Résultats : 215 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
101
p. 2922-2925
« Le 4 Novembre, il y eut Concert à Fontainebleau, chez la Reine ; S. M. [...] »
Début :
Le 4 Novembre, il y eut Concert à Fontainebleau, chez la Reine ; S. M. [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Opéra, Bâtiment, Blâmont, Musique, Divertissement, Lieutenant général, Accident du feu, Colin-maillard, Endymion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 4 Novembre, il y eut Concert à Fontainebleau, chez la Reine ; S. M. [...] »
E 4 Novembre , il y eut Concert à
Fontainebleau , chez laReine ; S. M.
souhaita d'entendre l'Opéra d'Endimion ,
que M. de Blamont , Sur - Intendant de la
Musique du Roy , qui en est l'Auteur
fit chanter ; il fut continué le 9 , et le 16
les principaux Rôles furent remplis par
les Dlles Lenner , Mathieu et Petit pas , et
ceux d'Endimion et de Pan , par les Srs
d'Angerville et Jéliot, Cet Opéra fut tresbien
exécuté et plut extrémement à tou
te la Cour,
Le 18 , on chanta le Prologue et le premier
Acte d'Armide , qu'on continua le
23 , par le second et le troisiéme ; et le 221
Decembre on termina cet Opéra à Versailles
, par le 4 et 5 Acte ,
II. Vol
AVA ་ ་ L ° /55 ° 2925
Le 9 , M. de Blamont proposa à la Reine
le Ballet des Fêtes de Thalie , mis en
Musique par M. Mouret ; il fit chanter
le Prologue et la premiere Entrée , qu'on
continua le 14 , par la seconde et la troisieme
, on le finit le 23 , .par la Critique ct
le Divertissement de la Provençale. Les
principaux Rôles ont été chantez par les
Diles Antier , Petitpas et Duhamel ; et
par les Srs Massé , Dubourg , d'Angerville
et Petillot . Ce Ballet fit beaucoup
de plaisir à la Reine qui eut la bonté de
le témoigner à l'Auteur.
Le 29 , on chanta le Caprice d'Erato
Divertissement de M. de Blamont ; la
Dlle Petitpas y remplit le principal Rôle,
qui fut précédé d'un autre Récitatif détaché
, chanté par la Muse de la Musique
dans un autre Divertissement , du même
Auteur , la Dlle Antier fit le Rôle de Junon
, et finit par la Cantatille : O vous
qui d'une aile légere , & c.
Le 1 Decembre , les Comédiens François
représenterent à la Cour la Tragédie
du Comte d'Essex , et pour petite
Piéce , Colin Maillard. Le Sr Fleury , qui
jona le principal Rôle dans la Tragédie ,
a été reçu depuis dans la Troupe du Roy.
Le 3 , le Jaloux désabusé , et le Medecin
II. Vol. Hij mal†
malgré lui. Le Rôle de Celie fut rempli
par la Dlle Guérin .
Le ro , les Menechmes et le Grondeur.
Le 15 , Mithridate , et le Concert ridicule.
Le 17, le Joueur, et la Famille extrava¬
gante.
Le 29 , Gustave , et le Double veuvage .
le Distrait , et le François à Lon-
Le 31,
dres.
Le 20 Decembre , M. Joseph Durey
de Sauroy de Martigny , Capitaine
au Régiment de M. le Marquis d'Estaing
, son oncle , prêta serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant Général de Verdun et Païs de
Verdunois ; vacante par le décès de
François Comte d'Estaing , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant Général des
Armées de Sa Majesté , Gouverneur de
Douay , & c. dont M. de Martigny avoit
été pourvu le 8 Avril dernier.
Le 22 la Marquise de Mirepoix fut
presentée au Roy , àà llaa Reine Reine , et aux
Princesses , par le Maréchal de Roquelaure.
La nuit du 26 au 27 Decembre , tout
le Quartier de la Cité , et plus encore les
II. Vol.
particuliers
DECEMBRE. 1733. 2921
particuliers qui habitent les Maisons audessus
du Pont Nôtre - Dame et du Pont
au Change;furent allarmez par l'accident
du feu , qui prit à un Bateau chargé de
foin au- dessus du Port de la Grève , et
qui par la violence du vent , se communiqua
à quelques autres Bateaux ; heureusement
ces mêmes Bateaux allerent se
consumer du côté du Quay de la Megisserie
, tous les Magistrats , le Lieutenant
General de Police , le Prevôt des Marchands
et les autres Officiers de Ville y
accoururent promptement , et empêcherent
pat les ordres qu'ils donnerent , que
le feu ne se communiquat à d'autres Bateaux
chargez de foin et de charbon .
Fontainebleau , chez laReine ; S. M.
souhaita d'entendre l'Opéra d'Endimion ,
que M. de Blamont , Sur - Intendant de la
Musique du Roy , qui en est l'Auteur
fit chanter ; il fut continué le 9 , et le 16
les principaux Rôles furent remplis par
les Dlles Lenner , Mathieu et Petit pas , et
ceux d'Endimion et de Pan , par les Srs
d'Angerville et Jéliot, Cet Opéra fut tresbien
exécuté et plut extrémement à tou
te la Cour,
Le 18 , on chanta le Prologue et le premier
Acte d'Armide , qu'on continua le
23 , par le second et le troisiéme ; et le 221
Decembre on termina cet Opéra à Versailles
, par le 4 et 5 Acte ,
II. Vol
AVA ་ ་ L ° /55 ° 2925
Le 9 , M. de Blamont proposa à la Reine
le Ballet des Fêtes de Thalie , mis en
Musique par M. Mouret ; il fit chanter
le Prologue et la premiere Entrée , qu'on
continua le 14 , par la seconde et la troisieme
, on le finit le 23 , .par la Critique ct
le Divertissement de la Provençale. Les
principaux Rôles ont été chantez par les
Diles Antier , Petitpas et Duhamel ; et
par les Srs Massé , Dubourg , d'Angerville
et Petillot . Ce Ballet fit beaucoup
de plaisir à la Reine qui eut la bonté de
le témoigner à l'Auteur.
Le 29 , on chanta le Caprice d'Erato
Divertissement de M. de Blamont ; la
Dlle Petitpas y remplit le principal Rôle,
qui fut précédé d'un autre Récitatif détaché
, chanté par la Muse de la Musique
dans un autre Divertissement , du même
Auteur , la Dlle Antier fit le Rôle de Junon
, et finit par la Cantatille : O vous
qui d'une aile légere , & c.
Le 1 Decembre , les Comédiens François
représenterent à la Cour la Tragédie
du Comte d'Essex , et pour petite
Piéce , Colin Maillard. Le Sr Fleury , qui
jona le principal Rôle dans la Tragédie ,
a été reçu depuis dans la Troupe du Roy.
Le 3 , le Jaloux désabusé , et le Medecin
II. Vol. Hij mal†
malgré lui. Le Rôle de Celie fut rempli
par la Dlle Guérin .
Le ro , les Menechmes et le Grondeur.
Le 15 , Mithridate , et le Concert ridicule.
Le 17, le Joueur, et la Famille extrava¬
gante.
Le 29 , Gustave , et le Double veuvage .
le Distrait , et le François à Lon-
Le 31,
dres.
Le 20 Decembre , M. Joseph Durey
de Sauroy de Martigny , Capitaine
au Régiment de M. le Marquis d'Estaing
, son oncle , prêta serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant Général de Verdun et Païs de
Verdunois ; vacante par le décès de
François Comte d'Estaing , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant Général des
Armées de Sa Majesté , Gouverneur de
Douay , & c. dont M. de Martigny avoit
été pourvu le 8 Avril dernier.
Le 22 la Marquise de Mirepoix fut
presentée au Roy , àà llaa Reine Reine , et aux
Princesses , par le Maréchal de Roquelaure.
La nuit du 26 au 27 Decembre , tout
le Quartier de la Cité , et plus encore les
II. Vol.
particuliers
DECEMBRE. 1733. 2921
particuliers qui habitent les Maisons audessus
du Pont Nôtre - Dame et du Pont
au Change;furent allarmez par l'accident
du feu , qui prit à un Bateau chargé de
foin au- dessus du Port de la Grève , et
qui par la violence du vent , se communiqua
à quelques autres Bateaux ; heureusement
ces mêmes Bateaux allerent se
consumer du côté du Quay de la Megisserie
, tous les Magistrats , le Lieutenant
General de Police , le Prevôt des Marchands
et les autres Officiers de Ville y
accoururent promptement , et empêcherent
pat les ordres qu'ils donnerent , que
le feu ne se communiquat à d'autres Bateaux
chargez de foin et de charbon .
Fermer
Résumé : « Le 4 Novembre, il y eut Concert à Fontainebleau, chez la Reine ; S. M. [...] »
Du 4 au 29 décembre, plusieurs événements culturels et officiels marquèrent la cour. Le 4 novembre, l'opéra 'Endimion' de M. de Blamont fut interprété à Fontainebleau, avec des représentations les 9 et 16 novembre. Les rôles principaux furent tenus par les demoiselles Lenner, Mathieu et Petitpas, et les sieurs d'Angerville et Jéliot. L'opéra 'Armide' fut chanté en plusieurs actes, se terminant le 21 décembre à Versailles. Le 9 novembre, M. de Blamont proposa le ballet 'Les Fêtes de Thalie' de M. Mouret, représenté les 14 et 23 novembre. Le 29 novembre, 'Le Caprice d'Erato' de M. de Blamont fut chanté. Les Comédiens Français jouèrent plusieurs pièces, dont 'Le Comte d'Essex' le 1er décembre et 'Le Jaloux désabusé' le 3 décembre. D'autres représentations suivirent, comme 'Les Menechmes' le 10 décembre et 'Gustave' le 29 décembre. Le 20 décembre, M. Joseph Durey de Sauroy de Martigny prêta serment pour la charge de Lieutenant Général de Verdun. Le 22 décembre, la Marquise de Mirepoix fut présentée au Roy, à la Reine et aux Princesses. La nuit du 26 au 27 décembre, un incendie sur des bateaux près du Port de la Grève fut maîtrisé par les magistrats et officiers de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
102
p. 29-30
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, suivie d'un Memoire qui répond à la question proposée dans celui du mois de Juin dernier, au sujet du Plainchant &c.
Début :
Je vous prie d'agréer le Memoire que je vous addresse, fidelement transcrit [...]
Mots clefs :
Mémoire, Plain-chant, Question, Goût, Musique, Composition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, suivie d'un Memoire qui répond à la question proposée dans celui du mois de Juin dernier, au sujet du Plainchant &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure , suivie d'un Memoire
qui répond à la question proposée dans
celui du mois de Juin dernier , au sujet
du Plainchant & c.
E vous prie d'agréer le Memoire que
je vous addresse vous , fidelement transcrit
sur l'original , qui me fut communiqué
l'année passée à Auxerre , où Mrs du
Clergé de Langres m'avoient envoyé
pour y déposer les Préjugez de la Musique
, et mettre en leur place le gout du
Plainchant , et la belle varieté qui doit
regner là - dessus dans une Eglise Cathedrale.
Il m'a parû que ce Memoire répond
décisivement au fond de la question
qui a été proposée , laquelle tend à prescrire
de justes limites aux Musiciens , et
à détromper le Public de la
trop bonne
opinion qu'il a d'eux. Je ne vous cellerai
point qu'avant mon voyage à Auxerre
, ( quoique Musicien et élevé dans
une célébre Maîtrise pendant plus de 12
ans , ) j'étois dans le Préjugé commun ,
mais
ཐབ MERCURE DE FRANCE
mais j'en suis entierement revenu , et je
reconnois aujourd'hui que le gout de la
Musique , et le gout du Plainchant sont
deux gouts bien differens ; que pour être
habile dans la composition de l'une on ne
l'est pas pour cela dans la composition
de l'autre , qu'il y a certains enchaînemens,
certaines manieres de traitter, certaine
tournure , en un mot une Mechanique
particuliere dans l'Art du Plainchant
, qui n'est reconnoissable que par
ceux qui ont étudié les Ecrits des anciens
Compilateurs comme de Guy
Aretin , ou par ceux qui ont conversé
quelque temps avec ceux qui les ont bien
lus ; laquelle mécanique n'est pas même
fort aisée à attraper après qu'on a reconnu
qu'elle existe.
Il est vrai que le Memoire cy joint ne
répond pas à tous les membres de la
question proposée dans le second volume
du Mercure de Juin 1733. parce qu'il y
a déja quatre ans qu'il est composé; mais
je ne doute pas que l'Auteur à qui on
renvoye l'affaire ne donne bientôt un
supplement , et ne rende aussi à chacun
ce qui lui appartient. Je suis &c.
du Mercure , suivie d'un Memoire
qui répond à la question proposée dans
celui du mois de Juin dernier , au sujet
du Plainchant & c.
E vous prie d'agréer le Memoire que
je vous addresse vous , fidelement transcrit
sur l'original , qui me fut communiqué
l'année passée à Auxerre , où Mrs du
Clergé de Langres m'avoient envoyé
pour y déposer les Préjugez de la Musique
, et mettre en leur place le gout du
Plainchant , et la belle varieté qui doit
regner là - dessus dans une Eglise Cathedrale.
Il m'a parû que ce Memoire répond
décisivement au fond de la question
qui a été proposée , laquelle tend à prescrire
de justes limites aux Musiciens , et
à détromper le Public de la
trop bonne
opinion qu'il a d'eux. Je ne vous cellerai
point qu'avant mon voyage à Auxerre
, ( quoique Musicien et élevé dans
une célébre Maîtrise pendant plus de 12
ans , ) j'étois dans le Préjugé commun ,
mais
ཐབ MERCURE DE FRANCE
mais j'en suis entierement revenu , et je
reconnois aujourd'hui que le gout de la
Musique , et le gout du Plainchant sont
deux gouts bien differens ; que pour être
habile dans la composition de l'une on ne
l'est pas pour cela dans la composition
de l'autre , qu'il y a certains enchaînemens,
certaines manieres de traitter, certaine
tournure , en un mot une Mechanique
particuliere dans l'Art du Plainchant
, qui n'est reconnoissable que par
ceux qui ont étudié les Ecrits des anciens
Compilateurs comme de Guy
Aretin , ou par ceux qui ont conversé
quelque temps avec ceux qui les ont bien
lus ; laquelle mécanique n'est pas même
fort aisée à attraper après qu'on a reconnu
qu'elle existe.
Il est vrai que le Memoire cy joint ne
répond pas à tous les membres de la
question proposée dans le second volume
du Mercure de Juin 1733. parce qu'il y
a déja quatre ans qu'il est composé; mais
je ne doute pas que l'Auteur à qui on
renvoye l'affaire ne donne bientôt un
supplement , et ne rende aussi à chacun
ce qui lui appartient. Je suis &c.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, suivie d'un Memoire qui répond à la question proposée dans celui du mois de Juin dernier, au sujet du Plainchant &c.
L'auteur transmet un mémoire aux rédacteurs du Mercure, reçu à Auxerre, rédigé par le clergé de Langres. Ce mémoire vise à remplacer les préjugés sur la musique par une appréciation du plain-chant et de sa variété dans une église cathédrale. Il répond à une question posée dans le Mercure de juin précédent, qui cherchait à définir les limites des musiciens et à corriger l'opinion publique à leur sujet. Avant son voyage à Auxerre, l'auteur, musicien formé pendant plus de douze ans dans une maîtrise célèbre, partageait les préjugés communs. Cependant, il a depuis changé d'avis, reconnaissant que le goût pour la musique et celui pour le plain-chant sont distincts. Il souligne que la composition du plain-chant nécessite une mécanique particulière, accessible seulement à ceux ayant étudié les anciens compilateurs comme Guy Aretin. Le mémoire ne répond pas entièrement à la question posée dans le Mercure de juin 1733, car il a été écrit quatre ans auparavant. L'auteur espère que l'auteur du mémoire fournira bientôt un supplément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
103
p. 31-46
MEMOIRE sur l'autorité des Musiciens en matiere de Plainchant.
Début :
L'erreur n'est que trop commune aujourd'hui de croire que les Musiciens, [...]
Mots clefs :
Chant, Plain-chant, Musique, Musiciens, Composer, Modes, Règles, Attention, Musicien, Maîtres de musique, Chanter, Chant ecclésiastique, Maître de musique, Connaisseurs, Accords, Science, Églises
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur l'autorité des Musiciens en matiere de Plainchant.
MEMOIRE sur l'autorité des Musiciens
en matiere de Plainchant.
'Erreur n'est que trop commune au-
L'jourd'hui de croire que les Musiciens,
et sur tout les Maîtres de Musique , sont
les hommes les plus propres à juger sai
nement du Chant Ecclesiastique. Ceux
qui sont dans cette opinion entendent
par le nom de Musiciens des Chantres
gagez dans des Eglises Cathedrales , pour
y chanter de la Musique , des Chantres
qui ont été élevez dans cette Science dès
la jeunesse , ou qui sçavent jouer de quelque
instrument : et par Maîtres de Musique,
ils entendent ceux qui composent les
Parties de Musique pour être chantées
par differentes voix , et qui enseignent à
chanter musicalement.
Parmi les Personnes qui sont de ce
sentiment , et qui ont cette confiance si
generale dans les lumieres des Musiciens,
pris en ce sens , il y en a quelquefois qui
sont chargez de veiller sur ce qui regarde
la célébration de l'Office Divin : et si
ceux-là se trompent ils peuvent entraîner
avec eux plusieurs autres personnes
dans l'illusion . Outre ceux là , il y en a
d'autres dont un seul par son simple
suffrage peut faire pancher la pluralitě
d'une
32
MERCURE DE FRANCE
d'une compagnie à déclarer que les Musiciens
et principalement les Maîtres de
Musique sont les arbitres souverains
du Chant de l'Eglise , que ce qu'ils improuvent
doit être improuvé, et qu'il ne
faut admettre que ce qu'ils trouvent
bon. La question est de sçavoir si cette
déclaration seroit juste et raisonnable
et si au contraire elle ne seroit pas abusive.
Les suites en seroient d'autant plus
à craindre , que les inconveniens qui en
peuvent arriver seront plus fréquens
parce que les Musiciens eux - mêmes sont
la plupart persuadez de la même chose ,
et qu'il y en a peu de ceux qui se croyent
habiles en Musique , qui ne prétendent
pouvoir décider sur le Plainchant.
Ils croyent ordinairement que ce n'est
qu'à eux seuls qu'on peut s'en rapporter.
Souvent ils ne jugent de l'habitude d'un
Ecclesiastique dans le Chant , qu'à proportion
qu'il raisonne sur les accords
en quoi consiste leur science favorite
et qu'il entre dans ce qu'ils appellent
Musique.
D'autres Personnes qui approfondissent
davantage les choses, prétendent que
les Musiciens ne sont pas les seuls ni les
uniques connoisseurs dans la science du
Chant Ecclesiastique , que cela n'est pas
attaché
JANVIER 1734. 33
attaché à la nature de leur état , et qu'il
est plus commun de trouver de bons
connoisseurs là - dessus parmi les Ecclesiastiques
, qui ne sont pas Musiciens
dans le sens que j'ai donné à ce terme
que parmi ces sortes de Musiciens . D'où
ils concluent que si dans une contestation
l'on choisissoit des Arbitres , il en
faudroit prendre un plus grand nombre
de ceux qu'on n'appelle pas aujourd'hui
Musiciens , quoiqu'ils le soient dans le
fond , que de ceux qui ont ce nom dans
l'usage ordinaire .
C'est aux gens de Lettre à décider
de quel côté est le parti le plus sage
et le plus prudent. On ne peut pas
mieux conduire les juges de ce differend
à une décision précise et nette ,
qu'en leur exposant d'abord les raisons
qui donnent du crédit aux Musiciens
et qui les font prendre pour des juges
compétens et suffisans ; et ensuite les
raisons qui prouvent leur insuffisance et
leur incapacité pour décider sur le Plainchant.
Les personnes qui sont persuadées de
la pleine suffisance des Musiciens , ont
dans l'esprit, qu'il n'est pas probable que
gens qui ont appris la Gamme dès
l'enfance, et qui pendant sept ou huit ans
G
des
et
34 MERCURE DE FRANCE
)
et même quelquefois davantage , en ont
fait leur exercice et leur occupation journaliere
dans un lieu qu'on appelle la
Psallette ou la Maîsrise , ne puissent connoître
parfaitement ce que c'est que le
Plainchant ; qu'en ayant tant oüi chanter
et en ayant chanté eux-mêmes , ils
doivent sçavoir en quoi il consiste, et con
noître ce qui fait la difference des piéces
les unes d'avec les autres. Ces mêmes
personnes se persuadent que le son des
Instrumens par lequel on les forme à la
Musique , a dû leur inculquer la connoissance
des differentes situations des
sons qui constituent les modes du
Chant Ecclesiastique . On peut ajouter à
cela l'application qu'elles font du Prover :
be. Qui facit plus et minus , d'où elles
concluent que les Musiciens sçachang
des accords de consonance
( ce qui n'est pas une chose aisée , ) ils
doivent , à plus forte raison , sçavoir ce
qui est plus simple et plus facile , qui est
le Plainchant. Voilà tout ce qu'on a pû
lire dans leur pensée ; car pour du langage
ou de l'écrit, il a été impossible d'en
tirer d'aucune des personnes qui sont
penetrées d'une si haute estime envers
les Musiciens.
و
composer
Ceux au contraire qui connoissent de
plus
JANVIER 1734 35
plus près l'étendue des lumieres des Musiciens
, se contentent d'avoüer seulement
qu'ils les croyent très en état d'exécuter
le Chant Ecclesiastique , c'est- à- dire
de le chanter dans la pratique , et de
conduire ceux qui ne le sçavent pas.
Mais ils soutiennent qu'il est rare qu'ils
puissent en raisonner sçavamment , et
que c'est une chose encore plus rare qu'ils
puissent composer du Plainchant qui soit
bon et loyal. En effet , dès qu'un Musicien
ne peut pas raisonner pertinemment
sur le Plainchant , et qu'il se méprend
dans les discours qu'il tient sur cette
science , à plus forte raison il n'est pas
en état d'en composer ; et si l'expérience
fait voir que le Plainchant, que des Musiciens
ont composé dans ces derniers
temps n'est pas un Plainchant
bien fondé à conclure delà que les Mu
siciens n'ont donc pas par leur nature de
Musicien , les qualitez necessaires pour
raisonner scientifiquement sur le Plainchant
, et que ces qualitez ne sont pas
attachées à leur profession.
on est
Un Musicien en état de juger à fond sur
le Plainchant, doit être tel que Boëce le demande.
Il doit avoir la facilité à porter
son jugement selon les regles des anciens ,
sur lesdifferens modes du Chant , sur les
Cij
differentes
56 MERCURE DE FRANCE
differentes manieres dont les syllabes des
mors sont disposées relativement auChant,
sur le rapport des modes les uns avec
les autres , et sur les especes differentes
des vers des Poëtes . Is musicus est cui ad
est Facultas secundùm speculationem... Musica
convenientem , de modis ac rythmis
deque generibus cantilenarum ac de permixtionibus
... ac de Poëtarum carminibus
judicandi. Boët. de Musica. L. 1. c . 34.
Cela revient à la regle d'Aristide , qui dit:
Oportet et melodiam contemplari , et rythmum
et dictionem , ut perfectus cantus efficiatur.
Cela signifie que pour composer unChant
dans lequel il n'y ait rien à redire , il faut
d'abord que ce Chant ait la mélodie qui
lui convient , par rapport au mode dont
on veut qu'il soit ; mélodie qui peut être
considerće ou relativement à son intention
ou relativement à l'espace de Chant
qu'on a intention de faire , parce qu'un
Répons doit, par exemple, être traité autrement
qu'une Antienne . Il faut en second
lieu que la distribution des repos ,
des cadences , des chutes , et poses de respiration
soit compassée relativement à l'arangement
des mots et à leur construction
Jaquelle est tantôt naturelle et tantôt entremêlée
; c'est ce qu'Aristide et les Anciens appellent
rythmus.Et enfin il faut être attentif
JANVIER 1734 37
à exprimer ce qui est signifié par les
mots , soit joye, soit tristesse , timidité ou
hardiesse, orgueil ou humilité , et principalement
à la force et à l'énergie de certains
Verbes et Adverbes ; c'est ce qu'Aristide
entend par la diction , à laquelle il veut
qu'on ait égard pour composer un Chant
parfait et accompli.
Or il arrive le plus souvent qu'un Mu
sicien , tel qu'on l'entend dans le sens
vulgaire et ordinaire , n'a connoissance
du Chant Ecclesiastique , que pour en
avoir oui chanter et en avoir chanté dans
une ou deux Eglises . Ce n'est point un
homme à faire aucune recherche d'érudition
dans les Livres de Chant , soit
manuscrits , soit imprimez des Pays
qu'il parcourt. Un Maître de Musique
jugera de même d'une Piéce de Chant
sur sa simple conformité avec une autre
Piéce , qu'il aura oüi chanter dans le lieu
où il étoit autrefois Enfant de Choeur.
Ensorte que si , par exemple , ce Maître de
Musique n'a pas été dans une Eglise où
le cinquième et sixiéme modes du Plainchant
soient traitez de deux manieres
differentes, qui en forment les deux espe
ces , dont l'une répond à l'ancien Chant
des Lydiens , et l'autre à celui des Ioniens,
et qu'il n'ait entendu moduler ces deux/
Cij modes
38 MERCURE DE FRANCE
•
modes et surtout le sixième que d'une -
seule et unique façon ; ce Maître alors ,
dis je , n'admettra qu'une seule maniere
de composer des pièces de ces modes .
Au moins les Musiciens devroient - ils connoître
ceux de tous les modes usitez dans
l'antiquité que differentes Eglises ont employés
dans leurs Livres , et ne pas croire
qu'une chose est heteroclite , inconnuë
à tout le temps passé , et éloignée des
premiers principes , parce qu'ils ne l'ont.
pas vû pratiquer dans l'Eglise où ils ont
été élevez ni dans quelques- unes où ils
ont passé. Ils ne devroient pas se déclarer
ennemis des varietez , comme ils font
quelquefois, puisque c'est la varieté et la
diversité qui contribuent à renouveller
l'attention et la ferveur dans le Chant de
l'Office Divin. Ils devroient ne pas prétendre
, comme font quelques- uns d'entre-
eux , que tout doit plaire à tout le
monde , et qu'une chose qui peut ne pas
paroître belle à quelqu'un , n'est pas recevable
et n'a pas dû être admise. Et pour
se persuader eux- mêmes qu'ils donnent
dans un excès condamnable en raisonnant
ainsi , il suffiroit qu'ils fissent attention
qu'il est du Chant comme des assaisonnemens
des viandes , dont plusieurs ,
quoique faits selon les regles, ne sont pas
du
JANVIER 17345 39
du goût de bien des gens . Quoique ces
assaisonnemens ne flattent point le goût
de certaines personnes , cela ne les fait pas
rejetter tout-à-fait de l'usage commun ,
parce que ce qui ne plaît pas à l'un peut
plaire à un autre , dès- là qu'il a été pratiqué
par les Anciens qui avoient les or
ganes disposez comme nous , et qu'il n'est
pas contre les premiers principes del'Art ni
contre l'assortissement naturel des choses.
Il faut encore qu'un connoisseur irréprochable
se souvienne des regles les plus
communes de la Logique et s'il n'a pas
étudié en Logique , qu'il fasse au moins
attention à ce que dicte la Logique naturelle.
La Logique apprend ,par exemple,à
reflechir sur la difference qu'il y a entte
la ressemblance et l'identité , et à connoître
pour quoi ce qui n'est que ressemblant
n'est pas identique. Or c'est préci
sement ce que la foule des Musiciens modernes
confond , en prenant pour identi
que ce qui n'est que ressemblant. Ils apperçoivent
une espece desimilitude entre
certaines modulations ; ils en concluent
tout aussi - tôt que l'une est l'autre , sans
faire attention qu'ils disent trop , et qu'ils
devoient se contenter de dire que l'une
ressemble en quelque chose à l'autre. C'est
cette confusion des idées qui est aujour
Ciiij
d'hui
40 MERCURE DE FRANCE
d'hui si fatale dans le commerce de la vie ,
et qui fait que lorsqu'un Musicien a prononcé
qu'une telle modulation est la
même qu'une autre , sans autre examen ,
plusieurs le disent après lui , ce qui excite
des troubles et des divisions , à cause
qu'un trop grand nombre de personnes
prend les Musiciens pour les legitimes
connoisseurs en fait de Chant Ecclesiasti
que
Pour être habile Musicien et sçavant
Maître de Musique , ce n'est pas une
conséquence nécessaire qu'on soit toujours
pour cela habile Humaniste , ou en état
d'être perpetuellement attentif dans ce
que l'on compose , aux regles de la Grammaire
, autant que la pratique du Chant
le demande. Cependant c'est une necessité
indispensable que les regles de la
Grammaire soient alliées avec le Chant.
C'est ce rythmus qu'Aristide veut qu'on
considere en composant du Chant : Opor
ret contemplari.... rythmum , ut perfectus
cantus efficiatur , c'est- à - dire ( en appliquant
au Chant d'Eglise ou Plainchant
ce qu'Aristide a dit du Chant de son
temps ) qu'il faut qu'il y ait dans ce Chant
des partages , comine il y en auroit dans
la construction du discours , en declamant
lentement, ou en lisant posément ;
que
JANVIER 1734. 41
que dans les parties qui composent les
phrases ou periodes , il faut observer les
liaisons et les séparations qui leur conviennent
, et qu'elles exigent suivant les
principes de la Grammaire.
Il n'est que trop commun de voir pea
observées par les Maîtres de Musique ces
regles , qui indiquent l'union ou la séparation
qui est nécessaire dans les parties.
du discours , suivant les occurrences. Ils
ne sont même pas libres d'avoir cette attention
, et ce qui les en détourne , est
celle qu'ils donnent à former des accords
et à combiner la mesure des sons , de telle
maniere qu'elle remplisse des temps fixez
et déterminez. Au lieu que dans le Plainchant
ont n'est point si à l'étroit ; cette
maniere y est inconnue. La simplicité et
le denûment d'accords , la liberté qu'on
y a pour le mouvement , lequel n'est
point mesuré si précisement que dans la
Musique , tout cela, dis - je , rend le compositeur
moins distrait, et par conséquent
plus disposé à avoir l'attention nécessaire
pour la liaison ou la séparation des parties
du discours.
Voilà l'origine de la grande difference
qui se trouve entre la composition du
Plainchant et celle de la Musique. Un
compositeur habituel de Plainchant qui
Су n'a
MERCURE DE FRANCE
n'a jamais usé des licences qu'on ose prendre
dans la Musique , et qui y sont tole
rées , a toujours l'esprit présent à la nature
du texte qu'il traite , et qu'il anime
de sons ; il ne s'écarte point des regles de
la construction . Un Maître de Musique
qui a pris une habitude moins gênée , ne
peut plus s'en défaire ; accoutumé à des
repétitions qui lui fournissent un vaste
champ , il ne peut plus simplifier ; et parlà
il devient incapable de composer un
Plainchant qui soit régulier , ou il n'en
vient à bout qu'avec beaucoup de peine.
On lui passe dans la Musique ces fautes
contre les partitions du discours , surtout
lorsqu'il a voulu imiter une autre Piéce
parce que l'harmonie des accords qui
concourent, occupe l'auditeur et lui flatte
l'oreille. Mais le Plainchant n'a rien de
semblable , il n'a rien d'accessoire qui
puisse en cacher les défauts , s'il arrive
qu'il y en ait. Les connoisseurs les remarquent
aussi- tôt , ils se montrent à eux
tout à nud à cause de la simplicité de ce
Chant , et , pour ainsi dire , à cause de sa
planitude , d'où est venu le nom de Planus
cantus et non pas Plenus cantus. Il seroit
facile de produire ici une longue liste
des fautes grossieres dans lesquelles des
Maîtres de Musique habiles et très habiles
JANVIER. 1734. 43
les sont tombez , lorsqu'ils ont entrepris
de composer du Plainchant. Que j'en aye
trouvé la cause ou non , il n'importe ,
cela n'en est pas moins vrai , ( et des Musiciens
même en conviennent ) que c'étoit
un pauvre Plainchant.
Il est certaines modulations usitées en
quelques Eglises , desquelles les Musiciens
ne peuvent pas juger communément
, sans se tromper ; parce que pour
en parler sainement, il faut être plus instruit
qu'ils ne le sont ordinairement dans
les variétez et les progrès du Chant, Ecclésiastique
depuis son origine , et outre
cela il faut aussi être versé dans la Liturgie
, et avoir la connoissance de l'origine
de plusieurs des Rits Ecclesiastiques. Un
Musicien dans sa qualité de Musicien ,
n'est pas obligé de sçavoir que le Systême
du Chant , appellé Grégorien , ne
renferme pas toutes les variétez imaginables
de Psalmodie , ni toutes celles qui ont
été en usage en différent temps , et qui le
sont encore en différens lieux . Ce Maître
de Musique,quelque habile qu'il soit dans
la composition de la Musique , n'est pas
tenu de sçavoir que lorsque le Systême
de Chant de l'Antiphonier Grégorien
fut reçu en France avec les Livres Romains
, au huitiéme et neuviéme siécles ,
C vj
44 MERCURE DE FRANCE
@
on ne quitta pas pour cela en France toutes
les modulations antérieures;mais qu'on
en conserva quelques unes qui étoient
hors de l'étendue du Systême de l'Antiphonier
Grégorien , pour les chanter en
certains jours. De là vient l'étonnement
des Musiciens , et même des Maîtres de
Musique , lorsqu'ils entendent quelque
chose qui paroît contredire ou ne pas s'ac
corder avec ce Systême. Ils sont portez à
le désapprouver, parce qu'il est plus rare
et moins commun , et que ce n'est point
une chose à laquelle on leur ait fait faire
attention pendant leur jeunesse . Aussi
dans ce qui dépend de la connoissance
des Rits Ecclésiastiques , sont- ils sujets à
prendre le change. Its croyent , par exemple
, que la semaine de Pâques doit être
gaye , sur le pied de la gayeté d'un temps
de grande réjouissance extérieure , ne sçachant
pas que c'est la semaine dans laquelle
les premiers Ordinateurs des Offices
Divins ont le plus retenu de l'ancienne
simplicité . Ils sont surpris d'y
trouver du grave et du sérieux , et que ce
qu'il y a de gay dans le cours de l'année
en soit exclus , comme les Répons brefs
Alleluiatiques , les Neumes de jubilation
à la fin des Antienness et cela parce qu'ils
ne sçavent pas que de tout temps l'on n'a
fait
JANVIER. 1734. 49
fait commencer la gayeté Pascale qu'après
une semaine passée dans le grave et
le sérieux que c'est proprement au Dimanche
, huitième jour après Pâques ,que
commence le Rit du Temps Pascal , qui
dure jusqu'à la Pentecôte.
;
On ne s'est point érendu à marquer icy
que le Plainchant est plus ancien que la
Musique dans l'usage Ecclesiastique , que
c'est lui qui y a donné occasion , qui lui
a frayé le chemin , et qui l'a fait naître
dans les Eglises , et que lui seul portoit
autrefois , parmi les Chrétiens , le nom
de Musica. On pourroit conclure au
moins de ce fait , qui est très certain , que
les Musiciens dans le sens qu'on l'entend
aujourd'hui sont les plus nouveaux venuss
et que c'est à eux à suivre les regles qu'ils
trouvent dans les Livres Ecclésiastiques
des anciens Maîtres , et non à les détruire
ni à les soumettre à leurs idées. On espere
que ce détail sera trouvé suffisanc
pour faire décider, que c'est plutôt à d'habiles
connoisseurs en simple Plainchant
qu'il faut s'en rapporter, pour s'assurer
la bonté du Chant,d'un nouveau Bréviaire
, que non pas à des Musiciens , quelques
habiles qu'ils soient dans leur science.
Il n'est pas douteux
que la Musique
Ec
clésiastique
, connue
sous
le nom
de Plain-
-shant
46 MERCURE DE FRAN CE
chant , ne doive son origine à l'ancienne
Musique des Grecs , de qui les Romains ont
emprunté la leur. Ainsi pour connoître à fond
cette Musique d'Eglise, et pour enjuger sainement
, il faut non seulement remonter jusqu'à
sa source , mais de plus faire ensorte de
découvrir les divers changemens qui y sont
arrivez de siécle en siécles c'est- à- dire , qu'il
faut être également instruit , et de la Théorie
de l'ancienne Musique , tant Grecque que
Romaine , et de l'Histoire du Plainchant
depuis ses commencemens jusques à nosjours .
Or ce sont deux points presque totalement
ignorez de nos Musiciens modernes , occupez
uniquement du soin de perfectionner l'espece
de Musique dont ils ont embrassé la profession.
Il s'ensuit delà , qu'un homme tel que
l'Auteur de cette Dissertation , lequel paroit
avoir fait une étude sérieuse de ces deux
points , seroit beaucoup plus à portée de décider
les difficultez qui concernent le Plainchant
, que ceux à qui ce genre de Musique
semble être presqu'entierement étranger , par
le
pen de
connoissance
qu'ils
en
ont
acquise
.
On
exhorte
l'Auteur
à communiquer
au
Public
ce que
ses
laborieuses
recherches
lui
ont
appris
sur
ce sujet.Ce
seroit
le plus
sur
moyen
de
mettre
le Public
en garde
contre
l'illusion
,
que
lui
pourroient
faire
les
décisions
de Juges
incompetens
. A Paris
, ce
12
Février
1729
.
Signez BURETTE et FALCONNET , fils.
en matiere de Plainchant.
'Erreur n'est que trop commune au-
L'jourd'hui de croire que les Musiciens,
et sur tout les Maîtres de Musique , sont
les hommes les plus propres à juger sai
nement du Chant Ecclesiastique. Ceux
qui sont dans cette opinion entendent
par le nom de Musiciens des Chantres
gagez dans des Eglises Cathedrales , pour
y chanter de la Musique , des Chantres
qui ont été élevez dans cette Science dès
la jeunesse , ou qui sçavent jouer de quelque
instrument : et par Maîtres de Musique,
ils entendent ceux qui composent les
Parties de Musique pour être chantées
par differentes voix , et qui enseignent à
chanter musicalement.
Parmi les Personnes qui sont de ce
sentiment , et qui ont cette confiance si
generale dans les lumieres des Musiciens,
pris en ce sens , il y en a quelquefois qui
sont chargez de veiller sur ce qui regarde
la célébration de l'Office Divin : et si
ceux-là se trompent ils peuvent entraîner
avec eux plusieurs autres personnes
dans l'illusion . Outre ceux là , il y en a
d'autres dont un seul par son simple
suffrage peut faire pancher la pluralitě
d'une
32
MERCURE DE FRANCE
d'une compagnie à déclarer que les Musiciens
et principalement les Maîtres de
Musique sont les arbitres souverains
du Chant de l'Eglise , que ce qu'ils improuvent
doit être improuvé, et qu'il ne
faut admettre que ce qu'ils trouvent
bon. La question est de sçavoir si cette
déclaration seroit juste et raisonnable
et si au contraire elle ne seroit pas abusive.
Les suites en seroient d'autant plus
à craindre , que les inconveniens qui en
peuvent arriver seront plus fréquens
parce que les Musiciens eux - mêmes sont
la plupart persuadez de la même chose ,
et qu'il y en a peu de ceux qui se croyent
habiles en Musique , qui ne prétendent
pouvoir décider sur le Plainchant.
Ils croyent ordinairement que ce n'est
qu'à eux seuls qu'on peut s'en rapporter.
Souvent ils ne jugent de l'habitude d'un
Ecclesiastique dans le Chant , qu'à proportion
qu'il raisonne sur les accords
en quoi consiste leur science favorite
et qu'il entre dans ce qu'ils appellent
Musique.
D'autres Personnes qui approfondissent
davantage les choses, prétendent que
les Musiciens ne sont pas les seuls ni les
uniques connoisseurs dans la science du
Chant Ecclesiastique , que cela n'est pas
attaché
JANVIER 1734. 33
attaché à la nature de leur état , et qu'il
est plus commun de trouver de bons
connoisseurs là - dessus parmi les Ecclesiastiques
, qui ne sont pas Musiciens
dans le sens que j'ai donné à ce terme
que parmi ces sortes de Musiciens . D'où
ils concluent que si dans une contestation
l'on choisissoit des Arbitres , il en
faudroit prendre un plus grand nombre
de ceux qu'on n'appelle pas aujourd'hui
Musiciens , quoiqu'ils le soient dans le
fond , que de ceux qui ont ce nom dans
l'usage ordinaire .
C'est aux gens de Lettre à décider
de quel côté est le parti le plus sage
et le plus prudent. On ne peut pas
mieux conduire les juges de ce differend
à une décision précise et nette ,
qu'en leur exposant d'abord les raisons
qui donnent du crédit aux Musiciens
et qui les font prendre pour des juges
compétens et suffisans ; et ensuite les
raisons qui prouvent leur insuffisance et
leur incapacité pour décider sur le Plainchant.
Les personnes qui sont persuadées de
la pleine suffisance des Musiciens , ont
dans l'esprit, qu'il n'est pas probable que
gens qui ont appris la Gamme dès
l'enfance, et qui pendant sept ou huit ans
G
des
et
34 MERCURE DE FRANCE
)
et même quelquefois davantage , en ont
fait leur exercice et leur occupation journaliere
dans un lieu qu'on appelle la
Psallette ou la Maîsrise , ne puissent connoître
parfaitement ce que c'est que le
Plainchant ; qu'en ayant tant oüi chanter
et en ayant chanté eux-mêmes , ils
doivent sçavoir en quoi il consiste, et con
noître ce qui fait la difference des piéces
les unes d'avec les autres. Ces mêmes
personnes se persuadent que le son des
Instrumens par lequel on les forme à la
Musique , a dû leur inculquer la connoissance
des differentes situations des
sons qui constituent les modes du
Chant Ecclesiastique . On peut ajouter à
cela l'application qu'elles font du Prover :
be. Qui facit plus et minus , d'où elles
concluent que les Musiciens sçachang
des accords de consonance
( ce qui n'est pas une chose aisée , ) ils
doivent , à plus forte raison , sçavoir ce
qui est plus simple et plus facile , qui est
le Plainchant. Voilà tout ce qu'on a pû
lire dans leur pensée ; car pour du langage
ou de l'écrit, il a été impossible d'en
tirer d'aucune des personnes qui sont
penetrées d'une si haute estime envers
les Musiciens.
و
composer
Ceux au contraire qui connoissent de
plus
JANVIER 1734 35
plus près l'étendue des lumieres des Musiciens
, se contentent d'avoüer seulement
qu'ils les croyent très en état d'exécuter
le Chant Ecclesiastique , c'est- à- dire
de le chanter dans la pratique , et de
conduire ceux qui ne le sçavent pas.
Mais ils soutiennent qu'il est rare qu'ils
puissent en raisonner sçavamment , et
que c'est une chose encore plus rare qu'ils
puissent composer du Plainchant qui soit
bon et loyal. En effet , dès qu'un Musicien
ne peut pas raisonner pertinemment
sur le Plainchant , et qu'il se méprend
dans les discours qu'il tient sur cette
science , à plus forte raison il n'est pas
en état d'en composer ; et si l'expérience
fait voir que le Plainchant, que des Musiciens
ont composé dans ces derniers
temps n'est pas un Plainchant
bien fondé à conclure delà que les Mu
siciens n'ont donc pas par leur nature de
Musicien , les qualitez necessaires pour
raisonner scientifiquement sur le Plainchant
, et que ces qualitez ne sont pas
attachées à leur profession.
on est
Un Musicien en état de juger à fond sur
le Plainchant, doit être tel que Boëce le demande.
Il doit avoir la facilité à porter
son jugement selon les regles des anciens ,
sur lesdifferens modes du Chant , sur les
Cij
differentes
56 MERCURE DE FRANCE
differentes manieres dont les syllabes des
mors sont disposées relativement auChant,
sur le rapport des modes les uns avec
les autres , et sur les especes differentes
des vers des Poëtes . Is musicus est cui ad
est Facultas secundùm speculationem... Musica
convenientem , de modis ac rythmis
deque generibus cantilenarum ac de permixtionibus
... ac de Poëtarum carminibus
judicandi. Boët. de Musica. L. 1. c . 34.
Cela revient à la regle d'Aristide , qui dit:
Oportet et melodiam contemplari , et rythmum
et dictionem , ut perfectus cantus efficiatur.
Cela signifie que pour composer unChant
dans lequel il n'y ait rien à redire , il faut
d'abord que ce Chant ait la mélodie qui
lui convient , par rapport au mode dont
on veut qu'il soit ; mélodie qui peut être
considerće ou relativement à son intention
ou relativement à l'espace de Chant
qu'on a intention de faire , parce qu'un
Répons doit, par exemple, être traité autrement
qu'une Antienne . Il faut en second
lieu que la distribution des repos ,
des cadences , des chutes , et poses de respiration
soit compassée relativement à l'arangement
des mots et à leur construction
Jaquelle est tantôt naturelle et tantôt entremêlée
; c'est ce qu'Aristide et les Anciens appellent
rythmus.Et enfin il faut être attentif
JANVIER 1734 37
à exprimer ce qui est signifié par les
mots , soit joye, soit tristesse , timidité ou
hardiesse, orgueil ou humilité , et principalement
à la force et à l'énergie de certains
Verbes et Adverbes ; c'est ce qu'Aristide
entend par la diction , à laquelle il veut
qu'on ait égard pour composer un Chant
parfait et accompli.
Or il arrive le plus souvent qu'un Mu
sicien , tel qu'on l'entend dans le sens
vulgaire et ordinaire , n'a connoissance
du Chant Ecclesiastique , que pour en
avoir oui chanter et en avoir chanté dans
une ou deux Eglises . Ce n'est point un
homme à faire aucune recherche d'érudition
dans les Livres de Chant , soit
manuscrits , soit imprimez des Pays
qu'il parcourt. Un Maître de Musique
jugera de même d'une Piéce de Chant
sur sa simple conformité avec une autre
Piéce , qu'il aura oüi chanter dans le lieu
où il étoit autrefois Enfant de Choeur.
Ensorte que si , par exemple , ce Maître de
Musique n'a pas été dans une Eglise où
le cinquième et sixiéme modes du Plainchant
soient traitez de deux manieres
differentes, qui en forment les deux espe
ces , dont l'une répond à l'ancien Chant
des Lydiens , et l'autre à celui des Ioniens,
et qu'il n'ait entendu moduler ces deux/
Cij modes
38 MERCURE DE FRANCE
•
modes et surtout le sixième que d'une -
seule et unique façon ; ce Maître alors ,
dis je , n'admettra qu'une seule maniere
de composer des pièces de ces modes .
Au moins les Musiciens devroient - ils connoître
ceux de tous les modes usitez dans
l'antiquité que differentes Eglises ont employés
dans leurs Livres , et ne pas croire
qu'une chose est heteroclite , inconnuë
à tout le temps passé , et éloignée des
premiers principes , parce qu'ils ne l'ont.
pas vû pratiquer dans l'Eglise où ils ont
été élevez ni dans quelques- unes où ils
ont passé. Ils ne devroient pas se déclarer
ennemis des varietez , comme ils font
quelquefois, puisque c'est la varieté et la
diversité qui contribuent à renouveller
l'attention et la ferveur dans le Chant de
l'Office Divin. Ils devroient ne pas prétendre
, comme font quelques- uns d'entre-
eux , que tout doit plaire à tout le
monde , et qu'une chose qui peut ne pas
paroître belle à quelqu'un , n'est pas recevable
et n'a pas dû être admise. Et pour
se persuader eux- mêmes qu'ils donnent
dans un excès condamnable en raisonnant
ainsi , il suffiroit qu'ils fissent attention
qu'il est du Chant comme des assaisonnemens
des viandes , dont plusieurs ,
quoique faits selon les regles, ne sont pas
du
JANVIER 17345 39
du goût de bien des gens . Quoique ces
assaisonnemens ne flattent point le goût
de certaines personnes , cela ne les fait pas
rejetter tout-à-fait de l'usage commun ,
parce que ce qui ne plaît pas à l'un peut
plaire à un autre , dès- là qu'il a été pratiqué
par les Anciens qui avoient les or
ganes disposez comme nous , et qu'il n'est
pas contre les premiers principes del'Art ni
contre l'assortissement naturel des choses.
Il faut encore qu'un connoisseur irréprochable
se souvienne des regles les plus
communes de la Logique et s'il n'a pas
étudié en Logique , qu'il fasse au moins
attention à ce que dicte la Logique naturelle.
La Logique apprend ,par exemple,à
reflechir sur la difference qu'il y a entte
la ressemblance et l'identité , et à connoître
pour quoi ce qui n'est que ressemblant
n'est pas identique. Or c'est préci
sement ce que la foule des Musiciens modernes
confond , en prenant pour identi
que ce qui n'est que ressemblant. Ils apperçoivent
une espece desimilitude entre
certaines modulations ; ils en concluent
tout aussi - tôt que l'une est l'autre , sans
faire attention qu'ils disent trop , et qu'ils
devoient se contenter de dire que l'une
ressemble en quelque chose à l'autre. C'est
cette confusion des idées qui est aujour
Ciiij
d'hui
40 MERCURE DE FRANCE
d'hui si fatale dans le commerce de la vie ,
et qui fait que lorsqu'un Musicien a prononcé
qu'une telle modulation est la
même qu'une autre , sans autre examen ,
plusieurs le disent après lui , ce qui excite
des troubles et des divisions , à cause
qu'un trop grand nombre de personnes
prend les Musiciens pour les legitimes
connoisseurs en fait de Chant Ecclesiasti
que
Pour être habile Musicien et sçavant
Maître de Musique , ce n'est pas une
conséquence nécessaire qu'on soit toujours
pour cela habile Humaniste , ou en état
d'être perpetuellement attentif dans ce
que l'on compose , aux regles de la Grammaire
, autant que la pratique du Chant
le demande. Cependant c'est une necessité
indispensable que les regles de la
Grammaire soient alliées avec le Chant.
C'est ce rythmus qu'Aristide veut qu'on
considere en composant du Chant : Opor
ret contemplari.... rythmum , ut perfectus
cantus efficiatur , c'est- à - dire ( en appliquant
au Chant d'Eglise ou Plainchant
ce qu'Aristide a dit du Chant de son
temps ) qu'il faut qu'il y ait dans ce Chant
des partages , comine il y en auroit dans
la construction du discours , en declamant
lentement, ou en lisant posément ;
que
JANVIER 1734. 41
que dans les parties qui composent les
phrases ou periodes , il faut observer les
liaisons et les séparations qui leur conviennent
, et qu'elles exigent suivant les
principes de la Grammaire.
Il n'est que trop commun de voir pea
observées par les Maîtres de Musique ces
regles , qui indiquent l'union ou la séparation
qui est nécessaire dans les parties.
du discours , suivant les occurrences. Ils
ne sont même pas libres d'avoir cette attention
, et ce qui les en détourne , est
celle qu'ils donnent à former des accords
et à combiner la mesure des sons , de telle
maniere qu'elle remplisse des temps fixez
et déterminez. Au lieu que dans le Plainchant
ont n'est point si à l'étroit ; cette
maniere y est inconnue. La simplicité et
le denûment d'accords , la liberté qu'on
y a pour le mouvement , lequel n'est
point mesuré si précisement que dans la
Musique , tout cela, dis - je , rend le compositeur
moins distrait, et par conséquent
plus disposé à avoir l'attention nécessaire
pour la liaison ou la séparation des parties
du discours.
Voilà l'origine de la grande difference
qui se trouve entre la composition du
Plainchant et celle de la Musique. Un
compositeur habituel de Plainchant qui
Су n'a
MERCURE DE FRANCE
n'a jamais usé des licences qu'on ose prendre
dans la Musique , et qui y sont tole
rées , a toujours l'esprit présent à la nature
du texte qu'il traite , et qu'il anime
de sons ; il ne s'écarte point des regles de
la construction . Un Maître de Musique
qui a pris une habitude moins gênée , ne
peut plus s'en défaire ; accoutumé à des
repétitions qui lui fournissent un vaste
champ , il ne peut plus simplifier ; et parlà
il devient incapable de composer un
Plainchant qui soit régulier , ou il n'en
vient à bout qu'avec beaucoup de peine.
On lui passe dans la Musique ces fautes
contre les partitions du discours , surtout
lorsqu'il a voulu imiter une autre Piéce
parce que l'harmonie des accords qui
concourent, occupe l'auditeur et lui flatte
l'oreille. Mais le Plainchant n'a rien de
semblable , il n'a rien d'accessoire qui
puisse en cacher les défauts , s'il arrive
qu'il y en ait. Les connoisseurs les remarquent
aussi- tôt , ils se montrent à eux
tout à nud à cause de la simplicité de ce
Chant , et , pour ainsi dire , à cause de sa
planitude , d'où est venu le nom de Planus
cantus et non pas Plenus cantus. Il seroit
facile de produire ici une longue liste
des fautes grossieres dans lesquelles des
Maîtres de Musique habiles et très habiles
JANVIER. 1734. 43
les sont tombez , lorsqu'ils ont entrepris
de composer du Plainchant. Que j'en aye
trouvé la cause ou non , il n'importe ,
cela n'en est pas moins vrai , ( et des Musiciens
même en conviennent ) que c'étoit
un pauvre Plainchant.
Il est certaines modulations usitées en
quelques Eglises , desquelles les Musiciens
ne peuvent pas juger communément
, sans se tromper ; parce que pour
en parler sainement, il faut être plus instruit
qu'ils ne le sont ordinairement dans
les variétez et les progrès du Chant, Ecclésiastique
depuis son origine , et outre
cela il faut aussi être versé dans la Liturgie
, et avoir la connoissance de l'origine
de plusieurs des Rits Ecclesiastiques. Un
Musicien dans sa qualité de Musicien ,
n'est pas obligé de sçavoir que le Systême
du Chant , appellé Grégorien , ne
renferme pas toutes les variétez imaginables
de Psalmodie , ni toutes celles qui ont
été en usage en différent temps , et qui le
sont encore en différens lieux . Ce Maître
de Musique,quelque habile qu'il soit dans
la composition de la Musique , n'est pas
tenu de sçavoir que lorsque le Systême
de Chant de l'Antiphonier Grégorien
fut reçu en France avec les Livres Romains
, au huitiéme et neuviéme siécles ,
C vj
44 MERCURE DE FRANCE
@
on ne quitta pas pour cela en France toutes
les modulations antérieures;mais qu'on
en conserva quelques unes qui étoient
hors de l'étendue du Systême de l'Antiphonier
Grégorien , pour les chanter en
certains jours. De là vient l'étonnement
des Musiciens , et même des Maîtres de
Musique , lorsqu'ils entendent quelque
chose qui paroît contredire ou ne pas s'ac
corder avec ce Systême. Ils sont portez à
le désapprouver, parce qu'il est plus rare
et moins commun , et que ce n'est point
une chose à laquelle on leur ait fait faire
attention pendant leur jeunesse . Aussi
dans ce qui dépend de la connoissance
des Rits Ecclésiastiques , sont- ils sujets à
prendre le change. Its croyent , par exemple
, que la semaine de Pâques doit être
gaye , sur le pied de la gayeté d'un temps
de grande réjouissance extérieure , ne sçachant
pas que c'est la semaine dans laquelle
les premiers Ordinateurs des Offices
Divins ont le plus retenu de l'ancienne
simplicité . Ils sont surpris d'y
trouver du grave et du sérieux , et que ce
qu'il y a de gay dans le cours de l'année
en soit exclus , comme les Répons brefs
Alleluiatiques , les Neumes de jubilation
à la fin des Antienness et cela parce qu'ils
ne sçavent pas que de tout temps l'on n'a
fait
JANVIER. 1734. 49
fait commencer la gayeté Pascale qu'après
une semaine passée dans le grave et
le sérieux que c'est proprement au Dimanche
, huitième jour après Pâques ,que
commence le Rit du Temps Pascal , qui
dure jusqu'à la Pentecôte.
;
On ne s'est point érendu à marquer icy
que le Plainchant est plus ancien que la
Musique dans l'usage Ecclesiastique , que
c'est lui qui y a donné occasion , qui lui
a frayé le chemin , et qui l'a fait naître
dans les Eglises , et que lui seul portoit
autrefois , parmi les Chrétiens , le nom
de Musica. On pourroit conclure au
moins de ce fait , qui est très certain , que
les Musiciens dans le sens qu'on l'entend
aujourd'hui sont les plus nouveaux venuss
et que c'est à eux à suivre les regles qu'ils
trouvent dans les Livres Ecclésiastiques
des anciens Maîtres , et non à les détruire
ni à les soumettre à leurs idées. On espere
que ce détail sera trouvé suffisanc
pour faire décider, que c'est plutôt à d'habiles
connoisseurs en simple Plainchant
qu'il faut s'en rapporter, pour s'assurer
la bonté du Chant,d'un nouveau Bréviaire
, que non pas à des Musiciens , quelques
habiles qu'ils soient dans leur science.
Il n'est pas douteux
que la Musique
Ec
clésiastique
, connue
sous
le nom
de Plain-
-shant
46 MERCURE DE FRAN CE
chant , ne doive son origine à l'ancienne
Musique des Grecs , de qui les Romains ont
emprunté la leur. Ainsi pour connoître à fond
cette Musique d'Eglise, et pour enjuger sainement
, il faut non seulement remonter jusqu'à
sa source , mais de plus faire ensorte de
découvrir les divers changemens qui y sont
arrivez de siécle en siécles c'est- à- dire , qu'il
faut être également instruit , et de la Théorie
de l'ancienne Musique , tant Grecque que
Romaine , et de l'Histoire du Plainchant
depuis ses commencemens jusques à nosjours .
Or ce sont deux points presque totalement
ignorez de nos Musiciens modernes , occupez
uniquement du soin de perfectionner l'espece
de Musique dont ils ont embrassé la profession.
Il s'ensuit delà , qu'un homme tel que
l'Auteur de cette Dissertation , lequel paroit
avoir fait une étude sérieuse de ces deux
points , seroit beaucoup plus à portée de décider
les difficultez qui concernent le Plainchant
, que ceux à qui ce genre de Musique
semble être presqu'entierement étranger , par
le
pen de
connoissance
qu'ils
en
ont
acquise
.
On
exhorte
l'Auteur
à communiquer
au
Public
ce que
ses
laborieuses
recherches
lui
ont
appris
sur
ce sujet.Ce
seroit
le plus
sur
moyen
de
mettre
le Public
en garde
contre
l'illusion
,
que
lui
pourroient
faire
les
décisions
de Juges
incompetens
. A Paris
, ce
12
Février
1729
.
Signez BURETTE et FALCONNET , fils.
Fermer
Résumé : MEMOIRE sur l'autorité des Musiciens en matiere de Plainchant.
Le texte 'Mémoire sur l'autorité des Musiciens en matière de Plainchant' examine la croyance erronée selon laquelle les musiciens, notamment les maîtres de musique, sont les mieux placés pour juger du chant ecclésiastique. Cette opinion repose sur l'idée que les musiciens, formés dès leur jeunesse et capables de jouer d'instruments, possèdent une expertise unique en la matière. Cependant, le texte met en garde contre les dangers de cette confiance excessive, soulignant que certains responsables de la célébration de l'office divin peuvent entraîner d'autres dans l'erreur en suivant cette croyance. Les partisans de cette idée argumentent que les musiciens, ayant appris la gamme dès l'enfance et pratiqué quotidiennement, doivent nécessairement connaître parfaitement le plain-chant. Ils croient également que l'utilisation d'instruments a inculqué aux musiciens la connaissance des modes du chant ecclésiastique. En revanche, d'autres personnes estiment que les ecclésiastiques, qui ne sont pas nécessairement musiciens au sens strict, sont souvent de meilleurs connaisseurs du chant ecclésiastique. Ils suggèrent que, en cas de contestation, il faudrait choisir un plus grand nombre d'arbitres parmi ces ecclésiastiques. Le texte souligne la nécessité de peser les arguments des deux côtés pour déterminer la meilleure approche. Il expose les raisons pour lesquelles les musiciens sont considérés comme compétents, tout en mettant en lumière leur insuffisance et leur incapacité à juger du plain-chant de manière scientifique. Les musiciens, bien qu'excellents dans l'exécution et l'enseignement du chant, manquent souvent de la capacité à en raisonner ou à en composer de manière savante. Le texte insiste sur l'importance de suivre les règles des anciens et de considérer les aspects mélodiques, rythmiques et dictionnels pour composer un chant parfait. Le texte traite également de la différence entre la composition du plain-chant et celle de la musique. La simplicité et la liberté de mouvement du plain-chant permettent au compositeur de rester concentré sur la nature du texte et de respecter les règles de construction. En revanche, un compositeur de musique, habitué à des licences et répétitions, trouve difficile de composer un plain-chant régulier. Les fautes dans le plain-chant sont plus facilement remarquées en raison de sa simplicité et de l'absence d'éléments accessoires pour les masquer. Le plain-chant est présenté comme plus ancien que la musique dans l'usage ecclésiastique et comme ayant donné naissance à la musique dans les églises. Le texte conclut que pour juger sainement du plain-chant, il est nécessaire de connaître l'ancienne musique grecque et romaine ainsi que l'histoire du plain-chant. Les auteurs exhortent un expert en plain-chant à partager ses connaissances pour éviter les décisions de juges incompétents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
104
p. 119-120
Les Dons des Enfans de Latone, [titre d'après la table]
Début :
On vend chez De Saint, Libraire, ruë S. Jean de Beauvais : LES DONS DES ENFANS DE LATONE ; [...]
Mots clefs :
Chasse du cerf, Musique, Poèmes, Chants, Fanfares
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Dons des Enfans de Latone, [titre d'après la table]
On vend chez De Saint , Libraire, rue S.Jean
de Beauvais : LES DONS DES ENFANS DE LA
TONE ; la Musique et la Chasse du Cerf, Poëmes.
dédiez au Roy. C'est un Ouvrage qui contient
plus de 4000 Vers , vol . in 8. ( nrichi de Tailles.
douces , dessinées par M. Oudry , er gravées par
le Sr Lebas , avec plusieurs autres gravures de
Musique .
L'Ouvrage est divisé en deux parties , la pre
miere regarde la Musique , et contient deux Poëmes
de 4 Chants chacun. Le premier a pour ti
tre: Apollon ou l'Origine des Spectacles , en Mu
sique ; et le second est une Epître qui parut avec
succès en 1714.contenant aussi 4 chants , revuë,
corrigée et augmentée. Ces deux Poëmes sont
suivis d'une Table Cronologique de tous les .
Opéra qui ont paru en France depuis l'année
1645. jusqu'à present, avec le nom des Auteurs ,
des Paroles et de la Musique..
La seconde Partie de l'Ouvrage est intimulée :
Diane ou les Loix de la Chasse du Cerf; Traduction
tirée d'un Poëme Latin, de Jacques Savary,
imprimé à Caen l'année 1659. accommodé à la
maniere de chasser le Cerf aujourd'hui .
Le Poëme est divisé en 6 chants, et peut contenir
1700 Vers,sans la Préface ; il est suivi d'un Dictionnaire
de tous les termes usitez à la Chasse du
Cerf , tirez de tous les Auteurs qui en ont écrit ,
et de l'usage present.
Pour reünir plus parfaitement les Dons , dés
Enfans de Latone , l'Auteur a jugé à propos d'y
joindre les Paroles d'une nouvelle Chasse du
Cerf , mise en Musique , qu'il compte apparem
ment donner au public, entierement Parodiées , à
ce qu'il dit,sur des Airs choisis des Opéra d'An◄
gleterre , de la composition du Sr Hendel , fameux
120 MERCURE DE FRANCE
meux compositeur , avec des Simphonies étran
geres des meilleurs Auteurs Italiens .
L'Ouvrage enfin est terminé par un Recueil
gravé de toutes les Fanfares connues à la Cour ,
sous différens noms , et composez par M. de
Dampierre , Gentilhomme des plaisirs du Roy ,
imaginés par lui pour servir de signaux à la
Chasse , et faire entendre aux Veneurs la nature
du Cerf que l'on court , ses mouvemens , et toutes
les differentes opérations de la Chasse , avec
tous les tons qu'il y a affectez; ces Fanfares sont
suivies de plusieurs autres nouvelles Fanfares ,
avec les Parodies qui en ont été faites par différentes
personnes; et le tout est réuni sous le titre
commun des Dons des Enfans de Latone.
Nous rendrons compte au public du détail de
chacun de ces Poëmes , dont la lecture fait un
extréme plaisir .
de Beauvais : LES DONS DES ENFANS DE LA
TONE ; la Musique et la Chasse du Cerf, Poëmes.
dédiez au Roy. C'est un Ouvrage qui contient
plus de 4000 Vers , vol . in 8. ( nrichi de Tailles.
douces , dessinées par M. Oudry , er gravées par
le Sr Lebas , avec plusieurs autres gravures de
Musique .
L'Ouvrage est divisé en deux parties , la pre
miere regarde la Musique , et contient deux Poëmes
de 4 Chants chacun. Le premier a pour ti
tre: Apollon ou l'Origine des Spectacles , en Mu
sique ; et le second est une Epître qui parut avec
succès en 1714.contenant aussi 4 chants , revuë,
corrigée et augmentée. Ces deux Poëmes sont
suivis d'une Table Cronologique de tous les .
Opéra qui ont paru en France depuis l'année
1645. jusqu'à present, avec le nom des Auteurs ,
des Paroles et de la Musique..
La seconde Partie de l'Ouvrage est intimulée :
Diane ou les Loix de la Chasse du Cerf; Traduction
tirée d'un Poëme Latin, de Jacques Savary,
imprimé à Caen l'année 1659. accommodé à la
maniere de chasser le Cerf aujourd'hui .
Le Poëme est divisé en 6 chants, et peut contenir
1700 Vers,sans la Préface ; il est suivi d'un Dictionnaire
de tous les termes usitez à la Chasse du
Cerf , tirez de tous les Auteurs qui en ont écrit ,
et de l'usage present.
Pour reünir plus parfaitement les Dons , dés
Enfans de Latone , l'Auteur a jugé à propos d'y
joindre les Paroles d'une nouvelle Chasse du
Cerf , mise en Musique , qu'il compte apparem
ment donner au public, entierement Parodiées , à
ce qu'il dit,sur des Airs choisis des Opéra d'An◄
gleterre , de la composition du Sr Hendel , fameux
120 MERCURE DE FRANCE
meux compositeur , avec des Simphonies étran
geres des meilleurs Auteurs Italiens .
L'Ouvrage enfin est terminé par un Recueil
gravé de toutes les Fanfares connues à la Cour ,
sous différens noms , et composez par M. de
Dampierre , Gentilhomme des plaisirs du Roy ,
imaginés par lui pour servir de signaux à la
Chasse , et faire entendre aux Veneurs la nature
du Cerf que l'on court , ses mouvemens , et toutes
les differentes opérations de la Chasse , avec
tous les tons qu'il y a affectez; ces Fanfares sont
suivies de plusieurs autres nouvelles Fanfares ,
avec les Parodies qui en ont été faites par différentes
personnes; et le tout est réuni sous le titre
commun des Dons des Enfans de Latone.
Nous rendrons compte au public du détail de
chacun de ces Poëmes , dont la lecture fait un
extréme plaisir .
Fermer
Résumé : Les Dons des Enfans de Latone, [titre d'après la table]
Le texte annonce la vente de l'ouvrage 'LES DONS DES ENFANS DE LA TONE' chez De Saint, Libraire, rue Saint-Jean de Beauvais. Cet ouvrage, dédié au roi, contient plus de 4000 vers et est illustré par des tailles douces dessinées par M. Oudry et gravées par le Sr Lebas, ainsi que des gravures musicales. Il est divisé en deux parties. La première traite de la musique et comprend deux poèmes de quatre chants chacun : 'Apollon ou l'Origine des Spectacles en Musique' et une épître publiée en 1714. Elle inclut également une table chronologique des opéras parus en France de 1645 à la date de publication, avec les noms des auteurs, des paroles et de la musique. La seconde partie, 'Diane ou les Lois de la Chasse du Cerf', est une traduction d'un poème latin de Jacques Savary, adapté à la chasse au cerf contemporaine. Ce poème, divisé en six chants, contient environ 1700 vers et est suivi d'un dictionnaire des termes de la chasse au cerf. L'auteur inclut aussi les paroles d'une nouvelle chasse au cerf mise en musique, parodiées sur des airs choisis des opéras anglais du Sr Hendel et des symphonies étrangères des meilleurs auteurs italiens. L'ouvrage se termine par un recueil gravé de toutes les fanfares connues à la cour, composées par M. de Dampierre, et de plusieurs autres nouvelles fanfares et leurs parodies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
105
p. 210-218
LETTRE de M. L. B. Ch. & Souchantre de l'Eglise d'Auxerre, écrite à M. l'Abbé Fenel, Chanoine de l'Eglise Metropolitaine de Sens, touchant l'origine du Proverbe, Li Chanteor de Sens.
Début :
Vous avez peut-être crû, Monsieur, que je ne parlois pas sérieusement, [...]
Mots clefs :
Proverbe, Sens, Chant, Église, Primes, Office, Auteur, Musique, Églises, Charlemagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. L. B. Ch. & Souchantre de l'Eglise d'Auxerre, écrite à M. l'Abbé Fenel, Chanoine de l'Eglise Metropolitaine de Sens, touchant l'origine du Proverbe, Li Chanteor de Sens.
LETTRE de M. L. B.Ch. & Souchantre
de l'Eglise d' Auxerre , écrite à M. l'Abbé
Fenel , Chanoine de l'Eglise Metropo
litaine de Sens , touchant l'origine du
Proverbe , Li Chanteor de Sens .
V
Ous avez peut-être crû , Monsieur,
que je ne parlois pas sérieusement
lorsque je vous ai demandé par ma dernie
ce qu'on pensoit à Sens tou re Lettre
>
chang
FEVRIER.. 1734. 218
chant la dénomination qu'un manuscrit
de Saint Germain des Prez , dont il y a
un Extrait dans le Mercure de Septembre
dernier , donne à votre Ville . Je n'ai eu
nulle envie de vous surprendre , lorsque
je me suis informé de vous , si cette épithete
Li chanteor de Sens n'avoit reveillé
l'attention de personne.Supposé que l'Auteur
,publié dans le Mercure,dise la verité,
et que la Liste des Proverbes courans anciennement
en France , soit du tems de
Philippe le Bel , ou environ , il s'ensuivra
seulement par rapport à la Ville de Sens ,
qu'elle étoit alors distinguée par un endroit
honorable ; et pendant que d'autres
Villes étoient renommées , je ne sçai de
quelle maniere la vôtre,qui avoit le chant
en affection , où qui étoit peuplée de
Chantres , se faisoit considerer de ce côté-
là. Vous êtes convenu en me faisant
réponse , que le chant a été cultivé autrefois
chez vous plus que mediocrement :
les preuves que vous en apportez sont ;
1º . la mesure que battoit le Préchantre
en certaines occasions ; 2 °. l'usage ancien
où le même Préchantre étoit de baller ,
ensorte qu'on disoit , à teljour le Préchantre
balle. 3 ° . La coûtume de vos dignitez
de venir à la Neume du grand répons visà-
vis le bas Cheur. Vous avez très grande
212 MERCURE DE FRANCE
de raison ces preuves sont des indices
assez forts ; mais je puis vous dire de plus
qu'il falloit que le chant dans votre Ville
fût en très singuliere recommandation´,
puisque l'Archevêque se faisoit un devoir
de chanter lui - même le celebre répons Afpiciens
, qui est le premier des Nocturnes
de l'Avent. C'est ce que j'ai lu dans l'un
des monumens de votre Eglise. Et j'en
conclus qu'il falloit qu'alors la science du
chant fut très-florissante parmi vous.
Cependant , pour que cet attachement
au chant ait fait naître le Proverbe en
question , je pense qu'il faut encore quelque
chose de plus fort. Je me flatte de l'ayoir
trouvé. C'est , que votre Eglise a été
apparemment l'une des premieres qui ait
adinis le Déchant qui étoit la Musique du
douzième siècle et des suivans . Le Credo
que je vous ai fait voir , noté à deux parties
, dans un des Missels du treiziéme sié
cle conservez chez vous , en est une preuve
manifeste. Car , si la profession de foy
étoit récitée musicalement , comment ne
l'étoient- elles point les autres parties de
l'Office : Le Déchant Discantus fit donc
grande fortune dans l'Eglise de Sens
delà , probablement il s'étendit dans les
Eglises suffragantes . Galvanée Dominicain
Italien , qui mourut en 1297. dit de
Charlemagne
et
FEVRIER: 1734: 213
,
Charlemagne dans son Manipulus Florum.
T. XI.fcriptorum Italicorum pag. 601. Tres
fcolas pro Gregoriano Officio addiscendo ultra
montes instituit . Primam posuit Metis ,
secundam Senonis tertiam Aurelianis:
Je pense que cet Auteur n'a écrit ceci
que parce qu'au treizième siècle on le
croyoit ainsi , et qu'on n'attribuoit point
alors à d'autre qu'à Charlemagne , l'émulation
qui regnoit dans le chant à Sens et
à Orleans. Je ne sçai pas en quel temps
votre Chapitre à congedié les Musiciens ,
mais je sçai bien qu'on y chantoit encore
ce Déchant ou musique ancienne sur les
Ode Noël en 1553. Ce fut cette année là
que notre Chapitre tenant à honneur de
se regler sur le vôtre , conclut en ces termes
le seizième Décembre : Insuper Domini
volentes insequi vestigia Ecclesia Metropolitane
Senonensis & plerarunque aliaruin
Cathedralium hujus regni , concluserunt
☛ ordinaverunt quòd dum decantabuntur illa
novem folemnes Antiphona ad Magnificat
que incipiunt per O ante novem dies pracedentes
Festum Nativitatis Salvatoris D. N.
J. C. qualibet earum Antiphonarum canta
bitur bis , videlicet in principio & in fine dica
ti Cantici Magnificat in musicalibus sive
discantu et cum organis ; et tunc ad aquilam
deferentur due cruces argentea cum duabus
tadis
214 MERCURE DE FRANCE
tadis accensis , ad majorem jubilationem &
divini cultus augmentationem. Si votre Chapitre
fut des premiers à admettre l'organisation
du chant Gregorien , c'est- à - dire,
à permettre qu'on fit des accords sur ce
chant , il fut aussi des premiers à rejetter
cet usage ; non pas que ces accords blessassent
l'oreille , mais parce qu'on sentit
peut être quelques inconveniens de la part
de ceux qui l'executoient. Je crois que
votre Eglise a très prudemment fait , de
prévenir le temps des rafinemens où nous
sommes à present , temps auquel la musique
voudroit supplanter le plainchant.
Les Musiciens en general , et ceux qui
leur sont, pour ainsi dire, affiliez , ou qui leur
touchent par quelque endroir , comme ,
par exemple , seroit un Chanoine , qui
sçait un peu toucher du Clavecin ou
chanter sa partie de musique , font des
raisonnemens si pitoyables en fait de
plainchant , et traitent si malceite science ,
que tout est à craindre pour les Eglises où
ils sont écoutez .
Je présume ( quoique votre nouveau
Breviaire n'en dise rien ) que vous avez
conservé l'ancien usage de chanter dans
votre Choeur le jour de Saint - Etienne le
Pseaume All luiatique Landate 148. dans
un des modes qui sont diffens du systême
FEVRIER. 1733 . 215
me Gregorien , un mode Psalmodique
dont la dominante est corde finale même
de l'ancienne . A l'égard de la semaine de
Pâques , je suis assuré que vous chantez
comme nous aux petites Heures sur une
corde élevée d'un ton seulement au- dessus
de la corde finale de l'ancienne , conformement
aux anciens Livres de l'une et de
l'autre Eglise. Ces modes sont l'écueil de
tous les Musiciens : ils n'y entendent rien
tous tant qu'ils sont ; et en effet , si la
science de quelques-uns ne va pas jusqu'à
connoître seulement le détail du systême
Gregorien , comment pourroient- ils penetrer
dans les systêmes de chant qui sont
plus anciens , et reconnoître dans nos
Offices ce qui en est émané ? Continuez ,
Monsieur , à conserver des vestiges de ces
anciens modes . Il ne dépendra pas de moi
qu'on n'en fasse de même ici , non plus
qu'à Tours et à Langres , dont les Livres
contiennent des restes de cet ancien systême,
usité dans les Gaules avant le siecle
de Charlemagne.
Qui conservera donc toutes les varietez
de chant , si ce n'est les Eglises Cathedrales
dont le Clergé est nombreux ? Il n'y
a de contradiction à attendre là- dessus ,
de la part de ceux qui n'y comprennent
rien , et qui ne sont pas en état d'y
que
rien
216 MERCURE DE FRANCE
rien comprendre. Il y a aussi certaines autres
varietez dans le chant de l'Office Divin
, que l'on supprime quelquefois sans
assez d'attention , pour abreger seulement ,
sous prétexte que les paroles ne sont pas
tirées de l'Ecriture Sainte . Mais ce que j'ai
à leur opposer passeroit les bornes d'une
simple Lettre je n'ai garde de m'étendre
là - dessus . Lorsque se sont des Chanoines
qui raisonnent ainsi , je les fais ressouvenir
de cette belle parole de l'Auteur de
Livre de la coutume d'adorer Dieu de bout
qu'une Eglise Cathedrale doit être la dépositaire
, et la conservatrice de tout ce
qui est négligé dans les petites Eglises , et
que c'est dans son sein qu'en doit retrou
ver l'antiquité qui périt presque par tout
ailleurs , par manque de Clergé , ou faute
de zele pour sa conservation.
J'ai lûavec beaucoup de satisfaction l'éloge
que fait de votre Eglise M. de Molcon
dans son voyage Liturgique , pages
162 et 163. tant sur la séparation de toutes
les Heures de l'Office , que sur le reste.
Ce livre imprimé en 1718. mérite d'avoir
sa place dans la Bibliotheque du Chapitre.
l'Auteur en rapportant sur quel pied
il a vû celebrer l'Office de Primes lorsqu'il
passa par Sens vers l'an 1697. Primes , ditil
, est de toutes les petites Heures l'Office qui
est
FEVRIER. 1734. 217
est toûjours le mieux chanté à Sens . Ils ont
retenu l'ancien Office de Primes. Le Dimanche
, ils disent le Magna Prima ou les grandes
Primes , qui outre les nôtres , contiennent
les fix Pfeaumes qu'on diftribuë à Primes
chaque jour de la semaine . Si vos nouveaux
Breviaires ont un peu abregé le nombre
des Pseaumes , ils n'ont rien diminué de
la noblesse avec laquelle vous chantez
Primes les Dimanches . Tous les Etrangers
qui assistent en sont édifiez , comme
aussi de la majesté et de la gravité avec laquelle
on en chante l'Antienne. Pour le
coup on peut bien dire Li chanteor de
Sens. Cet exemple au reste est à proposer
aux Eglises de la Province , qui toutes ont
eu comme vous le Magna Prima les Dimanches
et dans quelques-unes desquelles
on est près de se relâcher sur ce
qui en tient lieu. Il merite encore mieux
d'être imité que celui de la Musique sur
les O de Noël que nous avons prise de
vous : et ce que vous pratiquez est
plus canonique , que ne l'est la demarche
de ceux qui sollicitent et pressent
pour qu'on chante ces Primes Dominicales
à la maniere des jours . Joly , Chantre
de Notre-Dame de Paris , a fort bien remarqué
dans son Traité de Horis Canonicis
, pag. 40, que l'Office de Primes a été
>
1
établi
218 MERCURE DE FRANCE
établi pour honorer specialement
la Sainte
Trinité ; et c'est sans doute le fondement
sur lequel est appuyée la sage pratique
de votre Eglise.
Je finirai , Monsieur , en vous marquant
que vous vous êtes trompé , lorsque
vous m'avez crû Auteur de la Réponse
, qui est dans le Mercure de Novembre
dernier à la question proposée dans
celui de Juin , touchant l'autorité des Musiciens
en fait de Plainchant . Elle contient
certaines choses qui auroient dû vous empêcher
d'avoir cette pensée. J'approuve
les raisonnemens de l'Ecrivain ; ils sont
très judicieux , mais je n'en suis point
l'Auteur. Au reste il viendra peut- être un
temps où vous verrez un petit ouvrage à
l'occasion de la Décretale de Jean XXII .
Docta Sanctorum . Extr. Comm. de vita
hon . Cleric. lequel traitera en partie la
même matiere . Alors votre jugement sera
mieux fondé. Je suis , &c.
A Auxerre le 19. Décembre 1733 .
de l'Eglise d' Auxerre , écrite à M. l'Abbé
Fenel , Chanoine de l'Eglise Metropo
litaine de Sens , touchant l'origine du
Proverbe , Li Chanteor de Sens .
V
Ous avez peut-être crû , Monsieur,
que je ne parlois pas sérieusement
lorsque je vous ai demandé par ma dernie
ce qu'on pensoit à Sens tou re Lettre
>
chang
FEVRIER.. 1734. 218
chant la dénomination qu'un manuscrit
de Saint Germain des Prez , dont il y a
un Extrait dans le Mercure de Septembre
dernier , donne à votre Ville . Je n'ai eu
nulle envie de vous surprendre , lorsque
je me suis informé de vous , si cette épithete
Li chanteor de Sens n'avoit reveillé
l'attention de personne.Supposé que l'Auteur
,publié dans le Mercure,dise la verité,
et que la Liste des Proverbes courans anciennement
en France , soit du tems de
Philippe le Bel , ou environ , il s'ensuivra
seulement par rapport à la Ville de Sens ,
qu'elle étoit alors distinguée par un endroit
honorable ; et pendant que d'autres
Villes étoient renommées , je ne sçai de
quelle maniere la vôtre,qui avoit le chant
en affection , où qui étoit peuplée de
Chantres , se faisoit considerer de ce côté-
là. Vous êtes convenu en me faisant
réponse , que le chant a été cultivé autrefois
chez vous plus que mediocrement :
les preuves que vous en apportez sont ;
1º . la mesure que battoit le Préchantre
en certaines occasions ; 2 °. l'usage ancien
où le même Préchantre étoit de baller ,
ensorte qu'on disoit , à teljour le Préchantre
balle. 3 ° . La coûtume de vos dignitez
de venir à la Neume du grand répons visà-
vis le bas Cheur. Vous avez très grande
212 MERCURE DE FRANCE
de raison ces preuves sont des indices
assez forts ; mais je puis vous dire de plus
qu'il falloit que le chant dans votre Ville
fût en très singuliere recommandation´,
puisque l'Archevêque se faisoit un devoir
de chanter lui - même le celebre répons Afpiciens
, qui est le premier des Nocturnes
de l'Avent. C'est ce que j'ai lu dans l'un
des monumens de votre Eglise. Et j'en
conclus qu'il falloit qu'alors la science du
chant fut très-florissante parmi vous.
Cependant , pour que cet attachement
au chant ait fait naître le Proverbe en
question , je pense qu'il faut encore quelque
chose de plus fort. Je me flatte de l'ayoir
trouvé. C'est , que votre Eglise a été
apparemment l'une des premieres qui ait
adinis le Déchant qui étoit la Musique du
douzième siècle et des suivans . Le Credo
que je vous ai fait voir , noté à deux parties
, dans un des Missels du treiziéme sié
cle conservez chez vous , en est une preuve
manifeste. Car , si la profession de foy
étoit récitée musicalement , comment ne
l'étoient- elles point les autres parties de
l'Office : Le Déchant Discantus fit donc
grande fortune dans l'Eglise de Sens
delà , probablement il s'étendit dans les
Eglises suffragantes . Galvanée Dominicain
Italien , qui mourut en 1297. dit de
Charlemagne
et
FEVRIER: 1734: 213
,
Charlemagne dans son Manipulus Florum.
T. XI.fcriptorum Italicorum pag. 601. Tres
fcolas pro Gregoriano Officio addiscendo ultra
montes instituit . Primam posuit Metis ,
secundam Senonis tertiam Aurelianis:
Je pense que cet Auteur n'a écrit ceci
que parce qu'au treizième siècle on le
croyoit ainsi , et qu'on n'attribuoit point
alors à d'autre qu'à Charlemagne , l'émulation
qui regnoit dans le chant à Sens et
à Orleans. Je ne sçai pas en quel temps
votre Chapitre à congedié les Musiciens ,
mais je sçai bien qu'on y chantoit encore
ce Déchant ou musique ancienne sur les
Ode Noël en 1553. Ce fut cette année là
que notre Chapitre tenant à honneur de
se regler sur le vôtre , conclut en ces termes
le seizième Décembre : Insuper Domini
volentes insequi vestigia Ecclesia Metropolitane
Senonensis & plerarunque aliaruin
Cathedralium hujus regni , concluserunt
☛ ordinaverunt quòd dum decantabuntur illa
novem folemnes Antiphona ad Magnificat
que incipiunt per O ante novem dies pracedentes
Festum Nativitatis Salvatoris D. N.
J. C. qualibet earum Antiphonarum canta
bitur bis , videlicet in principio & in fine dica
ti Cantici Magnificat in musicalibus sive
discantu et cum organis ; et tunc ad aquilam
deferentur due cruces argentea cum duabus
tadis
214 MERCURE DE FRANCE
tadis accensis , ad majorem jubilationem &
divini cultus augmentationem. Si votre Chapitre
fut des premiers à admettre l'organisation
du chant Gregorien , c'est- à - dire,
à permettre qu'on fit des accords sur ce
chant , il fut aussi des premiers à rejetter
cet usage ; non pas que ces accords blessassent
l'oreille , mais parce qu'on sentit
peut être quelques inconveniens de la part
de ceux qui l'executoient. Je crois que
votre Eglise a très prudemment fait , de
prévenir le temps des rafinemens où nous
sommes à present , temps auquel la musique
voudroit supplanter le plainchant.
Les Musiciens en general , et ceux qui
leur sont, pour ainsi dire, affiliez , ou qui leur
touchent par quelque endroir , comme ,
par exemple , seroit un Chanoine , qui
sçait un peu toucher du Clavecin ou
chanter sa partie de musique , font des
raisonnemens si pitoyables en fait de
plainchant , et traitent si malceite science ,
que tout est à craindre pour les Eglises où
ils sont écoutez .
Je présume ( quoique votre nouveau
Breviaire n'en dise rien ) que vous avez
conservé l'ancien usage de chanter dans
votre Choeur le jour de Saint - Etienne le
Pseaume All luiatique Landate 148. dans
un des modes qui sont diffens du systême
FEVRIER. 1733 . 215
me Gregorien , un mode Psalmodique
dont la dominante est corde finale même
de l'ancienne . A l'égard de la semaine de
Pâques , je suis assuré que vous chantez
comme nous aux petites Heures sur une
corde élevée d'un ton seulement au- dessus
de la corde finale de l'ancienne , conformement
aux anciens Livres de l'une et de
l'autre Eglise. Ces modes sont l'écueil de
tous les Musiciens : ils n'y entendent rien
tous tant qu'ils sont ; et en effet , si la
science de quelques-uns ne va pas jusqu'à
connoître seulement le détail du systême
Gregorien , comment pourroient- ils penetrer
dans les systêmes de chant qui sont
plus anciens , et reconnoître dans nos
Offices ce qui en est émané ? Continuez ,
Monsieur , à conserver des vestiges de ces
anciens modes . Il ne dépendra pas de moi
qu'on n'en fasse de même ici , non plus
qu'à Tours et à Langres , dont les Livres
contiennent des restes de cet ancien systême,
usité dans les Gaules avant le siecle
de Charlemagne.
Qui conservera donc toutes les varietez
de chant , si ce n'est les Eglises Cathedrales
dont le Clergé est nombreux ? Il n'y
a de contradiction à attendre là- dessus ,
de la part de ceux qui n'y comprennent
rien , et qui ne sont pas en état d'y
que
rien
216 MERCURE DE FRANCE
rien comprendre. Il y a aussi certaines autres
varietez dans le chant de l'Office Divin
, que l'on supprime quelquefois sans
assez d'attention , pour abreger seulement ,
sous prétexte que les paroles ne sont pas
tirées de l'Ecriture Sainte . Mais ce que j'ai
à leur opposer passeroit les bornes d'une
simple Lettre je n'ai garde de m'étendre
là - dessus . Lorsque se sont des Chanoines
qui raisonnent ainsi , je les fais ressouvenir
de cette belle parole de l'Auteur de
Livre de la coutume d'adorer Dieu de bout
qu'une Eglise Cathedrale doit être la dépositaire
, et la conservatrice de tout ce
qui est négligé dans les petites Eglises , et
que c'est dans son sein qu'en doit retrou
ver l'antiquité qui périt presque par tout
ailleurs , par manque de Clergé , ou faute
de zele pour sa conservation.
J'ai lûavec beaucoup de satisfaction l'éloge
que fait de votre Eglise M. de Molcon
dans son voyage Liturgique , pages
162 et 163. tant sur la séparation de toutes
les Heures de l'Office , que sur le reste.
Ce livre imprimé en 1718. mérite d'avoir
sa place dans la Bibliotheque du Chapitre.
l'Auteur en rapportant sur quel pied
il a vû celebrer l'Office de Primes lorsqu'il
passa par Sens vers l'an 1697. Primes , ditil
, est de toutes les petites Heures l'Office qui
est
FEVRIER. 1734. 217
est toûjours le mieux chanté à Sens . Ils ont
retenu l'ancien Office de Primes. Le Dimanche
, ils disent le Magna Prima ou les grandes
Primes , qui outre les nôtres , contiennent
les fix Pfeaumes qu'on diftribuë à Primes
chaque jour de la semaine . Si vos nouveaux
Breviaires ont un peu abregé le nombre
des Pseaumes , ils n'ont rien diminué de
la noblesse avec laquelle vous chantez
Primes les Dimanches . Tous les Etrangers
qui assistent en sont édifiez , comme
aussi de la majesté et de la gravité avec laquelle
on en chante l'Antienne. Pour le
coup on peut bien dire Li chanteor de
Sens. Cet exemple au reste est à proposer
aux Eglises de la Province , qui toutes ont
eu comme vous le Magna Prima les Dimanches
et dans quelques-unes desquelles
on est près de se relâcher sur ce
qui en tient lieu. Il merite encore mieux
d'être imité que celui de la Musique sur
les O de Noël que nous avons prise de
vous : et ce que vous pratiquez est
plus canonique , que ne l'est la demarche
de ceux qui sollicitent et pressent
pour qu'on chante ces Primes Dominicales
à la maniere des jours . Joly , Chantre
de Notre-Dame de Paris , a fort bien remarqué
dans son Traité de Horis Canonicis
, pag. 40, que l'Office de Primes a été
>
1
établi
218 MERCURE DE FRANCE
établi pour honorer specialement
la Sainte
Trinité ; et c'est sans doute le fondement
sur lequel est appuyée la sage pratique
de votre Eglise.
Je finirai , Monsieur , en vous marquant
que vous vous êtes trompé , lorsque
vous m'avez crû Auteur de la Réponse
, qui est dans le Mercure de Novembre
dernier à la question proposée dans
celui de Juin , touchant l'autorité des Musiciens
en fait de Plainchant . Elle contient
certaines choses qui auroient dû vous empêcher
d'avoir cette pensée. J'approuve
les raisonnemens de l'Ecrivain ; ils sont
très judicieux , mais je n'en suis point
l'Auteur. Au reste il viendra peut- être un
temps où vous verrez un petit ouvrage à
l'occasion de la Décretale de Jean XXII .
Docta Sanctorum . Extr. Comm. de vita
hon . Cleric. lequel traitera en partie la
même matiere . Alors votre jugement sera
mieux fondé. Je suis , &c.
A Auxerre le 19. Décembre 1733 .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. L. B. Ch. & Souchantre de l'Eglise d'Auxerre, écrite à M. l'Abbé Fenel, Chanoine de l'Eglise Metropolitaine de Sens, touchant l'origine du Proverbe, Li Chanteor de Sens.
En février 1734, M. L. B. Ch. & Souchantre écrit à l'Abbé Fenel pour discuter de l'origine du proverbe 'Li Chanteor de Sens'. L'auteur, intrigué par ce proverbe mentionné dans un manuscrit de Saint-Germain-des-Prés, suppose qu'il pourrait indiquer une renommée particulière de la ville de Sens pour le chant. L'Abbé Fenel confirme que le chant était effectivement très cultivé à Sens, citant plusieurs preuves telles que la mesure battue par le préchantre, l'usage du préchantre de danser, et la coutume des dignitaires de venir à la neume du grand répons. L'archevêque de Sens chantait lui-même le répons 'Aspiciens' lors des Nocturnes de l'Avent, témoignant de l'importance du chant dans cette ville. L'auteur suggère que l'Église de Sens a été l'une des premières à adopter le déchant, une forme de musique du douzième siècle. Il mentionne un manuscrit du treizième siècle conservant un Credo noté à deux parties et cite Galvanée Dominicain, qui attribue à Charlemagne l'institution de l'enseignement du chant à Sens. La lettre aborde également la suppression des musiciens par le chapitre de Sens et la persistance du déchant jusqu'en 1553. L'auteur admire la prudence de l'Église de Sens en rejetant les accords sur le chant grégorien, anticipant les excès de la musique moderne. L'auteur loue l'Église de Sens pour avoir conservé des modes de chant anciens et encourage à maintenir ces traditions, soulignant l'importance des Églises cathédrales dans la préservation de l'antiquité liturgique. Il mentionne également l'éloge de l'Église de Sens par M. de Molcon dans son 'Voyage Liturgique' et approuve les pratiques liturgiques de Sens, notamment le chant des grandes Primes le dimanche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
106
p. 322-335
Les Dons des Enfans de Latone, &c. [titre d'après la table]
Début :
LES DONS DES ENFANS DE LATONE, la Musique est la Chasse du Cerf, Poëmes [...]
Mots clefs :
Musique, Apollon, Dieux, Chant, Amour, Auteur, Voix, Épître, Bergers, Chants, Inventer, Genre, Mortels, Latone, Enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Dons des Enfans de Latone, &c. [titre d'après la table]
LES DONS DES ENFANS DE LATONE ,
la Musique et la Chasse du Cerf, Poëmes
dédiez au Roy. A Paris , Quay de Gêvres
, ruë S. Jean de Beauvais , et Quay
des Augustins , chez Prault , Desaint , et
Guerin , 1734. in 8. de 330. pages , sans
l'Epitre et la Préface , et sans les Tons
de Chasse et Fanfares , à une et deux
Trompes , dont la Lettre et la Musique
sont gravées en 32. pages.
Epitre
FEVRIER 1734- 323
L'Epître au Roy commence ainsi .
Digne présent des Dieux , doux fruit de leur
Largesse ,
Grand Roy , dont la bonté , la grace , la Sa
gesse ,
Enchantent des François les regards et le coeur,
Pendant que ton nom vole et seme la terreur ,
Avant d'entrer au Char que t'aprête Bellone ,
Reçoi les dons flatteurs des Enfans de Latone,
Mais que ne dois- tu pas au zele d'Apollon ?
Est-il quelque détour dans le sacré Vallon,
Où de ses feux féconds la lumineuse trace ,
N'ait ouvert à tes yeux les trésors du Parnasse ›
Un guide que ce Dieu lui même t'a donné , -
Dans le champ des Beaux Arts longtemps t'a
promené ;
Il porta devant toi ce flambeau qui t'éclaire ,
Ta sagesse est son bien, ta gloire est son salaire.
Sans doute dans le cours de ses doctes leçons
Il ne fit point entrer la science des sons.
Phoebus se reservoit le droit de t'en instruire :
Ecoute les accents que vient t'offrir sa Lyre ;
D'une Muse empressée il soutient les efforts ,
Pour t'annoncer les Loix de ses divins accords.
Le premier Poëme est celui d'Apollon
ou de l'origine des Spectacles en Musi-
Fiiij que,
324
MERCURE DE FRANCE
que rien n'est plus ingenieux et mieux
conduit que la Fable dont l'Auteur s'est
servi pour établir les principes de la
Musique , la création successive de divers
Instrumens , quelques regles de la
composition ; et pour parvenir enfin à
l'établissement des Opéras , il a sçu mettre
en action tous les Dieux , dont Apollon
est le Héros, et dans une matiere qui
sembloit ne devoir étre que Didactique
il y met un mouvement si interessant
avec tant de clarté et rempli de tant
d'images agréables , qu'on ne s'apperçoit
plus qu'on s'instruit d'un art difficile.
Dans le premier Chant après avoir établi
les trois dons ; de voir , de parler et
d'entendre , accordez à l'homme par la
nature, dont on fait une description aussi
noble que singuliere , l'Auteur suppose
qu'Apollon déguisé en Berger d'Admete
trouvant les Bergers de l'Amphrise attroupez
pour entendre le concert des
Oyseaux , et se plaignant des Dieux d'avoir
refusé à l'homme un talent si merveilleux
, leur reproche leur injustice ,
et leur apprend que le don de la voix a
été accordé aux hommes d'une maniere
infiniment supérieure aux chants des Oiseaux
, qu'il ne leur manque que la connoissance
d'un art inventé pour les Dieux
СЕ
FEVRIER. 1734- 3.25
et dont il offre de leur faire part .
On ne sera pas fâché de voir ici comment
s'exprime l'Auteur dans les premieres
pages de son premier Chant .
"
L'air dans un sein fecond est à peine reçû ,
Que le son aussitôt repoussé que conçû ,
D'un flexible gosier s'ouvrant la trace humide
Se fait entendre du gré ûu souffle qui le guide ;
Des muscles , des tendons au passage attachez
En bordent les contours plus ou moins relâchez ;
S'ils se serrent , le son avec éclat s'élance ;
S'ils s'ouvrent , il grossit : de cette différence ,
Du grave ou de l'aigu nait le genre opposé ;
Entr'eux se forme encore un ordre composé ,
Dont les accens suivis , s'élevent ou descendent ;
Se détachent par bonds , voltigent , ou s'étendent
.
Pour l'homme c'étoit peu de parler et de voir ,
Si de s'oüir soi - même il n'eût eu le pouvoir :
Trois osselets legers que cet étuy renferme, ( a )
L'un par l'autre frappez , trouvent un nerfpour
terme.
Si-tôt que pénétrant ces tortueux détours ,
La voix jusques au fond a prolongé son cours ,
Du même mouvement dont elle fût poussée
Elle heurte des os la suite compassée.
か
(( a ); Latête,.
F * Le
326 MERCURE DE FRANCE
"Le premier sous la forme et le nom d'un mar,
1
teau ,
N'est pas plutôt frappé d'un froissement ˝nouvcau
,
Qu'il le rend à l'instant dans le même volume ,
Au second qui le suit et qui lui sert d'enclume.
Cette enclume à son tour fait frémir son sou
tien :
Là le nerf attaché par un leger lien ,
De cette impulsion sentant la violence ,
Du son dans le cerveau porte la connoissance ;
Qui tel qu'en une voute ou d'yvoire ou d'airain
,
Retentit et des voix forme l'écho certain.
Dans quarante Vers l'Auteur fait ensuite
un précis des principaux Elemens
de la Musique ; il les borne cependant
à la seule connoissance des modes naturels
, leur cache les transpositions par les
diezes et par les B. mols , et toutes les
fausses dissonances dont la sensibilité luf
paroît dangereuse , et pourroit troo
amollir: il dit :
Les Dieux seuls à leur gré vertueux , invincibles ,
Se reservent pour eux ces délices sensibles, &c.
C'est cette réserve qui fait le noud
du Poëme ; après les avoir suffisamment
instruits Apollon se fait connoître et
paroît
FEVRIER. 1734 327.
paroît aux Bergers revêtu de son éclat.
Ce Chant a du coûter à l'Auteur pour
rendre avec netteté les Elemens de la
Musique aussi est-ce le seul où on
trouve plus de didactique ; les trois
autres Chants sont en action , et
ne représentent que des images amusantes.
>
SECOND CHANT.
Les Bergers reconnoissans des bienfaits
d'Apollon , ne s'occupent plus qu'à
mettre en pratique leurs nouvelles connoissances
; Minerve devient jalouse du
culte rendu à Apollon , et , pour attirer
au sien les Bergers , elle imagine de former
un instrument des rozeaux qui se
trouvent sous sa main ; elle donne les
commencemens de la Flute à bec ; mais
elle s'apperçoit bien - tôt que les traits
de son visage en sont alterez .
Elle en rougit de honte , et quittant le rivage ,
Abandonne aux mortels le fruit de son ouvrage.
Pan l'apperçoit, en étudie les positions,
les découvre , et en fait usage avec succès
; en voicy la description.
Le Canal qui le perce , également concave ,
Sous l'empire des mains , y tient le son'esclave ;
F vj Sc
328 MERCURE DE FRANCE
Sa tête s’extenuë , en courbe finissant ;
L'autre bout évasé , Louvre en s'arrondiss ant ;
· Ses trous , daps un long ordre, arrangez par me-
..sure ,
Divisent de ce corps l'harmonique figure ;
Le premier plus ouvert , des autres détaché ,
Rend tout l'air qu'il reçoit et n'est jamais bouché.
Cette description finit par l'effet qu'elle
produit dans les Campagnes .
Il module avec art une chanson nouvelle ;
Non content de l'apprendre aux Echos des For
rêts ,
Il en veut dans les Champs étaler les attraits ;
A l'éclat de ses sons , les timides Bergeres ,
Les Faunes , les Sylvains , et les Nimphes légeres
Volent autour de lui , le suivent en tous lieux
Et forment , en dansant , un cercle gracieux.
L'Email , de mille fleurs , sous leurs pas se déploye
,
Et la terre paroît en tressaillir de joye..
Apollon devient jaloux à son tour de
Minerve , et pour la surpasser il invente
la Lyre ou le Violon toutes les parties:
en sont exprimées avec bien de la netteté
et de la précision . Le Lecteur en va juger.
DonFEVRIER.
1734 329
Donnons la voix aux Nerfs , et que le Bois
resonne.
T Ildit : Et le Laurier qu'un nouvel art façonne
D'un Instrument nouveau , prend la forme soudain
,
Deux Tables de ce bois , qu'a refendu sa main .
Répondent l'une à l'autre , et leur mesure égale,
A la vue , offriroit l'image d'un ovale ,
Si le trait transversal de deux cintres rentrans ,
De son juste milieu , ne recourboit les flancs,
Quatre Nerfs que Latone elle-même a filez ;
Inégaux en grosseur , par dégré redoublez ,
se roulent sur leurs Clefs , dociles à s'étendre ,
Et prompts à se prêter aux sons qu'ils doivent :
rendre.
Un Archet manque encor qu'il naisse du Lau
rier ,
Die Phoebus ; que Pégaze accoure y déployer ,.
Be son col argenté , l'étincelante Soye.
Icy on voit une brillante image de tous
les Dieux descendus du Ciel, pour enten →
dre jouer Apollon ; l'Amour s'en approche
de plus près , et le
de lui appresse
prendre et la Musique et l'Art de jouer
du Violon . Cette peinture est trop charmante
pour n'en pas mettre icy quelques.
raits.
330 MERCURE DE FRANCE
Sous un nuage épais , le Tiran de Cithere ,
L'Amour dormoit panché sur le sein de sa înere,
A ce bruit il s'éveille , et dessillant ses yeux ,
Va porter de plus près ses regards curieux.
Phoebus impatient , souffre à regret sa vuë ,
Il connoît d'un enfant , la main peu retenuë ;'
Il le fuit , mais en vain ; l'Amour pose cent
fois ,
Sur les Nerfs résonnans , ses téméraires doigts ;
Il interrompt le cours des divines cadences ,
L'accable imprudemment d'importunes instances
.
&c.
Phébus lui refuse les secrets de son Art,
et lui parle en ces termes :
La Lyre , répond-t - il, n'est point faite à Pusage
,
D'un Dieu , qui des humains , amollit le courage
;.
Elle ne doit servir qu'à chanter les Héros ,
Vainqueurs de la mollesse , ennemis du repos ,
Dont les noms sont gravez au Temple de mémoire
,
Ou , qu'à chanter des Dieux , les bienfaits et la
gloire .
Comme Apollon joüant devant les
Dieux, n'avoit rien caché de tous les mys
teres de son Art, qu'il avoit jusques-là jugé
FEVRIER 1734. 331
gé à propos de celer aux Mortels , l'Amour
se taît , et s'applique à en décou
vrir toute la finesse ; il apprend toutes les
transpositions par les Dièses et par les B
mols , et toutes les Dissonnances. Apollon
ne s'en apperçoit point ; les Dieux se
séparent , et l'Amour chargé de son nou
veau larcin , se prépare à s'en servir pour
augmenter ses conquêtes.
TROISIEME CHANT.
L'Amour va trouver Pan dans l'Arcadie,
il l'instruit de tous ses secrets , lui
apprend le different usage qu'on doit faire
des Dièzes et des B mols , pour remuer
, étonner ou amollir les coeurs des
Mortels , selon les passions différentes
qu'on leur veut inspirer.Leur union produit
bien- tôt un effet surprenant; tout cede
,tout se rend auxChansons amoureuses.
Minerve reparoît et indignée de la corruption
générale que font dans la Grece
les Chants effeminez de Pan et de l'Amour
, elle va trouver Apollon , lui expose
l'abus qu'on fait de son Art ; ils concertent
les moyens d'y remédier. Apollon
invente la Trompette , et la fait emboucher
par Bellone.
Bellonne vient , l'embouche , et court de toutes
parts
Ras
332 MERCURE DE FRANCE
Rassembler sur ses pas tous les peuples épars.
Tout céde aux sentimens que la Déesse inspire
Il n'est plus de Mortel qui d'un fatal dêlire ,
Par de cuisans remords , reconnoissant l'erreur
Ne brûle de donner des marques de valeur.
:
Tout est changé , l'Amour ne reçoit plus de
Fêtes ,
Il voit évanouir ses nouvelles conquêtes ,
V
Ses Autels sont déserts , il part ; et furieux ,
Au deffaut des Mortels va corrompre les Dieux.
Les Syrenes , filles d'Achelaüs , sont les
seules qui s'obstinent à ne point renoncer
aux Chansons amoureuses.
QUATRIEME CHANT.
Minerve irritée de l'obstination des Syrenes,
résout de les corriger ou de les perdre
; elle prend le temps d'un jour qu'elles
se promenoient sur la Mer , dans un
Esquif, où se croyant seules , elles se livróient
au plaisir de chanter des Chansons
libres et prophanes. Sous ; la forme
d'une Matrône Minerve les aborde dans
un pareil Esquif, leur reproche leur indécence
; elle est bien- tôt l'objet de leur
mépris; elle soûrit ; et changeant de forme
, d'un coup de sa Lance elle renverse
- leux:
FEVRIER. 1734. 333
leur Esquif. Les Syrenes reparoissent encore
, mais c'est pour être des Monstres ,
avec la tête seule d'une femme ; elles se
précipitent de honte dans les Flots , où
après avoir parcouru l'immensité des
Mers pendant long temps , elles fixent.
leur course et s'arrêtent aux bords de l'orageux
Pélore ; depuis plusieurs siècles
elles y avoient perdu la voix , lorsqu'Appollon
prend pitié de leur malheur : leur
pardonne leurs impiétez , leur rend la voix ,
mais leur prescrit l'usage qu'il faut faire
des Chants et de la Musique .
Il pousse plus loin sa bienveillance , il
forme le dessein de se servir d'elles pour
l'établissement d'un Théatre Lyrique ,
soumis aux Loix de Melpomene ; il leur
ordonne d'apprendre l'art du Chant aux
Tritons et aux Naïades ; il charge Circé sa
fille , d'offrir sur les Eaux un Spectacle
magnifique , orné de machines et de décorations
, et mêlé de toutes sortes de
danses , de caracteres différents Circé
fait d'abord paroître pour le Prologue le
sacré Vallon ; ce Prologue est fait à l'honneur
d'Appollon ; il est suivi d'une nouvelle
décoration , qui représente le Palais
de Proserpine où l'on doit celebrer son
enlevement par Pluton .
On choisit ce sujet préférablement à un
antre
334 MERCURE DE FRANCE
tre pour flatter les peuples de Sicile , qui
d'abord en sont les spectateurs,parce que
les Poëtes ont feint que Proserpine avoit
été enlevée dans cette Isle. C'est là qu'on
voit un détail exact et ingénieux de toutes
les différentes parties qui composent
l'Opéra.
Les peuples de Sicile en paroissent peu
enchantés , ils prennent bien - tôt la résolution
d'imiter ce genre de Spectacles
et de le porter dans leurs Villes , c'est
en imitation de ce premier Opera , representé
sur les Eaux que les Italiens ont
inventé et établi ce Spectacle pompeux.
Dans la suite des temps Lully étant né
parmi eux en a apporté l'idée en France
et c'est par lui qu'on a vû triompher
ce nouveau Spectacle dont il est regardé
comme second inventeur.
L'Epître sur la Musique est la troisiéme
Edition d'un Ouvrage déja reçu du Public
avec un applaudissement general.
Le premier Chant contient l'Histoire
de la Musique en France depuis 80 ans
l'Eloge détaillé de tous les Operas de
Lully et de Quinaut , dont les descriptions
ont reçu de grands Eloges de tous
les connoisseurs et par les Journaux et
par les Mercures.
Le
FEVRIER 1734- 335
Le deuxième, après avoir donné quelques
préceptes sur la Poësie et la Musique
des Operas, entre dans le détail de
tous les Operas nouveaux qui ont été faits
depuis Lully et avec une grande impartialité
porte de justes decisions sur le mérite
de chaque ouvrage.
Le troisiéme Chant expose en quoi
consiste le mérite des Operas d'Italie ,
quelle est la nature de leur bonne Musique
, leurs beautez , leurs deffauts et le
nom des Maîtres qui y ont le plus
excellé.
Le quatrième Chant parle du nouveau
genre de Musique que nous avons goûté
et imité des Italiens depuis quelques
années ; sçavoir , les Sonnates , et les
Cantates , on nomme les Auteurs qui
ont le mieux réussi dans ce genre , et
l'Auteur finit en proposant de réunir les
deux gouts ensemble pour donner à l'Art
de la Musique toute la perfection qu'elle
peut trouver dans les graces Françoises
et dans la science Italienne.
la Musique et la Chasse du Cerf, Poëmes
dédiez au Roy. A Paris , Quay de Gêvres
, ruë S. Jean de Beauvais , et Quay
des Augustins , chez Prault , Desaint , et
Guerin , 1734. in 8. de 330. pages , sans
l'Epitre et la Préface , et sans les Tons
de Chasse et Fanfares , à une et deux
Trompes , dont la Lettre et la Musique
sont gravées en 32. pages.
Epitre
FEVRIER 1734- 323
L'Epître au Roy commence ainsi .
Digne présent des Dieux , doux fruit de leur
Largesse ,
Grand Roy , dont la bonté , la grace , la Sa
gesse ,
Enchantent des François les regards et le coeur,
Pendant que ton nom vole et seme la terreur ,
Avant d'entrer au Char que t'aprête Bellone ,
Reçoi les dons flatteurs des Enfans de Latone,
Mais que ne dois- tu pas au zele d'Apollon ?
Est-il quelque détour dans le sacré Vallon,
Où de ses feux féconds la lumineuse trace ,
N'ait ouvert à tes yeux les trésors du Parnasse ›
Un guide que ce Dieu lui même t'a donné , -
Dans le champ des Beaux Arts longtemps t'a
promené ;
Il porta devant toi ce flambeau qui t'éclaire ,
Ta sagesse est son bien, ta gloire est son salaire.
Sans doute dans le cours de ses doctes leçons
Il ne fit point entrer la science des sons.
Phoebus se reservoit le droit de t'en instruire :
Ecoute les accents que vient t'offrir sa Lyre ;
D'une Muse empressée il soutient les efforts ,
Pour t'annoncer les Loix de ses divins accords.
Le premier Poëme est celui d'Apollon
ou de l'origine des Spectacles en Musi-
Fiiij que,
324
MERCURE DE FRANCE
que rien n'est plus ingenieux et mieux
conduit que la Fable dont l'Auteur s'est
servi pour établir les principes de la
Musique , la création successive de divers
Instrumens , quelques regles de la
composition ; et pour parvenir enfin à
l'établissement des Opéras , il a sçu mettre
en action tous les Dieux , dont Apollon
est le Héros, et dans une matiere qui
sembloit ne devoir étre que Didactique
il y met un mouvement si interessant
avec tant de clarté et rempli de tant
d'images agréables , qu'on ne s'apperçoit
plus qu'on s'instruit d'un art difficile.
Dans le premier Chant après avoir établi
les trois dons ; de voir , de parler et
d'entendre , accordez à l'homme par la
nature, dont on fait une description aussi
noble que singuliere , l'Auteur suppose
qu'Apollon déguisé en Berger d'Admete
trouvant les Bergers de l'Amphrise attroupez
pour entendre le concert des
Oyseaux , et se plaignant des Dieux d'avoir
refusé à l'homme un talent si merveilleux
, leur reproche leur injustice ,
et leur apprend que le don de la voix a
été accordé aux hommes d'une maniere
infiniment supérieure aux chants des Oiseaux
, qu'il ne leur manque que la connoissance
d'un art inventé pour les Dieux
СЕ
FEVRIER. 1734- 3.25
et dont il offre de leur faire part .
On ne sera pas fâché de voir ici comment
s'exprime l'Auteur dans les premieres
pages de son premier Chant .
"
L'air dans un sein fecond est à peine reçû ,
Que le son aussitôt repoussé que conçû ,
D'un flexible gosier s'ouvrant la trace humide
Se fait entendre du gré ûu souffle qui le guide ;
Des muscles , des tendons au passage attachez
En bordent les contours plus ou moins relâchez ;
S'ils se serrent , le son avec éclat s'élance ;
S'ils s'ouvrent , il grossit : de cette différence ,
Du grave ou de l'aigu nait le genre opposé ;
Entr'eux se forme encore un ordre composé ,
Dont les accens suivis , s'élevent ou descendent ;
Se détachent par bonds , voltigent , ou s'étendent
.
Pour l'homme c'étoit peu de parler et de voir ,
Si de s'oüir soi - même il n'eût eu le pouvoir :
Trois osselets legers que cet étuy renferme, ( a )
L'un par l'autre frappez , trouvent un nerfpour
terme.
Si-tôt que pénétrant ces tortueux détours ,
La voix jusques au fond a prolongé son cours ,
Du même mouvement dont elle fût poussée
Elle heurte des os la suite compassée.
か
(( a ); Latête,.
F * Le
326 MERCURE DE FRANCE
"Le premier sous la forme et le nom d'un mar,
1
teau ,
N'est pas plutôt frappé d'un froissement ˝nouvcau
,
Qu'il le rend à l'instant dans le même volume ,
Au second qui le suit et qui lui sert d'enclume.
Cette enclume à son tour fait frémir son sou
tien :
Là le nerf attaché par un leger lien ,
De cette impulsion sentant la violence ,
Du son dans le cerveau porte la connoissance ;
Qui tel qu'en une voute ou d'yvoire ou d'airain
,
Retentit et des voix forme l'écho certain.
Dans quarante Vers l'Auteur fait ensuite
un précis des principaux Elemens
de la Musique ; il les borne cependant
à la seule connoissance des modes naturels
, leur cache les transpositions par les
diezes et par les B. mols , et toutes les
fausses dissonances dont la sensibilité luf
paroît dangereuse , et pourroit troo
amollir: il dit :
Les Dieux seuls à leur gré vertueux , invincibles ,
Se reservent pour eux ces délices sensibles, &c.
C'est cette réserve qui fait le noud
du Poëme ; après les avoir suffisamment
instruits Apollon se fait connoître et
paroît
FEVRIER. 1734 327.
paroît aux Bergers revêtu de son éclat.
Ce Chant a du coûter à l'Auteur pour
rendre avec netteté les Elemens de la
Musique aussi est-ce le seul où on
trouve plus de didactique ; les trois
autres Chants sont en action , et
ne représentent que des images amusantes.
>
SECOND CHANT.
Les Bergers reconnoissans des bienfaits
d'Apollon , ne s'occupent plus qu'à
mettre en pratique leurs nouvelles connoissances
; Minerve devient jalouse du
culte rendu à Apollon , et , pour attirer
au sien les Bergers , elle imagine de former
un instrument des rozeaux qui se
trouvent sous sa main ; elle donne les
commencemens de la Flute à bec ; mais
elle s'apperçoit bien - tôt que les traits
de son visage en sont alterez .
Elle en rougit de honte , et quittant le rivage ,
Abandonne aux mortels le fruit de son ouvrage.
Pan l'apperçoit, en étudie les positions,
les découvre , et en fait usage avec succès
; en voicy la description.
Le Canal qui le perce , également concave ,
Sous l'empire des mains , y tient le son'esclave ;
F vj Sc
328 MERCURE DE FRANCE
Sa tête s’extenuë , en courbe finissant ;
L'autre bout évasé , Louvre en s'arrondiss ant ;
· Ses trous , daps un long ordre, arrangez par me-
..sure ,
Divisent de ce corps l'harmonique figure ;
Le premier plus ouvert , des autres détaché ,
Rend tout l'air qu'il reçoit et n'est jamais bouché.
Cette description finit par l'effet qu'elle
produit dans les Campagnes .
Il module avec art une chanson nouvelle ;
Non content de l'apprendre aux Echos des For
rêts ,
Il en veut dans les Champs étaler les attraits ;
A l'éclat de ses sons , les timides Bergeres ,
Les Faunes , les Sylvains , et les Nimphes légeres
Volent autour de lui , le suivent en tous lieux
Et forment , en dansant , un cercle gracieux.
L'Email , de mille fleurs , sous leurs pas se déploye
,
Et la terre paroît en tressaillir de joye..
Apollon devient jaloux à son tour de
Minerve , et pour la surpasser il invente
la Lyre ou le Violon toutes les parties:
en sont exprimées avec bien de la netteté
et de la précision . Le Lecteur en va juger.
DonFEVRIER.
1734 329
Donnons la voix aux Nerfs , et que le Bois
resonne.
T Ildit : Et le Laurier qu'un nouvel art façonne
D'un Instrument nouveau , prend la forme soudain
,
Deux Tables de ce bois , qu'a refendu sa main .
Répondent l'une à l'autre , et leur mesure égale,
A la vue , offriroit l'image d'un ovale ,
Si le trait transversal de deux cintres rentrans ,
De son juste milieu , ne recourboit les flancs,
Quatre Nerfs que Latone elle-même a filez ;
Inégaux en grosseur , par dégré redoublez ,
se roulent sur leurs Clefs , dociles à s'étendre ,
Et prompts à se prêter aux sons qu'ils doivent :
rendre.
Un Archet manque encor qu'il naisse du Lau
rier ,
Die Phoebus ; que Pégaze accoure y déployer ,.
Be son col argenté , l'étincelante Soye.
Icy on voit une brillante image de tous
les Dieux descendus du Ciel, pour enten →
dre jouer Apollon ; l'Amour s'en approche
de plus près , et le
de lui appresse
prendre et la Musique et l'Art de jouer
du Violon . Cette peinture est trop charmante
pour n'en pas mettre icy quelques.
raits.
330 MERCURE DE FRANCE
Sous un nuage épais , le Tiran de Cithere ,
L'Amour dormoit panché sur le sein de sa înere,
A ce bruit il s'éveille , et dessillant ses yeux ,
Va porter de plus près ses regards curieux.
Phoebus impatient , souffre à regret sa vuë ,
Il connoît d'un enfant , la main peu retenuë ;'
Il le fuit , mais en vain ; l'Amour pose cent
fois ,
Sur les Nerfs résonnans , ses téméraires doigts ;
Il interrompt le cours des divines cadences ,
L'accable imprudemment d'importunes instances
.
&c.
Phébus lui refuse les secrets de son Art,
et lui parle en ces termes :
La Lyre , répond-t - il, n'est point faite à Pusage
,
D'un Dieu , qui des humains , amollit le courage
;.
Elle ne doit servir qu'à chanter les Héros ,
Vainqueurs de la mollesse , ennemis du repos ,
Dont les noms sont gravez au Temple de mémoire
,
Ou , qu'à chanter des Dieux , les bienfaits et la
gloire .
Comme Apollon joüant devant les
Dieux, n'avoit rien caché de tous les mys
teres de son Art, qu'il avoit jusques-là jugé
FEVRIER 1734. 331
gé à propos de celer aux Mortels , l'Amour
se taît , et s'applique à en décou
vrir toute la finesse ; il apprend toutes les
transpositions par les Dièses et par les B
mols , et toutes les Dissonnances. Apollon
ne s'en apperçoit point ; les Dieux se
séparent , et l'Amour chargé de son nou
veau larcin , se prépare à s'en servir pour
augmenter ses conquêtes.
TROISIEME CHANT.
L'Amour va trouver Pan dans l'Arcadie,
il l'instruit de tous ses secrets , lui
apprend le different usage qu'on doit faire
des Dièzes et des B mols , pour remuer
, étonner ou amollir les coeurs des
Mortels , selon les passions différentes
qu'on leur veut inspirer.Leur union produit
bien- tôt un effet surprenant; tout cede
,tout se rend auxChansons amoureuses.
Minerve reparoît et indignée de la corruption
générale que font dans la Grece
les Chants effeminez de Pan et de l'Amour
, elle va trouver Apollon , lui expose
l'abus qu'on fait de son Art ; ils concertent
les moyens d'y remédier. Apollon
invente la Trompette , et la fait emboucher
par Bellone.
Bellonne vient , l'embouche , et court de toutes
parts
Ras
332 MERCURE DE FRANCE
Rassembler sur ses pas tous les peuples épars.
Tout céde aux sentimens que la Déesse inspire
Il n'est plus de Mortel qui d'un fatal dêlire ,
Par de cuisans remords , reconnoissant l'erreur
Ne brûle de donner des marques de valeur.
:
Tout est changé , l'Amour ne reçoit plus de
Fêtes ,
Il voit évanouir ses nouvelles conquêtes ,
V
Ses Autels sont déserts , il part ; et furieux ,
Au deffaut des Mortels va corrompre les Dieux.
Les Syrenes , filles d'Achelaüs , sont les
seules qui s'obstinent à ne point renoncer
aux Chansons amoureuses.
QUATRIEME CHANT.
Minerve irritée de l'obstination des Syrenes,
résout de les corriger ou de les perdre
; elle prend le temps d'un jour qu'elles
se promenoient sur la Mer , dans un
Esquif, où se croyant seules , elles se livróient
au plaisir de chanter des Chansons
libres et prophanes. Sous ; la forme
d'une Matrône Minerve les aborde dans
un pareil Esquif, leur reproche leur indécence
; elle est bien- tôt l'objet de leur
mépris; elle soûrit ; et changeant de forme
, d'un coup de sa Lance elle renverse
- leux:
FEVRIER. 1734. 333
leur Esquif. Les Syrenes reparoissent encore
, mais c'est pour être des Monstres ,
avec la tête seule d'une femme ; elles se
précipitent de honte dans les Flots , où
après avoir parcouru l'immensité des
Mers pendant long temps , elles fixent.
leur course et s'arrêtent aux bords de l'orageux
Pélore ; depuis plusieurs siècles
elles y avoient perdu la voix , lorsqu'Appollon
prend pitié de leur malheur : leur
pardonne leurs impiétez , leur rend la voix ,
mais leur prescrit l'usage qu'il faut faire
des Chants et de la Musique .
Il pousse plus loin sa bienveillance , il
forme le dessein de se servir d'elles pour
l'établissement d'un Théatre Lyrique ,
soumis aux Loix de Melpomene ; il leur
ordonne d'apprendre l'art du Chant aux
Tritons et aux Naïades ; il charge Circé sa
fille , d'offrir sur les Eaux un Spectacle
magnifique , orné de machines et de décorations
, et mêlé de toutes sortes de
danses , de caracteres différents Circé
fait d'abord paroître pour le Prologue le
sacré Vallon ; ce Prologue est fait à l'honneur
d'Appollon ; il est suivi d'une nouvelle
décoration , qui représente le Palais
de Proserpine où l'on doit celebrer son
enlevement par Pluton .
On choisit ce sujet préférablement à un
antre
334 MERCURE DE FRANCE
tre pour flatter les peuples de Sicile , qui
d'abord en sont les spectateurs,parce que
les Poëtes ont feint que Proserpine avoit
été enlevée dans cette Isle. C'est là qu'on
voit un détail exact et ingénieux de toutes
les différentes parties qui composent
l'Opéra.
Les peuples de Sicile en paroissent peu
enchantés , ils prennent bien - tôt la résolution
d'imiter ce genre de Spectacles
et de le porter dans leurs Villes , c'est
en imitation de ce premier Opera , representé
sur les Eaux que les Italiens ont
inventé et établi ce Spectacle pompeux.
Dans la suite des temps Lully étant né
parmi eux en a apporté l'idée en France
et c'est par lui qu'on a vû triompher
ce nouveau Spectacle dont il est regardé
comme second inventeur.
L'Epître sur la Musique est la troisiéme
Edition d'un Ouvrage déja reçu du Public
avec un applaudissement general.
Le premier Chant contient l'Histoire
de la Musique en France depuis 80 ans
l'Eloge détaillé de tous les Operas de
Lully et de Quinaut , dont les descriptions
ont reçu de grands Eloges de tous
les connoisseurs et par les Journaux et
par les Mercures.
Le
FEVRIER 1734- 335
Le deuxième, après avoir donné quelques
préceptes sur la Poësie et la Musique
des Operas, entre dans le détail de
tous les Operas nouveaux qui ont été faits
depuis Lully et avec une grande impartialité
porte de justes decisions sur le mérite
de chaque ouvrage.
Le troisiéme Chant expose en quoi
consiste le mérite des Operas d'Italie ,
quelle est la nature de leur bonne Musique
, leurs beautez , leurs deffauts et le
nom des Maîtres qui y ont le plus
excellé.
Le quatrième Chant parle du nouveau
genre de Musique que nous avons goûté
et imité des Italiens depuis quelques
années ; sçavoir , les Sonnates , et les
Cantates , on nomme les Auteurs qui
ont le mieux réussi dans ce genre , et
l'Auteur finit en proposant de réunir les
deux gouts ensemble pour donner à l'Art
de la Musique toute la perfection qu'elle
peut trouver dans les graces Françoises
et dans la science Italienne.
Fermer
Résumé : Les Dons des Enfans de Latone, &c. [titre d'après la table]
Le document présente une œuvre poétique intitulée 'Les Dons des Enfants de Latone', dédiée au roi de France et publiée en 1734. Cette œuvre comprend deux poèmes, 'La Musique' et 'La Chasse du Cerf', et se compose de 330 pages, excluant l'épître, la préface et les partitions de chasse et fanfares. L'épître, adressée au roi, loue sa bonté, sa grâce et sa sagesse, et lui offre les dons des enfants de Latone, Apollon et Diane. Le poème 'La Musique' raconte l'origine des spectacles musicaux et l'invention successive des instruments. Apollon, déguisé en berger, reproche aux dieux d'avoir refusé à l'homme le talent de chanter comme les oiseaux et lui apprend que le don de la voix est supérieur à celui des oiseaux. Le premier chant décrit les dons naturels de l'homme : voir, parler et entendre. Apollon explique les éléments de la musique, réservant certaines subtilités aux dieux. Les chants suivants narrent l'invention de la flûte par Minerve et de la lyre par Apollon. L'Amour, après avoir observé Apollon jouer, apprend les secrets de la musique et les utilise pour corrompre les cœurs. Minerve et Apollon réagissent en inventant la trompette pour inspirer la valeur et la vertu. Le troisième chant relate comment l'Amour enseigne ses secrets à Pan, corrompant ainsi la Grèce. Minerve et Apollon interviennent pour rétablir l'ordre. Le quatrième chant décrit la punition des Sirènes, qui persistaient à chanter des chansons amoureuses. Apollon leur pardonne et les charge d'enseigner l'art du chant aux Tritons et aux Naïades pour établir un théâtre lyrique. Circé organise un spectacle magnifique sur les eaux, marquant l'origine des opéras italiens. Le texte traite également de l'évolution de la musique en France et de l'influence de Jean-Baptiste Lully, considéré comme le second inventeur d'un nouveau spectacle musical. L'Épître sur la Musique, dans sa troisième édition, est acclamée par le public. Le premier chant de cet ouvrage retrace l'histoire de la musique en France au cours des 80 dernières années, en louant les opéras de Lully et de Quinault, qui ont reçu des éloges unanimes. Le deuxième chant offre des préceptes sur la poésie et la musique des opéras, et évalue de manière impartiale les opéras récents. Le troisième chant analyse le mérite des opéras italiens, leurs beautés et défauts, ainsi que les maîtres italiens les plus éminents. Le quatrième chant discute du nouveau genre de musique importé d'Italie, comme les sonates et les cantates, et propose de fusionner les goûts français et italiens pour perfectionner l'art musical.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
107
p. 365-366
« Le 4 Février, l'Académie Royale de Musique donna la trente-deuxiéme et [...] »
Début :
Le 4 Février, l'Académie Royale de Musique donna la trente-deuxiéme et [...]
Mots clefs :
Musique, Opéra, Public, Académie royale de musique, Pirithoüs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 4 Février, l'Académie Royale de Musique donna la trente-deuxiéme et [...] »
Le 4 Février , l'Académie Royale de
Musique donna la trente - deuxième et
derniere Représentation de l'Opéra d'Hypolite
et Aricie; et remit au Théatre le 9.
le Ballet des Fêtes Grecques et Romaines ;
avec une nouvelle Entrée , intitulée , La
Fête de Diane , pour être joué les Mardis
et les Jeudis ; et la Pastorale d'Issé , les
Vendredis et les Dimanches.
Ces deux Piéces sont toujours tres-
H gou'
366 MERCURE DE FRANCE
goutées du public . On prépare actuellement
l'Opéra de Pirithons , pour être remis
auThéatre le mois prochain , le Public
a été bien aise de revoir le Balet dont
on vient de parler , les paroles sont de M.
Fuzilier, et la Musique de M.de Blamont.
Musique donna la trente - deuxième et
derniere Représentation de l'Opéra d'Hypolite
et Aricie; et remit au Théatre le 9.
le Ballet des Fêtes Grecques et Romaines ;
avec une nouvelle Entrée , intitulée , La
Fête de Diane , pour être joué les Mardis
et les Jeudis ; et la Pastorale d'Issé , les
Vendredis et les Dimanches.
Ces deux Piéces sont toujours tres-
H gou'
366 MERCURE DE FRANCE
goutées du public . On prépare actuellement
l'Opéra de Pirithons , pour être remis
auThéatre le mois prochain , le Public
a été bien aise de revoir le Balet dont
on vient de parler , les paroles sont de M.
Fuzilier, et la Musique de M.de Blamont.
Fermer
Résumé : « Le 4 Février, l'Académie Royale de Musique donna la trente-deuxiéme et [...] »
Le 4 février, l'Académie Royale de Musique présenta la dernière représentation de l'opéra 'Hypolite et Aricie'. Le 9 février, le théâtre accueillit le ballet 'Les Fêtes Grecques et Romaines' et la pastorale 'Issé', tous deux appréciés du public. Le ballet inclut une nouvelle entrée, 'La Fête de Diane'. L'opéra 'Pirithoüs' est en préparation pour le mois suivant. Les paroles du ballet sont de M. Fuzelier et la musique de M. de Blamont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
108
p. 451-460
LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
Début :
Je sçai, Madame, que vous vous interessez pour tout ce qui regarde la [...]
Mots clefs :
Idylle, Naissance de Jésus-Christ, M. Bouvart, Communauté de l'Enfant Jésus, Anges, Bergers, Dieu, Naissance, Gloire, Choeur d'anges, Démons, Univers, Jésus, Enfant, Vers, Adorer, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
LETTRE de M... à Madame de ...
au sujet d'une Idylle sur la Naissance
de Jesus Christ , divisée en trois Entrées,
mise en Musique par M. Bouvart , et
chantée par les Dlles élevées dans la
Communauté de l'Enfant Jesus , le 14 .
Février 1734. dédiée à M. le Curé de
S. Sulpice , imprimée à Paris chez
Thibout , 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
J
>
E sçai , Madame , que vous vous in
teressez pour tout ce qui regarde la
Pieté et la Religion ; j'ai crû que vous
ne seriez pas fâchée que je vous fisse
part d'une Idylle sur la Naissance de
N. S. Jesus - Christ , mise en Musique , et
que les Dlles élevées dans la Maison de
l'Enfant Jesus ont chantée ces jours passez
avec tout l'applaudissement possible ;
Vous voyez que M. le Curé de S. Sulpice,
en procurant à ces Dlles une éducation
qui lui fait tant d'honneur , ne se sert.
que de moyens dignes de sa pieté et propres
à former leur coeur et leur esprit
à la vertu et au culte de Dieu . Voici
une idée de ce petit Poëme , dont il n'a
été tiré que peu d'Exemplaires.
L'Idylle
452 MERCURE DE FRANCE
L'Idylle a trois Parties ou Entrées.
La premiere a pour objet l'Empire du
Démon dans le Monde et sur les hommes
jusqu'à la Naissance du Sauveur
qu'un Ange annonce au Démon avec
la destruction, de son Empire. La seconde
, représente les Bergers tout occuppez
à rendre leurs hommages au Sauveur
, dont un Choeur d'Anges vient de
leur apprendre la Naissance. Et la troisiéme
représente l'Adoration des Rois
Mages .
Satan ouvre la premiere Entrée , en
invitant les Démons à se réjouir de la
victoire qu'ils ont remportée sur l'hom
me , et à détruire cet Ouvrage de Dieu
qui est la cause de tous leurs maux. Il
s'exprime en ces termes.
O vous , de mes fureurs Ministres redoutables ,
Vous qui fites trembler les Cieux ,
Vous , des Mortels ennemis implacables ,
Démons , faites briller votre zele à mes yeux.
Les Démons s'unissent à lui pour chanter
leur victoire sur l'homme qu'ils ont
soumis au peché et à la mort. Satan poursuit
en déclarant que c'est pour avoir
refusé d'adorer un Mortel que toute leur
gloire a été changée en une nuit éternelle
; il continue :
Périsse
MARS 1734. 453
Périsse la Race execrable
Qui fut la source de nos maux ;
Ne nous lassons jamais de troubler son repos;
Plus que nous , rendons- la coupable.
Le Choeur des Démons répete les mêmes
Vers. Les Démons font ensuite une
énumeration des maux et des punitions
qu'ils ont attirés sur l'homme ,jusqu'à
faire repentir Dieu de l'avoir créé ; Sa- ,
tan leur ordonne ensuite de se répandre
par tout l'Univers et d'accroître encore
leur Empire et les maux du Genre humain
: en voici les paroles.
Volez de toutes parts , sortez de vos abîmes ;
Dispersez-vous dans les airs ,
Et remplissez l'Univers
De malheurs , de trouble et de crimes.
Les Démons répondent par les mêmes
Vers : Volons de toutes parts , & c, et ils
s'y disposent en effet lorsqu'un Ange ,
précede d'une Symphonie de triomphe ,
les arrête et leur annonce la Naissance
du Sauveur qui doit détruire leur Empire
, rétablir la paix dans l'Univers et
se faire adorer des Nations . Sitan se retire
en prononçant ce blasphême.
Non, non , il veut en vain détruire ma puissance;
454 MERCURE DE FRANCE
En vain il veut sauver les Humains de nos coups;
Eux -mêmes, plus ingrats, plus perfides que nous,
Signaleront bien - tôt leur desobéissance ;
Et seront les premiers à braver son courroux.
Après quoi Satan et ses Démons se
retirent , tandis que l'Ange de Paix conjure
le Liberateur des hommes , qui ne
descend que pour les sauver , de détourner
de dessus eux les malheurs dont ils
sont menacez , et de ne frapper de ses
coups que les têtes superbes de leurs jaloux
ennemis.
Un Choeur d'Anges termine cette Entrée
par ces Vers .
Le Sauveur vient de naître.
Que les Enfers , que la Terre et les Cieux ,
Que tout s'empresse à reconnoître
Cet Enfant glorieux.
La deuxième Entrée est composée de
quatre Bergers , de deux Bergeres , d'un
Choeur de Bergers et d'un Choeur d'Anges.
Les Bergers commencent et se déclarent
mutuellement la surprise où ils
sont de voir la Nature toute changée ;
la nuit éclairée , les agrémens du Printemps
et de l'Automne réunis dans la
saison de Hyver . Les quatre Bergers
s'écrient ensemble :
Comme
MARS. 1734. 455
Comme vous , chers amis , je ne sçaurois comprendre
Le prodige nouveau qui vient frapper nos yeux.
Ces effets surprenans doivent nous faire attendre
Le plus rare bienfait des Cieux.
Ils entendent en effet une Symphonie ,
suivie bien- tôt d'un Choeur d'Anges qui
rendent gloire à Dieu et qui annoncent
la Paix à la Terre , en publiant l'auguste
Naissance du Fils du Très - Haut . La Crêche
paroît en même - temps , et les Bergers
s'entredeniandent quel est cet admirable
Enfant qu'ils apperçoivent couché
dans la Crêche . Ils apprennent d'un
Ange que c'est le Fils de Dieu , le Messie
tant desiré , qui vient porter lui- même
la peine de mort que méritent les hommes.
Il les exhorte ensuite à venir lui
rendre leurs respects.
Bergers , empressez-vous , hâtez - vous d'adores
Celui qui vient vous retirer
D'un triste esclavage.
Sous ces rustiques toîts abbaissant son pouvoir,
C'est de vous qu'il veut recevoir
Le premier hommage.
Le Choeur des Anges et celui des Bergers
répetent :
Ac456
MERCURE DE FRANCE
Accourons , * accourons, hâtons- nous d'adorer
Celui qui vient nous retirer , &c .
Les Bergers et les Bergeres expriment
ensuite leur joye et leurs voeux , et ne
veulent plus chanter que ce Liberateur ,
qui fera desormais l'objet de leursChants,
&c . et ils lui offriront des Sacrifices proportionnez
à leur pouvoir . Cette Entrée
finit par ces Vers d'un Choeur d'Anges
et des Bergers .
'Animons - nous de nouvelles ardeurs
Ne cessons point de chanter la victoire
•
Du Dieu dont la bonté vient finir nos malheurs
;
Que par tout l'Univers on celebre sa gloire ,
Qu'il triomphe de tous les coeurs .
Les trois Mages marquent leur étonnement
, en ouvrant la troisiéme Entrée , de
ne plus voir l'Astre qui les avoit conduits
et qui leur avoit fait esperer de pouvoir
adorer le vrai Dieu devenu Enfant , ils
ajoûtent tous trois :
Mais ici rien ne se présente
Qui puise découvrir sa demeure brillante ;
Les Anges disent , accourez , bátez- vous.& c .
Les Anges disent , animez- vous .
Ni
MARS. 1734. 457
Ni Temple , ni Palais ne s'offrent à nos yeux ;
La pauvreté regne en tous lieux.
Un Ange leur découvre ce Mystere
par ces Vers.
Le Maître tout-puissant de la Terre et de l'Onde,
Par son humilité profonde ,
Vient confondre à jamais les Mortels orgueilleux,
Et dans l'état le plus vil à leurs yeux ,
Il est plus grand que tous les Rois duMonde,
La Crêche reparoît , et les Mages témoignent
qu'ils croyent aux paroles de
l'Ange et au Mystere qu'il leur annonce.
L'Ange leur adresse ensuite ces paroles .
Que ce Dieu si charmant de ses divine's flâmes ,
Embraze désormais vos ames ;
Qu'il regne sur vos coeurs ; qu'à l'envi les Mortels
De toutes parts lui dressent des Autels .
Les Choeurs des Anges et des Rois répetent
la même chose. Chacun des Rois
fait son présent et explique les rapports
qu'il a avec les Mysteres de l'Homme-
Dieu. Après quoi un Ange chante cette
Cantatille pour exhorter les Rois à publier
la gloire de leur Liberateur.
Que tout reconnoisse la gloire
C Du
458
MERCURE
DE
FRANCE
Du seul Maître de l'Univers
Il a remporté la victoire
Sur le Monde et sur les Enfers.
Descendez de vos Trônes ,
Kois , abbaissez vos Sceptres à ses piedss
Si devant lui vous vous humiliez
Il affermira vos Couronnes .
Que tout reconnoisse , &c .
Un autre Ange ajoûte :
Rois fortunez , dont Jesus a fait choix .
Four venir les premiers adorer sa Puissance ;
Avec nous unissez vos voix .
Allez dans l'Univers annoncer la Naissance ,
Et la gloire du Roy des Rois.
Le Choeur des Anges et des Rois finie
lá Piece en répetant ces derniers Vers :
-
Allons dans l'Univers annoncer là Naissance
Et la gloire du Roy des Rois..
Voilà , Madame une idée de cette
Idylle , dont l'Auteur est M. Morand
d'Arles , dont on a vû plusieurs Pieces
dans differens Mercures ; vous connoissez
, sans doute , M. Bouvard , qui a mis
ces Vers en Musique ; il est très - connu
* Les Anges disent , allez , &c.
par
MARS 1734.
459
par beaucoup d'Ouvrages ; l'Opera de
Meduse , de sa composition , eut un
grand succès dans sa nouveauté en 1702.
Il doit , dit- on , être repris l'Automne
prochain. Cet Auteur a cessé depuis
long-temps de travailler pour le Théatre,
et il s'est livré à des occupations plus
Religieuses. Il a fait voir dans cette Idylle
que la Musique n'est jamais plus susceptible
de force et de grandeur que
lorsqu'elle est employée à accompagner
les louanges du Seigneur ; et l'on a admiré
avec justice , que n'ayant que de jeunes
filles à faire chanter , et par consequent
que des voix presque égales , il ait pû
faire des Chours aussi beaux et aussi
travaillez que ceux dont cet Ouvrage est
rempli .
Je n'ai pas besoin , Madame , de vous
parler de l'illustre Pasteur auquel cette
Idylle est dédiée , et de vous informer
du mérite d'un homme universellement
estimé et respecté. Vous sçavez qu'entre
les beaux Etablissemens auxquels sa charité
est occupée tous les jours , celui de
l'Enfant Jesus , où trente Demoiselles de
condition sont élevées de- même qu'à
S. Cyr , tient, sans doute, le second rang,
pour ne rien dire de plus. Permettezmoi
de transcrire ici ce qu'en dit l'Epitre
Cij
Dé
460 MERCURE DE FRANCE
Dédicatoire qui est à la tête de ce petit
Ouvrage. La Maison de l'Enfant Jesus
» attire déja les voeux d'un nombre in-
>> fini de Familles , à qui la fortune n'a
» laissé pour tout bien que le souvenir
» de leur gloire passée. C'est-là , sur tout,
>> que l'on découvre toute l'étenduë de
»ce vaste Génie, qui vous faisant embras-
» ser les plus grandes choses , ne vous
» laisse pas pourtant dédaigner d'entrer
» dans les plus petites . C'est de-là que
» de jeunes Dlles , élevées suivant leur
» naissance , apprennent à préferer les
abbaissemens et l'humilité de la Reli
» gion , au vain éclat et aux fausses gran-
» deurs du Monde , et à n'employer les
» talens dont le Ciel a pû les orner , qu'à
» la gloire du souverain Maître. C'est- là
» que la Poësie et la Musique sanctifiées ,
paroissent dans le même esprit de ceux
» qui ne les ont inventez que pour mieux
celebrer la Grandeur du Très- Haut. Je
suis , Madame , avec respect , &c.
A Paris le 24. Février 1734.
au sujet d'une Idylle sur la Naissance
de Jesus Christ , divisée en trois Entrées,
mise en Musique par M. Bouvart , et
chantée par les Dlles élevées dans la
Communauté de l'Enfant Jesus , le 14 .
Février 1734. dédiée à M. le Curé de
S. Sulpice , imprimée à Paris chez
Thibout , 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
J
>
E sçai , Madame , que vous vous in
teressez pour tout ce qui regarde la
Pieté et la Religion ; j'ai crû que vous
ne seriez pas fâchée que je vous fisse
part d'une Idylle sur la Naissance de
N. S. Jesus - Christ , mise en Musique , et
que les Dlles élevées dans la Maison de
l'Enfant Jesus ont chantée ces jours passez
avec tout l'applaudissement possible ;
Vous voyez que M. le Curé de S. Sulpice,
en procurant à ces Dlles une éducation
qui lui fait tant d'honneur , ne se sert.
que de moyens dignes de sa pieté et propres
à former leur coeur et leur esprit
à la vertu et au culte de Dieu . Voici
une idée de ce petit Poëme , dont il n'a
été tiré que peu d'Exemplaires.
L'Idylle
452 MERCURE DE FRANCE
L'Idylle a trois Parties ou Entrées.
La premiere a pour objet l'Empire du
Démon dans le Monde et sur les hommes
jusqu'à la Naissance du Sauveur
qu'un Ange annonce au Démon avec
la destruction, de son Empire. La seconde
, représente les Bergers tout occuppez
à rendre leurs hommages au Sauveur
, dont un Choeur d'Anges vient de
leur apprendre la Naissance. Et la troisiéme
représente l'Adoration des Rois
Mages .
Satan ouvre la premiere Entrée , en
invitant les Démons à se réjouir de la
victoire qu'ils ont remportée sur l'hom
me , et à détruire cet Ouvrage de Dieu
qui est la cause de tous leurs maux. Il
s'exprime en ces termes.
O vous , de mes fureurs Ministres redoutables ,
Vous qui fites trembler les Cieux ,
Vous , des Mortels ennemis implacables ,
Démons , faites briller votre zele à mes yeux.
Les Démons s'unissent à lui pour chanter
leur victoire sur l'homme qu'ils ont
soumis au peché et à la mort. Satan poursuit
en déclarant que c'est pour avoir
refusé d'adorer un Mortel que toute leur
gloire a été changée en une nuit éternelle
; il continue :
Périsse
MARS 1734. 453
Périsse la Race execrable
Qui fut la source de nos maux ;
Ne nous lassons jamais de troubler son repos;
Plus que nous , rendons- la coupable.
Le Choeur des Démons répete les mêmes
Vers. Les Démons font ensuite une
énumeration des maux et des punitions
qu'ils ont attirés sur l'homme ,jusqu'à
faire repentir Dieu de l'avoir créé ; Sa- ,
tan leur ordonne ensuite de se répandre
par tout l'Univers et d'accroître encore
leur Empire et les maux du Genre humain
: en voici les paroles.
Volez de toutes parts , sortez de vos abîmes ;
Dispersez-vous dans les airs ,
Et remplissez l'Univers
De malheurs , de trouble et de crimes.
Les Démons répondent par les mêmes
Vers : Volons de toutes parts , & c, et ils
s'y disposent en effet lorsqu'un Ange ,
précede d'une Symphonie de triomphe ,
les arrête et leur annonce la Naissance
du Sauveur qui doit détruire leur Empire
, rétablir la paix dans l'Univers et
se faire adorer des Nations . Sitan se retire
en prononçant ce blasphême.
Non, non , il veut en vain détruire ma puissance;
454 MERCURE DE FRANCE
En vain il veut sauver les Humains de nos coups;
Eux -mêmes, plus ingrats, plus perfides que nous,
Signaleront bien - tôt leur desobéissance ;
Et seront les premiers à braver son courroux.
Après quoi Satan et ses Démons se
retirent , tandis que l'Ange de Paix conjure
le Liberateur des hommes , qui ne
descend que pour les sauver , de détourner
de dessus eux les malheurs dont ils
sont menacez , et de ne frapper de ses
coups que les têtes superbes de leurs jaloux
ennemis.
Un Choeur d'Anges termine cette Entrée
par ces Vers .
Le Sauveur vient de naître.
Que les Enfers , que la Terre et les Cieux ,
Que tout s'empresse à reconnoître
Cet Enfant glorieux.
La deuxième Entrée est composée de
quatre Bergers , de deux Bergeres , d'un
Choeur de Bergers et d'un Choeur d'Anges.
Les Bergers commencent et se déclarent
mutuellement la surprise où ils
sont de voir la Nature toute changée ;
la nuit éclairée , les agrémens du Printemps
et de l'Automne réunis dans la
saison de Hyver . Les quatre Bergers
s'écrient ensemble :
Comme
MARS. 1734. 455
Comme vous , chers amis , je ne sçaurois comprendre
Le prodige nouveau qui vient frapper nos yeux.
Ces effets surprenans doivent nous faire attendre
Le plus rare bienfait des Cieux.
Ils entendent en effet une Symphonie ,
suivie bien- tôt d'un Choeur d'Anges qui
rendent gloire à Dieu et qui annoncent
la Paix à la Terre , en publiant l'auguste
Naissance du Fils du Très - Haut . La Crêche
paroît en même - temps , et les Bergers
s'entredeniandent quel est cet admirable
Enfant qu'ils apperçoivent couché
dans la Crêche . Ils apprennent d'un
Ange que c'est le Fils de Dieu , le Messie
tant desiré , qui vient porter lui- même
la peine de mort que méritent les hommes.
Il les exhorte ensuite à venir lui
rendre leurs respects.
Bergers , empressez-vous , hâtez - vous d'adores
Celui qui vient vous retirer
D'un triste esclavage.
Sous ces rustiques toîts abbaissant son pouvoir,
C'est de vous qu'il veut recevoir
Le premier hommage.
Le Choeur des Anges et celui des Bergers
répetent :
Ac456
MERCURE DE FRANCE
Accourons , * accourons, hâtons- nous d'adorer
Celui qui vient nous retirer , &c .
Les Bergers et les Bergeres expriment
ensuite leur joye et leurs voeux , et ne
veulent plus chanter que ce Liberateur ,
qui fera desormais l'objet de leursChants,
&c . et ils lui offriront des Sacrifices proportionnez
à leur pouvoir . Cette Entrée
finit par ces Vers d'un Choeur d'Anges
et des Bergers .
'Animons - nous de nouvelles ardeurs
Ne cessons point de chanter la victoire
•
Du Dieu dont la bonté vient finir nos malheurs
;
Que par tout l'Univers on celebre sa gloire ,
Qu'il triomphe de tous les coeurs .
Les trois Mages marquent leur étonnement
, en ouvrant la troisiéme Entrée , de
ne plus voir l'Astre qui les avoit conduits
et qui leur avoit fait esperer de pouvoir
adorer le vrai Dieu devenu Enfant , ils
ajoûtent tous trois :
Mais ici rien ne se présente
Qui puise découvrir sa demeure brillante ;
Les Anges disent , accourez , bátez- vous.& c .
Les Anges disent , animez- vous .
Ni
MARS. 1734. 457
Ni Temple , ni Palais ne s'offrent à nos yeux ;
La pauvreté regne en tous lieux.
Un Ange leur découvre ce Mystere
par ces Vers.
Le Maître tout-puissant de la Terre et de l'Onde,
Par son humilité profonde ,
Vient confondre à jamais les Mortels orgueilleux,
Et dans l'état le plus vil à leurs yeux ,
Il est plus grand que tous les Rois duMonde,
La Crêche reparoît , et les Mages témoignent
qu'ils croyent aux paroles de
l'Ange et au Mystere qu'il leur annonce.
L'Ange leur adresse ensuite ces paroles .
Que ce Dieu si charmant de ses divine's flâmes ,
Embraze désormais vos ames ;
Qu'il regne sur vos coeurs ; qu'à l'envi les Mortels
De toutes parts lui dressent des Autels .
Les Choeurs des Anges et des Rois répetent
la même chose. Chacun des Rois
fait son présent et explique les rapports
qu'il a avec les Mysteres de l'Homme-
Dieu. Après quoi un Ange chante cette
Cantatille pour exhorter les Rois à publier
la gloire de leur Liberateur.
Que tout reconnoisse la gloire
C Du
458
MERCURE
DE
FRANCE
Du seul Maître de l'Univers
Il a remporté la victoire
Sur le Monde et sur les Enfers.
Descendez de vos Trônes ,
Kois , abbaissez vos Sceptres à ses piedss
Si devant lui vous vous humiliez
Il affermira vos Couronnes .
Que tout reconnoisse , &c .
Un autre Ange ajoûte :
Rois fortunez , dont Jesus a fait choix .
Four venir les premiers adorer sa Puissance ;
Avec nous unissez vos voix .
Allez dans l'Univers annoncer la Naissance ,
Et la gloire du Roy des Rois.
Le Choeur des Anges et des Rois finie
lá Piece en répetant ces derniers Vers :
-
Allons dans l'Univers annoncer là Naissance
Et la gloire du Roy des Rois..
Voilà , Madame une idée de cette
Idylle , dont l'Auteur est M. Morand
d'Arles , dont on a vû plusieurs Pieces
dans differens Mercures ; vous connoissez
, sans doute , M. Bouvard , qui a mis
ces Vers en Musique ; il est très - connu
* Les Anges disent , allez , &c.
par
MARS 1734.
459
par beaucoup d'Ouvrages ; l'Opera de
Meduse , de sa composition , eut un
grand succès dans sa nouveauté en 1702.
Il doit , dit- on , être repris l'Automne
prochain. Cet Auteur a cessé depuis
long-temps de travailler pour le Théatre,
et il s'est livré à des occupations plus
Religieuses. Il a fait voir dans cette Idylle
que la Musique n'est jamais plus susceptible
de force et de grandeur que
lorsqu'elle est employée à accompagner
les louanges du Seigneur ; et l'on a admiré
avec justice , que n'ayant que de jeunes
filles à faire chanter , et par consequent
que des voix presque égales , il ait pû
faire des Chours aussi beaux et aussi
travaillez que ceux dont cet Ouvrage est
rempli .
Je n'ai pas besoin , Madame , de vous
parler de l'illustre Pasteur auquel cette
Idylle est dédiée , et de vous informer
du mérite d'un homme universellement
estimé et respecté. Vous sçavez qu'entre
les beaux Etablissemens auxquels sa charité
est occupée tous les jours , celui de
l'Enfant Jesus , où trente Demoiselles de
condition sont élevées de- même qu'à
S. Cyr , tient, sans doute, le second rang,
pour ne rien dire de plus. Permettezmoi
de transcrire ici ce qu'en dit l'Epitre
Cij
Dé
460 MERCURE DE FRANCE
Dédicatoire qui est à la tête de ce petit
Ouvrage. La Maison de l'Enfant Jesus
» attire déja les voeux d'un nombre in-
>> fini de Familles , à qui la fortune n'a
» laissé pour tout bien que le souvenir
» de leur gloire passée. C'est-là , sur tout,
>> que l'on découvre toute l'étenduë de
»ce vaste Génie, qui vous faisant embras-
» ser les plus grandes choses , ne vous
» laisse pas pourtant dédaigner d'entrer
» dans les plus petites . C'est de-là que
» de jeunes Dlles , élevées suivant leur
» naissance , apprennent à préferer les
abbaissemens et l'humilité de la Reli
» gion , au vain éclat et aux fausses gran-
» deurs du Monde , et à n'employer les
» talens dont le Ciel a pû les orner , qu'à
» la gloire du souverain Maître. C'est- là
» que la Poësie et la Musique sanctifiées ,
paroissent dans le même esprit de ceux
» qui ne les ont inventez que pour mieux
celebrer la Grandeur du Très- Haut. Je
suis , Madame , avec respect , &c.
A Paris le 24. Février 1734.
Fermer
Résumé : LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
La lettre de M... à Madame de... décrit une idylle sur la Naissance de Jésus-Christ, composée en trois parties et mise en musique par M. Bouvart. Cette idylle a été interprétée par les demoiselles de la Communauté de l'Enfant Jésus le 14 février 1734 et dédiée à M. le Curé de Saint-Sulpice. L'œuvre a été imprimée à Paris chez Thibout en 1734 sous forme de brochure in-4 de 16 pages. L'idylle se structure en trois sections. La première partie relate la domination du Démon sur les hommes jusqu'à la venue du Sauveur, annoncée par un ange. La seconde partie met en scène les bergers rendant hommage au Sauveur, dont la naissance est proclamée par un chœur d'anges. La troisième partie illustre l'adoration des Rois Mages. L'auteur de l'idylle est M. Morand d'Arles, et la musique a été composée par M. Bouvart, célèbre pour son opéra 'Méduse'. L'œuvre souligne la puissance de la musique lorsqu'elle est utilisée pour louer le Seigneur. La lettre met également en lumière le mérite de M. le Curé de Saint-Sulpice et l'éducation pieuse des demoiselles de la Maison de l'Enfant Jésus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
108
LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
109
p. 580-581
« Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...] »
Début :
Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...]
Mots clefs :
Musique, Théâtre, Opéra, Pièce, Académie royale de musique, Pompeo Aldrovandi, Théâtre de la paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...] »
Le 11. Mars , l'Académie Royale de
Musique remit au Théatre l'Opera' de
Pirithens , dont le Poëme est de M. de
la Serre , et la Musique de M. Mouret.
Cette Piece , qui a été reçûë favorablement
du Public , avoit été donnée dans
sa nouveauté en Janvier 1723. Les principaux
Kôles sont très- bien tendus par
les Dlles Antier et le Maure , et par les
sieurs Tribou , Chassé et Dun ; les Ballets
toujours de la composition du sieur Blondi,
sont très bien caracterisez ; la Dlle Camargo
, et les sieurs Dupré , Dumoulin
Javilliers , y soutiennent très - bien leur
réputation . Nous n'entrerons dans aucun
détail au sujet de cette Piece , en
ayant donné un Extrait fort au long
dans le Mercure de Fevrier 1723. pa
ge 321.
Il paroît une seconde Edition de la
Musique de cet Opera , imprimée chez
Balard , avec des changemens et des augmentations
considerables .
On apprend d'Italie , que M. Aldovrandi
, Gouverneur de Rome , y a fait
publier une nouvelle Ordonnance pour
faire observer une exacte Police dans les
Spectacles ; que le 7. du mois dernier ,
ony fit l'ouverture du Théatre de la Paix
par
"
MARS. 1734 5.81
le
par la Représentation d'une Piece nouvelle
, intitulée L'ERODISHE , et que
16. il y eut un Opera pour la premiere
fois de cette année sur le Théatre de .
Tordinone.
Musique remit au Théatre l'Opera' de
Pirithens , dont le Poëme est de M. de
la Serre , et la Musique de M. Mouret.
Cette Piece , qui a été reçûë favorablement
du Public , avoit été donnée dans
sa nouveauté en Janvier 1723. Les principaux
Kôles sont très- bien tendus par
les Dlles Antier et le Maure , et par les
sieurs Tribou , Chassé et Dun ; les Ballets
toujours de la composition du sieur Blondi,
sont très bien caracterisez ; la Dlle Camargo
, et les sieurs Dupré , Dumoulin
Javilliers , y soutiennent très - bien leur
réputation . Nous n'entrerons dans aucun
détail au sujet de cette Piece , en
ayant donné un Extrait fort au long
dans le Mercure de Fevrier 1723. pa
ge 321.
Il paroît une seconde Edition de la
Musique de cet Opera , imprimée chez
Balard , avec des changemens et des augmentations
considerables .
On apprend d'Italie , que M. Aldovrandi
, Gouverneur de Rome , y a fait
publier une nouvelle Ordonnance pour
faire observer une exacte Police dans les
Spectacles ; que le 7. du mois dernier ,
ony fit l'ouverture du Théatre de la Paix
par
"
MARS. 1734 5.81
le
par la Représentation d'une Piece nouvelle
, intitulée L'ERODISHE , et que
16. il y eut un Opera pour la premiere
fois de cette année sur le Théatre de .
Tordinone.
Fermer
Résumé : « Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...] »
Le 11 mars, l'Académie Royale de Musique a présenté l'opéra 'Pirithoüs' au Théâtre de l'Opéra, avec un poème de M. de la Serre et une musique de M. Mouret. Cet opéra, déjà acclamé lors de sa première représentation en janvier 1723, met en vedette les demoiselles Antier et le Maure, ainsi que les sieurs Tribou, Chassé et Dun. Les ballets, chorégraphiés par le sieur Blondi, sont bien exécutés par la demoiselle Camargo et les sieurs Dupré, Dumoulin et Javilliers. Une seconde édition de la musique, imprimée chez Balard, inclut des modifications et des ajouts significatifs. En Italie, M. Aldovrandi, Gouverneur de Rome, a publié une nouvelle ordonnance pour renforcer la sécurité dans les spectacles. Le Théâtre de la Paix a ouvert le 7 du mois précédent avec 'L'Erodishe', et le 16, un opéra a été présenté pour la première fois de l'année au Théâtre Tordinone.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
110
p. 612-615
« Le premier Mars, il y eut Concert à Marly chez la Reine, qui fut continué [...] »
Début :
Le premier Mars, il y eut Concert à Marly chez la Reine, qui fut continué [...]
Mots clefs :
Reine, Concert, Demoiselle, Marly, Reine, Musique, Roi, Destouches, Opéra, Marie Pélissier, Chasse, Église paroissiale de Saint-Sulpice, Fête de l'Annonciation de la Vierge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier Mars, il y eut Concert à Marly chez la Reine, qui fut continué [...] »
Le premier Mars , il y eut Concert à
Marly chez la Reine , qui fut continué
3 et le 6. M. Destouches Sur- Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter
l'Opéra de Pirame et Thisbé , mis en
Musique par les Sieurs Rebel et Francoeur,
le premier, Sur- Intendant de la Musique
en Survivance de M. Destouches , et le
second, Compositeur de la Chambre. Les
Diles Lenner , d'Aigremont et Roblin ,
chanterent lesRolles du Prologue; ceux de
Zoroastre, de Ninus, et de Pirame , furent
chantez dans laTragédie par les SrsChassé,
d'Angerville etJelior, la voix de ce dernier
parut
MARS 1734: 613
parut très touchante . Les Dlles Erremens et
Pelissier remplirent les Rolles deZoraïde et
de Thisbé avec beaucoup de précision .
La Reine eut la bonté de marquer aux
Auteurs sa satisfaction , et de louer leurs
talens. Le Poëme est de M. de la Serre.
›
Le 8 et le 9 , S. M. souhaita d'entendre
le Ballet du Carnaval et de la Folie ,
dont l'exécution parut très- brillante . Le
Rolle de la Folie fut rempli avec applaudissement
par la Dlle Pelissier , celui du
Carnaval par le Sieur d'Angerville ; la
Dlle Mathieu et le Sr Petillot , chanterent
ceux de Plutus , et de la Jeunesse. Cet
Opéra,de la composition de M. Destouches
, plut beaucoup à la Reine , S. M.
ordonna qu'on le chanteroit tous les
ahs pendant le Carnaval .
2
Le 15 , 17 et 22 , on chanta l'Opéra
·de Telemaque du même Auteur. Le Rolle
de Minerve dans le Prologue et dans la
Piéce , fut chanté par la Dlle Lenner ;
celui de Calipso par la Dlle Anuer , et
ceux d'Eucharis et de Telemaque furent
remplis d'une façon très interessante par
la Dile Pelissier et par le Sr Jeliot.
Le 11 de ce mois , le Roy étant allé
chasser sur Lotti , le cerf mena la chasse
jusqu'au près de Magni , d'où le Roy
ICVC614
MERCURE DE FRANCE
revenant à Marly , la nuit le surprit à
Meulan , et Sa Majesté prévoyant qu'il
arriveroit trop tard à Marly , alla demander
à souper à l'Abbé Bignon, qui se trouvoit
par hazard dans sa Maison de l'Isle - Belle.
Au sortir de table , le Roy partit vers les
dix heures un quart pour retourner à
Marly , témoignant beaucoup de satisfaction
de la maniere dont il avoit éte reçu .
S.M.n'étoit accompagnée que du Duc de
Richelieu , du Comte d'Ayen , du Marquis
de Coigny et du Marquis de Sourches.
Le 20 Mars on consacra solemnellement
le Grand Autel de l'Eglise Paroissiale
de Saint Sulpice ; M. l'Archevêque
de Sens en fit la cérémonie : la Reine
d'Espagne y assista avec plusieurs personnes
de considération . La cérémonie finit
par une décharge d'un grand nombre
de boëtes, et par les Aumônes que M. le
Curé fit distribuer à quantité de Pauvres
.
Le 25 Mars , Fête de l'Anronciation de
la Vierge , il y eut Concert Spirituel au
Chateau des Thuilleries . M. Mouret y
fit chanter le Magnus Dominus , excelent
Motet de M. de la Lande. La Dlle Petite .
pas
MARS 1734.
619
pas , et le Sr Jeliot en chanterent un au
tre à deux voix , qui fut très applaudi
par une très nombreuse Assemblée ; de
même que les Concerto exécutez par les
Srs Blavet et le Clair . Le Concert fut
terminé par le Motet Cantate du même
Auteur dans lequel la Dlle Erremens
chanta le beau verset Viderunt avec toute
la précision que demande un si beau
morceau de Musique .
Marly chez la Reine , qui fut continué
3 et le 6. M. Destouches Sur- Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter
l'Opéra de Pirame et Thisbé , mis en
Musique par les Sieurs Rebel et Francoeur,
le premier, Sur- Intendant de la Musique
en Survivance de M. Destouches , et le
second, Compositeur de la Chambre. Les
Diles Lenner , d'Aigremont et Roblin ,
chanterent lesRolles du Prologue; ceux de
Zoroastre, de Ninus, et de Pirame , furent
chantez dans laTragédie par les SrsChassé,
d'Angerville etJelior, la voix de ce dernier
parut
MARS 1734: 613
parut très touchante . Les Dlles Erremens et
Pelissier remplirent les Rolles deZoraïde et
de Thisbé avec beaucoup de précision .
La Reine eut la bonté de marquer aux
Auteurs sa satisfaction , et de louer leurs
talens. Le Poëme est de M. de la Serre.
›
Le 8 et le 9 , S. M. souhaita d'entendre
le Ballet du Carnaval et de la Folie ,
dont l'exécution parut très- brillante . Le
Rolle de la Folie fut rempli avec applaudissement
par la Dlle Pelissier , celui du
Carnaval par le Sieur d'Angerville ; la
Dlle Mathieu et le Sr Petillot , chanterent
ceux de Plutus , et de la Jeunesse. Cet
Opéra,de la composition de M. Destouches
, plut beaucoup à la Reine , S. M.
ordonna qu'on le chanteroit tous les
ahs pendant le Carnaval .
2
Le 15 , 17 et 22 , on chanta l'Opéra
·de Telemaque du même Auteur. Le Rolle
de Minerve dans le Prologue et dans la
Piéce , fut chanté par la Dlle Lenner ;
celui de Calipso par la Dlle Anuer , et
ceux d'Eucharis et de Telemaque furent
remplis d'une façon très interessante par
la Dile Pelissier et par le Sr Jeliot.
Le 11 de ce mois , le Roy étant allé
chasser sur Lotti , le cerf mena la chasse
jusqu'au près de Magni , d'où le Roy
ICVC614
MERCURE DE FRANCE
revenant à Marly , la nuit le surprit à
Meulan , et Sa Majesté prévoyant qu'il
arriveroit trop tard à Marly , alla demander
à souper à l'Abbé Bignon, qui se trouvoit
par hazard dans sa Maison de l'Isle - Belle.
Au sortir de table , le Roy partit vers les
dix heures un quart pour retourner à
Marly , témoignant beaucoup de satisfaction
de la maniere dont il avoit éte reçu .
S.M.n'étoit accompagnée que du Duc de
Richelieu , du Comte d'Ayen , du Marquis
de Coigny et du Marquis de Sourches.
Le 20 Mars on consacra solemnellement
le Grand Autel de l'Eglise Paroissiale
de Saint Sulpice ; M. l'Archevêque
de Sens en fit la cérémonie : la Reine
d'Espagne y assista avec plusieurs personnes
de considération . La cérémonie finit
par une décharge d'un grand nombre
de boëtes, et par les Aumônes que M. le
Curé fit distribuer à quantité de Pauvres
.
Le 25 Mars , Fête de l'Anronciation de
la Vierge , il y eut Concert Spirituel au
Chateau des Thuilleries . M. Mouret y
fit chanter le Magnus Dominus , excelent
Motet de M. de la Lande. La Dlle Petite .
pas
MARS 1734.
619
pas , et le Sr Jeliot en chanterent un au
tre à deux voix , qui fut très applaudi
par une très nombreuse Assemblée ; de
même que les Concerto exécutez par les
Srs Blavet et le Clair . Le Concert fut
terminé par le Motet Cantate du même
Auteur dans lequel la Dlle Erremens
chanta le beau verset Viderunt avec toute
la précision que demande un si beau
morceau de Musique .
Fermer
Résumé : « Le premier Mars, il y eut Concert à Marly chez la Reine, qui fut continué [...] »
En mars 1734, plusieurs événements musicaux et cérémoniels marquèrent le mois. Du 1er au 6 mars, l'opéra 'Pirame et Thisbé' de Rebel et Francoeur fut interprété à Marly chez la Reine, avec des rôles principaux chantés par les demoiselles Lenner, d'Aigremont, Roblin, Erremens et Pelissier, ainsi que par les sieurs Chassé, d'Angerville et Jeliot. La Reine exprima sa satisfaction. Les 8 et 9 mars, le roi écouta le ballet 'Le Carnaval et la Folie' de Destouches, interprété par la demoiselle Pelissier, le sieur d'Angerville, la demoiselle Mathieu et le sieur Petillot. La Reine ordonna que cet opéra soit chanté quotidiennement pendant le Carnaval. Du 15 au 22 mars, l'opéra 'Télémaque' de Destouches fut chanté, avec les rôles de Minerve, Calypso, Eucharis et Télémaque interprétés par les demoiselles Lenner, Anuer, Pelissier et le sieur Jeliot. Le 11 mars, le roi chassa sur l'île de Loiti avec plusieurs nobles et soupa à Meulan chez l'abbé Bignon. Le 20 mars, l'archevêque de Sens consacra solennellement le grand autel de l'église paroissiale de Saint-Sulpice en présence de la reine d'Espagne et de personnes de considération. Le 25 mars, à l'occasion de la fête de l'Annonciation de la Vierge, un concert spirituel eut lieu au château des Tuileries. M. Mouret dirigea le 'Magnus Dominus' de M. de la Lande, et les demoiselles Petitepas et Erremens, ainsi que le sieur Jeliot, chantèrent d'autres morceaux applaudis. Les concerts furent exécutés par les sieurs Blavet et le Clair.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
111
p. 753-754
« On donne avis au Public, que l'on grave actuellement les Quatre Saisons, qui sont dans le [...] »
Début :
On donne avis au Public, que l'on grave actuellement les Quatre Saisons, qui sont dans le [...]
Mots clefs :
Voix, Quatre saisons, Mercure, Musique, Symphonie, M. Villeneuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On donne avis au Public, que l'on grave actuellement les Quatre Saisons, qui sont dans le [...] »
On donne avis au Public , que l'on grave
tuellement les Quatre Saisons , qui sont dans le
Mercure du mois de Février dernier , lesquelles.
ont été mises en Musique par M. Villeneuve ,
Auteur de la Pastorale Héroïque , intitulée ,
la
Princesse d'Elide , représentée avec succès par
l'Académie Royale de Musique en 1728. et dè.
plusieurs autres Ouvrages , comme Leçons de
Tenebres à voix seule , et le Miserere , avec six.
Motets à une et deux voix , sans Symphonie. Un
Concert Spirituel à plusieurs voix , à grand
Choeur , avec Symphonie ; dédié et chanté devant
la Reine . Le Voyage de Cythere , Cantate
à voix seule , avec Symphonie. Deux OEuvres de
Sonates pour la Flute ou le Violon , intitulées ,
Conversations. Une Méthode très- courte pour
apprendre la Musique, avec la propreté du Chant,
laquelle est très-intelligible aux Enfans même.
Il espere donner incessamment les Quatre
Saisons
754 MERCURE
DE FRANCE
Saisons , dont il a donné lui -même le Plan à
l'Aureur des Paroles , qu'on lit dans le Mercure.
tuellement les Quatre Saisons , qui sont dans le
Mercure du mois de Février dernier , lesquelles.
ont été mises en Musique par M. Villeneuve ,
Auteur de la Pastorale Héroïque , intitulée ,
la
Princesse d'Elide , représentée avec succès par
l'Académie Royale de Musique en 1728. et dè.
plusieurs autres Ouvrages , comme Leçons de
Tenebres à voix seule , et le Miserere , avec six.
Motets à une et deux voix , sans Symphonie. Un
Concert Spirituel à plusieurs voix , à grand
Choeur , avec Symphonie ; dédié et chanté devant
la Reine . Le Voyage de Cythere , Cantate
à voix seule , avec Symphonie. Deux OEuvres de
Sonates pour la Flute ou le Violon , intitulées ,
Conversations. Une Méthode très- courte pour
apprendre la Musique, avec la propreté du Chant,
laquelle est très-intelligible aux Enfans même.
Il espere donner incessamment les Quatre
Saisons
754 MERCURE
DE FRANCE
Saisons , dont il a donné lui -même le Plan à
l'Aureur des Paroles , qu'on lit dans le Mercure.
Fermer
Résumé : « On donne avis au Public, que l'on grave actuellement les Quatre Saisons, qui sont dans le [...] »
Le texte annonce la prochaine gravure des 'Quatre Saisons', dont les paroles ont été publiées dans le Mercure de février. Ces œuvres ont été composées par M. Villeneuve, célèbre pour sa pastorale héroïque 'La Princesse d'Elide', représentée avec succès par l'Académie Royale de Musique en 1728. Villeneuve est également l'auteur de plusieurs autres compositions musicales, incluant des 'Leçons de Ténèbres' à voix seule, un 'Miserere' avec six motets, un 'Concert Spirituel' dédié et chanté devant la Reine, la cantate 'Le Voyage de Cythère', des sonates pour flûte ou violon intitulées 'Conversations', et une méthode pour apprendre la musique adaptée aux enfants. Villeneuve a fourni le plan des 'Quatre Saisons' à l'auteur des paroles, publiées dans le Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
112
p. 758-759
« Le 5. Avril on donna par extraordinaire, la Pastorale d'Issé, pour la Capitation [...] »
Début :
Le 5. Avril on donna par extraordinaire, la Pastorale d'Issé, pour la Capitation [...]
Mots clefs :
Musique, Capitation des acteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 5. Avril on donna par extraordinaire, la Pastorale d'Issé, pour la Capitation [...] »
Le 5. Avril on donna par extraordinaire
, la Pastorale d'Issé , pour la Capitation
des Acteurs , comme cela se pratique
toutes les années ; on représenta
la même Piece le 19. pour la clôture du
Théatre , elle fut suivie d'une Cantate
de M. de Blamont , Sur - Intendant de la
Musique du Roy , chantée par la Dlle Pe
titpas , et d'un Air Italien , chanté par
le sieur Jeliot , ces deux Morceaux de
Musique furent très- applaudis .
Le 16. Mars les Comédiens François représenerent
à Versailles , le Complaisant et l'Impromptu
de Campagne.
Le
AVRIL. 1734.
759
Le 18. Andromaque et le Baron de la Crasse.
Le 23. la Fausse Antipathie, la Critique et l'Usurier
Gentilhomme.
Le 6 , Avril , le Philosophe Marié et la Parinne
.
Le 8. Heraclius et le Port de Mer.
, la Pastorale d'Issé , pour la Capitation
des Acteurs , comme cela se pratique
toutes les années ; on représenta
la même Piece le 19. pour la clôture du
Théatre , elle fut suivie d'une Cantate
de M. de Blamont , Sur - Intendant de la
Musique du Roy , chantée par la Dlle Pe
titpas , et d'un Air Italien , chanté par
le sieur Jeliot , ces deux Morceaux de
Musique furent très- applaudis .
Le 16. Mars les Comédiens François représenerent
à Versailles , le Complaisant et l'Impromptu
de Campagne.
Le
AVRIL. 1734.
759
Le 18. Andromaque et le Baron de la Crasse.
Le 23. la Fausse Antipathie, la Critique et l'Usurier
Gentilhomme.
Le 6 , Avril , le Philosophe Marié et la Parinne
.
Le 8. Heraclius et le Port de Mer.
Fermer
Résumé : « Le 5. Avril on donna par extraordinaire, la Pastorale d'Issé, pour la Capitation [...] »
En avril 1734, plusieurs représentations théâtrales ont eu lieu. Le 5 avril, la Pastorale d'Issé a été jouée pour la capitation des acteurs. Le 19 avril, la même pièce a clôturé la saison, suivie d'une cantate et d'un air italien applaudis. Les Comédiens Français ont joué diverses pièces à Versailles et à Paris, notamment 'Andromaque', 'Le Baron de la Crasse' et 'Héraclius'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
113
p. 793-798
« Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
Début :
Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...]
Mots clefs :
Roi, Sa Majesté, Reine, Château, Musique, Camp, Régiment, Concert, Lieutenant, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
E Roy a donné il y a déja quelque
tems le Gouvernement de Thionville
à M. de Sioujeat , Lieutenant General
de ses Armées ,
Le Marquis de Montrevel que le Roy
a nommé Maréchal de Camp par la Promotion
du 20 Février , étoit Mestre de
Camp du Regiment de Cavalerie de son
nom ; ce n'est pas le Colonel du Regiment
de Rouergue.
Le Marquis de Graville a été nommé
Mestre de Camp , Lieutenant du Regiment
de Cavalerie d'Orleans ; le Chevalier
de Castelane , Mestre de Camp Lieutenant
du Regiment de Dragons d'Orleans
et M. de Saint Simon , Mestre
de Camp Lieutenant du Regiment du
Mayne .
,
,
On a établi depuis peu
à l'Hôtel
Royal des Invalides une Ecole de
Trompettes pour servir dans les Troupes
du Roy. Ceux qu'on y admettra doivent
s'engager à servir pendant six ans . Ils
seront instruits aux dépens de Sa Majesté,
H iij
et
794 MERCURE DE FRANCE
et on augmentera leur paye à proportion
des progrès qu'ils feront .
Le 21 Mars , l'Evêque d'Evreux fut
scré dans l'Eglise du Noviciat des Jesuites
, par l'Archevêque de Rouen , assisté
des Evêques de Coutances et de Metz,
et le 25 il prêta serment de fidelité entre
les mains du Roy.
Le 31 du même mois il y eur Concert à Versailles
chez la Reine . M. Destouches Sur Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera de Tarsis ev
Zelie , dont le Poëme est de M. de la Serre , et
la Musique des sieurs Rebel et Francoeur .
Les et le 7 Avril , on continua le même Opera;
sa parfaite exécution fit beaucoup de plaisirs ,
tant pour les rôles et les choeurs que pour la
Sinphonie. Sa Majesté en témoigna beaucoup
de satisfaction.
Le 11 Avril , Dimanche de la Passion , il y
eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries,
dans lequel les Diles Erremens , Petitpas , Julie
et une autre Dlie de Province , qui n'y avoit pas
encore paru , chanterent differents Motets avec
aplaudissement ; le Concert fut terminé par le
Miserere de M. de laLande ,
Les de ce mois , M. le Marquis de
Nicolaï , Conseiller au Parlement , reçu
en survivance le 18 Decembre 1731. dans
la Charge de Premier President de la
Chambre des Comptes , ayant vingtcinq
AVRIL. 1734.. 795
cinq ans accomplis , sur la démission de
M. son pere , prit possession de sa place
en ladite Chambre où la séance fut publique
et nombreuse. Elle commença par
une Audience qui a été plaidée pendant
trois matinées par Mrs Millet et Laverdy,
Avocats au Parlement; chacun dans son
Plaidoyer , prit occasion de faire un compliment
au nouveau Premier President
sur son merite personel et sur celui de
M. son Pere et de ses Ancêtres . Il est à
remarquer que ce Magistrat nouveau reçu
est le neuviéme de sa famille.
>
Le 6 de ce mois , le Roy fit dans la
Place d'Armes qui est entre le Château
et les Ecuries la revûe des deux Compagnies
des Mousquetaires de la Garde de
Sa Majesté . Le Roy passa dans les rangs
et ensuite les vir défiler par Escadrons et
par Brigades ; les Détachements qui feront
la Campagne étoient à la tête . Après
la revûë , les deux Compagnies entrerent
dans la cour du Château , et elles défi,
lerent devant la Reine. Monseigneur le
Dauphin et Mesdames de France se trou,
verent à cette revûë à laquelle le Duc
de Chartres étoit à Cheval auprès de Sa
Majesté.
›
Le 18 Dimanche des Rameaux, le même Concert
Hiij fut
796 MERCURE DE FRANCE
fut continué , et lesau tres jours de la Semaine
Sainte, on y a exécuté differents Motets deM. de
la Lande,et d'autres Maîtres modernes , le Sieur
Jeliote dont la voix fait tant de plaisir , s'y est
distingué par plusieurs morceaux qu'il a chantés
avec beaucoup d'aplaudissemens
le ainsi que
Sr Mondonville dans l'exécution de plusieurs
Concertoqu'il a joués sur le violon d'une maniere
Très brillante. Le même Concert a été continué
Jusqu'à la fin du mois.
Les dernieres Lettres de Madrid marquent
que le Prince des Asturies étoit
presque entierement guéri de l'Opération
que le St Petit lui a faite. On ajoute que
ce Chirurgien étoit sur son départ pour
revenir à Paris , où il sera de retour le
15 du mois prochain .
Le Dimanche des Rameaux , le Roy
accompagné du Duc du Maine , du Prince
de Dombes et du Comte d'Eu , assista
dans la Chapelle du Château , à la Benediction
desPalmes qui fut faite par l'Abbé
Brosseau , Chapelain ordinaire de la Chapelle
de Musique , qui en présenta une
à Sa Majesté le Roy assista à la Procession
, et après l'Evangile il adora la
Croix . Sa Majesté entendit ensuite la
Grande Messe célébrée par le même
Chapelain , et chantée par la Musique.
La Reine entendit la même Messe dans
sa Tribune.
:
L'après
AVRIL. 1734. 797
L'après midy Leurs Majestez entendirent
la Prédication du Pere Tainturier,
de la Compagnie de Jesus , et ensuite les
Vêpres.
9
Le Jeudi Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cêne du P. Painchinat
Cordelier du Convent de Paris , après
quoi l'Archevêque de Tours fit l'Absoute.
Le Roy lava les pieds à douze Pauvres ,
et Sa Majesté les servit à table : le Duc
de Bourbon Grand Maître de la Maison
du Roy , à la tête des Maîtres d'Hôtel ,
précedoit le Service .Monseigneur le Dauphin
, le Comte de Clermont , le Prince
de Conty , le Prince de Dombes , le
Comte d'Eu , le Comte de Toulouze et
les principaux Officiers de Sa Majesté
portoient les plats. Après cette cérémonie
le Roy se rendit à la Chapelle du Château ,
où sa Majesté entendit la Grande Messe ,
et assista à la Procession , et ensuite aux
Vêpres. La Reine entendit l'Office dans
sa Tribune , et l'après midy , Sa Majesté
entendit le Sermon de la Cêne du Pere
Jean François , Capucin , et l'Archevêque
de Rouen , Premier Aumônier de la
Reine , ayant fait l'Absoute , Sa Majesté
lava les pieds à douze pauvres filles , et
les servit à table . Le Marquis de Chamarande
, Premier Maître d'Hôtel de Sa
Hy Ma798
MERCURE DE FRANCE
•
Majesté précedoit leService dont les plats
étoient portez par les Princesses du Sang ,
par les Dames du Palais et par d'autres
Dames de la Cour .
:
Le Vendredy Saint , le Roy et la Reine
entendirent le Sermon de la Passion du
Pere Tainturier, de la Compagnie de Jesus
le Roy assista ensuite à l'Office , et
alla à l'Adoration de la Croix : la Reine
entendit l'Office dans la Tribune . Le soir
Leurs Majestez assistérent à l'Office des
Ténébres, qui fut chanté par la Musique .
Le Samedy Saint , le Roy revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint Esprit,
se rendità l'Eglise de la Paroisse du Château
, où Sa Majesté communia par les
mains du Cardinal de Rohan Grand
Aumônier de France. Le Roy toucha ensuite
un grand nombre de malades .
,
"
Le soir Leurs Majestez accompagnées
de Monseigneur le Dauphin et de Mesdames
de France assistérent dans la
Chapelle du Château aux Complies , et
au Salut , pendant lequel l'O Filii fut
chanté par la Musique.
tems le Gouvernement de Thionville
à M. de Sioujeat , Lieutenant General
de ses Armées ,
Le Marquis de Montrevel que le Roy
a nommé Maréchal de Camp par la Promotion
du 20 Février , étoit Mestre de
Camp du Regiment de Cavalerie de son
nom ; ce n'est pas le Colonel du Regiment
de Rouergue.
Le Marquis de Graville a été nommé
Mestre de Camp , Lieutenant du Regiment
de Cavalerie d'Orleans ; le Chevalier
de Castelane , Mestre de Camp Lieutenant
du Regiment de Dragons d'Orleans
et M. de Saint Simon , Mestre
de Camp Lieutenant du Regiment du
Mayne .
,
,
On a établi depuis peu
à l'Hôtel
Royal des Invalides une Ecole de
Trompettes pour servir dans les Troupes
du Roy. Ceux qu'on y admettra doivent
s'engager à servir pendant six ans . Ils
seront instruits aux dépens de Sa Majesté,
H iij
et
794 MERCURE DE FRANCE
et on augmentera leur paye à proportion
des progrès qu'ils feront .
Le 21 Mars , l'Evêque d'Evreux fut
scré dans l'Eglise du Noviciat des Jesuites
, par l'Archevêque de Rouen , assisté
des Evêques de Coutances et de Metz,
et le 25 il prêta serment de fidelité entre
les mains du Roy.
Le 31 du même mois il y eur Concert à Versailles
chez la Reine . M. Destouches Sur Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera de Tarsis ev
Zelie , dont le Poëme est de M. de la Serre , et
la Musique des sieurs Rebel et Francoeur .
Les et le 7 Avril , on continua le même Opera;
sa parfaite exécution fit beaucoup de plaisirs ,
tant pour les rôles et les choeurs que pour la
Sinphonie. Sa Majesté en témoigna beaucoup
de satisfaction.
Le 11 Avril , Dimanche de la Passion , il y
eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries,
dans lequel les Diles Erremens , Petitpas , Julie
et une autre Dlie de Province , qui n'y avoit pas
encore paru , chanterent differents Motets avec
aplaudissement ; le Concert fut terminé par le
Miserere de M. de laLande ,
Les de ce mois , M. le Marquis de
Nicolaï , Conseiller au Parlement , reçu
en survivance le 18 Decembre 1731. dans
la Charge de Premier President de la
Chambre des Comptes , ayant vingtcinq
AVRIL. 1734.. 795
cinq ans accomplis , sur la démission de
M. son pere , prit possession de sa place
en ladite Chambre où la séance fut publique
et nombreuse. Elle commença par
une Audience qui a été plaidée pendant
trois matinées par Mrs Millet et Laverdy,
Avocats au Parlement; chacun dans son
Plaidoyer , prit occasion de faire un compliment
au nouveau Premier President
sur son merite personel et sur celui de
M. son Pere et de ses Ancêtres . Il est à
remarquer que ce Magistrat nouveau reçu
est le neuviéme de sa famille.
>
Le 6 de ce mois , le Roy fit dans la
Place d'Armes qui est entre le Château
et les Ecuries la revûe des deux Compagnies
des Mousquetaires de la Garde de
Sa Majesté . Le Roy passa dans les rangs
et ensuite les vir défiler par Escadrons et
par Brigades ; les Détachements qui feront
la Campagne étoient à la tête . Après
la revûë , les deux Compagnies entrerent
dans la cour du Château , et elles défi,
lerent devant la Reine. Monseigneur le
Dauphin et Mesdames de France se trou,
verent à cette revûë à laquelle le Duc
de Chartres étoit à Cheval auprès de Sa
Majesté.
›
Le 18 Dimanche des Rameaux, le même Concert
Hiij fut
796 MERCURE DE FRANCE
fut continué , et lesau tres jours de la Semaine
Sainte, on y a exécuté differents Motets deM. de
la Lande,et d'autres Maîtres modernes , le Sieur
Jeliote dont la voix fait tant de plaisir , s'y est
distingué par plusieurs morceaux qu'il a chantés
avec beaucoup d'aplaudissemens
le ainsi que
Sr Mondonville dans l'exécution de plusieurs
Concertoqu'il a joués sur le violon d'une maniere
Très brillante. Le même Concert a été continué
Jusqu'à la fin du mois.
Les dernieres Lettres de Madrid marquent
que le Prince des Asturies étoit
presque entierement guéri de l'Opération
que le St Petit lui a faite. On ajoute que
ce Chirurgien étoit sur son départ pour
revenir à Paris , où il sera de retour le
15 du mois prochain .
Le Dimanche des Rameaux , le Roy
accompagné du Duc du Maine , du Prince
de Dombes et du Comte d'Eu , assista
dans la Chapelle du Château , à la Benediction
desPalmes qui fut faite par l'Abbé
Brosseau , Chapelain ordinaire de la Chapelle
de Musique , qui en présenta une
à Sa Majesté le Roy assista à la Procession
, et après l'Evangile il adora la
Croix . Sa Majesté entendit ensuite la
Grande Messe célébrée par le même
Chapelain , et chantée par la Musique.
La Reine entendit la même Messe dans
sa Tribune.
:
L'après
AVRIL. 1734. 797
L'après midy Leurs Majestez entendirent
la Prédication du Pere Tainturier,
de la Compagnie de Jesus , et ensuite les
Vêpres.
9
Le Jeudi Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cêne du P. Painchinat
Cordelier du Convent de Paris , après
quoi l'Archevêque de Tours fit l'Absoute.
Le Roy lava les pieds à douze Pauvres ,
et Sa Majesté les servit à table : le Duc
de Bourbon Grand Maître de la Maison
du Roy , à la tête des Maîtres d'Hôtel ,
précedoit le Service .Monseigneur le Dauphin
, le Comte de Clermont , le Prince
de Conty , le Prince de Dombes , le
Comte d'Eu , le Comte de Toulouze et
les principaux Officiers de Sa Majesté
portoient les plats. Après cette cérémonie
le Roy se rendit à la Chapelle du Château ,
où sa Majesté entendit la Grande Messe ,
et assista à la Procession , et ensuite aux
Vêpres. La Reine entendit l'Office dans
sa Tribune , et l'après midy , Sa Majesté
entendit le Sermon de la Cêne du Pere
Jean François , Capucin , et l'Archevêque
de Rouen , Premier Aumônier de la
Reine , ayant fait l'Absoute , Sa Majesté
lava les pieds à douze pauvres filles , et
les servit à table . Le Marquis de Chamarande
, Premier Maître d'Hôtel de Sa
Hy Ma798
MERCURE DE FRANCE
•
Majesté précedoit leService dont les plats
étoient portez par les Princesses du Sang ,
par les Dames du Palais et par d'autres
Dames de la Cour .
:
Le Vendredy Saint , le Roy et la Reine
entendirent le Sermon de la Passion du
Pere Tainturier, de la Compagnie de Jesus
le Roy assista ensuite à l'Office , et
alla à l'Adoration de la Croix : la Reine
entendit l'Office dans la Tribune . Le soir
Leurs Majestez assistérent à l'Office des
Ténébres, qui fut chanté par la Musique .
Le Samedy Saint , le Roy revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint Esprit,
se rendità l'Eglise de la Paroisse du Château
, où Sa Majesté communia par les
mains du Cardinal de Rohan Grand
Aumônier de France. Le Roy toucha ensuite
un grand nombre de malades .
,
"
Le soir Leurs Majestez accompagnées
de Monseigneur le Dauphin et de Mesdames
de France assistérent dans la
Chapelle du Château aux Complies , et
au Salut , pendant lequel l'O Filii fut
chanté par la Musique.
Fermer
Résumé : « Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
En 1734, plusieurs événements militaires et religieux marquants ont eu lieu. Le roi a nommé M. de Sioujeat gouverneur de Thionville, Lieutenant Général de ses armées. Le Marquis de Montrevel a été promu Maréchal de Camp et était Maître de Camp du Régiment de Cavalerie du roi, sans être Colonel du Régiment de Rouergue. Le Marquis de Graville a été désigné Maître de Camp Lieutenant du Régiment de Cavalerie d'Orléans, le Chevalier de Castelane Maître de Camp Lieutenant du Régiment de Dragons d'Orléans, et M. de Saint Simon Maître de Camp Lieutenant du Régiment du Mayne. Une École de Trompettes a été établie à l'Hôtel Royal des Invalides pour servir dans les troupes du roi. Les trompettes y sont formés aux frais de Sa Majesté et reçoivent une augmentation de salaire proportionnelle à leurs progrès. Le 21 mars, l'Évêque d'Évreux a été sacré dans l'Église du Noviciat des Jésuites par l'Archevêque de Rouen, assisté des Évêques de Coutances et de Metz. Le 25 mars, il a prêté serment de fidélité au roi. Le 31 mars, un concert a eu lieu à Versailles chez la Reine, où M. Destouches, Surintendant de la Musique du roi, a fait chanter le prologue et le premier acte de l'opéra 'Tarsis et Zélie'. Les 6 et 7 avril, l'opéra a été continué, suscitant une grande satisfaction royale. Le 11 avril, un concert spirituel a été donné au Château des Tuileries, avec des motets chantés par les demoiselles Erremens, Petitpas, Julie et une autre chanteuse de province. Le concert s'est terminé par le 'Miserere' de M. de Lalande. Le Marquis de Nicolaï a pris possession de la charge de Premier Président de la Chambre des Comptes le 7 avril, après la démission de son père. Le 6 avril, le roi a passé en revue les Mousquetaires de la Garde à la Place d'Armes. Le 18 avril, un concert a été continué pendant la Semaine Sainte, avec des motets de M. de Lalande et d'autres maîtres modernes. Les lettres de Madrid indiquent que le Prince des Asturies était presque guéri d'une opération. Le roi a assisté à diverses cérémonies religieuses durant la Semaine Sainte, incluant la bénédiction des palmes, la messe, les vêpres, et le lavement des pieds. Le Vendredi Saint, le roi et la reine ont assisté au sermon de la Passion. Le Samedi Saint, le roi a communié et touché un grand nombre de malades.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
114
p. 804-810
RECEPTION de M. le Marquis de Villars à Marseille en qualité de Gouverneur de Provence. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 22 Mars 1734.
Début :
M. le Marquis de Villars arriva à Marseille le quinze de ce mois. La Noblesse [...]
Mots clefs :
Marquis de Villars, Gouverneur de Provence, Marquis de Pilles, Gardes, Noblesse, Marseille, Marche, Distinction, Musique, Souper
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RECEPTION de M. le Marquis de Villars à Marseille en qualité de Gouverneur de Provence. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 22 Mars 1734.
RECEPTION de M. le Marquis
de Villars à Marseille en qualité de Gouverneur
de Provence. Extrait d'une Lettre
écrite de cette Ville le 22 Mars 1734.
M. le Marquis de Villars arriva à
Marseille le quinze de ce mois. La Noblesse
étoit allée audevant de lui jusqu'aux
confins du Territoire , ayant à
sa tête le Marquis de Pilles , Gouverneur-
Vignier de Marseille , qui eût l'honneur
de présenter tous les Gentilshommes ,
qui l'avoient suivi , et qui furent reçus
de la maniere du monde la plus gracieuse .
Le Marquis de Villars monta ensuite
sur un très - beau Cheval du Marquis de
Pilles , superbement harnaché , suivi de
la
AVRIL. 1734. 805
la Noblesse , et précedé de la Compagnie
de ses Gardes . Il arriva ainsi au lieu de
la Viste , marqué pour la réception que
devoient lui faire les Echevins de Mar-
'seille. Ce Lieu est remarquable par sa
situation élevée et qui offre une veuë
toute charmante , par la multiplicité des
différents objets de Terre et de Mer , qui
font ensemble une Perspective enchantée.
C'est- là que le Marquis de Pilles s'étant
mis à la tête des Echevins et les ayant
présentez au Gouverneur , l'Orateur harangua
au nom de la Ville , on tira en
même tems quantité de Boëtes , et on fit
plusieurs Salves de Mousqueterie.
>
On se remit en marche au milieu
d'une foule innombrable de peuple , accouru
de toutes parts , et on arriva aux
Portes de la Ville . Le Marquis de Villars
précedé de sa Maison , de ses Gardes et
de la Noblesse , avoit à sa droite le Marquis
de Pilles , et le premier Echevin à
sa gauche les autres Echevins étoient
derriere lui avec son Capitaine des Gardes,
suivis duCorps de Ville et des PrincipauxBourgeois
et Négocians deMarseille.
C'est avec ce Cortége qu'il entra dans
la Ville par la Porte Royale, qu'on avoit
ornée d'un fort bel Arc de Triomphe
d'ordre Corinthien. Au milieu du Frontispi806
MERCURE DE FRANCE
tispice étoit l'Ecu des Armes du Marquis
de Villars , et au bas de l'Arc de Triomphe
couloient deux Fontaines de vin .
Le Marquis de Pilles lui présenta alors,
´en qualité de Gouverneur - Viguier , les
Clefs de la Ville. C'étoient les mêmes
Clef d'or que son Bisayeul avoit eû
l'honneur de présenter à Louis XIV , le
2 Mars de l'année 1660. et que ce grand
Prince lui rendit, en lui disant:M. de Pilles
gardez ces Clefs , elles sont bien entre vos
mains. Les Ech vins présenterent ensuite
le Dais que le Gouverneur refusa.
,
-
La marche fut continuée jusqu'à l'Eglise
Cathedrale au milieu d'une double haye,
formée par les quatre Compagnies Bourgeoises
de la Ville de cent hommes chacune
, bien armez et très
proprement
habillez . Durant la marche deux Officiers
du Marquis deVillars jettoient de l'argent
au Peuple , et les Trompertes , les Tambours
et les Hautbois ne cessérent de se
faire entendre.
M. l'Evêque de Marseille l'ayant reçu
et complimenté à la tête de son Chapi
tre , il le conduisit jusqu'au Prie- Dieu
qui lui avoit été preparé dans le Sanc-
* La seule Ville de Marseille présente des Clefs
d'or. Voyez la raison de cette distinction dans le
Mercure d'Avril 1723. p. 696.
tuaire .
AVRIL. 1734 807 .
.
tuaire. Le Te Deum fut ensuite solemnellement
chanté par la Musique de la
Cathédrale ; le Choeur et le reste de l'Eglise
étant magnifiquement ornez.
Au sortir de cette cérémonie le Marquis
de Villars ,suivi du même Cortége ,
se rendit à l'Hôtel Le M. Le Bret , Conseiller
d'Etat , Premier Président du Parlement
, Intendant de Justice et du Commerce
, et Commandant en Provence . Il
remercia là le Marquis de Pilles et toute
la Noblesse qui l'avoit suivi pour se reti
rer dans son Appartement , où il reçut
peu de tems après la visite de l'Evêque
de Marseille , et les complimens des différents
Corps et Jurisdictions de la Ville.
Peu de tems après il se rendit dans la
Sale de l'Académie de Musique pour entendre
le Concert . Il trouva un magnifique
Fauteuil avec un tapis de pied placé
dans la Galerie , qui regne autour de
cette Sale ; mais comme il y avoit beaucoup
de Dames, et qu'il n'y avoit que ce
seul Fauteuil , le Marquis de Villars ne
voulut point l'occuper , il se plaça au milieu
des Principales Dames de la Ville
dans le bas de la Sale .
Après le Concert il alla à pied , précedé
de ses Gardes et suivi de la Noblesse,
souper chez le Chevalier de Pilles, Capitaine
868 MERCURE DE FRANCE
taine de Galeres , et exerçant la Charge
de Gouverneur-Viguier pendant la minorité
du Marquis de Pilles son neveu .
Toute la Maison étoit extraordinairement
éclairée en dedans et en dehors : plus de
cent personnes de distinction y souperent.
La premiere table fut servie pour
le Marquis de Villars qui y fit placer
vingt-quatre Dames. Les autres Dames
souperent à deux autres Tables avec les
principaux Gentilhommes de la Ville et
de la Province ; tout fut servi avec la
délicatesse , le bon gout , et l'ordre qui
se rencontrent rarement avec la profusion
et le grand Monde . On admira sur tout
a magnificence du Fruit qui fut tout servi
en Porcelaines rares , et en cristaux .
Le souper fut suivi du Jeu et d'un Bal.
Le lendemain matin le Marquis de
Villars fut occupé à recevoir les Corps
des Communautez Religieuses , qui vin.
rent le complimenter , et qui furent
traitées avec toute la politesse et toute la
distinction possible . Il retourna diner
chez le Chevalier de Pilles . Ce diner répondit
parfaitement au soupé de la veille
et la joye y fut entiere. On y but plusieurs
fois avec les meilleurs vins de
France , la santé du Marêchal Duc de
Villars et la sienne..
Sur
AVRIL. 1734- 805
و
Sur la fin du Repas arriveren tles
Prudhommes du Quartier S. Jean , Cefs
et Juges du Corps des Pescheurs de la
Ville avec leurs habits de cérémonie à
l'Antiquité , l'épée nue sur l'épaule , appareil
assez singulier qui ne déplût pas
au Marquis de Villars il les reçût avec
beaucoup de bonté , loüa leur probité ,
leur exacte et briéve justice.
:
Il alla ensuite à la Comédie , dont il
vit la Représentation sur le Theatre , où
étoient aussi placées avec lui trente des
principales Dames de la Ville . Le Spectacle
étoit des plus brillants par les ornemens
extraordinaires et par le beau
Monde, La Sale étoit absolument touse
remplie.
Je ne finirois point s'il falloit ajouter
ici le détail du souper , que donna le
Biême jour au Marquis de Villars Monsieur
d'Hericourt , Intendant des Galeres ,
de celui que lui donna le lendemain M. de
S. Cannat , de la Fête et du Bal qu'il y
cut dans la Sale de l'Académie de Musique
, établie à Marseille sous la protection
particuliere du Gouverneur de la
Province. Tout fut magnifique et somptueux
par tout où il fut receu , et ce Seigneur
donna tout des marques
par tout de politesse
et de bonté , qui l'ont fait adorer
ence pays- cy.
810 MERCURE DE FRANCE .
I le quitta après avoir séjourné deux
jours et demi , témoignant autant d'empressement
d'y revenir que nous en avons
nous mêmes de le posseder un plus longtems.
Il partit hier pour Toulon suivi
du Marquis de Rognes , Premier Procureur
des Etats et Pays de Provence , du
Marquis de Pilles , qui l'accompagne en
Italie , pour servir en qualité d Ayde de
Camp du Maréchal de Villars , du Marquis
de Foresta , du Comte de Flotte et
de plusieurs autres Gentilhommes qualifiez
de la Province.
de Villars à Marseille en qualité de Gouverneur
de Provence. Extrait d'une Lettre
écrite de cette Ville le 22 Mars 1734.
M. le Marquis de Villars arriva à
Marseille le quinze de ce mois. La Noblesse
étoit allée audevant de lui jusqu'aux
confins du Territoire , ayant à
sa tête le Marquis de Pilles , Gouverneur-
Vignier de Marseille , qui eût l'honneur
de présenter tous les Gentilshommes ,
qui l'avoient suivi , et qui furent reçus
de la maniere du monde la plus gracieuse .
Le Marquis de Villars monta ensuite
sur un très - beau Cheval du Marquis de
Pilles , superbement harnaché , suivi de
la
AVRIL. 1734. 805
la Noblesse , et précedé de la Compagnie
de ses Gardes . Il arriva ainsi au lieu de
la Viste , marqué pour la réception que
devoient lui faire les Echevins de Mar-
'seille. Ce Lieu est remarquable par sa
situation élevée et qui offre une veuë
toute charmante , par la multiplicité des
différents objets de Terre et de Mer , qui
font ensemble une Perspective enchantée.
C'est- là que le Marquis de Pilles s'étant
mis à la tête des Echevins et les ayant
présentez au Gouverneur , l'Orateur harangua
au nom de la Ville , on tira en
même tems quantité de Boëtes , et on fit
plusieurs Salves de Mousqueterie.
>
On se remit en marche au milieu
d'une foule innombrable de peuple , accouru
de toutes parts , et on arriva aux
Portes de la Ville . Le Marquis de Villars
précedé de sa Maison , de ses Gardes et
de la Noblesse , avoit à sa droite le Marquis
de Pilles , et le premier Echevin à
sa gauche les autres Echevins étoient
derriere lui avec son Capitaine des Gardes,
suivis duCorps de Ville et des PrincipauxBourgeois
et Négocians deMarseille.
C'est avec ce Cortége qu'il entra dans
la Ville par la Porte Royale, qu'on avoit
ornée d'un fort bel Arc de Triomphe
d'ordre Corinthien. Au milieu du Frontispi806
MERCURE DE FRANCE
tispice étoit l'Ecu des Armes du Marquis
de Villars , et au bas de l'Arc de Triomphe
couloient deux Fontaines de vin .
Le Marquis de Pilles lui présenta alors,
´en qualité de Gouverneur - Viguier , les
Clefs de la Ville. C'étoient les mêmes
Clef d'or que son Bisayeul avoit eû
l'honneur de présenter à Louis XIV , le
2 Mars de l'année 1660. et que ce grand
Prince lui rendit, en lui disant:M. de Pilles
gardez ces Clefs , elles sont bien entre vos
mains. Les Ech vins présenterent ensuite
le Dais que le Gouverneur refusa.
,
-
La marche fut continuée jusqu'à l'Eglise
Cathedrale au milieu d'une double haye,
formée par les quatre Compagnies Bourgeoises
de la Ville de cent hommes chacune
, bien armez et très
proprement
habillez . Durant la marche deux Officiers
du Marquis deVillars jettoient de l'argent
au Peuple , et les Trompertes , les Tambours
et les Hautbois ne cessérent de se
faire entendre.
M. l'Evêque de Marseille l'ayant reçu
et complimenté à la tête de son Chapi
tre , il le conduisit jusqu'au Prie- Dieu
qui lui avoit été preparé dans le Sanc-
* La seule Ville de Marseille présente des Clefs
d'or. Voyez la raison de cette distinction dans le
Mercure d'Avril 1723. p. 696.
tuaire .
AVRIL. 1734 807 .
.
tuaire. Le Te Deum fut ensuite solemnellement
chanté par la Musique de la
Cathédrale ; le Choeur et le reste de l'Eglise
étant magnifiquement ornez.
Au sortir de cette cérémonie le Marquis
de Villars ,suivi du même Cortége ,
se rendit à l'Hôtel Le M. Le Bret , Conseiller
d'Etat , Premier Président du Parlement
, Intendant de Justice et du Commerce
, et Commandant en Provence . Il
remercia là le Marquis de Pilles et toute
la Noblesse qui l'avoit suivi pour se reti
rer dans son Appartement , où il reçut
peu de tems après la visite de l'Evêque
de Marseille , et les complimens des différents
Corps et Jurisdictions de la Ville.
Peu de tems après il se rendit dans la
Sale de l'Académie de Musique pour entendre
le Concert . Il trouva un magnifique
Fauteuil avec un tapis de pied placé
dans la Galerie , qui regne autour de
cette Sale ; mais comme il y avoit beaucoup
de Dames, et qu'il n'y avoit que ce
seul Fauteuil , le Marquis de Villars ne
voulut point l'occuper , il se plaça au milieu
des Principales Dames de la Ville
dans le bas de la Sale .
Après le Concert il alla à pied , précedé
de ses Gardes et suivi de la Noblesse,
souper chez le Chevalier de Pilles, Capitaine
868 MERCURE DE FRANCE
taine de Galeres , et exerçant la Charge
de Gouverneur-Viguier pendant la minorité
du Marquis de Pilles son neveu .
Toute la Maison étoit extraordinairement
éclairée en dedans et en dehors : plus de
cent personnes de distinction y souperent.
La premiere table fut servie pour
le Marquis de Villars qui y fit placer
vingt-quatre Dames. Les autres Dames
souperent à deux autres Tables avec les
principaux Gentilhommes de la Ville et
de la Province ; tout fut servi avec la
délicatesse , le bon gout , et l'ordre qui
se rencontrent rarement avec la profusion
et le grand Monde . On admira sur tout
a magnificence du Fruit qui fut tout servi
en Porcelaines rares , et en cristaux .
Le souper fut suivi du Jeu et d'un Bal.
Le lendemain matin le Marquis de
Villars fut occupé à recevoir les Corps
des Communautez Religieuses , qui vin.
rent le complimenter , et qui furent
traitées avec toute la politesse et toute la
distinction possible . Il retourna diner
chez le Chevalier de Pilles . Ce diner répondit
parfaitement au soupé de la veille
et la joye y fut entiere. On y but plusieurs
fois avec les meilleurs vins de
France , la santé du Marêchal Duc de
Villars et la sienne..
Sur
AVRIL. 1734- 805
و
Sur la fin du Repas arriveren tles
Prudhommes du Quartier S. Jean , Cefs
et Juges du Corps des Pescheurs de la
Ville avec leurs habits de cérémonie à
l'Antiquité , l'épée nue sur l'épaule , appareil
assez singulier qui ne déplût pas
au Marquis de Villars il les reçût avec
beaucoup de bonté , loüa leur probité ,
leur exacte et briéve justice.
:
Il alla ensuite à la Comédie , dont il
vit la Représentation sur le Theatre , où
étoient aussi placées avec lui trente des
principales Dames de la Ville . Le Spectacle
étoit des plus brillants par les ornemens
extraordinaires et par le beau
Monde, La Sale étoit absolument touse
remplie.
Je ne finirois point s'il falloit ajouter
ici le détail du souper , que donna le
Biême jour au Marquis de Villars Monsieur
d'Hericourt , Intendant des Galeres ,
de celui que lui donna le lendemain M. de
S. Cannat , de la Fête et du Bal qu'il y
cut dans la Sale de l'Académie de Musique
, établie à Marseille sous la protection
particuliere du Gouverneur de la
Province. Tout fut magnifique et somptueux
par tout où il fut receu , et ce Seigneur
donna tout des marques
par tout de politesse
et de bonté , qui l'ont fait adorer
ence pays- cy.
810 MERCURE DE FRANCE .
I le quitta après avoir séjourné deux
jours et demi , témoignant autant d'empressement
d'y revenir que nous en avons
nous mêmes de le posseder un plus longtems.
Il partit hier pour Toulon suivi
du Marquis de Rognes , Premier Procureur
des Etats et Pays de Provence , du
Marquis de Pilles , qui l'accompagne en
Italie , pour servir en qualité d Ayde de
Camp du Maréchal de Villars , du Marquis
de Foresta , du Comte de Flotte et
de plusieurs autres Gentilhommes qualifiez
de la Province.
Fermer
Résumé : RECEPTION de M. le Marquis de Villars à Marseille en qualité de Gouverneur de Provence. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 22 Mars 1734.
Le 15 mars 1734, le Marquis de Villars arriva à Marseille pour prendre ses fonctions de Gouverneur de Provence. Il fut accueilli par la noblesse, dirigée par le Marquis de Pilles, Gouverneur-Viguier de Marseille, aux confins du territoire. Le Marquis de Villars monta un cheval superbement harnaché fourni par le Marquis de Pilles et fut escorté jusqu'à un lieu de visite élevé offrant une vue charmante. Là, le Marquis de Pilles présenta les échevins au Gouverneur, qui fut harangué au nom de la ville, tandis que des salves de mousqueterie étaient tirées. La procession continua vers Marseille, accompagnée par une foule innombrable. Le Marquis de Villars entra dans la ville par la Porte Royale, ornée d'un arc de triomphe corinthien avec les armes du Marquis et deux fontaines de vin. Le Marquis de Pilles lui remit les clefs d'or de la ville, les mêmes que son aïeul avait présentées à Louis XIV en 1660. Les échevins offrirent ensuite un dais, que le Gouverneur refusa. La marche se poursuivit jusqu'à la cathédrale, flanquée de compagnies bourgeoises armées. Durant la marche, des officiers jetaient de l'argent au peuple et des musiciens jouaient. À la cathédrale, l'évêque de Marseille accueillit le Marquis de Villars, qui assista au Te Deum. Après la cérémonie, il se rendit à l'hôtel du Conseiller d'État Le Bret, où il remercia le Marquis de Pilles et la noblesse. Le Marquis de Villars se rendit ensuite à l'Académie de Musique, puis soupa chez le Chevalier de Pilles. Le lendemain, il reçut les corps des communautés religieuses et dina à nouveau chez le Chevalier de Pilles. Il assista également à une représentation théâtrale et à divers soupers et bals donnés en son honneur. Après un séjour de deux jours et demi, le Marquis de Villars quitta Marseille pour Toulon, accompagné de plusieurs gentilshommes de la province.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
115
p. 861-870
LETTRE de M. *** à Mlle *** sur l'Origine de la Musique.
Début :
Vous m'avez souvent demandé ce que je pensois sur les différentes [...]
Mots clefs :
Origine de la musique, Musique, Amour, Psyché, Ballet, Coeur, Yeux, Sons, Vénus, Chant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. *** à Mlle *** sur l'Origine de la Musique.
LETTRE de M. *** à Mlle ***
sur l'Origine de la Musique.
V
Ous m'avez souvent demandé ce
que je pensois sur les différentes
sortes de Musique , en personne qui n'a
pas decidé quel est son gout , qui n'ose
s'y fier, et qui reste dans l'incertitude ; les
différentes opinions n'ont pas la force
de vous entraîner mais bien celle de
suspendre l'impression du sentiment auquel
vous n'osez vous livrer : voici votre
excuse.
"
د
Votre coeur n'a jamais été touché,vous
ne connoissez point l'amour, vos Amants
ont voulu vainement vous le faire connoître
vous n'avez connu que vos
Amants , les uns emportez et grossiers ne
vouloient que vous corrompre , ils vous
ont inspiré de l'horreur , d'autres ayant
Bilj le
852 MERCURE DE FRANCE
le même projet l'ont dissimulé , les uns
se sont donnez pour Philosophes uniquement
charmez de vos vertus , la plûpart
se disoient séduits par les graces de
votre esprit , ce même esprit qu'ils vantoient
vous a servi à connoître la fausseté
de leur caractere , les voilà démasquez er
méprisez ; d'autres encore ont essayé de
vous plaire par les discours flatteurs , les
coquetteries et les gentillesses frivoles
qui séduisent presque toutes les femmes ;
cet art , ce manége vous a paru plat¸
et tous les Amans vous ont paru dangereux
et incapables de satisfaire vôtre esprit
et de toucher votre coeur.
Il m'a paru nécessaire de débroüiller
en vous les idées fausses que vous avez de
l'amour avant que de vous parler de lui .
Ne croyez pas que j'entreprenne de vous
le faire connoître autrement que par la
simple théorie,peut-être un jour l'Amant
qu'il vous a destiné vous fera sentir quel
il est.
amours
On a distingué il y a longtems deux
l'un sous le nom d'Eros et
l'autre d'Anteros , c'est du premier dont
je veux vous parler , c'est lui qui aima
Psiché , cet amour tendre , pur , vrai ,
vif , constant , fidele , ne pouvoit aimer
que Psiché, il vouloit être aimé de même;
1
pour
MAY . 1734 863
"
>
pour cela il lui falloit une ame toute entiere
, il trouvoit dans toutes les femmes
les deffauts et les dégouts que Psiché
trouvoit dans tous les hommes , rien ne
pouvoit plaire à Psiché et n'étoit digne
d'elle que l'Amour lui - même , la Fable
vous a apris tous ses malheurs, la curiosité
et la vanité les causerent , elle y joignit
la défiance , crime pour l'amitié
mais affreux et irrémissible aux yeux du
véritable Amour , vous êtes étonnée de
m'entendre dire aux yeux du véritable
Amour:Oui à ces yeux: celui là n'est point
aveugle, ilest clairvoyant,mais silentieux ;
il parle peu , simplement, évite les frases
et les tours affectez , son langage est vif ;
plein de naiveté et d'expressions , tout
parle en lui rien n'étoit perdu pour
Psiché, une ame n'a pas besoin de grands
discours pour entendre toute la force et
toute la grace d'une pensée, encore moins
lorsque ces pensées viennent du sentiment.
Après toutes les peines que les défauts
de Psiché lui avoient causées , après
qu'elle eut expié ses crimes , en se livrant
entierement a l'Amour , il l'épousa ; les
Dieux approuvérent ce mariage, ils étoient
seuls dans l'univers faits l'un pour l'autte;
de ce couple charmant naquit la volup
té , cette Deésse étoit digne de son ori-
و
Bilij gine ,
864 MERCURE DE FRANCE
•
gine , elle ne se sépara jamais de son pere
et de sa mere , elle enfaisoit les délices
sans parler les différens idiomes , elle se faisoit
entendre à toutesles nations , il suffisoit
pour cela d'avoir une ame ou de l'amour
, tout ce qui étoit privé de l'un ou
de l'autre ne l'entendoit point , tout ce
qui suivoit les étendarts d'Anteros étois
sourd pour sa voix délicate et gracieuse ;
vous sçavez qu'Anteros , le faux amour
vint s'établir sur la terre , qu'il subjugua
presque tous les mortels , il les blessoit
avec des fléches empoisonnées, il trainoit
après lui la jalousie , la fraude , la trahil'inconstance
, l'indiscretion ; delà
vinrent des guerres et des meurtres sans
nombre ; pour les séduire , il menoit avec
lui une fausse volupté qui ne ressembloit
en rien à la fille de Psiché ; elle ne don- .
noit que
des plaisirs grossiers qui ne flattant
les sens que pour des instants, les détruisoient
en peu de temps ; la fille de
Psiché un jour en badinant essaya
d'imiter
les soupirs d'amour sur un instrument
qu'elle fit avec un roseau ; sur ce même
instrument elle trouva le moyen de peindre
par des sons les differentes agitations
d'un coeur amoureux : langueurs, larmes,
délices , joye douce et naïve ; son pere et
sa mere sentoient augmenter leurs plaisirs
son ,
pac
MAY. 1734. `865
par les sons touchans qui les représentoient
; la volupté ne s'en tint pas à ce
coup d'essay , elle inventa plusieurs instrumens
, ayant tous des beautez particulieres
et propres à caractériser et à peindre
tous les differents mouvements de
l'ame au point de les faire ressentir à ceux
qui en étoient susceptibles : les Oyseaux
habitans des bocages du pays fortuné ou
ces Dieux charmans avoient choisi leur
retraite , apprirent bien- tôt à former des
sons mélodieux et agréables ; les Bergers
soupiroient sur la flutte & animoient
leurs danses , par le son de la Musette et
du Tambourin . Un jour un Rosignol
s'étant éloigné de sa demeure ordinaire ,
fut surpris par un amour folâtre qui voltigeoit
près de l'isle fortunée , son chant
lui parut nouveau ; il porta l'Oyseau à
Venus comme un présent rare et digne
d'elle , elle en connut tout le prix , et sur
le champ ayant fait atteler son Char, elle
ordonna au Rossignol de voler devant
ses Pigeons et de la conduire dans les
climats , inconnus jusqu'alors , où les
Oyseaux avoient un ramage si tendre ,
il obeït , elle part et arrive , son Char
resta suspendu dans les airs enveloppé
d'un nuage ; elle vouloit vor sans être
apperçue , ses yeux furent frappez du
>
B v plus
866 MERCURE DE FRANCE
plus agréable spectacle qui fut jamais
son fils et Psiché sur un Trône de gazon
et de fleurs dans le lieu le plus délicieux
de l'univers. Je n'en ferai point la description
, l'Amour l'avoit choisi pour
sa demeure , et sa fille l'avoit orné , à la
tête des Nimphes et de leur cour elle
leur donnoit une Fête champêtre , elles
dansoient sur le gazon , les Zephirs legers
dansoient avec elles , les Bergers et les
Bergeres danserent quelques Entrées de
ce Ballet ; les Graces de la suite de Psiché
en danserent aussi; ces Graces ne ressemblent
point à celles qui accompagnent
Venus , elles sont aussi modestes, naïves et
touchantes , que les dernieres sont effrontées
et minaudieres , toute la Musique du
Ballet étoit caractérisée, les yeux fermez,
on pouvoit deviner quels étoient lesDanseurs
et se représenter à peu près les différentes
figures du Ballet , tant la même
expression regnoit et dans le Chant et
dans la Danse ; il sembloit que la nature
seule eut produit l'une et l'autre ; et sans
que l'on s'en apperçut , on ressentoit les
plus délicates nuances des douces passions
exprimées par les Sons. Lorsque les jeux
furent terminez , Venus regagna Cichére
plus jalouse que jamais de la beauté et
du bonheur de Psiché , il n'étoit plus en
1
son
MA Y. 867
1734
son pouvoir de le troubler , elle voulut
du moins essayer de joüir du même plaisir
, et si les spectacles qu'elle donneroit
à Cithére n'avoient pas les mêmes charmes
, les surpasser du moins en magnificence
; elle fit construire un Theatre dont
les ornemens étoient chargez d'or et de
Pierres précieuses , les Décorations et les
Prespectives tâcherent d'imiter ce beau
Paysage qu'elle venoit de voir , un nombre
prodigieux d'Instrumens furent fabriquez
, Venus promit des dons et des
faveurs à tous ceux qui travailleroient
avec succès pour son Théatre ; tous les
hommes croyant avoir besoin de la protection
de Venus ont recours à elle
comme à une Divinité bienfaisante ; ils
ignorent que
d'elle et de ses enfans viennent
les peines dont ils gémissent , tous
travaillent à l'envi à composer de la
Musique , chacun vantoit son travail et.
la peine qu'il s'étoit donnée , les Grométres
même s'en mêlerent , ils loüoient les
calculs immenses qu'ils avoient fait pour
trouver moyen de parcourir dans les Airs
de violons toutes les differentes combinaisons
d'un ré ou d'un mi , avec les au
tres Notes; il est vrai que cet Air n'avoit
point de chant , et dans cette Musique
contrainte et si pénible à composer , rien
B vj
>
ne
868 MERCURE DE FRANCE
•
2
que
ne couloit de source , nul génie ne les
animoit , ils fuioient la nature et le sentiment
, l'art n'auroit dû servir qu'à chercher
l'un et l'autre pour les orner et les
mettre dans leur plus beau jour : quand
celui où l'on devoit exécuter sur leThéatre
deCithére ce Ballet tant vanté,fut arrivé,
la plus part des Spectateurs s'écriérent
les Instrumens étoient faux , leurs
Sons faisoient peine aux oreilles les moins
délicates on leur déclara dogmatiquement
que c'étoit des dissonnances faites
exprès et le chef- d'oeuvre de l'Art , les
Chats originaires de Cithére ont transmis
jusqu'à nous quelques tons de cette harmonie,
comme lesRosignols nous en font
entendre quelqu'uns de celle qu'ils ont
entendue dans l'isle de l'Amour.
Le Ballet fut dansé par les Nimphes de
la suite deVenus , Danses indécentes où
se mêloient des Athlettes de la suite de
Mars , les Graces faisoient des sauts et des
tours de force la confusion regnoit ,
la Musique n'avoit de raport à la Danse
que par le mouvement plus ou moins
vif , point de pensée par conséquent ,
point d'expression; on parcouroit tous les
tours avec rapidité , les dissonances prodiguées
sans cesses quelquefois on s'obsti
noit à rebattre deux Notes pendant un
quart
M/ACY. 1734. 369
quart d'heure , beaucoup de bruit , force
fredons ; et lorsque par hazard il se rencontroit
deux mesures qui pouvoient
faire un Chant agréable , l'on changeoit
bien vîte de ton , de mode et de mesure,
toujours de la tristesse au lieu de tendresse,
le singulier étoit du barocque , la fureur
du tintamare; au licu de gayeté, du turbulant,
et jamais de gentillesse, ni rien qui
put aller au coeur ; vous en sçavez à présent
autant que moi , faite votre choix
l'une des deux Musiques vient de Cithére,
l'autre de la fille de l'Amour et de Psiché ,
ne croyez pas qu'une nation s'en soit
proprié, l'une à l'exclusion de l'autre ; les
deux Musiques se sont répandues dans
toutes les nations , vôtre coeur et vôtre
gout vous feront démêler quelle est leur
origine. K
ap-
Vous trouverez peut- être que j'avance
sans preuve que les Chats sont originaires
de Cithere , ils en conservent encore
les inclinations et les manieres , remplis
de gentillesses dans leurs badinages , un
cruels
trompeurs, féroces, sans amitié ; lorsque
l'Amour les rend heureux, leur indiscrétion
l'aprend au voisinage par leurs clameurs
ils sont légers et volages comme
les Cupidons , le Rosignol amoureux
air doux
plein de dissinmitié
,
I
Venu
870 MERCURE DE FRANCE
venu de l'Ifle fortunée ne chante que
pour toucher sa Maîtresse ; est - il heureux
? il se tait et ne chante plus. Content
de sa bonne fortune , il la goute
en silence.
sur l'Origine de la Musique.
V
Ous m'avez souvent demandé ce
que je pensois sur les différentes
sortes de Musique , en personne qui n'a
pas decidé quel est son gout , qui n'ose
s'y fier, et qui reste dans l'incertitude ; les
différentes opinions n'ont pas la force
de vous entraîner mais bien celle de
suspendre l'impression du sentiment auquel
vous n'osez vous livrer : voici votre
excuse.
"
د
Votre coeur n'a jamais été touché,vous
ne connoissez point l'amour, vos Amants
ont voulu vainement vous le faire connoître
vous n'avez connu que vos
Amants , les uns emportez et grossiers ne
vouloient que vous corrompre , ils vous
ont inspiré de l'horreur , d'autres ayant
Bilj le
852 MERCURE DE FRANCE
le même projet l'ont dissimulé , les uns
se sont donnez pour Philosophes uniquement
charmez de vos vertus , la plûpart
se disoient séduits par les graces de
votre esprit , ce même esprit qu'ils vantoient
vous a servi à connoître la fausseté
de leur caractere , les voilà démasquez er
méprisez ; d'autres encore ont essayé de
vous plaire par les discours flatteurs , les
coquetteries et les gentillesses frivoles
qui séduisent presque toutes les femmes ;
cet art , ce manége vous a paru plat¸
et tous les Amans vous ont paru dangereux
et incapables de satisfaire vôtre esprit
et de toucher votre coeur.
Il m'a paru nécessaire de débroüiller
en vous les idées fausses que vous avez de
l'amour avant que de vous parler de lui .
Ne croyez pas que j'entreprenne de vous
le faire connoître autrement que par la
simple théorie,peut-être un jour l'Amant
qu'il vous a destiné vous fera sentir quel
il est.
amours
On a distingué il y a longtems deux
l'un sous le nom d'Eros et
l'autre d'Anteros , c'est du premier dont
je veux vous parler , c'est lui qui aima
Psiché , cet amour tendre , pur , vrai ,
vif , constant , fidele , ne pouvoit aimer
que Psiché, il vouloit être aimé de même;
1
pour
MAY . 1734 863
"
>
pour cela il lui falloit une ame toute entiere
, il trouvoit dans toutes les femmes
les deffauts et les dégouts que Psiché
trouvoit dans tous les hommes , rien ne
pouvoit plaire à Psiché et n'étoit digne
d'elle que l'Amour lui - même , la Fable
vous a apris tous ses malheurs, la curiosité
et la vanité les causerent , elle y joignit
la défiance , crime pour l'amitié
mais affreux et irrémissible aux yeux du
véritable Amour , vous êtes étonnée de
m'entendre dire aux yeux du véritable
Amour:Oui à ces yeux: celui là n'est point
aveugle, ilest clairvoyant,mais silentieux ;
il parle peu , simplement, évite les frases
et les tours affectez , son langage est vif ;
plein de naiveté et d'expressions , tout
parle en lui rien n'étoit perdu pour
Psiché, une ame n'a pas besoin de grands
discours pour entendre toute la force et
toute la grace d'une pensée, encore moins
lorsque ces pensées viennent du sentiment.
Après toutes les peines que les défauts
de Psiché lui avoient causées , après
qu'elle eut expié ses crimes , en se livrant
entierement a l'Amour , il l'épousa ; les
Dieux approuvérent ce mariage, ils étoient
seuls dans l'univers faits l'un pour l'autte;
de ce couple charmant naquit la volup
té , cette Deésse étoit digne de son ori-
و
Bilij gine ,
864 MERCURE DE FRANCE
•
gine , elle ne se sépara jamais de son pere
et de sa mere , elle enfaisoit les délices
sans parler les différens idiomes , elle se faisoit
entendre à toutesles nations , il suffisoit
pour cela d'avoir une ame ou de l'amour
, tout ce qui étoit privé de l'un ou
de l'autre ne l'entendoit point , tout ce
qui suivoit les étendarts d'Anteros étois
sourd pour sa voix délicate et gracieuse ;
vous sçavez qu'Anteros , le faux amour
vint s'établir sur la terre , qu'il subjugua
presque tous les mortels , il les blessoit
avec des fléches empoisonnées, il trainoit
après lui la jalousie , la fraude , la trahil'inconstance
, l'indiscretion ; delà
vinrent des guerres et des meurtres sans
nombre ; pour les séduire , il menoit avec
lui une fausse volupté qui ne ressembloit
en rien à la fille de Psiché ; elle ne don- .
noit que
des plaisirs grossiers qui ne flattant
les sens que pour des instants, les détruisoient
en peu de temps ; la fille de
Psiché un jour en badinant essaya
d'imiter
les soupirs d'amour sur un instrument
qu'elle fit avec un roseau ; sur ce même
instrument elle trouva le moyen de peindre
par des sons les differentes agitations
d'un coeur amoureux : langueurs, larmes,
délices , joye douce et naïve ; son pere et
sa mere sentoient augmenter leurs plaisirs
son ,
pac
MAY. 1734. `865
par les sons touchans qui les représentoient
; la volupté ne s'en tint pas à ce
coup d'essay , elle inventa plusieurs instrumens
, ayant tous des beautez particulieres
et propres à caractériser et à peindre
tous les differents mouvements de
l'ame au point de les faire ressentir à ceux
qui en étoient susceptibles : les Oyseaux
habitans des bocages du pays fortuné ou
ces Dieux charmans avoient choisi leur
retraite , apprirent bien- tôt à former des
sons mélodieux et agréables ; les Bergers
soupiroient sur la flutte & animoient
leurs danses , par le son de la Musette et
du Tambourin . Un jour un Rosignol
s'étant éloigné de sa demeure ordinaire ,
fut surpris par un amour folâtre qui voltigeoit
près de l'isle fortunée , son chant
lui parut nouveau ; il porta l'Oyseau à
Venus comme un présent rare et digne
d'elle , elle en connut tout le prix , et sur
le champ ayant fait atteler son Char, elle
ordonna au Rossignol de voler devant
ses Pigeons et de la conduire dans les
climats , inconnus jusqu'alors , où les
Oyseaux avoient un ramage si tendre ,
il obeït , elle part et arrive , son Char
resta suspendu dans les airs enveloppé
d'un nuage ; elle vouloit vor sans être
apperçue , ses yeux furent frappez du
>
B v plus
866 MERCURE DE FRANCE
plus agréable spectacle qui fut jamais
son fils et Psiché sur un Trône de gazon
et de fleurs dans le lieu le plus délicieux
de l'univers. Je n'en ferai point la description
, l'Amour l'avoit choisi pour
sa demeure , et sa fille l'avoit orné , à la
tête des Nimphes et de leur cour elle
leur donnoit une Fête champêtre , elles
dansoient sur le gazon , les Zephirs legers
dansoient avec elles , les Bergers et les
Bergeres danserent quelques Entrées de
ce Ballet ; les Graces de la suite de Psiché
en danserent aussi; ces Graces ne ressemblent
point à celles qui accompagnent
Venus , elles sont aussi modestes, naïves et
touchantes , que les dernieres sont effrontées
et minaudieres , toute la Musique du
Ballet étoit caractérisée, les yeux fermez,
on pouvoit deviner quels étoient lesDanseurs
et se représenter à peu près les différentes
figures du Ballet , tant la même
expression regnoit et dans le Chant et
dans la Danse ; il sembloit que la nature
seule eut produit l'une et l'autre ; et sans
que l'on s'en apperçut , on ressentoit les
plus délicates nuances des douces passions
exprimées par les Sons. Lorsque les jeux
furent terminez , Venus regagna Cichére
plus jalouse que jamais de la beauté et
du bonheur de Psiché , il n'étoit plus en
1
son
MA Y. 867
1734
son pouvoir de le troubler , elle voulut
du moins essayer de joüir du même plaisir
, et si les spectacles qu'elle donneroit
à Cithére n'avoient pas les mêmes charmes
, les surpasser du moins en magnificence
; elle fit construire un Theatre dont
les ornemens étoient chargez d'or et de
Pierres précieuses , les Décorations et les
Prespectives tâcherent d'imiter ce beau
Paysage qu'elle venoit de voir , un nombre
prodigieux d'Instrumens furent fabriquez
, Venus promit des dons et des
faveurs à tous ceux qui travailleroient
avec succès pour son Théatre ; tous les
hommes croyant avoir besoin de la protection
de Venus ont recours à elle
comme à une Divinité bienfaisante ; ils
ignorent que
d'elle et de ses enfans viennent
les peines dont ils gémissent , tous
travaillent à l'envi à composer de la
Musique , chacun vantoit son travail et.
la peine qu'il s'étoit donnée , les Grométres
même s'en mêlerent , ils loüoient les
calculs immenses qu'ils avoient fait pour
trouver moyen de parcourir dans les Airs
de violons toutes les differentes combinaisons
d'un ré ou d'un mi , avec les au
tres Notes; il est vrai que cet Air n'avoit
point de chant , et dans cette Musique
contrainte et si pénible à composer , rien
B vj
>
ne
868 MERCURE DE FRANCE
•
2
que
ne couloit de source , nul génie ne les
animoit , ils fuioient la nature et le sentiment
, l'art n'auroit dû servir qu'à chercher
l'un et l'autre pour les orner et les
mettre dans leur plus beau jour : quand
celui où l'on devoit exécuter sur leThéatre
deCithére ce Ballet tant vanté,fut arrivé,
la plus part des Spectateurs s'écriérent
les Instrumens étoient faux , leurs
Sons faisoient peine aux oreilles les moins
délicates on leur déclara dogmatiquement
que c'étoit des dissonnances faites
exprès et le chef- d'oeuvre de l'Art , les
Chats originaires de Cithére ont transmis
jusqu'à nous quelques tons de cette harmonie,
comme lesRosignols nous en font
entendre quelqu'uns de celle qu'ils ont
entendue dans l'isle de l'Amour.
Le Ballet fut dansé par les Nimphes de
la suite deVenus , Danses indécentes où
se mêloient des Athlettes de la suite de
Mars , les Graces faisoient des sauts et des
tours de force la confusion regnoit ,
la Musique n'avoit de raport à la Danse
que par le mouvement plus ou moins
vif , point de pensée par conséquent ,
point d'expression; on parcouroit tous les
tours avec rapidité , les dissonances prodiguées
sans cesses quelquefois on s'obsti
noit à rebattre deux Notes pendant un
quart
M/ACY. 1734. 369
quart d'heure , beaucoup de bruit , force
fredons ; et lorsque par hazard il se rencontroit
deux mesures qui pouvoient
faire un Chant agréable , l'on changeoit
bien vîte de ton , de mode et de mesure,
toujours de la tristesse au lieu de tendresse,
le singulier étoit du barocque , la fureur
du tintamare; au licu de gayeté, du turbulant,
et jamais de gentillesse, ni rien qui
put aller au coeur ; vous en sçavez à présent
autant que moi , faite votre choix
l'une des deux Musiques vient de Cithére,
l'autre de la fille de l'Amour et de Psiché ,
ne croyez pas qu'une nation s'en soit
proprié, l'une à l'exclusion de l'autre ; les
deux Musiques se sont répandues dans
toutes les nations , vôtre coeur et vôtre
gout vous feront démêler quelle est leur
origine. K
ap-
Vous trouverez peut- être que j'avance
sans preuve que les Chats sont originaires
de Cithere , ils en conservent encore
les inclinations et les manieres , remplis
de gentillesses dans leurs badinages , un
cruels
trompeurs, féroces, sans amitié ; lorsque
l'Amour les rend heureux, leur indiscrétion
l'aprend au voisinage par leurs clameurs
ils sont légers et volages comme
les Cupidons , le Rosignol amoureux
air doux
plein de dissinmitié
,
I
Venu
870 MERCURE DE FRANCE
venu de l'Ifle fortunée ne chante que
pour toucher sa Maîtresse ; est - il heureux
? il se tait et ne chante plus. Content
de sa bonne fortune , il la goute
en silence.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. *** à Mlle *** sur l'Origine de la Musique.
La lettre de M. *** à Mlle *** aborde l'origine de la musique et les différentes formes d'amour. L'auteur observe que Mlle *** n'a jamais été véritablement touchée par l'amour, ayant rencontré des amants grossiers, hypocrites, flatteurs ou superficiels. Il estime nécessaire de clarifier ses idées sur l'amour avant d'en discuter. L'auteur distingue deux types d'amour : Éros et Anteros. Il se concentre sur Éros, l'amour tendre, pur et fidèle, illustré par l'histoire de Psyché et Amour. Psyché, après avoir surmonté ses erreurs, est récompensée par un mariage avec Amour, et de leur union naît la Volupté, une déesse qui exprime les délices de l'amour à travers la musique. La lettre décrit ensuite l'invention de la musique par la fille de Psyché et Amour, qui utilise un roseau pour imiter les soupirs d'amour. La Volupté invente divers instruments pour exprimer les mouvements de l'âme. Les oiseaux et les bergers adoptent ces sons mélodieux. Venus, jalouse du bonheur de Psyché, tente de recréer cette musique sur Cythère, mais échoue, produisant une musique artificielle et dissonante. L'auteur conclut en opposant la musique authentique, née de l'amour véritable, à celle, artificielle et barbare, venue de Cythère. Il invite Mlle *** à reconnaître les origines de ces deux types de musique pour faire son propre choix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
116
p. 1187-1189
« M. Campion, Professeur-Maître de Théorbe et de Guitare, de l'Académie Royale de Musique, [...] »
Début :
M. Campion, Professeur-Maître de Théorbe et de Guitare, de l'Académie Royale de Musique, [...]
Mots clefs :
François Campion, Théorbe, Musique, Règle de l'octave, Accords extraordinaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Campion, Professeur-Maître de Théorbe et de Guitare, de l'Académie Royale de Musique, [...] »
M. Campion , Professeur- Maître de Théorbe
et de Guitare , de l'Académie Royale de Musique
, a mis cy devant au jour la Regle de l'Octave
, Sistême generalement reçû , non- seulement
des Eleves , mais encore des Maîtres , qui , gué-
I. Vol. ris
1188 MERCURE DE FRANCE
ris de la prévention de leurs anciennes conjectures
, veulent promptement donner une idée génerale
de la Musique vocale et instrumentale
pour l'accompagnement et la composition en
deux lignes , puisque par son Traité il fait voir
clairement que tout le mystere et l'abregé de la
Musique est conçu par le ton majeur et le ton
mineur ; et que toutes les autres Octaves , comprises
dans le Tableau de son Trané , ne sont
que des répliques , lesquelles il faut pratiquer sur
les Instrumens d'harmonie une à une. C'est par
cette étude que l'on parvient à connoître la Note
favorite ou sensible de chaque Octave , qui fait
dans toute sorte de Musique entrer et sortir de
l'une à l'autre.
Cet Auteur , toujours rempli de sa Regle ,.
dont il donne la pratique en six mois sur le
Théorbe et sur la Guitare , par un Systême particulier
qu'il a donné dans l'Addition à son Traité
, vient de donner son cinquiéme OEuvre , qui ,
est un second Recueil d'Airs , au commencement
duquel il a affecté de placer deux petits Airs qui
sont les modeles ou les catégories des tons mineur
et majeur .
La transposition de ces deux Airs dans les autres
Octaves , est absolument necessaire pour
l'intelligence generale de l'harmonie , ont la
pratique nourrit et dirige l'oreille au point de la
rendre immanquable.
Sous le troisiéme Air est compris un point
d'Orgue de Basse- continue , pour apprendre les
accords extraordinaires qui se mettent par élegance
dans le courant d'une Musique , laquelle
ne suit pas toujours la simplicité de la regle de
l'Octave renfermée dans les deux premiers Airs.
Il y a une ample explication de l'endroit de
SL Vol. l'acJUIN.
1189 1724.
POctave , où ces accords extraordinaires se trouvent,
et de quoi on doit les accompagner.
Ces Oeuvres se vendent chez l'Auteur , ruë des
Fossez Montmartre , à la Croix d'Or , ruë du
Roule , et à la Regle d'or , rue S. Honoré , 1734.
prix 5. livres.
et de Guitare , de l'Académie Royale de Musique
, a mis cy devant au jour la Regle de l'Octave
, Sistême generalement reçû , non- seulement
des Eleves , mais encore des Maîtres , qui , gué-
I. Vol. ris
1188 MERCURE DE FRANCE
ris de la prévention de leurs anciennes conjectures
, veulent promptement donner une idée génerale
de la Musique vocale et instrumentale
pour l'accompagnement et la composition en
deux lignes , puisque par son Traité il fait voir
clairement que tout le mystere et l'abregé de la
Musique est conçu par le ton majeur et le ton
mineur ; et que toutes les autres Octaves , comprises
dans le Tableau de son Trané , ne sont
que des répliques , lesquelles il faut pratiquer sur
les Instrumens d'harmonie une à une. C'est par
cette étude que l'on parvient à connoître la Note
favorite ou sensible de chaque Octave , qui fait
dans toute sorte de Musique entrer et sortir de
l'une à l'autre.
Cet Auteur , toujours rempli de sa Regle ,.
dont il donne la pratique en six mois sur le
Théorbe et sur la Guitare , par un Systême particulier
qu'il a donné dans l'Addition à son Traité
, vient de donner son cinquiéme OEuvre , qui ,
est un second Recueil d'Airs , au commencement
duquel il a affecté de placer deux petits Airs qui
sont les modeles ou les catégories des tons mineur
et majeur .
La transposition de ces deux Airs dans les autres
Octaves , est absolument necessaire pour
l'intelligence generale de l'harmonie , ont la
pratique nourrit et dirige l'oreille au point de la
rendre immanquable.
Sous le troisiéme Air est compris un point
d'Orgue de Basse- continue , pour apprendre les
accords extraordinaires qui se mettent par élegance
dans le courant d'une Musique , laquelle
ne suit pas toujours la simplicité de la regle de
l'Octave renfermée dans les deux premiers Airs.
Il y a une ample explication de l'endroit de
SL Vol. l'acJUIN.
1189 1724.
POctave , où ces accords extraordinaires se trouvent,
et de quoi on doit les accompagner.
Ces Oeuvres se vendent chez l'Auteur , ruë des
Fossez Montmartre , à la Croix d'Or , ruë du
Roule , et à la Regle d'or , rue S. Honoré , 1734.
prix 5. livres.
Fermer
Résumé : « M. Campion, Professeur-Maître de Théorbe et de Guitare, de l'Académie Royale de Musique, [...] »
Le texte présente M. Campion, Professeur-Maître de Théorbe et de Guitare à l'Académie Royale de Musique, qui a publié la 'Règle de l'Octave', un système accepté par les élèves et les maîtres. Cette règle permet de comprendre la musique vocale et instrumentale pour l'accompagnement et la composition en deux lignes. Campion explique que le mystère et l'abrégé de la musique résident dans le ton majeur et le ton mineur, les autres octaves étant des répliques à pratiquer sur les instruments d'harmonie. Il propose une méthode pour connaître la note sensible de chaque octave, essentielle pour passer d'une octave à une autre. Campion a également publié un second recueil d'airs, incluant des modèles des tons mineur et majeur. La transposition de ces airs dans les autres octaves est cruciale pour la compréhension générale de l'harmonie et pour former l'oreille. Le troisième air du recueil contient un point d'orgue de basse continue pour apprendre les accords extraordinaires, qui ne suivent pas toujours la simplicité de la règle de l'octave. Les œuvres de Campion sont disponibles à la vente à plusieurs adresses à Paris, au prix de cinq livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
117
p. 1203-1204
« L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet des Éléments, Comédiens-Italiens, Petit Maître amoureux, Ballet, Musique, Succès, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...] »
L'Académie Royale de Musique , continue
toujours avec succès les Représentations
du Ballet des Elemens ; c'est le même
qui fut dansé par le Roi en son Château
des Thuilleries au mois de Decembre
1721. Nous avons déja donné un Extrait
du Poëme , de la composition de
M.Roy, qu'on peut voir dans le Mercure
de Janvier 1722. Ce Ballet qui fut remis
ensuite au Theatre de l'Opera en Mai
1625. et en Fevrier 1727. est toujours
composé d'un Prologue , dont le sujet est.
·le Cabos, et de quatre differentes Entrées ,
l'Air , le Feu , l'Eau , et laTerre . Les Dlles
Antier , le Maure et Petitpas remplissent
parfaitement bien les principaux Rôles
les Sieurs Dun ,
que
Tribou et Jeliot. Le Ballet composé par le
Sr. Blondi , fait beaucoup de plaisir , et
les danses en particulier sont très- bien cade
même
I. Vol.
Chassé ,
racte1204
MERCURE DE FRANCE
racterisées , distribuées avec art et parfaitement
executées par les meilleurs Sujets
de l'Académie.Cet Opera a un fort grand
succès , la Musique est de M. Destouches .
Les Comediens Italiens préparent une
Comedie nouvelle , sous le titre du Petit
Maître Amoureux , dont on parlera en
son tems.
toujours avec succès les Représentations
du Ballet des Elemens ; c'est le même
qui fut dansé par le Roi en son Château
des Thuilleries au mois de Decembre
1721. Nous avons déja donné un Extrait
du Poëme , de la composition de
M.Roy, qu'on peut voir dans le Mercure
de Janvier 1722. Ce Ballet qui fut remis
ensuite au Theatre de l'Opera en Mai
1625. et en Fevrier 1727. est toujours
composé d'un Prologue , dont le sujet est.
·le Cabos, et de quatre differentes Entrées ,
l'Air , le Feu , l'Eau , et laTerre . Les Dlles
Antier , le Maure et Petitpas remplissent
parfaitement bien les principaux Rôles
les Sieurs Dun ,
que
Tribou et Jeliot. Le Ballet composé par le
Sr. Blondi , fait beaucoup de plaisir , et
les danses en particulier sont très- bien cade
même
I. Vol.
Chassé ,
racte1204
MERCURE DE FRANCE
racterisées , distribuées avec art et parfaitement
executées par les meilleurs Sujets
de l'Académie.Cet Opera a un fort grand
succès , la Musique est de M. Destouches .
Les Comediens Italiens préparent une
Comedie nouvelle , sous le titre du Petit
Maître Amoureux , dont on parlera en
son tems.
Fermer
Résumé : « L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...] »
L'Académie Royale de Musique présente avec succès le Ballet des Éléments, initialement dansé par le Roi au Château des Tuileries en décembre 1721. Un extrait du poème de M. Roy a été publié dans le Mercure de janvier 1722. Ce ballet a été repris au Théâtre de l'Opéra en mai 1625 et en février 1727. Il comprend un prologue sur le Chaos et quatre entrées représentant l'Air, le Feu, l'Eau et la Terre. Les rôles principaux sont interprétés par les demoiselles Antier, le Maure et Petitpas, ainsi que par les sieurs Dun, Tribou et Jeliot. Le ballet, chorégraphié par M. Blondi, est apprécié pour ses danses bien exécutées par les meilleurs sujets de l'Académie. La musique est composée par M. Destouches. Par ailleurs, les Comédiens Italiens préparent une nouvelle comédie intitulée 'Le Petit Maître Amoureux'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
118
p. 1405-1406
Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Début :
Le Public et les Curieux en Peinture, ont vû avec plaisir le jour de l'Octave de la Fête Dieu, [...]
Mots clefs :
Tableaux, Enfants, Musique, Sujets, Goût, Portraits, Place Dauphine, Jean Siméon Chardin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Le Public et les Curieux en Peinture , ont vu
avec plaisir le jour de l'Octave de la Fêre Dieu ,
dans la Place Dauphine , quelques Tableaux de
divers Maîtres et de plusieurs jeunes Peintres ,
exposez par eux , ou par ceux qui les possedent.
On en voyoit deux en hauteur , de M. de Troy ,
avec une extrême satisfaction , dont l'un représente
une Fuite en Egypte , et l'autre , un Sujet
François et très- galant , c'est une Dame à sa
Toilette , debout dans le moment qu'on l'habille .
Seize Tableaux du sieur Chardin ; le plas
grand représente une jeune personne qui attend
avec impatience qu'on lui donne de la lumiere
pour cacheter uneiLettre.Les figures sont grandes
comme Nature.
Les autres Tableaux du même Auteur , sont
des Jeux d'Enfans , fort bien caracterisez , des
1 I. Vol.
G iij Tro7406
MERCURE DE FRANCE
Trophées de Musique , des Animaux morts er
vivans , et aures Sujets dans le goût de Tenier ,
où l'on trouve une grande verité.
Deux du sieur Natoire , digne Eleve de M. le
Moine . Ce sont deux Sujets tirez de la Fable
une Galathée, & Tableaux de Chevalet.
Quatre du sieur le Sueur , petit neveu du célebre
Eustache le Sueur. Le Portrait d'un Musicien
en Arménien , tenant une Flute. Autre Por
trait d'un Peintre , & c. Deux Enfans dans le
goût de Grimoud ; le petit Garçon tient une
Flute, et la petite Fille un papier de Musique, &c.
Deux Portraits du sieur Toquet.
Trois Portraits du sieur Autreau
Un grand Tableau du Sieur Lami , représen
tant une Assomption .
Deux Paysages en large, du sieur Charles du
Bois de Valencienne , & c.
avec plaisir le jour de l'Octave de la Fêre Dieu ,
dans la Place Dauphine , quelques Tableaux de
divers Maîtres et de plusieurs jeunes Peintres ,
exposez par eux , ou par ceux qui les possedent.
On en voyoit deux en hauteur , de M. de Troy ,
avec une extrême satisfaction , dont l'un représente
une Fuite en Egypte , et l'autre , un Sujet
François et très- galant , c'est une Dame à sa
Toilette , debout dans le moment qu'on l'habille .
Seize Tableaux du sieur Chardin ; le plas
grand représente une jeune personne qui attend
avec impatience qu'on lui donne de la lumiere
pour cacheter uneiLettre.Les figures sont grandes
comme Nature.
Les autres Tableaux du même Auteur , sont
des Jeux d'Enfans , fort bien caracterisez , des
1 I. Vol.
G iij Tro7406
MERCURE DE FRANCE
Trophées de Musique , des Animaux morts er
vivans , et aures Sujets dans le goût de Tenier ,
où l'on trouve une grande verité.
Deux du sieur Natoire , digne Eleve de M. le
Moine . Ce sont deux Sujets tirez de la Fable
une Galathée, & Tableaux de Chevalet.
Quatre du sieur le Sueur , petit neveu du célebre
Eustache le Sueur. Le Portrait d'un Musicien
en Arménien , tenant une Flute. Autre Por
trait d'un Peintre , & c. Deux Enfans dans le
goût de Grimoud ; le petit Garçon tient une
Flute, et la petite Fille un papier de Musique, &c.
Deux Portraits du sieur Toquet.
Trois Portraits du sieur Autreau
Un grand Tableau du Sieur Lami , représen
tant une Assomption .
Deux Paysages en large, du sieur Charles du
Bois de Valencienne , & c.
Fermer
Résumé : Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Le 10 septembre 1725, lors de l'Octave de la Fête Dieu, divers tableaux de maîtres et jeunes peintres ont été exposés sur la Place Dauphine. Parmi les œuvres remarquées, deux tableaux de M. de Troy ont été particulièrement appréciés : une 'Fuite en Égypte' et une scène galante représentant une dame à sa toilette. Seize tableaux de Chardin étaient également exposés, dont le plus grand montrait une jeune femme attendant de la lumière pour cacheter une lettre. Les autres œuvres de Chardin incluaient des jeux d'enfants, des trophées de musique, des animaux morts et vivants, et des sujets dans le style de Tenier, caractérisés par leur grande véracité. Deux tableaux de Natoire, élève de M. le Moine, étaient tirés de la fable et réalisés sur chevalet. Le Sueur, petit-neveu d'Eustache Le Sueur, présentait quatre œuvres, dont des portraits et des enfants dans le style de Grimoud. Toquet et Autreau exposaient également des portraits. Un grand tableau représentant une Assomption était signé Lami, et deux paysages en large étaient l'œuvre de Charles du Bois de Valencienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
120
p. 321-333
LETTRE de M. Rousseau à M. D.
Début :
M. quand j'inventai de nouveaux caractéres pour entretenir plus commodément [...]
Mots clefs :
Musique, Temps, Notes, Note, Sons, Point, Méthode, Durée, Ouvrage, Chiffres, Naturel, Tonique, Système, Savoir, Rapports, Majeur, Chiffre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Rousseau à M. D.
LETTRE de M. Rouffeau à M. D.
M. quand j'inventai de nouveaux caracté
res pour entretenir plus commodément
notre commerce de Mufique , je n'imaginois
guére que la connoiffance de ce ſyſtême
pafferoit plus loin que chés vous & chés
moi : cependant je me vis bien - tôt dans le
cas d'en multiplier l'ufage , lorfqu'étant
venu à Paris , je fus follicité par mes amis
de Province de leur envoyer divers morceaux
de Mufique ; comme ces commiffious
revenoient fouvent , je pris le parti de leur
expliquer ma Méthode , ce qui me mit à
portée de fatisfaire leur curiofité plus facilement
, & fans augmenter le volume de mes
Lettres. Nous nous en fommes fi bien trouvés
, que nous continuons à nous envoyer
réci-
Fiij
322 MERCURE DE FRANCE
réciproquement en Italie & à Paris , ce qu'il
ya de plus curieux & de plus nouveau en
fait de Mufique , noté fuivant ma Méthode ,
Son extrême facilité comparée aux embarras
de la Mufique ordina re , m'engagea bien - tôt
d'en faire un parallèle , dans lequel la mienne
me fembloit gagner & mériter un examen
plus fericux . L'Académie Royale des Sciences
voulut bien m'accorder l'honneur de faire
čet examen. Elle en porta même un jugement
affés favorable , pour m'autorifer à
publier ma Méthode ; c'eft ce que je fais aujourd'hui
dans un petit Ouvrage intitulé
Differtation fur la Mufique Moderne , lequel
indépendamment de mon fyftême que j'y
explique , contient des réflexions fur l'Echelle
& les Notes ordinaires de la Mufique
, affés neuves , je crois , & affés intereffantes
pour mériter quelque attention . Je
vais , M. vous donner une idée de ce petit
Traité , en attendant que la lecture vous
mette en état de ne vous en rapporter qu'à
vous- même. Au refte , je ne vous cacherai
point que j'ai la foibleffe d'être du nombre
de ces Auteurs , qui s'imaginent que leurs
Ouvrages ne font point fufceptibles d'extrait
, & qu'il faut tout lire , pour en bien
juger.
›
Comme ma vûë n'eſt point d'anéantir les
Signes de la Mufique ordinaire , pour leur
fubftituer
FEVRIER 1743 325
fubftituer les miens , je devois être difpenfé
de répondre aux obiections qu'on fait ordinairement
, & même avec affés de raifon ;
contre toutes les entreprifes de ce genre :
cependant , je me fuis apperçû qu'on fe
plaifoit fi fort à répeter ces fortes d'objec
tions & avec tant de confiance , que j'ai
crû devoir montrer en détail combien peu
elles font appliquables à mon fyftême : mon
but n'eft que d'établir une Méthode plus
fimple & plus commode qui puiffe fervir
pour ainfi dire , d'aide & de fupplément à
l'ancienne . Il ne faut donc pas fe fatiguer à
prévoir ce que deviendra la Mufique déja
notée , fi la mienne a lieu , & il faut encore
moins m'oppofer la longueur du tems qu'il
faudroit perdre à apprendre la Mufique deux
fois , puifque , fondé fur l'extrême fimplicité
de ma Méthode , j'établis qu'on parviendroit
à les fçavoir toutes deux , en commençant
par la mienne , en moins de tems encore
qu'on n'en met à apprendre feule celle qui
eft en ufage. C'est ce que j'explique en
détail dans ma Préface : j'ai tâché d'y épuifer
ce qu'il y avoit de général à oppofer à
mon fyftême , & j'ofe croire qu'il faut aimer
à chicanner , pour renouveller les mêmes
objections , après l'avoir lûë.
L'Ouvrage commence par un examen des
Signes actuels de la Mufique , tels qu'ils ont
F iiij éré
324 MERCURE DE FRANCE
été fubftitués par Jean de Meurs ou par
Guy d'Arezzo aux chiffres de l'Arithmétique,
c'est -à - dire , aux lettres de l'Alphabet des
Grecs. Les motifs de cette fubftitution
m'ayant parû frivoles , j'explique le fondement
de mon opinion , & après avoir montré
que les chiffres peuvent conferver tous les
avantages des Notes , j'ajoûte que ces chiffres
étant l'expreffion qu'on a donnée aux
nombres , & les nombres eux- mêmes étant
les expofans de la géneration des fons , rien
n'eft fi naturel que l'expreffion des fons par
les chifres de l'Arithmétique,
La maniére d'employer ces chiffres ne
peut être relative qu'aux rapports des fons
ou à leurs intervalles , & il eft aifé de voir
que le fecond fens eft préferable pour la
pratique. Mais il s'agit de trouver un fon
fixe & fondamental auquel on puiffe rapporter
tous les autres & qui leur ferve de
terme commun de comparaifon. Il n'en eſt
poind de tel , proprement dit ; mais il en eſt
une infinité d'arbitraires , qui peuvent devenir
fondamentaux , chacun à fon tour : car
alors nuls des autres fons ne peuvent être
employés dans le Chant qu'en vertu de
certains rapports déterminés qu'ils ont avec
ce fon Tonique , & tous ceux qui n'ont pas
ces rapports - là , font pour lors exclus de la
modulation
Pr
FEVRIER. 1743. 325
Or , comme il n'y a que le mode majeur
qui nous foit indiqué par la Nature , je le
prends pour modéle dans ma nouvelle inftitution
, & j'établis le chiffre 1. pour la Bafe
& la Tonique de tous les Tons majeurs.
Nous avons dans le Clavier douze fons
principaux,fur chacun defquels on peut faire
rouler un Chant ; chacun de ces fons pourra
donc être exprimé par le chiffre 1 , & ce
fon particulier fera déterminé par fon nom
naturel qu'on écrira à la marge ; c'cft- àdire
, que fi l'on écrit ut nous ferons en ut
majeur , & l'ut fe marquera 1 ; fi l'on écrit
fol , nous ferons en fol majeur , & le fol
s'écrira 1 &c. Or , dès que le Ton ferą ainſi
déterminé , le chiffre ou la Tonique 1. s'appellera
toujours ut , fans égard pour fon nom
naturel ; la feconde Notte du Ton s'appellera
re & fe marquera 2 ; la troifiéme , mi
& fe marquera 3 &c. jufqu'à la feptiéme
qui s'appellera fi & fe marquera 7. Toutes
ces Nottes devront fe trouver entre elles &
avec la Tonique en mêmes rapports que
les Nottes de même nom dans la Gamme
naturelle entre elles & avec le C fol ut ; de
maniére qu'il y aura toujours un Ton entre
1 & 2 , un Ton entre 2 & 3 , un demi Ton
entre 3 & 4, &c. Ce qui retranche tout
d'un coup les Diézes & les Bémols des Clés,
& exprime toujours les mêmes intervalles ,
F Y tant
326 MERCURE DE FRANCE
tant majeurs que mineurs avec les mêmes
caractéres .
Ceci revient à peu près à cette Méthode
qu'on appelle tranfpofition dans la Mufique
vocale , & que les maîtres regardent ordinairement
comme une pratique d'ignorans ,
s'imaginant qu'il y a beaucoup plus de
fcience à chanter toujours au naturel; à plus
forte raifon ne l'adopteroient- ils pas dans la
pratique inftrumentale , puifque d'ailleurs
elle détruit ce rapport direct qu'ils fuppofent
toujours entre une telle pofition de Notte &
une telle touche de leur inftrument.
Mais ce rapport eft à chaque inſtant en
défaut , & doit plus fervir à induire en erreur
qu'à faciliter l'exécution , ce que j'explique
en détail , auffi bien que tout ce qui
concerne l'idée que l'on doit fe faire des
Nottes & des fons relatifs dans l'exécution
tant vocale qu'inftrumentale. S'il y a quel
que chofe de mal imaginé dans la Mufique ,
c'eft , fans contredit , la Méthode de chanter
& d'exécuter au naturel ; je crois l'avoir
démontré ; & s'il y a quelque chofe d'ingenieux
dans le Systême que je propoſe , c'eſt
l'expreffion des fons,toujours relative au Ton
dans lequel ils font employés. Vous jugerez,
M. de la folidité de mes preuves, en les examinant
dans l'ouvrage même.
Les paffages d'une Octave à l'autre ſe font
par
FEVRIER : 1743. 327
par des points placés au- deffus ou au- deffous
des Nottes , ou par des pofitions fur lignes ,
femblables
à celles de la Mufique ordinaire ,
avec cette difference,que l'éloignement
d'un
degré ne fait qu'un intervalle de feconde par cette Mufique , & qu'il n'en faut pas d'avantage
pour faire une Octave par la mienne ,
de forte qu'une feule ligne & fes deux eſpaces
contigus y fuffisent pour faire roûler une
partie dans l'étendue
de trois Octaves , pour
lefquelles il ne faudroit pas moins d'onze
lignes par la Méthode ordinaire.
,
A l'égard du mode mineur , comme le
rapport des fons , qui le conftituent , fe
trouve exactement dans l'Octave , compriſe .
entre deux la fur le Clavier naturel , cette
Octave en devient le modéle , & en appliquant
le chiffre 1 , & le nom d'ut à la
Médiante d'un ton mineur la Tonique .
s'appellera la & fe marquera par le chiffre 63
ainfi le nom écrit à la marge & qui indique
toujours la Note qui doit s'appeller ut
alors celui de la Médiante & non pas de la
Tonique c'eft ce qu'on connoît toujours
par un Signe ajoûté à ce mot , quand le Ton
eft mincur & cet arrangement a de plus.
l'avantage d'exprimer très- exactement l'analogie
qui fe trouve d'un côté, entre tout Ton
majeur & le mode mineur de fa fixiéme.
F vj Note
>
eft.
4
328 MERCURE DE FRANCE
Note , & de l'autre, entre tout Ton mineur
& le mode majeur de fa Médiante.
Le Dièfe accidentel s'indique par une
ligne oblique qui traverfe la Note , en montant
de gauche à droite, & le Bémol par une
autre femblable ligne qui la traverfe en defcendant
dans le même fens.
Voilà, M. une idée abrégée de la Méthode
dont je me fers pour l'expreffion de tous les
fons qui compofent le Clavier. Les avantages
que cette Méthode a pardeffus la Note
ordinaire , me paroiffent confidérables ; je
ne vous parlerai ici que des deux plus importans,
qui font , 1 °. L'identité d'idées toujours
confervée dans le même arrangement
de caractéres, ce qu'on ne trouve point dans
l'autre Mufique, où les mêmes pofitions de
Notes expriment à tout moment des fons &
des intervalles differens. 2°. La connoiffance
exacte des intervalles fimples & redoublés ,
tant par la difference des chiffres qui les expriment
, que par des renverfemens dont la
parfaite connoiffance dépend d'un quart
d'heure d'application.
L'examen de la manière dont on a déter
miné la durée des fons & la valeur des Notes
, occupe la feconde partie de l'Ouvrage.
Toutes ces differentes figures de Notes ;
relatives à la durée d'une ronde ou à celle
d'une mefure à quatre tems , n'ont rien de
dés
FEVRIER. 1743 329
déterminé quant à la durée , puifque rien
n'eft fi variable que le terme même auquel
on les compare . De -là naiffent mille défauts
nuifibles à la précifion des mouvemens.
D'ailleurs , pourquoi ce grand nombre de
mefures differentes , indiquées par tant de
chiffres bizarres , tandis que d'un autre côté
on n'a établi les rapports des Notes que par
une progreffion fous double , qui ne fait que
la moitié des combinaiſons ?
·
Je ne reconnois que deux mefures differentes
, fçavoir à deux & à trois tems , & je
reconnois de même deux divifions de tems
fçavoir , divifion fous double & divifion
fous-triple , auxquelles il faut néceffairement
avoir égard dans la diftribution des valeurs ,
faute dequoi , on tombe dans les exceptions
vicieufes dont je parle dans cet Ouvrage.
Comme nous n'avons point de fon fixe abfolu
, qui mérite par quelque proprieté par
ticuliére de fervir de fondement aux autres.
de même & par la même raiſon , nous n'avons
point de durée abfoluë qui doive ſervir
de mefure commune aux differentes valeurs
des Notes. Mais comme dans chaque Ton
j'établis pour fon fixe le fon fondamental de
ce Ton- là , dans chaque mefure differente
je prends auffi pour terme de comparaiſon
la durée même de la meſure dont il eft ques
tion ; j'en divife les tems par des virgules ;
chaque
330 MERCURE DE FRANCE
chaque tems comprend une Note , ou plu
fieurs ; s'il n'en comprend qu'une , cette
Note remplit tout ce tems & doit durer autant
que lui ; rien n'eft fi fimple : fi le tems
contient plufieurs Notes , divifez fa durée en
autant de parties égales qu'il y a de Notes ;
appliquez chacune de ces parties à chacune
de ces Notes , & paffez- les de forte que tous
les tems foient égaux.
Un tems eft- il divifé en parties inégales ?
Toutes les inégalités poffibles font déterminées
avec la plus exacte précifion , non par
une complication de figures bizarres , mais
par de fimples lignes horifontales ajoûtées
au- deffus ou au - deffous des Notes, pour lier
toutes celles qui ne font que des fubdivi
fions des parties égales , auxquelles par ce
moyen il eft aife de les comparer. Ces liaifons
font à peu près l'effet des croches , doubles-
croches & c . dans la Muſique ordinai
re , excepté qu'elles reviennent beaucoup
plus rarement & ne peuvent jamais être plus
de deux en nombre fur la même Note.
Je me fers du point , à peu près pour le
même ufage que dans la Mufique ordinaire
mais je lui donne un fens bien plus étendu ,
puifqu'il peut foutenir le fon de la Note qui
l'a précedé , non feulement pendant la moitié
de la durée de cette Note , ce qui ne fait
qu'un cas particulier , mais pendant toutes
Jes
FEVRIER 1743 331
les differentes durées dont la mesure où on
l'employe eft fufceptible ; le point, de même
que les Notes , n'ayant de valeur déterminée
que par la place qu'il occupe dans la meſure:
ou dans le tems où il eft.
Comme je n'ai pas befoin de diverfifier la
figure des Notes pour repréfenter leurs diffe
rentes valeurs , & que les mêmes régles font
appliquables à tous leurs filences relatifs , il
s'enfuit que le feul zéro fuffit avec les points
qui le peuvent fuivre , pour remplacer tous
ces foupirs,demi foupirs & autresSignes bizarres
qu'on eft contraint d'arranger à tout mo
ment à la file les uns des autres , faute d'avoir
voulu donner au point un ufage plus étendu .
Il n'eft pas néceffaire , M. de vous en
dire davantage , pour vous rappeller l'idée
d'une Méthode que vous avez cultivée avec
tant de plaifir. Vous m'avez fait l'honneur
de me dire autrefois que vous ne croyiez pas
qu'il fût poffible d'imaginer des Signes plus
fimples & plus expreffifs que les miens.
J'efpere, M. que fi le Public n'adopte pas en
tout un jugement auffi favorable , il les
trouvera , du moins , commodes & faciles ;
en quoi j'ofe me flatter d'avoir travaillé avec
un fuccès bien different de tous ceux qui ont
propofé jufqu'ici des projets en ce genre.
Au refte , il me paroît qu'on trouvera
dans ce fyftême bien des avantages de détail
qu'on
32 MERCURE DE FRANCE
qu'on fouhaite depuis long-tems. Il n'y a
peut-être pas un Amateur de la Mufique qui
n'ait cherché une fois en fa vie quelque
moyen plus commode de noter fous un plus
petit volume , & fans tout cet embarras de
lignes & de portées , foit pour porter fur foi
des Recueils , foit pour envoyer de la Mufique
en Province , foit enfin parce qu'on ne
trouve pas de papier reglé fous fa main , toutes
les fois qu'on a quelque air à noter.
Ce qu'il y a d'avantageux dans mon
fyftême , c'eft qu'il fuffit pour ceux qui fçavent
la Mufique de lire une fois mon Ouvrage
, pour pouvoir exécuter fur la mienne
avec lamême facilité que fur l'autre : à l'égard
de ceux qui ne la fçavent point, s'ils fe veulent
contenter de la mienne , ils doivent fçavoir
chanter à Livre ouvert tout au moins en huit
mois , & s'ils veulent outre cela fçavoir la Mufique
ordinaire , ils ne doivent pas employer
plus du double de ce tems-là pour toutes
deux, en commençant par la mienne , ce qui
n'arriveroit pas s'ils commençoient par l'autre;
car tout cet embarras de tranfpofitions, de
clefs , de valeurs , de pofitions , fait une confufion
qu'on ne doit développer à l'efprit
des Ecoliers , que quand leurs organes ont
acquis l'habitude de la mefure & de l'intonation,&
qu'ils commencent à entendre quelque
chofe à la théorie des tons & des modes.
Vous
FEVRIER 1743 935
Vous trouverez dans le Mercure prochain
un Air noté par mes caractéres ; je
n'ai point voulu le mettre dans celui - ci, parce
que cet Extrait ne fuffifant pas pour expliquer
mon Systéme , il falloit donner à mon
Livre le tems de fe répandre dans les Provinces
, afin que tout le monde fût en état de
déchiffrer. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 6. Janvier 1743 .
M. quand j'inventai de nouveaux caracté
res pour entretenir plus commodément
notre commerce de Mufique , je n'imaginois
guére que la connoiffance de ce ſyſtême
pafferoit plus loin que chés vous & chés
moi : cependant je me vis bien - tôt dans le
cas d'en multiplier l'ufage , lorfqu'étant
venu à Paris , je fus follicité par mes amis
de Province de leur envoyer divers morceaux
de Mufique ; comme ces commiffious
revenoient fouvent , je pris le parti de leur
expliquer ma Méthode , ce qui me mit à
portée de fatisfaire leur curiofité plus facilement
, & fans augmenter le volume de mes
Lettres. Nous nous en fommes fi bien trouvés
, que nous continuons à nous envoyer
réci-
Fiij
322 MERCURE DE FRANCE
réciproquement en Italie & à Paris , ce qu'il
ya de plus curieux & de plus nouveau en
fait de Mufique , noté fuivant ma Méthode ,
Son extrême facilité comparée aux embarras
de la Mufique ordina re , m'engagea bien - tôt
d'en faire un parallèle , dans lequel la mienne
me fembloit gagner & mériter un examen
plus fericux . L'Académie Royale des Sciences
voulut bien m'accorder l'honneur de faire
čet examen. Elle en porta même un jugement
affés favorable , pour m'autorifer à
publier ma Méthode ; c'eft ce que je fais aujourd'hui
dans un petit Ouvrage intitulé
Differtation fur la Mufique Moderne , lequel
indépendamment de mon fyftême que j'y
explique , contient des réflexions fur l'Echelle
& les Notes ordinaires de la Mufique
, affés neuves , je crois , & affés intereffantes
pour mériter quelque attention . Je
vais , M. vous donner une idée de ce petit
Traité , en attendant que la lecture vous
mette en état de ne vous en rapporter qu'à
vous- même. Au refte , je ne vous cacherai
point que j'ai la foibleffe d'être du nombre
de ces Auteurs , qui s'imaginent que leurs
Ouvrages ne font point fufceptibles d'extrait
, & qu'il faut tout lire , pour en bien
juger.
›
Comme ma vûë n'eſt point d'anéantir les
Signes de la Mufique ordinaire , pour leur
fubftituer
FEVRIER 1743 325
fubftituer les miens , je devois être difpenfé
de répondre aux obiections qu'on fait ordinairement
, & même avec affés de raifon ;
contre toutes les entreprifes de ce genre :
cependant , je me fuis apperçû qu'on fe
plaifoit fi fort à répeter ces fortes d'objec
tions & avec tant de confiance , que j'ai
crû devoir montrer en détail combien peu
elles font appliquables à mon fyftême : mon
but n'eft que d'établir une Méthode plus
fimple & plus commode qui puiffe fervir
pour ainfi dire , d'aide & de fupplément à
l'ancienne . Il ne faut donc pas fe fatiguer à
prévoir ce que deviendra la Mufique déja
notée , fi la mienne a lieu , & il faut encore
moins m'oppofer la longueur du tems qu'il
faudroit perdre à apprendre la Mufique deux
fois , puifque , fondé fur l'extrême fimplicité
de ma Méthode , j'établis qu'on parviendroit
à les fçavoir toutes deux , en commençant
par la mienne , en moins de tems encore
qu'on n'en met à apprendre feule celle qui
eft en ufage. C'est ce que j'explique en
détail dans ma Préface : j'ai tâché d'y épuifer
ce qu'il y avoit de général à oppofer à
mon fyftême , & j'ofe croire qu'il faut aimer
à chicanner , pour renouveller les mêmes
objections , après l'avoir lûë.
L'Ouvrage commence par un examen des
Signes actuels de la Mufique , tels qu'ils ont
F iiij éré
324 MERCURE DE FRANCE
été fubftitués par Jean de Meurs ou par
Guy d'Arezzo aux chiffres de l'Arithmétique,
c'est -à - dire , aux lettres de l'Alphabet des
Grecs. Les motifs de cette fubftitution
m'ayant parû frivoles , j'explique le fondement
de mon opinion , & après avoir montré
que les chiffres peuvent conferver tous les
avantages des Notes , j'ajoûte que ces chiffres
étant l'expreffion qu'on a donnée aux
nombres , & les nombres eux- mêmes étant
les expofans de la géneration des fons , rien
n'eft fi naturel que l'expreffion des fons par
les chifres de l'Arithmétique,
La maniére d'employer ces chiffres ne
peut être relative qu'aux rapports des fons
ou à leurs intervalles , & il eft aifé de voir
que le fecond fens eft préferable pour la
pratique. Mais il s'agit de trouver un fon
fixe & fondamental auquel on puiffe rapporter
tous les autres & qui leur ferve de
terme commun de comparaifon. Il n'en eſt
poind de tel , proprement dit ; mais il en eſt
une infinité d'arbitraires , qui peuvent devenir
fondamentaux , chacun à fon tour : car
alors nuls des autres fons ne peuvent être
employés dans le Chant qu'en vertu de
certains rapports déterminés qu'ils ont avec
ce fon Tonique , & tous ceux qui n'ont pas
ces rapports - là , font pour lors exclus de la
modulation
Pr
FEVRIER. 1743. 325
Or , comme il n'y a que le mode majeur
qui nous foit indiqué par la Nature , je le
prends pour modéle dans ma nouvelle inftitution
, & j'établis le chiffre 1. pour la Bafe
& la Tonique de tous les Tons majeurs.
Nous avons dans le Clavier douze fons
principaux,fur chacun defquels on peut faire
rouler un Chant ; chacun de ces fons pourra
donc être exprimé par le chiffre 1 , & ce
fon particulier fera déterminé par fon nom
naturel qu'on écrira à la marge ; c'cft- àdire
, que fi l'on écrit ut nous ferons en ut
majeur , & l'ut fe marquera 1 ; fi l'on écrit
fol , nous ferons en fol majeur , & le fol
s'écrira 1 &c. Or , dès que le Ton ferą ainſi
déterminé , le chiffre ou la Tonique 1. s'appellera
toujours ut , fans égard pour fon nom
naturel ; la feconde Notte du Ton s'appellera
re & fe marquera 2 ; la troifiéme , mi
& fe marquera 3 &c. jufqu'à la feptiéme
qui s'appellera fi & fe marquera 7. Toutes
ces Nottes devront fe trouver entre elles &
avec la Tonique en mêmes rapports que
les Nottes de même nom dans la Gamme
naturelle entre elles & avec le C fol ut ; de
maniére qu'il y aura toujours un Ton entre
1 & 2 , un Ton entre 2 & 3 , un demi Ton
entre 3 & 4, &c. Ce qui retranche tout
d'un coup les Diézes & les Bémols des Clés,
& exprime toujours les mêmes intervalles ,
F Y tant
326 MERCURE DE FRANCE
tant majeurs que mineurs avec les mêmes
caractéres .
Ceci revient à peu près à cette Méthode
qu'on appelle tranfpofition dans la Mufique
vocale , & que les maîtres regardent ordinairement
comme une pratique d'ignorans ,
s'imaginant qu'il y a beaucoup plus de
fcience à chanter toujours au naturel; à plus
forte raifon ne l'adopteroient- ils pas dans la
pratique inftrumentale , puifque d'ailleurs
elle détruit ce rapport direct qu'ils fuppofent
toujours entre une telle pofition de Notte &
une telle touche de leur inftrument.
Mais ce rapport eft à chaque inſtant en
défaut , & doit plus fervir à induire en erreur
qu'à faciliter l'exécution , ce que j'explique
en détail , auffi bien que tout ce qui
concerne l'idée que l'on doit fe faire des
Nottes & des fons relatifs dans l'exécution
tant vocale qu'inftrumentale. S'il y a quel
que chofe de mal imaginé dans la Mufique ,
c'eft , fans contredit , la Méthode de chanter
& d'exécuter au naturel ; je crois l'avoir
démontré ; & s'il y a quelque chofe d'ingenieux
dans le Systême que je propoſe , c'eſt
l'expreffion des fons,toujours relative au Ton
dans lequel ils font employés. Vous jugerez,
M. de la folidité de mes preuves, en les examinant
dans l'ouvrage même.
Les paffages d'une Octave à l'autre ſe font
par
FEVRIER : 1743. 327
par des points placés au- deffus ou au- deffous
des Nottes , ou par des pofitions fur lignes ,
femblables
à celles de la Mufique ordinaire ,
avec cette difference,que l'éloignement
d'un
degré ne fait qu'un intervalle de feconde par cette Mufique , & qu'il n'en faut pas d'avantage
pour faire une Octave par la mienne ,
de forte qu'une feule ligne & fes deux eſpaces
contigus y fuffisent pour faire roûler une
partie dans l'étendue
de trois Octaves , pour
lefquelles il ne faudroit pas moins d'onze
lignes par la Méthode ordinaire.
,
A l'égard du mode mineur , comme le
rapport des fons , qui le conftituent , fe
trouve exactement dans l'Octave , compriſe .
entre deux la fur le Clavier naturel , cette
Octave en devient le modéle , & en appliquant
le chiffre 1 , & le nom d'ut à la
Médiante d'un ton mineur la Tonique .
s'appellera la & fe marquera par le chiffre 63
ainfi le nom écrit à la marge & qui indique
toujours la Note qui doit s'appeller ut
alors celui de la Médiante & non pas de la
Tonique c'eft ce qu'on connoît toujours
par un Signe ajoûté à ce mot , quand le Ton
eft mincur & cet arrangement a de plus.
l'avantage d'exprimer très- exactement l'analogie
qui fe trouve d'un côté, entre tout Ton
majeur & le mode mineur de fa fixiéme.
F vj Note
>
eft.
4
328 MERCURE DE FRANCE
Note , & de l'autre, entre tout Ton mineur
& le mode majeur de fa Médiante.
Le Dièfe accidentel s'indique par une
ligne oblique qui traverfe la Note , en montant
de gauche à droite, & le Bémol par une
autre femblable ligne qui la traverfe en defcendant
dans le même fens.
Voilà, M. une idée abrégée de la Méthode
dont je me fers pour l'expreffion de tous les
fons qui compofent le Clavier. Les avantages
que cette Méthode a pardeffus la Note
ordinaire , me paroiffent confidérables ; je
ne vous parlerai ici que des deux plus importans,
qui font , 1 °. L'identité d'idées toujours
confervée dans le même arrangement
de caractéres, ce qu'on ne trouve point dans
l'autre Mufique, où les mêmes pofitions de
Notes expriment à tout moment des fons &
des intervalles differens. 2°. La connoiffance
exacte des intervalles fimples & redoublés ,
tant par la difference des chiffres qui les expriment
, que par des renverfemens dont la
parfaite connoiffance dépend d'un quart
d'heure d'application.
L'examen de la manière dont on a déter
miné la durée des fons & la valeur des Notes
, occupe la feconde partie de l'Ouvrage.
Toutes ces differentes figures de Notes ;
relatives à la durée d'une ronde ou à celle
d'une mefure à quatre tems , n'ont rien de
dés
FEVRIER. 1743 329
déterminé quant à la durée , puifque rien
n'eft fi variable que le terme même auquel
on les compare . De -là naiffent mille défauts
nuifibles à la précifion des mouvemens.
D'ailleurs , pourquoi ce grand nombre de
mefures differentes , indiquées par tant de
chiffres bizarres , tandis que d'un autre côté
on n'a établi les rapports des Notes que par
une progreffion fous double , qui ne fait que
la moitié des combinaiſons ?
·
Je ne reconnois que deux mefures differentes
, fçavoir à deux & à trois tems , & je
reconnois de même deux divifions de tems
fçavoir , divifion fous double & divifion
fous-triple , auxquelles il faut néceffairement
avoir égard dans la diftribution des valeurs ,
faute dequoi , on tombe dans les exceptions
vicieufes dont je parle dans cet Ouvrage.
Comme nous n'avons point de fon fixe abfolu
, qui mérite par quelque proprieté par
ticuliére de fervir de fondement aux autres.
de même & par la même raiſon , nous n'avons
point de durée abfoluë qui doive ſervir
de mefure commune aux differentes valeurs
des Notes. Mais comme dans chaque Ton
j'établis pour fon fixe le fon fondamental de
ce Ton- là , dans chaque mefure differente
je prends auffi pour terme de comparaiſon
la durée même de la meſure dont il eft ques
tion ; j'en divife les tems par des virgules ;
chaque
330 MERCURE DE FRANCE
chaque tems comprend une Note , ou plu
fieurs ; s'il n'en comprend qu'une , cette
Note remplit tout ce tems & doit durer autant
que lui ; rien n'eft fi fimple : fi le tems
contient plufieurs Notes , divifez fa durée en
autant de parties égales qu'il y a de Notes ;
appliquez chacune de ces parties à chacune
de ces Notes , & paffez- les de forte que tous
les tems foient égaux.
Un tems eft- il divifé en parties inégales ?
Toutes les inégalités poffibles font déterminées
avec la plus exacte précifion , non par
une complication de figures bizarres , mais
par de fimples lignes horifontales ajoûtées
au- deffus ou au - deffous des Notes, pour lier
toutes celles qui ne font que des fubdivi
fions des parties égales , auxquelles par ce
moyen il eft aife de les comparer. Ces liaifons
font à peu près l'effet des croches , doubles-
croches & c . dans la Muſique ordinai
re , excepté qu'elles reviennent beaucoup
plus rarement & ne peuvent jamais être plus
de deux en nombre fur la même Note.
Je me fers du point , à peu près pour le
même ufage que dans la Mufique ordinaire
mais je lui donne un fens bien plus étendu ,
puifqu'il peut foutenir le fon de la Note qui
l'a précedé , non feulement pendant la moitié
de la durée de cette Note , ce qui ne fait
qu'un cas particulier , mais pendant toutes
Jes
FEVRIER 1743 331
les differentes durées dont la mesure où on
l'employe eft fufceptible ; le point, de même
que les Notes , n'ayant de valeur déterminée
que par la place qu'il occupe dans la meſure:
ou dans le tems où il eft.
Comme je n'ai pas befoin de diverfifier la
figure des Notes pour repréfenter leurs diffe
rentes valeurs , & que les mêmes régles font
appliquables à tous leurs filences relatifs , il
s'enfuit que le feul zéro fuffit avec les points
qui le peuvent fuivre , pour remplacer tous
ces foupirs,demi foupirs & autresSignes bizarres
qu'on eft contraint d'arranger à tout mo
ment à la file les uns des autres , faute d'avoir
voulu donner au point un ufage plus étendu .
Il n'eft pas néceffaire , M. de vous en
dire davantage , pour vous rappeller l'idée
d'une Méthode que vous avez cultivée avec
tant de plaifir. Vous m'avez fait l'honneur
de me dire autrefois que vous ne croyiez pas
qu'il fût poffible d'imaginer des Signes plus
fimples & plus expreffifs que les miens.
J'efpere, M. que fi le Public n'adopte pas en
tout un jugement auffi favorable , il les
trouvera , du moins , commodes & faciles ;
en quoi j'ofe me flatter d'avoir travaillé avec
un fuccès bien different de tous ceux qui ont
propofé jufqu'ici des projets en ce genre.
Au refte , il me paroît qu'on trouvera
dans ce fyftême bien des avantages de détail
qu'on
32 MERCURE DE FRANCE
qu'on fouhaite depuis long-tems. Il n'y a
peut-être pas un Amateur de la Mufique qui
n'ait cherché une fois en fa vie quelque
moyen plus commode de noter fous un plus
petit volume , & fans tout cet embarras de
lignes & de portées , foit pour porter fur foi
des Recueils , foit pour envoyer de la Mufique
en Province , foit enfin parce qu'on ne
trouve pas de papier reglé fous fa main , toutes
les fois qu'on a quelque air à noter.
Ce qu'il y a d'avantageux dans mon
fyftême , c'eft qu'il fuffit pour ceux qui fçavent
la Mufique de lire une fois mon Ouvrage
, pour pouvoir exécuter fur la mienne
avec lamême facilité que fur l'autre : à l'égard
de ceux qui ne la fçavent point, s'ils fe veulent
contenter de la mienne , ils doivent fçavoir
chanter à Livre ouvert tout au moins en huit
mois , & s'ils veulent outre cela fçavoir la Mufique
ordinaire , ils ne doivent pas employer
plus du double de ce tems-là pour toutes
deux, en commençant par la mienne , ce qui
n'arriveroit pas s'ils commençoient par l'autre;
car tout cet embarras de tranfpofitions, de
clefs , de valeurs , de pofitions , fait une confufion
qu'on ne doit développer à l'efprit
des Ecoliers , que quand leurs organes ont
acquis l'habitude de la mefure & de l'intonation,&
qu'ils commencent à entendre quelque
chofe à la théorie des tons & des modes.
Vous
FEVRIER 1743 935
Vous trouverez dans le Mercure prochain
un Air noté par mes caractéres ; je
n'ai point voulu le mettre dans celui - ci, parce
que cet Extrait ne fuffifant pas pour expliquer
mon Systéme , il falloit donner à mon
Livre le tems de fe répandre dans les Provinces
, afin que tout le monde fût en état de
déchiffrer. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 6. Janvier 1743 .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Rousseau à M. D.
M. Rouffeau adresse une lettre à M. D. pour présenter son invention de nouveaux caractères visant à simplifier la notation musicale. Initialement destiné à un usage personnel, ce système a été adopté par ses amis de province, ce qui l'a poussé à publier sa méthode dans un ouvrage intitulé 'Dissertation sur la Musique Moderne'. Rouffeau critique les signes musicaux actuels, qu'il trouve moins pratiques que l'utilisation des chiffres pour représenter les sons. Sa méthode repose sur le mode majeur, où le chiffre 1 représente la basse et la tonique de tous les tons majeurs. Les notes sont numérotées de 1 à 7, suivant les rapports de la gamme naturelle, ce qui élimine les dièses et les bémols. Rouffeau propose également de simplifier les mesures musicales en les réduisant à deux types (à deux et à trois temps) et deux divisions de temps (double et triple). Les durées des sons sont divisées en parties égales pour assurer l'égalité des temps, et les inégalités sont déterminées avec précision. La méthode utilise des lignes horizontales pour lier les subdivisions des parties égales, remplaçant ainsi divers signes complexes par un système plus simple basé sur le zéro et les points. L'auteur espère que cette méthode sera jugée commode et facile, offrant des avantages pratiques pour noter la musique de manière plus compacte et accessible. Le système est conçu pour être rapidement assimilable par ceux qui connaissent déjà la musique et accessible aux débutants en quelques mois. Un exemple d'air noté avec ce nouveau système sera publié dans le prochain Mercure pour illustrer la méthode.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
121
p. 2243
Regles nouvelles de la Musique, [titre d'après la table]
Début :
REGLES nouvelles de la Musique, suivant l'ancien principe de Pithagore ; COMPAS [...]
Mots clefs :
Musique, Violon, Feuille volante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Regles nouvelles de la Musique, [titre d'après la table]
REGLES nouvelles de la Muſique , fuivant
l'ancien principe de Pithagore ; Сом-
PAS de proportion pour tous les Inſtrumens
deMuſique,&pour toutes leurs differentes
cordes ,& Inſtruction particuliere pour le
Violon,&c. le tout fi facile, qu'on peut s'en
ſervir utilement , ſans ſçavoir lire ni écrire.
ParM Tremolet , Curé du Tartre Gaudran ;
àParis , chés Bailleul , le jeune, vis-à-vis la
Ste Chapelle.
C'eſt le titre d'une grande Feüille volante,
contenant pluſieurs Tables , Chiffres , &
autres Opérations concernant la Muſique ,
dans le détail deſquelles il n'eſt pas poſſible
d'entrer ici.
l'ancien principe de Pithagore ; Сом-
PAS de proportion pour tous les Inſtrumens
deMuſique,&pour toutes leurs differentes
cordes ,& Inſtruction particuliere pour le
Violon,&c. le tout fi facile, qu'on peut s'en
ſervir utilement , ſans ſçavoir lire ni écrire.
ParM Tremolet , Curé du Tartre Gaudran ;
àParis , chés Bailleul , le jeune, vis-à-vis la
Ste Chapelle.
C'eſt le titre d'une grande Feüille volante,
contenant pluſieurs Tables , Chiffres , &
autres Opérations concernant la Muſique ,
dans le détail deſquelles il n'eſt pas poſſible
d'entrer ici.
Fermer
122
p. 112-115
Concert dans l'appartement de la Reine, [titre d'après la table]
Début :
Il y eut aussi ce même jour Concert au Louvre dans l'Appartement de la Reine. [...]
Mots clefs :
Concert, Reine, Louvre, Idylle, Musique, Amour, Bergers, Licas, Michel de Bonneval, François Collin de Blamont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Concert dans l'appartement de la Reine, [titre d'après la table]
Il y eut auſſi ce même jour Concert au
Louvre dans l'Appartement de la Reine.
On y exécuta une Idille dont les paroles
font de M.de Bonneval, Intendant & Contrôleur
des menus plaiſirs de Sa Majesté ,
capable non-feulement de conduire ſes Fêres,
mais de les imaginer; la Muſique eft de
M. de Blamont, Surintendant de la Muſique
NOVEMBRE. 1744. 113
du Roi , fi connu par le Ballet des Fêtes
Grecques & Romaines , le Caprice d'Erato &
par d'autres Ouvrages qui ont avantageuſement
établi ſa réputation.
Le divertiſſement ſe paſſe ſur les bords
de la Seine dans un Bocage , dont les Arbres
font entrelaſſés de Guirlandes de fleurs.
Des, Bergers & des Bergeres héroïques ,
commencent par exprimer le plaifir qu'ils
reffententdans ces belles rétraites.
Il n'eſt point pour l'amour de rétraite plusbelle.
Tout flate les Amans dans cet azile heureux ;
L'indifférent y devient amoureux ,
L'inconſtant y devient fidelle.
Le retour du Berger Licas occafionne
une Scene très-galante entre lui & la Bergere
Iſmene , qu'il adore. Avant que de la
voir , il eſt interrogé par des Bergers zélés
qui lui demandent des nouvelles du Roi ,
cédez , lui dit un d'eux.
Cédez à notre impatience ;
Vous avez parcouru tout l'Empire des Lis ;
Parlez- nous cher Licas des exploits de Louis,
De ſes vertus , de ſa magnificence.
Licas.
Sa Cour a tout l'éclat qui brille dans les Cieux ...
Fiij
114 MERCURE DE FRANCE.
Il fait adorer ſa puiffance;
C'eſt ainſi que regnent les Dieux ....
Une ſi belle vie ,
Qui fait tant de jaloux ,
Sansle ſecours du Ciel nous eut été ravie ...
Nos Ennemis fuyant ſes coups ,
Ont moins tremblé que nous.
Dieux ! ne bornez jamais ſes belles deſtinées !
Du plus chéri des Rois ne ſoyez point jaloux ;
Ah ! fi nos voeux pouvoient prolonger ſes années,
Notre amour le rendroit immortel , comme vous.
Après les épanchemens de ces coeurs
champêtres , Licas revient à Iſinene.
Licas.
Que n'ai je point ſouffert en quittant ce rivage !
L'Amour en pleurs ſuivoit mes pas .
Si mon éloignement trahiſſoit vos appas ,
Ils étoient trop vengés; j'emportois leur image...
Iſmene vaincue par la perſeverance de
Licas , lui avoue enfin qu'elle partage fa
tendreffe.
Je ne vous ai point vû quitter ce beau ſéjour
Sans une peine extrême :
Pardonner au départ en faveur du retour,
N'est- ce pas dire que l'on aime ?
NOVEMBRE. 1944. 115
Mars ſuivi de Guerriers ſurvient avec
Palés. Les Trompettes ſe joignent aux
Muſettes pour célébrer un Roi, qui ne fait
laguerre que pour établir la paix. Toutes
les voix ſe réuniſſent pour le célébrer.
Quel Héros eſt plus triomphant !
Il faut ſur l'Univers que ſon Sceptre préſide.
C'eſt la Sageſſe qui le guide ,
Et la valeur qui le défend.
Onnepeut donner dans un Extrait tout
cequimérite le ſuffrage des Lecteurs , mais
M.de Blamont fait imprimer ce Divertiſſemenr.
On pourra jouir à la fois des agrémens
des paroles &de la Muſique.
Louvre dans l'Appartement de la Reine.
On y exécuta une Idille dont les paroles
font de M.de Bonneval, Intendant & Contrôleur
des menus plaiſirs de Sa Majesté ,
capable non-feulement de conduire ſes Fêres,
mais de les imaginer; la Muſique eft de
M. de Blamont, Surintendant de la Muſique
NOVEMBRE. 1744. 113
du Roi , fi connu par le Ballet des Fêtes
Grecques & Romaines , le Caprice d'Erato &
par d'autres Ouvrages qui ont avantageuſement
établi ſa réputation.
Le divertiſſement ſe paſſe ſur les bords
de la Seine dans un Bocage , dont les Arbres
font entrelaſſés de Guirlandes de fleurs.
Des, Bergers & des Bergeres héroïques ,
commencent par exprimer le plaifir qu'ils
reffententdans ces belles rétraites.
Il n'eſt point pour l'amour de rétraite plusbelle.
Tout flate les Amans dans cet azile heureux ;
L'indifférent y devient amoureux ,
L'inconſtant y devient fidelle.
Le retour du Berger Licas occafionne
une Scene très-galante entre lui & la Bergere
Iſmene , qu'il adore. Avant que de la
voir , il eſt interrogé par des Bergers zélés
qui lui demandent des nouvelles du Roi ,
cédez , lui dit un d'eux.
Cédez à notre impatience ;
Vous avez parcouru tout l'Empire des Lis ;
Parlez- nous cher Licas des exploits de Louis,
De ſes vertus , de ſa magnificence.
Licas.
Sa Cour a tout l'éclat qui brille dans les Cieux ...
Fiij
114 MERCURE DE FRANCE.
Il fait adorer ſa puiffance;
C'eſt ainſi que regnent les Dieux ....
Une ſi belle vie ,
Qui fait tant de jaloux ,
Sansle ſecours du Ciel nous eut été ravie ...
Nos Ennemis fuyant ſes coups ,
Ont moins tremblé que nous.
Dieux ! ne bornez jamais ſes belles deſtinées !
Du plus chéri des Rois ne ſoyez point jaloux ;
Ah ! fi nos voeux pouvoient prolonger ſes années,
Notre amour le rendroit immortel , comme vous.
Après les épanchemens de ces coeurs
champêtres , Licas revient à Iſinene.
Licas.
Que n'ai je point ſouffert en quittant ce rivage !
L'Amour en pleurs ſuivoit mes pas .
Si mon éloignement trahiſſoit vos appas ,
Ils étoient trop vengés; j'emportois leur image...
Iſmene vaincue par la perſeverance de
Licas , lui avoue enfin qu'elle partage fa
tendreffe.
Je ne vous ai point vû quitter ce beau ſéjour
Sans une peine extrême :
Pardonner au départ en faveur du retour,
N'est- ce pas dire que l'on aime ?
NOVEMBRE. 1944. 115
Mars ſuivi de Guerriers ſurvient avec
Palés. Les Trompettes ſe joignent aux
Muſettes pour célébrer un Roi, qui ne fait
laguerre que pour établir la paix. Toutes
les voix ſe réuniſſent pour le célébrer.
Quel Héros eſt plus triomphant !
Il faut ſur l'Univers que ſon Sceptre préſide.
C'eſt la Sageſſe qui le guide ,
Et la valeur qui le défend.
Onnepeut donner dans un Extrait tout
cequimérite le ſuffrage des Lecteurs , mais
M.de Blamont fait imprimer ce Divertiſſemenr.
On pourra jouir à la fois des agrémens
des paroles &de la Muſique.
Fermer
123
p. 116-124
Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Début :
Cependant le 15 étoit le jour que la Ville avoit choisi pour la Fête qu'elle devoit [...]
Mots clefs :
Hôtel de ville, Roi, Colonnes, Prévôt des marchands, Illuminations, Dîner, Musique, Lustres, Girandoles, Guirlandes, Arc de triomphe, Place, Architecture, Duc de Gesvres, Quai, Palais enchantés, Fées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Cependant le 15 étoit le jour que la
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
Fermer
124
p. 140-143
« L'Academie Royale de Musique a remis au Théâtre le Jeudi dix Décembre [...] »
Début :
L'Academie Royale de Musique a remis au Théâtre le Jeudi dix Décembre [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Théâtre, Acte, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Academie Royale de Musique a remis au Théâtre le Jeudi dix Décembre [...] »
L
'Academie Royale de Muſique a remis
au Théâtre le Jeudi dix Décembre
l'Opéra de Theſée , Tragédie repréſentée
pour la premiere fois devant Louis le Grand ,
à S. Germain en Laie , & depuis à Paris en
differentes repriſes , dont les dernieres ont été
en Novembre 1707. en Janvier 1721. & en
Novembre 1729. Les paroles & la Muſique
de cet Ouvrage font de la compoſition des
deux fameux maîtres de ce genre. Cette piece
eſt une des meilleures du célebre Quinaut.
L'intrigue & le dénouement en font
nobles , & intéreſfans & le gout épuré de
notre fiécle eſt choqué du badinage déplacé
qui ſe trouve mêlé aux ſituations
les plus tragiques. Défauts plus que compenſés
par les beautés poctiques & harmoniques
qui éclatent par tout dans cet
Opera. Les Rolles font exécutés comme
on l'eſperoit des Acteurs qui les rempliffent.
Mlle. Chevalier a infiniment
furpaflé l'attente du Public dans celui de
Medée . Cette Actrice fait des progrès rapides
qui marquent ſon gout & fon applica
DECEMBRE. 1744 . 141
tion. M. de Chaffé eft fublime & majestueux
dans le perſonnage d'Egée ; comme il étoit
terrible , & menaçant dans celui de Poliphême
, & M. Jeliotte arrive ſur la ſcene
avec l'air impoſant d'un vainqueur.
On ne donnera point un extrait ſuivi d'un
Opera auffi connu. On ſe contentera de
parler des divertiſſemens qui meritent d'étre
cités. La feſte du premier acte ſe paſſe dans
le Temple de Minerve. Elle eſt exécutée
par des Prêtreſſes & des Guerriers , armés
d'épées & de boucliers . Les Prétreſſes ont a
la main des poignards. Leurs danſes rappellent
le ſouvenir de la Pirrhique des Grecs ,
& produiſent un ſpectacle très brillant foutenu
juſqu'à la fin par une marche pompeuſe ,
qui vuide le Théâtre avec dignité. La premiere
Prétreſſe de Minerve repréſentée trèsnoblement
par la jeune Mlle. Mets , précede
le Roi , Agle & leur ſuite , qui fort du Theatre
au ſon éclatant des Trompettes.
On obſervera à l'occaſion de cette fortie
frappante & bien deſſinée , que la danſe &
les Choeurs ne devroient jamais entrer ſur le
Theâtre ni en fortir confuſement & fans
ordre , comme il ſe pratique depuis trèslong-
tems. Ils devroient toujours former des
Tableaux variés en arrivant , & en ſe reti
rant. Leur nombre eſt plus que ſuffifant
142 MERCURE DE FRANCE.
pour opérer des combinaiſons infinies. Il eft
contre les regles du Theâtre de les voir arriver
les uns après les autres , dans des attitudes
de gens fortans de leur Toilette. Sur la
Scene tous les mouvemens doivent être mefurés
, & expreffifs .
Dans le divertiſſement du deuxiéme Acte,
le triomphe de Théſée est magnifique. C'eſt
là que les graces ſupérieures de M. Dupré
ſe trouvent placées convenablement. Mile.
Camargo en vieille y danſe un pas de deux
avec M. Dumoulin où elle fait briller la
legereté de la plus vive jeuneſſe. On a été
furpris de compter des Gaulois dans Athenes,
on a cru apparemment que les habits des
vieux Grecs , ignorés des Spectateurs , ne les
réjouiroient pas comme les modes du tems
de François I.
M. Guerardi danſe au troifiéme Acte
deux entrées de Démons avec une force &
une legereté remarquables. Une indifpofition
l'ayant interrompu , M. Pitro jeune
danſeur arrivé de Bordeaux l'a remplacé avec
applaudiſſement.
,
Le quatriéme & le cinquiéme Actes font
terminés par des fêtes très-galantes .
Ladécoration du ſecond Acte eſt neuve ,
c'eſt un Temple de Minerve , dont l'Ordonnance
ſimple a obtenu l'approbation du
Public.
DECEMBRE. 1744 . 143
On a donné le premier Jeudi une répreſentation
d'Acis &Galatée avec la Pantomine
de Mlle . Mimi Dalmand , & de l'inimitable
Pietro Soli , qui crée des pas nouveaux
chaque fois qu'il paroît ſur le Theâtre.
On a remis le Jeudi 31 Décembre le
Ballet des Graces dont les précedens Journaux
ont donné le détail. Il ſera ſuivi de la
charmante Pantomime du Signor Pietro
Soli & de Mlle. Mimi Dalmant.
)
On reprendra vers le Careme l'Ecole des
Amans , Ballet repréſenté l'Eté dernier. Les
Auteurs ont fait des changemens dans les
paroles & la muſique. On y ajoutera un
Acte nouveau .
'Academie Royale de Muſique a remis
au Théâtre le Jeudi dix Décembre
l'Opéra de Theſée , Tragédie repréſentée
pour la premiere fois devant Louis le Grand ,
à S. Germain en Laie , & depuis à Paris en
differentes repriſes , dont les dernieres ont été
en Novembre 1707. en Janvier 1721. & en
Novembre 1729. Les paroles & la Muſique
de cet Ouvrage font de la compoſition des
deux fameux maîtres de ce genre. Cette piece
eſt une des meilleures du célebre Quinaut.
L'intrigue & le dénouement en font
nobles , & intéreſfans & le gout épuré de
notre fiécle eſt choqué du badinage déplacé
qui ſe trouve mêlé aux ſituations
les plus tragiques. Défauts plus que compenſés
par les beautés poctiques & harmoniques
qui éclatent par tout dans cet
Opera. Les Rolles font exécutés comme
on l'eſperoit des Acteurs qui les rempliffent.
Mlle. Chevalier a infiniment
furpaflé l'attente du Public dans celui de
Medée . Cette Actrice fait des progrès rapides
qui marquent ſon gout & fon applica
DECEMBRE. 1744 . 141
tion. M. de Chaffé eft fublime & majestueux
dans le perſonnage d'Egée ; comme il étoit
terrible , & menaçant dans celui de Poliphême
, & M. Jeliotte arrive ſur la ſcene
avec l'air impoſant d'un vainqueur.
On ne donnera point un extrait ſuivi d'un
Opera auffi connu. On ſe contentera de
parler des divertiſſemens qui meritent d'étre
cités. La feſte du premier acte ſe paſſe dans
le Temple de Minerve. Elle eſt exécutée
par des Prêtreſſes & des Guerriers , armés
d'épées & de boucliers . Les Prétreſſes ont a
la main des poignards. Leurs danſes rappellent
le ſouvenir de la Pirrhique des Grecs ,
& produiſent un ſpectacle très brillant foutenu
juſqu'à la fin par une marche pompeuſe ,
qui vuide le Théâtre avec dignité. La premiere
Prétreſſe de Minerve repréſentée trèsnoblement
par la jeune Mlle. Mets , précede
le Roi , Agle & leur ſuite , qui fort du Theatre
au ſon éclatant des Trompettes.
On obſervera à l'occaſion de cette fortie
frappante & bien deſſinée , que la danſe &
les Choeurs ne devroient jamais entrer ſur le
Theâtre ni en fortir confuſement & fans
ordre , comme il ſe pratique depuis trèslong-
tems. Ils devroient toujours former des
Tableaux variés en arrivant , & en ſe reti
rant. Leur nombre eſt plus que ſuffifant
142 MERCURE DE FRANCE.
pour opérer des combinaiſons infinies. Il eft
contre les regles du Theâtre de les voir arriver
les uns après les autres , dans des attitudes
de gens fortans de leur Toilette. Sur la
Scene tous les mouvemens doivent être mefurés
, & expreffifs .
Dans le divertiſſement du deuxiéme Acte,
le triomphe de Théſée est magnifique. C'eſt
là que les graces ſupérieures de M. Dupré
ſe trouvent placées convenablement. Mile.
Camargo en vieille y danſe un pas de deux
avec M. Dumoulin où elle fait briller la
legereté de la plus vive jeuneſſe. On a été
furpris de compter des Gaulois dans Athenes,
on a cru apparemment que les habits des
vieux Grecs , ignorés des Spectateurs , ne les
réjouiroient pas comme les modes du tems
de François I.
M. Guerardi danſe au troifiéme Acte
deux entrées de Démons avec une force &
une legereté remarquables. Une indifpofition
l'ayant interrompu , M. Pitro jeune
danſeur arrivé de Bordeaux l'a remplacé avec
applaudiſſement.
,
Le quatriéme & le cinquiéme Actes font
terminés par des fêtes très-galantes .
Ladécoration du ſecond Acte eſt neuve ,
c'eſt un Temple de Minerve , dont l'Ordonnance
ſimple a obtenu l'approbation du
Public.
DECEMBRE. 1744 . 143
On a donné le premier Jeudi une répreſentation
d'Acis &Galatée avec la Pantomine
de Mlle . Mimi Dalmand , & de l'inimitable
Pietro Soli , qui crée des pas nouveaux
chaque fois qu'il paroît ſur le Theâtre.
On a remis le Jeudi 31 Décembre le
Ballet des Graces dont les précedens Journaux
ont donné le détail. Il ſera ſuivi de la
charmante Pantomime du Signor Pietro
Soli & de Mlle. Mimi Dalmant.
)
On reprendra vers le Careme l'Ecole des
Amans , Ballet repréſenté l'Eté dernier. Les
Auteurs ont fait des changemens dans les
paroles & la muſique. On y ajoutera un
Acte nouveau .
Fermer
125
p. 153-155
« Le 29 du mois dernier premier Dimanche de l'Avent, le Roi & la Reine entendirent [...] »
Début :
Le 29 du mois dernier premier Dimanche de l'Avent, le Roi & la Reine entendirent [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Chapelle, Musique, Messe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 29 du mois dernier premier Dimanche de l'Avent, le Roi & la Reine entendirent [...] »
L
E 29du mois dernier premier Dimanche
de l'Avent , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Ver- .
failles la Meſſe chantée par la Muſique.
L'après midi la Reine accompagnée deMonſeigneur
le Dauphin aſſiſta au Sermon du
Pere de Beauvais de la Compagnie de Jeſus .
Le premier de ce mois, le Roi accompagné
de Monſeigneur le Dauphin entendit
dans la même Chapelle la Meſſe pendant laquelle
le Te Deum fut chanté par la Mufique
pour la priſe de la Ville & des Châteaux de
Fribourg.
Le 6ſecond Dimanche de l'Avent, le Roi
& la Reine entendirent dans la même Chapelle
la Meſſe chantée par la Muſique.
Le 8 Fête de la Conception de la Sainte
Vierge , la Reine communia par les mains
de l'Abbé de Fleury , ſon Premier Aumonier.
S M. accompagnée de Monſeigneur le
Dauphin &de Mesdames de France , ailifta
l'après midi au Sermon du P. de Beauvais ,
& enſuite aux Vépres chantées par la Mufique,
Gv
154MERCURE DE FRANCE.
Le 13 , troifiéme Dimanche & le 20 , quatriême
Dimanche de l'Avent , la Reine entendit
dans la même Chapelle la Meffe chantée
par la Muſique , & S. M. accompagnée de
Menſeigneur le Dauphin & de Meſdames de
France , affiſta l'après midi au Sermon du méme
Prédicateur.
Le 10 Dom Raymond Garat fut élû Géneral
de l'Ordre de Grandmont à la place
de Dom René-François Pierre de la Gueriniere
, mort à Paris le 30. Septembre dernier.
Le Roi a nommé Intendant en Dauphiné
M. de la Porte, Maître des Requétes , quieft
remplacé dans l'Intendance de la Généralite
de Moulins par M. de Bernage de Vaux ,
Maître des Requêtes & l'un des Préfidens du
Grand Confeil.
Le 3 de ce mois , M. le Beau , Profeffour
de Réthorique au College des Graffins , prononça
dans les Ecoles exterieures de Sorbonne
au nom de l'Univerſité un Difcours
Latin ſur la Convalefcence du Roi , & fur
l'heureux ſuccès des armes de S. M. Il fit voir
dans la premiere partie ce que le Roi a fait
pour fon Peuple , & dans la feconde ce que
le Peuple a fait pour le Roi. Le Parlement
& un grand nombre de perſonnes de diftinetion
affifterent à ce Diſcours qui fut géréraement
applauli.
DECEMBRE. 1744. 155
M. Benoit , Prêtre & Maître de Muſique
de l'Egliſe Cathédrale de Chartres éleve de
feu M. Michel Maître de Muſique de la Sainte
Chapelle de Dijon fit chanter Vendredi quatriéme
, & Samedi cinquiéme du préfent mois
de Décembre à la Meſſe du Roi & à celle de
la Reine , un Motet tiré du Pleaume 41.
Quemadmodum qui fut fort approuvé.
E 29du mois dernier premier Dimanche
de l'Avent , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Ver- .
failles la Meſſe chantée par la Muſique.
L'après midi la Reine accompagnée deMonſeigneur
le Dauphin aſſiſta au Sermon du
Pere de Beauvais de la Compagnie de Jeſus .
Le premier de ce mois, le Roi accompagné
de Monſeigneur le Dauphin entendit
dans la même Chapelle la Meſſe pendant laquelle
le Te Deum fut chanté par la Mufique
pour la priſe de la Ville & des Châteaux de
Fribourg.
Le 6ſecond Dimanche de l'Avent, le Roi
& la Reine entendirent dans la même Chapelle
la Meſſe chantée par la Muſique.
Le 8 Fête de la Conception de la Sainte
Vierge , la Reine communia par les mains
de l'Abbé de Fleury , ſon Premier Aumonier.
S M. accompagnée de Monſeigneur le
Dauphin &de Mesdames de France , ailifta
l'après midi au Sermon du P. de Beauvais ,
& enſuite aux Vépres chantées par la Mufique,
Gv
154MERCURE DE FRANCE.
Le 13 , troifiéme Dimanche & le 20 , quatriême
Dimanche de l'Avent , la Reine entendit
dans la même Chapelle la Meffe chantée
par la Muſique , & S. M. accompagnée de
Menſeigneur le Dauphin & de Meſdames de
France , affiſta l'après midi au Sermon du méme
Prédicateur.
Le 10 Dom Raymond Garat fut élû Géneral
de l'Ordre de Grandmont à la place
de Dom René-François Pierre de la Gueriniere
, mort à Paris le 30. Septembre dernier.
Le Roi a nommé Intendant en Dauphiné
M. de la Porte, Maître des Requétes , quieft
remplacé dans l'Intendance de la Généralite
de Moulins par M. de Bernage de Vaux ,
Maître des Requêtes & l'un des Préfidens du
Grand Confeil.
Le 3 de ce mois , M. le Beau , Profeffour
de Réthorique au College des Graffins , prononça
dans les Ecoles exterieures de Sorbonne
au nom de l'Univerſité un Difcours
Latin ſur la Convalefcence du Roi , & fur
l'heureux ſuccès des armes de S. M. Il fit voir
dans la premiere partie ce que le Roi a fait
pour fon Peuple , & dans la feconde ce que
le Peuple a fait pour le Roi. Le Parlement
& un grand nombre de perſonnes de diftinetion
affifterent à ce Diſcours qui fut géréraement
applauli.
DECEMBRE. 1744. 155
M. Benoit , Prêtre & Maître de Muſique
de l'Egliſe Cathédrale de Chartres éleve de
feu M. Michel Maître de Muſique de la Sainte
Chapelle de Dijon fit chanter Vendredi quatriéme
, & Samedi cinquiéme du préfent mois
de Décembre à la Meſſe du Roi & à celle de
la Reine , un Motet tiré du Pleaume 41.
Quemadmodum qui fut fort approuvé.
Fermer
126
p. 164-165
CONCERTS A LA COUR.
Début :
Le Mercredi 12 Août, Lundi 17, Mercredi 19 & Samedi 22, on exécuta chez [...]
Mots clefs :
Roi, Cour, Madame la Dauphine, François Colin de Blamont, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS A LA COUR.
CONCERTS A LA COUR.
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
Fermer
Résumé : CONCERTS A LA COUR.
Du 12 au 22 août, plusieurs représentations du ballet 'Les Fêtes Grecques & Romaines' de Monsieur de Blâmont eurent lieu chez Madame la Dauphine. Les rôles furent interprétés par les demoiselles Chevalier, de Selle, Romainville, Mathieu, Canavas et Bezin, ainsi que par les messieurs Jeliotte, Poirier, Besche, Benoît et Joguet. Le 27 août, Monsieur de Blâmont dirigea l'exécution du Te Deum pour célébrer l'accouchement heureux de Madame la Dauphine. Ce Te Deum avait été composé pour le sacre du Roi et avait été utilisé lors de divers événements importants, tels que la naissance du Dauphin et des autres enfants de France, la convalescence du Roi, ainsi que ses victoires et conquêtes. La partition du Te Deum, accompagnée de plusieurs motets, était disponible à l'achat chez la veuve Bovin à la Régle d'or, rue Saint-Honoré, et chez le Clerc à la Croix d'or, rue du Roule, au prix de neuf livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
127
p. 160-173
Réflexions sur la supposition d'un troisiéme mode en Musique, pour servir de réponse à l'observation de M. de Blainville, insérée dans le Mercure du mois de Novembre dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature & en émail de LL. MM. Imp.
Début :
Je renonce au nom de Philaetius, qui pour être Grec ne m'en a pas moins [...]
Mots clefs :
Mode, Harmonie, Mélodie, Troisième mode, Sons, Accord, Sens, Idées, Supposition, Charles-Henri de Blainville, Musique, Rapport, Gamme, Mode, Peintre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur la supposition d'un troisiéme mode en Musique, pour servir de réponse à l'observation de M. de Blainville, insérée dans le Mercure du mois de Novembre dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature & en émail de LL. MM. Imp.
Réflexions sur la supposition d'un troisiéme
mode en Musique, pour servir de réponse
à l'observation de M. de Blainville, insérée
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature
& en émail de LL. MM. Imp.
Je renonce au nom de Philaetius, qui
pour être Grec ne m'en a pas moins
rendu un mauvais office dans l'esprit de
M. B. Je voulois m'annoncer pour un
homme qui aime à connoître les causes
des choses, & en particulier celles du plai-
sir musical: malheureusement ce mot si-
gnifie aussi un ami de la chicane: M. B.
la entendu en ce dernier sens, l'a pris
pour un nom de guerre, & m'a suppose
JANVIER. 1752. . 161
en conséquence l'odieux dessein de nuire
: la fortune du troisième mode. Il est vrai
que la découverte d'un nouveau mode,
distinct du majeur & du mineur ma paru
sujette à quelques difficultés, que j'ai crû
pouvoir proposer sans desobliger M. de
Blainville. Quand on cherche la vérité,
on aime les objections raisonnables bien
plus qu'on ne les craint; j'ai crû que les
miennes étoient de ce genre. M. B. pen-
soit-il qu'on ne devoit parler du nouveau
mode que pour le felicitet de sa décou-
verte? Mais je dois avertir pour éviret
toute équivoque, que par M. B. je n'en-
tends pas tout-à- fait M. de Blainville; on
m assure que le style de l'observation ne res-
semble pas assez à celui dont elle porte le
nom, & quon n'y reconnoît pas toute sa
douceur, ni toute sa politesse; M. B. ne
doit donc passer ici pour M. de Blainvil-
le, qu'autant que celui ci ressemble à
l'Auteur de cet Ecrit.
Ce qui me fâche, c'est que M. B. me
met dans la nécessité d'attaquer quelques
idées, qui sont certainement de M. de
Blainville, dont j'estime le mérite & les
talens; je puis même l'assurer que j'ai en-
tendu sa symphonie avec des dispositions
aussi favorables, & peut-être avec autant
de plaisir qu aucun de ses amis.
gitized by Goo
262 MERCUREDE FRANCE.
A l'égard du mode d'é-si mi naturel,
ou pour mieux dire d'é-la-mi, puisque la
quarte y domine plus que la quinte, je
lui voulois tout le bien possible, comme
ayant beaucoup de rapport à mes idées;
& j'eusse été charmé que M. B. eût réussi
à lever les difficultés que je concevois
dans la supposition d'un troisième mode:
mais par malheur ces difficultés subsistent
encore, malgré la publication de l'Essai
sur un troisième mode, & malgrè l'observa-
tion à laquelle, je réponds, moins pour la
refuter que pour développer ce qu'il y a
de vrai dans les idées de M. B. & le dé-
gager du nebuleux, dont l'inexactitude de
sa dialectique me paroît l'obscurcir.
Il est aisé de s'assurer quę des divers
sons qui sont contenus dans les deux mo-
des naturels d'ut & de la, ut & mi sont
ceux qui ont le plus de rapport harmoni-
que avec les autres, ut dans le mode ma-
jeur, & mi dans le miueur: on peut donc
dire avec vérité, que dans ce mode-ci ce
n'est pas la tonique la, mais la quinte mi
qui en est comme l'ame ou le centre har-
monique, surtout si les fa & sol diezes
sont compris dans le nombre des sons de
ce mode auquel ils sont nécessaires, s'ils ne
lui sont pas essentiels. Le son mi est donc
dans un sens vrai le principal son du mode
yG
JANVIER. 1751. 163
mineut, comme ut l'est dans le majeur:
or la disposition la plus naturelle d'une
gamme, c'est d'en atranger les sons dia-
toniquement, en commençant par le princi-
pal son, pat celui qui est le plus relatif aux
autres, dont il doit faciliter l'intonation:
il suit de-là que les deux gammes les plus
naturelles, sont d'un côté ut, re, mi, fa,
sol, la, si, ut; & de l'autre mi, fa, sol,
la, si, ut, re, mi.
Ces deux échelles diatoniques sont
exactement inverses l'une de l'autre dans
le sens indiqué pat Philærius. Selon M. B.
il seroit plus naturel de penser que ces
deux gammes ne different, que parce que
l'une commence par la troisième note de
l'autre: mais il seroit aisé de prouver le
peu d'exactitude de cette pensée, & de
démontrer que le re de la seconde gamme
n'est point à l'unisson du re de la premie-
re, qu'il est essentiellement plus bas d'un
comma. Si dans la théorie de M. B. les
commas sont des minuties, ils ne passent
pas pour tels dans la mienne: je fuis trop
convaincu qu'en fait de succession har-
monique, le sentiment de l'oreille ne céde
en finesse à aucun calcul, quelque puisse
être l'indulgence de ce merveilleux or-
gane à l'égard de la précision de l'exécu-
tion. On pardonne au Sculpteur & au
264 MERCUREDE FRANCE:
Peintre de prendre une artére. pour une
veine, mais non pas à l'Anatomiste. Quoi-
qu'il en soit de l'importanee de certe dis-
tinction, M. B. peut s'appercevoir que je
sens aussi-bien que lui tout le mérite de
mi & de sa gamme; je pense même que les
Grecs, qui faute de connoître l'harmonie
proprement dite, rapportoient tout à la
mélodie, ont pû, & même dû regarder
cette gamme, comme la plus naturelle &
la plus susceptible du chromatique qui
dérive des differens emplois que l'harmo-
nic assigne à la nota mi, plus qu'à toute
autre: se conçois donc, que si nous étions
encore aussi novices en fait d'harmonie
que l'étoient les Grecs, l'idée des modes
seroit uniquement relarive à la mélodie
& nous serions en droit de regatder le
mode d'é-la mi, comme un mode aussi
légirime que celui d'ut & de la; mais avec
cette difference qu'il y auroit entre le mo-
de de mi, & celui de la un rapport inti-
mne, &. qu'ils seroient dans le cas de ne
differer que par le choix de son initial,
qui dans un cas setoit mi, & dans l'autre
la.
Ces considérations peuvent sussire pour
engager M. B. à présumer que j'ai fait
quelques reflexions sur la mélodie en gé-
néral, & sur celle des Grecs en particu-
JANVIER. 1751.
165
lier; quoique je sois bien éloigné d'être
parvenu à cette theorie suivie & exacte du
chant Gtec qu il annonce comme digne
de notre attention.
Mais si mes idées s'accordent en gros
assez bien avec ce que nous connoissons
de la pratique des Anciens; si ma théorie
découvre ce qu'il y a de vrai dans celle de
M. B. & qui lui est suggéré par une oteille
qui sent toute l'énergie des chænts; elle ne
s'accorde malheureusement pas si bien avec
les flatteuses conséquences qu'en tire sa
Logique.
Quelque considérable que soit le rôle
de mi dans l'harmonie aussi-bien que dans
la mélodie, je ne puis en conclure que
cette note doive passer pour la tonique
d'un nouveau mode, d'un mode distinct
du majeut & du mineur. On reconnoît un
mode à ses cordes essentielles. C'est à M.
B. à nous indiquer celles du troisième mo-
de, s'il veut nous aider à en faire la dis-
tinction: qest aussi sans doute ce qu'il fait
lorsqu'il nous dit, que ce mode passe de læ
ionique à sa quatrieme, dela à la sixiemme &
à son octave: d'où il est aisé de conclure
que les cordes essentielles du nouveau mo-
de doivent être ces quatre, ou plutôt ces
trois notes mi, la, ut, mi; c'est-à-dire,
ginasbO
166 MER CURE DEFRANCE.
precisément les mêmes que celles du mode
mineur d'a-mi-la.
Il étoit naturel d'ouvrir la Symphonie
dans le nouveau mode par l'accord propre
& caracteristique du mode mi, la, ut, mi
mais cette méthode trop naturelle ne fai-
soit pas le compte de l'inventeur d'un
troisiéme mode; l'idenuité fâcheuse de cer
accord avec celui du mode mineur, des
deux modes n'en eût fait qu'un. M. B. en
homme prudent fait taire un accord aussi
indiscret, il a recours à un des deux expé-
diens conjecturez par Philetius, & prend
le parti de débuter par un accord mutilé
& ambigu qu'il emprunte de l'harmonie
voisine; c est à l'aide de cette substitution,
de cette économie harmonique que M. B.
nous introduit dans le prétendu nouveau
mode en nous faisant passer par la porte
entr'ouverte d'un vieux mode attenant.
Quelque mérite qu'il y ait eu à-imagi-
ner un expédient dont la musique de nos
ancêtres, fournit assez d'exemples, il ny
a rien dans ce tour d'harmonie & encore
moins dans le reste de la simphonie qui
indique un nouveau mode. Si M. B. qui
entend si bien les termes de l'art, eût
exactement défini les mots de mode & de
modulation, il auroit pu comprendre que
yGoo
JANVIER. 1752.
167.
tout ce qu'il allégue pour établir la réalite
d'un troisième mode ne prouve que celle
d'une modulation équivoque plus ancien-
ne que nouvelle, & la possibilité de com-
poser une agréable simpnonie en s'écartant
à quelques égards de la regularité de la
pratique inoderne. Il en est de la compo-
sition musicale comme de la composition
dramatique ou pittoresque; on peut y
réussit sans en observer scrpuleusement
toutes les regles: les unes sont des loix,
les autres ne sont que des conseils.
Le génie excuse l'irrégularité, mais ne
la consacre pas. La même theorie qui de-
montre les privileges de mi, surtout dans
le mode mineut, prouve aussi qu en fait
d'harmonie cette note porte toujours sur
ut ou sur la, qui en sont la base naturelle
& sondamentale, & qu'elle n'a jamais elle-
même cette qualité que dans les modes
transposez. Que la mélodie dicte un chant,
un sujet qui cominence & finisse par mi;
c'est ce qu'elle est bien en droit de faire
mais c'est à l'harmonie, & nullement à la
melodie d'en prescrire la vraie base. M.
B. est fort raisonnable là dessus, il recon-
noit ingénument que l'harmonie n est
point favorable à la supposition d'un troi-
iême mode; aussi ce mode a-t. il la pru-
dence de la récuser pour Juge, il ne vent
O
168 MERCURE DEFRANCE.
etre decide que par la melodie, dit M. B.
c'est à lui à prouver que le nouvęau mode
a droit d'en appeller du tribunal de l'har-
monie à celui de la mélodie, d'un tribu-
nal supérieur à un tribunal inférieur; M.
B. fait bien mieux, il nie cette superiorité,
la melodie, dit-il, a bien plus de force sur
l'oreille que l'harmonie. Foible ressource
s'il est vrai que la force de la mélodie soit
dérivée de celle de l'harmonie; les sons
musicaux sont en quelque sorte les fruiis
de l'harmonie; la mélodie ne fait que
cueillir ceux qui se trouvent à sa bienséan-
ce, & comme sous sa main, mais elle no
les produit pas.
A suivre la méthode de M. B. toute no-
te qui peut commencer & terminer un
chant, aura droit de s'ériger en note to-
nique d'un mode mélodique; le mode
majeur d'ut nous en procurera trois de ce
genre, ut, mi, sol, & le mineut de la,
tout autant la, ut, mi; puisque ces six
sons suivent chacun une route mélodique
particuliere plus ou moins differente de
celle des autres; il ne s'agira que de se-
couer le joug de l'harmonie, qui prétend
les enchaîner & les renfermer dans les
deux seuls modes qu'elle reconnoît.
M. B. me reproche, avec quelque rai-
son, d'avoir donné au nouveau mode
ane
ues OO
JANVIER. 1752.
169
une dénomination qui lui paroît louche,
celle de semi-mineur, semi, en terme de l'Art,
c'est M. B. qui parle, veut dire moindre de
moitié, on dit semiton, &c. Il fait tout de
suite les conjectures les plus agréables sur
ce que j'ai pu prétendre par cette épithé-
te, comme si je n'en eusse pas dit le mot.
Pour profiter des leçons de M. B. sur les
termes de l'Art, je dois lui dire qu'il n'a
fait qu'une semi-lecture de l'endroit qu'il
critique, je l'y renvoye. Je le prie aussi
de corriger Brossard, qui dans son Dic-
tionnaire explique les anciens mots tech-
niques semidiapason, semidiapente, de façon
à faire croire qu'il n entend pas mieux que
moi le vrai sens du mot semi.
A propos de louche, si le troisième mo-
de l'etoit lui- même, ce setoit bien pis:
l'épithéte de mixte, que j'approuve fort,
pourroit avec raison paroitre contradic-
toire à celle du troisiéine, & les antago-
nistes du nouveau mode pourroient bien
s'en prévaloir au préjudice de sa nou-
veaute.
J'ai dit que le mode semi-mineur d'e-
la-mi, n'étoit que le mode majeur exacte-
ment renversé. Quelle idée ! s'écrie M. B.
Je vois bien qu'il ne donne pas dans le
Conte des Antipodes. Il n'a point com-
ptis le renversement exact du mode ma-
H
1. Vol.
gines
170 MERCURE DEFRANCE.
jeur, & moins encore l'idée de le pren-
dre pour principe; c'est donc une chimére
indigne de sa Critique. Il nappartient
qu'à un Don Quichotte de s'armer contre
des phantômes; mais ce Héros burlesque
étoit aussi un intrépide défenseur de la
gloire de sa chére Dulcinée, Princesse
équivoque pour laquelle beaucoup d'hon-
nêtes gens n'avoient pas tous les égards
dûs à sa Principauté. Dans ce monde cha-
cun a sa marotte; je serai redevable à M.
B. & à tout autre honnête homme qui
m'éclairera sur la mienne. Je suis fâché de
ne pouvoir entrer présentement dans l'ex-
plication des idées que Philætius a proposé
un peu laconiquement dans sa Lettre; je
tâcherai de le faire dans une occasion plus
favorable. Il est vrai que je ne pensois
pas que ce qu'il en dit, dut être une énigme
aussi obscure pour un Musicien Théoriste;
je n'imaginois pas qu'on pût être bien
scavant en Musique, si l'on ignoroit la
place des tons majeurs & mineurs, & si
Ton supposoit par exemple, que la se-
conde note du mode mineur est d'un ten
mineur; cette supposition de M. B. se
trouve à la vérité très conforme à ce que
nous enscigne l'Essai sur un troisième mode
de l'origine des gammes; mais elle nen
est pas plus juste. M. B. aura remarqué
JANVIER. 1752.
171
sans doute, pour revenir à une comparai-
son dont il m'a occasionné l'idée, que
le Sculpteur & le Peintre doivent être un
peu Anatomistes, & scavoir beaucoup
d'Osteologie & de Myologie, mais qu'on
les dispense du reste, c'est-à-dire, de tout
ce que l'Anatomie & la Physiologie ne
découvrent dans le corps humain qu'à
l'aide du scalpel, du miscroscope & du
raisonnement: mais je ne sçai s'il a assez
senti la difference qu'il y a entre la prati-
que de la composition musicale & la théo-
rie de cet Art: je doute qu'il ait compris
quelle dose de Geométrie, de Physique
& de Métaphysique doit accompagner la
connoissance de la pratique pour en par-
ler en Théoriste; je doute qu'il ait une
juste idée de cet esprit de recherche, d'ana-
lyse & de combinaison que la Philoso-
phie donne à peine à ses partisans, si la
Nature n en a fait les premiers frais, &
sans lequel cependant les connoissances
que je viens de nommer ne menent pas
bien loin dans le merveilleux labyrinte de
l'oreille. Il ne s'agit cependant pour s'a-
rienter dans tous les tours & detours de
ce labyrinte acoustique, que de faisir le
vrai fil de l'harmonie, que de découvrit
la véritable route de la succession fonda-
mentale. Cette route doit être à mon sens
Hij
EOO
172 MERCURE DE FRANCE.
si naturelle & si analogue à ce que nous
connoissons de la nature & du rapport
des sons, qu'il sera également impossible
aux Théoristes & aux Praticiens de la mé-
connoître, dès qu'on la leur indiquera
clairement: en attendant je les invite à
réflechir sur la proposition suivante.
L'accord parfait porte seul sur un seul
son fondamental, mais tout accord dis-
sonnant s'appuye sur un double fonde-
ment, sur deux sons fondamentaux.
Ce principe bien enteudu conduit à un
systême fort simple de base ou de succes-
sion fondamentale, & par ce moyen
fraye le chemin à une théorie de l'harmo-
nie qui céponde toujours également au
sentiment de l'oreille & à la précision du
calcul. C'est ce que je tâcherai de démon-
trer lorsqu'il en sera question.
Une théorie astronomique, qui sous
prétexte d'une plus grande simplicité ne
reconnoîtroit dans la terre qu'un mouve-
ment, le mouvement diurne par exem-
ple, seroit très défectueuse & très-infé-
rieure à la théorie qui en admet deux, le
mouvement diurne, & le mouvement an-
nuel.
On tâcheroit vainement d'expliquer le
flux & reflux de la mer par la seule action
de la Luve, à l'exclusion de celle du Soleil.
JANVIER. 1752. 173
Il me paroît également difficile de
donner une théorie exacte de l'harmonie,
en ne reconnoissant qu'un seul son fonda-
mental pour chaque accord dissonant.
Envain prétendroit-on renchérir sur la
simplicité de la nature. Ce n' est pas l'unité
ou le très petit nombre de principes, c'est
la certitude & la juste application de ceux
qui existent réellement, qui forment les
bonnes théories. C'est à l'inobservation
de cette maxime qu'on doit, ce me sem-
ble, attribuer l'imperfection & l'obscurité
des systêmes théoriques de musique qui
ont patu jusqu' à présent, malgré les efforts
louables des grands hommes qui ont tra-
vaillé en ce genre.
mode en Musique, pour servir de réponse
à l'observation de M. de Blainville, insérée
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature
& en émail de LL. MM. Imp.
Je renonce au nom de Philaetius, qui
pour être Grec ne m'en a pas moins
rendu un mauvais office dans l'esprit de
M. B. Je voulois m'annoncer pour un
homme qui aime à connoître les causes
des choses, & en particulier celles du plai-
sir musical: malheureusement ce mot si-
gnifie aussi un ami de la chicane: M. B.
la entendu en ce dernier sens, l'a pris
pour un nom de guerre, & m'a suppose
JANVIER. 1752. . 161
en conséquence l'odieux dessein de nuire
: la fortune du troisième mode. Il est vrai
que la découverte d'un nouveau mode,
distinct du majeur & du mineur ma paru
sujette à quelques difficultés, que j'ai crû
pouvoir proposer sans desobliger M. de
Blainville. Quand on cherche la vérité,
on aime les objections raisonnables bien
plus qu'on ne les craint; j'ai crû que les
miennes étoient de ce genre. M. B. pen-
soit-il qu'on ne devoit parler du nouveau
mode que pour le felicitet de sa décou-
verte? Mais je dois avertir pour éviret
toute équivoque, que par M. B. je n'en-
tends pas tout-à- fait M. de Blainville; on
m assure que le style de l'observation ne res-
semble pas assez à celui dont elle porte le
nom, & quon n'y reconnoît pas toute sa
douceur, ni toute sa politesse; M. B. ne
doit donc passer ici pour M. de Blainvil-
le, qu'autant que celui ci ressemble à
l'Auteur de cet Ecrit.
Ce qui me fâche, c'est que M. B. me
met dans la nécessité d'attaquer quelques
idées, qui sont certainement de M. de
Blainville, dont j'estime le mérite & les
talens; je puis même l'assurer que j'ai en-
tendu sa symphonie avec des dispositions
aussi favorables, & peut-être avec autant
de plaisir qu aucun de ses amis.
gitized by Goo
262 MERCUREDE FRANCE.
A l'égard du mode d'é-si mi naturel,
ou pour mieux dire d'é-la-mi, puisque la
quarte y domine plus que la quinte, je
lui voulois tout le bien possible, comme
ayant beaucoup de rapport à mes idées;
& j'eusse été charmé que M. B. eût réussi
à lever les difficultés que je concevois
dans la supposition d'un troisième mode:
mais par malheur ces difficultés subsistent
encore, malgré la publication de l'Essai
sur un troisième mode, & malgrè l'observa-
tion à laquelle, je réponds, moins pour la
refuter que pour développer ce qu'il y a
de vrai dans les idées de M. B. & le dé-
gager du nebuleux, dont l'inexactitude de
sa dialectique me paroît l'obscurcir.
Il est aisé de s'assurer quę des divers
sons qui sont contenus dans les deux mo-
des naturels d'ut & de la, ut & mi sont
ceux qui ont le plus de rapport harmoni-
que avec les autres, ut dans le mode ma-
jeur, & mi dans le miueur: on peut donc
dire avec vérité, que dans ce mode-ci ce
n'est pas la tonique la, mais la quinte mi
qui en est comme l'ame ou le centre har-
monique, surtout si les fa & sol diezes
sont compris dans le nombre des sons de
ce mode auquel ils sont nécessaires, s'ils ne
lui sont pas essentiels. Le son mi est donc
dans un sens vrai le principal son du mode
yG
JANVIER. 1751. 163
mineut, comme ut l'est dans le majeur:
or la disposition la plus naturelle d'une
gamme, c'est d'en atranger les sons dia-
toniquement, en commençant par le princi-
pal son, pat celui qui est le plus relatif aux
autres, dont il doit faciliter l'intonation:
il suit de-là que les deux gammes les plus
naturelles, sont d'un côté ut, re, mi, fa,
sol, la, si, ut; & de l'autre mi, fa, sol,
la, si, ut, re, mi.
Ces deux échelles diatoniques sont
exactement inverses l'une de l'autre dans
le sens indiqué pat Philærius. Selon M. B.
il seroit plus naturel de penser que ces
deux gammes ne different, que parce que
l'une commence par la troisième note de
l'autre: mais il seroit aisé de prouver le
peu d'exactitude de cette pensée, & de
démontrer que le re de la seconde gamme
n'est point à l'unisson du re de la premie-
re, qu'il est essentiellement plus bas d'un
comma. Si dans la théorie de M. B. les
commas sont des minuties, ils ne passent
pas pour tels dans la mienne: je fuis trop
convaincu qu'en fait de succession har-
monique, le sentiment de l'oreille ne céde
en finesse à aucun calcul, quelque puisse
être l'indulgence de ce merveilleux or-
gane à l'égard de la précision de l'exécu-
tion. On pardonne au Sculpteur & au
264 MERCUREDE FRANCE:
Peintre de prendre une artére. pour une
veine, mais non pas à l'Anatomiste. Quoi-
qu'il en soit de l'importanee de certe dis-
tinction, M. B. peut s'appercevoir que je
sens aussi-bien que lui tout le mérite de
mi & de sa gamme; je pense même que les
Grecs, qui faute de connoître l'harmonie
proprement dite, rapportoient tout à la
mélodie, ont pû, & même dû regarder
cette gamme, comme la plus naturelle &
la plus susceptible du chromatique qui
dérive des differens emplois que l'harmo-
nic assigne à la nota mi, plus qu'à toute
autre: se conçois donc, que si nous étions
encore aussi novices en fait d'harmonie
que l'étoient les Grecs, l'idée des modes
seroit uniquement relarive à la mélodie
& nous serions en droit de regatder le
mode d'é-la mi, comme un mode aussi
légirime que celui d'ut & de la; mais avec
cette difference qu'il y auroit entre le mo-
de de mi, & celui de la un rapport inti-
mne, &. qu'ils seroient dans le cas de ne
differer que par le choix de son initial,
qui dans un cas setoit mi, & dans l'autre
la.
Ces considérations peuvent sussire pour
engager M. B. à présumer que j'ai fait
quelques reflexions sur la mélodie en gé-
néral, & sur celle des Grecs en particu-
JANVIER. 1751.
165
lier; quoique je sois bien éloigné d'être
parvenu à cette theorie suivie & exacte du
chant Gtec qu il annonce comme digne
de notre attention.
Mais si mes idées s'accordent en gros
assez bien avec ce que nous connoissons
de la pratique des Anciens; si ma théorie
découvre ce qu'il y a de vrai dans celle de
M. B. & qui lui est suggéré par une oteille
qui sent toute l'énergie des chænts; elle ne
s'accorde malheureusement pas si bien avec
les flatteuses conséquences qu'en tire sa
Logique.
Quelque considérable que soit le rôle
de mi dans l'harmonie aussi-bien que dans
la mélodie, je ne puis en conclure que
cette note doive passer pour la tonique
d'un nouveau mode, d'un mode distinct
du majeut & du mineur. On reconnoît un
mode à ses cordes essentielles. C'est à M.
B. à nous indiquer celles du troisième mo-
de, s'il veut nous aider à en faire la dis-
tinction: qest aussi sans doute ce qu'il fait
lorsqu'il nous dit, que ce mode passe de læ
ionique à sa quatrieme, dela à la sixiemme &
à son octave: d'où il est aisé de conclure
que les cordes essentielles du nouveau mo-
de doivent être ces quatre, ou plutôt ces
trois notes mi, la, ut, mi; c'est-à-dire,
ginasbO
166 MER CURE DEFRANCE.
precisément les mêmes que celles du mode
mineur d'a-mi-la.
Il étoit naturel d'ouvrir la Symphonie
dans le nouveau mode par l'accord propre
& caracteristique du mode mi, la, ut, mi
mais cette méthode trop naturelle ne fai-
soit pas le compte de l'inventeur d'un
troisiéme mode; l'idenuité fâcheuse de cer
accord avec celui du mode mineur, des
deux modes n'en eût fait qu'un. M. B. en
homme prudent fait taire un accord aussi
indiscret, il a recours à un des deux expé-
diens conjecturez par Philetius, & prend
le parti de débuter par un accord mutilé
& ambigu qu'il emprunte de l'harmonie
voisine; c est à l'aide de cette substitution,
de cette économie harmonique que M. B.
nous introduit dans le prétendu nouveau
mode en nous faisant passer par la porte
entr'ouverte d'un vieux mode attenant.
Quelque mérite qu'il y ait eu à-imagi-
ner un expédient dont la musique de nos
ancêtres, fournit assez d'exemples, il ny
a rien dans ce tour d'harmonie & encore
moins dans le reste de la simphonie qui
indique un nouveau mode. Si M. B. qui
entend si bien les termes de l'art, eût
exactement défini les mots de mode & de
modulation, il auroit pu comprendre que
yGoo
JANVIER. 1752.
167.
tout ce qu'il allégue pour établir la réalite
d'un troisième mode ne prouve que celle
d'une modulation équivoque plus ancien-
ne que nouvelle, & la possibilité de com-
poser une agréable simpnonie en s'écartant
à quelques égards de la regularité de la
pratique inoderne. Il en est de la compo-
sition musicale comme de la composition
dramatique ou pittoresque; on peut y
réussit sans en observer scrpuleusement
toutes les regles: les unes sont des loix,
les autres ne sont que des conseils.
Le génie excuse l'irrégularité, mais ne
la consacre pas. La même theorie qui de-
montre les privileges de mi, surtout dans
le mode mineut, prouve aussi qu en fait
d'harmonie cette note porte toujours sur
ut ou sur la, qui en sont la base naturelle
& sondamentale, & qu'elle n'a jamais elle-
même cette qualité que dans les modes
transposez. Que la mélodie dicte un chant,
un sujet qui cominence & finisse par mi;
c'est ce qu'elle est bien en droit de faire
mais c'est à l'harmonie, & nullement à la
melodie d'en prescrire la vraie base. M.
B. est fort raisonnable là dessus, il recon-
noit ingénument que l'harmonie n est
point favorable à la supposition d'un troi-
iême mode; aussi ce mode a-t. il la pru-
dence de la récuser pour Juge, il ne vent
O
168 MERCURE DEFRANCE.
etre decide que par la melodie, dit M. B.
c'est à lui à prouver que le nouvęau mode
a droit d'en appeller du tribunal de l'har-
monie à celui de la mélodie, d'un tribu-
nal supérieur à un tribunal inférieur; M.
B. fait bien mieux, il nie cette superiorité,
la melodie, dit-il, a bien plus de force sur
l'oreille que l'harmonie. Foible ressource
s'il est vrai que la force de la mélodie soit
dérivée de celle de l'harmonie; les sons
musicaux sont en quelque sorte les fruiis
de l'harmonie; la mélodie ne fait que
cueillir ceux qui se trouvent à sa bienséan-
ce, & comme sous sa main, mais elle no
les produit pas.
A suivre la méthode de M. B. toute no-
te qui peut commencer & terminer un
chant, aura droit de s'ériger en note to-
nique d'un mode mélodique; le mode
majeur d'ut nous en procurera trois de ce
genre, ut, mi, sol, & le mineut de la,
tout autant la, ut, mi; puisque ces six
sons suivent chacun une route mélodique
particuliere plus ou moins differente de
celle des autres; il ne s'agira que de se-
couer le joug de l'harmonie, qui prétend
les enchaîner & les renfermer dans les
deux seuls modes qu'elle reconnoît.
M. B. me reproche, avec quelque rai-
son, d'avoir donné au nouveau mode
ane
ues OO
JANVIER. 1752.
169
une dénomination qui lui paroît louche,
celle de semi-mineur, semi, en terme de l'Art,
c'est M. B. qui parle, veut dire moindre de
moitié, on dit semiton, &c. Il fait tout de
suite les conjectures les plus agréables sur
ce que j'ai pu prétendre par cette épithé-
te, comme si je n'en eusse pas dit le mot.
Pour profiter des leçons de M. B. sur les
termes de l'Art, je dois lui dire qu'il n'a
fait qu'une semi-lecture de l'endroit qu'il
critique, je l'y renvoye. Je le prie aussi
de corriger Brossard, qui dans son Dic-
tionnaire explique les anciens mots tech-
niques semidiapason, semidiapente, de façon
à faire croire qu'il n entend pas mieux que
moi le vrai sens du mot semi.
A propos de louche, si le troisième mo-
de l'etoit lui- même, ce setoit bien pis:
l'épithéte de mixte, que j'approuve fort,
pourroit avec raison paroitre contradic-
toire à celle du troisiéine, & les antago-
nistes du nouveau mode pourroient bien
s'en prévaloir au préjudice de sa nou-
veaute.
J'ai dit que le mode semi-mineur d'e-
la-mi, n'étoit que le mode majeur exacte-
ment renversé. Quelle idée ! s'écrie M. B.
Je vois bien qu'il ne donne pas dans le
Conte des Antipodes. Il n'a point com-
ptis le renversement exact du mode ma-
H
1. Vol.
gines
170 MERCURE DEFRANCE.
jeur, & moins encore l'idée de le pren-
dre pour principe; c'est donc une chimére
indigne de sa Critique. Il nappartient
qu'à un Don Quichotte de s'armer contre
des phantômes; mais ce Héros burlesque
étoit aussi un intrépide défenseur de la
gloire de sa chére Dulcinée, Princesse
équivoque pour laquelle beaucoup d'hon-
nêtes gens n'avoient pas tous les égards
dûs à sa Principauté. Dans ce monde cha-
cun a sa marotte; je serai redevable à M.
B. & à tout autre honnête homme qui
m'éclairera sur la mienne. Je suis fâché de
ne pouvoir entrer présentement dans l'ex-
plication des idées que Philætius a proposé
un peu laconiquement dans sa Lettre; je
tâcherai de le faire dans une occasion plus
favorable. Il est vrai que je ne pensois
pas que ce qu'il en dit, dut être une énigme
aussi obscure pour un Musicien Théoriste;
je n'imaginois pas qu'on pût être bien
scavant en Musique, si l'on ignoroit la
place des tons majeurs & mineurs, & si
Ton supposoit par exemple, que la se-
conde note du mode mineur est d'un ten
mineur; cette supposition de M. B. se
trouve à la vérité très conforme à ce que
nous enscigne l'Essai sur un troisième mode
de l'origine des gammes; mais elle nen
est pas plus juste. M. B. aura remarqué
JANVIER. 1752.
171
sans doute, pour revenir à une comparai-
son dont il m'a occasionné l'idée, que
le Sculpteur & le Peintre doivent être un
peu Anatomistes, & scavoir beaucoup
d'Osteologie & de Myologie, mais qu'on
les dispense du reste, c'est-à-dire, de tout
ce que l'Anatomie & la Physiologie ne
découvrent dans le corps humain qu'à
l'aide du scalpel, du miscroscope & du
raisonnement: mais je ne sçai s'il a assez
senti la difference qu'il y a entre la prati-
que de la composition musicale & la théo-
rie de cet Art: je doute qu'il ait compris
quelle dose de Geométrie, de Physique
& de Métaphysique doit accompagner la
connoissance de la pratique pour en par-
ler en Théoriste; je doute qu'il ait une
juste idée de cet esprit de recherche, d'ana-
lyse & de combinaison que la Philoso-
phie donne à peine à ses partisans, si la
Nature n en a fait les premiers frais, &
sans lequel cependant les connoissances
que je viens de nommer ne menent pas
bien loin dans le merveilleux labyrinte de
l'oreille. Il ne s'agit cependant pour s'a-
rienter dans tous les tours & detours de
ce labyrinte acoustique, que de faisir le
vrai fil de l'harmonie, que de découvrit
la véritable route de la succession fonda-
mentale. Cette route doit être à mon sens
Hij
EOO
172 MERCURE DE FRANCE.
si naturelle & si analogue à ce que nous
connoissons de la nature & du rapport
des sons, qu'il sera également impossible
aux Théoristes & aux Praticiens de la mé-
connoître, dès qu'on la leur indiquera
clairement: en attendant je les invite à
réflechir sur la proposition suivante.
L'accord parfait porte seul sur un seul
son fondamental, mais tout accord dis-
sonnant s'appuye sur un double fonde-
ment, sur deux sons fondamentaux.
Ce principe bien enteudu conduit à un
systême fort simple de base ou de succes-
sion fondamentale, & par ce moyen
fraye le chemin à une théorie de l'harmo-
nie qui céponde toujours également au
sentiment de l'oreille & à la précision du
calcul. C'est ce que je tâcherai de démon-
trer lorsqu'il en sera question.
Une théorie astronomique, qui sous
prétexte d'une plus grande simplicité ne
reconnoîtroit dans la terre qu'un mouve-
ment, le mouvement diurne par exem-
ple, seroit très défectueuse & très-infé-
rieure à la théorie qui en admet deux, le
mouvement diurne, & le mouvement an-
nuel.
On tâcheroit vainement d'expliquer le
flux & reflux de la mer par la seule action
de la Luve, à l'exclusion de celle du Soleil.
JANVIER. 1752. 173
Il me paroît également difficile de
donner une théorie exacte de l'harmonie,
en ne reconnoissant qu'un seul son fonda-
mental pour chaque accord dissonant.
Envain prétendroit-on renchérir sur la
simplicité de la nature. Ce n' est pas l'unité
ou le très petit nombre de principes, c'est
la certitude & la juste application de ceux
qui existent réellement, qui forment les
bonnes théories. C'est à l'inobservation
de cette maxime qu'on doit, ce me sem-
ble, attribuer l'imperfection & l'obscurité
des systêmes théoriques de musique qui
ont patu jusqu' à présent, malgré les efforts
louables des grands hommes qui ont tra-
vaillé en ce genre.
Fermer
128
p. *185-185
Concerts à la Cour.
Début :
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont, [...]
Mots clefs :
Cour, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Concerts à la Cour.
Concerts à la Cour.
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes
Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont,
Chevalier de S. Michel, & Sur-Intendant
de la Musique de la Chambre du Roi, Paroles de
M. Fuselier.
Mlles Lalande, de Selles, Canavas, Chevalier,
& Sainte Reuse, MM. Benoît, Joguet, Besche,
Poirier & Chassé en ont chanté les 16les.
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes
Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont,
Chevalier de S. Michel, & Sur-Intendant
de la Musique de la Chambre du Roi, Paroles de
M. Fuselier.
Mlles Lalande, de Selles, Canavas, Chevalier,
& Sainte Reuse, MM. Benoît, Joguet, Besche,
Poirier & Chassé en ont chanté les 16les.
Fermer
129
p. 129
Du 21.
Début :
La Reine, accompagnée de Monseigneur le Dauphin & de Mesdames de France, [...]
Mots clefs :
Reine, Roi, Musique, Église de la paroisse du château de Versailles, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 21.
Du 21.
La Reine, accompagnée de Monseigneur
le Dauphin & de Mesdames de France,
se rendit le 21 à l'Eglise de la paroisse
du Château de Versailles, & sa Majesté y
assista au Te Deum que le Corps de Musi-
que de la Chapelle du Roi y fit chanter,
en action de graces de la nouvelle marque
que Dieu vient de donner au Roi, de sa
protection. L'Evêque de Bayeux, premier
Aumônier de Madame la Dauphine y of-
sicia pontificalement.
La Musique du Motet étoit de l'Abbé
Blanchare, Maître de Musique de la Cha-
pelle du Roi, en quartier.
La Reine, accompagnée de Monseigneur
le Dauphin & de Mesdames de France,
se rendit le 21 à l'Eglise de la paroisse
du Château de Versailles, & sa Majesté y
assista au Te Deum que le Corps de Musi-
que de la Chapelle du Roi y fit chanter,
en action de graces de la nouvelle marque
que Dieu vient de donner au Roi, de sa
protection. L'Evêque de Bayeux, premier
Aumônier de Madame la Dauphine y of-
sicia pontificalement.
La Musique du Motet étoit de l'Abbé
Blanchare, Maître de Musique de la Cha-
pelle du Roi, en quartier.
Fermer
130
p. 161-163
De Parme, le 14 Octobre.
Début :
M. le Marquis de Crussol, Ministre Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don [...]
Mots clefs :
Marquis de Crussol, Parme, Armes, Décoration, Musique, Bal, Sujet, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Parme, le 14 Octobre.
De Parme, le 14 Octobre.
M. le Marquis de Crussol, Ministre
Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don
Philippe, Duc de Parme, célébra Jeudi
14 Octobre, la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, par une fête qu'il
donna dans sa Maison à Colorno: il y
avoit invité la Cour, & la Noblesse du
Pays, qui s'y rendit vers les six heures du
soit; leurs Altesses Royales lui firent aussi
l'honneur d'y venir. On commença par
un feu d'artifice, après lequel, pendant
quon illuminoit la décoration & le jar-
din, les personnes invitées passerent dans
une gallerie bien décorée, à l'extrêmité
de laquelle étoit un orchestre: on exécuta
plusieurs morceaux de musique, & le
Concert finit par une Ode allégorique au
sujet, qui y fut chantée: un Bal masqué, &
un ambigu succéderent à la musique. Le
Bal, ainsi que l'illumination durerent jus-
qu au jour. Il y a eu grande profusion de
rafraîchissemens de toute espéce, & on
distribua pendant toute la nuit au peuple
quantité de viande & de vin devant sa
maison qui étoit illuminée.
La décoration du feu d'artifice tepré-
sentoit une masse de rochers ceintrée en
plan, de l'étendue de cent pieds, dont la
ed by Goc
.
162 MERCUREDEFRANCE.
partie du milieu ouverte, en forme de
grotte rustique, laissoit voir la campagne
qui étoit derriere; sur ces rochers s'éle-
voit une tertasle ornée d'une balustrade,
sur laquelle étoit fondé un Arc-de-triom-
phe a ordte Corinthien, qui faisoit le
sujet principal de l'allégorie; on voyoit
au plus haut de cet Arc, Lucihe appuyée
sut un globe d'azur aux armes de France;
à la droite de cette Déesse, qui étoit assise
sur un groupe de nuée, étoit la Felicité
publique couronnée de fleurs, tenant un
caducée d'or & à sa gauche étoit la Fécon-
dité; sut les flanes de la corniche de l'arc,
du côté droit, étoient placées en perspec-
tive les Armes de Monseigneur le Dau-
phin, & du côté gauche celles de Madame
la Dauphine, éclairées de lumieres trans-
parentes, & entourées de rayons lumi-
neux, ainsi que celle des Armes de Fran-
ee, qui étoient au sommet de l'édifice. A
quatre vingt pieds de hauteur, entre les
colonnes au niveau de leur base, étoient
représentées douze fontaines en niche,
dont l'eau jettée par des dauphins for-
moient une cascade. Sur deux piéd'estaux,
poses au bas des gradins de l'arc, on voyoit
les fleuves de Seine & d'Elbe, appuyés sut
leur urne: cet arc étoit environné de por-
tiques en loges d'ordre Ionique; au-dessus
d by Goe
JANVIER. 1752.
163
du couronnement de la face principale de
ces portiques étoit à la droite la statue de
Mars, se reposant sur ses armes, avec cette
inscription sur sa frise de l'entablement.
Belli & pacis artibus.
Du côté gauche, en parallele à la sta-
tue de Mars, étoit celle de la Paix, te-
nant une corne d'abondance; au dessous
étoit écrite cette inscription:
Gallia felicitati nato.
Au-dessus de la grotte rustique, parois-
foit la Renommée, les aîles étendues, te-
nant de la main droite une trompette, &
de la gauche déployant une banderole,
fur laquelle on lisoit ce vers de Virgile:
En nova progenies coelo demittitur alto.
Deux avenues de pyramides en lumiere
conduisoient, à cet édifice, qui étoit
construit dans le milieu d'un jardin, au-
fond duquel est un paysage qu'on avoit
illuminé, & qu'on voyoit dans le loin-
tain; à travers les portiques, toute la ma-
chine étoit illuminée, comme les décora-
tions de Théatre, & ornée de lustres dans
les arcades de chacun des portiques.
L'Ode suivante est allégorique au sujet
représenté par la décoration, & fut chan-
tée à la fin de la musique, avant que d'en-
trer dans la salle du bal.
M. le Marquis de Crussol, Ministre
Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don
Philippe, Duc de Parme, célébra Jeudi
14 Octobre, la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, par une fête qu'il
donna dans sa Maison à Colorno: il y
avoit invité la Cour, & la Noblesse du
Pays, qui s'y rendit vers les six heures du
soit; leurs Altesses Royales lui firent aussi
l'honneur d'y venir. On commença par
un feu d'artifice, après lequel, pendant
quon illuminoit la décoration & le jar-
din, les personnes invitées passerent dans
une gallerie bien décorée, à l'extrêmité
de laquelle étoit un orchestre: on exécuta
plusieurs morceaux de musique, & le
Concert finit par une Ode allégorique au
sujet, qui y fut chantée: un Bal masqué, &
un ambigu succéderent à la musique. Le
Bal, ainsi que l'illumination durerent jus-
qu au jour. Il y a eu grande profusion de
rafraîchissemens de toute espéce, & on
distribua pendant toute la nuit au peuple
quantité de viande & de vin devant sa
maison qui étoit illuminée.
La décoration du feu d'artifice tepré-
sentoit une masse de rochers ceintrée en
plan, de l'étendue de cent pieds, dont la
ed by Goc
.
162 MERCUREDEFRANCE.
partie du milieu ouverte, en forme de
grotte rustique, laissoit voir la campagne
qui étoit derriere; sur ces rochers s'éle-
voit une tertasle ornée d'une balustrade,
sur laquelle étoit fondé un Arc-de-triom-
phe a ordte Corinthien, qui faisoit le
sujet principal de l'allégorie; on voyoit
au plus haut de cet Arc, Lucihe appuyée
sut un globe d'azur aux armes de France;
à la droite de cette Déesse, qui étoit assise
sur un groupe de nuée, étoit la Felicité
publique couronnée de fleurs, tenant un
caducée d'or & à sa gauche étoit la Fécon-
dité; sut les flanes de la corniche de l'arc,
du côté droit, étoient placées en perspec-
tive les Armes de Monseigneur le Dau-
phin, & du côté gauche celles de Madame
la Dauphine, éclairées de lumieres trans-
parentes, & entourées de rayons lumi-
neux, ainsi que celle des Armes de Fran-
ee, qui étoient au sommet de l'édifice. A
quatre vingt pieds de hauteur, entre les
colonnes au niveau de leur base, étoient
représentées douze fontaines en niche,
dont l'eau jettée par des dauphins for-
moient une cascade. Sur deux piéd'estaux,
poses au bas des gradins de l'arc, on voyoit
les fleuves de Seine & d'Elbe, appuyés sut
leur urne: cet arc étoit environné de por-
tiques en loges d'ordre Ionique; au-dessus
d by Goe
JANVIER. 1752.
163
du couronnement de la face principale de
ces portiques étoit à la droite la statue de
Mars, se reposant sur ses armes, avec cette
inscription sur sa frise de l'entablement.
Belli & pacis artibus.
Du côté gauche, en parallele à la sta-
tue de Mars, étoit celle de la Paix, te-
nant une corne d'abondance; au dessous
étoit écrite cette inscription:
Gallia felicitati nato.
Au-dessus de la grotte rustique, parois-
foit la Renommée, les aîles étendues, te-
nant de la main droite une trompette, &
de la gauche déployant une banderole,
fur laquelle on lisoit ce vers de Virgile:
En nova progenies coelo demittitur alto.
Deux avenues de pyramides en lumiere
conduisoient, à cet édifice, qui étoit
construit dans le milieu d'un jardin, au-
fond duquel est un paysage qu'on avoit
illuminé, & qu'on voyoit dans le loin-
tain; à travers les portiques, toute la ma-
chine étoit illuminée, comme les décora-
tions de Théatre, & ornée de lustres dans
les arcades de chacun des portiques.
L'Ode suivante est allégorique au sujet
représenté par la décoration, & fut chan-
tée à la fin de la musique, avant que d'en-
trer dans la salle du bal.
Fermer
131
p. 193-194
D'Avignon, le 24.
Début :
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent [...]
Mots clefs :
Avignon, Te Deum, Église, Vice-légat, Ville, Musique, Feu d'artifice, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'Avignon, le 24.
D'Avignon, le 24.
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville
ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent
une reconnoissance trop sincère, pour qu'ils
négligent aucune occasion de la faire éclater.
Pendant trois jours consécutifs, il y a eu ici des
rejouissances publiques pour la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne. Le 24 de ce mois,
le Deum fut chanté à plusieurs chœurs de musique
dans l'Eglise Métropolitaine par ordre du Vice-
Légat, qui y assista, étant accompagné de tous
les Tribunaux, ains: que du Corps de-Ville.
Après cette cétémonie, le Vice-Légat, an bruit
d'une décharge d'artillerie, & de plusieurs salves,
de mousqueterie des troupes de la garnison & de
la Milice Bourgeoise, alluma le Buchet qu'on
avoit préparé dans la Place, vis-à vis le Palais.
On tira le soir devant l'Hô el-de Vile un feu
d'artifice, & toutes les rues furent illuininées.
Le 25 & le 26, l'Archevêché, le Corps-de Vil'e
& le Chapitre de l'Eglise Métropolitaive, ont
fait successivement chanter le Te Deum dans cette
Eglise, en action de graces du même évenement.
Chacun de ces deux jours, on a renouvellé les
illuminations, & le : 6 le Corps-de Visse fit tirer.
un seeond seu d'artifice, de beaucoup plus grande
dépense encore que celui du 24. Ces fêtes. furent
terminées par un somptueux repas, que le Vice-
Légat donna à toute la Noblesse. Les, Célestins
dont le Couvent a été fondé par le Roi Charles
VI. out signalé en particulier leur zéle, en faisant
chanter une Messe solemnelle, & le Te Deum en
II. Vol.
tized by Goc
194 MERCUREDEFRANCE.
musique. Le Marquis de Crillon, & le Marquis
d'Aulan, n'ont rien épargné pour marquet leur
joie, & ils se sont distingues surtout par la beauté
des illuminations de leurs Hôtels.
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville
ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent
une reconnoissance trop sincère, pour qu'ils
négligent aucune occasion de la faire éclater.
Pendant trois jours consécutifs, il y a eu ici des
rejouissances publiques pour la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne. Le 24 de ce mois,
le Deum fut chanté à plusieurs chœurs de musique
dans l'Eglise Métropolitaine par ordre du Vice-
Légat, qui y assista, étant accompagné de tous
les Tribunaux, ains: que du Corps de-Ville.
Après cette cétémonie, le Vice-Légat, an bruit
d'une décharge d'artillerie, & de plusieurs salves,
de mousqueterie des troupes de la garnison & de
la Milice Bourgeoise, alluma le Buchet qu'on
avoit préparé dans la Place, vis-à vis le Palais.
On tira le soir devant l'Hô el-de Vile un feu
d'artifice, & toutes les rues furent illuininées.
Le 25 & le 26, l'Archevêché, le Corps-de Vil'e
& le Chapitre de l'Eglise Métropolitaive, ont
fait successivement chanter le Te Deum dans cette
Eglise, en action de graces du même évenement.
Chacun de ces deux jours, on a renouvellé les
illuminations, & le : 6 le Corps-de Visse fit tirer.
un seeond seu d'artifice, de beaucoup plus grande
dépense encore que celui du 24. Ces fêtes. furent
terminées par un somptueux repas, que le Vice-
Légat donna à toute la Noblesse. Les, Célestins
dont le Couvent a été fondé par le Roi Charles
VI. out signalé en particulier leur zéle, en faisant
chanter une Messe solemnelle, & le Te Deum en
II. Vol.
tized by Goc
194 MERCUREDEFRANCE.
musique. Le Marquis de Crillon, & le Marquis
d'Aulan, n'ont rien épargné pour marquet leur
joie, & ils se sont distingues surtout par la beauté
des illuminations de leurs Hôtels.
Fermer
132
p. 190-191
CONCERTS A LA COUR.
Début :
Mois de Janvier. Le Samedi 8. on chanta l'Acte de Zelindor ou du [...]
Mots clefs :
Rôles, Paroles, Musique, Acte, Chanter, Zélindor, Églé, Pygmalion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS A LA COUR.
CONCERTS A LA COUR.
Mois de Janvier.
Le Samedi 8. on chanta l'Acte de Zelindor ou du
Sisphe. Mlles Chevalier & de Selle, MM. Jcliotie
& la Garde, en ont chanté les Roles
Les Paroles de cet acte sont de M. de Moncrif
Lecteur de la Reine, & l'un des 40 de l'Académie
Françoise.
La musique de Mrs Rebel & Francœur, Sur-
Intendans de la musique de la Chambre du
Roi.
Le Lundi 10. on chanta l'Acte d'Eglé; Paroles
de M. de Logeon Secrétaire des com mandemens
FEVRIER.
1752.
191
de son Altesse Sérénissime M. le Comte de Cler-
mont. La musique de M. de la Garde Musicien de
la Chambre du Roi. Mlles Fel & de Selle, & M.
le Chassé en ont chanté les Roles-
Le Samedi 15. on chantal'Acte de Pigmælion
Paroles de M. de la Mothe; musique de
Monsieur Rameeu. Mlles Matthieu & Cana-
vas, & M. Geliotte en ont chanté les Roles.
Mois de Janvier.
Le Samedi 8. on chanta l'Acte de Zelindor ou du
Sisphe. Mlles Chevalier & de Selle, MM. Jcliotie
& la Garde, en ont chanté les Roles
Les Paroles de cet acte sont de M. de Moncrif
Lecteur de la Reine, & l'un des 40 de l'Académie
Françoise.
La musique de Mrs Rebel & Francœur, Sur-
Intendans de la musique de la Chambre du
Roi.
Le Lundi 10. on chanta l'Acte d'Eglé; Paroles
de M. de Logeon Secrétaire des com mandemens
FEVRIER.
1752.
191
de son Altesse Sérénissime M. le Comte de Cler-
mont. La musique de M. de la Garde Musicien de
la Chambre du Roi. Mlles Fel & de Selle, & M.
le Chassé en ont chanté les Roles-
Le Samedi 15. on chantal'Acte de Pigmælion
Paroles de M. de la Mothe; musique de
Monsieur Rameeu. Mlles Matthieu & Cana-
vas, & M. Geliotte en ont chanté les Roles.
Fermer
133
p. 137-147
D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
Début :
Le but de M. Serre dans ses deux réponses étoit apparemment ou de [...]
Mots clefs :
Harmonie, M. de Serre, Mélodie, Mode, Musique, Chant, Chants, Basse, Tierce, Quinte, Nature, Compositeur, Octave, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
BEAUX - ARTS.
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
Fermer
Résumé : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
M. Blainville réagit aux propos de M. de Serre sur les droits de la mélodie et de l'harmonie en musique. Il affirme que la mélodie, issue de l'enchaînement naturel des sons formant les chants, exerce une influence plus puissante sur l'oreille que l'harmonie, qui renforce ces sons par des ajouts. La mélodie, considérée comme naturelle et géniale, précède l'harmonie, fruit de l'expérience et de l'art. Pour illustrer ce point, Blainville cite l'exemple d'un paysan incapable de tolérer un duo de flûtes harmonieux. Il propose une méthode pour former un jeune critique musical en l'entraînant à distinguer plusieurs parties musicales simultanément. Blainville critique ceux qui favorisent les modulations complexes au détriment des mélodies naturelles, mentionnant Geminiani qui composait des adagios en s'inspirant de ses malheurs personnels. Il soutient que la beauté musicale repose sur un chant bien conçu, exprimant force et vérité, et que l'harmonie et les modulations doivent enrichir cette expression. Le texte aborde également les éléments principaux et secondaires dans les arts, soulignant l'importance des éléments fondamentaux pour exprimer l'essence d'une œuvre. Blainville introduit le 'mode mixte', qu'il juge offrant plus de liberté et de variété, approuvé par des experts comme Rousseau de Genève. Il critique l'idéalisation excessive de la musique ancienne et défend son mode mixte comme enrichissant la musique sans altérer ses principes fondamentaux. Il rejette les autres gammes comme trop nuisibles pour la mélodie et l'harmonie. Enfin, Blainville conteste la suppression du mode plagal et pose des questions critiques sur les propositions de M. de Serre concernant les fondamentaux des accords, les intervalles mélodiques et les progressions harmoniques. Il demande des explications plus claires et accessibles pour les musiciens moins érudits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
134
p. 163-174
EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
Début :
COLIN. M. Jeliotte. COLETTE. Mlle Fel. LE DEVIN. M. Cuvillier. [...]
Mots clefs :
Colin, Colette, Devin, Coeur, Amour, Bonheur, Divertissement, Berger, Musique, Intermède, Village, Aimer, Serviteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
EXTRAIT
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
Fermer
135
p. 163-171
CONCERTS SPIRITUELS.
Début :
Le Concert a attiré plus de monde dans la quinzaine de Pâques, qu'il ne [...]
Mots clefs :
Motet à grand choeur, Concert, Chanter, Motet, Musique, Jouer, M. Mondoville, Symphonie, Morceaux, Concerto, Petit motet, Chapelle, Salve Regina, Jean-Jacques Rousseau, M. Carminati
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS.
CONCERTS SPIRITUELS.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Fermer
Résumé : CONCERTS SPIRITUELS.
Durant la quinzaine de Pâques, les concerts spirituels ont attiré un public nombreux grâce à la qualité des œuvres et aux choix des directeurs. Plusieurs concerts mémorables ont été organisés. Le dimanche de la Passion, le concert a commencé par une symphonie et le motet 'Deus, venerunt gentes' de M. Fanton, mal exécuté. M. Albanese a chanté des morceaux italiens, et M. Carminati a joué un concerto de violon apprécié. Le concert s'est terminé par 'Bonum est' de M. Mondonville. Le vendredi de la Passion, le concert a débuté avec une ouverture de M. Martin et le motet 'De profundis' de M. Mion, qui n'a pas réussi. M. Carminati et M. Albanese ont interprété des morceaux italiens, et le concert s'est conclu par 'Magnus Dominus' de M. Mondonville. Le dimanche des Rameaux, le concert a commencé par une symphonie et le motet 'Cantate Domino' de M. Martin. M. Richer a chanté une ariette de l'Abbé Blanchard, et le concert s'est terminé par 'De profundis' de M. Mondonville. Le lundi suivant, le 'Stabat mater' de Pergolèse a été présenté pour la première fois, apprécié notamment pour son prélude et le 'Stabat Mater en Duo'. Du 1 au 17 juin 1753, plusieurs concerts ont été organisés, souvent commençant par des symphonies. Le 'Stabat Mater' de Pergolèse a été interprété par MM. Dotta et Albanese. Mlle Davaux a débuté avec 'Magna est gloria ejus' du motet 'Domine in virtute tua' de Lalande, et a été saluée pour sa voix. Mlle Fel a chanté 'Salve Regina' de Rousseau. Les concerts ont inclus des œuvres de divers compositeurs tels que Gilles, Madin, Mondonville, Mouret, et Davelne. Des solistes comme M. Carminati, M. Gaviniés, et M. Taillard ont joué des concertos. Le programme variait chaque jour, incluant des motets, des cantates, et des airs italiens. Le succès du 'Stabat' a été notable, avec des représentations supplémentaires demandées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
136
p. 163-169
Méthode du Bureau typographique pour la Musique. Par M. Dumas.
Début :
Cette invention qui date de l'année derniere, a eu des censeurs & des partisans [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Musique, Leçons, Louis Dumas, Tons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Méthode du Bureau typographique pour la Musique. Par M. Dumas.
Méthode du Bureau typographique pour la
Mufique. Par M. Dumas.
ETTE invention qui date de l'année
derniere , a eu des cenfeurs & des partifans
. Nous allons difcuter avec impartialité
les raifons des uns & des autres . Il
réfultera de cet examen une lumiere fuffifante
pour mettre nos lecteurs en état de
prononcer.
On impute à la méthode que nous annonçons
, 1. un ordre brouillé dans fa
diftribution. 2°. On prétend qu'elle exige
dix années d'étude . 3 ° . On croit trouver
la caufe de cette perte de tems dans les
opérations de double emploi dans les leçons.
4. On dit la dépenſe du bureau indifpenfable
à toute perfonne pour apprendre
la Mufique . Voici la réponſe à ces objections.
Le Bureau typographique eft divifé en
trois parties. La premiere contient les élémens
de la Mufique renfermés dans trois
colonnes. La feconde parcourt dix- huit colonnes
, qui contiennent les cartes fervant
à l'ufage convenable pour tracer les leçons
notées dans la méthode. La troifieme remplit
les neuf dernieres colonnes , qui font
voir la preuve du progrès que l'on doit
164 MERCURE DE FRANCE.
avoir fait lorfqu'on y eft parvenu ; & enfin
la méthode de chanter dans la partition.
On a vû jufqu'à préfent au commencement
du livre de M. Dumas , une grande
carte qui préfentoit le plan général de fon
entrepriſe : elle fera fupprimée à l'avenir ,
pour ôter le prétexte qu'on a pris de faire
entendre au public la néceffité de la comprendre
pour apprendre la Mufique.
Dans la premiere divifion , on trouve
à la premiere colonne les inftructions concernant
l'ufage des deux tables qui renferment
les monofyllabes ainfi rangées en forme
d'échelle , la , fi , ut , re , mi , fa , fol,
la , qui donnent à entendre par les plans
fuivans , qu'il s'agit dans la Mufique de dégrès
& d'intervalles pour diftinguer les
fons , & pour enfeigner le premier langage
qui les caracteriſe .
La feconde colonne contient les inftruc
tions du détail de la portée muficale . L'on
y voit l'application des mêmes monofyllabes
pour enfeigner à un éleve le nom de
chacun de fes dégrès & du fon qu'il indique.
On y voit fucceffivement les huit pofitions
des trois clefs de la Mufique , le
tout en ordre dans chaque cafe , qui forme
le plan général de cette colonne . L'Auteur
a la fatisfaction de voir que par ces
fimples monofyllabes fes éleves forment
C
DECEMBRE. 1754. 165
aifément toute efpece de fons , tant natu
rels que tranfpofés , foit en montant ou en
defcendant , par les échelles des deux tons
naturels d'a-mi-la & de c-fol- ut , avantage
qui eft de la derniere conféquence.
La troifieme colonne fubftitue les notes
de la Musique aux monofyllabes que l'on
vient de pratiquer fur la portée . On y fait
connoître leur valeur par leurs différentes
figures & par un détail très bien circonftancié.
L'Auteur n'a pas négligé de fimplifier
le moyen important de rendre fenfible
l'application du mouvement convenable à
chaque note de différente figure . Dans cette
vûe il a eu recours aux monofyllabes
dont nous avons parlé . Il fuffit de les lire.
dans l'ordre qu'il preferit , pour remporter
en peu de tems tout ce qu'il y a de plus
difficile à apprendre dans les commencemens
de la Mufique par toute autre voie .
Voilà qui ne s'accorde pas avec l'imputation
d'une méthode brouillée dans fa
diftribution , non plus qu'avec les dix années
d'étude , puifqu'on apprend dans cette
méthode à pratiquer par de fimples mo
nofyllabes , 1. la nomination hardie des
notes . 2 °. La formation des fons , tant na
turels que tranfpofés . 3 ° . Enfin les mouvemens
précis & convenables à toutes les
166 MERCURE DE FRANCE.
différentes valeurs de notes . Ces difficultés
levées , le reste de la méthode devient un
amufement.
La feconde divifion compriſe dans dixhuit
colonnes , renferme le moyen de pratiquer
un premier cours de leçons dans les
tons naturels & tranfpofés , ainfi que dans
leur mode , pour perfectionner un éleve
dans tout ce qu'il vient d'apprendre par les
monofyllabes , je veux dire , la plus parfaite
exécution , tant du chant que des
mouvemens qu'il puiffe acquerir felon les
fignes de mefures , tant fimples que compofés.
L'accufation du double emploi qu'on
prétend être dans les leçons de M. Dumas ,
nous paroît hazardée par des perfonnes
qui n'ont pas fenti que la leçon naturelle
que l'Auteur place au-deffous d'une autre
leçon tranfpofée , doit fervir à un éleve
de modele dans la progreffion de fon échelle
. D'ailleurs , il a prétendu favorifer les
perfonnes qui ne font pas dans l'ufage ou
l'habitude de chanter fans tranſpoſer .
-
Les nouvelles tables que M. Dumas préfente
ici touchant les tranfpofitions & leur
origine , nous paroiffent d'un très bon
ufage , fur-tout celles par lefquelles il en
feigne la Mufique à toutes perfonnes , quelle
voix qu'elles ayent , par le moyen d'une
feule clef.
DECEMBRE. 1754. 167
L'Auteur donne des regles diftribuées
par leçons dans l'ordre de demandes & de
réponſes , qui traitent non feulement des
tranfpofitions , mais encore des principes
fondamentaux de la Mufique , que tout habile
concertant ne doit pas ignorer , ce qui
n'a jamais été donné au public. Il fait précéder
les deux tables qui préfentent l'origine
des tranfpofitions , dans les exemplaires
qu'il délivre à préfent , par des inftructions
qui démontrent certains défauts où
l'on eft tombé pour n'avoir pas encore fait
attention au principe qui les établit. Il
donne enfuite la maniere de remédier à
ces défauts.
Il termine enfin cette feconde partie par
les régles , qui font connoître les tons naturels
& tranfpofés à l'afpect de la clef & des
tranfpofitions , lorfqu'elles lui font appliquées
, & non par la derniere note d'une
leçon. Ce qui lui a donné lieu de repréfenter
un plan des douze demi-tons , qui
porte la preuve des inftructions qu'il y a
établi ; comme auffi celle des vingt - quatre
tons que la Mufique renferme .
Par les deux tables fuivantes il donne la
derniere conviction de la véritable quantité
de dièzes & de bémols qui convient
aux tons ; la relation tonique qu'elles font
voir , en eft la preuve. Elles font établies
168 MERCURE DE FRANCE.
avec tant de folidité & de lumiere qu'elles
donnent le moyen de baiffer ou d'élever
une piece de Mufique un demi- ton plus
haut ou plus bas qu'elle n'a été compoſée.
Enfin la troifieme divifion qui parcourt
les neuf dernieres colonnes du Bureau ,
contient un fecond cours de leçons de Mufique
, qui fervent de preuve au progrès
qu'on doit avoir fait lorfqu'on y eft parvenu
. Ici on apprend à chanter , comme on
appelle improprement , fans tranfpofer,
Nous difons improprement , parce qu'il paroft
avec évidence que la tranfpofition eft
inféparable du chant , & qu'il n'y a que là
lecture qui puiffe être naturelle. Le progrès
en queftion confifte à fçavoir appliquer la
clef & la tranfpofition convenable à ces
leçons , comme auffi les fignes de meſures.
Il y a encore deux tables à la fin du livre ,
par lesquelles on peut élever ou baiffer
toutes les leçons de ce fecond cours , dans
tous les tons de la Mufique.
Il ne refte donc plus qu'à refuter la prétendue
néceffité de faire la dépenfe du Bureau,
pour apprendre la Mufique. Voici
comment s'exprime l'Auteur dans le feuillet
de fa méthode qui précéde la grande carte.
L'ufage du Bureau ayant été imaginé en faveur
de la jeuneffe , les perfonnes plus avancées
en âge peuvent parfaitement apprendre
La
1
Σ
DECEMBRE.
17540 169
la Mufique par le feul fecours de la méthode,
& c .
Nous croyons ce que nous venons de
dire fuffifant pour déterminer les parens
qui veulent que leurs enfans apprennent
la Mufique , à fe fervir de la méthode ingénieufe
& raifonnable de M. Dumas. Elle
fe vend vingt livres : on ne la trouve que
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis - à- vis
les Charniers , la porte cochere entre la
Communauté des Prêtres , & les Soeurs
grifes de S. Euftache .
Mufique. Par M. Dumas.
ETTE invention qui date de l'année
derniere , a eu des cenfeurs & des partifans
. Nous allons difcuter avec impartialité
les raifons des uns & des autres . Il
réfultera de cet examen une lumiere fuffifante
pour mettre nos lecteurs en état de
prononcer.
On impute à la méthode que nous annonçons
, 1. un ordre brouillé dans fa
diftribution. 2°. On prétend qu'elle exige
dix années d'étude . 3 ° . On croit trouver
la caufe de cette perte de tems dans les
opérations de double emploi dans les leçons.
4. On dit la dépenſe du bureau indifpenfable
à toute perfonne pour apprendre
la Mufique . Voici la réponſe à ces objections.
Le Bureau typographique eft divifé en
trois parties. La premiere contient les élémens
de la Mufique renfermés dans trois
colonnes. La feconde parcourt dix- huit colonnes
, qui contiennent les cartes fervant
à l'ufage convenable pour tracer les leçons
notées dans la méthode. La troifieme remplit
les neuf dernieres colonnes , qui font
voir la preuve du progrès que l'on doit
164 MERCURE DE FRANCE.
avoir fait lorfqu'on y eft parvenu ; & enfin
la méthode de chanter dans la partition.
On a vû jufqu'à préfent au commencement
du livre de M. Dumas , une grande
carte qui préfentoit le plan général de fon
entrepriſe : elle fera fupprimée à l'avenir ,
pour ôter le prétexte qu'on a pris de faire
entendre au public la néceffité de la comprendre
pour apprendre la Mufique.
Dans la premiere divifion , on trouve
à la premiere colonne les inftructions concernant
l'ufage des deux tables qui renferment
les monofyllabes ainfi rangées en forme
d'échelle , la , fi , ut , re , mi , fa , fol,
la , qui donnent à entendre par les plans
fuivans , qu'il s'agit dans la Mufique de dégrès
& d'intervalles pour diftinguer les
fons , & pour enfeigner le premier langage
qui les caracteriſe .
La feconde colonne contient les inftruc
tions du détail de la portée muficale . L'on
y voit l'application des mêmes monofyllabes
pour enfeigner à un éleve le nom de
chacun de fes dégrès & du fon qu'il indique.
On y voit fucceffivement les huit pofitions
des trois clefs de la Mufique , le
tout en ordre dans chaque cafe , qui forme
le plan général de cette colonne . L'Auteur
a la fatisfaction de voir que par ces
fimples monofyllabes fes éleves forment
C
DECEMBRE. 1754. 165
aifément toute efpece de fons , tant natu
rels que tranfpofés , foit en montant ou en
defcendant , par les échelles des deux tons
naturels d'a-mi-la & de c-fol- ut , avantage
qui eft de la derniere conféquence.
La troifieme colonne fubftitue les notes
de la Musique aux monofyllabes que l'on
vient de pratiquer fur la portée . On y fait
connoître leur valeur par leurs différentes
figures & par un détail très bien circonftancié.
L'Auteur n'a pas négligé de fimplifier
le moyen important de rendre fenfible
l'application du mouvement convenable à
chaque note de différente figure . Dans cette
vûe il a eu recours aux monofyllabes
dont nous avons parlé . Il fuffit de les lire.
dans l'ordre qu'il preferit , pour remporter
en peu de tems tout ce qu'il y a de plus
difficile à apprendre dans les commencemens
de la Mufique par toute autre voie .
Voilà qui ne s'accorde pas avec l'imputation
d'une méthode brouillée dans fa
diftribution , non plus qu'avec les dix années
d'étude , puifqu'on apprend dans cette
méthode à pratiquer par de fimples mo
nofyllabes , 1. la nomination hardie des
notes . 2 °. La formation des fons , tant na
turels que tranfpofés . 3 ° . Enfin les mouvemens
précis & convenables à toutes les
166 MERCURE DE FRANCE.
différentes valeurs de notes . Ces difficultés
levées , le reste de la méthode devient un
amufement.
La feconde divifion compriſe dans dixhuit
colonnes , renferme le moyen de pratiquer
un premier cours de leçons dans les
tons naturels & tranfpofés , ainfi que dans
leur mode , pour perfectionner un éleve
dans tout ce qu'il vient d'apprendre par les
monofyllabes , je veux dire , la plus parfaite
exécution , tant du chant que des
mouvemens qu'il puiffe acquerir felon les
fignes de mefures , tant fimples que compofés.
L'accufation du double emploi qu'on
prétend être dans les leçons de M. Dumas ,
nous paroît hazardée par des perfonnes
qui n'ont pas fenti que la leçon naturelle
que l'Auteur place au-deffous d'une autre
leçon tranfpofée , doit fervir à un éleve
de modele dans la progreffion de fon échelle
. D'ailleurs , il a prétendu favorifer les
perfonnes qui ne font pas dans l'ufage ou
l'habitude de chanter fans tranſpoſer .
-
Les nouvelles tables que M. Dumas préfente
ici touchant les tranfpofitions & leur
origine , nous paroiffent d'un très bon
ufage , fur-tout celles par lefquelles il en
feigne la Mufique à toutes perfonnes , quelle
voix qu'elles ayent , par le moyen d'une
feule clef.
DECEMBRE. 1754. 167
L'Auteur donne des regles diftribuées
par leçons dans l'ordre de demandes & de
réponſes , qui traitent non feulement des
tranfpofitions , mais encore des principes
fondamentaux de la Mufique , que tout habile
concertant ne doit pas ignorer , ce qui
n'a jamais été donné au public. Il fait précéder
les deux tables qui préfentent l'origine
des tranfpofitions , dans les exemplaires
qu'il délivre à préfent , par des inftructions
qui démontrent certains défauts où
l'on eft tombé pour n'avoir pas encore fait
attention au principe qui les établit. Il
donne enfuite la maniere de remédier à
ces défauts.
Il termine enfin cette feconde partie par
les régles , qui font connoître les tons naturels
& tranfpofés à l'afpect de la clef & des
tranfpofitions , lorfqu'elles lui font appliquées
, & non par la derniere note d'une
leçon. Ce qui lui a donné lieu de repréfenter
un plan des douze demi-tons , qui
porte la preuve des inftructions qu'il y a
établi ; comme auffi celle des vingt - quatre
tons que la Mufique renferme .
Par les deux tables fuivantes il donne la
derniere conviction de la véritable quantité
de dièzes & de bémols qui convient
aux tons ; la relation tonique qu'elles font
voir , en eft la preuve. Elles font établies
168 MERCURE DE FRANCE.
avec tant de folidité & de lumiere qu'elles
donnent le moyen de baiffer ou d'élever
une piece de Mufique un demi- ton plus
haut ou plus bas qu'elle n'a été compoſée.
Enfin la troifieme divifion qui parcourt
les neuf dernieres colonnes du Bureau ,
contient un fecond cours de leçons de Mufique
, qui fervent de preuve au progrès
qu'on doit avoir fait lorfqu'on y eft parvenu
. Ici on apprend à chanter , comme on
appelle improprement , fans tranfpofer,
Nous difons improprement , parce qu'il paroft
avec évidence que la tranfpofition eft
inféparable du chant , & qu'il n'y a que là
lecture qui puiffe être naturelle. Le progrès
en queftion confifte à fçavoir appliquer la
clef & la tranfpofition convenable à ces
leçons , comme auffi les fignes de meſures.
Il y a encore deux tables à la fin du livre ,
par lesquelles on peut élever ou baiffer
toutes les leçons de ce fecond cours , dans
tous les tons de la Mufique.
Il ne refte donc plus qu'à refuter la prétendue
néceffité de faire la dépenfe du Bureau,
pour apprendre la Mufique. Voici
comment s'exprime l'Auteur dans le feuillet
de fa méthode qui précéde la grande carte.
L'ufage du Bureau ayant été imaginé en faveur
de la jeuneffe , les perfonnes plus avancées
en âge peuvent parfaitement apprendre
La
1
Σ
DECEMBRE.
17540 169
la Mufique par le feul fecours de la méthode,
& c .
Nous croyons ce que nous venons de
dire fuffifant pour déterminer les parens
qui veulent que leurs enfans apprennent
la Mufique , à fe fervir de la méthode ingénieufe
& raifonnable de M. Dumas. Elle
fe vend vingt livres : on ne la trouve que
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis - à- vis
les Charniers , la porte cochere entre la
Communauté des Prêtres , & les Soeurs
grifes de S. Euftache .
Fermer
Résumé : Méthode du Bureau typographique pour la Musique. Par M. Dumas.
Le texte décrit la méthode du Bureau typographique pour la musique, inventée par M. Dumas l'année précédente. Cette méthode a suscité des critiques et des partisans, et l'auteur se propose de discuter impartialement des arguments des deux camps. Les principales objections à la méthode sont un ordre brouillé dans la distribution, une durée d'étude de dix années, des opérations de double emploi dans les leçons, et une dépense jugée indispensable pour apprendre la musique. Le Bureau typographique est divisé en trois parties. La première contient les éléments de la musique répartis en trois colonnes. La deuxième, en dix-huit colonnes, présente les cartes pour tracer les leçons notées dans la méthode. La troisième, en neuf colonnes, montre la preuve du progrès réalisé et la méthode de chanter dans la partition. La première division inclut des instructions sur l'usage des monofyllabes (la, si, ut, re, mi, fa, sol, la) pour enseigner les degrés et intervalles musicaux. La deuxième colonne détaille la portée musicale et les positions des clefs. La troisième colonne substitue les notes de musique aux monofyllabes et explique leur valeur. La deuxième division, en dix-huit colonnes, propose un premier cours de leçons dans les tons naturels et transposés, ainsi que dans leur mode, pour perfectionner l'élève. L'accusation de double emploi est réfutée par l'auteur, qui explique que les leçons naturelles servent de modèle pour la progression. La troisième division, en neuf colonnes, offre un second cours de leçons pour prouver le progrès réalisé. Elle enseigne à chanter sans transposer, bien que la transposition soit considérée comme indispensable au chant. Enfin, l'auteur réfute la nécessité de dépenser pour le Bureau, affirmant que la méthode peut être apprise seule. La méthode se vend vingt livres et est disponible chez l'auteur à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
137
p. 169-171
« L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...] »
Début :
L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...]
Mots clefs :
Rousseau, Musique, Impartialité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...] »
L'IMPARTIALITÉ fur la mufique . Epître
à M. Jean -Jacques Rouffeau de Genêve ;
par M. D. B. 1754. in-4 ° . pp . 36.
» Deux objets partagent cet ouvrage ,
» dit-on dans l'avertiffement . On y répond
» aux principaux reproches que M. Rouf-
" feau fait à la mufique Françoife , & l'on
"y prouve que nos compofiteurs ont tous
» les talens qui caractérisent les grands
» maîtres. Les reproches qu'on fait à notre
mufique font , 1 ° . qu'elle eft afſociée
avec une langue qui ne lui eft point
favorable ; 2 ° . qu'elle eft trop monotone ;
» 3 ° . qu'elle eſt peu naturelle ; 4° . que
» les étrangers ne la goûtent point ; 5 °.
» qu'elle est bien moins parfaite que celle
» des Italiens ; 6°. qu'elle n'exifte point ,
1. Fol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
33
» ni ne peut exifter. Voilà le plan de la
premiere partie. On démontre dans la
»feconde , que les compofiteurs François
» 1 °. ont approfondi les principes de la
mufique ; 2 °. qu'ils ont faifi le goût de
» la nation ; 3 ° . qu'ils font doués du génie
» mufical ; 4° . qu'ils poffedent dans le plus
» haut dégré le talent de l'expreffion.
Voici comment finit ce Poëme , dans lequel
il y a beaucoup de morceaux heureux ,
Non , Jean-Jacque , à ton coeur je rends trop de
juſtice ;
De tes préventions fais donc le facrifice ,
Et conviens que dans l'art des fons harmonieux ;
Le François dès long - tems infpiré par les Dieux ;
Partage avec fuccès les dons de Polymnie ;
Que le goût , le talent , le fçavoir , le génie
Sont l'appanage heureux dont il fut enrichi :
Que des vains préjugés fagement affranchi ,
Il faifit le vrai beau par tout où la nature
En offre à fes regards la frappante peinture ;
Qu'il chérit les talens ' , même dans ſes rivaux ;
Et que des plus grands traits décorant fes travaux
En tout genre il créa de fublimes merveilles.
Ces chefs-d'oeuvres brillans , fruits de fes doctes
veilles ,
Par l'ordre d'Apollon , dans d'immortels concerts,
A nos derniers neveux feront encore offerts.
Telle ,malgré l'effort de la jaloufe envie ,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
λαπρία
Parla
Répan
THE
NEW
YORK
PUBLIC J
Je
En
M
DECEMBRE . 1754.
Aux piéges de l'erreur la vérité ravie ,
Par la vivacité de fes feux éclatans ,
Répandra fa fplendeur même au-delà des tems.
à M. Jean -Jacques Rouffeau de Genêve ;
par M. D. B. 1754. in-4 ° . pp . 36.
» Deux objets partagent cet ouvrage ,
» dit-on dans l'avertiffement . On y répond
» aux principaux reproches que M. Rouf-
" feau fait à la mufique Françoife , & l'on
"y prouve que nos compofiteurs ont tous
» les talens qui caractérisent les grands
» maîtres. Les reproches qu'on fait à notre
mufique font , 1 ° . qu'elle eft afſociée
avec une langue qui ne lui eft point
favorable ; 2 ° . qu'elle eft trop monotone ;
» 3 ° . qu'elle eſt peu naturelle ; 4° . que
» les étrangers ne la goûtent point ; 5 °.
» qu'elle est bien moins parfaite que celle
» des Italiens ; 6°. qu'elle n'exifte point ,
1. Fol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
33
» ni ne peut exifter. Voilà le plan de la
premiere partie. On démontre dans la
»feconde , que les compofiteurs François
» 1 °. ont approfondi les principes de la
mufique ; 2 °. qu'ils ont faifi le goût de
» la nation ; 3 ° . qu'ils font doués du génie
» mufical ; 4° . qu'ils poffedent dans le plus
» haut dégré le talent de l'expreffion.
Voici comment finit ce Poëme , dans lequel
il y a beaucoup de morceaux heureux ,
Non , Jean-Jacque , à ton coeur je rends trop de
juſtice ;
De tes préventions fais donc le facrifice ,
Et conviens que dans l'art des fons harmonieux ;
Le François dès long - tems infpiré par les Dieux ;
Partage avec fuccès les dons de Polymnie ;
Que le goût , le talent , le fçavoir , le génie
Sont l'appanage heureux dont il fut enrichi :
Que des vains préjugés fagement affranchi ,
Il faifit le vrai beau par tout où la nature
En offre à fes regards la frappante peinture ;
Qu'il chérit les talens ' , même dans ſes rivaux ;
Et que des plus grands traits décorant fes travaux
En tout genre il créa de fublimes merveilles.
Ces chefs-d'oeuvres brillans , fruits de fes doctes
veilles ,
Par l'ordre d'Apollon , dans d'immortels concerts,
A nos derniers neveux feront encore offerts.
Telle ,malgré l'effort de la jaloufe envie ,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
λαπρία
Parla
Répan
THE
NEW
YORK
PUBLIC J
Je
En
M
DECEMBRE . 1754.
Aux piéges de l'erreur la vérité ravie ,
Par la vivacité de fes feux éclatans ,
Répandra fa fplendeur même au-delà des tems.
Fermer
Résumé : « L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...] »
L'ouvrage 'L'IMPARTIALITÉ fur la mufique', publié en 1754, est adressé à Jean-Jacques Rousseau et répond à ses critiques sur la musique française. Rousseau reproche à cette musique son association avec une langue défavorable, sa monotonie, son manque de naturalité, son absence de reconnaissance internationale et son infériorité par rapport à la musique italienne. La première partie du livre réfute ces critiques, tandis que la seconde met en avant les talents des compositeurs français. Ces derniers sont loués pour leur maîtrise des principes musicaux, leur capacité à refléter le goût national, leur génie musical et leur talent d'expression. Le poème conclut en affirmant que la musique française, inspirée par les dieux, partage les dons de Polymnie et produit des œuvres immortelles, malgré les préjugés et la jalousie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
138
p. 8-14
REFLEXIONS SUR LE GOUT.
Début :
La décadence du goût contre laquelle on avoit commencé à s'élever sur les [...]
Mots clefs :
Goût, Réflexions, Luxe, Talents, Musique, Poésie, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS SUR LE GOUT.
REFLEXIONS
SUR LE GOU T.
A décadence du goût contre laquelle
L'on
on avoit commencé à s'élever fur les
dernieres années de Louis XIV , eft aujourd'hui
fenfible. La fcience eft devenue
portative , elle eft renfermée dans cinq
ou fix volumes in- 12 : on pourroit prédans
peu
elle ne formera qu'un
fumer que
almanach
.
M. de Voltaire fait à Colmar des livres
qui demeurent inconnus , ou ne parviennent
pas au -delà de Thanne & de Scheleftat
. Il continue à fon aife fes Annales de
l'Empire & fon Hiftoire univerfelle , fans
qu'on s'en embarraffe ; le titre même de
fes autres ouvrages eft ignoré.
Il ne paroit prefque plus de plus de livres
nouveaux. L'Auteur ou l'Imprimeur s'y
ruinent , felon que les frais de l'impreffion
tombent fur l'un ou fur l'autre .
La plupart des arts utiles ne fe confervent
que par la routine des vieux ouvriers ;
* Il me femble qu'on ne doit pas fe plaindre de
la quantité ni du débit ; c'eft fur la qualité qu'on
peut fe récrier.
AVRIL. 1755.
•
c'eft fur de tels appuis que roulent nos
manufactures. Les directeurs & les maîtres
ne fçauroient pas conduire leurs travaux
.
+
On fe plaint généralement du peu de
vigueur qu'on voit aujourd'hui dans la
circulation du commerce : il faudroit fe
plaindre du peu d'amour qu'on a pour les
arts * .
La recherche des commodités de la vie
& la jouiffance des plaifirs délicats font
devenues une occupation férieufe , & femblent
confondre prefque tous les états.
Quand un Artiſte a travaillé pour les
commodités d'autrui , il abandonne fon
talent , & emploie fon gain à faire travailler
pour les fiennes .
Les fages politiques qui ont cherché à
introduire le luxe , ont mal réuffi ....
( Пy a ici une lacune ) . ༡
L'excès du luxe ne peut pas nuire ;
cela n'eft vrai en bonne politique qu'en
fuppofant qu'an Marchand qui tiendra
table ouverte & donnera des concerts
ne fermera pas fa boutique ; qu'un Tailleur
qui roulera carroffe , ne ceffera pas
de faire des habits * ; mais le nombre des
Je crois que cette partie eft très- cultivée à
bien des égards .
* Le fameux P .... fait plus d'habits & d'envois
* A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ouvriers diminuant tous les jours , on eft
obligé d'augmenter le prix des marchandifes'
, & là même d'en rendre la confompar
mation plus difficile . Rien ne prouve mieux
la richeffe d'un Etat , ou la circulation du
commerce , que le bon marché auquel on
achete tout ce qui fert aux befoins & aux
commodités de la vie . * Ainfi l'abus du
luxe ne confifte pas en ce qu'on dépenfe
trop ; mais en ce que , par un faux éclat
qu'on attache au luxe , on méprife , ou du
moins on délaiffe les arts , & on ne travaille
pas affez .
Le rapport intime d'un luxe exceffif
avec la décadence des arts , eft une de ces
vérités qui ne font pas affez connues ; les
conféquences de l'un à l'autre ne font
pas
auffi éloignées qu'elles le paroiffent.
A peine a-t- on acquis un état au-deffus
du commun du peuple , qu'on afpire à
fentir toute la fineffe que l'imagination a
inventée dans les plaifirs de pur agrément.
On veut être auffi -tôt Peintre , Poëte &
qu'il n'en a jamais faits , quoiqu'il ait depuis longtems
équipage , & le nombre de fes garçons augmente
toutes les années.
* Les provinces de France où on vit à meilleur
compte , font au contraire les moins riches , &
c'eft dans les villes où le commerce fleurit le
plus , que tout eft le plus cher.
AVRIL. 1755. II
Muficien : on aime ces talens , parce qu'ils
font rares , & qu'ils fervent beaucoup à la
parure de l'efprit : auffi nous donnent - ils
lieu de connoître la meſure des lumieres
générales , & la trempe du goût .
Rien n'eft plus commun que de trouver
ce qu'on appelle des connoiffeurs en Peinture
, en Poëfie & en Mufique , mais on
trouve rarement des gens qui fçachent
diftinguer feulement un tableau de Raphael
d'avec un de Teniers ; on parle de
coloris & de coftume fans fçavoir ce que
ces mots fignifient . En voici la preuve.
Vanloo ou Reftout trouveront deux mille
livres d'un ouvrage qui leur aura coûté
un an de travail : un barbouilleur de cabinets
& d'alcoves gagnera dix ou douze
mille livres dans cet intervalle. Tout Paris
s'empreffera de voir des peintures groffieres
qui tapifferont le bureau ou la falle
à manger d'un particulier * ; peu de monde
ira vifiter des chefs- d'oeuvres expofés au
vieux Louvre.
On fe pique de fe connoître en poëfie ,
& de l'aimer. M. de Crébillon donne une
tragédie nouvelle ; on en parle le premier
jour à un fouper : d'ailleurs on n'eft pas au
* Cette accufation eft exagérée . Le public a
couru voir en foule les tableaux expoſés dans le
dernier fallon.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
tant affecté de cet événement qu'on l'étoit
autrefois d'un quatrain de Benferade.
On s'attache encore plus à prouver fon
goût pour la mufique ; cependant l'auteur
de Titon & l'Aurore expofe au goût du
public une Paftorale languedocienne ; on
la trouve d'abord froide , languiffante , &
d'une bizarrerie infoutenable ; la falle du
fpectacle eft deferte pendant un tems.
Quelques perfonnes dont le bon goût ne
peut être contredit , ayant difcerné la tendreffe
naïve & touchante qui regne dans
cet agréable ouvrage , en ont empêché la
chûte.
Théfée fervira mieux d'exemple . En
vain les bons juges ont admiré la profonde
harmonie de cet Opéra mâle & vigoureux ,
ils n'ont pu garantir Lulli de l'infulte qu'on
a faite à fes cendres. On a écouté de fangfroid
les fons raviffans de la charmante
Fel & de l'incomparable Jeliotte , les nobles
tranfports de Mlle Chevalier , & les
reftes précieux des accens majestueux de
Chaffe ; à peine a-t-on encouragé par quelques
applaudiffemens Mlle Davaux , qui
par les progrès qu'elle a faits depuis quel
que tems , donne de fi grandes efpérances.
La mufique de Lulli a été goutée par trop
de monde ; c'est pourquoi elle ne l'eft plus
AVRIL. 1755.
13
tant aujourd'hui . S'il étoit auffi facile
d'acquerir les talens que de fe revêtir d'une
nouvelle parure , les arts changeroient
comme les modes ; le nombre des connoiffeurs
fe multiplieroit avec rapidité ; &
comme pour un bon connoiffeur il y en a
cent de mauvais , le goût feroit immolé ,
plutôt qu'il ne l'eft , à la pluralité des fuffrages
: car il ne faut pas croire ce qui fe
dit vulgairement , que les changemens du
goût font le fruit de l'inconftance ; nous
devons dire au contraire , que l'inconf
tance eft l'afyle du goût . La délicateſſe &
la fenfibilité qui le caractériſent , le rendent
incompatible avec cette foule tranchante
d'afpirans préfomptueux dont il eft affiégé :
il fuit , il fe déguife , il invente ; mais
toujours également pourfuivi , il eft contraint
de céder à la force , il difparoît.
La face de la terre fe couvre de ténébres.
A des fiécles éclairés fuccédent des
tems de barbarie , où les hommes connoiffent
à peine les loix de l'humanité. L'hiftoire
nous a laiffé deux époques d'un pareil
defordre qu'il feroit à fouhaiter que
la postérité n'eût pas à nous accufer d'avoir
commencé la troifiéme ! Pour éviter
cette accufation , nous ne fçaurions trop
nous attacher à connoître les véritables
talens , & à n'honorer & à ne récompen14
MERCURE DE FRANCE.
fer que ceux -là . Bien des perfonnes qui
vivent dans le découragement , feront valoir
des talens qu'ils facrifient à l'incerti
tude des récompenfes : nous mettrons un
frein au mauvais goût , ceux qui n'auront
point de talent pour un genre en embrafferont
quelque autre qui leur fera profitable,
&
peu à pen
, chacun
rentrant
dans
fa
fphere & confultant fon génie , travaillera
pour fa patrie en travaillant pour lui-même.
SUR LE GOU T.
A décadence du goût contre laquelle
L'on
on avoit commencé à s'élever fur les
dernieres années de Louis XIV , eft aujourd'hui
fenfible. La fcience eft devenue
portative , elle eft renfermée dans cinq
ou fix volumes in- 12 : on pourroit prédans
peu
elle ne formera qu'un
fumer que
almanach
.
M. de Voltaire fait à Colmar des livres
qui demeurent inconnus , ou ne parviennent
pas au -delà de Thanne & de Scheleftat
. Il continue à fon aife fes Annales de
l'Empire & fon Hiftoire univerfelle , fans
qu'on s'en embarraffe ; le titre même de
fes autres ouvrages eft ignoré.
Il ne paroit prefque plus de plus de livres
nouveaux. L'Auteur ou l'Imprimeur s'y
ruinent , felon que les frais de l'impreffion
tombent fur l'un ou fur l'autre .
La plupart des arts utiles ne fe confervent
que par la routine des vieux ouvriers ;
* Il me femble qu'on ne doit pas fe plaindre de
la quantité ni du débit ; c'eft fur la qualité qu'on
peut fe récrier.
AVRIL. 1755.
•
c'eft fur de tels appuis que roulent nos
manufactures. Les directeurs & les maîtres
ne fçauroient pas conduire leurs travaux
.
+
On fe plaint généralement du peu de
vigueur qu'on voit aujourd'hui dans la
circulation du commerce : il faudroit fe
plaindre du peu d'amour qu'on a pour les
arts * .
La recherche des commodités de la vie
& la jouiffance des plaifirs délicats font
devenues une occupation férieufe , & femblent
confondre prefque tous les états.
Quand un Artiſte a travaillé pour les
commodités d'autrui , il abandonne fon
talent , & emploie fon gain à faire travailler
pour les fiennes .
Les fages politiques qui ont cherché à
introduire le luxe , ont mal réuffi ....
( Пy a ici une lacune ) . ༡
L'excès du luxe ne peut pas nuire ;
cela n'eft vrai en bonne politique qu'en
fuppofant qu'an Marchand qui tiendra
table ouverte & donnera des concerts
ne fermera pas fa boutique ; qu'un Tailleur
qui roulera carroffe , ne ceffera pas
de faire des habits * ; mais le nombre des
Je crois que cette partie eft très- cultivée à
bien des égards .
* Le fameux P .... fait plus d'habits & d'envois
* A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ouvriers diminuant tous les jours , on eft
obligé d'augmenter le prix des marchandifes'
, & là même d'en rendre la confompar
mation plus difficile . Rien ne prouve mieux
la richeffe d'un Etat , ou la circulation du
commerce , que le bon marché auquel on
achete tout ce qui fert aux befoins & aux
commodités de la vie . * Ainfi l'abus du
luxe ne confifte pas en ce qu'on dépenfe
trop ; mais en ce que , par un faux éclat
qu'on attache au luxe , on méprife , ou du
moins on délaiffe les arts , & on ne travaille
pas affez .
Le rapport intime d'un luxe exceffif
avec la décadence des arts , eft une de ces
vérités qui ne font pas affez connues ; les
conféquences de l'un à l'autre ne font
pas
auffi éloignées qu'elles le paroiffent.
A peine a-t- on acquis un état au-deffus
du commun du peuple , qu'on afpire à
fentir toute la fineffe que l'imagination a
inventée dans les plaifirs de pur agrément.
On veut être auffi -tôt Peintre , Poëte &
qu'il n'en a jamais faits , quoiqu'il ait depuis longtems
équipage , & le nombre de fes garçons augmente
toutes les années.
* Les provinces de France où on vit à meilleur
compte , font au contraire les moins riches , &
c'eft dans les villes où le commerce fleurit le
plus , que tout eft le plus cher.
AVRIL. 1755. II
Muficien : on aime ces talens , parce qu'ils
font rares , & qu'ils fervent beaucoup à la
parure de l'efprit : auffi nous donnent - ils
lieu de connoître la meſure des lumieres
générales , & la trempe du goût .
Rien n'eft plus commun que de trouver
ce qu'on appelle des connoiffeurs en Peinture
, en Poëfie & en Mufique , mais on
trouve rarement des gens qui fçachent
diftinguer feulement un tableau de Raphael
d'avec un de Teniers ; on parle de
coloris & de coftume fans fçavoir ce que
ces mots fignifient . En voici la preuve.
Vanloo ou Reftout trouveront deux mille
livres d'un ouvrage qui leur aura coûté
un an de travail : un barbouilleur de cabinets
& d'alcoves gagnera dix ou douze
mille livres dans cet intervalle. Tout Paris
s'empreffera de voir des peintures groffieres
qui tapifferont le bureau ou la falle
à manger d'un particulier * ; peu de monde
ira vifiter des chefs- d'oeuvres expofés au
vieux Louvre.
On fe pique de fe connoître en poëfie ,
& de l'aimer. M. de Crébillon donne une
tragédie nouvelle ; on en parle le premier
jour à un fouper : d'ailleurs on n'eft pas au
* Cette accufation eft exagérée . Le public a
couru voir en foule les tableaux expoſés dans le
dernier fallon.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
tant affecté de cet événement qu'on l'étoit
autrefois d'un quatrain de Benferade.
On s'attache encore plus à prouver fon
goût pour la mufique ; cependant l'auteur
de Titon & l'Aurore expofe au goût du
public une Paftorale languedocienne ; on
la trouve d'abord froide , languiffante , &
d'une bizarrerie infoutenable ; la falle du
fpectacle eft deferte pendant un tems.
Quelques perfonnes dont le bon goût ne
peut être contredit , ayant difcerné la tendreffe
naïve & touchante qui regne dans
cet agréable ouvrage , en ont empêché la
chûte.
Théfée fervira mieux d'exemple . En
vain les bons juges ont admiré la profonde
harmonie de cet Opéra mâle & vigoureux ,
ils n'ont pu garantir Lulli de l'infulte qu'on
a faite à fes cendres. On a écouté de fangfroid
les fons raviffans de la charmante
Fel & de l'incomparable Jeliotte , les nobles
tranfports de Mlle Chevalier , & les
reftes précieux des accens majestueux de
Chaffe ; à peine a-t-on encouragé par quelques
applaudiffemens Mlle Davaux , qui
par les progrès qu'elle a faits depuis quel
que tems , donne de fi grandes efpérances.
La mufique de Lulli a été goutée par trop
de monde ; c'est pourquoi elle ne l'eft plus
AVRIL. 1755.
13
tant aujourd'hui . S'il étoit auffi facile
d'acquerir les talens que de fe revêtir d'une
nouvelle parure , les arts changeroient
comme les modes ; le nombre des connoiffeurs
fe multiplieroit avec rapidité ; &
comme pour un bon connoiffeur il y en a
cent de mauvais , le goût feroit immolé ,
plutôt qu'il ne l'eft , à la pluralité des fuffrages
: car il ne faut pas croire ce qui fe
dit vulgairement , que les changemens du
goût font le fruit de l'inconftance ; nous
devons dire au contraire , que l'inconf
tance eft l'afyle du goût . La délicateſſe &
la fenfibilité qui le caractériſent , le rendent
incompatible avec cette foule tranchante
d'afpirans préfomptueux dont il eft affiégé :
il fuit , il fe déguife , il invente ; mais
toujours également pourfuivi , il eft contraint
de céder à la force , il difparoît.
La face de la terre fe couvre de ténébres.
A des fiécles éclairés fuccédent des
tems de barbarie , où les hommes connoiffent
à peine les loix de l'humanité. L'hiftoire
nous a laiffé deux époques d'un pareil
defordre qu'il feroit à fouhaiter que
la postérité n'eût pas à nous accufer d'avoir
commencé la troifiéme ! Pour éviter
cette accufation , nous ne fçaurions trop
nous attacher à connoître les véritables
talens , & à n'honorer & à ne récompen14
MERCURE DE FRANCE.
fer que ceux -là . Bien des perfonnes qui
vivent dans le découragement , feront valoir
des talens qu'ils facrifient à l'incerti
tude des récompenfes : nous mettrons un
frein au mauvais goût , ceux qui n'auront
point de talent pour un genre en embrafferont
quelque autre qui leur fera profitable,
&
peu à pen
, chacun
rentrant
dans
fa
fphere & confultant fon génie , travaillera
pour fa patrie en travaillant pour lui-même.
Fermer
Résumé : REFLEXIONS SUR LE GOUT.
Dans le texte 'Réflexions sur le goût', la fin du règne de Louis XIV est caractérisée par un déclin du goût et de la science. La science, bien que plus accessible, est devenue superficielle et souvent réduite à des ouvrages portatifs. Voltaire, malgré ses efforts, reste peu connu en dehors de sa région. La production de nouveaux livres diminue, rendant l'édition économique risquée. Les arts subsistent grâce à la routine des anciens artisans, mais manquent d'innovation. Le commerce et les manufactures souffrent d'un manque de dynamisme et de passion pour les arts. Le luxe est devenu une occupation sérieuse, et les artistes abandonnent leur talent après avoir travaillé pour autrui. Les politiques visant à introduire le luxe ont échoué, car l'excès de luxe nuit aux arts en réduisant le nombre d'ouvriers et en augmentant les prix des marchandises. La richesse d'un État se mesure par le bon marché des biens nécessaires. Le goût du public est critiqué pour sa superficialité, privilégiant les apparences aux véritables talents. En poésie et en musique, les œuvres classiques sont délaissées au profit de nouveautés souvent moins méritantes. Le véritable goût est souvent sacrifié par la pluralité des avis, et l'inconstance est la cause des changements de goût. Le texte, daté d'avril 1755, souligne la difficulté d'acquérir des talents authentiques face aux modes éphémères. Il évoque les périodes de barbarie succédant à des ères éclairées et insiste sur l'importance de reconnaître et de récompenser les vrais talents pour éviter une nouvelle époque de mauvais goût. De nombreuses personnes découragées possèdent des talents qu'elles négligent en raison de l'incertitude des récompenses. Valoriser les véritables talents pourrait freiner le mauvais goût et encourager chacun à développer ses aptitudes, contribuant ainsi au bien de la patrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
139
p. 70-76
« J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
Début :
J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...]
Mots clefs :
Chant, Musique, Art du chant, Plaisirs, Méthode, Étude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
J'infere ici le fentiment d'un amateur
fur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait
que j'en avois promis , & je fuis perfuadé
que le lecteur y gagnera.
L'ART du chant eft compofé avec tant
de méthode & de précifion , que je crois
plus à propos d'expofer les avantages qui
doivent naturellement réfulter de cet
écrit , que d'en donner une analyfe fuperficielle
& inutile. M. Bérard , après avoir
examiné avec une finguliere attention les
organes de la voix , confidérée par rapport
au chant , emploie les deux autres parties
à établir des principes & des régles pour
donner à la Mufique chantante toute l'expreffion
dont elle eft fufceptible ; & afini
de mettre tous les amateurs plus à portée
de profiter des réflexions & des nouvelles
découvertes qu'il venoit de leur offrir , on
trouve à la fin de fon ouvrage un affez
grand nombre d'exemples choifis de tou
tes les efpeces de chant , qui , en répandant
un nouveau jour fur fes principes ,
en rendront l'application facile & l'ufage
invariable. Un pareil ouvrage exécuté par
un homme qui joindroit à un goût fûr &
délicat une expérience confommée , & une
étude réfléchie de fon art , ne pourroit
manquer de produire les effets les plus
utiles. L'accueil que toutes les perfonnes
M A I.
1755 71
éclairées , à qui la Mufique françoiſe eſt
chere , ont fait à l'art du chant , annonce
que le public le recevra volontiers cómme
une production de ce genre. Le premier
avantage qui fe préfente & qui intéreſſe
toute la nation , c'eft que ce livre bien lû
& bien médité , fera enfin connoître à toutes
les perfonnes impartiales , qu'il eft faux
(comme le publient la prévention & l'injuftice
) que le chant françois endorme par
une fade uniformité . Pour peu qu'on réfléchiffe
avec quel foin , avec quel détail l'auteur
enfeigne la maniere d'exprimer les divers
effets de la nature & des paffions , on
fera convaincu qu'il n'y a point de peuple
au monde qui ait autant penfé que nous a
donner à fon chant plus de variété , plus
de vérité & d'analogie avec les différens
objets qu'on fe propofe de préfenter. Mais
ce n'eft point affez pour M. B. d'avoir
contribué à notre gloire , il multiplie encore
& affure nos plaifirs. Jamais le goût
du chant ne fut auffi général qu'il l'eft
aujourd'hui parmi nous : cependant com
bien de perfonnes fe trouvent dans une
efpece d'impoffibilité de fe livrer à une
étude fi flateufe , foit par la rareté des
bons Maîtres , foit par les différentes occupations
, qui ne laiffent que peu de momens
à employer pour les chofes de goût
ou de fimple amufement ?
72 MERCURE
DE FRANCE.
Le préfent que M. B. vient de faire au
public , remédie , du moins en grande partie
, à ces difficultés , qui jufqu'à préfent
avoient été infurmontables
: en effet , les
perfonnes qui font abfolument étrangeres
à la mufique , & celles qui en ont déja une
connoiffance commencée, ne peuvent manquer
de tirer les plus grands fecours de cet
ouvrage , les premieres , conduites par un
Maître qui pendant quelque tems leur developpera
tous les principes de l'art du
chant ; les autres , par leurs propres réflexions
, parviendront
facilement & fûrement
au même but où jufques-là ils n'auroient
pû atteindre qu'avec beaucoup de
peines , & après bien des années . Dans
toutes nos fociétés particulieres où le goût
du chant fait une des principales occupations
, quels avantages ne recueillera-t - on
pas du livre de M. Bérard , pour peu qu'on
acquiere par habitude & par réflexion un
ufage familier de ces principes , au lieu
de ces contre fens fi ordinaires à des perfonnes
peu verfées dans l'art du chant ,
& qui font gémir tous les gens de bon
goût ? par la méthode des nouveaux fignes ,
fi l'on ne parvient pas à la perfection qu'on
ne doit attendre que des grands Maîtres ,
ne fera- t-on pas für du moins de pouvoir
chanter les morceaux même les plus frappans
,
M A I. 1755. 73'
pans , avec le caractere , la vérité & les
agrémens qui leur font propres ?
Parmi toutes les découvertes dont M. Bérard
a enrichi fon ouvrage , celle de l'invention
des fignes nous paroît mériter les plus
grands éloges: jufqu'ici nous avons entendu
nos excellens chanteurs exécuter plufieurs
endroits de nos Opéra avec tant de vérité
& tant de graces , que nous defefpérions
qu'ils puffent être imités ; comme ils devoient
à une étude profonde & réfléchie
des organes de la voix ces traits éclatans
ces paffages heureux qui nous faififfent &
qui nous enlevent , il étoit impoffible à
des perfonnes peu appliquées de faifir leur
fecret. M. Bérard vient de nous découvrir
ce méchanifme curieux , que nous admirions
fans en connoître les refforts , & par
là nous a mis en état de devenir les rivaux
même de ceux que nous n'aurions jamais
ofé regarder que comme nos maîtres . Mais
c'eft principalement aux compofiteurs en
mufique de marquer à l'auteur toute leur
reconnoiffance : quel fupplice n'étoit - ce
pas pour un habile Muficien de voir le mê
me ouvrage , qui dans la bouche d'excellens
acteurs confervoit toutes fes graces ,
défiguré enfuite fouvent au point de ne
pouvoir lui même fe reconnoître ? La méthode
des nouveaux fignes va lui fauver
D
74 MERCURE DE FRANCE.
tous ces dégoûts fi ordinaires dans la capitale
même , & infiniment plus communs
encore dans nos provinces : il peut être
fur à préfent que tous ceux qui voudront
profiter des moyens que M. B. leur offre
rendront les compofitions avec la principale
partie de tous les agrémens qui lui
font propres
.
>
Nous ne pouvons avec bienféance ters
miner cet article fans nous arrêter un mo
ment fur l'Opéra , cette partie fi importan
te de nos plaifirs . Nous accufons la nature
d'être pour nous plus avare que pour nos
peres , on veut que les bons fujets foient
plus rares qu'ils n'ont jamais été , & c'eft
à cette prétendue difette qu'on attribue la
diminution trop fenfible de nos plaifirs
cependant fi nous voulons examiner les
chofes avec attention nous verrons que
le défaut d'art & non pas de fujets , eft la
vraie caufe de cette décadence de talens
dont nous nous plaignons. Depuis bien
des années nous avons vû débuter plus
d'un acteur qui donnoit d'abord les plus
belles efperances , nous nous flations avec
juftice que le tems & l'étude acheveroient
infenfiblement ce que la nature avoit fi
heureuſement commencé ; cependant loin
de voir le talent fe perfectionner & s'ac
croître , il tombe bientôt dans l'oubli , &
MA I.
1755575
nous nous étonnons feulement d'avoir pu
l'admirer. Si l'on veut remonter à la vraie
fource de ce mal , on verra qu'il naît principalement
du peu de foin que nous prenons
de former nos éleves : un jeune acteur
abandonné à lui - même , où fuivant
une routine imparfaite & aveugle , pourrat-
il corriger ou adoucir ce qui peut être
défectueux dans fa voix pourra- t- il ac
querit ces graces touchantes , ces fineſſes
de chant qui font le fruit de l'art le plus
confommé ?
Nous ne pouvons trop les avertir ici
que nos acteurs s'appliquent avec foin à
méditer les principes de M. Bérard fur l'ar❤
ticulation & la prononciation , fur la nouvelle
ortographe de chant qu'il propofe ,
fur la néceffité de doubler de certaines lettres
; mais fur - tout qu'ils faffent un ufage
un peu conftant de tous les fecrets qu'il
leur indique pour l'infpiration & pour
l'expiration , ils fe verront bientôt dédom
magés par les fuffrages du public , des peines
que cette étude pourroit leur caufer.
La méthode qu'on leur propofe , doit d'aurant
plus mériter leur confiance ; qu'elle a
été jufqu'ici le fondement des fuccès de
tous les excellens chanteurs que nous avons
admiré jufqu'aujourd'hui . Ces réflexions
déja confirmées par l'expérience , doivent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
+
nous faire augurer qu'il eft encore des
moyens de rétablir l'Opéra dans fon ancienne
gloire , du moins pouvons - nous
nous affurer que fi nous manquons de
fujets & par conféquent de plaifirs , nous
ne devons en accufer que nous-mêmes.
On délivre actuellement chez Ch. Ant
Jombert , Libraire , rue Dauphine , le tome
III de l'Architecture françoife . Le to
me IV de cet ouvrage utile ne pourra pa◄
roître que vers la fin de cette année , par
les raifons que l'on verra dans le Profpectus
qui vient d'être publié à ce fujet.
Le même Libraire vient de mettre en
vente un Dictionnaire portatif de l'Ingénieur
, où l'on explique les principaux ter
mes des ſciences les plus néceffaires à un
Ingénieur , fçavoir , l'Arithmétique , l'Algebre
, la Géométrie , l'Architecture civile ,
fa Charpenterie , la Serrurerie , l'Architec
ture hydraulique , l'Architecture militaire,
la Fortification , l'attaque & la défenfe des
places , les mines , l'Artillerie , la Marine ,
la Pyrotechnie . Par M. Belidor , Colonel
d'Infanterie , ancien Profeffeur de Mathé
matiques , &c. un vol . in- 8 ° . petit format,
Prix 3 liv . 12 f. relié.
fur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait
que j'en avois promis , & je fuis perfuadé
que le lecteur y gagnera.
L'ART du chant eft compofé avec tant
de méthode & de précifion , que je crois
plus à propos d'expofer les avantages qui
doivent naturellement réfulter de cet
écrit , que d'en donner une analyfe fuperficielle
& inutile. M. Bérard , après avoir
examiné avec une finguliere attention les
organes de la voix , confidérée par rapport
au chant , emploie les deux autres parties
à établir des principes & des régles pour
donner à la Mufique chantante toute l'expreffion
dont elle eft fufceptible ; & afini
de mettre tous les amateurs plus à portée
de profiter des réflexions & des nouvelles
découvertes qu'il venoit de leur offrir , on
trouve à la fin de fon ouvrage un affez
grand nombre d'exemples choifis de tou
tes les efpeces de chant , qui , en répandant
un nouveau jour fur fes principes ,
en rendront l'application facile & l'ufage
invariable. Un pareil ouvrage exécuté par
un homme qui joindroit à un goût fûr &
délicat une expérience confommée , & une
étude réfléchie de fon art , ne pourroit
manquer de produire les effets les plus
utiles. L'accueil que toutes les perfonnes
M A I.
1755 71
éclairées , à qui la Mufique françoiſe eſt
chere , ont fait à l'art du chant , annonce
que le public le recevra volontiers cómme
une production de ce genre. Le premier
avantage qui fe préfente & qui intéreſſe
toute la nation , c'eft que ce livre bien lû
& bien médité , fera enfin connoître à toutes
les perfonnes impartiales , qu'il eft faux
(comme le publient la prévention & l'injuftice
) que le chant françois endorme par
une fade uniformité . Pour peu qu'on réfléchiffe
avec quel foin , avec quel détail l'auteur
enfeigne la maniere d'exprimer les divers
effets de la nature & des paffions , on
fera convaincu qu'il n'y a point de peuple
au monde qui ait autant penfé que nous a
donner à fon chant plus de variété , plus
de vérité & d'analogie avec les différens
objets qu'on fe propofe de préfenter. Mais
ce n'eft point affez pour M. B. d'avoir
contribué à notre gloire , il multiplie encore
& affure nos plaifirs. Jamais le goût
du chant ne fut auffi général qu'il l'eft
aujourd'hui parmi nous : cependant com
bien de perfonnes fe trouvent dans une
efpece d'impoffibilité de fe livrer à une
étude fi flateufe , foit par la rareté des
bons Maîtres , foit par les différentes occupations
, qui ne laiffent que peu de momens
à employer pour les chofes de goût
ou de fimple amufement ?
72 MERCURE
DE FRANCE.
Le préfent que M. B. vient de faire au
public , remédie , du moins en grande partie
, à ces difficultés , qui jufqu'à préfent
avoient été infurmontables
: en effet , les
perfonnes qui font abfolument étrangeres
à la mufique , & celles qui en ont déja une
connoiffance commencée, ne peuvent manquer
de tirer les plus grands fecours de cet
ouvrage , les premieres , conduites par un
Maître qui pendant quelque tems leur developpera
tous les principes de l'art du
chant ; les autres , par leurs propres réflexions
, parviendront
facilement & fûrement
au même but où jufques-là ils n'auroient
pû atteindre qu'avec beaucoup de
peines , & après bien des années . Dans
toutes nos fociétés particulieres où le goût
du chant fait une des principales occupations
, quels avantages ne recueillera-t - on
pas du livre de M. Bérard , pour peu qu'on
acquiere par habitude & par réflexion un
ufage familier de ces principes , au lieu
de ces contre fens fi ordinaires à des perfonnes
peu verfées dans l'art du chant ,
& qui font gémir tous les gens de bon
goût ? par la méthode des nouveaux fignes ,
fi l'on ne parvient pas à la perfection qu'on
ne doit attendre que des grands Maîtres ,
ne fera- t-on pas für du moins de pouvoir
chanter les morceaux même les plus frappans
,
M A I. 1755. 73'
pans , avec le caractere , la vérité & les
agrémens qui leur font propres ?
Parmi toutes les découvertes dont M. Bérard
a enrichi fon ouvrage , celle de l'invention
des fignes nous paroît mériter les plus
grands éloges: jufqu'ici nous avons entendu
nos excellens chanteurs exécuter plufieurs
endroits de nos Opéra avec tant de vérité
& tant de graces , que nous defefpérions
qu'ils puffent être imités ; comme ils devoient
à une étude profonde & réfléchie
des organes de la voix ces traits éclatans
ces paffages heureux qui nous faififfent &
qui nous enlevent , il étoit impoffible à
des perfonnes peu appliquées de faifir leur
fecret. M. Bérard vient de nous découvrir
ce méchanifme curieux , que nous admirions
fans en connoître les refforts , & par
là nous a mis en état de devenir les rivaux
même de ceux que nous n'aurions jamais
ofé regarder que comme nos maîtres . Mais
c'eft principalement aux compofiteurs en
mufique de marquer à l'auteur toute leur
reconnoiffance : quel fupplice n'étoit - ce
pas pour un habile Muficien de voir le mê
me ouvrage , qui dans la bouche d'excellens
acteurs confervoit toutes fes graces ,
défiguré enfuite fouvent au point de ne
pouvoir lui même fe reconnoître ? La méthode
des nouveaux fignes va lui fauver
D
74 MERCURE DE FRANCE.
tous ces dégoûts fi ordinaires dans la capitale
même , & infiniment plus communs
encore dans nos provinces : il peut être
fur à préfent que tous ceux qui voudront
profiter des moyens que M. B. leur offre
rendront les compofitions avec la principale
partie de tous les agrémens qui lui
font propres
.
>
Nous ne pouvons avec bienféance ters
miner cet article fans nous arrêter un mo
ment fur l'Opéra , cette partie fi importan
te de nos plaifirs . Nous accufons la nature
d'être pour nous plus avare que pour nos
peres , on veut que les bons fujets foient
plus rares qu'ils n'ont jamais été , & c'eft
à cette prétendue difette qu'on attribue la
diminution trop fenfible de nos plaifirs
cependant fi nous voulons examiner les
chofes avec attention nous verrons que
le défaut d'art & non pas de fujets , eft la
vraie caufe de cette décadence de talens
dont nous nous plaignons. Depuis bien
des années nous avons vû débuter plus
d'un acteur qui donnoit d'abord les plus
belles efperances , nous nous flations avec
juftice que le tems & l'étude acheveroient
infenfiblement ce que la nature avoit fi
heureuſement commencé ; cependant loin
de voir le talent fe perfectionner & s'ac
croître , il tombe bientôt dans l'oubli , &
MA I.
1755575
nous nous étonnons feulement d'avoir pu
l'admirer. Si l'on veut remonter à la vraie
fource de ce mal , on verra qu'il naît principalement
du peu de foin que nous prenons
de former nos éleves : un jeune acteur
abandonné à lui - même , où fuivant
une routine imparfaite & aveugle , pourrat-
il corriger ou adoucir ce qui peut être
défectueux dans fa voix pourra- t- il ac
querit ces graces touchantes , ces fineſſes
de chant qui font le fruit de l'art le plus
confommé ?
Nous ne pouvons trop les avertir ici
que nos acteurs s'appliquent avec foin à
méditer les principes de M. Bérard fur l'ar❤
ticulation & la prononciation , fur la nouvelle
ortographe de chant qu'il propofe ,
fur la néceffité de doubler de certaines lettres
; mais fur - tout qu'ils faffent un ufage
un peu conftant de tous les fecrets qu'il
leur indique pour l'infpiration & pour
l'expiration , ils fe verront bientôt dédom
magés par les fuffrages du public , des peines
que cette étude pourroit leur caufer.
La méthode qu'on leur propofe , doit d'aurant
plus mériter leur confiance ; qu'elle a
été jufqu'ici le fondement des fuccès de
tous les excellens chanteurs que nous avons
admiré jufqu'aujourd'hui . Ces réflexions
déja confirmées par l'expérience , doivent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
+
nous faire augurer qu'il eft encore des
moyens de rétablir l'Opéra dans fon ancienne
gloire , du moins pouvons - nous
nous affurer que fi nous manquons de
fujets & par conféquent de plaifirs , nous
ne devons en accufer que nous-mêmes.
On délivre actuellement chez Ch. Ant
Jombert , Libraire , rue Dauphine , le tome
III de l'Architecture françoife . Le to
me IV de cet ouvrage utile ne pourra pa◄
roître que vers la fin de cette année , par
les raifons que l'on verra dans le Profpectus
qui vient d'être publié à ce fujet.
Le même Libraire vient de mettre en
vente un Dictionnaire portatif de l'Ingénieur
, où l'on explique les principaux ter
mes des ſciences les plus néceffaires à un
Ingénieur , fçavoir , l'Arithmétique , l'Algebre
, la Géométrie , l'Architecture civile ,
fa Charpenterie , la Serrurerie , l'Architec
ture hydraulique , l'Architecture militaire,
la Fortification , l'attaque & la défenfe des
places , les mines , l'Artillerie , la Marine ,
la Pyrotechnie . Par M. Belidor , Colonel
d'Infanterie , ancien Profeffeur de Mathé
matiques , &c. un vol . in- 8 ° . petit format,
Prix 3 liv . 12 f. relié.
Fermer
Résumé : « J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
Le texte présente une critique élogieuse de l'ouvrage 'L'Art du chant' de M. Bérard, publié en 1755. L'auteur admire la méthode et la précision de Bérard, soulignant que l'ouvrage ne se contente pas d'une analyse superficielle mais examine en profondeur les organes de la voix et établit des principes et des règles pour enrichir l'expression musicale. L'ouvrage inclut de nombreux exemples illustrant l'application de ces principes. L'auteur conteste l'idée que le chant français soit monotone, comme le prétendent certaines préventions injustes. Bérard démontre comment exprimer divers effets de la nature et des passions, apportant ainsi variété et vérité au chant français. L'ouvrage remédie également aux difficultés rencontrées par ceux qui souhaitent étudier le chant, que ce soit par manque de maîtres qualifiés ou de temps. Il est utile tant pour les débutants que pour les musiciens déjà expérimentés. Dans les sociétés où le chant est une occupation principale, l'ouvrage de Bérard permet d'éviter les erreurs courantes et d'améliorer la qualité du chant. L'auteur loue particulièrement l'invention de nouveaux signes par Bérard, qui permettent de reproduire les performances des grands chanteurs et d'améliorer les compositions musicales. Il encourage les compositeurs et les acteurs à utiliser les principes de Bérard pour améliorer leurs performances et restaurer la gloire de l'Opéra français. Enfin, le texte mentionne la disponibilité du tome III de 'L'Architecture françoise' et d'un 'Dictionnaire portatif de l'Ingénieur' chez le libraire Ch. Ant Jombert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
140
p. 123-126
MUSIQUE.
Début :
Le Vendredi 4 Avril, Mlle Fel chanta au Concert spirituel Exultate Deo, [...]
Mots clefs :
Musique, Succès, Concert spirituel, Opéra italien, Chevalier d'Herbain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.·´
E Vendredi 4 Avril , Mlle Fel chanta
au Concert fpirituel Exultate Deo ,
petit motet nouveau , dont le fuccès engagea
l'auteur , qu'on ne connoiffoit pas ,
à fe déclarer.
C'eft M. le Chevalier d'Herbain , de
l'Ordre militaire de S. Louis , Capitaine
d'infanterie dans le régiment de Tournaifis
, fi connu en Italie par plufieurs grands
ouvrages en mufique qu'il y a fait repréfenter
en des tems différens , & qui
y ont été reçus avec l'applaudiffement général
d'une nation trop riche en grands
compofiteurs , & trop exercée à les apprécier
, pour que fon fuffrage en ce genre
puiffe être jamais foupçonné de méprife.
M. le Chevalier d'Herbain avoit débuté
à Rome par Il Gelofo , intermede qu'il y
fit repréfenter en 1751 , & qui le fut en-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à fuite à Florence & à la Baſtia en 1753 ›
la naiffance de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne. Les troupes Françoifes qui
étoient en Corfe, chercherentfà feconder le
zele de leur Général , pour faire éclater aux
yeux d'une nation étrangere la joie vive
des François . C'eſt toujours le caractere
d'efprit de celui qui commande qui devient
l'efprit du corps entier qu'il a fous
fes ordres ; auffi dans cette occafion on eut
l'adreffe de joindre à beaucoup de foin &
de dépenfe toutes les graces ingénieufes
des arts ; & les fêtes que M. le Marquis
de Curfay donna à la Baſtia en 1751 , commencerent
par le Triomphe des lys , opéra
Italien en trois actes , poëme fait exprès ,
que M. le Chevalier d'Herbain mit en
mufique , qu'on repréfenta avec beaucoup
de magnificence , qui mérita un fort grand
fuccès , & qui fut dédié à Monfeigneur
le Dauphin , dont il fut reçu avec cette
bonté qui lui eft fi naturelle .
M. le Chevalier d'Herbain donna l'année
fuivante l'opéra de * Lavinie fur le
théatre de la Baftia. Le fort de cet ouvrage
fut fi heureux , qu'on voulut l'avoir
à Milan pendant le carnaval de 17.53 ,
& qu'on le donna enfuite à Florence & à
* Lavinia,
1
MA 1. 1755. 125
Genes pendant le carnaval de 1754 , avec
le même fuccès.
De retour en France , M. le Chevalier
d'Herbain a fait graver les Charmes du
Sommeil, & le Retour de Flore , cantates , qu'on
trouvera aux adreffes ordinaires , & qu'il
a eu l'honneur de dédier & de préfenter
à Madame la Dauphine le premier jour de
cette année .
la
Exultate , petit motet qui a donné lieu
à cette digreffion , eft le dernier ouvrage
que nous avons de cet auteur fi digne de
nos applaudiffemens. Il fut exécuté pour
feconde fois au Concert fpirituel , avec un
très -grand fuccès , le Lundi 7 de ce mois ,
par Mlle Fel , qui lui prêta les charmes
d'une voix unique , ces graces vives d'une
exécution toujours précife , & ces traits
finis , que leur facilité fait attribuer à la
nature , & qui font le chef-d'oeuvre du
talent & de l'art. Tous les fpectateurs en
écoutant des chants fi agréables & de fi
bon goût , formoient le voeu unanime de
voir un jour M. d'Herbain confacrer fest
loisirs à un plus grand théatre qui réclame
fes talens , & aux plaifirs de fa nation.
qui en fent déja tout le prix.
Ce motet fe vend à Paris , chez le fieur
Bayard , à la Régle d'or , rue S. Honoré ;
Mlle le Clair , à la Croix d'or , rue du Rou-
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
le ; & Mlle Caftagneri , rue des Prouvairos
, à la Mufique royale .
On y trouve auffi , Scelta d'Arie del
dramma ( la Lavinia ) e di alcuni altri ,
meffi in mufica dal Signore Cavagliere
d'Herbain , e rappreſentati in varri teatri
d'Italia ; dedicate a fua Altezza Sereniffima
il Principe Luigi , Duca di Wurtemberg
, & c.
Recueil d'Aria de l'Opéra italien , intitulé
Lavinie , & de quelques autres , mis
en mufique par M. le Chevalier d'Herbain
, & exécutés fur plufieurs théatres.
d'Italie ; dédiés à fon A. S. Mgr le Prince
Louis , Duc de Wurtemberg , &c.
E Vendredi 4 Avril , Mlle Fel chanta
au Concert fpirituel Exultate Deo ,
petit motet nouveau , dont le fuccès engagea
l'auteur , qu'on ne connoiffoit pas ,
à fe déclarer.
C'eft M. le Chevalier d'Herbain , de
l'Ordre militaire de S. Louis , Capitaine
d'infanterie dans le régiment de Tournaifis
, fi connu en Italie par plufieurs grands
ouvrages en mufique qu'il y a fait repréfenter
en des tems différens , & qui
y ont été reçus avec l'applaudiffement général
d'une nation trop riche en grands
compofiteurs , & trop exercée à les apprécier
, pour que fon fuffrage en ce genre
puiffe être jamais foupçonné de méprife.
M. le Chevalier d'Herbain avoit débuté
à Rome par Il Gelofo , intermede qu'il y
fit repréfenter en 1751 , & qui le fut en-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à fuite à Florence & à la Baſtia en 1753 ›
la naiffance de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne. Les troupes Françoifes qui
étoient en Corfe, chercherentfà feconder le
zele de leur Général , pour faire éclater aux
yeux d'une nation étrangere la joie vive
des François . C'eſt toujours le caractere
d'efprit de celui qui commande qui devient
l'efprit du corps entier qu'il a fous
fes ordres ; auffi dans cette occafion on eut
l'adreffe de joindre à beaucoup de foin &
de dépenfe toutes les graces ingénieufes
des arts ; & les fêtes que M. le Marquis
de Curfay donna à la Baſtia en 1751 , commencerent
par le Triomphe des lys , opéra
Italien en trois actes , poëme fait exprès ,
que M. le Chevalier d'Herbain mit en
mufique , qu'on repréfenta avec beaucoup
de magnificence , qui mérita un fort grand
fuccès , & qui fut dédié à Monfeigneur
le Dauphin , dont il fut reçu avec cette
bonté qui lui eft fi naturelle .
M. le Chevalier d'Herbain donna l'année
fuivante l'opéra de * Lavinie fur le
théatre de la Baftia. Le fort de cet ouvrage
fut fi heureux , qu'on voulut l'avoir
à Milan pendant le carnaval de 17.53 ,
& qu'on le donna enfuite à Florence & à
* Lavinia,
1
MA 1. 1755. 125
Genes pendant le carnaval de 1754 , avec
le même fuccès.
De retour en France , M. le Chevalier
d'Herbain a fait graver les Charmes du
Sommeil, & le Retour de Flore , cantates , qu'on
trouvera aux adreffes ordinaires , & qu'il
a eu l'honneur de dédier & de préfenter
à Madame la Dauphine le premier jour de
cette année .
la
Exultate , petit motet qui a donné lieu
à cette digreffion , eft le dernier ouvrage
que nous avons de cet auteur fi digne de
nos applaudiffemens. Il fut exécuté pour
feconde fois au Concert fpirituel , avec un
très -grand fuccès , le Lundi 7 de ce mois ,
par Mlle Fel , qui lui prêta les charmes
d'une voix unique , ces graces vives d'une
exécution toujours précife , & ces traits
finis , que leur facilité fait attribuer à la
nature , & qui font le chef-d'oeuvre du
talent & de l'art. Tous les fpectateurs en
écoutant des chants fi agréables & de fi
bon goût , formoient le voeu unanime de
voir un jour M. d'Herbain confacrer fest
loisirs à un plus grand théatre qui réclame
fes talens , & aux plaifirs de fa nation.
qui en fent déja tout le prix.
Ce motet fe vend à Paris , chez le fieur
Bayard , à la Régle d'or , rue S. Honoré ;
Mlle le Clair , à la Croix d'or , rue du Rou-
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
le ; & Mlle Caftagneri , rue des Prouvairos
, à la Mufique royale .
On y trouve auffi , Scelta d'Arie del
dramma ( la Lavinia ) e di alcuni altri ,
meffi in mufica dal Signore Cavagliere
d'Herbain , e rappreſentati in varri teatri
d'Italia ; dedicate a fua Altezza Sereniffima
il Principe Luigi , Duca di Wurtemberg
, & c.
Recueil d'Aria de l'Opéra italien , intitulé
Lavinie , & de quelques autres , mis
en mufique par M. le Chevalier d'Herbain
, & exécutés fur plufieurs théatres.
d'Italie ; dédiés à fon A. S. Mgr le Prince
Louis , Duc de Wurtemberg , &c.
Fermer
Résumé : MUSIQUE.
Le 4 avril, Mlle Fel a interprété le motet 'Exultate Deo' au Concert Spirituel, révélant ainsi l'auteur comme étant le Chevalier d'Herbain. Ce dernier, membre de l'Ordre militaire de Saint-Louis et capitaine d'infanterie dans le régiment de Tournai, est reconnu en Italie pour ses œuvres musicales. Il a débuté à Rome en 1751 avec l'intermède 'Il Geloso', représenté ensuite à Florence et à Bastia en 1753. En Corse, les troupes françaises, sous le commandement du Marquis de Cursay, ont célébré la naissance du Duc de Bourgogne avec l'opéra 'Le Triomphe des lys' du Chevalier d'Herbain, dédié au Dauphin. L'année suivante, son opéra 'Lavinie' a été représenté à Bastia, puis à Milan, Florence et Gênes, rencontrant un grand succès. De retour en France, le Chevalier d'Herbain a fait graver les cantates 'Les Charmes du Sommeil' et 'Le Retour de Flore', dédiées à la Dauphine. Le motet 'Exultate Deo' a été exécuté une seconde fois le 7 avril au Concert Spirituel, avec Mlle Fel, et a été acclamé par le public. Ce motet est disponible à la vente à Paris chez plusieurs adresses mentionnées. Un recueil d'airs de l'opéra 'Lavinie' et d'autres œuvres est dédié au Prince Louis, Duc de Wurtemberg.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
141
p. 193-201
DE MONTPELLIER.
Début :
On a trouvé il y a deux mois dans le tems que la neige [...]
Mots clefs :
Famille royale, Majesté, Roi, Reine, Musique, Évêque de Gap, Chapelle, Compagnie, Dauphin, Grand-messe, Père Griffet, Madame Adélaïde, Sophie Victoire, Louise Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MONTPELLIER.
DE MONTPELLIER .
On atrouvé il y a deux mois dans le tems que
la neige étoit fur terre , un oifeau plus gros qu'un
Coq d'Inde , reffemblant affez à un Héron , ayant
une espece de couronne fur la tête avec deux grandes
plumes qui lui tomboient fur le dos. Il étoit
fi maigre que ne pouvant plus voler , des chiens
le prirent à Caftries, terre appartenant à M. le Marquis
de Caftres , à deux lieues de Montpellier. Il
avoit un anneau au pied, fur lequel étoient gravées
que voici : les lettres
C. W. F. M. Z. B. O.
NO. 74. A. 1752. U. G.
On nous a prié d'inférer dans l'article des nouvelles
cet événement , qui peut intéreffer la perfonne
à qui appartenoit cet oifeau. On pourroit
fçavoir par ce moyen d'où il eft venu , quelle étoit
fon efpece , & le tems où il s'eft fauvé de chez fon
maître.
Le 18 Mars, pendant la Meffe du Roi , l'Evêque de
Gap prêta ferment entre les mains de Sa Majeſté.
Le huitieme tirage de la premiere lotterie royale
fe fit le 19 & les jours fuivans , dans la grande
Salle de l'Hôtel de Ville , en préfence des Prévôt
des Marchands & Echevins. Le principal Lot
cft échu au numéro 6804 , & le fecond au numéro
16894. Le numéro 1628 a eu la premiere
Prime.
On fit le 22 de ce mois la proceffion folemnelle
, qu'on a coutume de faire tous les ans ,
en mémoire de la réduction de cette Capitale
fous l'obéiffance de Henri IV. Le Corps de Ville
y affifta fuivant l'ufage.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour l'Académie Françoife élut le
fieur de Châteaubrun , pour remplir la place vacante
dans cette Compagnie , par la mort du
Préſident de Montefquieu .
Le 23 , l'Evêque de Vence fut facré dans la
Chapelle du Séminaire de Saint Sulpice , par
l'Evêque de Beauvais , affifté des Evêques de
Soiffons & de Bazas , & le 24 , pendant la Meffe
du Roi , il prêta ferment de fidélité entre les
mains de Sa Majesté.
La Marquife de Sailly fut préfentée le 23 à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale.
Le 23 , Dimanche des Rameaux , le Roi , accompagné
de Madame Adelaïde , & de Mefdames
Victoire , Sophie & Louiſe , aſſiſta dans
la Chapelle à la Bénédiction des Palmes. Cette
cérémonie fut faite par l'Abbé Gergoy , Chapelain
Ordinaire de la Chapelle - Mufique , lequel
préfenta une Palme à Sa Majefté. Après
la Proceffion , & après avoir adoré la Croix ,
le Roi entendit la grande Meffe , célébrée par
le même Chapelain , & chantée par la Mufique.
L'après-midi , le Roi entendit le Sermon du
Pere Griffet , de la Compagnie de Jeſus . Sa Majeſté
aſſiſta enfuite aux Vêpres , chantées par la
Mufique , & au ' Salut célébré par les Millionnaires.
La Reine , Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine , affifterent dans la Tribune à
l'Office du matin & à celui de l'après -midi.
Le 27 , Jeudi Saint , l'Evêque de Gap ayant
fait l'Abfoute , & le Roi ayant entendu le Sermon
de l'Abbé de Trémouilhe , Chanoine &
Théologal de l'Eglife Métropolitaine de Tours ;
Sa Majefté a lave les pieds à douze pauvres ,
a
MAI. 1755. 195
& les a ſervis à table . Le Prince de Condé ,
Grand Maître de la Maiſon du Roi , étoit à la
tête des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le Service
, dont les plats ont été portés par Monfeigneur
le Dauphin , le Duc d'Orléans , le
Prince de Conti , le Comte de la Marche , le
Comte d'Eu , & par les principaux Officiers de
Sa Majesté. Après cette cérémonie , le Roi &
la Reine , accompagnés de la Famille Royale,
fe font rendus à la Chapelle , où Leurs Majeftés
ont entendu la grande Meffe , célébrée
par l'Abbé Gergoy , & ont affifté à la Proceffion
.
Leurs Majeftés ont affifté le 26 & le 27 à l'Office
des Ténebres , chanté par la Mufique.
L'Académie des Belles • Lettres de Marſeille
ayant réſervé le prix qu'elle devoit adjuger en
1754 , en aura cette année deux à diftribuer.
Elle donnera l'un de ces prix à un Poëme en
rimes plates , de cent cinquante vers au plus ,
& de cent au moins , dont le fujet fera : La
Réunion de la Provence à la Couronne. L'autre
prix eft deftiné à un Difcours d'un quart
d'heure , ou tout au plus d'une demi - heure
de lecture , lequel aura pour fujet : L'homme
eft plus grand par l'ufage defes talens , que par les
talens mêmes.
La Fregate la Gloire , qui a fait voile de Pondichery
le 10 Septembre 1754 , eft arrivée le
26 Mars au Port de l'Orient. On a appris par
ce bâtiment que le fieur Godeheu étoit dé
barqué le 2 Août à Pondichery , & que le fieur
Dupleix , qui lui a remis le Gouvernement des
étab iffemens de la Compagnie dans l'Inde , devoit
être parti au mois d'Octobre , pour revenir en
Europe.
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 27 de Mars , la Reine entendit le
Sermon de la Cêne de l'Abbé de Tremouilhe ,
Chanoine & Théologal de l'Eglife Métropoli- ,
taine de Tours. L'Evêque de Gap fit enfuite.
Abfoute , après laquelle la Reine lava les pieds
à douze pauvres Filles , que Sa Majesté fervit
à table. Le Marquis de Chalmazel , premier
Maître d'Hôtel de la Reine , précéda le Service
, & les plats furent portés par Madame Adelaïde
, par Mefdames Victoire , Sophie & Louife,
par la Ducheffe d'Orleans , par les Dames du
Palais de la Reine , & les Dames de Compagnie
de Mefdames de France.
Leurs Majeftés & la Famille Royale fe rendirent
le même jour fur les dix heures du foir
à la Chapelle du Château , & firent leurs prieres
devant l'Autel , où le Saint Sacrement étoit '
en dépôt.
Le 28 , jour du Vendredi Saint , le Roi & la
Reine , accompagnés de Madame Adelaïde , &
de Mefdames Victoire & Sophie , entendirent
le Sermon de la Paffion du Pere Griffet , de la
Compagnie de Jefus. Après la Prédication , leurs
Majeftés affifterent à l'Office , & allerent à l'Adoration
de la Croix. L'après- midi , le Roi & la
Reine entendirent les Tenebres.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dau
phine , & Madame Louife , affifterent à l'Offi
ce du matin & du foir dans la Tribune .
Le 29 , Samedi Saint , leurs Majeftés entendirent
la grande Meffe , célébrée par les Miffionnaires.
-
Elles affifterent l'après midi aux Complies ,
après lefquelles la Mufique chanta le Regina Cali
& PO Filii , de la compofition du fieur Mondonville
, Maître de Mufique de la Chapelle , en
quartier.
MAI 1755 197- 甲
enten-
Le 30 , Fête de Pâques , le Roi & la Reine ,
accompagnés de Mefdames de France ,
dirept dans la Chapelle du Château la grande
Meffe , à laquelle l'Evêque de Gap officia pontificalement
, & qui fut chantée par la Mu-.
fique.
L'après-midi , leurs Majeftés affifterent à la
Prédication du Pere Griffet , enfuite aux Vêpres
, chantées par la Mufique , auxquelles l'Evêque
de Gap officia ; & au Salut célébré par
les Miffionnaires , pendant lequel la Mufique
chanta l'O Filii.
Le 30 Monfeigneur le Duc de Bourgogne &
Madame dînerent avec la Reine .
Le même jour , la Comteffe de Marfan , Gouvernante
des Enfans de France , conduifit Monfeigneur
le Duc de Berry chez la Reine , pour
la premiere fois depuis la naiffance de ce
Prince.
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle , en long
manteau de deuil , a fait fes révérences à leurs
Majeftés & à la Famille Royale , à occafion
de la mort de la Maréchale de Belle - Ifle .
Le 6 , l'Evêque de Rennes , le Duc de Rohan
& le Sr Baillon , Préfidens des trois Ordres des
Etats de Bretagne , & nommés pour présenter au
Roi la médaille & l'eftampe du monument que
les Etats ont fait élever à Rennes , en mémoire de
la convalescence & des victoires de Sa Majesté ,
s'acquitterent de ce devoir. Sa Majefté voulant
leur témoigner fa fatisfaction par une marque dif
tinguée , les reçut dans fon cabinet . L'Evêque de
Rennes porta la parole. Le Duc d'Aiguillon, Commandant
en Bretagne , accompagnoit la députation
; & le Comte de Saint - Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le département de cette
-
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
province , préfenta les Députés au Roi , à la Reine
, & à la Famille royale.
L'Académie royale de Chirurgie tint le 10
Avril fon affemblée publique. A l'ouverture de la
féance, le Sr Morand , Secrétaire perpétuel , annonça
que l'Académie avoit ajugé le prix , Sur laquefsiondufeu
, ou cautere actuel , comme remede de chirurgie
, au Mémoire No. 20 , portant à la premiere
page l'emblême de la Salamandre , avec la devife ,
Nimium extinguit , defideratum renovat ; & à la
derniere page l'enblême du phénix avec la devife
Crematus ipfe refurgit . Le Sr Pipelet lut une obfervation
, Sur la cure d'une Hernie d'inteftins gangrenée
, accompagnée de quelques circonfiances fingulieres.
Cette lecture fut fuivie de celle d'un mémoire
du Sr Houftet , Sur une espece particuliere
d'exoftofe . Le troifieme mémoire qui fut lû , eft
du Sr Ruffel , & contient des obfervations , Sur
les bons effets des cauteres multipliés dans le cas de
l'épilepfie. Le Sr Louis lut un mémoire , Sur les
pierres urinaires , formées hors des voies urinaires.
La féance fut terminée par la lecture de l'histoire
d'une plaie au foie au diaphragme , guérie par
les foins du Sr du Bertrand.
Le Comte de Gifors , nouvellement arrivé des
voyages qu'il a faits dans différentes Cours de
l'Europe , rendit le 12 fes refpects à leurs Majeftés
, étant préfenté par le Maréchal Duc de Belle-
Ifle , fon pere.
Le 13 , la Comteffe d'Ayen fut préfentée à leurs
Majeftés & à la Famille royale par la Ducheffe
d'Ayen, fa belle - mere. En vertu du brevet d'honneurs
que le Roi a accordé au Comte d'Ayen , elle
prit le tabouret.
Mademoiſelle de Sens préſenta le même jour la
Marquise de Prulé.
MA I. 1755 . 199
Le même jour leurs Majeftés fignerent les
contrats de mariage du Comte de Coigny , Meſtre
de Camp général des Dragons , avec la Vicomteffe
douairiere de Chabot ; du Marquis de Bethu
ne , Meftre de Camp général de la Cavalerie ,
avec Demoiſelle Crozat de Thiers ; du Comte de
Ligny , avec Demoiſelle de Rambures ; du fieur
de Blair de Boifmont , Intendant de Valenciennes ,
avec Demoiſelle de Fleffelle ; & du fieur Dufort
Introdacteur des Ambaffadeurs , avec Demoiſelle
le Gendre.
Le Roi a donné fon agrément au mariage du
Vicomte de Merinville , Brigadier de Cavalerie ,
& Capitaine fous- Lieutenant des Gendarines de lá.
Garde ordinaire du Roi , avec la feconde fille da
Marquis de Lhôpital .
Le Marquis de Marigny , Directeur & Ordonnateur
général des Bâtimens & Jardins du Roi ,
ainfi que des Arts & Manufactures , préfenta le
13 à Sa Majefté les ouvrages de peinture & de
fculptute faits pendant l'année derniere par les
éleves protégés. Voici la lifte de ces ouvrages.
1º. Le Šauveur lavant les pieds à fes Apôtres , par
le fieur Fragonard , âgé de 22 ans , & depuis deux
ans dans l'école. 2°. Armide prête à poignarder
Renaud , & arrêtée par l'Amour. Ce tableau eft
du fieur Monet depuis dix-huit mois dans l'école ,
& âgé de 23 ans. 3. Mercure qui endort Argus ,
pour enlever lo métamorphofée en Géniffe , par le
fieur Brenet l'aîné , âgé de 16 ans dans l'école
depuis quinze mois. Saint Jerome en méditation
par le même. 4º, Un modele , dont le ſujet repréfente
le Tems , qui enchaîne l'Amour , par le fieur
Brenet le jeune , âgé de 20 ans , depuis fix mois
dans l'école. 5. Une figure allégorique , repréfentant
la Nobleffe , par le fieur d'Huez , âgé de
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
24 ans , & entré dans l'école en même tems que
le fieur Brenet le jeune. 6°. Alexandre s'endormant
avec une boule d'or dans fa main , afin de
s'éveiller au bruit qu'elle fera en tombant . Mathathias
tuant un juif qui avoit facrifié aux Idoles
, & le Miniftre d'Antiochus qui l'y avoit förcé.
L'Auteur de ces deux derniers morceaux eft le
fieur Chardin , âgé de 22 ans , & qui n'eft que
depuis cinq mois dans l'école. Tous ces différens
ouvrages ont été expofés dans les grands appartemens.
Le 13 , Monfeigneur le Dauphin fit rendre dans
P'Eglife de la Paroiffe du Château , les Pains bénits
qui furent préfentés par l'Abbé de Laſcaris , Aumônier
de Sa Majesté.
Le même jour , les Députés des Etats de Bourgogne
eurent audience du Roi , ils furent préfentés
par le Prince de Condé , Gouverneur de la
Province , & par le Comte de Saint - Florentin ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , & conduits en la
maniere accoutumée par le Grand- Maître & le
Maître des Cérémonies.
La députation étoit compofée pour le Clergé,
de l'Abbé de Cîteaux , qui porta la parole ; du
Marquis d'Efcorailles , pour la Nobleffe ; de M.
Jouard , Maire de Châtillon - fur- Seine , pour le
Tiers -Etat ; de M. Bernard de Blancey , Secrétaire
des Etats ; de M. Rigoley d'Ogny , Tréforier de la
Province ; de M. Perchet , Procureur - Syndic
des Etats ; de M. Berault , Syndic du pays de
Breffe , & de M. Grumet , Syndic du pays de
Bugey.
Le Roi foupa le foir au grand couvert chez la
Reine , avec la Famille royale.
Le 14 , le Roi partit pour Choify , d'où l'on
attend demain Sa Majefté. Monſeigneur le Dau
MA I. 201 1755.
.
phin y alla le 16 , & Mefdames de France y font
allées le 17.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne & Madame
fe promenerent le 14 à Marly, & le 19.à Trianon .
Leurs Majeftés entendirent le 14 de ce mois une
Meffe de Requiem , pendant laquelle le De profundis
fut chanté par la mufique , pour l'anniverfaire
de feu Monfeigneur le Dauphin , ayeul
du Roi.
Le fieur Folard , ci- devant Miniftre du Roi à la
Diette de l'Empire , a été nommé par Sa Majesté
pour aller réfider à Munich en qualité de fon Envoyé
extraordinaire auprès de l'Electeur de Baviere.
Selon les lettres d'Avignon , le Margrave & la
Margrave de Bareith , après y avoir féjourné quatre
mois , en font partis pour Marſeille , d'où ils fe
rendront en Italie.
Le 17 , les actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- fept cens dix livres : les billets de la
premiere Lotterie royale à huit cens vingt- cinq
livres ; & ceux de la feconde Lotterie , à fept cens
dix-fept.
On atrouvé il y a deux mois dans le tems que
la neige étoit fur terre , un oifeau plus gros qu'un
Coq d'Inde , reffemblant affez à un Héron , ayant
une espece de couronne fur la tête avec deux grandes
plumes qui lui tomboient fur le dos. Il étoit
fi maigre que ne pouvant plus voler , des chiens
le prirent à Caftries, terre appartenant à M. le Marquis
de Caftres , à deux lieues de Montpellier. Il
avoit un anneau au pied, fur lequel étoient gravées
que voici : les lettres
C. W. F. M. Z. B. O.
NO. 74. A. 1752. U. G.
On nous a prié d'inférer dans l'article des nouvelles
cet événement , qui peut intéreffer la perfonne
à qui appartenoit cet oifeau. On pourroit
fçavoir par ce moyen d'où il eft venu , quelle étoit
fon efpece , & le tems où il s'eft fauvé de chez fon
maître.
Le 18 Mars, pendant la Meffe du Roi , l'Evêque de
Gap prêta ferment entre les mains de Sa Majeſté.
Le huitieme tirage de la premiere lotterie royale
fe fit le 19 & les jours fuivans , dans la grande
Salle de l'Hôtel de Ville , en préfence des Prévôt
des Marchands & Echevins. Le principal Lot
cft échu au numéro 6804 , & le fecond au numéro
16894. Le numéro 1628 a eu la premiere
Prime.
On fit le 22 de ce mois la proceffion folemnelle
, qu'on a coutume de faire tous les ans ,
en mémoire de la réduction de cette Capitale
fous l'obéiffance de Henri IV. Le Corps de Ville
y affifta fuivant l'ufage.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour l'Académie Françoife élut le
fieur de Châteaubrun , pour remplir la place vacante
dans cette Compagnie , par la mort du
Préſident de Montefquieu .
Le 23 , l'Evêque de Vence fut facré dans la
Chapelle du Séminaire de Saint Sulpice , par
l'Evêque de Beauvais , affifté des Evêques de
Soiffons & de Bazas , & le 24 , pendant la Meffe
du Roi , il prêta ferment de fidélité entre les
mains de Sa Majesté.
La Marquife de Sailly fut préfentée le 23 à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale.
Le 23 , Dimanche des Rameaux , le Roi , accompagné
de Madame Adelaïde , & de Mefdames
Victoire , Sophie & Louiſe , aſſiſta dans
la Chapelle à la Bénédiction des Palmes. Cette
cérémonie fut faite par l'Abbé Gergoy , Chapelain
Ordinaire de la Chapelle - Mufique , lequel
préfenta une Palme à Sa Majefté. Après
la Proceffion , & après avoir adoré la Croix ,
le Roi entendit la grande Meffe , célébrée par
le même Chapelain , & chantée par la Mufique.
L'après-midi , le Roi entendit le Sermon du
Pere Griffet , de la Compagnie de Jeſus . Sa Majeſté
aſſiſta enfuite aux Vêpres , chantées par la
Mufique , & au ' Salut célébré par les Millionnaires.
La Reine , Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine , affifterent dans la Tribune à
l'Office du matin & à celui de l'après -midi.
Le 27 , Jeudi Saint , l'Evêque de Gap ayant
fait l'Abfoute , & le Roi ayant entendu le Sermon
de l'Abbé de Trémouilhe , Chanoine &
Théologal de l'Eglife Métropolitaine de Tours ;
Sa Majefté a lave les pieds à douze pauvres ,
a
MAI. 1755. 195
& les a ſervis à table . Le Prince de Condé ,
Grand Maître de la Maiſon du Roi , étoit à la
tête des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le Service
, dont les plats ont été portés par Monfeigneur
le Dauphin , le Duc d'Orléans , le
Prince de Conti , le Comte de la Marche , le
Comte d'Eu , & par les principaux Officiers de
Sa Majesté. Après cette cérémonie , le Roi &
la Reine , accompagnés de la Famille Royale,
fe font rendus à la Chapelle , où Leurs Majeftés
ont entendu la grande Meffe , célébrée
par l'Abbé Gergoy , & ont affifté à la Proceffion
.
Leurs Majeftés ont affifté le 26 & le 27 à l'Office
des Ténebres , chanté par la Mufique.
L'Académie des Belles • Lettres de Marſeille
ayant réſervé le prix qu'elle devoit adjuger en
1754 , en aura cette année deux à diftribuer.
Elle donnera l'un de ces prix à un Poëme en
rimes plates , de cent cinquante vers au plus ,
& de cent au moins , dont le fujet fera : La
Réunion de la Provence à la Couronne. L'autre
prix eft deftiné à un Difcours d'un quart
d'heure , ou tout au plus d'une demi - heure
de lecture , lequel aura pour fujet : L'homme
eft plus grand par l'ufage defes talens , que par les
talens mêmes.
La Fregate la Gloire , qui a fait voile de Pondichery
le 10 Septembre 1754 , eft arrivée le
26 Mars au Port de l'Orient. On a appris par
ce bâtiment que le fieur Godeheu étoit dé
barqué le 2 Août à Pondichery , & que le fieur
Dupleix , qui lui a remis le Gouvernement des
étab iffemens de la Compagnie dans l'Inde , devoit
être parti au mois d'Octobre , pour revenir en
Europe.
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 27 de Mars , la Reine entendit le
Sermon de la Cêne de l'Abbé de Tremouilhe ,
Chanoine & Théologal de l'Eglife Métropoli- ,
taine de Tours. L'Evêque de Gap fit enfuite.
Abfoute , après laquelle la Reine lava les pieds
à douze pauvres Filles , que Sa Majesté fervit
à table. Le Marquis de Chalmazel , premier
Maître d'Hôtel de la Reine , précéda le Service
, & les plats furent portés par Madame Adelaïde
, par Mefdames Victoire , Sophie & Louife,
par la Ducheffe d'Orleans , par les Dames du
Palais de la Reine , & les Dames de Compagnie
de Mefdames de France.
Leurs Majeftés & la Famille Royale fe rendirent
le même jour fur les dix heures du foir
à la Chapelle du Château , & firent leurs prieres
devant l'Autel , où le Saint Sacrement étoit '
en dépôt.
Le 28 , jour du Vendredi Saint , le Roi & la
Reine , accompagnés de Madame Adelaïde , &
de Mefdames Victoire & Sophie , entendirent
le Sermon de la Paffion du Pere Griffet , de la
Compagnie de Jefus. Après la Prédication , leurs
Majeftés affifterent à l'Office , & allerent à l'Adoration
de la Croix. L'après- midi , le Roi & la
Reine entendirent les Tenebres.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dau
phine , & Madame Louife , affifterent à l'Offi
ce du matin & du foir dans la Tribune .
Le 29 , Samedi Saint , leurs Majeftés entendirent
la grande Meffe , célébrée par les Miffionnaires.
-
Elles affifterent l'après midi aux Complies ,
après lefquelles la Mufique chanta le Regina Cali
& PO Filii , de la compofition du fieur Mondonville
, Maître de Mufique de la Chapelle , en
quartier.
MAI 1755 197- 甲
enten-
Le 30 , Fête de Pâques , le Roi & la Reine ,
accompagnés de Mefdames de France ,
dirept dans la Chapelle du Château la grande
Meffe , à laquelle l'Evêque de Gap officia pontificalement
, & qui fut chantée par la Mu-.
fique.
L'après-midi , leurs Majeftés affifterent à la
Prédication du Pere Griffet , enfuite aux Vêpres
, chantées par la Mufique , auxquelles l'Evêque
de Gap officia ; & au Salut célébré par
les Miffionnaires , pendant lequel la Mufique
chanta l'O Filii.
Le 30 Monfeigneur le Duc de Bourgogne &
Madame dînerent avec la Reine .
Le même jour , la Comteffe de Marfan , Gouvernante
des Enfans de France , conduifit Monfeigneur
le Duc de Berry chez la Reine , pour
la premiere fois depuis la naiffance de ce
Prince.
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle , en long
manteau de deuil , a fait fes révérences à leurs
Majeftés & à la Famille Royale , à occafion
de la mort de la Maréchale de Belle - Ifle .
Le 6 , l'Evêque de Rennes , le Duc de Rohan
& le Sr Baillon , Préfidens des trois Ordres des
Etats de Bretagne , & nommés pour présenter au
Roi la médaille & l'eftampe du monument que
les Etats ont fait élever à Rennes , en mémoire de
la convalescence & des victoires de Sa Majesté ,
s'acquitterent de ce devoir. Sa Majefté voulant
leur témoigner fa fatisfaction par une marque dif
tinguée , les reçut dans fon cabinet . L'Evêque de
Rennes porta la parole. Le Duc d'Aiguillon, Commandant
en Bretagne , accompagnoit la députation
; & le Comte de Saint - Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le département de cette
-
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
province , préfenta les Députés au Roi , à la Reine
, & à la Famille royale.
L'Académie royale de Chirurgie tint le 10
Avril fon affemblée publique. A l'ouverture de la
féance, le Sr Morand , Secrétaire perpétuel , annonça
que l'Académie avoit ajugé le prix , Sur laquefsiondufeu
, ou cautere actuel , comme remede de chirurgie
, au Mémoire No. 20 , portant à la premiere
page l'emblême de la Salamandre , avec la devife ,
Nimium extinguit , defideratum renovat ; & à la
derniere page l'enblême du phénix avec la devife
Crematus ipfe refurgit . Le Sr Pipelet lut une obfervation
, Sur la cure d'une Hernie d'inteftins gangrenée
, accompagnée de quelques circonfiances fingulieres.
Cette lecture fut fuivie de celle d'un mémoire
du Sr Houftet , Sur une espece particuliere
d'exoftofe . Le troifieme mémoire qui fut lû , eft
du Sr Ruffel , & contient des obfervations , Sur
les bons effets des cauteres multipliés dans le cas de
l'épilepfie. Le Sr Louis lut un mémoire , Sur les
pierres urinaires , formées hors des voies urinaires.
La féance fut terminée par la lecture de l'histoire
d'une plaie au foie au diaphragme , guérie par
les foins du Sr du Bertrand.
Le Comte de Gifors , nouvellement arrivé des
voyages qu'il a faits dans différentes Cours de
l'Europe , rendit le 12 fes refpects à leurs Majeftés
, étant préfenté par le Maréchal Duc de Belle-
Ifle , fon pere.
Le 13 , la Comteffe d'Ayen fut préfentée à leurs
Majeftés & à la Famille royale par la Ducheffe
d'Ayen, fa belle - mere. En vertu du brevet d'honneurs
que le Roi a accordé au Comte d'Ayen , elle
prit le tabouret.
Mademoiſelle de Sens préſenta le même jour la
Marquise de Prulé.
MA I. 1755 . 199
Le même jour leurs Majeftés fignerent les
contrats de mariage du Comte de Coigny , Meſtre
de Camp général des Dragons , avec la Vicomteffe
douairiere de Chabot ; du Marquis de Bethu
ne , Meftre de Camp général de la Cavalerie ,
avec Demoiſelle Crozat de Thiers ; du Comte de
Ligny , avec Demoiſelle de Rambures ; du fieur
de Blair de Boifmont , Intendant de Valenciennes ,
avec Demoiſelle de Fleffelle ; & du fieur Dufort
Introdacteur des Ambaffadeurs , avec Demoiſelle
le Gendre.
Le Roi a donné fon agrément au mariage du
Vicomte de Merinville , Brigadier de Cavalerie ,
& Capitaine fous- Lieutenant des Gendarines de lá.
Garde ordinaire du Roi , avec la feconde fille da
Marquis de Lhôpital .
Le Marquis de Marigny , Directeur & Ordonnateur
général des Bâtimens & Jardins du Roi ,
ainfi que des Arts & Manufactures , préfenta le
13 à Sa Majefté les ouvrages de peinture & de
fculptute faits pendant l'année derniere par les
éleves protégés. Voici la lifte de ces ouvrages.
1º. Le Šauveur lavant les pieds à fes Apôtres , par
le fieur Fragonard , âgé de 22 ans , & depuis deux
ans dans l'école. 2°. Armide prête à poignarder
Renaud , & arrêtée par l'Amour. Ce tableau eft
du fieur Monet depuis dix-huit mois dans l'école ,
& âgé de 23 ans. 3. Mercure qui endort Argus ,
pour enlever lo métamorphofée en Géniffe , par le
fieur Brenet l'aîné , âgé de 16 ans dans l'école
depuis quinze mois. Saint Jerome en méditation
par le même. 4º, Un modele , dont le ſujet repréfente
le Tems , qui enchaîne l'Amour , par le fieur
Brenet le jeune , âgé de 20 ans , depuis fix mois
dans l'école. 5. Une figure allégorique , repréfentant
la Nobleffe , par le fieur d'Huez , âgé de
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
24 ans , & entré dans l'école en même tems que
le fieur Brenet le jeune. 6°. Alexandre s'endormant
avec une boule d'or dans fa main , afin de
s'éveiller au bruit qu'elle fera en tombant . Mathathias
tuant un juif qui avoit facrifié aux Idoles
, & le Miniftre d'Antiochus qui l'y avoit förcé.
L'Auteur de ces deux derniers morceaux eft le
fieur Chardin , âgé de 22 ans , & qui n'eft que
depuis cinq mois dans l'école. Tous ces différens
ouvrages ont été expofés dans les grands appartemens.
Le 13 , Monfeigneur le Dauphin fit rendre dans
P'Eglife de la Paroiffe du Château , les Pains bénits
qui furent préfentés par l'Abbé de Laſcaris , Aumônier
de Sa Majesté.
Le même jour , les Députés des Etats de Bourgogne
eurent audience du Roi , ils furent préfentés
par le Prince de Condé , Gouverneur de la
Province , & par le Comte de Saint - Florentin ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , & conduits en la
maniere accoutumée par le Grand- Maître & le
Maître des Cérémonies.
La députation étoit compofée pour le Clergé,
de l'Abbé de Cîteaux , qui porta la parole ; du
Marquis d'Efcorailles , pour la Nobleffe ; de M.
Jouard , Maire de Châtillon - fur- Seine , pour le
Tiers -Etat ; de M. Bernard de Blancey , Secrétaire
des Etats ; de M. Rigoley d'Ogny , Tréforier de la
Province ; de M. Perchet , Procureur - Syndic
des Etats ; de M. Berault , Syndic du pays de
Breffe , & de M. Grumet , Syndic du pays de
Bugey.
Le Roi foupa le foir au grand couvert chez la
Reine , avec la Famille royale.
Le 14 , le Roi partit pour Choify , d'où l'on
attend demain Sa Majefté. Monſeigneur le Dau
MA I. 201 1755.
.
phin y alla le 16 , & Mefdames de France y font
allées le 17.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne & Madame
fe promenerent le 14 à Marly, & le 19.à Trianon .
Leurs Majeftés entendirent le 14 de ce mois une
Meffe de Requiem , pendant laquelle le De profundis
fut chanté par la mufique , pour l'anniverfaire
de feu Monfeigneur le Dauphin , ayeul
du Roi.
Le fieur Folard , ci- devant Miniftre du Roi à la
Diette de l'Empire , a été nommé par Sa Majesté
pour aller réfider à Munich en qualité de fon Envoyé
extraordinaire auprès de l'Electeur de Baviere.
Selon les lettres d'Avignon , le Margrave & la
Margrave de Bareith , après y avoir féjourné quatre
mois , en font partis pour Marſeille , d'où ils fe
rendront en Italie.
Le 17 , les actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- fept cens dix livres : les billets de la
premiere Lotterie royale à huit cens vingt- cinq
livres ; & ceux de la feconde Lotterie , à fept cens
dix-fept.
Fermer
Résumé : DE MONTPELLIER.
En mars 1755, près de Montpellier, un oiseau ressemblant à un héron et portant une couronne avec deux grandes plumes fut capturé. Cet oiseau, incapable de voler en raison de sa maigreur, portait un anneau au pied avec les lettres 'C. W. F. M. Z. B. O. NO. 74. A. 1752. U. G.' L'événement fut rapporté pour identifier son propriétaire. Le 18 mars, l'évêque de Gap prêta serment au roi. Les tirages de la première lotterie royale eurent lieu les 19 et jours suivants à l'Hôtel de Ville. Le principal lot échut au numéro 6804, et le second au numéro 16894. Le numéro 1628 remporta la première prime. Le 23 mars, l'évêque de Vence fut sacré dans la chapelle du Séminaire de Saint-Sulpice. La marquise de Sailly fut présentée au roi et à la famille royale. Le roi assista à la bénédiction des palmes et écouta un sermon. Le 27 mars, l'évêque de Gap administra l'absoute, et le roi lava les pieds de douze pauvres. L'Académie des Belles-Lettres de Marseille offrit deux prix : un pour un poème sur la réunion de la Provence à la couronne, et un autre pour un discours sur l'usage des talents. La frégate La Gloire, partie de Pondichéry le 10 septembre 1754, arriva au port de l'Orient le 26 mars. Elle apporta des nouvelles sur les gouverneurs des établissements de la Compagnie dans l'Inde. Le 30 mars, jour de Pâques, le roi et la reine assistèrent à la messe, à la prédication, aux vêpres et au salut. Le duc de Bourgogne et Madame dînèrent avec la reine. La comtesse de Marfan présenta le duc de Berry à la reine. Le 6 avril, l'évêque de Rennes, le duc de Rohan et M. Baillon présentèrent au roi une médaille et une estampe en mémoire des victoires du roi. L'Académie royale de Chirurgie tint une assemblée publique le 10 avril, où plusieurs mémoires médicaux furent lus. Le comte de Gifors rendit visite au roi après ses voyages en Europe. La comtesse d'Ayen fut présentée au roi et à la famille royale. Le roi signa des contrats de mariage pour plusieurs nobles. Le marquis de Marigny présenta au roi des œuvres de peinture et de sculpture réalisées par des élèves protégés. Le dauphin fit bénir des pains dans l'église du Château. Les députés des États de Bourgogne eurent audience avec le roi. Le roi soupa au grand couvert chez la reine avec la famille royale. Le 14 avril, le roi partit pour Choisy, suivi par le dauphin et Mesdames de France. Le duc de Bourgogne et Madame se promenèrent à Marly et à Trianon. Une messe de requiem fut célébrée en mémoire du dauphin, aïeul du roi. Le sieur Folard fut nommé ministre du roi à la Diète de l'Empire. Par ailleurs, le Margrave et la Margrave de Bareith, après avoir séjourné quatre mois à Avignon, se dirigent vers Marseille, d'où ils prévoient de se rendre en Italie. Le 17 mars, les actions de la Compagnie des Indes étaient cotées à 1 710 livres. Les billets de la première Lotterie royale étaient à 825 livres, tandis que ceux de la seconde Lotterie étaient à 717 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
142
p. 200-203
VAUDEVILLE SUR LA CONTREDANSE.
Début :
Allons gai : [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Mois de mai, Comédie, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE SUR LA CONTREDANSE.
VAUDEVILLE SUR LA CONTREDANSE.
•
PREMIER COUPLET.
Allons gai:
Voici le mois de Mai ,
Le doux mois d'amourette.
Commençons
Nos jeux & nos chanfons ,
Et, danfops fur l'herbette .
Colin
Prend Colinette ;
De violette
Pare fon fein.
Le coeur
Le plus fauvage
Souvent s'engage . ¡
Par une fleur.
Allons gai , &c.
Bergers , une fleurette
De vos feux devient l'interprête
Et Flore
Fait éclore
Ses préfens
JUIN. 1755. 201
VILLA
Pour fervir les amans.
Allons gai , & c.
SECOND
Allons gai , & c.
Plaiſirs ,
COUPLE T.
Bonheur champêtre ,
Vous allez naître
De nos foupirs.
Tout rit
Dans ces afyles ,
Ces lieux tranquilles
Qu'amour chérit.
Allons gai , & c.
Déja tout fent les flammes ,
Tendre amour , printems de nos ames
Tu charmes ,
Tu defarmes
Nos rigueurs
Par tes attraits vainqueurs;
Allons gai , & c .
TROISIEME COUPLET.
Allons gai , & c .
Le fon
De la mufette
Séduit Lifette
Sur le gazon .
Tirfis
LYON
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Par cette adreffe ,
De fa tendreffe
Reçoit le prix.
Allons gai , & c.
L'amour fous nos fougères
Tend des lacs aux jeunes Bergeres .
Fillette
Joliette ,
En ce mois.
N'allez point feule aux bois.
Allons gai , &c.
QUATRIEME COUPLET.
Palfangué ,
Voici le mois de mai , &c.
Vien çà ,
Vien çà , Paquette ,
A la franquette ,
Mets ta main là.
Morgue ,
De t'voir fi fiare ;
Sçais-tu que Piare
Eft fatigué ?
Jarnigué , voici , &c .
Faut-il que j'aille au piautre ,
Quand j'avons un coeur comme un autre ?
Mais ... fille ...
Ton oeil brille ,
Et je fens
JUIN. 1755 203
Naître en moi le printems.
Sarpegué , voici , &c.
Les paroles de ce Vaudeville font de
M. Favart. Les danfes du Ballet font de la
compofition de M. Deheffe , & la mufique
eft de M. Defbroffes ,
Le 31 Mai les Comédiens Italiens donnerent
la premiere repréſentation du Maître
de Musique , Comédie nouvelle en
deux actes , mêlée d'arietes , & parodiée
de l'Italien , avec un divertiffement. Cette
piece eft de M. Borand , Auteur de la
Servante Maitreffe ; le public lui a fait un
accueil favorable. Le premier acte paroît
avoir le plus réuffi , nous en rendrons un
compte plus détaillé dans la fuite des repréfentations
•
PREMIER COUPLET.
Allons gai:
Voici le mois de Mai ,
Le doux mois d'amourette.
Commençons
Nos jeux & nos chanfons ,
Et, danfops fur l'herbette .
Colin
Prend Colinette ;
De violette
Pare fon fein.
Le coeur
Le plus fauvage
Souvent s'engage . ¡
Par une fleur.
Allons gai , &c.
Bergers , une fleurette
De vos feux devient l'interprête
Et Flore
Fait éclore
Ses préfens
JUIN. 1755. 201
VILLA
Pour fervir les amans.
Allons gai , & c.
SECOND
Allons gai , & c.
Plaiſirs ,
COUPLE T.
Bonheur champêtre ,
Vous allez naître
De nos foupirs.
Tout rit
Dans ces afyles ,
Ces lieux tranquilles
Qu'amour chérit.
Allons gai , & c.
Déja tout fent les flammes ,
Tendre amour , printems de nos ames
Tu charmes ,
Tu defarmes
Nos rigueurs
Par tes attraits vainqueurs;
Allons gai , & c .
TROISIEME COUPLET.
Allons gai , & c .
Le fon
De la mufette
Séduit Lifette
Sur le gazon .
Tirfis
LYON
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Par cette adreffe ,
De fa tendreffe
Reçoit le prix.
Allons gai , & c.
L'amour fous nos fougères
Tend des lacs aux jeunes Bergeres .
Fillette
Joliette ,
En ce mois.
N'allez point feule aux bois.
Allons gai , &c.
QUATRIEME COUPLET.
Palfangué ,
Voici le mois de mai , &c.
Vien çà ,
Vien çà , Paquette ,
A la franquette ,
Mets ta main là.
Morgue ,
De t'voir fi fiare ;
Sçais-tu que Piare
Eft fatigué ?
Jarnigué , voici , &c .
Faut-il que j'aille au piautre ,
Quand j'avons un coeur comme un autre ?
Mais ... fille ...
Ton oeil brille ,
Et je fens
JUIN. 1755 203
Naître en moi le printems.
Sarpegué , voici , &c.
Les paroles de ce Vaudeville font de
M. Favart. Les danfes du Ballet font de la
compofition de M. Deheffe , & la mufique
eft de M. Defbroffes ,
Le 31 Mai les Comédiens Italiens donnerent
la premiere repréſentation du Maître
de Musique , Comédie nouvelle en
deux actes , mêlée d'arietes , & parodiée
de l'Italien , avec un divertiffement. Cette
piece eft de M. Borand , Auteur de la
Servante Maitreffe ; le public lui a fait un
accueil favorable. Le premier acte paroît
avoir le plus réuffi , nous en rendrons un
compte plus détaillé dans la fuite des repréfentations
Fermer
Résumé : VAUDEVILLE SUR LA CONTREDANSE.
Le texte présente un vaudeville intitulé 'Vaudeville sur la contredanse', composé de plusieurs couplets célébrant l'arrivée du mois de mai et les plaisirs champêtres associés à l'amour et à la nature. Le premier couplet invite à la gaieté et à la danse, mettant en scène Colin et Colinette qui s'engagent par une fleur. Le second couplet évoque les plaisirs et le bonheur champêtre, charmé par l'amour et le printemps. Le troisième couplet décrit l'amour qui tend des pièges aux jeunes bergères, tandis que le quatrième couplet est une invitation plus directe et familière à la danse et à l'amour. Les paroles sont de M. Favart, les danses du ballet de M. Deheffe, et la musique de M. Desbroffes. Le 31 mai 1755, les Comédiens Italiens ont donné la première représentation de 'Le Maître de Musique', une comédie en deux actes mêlée d'ariettes et parodiée de l'italien, avec un divertissement. Cette pièce, écrite par M. Borand, auteur de 'La Servante Maîtresse', a reçu un accueil favorable du public, notamment pour son premier acte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
143
p. 209-210
MUSIQUE.
Début :
SECOND livre ou recueil d'airs en duo choisis & ajustés pour les flûtes, violons, [...]
Mots clefs :
Musique, Flûte, Musette, Violons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
SECOND ECOND livre ou recueil d'airs en duo,
choifis & ajuftés pour les flûtes , violons ,
& pardeffus de violes , dont la plûpart
peuvent le jouer fur la vielle & la mufette ,
tant naturellement , que par des clefs de
tranfpofition pofées au commencement
defdits airs , divifés en fept fuites , avec
un prélude fur chaque ton , par M. Bordet,
Maître de flûte traverfière , gravé par Labaffée.
Prix fix livres en blanc ; fe vend à
Paris , chez ledit fieur Bordet , rue du Ponceau
, près la Fontaine , la feconde porte
cochere à droite en entrant par la rue faint
Denis ; le fieur Bayard Marchand , rue S.
Honoré , à la Régle d'or ; le fieur Le Clerc
Marchand , rue du Roule , à la Croix d'or ;
Mlle Caftagnery Marchande , rue des Prou
vaires , à la Mufique royale ; & à Lyon ,
chez M. Bretonne Marchand , grande rue
Merciere .
L'on trouvera aux même adreffes le premier
livre , auffi à l'ufage de la flûte , du
violon , du pardeffus de viole , & de la
mufette , avec des obfervations fur la touche
defdits inftrumens , en tête duquel eft
un précis des principes de la Mufique , ou
210 MERCURE DE FRANCE.
vrage
fait pour la commodité des Maîtres
& l'utilité des Ecoliers. Ces deux livres
font encore fort utiles aux perfonnes qui
apprennent la Mufique vocale , parce que
la plus grande partie des airs qu'ils contiennent
, font des airs chantans & connus
, & qu'après avoir folfiés les premiers
deffus ils pourront auffi s'exercer fur les
feconds deffus , ce qui ne contribuera
peu à leur avancement & à les amufer.
pas
Le premier livre ayant été fini avec
beaucoup de précipitation , il s'y étoit
gliffé quelques fautes que l'on a corrigées
avant d'en tirer de nouveaux exemplaires.
L'on trouvera encore aux mêmes adreffes
à Paris deux grands concerto pour la
flûte , du même Auteur , en huit parties
féparées ; fçavoir , la flûte , quatre violons,
un alto viole , & deux baffes particulieres.
SECOND ECOND livre ou recueil d'airs en duo,
choifis & ajuftés pour les flûtes , violons ,
& pardeffus de violes , dont la plûpart
peuvent le jouer fur la vielle & la mufette ,
tant naturellement , que par des clefs de
tranfpofition pofées au commencement
defdits airs , divifés en fept fuites , avec
un prélude fur chaque ton , par M. Bordet,
Maître de flûte traverfière , gravé par Labaffée.
Prix fix livres en blanc ; fe vend à
Paris , chez ledit fieur Bordet , rue du Ponceau
, près la Fontaine , la feconde porte
cochere à droite en entrant par la rue faint
Denis ; le fieur Bayard Marchand , rue S.
Honoré , à la Régle d'or ; le fieur Le Clerc
Marchand , rue du Roule , à la Croix d'or ;
Mlle Caftagnery Marchande , rue des Prou
vaires , à la Mufique royale ; & à Lyon ,
chez M. Bretonne Marchand , grande rue
Merciere .
L'on trouvera aux même adreffes le premier
livre , auffi à l'ufage de la flûte , du
violon , du pardeffus de viole , & de la
mufette , avec des obfervations fur la touche
defdits inftrumens , en tête duquel eft
un précis des principes de la Mufique , ou
210 MERCURE DE FRANCE.
vrage
fait pour la commodité des Maîtres
& l'utilité des Ecoliers. Ces deux livres
font encore fort utiles aux perfonnes qui
apprennent la Mufique vocale , parce que
la plus grande partie des airs qu'ils contiennent
, font des airs chantans & connus
, & qu'après avoir folfiés les premiers
deffus ils pourront auffi s'exercer fur les
feconds deffus , ce qui ne contribuera
peu à leur avancement & à les amufer.
pas
Le premier livre ayant été fini avec
beaucoup de précipitation , il s'y étoit
gliffé quelques fautes que l'on a corrigées
avant d'en tirer de nouveaux exemplaires.
L'on trouvera encore aux mêmes adreffes
à Paris deux grands concerto pour la
flûte , du même Auteur , en huit parties
féparées ; fçavoir , la flûte , quatre violons,
un alto viole , & deux baffes particulieres.
Fermer
Résumé : MUSIQUE.
Le document présente le 'SECOND ECOND livre ou recueil d'airs en duo' composé par M. Bordet, Maître de flûte traversière. Ce recueil est destiné aux flûtes, violons et pardeffus de violes, et peut également être joué sur la vielle et la musette grâce à des clefs de transposition fournies. Il est structuré en sept suites, chacune précédée d'un prélude, et est gravé par Labaffée. Le prix est fixé à six livres. Le recueil est disponible à Paris chez plusieurs marchands, dont M. Bordet, rue du Ponceau, et à Lyon chez M. Bretonne. Le premier livre, également disponible, inclut des observations sur la touche des instruments et un précis des principes de la musique, utile pour les maîtres et les élèves. Les deux livres sont bénéfiques pour ceux qui apprennent la musique vocale, car ils contiennent des airs chantants et connus. Le premier livre a été corrigé pour éliminer les fautes présentes dans les premières éditions. De plus, deux grands concertos pour la flûte en huit parties séparées sont également disponibles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
144
p. 204-222
ARCHITECTURE. Suite des mémoires d'une Société de gens de Lettres publiés en l'année 2355.
Début :
POUR suivre l'ordre des matieres plutôt que celui du livre, nous passerons [...]
Mots clefs :
Théâtre, Palais royal, Architecture, Opéra, Édifices, Architecture, Loges, Musique, Spectacle, Musiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Suite des mémoires d'une Société de gens de Lettres publiés en l'année 2355.
ARCHITECTURE.
Suite des mémoires d'une Société de
gens
Lettres publiés en l'année 2355.
Po
de
OUR fuivre l'ordre des matieres plu-
τότ que celui du livre , nous pafferons
au cinquième mémoire qui traite d'architecture.
M. Gainfay y donne ſes réflexions fur
l'ancien bâtiment qu'on nomme le Palais
Royal. C'étoit autrefois la principale demeure
des Ducs d'Orléans , avant qu'ils
euffent bâti ce fuperbe édifice qu'ils habitent
maintenant au centre de la ville , &
qui eft un des plus beaux morceaux d'architecture
qu'il y ait en Europe. L'ancien
Palais royal n'eft plus qu'une de leurs maifons
de plaifance ; comme il a toujours
été entretenu avec foin , il fe trouve vraifemblablement
à peu- près dans l'état dans
lequel il a été conftruit. L'architecture en
eft affez belle , & fon caractere prouve fon
ancienneté. Il eft plus lourd & moins recherché
que le Louvre , & les autres bâtitimens
confidérables qui nous reftent de
ces tems ; cependant , comme ce goût eft
folide & bon en foi , on ne peut pas douSEPTEMBRE
. 1755. 205
ter qu'il ne faille remonter , pour en fixer
la date avant le dix-huitiéme fiécle , dans
lequel on voit par le peu qui nous en refte ,
qu'à la réferve de quelques édifices , le
goût étoit dégénéré , meſquin , irrégulier ,
& fouvent même extravagant.
M. Gainfay fait ici une digreffion pour
prouver qu'on doit attribuer la deftruction
de la plupart des édifices du dix- huitiéme
fiécle , à ce que dans les fiécles fuivans où
le bon goût s'eft rétabli , ils furent trouvés
peu dignes de refter fur pied , & comme
tels abattus, afin de ne laiffer aucune trace
de ce tems de délire , honteux à une nation
qui a toujours été en poffeffion de
donner les exemples du goût à fes voifins ;
quoiqu'il en foit de ce fentiment , il eft
certain que M. Gainfay ne le prouve pas
fans réplique , puiſqu'on peut auffi- bien
donner pour raifon de cette deftruction le
tems qui s'eft écoulé jufqu'à nous , & que
d'ailleurs il n'eft pas vraisemblable que les
propriétaires des palais ou maifons qui
nous auroient pû fervir à connoître le
goût d'architecture de ce fiécle , fe foient
prêtés à faire de tels facrifices à la gloire
de leur nation , fans quelque intérêt particulier.
De plus fi cela s'étoit fait par une
confpiration générale , il n'en feroit rien
refté du tout , au lieu qu'avec un peu de
-4
206 MERCURE DE FRANCE.
recherches on en retrouve affez pour donner
lieu à des conjectures plus étendues.
M. Gainfay remarque très- judicieuſement
qu'on ne peut point attribuer à ce
fiécle corrompu une conftruction auffi réguliere
que les deux grandes cours du Palais
royal , que l'architecture cependant
n'en étant pas fi épurée que celle du Louvre
, il y a lieu de croire qu'elle a précédé ,
& qu'elle eft du quinziéme fiécle , avant
qu'on eût entierement trouvé le point de
perfection , mais lorsqu'on en étoit fort
proche. On voit dans la feconde cour une
chofe finguliere. Les étages d'en haut nẻ
font pas femblables dans les deux aîles.
Un côté eft décoré de croifées quarrées ,
de vafes , & un peu en arriere d'un petit
mur percé de petites croifées , & traité de
maniere qu'il forme un attique agréable
& fort élégant : l'autre côté préfente une
balustrade ornée de vafes , mais il fe trouve
enfuite un étage de bois , dont le mur
eft incliné en arriere , fans qu'on puiffe
deviner ce qui a empêché de le mettre à
plomb. A- t - on crû qu'il en pût réſulter
quelque agrément à l'oeil ? Il ne paroît pas
poffible de le penfer. L'apparence de folidité
exige que tous les murs portent per
pendiculairement les uns fur les autres .
Eft- ce quelque raifon de commodité intéSEPTEMBRE.
1755. 207
"
rieure ? On ne ſçauroit la concevoir ; il
paroît au contraire que l'intérieur en eft
gâté , & qu'il eft plus difficile de s'approcher
de ces croifées fans fe heurter par
l'inclinaifon qu'elles ont en haut ; d'ailleurs
cela donne aux appartemens un air ignoble
en les faifant paroître des greniers lambriffés.
Voilà de ces obfcurités que l'ancienneté
ne nous permet pas de pénétrer
& fur lefquelles on ne peut fonder aucunes
conjectures raifonnables. On voit par
d'anciennes eftampes qui repréfentent cet
édifice , que le toît defcendoit juſqu'au
pied de cet étage , & qu'il n'y avoit que
des croifées éloignées les unes des autres ,
qui fervoient à éclairer les greniers. Ces
croifées avançant en faillie fur un pignon
très-élevé & fort pointu , étoient défectueufes
, & laiffoient voir trop de toît ,
ainfi il a été néceffaire d'en former un
étage ; mais le côté décoré en attique a
l'avantage d'avoir confervé les anciennes
fenêtres qui font d'un goût conforme
celui de tout l'édifice , au lieu que l'autre
eft dans un goût entierement différent.
M. Gainfay entre enfuite dans un examen
fort détaillé fur l'architecture d'une
cour qui eft fur le côté de ce Palais : nous
fupprimerons cette partie de fon difcours
à caufe de fa longueur , & nous renvoye208
MERCURE DE FRANCE.
rons fur ce fujet à l'original . On y trouve
ra une critique fort judicieufe mêlée d'éloges
, également bien fondés , de ce morceau
d'architecture .
Nous pafferons à une des falles de ce
Palais , que M. Gainfay nomme la falle
des concerts. Quelques Aureurs ont prétendu
qu'autrefois cette falle a été la falle
de l'Opéra de Paris . M. Gainfay prouve
que ce fentiment eft infoutenable . Premierement
, elle est beaucoup trop petite
pour avoir pû contenir les citoyens d'une
ville telle que Paris , même dans ces temslà
. On ne peut pas y fuppofer , quelque
peu confidérable qu'elle fut alors , moins
d'un million d'habitans , quoique ce foit
bien peu en comparaifon de ce qu'elle en
renferme aujourd'hui ; toujours eft- il certain
que dans cette fuppofition , quelque
bornée qu'elle foit , il a dû y avoir cent
mille perfonnes allant habituellement à
l'Opéra. A moins qu'on ne veuille croire ,
comme font ceux qui foutiennent ce fentiment
, que la mufique de ce tems étant
fort fimple, & n'étant proprement que nos
chants d'églife , avec quelques accompa
gnemens auffi uniformes , elle n'infpiroit
pas alors ces fenfations délicieufes qu'elle
nous fait éprouver maintenant qu'elle eſt
portée à fa perfection. Ils en concluent
SEPTEMBRE. 1755. 209
qu'on n'avoit pas alors pour elle ce goût
vif qui nous détermine fi fortement , que
malgré la grandeur de nos théatres & la
quantité que nous en avons dans prefque
tous les quartiers de la ville , ils font néanmoins
toujours remplis ; conféquemment
que très - peu de perfonnes alloient au
fpectacle ; qu'à la réferve d'un très - petit
nombre qui s'étant habitués d'enfance à
goûter cette mufique , y trouvoient quelque
beauté , prefque perfonne ne s'en foucioit.
Que les étrangers même ne la pouvant
fouffrir n'y alloient point. Quoiqu'on
ne puiffe pas entierement rejetter ces faits ,
puifque la mufique de ces tems-là qui eſt
parvenue jufqu'à nous , femble en faire
la preuve néanmoins , à quelque point
qu'on diminue la quantité de gens qui aimoient
ces fpectacles , il eft certain qu'on
ne peut la réduire , jufqu'à croire que
cette falle ait pû les contenir.
M. Gainfay tire fa feconde preuve de la
forme de cette falle . Elle eft fort étroite &
fort longue , ce qui eft contradictoire à la
forme effentielle d'un théatre qui doit être
de forme circulaire ou approchante du
cercle dans toute l'étendue de la falle où
font les fpectateurs . En effet , comment
concevoir qu'un architecte ait pu bâtir un
théatre dont la principale loge eft la plus
210 MERCURE DE FRANCE.
éloignée . Peut -on fuppofer qu'il ait ignoté
qu'une falle de théatre doit ( quelque for
me qu'on y donne ) s'ouvrir en largeur ,
plutôt que s'enfoncer en profondeur. Il eſt
vrai que dans celui - ci les côtés s'élargiffent
un peu en s'étendant vers la partie qu'on
prétend être le théatre , mais c'eſt de fi
peu de chofe que cela eft inutile , & ne
fert qu'à y donner une forme défagréable ,
La loge principale a toujours du être celle du
fond , puifque c'eft vis-à- vis d'elle & pour
elle , que fe fait toujours le jeu du théatre ;
dans cette fuppofition , celle- ci feroit trop
loin , & l'on n'y pourroit pas bien entendre
, d'autant plus que le fon feroit intercepté
en chemin par l'obftacle qu'y apporteroit
le petit murmure qui s'enfuit néceffairement
de l'interpofition de plufieurs
perfonnes qu'on ne peut empêcher de fe
parler quelquefois à l'oreille : car on
prétend qu'il y avoit des fpectateurs af
fis dans cette partie qui eft au-devant
& qu'on nomme l'amphithéatre . On ne
fçait pas fi en effet l'ufage étoit alors
de mettre à tous les théatres cette partie
qu'on veut nommer ici amphithéatre.
Nos théatres ne contiennent plus rien
de femblable. De plus il n'y a que cinq
loges dans cette petite partie circulaire ,
qui ayent été placées , finon pour bien
SEPTEMBRE. 1755. 211
entendre du moins pour bien voir. Les loges
qui s'étendent fur les aîles font encore
plus malheureufes ; fi elles font plus à portée
d'entendre , elles le font bien moins
de voir. Le rang de devant ne voit qu'en
s'avançant avec effort , & celui de derriere
ne peut rien voir , ou fört difficilement ,
& en fe levant ou fe penchant au hazard
de tomber fur le rang de devant . On ne
peut s'imaginer qu'on louât des places
pour être affis , & que cependant on fe
tînt de bout. Si l'on confidere la partie
qu'ils nomment le théatre , on verra par
fon peu d'ouverture , qu'il n'eft pas poffible
qu'on y ait pû donner un fpectacle
fur- tout avec des choeurs , & l'on fçait
que les François en ont toujours joint à
leurs Opéra ; il faudroit que les perfonnages
de ces choeurs fuffent rangés de maniere
que le premier cachât en partie le
fecond , & ainfi fucceffivement des autres
; ce qui ne produiroit point de fpectacle
, donneroit un air d'arrangement
apprêté , & détruiróit l'illufion qu'ils nous
doivent faire en fe plaçant par petits groupes
inégaux & naturels . De l'ordre proceffionnal
qu'il faut néceffairement leur fuppofer
ici , il s'enfuit que les derniers qui
font au fond ne pourroient ni voir ni entendre
le claveffin. Comment pourroient-
›
1
212 MERCURE DE FRANCE.
ils donc fuivre une mefure exacte ? Quelques-
uns ont avancé ſur ce fujet une abfurdité
ridicule , ils ont prétendu qu'il y
avoit derriere les derniers de ces choeurs
des Muficiens qui les régloient en battant
la meſure avec des bâtons . Comment peuton
s'imaginer qu'on pût fouffrir un bruit
auffi indécent , tandis que les oreilles délicates
ont peine à fupporter celui que
fait le Muficien lorfqu'il touche fortement
le claveffin pour remettre quelqu'un
dans la´meſure ; ce qui eft extrêmement
rare , puifqu'on ne fouffre perfonne fur
nos théatres qui ne fçache très-bien la mufique
, du moins quant à la meſure . L'ouverture
de ce qu'ils appellent ici théatre ,
eft tellement étroite , qu'on ne peut pas
fuppofer qu'elle ait encore été divifée
en plufieurs parties , ainfi qu'il eft néceffaire
pour les à parte , dont les anciennes
piéces font remplies : Pouvons - nous
penfer qu'on ait négligé de l'illufion , &
choqué la vraiſemblance , au point de faire
dire ou chanter dans le même lieu des
paroles qu'un acteur préfent eft fuppofé
ne pas entendre , il a fallu du moins qu'il
y eut entre ces acteurs un obftacle , ou réel
ou en peinture , qui donnât lieu de croire
qu'ils pouvoient parler fans être entendus
que du fpectateur : mais où eft ici l'efpace
SEPTEM BRE. 1755. 213
néceffaire pour introduire ces obſtacles ?
Quelles fortes de décorations peut - on fuppofer
avoir été faites dans un lieu fi borné
on n'y peut imaginer qu'une fuite de
chaffis fort étroits fur lefquels on ne pourroit
rien peindre que les bords des objets
encore faudroit- il bien les mettre de fuite,
& que l'un ne débordât l'autre qu'autant
que la perfpective le permet , ce qui produiroit
néceffairement une ennuyeufe uniformité.
Point de ces fuyans fur les côtés ,
qui font des effets fi agréables fur nos
théatres. Point de ces chaffis avancés audedans
de la fcéne , & découpés de maniere
à laiffer voir par leurs ouvertures les
côtés qui continuent de fuir , & les toiles
qui fervent de .fond . Ici tout doit être
terminé par une feule toile. Une pareille
décoration ne feroit propre qu'à
repréſenter une rue étroite & fort longue ;
cependant on fçait qu'alors la peinture
brilloit en France , le plaifir qu'elle y caufoit
par fon excellence , a dû néceffairement
engager à faire de grands théatres
pour donner aux Peintres un lieu propre
à montrer l'étendue de leur génie , & pour
profiter du plaifir que caufe l'illufion
produite par les effets de ce bel art . On
fçait encore que les anciens François introduifoient
la danfe dans leurs Opéra.
214 MERCURE DE FRANCE.
Dans les piéces qui nous reftent d'eux , on
voit même qu'ils la lioient à l'action ,
quelquefois bien , le plus fouvent mal-àpropos
, quoique peut- être eût- il mieux
valu la renvoyer aux entr'actes , que de
forcer la vraisemblance , & la raiſon pour
la coudre à la piéce. Quoiqu'il en foit , il
paroît qu'ils avoient des ballets , & même
des ballets figurés, & repréſentans un fujer :
or , comment veut- on qu'on ait pû exécuter
de tels ballets dans un fi petit eſpace : Il y
auroit eû une confufion infupportable ,
ceux de devant auroient caché ceux de
derriere , tellement qu'on n'en auroit pas
pû voir nettement le deffein : D'ailleurs ,
il n'y pourroit pas tenir affez de danfeurs ,
même en fe touchant à rout inftant les
uns les autres pour former un ballet compofé
avec quelque génie. Il faudroit fuppofer
que la danfe alors ne fût que de
deux , trois , ou quatre perfonnes qui auroient
danfé enfemble , & par conféquent
très-breve : car un fi petit nombre de danfeurs
qui figureroient enſemble , ne pourroient
, s'ils danfoient long- tems , s'empêcher
de retomber dans les mêmes pas ,
& de répéter les mêmes, figures , ce qui
deviendroit ennuyeux , quelques excellens
qu'ils fuffent.
Cependant , en mefurant le tems que
SEPTEMBRE. 1755. 215
duroient leurs Opéra , qu'on fçait avoir
été , ainfi que de notre tems , d'environ
trois heures , on ne trouve pas que la mufique
en ait pû employer plus de la moitié
, encore en fuppofant qu'elle ait été
chantée d'une lenteur exceffive , le refte
doit avoir été occupé par la danſe .
Le parterre de cette falle eft d'une profondeur
dont on ne peut concevoir l'uſage
, fi la fuppofition que ce fût une falle
de théatre avoit lieu , les perfonnes affifes
aux trois où quatre premiers rangs n'auroient
rien vû que ce qui fe feroit paffé
au bord de la fcene , & auroient affez mal
entendu , quoique proche , parce que le
fon auroit paffé par- deffus leurs têtes . Suppoferoit-
on qu'ils euffent été de bout , &
peut-on croire que quelqu'un eût pû refter
dans une pofture fi fatigante durant
trois heures , expofé à la foule & au mouvement
tumultueux que caufe toujours un
nombre de perfonnes dans un lieu refferré,
pour entendre une mufique peu divertif
fante. On ne pourroit dans ce cas penfer
autre chofe , finon que ce lieu auroit été
abandonné à la livrée . M. Gainfay obſerve
encore que la décoration de cette falle
qui n'eft ornée d'aucune architecture , paroît
peu digne d'avoir été le lieu de fpectacle
d'une grande ville, Pas une colonne ,
216 MERCURE DE FRANCE.
pas même un feul pilaftre ! Trois petits
rangs de loges écrafées & foutenues par
des poteaux étroits , y font voir une économie
de terrein peu convénable dans un
édifice de cette importance . L'égalité de
ces deux rangs de loges n'annonce pas
plus de dignité dans ceux qui doivent occuper
le rang d'enbas que dans ceux qui
font au-deffus , & d'ailleurs c'eft un défaut
de goût dans un lieu qu'on auroit prétendu
décorer pour le public : car un des premiers
principes du goût eft d'éviter l'égalité
dans les principales maffes d'un édifice
, & d'y trouver toujours quelques parties
dominantes.
-
Il eft d'autant moins à croire que les
anciens François ayent conſtruit un théatre
femblable, qu'on fçait que dès ce temslà
tous les artiſtes , tant les Peintres que les
Muficiens voyageoient dans leur jeuneffe
en Italie pour fe former le goût : Or , il
eft impoffible qu'ils n'ayent pas vû le théatre
antique de Palladio qui eft vraiment
le modele d'un théatre parfait , foit pour
la commodité , foit pour la magnificence
de la décoration . C'eft de ce refpectable
monument que nous avons tité la perfection
que nous avons donnée à nos théatres
modernes ; à la vérité il n'eft pas poffible
de conftruire un théatre de telle
maniere
SEPTEMBRE . 1755. 217
maniere que tout le monde y foit également
bien placé. Néceffairement il y a
quelques loges ou autres places où l'on eft
forcé de regarder de côté , mais il n'eft
aucun plan qui remédie auffi- bien aux
inconvéniens , & qui place autant de perfonnes
avec avantage que celui de cet admirable
édifice antique ; il eft vrai que la
façade du théatre qui coupe cet ovale dans
fon plus grand diamétre , gâte la forme
totale de cet édifice , & le fait paroître à
demi - fait ; mais il eft aifé de fuppléer à ce
défaut comme nous avons fait dans nos
théatres modernes, C'eft de cet antique
que nous avons appris à décorer nos théatres
de cette belle colonnade qui y fait un
effet fi noble. M. Gainfay ne fçauroit fe
réfoudre à croire que les théatres des anciens
François ayent pû fe paffer d'un
ornement auffi magnifique qu'une colonnade
circulaire , & qui lui paroît y être
fi effentiellement néceffaire. Il faut le lire
pour concevoir avec quelle éloquence il
fait fentir la noble richeffe de cette décoration
; & en effet , il eft difficile d'imaginer
qu'on ait prétendu rendre un lieu
digne d'y recevoir le public & les étrangers
, fans l'enrichir de colonnes , ornement
le plus magnifique que l'architecture
ait jamais inventé.
K
21S MERCURE DE FRANCE.
M. Gainfay ajoute une réflexion qui paroît
évidente . Quand il feroit poffible ,
dit-il , que les François euffent rejetté cet
exemple de Palladio par le défaut de fçavoir
comment remédier au defagrément
de fon avant-fcene : du moins ils auroient
fuivis les théatres ordinaires de l'Italie ,
qui , quoique très- défectueux à bien des
égards , avoient , & plus de grandeur , &
une forme plus rélative à leur deftination ,
que celui qu'on nous propofe ici comme
ayant été le principal theatre d'une ville
telle que Paris. Les reftes de celui d'Argentina
à Rome , & de quelques autres en
Italie nous en offrent la preuve. La forme
en eft defagréable , parce que leur plan
reffemble à une raquette , ou à un oeuf
tronqué , & qu'elle produit plufieurs loges
, où il n'y a abfolument que le premier
rang qui puiffe voir & entendre. La décoration
eft de mauvais goût en ce que
toutes les loges , dont il y a fix rangs les uns
fur les autres , font égales , & femblent des
enfoncemens pratiqués dans des murs de
catacombes. La principale loge qu'on a prétendu
décorer , eſt toujours écrasée rélati-
-vement à fa largeur . L'économie d'eſpace
qui n'a permis de prendre que deux loges
pour fa hauteur , a empêché de lui donner
l'exhauffement qui lui convenoit.
SEPTEMBRE 1755, 219
Néamoins , ces théatres ont un air de
grandeur, même dans les plus petites villes ,
d'où M. Gainfay conclut , qu'on ne peut
pas fuppofer que les François ayent fuivi
un auffi mauvais plan que celui qu'on expofe
ici comme le théatre principal de Paris
, & qu'ayant fous les yeux ces modeles
, certainement ils ont donné à ces monumens
publics la dignité qui leur convient
; par conféquent on ne doit pas croire
que cette falle ait été un théatre. Il paroît
qu'on ne peut réfifter à l'évidence de fes
preuves. La derniere objection qu'il fait ,
eft abfolument décifive . On ne voit autour
de cette falle aucun portique , ce qui eft.
fi néceffaire à un théatre , qu'il feroit impoffible
qu'on en fortit , quelque petit
qu'il fût , fans courir à tout inftant rifque
de la vie. L'embarras que caufe la quantité
des équipages à la fortie des fpectacles
, a toujours rendu ces portiques d'une
néceffité indifpenfable , pour donner lieu
aux gens à pied de s'échapper par différens
chemins. Il remarque encore qu'il n'y
a qu'une feule porte d'une grandeur un
peu raifonnable , & qu'il feroit infenfé de
croire qu'on eût donné dans un pareil lieu
des fpectacles , où l'on emploie fouvent le
feu , & qui font fréquemment exposés au
hazard d'un incendie .
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
M. Gainfay paffe à l'explication de ce
qu'on doit penfer de cette falle . C'étoit ,
dit-il , la falle des concerts particuliers des
Princes de la Maiſon d'Orléans. La partie
qu'on a prétendu être un Amphitheatre ,
étoit le lieu où fe plaçoient les Muficiens.
Au commencement il n'y avoit point toutes
ces loges qui l'entourent maintenant ;
mais cette grande maifon s'étant augmentée
dans le dix-neuviéme fiécle , on fut
obligé de les conftruire pour y placer tous
les Officiers de cette maifon qui obrenoient
la faveur de pouvoir entendre des
concerts , où tout ce qu'il y avoit de plus
excellens chanteurs , tant Italiens que François
, exécutoient la plus belle mufique
connue dans ces tems- là. Dans la partie
qu'on prétend avoir été le théatre , étoit
placée une magnifique tribune , qui a été
détruite depuis ; ce lieu étant devenu inutile
lorfque ces Princes ont ceffé d'y demeurer.
On ne peut pas douter que cette
tribune n'ait été décorée de colonnes de
la plus belle architecture , les pilaftres de
fer travaillés , qu'on voit encore aux deux
côtés , en font une continuation fimple ,
& comme pour fervir de tranfition d'un
lieu magnifique aux loges deftinées pour
les Officiers de la maifon. La partie qui
eft au pied de cette tribune en enfonceSEPTEMBRE.
1755. 221
le
ment , & qu'on dit être l'orchestre des.
Muficiens de l'Opéra , eft proprement
lieu où fe plaçoient les Officiers dont les
Princes pouvoient avoir befoin le plus
fréquemment , afin d'être à portée de recevoir
immédiatement leurs ordres ; &
ce qu'on a nommé le parterre étoit le lieu
où le mettoit le plus bas domeftique , où
on avoit conftruit une rampe douce , afin
que ceux qui étoient les plus proches de
la tribune principale , ne puffent point incommoder.
Il pourroît paroître que ceux
qui étoient les derniers , étoient mal placés
pour voir , parce que ceux qui étoient
devant eux , étoient plus élevés ; mais il
faut confidérer qu'il n'eft queſtion ici que
d'entendre un concert , où les principaux
chanteurs fe mettent toujours fur le devant
de l'appui qui les fépare des auditeurs
, & que cet appui eft fort élevé audeffus
de l'auditoire ; mais ce qui confirme
& donne la derniere évidence à ce
qu'avance M. Gainfay dans ce mémoire ,
c'eft qu'il en déduit une raiſon fimple &
claire de l'evafement de cette falle en venant
vers la tribune, qui dans toute autre fuppofition
paroît fans fondement ; il confidere
l'amphithéatre , & qui eft véritablement
l'Orcheftre , comme un centre d'où partent
des rayons de fon ; fi les murs étoient pa-
1
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
ralleles , ces rayons les heurteroient fous
des angles qui pourroient les réfléchir , en
intercepter une partie rélativement à la
tribune principale , pour laquelle toute
cette falle eft conftruite , & par leur réflection
produire une cacophonie qui eft
l'effet naturel de toute voix réfléchie. Cette
douce inclinaiſon n'oppoſe pas un obftacle
affez direct pour brifer ces rayons ,
elle les oblige feulement à gliffer par un
angle très-obtus , & à fe réunir vers la tribune
pour y produire un plus grand effet
d'harmonie . Si elle étoit plus évafée , elle
fuivroit la direction droite du fon , & n'en
augmenteroit pas la force ; il ne faut pas
s'embarraffer des loges qui y font un
obftacle ; parce qu'elles n'y ont été miles
qu'après coup, & qu'elles ne doivent point
être reprochées à l'Architecte ingénieux ,
qui a imaginé cette forme très- propre
fon but. Il eft fâcheux que cette tribune
ait été détruite ; par elle nous aurions
juger s'il avoit autant de goût que de bon
fens .
C'eſt ainfi que M. Gainfay explique ce
qui nous refte de la falle des concerts du
Palais royal. Il eft difficile , après l'avoir
lû dans l'original , de réfiſter à la force de
fes preuves.
La fuite an Mercure fuivant.
Suite des mémoires d'une Société de
gens
Lettres publiés en l'année 2355.
Po
de
OUR fuivre l'ordre des matieres plu-
τότ que celui du livre , nous pafferons
au cinquième mémoire qui traite d'architecture.
M. Gainfay y donne ſes réflexions fur
l'ancien bâtiment qu'on nomme le Palais
Royal. C'étoit autrefois la principale demeure
des Ducs d'Orléans , avant qu'ils
euffent bâti ce fuperbe édifice qu'ils habitent
maintenant au centre de la ville , &
qui eft un des plus beaux morceaux d'architecture
qu'il y ait en Europe. L'ancien
Palais royal n'eft plus qu'une de leurs maifons
de plaifance ; comme il a toujours
été entretenu avec foin , il fe trouve vraifemblablement
à peu- près dans l'état dans
lequel il a été conftruit. L'architecture en
eft affez belle , & fon caractere prouve fon
ancienneté. Il eft plus lourd & moins recherché
que le Louvre , & les autres bâtitimens
confidérables qui nous reftent de
ces tems ; cependant , comme ce goût eft
folide & bon en foi , on ne peut pas douSEPTEMBRE
. 1755. 205
ter qu'il ne faille remonter , pour en fixer
la date avant le dix-huitiéme fiécle , dans
lequel on voit par le peu qui nous en refte ,
qu'à la réferve de quelques édifices , le
goût étoit dégénéré , meſquin , irrégulier ,
& fouvent même extravagant.
M. Gainfay fait ici une digreffion pour
prouver qu'on doit attribuer la deftruction
de la plupart des édifices du dix- huitiéme
fiécle , à ce que dans les fiécles fuivans où
le bon goût s'eft rétabli , ils furent trouvés
peu dignes de refter fur pied , & comme
tels abattus, afin de ne laiffer aucune trace
de ce tems de délire , honteux à une nation
qui a toujours été en poffeffion de
donner les exemples du goût à fes voifins ;
quoiqu'il en foit de ce fentiment , il eft
certain que M. Gainfay ne le prouve pas
fans réplique , puiſqu'on peut auffi- bien
donner pour raifon de cette deftruction le
tems qui s'eft écoulé jufqu'à nous , & que
d'ailleurs il n'eft pas vraisemblable que les
propriétaires des palais ou maifons qui
nous auroient pû fervir à connoître le
goût d'architecture de ce fiécle , fe foient
prêtés à faire de tels facrifices à la gloire
de leur nation , fans quelque intérêt particulier.
De plus fi cela s'étoit fait par une
confpiration générale , il n'en feroit rien
refté du tout , au lieu qu'avec un peu de
-4
206 MERCURE DE FRANCE.
recherches on en retrouve affez pour donner
lieu à des conjectures plus étendues.
M. Gainfay remarque très- judicieuſement
qu'on ne peut point attribuer à ce
fiécle corrompu une conftruction auffi réguliere
que les deux grandes cours du Palais
royal , que l'architecture cependant
n'en étant pas fi épurée que celle du Louvre
, il y a lieu de croire qu'elle a précédé ,
& qu'elle eft du quinziéme fiécle , avant
qu'on eût entierement trouvé le point de
perfection , mais lorsqu'on en étoit fort
proche. On voit dans la feconde cour une
chofe finguliere. Les étages d'en haut nẻ
font pas femblables dans les deux aîles.
Un côté eft décoré de croifées quarrées ,
de vafes , & un peu en arriere d'un petit
mur percé de petites croifées , & traité de
maniere qu'il forme un attique agréable
& fort élégant : l'autre côté préfente une
balustrade ornée de vafes , mais il fe trouve
enfuite un étage de bois , dont le mur
eft incliné en arriere , fans qu'on puiffe
deviner ce qui a empêché de le mettre à
plomb. A- t - on crû qu'il en pût réſulter
quelque agrément à l'oeil ? Il ne paroît pas
poffible de le penfer. L'apparence de folidité
exige que tous les murs portent per
pendiculairement les uns fur les autres .
Eft- ce quelque raifon de commodité intéSEPTEMBRE.
1755. 207
"
rieure ? On ne ſçauroit la concevoir ; il
paroît au contraire que l'intérieur en eft
gâté , & qu'il eft plus difficile de s'approcher
de ces croifées fans fe heurter par
l'inclinaifon qu'elles ont en haut ; d'ailleurs
cela donne aux appartemens un air ignoble
en les faifant paroître des greniers lambriffés.
Voilà de ces obfcurités que l'ancienneté
ne nous permet pas de pénétrer
& fur lefquelles on ne peut fonder aucunes
conjectures raifonnables. On voit par
d'anciennes eftampes qui repréfentent cet
édifice , que le toît defcendoit juſqu'au
pied de cet étage , & qu'il n'y avoit que
des croifées éloignées les unes des autres ,
qui fervoient à éclairer les greniers. Ces
croifées avançant en faillie fur un pignon
très-élevé & fort pointu , étoient défectueufes
, & laiffoient voir trop de toît ,
ainfi il a été néceffaire d'en former un
étage ; mais le côté décoré en attique a
l'avantage d'avoir confervé les anciennes
fenêtres qui font d'un goût conforme
celui de tout l'édifice , au lieu que l'autre
eft dans un goût entierement différent.
M. Gainfay entre enfuite dans un examen
fort détaillé fur l'architecture d'une
cour qui eft fur le côté de ce Palais : nous
fupprimerons cette partie de fon difcours
à caufe de fa longueur , & nous renvoye208
MERCURE DE FRANCE.
rons fur ce fujet à l'original . On y trouve
ra une critique fort judicieufe mêlée d'éloges
, également bien fondés , de ce morceau
d'architecture .
Nous pafferons à une des falles de ce
Palais , que M. Gainfay nomme la falle
des concerts. Quelques Aureurs ont prétendu
qu'autrefois cette falle a été la falle
de l'Opéra de Paris . M. Gainfay prouve
que ce fentiment eft infoutenable . Premierement
, elle est beaucoup trop petite
pour avoir pû contenir les citoyens d'une
ville telle que Paris , même dans ces temslà
. On ne peut pas y fuppofer , quelque
peu confidérable qu'elle fut alors , moins
d'un million d'habitans , quoique ce foit
bien peu en comparaifon de ce qu'elle en
renferme aujourd'hui ; toujours eft- il certain
que dans cette fuppofition , quelque
bornée qu'elle foit , il a dû y avoir cent
mille perfonnes allant habituellement à
l'Opéra. A moins qu'on ne veuille croire ,
comme font ceux qui foutiennent ce fentiment
, que la mufique de ce tems étant
fort fimple, & n'étant proprement que nos
chants d'églife , avec quelques accompa
gnemens auffi uniformes , elle n'infpiroit
pas alors ces fenfations délicieufes qu'elle
nous fait éprouver maintenant qu'elle eſt
portée à fa perfection. Ils en concluent
SEPTEMBRE. 1755. 209
qu'on n'avoit pas alors pour elle ce goût
vif qui nous détermine fi fortement , que
malgré la grandeur de nos théatres & la
quantité que nous en avons dans prefque
tous les quartiers de la ville , ils font néanmoins
toujours remplis ; conféquemment
que très - peu de perfonnes alloient au
fpectacle ; qu'à la réferve d'un très - petit
nombre qui s'étant habitués d'enfance à
goûter cette mufique , y trouvoient quelque
beauté , prefque perfonne ne s'en foucioit.
Que les étrangers même ne la pouvant
fouffrir n'y alloient point. Quoiqu'on
ne puiffe pas entierement rejetter ces faits ,
puifque la mufique de ces tems-là qui eſt
parvenue jufqu'à nous , femble en faire
la preuve néanmoins , à quelque point
qu'on diminue la quantité de gens qui aimoient
ces fpectacles , il eft certain qu'on
ne peut la réduire , jufqu'à croire que
cette falle ait pû les contenir.
M. Gainfay tire fa feconde preuve de la
forme de cette falle . Elle eft fort étroite &
fort longue , ce qui eft contradictoire à la
forme effentielle d'un théatre qui doit être
de forme circulaire ou approchante du
cercle dans toute l'étendue de la falle où
font les fpectateurs . En effet , comment
concevoir qu'un architecte ait pu bâtir un
théatre dont la principale loge eft la plus
210 MERCURE DE FRANCE.
éloignée . Peut -on fuppofer qu'il ait ignoté
qu'une falle de théatre doit ( quelque for
me qu'on y donne ) s'ouvrir en largeur ,
plutôt que s'enfoncer en profondeur. Il eſt
vrai que dans celui - ci les côtés s'élargiffent
un peu en s'étendant vers la partie qu'on
prétend être le théatre , mais c'eſt de fi
peu de chofe que cela eft inutile , & ne
fert qu'à y donner une forme défagréable ,
La loge principale a toujours du être celle du
fond , puifque c'eft vis-à- vis d'elle & pour
elle , que fe fait toujours le jeu du théatre ;
dans cette fuppofition , celle- ci feroit trop
loin , & l'on n'y pourroit pas bien entendre
, d'autant plus que le fon feroit intercepté
en chemin par l'obftacle qu'y apporteroit
le petit murmure qui s'enfuit néceffairement
de l'interpofition de plufieurs
perfonnes qu'on ne peut empêcher de fe
parler quelquefois à l'oreille : car on
prétend qu'il y avoit des fpectateurs af
fis dans cette partie qui eft au-devant
& qu'on nomme l'amphithéatre . On ne
fçait pas fi en effet l'ufage étoit alors
de mettre à tous les théatres cette partie
qu'on veut nommer ici amphithéatre.
Nos théatres ne contiennent plus rien
de femblable. De plus il n'y a que cinq
loges dans cette petite partie circulaire ,
qui ayent été placées , finon pour bien
SEPTEMBRE. 1755. 211
entendre du moins pour bien voir. Les loges
qui s'étendent fur les aîles font encore
plus malheureufes ; fi elles font plus à portée
d'entendre , elles le font bien moins
de voir. Le rang de devant ne voit qu'en
s'avançant avec effort , & celui de derriere
ne peut rien voir , ou fört difficilement ,
& en fe levant ou fe penchant au hazard
de tomber fur le rang de devant . On ne
peut s'imaginer qu'on louât des places
pour être affis , & que cependant on fe
tînt de bout. Si l'on confidere la partie
qu'ils nomment le théatre , on verra par
fon peu d'ouverture , qu'il n'eft pas poffible
qu'on y ait pû donner un fpectacle
fur- tout avec des choeurs , & l'on fçait
que les François en ont toujours joint à
leurs Opéra ; il faudroit que les perfonnages
de ces choeurs fuffent rangés de maniere
que le premier cachât en partie le
fecond , & ainfi fucceffivement des autres
; ce qui ne produiroit point de fpectacle
, donneroit un air d'arrangement
apprêté , & détruiróit l'illufion qu'ils nous
doivent faire en fe plaçant par petits groupes
inégaux & naturels . De l'ordre proceffionnal
qu'il faut néceffairement leur fuppofer
ici , il s'enfuit que les derniers qui
font au fond ne pourroient ni voir ni entendre
le claveffin. Comment pourroient-
›
1
212 MERCURE DE FRANCE.
ils donc fuivre une mefure exacte ? Quelques-
uns ont avancé ſur ce fujet une abfurdité
ridicule , ils ont prétendu qu'il y
avoit derriere les derniers de ces choeurs
des Muficiens qui les régloient en battant
la meſure avec des bâtons . Comment peuton
s'imaginer qu'on pût fouffrir un bruit
auffi indécent , tandis que les oreilles délicates
ont peine à fupporter celui que
fait le Muficien lorfqu'il touche fortement
le claveffin pour remettre quelqu'un
dans la´meſure ; ce qui eft extrêmement
rare , puifqu'on ne fouffre perfonne fur
nos théatres qui ne fçache très-bien la mufique
, du moins quant à la meſure . L'ouverture
de ce qu'ils appellent ici théatre ,
eft tellement étroite , qu'on ne peut pas
fuppofer qu'elle ait encore été divifée
en plufieurs parties , ainfi qu'il eft néceffaire
pour les à parte , dont les anciennes
piéces font remplies : Pouvons - nous
penfer qu'on ait négligé de l'illufion , &
choqué la vraiſemblance , au point de faire
dire ou chanter dans le même lieu des
paroles qu'un acteur préfent eft fuppofé
ne pas entendre , il a fallu du moins qu'il
y eut entre ces acteurs un obftacle , ou réel
ou en peinture , qui donnât lieu de croire
qu'ils pouvoient parler fans être entendus
que du fpectateur : mais où eft ici l'efpace
SEPTEM BRE. 1755. 213
néceffaire pour introduire ces obſtacles ?
Quelles fortes de décorations peut - on fuppofer
avoir été faites dans un lieu fi borné
on n'y peut imaginer qu'une fuite de
chaffis fort étroits fur lefquels on ne pourroit
rien peindre que les bords des objets
encore faudroit- il bien les mettre de fuite,
& que l'un ne débordât l'autre qu'autant
que la perfpective le permet , ce qui produiroit
néceffairement une ennuyeufe uniformité.
Point de ces fuyans fur les côtés ,
qui font des effets fi agréables fur nos
théatres. Point de ces chaffis avancés audedans
de la fcéne , & découpés de maniere
à laiffer voir par leurs ouvertures les
côtés qui continuent de fuir , & les toiles
qui fervent de .fond . Ici tout doit être
terminé par une feule toile. Une pareille
décoration ne feroit propre qu'à
repréſenter une rue étroite & fort longue ;
cependant on fçait qu'alors la peinture
brilloit en France , le plaifir qu'elle y caufoit
par fon excellence , a dû néceffairement
engager à faire de grands théatres
pour donner aux Peintres un lieu propre
à montrer l'étendue de leur génie , & pour
profiter du plaifir que caufe l'illufion
produite par les effets de ce bel art . On
fçait encore que les anciens François introduifoient
la danfe dans leurs Opéra.
214 MERCURE DE FRANCE.
Dans les piéces qui nous reftent d'eux , on
voit même qu'ils la lioient à l'action ,
quelquefois bien , le plus fouvent mal-àpropos
, quoique peut- être eût- il mieux
valu la renvoyer aux entr'actes , que de
forcer la vraisemblance , & la raiſon pour
la coudre à la piéce. Quoiqu'il en foit , il
paroît qu'ils avoient des ballets , & même
des ballets figurés, & repréſentans un fujer :
or , comment veut- on qu'on ait pû exécuter
de tels ballets dans un fi petit eſpace : Il y
auroit eû une confufion infupportable ,
ceux de devant auroient caché ceux de
derriere , tellement qu'on n'en auroit pas
pû voir nettement le deffein : D'ailleurs ,
il n'y pourroit pas tenir affez de danfeurs ,
même en fe touchant à rout inftant les
uns les autres pour former un ballet compofé
avec quelque génie. Il faudroit fuppofer
que la danfe alors ne fût que de
deux , trois , ou quatre perfonnes qui auroient
danfé enfemble , & par conféquent
très-breve : car un fi petit nombre de danfeurs
qui figureroient enſemble , ne pourroient
, s'ils danfoient long- tems , s'empêcher
de retomber dans les mêmes pas ,
& de répéter les mêmes, figures , ce qui
deviendroit ennuyeux , quelques excellens
qu'ils fuffent.
Cependant , en mefurant le tems que
SEPTEMBRE. 1755. 215
duroient leurs Opéra , qu'on fçait avoir
été , ainfi que de notre tems , d'environ
trois heures , on ne trouve pas que la mufique
en ait pû employer plus de la moitié
, encore en fuppofant qu'elle ait été
chantée d'une lenteur exceffive , le refte
doit avoir été occupé par la danſe .
Le parterre de cette falle eft d'une profondeur
dont on ne peut concevoir l'uſage
, fi la fuppofition que ce fût une falle
de théatre avoit lieu , les perfonnes affifes
aux trois où quatre premiers rangs n'auroient
rien vû que ce qui fe feroit paffé
au bord de la fcene , & auroient affez mal
entendu , quoique proche , parce que le
fon auroit paffé par- deffus leurs têtes . Suppoferoit-
on qu'ils euffent été de bout , &
peut-on croire que quelqu'un eût pû refter
dans une pofture fi fatigante durant
trois heures , expofé à la foule & au mouvement
tumultueux que caufe toujours un
nombre de perfonnes dans un lieu refferré,
pour entendre une mufique peu divertif
fante. On ne pourroit dans ce cas penfer
autre chofe , finon que ce lieu auroit été
abandonné à la livrée . M. Gainfay obſerve
encore que la décoration de cette falle
qui n'eft ornée d'aucune architecture , paroît
peu digne d'avoir été le lieu de fpectacle
d'une grande ville, Pas une colonne ,
216 MERCURE DE FRANCE.
pas même un feul pilaftre ! Trois petits
rangs de loges écrafées & foutenues par
des poteaux étroits , y font voir une économie
de terrein peu convénable dans un
édifice de cette importance . L'égalité de
ces deux rangs de loges n'annonce pas
plus de dignité dans ceux qui doivent occuper
le rang d'enbas que dans ceux qui
font au-deffus , & d'ailleurs c'eft un défaut
de goût dans un lieu qu'on auroit prétendu
décorer pour le public : car un des premiers
principes du goût eft d'éviter l'égalité
dans les principales maffes d'un édifice
, & d'y trouver toujours quelques parties
dominantes.
-
Il eft d'autant moins à croire que les
anciens François ayent conſtruit un théatre
femblable, qu'on fçait que dès ce temslà
tous les artiſtes , tant les Peintres que les
Muficiens voyageoient dans leur jeuneffe
en Italie pour fe former le goût : Or , il
eft impoffible qu'ils n'ayent pas vû le théatre
antique de Palladio qui eft vraiment
le modele d'un théatre parfait , foit pour
la commodité , foit pour la magnificence
de la décoration . C'eft de ce refpectable
monument que nous avons tité la perfection
que nous avons donnée à nos théatres
modernes ; à la vérité il n'eft pas poffible
de conftruire un théatre de telle
maniere
SEPTEMBRE . 1755. 217
maniere que tout le monde y foit également
bien placé. Néceffairement il y a
quelques loges ou autres places où l'on eft
forcé de regarder de côté , mais il n'eft
aucun plan qui remédie auffi- bien aux
inconvéniens , & qui place autant de perfonnes
avec avantage que celui de cet admirable
édifice antique ; il eft vrai que la
façade du théatre qui coupe cet ovale dans
fon plus grand diamétre , gâte la forme
totale de cet édifice , & le fait paroître à
demi - fait ; mais il eft aifé de fuppléer à ce
défaut comme nous avons fait dans nos
théatres modernes, C'eft de cet antique
que nous avons appris à décorer nos théatres
de cette belle colonnade qui y fait un
effet fi noble. M. Gainfay ne fçauroit fe
réfoudre à croire que les théatres des anciens
François ayent pû fe paffer d'un
ornement auffi magnifique qu'une colonnade
circulaire , & qui lui paroît y être
fi effentiellement néceffaire. Il faut le lire
pour concevoir avec quelle éloquence il
fait fentir la noble richeffe de cette décoration
; & en effet , il eft difficile d'imaginer
qu'on ait prétendu rendre un lieu
digne d'y recevoir le public & les étrangers
, fans l'enrichir de colonnes , ornement
le plus magnifique que l'architecture
ait jamais inventé.
K
21S MERCURE DE FRANCE.
M. Gainfay ajoute une réflexion qui paroît
évidente . Quand il feroit poffible ,
dit-il , que les François euffent rejetté cet
exemple de Palladio par le défaut de fçavoir
comment remédier au defagrément
de fon avant-fcene : du moins ils auroient
fuivis les théatres ordinaires de l'Italie ,
qui , quoique très- défectueux à bien des
égards , avoient , & plus de grandeur , &
une forme plus rélative à leur deftination ,
que celui qu'on nous propofe ici comme
ayant été le principal theatre d'une ville
telle que Paris. Les reftes de celui d'Argentina
à Rome , & de quelques autres en
Italie nous en offrent la preuve. La forme
en eft defagréable , parce que leur plan
reffemble à une raquette , ou à un oeuf
tronqué , & qu'elle produit plufieurs loges
, où il n'y a abfolument que le premier
rang qui puiffe voir & entendre. La décoration
eft de mauvais goût en ce que
toutes les loges , dont il y a fix rangs les uns
fur les autres , font égales , & femblent des
enfoncemens pratiqués dans des murs de
catacombes. La principale loge qu'on a prétendu
décorer , eſt toujours écrasée rélati-
-vement à fa largeur . L'économie d'eſpace
qui n'a permis de prendre que deux loges
pour fa hauteur , a empêché de lui donner
l'exhauffement qui lui convenoit.
SEPTEMBRE 1755, 219
Néamoins , ces théatres ont un air de
grandeur, même dans les plus petites villes ,
d'où M. Gainfay conclut , qu'on ne peut
pas fuppofer que les François ayent fuivi
un auffi mauvais plan que celui qu'on expofe
ici comme le théatre principal de Paris
, & qu'ayant fous les yeux ces modeles
, certainement ils ont donné à ces monumens
publics la dignité qui leur convient
; par conféquent on ne doit pas croire
que cette falle ait été un théatre. Il paroît
qu'on ne peut réfifter à l'évidence de fes
preuves. La derniere objection qu'il fait ,
eft abfolument décifive . On ne voit autour
de cette falle aucun portique , ce qui eft.
fi néceffaire à un théatre , qu'il feroit impoffible
qu'on en fortit , quelque petit
qu'il fût , fans courir à tout inftant rifque
de la vie. L'embarras que caufe la quantité
des équipages à la fortie des fpectacles
, a toujours rendu ces portiques d'une
néceffité indifpenfable , pour donner lieu
aux gens à pied de s'échapper par différens
chemins. Il remarque encore qu'il n'y
a qu'une feule porte d'une grandeur un
peu raifonnable , & qu'il feroit infenfé de
croire qu'on eût donné dans un pareil lieu
des fpectacles , où l'on emploie fouvent le
feu , & qui font fréquemment exposés au
hazard d'un incendie .
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
M. Gainfay paffe à l'explication de ce
qu'on doit penfer de cette falle . C'étoit ,
dit-il , la falle des concerts particuliers des
Princes de la Maiſon d'Orléans. La partie
qu'on a prétendu être un Amphitheatre ,
étoit le lieu où fe plaçoient les Muficiens.
Au commencement il n'y avoit point toutes
ces loges qui l'entourent maintenant ;
mais cette grande maifon s'étant augmentée
dans le dix-neuviéme fiécle , on fut
obligé de les conftruire pour y placer tous
les Officiers de cette maifon qui obrenoient
la faveur de pouvoir entendre des
concerts , où tout ce qu'il y avoit de plus
excellens chanteurs , tant Italiens que François
, exécutoient la plus belle mufique
connue dans ces tems- là. Dans la partie
qu'on prétend avoir été le théatre , étoit
placée une magnifique tribune , qui a été
détruite depuis ; ce lieu étant devenu inutile
lorfque ces Princes ont ceffé d'y demeurer.
On ne peut pas douter que cette
tribune n'ait été décorée de colonnes de
la plus belle architecture , les pilaftres de
fer travaillés , qu'on voit encore aux deux
côtés , en font une continuation fimple ,
& comme pour fervir de tranfition d'un
lieu magnifique aux loges deftinées pour
les Officiers de la maifon. La partie qui
eft au pied de cette tribune en enfonceSEPTEMBRE.
1755. 221
le
ment , & qu'on dit être l'orchestre des.
Muficiens de l'Opéra , eft proprement
lieu où fe plaçoient les Officiers dont les
Princes pouvoient avoir befoin le plus
fréquemment , afin d'être à portée de recevoir
immédiatement leurs ordres ; &
ce qu'on a nommé le parterre étoit le lieu
où le mettoit le plus bas domeftique , où
on avoit conftruit une rampe douce , afin
que ceux qui étoient les plus proches de
la tribune principale , ne puffent point incommoder.
Il pourroît paroître que ceux
qui étoient les derniers , étoient mal placés
pour voir , parce que ceux qui étoient
devant eux , étoient plus élevés ; mais il
faut confidérer qu'il n'eft queſtion ici que
d'entendre un concert , où les principaux
chanteurs fe mettent toujours fur le devant
de l'appui qui les fépare des auditeurs
, & que cet appui eft fort élevé audeffus
de l'auditoire ; mais ce qui confirme
& donne la derniere évidence à ce
qu'avance M. Gainfay dans ce mémoire ,
c'eft qu'il en déduit une raiſon fimple &
claire de l'evafement de cette falle en venant
vers la tribune, qui dans toute autre fuppofition
paroît fans fondement ; il confidere
l'amphithéatre , & qui eft véritablement
l'Orcheftre , comme un centre d'où partent
des rayons de fon ; fi les murs étoient pa-
1
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
ralleles , ces rayons les heurteroient fous
des angles qui pourroient les réfléchir , en
intercepter une partie rélativement à la
tribune principale , pour laquelle toute
cette falle eft conftruite , & par leur réflection
produire une cacophonie qui eft
l'effet naturel de toute voix réfléchie. Cette
douce inclinaiſon n'oppoſe pas un obftacle
affez direct pour brifer ces rayons ,
elle les oblige feulement à gliffer par un
angle très-obtus , & à fe réunir vers la tribune
pour y produire un plus grand effet
d'harmonie . Si elle étoit plus évafée , elle
fuivroit la direction droite du fon , & n'en
augmenteroit pas la force ; il ne faut pas
s'embarraffer des loges qui y font un
obftacle ; parce qu'elles n'y ont été miles
qu'après coup, & qu'elles ne doivent point
être reprochées à l'Architecte ingénieux ,
qui a imaginé cette forme très- propre
fon but. Il eft fâcheux que cette tribune
ait été détruite ; par elle nous aurions
juger s'il avoit autant de goût que de bon
fens .
C'eſt ainfi que M. Gainfay explique ce
qui nous refte de la falle des concerts du
Palais royal. Il eft difficile , après l'avoir
lû dans l'original , de réfiſter à la force de
fes preuves.
La fuite an Mercure fuivant.
Fermer
Résumé : ARCHITECTURE. Suite des mémoires d'une Société de gens de Lettres publiés en l'année 2355.
Le texte est un extrait des mémoires d'une Société de gens de lettres, publié en 2355, qui traite de l'architecture, en particulier du Palais Royal. M. Gainfay analyse l'ancien bâtiment du Palais Royal, autrefois la principale demeure des Ducs d'Orléans, avant qu'ils ne construisent un nouvel édifice au centre de la ville. Cet ancien palais, bien entretenu, conserve son état d'origine et présente une architecture belle et solide, typique du quinzième siècle. L'auteur note que le goût architectural de cette époque est plus lourd et moins recherché que celui du Louvre, mais reste solide et bon. M. Gainfay discute également de la destruction des édifices du dix-huitième siècle, attribuée au mauvais goût de cette période. Il remarque que les deux grandes cours du Palais Royal montrent une construction régulière, précédant le point de perfection atteint au quinzième siècle. Il observe des différences architecturales entre les deux ailes de la seconde cour, sans pouvoir en expliquer les raisons. Le texte mentionne une salle du Palais Royal, appelée la salle des concerts, que certains auteurs ont prétendu être l'ancien Opéra de Paris. M. Gainfay réfute cette idée en soulignant que la salle est trop petite pour avoir accueilli un grand public et que sa forme étroite et longue est incompatible avec les exigences d'un théâtre. Il critique également l'agencement des loges et la disposition des choeurs, rendant improbable l'utilisation de cette salle pour des spectacles d'opéra. M. Gainfay observe que les anciens Français, connaissant les théâtres antiques italiens et le modèle de Palladio, n'auraient pas construit un théâtre aussi défectueux. Il compare ce théâtre à ceux d'Italie, qui, malgré leurs défauts, avaient plus de grandeur et une forme plus adaptée à leur fonction. La salle en question ne possède pas de portique, élément nécessaire pour la sécurité lors des sorties des spectacles. M. Gainfay conclut que cette salle était en réalité la salle des concerts particuliers des Princes de la Maison d'Orléans. La partie prétendue être un amphithéâtre était le lieu des musiciens. Les loges actuelles ont été ajoutées plus tard pour les officiers de la maison. La tribune, aujourd'hui détruite, était décorée de colonnes et de pilastres. La salle était conçue pour optimiser l'acoustique et la visibilité des concerts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
145
p. 250
« Nous annonçons aussi par Supplément six Trio, & une piece intitulée le [...] »
Début :
Nous annonçons aussi par Supplément six Trio, & une piece intitulée le [...]
Mots clefs :
Musique, Violoncelle, M. Lanzetti
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous annonçons aussi par Supplément six Trio, & une piece intitulée le [...] »
Nous annonçons auffi par Supplémentfix
Trio, & une piece intitulée le Port- Mahon,
dont la compofition a paru aux Connoiffeurs
auffi piquante que finguliere. M. Lanzetti
, ce Muficien célébre , & qu'on peut
appeller l'Orphée du violoncelle , en eft
l'Auteur.
Trio, & une piece intitulée le Port- Mahon,
dont la compofition a paru aux Connoiffeurs
auffi piquante que finguliere. M. Lanzetti
, ce Muficien célébre , & qu'on peut
appeller l'Orphée du violoncelle , en eft
l'Auteur.
Fermer
146
p. 212-216
LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
Début :
Je vous l'avois bien dit, Madame, avant de partir de Paris, que vous seriez [...]
Mots clefs :
Fête, Brest, Marquis de Constant, Navire, Fleurs, Colonnes, Décors, Baldaquins, Beauté, Buste du roi, Statues, Musique, Bal, Banquets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
LETTRE à Madame de *** ſur une
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
Fermer
Résumé : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
La lettre relate une fête somptueuse organisée par le Marquis de Conflans à Brest, à bord de son vaisseau, en novembre 1756, en l'honneur des victoires du Roi. L'auteure, après avoir voyagé à Brest, met en avant les merveilles observées plutôt que les préparatifs militaires contre les Anglais. Le vaisseau, transformé en palais enchanté, accueillait des femmes de la ville et des étrangères, transportées en canots élégamment équipés. Les invités découvraient un décor enchanteur avec des jardins, des bois et des allées de myrtes et de lauriers. Le pont principal, métamorphosé en promenade délicieuse, était paré de fleurs et de verdure. Un salon spacieux, orné de colonnes et de trophées, abritait un portrait du Roi et des symboles de la gloire maritime. La fête se poursuivait dans une autre salle, tendue de blanc, où un repas somptueux a été servi. Une symphonie et un Te Deum animaient le dîner, suivi d'une salve de mousqueterie et de canons imitant un combat naval. La soirée se concluait par un bal illuminé par des bougies, avec des marins chantant des chansons en l'honneur du Roi et de leurs maîtresses. Les dames de Brest, particulièrement gaies et charmantes, participaient avec enthousiasme à la fête, qui se prolongeait jusqu'au matin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
147
p. 35-67
SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
Début :
XII. LORSQUE dans les Mercures précédens, j'ai indiqué plusieurs morceaux de [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Voltaire, M. Rousseau, Bernard de La Monnoye, Lettre, Abbé, Ouvrage, Prix, Poète, Homme, Oracles, Lettres, Musique, Remarques, Recueil, Opéra, Critique, Paroles, Journal, Esprit, Vérité, Magie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
SUITE fur M. de Fontenelle ,• par
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
Fermer
Résumé : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
L'abbé Trublet évoque les œuvres de Bernard le Bouyer de Fontenelle et divers concours académiques. En 1675 et 1677, Fontenelle participa à des concours de l'Académie française sans succès, battu par M. de la Monnoye. Voltaire, à 20 ans, perdit également un concours en 1714. L'abbé du Jarry, malgré une réputation de mauvais poète, remporta plusieurs prix. Les prédicateurs obtenaient souvent des prix de poésie plutôt que d'éloquence. En 1687, l'Académie française proposa un sujet sur l'éducation des jeunes filles, remporté par Mlle Deshoulières. Fontenelle, élu à l'Académie en 1691, évita les polémiques littéraires et exprima son désintérêt pour les querelles. Cependant, il fut impliqué dans une controverse littéraire avec l'auteur des 'Remarques'. Dans les 'Nouvelles de la République des Lettres', M. Van Dale commenta l''Histoire des Oracles' de Fontenelle, notant des omissions et des interprétations erronées. Van Dale critiqua Fontenelle pour avoir ignoré des preuves contre la magie et les oracles. En 1757, un texte aborda les attitudes de Fontenelle face aux critiques littéraires. Il ignorait souvent les critiques et appréciait des œuvres révélant des impostures. En 1752, une controverse sur le tutoiement dans les traductions françaises de la Bible opposa Fontenelle à d'autres intellectuels. Fontenelle défendait le maintien du tutoiement pour respecter l'original, une position contestée par des protestants. Le texte traite également d'une controverse linguistique sur l'usage du tutoiement et du vouvoiement dans les traductions de l'Écriture Sainte. Fontenelle proposa d'unifier l'usage pour éviter la confusion. Il mentionne aussi des traductions de cantates et d'airs italiens pour un concert en 1724 chez M. Crozat. Une autre partie du texte discute de la controverse entre la musique italienne et française au XVIIIe siècle. Fontenelle, bien qu'il préférait la musique française, reconnaissait la valeur de la musique italienne. La dispute débuta avec un ouvrage de l'Abbé Raguenet, critiqué par M. de Freneuil. Le texte évoque également le succès prédit de l'opéra 'Roland' et l'approbation de l'œuvre 'Parallèle à l'Opéra de Roland'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
148
p. 146-156
Fragment d'une Lettre écrite de Venise.
Début :
Vous voulez sçavoir, Madame, ce que je pense de l'Opera Italien : il faut vous [...]
Mots clefs :
Opéra, Ariette, Musique, Opéra italien, Scène, Intérêt, Chant, Sentiment, Ariettes, Coeur, Récitatif, Nature, Chanter, Oreilles, Bouffons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fragment d'une Lettre écrite de Venise.
Fragment d'une Leure écrite de Venife.
Vou's voulez fçavoir , Madame , ce que
je penfe de l'Opera Italien : il faut vous
obéir , & vous rendre compte des fenfations
que ce Spectacle m'a fait éprouver.
J'ai vu des falles immenfes & magnifi-
"ques , des théâtres vaftes & pompeufement
décorés , beaucoup de fpectacle , des Acteurs
richement vêtus , des danſes d'une
gaieté & d'une légéreté finguliere ; j'ai
entendu des Chanteurs & des Symphoniſres
merveilleux pour la jufteffe & la préci
fion ; une mufique facile , abondante , légere
, ingénieufe , brillante : mes yeux ont
été enchantés , mes oreilles ravies ; mais
'mon coeur eft refté vuide : j'ai cherché
L'intérêt ; je n'ai trouvé que du bruit , fças
AVRIL 1758. 147
vant & délicieux à la vérité ; j'écoutois ,
j'admirois , je n'étois ni attaché , ni ému .
Qu'est-ce que l'Opera Italien ? Il confifte
en vingt ou trente fcenes de récitatif ,
terminées fidélement chacune par une
Ariette. Les Poëmes ont des beautés , mais
fouvent peu propres à être mifes en mulique
: on y trouve des préceptes , des fentences
, des réflexions , des récits , des expofitions
, des harangues , des éclairciffemens
. Le récitatif a donc dû être mauvais
, d'abord par la nature des paroles
qu'il ne pouvoit rendre ; mais il l'eft encore
plus par lui- même : on n'y apperçoit
qu'une efpece bâtarde entre la déclamation
& le chant , voulant tenir de l'un & de
l'autre , & les gâtant tous deux ; une pfalmodie
aride , monotone & forcée , qui
n'eft propre qu'à contrarier le fentiment
& anéantir l'attention , fans vie , fans ame ,
n'infpirant & ne peignant rien : il faut
rendre juftice aux Italiens , ils ne l'écoutent
jamais.
L'Ariette arrive à la fin de chaque fcene
: le perfonnage ne peut quitter le théâtre
fans l'avoir chantée ; qu'on aſſaſſine
fon pere , il ne peut aller au fecours fans
avoir rempli cette loi ; il faut qu'il chante ,
& fans faire grace d'une feule répétition .
Mérope accufée devant les Etats du Royau-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
me d'avoir fait affaffiner fon mari , exécute
une longue Ariette pour toute réponſe , &
s'en va . Artaban remet à fon fils l'épée
enfanglantée dont il vient d'égorger le Roi ;
on ne fut jamais plus preffé de fuir le
jeune homme chante , & fait des points
d'orgue on ne finiroit pas de rapporter
des exemples pareils tirés des meilleures
Opera.
Toutes les Ariettes ne font pas auffi ridi.
culement déplacées , mais toutes le font
plus ou moins. Souvent la fcene eft terminée
, le perfonnage refte pour rendre en
mufique une penfée ingénieufe qui ne tient
à rien , une maxime , une comparaifon , &
ces comparaifons font toujours tirées des
mêmes objets , dont la répétition ne peut
manquer de paroître froide ; d'autres fois
l'Ariette n'eft que la conclufion même de
la fcene : ce font des ordres , des confeils
des reproches , des incertitudes ; mais en
ce cas , pourquoi quitter la marche du rérécitatif
? pourquoi tout à coup tant de
chant , de bruit , de répétitions fymmétriques
& de cliquetis d'inftrumens ? La nature
défavoue un contrafte fi fubit & fi
bizarre dans une fuite des mêmes fentimens.
Comment place-t'on des roulemens trèslongs
& très - légers dans la trifteffe & la
AVRIL. 1758. 149
douleur comment un point d'orgue termine-
t'il des ordres donnés par un Roi ?
comment le défefpoir le plus violent attend-
t'il la fin de la ritournelle pour éclater
? comment fe permet- il de répéter tant
de fois les mêmes traits ?
Confidérez la longueur périodique de
l'Ariette , fes reprifes , fes retours concertés
, l'excès de fes ornemens , l'action & le
gefte de routine , auquel l'Acteur eſt forcé
par un chant qui l'occupe & le fatigue ; enfin
le défoeuvrement ridicule & inévitable
de ceux qui font en fcene avec lui : fi le
récitatif avoit pu infpirer quelque intérêt ,
il faudroit qu'il expirât à chaque Ariette.
:
Je compare les Ariettes difperfées de
l'Opera Italien à des tableaux qui ornent
une galerie chacun d'eux peut produire
une impreffion ifolée ; mais ils ne fçauroient
jamais concourir tous enſemble à
une émotion totale & continue. L'intérêt
ne marche que par des liaiſons , des nuances
, des gradations imperceptibles ; le
moindre vuide , le plus léger contraſte , la
plus petite interruption l'anéantit : Qui a
jamais dit , ou éprouvé que l'impreffion
d'une Ariette fervît à fortifier celle de la
> fcene précédente ou qu'elle préparât
celle qui doit fuivre ? C'eft le cas dont
parle Horace ; Unus & alter affuitur pan.
Giij
Iso MERCURE DE FRANCE.
nus. Jamais aucun Compofiteur n'a imaginé
de les varier que pour l'oreille : la
nature de l'Ariette eft donc de flatter l'oreille
; mais elle eſt en oppoſition conftante
& abfolue avec l'intérêt . Eh ! qu'eſt-ce
qu'un fpectacle qui dure cinq heures fans
intérêt ? Il faut s'être obftiné à l'écouter ,
pour fçavoir jufqu'à quel point de perfection
l'ennui peut- être porté.
Si je confidere l'Ariette fimplement en
Muficien , je trouve fouvent un fujet heureux
, brillant , naturel même ; mais bientôt
il m'échappe noyé, perdu , fous les ornemens
: l'oreille la plus exercée a peine à
faifir ce Prothée actif à fe varier , à fe contrafter
, à fe tourmenter en cent façons :
toujours même nombre de repriſes , de
variations , de doubles ; qu'il foit queſtion
de tendreffe , de fureur , ou d'une fimple
chanfon , la même marche exifte , on n'y
peut rien changer. La premiere partie de
l'air toujours plus vive , plus ornée ; la feconde
travaillée avec des notes recherchées
, mais moins de mouvement. La
premiere toujours fidélement repriſe avec
toutes les répétitions placées au même
pofte : n'oublions pas les points d'orgue.
qui font exactement l'arriere- garde , les
ritournelles qui précedent toujours le
chant , les coups de force qui terminent
AVRIL. 1758. 15 %
Fair , & les arpeggio qui pourfuivent le
Chanteur après qu'il a fini , & il faut
convenir que c'eft la routine en perfonne
qui a difpofé l'Opera Italien , & les parties
qui le compofent.
En vain les motifs des airs font variés ,
ils font accablés fous la broderie qui les
couvre ; elle eft partout la même , & je
n'apperçois qu'elle.
Je vois la mufique Italienne comme
une coquette bruyante , minaudiere , babillant
joliment , & fouvent ne diſant rien
qui intéreffe ; elle plaît d'abord , & finit
quelquefois par fatiguer ; elle s'annonce
toujours avec fracas , précédée & fuivie
de tout fon cortege , enfevelie dans fa pa¬
rure : n'efperez pas la furprendre jamais
dans une fimplicité naïve , dans un négligé
intéreffant , dans un repos touchant &
tendre ; elle ne veut qu'éblouir , quelquefois
elle s'amufe à jouer le fentiment ; mais
elle ne l'éprouve , ni ne l'inſpire ; toujours
extrême , fi elle l'atteint , c'elt pour aller
au- delà : l'a- t'elle faifi , bientôt elle le défigure
; l'air du caprice fe mêle à fa tendreffe
, le ton de la folie la fuit dans fa
douleur , la fureur de briller éclate jufques
dans fon défefpoir.
Repréfentez - vous enfuite une beauté
noble & intéreffante , tantôt tendre &
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
naïve , tantôt vive & brillante , touchante
, ingénieufe , négligée ou parée ; mais
toujours avec bienféance , dédaignant de
féduire & d'éblouir , ne voulant qu'attacher
, ne prétendant point de fuccès dont
elle ait à rougir , toujours décente même
dans la paffion la plus vive , toujours fidelle
au fentiment jufques dans fa joie la plus
éclatante.
Celle - ci fans doute aura fes partiſans ;
mais la premiere avec tous fes défauts
aura les fiens auffi , & peut-être en plus
grand nombre ; la gaieté , la légèreté ,
l'éclat , ont des droits univerfels : tous les
hommes ont des oreilles , peu de gens ont
une ame ſenſible , un goût jufte , un coeur.
délicat , fufceptible d'une impreffion férieufe
, continue , attachante & profonde.
L'Opera Italien ne préfente aucunes
traces de la variété qui regne dans le nôtre
point de choeurs , point de fêtes liées
au fujet ; vous n'y verrez aucune de nos
belles imitations de la nature , qui annoncent
le débrouillement du cahos , le lever
de l'aurore , des bruits de guerre ou de
chaffe , le foulévement des flots , le fifflement
des vents , la tempête & le calme
renaiffant ; nos belles chanfonnettes , nos
fymphonies céleftes , infernales , fauvages,
paftorales : on n'y trouve point de ces airs
AVRIL. 1758. 153
de chant , d'un genre fimple , tempéré &
doux , qui s'uniffant entr'eux & fe mariant
avec le récitatif , femblent parler
tantôt fi voluptueufement , tantôt fi gaiement
, & qui ont chacun leur caractere ,
& , pour ainfi dire , leur phyfionomie fi
vraie , fi différente & fi décidée ; rien n'y
remplace les tréfors de l'imagination Françoife
; nos bergeries , nos féeries délicieufes
, nos marches , nos facrifices , nos oracles
, nos choeurs , tout tremble devant le
Seigneur... Brillant foleil ... ébranlons la
terre... l'amour triomphe ... nos fcenes fi
bien traitées , nos plaintes fi touchantes ,
que l'on écoute avec une attention fi tendre
, une rêverie fi naïve , un intérêt fi
doux & fi féduifant .
Qu'oppofe t'on à toutes ces richeffes ?
Vingt Ariettes enfilées au bout de vingt
fcenes d'ennui , toutes ces Ariettes marchant
, s'annonçant , finiffant , répétant ,
roulant , reprenant de même. L'Opera
François forme un fpectacle noble , majeftueux
, auffi régulier que varié & intéreffant
dans toutes fes parties : l'Opera Italien
n'eft qu'une Ariette ; il eft abfolument
inécoutable dans la moitié au moins de fa
durée. Les Italiens n'écoutent jamais la
fcene , & c'eft en cela qu'ils ont raifon
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
nous écoutons la nôtre , il me femble que
le procès eft jugé.
A l'égard des Opera bouffons , il ne
leur manque que des Poëmes pour être lé
triomphe de la mufique Italienne ; c'eſt
dans ce genre que fes caprices , fes folies
fes contraſtes les plus bizarres peuvent
trouver une place convenable ; mais la
plupart des Poëmes ne préfentent ni inté
rêt , ni caracteres , ni intrigue , ni détails
ce font des Ariettes fur des grimaces ; la
feule nouveauté peut leur donner une vo
gue momentanée : on fe laffe enfin de facrifier
fon coeur & fon goût à fes oreilles .
Un homme d'efprit qui a pris plaifir à
fe jouer des idées les plus évidentes , a
ofé dire que nous n'avions point de mufi
que ; fon opinion n'a fait que le bruit
qu'elle a dû faire : tant de gens qui ne
fentent pas qu'un raifonnement fatigue &
qu'une Epigramme décide , tant d'hommes
communs qui courent après leur original ,
ne pouvoient manquer d'exciter une rumeur
: fi la mufique n'eft faite que pour
être admirée & non pour être fentie , fi
l'homme n'a que des oreilles , fi fon ame
fi fon coeur , font comptés pour rien , fans
doute M. Rouffeau a eu raifon ; en ce cas
L'agilité du gofier eft tout ; la grace , l'exAVRIL
1758. 155
preffion , le fentiment , font des êtres ima
ginaires ; la danfe fur la corde méritera
feule le nom de danfe ; le menuet , la farabande
feront indignes de ce nom.
Si la mufique ne renferme que des combinaifons
de fons fans expreffion , fans
imitation , je dis qu'elle eft indigne d'un
être qui fent & qui penfe. C'eft le fentiment
feul qui doit être l'objet & la perfection
de l'art . Laquelle des deux mufiques
l'a mieux connu : j'en appelle. J'ai entendu
fouvent les Italiens eux- mêmes gémir des
excès de l'art , & du mauvais goût qu'ils
ont introduit chez eux ( 1 ) . Je ſuis bien
éloigné de prétendre que la mufique Fran +
coife foit fans défauts ; fouvent plaintive ,
monotone , peinée , languiffante , elle récite
trop & ne chante pas affez ; elle a befoin
d'embelliflemens , mais elle a faifi la
vraie route.
Les Italiens poffedent , fans doute , à
un haut degré le génie de la mufique ; mais
l'oreille feule a été l'objet de leurs travaux ;
ils fe font amufés à la féduire par de petites
notes brillantes , rapides & volatiles
ils ont négligé le coeur & le fentiment ,
femblent même quelquefois avoir pris à
tâche de leur infulter ; c'eft ce que l'on
&
(1 ) Voyez l'Effai fur l'Opera Italien , par M.
Algarotti , Mercure de France , 1757.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
voit dans leurs Opera bouffons , où l'imi
tation des fentimens n'eft fouvent qu'une
moquerie ; leur ſcience , leur art même les
a égarés le chant a été fubordonné à la
fymphonie. Le principal perfonnage de
leur Opera n'eft ni Didon , ni Artaxerce ,
c'eſt le premier violon . L'Ariette admirable
dans une fête , eft déplacée dans la fcene ;
elle chante trop , le récitatif ne chante pas
affez : trop oppofés & trop voifins , tous
deux ne font que s'entrenuite ; ils ont méconnu
le beau caractere des voix que la
nature a formées , ils font chanter infipidement
la baffe-taille , & plus encore la
haute contre en revanche , ils fe font
donné des voix factices en dégradant l'humanité.
Titus ne parle , ni ne déclame ;
l'Empereur de Rome n'eft qu'un oifeau
qui gazouille : il leur faut tant de décorations
par Opera , tant d'entrées par
Ballet , tant d'Ariettes par acte & par perfonnage.
Goldoni n'ofa donner une Comédie
fans un Arlequin & un Pantalon . Leur
danſe eſt toute en entrechats , & leur poéfie
en Sonnets.
Vou's voulez fçavoir , Madame , ce que
je penfe de l'Opera Italien : il faut vous
obéir , & vous rendre compte des fenfations
que ce Spectacle m'a fait éprouver.
J'ai vu des falles immenfes & magnifi-
"ques , des théâtres vaftes & pompeufement
décorés , beaucoup de fpectacle , des Acteurs
richement vêtus , des danſes d'une
gaieté & d'une légéreté finguliere ; j'ai
entendu des Chanteurs & des Symphoniſres
merveilleux pour la jufteffe & la préci
fion ; une mufique facile , abondante , légere
, ingénieufe , brillante : mes yeux ont
été enchantés , mes oreilles ravies ; mais
'mon coeur eft refté vuide : j'ai cherché
L'intérêt ; je n'ai trouvé que du bruit , fças
AVRIL 1758. 147
vant & délicieux à la vérité ; j'écoutois ,
j'admirois , je n'étois ni attaché , ni ému .
Qu'est-ce que l'Opera Italien ? Il confifte
en vingt ou trente fcenes de récitatif ,
terminées fidélement chacune par une
Ariette. Les Poëmes ont des beautés , mais
fouvent peu propres à être mifes en mulique
: on y trouve des préceptes , des fentences
, des réflexions , des récits , des expofitions
, des harangues , des éclairciffemens
. Le récitatif a donc dû être mauvais
, d'abord par la nature des paroles
qu'il ne pouvoit rendre ; mais il l'eft encore
plus par lui- même : on n'y apperçoit
qu'une efpece bâtarde entre la déclamation
& le chant , voulant tenir de l'un & de
l'autre , & les gâtant tous deux ; une pfalmodie
aride , monotone & forcée , qui
n'eft propre qu'à contrarier le fentiment
& anéantir l'attention , fans vie , fans ame ,
n'infpirant & ne peignant rien : il faut
rendre juftice aux Italiens , ils ne l'écoutent
jamais.
L'Ariette arrive à la fin de chaque fcene
: le perfonnage ne peut quitter le théâtre
fans l'avoir chantée ; qu'on aſſaſſine
fon pere , il ne peut aller au fecours fans
avoir rempli cette loi ; il faut qu'il chante ,
& fans faire grace d'une feule répétition .
Mérope accufée devant les Etats du Royau-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
me d'avoir fait affaffiner fon mari , exécute
une longue Ariette pour toute réponſe , &
s'en va . Artaban remet à fon fils l'épée
enfanglantée dont il vient d'égorger le Roi ;
on ne fut jamais plus preffé de fuir le
jeune homme chante , & fait des points
d'orgue on ne finiroit pas de rapporter
des exemples pareils tirés des meilleures
Opera.
Toutes les Ariettes ne font pas auffi ridi.
culement déplacées , mais toutes le font
plus ou moins. Souvent la fcene eft terminée
, le perfonnage refte pour rendre en
mufique une penfée ingénieufe qui ne tient
à rien , une maxime , une comparaifon , &
ces comparaifons font toujours tirées des
mêmes objets , dont la répétition ne peut
manquer de paroître froide ; d'autres fois
l'Ariette n'eft que la conclufion même de
la fcene : ce font des ordres , des confeils
des reproches , des incertitudes ; mais en
ce cas , pourquoi quitter la marche du rérécitatif
? pourquoi tout à coup tant de
chant , de bruit , de répétitions fymmétriques
& de cliquetis d'inftrumens ? La nature
défavoue un contrafte fi fubit & fi
bizarre dans une fuite des mêmes fentimens.
Comment place-t'on des roulemens trèslongs
& très - légers dans la trifteffe & la
AVRIL. 1758. 149
douleur comment un point d'orgue termine-
t'il des ordres donnés par un Roi ?
comment le défefpoir le plus violent attend-
t'il la fin de la ritournelle pour éclater
? comment fe permet- il de répéter tant
de fois les mêmes traits ?
Confidérez la longueur périodique de
l'Ariette , fes reprifes , fes retours concertés
, l'excès de fes ornemens , l'action & le
gefte de routine , auquel l'Acteur eſt forcé
par un chant qui l'occupe & le fatigue ; enfin
le défoeuvrement ridicule & inévitable
de ceux qui font en fcene avec lui : fi le
récitatif avoit pu infpirer quelque intérêt ,
il faudroit qu'il expirât à chaque Ariette.
:
Je compare les Ariettes difperfées de
l'Opera Italien à des tableaux qui ornent
une galerie chacun d'eux peut produire
une impreffion ifolée ; mais ils ne fçauroient
jamais concourir tous enſemble à
une émotion totale & continue. L'intérêt
ne marche que par des liaiſons , des nuances
, des gradations imperceptibles ; le
moindre vuide , le plus léger contraſte , la
plus petite interruption l'anéantit : Qui a
jamais dit , ou éprouvé que l'impreffion
d'une Ariette fervît à fortifier celle de la
> fcene précédente ou qu'elle préparât
celle qui doit fuivre ? C'eft le cas dont
parle Horace ; Unus & alter affuitur pan.
Giij
Iso MERCURE DE FRANCE.
nus. Jamais aucun Compofiteur n'a imaginé
de les varier que pour l'oreille : la
nature de l'Ariette eft donc de flatter l'oreille
; mais elle eſt en oppoſition conftante
& abfolue avec l'intérêt . Eh ! qu'eſt-ce
qu'un fpectacle qui dure cinq heures fans
intérêt ? Il faut s'être obftiné à l'écouter ,
pour fçavoir jufqu'à quel point de perfection
l'ennui peut- être porté.
Si je confidere l'Ariette fimplement en
Muficien , je trouve fouvent un fujet heureux
, brillant , naturel même ; mais bientôt
il m'échappe noyé, perdu , fous les ornemens
: l'oreille la plus exercée a peine à
faifir ce Prothée actif à fe varier , à fe contrafter
, à fe tourmenter en cent façons :
toujours même nombre de repriſes , de
variations , de doubles ; qu'il foit queſtion
de tendreffe , de fureur , ou d'une fimple
chanfon , la même marche exifte , on n'y
peut rien changer. La premiere partie de
l'air toujours plus vive , plus ornée ; la feconde
travaillée avec des notes recherchées
, mais moins de mouvement. La
premiere toujours fidélement repriſe avec
toutes les répétitions placées au même
pofte : n'oublions pas les points d'orgue.
qui font exactement l'arriere- garde , les
ritournelles qui précedent toujours le
chant , les coups de force qui terminent
AVRIL. 1758. 15 %
Fair , & les arpeggio qui pourfuivent le
Chanteur après qu'il a fini , & il faut
convenir que c'eft la routine en perfonne
qui a difpofé l'Opera Italien , & les parties
qui le compofent.
En vain les motifs des airs font variés ,
ils font accablés fous la broderie qui les
couvre ; elle eft partout la même , & je
n'apperçois qu'elle.
Je vois la mufique Italienne comme
une coquette bruyante , minaudiere , babillant
joliment , & fouvent ne diſant rien
qui intéreffe ; elle plaît d'abord , & finit
quelquefois par fatiguer ; elle s'annonce
toujours avec fracas , précédée & fuivie
de tout fon cortege , enfevelie dans fa pa¬
rure : n'efperez pas la furprendre jamais
dans une fimplicité naïve , dans un négligé
intéreffant , dans un repos touchant &
tendre ; elle ne veut qu'éblouir , quelquefois
elle s'amufe à jouer le fentiment ; mais
elle ne l'éprouve , ni ne l'inſpire ; toujours
extrême , fi elle l'atteint , c'elt pour aller
au- delà : l'a- t'elle faifi , bientôt elle le défigure
; l'air du caprice fe mêle à fa tendreffe
, le ton de la folie la fuit dans fa
douleur , la fureur de briller éclate jufques
dans fon défefpoir.
Repréfentez - vous enfuite une beauté
noble & intéreffante , tantôt tendre &
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
naïve , tantôt vive & brillante , touchante
, ingénieufe , négligée ou parée ; mais
toujours avec bienféance , dédaignant de
féduire & d'éblouir , ne voulant qu'attacher
, ne prétendant point de fuccès dont
elle ait à rougir , toujours décente même
dans la paffion la plus vive , toujours fidelle
au fentiment jufques dans fa joie la plus
éclatante.
Celle - ci fans doute aura fes partiſans ;
mais la premiere avec tous fes défauts
aura les fiens auffi , & peut-être en plus
grand nombre ; la gaieté , la légèreté ,
l'éclat , ont des droits univerfels : tous les
hommes ont des oreilles , peu de gens ont
une ame ſenſible , un goût jufte , un coeur.
délicat , fufceptible d'une impreffion férieufe
, continue , attachante & profonde.
L'Opera Italien ne préfente aucunes
traces de la variété qui regne dans le nôtre
point de choeurs , point de fêtes liées
au fujet ; vous n'y verrez aucune de nos
belles imitations de la nature , qui annoncent
le débrouillement du cahos , le lever
de l'aurore , des bruits de guerre ou de
chaffe , le foulévement des flots , le fifflement
des vents , la tempête & le calme
renaiffant ; nos belles chanfonnettes , nos
fymphonies céleftes , infernales , fauvages,
paftorales : on n'y trouve point de ces airs
AVRIL. 1758. 153
de chant , d'un genre fimple , tempéré &
doux , qui s'uniffant entr'eux & fe mariant
avec le récitatif , femblent parler
tantôt fi voluptueufement , tantôt fi gaiement
, & qui ont chacun leur caractere ,
& , pour ainfi dire , leur phyfionomie fi
vraie , fi différente & fi décidée ; rien n'y
remplace les tréfors de l'imagination Françoife
; nos bergeries , nos féeries délicieufes
, nos marches , nos facrifices , nos oracles
, nos choeurs , tout tremble devant le
Seigneur... Brillant foleil ... ébranlons la
terre... l'amour triomphe ... nos fcenes fi
bien traitées , nos plaintes fi touchantes ,
que l'on écoute avec une attention fi tendre
, une rêverie fi naïve , un intérêt fi
doux & fi féduifant .
Qu'oppofe t'on à toutes ces richeffes ?
Vingt Ariettes enfilées au bout de vingt
fcenes d'ennui , toutes ces Ariettes marchant
, s'annonçant , finiffant , répétant ,
roulant , reprenant de même. L'Opera
François forme un fpectacle noble , majeftueux
, auffi régulier que varié & intéreffant
dans toutes fes parties : l'Opera Italien
n'eft qu'une Ariette ; il eft abfolument
inécoutable dans la moitié au moins de fa
durée. Les Italiens n'écoutent jamais la
fcene , & c'eft en cela qu'ils ont raifon
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
nous écoutons la nôtre , il me femble que
le procès eft jugé.
A l'égard des Opera bouffons , il ne
leur manque que des Poëmes pour être lé
triomphe de la mufique Italienne ; c'eſt
dans ce genre que fes caprices , fes folies
fes contraſtes les plus bizarres peuvent
trouver une place convenable ; mais la
plupart des Poëmes ne préfentent ni inté
rêt , ni caracteres , ni intrigue , ni détails
ce font des Ariettes fur des grimaces ; la
feule nouveauté peut leur donner une vo
gue momentanée : on fe laffe enfin de facrifier
fon coeur & fon goût à fes oreilles .
Un homme d'efprit qui a pris plaifir à
fe jouer des idées les plus évidentes , a
ofé dire que nous n'avions point de mufi
que ; fon opinion n'a fait que le bruit
qu'elle a dû faire : tant de gens qui ne
fentent pas qu'un raifonnement fatigue &
qu'une Epigramme décide , tant d'hommes
communs qui courent après leur original ,
ne pouvoient manquer d'exciter une rumeur
: fi la mufique n'eft faite que pour
être admirée & non pour être fentie , fi
l'homme n'a que des oreilles , fi fon ame
fi fon coeur , font comptés pour rien , fans
doute M. Rouffeau a eu raifon ; en ce cas
L'agilité du gofier eft tout ; la grace , l'exAVRIL
1758. 155
preffion , le fentiment , font des êtres ima
ginaires ; la danfe fur la corde méritera
feule le nom de danfe ; le menuet , la farabande
feront indignes de ce nom.
Si la mufique ne renferme que des combinaifons
de fons fans expreffion , fans
imitation , je dis qu'elle eft indigne d'un
être qui fent & qui penfe. C'eft le fentiment
feul qui doit être l'objet & la perfection
de l'art . Laquelle des deux mufiques
l'a mieux connu : j'en appelle. J'ai entendu
fouvent les Italiens eux- mêmes gémir des
excès de l'art , & du mauvais goût qu'ils
ont introduit chez eux ( 1 ) . Je ſuis bien
éloigné de prétendre que la mufique Fran +
coife foit fans défauts ; fouvent plaintive ,
monotone , peinée , languiffante , elle récite
trop & ne chante pas affez ; elle a befoin
d'embelliflemens , mais elle a faifi la
vraie route.
Les Italiens poffedent , fans doute , à
un haut degré le génie de la mufique ; mais
l'oreille feule a été l'objet de leurs travaux ;
ils fe font amufés à la féduire par de petites
notes brillantes , rapides & volatiles
ils ont négligé le coeur & le fentiment ,
femblent même quelquefois avoir pris à
tâche de leur infulter ; c'eft ce que l'on
&
(1 ) Voyez l'Effai fur l'Opera Italien , par M.
Algarotti , Mercure de France , 1757.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
voit dans leurs Opera bouffons , où l'imi
tation des fentimens n'eft fouvent qu'une
moquerie ; leur ſcience , leur art même les
a égarés le chant a été fubordonné à la
fymphonie. Le principal perfonnage de
leur Opera n'eft ni Didon , ni Artaxerce ,
c'eſt le premier violon . L'Ariette admirable
dans une fête , eft déplacée dans la fcene ;
elle chante trop , le récitatif ne chante pas
affez : trop oppofés & trop voifins , tous
deux ne font que s'entrenuite ; ils ont méconnu
le beau caractere des voix que la
nature a formées , ils font chanter infipidement
la baffe-taille , & plus encore la
haute contre en revanche , ils fe font
donné des voix factices en dégradant l'humanité.
Titus ne parle , ni ne déclame ;
l'Empereur de Rome n'eft qu'un oifeau
qui gazouille : il leur faut tant de décorations
par Opera , tant d'entrées par
Ballet , tant d'Ariettes par acte & par perfonnage.
Goldoni n'ofa donner une Comédie
fans un Arlequin & un Pantalon . Leur
danſe eſt toute en entrechats , & leur poéfie
en Sonnets.
Fermer
Résumé : Fragment d'une Lettre écrite de Venise.
L'auteur admire les aspects visuels et musicaux de l'opéra italien, notamment ses décors somptueux, costumes riches, danses légères et musique brillante. Cependant, il critique sévèrement le manque d'intérêt émotionnel et dramatique. L'opéra italien est structuré en scènes de récitatif suivies d'ariettes, souvent mal intégrées dans le récit. Ces ariettes, obligatoires à la fin de chaque scène, interrompent le flux narratif et manquent de cohérence émotionnelle. L'auteur les compare à des tableaux isolés dans une galerie, incapables de créer une émotion continue. Il souligne également la rigidité et la répétitivité des structures musicales des ariettes, nuisant à l'intérêt dramatique global. En comparaison, l'opéra français est décrit comme noble et varié, avec des scènes riches et des airs reflétant une imagination fertile. L'auteur critique l'opéra italien pour son manque d'intérêt et de caractère, le réduisant à une succession d'ariettes sans cohérence. Il reconnaît que la musique italienne possède un génie certain mais regrette qu'elle néglige le cœur et le sentiment au profit de la séduction auditive. L'opéra italien est perçu comme une 'coquette bruyante', plaisante initialement mais fatigante par sa complexité et son manque de simplicité. L'auteur conclut que la musique française, bien que perfectible, suit la bonne voie en cherchant à exprimer des émotions authentiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
149
p. 216
« Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
Début :
Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...]
Mots clefs :
Marchand, Musique, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
LE SIEUR Laigle , Marchand , rue des Carme à
Rouen avertit Meffieurs les Auteurs de Mufique ,
que depuis vingt années il fait feul le commerce
de la Mufique , dans ladite Ville , & que pour
rendre fon Magazin plus complet & plus général
, & leur procurer par- là un plus grand débit
de leurs ouvrages , il recevra pour.leur compte ,
celle qu'ils voudront lui envoyer. Ils auront la
bonté de s'adreffer à Paris , à M. Bordet , Maître
de Flute Traverfiere , rue S. Denys , prefque vià-
vis le paffage de l'ancien Grand - Cerf , la porte
cochere à côté d'un Epinglier , à qui l'on adreſfera
les lettres ou paquets francs de portspour
Rouen avertit Meffieurs les Auteurs de Mufique ,
que depuis vingt années il fait feul le commerce
de la Mufique , dans ladite Ville , & que pour
rendre fon Magazin plus complet & plus général
, & leur procurer par- là un plus grand débit
de leurs ouvrages , il recevra pour.leur compte ,
celle qu'ils voudront lui envoyer. Ils auront la
bonté de s'adreffer à Paris , à M. Bordet , Maître
de Flute Traverfiere , rue S. Denys , prefque vià-
vis le paffage de l'ancien Grand - Cerf , la porte
cochere à côté d'un Epinglier , à qui l'on adreſfera
les lettres ou paquets francs de portspour
Fermer
Résumé : « Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
Le sieur Laigle, marchand de musique à Rouen, propose d'enrichir son magasin en vendant les compositions des auteurs. Ces derniers peuvent contacter M. Bordet, maître de flûte traversière à Paris, pour envoyer leurs œuvres sans frais de port.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
150
p. 209
« MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...] »
Début :
MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...]
Mots clefs :
Musique, Concert, Académie, Violon, Concerto, Symphonie, Harmonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...] »
MM. les Amateurs de Muſique tenants Concert
dans l'Hôtel-de-ville de Troyes, viennent d'ob
tenir un†excluſif. Ce qui leur procure la
ſatisfaction de former une Académie capable de
donner de l'émulation à toures les Perſonnes de
goût. On en a fait l'ouverture le 25 du mois de .
Mars. Le ſieur Bryon Ancien Premier Violon de
l'Académie de Grenoble y a joué un Concerto de
ſa compoſition, ſon goût & ſon exécution lui ont
mérité l'applaudiſſement des Connoiſſeurs. -
· On y a exécuté le Pſeaume Benedictus qui docet,
Motet à grand Choeur & Symphonie de la com
poſition du ſieur de Rouſſy Ancien Maître de Mu
ſique de l'Egliſe de Troyes. La tournure de ſon
chant, les traits d'harmonie bien amenés, l'ar
rangement des choeurs , lui ont mérité l'éloge
des Connoiſſeurs.
dans l'Hôtel-de-ville de Troyes, viennent d'ob
tenir un†excluſif. Ce qui leur procure la
ſatisfaction de former une Académie capable de
donner de l'émulation à toures les Perſonnes de
goût. On en a fait l'ouverture le 25 du mois de .
Mars. Le ſieur Bryon Ancien Premier Violon de
l'Académie de Grenoble y a joué un Concerto de
ſa compoſition, ſon goût & ſon exécution lui ont
mérité l'applaudiſſement des Connoiſſeurs. -
· On y a exécuté le Pſeaume Benedictus qui docet,
Motet à grand Choeur & Symphonie de la com
poſition du ſieur de Rouſſy Ancien Maître de Mu
ſique de l'Egliſe de Troyes. La tournure de ſon
chant, les traits d'harmonie bien amenés, l'ar
rangement des choeurs , lui ont mérité l'éloge
des Connoiſſeurs.
Fermer
Résumé : « MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...] »
Les Amateurs de Musique de Troyes ont créé une Académie musicale le 25 mars. Le sieur Bryon a interprété un concerto acclamé. Le sieur de Roussy a présenté un motet salué pour son chant et son harmonie. Les deux œuvres ont été appréciées par les connaisseurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer