czar à le faire arrêter le
19. Septembre fuivant , & à le releguer dans une
Fortereffe en Siberie , avec la Princeffe fa fille.
Au commencement de l'année 1728. le Czár
quitta le féjour de Petersbourg pour fe rendre à
Mofcou , Capitale de fes Etats , ou ayant fait fon
Entrée le 15. Fevrier de la même année , il fut
couronné le 7. Mars fuivant. La Princefe Natalie
Alexiowna , fa foeur unique , qu'il aimoit
beaucoup, y mourut le 2.Decembre fuivant dans
la 15 année de fon âge ; ils étoient les deux
feuls enfans vivans d'Alexis Petrowits , Czarowits
fils unique du Czar Pierre I. qui mourut
dans la difgrace de fon Pere , le 26. Juillet 1718.
âgé
3
MARS. 1༡༢ : 185
agé de 29. ans ou environ , & de Charlotte Chrif
tine Sophie de Brunfwick Wolfembutel , Soeur
de l'Imperatrice , laquelle mourut à Petersbourg
ke 1. Novembre 1715. âgée de 21. ans.
Le Czar Pierre II. qui vient de mourir avoit
été fiancé pour la feconde fois le 11. Decembre
dernier avec Catherine Alexiwna , fille ainée d'Alexis
Gregorowitz , Prince Dolhorucki , Minif
tre & Confeil er actuel d'Etat , Grand-Maître de
la Cour , & Chevalier de l'Ordre de Saint André
, & qui avoit été Gouverneur de S. M. Cz.
Dans le moment de la mort du Czar , les Mi
niftres du Haut - Confeil & les Feldts- Maréchaux
s'étant affemblés dans le Palais , & ayant fait appeller
le Senat & toute la Generalité , la Princeffe
Anne Juanowns, Ducheffe Douairiere de Curlande
, fut reconnue d'un accord unanime Souve
raine de toute la Ruffie , conformément aux vo
lontés du feu Czar , & fa proclamation en qualité
de Czarine fut faite vers les dix heures du matin
, à la tête des Troupes , au bruit des Canons
& au fon des Cloches.
.
Cette Princeffe née en 1693. eft la feconde
fille du Czar Jean Alexiowits , frere ainé du Czar
Pierre I. & qui avoit regné avec lui jufqu'au 31 .
Janvier 1696. qu'il mourut, laiffant de Profcovic
Fæderowna Soltikow , fa femme , trois filles encore
vivantes qui font Catherine , mariée le 19.
Avril 1716. à Charles Leopol , Duc de Mekelbourg
Swevin , Anne qui vient d'être procla
mée Czarine , mariée le 13. Novembre 1710. à
Frederic Guillaume , Duc de Curlande , dont elle
eft veuve depuis le 21. Janvier 1711. & Profcovie
née en 1695. qui eft retirée dans un Couvent.
Le Czar a recommandé en mourant aux Mi
niftres du Haut-Confeil la Princeffe Dolhorucki ,
386 MERCURE DE FRANCE.
fa fiancée , la Princeffe Elifabeth , fa tante , le Duc
d'Holstein & le Duc de Mekelbourg , leur té
moignant qu'il fouhaitoit qu'on executât à leur
égard tout ce qui a été ordonné par le Teftament
du Czar Pierre I. touchant le payement de leurs
penfions.
Le Prince Bafile Lukowits Dolhorucki partit
de Mofcou le 28. Janvier en pofte pour aller à
Mittau porter à la Ducheffe Douairiere de Curlande
la nouvelle de fa proclamation . Il étoit accompagné
du Prince Trubetzkoy , Major General
, de M. Leontioff , auffi Major General , &
de M. Jerepkin , Capitaine des Gardes .
On a appris depuis que le Prince Dolhorucki
étoit arrivé le 5. Fevrier au foir à Mittau , & que
la Ducheffe Douairiere de Curlande , nouvelle
Czarine , en étoit partie le 9. pour ſe rendre à
Mofcou.
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Résumé : RUSSIE.
Le 21 janvier, Mirfa Ibrahim, envoyé du dernier roi de Perse, arriva à Moscou avec une suite de 30 à 40 personnes, incluant deux proches parents du prince. Le 17 janvier, le Czar, accompagné de la princesse Dolhorucki, des ministres étrangers et des seigneurs de la cour, se rendit à Jouorof pour une grande chasse, au cours de laquelle plus de trois cents pièces de gibier furent tuées. À son retour, le Czar se sentit très fatigué et souffrit d'un mal de tête, ce qui le contraignit à se mettre au lit. Le lendemain, des symptômes de petite vérole apparurent, mais les médecins assurèrent le 26 janvier que le Czar était hors de danger. Cependant, la nuit suivante, une fièvre violente avec un transport au cerveau survint, et le Czar mourut la nuit du 29 au 30 janvier à minuit et demi, à l'âge de 14 ans, 3 mois et 7 jours. Il avait été proclamé Czar et souverain de Moscovie et de toute la Russie le 18 mai 1727, suivant le testament de la czarine Catherine, seconde femme du Czar Pierre Ier. Il avait été fiancé le 6 juin 1727 à Marie Alexandrewna, fille du prince Menzikoff, mais ce dernier fut arrêté et exilé en Sibérie avec sa fille en septembre 1727. Le Czar quitta Saint-Pétersbourg pour Moscou au début de l'année 1728 et y fut couronné le 7 mars. Sa sœur unique, la princesse Natalie Alexiowna, mourut le 2 décembre 1727 à l'âge de 15 ans. Le Czar Pierre II avait été fiancé une seconde fois le 11 décembre précédent avec Catherine Alexiwna, fille du prince Dolhorucki. À la mort du Czar, les ministres et les feld-maréchaux réunis au palais proclamèrent la princesse Anne Juanowns, duchesse douairière de Curlande, souveraine de toute la Russie conformément aux volontés du feu Czar. Née en 1693, elle était la seconde fille du Czar Jean Alexiowits, frère aîné du Czar Pierre Ier. Le prince Dolhorucki partit pour Mittau afin d'informer la duchesse douairière de Curlande de sa proclamation, et elle quitta Mittau le 9 février pour se rendre à Moscou.
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9
p. 1637-1638
RUSSIE.
Début :
Le Comte de Munich a envoyé à Moscou un Mémoire d'un Ingenieur fort expert, & qu'on [...]
Mots clefs :
Tsar, Moscou, Tsarine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
E Comte de Munich a envoyé à Mofcou un
Mémoire d'un Ingenieur fort expert , &qu'on
a fait venir de Hollande pour examiner le nouveau
Canal dont l'entretien a couté plus de deux
millions de Roubles depuis le Regne du Czar
Pierre I. Cet Ingenieur prétend qu'on ne parvien
dra jamais à rendre ce Canal utile au Commerce,
fi on ne trouve pas le moyen d'arrêter par des
digues & des eclufes les inondations fubites que
le Lac de Ladoga caufe vers le Printems & dans
l'Automne , parceque ces inondations apportent
en deux ou trois heures dans le Canal plus de
fable ques ou 6000. hommes n'en pourroient
Ster pendant un Eté.
Dans une Audience que le Comte de Wratiflaw
, Ambaffadeur Extraordinaire de l'Empereur
à Moscou , eut fur la fin du mois dernier , la
Czarine lui fit entendre qu'elle efperoit que l'Empereur
n'ordonneroit rien de contraire au deffein
que le Duc de Meckelbourg avoit formé de rentrer
en poffeffion de fon Duché , & que même
S. M. Imp. le favoriferoit s'il étoit neceffaire &c
Ce Miniftre qui n'avoit point d'inftructions fur
cette affaire , dépecha le foir un Courrier à Vien
ne pour donner avis de ce qui s'étoit paffé le ma
tin. Le bruit court que S. M. Cz. a donné des
ordres pour faire marcher vers le Duché de Mec--
kelbourg les Troupes Mofcovites qui font fur les
Frontieres de Lithuanie .
M. de Nieplief , Reſident de la Czarine à Conf
tantinople , a depêché un Courier à Moscou pour
donner avis que le Gr. S. ayant été informé que
le nouveau Roi de Perfe marchoit vers Tauris
avec une Armée de 70000. hommes. Sa Hautelle
我
1638 MERCURE DE FRANCE
teffe s'étoit déterminée à envoyer des Troupes au
fecours de cette Place , dont elle s'eft emparée
pendant la derniere revolution .
La Princefle Dolhorucki, qui a eu l'honneur
d'être fiancée au feu Czar , a obtenu la permiffion
de fe retirer dans un Convent qui a été bati depuis
deux ans à quelques lieues de Mofcou
E Comte de Munich a envoyé à Mofcou un
Mémoire d'un Ingenieur fort expert , &qu'on
a fait venir de Hollande pour examiner le nouveau
Canal dont l'entretien a couté plus de deux
millions de Roubles depuis le Regne du Czar
Pierre I. Cet Ingenieur prétend qu'on ne parvien
dra jamais à rendre ce Canal utile au Commerce,
fi on ne trouve pas le moyen d'arrêter par des
digues & des eclufes les inondations fubites que
le Lac de Ladoga caufe vers le Printems & dans
l'Automne , parceque ces inondations apportent
en deux ou trois heures dans le Canal plus de
fable ques ou 6000. hommes n'en pourroient
Ster pendant un Eté.
Dans une Audience que le Comte de Wratiflaw
, Ambaffadeur Extraordinaire de l'Empereur
à Moscou , eut fur la fin du mois dernier , la
Czarine lui fit entendre qu'elle efperoit que l'Empereur
n'ordonneroit rien de contraire au deffein
que le Duc de Meckelbourg avoit formé de rentrer
en poffeffion de fon Duché , & que même
S. M. Imp. le favoriferoit s'il étoit neceffaire &c
Ce Miniftre qui n'avoit point d'inftructions fur
cette affaire , dépecha le foir un Courrier à Vien
ne pour donner avis de ce qui s'étoit paffé le ma
tin. Le bruit court que S. M. Cz. a donné des
ordres pour faire marcher vers le Duché de Mec--
kelbourg les Troupes Mofcovites qui font fur les
Frontieres de Lithuanie .
M. de Nieplief , Reſident de la Czarine à Conf
tantinople , a depêché un Courier à Moscou pour
donner avis que le Gr. S. ayant été informé que
le nouveau Roi de Perfe marchoit vers Tauris
avec une Armée de 70000. hommes. Sa Hautelle
我
1638 MERCURE DE FRANCE
teffe s'étoit déterminée à envoyer des Troupes au
fecours de cette Place , dont elle s'eft emparée
pendant la derniere revolution .
La Princefle Dolhorucki, qui a eu l'honneur
d'être fiancée au feu Czar , a obtenu la permiffion
de fe retirer dans un Convent qui a été bati depuis
deux ans à quelques lieues de Mofcou
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Résumé : RUSSIE.
Le texte relate divers événements diplomatiques en Russie. Un ingénieur hollandais, envoyé à Moscou, a inspecté un nouveau canal dont l'entretien a coûté plus de deux millions de roubles depuis le règne du tsar Pierre I. Il a recommandé la construction de digues et d'écluses pour prévenir les inondations du lac Ladoga, qui apportent du sable en grande quantité. Le comte de Wratislaw, ambassadeur extraordinaire de l'empereur à Moscou, a informé la tsarine que l'empereur ne s'opposerait pas aux plans du duc de Meckelbourg de reprendre son duché. La tsarine a espéré que l'empereur soutiendrait cette entreprise si nécessaire. Le comte a envoyé un courrier à Vienne pour rapporter cette audience. Des troupes moscovites aux frontières de Lituanie pourraient se diriger vers le duché de Meckelbourg. M. de Nieplief, résident de la tsarine à Constantinople, a informé Moscou que le sultan ottoman, apprenant que le nouveau roi de Perse marchait vers Tauris avec 70 000 hommes, avait décidé d'envoyer des troupes pour défendre cette place, récemment conquise. Enfin, la princesse Dolgorouki, fiancée au défunt tsar, a obtenu la permission de se retirer dans un couvent situé près de Moscou, construit il y a deux ans.
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10
p. 2280-2282
RUSSIE.
Début :
Les Troupes que le Roy de Perse fait marcher vers Tauris, dont il veut faire le Siége, faisant [...]
Mots clefs :
Tsarine, Moscou, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE
Es . Troupes que le Roy de Perfe fait marcher
vers Tauris , dont il veut faire le Siége , faifant
craindre que s'il prend cette Place , il ne fe
détermine à venir affiéger celles que le feu Czar
Pierre I. a conquife vers la Mer Cafpienne ; la
Czarine a pris la réfolution d'augmenter tous les
Regimens d'une Compagnie , & de lever encore
un Corps de 20000 hommes de nouvelles Troupes
, pour remplacer celles qu'on envoye fur les
Frontieres de Perfe , fous le commandement du
General Wicbach , qui partira avec le Baron de
Schaffirof , cy - devant Vice - Chancelier , qu'on a
nommé pour l'accompagner , & pour l'aider de
fes confeils en cas qu'on trouve une occafion favorable
pour renouveller les anciens Traitez .
Un Officier dépêché de Derbent par M.Roman- ·
zoff, Gouverneur General des Pays conquis fur
la Perfe , a rapporté que le Roy de Perfe avoit
raflemblé toutes fes Troupes pour en compofer
OCTOBRE . 1730 . 2231
un Corps d'Armée , avec lequel il puiffe être en
état de livrer le Combat à l'Armée du G.S. ayant
réfolu de rifquer une Bataille , pour être enfuite
paifible poffeffeur du Trône de fes Ancêtres.
On attend à Mofcou un Ambaffadeur du Gr.
Mogol , audevant duquel la Czarine a envoyé
un détachement de 50 Cavaliers , pour l'eſcorter
depuis Tobolskoy jufqu'à Moscou.
On a tranfporté à Mofcou la belle Bibliothe
que du Pr. Dolhoruski ; tous les autres effets
ont été vendus à l'enchere , & les deniers de la
vente remis entre les mains de la Czarine. A l'égard
de la Princeffe Dolhoruski, qui a eu l'honneur
d'être fiancée au feu Czar , on continué de
lui payer regulierement fa penfion annuelle de
12000 Roubles , mais elle n'a pas la liberté de fortir
du Monaftere où elle s'eft retirée.
Il eft arrivé par le Wolga , des matieres d'argent,
de cuivre & d'autres métaux , qui proviennent
des Mines découvertes en Siberie , fous lo
Regne du Czar Pierre I. dont le Gouverneur de
Tobolskoy a la direction generale. La valeur de
ce premier envoi furpaffe de cent pour cent la dépenfe
qu'on a faite depuis près de trois ans, pour
mettre ces Mines en valeur.
Le Prince de Portugal partit de Mofcou pour
retourner en Allemagne le 17 Aouft, après avoir
pris congé de la Czarine , qui lui a fait prefent
d'une Epée d'or , enrichie de diamans , & d'une
Robe à la Moscovite , doublée de Martre Zibeline.
Ce Prince a donné differens Bijoux aux
Gentilshommes de Sa Majefté Czarienne
qui l'ont accompagné pendant fon féjour en
cette Cour. M. Bahr , Chambellan de la Czarine
, & Meff. Freyden & Purchkin , Gentilhommes
de la Chambre de S.M. Czarine ont été
choifis par Elle , pour le conduire à Petersbourg
D
H &
2282 MERCURE DE FRANCE
& à Mittau , avec ordre de le deffrayer jufqu'à
cette derniere Ville , & pour lui faire rendre les
honncurs dûs à un Prince de fon rang.
Es . Troupes que le Roy de Perfe fait marcher
vers Tauris , dont il veut faire le Siége , faifant
craindre que s'il prend cette Place , il ne fe
détermine à venir affiéger celles que le feu Czar
Pierre I. a conquife vers la Mer Cafpienne ; la
Czarine a pris la réfolution d'augmenter tous les
Regimens d'une Compagnie , & de lever encore
un Corps de 20000 hommes de nouvelles Troupes
, pour remplacer celles qu'on envoye fur les
Frontieres de Perfe , fous le commandement du
General Wicbach , qui partira avec le Baron de
Schaffirof , cy - devant Vice - Chancelier , qu'on a
nommé pour l'accompagner , & pour l'aider de
fes confeils en cas qu'on trouve une occafion favorable
pour renouveller les anciens Traitez .
Un Officier dépêché de Derbent par M.Roman- ·
zoff, Gouverneur General des Pays conquis fur
la Perfe , a rapporté que le Roy de Perfe avoit
raflemblé toutes fes Troupes pour en compofer
OCTOBRE . 1730 . 2231
un Corps d'Armée , avec lequel il puiffe être en
état de livrer le Combat à l'Armée du G.S. ayant
réfolu de rifquer une Bataille , pour être enfuite
paifible poffeffeur du Trône de fes Ancêtres.
On attend à Mofcou un Ambaffadeur du Gr.
Mogol , audevant duquel la Czarine a envoyé
un détachement de 50 Cavaliers , pour l'eſcorter
depuis Tobolskoy jufqu'à Moscou.
On a tranfporté à Mofcou la belle Bibliothe
que du Pr. Dolhoruski ; tous les autres effets
ont été vendus à l'enchere , & les deniers de la
vente remis entre les mains de la Czarine. A l'égard
de la Princeffe Dolhoruski, qui a eu l'honneur
d'être fiancée au feu Czar , on continué de
lui payer regulierement fa penfion annuelle de
12000 Roubles , mais elle n'a pas la liberté de fortir
du Monaftere où elle s'eft retirée.
Il eft arrivé par le Wolga , des matieres d'argent,
de cuivre & d'autres métaux , qui proviennent
des Mines découvertes en Siberie , fous lo
Regne du Czar Pierre I. dont le Gouverneur de
Tobolskoy a la direction generale. La valeur de
ce premier envoi furpaffe de cent pour cent la dépenfe
qu'on a faite depuis près de trois ans, pour
mettre ces Mines en valeur.
Le Prince de Portugal partit de Mofcou pour
retourner en Allemagne le 17 Aouft, après avoir
pris congé de la Czarine , qui lui a fait prefent
d'une Epée d'or , enrichie de diamans , & d'une
Robe à la Moscovite , doublée de Martre Zibeline.
Ce Prince a donné differens Bijoux aux
Gentilshommes de Sa Majefté Czarienne
qui l'ont accompagné pendant fon féjour en
cette Cour. M. Bahr , Chambellan de la Czarine
, & Meff. Freyden & Purchkin , Gentilhommes
de la Chambre de S.M. Czarine ont été
choifis par Elle , pour le conduire à Petersbourg
D
H &
2282 MERCURE DE FRANCE
& à Mittau , avec ordre de le deffrayer jufqu'à
cette derniere Ville , & pour lui faire rendre les
honncurs dûs à un Prince de fon rang.
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Résumé : RUSSIE.
En octobre 1730, la Russie se prépare à renforcer ses défenses face à une menace perse. Le roi de Perse mobilise ses troupes vers Tauris, inquiétant la Russie qui craint pour ses places sur la mer Caspienne conquises par le czar Pierre I. En réponse, la czarine augmente chaque régiment d'une compagnie et lève 20 000 nouvelles troupes sous le commandement du général Wicbach et du baron de Schaffirof, envoyées aux frontières perses. Le gouverneur général des pays conquis, M. Romanzoff, signale que le roi de Perse rassemble une armée pour affronter les Russes. À Moscou, on attend l'ambassadeur du Grand Mogol escorté par 50 cavaliers. La bibliothèque du prince Dolhoruski est transportée à Moscou, tandis que ses autres biens sont vendus. La princesse Dolhoruski, fiancée au défunt czar, reçoit une pension annuelle de 12 000 roubles mais vit recluse dans un monastère. Des matières précieuses découvertes en Sibérie sont envoyées à Moscou, leur valeur dépassant les dépenses des trois dernières années. Le prince de Portugal quitte Moscou le 17 août, escorté par M. Bahr, Freyden et Purchkin, après avoir reçu des cadeaux de la czarine.
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11
p. 2957-2958
RUSSIE.
Début :
Le bruit court à Moscou qu'il y a un nouveau Traité d'Alliance conclu entre la Czarine, [...]
Mots clefs :
Moscou, Vaisseaux, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
E bruit court à Mofcou qu'il y a un nouveau
Traité d'Alliance conclu entre la Czarine ,
l'Empereur & le Roi de Pruffe , par lequel ils
doivent fe donner des fecours mutuels en cas de
guerre.
S. M. Cz. a envoyé des ordres dans diverſes
Provinces pour faire des levées de Soldats , cette
Princeffe ayant réfolu d'augmenter les Troupes
ſes
de 60000. hommes.
Les Négociations qui fe font entre les Princes
du Nord , donnent beaucoup d'inquiétude, & l'on
craint qu'il n'y ait quelque Alliance entre ces
Puiffances , pour réduire cet Etat à fes anciennes
limites.
Le Duc de Liria , Ambaffadeur d'Eſpagne en
Ruffie , partit de Mofcou le 30. Novembre pour
retourner à la Cour du Roi Catholique. La Cza
rine a ordonné qu'on le défrayât jufqu'aux Frontieres
de la Pologne , ayant dirigé la route par
Warfovie. S. M. Cz. a affuré S. Ex. avant fon
départ , dans les termes les plus obligeans , qu'elle
étoit fort fatisfaite de fa conduite, & qu'elle ne
négligeroit rien pour conferver l'amitié du Roi
fon Maître , & qu'elle favoriferoit en toute occafion
le Commerce établi entre l'Eſpagne & la
Ruffie.
On a appris par Mofcou , que le Pacha de Babylone
qui avoit été obligé de ſe retirer vers
Bagdat avec les Troupes du G. S. qu'il commande
, avoit trouvé le moyen de figner un Traité
d'accommodement avec le Roi de Perfe , en pro-
11. Vol. mettant
2958 MERCURE DE FRANCE
mettant au nom de S. H. de fournir à ce Prince
les fecours néceffaires pour l'aider à reprendre
toutes les Places conquifes en Perfe par le feu
Czar Pierre I. & qu'il avoit dépêché un Exprès
à Conftantinople pour faire ratifier ce Traité
le nouveau Sultan.
par
Des Lettres de l'Ukraine , portent que les Turcs
font divers mouvemens de ce côté là , & que les
Tartares voifins ont reçû ordre de ſe joindre à
eux dans un mois ou fix femaines .
On mande auffi de Conftantinople, qu'on y chargeoit
un grand nombre de Barques de Munitions
de guerre , qu'elles devoient traverſer la Mer
Noire , & que le bruit couroit que tous les préparatifs
qu'on faifoit , étoient contre les Mofcovites.
Il a été ftipulé par le Traité de Commerce ,
que le Duc de Liria , Ambaſſadeur Extaordinaire
de S. M. Cath. a conclu à Mofcou , que tous les
Vaiffeaux Mofcovites , foit de guerre , foit Mar
chands , feront reçus dans les Ports d'Eſpagne
comme les Vaiffeaux des autres Nations ; que
ceux qui apporteront des Goudrons , des bois
propres à la conftruction des Vaiffeaux & d'autres
Marchandiſes convenables à la Marine , ne payeront
qu'un droit très-modique , & que les Vaiffeaux
Eſpagnols qui iront dans les Ports de Mofcovie
, jouiront de la même liberté & des mê→
mes franchiſes .
E bruit court à Mofcou qu'il y a un nouveau
Traité d'Alliance conclu entre la Czarine ,
l'Empereur & le Roi de Pruffe , par lequel ils
doivent fe donner des fecours mutuels en cas de
guerre.
S. M. Cz. a envoyé des ordres dans diverſes
Provinces pour faire des levées de Soldats , cette
Princeffe ayant réfolu d'augmenter les Troupes
ſes
de 60000. hommes.
Les Négociations qui fe font entre les Princes
du Nord , donnent beaucoup d'inquiétude, & l'on
craint qu'il n'y ait quelque Alliance entre ces
Puiffances , pour réduire cet Etat à fes anciennes
limites.
Le Duc de Liria , Ambaffadeur d'Eſpagne en
Ruffie , partit de Mofcou le 30. Novembre pour
retourner à la Cour du Roi Catholique. La Cza
rine a ordonné qu'on le défrayât jufqu'aux Frontieres
de la Pologne , ayant dirigé la route par
Warfovie. S. M. Cz. a affuré S. Ex. avant fon
départ , dans les termes les plus obligeans , qu'elle
étoit fort fatisfaite de fa conduite, & qu'elle ne
négligeroit rien pour conferver l'amitié du Roi
fon Maître , & qu'elle favoriferoit en toute occafion
le Commerce établi entre l'Eſpagne & la
Ruffie.
On a appris par Mofcou , que le Pacha de Babylone
qui avoit été obligé de ſe retirer vers
Bagdat avec les Troupes du G. S. qu'il commande
, avoit trouvé le moyen de figner un Traité
d'accommodement avec le Roi de Perfe , en pro-
11. Vol. mettant
2958 MERCURE DE FRANCE
mettant au nom de S. H. de fournir à ce Prince
les fecours néceffaires pour l'aider à reprendre
toutes les Places conquifes en Perfe par le feu
Czar Pierre I. & qu'il avoit dépêché un Exprès
à Conftantinople pour faire ratifier ce Traité
le nouveau Sultan.
par
Des Lettres de l'Ukraine , portent que les Turcs
font divers mouvemens de ce côté là , & que les
Tartares voifins ont reçû ordre de ſe joindre à
eux dans un mois ou fix femaines .
On mande auffi de Conftantinople, qu'on y chargeoit
un grand nombre de Barques de Munitions
de guerre , qu'elles devoient traverſer la Mer
Noire , & que le bruit couroit que tous les préparatifs
qu'on faifoit , étoient contre les Mofcovites.
Il a été ftipulé par le Traité de Commerce ,
que le Duc de Liria , Ambaſſadeur Extaordinaire
de S. M. Cath. a conclu à Mofcou , que tous les
Vaiffeaux Mofcovites , foit de guerre , foit Mar
chands , feront reçus dans les Ports d'Eſpagne
comme les Vaiffeaux des autres Nations ; que
ceux qui apporteront des Goudrons , des bois
propres à la conftruction des Vaiffeaux & d'autres
Marchandiſes convenables à la Marine , ne payeront
qu'un droit très-modique , & que les Vaiffeaux
Eſpagnols qui iront dans les Ports de Mofcovie
, jouiront de la même liberté & des mê→
mes franchiſes .
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Résumé : RUSSIE.
En Russie, des rumeurs évoquent un nouveau traité d'alliance entre la tsarine, l'empereur et le roi de Prusse, prévoyant des secours mutuels en cas de guerre. La tsarine a ordonné des levées de soldats pour augmenter ses troupes de 60 000 hommes. Les négociations entre les princes du Nord suscitent des inquiétudes, avec des craintes d'une alliance visant à réduire la Russie à ses anciennes limites. Le duc de Liria, ambassadeur d'Espagne en Russie, a quitté Moscou le 30 novembre pour retourner en Espagne. La tsarine l'a assuré de sa satisfaction quant à sa conduite et a promis de favoriser le commerce entre l'Espagne et la Russie. Par ailleurs, le pacha de Babylone a signé un traité avec le roi de Perse pour reprendre les places conquises par le tsar Pierre Ier. Des mouvements turcs et tartares sont signalés en Ukraine. À Constantinople, des barques sont chargées de munitions de guerre destinées à traverser la mer Noire, probablement contre les Moscovites. Un traité de commerce conclu par le duc de Liria stipule que les vaisseaux russes, qu'ils soient de guerre ou marchands, seront reçus dans les ports espagnols avec des droits modiques, et réciproquement pour les vaisseaux espagnols en Russie.
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12
p. 136-138
Médailles frappées à Moscou, [titre d'après la table]
Début :
On a frappé à Moscou une Médaille sur le Couronnement [...]
Mots clefs :
Médaille, Couronnement, Tsarine Anne, Moscou, Pierre le Grand, Iconographie chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Médailles frappées à Moscou, [titre d'après la table]
On a frappé à Moscou une Médaille
sur le Couronnement de la Czarine . On
y voit d'un côté le Buste de cette Prin
cesse, et pour Légende, en langueRussier e;
Anne , par la grace de Dieu , Imperatrice
et Souveraine de toutes les Russies . On voit
sur le revers la figure de la Czarine en
pied , avec trois autres figures de femmes
, representant les trois Vertus Cardinales.
La Foy ; désignée par une Croix
qu'elle tient de la main gauche , remet
le Sceptre à la Czarine . L'Esperance ,
qu'on reconnoît à l'Ancre , lui présente
un Globe , surmonté d'une Croix , sya
bole d'un Empire Chrétien , La Charité;
dont
JANVIER. 1731. -137
dont on a exprimé le caractere par un
Enfant qu'elle allaite , met la Couronne
sur la tête de cette Princesse , et pour
légende : Je tiens l'Empire de Dieu , de ma
Naissance , et de ces Peuples ; et à l'Exerque
, ces mots : Couronnée à Moscon le
28 Avril 1730 .
Nous dirons à cette occasion que le
Czar , Pierre le Grand , étant à Paris en
1721. avoit fait l'honneur à l'Académie
Royale des Sciences d'assister à une de
ses Sceances , et de permettre que son
nom fut inscrit dans ses Registres , au
rang des Académiciens honoraires de
cette illustre Compagnie. Le Czar , son
petit-fils , fit il y a plus de deux ans ,
un tres-beau present à la même Acadé
mie , consistant en 60 Medailles d'or
selon l'intention de son Ayeul , et selon
les dernieres dispositions de la feuë Czarine
son épouse.
La distribution de ces Médailles se fit
le 24 Novembre 1728. à tous les Académiciens.
Elles ont toutes la même fice
et le même revers , mais de plusieurs
grandeurs et de poids different. Celles
des Honoraires , au nombre de dix , ont
30 lignes de diametres , et du poids d'environ
15 Louis d'or ; celles des Pensionnaires
pesent environ to Loüis , et celles
des Associez et Adjoints , 7 .
G iij
Cette
13
8 MERCURE DE FRANCE .
Cette Medaille represente d'un côté
le Buste du feu Czar , avec cette Legende
, en langue et en caracteres Russiens :
Pierre I. par la Grace de Dieu , Empereur
et Souverain de toutes les Russies. Au bas
du Buste est l'année de la naissance de
ce Prince , 1672. sur le revers sont les
principaux Symboles des Sciences et des
Arts , avec une Legende en la même langue
, qui en marque l'établissement et les
progrez dans les Etats du Czar. L'année
1725. en laquelle la Medaille a été frappée
, est marquée dans l'Exergue ,
sur le Couronnement de la Czarine . On
y voit d'un côté le Buste de cette Prin
cesse, et pour Légende, en langueRussier e;
Anne , par la grace de Dieu , Imperatrice
et Souveraine de toutes les Russies . On voit
sur le revers la figure de la Czarine en
pied , avec trois autres figures de femmes
, representant les trois Vertus Cardinales.
La Foy ; désignée par une Croix
qu'elle tient de la main gauche , remet
le Sceptre à la Czarine . L'Esperance ,
qu'on reconnoît à l'Ancre , lui présente
un Globe , surmonté d'une Croix , sya
bole d'un Empire Chrétien , La Charité;
dont
JANVIER. 1731. -137
dont on a exprimé le caractere par un
Enfant qu'elle allaite , met la Couronne
sur la tête de cette Princesse , et pour
légende : Je tiens l'Empire de Dieu , de ma
Naissance , et de ces Peuples ; et à l'Exerque
, ces mots : Couronnée à Moscon le
28 Avril 1730 .
Nous dirons à cette occasion que le
Czar , Pierre le Grand , étant à Paris en
1721. avoit fait l'honneur à l'Académie
Royale des Sciences d'assister à une de
ses Sceances , et de permettre que son
nom fut inscrit dans ses Registres , au
rang des Académiciens honoraires de
cette illustre Compagnie. Le Czar , son
petit-fils , fit il y a plus de deux ans ,
un tres-beau present à la même Acadé
mie , consistant en 60 Medailles d'or
selon l'intention de son Ayeul , et selon
les dernieres dispositions de la feuë Czarine
son épouse.
La distribution de ces Médailles se fit
le 24 Novembre 1728. à tous les Académiciens.
Elles ont toutes la même fice
et le même revers , mais de plusieurs
grandeurs et de poids different. Celles
des Honoraires , au nombre de dix , ont
30 lignes de diametres , et du poids d'environ
15 Louis d'or ; celles des Pensionnaires
pesent environ to Loüis , et celles
des Associez et Adjoints , 7 .
G iij
Cette
13
8 MERCURE DE FRANCE .
Cette Medaille represente d'un côté
le Buste du feu Czar , avec cette Legende
, en langue et en caracteres Russiens :
Pierre I. par la Grace de Dieu , Empereur
et Souverain de toutes les Russies. Au bas
du Buste est l'année de la naissance de
ce Prince , 1672. sur le revers sont les
principaux Symboles des Sciences et des
Arts , avec une Legende en la même langue
, qui en marque l'établissement et les
progrez dans les Etats du Czar. L'année
1725. en laquelle la Medaille a été frappée
, est marquée dans l'Exergue ,
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Résumé : Médailles frappées à Moscou, [titre d'après la table]
Le texte présente deux médailles distinctes frappées en Russie. La première, célébrant le couronnement de la tsarine Anne à Moscou le 28 avril 1730, montre sur une face son buste avec l'inscription « Anne, par la grâce de Dieu, Impératrice et Souveraine de toutes les Russies ». Sur l'autre face, la tsarine est représentée avec trois figures symbolisant les vertus cardinales : la Foi, l'Espérance et la Charité. La légende indique : « Je tiens l'Empire de Dieu, de ma Naissance, et de ces Peuples ». La seconde médaille, offerte par le petit-fils de Pierre le Grand à l'Académie Royale des Sciences en 1728, représente le buste de Pierre le Grand avec l'inscription « Pierre I, par la grâce de Dieu, Empereur et Souverain de toutes les Russies ». Le revers montre les symboles des sciences et des arts, avec l'année 1725 marquée dans l'exergue. Pierre le Grand avait été inscrit comme académicien honoraire lors de sa visite à Paris en 1721.
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13
p. 366-369
TURQUIE ET PERSE.
Début :
ON a appris par Moscou que le Roy de Perse [...]
Mots clefs :
Turquie, Perse, Moscou, Sultan, Janissaires, Bataille, Artillerie, Prisonniers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
NOUVELLES ETRANGERES.
ON
TURQUIE ET PERSE.
N a appris par Moscou que le Roy de Perse
avoit envoyé à Ispaham 2000. prisonniers
avec plusieurs pieces d'artillerie prises sur
les Turcs dans la derniere bataille qui a été
donnée du côté de Tauris ; et que ce Prince ne
vouloit écouter les propositions d'accommodement
qui lui ont été faites de la part du nouveau
Sultan , qu'à condition que pour Prélimimaires
de la Paix , les Turcs lui restitueront les
ConFEVRIER
. 173.1.1 367
Conquêtes qu'ils ont faites pendant la derniere
revolution , et lui payeront 30 millions de Roupies
en forme de dédommagement des pertes
qu'ont souffertes les differentes Provinces de la
Perse pendant la guerre,
Les Lettres de Derbent portent , qu'un Deta→
chement de l'armée du Roy de Perse avoit attaqué
le secours que le Bacha du Grand Caire envoyoit
à Bagdad , suivant les ordres du Sultan
déposé , et que les Persans avoient fait un butin
de près d'un million de Ducats.
Quelques Lettres de Constantinople du mois
de Decembre portent qu'Ali surnommé Patrona,
Chef et auteur de la revolution , peu content des
recompenses qu'il avoit reçues du Gr. S. et continuant
de demander avec hauteur les principales
Charges pour sa famille , ou pour ses adherans ,
S. H. avoit pris la resolution de se défaire de cet
importun , mais avec les précautions necessaires
pour prévenir une nouvelle revolution ; que lè
30 de Decembre Cianum Coggia , Capitan Pacha
, avoit eu ordre d'assembler les plus mutins
des Genteniers ou Commandans des bandes des
Jannissaires , qui avoient eu part à la derniere
revolte , et de feindre qu'on vouloit prendre leurs
avis pour décider de la Paix ou de la Guerre,
Après que le Capitan Pacha eut tenu avec 36 de
ces mutins une espece de Conseil , il alla avec
eux au Serrail , où il les engagea à demeurer
jusqu'à ce qu'il eut communiqué au G. S. le resultat
de leur Conference ; mais à peine se fut- il
retiré d'auprès d'eux , que 160 Jannissaires , áffectionnez
au Gouvernement , les environnerent
et les tail ! erent en pieces.
Cette punition n'empêcha pas Ali - Patrona de
demander le lendemain que le nommé Gicca ,
frere de l'Interprete de S. H , dont il avoit reçu
cent
368 MERCURE DE FRANCE
cent Bourses , fut nommé Vaivode de Valachie
à la place de Mauro Cordato. Le G. S. lui accorda
cette nouvelle grace ; mais quelques jours
après l'ayant fait arrêter avec le nouvel Aga des
Jannissaires , ces deux Rebelles furent étranglés ,
et on a trouvé chez eux près de cinq millions en
or ,qui ont été portés au Trésor du Serail.
Le G. S. ayant déposé le Kan des Tartares
tributaires de la Porte , qui avoit été mandé à
Constantinople , sous prétexte d'assister à un
Divan , S. H. a donné le Commandement des
Tartares au frere du Kan déposé , lequel étoit
relegué à Barna depuis quelques années , et le 3
du mois de Decembre dernier il reçut des mains
du G. S. un sabre garni de diamans , et un Caftan
doublé de martes Zebelines.
Le Seraskier Rusteck qui est allé en Perse
pour y negocier un Traité de Pacification , a été
fait Pacha à trois Queuës avant. que de partir .
Le Divan a resolu de demander des sommes
considerables aux Grecs et aux Juifs pour l'avenement
de S. H. au Trône.
Les mêmes Lettres marquent que le Sultan
déposé qui a été renfermé aux sept Tours avec
les Princes ses fils , y étoit traité magnifiquement,
et avec les mêmes honneurs que s'il étoit encore
sur le Trône.
On écrit de Venise , que par les Lettres reçuës
de Constantinople à la fin du mois dernier ; on
avoit apris que le Pacha Rustech,qu'on a envoyé
à Ispaliam , avec des pleins pouvoirs pour la signature
d'un Traité de Paix , avoit emporté avec
lui des présens magnifiques pour les Ministres du
Roy de Perse. Ces Lettres ajoutent que le G. S.
loin de se sur les créatures du Sultan dévanger
posé , de l'affront qui fut fait à Mustapha son
pere , lorsqu'on l'enferma aux sept Tours , employoit
FEVRIER. 1731. 359
ployoit tous ceux qui après avoir reconnu leur
faute, promettoient de le servir avec fidelité ; que
cette conduite lui attiroit tous les coeurs de ses
sujets , qui s'attendant à de grandes cruautez sous
son regne , étoient extrèmement surpris de voir
tant de modération et de clémence dans leur Sou
verain ; qu'on attribue cette douceur aux sages
conseils du nouveau Mufti qui l'a déterminé aus
si à visiter le Sultan déposé, et à le consulter sur
les affaires du Gouvernement, dont S H. ne pour
roit avoir une connoissance parfaite sans ce secours
, parce que le dernier G. V. avoit détourné
les Papiers de conséquence de ses Bureaux avant
que d'être étranglé , et que les autres Ministres
subalternes les ont brulés ou cachés depuis, que le
Sultan déposé,et le G.S. vivoient dans une bonne
intelligence,que le premier avoit la liberté de voir
les Princes ses fils , de manger et de converser
avec eux , et qu'on lui avoit rendu six de ses Sultanes
favorites.
On apprend par les mêmes Lettres qu'un hom
me de la lie du peuple , mais aussi sage et éclairé
qu'il est pauvre , avoit été choisi pour être Lieutenant
de l'Aga des Janissaires ; que S. H. ayant
approuvé ce choix , ce nouvel Officier avoit envoyé
chez tous les Ministres étrangers pour leur
donner part de son avenement, et les faire ressouvenir
de sa pauvreté;que ces Ministres lui avoient
fait,à l'envi, des présens magnifiques , que la Sulta
ne mere lui avoit envoyé 3 Turbans ,des habits et
quelques bourses remplies d'or , pour l'aider à se
mettre en équipage , et que depuis qu'il avoit pris
possession de son nouveau poste , les Janissaires
vivoient dans une parfaite discipline.
ON
TURQUIE ET PERSE.
N a appris par Moscou que le Roy de Perse
avoit envoyé à Ispaham 2000. prisonniers
avec plusieurs pieces d'artillerie prises sur
les Turcs dans la derniere bataille qui a été
donnée du côté de Tauris ; et que ce Prince ne
vouloit écouter les propositions d'accommodement
qui lui ont été faites de la part du nouveau
Sultan , qu'à condition que pour Prélimimaires
de la Paix , les Turcs lui restitueront les
ConFEVRIER
. 173.1.1 367
Conquêtes qu'ils ont faites pendant la derniere
revolution , et lui payeront 30 millions de Roupies
en forme de dédommagement des pertes
qu'ont souffertes les differentes Provinces de la
Perse pendant la guerre,
Les Lettres de Derbent portent , qu'un Deta→
chement de l'armée du Roy de Perse avoit attaqué
le secours que le Bacha du Grand Caire envoyoit
à Bagdad , suivant les ordres du Sultan
déposé , et que les Persans avoient fait un butin
de près d'un million de Ducats.
Quelques Lettres de Constantinople du mois
de Decembre portent qu'Ali surnommé Patrona,
Chef et auteur de la revolution , peu content des
recompenses qu'il avoit reçues du Gr. S. et continuant
de demander avec hauteur les principales
Charges pour sa famille , ou pour ses adherans ,
S. H. avoit pris la resolution de se défaire de cet
importun , mais avec les précautions necessaires
pour prévenir une nouvelle revolution ; que lè
30 de Decembre Cianum Coggia , Capitan Pacha
, avoit eu ordre d'assembler les plus mutins
des Genteniers ou Commandans des bandes des
Jannissaires , qui avoient eu part à la derniere
revolte , et de feindre qu'on vouloit prendre leurs
avis pour décider de la Paix ou de la Guerre,
Après que le Capitan Pacha eut tenu avec 36 de
ces mutins une espece de Conseil , il alla avec
eux au Serrail , où il les engagea à demeurer
jusqu'à ce qu'il eut communiqué au G. S. le resultat
de leur Conference ; mais à peine se fut- il
retiré d'auprès d'eux , que 160 Jannissaires , áffectionnez
au Gouvernement , les environnerent
et les tail ! erent en pieces.
Cette punition n'empêcha pas Ali - Patrona de
demander le lendemain que le nommé Gicca ,
frere de l'Interprete de S. H , dont il avoit reçu
cent
368 MERCURE DE FRANCE
cent Bourses , fut nommé Vaivode de Valachie
à la place de Mauro Cordato. Le G. S. lui accorda
cette nouvelle grace ; mais quelques jours
après l'ayant fait arrêter avec le nouvel Aga des
Jannissaires , ces deux Rebelles furent étranglés ,
et on a trouvé chez eux près de cinq millions en
or ,qui ont été portés au Trésor du Serail.
Le G. S. ayant déposé le Kan des Tartares
tributaires de la Porte , qui avoit été mandé à
Constantinople , sous prétexte d'assister à un
Divan , S. H. a donné le Commandement des
Tartares au frere du Kan déposé , lequel étoit
relegué à Barna depuis quelques années , et le 3
du mois de Decembre dernier il reçut des mains
du G. S. un sabre garni de diamans , et un Caftan
doublé de martes Zebelines.
Le Seraskier Rusteck qui est allé en Perse
pour y negocier un Traité de Pacification , a été
fait Pacha à trois Queuës avant. que de partir .
Le Divan a resolu de demander des sommes
considerables aux Grecs et aux Juifs pour l'avenement
de S. H. au Trône.
Les mêmes Lettres marquent que le Sultan
déposé qui a été renfermé aux sept Tours avec
les Princes ses fils , y étoit traité magnifiquement,
et avec les mêmes honneurs que s'il étoit encore
sur le Trône.
On écrit de Venise , que par les Lettres reçuës
de Constantinople à la fin du mois dernier ; on
avoit apris que le Pacha Rustech,qu'on a envoyé
à Ispaliam , avec des pleins pouvoirs pour la signature
d'un Traité de Paix , avoit emporté avec
lui des présens magnifiques pour les Ministres du
Roy de Perse. Ces Lettres ajoutent que le G. S.
loin de se sur les créatures du Sultan dévanger
posé , de l'affront qui fut fait à Mustapha son
pere , lorsqu'on l'enferma aux sept Tours , employoit
FEVRIER. 1731. 359
ployoit tous ceux qui après avoir reconnu leur
faute, promettoient de le servir avec fidelité ; que
cette conduite lui attiroit tous les coeurs de ses
sujets , qui s'attendant à de grandes cruautez sous
son regne , étoient extrèmement surpris de voir
tant de modération et de clémence dans leur Sou
verain ; qu'on attribue cette douceur aux sages
conseils du nouveau Mufti qui l'a déterminé aus
si à visiter le Sultan déposé, et à le consulter sur
les affaires du Gouvernement, dont S H. ne pour
roit avoir une connoissance parfaite sans ce secours
, parce que le dernier G. V. avoit détourné
les Papiers de conséquence de ses Bureaux avant
que d'être étranglé , et que les autres Ministres
subalternes les ont brulés ou cachés depuis, que le
Sultan déposé,et le G.S. vivoient dans une bonne
intelligence,que le premier avoit la liberté de voir
les Princes ses fils , de manger et de converser
avec eux , et qu'on lui avoit rendu six de ses Sultanes
favorites.
On apprend par les mêmes Lettres qu'un hom
me de la lie du peuple , mais aussi sage et éclairé
qu'il est pauvre , avoit été choisi pour être Lieutenant
de l'Aga des Janissaires ; que S. H. ayant
approuvé ce choix , ce nouvel Officier avoit envoyé
chez tous les Ministres étrangers pour leur
donner part de son avenement, et les faire ressouvenir
de sa pauvreté;que ces Ministres lui avoient
fait,à l'envi, des présens magnifiques , que la Sulta
ne mere lui avoit envoyé 3 Turbans ,des habits et
quelques bourses remplies d'or , pour l'aider à se
mettre en équipage , et que depuis qu'il avoit pris
possession de son nouveau poste , les Janissaires
vivoient dans une parfaite discipline.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En 1731, des événements politiques et militaires significatifs se déroulent en Turquie et en Perse. Le roi de Perse envoie 2000 prisonniers et des pièces d'artillerie prises aux Turcs à Ispahan. Il refuse les propositions de paix du nouveau sultan turc, exigeant la restitution des conquêtes récentes et le paiement de 30 millions de roupies en dédommagement. Parallèlement, les Persans attaquent un convoi du Bacha du Grand Caire à Bagdad, s'emparant d'un butin d'environ un million de ducats. À Constantinople, Ali, surnommé Patrona, est éliminé par le sultan après avoir demandé des charges importantes pour sa famille. Le sultan exécute également deux rebelles, Gicca et le nouvel Aga des Jannissaires, trouvant près de cinq millions en or chez eux. Il dépose le Kan des Tartares et nomme son frère à sa place. Le Seraskier Rusteck est nommé Pacha à trois queues avant de partir négocier un traité de paix en Perse. Le sultan impose des sommes considérables aux Grecs et aux Juifs pour son avènement au trône. Le sultan déchu est enfermé aux sept Tours avec ses fils, mais y est traité magnifiquement. Le sultan actuel emploie ceux qui promettent fidélité, gagnant ainsi le cœur de ses sujets. Il consulte le sultan déchu pour les affaires du gouvernement et lui a rendu six de ses sultanes favorites. Un homme du peuple, sage et éclairé, est choisi comme lieutenant de l'Aga des Janissaires et reçoit des présents magnifiques des ministres étrangers et de la sultane mère. Les Janissaires vivent désormais dans une parfaite discipline.
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14
p. 597-598
RUSSIE.
Début :
Les Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine arrivés à Moscou [...]
Mots clefs :
Russie, Moscou, Traité de Commerce, Chine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
>
Es Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine
Larrives à Moscou , sont chargés de pleins
pouvoirs pour conciure un Traité de Commerce
entre les deux Etats. Les présens qu'ils ont apportés
consistent en Etoffes de soye et en Porce
laines des plus belles . Les difficultez que ces Ambassadeurs
avoient fait naître au sujet de leurs
prétentions , par rapport au Ceremonial , aïantété
reglées , ils firent leur entrée publique le 25 .
de Janvier dans l'ordre suivant.
Sept chevaux de main richement caparaçonnés
et conduits par autant de Palefreniers à cheval ,
commençoient la Marche , ils étoient suivis d'um
Timbalier et de quatre Trompettes marchant à la
tête
598 MERCURE DE FRANCE.
tête d'une Compagnie de Grenadiers du Régi
ment des Gardes de Preobazinski à cheval , de
huit Gentilshommes de Mongale , montés sur des
chevaux Tartares et armés d'arcs et de fleches ,
de huit Carosses à six chevaux des principaux
Seigneurs de la Cour , et d'un Carosse magnifique
de la Czarine, dans lesquels étoient les cinq
Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine et les
trois Envoyés du Prince de Mongale qui composent
cette Ambassade.
3
2
Le Chef de l'Ambassade étoit dans le dernier-
Carosse , accompagné de M. Sibin , Président du
College des Mines ; des Officiers Chinois étoient
à cheval aux portieres de ces Garosses, qui étoient
suivis de douze chevaux de main , d'un pareil
nombre de Palefreniers , d'une Compagnie des-
Grenadiers de la Garde des Semenowski , et de
80. Traîneaux chargés des bagages des Ambassadeurs.
Ils furent salués d'onze coups de canon
à l'entrée de la Ville , et conduits dans les Hôtelsqu'on
leur avoit préparés , et dont tous les ap--
partemens étoient tendus de drap rouge. Le premier
de ces Ambassadeurs est Président du Conseil
des Affaires Etrangeres de la Chine ; Iss autres
sont des Mandarins de differentes classes.
>
Es Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine
Larrives à Moscou , sont chargés de pleins
pouvoirs pour conciure un Traité de Commerce
entre les deux Etats. Les présens qu'ils ont apportés
consistent en Etoffes de soye et en Porce
laines des plus belles . Les difficultez que ces Ambassadeurs
avoient fait naître au sujet de leurs
prétentions , par rapport au Ceremonial , aïantété
reglées , ils firent leur entrée publique le 25 .
de Janvier dans l'ordre suivant.
Sept chevaux de main richement caparaçonnés
et conduits par autant de Palefreniers à cheval ,
commençoient la Marche , ils étoient suivis d'um
Timbalier et de quatre Trompettes marchant à la
tête
598 MERCURE DE FRANCE.
tête d'une Compagnie de Grenadiers du Régi
ment des Gardes de Preobazinski à cheval , de
huit Gentilshommes de Mongale , montés sur des
chevaux Tartares et armés d'arcs et de fleches ,
de huit Carosses à six chevaux des principaux
Seigneurs de la Cour , et d'un Carosse magnifique
de la Czarine, dans lesquels étoient les cinq
Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine et les
trois Envoyés du Prince de Mongale qui composent
cette Ambassade.
3
2
Le Chef de l'Ambassade étoit dans le dernier-
Carosse , accompagné de M. Sibin , Président du
College des Mines ; des Officiers Chinois étoient
à cheval aux portieres de ces Garosses, qui étoient
suivis de douze chevaux de main , d'un pareil
nombre de Palefreniers , d'une Compagnie des-
Grenadiers de la Garde des Semenowski , et de
80. Traîneaux chargés des bagages des Ambassadeurs.
Ils furent salués d'onze coups de canon
à l'entrée de la Ville , et conduits dans les Hôtelsqu'on
leur avoit préparés , et dont tous les ap--
partemens étoient tendus de drap rouge. Le premier
de ces Ambassadeurs est Président du Conseil
des Affaires Etrangeres de la Chine ; Iss autres
sont des Mandarins de differentes classes.
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Résumé : RUSSIE.
Le texte relate l'arrivée à Moscou d'ambassadeurs chinois missionnés pour négocier un traité de commerce entre la Russie et la Chine. Ces ambassadeurs ont apporté des présents, incluant des étoffes de soie et des porcelaines. Après avoir surmonté des difficultés cérémonielles, ils ont fait leur entrée publique le 25 janvier. La procession comprenait sept chevaux de main richement ornés, des musiciens, des grenadiers du régiment des Gardes de Preobrazinski, des gentilshommes mongols armés, des carrosses transportant les ambassadeurs chinois et les envoyés du Prince de Mongolie, ainsi que des traîneaux chargés de bagages. À leur entrée dans la ville, ils ont été accueillis par onze coups de canon et conduits dans des hôtels préparés à leur intention, dont les appartements étaient tendus de drap rouge. Le chef de l'ambassade est le Président du Conseil des Affaires Étrangères de la Chine, accompagné de plusieurs mandarins de différentes classes.
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15
p. 2016-2018
ADDITION aux Nouvelles Etrangeres.
Début :
On a appris par Moscou que l'armée du Roy de Perse étoit presentement de 120000. [...]
Mots clefs :
Moscou, Armée du roi de Perse, Artillerie, Bataillons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADDITION aux Nouvelles Etrangeres.
ADDITION
aux Nouvelles Etrangeres.
Neapps toit presentement de 120000.
Na appris par Moscou que l'armée du Roy
hommes , que ce Prince avoit coupé les vivres
aux Turcs , et que ces derniers étoient tellement
resserrés dans un défilé de Montagnes du côté
d'Erivan , qu'on ne doutoit point qu'ils ne fussent
taillés en pieces s'ils étoient attaqués dans
ce Poste, d'où il leur étoit difficile de sortir pour
secourir la Ville avec laquelle ils n'avoient plus
de communication .
Les Lettres d'Allemagne portent que le r
de ce mois , le Roy de Suede , accompagné du
Prince Maximilien de Hesse- Cassel , son frere
fit son entrée dans Cassel au bruit d'une Salve
generale de l'Artillerie et aux acclamations du
Peuple. Toutes les rues sur son passage étoient
ornées d'Arcs de Triomphe , et bordées par une
double Haye des Soldats de la Garnison. S M.
fut reçue au Palais par la Princesse épouse du
Prince Maximilien , par les Princes ses enfans ,
par les Princesses ses enfans , par les Ministres
du Landgraviat et par les Colleges de Regence et
de Justice , et elle y fut complimentée par le
Chancelier : ensuite le Roy soupa en Public
aprés quoy il alla en chaise se promener dans les
xues de la Ville pour en voir les illuminations.
On écrit de Seville que les Regimens de Cas
tille, de Lombardie , de Naples et de Bourgogne,
qui
AOUST. 1731 2017
qui sont de deux Bataillons chacun , ont été
choisis par le Roy pour passer en Italie , avec
un Regiment Suisse de deux Bataillons le Regi
ment de Batavia , Dragons , deux autres Bataillons
tirés de differens Regimens , et trois Es
cadrons.
Le PrinceMaure qui étoit venu à Seville pour
demander du secours au Roy d'Espagne contre
le Roy de Maroc , eut le 29. de Juillet sa seconde
Audience du Roy , et le premier de ce
mois il partit pour retourner en Afrique..
Le 26. Juillet , jour auquel on celebre à Naples
la fête de sainte Anne , on fit dans l'Eglise
de notre Dame de la Pieté la diftribution ordinaire
des dots de so. ccus chacun à onze filles
portant le nom de cette Sainte..
Le même jour , on exposa dans la Chapelle
du Palais du Prince de Montemileto , le pied de
Sainte Anne qu'on y conserve ; et qu'on dit
avoir été apporté de la Grece par les Ancêtres de
ce Seigneur.
Le 1. Aoust , ily eut à Rome une Congrega
tion extraordinaire de l'Immunité composée de
dix Cardinaux et de neuf Prelats , au sujet des
Déserteurs qui se retirent dans les Eglises Privi
legiées , d'où l'Empereur prétend les faire tirer.
Aprés de grandes contestations sur cette affaire
il fut arrêté que les Déserteurs réfugiés dans les
Aglises , seroient rendus , mais à condition qu'ils
ne seroient point punis de mort.
Le Roy de Sardaigne Victor Amedée , a écrit
au Cardinal Grimaldi pour l'engager à travail
lea
2018 MERCURE DE FRANCE
ler à l'accommodement des differends du S. Siege
avec la Cour de Turin. Ce Cardinal a eu à co
sujet deux Audiences particulieres du Pape , qui
dans un Consistoire tenu le 6. de ce mois , communica
aux Cardinaux tout ce qui s'est fait depuis
six mois par rapport aux differens du S.
Siege avec la Cour de Turin : de 36. Cardinaux
qui assistèrent à ce Consistoire 31. furent d'avis
de confirmer toutes les concessions obtenues par
la Maison de Savoye sous le Pontificat du Pape
Nicolas V. et les cinq autres prierent S. S. de
les dispenser d'opiner.
On a fait au commencement de ce mois d
Genes , des Prieres publiques pour obtenir la
benediction du Ciel sur les Troupes que la République
envoye contre les Rebelles de l'Isle de
Corse. On a déja embarqué la plus grande partie
de ces Troupes , et en attendant que le vent soit
devenu favorable pour les faire partir , le Prince
Doria traite tous les jours magnifiquement les
Officiers Allemands arrivés pour commander les
Troupes auxiliaires de l'Empereur. Trois des Galeres
de la République sont revenuës de l'Isle de
Corse pour escorter les Batimens de transport ,
et faciliter la descente de cesTroupes dans l'Isle,
d'ou on apprend que les Rebelles qui avoient
ouvert la tranchée devant la Ville de la Bastia ,
avoient été repoussés avec perte dans les trois
assauts qu'ils ont donnés pour s'emparer d'un
Forr qui est prés de cette Ville. On assure qu'on
publiera incessamment une Proclamation pour
mettre à prix la tête des Rebelles de l'Isle de
Corse ausquels la République n'accordera point
de Cartel.
aux Nouvelles Etrangeres.
Neapps toit presentement de 120000.
Na appris par Moscou que l'armée du Roy
hommes , que ce Prince avoit coupé les vivres
aux Turcs , et que ces derniers étoient tellement
resserrés dans un défilé de Montagnes du côté
d'Erivan , qu'on ne doutoit point qu'ils ne fussent
taillés en pieces s'ils étoient attaqués dans
ce Poste, d'où il leur étoit difficile de sortir pour
secourir la Ville avec laquelle ils n'avoient plus
de communication .
Les Lettres d'Allemagne portent que le r
de ce mois , le Roy de Suede , accompagné du
Prince Maximilien de Hesse- Cassel , son frere
fit son entrée dans Cassel au bruit d'une Salve
generale de l'Artillerie et aux acclamations du
Peuple. Toutes les rues sur son passage étoient
ornées d'Arcs de Triomphe , et bordées par une
double Haye des Soldats de la Garnison. S M.
fut reçue au Palais par la Princesse épouse du
Prince Maximilien , par les Princes ses enfans ,
par les Princesses ses enfans , par les Ministres
du Landgraviat et par les Colleges de Regence et
de Justice , et elle y fut complimentée par le
Chancelier : ensuite le Roy soupa en Public
aprés quoy il alla en chaise se promener dans les
xues de la Ville pour en voir les illuminations.
On écrit de Seville que les Regimens de Cas
tille, de Lombardie , de Naples et de Bourgogne,
qui
AOUST. 1731 2017
qui sont de deux Bataillons chacun , ont été
choisis par le Roy pour passer en Italie , avec
un Regiment Suisse de deux Bataillons le Regi
ment de Batavia , Dragons , deux autres Bataillons
tirés de differens Regimens , et trois Es
cadrons.
Le PrinceMaure qui étoit venu à Seville pour
demander du secours au Roy d'Espagne contre
le Roy de Maroc , eut le 29. de Juillet sa seconde
Audience du Roy , et le premier de ce
mois il partit pour retourner en Afrique..
Le 26. Juillet , jour auquel on celebre à Naples
la fête de sainte Anne , on fit dans l'Eglise
de notre Dame de la Pieté la diftribution ordinaire
des dots de so. ccus chacun à onze filles
portant le nom de cette Sainte..
Le même jour , on exposa dans la Chapelle
du Palais du Prince de Montemileto , le pied de
Sainte Anne qu'on y conserve ; et qu'on dit
avoir été apporté de la Grece par les Ancêtres de
ce Seigneur.
Le 1. Aoust , ily eut à Rome une Congrega
tion extraordinaire de l'Immunité composée de
dix Cardinaux et de neuf Prelats , au sujet des
Déserteurs qui se retirent dans les Eglises Privi
legiées , d'où l'Empereur prétend les faire tirer.
Aprés de grandes contestations sur cette affaire
il fut arrêté que les Déserteurs réfugiés dans les
Aglises , seroient rendus , mais à condition qu'ils
ne seroient point punis de mort.
Le Roy de Sardaigne Victor Amedée , a écrit
au Cardinal Grimaldi pour l'engager à travail
lea
2018 MERCURE DE FRANCE
ler à l'accommodement des differends du S. Siege
avec la Cour de Turin. Ce Cardinal a eu à co
sujet deux Audiences particulieres du Pape , qui
dans un Consistoire tenu le 6. de ce mois , communica
aux Cardinaux tout ce qui s'est fait depuis
six mois par rapport aux differens du S.
Siege avec la Cour de Turin : de 36. Cardinaux
qui assistèrent à ce Consistoire 31. furent d'avis
de confirmer toutes les concessions obtenues par
la Maison de Savoye sous le Pontificat du Pape
Nicolas V. et les cinq autres prierent S. S. de
les dispenser d'opiner.
On a fait au commencement de ce mois d
Genes , des Prieres publiques pour obtenir la
benediction du Ciel sur les Troupes que la République
envoye contre les Rebelles de l'Isle de
Corse. On a déja embarqué la plus grande partie
de ces Troupes , et en attendant que le vent soit
devenu favorable pour les faire partir , le Prince
Doria traite tous les jours magnifiquement les
Officiers Allemands arrivés pour commander les
Troupes auxiliaires de l'Empereur. Trois des Galeres
de la République sont revenuës de l'Isle de
Corse pour escorter les Batimens de transport ,
et faciliter la descente de cesTroupes dans l'Isle,
d'ou on apprend que les Rebelles qui avoient
ouvert la tranchée devant la Ville de la Bastia ,
avoient été repoussés avec perte dans les trois
assauts qu'ils ont donnés pour s'emparer d'un
Forr qui est prés de cette Ville. On assure qu'on
publiera incessamment une Proclamation pour
mettre à prix la tête des Rebelles de l'Isle de
Corse ausquels la République n'accordera point
de Cartel.
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Résumé : ADDITION aux Nouvelles Etrangeres.
En août 1731, plusieurs événements politiques et militaires marquants se sont produits en Europe. En Russie, l'armée du roi a réussi à couper les vivres aux Turcs, les piégeant dans un défilé près d'Erivan, ce qui a mis ces derniers dans une situation critique. En Allemagne, le roi de Suède a fait une entrée triomphale à Cassel, accompagné du prince Maximilien de Hesse-Cassel, avec des arcs de triomphe et des illuminations. En Espagne, plusieurs régiments ont été sélectionnés pour partir en Italie, et le prince Maure a obtenu une audience pour solliciter de l'aide contre le roi du Maroc. À Naples, la fête de sainte Anne a été célébrée par la distribution de dots. À Rome, une congrégation extraordinaire a décidé que les déserteurs réfugiés dans les églises privilégiées seraient rendus, mais sans être condamnés à mort. Le roi de Sardaigne a également tenté de médiatiser les différends entre le Saint-Siège et la Cour de Turin. Enfin, à Gênes, des prières publiques ont été organisées pour bénir les troupes envoyées contre les rebelles de l'île de Corse, où les assauts des rebelles ont été repoussés.
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16
p. 2236-2237
RUSSIE
Début :
L'Envoyé Extraordinaire de la Czarine à Constantinople , a écrit à cette Princesse que le [...]
Mots clefs :
Envoyé extraordinaire, Constantinople, Moscou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE
RUSSIE.
'Envoyé Extraordinaire de la Czarine à Cons
tantinople , a écrit à cette Princesse que le
G. -Viz. l'avoit assuré que le G. S. se désisteroir
dans la forme la plus solemnelle , de ses prétentions
sur les Provinces de la Georgie,dont les Moscovites
se sont emparez depuis quelques années,
à condition que S- M. Cz. voulut s'engager de sa
part à ne donner aucun secours directement ni
indirectement au Roy de Perse , quoiqu'elle y
fût obligée par les anciens Fraitez faits entre ce
Prince et le feu Czar Pierre II.
Au commencement du mois dernier , un Courrier
dépêché de Derbent par le General Lewaschau
, apporta la nouvelle d'une victoire remportée
par le Roy de Perse sur les Turcs , il apprit
en même-temps à la Czarine de la part de
ce General que le Roy de Perse l'avoit fait assurer
qu'il étoit dans la résolution de maintenir inviolablement
les Traitez conclus avec le feu Czar
et de ne signer aucun Traité de Paix avec le
Grand- Seigneur , sans en avoir communiqué le
projet à S. M. Cz.
On publia le mois dernier à Moscou , une
Ordonnance contre plusieurs Particuliers qui
s'étant établis dans cette Ville sur le pied de Devins
, trompoient les gens crédules et tiroient
d'eux des sommes considerables pour leur découvrir
l'avenir , ou pour leur faire trouver des
trésors . Quelques- uns de ces Imposteurs qui ont
été arrêtez , ont été condamnez à travailler pendant
SEPTEMBRE. 1731. 2237
dant toute leur vie aux nouvelles Mines de Siberie
, où on envoye depuis deux ans tous les Criminels
qu'on ne juge pas dignes de mort.
Des Lettres de la Chine . venues depuis peu en
Moscovie , confirment les premieres nouvelles
qu'on avoit reçues du Tremblement de Terre
qu'on ressentit à Pekin le 30 de Septembre
de l'année derniere , et on ajoûte que les deux
tiers de cette Capitale ont été détruits ; que les
inondations ayant ôté toute esperance de récolte
dans les Provinces les plus abondantes de la Chine,
y étoit dans la crainte d'une famine presque
generale.
'Envoyé Extraordinaire de la Czarine à Cons
tantinople , a écrit à cette Princesse que le
G. -Viz. l'avoit assuré que le G. S. se désisteroir
dans la forme la plus solemnelle , de ses prétentions
sur les Provinces de la Georgie,dont les Moscovites
se sont emparez depuis quelques années,
à condition que S- M. Cz. voulut s'engager de sa
part à ne donner aucun secours directement ni
indirectement au Roy de Perse , quoiqu'elle y
fût obligée par les anciens Fraitez faits entre ce
Prince et le feu Czar Pierre II.
Au commencement du mois dernier , un Courrier
dépêché de Derbent par le General Lewaschau
, apporta la nouvelle d'une victoire remportée
par le Roy de Perse sur les Turcs , il apprit
en même-temps à la Czarine de la part de
ce General que le Roy de Perse l'avoit fait assurer
qu'il étoit dans la résolution de maintenir inviolablement
les Traitez conclus avec le feu Czar
et de ne signer aucun Traité de Paix avec le
Grand- Seigneur , sans en avoir communiqué le
projet à S. M. Cz.
On publia le mois dernier à Moscou , une
Ordonnance contre plusieurs Particuliers qui
s'étant établis dans cette Ville sur le pied de Devins
, trompoient les gens crédules et tiroient
d'eux des sommes considerables pour leur découvrir
l'avenir , ou pour leur faire trouver des
trésors . Quelques- uns de ces Imposteurs qui ont
été arrêtez , ont été condamnez à travailler pendant
SEPTEMBRE. 1731. 2237
dant toute leur vie aux nouvelles Mines de Siberie
, où on envoye depuis deux ans tous les Criminels
qu'on ne juge pas dignes de mort.
Des Lettres de la Chine . venues depuis peu en
Moscovie , confirment les premieres nouvelles
qu'on avoit reçues du Tremblement de Terre
qu'on ressentit à Pekin le 30 de Septembre
de l'année derniere , et on ajoûte que les deux
tiers de cette Capitale ont été détruits ; que les
inondations ayant ôté toute esperance de récolte
dans les Provinces les plus abondantes de la Chine,
y étoit dans la crainte d'une famine presque
generale.
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Résumé : RUSSIE
En septembre 1731, plusieurs événements marquants ont eu lieu en Russie et dans les régions voisines. Un envoyé extraordinaire de la czarine à Constantinople a rapporté que le grand vizir avait promis que le sultan ottoman renoncerait aux provinces de Géorgie, conquises par les Moscovites, à condition que la czarine ne soutienne pas le roi de Perse. Simultanément, le général Lewaschau a annoncé une victoire du roi de Perse sur les Turcs et son intention de respecter les traités avec le défunt czar Pierre II, ainsi que de ne pas signer de traité de paix avec le sultan sans en informer la czarine. À Moscou, une ordonnance a été publiée contre des devins trompeurs, certains étant condamnés aux travaux forcés en Sibérie. Par ailleurs, des lettres de Chine ont confirmé un tremblement de terre à Pékin en septembre 1730, détruisant deux tiers de la capitale, et des inondations menaçant une famine générale en raison de la perte des récoltes.
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17
p. 2450
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Début :
Le 7 Septembre, le P. Galuzzi, Jésuite, mourut a Rome, extrêmement regreté. Le lendemain [...]
Mots clefs :
Moscou, Jésuite, Tsarine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS DES PAYS ETRANGERS.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 7 Septembre , le P. Galuzzi , Jésuite , mourut
a Rome , extrêmement regreté. Le lende
main son corps fut exposé dans l'Eglise de Saint
Ignace , où il y eut un concours prodigieux de
- peuple,qui avoit pour lui une grande vénération .
La Czarine Eudoxie Frederowina , premiere
femme du Czar Pierre L. et ayeule du feu Czar
Pierre II. mourut le 8 du mois dernier , dans le
Monastere où elle s'étoit retirée près de Moscou.
E 7 Septembre , le P. Galuzzi , Jésuite , mourut
a Rome , extrêmement regreté. Le lende
main son corps fut exposé dans l'Eglise de Saint
Ignace , où il y eut un concours prodigieux de
- peuple,qui avoit pour lui une grande vénération .
La Czarine Eudoxie Frederowina , premiere
femme du Czar Pierre L. et ayeule du feu Czar
Pierre II. mourut le 8 du mois dernier , dans le
Monastere où elle s'étoit retirée près de Moscou.
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18
p. 2070-2071
RUSSIE.
Début :
ON mande de Moscou, que la Czarine avoit assigné à la Princesse, fiancée au Duc de Holstein [...]
Mots clefs :
Moscou, Tsarine, Princesse, Karl von Biron, Paix, Suède, Gustave von Biron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
N mande de Mofcou , que la Czarine avoit
affigné à la Princeffe , fiancée au Duc de Holl
tein une Penfion de 300co Roubles, & qu'elle avoit
envoyé à tous les Tribunaux de Ruffie le Decret ,
par lequel elle déclare cette Princeffe habile à fucceder
au Trône .
On a appris depuis , que la Publication de la Paix
entre la Ruffie & la Suede s'y fit le 26 .
La Czarine a donné ordre de remettre en liberté
les Comtes Charles & Guftave Biron.
Оа
SEPTEMBRE. 1744. 2071
On inande de Mofcou du 14 du mois dernier,
que
le 8 , un Officier des Gardes du Corps fe rendit à
Jaroflow par ordre de S. M. Cz . pour annoncer aux
Comtes Charles & Guftave Biron , & au Général
Bismarck , qu'elle vouloit bien leur rendre la liberté
; elle a fait déclarer en même tems au dernier ,
qu'elle fouhaitoit qu'il demeurât à fon fervice , &
qu'elle lui deftinoit un emploi confidérable.
Les deux premiers ont la permiffion de le retirer
en Curlande , ou dans tel autre Pays qu'ils jugeront
à propos , à condition de ne jamais porter les armes
contre la Ruffie.
On ne doute point que le Comte Erneſt Biron
& fes Enfans n'éprouvent auffi bien- tôt les effets de
la clémence de S. M. Cz.
N mande de Mofcou , que la Czarine avoit
affigné à la Princeffe , fiancée au Duc de Holl
tein une Penfion de 300co Roubles, & qu'elle avoit
envoyé à tous les Tribunaux de Ruffie le Decret ,
par lequel elle déclare cette Princeffe habile à fucceder
au Trône .
On a appris depuis , que la Publication de la Paix
entre la Ruffie & la Suede s'y fit le 26 .
La Czarine a donné ordre de remettre en liberté
les Comtes Charles & Guftave Biron.
Оа
SEPTEMBRE. 1744. 2071
On inande de Mofcou du 14 du mois dernier,
que
le 8 , un Officier des Gardes du Corps fe rendit à
Jaroflow par ordre de S. M. Cz . pour annoncer aux
Comtes Charles & Guftave Biron , & au Général
Bismarck , qu'elle vouloit bien leur rendre la liberté
; elle a fait déclarer en même tems au dernier ,
qu'elle fouhaitoit qu'il demeurât à fon fervice , &
qu'elle lui deftinoit un emploi confidérable.
Les deux premiers ont la permiffion de le retirer
en Curlande , ou dans tel autre Pays qu'ils jugeront
à propos , à condition de ne jamais porter les armes
contre la Ruffie.
On ne doute point que le Comte Erneſt Biron
& fes Enfans n'éprouvent auffi bien- tôt les effets de
la clémence de S. M. Cz.
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19
p. 149-151
« M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
Début :
M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Académie de chirurgie, Moscou, Saint-Petersbourg, Sages-femmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
M. Morand , de l'Académie des Sciences
, & Secrétaire perpétuel de l'Académie
de Chirurgie , qui a autant de zéle pour le
bien de l'humanité de talent pour le
procurer , nous a communiqué une ordonnance
rendue par l'Impératrice de Ruffe
, qui porte que » toutes les Sages fem-
» mes , tant à Mofcou qu'à Petersbourg ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
39
» devront être examinées par des Médecins
» & Chirurgiens experts , ainfi que par
» des Sages femmes jurées , après quoi on
» leur fera prêter ferment fuivant le for-
» mulaire joint à la même ordonnance . Le
» nombre de ces Sages femmes eft fixé à
» quinze pour Mofcou , & à dix pour Pétersbourg.
A mesure qu'il y en aura de
» furnuméraires , on en fera paffer une
» dans chaque ville du Gouvernement , &
fucceffivement dans les villes provinciales
, afin qu'avec le tems tout l'Empire
» foit pourvû de Sages femmes. Leur ſalai-
» re eft reglé par une lifte annexée à ladite
» Ordonnance , & chacun fera tenu de le
» payer fans contradiction . Outre les Sages
» femmes ordinaires , il y en aura deux à
" Mofcou & deux à Pétersbourg pour tou
» tes fortes de cas extraordinaires , lefquel-
» les feront aux gages de la Couronne.
» Celles de Mofcou auront , la premiere
» deux cens roubles , & la feconde cent
cinquante ; celles de Pétersbourg , la pre-
» miere trois cens , & la feconde deux
» cens roubles par année . Chaque Sage
» femme jurée tiendra deux apprentives.
»
Pour l'inftruction fondamentale & la
»confirmation réguliere des Sages fem-
» mes , on établira tant à Mofcou qu'à Pé-
» tersbourg , dans chacune de ces deux vil-
00
DECEMBRE. 1754 151
»
"
» les , une école fous l'infpection d'un Mé-
>> decin & d'un Chirurgien , lefquels Méde-
» cins & Chirurgiens feront nommés Profeffeurs
en l'art d'accoucher , & les Chirur-
" giens , Accoucheurs ; ils feront auffi aux
» gages de la Couronne. Les premiers au-
» ront depuis trois cens jufqu'à fix cens
» roubles , & les derniers entre deux cens
»& quatre cens roubles par année . Le Collégé
de Médecine ne demande pour tous
» ces frais & autres qu'une fimple fomme
>> annuelle de trois mille roubles ; laquelle
» fomme devant être , comme de raifon
» fupportée par le public , l'on a formé
» une taxe , dont la liſte eft de même join-
» te à l'Ordonnance , & en conféquence de
laquelle chacun fera obligé de payer fuivant
le rang du mari de l'accouchée , fans
exception de qui que ce foit , fous peine
» d'exécution. Cette fomme fera avancée
» en trois termes annuellement par le tré-
»for de la Couronne , au Collège de Mé-
» decine , qui en fera enfuite la reftitution
» du produit de la taxe . Tout cet établif-
» fement eft foumis à la direction du même
» Collége , qui eft chargé auffi de la per-
»ception des deniers affectés à fon ufage.
, & Secrétaire perpétuel de l'Académie
de Chirurgie , qui a autant de zéle pour le
bien de l'humanité de talent pour le
procurer , nous a communiqué une ordonnance
rendue par l'Impératrice de Ruffe
, qui porte que » toutes les Sages fem-
» mes , tant à Mofcou qu'à Petersbourg ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
39
» devront être examinées par des Médecins
» & Chirurgiens experts , ainfi que par
» des Sages femmes jurées , après quoi on
» leur fera prêter ferment fuivant le for-
» mulaire joint à la même ordonnance . Le
» nombre de ces Sages femmes eft fixé à
» quinze pour Mofcou , & à dix pour Pétersbourg.
A mesure qu'il y en aura de
» furnuméraires , on en fera paffer une
» dans chaque ville du Gouvernement , &
fucceffivement dans les villes provinciales
, afin qu'avec le tems tout l'Empire
» foit pourvû de Sages femmes. Leur ſalai-
» re eft reglé par une lifte annexée à ladite
» Ordonnance , & chacun fera tenu de le
» payer fans contradiction . Outre les Sages
» femmes ordinaires , il y en aura deux à
" Mofcou & deux à Pétersbourg pour tou
» tes fortes de cas extraordinaires , lefquel-
» les feront aux gages de la Couronne.
» Celles de Mofcou auront , la premiere
» deux cens roubles , & la feconde cent
cinquante ; celles de Pétersbourg , la pre-
» miere trois cens , & la feconde deux
» cens roubles par année . Chaque Sage
» femme jurée tiendra deux apprentives.
»
Pour l'inftruction fondamentale & la
»confirmation réguliere des Sages fem-
» mes , on établira tant à Mofcou qu'à Pé-
» tersbourg , dans chacune de ces deux vil-
00
DECEMBRE. 1754 151
»
"
» les , une école fous l'infpection d'un Mé-
>> decin & d'un Chirurgien , lefquels Méde-
» cins & Chirurgiens feront nommés Profeffeurs
en l'art d'accoucher , & les Chirur-
" giens , Accoucheurs ; ils feront auffi aux
» gages de la Couronne. Les premiers au-
» ront depuis trois cens jufqu'à fix cens
» roubles , & les derniers entre deux cens
»& quatre cens roubles par année . Le Collégé
de Médecine ne demande pour tous
» ces frais & autres qu'une fimple fomme
>> annuelle de trois mille roubles ; laquelle
» fomme devant être , comme de raifon
» fupportée par le public , l'on a formé
» une taxe , dont la liſte eft de même join-
» te à l'Ordonnance , & en conféquence de
laquelle chacun fera obligé de payer fuivant
le rang du mari de l'accouchée , fans
exception de qui que ce foit , fous peine
» d'exécution. Cette fomme fera avancée
» en trois termes annuellement par le tré-
»for de la Couronne , au Collège de Mé-
» decine , qui en fera enfuite la reftitution
» du produit de la taxe . Tout cet établif-
» fement eft foumis à la direction du même
» Collége , qui eft chargé auffi de la per-
»ception des deniers affectés à fon ufage.
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Résumé : « M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
M. Morand, membre de l'Académie des Sciences et Secrétaire perpétuel de l'Académie de Chirurgie, a communiqué une ordonnance de l'Impératrice de Russie. Cette ordonnance impose que toutes les sages-femmes à Moscou et à Saint-Pétersbourg soient examinées par des médecins, chirurgiens experts et sages-femmes jurées. Le nombre de sages-femmes est limité à quinze pour Moscou et dix pour Saint-Pétersbourg. Les sages-femmes surnuméraires seront envoyées dans les villes du gouvernement et les villes provinciales pour couvrir l'ensemble de l'Empire. Leur salaire est réglementé et doit être payé sans contestation. Deux sages-femmes à Moscou et deux à Saint-Pétersbourg seront dédiées aux cas extraordinaires, rémunérées par la Couronne. Chaque sage-femme jurée supervisera deux apprenties. Pour la formation et la confirmation des sages-femmes, des écoles seront établies à Moscou et à Saint-Pétersbourg sous la supervision de médecins et chirurgiens, nommés professeurs en art d'accoucher et accoucheurs, également rémunérés par la Couronne. Le Collège de Médecine demande une somme annuelle de trois mille roubles pour ces frais, soutenue par le public via une taxe basée sur le rang du mari de l'accouchée. Cette somme sera avancée par le trésor de la Couronne et restituée par le Collège de Médecine, qui dirige l'ensemble de cet établissement et perçoit les fonds affectés à son usage.
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20
p. 182-188
« Ls 23 de ce mois, Sa Majesté Impériale a reçu les marques de l'Ordre de l'Aigle noir, des mains [...] »
Début :
Ls 23 de ce mois, Sa Majesté Impériale a reçu les marques de l'Ordre de l'Aigle noir, des mains [...]
Mots clefs :
Duc, Traité, Général, Cour, Ministre, Règlement, Moscou, Vienne, Camp de l'armée autrichienne, Silésie, Dresde, Erlangen, Franconie, Hambourg, Ratisbonne, Madrid, Málaga, Civitavecchia, Bastia, Turin, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ls 23 de ce mois, Sa Majesté Impériale a reçu les marques de l'Ordre de l'Aigle noir, des mains [...] »
NOUVELLES POLITIQUES.
Janvier 1763. II. Vol.
De Moscou , le 30 Novembre 1762.
Ls 23 de ce mois , Sa Majeſté Impériale a reçu
les marques de l'Ordre de l'Aigle noir , des mains
du Baron de Goltz , Miniftre du Roi de Pruffe. LE23:
On adécouvert une confpiration qui s'étoit tramée
contre l'Impératrice . Les Chefs du complot
étoient les trois freres Gourieff , Officiers des Gardes
Ifmael , & les deux Hroufchef, dont l'un étoit
Officier , & l'autre Maréchal des Logis du Régiment
d'Engermanie. Les coupables , fur le rapport
des Juges , ont été condamnés par le Sénat
à être écartelés. Mais fa Majefté Impériale a commué
leur fupplice rigoureux , en un genre de
punition , qui n'avoit pas encore été employé en
Ruffie. Les coupables ont été conduits dans une
place publique le 8 de ce mois ; là ils ont été dégradés
de nobleffe ; le Bourreau les a fouffletés ,
leur a brifé leurs épées par deffus leurs têtes ;
après quoi , ils ont été transférés en Sibérie .
De VIENNE , le 25 Décembre.
&
L'Empereur & l'impératrice font dans la
plus grande affliction de la mort de l'Archidu
JANVIER. 1763. 183
cheffe Jeanne ; cette jeune Princeffe , après avoir
lutté pendant vingt - quatre jours contre une maladie
cruelle , a enfin fuccombé Jeudi dernier
entre quatre & cinq heures après midi. C'étoit
la cinquième des Archiduchelles filles de leurs
Majeltés Impériales & Royales. Elle fe nommoit
Jeanne- Gabrielle- Jofeph - Antoine , & étoit née le
4 Février 1750. Son corps a été inhumé fans cérémonie
, parce qu'ily a eu dans les derniers jours
de fa maladie , qui étoit une fiévre milliaire , une
érruption pourpreufe. La Cour prendra le deuil
pour trois mois.
Du Camp de l'Armée Autrichienne en Siléfie
le 26 Novembre 1762 .
Le Général de Bethlem , qui a pris fon Quartier
Général à Jagerndorff , occupe vingt- fix Villages
de la Haute- Siléfie Pruffienne. L'amniſtie
dont il eft convenu avec le Général Werner depuis
le 1 de ce mois , n'a point de terme fixe :
mais on nepourra le rompre , de l'un ou de l'autre
côté , qu'en s'avertiffant trois jours auparavant.
La même convention a eu lieu entre le Maréchal
de Daun & le Prince de Bevern.
Le Général Beck a pris fon quartier d'hyver à
Wartha , & le Baron de Loudon a établi le fien à
Scharfeneck. Le Général O- Donel remplace le
Maréchal de Dun pendant Phyver.
De DRESDE , le Décembre ,
La fufpenfion d'armes entre les armées Autrichienne
& Pruffienne n'a été réglée qu'après de
grands débats de part & d'autre. On eft convenu
de fixer une ligne de féparation entre les quartiers
refpectifs des deux Armées. La Ligne commence
à Marckliffa , paffe à Lobau , Bautzen , Ca-,7
184 MERCURE DE FRANCE .
mentz , Konigsbruck , vient finir à Groffenhayn,
& fuit le Canal qui communique de la Schvartz-
Elfter à l'Elbe . Les Autrichiens confervent de leur
côté le terrein qui eft entre le cours de la riviére
& celui du ruiffeau de Klein- Triebfche , en gagnant
la forêt de Tharand qui leur refte. Leur
ligne fuit la Wilde-Weifferitz jufqu'à ſa ſource
& de-là continue au pied des montagnes juſqu'à
Olmitz & Adorff , afin de couvrir la Bohème . Le
Général Haddick a détaché de fon Armée huit
Bataillons & quatre Régimens de Cavalerie ,
pour les joindre à l'Armée de l'Empire .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Erlang en Franconie
, le 7 Décembre.
On apprend de Bareuth que l'Armée de l'Empire
s'avance en force , pour obliger les Pruffiens
à fe retirer du Cercle. L'avant- garde , après avoir
repoufflé le Corps du Comte de Schulembourg ,
qui étoit à Creuffen , eſt arrivée à Saint Jean près
de Bareuth . Un Régiment de Cuiraffiers Autrichiens
& un Régiment de Dragons fe font portés à
Virbens & Neuftadt fur le Kulm , aux ordres du
Général Pellegrini. Le Prince de Stolberg doit
être de fa perfonne à Weiden , & le Général k léefel
doit avancer par le Haut Palatinat . On allure
que ces difpofitions ont déja fait retirer les Pruffiens
des environs de Bareuth On préfume que le
Général Kleift ne tiendra point à Bamberg , &
qu'il s'empreffera de rentrer en Saxe , pour ne
pas expofer aux hazards de la guerre le butin
confidérable qu'il a enlevé dans la Franconie.
On mande de Leipfick que le Roi de Pruffe s'eft
tranſporté à Gotha ; que la ville de Nuremberg a
été fermée il y a quelques jours, & que le Général
Kleift y eft entré avec un détachement pour y lever
des contributions.
JANVIER . 1763. 185
De la FRANCONIE , le 4 Décembre .
Le Corps du Général Kleift s'eft replié jufqu'à
Schleuffingen , où il a été renforcé par celui de
Trimbach , compofé de mille hommes. Le Général
Comte de Neuwied occupe les environs de
Plauen. L'Armée de l'Empire a établi fon quartier
général à Lauff , à quelques lieues de Nuremberg
, & l'on a diftribué des troupes dans les
villages circonvoisins. Cette Armée vient d'être
renforcée par fix Régimens Autrichiens , un Corps
de Huffards & un de Croates. Il eſt resté fix mille.
hommes dans le pays de Bareuth , afin de couvrir
les endroits les plus exposés.
De HAMBOURG , le 20 Décembre.
Suivant les nouvelles de Warfovie , le Comte
de Keyferling , Envoyé extraordinaire de Ruffie
auprès du Roi & de la République de Pologne ,
eft arrivé dans cette Capitale à la fin de Novembre.
On prétend qu'il eft chargé de traiter l'affaire
de la Courlande , & de concilier , s'il eft poffible
, les intérêts du Duc de Biren avec ceux du
Prince Charles ; mais on ne fait rien de précis fur
les véritables intentions de la Cour de Ruffie >
quoiqu'elles paroiffent très-favorables au Duc
Erneft- Jean.
Le fieur Simolin , Miniftre de Ruffie auprès du
Duc de Biren , a reçu de Mofcou des dépêches ,
par lesquelles on lui marque que la difcuffion qui
s'étoit élevée entre fa Cour & celle de Dannemarck
, au ſujet du Holſtein , étoit entiérement
terminée.
De RATISBONNE , le 20 Décembre.
Le Cercle de Baviere a formé une délibération
186 MERCURE DE FRANCE.
dont l'objet eft de prier l'Empereur de vouloir bien
permettre que l'on détachât de l'Armée de l'Empire
le contingent de ce Cerccle pour couvrir les
Etats qui le compofent . Le Cercle de Suabe , affemblé
à Ulm , a formé , à ce qu'on prétend , la
même délibération .
On mande de Berlin que le Comte de Finckenſtein
, Miniftre & Secrétaire d'Etat au département
des Affaires étrangeres, eft parti de cette
Ville le 13 de grand matin pour le rendre à Leipfick
, où Sa Majefté Pruffienne l'a mandé . Cette
nouvelle donne quelques efperances pour la paix
en Allemagne .
De MADRID , le 7 Décembre.
Avant- hier il eft arrivé de Paris un Courier
qui a apporté les ratifications des articles préliminaires
de Paix conclus entre cette Cour & celle de
France , d'une part ; & l'Angleterre & le Portugal
, de l'autre , & fignés le 3 Novembre dernier.
Sa Majefté a fait expédier auffi tot les ordres néceffaires
pour la ceffation des hoftilités.
De MALAGA , le 16 Novembre.
Le fieur Perrier de Salvert , Lieutenant de la
Frégate Françoife l'Oiseau , commandée par le
Chevalier de Modene , eft arrivée dans ce Port
avec cent quatre - vingt hommes de l'équipage,
On a fu de lui les détails fuivans concernant la
prife de ce bâtiment.
Le 23 Octobre dernier le Chevalier de Modène
découvrit , à la hauteur du Cap de Palos , un
Navire Anglois , auquel il donna la chaffe ; mais
ayant reconnu que c'étoit un vaifleau de guerre
fupérieur en force , il abandonna fa pourſuite &
prit chaffe à ſon tour . Vers les cinq heures du
JANVIER . 1763. 187
foir le vaiffeau ennemi l'atteignit , & le força de
fe rendre après un combat très - vif , qui dura
trois heures. La Frégate reçut trente coups de
canon à fleur d'eau ; quarante- huit hommes
furent mis hors de combat , & il y en eut treize
de tués , du nombre defquels font les fieurs de
Gineftous , de Mauperthuis & de Sainte - Croix .
Le Chevalier de Modene a eu le bras droit emporté
d'un coup de mitraille ; le fieur Perrier de
Salvert une forte contufion au bras , & le fieur de
Chalus une légére bleffure à la main . L'ennemia
eu vingt hommes tués ou bleflés . Le bâtiment Anglois
eft la Brune , Frégate de trente- quatre piéces
de canon & de deux cens foixante hommes
d'équipage. Elle a conduit fa priſe à Gibraltar ,
où eft refté le Chevalier de Modene , dont la
bleffure ne laiffe pas craindre pour ſa vie .
De CIVITA-VECCHIA , le 16 Décembre.
Les démêlés de la Cour de Rome avec la République
de Gênes fubfiftent toujours dans le
même état. La République a demandé la médiation
du Roi des deux Siciles , & l'Abbé Cazali
eft actuellement à Naples pour négocier
cette affaire.
On a déja commencé à deffécher les Marais
Pontins , & les premiers travaux ont été fort heureux
; mais il eft à craindre que cette belle &
grande entreprife ne fott funefte aux habitans des
campagnes voisines , & peut-être de Rome même.
Le remuement de ces terres marécageules pourroit
bien dans les chaleurs dé l'été infecter l'air ,
& répandre des maladies dans les environs.
De la BASTIE , le 22 Novembre.
1
Il n'eſt pas vrai , comme on l'avoit appris d'un
188 MERCURE DE FRANCE.
Navire arrivé ici dernierement , que nos trou?
pes le foient emparées de Rogliani. Paſcal Paoli ,
eft encore à Cafinca.
Le Vifiteur Apoftolique eſt toujours dans l'Etat
de Gênes , quoiqu'on ait répandu le bruit qu'il :
en étoit parti pour retourner en Italie.
De TURIN , le 2p Décembre.
La Princeffe Polixene de Savoye , fille du
Prince de Carignan , eft morte le zo , d'une maladie
de langueur , qui étoit la fuite d'une fiévre
inflammatoire avec oppreffion de poitrine . Elle
n'étoit agée que de feize ans ; la Cour prendra
le deuil demain à cette occafion , & le portera
quinze jours.
De LONDRES , le 16 Décembre.
Le Duc de Nivernois a eu aujoud'hui fa
premiere audience du Duc d'Yorck , Frere du
Roi. Ce Miniftre a toujours de fréquentes conférences
avec les Miniftres du Roi , au füjer
du Traité définitif, auquel les difpofitions de la
Nation ne paroillent apporter aucune difficulté.
Janvier 1763. II. Vol.
De Moscou , le 30 Novembre 1762.
Ls 23 de ce mois , Sa Majeſté Impériale a reçu
les marques de l'Ordre de l'Aigle noir , des mains
du Baron de Goltz , Miniftre du Roi de Pruffe. LE23:
On adécouvert une confpiration qui s'étoit tramée
contre l'Impératrice . Les Chefs du complot
étoient les trois freres Gourieff , Officiers des Gardes
Ifmael , & les deux Hroufchef, dont l'un étoit
Officier , & l'autre Maréchal des Logis du Régiment
d'Engermanie. Les coupables , fur le rapport
des Juges , ont été condamnés par le Sénat
à être écartelés. Mais fa Majefté Impériale a commué
leur fupplice rigoureux , en un genre de
punition , qui n'avoit pas encore été employé en
Ruffie. Les coupables ont été conduits dans une
place publique le 8 de ce mois ; là ils ont été dégradés
de nobleffe ; le Bourreau les a fouffletés ,
leur a brifé leurs épées par deffus leurs têtes ;
après quoi , ils ont été transférés en Sibérie .
De VIENNE , le 25 Décembre.
&
L'Empereur & l'impératrice font dans la
plus grande affliction de la mort de l'Archidu
JANVIER. 1763. 183
cheffe Jeanne ; cette jeune Princeffe , après avoir
lutté pendant vingt - quatre jours contre une maladie
cruelle , a enfin fuccombé Jeudi dernier
entre quatre & cinq heures après midi. C'étoit
la cinquième des Archiduchelles filles de leurs
Majeltés Impériales & Royales. Elle fe nommoit
Jeanne- Gabrielle- Jofeph - Antoine , & étoit née le
4 Février 1750. Son corps a été inhumé fans cérémonie
, parce qu'ily a eu dans les derniers jours
de fa maladie , qui étoit une fiévre milliaire , une
érruption pourpreufe. La Cour prendra le deuil
pour trois mois.
Du Camp de l'Armée Autrichienne en Siléfie
le 26 Novembre 1762 .
Le Général de Bethlem , qui a pris fon Quartier
Général à Jagerndorff , occupe vingt- fix Villages
de la Haute- Siléfie Pruffienne. L'amniſtie
dont il eft convenu avec le Général Werner depuis
le 1 de ce mois , n'a point de terme fixe :
mais on nepourra le rompre , de l'un ou de l'autre
côté , qu'en s'avertiffant trois jours auparavant.
La même convention a eu lieu entre le Maréchal
de Daun & le Prince de Bevern.
Le Général Beck a pris fon quartier d'hyver à
Wartha , & le Baron de Loudon a établi le fien à
Scharfeneck. Le Général O- Donel remplace le
Maréchal de Dun pendant Phyver.
De DRESDE , le Décembre ,
La fufpenfion d'armes entre les armées Autrichienne
& Pruffienne n'a été réglée qu'après de
grands débats de part & d'autre. On eft convenu
de fixer une ligne de féparation entre les quartiers
refpectifs des deux Armées. La Ligne commence
à Marckliffa , paffe à Lobau , Bautzen , Ca-,7
184 MERCURE DE FRANCE .
mentz , Konigsbruck , vient finir à Groffenhayn,
& fuit le Canal qui communique de la Schvartz-
Elfter à l'Elbe . Les Autrichiens confervent de leur
côté le terrein qui eft entre le cours de la riviére
& celui du ruiffeau de Klein- Triebfche , en gagnant
la forêt de Tharand qui leur refte. Leur
ligne fuit la Wilde-Weifferitz jufqu'à ſa ſource
& de-là continue au pied des montagnes juſqu'à
Olmitz & Adorff , afin de couvrir la Bohème . Le
Général Haddick a détaché de fon Armée huit
Bataillons & quatre Régimens de Cavalerie ,
pour les joindre à l'Armée de l'Empire .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Erlang en Franconie
, le 7 Décembre.
On apprend de Bareuth que l'Armée de l'Empire
s'avance en force , pour obliger les Pruffiens
à fe retirer du Cercle. L'avant- garde , après avoir
repoufflé le Corps du Comte de Schulembourg ,
qui étoit à Creuffen , eſt arrivée à Saint Jean près
de Bareuth . Un Régiment de Cuiraffiers Autrichiens
& un Régiment de Dragons fe font portés à
Virbens & Neuftadt fur le Kulm , aux ordres du
Général Pellegrini. Le Prince de Stolberg doit
être de fa perfonne à Weiden , & le Général k léefel
doit avancer par le Haut Palatinat . On allure
que ces difpofitions ont déja fait retirer les Pruffiens
des environs de Bareuth On préfume que le
Général Kleift ne tiendra point à Bamberg , &
qu'il s'empreffera de rentrer en Saxe , pour ne
pas expofer aux hazards de la guerre le butin
confidérable qu'il a enlevé dans la Franconie.
On mande de Leipfick que le Roi de Pruffe s'eft
tranſporté à Gotha ; que la ville de Nuremberg a
été fermée il y a quelques jours, & que le Général
Kleift y eft entré avec un détachement pour y lever
des contributions.
JANVIER . 1763. 185
De la FRANCONIE , le 4 Décembre .
Le Corps du Général Kleift s'eft replié jufqu'à
Schleuffingen , où il a été renforcé par celui de
Trimbach , compofé de mille hommes. Le Général
Comte de Neuwied occupe les environs de
Plauen. L'Armée de l'Empire a établi fon quartier
général à Lauff , à quelques lieues de Nuremberg
, & l'on a diftribué des troupes dans les
villages circonvoisins. Cette Armée vient d'être
renforcée par fix Régimens Autrichiens , un Corps
de Huffards & un de Croates. Il eſt resté fix mille.
hommes dans le pays de Bareuth , afin de couvrir
les endroits les plus exposés.
De HAMBOURG , le 20 Décembre.
Suivant les nouvelles de Warfovie , le Comte
de Keyferling , Envoyé extraordinaire de Ruffie
auprès du Roi & de la République de Pologne ,
eft arrivé dans cette Capitale à la fin de Novembre.
On prétend qu'il eft chargé de traiter l'affaire
de la Courlande , & de concilier , s'il eft poffible
, les intérêts du Duc de Biren avec ceux du
Prince Charles ; mais on ne fait rien de précis fur
les véritables intentions de la Cour de Ruffie >
quoiqu'elles paroiffent très-favorables au Duc
Erneft- Jean.
Le fieur Simolin , Miniftre de Ruffie auprès du
Duc de Biren , a reçu de Mofcou des dépêches ,
par lesquelles on lui marque que la difcuffion qui
s'étoit élevée entre fa Cour & celle de Dannemarck
, au ſujet du Holſtein , étoit entiérement
terminée.
De RATISBONNE , le 20 Décembre.
Le Cercle de Baviere a formé une délibération
186 MERCURE DE FRANCE.
dont l'objet eft de prier l'Empereur de vouloir bien
permettre que l'on détachât de l'Armée de l'Empire
le contingent de ce Cerccle pour couvrir les
Etats qui le compofent . Le Cercle de Suabe , affemblé
à Ulm , a formé , à ce qu'on prétend , la
même délibération .
On mande de Berlin que le Comte de Finckenſtein
, Miniftre & Secrétaire d'Etat au département
des Affaires étrangeres, eft parti de cette
Ville le 13 de grand matin pour le rendre à Leipfick
, où Sa Majefté Pruffienne l'a mandé . Cette
nouvelle donne quelques efperances pour la paix
en Allemagne .
De MADRID , le 7 Décembre.
Avant- hier il eft arrivé de Paris un Courier
qui a apporté les ratifications des articles préliminaires
de Paix conclus entre cette Cour & celle de
France , d'une part ; & l'Angleterre & le Portugal
, de l'autre , & fignés le 3 Novembre dernier.
Sa Majefté a fait expédier auffi tot les ordres néceffaires
pour la ceffation des hoftilités.
De MALAGA , le 16 Novembre.
Le fieur Perrier de Salvert , Lieutenant de la
Frégate Françoife l'Oiseau , commandée par le
Chevalier de Modene , eft arrivée dans ce Port
avec cent quatre - vingt hommes de l'équipage,
On a fu de lui les détails fuivans concernant la
prife de ce bâtiment.
Le 23 Octobre dernier le Chevalier de Modène
découvrit , à la hauteur du Cap de Palos , un
Navire Anglois , auquel il donna la chaffe ; mais
ayant reconnu que c'étoit un vaifleau de guerre
fupérieur en force , il abandonna fa pourſuite &
prit chaffe à ſon tour . Vers les cinq heures du
JANVIER . 1763. 187
foir le vaiffeau ennemi l'atteignit , & le força de
fe rendre après un combat très - vif , qui dura
trois heures. La Frégate reçut trente coups de
canon à fleur d'eau ; quarante- huit hommes
furent mis hors de combat , & il y en eut treize
de tués , du nombre defquels font les fieurs de
Gineftous , de Mauperthuis & de Sainte - Croix .
Le Chevalier de Modene a eu le bras droit emporté
d'un coup de mitraille ; le fieur Perrier de
Salvert une forte contufion au bras , & le fieur de
Chalus une légére bleffure à la main . L'ennemia
eu vingt hommes tués ou bleflés . Le bâtiment Anglois
eft la Brune , Frégate de trente- quatre piéces
de canon & de deux cens foixante hommes
d'équipage. Elle a conduit fa priſe à Gibraltar ,
où eft refté le Chevalier de Modene , dont la
bleffure ne laiffe pas craindre pour ſa vie .
De CIVITA-VECCHIA , le 16 Décembre.
Les démêlés de la Cour de Rome avec la République
de Gênes fubfiftent toujours dans le
même état. La République a demandé la médiation
du Roi des deux Siciles , & l'Abbé Cazali
eft actuellement à Naples pour négocier
cette affaire.
On a déja commencé à deffécher les Marais
Pontins , & les premiers travaux ont été fort heureux
; mais il eft à craindre que cette belle &
grande entreprife ne fott funefte aux habitans des
campagnes voisines , & peut-être de Rome même.
Le remuement de ces terres marécageules pourroit
bien dans les chaleurs dé l'été infecter l'air ,
& répandre des maladies dans les environs.
De la BASTIE , le 22 Novembre.
1
Il n'eſt pas vrai , comme on l'avoit appris d'un
188 MERCURE DE FRANCE.
Navire arrivé ici dernierement , que nos trou?
pes le foient emparées de Rogliani. Paſcal Paoli ,
eft encore à Cafinca.
Le Vifiteur Apoftolique eſt toujours dans l'Etat
de Gênes , quoiqu'on ait répandu le bruit qu'il :
en étoit parti pour retourner en Italie.
De TURIN , le 2p Décembre.
La Princeffe Polixene de Savoye , fille du
Prince de Carignan , eft morte le zo , d'une maladie
de langueur , qui étoit la fuite d'une fiévre
inflammatoire avec oppreffion de poitrine . Elle
n'étoit agée que de feize ans ; la Cour prendra
le deuil demain à cette occafion , & le portera
quinze jours.
De LONDRES , le 16 Décembre.
Le Duc de Nivernois a eu aujoud'hui fa
premiere audience du Duc d'Yorck , Frere du
Roi. Ce Miniftre a toujours de fréquentes conférences
avec les Miniftres du Roi , au füjer
du Traité définitif, auquel les difpofitions de la
Nation ne paroillent apporter aucune difficulté.
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Résumé : « Ls 23 de ce mois, Sa Majesté Impériale a reçu les marques de l'Ordre de l'Aigle noir, des mains [...] »
En janvier 1763, plusieurs événements politiques et militaires significatifs ont été rapportés. À Moscou, le 23 novembre 1762, l'Impératrice de Russie a reçu l'Ordre de l'Aigle noir des mains du Baron de Goltz. Une conspiration contre l'Impératrice, impliquant les frères Gourieff et les frères Hroufchef, a été découverte. Les conspirateurs ont été condamnés par le Sénat à être écartelés, mais l'Impératrice a commué leur peine en dégradation et exil en Sibérie. À Vienne, l'Empereur et l'Impératrice étaient en deuil suite à la mort de l'Archiduchesse Jeanne, décédée après une maladie de vingt-quatre jours. Son corps a été inhumé sans cérémonie en raison d'une éruption pourpreuse. Sur le front militaire, en Silésie, le Général de Bethlem occupait plusieurs villages et une amnistie avait été conclue avec le Général Werner. Les Autrichiens et les Prussiens ont convenu d'une ligne de séparation pour leurs quartiers respectifs. En Franconie, l'Armée de l'Empire avançait pour repousser les Prussiens, et des troupes ont été déployées pour couvrir les régions exposées. À Dresde, la suspension d'armes entre les armées autrichienne et prussienne a été réglée après de longs débats. Les Autrichiens ont conservé des territoires stratégiques pour couvrir la Bohème. En Pologne, le Comte de Keyferling est arrivé à Varsovie pour traiter de l'affaire de la Courlande. À Madrid, les ratifications des articles préliminaires de paix entre la France, l'Angleterre, et le Portugal ont été signées, mettant fin aux hostilités. En Méditerranée, la frégate française l'Oiseau a été capturée par un navire anglais après un combat intense. Le Chevalier de Modène a été blessé et conduit à Gibraltar. À Civita-Vecchia, les travaux de drainage des Marais Pontins ont commencé, mais des inquiétudes subsistent quant aux risques sanitaires. À Turin, la Princesse Polixène de Savoie est décédée à l'âge de seize ans, et la Cour a observé un deuil de quinze jours. À Londres, le Duc de Nivernois a eu sa première audience avec le Duc d'Yorck, et des conférences fréquentes ont lieu en vue de finaliser un traité définitif.
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21
p. 209-212
RÉPONSE à l'ANONYME.
Début :
Monsieur, Que la nouvelle d'un Etablissement fait à Moscou [...]
Mots clefs :
Établissement, Moscou, Orphelins, Générosité, Honneur, Auguste souveraine, Écoles, Admiration, Estime
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à l'ANONYME.
REPONSE à l'ANONYME.
MONSIEUR ,
Que la nouvelle d'un Etabliffement
fait à Mofcou en faveur des Enfans
trouvés & des Orphelins de cet Empire
vous ait caufé un attendriffement fi
doux & fi agréable , je n'en fuis nullement
furpris ; un coeur fenfible & vertueux
voit- il rien de plus intéreffant
que ce qui eft utile à l'humanité ? Vous
le prouvez , Monfieur , d'une manière
bien honorable pour elle par votre conduite
généreufe. Les tranfports qu'elle a
fait naître dans mon âme n'ont été
modérés que par le regret de ne pas
en connoître l'Auteur. Je fuis forcé de
refpecter le motif qui vous porte à le
cacher ; mais fi par vorre vertu vous
210 MERCURE DE FRANCE.
facrifiez le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui vous eft dû , je ne crois
pas devoir enfevelir dans le filencer
l'exemple unique que vous donnez au
Genre humain .
En lifant les papiers publics , vous
jouirez donc , Monfieur , du plaifir d'a-'
voir fait du bien à vos femblables &
de les inftruire , & ce plaifir fera d'autant
plus vif , que les précautions de la
modeftie l'auront confervé dans toute
fa pureté ; il augmentera fans doute
lorfque vous verrez que notre augufte
Souveraine s'occupe fans ceffe de nouveaux
projets analogues au premier . Elle
vient de fonder une Communauté où
deux cent jeunes Demoifelles Nobles
recevront une éducation convenable à
leur naiffance & au rang qu'elles dorvent
occuper dans le monde . L'ouver
türe folemnelle s'en fera le 28 de Juin
de cette année . Depuis quelques femainês
fes ordres ont mis la dernière main
à l'Etabliffement d'une Académie de
jeunes Artiſtes. Dans les réglemens qui
feront imprimés vous admirerez les
précautions que Sa Majefté fçait prendre
pour conferver les moeurs de ces
jeunes gens , & rendre par ce moyen ,
JUILLET. 1764. 21r
leurs talens auffi utiles à la patrie qu'à
eux- mêmes. Bientôt des Ecoles publiques
feront établies , & des afyles pour
les infirmités humaines feront ouverts
dans toutes les Provinces & Gouvernemens
de l'Empire . En lifant ces nouvelles
, ne vous écrierez-vous pas , Monfieur
, avec un des grands Sçavans de
l'Antiquité , que la réunion du pouvoir
& de la volonté de faire le bien
eft le plus beau fpectacle que les Dieux
puiffent donner aux hommes ? Nous
chériffons la mémoire d'un Empereur
Romain , qui fe plaignoit d'avoir paffé
un jour fans faire un heureux ; quelle
ne doit pas être notre tendre admiration
pour une Souveraine qui dans un
moment affure le bonheur de plufieurs
générations !
Je fçai , Monfieur , que tous les com
mencemens font pénibles ; mais l'exemple
eft , fi je puis m'exprimer ainſi , à
notre tête. Son application , fon travail
, fes lumières conduiront toutes ces
entrepriſes à leur perfection . Pour moi,
Monfieur , je ne fçaurois y contribuer
que par mon zéle ; c'eſt par là feulement
que je puis mériter ce que vous
me dites d'obligeant , & plus encore
212 MERCURE DE FRANCE.
par mon eftime profonde pour des Perfonnes
de votre caractère , & mon défir
fincère de voir tous les hommes vous
reflembler. Je fuis pour la vie ,
MONSIEUR ,
Le zélé admirateur de vos rares vertus.
B ***
MONSIEUR ,
Que la nouvelle d'un Etabliffement
fait à Mofcou en faveur des Enfans
trouvés & des Orphelins de cet Empire
vous ait caufé un attendriffement fi
doux & fi agréable , je n'en fuis nullement
furpris ; un coeur fenfible & vertueux
voit- il rien de plus intéreffant
que ce qui eft utile à l'humanité ? Vous
le prouvez , Monfieur , d'une manière
bien honorable pour elle par votre conduite
généreufe. Les tranfports qu'elle a
fait naître dans mon âme n'ont été
modérés que par le regret de ne pas
en connoître l'Auteur. Je fuis forcé de
refpecter le motif qui vous porte à le
cacher ; mais fi par vorre vertu vous
210 MERCURE DE FRANCE.
facrifiez le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui vous eft dû , je ne crois
pas devoir enfevelir dans le filencer
l'exemple unique que vous donnez au
Genre humain .
En lifant les papiers publics , vous
jouirez donc , Monfieur , du plaifir d'a-'
voir fait du bien à vos femblables &
de les inftruire , & ce plaifir fera d'autant
plus vif , que les précautions de la
modeftie l'auront confervé dans toute
fa pureté ; il augmentera fans doute
lorfque vous verrez que notre augufte
Souveraine s'occupe fans ceffe de nouveaux
projets analogues au premier . Elle
vient de fonder une Communauté où
deux cent jeunes Demoifelles Nobles
recevront une éducation convenable à
leur naiffance & au rang qu'elles dorvent
occuper dans le monde . L'ouver
türe folemnelle s'en fera le 28 de Juin
de cette année . Depuis quelques femainês
fes ordres ont mis la dernière main
à l'Etabliffement d'une Académie de
jeunes Artiſtes. Dans les réglemens qui
feront imprimés vous admirerez les
précautions que Sa Majefté fçait prendre
pour conferver les moeurs de ces
jeunes gens , & rendre par ce moyen ,
JUILLET. 1764. 21r
leurs talens auffi utiles à la patrie qu'à
eux- mêmes. Bientôt des Ecoles publiques
feront établies , & des afyles pour
les infirmités humaines feront ouverts
dans toutes les Provinces & Gouvernemens
de l'Empire . En lifant ces nouvelles
, ne vous écrierez-vous pas , Monfieur
, avec un des grands Sçavans de
l'Antiquité , que la réunion du pouvoir
& de la volonté de faire le bien
eft le plus beau fpectacle que les Dieux
puiffent donner aux hommes ? Nous
chériffons la mémoire d'un Empereur
Romain , qui fe plaignoit d'avoir paffé
un jour fans faire un heureux ; quelle
ne doit pas être notre tendre admiration
pour une Souveraine qui dans un
moment affure le bonheur de plufieurs
générations !
Je fçai , Monfieur , que tous les com
mencemens font pénibles ; mais l'exemple
eft , fi je puis m'exprimer ainſi , à
notre tête. Son application , fon travail
, fes lumières conduiront toutes ces
entrepriſes à leur perfection . Pour moi,
Monfieur , je ne fçaurois y contribuer
que par mon zéle ; c'eſt par là feulement
que je puis mériter ce que vous
me dites d'obligeant , & plus encore
212 MERCURE DE FRANCE.
par mon eftime profonde pour des Perfonnes
de votre caractère , & mon défir
fincère de voir tous les hommes vous
reflembler. Je fuis pour la vie ,
MONSIEUR ,
Le zélé admirateur de vos rares vertus.
B ***
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Résumé : RÉPONSE à l'ANONYME.
L'auteur répond à un anonyme ayant informé de la création à Moscou d'un établissement pour les enfants trouvés et les orphelins. Il exprime son admiration pour cette initiative et regrette de ne pas connaître l'auteur de cette nouvelle. Il respecte le désir de l'anonyme de rester caché mais souligne l'importance de reconnaître les actions vertueuses. L'auteur mentionne plusieurs projets humanitaires et éducatifs initiés par la souveraine, tels que la fondation d'une communauté pour jeunes filles nobles, la création d'une académie pour jeunes artistes, et l'établissement d'écoles publiques et d'asiles pour les infirmes dans toutes les provinces de l'empire. Il conclut en exprimant son zèle et son admiration pour les vertus de l'anonyme et son désir de voir plus d'hommes suivre son exemple.
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