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1
p. 463-469
DISCOURS prononcé dans l'Hôtel de Ville de la Rochelle, le 18 Juillet 1732. par M. Regnaud, l'un des Membres de la nouvelle Académie Royale, à la tête de la Compagnie.
Début :
MESSIEURS, Nous venons partager avec vous la joïe que nous [...]
Mots clefs :
Académie de La Rochelle, Établissement, La Rochelle, Société littéraire, Sciences, Public, Amour, Gloire, Province, Postérité, Belles-lettres
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé dans l'Hôtel de Ville de la Rochelle, le 18 Juillet 1732. par M. Regnaud, l'un des Membres de la nouvelle Académie Royale, à la tête de la Compagnie.
DISCOURS prononcé dans l'Hôtel
de Ville de la Rochelle , le 18 Juillet
1732. par M.Regnaud , l'un des Membres
de la nouvelle Académie Royale , à
la tête de la Compagnie.
M
ESSIEURS ,
Nous venons partager avec vous la
joïe que nous cause un Etablissement
aussi glorieux pour cette Ville , qu'il lui
sera utile dans la suite. Cette Société Litteraire
qui s'est formée sous vos yeux, qui
des son commencement a eu l'approba
tion de M. Bignon , Intendant de la Province
, est aujourd'hui honorée de la Protection
de Monseigneur le Prince de
Conti , et érigée en Corps Académique ,
par les Lettres Patentes , qu'il a plû au
Roy de nous accorder .
L'amour de l'Etude avoit fait naître
l'idée de cet Etablissement , la Sagesse
l'a conduit , la Vertu l'a protegé , et l'authorité
Souveraine vient de le rendre stable
, par une de ces graces singulieres que
S. M. ne répand que sur les Villes qui lúi
sont les plus attachées , les plus soumises ,
Ciiij et
464 MERCURE DE FRANCE
et , si je l'ose dire , les plus cheres.
Prérogative bien glorieuse pour nous
mais encore plus interressante ! elle nous
découvre le caractere bienfaisant du Prince,
sous les Loix duquel nous avons le bonheur
de vivre , son zele à étendre l'Empire
des Lettres jusqu'aux extrémitez de la
France , et, ce qui doit nous toucher plus
vivement, son attention à procurer à cette
Ville , tout ce qui peut lui être avantageux.
En effet , MESSIEURS , nos besoins
sont satisfaits , dès qu'il les connoît ; il
sçait que le commerce de cette Ville a
perdu de son activité et de son étenduë
que notre Port est devenu inaccessible
aux Vaisseaux ; il en ordonne le rétablis
sement , l'ouvrage est commencé , et l'expérience
de celui à qui il est confié , nous
assure du succès .
ོ་
བ་
Vraiment Pere de ses Peuples , il veille
sans cesse à leur conservation ; des maladies
Périodiques affligent les habitans de
cette Ville ; il ordonne d'en chercher la
cause, on la découvre, et déja nous voïons
près de cette Digue fameuse , qui sembloit
devoir nous éloigner de la Mer en lui
prescrivant de nouvelles bornes , mille
bras occupez au salut public.
Mieux instruit que nous sommes de
"no"
MARS. 1733.
465
nos propres interêts , il prévient les suites
funestes de cette avidité qui avoit porté
les Contrées voisines à changer l'usage de
leurs Terres , sans faire attention , qu'en
multipliant à l'excès , les fruits d'une
même espece , elles causoient une abondance
capable de ruiner la principale ressource
de cette Province.
Il semble , MESSIEURS , que cet Astre
ne soit placé sur nos têtes que pour
nous faire sentir la douceur de ses influences
; toujours attentif à recompenser
le mérite et les services de ses Sujets , il
vient de répandre un nouveau lustre
sur une Compagnie encore plus - respectable
par les qualitez de l'esprit et
du coeur , que par le nouvel éclat dont
S. M. a bien voulu l'honorer.
Secondant les voeux d'un Corps qué la
piété et le sçavoir ont toujours distingués
il veut , à l'honneur de la Religion élever
des Autels , dignes de sa Magnificence
Royale , dans les mêmes lieux où l'on regrete
encore ceux que la Guerre et l'Hérésie
ont renverses avec tant de fureur.
›
Notre reconnoissance se ranime à la
vûë de tous ces bienfaits ; mais eussionsnous
pû , MESSIEURS la marquer
d'une manière assez éclatante , si la nouvelle
faveur que nous recevons de S. M.
C v
ne
466 MERCURE DE FRANCE
ne nous mettoit en état de la rendre publique
, et de la faire passer jusqu'à la
posterité la plus reculée.
L'amour des Letttes , et leurs progrès
dans un Etat sont des marques assurées
de grandeur et de prosperité , et leur Etablissement
dans une Ville , et pour tous
les Citoiens , une source de gloire , à laquelle
chacun a droit de prétendre,à proportion
de ses talens .
Vous le sçavez , MESSIEURS , et j'ose
le dire , vous le sçavez par expérience
quels sont les avantages que l'on retire de
la connoissance et de l'amour des belles
Lettres ; jamais l'ame n'est mieux préparée
à la vertu que lorsque les Sciences y
ont répandu la lumiere , plus on est instruit
, micux on est en état de remplir ses
devoirs.
Pour nous en convaincre , parcourons
les differens états d'une Ville où les Lettres
et les Sciences sont cultivées ; nous y
verrons tous les Postes également bien
remplis ; l'authorité y esr sans aigreur ;
Pobéissance sans contrainte ; un heureux
Equilibre y entretient l'harmonie et la
paix ; il regne entre ses habitans , " une
émulation sans envie ; des moeurs douces.
et policées y rendent la société agréable ;
les Arts sont portez à leur perfection , la
ReliMAR
S. 1733 .
467
Religion est honorée et respectée, les Loix
sont en vigueur, chacun est occupé au milieu
de l'abondance.
.. Ce sont-là , MESSIEURS , les fruits
des Sciences et des Belles - Lettres , dont
vous avez jetté les premieres semences
dans cette Province , par l'établissement
de ces Ecoles publiques , où l'on cultive
sans cesse les biens les plus précieux de la
vie , la sience et la vertu.
De là sont sortis ces grands sentimens ,
ces nobles idées , qui se sont dévelopées
peu à peu , et ausquelles il ne manquoit
que le temps et l'occasion pour éclater.
Telle est aussi , MESSIEURS , l'origine de
cette Société Litteraire , à la gloire de laquelle
vous vous trouvez interressez par
des motifs si pressans.
Jettez les yeux pour un moment , sur
un avenir , qui n'est peut - être pas si
éloigné ; et vous verrez les effets de la
noble émulation que cet établissement
va exciter dans tous les coeurs de nos Concitoiens
; vous verrez que ces Plantes si
cheres que vous cultivez avec tant de précaution
, que ces Enfans , dignes de tout
votre amour , comme de tous vos soins ;
seront les premiets à profiter de tous ces
avantages ; ces genies propres aux plus
grandes choses , cultivez par une heu-
C vi reuse
468 MERCURE DE FRANCE
reuse éducation et animez par des exem-
-ples domestiques , rempliront dignement
la place de leurs Peres , et deviendront.
un jour comme eux l'honneur et la gloire
de leur Patrie.
Si le coeur se porte sans cesse vers l'objet
qu'il aime , avec quelle impatience,
MESSIEURS , n'attendez vous point
ces heureux momens où vous pourrez
faire usage de ces sentimens de générosité
qui vous sont si naturels , et qui conviennent
si - bien au poste que voire mérite
semble vous avoir procuré avant le
temps ?
Vous n'aurez , MESSIEURS, qu'à laisser
agir . votre reconnoissance , envers les
Lettres , nos désirs seront remplis , et
l'Académie aura lieu de se féliciter d'une
si heureuse circonstance.
Tour se déclare en notre faveur ; vous.
connoissez ; MESSIEURS , le prix des
Lettres , et vous en faites la matiere de
vos plus douces occupations , les uns par
d'élégantes traductions que le public attend
avec impatience ; les autres par des
Discours aussi solides qu'éloquens , prononcez
avec grace en diverses occasions ;
d'autres , par des recherches et des Anecdotes
aussi utiles à tous les Etats , que
glorieuses à ceux qui se sont appliquez à
former
MARS. 1733.
469
former ces précieux dépôts. Enfin , MESSIEURS,
Votre gout pour les Sciences et
votre zele pour l'intérêt public , nous
donnent lieu d'esperer que vous contribuerez
de tout votre pouvoir à soutenir
un Etablissement qui ne sauroit être indifferent
à ceux qu'une heureuse éducation
distingne du yulgaire.
La gloire du Roy , celle du Prince
notre Auguste Protecteur, le Bien public,
nos interêts communs . Voilà , MESSIEURS ,
les motifs qui doivent nous réunir , pour
faire éclater notre juste reconnoissance ret
pour apprendre à la postérité que les plus
brillantes Victoires des Regnes précédens
cedenr aux douceurs dont nous
jouissons sous le meilleur de tous les
Rois.
de Ville de la Rochelle , le 18 Juillet
1732. par M.Regnaud , l'un des Membres
de la nouvelle Académie Royale , à
la tête de la Compagnie.
M
ESSIEURS ,
Nous venons partager avec vous la
joïe que nous cause un Etablissement
aussi glorieux pour cette Ville , qu'il lui
sera utile dans la suite. Cette Société Litteraire
qui s'est formée sous vos yeux, qui
des son commencement a eu l'approba
tion de M. Bignon , Intendant de la Province
, est aujourd'hui honorée de la Protection
de Monseigneur le Prince de
Conti , et érigée en Corps Académique ,
par les Lettres Patentes , qu'il a plû au
Roy de nous accorder .
L'amour de l'Etude avoit fait naître
l'idée de cet Etablissement , la Sagesse
l'a conduit , la Vertu l'a protegé , et l'authorité
Souveraine vient de le rendre stable
, par une de ces graces singulieres que
S. M. ne répand que sur les Villes qui lúi
sont les plus attachées , les plus soumises ,
Ciiij et
464 MERCURE DE FRANCE
et , si je l'ose dire , les plus cheres.
Prérogative bien glorieuse pour nous
mais encore plus interressante ! elle nous
découvre le caractere bienfaisant du Prince,
sous les Loix duquel nous avons le bonheur
de vivre , son zele à étendre l'Empire
des Lettres jusqu'aux extrémitez de la
France , et, ce qui doit nous toucher plus
vivement, son attention à procurer à cette
Ville , tout ce qui peut lui être avantageux.
En effet , MESSIEURS , nos besoins
sont satisfaits , dès qu'il les connoît ; il
sçait que le commerce de cette Ville a
perdu de son activité et de son étenduë
que notre Port est devenu inaccessible
aux Vaisseaux ; il en ordonne le rétablis
sement , l'ouvrage est commencé , et l'expérience
de celui à qui il est confié , nous
assure du succès .
ོ་
བ་
Vraiment Pere de ses Peuples , il veille
sans cesse à leur conservation ; des maladies
Périodiques affligent les habitans de
cette Ville ; il ordonne d'en chercher la
cause, on la découvre, et déja nous voïons
près de cette Digue fameuse , qui sembloit
devoir nous éloigner de la Mer en lui
prescrivant de nouvelles bornes , mille
bras occupez au salut public.
Mieux instruit que nous sommes de
"no"
MARS. 1733.
465
nos propres interêts , il prévient les suites
funestes de cette avidité qui avoit porté
les Contrées voisines à changer l'usage de
leurs Terres , sans faire attention , qu'en
multipliant à l'excès , les fruits d'une
même espece , elles causoient une abondance
capable de ruiner la principale ressource
de cette Province.
Il semble , MESSIEURS , que cet Astre
ne soit placé sur nos têtes que pour
nous faire sentir la douceur de ses influences
; toujours attentif à recompenser
le mérite et les services de ses Sujets , il
vient de répandre un nouveau lustre
sur une Compagnie encore plus - respectable
par les qualitez de l'esprit et
du coeur , que par le nouvel éclat dont
S. M. a bien voulu l'honorer.
Secondant les voeux d'un Corps qué la
piété et le sçavoir ont toujours distingués
il veut , à l'honneur de la Religion élever
des Autels , dignes de sa Magnificence
Royale , dans les mêmes lieux où l'on regrete
encore ceux que la Guerre et l'Hérésie
ont renverses avec tant de fureur.
›
Notre reconnoissance se ranime à la
vûë de tous ces bienfaits ; mais eussionsnous
pû , MESSIEURS la marquer
d'une manière assez éclatante , si la nouvelle
faveur que nous recevons de S. M.
C v
ne
466 MERCURE DE FRANCE
ne nous mettoit en état de la rendre publique
, et de la faire passer jusqu'à la
posterité la plus reculée.
L'amour des Letttes , et leurs progrès
dans un Etat sont des marques assurées
de grandeur et de prosperité , et leur Etablissement
dans une Ville , et pour tous
les Citoiens , une source de gloire , à laquelle
chacun a droit de prétendre,à proportion
de ses talens .
Vous le sçavez , MESSIEURS , et j'ose
le dire , vous le sçavez par expérience
quels sont les avantages que l'on retire de
la connoissance et de l'amour des belles
Lettres ; jamais l'ame n'est mieux préparée
à la vertu que lorsque les Sciences y
ont répandu la lumiere , plus on est instruit
, micux on est en état de remplir ses
devoirs.
Pour nous en convaincre , parcourons
les differens états d'une Ville où les Lettres
et les Sciences sont cultivées ; nous y
verrons tous les Postes également bien
remplis ; l'authorité y esr sans aigreur ;
Pobéissance sans contrainte ; un heureux
Equilibre y entretient l'harmonie et la
paix ; il regne entre ses habitans , " une
émulation sans envie ; des moeurs douces.
et policées y rendent la société agréable ;
les Arts sont portez à leur perfection , la
ReliMAR
S. 1733 .
467
Religion est honorée et respectée, les Loix
sont en vigueur, chacun est occupé au milieu
de l'abondance.
.. Ce sont-là , MESSIEURS , les fruits
des Sciences et des Belles - Lettres , dont
vous avez jetté les premieres semences
dans cette Province , par l'établissement
de ces Ecoles publiques , où l'on cultive
sans cesse les biens les plus précieux de la
vie , la sience et la vertu.
De là sont sortis ces grands sentimens ,
ces nobles idées , qui se sont dévelopées
peu à peu , et ausquelles il ne manquoit
que le temps et l'occasion pour éclater.
Telle est aussi , MESSIEURS , l'origine de
cette Société Litteraire , à la gloire de laquelle
vous vous trouvez interressez par
des motifs si pressans.
Jettez les yeux pour un moment , sur
un avenir , qui n'est peut - être pas si
éloigné ; et vous verrez les effets de la
noble émulation que cet établissement
va exciter dans tous les coeurs de nos Concitoiens
; vous verrez que ces Plantes si
cheres que vous cultivez avec tant de précaution
, que ces Enfans , dignes de tout
votre amour , comme de tous vos soins ;
seront les premiets à profiter de tous ces
avantages ; ces genies propres aux plus
grandes choses , cultivez par une heu-
C vi reuse
468 MERCURE DE FRANCE
reuse éducation et animez par des exem-
-ples domestiques , rempliront dignement
la place de leurs Peres , et deviendront.
un jour comme eux l'honneur et la gloire
de leur Patrie.
Si le coeur se porte sans cesse vers l'objet
qu'il aime , avec quelle impatience,
MESSIEURS , n'attendez vous point
ces heureux momens où vous pourrez
faire usage de ces sentimens de générosité
qui vous sont si naturels , et qui conviennent
si - bien au poste que voire mérite
semble vous avoir procuré avant le
temps ?
Vous n'aurez , MESSIEURS, qu'à laisser
agir . votre reconnoissance , envers les
Lettres , nos désirs seront remplis , et
l'Académie aura lieu de se féliciter d'une
si heureuse circonstance.
Tour se déclare en notre faveur ; vous.
connoissez ; MESSIEURS , le prix des
Lettres , et vous en faites la matiere de
vos plus douces occupations , les uns par
d'élégantes traductions que le public attend
avec impatience ; les autres par des
Discours aussi solides qu'éloquens , prononcez
avec grace en diverses occasions ;
d'autres , par des recherches et des Anecdotes
aussi utiles à tous les Etats , que
glorieuses à ceux qui se sont appliquez à
former
MARS. 1733.
469
former ces précieux dépôts. Enfin , MESSIEURS,
Votre gout pour les Sciences et
votre zele pour l'intérêt public , nous
donnent lieu d'esperer que vous contribuerez
de tout votre pouvoir à soutenir
un Etablissement qui ne sauroit être indifferent
à ceux qu'une heureuse éducation
distingne du yulgaire.
La gloire du Roy , celle du Prince
notre Auguste Protecteur, le Bien public,
nos interêts communs . Voilà , MESSIEURS ,
les motifs qui doivent nous réunir , pour
faire éclater notre juste reconnoissance ret
pour apprendre à la postérité que les plus
brillantes Victoires des Regnes précédens
cedenr aux douceurs dont nous
jouissons sous le meilleur de tous les
Rois.
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Résumé : DISCOURS prononcé dans l'Hôtel de Ville de la Rochelle, le 18 Juillet 1732. par M. Regnaud, l'un des Membres de la nouvelle Académie Royale, à la tête de la Compagnie.
Le 18 juillet 1732, M. Regnaud, membre de la nouvelle Académie Royale de La Rochelle, a prononcé un discours célébrant la création d'une société littéraire dans la ville. Cette initiative a été approuvée par M. Bignon, Intendant de la Province, et protégée par Monseigneur le Prince de Conti, avant d'être officialisée par des lettres patentes du roi. L'établissement de cette académie est perçu comme une source de gloire et d'utilité pour La Rochelle. Le discours souligne la bienveillance du roi envers les villes loyales et soumises, mettant en avant son zèle pour l'expansion des lettres et son attention aux besoins de La Rochelle. Le roi a ordonné la restauration du port et la lutte contre les maladies périodiques affectant la ville. Il a également pris des mesures pour prévenir les conséquences néfastes de l'avidité agricole dans les régions voisines. L'académie est vue comme un moyen de promouvoir la vertu et la connaissance, contribuant à une société harmonieuse et prospère. Le discours encourage les membres à cultiver les lettres et les sciences, soulignant leur rôle dans le développement des talents et des vertus civiques. La reconnaissance envers le roi et le prince est exprimée, ainsi que l'espoir de voir les jeunes générations bénéficier de cette éducation et devenir un jour l'honneur de leur patrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 73-82
EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Début :
La séance fut ouverte par la lecture des éloges de M. de Chazerat, premier [...]
Mots clefs :
Société littéraire de Clermont, Société littéraire, Pierres, Eaux , Pont, Clermont-Ferrand, Auvergne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
EXTRAIT
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
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Résumé : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Le 24 août 1754, la Société Littéraire de Clermont en Auvergne a organisé une assemblée publique au cours de laquelle plusieurs ouvrages ont été présentés. La séance a débuté par la lecture des éloges de M. de Chazerat, président de la Cour des Aides, et de M. Roffignol, ancien Intendant d'Auvergne, tous deux associés honoraires de l'Académie. Ces éloges étaient les premiers à être lus depuis la création de la Société. Les deux hommes avaient joué un rôle crucial dans la revitalisation des lettres et des arts en Auvergne et avaient obtenu la permission pour les membres de la Société de se réunir régulièrement. M. Dijon a ensuite présenté un mémoire sur l'ancienneté et les dimensions du pont de vieille Brioude, situé sur la rivière d'Allier. Il a contesté l'attribution de la construction de ce pont aux Romains en comparant ses caractéristiques architecturales avec celles des édifices romains connus. M. Dijon a également produit un document de 1434 prouvant que le pont avait été construit par les habitants de vieille Brioude. Il a décrit les dimensions et les matériaux utilisés, notant que l'arche du pont est la plus grande du Royaume, formant un segment de cercle avec une corde de 172 pieds de longueur et une flèche de 66 pieds. M. de Saint-Victor a lu un mémoire sur la vie et les œuvres de Jean Savaron, président-lieutenant général au siège présidial de Clermont. Savaron, né en 1566, avait été élevé par Cujas et avait occupé diverses charges avant de devenir président du présidial de Clermont sous Henri IV. Le mémoire soulignait sa députation aux États de 1614, ses échanges avec les savants de son époque, et sa contribution à la donation du Duché d'Auvergne par Marguerite de Valois. Savaron est décédé en 1622. Enfin, M. Ozy a présenté un prospectus pour une histoire naturelle de l'Auvergne, qu'il prévoyait de publier. Il a divisé son étude en trois parties : le règne animal, le règne végétal et le règne minéral. Pour le règne animal, il a mentionné les animaux domestiques et sauvages, en se concentrant sur les espèces rares. Pour le règne végétal, il a prévu de décrire les arbres, arbustes et autres plantes de la région. Pour le règne minéral, il a prévu d'étudier les métaux, les pierres précieuses, les eaux minérales et les phénomènes géologiques comme les volcans et les cavernes. M. Ozy a également lu une dissertation sur le ver lion, détaillant ses observations et ses métamorphoses. La séance s'est conclue par la lecture des extraits des ouvrages lus lors des assemblées particulières de l'année et des observations sur divers phénomènes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 196-214
SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons sur Marne.
Début :
La Société littéraire ouvrit ses séances par la lecture du remerciement, envoyé [...]
Mots clefs :
Société littéraire de Châlons, Société littéraire, Cadavres, Cimetière, Calomnie, Coeur, Discours, Exhumation, Sciences, Académies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons sur Marne.
SEANCES PARTICULIERES
De la Société Littéraire de Châlons
fur Marne.
A Société littéraire ouvrit fes féances
Lpar la lecture du remerciement , envoyé
par M. Desforges- Maillard , l'un de
fes Allociés externes.
Ce difcours eft le fruit du zéle que le
nouvel afſocié a toujours fait paroître pour
le progrès des Sciences & des Lettres , dont
l'utilité eft attaquée dans certains ouvrages
enfantés de nos jours par l'amour de
la fingularité , & par l'envie de paroître.....
M. D. F. M. examine les différens paradoxes
, qui tour à tour ont occupé la ſcene ,
& il expofe avec jufteffe & préciſion ce que
nous devons aux fciences , dont l'origine
a été celle des Arts & de l'induftrie , & aux
Lettres qui font la clef des fciences ....
En vain , pour foutenir une opinion
bizarre , allegue -t'on les abus occafionnés
par les oeuvres de la dépravation du coeur.
M. D. F. M. répond que des abus particuliers
il n'eft pas permis de tirer des conféquences
générales .... J'aimerois autant
qu'on avançat que la création du feu eft
DECEMBRE 1755. 197
pernicieufe , parce qu'il dépend d'un fou
de fe précipiter dans les flammes , & que
le feu venant à manquer à la malice hu
maine, il n'y auroit plus d'incendiaires, &c .
M. D. F. M. paffe à l'examen d'une autre
thefe. Comme une erreur fe renouvelle
ordinairement dans une autre , j'ai vu ,
dit-il , mettre en problême fi la multipli
cité des Académies ne feroit point un jour
la perte des talens.... N'eft- ce pas la même
chofe que fi l'on s'avifoit de dire qu'il feroit
dangereux peut- être que la plûpare
des hommes recherchâffent la vertu , parce
que la poffeffion en devenant trop commune
, il n'y auroit plus de gloire à devenir
vertueux ?
Après avoir fait fentir que ces chimériques
fyftêmes ont pris naiffance chez les
uns dans l'ambition & le défefpoir de parvenir
à la fupériorité littéraire , & chez
les autres dans l'ennui que leur caufe l'étude,
... il déplore le malheur de ces aveugles
nés , qui ne devant jamais voir la lumiere
, voudroient pouvoir l'éteindre de
leur fouffle pour tout le genre humain.
Pour réfoudre ce fecond problême , M.
D. F. M. avance avec vérité
avec vérité que les
Capitales des Royaumes ne font pas les
feuls endroits du monde où il foit permis
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
d'être fçavant & d'avoir de l'efprit.... Il eſt
de tous les païs , de tous les tems , de tous
les fexes , de toutes les conditions..... I
parle toutes les langues , & fructifie partout
où il eft cultivé.... D'où il conclud
que la multiplicité des Académies , loin
de pouvoir nuire aux talens , les éleve au
contraire , les encourage , & les multiplie....
Combien en voyons- nous éclorre ;
qui fe fuffent ignorés eux - mêmes , s'ils
ne s'étoient réveillés au bruit flateur de l'émulation
excitée par la gloire prochaine !
Combien de fçavans fe fuffent ensevelis
dès leur naiffance , privés par la fortune
des fecours néceffaires pour fe rendre dans
la Capitale, loin de laquelle on s'imaginoit
par un faux préjugé, qu'il n'étoit pas poffible
de mettre au jour quelque chofe qui fûr
digne de paroître ! ..
M. D. F. M. examine quelles étoient
les fources de cette prévention fatale , &
en affigne trois principales ; le chagrin de
manquer , dans la Province , d'équitables &
de fages critiques , que l'on pût familiérement
confulter fur fes effais ; le défagrément
de produire de bonnes chofes , fans
avoir d'approbateurs , dans des lieux où les
hommes capables de juger demeuroient
ifolés dans leurs cabinets , & de ne trouDECEMBRE.
1755. 199
ver dans le refte des Citoyens que des ames
infenfibles aux fruits de leurs veilles ....
L'établiſſement des Sociétés Littéraires
dans les Villes les plus confidérables des
Provinces lui paroît avoir levé tous les obftacles
que la distance de la Capitale oppofoit
au progrès des beaux Arts. Il entre
dans le détail des avantages que l'on retire
tous les jours de ces fortes d'établiſſemens,
ce qui le conduit naturellement à l'éloge
de l'Académie Françoife , qu'il nomme
avec autant de juftice que de vérité , la
Reine des Académies ..... Une comparaifon
délicate , heureufement amenée , fournit
à M. D. F. M. l'occafion de marquer fon attachement
au premier Tribunal du Royaume
par un éloge bien mérité de ce Sénat
par excellence.... Nous voudrions pouvoir
communiquer à nos lecteurs toutes les
beautés de ce morceau . Nous terminerons
cet extrait par l'éloge du Prince , Protec
teur.... » Scipion à la guerre , le laurier de.
» Mars le couronne ; Scipion pendant la
paix , il honore les Térences de fon ef-
" time , de fes confeils & de fon amitié....
Parlant enfuite de la réception de ce Prince
à l'Académie Françoife , M. D. F. M. dit.
que cet événement doit être à jamais écrit .
en lettres d'or ; événement qui comble
ود
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'honneur , non feulement les Académiciens
vivans , mais dont l'éclat rétroactif
réjaillir fur ceux mêmes qui ont payé le
fatal tribut à la nature.... & c.
A la fuite de ce difcours étoit une ode ,
tirée du Pleaume 45. Deus nofter refugium
& virtus , adjutor in tribulationibus...
M. l'Abbé Suicer , Licencié ès Loix ,
chargé de répondre à ce difcours , fir l'éloge
du nouveau récipiendaire. Nous allons
tranfcrire les principaux traits de ce
morceau, qui nous a paru vrai &bien frappé.
» Où vit - on un génie plus heureux &
» plus fécond , une imagination plus brillante
& plus ornée ? Beauté dans les
» images ; délicateffe dans les fentimens ;
» finelle dans les expreffions.... Quel genre
savez-vous effayé qui n'ait réuffi entre
» vos mains ? .... Perfonne n'écrivit avec
plus de force , ne badina avec plus d'efprit
, ne conta avec plus de légereté....
» L'empreffement que le public a marqué
pour vos ouvrages , à mefure qu'ils
voyoient le jour , n'a rien qui doive fur-
» prendre : il étoit l'effet de ce goût pour
»la belle nature , qui fe trouve toute en-
» tiere avec fes graces naïves dans ces pro-
→ductions admirables , dignes d'un fiecle
plus équitable ou moins prévenu .
DECEMBRE. 1755. 201.
M. l'Abbé Suicer caractériſe enfuite les
Ouvrages qui ont paru fous le nom de
Mile Malerais Delavigne : « Vos charman-
» tes hirondelles ont pris leur vol en
" 1730 ( 1 ) , & fur leurs aîles legeres ont
porté dans toute l'Europe fçavante la réputation
juftement méritée de celui qui
» leur avoit donné l'être....
M. Culoteau de Velie , Avocat du Roi
au Préfidial , Directeur , a lu un difcours
fur l'abus des talens ; fon ouvrage eft divifé
en deux parties : dans la premiere , if
examine quelle peut être la fource de ces
abus , & croit la trouver dans l'amourpropre
& la cupidité : l'un gâte l'efprit ,
l'autre corrompt le coeur ; le premier diminuant
à fes yeux ( de l'homme ) l'idée
de fes propres défauts , augmente en mê
me-tems celle de fon mérite ; la feconde
le foumet à l'empire des paffions : de l'un
naiffent la folle vanité , l'ambition , Penvie
, &c ; de l'autre l'intempérance , la
diffipation , la débauche , &c ; de toutes
les deux fuit la perte de l'homme entier.
M. D. V. parcourt quelques états de la
vie : il y découvre divers abus des talens .
Comme fon deffein eft moins d'entrer dans
(1 ) L'Idylle des hirondelles a été imprimée dans
le Mercure de France , Décembre 1730 , 1 vol. g.
2577
I iv
202 MERCURE DE FRANCE.
un détail fuivi , que de chercher les moyens
de les prévenir , ou d'y remédier ; il effaye
de les déterminer dans la feconde partie.
D'abord il confidere l'homme dans les premieres
années de fa jeuneffe , dans ces
tems heureux où l'efprit cherche à connoître
, & le coeur commence à défirer : invefti
par une multitude d'objets , également
nouveaux & inconnus , peut - être
dangereux , M. D. V. reconnoît qu'un
guide feroit bien utile à l'homme pour
éclairer fon ignorance , former fon goût ,
diriger fes pas incertains.... Il demande ce
guide rempli de zéle.... Il veut qu'il réuniffe
les qualités du coeur aux dons de l'efprit....
M. D. V. confidere enfuite l'homme plus
avancé en âge : dans la fuppofition que les
paffions auront pris le deffus : il indique
trois moyens pour rétablir tout dans l'ordre
: » Aimer la vérité , étudier la fageffe ,
» & chercher dans la fociété des gens de
» bien les fecours néceffaires pour arriver
plus furement à la connoiffance de l'une
» & de l'autre. »> M. D. V. prouve la néceffité
de ces trois points par des exemples
tirés de l'histoire , & par des autorités ref,
pectables.
M. Dupré d'Aulnay , ancien Commiffaire
des Guerres , Chevalier de l'Ordre
DECEMBRE. 1755. 203
de Chriſt , de la Société Littéraire d'Arras ,
lut un Mémoire fur l'écoulement de la matiere
fubtile dans le fer & dans l'aimant
par lequel il combat le fyftême de Descartes,
& de quelques Phyficiens qui l'ont fuivi ,
& qui attribuent la détermination de cet
écoulement dans le fer à des poils qu'ils
fuppofent exiſter dans ce métal , &c. Il explique
de quelle maniere les émanations
du foleil & de l'air fubtil agiffent fur les
corps mols ou folides ; il réfute la prétention
de ceux qui foutiennent que la ma
tiere magnétique fe meut avec plus de facilité
dans le fer que dans l'air , & rapporte
diverfes propriétés de la matiere univerfelle
connue fous différentes dénominations
d'air fubil , d'éther , de matiere
électrique , &c. Sur tous ces articles , l'Auteur
entre dans une infinité de détails phyfiques
qu'il n'eft guere poffible d'abréger.
M. Navier , Docteur en Médecine , Affocié-
Correfpondant de l'Académie Royale
des Sciences de Paris , toujours occupé de
recherches utiles , a lu une differtation
fur le danger des exhumations en général ,
& en particulier fur celle que Pon fe propofoit
de faire des cadavres qui repofent
dans le cimetiere ( 1 ) de la Paroiffe de
S. Alpin de Châlons.
(1 ) On avoit formé le projet d'agrandir la
1 vi
204 MERCURE DE FRANCE.
Ce Mémoire a deux parties ; dans la
premiere M. N. établit les différens degrés
de corruption que parcourent fucceffivement
les corps des animaux deftitués de
vie , & qui doivent les conduire à une
deftruction totale . De ces principes il conclud
que le monftrueux mêlange qui réfulte
de la putréfaction , venant à s'élever
fous la forme d'exhalaifons infectes ,
& pouvant atteindre jufqu'à l'intérieur
des organes tendres & délicats des corps
animés , il y porteroit infailliblement la
deftruction... Ces exhalaifons fe tranfmettroient
plus ou moins à tous ceux qui ſe
trouveroient dans cette atmoſphere ... Nos
liqueurs une fois imprégnées de ces parties
virulentes,ne s'en dépouilleroient qu'avec
peine , & plufieurs fuccomberoient ,
malgré les efforts redoublés que la nature
Place qui eft devant l'Hôtel de Ville, par le retranchement
du Cimetiere de S. Alpin , qui en occupe
une bonne partie . On devoit transporter incelfamment
les cadavres de ce cimetiere dans un autre
également au coeur de la Ville . M. N averti
des préparations que l'on faifoit à cet effet , & prévoyant
les fâcheux accidens auxquels la Ville alloit
être expofée par une exhumation auffi précipitée
, car il y avoit à peine dix-huit mois que
l'on ceffoit d'y enterrer , fe propofa de faire
connoître les funeftes effets qui alloient en réfalter.
DECEMBRE . 1755. 205
pourroit faire pour fecouer le joug d'un
ennemi auffi redoutable.... Le malheur qui
en réfulteroit , ne fe borneroit pas feulement
au court efpace de temps pendant
lequel l'air fe trouveroit alteré. Une partie
des miafmes corrupteurs
qui fe feroient
gliffés dans les corps vivans , y
pourroient féjourner fort long- temps , en
fe tranfmettant
des uns aux autres , ou
même en s'y tenant comme cachés pendant
un certain temps , avant que d'y exercer
leur fureur....
M. N. obferve qu'en telle circonftance
le poifon fe gliffe dans les corps par plus
d'une voie .... Les pores cutanés , la refpiration
, les nourritures , &c , font autant de
moyens qui en facilitent l'introduction ....
Un intervalle de dix huit à vingt mois ne
lui paroît pas un temps fuffifant pour confumer
tous les cadavres d'un cimetiere ,
& pour laiffer aux parties corrompues
dont la terre eft pénétrée , le loifir de
fe diffiper ou de changer entierement de
nature , en reprenant leurs premieres formes
& principes....
Il le prouve , 1 ° . par l'exhumation des
cadavres d'un cimetiere ( 1 ) de Châlons,
,
(1 ) Le cimetiere , dit De la Madeleine , appartenant
à l'Hôtel-Dieu . Cette exhumation fe fit en
1724.
Z06 MERCURE DE FRANCE.
lefquels , quoiqu'au bout de quatre ans
au moins , ne fe trouverent cependant pas
à beaucoup près confumés , exhalant encore
une odeur fi infecte , que l'on avoit
peine d'y réfifter , malgré la quantité d'encens
que l'on brûloit. 2 °. Par le rapport de
différens foffoyeurs , qui tous affurent ,
d'après l'expérience , qu'il y auroit danger
d'ouvrir les tombeaux avant quatre ans.
Il en eft même , ajoute M. N. qui ont
obfervé que la pluie confervoit les corps
morts. 3 °. Par le récit d'un fait , dont luimême
a été témoin tout récemment. Un
foffoyeur , en creufant une foffe ( 1 ) , lui
a fait voir les débris de trois cadavres qui
étoient l'un fur l'autre , encore tous chargés
de fubftance charnue , de cheveux &
d'entrailles , quoiqu'il y eut vingt ans que
le premier étoit inhumé , le ſecond onze
ans , & le troifieme huit.
Dans la feconde partie , M. N. propoſe
les moyens qu'il juge les plus propres pour
garantir de la contagion prefque inévitable
, ceux qui font exposés au mauvais
air des exhumations . Il confeille de les differer
le plus qu'il eft poffible , comme le
(1 ) Dans l'Eglife Collégiale & Paroiffiale de
Notre Dame en Vaux , le foffoyeur avoit été
obligé de quitter plufieurs fois l'ouvrage pour
aller refpirer un nouvel air.
DECEMBRE. 1755. 207
moyen le plus fûr. Si une néceflité extrê
me ne permet aucun délai , il faut prendre
des précautions . La premiere , & une
des plus effentielles , confifte à faire dans
les cimetieres plufieurs petites tranchées ,
que l'on remplira de chaux- vive , fur laquelle
on aura foin de jetter beaucoup
d'eau . L'eau imprégnée des particules
ignées & abforbantes de la chaux , pénétreront
la terre & les reftes des cadavres dont
elles détruiront les miafmes corrupteurs ,
en tout ou en partie .... Réiterer cette opération
plus ou moins , felon la quantité
& l'état des cadavres.... Employer toujours
de la chaux nouvelle , & fort chargée
de parties de feu... 2 °. Choifir pour
l'exhumation , le temps le plus froid de
l'année , celui où le vent du Nord
regnera
le plus.... 3 ° . Allumer de grands feux autour
du cimetiere .... tirer du canon , ou
faire détonner au moins trois ou quatre
fois par jour , tout autre inftrument chargé
de poudre fulminante.... Ces derniers
moyens , dit M. N. ont la propriété de
corriger & de détruire efficacement les
exhalaifons putrides . dont l'atmoſphere
pourroit encore fe trouver chargée ; d'accélerer
les courans de l'air , &c. ( 1 )
•
J
(1) Meffieurs les Officiers municipaux , fur les
représentations qui leur ont été faites par M. N
208 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui fouhaiteront connoître plus à
fonds l'excellence de ces moyens pour les
temps de contagion , peuvent confulter
un ouvrage que M. N. a donné au Public
en 1753 , où il développe le méchanifme,
par lequel ils operent des effets fi prompts
& fi falutaires. Il fe trouve à Paris , chez
Cavelier , rue faint Jacques , au lys d'or.
L'ufage d'enterrer dans les Eglifes , &
d'expofer les offemens de corps morts dans
des Charniers , a donné lieu à M. Navier
de faire des obfervations fur ce double
abus. Dans un fecond mémoire qui est une
fuite du précedent , il s'éleve avec raifon
contre les inhumations dans les Eglifes ,
que l'on permet trop fréquemment , furtout
à Châlons , fous le fpécieux prétexte
de quelque profit qui en revient aux Fabriques.
Il obferve que les enterremens
dans les Eglifes n'ont point été permis
avant le neuvieme fiecle ; que depuis
qu'ils ne font plus défendus , ils ont toujours
occafionné des accidens très -fâcheux.
Il en rapporte quelques-uns , tant anciens
que nouveaux, arrivés à Châlons, à Montpellier,
à Paris , dans les Royaumes étrangers
, &c. Les terres que l'on remue , en
creufant de nouvelles foffes dans les Egli-
, ont ordonné fur le champ de difcontinuer le re
muement des terres du cimetiere de S. Alpin.
DECEMBRE. 1755. 209.
fes, fe trouvant imprégnées d'une grande
quantité de parties corrompues que les
cadavres y ont tranfmis ; il n'eft pas étonnant
qu'il en résulte des effets auffi funeftes....
Si les corps des animaux deftitués
de vie , abandonnés en plein air , occafionnent
fouvent des maladies contagieufes
, quoique l'air libre où ils fe trouvent
expofés , enleve & balaye , pour ainfi dire
continuellement les miafmes putrides qui
s'élevent de ces cadavres , à meſure qu'ils
fe corrompent , que n'y- a- t'il pas à craindre
dans les Eglifes où l'on enterre beaucoup
de monde ? .... Ce font ces parties:
empoifonnées , dont la terre fe trouve imprégnée
, qui ont caufé la mort à une in-.
finité de folloyeurs , en ouvrant des terreins
où même il ne fe trouvoit aucuns:
veftiges de cadavres.... C'eft auffi la raiſon
pour laquelle ils ne peuvent creufer une
foffe qu'en plufieurs reprifes. Interrogezles
, dit M. N. ils vous répondront qu'ils
ſe ſentent comme fuffoqués , lorfqu'ils y
reftent long- temps.... Cet Académicien
attribue , avec Ramazzini , la courte du
rée de leur vie, aux vapeurs infectées qu'ils
reſpirent.
Pour remedier à cet abus , le moyen le
plus efficace , felon M. N. feroit de net
point enterrer dans les Eglifes , ou au210
MERCURE DE FRANCE.
moins de le faire très- rarement. Alors il
recommande d'éteindre beaucoup de chaux
fur les corps , n'y ayant pas de méthode
plus fure pour les détruire promptement ,
fans qu'ils paffent , pour ainfi dire , par
aucun degré de corruption ....
Malgré ces précautions , comme l'air
des Eglifes pourroit toujours être un peu
alteré, M. N. propoſe un moyen bien fimple
pour lui rendre toute fa pureté ; moyen
qui a été indiqué dans les Mémoires de
l'Académie Royale des Sciences de Paris ,
vol. 1748 , pour renouveller l'air des Hôpitaux
: ce feroit de pratiquer des jours
vers les voûtes , à certaines diſtances , en
détachant quelques carreaux de vitres les
plus elevés. Ces petites ouvertures , qui ne
pourroient donner beaucoup de froid ,
procureroient à l'air extérieur une libre
communication avec l'intérieur.
M. N. n'approuve point l'établiſſement
des Charniers. Il nous apprend un fait qui
mérite quelque attention . J'ai fouvent été,
dit-il , vifiter les Charniers dans les divers
endroits où j'ai fait quelque réfidence, & j'y
ai toujours vu des os ( 1 ) chargés de parties
(1) Nous fommes en état de confirmer la vérité
de ce récit , par un autre fait , qui a eu pour
témoin une perfonne de grande confidération.
Elle a vu dans un charnier une tête de mort ,
dont la cervelle dégoutoit encore,
DECEMBRE. 1755 .
21T
charnues & corrompues
.... Ne devroit- on
pas remédier à un tel abus , & défendre ,
fous des peines exemplaires
, d'expofer en
plein air les offemens des cadavres , qui
peuvent toujours l'alterer par des exhalaifons
mal-faifantes , quand bien même ils
ne feroient point chargés de parties charnues....
On ne peut veiller avec trop de
foin à entrenir l'air dans toute fa pureté,
puifque la vie & la fanté en dépendent....
M. N. conclud à la fuppreffion
& deftruction
des Charniers , qui lui paroiffent plus
nuifibles qu'utiles : il defireroit qu'on obligeât
les foffoyeurs à remettre en terre tous
les offemens qu'ils pourroient
trouver en
creufant les foffes....
Nous nous fommes un peu étendus fur
cés deux Mémoires , à caufe de l'importance
des matieres qui y font traitées. Il
feroit à fouhaiter , pour le bien de l'humanité,
que le miniftere public entrât dans
les fages vues de l'Auteur .
M. Viallet , l'un des Ingenieurs
de la
Province, & Membre de la Société , lut
des remarques fur la divifibilité de la matiere
, relatives au fyftême de Needham ,
dans fes obfervations
microfcopiques
; cetre
differtation
, qui eft toute en calculs &
dimenfions
, n'eft pas fufceptible d'extrait.
M. Meunier , Avocat en Parlement
212 MERCURE DE FRANCE.
dans une fuite de réflexions fut la mort ,
s'attacha à montrer l'aveuglement des
hommes qui vivent comme s'ils ne devoient
jamais mourir ; & après avoir fait
connoître , par une expofition touchante
de ce que nous voyons arriver tous les
jours , que la force du tempérament & la
bonté de la complexion ne font point des
titres fur lefquels on puiffe fe promettre
une longue vie , il examina ces deux importantes
queſtions : « Pourquoi dans le mon
» de on a tant de foin d'écarter la pensée
» de la mort ; & pourquoi , tandis que
tout paffe dans la nature , l'homme feul
voudroit toujours demeurer. »
M. l'Abbé Suicer a lu des réflexions en
vers fur le peu de fruit qu'operent aujourd'hui
les Prédications. Il en attribue la
caufe , & au Miniftre qui cherche moins
à convertir, qu'à fe faire un nom ; & aux
Auditeurs , que l'habitude & la curiofité
menent fouvent à l'Eglife , plutôt que le
defir de l'inftruction .
Nous terminerons ce Programme par
l'extrait d'un difcours fur la Calomnie ,
envoyé par M. de la Motte-Conflans ,
Avocat , l'un des Affociés externes.
Le fameux Tableau dans lequel Apelle
repréſenta les attributs de la calomnie , a
fourni la matiere & l'idée de ce difcours.
DECEMBRE. 1755. 213
Voici la defcription que M. D. L. M. C.
fait de la calomnie , d'après ce chef- d'oeuvre
de la Peinture : « L'envie eft preſque
toujours fon motif. La flatterie eft un
reffort qu'elle fait jouer avec le plus funefte
fuccès. Elle porte le feu de la difcorde
, & facrifie la trop foible innocence
avec une fureur impitoyable . C'eſt
» à la crédulité qu'elle s'adreffe : la crédulité
eft la fille de l'ignorance , & l'ignorance
fe livre facilement aux impreffions
du foupçon . Cependant la vérité
» cherche à fe faire jour ; elle s'avance à
lents , & fait marcher le trifte repentir
à la fuite de la calomnie...."
و ر
pas
M. D. L. M. C. ne fe borne point à une
ftérile admiration de ce célebre morceau :
la morale lui fournit des traits lumineux ,
& des leçons utiles pour tous les Etats.
Le Sage regarde la calomnie comme un
avis falutaire qui lui indique les vices
qu'il doit éviter , & le mérite calomnié
acquiert un nouveau luftre... Ces deux réflexions
, dit M. D. L. M. C. fuffifent pour
nous mettre au- deffus des traits d'une fatyre
injufte .... Il s'applique à les développer
dans le cours de fon ouvrage. Nous
ne le fuivrons pas dans fa marche , nous
nous contenterons feulement de copier ici
quelques-unes de ces réflexions.
1
214 MERCURE DE FRANCE.
Le Philofophe faifit toutes les inftructions
avec empreffement . L'amertume qui
les accompagne, ne peut l'effrayer , c'eſt à
la perfection qu'il tend : aucun obſtacle
n'eft capable de le détourner de fon objet.
Une prudente diffimulation & la perfévérance
dans le bien ; telles font les armes
qu'il oppofe à la calomnie .... Cette
leçon eft de pratique.
Le fouffle de la calomnie ne peut jamais
éteindre le flambeau de la vérité , qui fans
ceffe éclaire les démarches de la vertu.
Que le menfonge , pour frapper des coups
plus violens , épuile toutes fes odieufes
reffources , ils viendront tôt ou tard ces
temps heureux , où l'impofture fera forcée
de rendre hommage à la vérité.…... Ceci eſt
la confolation de l'innocence.
En finiffant fa differtation , M. de la
Motte-Conflans obſerve qu'il eft furprenant
que parmi tant de Peintres célebres ,
qui ont fleuri depuis deux fiecles , aucun
n'ait tenté de faire revivre le tableau d'Apelle.
De la Société Littéraire de Châlons
fur Marne.
A Société littéraire ouvrit fes féances
Lpar la lecture du remerciement , envoyé
par M. Desforges- Maillard , l'un de
fes Allociés externes.
Ce difcours eft le fruit du zéle que le
nouvel afſocié a toujours fait paroître pour
le progrès des Sciences & des Lettres , dont
l'utilité eft attaquée dans certains ouvrages
enfantés de nos jours par l'amour de
la fingularité , & par l'envie de paroître.....
M. D. F. M. examine les différens paradoxes
, qui tour à tour ont occupé la ſcene ,
& il expofe avec jufteffe & préciſion ce que
nous devons aux fciences , dont l'origine
a été celle des Arts & de l'induftrie , & aux
Lettres qui font la clef des fciences ....
En vain , pour foutenir une opinion
bizarre , allegue -t'on les abus occafionnés
par les oeuvres de la dépravation du coeur.
M. D. F. M. répond que des abus particuliers
il n'eft pas permis de tirer des conféquences
générales .... J'aimerois autant
qu'on avançat que la création du feu eft
DECEMBRE 1755. 197
pernicieufe , parce qu'il dépend d'un fou
de fe précipiter dans les flammes , & que
le feu venant à manquer à la malice hu
maine, il n'y auroit plus d'incendiaires, &c .
M. D. F. M. paffe à l'examen d'une autre
thefe. Comme une erreur fe renouvelle
ordinairement dans une autre , j'ai vu ,
dit-il , mettre en problême fi la multipli
cité des Académies ne feroit point un jour
la perte des talens.... N'eft- ce pas la même
chofe que fi l'on s'avifoit de dire qu'il feroit
dangereux peut- être que la plûpare
des hommes recherchâffent la vertu , parce
que la poffeffion en devenant trop commune
, il n'y auroit plus de gloire à devenir
vertueux ?
Après avoir fait fentir que ces chimériques
fyftêmes ont pris naiffance chez les
uns dans l'ambition & le défefpoir de parvenir
à la fupériorité littéraire , & chez
les autres dans l'ennui que leur caufe l'étude,
... il déplore le malheur de ces aveugles
nés , qui ne devant jamais voir la lumiere
, voudroient pouvoir l'éteindre de
leur fouffle pour tout le genre humain.
Pour réfoudre ce fecond problême , M.
D. F. M. avance avec vérité
avec vérité que les
Capitales des Royaumes ne font pas les
feuls endroits du monde où il foit permis
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
d'être fçavant & d'avoir de l'efprit.... Il eſt
de tous les païs , de tous les tems , de tous
les fexes , de toutes les conditions..... I
parle toutes les langues , & fructifie partout
où il eft cultivé.... D'où il conclud
que la multiplicité des Académies , loin
de pouvoir nuire aux talens , les éleve au
contraire , les encourage , & les multiplie....
Combien en voyons- nous éclorre ;
qui fe fuffent ignorés eux - mêmes , s'ils
ne s'étoient réveillés au bruit flateur de l'émulation
excitée par la gloire prochaine !
Combien de fçavans fe fuffent ensevelis
dès leur naiffance , privés par la fortune
des fecours néceffaires pour fe rendre dans
la Capitale, loin de laquelle on s'imaginoit
par un faux préjugé, qu'il n'étoit pas poffible
de mettre au jour quelque chofe qui fûr
digne de paroître ! ..
M. D. F. M. examine quelles étoient
les fources de cette prévention fatale , &
en affigne trois principales ; le chagrin de
manquer , dans la Province , d'équitables &
de fages critiques , que l'on pût familiérement
confulter fur fes effais ; le défagrément
de produire de bonnes chofes , fans
avoir d'approbateurs , dans des lieux où les
hommes capables de juger demeuroient
ifolés dans leurs cabinets , & de ne trouDECEMBRE.
1755. 199
ver dans le refte des Citoyens que des ames
infenfibles aux fruits de leurs veilles ....
L'établiſſement des Sociétés Littéraires
dans les Villes les plus confidérables des
Provinces lui paroît avoir levé tous les obftacles
que la distance de la Capitale oppofoit
au progrès des beaux Arts. Il entre
dans le détail des avantages que l'on retire
tous les jours de ces fortes d'établiſſemens,
ce qui le conduit naturellement à l'éloge
de l'Académie Françoife , qu'il nomme
avec autant de juftice que de vérité , la
Reine des Académies ..... Une comparaifon
délicate , heureufement amenée , fournit
à M. D. F. M. l'occafion de marquer fon attachement
au premier Tribunal du Royaume
par un éloge bien mérité de ce Sénat
par excellence.... Nous voudrions pouvoir
communiquer à nos lecteurs toutes les
beautés de ce morceau . Nous terminerons
cet extrait par l'éloge du Prince , Protec
teur.... » Scipion à la guerre , le laurier de.
» Mars le couronne ; Scipion pendant la
paix , il honore les Térences de fon ef-
" time , de fes confeils & de fon amitié....
Parlant enfuite de la réception de ce Prince
à l'Académie Françoife , M. D. F. M. dit.
que cet événement doit être à jamais écrit .
en lettres d'or ; événement qui comble
ود
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'honneur , non feulement les Académiciens
vivans , mais dont l'éclat rétroactif
réjaillir fur ceux mêmes qui ont payé le
fatal tribut à la nature.... & c.
A la fuite de ce difcours étoit une ode ,
tirée du Pleaume 45. Deus nofter refugium
& virtus , adjutor in tribulationibus...
M. l'Abbé Suicer , Licencié ès Loix ,
chargé de répondre à ce difcours , fir l'éloge
du nouveau récipiendaire. Nous allons
tranfcrire les principaux traits de ce
morceau, qui nous a paru vrai &bien frappé.
» Où vit - on un génie plus heureux &
» plus fécond , une imagination plus brillante
& plus ornée ? Beauté dans les
» images ; délicateffe dans les fentimens ;
» finelle dans les expreffions.... Quel genre
savez-vous effayé qui n'ait réuffi entre
» vos mains ? .... Perfonne n'écrivit avec
plus de force , ne badina avec plus d'efprit
, ne conta avec plus de légereté....
» L'empreffement que le public a marqué
pour vos ouvrages , à mefure qu'ils
voyoient le jour , n'a rien qui doive fur-
» prendre : il étoit l'effet de ce goût pour
»la belle nature , qui fe trouve toute en-
» tiere avec fes graces naïves dans ces pro-
→ductions admirables , dignes d'un fiecle
plus équitable ou moins prévenu .
DECEMBRE. 1755. 201.
M. l'Abbé Suicer caractériſe enfuite les
Ouvrages qui ont paru fous le nom de
Mile Malerais Delavigne : « Vos charman-
» tes hirondelles ont pris leur vol en
" 1730 ( 1 ) , & fur leurs aîles legeres ont
porté dans toute l'Europe fçavante la réputation
juftement méritée de celui qui
» leur avoit donné l'être....
M. Culoteau de Velie , Avocat du Roi
au Préfidial , Directeur , a lu un difcours
fur l'abus des talens ; fon ouvrage eft divifé
en deux parties : dans la premiere , if
examine quelle peut être la fource de ces
abus , & croit la trouver dans l'amourpropre
& la cupidité : l'un gâte l'efprit ,
l'autre corrompt le coeur ; le premier diminuant
à fes yeux ( de l'homme ) l'idée
de fes propres défauts , augmente en mê
me-tems celle de fon mérite ; la feconde
le foumet à l'empire des paffions : de l'un
naiffent la folle vanité , l'ambition , Penvie
, &c ; de l'autre l'intempérance , la
diffipation , la débauche , &c ; de toutes
les deux fuit la perte de l'homme entier.
M. D. V. parcourt quelques états de la
vie : il y découvre divers abus des talens .
Comme fon deffein eft moins d'entrer dans
(1 ) L'Idylle des hirondelles a été imprimée dans
le Mercure de France , Décembre 1730 , 1 vol. g.
2577
I iv
202 MERCURE DE FRANCE.
un détail fuivi , que de chercher les moyens
de les prévenir , ou d'y remédier ; il effaye
de les déterminer dans la feconde partie.
D'abord il confidere l'homme dans les premieres
années de fa jeuneffe , dans ces
tems heureux où l'efprit cherche à connoître
, & le coeur commence à défirer : invefti
par une multitude d'objets , également
nouveaux & inconnus , peut - être
dangereux , M. D. V. reconnoît qu'un
guide feroit bien utile à l'homme pour
éclairer fon ignorance , former fon goût ,
diriger fes pas incertains.... Il demande ce
guide rempli de zéle.... Il veut qu'il réuniffe
les qualités du coeur aux dons de l'efprit....
M. D. V. confidere enfuite l'homme plus
avancé en âge : dans la fuppofition que les
paffions auront pris le deffus : il indique
trois moyens pour rétablir tout dans l'ordre
: » Aimer la vérité , étudier la fageffe ,
» & chercher dans la fociété des gens de
» bien les fecours néceffaires pour arriver
plus furement à la connoiffance de l'une
» & de l'autre. »> M. D. V. prouve la néceffité
de ces trois points par des exemples
tirés de l'histoire , & par des autorités ref,
pectables.
M. Dupré d'Aulnay , ancien Commiffaire
des Guerres , Chevalier de l'Ordre
DECEMBRE. 1755. 203
de Chriſt , de la Société Littéraire d'Arras ,
lut un Mémoire fur l'écoulement de la matiere
fubtile dans le fer & dans l'aimant
par lequel il combat le fyftême de Descartes,
& de quelques Phyficiens qui l'ont fuivi ,
& qui attribuent la détermination de cet
écoulement dans le fer à des poils qu'ils
fuppofent exiſter dans ce métal , &c. Il explique
de quelle maniere les émanations
du foleil & de l'air fubtil agiffent fur les
corps mols ou folides ; il réfute la prétention
de ceux qui foutiennent que la ma
tiere magnétique fe meut avec plus de facilité
dans le fer que dans l'air , & rapporte
diverfes propriétés de la matiere univerfelle
connue fous différentes dénominations
d'air fubil , d'éther , de matiere
électrique , &c. Sur tous ces articles , l'Auteur
entre dans une infinité de détails phyfiques
qu'il n'eft guere poffible d'abréger.
M. Navier , Docteur en Médecine , Affocié-
Correfpondant de l'Académie Royale
des Sciences de Paris , toujours occupé de
recherches utiles , a lu une differtation
fur le danger des exhumations en général ,
& en particulier fur celle que Pon fe propofoit
de faire des cadavres qui repofent
dans le cimetiere ( 1 ) de la Paroiffe de
S. Alpin de Châlons.
(1 ) On avoit formé le projet d'agrandir la
1 vi
204 MERCURE DE FRANCE.
Ce Mémoire a deux parties ; dans la
premiere M. N. établit les différens degrés
de corruption que parcourent fucceffivement
les corps des animaux deftitués de
vie , & qui doivent les conduire à une
deftruction totale . De ces principes il conclud
que le monftrueux mêlange qui réfulte
de la putréfaction , venant à s'élever
fous la forme d'exhalaifons infectes ,
& pouvant atteindre jufqu'à l'intérieur
des organes tendres & délicats des corps
animés , il y porteroit infailliblement la
deftruction... Ces exhalaifons fe tranfmettroient
plus ou moins à tous ceux qui ſe
trouveroient dans cette atmoſphere ... Nos
liqueurs une fois imprégnées de ces parties
virulentes,ne s'en dépouilleroient qu'avec
peine , & plufieurs fuccomberoient ,
malgré les efforts redoublés que la nature
Place qui eft devant l'Hôtel de Ville, par le retranchement
du Cimetiere de S. Alpin , qui en occupe
une bonne partie . On devoit transporter incelfamment
les cadavres de ce cimetiere dans un autre
également au coeur de la Ville . M. N averti
des préparations que l'on faifoit à cet effet , & prévoyant
les fâcheux accidens auxquels la Ville alloit
être expofée par une exhumation auffi précipitée
, car il y avoit à peine dix-huit mois que
l'on ceffoit d'y enterrer , fe propofa de faire
connoître les funeftes effets qui alloient en réfalter.
DECEMBRE . 1755. 205
pourroit faire pour fecouer le joug d'un
ennemi auffi redoutable.... Le malheur qui
en réfulteroit , ne fe borneroit pas feulement
au court efpace de temps pendant
lequel l'air fe trouveroit alteré. Une partie
des miafmes corrupteurs
qui fe feroient
gliffés dans les corps vivans , y
pourroient féjourner fort long- temps , en
fe tranfmettant
des uns aux autres , ou
même en s'y tenant comme cachés pendant
un certain temps , avant que d'y exercer
leur fureur....
M. N. obferve qu'en telle circonftance
le poifon fe gliffe dans les corps par plus
d'une voie .... Les pores cutanés , la refpiration
, les nourritures , &c , font autant de
moyens qui en facilitent l'introduction ....
Un intervalle de dix huit à vingt mois ne
lui paroît pas un temps fuffifant pour confumer
tous les cadavres d'un cimetiere ,
& pour laiffer aux parties corrompues
dont la terre eft pénétrée , le loifir de
fe diffiper ou de changer entierement de
nature , en reprenant leurs premieres formes
& principes....
Il le prouve , 1 ° . par l'exhumation des
cadavres d'un cimetiere ( 1 ) de Châlons,
,
(1 ) Le cimetiere , dit De la Madeleine , appartenant
à l'Hôtel-Dieu . Cette exhumation fe fit en
1724.
Z06 MERCURE DE FRANCE.
lefquels , quoiqu'au bout de quatre ans
au moins , ne fe trouverent cependant pas
à beaucoup près confumés , exhalant encore
une odeur fi infecte , que l'on avoit
peine d'y réfifter , malgré la quantité d'encens
que l'on brûloit. 2 °. Par le rapport de
différens foffoyeurs , qui tous affurent ,
d'après l'expérience , qu'il y auroit danger
d'ouvrir les tombeaux avant quatre ans.
Il en eft même , ajoute M. N. qui ont
obfervé que la pluie confervoit les corps
morts. 3 °. Par le récit d'un fait , dont luimême
a été témoin tout récemment. Un
foffoyeur , en creufant une foffe ( 1 ) , lui
a fait voir les débris de trois cadavres qui
étoient l'un fur l'autre , encore tous chargés
de fubftance charnue , de cheveux &
d'entrailles , quoiqu'il y eut vingt ans que
le premier étoit inhumé , le ſecond onze
ans , & le troifieme huit.
Dans la feconde partie , M. N. propoſe
les moyens qu'il juge les plus propres pour
garantir de la contagion prefque inévitable
, ceux qui font exposés au mauvais
air des exhumations . Il confeille de les differer
le plus qu'il eft poffible , comme le
(1 ) Dans l'Eglife Collégiale & Paroiffiale de
Notre Dame en Vaux , le foffoyeur avoit été
obligé de quitter plufieurs fois l'ouvrage pour
aller refpirer un nouvel air.
DECEMBRE. 1755. 207
moyen le plus fûr. Si une néceflité extrê
me ne permet aucun délai , il faut prendre
des précautions . La premiere , & une
des plus effentielles , confifte à faire dans
les cimetieres plufieurs petites tranchées ,
que l'on remplira de chaux- vive , fur laquelle
on aura foin de jetter beaucoup
d'eau . L'eau imprégnée des particules
ignées & abforbantes de la chaux , pénétreront
la terre & les reftes des cadavres dont
elles détruiront les miafmes corrupteurs ,
en tout ou en partie .... Réiterer cette opération
plus ou moins , felon la quantité
& l'état des cadavres.... Employer toujours
de la chaux nouvelle , & fort chargée
de parties de feu... 2 °. Choifir pour
l'exhumation , le temps le plus froid de
l'année , celui où le vent du Nord
regnera
le plus.... 3 ° . Allumer de grands feux autour
du cimetiere .... tirer du canon , ou
faire détonner au moins trois ou quatre
fois par jour , tout autre inftrument chargé
de poudre fulminante.... Ces derniers
moyens , dit M. N. ont la propriété de
corriger & de détruire efficacement les
exhalaifons putrides . dont l'atmoſphere
pourroit encore fe trouver chargée ; d'accélerer
les courans de l'air , &c. ( 1 )
•
J
(1) Meffieurs les Officiers municipaux , fur les
représentations qui leur ont été faites par M. N
208 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui fouhaiteront connoître plus à
fonds l'excellence de ces moyens pour les
temps de contagion , peuvent confulter
un ouvrage que M. N. a donné au Public
en 1753 , où il développe le méchanifme,
par lequel ils operent des effets fi prompts
& fi falutaires. Il fe trouve à Paris , chez
Cavelier , rue faint Jacques , au lys d'or.
L'ufage d'enterrer dans les Eglifes , &
d'expofer les offemens de corps morts dans
des Charniers , a donné lieu à M. Navier
de faire des obfervations fur ce double
abus. Dans un fecond mémoire qui est une
fuite du précedent , il s'éleve avec raifon
contre les inhumations dans les Eglifes ,
que l'on permet trop fréquemment , furtout
à Châlons , fous le fpécieux prétexte
de quelque profit qui en revient aux Fabriques.
Il obferve que les enterremens
dans les Eglifes n'ont point été permis
avant le neuvieme fiecle ; que depuis
qu'ils ne font plus défendus , ils ont toujours
occafionné des accidens très -fâcheux.
Il en rapporte quelques-uns , tant anciens
que nouveaux, arrivés à Châlons, à Montpellier,
à Paris , dans les Royaumes étrangers
, &c. Les terres que l'on remue , en
creufant de nouvelles foffes dans les Egli-
, ont ordonné fur le champ de difcontinuer le re
muement des terres du cimetiere de S. Alpin.
DECEMBRE. 1755. 209.
fes, fe trouvant imprégnées d'une grande
quantité de parties corrompues que les
cadavres y ont tranfmis ; il n'eft pas étonnant
qu'il en résulte des effets auffi funeftes....
Si les corps des animaux deftitués
de vie , abandonnés en plein air , occafionnent
fouvent des maladies contagieufes
, quoique l'air libre où ils fe trouvent
expofés , enleve & balaye , pour ainfi dire
continuellement les miafmes putrides qui
s'élevent de ces cadavres , à meſure qu'ils
fe corrompent , que n'y- a- t'il pas à craindre
dans les Eglifes où l'on enterre beaucoup
de monde ? .... Ce font ces parties:
empoifonnées , dont la terre fe trouve imprégnée
, qui ont caufé la mort à une in-.
finité de folloyeurs , en ouvrant des terreins
où même il ne fe trouvoit aucuns:
veftiges de cadavres.... C'eft auffi la raiſon
pour laquelle ils ne peuvent creufer une
foffe qu'en plufieurs reprifes. Interrogezles
, dit M. N. ils vous répondront qu'ils
ſe ſentent comme fuffoqués , lorfqu'ils y
reftent long- temps.... Cet Académicien
attribue , avec Ramazzini , la courte du
rée de leur vie, aux vapeurs infectées qu'ils
reſpirent.
Pour remedier à cet abus , le moyen le
plus efficace , felon M. N. feroit de net
point enterrer dans les Eglifes , ou au210
MERCURE DE FRANCE.
moins de le faire très- rarement. Alors il
recommande d'éteindre beaucoup de chaux
fur les corps , n'y ayant pas de méthode
plus fure pour les détruire promptement ,
fans qu'ils paffent , pour ainfi dire , par
aucun degré de corruption ....
Malgré ces précautions , comme l'air
des Eglifes pourroit toujours être un peu
alteré, M. N. propoſe un moyen bien fimple
pour lui rendre toute fa pureté ; moyen
qui a été indiqué dans les Mémoires de
l'Académie Royale des Sciences de Paris ,
vol. 1748 , pour renouveller l'air des Hôpitaux
: ce feroit de pratiquer des jours
vers les voûtes , à certaines diſtances , en
détachant quelques carreaux de vitres les
plus elevés. Ces petites ouvertures , qui ne
pourroient donner beaucoup de froid ,
procureroient à l'air extérieur une libre
communication avec l'intérieur.
M. N. n'approuve point l'établiſſement
des Charniers. Il nous apprend un fait qui
mérite quelque attention . J'ai fouvent été,
dit-il , vifiter les Charniers dans les divers
endroits où j'ai fait quelque réfidence, & j'y
ai toujours vu des os ( 1 ) chargés de parties
(1) Nous fommes en état de confirmer la vérité
de ce récit , par un autre fait , qui a eu pour
témoin une perfonne de grande confidération.
Elle a vu dans un charnier une tête de mort ,
dont la cervelle dégoutoit encore,
DECEMBRE. 1755 .
21T
charnues & corrompues
.... Ne devroit- on
pas remédier à un tel abus , & défendre ,
fous des peines exemplaires
, d'expofer en
plein air les offemens des cadavres , qui
peuvent toujours l'alterer par des exhalaifons
mal-faifantes , quand bien même ils
ne feroient point chargés de parties charnues....
On ne peut veiller avec trop de
foin à entrenir l'air dans toute fa pureté,
puifque la vie & la fanté en dépendent....
M. N. conclud à la fuppreffion
& deftruction
des Charniers , qui lui paroiffent plus
nuifibles qu'utiles : il defireroit qu'on obligeât
les foffoyeurs à remettre en terre tous
les offemens qu'ils pourroient
trouver en
creufant les foffes....
Nous nous fommes un peu étendus fur
cés deux Mémoires , à caufe de l'importance
des matieres qui y font traitées. Il
feroit à fouhaiter , pour le bien de l'humanité,
que le miniftere public entrât dans
les fages vues de l'Auteur .
M. Viallet , l'un des Ingenieurs
de la
Province, & Membre de la Société , lut
des remarques fur la divifibilité de la matiere
, relatives au fyftême de Needham ,
dans fes obfervations
microfcopiques
; cetre
differtation
, qui eft toute en calculs &
dimenfions
, n'eft pas fufceptible d'extrait.
M. Meunier , Avocat en Parlement
212 MERCURE DE FRANCE.
dans une fuite de réflexions fut la mort ,
s'attacha à montrer l'aveuglement des
hommes qui vivent comme s'ils ne devoient
jamais mourir ; & après avoir fait
connoître , par une expofition touchante
de ce que nous voyons arriver tous les
jours , que la force du tempérament & la
bonté de la complexion ne font point des
titres fur lefquels on puiffe fe promettre
une longue vie , il examina ces deux importantes
queſtions : « Pourquoi dans le mon
» de on a tant de foin d'écarter la pensée
» de la mort ; & pourquoi , tandis que
tout paffe dans la nature , l'homme feul
voudroit toujours demeurer. »
M. l'Abbé Suicer a lu des réflexions en
vers fur le peu de fruit qu'operent aujourd'hui
les Prédications. Il en attribue la
caufe , & au Miniftre qui cherche moins
à convertir, qu'à fe faire un nom ; & aux
Auditeurs , que l'habitude & la curiofité
menent fouvent à l'Eglife , plutôt que le
defir de l'inftruction .
Nous terminerons ce Programme par
l'extrait d'un difcours fur la Calomnie ,
envoyé par M. de la Motte-Conflans ,
Avocat , l'un des Affociés externes.
Le fameux Tableau dans lequel Apelle
repréſenta les attributs de la calomnie , a
fourni la matiere & l'idée de ce difcours.
DECEMBRE. 1755. 213
Voici la defcription que M. D. L. M. C.
fait de la calomnie , d'après ce chef- d'oeuvre
de la Peinture : « L'envie eft preſque
toujours fon motif. La flatterie eft un
reffort qu'elle fait jouer avec le plus funefte
fuccès. Elle porte le feu de la difcorde
, & facrifie la trop foible innocence
avec une fureur impitoyable . C'eſt
» à la crédulité qu'elle s'adreffe : la crédulité
eft la fille de l'ignorance , & l'ignorance
fe livre facilement aux impreffions
du foupçon . Cependant la vérité
» cherche à fe faire jour ; elle s'avance à
lents , & fait marcher le trifte repentir
à la fuite de la calomnie...."
و ر
pas
M. D. L. M. C. ne fe borne point à une
ftérile admiration de ce célebre morceau :
la morale lui fournit des traits lumineux ,
& des leçons utiles pour tous les Etats.
Le Sage regarde la calomnie comme un
avis falutaire qui lui indique les vices
qu'il doit éviter , & le mérite calomnié
acquiert un nouveau luftre... Ces deux réflexions
, dit M. D. L. M. C. fuffifent pour
nous mettre au- deffus des traits d'une fatyre
injufte .... Il s'applique à les développer
dans le cours de fon ouvrage. Nous
ne le fuivrons pas dans fa marche , nous
nous contenterons feulement de copier ici
quelques-unes de ces réflexions.
1
214 MERCURE DE FRANCE.
Le Philofophe faifit toutes les inftructions
avec empreffement . L'amertume qui
les accompagne, ne peut l'effrayer , c'eſt à
la perfection qu'il tend : aucun obſtacle
n'eft capable de le détourner de fon objet.
Une prudente diffimulation & la perfévérance
dans le bien ; telles font les armes
qu'il oppofe à la calomnie .... Cette
leçon eft de pratique.
Le fouffle de la calomnie ne peut jamais
éteindre le flambeau de la vérité , qui fans
ceffe éclaire les démarches de la vertu.
Que le menfonge , pour frapper des coups
plus violens , épuile toutes fes odieufes
reffources , ils viendront tôt ou tard ces
temps heureux , où l'impofture fera forcée
de rendre hommage à la vérité.…... Ceci eſt
la confolation de l'innocence.
En finiffant fa differtation , M. de la
Motte-Conflans obſerve qu'il eft furprenant
que parmi tant de Peintres célebres ,
qui ont fleuri depuis deux fiecles , aucun
n'ait tenté de faire revivre le tableau d'Apelle.
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Résumé : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons sur Marne.
La Société Littéraire de Châlons-sur-Marne a débuté ses séances par la lecture d'un remerciement de M. Desforges-Maillard, un associé externe. Ce discours met en avant l'importance des sciences et des lettres, souvent critiquées par des ouvrages contemporains cherchant la singularité et l'apparence. M. Desforges-Maillard défend l'utilité des sciences et des lettres, soulignant qu'elles sont à l'origine des arts et de l'industrie. Il réfute les arguments basés sur les abus occasionnés par la dépravation du cœur, affirmant qu'il ne faut pas tirer de conclusions générales à partir d'abus particuliers. Il compare cette idée à celle de condamner la création du feu parce qu'il peut causer des incendies. Le discours aborde ensuite la question de la multiplicité des académies, qui ne devrait pas être perçue comme une perte pour les talents. Au contraire, les académies encouragent et multiplient les talents. M. Desforges-Maillard déplore les préjugés qui limitent la reconnaissance des talents en dehors des capitales et souligne que les sociétés littéraires dans les provinces aident à surmonter ces obstacles. L'Abbé Suicer, licencié en lois, a répondu au discours en louant le génie et la fécondité de M. Desforges-Maillard, soulignant sa maîtrise de divers genres littéraires et l'accueil favorable du public à ses œuvres. M. Culoteau de Velie, avocat du roi, a lu un discours sur l'abus des talents, divisé en deux parties. La première examine les sources de ces abus, qu'il trouve dans l'amour-propre et la cupidité. La seconde propose des moyens pour prévenir ou remédier à ces abus, notamment en formant le goût et en dirigeant les pas incertains des jeunes esprits. M. Dupré d'Aulnay a présenté un mémoire sur l'écoulement de la matière subtile dans le fer et l'aimant, réfutant le système de Descartes et de certains physiciens. Il explique les interactions entre les émanations du soleil et de l'air subtil avec les corps mols ou solides. Enfin, M. Navier, docteur en médecine, a lu une dissertation sur les dangers des exhumations, en particulier celle prévue pour le cimetière de la paroisse de Saint-Alpin à Châlons. Il détaille les degrés de corruption des corps et les risques sanitaires associés aux exhalaisons infectes, proposant un délai minimum de quatre ans avant toute exhumation pour éviter les dangers pour la santé publique. M. Navier rapporte que dans l'église collégiale de Notre-Dame en Vaux, des fossoyeurs ont dû quitter leur travail en raison de l'air vicié. Pour prévenir la contagion lors des exhumations, il recommande de les différer autant que possible et, si nécessaire, de prendre des précautions telles que creuser des tranchées remplies de chaux vive et d'eau pour détruire les miasmes corrupteurs. Il suggère également de choisir le temps le plus froid de l'année, d'allumer des feux autour du cimetière et de tirer du canon pour purifier l'air. M. Navier critique l'usage d'enterrer dans les églises, pratique qui a causé des accidents fâcheux. Il observe que cette pratique, interdite avant le neuvième siècle, a été réintroduite pour des raisons financières. Les terres des cimetières, imprégnées de particules corrompues, provoquent des maladies contagieuses. Pour remédier à cet abus, il propose de cesser les inhumations dans les églises ou de les rendre très rares, et de brûler de la chaux sur les corps pour les détruire rapidement. Il recommande également de pratiquer des ouvertures dans les voûtes des églises pour renouveler l'air. M. Navier s'oppose aux charniers, notant que des os chargés de parties charnues y sont souvent trouvés. Il propose de supprimer et détruire les charniers et d'obliger les fossoyeurs à réenterrer les ossements trouvés. Le texte mentionne également d'autres contributions, comme celles de M. Viallet sur la divisibilité de la matière, de M. Meunier sur la mortalité humaine, et de l'abbé Suicer sur l'inefficacité des prédications. Enfin, M. de la Motte-Conflans présente un discours sur la calomnie, inspirée par un tableau d'Apelle, soulignant que la vérité finit toujours par triompher.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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