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301
p. 81-126
LES AMOURS PASTORALES de Daphnis & Chloé.
Début :
Les Amours Pastorales de Daphnis & Chloé dont on donne [...]
Mots clefs :
Daphnis, Chloé, Amour, Nymphes, Beauté, Bergère, Mariage, Coeur, Charmes, Amants, Enfants, Troupeau, Dieux, Ville, Vendanges, Caverne, Espérance, Secours, Vieillard, Argent, Pastorale, Chèvres, Curiosité, Fontaine, Merveilles, Fleurs, Confidences, Enseignes, Maison
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texteReconnaissance textuelle : LES AMOURS PASTORALES de Daphnis & Chloé.
LES AMOURS PASTORALES •
de Dephnis & Choć.
L
on
ES Amours Paftorales de
Daphnis & Chloé dont
donne icil'extrait , ſont devenuës
trop à la mode, pour ne pas fatisfaire
à la curiofité des perfonnes
qui ne les ont pas encore lûës .
On feroit même tenté par la
fuite , de préférer ces fortes
d'extraits aux Hiftorietes ordinaires
du Mercure ; à moins
qu'on ne les jugeât aflez interreffantes
par elle - mêmes . Le
goût du Public en tout genre ,
me fervira toûjours de regle fur
le choix des morceaux ; j'attends
qu'il en décide .
Je reviens à Longus , Auteur
de cette Hiftoire , il l'a écrite en
1
Fanvier 1717 .
82 LE NOUVEAU
Grec , elle a été traduite en
François par le célébre Amiot
& réimprimée nouvellement :
c'eft de cette édition que j'ai
tiré cet extrait .
On croit ce Roman pofterieur
à celui des Amours de Théagenes
& Chariclée , composé par
Heliodore ,qui vivoit fous l'Empire
de Théodofe & d'Arcadius
fur la fin du quatrième fiécle .
Le Sçavant M. Huet ancien
Evêque d'Avranche , dans fon
Traité de l'Origine des Romans ,
a jugé trés favorablement de ces
Paftorales. Le ftyle de Longus ,
felon ſon ſentiment , eft fimple,
aife , naturel & concis , fans
obfcurité ; fes expreßions font
MERCURE.
83
pleines de vivacité de feu :
ilproduit avec esprit , ilpeint
avec agrément , il difpofe fes
images avec adreffe : les caracteresfont
gardez exactement ,
les Epiſodes naiffent de l'argument
, les paßions & lesfentimensfont
traitez avec une délicareffe
affez convenable à la
fimplicité des Bergers.
Il auroit été à fouhaiter qu'il
nous en eût donné une nous
velle traduction , comme il avoit
eu deffein de le faire dans fa jeuneffe
à l'imitation de l'ancien
Evêque d'Auxerre ; il faut croire
qu'elle auroit été plus châtiée
de toutes les manieres.
I ij
84 LE NOUVEAU
La Preface eft une fiction que
l'Auteur a imaginée , pour donner
àfon Roman quelque air de
verité. Il y fuppofe , qu'étant
dans un Temple de l'Ile de
Metelin , ily remarqua un Tableau
qui lui plût extremement ;
& que n'en pouvant découvrir
le fujet , il s'en informa des gens
du Païs , qui lui racontérent
cette même Hiftoire , qu'il nous
donne fous le titre des Amours
Paftorales de Daphnis & Chloé.
LIVRE PREMIER .
N Citoyen de Mitilene ,
nommé Dionyfophanes UN
>
avoit auprés de la Ville une
Terre affez confiderable
. Lamon
MERCURE.
85
fon Fermier s'étant apperçu qu'
une de fes chevres abandonnoit
fon petit , & s'écartoit du troupeau
; la curiofité l'obligeant à la
fuivre , il la furprit donnant à
tetter à un enfant richement emmailloté
, enveloppé d'un manteau
, dont l'agraffe étoit d'or ,
ayant auprés de lui une petite
épée dorée , à manche d'yvoire .
Touché de compaffion , il le releva
& le remit à fa femme Myrtale
, qui n'ayant point d'héritiers
, l'éleva comme le fien propre
, fous le nom de Daphnis.
A deux ans de là , même
savanture arriva à Dryas , autre
Berger du même canton , qui
cherchant une Brebis égarée de
fon troupeau , la trouva allait-
I iij
86 LE NOUVEAU
tant une petite fille expofée dans
la Caverne des Nymphes , ayant
à fes côtez une coëffe tiffuë d'or ,
des patins dorez & des brodequins
brodez d'or : II la prit
entre fes bras avec ces marques
de
reconnoiffance
, & la portant
à fa femme Napé , elle la reçût
en vraie mere, & l'appella Chloé.
Ces deux enfans devinrent .
grands en peu de tems ; &montroient
bien à leur gentilleſſe &
beauté , qu'ils n'étoient point iffus
de gens de Village, nex de Payfans.
de
Daphnis ayant atteint l'âge
15 ans, & Chloé celui de 13 ,
Lamon & Dryas eurent même
MERCURE. 87
nuit , mêmefonge. Il leurfut
avis que les Nymphes dont les
ftarues étoient dans la caverne
ou' l'on avoit trouvé Chloé,
livroient Daphnis & Chloé
entre les mains d'un jeune
Garfonnet fort gentil & beau
à merveille , lequel avoit des
ailes aux e'paules , & portoit
de petites fléches avec un petit
are , que ce jeune Garfoner
les touchant tous deux d'une
même fléche , commanda à l'un
de paître delà en avant les chévres
, &à l'autre les brebis.
Les Pafteurs s'éveillerent ,
Liiij
88 LE NOUVEAU
confternés de voir leur nouri
riffons deſtinés à garder les troupeaux
; mais eftimans que le
parti le plus fage qu'ils pûſſent
prendre , étoit de le foumettre
à la volonté des Dieux . Ils les
envoyerent aux champs , aprés
avoir facrifié au jeune Garfonnet
ailé , dont ils ignoroient
le vérirable nom .
Daphnis & Chloé devenus
Bergers , prenoient tous les divertiffements
convenables à leur
âge & à leur états .
Ainfi comme ils étoient occupez
à tels jeux , Amour leur
dreffa à bon efcient une telle
embuche.
Daphnis courant rapidement
MERCURE. 89
pour
aprés une de fes chèvres , tomba
dans une foffe trés profonde ,
qu'on avoit couverte de ramées
& de mouffe fervir de
piége aux Loups . Heureuſement
Chloé n'étoit pas loin , & croyant
encore le danger plus
grand , elle y courut , & fit tant
par fes foins & par le fecours
d'un païfan du voifinage , qu'elle
retira le pauvre Berger : alors
tranſporté de reconnoiffance , il
ne pût fe refufer à fon premier
mouvement , qui le porta à l'embraffer
; mais que ce tranfport
leur couta cher à l'un & à
l'autre . Depuis ce moment , ils
ne cefférent de foûpirer , fe fentant
confumer d'une ardeur
qu'ils n'avoient point connue.
90 LE NOUVEAU
jufques aloes . Souvent Daphnis
alloit ainfi devifant &parlant
pareillement en lui-même.
Comment ? les Hirondeles
chantent , ma flute ne dit
mot. Comment ? les Chevraux
fautent je fuis asfis . Comment
toutesfleursfont en vigueur,
&je n'enfais point de
bouquets ni de chapelets ; la
violette & le muguet fleu
riffent , Daphnis fe fane ,
Dorcon à la fin deviendra plus
beau
que
moi.
Ce Dorcon étoit auffi éperdument
amoureux de Chloé ,
comme il étoit riche , il crût
MERCURE.
91
pouvoir l'obtenir deDrias,s'il la
lui demandoit en mariage ; mais
malgré fes préfens , elle lui fut refufée.
Se voyant fans efpérance
de ce côté , il eût recours à une
rufe bien digne de la groffiertédu
perfonnage : Il fe couvrir d'une
peau de loup,& alla fe tapir dans
un buiffon proche la fontaine , où
Chloé menoit boire fon troude
tems
peau . Elle y vint peu
aprés , mais les chiens ayant
éventés le miférable
Dorcon
,
fe jetterent deffus , & l'auroient
déchiré
, s'il n'avoit imploré
l'affiftance
de Daphnis
& de
Ch'oé , qui étant trop fimples,
pour pénétrer fa mauvaiſe intention
, le fecoururent
, & ne
lui fçûrent pas même, mauvais
92 LE NOUVEAU
gré de cette Avanture .
Leur paffion cependant augmentant
de jour en jour , & leur
fimplicité demeurant même ;
la folitude leur offroit mille occafions
favorables pour déveloper
leurs fentiments , fans bleffer
l'innocence de leurs moeurs.
Daphnis ayant un jour ſurpris
Chloé endormie , s'arrêta à la
confidérer , & plein d'admiration
, il fe difoit , 0 comment fes
beauxyeux dormentfoüevement?
Quefon bateine fent bon ? Les
pommiers ni les aubépines fleuries
n'ontpoint la fenteurfi douce.
Ces réflexions fûrent intérompues
par une Cygale , qui pourfuivie
d'une Hirondelle , fe refugia
dans le fein de la Bergere .
MERCURE.
93
•
Chloé s'éveillant en furfaut ,
la Cygale feprii à chanter , comme
fi avec son chant elle lui eut
voulu rendre graces de fonfalut,
à l'occafion de quoi Chloé , ne fçachant
ce que c'étoit , s'écria derechefbienfort,
& Daphnis fe prit
auffi dérechef à rire , lors àprofitant
defa peur tira la gentille
Cygale , qu'elle remit au même
endroit d'où il l'avoit tirée.
Ils vivoient ainfi heureux
lorfque des Corfaires de la Ville
de Tyr, firent une defcente dans
Alle de Metelin , pillants & enlevants
tout ce qui fe trouva
à leur paffage . Daphnis cut le
malheur de tomber entre leurs
mains , & malgré les cris , il
trouva des impitoyables , qui le ,
traînerent dans leur Vaiffeau .
94 LE NOUVEAU.
Happelloit encore ' Chloé à
fon fecours lorfqu'elle arriva ,
conduifant fes brebis , & lui apportant
une flute nouvelle. Elle
n'eut pas plûtôt vû le danger
où il étoit , qu'elle courut demander
du fecours à Dorcon ,
qui en avoit beſoin lui- même ;
car ces Bergers ayant voulu faire
réſiſtance à ces brigands , qui
emmenoient fes boeufs , ils l'a
voient bleffé dangereufement .
Tout ce qu'il pût faire dans cet
état , fut de lui remettre fa flute
avec laquelle il avoit coutume
de rappeller fon troupeau du
pâturage , lui confeillant de s'en
fervir pour le même deffein.
En effet Chloé étant retournée
promptement, il n'eut pas plûMERCURE.
95
*
tôt joué l'air ordinaire du rapel ,
que les boeufs qui étoient déja
embarquez , s'élancerent tous
en même tems de la barque , &
l'ayant renversée par leur poids ,
ils regagnerent le rivage . Il fut
facile à Daphnis habillé à la legere
, de fe fauver.
Pour les Corfaires qui étoient
armés péfament , ils furent tous
noyez. Le premier foin de ces
deux Amans après un tel bonheur
, fut de fe rendre dans la
caverne des Nymphes , pour leur
rendre graces de cette événement
, & couronner leurs ftatuës
de fleurs .
96 LE NOUVEAU
LIVRE SECOND.
,
Les Vendanges étant furvenuës
, Daphnis & Chloé ,
trop occupés pour mener paître
leurs Troupeaux n'avoient
plus la même liberté de ſe voir.
Ils étoient trop obfervés pour
s'entretenir auffi familierement,
qu'ils faifoient auparavant .
Les plus jolies Vendangeufes
jettoient toutes les yeux fur
Daphnis , & en le louant ,
difoient , qu'il étoit ausſi beau
que Bachus : Les Vendageurs
de leur côté , jettoient à Chloé
plufieurs paroles à la traverſe,
&
MERCURE. 97
& fautoient aprés elle , comme
feroient les Satyres autour de
Bachus ; difant qu'ils feroient
de devenir Moutons , contens
moyennant qu'une ausfi aimable
Bergere les menât aux
Champs.
Les Vendanges finies , il
leur fut permis de retourner à
leurs amuſemens ordinaires,
Ainfi qu'ils folatroient , comme
deux jeunes Levrons , furvint
en leurcompagnie unViellard
, vêtu d'une Peliffe de
peau de Chevre , des fabots en
fes pieds , un Biffac tout ufé
Fanvier i717.
K
98 LE NOUVEAU NOUVE
pendu à fon col ; lequel fe feant
auprés d'eux , fe prit à leur
dire : Mes enfans , je fuis le
Vieillard Philetas qui ai chantée
maintes chansons à l'honneur
de ces Nymphes, je viens
ici pour vous déclarer ce que
j'ai vú, & annoncer ce que j'ai
oui. I'ai un beau Verger , que
j'ai moi- même planté : environ
le midy , j'y ai apperçû unjeugarfonnet
deffous mes Grenadiers
, qui tenoit enfes mains
des pommes de Grenades ; il
étoit blanc comme lait , rouge
commefeu , poli & net comme
ne
MERCURE.
99
s'il ne venoit que d'être lavé :
Il étoit nud , il étoit feul , &fe
joüoit à cueillir de mes fruits ,
commefi le Verger eût étéfien.
Si m'en fuis courų vers lui ,
craignant
que ( comme il étoit
fretillant
& remuant
) il ne
rompit quelques branches de
mes Grenadiers : mais il m'eft
• échapé des mains , tantôtfe coulant
par entre les Rofiers , tantôtfe
cachant fous les Pavots ,
commeferoit un petit perdriau.
Enfin , las & recrú , en m'ap
puyant fur mon báton , &prenant
garde qu'il ne s'enfouit ,
$35006 `-
Kij
100 LE NOUVEAU
je lui ai demandé à qui il étoit
de nos voisins , & à quelle occafion
il venoit ainfi cueillir les
fruits du jardin d'autrui ? Il
ne m'a rien répondu ; mais s'approchant
de moi , s'eft pris à
rire fort délicatement , en me
jettant des grains de Grenades,
ce qui m'a je nefçai comment )
amolli attendri le coeur:
deforte queje n'ai plus fçû me
courroucer à lui, fil'ai prié de
s'en venir hardiment à moi fans
· rien craindre , jurant que je le
laifferois aller quand il voudroit
, avec des pommes & des
MERCURE. for
grenades , moyennant qu'il me
donnát un baiferfeulement. Et
adoncquesfeprenant à rire avec ·
une chere , gaye , & bonne &
gentille grace , m'a jetté une
voix fi aimable & fi douce ,
que ni l'Hirondelle, ni le Roẞignol,
ni le Cygne , fût-il außi
vieil que moi , n'en fçauroit
jetter de pareille , difant , quant
à moi , Philetas , ce ne me feroit
point de peine de te baifer;
mais garde que ce que tu me
demandes , ne foit un don mal
Seant , peu convenable à
ن و م
ton âge , pource que ta vieilleffe
Kiij
102 LE NOUVEAU
n'empêchera point que tu ne
brûles de défir de me fuivre ,
aprés que tu m'auras baife :
il n'y a Aigle ni Faucon , tant
ait-il l'aile vite légere , qui
pût me poursuivre. Ie ne fuis
point enfant , combien que j'en
aye l'apparence , ains fuis plus
le vieil Saturne , je
ancien que
te connois dés-lors qu'étant en
lafleur de ton âge , tu gardois`
ici prés un fi beau
Boeufs ,
troupeau de
étois auprés de toi,
quand tujouois deta flutefous
ces Hêtres , lorfque tu érois
amoureux dela belle Amarillis
MERCURE. 103
mais tu ne me voyois pas encore
, quoi queje fuffe continuellement
auprés de ton amie. Pour
le prefent , je gouverne außi
Daphnis & Chloé, & aprés
que je les ai mis enſemble , je
m'en viens en ton Verger , là
ou' je prens plaiſir aux arbres
& aux fleurs que tu y as plantez,
& me lave en ces fontaines,
qui eft la caufe que toutes les
plantes les fleurs de ton jardin
font fi belles à voir , pour
ce qu'elles font nourries & ar
rofées de l'eau où je mefuis lavé.
Si-tôt qu'il eut achevé ces
304 LE NOUVEAU
1
paroles , il s'en eft envolédeẞus
un arbre , ne plus ne moins que
feroit un petit Roẞignol , &
en fautelant de branche en
branche par entre les feuilles ,
eſt à la fin monté jusques à la
cime : j'ai vû fes petites ailes ,
fon petit arc & fes fléches en
echarpe fur fes épaules , aprés
quoi il a disparu . Mes enfans,
je vous affûre que vous êtes
tous deux dévouez & dédiez
à l'Amour , & qu'Amour à
Join de vous. Si lui demanderent
qu'est-ce que c'étoit que
l'Amour , fic'étoit un enfant ou
bien
MERCURE. 105
lien un oiseau , & quelle puifonce
il avoit. Adonc Philetas
Scommenca derechefà leur dire:
Amour est un Dieu , mais un
enfant jeune & beau , & qui
ades ailes , pour cette cauſe
prent-ilplaifir ahenter entre les
jeunes gens, il cherche les beautez
, & fait voler les coeurs
des hommes , ayant fi grand
pouvoir, que le grand Iupiter
n'en a point tant . Il domine
fur les élémens , fur les étoiles
fur ceux qui font Dieux
comme lui. Toutes les fleurs
font ouvrages d'Amour, tou-
Janvier 1717.
L
106 LE NOUVEAU
•
tes les plantes & tous les arbres
font de fa facture. Moimême
ai autrefois été , jeune
ai aimé Amarillide ; mais
lors , il ne me fouvenoit de
manger,ni de boire , ni ne prenois
aucun repos. Il n'y a médecine
, ni efpéce aucune de
charmes , qui puiffeguérir le
mal d'amour. ,lui feul eft capable
d'y apporter remede.
Philetas aprés leur avoir
conté ces merveilles , fe fèpara
d'eux . Alors ces deux jeunes
Amans demeurants feuls , &
n'ayans jamais auparavant
MERCURF. 107
oüiparler d'Amour ,fe trouverent
en plus grande d'étreſſe
PAque
paravant , pource que
mour commençoit à les toucher
au vif, retournés qu'ils furent
en leurs maifons,fe mirent chacun
à rapporter ce qu'ils fentoient
en leurs coeurs avec ce
qu'ils avoient oui raporter
au vieillard , fi difoient ainfi
part eux , les Amants font
douloureux , auffi le fommes
nous ils ne font compte
de boire ni de manger , ausfi
peu en faifons nous : ils ne
peuvent dormir , nous fomà
Lij
108 LE NOUVEAU
mes tous de même : il leur eft
avis qu'ils brûlent , je crois
que nous avons du feu dedans
le corps , ils défirent s'entrevoir
, & pour ce faire , nous
fouhaitons
que
la nuit ne dure
gueres, & que le jour revien
ne bien-tôt.
Doncques eft-ce laqu'on appelle
Amour , & nous nous
entr'aimons l'un & l'autre ,
fine le favions pas.
lorf-
Cette matiere faifoit fouvent
le fujet de leur entretien ,
qu'une nouvelle Avanture vint
traverfer leurs innocens plaifirs.
De jeunes gens de la Ville de
MERCURE. 109
>
Methymne étans venus fur les
côtes de l'Ile de Metelin pour
chaffer , attacherent leur bateau
au rivage avec un cordon d'ofier.
Les Chévres de Daphnis ayant
coupé cet ofier la barque
s'éloigna bien-tôt du rivage ; les
Chaffeurs s'en étant aperçû ,
s'en prirent à Daphnis , & l'auroient
tué , s'il n'avoit été fecouru
promptement par Chloé ,
qui à l'aide des voifins , le tira
des mains de ces furieux.
Ces jeunes gens retournez à
Methimne , firent affembler le
Confeil de la Ville , & fe plaignirent
du prétendu outrage
qu'ils avoient reçûs des Mithvleniens
. Sur leur rapport , on
ordonna à un Capitaine d'armer
Liij
110 LE NOUVEAU
dix Galeres
+
pour ravager laCôte
de Mithilene, ; il obéit , & le
lendemain y ayant fait une defcente,
il enleva une grande quan
tité de butins , le troupeau
de
Chloé & Chloé elle - même .
Sitôt que Daphnis fut inftruit de
cet enlèvement
, il courut fondant
en pleurs à la caverne des
Nymphes , fe profterner aux
pieds de leurs Statuës & de
celle de Pan pour leur redemander
fa chere Chloé : 11 fac
exaucé ; car dans le moment ,
la flote des Methimniens
fut af
faillie par une infinité de prodiges
; Pan apparu au Chef
nommé Briacxa ; le menaçant de
le faire périr avec tout équi
s'il ne rendoit Chloé page
>
MERCURE. TH
du
& tout ce qu'il avoit ravi aux
Mithileniens. Ce Capitaine
n'ofant résister à l'ordre
Dieu , ramena lui - même fa
proye, & dédommagea les Mithileniens
des défordres qu'il
avoit caufé fur leurs Terres .
Dans quel tranſports de joye
ne fe trouverent pas nos deux.
Amans , lorfqu'ils fe virent réünis
?
Comme ils étoient fort religieux
, ils s'emprefferent d'aller
facrifier aux Nymphes & à
Pan , pour remercier ces Divinitez
protectrices de toutes
les graces qu'ils en avoient reçues
, & fe jurerent dans leur
Temple un amour éternel .
Liiij
112 LE NOUVEAU
J
LIVRE TROISIE' ME.
Quelque tems aprés la femme
d'un Fermier nommé Licenium
, jeune & belle , voyant
paffer Daphnis tous les matins
devant fa maiſon , ne put
défendre fon coeur des charmes
de ce Berger , elle le fuivit
fans en être apperçûs , &
s'étant cachée derriere un buiffon
où Daphnis fe rencontroit
d'ordinaire avec Chloé , elle
entendit tout ce qu'ils fe dirent ;
& comme l'Amour eft ingé .
nieux , elle parut tout à coup en
prefence de ces deux Amans
contrefaifant parfaitement
bien la defolée : Helas ! mon
MERCURE 113
ami , dit - elle , je te prie, aidemoi.
Ie n'avois que vingt pauvres
oifons , & voilà un Aigle
qui vient de m'en ravir le
plus beau : Daphnis ne fe défiant
point de l'embuche ,ſe leva
incontinent ,prit fa houlètre , &
s'en alla aprés Lecenium qui
le mena fort loin de Chloé , &
fort avant dans le Bois , auprés
d'une fontaine , où elle fit affeoir
Daphnis .
Comme elle étoit auffi hardie ,
que Daphnis étoit fimple , elle
attaqua fon coeur par tout ce
qu'il y a de plus preffant : mais
elle ne put lui faire oublier
Chloé ; elle le renvoya encore
114 LE NOUVEAU
plus amoureux de fa Bergere
qu'auparavant.
Comme il n'étoit fait mention
que des charmes de Chloé
dans tout le canton , fa beauté
engagea plufieurs Bergers à la
demander en mariage à Dryas :
Ils en furent écoutés , & le bon
homme réfolut de lui en choifir
un pour Epoux aux vendanges
prochaines . Chloé allarmée.
de cette nouvelle , découvrit
à Daphnis l'intention de Dryas .
Aprés avoir pleuré l'un & l'autre ,
& s'être donné de nouvelles:
affùrances de mourir plû- ôt que
d'être infidéls . Daphnis prit
tout à coup le party de faire
confidence de fon amour à
Myrtale femme de Lamon fon
MERCURE. 115
pere nourricier ; elle approuva
ſa recherche , & en parla à fon
mari. Lamon confiderant que
Daphnis pouvoit être d'une
illuſtre naiſſance, appellaſafemme,
béte , de vouloir empêcher que
fon nouriçon fut marié avec la
fille d'un Berger , vû quepar les
enfeignes de connoiffances qu'il
avoit trouvez quant & lui, elle lui
promettoit bien plusgrand état.
Myrtale qui ne vouloit pas
defeſpérer cet amoureux Berger,
lui fit entendre que Lamon fon
pere étant fort pauvre en comparaifon
de Dryas pere de
Chloé , Elle croyoit qu'il étoit
plus fage de ne point s'expoſer.
à un refus ; mais que s'il arri-
Voit quelque événement qui lui
1 LE NOUVEAU.
fut favorable , elle lui donnoit
fon confentement. Daphnis
n'efperant rien par les voyes
ordinaires , addreffa fes voeux
aux Nymphes dans cette extrémité.
Elles lui apparurent la nuit
fuivante , & lui ordonnerent
d'aller fur le bord de la mer,
l'affûrant que l'endroit où il
verroit unDauphin mort, il trouveroit
une bourſe , qui le Met 、
troit en état d'être auffi riche
queDryas; mais ci- aprés tu leferas
bien davantage. Dahpnis s'éleva
tour réjoui , & aprés avoir rejoint
Chloé & invoqué les Nymphes
, il n'eut pas grande peine
à découvrir la bourfe : Il courut,
avec cet argent chez Dryas ,
qui lui promit Chloé .
MERCURE. 17
Mais Lamon ne fut point fi
facile ; il dit à Daphnis qu' qu'étant
efclave affibien que lui , il ne lui
étoit pas permis de difpofer de
la moindre chofe , fans en avoir
auparavant obtenu le confentement
de fon maître ; que Dionifophanes
devant fe rendre bientôt
à fa terre pour y faire vendanges
, il feroit tous les efforts
auprés de lui pour en avoir l'agrement.
Nos deux amants vivoient
dans cette douce attente , gardants
toûjours leurs troupeaux
enfemble. Un jour qu'ils s'amufoient
à chercher des fruits ,
Daphnis apperçut à la cime de la
plus haute branche d'un pommier
, une pomme pomme unique ,
118 LE NOUVEAU
qui étoit belle & groffe à merveille
, y étant monté alaigrement
malgré Chloé , il la cueillit
la lui préfentant, lui dit,
Chloé ma mie , le beau tems a
produit cette belle pomme
bel arbre la nourric , le beau
un
la bonne Soleil l'a meurie ,
fortune la contregardée pour
une belle Bergere.
Chloé la reçut avec une grace
qui paya trop le Berger
LIVRE QUATRIE' ME.
Cet Automne tant defiré par
Daphnis & Chloé , arriva enfin.
Ils attendoient avec impaMERCURE.
119
tience l'arrivée du maître de Lamon,
fe fit préceder par fon fils
Aftyle , accompagné d'un nomméGnathon
mauvais plaifanı &
grand gourmand. Celui- ci ayant
confideré Daphnis & l'ayant
trouvé à fon gré , conçût le deffein
de le demander à fon jeune
Maître dans l'efperance de le
vendre & d'en tirer une groffe
fommed'argent. Il en fit la
propotifionà
Aftylequi fatigué de les
importunités , lui promit d'employer
fon crédit auprés de fon
pere pour qu'il lui en fit prefent.
Dionifophanes fuivit de prés fon
fils à la campagne, & ayant trouvé
fes troupeaux & fes
vergers
en bon état, il loüa Lamon & fa
famille du foin qu'ils prenoient
120 LE NOUVEAU
de fa Terre , Daphnis lui ayant
été prefenté , & le bon homme
de Fermier ayant extremement
vanté les bonnes qualitez de ce
jeune Berger en prefence d'Aftyle
& de Gnathon , Aftyle en
prit occafion de le demander à
fon pere pour l'emmener à Mytilene
,fous prétexte que ce jeune
homme lui feroit encore plus utile
à la Ville qu'à la Campagne;
mais Lainon ayant découvert à
quoi on le refervoit, prit le parti
de s'aller jetter aux pieds de fon
Maiftre & de lui déclarer que ce
jeune Berger n'étoit point fon
fils comme on le croioit qu'il l'avoit
trouvé abandonné & allaité
par une de fes Chèvres avec des
joyaux qu'on lui avoit laiffez
le
MERÇURE. 12Î
pour reconnoître un jour , &
qu'il les gardoit encore. Dionifophanes
étonné de ces circonſtances
, ordonna fur le champ
qu'on lui aportât ces fignes de reconnoiffances.
Apeine eût- il jetté
les yeux fur le petit Mantelet
d'écarlate & la pet telépée à poignée
d'yvoire, qu'il s'écria , ô Jupiter
& appella avec empreſſement
fa femme qui l'accompagnoit
, & qui voyant ces marquos,
s'écria encoreplus fort, 0fa
tales Déeffes ? nefont ce pas ici les
joyaux que nous expofames avec.
notre enfant ce font eux -mêmes,
mon mary.Daphnis eit vôtre fils ,
&rgarde les Chèvres de fon pro-
11
* tatbit permis aux parents dans les anciens
temps de Gè & d. Rome , dịcxpofer
leurs enfans lorfqu'ils en avoient trop
122 LE NOUVEAU
•
pre pere. Dans le moment
ils
coururent
embraffer
ce cher en
fant , & pleurant de joie ils le
tinrent long - tems ferré, entre
leurs bras . Aftyle ayant recou
vré un frere dans un Berger , lui
donna toutes les marques
les
plus vives de tendreffe
. Ce fut
pour lors que Dionifophanes
adreffant
la parole à Aftyle , ne
foispasmari , lui dit ce bon pela
se, de ce que tu n'auras que
moitié de ma fucceffion
, il n'y a
heritage
au monde qui vaille un
bon frere , Je fouhaite donc que
Daphnis ait en fon partage cette
Terre ci & que Lamon & Myrtale
qui l'ont fi foigneufement
élévé ,foient à lui , afin qu'il puiffe
leurfaire tout le bien qu'ilmerite
.
Daphnis
cependant
avoit pei-
འ
1
MERCURE. 123
ne à revenir de fon étonnement,
& quoiqu'il fut fort agité par les
differens fentimens qui fe paffoient
au dedans de lui , fa chere
Chloé lui étoit continuellement
préfente , & ne trouvant
point de bonheur égal à celui de
la poffeder , il étoit prêt de faire
confidence à fon pere de la
paffion qu'il reffentoit pour elle,
lorfque Dryas inftruit de l'heureux
changement qui venoit
d'arriver dans la fortune de Daphnis
, fe préfenta tout à coup
avec l'aimable Chloé au milieu
de l'affemblée , dans l'efperance
qu'elle pourroit peut- être auſſi
retrouver les parents . Sa beaute
& fes graces naïves attirerent
les yeux de la compagnie . Pour
Mij
124 LE NOUVEAU
lors Dryas prenant la parole ,
Plût aux Dieux , dit - il , que cettejeune
fille fut affez favoriféedu
Deftin pour retrouver auffi fes
parents , & montrant en mêmetems
les enfeignes de reconnoiffances
, il eft aifé , ajoûta - t-il , de
voir que fes parens font des perfonnes
diftinguées & qu'elle est
fortable pour être la femme de
Daphnis.Dionifophanes prenant
garde dans le moment au vifage
de fon fils , apperçût qu'il changeoit
de couleur & le détournoit
pour pleurer ; il lui fut aifé
d'en déviner la caufe , & ce bon
pere fouhaita pour lors que les
Dieux revelaffent la naiffance de
cette Bergere , afin de pouvoir
l'unir avec Daphnis comme
MERCURE. 125
toute la maiſon ne refpiroit que
joïe , il donna le foir un grand .
repas , où il invita es meilleurs
amis & les plus apparents de la
Ville : à l'iffue du banquet , il fe
fit apporter dans un baffin d'argent
ces enfeignes ; un vieillard
nommé Megacles les ayant confiderez
, â Dieux que vois-je là !
mapauvre fille qu'eſt - tu dévenuë !
eft tu encore en vie ? · Je te prie
Dionifophanes de me dire d'où tu
les arecouvrées ; n'aye point d'enviequeje
retrouve ma fille comme
tu as recouvré ton fils. Dionifophanes
fe levant de table alla
chercher Chloé , & la remettant
entre les mains de Megacles lui
dit : Voici l'enfant que tu as fait
expoſer, prens-là avec ces enſei-
*
126 LE NOUVEAU
gnes , & la prenant , baille - la en
mariage à Daphnis .
La Cérémonie des Nôces fe
fit fur le champ au grand contentement
des parents , & encore
plus de nos deux Amans .
de Dephnis & Choć.
L
on
ES Amours Paftorales de
Daphnis & Chloé dont
donne icil'extrait , ſont devenuës
trop à la mode, pour ne pas fatisfaire
à la curiofité des perfonnes
qui ne les ont pas encore lûës .
On feroit même tenté par la
fuite , de préférer ces fortes
d'extraits aux Hiftorietes ordinaires
du Mercure ; à moins
qu'on ne les jugeât aflez interreffantes
par elle - mêmes . Le
goût du Public en tout genre ,
me fervira toûjours de regle fur
le choix des morceaux ; j'attends
qu'il en décide .
Je reviens à Longus , Auteur
de cette Hiftoire , il l'a écrite en
1
Fanvier 1717 .
82 LE NOUVEAU
Grec , elle a été traduite en
François par le célébre Amiot
& réimprimée nouvellement :
c'eft de cette édition que j'ai
tiré cet extrait .
On croit ce Roman pofterieur
à celui des Amours de Théagenes
& Chariclée , composé par
Heliodore ,qui vivoit fous l'Empire
de Théodofe & d'Arcadius
fur la fin du quatrième fiécle .
Le Sçavant M. Huet ancien
Evêque d'Avranche , dans fon
Traité de l'Origine des Romans ,
a jugé trés favorablement de ces
Paftorales. Le ftyle de Longus ,
felon ſon ſentiment , eft fimple,
aife , naturel & concis , fans
obfcurité ; fes expreßions font
MERCURE.
83
pleines de vivacité de feu :
ilproduit avec esprit , ilpeint
avec agrément , il difpofe fes
images avec adreffe : les caracteresfont
gardez exactement ,
les Epiſodes naiffent de l'argument
, les paßions & lesfentimensfont
traitez avec une délicareffe
affez convenable à la
fimplicité des Bergers.
Il auroit été à fouhaiter qu'il
nous en eût donné une nous
velle traduction , comme il avoit
eu deffein de le faire dans fa jeuneffe
à l'imitation de l'ancien
Evêque d'Auxerre ; il faut croire
qu'elle auroit été plus châtiée
de toutes les manieres.
I ij
84 LE NOUVEAU
La Preface eft une fiction que
l'Auteur a imaginée , pour donner
àfon Roman quelque air de
verité. Il y fuppofe , qu'étant
dans un Temple de l'Ile de
Metelin , ily remarqua un Tableau
qui lui plût extremement ;
& que n'en pouvant découvrir
le fujet , il s'en informa des gens
du Païs , qui lui racontérent
cette même Hiftoire , qu'il nous
donne fous le titre des Amours
Paftorales de Daphnis & Chloé.
LIVRE PREMIER .
N Citoyen de Mitilene ,
nommé Dionyfophanes UN
>
avoit auprés de la Ville une
Terre affez confiderable
. Lamon
MERCURE.
85
fon Fermier s'étant apperçu qu'
une de fes chevres abandonnoit
fon petit , & s'écartoit du troupeau
; la curiofité l'obligeant à la
fuivre , il la furprit donnant à
tetter à un enfant richement emmailloté
, enveloppé d'un manteau
, dont l'agraffe étoit d'or ,
ayant auprés de lui une petite
épée dorée , à manche d'yvoire .
Touché de compaffion , il le releva
& le remit à fa femme Myrtale
, qui n'ayant point d'héritiers
, l'éleva comme le fien propre
, fous le nom de Daphnis.
A deux ans de là , même
savanture arriva à Dryas , autre
Berger du même canton , qui
cherchant une Brebis égarée de
fon troupeau , la trouva allait-
I iij
86 LE NOUVEAU
tant une petite fille expofée dans
la Caverne des Nymphes , ayant
à fes côtez une coëffe tiffuë d'or ,
des patins dorez & des brodequins
brodez d'or : II la prit
entre fes bras avec ces marques
de
reconnoiffance
, & la portant
à fa femme Napé , elle la reçût
en vraie mere, & l'appella Chloé.
Ces deux enfans devinrent .
grands en peu de tems ; &montroient
bien à leur gentilleſſe &
beauté , qu'ils n'étoient point iffus
de gens de Village, nex de Payfans.
de
Daphnis ayant atteint l'âge
15 ans, & Chloé celui de 13 ,
Lamon & Dryas eurent même
MERCURE. 87
nuit , mêmefonge. Il leurfut
avis que les Nymphes dont les
ftarues étoient dans la caverne
ou' l'on avoit trouvé Chloé,
livroient Daphnis & Chloé
entre les mains d'un jeune
Garfonnet fort gentil & beau
à merveille , lequel avoit des
ailes aux e'paules , & portoit
de petites fléches avec un petit
are , que ce jeune Garfoner
les touchant tous deux d'une
même fléche , commanda à l'un
de paître delà en avant les chévres
, &à l'autre les brebis.
Les Pafteurs s'éveillerent ,
Liiij
88 LE NOUVEAU
confternés de voir leur nouri
riffons deſtinés à garder les troupeaux
; mais eftimans que le
parti le plus fage qu'ils pûſſent
prendre , étoit de le foumettre
à la volonté des Dieux . Ils les
envoyerent aux champs , aprés
avoir facrifié au jeune Garfonnet
ailé , dont ils ignoroient
le vérirable nom .
Daphnis & Chloé devenus
Bergers , prenoient tous les divertiffements
convenables à leur
âge & à leur états .
Ainfi comme ils étoient occupez
à tels jeux , Amour leur
dreffa à bon efcient une telle
embuche.
Daphnis courant rapidement
MERCURE. 89
pour
aprés une de fes chèvres , tomba
dans une foffe trés profonde ,
qu'on avoit couverte de ramées
& de mouffe fervir de
piége aux Loups . Heureuſement
Chloé n'étoit pas loin , & croyant
encore le danger plus
grand , elle y courut , & fit tant
par fes foins & par le fecours
d'un païfan du voifinage , qu'elle
retira le pauvre Berger : alors
tranſporté de reconnoiffance , il
ne pût fe refufer à fon premier
mouvement , qui le porta à l'embraffer
; mais que ce tranfport
leur couta cher à l'un & à
l'autre . Depuis ce moment , ils
ne cefférent de foûpirer , fe fentant
confumer d'une ardeur
qu'ils n'avoient point connue.
90 LE NOUVEAU
jufques aloes . Souvent Daphnis
alloit ainfi devifant &parlant
pareillement en lui-même.
Comment ? les Hirondeles
chantent , ma flute ne dit
mot. Comment ? les Chevraux
fautent je fuis asfis . Comment
toutesfleursfont en vigueur,
&je n'enfais point de
bouquets ni de chapelets ; la
violette & le muguet fleu
riffent , Daphnis fe fane ,
Dorcon à la fin deviendra plus
beau
que
moi.
Ce Dorcon étoit auffi éperdument
amoureux de Chloé ,
comme il étoit riche , il crût
MERCURE.
91
pouvoir l'obtenir deDrias,s'il la
lui demandoit en mariage ; mais
malgré fes préfens , elle lui fut refufée.
Se voyant fans efpérance
de ce côté , il eût recours à une
rufe bien digne de la groffiertédu
perfonnage : Il fe couvrir d'une
peau de loup,& alla fe tapir dans
un buiffon proche la fontaine , où
Chloé menoit boire fon troude
tems
peau . Elle y vint peu
aprés , mais les chiens ayant
éventés le miférable
Dorcon
,
fe jetterent deffus , & l'auroient
déchiré
, s'il n'avoit imploré
l'affiftance
de Daphnis
& de
Ch'oé , qui étant trop fimples,
pour pénétrer fa mauvaiſe intention
, le fecoururent
, & ne
lui fçûrent pas même, mauvais
92 LE NOUVEAU
gré de cette Avanture .
Leur paffion cependant augmentant
de jour en jour , & leur
fimplicité demeurant même ;
la folitude leur offroit mille occafions
favorables pour déveloper
leurs fentiments , fans bleffer
l'innocence de leurs moeurs.
Daphnis ayant un jour ſurpris
Chloé endormie , s'arrêta à la
confidérer , & plein d'admiration
, il fe difoit , 0 comment fes
beauxyeux dormentfoüevement?
Quefon bateine fent bon ? Les
pommiers ni les aubépines fleuries
n'ontpoint la fenteurfi douce.
Ces réflexions fûrent intérompues
par une Cygale , qui pourfuivie
d'une Hirondelle , fe refugia
dans le fein de la Bergere .
MERCURE.
93
•
Chloé s'éveillant en furfaut ,
la Cygale feprii à chanter , comme
fi avec son chant elle lui eut
voulu rendre graces de fonfalut,
à l'occafion de quoi Chloé , ne fçachant
ce que c'étoit , s'écria derechefbienfort,
& Daphnis fe prit
auffi dérechef à rire , lors àprofitant
defa peur tira la gentille
Cygale , qu'elle remit au même
endroit d'où il l'avoit tirée.
Ils vivoient ainfi heureux
lorfque des Corfaires de la Ville
de Tyr, firent une defcente dans
Alle de Metelin , pillants & enlevants
tout ce qui fe trouva
à leur paffage . Daphnis cut le
malheur de tomber entre leurs
mains , & malgré les cris , il
trouva des impitoyables , qui le ,
traînerent dans leur Vaiffeau .
94 LE NOUVEAU.
Happelloit encore ' Chloé à
fon fecours lorfqu'elle arriva ,
conduifant fes brebis , & lui apportant
une flute nouvelle. Elle
n'eut pas plûtôt vû le danger
où il étoit , qu'elle courut demander
du fecours à Dorcon ,
qui en avoit beſoin lui- même ;
car ces Bergers ayant voulu faire
réſiſtance à ces brigands , qui
emmenoient fes boeufs , ils l'a
voient bleffé dangereufement .
Tout ce qu'il pût faire dans cet
état , fut de lui remettre fa flute
avec laquelle il avoit coutume
de rappeller fon troupeau du
pâturage , lui confeillant de s'en
fervir pour le même deffein.
En effet Chloé étant retournée
promptement, il n'eut pas plûMERCURE.
95
*
tôt joué l'air ordinaire du rapel ,
que les boeufs qui étoient déja
embarquez , s'élancerent tous
en même tems de la barque , &
l'ayant renversée par leur poids ,
ils regagnerent le rivage . Il fut
facile à Daphnis habillé à la legere
, de fe fauver.
Pour les Corfaires qui étoient
armés péfament , ils furent tous
noyez. Le premier foin de ces
deux Amans après un tel bonheur
, fut de fe rendre dans la
caverne des Nymphes , pour leur
rendre graces de cette événement
, & couronner leurs ftatuës
de fleurs .
96 LE NOUVEAU
LIVRE SECOND.
,
Les Vendanges étant furvenuës
, Daphnis & Chloé ,
trop occupés pour mener paître
leurs Troupeaux n'avoient
plus la même liberté de ſe voir.
Ils étoient trop obfervés pour
s'entretenir auffi familierement,
qu'ils faifoient auparavant .
Les plus jolies Vendangeufes
jettoient toutes les yeux fur
Daphnis , & en le louant ,
difoient , qu'il étoit ausſi beau
que Bachus : Les Vendageurs
de leur côté , jettoient à Chloé
plufieurs paroles à la traverſe,
&
MERCURE. 97
& fautoient aprés elle , comme
feroient les Satyres autour de
Bachus ; difant qu'ils feroient
de devenir Moutons , contens
moyennant qu'une ausfi aimable
Bergere les menât aux
Champs.
Les Vendanges finies , il
leur fut permis de retourner à
leurs amuſemens ordinaires,
Ainfi qu'ils folatroient , comme
deux jeunes Levrons , furvint
en leurcompagnie unViellard
, vêtu d'une Peliffe de
peau de Chevre , des fabots en
fes pieds , un Biffac tout ufé
Fanvier i717.
K
98 LE NOUVEAU NOUVE
pendu à fon col ; lequel fe feant
auprés d'eux , fe prit à leur
dire : Mes enfans , je fuis le
Vieillard Philetas qui ai chantée
maintes chansons à l'honneur
de ces Nymphes, je viens
ici pour vous déclarer ce que
j'ai vú, & annoncer ce que j'ai
oui. I'ai un beau Verger , que
j'ai moi- même planté : environ
le midy , j'y ai apperçû unjeugarfonnet
deffous mes Grenadiers
, qui tenoit enfes mains
des pommes de Grenades ; il
étoit blanc comme lait , rouge
commefeu , poli & net comme
ne
MERCURE.
99
s'il ne venoit que d'être lavé :
Il étoit nud , il étoit feul , &fe
joüoit à cueillir de mes fruits ,
commefi le Verger eût étéfien.
Si m'en fuis courų vers lui ,
craignant
que ( comme il étoit
fretillant
& remuant
) il ne
rompit quelques branches de
mes Grenadiers : mais il m'eft
• échapé des mains , tantôtfe coulant
par entre les Rofiers , tantôtfe
cachant fous les Pavots ,
commeferoit un petit perdriau.
Enfin , las & recrú , en m'ap
puyant fur mon báton , &prenant
garde qu'il ne s'enfouit ,
$35006 `-
Kij
100 LE NOUVEAU
je lui ai demandé à qui il étoit
de nos voisins , & à quelle occafion
il venoit ainfi cueillir les
fruits du jardin d'autrui ? Il
ne m'a rien répondu ; mais s'approchant
de moi , s'eft pris à
rire fort délicatement , en me
jettant des grains de Grenades,
ce qui m'a je nefçai comment )
amolli attendri le coeur:
deforte queje n'ai plus fçû me
courroucer à lui, fil'ai prié de
s'en venir hardiment à moi fans
· rien craindre , jurant que je le
laifferois aller quand il voudroit
, avec des pommes & des
MERCURE. for
grenades , moyennant qu'il me
donnát un baiferfeulement. Et
adoncquesfeprenant à rire avec ·
une chere , gaye , & bonne &
gentille grace , m'a jetté une
voix fi aimable & fi douce ,
que ni l'Hirondelle, ni le Roẞignol,
ni le Cygne , fût-il außi
vieil que moi , n'en fçauroit
jetter de pareille , difant , quant
à moi , Philetas , ce ne me feroit
point de peine de te baifer;
mais garde que ce que tu me
demandes , ne foit un don mal
Seant , peu convenable à
ن و م
ton âge , pource que ta vieilleffe
Kiij
102 LE NOUVEAU
n'empêchera point que tu ne
brûles de défir de me fuivre ,
aprés que tu m'auras baife :
il n'y a Aigle ni Faucon , tant
ait-il l'aile vite légere , qui
pût me poursuivre. Ie ne fuis
point enfant , combien que j'en
aye l'apparence , ains fuis plus
le vieil Saturne , je
ancien que
te connois dés-lors qu'étant en
lafleur de ton âge , tu gardois`
ici prés un fi beau
Boeufs ,
troupeau de
étois auprés de toi,
quand tujouois deta flutefous
ces Hêtres , lorfque tu érois
amoureux dela belle Amarillis
MERCURE. 103
mais tu ne me voyois pas encore
, quoi queje fuffe continuellement
auprés de ton amie. Pour
le prefent , je gouverne außi
Daphnis & Chloé, & aprés
que je les ai mis enſemble , je
m'en viens en ton Verger , là
ou' je prens plaiſir aux arbres
& aux fleurs que tu y as plantez,
& me lave en ces fontaines,
qui eft la caufe que toutes les
plantes les fleurs de ton jardin
font fi belles à voir , pour
ce qu'elles font nourries & ar
rofées de l'eau où je mefuis lavé.
Si-tôt qu'il eut achevé ces
304 LE NOUVEAU
1
paroles , il s'en eft envolédeẞus
un arbre , ne plus ne moins que
feroit un petit Roẞignol , &
en fautelant de branche en
branche par entre les feuilles ,
eſt à la fin monté jusques à la
cime : j'ai vû fes petites ailes ,
fon petit arc & fes fléches en
echarpe fur fes épaules , aprés
quoi il a disparu . Mes enfans,
je vous affûre que vous êtes
tous deux dévouez & dédiez
à l'Amour , & qu'Amour à
Join de vous. Si lui demanderent
qu'est-ce que c'étoit que
l'Amour , fic'étoit un enfant ou
bien
MERCURE. 105
lien un oiseau , & quelle puifonce
il avoit. Adonc Philetas
Scommenca derechefà leur dire:
Amour est un Dieu , mais un
enfant jeune & beau , & qui
ades ailes , pour cette cauſe
prent-ilplaifir ahenter entre les
jeunes gens, il cherche les beautez
, & fait voler les coeurs
des hommes , ayant fi grand
pouvoir, que le grand Iupiter
n'en a point tant . Il domine
fur les élémens , fur les étoiles
fur ceux qui font Dieux
comme lui. Toutes les fleurs
font ouvrages d'Amour, tou-
Janvier 1717.
L
106 LE NOUVEAU
•
tes les plantes & tous les arbres
font de fa facture. Moimême
ai autrefois été , jeune
ai aimé Amarillide ; mais
lors , il ne me fouvenoit de
manger,ni de boire , ni ne prenois
aucun repos. Il n'y a médecine
, ni efpéce aucune de
charmes , qui puiffeguérir le
mal d'amour. ,lui feul eft capable
d'y apporter remede.
Philetas aprés leur avoir
conté ces merveilles , fe fèpara
d'eux . Alors ces deux jeunes
Amans demeurants feuls , &
n'ayans jamais auparavant
MERCURF. 107
oüiparler d'Amour ,fe trouverent
en plus grande d'étreſſe
PAque
paravant , pource que
mour commençoit à les toucher
au vif, retournés qu'ils furent
en leurs maifons,fe mirent chacun
à rapporter ce qu'ils fentoient
en leurs coeurs avec ce
qu'ils avoient oui raporter
au vieillard , fi difoient ainfi
part eux , les Amants font
douloureux , auffi le fommes
nous ils ne font compte
de boire ni de manger , ausfi
peu en faifons nous : ils ne
peuvent dormir , nous fomà
Lij
108 LE NOUVEAU
mes tous de même : il leur eft
avis qu'ils brûlent , je crois
que nous avons du feu dedans
le corps , ils défirent s'entrevoir
, & pour ce faire , nous
fouhaitons
que
la nuit ne dure
gueres, & que le jour revien
ne bien-tôt.
Doncques eft-ce laqu'on appelle
Amour , & nous nous
entr'aimons l'un & l'autre ,
fine le favions pas.
lorf-
Cette matiere faifoit fouvent
le fujet de leur entretien ,
qu'une nouvelle Avanture vint
traverfer leurs innocens plaifirs.
De jeunes gens de la Ville de
MERCURE. 109
>
Methymne étans venus fur les
côtes de l'Ile de Metelin pour
chaffer , attacherent leur bateau
au rivage avec un cordon d'ofier.
Les Chévres de Daphnis ayant
coupé cet ofier la barque
s'éloigna bien-tôt du rivage ; les
Chaffeurs s'en étant aperçû ,
s'en prirent à Daphnis , & l'auroient
tué , s'il n'avoit été fecouru
promptement par Chloé ,
qui à l'aide des voifins , le tira
des mains de ces furieux.
Ces jeunes gens retournez à
Methimne , firent affembler le
Confeil de la Ville , & fe plaignirent
du prétendu outrage
qu'ils avoient reçûs des Mithvleniens
. Sur leur rapport , on
ordonna à un Capitaine d'armer
Liij
110 LE NOUVEAU
dix Galeres
+
pour ravager laCôte
de Mithilene, ; il obéit , & le
lendemain y ayant fait une defcente,
il enleva une grande quan
tité de butins , le troupeau
de
Chloé & Chloé elle - même .
Sitôt que Daphnis fut inftruit de
cet enlèvement
, il courut fondant
en pleurs à la caverne des
Nymphes , fe profterner aux
pieds de leurs Statuës & de
celle de Pan pour leur redemander
fa chere Chloé : 11 fac
exaucé ; car dans le moment ,
la flote des Methimniens
fut af
faillie par une infinité de prodiges
; Pan apparu au Chef
nommé Briacxa ; le menaçant de
le faire périr avec tout équi
s'il ne rendoit Chloé page
>
MERCURE. TH
du
& tout ce qu'il avoit ravi aux
Mithileniens. Ce Capitaine
n'ofant résister à l'ordre
Dieu , ramena lui - même fa
proye, & dédommagea les Mithileniens
des défordres qu'il
avoit caufé fur leurs Terres .
Dans quel tranſports de joye
ne fe trouverent pas nos deux.
Amans , lorfqu'ils fe virent réünis
?
Comme ils étoient fort religieux
, ils s'emprefferent d'aller
facrifier aux Nymphes & à
Pan , pour remercier ces Divinitez
protectrices de toutes
les graces qu'ils en avoient reçues
, & fe jurerent dans leur
Temple un amour éternel .
Liiij
112 LE NOUVEAU
J
LIVRE TROISIE' ME.
Quelque tems aprés la femme
d'un Fermier nommé Licenium
, jeune & belle , voyant
paffer Daphnis tous les matins
devant fa maiſon , ne put
défendre fon coeur des charmes
de ce Berger , elle le fuivit
fans en être apperçûs , &
s'étant cachée derriere un buiffon
où Daphnis fe rencontroit
d'ordinaire avec Chloé , elle
entendit tout ce qu'ils fe dirent ;
& comme l'Amour eft ingé .
nieux , elle parut tout à coup en
prefence de ces deux Amans
contrefaifant parfaitement
bien la defolée : Helas ! mon
MERCURE 113
ami , dit - elle , je te prie, aidemoi.
Ie n'avois que vingt pauvres
oifons , & voilà un Aigle
qui vient de m'en ravir le
plus beau : Daphnis ne fe défiant
point de l'embuche ,ſe leva
incontinent ,prit fa houlètre , &
s'en alla aprés Lecenium qui
le mena fort loin de Chloé , &
fort avant dans le Bois , auprés
d'une fontaine , où elle fit affeoir
Daphnis .
Comme elle étoit auffi hardie ,
que Daphnis étoit fimple , elle
attaqua fon coeur par tout ce
qu'il y a de plus preffant : mais
elle ne put lui faire oublier
Chloé ; elle le renvoya encore
114 LE NOUVEAU
plus amoureux de fa Bergere
qu'auparavant.
Comme il n'étoit fait mention
que des charmes de Chloé
dans tout le canton , fa beauté
engagea plufieurs Bergers à la
demander en mariage à Dryas :
Ils en furent écoutés , & le bon
homme réfolut de lui en choifir
un pour Epoux aux vendanges
prochaines . Chloé allarmée.
de cette nouvelle , découvrit
à Daphnis l'intention de Dryas .
Aprés avoir pleuré l'un & l'autre ,
& s'être donné de nouvelles:
affùrances de mourir plû- ôt que
d'être infidéls . Daphnis prit
tout à coup le party de faire
confidence de fon amour à
Myrtale femme de Lamon fon
MERCURE. 115
pere nourricier ; elle approuva
ſa recherche , & en parla à fon
mari. Lamon confiderant que
Daphnis pouvoit être d'une
illuſtre naiſſance, appellaſafemme,
béte , de vouloir empêcher que
fon nouriçon fut marié avec la
fille d'un Berger , vû quepar les
enfeignes de connoiffances qu'il
avoit trouvez quant & lui, elle lui
promettoit bien plusgrand état.
Myrtale qui ne vouloit pas
defeſpérer cet amoureux Berger,
lui fit entendre que Lamon fon
pere étant fort pauvre en comparaifon
de Dryas pere de
Chloé , Elle croyoit qu'il étoit
plus fage de ne point s'expoſer.
à un refus ; mais que s'il arri-
Voit quelque événement qui lui
1 LE NOUVEAU.
fut favorable , elle lui donnoit
fon confentement. Daphnis
n'efperant rien par les voyes
ordinaires , addreffa fes voeux
aux Nymphes dans cette extrémité.
Elles lui apparurent la nuit
fuivante , & lui ordonnerent
d'aller fur le bord de la mer,
l'affûrant que l'endroit où il
verroit unDauphin mort, il trouveroit
une bourſe , qui le Met 、
troit en état d'être auffi riche
queDryas; mais ci- aprés tu leferas
bien davantage. Dahpnis s'éleva
tour réjoui , & aprés avoir rejoint
Chloé & invoqué les Nymphes
, il n'eut pas grande peine
à découvrir la bourfe : Il courut,
avec cet argent chez Dryas ,
qui lui promit Chloé .
MERCURE. 17
Mais Lamon ne fut point fi
facile ; il dit à Daphnis qu' qu'étant
efclave affibien que lui , il ne lui
étoit pas permis de difpofer de
la moindre chofe , fans en avoir
auparavant obtenu le confentement
de fon maître ; que Dionifophanes
devant fe rendre bientôt
à fa terre pour y faire vendanges
, il feroit tous les efforts
auprés de lui pour en avoir l'agrement.
Nos deux amants vivoient
dans cette douce attente , gardants
toûjours leurs troupeaux
enfemble. Un jour qu'ils s'amufoient
à chercher des fruits ,
Daphnis apperçut à la cime de la
plus haute branche d'un pommier
, une pomme pomme unique ,
118 LE NOUVEAU
qui étoit belle & groffe à merveille
, y étant monté alaigrement
malgré Chloé , il la cueillit
la lui préfentant, lui dit,
Chloé ma mie , le beau tems a
produit cette belle pomme
bel arbre la nourric , le beau
un
la bonne Soleil l'a meurie ,
fortune la contregardée pour
une belle Bergere.
Chloé la reçut avec une grace
qui paya trop le Berger
LIVRE QUATRIE' ME.
Cet Automne tant defiré par
Daphnis & Chloé , arriva enfin.
Ils attendoient avec impaMERCURE.
119
tience l'arrivée du maître de Lamon,
fe fit préceder par fon fils
Aftyle , accompagné d'un nomméGnathon
mauvais plaifanı &
grand gourmand. Celui- ci ayant
confideré Daphnis & l'ayant
trouvé à fon gré , conçût le deffein
de le demander à fon jeune
Maître dans l'efperance de le
vendre & d'en tirer une groffe
fommed'argent. Il en fit la
propotifionà
Aftylequi fatigué de les
importunités , lui promit d'employer
fon crédit auprés de fon
pere pour qu'il lui en fit prefent.
Dionifophanes fuivit de prés fon
fils à la campagne, & ayant trouvé
fes troupeaux & fes
vergers
en bon état, il loüa Lamon & fa
famille du foin qu'ils prenoient
120 LE NOUVEAU
de fa Terre , Daphnis lui ayant
été prefenté , & le bon homme
de Fermier ayant extremement
vanté les bonnes qualitez de ce
jeune Berger en prefence d'Aftyle
& de Gnathon , Aftyle en
prit occafion de le demander à
fon pere pour l'emmener à Mytilene
,fous prétexte que ce jeune
homme lui feroit encore plus utile
à la Ville qu'à la Campagne;
mais Lainon ayant découvert à
quoi on le refervoit, prit le parti
de s'aller jetter aux pieds de fon
Maiftre & de lui déclarer que ce
jeune Berger n'étoit point fon
fils comme on le croioit qu'il l'avoit
trouvé abandonné & allaité
par une de fes Chèvres avec des
joyaux qu'on lui avoit laiffez
le
MERÇURE. 12Î
pour reconnoître un jour , &
qu'il les gardoit encore. Dionifophanes
étonné de ces circonſtances
, ordonna fur le champ
qu'on lui aportât ces fignes de reconnoiffances.
Apeine eût- il jetté
les yeux fur le petit Mantelet
d'écarlate & la pet telépée à poignée
d'yvoire, qu'il s'écria , ô Jupiter
& appella avec empreſſement
fa femme qui l'accompagnoit
, & qui voyant ces marquos,
s'écria encoreplus fort, 0fa
tales Déeffes ? nefont ce pas ici les
joyaux que nous expofames avec.
notre enfant ce font eux -mêmes,
mon mary.Daphnis eit vôtre fils ,
&rgarde les Chèvres de fon pro-
11
* tatbit permis aux parents dans les anciens
temps de Gè & d. Rome , dịcxpofer
leurs enfans lorfqu'ils en avoient trop
122 LE NOUVEAU
•
pre pere. Dans le moment
ils
coururent
embraffer
ce cher en
fant , & pleurant de joie ils le
tinrent long - tems ferré, entre
leurs bras . Aftyle ayant recou
vré un frere dans un Berger , lui
donna toutes les marques
les
plus vives de tendreffe
. Ce fut
pour lors que Dionifophanes
adreffant
la parole à Aftyle , ne
foispasmari , lui dit ce bon pela
se, de ce que tu n'auras que
moitié de ma fucceffion
, il n'y a
heritage
au monde qui vaille un
bon frere , Je fouhaite donc que
Daphnis ait en fon partage cette
Terre ci & que Lamon & Myrtale
qui l'ont fi foigneufement
élévé ,foient à lui , afin qu'il puiffe
leurfaire tout le bien qu'ilmerite
.
Daphnis
cependant
avoit pei-
འ
1
MERCURE. 123
ne à revenir de fon étonnement,
& quoiqu'il fut fort agité par les
differens fentimens qui fe paffoient
au dedans de lui , fa chere
Chloé lui étoit continuellement
préfente , & ne trouvant
point de bonheur égal à celui de
la poffeder , il étoit prêt de faire
confidence à fon pere de la
paffion qu'il reffentoit pour elle,
lorfque Dryas inftruit de l'heureux
changement qui venoit
d'arriver dans la fortune de Daphnis
, fe préfenta tout à coup
avec l'aimable Chloé au milieu
de l'affemblée , dans l'efperance
qu'elle pourroit peut- être auſſi
retrouver les parents . Sa beaute
& fes graces naïves attirerent
les yeux de la compagnie . Pour
Mij
124 LE NOUVEAU
lors Dryas prenant la parole ,
Plût aux Dieux , dit - il , que cettejeune
fille fut affez favoriféedu
Deftin pour retrouver auffi fes
parents , & montrant en mêmetems
les enfeignes de reconnoiffances
, il eft aifé , ajoûta - t-il , de
voir que fes parens font des perfonnes
diftinguées & qu'elle est
fortable pour être la femme de
Daphnis.Dionifophanes prenant
garde dans le moment au vifage
de fon fils , apperçût qu'il changeoit
de couleur & le détournoit
pour pleurer ; il lui fut aifé
d'en déviner la caufe , & ce bon
pere fouhaita pour lors que les
Dieux revelaffent la naiffance de
cette Bergere , afin de pouvoir
l'unir avec Daphnis comme
MERCURE. 125
toute la maiſon ne refpiroit que
joïe , il donna le foir un grand .
repas , où il invita es meilleurs
amis & les plus apparents de la
Ville : à l'iffue du banquet , il fe
fit apporter dans un baffin d'argent
ces enfeignes ; un vieillard
nommé Megacles les ayant confiderez
, â Dieux que vois-je là !
mapauvre fille qu'eſt - tu dévenuë !
eft tu encore en vie ? · Je te prie
Dionifophanes de me dire d'où tu
les arecouvrées ; n'aye point d'enviequeje
retrouve ma fille comme
tu as recouvré ton fils. Dionifophanes
fe levant de table alla
chercher Chloé , & la remettant
entre les mains de Megacles lui
dit : Voici l'enfant que tu as fait
expoſer, prens-là avec ces enſei-
*
126 LE NOUVEAU
gnes , & la prenant , baille - la en
mariage à Daphnis .
La Cérémonie des Nôces fe
fit fur le champ au grand contentement
des parents , & encore
plus de nos deux Amans .
Fermer
302
p. 215-218
FABLE Par M. Dufreny.
Début :
Un jeune Rossignol, & sa Rossignolette [...]
Mots clefs :
Rossignol, Amour, Plumage, Merle, Complots, Oiseaux, Chagrin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE Par M. Dufreny.
FABLE
Par M. Dufreny .
N jeune Roffignol , &fa
Roffignolette
S'entrejuroient
par mainte chan-
Sonnette ,
De s'aimer reciproquement ;
Et s'aimoient effectivement
Selon la Gauloife methode ;
Les Oiseaux , comme nous , ne
changent point de mode ,
Toûjours
même plumage , & toûjours
même amour ;
Ils chantoientjour & nuit, & les
bois d'alentour
216 LE NOUVEAU
Retentiffoient
dufon de leur vive
cadence.
Sur un buiffon voifinfaiſoitfarefidence
Un vieux Merlegrand radoteur
,
Noir & bouru , comme un
Docteur :
Le chant des Roffignols lui donnoit
la migraine ,
S'ils tiennent tant foitpeu de l'inconftance
humaine
Dit- il, car il argumentoit ,
Comme un fin Merle qu'il
étoit. )
Avec leur tendre amour finira
leur ramage ,
L'amour ne peut durer que jufqu'au
mariage:
Oh ! marions les donc , il en fit le
complet
MERCURE. 217
complot :
Pour regler& douaire& dot;
Auffi- toft furent averties
Deux Chouettes , & quatre
Pies
Quijaferent , Dieu fçait , on ne
s'entendoit plus ,
·
Qu'aura t'il ? Qu'aura - r'elle ?
articles donc conclus
Le ſouffigné Corbeau leur fervit
de Notaire ,
Graves Coucous autorifants
l'affaire s
Entre les Roffinols legrand noeud
Se noua:
Dés la troifiéme nuit le mâle s'enroua
,
Lafemelle forteen ramage
Se mainint un peu davantage
;
V
218 LENOUVEAU
Mais voyant leurs petits
1
éclos
1ls earent tous deux le bec
clos i
C'est ainsi parmi nous que le cours
d'une année
Finit la tendreffe , & les
chants
De nos plus folâtresAmants :
On voit mêmefouvent naître dans
l'Hymenée
Les chagrins avant les enfants.
Par M. Dufreny .
N jeune Roffignol , &fa
Roffignolette
S'entrejuroient
par mainte chan-
Sonnette ,
De s'aimer reciproquement ;
Et s'aimoient effectivement
Selon la Gauloife methode ;
Les Oiseaux , comme nous , ne
changent point de mode ,
Toûjours
même plumage , & toûjours
même amour ;
Ils chantoientjour & nuit, & les
bois d'alentour
216 LE NOUVEAU
Retentiffoient
dufon de leur vive
cadence.
Sur un buiffon voifinfaiſoitfarefidence
Un vieux Merlegrand radoteur
,
Noir & bouru , comme un
Docteur :
Le chant des Roffignols lui donnoit
la migraine ,
S'ils tiennent tant foitpeu de l'inconftance
humaine
Dit- il, car il argumentoit ,
Comme un fin Merle qu'il
étoit. )
Avec leur tendre amour finira
leur ramage ,
L'amour ne peut durer que jufqu'au
mariage:
Oh ! marions les donc , il en fit le
complet
MERCURE. 217
complot :
Pour regler& douaire& dot;
Auffi- toft furent averties
Deux Chouettes , & quatre
Pies
Quijaferent , Dieu fçait , on ne
s'entendoit plus ,
·
Qu'aura t'il ? Qu'aura - r'elle ?
articles donc conclus
Le ſouffigné Corbeau leur fervit
de Notaire ,
Graves Coucous autorifants
l'affaire s
Entre les Roffinols legrand noeud
Se noua:
Dés la troifiéme nuit le mâle s'enroua
,
Lafemelle forteen ramage
Se mainint un peu davantage
;
V
218 LENOUVEAU
Mais voyant leurs petits
1
éclos
1ls earent tous deux le bec
clos i
C'est ainsi parmi nous que le cours
d'une année
Finit la tendreffe , & les
chants
De nos plus folâtresAmants :
On voit mêmefouvent naître dans
l'Hymenée
Les chagrins avant les enfants.
Fermer
303
p. 220-222
CHANSON.
Début :
A ce dessein je leur ai fait choix des plus jolies / Par les yeux d'Anette [...]
Mots clefs :
Amour, Musette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
A ce deffein je leur ai fait
choix des plus jolies paroles , du
plus joly Air... Il fuffit que M.
de Rochebrune foit Auteur des
Couplets , & M. de Beaupré de
la Mufique .
P
CHANSON.
Ar les yeux d'Anette
L'amour m'a bleffé ,
Elle eft trop jeunette ;
Mais je fuis forcé
D'adorer la follette ;
MERCURE, 221
Devroit- on charmer ,
Avant l'âge d'aimer.
La Rofe nouvelle
Offre moins d'appas,
Anette eft plus belle
Mais elle eft , helas !
Infenfible comme elle :
Devroit- on , & c .
Lorſqu'autour d'Anette,
Volent mille Amours
Dans fa main adroite
Son fuleau toûjours
File fa quenouillette;
Devroit-on , & c.
炭燒雞
Quand fur ma Mufette ;
Je forme des chants ,
Mon ardeur fecrette
222 LE NOUVEAU
Les rend plus touchans
Sans attendrir Annette :
Devroit-on , & c.
Il me faut attendre
Un Printems au moins
Avant de prétendre
Le prix de mes foins ;
Quel fort pour un coeur tendre !
Devroit- on , & c.
choix des plus jolies paroles , du
plus joly Air... Il fuffit que M.
de Rochebrune foit Auteur des
Couplets , & M. de Beaupré de
la Mufique .
P
CHANSON.
Ar les yeux d'Anette
L'amour m'a bleffé ,
Elle eft trop jeunette ;
Mais je fuis forcé
D'adorer la follette ;
MERCURE, 221
Devroit- on charmer ,
Avant l'âge d'aimer.
La Rofe nouvelle
Offre moins d'appas,
Anette eft plus belle
Mais elle eft , helas !
Infenfible comme elle :
Devroit- on , & c .
Lorſqu'autour d'Anette,
Volent mille Amours
Dans fa main adroite
Son fuleau toûjours
File fa quenouillette;
Devroit-on , & c.
炭燒雞
Quand fur ma Mufette ;
Je forme des chants ,
Mon ardeur fecrette
222 LE NOUVEAU
Les rend plus touchans
Sans attendrir Annette :
Devroit-on , & c.
Il me faut attendre
Un Printems au moins
Avant de prétendre
Le prix de mes foins ;
Quel fort pour un coeur tendre !
Devroit- on , & c.
Fermer
304
p. 92-111
HISTORIETTE DEDIEE A MADAME LA COMTESSE DE ***
Début :
J'AY suivi vos conseils, Madame, J'ay été au bal de la Comedie, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Cléonice, Amour, Marquis, Bal, Sentiments, Conversation, Coeur, Tendresse, Sincérité, Rivaux, Désirs, Amitié, Perfidie, Esprit, Jalousie, Femmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTORIETTE DEDIEE A MADAME LA COMTESSE DE ***
HISTORIETTE
DEDIE E A MADAME
LA COMTESSE
D.E
***
JAY
AY fuivi vos confeils , Madame ,
J'ay éé au bal de la Comedie
mais je ne ferai point flatteur au point
de vous avouer , que j'y ay reffenti
tout le plaifir que vous m'aviez fair
efperer.Je n'examine point fi la faute
en eft a la nature du fpectacle ou à
mon caractère ; qu'importe quand on
s'ennuye , je prévois que cet aveu e
m'attiera pas beaucoup d'éloges de
la part des petits Mautres, & des o
quettes ; à les en croire , rien de plus
charmant que le bal . C'eft la qu'a
l'ayde d'un iafque , on fe dérobe aux
MERCURE. 25
yeux des jalouz , fans le bal , que d'a
mans favorisés gémiroient encor dans
leurs chaines , que de foupirs pouffés
qui n'eullent jamais ofés naiftre à vi«
fage découvert ; enfin on peut définir
le bal , le veritable Temple de l'Amour
: il y lance fes traits de toutes
parts , & fa puiflance y paroift d'autant
plus grande , qu'il n'y a pas be
foin , comme dans le refte du monde ,
du fecours des appas pour faire de
nouveaux fujets , les maximes ordinaires
y font peu d'uſage , on s'y aime
fans fe connoiftre ,& fans s'être vûs ,
on diroit que tout l'air de ce lieu n'eft
formé que defoupirs , ce portrait peut
être fidele , mais pour peu que je
vouluffe entrer en difpure , que je
trouverois de chofes capables de balancer
ces avantages ! combien de
Maris à l'ayde du mafque ont appris
ce qu'ils enragent de fçavoir , combiende
confpirations amoureuſes dé .
couvertes ! combien d'indifcretions !
combien d'infidelités ! enfin combien
de femmes ont eû le dépit mortel de
perdre le jour, ces conquêtes qu'elles
94 LE NOUVEAU
ne devoient qu'à leur déguiſement .
Frappé de ces contradictions , Madame,
croiriez -vous , que je n'ai été
touché que des malheureux ,fans prendre
la moindre part à la joye des autres
; il ne vous eft pas difficile de juger
qu'avec ces fentimens , je me fuis
fort ennuyé ; cependant j'ai tenu bon ,
j'ai refté jufqu'à cinq heures , &
comme vous m'aviez ordonné ďêtre
toûjours, alerte pour apprendre
quelque hiftoire ;l'envie de vous fatisfaire
m'a déterminé de me mettre dans
une loge à côté de deux Cavaliers , qui
ne faifoient que d'y entrer ; ils avoient
beaucoup danſé à l'envi l'un de l'autre,
avec une Dame fort bien faite qui
venoit de leur faire entendre qu'il
étoit de la bienfeance qu'elle rejoignit
la compagnie , & qu'ils ne la fui
villent pas d'avantage . Je crû dabord
que la jalouſe aſſembloit nos rivaux
, & que leur converfation feroit
des plus vives. Je m'approchay fans
affecter de curiofité , je feignis d'être
fatigué, & de m'endormir. Voici Madame
, ce que j'entendis ; le recit de
MER CURE.
25
leur converfation va commencer
mon hiſtoire ; afin que vous ne foyez
point furprife , que je nomme d'abord
mes deux heros ; vous fçaurez que j'en
reconnus un à ſa voix qu'il déguifoit
mal , & qu'apiés avoir appris ce que
je voulois fçavoir , je me fis connoître
à eux , & eux à moy ; & c'est du
Chevalier mon amy, que j'ay'appris
toute l'intrigue .
Nous fommes amis depuis longtemps
, difoit le Marquis de Polygni
au Chevalier de Lefclache ; ou je me
trompe , ou nous fommes rivaux ,
parlez -moy de bonne foy , eft- ce avec
fincerité que vous avez exprimé vos
défirs à l'aimable inconnuë : je vous
confefle , reprit le Chevalier , que
je n'ay jamais été féduit fi agréablement
, & cependant vous fçavez que
nous n'avons fait qu'entrevoir fon vifage
; ce que j'en ay vû, ne fuffit que
trop, je ferois bien fâché que vous fufiez
auffi enchanté que je le fuis, j'au
rois un Concurrent trop dangereux ,
& ce ne feroit que par mes fentimens
que je pourois difputer le prix , d'un
96 LE NOUVEAU
le
coeur d'où dépend ma felici é , & qui
n'est peut-être pas refervé au plus fincere;
Poligni ne manqua pas à fon tour
de tendres expreffions , il parut auffi
amoureux que fon ami , le Chevalier
l'en auroit cru a moins , la jaloufie
qui accompagne l'amour par tout ,
lui avoit déja perfuadé ; dans ce moment,
il regarda le Marquis avec des
yeux de Rival, il eût peine à fe deffendre
d'un mouvement de dépit , ce qu'il
pût faire , fut de garder un exterieur
tranquille tandis qu'il étoit fi troublé
audedans. La fituation de Poligni
étoit à peu-prés la même , il craignit
que cette égalité de fentimens ne refroidit
leur union , il en parla au Chevalier
, ils fe donnerent de mutuelles
aflurances de s'aimer toûjours , & de
facrifierplûtoft leurs plus tendres défirs
, que de fouffrir dans leur cout ,
la moindre alteration l'un pour l'autre
.
Ces nouvelles proteftations finies,
ils quitterent la loge , ce fut alors
que je me fis reconnoiftre mais
comme je fuis icy un perfonnage peu
neceflaire
>
MERCUR E. 97
neceffaire à la fcene ;je reprends mon
recit , ils parcoururent de nouveau la
fale du bal , re, oignirent leur aima
ble inconnue qu'ils n'avoient point
perdu des yeux , la fuivirent quand
elle forti , & apprirent par un de fes
domestiques qu'ils gratifierent , qui
elle étoit & où elle demeuroit . C'étoit
la belle Cleonice , que l'abfence
d'un mary jaloux rendoit
d'un abord facile ; la nouvelle pouvoit
- elle être plus favorable à
nos ainans , ils s'embrafferent en fe
feparant , Poligni gagna la place des
victoites ,& Lelclache,le taux -bourg
faint Germain .
Je ne vous diray point , Madame, G
no deux amis dormi ent tranquillement
, d'un côté ils étoient amoureux
; de l'autre ils étoient fatigués
par plufieures veilles, ce qui rend leur
repos contr dictoire : ce que je fçais
pofitivement , c'eft que Pol gny s'é.
tant levé à quatre heures du foir , i .
fut beaucoup moins à la toilette q
l'ordinaire, tant il avoit d'impauence
d'aller voir l'objet de fon nouvel a
98 LE NOUVEA
U
mour , il y fut donc à cinq heures ,
& voici comme il debuta ; N'y a t'il'
point d'indifcretion , Madame , à venir
voir de fi prés des appas qui ont
produit cette nuit, de fi tendres effets,
malgré le foin que vous aviez pris
de les cacher , on lui répondit avec'
beaucoup d'efprit & de politefle . J'ef-'
pere , Madame , que vous me fçaurez
bon gré de ne pas charger mon hiftoire
de toute leur converfation ,
Mademoiſelle Scudery ne vous en
tiendroit pas quitte à fi bon marché
pour moy j'aime mieux laiffer à mon
Lecteur, le foin de deviner tout ce qui
peut le dire en pareille occafion , je
m'en fie mieux à fes fentinens qu'à
mes expreffions ; mais voici une circonftance
que je ne puis taire ; dans
le temps que Poligny tâchoit d'exprimer
tout ce qu'il reflentoit ' autant
que la modeftie de Cleonice le pouvoit
permettre , on apporta une Lettre
qu'un Laquais venoit de laif.
fer, lans dire de quelle part , & qui
foudain avoit difparu ; la femme
de chambre fut un peu gronMERCUR
E. 96
99
dée , & on luy défendit felon la coutume,
de fe charger jamais des Lettres
d'un inconnu ; Cleonice la lut cependant
d'abord tout bas , & enfuite à
Poligny; voici ce qu'elle contenoit .
Mon coeur népour aimer fe voyoit
en partage,
Tant de délicateffe , & defineerité ,
Que craignant d'éprouver quelqu'infidelité,
Il cherchoit fon pareil pour fixerfon
hommage:
Dans un nombre infini j'ay trouvé
quelques belles ,
Queje croyois d'abord avoir feduit
fes voeux ,
Mais fur leur peu defoy, bien- toft
ouvrant les yeux,
Fe connoiffois aßez qu'il n'eftoit pas
pour elles.
Je (oupirois toujours apres une avanture
Quim'offrit cet objet que je m'eftois
Forme ;
Cet objet fi charmant of feroir ren
fermé
Tij.
$36007
100
NOUVEAU LE
Le coeur le plus parfait qu'eut produit
la nature ;
Quand vos premiers regardsfont venusmefurprendre,
Sous leurs aimables coups interdit
enchanté ,
Fav vû que mon malheur , ou ma
felicité
Dépendait de la part que vous y
voudrez prendre.
Le Chevalier qui s'attendoit de
voir Cleonice le lendemain , n'avoit
point figné , mais Poligny reconnut
dans le moment, fon file, & fon écriture
, ille nomma pour l'Auteur de
ces vers , & tournant la converfation
fur les Poëtes , il faut avouer , ditil
, que ces Meffieurs là font bien
heureux , ils font de leur imagination
ce qu'ils veulent , ils rellentent des
peines ou des plaifits à leur gré , ils
font aujourdhui une elegie , demain
le caprice qui
un Madrigal, fuiva
les gouverne , je veux croire que mon
ami le Chevalier n'eft point du nombre
de ces Poëtes ; & lors qu'il nous
MERCURE 101
écrit fi tendrement , il faut qu'il reffente
quelque chofe , Cleonice comprit
facilement la fin de ce difcours,
& fans vouloir s'inftruire des fentiméns
du Chevalier , elle repartit
fimplement , qu'il feroit à fouhaiter
que chacun fut Poëte ; puifqu'il n'y
auroit plus de maux réels , & qu'elle
étoit bien perfuadée que tous les Amans
étoient Poëtes en ce lens . Poligni
voulut répliquer , mais quelquesperfonnes
qu'on vint annoncer ,
l'obligerent à garder fa réponſe , &
même à prendre congé de la compagnie
, ce qu'il fit dans le moment.
Un redoublement de tendrefle fur
l'effet de fon entre- vûë , la declaration
du Chevalier ne laifloit pas de
l'inquieter , fon procedé, difoit-il , eſt
plus refpectueux que le mien , il n'a
pas même mis fon nom , l'amour aime
tous ces petits myfteres , & moy
j'ay ofé me prefenter tout d'un coup ;
il eft vray que mon bonheur dépend
du caractere de la perfonne que j'ai
me , prefque tout fon fexe appelle vi
vacité , ardeur , empreffement , ce qui
I iij
102 LE NOUVEAU
il
me paroift une temerité ; un air firetenu
n'eft pas toujours de faifon.
Aprés ces reflexions que j'affure que
fit le Marquis , ou qu'il dût faire ,
alla trouver le Chevalier qui fçavoit
déja fa vifite ; ne me demandez point
Madame , qui l'avoit ſi bien inſtruit ,
fi on vouloit expliquer tous les par
où , & tous les comment des amoureux
, ou n'auroit jamais fait ; il fuffic
de fçavoir une fois, que le Dieu qui
les infpire, eft le plus fubtil, & le plus
ingenieux de tous ; il endort les Ĉerberes
, adoucit les Megeres , c'eft à
dire, en ftyle commun , qu'il gagne les
Suiffes les plus intraitables , & les
femmes de chambre les plus revêches.
Bon jour,mon cher Chevalier, dit
le Marquis, en l'embrallant, fi j'avois
efté auffi pareffeux que toy , tes affaires
ne feroient pas en fi bon train ,
& on ne fçauroit pas que Lefelache
eft un des amans le plus poli qui foit
au monde , & qui s'exprime avec le
plus de délicatelle ; tu ne te ferois jamais
attendu de m'avoir cette obliga.
MERCURE
203
tion; mais quelqu'amoureux que je
fois, mon amitié l'emporte. Que je
m'eſtimerai heureux fi le Chevalier
en agit ainfi avec moy , Lefclache
l'en aflura avec les termes les plus
perfuafifs , il s'informa plus exactement
de l'obligation pretenduë , que
Poligni vouloit qu'il luy eat , il ne fit
nul myftere de fa declaration en vers,
il s'habilla & fortit avec luy , il n'y
eut rien de particulier le refte du
jour .
Le lendemain ils fe trouverent tous
deux chez Cleonice , Poligni qui entra
le dernier, ne pût cacher un peu
de rougeur , tant il eft vray que les
premiers mouvemens de l'amour
font de nous porter à la vengeance,
indiftin&tement contre tout rival , il fe
remit pourtant , & aprés avoir badiné
agréablement fur leur tête à
tête , fur l'Auteur des vers , il examina
en lay même , fi quelques regards
favorables ou quelques réponfes
de la partde Cleonice ,ne marqueroit
point dés ce jour une préference,
car felon luy; l'amour eftoit prompt
104 LE NOUVEAU
às
s'expliquer ; mais qu'il eft difficile
de trouver la verité par un-femblable
examen ; la jaloufie qui eft toujours
de la partie nous tourne l'efprit de
façon, que nous croyons fouvent le
contraire de ce qui eft : ce que je puis
vous affurer, Madame, c'eft que pendant
les cinq ou fix premieres vifites
que firent nos amis rivaux , il eut
efté difficile à un tiers non intereffé ,
de deviner lequel des deux eftoit le
mieux traité .
Les choles en eftoient là ; lorſque
Poligni fongeant à rendre fes petits ,
foins utiles , chercha quelque moyen
pour cela , il ne doutoit point que
l'efprit & le merite du Chevalier ne
fuflent capable defaire diverfion dans
le coeur de Cleonice ; mais il ne vouloit
pas fe brouiller ouvertement, & voici
ce qu'il inventa. Ce trait va vous
donner, Madame,une idée bien deſavantageufe
de nos amans , & je fuis .
für que dés ce moment, ils vont perdre
vostre eftime ; voici donc ce que
Je Marquis propofa auChevalier , &c
comme il s'expliq ua.
MER CURE.
105
Nous nous fommes promis que notre
amitié triompheroit de notre amour
; ce n'eft pas atfez , mon cher,
pour des amis comme nous , il faut
encore que ce qui fert à brociller les
autres , ferve à forufier notre union .
Je vois bien qu'il n'étoit pas poffible
de vivre fans voir Cleonice , j'ai tout
fait pour te faire un facrifice de mes
defirs, fans y pouvoir réullir. Jamais
nous n'avancerons , tant que nous
nous trouverons enfemble chez elle ,
nous nous détrui - ons l'un l'autre , je
te donne le choix .
Le Chevalier fentit la verité de ces
taifons , & s'y rendit .
Ce n'eft pas le tout mon Cher, reprit
Poligni , les femmes font artificieufes
, & l'on peut , fans crime
ufer d'artifices avec elles , il faut que
nous nous diſions reciproquement les
progrès que nous ferons ; devenons,
s'il eft ií
Die , heureux
tous les
deux ; & crainte que notre intelligence
ne parut fufpecte ; rompons - là
ën apparence
; trouvons- nous encore
une fois enfemble
chez Cleonice
;
106 LE NOUVEAU
nous nous y dirons des chofes vives,
& nous finirons , s'il le faut , par un
combat fimulé ; quand ces feintes ne
ferviroient qu'à lui prouver la puiffance
de les attraits ; c'eft toûjours
beaucoup , & je t'aflure que les Dames
aiment mieux voir regner une
petite guerre entre leurs amans, qu'-
une fi parfaite tranquillité ; le Chevalier
eut quelque peine à fe rendre
à ces dernieres propofitions , la delicateffe
de fon amour s'y oppofoit ,
& fon amitié étoit fi fincere , que
l'ombre même de la perfidie , lui faìfoit
horreur ; cependant il les adopta
à la fin. Telle eft , Madame , la raifon
de l'homme , elle ne manque
prefque iamais de lui montrer le vrai ;
mais rarement elle a affez de force
pour l'engager à le prendre , & fa refittance
ne fert, pour l'ordinaire , qu à
rendre plus éclatant , le triomphe de
nos paffions .
Aprés une convention fi étonnante
entre deux perfonnes, qu'on pouvoit
foupçonner d'abord de veritable amour
, ils fongerent à agir en conMERCURE
107 .
>
fequence, ils fe trouverent chez la da
me , le querellerent , fe battirent ,
& la feinte fut fi bien conduite, que
Cleonice les crût irreconciliables, tur
tout quand elle euft éprouvé , que
l'interpofition de les charmes & de
fes difcours n'avoit pû calmer leur tu
reur , ils ne fe trouverent plus chez
elle , ils affecterent même d'y venir
un quart d'heure , l'un aprés l'autre,
afin que celui qui viendroit le dernier,
eut occafion de prouver la continuation
de fon reffentiment , en nevoulant
pas entrer .
La fincerité ne fut pas fi égale dans
les rapports qu'ils fe firent de l -urs
progrez , le Chevalier difoit bonnement
les chofes comme elles fe paffoient
, mais Poligni luy faifoit des
aveux tels qu'il lu plaifoit ; car ils
n'étoient pas d'aprés le vrar , le Chevalier
qui croyoit le Marquis de bon .
ne foy , s'imaginoit qu'il eftoit plus
favorifé que lui , ces jugemens les en
hardilloient , il en devenont plus entreprenant
, Cleonice s'en appercevoit
& reptimoit fon audace ; cela
108 LE NOUVEAU
le defefperoit, dans l'idée qu'il avoit,
que le Marquis eftoit mieux traité
il n'ofoit en faire fes plaintes , crainre
d'indifcretion ; en un mot , il étoit
la dupe de fa franchife: car Poligni en
profitoit , & pour faire la cour a fes
dépens , il rapportoit à Cléonice
tout ce qui fe paffoit entre elle & le
Chevalier , difant , qu'il le faifoit
par vanité. Cela ne pouvoit
manquer de rendre Lefelache odieux ;
il s'en app rçût avec douleur, & fans
penetrer les veritables raifons de la
haine de fa maiftreffe , il s'en prit à
fon étoile , & comme il eft fage jufques
dans le defefpoir , voici ce qu'il
écrivit.
BILLET.
Fe fuis plus perfuadé que ja- .
mais , Madame , qu'il y a une
Dé‹ffe aveugle qui décide ici bas
de notre bonheur , puisqu'avec
les plus tendres fentimens du
monde,je n'aipu meriter le moindre
MERCURE.
189
dre retour de vous ; il y a dans
ma deftinée , je ne fçais quelle
malignité, que je ne conçois pas,
ilfaut lafuivre , Madame , & ne
vous point ennuyer d'avantage ;
c'est le parti que j'ai pris.
Voilà peut eftre, Madame , le premier
Amant qui ait tenu parole en
pareille occafion , il cefla de la voir
en effet ; Poligni triomphoit de fon
fuccès , mais comme la perfidie ne
peut eftre long-tems victorieule. Le
Chevalier fut bien- tôt vangé .
La fatisfaction eft ordinairement enamour
, la fource de l'inconftance ;
Poligny fut beaucoup moins affidu ;
la Dame qui étoit déja prévenuë
contre le Chevalier , foupçonna d'abord
qu'il avoit quelque part dans
ce refroidiffement , fon foupçon` fe
confirma , parce qu'il lui fut rapport
té, qu'ils fe voyoient dans ces idées ;
le dépit luy fit faire ce que l'amour
n'avoit pû exiger , elle luy écrivit en
ces termes.
K
110 LE NOUVEAU
Billet de Cleonice.
Fe fçavois bien , Monfieur ,
que vous eftiezun indifcret , mais
je nefçavoispas que vous euffiez
raffemble en vous, toutes les mauvaifes
qualitez ; je mefouviendrai
long- tems du bal , &je me
garderai des nouvelles connoiffan
ces.
Jamais homme ne fut fi furpris que
le Chevalier , à la lecture de ce
Billet , il fit pour la probité, ce qu'il
avoit refolu de ne plus faire pour
fon amour ; il ne pût fouffrir qu'on
l'outrageat fi injuftement , il fut chez
Cleonice , & aprés une converfation
de trois heures , il ſe juſtifia ſi bien ,
qu'enfin Cleonice lui avoua tout ce
que Poligny avoit dit contre lui , cet
aveu le troubla fi fort qu'il fut un
demi- quart d'heure fans parler ; en
MER CURE. 111
fin ayant rappellé fes fens , il decouvrit
à fon tour toute l'intrigue ; il ne
crût plus rien devoir à un ami fi indigne
, il devint celui de Cleonice , &
l'eft encore aux conditions de part &
d'autre , de ne plus jamais revoir
Poligny ; voici mon hiftoire , Madame,
vous n'y avez point vû de ces
faits furprenants qui étonnent l'efprit
, ni de ces circonftances variées
qui le flatent ; c'est un recit des plus
fimples,tiré d'aprés nature ; mais auffi
vous y voyez la fincerité reconnue
, triompher à la fin de la perfidie.
C'eft voftre vertu favorite que
j'ai voulu couronner , pouvois- je
mieux m'acquiter de l'emploi que
vous m'aviez donné : Je fuis , Madame
,
Voftre trés -humble &
trés-obéiffant ferviteur,
DE BONNEVAL.
DEDIE E A MADAME
LA COMTESSE
D.E
***
JAY
AY fuivi vos confeils , Madame ,
J'ay éé au bal de la Comedie
mais je ne ferai point flatteur au point
de vous avouer , que j'y ay reffenti
tout le plaifir que vous m'aviez fair
efperer.Je n'examine point fi la faute
en eft a la nature du fpectacle ou à
mon caractère ; qu'importe quand on
s'ennuye , je prévois que cet aveu e
m'attiera pas beaucoup d'éloges de
la part des petits Mautres, & des o
quettes ; à les en croire , rien de plus
charmant que le bal . C'eft la qu'a
l'ayde d'un iafque , on fe dérobe aux
MERCURE. 25
yeux des jalouz , fans le bal , que d'a
mans favorisés gémiroient encor dans
leurs chaines , que de foupirs pouffés
qui n'eullent jamais ofés naiftre à vi«
fage découvert ; enfin on peut définir
le bal , le veritable Temple de l'Amour
: il y lance fes traits de toutes
parts , & fa puiflance y paroift d'autant
plus grande , qu'il n'y a pas be
foin , comme dans le refte du monde ,
du fecours des appas pour faire de
nouveaux fujets , les maximes ordinaires
y font peu d'uſage , on s'y aime
fans fe connoiftre ,& fans s'être vûs ,
on diroit que tout l'air de ce lieu n'eft
formé que defoupirs , ce portrait peut
être fidele , mais pour peu que je
vouluffe entrer en difpure , que je
trouverois de chofes capables de balancer
ces avantages ! combien de
Maris à l'ayde du mafque ont appris
ce qu'ils enragent de fçavoir , combiende
confpirations amoureuſes dé .
couvertes ! combien d'indifcretions !
combien d'infidelités ! enfin combien
de femmes ont eû le dépit mortel de
perdre le jour, ces conquêtes qu'elles
94 LE NOUVEAU
ne devoient qu'à leur déguiſement .
Frappé de ces contradictions , Madame,
croiriez -vous , que je n'ai été
touché que des malheureux ,fans prendre
la moindre part à la joye des autres
; il ne vous eft pas difficile de juger
qu'avec ces fentimens , je me fuis
fort ennuyé ; cependant j'ai tenu bon ,
j'ai refté jufqu'à cinq heures , &
comme vous m'aviez ordonné ďêtre
toûjours, alerte pour apprendre
quelque hiftoire ;l'envie de vous fatisfaire
m'a déterminé de me mettre dans
une loge à côté de deux Cavaliers , qui
ne faifoient que d'y entrer ; ils avoient
beaucoup danſé à l'envi l'un de l'autre,
avec une Dame fort bien faite qui
venoit de leur faire entendre qu'il
étoit de la bienfeance qu'elle rejoignit
la compagnie , & qu'ils ne la fui
villent pas d'avantage . Je crû dabord
que la jalouſe aſſembloit nos rivaux
, & que leur converfation feroit
des plus vives. Je m'approchay fans
affecter de curiofité , je feignis d'être
fatigué, & de m'endormir. Voici Madame
, ce que j'entendis ; le recit de
MER CURE.
25
leur converfation va commencer
mon hiſtoire ; afin que vous ne foyez
point furprife , que je nomme d'abord
mes deux heros ; vous fçaurez que j'en
reconnus un à ſa voix qu'il déguifoit
mal , & qu'apiés avoir appris ce que
je voulois fçavoir , je me fis connoître
à eux , & eux à moy ; & c'est du
Chevalier mon amy, que j'ay'appris
toute l'intrigue .
Nous fommes amis depuis longtemps
, difoit le Marquis de Polygni
au Chevalier de Lefclache ; ou je me
trompe , ou nous fommes rivaux ,
parlez -moy de bonne foy , eft- ce avec
fincerité que vous avez exprimé vos
défirs à l'aimable inconnuë : je vous
confefle , reprit le Chevalier , que
je n'ay jamais été féduit fi agréablement
, & cependant vous fçavez que
nous n'avons fait qu'entrevoir fon vifage
; ce que j'en ay vû, ne fuffit que
trop, je ferois bien fâché que vous fufiez
auffi enchanté que je le fuis, j'au
rois un Concurrent trop dangereux ,
& ce ne feroit que par mes fentimens
que je pourois difputer le prix , d'un
96 LE NOUVEAU
le
coeur d'où dépend ma felici é , & qui
n'est peut-être pas refervé au plus fincere;
Poligni ne manqua pas à fon tour
de tendres expreffions , il parut auffi
amoureux que fon ami , le Chevalier
l'en auroit cru a moins , la jaloufie
qui accompagne l'amour par tout ,
lui avoit déja perfuadé ; dans ce moment,
il regarda le Marquis avec des
yeux de Rival, il eût peine à fe deffendre
d'un mouvement de dépit , ce qu'il
pût faire , fut de garder un exterieur
tranquille tandis qu'il étoit fi troublé
audedans. La fituation de Poligni
étoit à peu-prés la même , il craignit
que cette égalité de fentimens ne refroidit
leur union , il en parla au Chevalier
, ils fe donnerent de mutuelles
aflurances de s'aimer toûjours , & de
facrifierplûtoft leurs plus tendres défirs
, que de fouffrir dans leur cout ,
la moindre alteration l'un pour l'autre
.
Ces nouvelles proteftations finies,
ils quitterent la loge , ce fut alors
que je me fis reconnoiftre mais
comme je fuis icy un perfonnage peu
neceflaire
>
MERCUR E. 97
neceffaire à la fcene ;je reprends mon
recit , ils parcoururent de nouveau la
fale du bal , re, oignirent leur aima
ble inconnue qu'ils n'avoient point
perdu des yeux , la fuivirent quand
elle forti , & apprirent par un de fes
domestiques qu'ils gratifierent , qui
elle étoit & où elle demeuroit . C'étoit
la belle Cleonice , que l'abfence
d'un mary jaloux rendoit
d'un abord facile ; la nouvelle pouvoit
- elle être plus favorable à
nos ainans , ils s'embrafferent en fe
feparant , Poligni gagna la place des
victoites ,& Lelclache,le taux -bourg
faint Germain .
Je ne vous diray point , Madame, G
no deux amis dormi ent tranquillement
, d'un côté ils étoient amoureux
; de l'autre ils étoient fatigués
par plufieures veilles, ce qui rend leur
repos contr dictoire : ce que je fçais
pofitivement , c'eft que Pol gny s'é.
tant levé à quatre heures du foir , i .
fut beaucoup moins à la toilette q
l'ordinaire, tant il avoit d'impauence
d'aller voir l'objet de fon nouvel a
98 LE NOUVEA
U
mour , il y fut donc à cinq heures ,
& voici comme il debuta ; N'y a t'il'
point d'indifcretion , Madame , à venir
voir de fi prés des appas qui ont
produit cette nuit, de fi tendres effets,
malgré le foin que vous aviez pris
de les cacher , on lui répondit avec'
beaucoup d'efprit & de politefle . J'ef-'
pere , Madame , que vous me fçaurez
bon gré de ne pas charger mon hiftoire
de toute leur converfation ,
Mademoiſelle Scudery ne vous en
tiendroit pas quitte à fi bon marché
pour moy j'aime mieux laiffer à mon
Lecteur, le foin de deviner tout ce qui
peut le dire en pareille occafion , je
m'en fie mieux à fes fentinens qu'à
mes expreffions ; mais voici une circonftance
que je ne puis taire ; dans
le temps que Poligny tâchoit d'exprimer
tout ce qu'il reflentoit ' autant
que la modeftie de Cleonice le pouvoit
permettre , on apporta une Lettre
qu'un Laquais venoit de laif.
fer, lans dire de quelle part , & qui
foudain avoit difparu ; la femme
de chambre fut un peu gronMERCUR
E. 96
99
dée , & on luy défendit felon la coutume,
de fe charger jamais des Lettres
d'un inconnu ; Cleonice la lut cependant
d'abord tout bas , & enfuite à
Poligny; voici ce qu'elle contenoit .
Mon coeur népour aimer fe voyoit
en partage,
Tant de délicateffe , & defineerité ,
Que craignant d'éprouver quelqu'infidelité,
Il cherchoit fon pareil pour fixerfon
hommage:
Dans un nombre infini j'ay trouvé
quelques belles ,
Queje croyois d'abord avoir feduit
fes voeux ,
Mais fur leur peu defoy, bien- toft
ouvrant les yeux,
Fe connoiffois aßez qu'il n'eftoit pas
pour elles.
Je (oupirois toujours apres une avanture
Quim'offrit cet objet que je m'eftois
Forme ;
Cet objet fi charmant of feroir ren
fermé
Tij.
$36007
100
NOUVEAU LE
Le coeur le plus parfait qu'eut produit
la nature ;
Quand vos premiers regardsfont venusmefurprendre,
Sous leurs aimables coups interdit
enchanté ,
Fav vû que mon malheur , ou ma
felicité
Dépendait de la part que vous y
voudrez prendre.
Le Chevalier qui s'attendoit de
voir Cleonice le lendemain , n'avoit
point figné , mais Poligny reconnut
dans le moment, fon file, & fon écriture
, ille nomma pour l'Auteur de
ces vers , & tournant la converfation
fur les Poëtes , il faut avouer , ditil
, que ces Meffieurs là font bien
heureux , ils font de leur imagination
ce qu'ils veulent , ils rellentent des
peines ou des plaifits à leur gré , ils
font aujourdhui une elegie , demain
le caprice qui
un Madrigal, fuiva
les gouverne , je veux croire que mon
ami le Chevalier n'eft point du nombre
de ces Poëtes ; & lors qu'il nous
MERCURE 101
écrit fi tendrement , il faut qu'il reffente
quelque chofe , Cleonice comprit
facilement la fin de ce difcours,
& fans vouloir s'inftruire des fentiméns
du Chevalier , elle repartit
fimplement , qu'il feroit à fouhaiter
que chacun fut Poëte ; puifqu'il n'y
auroit plus de maux réels , & qu'elle
étoit bien perfuadée que tous les Amans
étoient Poëtes en ce lens . Poligni
voulut répliquer , mais quelquesperfonnes
qu'on vint annoncer ,
l'obligerent à garder fa réponſe , &
même à prendre congé de la compagnie
, ce qu'il fit dans le moment.
Un redoublement de tendrefle fur
l'effet de fon entre- vûë , la declaration
du Chevalier ne laifloit pas de
l'inquieter , fon procedé, difoit-il , eſt
plus refpectueux que le mien , il n'a
pas même mis fon nom , l'amour aime
tous ces petits myfteres , & moy
j'ay ofé me prefenter tout d'un coup ;
il eft vray que mon bonheur dépend
du caractere de la perfonne que j'ai
me , prefque tout fon fexe appelle vi
vacité , ardeur , empreffement , ce qui
I iij
102 LE NOUVEAU
il
me paroift une temerité ; un air firetenu
n'eft pas toujours de faifon.
Aprés ces reflexions que j'affure que
fit le Marquis , ou qu'il dût faire ,
alla trouver le Chevalier qui fçavoit
déja fa vifite ; ne me demandez point
Madame , qui l'avoit ſi bien inſtruit ,
fi on vouloit expliquer tous les par
où , & tous les comment des amoureux
, ou n'auroit jamais fait ; il fuffic
de fçavoir une fois, que le Dieu qui
les infpire, eft le plus fubtil, & le plus
ingenieux de tous ; il endort les Ĉerberes
, adoucit les Megeres , c'eft à
dire, en ftyle commun , qu'il gagne les
Suiffes les plus intraitables , & les
femmes de chambre les plus revêches.
Bon jour,mon cher Chevalier, dit
le Marquis, en l'embrallant, fi j'avois
efté auffi pareffeux que toy , tes affaires
ne feroient pas en fi bon train ,
& on ne fçauroit pas que Lefelache
eft un des amans le plus poli qui foit
au monde , & qui s'exprime avec le
plus de délicatelle ; tu ne te ferois jamais
attendu de m'avoir cette obliga.
MERCURE
203
tion; mais quelqu'amoureux que je
fois, mon amitié l'emporte. Que je
m'eſtimerai heureux fi le Chevalier
en agit ainfi avec moy , Lefclache
l'en aflura avec les termes les plus
perfuafifs , il s'informa plus exactement
de l'obligation pretenduë , que
Poligni vouloit qu'il luy eat , il ne fit
nul myftere de fa declaration en vers,
il s'habilla & fortit avec luy , il n'y
eut rien de particulier le refte du
jour .
Le lendemain ils fe trouverent tous
deux chez Cleonice , Poligni qui entra
le dernier, ne pût cacher un peu
de rougeur , tant il eft vray que les
premiers mouvemens de l'amour
font de nous porter à la vengeance,
indiftin&tement contre tout rival , il fe
remit pourtant , & aprés avoir badiné
agréablement fur leur tête à
tête , fur l'Auteur des vers , il examina
en lay même , fi quelques regards
favorables ou quelques réponfes
de la partde Cleonice ,ne marqueroit
point dés ce jour une préference,
car felon luy; l'amour eftoit prompt
104 LE NOUVEAU
às
s'expliquer ; mais qu'il eft difficile
de trouver la verité par un-femblable
examen ; la jaloufie qui eft toujours
de la partie nous tourne l'efprit de
façon, que nous croyons fouvent le
contraire de ce qui eft : ce que je puis
vous affurer, Madame, c'eft que pendant
les cinq ou fix premieres vifites
que firent nos amis rivaux , il eut
efté difficile à un tiers non intereffé ,
de deviner lequel des deux eftoit le
mieux traité .
Les choles en eftoient là ; lorſque
Poligni fongeant à rendre fes petits ,
foins utiles , chercha quelque moyen
pour cela , il ne doutoit point que
l'efprit & le merite du Chevalier ne
fuflent capable defaire diverfion dans
le coeur de Cleonice ; mais il ne vouloit
pas fe brouiller ouvertement, & voici
ce qu'il inventa. Ce trait va vous
donner, Madame,une idée bien deſavantageufe
de nos amans , & je fuis .
für que dés ce moment, ils vont perdre
vostre eftime ; voici donc ce que
Je Marquis propofa auChevalier , &c
comme il s'expliq ua.
MER CURE.
105
Nous nous fommes promis que notre
amitié triompheroit de notre amour
; ce n'eft pas atfez , mon cher,
pour des amis comme nous , il faut
encore que ce qui fert à brociller les
autres , ferve à forufier notre union .
Je vois bien qu'il n'étoit pas poffible
de vivre fans voir Cleonice , j'ai tout
fait pour te faire un facrifice de mes
defirs, fans y pouvoir réullir. Jamais
nous n'avancerons , tant que nous
nous trouverons enfemble chez elle ,
nous nous détrui - ons l'un l'autre , je
te donne le choix .
Le Chevalier fentit la verité de ces
taifons , & s'y rendit .
Ce n'eft pas le tout mon Cher, reprit
Poligni , les femmes font artificieufes
, & l'on peut , fans crime
ufer d'artifices avec elles , il faut que
nous nous diſions reciproquement les
progrès que nous ferons ; devenons,
s'il eft ií
Die , heureux
tous les
deux ; & crainte que notre intelligence
ne parut fufpecte ; rompons - là
ën apparence
; trouvons- nous encore
une fois enfemble
chez Cleonice
;
106 LE NOUVEAU
nous nous y dirons des chofes vives,
& nous finirons , s'il le faut , par un
combat fimulé ; quand ces feintes ne
ferviroient qu'à lui prouver la puiffance
de les attraits ; c'eft toûjours
beaucoup , & je t'aflure que les Dames
aiment mieux voir regner une
petite guerre entre leurs amans, qu'-
une fi parfaite tranquillité ; le Chevalier
eut quelque peine à fe rendre
à ces dernieres propofitions , la delicateffe
de fon amour s'y oppofoit ,
& fon amitié étoit fi fincere , que
l'ombre même de la perfidie , lui faìfoit
horreur ; cependant il les adopta
à la fin. Telle eft , Madame , la raifon
de l'homme , elle ne manque
prefque iamais de lui montrer le vrai ;
mais rarement elle a affez de force
pour l'engager à le prendre , & fa refittance
ne fert, pour l'ordinaire , qu à
rendre plus éclatant , le triomphe de
nos paffions .
Aprés une convention fi étonnante
entre deux perfonnes, qu'on pouvoit
foupçonner d'abord de veritable amour
, ils fongerent à agir en conMERCURE
107 .
>
fequence, ils fe trouverent chez la da
me , le querellerent , fe battirent ,
& la feinte fut fi bien conduite, que
Cleonice les crût irreconciliables, tur
tout quand elle euft éprouvé , que
l'interpofition de les charmes & de
fes difcours n'avoit pû calmer leur tu
reur , ils ne fe trouverent plus chez
elle , ils affecterent même d'y venir
un quart d'heure , l'un aprés l'autre,
afin que celui qui viendroit le dernier,
eut occafion de prouver la continuation
de fon reffentiment , en nevoulant
pas entrer .
La fincerité ne fut pas fi égale dans
les rapports qu'ils fe firent de l -urs
progrez , le Chevalier difoit bonnement
les chofes comme elles fe paffoient
, mais Poligni luy faifoit des
aveux tels qu'il lu plaifoit ; car ils
n'étoient pas d'aprés le vrar , le Chevalier
qui croyoit le Marquis de bon .
ne foy , s'imaginoit qu'il eftoit plus
favorifé que lui , ces jugemens les en
hardilloient , il en devenont plus entreprenant
, Cleonice s'en appercevoit
& reptimoit fon audace ; cela
108 LE NOUVEAU
le defefperoit, dans l'idée qu'il avoit,
que le Marquis eftoit mieux traité
il n'ofoit en faire fes plaintes , crainre
d'indifcretion ; en un mot , il étoit
la dupe de fa franchife: car Poligni en
profitoit , & pour faire la cour a fes
dépens , il rapportoit à Cléonice
tout ce qui fe paffoit entre elle & le
Chevalier , difant , qu'il le faifoit
par vanité. Cela ne pouvoit
manquer de rendre Lefelache odieux ;
il s'en app rçût avec douleur, & fans
penetrer les veritables raifons de la
haine de fa maiftreffe , il s'en prit à
fon étoile , & comme il eft fage jufques
dans le defefpoir , voici ce qu'il
écrivit.
BILLET.
Fe fuis plus perfuadé que ja- .
mais , Madame , qu'il y a une
Dé‹ffe aveugle qui décide ici bas
de notre bonheur , puisqu'avec
les plus tendres fentimens du
monde,je n'aipu meriter le moindre
MERCURE.
189
dre retour de vous ; il y a dans
ma deftinée , je ne fçais quelle
malignité, que je ne conçois pas,
ilfaut lafuivre , Madame , & ne
vous point ennuyer d'avantage ;
c'est le parti que j'ai pris.
Voilà peut eftre, Madame , le premier
Amant qui ait tenu parole en
pareille occafion , il cefla de la voir
en effet ; Poligni triomphoit de fon
fuccès , mais comme la perfidie ne
peut eftre long-tems victorieule. Le
Chevalier fut bien- tôt vangé .
La fatisfaction eft ordinairement enamour
, la fource de l'inconftance ;
Poligny fut beaucoup moins affidu ;
la Dame qui étoit déja prévenuë
contre le Chevalier , foupçonna d'abord
qu'il avoit quelque part dans
ce refroidiffement , fon foupçon` fe
confirma , parce qu'il lui fut rapport
té, qu'ils fe voyoient dans ces idées ;
le dépit luy fit faire ce que l'amour
n'avoit pû exiger , elle luy écrivit en
ces termes.
K
110 LE NOUVEAU
Billet de Cleonice.
Fe fçavois bien , Monfieur ,
que vous eftiezun indifcret , mais
je nefçavoispas que vous euffiez
raffemble en vous, toutes les mauvaifes
qualitez ; je mefouviendrai
long- tems du bal , &je me
garderai des nouvelles connoiffan
ces.
Jamais homme ne fut fi furpris que
le Chevalier , à la lecture de ce
Billet , il fit pour la probité, ce qu'il
avoit refolu de ne plus faire pour
fon amour ; il ne pût fouffrir qu'on
l'outrageat fi injuftement , il fut chez
Cleonice , & aprés une converfation
de trois heures , il ſe juſtifia ſi bien ,
qu'enfin Cleonice lui avoua tout ce
que Poligny avoit dit contre lui , cet
aveu le troubla fi fort qu'il fut un
demi- quart d'heure fans parler ; en
MER CURE. 111
fin ayant rappellé fes fens , il decouvrit
à fon tour toute l'intrigue ; il ne
crût plus rien devoir à un ami fi indigne
, il devint celui de Cleonice , &
l'eft encore aux conditions de part &
d'autre , de ne plus jamais revoir
Poligny ; voici mon hiftoire , Madame,
vous n'y avez point vû de ces
faits furprenants qui étonnent l'efprit
, ni de ces circonftances variées
qui le flatent ; c'est un recit des plus
fimples,tiré d'aprés nature ; mais auffi
vous y voyez la fincerité reconnue
, triompher à la fin de la perfidie.
C'eft voftre vertu favorite que
j'ai voulu couronner , pouvois- je
mieux m'acquiter de l'emploi que
vous m'aviez donné : Je fuis , Madame
,
Voftre trés -humble &
trés-obéiffant ferviteur,
DE BONNEVAL.
Fermer
305
p. 141
ODE. Anacreontique. Par Monsieur Remond de S. Mare, Auteur des Dialogues des Dieux.
Début :
Je voulois oublier Climene, [...]
Mots clefs :
Raison, Amour, Belle, Soupir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. Anacreontique. Par Monsieur Remond de S. Mare, Auteur des Dialogues des Dieux.
O DE.
Anacreontique:
Par Monfieur Remond de S. Mare
Auteur des Dialogues des Dieux.
E voulois oublier Climene,
Je
Raifon , difois je , rompt ma chaîne ,
Fimplore tonfatal pouvoir.
Quand Amour table ßé, dit- elle ,
Apprend que c'est par mon avis ,
Oui , quand tu brûlas pour la belle
C'eft nos confeils que tu fuivis.
Amour, Raifon , ſoit , jeſoûpire ,
Vous me l'ordonnez tous les deux
Mais , quoy ,pourfaire un malheureux:
L'un de vous auroit pûfuffire.
Anacreontique:
Par Monfieur Remond de S. Mare
Auteur des Dialogues des Dieux.
E voulois oublier Climene,
Je
Raifon , difois je , rompt ma chaîne ,
Fimplore tonfatal pouvoir.
Quand Amour table ßé, dit- elle ,
Apprend que c'est par mon avis ,
Oui , quand tu brûlas pour la belle
C'eft nos confeils que tu fuivis.
Amour, Raifon , ſoit , jeſoûpire ,
Vous me l'ordonnez tous les deux
Mais , quoy ,pourfaire un malheureux:
L'un de vous auroit pûfuffire.
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306
p. 144-145
SARABANDE Par M. Dufreny.
Début :
Trompeur Amour, ta voix sans ceste appelle [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SARABANDE Par M. Dufreny.
SARABANDE
TR
Par M. Dufreny.
Rompeur Amour , ta voix fans
cefle appelle
Hymen , Hymen, pour combler nos
fouhaits ;
Hymen vient- il , tu fuis à tire- d'aile,
Ah ah ! c'est par l'Hymen que tu
nous fais
Lancer tes derniers trais.
On
MERCURE.
145
Ou tes liens,Hymen, font trop durables
,
Ou tes plaifirs devroient être moins
courts ,
Combien nous donnes - tu de jours
aimables ?
Un , deux , trois , tout au plus ,
fixent le cours
Des plus tendres Amours.
Credule Hymen , ta voix « en vain
rappelle
Amour , Amour , pour combler nos
fouhaits ;
Mais Amour et chien de Jean de
- Nivelle ,
Tais , tais , l'Hymen a beau courir
aprés ,
Il fait & rompt fes traits
TR
Par M. Dufreny.
Rompeur Amour , ta voix fans
cefle appelle
Hymen , Hymen, pour combler nos
fouhaits ;
Hymen vient- il , tu fuis à tire- d'aile,
Ah ah ! c'est par l'Hymen que tu
nous fais
Lancer tes derniers trais.
On
MERCURE.
145
Ou tes liens,Hymen, font trop durables
,
Ou tes plaifirs devroient être moins
courts ,
Combien nous donnes - tu de jours
aimables ?
Un , deux , trois , tout au plus ,
fixent le cours
Des plus tendres Amours.
Credule Hymen , ta voix « en vain
rappelle
Amour , Amour , pour combler nos
fouhaits ;
Mais Amour et chien de Jean de
- Nivelle ,
Tais , tais , l'Hymen a beau courir
aprés ,
Il fait & rompt fes traits
Fermer
307
p. 123-137
LES TISONS.
Début :
L'Auteur de la Piéce des Pincettes a crée de nouveau, / Puisque des vents du Nord, la cohorte incivile, [...]
Mots clefs :
Cohortes, Foyers, Tisons, Soleil, Couleurs, Esprit, Passion, Vertu, Vérité, Censeur, Jalousie, Stoïque, Amour, Morale, Histoire, Réflexions, Inquiétude, Ingratitude, Savants, Précaution, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES TISONS.
L'Auteur de la Piéce des Pincettes
a crée de nouveau , le Poë
me fuivant des TISONS. Quel
feu d'imagination ! Quelle fécondité
fur une matiere auffi ingrate , où
la plupart de nos Verfificateurs
ne verroit que des Tifons , & ne
produiroit tout au plus que de
La fumée , fans lumiere ; au lieu
Lij
104 LE NOUVEAU
•
que celui - ci , par un art qui
lui eft fingulier , fçait tirer des fujets
les plus fimples , & qui préfentent
le moins d'idées , de petits
miracles de Poëfie .
Non fumum ex fulgore ,fed ex
fumo dare lucem
Cogitat , ut fpeciofa dehinc miracula
promat
. *
LES TISONS.
PUifque
des vents du Nord , la
cohorte incivile ,
Sortant de fes froides prifons ,
Vient encore infefter la Campagne ,
& la Ville ;
Cherchons en nos foyers , contre
eux , un für azile ,
Et revenons à nos Tifons.
Chers Tifons , on a tort de vous
quitter fans peine ,
Aux premieres lueurs de la belle
faifon ;
* Art. Poët. d'Hor.
MERCURE. 125
Un rayon de Soleil échapé dans
la Plaine ,
Fait à tous vos -clients déferter la
maifon.
Chacun vous abandonne , on fort,
on fe promene ,
On foule l'herbe , & le gazon ;
Ce n'est que le froid feul , qui
vers vous , nous rameine ,
Ce devroit être la raison.
Je reconnois que rien n'égale
le vif éclat de ces couleurs ,
Que fur l'émail brillant des fleurs
Un Printemps naiffant nous étale.
L'ame s'épanouit au tendre &
doux effort ,
Que pour rendre aux forefts leur
premiere verdure ,
Fait à chaque inftant la Nature.
Tout germe par les foins , tout repouffe
, tout fort ;
Mais il faut l'avouer , ce riche éclat
m'allarme ,
Il débauche nos fens , & flate notre
orgueil ;
Et comme j'en connois le charme
'Liij.
126 LE NOUVEAU
J'en connois auffi tout l'écueil.
Bientôt l'efprit s'éveille , & l'hom.
me fe diffipe.
Adieu fages réflexions ;
Le coeur s'échape & s'émancipe ,
Entraîné par fes paffions ;
Il fuit Efclave volontaire ,
Un penchant long- tems combatu ;
Tifons , que vous aurez à faire ,
Pour rendre l'homme à fa vertu !
Travaillez-y , c'eft votre ouvrage.
Employez ces moyens infinuants &
doux ,
Que felon les fujets , les eſprits &
les goûts,
Quand & comme il vous plaît, vous
mettez en ufage.
Que j'entends bien votre langage!
Que j'y remarque de douceur ;
Et que vous fçavez bien vous ouvrir
un paffage ,
Jufques dans le fond de mon coeur !
Par d'utiles leçons que j'écoute &
que j'aime ,
Vous me ramenez à moi -même ;
On badine avec vous & tout en
badinant ,
>
La véritéTe fait entendre;
MERCURE. 127
Vous blamez ma conduite , & loin
de la défendre ,
Je la condamne incontinent :
Que quelque autre Cenfeur eût ofé
me reprendre ,
Pour m'excufer peut -être , auroisje
fait effort ,
Mais fans peine avec vous je conviens
, que j'ay tort.
Vous m'aprenez & mieux qu'un
Livre .
Ce qu'il faut éviter ou ſuivre ;
Et je m'inftruis plus avec vous
Que je ne le ferois même avec ce
Seneque ,
Qui de nos entretiens jaloux
Se morfond dans un coin de ma
Bibliotheque ,
Et peut-être tour bas , murmure
contre nous,
Qu'il murmure , s'il veut , c'est tout
ce que fçait faire
Ce doucereux Atrabilaire ,
Sous qui, le Stoïciſme à jadis triomphé.
Philofophe bien étoffé ,
Au milieu d'une Cour délicate &
brillante ,
128 LE NOUVEAU
Qui le croiroit ? ce Stoïque effronté
,
Avec un million de rente ,
En termes tous fleuris , préchoir la
pauvreté .
Mais dans fes vains écrits , je ne
vois rien qui touche ,
Antithéfes , brillants fatras ;
Envain aux paffions il livre cent
combats ,
Tout au plus il les effarouche ,
Mais il ne les réforme pas.
La vertu qui chez lui , paroît notre
ennemie .
N'eft qu'une vertu de Chimie ;
Loin d'aimer à la fuivre, on la craint,
on la fuit ;
Et malgré les grands mots , qu'avec
pompe il étale ,
De vos avis fecrets je tire plus de
fruit
,
Que du clinquant de fa morale .
Je prife moins encore ces Auteurs
faftueux
,
Déclamateurs guindez , gens à flux
de paroles ,
Orateurs la plupart frivoles
MERCURE. 129
Dans leur marche toujours boüillants
, impétueux ,
'Sur de vains lieux communs ils ai
ment à s'étendre ;
Tifons , vous m'en dites moins
qu'eux ,
Et vous m'en faites plus entendre.
Peut-être trouverois-je à beaucoup
moins de frais ,
Plus de plaifir & de fruit dans
l'Histoire :
Mais les Hiftoriens , même les plus
parfaits ,
Conviennent fi peu fur les faits ,
Que je ne fçais bien fouvent auquel
croire.
D'ailleurs , que difent-ils ? ce qu'ils
ont ramaffé
Des Chroniques du tems paffé.
Et que m'importe à moy de tous
les coups d'épée
Qu'ont fait donner jadis & Cæfar
& Pompée ?
Ce qui fe paffe fous nos yeux ,
Ce qui peut de plus prés nous toucher
, nous inftruire,
Voilà les faits dont je fuis curieux;
128 NOUVEAU LE
Qui le croiroit ? ce Stoïque effronré
,
Avec un million de rente
En termes tous fleuris , préchoit la
pauvreté.
Mais dans fes vains écrits , je ne
vois rien qui touche ,
Antithefes , brillants fatras ;
Envain aux paffions il livre cent
combats ,
Tout au plus il les effarouche ,
Mais il ne les réforme pas.
La vertu qui chez lui , paroît notre
ennemic.
N'est qu'une vertu de Chimie;
Loin d'aimer à la fuivre , on la craint ,
on la fuit ;
Et malgré les grands mots , qu'avec
pompe il étale ,
De vos avis fécrets je tire plus de
fruit ,
Que du clinquant de fa morale .
Je prife moins encore ces Auteurs
faftueux
,
Déclamateurs guindez , gens à flux
de paroles ,
Orateurs la plupart frivoles
MERCURE. 129
1
Dans leur marche toujours boüillants
, impétueux ,
Sur de vains lieux communs ils ai
ment à s'étendre ;
Tifons , vous m'en dites moins
qu'eux ,
Et vous m'en faites plus entendre,
Peut-être trouverois-je à beaucoup
moins de frais ,
Plus de plaifir & de fruit dans
l'Histoire :
Mais les Hiftoriens , même les plu
parfaits ,
Conviennent fi peu fur les faits ,
Que je ne fçais bien fouvent auquel
croire .
D'ailleurs , que difent - ils ? ce qu'ils
ont ramaffé
Des Chroniques du tems paffé.
Et que m'importe à moy de tous
les coups d'épée
Qu'ont fait donner jadis & Cæfar
& Pompée ?
Ce qui fe pafle fous nos yeux ,
Ce qui peut de plus prés nous toucher
, nous inftruire,
Voilà les faits dont je fuis curieux;
130 LE NOUVEAU
Et c'est ce qu'avec vous je m'oc
cupe à déduire.
Peut-être ici quelqu'un qui n'en fait
pas femblant ,
Prête déja l'oreille , & croit qu'à
baffe note ,
Je vais en vous ravitaillant ,
Déveloper quelque Anecdote.
Quiqu'il foit, il nous conoîtpeu:
Ni vous , ni moi , Tifons , nous ne
nous niêlons guéres ,
De vouloir au hazard , fans guide ,
fans aveu ,
Pénétrer des fecrets,qui pour nous
font myſtéres.
Pourquoi fait - on ceci ? Que ne
fait -on cela ?
Je laiffe aux Cerveauxfrénétiques
De nos fainéants Politiques.
A fonder ces abîmes-là.
Tandis que le Navire flote ,
J'ignore jufques au danger,
Et me remets de tout , tranquille
paffager ,
A la fageffe du Pilote.
A quoi donc nous occupons nous,
Quand vous & moi , Tifons , nous
MERCURE. 131
fommes têre à tête ?
Le grand Livre du monde , ou les
fages , les fous ›
Egalement figurent tous ,
A nos refléxions de lui - même fe
prête.
Ce que j'ai vu le jour , fe retrace
je foir ,
Dans mon efprit , comme dans
un miroir.
Le fracas d'une grande Ville :
Ou chez les petits & les
grands
Les paffions font le premier
mobile ;
Tous ces gens occupez d'interefts
differents
,
Qui pleins de leurs projets , occupez
de leurs veûës ,
Toujours preffez, toujours courants
,
Roulent de toutes parts , ainſi que
des Torrents ,
Et viennent inonder les rues . , .
A juger d'eux en ce moment,
Par leur activité , par leur empreffement
,
132
LE NOUVEAU
'
Vous croiriez qu'ils n'ont qu'une
affaire ,
Et que tout leur bonheur dépend
uniquement ,
De ce qu'en ce jour ils vont faire.
La nuit enfin les chaffe , ils rentrent
au logis :
Rentrent-ils plus contents , qu'ils
n'en étoient fortis.
Helas ! plus accablez cent fois d'inquiétude
,
Qu'ils ne l'étoient , en fortant le
matin ,
Ils n'ont trouvé dans leur chemin
Que dureté , qu'ingratitude :
Occupez à ronger leur frein
Ils fe font de leurs maux une triſte
habitude ,
Et malgré la rigueur d'un fort trop
inhumain ,
Victimes de leur fervitude ,
Ils recommenceront encor le lendemain.
La coûtume en effet les condamne
à ces peines ;
Sans murmurer contre elle il faut
baiffer les bras ;
C'eft
MERCURE. 135
C'eft agir , travailler , que
ter ces chaînes ,
de por-
Et l'on eft fainéant , fi l'on ne le fait
pas.
Ainfi le conçut dans Athénes
Ce Cinique fameux qui par un
trait nouveau ,
Pour n'être feul oifif, remuoit fon
tonneau.
Il faifoit bien , j'en fais de même,
Et fondé comme lui , fur de bonnes
raifons.
J'entre autant que je peux dans le
commun Syfteme ,
En remuant & tournant mesTifons .
Arbitre de leur fort , fans craindre
de reproche ,
Je les tourne
retourne
entr'eux les rangs ,
& régle
Je les écarte , ou les rapproche ,
Je les hauffe , les baiffe , ainfi que
je l'entends:
Mais que me revient-il des peines
que je prends ?
Eh que vous revient-il des vôtres,
Gens importants , Gens affairez ,
Qui dupes de vos foins , & tous
M
$34
LE NOUVEAU
les jours leurrez
Vous croyez cependant plus fages
que les autres ?
Avoüez - le de bonne foi ,
Vous tifonnez tous comme moi.
Nous fuivons en cela l'exemple de,
nos Peres :
Ils ont tifonné tous , ainfi que nos
Ayeux ,
De même dans leur temps en feront
nos neveux :
Je fuis donc Tifonneur & ne m'en
cache gueres ;
Mais du moins , eit-il vray que j'ay
bien des Confreres.
J'en ay dans tous les rangs , &
dans tous les états .
Et tel eft du mêtier , qui ne le pen-
Le pas
.
Ce Sçavant par exemple , attaché
fur fon Livre ,
Mais qui n'invente rien , ne dit rien
de nouveau ,
Des Auteurs qu'il regrate, & qu'il
vend à la livre ,
Croit égaler la gloire , & que fon
nom doit vivre ,
MERCURE.- 135
Comme le leur au delà du tombeau
;
Il fe flate , Dieu lui pardonne ;
Mais il eft mon Confrere , & comme
moi , tifonne .
D'autres en font autant , qu'on pour
roit blafonner ;
Et plus on voit de prés les affaires
des hommes ,
Plus on eft convaincu que tous
tant que nous fommes ,
Nous ne faifons que tifonner.
Ici le champ eft vaite , & la matiere
est belle ,
Mais fans autre détail , bornonsnous
à ces traits :
Dans fa malignité cauftique & criminelle
,
Le Lecteur a l'ame cruelle ,
Et voudroit portraits fur portraits ;
C'eft par-là que chez nous profpere
Le venin dangereux de ces Livres
parlants ,
Où fous des traits à peu près reſ
femblants,
On croit de fon prochain trouver le
Mij
336 LE NOUVEAU
·
caractére .
On ne nomme point dira - t'on:
Tandis ; le plus fouvent il vaudroit
mieux le faire ,
Et faute de fixer le lecteur par un
nom ,
A droite , à gauche , il fonde , il
devine , il foupçonne
Et c'est en nommer cent que ne
nommer perfonne .
Pour nous qui fommes feuls , & qui
parlons tout bas ,
Tifons , de mes difcours & de tous
mes myiteres
Uniques confidents , & fûrs dépofitaires
,
Cette précaution ne nous regarde
pas .
Avec d'autres que vous je fuis fur
la réferve,
J'écoute tout , j'approfondis ,
Et péfe affez ce que je dis ;
Mais fans crainte avec vous je me
livre à ma verve.
Je vous ouvre mon coeur , je vous
dis mes fécréts ,
Et dans les vôtres je fçai lire :
MERCURE 137
C'eft peu de chofe , & même on
n'en feroit que rire ;
Mais n'importe , Tifons , foyons
toujours difcrets ,
Et gardons-nous de les redire.
a crée de nouveau , le Poë
me fuivant des TISONS. Quel
feu d'imagination ! Quelle fécondité
fur une matiere auffi ingrate , où
la plupart de nos Verfificateurs
ne verroit que des Tifons , & ne
produiroit tout au plus que de
La fumée , fans lumiere ; au lieu
Lij
104 LE NOUVEAU
•
que celui - ci , par un art qui
lui eft fingulier , fçait tirer des fujets
les plus fimples , & qui préfentent
le moins d'idées , de petits
miracles de Poëfie .
Non fumum ex fulgore ,fed ex
fumo dare lucem
Cogitat , ut fpeciofa dehinc miracula
promat
. *
LES TISONS.
PUifque
des vents du Nord , la
cohorte incivile ,
Sortant de fes froides prifons ,
Vient encore infefter la Campagne ,
& la Ville ;
Cherchons en nos foyers , contre
eux , un für azile ,
Et revenons à nos Tifons.
Chers Tifons , on a tort de vous
quitter fans peine ,
Aux premieres lueurs de la belle
faifon ;
* Art. Poët. d'Hor.
MERCURE. 125
Un rayon de Soleil échapé dans
la Plaine ,
Fait à tous vos -clients déferter la
maifon.
Chacun vous abandonne , on fort,
on fe promene ,
On foule l'herbe , & le gazon ;
Ce n'est que le froid feul , qui
vers vous , nous rameine ,
Ce devroit être la raison.
Je reconnois que rien n'égale
le vif éclat de ces couleurs ,
Que fur l'émail brillant des fleurs
Un Printemps naiffant nous étale.
L'ame s'épanouit au tendre &
doux effort ,
Que pour rendre aux forefts leur
premiere verdure ,
Fait à chaque inftant la Nature.
Tout germe par les foins , tout repouffe
, tout fort ;
Mais il faut l'avouer , ce riche éclat
m'allarme ,
Il débauche nos fens , & flate notre
orgueil ;
Et comme j'en connois le charme
'Liij.
126 LE NOUVEAU
J'en connois auffi tout l'écueil.
Bientôt l'efprit s'éveille , & l'hom.
me fe diffipe.
Adieu fages réflexions ;
Le coeur s'échape & s'émancipe ,
Entraîné par fes paffions ;
Il fuit Efclave volontaire ,
Un penchant long- tems combatu ;
Tifons , que vous aurez à faire ,
Pour rendre l'homme à fa vertu !
Travaillez-y , c'eft votre ouvrage.
Employez ces moyens infinuants &
doux ,
Que felon les fujets , les eſprits &
les goûts,
Quand & comme il vous plaît, vous
mettez en ufage.
Que j'entends bien votre langage!
Que j'y remarque de douceur ;
Et que vous fçavez bien vous ouvrir
un paffage ,
Jufques dans le fond de mon coeur !
Par d'utiles leçons que j'écoute &
que j'aime ,
Vous me ramenez à moi -même ;
On badine avec vous & tout en
badinant ,
>
La véritéTe fait entendre;
MERCURE. 127
Vous blamez ma conduite , & loin
de la défendre ,
Je la condamne incontinent :
Que quelque autre Cenfeur eût ofé
me reprendre ,
Pour m'excufer peut -être , auroisje
fait effort ,
Mais fans peine avec vous je conviens
, que j'ay tort.
Vous m'aprenez & mieux qu'un
Livre .
Ce qu'il faut éviter ou ſuivre ;
Et je m'inftruis plus avec vous
Que je ne le ferois même avec ce
Seneque ,
Qui de nos entretiens jaloux
Se morfond dans un coin de ma
Bibliotheque ,
Et peut-être tour bas , murmure
contre nous,
Qu'il murmure , s'il veut , c'est tout
ce que fçait faire
Ce doucereux Atrabilaire ,
Sous qui, le Stoïciſme à jadis triomphé.
Philofophe bien étoffé ,
Au milieu d'une Cour délicate &
brillante ,
128 LE NOUVEAU
Qui le croiroit ? ce Stoïque effronté
,
Avec un million de rente ,
En termes tous fleuris , préchoir la
pauvreté .
Mais dans fes vains écrits , je ne
vois rien qui touche ,
Antithéfes , brillants fatras ;
Envain aux paffions il livre cent
combats ,
Tout au plus il les effarouche ,
Mais il ne les réforme pas.
La vertu qui chez lui , paroît notre
ennemie .
N'eft qu'une vertu de Chimie ;
Loin d'aimer à la fuivre, on la craint,
on la fuit ;
Et malgré les grands mots , qu'avec
pompe il étale ,
De vos avis fecrets je tire plus de
fruit
,
Que du clinquant de fa morale .
Je prife moins encore ces Auteurs
faftueux
,
Déclamateurs guindez , gens à flux
de paroles ,
Orateurs la plupart frivoles
MERCURE. 129
Dans leur marche toujours boüillants
, impétueux ,
'Sur de vains lieux communs ils ai
ment à s'étendre ;
Tifons , vous m'en dites moins
qu'eux ,
Et vous m'en faites plus entendre.
Peut-être trouverois-je à beaucoup
moins de frais ,
Plus de plaifir & de fruit dans
l'Histoire :
Mais les Hiftoriens , même les plus
parfaits ,
Conviennent fi peu fur les faits ,
Que je ne fçais bien fouvent auquel
croire.
D'ailleurs , que difent-ils ? ce qu'ils
ont ramaffé
Des Chroniques du tems paffé.
Et que m'importe à moy de tous
les coups d'épée
Qu'ont fait donner jadis & Cæfar
& Pompée ?
Ce qui fe paffe fous nos yeux ,
Ce qui peut de plus prés nous toucher
, nous inftruire,
Voilà les faits dont je fuis curieux;
128 NOUVEAU LE
Qui le croiroit ? ce Stoïque effronré
,
Avec un million de rente
En termes tous fleuris , préchoit la
pauvreté.
Mais dans fes vains écrits , je ne
vois rien qui touche ,
Antithefes , brillants fatras ;
Envain aux paffions il livre cent
combats ,
Tout au plus il les effarouche ,
Mais il ne les réforme pas.
La vertu qui chez lui , paroît notre
ennemic.
N'est qu'une vertu de Chimie;
Loin d'aimer à la fuivre , on la craint ,
on la fuit ;
Et malgré les grands mots , qu'avec
pompe il étale ,
De vos avis fécrets je tire plus de
fruit ,
Que du clinquant de fa morale .
Je prife moins encore ces Auteurs
faftueux
,
Déclamateurs guindez , gens à flux
de paroles ,
Orateurs la plupart frivoles
MERCURE. 129
1
Dans leur marche toujours boüillants
, impétueux ,
Sur de vains lieux communs ils ai
ment à s'étendre ;
Tifons , vous m'en dites moins
qu'eux ,
Et vous m'en faites plus entendre,
Peut-être trouverois-je à beaucoup
moins de frais ,
Plus de plaifir & de fruit dans
l'Histoire :
Mais les Hiftoriens , même les plu
parfaits ,
Conviennent fi peu fur les faits ,
Que je ne fçais bien fouvent auquel
croire .
D'ailleurs , que difent - ils ? ce qu'ils
ont ramaffé
Des Chroniques du tems paffé.
Et que m'importe à moy de tous
les coups d'épée
Qu'ont fait donner jadis & Cæfar
& Pompée ?
Ce qui fe pafle fous nos yeux ,
Ce qui peut de plus prés nous toucher
, nous inftruire,
Voilà les faits dont je fuis curieux;
130 LE NOUVEAU
Et c'est ce qu'avec vous je m'oc
cupe à déduire.
Peut-être ici quelqu'un qui n'en fait
pas femblant ,
Prête déja l'oreille , & croit qu'à
baffe note ,
Je vais en vous ravitaillant ,
Déveloper quelque Anecdote.
Quiqu'il foit, il nous conoîtpeu:
Ni vous , ni moi , Tifons , nous ne
nous niêlons guéres ,
De vouloir au hazard , fans guide ,
fans aveu ,
Pénétrer des fecrets,qui pour nous
font myſtéres.
Pourquoi fait - on ceci ? Que ne
fait -on cela ?
Je laiffe aux Cerveauxfrénétiques
De nos fainéants Politiques.
A fonder ces abîmes-là.
Tandis que le Navire flote ,
J'ignore jufques au danger,
Et me remets de tout , tranquille
paffager ,
A la fageffe du Pilote.
A quoi donc nous occupons nous,
Quand vous & moi , Tifons , nous
MERCURE. 131
fommes têre à tête ?
Le grand Livre du monde , ou les
fages , les fous ›
Egalement figurent tous ,
A nos refléxions de lui - même fe
prête.
Ce que j'ai vu le jour , fe retrace
je foir ,
Dans mon efprit , comme dans
un miroir.
Le fracas d'une grande Ville :
Ou chez les petits & les
grands
Les paffions font le premier
mobile ;
Tous ces gens occupez d'interefts
differents
,
Qui pleins de leurs projets , occupez
de leurs veûës ,
Toujours preffez, toujours courants
,
Roulent de toutes parts , ainſi que
des Torrents ,
Et viennent inonder les rues . , .
A juger d'eux en ce moment,
Par leur activité , par leur empreffement
,
132
LE NOUVEAU
'
Vous croiriez qu'ils n'ont qu'une
affaire ,
Et que tout leur bonheur dépend
uniquement ,
De ce qu'en ce jour ils vont faire.
La nuit enfin les chaffe , ils rentrent
au logis :
Rentrent-ils plus contents , qu'ils
n'en étoient fortis.
Helas ! plus accablez cent fois d'inquiétude
,
Qu'ils ne l'étoient , en fortant le
matin ,
Ils n'ont trouvé dans leur chemin
Que dureté , qu'ingratitude :
Occupez à ronger leur frein
Ils fe font de leurs maux une triſte
habitude ,
Et malgré la rigueur d'un fort trop
inhumain ,
Victimes de leur fervitude ,
Ils recommenceront encor le lendemain.
La coûtume en effet les condamne
à ces peines ;
Sans murmurer contre elle il faut
baiffer les bras ;
C'eft
MERCURE. 135
C'eft agir , travailler , que
ter ces chaînes ,
de por-
Et l'on eft fainéant , fi l'on ne le fait
pas.
Ainfi le conçut dans Athénes
Ce Cinique fameux qui par un
trait nouveau ,
Pour n'être feul oifif, remuoit fon
tonneau.
Il faifoit bien , j'en fais de même,
Et fondé comme lui , fur de bonnes
raifons.
J'entre autant que je peux dans le
commun Syfteme ,
En remuant & tournant mesTifons .
Arbitre de leur fort , fans craindre
de reproche ,
Je les tourne
retourne
entr'eux les rangs ,
& régle
Je les écarte , ou les rapproche ,
Je les hauffe , les baiffe , ainfi que
je l'entends:
Mais que me revient-il des peines
que je prends ?
Eh que vous revient-il des vôtres,
Gens importants , Gens affairez ,
Qui dupes de vos foins , & tous
M
$34
LE NOUVEAU
les jours leurrez
Vous croyez cependant plus fages
que les autres ?
Avoüez - le de bonne foi ,
Vous tifonnez tous comme moi.
Nous fuivons en cela l'exemple de,
nos Peres :
Ils ont tifonné tous , ainfi que nos
Ayeux ,
De même dans leur temps en feront
nos neveux :
Je fuis donc Tifonneur & ne m'en
cache gueres ;
Mais du moins , eit-il vray que j'ay
bien des Confreres.
J'en ay dans tous les rangs , &
dans tous les états .
Et tel eft du mêtier , qui ne le pen-
Le pas
.
Ce Sçavant par exemple , attaché
fur fon Livre ,
Mais qui n'invente rien , ne dit rien
de nouveau ,
Des Auteurs qu'il regrate, & qu'il
vend à la livre ,
Croit égaler la gloire , & que fon
nom doit vivre ,
MERCURE.- 135
Comme le leur au delà du tombeau
;
Il fe flate , Dieu lui pardonne ;
Mais il eft mon Confrere , & comme
moi , tifonne .
D'autres en font autant , qu'on pour
roit blafonner ;
Et plus on voit de prés les affaires
des hommes ,
Plus on eft convaincu que tous
tant que nous fommes ,
Nous ne faifons que tifonner.
Ici le champ eft vaite , & la matiere
est belle ,
Mais fans autre détail , bornonsnous
à ces traits :
Dans fa malignité cauftique & criminelle
,
Le Lecteur a l'ame cruelle ,
Et voudroit portraits fur portraits ;
C'eft par-là que chez nous profpere
Le venin dangereux de ces Livres
parlants ,
Où fous des traits à peu près reſ
femblants,
On croit de fon prochain trouver le
Mij
336 LE NOUVEAU
·
caractére .
On ne nomme point dira - t'on:
Tandis ; le plus fouvent il vaudroit
mieux le faire ,
Et faute de fixer le lecteur par un
nom ,
A droite , à gauche , il fonde , il
devine , il foupçonne
Et c'est en nommer cent que ne
nommer perfonne .
Pour nous qui fommes feuls , & qui
parlons tout bas ,
Tifons , de mes difcours & de tous
mes myiteres
Uniques confidents , & fûrs dépofitaires
,
Cette précaution ne nous regarde
pas .
Avec d'autres que vous je fuis fur
la réferve,
J'écoute tout , j'approfondis ,
Et péfe affez ce que je dis ;
Mais fans crainte avec vous je me
livre à ma verve.
Je vous ouvre mon coeur , je vous
dis mes fécréts ,
Et dans les vôtres je fçai lire :
MERCURE 137
C'eft peu de chofe , & même on
n'en feroit que rire ;
Mais n'importe , Tifons , foyons
toujours difcrets ,
Et gardons-nous de les redire.
Fermer
308
p. 154-159
CHANSON.
Début :
Vous fuyés-légere Hirondelle, [...]
Mots clefs :
Hirondelle, Saison, Climat, Amour, Flore
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Ous fuyés légere Hirondelle ,
Vous prévenés la faifon des
frimats ,
Vous volés en d'autres climats ,
Où le tendre Amour vous apelle.
MERCURE. 159
Que votre fort me paroît beau ,
Vous reviendrez à la fuite de Flore ;
Vous vous jenflammerés encore ;
Votre Amour est toujours nouveau.
Ous fuyés légere Hirondelle ,
Vous prévenés la faifon des
frimats ,
Vous volés en d'autres climats ,
Où le tendre Amour vous apelle.
MERCURE. 159
Que votre fort me paroît beau ,
Vous reviendrez à la fuite de Flore ;
Vous vous jenflammerés encore ;
Votre Amour est toujours nouveau.
Fermer
309
p. 180-185
Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Début :
Le Sermon fini. Mr l'Evêque de Rennes monta en chaire, [...]
Mots clefs :
Évêque, Sermon, Roi de France, Apôtres, Cérémonie, Duc, Estampes, Gentilhommes, Pâques, Jésus, Zèle, Innocence, Amour, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Le Sermon fini . Mr l'Evêque de
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
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310
p. 56-58
CONTE PAR M. DE S. A.
Début :
Le Dieu de l'Interêt, & le Dieu de l'Amour, [...]
Mots clefs :
Dieu, Intérêt, Bijoux, Sentiments, Trésors, Carquois, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTE PAR M. DE S. A.
CONTE
PAR M. DE S. A.
E Dieu de l'Interêt , & le Dieu .
L de l'Amour ,
Chez un gros Partiſan ſe trouverent
un jour :
L'avanture étoit rare , un même
Domicile
par eux n'étoit guere habité.
Chacun alloit de fon côté ,
L'un auplaifir , l'autre à l'utile :
D'AVRIL . 57
Voici , dit l'Interêt , un Enfant bien
nipé ,
Traits dorés , bon Carquois d'Ebéne
;
La dupe paroît bonne , & je fuis.
bien trompé ,
fi je n'en tire quelque aubene .
Veux-tu jouer , fils de Cypris ,
J'ai des bijoux à ton ufage ,
Qui pour argent prété , me furent
mis en gage ;
Bracelets de cheveux , où tiennent
des Rubis ,
Bagues de fentimens qui couvrent
un mystére :
C'eſt autant de Threfors ; à qui le
dites- vous ?
Je connois , dit l'Amour , le prix
de ces bijoux ,
Le Tarif en eft à Cythere :
Cà ,joüons , Maffe , un Trait , Paroli
, Maffe trois ;
>
Va le reite de mon Carquois.
Facillement Amour fe pique :
Son Joueur , habile Narquois
a bien-tôt raflé la boutique ;
L'enfant dévalifé s'enfuit au fond
des bois ,
58 LE MERCURE
Cacher la défaite , & fes larmes .
L'Interêt difpofe des armes ,
Dont l'Amour ufoit autrefois .
PAR M. DE S. A.
E Dieu de l'Interêt , & le Dieu .
L de l'Amour ,
Chez un gros Partiſan ſe trouverent
un jour :
L'avanture étoit rare , un même
Domicile
par eux n'étoit guere habité.
Chacun alloit de fon côté ,
L'un auplaifir , l'autre à l'utile :
D'AVRIL . 57
Voici , dit l'Interêt , un Enfant bien
nipé ,
Traits dorés , bon Carquois d'Ebéne
;
La dupe paroît bonne , & je fuis.
bien trompé ,
fi je n'en tire quelque aubene .
Veux-tu jouer , fils de Cypris ,
J'ai des bijoux à ton ufage ,
Qui pour argent prété , me furent
mis en gage ;
Bracelets de cheveux , où tiennent
des Rubis ,
Bagues de fentimens qui couvrent
un mystére :
C'eſt autant de Threfors ; à qui le
dites- vous ?
Je connois , dit l'Amour , le prix
de ces bijoux ,
Le Tarif en eft à Cythere :
Cà ,joüons , Maffe , un Trait , Paroli
, Maffe trois ;
>
Va le reite de mon Carquois.
Facillement Amour fe pique :
Son Joueur , habile Narquois
a bien-tôt raflé la boutique ;
L'enfant dévalifé s'enfuit au fond
des bois ,
58 LE MERCURE
Cacher la défaite , & fes larmes .
L'Interêt difpofe des armes ,
Dont l'Amour ufoit autrefois .
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311
p. 140-142
SONNET EN BOUTS RIMÉS.
Début :
J'aurois fort souhaité pouvoir insérer dans ce Receuil 50 Sonnets / Qui ne seroit charmé de ma chere .... Nabore [...]
Mots clefs :
Amant, Amour, Autel, Flacon, Carquois, Échec
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET EN BOUTS RIMÉS.
J'aurois fort fouhaité pouvoir
inférer dans ce Receuil so Sonners
au moins en Bout- Rimés, que l'on a
û la bonté de m'envoyer ; mais me
D'AVRIL. 141
trouvant trop referré par les bornes
queje me fuis prefcrites dans le nombre
de feuilles de ce Livre. Ce n'est
pas fans peine que je me vois réduit
à ne pouvoir contenter un chacun ;
ne trouvant de place que pour les
trois premiers qui m'ont efté adreffés
,je crois qu'ils plairont aux perfonnes
qui ont encore du goût pour
cette Poëfie , contre laquelle Sarrazin
a fait un Poëme , dont il attribue
l'invention à du Lor qui étoit
un fou celebre.
404 BIG BANG +47 OMG OMG OMÅ DIG 2004 GAFD
SONNET
EN BOUTS
RIMES.
Q
Ui ne feroit charmé de ma
chere Nabote
C'eſt un jeune Ortolan , c'eſt le
plus joli ..
A qui jamais Amant ait fait
Bec
.Salamalec .
Pour elle je vendrois jufques à
ma Culote.
142 MERCURE LE
Tel a des cheveux blancs cachez
fous fa • Calote.
Qui , pour s'en faire aimer , mettroit
fa bourſe à ... Sec.
Chacun de fes regards met un
coeur en / Echec.
Mais loin de s'enflamer , elle devient
Bigote.
C'eft bien ta faute, Amour , comme
un franc . . . Iroquois ,
Tu t'en vas fottement épuifer ton ..
Carquois.
Pour faire d'un vieux fage , un ef-
Cinique.
fronté ·
Viens dans le coeur d'Iris fondre
comme un . . Faucon ,
Peut - être elle t'attend ; qué ta
lenteur me . • Pique !
Viens , & fur ton Autel je brife
mon • Flacon,
inférer dans ce Receuil so Sonners
au moins en Bout- Rimés, que l'on a
û la bonté de m'envoyer ; mais me
D'AVRIL. 141
trouvant trop referré par les bornes
queje me fuis prefcrites dans le nombre
de feuilles de ce Livre. Ce n'est
pas fans peine que je me vois réduit
à ne pouvoir contenter un chacun ;
ne trouvant de place que pour les
trois premiers qui m'ont efté adreffés
,je crois qu'ils plairont aux perfonnes
qui ont encore du goût pour
cette Poëfie , contre laquelle Sarrazin
a fait un Poëme , dont il attribue
l'invention à du Lor qui étoit
un fou celebre.
404 BIG BANG +47 OMG OMG OMÅ DIG 2004 GAFD
SONNET
EN BOUTS
RIMES.
Q
Ui ne feroit charmé de ma
chere Nabote
C'eſt un jeune Ortolan , c'eſt le
plus joli ..
A qui jamais Amant ait fait
Bec
.Salamalec .
Pour elle je vendrois jufques à
ma Culote.
142 MERCURE LE
Tel a des cheveux blancs cachez
fous fa • Calote.
Qui , pour s'en faire aimer , mettroit
fa bourſe à ... Sec.
Chacun de fes regards met un
coeur en / Echec.
Mais loin de s'enflamer , elle devient
Bigote.
C'eft bien ta faute, Amour , comme
un franc . . . Iroquois ,
Tu t'en vas fottement épuifer ton ..
Carquois.
Pour faire d'un vieux fage , un ef-
Cinique.
fronté ·
Viens dans le coeur d'Iris fondre
comme un . . Faucon ,
Peut - être elle t'attend ; qué ta
lenteur me . • Pique !
Viens , & fur ton Autel je brife
mon • Flacon,
Fermer
312
p. 149
SARABANDE.
Début :
C'est dans ces lieux qu'on voit l'Amour se plaire, [...]
Mots clefs :
Amour, Attraits, Ardeur , Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SARABANDE.
SARABANDE .
C'Eft dans
Eft dans ces lieux qu'on voit
l'Amour fe plaire ,
C'eft dans ces lieux qu'il a le plus
d'attraits :
On n'y voit point d'ardeur qui foit
légere
Pour nous
festrace
Dieu choifit
Er de ces traits la bleffure eft f
chere ,
:
Qu'on fait des voeux pour n'en
guérir jamais.
C'Eft dans
Eft dans ces lieux qu'on voit
l'Amour fe plaire ,
C'eft dans ces lieux qu'il a le plus
d'attraits :
On n'y voit point d'ardeur qui foit
légere
Pour nous
festrace
Dieu choifit
Er de ces traits la bleffure eft f
chere ,
:
Qu'on fait des voeux pour n'en
guérir jamais.
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313
p. 149-150
PARODIE DE M. ROY SUR LE MÊME AIR. A Mlle. ***
Début :
L'Amour croyoit n'avoir ni soeur, ni frere, [...]
Mots clefs :
Amour, Frères et soeurs, Jeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARODIE DE M. ROY SUR LE MÊME AIR. A Mlle. ***
PARODIE DE M. ROY
A
SUR LE MEME AIR
A Mile. ***
L'Amour croyoit n'avoir ni ſoeur,
ni
Sans vous de R1s , il eut pû s'en
Aater :
Niij
so LEMERCURE
Soeur de l'Amour , vous lui devintes
chere ,
Les Ris , les Jeux vouloient vous
adopter :
Un d'eux vous tint fur les fonds de
Cythere ,
Et c'eft fon nom qu'il vous a fait
porter.
A
SUR LE MEME AIR
A Mile. ***
L'Amour croyoit n'avoir ni ſoeur,
ni
Sans vous de R1s , il eut pû s'en
Aater :
Niij
so LEMERCURE
Soeur de l'Amour , vous lui devintes
chere ,
Les Ris , les Jeux vouloient vous
adopter :
Un d'eux vous tint fur les fonds de
Cythere ,
Et c'eft fon nom qu'il vous a fait
porter.
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314
p. 142-144
Division de la Moscovie.
Début :
Elle s'étend vers le Septentrion jusqu'à la Mer [...]
Mots clefs :
Moscovie, Mer, Amour, Division
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Division de la Moscovie.
Division de la Moscovie.
Elle s'étend vers le Septentrion
jusqu'à la Mer
Glaciale, elle a du côté du
Historique.
143
Levant, la Mer de Tarta-
rie, ou la Mer d'Amour;
Au Midi, le Fleuve A-
mour, le petit Tanais, les
Rivieres de Doma & Piola,
avecla petite Tartarie:
Au couchant, le Boristhe-
ne, le Narva, les Terres
de Pologne, de Suéde &
de Norvege. Sa longueur
de Kola a Astracan sur la
Mer Morte, est de plus de
600 lieuës, & sa largeur
d'Occident en Orient,
depuis les frontieres de
Finlande & de Livonie,
jusqu'à la Mer d'Amour
est de plus de mille lieuës.
Ce vaste Empire peut
Relation
144
comprendre environ
50
Provinces, dont les unes
ont titre de Royaume &
les autres de Duché.
Elle s'étend vers le Septentrion
jusqu'à la Mer
Glaciale, elle a du côté du
Historique.
143
Levant, la Mer de Tarta-
rie, ou la Mer d'Amour;
Au Midi, le Fleuve A-
mour, le petit Tanais, les
Rivieres de Doma & Piola,
avecla petite Tartarie:
Au couchant, le Boristhe-
ne, le Narva, les Terres
de Pologne, de Suéde &
de Norvege. Sa longueur
de Kola a Astracan sur la
Mer Morte, est de plus de
600 lieuës, & sa largeur
d'Occident en Orient,
depuis les frontieres de
Finlande & de Livonie,
jusqu'à la Mer d'Amour
est de plus de mille lieuës.
Ce vaste Empire peut
Relation
144
comprendre environ
50
Provinces, dont les unes
ont titre de Royaume &
les autres de Duché.
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315
p. 56-58
LE VIEUX ET LE JEUNE CHESNE Par M. RICHER, Avocat au Parlement de Normandie. FABLE.
Début :
Un Chêne qui comptoit plus de trois cens années, [...]
Mots clefs :
Chêne, Vieux, Jeune, Feuillage, Amour, Déesse des bois, Nature, Justice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE VIEUX ET LE JEUNE CHESNE Par M. RICHER, Avocat au Parlement de Normandie. FABLE.
LE VIEUX ET LE JEUNE
CHESNE
Par M. RICHER , Avocat au
Parlement de Normandie ."
U
FABLE.
N Chêne qui comptoir plus de
trois cens années ,
Vit enfin fes vaftes Rameaux
Infultez par les Deftinées.
On eut vû Pan jadis enfler fes chalumeaux
,
:
A l'ombre de fon verdfeuillage :
C'étoit le féjour des Oiseaux ,
Ils y faifoient entendre leur ramage :
Les Nymphes y danfoient au milieu
des Amours.
DE MAY.
57
Mais tout apris un autre cours ;
L'âge envieux procurantfa difgrace
,
Un jeune Chêne le remplace.
Il étoit né d'un gland de l'Arbre
malhûreux ,
Que la Terre échauffa dansfonfein
amoureux ;
Il eut du blond Phébus un regard favorable
,
Et des Arbres bien -tôt devint le plus
aimable.
Dans fes rameaux badinoient les
Zéphirs ,
Et la plaintive Philomele
Pouffant lesplus tendresfoupirs,
T chantoit tous les jours quelque
chanson nouvelle.
Souvent la Déeffe des Bois
Venoit fe repofer fous ce charmant
ombrage ,
Et fur le ferpolet mettoit basfon carquois.
Enfin, il it bien-tôt unparfait avantage
Eur le Chêne ancien , qui voyoit chaquejour
38 L ETMERCURE
S'éloigner quelqu'Oiseau, s'en voler
quelqu 'Amour ;
Jufqu'où pouffe ſes traits la Fortune
ennemie ?
Bien-tôt pour comble d'infamie
,
Il eut pour Hôtes les Hiboux ,
Chauves - Souris qui logeoient dans
les troux
De fon vieux tronc ,fansſubſtance &
fans force :
A qui defféché par les ans
Il ne reftoit plus que l'écorce.
Year
Il pouffa vers le Ciel mille cris impuiffans
,
Pour changerfa trifte fortune :
Mais vainement il l'importune,
L'on fçait affez que le Deſtin
N'écoute rien
train .
va toujours fon
Il ne lui faifoit point d'injure :
L'Arbre fit fur la Terre un affez
long séjour ,
re
Et la Justice & la Natu
Veulent que chacun ait fon
tour.
CHESNE
Par M. RICHER , Avocat au
Parlement de Normandie ."
U
FABLE.
N Chêne qui comptoir plus de
trois cens années ,
Vit enfin fes vaftes Rameaux
Infultez par les Deftinées.
On eut vû Pan jadis enfler fes chalumeaux
,
:
A l'ombre de fon verdfeuillage :
C'étoit le féjour des Oiseaux ,
Ils y faifoient entendre leur ramage :
Les Nymphes y danfoient au milieu
des Amours.
DE MAY.
57
Mais tout apris un autre cours ;
L'âge envieux procurantfa difgrace
,
Un jeune Chêne le remplace.
Il étoit né d'un gland de l'Arbre
malhûreux ,
Que la Terre échauffa dansfonfein
amoureux ;
Il eut du blond Phébus un regard favorable
,
Et des Arbres bien -tôt devint le plus
aimable.
Dans fes rameaux badinoient les
Zéphirs ,
Et la plaintive Philomele
Pouffant lesplus tendresfoupirs,
T chantoit tous les jours quelque
chanson nouvelle.
Souvent la Déeffe des Bois
Venoit fe repofer fous ce charmant
ombrage ,
Et fur le ferpolet mettoit basfon carquois.
Enfin, il it bien-tôt unparfait avantage
Eur le Chêne ancien , qui voyoit chaquejour
38 L ETMERCURE
S'éloigner quelqu'Oiseau, s'en voler
quelqu 'Amour ;
Jufqu'où pouffe ſes traits la Fortune
ennemie ?
Bien-tôt pour comble d'infamie
,
Il eut pour Hôtes les Hiboux ,
Chauves - Souris qui logeoient dans
les troux
De fon vieux tronc ,fansſubſtance &
fans force :
A qui defféché par les ans
Il ne reftoit plus que l'écorce.
Year
Il pouffa vers le Ciel mille cris impuiffans
,
Pour changerfa trifte fortune :
Mais vainement il l'importune,
L'on fçait affez que le Deſtin
N'écoute rien
train .
va toujours fon
Il ne lui faifoit point d'injure :
L'Arbre fit fur la Terre un affez
long séjour ,
re
Et la Justice & la Natu
Veulent que chacun ait fon
tour.
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316
p. 59
ODE, Imitée de la PANCHARIS de Bonnefons. PAR LE MESME.
Début :
Erant dans un Bois solitaire, [...]
Mots clefs :
Bois, Pièges, Destin, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE, Imitée de la PANCHARIS de Bonnefons. PAR LE MESME.
ODE ,
Imitée de la PANCHARIS de
E
Bonnefons.
PAR LE MESME.
!
Rrant dans un Bois folitaire ,
Où m'avoit conduit mon
Deftin ,
La jeune & charmante Glycere
My tendit unpiége malin.
Ce Dieu qui caufe nos alarmes ,
Amour lui prêtatous fes traits.
Mon coeur furprispar tant de charmes,
Tomba d'abord dans fes filets.
Au même inftant, vers cette belle ,
Tournant un oeilplein de langueur ;
Eft-ce ainfi , lui dis-je , Cruelle ,
Qu'il falloit furprendre mon coeur.
Apprenez pourtant , qu'il vous
aime ,
Lorfque vous ofez l'affervir :
Mais ilfe fut livré lui -même ,
Vous ne deviez pas le ravir.
Imitée de la PANCHARIS de
E
Bonnefons.
PAR LE MESME.
!
Rrant dans un Bois folitaire ,
Où m'avoit conduit mon
Deftin ,
La jeune & charmante Glycere
My tendit unpiége malin.
Ce Dieu qui caufe nos alarmes ,
Amour lui prêtatous fes traits.
Mon coeur furprispar tant de charmes,
Tomba d'abord dans fes filets.
Au même inftant, vers cette belle ,
Tournant un oeilplein de langueur ;
Eft-ce ainfi , lui dis-je , Cruelle ,
Qu'il falloit furprendre mon coeur.
Apprenez pourtant , qu'il vous
aime ,
Lorfque vous ofez l'affervir :
Mais ilfe fut livré lui -même ,
Vous ne deviez pas le ravir.
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317
p. 149
CHANSON.
Début :
Le Printemps par son retour, [...]
Mots clefs :
Printemps, Verdure, Bois, Iris, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON .
E Printems par fon retour,
leur parure ,
Tout change en ce beau ſéjour ;
Belle Iris change à ton tour
Avec toute la Nature.
Un jeune Coeur fans Amour ,
Eft un Printems fans verdure.
E Printems par fon retour,
leur parure ,
Tout change en ce beau ſéjour ;
Belle Iris change à ton tour
Avec toute la Nature.
Un jeune Coeur fans Amour ,
Eft un Printems fans verdure.
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318
p. 62-64
A MELLE DE M *** PAR MR A**
Début :
M .... par l'Amour adoptée, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Séducteur, Soeur, Raison, Amants, Fontaine, Chansons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MELLE DE M *** PAR MR A**
si MELLE de+
PAR MR A*iC
M par l'Amour adoptée,
Digne du Coeur d'un dc;î;;-
Dieu,
Etpour dire encor plus,digned'être
chantce
Ou par Ferrand,oupar Chaulieu.
Minerve & l'Enfant de Cythere
Vous ornent à envi,d'uncharme
jcduéfcur:
Je vois brillerenvous l'esprit devôtre
mere Et la ,beauté de vôtre Soeur ;
C'cfl beaucoup pour une morltlle.
Je n'en dira.' pas plus,songezbien
Jealerte;-1
A vivre, s'il, se peut,heureuseautant
qn; belle
, l.>ibre des préjugez, que la r.::fbn
dînent.
Aux plaisirs où le 1flon:l.6 en foutu
Avobusoanpdpoelnlen, ez
Voj4j frtUtmtZr;;
ToltJ;rq des Amans, vous aiJJt'm",.
ee.:r(a'U-,5('"a1n.sI'tdYoï.u1.t1efO: lltmfei!1.[commune
DaLboei,autez,delaCou»fn>Jre
mableroute, VoMer,reprendrevotreFot.t,
Pourmoi levous loüerai, cesera
yiîG''ïemploi-
Je Ifai qtJ:c' Et est fowuent un partage quelaFontaine&Virgile
Jtscuetlloiem rarement le fruit de
leurs Chansons.
D'un inutileDieu malhûreuxNourrissons,
Nous
semonspourautrui,j'ose bien
nous le dire,
MonCoeurdelaDuclos,fut qlselque
temscharmé,
L'amouren sa faveuravoitformé
ma Lire,
ÏCchantoislaDuclos,D*.••erJf<rit
ICimé. Vij
C'étoit bienlapeined'écrire?
Je vous loüerai pourtant, ilmesera
trop doux
De vous chanter, C. même sans
vousplaire,
MesChansonsferont monsalaire
: N'est- ce rien de parler de
VOUS.
PAR MR A*iC
M par l'Amour adoptée,
Digne du Coeur d'un dc;î;;-
Dieu,
Etpour dire encor plus,digned'être
chantce
Ou par Ferrand,oupar Chaulieu.
Minerve & l'Enfant de Cythere
Vous ornent à envi,d'uncharme
jcduéfcur:
Je vois brillerenvous l'esprit devôtre
mere Et la ,beauté de vôtre Soeur ;
C'cfl beaucoup pour une morltlle.
Je n'en dira.' pas plus,songezbien
Jealerte;-1
A vivre, s'il, se peut,heureuseautant
qn; belle
, l.>ibre des préjugez, que la r.::fbn
dînent.
Aux plaisirs où le 1flon:l.6 en foutu
Avobusoanpdpoelnlen, ez
Voj4j frtUtmtZr;;
ToltJ;rq des Amans, vous aiJJt'm",.
ee.:r(a'U-,5('"a1n.sI'tdYoï.u1.t1efO: lltmfei!1.[commune
DaLboei,autez,delaCou»fn>Jre
mableroute, VoMer,reprendrevotreFot.t,
Pourmoi levous loüerai, cesera
yiîG''ïemploi-
Je Ifai qtJ:c' Et est fowuent un partage quelaFontaine&Virgile
Jtscuetlloiem rarement le fruit de
leurs Chansons.
D'un inutileDieu malhûreuxNourrissons,
Nous
semonspourautrui,j'ose bien
nous le dire,
MonCoeurdelaDuclos,fut qlselque
temscharmé,
L'amouren sa faveuravoitformé
ma Lire,
ÏCchantoislaDuclos,D*.••erJf<rit
ICimé. Vij
C'étoit bienlapeined'écrire?
Je vous loüerai pourtant, ilmesera
trop doux
De vous chanter, C. même sans
vousplaire,
MesChansonsferont monsalaire
: N'est- ce rien de parler de
VOUS.
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319
p. 71-74
L'AMOUR CAPTIF, A S. A. S MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR Mr LE GRAND.
Début :
L'Enfant aîlé, ce redoutable Sire, [...]
Mots clefs :
Empire, Princesse, Mémoire, Amour, Sceptre, Temple, Désirs, Plaisirs, Nymphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR CAPTIF, A S. A. S MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR Mr LE GRAND.
L'AMOURCAPTIF,
AS.A.S MADAME
LAPRINCESSEDECONTY.
PAR Mr LE GRAND.
L Enfantail,ce redoutable Sire,
Comme sç ;vcz., , par son Arc
glorieux
Tant rge¡JOilieJrwu:', xqui,des bords Sti-
Lesombre Roisoûmit àson Empire:
Ce Dieu,PRINCESSE,Artisan
d:vis yeux, Bride pour vous, sans oser vous le
dire;
Dtrezj ,comment, les nouvelles des
Dieux
Je puis fçavoir> Sufît, en ces bas
liCHX
Jhweur Jait tout desfilles de Alftiiorre:
Etd\i-:trepart,point ne tiens mon
hilloi/e.
VAmourna^urres ensonchar
ez.,4r
Vint uy bas par l'ordre desa mere
VOHÙmtfçavolrsifan Sceptre doré.
Sur Terre encor trouvoit culte sincere:
Registreprit lefier Dieude Cythere.
Pour tenir compte, ayant bien denombré,
De chaquetemple à Venus confllcrl.
Puis,devoit mettre aujft sur le Libelle,
Combien decoeurs adoroient l'lm.
mortelle:
Ainsi s'enva deson carquois paré,
FairerevuëAmournouveauBaréme
Par maint Paiscouroit comme un
Bohéirs.
Il fut ïtirpr,;,Peie vous dirai combien
Pasn'ytrouvaTempleCytherien
Tous les Servans de sa beautésu
pr:r,jc,
Etoient,Princesse
, en vôtre doux
Ilci ;
Su. pris , que dis-je?Amours'e
dnutoit bien:
Japrcrcyoït,quand ilvous eût for
mée,
£ujhr.niTjouilr,éstia mereen [croît de
T'iUjCHÏ
Toujours l'Enfant lui fait tour de
matois;
Quefip r elleilût l'amealarmee,
Fut consoléd'aprendre vosExploits:
Tout lui contoit la Déesse aux cent
voix , Mais aux propos Amour qui ne
s'arrête
,
De vos beauxjeux couroitsefaire
fête :
Ce Dieu vous vit, Princesse, Vautre
jour,
Plus belle encor que Venus ensa
Cour
» llvoi:s armay cen'est cas qui m'étonne
, A tous lescoeursvotre beauté tordor:
ne ;
De ses beaux traits , lui qui fçût
vous armer,
Put-il tarder* s'en laissercharmer:
jUais a;tre point causeicy majiir-
Pï',re,
Vert;: cjn formeentoutvotre Devise
, Au moins devolt alarmerses désirs:
Amourn'aimasinon pour les plaisirs,
Voire à Psiché lorsqu'il rendit Il
armes
Lefin matois contoitsursesfaveursm
pour VMts ,
Princesse
, ayant d'au
tres ardeurs
,Sa belle Nymphe il immole à vo
charmes:
Plus glorieux d'adorervosrigueursM
AS.A.S MADAME
LAPRINCESSEDECONTY.
PAR Mr LE GRAND.
L Enfantail,ce redoutable Sire,
Comme sç ;vcz., , par son Arc
glorieux
Tant rge¡JOilieJrwu:', xqui,des bords Sti-
Lesombre Roisoûmit àson Empire:
Ce Dieu,PRINCESSE,Artisan
d:vis yeux, Bride pour vous, sans oser vous le
dire;
Dtrezj ,comment, les nouvelles des
Dieux
Je puis fçavoir> Sufît, en ces bas
liCHX
Jhweur Jait tout desfilles de Alftiiorre:
Etd\i-:trepart,point ne tiens mon
hilloi/e.
VAmourna^urres ensonchar
ez.,4r
Vint uy bas par l'ordre desa mere
VOHÙmtfçavolrsifan Sceptre doré.
Sur Terre encor trouvoit culte sincere:
Registreprit lefier Dieude Cythere.
Pour tenir compte, ayant bien denombré,
De chaquetemple à Venus confllcrl.
Puis,devoit mettre aujft sur le Libelle,
Combien decoeurs adoroient l'lm.
mortelle:
Ainsi s'enva deson carquois paré,
FairerevuëAmournouveauBaréme
Par maint Paiscouroit comme un
Bohéirs.
Il fut ïtirpr,;,Peie vous dirai combien
Pasn'ytrouvaTempleCytherien
Tous les Servans de sa beautésu
pr:r,jc,
Etoient,Princesse
, en vôtre doux
Ilci ;
Su. pris , que dis-je?Amours'e
dnutoit bien:
Japrcrcyoït,quand ilvous eût for
mée,
£ujhr.niTjouilr,éstia mereen [croît de
T'iUjCHÏ
Toujours l'Enfant lui fait tour de
matois;
Quefip r elleilût l'amealarmee,
Fut consoléd'aprendre vosExploits:
Tout lui contoit la Déesse aux cent
voix , Mais aux propos Amour qui ne
s'arrête
,
De vos beauxjeux couroitsefaire
fête :
Ce Dieu vous vit, Princesse, Vautre
jour,
Plus belle encor que Venus ensa
Cour
» llvoi:s armay cen'est cas qui m'étonne
, A tous lescoeursvotre beauté tordor:
ne ;
De ses beaux traits , lui qui fçût
vous armer,
Put-il tarder* s'en laissercharmer:
jUais a;tre point causeicy majiir-
Pï',re,
Vert;: cjn formeentoutvotre Devise
, Au moins devolt alarmerses désirs:
Amourn'aimasinon pour les plaisirs,
Voire à Psiché lorsqu'il rendit Il
armes
Lefin matois contoitsursesfaveursm
pour VMts ,
Princesse
, ayant d'au
tres ardeurs
,Sa belle Nymphe il immole à vo
charmes:
Plus glorieux d'adorervosrigueursM
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320
p. 10[7]-150
REFLEXIONS CRITIQUES SUR LES AVANTURES DE TELEMAQUE FILS D'ULISSE.
Début :
La Nouvelle Edition des Avantures de Telemaque, par feu M. de Fenelon / Il y a long-tems qu'on souhaitoit de voir dans toute leur [...]
Mots clefs :
Télémaque, Coeur, Plaisirs, Louanges, Aventures, Bonheur, Esprit, Ouvrages, Discours, Critique, Poésie, Amour, Réflexions, Idées, Homère, Beauté, Narrations, Imitation, Défauts, Curiosité, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS CRITIQUES SUR LES AVANTURES DE TELEMAQUE FILS D'ULISSE.
La Nouvelle Edition des Avantitres
de Telemaque
, par feu
M. de Fenelon Archevêque de
Cambray,conformeau Manuscrit
Orginal,a donné lieu aux Re-
Jo: flexions suvantes. Je crois tfJ.
teresserlacuriosité desLecteurs,
en les leur communiquant.
jRE,FLEXIONS CRITIQUES SUR
LESAVANTURES
l, DE TELEMAQUE
, FILS DULISSE.
L y a long
- rems qu'on souhaitoit
de voir dans toute leur
perfection
,
les Avamures de
Telemaque. La modestie sévére
& scrupulease de Mr deFenelon,
avoit condamné à ne voir jamais
le jour,de son vivant, ce fruit priq
cieux de sa jeunesse; & sans un KzHl
zard d'autant plus glorieux po~
lui
, qu'il le craignoit plus [incu-.£
semene; le Public ne comment
ceroit que d'aujourd'hui, à ajouton
aux autres ,Titres dont il a ren
connu (on mérire, celui d'un de
premiers Poëtes de son Siècle
Mais enfin
,
l'Ouvrage ain ni
échapéducabinet desonAuteunu
ne pouvoir être qu'une Copie immi
parfaite d'un excellent Originalls
Il ne servit même qu'à irriterIl
Curiosité des Connoisseurs. CZ)
qu'on tenoit dans les mains, regretter ce qui éroit encore sou
la clef, & si Mr de Fenelon n'a'L'i
voir été mille foisplus estimabld
& plus charmant dans sa personne
que dans ses Ecrits ; je ne sçai
les beaux Esprits naturellement
jaloux de leurs plaisirs lui auIJJ
roient facilement pardonné de:-?!
jours qui leur coutoient si cheria
C'est ce qui a fait rechercher avec
tant d'emprenemenc, cette nous
velle Edition, conforme au Manuscrit
Original,donc nous tommes
redevables a la Famille de l'Aueur
: Il est vrai que le mérité de
l'Ouvrage en assûroit le succés,
mais il faut avoüer aussi. que la
multitude prodigieuse des Editons,
qui en ont été faites en difserensendroits,
sembloit en avoir
.xanané le Public.
C'est cette nouvelle Edition,
qui a donnelieu à ces Réfléxions;
«lies sont au moins sinceres,si elles
rçie sont pas judicieuses.
On ne manquera pas de m'accuser
de témérité, d'oser toucher
sa. un Ouvrage consacré , par une
Tjcepucadon
de
plusieurs années,
5*&: qui a réiini en sa faveur, les
Partisans des Anciens &des Mot).
d.ernes. Mais quoi La Critique
BJie peur-elle tomber que sur des
Ecrivains méprisables? Loin de
nous cette idée sausse & servile:
) Qu'il me soit poumis de le dire,
s.après Mr de la Motte. *La Critique
employée sur les bons Auteurs,
est d'une utilité considéra-
,..;'Í"JUïS
forlediSs-C-it
merite d-js Ojvrj"^t
oc goût.
ble pour le Public. Qiiel- service
lui rendez-vous,en relevant des
fautes grossieres, dans des Livresqu'il
ne lit plus ? Montrez ce qu'il
y a de plus vicieux en Beau, dans
les meilleurs Ecrits; démêlez y
des défauts, qui danslafoule des
beautés,avoientéchapés aux yeux
vulgaires, vôtre Critique fera interessante
; & du moins, se fera-telle
lire par sa singularité. Une
Critique des Avantures deTelemaque
est peut-être téméraire,
mais une Critique de l'Acarie,ou
du Poëme de la Magdelaine, ne
pourroit manquer d'être ennuyeuse*,
& de tous les défauts, c'est -
celui qu'on doit éviter avec le plusde
foin : il en cit qui se réparent,
qui ont même leurs agremems,
comme les beautés ; mais il
n'arrive point qu'on ennuyé
& qu'on plaise: En voilà assés
pourma justification , entrons
enmariere. Il y a sans doute? de grandes
beautés répandues dansées six premien,
1
miers Livres de Telemaque, où
le jeune Heros raconte ses Avin,
.- tures à Calipso. Il sçait vous attendrir
par lerécit deses malheurs;
, on les partage avec lui, le Poëtc
échapeàlavûë, onne voit qu'un
fils infortuné
,
cherchant son pere
dans toute l'étenduë des Mers.
On le une dans tous les dangers
qu'il court; décrit-il une Tempête,
on croit être dans les horreurs du
naufrage. Tantôt on se prépare
àpénir avec lui en Sicile, tantôt
transortédansles déserts de l'Egypte
,onygoûte toutes les douceurs
de la vie pastorale : Ici on
se confond
,
à la vûë d'un jeune
Prince qui ne balance pas un moment,
entre la mort& le mensonge,
quelque leger qu'il puisse
être. Là on admire sa Vertu jusques
dans ses foiblesses; en un
mot, tout vit, tout estanimé dans
sa narration; je crois cependant,
y appercevoir un défaut, & j'esr
pere qu'on en conviendra avec
'u10i ; essayons de le faire [cmir.
Mentor est présent à cette aimable
conversation, &ses loüanges
n'y sontpas épargnées;c'estàlui
qu'on raporte la gloire de tous
les périls évités: Chaque circonstance
lui vaut un nouvel hommage
,son nom est continuellement
dans la bouche du jeune Hejros
; non content de raporter ses
Actions , la mémoire reconnoissante
deTelemaque lui rapelle
des Harangues entieres, dont-il
les accompagnoit. Il ne les prononce
qu'avec uneespéce de transport;
& si les louangesd'Achille
x répanduës dans toute l'Iliade,
ont fait penser à quelqu'uns qu'-
elles en étoient le dessein. Ne feroit-
on pas tenté de croire que l'éloge
de Mentor est devenu le fond
&ledessein du discours deTelemaque,&
que le recit de sesAvantures
n'en est quele prerexce; el peuprés
comme ceChrysippe, doncparle
Seneque, qui avoit composé un
Traité des Bienfaits, où appareniment
pour égayer sa matiere, il
il avoit fait entrer une infinité
d'Histoires fabuleuses
,
qui occupoient
la meilleure-Partie de son
Livre. Ita ut , dit Seneque ,
de
ratione dandi, accipendi , reddendiquebeneficii
fwco ¡ulmodùm
dicat, nec hisfabulas ,sedhæcfabulis
inserit.
Je n'éxamine pas, si ces loüanges
sont justes ; elles le sont
sans doute: Je demande si elles
font à leur place,& il n'y a nulle
consequence de l'un à l'autre.Pour
moi, s'il m'est permis de dire ce
.que)c-m pense, j'avoüeraifincéremène
, queles deux Rôles de
TelemaquePanégériste & de
Mentor tranquile Auditeur de ses
propres louanges, ne me paroissent
nullement pris dans la Nature.
, En effet, que lque avidité de
loüanges qu'on remarque dans la
plûpart des hommes, l'expérience
nous apprend, qu'on ne sçauroit
s'entendre lpiier long-tems;
sans rougir: On auroit honte de
laisser paraître au dehors, ce qu'-
ftn éprouve intérieurement, & de
déceler le moins du monde le
plaisir sécrét qu'on ressent, aurécit
de ses loüanges. Ceresteprécieux
de nôtre premiere nature, cet air
embarassé
, cette lueur de modestie
qui se répand sur le visage,peu
fidele en cela aux sentimens. du
ccetir, annonce bien hautement
l'injustice & la vanité de ces éloges;
aussi, la véritable politesse
a-t-elle banni de ta Société civiles,
ces Loüeurs importuns, qui
sans voile & sans détour, vous
accablent en face, de leursloüanges
effronrées; on y veut desménagemens
, comme dans les reproches;
on n'aime pour Panégyristes,
que ceux qui croient nous déplaire
en nous loüant; & les louanges ne
réussissent3qu'autant qu'onparoît
désespérer de leur succés.
La vérité de ces principes me
garantit la jtifleflè de leur application,
& je ne vois qu'une chose
qu'on y puisse raisonnablement
opposer.
Bien loin me dira-t-on, que ce
que vouscritiquez dans le récit
que fait Telemaque de ses Avannues,
soit un véritable défaut ,
on seroit choqué de ne l'y pas
trouver, on est sensiblement touché
de voir dans ce jeune Prince,
une reconnoissance si. vive pour
Mentor : Les loüanges qu'elle lui
dicte
, n'ont point de bornes,
parce qu'elle n'en a point elle même
; & le désordre apparent qui y
regne, estun effet de l'Art le plus
merveilleux.
Eclaircissons les choses. Si les
loüanges de Mentor étoient semées
, avec un peu moins de
lpermofauqsiuoendans le discoursdeTe-
, ce coeur tendre & reconnoissant
qu'on admire en lui ,
les justifieroit suffisamment; mais
elles se montent à un poinr qui ne
leur laisse plus d'Apologie, Telemaque,
par quelques traits vifs&
courts ,
meslez adroitement au
récit de ses Avantures
,
pouvoit
faire sentir la part qu'y avoi Meator
; c'est tout ce qu'éxigeoit de
lui une juste reconnoissance , ë#
cela étoit dans la Nature: Va-t-il
au delà, il blesse la politesse, 31
la vraisemblance est violée.
Et ce qu'on ajoute, que les
loüanges se mesurensur la reconnoissance
qui les dicte
,
n'est pas
absolument vrai; car, il est évident
qu'il y a plusieurs occasions
où elles feroient trés-mal employées.
- Mais, pour rendre ceciencore
plus sensible, & mettre la question
dans le point du dénoüement. Supposons
qu'un jeune Seigneur de
Qualité, de retour de l'Armée
aprés deux » ou trois Campagnes,
se trouve dans uneAce de
Gensdeconsidération, qui lui demandent
en présence d un Gouverneur
rage & éclairé, qui l'a
suivi dans tous ses voyages, une
Relation des principales Aélion5
où il s'est trouvé: Ne seroit-on
pas choqué de le voirinterromprechaque
moment, son discours,
';pai'- les louanges de ce Gouverneur,
& le Gouverneurlui-même,
s'il écoutoit aussi tranquillement
ilôtJe Relateur, que Mentor écoutoit
le fils d'Uliue
, ne seroit-il
pas un peu embarassé. de sa contenance
:Enverité
,
lorsqu'on se
met à sa place, on nesçauroit s'empêcher
de le plaindre, & pour peu
que la Scéne durât, on ne sçait
pas trop comment il s'en pourrait
tirer. Au lieu deces louanges don-
-
nées sans ménagemenr, quelques
mots flateurs amenésinfenfibler
ment par la suite. du discours &
devenus comme nécessaires, rendront
à ce fidele Ami, la justice
qui lui est duë,sans blesser sa delicatesse
: On applaudira égaler
ment &aumérite qui les obtient.
& àla reçonnoissance qui les distribue.
Mais en voilà, aijes sur cet
article;passons à autre chose,
On peur être grand Poëte, sans
être Versificaceur. Les Avantures
deTelemaque, & si j'ose dire ce
que j'en pense
,
l'Ode qu'on y t,
ajouté dans cette Edition, en dor
une preuve évidente. Les Toui
poëtiques& hardis, les Idéesgra
cieufes & touchantes, les Peir
tures fortes&animées que Mr d
Fenelon a répanduës dans son Poi
me, avec une espèce de prodige
lité, dédomagent avec usure d
la rime qui lui manque, & c'est
ce stile enchanteur , comme l'ap
pelle Mr de la Motte, si bon Juge
en fait de stile, qu'il doit une bo
ne partie de sa réputation. Qu'c
me permette cependant une ré
fléxion, Je l'emprunterai de
de la Motte même.
Il y a des distinctions à fai
entre le mérite d'un Ouvrage,
celui de son Auteur; l'estime <
l'un n'entraîne pas toujours cel
de l'autre ; prenons-donc gard
deles confondre. J'admire aVI
les autres, le stile de Telemaqui
Mais ,
j'avoue que mon admir
tion ne passe pas jusqu'à l'Auteui
du moins dans le même dégré
parce qu'il ne me paroît pas qu
;;'je du lui coûter bien des veilles:
a-t-il aujourd'hui un autre mé-
Jèite, que celui de la mémoire,
,loti tout au plus, celui d'une comioilation
judicieuse dans ces images
pompeuses, dans ces descriptions
poétiques ,
dont il a paré on Ouvrage:Ellesluifont moins
Êd'honneur,qu'à Virgile & à Homere,
& aux autres Poëtes anciens
,
à qui elles appartiennent
en propre: En ettec, l'invention
est:le fruit de l'imagination& du
genie ; l'imitation ne demande que
fdauigtoiit Q,, du ji.gemert ;ceiîe-ci ne d'ordinairefarlesesprits,,
~fait d'ordinaire {ur les e(prirs"
qu'une impression assés foible;
celle-là frape, ravir& transporte:
'L'Inventeur ne parcage nos sussages
avec personne, il nous charme
encore jusques dans son Imitateur.
Celui-ci au contraire, ne
fait qu'effleurer la cime du coeur,
il n'y porte qu'un plaisir presque
émoussé;&dont un retour secret
sur son modeie, achève bientôt;
delui dérober la gloire. Il nelui
suffit pas, s'il veut plaire, d'
galer
son
Original, il faut qui
venteur lui-même ,il scache
faire perdre de vue
, en le sup;
sant. D'où vient que MrDe
préaux,imitateur assidu des S
tyriques Romains,s'est fait un
grand nom? Il invente en imitan
Tout ce qu'il emprunte , reço
dans ses mains une forme nouvell
Il y crée des grâces originale
il éclipse les modéles dans un foi
d'idéesqu'ils sembloint avoir ép
rés: Il fait trouver encore,des be;
rés qui leur croient échapees,
leur c,oîre même devient la siens
Je reviens à M. de Fenelon,
j'avoue librement que ses livres
plus poëtiques, ne font pas ce
que j'admire le plus, il n'y im
que de fimplesexprclfions
,
& l'
vention n'a pas beaucoup de j
dans cette fone d'imitation.
Ces Reflexions sur le Stile de"
lemaque me conduisent naturel
ment à l'examen de ses Compa
sons; c'eit un champ fécond p
Critiquejmais que peut-onajqu- rà ce qu'ont écrit sur cette ma-
LeM.dela
Motte &.M.l'Abbé,
Terraflon*, aussi ne ferai-je que fui-
Vre les vues qu'ils nous ont donmiées:
Les critiques qu'ils ont faites
.des comparaisons de l'Iti.ulc,apwiquées
auPoëme deTelemaque?
re perdront gueres de leur force.
La premiere chose qui Ase pre-
Sente dans chaque comparaison
c.dlralliance de deux idées,entre>
lesquelles on veut du raporti& de
la reuemblance. Ces idées ainsi
mariées, composent une image qui
doit être noble & agréable, & liée
de telle forte à ce qui la précédé&
ce qui la fuit
2 que sans détourner
trop par.l'idéeaccessoire qu'elle
presente, l'attention voüee à l'idée
principale, elle repande dans la
narration, cette variété qui enfait
tout le prix.
Quelques Auteurs jaf loux de
* Le Pere l'Amy danssonArt
4eparler•
l'honneur des Anciens, avace
qu'on ne doit pas rechercherun
pdo'urnteexaét entre toutes lespa
comparaison avec le
dont on parle,&qu'on y peut fafl
entrer de certaines choses qui ifl
sontplacées que pour ornerl'l
ge : On aperce même pourexer
ple,la comparaison que fait Vil"
le de ce jeune Ligurien vaincu pas
Camille, avec une Colombe qu
est entre le serres d'un Epervie
Aprèsavoir dit ce qui est de princi
pal, & sur quoi tombe lacompa
raison : Il ajoute>
Tum cruor & vultus labuntur Ai,
athere penna.
Ce qui n'est point de là comparaison,
& qui ne fert qu'à faire uni
peinture d'une Colombe qui ed
déchirée par un Epervier.
Pour moi, je croisque c'est un
véritable défaut, & je me hazarde
à soûrenit que la beauté d'une
comparaison se mesureégalement
sur
lur les trois conditions que nous
venons, de marquer. Les Anciens,
dit-on, n'ont point connu cet arc
ingenieux, cette méthode de denail
qui consiste à ménager l'attentionde
l'esprit,en ne lui presentantque
des raports simples & faciles
à deméler : Leurs comparai-
Ions sont chargées de circonstances
étrangeres au sujet
, je l'avoüe
,mais je niela consequence
pqeua'oun en veut tirer. Et quoi ! Le
n'est-iljamais échapéà ces
grands Maîtres ! Les vrais agremens
ne se trouvent - ils que dans
leurs écrits, ou dans ceux qui les
copient servilement ? Ne nous y
trompons point , : L'estime aveugle
qui les croit inimitables,les honore
- moins que l'émulation éclairée qui
s'éfforce de lessurpasser& il n'y en
a point qui ne nous dise, avec le
Poëte Grec
.* Un encens superstitieux
,
* La Motte, dansl'Ode intitulé,
l'Ombred'Homere.
, Au Itcti de m'honorer, me blef}'^
choisis,toutn'est pasprécieux.
Il n'y ajamais û de véritables béai*
tez, ,si ellescessent de l'être, parc.
qu'elles sont nouvelles.
Depuis les Critiques d'Homere
on est asséspersuadé de cette ver
té. Le pompeux desordre &
magnificence confuse des comps
raisons de ce Poëte, n'ébloüit pli
que des yeux anciens;&lasimpli
té si analogue à l'esprit humain,<
est devenuë la propriété essentia le. ,.
Cependant, quand je dis qu'un
comparaison doit être simple,
n'en: pas qu'elle nepuisseabsolu
ment comprendre plusieurs ra
ports, lasimplicité dont je parle
est une simplicité de netteté qu
écarte la confusion, & non pas un
simplicité d'unité
,
qui reprouv
toute multiplicité; aucontraire,un
comparaisoncomposée de plusieur
raports détaillezavecordre&de
JicatefTe3 pourvu que d'ailleurs
n'y mêle rien d'étranger au sujet,
- fera plus piquante qu'une compa- raison plus simple & froidement
reguliere : Car, telle est la nature
de l'esprit de l'homme; une clarté
trop familière ne le blesse pas
moins qu'une obscurité affectée :
Pour lui plaire, il faut sçavoir accorder
entre elles sa vanité & sa
paresse,lamultiplicité de raports
nettement exposez, produit cet accord
si dificile, elle lui procure un
exercice moderé & cette douce
agitation quî n'est autre chose que
le plaisir.
Je ne crois pas devoirm'étendre
beaucoup surce que j'ai dit en Second
lieu, que les comparaisons
doiventêtre nobles & agréables.
On le sçait assès; ce qui est fins;
agrément
, nous rebute ,& nous -
effarouche:Ce qui est sans éleva-
-
tion,nous dégoûte& nous affadit;
on ne plaît qu'en attirant l'admiration
ou l'amour.
J'ai encore ajouté que lescomparaisons
doivent avoir un certain ac
cord avec ce qui les précéde&
quilessuit,&cela demande qu
que explication. Les comparais
qu'on employédans les QuVtal
de Poësie,n'y sont pour l'ordina
qu'à titre d'Images Poëtiques.
Poëte naturellement vif & f
gueux, reprouve la moderatior
mide & scrupuleuse du Philoso
qui n'admet que des fimilitu
exactes;safin principale estdeje
de la variété dans la narration,
sans le secours des comparaiso
courroit risque d'ennuyer par
uniformité,mais il y a là dessus
précaution à prendre. Dans le
cours,dit 1,[IluftteMr-Pascal
ne faut pas détournerl'esprit tl
chose à une autre ,
si ce n'est pot
délasser: mais dans le tems QL)
est àpropos, &non autrement.
qui veut délasser hort de proj
lasse. J'ose donc assurer, sui
ces principes, que cette préter
variété
, que les comparaisonpandcM
dans le discours, er
serrompt souvent la vivaci
,
flç.fert quelque fois, qu'a énerver
la narration.
Qu'on y prenne garde,il est
une. uniformitévive & animée
qui fixel'attention de l'esprit &
Je tient comme en suspens. Le
Poëte, par exemple,m'anonce
le combat de deux Héros:Je les
vois,ils s'aprocherit,ilssont aux
mains; si dans le fort de l'action,
il cherche à me distrairepar quelque
image riante, je perds ce
trÓùibJe precieux qui m'avoit saisi"
d'abord; le plaisir s'enfuit in.
sensiblement de mon coeur,& fait
place à un calme insipide ôe une
ennuyeuse tranquillité.
Mais,dira-t-on
, ce qui ne prelente
qu'une idee gracieuse 5c
touchante, peut -il jamais manquer
de nous plaire? ouï
,
sans
doute , & l'expérience nous est
un bon Garant,que tout ce qui
est agreable en soy, ne nous plaist
dpeass tcohuojsoeusrns.'oEnntepfofeitn"t,1da'apglruésmpeanrtt
personel & indépendant; elles ein»
pruntent de nous mêmes'e plaisir
qu'elle nous procurent;l'éclat
dont elles brillent à nos yeux &.
qui nous faitsi souventillusion,est
pour l'ordinaire nôtre propre ouvrage;
nous nous regardons dans;
un miroir & nôtreimage nous
ébloüit,l'impression que font sur
nous les objetsextérieurs indiferente
d'elle-même à la peine ou
au plaisir, reçoit sa détermination,
des dispositions differentes où cHef
nous trouve. Ce qui nousréjouit
dans un tems, nous irrite dans
un
autre. Dérangez un peu l'ordre &
pour ainsi dire, le sisteme de nos
plaisirs, vous leur ôtez toute leur
vivacité, & le nom mêmedeplaisir
: La Symphonie plaît fort entre
les Actesd'une Tragédie,elle:
délasse l'esprit d'une application
trop forte elle le tranquilise
mais pouroit - t'on la souffrir au
milieu d'une Scéne vive & interessan
te; il en est demême dans
nôtre sujet. A la vue de ce Combat
vivement décrit, une étinceldu
beau feu qui anime les
ombattants, passe dans l'âme
a lecteure;il est rempli de pensés
Martiales, qu'il ne veut point
erdre; acoûtumé au son bruyant
u Clairon & auton severe des
Combats, il dédaigné la simple
lusette & les airs doux & toulants
: Il attend avec impatienquel
fera le fore de ces deux
uerriers qu'il voit aux mains;
tremble pour des jours qui lui
ot devenus chers, il admire &
craint tout ensemble;& cette
ainte même fait son bonheur,
spectacle terrible des Combatnts
acharnés l'un sur l'autre, le
vit & l'enchante, &ilnesçauit
en détourner les yeux sans
ouleur.
Appliquons presentement ces
incipes aux comparaisons de
lemaque; je ne puis medifnser
d'en citer quelqu'unes,
oique je sçâche assez que les
mparaifons sont presque [OÛ.
urs ennuyeuses; je le feray le
moins désagreablement quumci
fera possible.
Le je Livre des Avatuer
de Telemaque passe assezcomcommunément
pour le plus beau
4e tout l'Ouvrage ; c'est celuioù
ilyale plus d'art, ÔCou il en
paroît le moins; lecoeur humain
y est dévoilé, on y littout le jeu
des passions, onles fuit dans leurs
replis les plus cachez, dans leurs
détours les plus imperceptibles
Les jalouses. fureurs de Calipso,
les foiblesses amoureuies de Telemaque
, y sont peinte-s avecdes
traits immortels; quel trouble !
quelSI remords s'élevent dans
le coeur de ce jeune Prince 1 Calypso,
Eucharis& Mentorse le
disputent tour à tour Minerve
& le fils de Venus en font le
Champ de leurs Combats
,
Minerve
même pavoît vaincuë; Mentor
le cedeàEucharis,&l'amitié
est immolée à l'amour. Au
fo~dde ce coeur amoli parces
plaisirs, la gresencedeMentor eonserve
encore un reite de sagesse
& de force; & Telemaque nel'y
voit qui regret;tropfoible pour
vaincre sa passion, trop fort
pours'yabandonner sans rémora
sannonte, sa vertu même fait
son suplice, celle de sonamy
ne lui inspire qu'un respect accablant
: Illecraint &ilnel'aime
plus, il n'oseroit cependant le
quitter, mais il beniroit mille
fois la main secourable qui l'enlevant
à sesyeux le livreroit a
toute sa passion. Quels coups de
pinceau ! Quel domage ? que ces
endroits si tendrement touchez
soient gârez; j'ose le dire, par
des comparaisonsou peu nobles,
oupeuresseinblantes Lorsquon
à quelque delicatesse. de goût, aime-
t-on à voir comparer la jalousie
de Calypso à la fureur d'une Lion.
ne ,
à qui on a enlevé ses pents :
Les peines quecause à Mentor la
conduite de Telemaque , a celles
que tessentit la mere qui le mit au
monde dans les douleurs de l'enfancement;
les Nymphes erran
tes & dispersées sur toutes les montagnes
à untroupeau de moutons;
que la rage des loups affamez a
mis en fuite loin du Berger? Ces"
idées répondent-elles à la not-k!lè
du sujet? Je ne m'amuserai pas à
montrer en détaille défaut de chacune
de ces comparaisons, le Lec.
teur les qualifiera bien lui-même ;
je les abandonne sans crainte à son
équité &àson discernement.
Dans le Livre 3e, le Poëte à l'imitation
de Virgile, décrit la descente
de son Heros auxEnfers.
Telemaque traveise le Tartare &
leschamps Elisées,il y apperçoit les
peines & les recompenses destinées
aux bons & aux mauvais Rois;
ceux-cy en proye aux Furies & à
leurs Esclaves mêmes, déplorent
avec des larmes améres les jours
de leur puissance, qui se fontévavanoiiis
comme un songe; lesflateries
serviles, les adorations sacrileges,
qu'ils ont exigées de leurs
Sujets, font la mesure des a£rIont(
qu'ilsessuvent ceux-là couchez
tranquillementsur les Rivesfleuries
du Lethé, joiiiffem sans epnui
d'un repos éternel. La Théologie
fabuleusedesAnciens-sur les Enfers,
est à Mf de renelon unesourcesecondé
d'instructions,pour le
jeunePrincequ'ilinstruisoit ; tout
devient moral entre sesmains ; les
Furies, dit - il
,
presentent aux
Rois qui ont abusé de leur Puifrance,
un miroir qui leur montre
toute la difformité de leurs vices ;
ce que la flaterie baffe &imerefiee)
,
honoroit du nom specieux d'amour
de la paix. de courage, de
magnificence, repand dans ce mi-
-
roir fidelle,sa veritable nature,&
paroît sous Ces propres livrées;c'est
molesse, sureur,& vanitégroffiére.
Rien de plus ingenieux que cette
fiction, mais écoutons la suite,
ilsse voyoïentsans cesse dans ce miroir,
dit le Poëte
,
ilsse trouvaient
,
plus horribles & plusmonstrueux
que n'est la Chimere vaincuë par
Bellsrophon,niL'HjdreJLc Lerne
_"bbatuë par Hercules, ni Cerben
même,quoiqu'il vomisse de ses tout
gueules béantes,unsang noir& venimeux
, qui est capable,d'empester
toute la Race des mortelsvivans sur
laTerre.Cettecomparaison,est-elle.
bien ressemblante
,
& n'y auroiL-ÎI
rien à y desirer ducôtéde la netteté
&de la noblesse ? J'avoüe sincerement
que je ne vois pas un grand
raport, entreune difformité route
spirituelle,& la laideur épouventable
d'un Montre, entre la molesse
& la lâcheté d'un Sardanapale&
l'horrible figure de Cerbere.
Le Livre 9e finit par la more
d'Adraste. Telemaque,dit Mrde
Penelon,le saisit d'une main victorieuse,&
renverse, comme un
cruel
,
Aquilon abbat les tendres
Jmo'flonsj qui dorent la campagne., Ne diroit-on pas que le Poëte voudroir
excirer la compassiond'Adraite,
& donner l'honeur del'action
de Telemaqueî
Au reste
, qu'on n'aille pas conclure
de ces critiques, que je blâme
sans
,
rfanS exception, lescomparaisons
du Poëme deTelemaque: l'en fuis
bien éloigné, & j'en citerois vo-
- lontiers qai me paroissent des mo-
- deles achevez en ce genre; mais
les beautez se sentent toûjours
mieux que les dessauts. Je dis seulement
que c'est un article, sur lequel
Homérea un peu égaré son
Imitateur : Heureusément Mr de
Fenelon va souvent tout seul, &
c'est à cette heureuseliberté qu'il
s'est donnée, de s'écarter de son
modèle, qu'il doit la gloire de l'avoir
surpassé :)e suis sûr même que
le goût fin & judicieux, qu'on a
toujours admiré dans ses écrits, se
revoltoit de tems en tems contre
une imitation
,
où le coeur avoit
plus de part que l'esprit. En general,
les Poëmes del'Odiffée & de-
Telemaquesesont tous deux
tort , mais d'une maniere bien
differente ; le Poète Grec gâte un
peulePoëte François, &lePoëte
François efface le Poëte Grec.
Mais legrand avantage de Mrde
Cambray surle Chantre d'Ilion,
est du côté de la Morale tagecependant, il faut ;l'avaovüaenr-,
où la différence des tems qui ont
vû naître les deux Poëtes,a beaucoup
contribué. Souvent celle
d'Homéren'est honnête pas digne d'un Payen, au lieu que celle
de Mr de Fenelon atoute la pureté
qu'exige le Christianisme. Peut-on
se lasser, par exemple, d'admirer
la Vertu deTelemaque; &nôtre
siécle fourniroit-il bien des Chrêtiens
dignes de lui être comparez Tout est Précepte,tout est Instruction
dans ce Poëme-salutaire, jusqu'aux
ornemens mêmes,& l'Auteur
doit être excepté de ce qu'on dit en general des Poëtes :Qu'ils
siont pointd'autre but dans leyrs
Ecrits, que celui de plaire. -
Après une execution si heureuse,
du glorieuxdessein de rendre la
Poësieinstructive, ilest étonnant
qu'ilse trouve encore des gensqui prétendent qu'on doit,cil qualité de
Poëte, facrificr le Moral & l'Utile
àl'Agréable. UnePoësie Philosophique
& raisonnée ne leur paroît
plus une vraye Poësie; c'est un
lecteur de cette trempe, qui s'adressantauPoëte
qui le veut instruire
,
* Abandonneaux Zenons ta Morale
glacée,
Dit-il, tu nous dois d'autres
forts
Et quitte le Parnasse, Eleve du
Lycée,
Si tu veux donner des leçons.
Les Arts,ajoute-t-on, ont des
limites qu'ils ne doivent point passer;
l'instruction n'estpoint du
ressort de la Poësie;qu'elle s'en
tienne donc à l'agrément.
De tels Raisonnemens sont la
honte de l'Esprit humain. Souvent
je ne crains point de le dire; rien
ne favorise plus le Lecteur des
* La Motte, Ode de la ra.
rieté,
Sciences & des Arts, que cettbl
pdreécaution servile&mal entenduë,
se resseter scrupuleusement
dans sa propre Sphere; on l'agrandit,
en faisant effort d'en sortir,
&iln'apartient qu'à desGenies
rares d'introduire dans les
Sciences,ce desordre heureux &
sensé
,
qui confondant leurs richesses
& leurs droits, leséleve à des
usages qu'elles ne connoissoient
pas; car elles setiennent toutes par
quelque côté; & à mesurequ'on
sçaura les raprocher, leur utilité
fera plus sensible : La plûpart
des choses doivent tout leur prix
à l'alliance qu'elles ont entre-elles;
l'utile austerité du Philosophe,mariée
à l'enjoüement du Poëte,produit
un plaisir vif& solide &flatte
agréablement l'imagination en
faveur de la Raison. C'est ce que
Mr de Fenelon a bien [end; il a
montré que la Poësie peut instruire
, & même à plus juste titre, que laPhilosophie. L'instruction est
ïfâturclleiiiçnt humiliante; U-YÛ»
qu'elle nous fait jetter sur nos désauts,
blesse l'amour propre; les
avis qu'elle nous fait entendre,irritent
la présomption : Elleest encore
ennuyeuse, parce qu'elle
nous rapelle à nôtre propre coeur,
&nous livre, pour me servir des
termes de Mr l'Abbé de Pons, à -
la considération de nôtre Etre personnel
,
inseparable de l'ennui. La
Philosophie a travaillé à lever ces
obstacles , la Poësie y a réussi : Déguisant
l'instruction fous le masque
riant de la Fable & de l'Allegorie,
elle ménage l'orguëil, en le trompant
, & le dérobe à l'ennui qui le
poursuit sans cesse par la diversité
des objets qu'elle lui presente.
Il faut cependant prendre garde
que l'Instruction ne se perde dans
la foule des orneiiieps; ils doivent
cacher sa nudité, sans la faire méconnoître
; elle doir paroître ornée
& embelie
,
& non pas i mprudemment
fardée.
Telle est la Morale de Telemaque
, agréable & solide toerte
ensemble, Elle prévientlecoeur
par ses attraits, avant que d'é-î
clairer l'esprit par sa lumiere
Au milieu des agrémens qui lui
prere« nt- une bbeau'té é, trangè, re,elIlle
conferve Cori éclat propre & indépendant
, elle se montre avec
pompe & avecgrace i- mais elle
se montretoûjours,& pour tout
dire en un mot ;avec l'Auteur
de l'excellent discours qui est présentement
à la tête de l'Ouvrage ; elle estsublime dans ses principes,
noble dans sesmotifs, universelle
dans ses usages.
Je souscris de bon coeur à ces
éloges, mais voici un sentiment
dont je ne sçaurois tomber d'acord
L'Auteur de la dissertation que
~je-rviens de citer, voulant faire
voir comment la Morale de Telemaque
est noble dans ses mo- tifs,avance qu'on doitregarder, comme une fausse Philosophie,
celle qui fait du plaisir, le seul
ressort du coeur de l'homme;pour
moi,je la crois fortraisonnable, lk:
voici mes raisons en peu de mots.
Le premier coup d'oeil jetté sur
lecoeur de l'homme, nous découvre
le désirqu'ilad'être hûreux :
- Les objets qui l'environnent, ne
l'interessent qu'à raison de ce bonheur
auquel il aspire: Inconstant
avec dignité, les biens particuliers
l'amusentsuccessivement,
sans l'attacher. Tout décele dans
nous ce mouvement invincible de
la félicité; le désespoir même,
ôcla haine le publient en leur maniere
; il est en meme tems,toutes
nos Passions, & selon ses divers
états; ilporte les noms differens,
de Crainte,dEspérance, de loye &c. ,
De là, il s'enfuit que l'homme
désirenécessairementleplaisir;
puisque le bonheur n'est autre que
le plaisir, ou du moins en est inséparable.
Or , peut-on s'empêcher de reconnoître
pour le seul ressort du
coeur de l'homme,ce qu'il désire
nécessairement,comme le but de
tous ses projets, & le terme de
tous ses travaux :Qu'on consulte
l'Ex périence;qu'on rentre aM
fond de son coeur, pour examiner
ce qui le gouverne : Qu'on infère
roge tous ses mouvemens, toutes
ses inclinations,le sentiment inteneur
nous apprendra mieux que
les raisonnemens les plus subtils
,
que nous agissons toûjours selon ce
qui nous fait le plus de plaisir ;
lors même qu'on se détermine à
ne point agir, ou que l'on attente
sur sa propre vie.
Ce n'est point précisementla
connoissance dela vérité ,c'est le
plaisir qu'elle nous procure, qui
nous rend formellement hûreux.
Saint Augustin qui connoissoit si
bien le coeur humain,est plein de
cette pensée. * Beata vita est3
dit ce grand Métaphysicien,gaudium
de veritate. Ce n'est pas
même en possedant, c'est en aimant-
que nous sommes hûreux
* Confess. lib. 10. cap. zj.
ifI- Beatus non ille dici potest,ditle
même Pere, qui non amàt qaoct
habet
,
etiamsi optimum fît. L'amour
estla mesure du bonheur;
mais la connoissance du Moins en - cette vie, ne produit point par
elle-même l'amour; & nous n'éprouvons
que trop, que l'esprit
n'est pas le maître du coeur. La vérité
ne nous paroît aimable qu'à
la faveur du plaisir qui l'accompagne
; elle n'a presque aucune
part à nos aébons, tant qu'elle
n'est qu'une simple lumiere, l'attrait
est toûjours plus pui/Tant'.
Video meliora, proboque
,
deterio-
'sasequor.
Une suite de cette Doctrine est
la réponse que fait Telemaque
dans le cinquiéme Livre,à la question
proposée en ces termes;
Qui estle plus malhûreux de tous
les hommes? Il vient d'abord un
Sage de l'Isle de Lesbos, qui dit;
le plusmalhûreux detous les hoin-
* De moribus Eccl. Cathol.
mes est celui qui croit l'être
, &-
toute l'Assemblée applaudit à la
sagesse de cette réponse. Telemaque
interrogé, répond à iontour
, que le plus malhûreux de
tous les hommes est un Royqui
croit êtrehûreux, en rendant les
autres misérables. Toute l'Assemblée
avoiie qu'il a vaincu. Le Sage
Lesbien & les vieillards de l'Isle
de Crete qui avoient fait la question,
déclarent qu'il a rencontré
le vrai sens deMinos.
Des suffrages si importans pour
cette répprie-,.nem'empêcheront
point de dire ce quej'en pense &
j'ose encore examiner, après des
Juges si illustres.
Premierement. On n'est malhûreux,
qu'à proportion qu'on est
mécontent de son sort: Placédans
la situation la plus facheuse, je
suis heureux,si je m'y trouve bien;
les desirs & les craintes qui nous
agitent tour à tour,sont la source
de nos malheurs : Voulez-vous
fixer ces desirs &dissiper cescrainkS,
faites qu'unchacun soitconfient
de ce qu'il possede.
-:-" Or,celui qui croit être heureux
r-n'dl-il pas content de f">n sort?
S'il n'enétoit pas content, il en
desireroit un autre, & le desir naturellement
inquiet, se faisant vivement
sentir, ne lui permettroit
;j>as de se croire heureux;mais bien
loin de cela, son coeur est fermé
aux voeux impatiens que forment
la foiblesse & l'indigence:Il goûte
, ce repos precieux, qui est le premier
apanage de la felicité. Les
craintes aussi bien que les vains
souhaits
, ne viennent point troubler
son bonheur,elles se dissipent
en leur naissance, & ne sçauroient
tenir long-tems contre le charme
present de l'illusion qui l'amuse.
Mais aucontraire,qui est plus
mécontent de son sort, que celui
qui croit être le plus malheureux
..de tous les hommes? En proye
aux desirs les plus violens, il ne
connoît plus lesdouceursde l'Esperance;
tout lui paroîtaimable,au
prix de -ce qu'il souffre, ou de ce
qu'il croit souffrir : Sous un twic superbe
, noyé dans les delices, il
envie au Laboureur l'humble
chaume qui le couvre, & la sueur
de son front: Que dis - je? Il ne
sçauroit plussouffrir la vie, &après
s'être épuisé en desirs
,
sur un bonheur
qui le fuit, il ose souhaiter le
plus grand des maux.
Secondement, on raisonne à peu
près de lamême maniere en Physique
& en Morale, de la Douleur
& du Plaisir.-Les sensations, disent
les Philosophes nouveaux, ne
font point dans les Objets quien
sont les occasions. Cette douce
harmonie qui semblesortir de ce -
Clavessin, que touche à vos yeux
une main legére
3
n'est point dans
ce Clavessinmême, c'est vôtre
Ame qui est harmonieuse;Assisi,,,
les conditions differentes qui partagent
les hommes, ne les rendent
point heureux
, ou malheureux
par elles mêmes; au fond, les
objets ne changent point; l'idée du bonheur
l' bonheur est gaiement presente à
tous les esprits
,
mais l'applica-
- tion est presque toujours différen-
"-- te. Ce n'est pas, commeje le viens
de dire,qu'il n'y ait dans les objets
mêmes, un fondement réel
de cette diverfiré , mais chacun les
envisage différemment, & cette
façon particulière de les envifa-
-
ger , varie, l'impression qu'ils
doivent faire, felon les différentes
sortes d'esprits
Troisiémement. Du moins ne
sçauroit-on nier, que l'idée d'un
malheur présent ne soit desagréasobilte
par elle-même, & qu'on ne malhûreux en quelque forte
dés qu'on croit l'être. Parconséquent,
on le fera d'autant plus,
qu'on fc l'imaginera plus fortement,&
si on croit l'être plus que
le reste des hommes, on fera le
plus malhûreux de tous les
hommes.
Ces principes font certains, &
il ne me paroît pas qu'on puisse
rien opposer de solide àcesraisonnemens
; mais venons à quelque
chose de plus sensible.
Qu'y a-t-il de plus malhûreux
aux yeux de la raison, que ces sous,
qui s'imaginent, tantôt posséder
d'immenses richesses, tantôtgouverner
des Royaumes & com- mander des Armées, quelquefois
mêmejoüir de la Vision béatisique?
A peinesont-ce encore des
hommes, on les éxile de la société
humaine; on les renferme dans
des lieux écartés, où chacun pendant, ce- est bien aise de les aller
voir, & de les entendre : Leur
convention a,je ne sçai quoi, de
triste &deridicule, qui nous fait
rire & gémir tout ensemble. Les
plus Sages mêmes y courent avec les autres; le séjour de la folie
devient poureux, une Ecole de
sagesse
: Ils s'y convainquent de la
foiblesse de cette raison qui nous
enorgueillit si fort; & ce qui est
le comble de la sagesse
, ils y apprennent
combien elle est prés de la folie.
Cependant
, ce fou qui croit
posseder d'immenses richesses, &
dont nous plaignons le sort, e!t.
hûreux
, & c'est à sa folie qu'il
doit son bonheur. Il joiiit de toutes
les douceurs d'une grande fortune
,
sans enavoir les inquiétudes
& lessoins;&quilui rendroit
la raison,même avec les trésors
qu'il croit posseder
,
diminuerait
nécessairement sa félicité. Preuve
bien naturelle, sije ne me trompe,
que l'opinion feule fait le bonheur,
& qu'on est hûreux,ou malhûreux)
dés qu'on croitl'être.
Je pourrais pousser plus loin ces
réfléxions,& il y auroit bien d'autres
choses à réprendre, & plus encore
à loiier dans Telemaque;
mais je n'ai point prétendu entrer
dans un éxamen suivi de tout le
Poême : Le bornes que je dois me
prescrire, ne me me le permettent
pas; il seroit cependant à souhaiter
que quelque main habile voulut
l'entreprendre; il en reviendrait
au Public une utilité considerable *,
l'ouvrage même n'en feroit pâi
moinsadmiré, mais il le feroit
avec plus deconnoissance.
de Telemaque
, par feu
M. de Fenelon Archevêque de
Cambray,conformeau Manuscrit
Orginal,a donné lieu aux Re-
Jo: flexions suvantes. Je crois tfJ.
teresserlacuriosité desLecteurs,
en les leur communiquant.
jRE,FLEXIONS CRITIQUES SUR
LESAVANTURES
l, DE TELEMAQUE
, FILS DULISSE.
L y a long
- rems qu'on souhaitoit
de voir dans toute leur
perfection
,
les Avamures de
Telemaque. La modestie sévére
& scrupulease de Mr deFenelon,
avoit condamné à ne voir jamais
le jour,de son vivant, ce fruit priq
cieux de sa jeunesse; & sans un KzHl
zard d'autant plus glorieux po~
lui
, qu'il le craignoit plus [incu-.£
semene; le Public ne comment
ceroit que d'aujourd'hui, à ajouton
aux autres ,Titres dont il a ren
connu (on mérire, celui d'un de
premiers Poëtes de son Siècle
Mais enfin
,
l'Ouvrage ain ni
échapéducabinet desonAuteunu
ne pouvoir être qu'une Copie immi
parfaite d'un excellent Originalls
Il ne servit même qu'à irriterIl
Curiosité des Connoisseurs. CZ)
qu'on tenoit dans les mains, regretter ce qui éroit encore sou
la clef, & si Mr de Fenelon n'a'L'i
voir été mille foisplus estimabld
& plus charmant dans sa personne
que dans ses Ecrits ; je ne sçai
les beaux Esprits naturellement
jaloux de leurs plaisirs lui auIJJ
roient facilement pardonné de:-?!
jours qui leur coutoient si cheria
C'est ce qui a fait rechercher avec
tant d'emprenemenc, cette nous
velle Edition, conforme au Manuscrit
Original,donc nous tommes
redevables a la Famille de l'Aueur
: Il est vrai que le mérité de
l'Ouvrage en assûroit le succés,
mais il faut avoüer aussi. que la
multitude prodigieuse des Editons,
qui en ont été faites en difserensendroits,
sembloit en avoir
.xanané le Public.
C'est cette nouvelle Edition,
qui a donnelieu à ces Réfléxions;
«lies sont au moins sinceres,si elles
rçie sont pas judicieuses.
On ne manquera pas de m'accuser
de témérité, d'oser toucher
sa. un Ouvrage consacré , par une
Tjcepucadon
de
plusieurs années,
5*&: qui a réiini en sa faveur, les
Partisans des Anciens &des Mot).
d.ernes. Mais quoi La Critique
BJie peur-elle tomber que sur des
Ecrivains méprisables? Loin de
nous cette idée sausse & servile:
) Qu'il me soit poumis de le dire,
s.après Mr de la Motte. *La Critique
employée sur les bons Auteurs,
est d'une utilité considéra-
,..;'Í"JUïS
forlediSs-C-it
merite d-js Ojvrj"^t
oc goût.
ble pour le Public. Qiiel- service
lui rendez-vous,en relevant des
fautes grossieres, dans des Livresqu'il
ne lit plus ? Montrez ce qu'il
y a de plus vicieux en Beau, dans
les meilleurs Ecrits; démêlez y
des défauts, qui danslafoule des
beautés,avoientéchapés aux yeux
vulgaires, vôtre Critique fera interessante
; & du moins, se fera-telle
lire par sa singularité. Une
Critique des Avantures deTelemaque
est peut-être téméraire,
mais une Critique de l'Acarie,ou
du Poëme de la Magdelaine, ne
pourroit manquer d'être ennuyeuse*,
& de tous les défauts, c'est -
celui qu'on doit éviter avec le plusde
foin : il en cit qui se réparent,
qui ont même leurs agremems,
comme les beautés ; mais il
n'arrive point qu'on ennuyé
& qu'on plaise: En voilà assés
pourma justification , entrons
enmariere. Il y a sans doute? de grandes
beautés répandues dansées six premien,
1
miers Livres de Telemaque, où
le jeune Heros raconte ses Avin,
.- tures à Calipso. Il sçait vous attendrir
par lerécit deses malheurs;
, on les partage avec lui, le Poëtc
échapeàlavûë, onne voit qu'un
fils infortuné
,
cherchant son pere
dans toute l'étenduë des Mers.
On le une dans tous les dangers
qu'il court; décrit-il une Tempête,
on croit être dans les horreurs du
naufrage. Tantôt on se prépare
àpénir avec lui en Sicile, tantôt
transortédansles déserts de l'Egypte
,onygoûte toutes les douceurs
de la vie pastorale : Ici on
se confond
,
à la vûë d'un jeune
Prince qui ne balance pas un moment,
entre la mort& le mensonge,
quelque leger qu'il puisse
être. Là on admire sa Vertu jusques
dans ses foiblesses; en un
mot, tout vit, tout estanimé dans
sa narration; je crois cependant,
y appercevoir un défaut, & j'esr
pere qu'on en conviendra avec
'u10i ; essayons de le faire [cmir.
Mentor est présent à cette aimable
conversation, &ses loüanges
n'y sontpas épargnées;c'estàlui
qu'on raporte la gloire de tous
les périls évités: Chaque circonstance
lui vaut un nouvel hommage
,son nom est continuellement
dans la bouche du jeune Hejros
; non content de raporter ses
Actions , la mémoire reconnoissante
deTelemaque lui rapelle
des Harangues entieres, dont-il
les accompagnoit. Il ne les prononce
qu'avec uneespéce de transport;
& si les louangesd'Achille
x répanduës dans toute l'Iliade,
ont fait penser à quelqu'uns qu'-
elles en étoient le dessein. Ne feroit-
on pas tenté de croire que l'éloge
de Mentor est devenu le fond
&ledessein du discours deTelemaque,&
que le recit de sesAvantures
n'en est quele prerexce; el peuprés
comme ceChrysippe, doncparle
Seneque, qui avoit composé un
Traité des Bienfaits, où appareniment
pour égayer sa matiere, il
il avoit fait entrer une infinité
d'Histoires fabuleuses
,
qui occupoient
la meilleure-Partie de son
Livre. Ita ut , dit Seneque ,
de
ratione dandi, accipendi , reddendiquebeneficii
fwco ¡ulmodùm
dicat, nec hisfabulas ,sedhæcfabulis
inserit.
Je n'éxamine pas, si ces loüanges
sont justes ; elles le sont
sans doute: Je demande si elles
font à leur place,& il n'y a nulle
consequence de l'un à l'autre.Pour
moi, s'il m'est permis de dire ce
.que)c-m pense, j'avoüeraifincéremène
, queles deux Rôles de
TelemaquePanégériste & de
Mentor tranquile Auditeur de ses
propres louanges, ne me paroissent
nullement pris dans la Nature.
, En effet, que lque avidité de
loüanges qu'on remarque dans la
plûpart des hommes, l'expérience
nous apprend, qu'on ne sçauroit
s'entendre lpiier long-tems;
sans rougir: On auroit honte de
laisser paraître au dehors, ce qu'-
ftn éprouve intérieurement, & de
déceler le moins du monde le
plaisir sécrét qu'on ressent, aurécit
de ses loüanges. Ceresteprécieux
de nôtre premiere nature, cet air
embarassé
, cette lueur de modestie
qui se répand sur le visage,peu
fidele en cela aux sentimens. du
ccetir, annonce bien hautement
l'injustice & la vanité de ces éloges;
aussi, la véritable politesse
a-t-elle banni de ta Société civiles,
ces Loüeurs importuns, qui
sans voile & sans détour, vous
accablent en face, de leursloüanges
effronrées; on y veut desménagemens
, comme dans les reproches;
on n'aime pour Panégyristes,
que ceux qui croient nous déplaire
en nous loüant; & les louanges ne
réussissent3qu'autant qu'onparoît
désespérer de leur succés.
La vérité de ces principes me
garantit la jtifleflè de leur application,
& je ne vois qu'une chose
qu'on y puisse raisonnablement
opposer.
Bien loin me dira-t-on, que ce
que vouscritiquez dans le récit
que fait Telemaque de ses Avannues,
soit un véritable défaut ,
on seroit choqué de ne l'y pas
trouver, on est sensiblement touché
de voir dans ce jeune Prince,
une reconnoissance si. vive pour
Mentor : Les loüanges qu'elle lui
dicte
, n'ont point de bornes,
parce qu'elle n'en a point elle même
; & le désordre apparent qui y
regne, estun effet de l'Art le plus
merveilleux.
Eclaircissons les choses. Si les
loüanges de Mentor étoient semées
, avec un peu moins de
lpermofauqsiuoendans le discoursdeTe-
, ce coeur tendre & reconnoissant
qu'on admire en lui ,
les justifieroit suffisamment; mais
elles se montent à un poinr qui ne
leur laisse plus d'Apologie, Telemaque,
par quelques traits vifs&
courts ,
meslez adroitement au
récit de ses Avantures
,
pouvoit
faire sentir la part qu'y avoi Meator
; c'est tout ce qu'éxigeoit de
lui une juste reconnoissance , ë#
cela étoit dans la Nature: Va-t-il
au delà, il blesse la politesse, 31
la vraisemblance est violée.
Et ce qu'on ajoute, que les
loüanges se mesurensur la reconnoissance
qui les dicte
,
n'est pas
absolument vrai; car, il est évident
qu'il y a plusieurs occasions
où elles feroient trés-mal employées.
- Mais, pour rendre ceciencore
plus sensible, & mettre la question
dans le point du dénoüement. Supposons
qu'un jeune Seigneur de
Qualité, de retour de l'Armée
aprés deux » ou trois Campagnes,
se trouve dans uneAce de
Gensdeconsidération, qui lui demandent
en présence d un Gouverneur
rage & éclairé, qui l'a
suivi dans tous ses voyages, une
Relation des principales Aélion5
où il s'est trouvé: Ne seroit-on
pas choqué de le voirinterromprechaque
moment, son discours,
';pai'- les louanges de ce Gouverneur,
& le Gouverneurlui-même,
s'il écoutoit aussi tranquillement
ilôtJe Relateur, que Mentor écoutoit
le fils d'Uliue
, ne seroit-il
pas un peu embarassé. de sa contenance
:Enverité
,
lorsqu'on se
met à sa place, on nesçauroit s'empêcher
de le plaindre, & pour peu
que la Scéne durât, on ne sçait
pas trop comment il s'en pourrait
tirer. Au lieu deces louanges don-
-
nées sans ménagemenr, quelques
mots flateurs amenésinfenfibler
ment par la suite. du discours &
devenus comme nécessaires, rendront
à ce fidele Ami, la justice
qui lui est duë,sans blesser sa delicatesse
: On applaudira égaler
ment &aumérite qui les obtient.
& àla reçonnoissance qui les distribue.
Mais en voilà, aijes sur cet
article;passons à autre chose,
On peur être grand Poëte, sans
être Versificaceur. Les Avantures
deTelemaque, & si j'ose dire ce
que j'en pense
,
l'Ode qu'on y t,
ajouté dans cette Edition, en dor
une preuve évidente. Les Toui
poëtiques& hardis, les Idéesgra
cieufes & touchantes, les Peir
tures fortes&animées que Mr d
Fenelon a répanduës dans son Poi
me, avec une espèce de prodige
lité, dédomagent avec usure d
la rime qui lui manque, & c'est
ce stile enchanteur , comme l'ap
pelle Mr de la Motte, si bon Juge
en fait de stile, qu'il doit une bo
ne partie de sa réputation. Qu'c
me permette cependant une ré
fléxion, Je l'emprunterai de
de la Motte même.
Il y a des distinctions à fai
entre le mérite d'un Ouvrage,
celui de son Auteur; l'estime <
l'un n'entraîne pas toujours cel
de l'autre ; prenons-donc gard
deles confondre. J'admire aVI
les autres, le stile de Telemaqui
Mais ,
j'avoue que mon admir
tion ne passe pas jusqu'à l'Auteui
du moins dans le même dégré
parce qu'il ne me paroît pas qu
;;'je du lui coûter bien des veilles:
a-t-il aujourd'hui un autre mé-
Jèite, que celui de la mémoire,
,loti tout au plus, celui d'une comioilation
judicieuse dans ces images
pompeuses, dans ces descriptions
poétiques ,
dont il a paré on Ouvrage:Ellesluifont moins
Êd'honneur,qu'à Virgile & à Homere,
& aux autres Poëtes anciens
,
à qui elles appartiennent
en propre: En ettec, l'invention
est:le fruit de l'imagination& du
genie ; l'imitation ne demande que
fdauigtoiit Q,, du ji.gemert ;ceiîe-ci ne d'ordinairefarlesesprits,,
~fait d'ordinaire {ur les e(prirs"
qu'une impression assés foible;
celle-là frape, ravir& transporte:
'L'Inventeur ne parcage nos sussages
avec personne, il nous charme
encore jusques dans son Imitateur.
Celui-ci au contraire, ne
fait qu'effleurer la cime du coeur,
il n'y porte qu'un plaisir presque
émoussé;&dont un retour secret
sur son modeie, achève bientôt;
delui dérober la gloire. Il nelui
suffit pas, s'il veut plaire, d'
galer
son
Original, il faut qui
venteur lui-même ,il scache
faire perdre de vue
, en le sup;
sant. D'où vient que MrDe
préaux,imitateur assidu des S
tyriques Romains,s'est fait un
grand nom? Il invente en imitan
Tout ce qu'il emprunte , reço
dans ses mains une forme nouvell
Il y crée des grâces originale
il éclipse les modéles dans un foi
d'idéesqu'ils sembloint avoir ép
rés: Il fait trouver encore,des be;
rés qui leur croient échapees,
leur c,oîre même devient la siens
Je reviens à M. de Fenelon,
j'avoue librement que ses livres
plus poëtiques, ne font pas ce
que j'admire le plus, il n'y im
que de fimplesexprclfions
,
& l'
vention n'a pas beaucoup de j
dans cette fone d'imitation.
Ces Reflexions sur le Stile de"
lemaque me conduisent naturel
ment à l'examen de ses Compa
sons; c'eit un champ fécond p
Critiquejmais que peut-onajqu- rà ce qu'ont écrit sur cette ma-
LeM.dela
Motte &.M.l'Abbé,
Terraflon*, aussi ne ferai-je que fui-
Vre les vues qu'ils nous ont donmiées:
Les critiques qu'ils ont faites
.des comparaisons de l'Iti.ulc,apwiquées
auPoëme deTelemaque?
re perdront gueres de leur force.
La premiere chose qui Ase pre-
Sente dans chaque comparaison
c.dlralliance de deux idées,entre>
lesquelles on veut du raporti& de
la reuemblance. Ces idées ainsi
mariées, composent une image qui
doit être noble & agréable, & liée
de telle forte à ce qui la précédé&
ce qui la fuit
2 que sans détourner
trop par.l'idéeaccessoire qu'elle
presente, l'attention voüee à l'idée
principale, elle repande dans la
narration, cette variété qui enfait
tout le prix.
Quelques Auteurs jaf loux de
* Le Pere l'Amy danssonArt
4eparler•
l'honneur des Anciens, avace
qu'on ne doit pas rechercherun
pdo'urnteexaét entre toutes lespa
comparaison avec le
dont on parle,&qu'on y peut fafl
entrer de certaines choses qui ifl
sontplacées que pour ornerl'l
ge : On aperce même pourexer
ple,la comparaison que fait Vil"
le de ce jeune Ligurien vaincu pas
Camille, avec une Colombe qu
est entre le serres d'un Epervie
Aprèsavoir dit ce qui est de princi
pal, & sur quoi tombe lacompa
raison : Il ajoute>
Tum cruor & vultus labuntur Ai,
athere penna.
Ce qui n'est point de là comparaison,
& qui ne fert qu'à faire uni
peinture d'une Colombe qui ed
déchirée par un Epervier.
Pour moi, je croisque c'est un
véritable défaut, & je me hazarde
à soûrenit que la beauté d'une
comparaison se mesureégalement
sur
lur les trois conditions que nous
venons, de marquer. Les Anciens,
dit-on, n'ont point connu cet arc
ingenieux, cette méthode de denail
qui consiste à ménager l'attentionde
l'esprit,en ne lui presentantque
des raports simples & faciles
à deméler : Leurs comparai-
Ions sont chargées de circonstances
étrangeres au sujet
, je l'avoüe
,mais je niela consequence
pqeua'oun en veut tirer. Et quoi ! Le
n'est-iljamais échapéà ces
grands Maîtres ! Les vrais agremens
ne se trouvent - ils que dans
leurs écrits, ou dans ceux qui les
copient servilement ? Ne nous y
trompons point , : L'estime aveugle
qui les croit inimitables,les honore
- moins que l'émulation éclairée qui
s'éfforce de lessurpasser& il n'y en
a point qui ne nous dise, avec le
Poëte Grec
.* Un encens superstitieux
,
* La Motte, dansl'Ode intitulé,
l'Ombred'Homere.
, Au Itcti de m'honorer, me blef}'^
choisis,toutn'est pasprécieux.
Il n'y ajamais û de véritables béai*
tez, ,si ellescessent de l'être, parc.
qu'elles sont nouvelles.
Depuis les Critiques d'Homere
on est asséspersuadé de cette ver
té. Le pompeux desordre &
magnificence confuse des comps
raisons de ce Poëte, n'ébloüit pli
que des yeux anciens;&lasimpli
té si analogue à l'esprit humain,<
est devenuë la propriété essentia le. ,.
Cependant, quand je dis qu'un
comparaison doit être simple,
n'en: pas qu'elle nepuisseabsolu
ment comprendre plusieurs ra
ports, lasimplicité dont je parle
est une simplicité de netteté qu
écarte la confusion, & non pas un
simplicité d'unité
,
qui reprouv
toute multiplicité; aucontraire,un
comparaisoncomposée de plusieur
raports détaillezavecordre&de
JicatefTe3 pourvu que d'ailleurs
n'y mêle rien d'étranger au sujet,
- fera plus piquante qu'une compa- raison plus simple & froidement
reguliere : Car, telle est la nature
de l'esprit de l'homme; une clarté
trop familière ne le blesse pas
moins qu'une obscurité affectée :
Pour lui plaire, il faut sçavoir accorder
entre elles sa vanité & sa
paresse,lamultiplicité de raports
nettement exposez, produit cet accord
si dificile, elle lui procure un
exercice moderé & cette douce
agitation quî n'est autre chose que
le plaisir.
Je ne crois pas devoirm'étendre
beaucoup surce que j'ai dit en Second
lieu, que les comparaisons
doiventêtre nobles & agréables.
On le sçait assès; ce qui est fins;
agrément
, nous rebute ,& nous -
effarouche:Ce qui est sans éleva-
-
tion,nous dégoûte& nous affadit;
on ne plaît qu'en attirant l'admiration
ou l'amour.
J'ai encore ajouté que lescomparaisons
doivent avoir un certain ac
cord avec ce qui les précéde&
quilessuit,&cela demande qu
que explication. Les comparais
qu'on employédans les QuVtal
de Poësie,n'y sont pour l'ordina
qu'à titre d'Images Poëtiques.
Poëte naturellement vif & f
gueux, reprouve la moderatior
mide & scrupuleuse du Philoso
qui n'admet que des fimilitu
exactes;safin principale estdeje
de la variété dans la narration,
sans le secours des comparaiso
courroit risque d'ennuyer par
uniformité,mais il y a là dessus
précaution à prendre. Dans le
cours,dit 1,[IluftteMr-Pascal
ne faut pas détournerl'esprit tl
chose à une autre ,
si ce n'est pot
délasser: mais dans le tems QL)
est àpropos, &non autrement.
qui veut délasser hort de proj
lasse. J'ose donc assurer, sui
ces principes, que cette préter
variété
, que les comparaisonpandcM
dans le discours, er
serrompt souvent la vivaci
,
flç.fert quelque fois, qu'a énerver
la narration.
Qu'on y prenne garde,il est
une. uniformitévive & animée
qui fixel'attention de l'esprit &
Je tient comme en suspens. Le
Poëte, par exemple,m'anonce
le combat de deux Héros:Je les
vois,ils s'aprocherit,ilssont aux
mains; si dans le fort de l'action,
il cherche à me distrairepar quelque
image riante, je perds ce
trÓùibJe precieux qui m'avoit saisi"
d'abord; le plaisir s'enfuit in.
sensiblement de mon coeur,& fait
place à un calme insipide ôe une
ennuyeuse tranquillité.
Mais,dira-t-on
, ce qui ne prelente
qu'une idee gracieuse 5c
touchante, peut -il jamais manquer
de nous plaire? ouï
,
sans
doute , & l'expérience nous est
un bon Garant,que tout ce qui
est agreable en soy, ne nous plaist
dpeass tcohuojsoeusrns.'oEnntepfofeitn"t,1da'apglruésmpeanrtt
personel & indépendant; elles ein»
pruntent de nous mêmes'e plaisir
qu'elle nous procurent;l'éclat
dont elles brillent à nos yeux &.
qui nous faitsi souventillusion,est
pour l'ordinaire nôtre propre ouvrage;
nous nous regardons dans;
un miroir & nôtreimage nous
ébloüit,l'impression que font sur
nous les objetsextérieurs indiferente
d'elle-même à la peine ou
au plaisir, reçoit sa détermination,
des dispositions differentes où cHef
nous trouve. Ce qui nousréjouit
dans un tems, nous irrite dans
un
autre. Dérangez un peu l'ordre &
pour ainsi dire, le sisteme de nos
plaisirs, vous leur ôtez toute leur
vivacité, & le nom mêmedeplaisir
: La Symphonie plaît fort entre
les Actesd'une Tragédie,elle:
délasse l'esprit d'une application
trop forte elle le tranquilise
mais pouroit - t'on la souffrir au
milieu d'une Scéne vive & interessan
te; il en est demême dans
nôtre sujet. A la vue de ce Combat
vivement décrit, une étinceldu
beau feu qui anime les
ombattants, passe dans l'âme
a lecteure;il est rempli de pensés
Martiales, qu'il ne veut point
erdre; acoûtumé au son bruyant
u Clairon & auton severe des
Combats, il dédaigné la simple
lusette & les airs doux & toulants
: Il attend avec impatienquel
fera le fore de ces deux
uerriers qu'il voit aux mains;
tremble pour des jours qui lui
ot devenus chers, il admire &
craint tout ensemble;& cette
ainte même fait son bonheur,
spectacle terrible des Combatnts
acharnés l'un sur l'autre, le
vit & l'enchante, &ilnesçauit
en détourner les yeux sans
ouleur.
Appliquons presentement ces
incipes aux comparaisons de
lemaque; je ne puis medifnser
d'en citer quelqu'unes,
oique je sçâche assez que les
mparaifons sont presque [OÛ.
urs ennuyeuses; je le feray le
moins désagreablement quumci
fera possible.
Le je Livre des Avatuer
de Telemaque passe assezcomcommunément
pour le plus beau
4e tout l'Ouvrage ; c'est celuioù
ilyale plus d'art, ÔCou il en
paroît le moins; lecoeur humain
y est dévoilé, on y littout le jeu
des passions, onles fuit dans leurs
replis les plus cachez, dans leurs
détours les plus imperceptibles
Les jalouses. fureurs de Calipso,
les foiblesses amoureuies de Telemaque
, y sont peinte-s avecdes
traits immortels; quel trouble !
quelSI remords s'élevent dans
le coeur de ce jeune Prince 1 Calypso,
Eucharis& Mentorse le
disputent tour à tour Minerve
& le fils de Venus en font le
Champ de leurs Combats
,
Minerve
même pavoît vaincuë; Mentor
le cedeàEucharis,&l'amitié
est immolée à l'amour. Au
fo~dde ce coeur amoli parces
plaisirs, la gresencedeMentor eonserve
encore un reite de sagesse
& de force; & Telemaque nel'y
voit qui regret;tropfoible pour
vaincre sa passion, trop fort
pours'yabandonner sans rémora
sannonte, sa vertu même fait
son suplice, celle de sonamy
ne lui inspire qu'un respect accablant
: Illecraint &ilnel'aime
plus, il n'oseroit cependant le
quitter, mais il beniroit mille
fois la main secourable qui l'enlevant
à sesyeux le livreroit a
toute sa passion. Quels coups de
pinceau ! Quel domage ? que ces
endroits si tendrement touchez
soient gârez; j'ose le dire, par
des comparaisonsou peu nobles,
oupeuresseinblantes Lorsquon
à quelque delicatesse. de goût, aime-
t-on à voir comparer la jalousie
de Calypso à la fureur d'une Lion.
ne ,
à qui on a enlevé ses pents :
Les peines quecause à Mentor la
conduite de Telemaque , a celles
que tessentit la mere qui le mit au
monde dans les douleurs de l'enfancement;
les Nymphes erran
tes & dispersées sur toutes les montagnes
à untroupeau de moutons;
que la rage des loups affamez a
mis en fuite loin du Berger? Ces"
idées répondent-elles à la not-k!lè
du sujet? Je ne m'amuserai pas à
montrer en détaille défaut de chacune
de ces comparaisons, le Lec.
teur les qualifiera bien lui-même ;
je les abandonne sans crainte à son
équité &àson discernement.
Dans le Livre 3e, le Poëte à l'imitation
de Virgile, décrit la descente
de son Heros auxEnfers.
Telemaque traveise le Tartare &
leschamps Elisées,il y apperçoit les
peines & les recompenses destinées
aux bons & aux mauvais Rois;
ceux-cy en proye aux Furies & à
leurs Esclaves mêmes, déplorent
avec des larmes améres les jours
de leur puissance, qui se fontévavanoiiis
comme un songe; lesflateries
serviles, les adorations sacrileges,
qu'ils ont exigées de leurs
Sujets, font la mesure des a£rIont(
qu'ilsessuvent ceux-là couchez
tranquillementsur les Rivesfleuries
du Lethé, joiiiffem sans epnui
d'un repos éternel. La Théologie
fabuleusedesAnciens-sur les Enfers,
est à Mf de renelon unesourcesecondé
d'instructions,pour le
jeunePrincequ'ilinstruisoit ; tout
devient moral entre sesmains ; les
Furies, dit - il
,
presentent aux
Rois qui ont abusé de leur Puifrance,
un miroir qui leur montre
toute la difformité de leurs vices ;
ce que la flaterie baffe &imerefiee)
,
honoroit du nom specieux d'amour
de la paix. de courage, de
magnificence, repand dans ce mi-
-
roir fidelle,sa veritable nature,&
paroît sous Ces propres livrées;c'est
molesse, sureur,& vanitégroffiére.
Rien de plus ingenieux que cette
fiction, mais écoutons la suite,
ilsse voyoïentsans cesse dans ce miroir,
dit le Poëte
,
ilsse trouvaient
,
plus horribles & plusmonstrueux
que n'est la Chimere vaincuë par
Bellsrophon,niL'HjdreJLc Lerne
_"bbatuë par Hercules, ni Cerben
même,quoiqu'il vomisse de ses tout
gueules béantes,unsang noir& venimeux
, qui est capable,d'empester
toute la Race des mortelsvivans sur
laTerre.Cettecomparaison,est-elle.
bien ressemblante
,
& n'y auroiL-ÎI
rien à y desirer ducôtéde la netteté
&de la noblesse ? J'avoüe sincerement
que je ne vois pas un grand
raport, entreune difformité route
spirituelle,& la laideur épouventable
d'un Montre, entre la molesse
& la lâcheté d'un Sardanapale&
l'horrible figure de Cerbere.
Le Livre 9e finit par la more
d'Adraste. Telemaque,dit Mrde
Penelon,le saisit d'une main victorieuse,&
renverse, comme un
cruel
,
Aquilon abbat les tendres
Jmo'flonsj qui dorent la campagne., Ne diroit-on pas que le Poëte voudroir
excirer la compassiond'Adraite,
& donner l'honeur del'action
de Telemaqueî
Au reste
, qu'on n'aille pas conclure
de ces critiques, que je blâme
sans
,
rfanS exception, lescomparaisons
du Poëme deTelemaque: l'en fuis
bien éloigné, & j'en citerois vo-
- lontiers qai me paroissent des mo-
- deles achevez en ce genre; mais
les beautez se sentent toûjours
mieux que les dessauts. Je dis seulement
que c'est un article, sur lequel
Homérea un peu égaré son
Imitateur : Heureusément Mr de
Fenelon va souvent tout seul, &
c'est à cette heureuseliberté qu'il
s'est donnée, de s'écarter de son
modèle, qu'il doit la gloire de l'avoir
surpassé :)e suis sûr même que
le goût fin & judicieux, qu'on a
toujours admiré dans ses écrits, se
revoltoit de tems en tems contre
une imitation
,
où le coeur avoit
plus de part que l'esprit. En general,
les Poëmes del'Odiffée & de-
Telemaquesesont tous deux
tort , mais d'une maniere bien
differente ; le Poète Grec gâte un
peulePoëte François, &lePoëte
François efface le Poëte Grec.
Mais legrand avantage de Mrde
Cambray surle Chantre d'Ilion,
est du côté de la Morale tagecependant, il faut ;l'avaovüaenr-,
où la différence des tems qui ont
vû naître les deux Poëtes,a beaucoup
contribué. Souvent celle
d'Homéren'est honnête pas digne d'un Payen, au lieu que celle
de Mr de Fenelon atoute la pureté
qu'exige le Christianisme. Peut-on
se lasser, par exemple, d'admirer
la Vertu deTelemaque; &nôtre
siécle fourniroit-il bien des Chrêtiens
dignes de lui être comparez Tout est Précepte,tout est Instruction
dans ce Poëme-salutaire, jusqu'aux
ornemens mêmes,& l'Auteur
doit être excepté de ce qu'on dit en general des Poëtes :Qu'ils
siont pointd'autre but dans leyrs
Ecrits, que celui de plaire. -
Après une execution si heureuse,
du glorieuxdessein de rendre la
Poësieinstructive, ilest étonnant
qu'ilse trouve encore des gensqui prétendent qu'on doit,cil qualité de
Poëte, facrificr le Moral & l'Utile
àl'Agréable. UnePoësie Philosophique
& raisonnée ne leur paroît
plus une vraye Poësie; c'est un
lecteur de cette trempe, qui s'adressantauPoëte
qui le veut instruire
,
* Abandonneaux Zenons ta Morale
glacée,
Dit-il, tu nous dois d'autres
forts
Et quitte le Parnasse, Eleve du
Lycée,
Si tu veux donner des leçons.
Les Arts,ajoute-t-on, ont des
limites qu'ils ne doivent point passer;
l'instruction n'estpoint du
ressort de la Poësie;qu'elle s'en
tienne donc à l'agrément.
De tels Raisonnemens sont la
honte de l'Esprit humain. Souvent
je ne crains point de le dire; rien
ne favorise plus le Lecteur des
* La Motte, Ode de la ra.
rieté,
Sciences & des Arts, que cettbl
pdreécaution servile&mal entenduë,
se resseter scrupuleusement
dans sa propre Sphere; on l'agrandit,
en faisant effort d'en sortir,
&iln'apartient qu'à desGenies
rares d'introduire dans les
Sciences,ce desordre heureux &
sensé
,
qui confondant leurs richesses
& leurs droits, leséleve à des
usages qu'elles ne connoissoient
pas; car elles setiennent toutes par
quelque côté; & à mesurequ'on
sçaura les raprocher, leur utilité
fera plus sensible : La plûpart
des choses doivent tout leur prix
à l'alliance qu'elles ont entre-elles;
l'utile austerité du Philosophe,mariée
à l'enjoüement du Poëte,produit
un plaisir vif& solide &flatte
agréablement l'imagination en
faveur de la Raison. C'est ce que
Mr de Fenelon a bien [end; il a
montré que la Poësie peut instruire
, & même à plus juste titre, que laPhilosophie. L'instruction est
ïfâturclleiiiçnt humiliante; U-YÛ»
qu'elle nous fait jetter sur nos désauts,
blesse l'amour propre; les
avis qu'elle nous fait entendre,irritent
la présomption : Elleest encore
ennuyeuse, parce qu'elle
nous rapelle à nôtre propre coeur,
&nous livre, pour me servir des
termes de Mr l'Abbé de Pons, à -
la considération de nôtre Etre personnel
,
inseparable de l'ennui. La
Philosophie a travaillé à lever ces
obstacles , la Poësie y a réussi : Déguisant
l'instruction fous le masque
riant de la Fable & de l'Allegorie,
elle ménage l'orguëil, en le trompant
, & le dérobe à l'ennui qui le
poursuit sans cesse par la diversité
des objets qu'elle lui presente.
Il faut cependant prendre garde
que l'Instruction ne se perde dans
la foule des orneiiieps; ils doivent
cacher sa nudité, sans la faire méconnoître
; elle doir paroître ornée
& embelie
,
& non pas i mprudemment
fardée.
Telle est la Morale de Telemaque
, agréable & solide toerte
ensemble, Elle prévientlecoeur
par ses attraits, avant que d'é-î
clairer l'esprit par sa lumiere
Au milieu des agrémens qui lui
prere« nt- une bbeau'té é, trangè, re,elIlle
conferve Cori éclat propre & indépendant
, elle se montre avec
pompe & avecgrace i- mais elle
se montretoûjours,& pour tout
dire en un mot ;avec l'Auteur
de l'excellent discours qui est présentement
à la tête de l'Ouvrage ; elle estsublime dans ses principes,
noble dans sesmotifs, universelle
dans ses usages.
Je souscris de bon coeur à ces
éloges, mais voici un sentiment
dont je ne sçaurois tomber d'acord
L'Auteur de la dissertation que
~je-rviens de citer, voulant faire
voir comment la Morale de Telemaque
est noble dans ses mo- tifs,avance qu'on doitregarder, comme une fausse Philosophie,
celle qui fait du plaisir, le seul
ressort du coeur de l'homme;pour
moi,je la crois fortraisonnable, lk:
voici mes raisons en peu de mots.
Le premier coup d'oeil jetté sur
lecoeur de l'homme, nous découvre
le désirqu'ilad'être hûreux :
- Les objets qui l'environnent, ne
l'interessent qu'à raison de ce bonheur
auquel il aspire: Inconstant
avec dignité, les biens particuliers
l'amusentsuccessivement,
sans l'attacher. Tout décele dans
nous ce mouvement invincible de
la félicité; le désespoir même,
ôcla haine le publient en leur maniere
; il est en meme tems,toutes
nos Passions, & selon ses divers
états; ilporte les noms differens,
de Crainte,dEspérance, de loye &c. ,
De là, il s'enfuit que l'homme
désirenécessairementleplaisir;
puisque le bonheur n'est autre que
le plaisir, ou du moins en est inséparable.
Or , peut-on s'empêcher de reconnoître
pour le seul ressort du
coeur de l'homme,ce qu'il désire
nécessairement,comme le but de
tous ses projets, & le terme de
tous ses travaux :Qu'on consulte
l'Ex périence;qu'on rentre aM
fond de son coeur, pour examiner
ce qui le gouverne : Qu'on infère
roge tous ses mouvemens, toutes
ses inclinations,le sentiment inteneur
nous apprendra mieux que
les raisonnemens les plus subtils
,
que nous agissons toûjours selon ce
qui nous fait le plus de plaisir ;
lors même qu'on se détermine à
ne point agir, ou que l'on attente
sur sa propre vie.
Ce n'est point précisementla
connoissance dela vérité ,c'est le
plaisir qu'elle nous procure, qui
nous rend formellement hûreux.
Saint Augustin qui connoissoit si
bien le coeur humain,est plein de
cette pensée. * Beata vita est3
dit ce grand Métaphysicien,gaudium
de veritate. Ce n'est pas
même en possedant, c'est en aimant-
que nous sommes hûreux
* Confess. lib. 10. cap. zj.
ifI- Beatus non ille dici potest,ditle
même Pere, qui non amàt qaoct
habet
,
etiamsi optimum fît. L'amour
estla mesure du bonheur;
mais la connoissance du Moins en - cette vie, ne produit point par
elle-même l'amour; & nous n'éprouvons
que trop, que l'esprit
n'est pas le maître du coeur. La vérité
ne nous paroît aimable qu'à
la faveur du plaisir qui l'accompagne
; elle n'a presque aucune
part à nos aébons, tant qu'elle
n'est qu'une simple lumiere, l'attrait
est toûjours plus pui/Tant'.
Video meliora, proboque
,
deterio-
'sasequor.
Une suite de cette Doctrine est
la réponse que fait Telemaque
dans le cinquiéme Livre,à la question
proposée en ces termes;
Qui estle plus malhûreux de tous
les hommes? Il vient d'abord un
Sage de l'Isle de Lesbos, qui dit;
le plusmalhûreux detous les hoin-
* De moribus Eccl. Cathol.
mes est celui qui croit l'être
, &-
toute l'Assemblée applaudit à la
sagesse de cette réponse. Telemaque
interrogé, répond à iontour
, que le plus malhûreux de
tous les hommes est un Royqui
croit êtrehûreux, en rendant les
autres misérables. Toute l'Assemblée
avoiie qu'il a vaincu. Le Sage
Lesbien & les vieillards de l'Isle
de Crete qui avoient fait la question,
déclarent qu'il a rencontré
le vrai sens deMinos.
Des suffrages si importans pour
cette répprie-,.nem'empêcheront
point de dire ce quej'en pense &
j'ose encore examiner, après des
Juges si illustres.
Premierement. On n'est malhûreux,
qu'à proportion qu'on est
mécontent de son sort: Placédans
la situation la plus facheuse, je
suis heureux,si je m'y trouve bien;
les desirs & les craintes qui nous
agitent tour à tour,sont la source
de nos malheurs : Voulez-vous
fixer ces desirs &dissiper cescrainkS,
faites qu'unchacun soitconfient
de ce qu'il possede.
-:-" Or,celui qui croit être heureux
r-n'dl-il pas content de f">n sort?
S'il n'enétoit pas content, il en
desireroit un autre, & le desir naturellement
inquiet, se faisant vivement
sentir, ne lui permettroit
;j>as de se croire heureux;mais bien
loin de cela, son coeur est fermé
aux voeux impatiens que forment
la foiblesse & l'indigence:Il goûte
, ce repos precieux, qui est le premier
apanage de la felicité. Les
craintes aussi bien que les vains
souhaits
, ne viennent point troubler
son bonheur,elles se dissipent
en leur naissance, & ne sçauroient
tenir long-tems contre le charme
present de l'illusion qui l'amuse.
Mais aucontraire,qui est plus
mécontent de son sort, que celui
qui croit être le plus malheureux
..de tous les hommes? En proye
aux desirs les plus violens, il ne
connoît plus lesdouceursde l'Esperance;
tout lui paroîtaimable,au
prix de -ce qu'il souffre, ou de ce
qu'il croit souffrir : Sous un twic superbe
, noyé dans les delices, il
envie au Laboureur l'humble
chaume qui le couvre, & la sueur
de son front: Que dis - je? Il ne
sçauroit plussouffrir la vie, &après
s'être épuisé en desirs
,
sur un bonheur
qui le fuit, il ose souhaiter le
plus grand des maux.
Secondement, on raisonne à peu
près de lamême maniere en Physique
& en Morale, de la Douleur
& du Plaisir.-Les sensations, disent
les Philosophes nouveaux, ne
font point dans les Objets quien
sont les occasions. Cette douce
harmonie qui semblesortir de ce -
Clavessin, que touche à vos yeux
une main legére
3
n'est point dans
ce Clavessinmême, c'est vôtre
Ame qui est harmonieuse;Assisi,,,
les conditions differentes qui partagent
les hommes, ne les rendent
point heureux
, ou malheureux
par elles mêmes; au fond, les
objets ne changent point; l'idée du bonheur
l' bonheur est gaiement presente à
tous les esprits
,
mais l'applica-
- tion est presque toujours différen-
"-- te. Ce n'est pas, commeje le viens
de dire,qu'il n'y ait dans les objets
mêmes, un fondement réel
de cette diverfiré , mais chacun les
envisage différemment, & cette
façon particulière de les envifa-
-
ger , varie, l'impression qu'ils
doivent faire, felon les différentes
sortes d'esprits
Troisiémement. Du moins ne
sçauroit-on nier, que l'idée d'un
malheur présent ne soit desagréasobilte
par elle-même, & qu'on ne malhûreux en quelque forte
dés qu'on croit l'être. Parconséquent,
on le fera d'autant plus,
qu'on fc l'imaginera plus fortement,&
si on croit l'être plus que
le reste des hommes, on fera le
plus malhûreux de tous les
hommes.
Ces principes font certains, &
il ne me paroît pas qu'on puisse
rien opposer de solide àcesraisonnemens
; mais venons à quelque
chose de plus sensible.
Qu'y a-t-il de plus malhûreux
aux yeux de la raison, que ces sous,
qui s'imaginent, tantôt posséder
d'immenses richesses, tantôtgouverner
des Royaumes & com- mander des Armées, quelquefois
mêmejoüir de la Vision béatisique?
A peinesont-ce encore des
hommes, on les éxile de la société
humaine; on les renferme dans
des lieux écartés, où chacun pendant, ce- est bien aise de les aller
voir, & de les entendre : Leur
convention a,je ne sçai quoi, de
triste &deridicule, qui nous fait
rire & gémir tout ensemble. Les
plus Sages mêmes y courent avec les autres; le séjour de la folie
devient poureux, une Ecole de
sagesse
: Ils s'y convainquent de la
foiblesse de cette raison qui nous
enorgueillit si fort; & ce qui est
le comble de la sagesse
, ils y apprennent
combien elle est prés de la folie.
Cependant
, ce fou qui croit
posseder d'immenses richesses, &
dont nous plaignons le sort, e!t.
hûreux
, & c'est à sa folie qu'il
doit son bonheur. Il joiiit de toutes
les douceurs d'une grande fortune
,
sans enavoir les inquiétudes
& lessoins;&quilui rendroit
la raison,même avec les trésors
qu'il croit posseder
,
diminuerait
nécessairement sa félicité. Preuve
bien naturelle, sije ne me trompe,
que l'opinion feule fait le bonheur,
& qu'on est hûreux,ou malhûreux)
dés qu'on croitl'être.
Je pourrais pousser plus loin ces
réfléxions,& il y auroit bien d'autres
choses à réprendre, & plus encore
à loiier dans Telemaque;
mais je n'ai point prétendu entrer
dans un éxamen suivi de tout le
Poême : Le bornes que je dois me
prescrire, ne me me le permettent
pas; il seroit cependant à souhaiter
que quelque main habile voulut
l'entreprendre; il en reviendrait
au Public une utilité considerable *,
l'ouvrage même n'en feroit pâi
moinsadmiré, mais il le feroit
avec plus deconnoissance.
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321
p. 152-155
LE CHAR DE S. A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTI Au Cours : PAR Mr FUSELER.
Début :
Petits Chevaux, qui dans un Char brillant, [...]
Mots clefs :
Chevaux, Déesse, Ardeur , Hommage, Art, Nature, Amour, Charmes, Princesse de Conti
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texteReconnaissance textuelle : LE CHAR DE S. A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTI Au Cours : PAR Mr FUSELER.
LE CHAR
DES. A. S MÀDAMÏ
LA PRINCESSE DE CONTI.
Au CVJvr :
PARMrFUSELIER.
GEnti Coursiers, qui dansun
Char brillant,
Trainez, au Cours une jeune Déefei
Ne maYCheL pas d'un air si petitlant,
Nous perdons trop à l'ardeur qui
vous presse.
Ciel que d'attraits !.Silence,
ou parlons bas.
Lorsque l'on voit une simple mortelle,
On peut crier sans façon, qu'elle est
belle!
Pour rendre hommage aux plus raresappas,
Tributs sont bons de toutes les especes
, Mais tout Encens aux Dieux ne
convientpas:
Trier le faut, sur tout pour les
Déesses.
Déjaflduitpar 1m Eclat nouveau,
J'allois tenter de peindre tant de
charmes,
Eàttilfatal au plussçavant Pinceau>
Apelle mêmeicy,rendroit les armes-
L'Art, quand il peut, exactdans
ses portraits , Rend à nos yeux les Graces d'ttnô
Belle,
Plus libéral biensouvent quefidele,
pour des defauts, il donne des
attraits
A qui leveut. Mais il estcertains
Traits
Que laNature a reservez, pour elit'")
Dont iImpofleur nedispose >aman :
Tels on les vo t dans l'aimable
Immortelle,
Achaque wfïant Spectateurs prévenus
Deçà,deO:) parmainteKirielle ,
Sanslesçavoir,honorent tropVenusy
Disfans,voicy la Reine de Cithere ;
Onques nefutsicertaine de plaire :
DesPiroïs des ardens Phlégons,
Sonattelage atoute l'Encolure.
SilaDéeffeaLusséfcsP'geons,
Elle n'a pas oubliésa Ceinture.
D'ou vient qu'Amour,par rcfpca
écartè
Montre auj,ourd'hui tant de timidité?
Pourquoi du Charsuit-il de loin les
traces ?
Et n'y voit-on feulement que les
Graces ?
Par ces discours mêlez, de doux
transports,
* Chevaux du Solcil.
V€ent & cent -voix font retentir CCS
Bords,
Et l'on entend cette troupe ravie,
Loüer Venus des charmesqu'elle
envie.
Mais lejourfuit dans ces lieuxfortunez,
,
En'Vain Phoebus a'finisa Carriere :
Gentils Coursiers, le Char quevous
traînez,
Porte des Feux plus doux que sa
Lumiere ;
Allez,coureztoûjours rapidement;
Vous ne fçauriez, avoir trop de vitesse;
Putfcjutl ne faut qu'admirer la
IJ/cf!',
C'est trop lavoir, que la voir un
moment.
DES. A. S MÀDAMÏ
LA PRINCESSE DE CONTI.
Au CVJvr :
PARMrFUSELIER.
GEnti Coursiers, qui dansun
Char brillant,
Trainez, au Cours une jeune Déefei
Ne maYCheL pas d'un air si petitlant,
Nous perdons trop à l'ardeur qui
vous presse.
Ciel que d'attraits !.Silence,
ou parlons bas.
Lorsque l'on voit une simple mortelle,
On peut crier sans façon, qu'elle est
belle!
Pour rendre hommage aux plus raresappas,
Tributs sont bons de toutes les especes
, Mais tout Encens aux Dieux ne
convientpas:
Trier le faut, sur tout pour les
Déesses.
Déjaflduitpar 1m Eclat nouveau,
J'allois tenter de peindre tant de
charmes,
Eàttilfatal au plussçavant Pinceau>
Apelle mêmeicy,rendroit les armes-
L'Art, quand il peut, exactdans
ses portraits , Rend à nos yeux les Graces d'ttnô
Belle,
Plus libéral biensouvent quefidele,
pour des defauts, il donne des
attraits
A qui leveut. Mais il estcertains
Traits
Que laNature a reservez, pour elit'")
Dont iImpofleur nedispose >aman :
Tels on les vo t dans l'aimable
Immortelle,
Achaque wfïant Spectateurs prévenus
Deçà,deO:) parmainteKirielle ,
Sanslesçavoir,honorent tropVenusy
Disfans,voicy la Reine de Cithere ;
Onques nefutsicertaine de plaire :
DesPiroïs des ardens Phlégons,
Sonattelage atoute l'Encolure.
SilaDéeffeaLusséfcsP'geons,
Elle n'a pas oubliésa Ceinture.
D'ou vient qu'Amour,par rcfpca
écartè
Montre auj,ourd'hui tant de timidité?
Pourquoi du Charsuit-il de loin les
traces ?
Et n'y voit-on feulement que les
Graces ?
Par ces discours mêlez, de doux
transports,
* Chevaux du Solcil.
V€ent & cent -voix font retentir CCS
Bords,
Et l'on entend cette troupe ravie,
Loüer Venus des charmesqu'elle
envie.
Mais lejourfuit dans ces lieuxfortunez,
,
En'Vain Phoebus a'finisa Carriere :
Gentils Coursiers, le Char quevous
traînez,
Porte des Feux plus doux que sa
Lumiere ;
Allez,coureztoûjours rapidement;
Vous ne fçauriez, avoir trop de vitesse;
Putfcjutl ne faut qu'admirer la
IJ/cf!',
C'est trop lavoir, que la voir un
moment.
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322
p. 155-156
ODE ANACREONTIQUE. A MADEMOISELLE DE L... Par M. le Chevalier de S. Jory.
Début :
Venus sur la mole verdure [...]
Mots clefs :
Verdure, Obscurité, Voûte, Berceau, Amour, Aurore
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texteReconnaissance textuelle : ODE ANACREONTIQUE. A MADEMOISELLE DE L... Par M. le Chevalier de S. Jory.
ODE ANACREONTIQUE.
A MADEMOISELL DE L.
par M. le Chevalier de S. Jory. VEnus sur la mole verdure
D'unJoncfraichement amassé,
Reposoitfous laVoute obscure
D'un Chevrefeuil entrelassé.
Lefeüillage toufu d'un Hêtre
Couronnait ce sombre Berceau , jiu piedde ce Trône champêtre,
Serpentoit unprofond Rutjfeau.
Venus danssoncristalfidélle,
PIllongeoit des regardssatisfaits , presentoità l'Immortelle
La vive Image deses Traits.
Depuis le lever de VAurore
,
L-A,rotiriôdoit dans ces Cantons
Et navait pû l!:J]er encore
Que des Oiseaux& desMoutons
Ildémêlé enfin la Dusse
jiu traversdu]evillageépais;
Il prend!on Arc, tire & la bhfj
Duplus meurtrier de ses Traits.
Perfide E;.1.f.!'"
,
s'écria-t-elle
,
X>Vv'vient Clint', tipi tafureur?
Je 'l',;" prévois pottrIsab:!le
, Du l'Amour, Fûi-dom:Cz. VErreH
A MADEMOISELL DE L.
par M. le Chevalier de S. Jory. VEnus sur la mole verdure
D'unJoncfraichement amassé,
Reposoitfous laVoute obscure
D'un Chevrefeuil entrelassé.
Lefeüillage toufu d'un Hêtre
Couronnait ce sombre Berceau , jiu piedde ce Trône champêtre,
Serpentoit unprofond Rutjfeau.
Venus danssoncristalfidélle,
PIllongeoit des regardssatisfaits , presentoità l'Immortelle
La vive Image deses Traits.
Depuis le lever de VAurore
,
L-A,rotiriôdoit dans ces Cantons
Et navait pû l!:J]er encore
Que des Oiseaux& desMoutons
Ildémêlé enfin la Dusse
jiu traversdu]evillageépais;
Il prend!on Arc, tire & la bhfj
Duplus meurtrier de ses Traits.
Perfide E;.1.f.!'"
,
s'écria-t-elle
,
X>Vv'vient Clint', tipi tafureur?
Je 'l',;" prévois pottrIsab:!le
, Du l'Amour, Fûi-dom:Cz. VErreH
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323
p. 159
LE SECRETAIRE D'AMOUR.
Début :
J'allois chanter l'horreur & le fracas des Armes ; [...]
Mots clefs :
Armes, Amour, Secrétaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SECRETAIRE D'AMOUR.
SECRETAIRE D'AMOUR.
V'allois chanter l'horreur lefracas
des Armes
l'Amour m'a commandé de celebrer
vos Charmes:
Jris.st ce Dieu quelquejour
D'untelsoin demandesalaire
Dumoins,quandnous payerez,
l'Amour,
N'oubliez, passon Secretaire.
Par l'Ordre souverain du tendre
Roy des Ames,
Je vais chanternosyeux oit brillent
tant de changes,
Si je fça;s donner un beau tour
Aux dons que 'tovs avez de
flaire-,
Ins
,
r,;uquanduvours pa,yerez, l'A- Svrt^cr.ïz^-VGUS du Secretaire.
V'allois chanter l'horreur lefracas
des Armes
l'Amour m'a commandé de celebrer
vos Charmes:
Jris.st ce Dieu quelquejour
D'untelsoin demandesalaire
Dumoins,quandnous payerez,
l'Amour,
N'oubliez, passon Secretaire.
Par l'Ordre souverain du tendre
Roy des Ames,
Je vais chanternosyeux oit brillent
tant de changes,
Si je fça;s donner un beau tour
Aux dons que 'tovs avez de
flaire-,
Ins
,
r,;uquanduvours pa,yerez, l'A- Svrt^cr.ïz^-VGUS du Secretaire.
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324
p. 160-162
L'ESSENTIEL DU MARIAGE. DIALOGUE. ANSELME, LUBIN.
Début :
Anselme. Pour sortir du libertinage, [...]
Mots clefs :
Libertinage, Mariage, Amour, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ESSENTIEL DU MARIAGE. DIALOGUE. ANSELME, LUBIN.
L'ESSENTIEL DU MARIAGIr
Dialogue.
ANSELME, LUBir.
ANSELME.
Pour sortir du libertinage,
,
0; depuis long-temsje te vois
Il faut enfin, mon fils, songer au
Mariage ,
V'ai pour toi sur cela,déjafait un bon
choix,
C'est unejeunefille.
LUBIN..
Elle enfera plus bête.
ANSELME.
Utile comme l'Amour.
LU BIN.
Gare le mal de tête,
ANSELME.
ElleestFille de Qualité,
LUBIN.
Elle en aura plus defierté,
Et me viendra prôner les HertJf J8
ANSELME.
I\ilsacltLi,'triitdeplus
LUBIN.
Purt
ANSELME
hneu de. Lc.jprit,.
L U B I N.
L-1:c
Tj'i\;t.'rM-Cci*?:-:ctrop Ti ..Je
ANs£LN'
'Ellear cn.-dl:E-.a;
!n-tr,.ipt.V't ,
LUnlN,
£>•••<.*cl.autreiat.tcv*
CY/.ivuatfait,mi
Dialogue.
ANSELME, LUBir.
ANSELME.
Pour sortir du libertinage,
,
0; depuis long-temsje te vois
Il faut enfin, mon fils, songer au
Mariage ,
V'ai pour toi sur cela,déjafait un bon
choix,
C'est unejeunefille.
LUBIN..
Elle enfera plus bête.
ANSELME.
Utile comme l'Amour.
LU BIN.
Gare le mal de tête,
ANSELME.
ElleestFille de Qualité,
LUBIN.
Elle en aura plus defierté,
Et me viendra prôner les HertJf J8
ANSELME.
I\ilsacltLi,'triitdeplus
LUBIN.
Purt
ANSELME
hneu de. Lc.jprit,.
L U B I N.
L-1:c
Tj'i\;t.'rM-Cci*?:-:ctrop Ti ..Je
ANs£LN'
'Ellear cn.-dl:E-.a;
!n-tr,.ipt.V't ,
LUnlN,
£>•••<.*cl.autreiat.tcv*
CY/.ivuatfait,mi
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325
p. 41-44
SUR L'AMOUR, PAR LE MEME.
Début :
N'a guere, Amour, tenté par ma jeunesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Doux regards, Coeur, Mère, Enfance, Rivages, Flamme, Traître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR L'AMOUR, PAR LE MEME.
SUR L'AMOUR ,
PAR LE MEME..
N'a quere , Amour , tenté par ma
jeunesse ,
S'en vint me voir , bien sçavoit mon
adresse :
Moi tout naif, ignorantſafaçon,
Neme doutois que fut ce faux Gar
çon;
D'un foible enfant il avoit l'air timide
,
Ses doux regards céloient son coeur
perfide,
Sonris , sa voix , son parler ingenû
Faifoient aimerle petit Inconnu ;
Sadouce haleine avoit odeur deRose,
Voire enſajoüe elle ſemblortécloſe :
Sur fon dos nû , vermeil &coloré ,
Flotost épars maint long cheveu doré
;
Rien ne portoitfur son épaule allée,
Hors mainte fleche en sa trouſſe mê
lée ,
Desa main dextre il tenoit un fallot ,
De l'autre,un arc avec un navelot
Diij
42 LE MERCURE
Sous ce harnois digne dufi d'Alcmene
,
Le. regardant , quelle Mére inhumaine
,
Dis-je ! O mon fils , te permet de
cour.r
Ainsi par voye ? Ah ! tu te vasferir
Avec ton arc & cette lourde lance ;.
AutreJoujou convient àton enfance,
Comme ofes-tu dans le tems des Frimats
Risquer au vent tes membres delicats
?
Koi , bel Enfant , comment de la
Scythie ,
Accourt icy le mari d'Oritie :
Tôt, prens ma robe &point nefor
tiras ,
Viens dansmonfein chaufertes petits
bras :-
Amour m'écoute , & cachant Sa
Surprise,
D'abord Courit à mon air defranchi-
Sei
Puis tout à coupdedepit rougiſſant ,
Eb quoi ! dit-il , en age adolesant ,
Eft-on encore ignorant de mon Etre ?
DE JUILLET. 43
Ates dépens tu l'apprendras peutêtre
:
Or , connois-moi , ſimple & jeune
garçon ,
Commeà laMort , l'homme me doit
rançons,
Amourjesuis , fur les rivagessombres,
Jatrop connu du noirTiran des Ombres
,
DoJupiter,du vainqueur dePython ,
Voire en la Mer, le frere de Pluton
Demes feuxbrûle au sein des Nereïdes
:
Les Conquerans , les Paltrons ,les
Alcides,
Jeunes & vieux , j'aſſervis à mes
loix ;
Doux par caprice aux Bergers plus
qu'aux Roix,
Tout l'Univers cede à mon haut.conrage;
Toi,désàdoncfais en l'apprentiſſage:
Ainfiparla,puisdeſonare vainqueur,
Iltire un darddroit au fond de mon
coeur;
La flamme y prond , l'Enfant se
metàrire ...
44. LE MERCURE
T'ai -je fait mal? Parle, tu n'as qu'à
dire ,
Remedeſai , foi d'enfant de Cipris ,
-Tu gueriras par un regard d'Iris :
Legerje pars,je la vois &je l'aime ,
Pourun barser l'eut aimée Amour
même ,
Mais, combien leTraitre m'a deçû!
Certes,d'Iris àſouhaits j'ai reçû
Douceurs fans nombre , &plus que
de coûtume ,
Amour encor me brûle & me con-
Sume.
PAR LE MEME..
N'a quere , Amour , tenté par ma
jeunesse ,
S'en vint me voir , bien sçavoit mon
adresse :
Moi tout naif, ignorantſafaçon,
Neme doutois que fut ce faux Gar
çon;
D'un foible enfant il avoit l'air timide
,
Ses doux regards céloient son coeur
perfide,
Sonris , sa voix , son parler ingenû
Faifoient aimerle petit Inconnu ;
Sadouce haleine avoit odeur deRose,
Voire enſajoüe elle ſemblortécloſe :
Sur fon dos nû , vermeil &coloré ,
Flotost épars maint long cheveu doré
;
Rien ne portoitfur son épaule allée,
Hors mainte fleche en sa trouſſe mê
lée ,
Desa main dextre il tenoit un fallot ,
De l'autre,un arc avec un navelot
Diij
42 LE MERCURE
Sous ce harnois digne dufi d'Alcmene
,
Le. regardant , quelle Mére inhumaine
,
Dis-je ! O mon fils , te permet de
cour.r
Ainsi par voye ? Ah ! tu te vasferir
Avec ton arc & cette lourde lance ;.
AutreJoujou convient àton enfance,
Comme ofes-tu dans le tems des Frimats
Risquer au vent tes membres delicats
?
Koi , bel Enfant , comment de la
Scythie ,
Accourt icy le mari d'Oritie :
Tôt, prens ma robe &point nefor
tiras ,
Viens dansmonfein chaufertes petits
bras :-
Amour m'écoute , & cachant Sa
Surprise,
D'abord Courit à mon air defranchi-
Sei
Puis tout à coupdedepit rougiſſant ,
Eb quoi ! dit-il , en age adolesant ,
Eft-on encore ignorant de mon Etre ?
DE JUILLET. 43
Ates dépens tu l'apprendras peutêtre
:
Or , connois-moi , ſimple & jeune
garçon ,
Commeà laMort , l'homme me doit
rançons,
Amourjesuis , fur les rivagessombres,
Jatrop connu du noirTiran des Ombres
,
DoJupiter,du vainqueur dePython ,
Voire en la Mer, le frere de Pluton
Demes feuxbrûle au sein des Nereïdes
:
Les Conquerans , les Paltrons ,les
Alcides,
Jeunes & vieux , j'aſſervis à mes
loix ;
Doux par caprice aux Bergers plus
qu'aux Roix,
Tout l'Univers cede à mon haut.conrage;
Toi,désàdoncfais en l'apprentiſſage:
Ainfiparla,puisdeſonare vainqueur,
Iltire un darddroit au fond de mon
coeur;
La flamme y prond , l'Enfant se
metàrire ...
44. LE MERCURE
T'ai -je fait mal? Parle, tu n'as qu'à
dire ,
Remedeſai , foi d'enfant de Cipris ,
-Tu gueriras par un regard d'Iris :
Legerje pars,je la vois &je l'aime ,
Pourun barser l'eut aimée Amour
même ,
Mais, combien leTraitre m'a deçû!
Certes,d'Iris àſouhaits j'ai reçû
Douceurs fans nombre , &plus que
de coûtume ,
Amour encor me brûle & me con-
Sume.
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326
p. 50
MADRIGAL Sur un Noeud d'Epée donné par une Dame.
Début :
Amour voyant les beaux Yeux qui m'ont pris. [...]
Mots clefs :
Amour, Noeud, Mère, Épée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL Sur un Noeud d'Epée donné par une Dame.
MADRIGAL
Sur un Noeud d'Epée donné
parune Dame.
Amour voyant les beaux Yeux qui
m'ontpris .
Futfi charmé, qu'il courut àCithére,
Prit la Ceinture de ſa Mere,
Et vint l'offrir àmon Iris.
Endeuxparts elle l'a coupée ,
Avecl'une elle a façonné
Cebeau Noend qu'elle m'adonné,
Pour l'attacherà mon Epée:
Iris donnez-moi l'autre bout,
Ama Canne il est neceſſaire ;
Quel Usage en pouvez - vous
faire?
Ilnevousmanque rienpourplaire;
Pour plaire , j'ai besoin de tout.
Sur un Noeud d'Epée donné
parune Dame.
Amour voyant les beaux Yeux qui
m'ontpris .
Futfi charmé, qu'il courut àCithére,
Prit la Ceinture de ſa Mere,
Et vint l'offrir àmon Iris.
Endeuxparts elle l'a coupée ,
Avecl'une elle a façonné
Cebeau Noend qu'elle m'adonné,
Pour l'attacherà mon Epée:
Iris donnez-moi l'autre bout,
Ama Canne il est neceſſaire ;
Quel Usage en pouvez - vous
faire?
Ilnevousmanque rienpourplaire;
Pour plaire , j'ai besoin de tout.
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327
p. 130-133
A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Début :
Je me flate que M. le Chevalier de Saint Jory ne / Un jour à la Table des Dieux, [...]
Mots clefs :
Muse, Parnasse, Berger, Amour, Apollon, Querelle, Lyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Je me flate que M. le Chevalier
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
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328
p. 186
CHANSON.
Début :
Aprés m'avoir formé les plus aimables chaines, [...]
Mots clefs :
Chaînes, Amour, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Aprés m'avoir formé les plus aimables
chaines
L'Amour livre mon coeur à d'éternels
foupirs.
Ah ! Si les doux plaiſirs font oublier
ſes peines
Ses Tourmens ne font pas oublier
ſes plaifirs.
Aprés m'avoir formé les plus aimables
chaines
L'Amour livre mon coeur à d'éternels
foupirs.
Ah ! Si les doux plaiſirs font oublier
ſes peines
Ses Tourmens ne font pas oublier
ſes plaifirs.
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329
p. 45-48
LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
Début :
Heureux Amis, qui dans les Fêtes. [...]
Mots clefs :
Amis, Fêtes, Plaisirs, Muse, Amour, Ennui, Amants
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
LETTRE DE ME GRAVELOT ,
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
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330
p. 54-55
PLAINTE A L'AMOUR, PAR J. L. P.
Début :
Amour, tu m'a trompé; je crû de bonne foy, [...]
Mots clefs :
Amour, Charmes, Coeur, Rebelle, Belle, Plaisir, Mépris
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texteReconnaissance textuelle : PLAINTE A L'AMOUR, PAR J. L. P.
PLAINTE A L'AMOUR ,
PAR J. L. P..
AMour , tu m'a trompé,je crû de
bonne foy ,
Quandde lajeune Irisje me mis sous
laLoy ;
Quefi jamais mesfoins triomphoientde
Ses Charmes ,
Je ne connoîtrois plus les Soucis , ni les
Larmes,
Tu me dis , il est vray , queson rebelle
Coeur
4
D'AOUST.
55
B
Paroîtroit intraittable au feul Nom de
Vainqueur;
Qu'iln'étoit point de ceux qu'on prend
àl'improviste :
Des amoureux tourmens tu me donnas
la Lifte.
L'y lûs ; Esprit rêveur , Crainte , Allar-
Refus impatiens , foible Aven , longs
mes , Soupirs ,
Défirs :
: .
Eh bien !foit, dis-je alors ; la Belle eft
inhumaine ,
LePlaisir , quelque jour , Sarpaſſera la
peine.
En effet ,dés l'instant, en Amans résolu
J'ai fouffert les Mépris & tout ce qu'il
t'aplû:
Or, ce tems-là n'estplus , tu sçais où
nous enſommes ,
desHommes;
Tonpouvoir m'arendu le plus hûreux
Mais dansta Lifte ,belas ! tu r'avois
pas compris
Les maux que je reſſens de l'absence
d'Iris.
PAR J. L. P..
AMour , tu m'a trompé,je crû de
bonne foy ,
Quandde lajeune Irisje me mis sous
laLoy ;
Quefi jamais mesfoins triomphoientde
Ses Charmes ,
Je ne connoîtrois plus les Soucis , ni les
Larmes,
Tu me dis , il est vray , queson rebelle
Coeur
4
D'AOUST.
55
B
Paroîtroit intraittable au feul Nom de
Vainqueur;
Qu'iln'étoit point de ceux qu'on prend
àl'improviste :
Des amoureux tourmens tu me donnas
la Lifte.
L'y lûs ; Esprit rêveur , Crainte , Allar-
Refus impatiens , foible Aven , longs
mes , Soupirs ,
Défirs :
: .
Eh bien !foit, dis-je alors ; la Belle eft
inhumaine ,
LePlaisir , quelque jour , Sarpaſſera la
peine.
En effet ,dés l'instant, en Amans résolu
J'ai fouffert les Mépris & tout ce qu'il
t'aplû:
Or, ce tems-là n'estplus , tu sçais où
nous enſommes ,
desHommes;
Tonpouvoir m'arendu le plus hûreux
Mais dansta Lifte ,belas ! tu r'avois
pas compris
Les maux que je reſſens de l'absence
d'Iris.
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331
p. 134-135
REPROCHES A Mlle V..., Par M. le Chevalier de Saint Jory.
Début :
A L'amitiè Corine donne [...]
Mots clefs :
Amitié, Amour, Désirs, Plaisirs, Faveurs
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texteReconnaissance textuelle : REPROCHES A Mlle V..., Par M. le Chevalier de Saint Jory.
-REPROCHES A Mhe. V....
Par M. le Chevalier de Saint Jory.
al'Amour,
A L'amitie Corine donne
Cequ'elle refuse
Corine permet chaque jour ,
Quefurses leuresje moiſſonne
D'innocentes faveurs qui flatent mes
defirs ,
Et toutes fois mes Maux égalent mes
Plaifirs .
Ovous , quifoûpirezpour elle ,
Rivaux infortunez , n'en soyez point
jaloux!
C
D'AOUST. 13
Je ſuisplus à plaindre que vous :
Ses Faveurs font les fruits d'une amitil
fidelle ,
Etje suis amoureuxfans espoir de retour
:
Quand aux plus vifs transports , mon
Ame s'abandonne ,
A l'Amitié Corine donne
Ce qu'elle refuse à l'Amour.
Par M. le Chevalier de Saint Jory.
al'Amour,
A L'amitie Corine donne
Cequ'elle refuse
Corine permet chaque jour ,
Quefurses leuresje moiſſonne
D'innocentes faveurs qui flatent mes
defirs ,
Et toutes fois mes Maux égalent mes
Plaifirs .
Ovous , quifoûpirezpour elle ,
Rivaux infortunez , n'en soyez point
jaloux!
C
D'AOUST. 13
Je ſuisplus à plaindre que vous :
Ses Faveurs font les fruits d'une amitil
fidelle ,
Etje suis amoureuxfans espoir de retour
:
Quand aux plus vifs transports , mon
Ame s'abandonne ,
A l'Amitié Corine donne
Ce qu'elle refuse à l'Amour.
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332
p. 38-40
PORTRAIT DE CLIMENE. ODE ANACREONTIQUE, PAR M. DE MARIVAUX.
Début :
Il faisoit nuit, quand seul, de l'aimable Climéne [...]
Mots clefs :
Esprit, Peine, Peindre, Éclat, Portrait, Témérité, Amour, Éloge
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE CLIMENE. ODE ANACREONTIQUE, PAR M. DE MARIVAUX.
PORTRAIT DE CLIMENE .
ODE ANACREONTIQUE ,
PAR M. DE MARIVAUX.
'ILfaisoit nuit , quandfeul, de l'aimableCliméne
Je voulu peindre un foir l'esprit & les
appas;
Vains efforts , pour prix de ma peine
Je l'admirois toûjours & ne la peignois
pas.
Apollon vint à moi ; ce Dieu par sa
présence
Fit briller un éclat dans les lieux d'alentour
Plus beau que n'est l'éclat du jour.
--
--
DE SEPTEMBRE .
39
Foible Mortel , dit-il , connois ton impuiffance
;
Le Portrait de Climéne est l'ouvrago
des Dieux :
Le ſoin de le tracer est un ſoin digne
: d'eux.
A'ces mors, Apollon le commençoit luimême
,
Quand l'Amour à l'instant ,parût
vint à nous :
Cet airfi charmant & fi doux
Quibrille dans ses yeux auprès de ce
qu'il aimes
Eſtoit banni par lecourroux .
Ceffez,dit-il, ceffez d'exciter ma colere,
Apollon , & quittez un deſſein téméraire
Le Portrait de Climene est l'ouvrage
des Dieux ,
Dites-vous ; mais , je suis encore andeffus
d'eux ;
Etfide ce Mortel l'entrepriſefut vaine.
Sçachez , quand vous voulez peindre
Climène,
Qu'il est autant de distance entre nous s
Qu'il en est d'un Mortel à vous.
Ce discours n'a rien qui m'étonne ,
Dit Apollon , au Dieu des coeurs
E'Amour estjeune , on lui pardonne ,
Dij
40 LE MERCURRE
D'unpeu devanité les flatenſes douceurs.
J'aime à voir un débat que Climéne a
fait naître ;
Sansy penser , ici nous faiſons fon Portrait
,
Et plus noble &plus grand que nous ne
l'euſſions fait .
Oùi ! Ce débat fera connoître ,
• Combien nous l'eſtimons tous deux ,
:
Et le ſpeſtacle de deux Dieux ,
Jaloux de peindre une Mortelle ,
Est un Eloge du modéle
Qui le met presque an-deſſus d'eux .
ODE ANACREONTIQUE ,
PAR M. DE MARIVAUX.
'ILfaisoit nuit , quandfeul, de l'aimableCliméne
Je voulu peindre un foir l'esprit & les
appas;
Vains efforts , pour prix de ma peine
Je l'admirois toûjours & ne la peignois
pas.
Apollon vint à moi ; ce Dieu par sa
présence
Fit briller un éclat dans les lieux d'alentour
Plus beau que n'est l'éclat du jour.
--
--
DE SEPTEMBRE .
39
Foible Mortel , dit-il , connois ton impuiffance
;
Le Portrait de Climéne est l'ouvrago
des Dieux :
Le ſoin de le tracer est un ſoin digne
: d'eux.
A'ces mors, Apollon le commençoit luimême
,
Quand l'Amour à l'instant ,parût
vint à nous :
Cet airfi charmant & fi doux
Quibrille dans ses yeux auprès de ce
qu'il aimes
Eſtoit banni par lecourroux .
Ceffez,dit-il, ceffez d'exciter ma colere,
Apollon , & quittez un deſſein téméraire
Le Portrait de Climene est l'ouvrage
des Dieux ,
Dites-vous ; mais , je suis encore andeffus
d'eux ;
Etfide ce Mortel l'entrepriſefut vaine.
Sçachez , quand vous voulez peindre
Climène,
Qu'il est autant de distance entre nous s
Qu'il en est d'un Mortel à vous.
Ce discours n'a rien qui m'étonne ,
Dit Apollon , au Dieu des coeurs
E'Amour estjeune , on lui pardonne ,
Dij
40 LE MERCURRE
D'unpeu devanité les flatenſes douceurs.
J'aime à voir un débat que Climéne a
fait naître ;
Sansy penser , ici nous faiſons fon Portrait
,
Et plus noble &plus grand que nous ne
l'euſſions fait .
Oùi ! Ce débat fera connoître ,
• Combien nous l'eſtimons tous deux ,
:
Et le ſpeſtacle de deux Dieux ,
Jaloux de peindre une Mortelle ,
Est un Eloge du modéle
Qui le met presque an-deſſus d'eux .
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333
p. 43
LA NAISSANCE D'IRIS EPIGRAMME. PAR M. DE MONCRIF.
Début :
Venus un jour, usant du droit de Mére, [...]
Mots clefs :
Vénus, Mère, Beauté, Amour, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE D'IRIS EPIGRAMME. PAR M. DE MONCRIF.
LA NAISSANCE D'IRIS
EPIGRAMME
PAR M. DE MONCRIF .
Enus un jour, usant du droit de
Mére
Contreſon fils se mit en grand couroux -
Ouy , dit le Dien ! ch bien , je m'envais
faire
Une Beauté plus aimable que vous.
Or,admirés jusqu'où futsa rancune;
Voila d'abord lepetit traitre Amour
A rafſſembler les trois Graces en une;
Ce fut ainsi qu' Iris reçut le jour.
EPIGRAMME
PAR M. DE MONCRIF .
Enus un jour, usant du droit de
Mére
Contreſon fils se mit en grand couroux -
Ouy , dit le Dien ! ch bien , je m'envais
faire
Une Beauté plus aimable que vous.
Or,admirés jusqu'où futsa rancune;
Voila d'abord lepetit traitre Amour
A rafſſembler les trois Graces en une;
Ce fut ainsi qu' Iris reçut le jour.
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334
p. 151-153
A MADEMOISELLE *** Sur une extinction de voix pour laquelle elle avoit inutilement pris le bain pendant neuf jours. PAR M. THAVENOT.
Début :
Cloris, vôtre interêt m'inspire [...]
Mots clefs :
Empire, Amour, Divinité, Amant, Belle, Immortel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE *** Sur une extinction de voix pour laquelle elle avoit inutilement pris le bain pendant neuf jours. PAR M. THAVENOT.
A MADEMOISELLE ***
Sur une extinction de voix pour laquelle
elle avoit inutilement pris
le bain pendant neuf jours.
PAR M. THAVENOT.
Loris, votre interêt m'inspire
Les Vers que je vous trace ici ;
Amour, dont vous ornès l'Empire ,
Le tendre Amour m'inspire auſſi :
-Gardés- vous bien d'être rebelle
152 LE MERCURE
A l'utile leçon que je vais vous donner ;
Ce n'est pas afſés d'être Belle ,
Par de prudens conseils il faut se gouverner.
On m'a conté qu'au pié des Hêtres ,
Vous chanfonniés n'aguére en un bois
consacré
A des Divinités champêtres ,
Si que par vos accen Pan lui-même attiré,
Laiſſa tomber sa Flute & ne pûtſe défendre
D'abandonner pour vous entendre
Driades un peu bruſquement :
(Déeffes ainsi que Mortelles
Pardonnent rarement aux Belles
Qui leur enlévent un Amant )
Votre voix avoit fait le crime
Qui les irrita contre vous ;
Elle est aujourd'huy la Victime
Sur qui s'épuise leur courroux..
Clorss vous êtes Belle & Sage :
Mais cependant, vous vites à regret ,
La perte d'un tel avantage;
Et pour en recouvrer l'usage,
Aux Déeſſes des Eaux allâtes en ſecret
Offrir des voeux &faire une Neuvaine
:
Celles - cy ,loin d'alléger votre peins,
Craignant pour elles même fort
DE SEPTEMRE.
153
Qu'avoient éprouvé les Dryade:;
Et que Tritons pour vous ne quittaſſent
Nayades ,
Rejetterent vos vaux , & n'eurent pas
grand tort :
Avec des Traits que rien n'égale,
Et cette voix don : Panfut enchanté,
Quand vous voudrés ,il n'est point de
Beaute
Dont vous ne deveniés Rivale :
Or donc , fi m'en croyés, Cloris, changés
d'Autels ,
Essayés àl'Amourde faireine Neuvaine,
Il estleplus puffant de tous les Immortels ;
Votre offrande ne fera vaine ,
Ou je me trompe fort ; vos triomphans
appas
Ont aſſes de nos jours augmentéſon Domaine
,
Pour qu'il ne vous refuse pas:
Pourvû qu'à ses Viſſaux ceffiez d'être
inhumaine ;
Carce Dien Tout- tuffant , Cloris, véut
du retour ;
Or donc , fi m'en croyez ,
àl'Amour.
Sur une extinction de voix pour laquelle
elle avoit inutilement pris
le bain pendant neuf jours.
PAR M. THAVENOT.
Loris, votre interêt m'inspire
Les Vers que je vous trace ici ;
Amour, dont vous ornès l'Empire ,
Le tendre Amour m'inspire auſſi :
-Gardés- vous bien d'être rebelle
152 LE MERCURE
A l'utile leçon que je vais vous donner ;
Ce n'est pas afſés d'être Belle ,
Par de prudens conseils il faut se gouverner.
On m'a conté qu'au pié des Hêtres ,
Vous chanfonniés n'aguére en un bois
consacré
A des Divinités champêtres ,
Si que par vos accen Pan lui-même attiré,
Laiſſa tomber sa Flute & ne pûtſe défendre
D'abandonner pour vous entendre
Driades un peu bruſquement :
(Déeffes ainsi que Mortelles
Pardonnent rarement aux Belles
Qui leur enlévent un Amant )
Votre voix avoit fait le crime
Qui les irrita contre vous ;
Elle est aujourd'huy la Victime
Sur qui s'épuise leur courroux..
Clorss vous êtes Belle & Sage :
Mais cependant, vous vites à regret ,
La perte d'un tel avantage;
Et pour en recouvrer l'usage,
Aux Déeſſes des Eaux allâtes en ſecret
Offrir des voeux &faire une Neuvaine
:
Celles - cy ,loin d'alléger votre peins,
Craignant pour elles même fort
DE SEPTEMRE.
153
Qu'avoient éprouvé les Dryade:;
Et que Tritons pour vous ne quittaſſent
Nayades ,
Rejetterent vos vaux , & n'eurent pas
grand tort :
Avec des Traits que rien n'égale,
Et cette voix don : Panfut enchanté,
Quand vous voudrés ,il n'est point de
Beaute
Dont vous ne deveniés Rivale :
Or donc , fi m'en croyés, Cloris, changés
d'Autels ,
Essayés àl'Amourde faireine Neuvaine,
Il estleplus puffant de tous les Immortels ;
Votre offrande ne fera vaine ,
Ou je me trompe fort ; vos triomphans
appas
Ont aſſes de nos jours augmentéſon Domaine
,
Pour qu'il ne vous refuse pas:
Pourvû qu'à ses Viſſaux ceffiez d'être
inhumaine ;
Carce Dien Tout- tuffant , Cloris, véut
du retour ;
Or donc , fi m'en croyez ,
àl'Amour.
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335
p. 35-59
DISSERTATION SUR LES PIECES DE CORNEILLE ET DE RACINE A Mr DE ***
Début :
Monsieur, Je ne suis pas si broüillé avec Mr De ... que la [...]
Mots clefs :
Corneille, Racine, Pièces, Amour, Grandeur, Caractère, Action, Critique, Passions, Récit, Scènes, Gloire, Spectacle, Jalousie, Élévation, Sentiments, Délicatesse, Défauts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION SUR LES PIECES DE CORNEILLE ET DE RACINE A Mr DE ***
DISSERTATION
SUR LES PIECES
DE CORNEILLE ET DE RACINE
A M DE ***
MONSIE ONSIEUR ,
Je ne fuis pas fi broüillé avec Mr
De... que la Rénommée le publie : Je
vais vous rendre un compte fidele de
la prétendue querelle , dont on vous a
parlé un peu malignement. Je compte
que vôtre fcandale ceffera , lorfque vous
aurez vû de quoi il a été queftion entre
nous. Nous allâmes Mr De ... &
moy ; la femaine derniere , à la maifon
de Campagne de la Marquife De ...
Vous fçavez qu'elle eftime infiniment
36 LE MERCURE
fort
Racine ; mais , vous ne fçavez peut- être
pas que Mr De ... n'en fait pas
grand cas , & qu'il n'a jamais pê fouffrir
qu'on fit à cet Auteur , l'honneur de le
mettre en parallele avec le grand Corneille
. La Marquife De .. engagea la converfation
fur les ouvrages de Théatre , &
demanda quel jugement nous portions
de Pierre Corneille . Mr De ... ſe hâta
de l'élever jufqu'aux Cieux , & dele faire
primer fur Sophocle , fur Euripide
& même fur Racire . Pour l'emporter fur
Sophocle & fur Furipide , dit la Marquife
, c'eft ce que j'ignore , mais j'ofe
le croire inferieur à Racine , & j'en
prends , dit- elle, en me montrant , Mr
à temoin : Je ne fçai , réprit nôtre ami ,
d'un air un peu ferieux , fi Mr donne
la préférence à Racine ; mais , il feroit
aifé de le détromper, en comparant l'un
avec l'autre . Que faire Mr. dans des
circonftances fi embaraffantes : Accepter
le défi ; c'eftoit s'expofer à rompre avec
nôtre ami. Abandonner le parti de la
Marquife, me paroiffoit peu galant; d'ail
leurs , c'étoit trahir mes propres fentiments
. Enfin,me voyant dans la néceffité
de choifir entre les deux perils , je me determinay
à courir le plus noble Nous
D'OCTOBRE.
37
voilà aux mains. Nôtre ami commença
par me lancer les grands traits que lui
fournirent le Cid , Cinna , Pompée , & quelques
autres piéces fuperieures de Corneille
Aprés ce préliminaire faftueux ,
ilfe mit en régle. Pour juger fainement
du mérite des deux Emules , ne pré- .
nons,dit-il,qu'une pièce de chacun . Je ne
propoferai point le Cid , continua- t -il, ce
feroit trop vous embaraffer. Paffons à
une autre. Pour le Cid , lui dis-je , il eft
vray que j'aurois peine à trouver de quoy
lui oppofer. Racine ne fçait pas renfer
mer dans une feule pièce, autant d'avantages
, que Corneille la fçût faire dans
celle-là. Je n'en vois point où il faffe rire
& pleurer tout enfemble , où il ait
l'art , de renfermer en un feul jour,plus
d'actions qu'il ne s'en pouroit moralement
paffer enun mois : Où il enrichiffe
fa langue de nouvaux mots , & qui
ont été fi refpectez , que depuis , on n'a
point ofé s'en fervir : & ce qu'il y a de
plus admirable, où il ménage fesActeurs
avec tant d'adreffe , qu'il les laiffe repofer
préfque à chaque fcéne . Enfin , je
n'y vois point tout ce que l'Académie
& Mr Scuderi ont fi juftement critiqué ,.
& où vous permettrez que je vous ren38
LE
MERCURE
voye . Tout ce que vous en dirés , réprit
nôtre ami , n'empêchera pas pourtant
que le Cid ne foit le plus beau Poëme
que nous ayons . Mais, venons dit- i !,
à quelque piéce de Racine. Je devine
que vous me propoferez Phédre , comme
le modele des Tragedies. Cependant ,
avec le fecours que Racine a pris
dans Euripide ; Mr de Fénelon ne l'a
point trouvée fi parfaite , qu'en deux
mots , il ne nous y faffe voir de grands
défauts. Par exemple, cet amour d'Hippolite
fi inutile & fi contraire à fon caractere
, amour qui ne fert qu'à rendre
le fpectacle double . Ce recit fi pompeux
de la mort du Heros , déclamation
fleurie qui dément la douleur de Theraméne
; tous ces défauts , dis- je ,ne les érigerez-
vous point en perfections . A cela
Mr , lui dis-je , je pourois vous répondre
que tout ce que Mr de Fénelon condamne
, n'eft pas également condamné
de tout le monde ; & quoique je n'aye
jamais les ouvrages de cet illuftre
Prélat que pour les admirer , on me permettra
de dire , que le Parallele par exemple,
qu'il fait de Martial &d'Ovide ,
n'eft pas fort juste : Et quel autre que lui ,
a jamais reproché à Ovide d'être forD'OCTOBRE.
39
cé dans fes penſées ? Certainement , fila
Poftérité a toujours regardé ce Poëte
comme le plus fpirituel de l'Antiquité ;
elle ne lui à jamais difputé la gloire d'être
le plus naturel ; le reproche que Mr
de la Bruyere fait à ces Auteurs , qui ne
fe fervent de ce qu'ils ont puifé chez les
Anciens, que pour les combattre , & qu'il
compare à ces enfants drus & forts d'un
bon laict , qui battent leur nourrice ; ce
reproche, dis- je, ne pouroit- il point tomber
fur Mr de Fénelon . Cette belle &
féconde imagination qui paroît dans fes
écrits , cet art de faire plufieurs defcriptions
d'une même chofe , & toujours
avec un nouveau tour & un nouvel
agrément , tout cela reffemble fi fort
au caractére d'Ovide ; que fi Mr de
Cambrai n'y a pas puifé ces avantages ,
du moins , devroit - il épargner un homme
avec lequel il a tant de raport. Mr de
Cambrai ne me paroît pas plus heureux ,
dans la critique qu'il fait de cet endroit
de l'Avare de Moliere , où Harpagon
qui met un Valet dehors , & toujours
inquiet , fi on ne le vole point ; lui demande
à voir fes mains : Aprés les avoir
vues, montre-moi les autres , dit - il . Je
foutiens contre Moliere , dit Mr de Fé40
LE MERCURE
•
nelon , qu'un Avare qui n'eft point fou ,
ne va point jufqu'à vouloir regarder
dans la troifiéme main de l'homme qu'il
foupçonne l'avoir volé. J'avoue avec
Mr de Fénelon , que cette action n'eſt
pas d'un homme qui a tout fon bon fens ;
mais,depuis quand les paffions , fur tout
quand elles font auffi violentes, qu'eſt
celle que Moliere nous repréfente dans
Harpagon , ne font -elles plus faire de
folie? Selon cette critique, ilfaudroit condamner
tout le caractére d'Harpagon .
Un homme fans être fou , dirai-je à M¹ de
Cambrai , aprés avoir foüillé par tout, le
même homme qu'il foupçone l'avoir volé,
ne va point jufqu'à lui dire , rend- moi ,
fans te foüiller, ce que tu ma pris. Un Avare
ne peut dire ,fans être fou , qu'il veut
faire arrêter la Ville & les Fauxbourgs ,
pour ravoir un argent qu'on lui à volé ,
& tout ce que dit Harpagon , dans la
derniére fcéne du quatrième Acte. Je dirai
encore qu'il faudra retrancher les
traits qui peignent le mieux les paffions,
par exemple , celui- ci du Misantrope, à
qui on confeille de folliciter les juges
pour fon procés,de crainte que fa Partie
ne l'emporte par la faveur.
Je
D'OCTOBRE.
41
Je voudrois m'en couta-t- il grand'chofe
Pour la beauté du fait , avoir perdu
ma caufe.
Mais , ne nous écartons point , & revenons
à la critique qu'il fait de Phédre.
Mr Racine , dit Mr de Cambrai , a fait
un double fpectacle, en joignant à Phédre
furieufe, Hippolite foupirant contre fon
vrai caractere . A cela , je n'ai d'autre réponfe
à faire , que celle que Mr Racine
me fournit lui - même dans la préface
de cetteTragédie : Qu'il falloit don
ner quelque foibleffe à Hippolite , de
crainte que fa mort ne caufa plus d'indignation
que de pitié , fans lui ôter cependant
cette grandeur d'Ame , avec laquelle
il aime mieux fe laiffer opprimer
que d'expofer l'honneur de Phédre. Ce,
Amour encore , ne rend point le fpec- t
tacle double , puifqu'il ne fait pas l'action
principale , & qu'il ne fert qu'à faire
mieux connoître l'action que le Poëte
veut principalement reprefenter. Je
veux dire, à montrer toute l'étendue de
la fureur de Phédre , par la jaloufie
qu'allume dans fon coeur ,l'amour d'Hippolite
pour Aricie. Or , fi cette action
n'eft pas l'action principale ; mais ferr :
D
12 LE MERCURE
feulement à fortifier le principal Caratére
; on n'a pas plus de droit
de le condamner qu'on en auroit à
condamner un Peintre qui par exemple,.
voulant peindre le facrifice d'Iphigénie
, ne la repréfenteroit pas feule au
pied de l'autel avec Calcas ; mais ,y adjouteroit
tous les Princes Grécs. Ménélaus
fonOncle avec un vifage afligé ; Agamemnon
, avec un voile fur fon vifage ,
pour cacher la tendreffe paternelle aux
Chefs de fon armée ; Clitemnestre , com
me défefperée , à caufe que toutes les
actions accompagnent cette pieufe cérémonie
qui feroit foible & denuée de
fes agréments , fans ces circonstances . Il
n'eft pas plus vrai que cet amour d'Hippolite
foit contraire à fon caractére
puifque Virgile dit que ce Prince époufa
Aricie. Il fuffit que Racine ait tellement
ménagé cette paffion dans ce
Prince , que loin de nous la reprefenter
comme fon occupation ordinaire , Hippolite
paroiffe fi nouveau dans l'amour,
que la maniere dont il s'exprime , ne
ferve qu'à fortifier l'idée que nous avons
de ce Prince. La premiere idée que nous
avons d'Hercule , n'eft certainement
D'OCTOBRE. 43
point d'un Prince foupirant & amoureux
; cependant , on auroit tort de blamer
un Auteur qui nous, le repréfenteroit
dans quelques circonftances de fa
vie, aux pieds de Déjanire & d'Ioles.
Venons préfentement à la critique ,
que le même Autheur fait du recit de la
mort d'Hippolite . Rien n'est moins naturel
, dit Mr de Cambrai , que la narration
de la mort d'Hippolite ... Theramene
qui vient pour apprendre à Thefée
la mort funefte de fon fils , ne devroit
dire que ces deux mots , & manquer
même de force pour les prononcer
diftinctement. Hyppolite eft mort : Un
Monftre envoyé du fond de la Mer par
la colere des Dieux , l'a fait périr , je l'ai
vû. Un tel homme faifi , éperdu , fans
Haleine , peut- il s'amufer à faire la def
cription la plus pompeufe & la plus fleu--
ric. Hé quoi ? Mr de Cambrai n'a- t - il jamais
remarqué qu'un homme faifi de la
douleur la plus violente , qui a l'imagi
nation troublée d'un fpectacle auffi tragique
, qu'est celui dont Theramene:
vient d'être temoin , exagere toujours
fur ce qu'il à vui. Comme il veut infpirer
aux autres toute l'horreur dont il
eft faifi , fa douleur lui fournit quelque-
Dij
44 LE MERCURE
fois les expreffions les plus fortes , & les
plus energiques ; les moindres circontances
mêmes ne lui échapent point :
Mais , pour preuve que ce recit eft fondé
far la Nature, je citeray l'avide attention
du Spectateur , la furprife dont il
eft frapé , l'émotion douloureuſe dont
il eft faifi ; le dirai-je ? Ces larmes qu'il
répand fur le fort du malhûreux Hippolite
.
Enfin , toutes ces voix qui s'élévent
pour aplaudir , & qui forment , comme
la voix de la Nature , ne doivent- elles
pas faire foupçonner que tant de beautez
qui fe trouvent dans ce récit , ne
font point fi déplacées & fi contraires
à la reffemblance , que le foutient M. de
Fénelon ?
Nôtre ami affés embaraffé , & n'ayant
peut-etre pas de quoy répondre , me
dit , que quand il feroit vray que ces.
endroits feroient excufables , & qu'il y
auroit de grandes beautés dans Phedre,il
ne s'en-fuivroit pas que cette piéce dût
l'emporter fur les meilleures de Corneille
: Qu'elle devoit toujours céder à
Cinna , Pompée , Nicomede , Sertorius
&c. Il est vrai , répondis- je, que ces piéces
ont dignes de nôtre admiration ; mais,,
D'OCTOBRE ,
45
cela n'empêchera point de dire que leurs
beautés font alterées par beaucoup de
défauts: Cinna par exemple, qui eft une
des piéces les plus exactes de Corneille,
n'eft pas fans imperfections. Le commencement
, comme remarque Mr Defpreaux,
eft trop plein d'Emphafe ; la fin
ne me fatisfait pas pleinement ; quand
j'ai veu Cinna accablé de biens de la
part d'Augufte , & dans le temps même
qu'il veut partager avec lui fa puiffance ,
fonger encore à l'affaffiner ; je doute de
la fincérité des fentiments de ce même
Cinna;lorfqu'Augufte lai pardonne , rien
ne me répond que ce Courtifan ne fera
plus traitre. Et Corneille a fi bien fenti
ce defaut, que pour renvoyer les élprits.
tranquiles, il fait parler Livie comme infpirée
des Dieux , qui affûre Augufte
d'une foy inviolable de la part des Romains
: Mais, cette prophetie a paru fi peu
naturelle , qu'on a mieux aimé la retrancher
dans la repréfentation. Je ne puis encore
fouffrir fans indignation , Cinna ,
confeiller à Augufte de retenir l'Empire,
de le voir fe jetter à fes pieds,l'en conjurer
au nom de Rome; & cela, pour avoir
un prétexte de l'affaffiner. Ce trait eft ſi
lâche que la tyrannie & les fureurs
4.5. LE MERCURE
d'Augufte ne me préfentent rien de fr
odieux . Pour ce qui eft de Pompée , je ne
fçaurois m'empêcher de rendre juftice
à cette pièce ; je ne vois rien au deffus
de la grandeur d'Ame que j'y rémarque
:Toute la grandeur Romaine, eft à
fon comble dans la perfonne de Corne
lie : Je lis toujours avec un nouveau
plaifir , tout ce que cette Princeffe dit
à Céfar ; mon ame s'éleve au deffusd'elle
même , & il me femble que les
fentimens de cette Romaine paffent
dans moi. Enfin , plus je lis cette pièce , &
plus je doute fi les Romains ont plus fait
pour Corneille , que Corneille a fait
pour les Romains . Mais avec tout cela ,
cette Tragédie n'a jamais paffé pour
être dans les regles : Et aprés le troifiéme
acte , il femble que ce foit une nouvelle
action , dont la mort de Ptolomée
& des Complices fait le dénouement.Si
je fuis charmé de Pompée , je ne le fuis
pas moins de fon Horace Toutes les
paffions y font raffemblées avec un Art
admirable;laFureur & l'Amour,la Crainte
& la Terreur y font parfaitement exprimées.
J'aime à y voir Sabine foeur des
Curiaces , que Corneille fuppofe êiremariée
avec l'Aîné des Horaces , qui op-
.
D'OCTOBRE.
47
pofe toutes les paffions d'une Epoufe à
celles de Camille qui n'étoit qu'Amante.
Enfin , fi on retranche le cinquiéme
acte , qui eft hors d'oeuvre & qui ne fert
qu'à faire languir la pièce , l'ouvrage eft
entier. Je trouve dans les derniers actes
de l'Oedipe , de grandes beautés, mais , je
ne puis fouffrir le commencement de
cette piéce.Dans une confternation auffi
grande qu'eft celle où fe trouve la Cour
d'Oedipe, ce n'eft gueres le rems de parler
d'amour ,& encor moins de mariage :
Toutes ces idées m'écartent de l'unique
que je devrois avoir , m'arrachent à
l'horreur que le fujet de cette pièce doit
m'infpirer J'ay veu des perfonnes inftruites
de l'hiftoire d'Oedipe, démander
à la fin dù fecond acte , quelle piéce on
reprefentoit.
:
Je fçai queCorneille repond à cela, qu'il
a voulu par cet épifode qu'il apelle heureux,
ménager la délicateffe des Dames :
Certainement, les Dames n'ont point un.
goût contraire à celui de la Nature ; &
je fuis fûr que les feules avantures d'Oëdipe
ménagées avec art , ne leurs auroit
pas moins plû, que je fuis certain que
le froid amour de Dirce leurs déplaît .
Mais enfin , reprit la Marquife , quand
48 LE MERCURE
même la piéce auroit infpiré de l'horreur
, le fujer y préparoit affés , & il ût
encore mieux valu bleffer la délicateffe
des Dames , que de pecher contre la
vrai-femblance & contre la raison . Mais
M. achevez de nous dire vôtre fentiment
fur les autres Piéces de Corneille ;
car , je vois que M.de...brûle d'envie
de fe venger fur Racine . Nicomede , repris-
je , et une des Piéces ou Corneille
a le plus excelle : Quoiqu'elle foit
d'une conduite extraordinaire , & qn'il·
n'y ait ni tendreffe ni paffions , la grandeur
de courage y tient lieu de tout . Je
remarque avec plaifir le difciple d'Annibal,
braver la grandeur Romaine & l'emporter
fur cette orgueilleufe République ,
par la hauteur des fentimens & par- la.
force du courage
.
J'admire Laodice qui méprife un Trône
qu'elle tiendroit d'une autre que
d'elle-même: J'aime à la voir réſiſter
aux confeils de Prufias , & refufer d'écouter
l'Ambaffadeur Romain,chargé de
luy propofer un himen qu'elle déteite .
Recevoir Ambaffade en qualité de Reine ,
Ce feroit à vos yeuxfaire la Souveraine ;
Car, hors de l'Arménie , enfin je ne fuis
rien ,
D'OCTOBRE. 49
Et ce grand nom de Reine , ailleurs ne
m'autorife
Q'è n'y voir point de Trône à qui je
fois foumife ;
A vivre indépendante & n'avoir en tous
lieux
Pour Souverains , que Moi, la Raifon &
les Dieux.
J'aurois cependant voulu que Corneille
ût donné plus de grandeur d'ame
à Flaminius , & moins de foibleffe à Prufias.
Quelqu'élévation que je trouve
dans Nicoméde , j'en vois encote davantage
dans Sertorius ; c'eft dans cette
Piéce où Corneille a pris plaifir à déployer
fon ame entiere. Je fuis fi faifi
des grandes beautés que je trouve dans
l'entrevûë de Sertorius & de Pompée ,
que fi cette Piéce a des défauts , elles
m'ôtent la liberté de les voir : Voilà,
continuai- je rendre juftice à Corneille ;
mais avec tout cela , je le crois encor inferieur
à Racine ; & par quel endroit ,
reprit nôtre ami ; feroit - ce par défaut
de régularité Mais ; fi on vous en faifoi
voir autant dans Racine , luy donneriez
vous encore la préférence ? Oiii M. re
pondis- je, je le croirois encore fupérieu
O &tobre
1717. E
so
LE MERCURE
par la délicateffe des fentimens , par le
choix heureux de fes fujets , par la beauté
des vers , par la maniere vraie dont
il dévelope la Nature ; & que n'ajoûtez
-vous encore , par la grandeur des
fentimens ? Dit M. de ... Pour l'élévation
, repris-je , Corneille en a peuteftre
plus , quoique Racine n'en manque
pas , & qu'il en faffe voir autant que Corneille
dans de certains endroits . Ah , celui-
là eft nouveau ! Reprit nôtre ami ,
en s'éforçant de rire ; autant de grandeur
d'amé dans Racine que dans
Corneille ! Faites le nous un peu voir,
& ouvrez les yeux du Public qui ont
efté jufqu'aujourd'hui fermez : Ce fera
M. luy dis-je , lorfque vous m'aurez
fait voir cette irregularité que vous
reprochez à Racine. Comme cela nous
meneroit un peu loin , reprit M. de ...
& que nous n'avons déja que trop difputé
en prefence d'une fi aimable Dame ;
nous en parlerons une autrefois : Auffibien,
aurez- vous le loifir de feuilleter
vôtre Racine, pour chercher ce fublime
que vous devez comparer à celui de
Corneille. Dailleurs, j'aurois de la peine
à condamner en prefence de Madame ,
un Auteur pour qui elle témoigne tant
d'attachement.
D'OCTOBRE.
SI
En verité Mr , reprit la Marquife en
fouriant , il faut que vous me croyez bien
peu généreufe , de croire que je veuille
fauver Racine de vôtre critique ; apré
avoir été témoin du traitement févér
qu'on a fait à fon Emule : Non-Mr, com™
battez avec courage ; je vous prie de ne
faire aucune grace à nôtre Heros ; il n'a
aucun befoin d'indulgence : Nôtre ami
commença donc par attaquer Andromaque
. Je ne conçois pas , dit-il , comment
Racine , qui s'eft fur tout appliqué à la
régularité dans toutes les pièces , a mis
dans fon Andromaque une double ac
tion. L'amour de Pyrrus pour Andromaque
, & les répugnances de cette Princeffe
pour Pirrus devoient fuffire , fans joindre
encore l'amour d'Orefte pour Hermione
qui caufe la duplicité d'action .
D'ailleurs , le Caractére d'Orefte eft fi
odieux , qu'en le retranchant , il auroit
ôté un défaut de fa piéce , fans lui ravir
aucune beauté : Je ne vois dans ce Prince,
qu'un Furieux qui ne parle que d'enlevement,
de mort , & dont l'ambaffade
fe termine par le plus lâche des Parricides.
Il est vrai , dis- je , que Racine a
eu tort de nous reprefenter ce Prince
avec un Caractére fi violent. Qui ne
E ij
52 LE MERCURE
fçait que jamais homme ne fut plus tránquile
qu'Orefte ? Mais , que veulentces
fureurs qui s'emparent de ce Prince à
la fin de la piéce?
Mais, quelle épaiffe nuit tout à coup m'environne
>
De quel côté fortir , d'où vient que je
frifonne ?
Quelle horreur me faifit , grace au Ciel
j'entrevois
Dieux , quels ruiffeaux de fang coulent
au tour de moy.
..... quoy Prrus , je te rencontre encore?
Trouverai-je partout un Rival que j'abhorre:
Percé de tant de coups , comment t´es- tu
Sauvé ,
Tiens , tiens , voilà le coup que je t'ai
réservé?
Mais, que vois-je à mes yeux, Hermione
l'embraffe?
Elle vientl'arracher au coupqui le menace;
Dieux , quels affreux regards elle jette
fur moi!
Quels Démons , quels Serpens traînet'elle
apres foi !
Hé bien Filles d'Enfer , vos mains fontelles
prêtes?
D'OCTOBRE. 53
Pour quifont ces Serpens qui fiflent fur
vos têtes ?
A qui deftinés- vous , l'appareil qui vous
Suit ?
Venez- vous m'enlever dans l'éternelle
nuit ?
Venez , à vos fureurs Orefte s'abandonne
;
Mais non , retirés- vous , laiffez faire
Hermione :
L'ingrate mieux que vous , sçaura me
déchirer ,
Etje lui porte enfin , mon coeur à dévorer.
Ne feriez- vous point tenté , continua-
t'il , d'oppofer ce morceau de Racine
, aux plus grands traits de Corneille
; ce n'en est pas un des moindres ,
répris-je , ni l'unique, comme il fera aifé
de vous le faire voir ; lorfque vous aurez
achevé de nous dire vôtre fentiment
fur les autres piéces de Racine .
Britannicus , reprit nôtre ami , qui eft
la piéce que Racine avoue avoir le plus
travaillé , n'eft pas à beaucoup - prés
fans défauts; témoin cette confiance qu'a
Britannicus enNarciffe contre toute vraifemblance.
Britannicus , aprés la froideur
que Junie a été obligée de lui té-
Eiij
14 LE MERCURE
moigner; Britannicus , dis-je , la croyant
infidele , & ne la pouvant cependant
bannir de fon coeur , demande à Narciffe
dans la fixième fcéne du troifiéme
acte ; s'il ne peut plus voir Junie . Narciffe
répond qu'elle reçoit les voeux de
Néron fon nouvel Amant. Junie arri
vant dans le moment , l'affûre d'une
amour éternelle , lui découvre la caufe
de la froideur qu'elle lui a temoignée , lui
dit que Néron P'écoutoir & lui ordonnoit
de feindre : Tout cela devroit être
plus que fuffifant , pour prouver à Britannicus
que Narciffe le trahiffoit ; cependant,
au commencement du cinquiéme
acte , le même Britannicus , pour
prouver à Junie que Neron eft réconcilié
avec lui de bonne- foy , lui cite en
core le témoignage de Narciffe .
.
Que dis-je , il reconnoît ſa derniere
injuftice ,
Ses remords ont paru même aux
yeux de Narciffe ;
Ah ? s'il avoit dit ma Princeſſe à
quel point .
Et fur ce que Junie lui répond ;
D'OCTOBRE.
35
Mais , Narciffe , Seigneur ne vous
trahit-il point ?
Britannicus que tout doit porter à la
défiance , lui dit.
Et pourquoi voulés vous que mon
coeur s'en defie ?
Vous me dirés peut- être,que Britannicus
qui a le coeur bon & fincére,juge icy
des autres par lui même ; mais , à moins
de vouloir abfolument fermer les
yeux ; on ne peut être crédule juſqu'à
que
cet exces.
Pour l'Alexandre , je n'en dirai préfque
rien , aprés la differtation qu'en a
faite Mr de S. Evremont. J'adjouterai
feulement que je ne puis fouffrir qu'un
Prince tel que nous eft dépeint Porus
dans toute la piéce , amoureux de la
gloire au deffus de ce qu'on peut dire ,
qui avoit trouvé Alexandre trop lent à
traverfer l'Afie & à venir l'attaquer ;
je ne puis, dis - je , fouffrir , que ce grand
coeur foit cependant prêt à facrifier cette
même gloire à une Maîtreffe ; voici
comme il parle à Axiane .
E iiij
55 LE MERCURE
Ab ? Madame , arrêtés , & connoiffes
ma flame >
Ordonnés de mes jours , difpofez de
mon Ame;
La gloire ypeut beaucoup , je ne m'en cache
pas ;
Mais , que n'y peuvent point tant de divins
appas ?
*
Je ne vous dis plus rien , parlés en Souveraine
;
Mon coeur met à vos pieds ,
Sa haîne.
.
fagloire
y a encore un endroit dans Mitridate
, qui ne me paroit pas tout -à - fait
excufable : Je ne fçai pourquoi Arbate
accufe Pharnace , d'aimer Monime
Maîtreffe de Mithridate; tandis qu'il épargne
Xiphares. Vous me dirès qu'il
eft attaché à Xiphares . Mais enfin , étant
inftruit de l'amour de celui- cy pour Monime
, il me femble qu'il ne devoit pas
plus accufer Pharnace que Xiphares , ou
plutôt,qu'il devoit déguifer l'amour de
l'un comme celui de l'autre ; cela feroit
plus généreux : Pharnace accufé , tandis
que fon frere ne l'eft point , me fait
quelque pitié ; & je m'intereffe un peu
moins au fort de Xiphares . PermettésD'OCTOBRE
57
moi encore de dire deux mors fur Iphigénie
. Je ne prétends pas être le feul
qui refufeà cette piéce , les louanges
qu'elle merite . On peut dire que les Caractéres
font parfaitement bien confervés.
Agamemnon y eft peint avec tout
l'orgueil & toute la fierté des Atrides .
J'y reconnois Achille agiffant , fier ,inéxorable
, croyant que les Loix lui doivent
céder , & ne connoiffant que la
force pour tout droit dans fes entreprifes.
Le refpect & l'aveugle obeiffance
d'Iphigénie , jufqu'à être prête à facrifier
la vie au premier ordre de fon Pere ;
me font prendre un fi grand intereft
à fon fort , que non feulement, j'ap .
prouve la fureur d'Achille ; mais que
je crains qu'elle ne foit impuiffante à
conferver la vie à cette Princeffe. Troye
ne me paroit pas un prix digne d'un fang
fi précieux. Clitemneftre me fait voir
les fentiments les plus vifs d'une Mere
tendre & défolée . Enfin,il ne manque à
cette piéce , qu'un fondement plus folide.
Cette piéce ne roulé que fur l'égarement
de chemin de Clitemnestre &
d'Iphigénie . En voila affés, continua nôtre
ami , pour vous faire voir que Racine
eft au deffous de Corneille ; puif58
LE
MERCURE
qu'outre ces defauts vous ne nous ferez
jamais voir dans Racine, l'équivalent
du fublime de Corneille .
Comme Racine, répondis- je , ne s'eft
pas principalement attaché au fublime ',
je m'en fuis tenu à dire , qu'il a autant
d'élévation que Corneille , dans les endroits
où elle eft néceffaire : Et que
voulez - vous de plus grand que Porus ?
Quoi qu'il foit grand prefque par tout ,
je ne raporterai que quatre vers ; c'eft
lorfqu'il répond à Taxile qui lui vante
Alexandre.
Oui , je confens qu'au Ciel on éleve
Alexandre ;
Mais ,fi je puis Seigneur , je l'en
ferai defcendre ;
Et j'irai l'attaquer jufque fur
les Autels
Que lui dreffe en tremblant le
refte des Mortels.
Voyez le caractére d'Andromaque
, de Burrus , de Mitrhidate , de Joud
dans Athalie ; adjoutés encore que Racine
traite infiniment mieux les paffions
que Corneille : Voulez - vous voir la
violence dé l'amour , vous les verrés
D'OCTOBRE.
59
dans l'Andromaque ; toutes les fureurs
dans Phedre: La Delicaleffe , la Jaloufie
, l'Inquiétude qu'il caufe dans Bajazet.
J'ofe avancer que tout ces effets ne
feront jamais mieux dans leur jour.Tantôt
je vois une Amante dans Atalide ,
qui d'abord confent à voir fon Amant
entre les bras d'une autre , plutôt que
de le voir perir ; & qui un moment
aprés, s'en répent. Peu- t- on jamais rien
dire de plus tendre , que ce qu'elle dit
à Bajazet dans la cinquiéme fcéne du
deuxième acte ; On voit dans Roxane ,
uneAmante que la Jaloufie rend furieufe;
qui veut perdre fon Amant , qui ordonne
fon fupplice , parce qu'elle eft
toujours maitreffe de le fauver. Mais
qui , fur l'ordre qu'elle reçoit d'Amurat
de faire mourir Bajazet , change tout à
coup de fentiment, & ne ppeennffee plus
qu'à le fauver. Enfin Mr , quand je conviendrois
avec vous qu'en général Corneille
éleve plus l'éfprit , il faudroit que
vousconvinifies que Racine feait toucher
plus le coeur. Mde De ... craignant
que nôtre difpute ne nous entrainât
trop loin , demanda grace aux Difputans
, & fit changer d'objet la converfation.
SUR LES PIECES
DE CORNEILLE ET DE RACINE
A M DE ***
MONSIE ONSIEUR ,
Je ne fuis pas fi broüillé avec Mr
De... que la Rénommée le publie : Je
vais vous rendre un compte fidele de
la prétendue querelle , dont on vous a
parlé un peu malignement. Je compte
que vôtre fcandale ceffera , lorfque vous
aurez vû de quoi il a été queftion entre
nous. Nous allâmes Mr De ... &
moy ; la femaine derniere , à la maifon
de Campagne de la Marquife De ...
Vous fçavez qu'elle eftime infiniment
36 LE MERCURE
fort
Racine ; mais , vous ne fçavez peut- être
pas que Mr De ... n'en fait pas
grand cas , & qu'il n'a jamais pê fouffrir
qu'on fit à cet Auteur , l'honneur de le
mettre en parallele avec le grand Corneille
. La Marquife De .. engagea la converfation
fur les ouvrages de Théatre , &
demanda quel jugement nous portions
de Pierre Corneille . Mr De ... ſe hâta
de l'élever jufqu'aux Cieux , & dele faire
primer fur Sophocle , fur Euripide
& même fur Racire . Pour l'emporter fur
Sophocle & fur Furipide , dit la Marquife
, c'eft ce que j'ignore , mais j'ofe
le croire inferieur à Racine , & j'en
prends , dit- elle, en me montrant , Mr
à temoin : Je ne fçai , réprit nôtre ami ,
d'un air un peu ferieux , fi Mr donne
la préférence à Racine ; mais , il feroit
aifé de le détromper, en comparant l'un
avec l'autre . Que faire Mr. dans des
circonftances fi embaraffantes : Accepter
le défi ; c'eftoit s'expofer à rompre avec
nôtre ami. Abandonner le parti de la
Marquife, me paroiffoit peu galant; d'ail
leurs , c'étoit trahir mes propres fentiments
. Enfin,me voyant dans la néceffité
de choifir entre les deux perils , je me determinay
à courir le plus noble Nous
D'OCTOBRE.
37
voilà aux mains. Nôtre ami commença
par me lancer les grands traits que lui
fournirent le Cid , Cinna , Pompée , & quelques
autres piéces fuperieures de Corneille
Aprés ce préliminaire faftueux ,
ilfe mit en régle. Pour juger fainement
du mérite des deux Emules , ne pré- .
nons,dit-il,qu'une pièce de chacun . Je ne
propoferai point le Cid , continua- t -il, ce
feroit trop vous embaraffer. Paffons à
une autre. Pour le Cid , lui dis-je , il eft
vray que j'aurois peine à trouver de quoy
lui oppofer. Racine ne fçait pas renfer
mer dans une feule pièce, autant d'avantages
, que Corneille la fçût faire dans
celle-là. Je n'en vois point où il faffe rire
& pleurer tout enfemble , où il ait
l'art , de renfermer en un feul jour,plus
d'actions qu'il ne s'en pouroit moralement
paffer enun mois : Où il enrichiffe
fa langue de nouvaux mots , & qui
ont été fi refpectez , que depuis , on n'a
point ofé s'en fervir : & ce qu'il y a de
plus admirable, où il ménage fesActeurs
avec tant d'adreffe , qu'il les laiffe repofer
préfque à chaque fcéne . Enfin , je
n'y vois point tout ce que l'Académie
& Mr Scuderi ont fi juftement critiqué ,.
& où vous permettrez que je vous ren38
LE
MERCURE
voye . Tout ce que vous en dirés , réprit
nôtre ami , n'empêchera pas pourtant
que le Cid ne foit le plus beau Poëme
que nous ayons . Mais, venons dit- i !,
à quelque piéce de Racine. Je devine
que vous me propoferez Phédre , comme
le modele des Tragedies. Cependant ,
avec le fecours que Racine a pris
dans Euripide ; Mr de Fénelon ne l'a
point trouvée fi parfaite , qu'en deux
mots , il ne nous y faffe voir de grands
défauts. Par exemple, cet amour d'Hippolite
fi inutile & fi contraire à fon caractere
, amour qui ne fert qu'à rendre
le fpectacle double . Ce recit fi pompeux
de la mort du Heros , déclamation
fleurie qui dément la douleur de Theraméne
; tous ces défauts , dis- je ,ne les érigerez-
vous point en perfections . A cela
Mr , lui dis-je , je pourois vous répondre
que tout ce que Mr de Fénelon condamne
, n'eft pas également condamné
de tout le monde ; & quoique je n'aye
jamais les ouvrages de cet illuftre
Prélat que pour les admirer , on me permettra
de dire , que le Parallele par exemple,
qu'il fait de Martial &d'Ovide ,
n'eft pas fort juste : Et quel autre que lui ,
a jamais reproché à Ovide d'être forD'OCTOBRE.
39
cé dans fes penſées ? Certainement , fila
Poftérité a toujours regardé ce Poëte
comme le plus fpirituel de l'Antiquité ;
elle ne lui à jamais difputé la gloire d'être
le plus naturel ; le reproche que Mr
de la Bruyere fait à ces Auteurs , qui ne
fe fervent de ce qu'ils ont puifé chez les
Anciens, que pour les combattre , & qu'il
compare à ces enfants drus & forts d'un
bon laict , qui battent leur nourrice ; ce
reproche, dis- je, ne pouroit- il point tomber
fur Mr de Fénelon . Cette belle &
féconde imagination qui paroît dans fes
écrits , cet art de faire plufieurs defcriptions
d'une même chofe , & toujours
avec un nouveau tour & un nouvel
agrément , tout cela reffemble fi fort
au caractére d'Ovide ; que fi Mr de
Cambrai n'y a pas puifé ces avantages ,
du moins , devroit - il épargner un homme
avec lequel il a tant de raport. Mr de
Cambrai ne me paroît pas plus heureux ,
dans la critique qu'il fait de cet endroit
de l'Avare de Moliere , où Harpagon
qui met un Valet dehors , & toujours
inquiet , fi on ne le vole point ; lui demande
à voir fes mains : Aprés les avoir
vues, montre-moi les autres , dit - il . Je
foutiens contre Moliere , dit Mr de Fé40
LE MERCURE
•
nelon , qu'un Avare qui n'eft point fou ,
ne va point jufqu'à vouloir regarder
dans la troifiéme main de l'homme qu'il
foupçonne l'avoir volé. J'avoue avec
Mr de Fénelon , que cette action n'eſt
pas d'un homme qui a tout fon bon fens ;
mais,depuis quand les paffions , fur tout
quand elles font auffi violentes, qu'eſt
celle que Moliere nous repréfente dans
Harpagon , ne font -elles plus faire de
folie? Selon cette critique, ilfaudroit condamner
tout le caractére d'Harpagon .
Un homme fans être fou , dirai-je à M¹ de
Cambrai , aprés avoir foüillé par tout, le
même homme qu'il foupçone l'avoir volé,
ne va point jufqu'à lui dire , rend- moi ,
fans te foüiller, ce que tu ma pris. Un Avare
ne peut dire ,fans être fou , qu'il veut
faire arrêter la Ville & les Fauxbourgs ,
pour ravoir un argent qu'on lui à volé ,
& tout ce que dit Harpagon , dans la
derniére fcéne du quatrième Acte. Je dirai
encore qu'il faudra retrancher les
traits qui peignent le mieux les paffions,
par exemple , celui- ci du Misantrope, à
qui on confeille de folliciter les juges
pour fon procés,de crainte que fa Partie
ne l'emporte par la faveur.
Je
D'OCTOBRE.
41
Je voudrois m'en couta-t- il grand'chofe
Pour la beauté du fait , avoir perdu
ma caufe.
Mais , ne nous écartons point , & revenons
à la critique qu'il fait de Phédre.
Mr Racine , dit Mr de Cambrai , a fait
un double fpectacle, en joignant à Phédre
furieufe, Hippolite foupirant contre fon
vrai caractere . A cela , je n'ai d'autre réponfe
à faire , que celle que Mr Racine
me fournit lui - même dans la préface
de cetteTragédie : Qu'il falloit don
ner quelque foibleffe à Hippolite , de
crainte que fa mort ne caufa plus d'indignation
que de pitié , fans lui ôter cependant
cette grandeur d'Ame , avec laquelle
il aime mieux fe laiffer opprimer
que d'expofer l'honneur de Phédre. Ce,
Amour encore , ne rend point le fpec- t
tacle double , puifqu'il ne fait pas l'action
principale , & qu'il ne fert qu'à faire
mieux connoître l'action que le Poëte
veut principalement reprefenter. Je
veux dire, à montrer toute l'étendue de
la fureur de Phédre , par la jaloufie
qu'allume dans fon coeur ,l'amour d'Hippolite
pour Aricie. Or , fi cette action
n'eft pas l'action principale ; mais ferr :
D
12 LE MERCURE
feulement à fortifier le principal Caratére
; on n'a pas plus de droit
de le condamner qu'on en auroit à
condamner un Peintre qui par exemple,.
voulant peindre le facrifice d'Iphigénie
, ne la repréfenteroit pas feule au
pied de l'autel avec Calcas ; mais ,y adjouteroit
tous les Princes Grécs. Ménélaus
fonOncle avec un vifage afligé ; Agamemnon
, avec un voile fur fon vifage ,
pour cacher la tendreffe paternelle aux
Chefs de fon armée ; Clitemnestre , com
me défefperée , à caufe que toutes les
actions accompagnent cette pieufe cérémonie
qui feroit foible & denuée de
fes agréments , fans ces circonstances . Il
n'eft pas plus vrai que cet amour d'Hippolite
foit contraire à fon caractére
puifque Virgile dit que ce Prince époufa
Aricie. Il fuffit que Racine ait tellement
ménagé cette paffion dans ce
Prince , que loin de nous la reprefenter
comme fon occupation ordinaire , Hippolite
paroiffe fi nouveau dans l'amour,
que la maniere dont il s'exprime , ne
ferve qu'à fortifier l'idée que nous avons
de ce Prince. La premiere idée que nous
avons d'Hercule , n'eft certainement
D'OCTOBRE. 43
point d'un Prince foupirant & amoureux
; cependant , on auroit tort de blamer
un Auteur qui nous, le repréfenteroit
dans quelques circonftances de fa
vie, aux pieds de Déjanire & d'Ioles.
Venons préfentement à la critique ,
que le même Autheur fait du recit de la
mort d'Hippolite . Rien n'est moins naturel
, dit Mr de Cambrai , que la narration
de la mort d'Hippolite ... Theramene
qui vient pour apprendre à Thefée
la mort funefte de fon fils , ne devroit
dire que ces deux mots , & manquer
même de force pour les prononcer
diftinctement. Hyppolite eft mort : Un
Monftre envoyé du fond de la Mer par
la colere des Dieux , l'a fait périr , je l'ai
vû. Un tel homme faifi , éperdu , fans
Haleine , peut- il s'amufer à faire la def
cription la plus pompeufe & la plus fleu--
ric. Hé quoi ? Mr de Cambrai n'a- t - il jamais
remarqué qu'un homme faifi de la
douleur la plus violente , qui a l'imagi
nation troublée d'un fpectacle auffi tragique
, qu'est celui dont Theramene:
vient d'être temoin , exagere toujours
fur ce qu'il à vui. Comme il veut infpirer
aux autres toute l'horreur dont il
eft faifi , fa douleur lui fournit quelque-
Dij
44 LE MERCURE
fois les expreffions les plus fortes , & les
plus energiques ; les moindres circontances
mêmes ne lui échapent point :
Mais , pour preuve que ce recit eft fondé
far la Nature, je citeray l'avide attention
du Spectateur , la furprife dont il
eft frapé , l'émotion douloureuſe dont
il eft faifi ; le dirai-je ? Ces larmes qu'il
répand fur le fort du malhûreux Hippolite
.
Enfin , toutes ces voix qui s'élévent
pour aplaudir , & qui forment , comme
la voix de la Nature , ne doivent- elles
pas faire foupçonner que tant de beautez
qui fe trouvent dans ce récit , ne
font point fi déplacées & fi contraires
à la reffemblance , que le foutient M. de
Fénelon ?
Nôtre ami affés embaraffé , & n'ayant
peut-etre pas de quoy répondre , me
dit , que quand il feroit vray que ces.
endroits feroient excufables , & qu'il y
auroit de grandes beautés dans Phedre,il
ne s'en-fuivroit pas que cette piéce dût
l'emporter fur les meilleures de Corneille
: Qu'elle devoit toujours céder à
Cinna , Pompée , Nicomede , Sertorius
&c. Il est vrai , répondis- je, que ces piéces
ont dignes de nôtre admiration ; mais,,
D'OCTOBRE ,
45
cela n'empêchera point de dire que leurs
beautés font alterées par beaucoup de
défauts: Cinna par exemple, qui eft une
des piéces les plus exactes de Corneille,
n'eft pas fans imperfections. Le commencement
, comme remarque Mr Defpreaux,
eft trop plein d'Emphafe ; la fin
ne me fatisfait pas pleinement ; quand
j'ai veu Cinna accablé de biens de la
part d'Augufte , & dans le temps même
qu'il veut partager avec lui fa puiffance ,
fonger encore à l'affaffiner ; je doute de
la fincérité des fentiments de ce même
Cinna;lorfqu'Augufte lai pardonne , rien
ne me répond que ce Courtifan ne fera
plus traitre. Et Corneille a fi bien fenti
ce defaut, que pour renvoyer les élprits.
tranquiles, il fait parler Livie comme infpirée
des Dieux , qui affûre Augufte
d'une foy inviolable de la part des Romains
: Mais, cette prophetie a paru fi peu
naturelle , qu'on a mieux aimé la retrancher
dans la repréfentation. Je ne puis encore
fouffrir fans indignation , Cinna ,
confeiller à Augufte de retenir l'Empire,
de le voir fe jetter à fes pieds,l'en conjurer
au nom de Rome; & cela, pour avoir
un prétexte de l'affaffiner. Ce trait eft ſi
lâche que la tyrannie & les fureurs
4.5. LE MERCURE
d'Augufte ne me préfentent rien de fr
odieux . Pour ce qui eft de Pompée , je ne
fçaurois m'empêcher de rendre juftice
à cette pièce ; je ne vois rien au deffus
de la grandeur d'Ame que j'y rémarque
:Toute la grandeur Romaine, eft à
fon comble dans la perfonne de Corne
lie : Je lis toujours avec un nouveau
plaifir , tout ce que cette Princeffe dit
à Céfar ; mon ame s'éleve au deffusd'elle
même , & il me femble que les
fentimens de cette Romaine paffent
dans moi. Enfin , plus je lis cette pièce , &
plus je doute fi les Romains ont plus fait
pour Corneille , que Corneille a fait
pour les Romains . Mais avec tout cela ,
cette Tragédie n'a jamais paffé pour
être dans les regles : Et aprés le troifiéme
acte , il femble que ce foit une nouvelle
action , dont la mort de Ptolomée
& des Complices fait le dénouement.Si
je fuis charmé de Pompée , je ne le fuis
pas moins de fon Horace Toutes les
paffions y font raffemblées avec un Art
admirable;laFureur & l'Amour,la Crainte
& la Terreur y font parfaitement exprimées.
J'aime à y voir Sabine foeur des
Curiaces , que Corneille fuppofe êiremariée
avec l'Aîné des Horaces , qui op-
.
D'OCTOBRE.
47
pofe toutes les paffions d'une Epoufe à
celles de Camille qui n'étoit qu'Amante.
Enfin , fi on retranche le cinquiéme
acte , qui eft hors d'oeuvre & qui ne fert
qu'à faire languir la pièce , l'ouvrage eft
entier. Je trouve dans les derniers actes
de l'Oedipe , de grandes beautés, mais , je
ne puis fouffrir le commencement de
cette piéce.Dans une confternation auffi
grande qu'eft celle où fe trouve la Cour
d'Oedipe, ce n'eft gueres le rems de parler
d'amour ,& encor moins de mariage :
Toutes ces idées m'écartent de l'unique
que je devrois avoir , m'arrachent à
l'horreur que le fujet de cette pièce doit
m'infpirer J'ay veu des perfonnes inftruites
de l'hiftoire d'Oedipe, démander
à la fin dù fecond acte , quelle piéce on
reprefentoit.
:
Je fçai queCorneille repond à cela, qu'il
a voulu par cet épifode qu'il apelle heureux,
ménager la délicateffe des Dames :
Certainement, les Dames n'ont point un.
goût contraire à celui de la Nature ; &
je fuis fûr que les feules avantures d'Oëdipe
ménagées avec art , ne leurs auroit
pas moins plû, que je fuis certain que
le froid amour de Dirce leurs déplaît .
Mais enfin , reprit la Marquife , quand
48 LE MERCURE
même la piéce auroit infpiré de l'horreur
, le fujer y préparoit affés , & il ût
encore mieux valu bleffer la délicateffe
des Dames , que de pecher contre la
vrai-femblance & contre la raison . Mais
M. achevez de nous dire vôtre fentiment
fur les autres Piéces de Corneille ;
car , je vois que M.de...brûle d'envie
de fe venger fur Racine . Nicomede , repris-
je , et une des Piéces ou Corneille
a le plus excelle : Quoiqu'elle foit
d'une conduite extraordinaire , & qn'il·
n'y ait ni tendreffe ni paffions , la grandeur
de courage y tient lieu de tout . Je
remarque avec plaifir le difciple d'Annibal,
braver la grandeur Romaine & l'emporter
fur cette orgueilleufe République ,
par la hauteur des fentimens & par- la.
force du courage
.
J'admire Laodice qui méprife un Trône
qu'elle tiendroit d'une autre que
d'elle-même: J'aime à la voir réſiſter
aux confeils de Prufias , & refufer d'écouter
l'Ambaffadeur Romain,chargé de
luy propofer un himen qu'elle déteite .
Recevoir Ambaffade en qualité de Reine ,
Ce feroit à vos yeuxfaire la Souveraine ;
Car, hors de l'Arménie , enfin je ne fuis
rien ,
D'OCTOBRE. 49
Et ce grand nom de Reine , ailleurs ne
m'autorife
Q'è n'y voir point de Trône à qui je
fois foumife ;
A vivre indépendante & n'avoir en tous
lieux
Pour Souverains , que Moi, la Raifon &
les Dieux.
J'aurois cependant voulu que Corneille
ût donné plus de grandeur d'ame
à Flaminius , & moins de foibleffe à Prufias.
Quelqu'élévation que je trouve
dans Nicoméde , j'en vois encote davantage
dans Sertorius ; c'eft dans cette
Piéce où Corneille a pris plaifir à déployer
fon ame entiere. Je fuis fi faifi
des grandes beautés que je trouve dans
l'entrevûë de Sertorius & de Pompée ,
que fi cette Piéce a des défauts , elles
m'ôtent la liberté de les voir : Voilà,
continuai- je rendre juftice à Corneille ;
mais avec tout cela , je le crois encor inferieur
à Racine ; & par quel endroit ,
reprit nôtre ami ; feroit - ce par défaut
de régularité Mais ; fi on vous en faifoi
voir autant dans Racine , luy donneriez
vous encore la préférence ? Oiii M. re
pondis- je, je le croirois encore fupérieu
O &tobre
1717. E
so
LE MERCURE
par la délicateffe des fentimens , par le
choix heureux de fes fujets , par la beauté
des vers , par la maniere vraie dont
il dévelope la Nature ; & que n'ajoûtez
-vous encore , par la grandeur des
fentimens ? Dit M. de ... Pour l'élévation
, repris-je , Corneille en a peuteftre
plus , quoique Racine n'en manque
pas , & qu'il en faffe voir autant que Corneille
dans de certains endroits . Ah , celui-
là eft nouveau ! Reprit nôtre ami ,
en s'éforçant de rire ; autant de grandeur
d'amé dans Racine que dans
Corneille ! Faites le nous un peu voir,
& ouvrez les yeux du Public qui ont
efté jufqu'aujourd'hui fermez : Ce fera
M. luy dis-je , lorfque vous m'aurez
fait voir cette irregularité que vous
reprochez à Racine. Comme cela nous
meneroit un peu loin , reprit M. de ...
& que nous n'avons déja que trop difputé
en prefence d'une fi aimable Dame ;
nous en parlerons une autrefois : Auffibien,
aurez- vous le loifir de feuilleter
vôtre Racine, pour chercher ce fublime
que vous devez comparer à celui de
Corneille. Dailleurs, j'aurois de la peine
à condamner en prefence de Madame ,
un Auteur pour qui elle témoigne tant
d'attachement.
D'OCTOBRE.
SI
En verité Mr , reprit la Marquife en
fouriant , il faut que vous me croyez bien
peu généreufe , de croire que je veuille
fauver Racine de vôtre critique ; apré
avoir été témoin du traitement févér
qu'on a fait à fon Emule : Non-Mr, com™
battez avec courage ; je vous prie de ne
faire aucune grace à nôtre Heros ; il n'a
aucun befoin d'indulgence : Nôtre ami
commença donc par attaquer Andromaque
. Je ne conçois pas , dit-il , comment
Racine , qui s'eft fur tout appliqué à la
régularité dans toutes les pièces , a mis
dans fon Andromaque une double ac
tion. L'amour de Pyrrus pour Andromaque
, & les répugnances de cette Princeffe
pour Pirrus devoient fuffire , fans joindre
encore l'amour d'Orefte pour Hermione
qui caufe la duplicité d'action .
D'ailleurs , le Caractére d'Orefte eft fi
odieux , qu'en le retranchant , il auroit
ôté un défaut de fa piéce , fans lui ravir
aucune beauté : Je ne vois dans ce Prince,
qu'un Furieux qui ne parle que d'enlevement,
de mort , & dont l'ambaffade
fe termine par le plus lâche des Parricides.
Il est vrai , dis- je , que Racine a
eu tort de nous reprefenter ce Prince
avec un Caractére fi violent. Qui ne
E ij
52 LE MERCURE
fçait que jamais homme ne fut plus tránquile
qu'Orefte ? Mais , que veulentces
fureurs qui s'emparent de ce Prince à
la fin de la piéce?
Mais, quelle épaiffe nuit tout à coup m'environne
>
De quel côté fortir , d'où vient que je
frifonne ?
Quelle horreur me faifit , grace au Ciel
j'entrevois
Dieux , quels ruiffeaux de fang coulent
au tour de moy.
..... quoy Prrus , je te rencontre encore?
Trouverai-je partout un Rival que j'abhorre:
Percé de tant de coups , comment t´es- tu
Sauvé ,
Tiens , tiens , voilà le coup que je t'ai
réservé?
Mais, que vois-je à mes yeux, Hermione
l'embraffe?
Elle vientl'arracher au coupqui le menace;
Dieux , quels affreux regards elle jette
fur moi!
Quels Démons , quels Serpens traînet'elle
apres foi !
Hé bien Filles d'Enfer , vos mains fontelles
prêtes?
D'OCTOBRE. 53
Pour quifont ces Serpens qui fiflent fur
vos têtes ?
A qui deftinés- vous , l'appareil qui vous
Suit ?
Venez- vous m'enlever dans l'éternelle
nuit ?
Venez , à vos fureurs Orefte s'abandonne
;
Mais non , retirés- vous , laiffez faire
Hermione :
L'ingrate mieux que vous , sçaura me
déchirer ,
Etje lui porte enfin , mon coeur à dévorer.
Ne feriez- vous point tenté , continua-
t'il , d'oppofer ce morceau de Racine
, aux plus grands traits de Corneille
; ce n'en est pas un des moindres ,
répris-je , ni l'unique, comme il fera aifé
de vous le faire voir ; lorfque vous aurez
achevé de nous dire vôtre fentiment
fur les autres piéces de Racine .
Britannicus , reprit nôtre ami , qui eft
la piéce que Racine avoue avoir le plus
travaillé , n'eft pas à beaucoup - prés
fans défauts; témoin cette confiance qu'a
Britannicus enNarciffe contre toute vraifemblance.
Britannicus , aprés la froideur
que Junie a été obligée de lui té-
Eiij
14 LE MERCURE
moigner; Britannicus , dis-je , la croyant
infidele , & ne la pouvant cependant
bannir de fon coeur , demande à Narciffe
dans la fixième fcéne du troifiéme
acte ; s'il ne peut plus voir Junie . Narciffe
répond qu'elle reçoit les voeux de
Néron fon nouvel Amant. Junie arri
vant dans le moment , l'affûre d'une
amour éternelle , lui découvre la caufe
de la froideur qu'elle lui a temoignée , lui
dit que Néron P'écoutoir & lui ordonnoit
de feindre : Tout cela devroit être
plus que fuffifant , pour prouver à Britannicus
que Narciffe le trahiffoit ; cependant,
au commencement du cinquiéme
acte , le même Britannicus , pour
prouver à Junie que Neron eft réconcilié
avec lui de bonne- foy , lui cite en
core le témoignage de Narciffe .
.
Que dis-je , il reconnoît ſa derniere
injuftice ,
Ses remords ont paru même aux
yeux de Narciffe ;
Ah ? s'il avoit dit ma Princeſſe à
quel point .
Et fur ce que Junie lui répond ;
D'OCTOBRE.
35
Mais , Narciffe , Seigneur ne vous
trahit-il point ?
Britannicus que tout doit porter à la
défiance , lui dit.
Et pourquoi voulés vous que mon
coeur s'en defie ?
Vous me dirés peut- être,que Britannicus
qui a le coeur bon & fincére,juge icy
des autres par lui même ; mais , à moins
de vouloir abfolument fermer les
yeux ; on ne peut être crédule juſqu'à
que
cet exces.
Pour l'Alexandre , je n'en dirai préfque
rien , aprés la differtation qu'en a
faite Mr de S. Evremont. J'adjouterai
feulement que je ne puis fouffrir qu'un
Prince tel que nous eft dépeint Porus
dans toute la piéce , amoureux de la
gloire au deffus de ce qu'on peut dire ,
qui avoit trouvé Alexandre trop lent à
traverfer l'Afie & à venir l'attaquer ;
je ne puis, dis - je , fouffrir , que ce grand
coeur foit cependant prêt à facrifier cette
même gloire à une Maîtreffe ; voici
comme il parle à Axiane .
E iiij
55 LE MERCURE
Ab ? Madame , arrêtés , & connoiffes
ma flame >
Ordonnés de mes jours , difpofez de
mon Ame;
La gloire ypeut beaucoup , je ne m'en cache
pas ;
Mais , que n'y peuvent point tant de divins
appas ?
*
Je ne vous dis plus rien , parlés en Souveraine
;
Mon coeur met à vos pieds ,
Sa haîne.
.
fagloire
y a encore un endroit dans Mitridate
, qui ne me paroit pas tout -à - fait
excufable : Je ne fçai pourquoi Arbate
accufe Pharnace , d'aimer Monime
Maîtreffe de Mithridate; tandis qu'il épargne
Xiphares. Vous me dirès qu'il
eft attaché à Xiphares . Mais enfin , étant
inftruit de l'amour de celui- cy pour Monime
, il me femble qu'il ne devoit pas
plus accufer Pharnace que Xiphares , ou
plutôt,qu'il devoit déguifer l'amour de
l'un comme celui de l'autre ; cela feroit
plus généreux : Pharnace accufé , tandis
que fon frere ne l'eft point , me fait
quelque pitié ; & je m'intereffe un peu
moins au fort de Xiphares . PermettésD'OCTOBRE
57
moi encore de dire deux mors fur Iphigénie
. Je ne prétends pas être le feul
qui refufeà cette piéce , les louanges
qu'elle merite . On peut dire que les Caractéres
font parfaitement bien confervés.
Agamemnon y eft peint avec tout
l'orgueil & toute la fierté des Atrides .
J'y reconnois Achille agiffant , fier ,inéxorable
, croyant que les Loix lui doivent
céder , & ne connoiffant que la
force pour tout droit dans fes entreprifes.
Le refpect & l'aveugle obeiffance
d'Iphigénie , jufqu'à être prête à facrifier
la vie au premier ordre de fon Pere ;
me font prendre un fi grand intereft
à fon fort , que non feulement, j'ap .
prouve la fureur d'Achille ; mais que
je crains qu'elle ne foit impuiffante à
conferver la vie à cette Princeffe. Troye
ne me paroit pas un prix digne d'un fang
fi précieux. Clitemneftre me fait voir
les fentiments les plus vifs d'une Mere
tendre & défolée . Enfin,il ne manque à
cette piéce , qu'un fondement plus folide.
Cette piéce ne roulé que fur l'égarement
de chemin de Clitemnestre &
d'Iphigénie . En voila affés, continua nôtre
ami , pour vous faire voir que Racine
eft au deffous de Corneille ; puif58
LE
MERCURE
qu'outre ces defauts vous ne nous ferez
jamais voir dans Racine, l'équivalent
du fublime de Corneille .
Comme Racine, répondis- je , ne s'eft
pas principalement attaché au fublime ',
je m'en fuis tenu à dire , qu'il a autant
d'élévation que Corneille , dans les endroits
où elle eft néceffaire : Et que
voulez - vous de plus grand que Porus ?
Quoi qu'il foit grand prefque par tout ,
je ne raporterai que quatre vers ; c'eft
lorfqu'il répond à Taxile qui lui vante
Alexandre.
Oui , je confens qu'au Ciel on éleve
Alexandre ;
Mais ,fi je puis Seigneur , je l'en
ferai defcendre ;
Et j'irai l'attaquer jufque fur
les Autels
Que lui dreffe en tremblant le
refte des Mortels.
Voyez le caractére d'Andromaque
, de Burrus , de Mitrhidate , de Joud
dans Athalie ; adjoutés encore que Racine
traite infiniment mieux les paffions
que Corneille : Voulez - vous voir la
violence dé l'amour , vous les verrés
D'OCTOBRE.
59
dans l'Andromaque ; toutes les fureurs
dans Phedre: La Delicaleffe , la Jaloufie
, l'Inquiétude qu'il caufe dans Bajazet.
J'ofe avancer que tout ces effets ne
feront jamais mieux dans leur jour.Tantôt
je vois une Amante dans Atalide ,
qui d'abord confent à voir fon Amant
entre les bras d'une autre , plutôt que
de le voir perir ; & qui un moment
aprés, s'en répent. Peu- t- on jamais rien
dire de plus tendre , que ce qu'elle dit
à Bajazet dans la cinquiéme fcéne du
deuxième acte ; On voit dans Roxane ,
uneAmante que la Jaloufie rend furieufe;
qui veut perdre fon Amant , qui ordonne
fon fupplice , parce qu'elle eft
toujours maitreffe de le fauver. Mais
qui , fur l'ordre qu'elle reçoit d'Amurat
de faire mourir Bajazet , change tout à
coup de fentiment, & ne ppeennffee plus
qu'à le fauver. Enfin Mr , quand je conviendrois
avec vous qu'en général Corneille
éleve plus l'éfprit , il faudroit que
vousconvinifies que Racine feait toucher
plus le coeur. Mde De ... craignant
que nôtre difpute ne nous entrainât
trop loin , demanda grace aux Difputans
, & fit changer d'objet la converfation.
Fermer
336
p. 72
SUR ARRIA.
Début :
Après s'être percé le flanc, [...]
Mots clefs :
Amour, Époux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR ARRIA.
SUR ARRIA.
Près s'être percé le flanc
Arriafans parôitre émie
>
Donnant le fer teint de fon fang
*
APétusfon Epoux qui détournoit fa vûë,
Lui dit ces mots dictés par l'amour conjugat
,
Tiens , cela nefait point de mal.
Près s'être percé le flanc
Arriafans parôitre émie
>
Donnant le fer teint de fon fang
*
APétusfon Epoux qui détournoit fa vûë,
Lui dit ces mots dictés par l'amour conjugat
,
Tiens , cela nefait point de mal.
Fermer
337
p. 59-66
LE DIVORCE D'AMOUR ET D'HYMENEE. Par M. le GRAND.
Début :
D'où vient que le fils de Cipris [...]
Mots clefs :
Dieu, Hymen, Noce, Amour, Cupidon, Fortune, Mérite, Amant, Tuteurs, Éloquence, Mystère, Mérite, Amour, Nymphe, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE DIVORCE D'AMOUR ET D'HYMENEE. Par M. le GRAND.
LE DIVORCE
D'AMOUR ET D'HYME N'EE.
D
Par M. le GRAND.
' Où vient que le fils de Cipris
fait laniche au Dieu des Maris ?
Jadis l'Enfant plus débonnaire ,
Avec Hymen vivoit en frere :
Tous deuxfe tenans par le doigt ,
Logeoient deffous le même toit.
Enfemble ils faifoient leur négoce ;
L'un n'alloit fans l'autre à la noce.
60 LE MERCURE
Amourfe faifoit un honneur
D'eftre toujour'sfon Sémoneur : ·
Sans ceffe entr'eux mainte accolade ,
On eût dit d'Orefte & Pylade.
Ce n'est plus ainfi , ce dit - on ,
Quand il trompe fon Camarade ,
Amour croit gagner maint Pardon :
A-t-ilfi grand tort ? C'eftfelon :
Cupidon, qui rien ne médite
Qu'il n'acheve d'un coup de trait
En blefa Fortune & Mérite :
Tout fier du coup qu'il avoitfait ,
Là , difoit le Dieu de Cythere
ce ferachofe rare à voir ,
Fortune qui fait tant la fiere ,
Au Mérite chercher à plaire,
Eût-il jamais un tel eſpoir ?'
Il a beau la Nymphe Semondre ,
Elle ne daigne lui répondre ;
Il la fuit , & fon oeil fubtil
Onc ne la vit que de profil :
Il la verra d'autre maniere.
Je veux qu' Hymen de l'héritiere
Et du Galandfigne au Contract
Amour parla , s'il eût pû faire ,
Comme il difoit , ce Concordat ;
Onc il n'eût fait meilleure affaire :
Tous deux avoient maints dons de plaire.-
DE NOVEMBRE, 61
*
>
→
Par eftre beau , gentil Parleur
Mérite n'avoit fonfemblable
De fon Sexe c'étoit l'honneur.
Fortune êtoit jeune & paſſable ,
Riche furtout , c'eft le meilleur;
On en eût fait un couple aimable :
Mais , l'Infante avoit un Tuteur ,
Un oiy manquoit à leur affaire ;
Hymenfans lui ne veut rien faire.
Force fut donc que de fon coeur
L'Amant lui conta le mysterë ,
Qu'étoit fa chevance & fon bien ,
Qu'il n'avoit pour tout appanage .
Que bel efprit , doux entretiens
Chofe qu'en fait de Mariage ,
On compte fort fouvent pour rien.
Mérite en fit l'expérience ,
On méprifa fon éloquence ,
Son Sçavoir & tous fes talens :
Plus fortuné dans fa demande ,
Avant de la faire aux Parens ,
-S'il eût , ami de la Galande ,
Adroitement volé les Gands ;
D'un Hymen rendu néceffaire
Avec la bonne Ménagére ,
Nous verrions riches fes enfans.
Il s'en repent , Fortune fiere
l'en regarde encor de travers ;
Elie porta la folle enchere
962 LE MERCURE
De leurs myfteres découverts :
Le Tuteur lui chanta goguette ,
Lui fit fabbat fur le Galand ,
Puis au Couvent mit la Coquette
Pour prévenir tout accident.
Fortune en fut toute honteufe : "
Va va, difoit la foufreteufe ,
Mérite qui mas feu charmer
Pour ceffer d'eftre malheureuse ,
Je jure de ne plus t'aimer :
Ainfi promit & tint parole ;
Et cependant elle défole
Abbeffe , Nonne & Directeur ,
Tant queforce fut que la folle
S'en retourna chez fon Tuteur.
Le bon homme auffitôt rumine ,
Ouais , ce dit-il , nôtre Orpheline
Nous va donner bien du tintoüin :
Faut marier la Diablotine ;
Fille demande trop de foin.
La marier , non à fa mode ,
Afon Pimpant qu'elle aime encor ,
Prenons plûtôtfon antipode ;
Il eft plus laid qu'une Pagode ;
Mais riche , il eft comme un Milord :
Plutus vaut feul triple Mérite ,
Ja long-tems il nous follicine :
Faifons def- adonc les accords.
On dit : Parentelle s'affemble ,
DE NOVEMBRE. 6,3
Plutus entre & Trésors enſemble
Soucis foudain fortent dehors.
Vifage rit , pied cabriole ;
Fortune vient , Amant l'accole.
Tuteur commande , elle dit , oüy :
Auffitôt , voici Garde- Notte ,
Seigneur Hymen tout èjotty
Le couple on lie & l'on garotte.
Tandis Violon s'introduit ,
On danfe , on boit fanté de l'Hôtes
Compere à toi , ris n'y font fautes.
Ce fut plaifir , hors que la nuit
Prés le tendron tout côte à côte ,
L'Epoux ne fongea qu'à dormir :
Dormir? Eh quoi ! Pas autres chofes
L'Hymen a maint autre plaifir ?
Ouy, quand Amour en fait les clauses ,
Si l'on fait les noces fans lui,
Tantpis ; au lieu d'un lit de rofes
Hymen n'a qu'épine & qu'ennui.
Fortune enfit l'apprentissage ,
Tréfors rouloient dans fon ménage ,
Plaifir eftoit fon Intendant ,
,
2
Dieux des Cadeaux eftoient fes Pagès.
Chantoient Syrenes àfes gages :
Pourfa parure on payoit tant ,
Ceftoit on Bal , où Comédie .
Que lui manquoit ? Tout ; quoign'on die,
Sans un Mary Cythérien ,
64
LE MERCURE
Femelle est toujours mal lotie`:
Fortune auffi le difoit bien ,
>
Qu'elle avoit tout &n'avoit rien ;
C'eftoitfon mot : Mais , comment faire,
Quand Hymen nous tient fous fes Loix,
On abeau s'en mordre les doigts ;
Lavoilà qui s'en défefpere
On oit par tout fa trifte voix ;
Seroit-ce mal fait , difoit- elle ?
Dansla détreffe où je me vois :
Fiancée , encore Pucelle ,
De prendre parfois réconfort
Avec Amant jeune & fidelle.
Une Comere aimoit la belle
Qui lui dit , non , & pour renfort ,
Ajouta ;jefuis bien bonace ;
Mais , fi j'étois à vôtre place ,
Au lieu d'un feul , j'en aurois cent .
Le beau ragout ! Ma pauvre Enfant ,
Que vôtre Epoux, c'eft vôtre Pere ;
Laiffez-mei là ce vieux grifon ,
Roupiller feulfur le tifon ;
Galand , vous dis-je , eft vôtre affaire ,
Le confeil étoit falutaire :
Femme contre Mary qui dort ,
Voire aujourd'hui s'en fert encor.
Aces raifons de la Comere ,
La Nymphe prit foulagement ,
Puis alla s'aguymper pour plaire,
a
Prit
DE NOVEMBRE.
69
Prit bel atour , air fouriant ;
Difoit de l'oeil ,je ne fuis fière ,
Il y fait bon , entrez Galand.
Un lui falloit : Sous fa banniere
Vous en euffiez vû plas d'un cent.
Volontiers où fonne l'argent ,
Nichent Citoyens de Cythere :
Je fuis d'avis d'enfaire autant.
Parmi cet effain foûpirant
Un luiplût , lui conta fleurettes ;
Beaubras , bel ceil , aftre charmant .
Il l'emmiéla d'autres fornettes ;
Puis d'un baifer il lui timbra
La main , la jonë & catera.
L'Amant eftoit courtois , honnête ;
Mais quand fille ne dit, arrête ›
C'est impoli d'en rester là.
Ainfi ne fut ; Amour parla ::
Enfans , dit-il , prenez courage ,
De vos jeux un grand Dieu naitra.
Apeine il dit , qu' Amant ferra ,
Nymphe d'en rire, & Cocnage
Ace qu'on dit , naquit de là.
Vous euffiez ris à fa naifance ,
De voir d'en haut dégringoler
Troupes d'Amours entrer en danfe.
Plaifirs & Jeux fe rigoler ,
Trotter Cadeaux , flacons aller :
Amour crioit
Réjoüiſſance,
F
66 LE MERCURE
Nous faut fefter le nouveau Né;
Puis l'accolant , lui dit , bean Sire ,
O que tu naquis fortuné ,
Je vais te former , te conduire
An Throne qui t'eft deſtiné ;
Hymen envain voudra te nuire ,
Deffous tes Loix il fléchira ;
Tousfes Sujets , peu s'enfaudra ,
Compoferent ton vafte Empire ,
Maint de ton jougfe foucira :
Tel en mourra , tel en vivra.
Heureux, qui n'enfera que rire !
D'AMOUR ET D'HYME N'EE.
D
Par M. le GRAND.
' Où vient que le fils de Cipris
fait laniche au Dieu des Maris ?
Jadis l'Enfant plus débonnaire ,
Avec Hymen vivoit en frere :
Tous deuxfe tenans par le doigt ,
Logeoient deffous le même toit.
Enfemble ils faifoient leur négoce ;
L'un n'alloit fans l'autre à la noce.
60 LE MERCURE
Amourfe faifoit un honneur
D'eftre toujour'sfon Sémoneur : ·
Sans ceffe entr'eux mainte accolade ,
On eût dit d'Orefte & Pylade.
Ce n'est plus ainfi , ce dit - on ,
Quand il trompe fon Camarade ,
Amour croit gagner maint Pardon :
A-t-ilfi grand tort ? C'eftfelon :
Cupidon, qui rien ne médite
Qu'il n'acheve d'un coup de trait
En blefa Fortune & Mérite :
Tout fier du coup qu'il avoitfait ,
Là , difoit le Dieu de Cythere
ce ferachofe rare à voir ,
Fortune qui fait tant la fiere ,
Au Mérite chercher à plaire,
Eût-il jamais un tel eſpoir ?'
Il a beau la Nymphe Semondre ,
Elle ne daigne lui répondre ;
Il la fuit , & fon oeil fubtil
Onc ne la vit que de profil :
Il la verra d'autre maniere.
Je veux qu' Hymen de l'héritiere
Et du Galandfigne au Contract
Amour parla , s'il eût pû faire ,
Comme il difoit , ce Concordat ;
Onc il n'eût fait meilleure affaire :
Tous deux avoient maints dons de plaire.-
DE NOVEMBRE, 61
*
>
→
Par eftre beau , gentil Parleur
Mérite n'avoit fonfemblable
De fon Sexe c'étoit l'honneur.
Fortune êtoit jeune & paſſable ,
Riche furtout , c'eft le meilleur;
On en eût fait un couple aimable :
Mais , l'Infante avoit un Tuteur ,
Un oiy manquoit à leur affaire ;
Hymenfans lui ne veut rien faire.
Force fut donc que de fon coeur
L'Amant lui conta le mysterë ,
Qu'étoit fa chevance & fon bien ,
Qu'il n'avoit pour tout appanage .
Que bel efprit , doux entretiens
Chofe qu'en fait de Mariage ,
On compte fort fouvent pour rien.
Mérite en fit l'expérience ,
On méprifa fon éloquence ,
Son Sçavoir & tous fes talens :
Plus fortuné dans fa demande ,
Avant de la faire aux Parens ,
-S'il eût , ami de la Galande ,
Adroitement volé les Gands ;
D'un Hymen rendu néceffaire
Avec la bonne Ménagére ,
Nous verrions riches fes enfans.
Il s'en repent , Fortune fiere
l'en regarde encor de travers ;
Elie porta la folle enchere
962 LE MERCURE
De leurs myfteres découverts :
Le Tuteur lui chanta goguette ,
Lui fit fabbat fur le Galand ,
Puis au Couvent mit la Coquette
Pour prévenir tout accident.
Fortune en fut toute honteufe : "
Va va, difoit la foufreteufe ,
Mérite qui mas feu charmer
Pour ceffer d'eftre malheureuse ,
Je jure de ne plus t'aimer :
Ainfi promit & tint parole ;
Et cependant elle défole
Abbeffe , Nonne & Directeur ,
Tant queforce fut que la folle
S'en retourna chez fon Tuteur.
Le bon homme auffitôt rumine ,
Ouais , ce dit-il , nôtre Orpheline
Nous va donner bien du tintoüin :
Faut marier la Diablotine ;
Fille demande trop de foin.
La marier , non à fa mode ,
Afon Pimpant qu'elle aime encor ,
Prenons plûtôtfon antipode ;
Il eft plus laid qu'une Pagode ;
Mais riche , il eft comme un Milord :
Plutus vaut feul triple Mérite ,
Ja long-tems il nous follicine :
Faifons def- adonc les accords.
On dit : Parentelle s'affemble ,
DE NOVEMBRE. 6,3
Plutus entre & Trésors enſemble
Soucis foudain fortent dehors.
Vifage rit , pied cabriole ;
Fortune vient , Amant l'accole.
Tuteur commande , elle dit , oüy :
Auffitôt , voici Garde- Notte ,
Seigneur Hymen tout èjotty
Le couple on lie & l'on garotte.
Tandis Violon s'introduit ,
On danfe , on boit fanté de l'Hôtes
Compere à toi , ris n'y font fautes.
Ce fut plaifir , hors que la nuit
Prés le tendron tout côte à côte ,
L'Epoux ne fongea qu'à dormir :
Dormir? Eh quoi ! Pas autres chofes
L'Hymen a maint autre plaifir ?
Ouy, quand Amour en fait les clauses ,
Si l'on fait les noces fans lui,
Tantpis ; au lieu d'un lit de rofes
Hymen n'a qu'épine & qu'ennui.
Fortune enfit l'apprentissage ,
Tréfors rouloient dans fon ménage ,
Plaifir eftoit fon Intendant ,
,
2
Dieux des Cadeaux eftoient fes Pagès.
Chantoient Syrenes àfes gages :
Pourfa parure on payoit tant ,
Ceftoit on Bal , où Comédie .
Que lui manquoit ? Tout ; quoign'on die,
Sans un Mary Cythérien ,
64
LE MERCURE
Femelle est toujours mal lotie`:
Fortune auffi le difoit bien ,
>
Qu'elle avoit tout &n'avoit rien ;
C'eftoitfon mot : Mais , comment faire,
Quand Hymen nous tient fous fes Loix,
On abeau s'en mordre les doigts ;
Lavoilà qui s'en défefpere
On oit par tout fa trifte voix ;
Seroit-ce mal fait , difoit- elle ?
Dansla détreffe où je me vois :
Fiancée , encore Pucelle ,
De prendre parfois réconfort
Avec Amant jeune & fidelle.
Une Comere aimoit la belle
Qui lui dit , non , & pour renfort ,
Ajouta ;jefuis bien bonace ;
Mais , fi j'étois à vôtre place ,
Au lieu d'un feul , j'en aurois cent .
Le beau ragout ! Ma pauvre Enfant ,
Que vôtre Epoux, c'eft vôtre Pere ;
Laiffez-mei là ce vieux grifon ,
Roupiller feulfur le tifon ;
Galand , vous dis-je , eft vôtre affaire ,
Le confeil étoit falutaire :
Femme contre Mary qui dort ,
Voire aujourd'hui s'en fert encor.
Aces raifons de la Comere ,
La Nymphe prit foulagement ,
Puis alla s'aguymper pour plaire,
a
Prit
DE NOVEMBRE.
69
Prit bel atour , air fouriant ;
Difoit de l'oeil ,je ne fuis fière ,
Il y fait bon , entrez Galand.
Un lui falloit : Sous fa banniere
Vous en euffiez vû plas d'un cent.
Volontiers où fonne l'argent ,
Nichent Citoyens de Cythere :
Je fuis d'avis d'enfaire autant.
Parmi cet effain foûpirant
Un luiplût , lui conta fleurettes ;
Beaubras , bel ceil , aftre charmant .
Il l'emmiéla d'autres fornettes ;
Puis d'un baifer il lui timbra
La main , la jonë & catera.
L'Amant eftoit courtois , honnête ;
Mais quand fille ne dit, arrête ›
C'est impoli d'en rester là.
Ainfi ne fut ; Amour parla ::
Enfans , dit-il , prenez courage ,
De vos jeux un grand Dieu naitra.
Apeine il dit , qu' Amant ferra ,
Nymphe d'en rire, & Cocnage
Ace qu'on dit , naquit de là.
Vous euffiez ris à fa naifance ,
De voir d'en haut dégringoler
Troupes d'Amours entrer en danfe.
Plaifirs & Jeux fe rigoler ,
Trotter Cadeaux , flacons aller :
Amour crioit
Réjoüiſſance,
F
66 LE MERCURE
Nous faut fefter le nouveau Né;
Puis l'accolant , lui dit , bean Sire ,
O que tu naquis fortuné ,
Je vais te former , te conduire
An Throne qui t'eft deſtiné ;
Hymen envain voudra te nuire ,
Deffous tes Loix il fléchira ;
Tousfes Sujets , peu s'enfaudra ,
Compoferent ton vafte Empire ,
Maint de ton jougfe foucira :
Tel en mourra , tel en vivra.
Heureux, qui n'enfera que rire !
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338
p. 73-77
IMMA. CONTE.
Début :
Filles de Rois, comme nous, ont une ame, [...]
Mots clefs :
Amoureuse, Fille, Empereur, Amour, Déesse, Princesse, Amant, Fidélité, Triomphe, Clémence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMMA. CONTE.
I M M A.
CONTE.
Fillesde Rois , comme nous , ont une
ame ,
Auffi fenfible à l'amoureuse flame.
Celle du Roy , nommé Charles le Grand ,
Va dans ce Conte en être un bon garand :
C'étoit Imma, belle, ou du moins gentille;
Car, à quinze ans,point n'eft de laide fille.
Amourprit donc un jour, un defes traits,
Et d'un feul coup fit deux nouveaux fujets
:
L'un fut Imma , puis l'autre , un Storetaire
,
On Confeiller de l'Empereur fon pere .
Ce Secretaire ( on l'appelle Eginard )
En fait d'amour , êtoit un fin Ren. d :
Décembre 1717. LG
74
LE MERCURE
Tendron n'êtoit , dont la minefût gentes
Sur qui l'Amour ne lui dût quelque
rente.
Filles de Rois ne luifaifoient pas peur ,
Encore moins celle de l'Empereur.
Il fe prit donc à mettre en batterie ,
Tout ce qu'Amour avoit d'artillerie ;
S'entendsfoupirs , pleurs feints , regards ,
langueur ,
Inventions pour conquêter un coeur
Et dont eft plein l'Arfenal d'Amathonte
:
D'autre côté , quelque légére honte
Faifoit , qu' Imma rongiffoit defon choix .
On fe eitoit maintes filles de Rois ,
Qui bien plus bas , placérent leur tendreffe.
On fe fouvint de plus d'une Déeffe ;
Car , quand on a befoin d'autorité,
La Fable prouve , & devient vérité.
Qui capitule, eft bien prêt à fe rendre :
Pas ne tarda la Princeffe trop tendre ,
Qui chaque fois que la nuit fitfon tour
Se confoloit des contraintes du jour ;
Et dans les bras de fon Amant fidéle ,
Ne devenoit qu'une fimple Mortelle.
Il s'avifa de néger une nuit ,
Qu'Imma l'avoit dans fa Chambre introduit.
>
DE DECEMBRE.
75
Or , pour fortir de chez nôtre Gallande,
Falloit pier une cour affezgrande ;
Pas ne pouvoit qu'Eginard n'y laiſſa.
Des traces d'hommes & ne commit
Imma.
D
Déja, Phoebus recommençoit fa course :
Quefaire? Mais ,que fille a de reffource!
On tint confeil , l'Amour y préfida ;
Et la Princeffe enfin y décida ,
Qu'il leur falloit renouveller l'hiſtoire ,
De ce Troyen de pieuse mémoire ;
Qui fur fon dos mit fon pere & ses
Dieux ,
Et les fauva du Grégéoisfurieux.
Eginard donc , aydé d'une efcabelle ,
Grimpe, fe met fur le dos defa belle ;
Puis , fans broncher sous un poids que
l'Amour ,
Avoit rendu de la moitié moins lourd ,
Elle tira fon Cavalier d'affaire .
Le bon Troyen , en emportant fon pere .
N'alla , je crois ,fi vite de moitié :
Mais , l'Amour eft plusfort que l'Amitié.
La nuit revint , & l'heure convenue
Du rendez- vous , êtoit auſſi vennë.
Or , il avoit encore nêgé le foir ;
Et nôtre Imma vit avec défefpoir
Quefon Amant ne venoit pas s'y rendre.
Gij
75 LE MERCURE
Dans l'avat- cour la Belle alla l'attendre;
Car,fansfe voir,comment paffer un jour :
Eginard vint plus transporté d'amour ;
Mais, le trajet eftoit impraticable.
Point d'autre azile , on fur , on convenable
,
Que cette Chambre , où la belle couchoit .
Hé direz- vous ! Alors, qui l'empêchoit
De faire encor, comme la nuit derniére ,
Etle porter de la même maniére ?
Enfoupirant, Eginard s'en ouvrit ',
Pria , preffa , s'emporta , s'attendrit ;
Non,lui dit-il , il n'eft pas für d'attendre
Au lendemain ; il faut toujours tout
prendre, ;
En fait d'amour, rien ne doit être dû ;
Ce qu'on différe eft autant de perdu.
Tant de raifons lafirent enfin rendre ;
Encore un coup,la Princeffe trop tendre
Tendit le dos , & notre Amant monté
Fût chez la belle en triomphe porté.
Il revenoit par la même voiture ;
Le Roy le vit pafferpar avanture ,
Fors éveillé par inspiration ;
Mais , ce ne fut fans admiration ,
Ny fans courroux , contre le Téméraire :
A fon Confeil il fut porter l'affaire ;
(Car , un bon Roy ne fait rien de fon .
chef.)
•
DE DECEMBRE.
77
A la rigueur on jugea le grief:
Tel
gui trouva le crime bien pendable ,
En ut voulu , je penfe , être coupable.
Tout cependant , alla plus doucement 5
C'eft la vertu d'un Roy, d'être clément :
Charles le fut , fi toutefois c'est l'être ;
Quand on fe fert d'un Notaire & d'un
Prêtre :
Eft- ce pardon , est- ce punition
Que d'époufer ! Jugez la queftion
CONTE.
Fillesde Rois , comme nous , ont une
ame ,
Auffi fenfible à l'amoureuse flame.
Celle du Roy , nommé Charles le Grand ,
Va dans ce Conte en être un bon garand :
C'étoit Imma, belle, ou du moins gentille;
Car, à quinze ans,point n'eft de laide fille.
Amourprit donc un jour, un defes traits,
Et d'un feul coup fit deux nouveaux fujets
:
L'un fut Imma , puis l'autre , un Storetaire
,
On Confeiller de l'Empereur fon pere .
Ce Secretaire ( on l'appelle Eginard )
En fait d'amour , êtoit un fin Ren. d :
Décembre 1717. LG
74
LE MERCURE
Tendron n'êtoit , dont la minefût gentes
Sur qui l'Amour ne lui dût quelque
rente.
Filles de Rois ne luifaifoient pas peur ,
Encore moins celle de l'Empereur.
Il fe prit donc à mettre en batterie ,
Tout ce qu'Amour avoit d'artillerie ;
S'entendsfoupirs , pleurs feints , regards ,
langueur ,
Inventions pour conquêter un coeur
Et dont eft plein l'Arfenal d'Amathonte
:
D'autre côté , quelque légére honte
Faifoit , qu' Imma rongiffoit defon choix .
On fe eitoit maintes filles de Rois ,
Qui bien plus bas , placérent leur tendreffe.
On fe fouvint de plus d'une Déeffe ;
Car , quand on a befoin d'autorité,
La Fable prouve , & devient vérité.
Qui capitule, eft bien prêt à fe rendre :
Pas ne tarda la Princeffe trop tendre ,
Qui chaque fois que la nuit fitfon tour
Se confoloit des contraintes du jour ;
Et dans les bras de fon Amant fidéle ,
Ne devenoit qu'une fimple Mortelle.
Il s'avifa de néger une nuit ,
Qu'Imma l'avoit dans fa Chambre introduit.
>
DE DECEMBRE.
75
Or , pour fortir de chez nôtre Gallande,
Falloit pier une cour affezgrande ;
Pas ne pouvoit qu'Eginard n'y laiſſa.
Des traces d'hommes & ne commit
Imma.
D
Déja, Phoebus recommençoit fa course :
Quefaire? Mais ,que fille a de reffource!
On tint confeil , l'Amour y préfida ;
Et la Princeffe enfin y décida ,
Qu'il leur falloit renouveller l'hiſtoire ,
De ce Troyen de pieuse mémoire ;
Qui fur fon dos mit fon pere & ses
Dieux ,
Et les fauva du Grégéoisfurieux.
Eginard donc , aydé d'une efcabelle ,
Grimpe, fe met fur le dos defa belle ;
Puis , fans broncher sous un poids que
l'Amour ,
Avoit rendu de la moitié moins lourd ,
Elle tira fon Cavalier d'affaire .
Le bon Troyen , en emportant fon pere .
N'alla , je crois ,fi vite de moitié :
Mais , l'Amour eft plusfort que l'Amitié.
La nuit revint , & l'heure convenue
Du rendez- vous , êtoit auſſi vennë.
Or , il avoit encore nêgé le foir ;
Et nôtre Imma vit avec défefpoir
Quefon Amant ne venoit pas s'y rendre.
Gij
75 LE MERCURE
Dans l'avat- cour la Belle alla l'attendre;
Car,fansfe voir,comment paffer un jour :
Eginard vint plus transporté d'amour ;
Mais, le trajet eftoit impraticable.
Point d'autre azile , on fur , on convenable
,
Que cette Chambre , où la belle couchoit .
Hé direz- vous ! Alors, qui l'empêchoit
De faire encor, comme la nuit derniére ,
Etle porter de la même maniére ?
Enfoupirant, Eginard s'en ouvrit ',
Pria , preffa , s'emporta , s'attendrit ;
Non,lui dit-il , il n'eft pas für d'attendre
Au lendemain ; il faut toujours tout
prendre, ;
En fait d'amour, rien ne doit être dû ;
Ce qu'on différe eft autant de perdu.
Tant de raifons lafirent enfin rendre ;
Encore un coup,la Princeffe trop tendre
Tendit le dos , & notre Amant monté
Fût chez la belle en triomphe porté.
Il revenoit par la même voiture ;
Le Roy le vit pafferpar avanture ,
Fors éveillé par inspiration ;
Mais , ce ne fut fans admiration ,
Ny fans courroux , contre le Téméraire :
A fon Confeil il fut porter l'affaire ;
(Car , un bon Roy ne fait rien de fon .
chef.)
•
DE DECEMBRE.
77
A la rigueur on jugea le grief:
Tel
gui trouva le crime bien pendable ,
En ut voulu , je penfe , être coupable.
Tout cependant , alla plus doucement 5
C'eft la vertu d'un Roy, d'être clément :
Charles le fut , fi toutefois c'est l'être ;
Quand on fe fert d'un Notaire & d'un
Prêtre :
Eft- ce pardon , est- ce punition
Que d'époufer ! Jugez la queftion
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339
p. 77-78
FRAGMENT D'UNE LETTRE DE M. L'ABBE DE C... A M. LE MARQUIS DE..
Début :
Quand verrai-je ma pauvreté [...]
Mots clefs :
Pauvreté, Liberté, Frugalité, Abondance, Sagesse, Morale, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FRAGMENT D'UNE LETTRE DE M. L'ABBE DE C... A M. LE MARQUIS DE..
FRAGMENT
D'UNE LETTRE
DE M. L'ABBE ' DE C ...
A M. LE MARQUIS DE ..
Uand verrai-je ma pauvreté
Honorable & voluptueuse ,.
Te donner avec liberté
Un fouper , où la propreté
Fait , loin d'une foulle ennuyeuse ,
Une chére délicieufe
De beaucoup de frugalité ?
Là , le nombre & l'éclat de cent Verres
bien nets,
Giij
78 LE MERCURE
Réparent par les yeux la difette des mets,
Et la monffe pétillante
D'un Vin délicat & frais ,
D'une fortune brillante
Cache à mofouvenir,les fragiles attraits:
Quelle injure à l'abondance ?
Lorfqu'avec volupté, ton appétit glouten
Borne fon intempérance
A l'épaule de Monton ;
Et qu'avec des cris de joye ,
On voit toûjours fur le tard
Venirl'aumelette au lard,
Qu'aufecours de ta faim, le Ciel propt
ce envoye.
Alors, l'imagination
Par ce nouveau mets éguisée ,
De mainte nouvelle penſée
Orne la converfation :
A des Maximes de fageffe
On mêle de joyeux propos ;
Et l'on jettefur quelques mots
Ce fel que produifoit la Gréce ,
Qui nous fait la Terreur desfots.
Mais hélas ! Le tems fuit avec tant
de viteffe >
Que parmi les difcours de Morale &
d'Amour ,
Nous attrapons bientôt la naiffance du
jour. N'est - il pas vrai , que nous paffons
ainfi les nuits au Temple. MTs les
Poëtes de la Cour , vous devriez répondre
à de pauvres Poëtes de la
Ville: Voilà un cartel que je vous envoye
de la part de tous mes Confreres.
Adieu , Monfieur le Marquis ; aimezmoi
toûjours.
D'UNE LETTRE
DE M. L'ABBE ' DE C ...
A M. LE MARQUIS DE ..
Uand verrai-je ma pauvreté
Honorable & voluptueuse ,.
Te donner avec liberté
Un fouper , où la propreté
Fait , loin d'une foulle ennuyeuse ,
Une chére délicieufe
De beaucoup de frugalité ?
Là , le nombre & l'éclat de cent Verres
bien nets,
Giij
78 LE MERCURE
Réparent par les yeux la difette des mets,
Et la monffe pétillante
D'un Vin délicat & frais ,
D'une fortune brillante
Cache à mofouvenir,les fragiles attraits:
Quelle injure à l'abondance ?
Lorfqu'avec volupté, ton appétit glouten
Borne fon intempérance
A l'épaule de Monton ;
Et qu'avec des cris de joye ,
On voit toûjours fur le tard
Venirl'aumelette au lard,
Qu'aufecours de ta faim, le Ciel propt
ce envoye.
Alors, l'imagination
Par ce nouveau mets éguisée ,
De mainte nouvelle penſée
Orne la converfation :
A des Maximes de fageffe
On mêle de joyeux propos ;
Et l'on jettefur quelques mots
Ce fel que produifoit la Gréce ,
Qui nous fait la Terreur desfots.
Mais hélas ! Le tems fuit avec tant
de viteffe >
Que parmi les difcours de Morale &
d'Amour ,
Nous attrapons bientôt la naiffance du
jour. N'est - il pas vrai , que nous paffons
ainfi les nuits au Temple. MTs les
Poëtes de la Cour , vous devriez répondre
à de pauvres Poëtes de la
Ville: Voilà un cartel que je vous envoye
de la part de tous mes Confreres.
Adieu , Monfieur le Marquis ; aimezmoi
toûjours.
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340
p. 79-80
PEUR DE CUPIDON, Fable Anacréontique A MADEMOISELLE QUINAUT. Par M. Fuselier.
Début :
La jeune Iris, qui par son enjouëment [...]
Mots clefs :
Enjouement, Amour, Vénus, Cupidon, Beauté, Mystère
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texteReconnaissance textuelle : PEUR DE CUPIDON, Fable Anacréontique A MADEMOISELLE QUINAUT. Par M. Fuselier.
PEUR DE CUPIDON,
·Fable Anacreontique
A MADEMOISELLE QUINA UT.
L
Par M. Fufelier.
Ajeune Iris, qui par ſon enjouëment
Et fes attraits , broüille mainte
cervelle ,
Par fois, s'amufe à parler Allemand.
Un jour, je vis Amour en fentinelle ,
Tachant d'ouir ce que difoit la Belle ;
Tous ces mots durs l'effrayoient grandement
:
Si que, peureux, n'ofant approcher d'elle,
Le petit Dieu fe cachoit doucement ,
Comme un Moineau fe couvrant de fon
Giiij
aile :
80 LE MERCURE
bien
>
Lors je lui crie , Amour , je le voy
Tel idiome eft pour toy trop fauvage ;
Jamais Vénus n'en fit fon entretien
Iris auffi , n'en fait pas grand uſage ,
Sinon quand vent facherfon petit chien.
Ace Difcours Cupidon moins timide
Se raffurant , vole de mon côté.
Ecoute encor , dis -je , à l'Enfant perfide,
Ceffe de craindre une jeune Beauté.
J'écoute en vain,& c'eft langue êtrangére,
Me répond-il , quel eft donc ce mystére ?
Sans mon bandeau , j'éclaircirois cecy ; *
Je n'entens rien à ce langage- cy ,
Lefon de voix eft pourtant de Githere.
·Fable Anacreontique
A MADEMOISELLE QUINA UT.
L
Par M. Fufelier.
Ajeune Iris, qui par ſon enjouëment
Et fes attraits , broüille mainte
cervelle ,
Par fois, s'amufe à parler Allemand.
Un jour, je vis Amour en fentinelle ,
Tachant d'ouir ce que difoit la Belle ;
Tous ces mots durs l'effrayoient grandement
:
Si que, peureux, n'ofant approcher d'elle,
Le petit Dieu fe cachoit doucement ,
Comme un Moineau fe couvrant de fon
Giiij
aile :
80 LE MERCURE
bien
>
Lors je lui crie , Amour , je le voy
Tel idiome eft pour toy trop fauvage ;
Jamais Vénus n'en fit fon entretien
Iris auffi , n'en fait pas grand uſage ,
Sinon quand vent facherfon petit chien.
Ace Difcours Cupidon moins timide
Se raffurant , vole de mon côté.
Ecoute encor , dis -je , à l'Enfant perfide,
Ceffe de craindre une jeune Beauté.
J'écoute en vain,& c'eft langue êtrangére,
Me répond-il , quel eft donc ce mystére ?
Sans mon bandeau , j'éclaircirois cecy ; *
Je n'entens rien à ce langage- cy ,
Lefon de voix eft pourtant de Githere.
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341
p. 184-185
CHANSON.
Début :
Que l'on gronde, [...]
Mots clefs :
Fronde, Faiblesse, Tendresse, Secours, Amour, Fortune, Douceurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Ve l'on gronde
Qu'on critique & fronde ;
Je m'en moquerai ,
J'aimerai
Je boirai
>
Tant que je pourai.
C'est fageffe ,
Di-t-on tous les jours
D'éviter la tendreffe :
Mais tout au rebours ;
(bis)
N'eft- ce pas fotife on foibleffe ?
Que de n'avoir par toûjours
Au prompt fecours ;
Que contre la trifteffe
Offrent fans ceffe
recours
Le Vin , les Jeux , les Amours,
Que l'on
gronde ,
Qu'on critique & frondes
Je m'en moquerai,
J'aimerai ,.
Je boirai
Tant queje vivrai. ( bis
Nargue des faveurs
Que nous promet lafortune ;
Puifque
DE DECEMBRE. 185
Puifque les honneurs
Changent les moeurs :
Evitons de pareils féducteurs.
-L'Eclat m'importune ;
Amis , un paifible bonheur
Eft pour un Buveur ;
Et les plus fenfibles douceurs
Pour les tendres coeurs.
Ve l'on gronde
Qu'on critique & fronde ;
Je m'en moquerai ,
J'aimerai
Je boirai
>
Tant que je pourai.
C'est fageffe ,
Di-t-on tous les jours
D'éviter la tendreffe :
Mais tout au rebours ;
(bis)
N'eft- ce pas fotife on foibleffe ?
Que de n'avoir par toûjours
Au prompt fecours ;
Que contre la trifteffe
Offrent fans ceffe
recours
Le Vin , les Jeux , les Amours,
Que l'on
gronde ,
Qu'on critique & frondes
Je m'en moquerai,
J'aimerai ,.
Je boirai
Tant queje vivrai. ( bis
Nargue des faveurs
Que nous promet lafortune ;
Puifque
DE DECEMBRE. 185
Puifque les honneurs
Changent les moeurs :
Evitons de pareils féducteurs.
-L'Eclat m'importune ;
Amis , un paifible bonheur
Eft pour un Buveur ;
Et les plus fenfibles douceurs
Pour les tendres coeurs.
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342
p. 35-38
ARIANE, ET BACCHUS. CANTATE.
Début :
Ariane adoroit le volage Thesée ; [...]
Mots clefs :
Bacchus, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARIANE, ET BACCHUS. CANTATE.
ARIANE, ET BACCHUS,
CANTATE.
Riane adoroitle volage Thesée;
. Il répondit lt>ng.temps' â ses foins afc.
íídus:
ïííaìs d'un amour 17 doux , fa constance est lassées
- H l'abandonne feule en des lieux inconnus i
Pans son cruel dépit , certe amante abusée ,
Exprime par ces mots ses regrets superflus , '
Implorant, mais en vain , la tendresse passée^
#un amant qui la fuit , & ne l'écoute plus* '
m
Plus' cruel que le íìinotaiire', .
Tu ris , ingrat ,de mes douleurs t'
Tu me trahis , & je t'adore ,
Tu m'abandonnes , & je meurst
Je n'exige plus que tu m'aimes ,
La haine est trop forte en ton coeur :
Ah ! pour prix de mes feux extrêmes ,'
Viens., prends pitié dé mon malheur.
MERCURE DE FRANCEPlus
crueí, &c.
Oui , dans mon desespoir , le seul [bien qui me
reste
Cestvous ,ô mort , je vole au.devant de vos'
coups ;
Venez mè délivrer du jour que je deteste',
ies malheureux humains né redoutent que
VOUS}'
Mais l'amour a rendu mon destin si funeste ,'
Qne le plus grand des maux me semblera trbpí
doux.
as.
Mais quel Dieu fait fremir les ondes ?
Quel éclat embellit les mers ?
Jusques dans leurs grottes profondes,'
lies Tritons font charmés par les plus doux
concerts,
Sur ces bords écartés Bacchus descend luimême;
les ris & les amours' volent devant ses pas ^
Ariane , quel est votre bonheur extrême !
Pour vous feule les Dieux visitent ces climats.
Regnez , adorable mortelle
Vous
JANVIER i7i?. w
Vous triomphez du plus. charmant des Dieux j
Rendez graces à l'iníidellc
Qui vous assure un fort íi glorieux.
m
Lorsqu'un mortd vous abandonne,
Vous enchaînez le coeur des immortels j
Si vous perdez une couronne
Tout l'univers vous dresse des autel»,
r . . ... . *
m
&egnex, &c.
X'amour de la plus douce chaîne ,
Unit ces illustres amans.,
Bacchus changea la plus affreuse peine
En des plaisirs durables & charmans.
Atiane jouit d'une gloire immortelle,
Sa couronne à l'instant s'éleve jusqu'aux cieuxt
Elle y brille à jamais d'une clarté nouvelle ,
JMonument éternel d'uníqrt si glorieux.
m
Si vos amans brisent leurs chaînes,
Beautez , n'implorez que Bacchus j
Courez , courez , noyez v.os peines ,
Pans les flots charmans de ion jus.
3i MERCURE DE FRANCE.
m
.L'amour toujours rempli d'aUarmes,
Tourmente les plus tendres coeurs j
Bacchus lui prête mille charmes^
Ou console de ses rigueursm
Si vos amans , &c.
Par M. P....
CANTATE.
Riane adoroitle volage Thesée;
. Il répondit lt>ng.temps' â ses foins afc.
íídus:
ïííaìs d'un amour 17 doux , fa constance est lassées
- H l'abandonne feule en des lieux inconnus i
Pans son cruel dépit , certe amante abusée ,
Exprime par ces mots ses regrets superflus , '
Implorant, mais en vain , la tendresse passée^
#un amant qui la fuit , & ne l'écoute plus* '
m
Plus' cruel que le íìinotaiire', .
Tu ris , ingrat ,de mes douleurs t'
Tu me trahis , & je t'adore ,
Tu m'abandonnes , & je meurst
Je n'exige plus que tu m'aimes ,
La haine est trop forte en ton coeur :
Ah ! pour prix de mes feux extrêmes ,'
Viens., prends pitié dé mon malheur.
MERCURE DE FRANCEPlus
crueí, &c.
Oui , dans mon desespoir , le seul [bien qui me
reste
Cestvous ,ô mort , je vole au.devant de vos'
coups ;
Venez mè délivrer du jour que je deteste',
ies malheureux humains né redoutent que
VOUS}'
Mais l'amour a rendu mon destin si funeste ,'
Qne le plus grand des maux me semblera trbpí
doux.
as.
Mais quel Dieu fait fremir les ondes ?
Quel éclat embellit les mers ?
Jusques dans leurs grottes profondes,'
lies Tritons font charmés par les plus doux
concerts,
Sur ces bords écartés Bacchus descend luimême;
les ris & les amours' volent devant ses pas ^
Ariane , quel est votre bonheur extrême !
Pour vous feule les Dieux visitent ces climats.
Regnez , adorable mortelle
Vous
JANVIER i7i?. w
Vous triomphez du plus. charmant des Dieux j
Rendez graces à l'iníidellc
Qui vous assure un fort íi glorieux.
m
Lorsqu'un mortd vous abandonne,
Vous enchaînez le coeur des immortels j
Si vous perdez une couronne
Tout l'univers vous dresse des autel»,
r . . ... . *
m
&egnex, &c.
X'amour de la plus douce chaîne ,
Unit ces illustres amans.,
Bacchus changea la plus affreuse peine
En des plaisirs durables & charmans.
Atiane jouit d'une gloire immortelle,
Sa couronne à l'instant s'éleve jusqu'aux cieuxt
Elle y brille à jamais d'une clarté nouvelle ,
JMonument éternel d'uníqrt si glorieux.
m
Si vos amans brisent leurs chaînes,
Beautez , n'implorez que Bacchus j
Courez , courez , noyez v.os peines ,
Pans les flots charmans de ion jus.
3i MERCURE DE FRANCE.
m
.L'amour toujours rempli d'aUarmes,
Tourmente les plus tendres coeurs j
Bacchus lui prête mille charmes^
Ou console de ses rigueursm
Si vos amans , &c.
Par M. P....
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Résumé : ARIANE, ET BACCHUS. CANTATE.
La cantate 'Ariane, et Bacchus' relate la douleur et le désespoir d'Ariane, abandonnée par Thésée. Elle souhaite la mort pour échapper à sa souffrance. Bacchus apparaît alors et lui manifeste son amour, transformant sa peine en bonheur et lui offrant une gloire immortelle. Ariane, adorée par un dieu, voit sa couronne s'élever jusqu'aux cieux, symbolisant sa nouvelle vie glorieuse et éternelle. La cantate se conclut par un conseil aux beautés abandonnées de se tourner vers Bacchus pour noyer leurs peines dans son vin et trouver consolation dans ses plaisirs. L'amour, bien que tourmentant, peut être adouci par les charmes de Bacchus.
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343
p. 57-5[9]
ÉPITRE A Me
Début :
Apollon, ce Dieu que je sers, [...]
Mots clefs :
Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE A Me
épître a m*
j8 MERCURÊ DE FRANCE.
íes regrets que devoit leur causer vôtre al*.'
sence ,
Que par un assez long silence ,
Et le chagrin peint dans leurs yeux.
L . . . . . étoit inconsolable
Et nous dit le reste du jour ,
Qu'il brûleroit pour vous d'amour,
Si d'amour pour lui seul il vous scntoit ca*
pabki "
Cependant M\ . . . fans cefle commençoit g
Quelque gentille ritournelle,
Que jamais il ne fihisioit i
Soudain avec le même zele ,
tes transports • les épanchemens s-
Qui secondoient tous les sermens ,'
Qu'il vous faifoit d'être fidele ;
Le depart , dit.il de la belle ,
Me détache enfin de son char ,
Mon amour s'est enfui comme elle ,
Et je la quitte à jamais , car
Elle metournoit la cervelle.
A l'égard du garçon dont la naïveté ,
JANVIER 1724. 5*
Par fois vous apprêtoit à rire ,
En Berger dont le coeur soupire ,
Il s'est parmi nous comporté.
A nos Dames enfin, contre son ordinaire y
N'ayant plus aucun foin de plaire ,
Il prit un mouchoir d'une main ,
De l'autre une livre de pain ;
JEt conservant toujours son même câracterey
Il soulageait son ooeur & contentoit sa faim>
Adieu , cruelle , dont Tabsence
Eteint le brillant de ces feux y
Qu'en mon a'me allumoicnt vos yeux ,s
Parmi lajoye & l'abondance.
Vous avez emmené les plaisirs & les jeuxj
Helas ! pour essuyer mes larmes ,
L'amour seul m'eíì resté sans eux ,
Ce Dieu m'entretient de vos charmes ,
Mon fort en est. il plus heureux ?
j8 MERCURÊ DE FRANCE.
íes regrets que devoit leur causer vôtre al*.'
sence ,
Que par un assez long silence ,
Et le chagrin peint dans leurs yeux.
L . . . . . étoit inconsolable
Et nous dit le reste du jour ,
Qu'il brûleroit pour vous d'amour,
Si d'amour pour lui seul il vous scntoit ca*
pabki "
Cependant M\ . . . fans cefle commençoit g
Quelque gentille ritournelle,
Que jamais il ne fihisioit i
Soudain avec le même zele ,
tes transports • les épanchemens s-
Qui secondoient tous les sermens ,'
Qu'il vous faifoit d'être fidele ;
Le depart , dit.il de la belle ,
Me détache enfin de son char ,
Mon amour s'est enfui comme elle ,
Et je la quitte à jamais , car
Elle metournoit la cervelle.
A l'égard du garçon dont la naïveté ,
JANVIER 1724. 5*
Par fois vous apprêtoit à rire ,
En Berger dont le coeur soupire ,
Il s'est parmi nous comporté.
A nos Dames enfin, contre son ordinaire y
N'ayant plus aucun foin de plaire ,
Il prit un mouchoir d'une main ,
De l'autre une livre de pain ;
JEt conservant toujours son même câracterey
Il soulageait son ooeur & contentoit sa faim>
Adieu , cruelle , dont Tabsence
Eteint le brillant de ces feux y
Qu'en mon a'me allumoicnt vos yeux ,s
Parmi lajoye & l'abondance.
Vous avez emmené les plaisirs & les jeuxj
Helas ! pour essuyer mes larmes ,
L'amour seul m'eíì resté sans eux ,
Ce Dieu m'entretient de vos charmes ,
Mon fort en est. il plus heureux ?
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Résumé : ÉPITRE A Me
En janvier 1724, une épître publiée dans le Mercure de France exprime les regrets de l'auteur face à l'absence d'une personne chère. Le chagrin est visible chez ses proches. L..... est décrite comme inconsolable, affirmant qu'elle brûlerait d'amour si elle en recevait en retour. M... commence une ritournelle sans la terminer, mais exprime soudainement des transports d'amour et des serments de fidélité. Elle déclare que son amour s'est enfui avec une belle qui lui retournait la cervelle. Un garçon naïf, habituellement charmeur, prend un mouchoir et une livre de pain pour soulager son cœur et sa faim. L'auteur conclut que l'absence de la personne aimée éteint les feux allumés par ses yeux. Malgré la joie et l'abondance, les plaisirs et les jeux ont disparu, ne laissant que l'amour pour essuyer ses larmes. Ce Dieu de l'amour entretient l'auteur des charmes de la personne absente, rendant son sort plus heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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344
p. 67-69
LE SONGE. CANTATE à voix seule, mise en Musique par le sieur Bordier.
Début :
Je goûtois du sommeil les attraits gracieux. [...]
Mots clefs :
Amour, Songe, Sommeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SONGE. CANTATE à voix seule, mise en Musique par le sieur Bordier.
LE S O N G E.
.ÇANTATE à voix seule # w>//è f«
Musique par le peur Bordicr* .
ÏE goûtais du sommeil les attraits gracier
Ses tranquilles pavots suspendoient met '
allarmes ,
Lorsqu'un Songe enchanteur vint offrir ì
mes yeux ,
,Iris , l'aimable Iris, dent j'adore les chármes.
Etok.il fous le Ciel un mortel plus heureux!
Je lui parlois d* amour , elle daignoit m'en j
tendre^
A mes empreísemens elle sembloit se rendre' ,
.Et par ces mots flateurs , elle approuvoií
mes feux.
Tircis, je cede à ta constance.
Tu triomphes de ma fierté;
. Il est temps que je récompeníe, .,
Tes foins , & ta fidelité.
.C'est assez éprouver ta flamme ,
Je connois u sincere ardeur ,
. Dij L'a
Ht MERCURE DE FRANCE;
L'amour qui regne sur ton ame ,
S'ell rendu maître de mon coeuç.
A cet aveu si doux de la jeune $eigere ,
Que je m'applaudiflçis ! qUe je fus enchantés
Non , non , le fort du Iljeu qui lance te
Tonnerre,
N'étoit pas comparable à ma felicité !
s
Illusion douce & trompeuíç,
Pourquoi flattes.tu mes desirs }
Helas ! à mon ame amoureuíe ,
Que tu vas couter de soupirs !
Pour ce 'délicieux mensonge ^
sommeil , tes mqmens sont trop courju«
Je ne puis voir Iris qu'en songe ,
Ah ! laisse.moi rêver toujours.
Mais déja c'en est fait , Morphée inexorable ,
Va bien.tôt dissiper les douceurs que je fensi
Il dérobe à mes yeux 4e Fantôme adorable ^
De l'objet qui charme mes sens.
Un songe qu'amour fait pajofae ,
Peut
JANVIER; tjxj. es
î*eut offrir un plaifir charmant 5
Mais pour n'être heureux qu'un moment
H vaudroit mieux ne le pais être.
lorsqu'on droit voir une inhumaine
Répondre à notre vive ardeur ,
L'instant qui chaste notre erreur a!
Sert à redoubler notre peine.
Le Maire.
.ÇANTATE à voix seule # w>//è f«
Musique par le peur Bordicr* .
ÏE goûtais du sommeil les attraits gracier
Ses tranquilles pavots suspendoient met '
allarmes ,
Lorsqu'un Songe enchanteur vint offrir ì
mes yeux ,
,Iris , l'aimable Iris, dent j'adore les chármes.
Etok.il fous le Ciel un mortel plus heureux!
Je lui parlois d* amour , elle daignoit m'en j
tendre^
A mes empreísemens elle sembloit se rendre' ,
.Et par ces mots flateurs , elle approuvoií
mes feux.
Tircis, je cede à ta constance.
Tu triomphes de ma fierté;
. Il est temps que je récompeníe, .,
Tes foins , & ta fidelité.
.C'est assez éprouver ta flamme ,
Je connois u sincere ardeur ,
. Dij L'a
Ht MERCURE DE FRANCE;
L'amour qui regne sur ton ame ,
S'ell rendu maître de mon coeuç.
A cet aveu si doux de la jeune $eigere ,
Que je m'applaudiflçis ! qUe je fus enchantés
Non , non , le fort du Iljeu qui lance te
Tonnerre,
N'étoit pas comparable à ma felicité !
s
Illusion douce & trompeuíç,
Pourquoi flattes.tu mes desirs }
Helas ! à mon ame amoureuíe ,
Que tu vas couter de soupirs !
Pour ce 'délicieux mensonge ^
sommeil , tes mqmens sont trop courju«
Je ne puis voir Iris qu'en songe ,
Ah ! laisse.moi rêver toujours.
Mais déja c'en est fait , Morphée inexorable ,
Va bien.tôt dissiper les douceurs que je fensi
Il dérobe à mes yeux 4e Fantôme adorable ^
De l'objet qui charme mes sens.
Un songe qu'amour fait pajofae ,
Peut
JANVIER; tjxj. es
î*eut offrir un plaifir charmant 5
Mais pour n'être heureux qu'un moment
H vaudroit mieux ne le pais être.
lorsqu'on droit voir une inhumaine
Répondre à notre vive ardeur ,
L'instant qui chaste notre erreur a!
Sert à redoubler notre peine.
Le Maire.
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Résumé : LE SONGE. CANTATE à voix seule, mise en Musique par le sieur Bordier.
Dans un rêve, le narrateur voit Iris, une personne qu'il aime, qui répond favorablement à ses avances amoureuses. Iris déclare céder à sa constance et reconnaître son amour sincère, ce qui procure au narrateur une grande joie et félicité. Cependant, il prend conscience que ce bonheur est une illusion et que le réveil sera douloureux. Il regrette la brièveté des moments agréables du rêve et la rapidité avec laquelle Morphée, le dieu du sommeil, dissipe ces douceurs. Le narrateur exprime son désir de continuer à rêver pour voir Iris, mais reconnaît que ces songes ne font qu'accroître sa peine lorsqu'il se réveille et doit affronter la réalité de son amour non partagé.
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345
p. 1804-1805
DEUXIÈME ENIGME.
Début :
Comme à toute heure je puis naître, [...]
Mots clefs :
Amour
346
p. 2016-2022
LE VENDANGEUR. TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE, DIALOGUE. Cupidon, Chasseur. Septembre, Vendangeur.
Début :
Cupidon. Te voilà plaisamment bâti, [...]
Mots clefs :
Cupidon, Septembre, Vendangeur, Vin, Beau, Gibier, Lieux, Amour, Emploi, Mets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE VENDANGEUR. TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE, DIALOGUE. Cupidon, Chasseur. Septembre, Vendangeur.
LE VENDANGEUR.
TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE,
DIALOGUE.
Cupidon, Chaffeur. Septembre , Vendangeur,
Cupidon.
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Automne !
Avec ton Sur- tout de Couti ,
Te voilà plaiſamment bâti !
Vas-tu , d'Arlequin Apprenti ,
Joüer quelque Scene bouffonne ?
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Autonne !
Septen bre.
L'emploi que j'exerce eſt plus beau ,
Que le tien , de chaſſer aux Cailles ,
De coucher en joüe un Perdreau ;
L'emploi que j'exerce eſt plus beau :
Je vais preſſer du Vin nouveau ,
Pour remplir mes vieilles futailles :
✓ L'Emploi que j'exerce eft plus beau
Que le tien , de Chaffer aux Cailles.
Cupidon
SEPTEMBRE. 1727. 2017
Cupidon
Ami, c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre ,
Bien en ſaiſon , bien fucculent ,
Ami , c'eſt un mets excellent ;
Sur tout , s'il eſt pris en, volant ,
Après quelque peine à le prendre :
Ami , c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre.
Septembre.
い
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences , j'acheve ;
Sans rôder par monts & par vaux ,
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Et tel entame les Gâteaux ,
Qui ſouvent n'en a pas la féve:
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences ,j'acheve
י
Cupidon.
1
Ol qu'il nous donne de plaiſirs !
Un jeune objet quand il s'engage ,
Qu'il nous rend foupirs pour soupirs ,
O! qu'il nous donne de plaifirs
Dvj Portant
2018 MERCURE DE FRANCE,
Portant pour cacher ſes defirs ,
Belle main, fur- plus beau visage cit
O ! qu'il nous donne de plaiſirs ,
Un jeune objet, quand il s'engage.
e
Septembre.
122
Paroli , mon cher Cupidon ,
L
A tes ſoupirs & tes oeillades,
Quand ma bonne & groffe Dondon ,
Paroli , mon cher Cupidon.
Dans l'attente d'un autre don,
Me rend razades pour razades
Faroli , mon cher Cupidon ,
A tes foupirs & tes oeillades.
1
Cupidon.
Si ton ufage étoit conftant
J'aurois du vin l'ame charmée ;
J'ain ercis, à boire d'autant ,
Si ton uſage étoit conftant ;
Mais ton vin vieux eſt ſans montant
Et ton nouveau peche en fumée :
Si ton iſage étoit conſtant,
J'aurois du vin l'ame charmée.
10
T
(
1
SepSEPTEMBRE.
1727. 2019
Septembre.
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en balance ,
A tes enſeignes je me joins;
Satisfais-moi fur ces deux points :
Nouvelle amour veut trop de foins
Vieille amour a trop d'indolence : .
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en Balance.
Cupidon.
Groffier , il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie,
Poiffé de Raifin blanc & noir ,
Groffier , il te feroit beau voir
Te mettre en amoureux devoir ,
Près d'une Bacchante jolie ;
Groffier, il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie !
Septembre.
Sans ma Liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allégreffe ;
Tes douceurs font du Chicotin ,
1
Sans
2020 MERCURE DE FRANCE:
Sans ma Liqueur dans un Feſtin :
L'Amour n'y tient point lieu de vin
Le vin y tient lieu de tendreſſe :
Sans ma liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allegreſſe.
Cupidon.
Le Palais de Perſépolis , ( a )
Par toi fume encor ſous fa cendre;
C'eſt l'un de tes exploits jolis ,
Le Palais de Perſépolis ;
Nous devons ſes murs démolis ,
Aux fureurs du vin d'Alexandre :
Le Palais de Perſépolis ,
Par toi fume encor ſous ſa cendre.
Septembre.
De votre modération ,
Parle en tous lieux la voix publique
Fable , Hiſtoire, font mention
De votre modération ;
Et l'embraſement d'Ilion , ( 6 )
En eft foul la preuve autentique
(a) Brulé dans une débauche d'Alexandre.
(b) Troye ruinée au sujet des amours de
Paris pour Helene.
De
SEPTEMBRE. 1727. 2023
De votre moderation ,
Parle en tous lieux la voix publique.
Cupidon.
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir :
Tous deux nous voilà quitte-à-quitte,
Si ſur ton toît j'ai fait pleuvoir ,
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir.
O ! que vous avez le cul noir ,
Diſoit la Poële à la Marmite!
Tum'as payé. Juſqu'à revoir ;
Tous deux nous voilà quitte- à- quitte.
Septembre.
Tous deux nous avons nos accès ,
Temperez de quelque intervale 3
Ne nous faiſons point de procès ,
Tous deux nous avons nos accès :
L'Amour & le vin fans excès ,
C'eft la Pierre Philoſophale :
Tous deux nous avons nos accès,
Temperez de quelque intervale.
Cupidon.
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma chaffe ,
Fu
2022 MERCURE DE FRANCE.
L
Fût-ce dans le fond des Deſerts ,
Je cherche des lieux découverts :
Dans ces grands Paniers je me perds , *
Comme un Perdreau ſous la Tiraffe :
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma Chaffe.
Septembre.
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange ,
Mais le corps droit , l'eſprit reglé ;
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Dontde pied blanc & potelé ,
Foule mon coeur & ma Ven lange :
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange.
* Mode trop connuë , & trop long- temps.
DE SENECE'.
TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE,
DIALOGUE.
Cupidon, Chaffeur. Septembre , Vendangeur,
Cupidon.
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Automne !
Avec ton Sur- tout de Couti ,
Te voilà plaiſamment bâti !
Vas-tu , d'Arlequin Apprenti ,
Joüer quelque Scene bouffonne ?
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Autonne !
Septen bre.
L'emploi que j'exerce eſt plus beau ,
Que le tien , de chaſſer aux Cailles ,
De coucher en joüe un Perdreau ;
L'emploi que j'exerce eſt plus beau :
Je vais preſſer du Vin nouveau ,
Pour remplir mes vieilles futailles :
✓ L'Emploi que j'exerce eft plus beau
Que le tien , de Chaffer aux Cailles.
Cupidon
SEPTEMBRE. 1727. 2017
Cupidon
Ami, c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre ,
Bien en ſaiſon , bien fucculent ,
Ami , c'eſt un mets excellent ;
Sur tout , s'il eſt pris en, volant ,
Après quelque peine à le prendre :
Ami , c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre.
Septembre.
い
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences , j'acheve ;
Sans rôder par monts & par vaux ,
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Et tel entame les Gâteaux ,
Qui ſouvent n'en a pas la féve:
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences ,j'acheve
י
Cupidon.
1
Ol qu'il nous donne de plaiſirs !
Un jeune objet quand il s'engage ,
Qu'il nous rend foupirs pour soupirs ,
O! qu'il nous donne de plaifirs
Dvj Portant
2018 MERCURE DE FRANCE,
Portant pour cacher ſes defirs ,
Belle main, fur- plus beau visage cit
O ! qu'il nous donne de plaiſirs ,
Un jeune objet, quand il s'engage.
e
Septembre.
122
Paroli , mon cher Cupidon ,
L
A tes ſoupirs & tes oeillades,
Quand ma bonne & groffe Dondon ,
Paroli , mon cher Cupidon.
Dans l'attente d'un autre don,
Me rend razades pour razades
Faroli , mon cher Cupidon ,
A tes foupirs & tes oeillades.
1
Cupidon.
Si ton ufage étoit conftant
J'aurois du vin l'ame charmée ;
J'ain ercis, à boire d'autant ,
Si ton uſage étoit conftant ;
Mais ton vin vieux eſt ſans montant
Et ton nouveau peche en fumée :
Si ton iſage étoit conſtant,
J'aurois du vin l'ame charmée.
10
T
(
1
SepSEPTEMBRE.
1727. 2019
Septembre.
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en balance ,
A tes enſeignes je me joins;
Satisfais-moi fur ces deux points :
Nouvelle amour veut trop de foins
Vieille amour a trop d'indolence : .
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en Balance.
Cupidon.
Groffier , il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie,
Poiffé de Raifin blanc & noir ,
Groffier , il te feroit beau voir
Te mettre en amoureux devoir ,
Près d'une Bacchante jolie ;
Groffier, il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie !
Septembre.
Sans ma Liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allégreffe ;
Tes douceurs font du Chicotin ,
1
Sans
2020 MERCURE DE FRANCE:
Sans ma Liqueur dans un Feſtin :
L'Amour n'y tient point lieu de vin
Le vin y tient lieu de tendreſſe :
Sans ma liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allegreſſe.
Cupidon.
Le Palais de Perſépolis , ( a )
Par toi fume encor ſous fa cendre;
C'eſt l'un de tes exploits jolis ,
Le Palais de Perſépolis ;
Nous devons ſes murs démolis ,
Aux fureurs du vin d'Alexandre :
Le Palais de Perſépolis ,
Par toi fume encor ſous ſa cendre.
Septembre.
De votre modération ,
Parle en tous lieux la voix publique
Fable , Hiſtoire, font mention
De votre modération ;
Et l'embraſement d'Ilion , ( 6 )
En eft foul la preuve autentique
(a) Brulé dans une débauche d'Alexandre.
(b) Troye ruinée au sujet des amours de
Paris pour Helene.
De
SEPTEMBRE. 1727. 2023
De votre moderation ,
Parle en tous lieux la voix publique.
Cupidon.
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir :
Tous deux nous voilà quitte-à-quitte,
Si ſur ton toît j'ai fait pleuvoir ,
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir.
O ! que vous avez le cul noir ,
Diſoit la Poële à la Marmite!
Tum'as payé. Juſqu'à revoir ;
Tous deux nous voilà quitte- à- quitte.
Septembre.
Tous deux nous avons nos accès ,
Temperez de quelque intervale 3
Ne nous faiſons point de procès ,
Tous deux nous avons nos accès :
L'Amour & le vin fans excès ,
C'eft la Pierre Philoſophale :
Tous deux nous avons nos accès,
Temperez de quelque intervale.
Cupidon.
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma chaffe ,
Fu
2022 MERCURE DE FRANCE.
L
Fût-ce dans le fond des Deſerts ,
Je cherche des lieux découverts :
Dans ces grands Paniers je me perds , *
Comme un Perdreau ſous la Tiraffe :
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma Chaffe.
Septembre.
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange ,
Mais le corps droit , l'eſprit reglé ;
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Dontde pied blanc & potelé ,
Foule mon coeur & ma Ven lange :
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange.
* Mode trop connuë , & trop long- temps.
DE SENECE'.
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Résumé : LE VENDANGEUR. TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE, DIALOGUE. Cupidon, Chasseur. Septembre, Vendangeur.
Le texte présente un dialogue sous forme de triolets entre Cupidon, dieu de l'amour, et Septembre, le vendangeur. Chacun vante les mérites de ses activités respectives. Cupidon se félicite de la chasse au gibier et des plaisirs amoureux, soulignant que ces activités procurent des joies intenses. Septembre, quant à lui, met en avant la beauté de son métier de vendangeur et la production de vin nouveau, affirmant que sans vin, il n'y a pas de joie dans les festins. Il insiste également sur le fait que l'amour ne remplace pas le vin. Le dialogue révèle une interaction où Cupidon reconnaît que le gibier vient aux appâts de Septembre lorsque l'amour commence, mais il insiste sur les plaisirs que l'amour procure. Septembre, de son côté, affirme que sans vin, les festins perdent de leur joie et que l'amour ne peut pas remplacer le vin. Le dialogue se termine par une reconnaissance mutuelle de leurs accès respectifs, tempérés par des intervalles, et par la recherche de lieux appropriés pour leurs activités. Cupidon préfère les lieux découverts pour chasser, tandis que Septembre rejoint sa chère Églé, appréciant sa simplicité et sa régularité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
347
p. 2275-2284
L'Opéra Comique, Impromptu du Pont N[eu]f, sur la Naissance du Dauphin & Couplets, [titre d'après la table]
Début :
Le 9. Septembre le même Opera Comique, voulant aussi marquer sa joye pour la Naissance [...]
Mots clefs :
Pièce, Chanter, Commère, Amour, Dauphin, Français, Paris, Fille, Lys, Joie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opéra Comique, Impromptu du Pont N[eu]f, sur la Naissance du Dauphin & Couplets, [titre d'après la table]
Le 9. Septembre le même Opera Comique ,
Voulant auffi marquer fa joye pour la Naiffan-
Ce de Monfeigneur le DAUPHIN , donna gratis
fur fon Théatre de la Foire S. Laurent , une
petite Piéce nouvelle d'un Acte , composée
exprès pour être donnée gratis , intitulée :
rimpromptu du Pont Neuf, précédée du Cor
faire de Salé , & de la Noce Angloiſe , dont il a
été parlé. Tout s'y pafla fans défordre , &
au grand contentement d'une multitude de
Peuple que cette nouveauté n'avoit pas manqué
d'attirer , tant du Faubourg que de la Ville.
Cette petite Piéce fut très- applaudie par
les traits plaifans & convenables au tems. Voi
ci l'Extrait de la Piéce.
Clitandre & Julie s'aiment depuis long- tems,
& leur tendreffe a été approuvée par M. Bon
François , Pere de Julie . Ils fe plaignent des
longs délais que ce Pere apporte à l'execu
tion de la parole qu'il leur a donnée de les marier
enfemble au plutôt. Après que ces deux
Amans ont témoigné à ce Pere leur impatience,
& qu'ils l'ont conjuré de ne pas les faire
Le Corfaire de Salé.
Languia
2276 MERCURE DE FRANCE .
languir plus long- tems , il prefcrit enfin cette
époque à leur felicité , & chante , fur l'Air
des Veftales :
Quand au couchant fe levera ,
Nouveau Soleil dont la lumiere
Par tout brillera ,
Et. Lorsqu'à Paris on verrà ,
Le feu fortir de la Riviere ,
L'on vous marira.
Ces deux Amans allarmez de cette réponſe ,
fe font de nouvelles proteftations de s'aimer
toujours ; leur entretien eft interrompu par
un Prélude de Carrillon , qui leur donne oce
cafion de finir la Scêne pour s'informer de ce
qui donne lieu à ce bruit .
Un Chanfonnier du Pont- Neuf arrive , forc
empreffé & fort joyeux; & chante les paroles
fuivantes avec l'accompagnement du Car
rillon..
Kaffemblez- vous , Fille & Garçon
Petits Grands , Jeune & Barbon,
Uniffez vos Concerts à notre carillon ,
Din, dan ; don ,
Que tout abante , que tout danfe
Dans ce Canton !
Tin , tin , tan , ton
L'Hymen Cupidon »
Nous ont fait un don ,
Din , din , dan , don :
Tous deux d'intelligence ,
Ont
SEPTEMBRE. 1729. 2277
Ont fait naître un BOURBON.
Bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon.
Les Scenes fuivantes fe paflent entre un
Suiffe , le Chanfonnier , & un vendeur de Tifane.
Le Suifle fait un récit à fa maniere des
Réjouiffances qu'on fait à Paris , & chante
quelques Airs à boire : voici celui qu'il adreffe
aux Tifaniers , fur l'Air : Baiſe - moi done me
difoit Blaife.
Afti bon Piperon de Berne ,
Garçon , ( bis ) aportir ton taferne ,
Chel poiray ton Vin neuf ou vieux ,
Quand chel trinqueray tout , n'importe »»
Moy, ne me portir jamais mieux ,
Que lorsqu'il faut que l'on me porte.
Deux Muficiens arrivent fur le point de par
tir pour Verſailles , & font la répetition d'uns
Cantatille qu'ils doivent y executer.
I er Muficien.
Pour célebrer une Reine adorable
Heureux François , ranimez votre ardeur;
De l'amour de fon Peuple elle fait fon bonheur
;
Et chaque jour cet objet reſpectable ,
Devient en s'abaissant digne de fa grandeur。-
2 Muficien.
Les plaisirs de retour , voltigent fur fes traces
?
Font
2278 MERCURE DE FRANCE .
Tout Cythere , aujourd'hui , vient embellir fa
• Cours
Après avoirformé trois Graces,
Elle vient de mettre au jour
Un Amour.
Tous deux .
Grands Dieux, confervez votre ouvrage s
Sur ce Prince naiſſant , ayez les yeux ou→
verts :
De notre Roi , c'est la parfaite image ,
Il enchaîne à fon fort celui de l'Univers.
Les deux Muficiens font place à une troupe
de Bouquetieres tenant chacune un Lys , qui
entrent en danfant . Un Procureur furvient
avec un Officier Gafcon 5 les Bouquetieres les
arrêtent tous deux pour les faire danfer avec
elles ; le Procureur fait quelque difficulté de
danfer, parce qu'il eft en robe , & que cela ne
convient nullement à fon caractere; & c. L'Officier
lui répond que les Bouquetieres ont raifon
de le faire danfer , & que la joye doit
occuper tout le monde à préfent . Il chante fur
Air : Suivons tour à tour Bacchus & l'As
mour.
J'arrive de la Garonne
Et je fuis leger d'argenti
Mais ce que le Ciel nous donne ;
Aujourd'hui me rend content i
Un Louis me flatte plus .
Que cent mille écus.
r
L
Ils
SEPTEMBRE 1729. 2179
Ils danſent tous enfemble , en rond , & chantent
le Vaudeville qui fuit , dont l'Air eft noté
page 2246 .
Au Jardin de Versailles ,
Un beau Lys il y a ;
Quelque part que l'on aille ,
Rien ne vaut ce Lys- là ;
Ah ! qu'il est beau , ma chere ,
Ah ! qu'il est bien planté !
Hopegué , ma Commere
Guay, guay, guay , Hopegué.
1 Nuit & jour on le garde
Et l'on veille à l'entour :
Si-tôt qu'on le regarde :
On eft blessé d'amour.
Heureux , qui peut , ma chere ,
L'avoir à fon côté.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
De ce Lys tant aimable ,
Un nouveau rejetton ,
D'un humeur agréable ,
Remplit tout ce Canton,
Dès qu'on afçû l'affaire
Tout le monde a chanté ,
Hopegué
2280 MERCURE DE FRANCÉ .
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Pour parlerfans myftere ,
C'est un DAUPHIN charmant ,
Dont le Ciel vient de faire ,
A la France un préfent:
D'un don fi falutaire ,
Je li fçavons bon gré.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué
On a raison de dire
De cet Enfant cheri ,
Que le Roi notre Sire ,
L'a moulé d'après lui
Car l'Enfant de Cythere ,
N'eft pas fi bien tourné ;
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Tout chacun le revere
Et quoiqu'il foit petit ,
N'y a que Monfieurfon Pere ,
Quifoit plus grand que lui i
Sa fanté nous eft chere ,
Que fon nom foit chanté ;
Hopegué ,
SEPTEMBRE. 1729. 2281
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Mettons- nous des Couronnes
Chantons des Airs joyeux i
Vuidons toutes nos Tonnes ,
Pour en faire des Feux ;
Rendons la Fête entiere ,
Et qu'ilfoit bien trinqué ;
Hopegué , ma Commere
Guay, guay , guay , Hopegué.
La Scene fuivante fe paffe entre le Grand
Thomas fameux Arracheur de Dents du
Pont Neuf, un'Savoyard , & une Savoyarde ,
fes Domeftiques ; le premier témoigne fa joye
par le Couplet fuivant , en langage de fon
pays.
Catharineta ,
Chantons le DAUPHIN ,
Soir & matin ;
Sois Guillereta ,
Mettons- nous en train :
De fon grand Païre ,
Nous , bons Piemontois
Suivons les loix ;
C'est notra affaire
"
Comme les François .
La Savoyarde porte une boëte où eft enfer
mée:
2282 MERCURE DE FRANCE .
mée la Marmotte en vie , & chante ſur l'Aiř :
Si j'avois un bon Mari.
Puifqu'on entre à l'opera ,
Sans y donner de cela ,
Et que l'on voit à Paris ,
Pour rien la Comédie ;
Moi , je montrerai gratis ,
La Marmote en vie
M. Bon- François vient pour expliquer à Julie
, fa Fille , & à Clitandre . for Gendre , le
fens de la Centurie qui leur a chanté au com
mencement de la Piéce , & chante fur l'Air :
Non , je ne ferai pas , & c.
Quand d'un nouveau Soleil on verra la lu
miere •
Quand on verra le feu fortir de la Riviere ;
Ces mots marquent affez l'heureux évenėment
,
Que tout Paris célebre avec raviſſement.
Il juftifie enfuite par ce Couplet , les délais
qui l'ont obligé à differer le Mariage de fa
Fille , Sur l'Air : De tous les Capucins du
monde.
Je défirois ce tems propice ,
Pour formerfous un bon aufpices
Votre indiffoluble lien ;
Enfin , c'étoit ma fantaisie ,
J'attendois qu'il ne manquât rien
Au bonheur de notre Patrie,
* Elle fait le figne de donner de l'argent .
SEPTEMBRE. 1729. 2283
Il invite enfuite fon Gendre & fa Fille à
prendre part au Divertiffement qui furvient.
Ce font des Mariniers en équipage de Tireurs
d'Oye , ils font une marche avec Tambours
& Drapeaux ; on chante quelques Airs pour
couper la Danfe , & la Piéce finit par le Vaudeville
fuivant, qu'on trouvera noté à la page2246
Plein d'une ardeur extrême ,
t
Nous allons fur ces bords •
>
Au Prince qui nous aime
Témoigner nos tranſports i
C'est l'Amour qui nous mené
Que pouvons- nous riſquer ?
Sur les flots de la Seine ,
Ah! qu'il fait bon voguer.
Un Soleil fans nuage ,
Qui commence fon cours ,
Fera fur ce Rivage ,
Régner les plus beaux jours,
Venez , Jeunesse aimable
Venez vous embarquer ;
Le Vent eft favorable ,
Ah ! qu'il fait bon voguer,
>
Sur la liquide Plaine .
Lorsqu'on voit un DAUPHIN ,
C'est la marque certaine
f
D'un
2284 MERCURE DE FRANCE.
D'un tems doux & ferain :
Sans péril & fans peine
Chacun peut s'embarquer ,
Sur les flots de la Seine ,
Ah ! qu'il fait bon voguer.
Pierrot aux Spectateurs,
Quand notre amour s'explique ,
Sur le commun bonheur ,
Meffieurs , point de Critique ,
Respectez notre ardeur ;
Rendons- lui notre hommage ,
Le fujet l'annoblit :
Du coeur , il est l'ouvrage
Plutôt que de l'esprit.
Les Paroles du Divertiffement de la Piéce
des Vaudevilles , font de M. Panard ; elles ont
été très- goutées , de même que la Mufique
qui eft toujours de M. Gilliers.
Le 15. les Marchands Syndics de la même
Foire firent chanter le Te Deum à la Paroiffe
de S. Laurent ; le foir on tira quantité de Fufées
, & toutes les rues qui font dans l'enceinte
de la Foire , furent éclairées par deux
rangs de Luftres de Criftal qu'on y avoit fuf
pendus aux Arbres dont ces rues font plantées.
Il y eut Bal le ſoir , qui dura toute la
nuit.
Voulant auffi marquer fa joye pour la Naiffan-
Ce de Monfeigneur le DAUPHIN , donna gratis
fur fon Théatre de la Foire S. Laurent , une
petite Piéce nouvelle d'un Acte , composée
exprès pour être donnée gratis , intitulée :
rimpromptu du Pont Neuf, précédée du Cor
faire de Salé , & de la Noce Angloiſe , dont il a
été parlé. Tout s'y pafla fans défordre , &
au grand contentement d'une multitude de
Peuple que cette nouveauté n'avoit pas manqué
d'attirer , tant du Faubourg que de la Ville.
Cette petite Piéce fut très- applaudie par
les traits plaifans & convenables au tems. Voi
ci l'Extrait de la Piéce.
Clitandre & Julie s'aiment depuis long- tems,
& leur tendreffe a été approuvée par M. Bon
François , Pere de Julie . Ils fe plaignent des
longs délais que ce Pere apporte à l'execu
tion de la parole qu'il leur a donnée de les marier
enfemble au plutôt. Après que ces deux
Amans ont témoigné à ce Pere leur impatience,
& qu'ils l'ont conjuré de ne pas les faire
Le Corfaire de Salé.
Languia
2276 MERCURE DE FRANCE .
languir plus long- tems , il prefcrit enfin cette
époque à leur felicité , & chante , fur l'Air
des Veftales :
Quand au couchant fe levera ,
Nouveau Soleil dont la lumiere
Par tout brillera ,
Et. Lorsqu'à Paris on verrà ,
Le feu fortir de la Riviere ,
L'on vous marira.
Ces deux Amans allarmez de cette réponſe ,
fe font de nouvelles proteftations de s'aimer
toujours ; leur entretien eft interrompu par
un Prélude de Carrillon , qui leur donne oce
cafion de finir la Scêne pour s'informer de ce
qui donne lieu à ce bruit .
Un Chanfonnier du Pont- Neuf arrive , forc
empreffé & fort joyeux; & chante les paroles
fuivantes avec l'accompagnement du Car
rillon..
Kaffemblez- vous , Fille & Garçon
Petits Grands , Jeune & Barbon,
Uniffez vos Concerts à notre carillon ,
Din, dan ; don ,
Que tout abante , que tout danfe
Dans ce Canton !
Tin , tin , tan , ton
L'Hymen Cupidon »
Nous ont fait un don ,
Din , din , dan , don :
Tous deux d'intelligence ,
Ont
SEPTEMBRE. 1729. 2277
Ont fait naître un BOURBON.
Bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon.
Les Scenes fuivantes fe paflent entre un
Suiffe , le Chanfonnier , & un vendeur de Tifane.
Le Suifle fait un récit à fa maniere des
Réjouiffances qu'on fait à Paris , & chante
quelques Airs à boire : voici celui qu'il adreffe
aux Tifaniers , fur l'Air : Baiſe - moi done me
difoit Blaife.
Afti bon Piperon de Berne ,
Garçon , ( bis ) aportir ton taferne ,
Chel poiray ton Vin neuf ou vieux ,
Quand chel trinqueray tout , n'importe »»
Moy, ne me portir jamais mieux ,
Que lorsqu'il faut que l'on me porte.
Deux Muficiens arrivent fur le point de par
tir pour Verſailles , & font la répetition d'uns
Cantatille qu'ils doivent y executer.
I er Muficien.
Pour célebrer une Reine adorable
Heureux François , ranimez votre ardeur;
De l'amour de fon Peuple elle fait fon bonheur
;
Et chaque jour cet objet reſpectable ,
Devient en s'abaissant digne de fa grandeur。-
2 Muficien.
Les plaisirs de retour , voltigent fur fes traces
?
Font
2278 MERCURE DE FRANCE .
Tout Cythere , aujourd'hui , vient embellir fa
• Cours
Après avoirformé trois Graces,
Elle vient de mettre au jour
Un Amour.
Tous deux .
Grands Dieux, confervez votre ouvrage s
Sur ce Prince naiſſant , ayez les yeux ou→
verts :
De notre Roi , c'est la parfaite image ,
Il enchaîne à fon fort celui de l'Univers.
Les deux Muficiens font place à une troupe
de Bouquetieres tenant chacune un Lys , qui
entrent en danfant . Un Procureur furvient
avec un Officier Gafcon 5 les Bouquetieres les
arrêtent tous deux pour les faire danfer avec
elles ; le Procureur fait quelque difficulté de
danfer, parce qu'il eft en robe , & que cela ne
convient nullement à fon caractere; & c. L'Officier
lui répond que les Bouquetieres ont raifon
de le faire danfer , & que la joye doit
occuper tout le monde à préfent . Il chante fur
Air : Suivons tour à tour Bacchus & l'As
mour.
J'arrive de la Garonne
Et je fuis leger d'argenti
Mais ce que le Ciel nous donne ;
Aujourd'hui me rend content i
Un Louis me flatte plus .
Que cent mille écus.
r
L
Ils
SEPTEMBRE 1729. 2179
Ils danſent tous enfemble , en rond , & chantent
le Vaudeville qui fuit , dont l'Air eft noté
page 2246 .
Au Jardin de Versailles ,
Un beau Lys il y a ;
Quelque part que l'on aille ,
Rien ne vaut ce Lys- là ;
Ah ! qu'il est beau , ma chere ,
Ah ! qu'il est bien planté !
Hopegué , ma Commere
Guay, guay, guay , Hopegué.
1 Nuit & jour on le garde
Et l'on veille à l'entour :
Si-tôt qu'on le regarde :
On eft blessé d'amour.
Heureux , qui peut , ma chere ,
L'avoir à fon côté.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
De ce Lys tant aimable ,
Un nouveau rejetton ,
D'un humeur agréable ,
Remplit tout ce Canton,
Dès qu'on afçû l'affaire
Tout le monde a chanté ,
Hopegué
2280 MERCURE DE FRANCÉ .
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Pour parlerfans myftere ,
C'est un DAUPHIN charmant ,
Dont le Ciel vient de faire ,
A la France un préfent:
D'un don fi falutaire ,
Je li fçavons bon gré.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué
On a raison de dire
De cet Enfant cheri ,
Que le Roi notre Sire ,
L'a moulé d'après lui
Car l'Enfant de Cythere ,
N'eft pas fi bien tourné ;
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Tout chacun le revere
Et quoiqu'il foit petit ,
N'y a que Monfieurfon Pere ,
Quifoit plus grand que lui i
Sa fanté nous eft chere ,
Que fon nom foit chanté ;
Hopegué ,
SEPTEMBRE. 1729. 2281
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Mettons- nous des Couronnes
Chantons des Airs joyeux i
Vuidons toutes nos Tonnes ,
Pour en faire des Feux ;
Rendons la Fête entiere ,
Et qu'ilfoit bien trinqué ;
Hopegué , ma Commere
Guay, guay , guay , Hopegué.
La Scene fuivante fe paffe entre le Grand
Thomas fameux Arracheur de Dents du
Pont Neuf, un'Savoyard , & une Savoyarde ,
fes Domeftiques ; le premier témoigne fa joye
par le Couplet fuivant , en langage de fon
pays.
Catharineta ,
Chantons le DAUPHIN ,
Soir & matin ;
Sois Guillereta ,
Mettons- nous en train :
De fon grand Païre ,
Nous , bons Piemontois
Suivons les loix ;
C'est notra affaire
"
Comme les François .
La Savoyarde porte une boëte où eft enfer
mée:
2282 MERCURE DE FRANCE .
mée la Marmotte en vie , & chante ſur l'Aiř :
Si j'avois un bon Mari.
Puifqu'on entre à l'opera ,
Sans y donner de cela ,
Et que l'on voit à Paris ,
Pour rien la Comédie ;
Moi , je montrerai gratis ,
La Marmote en vie
M. Bon- François vient pour expliquer à Julie
, fa Fille , & à Clitandre . for Gendre , le
fens de la Centurie qui leur a chanté au com
mencement de la Piéce , & chante fur l'Air :
Non , je ne ferai pas , & c.
Quand d'un nouveau Soleil on verra la lu
miere •
Quand on verra le feu fortir de la Riviere ;
Ces mots marquent affez l'heureux évenėment
,
Que tout Paris célebre avec raviſſement.
Il juftifie enfuite par ce Couplet , les délais
qui l'ont obligé à differer le Mariage de fa
Fille , Sur l'Air : De tous les Capucins du
monde.
Je défirois ce tems propice ,
Pour formerfous un bon aufpices
Votre indiffoluble lien ;
Enfin , c'étoit ma fantaisie ,
J'attendois qu'il ne manquât rien
Au bonheur de notre Patrie,
* Elle fait le figne de donner de l'argent .
SEPTEMBRE. 1729. 2283
Il invite enfuite fon Gendre & fa Fille à
prendre part au Divertiffement qui furvient.
Ce font des Mariniers en équipage de Tireurs
d'Oye , ils font une marche avec Tambours
& Drapeaux ; on chante quelques Airs pour
couper la Danfe , & la Piéce finit par le Vaudeville
fuivant, qu'on trouvera noté à la page2246
Plein d'une ardeur extrême ,
t
Nous allons fur ces bords •
>
Au Prince qui nous aime
Témoigner nos tranſports i
C'est l'Amour qui nous mené
Que pouvons- nous riſquer ?
Sur les flots de la Seine ,
Ah! qu'il fait bon voguer.
Un Soleil fans nuage ,
Qui commence fon cours ,
Fera fur ce Rivage ,
Régner les plus beaux jours,
Venez , Jeunesse aimable
Venez vous embarquer ;
Le Vent eft favorable ,
Ah ! qu'il fait bon voguer,
>
Sur la liquide Plaine .
Lorsqu'on voit un DAUPHIN ,
C'est la marque certaine
f
D'un
2284 MERCURE DE FRANCE.
D'un tems doux & ferain :
Sans péril & fans peine
Chacun peut s'embarquer ,
Sur les flots de la Seine ,
Ah ! qu'il fait bon voguer.
Pierrot aux Spectateurs,
Quand notre amour s'explique ,
Sur le commun bonheur ,
Meffieurs , point de Critique ,
Respectez notre ardeur ;
Rendons- lui notre hommage ,
Le fujet l'annoblit :
Du coeur , il est l'ouvrage
Plutôt que de l'esprit.
Les Paroles du Divertiffement de la Piéce
des Vaudevilles , font de M. Panard ; elles ont
été très- goutées , de même que la Mufique
qui eft toujours de M. Gilliers.
Le 15. les Marchands Syndics de la même
Foire firent chanter le Te Deum à la Paroiffe
de S. Laurent ; le foir on tira quantité de Fufées
, & toutes les rues qui font dans l'enceinte
de la Foire , furent éclairées par deux
rangs de Luftres de Criftal qu'on y avoit fuf
pendus aux Arbres dont ces rues font plantées.
Il y eut Bal le ſoir , qui dura toute la
nuit.
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348
p. *127-127
CHANSON,
Début :
Mon amour près de vous ne sçauroit s'éveiller, [...]
Mots clefs :
Amour, Roi de Pologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON,
CHANSON,
MÒn amour près de vous ne sçaurois
s'éveiller,
Vous Rendormez avec votre sagesse.
Vous baillez au récit de ma vive tendresse ,
Et moi je baille en vous voyant bailler.
Ces paroles & la Musique , envoyées
de Saxe ., font de la composition des
sieurs Faviers & André , au service da
Roi de Pologne. On doit exprimer les
mots de bailler ôc baille par des espèce»
de baillcmens.
MÒn amour près de vous ne sçaurois
s'éveiller,
Vous Rendormez avec votre sagesse.
Vous baillez au récit de ma vive tendresse ,
Et moi je baille en vous voyant bailler.
Ces paroles & la Musique , envoyées
de Saxe ., font de la composition des
sieurs Faviers & André , au service da
Roi de Pologne. On doit exprimer les
mots de bailler ôc baille par des espèce»
de baillcmens.
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349
p. 367-369
MUSETTE.
Début :
Je veux chanter sur ma Musette, [...]
Mots clefs :
Musette, Amour, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSETTE.
FUSETTE,
ÏE veux chanter sur ma Musette ,
:s doux attraits qui m'ont charmé »
jîvion tendre coeur est enflammé
Des yeux 4e la jeune Lisette:
Elle est favorabje à mes voeux,
Won sort n'est-i.I pas trop heureux t
L'Amour a fait son beau visage ,
Pour lancer ses Traits les plus doux j -t
Dès qu'on la voit on sent ses coups ,
• 1 C«r
3*11 NsERCURE DE FRAÍICE^ „
;Car il s'tst peint dans son Ouvrage :
Elle est favorable à mes voeux ,
ífyoa fort n'est- il pas trop heureux.?
Tous les Bergers de ce Village.»
Adorent ses naiiîans appas ,
En tous lieux ils -suivent ses pas î
Mais elle rit de leur hommage :
Elle est favorable à mes voeux ,
■Mon fort n'est- ii pas trop heureux?
Quand je lut vante ma tendresse,
file m'écoute avec plaisir ,
Et quand au gré de mon désir ,
Sur le gazon je la caresse ; .
ÊUe est favorable à mes voeux*
Mon fort R'est-il pas trop heureux*
Ainsi ,Tircis , qu'Amour inspire,
Assis à l'ombre d'un Ormeau .
Un jour en gardant son Troupeau »
Au tendre Echo faisoic redire :
EUe est favorable à mes voeux ,
Mon fore n'est-il pas trop heureux f
II fut surpris de fa Bergère ,
Qui l'çcoutoit ftès d'«n Bnisspn>" ■ * 4
YT>. Et
FEVRIER. î7jov 3**<
Et le refrain de la Chanson ,
Fut repeté sur la fougère : ,
EUé" est favorable à mes voeux, , i
Mon sort n'etì-il pas trop heureux ?
: Par M. l'stffichtrd.
ÏE veux chanter sur ma Musette ,
:s doux attraits qui m'ont charmé »
jîvion tendre coeur est enflammé
Des yeux 4e la jeune Lisette:
Elle est favorabje à mes voeux,
Won sort n'est-i.I pas trop heureux t
L'Amour a fait son beau visage ,
Pour lancer ses Traits les plus doux j -t
Dès qu'on la voit on sent ses coups ,
• 1 C«r
3*11 NsERCURE DE FRAÍICE^ „
;Car il s'tst peint dans son Ouvrage :
Elle est favorable à mes voeux ,
ífyoa fort n'est- il pas trop heureux.?
Tous les Bergers de ce Village.»
Adorent ses naiiîans appas ,
En tous lieux ils -suivent ses pas î
Mais elle rit de leur hommage :
Elle est favorable à mes voeux ,
■Mon fort n'est- ii pas trop heureux?
Quand je lut vante ma tendresse,
file m'écoute avec plaisir ,
Et quand au gré de mon désir ,
Sur le gazon je la caresse ; .
ÊUe est favorable à mes voeux*
Mon fort R'est-il pas trop heureux*
Ainsi ,Tircis , qu'Amour inspire,
Assis à l'ombre d'un Ormeau .
Un jour en gardant son Troupeau »
Au tendre Echo faisoic redire :
EUe est favorable à mes voeux ,
Mon fore n'est-il pas trop heureux f
II fut surpris de fa Bergère ,
Qui l'çcoutoit ftès d'«n Bnisspn>" ■ * 4
YT>. Et
FEVRIER. î7jov 3**<
Et le refrain de la Chanson ,
Fut repeté sur la fougère : ,
EUé" est favorable à mes voeux, , i
Mon sort n'etì-il pas trop heureux ?
: Par M. l'stffichtrd.
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Résumé : MUSETTE.
La chanson 'Fusette' exprime l'amour du narrateur pour Lisette, une jeune femme dont il admire les doux attraits et les yeux enflammants. Le narrateur se réjouit de l'attention favorable de Lisette et se considère chanceux. Tous les bergers du village sont épris de Lisette, mais elle rit de leurs hommages. Cependant, elle écoute avec plaisir les déclarations du narrateur et accepte ses caresses sur le gazon. Dans une scène, Tircis, inspiré par l'amour, répète son admiration pour Lisette à l'écho, et elle l'écoute en souriant. Le refrain souligne la chance du narrateur d'être aimé par Lisette. La chanson est datée de février 1730 et signée par M. l'Abbé de Frayche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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350
p. 471-473
SUR LE MARIAGE DE MADEMOISELLE D***
Début :
Na guere, Amour voulant faire recruë [...]
Mots clefs :
Mariage, Amour, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LE MARIAGE DE MADEMOISELLE D***
SUR LE MARIAGE
DE MADEMOISELLE D ***
NAguere , Amour voulant faire recruë
De nouveaux coeurs Citoyens de Paris ,
( Pour fa Milice & celle de Cypris ,
N'eft Ville en tout de Sujets mieux pourvuë )
Le Dieu remarque en faifant fa Revuë ,
Jeune Tendron d'ineftimable prix.
L'Amour alors n'avoit point à fa fuite
Jeux, Graces, Ris & tout fon Comité :
C 11
472 MERCURE DE FRANCE.
11 le trouva près de cette Beauté.
vertu
?
Trop bien lui plut la rencontre fubite ,
De tel objet. Or je vous veux conter ,
Comment il fit pour nous l'efcamoter.
Ce Dieu fçavoit que notre Jouvencelle ,
En documents d'honneur & de
Etoit nourrie , & que fa parentelle ,
Lui préfentoit le fentier tout battu :
L'Enfant aflé n'ignoroit pas encore ,
Que , furveillant au bonheur des Humains ,
Minerve avoit cultivé de fes mains ,
La chafte Fleur , dès qu'on la vit éclore,
De la cueillir , fans certaine façon ,
N'étoit moyen. Cette façon , fans doute ,
Etoit l'Hymen. Le Dieu pourfuit fa route
Et va trouver cet honnête garçon ,
Le fage Hymen : quand il ne fçait mieux faire
L'Amour fe fert volontiers de fon frere.
Viens , lui dit-il , il nous faut conquêter ,
Sans plus attendre une jeune Mortelle ,
Qui fuit Minerve , & vit fous fa tutelle,
L'exploit eft beau , nous le devons tenter.
Vole au Logis de la gente Pucelle ,
Parois en fonge aux Auteurs de fes jours ,
Difpofe -les à vouloir que leur fille ,
Sous ta Banniere & celle des Amours ,
Faffe l'honneur de plus d'une Famille,
1 dit , l'Hymen l'entend à demi mot ,
Plein
MARS. 1730.
473-
Plein de fon Rôle , il le joué aufli -tôt.
L'Amour content repaffe en fa memoire
Qui des Mortels fenfibles à ſes Traits ,
Parut toûjours plus zelé pour fa gloire ,
Et fut par- là digne de tant d'attraits.
D ** d'abord lui vient à la penſée.
Bon, fa vertu fera récompensée ,
Dit-il , c'eft fait ; je dois juſtice à tous :
Son heureux fort fera bien des jaloux.
Or il s'agit de former l'entrevûë.
Le temps arrive , il le ſaiſit au bond ,
Et c'eft ce temps en fouhaits fi fécond ,
Où quand l'année eſt enfin révoluë ,
Chacun fuivant un ufage reçû ,
De complimens forme un nouveau tiffų.
Notre Heros que ce devoir appelle ,
Court vifiter les Parens de la Belle :
A fes regards le Dieu l'offre d'abord ,
Saifit fon Arc , tire , & fans grand effort ;
A ces deux coeurs fes Traits font breche entiere :
Puis fatisfait d'un triomphe fi beau ,
Il part & laiffe un rayon de lumiere ,
Qui de l'Hymen allume le flambeau.
M. Tanevot.
DE MADEMOISELLE D ***
NAguere , Amour voulant faire recruë
De nouveaux coeurs Citoyens de Paris ,
( Pour fa Milice & celle de Cypris ,
N'eft Ville en tout de Sujets mieux pourvuë )
Le Dieu remarque en faifant fa Revuë ,
Jeune Tendron d'ineftimable prix.
L'Amour alors n'avoit point à fa fuite
Jeux, Graces, Ris & tout fon Comité :
C 11
472 MERCURE DE FRANCE.
11 le trouva près de cette Beauté.
vertu
?
Trop bien lui plut la rencontre fubite ,
De tel objet. Or je vous veux conter ,
Comment il fit pour nous l'efcamoter.
Ce Dieu fçavoit que notre Jouvencelle ,
En documents d'honneur & de
Etoit nourrie , & que fa parentelle ,
Lui préfentoit le fentier tout battu :
L'Enfant aflé n'ignoroit pas encore ,
Que , furveillant au bonheur des Humains ,
Minerve avoit cultivé de fes mains ,
La chafte Fleur , dès qu'on la vit éclore,
De la cueillir , fans certaine façon ,
N'étoit moyen. Cette façon , fans doute ,
Etoit l'Hymen. Le Dieu pourfuit fa route
Et va trouver cet honnête garçon ,
Le fage Hymen : quand il ne fçait mieux faire
L'Amour fe fert volontiers de fon frere.
Viens , lui dit-il , il nous faut conquêter ,
Sans plus attendre une jeune Mortelle ,
Qui fuit Minerve , & vit fous fa tutelle,
L'exploit eft beau , nous le devons tenter.
Vole au Logis de la gente Pucelle ,
Parois en fonge aux Auteurs de fes jours ,
Difpofe -les à vouloir que leur fille ,
Sous ta Banniere & celle des Amours ,
Faffe l'honneur de plus d'une Famille,
1 dit , l'Hymen l'entend à demi mot ,
Plein
MARS. 1730.
473-
Plein de fon Rôle , il le joué aufli -tôt.
L'Amour content repaffe en fa memoire
Qui des Mortels fenfibles à ſes Traits ,
Parut toûjours plus zelé pour fa gloire ,
Et fut par- là digne de tant d'attraits.
D ** d'abord lui vient à la penſée.
Bon, fa vertu fera récompensée ,
Dit-il , c'eft fait ; je dois juſtice à tous :
Son heureux fort fera bien des jaloux.
Or il s'agit de former l'entrevûë.
Le temps arrive , il le ſaiſit au bond ,
Et c'eft ce temps en fouhaits fi fécond ,
Où quand l'année eſt enfin révoluë ,
Chacun fuivant un ufage reçû ,
De complimens forme un nouveau tiffų.
Notre Heros que ce devoir appelle ,
Court vifiter les Parens de la Belle :
A fes regards le Dieu l'offre d'abord ,
Saifit fon Arc , tire , & fans grand effort ;
A ces deux coeurs fes Traits font breche entiere :
Puis fatisfait d'un triomphe fi beau ,
Il part & laiffe un rayon de lumiere ,
Qui de l'Hymen allume le flambeau.
M. Tanevot.
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Résumé : SUR LE MARIAGE DE MADEMOISELLE D***
Le texte relate une intervention divine pour organiser le mariage d'une jeune femme parisienne. L'Amour, désirant recruter de nouveaux cœurs, remarque une jeune fille de grande valeur et décide de la marier. Il sollicite l'aide de l'Hymen, le dieu du mariage. La jeune fille, élevée dans les principes de l'honneur et de la vertu, est sous la protection de Minerve, déesse de la sagesse. L'Amour et l'Hymen convainquent ses parents de la marier. Le futur mari rend visite aux parents de la jeune femme pour préparer le mariage. L'Amour unit les deux cœurs par ses flèches. L'événement se déroule autour de la période des vœux de fin d'année.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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