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1
p. 65-80
LETTRE DE M. LE MARQUIS DE *** A MADAME DE ***
Début :
Si les Eaux de Barrége luy on esté salutaires, celles / Je suis à Bourbon l'Archambaut, Madame; & sans aucun [...]
Mots clefs :
Belles, Hommes de mérite, Bourbon l'Archambaut, Maladies, Guérir, Eaux , Remède, Maux, Boire
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. LE MARQUIS DE *** A MADAME DE ***
Si les Eauxde Barrége luy ont eſté ſalutaires , celles de Bourbon ne l'ont pas moins eſté -à quantité de Belles qu'on y a
veuës. Cette Lettre qui m'eſt -tombée entre les mains , vous en
-fera ſçavoir le merite. Je vous l'envoye tellequ'on vientdeme la donner.
LETTRE
DE M. LE MARQUIS DE ***
A MADAME DE ***
àBourbon l'Archambaut,Ma- JEfuis dame;&Sans aucun préambule,je
GALANT. 45 vay vous rendre compte de ce qui s'y paſſe,comme vous me l'avez ordonné.
Lapremiere chose que jefis en arrivant,
ce fut dem'informer du genre desMa- ladies qui avoient attirélebeauMonde
qu'ondit quis'y trouvoit , &l'on m'ap- prit qu'à l'exception dequelques Para- lifies mal formées , Hommes & Fem- mes s'y plaignoient presque tous de Vapeurs.
CeMal de tous les Maux, Mal le plus incommode,
Pour les Hommesjadis n'eſtoit point à
lamode;
Mais onſçait aujourd'huyce qu'il nous fait fouffrir,
Comme à toute heure il nous accable ,
Juſqu'à nous voir preſts d'en mourir,
Si voſtre Sexe eſtoit unpeu plus cha- ritable ,
Nous n'irions pas ſi loin eſſayer d'en guerir.
Je ne manquaypas ( & parvostre ordre , Madame , ) de demander d'a- bord des nouvelles de nostre Illustre
L
46 LE MERCVRE
Mareschal. Je ſçeus que les Eaux ne luy avoient fait que médiocrement du bien cetteannée, maisqu'en récompense M. Amiot Son Medecin , Homme
qu'unecapacitédepuis long temps éprou vée , rend digne de tout le bien qu'on en
dit, en avoitpris desſoinsſiparticuliers,
que ſes Amispouvoient espererdele re voiravectoute laſantéqu'ilsluy avoient Jouhaitée en partant : l'agreable vie qu'on mene icy , aura ſans doute contri- buéà la rétablir. Le Ieu , la Promenade, la Conversation, &tout ce qui peur lierune aimableſocieté,ſont des plaifirs
qui n'y manquent presque jamais , &la belle Compagniequi s'y trouve ordinai.
rement seroit seule capable de querir les Mauxlesplus obftinez. Tout cequi m'y paroist de fâcheux ,
C'eſt qu'on voit làde tres-ſainesMa- lades
Qui fieres de mille Beautez ,
Font de frequentes incartades Ad'innocentes Libertez.
Auplaifir de les voir le meilleur temps s'employe.
GALAN T... 47
Comme le charme eſt grand , on s'en
donne à cœur joye ,
On regarde , on admire , on demeure enchanté.
Alors aux Maux divers, dont boire eſt
le Remede
Se mefle un certain trouble àqui la
raiſon cede ,
Etmal ſur mal n'eſt pas ſanté.
Je m'en Sauve comme jepuis , &je vous avoue que cen'est passans peine,
car fi onéviteunquet-à pendd'un coſté,
on le rencontre de l'autre. Par exemple.
Avez- vous fuy les dangereux attraits
Qui coûtent tant à regarder de pres,
Lors qu'à vosyeux charmez de ſa rencontre,
L'aimable Fortia ſe montre;
Ailleurs où le hazard vous aura pû
mener,
LabelleMarcillac vous vient affaffiner.
Que de cœurs tous les jours ſes char- mes luy fontprendre ,
Sans que jamais elle fonge àles rendre!
ر
48 LE MERCVRE
Il n'eſtoit pas beſoin qu'elle quitât la
Cour
Pour leur faire un ſi méchant tour.
Ie n'oſe en dire rien , c'eſt ſur ſa conſcience ;
Mais qu'elle craigne enfin qu'on ne la pouſſe àbout
On peut prendre ſon temps , la trou- ver ſans defenſe ,
Et quiconque à voler comme elle ſe réfout,
Doit croire que malgré toute ſa refiſtance ,
Vn coup viendra qui payera tout.
,on ne
Vous auriez peine à vous imaginer
combien la belle Madame Dubal fait
envier le bonheur deſon Epoux qui est
venu aux Eaux avec elle. Ceſont deux moitiez tres- bien aſſorties,&fi la Fem- me aun merite extraordinaire
peut parler trop avantageusement du
Mary. Il estbienfait , agreable &fort conſideré dans la Maison de Monsieur
lePrince. Lepaſſe aux autres Beautez qu'onvoiticy; &pourm'empescher d'y penser trop en vous en parlant , vous
trouverez
GALANT. 49 trouverez bon , s'il vous plaiſt ,que je faſſe le Portrait qu'en ras ne vous en
courcy.
L'incomparable Bourdenois Dont la gorge toute charmante Surprend, ébloüit,touche, enchante,
De l'Amour à toute heure épuiſe le
Carquois.
Heureux qui vit ſous de ſi belles Loix,
Mais plus heureux qui s'en exempte.
De Vallecour & ſon aimable Sœur,
Des plus brillans attraits l'une & l'autre pourveuë,
Ontbien dequoyplaire à la veuë,
Mais ce n'eſt pas ſans qu'il encouſte
au cœur.
Beauregard & Beſſay par l'éclat de leurs charmes.
لوب
Font aux plus fiers rendre les armes,
Du Frétoy comme Riberpré Quand vous les regardez ſont fort à
voſtre gré ,
Tome IX. C
5o LE MERCVRE Mais mal en prendquoy qu'ony prenne garde,
Aqui trop ſouvent les regarde.
Morin , Phelipeaux & de Ris ,
Par leur propre merite à peu d'autres ſemblables ,
Ont toutesdes Filles aimables
Que ſuivent la Ieuneſſe & les Ieux &
les Ris.
On eſt charméde ſe voir avec elles ,
Mais comme de ſoy-meſme doit ſe
défier,
Ce n'eſt pas tout que de les trouver
Belles ,
L'importance eſt del'oublier.
Ioignez à ces Beautez deux Illuſtres
Amies ,
Dont il faut vous dire le nom.
L'une eſt Saint-Clair , l'autre Burgon ,
Ce ſont dans l'amitié deux ames affermies ,
Etqui fontconcevoir à qui veut s'enflamer,
Qu'iln'eſt riende ſi doux qu'aimer.
GALANT. 5
Pourla belle Damonqu'accompagnent
les Graces ,
Et dont en la voyant chacun demeure
épris.
Onnedoit point eſtre ſurpris
Si l'Amour marche ſurſes traces.
Quel affez ample, aſſez riche Marc d'or Apù payer ce prétieux Tréſor ?
Il faut encorerendre juſtice Aumerite des quatre Sœurs.
Marpon l'aînée eſt Veuve,& ( je croy)
peu novice
Dansl'art d'aſſujettir les cœurs Elle est bienfaite , aimable & fort ſpi- rituelle.
De Villedo ſa Sœur ſe fait aimer comme elle ;
Etdans l'agreable Becuau Onnevoitrien que de bon &de beau.
Mignon, la plus jeunedes quatre Ades attraits dangereux à combattre,
Etqui veut tenir contre , éprouve à ſes deſpens
Qu'il perd ſa franchiſe &ſon temps.
Cij
52 LE MERCVR E
Apres vous avoir parlé des Belles,
j'aurois un long article àvous faire , ſi je voulois vous entretenir de tous les
Hommes de merite qui boivent icy des Eaux. Nousy voyons M. le Marquis de Vardes , dont on croit que le plus grand mal foit le chagrin d'eſtre toû jours éloigné de la plus Auguste Per- Sonne duMonde. M. de Pomereüil, &
M. Pique , y sont auſſi avec M. le Comtede Bouligneux qui est un Homme tres- bien fait , &fort estimé. Mais ce qu'on peut appeller le Charme de nos plus belles Compagnies , c'eſt un jeune Milord petit-Fils du Duc d'Ormond Viceroyd'Irlande. Il donne la Comedie aux Dames , &on nepeutrien voir de plus galant àson âge. Ses belles qualitez ne surprennent point quand on les voit cultivées par M. de Montmiral Son Gouverneur. C'est un Gentilhomme tres- accomply , &fort dignedu choix qu'on a fait de luy pour la conduite du jeune Seigneur dont je vousparle. Vousferez peut- estre ſurpriſe de ceque je ne vous disriende Madame laComteffe_deDo- na, ny de quantité d'autres belles Da-
GALAN T. 53 mes qui sont venues cette année boire desEaux à Bourbon. Souvenez-vous,
je vous prie ,que je vous ayſeulement promis de vous rendre compte de celles que j'y trouverois. Je vous tiensparole,
&fuisvostre , &c.
veuës. Cette Lettre qui m'eſt -tombée entre les mains , vous en
-fera ſçavoir le merite. Je vous l'envoye tellequ'on vientdeme la donner.
LETTRE
DE M. LE MARQUIS DE ***
A MADAME DE ***
àBourbon l'Archambaut,Ma- JEfuis dame;&Sans aucun préambule,je
GALANT. 45 vay vous rendre compte de ce qui s'y paſſe,comme vous me l'avez ordonné.
Lapremiere chose que jefis en arrivant,
ce fut dem'informer du genre desMa- ladies qui avoient attirélebeauMonde
qu'ondit quis'y trouvoit , &l'on m'ap- prit qu'à l'exception dequelques Para- lifies mal formées , Hommes & Fem- mes s'y plaignoient presque tous de Vapeurs.
CeMal de tous les Maux, Mal le plus incommode,
Pour les Hommesjadis n'eſtoit point à
lamode;
Mais onſçait aujourd'huyce qu'il nous fait fouffrir,
Comme à toute heure il nous accable ,
Juſqu'à nous voir preſts d'en mourir,
Si voſtre Sexe eſtoit unpeu plus cha- ritable ,
Nous n'irions pas ſi loin eſſayer d'en guerir.
Je ne manquaypas ( & parvostre ordre , Madame , ) de demander d'a- bord des nouvelles de nostre Illustre
L
46 LE MERCVRE
Mareschal. Je ſçeus que les Eaux ne luy avoient fait que médiocrement du bien cetteannée, maisqu'en récompense M. Amiot Son Medecin , Homme
qu'unecapacitédepuis long temps éprou vée , rend digne de tout le bien qu'on en
dit, en avoitpris desſoinsſiparticuliers,
que ſes Amispouvoient espererdele re voiravectoute laſantéqu'ilsluy avoient Jouhaitée en partant : l'agreable vie qu'on mene icy , aura ſans doute contri- buéà la rétablir. Le Ieu , la Promenade, la Conversation, &tout ce qui peur lierune aimableſocieté,ſont des plaifirs
qui n'y manquent presque jamais , &la belle Compagniequi s'y trouve ordinai.
rement seroit seule capable de querir les Mauxlesplus obftinez. Tout cequi m'y paroist de fâcheux ,
C'eſt qu'on voit làde tres-ſainesMa- lades
Qui fieres de mille Beautez ,
Font de frequentes incartades Ad'innocentes Libertez.
Auplaifir de les voir le meilleur temps s'employe.
GALAN T... 47
Comme le charme eſt grand , on s'en
donne à cœur joye ,
On regarde , on admire , on demeure enchanté.
Alors aux Maux divers, dont boire eſt
le Remede
Se mefle un certain trouble àqui la
raiſon cede ,
Etmal ſur mal n'eſt pas ſanté.
Je m'en Sauve comme jepuis , &je vous avoue que cen'est passans peine,
car fi onéviteunquet-à pendd'un coſté,
on le rencontre de l'autre. Par exemple.
Avez- vous fuy les dangereux attraits
Qui coûtent tant à regarder de pres,
Lors qu'à vosyeux charmez de ſa rencontre,
L'aimable Fortia ſe montre;
Ailleurs où le hazard vous aura pû
mener,
LabelleMarcillac vous vient affaffiner.
Que de cœurs tous les jours ſes char- mes luy fontprendre ,
Sans que jamais elle fonge àles rendre!
ر
48 LE MERCVRE
Il n'eſtoit pas beſoin qu'elle quitât la
Cour
Pour leur faire un ſi méchant tour.
Ie n'oſe en dire rien , c'eſt ſur ſa conſcience ;
Mais qu'elle craigne enfin qu'on ne la pouſſe àbout
On peut prendre ſon temps , la trou- ver ſans defenſe ,
Et quiconque à voler comme elle ſe réfout,
Doit croire que malgré toute ſa refiſtance ,
Vn coup viendra qui payera tout.
,on ne
Vous auriez peine à vous imaginer
combien la belle Madame Dubal fait
envier le bonheur deſon Epoux qui est
venu aux Eaux avec elle. Ceſont deux moitiez tres- bien aſſorties,&fi la Fem- me aun merite extraordinaire
peut parler trop avantageusement du
Mary. Il estbienfait , agreable &fort conſideré dans la Maison de Monsieur
lePrince. Lepaſſe aux autres Beautez qu'onvoiticy; &pourm'empescher d'y penser trop en vous en parlant , vous
trouverez
GALANT. 49 trouverez bon , s'il vous plaiſt ,que je faſſe le Portrait qu'en ras ne vous en
courcy.
L'incomparable Bourdenois Dont la gorge toute charmante Surprend, ébloüit,touche, enchante,
De l'Amour à toute heure épuiſe le
Carquois.
Heureux qui vit ſous de ſi belles Loix,
Mais plus heureux qui s'en exempte.
De Vallecour & ſon aimable Sœur,
Des plus brillans attraits l'une & l'autre pourveuë,
Ontbien dequoyplaire à la veuë,
Mais ce n'eſt pas ſans qu'il encouſte
au cœur.
Beauregard & Beſſay par l'éclat de leurs charmes.
لوب
Font aux plus fiers rendre les armes,
Du Frétoy comme Riberpré Quand vous les regardez ſont fort à
voſtre gré ,
Tome IX. C
5o LE MERCVRE Mais mal en prendquoy qu'ony prenne garde,
Aqui trop ſouvent les regarde.
Morin , Phelipeaux & de Ris ,
Par leur propre merite à peu d'autres ſemblables ,
Ont toutesdes Filles aimables
Que ſuivent la Ieuneſſe & les Ieux &
les Ris.
On eſt charméde ſe voir avec elles ,
Mais comme de ſoy-meſme doit ſe
défier,
Ce n'eſt pas tout que de les trouver
Belles ,
L'importance eſt del'oublier.
Ioignez à ces Beautez deux Illuſtres
Amies ,
Dont il faut vous dire le nom.
L'une eſt Saint-Clair , l'autre Burgon ,
Ce ſont dans l'amitié deux ames affermies ,
Etqui fontconcevoir à qui veut s'enflamer,
Qu'iln'eſt riende ſi doux qu'aimer.
GALANT. 5
Pourla belle Damonqu'accompagnent
les Graces ,
Et dont en la voyant chacun demeure
épris.
Onnedoit point eſtre ſurpris
Si l'Amour marche ſurſes traces.
Quel affez ample, aſſez riche Marc d'or Apù payer ce prétieux Tréſor ?
Il faut encorerendre juſtice Aumerite des quatre Sœurs.
Marpon l'aînée eſt Veuve,& ( je croy)
peu novice
Dansl'art d'aſſujettir les cœurs Elle est bienfaite , aimable & fort ſpi- rituelle.
De Villedo ſa Sœur ſe fait aimer comme elle ;
Etdans l'agreable Becuau Onnevoitrien que de bon &de beau.
Mignon, la plus jeunedes quatre Ades attraits dangereux à combattre,
Etqui veut tenir contre , éprouve à ſes deſpens
Qu'il perd ſa franchiſe &ſon temps.
Cij
52 LE MERCVR E
Apres vous avoir parlé des Belles,
j'aurois un long article àvous faire , ſi je voulois vous entretenir de tous les
Hommes de merite qui boivent icy des Eaux. Nousy voyons M. le Marquis de Vardes , dont on croit que le plus grand mal foit le chagrin d'eſtre toû jours éloigné de la plus Auguste Per- Sonne duMonde. M. de Pomereüil, &
M. Pique , y sont auſſi avec M. le Comtede Bouligneux qui est un Homme tres- bien fait , &fort estimé. Mais ce qu'on peut appeller le Charme de nos plus belles Compagnies , c'eſt un jeune Milord petit-Fils du Duc d'Ormond Viceroyd'Irlande. Il donne la Comedie aux Dames , &on nepeutrien voir de plus galant àson âge. Ses belles qualitez ne surprennent point quand on les voit cultivées par M. de Montmiral Son Gouverneur. C'est un Gentilhomme tres- accomply , &fort dignedu choix qu'on a fait de luy pour la conduite du jeune Seigneur dont je vousparle. Vousferez peut- estre ſurpriſe de ceque je ne vous disriende Madame laComteffe_deDo- na, ny de quantité d'autres belles Da-
GALAN T. 53 mes qui sont venues cette année boire desEaux à Bourbon. Souvenez-vous,
je vous prie ,que je vous ayſeulement promis de vous rendre compte de celles que j'y trouverois. Je vous tiensparole,
&fuisvostre , &c.
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Résumé : LETTRE DE M. LE MARQUIS DE *** A MADAME DE ***
Dans une lettre adressée à Madame de ***, le marquis de *** décrit les événements et les personnes rencontrées à Bourbon-l'Archambault. Il souligne les bienfaits des eaux thermales de Bourbon, qui ont été bénéfiques à de nombreuses personnes, notamment à des femmes de qualité. Les maux dont souffrent les visiteurs sont principalement les vapeurs, un mal considéré comme incommode et courant. Le maréchal, bien que les eaux ne lui aient pas apporté beaucoup de soulagement, est soigné par son médecin, M. Amiot. Son rétablissement est espéré grâce à la vie agréable et aux plaisirs de la société locale. La lettre met également en lumière la présence de plusieurs personnalités distinguées, telles que Madame Dubal et Madame Bourdenois, ainsi que d'autres dames et gentlemen de haut rang. L'auteur décrit les charmes et les qualités de ces personnes, tout en évoquant les dangers et les plaisirs de la société mondaine. Parmi les jeunes hommes de mérite présents, on compte le marquis de Vardes, M. de Pomereuil, M. Pique, et un jeune milord, petit-fils du duc d'Ormond, accompagné de son gouverneur, M. de Montmiral. Le marquis précise qu'il ne mentionne que les personnes qu'il a effectivement rencontrées à Bourbon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
s. p.
LA PRAIRIE AU RUISSEAU.
Début :
Je vous sçay bon gré, Madame, de l'amitié que vous / Que vostre éloignement m'a fait souffrir de peine ! [...]
Mots clefs :
Ruisseau, Mérite, Prairie, Amour, Fleuve, Mourir, Fleurs, Eaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PRAIRIE AU RUISSEAU.
E vous ſçay bon gré ,
Madame , de l'amitié
que vous témoignez avoir priſe pour le Ruiflſeau.
Elle ne me furprend point.
Vous avez l'eſprit délicat , &
j'eſtois perfuade en vous l'en- voyant , qu'il ſeroit favorable- ment reçeu. Comme le meri- te fait effet par tout , ce RuifTome X. A
12 LE MERCVRE
ſeau que vous appellez le plus galant des Ruiſſeaux, avoit fait un ſi grand bruit par les avan- tages que promettoit l'égalité de fon cours , que toutes les Prairies qui pouvoient préten- dre à ſes complaiſances, étoient charmées de ſa reputation.
Ainfi, quoyque ce foit quelque choſe d'aſſez fingulier qu'un Ruiſſeau Amant , celle qui euit la gloire de s'attirer ſon hom- mage , avoit déja entendu par- lerde ce qu'il valoit , & vous pouvez croire que l'offre de ſes ſoins ne luy déplût pas.
Vous en jugerez par cette Ré- ponſe qu'elle luy fit , aprés l'a- voir écouté ſans l'interrompre.
GALANT. 3
LA PRAIRIE
AU RUISSEAU.
Ve voſtre éloignement Q fouffrir de peine m'a fait
IeSéchoisſur lepied de me voir loin de
vous,
le n'avois plus de Fleurs , &j'estois
entre nous ,
Semblable à ces guérets que l'on voit dansles Plaines;
Mais puisque je vous voy , je m'en vay refleurir ,
Etfeûre de vos Eaux , je nesçaurois
perir.
Mais puis-je me flaterque ces Eaux fi cheries,
Ne coulent quepourmoy ? n'est- il point dePrairies
Dont l'émail éclatant puiſſe arreſter
Iecrainstout , mais enfin ie ne lepen- vos pas?
Sepas.
٤٠
A ij
4 LE MERCVRE
Vous estes décendu d'une Source trop
pure,
Pourternirparcette action Vostre crystal, &vostre nom ;
Etsi j'en croy voſtre murmure,
Vous ne ferez jamais inconstant ny parjure.
Cependant la rapidité Dont je vous voy courir le longdece rivage,
Estde vostre infidelité
Vnaffezfuneste préſage.
Ah, fi pour mon malheur , commeun Ruiſſeau volage ,
Aprèsavoir ſçeu m'engager,
Ie voyois voſtre cours ailleurs se parDe
3
tager,
combien de Soucis
remplie?
me verrois-je
Mais quand onva fi viſte,il fautqu'on
foit leger ;
Etfi ie m'en rapporte à ce qu'on en publie,
Vous estessujet àchanger.
GALANT.
Iefuisjalouſeenfin , &quand l'Ocean mesme ,
Richede tant de flots qu'il reçoit dans
Sonfein,
Anroitpourmoy quelque deſſein ,
Si ſon amourn'estoit extrême ,
J'aimerois cent fois mieux un fidelle Ruiffean Qui pourThétis , ny pourfon Diadéme ,
Ne voudroit pas ailleurs puiſer deux
goutes d'eau ;
Voilacomme ie fuis , &c'est ainsi que
j'aime.
Neme voir qu'en courant ! ah ien'ofe ypenser,
LeSens àce discours mes Fleurs se hé- riffer,
Et le Cruel Hyver me donne moins d'aLarmes:
Helas, où courez-vous ? coulez plus lentement ,
LeLitque je vous offre a- t-ilfi peu de charmes,
Qu'il ne puiſſe fixer la courſe d'un Amant ? A iij
6 LE MERCVRE
Venez vous égayer au bord de nos Fontaines ,
Leurs ondesparvostre moyen Se trouveront en moinsde rien
DesHélicons,desHippocrenes ,
Car ie n'ignore pas au bruit que vous
menez
Quevous boüillez de vousy rendre,
C'estvainement que vous tournez,
Ieſçayque c'est làvoſtretendre.
Quevous diray-jeplus ? jaydes tapis deFleurs
Surquivouspourezvous étendre,
L'Aurorechaque jour lesbaigne de
Sespleurs Quicompofent undouxmélange Quifaithonte à la fleur d'Orange.
Ah laiſſez- voustenter ! au nomde nos
amours
Faitesfurvousquelques retours,
Et coulez tout au moins avecplus de
pareſſe :
Sivous n'arrestez vostre cours,
Vous allez dans la Mer vous perdre Pour toûjours,
GALANT. 7
7
Et ieneSeray plus qu'un objet ſteſſe ;
de triMais c'est envainque ie vouspreſſe Deretarder un peu vostre extréme vi teffe ,
Etqu'un vent opposé seconde mes fou- haits;
L'Amour &lesRuiffeauxne remontens
-jamais.
Iene demande point que vous veniez Sans ceffe M'arroser nuit &iour fechereffe
non , quelque
Qui puiſſe me brûler, ie nem'en plain- draypas,
Pourven qu'en d'antres lieux, toûjours fidelle &tendre ,
VosEaux , vos cheres Eaux ,n'aillent
point se répandre ;
le ne me fonde point sur mes foibles
appas ,
Quoy qu'un Fleuve pompeux ſuivy de
cent Rivieres,
Quifont ſes humbles Tributaires,
En ſuperbe appareil me vienne tous les
ans
A ij
8 LE MERCVRE
Apporter sur mes bords cent liquides prefens.
Mais ilfaut dire tont , c'est un Fleuve volage Dont les débordemens Sans mesure ny choix
S'étendent dans les Champs ainsi que dansles Bois.
Qui peut s'accommoder d'un ſemblable
partage,
Ne me reſſemble pas : Euffiez- vous plus d'attraits
Que l'on ne voit d'Epis chez la blonde Cerés,
Si vous alliez ainsi de rivage en ri
vage,
Ie vous préfererois le moindre Maré
cage,
Et deuſſay-je en mourir, je romprois
Madame , de l'amitié
que vous témoignez avoir priſe pour le Ruiflſeau.
Elle ne me furprend point.
Vous avez l'eſprit délicat , &
j'eſtois perfuade en vous l'en- voyant , qu'il ſeroit favorable- ment reçeu. Comme le meri- te fait effet par tout , ce RuifTome X. A
12 LE MERCVRE
ſeau que vous appellez le plus galant des Ruiſſeaux, avoit fait un ſi grand bruit par les avan- tages que promettoit l'égalité de fon cours , que toutes les Prairies qui pouvoient préten- dre à ſes complaiſances, étoient charmées de ſa reputation.
Ainfi, quoyque ce foit quelque choſe d'aſſez fingulier qu'un Ruiſſeau Amant , celle qui euit la gloire de s'attirer ſon hom- mage , avoit déja entendu par- lerde ce qu'il valoit , & vous pouvez croire que l'offre de ſes ſoins ne luy déplût pas.
Vous en jugerez par cette Ré- ponſe qu'elle luy fit , aprés l'a- voir écouté ſans l'interrompre.
GALANT. 3
LA PRAIRIE
AU RUISSEAU.
Ve voſtre éloignement Q fouffrir de peine m'a fait
IeSéchoisſur lepied de me voir loin de
vous,
le n'avois plus de Fleurs , &j'estois
entre nous ,
Semblable à ces guérets que l'on voit dansles Plaines;
Mais puisque je vous voy , je m'en vay refleurir ,
Etfeûre de vos Eaux , je nesçaurois
perir.
Mais puis-je me flaterque ces Eaux fi cheries,
Ne coulent quepourmoy ? n'est- il point dePrairies
Dont l'émail éclatant puiſſe arreſter
Iecrainstout , mais enfin ie ne lepen- vos pas?
Sepas.
٤٠
A ij
4 LE MERCVRE
Vous estes décendu d'une Source trop
pure,
Pourternirparcette action Vostre crystal, &vostre nom ;
Etsi j'en croy voſtre murmure,
Vous ne ferez jamais inconstant ny parjure.
Cependant la rapidité Dont je vous voy courir le longdece rivage,
Estde vostre infidelité
Vnaffezfuneste préſage.
Ah, fi pour mon malheur , commeun Ruiſſeau volage ,
Aprèsavoir ſçeu m'engager,
Ie voyois voſtre cours ailleurs se parDe
3
tager,
combien de Soucis
remplie?
me verrois-je
Mais quand onva fi viſte,il fautqu'on
foit leger ;
Etfi ie m'en rapporte à ce qu'on en publie,
Vous estessujet àchanger.
GALANT.
Iefuisjalouſeenfin , &quand l'Ocean mesme ,
Richede tant de flots qu'il reçoit dans
Sonfein,
Anroitpourmoy quelque deſſein ,
Si ſon amourn'estoit extrême ,
J'aimerois cent fois mieux un fidelle Ruiffean Qui pourThétis , ny pourfon Diadéme ,
Ne voudroit pas ailleurs puiſer deux
goutes d'eau ;
Voilacomme ie fuis , &c'est ainsi que
j'aime.
Neme voir qu'en courant ! ah ien'ofe ypenser,
LeSens àce discours mes Fleurs se hé- riffer,
Et le Cruel Hyver me donne moins d'aLarmes:
Helas, où courez-vous ? coulez plus lentement ,
LeLitque je vous offre a- t-ilfi peu de charmes,
Qu'il ne puiſſe fixer la courſe d'un Amant ? A iij
6 LE MERCVRE
Venez vous égayer au bord de nos Fontaines ,
Leurs ondesparvostre moyen Se trouveront en moinsde rien
DesHélicons,desHippocrenes ,
Car ie n'ignore pas au bruit que vous
menez
Quevous boüillez de vousy rendre,
C'estvainement que vous tournez,
Ieſçayque c'est làvoſtretendre.
Quevous diray-jeplus ? jaydes tapis deFleurs
Surquivouspourezvous étendre,
L'Aurorechaque jour lesbaigne de
Sespleurs Quicompofent undouxmélange Quifaithonte à la fleur d'Orange.
Ah laiſſez- voustenter ! au nomde nos
amours
Faitesfurvousquelques retours,
Et coulez tout au moins avecplus de
pareſſe :
Sivous n'arrestez vostre cours,
Vous allez dans la Mer vous perdre Pour toûjours,
GALANT. 7
7
Et ieneSeray plus qu'un objet ſteſſe ;
de triMais c'est envainque ie vouspreſſe Deretarder un peu vostre extréme vi teffe ,
Etqu'un vent opposé seconde mes fou- haits;
L'Amour &lesRuiffeauxne remontens
-jamais.
Iene demande point que vous veniez Sans ceffe M'arroser nuit &iour fechereffe
non , quelque
Qui puiſſe me brûler, ie nem'en plain- draypas,
Pourven qu'en d'antres lieux, toûjours fidelle &tendre ,
VosEaux , vos cheres Eaux ,n'aillent
point se répandre ;
le ne me fonde point sur mes foibles
appas ,
Quoy qu'un Fleuve pompeux ſuivy de
cent Rivieres,
Quifont ſes humbles Tributaires,
En ſuperbe appareil me vienne tous les
ans
A ij
8 LE MERCVRE
Apporter sur mes bords cent liquides prefens.
Mais ilfaut dire tont , c'est un Fleuve volage Dont les débordemens Sans mesure ny choix
S'étendent dans les Champs ainsi que dansles Bois.
Qui peut s'accommoder d'un ſemblable
partage,
Ne me reſſemble pas : Euffiez- vous plus d'attraits
Que l'on ne voit d'Epis chez la blonde Cerés,
Si vous alliez ainsi de rivage en ri
vage,
Ie vous préfererois le moindre Maré
cage,
Et deuſſay-je en mourir, je romprois
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Résumé : LA PRAIRIE AU RUISSEAU.
Le texte présente une correspondance poétique entre un ruisseau et une prairie. L'auteur exprime sa gratitude à une dame pour son amitié envers un ruisseau nommé le Ruisseau, qu'elle décrit comme le 'plus galant des Ruisseaux'. Ce ruisseau est apprécié pour ses avantages et son égalité de cours, ce qui a attiré l'intérêt de nombreuses prairies. La prairie, après avoir entendu les hommages du ruisseau, lui répond en exprimant son désir de refleurir grâce à ses eaux. Cependant, elle craint l'infidélité du ruisseau, symbolisée par sa rapidité et sa tendance à changer de cours. La prairie avoue sa jalousie et préfère un ruisseau fidèle plutôt qu'un océan riche en flots. Elle invite le ruisseau à s'égayer au bord de ses fontaines et à ralentir son cours pour éviter de se perdre dans la mer. Malgré ses supplications, la prairie reconnaît que l'amour et les ruisseaux ne remontent jamais. Elle exprime sa préférence pour la fidélité plutôt que pour les débordements d'un fleuve volage. La prairie souhaite un ruisseau constant et fidèle, capable de rester à ses côtés sans se laisser emporter par d'autres courants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 165-177
LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Début :
La Sône, si tranquille autrefois dans sa course, [...]
Mots clefs :
Eaux , Âme, Temps, Amour, Saône, Berger, Fleuve, Cours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
LES GRANDES EAUX.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
Fermer
Résumé : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Le texte relate les conséquences désastreuses de la crue de la rivière Sône, autrefois tranquille. Les eaux en furie sèment la terreur et la colère parmi les populations voisines, rappelant le Déluge. La nature est sévèrement touchée : les herbes sont recouvertes de limon, la végétation est en détresse, et les arbres sont réduits à l'état de débris. Les bergers, effrayés, voient dans cette catastrophe une vengeance divine. Achante, un berger, déplore le retard du retour de Climène en raison des inondations. Il reproche à la rivière son comportement furieux et son orgueil. La Sône est comparée à d'autres fleuves dévastateurs tels que le Drac, la Drome et la Durance. Le texte critique les légendes antiques sur les dieux des eaux, affirmant que ces divinités n'existent pas et ne peuvent pas secourir les amants. Achante supplie la rivière de se calmer pour permettre le retour de Climène et espère que l'amour interviendra pour améliorer la situation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 198-211
Les Eaux de T....
Début :
Madame, Les eaux de ce pays ont cela de merveilleux [...]
Mots clefs :
Eaux , Guérir, Fontaine, Vapeurs, Magicien, Grande-Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Eaux de T....
Les Eaux de T.....
MADAME,
Les eaux de ce pays ont
cela de merveilleux qu'el-
GALANT. 199
les font également filutaires à ceux qui font malades , qui croyent l'eftre ,
ou qui veulent l'eſtre , ou
qui le feront un jour , ou
qui l'ont efté il y a longtemps : ferieuſement c'eft
un des plus charmants remedes qu'on puiffe prendre , fur tout pour guerir
de l'ennuy & du chagrin.
Charmantes eaux ceux qui les
prennent ,
Dans leurs infirmitez doucement s'entretiennent ,
Trouvant le remede fi bon
R iiij
200 MERCURE
Qu'une trop prompte guerifon
Les chagrineroit fort eux &
ceux qu'ils y menent.
On boit , on rit , on jafe , on
s'abftient de raiſon ,
Deferieux & de contrainte ,
Et d'inquietude & de crainte
Qui troubleroient des eaux
1 l'effet lenifiant ,
Tranquilifant, dulcifiant ;
Autour de la fontaine on voit
mainte Nayade ,
Qui dans fon negligé pare la
promenade
Et l'on trouveroit en ce lieu
Plus difficilement un visage
malade ,
GALANT. 201
Qu'un bon vifage à l'HoſtelDieu.
Comme j'estois furpris
devoir tous ces malades en
bonne fanté , je demandois
avecempreffement de quel
mal cette fontaine gueriffoit ; mais je n'en pus eftre
éclairci, car pour toute refponſe , les uns me hauf
foient les épaules , les autres merioient au nez ; &
j'en ferois revenu tresmalinformé, fans un honnefte homme , qui me connoiffant eftranger , me tira à l'écart , &me dit , vous
202 MERCURE
avez raiſon , Mr , de vous
eftonner de tout ce que
Vous voyez icy ; c'eft un
myſtere , & quand je vous
l'auray revelé vous en ferez voſtre profit fi vous
pouvez. Vous voyez dans
ce lieu , pourfuit- il,un refte
des enchantemens jadis fi
communs en ce pays ; c'eſt
en cet endroit qu'Amadis
& Oriane commencerent
autrefois leur mariage , &
pour conferver une memoire éternelle des plaifirs qu'ils prirent , l'Enchanteur qui les aimoit a
GALANT. 203
donne à ces eaux une vertu merveilleufe.
Ces eaux portent au cœur
fi douces vapeurs ,
Qu'une belle en beuvant , mefmefans qu'elle y penſe ;
Guerit en un moment de toutes
fes rigueurs,
Et le galant defafouffrance.
Vous voyez bien , Me,'
que fçachant cela , je n'avois garde de fouffrir que
Mademoiſelle de R....en
buft fans voftré ordonnance , n'y ayant là perfonne
qui puft luy faire raifon
par un contrat. C'est pour1
204 MERCURE
quoy nous la tiraſmes à
l'écart au plus viſte , car
pour dire le vray , outre le
charme de ces eaux dont
onnous avoit avertis , nous
jugeaſmes mefme
Acent petites bagatelles ,
Qu'on nepeut dire , &qu'on
voit mieux
Que l'air qu'on refpire en ces
lieux ,
Eft fort mal fain pour les
pucelles.
Nous la menerons au
premier jour à Wintfon ,
lieu charmant où le bon
Roy Lifvard tient main-
GALANT. 205
tenant Cour pleniere. Elle
prétend luy demander un
don , qui eft le reſtabliſſement de la Chevalerie
pour quelques jours. Elle
voudroit voir , mais feulement par repreſentation ,
comme à l'Opera , comment les Chevaliers des.
Courtois enlevoient les
Princeffes , & comment les
Amadis les délivroient.
Nous la menerons aujourd'huy voir un beau chaf
teau fait & embelli par
Fées , pour le fejour ordinaire des Graces`, & la
les
206 MERCURE
retraitte des plus tendres
amours ; plus beau fans
comparaison que la ...
de Niphée. Je ne vous diray rien des dehors qui
font faits , comme il plaiſt
à Dieu , qui en fçait bien
plus que le grand decorateur des jardins , qui vous
a donnéun deffein pour....
La nature en ce lieu de mille
"
attraits pourvenë,
Seprefente auxyeux toute nuë,
Et pour fe mieux faire ad- mirer ,
A negligé defe parer..
GALANT. 207
Le Ciel eft exempt de nuages ,
S'il enparoift ilsfont brillants ,
Et fervent à former des levants , des couchants ;
Ou pour plaire Apollon prend
tous les avantages ,
Un beau vert peint les prez ,
les , cofteaux , les bocages
Tout vous enchante , & l'art
humain
Refpectant de fi beaux où-vrages ,
N'ofe pas y mettre la main.
Il a fallu que Mademoifelle de R...fe contentaft
de ce fpectacle , car le bon
Roy Lifvart n'a rien fait
208 MERCURE
pour elle , & dans tout le
chemin que nous avons
fait nous n'avons pas encoretrouvéune feule aventure , pas un feul pont , ny
une feule barriere deffenduë ; point de torts à redreffer , ny de felons à punir ; enfin pas mefme le
le moindre Geant à combattre , mais bien un petit
Pigmée qu'on nomme Cupidon , & qui ne laiſſe pas
d'avoir une force gigantefque ; nous avons pourtant veu quelques Demoifelles en palefroi qu'on
rencontre
GALANT. 209
rencontre de temps en
temps à la chaffe , je n'aurois jamais creu eftre dans
le Royaume de la Grande
Bretagne , tant j'y trouve
tout changé depuis le regne du Roy Artus ; o
entend plus parler de Veuves ny d'Infantes enlevées.
Artus ; on n'y
Ce n'estpas qu'à l'amour moins
de belles s'addonnent :
Mais je ne fçais fi c'est que
l'on craint plus les loix ,
Ouft c'est qu'aprefent les Demoiselles donnent
Ce qu'on leur voloit autrefois.
May. 1712.
S
210 MERCURE
Quoyqu'il en foit nulle
ne fe plaint , & je les trouve mille fois plus honneftes que ces babillardes du
temps paffé qui crioient
comme des perduës , &
attiroient des quatre coins
du monde des Chevaliers
errans pour les venger des
gens qui leur avoient fait
plus d'honneur qu'elles ne
meritoient. Enfin , Madame, ce pays eft fi beau &
fi bon ,
que fi par hafard
quelque Magicien , felon
l'ancienne couftume , m'y
retient enchanté pendant
GALANT. 211
'deux ou trois mille ans
je vous prie de ne meplaindre point, & d'attendre patiemment mon retour , &
fans inquietude.
Cette Ville eft pour moy toute
pleine d'apas , and
Je n'y vois ny procez , ny luxe,
ny miferes
Onyfonne tres peu , l'on n'y
travaille guerel, onin
Et l'ony fait de longs repas.
MADAME,
Les eaux de ce pays ont
cela de merveilleux qu'el-
GALANT. 199
les font également filutaires à ceux qui font malades , qui croyent l'eftre ,
ou qui veulent l'eſtre , ou
qui le feront un jour , ou
qui l'ont efté il y a longtemps : ferieuſement c'eft
un des plus charmants remedes qu'on puiffe prendre , fur tout pour guerir
de l'ennuy & du chagrin.
Charmantes eaux ceux qui les
prennent ,
Dans leurs infirmitez doucement s'entretiennent ,
Trouvant le remede fi bon
R iiij
200 MERCURE
Qu'une trop prompte guerifon
Les chagrineroit fort eux &
ceux qu'ils y menent.
On boit , on rit , on jafe , on
s'abftient de raiſon ,
Deferieux & de contrainte ,
Et d'inquietude & de crainte
Qui troubleroient des eaux
1 l'effet lenifiant ,
Tranquilifant, dulcifiant ;
Autour de la fontaine on voit
mainte Nayade ,
Qui dans fon negligé pare la
promenade
Et l'on trouveroit en ce lieu
Plus difficilement un visage
malade ,
GALANT. 201
Qu'un bon vifage à l'HoſtelDieu.
Comme j'estois furpris
devoir tous ces malades en
bonne fanté , je demandois
avecempreffement de quel
mal cette fontaine gueriffoit ; mais je n'en pus eftre
éclairci, car pour toute refponſe , les uns me hauf
foient les épaules , les autres merioient au nez ; &
j'en ferois revenu tresmalinformé, fans un honnefte homme , qui me connoiffant eftranger , me tira à l'écart , &me dit , vous
202 MERCURE
avez raiſon , Mr , de vous
eftonner de tout ce que
Vous voyez icy ; c'eft un
myſtere , & quand je vous
l'auray revelé vous en ferez voſtre profit fi vous
pouvez. Vous voyez dans
ce lieu , pourfuit- il,un refte
des enchantemens jadis fi
communs en ce pays ; c'eſt
en cet endroit qu'Amadis
& Oriane commencerent
autrefois leur mariage , &
pour conferver une memoire éternelle des plaifirs qu'ils prirent , l'Enchanteur qui les aimoit a
GALANT. 203
donne à ces eaux une vertu merveilleufe.
Ces eaux portent au cœur
fi douces vapeurs ,
Qu'une belle en beuvant , mefmefans qu'elle y penſe ;
Guerit en un moment de toutes
fes rigueurs,
Et le galant defafouffrance.
Vous voyez bien , Me,'
que fçachant cela , je n'avois garde de fouffrir que
Mademoiſelle de R....en
buft fans voftré ordonnance , n'y ayant là perfonne
qui puft luy faire raifon
par un contrat. C'est pour1
204 MERCURE
quoy nous la tiraſmes à
l'écart au plus viſte , car
pour dire le vray , outre le
charme de ces eaux dont
onnous avoit avertis , nous
jugeaſmes mefme
Acent petites bagatelles ,
Qu'on nepeut dire , &qu'on
voit mieux
Que l'air qu'on refpire en ces
lieux ,
Eft fort mal fain pour les
pucelles.
Nous la menerons au
premier jour à Wintfon ,
lieu charmant où le bon
Roy Lifvard tient main-
GALANT. 205
tenant Cour pleniere. Elle
prétend luy demander un
don , qui eft le reſtabliſſement de la Chevalerie
pour quelques jours. Elle
voudroit voir , mais feulement par repreſentation ,
comme à l'Opera , comment les Chevaliers des.
Courtois enlevoient les
Princeffes , & comment les
Amadis les délivroient.
Nous la menerons aujourd'huy voir un beau chaf
teau fait & embelli par
Fées , pour le fejour ordinaire des Graces`, & la
les
206 MERCURE
retraitte des plus tendres
amours ; plus beau fans
comparaison que la ...
de Niphée. Je ne vous diray rien des dehors qui
font faits , comme il plaiſt
à Dieu , qui en fçait bien
plus que le grand decorateur des jardins , qui vous
a donnéun deffein pour....
La nature en ce lieu de mille
"
attraits pourvenë,
Seprefente auxyeux toute nuë,
Et pour fe mieux faire ad- mirer ,
A negligé defe parer..
GALANT. 207
Le Ciel eft exempt de nuages ,
S'il enparoift ilsfont brillants ,
Et fervent à former des levants , des couchants ;
Ou pour plaire Apollon prend
tous les avantages ,
Un beau vert peint les prez ,
les , cofteaux , les bocages
Tout vous enchante , & l'art
humain
Refpectant de fi beaux où-vrages ,
N'ofe pas y mettre la main.
Il a fallu que Mademoifelle de R...fe contentaft
de ce fpectacle , car le bon
Roy Lifvart n'a rien fait
208 MERCURE
pour elle , & dans tout le
chemin que nous avons
fait nous n'avons pas encoretrouvéune feule aventure , pas un feul pont , ny
une feule barriere deffenduë ; point de torts à redreffer , ny de felons à punir ; enfin pas mefme le
le moindre Geant à combattre , mais bien un petit
Pigmée qu'on nomme Cupidon , & qui ne laiſſe pas
d'avoir une force gigantefque ; nous avons pourtant veu quelques Demoifelles en palefroi qu'on
rencontre
GALANT. 209
rencontre de temps en
temps à la chaffe , je n'aurois jamais creu eftre dans
le Royaume de la Grande
Bretagne , tant j'y trouve
tout changé depuis le regne du Roy Artus ; o
entend plus parler de Veuves ny d'Infantes enlevées.
Artus ; on n'y
Ce n'estpas qu'à l'amour moins
de belles s'addonnent :
Mais je ne fçais fi c'est que
l'on craint plus les loix ,
Ouft c'est qu'aprefent les Demoiselles donnent
Ce qu'on leur voloit autrefois.
May. 1712.
S
210 MERCURE
Quoyqu'il en foit nulle
ne fe plaint , & je les trouve mille fois plus honneftes que ces babillardes du
temps paffé qui crioient
comme des perduës , &
attiroient des quatre coins
du monde des Chevaliers
errans pour les venger des
gens qui leur avoient fait
plus d'honneur qu'elles ne
meritoient. Enfin , Madame, ce pays eft fi beau &
fi bon ,
que fi par hafard
quelque Magicien , felon
l'ancienne couftume , m'y
retient enchanté pendant
GALANT. 211
'deux ou trois mille ans
je vous prie de ne meplaindre point, & d'attendre patiemment mon retour , &
fans inquietude.
Cette Ville eft pour moy toute
pleine d'apas , and
Je n'y vois ny procez , ny luxe,
ny miferes
Onyfonne tres peu , l'on n'y
travaille guerel, onin
Et l'ony fait de longs repas.
Fermer
Résumé : Les Eaux de T....
Le texte décrit les eaux miraculeuses d'un pays, célèbres pour leurs vertus thérapeutiques et leur capacité à apaiser l'ennui et le chagrin. Ces eaux ont un effet apaisant et doux, permettant aux malades de maintenir un état de santé modéré sans guérison trop rapide. Autour de la fontaine, l'atmosphère est joyeuse et détendue, avec des nymphes (Nayades) se promenant négligemment. Un homme explique à un étranger que ces eaux doivent leurs pouvoirs à un enchantement lié au mariage d'Amadis et Oriane, enchantement donné par un enchanteur. L'auteur mentionne qu'il a empêché Mademoiselle de R... de boire ces eaux sans ordonnance, craignant les effets charmants et les influences malvenues sur les jeunes filles. Ils décident de l'emmener à Wintfon, où le roi Lifvard tient cour, et ensuite à un château enchanté par les fées. Le paysage est décrit comme enchanteur, avec une nature luxuriante et un ciel clair. L'auteur note l'absence d'aventures chevaleresques et de dangers, contrairement aux récits anciens. Il observe que les mœurs ont changé, les jeunes filles ne se plaignant plus des enlèvements comme autrefois. L'auteur conclut en exprimant son désir de rester dans ce pays paisible et agréable, où il n'y a ni procès, ni luxe, ni misères, et où la vie est douce et sans tracas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 73-134
Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Début :
Tout ce qui regarde les eaux, tant pour les necessitez [...]
Mots clefs :
Eau, Terre, Pluie, Citernes, Fontaines, Neiges, Eaux , Superficie, Vapeurs, Mer, Cuvette, Rochers, Herbes, Expériences, Rivières, Tuyau, Vent, Plomb, Fiole, Pinte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Remarquesfur l'eau de lapluie ,
fur l'origine des fontaines
; avec quelques particu
laritez fur la conftruction
des cîternes.
Tout ce qui regarde les
caux , tant pour les neceffitez
de la vie , que pour l'ornement
des Palais & des
Jardins , a toûjours été regardé
comme une des principales
connoiffances qui
fuffent neceffaires aux hommes.
On s'eft appliqué avec
grand foin à rendre de trés-
Mars 1714.
G
74
MERCURE
petites rivieres capables de
porter de grands bateaux ,
& de joindre par ce moyen
des mers fort eloignées l'une
de l'autre. On a conduit
des fontaines trés - abondantes
par de longs détours
& fur des aqueducs trés- élevez,
jufques dans des lieux,
où la nature avoit refufé
d'en donner. On a enfin inventé
un grand nombre de
machines propres à élever
T'eau , & la porter juſqu'au
haut des montagnes
, pour
la diftribuer enfuite fous
mille figures differentes ,
GALANT.
75
avec des mouvemens furnaturels
, & en donner un
fpectacle digne d'admiration.
inistrot as
C'en étoit affez pour le
commun des hommes :
mais la curiofité de ceux
qui recherchent
les fecrets
de la nature, n'étoit pas encore
fatisfaite , il faloit connoître
l'origine de ces fources
d'eau fi abondantes quon
rencontre par toute la
terre , & même fur des rochers
fort élevez ; & c'eſt
ce qui a donné tant d'exercice
aux Philofophes an-
Gij
76 MERCURE
cie ns & modernes.
Nous voyons deux principales
opinions fur l'origine
des fontaines , qui font fondées
chacune fur des experiences
dont il femble qu'on
ne puiffe pas douter ; car il
eft évident que plufieurs
fontaines ont pour principe
l'eau de la pluie & la fonte
des neiges fur les montagnes
: mais comment ces
pluies & ces neiges , qui
font trés-rares fur, des rochers
efcarpez & fort élevez
, & dans des pays fort
chauds , pourront- elles y ›
GALANT.
77
fournir des fontaines trésabondantes
&
permanentes
qu'on y voit en plufieurs
endroits ?
C'eft la plus forte objection
que faffent ceux qui ne
font du
fentiment que
pas
les pluies font les fontaines
, & ils admettent feulement
des cavitez foûterraines
en forme d'alembic ,
où les vapeurs des eaux qui
coulent dans la terre à la
hauteur de la mer , s'élevent
par les fentes des rochers
&fe condenfent par le froid
de la fuperficie de la terre.
Giij
78 MERCURE
M. N ** qui a fuivi l'opinion
des premiers qui
prennent le parti de la pluie,
a fait un examen trés particulier
de l'eau de pluie &
de neige qui tombe fur l'étendue
de la terre, qui fournit
fes eaux à la riviere de
Seine ; & il trouve par fon
calcul qu'il y en a beaucoup
plus qu'il ne feroit necelfaire
pour entretenir la riviere
dans fon état moyen
pendant tout le cours d'une
année.
En examinant le Traité
de l'origine des Fontaines de
1
79
GALANT.
M. Plot Anglois , qui a été
imprimé en 1685. j'y fis plufieurs
remarques , & j'entrepris
de reconnoître par
moy- même ce que les eaux
de pluie & de neige pouvoient
fournir aux fontaines
& aux rivieres . Je commençai
d'abord à rechercher
quelle étoit la quantité
d'eau de pluie qui tomboit
fur la terre pendant toute
une anné , & j'en ai donné
depuis des memoires à l'Academie
à la fin de chaque
année ; ce qui fait connoître
que la hauteur de l'eau
Giiij .
80 MERCURE
qui tombe à l'Obſervatoire
Royal , où j'ai fait mes obſervations
, feroit dans une
année moyenne de dix- neuf
à vingt pouces , à peu prés
comme M. N** l'avoit fuppofé
dans fon examen .
Mais comme je doutois
que ce fût fur cette quantité
d'eau qu'on dût compter
pour l'origine des fontaines,
je fis les experiences
fuivantes pour m'en affurer.
Je choifis un endroit de
la terraffe baffe de l'Obfervatoire
, & fis mettre dans
T
GALANT . 81
terre , à huit pieds de profondeur,
un baffin de plomb
de quatre pieds de fuperficie.
Ce baffin avoit des
bords de fix pouces de hauteur
, & étoit un peu incliné
vers l'un de fes angles , où
j'avois fait fouder un tuyau
de plomb de douze pieds.
de longueur, qui ayant auffi
une pente affez conſiderable
, entroit dans un caveau
par
fon extremité . Ce baf
fin étoit éloigné du mur de
la cave , afin qu'il fût environné
d'une plus grande
quantité de terre femblable
82 MERCURE
à celle qui étoit au deffus ,
& qu'elle ne pût pas fe lecher
par la proximité du
mur. Je mis dans le baffin
ou cuvette de plomb , à l'endroit
de l'ouverture qui répondoit
au tuyau , plufieurs
cailloux de differentes groffeurs
, afin que cette ouverture
ne pût pas fe boucher
quand la terre auroit été
remiſe pardeffus à la hauteur
du terrein , c'eſt à dire
de huit pieds de hauteur.
Ce terrein eft d'une nature
moyenne entre le fable &
la terre franche , en forte
GALANT.
83
que l'eau le peut penetrer
affez facilement , & la fuperficie
exterieure eſt de niveau.
Je penfois que fi les eaux
de pluie & de neige fonduë
penetrent la terre juſqu'à
ce qu'elles rencontrent un
cufou une terre argilleuſe ,
qui ne la laiffe point paffer ,
comme difent ceux qui fuivent
la premiere opinion
de l'origine des fontaines ,
il devoit arriver la même
chofe à la cuvette de plomb
que j'avois enterrée , & qu'
enfin je devois avoir une
84 MERCURE
eſpece de fource d'eau , qui
devoit couler par le tuyau
qui répondoit dans le caveau.
Mais comme je n'étois
pas perſuadé que cela pût
arriver , je mis encore dans
le même temps une autre
machine en experience à
huit pouces feulement de
profondeur en terre. C'étoit
une cuvette qui avoit
foixante quatre pouces en
fuperficie , & des rebords
de huit pouces de hauteur.
J'avois choifi un lieu où le
foleil ni le vent ne donGALANT.
85
noient point , & j'avois eu
grand foin d'ôter toutes les
herbes qui croiffoient fur
la terre au deffus de cette
cuvette, afin que toute l'eau
qui tomberoit fur la terre
pût paffer fans empêchement
jufqu'au fond de la
cuvette , où il y avoit un
petit trou & un tuyau qui
portoit dans un vaiffeau
toute l'eau qui pouvoit penetrer
la terre. Cette cuvette
n'étoit pas expoſée à
l'air : mais elle étoit enterrée
dans une trés - grande
quaiffe remplie par les cô86
MERCURE
tez & par deffous de la même
terre qui étoit au dedans
, afin que la terre de
la cuvette ne pût pas fe défecher
par l'air.
Je remarquai premierement
dans certe petite cuvette
, que depuis le 12. Juin
juſqu'au 19. Février fuivant
l'eau n'avoit point coulé par
le tuyau au deffous de la
-cuvette , & qu'elle y coula
feulement alors , à cauſe
d'une grande quantité de
neige qui étoit fur la terre
& qui fe fondoit. Depuis ce
temps - là la terre de certe
GALANT. 87
cuvette étoit toûjours fort.
humide : mais l'eau ne couloit
point que quelques
-heures aprés qu'il avoit plû,
& elle ceffoit de couler
quand ce qui étoit tombé
étoit épuilé ; car il en reftoit
toûjours dans la terre
une certaine quantité , qui
ne palloit point à moins
qu'il n'y en cût de nouvelle
au deffus de la terre.
<
Un an aprés je refis la
même experience dans la
petite cuvette : mais je la
mis à feize pouces avant
dans terre , qui étoit une
88 MERCURE
锣
fois plus qu'elle n'étoit d'abord.
Il n'y avoit point
d'herbes fur la terre , & elle
étoit encore à l'abri du foleil
& du vent. Il arriva à
peu prés la même chose que
dans la precedente , excepté
feulement que lors
qu'il fe paffoit un temps
confiderable fans pleuvoir ,
la terre fe défechoit unpeu,
& une mediocre pluie qui
furvenoit enfuite , n'étoit
pas capable de l'humecter
fuffifamment avec ce qui
y reftoit pour la faire couler.
Enfin
GALANT. 89
il
:
Enfin je planta quel
ques herbes fur la terre au
deffus de la cuvette mais
quand les plantes furent un
peu fortes , non feulement
ne couloit point d'eau àprés
la pluie ; mais toute
celle qui tomboit n'étoit
pas fuffifante toute feule
pour les nourrir , & elles fe
fanoient & fechoient , à
moins qu'on ne les arrosât
de temps en temps.
Il me vint alors en penfée
de meſurer la diffipation
ou évaporation de l'eau au
travers des feuilles des plan-
Mars 1714.
H
90 MERCURE
tes , quand elles font expo- .
fées au foleil & au vent. Le
30. Juin , à cinq heures du
matin , je mis dans une
phiole de verre , dont l'ouverture
étoit petite , une livre
d'eau pefée fort exactement
avec la phiole , & je
cueillis deux feuilles de figuier
de mediocre grandeur
, lefquelles pefoient
enfemble 5. gros 48. grains,
& j'en fis tremper le bout
des queues dans l'eau de la
phiole. Ces feuilles étoient
trés fraîches & fermes
quand je les cueillis . EnGALANT.
St
fuite j'expofai la phiole &
les feuilles au ſoleil , qui
étoit clair & chaud , & en
un lieu où il faifoit un peu
de vent , & je bouchai exactement
avec du papier le
refte du col de la phiole ,
qui n'étoit pas occupé par
les queues des feuilles , afin
que l'eau de la phiole ne
pût pas s'évaporer par cette
ouverture .
A onze heures du matin
je pefai le tout enſemble ,
& je trouvai qu'il y avoit
une diminution de poids de
deux gros , que l'air & le
Hij
92 MERCURE
foleil avoient tiré d'eau de
cette feuille , laquelle ne
peut être reparée quand la
feuille eft attachée à l'arbre
, que par l'humidité de
la terre qui paffe par les racines.
Je fis auffi pluſieurs autres
experiences fur des
plantes , & je trouvai toûjours
une trés - grande difſipation
d'humidité ; & aprés
avoir mefuré la fuperficie
des feuilles , & avoir confideré
ce qui en couvre ordinairement
la terre , j'ai jugé
que l'eau de la pluie
GALANT .
93
fur. tout en été , quoy qu'
elle foit alors trés- abondante
, n'eft pas capable de
les entretenir fans un fecours
tiré d'ailleurs . Il eſt
vrai que l'air de la nuit fournit
aux grands arbres , &
même aux plantes , une
grande quantité d'humidité
qu'on voit preſque toûjours
fur les feuilles vers le
lever du foleil , laquelle paffant
juſques dans les racines
, peut entretenir ces
plantes une partie du jour :
mais cette humidité toute
ſeule ne pourroit pas ſuf.
94
MERCURE
fire pour leur nourriture ,
fi elles n'en tiroient de la
terre même & des pluies
qui y entrent , comme je
l'ai remarqué dans mes experiences
que je viens de
rapporter.
Toutes ces experiences
m'ont fait connoître que
l'eau des pluies qui tombent
fur la terre , où il où il y a toûjours
quelques herbes &
des arbres , ne peut pas la
penetrer jufqu'à deux pieds,
à moins qu'elle n'ait été ramaffée
dans des lieux fablonneux
& pierreux , qui
*
.
GALANT .
95
A
la laiffent paffer facilement:
mais ce ne peut être que
des cas particuliers , dont
on ne peut tirer de confequence
generale. On en
peut voir un exemple au
rocher de la fainte Baume
en Provence , où la pluie qui
tombe fur ce rocher , qui
eft tout fendu & crevaffé ,
& où il n'y a point d'herbes
, penetre dans la grotte
en trés- peu d'heures à foi
xante- fept toiles au deffous
de la fuperficie du rocher ,
& y forme une trés - belle
cîterne, qui feroit enfin une
a
96 MERCURE
fontaine quand la cîterne
feroit remplie ; & lors qu'il
fe rencontre fur de femblables
rochers & dans
ces fonds confiderables de
grandes quantitez de neiges
qui fe fondent en été
à la feule chaleur du foleil ,
on remarque de grands
écoulemens de l'eau de
fontaine pendant quelques
heures d'un même jour , &
même à pluſieurs repriſes ,
fi le foleil ne donne fur ces
neiges qu'à quelques heures
differentes de la jour
née , le refte du temps ces
neiges
GALANT. 97
neiges étant à l'ombre des
pointes des rochers , & ne
pouvant
pas fe fondre facilement.
C'eft fans doute la
raiion de ce qu'on a rapporté
, qu'il y avoit des fontaines
au milieu des terres
qui avoient un flux & reflux
comme la mer.
Ces experiences m'ont
perfuadé que je ne devois
point attendre que les eaux
de la pluie & des neiges
paffaffent au travers des
huit pieds de terre qui étoient
au deffus de la cuvette
de plomb que j'avois
Mars
1714.
I
98 MERCURE
enterrée fur une terraffe ;
auffi il n'eft pas coulé une
feule goutte d'eau par le
tuyau depuis quinze années.
On voit donc par là qu'il
ne peut y avoir que tréspeu
de fontaines qui tirent
leur origine des pluies &
des neiges , & il faut neceffairement
avoir recours
d'autres cauſes pour expli.
quer comment il fe peut
rencontrer des fources trésabondantes
dans des lieux
élevez , & à très- peu de pro.
fondeur dans terre , com
HEQUE
ME
LA
THÈQUE
DE
OPON
;
GALANT.
me eft celle de Rungis res
de Paris , qu'on ne peut
tribuer à ces grottes ou
alembics foûterrains , qui
fervent à faire diftiler l'eau
des vapeurs condenfées
car il n'y a point de rochers
dans les
environs
, comme
je l'ai reconnu par plufieurs
puits que j'y ai fait faire ,
& le terrain eft ſeulement
un peu élevé , où l'on a fait
quelques puits , dont l'eau
eft fort proche de la furface
de la terre , & plus éle
vée que l'endroit où l'on a
ramaffé les eaux. Cette four.
I ij.
100 MERCURE
ce fournit cinquante pouces
d'eau environ , qui coule
toûjours & qui fouffre peu
de changement , & tout
l'efpace de terre d'où elle
peut venir n'elt pas
affez
grand pour fournir l'eau
de cette fource en ramaffant
celle de la pluye, quand
il ne s'en diffiperoit point ;
& de plus il eft toûjours cultivé
& couvert d'herbes &
de blé . Il y a quelques vallons
affez proche de ce lieu,
où il faut creuſer fort bas
pour trouver l'eau.
On a crû pouvoir expli
GALANT. ΙΘΙ
quer ces fortes de fources
par des tuyaux & des canaux
naturels , qui conduifent
l'eau de quelque
petite
riviere élevée , & qui
paffant par des lieux hauts
& bas , & même au deſſous
de quelques rivieres qui les
traverſent , font fi bien foudez
& bouchez
, qu'ils ne
laiffent point échaper cette
cau en chemin , pour la
conduire jufqu'au lieu où
elle doit fortir hors de terre.
Mais quand il pourroit
fe rencontrer de ces lieux
foûterrains
, je fuis perfuadé
1 iij
102 MERCURE
qu'ils auroient ſeulement
une pente neceffaire pour
laiffer couler l'eau entre les
terres fur un fond de tufou
d'argille : mais pour s'imaginer
des tuyaux naturels
hauts & bas , c'est tout ce
que peut faire l'art dans l'étenduë
d'un petit jardin ;
encore y a t-il fouvent à refaire
à ces conduites .
Il me femble qu'on peut
faire encore une objection
confiderable à cette hypothefe.
Car fi ces grandes
fources élevées tirent leur
origine de quelques rivicGALANT.
103
rés , ces mêmes rivieres doivent
auffi tirer leurs eaux
d'autres fources encore plus
élevées; car celles des pluies
& des neiges fondues dans
les lieux dont le fond feroit
ferme , ne peuvent former
que quelques torrens qui
ne durent que peu de tems,
& qui ne peuvent pas fournir
à l'écoulement
continuel
de ces rivieres. Les
grands ramas d'eau , comme
des étangs qui font à la
tête des petites rivieres , ne
prouvent rien pour l'origi .
ne des rivieres ; car nous
I iiij
104 MERCURE
avons fait plufieurs experiences
, qui nous font connoître
qu'il fe diffipe beaucoup
plus d'eau de celle
qui cft exposée à l'air dans
un vaiffeau fort large , qu'il
n'y en peut tomber du ciel.
Il ne refte donc qu'un
feul moyen pour expliquer
comment ces fources abondantes
peuvent fe former
dans terre , encore s'y rencontre
- t- il quelques difficultez.
Il faut s'imaginer
qu'au travers de la terre il
paffe une grande quantité
de vapeurs , qui s'élevent
GALANT.
105
des eaux qui y font ordinairement
a la hauteur des
rivieres les plus proches ,
ou de la mer ; que ces vapeurs
paffent d'autant plus
facilement , qu'elles rencontrent
un terrein plus facile
à être penetré , comme
on le remarque en hyver à
l'ouverture de quelques caves
fort profondes . Les particules
de ces vapeurs peuvent
fe joindre enfemble ,
le froid de la fuperou
par
ficie
de la terre
, quand
elles
commencent
à s'en
approcher
, ou
quand
elles
106 MERCURE
rencontrent un terrein qui
eſt déja rempli d'eau à laquelle
elles fe joignent , ou
enfin fi elles trouvent quelque
matiere qui foit propre
à les fixer , comme nous
voyons que les fels étant expolez
à l'air retiennent les
particules d'eau qui y voltigent
C'eft alors que cette
eau qui s'augmente toû
jours , en rencontrant un
fond affez folide pour la
foûtenir , coule entre les
terres fur ce fond , jufqu'à
ce qu'elle s'échape ſur la
fuperficie de la terre où ce
GALANT. 107
fond fe termine, ou retombe
dans quelque lieu plus bas
en terre , s'il y a quelques
ouvertures à la ggllaaiiſſee ou au
tuf qui la foûtient. C'eſt
tout ce que je trouve de
plus vraisemblable dans ce
cas , encore faut il que
vapeurs ayent des conduits
particuliers pour paffer , par
ces
leſquels l'eau qu'elles forment
ne puiffe pas s'échaper.
J'ai voulu voir par experience
ce qu'on pouvoit
efperer de la maniere
de
condenfer les vapeurs de
108 MERCURE
l'eau lors qu'elles s'attacheroient
dans la terre contre
des pierres qui feroient
remplies de quelques iels ;
car c'étoit une pentée nouvelle
que j'avois eue pour
expliquer de quelle maniere
les eaux des vapeurs
qui font en terre pourroient
le ramaffer.
Je mis dans un des caveaux
du fond de la carriere
de l'Obfervatoire un
vaſe de verre , & j'attachai
fur le bord du vaſe un morceau
de linge que j'avois
trempé dans un peu d'eau ,
GALANT . 109
où j'avois fait diffoudre du
fel de tartre. Je choifis ce
fel , parce que je crus qu'il
étoit plus propre à fixer les
vapeurs que tout autre. Le
lieu paroît fort humide ,.
fur - tout en été. Quelque
temps aprés je trouvai au
fond du vafe une quantité
affez confiderable de liqueur
, qui n'étoit que l'eau
de la vapeur de l'air , laquelle
s'étoit attachée contre
le linge , & en ayant
été rempli , le furplus , qui
augmentoit toûjours , avoit
coulé au long des côtez du
110 MERCURE
vafe. J'aurois pouffé cette
experience plus loin , pour
voir fi fa liqueur auroit
continué de couler , & fi le
fel qui étoit dans le linge
auroit été entierement em.
porté par l'eau qui en couloit
, quoy qu'il puiffe arri
ver que des pierres qui auroient
des fels propres 3
fixer les vapeurs , auroient
pû conſerver toûjours leur
fel , & même s'en charger
de nouveau : mais on entra
dans le caveau en mon
abſence , on rompit le vaſe,
& mon experience fut interrompuë.
GALANT.
Je ne parle point de
quelques fontaines particulieres
& extraordinaires ,
qui fe trouvent , à ce qu'on
dit , fur le bord de la mer
& fur des rochers élevez ,
lefquelles ont un flux & un
reflux femblable à celui de
la mer , & qui ne laiſſent
pas d'être des eaux fort
douces. J'ai expliqué mecaniquement
de quelle maniere
cela fe pourroit faire ,
en ſuppoſant des reſervoirs
foûterrains un peu élevez
au deffus du niveau de la
mer , & que la cavité où
112 MERCURE
ces refervoirs font placez
ait communication par le
moyen de quelques canaux
avec la mer. Car il doit arriver
que lofque la mer
monte , elle comprime l'air
qui eſt dans cette cavité ,
lequel preffè l'eau du reſervoir
, & l'oblige de s'écha
per , & même de s'élever
par quelques fentes ou conduits
de ces rochers jufques
fur la fuperficie de la terre ,
où elle forme une fontaine
qui doit diminuer peu à peu
la mer fe re- à meſure que
tire , & que l'air comprimé
qui
GALANT. 113
qui la forçoit de monter fe
rétablit dans fon premier
état. Mais pour peu qu'on
fçache de mecanique , &
qu'on entende bien les
effets des corps liquides ,
on ne manquera pas de
moyens pour expliquer non
feulement les merveilles
qu'on voit dans la nature
fur cette mariere , mais
encore tout ce qu'on pourroit
imaginer.
1
C'eft affez parler de l'origine
des fontaines ; il me
faut maintenant expliquer
quelques remarques parti-
Mars
1714.
K
114 MERCURE
culieres que j'ai faites à
cette occafion fur l'utilité
qu'on peut retirer de l'eau
des pluies. L'avantage le
plus confiderable de l'eau
de la pluie , c'eft de la ra
maſſer dans des refervoirs
foûterrains qu'on appelle
citernes , où quand elle a été
purifiée en paffant au travers
du fable de riviere , elle
fe conferve plufieurs années
fans le corrompre. Cette
eau eft ordinairement la
meilleure de toutes celles
dont on peut ufer , foit ppour
l'employer dans plufieurs
"GALANT.
ufages , comme pour le
blanchiffage & pour les
teintures, en ce qu'elle n'eft
point mêlée d'aucun fel de
la terre , comme font preſque
toutes les eaux de fontaines,
& même celles qu'on
cftime les meilleures. Ces
cîternes font d'une trésgrande
utilité dans les lieux
où l'on n'a point d'eau de
fource , ou bien lorfque
toutes les eaux de puits font
mauvaiſes. Ce n'eſt pas ici
le lieu de parler de la conftruction
des cîternes , ni
du choix des materiaux
Kij
116 MERCURE
qu'on y doit employer ;
puis qu'il ne s'agit que d'avoir
un lieu qui tienne bien
l'eau , & que les pierres &
le mortier dont elles font
jointes , ne puiffent donner
aucune mauvaiſe qualité à
l'eau , qui y fejourne pendant
un temps confiderable.
Ceux qui ont des cîternes
, & qui font curieux
d'avoir de bonne eau , obfervent
foigneufement de
ne laiffer point entrer l'eau
des neiges fonduës dans la
cîterne , ni celles des pluies
GALANT.
117
d'orage. Pour ce qui eft de
celle des neiges fonduës ,
je crois qu'on a quelque
raifon de les exclure des
cîternes , non pas à cauſe
des fels qu'on s'imagine qui
font enfermez , & mêlez
avec les particules de la
neige: mais feulement parce
que ces neiges demeurent
ordinairement
C
plufieurs
jours , & quelquefois des
mois entiers fur les toits
des maiſons , où elles fe
corrompent par la fiente
des oifeaux & des animaux ,
& bien plus par le long
118 MERCURE
féjour qu'elles font fur les
tuiles qui font toûjours fort
fales . C'est pour cette raiſon
que lors qu'il commence à
pleuvoir , je voudrois que
la premiere eau qui vient
du toit , & qui doit entrer
dans la cîterne , fût rejettée
comme mauvaiſe , n'ayant
fervi qu'à laver les toits ,
qui font couverts de la pouffiere
qui s'éleve de bouës
défechées dans les ruës &
dans les grands chemins ,
& qu'on ne reçût ſeulement
dans la cîterne que celle
qui vient enfuite.
GALANT . 19
Il y a une autre remarque
fort confiderable pour les
eaux qu'on doit rejetter des
cîternes , & que le ſeul hazard
m'a fait connoître. Il
y a quelque temps que je
fus curieux de ramaffer de
F'eau de pluie qui tomboit
à
l'Obfervatoire , par le
moyen de la cuvette dont
je me fers pour meſurer la
quantité d'eau qui tombe
pendant l'année . Cette cu
vette eft de fer blanc bien
étamé , elle a quatre pieds
de fuperficie, & des rebords
de fix pouces de hauteur.
120 MERCURE
Il y a un trou & un petit
tuyau qui y eft foudé vers
l'un des angles par où l'eau
qui tombe dans la cuvette ,
qui eft un peu inclinée vers
cet angle , eft portée dans
un vaiffeau qui la reçoit ,
pour la meſurer enfuite , &
connoître par ce moyen la
quantité qui en eft tombée.
Je nettoyai & lavai la cuvette
& le vaiſſeau qui reçoit
l'eau , le plus proprement
qu'il me fut poffible ,
áu commencement d'une
pluie qui paroiffoit abondante,
& je ramaſſai enfuite
l'eau
GALANT. 121
l'eau dans des bouteilles de
verre bien nettes pour la
conferver. Mais comme je
voulus goûter de cette eau,
je fus furpris de ce qu'elle
avoit un fort mauvais goût,
& qu'elle fentoit la fumée :
ce qui me parut fort extraordinaire
; car j'en avois
fouvent goûté de celle qui
étoit ramaffée de la même
maniere , laquelle n'avoit
pas ce même goût. Je ne
voyois rien qui eût pû communiquer
cette odeur de
fumée à l'eau de pluie ; car
le lieu où je la ramaffe ef
Mars
1714
L
122 MERCURE
fort à découvert & élevé,
fort
& il n'y a point de fumée
qui n'en foit fort éloignée.
Mais enfin je confiderai
que cette eau de pluie étoit
tombée avec un vent du
nord ; ce qui n'eſt pas
ordinaire ; car il pleut rarement
de ce vent ; & comme
toute la ville eft au nord
de l'Obfervatoire, la fumée
des cheminées s'étoit mêlée
avec l'eau qui tomboit , &
qui paffoit enfuite pardeffus
le lieu où je la ramaffois ,
& qu'enfin c'étoit la vraye
caufe de la mauvaiſe odeur
GALANT.
123
de l'eau ; car on ſçait par
plufieurs
experiences que
l'eau prend trés facilement
l'odeur de la fumée En effet
je m'en affurai quelque
temps aprés car ayant
encore ramaffé de l'eau de
pluie qui tomboit avec un
vent de midi ou de fudoüeft
, je n'y remarquai rien
de femblable pour le goût ;
car il n'y a que de grandes
campagnes qui s'étendent
vers le midi de l'Obferva
toire.
30 Je conclus de là qu'on
doit aufli rejetter des cîter-
Lij
124
MERCURE
nes toutes les eaux de pluie
qui font apportées par des
vents fur des lieux infectez
de quelque mauvaiſe
odeur , comme des égoûts ,
des voiries , & même des
grandes villes à cauſe de la
fumée , comme je viens de
remarquer ; car les exhalaifons
& les mauvaiſes vapeurs
qui fe mêlent avec
l'eau qui entre dans la cîterne
, doivent corrompre
celle qui y eft entrée dans
un autre temps.
$ Enfin puifquel'on ne peut
pas douter par toutes les ex
GALANT .
-125
periences & par toutes les
épreuves qu'on a faites, que
l'eau de la pluie qui a été purifiée
dans du fable de riviere
, pour lui ôter le limon &
une odeur de terre qu'elle a
en tombant du ciel , ne foit
la meilleure & la plus faine
de toutes celles dont on
puiffe ſe ſervir , j'ai penſé de
quelle maniere on pourroit
pratiquer dans toutes les
maifons des cîternes qui
fourniroient affez d'eau
pour l'ufage de ceux qui y
demeurent.
Premierement il eft cer-
Liij
126 MERCURE
tain qu'une maiſon ordinaire
, qui auroit en fuperficie
quarantes toiſes , lef
quelles feroient couvertes
de toits , peut ramaſſfer chaque
année 2160. pieds cubiques
d'eau , en prenant
feulement dix huit pouces
pour la hauteur de ce qu'il
en tombe , qui eft la moindre
hauteur que j'aye obfervé
. Mais ces 2160. pieds
cubiques valent 75600. pintes
d'eau , à raifon de 35.
pintes par pied , qui eſt la
jufte mefure pour la pinte
de Paris, Si l'on diviſe donc
GALANT. 127
ce nombre de pintes par
les 365. jours de l'année
on trouvera 200. pintes par
jour. On voit par là que
quand il y auroit dans une
maiſon , comme celle que
je fuppofe , vingt - cinq perfonnes
, elles auroient huit
pintes d'eau chacune à dépenſer
, qui eſt plus d'un
feau de ceux d'ordinaire ,
& ce qui eft plus que fuffifant
pour tous les uſages de
la vie.
Il ne me reste plus qu'à
donner un avis fur le lieu
& fur la maniere de con-
Liiij
128 MERCURE
,
a
ftruire ces fortes de cîternes
dans les maiſons particulieres.
On voit dans plufieurs
villes de Flandres ,
vers les bords de la mer
où toutes les eaux des puits
font falées & ameres
cauſe que le terrain n'eft.
qu'un fable leger au travers
duquel l'eau de la mer ne
f purifie pas , que l'on fait
des cîternes dans chaque
maiſon pour ſon uſage particulier.
Mais ces cîternes
font enterrées , & ne font
que des caveaux où l'on
croit que l'eau le conferve
GALANT. 129
mieux qu'à l'air. Il eſt vrai
que l'eau , & fur- tout celle
de pluie , ne fe conferve pas
à l'air à caule du limon dont
elle eft remplie , & qu'elle
ne depofe pas entierement
en paffant par le fable , &
qu'elle fe corrompt , & qu'il
s'y engendre une espece de
mouffe verte qui la couvre
entierement. C'est pourquoy
je voudrois qu'on pratiquât
dans chaque mailon
un petit lieu dont le plancher
feroit élevé au deffus
du rez de chauffée de fix
pieds environ ; que ce lieu
130 MERCURE
n'eût tout au plus que la
quarantieme ou cinquantieme
partie de la fuperficie
de la maiſon , & qui feroit
dans nôtre exemple d'une
toife à peu prés. Ce lieu
pourroit être élevé de huit
à dix pieds , & bien vouté
avec des murs fort épais.
Ce feroit dans ce lieu où je
placerois un refervoir de
plomb , qui recevroit toute
l'eau de pluie aprés
qu'elle auroit paffé au travers
du fable. Il ne faudroit
à ce lieu qu'une tréspetite
porte bien épaiffe &
GALANT. 131
bien garnie de natte de
paille , pour empêcher que
la gelée ne pût penetrer
jufqu'à l'eau. Par ce moyen
on pourroit diſtribuer facilement
de trés bonne eau
dans les cuifines & les lavoirs.
Cette eau étant bien
enfermée ne fe corromproit
pas plus que fi elle étoit fous
terre, & ne geleroit jamais.
Son peu d'élevation au def
fus du rez de chauffée ferviroit
affez à la commodité
de fa diftribution dans tous
les lieux bas du logis.Ce reſervoir
pourroit être placé
132
MERCURE
dans un endroit où il n'incommoderoit
par fon humidité
, qu'autant que ceux
d'eau de fontaine qui font
dans plufieurs maiſons.
J'ai examiné depuis peu
les differentes eaux de pluie
que j'avois ramaffées autrefois
, & que j'avois confervées
dans des bouteilles de
verre. J'ai trouvé qu'il y en
avoit quelques - unes qui
étoient d'un mauvais goût,
& je ne fçaurois affurer fi
ce font celles qui avoient
d'abord une odeur de fumée
quand je les ai miſes
GALANT. 133
dans la bouteille ; les autres
étoient affez bonnes & agreables
, elles n'avoient
plus le goût de terre , qu'ont
toutes les eaux de pluie , &
c'étoit peut être parce qu'-
elles avoient dépolé un
certain limon , qu'on voit
ordinairement au fond des
vaſes où l'on a laiſſé pendant
quelque temps des
caux de pluie.
Jajoûterais encore une
remarque que j'ai faite fur
les eaux de fontaine qui font
fur le côteau de la butte de
Montmartre vers le fepten134
MERCURE
trion. Ces eaux font fort
claires & affez bonnes pour
boire. Cependant fi l'on
fait cuire de la viande &
des herbes à potage avec
cette eau , le bouillon eſt
d'une grande amertume ;
ce qu'on ne peut pas attribuer
à la nature des herbes
du lieu , puifque fi l'on
fe fert d'eau de pluie pour
faire le bouillon , il eſt trésbon
& n'a aucune amertume.
fur l'origine des fontaines
; avec quelques particu
laritez fur la conftruction
des cîternes.
Tout ce qui regarde les
caux , tant pour les neceffitez
de la vie , que pour l'ornement
des Palais & des
Jardins , a toûjours été regardé
comme une des principales
connoiffances qui
fuffent neceffaires aux hommes.
On s'eft appliqué avec
grand foin à rendre de trés-
Mars 1714.
G
74
MERCURE
petites rivieres capables de
porter de grands bateaux ,
& de joindre par ce moyen
des mers fort eloignées l'une
de l'autre. On a conduit
des fontaines trés - abondantes
par de longs détours
& fur des aqueducs trés- élevez,
jufques dans des lieux,
où la nature avoit refufé
d'en donner. On a enfin inventé
un grand nombre de
machines propres à élever
T'eau , & la porter juſqu'au
haut des montagnes
, pour
la diftribuer enfuite fous
mille figures differentes ,
GALANT.
75
avec des mouvemens furnaturels
, & en donner un
fpectacle digne d'admiration.
inistrot as
C'en étoit affez pour le
commun des hommes :
mais la curiofité de ceux
qui recherchent
les fecrets
de la nature, n'étoit pas encore
fatisfaite , il faloit connoître
l'origine de ces fources
d'eau fi abondantes quon
rencontre par toute la
terre , & même fur des rochers
fort élevez ; & c'eſt
ce qui a donné tant d'exercice
aux Philofophes an-
Gij
76 MERCURE
cie ns & modernes.
Nous voyons deux principales
opinions fur l'origine
des fontaines , qui font fondées
chacune fur des experiences
dont il femble qu'on
ne puiffe pas douter ; car il
eft évident que plufieurs
fontaines ont pour principe
l'eau de la pluie & la fonte
des neiges fur les montagnes
: mais comment ces
pluies & ces neiges , qui
font trés-rares fur, des rochers
efcarpez & fort élevez
, & dans des pays fort
chauds , pourront- elles y ›
GALANT.
77
fournir des fontaines trésabondantes
&
permanentes
qu'on y voit en plufieurs
endroits ?
C'eft la plus forte objection
que faffent ceux qui ne
font du
fentiment que
pas
les pluies font les fontaines
, & ils admettent feulement
des cavitez foûterraines
en forme d'alembic ,
où les vapeurs des eaux qui
coulent dans la terre à la
hauteur de la mer , s'élevent
par les fentes des rochers
&fe condenfent par le froid
de la fuperficie de la terre.
Giij
78 MERCURE
M. N ** qui a fuivi l'opinion
des premiers qui
prennent le parti de la pluie,
a fait un examen trés particulier
de l'eau de pluie &
de neige qui tombe fur l'étendue
de la terre, qui fournit
fes eaux à la riviere de
Seine ; & il trouve par fon
calcul qu'il y en a beaucoup
plus qu'il ne feroit necelfaire
pour entretenir la riviere
dans fon état moyen
pendant tout le cours d'une
année.
En examinant le Traité
de l'origine des Fontaines de
1
79
GALANT.
M. Plot Anglois , qui a été
imprimé en 1685. j'y fis plufieurs
remarques , & j'entrepris
de reconnoître par
moy- même ce que les eaux
de pluie & de neige pouvoient
fournir aux fontaines
& aux rivieres . Je commençai
d'abord à rechercher
quelle étoit la quantité
d'eau de pluie qui tomboit
fur la terre pendant toute
une anné , & j'en ai donné
depuis des memoires à l'Academie
à la fin de chaque
année ; ce qui fait connoître
que la hauteur de l'eau
Giiij .
80 MERCURE
qui tombe à l'Obſervatoire
Royal , où j'ai fait mes obſervations
, feroit dans une
année moyenne de dix- neuf
à vingt pouces , à peu prés
comme M. N** l'avoit fuppofé
dans fon examen .
Mais comme je doutois
que ce fût fur cette quantité
d'eau qu'on dût compter
pour l'origine des fontaines,
je fis les experiences
fuivantes pour m'en affurer.
Je choifis un endroit de
la terraffe baffe de l'Obfervatoire
, & fis mettre dans
T
GALANT . 81
terre , à huit pieds de profondeur,
un baffin de plomb
de quatre pieds de fuperficie.
Ce baffin avoit des
bords de fix pouces de hauteur
, & étoit un peu incliné
vers l'un de fes angles , où
j'avois fait fouder un tuyau
de plomb de douze pieds.
de longueur, qui ayant auffi
une pente affez conſiderable
, entroit dans un caveau
par
fon extremité . Ce baf
fin étoit éloigné du mur de
la cave , afin qu'il fût environné
d'une plus grande
quantité de terre femblable
82 MERCURE
à celle qui étoit au deffus ,
& qu'elle ne pût pas fe lecher
par la proximité du
mur. Je mis dans le baffin
ou cuvette de plomb , à l'endroit
de l'ouverture qui répondoit
au tuyau , plufieurs
cailloux de differentes groffeurs
, afin que cette ouverture
ne pût pas fe boucher
quand la terre auroit été
remiſe pardeffus à la hauteur
du terrein , c'eſt à dire
de huit pieds de hauteur.
Ce terrein eft d'une nature
moyenne entre le fable &
la terre franche , en forte
GALANT.
83
que l'eau le peut penetrer
affez facilement , & la fuperficie
exterieure eſt de niveau.
Je penfois que fi les eaux
de pluie & de neige fonduë
penetrent la terre juſqu'à
ce qu'elles rencontrent un
cufou une terre argilleuſe ,
qui ne la laiffe point paffer ,
comme difent ceux qui fuivent
la premiere opinion
de l'origine des fontaines ,
il devoit arriver la même
chofe à la cuvette de plomb
que j'avois enterrée , & qu'
enfin je devois avoir une
84 MERCURE
eſpece de fource d'eau , qui
devoit couler par le tuyau
qui répondoit dans le caveau.
Mais comme je n'étois
pas perſuadé que cela pût
arriver , je mis encore dans
le même temps une autre
machine en experience à
huit pouces feulement de
profondeur en terre. C'étoit
une cuvette qui avoit
foixante quatre pouces en
fuperficie , & des rebords
de huit pouces de hauteur.
J'avois choifi un lieu où le
foleil ni le vent ne donGALANT.
85
noient point , & j'avois eu
grand foin d'ôter toutes les
herbes qui croiffoient fur
la terre au deffus de cette
cuvette, afin que toute l'eau
qui tomberoit fur la terre
pût paffer fans empêchement
jufqu'au fond de la
cuvette , où il y avoit un
petit trou & un tuyau qui
portoit dans un vaiffeau
toute l'eau qui pouvoit penetrer
la terre. Cette cuvette
n'étoit pas expoſée à
l'air : mais elle étoit enterrée
dans une trés - grande
quaiffe remplie par les cô86
MERCURE
tez & par deffous de la même
terre qui étoit au dedans
, afin que la terre de
la cuvette ne pût pas fe défecher
par l'air.
Je remarquai premierement
dans certe petite cuvette
, que depuis le 12. Juin
juſqu'au 19. Février fuivant
l'eau n'avoit point coulé par
le tuyau au deffous de la
-cuvette , & qu'elle y coula
feulement alors , à cauſe
d'une grande quantité de
neige qui étoit fur la terre
& qui fe fondoit. Depuis ce
temps - là la terre de certe
GALANT. 87
cuvette étoit toûjours fort.
humide : mais l'eau ne couloit
point que quelques
-heures aprés qu'il avoit plû,
& elle ceffoit de couler
quand ce qui étoit tombé
étoit épuilé ; car il en reftoit
toûjours dans la terre
une certaine quantité , qui
ne palloit point à moins
qu'il n'y en cût de nouvelle
au deffus de la terre.
<
Un an aprés je refis la
même experience dans la
petite cuvette : mais je la
mis à feize pouces avant
dans terre , qui étoit une
88 MERCURE
锣
fois plus qu'elle n'étoit d'abord.
Il n'y avoit point
d'herbes fur la terre , & elle
étoit encore à l'abri du foleil
& du vent. Il arriva à
peu prés la même chose que
dans la precedente , excepté
feulement que lors
qu'il fe paffoit un temps
confiderable fans pleuvoir ,
la terre fe défechoit unpeu,
& une mediocre pluie qui
furvenoit enfuite , n'étoit
pas capable de l'humecter
fuffifamment avec ce qui
y reftoit pour la faire couler.
Enfin
GALANT. 89
il
:
Enfin je planta quel
ques herbes fur la terre au
deffus de la cuvette mais
quand les plantes furent un
peu fortes , non feulement
ne couloit point d'eau àprés
la pluie ; mais toute
celle qui tomboit n'étoit
pas fuffifante toute feule
pour les nourrir , & elles fe
fanoient & fechoient , à
moins qu'on ne les arrosât
de temps en temps.
Il me vint alors en penfée
de meſurer la diffipation
ou évaporation de l'eau au
travers des feuilles des plan-
Mars 1714.
H
90 MERCURE
tes , quand elles font expo- .
fées au foleil & au vent. Le
30. Juin , à cinq heures du
matin , je mis dans une
phiole de verre , dont l'ouverture
étoit petite , une livre
d'eau pefée fort exactement
avec la phiole , & je
cueillis deux feuilles de figuier
de mediocre grandeur
, lefquelles pefoient
enfemble 5. gros 48. grains,
& j'en fis tremper le bout
des queues dans l'eau de la
phiole. Ces feuilles étoient
trés fraîches & fermes
quand je les cueillis . EnGALANT.
St
fuite j'expofai la phiole &
les feuilles au ſoleil , qui
étoit clair & chaud , & en
un lieu où il faifoit un peu
de vent , & je bouchai exactement
avec du papier le
refte du col de la phiole ,
qui n'étoit pas occupé par
les queues des feuilles , afin
que l'eau de la phiole ne
pût pas s'évaporer par cette
ouverture .
A onze heures du matin
je pefai le tout enſemble ,
& je trouvai qu'il y avoit
une diminution de poids de
deux gros , que l'air & le
Hij
92 MERCURE
foleil avoient tiré d'eau de
cette feuille , laquelle ne
peut être reparée quand la
feuille eft attachée à l'arbre
, que par l'humidité de
la terre qui paffe par les racines.
Je fis auffi pluſieurs autres
experiences fur des
plantes , & je trouvai toûjours
une trés - grande difſipation
d'humidité ; & aprés
avoir mefuré la fuperficie
des feuilles , & avoir confideré
ce qui en couvre ordinairement
la terre , j'ai jugé
que l'eau de la pluie
GALANT .
93
fur. tout en été , quoy qu'
elle foit alors trés- abondante
, n'eft pas capable de
les entretenir fans un fecours
tiré d'ailleurs . Il eſt
vrai que l'air de la nuit fournit
aux grands arbres , &
même aux plantes , une
grande quantité d'humidité
qu'on voit preſque toûjours
fur les feuilles vers le
lever du foleil , laquelle paffant
juſques dans les racines
, peut entretenir ces
plantes une partie du jour :
mais cette humidité toute
ſeule ne pourroit pas ſuf.
94
MERCURE
fire pour leur nourriture ,
fi elles n'en tiroient de la
terre même & des pluies
qui y entrent , comme je
l'ai remarqué dans mes experiences
que je viens de
rapporter.
Toutes ces experiences
m'ont fait connoître que
l'eau des pluies qui tombent
fur la terre , où il où il y a toûjours
quelques herbes &
des arbres , ne peut pas la
penetrer jufqu'à deux pieds,
à moins qu'elle n'ait été ramaffée
dans des lieux fablonneux
& pierreux , qui
*
.
GALANT .
95
A
la laiffent paffer facilement:
mais ce ne peut être que
des cas particuliers , dont
on ne peut tirer de confequence
generale. On en
peut voir un exemple au
rocher de la fainte Baume
en Provence , où la pluie qui
tombe fur ce rocher , qui
eft tout fendu & crevaffé ,
& où il n'y a point d'herbes
, penetre dans la grotte
en trés- peu d'heures à foi
xante- fept toiles au deffous
de la fuperficie du rocher ,
& y forme une trés - belle
cîterne, qui feroit enfin une
a
96 MERCURE
fontaine quand la cîterne
feroit remplie ; & lors qu'il
fe rencontre fur de femblables
rochers & dans
ces fonds confiderables de
grandes quantitez de neiges
qui fe fondent en été
à la feule chaleur du foleil ,
on remarque de grands
écoulemens de l'eau de
fontaine pendant quelques
heures d'un même jour , &
même à pluſieurs repriſes ,
fi le foleil ne donne fur ces
neiges qu'à quelques heures
differentes de la jour
née , le refte du temps ces
neiges
GALANT. 97
neiges étant à l'ombre des
pointes des rochers , & ne
pouvant
pas fe fondre facilement.
C'eft fans doute la
raiion de ce qu'on a rapporté
, qu'il y avoit des fontaines
au milieu des terres
qui avoient un flux & reflux
comme la mer.
Ces experiences m'ont
perfuadé que je ne devois
point attendre que les eaux
de la pluie & des neiges
paffaffent au travers des
huit pieds de terre qui étoient
au deffus de la cuvette
de plomb que j'avois
Mars
1714.
I
98 MERCURE
enterrée fur une terraffe ;
auffi il n'eft pas coulé une
feule goutte d'eau par le
tuyau depuis quinze années.
On voit donc par là qu'il
ne peut y avoir que tréspeu
de fontaines qui tirent
leur origine des pluies &
des neiges , & il faut neceffairement
avoir recours
d'autres cauſes pour expli.
quer comment il fe peut
rencontrer des fources trésabondantes
dans des lieux
élevez , & à très- peu de pro.
fondeur dans terre , com
HEQUE
ME
LA
THÈQUE
DE
OPON
;
GALANT.
me eft celle de Rungis res
de Paris , qu'on ne peut
tribuer à ces grottes ou
alembics foûterrains , qui
fervent à faire diftiler l'eau
des vapeurs condenfées
car il n'y a point de rochers
dans les
environs
, comme
je l'ai reconnu par plufieurs
puits que j'y ai fait faire ,
& le terrain eft ſeulement
un peu élevé , où l'on a fait
quelques puits , dont l'eau
eft fort proche de la furface
de la terre , & plus éle
vée que l'endroit où l'on a
ramaffé les eaux. Cette four.
I ij.
100 MERCURE
ce fournit cinquante pouces
d'eau environ , qui coule
toûjours & qui fouffre peu
de changement , & tout
l'efpace de terre d'où elle
peut venir n'elt pas
affez
grand pour fournir l'eau
de cette fource en ramaffant
celle de la pluye, quand
il ne s'en diffiperoit point ;
& de plus il eft toûjours cultivé
& couvert d'herbes &
de blé . Il y a quelques vallons
affez proche de ce lieu,
où il faut creuſer fort bas
pour trouver l'eau.
On a crû pouvoir expli
GALANT. ΙΘΙ
quer ces fortes de fources
par des tuyaux & des canaux
naturels , qui conduifent
l'eau de quelque
petite
riviere élevée , & qui
paffant par des lieux hauts
& bas , & même au deſſous
de quelques rivieres qui les
traverſent , font fi bien foudez
& bouchez
, qu'ils ne
laiffent point échaper cette
cau en chemin , pour la
conduire jufqu'au lieu où
elle doit fortir hors de terre.
Mais quand il pourroit
fe rencontrer de ces lieux
foûterrains
, je fuis perfuadé
1 iij
102 MERCURE
qu'ils auroient ſeulement
une pente neceffaire pour
laiffer couler l'eau entre les
terres fur un fond de tufou
d'argille : mais pour s'imaginer
des tuyaux naturels
hauts & bas , c'est tout ce
que peut faire l'art dans l'étenduë
d'un petit jardin ;
encore y a t-il fouvent à refaire
à ces conduites .
Il me femble qu'on peut
faire encore une objection
confiderable à cette hypothefe.
Car fi ces grandes
fources élevées tirent leur
origine de quelques rivicGALANT.
103
rés , ces mêmes rivieres doivent
auffi tirer leurs eaux
d'autres fources encore plus
élevées; car celles des pluies
& des neiges fondues dans
les lieux dont le fond feroit
ferme , ne peuvent former
que quelques torrens qui
ne durent que peu de tems,
& qui ne peuvent pas fournir
à l'écoulement
continuel
de ces rivieres. Les
grands ramas d'eau , comme
des étangs qui font à la
tête des petites rivieres , ne
prouvent rien pour l'origi .
ne des rivieres ; car nous
I iiij
104 MERCURE
avons fait plufieurs experiences
, qui nous font connoître
qu'il fe diffipe beaucoup
plus d'eau de celle
qui cft exposée à l'air dans
un vaiffeau fort large , qu'il
n'y en peut tomber du ciel.
Il ne refte donc qu'un
feul moyen pour expliquer
comment ces fources abondantes
peuvent fe former
dans terre , encore s'y rencontre
- t- il quelques difficultez.
Il faut s'imaginer
qu'au travers de la terre il
paffe une grande quantité
de vapeurs , qui s'élevent
GALANT.
105
des eaux qui y font ordinairement
a la hauteur des
rivieres les plus proches ,
ou de la mer ; que ces vapeurs
paffent d'autant plus
facilement , qu'elles rencontrent
un terrein plus facile
à être penetré , comme
on le remarque en hyver à
l'ouverture de quelques caves
fort profondes . Les particules
de ces vapeurs peuvent
fe joindre enfemble ,
le froid de la fuperou
par
ficie
de la terre
, quand
elles
commencent
à s'en
approcher
, ou
quand
elles
106 MERCURE
rencontrent un terrein qui
eſt déja rempli d'eau à laquelle
elles fe joignent , ou
enfin fi elles trouvent quelque
matiere qui foit propre
à les fixer , comme nous
voyons que les fels étant expolez
à l'air retiennent les
particules d'eau qui y voltigent
C'eft alors que cette
eau qui s'augmente toû
jours , en rencontrant un
fond affez folide pour la
foûtenir , coule entre les
terres fur ce fond , jufqu'à
ce qu'elle s'échape ſur la
fuperficie de la terre où ce
GALANT. 107
fond fe termine, ou retombe
dans quelque lieu plus bas
en terre , s'il y a quelques
ouvertures à la ggllaaiiſſee ou au
tuf qui la foûtient. C'eſt
tout ce que je trouve de
plus vraisemblable dans ce
cas , encore faut il que
vapeurs ayent des conduits
particuliers pour paffer , par
ces
leſquels l'eau qu'elles forment
ne puiffe pas s'échaper.
J'ai voulu voir par experience
ce qu'on pouvoit
efperer de la maniere
de
condenfer les vapeurs de
108 MERCURE
l'eau lors qu'elles s'attacheroient
dans la terre contre
des pierres qui feroient
remplies de quelques iels ;
car c'étoit une pentée nouvelle
que j'avois eue pour
expliquer de quelle maniere
les eaux des vapeurs
qui font en terre pourroient
le ramaffer.
Je mis dans un des caveaux
du fond de la carriere
de l'Obfervatoire un
vaſe de verre , & j'attachai
fur le bord du vaſe un morceau
de linge que j'avois
trempé dans un peu d'eau ,
GALANT . 109
où j'avois fait diffoudre du
fel de tartre. Je choifis ce
fel , parce que je crus qu'il
étoit plus propre à fixer les
vapeurs que tout autre. Le
lieu paroît fort humide ,.
fur - tout en été. Quelque
temps aprés je trouvai au
fond du vafe une quantité
affez confiderable de liqueur
, qui n'étoit que l'eau
de la vapeur de l'air , laquelle
s'étoit attachée contre
le linge , & en ayant
été rempli , le furplus , qui
augmentoit toûjours , avoit
coulé au long des côtez du
110 MERCURE
vafe. J'aurois pouffé cette
experience plus loin , pour
voir fi fa liqueur auroit
continué de couler , & fi le
fel qui étoit dans le linge
auroit été entierement em.
porté par l'eau qui en couloit
, quoy qu'il puiffe arri
ver que des pierres qui auroient
des fels propres 3
fixer les vapeurs , auroient
pû conſerver toûjours leur
fel , & même s'en charger
de nouveau : mais on entra
dans le caveau en mon
abſence , on rompit le vaſe,
& mon experience fut interrompuë.
GALANT.
Je ne parle point de
quelques fontaines particulieres
& extraordinaires ,
qui fe trouvent , à ce qu'on
dit , fur le bord de la mer
& fur des rochers élevez ,
lefquelles ont un flux & un
reflux femblable à celui de
la mer , & qui ne laiſſent
pas d'être des eaux fort
douces. J'ai expliqué mecaniquement
de quelle maniere
cela fe pourroit faire ,
en ſuppoſant des reſervoirs
foûterrains un peu élevez
au deffus du niveau de la
mer , & que la cavité où
112 MERCURE
ces refervoirs font placez
ait communication par le
moyen de quelques canaux
avec la mer. Car il doit arriver
que lofque la mer
monte , elle comprime l'air
qui eſt dans cette cavité ,
lequel preffè l'eau du reſervoir
, & l'oblige de s'écha
per , & même de s'élever
par quelques fentes ou conduits
de ces rochers jufques
fur la fuperficie de la terre ,
où elle forme une fontaine
qui doit diminuer peu à peu
la mer fe re- à meſure que
tire , & que l'air comprimé
qui
GALANT. 113
qui la forçoit de monter fe
rétablit dans fon premier
état. Mais pour peu qu'on
fçache de mecanique , &
qu'on entende bien les
effets des corps liquides ,
on ne manquera pas de
moyens pour expliquer non
feulement les merveilles
qu'on voit dans la nature
fur cette mariere , mais
encore tout ce qu'on pourroit
imaginer.
1
C'eft affez parler de l'origine
des fontaines ; il me
faut maintenant expliquer
quelques remarques parti-
Mars
1714.
K
114 MERCURE
culieres que j'ai faites à
cette occafion fur l'utilité
qu'on peut retirer de l'eau
des pluies. L'avantage le
plus confiderable de l'eau
de la pluie , c'eft de la ra
maſſer dans des refervoirs
foûterrains qu'on appelle
citernes , où quand elle a été
purifiée en paffant au travers
du fable de riviere , elle
fe conferve plufieurs années
fans le corrompre. Cette
eau eft ordinairement la
meilleure de toutes celles
dont on peut ufer , foit ppour
l'employer dans plufieurs
"GALANT.
ufages , comme pour le
blanchiffage & pour les
teintures, en ce qu'elle n'eft
point mêlée d'aucun fel de
la terre , comme font preſque
toutes les eaux de fontaines,
& même celles qu'on
cftime les meilleures. Ces
cîternes font d'une trésgrande
utilité dans les lieux
où l'on n'a point d'eau de
fource , ou bien lorfque
toutes les eaux de puits font
mauvaiſes. Ce n'eſt pas ici
le lieu de parler de la conftruction
des cîternes , ni
du choix des materiaux
Kij
116 MERCURE
qu'on y doit employer ;
puis qu'il ne s'agit que d'avoir
un lieu qui tienne bien
l'eau , & que les pierres &
le mortier dont elles font
jointes , ne puiffent donner
aucune mauvaiſe qualité à
l'eau , qui y fejourne pendant
un temps confiderable.
Ceux qui ont des cîternes
, & qui font curieux
d'avoir de bonne eau , obfervent
foigneufement de
ne laiffer point entrer l'eau
des neiges fonduës dans la
cîterne , ni celles des pluies
GALANT.
117
d'orage. Pour ce qui eft de
celle des neiges fonduës ,
je crois qu'on a quelque
raifon de les exclure des
cîternes , non pas à cauſe
des fels qu'on s'imagine qui
font enfermez , & mêlez
avec les particules de la
neige: mais feulement parce
que ces neiges demeurent
ordinairement
C
plufieurs
jours , & quelquefois des
mois entiers fur les toits
des maiſons , où elles fe
corrompent par la fiente
des oifeaux & des animaux ,
& bien plus par le long
118 MERCURE
féjour qu'elles font fur les
tuiles qui font toûjours fort
fales . C'est pour cette raiſon
que lors qu'il commence à
pleuvoir , je voudrois que
la premiere eau qui vient
du toit , & qui doit entrer
dans la cîterne , fût rejettée
comme mauvaiſe , n'ayant
fervi qu'à laver les toits ,
qui font couverts de la pouffiere
qui s'éleve de bouës
défechées dans les ruës &
dans les grands chemins ,
& qu'on ne reçût ſeulement
dans la cîterne que celle
qui vient enfuite.
GALANT . 19
Il y a une autre remarque
fort confiderable pour les
eaux qu'on doit rejetter des
cîternes , & que le ſeul hazard
m'a fait connoître. Il
y a quelque temps que je
fus curieux de ramaffer de
F'eau de pluie qui tomboit
à
l'Obfervatoire , par le
moyen de la cuvette dont
je me fers pour meſurer la
quantité d'eau qui tombe
pendant l'année . Cette cu
vette eft de fer blanc bien
étamé , elle a quatre pieds
de fuperficie, & des rebords
de fix pouces de hauteur.
120 MERCURE
Il y a un trou & un petit
tuyau qui y eft foudé vers
l'un des angles par où l'eau
qui tombe dans la cuvette ,
qui eft un peu inclinée vers
cet angle , eft portée dans
un vaiffeau qui la reçoit ,
pour la meſurer enfuite , &
connoître par ce moyen la
quantité qui en eft tombée.
Je nettoyai & lavai la cuvette
& le vaiſſeau qui reçoit
l'eau , le plus proprement
qu'il me fut poffible ,
áu commencement d'une
pluie qui paroiffoit abondante,
& je ramaſſai enfuite
l'eau
GALANT. 121
l'eau dans des bouteilles de
verre bien nettes pour la
conferver. Mais comme je
voulus goûter de cette eau,
je fus furpris de ce qu'elle
avoit un fort mauvais goût,
& qu'elle fentoit la fumée :
ce qui me parut fort extraordinaire
; car j'en avois
fouvent goûté de celle qui
étoit ramaffée de la même
maniere , laquelle n'avoit
pas ce même goût. Je ne
voyois rien qui eût pû communiquer
cette odeur de
fumée à l'eau de pluie ; car
le lieu où je la ramaffe ef
Mars
1714
L
122 MERCURE
fort à découvert & élevé,
fort
& il n'y a point de fumée
qui n'en foit fort éloignée.
Mais enfin je confiderai
que cette eau de pluie étoit
tombée avec un vent du
nord ; ce qui n'eſt pas
ordinaire ; car il pleut rarement
de ce vent ; & comme
toute la ville eft au nord
de l'Obfervatoire, la fumée
des cheminées s'étoit mêlée
avec l'eau qui tomboit , &
qui paffoit enfuite pardeffus
le lieu où je la ramaffois ,
& qu'enfin c'étoit la vraye
caufe de la mauvaiſe odeur
GALANT.
123
de l'eau ; car on ſçait par
plufieurs
experiences que
l'eau prend trés facilement
l'odeur de la fumée En effet
je m'en affurai quelque
temps aprés car ayant
encore ramaffé de l'eau de
pluie qui tomboit avec un
vent de midi ou de fudoüeft
, je n'y remarquai rien
de femblable pour le goût ;
car il n'y a que de grandes
campagnes qui s'étendent
vers le midi de l'Obferva
toire.
30 Je conclus de là qu'on
doit aufli rejetter des cîter-
Lij
124
MERCURE
nes toutes les eaux de pluie
qui font apportées par des
vents fur des lieux infectez
de quelque mauvaiſe
odeur , comme des égoûts ,
des voiries , & même des
grandes villes à cauſe de la
fumée , comme je viens de
remarquer ; car les exhalaifons
& les mauvaiſes vapeurs
qui fe mêlent avec
l'eau qui entre dans la cîterne
, doivent corrompre
celle qui y eft entrée dans
un autre temps.
$ Enfin puifquel'on ne peut
pas douter par toutes les ex
GALANT .
-125
periences & par toutes les
épreuves qu'on a faites, que
l'eau de la pluie qui a été purifiée
dans du fable de riviere
, pour lui ôter le limon &
une odeur de terre qu'elle a
en tombant du ciel , ne foit
la meilleure & la plus faine
de toutes celles dont on
puiffe ſe ſervir , j'ai penſé de
quelle maniere on pourroit
pratiquer dans toutes les
maifons des cîternes qui
fourniroient affez d'eau
pour l'ufage de ceux qui y
demeurent.
Premierement il eft cer-
Liij
126 MERCURE
tain qu'une maiſon ordinaire
, qui auroit en fuperficie
quarantes toiſes , lef
quelles feroient couvertes
de toits , peut ramaſſfer chaque
année 2160. pieds cubiques
d'eau , en prenant
feulement dix huit pouces
pour la hauteur de ce qu'il
en tombe , qui eft la moindre
hauteur que j'aye obfervé
. Mais ces 2160. pieds
cubiques valent 75600. pintes
d'eau , à raifon de 35.
pintes par pied , qui eſt la
jufte mefure pour la pinte
de Paris, Si l'on diviſe donc
GALANT. 127
ce nombre de pintes par
les 365. jours de l'année
on trouvera 200. pintes par
jour. On voit par là que
quand il y auroit dans une
maiſon , comme celle que
je fuppofe , vingt - cinq perfonnes
, elles auroient huit
pintes d'eau chacune à dépenſer
, qui eſt plus d'un
feau de ceux d'ordinaire ,
& ce qui eft plus que fuffifant
pour tous les uſages de
la vie.
Il ne me reste plus qu'à
donner un avis fur le lieu
& fur la maniere de con-
Liiij
128 MERCURE
,
a
ftruire ces fortes de cîternes
dans les maiſons particulieres.
On voit dans plufieurs
villes de Flandres ,
vers les bords de la mer
où toutes les eaux des puits
font falées & ameres
cauſe que le terrain n'eft.
qu'un fable leger au travers
duquel l'eau de la mer ne
f purifie pas , que l'on fait
des cîternes dans chaque
maiſon pour ſon uſage particulier.
Mais ces cîternes
font enterrées , & ne font
que des caveaux où l'on
croit que l'eau le conferve
GALANT. 129
mieux qu'à l'air. Il eſt vrai
que l'eau , & fur- tout celle
de pluie , ne fe conferve pas
à l'air à caule du limon dont
elle eft remplie , & qu'elle
ne depofe pas entierement
en paffant par le fable , &
qu'elle fe corrompt , & qu'il
s'y engendre une espece de
mouffe verte qui la couvre
entierement. C'est pourquoy
je voudrois qu'on pratiquât
dans chaque mailon
un petit lieu dont le plancher
feroit élevé au deffus
du rez de chauffée de fix
pieds environ ; que ce lieu
130 MERCURE
n'eût tout au plus que la
quarantieme ou cinquantieme
partie de la fuperficie
de la maiſon , & qui feroit
dans nôtre exemple d'une
toife à peu prés. Ce lieu
pourroit être élevé de huit
à dix pieds , & bien vouté
avec des murs fort épais.
Ce feroit dans ce lieu où je
placerois un refervoir de
plomb , qui recevroit toute
l'eau de pluie aprés
qu'elle auroit paffé au travers
du fable. Il ne faudroit
à ce lieu qu'une tréspetite
porte bien épaiffe &
GALANT. 131
bien garnie de natte de
paille , pour empêcher que
la gelée ne pût penetrer
jufqu'à l'eau. Par ce moyen
on pourroit diſtribuer facilement
de trés bonne eau
dans les cuifines & les lavoirs.
Cette eau étant bien
enfermée ne fe corromproit
pas plus que fi elle étoit fous
terre, & ne geleroit jamais.
Son peu d'élevation au def
fus du rez de chauffée ferviroit
affez à la commodité
de fa diftribution dans tous
les lieux bas du logis.Ce reſervoir
pourroit être placé
132
MERCURE
dans un endroit où il n'incommoderoit
par fon humidité
, qu'autant que ceux
d'eau de fontaine qui font
dans plufieurs maiſons.
J'ai examiné depuis peu
les differentes eaux de pluie
que j'avois ramaffées autrefois
, & que j'avois confervées
dans des bouteilles de
verre. J'ai trouvé qu'il y en
avoit quelques - unes qui
étoient d'un mauvais goût,
& je ne fçaurois affurer fi
ce font celles qui avoient
d'abord une odeur de fumée
quand je les ai miſes
GALANT. 133
dans la bouteille ; les autres
étoient affez bonnes & agreables
, elles n'avoient
plus le goût de terre , qu'ont
toutes les eaux de pluie , &
c'étoit peut être parce qu'-
elles avoient dépolé un
certain limon , qu'on voit
ordinairement au fond des
vaſes où l'on a laiſſé pendant
quelque temps des
caux de pluie.
Jajoûterais encore une
remarque que j'ai faite fur
les eaux de fontaine qui font
fur le côteau de la butte de
Montmartre vers le fepten134
MERCURE
trion. Ces eaux font fort
claires & affez bonnes pour
boire. Cependant fi l'on
fait cuire de la viande &
des herbes à potage avec
cette eau , le bouillon eſt
d'une grande amertume ;
ce qu'on ne peut pas attribuer
à la nature des herbes
du lieu , puifque fi l'on
fe fert d'eau de pluie pour
faire le bouillon , il eſt trésbon
& n'a aucune amertume.
Fermer
Résumé : Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Le texte explore l'importance historique de la gestion de l'eau, tant pour les besoins quotidiens que pour l'ornementation des palais et jardins. Les hommes ont toujours cherché à rendre les rivières navigables et à construire des aqueducs pour transporter l'eau sur de longues distances. Ils ont également inventé des machines pour élever et distribuer l'eau de manière spectaculaire. Deux principales théories expliquent l'origine des fontaines. La première attribue les fontaines à l'eau de pluie et à la fonte des neiges, tandis que la seconde propose des cavités souterraines où les vapeurs des eaux se condensent. M. N** a calculé que l'eau de pluie et de neige fournit suffisamment d'eau pour entretenir les rivières comme la Seine. L'auteur a mené des expériences pour vérifier ces théories. Il a enterré des cuvettes de plomb à différentes profondeurs pour observer la pénétration de l'eau de pluie. Les résultats ont montré que l'eau ne pénètre pas profondément dans la terre, sauf dans des terrains sableux et pierreux. Les expériences ont également révélé que les plantes absorbent une grande quantité d'humidité, ce qui limite la pénétration de l'eau dans le sol. L'auteur conclut que peu de fontaines tirent leur origine des pluies et des neiges. Le texte traite également de l'origine des sources et de l'utilisation de l'eau de pluie. Il propose une explication des sources par des tuyaux et canaux naturels conduisant l'eau de rivières élevées, mais cette hypothèse est contestée. L'auteur suggère que les sources proviennent de vapeurs s'élevant des eaux des rivières ou de la mer, se condensant et s'écoulant à travers des terrains perméables. Il relate une expérience où il a recueilli de l'eau de vapeur dans un vase pour démontrer la formation des sources. L'auteur aborde l'utilité des citernes pour collecter et conserver l'eau de pluie, soulignant que cette eau est souvent de meilleure qualité que celle des fontaines ou des puits. Il recommande de ne pas collecter l'eau des neiges fondues ou des pluies d'orage, ainsi que celle apportée par des vents passant au-dessus de lieux infectés par des mauvaises odeurs. Il calcule la quantité d'eau de pluie que peut collecter une maison ordinaire et conclut que cela suffit amplement pour les besoins quotidiens des habitants. Enfin, le texte mentionne la construction de citernes dans les maisons particulières, notamment dans les villes de Flandres où les eaux des puits sont salées et amères en raison de la proximité de la mer. L'auteur propose un réservoir élevé au-dessus du rez-de-chaussée, couvert et bien isolé pour éviter la contamination et le gel. Ce réservoir recueillerait l'eau de pluie filtrée à travers un sable léger, permettant une distribution facile dans les cuisines et lavoirs sans risque de corruption ou de gel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 145-178
Examen des Eaux de Bourbon par Monsieur Burlet.
Début :
Les chaleurs excessives qu'il a faites les deux premieres semaines / Les Eaux chaudes de Bourbon n'estoient autrefois en usage que [...]
Mots clefs :
Eaux de Bourbon, Eaux , Eau, Acides, Bains, Sel, Chaleur, Médecins, Évaporation, Boisson, Liqueur, Esprit, Malades, Vitriol, Papier, Puits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Examen des Eaux de Bourbon par Monsieur Burlet.
Les chaleurs excessives qu'il
a faites les deux premiereS' semairiesde
ce mois,m'bnrdé*'
terminé à préférer à plusieurs
MémoiresLittéraires qu'onm'a
donné, un Examen des
Eaux de Bourbon. J'ay crû
quequ'onpetit tirer
de leurs vertus, malgré la-i
connoissance & lexperience
qu'on en a déja, meritoit
qu'on fit le détail de leurs proprierez,
avant que la faifott*
où les bains font d'un usage
plus salutaire, fut plus avancée..
L'examen qu'onen va
lire est un ouvrage du sçavant
Monficur Burlet, de la Facul.
té de Paris, & premier Medecindu
Roy d'Espagne.
.'! i- Examen desEaux de Bourbonj
;, par MonjteurBurlct.
, LesEauxchaudes deBaurbon
n'estoient autrefois; en
ufogfi que pour baigner: peu
de personnes osoient en boire.
C'eû pour cela qu'on appelle
q-pcorc aujourd'huy Bourbon t/tfrrhambauhjBourbonlesBains
Ces Eaux avant Messieurs
«**Dc*lotme & Aubri, Medecins;
celebres de Moulins
n'estoient point dans cette
réputation où elles sontaujourd'huy.
Ce sont euxqui
en ont étendu, appuque
l'usageà un grand nombre de
maladies intérieures, & qui
ont appris à n'en pas redouter
l'abondante boisson.
Il y a trois puits à Bourbon
contigus, & placez sur la me*
me ligne,qui communiquent
les uns aux autres pardes
ouvertures, & unemême
source fournit également
l'eau à ces trois puits. Elle est
presque toûjours à la même
hauteur de sept pieds ou en*.
viron, & elle ne décroit pas
rume. dans les chaleurs & les
sécheresseslesplus, grandes.
L'eaudeces puitsbout dune
manieresensible,&elleexhale
une fuméeassez abondante.
Onremarque que la surface
decetteeauquand "cllq
n'estpointagitée paroistun
peu terne, & qu'il s'y forme
commeunepelliculegrasse&
onctueuse, si mince néanmoins
& si superficielle, que
quelques efforts qu'on fasse,
& quelque soin qu'on prenne,
on ne peut lareccuillir.
L'Eau de Bourbon en: çres-
»i
claire & tres limpide dans le
verre sans presque aucune
odeur, d'une chaleur vive,
mais qui n'a rien d'acre ni de
brûlant : d'une faveur qui tire
sur le falin lixiviel, bien
plus foible & bien moins sensible
que dans l'eau de Vichi.
Ayant plongélemême
Thcrmometre dont je me
fuis servi à Vichi dans le Puits
du milieu
,
la liqueur a monté
à prés de cinquante-quatre
lignes; de maniere que l'eau
de Bourbon à deux degrez de
chaleur sur l'eau la plus chaude
de VicbL
Cette chaleur des eaux de
Bourbon se conserve tres-longtemps,
& une eau commune
chauffée au mêmedegré,
& la plus boüillante même e si:
refroidie, quand celle cy est
encore plus que tiede.
Tout le monde sçait que
ces eaux tirées de leur source
& remisesincessamment sur
le feu ne boüillent pas plus
promptement que l'eau commune
la plus froide. Onsçait
encore que dans ces eaux,
quoique très chaudesles plances
ne s'y flétrissent point.
Pour découvrir le principe
,
minerai des eaux de Bourbon,
je me fuis fcrvi des mêmes
essais, & ay presque fait les
mêmes expériences quej'ay
faites sur les eaux de Vichi.
Voilà1la différence que j'ay trouve.
Ayant meslé de l'eau dans
des bains avec la dissolution
du sel de Nitre filtrée, il ne
s'y est fait ni lait virginal ni
caillé, ni précipitation, l'eau
est demeurée claire.
Ayant ajouté à ce mélange
quelques goûtes d'esprit de Vitriol
,il s'y en fair d'abord un
lait virginal, qui s'est précipité
enfuitc, en une cfpcccde
caillé blanc. La même chofc
est arrivée en faisant cette experience
sur les eaux de Vichi.
La dissolution de couperose
qui avoit la couleur d'un
vcrd naissant, meslée avec
l'eau des bains, l'a jaunie d'abord
y
puis y a fait un caillé
par floccons, lesquels se précipitant
peu à peu ont pris
une couleur rougeâtre. Le
même changement cft arrivé,
mais bien plus promptement
& plus fenfibleraent dans les
eaux de Viclit.
L'eau deBourbon, non plus
que celle de Vichin'a point
changé la couleur de sa rolution
du Tournefol.
L'eau de Bourbon menée
avec le vinaigre distillé,l'aigre
de souffre & les autres acides,
bouillonne & fomente, mais
plus obfcurcment que l'eau
de Vichi,
Le papier bleu rougi par
l'esprit de Vitriol, a repris
aussi sa couleur dans l'eau de
Bourbon.
La poudre de Noix de Galles
qui donne une couleur de
vin pailler à leau de Vichi n'a
point ou peu changé l'eau de
Bourbon,
L'eau de litchi verdit le
sirop violat, celle de Bouts
bon ne lui donnequ'une couleur
de gris de lin.
Cette mêmeeaumeslée avec
l'infusion de rosesrouges
sans acides ne la point changée,
mais l'ayanc meslée avec
la teinture de roses rougies par
l'esprit de Vitriol,elle l'a
rendued'un beau violet amarante.
Par tous ces premiers essais
la raison fait d'abord concevoir,
que le mineral qui domine
dans les eaux de Bourbon
ca aussi un sel alkali, qui
ne paroist gucres dirent du
sel alkali des eaux de Vichi.
Pour s'en affurcr davantage,
,& demesser les autres principes
de ces eaux, j'en ay fait faire
l'analise de la maniéré suivan.
te.
J'ay fait mettre douze liv.
d'eau de bains dans une ferrine
pourla faire évaporer lentement
sur le feu. Dés qu'ellc
a commencé à chauffer, elle
a donné une odeur de mout
de vin cuit; & à mesure qu'elle
s'est évaporée, l'eau s'est rendue
de plus en plus salée au goût. Il est relié aux bords
de la terrine une refidencq
blancbâcre, inlipide) & qu1
croquoit fous la dcnr.
L'eau conlumée & reduird
à huic ou neuf onces, je l'ay
fait filtrer, il s'en ca réparé 6^
attaché au papier gris une matierc
épaisse, grasse & comme
muctlagineufc, qui après la,
filtrationfinie pesoit une?
dragmc, & quinze grains
pour le moins.
La liqueur filtrée remisesur
le feu s'cil encore évaporée,
& quand elle a commencée à
faire une pellicule) je l'ay fait
porter à la cave:il s'est formé
quelques cristaux fort brilans,
tres..minces & qui paroislenttaillez
à facettes. Ce que
j'en ay pu ramasser quand ils
ont cfté dessechez, ne pesoit
que cinq ou six grains: leur
faveur estoit fort douceatrc,
&d'un vray goûclixiviet.
Enfin l'evaporation faite
jusqu'à siccité
,
il est resté au
fond de la terrine trois gros
& plus de deux scrupules de
residence saline.
J'ayexamine ensuite toutes
ces portions dont la somme
monte à cinqdragmes ou
environ:sçavoir
, une dragme
& quinze grains de matiere
mucilagineu se adhérente au
papier gris, cinq ou six grains
de cristau
,
trois dragmes, &
deux scru pules de residence,
& dix ou douze grains de
substance blanchâtre ratissée
sur les, parois de la terrine à
mesure que l'eau décroissoir.
Mr Duclos, par son examen
a trouve que ces eaux
transportées avoient cinquante
- neuf grains de residence
par pinte.
Mr Geoffroy, qui les aexaminées
sur les lieux en a trouvésoixante-
trois, ôcpar nôtre
calcul nous trouvons la
même chose à fort peu de
différence prés.
Par l'examen de ces portions
sé parées, il m'a paru
que cette substance blanchâtre
adherente & qui craque;
fous la dent, n'etf qu'une pu-f
re terre alKaline, car elle fermente
un peu avec les acides.
Que la matière mucilagineuse
attachée au papier gris,
est encore cette mêmeTerre,
mais meslée de matiere sulphureuse
& de quelque legere portion,
de fer.
La substance fulphurcufe
dans cette portion se mani
feste d'nne manièresensible
en engraissant le pa pier, &y
laissant une impression d'huile,
d'ailleurs jettée sur lescharbons
ardens, elle y rougit
d'abord,noircit ensuite en
cjetteanttquielcquess p.etites étwu ¡ Avec le coûteau émanté
j'ay enlevé quelques particules
de fer de la tetre noire qui
est restée aprèsl'avoir calcinée.
Les trois gros & deux scrupulesde
residence salines contenoient
un sel lixiviel,meslé
lé de quelque portion de
terre;& ce sel par tous les esfais
n'a pas paru différent du
sel des eaux de Vichi,tiré
aussi par évaporation. Il l'a
fermente violemmentavec les
acides de toutes especes.
Par cette analise on trouveroic
prcfque les mêmes principes
dans Les eaux de Bourbon
que dans celles de Vichi;
-mais dans des propositions. différentes*.
Mr Saignette, prétend qu'apres
avoir examiné avec une
grande attention la residence
saline des eaux de Bourbon,
& après avoir demeslé les différens
sels qui la composent, il
a trouvé, sans pouvoir en
douter,-presque portion égale
de sel marin& de sel alkali ;
que ces deux fcls luy ont
paru fort distincts & par leur
figure & par les épreuves qu'il
en a faites.
- Qu'ayant mis quatorze liv*
des eaux de Bourbon évaporer
il avoit eu après une suffisante
évaporation par la cristallisation
à froid, des cristaux
pentagones & hexagones
longs, de la figure & du goût
du sel sucrin, ou sel calcarius
décrit dans Mr Lister, faisant
le maroquin entre les dents,
d'une tegerc stipticité, douceatte,
& qui Ce bourfouffloient
au feu comme l'alun,
sans avoir d'acidité apparente,
non plus que de saveur alkaline.
Qu'ayant ensuite fait évaporer
la liqueur davantage,
il avoit eu descristaux de sel
alkalidistinct,& du sel falin
ou marin grumelé, qui se trou-
-
voient tels sans équivoque.
<
Je n'ay pû vérifier cette experience
dans toutes ces circonstances
marquées; & dans
les trois dragmes & deux
scrupules de residence saline
qui m'est restées je n'ay pû,
démesler par les essais & reconnoistre
qu'un sel alkali,
comme je viens de le dire,
dont le mélange avec toute
forted'acides excite de violentes
fermentations.
,,
Mr Geoffroi, dans le mémoire
qu'il m'acommuniqué,
assure qu'après beaucoup de
recherches,&après l'examen
le plus exact du sel contenu
dans la re sidence de ces eaux;
il avoit reconnu un peu de
fcl marin meslé avec le sel afc
kalimineral deeaux
-
, Il me relle encore quatre
ou cinqoncesde residence que
j'ay cû la précaution d'apporter;
je l'examinerai avec Mr
Geoffroi, quand il lui plaira,
afin de déterminer, s'il est possible,
fous quelle quantité &
fous quelle proportion ce sel
se trouve meslé dans les eaux
de Bourbon. Car qu'il y soit
presque en partie égale avec
l'alkali mineral; il y a beaucoup
lieu d'en doutèr, quoi
quendise Mr Saignette, & les
Medecins des lieux qui ont
souvent fait l'anali se de leurs
, eaux, le nientfort positive-
"lent.
Un Auteur moderne, qui
depuis quelquesannées fous
le nom de Pascal, a donné un
Traitédes Eaux de Bourbon., rejette
la pluspart des anahfes
de ces eaux faites par le secours
du feu. Il prétend que
si l'on fait évaporer ces caux
au Soleil, le sel tiré par cette
evaporation lente & douce,
est fort differenr de celui tiré
par le moyen du feu; qu'il
touche les acides, sans les exciter
à aucune fermentation
sensible; qu'il ne précipite aucune
dissolution faite par un
menstrueacide, & en un mot
qu'il n'cft point alkali. Il avance
que le sel des eaux de
Bourbonale caractered'un
sel Androgin,& qu'il est composé
d'unacide volatil & d'ul)
alkali sixe, dont l'alliage qui
n'est pas à l'épreuve du ftut
à cause qu'il est trop acre, &
trop penetrant, resiste à la
chaleur du Soleilqui évapore
ces eaux d'une maniere lente
de douce, & fait ou que ce
sel demeure dans son entier
ou qu'une partie de son volatil
s'y conserve
, & que ce
qu'ily a de fixe en demeurant
empreint, il n'est capable
d'aucuns de ces effets qui
conviennent aux fels lixivieux
que le feu a rendus ouverts,
vuides & permeables aux
acides.
Il ajoûte qquu'»i'ill y a dans les
eaux de Bourbon un autre
principe actifintimement répandu
,un souffrevif, mobile,
animé, quin'est sensible
que par la chaleur,que par subtilité
& sa dissipation prompte
échappe à toutes les recherchesanalitiques
de la Chimie,
qui pour la pluspart sont très*
infideles, & qui par consequent
ne peuvent nous rien
donner
donner que de fausses ou tresimparfaites
connoissances des
principes des mixtes.C'eû
donc selon luy un sel vitreux,
purifié rempli des parties volatiles,
qui eû le sel naturel
des eaux de Bourbon& non
ce sel alkali fixe qui nous
reste aprés l'évaporation, &
fqeuui.n'est tel que par l'aéèion du
Cet Auteur soûtient son
hypothcfe par beaucoup de
preuves & d'experiences bien
raisonnées.
Il seroit inutile de s'étendre
davantage sur la discussion &
la recherche des principes mineraux
des eaux de Bourbon.
Dans ces matières il est des
bornesqu'on ne peut gueres outre-passer. <
Il me reste àdire quelque
chose des vertus medecinales
deces eaux; maiselles font si
universellement reconnues,&
-orken a cléiaécrit.ique
jeme contenteray de rapporter
quelques observations que
@ j'ay eu lieu de faire, qui peuvent
estrede quelque utilité
dans la pratique deces eaux.
Comme elles sont fort peu
purgatives &qu'il estd'usage
de les aider, où par le me'
lange des eaux deVichi, qui
le sont beaucoup plus, ou par
l'addition de quelques fels
comme le sel vegetal, la crême
de Tartre, le sel Polychreste
de la Rochelle, &c.
j'aytrouvé que l'Arcanum duplicatum
de Mynsiche, qu'il
nomme autrement Sal è duobus,
Stl sapientioe
,
leur donnoit
une efficacité bien superieure
à celle de tous ces autres
sels,& que les per sonnes
qui n'estoient point purgées
avec le secours de ces fels ordinaires
,
l'estoient beaucoup
par l'addition de ccluy
- cy.
On ne le connoissoit point dia
toutàVichi,& à Bourbon&
aucun des Medecins n'en avoit
fait usage. On sçait que
ce sel cA: tiré de lateste morte
de la distillation de l'eau
forte
,
& que c'est par consequent
un sellixiviel bien alkasisé,
quiresultedela partie fixe
du nitre & du vitriol. Il y a
une legere stipticité meslée de
quelque amertume, qui le rend
sottsubtil & fort,pénétrant.
Illefond tres-aisement, il sallle
avec le sel naturel de ces
eaux, dont il augmenre de
beaucoup la vertu purgative
sans qu'elles en agissent moins
pour cela par les voyes des uunes,
& celles de la transpiration.
J'en aivû de merveilleux
effets, & je ne doure
point que dans la suite ce sel
ne devienne à Vichi & à Bourbon
d'un usage tres familier.
La dose est d'ordinaire d'un
gros & demi, à deux gros dans
les deux premiers verres de
boisson, deux jours l'un, ou
même tous les jours quand les
eaux sont lentes ou qu'elles ne
ptirgfnt point, comme il ar..
tive tres- souvent.
J'ay remarqué qu'on vomie
aisément ces eaux quand on
en boit, sur tout les premiers
jours, & qu'on en presse la
boisson.
L'eau de Bourbon prise en
lavement, adoucit beaucoup
elle resserre même, & on s'en
sert dans les diflfenteries, aussi
bien que dans les coliques. On
la donne chaude comme elle
fort des Puits, sans que les
Malades se plaignent de sa
trop grande chaleur. On ne
pourroit recevoir ny retenir
une eau commune chauffée au
mêmedegré.
Quand il faut fondre, redonner
auxliqueurs leur première
fluidité, ranimer dans le
fang & dans les visceres les levains
quis'y trouvent déprimer
& languissans; c'est pour
lors qu'elles agissent presqueà
coup sûr: mais si elles trouvent
des humeurs trop mobiles,
& des sermens agitez,
elles causent le plus souvent
du desordre, & on en obligé
d'en fairecesser l'usage. Elles
font cependant bien moins
vives, & ont quelque chose
de plus doux & de plus balsamique
que celles de Vichy,
Le merite de ces eaux, comme
de tous les autres remedes,
dépend beaucoup de la juficI:
se de leur application.
,
Il est bien important que
les malades qui ont bu & pris
les Bains de Bourbon, évitent
pendant quelque temps avec
toutes fortes de précautions
les injures de l'air, & sur tout
les vents du Nord, les pluyes,
les brouillards;parce que leurs
corps par l'action de ces eaux
animées, se trouvans tout ouverts
& comme percez à jour,
sû m'est permis de me servir
de cette expression, la xnoiadre
imprcffion du froid les
resserre, il se fait des reflux de
la matière transpirable, d'où
naissent de grandes & subites
maladies. C'est pour cette raison
que la saison printanniere
qui devance l'Eté ,est preferable
à celle de l'Automne,que
l'Hyver suit de si prés, & les
Malades n'ont pas les mêmes
accidens à craindre au retour
de ces eaux. Tous les Praticiens
qui ont manié les eaux,
n'ont pas manqué de fairecette
observation ; & elle m'a
bien esté confirmée par ce
qui arriva & que je ne pus
empêcherà l'illustre Malade
quej'avois l'honneur d'accompagner.
En revenant de Bourbon
il ne ressentit que trcs..,
legerement l'impressiond'un
broüillardpouravoir eu fort
peudetemps une des glaces
de son carosse baissée;&dans
le moment il eut une fluxion
considerable sur, le visage,
& la langue, qui ne cessa qua
mesure qu'on le réchauffa,
& que la transpiration interceptée
fcut rétabbJl"ie.
a faites les deux premiereS' semairiesde
ce mois,m'bnrdé*'
terminé à préférer à plusieurs
MémoiresLittéraires qu'onm'a
donné, un Examen des
Eaux de Bourbon. J'ay crû
quequ'onpetit tirer
de leurs vertus, malgré la-i
connoissance & lexperience
qu'on en a déja, meritoit
qu'on fit le détail de leurs proprierez,
avant que la faifott*
où les bains font d'un usage
plus salutaire, fut plus avancée..
L'examen qu'onen va
lire est un ouvrage du sçavant
Monficur Burlet, de la Facul.
té de Paris, & premier Medecindu
Roy d'Espagne.
.'! i- Examen desEaux de Bourbonj
;, par MonjteurBurlct.
, LesEauxchaudes deBaurbon
n'estoient autrefois; en
ufogfi que pour baigner: peu
de personnes osoient en boire.
C'eû pour cela qu'on appelle
q-pcorc aujourd'huy Bourbon t/tfrrhambauhjBourbonlesBains
Ces Eaux avant Messieurs
«**Dc*lotme & Aubri, Medecins;
celebres de Moulins
n'estoient point dans cette
réputation où elles sontaujourd'huy.
Ce sont euxqui
en ont étendu, appuque
l'usageà un grand nombre de
maladies intérieures, & qui
ont appris à n'en pas redouter
l'abondante boisson.
Il y a trois puits à Bourbon
contigus, & placez sur la me*
me ligne,qui communiquent
les uns aux autres pardes
ouvertures, & unemême
source fournit également
l'eau à ces trois puits. Elle est
presque toûjours à la même
hauteur de sept pieds ou en*.
viron, & elle ne décroit pas
rume. dans les chaleurs & les
sécheresseslesplus, grandes.
L'eaudeces puitsbout dune
manieresensible,&elleexhale
une fuméeassez abondante.
Onremarque que la surface
decetteeauquand "cllq
n'estpointagitée paroistun
peu terne, & qu'il s'y forme
commeunepelliculegrasse&
onctueuse, si mince néanmoins
& si superficielle, que
quelques efforts qu'on fasse,
& quelque soin qu'on prenne,
on ne peut lareccuillir.
L'Eau de Bourbon en: çres-
»i
claire & tres limpide dans le
verre sans presque aucune
odeur, d'une chaleur vive,
mais qui n'a rien d'acre ni de
brûlant : d'une faveur qui tire
sur le falin lixiviel, bien
plus foible & bien moins sensible
que dans l'eau de Vichi.
Ayant plongélemême
Thcrmometre dont je me
fuis servi à Vichi dans le Puits
du milieu
,
la liqueur a monté
à prés de cinquante-quatre
lignes; de maniere que l'eau
de Bourbon à deux degrez de
chaleur sur l'eau la plus chaude
de VicbL
Cette chaleur des eaux de
Bourbon se conserve tres-longtemps,
& une eau commune
chauffée au mêmedegré,
& la plus boüillante même e si:
refroidie, quand celle cy est
encore plus que tiede.
Tout le monde sçait que
ces eaux tirées de leur source
& remisesincessamment sur
le feu ne boüillent pas plus
promptement que l'eau commune
la plus froide. Onsçait
encore que dans ces eaux,
quoique très chaudesles plances
ne s'y flétrissent point.
Pour découvrir le principe
,
minerai des eaux de Bourbon,
je me fuis fcrvi des mêmes
essais, & ay presque fait les
mêmes expériences quej'ay
faites sur les eaux de Vichi.
Voilà1la différence que j'ay trouve.
Ayant meslé de l'eau dans
des bains avec la dissolution
du sel de Nitre filtrée, il ne
s'y est fait ni lait virginal ni
caillé, ni précipitation, l'eau
est demeurée claire.
Ayant ajouté à ce mélange
quelques goûtes d'esprit de Vitriol
,il s'y en fair d'abord un
lait virginal, qui s'est précipité
enfuitc, en une cfpcccde
caillé blanc. La même chofc
est arrivée en faisant cette experience
sur les eaux de Vichi.
La dissolution de couperose
qui avoit la couleur d'un
vcrd naissant, meslée avec
l'eau des bains, l'a jaunie d'abord
y
puis y a fait un caillé
par floccons, lesquels se précipitant
peu à peu ont pris
une couleur rougeâtre. Le
même changement cft arrivé,
mais bien plus promptement
& plus fenfibleraent dans les
eaux de Viclit.
L'eau deBourbon, non plus
que celle de Vichin'a point
changé la couleur de sa rolution
du Tournefol.
L'eau de Bourbon menée
avec le vinaigre distillé,l'aigre
de souffre & les autres acides,
bouillonne & fomente, mais
plus obfcurcment que l'eau
de Vichi,
Le papier bleu rougi par
l'esprit de Vitriol, a repris
aussi sa couleur dans l'eau de
Bourbon.
La poudre de Noix de Galles
qui donne une couleur de
vin pailler à leau de Vichi n'a
point ou peu changé l'eau de
Bourbon,
L'eau de litchi verdit le
sirop violat, celle de Bouts
bon ne lui donnequ'une couleur
de gris de lin.
Cette mêmeeaumeslée avec
l'infusion de rosesrouges
sans acides ne la point changée,
mais l'ayanc meslée avec
la teinture de roses rougies par
l'esprit de Vitriol,elle l'a
rendued'un beau violet amarante.
Par tous ces premiers essais
la raison fait d'abord concevoir,
que le mineral qui domine
dans les eaux de Bourbon
ca aussi un sel alkali, qui
ne paroist gucres dirent du
sel alkali des eaux de Vichi.
Pour s'en affurcr davantage,
,& demesser les autres principes
de ces eaux, j'en ay fait faire
l'analise de la maniéré suivan.
te.
J'ay fait mettre douze liv.
d'eau de bains dans une ferrine
pourla faire évaporer lentement
sur le feu. Dés qu'ellc
a commencé à chauffer, elle
a donné une odeur de mout
de vin cuit; & à mesure qu'elle
s'est évaporée, l'eau s'est rendue
de plus en plus salée au goût. Il est relié aux bords
de la terrine une refidencq
blancbâcre, inlipide) & qu1
croquoit fous la dcnr.
L'eau conlumée & reduird
à huic ou neuf onces, je l'ay
fait filtrer, il s'en ca réparé 6^
attaché au papier gris une matierc
épaisse, grasse & comme
muctlagineufc, qui après la,
filtrationfinie pesoit une?
dragmc, & quinze grains
pour le moins.
La liqueur filtrée remisesur
le feu s'cil encore évaporée,
& quand elle a commencée à
faire une pellicule) je l'ay fait
porter à la cave:il s'est formé
quelques cristaux fort brilans,
tres..minces & qui paroislenttaillez
à facettes. Ce que
j'en ay pu ramasser quand ils
ont cfté dessechez, ne pesoit
que cinq ou six grains: leur
faveur estoit fort douceatrc,
&d'un vray goûclixiviet.
Enfin l'evaporation faite
jusqu'à siccité
,
il est resté au
fond de la terrine trois gros
& plus de deux scrupules de
residence saline.
J'ayexamine ensuite toutes
ces portions dont la somme
monte à cinqdragmes ou
environ:sçavoir
, une dragme
& quinze grains de matiere
mucilagineu se adhérente au
papier gris, cinq ou six grains
de cristau
,
trois dragmes, &
deux scru pules de residence,
& dix ou douze grains de
substance blanchâtre ratissée
sur les, parois de la terrine à
mesure que l'eau décroissoir.
Mr Duclos, par son examen
a trouve que ces eaux
transportées avoient cinquante
- neuf grains de residence
par pinte.
Mr Geoffroy, qui les aexaminées
sur les lieux en a trouvésoixante-
trois, ôcpar nôtre
calcul nous trouvons la
même chose à fort peu de
différence prés.
Par l'examen de ces portions
sé parées, il m'a paru
que cette substance blanchâtre
adherente & qui craque;
fous la dent, n'etf qu'une pu-f
re terre alKaline, car elle fermente
un peu avec les acides.
Que la matière mucilagineuse
attachée au papier gris,
est encore cette mêmeTerre,
mais meslée de matiere sulphureuse
& de quelque legere portion,
de fer.
La substance fulphurcufe
dans cette portion se mani
feste d'nne manièresensible
en engraissant le pa pier, &y
laissant une impression d'huile,
d'ailleurs jettée sur lescharbons
ardens, elle y rougit
d'abord,noircit ensuite en
cjetteanttquielcquess p.etites étwu ¡ Avec le coûteau émanté
j'ay enlevé quelques particules
de fer de la tetre noire qui
est restée aprèsl'avoir calcinée.
Les trois gros & deux scrupulesde
residence salines contenoient
un sel lixiviel,meslé
lé de quelque portion de
terre;& ce sel par tous les esfais
n'a pas paru différent du
sel des eaux de Vichi,tiré
aussi par évaporation. Il l'a
fermente violemmentavec les
acides de toutes especes.
Par cette analise on trouveroic
prcfque les mêmes principes
dans Les eaux de Bourbon
que dans celles de Vichi;
-mais dans des propositions. différentes*.
Mr Saignette, prétend qu'apres
avoir examiné avec une
grande attention la residence
saline des eaux de Bourbon,
& après avoir demeslé les différens
sels qui la composent, il
a trouvé, sans pouvoir en
douter,-presque portion égale
de sel marin& de sel alkali ;
que ces deux fcls luy ont
paru fort distincts & par leur
figure & par les épreuves qu'il
en a faites.
- Qu'ayant mis quatorze liv*
des eaux de Bourbon évaporer
il avoit eu après une suffisante
évaporation par la cristallisation
à froid, des cristaux
pentagones & hexagones
longs, de la figure & du goût
du sel sucrin, ou sel calcarius
décrit dans Mr Lister, faisant
le maroquin entre les dents,
d'une tegerc stipticité, douceatte,
& qui Ce bourfouffloient
au feu comme l'alun,
sans avoir d'acidité apparente,
non plus que de saveur alkaline.
Qu'ayant ensuite fait évaporer
la liqueur davantage,
il avoit eu descristaux de sel
alkalidistinct,& du sel falin
ou marin grumelé, qui se trou-
-
voient tels sans équivoque.
<
Je n'ay pû vérifier cette experience
dans toutes ces circonstances
marquées; & dans
les trois dragmes & deux
scrupules de residence saline
qui m'est restées je n'ay pû,
démesler par les essais & reconnoistre
qu'un sel alkali,
comme je viens de le dire,
dont le mélange avec toute
forted'acides excite de violentes
fermentations.
,,
Mr Geoffroi, dans le mémoire
qu'il m'acommuniqué,
assure qu'après beaucoup de
recherches,&après l'examen
le plus exact du sel contenu
dans la re sidence de ces eaux;
il avoit reconnu un peu de
fcl marin meslé avec le sel afc
kalimineral deeaux
-
, Il me relle encore quatre
ou cinqoncesde residence que
j'ay cû la précaution d'apporter;
je l'examinerai avec Mr
Geoffroi, quand il lui plaira,
afin de déterminer, s'il est possible,
fous quelle quantité &
fous quelle proportion ce sel
se trouve meslé dans les eaux
de Bourbon. Car qu'il y soit
presque en partie égale avec
l'alkali mineral; il y a beaucoup
lieu d'en doutèr, quoi
quendise Mr Saignette, & les
Medecins des lieux qui ont
souvent fait l'anali se de leurs
, eaux, le nientfort positive-
"lent.
Un Auteur moderne, qui
depuis quelquesannées fous
le nom de Pascal, a donné un
Traitédes Eaux de Bourbon., rejette
la pluspart des anahfes
de ces eaux faites par le secours
du feu. Il prétend que
si l'on fait évaporer ces caux
au Soleil, le sel tiré par cette
evaporation lente & douce,
est fort differenr de celui tiré
par le moyen du feu; qu'il
touche les acides, sans les exciter
à aucune fermentation
sensible; qu'il ne précipite aucune
dissolution faite par un
menstrueacide, & en un mot
qu'il n'cft point alkali. Il avance
que le sel des eaux de
Bourbonale caractered'un
sel Androgin,& qu'il est composé
d'unacide volatil & d'ul)
alkali sixe, dont l'alliage qui
n'est pas à l'épreuve du ftut
à cause qu'il est trop acre, &
trop penetrant, resiste à la
chaleur du Soleilqui évapore
ces eaux d'une maniere lente
de douce, & fait ou que ce
sel demeure dans son entier
ou qu'une partie de son volatil
s'y conserve
, & que ce
qu'ily a de fixe en demeurant
empreint, il n'est capable
d'aucuns de ces effets qui
conviennent aux fels lixivieux
que le feu a rendus ouverts,
vuides & permeables aux
acides.
Il ajoûte qquu'»i'ill y a dans les
eaux de Bourbon un autre
principe actifintimement répandu
,un souffrevif, mobile,
animé, quin'est sensible
que par la chaleur,que par subtilité
& sa dissipation prompte
échappe à toutes les recherchesanalitiques
de la Chimie,
qui pour la pluspart sont très*
infideles, & qui par consequent
ne peuvent nous rien
donner
donner que de fausses ou tresimparfaites
connoissances des
principes des mixtes.C'eû
donc selon luy un sel vitreux,
purifié rempli des parties volatiles,
qui eû le sel naturel
des eaux de Bourbon& non
ce sel alkali fixe qui nous
reste aprés l'évaporation, &
fqeuui.n'est tel que par l'aéèion du
Cet Auteur soûtient son
hypothcfe par beaucoup de
preuves & d'experiences bien
raisonnées.
Il seroit inutile de s'étendre
davantage sur la discussion &
la recherche des principes mineraux
des eaux de Bourbon.
Dans ces matières il est des
bornesqu'on ne peut gueres outre-passer. <
Il me reste àdire quelque
chose des vertus medecinales
deces eaux; maiselles font si
universellement reconnues,&
-orken a cléiaécrit.ique
jeme contenteray de rapporter
quelques observations que
@ j'ay eu lieu de faire, qui peuvent
estrede quelque utilité
dans la pratique deces eaux.
Comme elles sont fort peu
purgatives &qu'il estd'usage
de les aider, où par le me'
lange des eaux deVichi, qui
le sont beaucoup plus, ou par
l'addition de quelques fels
comme le sel vegetal, la crême
de Tartre, le sel Polychreste
de la Rochelle, &c.
j'aytrouvé que l'Arcanum duplicatum
de Mynsiche, qu'il
nomme autrement Sal è duobus,
Stl sapientioe
,
leur donnoit
une efficacité bien superieure
à celle de tous ces autres
sels,& que les per sonnes
qui n'estoient point purgées
avec le secours de ces fels ordinaires
,
l'estoient beaucoup
par l'addition de ccluy
- cy.
On ne le connoissoit point dia
toutàVichi,& à Bourbon&
aucun des Medecins n'en avoit
fait usage. On sçait que
ce sel cA: tiré de lateste morte
de la distillation de l'eau
forte
,
& que c'est par consequent
un sellixiviel bien alkasisé,
quiresultedela partie fixe
du nitre & du vitriol. Il y a
une legere stipticité meslée de
quelque amertume, qui le rend
sottsubtil & fort,pénétrant.
Illefond tres-aisement, il sallle
avec le sel naturel de ces
eaux, dont il augmenre de
beaucoup la vertu purgative
sans qu'elles en agissent moins
pour cela par les voyes des uunes,
& celles de la transpiration.
J'en aivû de merveilleux
effets, & je ne doure
point que dans la suite ce sel
ne devienne à Vichi & à Bourbon
d'un usage tres familier.
La dose est d'ordinaire d'un
gros & demi, à deux gros dans
les deux premiers verres de
boisson, deux jours l'un, ou
même tous les jours quand les
eaux sont lentes ou qu'elles ne
ptirgfnt point, comme il ar..
tive tres- souvent.
J'ay remarqué qu'on vomie
aisément ces eaux quand on
en boit, sur tout les premiers
jours, & qu'on en presse la
boisson.
L'eau de Bourbon prise en
lavement, adoucit beaucoup
elle resserre même, & on s'en
sert dans les diflfenteries, aussi
bien que dans les coliques. On
la donne chaude comme elle
fort des Puits, sans que les
Malades se plaignent de sa
trop grande chaleur. On ne
pourroit recevoir ny retenir
une eau commune chauffée au
mêmedegré.
Quand il faut fondre, redonner
auxliqueurs leur première
fluidité, ranimer dans le
fang & dans les visceres les levains
quis'y trouvent déprimer
& languissans; c'est pour
lors qu'elles agissent presqueà
coup sûr: mais si elles trouvent
des humeurs trop mobiles,
& des sermens agitez,
elles causent le plus souvent
du desordre, & on en obligé
d'en fairecesser l'usage. Elles
font cependant bien moins
vives, & ont quelque chose
de plus doux & de plus balsamique
que celles de Vichy,
Le merite de ces eaux, comme
de tous les autres remedes,
dépend beaucoup de la juficI:
se de leur application.
,
Il est bien important que
les malades qui ont bu & pris
les Bains de Bourbon, évitent
pendant quelque temps avec
toutes fortes de précautions
les injures de l'air, & sur tout
les vents du Nord, les pluyes,
les brouillards;parce que leurs
corps par l'action de ces eaux
animées, se trouvans tout ouverts
& comme percez à jour,
sû m'est permis de me servir
de cette expression, la xnoiadre
imprcffion du froid les
resserre, il se fait des reflux de
la matière transpirable, d'où
naissent de grandes & subites
maladies. C'est pour cette raison
que la saison printanniere
qui devance l'Eté ,est preferable
à celle de l'Automne,que
l'Hyver suit de si prés, & les
Malades n'ont pas les mêmes
accidens à craindre au retour
de ces eaux. Tous les Praticiens
qui ont manié les eaux,
n'ont pas manqué de fairecette
observation ; & elle m'a
bien esté confirmée par ce
qui arriva & que je ne pus
empêcherà l'illustre Malade
quej'avois l'honneur d'accompagner.
En revenant de Bourbon
il ne ressentit que trcs..,
legerement l'impressiond'un
broüillardpouravoir eu fort
peudetemps une des glaces
de son carosse baissée;&dans
le moment il eut une fluxion
considerable sur, le visage,
& la langue, qui ne cessa qua
mesure qu'on le réchauffa,
& que la transpiration interceptée
fcut rétabbJl"ie.
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Résumé : Examen des Eaux de Bourbon par Monsieur Burlet.
Le texte examine les eaux thermales de Bourbon, initialement utilisées pour des bains, mais dont l'usage a été étendu à diverses maladies internes par les médecins Declot et Aubri. Ces eaux proviennent de trois puits contigus alimentés par une même source, dont le niveau reste constant indépendamment des conditions climatiques. Elles sont chaudes, limpides et ont une saveur saline faible. L'auteur a mené des expériences pour analyser les propriétés des eaux de Bourbon. Il a constaté que ces eaux ne bouillent pas plus rapidement que l'eau ordinaire et que les plantes ne se flétrissent pas en leur présence. Des tests chimiques ont révélé la présence d'un sel alcalin, similaire à celui des eaux de Vichy, mais avec des proportions différentes. Plusieurs experts, dont Monsieur Burlet, Monsieur Saignette et Monsieur Geoffroy, ont confirmé la présence de sel alcalin et, dans certains cas, de sel marin. Un auteur moderne, Pascal, propose une composition différente, suggérant un sel androgyne composé d'un acide volatil et d'un alcalin fixe. Les eaux de Bourbon sont reconnues pour leurs vertus médicinales. Elles sont peu purgatives et sont souvent mélangées avec d'autres substances pour augmenter leur efficacité. L'Arcanum duplicatum de Mynsiche améliore significativement leurs effets purgatifs. Les eaux de Bourbon, administrées en lavement, adoucissent et resserrent, et sont utilisées pour traiter les dysentéries et les coliques. Elles sont moins vives et plus douces que celles de Vichy. Les malades doivent éviter les intempéries après avoir pris les bains de Bourbon, car leurs corps deviennent sensibles au froid, ce qui peut provoquer des reflux et des maladies subites. La saison printanière est préférable à l'automne pour éviter ces risques. Cette observation a été confirmée par l'expérience d'un malade qui a développé une fluxion après avoir été exposé à un brouillard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 5-23
EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
Début :
Mr. Boulduc lut un Discours intitulé Essai d'Analyse en general des Eaux [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Gilles-François Boulduc, Sel, Eaux , Acide, Sédiment, Terre, Eaux de Bourbon, Eau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
EXTRAIT du Mémoire lit a l'Afimble'e
■publique de ^Académie Royale de*
Sciences, le 12. Novembre XJíJ. fur
les Eaux de Bourbon.
Mr. Boulduc lut un Discours intitule
Ejfai t£ Analyse m genêtal des Eaux
Minérales chaudes de Bourbon l'Archarabaud.
Ces Eaux étant du nombre des plus an
ciennes du Royaume & des plus renom-f
niées par la guérison de plusieurs mala
dies longues & fâcheuíes.ellcs se sont tou
jours attiré Inattention & la recherche des*
Médecins & des Physiciens.
Dès les années 1605. & 1 £18. fans?
remonter plus haut , Jean Ban , de Mòu-í
.lins, en fait mention dans son Livre des
•vertus des Eaux naturelles de France re
nommées y & croit qu'elles contiennent d*
Souffre minerai , du Bitume & du Nitre ,
qui est le Natron des Anciens , que l'on
regarde comme un Sel Alkali minerai ,
comparable par ses effets aux Sels fixes -,
acres & lixiviels, qu'on tire des Plantes
après les avoir réduites en cendres.
En 1670. M. Duclos , de cette Acadé
mie , reconnut dans nos Eaux le même
Nitres
Ì MERCURE DE FRANCE..
Nitre; & depuis cet Auteur, d'autres Aca
démiciens ayant eu par intervales occa
sion de les examiner, ont encore conclu
avec leur Prédécesseur , qu'elles ne ren
ferment presqu'autre chose que cet Al
kali naturel.
II seinbloit donc, que sa qualité alkaline
leur étoit bien assurée. Mais en 1699:
quelqu'un, fous le nom de Pascal ,1a rejetta
entièrement dans un Livre fait ex
près' au sujet de ces Eaux ; ce n'est pas
un simple Sel Alkali qu'elles contien
nent , c'est , selon lui , un Sei mixte, com
posé d'un Acide volatile & d'un Sel Al
kali fixe, qu'il appelle un Nitre fort vo
latile & fort épuré; on tireroit même,
dit-il , cet Acide comme un véritable
esprit de Nitre du sédimènt,qu'on trouve à'
leur source en manière de croûtes ; &£•
pour Jouir du Sel dans son état naturel
il faudroit laisser évaporer nos Eaux à l'air
ou au Soleil j le feu-, qu'on employé , est
infidèle , il altère les Mixtes , il décom
pose ce Sel, & fajt , à la vérité , qu'on ne
trouve qu'un Alkali, mais cet Alkali étoit?
auparavant lié avec l'acide.
Plusieurs personnes ont applaudi à ce
raisonnement : M.Boulduc fait néanmoins
Remarquer en passant , qu'un véritable
esprit deNitre,uni avec un Sel Alkali fixe,
ftEoir nécessairement un véritable Nitre
Jan vi er. t7ìó. i
áes Modernes , c'est à- dire , un bon Sal
pêtre qui ne se décompose pas fi aisément
qu'on le dit.
Cependant le Livre allégué dérive de
ce Sel Mixte Nitreux la plupart des effets
que nos Eaux produisent sur le corpr
humain} au lieu que les premiers Auteutr
les dérivoient de l'Alkali Salin.
Cette diversité de sentimens a été le
principal motif pour que M. Boulduc'
cherchât les moyens de s'éclaircir de la
Vérité, en examinant ces Eaux de nouveau.
Son dessein a été secondé > il en a reçu
près de cent Bouteilles très- promptement
à l'occasion du retour de S. A. S. Mon
sieur le Duc-, qui les ravoir prises avec
succès à Bourbon; & un bon Artiste voulut
fcien en évaporer à la Source un grand
nombre de livres } & lui en remettre la-
Résidence. '
M. Boulduc , de son côté , y a trouve
par son travail plus de matières qu'onr
n'en avoit encore connu , & quel
ques-unes dans des circonstances singu
lières. Les mystères de la Nature ne se
développent que peu à peu , & c'est tou
jours un avantage pour lès derniers venus.
L'Eau de Bourbon est claire & limpide
comme une Eau de Roche , presque sans
edeur , & d'un gout partagé entre le vrai
felc & le lixiviel i sortant de la terre très^
sensiblement
$ MERCURE DE FRANCE;
sensiblement bouillante , elle fume con
tinuellement daní ses puits & réservoir , &
à mesure qu'il s'en exhale , il paroît à la
surface une fleur ou poussière blanche
très-fine fous l'apparence d'une toile ou
pellicule grasse fans liaison , qui devient
filus visible quand il y á long-temps que
'Eau n'a été agitée , mais qu'on ne sçausoit
ramasser de quelque façon qu'on s'y
prenne. Cette Eau dépose un Sédiment en
maniéré de croules pierreuses assez dures ,
formées de plusieurs couches blanches
bi«n distinctes , & mêlées en quelques
endroits , particulièrement en dessous ,
d'une couche de terre d'un brun foncé.
Ces croûtes qui font fans gout & fans
odeur fe collent aux bords & à la surface
intérieure du puits , du conduit & du réJ
scrvoir, dont on est obligé de les détachée
de temps à autre.
Cette Eau, gardée dans des bouteilles
bien transparentes , fait auflî voir au bouc
de quelque temps à fa surface de petits
corps blancs fort déliez qui augmentent
peu à peu & fe condensent en une
pellicule semblable à celle, qui se forme
sut l'Ëau de Chaux , laquelle gtossissant
au point que l'Eau ne peut plus la sou
tenir , se brise en beaucoup de morceaux ,
qui en tombant, s'attachent au fond &
aux parois du vaisseau , & affectent une
JANVIER. i7j«; 9
1
Configuration régulière comme quelque
chose de lalin» *
Après le récit de ces circonstances ,
M. Boulduc entre dans l' Analyse, & dit
à la fin de chaque article des matières qu'il
y a trouvées , comme il les a pressenties,
par les Epreuves, quand il y en a , par le
gout , par l'odeur , &c. & comment il est
enfin parvenu à les séparer de manière
qu'il les puisse exposer aux yeux.- dont
nous ne pouvons ici donner que le précis.
Les Epreuves les plus significatives que
M. Boulduc a faites fur l'Eau de Bourbon
font ; qu'elle précipite l'argent dissous en
un cailla blanc qui fond aisément au feu
&C devient volatile" , si on n'employe que
peu de cette solution ; que si au contraire
on en passe les bornes , l'Eau en fait un
deuxième précipité qui refuse la fonte i
qu'elle verdit lá teinture de violettes len
tement ; qu'elle fermente avec tous le»
Acides aflez sensiblement,& ptécipite l'Aïun
& les Vitriols ordinaires , quand ili
font dissous dans de l'eau commune :
Avec une forte huille de tartre faite pat
défaillance , elle se trouble & dépose après
jane terre blanche. : .
IÇqus ces effets font plus prompts Sc
plus sensibles , quand notre Eau est con
centrée , soit par le feu , par l'air ou par U
gelée. Alors elle fait même bien plus
jio MERCURE DE FRANCE,
^qu'auparavant, comme de précipiter, eaîre
autres , le sublime' dissous en une pou
dre de couleur d'e'corcc d'Orange. Les
différentes matières réciproques ne pouvoient
pas s'atteindre facilement dans la
grande étendue du liquide.
V Evaporation & la Distillation , con»
tinuées jusqu'à siccité des matières, n'ont
presque rien fait appercevoir à M. Boulcîuc
de diffèrent d'entre-elles. A peine
l'£au ressent- elle la chaleur qu'elle jette
à la surface une poussière blanche très*
fine , laquelle en augmentant se noye en
partie , & tombe ; & eo partie elle forme
par l'union.d'un nombre de petits filets
iìns & transparents des feuillets à peu près
comme on en voit dans l'eau de chaux ,
qui restent quelque temps à la surface }
& se brisant enfin, voltigent long-temps en
tout sens avant que d'aller au fond.L'Eau,
qui est élevée dans la distillation,n'a puine
de gout ni d'odeur,ni ne fait impression fut
aucune matierejla cucurbitc sent seulement
un peu l'empyreume,& toute la Résidence
affaissée est une terre blanche mêlée d'une
matière qui reffernble a une gelés on mu
cilage bien transparent & couverte d'une
malje de Sels fort blancs.
Cette Résidence mise sur une pelle ou;
lame d'argent bien chauffées , jetre une
petite flamme , •& exposée, à l'air elle
s'hu/î
/ JANVIER. 1750: 31
(í'hìimecte. Si son poids varie d'une éva
poration à l'autre de quelques grains audessous
ou au- dessus de soixante pour
chaques deux livres d'Eau , c'est d'avoir
été plus ou moins desséchée.
En démêlant cette Résidence, M. Boulduc
n'a pas perdu de vûe celle qu'on lui
avoit apportée de Bourbon > l'une & l'au*
tre lui ont fourni les mêmes matières par
différentes operations.Cependant M. Boulduc
s'étaat apperçu , que YEvaporation
frh-modèrée de notre Eau , pouvoit pres
que toute seule suffire pour en dévelop
per tout , il la propose comme le moyea
le plus simple & le plus aisé à exécuter.
Sans répeter ce qui a été dit de ce
qu'on voít au commencement de cette
opération , on continue à fajre exhaler
notre eau le plus doucement qu'il est pos
sible , & toutes les fois qu'il se présente
une certaine quantité de Sédiment en par
tie , comme une terre informe &c opaque ,
en partie, comme des filets transparents,
on le sépare en survuidant l'eau claire dans
un autre vaisseau : plus elle se concentre
de cette manière -r plus elle jaunit , & il
íe forme alots peu à peu au fond & aux
parois du vaisseau , des. Cristaux en cubes
■parfaits , pendant que la surface se cou
vre d'une croûte saline , qui en dessus est
jnégalc $c raboteuse , ôc en dessous mêlée
; • de
,1
ttc
t x MERCURE DE FRANCE/n.
4c deux sortes de Crystaux. On ôte certe
croûte aussi souvent qu'il s'en forme ,
pour que l'eau s'c'vapore librement ; &
nous dkons davantage du Sédiment ea
son lieu.
Les Cryftaux cubiques sont un vérita
ble Sel commun , qui se distingue pat
cette confìguratipn , par son gout parti
culièrement salé , & par d'autres proprietez
trop connues pour être rapportées.
II se déclare d'avance par le gout qu'il
donne à notre eau , & encore davantage
dans les Epreuves, par l'effet de ia volatilité
, que son acide imprime à l'argent , en
le précipitant ; & enfin, on le réduit par
l'c'vaporation en fa consistence con
crète.
Ce Sel fait la plus grande quantité
d'entre les matières de la Résidence, com
paré avec chacune en particulier.
Les Croûtes faline/,de nouveau dissoutes
dans de l'eau commune , donnent par
l'évaporation encote du Sel commun i
•près quoi le reste de cette solution survuidée
& exposée à l'aìt fait naître des
Crystaux d'un-quarré long , taillez à far
certes aux extrémitez , amers d'abord , 8c
frais ensuite sur la langue, qui sont des
•^roprietez , qui avec d'autres font le ca
ractère du Sel de Glaufor : Et c'est4à ce
que P»ícal a pris pour un Sel Nitreux^ féJANVIER.
1730; 13
iaìt par quelque rcísemblance superfi
cielle & imparfaite des Crystaux. L'acide
nitreux , qui fait l'essence des Sels de ce
nom , n'entre point dans fa compositions
c'est celui du Vitriol •: & outre que
M. Lemmery a prouvé clairement dans
un de fes Mémoires, que la source de
Notre Nitre , n'est point dans les entrail
les de la terre , mais qu'il naît , pour
ainsi dire , à fa surface , ou à une très-pe
tite profondeur ; il est encore bien cer
tain , qu'il ne s'-en est point trouvé jus-»
qu'ici de bien reconnu pour tel dans au
cune eau Minérale 5 car celles qu'on ap
pelle communément Nitrenses , contien
nent un Sel alkali à toute épreuve 3
on les a comparé au Nitre des Ancient ,
qui leur a fait donner ce nom.
Le Sel de Glaaber ne fçauroit être dis
tingué dans notre Eau par le gout , parce
qu'il est dominé par d'autres , dont nous
ressentons plus d'impression -, on ne fçau
roit non plus le prévoir par une simple
épreuve : il faut le soupçonner , & en par
tie seulement se convaincre de sa présence
avant que de le chercher.
On peut avec quelque fondement le
soupçonner par tout où il y a du Sel
commun , ils ne font guëtes l'un fans
l'autre. 11 y en a ainsi dans quelques Aci
dules ou Eauxierrugineuscs froides,com«
■ j B ta»
14 'MERCURE DE FRANCE,
me il y en a. dans notre Eau naturelle»
ment chaude ; l'eau de la Mer même
n'en est pas exempte ; & M . Boulduc eu
a trouvé dans des eaux de Salines , que
l'on regardoit comme purement salc'es ^
parce que l'on en tire du Sel commun.
J?our s'assurer de la présence de ce Sel
par quelque épreuve , il faut d'abord
yoir , si l'on peut découvrir l'acide vi
triolique en genexal , & c'est ce que
Jyl» Boulduc fait pai le moyen de l'huile
4e Chaux , qui lui sert de pierre de tou
che pour cet acide , lequel (ous quelque
fpijue qu'il se trouve , quitte après ce
mélange fa base quelconque , & se porte
(at la Chaux , avec laquelle il fait une
espèce de crystaliíation : l' Acide vitrioli
que étant ainsi dévoilé , pn employé ensuice
des moyens subsidiaires , par lesquels
Pn puisse reconnoître , s'il est lié avec du
fer , comme il l'est dans le Vitriol , ou
avec une terre crétacée , comme il l'est
dans l'Alun , &c. Que, si ces sortes de
preuves manquent , on est assez certain ,
qu'il y a du Sel de Glauber. Et c'est de
eette manière que M» Boulduc l'a pres
senti dans les Croûtes Salines avant que
de le faire paroître pat la crystalisation.
Ce Sel contribue' beaucoup à faire va
rier le poids de la Résidence , parce qu'on
te peut de#«her au pojnt. qu'il pèse plus
JANVIER. i7J0;
'3e la moitié moins que dans son état na
turel.
Apte's avoir retiré de notre Eau le Sel
-commun & les Croûtes Salines , on con
tinue à l'évaporer : plus elle s'avance ver»
la fin , plus elle devient rousse & grasse ,
d'un gout piquant comme une Lexive ,
& répand une odeur bitumineuse , saoa
déposer davantage deCrystaux.
Ces circonstances font juger , qu'il y a
là plus d'une matière : c'est un Sel qu'on
découvre par le gout , & une substance
cn gênerai appeìlce sulphureufe , qu'on
apperçoir par l'odeur qu'il faut démêler
l'une d'avec l'autre.
Ce qui produit le gout piquant &lixiviel
, est un Sel Alkali fixe , dont le*
proprietez égalent en beaucoup de cir
constances un bon Sel de Tartre , avec
lequel M. Boulduc l'a toujours compare í
mais elles s'en éloignent , entr'autres , en
-ce qù'au lieu que le Sel de Tartre mêle
avec le Vitriol ou son acide fait un Tar
tre vitriolé-, le/ Sel de notre Eau mêlé
avec le même acide produit constam
ment un Sel de Glauber. Ce fait, jusquelà
l'unique , a fait souhaitter à M. Boul
duc d'avoir du moins encore un exemple
<le pareil Sel ; & il l'a trouvé dans la Terre
áppellée Nitreuse , qu'on amasse autour
de Smyrae& d'Ephese , & qu'on employé
Bij dans
i« MERCURE DE FRANCË.
dans ce Pays-là à la fabrique du Savon f
il en a fait une forte Lexive purement
alkaline , & Payant mêle'e avec du Vi
triol ou son acide J il cn a pareillemenc
retiré du Sel de Glauber , & point d'au
tre. Cette différence prouve éviáemment
que ces deux Alkalis tirent leur origine
du Sel commun ; & M. Boulduc conjec
ture , que les Sels de toutes ces Eaux Mi
nérales que M. Du Clos & d'autres ont
appellé Nitreufes , font auíîi de cette cfr
pece distinguée.
i Cet* Alkali salin se déclare d'avance
dans notre Eau par le gout Lixivicl qu'il
lui donne , & qui avec celui du Sel com
mun domine far le reste -, il le fait encore
connoître davantage dans les épreuves
par les effets d'effervescence avec les aci
des , de précipitation de tout ce qu'ils
ont dissous , de changement de couleur
dans la teinture de Violettes , 8i dans la
solution du Sublimé corrosif,; & enfin on
peut le réunir , & le rendre fec'& palpa
ble , comme nous Talions dire en par
lant de ce qu'il y a de sulphurfux dans
notre Eau.
Le Sel commun étant partout où il
íe irouve plus ou moins bitumineux j a
selon toute apparence communiqué 4
notre Eau du Bitume , quel'Alkali tient
dissous, & l'empcçhc par là de surnager^
JANVIER. 173Ò. 17
St de paroîcre. Quoiqu'il en soit de íoa
origine , le Bitume y est , & on peut le sé
parer d'avec l'Alkali ,• en versant de l'Esrit
de Vin sur la derniere portion d'ean
ien concentrée : par ce moyen,comme le
plus aisé d'entre les autres.quelques gout
telettes de Bitume montent â la surface ,
& d'autres se collent aux parois du vais
seau , pendant que le Sel jílcali reste li
quide au fond , d'où on le retire facile
ment pour le destecher& pour l'avoir pur
& blanc. L'Efprit de Vin seul en quantiw
suffisante le réduit à sec avec le tems.
• - Le gout ne fçauroit distinguer le Bitu
me daná netre Eau, & le peu- d'odeur
qu'elle a est une trop foible & incertaine
marque de fa présence : on ne peut que
k soupçonner par l'empyreume que l'eau
imprime au vaisseau dan & la distillation ,
.& par l'odeur qu'elle exhale sur la fin de
-l'évaporation , jusqu'à ce qu'on le sépare
de tout mélange par le moyen que nous
venons de ditev
Le Bitume répandu dans toute la Rési
dence , fait qu'elle s'enflamme , quand
on en met fur une pele rougie , étant in
flammable de lui même.
Nous passons à- examiner le Sédiment ;
c'est autant celui que l'on garde des éva
porations , que celui que l'eau dépose ì
. B iij fa.
t» MERCURE DE FRANCE.
fa Source en manière de croûtes pier*
xeuses.
On apperçoit dans l'Eau , qu'on éva
pore actuellement, de petits filets clairs
& transparents parmi d'autres corps blancs
f!r opaqu.es , qui en s'affaissant se confon
dent ensemble : & dans les croûtes pier
reuses on distingue de petits bri Huns par
mi une matière terne & pins éclat. Voilà:
encore deux substances à démêler.
La première , qui a de la transparence
eu du brillant , est un Sel moyen , dans
lequel l'Acide vitriolique est chargé de
beaucoup de terre , & M. Boulduc a par
lé plus au long de fa qualité saline , à
l'oecasion des Nouvelles Eaux Minérales
de Pafsy. Ce Mixte n'ayant pas encore
été mis au rang des Sels, il fera libre a cha
cun de lui donner tel nom qu'il voudra.'
M. Boulduc l'appelle Sele nite , parce qu'il
prend la même configuration en fecryC
talifant.
Comme un Sel de difficile dissolution ;
ou qui a besoin de beaucoup d'eau pour
-se tenir dissous , il commence à paroît»
comme une poussière fine qui a quelque
éclat , aussi tôt qu'un peu d'eau lui est
soustraite . & à mesure qu'elle diminue
il forme de petits filets , ensuite des fciiil-
]$ïs ou pellicules , dont enfin les mor<
«aux,
Janvier. r72Q. r*
ceaux brisez s'attachent au vaisseau , 8c
prennent encore là plus de volume & plu»
de régularité dans leur configuration.
Ce Sel ne se trouve pas feulement dant
quelques Acidules & Eaux Minérales
chaudes-, il y en a aussi dans des Eaux fa*
tées , dont on tire du Sel commun , comme
font celles de Salins , de Durban , de
Fourtou » de Roquefort.
Pour ce qui regarde la deuxième m»,
r'iere de nos Sedimens , ces corps blanc*
& opaque* ou ternes $ c'est une Terre ».
qui fermente avec tous les Acides , com
me le font celles qu'on appelle abforb*ntes:
elle a pourtant une qualité' de plus »
que M. Boulduc a reconnue par d'autres
essais ; c'est qu'elle a été calcinée dans le
Laboratoire souterrain. Quand on ett
mêle avec du &tl Ammonite , soit qu'ost
employé la terre de la Résidence bien lai
vée , ou les croûtes pierreuses , comme
elles font sorties de l'eau , elles retien*
lient dans la distillation l' Acide du Sel
commun , & rtìertenr en liberté VEsprit
nrineux , qui est vif & pénétrant , & de
ses effets ordinaires , précipitant le Subli^
mé en blanc , verdissant le íyrop violât- \
changeant en bleu céleste toute solutiorî
de cuivre : & le Résidu , comme un Sel"
Ammoniac fixe a résous par l'humidité de
B iiij, l'air „
Se MERCURE DE FRANCE,
l'air , ou détrempé dans de Peau , donna
cette Liqueur ou Solution , qu'on appelle
vulgairement Huile de Chaux , laquelle
passant par le filtre , laisse err arriére une
majse brune , qui après une legere calci—
nation , & pas plutôt , permet à l' Aimant
d'en attirer des parcelles de fer.
Les Croutep pierreuses , dont on avoic
fait espérer un Esprit de Nitre, distillées
seules , donnent un peu de Bitume ; 6c
mêlées avec du Vitriol, elles fournissent
un phlegme d'une odeur bitumineuse , fie
tien au-delà.
L' Alkali terreux se fait bientôt connoî»
tre dans l'évaporation de notre Eau com
me une terre en gênerai -, mais dans les
épreuves il semble , que l'Huile de Tar
tre par défaillance déclare sa qualité par
ticulière , parce qu'elle l'en précipite r
comme elle le fak à l'eau de Chaux. Etanc
bien absorbante, elle a- part à-^'efferves
cence avec les- acides , & à la précipi
tation de ce qu'ils avoient dissous.
Comme cette terre & laSelenite se présenrent
toujours à la surface de laSource,
où il se fait sans cesse une évaporation de
diminution assez forte -, ces deux maticxes
s'amonceLnt dans les tems , que l'eau
»'est point agitée , & parvenant au point
4c surmonter sa résistance , ou aidées par
des
JANVIER. 1719. 21
íîes agitations volontaires de la part de
«eux qui en puisent , elles se déposent
successivement , & forment les couches
des croûtes pierreuses , qui se mêlent 6c
se cimentent encore avec les feuillets
bruns , qui dérivent en partie de la bouë,
que l'eau amène de son fond.
fc Le Fer, dont nous avons touché uq
mot , faisant la plus petite partie d'entre
les matières de la Résidence , ne sçauroic
y paroître sous fa couleur ordinaire -, les
couches rouges brunesdes croures le peu
vent faire soupçonner -, mais Pépreuve ,
qu'on fait avec la noix de galle ne peut
pas déclarer fa présence , parce qu'il n'est
pas dissous dans notre Eau , ou en forme
de Vitriol -, il n'y est pas non plus comme
Fer parfait, parce qu'il n'obéît pas d'aborr
à l' Aimant. II y a apparence , qu'il
fort d'une Marcaflltc ferrugineuse , &
que ses pores sont encore bouchez de
te-rre , dont le feu les délivre ; & alors la
matière magnétique y trouve accès.
M-. Boulduc a tiré du Fer & des croûtes
pierreuses , & de là partie terreuse de la
Résidence M. Burlet en avoir aupara
vant apperçû dans le Mucilage qui est
d'ailleurs, une partie du tout, entremêlé
de Sels, de Bitume & de terres , avec un
petit reste d'eau , qui lui conserve de la
transparence pour quelque tems..
B v l*
a 2 MERCURE DE FRANCE;
Le Mucilage, plus ou moins desséché*,;
{>eut contribuer beaucoup à faire variec
e poids de la Résidence.
\ Après ce détail, M. Boulduc réponds
à une Objection , qu'on fait communé
ment à laChymie fur ses productions ,
& particulièrement fur les Sels : le feu al
tère & décompose. Qu'on laiífe évaporer
notre Eau , dit-il >. â Pair ou au Soleil ,..
comme Pascal l'a voulu, ou qu'on la con
centre par la gelée , de de l'une ou de
l'autre façon, à tel point qu'on voudta %
& qu'on la mêle ensuite à différentes re
prises , avec de l'efprit de Vin , que l'onaugmentera
chaque fois-, qu'on furvuidera
le mélange : de cette manière , on
rerra d'abord la terre , que la Selenite
& le Fer accompagnent , ensuite les Selsmoyens
en Crystaux , & finalement le
Sel Alkali au fond, distinctement séparé'
d'avec l'Efprir de Vin, comme si on y
avoit versé une forte Huile de Tartre par
défaillance.
II n'y. a point d'apparence , qu'après-;
cela on mette le Sel Alkali -ou quelqueautre
fut le compte du feu , qu'on n'á pasemployé.
De tout ce qui a été dit jusqu'ici , Mi
Boulduc conclnd J que les Eaux de Bour
bon contiennent naturellement du Stl
wnmm , du Sel de Glanbtr , un Sel M~
. JANVIER. 17 to.
í-alì , du Bitume , de la Selenite , une Ter
re absorban e , & du Fer , dont lc mélan
ge répandu dans une eau actuellement
chaude , ôc chaque matière considérée
selon fa qualité , connue par l'experience
l'u/agc ; que la Médecine en fait tous
les jours , doivent faire inférer d'avance- ,
qu'elles font «n état de déterger, d'ineiftrt
&c de résoudre , qui font des effetsgénéraux
communément suivis d'une am
ple transpiration 8c excrétion d'urine 5.
que de plus elles peuvent absorber, & en .
partie dessécher ôc fortifier ; mais ce qu'on
•regrette ordinairement fort , c'est qu'el
les ne fçauroient guères purger, 8c c'est
austï ce que la plupart des Malades regar
dent comme un deffaut , mesurant I*
bonté d'âne Eau Minérale fut de fré
quentes évacuations de cette efpece.
Si on accorde, dit M. Boulduc en fiuiffant
, que ce soit ìi vm deffaut , d'ha
biles Médecins fçavent bien lc réparer
soit en faisant précéder les Eaux de Vixhy
, pour frayer le chemin: à celles de
Bourbon , soit en faisant prendre ces der
nieres , quand ils le jugent à propos , avec
des Sels moyens apéritifs , d'entre lesquels •
M* Butler a depuis une vingtaine d'an
nées misen usage 1'1 jircanum dublicatum*
■bien <o»ditionnt , & en a d'heufeussuccès*
■publique de ^Académie Royale de*
Sciences, le 12. Novembre XJíJ. fur
les Eaux de Bourbon.
Mr. Boulduc lut un Discours intitule
Ejfai t£ Analyse m genêtal des Eaux
Minérales chaudes de Bourbon l'Archarabaud.
Ces Eaux étant du nombre des plus an
ciennes du Royaume & des plus renom-f
niées par la guérison de plusieurs mala
dies longues & fâcheuíes.ellcs se sont tou
jours attiré Inattention & la recherche des*
Médecins & des Physiciens.
Dès les années 1605. & 1 £18. fans?
remonter plus haut , Jean Ban , de Mòu-í
.lins, en fait mention dans son Livre des
•vertus des Eaux naturelles de France re
nommées y & croit qu'elles contiennent d*
Souffre minerai , du Bitume & du Nitre ,
qui est le Natron des Anciens , que l'on
regarde comme un Sel Alkali minerai ,
comparable par ses effets aux Sels fixes -,
acres & lixiviels, qu'on tire des Plantes
après les avoir réduites en cendres.
En 1670. M. Duclos , de cette Acadé
mie , reconnut dans nos Eaux le même
Nitres
Ì MERCURE DE FRANCE..
Nitre; & depuis cet Auteur, d'autres Aca
démiciens ayant eu par intervales occa
sion de les examiner, ont encore conclu
avec leur Prédécesseur , qu'elles ne ren
ferment presqu'autre chose que cet Al
kali naturel.
II seinbloit donc, que sa qualité alkaline
leur étoit bien assurée. Mais en 1699:
quelqu'un, fous le nom de Pascal ,1a rejetta
entièrement dans un Livre fait ex
près' au sujet de ces Eaux ; ce n'est pas
un simple Sel Alkali qu'elles contien
nent , c'est , selon lui , un Sei mixte, com
posé d'un Acide volatile & d'un Sel Al
kali fixe, qu'il appelle un Nitre fort vo
latile & fort épuré; on tireroit même,
dit-il , cet Acide comme un véritable
esprit de Nitre du sédimènt,qu'on trouve à'
leur source en manière de croûtes ; &£•
pour Jouir du Sel dans son état naturel
il faudroit laisser évaporer nos Eaux à l'air
ou au Soleil j le feu-, qu'on employé , est
infidèle , il altère les Mixtes , il décom
pose ce Sel, & fajt , à la vérité , qu'on ne
trouve qu'un Alkali, mais cet Alkali étoit?
auparavant lié avec l'acide.
Plusieurs personnes ont applaudi à ce
raisonnement : M.Boulduc fait néanmoins
Remarquer en passant , qu'un véritable
esprit deNitre,uni avec un Sel Alkali fixe,
ftEoir nécessairement un véritable Nitre
Jan vi er. t7ìó. i
áes Modernes , c'est à- dire , un bon Sal
pêtre qui ne se décompose pas fi aisément
qu'on le dit.
Cependant le Livre allégué dérive de
ce Sel Mixte Nitreux la plupart des effets
que nos Eaux produisent sur le corpr
humain} au lieu que les premiers Auteutr
les dérivoient de l'Alkali Salin.
Cette diversité de sentimens a été le
principal motif pour que M. Boulduc'
cherchât les moyens de s'éclaircir de la
Vérité, en examinant ces Eaux de nouveau.
Son dessein a été secondé > il en a reçu
près de cent Bouteilles très- promptement
à l'occasion du retour de S. A. S. Mon
sieur le Duc-, qui les ravoir prises avec
succès à Bourbon; & un bon Artiste voulut
fcien en évaporer à la Source un grand
nombre de livres } & lui en remettre la-
Résidence. '
M. Boulduc , de son côté , y a trouve
par son travail plus de matières qu'onr
n'en avoit encore connu , & quel
ques-unes dans des circonstances singu
lières. Les mystères de la Nature ne se
développent que peu à peu , & c'est tou
jours un avantage pour lès derniers venus.
L'Eau de Bourbon est claire & limpide
comme une Eau de Roche , presque sans
edeur , & d'un gout partagé entre le vrai
felc & le lixiviel i sortant de la terre très^
sensiblement
$ MERCURE DE FRANCE;
sensiblement bouillante , elle fume con
tinuellement daní ses puits & réservoir , &
à mesure qu'il s'en exhale , il paroît à la
surface une fleur ou poussière blanche
très-fine fous l'apparence d'une toile ou
pellicule grasse fans liaison , qui devient
filus visible quand il y á long-temps que
'Eau n'a été agitée , mais qu'on ne sçausoit
ramasser de quelque façon qu'on s'y
prenne. Cette Eau dépose un Sédiment en
maniéré de croules pierreuses assez dures ,
formées de plusieurs couches blanches
bi«n distinctes , & mêlées en quelques
endroits , particulièrement en dessous ,
d'une couche de terre d'un brun foncé.
Ces croûtes qui font fans gout & fans
odeur fe collent aux bords & à la surface
intérieure du puits , du conduit & du réJ
scrvoir, dont on est obligé de les détachée
de temps à autre.
Cette Eau, gardée dans des bouteilles
bien transparentes , fait auflî voir au bouc
de quelque temps à fa surface de petits
corps blancs fort déliez qui augmentent
peu à peu & fe condensent en une
pellicule semblable à celle, qui se forme
sut l'Ëau de Chaux , laquelle gtossissant
au point que l'Eau ne peut plus la sou
tenir , se brise en beaucoup de morceaux ,
qui en tombant, s'attachent au fond &
aux parois du vaisseau , & affectent une
JANVIER. i7j«; 9
1
Configuration régulière comme quelque
chose de lalin» *
Après le récit de ces circonstances ,
M. Boulduc entre dans l' Analyse, & dit
à la fin de chaque article des matières qu'il
y a trouvées , comme il les a pressenties,
par les Epreuves, quand il y en a , par le
gout , par l'odeur , &c. & comment il est
enfin parvenu à les séparer de manière
qu'il les puisse exposer aux yeux.- dont
nous ne pouvons ici donner que le précis.
Les Epreuves les plus significatives que
M. Boulduc a faites fur l'Eau de Bourbon
font ; qu'elle précipite l'argent dissous en
un cailla blanc qui fond aisément au feu
&C devient volatile" , si on n'employe que
peu de cette solution ; que si au contraire
on en passe les bornes , l'Eau en fait un
deuxième précipité qui refuse la fonte i
qu'elle verdit lá teinture de violettes len
tement ; qu'elle fermente avec tous le»
Acides aflez sensiblement,& ptécipite l'Aïun
& les Vitriols ordinaires , quand ili
font dissous dans de l'eau commune :
Avec une forte huille de tartre faite pat
défaillance , elle se trouble & dépose après
jane terre blanche. : .
IÇqus ces effets font plus prompts Sc
plus sensibles , quand notre Eau est con
centrée , soit par le feu , par l'air ou par U
gelée. Alors elle fait même bien plus
jio MERCURE DE FRANCE,
^qu'auparavant, comme de précipiter, eaîre
autres , le sublime' dissous en une pou
dre de couleur d'e'corcc d'Orange. Les
différentes matières réciproques ne pouvoient
pas s'atteindre facilement dans la
grande étendue du liquide.
V Evaporation & la Distillation , con»
tinuées jusqu'à siccité des matières, n'ont
presque rien fait appercevoir à M. Boulcîuc
de diffèrent d'entre-elles. A peine
l'£au ressent- elle la chaleur qu'elle jette
à la surface une poussière blanche très*
fine , laquelle en augmentant se noye en
partie , & tombe ; & eo partie elle forme
par l'union.d'un nombre de petits filets
iìns & transparents des feuillets à peu près
comme on en voit dans l'eau de chaux ,
qui restent quelque temps à la surface }
& se brisant enfin, voltigent long-temps en
tout sens avant que d'aller au fond.L'Eau,
qui est élevée dans la distillation,n'a puine
de gout ni d'odeur,ni ne fait impression fut
aucune matierejla cucurbitc sent seulement
un peu l'empyreume,& toute la Résidence
affaissée est une terre blanche mêlée d'une
matière qui reffernble a une gelés on mu
cilage bien transparent & couverte d'une
malje de Sels fort blancs.
Cette Résidence mise sur une pelle ou;
lame d'argent bien chauffées , jetre une
petite flamme , •& exposée, à l'air elle
s'hu/î
/ JANVIER. 1750: 31
(í'hìimecte. Si son poids varie d'une éva
poration à l'autre de quelques grains audessous
ou au- dessus de soixante pour
chaques deux livres d'Eau , c'est d'avoir
été plus ou moins desséchée.
En démêlant cette Résidence, M. Boulduc
n'a pas perdu de vûe celle qu'on lui
avoit apportée de Bourbon > l'une & l'au*
tre lui ont fourni les mêmes matières par
différentes operations.Cependant M. Boulduc
s'étaat apperçu , que YEvaporation
frh-modèrée de notre Eau , pouvoit pres
que toute seule suffire pour en dévelop
per tout , il la propose comme le moyea
le plus simple & le plus aisé à exécuter.
Sans répeter ce qui a été dit de ce
qu'on voít au commencement de cette
opération , on continue à fajre exhaler
notre eau le plus doucement qu'il est pos
sible , & toutes les fois qu'il se présente
une certaine quantité de Sédiment en par
tie , comme une terre informe &c opaque ,
en partie, comme des filets transparents,
on le sépare en survuidant l'eau claire dans
un autre vaisseau : plus elle se concentre
de cette manière -r plus elle jaunit , & il
íe forme alots peu à peu au fond & aux
parois du vaisseau , des. Cristaux en cubes
■parfaits , pendant que la surface se cou
vre d'une croûte saline , qui en dessus est
jnégalc $c raboteuse , ôc en dessous mêlée
; • de
,1
ttc
t x MERCURE DE FRANCE/n.
4c deux sortes de Crystaux. On ôte certe
croûte aussi souvent qu'il s'en forme ,
pour que l'eau s'c'vapore librement ; &
nous dkons davantage du Sédiment ea
son lieu.
Les Cryftaux cubiques sont un vérita
ble Sel commun , qui se distingue pat
cette confìguratipn , par son gout parti
culièrement salé , & par d'autres proprietez
trop connues pour être rapportées.
II se déclare d'avance par le gout qu'il
donne à notre eau , & encore davantage
dans les Epreuves, par l'effet de ia volatilité
, que son acide imprime à l'argent , en
le précipitant ; & enfin, on le réduit par
l'c'vaporation en fa consistence con
crète.
Ce Sel fait la plus grande quantité
d'entre les matières de la Résidence, com
paré avec chacune en particulier.
Les Croûtes faline/,de nouveau dissoutes
dans de l'eau commune , donnent par
l'évaporation encote du Sel commun i
•près quoi le reste de cette solution survuidée
& exposée à l'aìt fait naître des
Crystaux d'un-quarré long , taillez à far
certes aux extrémitez , amers d'abord , 8c
frais ensuite sur la langue, qui sont des
•^roprietez , qui avec d'autres font le ca
ractère du Sel de Glaufor : Et c'est4à ce
que P»ícal a pris pour un Sel Nitreux^ féJANVIER.
1730; 13
iaìt par quelque rcísemblance superfi
cielle & imparfaite des Crystaux. L'acide
nitreux , qui fait l'essence des Sels de ce
nom , n'entre point dans fa compositions
c'est celui du Vitriol •: & outre que
M. Lemmery a prouvé clairement dans
un de fes Mémoires, que la source de
Notre Nitre , n'est point dans les entrail
les de la terre , mais qu'il naît , pour
ainsi dire , à fa surface , ou à une très-pe
tite profondeur ; il est encore bien cer
tain , qu'il ne s'-en est point trouvé jus-»
qu'ici de bien reconnu pour tel dans au
cune eau Minérale 5 car celles qu'on ap
pelle communément Nitrenses , contien
nent un Sel alkali à toute épreuve 3
on les a comparé au Nitre des Ancient ,
qui leur a fait donner ce nom.
Le Sel de Glaaber ne fçauroit être dis
tingué dans notre Eau par le gout , parce
qu'il est dominé par d'autres , dont nous
ressentons plus d'impression -, on ne fçau
roit non plus le prévoir par une simple
épreuve : il faut le soupçonner , & en par
tie seulement se convaincre de sa présence
avant que de le chercher.
On peut avec quelque fondement le
soupçonner par tout où il y a du Sel
commun , ils ne font guëtes l'un fans
l'autre. 11 y en a ainsi dans quelques Aci
dules ou Eauxierrugineuscs froides,com«
■ j B ta»
14 'MERCURE DE FRANCE,
me il y en a. dans notre Eau naturelle»
ment chaude ; l'eau de la Mer même
n'en est pas exempte ; & M . Boulduc eu
a trouvé dans des eaux de Salines , que
l'on regardoit comme purement salc'es ^
parce que l'on en tire du Sel commun.
J?our s'assurer de la présence de ce Sel
par quelque épreuve , il faut d'abord
yoir , si l'on peut découvrir l'acide vi
triolique en genexal , & c'est ce que
Jyl» Boulduc fait pai le moyen de l'huile
4e Chaux , qui lui sert de pierre de tou
che pour cet acide , lequel (ous quelque
fpijue qu'il se trouve , quitte après ce
mélange fa base quelconque , & se porte
(at la Chaux , avec laquelle il fait une
espèce de crystaliíation : l' Acide vitrioli
que étant ainsi dévoilé , pn employé ensuice
des moyens subsidiaires , par lesquels
Pn puisse reconnoître , s'il est lié avec du
fer , comme il l'est dans le Vitriol , ou
avec une terre crétacée , comme il l'est
dans l'Alun , &c. Que, si ces sortes de
preuves manquent , on est assez certain ,
qu'il y a du Sel de Glauber. Et c'est de
eette manière que M» Boulduc l'a pres
senti dans les Croûtes Salines avant que
de le faire paroître pat la crystalisation.
Ce Sel contribue' beaucoup à faire va
rier le poids de la Résidence , parce qu'on
te peut de#«her au pojnt. qu'il pèse plus
JANVIER. i7J0;
'3e la moitié moins que dans son état na
turel.
Apte's avoir retiré de notre Eau le Sel
-commun & les Croûtes Salines , on con
tinue à l'évaporer : plus elle s'avance ver»
la fin , plus elle devient rousse & grasse ,
d'un gout piquant comme une Lexive ,
& répand une odeur bitumineuse , saoa
déposer davantage deCrystaux.
Ces circonstances font juger , qu'il y a
là plus d'une matière : c'est un Sel qu'on
découvre par le gout , & une substance
cn gênerai appeìlce sulphureufe , qu'on
apperçoir par l'odeur qu'il faut démêler
l'une d'avec l'autre.
Ce qui produit le gout piquant &lixiviel
, est un Sel Alkali fixe , dont le*
proprietez égalent en beaucoup de cir
constances un bon Sel de Tartre , avec
lequel M. Boulduc l'a toujours compare í
mais elles s'en éloignent , entr'autres , en
-ce qù'au lieu que le Sel de Tartre mêle
avec le Vitriol ou son acide fait un Tar
tre vitriolé-, le/ Sel de notre Eau mêlé
avec le même acide produit constam
ment un Sel de Glauber. Ce fait, jusquelà
l'unique , a fait souhaitter à M. Boul
duc d'avoir du moins encore un exemple
<le pareil Sel ; & il l'a trouvé dans la Terre
áppellée Nitreuse , qu'on amasse autour
de Smyrae& d'Ephese , & qu'on employé
Bij dans
i« MERCURE DE FRANCË.
dans ce Pays-là à la fabrique du Savon f
il en a fait une forte Lexive purement
alkaline , & Payant mêle'e avec du Vi
triol ou son acide J il cn a pareillemenc
retiré du Sel de Glauber , & point d'au
tre. Cette différence prouve éviáemment
que ces deux Alkalis tirent leur origine
du Sel commun ; & M. Boulduc conjec
ture , que les Sels de toutes ces Eaux Mi
nérales que M. Du Clos & d'autres ont
appellé Nitreufes , font auíîi de cette cfr
pece distinguée.
i Cet* Alkali salin se déclare d'avance
dans notre Eau par le gout Lixivicl qu'il
lui donne , & qui avec celui du Sel com
mun domine far le reste -, il le fait encore
connoître davantage dans les épreuves
par les effets d'effervescence avec les aci
des , de précipitation de tout ce qu'ils
ont dissous , de changement de couleur
dans la teinture de Violettes , 8i dans la
solution du Sublimé corrosif,; & enfin on
peut le réunir , & le rendre fec'& palpa
ble , comme nous Talions dire en par
lant de ce qu'il y a de sulphurfux dans
notre Eau.
Le Sel commun étant partout où il
íe irouve plus ou moins bitumineux j a
selon toute apparence communiqué 4
notre Eau du Bitume , quel'Alkali tient
dissous, & l'empcçhc par là de surnager^
JANVIER. 173Ò. 17
St de paroîcre. Quoiqu'il en soit de íoa
origine , le Bitume y est , & on peut le sé
parer d'avec l'Alkali ,• en versant de l'Esrit
de Vin sur la derniere portion d'ean
ien concentrée : par ce moyen,comme le
plus aisé d'entre les autres.quelques gout
telettes de Bitume montent â la surface ,
& d'autres se collent aux parois du vais
seau , pendant que le Sel jílcali reste li
quide au fond , d'où on le retire facile
ment pour le destecher& pour l'avoir pur
& blanc. L'Efprit de Vin seul en quantiw
suffisante le réduit à sec avec le tems.
• - Le gout ne fçauroit distinguer le Bitu
me daná netre Eau, & le peu- d'odeur
qu'elle a est une trop foible & incertaine
marque de fa présence : on ne peut que
k soupçonner par l'empyreume que l'eau
imprime au vaisseau dan & la distillation ,
.& par l'odeur qu'elle exhale sur la fin de
-l'évaporation , jusqu'à ce qu'on le sépare
de tout mélange par le moyen que nous
venons de ditev
Le Bitume répandu dans toute la Rési
dence , fait qu'elle s'enflamme , quand
on en met fur une pele rougie , étant in
flammable de lui même.
Nous passons à- examiner le Sédiment ;
c'est autant celui que l'on garde des éva
porations , que celui que l'eau dépose ì
. B iij fa.
t» MERCURE DE FRANCE.
fa Source en manière de croûtes pier*
xeuses.
On apperçoit dans l'Eau , qu'on éva
pore actuellement, de petits filets clairs
& transparents parmi d'autres corps blancs
f!r opaqu.es , qui en s'affaissant se confon
dent ensemble : & dans les croûtes pier
reuses on distingue de petits bri Huns par
mi une matière terne & pins éclat. Voilà:
encore deux substances à démêler.
La première , qui a de la transparence
eu du brillant , est un Sel moyen , dans
lequel l'Acide vitriolique est chargé de
beaucoup de terre , & M. Boulduc a par
lé plus au long de fa qualité saline , à
l'oecasion des Nouvelles Eaux Minérales
de Pafsy. Ce Mixte n'ayant pas encore
été mis au rang des Sels, il fera libre a cha
cun de lui donner tel nom qu'il voudra.'
M. Boulduc l'appelle Sele nite , parce qu'il
prend la même configuration en fecryC
talifant.
Comme un Sel de difficile dissolution ;
ou qui a besoin de beaucoup d'eau pour
-se tenir dissous , il commence à paroît»
comme une poussière fine qui a quelque
éclat , aussi tôt qu'un peu d'eau lui est
soustraite . & à mesure qu'elle diminue
il forme de petits filets , ensuite des fciiil-
]$ïs ou pellicules , dont enfin les mor<
«aux,
Janvier. r72Q. r*
ceaux brisez s'attachent au vaisseau , 8c
prennent encore là plus de volume & plu»
de régularité dans leur configuration.
Ce Sel ne se trouve pas feulement dant
quelques Acidules & Eaux Minérales
chaudes-, il y en a aussi dans des Eaux fa*
tées , dont on tire du Sel commun , comme
font celles de Salins , de Durban , de
Fourtou » de Roquefort.
Pour ce qui regarde la deuxième m»,
r'iere de nos Sedimens , ces corps blanc*
& opaque* ou ternes $ c'est une Terre ».
qui fermente avec tous les Acides , com
me le font celles qu'on appelle abforb*ntes:
elle a pourtant une qualité' de plus »
que M. Boulduc a reconnue par d'autres
essais ; c'est qu'elle a été calcinée dans le
Laboratoire souterrain. Quand on ett
mêle avec du &tl Ammonite , soit qu'ost
employé la terre de la Résidence bien lai
vée , ou les croûtes pierreuses , comme
elles font sorties de l'eau , elles retien*
lient dans la distillation l' Acide du Sel
commun , & rtìertenr en liberté VEsprit
nrineux , qui est vif & pénétrant , & de
ses effets ordinaires , précipitant le Subli^
mé en blanc , verdissant le íyrop violât- \
changeant en bleu céleste toute solutiorî
de cuivre : & le Résidu , comme un Sel"
Ammoniac fixe a résous par l'humidité de
B iiij, l'air „
Se MERCURE DE FRANCE,
l'air , ou détrempé dans de Peau , donna
cette Liqueur ou Solution , qu'on appelle
vulgairement Huile de Chaux , laquelle
passant par le filtre , laisse err arriére une
majse brune , qui après une legere calci—
nation , & pas plutôt , permet à l' Aimant
d'en attirer des parcelles de fer.
Les Croutep pierreuses , dont on avoic
fait espérer un Esprit de Nitre, distillées
seules , donnent un peu de Bitume ; 6c
mêlées avec du Vitriol, elles fournissent
un phlegme d'une odeur bitumineuse , fie
tien au-delà.
L' Alkali terreux se fait bientôt connoî»
tre dans l'évaporation de notre Eau com
me une terre en gênerai -, mais dans les
épreuves il semble , que l'Huile de Tar
tre par défaillance déclare sa qualité par
ticulière , parce qu'elle l'en précipite r
comme elle le fak à l'eau de Chaux. Etanc
bien absorbante, elle a- part à-^'efferves
cence avec les- acides , & à la précipi
tation de ce qu'ils avoient dissous.
Comme cette terre & laSelenite se présenrent
toujours à la surface de laSource,
où il se fait sans cesse une évaporation de
diminution assez forte -, ces deux maticxes
s'amonceLnt dans les tems , que l'eau
»'est point agitée , & parvenant au point
4c surmonter sa résistance , ou aidées par
des
JANVIER. 1719. 21
íîes agitations volontaires de la part de
«eux qui en puisent , elles se déposent
successivement , & forment les couches
des croûtes pierreuses , qui se mêlent 6c
se cimentent encore avec les feuillets
bruns , qui dérivent en partie de la bouë,
que l'eau amène de son fond.
fc Le Fer, dont nous avons touché uq
mot , faisant la plus petite partie d'entre
les matières de la Résidence , ne sçauroic
y paroître sous fa couleur ordinaire -, les
couches rouges brunesdes croures le peu
vent faire soupçonner -, mais Pépreuve ,
qu'on fait avec la noix de galle ne peut
pas déclarer fa présence , parce qu'il n'est
pas dissous dans notre Eau , ou en forme
de Vitriol -, il n'y est pas non plus comme
Fer parfait, parce qu'il n'obéît pas d'aborr
à l' Aimant. II y a apparence , qu'il
fort d'une Marcaflltc ferrugineuse , &
que ses pores sont encore bouchez de
te-rre , dont le feu les délivre ; & alors la
matière magnétique y trouve accès.
M-. Boulduc a tiré du Fer & des croûtes
pierreuses , & de là partie terreuse de la
Résidence M. Burlet en avoir aupara
vant apperçû dans le Mucilage qui est
d'ailleurs, une partie du tout, entremêlé
de Sels, de Bitume & de terres , avec un
petit reste d'eau , qui lui conserve de la
transparence pour quelque tems..
B v l*
a 2 MERCURE DE FRANCE;
Le Mucilage, plus ou moins desséché*,;
{>eut contribuer beaucoup à faire variec
e poids de la Résidence.
\ Après ce détail, M. Boulduc réponds
à une Objection , qu'on fait communé
ment à laChymie fur ses productions ,
& particulièrement fur les Sels : le feu al
tère & décompose. Qu'on laiífe évaporer
notre Eau , dit-il >. â Pair ou au Soleil ,..
comme Pascal l'a voulu, ou qu'on la con
centre par la gelée , de de l'une ou de
l'autre façon, à tel point qu'on voudta %
& qu'on la mêle ensuite à différentes re
prises , avec de l'efprit de Vin , que l'onaugmentera
chaque fois-, qu'on furvuidera
le mélange : de cette manière , on
rerra d'abord la terre , que la Selenite
& le Fer accompagnent , ensuite les Selsmoyens
en Crystaux , & finalement le
Sel Alkali au fond, distinctement séparé'
d'avec l'Efprir de Vin, comme si on y
avoit versé une forte Huile de Tartre par
défaillance.
II n'y. a point d'apparence , qu'après-;
cela on mette le Sel Alkali -ou quelqueautre
fut le compte du feu , qu'on n'á pasemployé.
De tout ce qui a été dit jusqu'ici , Mi
Boulduc conclnd J que les Eaux de Bour
bon contiennent naturellement du Stl
wnmm , du Sel de Glanbtr , un Sel M~
. JANVIER. 17 to.
í-alì , du Bitume , de la Selenite , une Ter
re absorban e , & du Fer , dont lc mélan
ge répandu dans une eau actuellement
chaude , ôc chaque matière considérée
selon fa qualité , connue par l'experience
l'u/agc ; que la Médecine en fait tous
les jours , doivent faire inférer d'avance- ,
qu'elles font «n état de déterger, d'ineiftrt
&c de résoudre , qui font des effetsgénéraux
communément suivis d'une am
ple transpiration 8c excrétion d'urine 5.
que de plus elles peuvent absorber, & en .
partie dessécher ôc fortifier ; mais ce qu'on
•regrette ordinairement fort , c'est qu'el
les ne fçauroient guères purger, 8c c'est
austï ce que la plupart des Malades regar
dent comme un deffaut , mesurant I*
bonté d'âne Eau Minérale fut de fré
quentes évacuations de cette efpece.
Si on accorde, dit M. Boulduc en fiuiffant
, que ce soit ìi vm deffaut , d'ha
biles Médecins fçavent bien lc réparer
soit en faisant précéder les Eaux de Vixhy
, pour frayer le chemin: à celles de
Bourbon , soit en faisant prendre ces der
nieres , quand ils le jugent à propos , avec
des Sels moyens apéritifs , d'entre lesquels •
M* Butler a depuis une vingtaine d'an
nées misen usage 1'1 jircanum dublicatum*
■bien <o»ditionnt , & en a d'heufeussuccès*
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Résumé : EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
Le 12 novembre, M. Boulduc a présenté un discours à l'Académie Royale des Sciences sur l'analyse des eaux minérales chaudes de Bourbon-l'Archambault, connues pour leur efficacité contre diverses maladies. Ces eaux, parmi les plus anciennes et renommées du royaume, ont été mentionnées par Jean Ban en 1605 et 1618, qui les décrivait comme contenant du soufre minéral, du bitume et du nitre. En 1670, M. Duclos confirma la présence de nitre, mais en 1699, Pascal contesta cette analyse, affirmant que les eaux contenaient un sel mixte composé d'un acide volatile et d'un sel alcalin fixe. Intrigué par ces divergences, M. Boulduc a entrepris une nouvelle analyse des eaux de Bourbon. Il a observé que l'eau est claire, limpide, presque sans odeur et d'un goût entre le salé et le lixiviel. Elle est naturellement bouillante et forme des croûtes blanches à la surface. Ses expériences ont révélé que l'eau précipite l'argent dissous, fermente avec les acides et précipite l'alun et les vitriols. Après évaporation et distillation, il a identifié plusieurs matières, dont un sel commun, du sel de Glauber, une substance sulfurée et une odeur bitumineuse. M. Boulduc a conclu que l'évaporation modérée de l'eau est le moyen le plus simple pour en développer les composants. Il a détaillé les processus chimiques et les propriétés des sels identifiés, soulignant l'importance de méthodes précises pour les analyser. Le texte mentionne également la présence de silice, de sel de Glauber, d'un sel alcalin, de bitume, de selenite, d'une terre absorbante et de fer dans les eaux de Bourbon. Ces eaux sont utilisées en médecine pour leurs effets détergents, irritants et résolutifs, souvent suivis de transpiration et d'excrétion d'urine. Cependant, elles ne purgent pas facilement, ce que certains médecins compensent en les associant à des sels apéritifs ou à des eaux comme celles de Vichy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 2399
SUR LE VOYAGE AUX EAUX De Me la Comtesse de Chateautiery. MADRIGAL.
Début :
Vous qui cherchez aux Eaux du rafraîchissement, [...]
Mots clefs :
Eaux , Buveurs, Comtesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LE VOYAGE AUX EAUX De Me la Comtesse de Chateautiery. MADRIGAL.
SUR LE VOYAGE AUX EAUX
V
De Me la
Comteffe de
Chateautiery.
MADRIGAL.
Ous qui cherchez aux Eaux du rafraîchiffe
ment ,
Soit par breuvage ou par leffive ,
Hâtez-vous , buvez promtement
Avant que la Comteffe arrive :
Cette Beauté chez vous va jouer fi beau jeu
Qu'en prétextant fievre ou migraine
Elle va d'abord mettre en feu
Buveurs , Medecins & Fontaine.
M. de Senecé.
V
De Me la
Comteffe de
Chateautiery.
MADRIGAL.
Ous qui cherchez aux Eaux du rafraîchiffe
ment ,
Soit par breuvage ou par leffive ,
Hâtez-vous , buvez promtement
Avant que la Comteffe arrive :
Cette Beauté chez vous va jouer fi beau jeu
Qu'en prétextant fievre ou migraine
Elle va d'abord mettre en feu
Buveurs , Medecins & Fontaine.
M. de Senecé.
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9
p. 1482-1494
LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
Début :
MONSIEUR, Puisque vous souhaitez que je vous donne une parfaite connoissance des Observations [...]
Mots clefs :
Sels, Terre roide, Eaux , Plantes, Terre fine, Concrétion particulière, Cristalliser, Nitre, Vitriol, Sel d'Epsom
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
LETTRE de M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maxent , sur une Méthode
facile qu'il a découverte , pour connoître
les Sels , pour juger des effets qu'ils doi
vent produire , et pour examiner ceux qui
se trouvent dans les terres , dans les eaux,
dans les plantes , dans les humeurs et
dans l'air , ce qui servira à connoître
les qualitez de ces differentes choses.
MONSIEUR ,
Puisque vous souhaitez que je vous
donne une parfaite connoissance des Ob
servations que j'ai faites sur les Sels , dans
la vûe de faciliter le moyen de découvrir
par une voye plus simple que celles dont
II Vol on
JUIN.
1483 1731.
S
on s'est servi jusqu'à present , quelles peu
vent être les qualitez des differens mixtes
qu'on veut examiner ; je le ferai volon
tiers , n'ayant rien plus à coeur que de
vous satisfaire. Ce que j'ai dit cy- devant
sur les Sels de l'air dans les Lettres que
je vous ai adressées , ( a) ayant produit
d'aussi heureux effets , et pouvant en pro
curer beaucoup d'autres , je ne crois pas
devoir négliger de vous faire connoître
l'étenduë que j'ai donnée à ma découver
te , pour faire remarquer l'utilité qu'on
en peut tirer.
Je crois d'abord pouvoir avancer qu'il
n'y a pas de moyen plus sûr que ma Mé
thode pour bien connoître tous les Sels ,
et pour les distinguer
parfaitement les
uns des autres. C'est par cette même Mé
thode qu'il est le plus facile de connoî
tre comment sont formées les plus peti
tes parties
integrantes qui
composent ces
Sels ; d'où je conclus qu'il est très - aisé
ensuite de juger des effets qu'ils doivent
naturellement produire.
Pour vous persuader , Monsieur , de
ces trois propositions , permettez - moi de
vous marquer d'abord ce que j'entends
précisement par ce qu'on appelle Sel.
(a) Voyez les Mercures de Février, Mars et
Décembre 1729. et Mars 1730,
I I. Vol.
J'en
7484 MERCURE DE FRANCE
J'entends par Sel , une concrétion parti
culiere , faite d'une terre fine , roide et
cassante , qui se dissout dans l'eau et qui
après sa dissolution reprend toûjours la
même figure lorsqu'on n'y met point
d'obstacles. Telle est, ce me semble,la ve
ritable idée qu'on peut avoir de la nature
des Sels , reconnue par de solides Obser
vations , et non simplement suposée par
la seule imagination , telles que celles
qu'on a eües jusqu'à present.
C'est ce qu'il est facile de justifier par
ma Méthode ; car qu'on prenne tel Sel
qu'on voudra , qu'on en fasse dissoudre
dans l'eau une quantité convenable , et
qu'on le fasse ensuite cristaliser sur le ver
re, ainsi que je l'enseigne , l'on verra que
chaque Sel y réprendra toûjours la figure
qui lui est specifique ; par où il sera très
aisé de le distinguer des autres. Pour pro
fiter donc de cette découverte , et pour
éviter qu'on y soit trompé , il est à pro
pos de faire cristaliser de cette maniere
chaque Sel en particulier , et d'en tirer
ensuite le papier ; car cela étant fait une
fois , c'est le moyen de les reconnoître
toûjours et de les distinguer parfaitement
les uns des autres . On aura même là
une espece de clef pour les trouver et
les connoître par tout où ils sont.
par
II. Vol. C'est
JUIN. 1731. 1485
募
C'est ce dont je donne un échantillon
dans la Planche qui accompagne mes Let
tres , où j'ai représenté les Figures des
Sels les plus connus , ainsi que je les ai
vûs et dessinez moi- même ; tels que le
Sel marin , le Nitre , le Vitriol blanc et
le vert , l'Alun , le Sel Armoniac , le Bo
rax, le Sel d'Epsom ou d'Angleterre, l'Ar¬
senic , le Sublimé et le Sucre.
Il est aisé de voir par les figures de ces
Sels , représentez dans cette Planche , que
le Sel Marin se cristalise toûjours en cubes,
qui ont moins de hauteur que de largeur,
avec cette particularité , que la plupart
de ces cubes forment sur leur hauteur un
creux à quatre facetes , lesquelles se reü
nissant , donnent souvent lieu de croire
que bien loin de former un creux , elles
s'élevent tout au contraire en pointe de
diamant , ce qui arrive ordinairement
lorsqu'on n'apporte pas assez d'attention
à les regarder avec un Microscope , l'illu
sion venant de la transparence de ces
Cristaux .
Le Nitre prend la figure de petites li
gnes droites , lesquelles se réunissant sou
* On ajugé à propos de ne faire graver qu'u
ne partie des Sels dont parle l'Auteur ; cette
partie nous paroissant suffisante pour exprimer
ses idées.
II. Vol. D vent
1486 MERCURE DE FRANCE
vent les unes aux autres , forment des li
gnes cannelées plus longues et plus gros
ses , ayant quelques inégalitez dans leur
longueur , causées par la jonction de ces
lignes. Souvent dans les intervales qui res
tent entre ces longues lignes , il en paroît
qui sont en forme de branchages, traversées
par d'autres ; et parmi ces lignes on voit
plusieurs petits Cristaux ovales, mais poin
tus par les deux bouts , même d'autres qui
sont ronds et dispersez differemment.
Le Vitriol a aussi des lignes , mais beau
coup plus irregulieres et moins unies que
celles du Nitre , puisqu'elles sont souvent
comme dentelées ; et dans les intervales
de ces lignes , il se trouve comme de
pe
tites éguilles , dont les unes sont disper
sées et d'auttes sont réunies en forme
d'étoiles ; lors qu'elles se réunissent en
plus grand nombre , elles ont la figure
de têtes de Chardons.
L'Alun se cristalise en espece de trian
gles , dont les trois angles sont pres
que toûjours coupez vers leurs extrémi
tez , ce qui forme un exagone plus ou
moins regulier. Si par hazard les Cris
taux se réunissent , ce qui arrive particu
Hierement vers les bords du verre , ils font
alors des Cristaux continus , qui ont pres
que toûjours la figure d'angles saillans
II. Vol.
JUIN. 1731. 1487
a peu près semblables à ceux des Bastions
ou des demi - Lunes.
Le Sel Armoniac se forme en lignes
plus ou moins longues ; mais dont les côtez
sont toûjours garnis d'autres moindres li
gnes qui s'y joignent à angles droits, ce qui
forme souvent des croix assez régulieres.
Le Borax donne des Cristaux fort pe
tits , de figure differente , les uns étant
plus ou moins quarrez ou triangulaires
ou paralellogrames ou pentagones ou
exagones ; mais tous avec certaine épais
seur et coupez à vives arêtes .
Le Sel d'Angleterre prend la figure de
quarrez longs , avec nombre d'espece de
rosettes , dont plusieurs sont herissez ,
approchant des têtes de Chardons.
Le Sel Polycreste a des paralellogrames
plus menus que le Sel d'Epsom , dont
plusieurs se joignant ensemble , forment
des lignes qui se tiennent les unes aux au
tres. Il y a outre cela d'autres petits Cris
taux plus quarrez , et quantité de petites
lignes ou éguilles , et des globules heris
sez en têtes de Chardons .
L'Arsenic a de petits Cristaux , dont
on ne peut voir parfaitement la figure
qu'avec un bon Microscope ; pour lors on
les voit faits en globules comme herissez de
pointes de diamans; et parmi ceux- là on en
11. Vol Dij voit
488 MERCURE DE FRANCE
voit d'autres formez en rond.Les Cristaux
du Sublimé sont en figure d'épines , dont
les éguillons sont très- pointus. Enfin le
Sucre se cristalise en agréables rosettes.
Telles sont les figures de ces differens
Sels que j'ai fait cristaliser par ma Métho
de, et que j'ai vû paroître toûjours de mê
me , à quelque petite difference près , qui
ne fait pas changer les figures dominan
tes et specifiques de ces Sels , telles que
je viens de les décrire : ce que j'ai fait à
P'égard de ceux-là , se peut également
faire à l'égard de tout autre ; car il ne
faut pas croire que tous les Sels qui sont
dans la Nature , se réduisent tous à ceux
qui sont les plus connus ; il est vrai qu'ils
se trouvent souvent dans l'air , dans la
terre et dans les differens mixtes qu'on
peut connoître ; mais il paroît assez vrai
semblable qu'il y a dans la terre une ma
tiere saline dont tous les Sels sont com
posez , laquelle se réunissant et se con
gelant differemment , suivant les petits
vuides où elle entre , soit dans la terre
même ou dans les mixtes , forme par ce
moyen autant de differens Sels que les mou
les ( pour ainsi dire ) où elle s'est conge
lée , se sont trouvez differens . L'Art même
fait souvent changer de figure aux Sels
naturels , mais il est toûjours vrai que
II. Vol.
lorsque
JUIN.
1731. 1489
lorsque cette matiere saline a été fixée , soit
par la Nature soit par l'Art , à une figure
particuliere , elle la reprend toûjours
quand on la cristalise par ma Méthode .
Il y a une autre chose qui mérite d'ê
tre connue dans ce qui regarde les Sels ,
et qu'on peut dire être le fondement de
tout ce qu'on peut juger des cffets qu'ils
peuvent produire ; sçavoir , que les plus
petites parties intégrantes dont ils sont
composez , gardent dans leur plus petit
volume , tout imperceptible qu'il est , la
même figure qui paroît sur le verre par
l'assemblage d'une infinité de ces petites
parties dont la figure du Sel criştalisé est
composée ; c'est ce qu'un Ecrivain mo
derne (a) avance comme un principe as
suré ; car après avoir dit , conformément
à ce que j'ai pensé , que ce qu'il y a de
singulier dans les Sels , c'est que de telle
maniere qu'on les divise ou qu'on les dis
solve , ils prennent toujours la même
forme dans la cristalisation , étant aussi
difficile de leur enlever leur figure que
leur nature saline , la loi qui leur donne
cet arrangement , étant invariable . Puis
passant plus loin , il ajoûte que les parties
(a) M. Senac , nouveau Cours de Chymie
suivant les principes de Nevveton et de Sthalle,
Art. dernier de la Cristalisation.
9
II. Vol.
Dij les
1490 MERCURE DE FRANCE.
les plus simples des Sels ont toûjours leur
figure semblable à celle que prennent les
Sels en se cristalisant , ce qui donne lieu
à cet Auteur de souhaiter qu'on pût
trouver un moyen de connoître quelle
est précisement la figure spécifique de
chaque Sel , afin que par ce même moyen
on pût connoître de quelles figures
sont les moindres parties qui les compo
sent ; c'est ainsi qu'il s'exprime : On pourra
peut-être , en connoissant la figure des
Cristaux ( des Sels , ) connoître laforme des
parties qui les composent.
Ce que cet Auteur espere pouvoir
quelque jour arriver , c'est , ce me semble ,
par la Méthode que j'ai proposée ; puis
que rien n'est plus aisé que de connoître
par ce moyen si simple , quelle est la
figure specifique de chaque Sel ; ainsi qu'on
en peut juger par ce que je viens de dire
des Sels dont j'ai parlé cy- dessus.
Etant donc une chose assurée que les
parties interieures et invisibles des Sels
sont de la même figure que les Cristaux
qui se voyent avec les yeux ; il s'ensuit
qu'il est après cela très- facile de connoître
quels effets ces Sels doivent produire, puis
que lescorps n'agissent les uns sur les autres
que par leur figure et leur mouvement.
Ainsi voyant que les Cristaux du Ni
II. Vol. tre
JUIN. 1731. 1491
tre sont quelques-uns formez en lignes ,
d'autres en petites ovales fort pointuës
par
les deux extrémitez , et enfin d'autres
plus petits presque ronds ; n'a-t'on pas
raison de juger que par ses parties poin
tuës , il doit être d'un gout acide et pic
quant ; par ses parties longues , il doit di
minuer le mouvement interieur des li
quides , et être un peu volatile par ses pe
tites parties rondes ? que le Sel marin , où
l'on ne voit que des Cristaux cubiques
doit avoir quelque chose de plus âcre,
raison de ses differens angles , et plus fixe
à cause de sa figure moins susceptible de
à
mouvement ?
Le Vitriol ayant quelques- uns de ses
Cristaux formez en lignes assez grosses ,
mais comme dentelées en forme de Scies,
d'autres en petites éguilles , et enfin d'au
tres en étoiles pointues et en Chardons
herissez ; ne doit- on pas juger que par
ses parties longues , il doit , aussi - bien
que le Nitre , diminuer le mouvement
des liquides ? mais être plus âcre et plus
caustique par la dentelure de ses parties ,
comme par ses étoiles pointues et ses es
peces de têtes de Chardons ? ce qui doit ,
aussi le rendre astringent , lorsque ces
parties dentelées ou herissées , venant à
se glisser entre les fibres , leur donnent
eccasion de se resserrer. Diiij l'A
1492 MERCURE DE FRANCE
L'Alun n'a presque qu'une sorte de
Cristaux composez aussi de plusieurs an
gles plus roides et plus fermes , puisqu'il
se dissout moins aisément ; c'est pourquoi
jugeant par leur figure des qualitez de ce
Sel , il est aisé de voir que piquant par
ses angles roides et fermes les fibres ou
'mammelons de la langue , il doit causer
un gout austere , et que ses particules ainsi
figureés se glissant entre ces fibres
leur donnent lieu de se bander et de se
resserrer , ce qui produit son astriction .
Le Sel Armoniac ayant ses parties lon
gues , doit aussi être rafraichissant ; mais
parce qu'elles sont traversées par d'autres
petites lignes qui les croisent , elles don
nent par - là plus de prise pour être enle
vées dans l'évaporation , ce qui par con
sequent doit le rendre volatile.
Le Borax a ses Cristaux pareillement
composez de plusieurs angles , même cou
pez à vives arêtes , ce qui le doit rendre
pénetrant et irritant ; mais parce qu'il est
plus compacte et moins facile à se dis
soudre , cela empêche qu'il ne pro
duise sur la langue des effets aussi sensi
bles que les Sels précedens ; au lieu qu'é
tant plus développé dans les visceres , il
Y fait ses principales Opérations.
Le Sel d'Epsom et le Sel Policreste ,
II. Vol. pa:
JUIN. 1731. 1493
par leurs paralellogrammes assez longs ,
font connoître qu'ils peuvent diminuer
l'agitation interieure des liquides ; mais
leur âcreté se fait voir aussi aisément par
leurs Cristaux en forme de têtes de Char
dons , ce qui les rend purgatifs , irritant
facilement les intestins par ces parties ain
si figurées , et le Sel Policreste de plus par
ses petites éguilles. Il est facile de con
noître les cruels effets de l'Arsenic et du
Sublimé , par la seule inspection de la fi
gure de leurs Cristaux. Ceux du Sucre
tout au contraire , formez en petites ro
settes , marquent assez qu'en roulant sur
les fibres de la langue , ils ne sont propres
qu'à les chatouiller agréablement.
Je ne suis entré dans ce détail touchant
les Sels les plus connus , que pour justi
fier par ces Sels la verité de ce que j'ai
avancé et de ce qu'en pense M. Sénac ; sça
voir , que connoissant quelle est la figure
specifique que prend chaque Sel dans la
cristalisation , on parvient à connoître
quels effets il doit naturellement operer.
Ilconvient maintenant de marquer com
ment on doit s'y prendre pour trouver
ces differentes figures des Sels , il n'y a qu'à
faire dissoudre dans l'eau le Sel dont on
veut connoître la figure des Cristaux, faire
la dissolution un peu forte , la filtrer en
II. Vol.
suite
Dv
1494 MERCURE DE FRANCE
suite par le papier gris , et en prendre
une très - petite portion pour la faire cris
taliser sur un petit morceau de verre for
mé en rond , comme je l'enseigne dans ma
troisiéme Lettre sur les Sels de l'air , (a)
pour faire cristaliser les Sels qui se ren
contrent dans les eaux de pluye , de rosée ,
de brouillards , & c . La cristalisation étant
faite, si l'on veut voir distinctement quelle
est la figure des Cristaux , il faut les re
garder avec un Microscope qui doit être
fait comme ceux dont je vous ai donné
autrefois la description . Il y a quelques
observations à faire pour n'être pas trom
pé dans la Cristalisation de ces Sels ; mais
je me réserve à en parler dans la Lettre qui
doit suivre celle-cy de près . Je suis , Mon
sieur , & c.
FIGURES des principaux Sels
dont il est parlé dans cette Lettre.
La 1. figure représente le Sel Marin .
La 2. le Sel du Terreau de fumier.
La 3. le Sel de l'Ozeille.
le Sel de la Salive.
La 4.
La
5.
le
Sel
du
Sang
.
La
6.
le
Sel
de
l'Urine
.
Doyen de S. Maxent , sur une Méthode
facile qu'il a découverte , pour connoître
les Sels , pour juger des effets qu'ils doi
vent produire , et pour examiner ceux qui
se trouvent dans les terres , dans les eaux,
dans les plantes , dans les humeurs et
dans l'air , ce qui servira à connoître
les qualitez de ces differentes choses.
MONSIEUR ,
Puisque vous souhaitez que je vous
donne une parfaite connoissance des Ob
servations que j'ai faites sur les Sels , dans
la vûe de faciliter le moyen de découvrir
par une voye plus simple que celles dont
II Vol on
JUIN.
1483 1731.
S
on s'est servi jusqu'à present , quelles peu
vent être les qualitez des differens mixtes
qu'on veut examiner ; je le ferai volon
tiers , n'ayant rien plus à coeur que de
vous satisfaire. Ce que j'ai dit cy- devant
sur les Sels de l'air dans les Lettres que
je vous ai adressées , ( a) ayant produit
d'aussi heureux effets , et pouvant en pro
curer beaucoup d'autres , je ne crois pas
devoir négliger de vous faire connoître
l'étenduë que j'ai donnée à ma découver
te , pour faire remarquer l'utilité qu'on
en peut tirer.
Je crois d'abord pouvoir avancer qu'il
n'y a pas de moyen plus sûr que ma Mé
thode pour bien connoître tous les Sels ,
et pour les distinguer
parfaitement les
uns des autres. C'est par cette même Mé
thode qu'il est le plus facile de connoî
tre comment sont formées les plus peti
tes parties
integrantes qui
composent ces
Sels ; d'où je conclus qu'il est très - aisé
ensuite de juger des effets qu'ils doivent
naturellement produire.
Pour vous persuader , Monsieur , de
ces trois propositions , permettez - moi de
vous marquer d'abord ce que j'entends
précisement par ce qu'on appelle Sel.
(a) Voyez les Mercures de Février, Mars et
Décembre 1729. et Mars 1730,
I I. Vol.
J'en
7484 MERCURE DE FRANCE
J'entends par Sel , une concrétion parti
culiere , faite d'une terre fine , roide et
cassante , qui se dissout dans l'eau et qui
après sa dissolution reprend toûjours la
même figure lorsqu'on n'y met point
d'obstacles. Telle est, ce me semble,la ve
ritable idée qu'on peut avoir de la nature
des Sels , reconnue par de solides Obser
vations , et non simplement suposée par
la seule imagination , telles que celles
qu'on a eües jusqu'à present.
C'est ce qu'il est facile de justifier par
ma Méthode ; car qu'on prenne tel Sel
qu'on voudra , qu'on en fasse dissoudre
dans l'eau une quantité convenable , et
qu'on le fasse ensuite cristaliser sur le ver
re, ainsi que je l'enseigne , l'on verra que
chaque Sel y réprendra toûjours la figure
qui lui est specifique ; par où il sera très
aisé de le distinguer des autres. Pour pro
fiter donc de cette découverte , et pour
éviter qu'on y soit trompé , il est à pro
pos de faire cristaliser de cette maniere
chaque Sel en particulier , et d'en tirer
ensuite le papier ; car cela étant fait une
fois , c'est le moyen de les reconnoître
toûjours et de les distinguer parfaitement
les uns des autres . On aura même là
une espece de clef pour les trouver et
les connoître par tout où ils sont.
par
II. Vol. C'est
JUIN. 1731. 1485
募
C'est ce dont je donne un échantillon
dans la Planche qui accompagne mes Let
tres , où j'ai représenté les Figures des
Sels les plus connus , ainsi que je les ai
vûs et dessinez moi- même ; tels que le
Sel marin , le Nitre , le Vitriol blanc et
le vert , l'Alun , le Sel Armoniac , le Bo
rax, le Sel d'Epsom ou d'Angleterre, l'Ar¬
senic , le Sublimé et le Sucre.
Il est aisé de voir par les figures de ces
Sels , représentez dans cette Planche , que
le Sel Marin se cristalise toûjours en cubes,
qui ont moins de hauteur que de largeur,
avec cette particularité , que la plupart
de ces cubes forment sur leur hauteur un
creux à quatre facetes , lesquelles se reü
nissant , donnent souvent lieu de croire
que bien loin de former un creux , elles
s'élevent tout au contraire en pointe de
diamant , ce qui arrive ordinairement
lorsqu'on n'apporte pas assez d'attention
à les regarder avec un Microscope , l'illu
sion venant de la transparence de ces
Cristaux .
Le Nitre prend la figure de petites li
gnes droites , lesquelles se réunissant sou
* On ajugé à propos de ne faire graver qu'u
ne partie des Sels dont parle l'Auteur ; cette
partie nous paroissant suffisante pour exprimer
ses idées.
II. Vol. D vent
1486 MERCURE DE FRANCE
vent les unes aux autres , forment des li
gnes cannelées plus longues et plus gros
ses , ayant quelques inégalitez dans leur
longueur , causées par la jonction de ces
lignes. Souvent dans les intervales qui res
tent entre ces longues lignes , il en paroît
qui sont en forme de branchages, traversées
par d'autres ; et parmi ces lignes on voit
plusieurs petits Cristaux ovales, mais poin
tus par les deux bouts , même d'autres qui
sont ronds et dispersez differemment.
Le Vitriol a aussi des lignes , mais beau
coup plus irregulieres et moins unies que
celles du Nitre , puisqu'elles sont souvent
comme dentelées ; et dans les intervales
de ces lignes , il se trouve comme de
pe
tites éguilles , dont les unes sont disper
sées et d'auttes sont réunies en forme
d'étoiles ; lors qu'elles se réunissent en
plus grand nombre , elles ont la figure
de têtes de Chardons.
L'Alun se cristalise en espece de trian
gles , dont les trois angles sont pres
que toûjours coupez vers leurs extrémi
tez , ce qui forme un exagone plus ou
moins regulier. Si par hazard les Cris
taux se réunissent , ce qui arrive particu
Hierement vers les bords du verre , ils font
alors des Cristaux continus , qui ont pres
que toûjours la figure d'angles saillans
II. Vol.
JUIN. 1731. 1487
a peu près semblables à ceux des Bastions
ou des demi - Lunes.
Le Sel Armoniac se forme en lignes
plus ou moins longues ; mais dont les côtez
sont toûjours garnis d'autres moindres li
gnes qui s'y joignent à angles droits, ce qui
forme souvent des croix assez régulieres.
Le Borax donne des Cristaux fort pe
tits , de figure differente , les uns étant
plus ou moins quarrez ou triangulaires
ou paralellogrames ou pentagones ou
exagones ; mais tous avec certaine épais
seur et coupez à vives arêtes .
Le Sel d'Angleterre prend la figure de
quarrez longs , avec nombre d'espece de
rosettes , dont plusieurs sont herissez ,
approchant des têtes de Chardons.
Le Sel Polycreste a des paralellogrames
plus menus que le Sel d'Epsom , dont
plusieurs se joignant ensemble , forment
des lignes qui se tiennent les unes aux au
tres. Il y a outre cela d'autres petits Cris
taux plus quarrez , et quantité de petites
lignes ou éguilles , et des globules heris
sez en têtes de Chardons .
L'Arsenic a de petits Cristaux , dont
on ne peut voir parfaitement la figure
qu'avec un bon Microscope ; pour lors on
les voit faits en globules comme herissez de
pointes de diamans; et parmi ceux- là on en
11. Vol Dij voit
488 MERCURE DE FRANCE
voit d'autres formez en rond.Les Cristaux
du Sublimé sont en figure d'épines , dont
les éguillons sont très- pointus. Enfin le
Sucre se cristalise en agréables rosettes.
Telles sont les figures de ces differens
Sels que j'ai fait cristaliser par ma Métho
de, et que j'ai vû paroître toûjours de mê
me , à quelque petite difference près , qui
ne fait pas changer les figures dominan
tes et specifiques de ces Sels , telles que
je viens de les décrire : ce que j'ai fait à
P'égard de ceux-là , se peut également
faire à l'égard de tout autre ; car il ne
faut pas croire que tous les Sels qui sont
dans la Nature , se réduisent tous à ceux
qui sont les plus connus ; il est vrai qu'ils
se trouvent souvent dans l'air , dans la
terre et dans les differens mixtes qu'on
peut connoître ; mais il paroît assez vrai
semblable qu'il y a dans la terre une ma
tiere saline dont tous les Sels sont com
posez , laquelle se réunissant et se con
gelant differemment , suivant les petits
vuides où elle entre , soit dans la terre
même ou dans les mixtes , forme par ce
moyen autant de differens Sels que les mou
les ( pour ainsi dire ) où elle s'est conge
lée , se sont trouvez differens . L'Art même
fait souvent changer de figure aux Sels
naturels , mais il est toûjours vrai que
II. Vol.
lorsque
JUIN.
1731. 1489
lorsque cette matiere saline a été fixée , soit
par la Nature soit par l'Art , à une figure
particuliere , elle la reprend toûjours
quand on la cristalise par ma Méthode .
Il y a une autre chose qui mérite d'ê
tre connue dans ce qui regarde les Sels ,
et qu'on peut dire être le fondement de
tout ce qu'on peut juger des cffets qu'ils
peuvent produire ; sçavoir , que les plus
petites parties intégrantes dont ils sont
composez , gardent dans leur plus petit
volume , tout imperceptible qu'il est , la
même figure qui paroît sur le verre par
l'assemblage d'une infinité de ces petites
parties dont la figure du Sel criştalisé est
composée ; c'est ce qu'un Ecrivain mo
derne (a) avance comme un principe as
suré ; car après avoir dit , conformément
à ce que j'ai pensé , que ce qu'il y a de
singulier dans les Sels , c'est que de telle
maniere qu'on les divise ou qu'on les dis
solve , ils prennent toujours la même
forme dans la cristalisation , étant aussi
difficile de leur enlever leur figure que
leur nature saline , la loi qui leur donne
cet arrangement , étant invariable . Puis
passant plus loin , il ajoûte que les parties
(a) M. Senac , nouveau Cours de Chymie
suivant les principes de Nevveton et de Sthalle,
Art. dernier de la Cristalisation.
9
II. Vol.
Dij les
1490 MERCURE DE FRANCE.
les plus simples des Sels ont toûjours leur
figure semblable à celle que prennent les
Sels en se cristalisant , ce qui donne lieu
à cet Auteur de souhaiter qu'on pût
trouver un moyen de connoître quelle
est précisement la figure spécifique de
chaque Sel , afin que par ce même moyen
on pût connoître de quelles figures
sont les moindres parties qui les compo
sent ; c'est ainsi qu'il s'exprime : On pourra
peut-être , en connoissant la figure des
Cristaux ( des Sels , ) connoître laforme des
parties qui les composent.
Ce que cet Auteur espere pouvoir
quelque jour arriver , c'est , ce me semble ,
par la Méthode que j'ai proposée ; puis
que rien n'est plus aisé que de connoître
par ce moyen si simple , quelle est la
figure specifique de chaque Sel ; ainsi qu'on
en peut juger par ce que je viens de dire
des Sels dont j'ai parlé cy- dessus.
Etant donc une chose assurée que les
parties interieures et invisibles des Sels
sont de la même figure que les Cristaux
qui se voyent avec les yeux ; il s'ensuit
qu'il est après cela très- facile de connoître
quels effets ces Sels doivent produire, puis
que lescorps n'agissent les uns sur les autres
que par leur figure et leur mouvement.
Ainsi voyant que les Cristaux du Ni
II. Vol. tre
JUIN. 1731. 1491
tre sont quelques-uns formez en lignes ,
d'autres en petites ovales fort pointuës
par
les deux extrémitez , et enfin d'autres
plus petits presque ronds ; n'a-t'on pas
raison de juger que par ses parties poin
tuës , il doit être d'un gout acide et pic
quant ; par ses parties longues , il doit di
minuer le mouvement interieur des li
quides , et être un peu volatile par ses pe
tites parties rondes ? que le Sel marin , où
l'on ne voit que des Cristaux cubiques
doit avoir quelque chose de plus âcre,
raison de ses differens angles , et plus fixe
à cause de sa figure moins susceptible de
à
mouvement ?
Le Vitriol ayant quelques- uns de ses
Cristaux formez en lignes assez grosses ,
mais comme dentelées en forme de Scies,
d'autres en petites éguilles , et enfin d'au
tres en étoiles pointues et en Chardons
herissez ; ne doit- on pas juger que par
ses parties longues , il doit , aussi - bien
que le Nitre , diminuer le mouvement
des liquides ? mais être plus âcre et plus
caustique par la dentelure de ses parties ,
comme par ses étoiles pointues et ses es
peces de têtes de Chardons ? ce qui doit ,
aussi le rendre astringent , lorsque ces
parties dentelées ou herissées , venant à
se glisser entre les fibres , leur donnent
eccasion de se resserrer. Diiij l'A
1492 MERCURE DE FRANCE
L'Alun n'a presque qu'une sorte de
Cristaux composez aussi de plusieurs an
gles plus roides et plus fermes , puisqu'il
se dissout moins aisément ; c'est pourquoi
jugeant par leur figure des qualitez de ce
Sel , il est aisé de voir que piquant par
ses angles roides et fermes les fibres ou
'mammelons de la langue , il doit causer
un gout austere , et que ses particules ainsi
figureés se glissant entre ces fibres
leur donnent lieu de se bander et de se
resserrer , ce qui produit son astriction .
Le Sel Armoniac ayant ses parties lon
gues , doit aussi être rafraichissant ; mais
parce qu'elles sont traversées par d'autres
petites lignes qui les croisent , elles don
nent par - là plus de prise pour être enle
vées dans l'évaporation , ce qui par con
sequent doit le rendre volatile.
Le Borax a ses Cristaux pareillement
composez de plusieurs angles , même cou
pez à vives arêtes , ce qui le doit rendre
pénetrant et irritant ; mais parce qu'il est
plus compacte et moins facile à se dis
soudre , cela empêche qu'il ne pro
duise sur la langue des effets aussi sensi
bles que les Sels précedens ; au lieu qu'é
tant plus développé dans les visceres , il
Y fait ses principales Opérations.
Le Sel d'Epsom et le Sel Policreste ,
II. Vol. pa:
JUIN. 1731. 1493
par leurs paralellogrammes assez longs ,
font connoître qu'ils peuvent diminuer
l'agitation interieure des liquides ; mais
leur âcreté se fait voir aussi aisément par
leurs Cristaux en forme de têtes de Char
dons , ce qui les rend purgatifs , irritant
facilement les intestins par ces parties ain
si figurées , et le Sel Policreste de plus par
ses petites éguilles. Il est facile de con
noître les cruels effets de l'Arsenic et du
Sublimé , par la seule inspection de la fi
gure de leurs Cristaux. Ceux du Sucre
tout au contraire , formez en petites ro
settes , marquent assez qu'en roulant sur
les fibres de la langue , ils ne sont propres
qu'à les chatouiller agréablement.
Je ne suis entré dans ce détail touchant
les Sels les plus connus , que pour justi
fier par ces Sels la verité de ce que j'ai
avancé et de ce qu'en pense M. Sénac ; sça
voir , que connoissant quelle est la figure
specifique que prend chaque Sel dans la
cristalisation , on parvient à connoître
quels effets il doit naturellement operer.
Ilconvient maintenant de marquer com
ment on doit s'y prendre pour trouver
ces differentes figures des Sels , il n'y a qu'à
faire dissoudre dans l'eau le Sel dont on
veut connoître la figure des Cristaux, faire
la dissolution un peu forte , la filtrer en
II. Vol.
suite
Dv
1494 MERCURE DE FRANCE
suite par le papier gris , et en prendre
une très - petite portion pour la faire cris
taliser sur un petit morceau de verre for
mé en rond , comme je l'enseigne dans ma
troisiéme Lettre sur les Sels de l'air , (a)
pour faire cristaliser les Sels qui se ren
contrent dans les eaux de pluye , de rosée ,
de brouillards , & c . La cristalisation étant
faite, si l'on veut voir distinctement quelle
est la figure des Cristaux , il faut les re
garder avec un Microscope qui doit être
fait comme ceux dont je vous ai donné
autrefois la description . Il y a quelques
observations à faire pour n'être pas trom
pé dans la Cristalisation de ces Sels ; mais
je me réserve à en parler dans la Lettre qui
doit suivre celle-cy de près . Je suis , Mon
sieur , & c.
FIGURES des principaux Sels
dont il est parlé dans cette Lettre.
La 1. figure représente le Sel Marin .
La 2. le Sel du Terreau de fumier.
La 3. le Sel de l'Ozeille.
le Sel de la Salive.
La 4.
La
5.
le
Sel
du
Sang
.
La
6.
le
Sel
de
l'Urine
.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
M. Capperon, ancien doyen de Saint-Maxent, propose une méthode pour identifier et analyser les sels présents dans divers milieux tels que les terres, les eaux, les plantes, les humeurs et l'air. Cette méthode permet de connaître les qualités des sels et de juger de leurs effets. Capperon définit un sel comme une concrétion fine, roide et cassante, qui se dissout dans l'eau et reprend sa forme après dissolution. Sa méthode consiste à dissoudre les sels dans l'eau et à les faire cristalliser sur du verre pour observer leurs formes spécifiques, permettant ainsi de les distinguer et de les identifier. Le texte décrit les formes cristallines de plusieurs sels connus, tels que le sel marin, le nitre, le vitriol, l'alun, le sel armoniac, le borax, le sel d'Epsom, l'arsenic, le sublimé et le sucre. Chaque sel présente des cristaux de formes distinctes. Par exemple, le sel marin se cristallise en cubes, le nitre en lignes droites et cannelées, et le vitriol en lignes irrégulières et dentelées. Capperon explique que la forme des cristaux permet de déduire les effets des sels. Par exemple, les cristaux pointus du nitre indiquent un goût acide et piquant, tandis que les cristaux cubiques du sel marin suggèrent une nature âcre et fixe. La méthode de Capperon permet également de comprendre les propriétés des sels en observant leurs formes cristallines et leurs interactions avec d'autres substances. Le texte mentionne également des sels spécifiques comme le sel d'Epsom et le sel policreste, identifiables par leurs cristaux en forme de têtes de chardons, qui sont purgatifs et irritent les intestins. L'arsenic et le sublimé, reconnaissables par leurs cristaux, ont des effets cruels. En revanche, les cristaux de sucre, en forme de petites rosettes, chatouillent agréablement les fibres de la langue. L'auteur justifie l'importance de connaître la figure spécifique des cristaux de chaque sel pour prédire leurs effets. Il décrit également la méthode pour observer ces cristaux : dissoudre le sel dans l'eau, filtrer la solution, et la faire cristalliser sur un morceau de verre, puis examiner les cristaux au microscope. Le texte mentionne également des observations à faire pour éviter les erreurs lors de la cristallisation, promettant d'en parler dans une lettre ultérieure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
10
p. 430-434
LETTRE de M. de Couffilts, Medecin de Barege, écrite à M. Chevillard, Fontainier du Roy, sur la Découverte d'une nouvelle Source, &c.
Début :
Pour l'intelligence de cette Lettre, il faut sçavoir que [...]
Mots clefs :
Eaux , Nouvelle source, Barèges, Bains de Barège, Guérisons extraordinaires, Minéraux, Analyse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Couffilts, Medecin de Barege, écrite à M. Chevillard, Fontainier du Roy, sur la Découverte d'une nouvelle Source, &c.
LETTRE de M. de Couffilts , Medecin
de Barege , écrite à M. Chevillard
Fontainier du Roy , sur la Découverte ´
d'une nouvelle Source , &c..
Our l'intelligence de cette Lettre , il Pourfaut sçavoir que les Eaux de Barege ,
dans les Pyrenées , dont les excellentes
qualitez et les merveilleux effets ne sont
ignorez de personne , se perdoient depuis quelque temps , et sembloient , pour
ainsi- dire , vouloir rentrer dans le sein
de la Terre. M. Dangervilliers en ayant
eû avis et sçachant combien ces Eaux sont
particulierement salutaires aux Officiers
et à tous les gens de guerre qui exposent leur vie pour le service du Roy
pria M. le Duc d'Antin , de jetter les yeux
sur quelque personne habile et entenduë
sur le fait des Eaux , capable de faire la
recherche en question et le rétablissement
parfait des Bains de Barege. Le Duc d'Antin lui envoya aussi- tôt le sieur Chevillard , Fontainier du Roy à Meudon , d'une capacité reconnue , lequel partit pour
les Pyrenées au mois de Juin dernier
et fut de retour au mois de Septembre ,
après
MARS. 17320 431
après avoir fait , non-seulement la recherche et la réunion des anciennes Eaux en
plus grande abondance qu'auparavant ,
mais encore la découverte heureuse d'une
nouvelle Source qui a déja operé des guérisons extraordinaires et presque subites.'
C'est de quoi M. Couffilts , Medecin des
Eaux de Barege , instruit le sieur Chevillard par la Lettre qu'on va lire.
Le succès de vos peines et de votre
Ouvrage en ce Pays- cy , Monsieur , st
trop grand , sur tout par la découverte
que vous avez faite de la Source Minerale qui produit tous les jours des effets
admirables , pour ne vous pas informer
des heureuses suites de vore travail . Je
vous dirai d'abord que l'Eau de la nouvelle Source a un grand gout de fer et
de souffre ; j'estime qu'elle charrie d'autres Mineraux , mais qui sont si bien liez
ensemble , qu'on ne peut guere les distinguer par le goût ni par l'odorat , les
premiers etant dominants , ce qui mérite
qu'on en fasse faire l'Analyse par quelque
habile Artiste.
A l'égard des effets , cette Eau purge
des uns par les premieres voyes , par les
urines et par les transpiration ; elle fait
vomir les autres et les soulage de même,
donnant à tous un grand appetit.
Ma
432 MERCURE DE FRANCE
Ma Lettre seroit trop longue si je vous
faisois l'énumeration de toutes les guérisons parfaites qui sont de ma connoissance ; des Malades sur tout qui avoient
des obstructions aux Visceres. Je me contenterai de vous parler sommairement de
trois personnes.
La premiere est un Prêtre Arragonois
de la Ville d'Aorle , que la réputation de
la nouvelle Source a fait venir ici. Il
souffroit depuis long-temps d'une tumeur squirreuse au foye , et avoit tenté
inutilement tous les Remedes de la Medecine Espagnole. Après neufjours d'usage de ces Eaux , pendant lesquels je
purgeai deux fois le Malade avec la Rhu
barbe et la Mane seulement , la tumeur
s'est entierement fonduë , et il s'est retiré
parfaitement guéri. J'ai reçû depuis peu
une de ses Lettres , par laquelle il me
marque qu'il jouit d'une santé parfaite
et qu'il doit sa guérison aux Eaux de cette
Source.
En second lieu , un Domestique du
Comte de Montaigu , atteint depuis
long- temps d'une maladie de langueur
qui l'avoit rendu éthique , à cause , sans
doute , des obstructions de ses Visceres ,
ayant accompagné son Maître à Barege
fur conseillé de boire aussi de cette Eau,
ce
MARS. 1132. 433
S
S
ce qu'il a pratiqué avec tant de succès ,
qu'il a été pareillement et radicalement
guéri.
>
Enfin le sieur Gertoux , Marchand et
Habitant de la Valée d'Aure , qui souffroit des Obstructions considerables au
Foye et au Pancreas se trouvant aux
Eaux de Bagneres , qu'il prenoit sans aucun succès , les quitta pour venir essayer
de cette nouvelle Source; je n'osai pas
le lui conseiller, voyant sa bile répanpar tout le corps , et craignant quelfâcheux accident ; cependant au bout
de huit jours d'usage de cette Eau, ils'apperçut comme moi , que la bile avoit
repris sa circulation naturelle , et que les
Obstructions étoient fondues par la force
des Mineraux ; en un mot, il s'est retire
en parfaite santé.
duë
que
Jay crû, Monsieur , devoir vous faire
će petit détail pour votre satisfaction particuliere et pour l'interêt du Public , qui
ne sçauroit trop tôt être informé des ef
fets merveilleux de cette nouvelle Découverte. Je suis , &c.
A Lus en Barege , le 2. Novembre 1781,
Nous invitons M. Couffilts , au nom
du Public , de travailler ou de faire travailler le plutôt qu'il lui sera possible
434 MERCURE DE FRANCE
à l'Analyse de ces Eaux , Operation dont
il reconnoît lui- même la necessité , et
que nous publierons avec plaisir , s'il veut
bien nous en faire part.
de Barege , écrite à M. Chevillard
Fontainier du Roy , sur la Découverte ´
d'une nouvelle Source , &c..
Our l'intelligence de cette Lettre , il Pourfaut sçavoir que les Eaux de Barege ,
dans les Pyrenées , dont les excellentes
qualitez et les merveilleux effets ne sont
ignorez de personne , se perdoient depuis quelque temps , et sembloient , pour
ainsi- dire , vouloir rentrer dans le sein
de la Terre. M. Dangervilliers en ayant
eû avis et sçachant combien ces Eaux sont
particulierement salutaires aux Officiers
et à tous les gens de guerre qui exposent leur vie pour le service du Roy
pria M. le Duc d'Antin , de jetter les yeux
sur quelque personne habile et entenduë
sur le fait des Eaux , capable de faire la
recherche en question et le rétablissement
parfait des Bains de Barege. Le Duc d'Antin lui envoya aussi- tôt le sieur Chevillard , Fontainier du Roy à Meudon , d'une capacité reconnue , lequel partit pour
les Pyrenées au mois de Juin dernier
et fut de retour au mois de Septembre ,
après
MARS. 17320 431
après avoir fait , non-seulement la recherche et la réunion des anciennes Eaux en
plus grande abondance qu'auparavant ,
mais encore la découverte heureuse d'une
nouvelle Source qui a déja operé des guérisons extraordinaires et presque subites.'
C'est de quoi M. Couffilts , Medecin des
Eaux de Barege , instruit le sieur Chevillard par la Lettre qu'on va lire.
Le succès de vos peines et de votre
Ouvrage en ce Pays- cy , Monsieur , st
trop grand , sur tout par la découverte
que vous avez faite de la Source Minerale qui produit tous les jours des effets
admirables , pour ne vous pas informer
des heureuses suites de vore travail . Je
vous dirai d'abord que l'Eau de la nouvelle Source a un grand gout de fer et
de souffre ; j'estime qu'elle charrie d'autres Mineraux , mais qui sont si bien liez
ensemble , qu'on ne peut guere les distinguer par le goût ni par l'odorat , les
premiers etant dominants , ce qui mérite
qu'on en fasse faire l'Analyse par quelque
habile Artiste.
A l'égard des effets , cette Eau purge
des uns par les premieres voyes , par les
urines et par les transpiration ; elle fait
vomir les autres et les soulage de même,
donnant à tous un grand appetit.
Ma
432 MERCURE DE FRANCE
Ma Lettre seroit trop longue si je vous
faisois l'énumeration de toutes les guérisons parfaites qui sont de ma connoissance ; des Malades sur tout qui avoient
des obstructions aux Visceres. Je me contenterai de vous parler sommairement de
trois personnes.
La premiere est un Prêtre Arragonois
de la Ville d'Aorle , que la réputation de
la nouvelle Source a fait venir ici. Il
souffroit depuis long-temps d'une tumeur squirreuse au foye , et avoit tenté
inutilement tous les Remedes de la Medecine Espagnole. Après neufjours d'usage de ces Eaux , pendant lesquels je
purgeai deux fois le Malade avec la Rhu
barbe et la Mane seulement , la tumeur
s'est entierement fonduë , et il s'est retiré
parfaitement guéri. J'ai reçû depuis peu
une de ses Lettres , par laquelle il me
marque qu'il jouit d'une santé parfaite
et qu'il doit sa guérison aux Eaux de cette
Source.
En second lieu , un Domestique du
Comte de Montaigu , atteint depuis
long- temps d'une maladie de langueur
qui l'avoit rendu éthique , à cause , sans
doute , des obstructions de ses Visceres ,
ayant accompagné son Maître à Barege
fur conseillé de boire aussi de cette Eau,
ce
MARS. 1132. 433
S
S
ce qu'il a pratiqué avec tant de succès ,
qu'il a été pareillement et radicalement
guéri.
>
Enfin le sieur Gertoux , Marchand et
Habitant de la Valée d'Aure , qui souffroit des Obstructions considerables au
Foye et au Pancreas se trouvant aux
Eaux de Bagneres , qu'il prenoit sans aucun succès , les quitta pour venir essayer
de cette nouvelle Source; je n'osai pas
le lui conseiller, voyant sa bile répanpar tout le corps , et craignant quelfâcheux accident ; cependant au bout
de huit jours d'usage de cette Eau, ils'apperçut comme moi , que la bile avoit
repris sa circulation naturelle , et que les
Obstructions étoient fondues par la force
des Mineraux ; en un mot, il s'est retire
en parfaite santé.
duë
que
Jay crû, Monsieur , devoir vous faire
će petit détail pour votre satisfaction particuliere et pour l'interêt du Public , qui
ne sçauroit trop tôt être informé des ef
fets merveilleux de cette nouvelle Découverte. Je suis , &c.
A Lus en Barege , le 2. Novembre 1781,
Nous invitons M. Couffilts , au nom
du Public , de travailler ou de faire travailler le plutôt qu'il lui sera possible
434 MERCURE DE FRANCE
à l'Analyse de ces Eaux , Operation dont
il reconnoît lui- même la necessité , et
que nous publierons avec plaisir , s'il veut
bien nous en faire part.
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Résumé : LETTRE de M. de Couffilts, Medecin de Barege, écrite à M. Chevillard, Fontainier du Roy, sur la Découverte d'une nouvelle Source, &c.
La lettre de M. de Couffilts, médecin des Eaux de Barege, adressée à M. Chevillard, fontainier du Roy, rapporte la découverte d'une nouvelle source à Barege. Les Eaux de Barege, réputées pour leurs vertus thérapeutiques, avaient cessé de couler, ce qui inquiétait M. Dangervilliers en raison de leurs bienfaits pour les officiers et les soldats. À la demande de M. Dangervilliers, le Duc d'Antin envoya M. Chevillard enquêter sur place. Chevillard se rendit à Barege en juin et revint en septembre, ayant non seulement restauré les anciennes sources, mais aussi découvert une nouvelle source minérale aux effets remarquables. L'eau de cette nouvelle source présente un goût prononcé de fer et de soufre et contient probablement d'autres minéraux. Elle possède des propriétés purgatives, stimule l'appétit et soulage divers maux. M. Couffilts mentionne plusieurs guérisons spectaculaires, notamment celle d'un prêtre souffrant d'une tumeur au foie, d'un domestique atteint de langueur, et d'un marchand souffrant d'obstructions au foie et au pancréas. Ces guérisons rapides et complètes attestent de l'efficacité de la nouvelle source. M. Couffilts suggère de réaliser une analyse chimique des eaux pour mieux comprendre leurs propriétés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 2599-2605
EXTRAIT du Memoire de M. Pitot, contenant la Description d'une Machine pour mesurer la vitesse des Eaux courantes, et le chemin ou le sillage des Vaisseaux; lû à la Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences, le lendemain de la S. Martin, 12. Novembre 1732.
Début :
Mr Pitot commence son Memoire par quelques Refléxions sur les ravages [...]
Mots clefs :
Vitesse, Machine, Eaux , Académie royale des sciences, Force, Courant, Navigation, Tube, Hydrauliques, Vaisseaux
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Memoire de M. Pitot, contenant la Description d'une Machine pour mesurer la vitesse des Eaux courantes, et le chemin ou le sillage des Vaisseaux; lû à la Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences, le lendemain de la S. Martin, 12. Novembre 1732.
EXTRAITdu Memoire de M.Pitot ,
contenant la Description d'une Machine
pour mesurer la vitesse des Eaux courantes , et le chemin ou le sillage des
Vaisseaux ; lû à la Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences , le
lendemain de la S. Martin , 12. Novembre 1732.
Pitot commence son Memoire
Mpar quelques Reflexions sur les ravages que causent la plupart des Fleuves et des Rivieres , par leurs changemens de lit et leurs débordemens. Que
pour construire utilement des Ouvrages
capables de prévenir ces désordres , comme des Levées , des Digues , des Jettées ,
il est important de connoître le degré
de force ou de vitesse du courant de l'eau,
de voir l'endroit du Fleuve où le courant
est le plus rapide , et de déterminer la direction du fil de l'eau. Il y a un grand
nombre d'autres occasions ( ajoûte M. Pitot ) où l'on a besoin de connoître la
1. Vala DY vitesse
2600 MERCURE DE FRANCE
vitesse des eaux des Rivieres , des Aque
ducs , des Ruisseaux , des Fontaines , soit
par la mesure de la jauge des mêmes
eaux, ce qui arrive fort souvent pour des
Projets de Canaux de Navigation , soit
pour connoître la force des eaux sur les
roues de Moulin ou de toute autre Machine muë par des courans d'eau, et connoître leurs effets ou leur produit ; soit
enfin pour déterminer l'endroit le plus
avantageux d'une Riviere pour placer ces
mêmes Machines.
M. Pitor explique ensuite la Methode
dont on s'est servi jusqu'à present pour
mesurer la vitesse des eaux courantes , et
expose les inconveniens de cette Méthode , dont les plus considerables sont de
ne pouvoir pas connoître la vitesse de
l'eau dans les endroits où il importe le
plus de la connoître , comme à l'entrée
ou à la sortie d'une Arche de Pont , &c.
La question de sçavoir si la vitesse des
caux vers le fond des Rivieres , est plus
grande ou plus petite qu'à leurs surfaces,
est curieuse et a souvent partagé les sentimens des Sçavans ; car suivant les loix
des Hydroliques , la vitesse des eaux vers
le fond doit être plus grande qu'à la surface; mais d'un autre côté les frottemens
des eaux contre le fond et les bords des
J. Vol Rivieres
DECEMBRE. 1732 2601
Rivieres , sont si considerables , que suivant les Démonstrations de M. Pitot , sans
les frottemens , la vitesse des eaux des
Fleuves seroit vingt ou trente fois plus
grande qu'elle n'est réellement. Ainsi
sans les frottemens , presque toutes les
eaux courantes seroient des Torrens affreux dont on ne tireroit aucun avan
tage.
au
Toutes ces questions également utiles
et curieuses , peuvent être éclaircies sur
le champ avec une grande facilité ,
moyen de l'Instrument proposé par M.Pitot; l'opération en est aussi simple que
celle de plonger un bâton dans l'eau et de
le retirer. Par cette Machine , ajoûte l'Académicien , on mesurera la juste quan
tité de la vitesse des eaux à telle profondeur qu'on voudra , et cela aussi aisément qu'à leur surface. On mesurera aussi
la vitesse de l'eau à l'entrée et à la sortie
des Arches de Pont , et il sera toûjours
aisé de trouver l'endroit du courant où
elle est la plus grande.
Cette Machine est très simple , M. Pitot la construit de deux façons ; la premiere consiste à un Tube de verre recourbé par un bout en entonnoir , ce Tube est log: dans une rénure faite à une
tringle de bois , taillée en prisme trianJ₂ Vola Dvj gulaire
4602 MERCURE DE FRANCE
gulaire. Les vitesses sont marquées en
pieds par seconde de temps , sur une
regle de cuivre qu'on peut arrêter le long
de la tringle ; à la seconde Machine , il
y a deux Tubes de verre , dont l'un n'est
pas recourbé et sért pour marquer le niveau de l'eau. Mais pour donner une description exacte et complette de ces Machines , il faudroit joindre ici des figures
et entrer dans des détails que nous renvoyons au Mémoire de l'Auteur.
Après la Description de la Machine et
'des moyens de s'en servir pour les eaux
coutantes , M. Pitot rapporte plusieurs
Experiences qu'il a faites sur les Ponts
de Paris , et dans plusieurs autres endroits de la Seine , où il a pris la vitesse
des eaux , tant à leurs surfaces que dans
le fond. Un des principaux résultats de
ces Experiences est qu'en general la vi--
tesse des eaux va en diminuant vers le
fond , sur tout aux endroits où elle est
le plus rapide vers la surface , il se trouve
aussi dans quelques endroits des mouvemens d'eau en tourbillon qui sont cachez¸
pour ainsi-dire , dans l'interieur des eaux,
mais que la Machine fait découvrir aisé
ment.
M. Pitot ajoûte encore à l'usage de sa
Machine , qu'on pourra faire plusieurs
LeVol. autres
་ DECEMBRE. 1732: 2603
·
autres Observations sur les eaux courant
res , utiles et curieuses , pour connoître
par exemple , la vitesse moyenne du total
des eaux d'une Riviere. Pour sçavoir si
les augmentations de vitesse sont proportionnelles aux accroissemens des eaux
ou dans quel rapport , pour voir quelle
est la relation entre les volumes d'eau es
la quantité des frottemens , &c. De-là
M. Pitot passe à la démonstration de l'effet de la Machine , il fait voir que cet
effet n'est qu'une application très-simple
du principe ou de la loi fondamentale
des Hydrauliques et du mouvement des
eaux ; application dont vrai-semblablement personne ne s'étoit encore avisé
elle est même très heureuse pour avoir
de justes déterminations. Car les vitesses
des eaux sont mesurées à cette Machine
par les élevations ou ascensions de l'eau,
et par le principe , les élevations de l'eau
sont comme les quarres des vitesses , une
vitesse double donne une hauteur quadruple ; une vitesse triple donne une hauteur neuffois plus grande ; ainsi le moindre changement de vitesse se fait connoître sur la Machine, par des differences très-sensibles. Après les Démonstrations de l'effet de la Machine , M. Pitot
donne les regles pour avoir les vitesses
1. Vol des
2604 MERCURE DE FRANCE
des eaux courantes en pieds et pouces par
seconde de temps relative aux élevations
de l'eau , et il a joint une Tablede toutes
les vitesses en pieds et pouces , correspon
dantes aux élevations de l'eau de pouces
en pouces et même de ligne en ligne.
Mais l'application la plus importante
et la plus utile que M. Pitot prétend qu'on
peut tirer de cette découverte , c'est la
connoissance et la mesure du chemin ou
du sillage des Vaisseaux ; ' il espere que
les Officiers de Marine et les Pilotes ,--les
plus obstinez à ne pas recevoir des nouveautez , seront forcez de convenir qu'on
n'a rien fait jusques à present , de plus
sûr et de plus commode pour mesurer
exactement la vitesse des Vaisseaux. Mais
il n'a point encore déterminé la meil
lure façon de placer sa Machine sur le
Vaisseau , elle ne consistera qu'en deux
petits tuyaux fixes , à l'un desquels on
verra le chemin du Vaisseau en toises par
minutes et par heures , comme l'on voit
les dégrez de chaleur à un Thermometre.
Enfin , M. Fitor finit son Memoire en
rapportant quelques Experiences qui ont
rapport au Sillage des Vaisseaux , ayant
remonté la Riviere sur un petit Bateau
à la voile par un ass z grand vent et
mesuré avec sa Machine le chemin du.
MI.Vol Batcaus
DECEMBRE. 1732. 2605
Bateau ; il assure que ces Experiences
lui ont réussi au- delà de son attente , les
mouvemens du Bateau causez par degrosses vagues , ne causent aucuns obstacles
à l'effet de la Machine , et il est convaincu qu'il n'y aura rien à craindre
non plus de la part des Roulis et du Tangage des Vaisseaux , ce qui´est extréme
ment avantageux.
contenant la Description d'une Machine
pour mesurer la vitesse des Eaux courantes , et le chemin ou le sillage des
Vaisseaux ; lû à la Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences , le
lendemain de la S. Martin , 12. Novembre 1732.
Pitot commence son Memoire
Mpar quelques Reflexions sur les ravages que causent la plupart des Fleuves et des Rivieres , par leurs changemens de lit et leurs débordemens. Que
pour construire utilement des Ouvrages
capables de prévenir ces désordres , comme des Levées , des Digues , des Jettées ,
il est important de connoître le degré
de force ou de vitesse du courant de l'eau,
de voir l'endroit du Fleuve où le courant
est le plus rapide , et de déterminer la direction du fil de l'eau. Il y a un grand
nombre d'autres occasions ( ajoûte M. Pitot ) où l'on a besoin de connoître la
1. Vala DY vitesse
2600 MERCURE DE FRANCE
vitesse des eaux des Rivieres , des Aque
ducs , des Ruisseaux , des Fontaines , soit
par la mesure de la jauge des mêmes
eaux, ce qui arrive fort souvent pour des
Projets de Canaux de Navigation , soit
pour connoître la force des eaux sur les
roues de Moulin ou de toute autre Machine muë par des courans d'eau, et connoître leurs effets ou leur produit ; soit
enfin pour déterminer l'endroit le plus
avantageux d'une Riviere pour placer ces
mêmes Machines.
M. Pitor explique ensuite la Methode
dont on s'est servi jusqu'à present pour
mesurer la vitesse des eaux courantes , et
expose les inconveniens de cette Méthode , dont les plus considerables sont de
ne pouvoir pas connoître la vitesse de
l'eau dans les endroits où il importe le
plus de la connoître , comme à l'entrée
ou à la sortie d'une Arche de Pont , &c.
La question de sçavoir si la vitesse des
caux vers le fond des Rivieres , est plus
grande ou plus petite qu'à leurs surfaces,
est curieuse et a souvent partagé les sentimens des Sçavans ; car suivant les loix
des Hydroliques , la vitesse des eaux vers
le fond doit être plus grande qu'à la surface; mais d'un autre côté les frottemens
des eaux contre le fond et les bords des
J. Vol Rivieres
DECEMBRE. 1732 2601
Rivieres , sont si considerables , que suivant les Démonstrations de M. Pitot , sans
les frottemens , la vitesse des eaux des
Fleuves seroit vingt ou trente fois plus
grande qu'elle n'est réellement. Ainsi
sans les frottemens , presque toutes les
eaux courantes seroient des Torrens affreux dont on ne tireroit aucun avan
tage.
au
Toutes ces questions également utiles
et curieuses , peuvent être éclaircies sur
le champ avec une grande facilité ,
moyen de l'Instrument proposé par M.Pitot; l'opération en est aussi simple que
celle de plonger un bâton dans l'eau et de
le retirer. Par cette Machine , ajoûte l'Académicien , on mesurera la juste quan
tité de la vitesse des eaux à telle profondeur qu'on voudra , et cela aussi aisément qu'à leur surface. On mesurera aussi
la vitesse de l'eau à l'entrée et à la sortie
des Arches de Pont , et il sera toûjours
aisé de trouver l'endroit du courant où
elle est la plus grande.
Cette Machine est très simple , M. Pitot la construit de deux façons ; la premiere consiste à un Tube de verre recourbé par un bout en entonnoir , ce Tube est log: dans une rénure faite à une
tringle de bois , taillée en prisme trianJ₂ Vola Dvj gulaire
4602 MERCURE DE FRANCE
gulaire. Les vitesses sont marquées en
pieds par seconde de temps , sur une
regle de cuivre qu'on peut arrêter le long
de la tringle ; à la seconde Machine , il
y a deux Tubes de verre , dont l'un n'est
pas recourbé et sért pour marquer le niveau de l'eau. Mais pour donner une description exacte et complette de ces Machines , il faudroit joindre ici des figures
et entrer dans des détails que nous renvoyons au Mémoire de l'Auteur.
Après la Description de la Machine et
'des moyens de s'en servir pour les eaux
coutantes , M. Pitot rapporte plusieurs
Experiences qu'il a faites sur les Ponts
de Paris , et dans plusieurs autres endroits de la Seine , où il a pris la vitesse
des eaux , tant à leurs surfaces que dans
le fond. Un des principaux résultats de
ces Experiences est qu'en general la vi--
tesse des eaux va en diminuant vers le
fond , sur tout aux endroits où elle est
le plus rapide vers la surface , il se trouve
aussi dans quelques endroits des mouvemens d'eau en tourbillon qui sont cachez¸
pour ainsi-dire , dans l'interieur des eaux,
mais que la Machine fait découvrir aisé
ment.
M. Pitot ajoûte encore à l'usage de sa
Machine , qu'on pourra faire plusieurs
LeVol. autres
་ DECEMBRE. 1732: 2603
·
autres Observations sur les eaux courant
res , utiles et curieuses , pour connoître
par exemple , la vitesse moyenne du total
des eaux d'une Riviere. Pour sçavoir si
les augmentations de vitesse sont proportionnelles aux accroissemens des eaux
ou dans quel rapport , pour voir quelle
est la relation entre les volumes d'eau es
la quantité des frottemens , &c. De-là
M. Pitot passe à la démonstration de l'effet de la Machine , il fait voir que cet
effet n'est qu'une application très-simple
du principe ou de la loi fondamentale
des Hydrauliques et du mouvement des
eaux ; application dont vrai-semblablement personne ne s'étoit encore avisé
elle est même très heureuse pour avoir
de justes déterminations. Car les vitesses
des eaux sont mesurées à cette Machine
par les élevations ou ascensions de l'eau,
et par le principe , les élevations de l'eau
sont comme les quarres des vitesses , une
vitesse double donne une hauteur quadruple ; une vitesse triple donne une hauteur neuffois plus grande ; ainsi le moindre changement de vitesse se fait connoître sur la Machine, par des differences très-sensibles. Après les Démonstrations de l'effet de la Machine , M. Pitot
donne les regles pour avoir les vitesses
1. Vol des
2604 MERCURE DE FRANCE
des eaux courantes en pieds et pouces par
seconde de temps relative aux élevations
de l'eau , et il a joint une Tablede toutes
les vitesses en pieds et pouces , correspon
dantes aux élevations de l'eau de pouces
en pouces et même de ligne en ligne.
Mais l'application la plus importante
et la plus utile que M. Pitot prétend qu'on
peut tirer de cette découverte , c'est la
connoissance et la mesure du chemin ou
du sillage des Vaisseaux ; ' il espere que
les Officiers de Marine et les Pilotes ,--les
plus obstinez à ne pas recevoir des nouveautez , seront forcez de convenir qu'on
n'a rien fait jusques à present , de plus
sûr et de plus commode pour mesurer
exactement la vitesse des Vaisseaux. Mais
il n'a point encore déterminé la meil
lure façon de placer sa Machine sur le
Vaisseau , elle ne consistera qu'en deux
petits tuyaux fixes , à l'un desquels on
verra le chemin du Vaisseau en toises par
minutes et par heures , comme l'on voit
les dégrez de chaleur à un Thermometre.
Enfin , M. Fitor finit son Memoire en
rapportant quelques Experiences qui ont
rapport au Sillage des Vaisseaux , ayant
remonté la Riviere sur un petit Bateau
à la voile par un ass z grand vent et
mesuré avec sa Machine le chemin du.
MI.Vol Batcaus
DECEMBRE. 1732. 2605
Bateau ; il assure que ces Experiences
lui ont réussi au- delà de son attente , les
mouvemens du Bateau causez par degrosses vagues , ne causent aucuns obstacles
à l'effet de la Machine , et il est convaincu qu'il n'y aura rien à craindre
non plus de la part des Roulis et du Tangage des Vaisseaux , ce qui´est extréme
ment avantageux.
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Résumé : EXTRAIT du Memoire de M. Pitot, contenant la Description d'une Machine pour mesurer la vitesse des Eaux courantes, et le chemin ou le sillage des Vaisseaux; lû à la Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences, le lendemain de la S. Martin, 12. Novembre 1732.
Le mémoire de M. Pitot, présenté à l'Académie Royale des Sciences le 12 novembre 1732, introduit une machine destinée à mesurer la vitesse des eaux courantes et le sillage des vaisseaux. Pitot met en avant les dommages causés par les fleuves et rivières en raison de leurs changements de lit et de leurs débordements, soulignant l'importance de connaître la vitesse du courant pour construire des ouvrages de prévention tels que des levées, des digues et des jetées. Pitot identifie plusieurs situations nécessitant la mesure de la vitesse des eaux, comme la jauge des eaux pour des projets de canaux, l'évaluation de la force des eaux sur les roues de moulin, ou la détermination des emplacements optimaux pour des machines hydrauliques. Il critique les méthodes existantes, notant qu'elles ne permettent pas de mesurer la vitesse dans des endroits critiques, comme à l'entrée ou à la sortie d'une arche de pont. Il aborde également la controverse sur la vitesse des eaux au fond des rivières par rapport à leur surface, en tenant compte des lois hydroliques et des frottements. La machine proposée par Pitot permet de mesurer la vitesse des eaux à différentes profondeurs et dans des endroits spécifiques, comme les arches de pont. Elle est composée de tubes de verre et de règles graduées. Pitot décrit plusieurs expériences réalisées sur la Seine, montrant que la vitesse des eaux diminue généralement vers le fond. Il mentionne également l'application de sa machine pour mesurer le sillage des vaisseaux, espérant que les officiers de marine reconnaîtront son utilité. Pitot conclut en rapportant des expériences réussies sur le sillage des bateaux, affirmant que les mouvements causés par les vagues n'affectent pas l'efficacité de la machine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 1240-1245
INONDATION de la Riviere de Loire. Extrait d'une Lettre écrite d'Orleans, le 8 Juin 1733.
Début :
La Riviere qui avoit commencé à croître la premiere Fête de la Pentecôte, se [...]
Mots clefs :
Inondation, Loire, Pont, Rivière, Levées, Maisons, Eaux , Côte
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texteReconnaissance textuelle : INONDATION de la Riviere de Loire. Extrait d'une Lettre écrite d'Orleans, le 8 Juin 1733.
INONDATION de la Riviere de
Loire. Extrait d'une Lettre écrite d'Or
leans , le 8 Juin 1733 .
La Riviere qui avoit commencé à croî
tre la premiere Fête de la Pentecôte , se
trouva tres grosse le Mercredy au soir ,
et ce qu'on appelle , en plein chantier ; ce
qui n'étonna encor personne ; cette Riviere
croissant d'ordinaire considérable-,
I. Vol.
ment
JUIN. 1733. 121
ment vers ce temps cy. C'est ce que nos
Mariniers nomment , je ne sçais - pourquoi
; La crûë des Sapins Depuis , la Riviere
augm nta de telle sorte , qu'elle se
trouva au Niveau de Lévées , se répandit
ensuite sur les Quais , entra dans la
Ville e inonda les rues basses ; mais comme
Orleans est bâti sur le penchant d'un
côteau , elle ne pût s'avancer beaucoup
de ce côté là. Il n'en fut pas de même
de l'autre côté , dans le Fauxbourg , appellé
Portereau, qui fut tout inonde étant
dans un Terrain bas , égal à celui du Val
de Loire.
Comme on ne douta point que les Lévées
ne rompissent , l'eau augmentant
toujours , et une partie des Arches du
Pont , proche des Lévées , étant bouchées;
on sonna le Tocsin dans les Paroisses du
Val , pour avertir les Habitans de se précautionner
contre l'Inondation . Les plus
prochains accoururent à laVille,avec leurs
Enfans et leurs Bestiaux . Les autres montèrent
dans les Greniers de leurs maisons .
La nuit arriva, qui augmenta de beaucoup
la terreur et la confusion où tout se trouvoit
; et ce fut dans ce temps- là que sur
les 9 à 10 heures , un petit Pont de pierre
, qui fait la communication du grand
Pont à une des Mottes , qui forment une
1. Vol. I iiij Isle
1242 MERCURE DE FRANCE
Isle au milieu , vint tout à coup à s'écrouler
et emporta une quinzaine de
personnes , entre lesquelles on compte
trois jeunes Ecoliers avec leur Précepteur,
un mari et une femme , qui laissent neuf
à dix enfans , et d'autres personnes de
differens états.
Pendant la nuit la Riviére passa par
dessus les Levées , et entra dans le Fauxbourg
, en montant vers les Capucins.
Elle rompit les Levées en trois endroits .
La rupture la plus violente fut celle qui
se fit à côté des Ursulines de S. Charles ,
où l'eau emporta les Murs du Monastére ,
renversa cinq ou six maisons de fond
en comble , en dispersa les Décombres
et se répandit comme un torrent affreux
dans le Val. Tout ce qui se trouva à l'opposite
des deux autres ruptures, éprouva
le même sort . Plus de 40 toises de Murailles
du revêtement des Mottes du Pont
furent entraînées , aussi bien que deux
Maisons qui étoient sur le grand Pont ,
dont l'une fut entierement renversée , et
l'autre tellement ébranlée qu'on la démolit
actuellement.
Ily eut encore une rupture à un quart
de lieuë en deçà des Ponts , toutes ces Eaux
se réunissant à celles du Loiret , qui se
regonflérent et inondérent bien- tôt tout
J. Vol. le
JUI N. 1733. 1243
le Val. De plus, comme la Riviere avoit
emporté un Déchargeoir , pratiqué dans
les Levées , du côté de Darnoi , à trois
lieues d'Orleans, en remontant , les Eaux
qui entrerent par cette rupture , recevant
celles qui venoient d'une rupture
plus haute à un endroit nommé Bouteilles,
ne firent plus , jointes ensemble , qu'un
Lac de tout le Val de Loire , sur lequel
Lac on ne voioit que la Cime des Arbres,
et le Toît des Maisons . Cette désolation
a duré vingt quatre heures ; pendant le
quel temps , Messieurs de Ville firent
tout ce qu'on devoit attendre de leur
zéle , envoïant par tout , malgré le danger
des Barques, pour sauver ceux que
la
ruine de leurs Maisons , où le peu de
hauteur du terrain , mettoit en danger
de périr , et faisant porter des vivres à
ceux qui avoient pû trouver quelque retraite
dans leurs Greniers. On ne dit
point qu'il soit péri personne , si ce n'est
ceux que l'accident du petit Pont de la
Motte a emportez , mais on a perdu beau
coup de Bétail . Les Eaux se sont enfin retirées
, et nous ont laissé voir un triste
Tableau de leur fureur.Des Maisons renversées
de fond en comble , leurs Décom
breş dispersez çà et là , des Murs et des
Chemins rompus , les Bleds et les Foins
1. Vol. I'v perdus
1244 MERCURE DE FRANCE
perdus , ou par les Sables que la Riviere
a jettez sur les terres , ou par la Fange
qui se durcissant au Soleil , les brûle
après les avoir abbatus ; les Vignes , dans
les endroits où les Eaux ont séjourné ,
sans esperance de récolte , et dans les courans
, emportées ; les Marais qui sont de ce
côté- là en plus grand nombre,et qui font
la richesse de tout le Fauxbourg , enticrement
ruinez. Je n'entrerai point dans
le détail de toutes les pertes que l'Inondation
peut avoir causées ; il est immense
, et plus on examine ces pertes , plus
on les trouve grandes. Voilà le triste état
où se trouve la Ville d'Orléans . Je ne
parle que de ce que nous pouvons voir
du haut de nos Murs ; j'ajouterai seulement
que le Pont de le Pont de Gergeau , à quatre
lieuës au dessus d'Orleans , a eu deux Arches
d'emportées ; comme c'est un grand
passage,principalement pour les Bestiaux,
cela incommodera beaucoup le commerce
, & c.
La Loire , selon une Lettre de Blois ,
s'est tellement débordée, qu'il n'est ici personne
qui se souvienne de l'avoir vûë
en cet état. Sans en faire un plus grand
détail , je vous dirai seulement que l'on
ne voyoit que l'Arche du milieu de notre
Pont , les eaux avoient entierement bou-
I. Vola ché
JUIN. 17337
1245
ché les autres. On ne voyoit flotter sur
la Riviere que bestiaux de toute espece et
morceaux de Charpente de la démolition
des maisons . Les Ponts Chastré et celui de
S. Michel , ont été rompus en differens
endroits. Les Garennes et les Vignes ont
été déracinées , les Prez et les Bleds sont
sans aucune esperance de récolte . Les Levées
ont été rompues en plusieurs endroits;
il s'est même trouvé des gens sur des
morceaux de Levées , tout environneg
d'eau , luttant contre la faim et contre la
crainte que la terre ne vint à leur manquer
tout-à- fait. Le pain a valu jusqu'à 20. sols
la livre pendant cette huitaine.
On dit qu'il y a eû aussi de grand ravages
à Tours , &c.
Loire. Extrait d'une Lettre écrite d'Or
leans , le 8 Juin 1733 .
La Riviere qui avoit commencé à croî
tre la premiere Fête de la Pentecôte , se
trouva tres grosse le Mercredy au soir ,
et ce qu'on appelle , en plein chantier ; ce
qui n'étonna encor personne ; cette Riviere
croissant d'ordinaire considérable-,
I. Vol.
ment
JUIN. 1733. 121
ment vers ce temps cy. C'est ce que nos
Mariniers nomment , je ne sçais - pourquoi
; La crûë des Sapins Depuis , la Riviere
augm nta de telle sorte , qu'elle se
trouva au Niveau de Lévées , se répandit
ensuite sur les Quais , entra dans la
Ville e inonda les rues basses ; mais comme
Orleans est bâti sur le penchant d'un
côteau , elle ne pût s'avancer beaucoup
de ce côté là. Il n'en fut pas de même
de l'autre côté , dans le Fauxbourg , appellé
Portereau, qui fut tout inonde étant
dans un Terrain bas , égal à celui du Val
de Loire.
Comme on ne douta point que les Lévées
ne rompissent , l'eau augmentant
toujours , et une partie des Arches du
Pont , proche des Lévées , étant bouchées;
on sonna le Tocsin dans les Paroisses du
Val , pour avertir les Habitans de se précautionner
contre l'Inondation . Les plus
prochains accoururent à laVille,avec leurs
Enfans et leurs Bestiaux . Les autres montèrent
dans les Greniers de leurs maisons .
La nuit arriva, qui augmenta de beaucoup
la terreur et la confusion où tout se trouvoit
; et ce fut dans ce temps- là que sur
les 9 à 10 heures , un petit Pont de pierre
, qui fait la communication du grand
Pont à une des Mottes , qui forment une
1. Vol. I iiij Isle
1242 MERCURE DE FRANCE
Isle au milieu , vint tout à coup à s'écrouler
et emporta une quinzaine de
personnes , entre lesquelles on compte
trois jeunes Ecoliers avec leur Précepteur,
un mari et une femme , qui laissent neuf
à dix enfans , et d'autres personnes de
differens états.
Pendant la nuit la Riviére passa par
dessus les Levées , et entra dans le Fauxbourg
, en montant vers les Capucins.
Elle rompit les Levées en trois endroits .
La rupture la plus violente fut celle qui
se fit à côté des Ursulines de S. Charles ,
où l'eau emporta les Murs du Monastére ,
renversa cinq ou six maisons de fond
en comble , en dispersa les Décombres
et se répandit comme un torrent affreux
dans le Val. Tout ce qui se trouva à l'opposite
des deux autres ruptures, éprouva
le même sort . Plus de 40 toises de Murailles
du revêtement des Mottes du Pont
furent entraînées , aussi bien que deux
Maisons qui étoient sur le grand Pont ,
dont l'une fut entierement renversée , et
l'autre tellement ébranlée qu'on la démolit
actuellement.
Ily eut encore une rupture à un quart
de lieuë en deçà des Ponts , toutes ces Eaux
se réunissant à celles du Loiret , qui se
regonflérent et inondérent bien- tôt tout
J. Vol. le
JUI N. 1733. 1243
le Val. De plus, comme la Riviere avoit
emporté un Déchargeoir , pratiqué dans
les Levées , du côté de Darnoi , à trois
lieues d'Orleans, en remontant , les Eaux
qui entrerent par cette rupture , recevant
celles qui venoient d'une rupture
plus haute à un endroit nommé Bouteilles,
ne firent plus , jointes ensemble , qu'un
Lac de tout le Val de Loire , sur lequel
Lac on ne voioit que la Cime des Arbres,
et le Toît des Maisons . Cette désolation
a duré vingt quatre heures ; pendant le
quel temps , Messieurs de Ville firent
tout ce qu'on devoit attendre de leur
zéle , envoïant par tout , malgré le danger
des Barques, pour sauver ceux que
la
ruine de leurs Maisons , où le peu de
hauteur du terrain , mettoit en danger
de périr , et faisant porter des vivres à
ceux qui avoient pû trouver quelque retraite
dans leurs Greniers. On ne dit
point qu'il soit péri personne , si ce n'est
ceux que l'accident du petit Pont de la
Motte a emportez , mais on a perdu beau
coup de Bétail . Les Eaux se sont enfin retirées
, et nous ont laissé voir un triste
Tableau de leur fureur.Des Maisons renversées
de fond en comble , leurs Décom
breş dispersez çà et là , des Murs et des
Chemins rompus , les Bleds et les Foins
1. Vol. I'v perdus
1244 MERCURE DE FRANCE
perdus , ou par les Sables que la Riviere
a jettez sur les terres , ou par la Fange
qui se durcissant au Soleil , les brûle
après les avoir abbatus ; les Vignes , dans
les endroits où les Eaux ont séjourné ,
sans esperance de récolte , et dans les courans
, emportées ; les Marais qui sont de ce
côté- là en plus grand nombre,et qui font
la richesse de tout le Fauxbourg , enticrement
ruinez. Je n'entrerai point dans
le détail de toutes les pertes que l'Inondation
peut avoir causées ; il est immense
, et plus on examine ces pertes , plus
on les trouve grandes. Voilà le triste état
où se trouve la Ville d'Orléans . Je ne
parle que de ce que nous pouvons voir
du haut de nos Murs ; j'ajouterai seulement
que le Pont de le Pont de Gergeau , à quatre
lieuës au dessus d'Orleans , a eu deux Arches
d'emportées ; comme c'est un grand
passage,principalement pour les Bestiaux,
cela incommodera beaucoup le commerce
, & c.
La Loire , selon une Lettre de Blois ,
s'est tellement débordée, qu'il n'est ici personne
qui se souvienne de l'avoir vûë
en cet état. Sans en faire un plus grand
détail , je vous dirai seulement que l'on
ne voyoit que l'Arche du milieu de notre
Pont , les eaux avoient entierement bou-
I. Vola ché
JUIN. 17337
1245
ché les autres. On ne voyoit flotter sur
la Riviere que bestiaux de toute espece et
morceaux de Charpente de la démolition
des maisons . Les Ponts Chastré et celui de
S. Michel , ont été rompus en differens
endroits. Les Garennes et les Vignes ont
été déracinées , les Prez et les Bleds sont
sans aucune esperance de récolte . Les Levées
ont été rompues en plusieurs endroits;
il s'est même trouvé des gens sur des
morceaux de Levées , tout environneg
d'eau , luttant contre la faim et contre la
crainte que la terre ne vint à leur manquer
tout-à- fait. Le pain a valu jusqu'à 20. sols
la livre pendant cette huitaine.
On dit qu'il y a eû aussi de grand ravages
à Tours , &c.
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Résumé : INONDATION de la Riviere de Loire. Extrait d'une Lettre écrite d'Orleans, le 8 Juin 1733.
Le 8 juin 1733, Orléans a été frappée par une inondation majeure de la Loire. La rivière avait commencé à monter lors de la Pentecôte et avait atteint un niveau critique le mercredi soir, submergeant les quais et les rues basses de la ville. Orléans, construite sur une colline, a été partiellement protégée, mais le faubourg de Portereau, situé dans une zone basse, a été entièrement inondé. La population, craignant la rupture des levées, s'est réfugiée dans les greniers ou a fui vers la ville. La nuit, un petit pont s'est effondré, entraînant la mort de quinze personnes. L'eau a finalement débordé, rompant les levées en plusieurs endroits et causant des destructions massives. Les murs du monastère des Ursulines et plusieurs maisons ont été renversés. Les eaux de la Loire et du Loiret se sont réunies, formant un lac sur le Val de Loire. Les autorités ont organisé des secours pour sauver les habitants et distribuer des vivres. Les dégâts matériels sont considérables, avec des maisons détruites, des cultures perdues et des marais ruinés. Le pont de Gergeau a également subi des dommages, affectant le commerce. À Blois, la Loire a également débordé, causant des ravages similaires. Le prix du pain a augmenté en raison de la crise. Des inondations importantes ont également été signalées à Tours.
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13
p. 416-417
EAUX MINERALES.
Début :
La Fontaine Minerale de S. Santin, en haute Normandie, est située à une [...]
Mots clefs :
Eaux minérales, Fontaine, Eaux , Saint-Santin
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texteReconnaissance textuelle : EAUX MINERALES.
EAUX MINERALES.
;
>
A Fontaine Minerale de S.Santin , en
haute Normandie , est située à une
petite lieuë de l'Aigle , et à pareille distance
de Rugles , autre petite Ville. Elle a
pris son nom de la Paroisse dans laquelle
elle a sa source. Le Curé de Maneval
dans son Histoire de Normandie, imprimée
en 1611.met cette Fontaine au nombre
de celles qui étoient en réputation.
de son temps , par le Minéral et la salubrité
de leurs Eaux. Il est même constant
par l'histoire , que celles - cy étoient tresconnues
plusieurs siècles avant du Moulin
, puisqu'on y voit que du temps que
nos Ducs possedoient l'Angleterre , la
Cour de Londres est venue prendre les
-Eaux minerales de S. Santin . Il est vrai
que par une fatalité assez commune aux
meil.
MARS 1734.
417
meilleures choses, ces Eaux avoient pendant
un temps assez considérable été négligées
au point , que la source n'en étoit
presque plus connuë ; mais quelques malades
ayant entendu parler des merveilleuses
propriétez de cette Fontaine ,` la
firent chercher avec soin , la découvrirent
et en firent une épreuve salutaire ; depuis
ce temps- là elle s'est remise en vogue
, mais non au point qu'elle devroit
être , vû les guérisons nombreuses qu'elle
opere. Celui qui communique ce petit
ouvrage au public , a fait usage de ces
Faux deux ans de suite ; non seulement .
il s'en est tres - bien trouvé , mais même
il a été témoin oculaire de plusieurs Cures
surprenantes. Cette Fontaine est souveraine,
sur tout contre le Flux hépatique ;
ses Eaux sont tres passantes et tres- stomacales.
Ce qui détermine depuis quel
ques années Mrs Danjou , Rongeard et
Pringault , Medecins celebres des envià
y envoyer plusieurs de leurs
Malades.
;
>
A Fontaine Minerale de S.Santin , en
haute Normandie , est située à une
petite lieuë de l'Aigle , et à pareille distance
de Rugles , autre petite Ville. Elle a
pris son nom de la Paroisse dans laquelle
elle a sa source. Le Curé de Maneval
dans son Histoire de Normandie, imprimée
en 1611.met cette Fontaine au nombre
de celles qui étoient en réputation.
de son temps , par le Minéral et la salubrité
de leurs Eaux. Il est même constant
par l'histoire , que celles - cy étoient tresconnues
plusieurs siècles avant du Moulin
, puisqu'on y voit que du temps que
nos Ducs possedoient l'Angleterre , la
Cour de Londres est venue prendre les
-Eaux minerales de S. Santin . Il est vrai
que par une fatalité assez commune aux
meil.
MARS 1734.
417
meilleures choses, ces Eaux avoient pendant
un temps assez considérable été négligées
au point , que la source n'en étoit
presque plus connuë ; mais quelques malades
ayant entendu parler des merveilleuses
propriétez de cette Fontaine ,` la
firent chercher avec soin , la découvrirent
et en firent une épreuve salutaire ; depuis
ce temps- là elle s'est remise en vogue
, mais non au point qu'elle devroit
être , vû les guérisons nombreuses qu'elle
opere. Celui qui communique ce petit
ouvrage au public , a fait usage de ces
Faux deux ans de suite ; non seulement .
il s'en est tres - bien trouvé , mais même
il a été témoin oculaire de plusieurs Cures
surprenantes. Cette Fontaine est souveraine,
sur tout contre le Flux hépatique ;
ses Eaux sont tres passantes et tres- stomacales.
Ce qui détermine depuis quel
ques années Mrs Danjou , Rongeard et
Pringault , Medecins celebres des envià
y envoyer plusieurs de leurs
Malades.
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Résumé : EAUX MINERALES.
La Fontaine Minérale de Saint-Santin, située en Haute-Normandie, est connue pour la qualité et la salubrité de ses eaux. Elle se trouve à proximité de l'Aigle et de Rugles et tire son nom de la paroisse où elle prend sa source. Le Curé de Maneval la mentionne dans son 'Histoire de Normandie' imprimée en 1611. Les eaux de Saint-Santin étaient déjà réputées plusieurs siècles auparavant, notamment à l'époque où les Ducs de Normandie possédaient l'Angleterre, la Cour de Londres s'y approvisionnant. Après une période de négligence, la fontaine a été redécouverte grâce aux témoignages de malades ayant constaté ses propriétés bénéfiques. Elle est de nouveau en vogue, bien que son usage reste limité malgré les nombreuses guérisons qu'elle permet. Les eaux de Saint-Santin sont particulièrement efficaces contre le flux hépatique et sont passantes et stomacales. Plusieurs médecins renommés, tels que Danjou, Rongeard et Pringault, y envoient leurs patients.
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14
p. 418-430
PLAINTES DE LA NAYADE, Qui préside aux Eaux minérales de la Fontaine de S. Santin, près l'Aigle en Normandie.
Début :
O Temps ! ô moeurs ! ô comble d'injustice ! [...]
Mots clefs :
Saint-Santin, Eaux minérales, Fontaine, Naïade, Soeur, Eaux , Gloire, Ingrats, Nymphe, Source, Oubli, Faveurs, Célimène, Buveurs, Maux
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texteReconnaissance textuelle : PLAINTES DE LA NAYADE, Qui préside aux Eaux minérales de la Fontaine de S. Santin, près l'Aigle en Normandie.
PLAINTES DE LA NAYAD E,
Qui préside aux Eaux minérales de la
Fontaine de S. Santin , près l'Aigle
en Normandie.
Temps moeurs ! & comble d'in-
O justice!
Arbitre Souverain de la Terre et des Cieux ,
Ne t'offenses- tu point que mes Flots préciceux ;
Des humains si long- temps éprouvent le caprice
?
Daigne sur moi jetter les yeux ;
Ou fais que ma source tarisse ,
Ou rends moi l'éclat glorieux
Qui des siécles passez m'attira tant de voeux .
Souviens -toi que Tethys autrefois te fut chere ,
Prens pitié de la fille en faveur de la Mere.
Tu sçais ce que j'ai fait pour les ingrats mortels,
Que mille et mille fois mon onde tutelaite ,
Féconde en prodiges réels ,
Les arracha des Griffes du Cerbere ;
Tant de graces , hélas ! méritoient des Autels .
Cependant , pauvre et solitaire ,
Dans mon hydeux Bassin , des Crapaux le repaire
,
Je vois croupir mes liquides trésors.
En
MARS. 1734.
419
En vain le Vitriol qui brille sur wes bords , '
Invite le Malade à venir faire usage
De ce vivifiant breuvage ,
Qui cent fois de la Parque éluda les efforts ;
L'espece humaine à sa perte obstinée ,
Malgré ces miracles divers
.:
Que chanta jadis l'Univers ,
Me laisse triste , abandonnée
Et je vois , Nymphe infortunée ,
Mes faveurs dans l'oubli , mes rivages déserts .
Lisez vos anciennes Croniques ,
Ouvrez vos Archives publiques ;
Vous y verrez, ingrats Normands ,
De mes bontez pour vous les preuves autentiques
.
Où sont , où sont ces heureux temps ,
Où sur mes bords fameux je voyois, tous les ans,
Descendre la Cour et la Ville ?
Que j'avois de plaisir à voir la longue file ,
De nos vieux et braves Gaulois ,
Se ranimer sur mes rives tranquiles !
Je les recevois aux abois ;
1
Je les renvoyois vifs , agiles ,
Reprendre l'Arc et le Pavois.
Oui , cette Nymphe qu'on méprise ,
Sur son Canal vit autrefois
Et nos Princesses , et nos Rois ;
Elle y vit nos Héros , et ceux de la Tamise .
A vj
L'His420
MERCURE DE FRANCE
L'Histoire en fait foy , qu'on la lise.
D'où vient donc cet aveuglement
Qui fait qu'aujourd'hui l'on m'oublie
François , aimez- vous moins la vic
Qu'on ne l'aimoit anciennement ?
Etes-vous plus sensez que ne l'étoient vos Peres
Sujets à moins de maux , de douleurs , de miseres
?
Plus chastes et plus sobres qu'eux ,
Vous sentez-vous plus forts , plus sains et plus
nerveux ?
Hélas ! dès la tendre jeunesse ,
Par des excès pernicieux ,
Presques inconnus à vos yeux ,
Vous accelerez la vieillesse..
Esclaves de la volupté ,
Vous prodiguez votre santé;
Et cette conduite peu sage ,
Souvent à la fleur de votre âge
Vous fait languir dans la caducité..
Ce n'est pas , après tout , qu'ennuyez de la vie ,
Vous voyez sans frayeur le Ciseau d'Atropos ;
Yous qui dans les plaisirs avez l'air de Héros ,
Votre audace est bien- tôt bannie
Par l'ombre de la maladie ;
C'est alors qu'aux soupirs on vous voit recourir
Vous ne sçavez enfin ni vivre ni mourir.
A la plus legere insomnie ,
Yous vous trouvez l'esprit aux champs ;
Profitant
MARS. 1734; 428
+
Profitant de votre manie •
On voit chez vous les Charlatans
Elever jusqu'aux Cieux leur Elixir de vie ,
Et leur Poudre de sympathie ,
Que vous payez à beaux Louis comptants.
Trop heureux mille fois si la drogue chérie ,
Dont l'Enchanteur bruyant vous vante l'energie,
Ne vous rend pas malades en effet ;
Et si ce merveilleux secret
Ne vous dépêche pas vers la sombre Patrie.
C'étoit peu des vieux Medecins ,>
Pour abreger le cours de votre vie
Il a fallu que la Chimie
Vous suscitât de plus fiers Assassins.
Volage Nation , dont l'inconstant génie ,
Veut en tout de la nouveauté ;
L'Art de conserver la santé ,
De la mode doit- il subir la tyrannie ?
Ah ! c'est cette legereté
Qui prolonge l'oubli de mon Eau Minerale ;
Malgré tous mes bienfaits j'apprens que chaque
Eré
On m'ose préferer quelqu'indigne Rivale ,
Dont le Public est bien- tôt dégouté.
Le moindre suppôt d'Hipocrate ,
En annonce dans son Terrain ;
Alors son Eloquence éclatte
Pour exalter leur pouvoir souverain.
Files
422 MERCURE DE FRANCE
Elles desopilent la rate ,
Calcinent les graviers , rafraichissent le rein ;
Il vante à tout venant leur force métallique ;
Mais , à dire le vrai , leur propre specifique ,
( Propre dont il ne parle pas. )
C'est qu'en redoublant sa pratique ,
Elles font vuider la boutique ,
Par tous les sots qui gobent cet appas.
La Nayade triste et critique ,
Se croyant alors sans témoin ,
Sans doute auroit poussé plus loin
Sa déclamation caustique ;
Car malgré l'immortalité , ´
Toute Nymphe est une femelle ,
Et quand ce sexe est irrité ,
Sa langue se fatigue - t'elle ,
Pour prolonger une querelle ?
Quelle ressource , ô Dieux ! quelle fécondité !
Rien ne peut égaler sa volubilité .
Elle alloit donc encor charger son invective ,
Lorsqu'une Dryade sans bruit ,
Ayant à ses discours eu l'oreille attentive ,
Apostrophant notre plaintive ,
Lui fit la harangue qui suit :
Habitante de ce Rivage ,
Les Dieux depuis long - temps m'ont donné pour
partage ,
Le soin de ces Chênes épais ,
Par
MAR S. 1734.
423
Par qui votre Source est au frais ,
Quand le chien de Prochris fait rage ;
Et que l'ardent Phébus altere les guerets;
Contente de cet apanage ,
Vous le sçavez , ma chere soeur ,
Avec combien d'égards , avec quelle douceur ,
J'ai ménagé votre heureux voisinage ;
Favorable à tous vos Buveurs ,
Je les comble de mes faveurs ;
Le Ciel s'obscurcit-il par d'horribles nuages ?
Ils peuvent sous mes toits sauvages ,
Affronter d'Orion les humides fureurs ;
Je ne prens point pour un outrage ,
Qu'ils s'avisent souvent de couper mes rameaux,
Et de m'arracher mon feüillage ,
Pour faire l'essai de vos Eaux.
Sensible à tout ce qui vous touche ,
Je souffre ces tourments sans en ouvrir la bouche.
Nimphe , tels sont pour vous mes tendres sentiments.
Ainsi
que notre sang , notre gloire est commune.
Quels que soient les Evenements ,
Je partage avec vous l'une et l'autre fortune .
Non , ma soeur , dans ces jours brillants ,
Où sur vos Rives secourables ,
Je voyois tant d'objets aimables ,
De Philosophes , de Vaillants ,
Former des cercles respectables ;
Je
424 MERCURE DE FRANCE
Je ne sentois pas moins que yous ,
L'enchantement
secret d'un Spectacle si doux.
Justes Dieux ! que j'étois charmée ,
Quand j'apprenois qu'à son retour
Cette belle et nombreuse Cour ,
Augmentoit de vos Eaux l'heureuse renommée ;
En publiant à haute voix ,
Son allegresse et vos Exploits.
Il est vrai que par un caprice ,
Que nous ne pouvions deviner ,
Ces ingrats eurent l'injustice
De nous tourner le dos , de nous abandonner.
Puis-je y penser , ma soeur
tendrisse ?
> sans que je m'at-
Sans que mon coeur, helas,de douleur en frémisse?
L'affreux oubli de vos faveurs ,
A duré près de cent années ;
Alors loin de blâmer vos pleurs ,
J'ai plaint vos tristes destinées ;
J'ai soupiré sur vos malheurs :
Mais puisqu'enfin le Ciel devient plus équitable.
Puisqu'il jette sur nous un regard favorable ,
En rappellant des Buveurs sur vos bords
Je ne puis approuver vos injustes transports;
Bannissons des allarmes vaines.
C'est le sort des choses humaines
De se voir plonger tour à tour
Dans la gloire et l'ignominie ;
Notre
MARS. 1734. 4: 5
Notre triste crise est finie ,
Et nos braves jours sont enfin de retour.
Daigne le juste Ciel accomplir ce présage ,
Répliqua la Nayade en poussant un soupir ;
Puisse- t'il , selon mon desir ,
Réparer le cuisant outrage
Qu'on fait depuis long-temps à ce divin breuvage!
Mais je le vois , ma chere Soeur ,
Par un frivole espoir vous vous laissez séduire ;
Notre esprit trop souvent duppe de notre coeur
Croit voir , hélas ! ce qu'il désire.
En effet , sur quoi fondez- vous
Un pronostic si flateur et si doux ?
Vingt ou trente Buveurs que je vois chaque année
M'annoncent- ils ces jours heureux ,
Où ma Source jadis de Lauriers couronnée ,
f
Se fit un nom si glorieux
En dépit de ses envieusx ?
Ce nombre peut charmer quelque Nimphe ba
tarde ,
Qu'Esculape aujourd'hui hazarde ,
Plus l'utilité de ses propres
pour
enfans ,
Que pour celle des languissants .
Mais moi , dont les Eaux merveilleuses ;
Des maux les plus pressants furent victorieuses ;
Et dont l'analise cent fois
Se fit en présence des Rois ;
Moi qui fus chere à tant de Princes ;
Moi
426 MERCURE DE FRANCE
Moi qui vis toutes nos Provinces ,
Par tant d'éloges me vanter ,
D'un si foible concours puis- je me contenter ?
Hé , quel bien après tout , ma Soeur , quel avantage
,
Me revient- il de ces Ingrats ,
Que mon régenerant breuvage ,
Ecarte tous les ans des portes du trépas ?
Quelqu'un d'eux jaloux de ma gloire ,
Fait- il en ma faveur Sonnets ou Madrigaux ?
De nouveau m'inscrit-on au Temple de Memoire,
En me préconisant aux Auteurs des Journaux ?
N'est-il pas dur que le Mercure ,
Ornant souvent d'une riche peinture
Mille Sujets qu'à coup sûr je vaux bien ,
Sur mon compte ne dise rien ?
Si ces Ecrits périodiques ,
Eussent eu cours dans ces temps véridiques
Où mon nom étoit si vanté ,
La venerable Antiquité ,
Par ses Eloges magnifiques ,
M'eût fait connoître à la Posterité.
L'Univers y liroit que vrayement minerale ,
Chaude , passante , esthomacale ,
Je sçais du Corps humain ranimer les esprits ,
Et d'un squelette usé réparer les débris.
Les Mortels y verroient que tout flux hépatique
A mon Empire est dévolu ;
Que j'exerce un droit absolu
Sur
MARS.
1734. 427
Sur toute espece de colique ,
Y comprise la néphrétique ;
Ils sçauroient enfin que mes Eaux ,
Détergant les divers canaux
Où coulent les Liqueurs nourrices de la vie ,
J'y sçais rétablir l'harmonie ,
Et fondant toute obstruction ,
Regler du sang la circulation ;
Prévenir le calcul , chasser l'Eresipelle ,
Extirper chancres , loups , caterres et gratelle ,
Qu'à mes Buveurs sans accident ,
Je donne un appétit strident ;
Que versant du sommeil les pavots favorables ,
Je connois en un mot peu
de maux incurables ;
Tous ces faits sont sans contredit ;
Chaque Eté j'en fournis des preuves éclatantes ,
Mais hélas ! je l'ai déja dit ,
De mille infirmitez mes Ondes triomphantes ,
N'en prennent pas plus de crédit.
On vient me voir , on boit , on se guérit,;
Et pas un mot dans les Gazettes
1
N'informe le Public de mes vertus secrettes.
Mes miracles se font sans bruit ;
Et pour ma gloire sont sans fruit.
Voyez ce Bassin sans murailles .
Bourbeux , exposé jour et nuit
Aux insultes de la canaille .
A tout moment quelqu'ignoble animal ,
D'un
428 MERCURE DE FRANCE
D'un pied profane et témeraire ,
S'en vient soüiller mon Sanctuaire ,
Et deshonorer mon Canal.
Ah ! c'en est trop , je quitte cette Source ,
Et dirigeant ailleurs ma course ,
Je vais chercher d'autres climats ,
Où les hommes soient moins ingrats.
Est-il bien vrai ce que je viens d'entendre ?
Répond sa Soeur , la larme aux yeux ?
Est-ce donc là le fruit du commerce si tendre
Qui depuis si long - temps nous unit en ces lieuxs
Ah ! Nimphe , devois je m'attendre
A ces insensibles adieux ?
Si votre indifference extrême
Vous porte à quitter sans regret
Une voisine qui vous aime ,
Et qui de vous servir fait son plus cher objet ;
Daignez pour l'amour de vous-même
Ne pas précipiter ce funeste projet ,
Vous cherchez un séjour où l'exacte justice
Soit la regle unique des moeurs !
Où le seul vrai mérite ait des adorateurs !
Où l'inconstance et le caprice ,
Le goût du nouveau , l'avarice ,
Ne tyranisent point les coeurs !
Détrompez- vous , ma Soeur , ces heureuses Contrées
Ne se trouvent point ici bas ;
Et ce n'est qu'au Pays des Fées
Qu'on
MAR S. 1734.
429
Qu'on ne rencontre point d'ingrats.
Ah ! ne quittez point la partie ;
Sans me piquer de prophetie ,
J'ose vous annoncer qu'un plus brillant destin
Va remettre en son jour votre gloire obscurcie
Et frayer à vos Eaux un triomphe certain.
Déja Rodentius , ce Docteur flegmatique ,
Ennemi déclaré du vin ,
Mais grave et profond Médecin ,
Roule , dit- on , sous sa calotte antique
Un éloquent Panégyrique ,
Moitié Grec et moitié Latin ,
Pour la Nimphe de saint Santin.
Son Emule , dont l'Epiglotte
Ne fut jamais celle d'un Hydropote ,
Mais qui quoique souvent abreuvé de Nectar ,
Parle sçavamment de son Art ,
Et sçait l'exercer avec gloire ,
Pringaltio préconise vos Eaux ;
Résolu de n'en jamais boire ;
Il les tient mordicus propres à bien des maux.
Danjovius enfin , que le fameux Centaure
Semble lui- même avoir instruit ;
Danjovius que le Dieu d'Epidaure
En tout temps éclaire et conduit ,
Ce Mortel consolant , toujours discret et sage ,
A votre Source rend hommage.
Par ses Arrêts justement respectez ,
Yos
430 MERCURE DE FRANCE
Vos Rivages bien - tôt seront plus fréquentez.
C'est lui qui cet Eté fit sur votre Fontaine
Briller l'aimable Célimene ....
Célimene ... ah ! ma Soeur , pour calmer mon
courroux ,
Que ce nom , dit la Nimphe , est charmant.
qu'il est doux !
N'en doutez pas , sa présence me flatte.
Sa douceur , son esprit , ses regards enchanteurs,
M'ont fait pour quelque temps oublier mes malheurs.
Mais malgré le beau feu qui dans ses yeux éclattes
Si peû sensible à mes faveurs ,
Cette Celimene est ingrate ;
Plus j'us de plaisir à la voir ,
Plus son cruel oubli croîtra mon désespoir ,
Cependant sensible à vos larmes ,
Ainsi qu'au pouvoir de ses charmes ,
Dryade , je me rends et vais garder mon cours;
Mais si cette saison prochaine
Je ne vois pas l'aimable Célimene ,
Sur mes Rives former un plus nombreux concours
>
Adieu vous dis , et pour toujours.
Qui préside aux Eaux minérales de la
Fontaine de S. Santin , près l'Aigle
en Normandie.
Temps moeurs ! & comble d'in-
O justice!
Arbitre Souverain de la Terre et des Cieux ,
Ne t'offenses- tu point que mes Flots préciceux ;
Des humains si long- temps éprouvent le caprice
?
Daigne sur moi jetter les yeux ;
Ou fais que ma source tarisse ,
Ou rends moi l'éclat glorieux
Qui des siécles passez m'attira tant de voeux .
Souviens -toi que Tethys autrefois te fut chere ,
Prens pitié de la fille en faveur de la Mere.
Tu sçais ce que j'ai fait pour les ingrats mortels,
Que mille et mille fois mon onde tutelaite ,
Féconde en prodiges réels ,
Les arracha des Griffes du Cerbere ;
Tant de graces , hélas ! méritoient des Autels .
Cependant , pauvre et solitaire ,
Dans mon hydeux Bassin , des Crapaux le repaire
,
Je vois croupir mes liquides trésors.
En
MARS. 1734.
419
En vain le Vitriol qui brille sur wes bords , '
Invite le Malade à venir faire usage
De ce vivifiant breuvage ,
Qui cent fois de la Parque éluda les efforts ;
L'espece humaine à sa perte obstinée ,
Malgré ces miracles divers
.:
Que chanta jadis l'Univers ,
Me laisse triste , abandonnée
Et je vois , Nymphe infortunée ,
Mes faveurs dans l'oubli , mes rivages déserts .
Lisez vos anciennes Croniques ,
Ouvrez vos Archives publiques ;
Vous y verrez, ingrats Normands ,
De mes bontez pour vous les preuves autentiques
.
Où sont , où sont ces heureux temps ,
Où sur mes bords fameux je voyois, tous les ans,
Descendre la Cour et la Ville ?
Que j'avois de plaisir à voir la longue file ,
De nos vieux et braves Gaulois ,
Se ranimer sur mes rives tranquiles !
Je les recevois aux abois ;
1
Je les renvoyois vifs , agiles ,
Reprendre l'Arc et le Pavois.
Oui , cette Nymphe qu'on méprise ,
Sur son Canal vit autrefois
Et nos Princesses , et nos Rois ;
Elle y vit nos Héros , et ceux de la Tamise .
A vj
L'His420
MERCURE DE FRANCE
L'Histoire en fait foy , qu'on la lise.
D'où vient donc cet aveuglement
Qui fait qu'aujourd'hui l'on m'oublie
François , aimez- vous moins la vic
Qu'on ne l'aimoit anciennement ?
Etes-vous plus sensez que ne l'étoient vos Peres
Sujets à moins de maux , de douleurs , de miseres
?
Plus chastes et plus sobres qu'eux ,
Vous sentez-vous plus forts , plus sains et plus
nerveux ?
Hélas ! dès la tendre jeunesse ,
Par des excès pernicieux ,
Presques inconnus à vos yeux ,
Vous accelerez la vieillesse..
Esclaves de la volupté ,
Vous prodiguez votre santé;
Et cette conduite peu sage ,
Souvent à la fleur de votre âge
Vous fait languir dans la caducité..
Ce n'est pas , après tout , qu'ennuyez de la vie ,
Vous voyez sans frayeur le Ciseau d'Atropos ;
Yous qui dans les plaisirs avez l'air de Héros ,
Votre audace est bien- tôt bannie
Par l'ombre de la maladie ;
C'est alors qu'aux soupirs on vous voit recourir
Vous ne sçavez enfin ni vivre ni mourir.
A la plus legere insomnie ,
Yous vous trouvez l'esprit aux champs ;
Profitant
MARS. 1734; 428
+
Profitant de votre manie •
On voit chez vous les Charlatans
Elever jusqu'aux Cieux leur Elixir de vie ,
Et leur Poudre de sympathie ,
Que vous payez à beaux Louis comptants.
Trop heureux mille fois si la drogue chérie ,
Dont l'Enchanteur bruyant vous vante l'energie,
Ne vous rend pas malades en effet ;
Et si ce merveilleux secret
Ne vous dépêche pas vers la sombre Patrie.
C'étoit peu des vieux Medecins ,>
Pour abreger le cours de votre vie
Il a fallu que la Chimie
Vous suscitât de plus fiers Assassins.
Volage Nation , dont l'inconstant génie ,
Veut en tout de la nouveauté ;
L'Art de conserver la santé ,
De la mode doit- il subir la tyrannie ?
Ah ! c'est cette legereté
Qui prolonge l'oubli de mon Eau Minerale ;
Malgré tous mes bienfaits j'apprens que chaque
Eré
On m'ose préferer quelqu'indigne Rivale ,
Dont le Public est bien- tôt dégouté.
Le moindre suppôt d'Hipocrate ,
En annonce dans son Terrain ;
Alors son Eloquence éclatte
Pour exalter leur pouvoir souverain.
Files
422 MERCURE DE FRANCE
Elles desopilent la rate ,
Calcinent les graviers , rafraichissent le rein ;
Il vante à tout venant leur force métallique ;
Mais , à dire le vrai , leur propre specifique ,
( Propre dont il ne parle pas. )
C'est qu'en redoublant sa pratique ,
Elles font vuider la boutique ,
Par tous les sots qui gobent cet appas.
La Nayade triste et critique ,
Se croyant alors sans témoin ,
Sans doute auroit poussé plus loin
Sa déclamation caustique ;
Car malgré l'immortalité , ´
Toute Nymphe est une femelle ,
Et quand ce sexe est irrité ,
Sa langue se fatigue - t'elle ,
Pour prolonger une querelle ?
Quelle ressource , ô Dieux ! quelle fécondité !
Rien ne peut égaler sa volubilité .
Elle alloit donc encor charger son invective ,
Lorsqu'une Dryade sans bruit ,
Ayant à ses discours eu l'oreille attentive ,
Apostrophant notre plaintive ,
Lui fit la harangue qui suit :
Habitante de ce Rivage ,
Les Dieux depuis long - temps m'ont donné pour
partage ,
Le soin de ces Chênes épais ,
Par
MAR S. 1734.
423
Par qui votre Source est au frais ,
Quand le chien de Prochris fait rage ;
Et que l'ardent Phébus altere les guerets;
Contente de cet apanage ,
Vous le sçavez , ma chere soeur ,
Avec combien d'égards , avec quelle douceur ,
J'ai ménagé votre heureux voisinage ;
Favorable à tous vos Buveurs ,
Je les comble de mes faveurs ;
Le Ciel s'obscurcit-il par d'horribles nuages ?
Ils peuvent sous mes toits sauvages ,
Affronter d'Orion les humides fureurs ;
Je ne prens point pour un outrage ,
Qu'ils s'avisent souvent de couper mes rameaux,
Et de m'arracher mon feüillage ,
Pour faire l'essai de vos Eaux.
Sensible à tout ce qui vous touche ,
Je souffre ces tourments sans en ouvrir la bouche.
Nimphe , tels sont pour vous mes tendres sentiments.
Ainsi
que notre sang , notre gloire est commune.
Quels que soient les Evenements ,
Je partage avec vous l'une et l'autre fortune .
Non , ma soeur , dans ces jours brillants ,
Où sur vos Rives secourables ,
Je voyois tant d'objets aimables ,
De Philosophes , de Vaillants ,
Former des cercles respectables ;
Je
424 MERCURE DE FRANCE
Je ne sentois pas moins que yous ,
L'enchantement
secret d'un Spectacle si doux.
Justes Dieux ! que j'étois charmée ,
Quand j'apprenois qu'à son retour
Cette belle et nombreuse Cour ,
Augmentoit de vos Eaux l'heureuse renommée ;
En publiant à haute voix ,
Son allegresse et vos Exploits.
Il est vrai que par un caprice ,
Que nous ne pouvions deviner ,
Ces ingrats eurent l'injustice
De nous tourner le dos , de nous abandonner.
Puis-je y penser , ma soeur
tendrisse ?
> sans que je m'at-
Sans que mon coeur, helas,de douleur en frémisse?
L'affreux oubli de vos faveurs ,
A duré près de cent années ;
Alors loin de blâmer vos pleurs ,
J'ai plaint vos tristes destinées ;
J'ai soupiré sur vos malheurs :
Mais puisqu'enfin le Ciel devient plus équitable.
Puisqu'il jette sur nous un regard favorable ,
En rappellant des Buveurs sur vos bords
Je ne puis approuver vos injustes transports;
Bannissons des allarmes vaines.
C'est le sort des choses humaines
De se voir plonger tour à tour
Dans la gloire et l'ignominie ;
Notre
MARS. 1734. 4: 5
Notre triste crise est finie ,
Et nos braves jours sont enfin de retour.
Daigne le juste Ciel accomplir ce présage ,
Répliqua la Nayade en poussant un soupir ;
Puisse- t'il , selon mon desir ,
Réparer le cuisant outrage
Qu'on fait depuis long-temps à ce divin breuvage!
Mais je le vois , ma chere Soeur ,
Par un frivole espoir vous vous laissez séduire ;
Notre esprit trop souvent duppe de notre coeur
Croit voir , hélas ! ce qu'il désire.
En effet , sur quoi fondez- vous
Un pronostic si flateur et si doux ?
Vingt ou trente Buveurs que je vois chaque année
M'annoncent- ils ces jours heureux ,
Où ma Source jadis de Lauriers couronnée ,
f
Se fit un nom si glorieux
En dépit de ses envieusx ?
Ce nombre peut charmer quelque Nimphe ba
tarde ,
Qu'Esculape aujourd'hui hazarde ,
Plus l'utilité de ses propres
pour
enfans ,
Que pour celle des languissants .
Mais moi , dont les Eaux merveilleuses ;
Des maux les plus pressants furent victorieuses ;
Et dont l'analise cent fois
Se fit en présence des Rois ;
Moi qui fus chere à tant de Princes ;
Moi
426 MERCURE DE FRANCE
Moi qui vis toutes nos Provinces ,
Par tant d'éloges me vanter ,
D'un si foible concours puis- je me contenter ?
Hé , quel bien après tout , ma Soeur , quel avantage
,
Me revient- il de ces Ingrats ,
Que mon régenerant breuvage ,
Ecarte tous les ans des portes du trépas ?
Quelqu'un d'eux jaloux de ma gloire ,
Fait- il en ma faveur Sonnets ou Madrigaux ?
De nouveau m'inscrit-on au Temple de Memoire,
En me préconisant aux Auteurs des Journaux ?
N'est-il pas dur que le Mercure ,
Ornant souvent d'une riche peinture
Mille Sujets qu'à coup sûr je vaux bien ,
Sur mon compte ne dise rien ?
Si ces Ecrits périodiques ,
Eussent eu cours dans ces temps véridiques
Où mon nom étoit si vanté ,
La venerable Antiquité ,
Par ses Eloges magnifiques ,
M'eût fait connoître à la Posterité.
L'Univers y liroit que vrayement minerale ,
Chaude , passante , esthomacale ,
Je sçais du Corps humain ranimer les esprits ,
Et d'un squelette usé réparer les débris.
Les Mortels y verroient que tout flux hépatique
A mon Empire est dévolu ;
Que j'exerce un droit absolu
Sur
MARS.
1734. 427
Sur toute espece de colique ,
Y comprise la néphrétique ;
Ils sçauroient enfin que mes Eaux ,
Détergant les divers canaux
Où coulent les Liqueurs nourrices de la vie ,
J'y sçais rétablir l'harmonie ,
Et fondant toute obstruction ,
Regler du sang la circulation ;
Prévenir le calcul , chasser l'Eresipelle ,
Extirper chancres , loups , caterres et gratelle ,
Qu'à mes Buveurs sans accident ,
Je donne un appétit strident ;
Que versant du sommeil les pavots favorables ,
Je connois en un mot peu
de maux incurables ;
Tous ces faits sont sans contredit ;
Chaque Eté j'en fournis des preuves éclatantes ,
Mais hélas ! je l'ai déja dit ,
De mille infirmitez mes Ondes triomphantes ,
N'en prennent pas plus de crédit.
On vient me voir , on boit , on se guérit,;
Et pas un mot dans les Gazettes
1
N'informe le Public de mes vertus secrettes.
Mes miracles se font sans bruit ;
Et pour ma gloire sont sans fruit.
Voyez ce Bassin sans murailles .
Bourbeux , exposé jour et nuit
Aux insultes de la canaille .
A tout moment quelqu'ignoble animal ,
D'un
428 MERCURE DE FRANCE
D'un pied profane et témeraire ,
S'en vient soüiller mon Sanctuaire ,
Et deshonorer mon Canal.
Ah ! c'en est trop , je quitte cette Source ,
Et dirigeant ailleurs ma course ,
Je vais chercher d'autres climats ,
Où les hommes soient moins ingrats.
Est-il bien vrai ce que je viens d'entendre ?
Répond sa Soeur , la larme aux yeux ?
Est-ce donc là le fruit du commerce si tendre
Qui depuis si long - temps nous unit en ces lieuxs
Ah ! Nimphe , devois je m'attendre
A ces insensibles adieux ?
Si votre indifference extrême
Vous porte à quitter sans regret
Une voisine qui vous aime ,
Et qui de vous servir fait son plus cher objet ;
Daignez pour l'amour de vous-même
Ne pas précipiter ce funeste projet ,
Vous cherchez un séjour où l'exacte justice
Soit la regle unique des moeurs !
Où le seul vrai mérite ait des adorateurs !
Où l'inconstance et le caprice ,
Le goût du nouveau , l'avarice ,
Ne tyranisent point les coeurs !
Détrompez- vous , ma Soeur , ces heureuses Contrées
Ne se trouvent point ici bas ;
Et ce n'est qu'au Pays des Fées
Qu'on
MAR S. 1734.
429
Qu'on ne rencontre point d'ingrats.
Ah ! ne quittez point la partie ;
Sans me piquer de prophetie ,
J'ose vous annoncer qu'un plus brillant destin
Va remettre en son jour votre gloire obscurcie
Et frayer à vos Eaux un triomphe certain.
Déja Rodentius , ce Docteur flegmatique ,
Ennemi déclaré du vin ,
Mais grave et profond Médecin ,
Roule , dit- on , sous sa calotte antique
Un éloquent Panégyrique ,
Moitié Grec et moitié Latin ,
Pour la Nimphe de saint Santin.
Son Emule , dont l'Epiglotte
Ne fut jamais celle d'un Hydropote ,
Mais qui quoique souvent abreuvé de Nectar ,
Parle sçavamment de son Art ,
Et sçait l'exercer avec gloire ,
Pringaltio préconise vos Eaux ;
Résolu de n'en jamais boire ;
Il les tient mordicus propres à bien des maux.
Danjovius enfin , que le fameux Centaure
Semble lui- même avoir instruit ;
Danjovius que le Dieu d'Epidaure
En tout temps éclaire et conduit ,
Ce Mortel consolant , toujours discret et sage ,
A votre Source rend hommage.
Par ses Arrêts justement respectez ,
Yos
430 MERCURE DE FRANCE
Vos Rivages bien - tôt seront plus fréquentez.
C'est lui qui cet Eté fit sur votre Fontaine
Briller l'aimable Célimene ....
Célimene ... ah ! ma Soeur , pour calmer mon
courroux ,
Que ce nom , dit la Nimphe , est charmant.
qu'il est doux !
N'en doutez pas , sa présence me flatte.
Sa douceur , son esprit , ses regards enchanteurs,
M'ont fait pour quelque temps oublier mes malheurs.
Mais malgré le beau feu qui dans ses yeux éclattes
Si peû sensible à mes faveurs ,
Cette Celimene est ingrate ;
Plus j'us de plaisir à la voir ,
Plus son cruel oubli croîtra mon désespoir ,
Cependant sensible à vos larmes ,
Ainsi qu'au pouvoir de ses charmes ,
Dryade , je me rends et vais garder mon cours;
Mais si cette saison prochaine
Je ne vois pas l'aimable Célimene ,
Sur mes Rives former un plus nombreux concours
>
Adieu vous dis , et pour toujours.
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Résumé : PLAINTES DE LA NAYADE, Qui préside aux Eaux minérales de la Fontaine de S. Santin, près l'Aigle en Normandie.
Le texte relate la plainte d'une Nayade, esprit des eaux, associée à la fontaine de Saint-Santin près de l'Aigle en Normandie. Elle déplore l'oubli dans lequel elle est tombée et regrette les temps anciens où ses eaux, reconnues pour leurs vertus thérapeutiques, étaient célèbres et fréquentées par la cour et la ville. La Nayade exprime son amertume face à la négligence actuelle, attribuée à de nouvelles modes et à des charlatans. Une Dryade, voisine de la Nayade, tente de la réconforter en rappelant les moments de gloire passés et en annonçant un retour prochain de la faveur grâce à des médecins influents qui préconisent à nouveau ses eaux. La Nayade, sceptique, évoque la présence de Célimène, une figure charmante mais ingrate. La Dryade insiste sur le caractère cyclique de la fortune et prédit un avenir meilleur pour la fontaine. Par ailleurs, un personnage, probablement une divinité ou une entité mythologique, exprime sa reddition et son intention de continuer à surveiller son domaine. Il pose une condition : si Célimène n'apparaît pas la saison suivante, il cessera de rassembler une foule sur ses rives. Le personnage conclut en disant adieu de manière définitive.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 744-747
RÉPONSE de M. le Gendre de Saint Aubin, à l'objection concernant le Flux et Reflux de la Mer, insérée dans le Mercure de Mars dernier.
Début :
Le Systême Cartésien sur le Flux et Reflux de la Mer, victorieux si souvent des objections, [...]
Mots clefs :
Flux et reflux, Lune, Équateur, Mer, Pression, Terre, Eaux , Globe, Soleil, Hypothèse, Système cartésien, Copernic
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. le Gendre de Saint Aubin, à l'objection concernant le Flux et Reflux de la Mer, insérée dans le Mercure de Mars dernier.
REPONSE de M. le Gendre de Saint
Aubin , à l'objection concernant le
Flux et Reflux de la Mer , insérée dans
le Mercure de Mars dernier.
par un
E Systême Cartésien sur le Flux et Reflux
I de la Mer,victorieux si souvent des objec
tions , a été attaqué dans le Mercure ,
raisonnement très solide en soi , mais qui ne
donne aucune atteinte à la véritable explication
de ce Phénomene. Le parfait accord des variations
du Flux et du Reflux avec le cours de la
Lune , se remarque également aux trois mouve
mens de la Mer , diurne , menstruel et annuel.
L'Auteur de la nouvelle objection convient de la
justesse des deux prémiers rapports , en ce que le
Flux retarde tous les jours d'environ 48. minutes,
comme le passage de la Lune par le même Méridien
, et en ce que la pression des eaux de la Mer
par le Globe Lunaire étant plus forte lorsque la
Lune est dans une ligne droite avec le Soleil dans
les conjonctions , et oppositions , les Marées sont
alors plus hautes ; mais la difficulté tombe sur le
moll
AVRIL 1734 745
mouvement annuel de la Mer , suivant lequel on
observe que ses eaux sont beaucoup plus gonflées
dans les conjonctions et oppositions des équinoxes
, que dans celles des Solstices. L'Auteur de
l'objection , après avoir remarqué que la Lune
étant dans un tropique , elle n'en décrit pas moins
un grand cercle de la Sphere , qui a pour centre
celui du Globe Terrestre puisqu'il faut que
la Lune presse en 24. heures les eaux qui sont
sous les deux Tropiques opposez , pour que
le Flux ne retarde pas plus sur nos Côtes , lorsque
la Lune est dans le Solstice le plus éloigné , que
quand elle est dans le Solstice le plus proche ; et
que tous les grands cercles d'une Sphere sont égaux
entre eux ; il en conclut que le Systême est insuffisant
pour expliquer le mouvement annuel
de la Mer.
La solution n'est pas fort difficile. Premierement
l'égalité de tous les grands cercles d'une
Sphere n'est d'aucune consideration dans l'espece
dont il s'agit , l'augmentation du Flux dans
les équinoxes , étant causée par une pression plus
perpendiculaire , au lieu que dans les Solstices la
pression est fort indirecte et ne fait que glisser
sur les eaux.
1. Secondement les Astronômes regardent la Ter
re , non comme un Globe exactement rond , où
tous les cercles sont égaux . mais comme un ellipsoïde
allongé vers les poles , ou comme un
Spheroïde rehaussé sur l'Equateur .
Suivant la premiere opinion , le Soleil et la
Lune se réncontrant en même-temps dans une
ligne presque directe sur l'Equateur , et étant per
pendiculaires au plan des deux axes de l'éllipse ,
la pression de la Lune porte bien plus à plomb
sur les eaux de la Mer , que quand le rayon de la
Fiij Lune
746 MERCURE DE FRANCE
Lune fait un angle fort aigu avec ce même plan.
Suivant la seconde opinion que la Terre est
un Sphéroïde rehaussé sur l'Equateur , il est clair
que ce cercle surpassant de beaucoup tous les autres
par sa convexité , presse davantage la matiere
étherée dans les équinoxes , parce qu'il est
opposé plus directement au Soleil et à la Lune.
On remarque encore de la difference entre les
Marées des deux Solstices ; et celles du Solstice
d'hyver étant un peu plus fortes , nous font connoître
que le périhelie de la Terre a aussi quelque
part à une plus grande pression des eaux de laMer;
ce qui revient à l'ancien sentiment de Pline , que le
Soleil est en partie cause du Flux et du Reflux .
Je vais me servir de l'occasion de cette Dissertation
Astronomique pour proposer une hypothese
du mouvement de la Terre , differente de
celle de Copernic . Elle consiste à mettre les pôles
de l'Equateur dans une situation droite à la place
de ceux de l'écliptique , ensorte que le cercle variable
du jour comprenue alternativement cha
que pole dans l'hémisphere éclairé ; au lieu que
dans l'hypothèse de Copernic , le cercle du jour
étant immobile , les poles de l'Equateur passent
alternativement dans l'hémisphere qui voit le Soleil.
La révolution diurne de la Terre décrit un
parallele , de même que le Soleil dans le Systême
de Tycho , et on n'a pas besoin d'un mouvement
de plus du Globe Terrestre d'Orient en Occident
, introduit par Copernic ( Révolut. lib. 1 .
e. 11. ) pour expliquer le parallelisme de l'axe
de la Terre , par l'exemple de l'Aiguille d'une
Boussole qui ne tourne point dans le temps que
sa boëte tourne. La seule inclinaison de l'écliptique
sur l'Equateur suffit pour causer ladiversité
des saisons et l'inégalité des jours .
La Terre garde son parallelisme, par un axe toû
jour
AVRIL. 1734. 747
jours droit, en parcourant la route oblique du Zodiaque
sans s'écarter ; l'Equateur du Globe Terrestre
s'éleve et s'abaisse par rapport à un cercle
fixe dans le Ciel, de tout l'espace compris entre cet
Equateur et un des Tropiques ; et chaque pole de
l'Equateur coupe alternativement l'axe du Zodiaque
, pendant les solstices.
La Lune , suivant cette hypothese , étant dans
un Solstice , les deux tropiques ne passent
pas , à la verité , en 24. heures au--ddessous de la
Lune , comme on les y fait passer dans l'hypothese
de Copernic , pour rendre raison de ce que
le Flux arrive toujours à la même heure vers nos
Côtes , mais il y est suppléé par le contrecoup
de la pression de la Lune qui étant assez forte
pour contraindre le Globe de la Terre de reculer
de quelque espace ( ce qu'il faut absolument admettre,
indépendainment de cette hypothese ,
pour expliquer comment il arrive un flux et un
reflux de douze en douze heures ) cette pression
de la Lune agit en même-temps sur les deux
paralleles opposez. J'attends sur cette nouvelle
hypothese , plus simple que celle de Copernic ,
la décision des grands Astronomes .
Aubin , à l'objection concernant le
Flux et Reflux de la Mer , insérée dans
le Mercure de Mars dernier.
par un
E Systême Cartésien sur le Flux et Reflux
I de la Mer,victorieux si souvent des objec
tions , a été attaqué dans le Mercure ,
raisonnement très solide en soi , mais qui ne
donne aucune atteinte à la véritable explication
de ce Phénomene. Le parfait accord des variations
du Flux et du Reflux avec le cours de la
Lune , se remarque également aux trois mouve
mens de la Mer , diurne , menstruel et annuel.
L'Auteur de la nouvelle objection convient de la
justesse des deux prémiers rapports , en ce que le
Flux retarde tous les jours d'environ 48. minutes,
comme le passage de la Lune par le même Méridien
, et en ce que la pression des eaux de la Mer
par le Globe Lunaire étant plus forte lorsque la
Lune est dans une ligne droite avec le Soleil dans
les conjonctions , et oppositions , les Marées sont
alors plus hautes ; mais la difficulté tombe sur le
moll
AVRIL 1734 745
mouvement annuel de la Mer , suivant lequel on
observe que ses eaux sont beaucoup plus gonflées
dans les conjonctions et oppositions des équinoxes
, que dans celles des Solstices. L'Auteur de
l'objection , après avoir remarqué que la Lune
étant dans un tropique , elle n'en décrit pas moins
un grand cercle de la Sphere , qui a pour centre
celui du Globe Terrestre puisqu'il faut que
la Lune presse en 24. heures les eaux qui sont
sous les deux Tropiques opposez , pour que
le Flux ne retarde pas plus sur nos Côtes , lorsque
la Lune est dans le Solstice le plus éloigné , que
quand elle est dans le Solstice le plus proche ; et
que tous les grands cercles d'une Sphere sont égaux
entre eux ; il en conclut que le Systême est insuffisant
pour expliquer le mouvement annuel
de la Mer.
La solution n'est pas fort difficile. Premierement
l'égalité de tous les grands cercles d'une
Sphere n'est d'aucune consideration dans l'espece
dont il s'agit , l'augmentation du Flux dans
les équinoxes , étant causée par une pression plus
perpendiculaire , au lieu que dans les Solstices la
pression est fort indirecte et ne fait que glisser
sur les eaux.
1. Secondement les Astronômes regardent la Ter
re , non comme un Globe exactement rond , où
tous les cercles sont égaux . mais comme un ellipsoïde
allongé vers les poles , ou comme un
Spheroïde rehaussé sur l'Equateur .
Suivant la premiere opinion , le Soleil et la
Lune se réncontrant en même-temps dans une
ligne presque directe sur l'Equateur , et étant per
pendiculaires au plan des deux axes de l'éllipse ,
la pression de la Lune porte bien plus à plomb
sur les eaux de la Mer , que quand le rayon de la
Fiij Lune
746 MERCURE DE FRANCE
Lune fait un angle fort aigu avec ce même plan.
Suivant la seconde opinion que la Terre est
un Sphéroïde rehaussé sur l'Equateur , il est clair
que ce cercle surpassant de beaucoup tous les autres
par sa convexité , presse davantage la matiere
étherée dans les équinoxes , parce qu'il est
opposé plus directement au Soleil et à la Lune.
On remarque encore de la difference entre les
Marées des deux Solstices ; et celles du Solstice
d'hyver étant un peu plus fortes , nous font connoître
que le périhelie de la Terre a aussi quelque
part à une plus grande pression des eaux de laMer;
ce qui revient à l'ancien sentiment de Pline , que le
Soleil est en partie cause du Flux et du Reflux .
Je vais me servir de l'occasion de cette Dissertation
Astronomique pour proposer une hypothese
du mouvement de la Terre , differente de
celle de Copernic . Elle consiste à mettre les pôles
de l'Equateur dans une situation droite à la place
de ceux de l'écliptique , ensorte que le cercle variable
du jour comprenue alternativement cha
que pole dans l'hémisphere éclairé ; au lieu que
dans l'hypothèse de Copernic , le cercle du jour
étant immobile , les poles de l'Equateur passent
alternativement dans l'hémisphere qui voit le Soleil.
La révolution diurne de la Terre décrit un
parallele , de même que le Soleil dans le Systême
de Tycho , et on n'a pas besoin d'un mouvement
de plus du Globe Terrestre d'Orient en Occident
, introduit par Copernic ( Révolut. lib. 1 .
e. 11. ) pour expliquer le parallelisme de l'axe
de la Terre , par l'exemple de l'Aiguille d'une
Boussole qui ne tourne point dans le temps que
sa boëte tourne. La seule inclinaison de l'écliptique
sur l'Equateur suffit pour causer ladiversité
des saisons et l'inégalité des jours .
La Terre garde son parallelisme, par un axe toû
jour
AVRIL. 1734. 747
jours droit, en parcourant la route oblique du Zodiaque
sans s'écarter ; l'Equateur du Globe Terrestre
s'éleve et s'abaisse par rapport à un cercle
fixe dans le Ciel, de tout l'espace compris entre cet
Equateur et un des Tropiques ; et chaque pole de
l'Equateur coupe alternativement l'axe du Zodiaque
, pendant les solstices.
La Lune , suivant cette hypothese , étant dans
un Solstice , les deux tropiques ne passent
pas , à la verité , en 24. heures au--ddessous de la
Lune , comme on les y fait passer dans l'hypothese
de Copernic , pour rendre raison de ce que
le Flux arrive toujours à la même heure vers nos
Côtes , mais il y est suppléé par le contrecoup
de la pression de la Lune qui étant assez forte
pour contraindre le Globe de la Terre de reculer
de quelque espace ( ce qu'il faut absolument admettre,
indépendainment de cette hypothese ,
pour expliquer comment il arrive un flux et un
reflux de douze en douze heures ) cette pression
de la Lune agit en même-temps sur les deux
paralleles opposez. J'attends sur cette nouvelle
hypothese , plus simple que celle de Copernic ,
la décision des grands Astronomes .
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Résumé : RÉPONSE de M. le Gendre de Saint Aubin, à l'objection concernant le Flux et Reflux de la Mer, insérée dans le Mercure de Mars dernier.
Le texte présente une réponse de M. le Gendre de Saint-Aubin à une objection concernant le flux et le reflux de la mer, publiée dans le Mercure de Mars précédent. L'auteur défend le système cartésien, qui explique les variations du flux et du reflux en accord avec le cours de la Lune. Les mouvements diurne, mensuel et annuel de la mer sont mentionnés, avec un accent sur la difficulté d'expliquer le mouvement annuel. L'objection soulève le fait que la Lune, même lorsqu'elle est dans un tropique, décrit un grand cercle de la sphère terrestre, ce qui devrait affecter le flux de manière uniforme. L'auteur explique que l'augmentation du flux aux équinoxes est due à une pression plus perpendiculaire, contrairement aux solstices où la pression est plus indirecte. Deux hypothèses sont proposées pour expliquer cette différence : la Terre pourrait être un ellipsoïde allongé vers les pôles ou un sphéroïde rehaussé sur l'équateur. Dans les deux cas, la pression lunaire est plus efficace aux équinoxes. Le texte mentionne également une différence entre les marées des deux solstices, celles d'hiver étant plus fortes en raison du périhélie de la Terre. Enfin, l'auteur propose une nouvelle hypothèse sur le mouvement de la Terre, différente de celle de Copernic. Cette hypothèse suggère que les pôles de l'équateur sont droits par rapport à ceux de l'écliptique, et que la Terre garde son parallelisme en parcourant la route oblique du Zodiaque. La Lune, suivant cette hypothèse, exerce une pression suffisante pour contraindre la Terre à reculer, expliquant ainsi le flux et le reflux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 73-82
EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Début :
La séance fut ouverte par la lecture des éloges de M. de Chazerat, premier [...]
Mots clefs :
Société littéraire de Clermont, Société littéraire, Pierres, Eaux , Pont, Clermont-Ferrand, Auvergne
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
EXTRAIT
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
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Résumé : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Le 24 août 1754, la Société Littéraire de Clermont en Auvergne a organisé une assemblée publique au cours de laquelle plusieurs ouvrages ont été présentés. La séance a débuté par la lecture des éloges de M. de Chazerat, président de la Cour des Aides, et de M. Roffignol, ancien Intendant d'Auvergne, tous deux associés honoraires de l'Académie. Ces éloges étaient les premiers à être lus depuis la création de la Société. Les deux hommes avaient joué un rôle crucial dans la revitalisation des lettres et des arts en Auvergne et avaient obtenu la permission pour les membres de la Société de se réunir régulièrement. M. Dijon a ensuite présenté un mémoire sur l'ancienneté et les dimensions du pont de vieille Brioude, situé sur la rivière d'Allier. Il a contesté l'attribution de la construction de ce pont aux Romains en comparant ses caractéristiques architecturales avec celles des édifices romains connus. M. Dijon a également produit un document de 1434 prouvant que le pont avait été construit par les habitants de vieille Brioude. Il a décrit les dimensions et les matériaux utilisés, notant que l'arche du pont est la plus grande du Royaume, formant un segment de cercle avec une corde de 172 pieds de longueur et une flèche de 66 pieds. M. de Saint-Victor a lu un mémoire sur la vie et les œuvres de Jean Savaron, président-lieutenant général au siège présidial de Clermont. Savaron, né en 1566, avait été élevé par Cujas et avait occupé diverses charges avant de devenir président du présidial de Clermont sous Henri IV. Le mémoire soulignait sa députation aux États de 1614, ses échanges avec les savants de son époque, et sa contribution à la donation du Duché d'Auvergne par Marguerite de Valois. Savaron est décédé en 1622. Enfin, M. Ozy a présenté un prospectus pour une histoire naturelle de l'Auvergne, qu'il prévoyait de publier. Il a divisé son étude en trois parties : le règne animal, le règne végétal et le règne minéral. Pour le règne animal, il a mentionné les animaux domestiques et sauvages, en se concentrant sur les espèces rares. Pour le règne végétal, il a prévu de décrire les arbres, arbustes et autres plantes de la région. Pour le règne minéral, il a prévu d'étudier les métaux, les pierres précieuses, les eaux minérales et les phénomènes géologiques comme les volcans et les cavernes. M. Ozy a également lu une dissertation sur le ver lion, détaillant ses observations et ses métamorphoses. La séance s'est conclue par la lecture des extraits des ouvrages lus lors des assemblées particulières de l'année et des observations sur divers phénomènes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 159-167
Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
Début :
MONSIEUR, de retour depuis quelque tems dans ma patrie, j'ai saisi [...]
Mots clefs :
Pétrifications, Curiosité, Pierre, Eaux , Rivière
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
HISTOIRE NATURELLE.
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de *** fur les pétrifications d'Albert
en Picardie.
M
ONSIEUR , de retour depuis quel
que tems dans ma patrie , j'ai faifi
le premier moment de loifir pour fatisfaire
ma curiofité fur un des plus finguliers jeux
de la nature . Les pétrifications que l'on a
découvertes depuis peu dans la petite ville
d'Albert font ici trop de bruit pour ne
pas avoir excité l'avidité d'un homme
pour qui l'étude de la Phyfique aura toujours
mille attraits : c'eft cet efprit de re
cherche qui me conduifit au commence
ment du Carême dernier dans cette ville.
Avant que de defcendre dans le fouterrein
où font les pétrifications , je mefurai
* Ces remarques font deM. l'Abbé de la Cailler
160 MERCURE DE FRANCE.
par le moyen du puits , la profondeur de
la carriere , & , déduction faite de la diftance
de l'eau au niveau du terrein où elles
fe trouvent , je comptai trente-fix pieds &
plus. Je crus d'abord que je pouvois m'être
trompé , parce qu'avant mon voyage d'Albert
j'avois vu dans l'almanach d'Amiens
, que cette carriere de pétrification
étoit à vingt pieds de profondeur ; mais je
recommençai mon opération en préfence
de plufieurs témoins , & ils furent obligés
de reconnoître avec moi l'erreur de l'almanach.
Quand je ne donne même que tremte
- fix pieds à cette carriere , je ne parle
que
de la hauteur du terrein de la cour ,
dans laquelle eft l'ouverture du puits ; car
la partie de la pétrification qui s'étend
fous le jardin , peut avoir quarante-huit à
cinquante pieds.
Affuré de mon opération , je defcendis
dans la cave du propriétaire ; elle peut
avoir environ dix - huit à vingt pieds de
profondeur , & ne préfente rien qui foit
digne d'attention . De cette cave je parvins,
par un escalier commode , dans le corps
de la carriere ; j'y fus d'abord furpris de
l'abondance , de la variété & de la beauté
de ce phénomene terreftre. Je remarquai
dans un espace de cent quinze pieds de
* Article d'Albert.
JUI N. 1755. 161
long , & d'environ cinq à fix pieds de Iarge
, une voûte de pétrifications , composée
d'un nombre infini de rofeaux , d'argenti
*e * , de mouffe & de plufieurs herbes ma
récageufes. Un tronc d'arbre , d'où fortent
plufieurs branches qui s'élevent dans un
grouppe de rofeaux pétrifiés , attira furtout
mes regards , par la groffeur des bran
ches , qui peuvent avoir environ quinze
pouces de circonférence ; on peut juger de
la hauteur , & par conféquent de la beauté
de ce morceau. Il feroit à fouhaiter
que
quelqu'un voulût faire la dépenfe néceſſaire
pour le féparer des rofeaux & autres
herbes qui l'enfeveliffent.
Afin de pouvoir plus facilement décou
vrir la caufe de ce jeu de la nature , j'ai
confideré avec foin les différentes efpéces
de terre que la tranchée laiffe voir. J'en
remarquai d'abord une blanche & légere ,
dans laquelle fe trouve les rofeaux & les
herbes qui forment le fond de la pétrifica
tion ; plus bas je découvris une autre ter
re plus brune & plus forte , dans laquelle
je trouvai quelques morceaux de rofeaux
caffés & pétrifiés : ces rofeaux font plus
lourds , plus ferrés & plus bruns que ceux
de la pétrification fupérieure. Deffous
certe terre brune je trouvai une eſpèce de
*Merbe aquatique .
162 MERCURE DE FRANCE.
fable , tantôt gris , tantôt brun. Quelques
morceaux de rofeau que j'ai tirés de ces
deux fortes de fable font encore plus pefans
& plus denfes que ceux dont je viens
de vous parler ; j'en ai même découvert
qui reffemblent au grès & au marbre.
Enfin deffous ces efpéces différentes de
terre j'apperçus un banc de glaife , qui
peut avoir fept à huit pouces d'épaiffeur ,
& même dans quelques endroits davantage.
Cette glaife eft d'un brun très - noir
& contient une efpéce d'huile très- graffe :
elle reffemble parfaitement à cette terre
d'Angleterre dont on fe fert pour dégraiffer
les étoffes on pourroit auffi la mettre
en ufage pour nettoyer les métaux & les
polir ; ceux que j'ai frottés avec cette glai
fe font devenus très clairs.
;
C'eft dans cet intervalle qui eft entre
les rofeaux & cette glaife , qu'on trouve
certains coquillages dont j'ai ramaſſé de
trois efpéces les plus curieux font ceux
qui s'élevent en pyramides . On découvre
auffi plufieurs de ces coquillages entre les
branches de rofeaux pétrifiés. Je regarde
cette glaife dont je viens de parler comme
la matrice de la pétrification ; c'est elle
qui a arrêté & amaffé les eaux qui ont dé->
aché les principes les plus déliés des diffé
rentes terres fous lefquelles ces rofeaux &
JUIN. 1755. 163
ces herbes fe font trouvés enfevelis , & qui
les ont portés & fixés dans les pores de ces
mêmes rofeaux.
J'ai cherché en vain de la fougere dans
cette carriere immenfe. Malgré l'obſervation
annoncée dans l'almanach d'Amiens ,
je n'ai rien trouvé qui parût approcher de
cette plante , dont l'épaiffeur , la longueur
& la bordure des feuilles feroient cependant
fort aifées à diftinguer ; je crois même
qu'il n'y en a jamais eu dans ce fouterrein :
en voici la raifon . La fougere ne vient
que dans les endroits fecs & fablonneux :
or avant le remuement des terres qui a
dû néceffairement fe faire dans l'endroit
où eft actuellement Albert , le terrein où
eft la pétrification n'étoit qu'un marais peu
élevé au-deffus de la riviere ; c'étoit dans
ce marais que regnoit le foffé dont les rofeaux
& les herbes pétrifiés forment le phé
noméne qui occupe aujourdhui les Phyfi
ciens. Il n'est donc pas probable qu'une
plante qui ne fe nourrit que de fable ait
pû pouffer dans la fange & dans l'eau dont
ce foffé étoit fans doute arrofé : peut-être
que ces premiers obfervateurs ont pris Par
gentine pour de la fougere pétrifiée.
Je m'apperçois que j'entre infenfiblement
dans l'origine & dans la caufe de ces
pétrifications. Je connois trop toute la dif
164 MERCURE DE FRANCE.
ficulté d'une pareille entreprife , pour ne
pas fouhaiter de pouvoir me difpenfer
d'entamer cette difcuffion . Il eſt bien plus
aifé de rapporter ce qu'on a vû que de
retracer le chemin que l'Auteur de la nature
a fuivi dans fes productions extraordinaires
: auffije vous prie , Monfieur , de regarder
ce que je vais ajouter , comme l'opi
nion qui m'a paru la plus fimple & la plus
conforme à la vue du local : je fouhaiterois
même que ce que je vous ai rapporté de ce
prodige naturel , ainfi que les conjectures
avec lefquelles je finirai cette lettre , puiffent
affez piquer votre curiofité
pour vous
engager à faire le voyage d'Albert ; vous
y trouverez des objets dignes de votre attention
, & je jouirai du doux plaifir de
vous faire les honneurs de ma parrie..
J'aurois été affez tenté d'abord de reculer
l'origine de ces pétrifications jufqu'au tems
du déluge , & de l'attribuer à cette immenſe
révolution que fes eaux dûrent produire
fur la furface de notre globe , fi quelques
obfervations ne m'avoient déterminé à ne
placer l'époque de cette merveille qu'au
tems où les premiers Seigneurs d'Albert firent
bâtir le fort & la ville : alors il fallut
applanir la colline fur la pente de laquelle
la ville eft placée ; c'eft ce qu'on ne put
faire qu'en comblant une partie du marais
JUIN. 1755 165
qui fe trouvoit deffous , avec les terres
qu'on coupa un peu au- deffus de la naiffance
de la colline : il eft aifé de s'en
appercevoir
par la petite riviere ( appellée
Ancre ) qui arrofe aujourd'hui les environs
de la ville . Cette riviere couloit autrefois
le long d'une partie de la montagne
fur un plan à peu près également ineliné
, tandis qu'elle fe trouve à préfent
obligée , en quittant la ville , de defcendre
dans le marais voifin par une * caſcade de
près de foixante pieds . Lorfqu'on a voulu
bâtir Albert , on a donc été forcé de changer
le lit, de cette riviere jufqu'à l'endroit
de la cafcade , & de lui en tracer un beaucoup
fupérieur pour la commodité de la
2
nouvelle habitation.
Avant ce tems la carriere de pétrification
n'étoit qu'un foflé creufé dans cette
partie de la prairie , préfentement comblée
, & qui alloit fe joindre au premier
fit de la riviere ; c'eft ce que confirme la
figne que décrit la carriere . Semblable à
cés petits ravins que les eaux forment dans
les terres , où à ces foffés qu'on creufe dans
les prés pour les arrofer , elle s'étend en
ferpentant du midi au nord . Il paroît donc
évident que c'eft au bouleversement du
Cette cafcade naturelle eft une des plus belles
qu'on puiffe voir.
166 MERCURE DE FRANCE:
terrein & aux nouvelles eaux qui ont coulé
à travers ces terres , qu'on doit attribuer
la caufe de la pétrification des rofeaux &
des autres herbes qui fe font trouvés couverts
par ces terres. Les eaux , en filtrant
dans les terres nouvellement remuées , en
ont détaché une infinité de petits corpufcules
de pierre qui ſe ſont inférés & coagulés
dans les différentes matières dont
nous venons de parler ; ce qui , en confervant
la forme extérieure , a fait autant de
pierres qu'il s'eft trouvé de rofeaux &
d'herbes propres à recevoir ces principes
pétrifians.
C'eſt ainfi que Peau de la fontaine d'Arcueil
dépofe fur fon propre lit les principes
de pierre qu'elle a détachés dans la
montagne d'où elle tire fon origine , &
qu'elle roule avec elle : ce dépôt eft fi confidérable
qu'on eft de tems en tems obligé
de nettoyer les canaux qui la conduisent
depuis Arcueil jufqu'à Paris;la croûte qu'on
en tire n'eft autre chofe que l'amas des
petits corpufcules de pierre qu'elle dépoſe,
& dont la coagulation forme une pierre
véritable .
Si les eaux d'Arcueil fe pétrifient pour
ainfi dire elles-mêmes , pourquoi celles
qui roulent de femblables principes de
pierre ne pourroient-elles pas les dépofer
JUIN . 1755
167
dans les pores ouverts des roféaux & d'autres
plantes , & en former de véritables
pierres 2
Pour découvrir fi le principe pétrifiant
n'a été que paffager , ou s'il réfide encore
dans ce fouterrein , j'ai confeillé au propriétaire
d'enterrer plufieurs petits chiens
& chats dans la terre qui fe trouve audeffus
de la glaife : on pourra auffi y mettre
des rofeaux non pétrifiés , qu'il faudra
vifiter de tems en tems.
Cette découverte véritablement digne
de la curiofité des Phyficiens , eſt ſituée
dans le milieu du fauxbourg de la ville , du
côté de la porte qui conduit à Amiens.
Je ne fçaurois trop me louer de la complaifance
de M. de Calogne qui en eft le propriétaire
; c'eſt en fouillant dans fa cave
pour en tirer de la pierre , qu'il a trouvé
ce tréfor caché...
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Amiens , ce 8 Avril 1755;
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de *** fur les pétrifications d'Albert
en Picardie.
M
ONSIEUR , de retour depuis quel
que tems dans ma patrie , j'ai faifi
le premier moment de loifir pour fatisfaire
ma curiofité fur un des plus finguliers jeux
de la nature . Les pétrifications que l'on a
découvertes depuis peu dans la petite ville
d'Albert font ici trop de bruit pour ne
pas avoir excité l'avidité d'un homme
pour qui l'étude de la Phyfique aura toujours
mille attraits : c'eft cet efprit de re
cherche qui me conduifit au commence
ment du Carême dernier dans cette ville.
Avant que de defcendre dans le fouterrein
où font les pétrifications , je mefurai
* Ces remarques font deM. l'Abbé de la Cailler
160 MERCURE DE FRANCE.
par le moyen du puits , la profondeur de
la carriere , & , déduction faite de la diftance
de l'eau au niveau du terrein où elles
fe trouvent , je comptai trente-fix pieds &
plus. Je crus d'abord que je pouvois m'être
trompé , parce qu'avant mon voyage d'Albert
j'avois vu dans l'almanach d'Amiens
, que cette carriere de pétrification
étoit à vingt pieds de profondeur ; mais je
recommençai mon opération en préfence
de plufieurs témoins , & ils furent obligés
de reconnoître avec moi l'erreur de l'almanach.
Quand je ne donne même que tremte
- fix pieds à cette carriere , je ne parle
que
de la hauteur du terrein de la cour ,
dans laquelle eft l'ouverture du puits ; car
la partie de la pétrification qui s'étend
fous le jardin , peut avoir quarante-huit à
cinquante pieds.
Affuré de mon opération , je defcendis
dans la cave du propriétaire ; elle peut
avoir environ dix - huit à vingt pieds de
profondeur , & ne préfente rien qui foit
digne d'attention . De cette cave je parvins,
par un escalier commode , dans le corps
de la carriere ; j'y fus d'abord furpris de
l'abondance , de la variété & de la beauté
de ce phénomene terreftre. Je remarquai
dans un espace de cent quinze pieds de
* Article d'Albert.
JUI N. 1755. 161
long , & d'environ cinq à fix pieds de Iarge
, une voûte de pétrifications , composée
d'un nombre infini de rofeaux , d'argenti
*e * , de mouffe & de plufieurs herbes ma
récageufes. Un tronc d'arbre , d'où fortent
plufieurs branches qui s'élevent dans un
grouppe de rofeaux pétrifiés , attira furtout
mes regards , par la groffeur des bran
ches , qui peuvent avoir environ quinze
pouces de circonférence ; on peut juger de
la hauteur , & par conféquent de la beauté
de ce morceau. Il feroit à fouhaiter
que
quelqu'un voulût faire la dépenfe néceſſaire
pour le féparer des rofeaux & autres
herbes qui l'enfeveliffent.
Afin de pouvoir plus facilement décou
vrir la caufe de ce jeu de la nature , j'ai
confideré avec foin les différentes efpéces
de terre que la tranchée laiffe voir. J'en
remarquai d'abord une blanche & légere ,
dans laquelle fe trouve les rofeaux & les
herbes qui forment le fond de la pétrifica
tion ; plus bas je découvris une autre ter
re plus brune & plus forte , dans laquelle
je trouvai quelques morceaux de rofeaux
caffés & pétrifiés : ces rofeaux font plus
lourds , plus ferrés & plus bruns que ceux
de la pétrification fupérieure. Deffous
certe terre brune je trouvai une eſpèce de
*Merbe aquatique .
162 MERCURE DE FRANCE.
fable , tantôt gris , tantôt brun. Quelques
morceaux de rofeau que j'ai tirés de ces
deux fortes de fable font encore plus pefans
& plus denfes que ceux dont je viens
de vous parler ; j'en ai même découvert
qui reffemblent au grès & au marbre.
Enfin deffous ces efpéces différentes de
terre j'apperçus un banc de glaife , qui
peut avoir fept à huit pouces d'épaiffeur ,
& même dans quelques endroits davantage.
Cette glaife eft d'un brun très - noir
& contient une efpéce d'huile très- graffe :
elle reffemble parfaitement à cette terre
d'Angleterre dont on fe fert pour dégraiffer
les étoffes on pourroit auffi la mettre
en ufage pour nettoyer les métaux & les
polir ; ceux que j'ai frottés avec cette glai
fe font devenus très clairs.
;
C'eft dans cet intervalle qui eft entre
les rofeaux & cette glaife , qu'on trouve
certains coquillages dont j'ai ramaſſé de
trois efpéces les plus curieux font ceux
qui s'élevent en pyramides . On découvre
auffi plufieurs de ces coquillages entre les
branches de rofeaux pétrifiés. Je regarde
cette glaife dont je viens de parler comme
la matrice de la pétrification ; c'est elle
qui a arrêté & amaffé les eaux qui ont dé->
aché les principes les plus déliés des diffé
rentes terres fous lefquelles ces rofeaux &
JUIN. 1755. 163
ces herbes fe font trouvés enfevelis , & qui
les ont portés & fixés dans les pores de ces
mêmes rofeaux.
J'ai cherché en vain de la fougere dans
cette carriere immenfe. Malgré l'obſervation
annoncée dans l'almanach d'Amiens ,
je n'ai rien trouvé qui parût approcher de
cette plante , dont l'épaiffeur , la longueur
& la bordure des feuilles feroient cependant
fort aifées à diftinguer ; je crois même
qu'il n'y en a jamais eu dans ce fouterrein :
en voici la raifon . La fougere ne vient
que dans les endroits fecs & fablonneux :
or avant le remuement des terres qui a
dû néceffairement fe faire dans l'endroit
où eft actuellement Albert , le terrein où
eft la pétrification n'étoit qu'un marais peu
élevé au-deffus de la riviere ; c'étoit dans
ce marais que regnoit le foffé dont les rofeaux
& les herbes pétrifiés forment le phé
noméne qui occupe aujourdhui les Phyfi
ciens. Il n'est donc pas probable qu'une
plante qui ne fe nourrit que de fable ait
pû pouffer dans la fange & dans l'eau dont
ce foffé étoit fans doute arrofé : peut-être
que ces premiers obfervateurs ont pris Par
gentine pour de la fougere pétrifiée.
Je m'apperçois que j'entre infenfiblement
dans l'origine & dans la caufe de ces
pétrifications. Je connois trop toute la dif
164 MERCURE DE FRANCE.
ficulté d'une pareille entreprife , pour ne
pas fouhaiter de pouvoir me difpenfer
d'entamer cette difcuffion . Il eſt bien plus
aifé de rapporter ce qu'on a vû que de
retracer le chemin que l'Auteur de la nature
a fuivi dans fes productions extraordinaires
: auffije vous prie , Monfieur , de regarder
ce que je vais ajouter , comme l'opi
nion qui m'a paru la plus fimple & la plus
conforme à la vue du local : je fouhaiterois
même que ce que je vous ai rapporté de ce
prodige naturel , ainfi que les conjectures
avec lefquelles je finirai cette lettre , puiffent
affez piquer votre curiofité
pour vous
engager à faire le voyage d'Albert ; vous
y trouverez des objets dignes de votre attention
, & je jouirai du doux plaifir de
vous faire les honneurs de ma parrie..
J'aurois été affez tenté d'abord de reculer
l'origine de ces pétrifications jufqu'au tems
du déluge , & de l'attribuer à cette immenſe
révolution que fes eaux dûrent produire
fur la furface de notre globe , fi quelques
obfervations ne m'avoient déterminé à ne
placer l'époque de cette merveille qu'au
tems où les premiers Seigneurs d'Albert firent
bâtir le fort & la ville : alors il fallut
applanir la colline fur la pente de laquelle
la ville eft placée ; c'eft ce qu'on ne put
faire qu'en comblant une partie du marais
JUIN. 1755 165
qui fe trouvoit deffous , avec les terres
qu'on coupa un peu au- deffus de la naiffance
de la colline : il eft aifé de s'en
appercevoir
par la petite riviere ( appellée
Ancre ) qui arrofe aujourd'hui les environs
de la ville . Cette riviere couloit autrefois
le long d'une partie de la montagne
fur un plan à peu près également ineliné
, tandis qu'elle fe trouve à préfent
obligée , en quittant la ville , de defcendre
dans le marais voifin par une * caſcade de
près de foixante pieds . Lorfqu'on a voulu
bâtir Albert , on a donc été forcé de changer
le lit, de cette riviere jufqu'à l'endroit
de la cafcade , & de lui en tracer un beaucoup
fupérieur pour la commodité de la
2
nouvelle habitation.
Avant ce tems la carriere de pétrification
n'étoit qu'un foflé creufé dans cette
partie de la prairie , préfentement comblée
, & qui alloit fe joindre au premier
fit de la riviere ; c'eft ce que confirme la
figne que décrit la carriere . Semblable à
cés petits ravins que les eaux forment dans
les terres , où à ces foffés qu'on creufe dans
les prés pour les arrofer , elle s'étend en
ferpentant du midi au nord . Il paroît donc
évident que c'eft au bouleversement du
Cette cafcade naturelle eft une des plus belles
qu'on puiffe voir.
166 MERCURE DE FRANCE:
terrein & aux nouvelles eaux qui ont coulé
à travers ces terres , qu'on doit attribuer
la caufe de la pétrification des rofeaux &
des autres herbes qui fe font trouvés couverts
par ces terres. Les eaux , en filtrant
dans les terres nouvellement remuées , en
ont détaché une infinité de petits corpufcules
de pierre qui ſe ſont inférés & coagulés
dans les différentes matières dont
nous venons de parler ; ce qui , en confervant
la forme extérieure , a fait autant de
pierres qu'il s'eft trouvé de rofeaux &
d'herbes propres à recevoir ces principes
pétrifians.
C'eſt ainfi que Peau de la fontaine d'Arcueil
dépofe fur fon propre lit les principes
de pierre qu'elle a détachés dans la
montagne d'où elle tire fon origine , &
qu'elle roule avec elle : ce dépôt eft fi confidérable
qu'on eft de tems en tems obligé
de nettoyer les canaux qui la conduisent
depuis Arcueil jufqu'à Paris;la croûte qu'on
en tire n'eft autre chofe que l'amas des
petits corpufcules de pierre qu'elle dépoſe,
& dont la coagulation forme une pierre
véritable .
Si les eaux d'Arcueil fe pétrifient pour
ainfi dire elles-mêmes , pourquoi celles
qui roulent de femblables principes de
pierre ne pourroient-elles pas les dépofer
JUIN . 1755
167
dans les pores ouverts des roféaux & d'autres
plantes , & en former de véritables
pierres 2
Pour découvrir fi le principe pétrifiant
n'a été que paffager , ou s'il réfide encore
dans ce fouterrein , j'ai confeillé au propriétaire
d'enterrer plufieurs petits chiens
& chats dans la terre qui fe trouve audeffus
de la glaife : on pourra auffi y mettre
des rofeaux non pétrifiés , qu'il faudra
vifiter de tems en tems.
Cette découverte véritablement digne
de la curiofité des Phyficiens , eſt ſituée
dans le milieu du fauxbourg de la ville , du
côté de la porte qui conduit à Amiens.
Je ne fçaurois trop me louer de la complaifance
de M. de Calogne qui en eft le propriétaire
; c'eſt en fouillant dans fa cave
pour en tirer de la pierre , qu'il a trouvé
ce tréfor caché...
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Amiens , ce 8 Avril 1755;
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Résumé : Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
L'Abbé J *** adresse une lettre au Chevalier de *** pour discuter des pétrifications découvertes à Albert, en Picardie. De retour dans sa région natale, il se rend sur place pour examiner ces formations. Il mesure la profondeur de la carrière à environ trente-six pieds, rectifiant ainsi une erreur présente dans l'almanach d'Amiens. Dans la carrière, il observe une voûte de pétrifications composée de roseaux, d'argile, de mousse et d'herbes, ainsi qu'un tronc d'arbre pétrifié avec des branches imposantes. L'Abbé examine différentes couches de terre et note la présence de roseaux pétrifiés et de coquillages. Il identifie une couche de glaire noire et grasse, qu'il considère comme la matrice des pétrifications. Contrairement à ce que mentionne l'almanach, il ne trouve pas de fougère. Il explique que le terrain était autrefois un marais. Il suggère que les pétrifications datent de la construction du fort et de la ville d'Albert, lorsque le terrain a été modifié pour construire la ville. Les eaux ont alors filtré à travers les terres remuées, déposant des particules de pierre qui ont pétrifié les roseaux et les herbes. Il compare ce phénomène à celui observé dans la fontaine d'Arcueil. L'Abbé propose d'enterrer des animaux et des roseaux non pétrifiés pour observer si le processus de pétrification se poursuit. Il exprime sa gratitude envers M. de Calogne, propriétaire du site, qui a découvert les pétrifications en fouillant sa cave.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 201-204
GOUTTES PHILOSOPHIQUES du sieur Mutelé du Chevalier.
Début :
Le sieur Mutelé, dont l'étude continuelle lui a mérité l'attention du Public, [...]
Mots clefs :
Cure, Opiate, Remède, Efficacité, Sang corrompu, Nature, Humeurs, Médecine, Eaux , Fortifiant, Contagion, Usage
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texteReconnaissance textuelle : GOUTTES PHILOSOPHIQUES du sieur Mutelé du Chevalier.
GOUTTES PHILOSOPHIQUES du fieur Mutelé
du Chevalier.
Le fieur MUTE LÉ , dont l'étude continuelle
lui a mérité l'attention du Public , par le nombre
des cures furprenantes qu'il a opérées, & qu'il opére
continuellement par les vertus finguliéres de fon
Opiat Philofophique, qui eft l'ouvrage de la nature
& de l'art ; fe croit obligé par reconnoiffance de
la confiance dont on l'a honoré , de faire part à fa
Patrie d'un nouveau reméde qui par d'heureux &
& infaillibles fuccès , guérit une infinité de maladies
& maintient en parfaite fanté.
Il eft bon de fçavoir que toutes les maladies en
général qui affligent le corps humain , tirent leuc
202 MERCURE DE FRANCE.
origine de la corruption de la maffe du fang , cau→
fée les excès du boire & du manger ,
par
ainfi que
des mauvais alimens qui formant un mauvais levain
, fe communiquent en naiffant par nos péres
& méres , dont les vices du tempérament font
la foibleffe de la conftitution , & la rendent plus
fufceptible des influences malignes qui dominent
fur les corps. Chaque Aftre comme chef dominateur
fur ce monde fubcéleste nous communique
fuivant la nature les maux qu'il gouverne. C'eſt
ce qu'ont voulu nous faire entendre ces fçavans
Philofophes Ephémériftes , vrais fcrutateurs de la
Nature , en nous difant après Salomon, que Dieu
a créé une Médecine de la terre que le Sage ne
méprifera pas , puifque cette Médecine , en fervant
à prolonger nos jours , & à nous conferver
la fanté, devroit faire l'objet de nos plus férieufes
attentions. C'eft dans cette fource que l'Auteur
du préfent écrit , en s'efforçant de dévoiler les
fens obfcurs & énigmatiques de ces naturaliſtes
Ecrivains , qui étoient jaloux de leurs fecrets , &
croyoient que les meilleures chofes deviennent
méprifables à mesure qu'elles deviennent communes
, eft parvenu à la découverte de fes Gouttes
Philofophiques , dont les heureux fuccès font
l'éloge , malgré la bale jalouse de ceux qui condaminent
d'abord tout ce qui paffe leur intelligence
bornée , aimant mieux fe fixer à ces remédes
qu'ils appellent familiers , & qui ne font
bons qu'à mettre les humeurs en mouvement
& le corps hors d'état de recevoir cette précieuſe
Médecine diſtribuée par les fages mains de la Nature.
C'est un reméde agréable à la bouche ; une
Médecine qui furpaffe en vertu la Pierre de Buther
, plus excellente que le grand Alkaeſt & Or
horizontal des Spagiriques ; plus amie de nos
corps que les Népentes des Poëtes ; qui nous con
DECEMBRE. 1760. 203
ferve & délivre beaucoup mieux d'une infinité de
maux que tous les Elixirs des laboratoires , ri
que la Panacée chimérique des Philofophes , &
que ces Effences ou Baumes de Vie , que des
Etrangers & autres diftribuent , dont la baſe eſt
l'Efprit-de-Vin rectifié , ou l'Eau- de- vie diftillée ,
qui font autant de corrofifs & fubtiles poiſons
qui brûlent le fang , attaquent le genre nerveux
& dont l'ufage caufe toujours des effets funeſtes.
On y trouvera un reméde naturel , qui eft un
Elixir parfait , une quintellence ſpécifique & une
femence vitale , propre à réparer les efprits diffi
pés par la perte continuelle que nous faisons de
notre propre ſubſtance ; à multiplier les principes
radicaux , à entretenir & rétablir dans une
bonne fanté les tépides & les vieillards en pro
Fongeant leurs jours. D'où il s'enfuit qu'il guérit
toutes les maladies humorales , en pacifiant
l'archée irritée & fortifiant les efprits vitaux
animaux & naturels , purifie la maffe du fang
même fcorbutique ; ôte la difficulté de refpirer
, & guérit toutes les maladies qui proviennent
du poulmon ; réjouit le coeur & le cerveau
fortifie les nerfs & les membranes , maintient l'har
monieux accord de la tête , de l'eftomach & dù
foye dans un jufte équilibre , réfite au mal cat
duc , empêche les fyncopes , les défaillances , &
chaffe le venin des maladies contagieufes , toutes
fiévres & poifons , partie par les urines , par les
fueurs , partie par l'infenfible tranfpiration & le's
felles. En outre , il modifie , déterge & confo
lide les ulcères internes externes , & généra
lement toutes playes , arrête le crachement de
fang , nettoye les reins & la veffie , guérit les
fuffocations de mere , régle les Dames , diffipe
leurs pertes en blanc , & les rend par ce moyen
fécondes. Toutes perfonnes qui auront la pré-
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
caution de s'en munir d'une bouteille , foit à la
campagne , foit en voyage , feront exempts de
toutes maladies dangereules , comme apoplexie ,
paralyfie , coups de fang , & généralement de
toutes menaces & avant-coureurs de maladies
qui font des progrès , furtout dans les Provinces
où les morts fubites font fi fréquentes , faute de
précautions & de fecours. Ce Reméde fympathife
d'autant plus avec mon Opiat philofophique
, dont les vertus fingulières font connues pour
le plus excellent fondant & défobftructif qu'il y
ait , comme le Mémoire ſuivant l'annonce . Ceux
qui pourroient concevoir une mauvaiſe idée de
mon Opiat & de mes Gouttes philofophiques , par
la raison qu'ils font propres à la guériton d'un
grand nombre de maladies articulées ci- deffus
pourront voir chez le Sieur MUTELÉ les Certificats
Ipécifiés des guérifons opérées par ces Remédes.
L'ufage familier de ce Reméde eft de neuf gourtes
pour les femmes , & douze pour les hommes ,
pris le matin dans quelque véhicule convenable.
Il y a des bouteilles à 3 liv. 6 liv. 12 liv . 24 liv.
On trouvera tous les matins le fieur Mutelé chez
lui ; & dans le cas où il n'y feroit pas , on s'adreffera
en toute fûreté à Madame fon Epoufe qui
travaille avec lui , & qui eft la feule dépofitaire de
fes deux excellens Remédes.
du Chevalier.
Le fieur MUTE LÉ , dont l'étude continuelle
lui a mérité l'attention du Public , par le nombre
des cures furprenantes qu'il a opérées, & qu'il opére
continuellement par les vertus finguliéres de fon
Opiat Philofophique, qui eft l'ouvrage de la nature
& de l'art ; fe croit obligé par reconnoiffance de
la confiance dont on l'a honoré , de faire part à fa
Patrie d'un nouveau reméde qui par d'heureux &
& infaillibles fuccès , guérit une infinité de maladies
& maintient en parfaite fanté.
Il eft bon de fçavoir que toutes les maladies en
général qui affligent le corps humain , tirent leuc
202 MERCURE DE FRANCE.
origine de la corruption de la maffe du fang , cau→
fée les excès du boire & du manger ,
par
ainfi que
des mauvais alimens qui formant un mauvais levain
, fe communiquent en naiffant par nos péres
& méres , dont les vices du tempérament font
la foibleffe de la conftitution , & la rendent plus
fufceptible des influences malignes qui dominent
fur les corps. Chaque Aftre comme chef dominateur
fur ce monde fubcéleste nous communique
fuivant la nature les maux qu'il gouverne. C'eſt
ce qu'ont voulu nous faire entendre ces fçavans
Philofophes Ephémériftes , vrais fcrutateurs de la
Nature , en nous difant après Salomon, que Dieu
a créé une Médecine de la terre que le Sage ne
méprifera pas , puifque cette Médecine , en fervant
à prolonger nos jours , & à nous conferver
la fanté, devroit faire l'objet de nos plus férieufes
attentions. C'eft dans cette fource que l'Auteur
du préfent écrit , en s'efforçant de dévoiler les
fens obfcurs & énigmatiques de ces naturaliſtes
Ecrivains , qui étoient jaloux de leurs fecrets , &
croyoient que les meilleures chofes deviennent
méprifables à mesure qu'elles deviennent communes
, eft parvenu à la découverte de fes Gouttes
Philofophiques , dont les heureux fuccès font
l'éloge , malgré la bale jalouse de ceux qui condaminent
d'abord tout ce qui paffe leur intelligence
bornée , aimant mieux fe fixer à ces remédes
qu'ils appellent familiers , & qui ne font
bons qu'à mettre les humeurs en mouvement
& le corps hors d'état de recevoir cette précieuſe
Médecine diſtribuée par les fages mains de la Nature.
C'est un reméde agréable à la bouche ; une
Médecine qui furpaffe en vertu la Pierre de Buther
, plus excellente que le grand Alkaeſt & Or
horizontal des Spagiriques ; plus amie de nos
corps que les Népentes des Poëtes ; qui nous con
DECEMBRE. 1760. 203
ferve & délivre beaucoup mieux d'une infinité de
maux que tous les Elixirs des laboratoires , ri
que la Panacée chimérique des Philofophes , &
que ces Effences ou Baumes de Vie , que des
Etrangers & autres diftribuent , dont la baſe eſt
l'Efprit-de-Vin rectifié , ou l'Eau- de- vie diftillée ,
qui font autant de corrofifs & fubtiles poiſons
qui brûlent le fang , attaquent le genre nerveux
& dont l'ufage caufe toujours des effets funeſtes.
On y trouvera un reméde naturel , qui eft un
Elixir parfait , une quintellence ſpécifique & une
femence vitale , propre à réparer les efprits diffi
pés par la perte continuelle que nous faisons de
notre propre ſubſtance ; à multiplier les principes
radicaux , à entretenir & rétablir dans une
bonne fanté les tépides & les vieillards en pro
Fongeant leurs jours. D'où il s'enfuit qu'il guérit
toutes les maladies humorales , en pacifiant
l'archée irritée & fortifiant les efprits vitaux
animaux & naturels , purifie la maffe du fang
même fcorbutique ; ôte la difficulté de refpirer
, & guérit toutes les maladies qui proviennent
du poulmon ; réjouit le coeur & le cerveau
fortifie les nerfs & les membranes , maintient l'har
monieux accord de la tête , de l'eftomach & dù
foye dans un jufte équilibre , réfite au mal cat
duc , empêche les fyncopes , les défaillances , &
chaffe le venin des maladies contagieufes , toutes
fiévres & poifons , partie par les urines , par les
fueurs , partie par l'infenfible tranfpiration & le's
felles. En outre , il modifie , déterge & confo
lide les ulcères internes externes , & généra
lement toutes playes , arrête le crachement de
fang , nettoye les reins & la veffie , guérit les
fuffocations de mere , régle les Dames , diffipe
leurs pertes en blanc , & les rend par ce moyen
fécondes. Toutes perfonnes qui auront la pré-
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
caution de s'en munir d'une bouteille , foit à la
campagne , foit en voyage , feront exempts de
toutes maladies dangereules , comme apoplexie ,
paralyfie , coups de fang , & généralement de
toutes menaces & avant-coureurs de maladies
qui font des progrès , furtout dans les Provinces
où les morts fubites font fi fréquentes , faute de
précautions & de fecours. Ce Reméde fympathife
d'autant plus avec mon Opiat philofophique
, dont les vertus fingulières font connues pour
le plus excellent fondant & défobftructif qu'il y
ait , comme le Mémoire ſuivant l'annonce . Ceux
qui pourroient concevoir une mauvaiſe idée de
mon Opiat & de mes Gouttes philofophiques , par
la raison qu'ils font propres à la guériton d'un
grand nombre de maladies articulées ci- deffus
pourront voir chez le Sieur MUTELÉ les Certificats
Ipécifiés des guérifons opérées par ces Remédes.
L'ufage familier de ce Reméde eft de neuf gourtes
pour les femmes , & douze pour les hommes ,
pris le matin dans quelque véhicule convenable.
Il y a des bouteilles à 3 liv. 6 liv. 12 liv . 24 liv.
On trouvera tous les matins le fieur Mutelé chez
lui ; & dans le cas où il n'y feroit pas , on s'adreffera
en toute fûreté à Madame fon Epoufe qui
travaille avec lui , & qui eft la feule dépofitaire de
fes deux excellens Remédes.
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Résumé : GOUTTES PHILOSOPHIQUES du sieur Mutelé du Chevalier.
Le texte présente les 'Gouttes Philosophiques' du fieur Mutelé, un remède aux succès remarquables dans le traitement de diverses maladies. Mutelé est reconnu pour ses cures surprenantes grâce à son Opiat Philosophique. Il introduit un nouveau remède, les Gouttes Philosophiques, qui guérit une multitude de maladies et maintient la santé. Les maladies proviennent souvent de la corruption du sang due aux excès alimentaires et aux mauvaises influences astrologiques. Les Gouttes Philosophiques sont décrites comme un élixir parfait, supérieur à d'autres remèdes, capable de purifier le sang, soigner les maladies pulmonaires, fortifier les nerfs, et traiter diverses affections. Elles sont également efficaces contre les maladies contagieuses et les poisons. Le remède est recommandé pour les voyages et les campagnes pour prévenir les maladies graves. Mutelé offre des certificats de guérison et vend les Gouttes Philosophiques en bouteilles de différentes tailles, avec des prix variant de 3 à 24 livres. Il est disponible chaque matin chez lui, ou via son épouse qui travaille avec lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 99-117
ACADÉMIES. EXTRAIT du Mémoire lu à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 13 Novembre 1762 par M. DE PARCIEUX, de la même Académie ; sur un moyen de donner une abondante quantité de bonne eau dans tous les Quartiers de PARIS.
Début :
LES Anciens & surtout les Romains furent toujours occupés du soin de procurer [...]
Mots clefs :
Pouces, Eaux , Projet, Mémoire, Rivière, Aqueduc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIES. EXTRAIT du Mémoire lu à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 13 Novembre 1762 par M. DE PARCIEUX, de la même Académie ; sur un moyen de donner une abondante quantité de bonne eau dans tous les Quartiers de PARIS.
ACADÉMIE S.
EXTRAIT du Mémoire lu à l'Affemblée
publique de l'Académie Royale
des Sciences , le 13 Novembre 1762 23
par M. DE PARCIEUX , de la même
Académie; fur un moyen de donner
une abondante quantité de bonne eau
dans tous les Quartiers de PARIS
LESES Anciens & furtout les Romains
furent toujours occupés du foin de procurer
de l'eau aux Villes de leur domination
. Nous en avons une preuve
dans les monumens qu'ils conftruifoient
pour cet ufage & qui fubfiftent encore
dans plufieurs Villes de France. On en
voit à Lyon , à Nifmes , à Fréjus , à
Joigny proche Metz , & c. Au lieu d'imiter
leur exemple & d'employer les
moyens dont ils fe fervirent autrefois,
nous avons eu jufqu'ici recours à des
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
1
machines pour fournir à la Capitale le
peu d'eau qu'elle a , fi ce n'eſt les eaux
de Rungis que la Reine Marie de Médicis
y fit venir dans le fiécle dernier.
L'infuffifance de ces Machines a fait
naître à M. Dep . l'idée d'un projet qu'il
développe dans le Mémoire que nous
annonçons ; projet d'autant plus utile
qu'il remplit parfaitement fon objet
fans des dépenfes énormes ; pour en
rendre l'éxécution moins éffrayante
M. Dep. remet en peu de mots fous
les yeux les immenfes travaux que fi
rent les Romains dans les Gaules dans
le peu de temps qu'ils les ont poffédées ,
pour la conduite des eaux. Il fait enfuite
voir la néceffité d'adopter fon projet
en prouvant que la plupart des
Quartiers de Paris manquent d'eau ou
n'en ont qu'en très-petites quantité.
Après des Obfervations fort éxactes
& dont on pourra voir le détail dans
le Mémoire , M. D. a trouvé qu'il pouvoit
faire venir les eaux de la Rivière
d'Yvette prifes à Vaugien à la Place de
la Porte S. Michel , d'où fe feroit la
diftribution dans tout le refte de Paris ;
diftribution d'autant plus facile que les
eaux de l'Yvette viendroient à la même
hauteur que celles de Rungis , qu'on
MARS. 1763.
101
comme communement d'Arcueil.
L'Aqueduc propofé parcourra - un
chemin de dix-fept à dix -huit mille
toifes en côtoyant d'abord le lit naturel
de l'Yvette depuis Vaugien jufqu'à Palaifeau.
De la vallée de l'Yvette pour
fe rendre à celle de la Bievres , on lui
pratiquera un paffage fous une partie
de la montagne qui eft entre Palaifeau
& Maffy. Arrivée dans la vallée de la
Bievres , le Canal dans lequel coulera
l'eau de l'Yvette fuivra la côte droite
de la Bievres , viendra paffer la gorge
de Fiernes ou de Tourvoye fur un pont
aqueduc , continuera enfuite fa route
fous Fiernes & fous l'Hay , & arrivera
à Arcueil. Là elle paffera la vallée fur
un autre pont aqueduc joignant celui
de la Reine Marie de Médicis , fur lequel
paffent les eaux de Rungis & elle
fuivra enfuite l'aqueduc actuel jufqu'au
Fauxbourg S. Jacques.
Pour faire connoître d'une manière
plus fenfible les endroits par où doit
paffer ce canal ou cet aqueduc , M.
de Parcieux a joint à fon Mémoire une
carte du lieu où l'on voit le cours de
la rivière d'Yvette depuis fes premieres
fources jufqu'à Paris ; le cours de la
riviere de Biévres , & celui du nouveau
canal, E. iij
102 MERCURE DE FRANCE.
La nature du terrein dont les eaux
pluviales tombent dans l'Yvette avoit
bien fait préffentir à M. D. que l'eau
devoit en être bonne ; néanmoins pour
s'en affurer complettement , il en a fait
porter un certain nombre de bouteilles
pleines & cachetées à MM. Hellot &
Macquer , habiles Chymiftes de la même
Académie , qui l'ont fait paffer par toutes
les épreuves que la Chymie fournit
; & l'on voit par leur examen rapporté
tout au long à la fin du Mémoire ,
que cette eau eft de la plus excellente
qualité.
L'abondance des eaux étoit encore
un point éffentiel dont il falloit s'affurer
, de la quantité de pieds cubes d'eau
que dépenfoient par feconde les moulins
de Vaugien & le dernier du ruiffeau
de Gif dans les temps des plus baffes
eaux , M. D. a conclu qu'il paffoit
plus de 1000 pouces d'eau à Vaugien,
& plus de 200 à Gif
En effet , fi l'on circonfcrit le terrein
qui envoye fes eaux pluviales aux deux
prifes de Vaugien & de Gif , on trouve
, dit M. D. que plus de 36 millions
de toifes quarrées envoyent leurs eaux
à Vaugien ou à Gif & nous croyons
qu'il auroit dire plus de pu
millions ; 40
MARS. 1763 ) 103
mais il aime-mieux annoncer moins ,
afin qu'on ne foit pas trompé dans fon
attente.
Le tiers de l'eau qui tombe fur ce
terrein que M. Mariotte fuppofe s'imbiber
pour fournir les fources , pris
moyennement pour toute l'année , don
neroit plus de trois mille pouces d'eau
continuels . Si on fait les réfervoirs néceffaires
pour conferver le trop de certains
temps pour remplacer le moins
des autres , ou voit qu'il eft aifé de
procurer à la Ville de Paris deux mille
pouces d'eau continuels & davantage.
Après avoir parlé des moyens d'amener
l'eau de l'Yvette à Paris , & de
ce qu'il y aura à faire pour l'avoir toute
l'année pure , belle & limpide , M.
D. fait l'analyse de l'eau de la Seine
telle qu'on la puife prèfque dans tout
Paris . Après avoir montré ce qu'il entre
d'égoûts dans cette rivière par la rive
droite , qui eft beaucoup plus la Marne
que la Seine , il fait remarquer ce que
l'autre rive reçoit , & voici comme il
s'exprime :
La rive gauche de la rivière eft encore
bien pire ; on le concevra aifément
, fi on fe repréſente que tous les
égoûts de la partie méridionale de Pa-
E iij
104 MERCURE DE FRANCE.
ris tombent dans la Seine , dans Paris
même ou au-deffus , par la rivière des
Gobelins , dans laquelle fe rendent les
égoûts de toute efpéce , de Bicêtre &
de l'Hôpital , ceux des Fauxbourgs
Saint-Jacques , Saint-Marceau & Saint-
Victor , lefquels joints à tout ce que
cette rivière reçoit des Blanchiffeufes
dont fon cours eft couvert depuis &
compris le Clos- Payen jufqu'au Pontaux-
tripes , & à tout ce que les Teinturiers
, Mégiffiers , Tanneurs , Amidonniers
, Braffeurs & autres ouvriers y
jettent , la rendent indifpenfablement la
plus vilaine & la plus mal-faine qu'on
puiffe imaginer.
La rive gauche de la Seine reçoit
cette eau à fon entrée dans Paris , vient
laver les trains de bois qui font les trois
quarts de l'année le long du Port de la
Tournelle , rencontre les égoûts des
foffés Saint-Bernard & des Grands-degrés
; celui de la Place Maubert , qui
feul feroit capable de gâter une grande
rivière : ainfi préparée elle vient paffer
fous les ponts de l'Hôtel-Dieu , où elle
reçoit de cet Hôpital immenfe , toutes
les ....... on n'ofe le dire : arrivent
enfuite l'égoût de la rue de la Harpe
ceux du quai des Auguftins , & enfin
t
MARS. 1763. TOS
par les trois qui fortent fous le qua
Malaquais , les immondices d'une grande
partie de Paris ; & c'eſt de l'eau qui
coule le long de cette rive , prife audeffous
du Pont- neuf, dont eft abreuvé
tout le fauxbourg Saint- Germain ,
ou peu s'en faut , & affez généralement
celle qu'on boit dans tout Paris ..
On ne trouvera pas que ce tableau
foit flaté ; mais M. D. n'annonce rien.
qui ne foit connu de tout Paris.
Tout le monde fent aisément que
ce projet eft un des plus grands des
plus utiles , des plus importans,des plus
intéreffans & des plus urgens qu'on puiffe.
propofer pour cette grande Ville , &
M. D. n'oublie rien de tout ce qui peut
faire efpérer aux Citoyens que fon
projet fera éxécuté un jour. Il ne diffimule
pas que tout ce qu'il y a à faire
pour amener l'eau jufqu'à la rue Hyacinthe
& pour la diftribuer dans Pa ---
ris , doit coûter même affez confidérablement
: mais , dit- il , Paris n'en vaut
il pas bien la peine ? pourroit -on fe
perfuader & voudroit-on perfuader aux
autres , que nous.fommes arrivés dans:
un fiécle où l'on n'ofe plus entreprendre
les chofes les plus grandes & les
plus utiles ? Que l'on compare feule
,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
ment , eu égard au nombre d'habitans,
& qu'on cherche à mettre quelque proportion
, fi on le peut , entre ce que
l'on propofe pour la Capitale de la
France , & ce que l'on vient de faire
pour une ville de province ; alors le
projet n'éffrayera plus.
On compte qu'il y a aux environs
de 800 mille âmes dans dans Paris , &
36 à 40 mille à Montpellier ; ce dernier
nombre n'eft au plus que la vingtiéme
partie du premier.
On vient d'amener à Montpellier les
eaux de plufieurs fources réunies , lefquelles
donnent aux environs de 70
à
So pouces , dans les plus grandes féchereffes
, par un aqueduc de 7409 toifes
de long , voûté dans toute fa lon--
gueur , de trois pieds de largeur fur 6
de hauteur fous clef, dans l'étendue duquel
il a fallu percer une montagne de
200 toifes de longueur , faire plufieurs
ponts - aqueducs pour traverfer les basfonds
, entr'autres un fur la Lironde qui
eft affez confidérable , & celui qui traverfe
le vallon de la Merci fous le Peirou
, lequel eft compofé de deux ponts
l'une fur l'autre ; le premier de 64 arches
de cinq toifes de diamètre , & le fecond
de 140 arches de deux toiſes chacune,&
MARS. 1763. 107
de plus l'épaiffeur des piles & des culées ;
ce dernier a près de 400 toifes de long
fur 60 pieds de hauteur du deffous de
la rigole à l'endroit le plus bas du vallon
C'est tout au plus , fi le projet pour a
mener l'Yvette à Paris , demande trois
ou quatre fois autant d'ouvrage , pour
vingt fois autant d'habitans & pour la
Capitale de la France.
La ville de Carcaffonne , laquelle ,
felon Dom Vaiffette , dans fa Géographie
hiftorique , ne contient que 8000 à
10000 habitans , a trouvé dans la bonne
adminiſtration de fes revenus , auffi-
bien que dans la ville de Montpellier
, le moyen de fe procurer 2 à
300 pouces d'eau , par un petit aqueduc
de 3 pieds de haut , fur 18 pouces
de largeur , & de 4000 toifes de long,
porté fur des arceaux en plufieurs endroits.
Cette eau eft une partie de la
rivière d'Aude , qu'on a dérivée il y a
12 ou 15 ans .
Au refte , il faut attendre , fans défefpérer
, continue M. D. que des Savans
capables de juger de toutes les parties.
d'un pareil projet & d'évaluer le prix
de chacune , que la Cour ou les Magiftrats
commettront , ayent prononcé.
J'ofe affurer , en attendant leur exa-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
men , qu'il y a eu de nos jours des
monumens commencés & finis , & d'autres
commencés qui marchent à grands
pas à leur perfection , qui couteront
plus que celui-ci Je les crois tous néceffaires
, mais celui de donner de l'eau
à Paris l'eft autant qu'aucun , & l'on
peut trouver des moyens pour celui-ci,
comme on en a trouvé pour ceux-là..
Les grands hommes , & nous en
avons , ont de grandes reffources : pourquoi
ne s'en trouveroit - il pas qui imitaffent
Gérard de Poiffi ce refpe&table
& généreux citoyen , qui a immortalifé
fon nom pour avoir donné onze
mille marcs d'argent , deftinés à faire
paver les rues de Paris. Quelle gloire
ne s'eft-il pas acquife , en employant
une partie de fes richeffes pour l'utili
té de fes concitoyens ? Puifque la mémoire
de cet acte généreux s'eft confervée
jufqu'à nous , elle durera vraifemblablement
auffi long-temps qu'il y
aura des hommes dans Paris.
M. Dép. fait voir dans fon Mémoire
qu'il faudroit 1881000 livres de notre
monnoye pour faire à préfent ce qu'on
faifoit alors avec la valeur de onze mille
marcs d'argent.
Quels éxemples de générofité ne nous
MARS. 1763. 109
donnent pas nos voifins ! un célébre
Médecin Anglois , vient de donner aux
environs de cinq millions de livres de
notre monnoye , pour faire bâtir un
Amphithéâtre anatomique , non compris
les fondations qu'il fe propofe de
faire pour les Profeffeurs. Qu'auroit- il
donné pour faire venir de l'eau à Londres
, fi celle de la nouvelle rivière n'y
avoit déjà été menée ? Efpérons que nos
plus riches Citoyens ne le céderont en
rien à la générofité des Anglois.
On peut trouver de ces grandes actions
dans tous les fiécles ; le quartier
de l'Univerfité eft couvert de monumens
fondés par la générofité de plufieurs
dignes Patriotes , proportionnée
à leur fortune ; & fous le règne de
LOUIS XV il y a des ames auffi généreufes
que fous celui de Philipe- Augufte
; je les crois même en plus grand
nombre : le zéle avec lequel les principaux
Corps & plufieurs dignes & grands
Citoyens fe font empreffés de contribuer
au rétabliffement de la Marine françoiſe
, en eft une preuve.
La ville de Reims n'oublira jamais
le nom & le bienfait de M. Godinot ,
qui après avoir fait des embelliffemens
Coufidérables à la Cathédrale dont il
fio MERCURE DE FRANCE.
étoit Chanoine , a procuré de l'eau à
fes concitoyens par une machine qu'il
a fait conftruire à fes ' dépens ainfi
qu'une grande partie des conduites &
des fontaines qui la diftribuent dans
tous les quartiers ; on lui a encore l'obligation
de plufieurs autres travaux publics.
Il y a certainement dans Paris des
âmes auffi bienfaifantes qu'à Reims ;
mais avec le noble defir d'être utile à
fes concitoyens , il faut l'heureux concours
des facultés .
Quel eft le citoyen zélé pour le bien.
public , dit M. D. qui ne donnât volontiers
fi les autres moyens manquent,
une ou deux années du revenu de fa
maifon pour y faire venir en tout temps
une quantité d'eau fuffifante ? Que ne
donneroit-on pas dans nombre de Châteaux
où l'eau manque, pour avoir une
fource d'un pouce d'eau feulement ?
quelles dépenfes ne fait- on pas quelquefois
pour s'en procurer dans des
maifons qu'on n'habite qu'en paſſant ?
ne feroit-ce pas faire de fon argent un
meilleur ufage que de l'employer en
lambris , en dorures & en autres ornemens
fuperflus & paffagers ? la bonne
eau fera toujours de mode.
En effet , quel avantage d'avoir dans
MAR S. 1763.
III
la maifon qu'on habite le plus longtems ,
une fource de bonne eau , fourniffant
l'office , la falle à manger , coulant fans
ceffe dans la cuifine , entraînant les immondices
fans leur laiffer le temps de
fermenter & d'empuantir & infecter
l'air des endroits où l'on conferve les
viandes & de ceux où on les prépapare.
Quelle fatisfaction de voir laver
fa cuifine & tous fes recoins dix
fois par jour , fi l'on veut fon eft moins
pareffeux à nétoyer partout quand l'eau
ne coute pas à tirer.
Non feulement cette abondance d'eau
tiendra le dedans de la maison propre &
frais , mais auffi les rues qui deviendront
des ruiffeaux formés tant par l'eau
de refte qui fortira des grandes maifons
que par celles qu'on employera à laver.
Ces ruiffeaux entraîneront fans ceffe les
boues , entretiendront le pavé propre &'
mouillé auprès des ruiffeaux pour le foulagement
des chevaux. En Eté on arrofera
, ou pour mieux dire , on lavera
les rues avec cette eau auffi fouvent
qu'on le voudra , au lieu de deux fois
qu'on les humecte à préfent avec fort
peu d'eau & fouvent avec de l'eau vilaine
& puante , qui jettée en petite
112 MERCURE DE FRANCE .
quantité , ne fait que tenir la boue délayée
pendant un peu de temps & infecter
d'autant mieux l'air , l'abondance
de celle-ci le rendra fain & falubre ,
ce qui eft fi important pour la fanté des
citoyens & d'autant plus néceffaire que
le nombre des habitans eft plus confidérable
; tout le monde fent de refte
que le féjour des boues & immondices
contre les murs ou contre les bornes
doit de néceffité rendre l'air bas , infecté
& mal fain & c'est celui que
nous refpirons.
"
"
Quelle tranquillité d'avoir dans fa
maiſon un réſervoir toujours plein d'eau
& fans ceffe renouvellé pour fournir un
fecours prompt & à propos dans un cas
de malheur tant pour foi que pour le
voifinage !
Dans la feconde partie de cet intéreffant
Mémoire , M. Dep. rend compte
de ce qui l'a conduit à former ce
projet , & de ce qu'il a fait pour s'af--
furer d'abord de la poffibilité, & enfuite.
pour dire exactement à quelle hauteur
l'eau pouvoit arriver à Paris. Il a fallu
pour cela rapporter le tout à un point
fixe & immuable , & c'eft au fol de l'Églife
N. D. qu'il a rapporté toutes ſes.
opérations.
MARS. 1763. 113
Faifant abftraction de la pente qui
fait couler l'eau de moulin en moulin
depuis Vaugien jufqu'à Paris , les chutes
des moulins ont fait connoître à M.
D. de combien l'eau de Vaugien étoit
plus élevée que l'eau de la Seine fous le
Pont de l'Hôtel- Dieu , de laquelle déduifant
la quantité de pieds & pouces
dont le fol de N. D. étoit plus élevé
que la Seine le même jour qu'il mefuroit
les chutes des moulins , le refte
donne l'élévation de l'eau de Vaugien
fur le fol de N. D. qui eft de 83 pieds
9 pouces.
Le nivellement que M. D. a fait &
repété plufieurs fois pour parvenir à
connoître de combien l'arrivée des eaux
d'Arcueil eft plus élevée que le même
fol de N. D. fuppofe des opérations
fort intéreffantes pour les perfonnes
qui font au fait de ces matiéres ; mais
comme elles ne font pas à la portée
de tous nos Le&curs , nous nous contenterons
d'en rapporter les principaux
réfultats.
1°. Le haut de la Tour méridionale
de N. D. eft plus élevé que le fol de
l'Eglife pris au bas de l'efcalier des.
Tours de 204 pieds 9 pouces. 2 °. Le haut
du parapet de l'Obfervatoire et plus.
114 MERCURE DE FRANCE .
haut que le même fol de N. D. de
161 pieds d'où il fuit que la Tour
méridionale de N. D. eft plus élevée
que le haut de l'Obfervatoire de 43
pieds 9 pouces. 3° . Le bouillon d'arrivée
des eaux d'Arcueil eft plus élevée
que le le fol de N. D. de 67 pieds 10
pouces & demie , qui ôtés de 83 pieds
9 pouces dont l'eau de Vaugien eft plus
élevée que le même fol de N. D, refte
15 pieds 10 pouces & demi , dont
l'eau de l'Yvette à Vaugien eft plus
élevée que l'arrivée des eaux d'Arcueil
à côté de l'Obfervatoire , non compris
la pente qui la fait couler de moulin
en moulin depuis Vaugien jufqu'à
Paris.
4º Le haut de la Place de l'Eftrapade
eft plus élevé que le fol de N. D. de
81 pieds 3 pouces.
5°. Enfin l'endroit le plus élevé du parapet
du pont de l'Hôtel-Dieu eft plus
élevé que le fol de N. D. de 10 pieds 6
pouces , ce qui donne le moyen de connoitre
de combien la Seine eft plus baffe
que le fol de N. D.
M. D. avec cette modeftie qui
convient aux vrais Sçavans qui n'ont
d'autres vues que celles du bien public,
MARS.
115
veut bien n'être pas cru fur fa parole ,
´'il demande lui-même qu'on faffe examiner
fon projet ; mais il defire que ce
foit par les perfonnes les plus capables
& les plus propres à infpirer la confiance
que l'objet mérite . Comme il
connoît bien la vérité de ce qu'il propofe
, on voit en plufieurs endroits de
fon Mémoire qu'il eft pleinement perfuadé
que fon projet fera exécuté à l'avenir
s'il ne l'eft à préfent. Voici comment
il s'exprime en un endroit.
Ne connoiffant rien de plus urgent
à
faire pour une grande ville , après la
conftruction des ponts , quand il en
faut que de procurer dans tous les
quartiers une fuffifante quantité de
bonne eau ; & connoiffant affez bien
les environs de Paris , pour pouvoir affurer
qu'il n'y a que la riviére d'Yvette
qui, donnant cette fuffifante quantité
de bonne eau , puiffe y arriver à une
hauteur propre à l'envoyer dans tous
les quartiers , à moins de l'aller prendre
beaucoup plus loin ; je crois être fondé
à me perfuader que ce projet fera
éxécuté à l'avenir , s'il ne l'eft à préfent
, & d'autant plus , comme je l'ai
déja fait obferver , que c'eft la feule
dépense que la Ville puiffe faire dont
116 MERCURE DE FRANCE.
les fonds tui rentrent avec avantage ,
en faifant le bien des citoyens , cette
dépenſe n'étant , à proprement dire
qu'une avance ou de l'argent placé.
Mais quand même cette dépenfe ne
devroitjamais rentrer : pour une grande
ville , capitale d'un grand royaume , il
faut de grandes chofes
Il regarde donc l'éxécution de ce
projet comme indifpenfable , foit dans
peu , foit à l'avenir or dans quelque
temps qu'on l'entreprenne , on doit
faire le tout de manière à pouvoir recevoir
& laiffer couler plus de 2000 pou--
ces d'eau, vû qu'on peut les avoir dèsà-
préfent les trois quarts de l'année
& qu'on pourra fe les procurer pour
toute l'année quand on le voudra , & c..
Quand même M. Dep. n'auroit pas
la fatisfaction de voir éxécuter ſon projet
, il pourra fe flatter d'avoir rendu un
fervice éffentiel à fa patrie , en faisant .
une fi heureufe découverte . Elle intéreffa
tout le monde dès qu'il commença
à en faire
part , & jamais
Mémoire
n'a été écouté
avec plus d'attention
ni
plus applaudi
qu'il le fut lorsqu'il
en fit.
la lecture
à l'Affemblée
de la rentrée
publique
de l'Académie
Royale
des.
Sciences
, du mois de Novembre
derMARS.
1763. 117
>
nicr. Le Miniftre toujours attentif à ce
qui peut contribuer au bien public , a
voulu qu'il fut imprimé à l'Imprimerie
Royale.
Lorfque M. Dep. eut l'honneur de le
préfenter au Roi , il en fut accueilli favorablement
, & Sa Majesté voulut bien
entrer avec lui dans des détails qui marquoient
fort l'intérêt qu'Elle y prenoit.
Ce Mémoire ne fe vend pas ; on n'en
a tiré que le nombre d'exemplaires qu'on
a voulu donner ; mais on le trouvera
dans la fuite des Mémoires de l'Académie
des Sciences , pour l'année 1762.
EXTRAIT du Mémoire lu à l'Affemblée
publique de l'Académie Royale
des Sciences , le 13 Novembre 1762 23
par M. DE PARCIEUX , de la même
Académie; fur un moyen de donner
une abondante quantité de bonne eau
dans tous les Quartiers de PARIS
LESES Anciens & furtout les Romains
furent toujours occupés du foin de procurer
de l'eau aux Villes de leur domination
. Nous en avons une preuve
dans les monumens qu'ils conftruifoient
pour cet ufage & qui fubfiftent encore
dans plufieurs Villes de France. On en
voit à Lyon , à Nifmes , à Fréjus , à
Joigny proche Metz , & c. Au lieu d'imiter
leur exemple & d'employer les
moyens dont ils fe fervirent autrefois,
nous avons eu jufqu'ici recours à des
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
1
machines pour fournir à la Capitale le
peu d'eau qu'elle a , fi ce n'eſt les eaux
de Rungis que la Reine Marie de Médicis
y fit venir dans le fiécle dernier.
L'infuffifance de ces Machines a fait
naître à M. Dep . l'idée d'un projet qu'il
développe dans le Mémoire que nous
annonçons ; projet d'autant plus utile
qu'il remplit parfaitement fon objet
fans des dépenfes énormes ; pour en
rendre l'éxécution moins éffrayante
M. Dep. remet en peu de mots fous
les yeux les immenfes travaux que fi
rent les Romains dans les Gaules dans
le peu de temps qu'ils les ont poffédées ,
pour la conduite des eaux. Il fait enfuite
voir la néceffité d'adopter fon projet
en prouvant que la plupart des
Quartiers de Paris manquent d'eau ou
n'en ont qu'en très-petites quantité.
Après des Obfervations fort éxactes
& dont on pourra voir le détail dans
le Mémoire , M. D. a trouvé qu'il pouvoit
faire venir les eaux de la Rivière
d'Yvette prifes à Vaugien à la Place de
la Porte S. Michel , d'où fe feroit la
diftribution dans tout le refte de Paris ;
diftribution d'autant plus facile que les
eaux de l'Yvette viendroient à la même
hauteur que celles de Rungis , qu'on
MARS. 1763.
101
comme communement d'Arcueil.
L'Aqueduc propofé parcourra - un
chemin de dix-fept à dix -huit mille
toifes en côtoyant d'abord le lit naturel
de l'Yvette depuis Vaugien jufqu'à Palaifeau.
De la vallée de l'Yvette pour
fe rendre à celle de la Bievres , on lui
pratiquera un paffage fous une partie
de la montagne qui eft entre Palaifeau
& Maffy. Arrivée dans la vallée de la
Bievres , le Canal dans lequel coulera
l'eau de l'Yvette fuivra la côte droite
de la Bievres , viendra paffer la gorge
de Fiernes ou de Tourvoye fur un pont
aqueduc , continuera enfuite fa route
fous Fiernes & fous l'Hay , & arrivera
à Arcueil. Là elle paffera la vallée fur
un autre pont aqueduc joignant celui
de la Reine Marie de Médicis , fur lequel
paffent les eaux de Rungis & elle
fuivra enfuite l'aqueduc actuel jufqu'au
Fauxbourg S. Jacques.
Pour faire connoître d'une manière
plus fenfible les endroits par où doit
paffer ce canal ou cet aqueduc , M.
de Parcieux a joint à fon Mémoire une
carte du lieu où l'on voit le cours de
la rivière d'Yvette depuis fes premieres
fources jufqu'à Paris ; le cours de la
riviere de Biévres , & celui du nouveau
canal, E. iij
102 MERCURE DE FRANCE.
La nature du terrein dont les eaux
pluviales tombent dans l'Yvette avoit
bien fait préffentir à M. D. que l'eau
devoit en être bonne ; néanmoins pour
s'en affurer complettement , il en a fait
porter un certain nombre de bouteilles
pleines & cachetées à MM. Hellot &
Macquer , habiles Chymiftes de la même
Académie , qui l'ont fait paffer par toutes
les épreuves que la Chymie fournit
; & l'on voit par leur examen rapporté
tout au long à la fin du Mémoire ,
que cette eau eft de la plus excellente
qualité.
L'abondance des eaux étoit encore
un point éffentiel dont il falloit s'affurer
, de la quantité de pieds cubes d'eau
que dépenfoient par feconde les moulins
de Vaugien & le dernier du ruiffeau
de Gif dans les temps des plus baffes
eaux , M. D. a conclu qu'il paffoit
plus de 1000 pouces d'eau à Vaugien,
& plus de 200 à Gif
En effet , fi l'on circonfcrit le terrein
qui envoye fes eaux pluviales aux deux
prifes de Vaugien & de Gif , on trouve
, dit M. D. que plus de 36 millions
de toifes quarrées envoyent leurs eaux
à Vaugien ou à Gif & nous croyons
qu'il auroit dire plus de pu
millions ; 40
MARS. 1763 ) 103
mais il aime-mieux annoncer moins ,
afin qu'on ne foit pas trompé dans fon
attente.
Le tiers de l'eau qui tombe fur ce
terrein que M. Mariotte fuppofe s'imbiber
pour fournir les fources , pris
moyennement pour toute l'année , don
neroit plus de trois mille pouces d'eau
continuels . Si on fait les réfervoirs néceffaires
pour conferver le trop de certains
temps pour remplacer le moins
des autres , ou voit qu'il eft aifé de
procurer à la Ville de Paris deux mille
pouces d'eau continuels & davantage.
Après avoir parlé des moyens d'amener
l'eau de l'Yvette à Paris , & de
ce qu'il y aura à faire pour l'avoir toute
l'année pure , belle & limpide , M.
D. fait l'analyse de l'eau de la Seine
telle qu'on la puife prèfque dans tout
Paris . Après avoir montré ce qu'il entre
d'égoûts dans cette rivière par la rive
droite , qui eft beaucoup plus la Marne
que la Seine , il fait remarquer ce que
l'autre rive reçoit , & voici comme il
s'exprime :
La rive gauche de la rivière eft encore
bien pire ; on le concevra aifément
, fi on fe repréſente que tous les
égoûts de la partie méridionale de Pa-
E iij
104 MERCURE DE FRANCE.
ris tombent dans la Seine , dans Paris
même ou au-deffus , par la rivière des
Gobelins , dans laquelle fe rendent les
égoûts de toute efpéce , de Bicêtre &
de l'Hôpital , ceux des Fauxbourgs
Saint-Jacques , Saint-Marceau & Saint-
Victor , lefquels joints à tout ce que
cette rivière reçoit des Blanchiffeufes
dont fon cours eft couvert depuis &
compris le Clos- Payen jufqu'au Pontaux-
tripes , & à tout ce que les Teinturiers
, Mégiffiers , Tanneurs , Amidonniers
, Braffeurs & autres ouvriers y
jettent , la rendent indifpenfablement la
plus vilaine & la plus mal-faine qu'on
puiffe imaginer.
La rive gauche de la Seine reçoit
cette eau à fon entrée dans Paris , vient
laver les trains de bois qui font les trois
quarts de l'année le long du Port de la
Tournelle , rencontre les égoûts des
foffés Saint-Bernard & des Grands-degrés
; celui de la Place Maubert , qui
feul feroit capable de gâter une grande
rivière : ainfi préparée elle vient paffer
fous les ponts de l'Hôtel-Dieu , où elle
reçoit de cet Hôpital immenfe , toutes
les ....... on n'ofe le dire : arrivent
enfuite l'égoût de la rue de la Harpe
ceux du quai des Auguftins , & enfin
t
MARS. 1763. TOS
par les trois qui fortent fous le qua
Malaquais , les immondices d'une grande
partie de Paris ; & c'eſt de l'eau qui
coule le long de cette rive , prife audeffous
du Pont- neuf, dont eft abreuvé
tout le fauxbourg Saint- Germain ,
ou peu s'en faut , & affez généralement
celle qu'on boit dans tout Paris ..
On ne trouvera pas que ce tableau
foit flaté ; mais M. D. n'annonce rien.
qui ne foit connu de tout Paris.
Tout le monde fent aisément que
ce projet eft un des plus grands des
plus utiles , des plus importans,des plus
intéreffans & des plus urgens qu'on puiffe.
propofer pour cette grande Ville , &
M. D. n'oublie rien de tout ce qui peut
faire efpérer aux Citoyens que fon
projet fera éxécuté un jour. Il ne diffimule
pas que tout ce qu'il y a à faire
pour amener l'eau jufqu'à la rue Hyacinthe
& pour la diftribuer dans Pa ---
ris , doit coûter même affez confidérablement
: mais , dit- il , Paris n'en vaut
il pas bien la peine ? pourroit -on fe
perfuader & voudroit-on perfuader aux
autres , que nous.fommes arrivés dans:
un fiécle où l'on n'ofe plus entreprendre
les chofes les plus grandes & les
plus utiles ? Que l'on compare feule
,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
ment , eu égard au nombre d'habitans,
& qu'on cherche à mettre quelque proportion
, fi on le peut , entre ce que
l'on propofe pour la Capitale de la
France , & ce que l'on vient de faire
pour une ville de province ; alors le
projet n'éffrayera plus.
On compte qu'il y a aux environs
de 800 mille âmes dans dans Paris , &
36 à 40 mille à Montpellier ; ce dernier
nombre n'eft au plus que la vingtiéme
partie du premier.
On vient d'amener à Montpellier les
eaux de plufieurs fources réunies , lefquelles
donnent aux environs de 70
à
So pouces , dans les plus grandes féchereffes
, par un aqueduc de 7409 toifes
de long , voûté dans toute fa lon--
gueur , de trois pieds de largeur fur 6
de hauteur fous clef, dans l'étendue duquel
il a fallu percer une montagne de
200 toifes de longueur , faire plufieurs
ponts - aqueducs pour traverfer les basfonds
, entr'autres un fur la Lironde qui
eft affez confidérable , & celui qui traverfe
le vallon de la Merci fous le Peirou
, lequel eft compofé de deux ponts
l'une fur l'autre ; le premier de 64 arches
de cinq toifes de diamètre , & le fecond
de 140 arches de deux toiſes chacune,&
MARS. 1763. 107
de plus l'épaiffeur des piles & des culées ;
ce dernier a près de 400 toifes de long
fur 60 pieds de hauteur du deffous de
la rigole à l'endroit le plus bas du vallon
C'est tout au plus , fi le projet pour a
mener l'Yvette à Paris , demande trois
ou quatre fois autant d'ouvrage , pour
vingt fois autant d'habitans & pour la
Capitale de la France.
La ville de Carcaffonne , laquelle ,
felon Dom Vaiffette , dans fa Géographie
hiftorique , ne contient que 8000 à
10000 habitans , a trouvé dans la bonne
adminiſtration de fes revenus , auffi-
bien que dans la ville de Montpellier
, le moyen de fe procurer 2 à
300 pouces d'eau , par un petit aqueduc
de 3 pieds de haut , fur 18 pouces
de largeur , & de 4000 toifes de long,
porté fur des arceaux en plufieurs endroits.
Cette eau eft une partie de la
rivière d'Aude , qu'on a dérivée il y a
12 ou 15 ans .
Au refte , il faut attendre , fans défefpérer
, continue M. D. que des Savans
capables de juger de toutes les parties.
d'un pareil projet & d'évaluer le prix
de chacune , que la Cour ou les Magiftrats
commettront , ayent prononcé.
J'ofe affurer , en attendant leur exa-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
men , qu'il y a eu de nos jours des
monumens commencés & finis , & d'autres
commencés qui marchent à grands
pas à leur perfection , qui couteront
plus que celui-ci Je les crois tous néceffaires
, mais celui de donner de l'eau
à Paris l'eft autant qu'aucun , & l'on
peut trouver des moyens pour celui-ci,
comme on en a trouvé pour ceux-là..
Les grands hommes , & nous en
avons , ont de grandes reffources : pourquoi
ne s'en trouveroit - il pas qui imitaffent
Gérard de Poiffi ce refpe&table
& généreux citoyen , qui a immortalifé
fon nom pour avoir donné onze
mille marcs d'argent , deftinés à faire
paver les rues de Paris. Quelle gloire
ne s'eft-il pas acquife , en employant
une partie de fes richeffes pour l'utili
té de fes concitoyens ? Puifque la mémoire
de cet acte généreux s'eft confervée
jufqu'à nous , elle durera vraifemblablement
auffi long-temps qu'il y
aura des hommes dans Paris.
M. Dép. fait voir dans fon Mémoire
qu'il faudroit 1881000 livres de notre
monnoye pour faire à préfent ce qu'on
faifoit alors avec la valeur de onze mille
marcs d'argent.
Quels éxemples de générofité ne nous
MARS. 1763. 109
donnent pas nos voifins ! un célébre
Médecin Anglois , vient de donner aux
environs de cinq millions de livres de
notre monnoye , pour faire bâtir un
Amphithéâtre anatomique , non compris
les fondations qu'il fe propofe de
faire pour les Profeffeurs. Qu'auroit- il
donné pour faire venir de l'eau à Londres
, fi celle de la nouvelle rivière n'y
avoit déjà été menée ? Efpérons que nos
plus riches Citoyens ne le céderont en
rien à la générofité des Anglois.
On peut trouver de ces grandes actions
dans tous les fiécles ; le quartier
de l'Univerfité eft couvert de monumens
fondés par la générofité de plufieurs
dignes Patriotes , proportionnée
à leur fortune ; & fous le règne de
LOUIS XV il y a des ames auffi généreufes
que fous celui de Philipe- Augufte
; je les crois même en plus grand
nombre : le zéle avec lequel les principaux
Corps & plufieurs dignes & grands
Citoyens fe font empreffés de contribuer
au rétabliffement de la Marine françoiſe
, en eft une preuve.
La ville de Reims n'oublira jamais
le nom & le bienfait de M. Godinot ,
qui après avoir fait des embelliffemens
Coufidérables à la Cathédrale dont il
fio MERCURE DE FRANCE.
étoit Chanoine , a procuré de l'eau à
fes concitoyens par une machine qu'il
a fait conftruire à fes ' dépens ainfi
qu'une grande partie des conduites &
des fontaines qui la diftribuent dans
tous les quartiers ; on lui a encore l'obligation
de plufieurs autres travaux publics.
Il y a certainement dans Paris des
âmes auffi bienfaifantes qu'à Reims ;
mais avec le noble defir d'être utile à
fes concitoyens , il faut l'heureux concours
des facultés .
Quel eft le citoyen zélé pour le bien.
public , dit M. D. qui ne donnât volontiers
fi les autres moyens manquent,
une ou deux années du revenu de fa
maifon pour y faire venir en tout temps
une quantité d'eau fuffifante ? Que ne
donneroit-on pas dans nombre de Châteaux
où l'eau manque, pour avoir une
fource d'un pouce d'eau feulement ?
quelles dépenfes ne fait- on pas quelquefois
pour s'en procurer dans des
maifons qu'on n'habite qu'en paſſant ?
ne feroit-ce pas faire de fon argent un
meilleur ufage que de l'employer en
lambris , en dorures & en autres ornemens
fuperflus & paffagers ? la bonne
eau fera toujours de mode.
En effet , quel avantage d'avoir dans
MAR S. 1763.
III
la maifon qu'on habite le plus longtems ,
une fource de bonne eau , fourniffant
l'office , la falle à manger , coulant fans
ceffe dans la cuifine , entraînant les immondices
fans leur laiffer le temps de
fermenter & d'empuantir & infecter
l'air des endroits où l'on conferve les
viandes & de ceux où on les prépapare.
Quelle fatisfaction de voir laver
fa cuifine & tous fes recoins dix
fois par jour , fi l'on veut fon eft moins
pareffeux à nétoyer partout quand l'eau
ne coute pas à tirer.
Non feulement cette abondance d'eau
tiendra le dedans de la maison propre &
frais , mais auffi les rues qui deviendront
des ruiffeaux formés tant par l'eau
de refte qui fortira des grandes maifons
que par celles qu'on employera à laver.
Ces ruiffeaux entraîneront fans ceffe les
boues , entretiendront le pavé propre &'
mouillé auprès des ruiffeaux pour le foulagement
des chevaux. En Eté on arrofera
, ou pour mieux dire , on lavera
les rues avec cette eau auffi fouvent
qu'on le voudra , au lieu de deux fois
qu'on les humecte à préfent avec fort
peu d'eau & fouvent avec de l'eau vilaine
& puante , qui jettée en petite
112 MERCURE DE FRANCE .
quantité , ne fait que tenir la boue délayée
pendant un peu de temps & infecter
d'autant mieux l'air , l'abondance
de celle-ci le rendra fain & falubre ,
ce qui eft fi important pour la fanté des
citoyens & d'autant plus néceffaire que
le nombre des habitans eft plus confidérable
; tout le monde fent de refte
que le féjour des boues & immondices
contre les murs ou contre les bornes
doit de néceffité rendre l'air bas , infecté
& mal fain & c'est celui que
nous refpirons.
"
"
Quelle tranquillité d'avoir dans fa
maiſon un réſervoir toujours plein d'eau
& fans ceffe renouvellé pour fournir un
fecours prompt & à propos dans un cas
de malheur tant pour foi que pour le
voifinage !
Dans la feconde partie de cet intéreffant
Mémoire , M. Dep. rend compte
de ce qui l'a conduit à former ce
projet , & de ce qu'il a fait pour s'af--
furer d'abord de la poffibilité, & enfuite.
pour dire exactement à quelle hauteur
l'eau pouvoit arriver à Paris. Il a fallu
pour cela rapporter le tout à un point
fixe & immuable , & c'eft au fol de l'Églife
N. D. qu'il a rapporté toutes ſes.
opérations.
MARS. 1763. 113
Faifant abftraction de la pente qui
fait couler l'eau de moulin en moulin
depuis Vaugien jufqu'à Paris , les chutes
des moulins ont fait connoître à M.
D. de combien l'eau de Vaugien étoit
plus élevée que l'eau de la Seine fous le
Pont de l'Hôtel- Dieu , de laquelle déduifant
la quantité de pieds & pouces
dont le fol de N. D. étoit plus élevé
que la Seine le même jour qu'il mefuroit
les chutes des moulins , le refte
donne l'élévation de l'eau de Vaugien
fur le fol de N. D. qui eft de 83 pieds
9 pouces.
Le nivellement que M. D. a fait &
repété plufieurs fois pour parvenir à
connoître de combien l'arrivée des eaux
d'Arcueil eft plus élevée que le même
fol de N. D. fuppofe des opérations
fort intéreffantes pour les perfonnes
qui font au fait de ces matiéres ; mais
comme elles ne font pas à la portée
de tous nos Le&curs , nous nous contenterons
d'en rapporter les principaux
réfultats.
1°. Le haut de la Tour méridionale
de N. D. eft plus élevé que le fol de
l'Eglife pris au bas de l'efcalier des.
Tours de 204 pieds 9 pouces. 2 °. Le haut
du parapet de l'Obfervatoire et plus.
114 MERCURE DE FRANCE .
haut que le même fol de N. D. de
161 pieds d'où il fuit que la Tour
méridionale de N. D. eft plus élevée
que le haut de l'Obfervatoire de 43
pieds 9 pouces. 3° . Le bouillon d'arrivée
des eaux d'Arcueil eft plus élevée
que le le fol de N. D. de 67 pieds 10
pouces & demie , qui ôtés de 83 pieds
9 pouces dont l'eau de Vaugien eft plus
élevée que le même fol de N. D, refte
15 pieds 10 pouces & demi , dont
l'eau de l'Yvette à Vaugien eft plus
élevée que l'arrivée des eaux d'Arcueil
à côté de l'Obfervatoire , non compris
la pente qui la fait couler de moulin
en moulin depuis Vaugien jufqu'à
Paris.
4º Le haut de la Place de l'Eftrapade
eft plus élevé que le fol de N. D. de
81 pieds 3 pouces.
5°. Enfin l'endroit le plus élevé du parapet
du pont de l'Hôtel-Dieu eft plus
élevé que le fol de N. D. de 10 pieds 6
pouces , ce qui donne le moyen de connoitre
de combien la Seine eft plus baffe
que le fol de N. D.
M. D. avec cette modeftie qui
convient aux vrais Sçavans qui n'ont
d'autres vues que celles du bien public,
MARS.
115
veut bien n'être pas cru fur fa parole ,
´'il demande lui-même qu'on faffe examiner
fon projet ; mais il defire que ce
foit par les perfonnes les plus capables
& les plus propres à infpirer la confiance
que l'objet mérite . Comme il
connoît bien la vérité de ce qu'il propofe
, on voit en plufieurs endroits de
fon Mémoire qu'il eft pleinement perfuadé
que fon projet fera exécuté à l'avenir
s'il ne l'eft à préfent. Voici comment
il s'exprime en un endroit.
Ne connoiffant rien de plus urgent
à
faire pour une grande ville , après la
conftruction des ponts , quand il en
faut que de procurer dans tous les
quartiers une fuffifante quantité de
bonne eau ; & connoiffant affez bien
les environs de Paris , pour pouvoir affurer
qu'il n'y a que la riviére d'Yvette
qui, donnant cette fuffifante quantité
de bonne eau , puiffe y arriver à une
hauteur propre à l'envoyer dans tous
les quartiers , à moins de l'aller prendre
beaucoup plus loin ; je crois être fondé
à me perfuader que ce projet fera
éxécuté à l'avenir , s'il ne l'eft à préfent
, & d'autant plus , comme je l'ai
déja fait obferver , que c'eft la feule
dépense que la Ville puiffe faire dont
116 MERCURE DE FRANCE.
les fonds tui rentrent avec avantage ,
en faifant le bien des citoyens , cette
dépenſe n'étant , à proprement dire
qu'une avance ou de l'argent placé.
Mais quand même cette dépenfe ne
devroitjamais rentrer : pour une grande
ville , capitale d'un grand royaume , il
faut de grandes chofes
Il regarde donc l'éxécution de ce
projet comme indifpenfable , foit dans
peu , foit à l'avenir or dans quelque
temps qu'on l'entreprenne , on doit
faire le tout de manière à pouvoir recevoir
& laiffer couler plus de 2000 pou--
ces d'eau, vû qu'on peut les avoir dèsà-
préfent les trois quarts de l'année
& qu'on pourra fe les procurer pour
toute l'année quand on le voudra , & c..
Quand même M. Dep. n'auroit pas
la fatisfaction de voir éxécuter ſon projet
, il pourra fe flatter d'avoir rendu un
fervice éffentiel à fa patrie , en faisant .
une fi heureufe découverte . Elle intéreffa
tout le monde dès qu'il commença
à en faire
part , & jamais
Mémoire
n'a été écouté
avec plus d'attention
ni
plus applaudi
qu'il le fut lorsqu'il
en fit.
la lecture
à l'Affemblée
de la rentrée
publique
de l'Académie
Royale
des.
Sciences
, du mois de Novembre
derMARS.
1763. 117
>
nicr. Le Miniftre toujours attentif à ce
qui peut contribuer au bien public , a
voulu qu'il fut imprimé à l'Imprimerie
Royale.
Lorfque M. Dep. eut l'honneur de le
préfenter au Roi , il en fut accueilli favorablement
, & Sa Majesté voulut bien
entrer avec lui dans des détails qui marquoient
fort l'intérêt qu'Elle y prenoit.
Ce Mémoire ne fe vend pas ; on n'en
a tiré que le nombre d'exemplaires qu'on
a voulu donner ; mais on le trouvera
dans la fuite des Mémoires de l'Académie
des Sciences , pour l'année 1762.
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Résumé : ACADÉMIES. EXTRAIT du Mémoire lu à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 13 Novembre 1762 par M. DE PARCIEUX, de la même Académie ; sur un moyen de donner une abondante quantité de bonne eau dans tous les Quartiers de PARIS.
En 1762, M. de Parcieux présente à l'Académie Royale des Sciences un projet visant à fournir une abondante quantité d'eau potable à Paris. Les Romains et d'autres anciens avaient déjà construit des infrastructures pour acheminer l'eau dans leurs villes. À Paris, les machines utilisées jusqu'alors étaient insuffisantes, à l'exception des eaux de Rungis apportées par Marie de Médicis. Le projet de M. de Parcieux propose de capter les eaux de la rivière d'Yvette à Vaugien et de les acheminer jusqu'à la Porte Saint-Michel, d'où elles seraient distribuées dans toute la ville. L'aqueduc proposé parcourrait environ dix-sept à dix-huit mille toises, suivant le lit naturel de l'Yvette jusqu'à Palaiseau, puis traversant une montagne pour rejoindre la vallée de la Bièvre. L'eau suivrait ensuite la côte droite de la Bièvre, traversant plusieurs ponts aqueducs jusqu'à Arcueil, où elle rejoindrait l'aqueduc actuel. M. de Parcieux a analysé la qualité de l'eau de l'Yvette, confirmée par les chimistes Hellot et Macquer comme étant de la plus excellente qualité. Il a également estimé la quantité d'eau disponible, concluant qu'il était possible de fournir à Paris deux mille pouces d'eau continus. Le projet est présenté comme essentiel et urgent pour Paris, qui manque d'eau ou n'en dispose qu'en petites quantités. M. de Parcieux compare les travaux nécessaires à ceux réalisés dans d'autres villes comme Montpellier et Carcassonne, soulignant que Paris, avec sa population plus importante, mérite un tel investissement. Il espère que des citoyens généreux, inspirés par des exemples historiques de philanthropie, contribueront à la réalisation de ce projet. Le texte discute également des avantages d'une eau courante pour la propreté des cuisines, l'évacuation des immondices, et la salubrité de l'air. Les rues deviendraient des ruisseaux permettant d'évacuer les boues et de maintenir le pavé propre. En été, les rues pourraient être arrosées plus fréquemment avec de l'eau propre, améliorant ainsi la qualité de l'air et la santé des citoyens. Le mémoire de M. Dep. a été bien accueilli lors de sa présentation à l'Académie Royale des Sciences et a suscité un grand intérêt. Le ministre et le roi ont également montré un intérêt favorable pour ce projet. Le mémoire est disponible dans les publications de l'Académie des Sciences pour l'année 1762.
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