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1
p. 184-185
« Voila, Madame, ce que j'ay tiré de sept ou huit Relations, [...] »
Début :
Voila, Madame, ce que j'ay tiré de sept ou huit Relations, [...]
Mots clefs :
Journal, Relations, Lettres, Exactitude
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texteReconnaissance textuelle : « Voila, Madame, ce que j'ay tiré de sept ou huit Relations, [...] »
Voila, Madame, ce que j'ay tiréde ſept ou huit Relations,
&de plus de vingt Lettres,&
je l'ay fait avec tant d'exacti- tude , que je n'ay rien voulu mettre dans ce Journal , qui n'ait été marqué par plus d'u- ne Perſonne; cependant jene laiſſe pas de craindre d'avoir manqué en quelques endroits àl'égard des dattes. Je n'ay toutefois rien à me reprocher la-deſſus . Ceux qui font des Relations , font le plus fou-
GALANT. 137
-
vent ſi peu d'accord entr'eux,
que ſi ce Journal ſe trouvoit juſte, je croy que ce ſeroit le
premier
&de plus de vingt Lettres,&
je l'ay fait avec tant d'exacti- tude , que je n'ay rien voulu mettre dans ce Journal , qui n'ait été marqué par plus d'u- ne Perſonne; cependant jene laiſſe pas de craindre d'avoir manqué en quelques endroits àl'égard des dattes. Je n'ay toutefois rien à me reprocher la-deſſus . Ceux qui font des Relations , font le plus fou-
GALANT. 137
-
vent ſi peu d'accord entr'eux,
que ſi ce Journal ſe trouvoit juſte, je croy que ce ſeroit le
premier
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Résumé : « Voila, Madame, ce que j'ay tiré de sept ou huit Relations, [...] »
Le texte est un compte-rendu basé sur plusieurs relations et lettres, compilé avec précision. L'auteur a inclus uniquement des informations vérifiées par plusieurs sources. Il exprime des inquiétudes sur la précision des dates, bien que les siennes soient exactes. Les divergences entre les auteurs compliquent la compilation. Ce journal pourrait être le premier à être exact.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 223-224
« Au reste, Madame, je m'estois bien imaginé que [...] »
Début :
Au reste, Madame, je m'estois bien imaginé que [...]
Mots clefs :
Lettres, Présent, Duc de S. Aignan
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texteReconnaissance textuelle : « Au reste, Madame, je m'estois bien imaginé que [...] »
Aureſte , Madame ,je m'e ftois bien imaginé que je vous 11 avois fait unfort agreable pré- ſent; en vous envoyant la der- niere foisles Lettres que Mon.
fieur le Duc de S. Aignan avoit écrites au Roy , & àSon Alteſſe Royale. Elles méritent fans-doute tout ce que vous
m'en dites d'avantageux, &je vayſatis- faire avec biende la joye à l'ordre que vous me
donnez de vous faire connoiftre en peu de mots
quels degrez il eſt parvenu àla haute élevation de gloireoù nous le voyons
fieur le Duc de S. Aignan avoit écrites au Roy , & àSon Alteſſe Royale. Elles méritent fans-doute tout ce que vous
m'en dites d'avantageux, &je vayſatis- faire avec biende la joye à l'ordre que vous me
donnez de vous faire connoiftre en peu de mots
quels degrez il eſt parvenu àla haute élevation de gloireoù nous le voyons
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3
s. p.
« Je vous l'avouë, Madame, j'ay de la joye que les [...] »
Début :
Je vous l'avouë, Madame, j'ay de la joye que les [...]
Mots clefs :
Lettres, Contenter, Public
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texteReconnaissance textuelle : « Je vous l'avouë, Madame, j'ay de la joye que les [...] »
E vous l'avoüe , Madame , j'ay de la joye que les lettres que vous me permettez de vous addreſſer ayent un ſi grand
cours dans le monde; &l'em--
barras où je me trouve quel- quefois pour choifir parmy ce qu'on m'apporte de tous co- ſtez , ce que je croy de plus
curieux , pour vous , ne dimiTome V. A
2 LE MERCVRE
:
nuë rien du plaifir que je me fais de contenter le Public , en
luy faiſant part de ce que je vous envoye.
cours dans le monde; &l'em--
barras où je me trouve quel- quefois pour choifir parmy ce qu'on m'apporte de tous co- ſtez , ce que je croy de plus
curieux , pour vous , ne dimiTome V. A
2 LE MERCVRE
:
nuë rien du plaifir que je me fais de contenter le Public , en
luy faiſant part de ce que je vous envoye.
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4
s. p.
« Prenez-y garde, Madame. Il n'y a rien de si [...] »
Début :
Prenez-y garde, Madame. Il n'y a rien de si [...]
Mots clefs :
Louanges, Lettres, Nouvelles ordinaires, Réputation
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texteReconnaissance textuelle : « Prenez-y garde, Madame. Il n'y a rien de si [...] »
RENEZ-Y garde , Ma- dame. Il n'y a rien de ſi propre à me gaſter ,
que les loüanges , &
vous m'en donnez de ſi flateu
ſes , qu'inſenſiblement je pour- ray en eſtre ſéduit. Si cela arri- ve, vous n'y trouverez pas voſtre compte. J'entreray dans une préſomption que vous aurez
Tome VII. A
1 LE MERCVRE
peine à vaincre , & il vous en
couſtera tout au moins des prieres pour ces Lettres dont vous me témoignez faire tant de cas.
Je veux croire que vous en eſtes
contente , parce que vous avez delabonté pour moy; mais quel- que vanité que voſtre approba- tion me donne ; je conferue af- fez de raiſon pour voir que vous cherchez à me payer du foin que je prens de vous envoyer tous les Mois avec les Nouvelles
ordinaires , ce que je puis recou- vrerde plus curieux. Je ne me pique point de les aſſaiſonner de ce tour fin &délicat qui redou- ble le prix des chofes , & vous
perdez vos obligeantes exage- rations , fi vous croyez meper- fuader. Demeurons donc , s'il vous plaiſt , dans les termesdont nous ſommes convenus. Laiſſez4
GALANT... B
moyvous écrire toûjours fans fa- çon ,& ne cherchez dans tout ce que vous recevez de moy,
que les témoignages d'un zele qui me rend plus ſenſible à l'a- vantage de vous fatisfaire , qu'à Peſperance de m'acquerir la ré- putationdebel Eſprit. Il eſt dan- gereux de l'avoir. Elle engage à
unetrop ſevere exactitude , pour ne laiffer rien paroiſtre où l'on n'ait mis la derniere main , &
cette ſujetion ſeroit fâcheuſe pour moyquelameditation em- barraffe,& qui prens toûjours la voye la plus aífée pour fortir d'affaires. Je ne ſçay ſi c'eſt eftre de mauvais goust, mais ce quieft commodemeſemble ſi ſouhaitable par tout , que je ne puis con- damner ceux qui veulent de la commodité dans l'Amour mef- me. Il s'eſt fait une petite Piece
A 2
4 LE MERCVRE
là deffus quimemet encore da- vantage dans leurs ſentimens. Je nevous puisdirede qui elle eſt:
Ellem'a eſté envoyée de Roüen,
avec priere de ne me point infor- mer du nom de l'Autheur. Le
terroir eft bon pour les Vers, &
il n'en vientgueres de méchans
de ce Païs-la. Voyez ſi je me trompe , en croyant ceux-cy af- ſez agreablement tournez pour vous plaire,
que les loüanges , &
vous m'en donnez de ſi flateu
ſes , qu'inſenſiblement je pour- ray en eſtre ſéduit. Si cela arri- ve, vous n'y trouverez pas voſtre compte. J'entreray dans une préſomption que vous aurez
Tome VII. A
1 LE MERCVRE
peine à vaincre , & il vous en
couſtera tout au moins des prieres pour ces Lettres dont vous me témoignez faire tant de cas.
Je veux croire que vous en eſtes
contente , parce que vous avez delabonté pour moy; mais quel- que vanité que voſtre approba- tion me donne ; je conferue af- fez de raiſon pour voir que vous cherchez à me payer du foin que je prens de vous envoyer tous les Mois avec les Nouvelles
ordinaires , ce que je puis recou- vrerde plus curieux. Je ne me pique point de les aſſaiſonner de ce tour fin &délicat qui redou- ble le prix des chofes , & vous
perdez vos obligeantes exage- rations , fi vous croyez meper- fuader. Demeurons donc , s'il vous plaiſt , dans les termesdont nous ſommes convenus. Laiſſez4
GALANT... B
moyvous écrire toûjours fans fa- çon ,& ne cherchez dans tout ce que vous recevez de moy,
que les témoignages d'un zele qui me rend plus ſenſible à l'a- vantage de vous fatisfaire , qu'à Peſperance de m'acquerir la ré- putationdebel Eſprit. Il eſt dan- gereux de l'avoir. Elle engage à
unetrop ſevere exactitude , pour ne laiffer rien paroiſtre où l'on n'ait mis la derniere main , &
cette ſujetion ſeroit fâcheuſe pour moyquelameditation em- barraffe,& qui prens toûjours la voye la plus aífée pour fortir d'affaires. Je ne ſçay ſi c'eſt eftre de mauvais goust, mais ce quieft commodemeſemble ſi ſouhaitable par tout , que je ne puis con- damner ceux qui veulent de la commodité dans l'Amour mef- me. Il s'eſt fait une petite Piece
A 2
4 LE MERCVRE
là deffus quimemet encore da- vantage dans leurs ſentimens. Je nevous puisdirede qui elle eſt:
Ellem'a eſté envoyée de Roüen,
avec priere de ne me point infor- mer du nom de l'Autheur. Le
terroir eft bon pour les Vers, &
il n'en vientgueres de méchans
de ce Païs-la. Voyez ſi je me trompe , en croyant ceux-cy af- ſez agreablement tournez pour vous plaire,
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Résumé : « Prenez-y garde, Madame. Il n'y a rien de si [...] »
Dans cette lettre, l'auteur exprime son embarras face aux louanges excessives de son destinataire, craignant que celles-ci ne le poussent à la présomption et à une exigence excessive de perfection. Il reconnaît la sincérité de son destinataire mais estime que celle-ci cherche à le récompenser pour les nouvelles qu'il envoie mensuellement. L'auteur refuse de se vanter de son style et préfère rester modeste, affirmant qu'il écrit sans artifice. Il met en garde contre le danger de rechercher la réputation de bel esprit, car cela impose une rigueur excessive. Il avoue préférer la commodité et la simplicité, même en amour. La lettre mentionne également une pièce poétique envoyée de Rouen, dont l'auteur souhaite rester anonyme, et loue la qualité des vers provenant de cette région.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 276-278
« Je devrois vous parler icy des Armées de Monsieur le [...] »
Début :
Je devrois vous parler icy des Armées de Monsieur le [...]
Mots clefs :
Lettres, Récit, Armée de Catalogne, Zittard, Garnison de Maastricht
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je devrois vous parler icy des Armées de Monsieur le [...] »
Jedevrois vous parler icydes Armées de Monfieur le Baron
de Monclar , & de celle des
Cercles, à laquelle nous avons fait repaffer le Rhin ; mais comme je ne vous enay encor rien dit dans aucune de mes
Lettres , je referve à vous faire un Recit entier de cette Campagne dans ma premiere , afin que vous en appreniez en meſ- me temps le commencement &
la fin. Quant à l'Armée de Catalogne , le repos des Enne- mis vous fait mieux voir que
tout ce que je vous en pourrois dire , qu'il fautqu'ils ayent eſté bien batus , puis qu'apres avoir1
amaſſe tant de forces, ils n'ont
GALANT. 185 rien entrepris depuis l'avanra- geuſe Retraite de Monfieur le
Ducde Navailles, Voyez, Ma- dame, par ce détail , ſi je n'ay pas eu raiſon d'aſſurer que la ſeule Garniſon de Maſtric avoit
plus fait que tant de milliers d'Hommes. Elle a brûlé des.....
Villages dans le Païs d'Elfe,
appartenant au Duc de Neu- bourg. Elle en a brûlé dans celuy de Juliers , avec les Villes
de Zittard & de Tongres , en reprefailles de Moufon ; car ,
comme je vous l'ay fait remar- quer d'abord , les François re- pouffent, mais ne commencent jamais l'infulte. M de Melac Colonel de Cavalerie , a mis
auſſi le feu à trois Chaſteaux
des environs de Zittard , fans
que le Major General Spaën qui commandeunCorps d'AlLifez la Page folio 86. & 87. cy-contre.
187 LE MERCVRE Capitaine d'Ohier de Dieppe,
appartenant à divers Particu- liers, &fur tout au Sieur Rouxel
de la meſme Ville. On l'avoit
deſtiné pour les Indes. Sa char- ge montoit à cinquante mille écus , & le Baſtiment en vaut trente mille. Sonbonheur vouIut qu'il vint échoüer devant le petit Fort , & que cinquante jeunes Hommes qui s'y jette- rent auffitoſt , ſe joignirent à
ceux de l'Equipage. M³ le Duc de S. Aignan avoit donné le commandement de ces cinquante Hommes de Fécam à
M' Godefroy , qui eſt un tres- brave Soldat, &qui fit des mer- veilles en cette occafion. Cependantles cinq-Frégates ayant le Pavillon François , tirerent
environ cent coups de Canon àce Vaiſſeau , & comme c'ef-
GALANT. 186
1
4.
liez formé ſeulement pour s'o- poſer àla Garniſon de Maſtric,
ait pû l'empeſcher ny rompre ſes Partis qui reviennent tous les jours chargez de butin.
Tout le Païs de Juliers & de
Gueldres l'appréhende , & ce- luy de Cologne eſt d'accord avec elle pour les Contribu.
tions.
de Monclar , & de celle des
Cercles, à laquelle nous avons fait repaffer le Rhin ; mais comme je ne vous enay encor rien dit dans aucune de mes
Lettres , je referve à vous faire un Recit entier de cette Campagne dans ma premiere , afin que vous en appreniez en meſ- me temps le commencement &
la fin. Quant à l'Armée de Catalogne , le repos des Enne- mis vous fait mieux voir que
tout ce que je vous en pourrois dire , qu'il fautqu'ils ayent eſté bien batus , puis qu'apres avoir1
amaſſe tant de forces, ils n'ont
GALANT. 185 rien entrepris depuis l'avanra- geuſe Retraite de Monfieur le
Ducde Navailles, Voyez, Ma- dame, par ce détail , ſi je n'ay pas eu raiſon d'aſſurer que la ſeule Garniſon de Maſtric avoit
plus fait que tant de milliers d'Hommes. Elle a brûlé des.....
Villages dans le Païs d'Elfe,
appartenant au Duc de Neu- bourg. Elle en a brûlé dans celuy de Juliers , avec les Villes
de Zittard & de Tongres , en reprefailles de Moufon ; car ,
comme je vous l'ay fait remar- quer d'abord , les François re- pouffent, mais ne commencent jamais l'infulte. M de Melac Colonel de Cavalerie , a mis
auſſi le feu à trois Chaſteaux
des environs de Zittard , fans
que le Major General Spaën qui commandeunCorps d'AlLifez la Page folio 86. & 87. cy-contre.
187 LE MERCVRE Capitaine d'Ohier de Dieppe,
appartenant à divers Particu- liers, &fur tout au Sieur Rouxel
de la meſme Ville. On l'avoit
deſtiné pour les Indes. Sa char- ge montoit à cinquante mille écus , & le Baſtiment en vaut trente mille. Sonbonheur vouIut qu'il vint échoüer devant le petit Fort , & que cinquante jeunes Hommes qui s'y jette- rent auffitoſt , ſe joignirent à
ceux de l'Equipage. M³ le Duc de S. Aignan avoit donné le commandement de ces cinquante Hommes de Fécam à
M' Godefroy , qui eſt un tres- brave Soldat, &qui fit des mer- veilles en cette occafion. Cependantles cinq-Frégates ayant le Pavillon François , tirerent
environ cent coups de Canon àce Vaiſſeau , & comme c'ef-
GALANT. 186
1
4.
liez formé ſeulement pour s'o- poſer àla Garniſon de Maſtric,
ait pû l'empeſcher ny rompre ſes Partis qui reviennent tous les jours chargez de butin.
Tout le Païs de Juliers & de
Gueldres l'appréhende , & ce- luy de Cologne eſt d'accord avec elle pour les Contribu.
tions.
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Résumé : « Je devrois vous parler icy des Armées de Monsieur le [...] »
Le texte décrit les opérations militaires des armées du Baron de Monclar et des Cercles, qui ont repoussé le Rhin. Un récit détaillé de cette campagne sera fourni ultérieurement. L'armée de Catalogne, après avoir été sévèrement battue, n'a entrepris aucune action significative depuis la retraite du Duc de Navailles. La garnison de Mastricht mène des actions de représailles, brûlant des villages dans les pays d'Elfe et de Juliers, ainsi que les villes de Zittard et de Tongres. Les Français réagissent aux attaques mais n'initient jamais les hostilités. Le Colonel de Cavalerie Melac a incendié trois châteaux près de Zittard malgré la présence du Major General Spaën. Un navire destiné aux Indes, chargé de marchandises valant quatre-vingt mille écus, a échoué devant un fort et a été sauvé par cinquante jeunes hommes rejoints par l'équipage. Le Duc de Saint-Aignan avait confié le commandement de ces hommes à Godefroy, un soldat brave. Cinq frégates françaises ont tiré environ cent coups de canon sur ce vaisseau sans empêcher la garnison de Mastricht de continuer ses raids quotidiens pour piller la région. Les pays de Juliers, de Gueldres et de Cologne craignent ces actions et collaborent pour les contributions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 164-181
Avantures des Thuilleries. [titre d'après la table]
Début :
Comme mes Lettres que vous avez bien voulu laisser devenir [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Devenir publique, Lettres, Tuileries, Livres, Lire, Femme, Curiosité, Public, Auteur, Louer, Galanterie, Guerre, France, Aventure, Nouvelles, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avantures des Thuilleries. [titre d'après la table]
Comme mes Lettres que vous avez bien voulu laifferdevenir
publiques , ont donné cours au Mercure , je croy vous devoir rendre compte d'un commencement d'Avanture qu'il a caus ſé dans les premiers jours de eeMois. Ils ont eſte ſi beaux,
i
Ev
106 LE MERCVRE
que jamais on n'a veu tant de monde aux Thuilleries. Un
Gentil - homme s'y promenoit ſeul un foir , reſvant peut-eſtre à quelque affaire de cœur,
quand il apperçeut ce quieſtoit fort capable de luy en faireune.
C'eſtoitune jeune Perſonne d'u- ne beauté ſurprenante. Elle eſtoit avec un Homme de Robe qu'il luy entendit nommer fon Coufin , en la ſuivant d'af- fez prés, comme il fit tant qu'el--- le marcha. Apres quelques tours d'Allée , elle alla s'aſſeoir
fur un Banc; & le Gentilhomme impatient de ſçavoir fi elle eſtoit auſſi ſpirituelle que belle,
ſe coula le plus promptement qu'il pût derriere une Paliſſade,
qui luy donna moyend'écouter fans eſtre apperçeu. Je vous l'a-e
voue, diſait-elle quand ils'ap
GALANT. 107
procha , la lecture a tant de charmes pour moy , qu'on ne me ſçauroit obliger plus ſenſi blement, que de me fournir de- quoy lire. J'y paſſe trois &qua- tre heures , de ſuite ſans m'en- nuyer , & les Livres ſont mon entretien ordinaire au defaut
de la Converſation. Et quels Livres , luy dit le Parent , vous divertiſſent leplus?Toutm'eft
propre, reprit elle. Hiſtoires ,
Voyages , Romans , Comédies,
je lis tout; &je vous diray mê- me, au hazard de paffer pour ri- dicule aupres de vous, qu'ilm'a pris fantaiſie depuis peu de parcourir cette Philofophie nou- velle qui fait tant debruit dans le monde. Je ſuis Femme , &
par conſequent curieuſe. Dés qu'on me parle d'une nouveau- té, je brûle d'envie de la voir,
Evj
108 LEMERCVRE
&tandis que mon Pere & ma Mere iront ſolliciter leur Procés, je prétens bien me fatisfai- re l'eſprit ſur toutes les agreables Bagatelles qui s'impriment tous les jours à Paris, car je ne croy pas que nous retournions en Bretagne avant le Careſme. Je m'imagine mabelle Parente, luy dit le Coufin, que vous ne manquerez pas à commencer par le Mercure Galant. Il n'y a point de Livre qui ſoit plus en vogue,
& il feroit honteux qu'il vous échapaſt , puis que vous faites profeffion de rout lire. Et de- quoy traite ce Mercure,luy de- manda - t-elle avec précipita- tion ?De toute forte de matieres , répondit-il. Il parle de la Guerre, &il ne ſe paſſe rien en France , & particulierement à
Paris, qui ſoit unpeu remarqua
GALANT. Log
ble, dont il n'informe le Public.
L'Autheur y meſle ce qu'il apprend de petites Avantures cauſées parl'Amour ; le tout eft diverſifié par des Pieces galan- tes de Vers & de Profe , & ce
mélange a quelque choſe d'a- greable qui fait que ceux qui approuvent le moins fon Livre,
ont toûjours la curiofité de le voir. Pour moy,j'en fuisfi fa- tisfait , que je ferois tres-faché,
qu'il ne le continuaſt pas ; ce.
qui divertit, l'emporte de beau- coup fur ce qui feroit capable d'ennuyer, & fij'y trouve quel- que choſe à redire , c'eſt qu'il louë avec profuſion, &qu'il s'é- tendunpeu trop fur les Articles de Guerre , car il perd plus de temps à décrire la priſe des Vil- les , que le Roy n'en a employé à les conquérir. Vous allez,
IIO LE MERCVRE
loin , répondit l'aimable Coufi- ne , & je ne ſçay ce que vous entendez par ce terme de pro- fuſion. Eft- ce qu'en loiiant les Gens ,l'Autheur du Mercure
neparticulariſe rien,& que fon- dant le bien qu'il en dit fur des expreſſions generales , il affure feulement qu'ils font tous d'un merite achevé , qu'aucune belle qualité ne leur manque , &
qu'il s'y trouve un affemblage de vertus ſi parfait , qu'il eſt im- poſſible d'aller au dela ? Voila ,
ce me ſemble, ce qui s'appelle- roit loüer avec profufion , quoy qu'en effet ce ne fuſt point du tout louer. Je ne ſuis point affez injuſte , repliqua- t- il , pour ac- cuſer l'Autheur dont je vous parle de loüer indiféremment tout le monde. Il éleve plus ou moins ceux qu'il a occaſion de
GALANT. III
nommer ſelon les choſes par leſquelles ils meritent d'eſtre loüez; il cite leurs Actions , fait
connoiſtre les Emplois qui leur ontdonné lieu de ſe rendre confiderables : mais comme je n'ay aucu interêt àcequi les touche,
j'aimerois mieux qu'il m'apprift quelque nouvelle agreable ,
que de me dire ce qu'ilne m'im- porte point de ſçavoir. C'eſt à
dire , mon cher Cousin , reprit la Belle en fiant , que ſi vous ou vos Amis vous aviez de longs Articles dans le Mercure , vous ne trouveriez point qu'il louaſt exceſſivement. Voila l'injustice de beaucoup de Gens. Ils vou- droient qu'il ne ſe fift rienque pour eux , & ils ne confidérent pas , quand on donne quelque ehoſe au Public,que ce Public eftantun Tout composé de di
112 LE MERCVRE
ferentes parties , il faut s'il ſe peut , trouver le moyen de con- tenter toutes fortes d'Eſprits. Je ne ſçay ceque c'eſt quele Mer- cure , mais peut-eſtre n'a- t- il
aucun Article qui ne rencontre ſes Partiſans , quand il auroit meſme quelque chose d'effecti- vement ennuyeux. Les tins s'at- tacherontaux Nouvelles ſerieuſes , les autres aux Avantures d'amour ; ceux cy cherche- ront les Vers ,ceux - là quelqu'autre Galanterie ; & com- me yous m'avez dit que c'eſt un Livre où tout cela eſt
ramaffé , j'ay peine à croire qu'on puſt former un deſſein plus capable de réüiffir. Quant auxloüanges, vouspouvez paf- fer par deſſus ſi vous enſou- frez; mais mille &mille honneſtes Gens qui font en France >
-
r
4 GALANT. 113
ne meritent-ils pas qu'on parle d'eux ? & le defir de ſe rendre
digne d'eſtre loüé, ſervantquel.- quefois d'aiguillon à la Vertu ,
doit-on envierà tant de Braves
qui hazardent tous les jours leur viepour ſervir l'Etat , une récompenſe ſi legitimement deuë à leurs grandes actions ?
La Juſtice qu'aparemment leur rend le Mercure , redouble la
curioſitéque j'ay de le voir, &
je ne crains pointque le trop de Guerre m'importune. La prife de Valenciennes a couſté ſi peu de temps , que je ne m'étonne pas qu'il en faille employer da- vantageà la décrire ; mais outre que dans les Caffandres & les Cyrus j'ay tout lû juſqu'aux plus longues deſcriptions des Barailles , je ſuis perfuadéeque nous ne pouvons ſçavoir trop
114 LE MERCVRE exactementce qui ſe faitde nos jours. Les Relations les plus fi- delles oublient toûjours quel- ques circonstances, &nousn'en
voyons aucune qui n'ait ſa nou- veauté ,du moins par quel- que endroit particulier qui n'a point eſté touché dans les autres.
La nuit s'avançoit , la Belle ſe retira , & le Gentilhomme
que fon eſprit n'avoitpasmoins furpris que fa beauté , la fit fui- vre parun Laquais. Il luy envo- yades le lendemain les ſept pre- miers Tomes du Mercure Galant , avec ces Vers.
LE
MERCVRE GALANT ,
A LA BELLE INCONNUE
qui a dela curioſité pour luy.
AMyde Cupidon , Galant de Rea1.
Je parle également & d'Amour &
d'Armée,
Etviens,mais en tremblant vous conter en cejour Des Nouvelles d'amour.
Si vous me recevezſans vous mettre en
couroux ,
১
Si jeſuispar hazardle bien venu chez
vous,
Rienne peut égaler le bonheur &la
joye Deceluyqui m'envoye.
Vous l'avez avoñé,vous aimez la leEture
116 LE MERCVRE
Vous vous divertiſſez àlire une Avanture;
Mesme dans les Romans ,jeſçay que les Combats
Nevous déplaiſentpas.
Pourquoy vous déplairoy-je en mafincerité ?
Ie nedis jamais rien contre la verité;
Maissur tout aujourd'huy , sans que
l'on me renvoye ,
Ieprétensqu'on le croye.
Cette impréveuë Galanterie embaraſſaunmoment la Belle.
Elle vit bien que la converſa- tion qu'elle avoit euële ſoir pré- cedent aux Thuilleries , eſtoit
cauſedu Préſent qu'on luy fai- foit. Il ne luy déplaiſoit pas,puis qu'il fatisfaifoit l'impatience où elle eftoit de voir le Mercure. Je
ne vous puis dire ce qu'elle pen- ſa , ny par quel motif de curio- fité ou d'intrigue elle fit la Ré
E
GALANT 117 .
ponſe que yous allez voir , car je n'ay point ſceu quelle ſuite a
eul'Avanture , mais il eſt certain qu'elle ne reçeut point le Meſſage en Provinciale façon- niere , & qu'eſtant entrée dans #fon Cabinet , elle écrivit ces
deux Vers qu'elle revint donner au Porteur.
Les Nouvelles d'amourdeceluy qui t'envoye
Ne medéplairont pas,jeprétensqu'il le
croye.
publiques , ont donné cours au Mercure , je croy vous devoir rendre compte d'un commencement d'Avanture qu'il a caus ſé dans les premiers jours de eeMois. Ils ont eſte ſi beaux,
i
Ev
106 LE MERCVRE
que jamais on n'a veu tant de monde aux Thuilleries. Un
Gentil - homme s'y promenoit ſeul un foir , reſvant peut-eſtre à quelque affaire de cœur,
quand il apperçeut ce quieſtoit fort capable de luy en faireune.
C'eſtoitune jeune Perſonne d'u- ne beauté ſurprenante. Elle eſtoit avec un Homme de Robe qu'il luy entendit nommer fon Coufin , en la ſuivant d'af- fez prés, comme il fit tant qu'el--- le marcha. Apres quelques tours d'Allée , elle alla s'aſſeoir
fur un Banc; & le Gentilhomme impatient de ſçavoir fi elle eſtoit auſſi ſpirituelle que belle,
ſe coula le plus promptement qu'il pût derriere une Paliſſade,
qui luy donna moyend'écouter fans eſtre apperçeu. Je vous l'a-e
voue, diſait-elle quand ils'ap
GALANT. 107
procha , la lecture a tant de charmes pour moy , qu'on ne me ſçauroit obliger plus ſenſi blement, que de me fournir de- quoy lire. J'y paſſe trois &qua- tre heures , de ſuite ſans m'en- nuyer , & les Livres ſont mon entretien ordinaire au defaut
de la Converſation. Et quels Livres , luy dit le Parent , vous divertiſſent leplus?Toutm'eft
propre, reprit elle. Hiſtoires ,
Voyages , Romans , Comédies,
je lis tout; &je vous diray mê- me, au hazard de paffer pour ri- dicule aupres de vous, qu'ilm'a pris fantaiſie depuis peu de parcourir cette Philofophie nou- velle qui fait tant debruit dans le monde. Je ſuis Femme , &
par conſequent curieuſe. Dés qu'on me parle d'une nouveau- té, je brûle d'envie de la voir,
Evj
108 LEMERCVRE
&tandis que mon Pere & ma Mere iront ſolliciter leur Procés, je prétens bien me fatisfai- re l'eſprit ſur toutes les agreables Bagatelles qui s'impriment tous les jours à Paris, car je ne croy pas que nous retournions en Bretagne avant le Careſme. Je m'imagine mabelle Parente, luy dit le Coufin, que vous ne manquerez pas à commencer par le Mercure Galant. Il n'y a point de Livre qui ſoit plus en vogue,
& il feroit honteux qu'il vous échapaſt , puis que vous faites profeffion de rout lire. Et de- quoy traite ce Mercure,luy de- manda - t-elle avec précipita- tion ?De toute forte de matieres , répondit-il. Il parle de la Guerre, &il ne ſe paſſe rien en France , & particulierement à
Paris, qui ſoit unpeu remarqua
GALANT. Log
ble, dont il n'informe le Public.
L'Autheur y meſle ce qu'il apprend de petites Avantures cauſées parl'Amour ; le tout eft diverſifié par des Pieces galan- tes de Vers & de Profe , & ce
mélange a quelque choſe d'a- greable qui fait que ceux qui approuvent le moins fon Livre,
ont toûjours la curiofité de le voir. Pour moy,j'en fuisfi fa- tisfait , que je ferois tres-faché,
qu'il ne le continuaſt pas ; ce.
qui divertit, l'emporte de beau- coup fur ce qui feroit capable d'ennuyer, & fij'y trouve quel- que choſe à redire , c'eſt qu'il louë avec profuſion, &qu'il s'é- tendunpeu trop fur les Articles de Guerre , car il perd plus de temps à décrire la priſe des Vil- les , que le Roy n'en a employé à les conquérir. Vous allez,
IIO LE MERCVRE
loin , répondit l'aimable Coufi- ne , & je ne ſçay ce que vous entendez par ce terme de pro- fuſion. Eft- ce qu'en loiiant les Gens ,l'Autheur du Mercure
neparticulariſe rien,& que fon- dant le bien qu'il en dit fur des expreſſions generales , il affure feulement qu'ils font tous d'un merite achevé , qu'aucune belle qualité ne leur manque , &
qu'il s'y trouve un affemblage de vertus ſi parfait , qu'il eſt im- poſſible d'aller au dela ? Voila ,
ce me ſemble, ce qui s'appelle- roit loüer avec profufion , quoy qu'en effet ce ne fuſt point du tout louer. Je ne ſuis point affez injuſte , repliqua- t- il , pour ac- cuſer l'Autheur dont je vous parle de loüer indiféremment tout le monde. Il éleve plus ou moins ceux qu'il a occaſion de
GALANT. III
nommer ſelon les choſes par leſquelles ils meritent d'eſtre loüez; il cite leurs Actions , fait
connoiſtre les Emplois qui leur ontdonné lieu de ſe rendre confiderables : mais comme je n'ay aucu interêt àcequi les touche,
j'aimerois mieux qu'il m'apprift quelque nouvelle agreable ,
que de me dire ce qu'ilne m'im- porte point de ſçavoir. C'eſt à
dire , mon cher Cousin , reprit la Belle en fiant , que ſi vous ou vos Amis vous aviez de longs Articles dans le Mercure , vous ne trouveriez point qu'il louaſt exceſſivement. Voila l'injustice de beaucoup de Gens. Ils vou- droient qu'il ne ſe fift rienque pour eux , & ils ne confidérent pas , quand on donne quelque ehoſe au Public,que ce Public eftantun Tout composé de di
112 LE MERCVRE
ferentes parties , il faut s'il ſe peut , trouver le moyen de con- tenter toutes fortes d'Eſprits. Je ne ſçay ceque c'eſt quele Mer- cure , mais peut-eſtre n'a- t- il
aucun Article qui ne rencontre ſes Partiſans , quand il auroit meſme quelque chose d'effecti- vement ennuyeux. Les tins s'at- tacherontaux Nouvelles ſerieuſes , les autres aux Avantures d'amour ; ceux cy cherche- ront les Vers ,ceux - là quelqu'autre Galanterie ; & com- me yous m'avez dit que c'eſt un Livre où tout cela eſt
ramaffé , j'ay peine à croire qu'on puſt former un deſſein plus capable de réüiffir. Quant auxloüanges, vouspouvez paf- fer par deſſus ſi vous enſou- frez; mais mille &mille honneſtes Gens qui font en France >
-
r
4 GALANT. 113
ne meritent-ils pas qu'on parle d'eux ? & le defir de ſe rendre
digne d'eſtre loüé, ſervantquel.- quefois d'aiguillon à la Vertu ,
doit-on envierà tant de Braves
qui hazardent tous les jours leur viepour ſervir l'Etat , une récompenſe ſi legitimement deuë à leurs grandes actions ?
La Juſtice qu'aparemment leur rend le Mercure , redouble la
curioſitéque j'ay de le voir, &
je ne crains pointque le trop de Guerre m'importune. La prife de Valenciennes a couſté ſi peu de temps , que je ne m'étonne pas qu'il en faille employer da- vantageà la décrire ; mais outre que dans les Caffandres & les Cyrus j'ay tout lû juſqu'aux plus longues deſcriptions des Barailles , je ſuis perfuadéeque nous ne pouvons ſçavoir trop
114 LE MERCVRE exactementce qui ſe faitde nos jours. Les Relations les plus fi- delles oublient toûjours quel- ques circonstances, &nousn'en
voyons aucune qui n'ait ſa nou- veauté ,du moins par quel- que endroit particulier qui n'a point eſté touché dans les autres.
La nuit s'avançoit , la Belle ſe retira , & le Gentilhomme
que fon eſprit n'avoitpasmoins furpris que fa beauté , la fit fui- vre parun Laquais. Il luy envo- yades le lendemain les ſept pre- miers Tomes du Mercure Galant , avec ces Vers.
LE
MERCVRE GALANT ,
A LA BELLE INCONNUE
qui a dela curioſité pour luy.
AMyde Cupidon , Galant de Rea1.
Je parle également & d'Amour &
d'Armée,
Etviens,mais en tremblant vous conter en cejour Des Nouvelles d'amour.
Si vous me recevezſans vous mettre en
couroux ,
১
Si jeſuispar hazardle bien venu chez
vous,
Rienne peut égaler le bonheur &la
joye Deceluyqui m'envoye.
Vous l'avez avoñé,vous aimez la leEture
116 LE MERCVRE
Vous vous divertiſſez àlire une Avanture;
Mesme dans les Romans ,jeſçay que les Combats
Nevous déplaiſentpas.
Pourquoy vous déplairoy-je en mafincerité ?
Ie nedis jamais rien contre la verité;
Maissur tout aujourd'huy , sans que
l'on me renvoye ,
Ieprétensqu'on le croye.
Cette impréveuë Galanterie embaraſſaunmoment la Belle.
Elle vit bien que la converſa- tion qu'elle avoit euële ſoir pré- cedent aux Thuilleries , eſtoit
cauſedu Préſent qu'on luy fai- foit. Il ne luy déplaiſoit pas,puis qu'il fatisfaifoit l'impatience où elle eftoit de voir le Mercure. Je
ne vous puis dire ce qu'elle pen- ſa , ny par quel motif de curio- fité ou d'intrigue elle fit la Ré
E
GALANT 117 .
ponſe que yous allez voir , car je n'ay point ſceu quelle ſuite a
eul'Avanture , mais il eſt certain qu'elle ne reçeut point le Meſſage en Provinciale façon- niere , & qu'eſtant entrée dans #fon Cabinet , elle écrivit ces
deux Vers qu'elle revint donner au Porteur.
Les Nouvelles d'amourdeceluy qui t'envoye
Ne medéplairont pas,jeprétensqu'il le
croye.
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Résumé : Avantures des Thuilleries. [titre d'après la table]
Le texte décrit une aventure aux Tuileries où un gentilhomme remarque une jeune femme d'une beauté exceptionnelle en compagnie d'un homme de robe, qu'elle appelle son cousin. Intrigué, le gentilhomme se cache pour écouter leur conversation. La jeune femme exprime son amour pour la lecture, mentionnant divers genres, y compris la philosophie nouvelle. Son cousin lui suggère de lire le Mercure Galant, un journal populaire qui traite de sujets variés comme la guerre et les aventures amoureuses, apprécié pour son mélange de nouvelles et de pièces galantes. La jeune femme montre de l'intérêt pour le Mercure Galant. Son cousin explique que le journal loue souvent les gens avec profusion mais distingue les mérites de chacun. La jeune femme défend le journal, affirmant qu'il contient quelque chose pour tous les goûts et que ses louanges peuvent encourager la vertu. Elle souhaite également lire des nouvelles exactes sur les événements contemporains. Impressionné par la beauté et l'esprit de la jeune femme, le gentilhomme la fait suivre par un laquais et lui envoie les sept premiers tomes du Mercure Galant accompagnés d'un poème. La jeune femme, flattée par ce geste, répond de manière élégante, exprimant son intérêt pour les nouvelles d'amour contenues dans le journal.
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7
p. 200-203
M. le Procureur General demande l'enregistrement de ses Lettres au Parlement: Elles y sont leuës, & il parle sur ce sujet. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur le Procureur General ayant presenté ses Lettres de Chancelier [...]
Mots clefs :
Procureur général, Lettres, Parlement, Services, Chancelier
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texteReconnaissance textuelle : M. le Procureur General demande l'enregistrement de ses Lettres au Parlement: Elles y sont leuës, & il parle sur ce sujet. [titre d'après la table]
.Mon- Fij
126 LE MERCVRE
fieurleProcureurGeneralayant preſenté ſes Lettres de Chance- lier au Parlement afin qu'elles y fuſſent enregiſtrées , elles fu- rent leuës tout haut, & reçeuës avec un applaudiſſementqui ne ſe peutconcevoir. Ony voit les grands & importans ſervices que ce Miniſtre a rendus à l'Eftat en Italie pendant le Regne dufeu Roy , en France pendant la Regence , & en fuite ſous Loüis le Grand. Parmy tous les Eloges qui font dans ces Lettres,
je ne puis vous en taire un fort glorieux à Monfieur le Chance- lier; c'eſt qu'il y eſt expreffé- ment marqué que par ſes ſoins &par fa prudence il abeaucoup ſervy à pacifier les Troubles de l'Estat. M. le Procureur Gene--
ral fit un Eloge fort court de ce grand Miniſtre ; mais il ditbeau-
GALANT. 127
ees
1
e
:
coup en peu de paroles , & fit voir entre autres choſes que Monfieur le Tellier eſtoit heureux d'eſtre né avec toutes les
qualitez qui le rendent fi re- commandable; heureux d'avoir trouvé tant d'occaſions de s'employer pour l'Eſtat ; heureux de fe voir Chef d'une Famille qui fecondoit fi bien ſon zele dans les ſervices qu'il rendoit incef- famment àſon Prince ; heureux
d'avoir efté choiſy pour remplir la Charge de Chancelier de France , &de l'avoir eſté par un Roy dont le juſte difcernement eſt la marque la plus incontefta- ble du vray merite ; Et heureux enfin par deſſus toutes choſes,
de s'eſtre montré digne des a- vantages qu'il poſſedoit.
126 LE MERCVRE
fieurleProcureurGeneralayant preſenté ſes Lettres de Chance- lier au Parlement afin qu'elles y fuſſent enregiſtrées , elles fu- rent leuës tout haut, & reçeuës avec un applaudiſſementqui ne ſe peutconcevoir. Ony voit les grands & importans ſervices que ce Miniſtre a rendus à l'Eftat en Italie pendant le Regne dufeu Roy , en France pendant la Regence , & en fuite ſous Loüis le Grand. Parmy tous les Eloges qui font dans ces Lettres,
je ne puis vous en taire un fort glorieux à Monfieur le Chance- lier; c'eſt qu'il y eſt expreffé- ment marqué que par ſes ſoins &par fa prudence il abeaucoup ſervy à pacifier les Troubles de l'Estat. M. le Procureur Gene--
ral fit un Eloge fort court de ce grand Miniſtre ; mais il ditbeau-
GALANT. 127
ees
1
e
:
coup en peu de paroles , & fit voir entre autres choſes que Monfieur le Tellier eſtoit heureux d'eſtre né avec toutes les
qualitez qui le rendent fi re- commandable; heureux d'avoir trouvé tant d'occaſions de s'employer pour l'Eſtat ; heureux de fe voir Chef d'une Famille qui fecondoit fi bien ſon zele dans les ſervices qu'il rendoit incef- famment àſon Prince ; heureux
d'avoir efté choiſy pour remplir la Charge de Chancelier de France , &de l'avoir eſté par un Roy dont le juſte difcernement eſt la marque la plus incontefta- ble du vray merite ; Et heureux enfin par deſſus toutes choſes,
de s'eſtre montré digne des a- vantages qu'il poſſedoit.
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Résumé : M. le Procureur General demande l'enregistrement de ses Lettres au Parlement: Elles y sont leuës, & il parle sur ce sujet. [titre d'après la table]
Le texte décrit la présentation des Lettres de Chancellerie du Procureur Général au Parlement, qui furent lues et applaudies. Ces lettres mettent en avant les services rendus par le chancelier à l'État en Italie sous le règne du feu roi, en France durant la Régence, et sous Louis le Grand. Le chancelier est loué pour avoir pacifié les troubles de l'État grâce à sa prudence et à ses soins. Le Procureur Général a fait un éloge concis mais éloquent, soulignant les qualités remarquables du chancelier, ses nombreuses occasions de servir l'État, et le soutien de sa famille. Il a également exprimé la fierté du chancelier d'avoir été choisi comme Chancelier de France par un roi dont le discernement témoigne de son mérite. Enfin, il a noté que le chancelier s'était montré digne des avantages qu'il possédait.
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8
p. 252-254
Réponse aux Belles de Paris, de Lyon, de Noyon, & de Poitou, dont l'Autheur du Mercure a reçeu des Lettres. [titre d'après la table]
Début :
Il ne me reste plus, Madame, qu'à vous parler de [...]
Mots clefs :
Énigme, Amies, Lettre R, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse aux Belles de Paris, de Lyon, de Noyon, & de Poitou, dont l'Autheur du Mercure a reçeu des Lettres. [titre d'après la table]
Il ne me reſte plus, Madame,
qu'à vous parler de l'Enigme de ma derniere Lettre , dont il
eſt vray que vos Amies ont trouvé le mot. Celle de la
Lettre R les devoit empeſcher de croirequ'on en euſt fait une feconde fur une autre Lettre de
l'Alphabet , mais je voy bien qu'elles ne ſe laiſſent pas aifé- mentembarraſſer.Vous ne ſcau- riez vous imaginer combienj'ay reçeu d'agreables Lettres là-def fus. Je vous enferoispart,ſi elles ne m'eſtoient pas trop avanta- geuſes. J'enay unede quelques Dames de Paris , àqui je ſuis
bien fâché d'avoir à dire pour réponſe qu'elles ont perdu la difcretion , &que l'Abbé dont elles meparlent a deviné juſte.
168 LE MERCVRE
Vous voyez par làque l'Enigme a fait faire des gageures.De tres- ſpirituelles Provinciales m'ont auſſi écrit de Noyon&de Lyon;
mais ce qu'elles m'ont écrit eft fi obligeant pour moy , que je n'oſe le rendre public. Les der- nieres datent fort ingénieuſe- ment de la Ville d'V , & me
diſent qu'elles ne ſe ſont pas mal trouvées d'avoir conſulté
Apollonius au lieu d'Apollon.
S'il eſt auſſi grand Sorcier qu'- elles veulent queje le croye , je tâcheray d'y trouver accés pour ſçavoir qui sõtdeux belles Cou- fines de Poitoudont j'ay reçeu des Lettres toutes charmantes.
Je dis belles , parce qu'elles me paroiſſent trop galantes pour n'avoir pas autant de beauté qu'elles ont d'agrément à s'ex- primer. Si j'y puis reüffir , Ma- dame ,
GALAN T. 169
dame , je vous en feray le Por- trait la premiere fois que je vous écriray , &je m'imagineque je le feray afſſez reſſemblant. Je ſuis déja convaincuqu'ellesont autant d'eſprit qu'on en peut avoir , &àleur maniere d'écrire
il ne m'eſt pas difficile de con- noiſtre qu'elles fontdequalité.
qu'à vous parler de l'Enigme de ma derniere Lettre , dont il
eſt vray que vos Amies ont trouvé le mot. Celle de la
Lettre R les devoit empeſcher de croirequ'on en euſt fait une feconde fur une autre Lettre de
l'Alphabet , mais je voy bien qu'elles ne ſe laiſſent pas aifé- mentembarraſſer.Vous ne ſcau- riez vous imaginer combienj'ay reçeu d'agreables Lettres là-def fus. Je vous enferoispart,ſi elles ne m'eſtoient pas trop avanta- geuſes. J'enay unede quelques Dames de Paris , àqui je ſuis
bien fâché d'avoir à dire pour réponſe qu'elles ont perdu la difcretion , &que l'Abbé dont elles meparlent a deviné juſte.
168 LE MERCVRE
Vous voyez par làque l'Enigme a fait faire des gageures.De tres- ſpirituelles Provinciales m'ont auſſi écrit de Noyon&de Lyon;
mais ce qu'elles m'ont écrit eft fi obligeant pour moy , que je n'oſe le rendre public. Les der- nieres datent fort ingénieuſe- ment de la Ville d'V , & me
diſent qu'elles ne ſe ſont pas mal trouvées d'avoir conſulté
Apollonius au lieu d'Apollon.
S'il eſt auſſi grand Sorcier qu'- elles veulent queje le croye , je tâcheray d'y trouver accés pour ſçavoir qui sõtdeux belles Cou- fines de Poitoudont j'ay reçeu des Lettres toutes charmantes.
Je dis belles , parce qu'elles me paroiſſent trop galantes pour n'avoir pas autant de beauté qu'elles ont d'agrément à s'ex- primer. Si j'y puis reüffir , Ma- dame ,
GALAN T. 169
dame , je vous en feray le Por- trait la premiere fois que je vous écriray , &je m'imagineque je le feray afſſez reſſemblant. Je ſuis déja convaincuqu'ellesont autant d'eſprit qu'on en peut avoir , &àleur maniere d'écrire
il ne m'eſt pas difficile de con- noiſtre qu'elles fontdequalité.
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Résumé : Réponse aux Belles de Paris, de Lyon, de Noyon, & de Poitou, dont l'Autheur du Mercure a reçeu des Lettres. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre discute de l''Enigme de ma dernière Lettre'. Il mentionne que les amies de la destinataire ont résolu cette énigme, malgré la difficulté posée par la lettre 'R'. L'auteur a reçu de nombreuses lettres agréables à ce sujet, y compris celles de dames parisiennes qui ont perdu leur discrétion. L'énigme a suscité des paris et des lettres de femmes spirituelles de Noyon et Lyon, bien que l'auteur ne puisse pas rendre public leur contenu. Des lettres ingénieuses proviennent également de la ville d'U. L'auteur exprime son désir de connaître deux femmes de Poitiers qui lui ont écrit des lettres charmantes. Il les décrit comme galantes et spirituelles, et il est convaincu de leur qualité. Il promet à la destinataire de lui décrire ces femmes lors de sa prochaine lettre.
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9
p. 3-67
DU STILE EPISTOLAIRE.
Début :
L'Ecriture est l'image de la Parole, comme la Parole [...]
Mots clefs :
Lettres, Amour, Écrire, Lettres galantes, Galanterie, Dire, Passion, Genre, Manière, Auteurs, Épîtres, Style, Homme, Monde, Billets, Lettres d'amour, Écriture, Gens, Personnes, Compliment, Voiture, Anciens, Belles, Parole, Papier, Aimer, Civilité, Manière d'écrire, Conversations
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texteReconnaissance textuelle : DU STILE EPISTOLAIRE.
DU STILE
EPISTOLAIRE. ⠀
L
' Ecriture eft l'image de la
Parole , comme la Parole
eft l'image de la Penſée . L'uſage
de la Parole eft divin , l'invention
de l'Ecriture merveilleuſe. Enfin
toutes les deux nous rendent do-
& es & raiſonnables. Rien n'eft
plus prompt que la Parole ; ce
n'eft qu'un fon que l'air forme
& diffipe en mefme temps . L'Ecriture
eft plus durable , elle fixe
ce Mercure , elle arrefte cette
Fléche, qui eftant décochée, ne
revient jamais. Elle donne du
A ij
7
Extraordinaire
corps à cette noble expreffion
de l'ame , & la rendant viſible à
nos yeux , pour me fervir des
termes d'un de nos Poëtes , elle
conferve plufieurs fiecles , ce qui
me fembloit mourir en naiffant.
Mais fi l'Ecriture perpétuë la
Parole, elle la fait encore entendre
à ceux qui font les plus éloignez,
& comme un Echo fidelle,
elle répete en mille lieux , & à
mille Gens , ce que l'on n'a dit
quelquefois qu'en fecret , & à
l'oreille. C'est ce qui la rend fi
neceffaire dans la vie , & particulierement
dans l'ufage du Stile
Epiftolaire ; car enfin l'Ecriture
qui a esté inventée pour conferver
les Sciences, & pour eternifer
les actions des Grands Hommes,
ne l'a pas moins efté pour fupléer
du Mercure Galant.
5.
à l'éloignement des lieux , & à
l'abſence des Perfonnes. On n'a
pas toûjours eu befoin de Contracts
& d'Hiftoires , pour infpirer
la vertu , & la bonne-foy.
Nos anciens Gaulois mefme ont
efté braves, vertueux, & fçavans,
fans le fecours de ce bel Art . La
Parole & la Memoire contenoient
toutes leurs fciences , &
toute leur étude ; mais dans le
commerce de la vie , où l'on ne
peut cftre toûjours enſemble,
y a.t. il rien de plus agreable, &
de plus utile, que de fe parler &
de s'entretenir par le moyen
d'une Lettre , comme fi l'on ef
toit dans un mefme lieu ? Bien
plus, fi nous en croyons l'amou
reuſe Portugaife , les Lettres
nous donnent une plus forte idée
A üj
Extraordinaire
de la Perfonne que nous aimons .
Il mefemble, dit - elle à fon Amant,
que je vous parle quandje vous écris,
&
que vous m'eftes un peu plus préfent.
Un Moderne a donc eu raifon
de nommer les Lettres les
Difcours des Abfens. L'Homme fe
répand & fe communique par
elles dans toutes les Parties du
Monde . Il fçait ce qui s'y paffe,
& il y agit mefme pendant qu'il
fe repofe ; un peu d'encre & de
papier , fait tous ces miracles.
Mais que j'ay de dépit contre
ceux , qui pour rendre ce com ..
mercé plus agreable , l'ont rendu
fi difficile, qu'au lieu d'un quartd'heure
qu'il falloit pour faire
fçavoir de fes nouvelles à quelqu'un
, il y faut employer quelquefois
unejournée entiere ! L'adu
Mercure Galant.
rangement
d'une douzaine
de
paroles emporte deux heures de
temps. C'eſt une affaire qu'une
Lettre , & tel qui gagneroit
fon
Procés , s'il prenoit la peine d'écrire
pour le folliciter
, aime
mieux le perdre comme le Mifantrope
de Moliere , que de
s'engager
dans un pareil embarras
.
On a prétendu mettre en Art
ce genre d'écrire , & quelquesuns
( comme de la Serre & fes
Imitateurs ) en ont voulu faire
leçon . Un Moderne mefme , parmy
tant de préceptes qu'il a
donnez pour l'éducation d'une
Perfonne de qualité, a traité de
la maniere d'écrire des Lettres ,
de leur diférence, & du ſtile qui
leur eft propre. Je veux croire
A iiij
8 Extraordinaire
qu'il a tres - bien réuffy en cela ;
mais n'y a-t- il point un peu d'affectation
baffe & inutile , de donner
pour regles, qu'aux Perſonnes
d'un rang au deffus de nous,
aufquelles on écrit, il faut fe fervir
de grand papier, que la feüille
foit double ,qu'on mette un feuillet
blanc, outre l'envelope pour
couvrir cette feuille , fi elle eft
écrite de tous coſtez , qu'il y ait
un grand efpace entre le Monfei
gneur & la premiere ligne , & cent
autres chofes de cette nature ?
Cela , dis-je , ne fent- il point la
bagatelle, & y a- t - il rien de plus
ridicule qu'un Homme qui fe
pique d'écrire , de plier , & de
cacheter des Lettres à la mode ,
comme parlent quelques Prétieux
? Ce font des minuties indi
du Mercure Galant.
9
gnes d'un honnefte Homme , &
d'un bel Efprit. Qui fçait faire
une belle Lettre , la fçait bien plier
fans qu'on luy en donne des préceptes
, & ces petites façons de
quelques Cavaliers & de quelques
Dames pour leurs Poulets,
font des galateries hors d'oeuvre,
& des marques de la petiteffe de
leur efprit,plutoft que de leur po
liteffe , & de leur honnefteté.
Leurs Lettres n'ont rien de galat,
fi vous en oftez le papier doré, la
foye, & la cire d'Espagne. Cet endroit
de la Civilité Françoiſe, me
fait fouvenir de cet autre des
Nouvelles nouvelles , où deux
prétédus beaux Efprits difputent
s'il faut mettre la datte d'une
Lettre au commencement , ou à
la fin. L'un répond, & peut-eftre
ΙΟ Extraordinaire
avec efprit, qu'aux Lettres d'af.
faires & de nouvelles , il faut
écrire la datte au haut , parce
qu'on eft bien - aiſe de fçavoir
d'abord le lieu & le temps qu'el
les font écrites ; mais que dans
les Lettres galantes & de complimens
, où ces chofes font de
nulle importance , il faut écrire
la datte tout au bas . Mais ils font
encore une autre Queſtion , fçavoir
, s'il faut écrire , de Madrid,
ou à Madrid ; & l'un d'eux la réfout
affez plaifamment , en difant
qu'il ne faut mettre ny à , ny de,
mais feulement Madrid ; & que
c'eft de la forte que le pratiquent
les Perfonnes de qualité.
Je fçay qu'il y a mille choſes
qu'il ne faut pas négliger dans
les Lettres, à l'égard du refpect,
du Mercure Galant . II
de l'honnefteté , & de la bien .
féance ; & c'est ce qu'on appelle
le decorum du Stile Epiftolaire,
qui en fait tantoft l'acceffoire,
& tantoft le principal. Toutes
ces formalitez font le principal
des Lettres de compliment, mais
elles ne font que l'acceffoire des
Lettres d'affaires, ou de galanterie.
Quand une Lettre inftru-
Ative, ou galante, eft bien écrite ,
on ne s'attache pas à examiner
s'il y a affez de Monfieur ou de
Madame , & fi le Serviteur treshumble
eft mis dans toutes les
formes ; mais dans une Lettre de
pure civilité , on doit obſerver
cela exactement . Ceux qui fçavent
vivre , & qui font dans le
commerce du grand monde, ne
manquent jamais à cela , me dira12
Extraordinaire
t - on , & ainfi il eft inutile de faire
ces fortes d'obfervations . Il eft
vray ;mais quandje voy que dans
les plus importantes négotiations
, un mot arrefte d'ordinaire
les meilleures teftes , & retarde
les dépefches les plus preffées,
quand je voy que l'Académie
Françoife fe trouve en peine
comment elle foufcrira au bas
d'une Lettre qu'elle veut écrire
à M' de Boifrobert , qu'elle ne
fçait fi elle doit mettre Vos tres
affclionnez Serviteurs, parce qu'
elle ne veut pas foufcrire vos tres
humbles Serviteurs , qu'enfin elle
cherche un tempérament , &
qu'elle foufcrit Vos tres paffionnez
Serviteurs , je croy que ces formalitez
font neceffaires , qu'on
peut entrer dans ces détails , &
81
du Mercure Galant.
13
s'en faire des regles judicieuſes &
certaines. Mais je ne puis approuver
qu'on aille prendre des
modelles de Lettres dans la Traduction
de Jofephe par M'd'Andilly
, car quel raport peut -il y
avoir entre un Gouverneur de
Province qui écrit à Lours LE
GRAND, & Zorobabel qui écrit
au Roy de Perfe ? Je ne m'étonne
donc pPfces Ecrivains
qui femblent eftre faits pour en
tretenir les Colporteurs, & pour
garnir les rebords du Pont. neuf,
n'ont pas réüffy dans les modelles
qu'ils nous ont donnez pour
bien écrire des Lettres. Leurs
Ouvrages font trop froids, ou de
pur caprice , & les Autheurs
n'eftoient pas prévenus des paffions
qu'il faut reffentir , pour
14
Extraordinaire
entrer dans le coeur de ceux qui
en font émûs. Perfonne ne fe
reconnoift dans leurs Lettres ,
parce que ce font des portraits
de fantaiſie , qui ne reſſemblent
pas . On n'a donc fait que fe di .
vertir des regles qu'ils nous ont
voulu preſcrire, & on a toûjours
crû qu'il eftoit impoffible de
fixer les Lettres dans un Royaume,
où l'on ne change pas moins
de mode pour écrire que pour
s'habiller.
La Nature nous eft icy plus
neceffaire que l'Art ; & l'Ecriture ,
qui eft le Miroir dans lequel elle
fe repréſente, ne rend jamais nos
Lettres meilleures , que
lors qu '
elles luy font plus femblables.
Comme rien n'eft plus naturel
à l'Homme que la parole , rien
du Mercure Galant.
IS
ne doit eftre plus naturel que fon
expreffion. L'Ecriture , comme
un Peintre fidelle, doit la repréfenter
à nos yeux de la mefme
maniere qu'elle frape nos oreilles
, & peindre dans une Lettre ,
ainfi que dans un Tableau , non
feulement nos paffions, mais encore
tous les mouvemens qui les
accompagnent. Jeſçay bien que
le Jugement venant au fecours
de l'Ecriture, retouche cette premiere
Ebauche , mais ce doit
eftre d'une maniere fi naturelle,
que l'Art n'y paroiffe aucunement
; car la beauté de cette
peinture confifte dans la naïveté.
Nos Lettres qui font des
Converfations par écrit, doivent
donc avoir une grande facilité,
pour atteindre à la perfection du
16 Extraordinaire
genre Epistolaire , & pour y
réüffir , les principales regies
qu'il faut obferver, font d'écrire
felon les temps , les lieux , & les
perfonnes. De l'obfervation de
ces trois circonstances dépend la
réüffite des belles Lettres, & des
Billets galants ; mais à dire vray,
tout le monde ne connoift pas
veritablement ce que c'est que
cet Art imaginaire , ny quelles
font les Lettres qui doivent eftre
dans les bornes du Stile Epiftolaire.
On les peut réduire toutes à
quatre fortes , les Lettres d'af
faires , les Lettres de compliment,
les Lettres de galanterie ,
les Lettres d'amour. Comme le
mot d'Epiſtre eft finonime à celuy
de Lettre, je ne m'arreſteray
du Mercure Galant. 17
point à expliquer cette petite
diférence. Je diray feulement
que le ftile de la Lettre doit eftre
fimple & coupé , & que le ftile
de l'Epiftre doit avoir plus d'ornement
& plus d'étendue , comme
on peut le remarquer chez
Fes Maiftres de l'Eloquence
Greque & Romaine .
Enfin
chacun fçait que le mot d'Epiftre
eft confacré dans la Langue Latine,
& qu'il n'eft en ufage parmy
nous , que dans les Vers, & àla
tefte des Livres qu'on dédie;
mais ce qui eft affez remarquable
, c'eft d'avoir donné le nom
de Lettres à cette maniere d'écrire
, ce nom comprenant toutes
les Sciences . On
peut neantmoins
le donner veritablement
à ces grandes & fçavantes Let-
Q.de Fuillet 1683.
B
18 Extraordinaire
tres de Balzac, de Coftar , & de
quelques autres celebres Autheurs
. Les Lettres d'affaires
font faciles , il ne faut qu'écrire
avec un peu de netteté , & -bien
prendre les moyens qui peuvent
faire obtenir ce qu'on demande.
Peu de ces Lettres voyent le jour,
& perfonne ne s'avife d'en faire
la Critique. Il n'en eft pas de
meline des Lettres de compli
ment . Comme elles font faites
pour fatisfaire à noftre vanité,
on les expoſe au grand jour , &
on les examine avec beaucoup
de rigueur. Il n'y en a prefque
point d'achevées , & l'on n'en
peut dire la raifon , fi ce n'eft que
de toutes les manieres d'écrire ,
le Panégyrique eft le plus difficile,
C'eft le dernier effort du
du Mercure Galant.
19
genre démonftratif. Ainfi il eſt
rare qu'une Lettre foit une veritable
Piece d'éloquence. De
plus , ces fortes de Lettres s'adreffent
toûjours à des Gens,
qui eftant prévenus de fortes
paffions , comme de la joye & de
la trifteffe , & qui ne manquant
pas de vanité & d'amour propre,
ne croyent jamais qu'on en dife
affez. Ceux- mefme qui n'y ont
point de part , en jugent felon
leur inclination , & ils trouvent
toûjours quelque chofe à redire,
parce que les louanges qu'on
donne aux autres , nous paroiffent
fades, par une fecrete envie
que le bien qu'on en dit nous
caufe. Mais au refte fi on eftoit
bien defabufé que les Lettres
ne font pas toujours des compli
Bij
20 Extraordinaire
mens & des civilitez par écrit,
qu'elles n'ont point de regles
précifes & certaines , peut- eſtre
n'en blâmeroit- on pas comme
l'on fait , de fort bonnes , & de
bien écrites. Si on eftoit encore
perfuadé que les Lettres font de
fidelles Interpretes de nos penfées
& de nos fentimens , que ce
1 font de veritables portraits de
nous.mefmes , où l'on remarque
jufques à nos actions & à nos manieres
, peut- eftre que les plus
négligées & les plus naturelles.
feroient les plus eſtimées . A la
yerité ces peintures , pour eſtre
quelquefois trop reffemblantes,
en font moins agreables, & c'eſt
pourquoy on s'étudie à ſe cacher
dans les Lettres de civilité, & de
compliment. Elles veulent du
du Mercure Galant. 21
fard ; & cette maniere réfervée
& refpectueuse dans laquelle
nous y paroiffons , réüffit bien
mieux qu'un air libre & enjoüé,
qui laiffe voir nos defauts, & qui
ne marque pas affez de foûmiffion
& de dépendance. Nous
voulons eftre veus du bon costé,
& on nous veut voir dans le ref
pect ; mais lors que l'on s'expofe
familierement , fans honte de
noftre part , & fans ceremonie
pour les autres, il eſt rare qu'on
nous aime , & qu'on nous approuve
, fur tout ceux qui ne
nous connoiffent pas , & qui ne
jugent des Gens que par de
beaux déhors. D'ailleurs comme
nos manieres ne plaiſent pas
tout le monde , il eft impoffible
que des Lettres qui en font plei
22
Extraordinaire
nes, ayent une approbation genérale.
Le Portrait plaiſt fouvent
encore moins que la Perfonne,
foit qu'il tienne à la fantaifie
du Peintre , ou à la fituation
dans laquelle on eftoit lors qu'on
s'eft fait peindre. Les Lettres
qu'on écrit quand on eft cha .
grin, font bien diférentes de celles
que l'on écrit dans la joye , &
dans ces heureufes difpofitions
où l'on fe trouve quelquefois ; &
ce font ces favorables momens
qui nous rendent aimables dans
tout ce que nous faifons . Il faudroit
donc n'écrire que lors
qu'on s'y est bien difpofe , car
toutes nos Epiftres chagrines ne
font pas fi agreables que celles
de Scarron. Mais enfin pour
réuffir dans les Lettres de civi-
"
du Mercure Galant.
23
lité , il faut avoir une grande
douceur d'efprit , des manieres
Alateuſes & infinuantes , un ftile
pur & élegant, du bon fens , &
de la jufteffe , car on a banny des
Complimens , le phébus & le
galimathias, qui en faifoient autrefois
toute la grace & toute la
beauté . Mais avant que de finir
cet Article , je croy qu'il eft à
propos de dire quelque chofe
du Compliment, qui fert de fond
& de fujet à ces fortes de Lettres.
Le Compliment , à le prendre
dans toute fon étenduë , eft un
genre de civilité , qui fubfifte
feul , fans le fecours de la Converfation
, des Harangues, & des
Lettres . Ainfi on dit , F'ay envoyé
faire un Compliment , on m'eft
24
Extraordinaire
venu faire un Compliment. Il entre
à la verité dans la Converſation ,
dans les Harangues , & dans les
Lettres , & il en conftitue l'effence
en quelque façon , mais il
en fort quelquefois, & lors qu'il
eft feul , il en difére effentiellement.
Il eft plus court , plus fimple,
plus jufte, & plus exact ; &
c'eſt de cette forte qu'il eft difficile
de le définir dans les termes
de la Rhétorique , parce qu'on
peut dire que les Anciens n'ont
fçeu ce que c'eftoit , au moins
de la maniere que nous le pratiquons
, & qu'ils ne nous en ont
point laiffé d'exemples . Tout
fentoit la Déclamation chez eux ,
& avoit le tour de l'Oraiſon , &
de la Harangue . Cependant je
dis que faire un Compliment à
quelqu'un,
du Mercure Galant.
25
que
paquelqu'un,
n'eft autre choſe
de luy marquer par de belles
roles , l'eftime & le refpect que
nous avons pour luy. Complimenter
quelqu'un , eft encore
s'humilier agreablement devant
luy. Enfin un Compliment eft
un Combat de civilitez réciproques
; ce qui a fait dire à M
Coftar
, que les Lettres eftoient
des Duels , où l'on fe bat fouvent
de raiſons , & où l'on employe
fes forces fans réſerve & fans retenuë
. Il eſt vray qu'il y en a
qui n'y gardent aucunes mefures ,
mais nos Complimens ne font .
ils pas des oppofitions , & des
contradictions perpétuelles ? On
y cherche à vaincre , mais le
Vaincu devient enfin le Victo .
rieux par fon opiniâtreté . Quelle
2. de Juillet 1683.
Queli
26 Extraordinaire
ridicule & bizare civilité , que
celle des Complimens ! Il entre
encore de la rufe & de l'artifice
dans cette forte de Combat , &
je ne m'étonne pas files Homes
fracs & finceres y font fi peu propres,
& regardent nos Compli
mens comme un ouvrage de la
Politique, comme un effet de la
corruption du Siecle, comme la
pefte de la Societé civile . Ils apellent
cela faire la Comédie, & difent
qu'on doit y ajoûter peu de
foy, parce que c'eſt une maxime
du Sage , qu'on n'eſt pas obligé
de garantir la verité des Compli
mens. Ainfi la meilleure maniere
de répondre aux louanges, c'eſt
de les contredire agreablement,
& de marquer de bonne grace
qu'on ne les croit pas , ou plutoft
du Mercure Galant.
27
toute la juſtice qu'on peut rendre
aux méchantes Lettres , & aux
fades Complimens , eft de ne les
pas lire, & de n'y pas répondre.
Les Lettres de galanterie font
difficiles.
Cependant c'eſt le
genre où l'on en trouve de plus
raifonnables. Un peu d'air & des
manieres du monde, une expreffion
aifée & agreable, je- ne -fçay
quelle délicateffe de penfer & de
dire les choſes, avec le fecret de
bien appliquer ce que l'on a de
lecture & d'étude , tout cela en
compofe le veritable caractere,
& en fait tout le prix & tout le
mérite. Cicéron eft le feul des
Anciens qui ait écrit des Lettres
galantes , en prenant icy le mot
de galanterie pour celuy de politeffe
&
d'urbanité , comme par-
C
ij
28 Extraordinaire
loient les Romains , c'est à dire,
du ftile qu'ils appelloient tocofum
&Facetum, Il eft certain auffi que
Voiture a la gloire d'avoir efté le
premier , & peut- eftre l'unique
entre les Autheurs modernes ,
qui ait excellé en ce genre de
Lettres. Mr Sorel dit mefme qu'il
en eſt l'Inventeur , & que nous
luy avons beaucoup d'obligation
de nous avoir garantis de l'importunité
des anciens Complimens
, dont les Lettres eftoient
pleines , & d'auoir introduit une
plus belle & facile méthode d'écrire.
M'de Girac, fon plus grand
Ennemy , demeure d'accord ,
qu'on ne peut rien penfer de plus
agreable que fes Lettres galantes,
qu'elles font remplies de fel
Attique , qu'elles ont toute la
du Mercure Galant. 294
douceur & l'élegance de Terence
, & l'enjoüement de Lucien
. Il faut donc avoir le génie
de Voiture , ou de Balzac , pour
bien faire des Lettres galantes.
Le remercîment d'un Fromage;
ou d'une Paire de Gans, leur en
fourniffoit une ample matiere,
& ç'a efté par là qu'ils ont acquis
une fi grande réputation.
Nous n'avons point de belles
Lettres d'amour, & mefme il s'en
trouve peu chez les Anciens . Ce
n'eft pas affez que de fçavoir bien
écrire , il faut aimer. Ceux qui
réüffiffent ne font pas Autheurs.
Les Autheurs qui aiment, cherchent
trop à plaire ; & comme
les Billets d'amour les plus né .
gligez font les meilleurs , ils croiroient
fe faire tort s'ils paroif.
C iij
30 Extraordinaire
foient de la forte. Chacun fait
encore miftere de fa tendreffe ,
& craint d'eftre veu dans cette
négligence amoureuſe . Mais ce
qui fait auffi noftre délicateffe
fur ce fujet , c'eſt que la paffion
des autres nous femble une ridicule
chimere . Il faut donc aimer.
C'eſt là tout le fecret pour bien
écrire d'amour , & pour en bien
juger.
Pourbien chanter d'amour, ilfaut
eftre amoureux.
Je croy
meſme que
l'Amour a
efté le premier
Inventeur
des
Lettres. Il eft Peintre , il eft
Graveur, il eft encore un fidelle
Courrier
qui porte aux Amans
des nouvelles de ce qu'ils aiment.
La grande affaire a toûjours
eſté
celle du coeur. L'amour qui d'adu
Mercure Galant.
31
bord unit les Hommes, ne leur
donna point de plus grands defirs
que ceux de le voir & de fe
communiquer, lors qu'ils eftoient
féparez par une cruelle abfence.
Leurs foûpirs portoient dans les
airs leurs impatiences amoureufes
; mais ces foûpirs eftoient
trop foibles , quelques violens
qu'ils fuffent , pour ſe pouvoir
rencontrer . Ils demeuroient toû
jours en chemin , ardens , mais
inutiles meffagers des coeurs,
Mille Chifres gravoient fur les
Arbres , & fur les matieres les
plus dures , leurs inquiétudes &
leurs peines ; mais les Zéphirs
qui les baifoient en paffant, n'en
pouvoient conferver l'image, ny
la faire voir aux Amans abfens.
Les Portraits qui confervent fi
C iiij
32
Extraordinaire
vivement l'idée de l'Objet aimé ,
ne pouvoient répondre à leurs
careffes paffionnées . Il fallut
donc d'autres Interpretes , d'au.
tres Simboles , d'autres Images
, pour le faire entendre , fe &
pour s'expliquer , dans une fi
fâcheufe abfence ; & on s'eſt
fervy des Lettres qui , apres les
yeux , ne laiffent rien à defirer à
l'efprit , puis qu'elles font les
plus exacts , & les plus fidelles
Secretaires de nos coeurs . En
effet, ne font-elles pas fufceptibles
de toutes les paffions ? Elles
font triftes , gayes , coleres, amou
reufes , & quelquefois remplies
de haine & de reffentiment , car
les paffions fe peignent fur le
papier comme fur le vifage . On
avoit befoin de l'expreffion de
du Mercure Galant.
33
ces mouvemens, pour bien juger
de nos Amis pendant l'abſence.
C'est à l'Ecriture qu'on en eft
redevable , mais fur tout à l'A- .
mour, qui l'a inventée , Littera
opus amoris.
La gloire de bien écrire des
Lettres d'amour , a donc efté
réſervée avec juſtice au galant
Ovide. Il fçavoit l'art d'aimer,
& le mettoit en pratique. Quoy
qu'il ait pris quelquefois des fu
jets feints pour exprimer cette
paffion , il a fouvent traité de ſes
amours fous des noms empruncar
enfin qu'auroit - il pû
dire de plus pour luy mefme ?
Peut- on rien voir de plus touchant
& de plus tendre que les
Epiftres d'Ariane à Théfée , de
Sapho à Phaon , & de Léandre
tez ;
34
Extraordinaire
à Héro ? Mais ce que j'y admire
fur tout , ce font certains traits
fins & délicats , où le coeur a
bien plus de part que l'efprit.
Au refte on ne doit pas eftre
furpris , fi les Epiftres d'Ovide
l'emportent fur toutes
les Lettres d'amour , qui nous
font restées de l'Antiquité , &
mefme fur les Billets les plus galans
& les plus tendres d'apré.
fent. Elles font en Vers , & l'a
mour est l'entretien des Mufes.
Il eſt plus vif & plus animé dans
la Poëfie , que dans fa propre
effence , dit Montagne . L'avantage
de bien écrire d'amour appartient
aux Poëtes , affure M
de Girac ; & le langage des Hommes
eft trop bas pour exprimer
une paffion fi noble. C'est peutdu
Mercure Galant.
35
eftre la raison pourquoy nos
vieux Courtisans faifoient pref
que toujours leur Déclaration
d'amour en Vers , ou plutoft la
faifoient faire aux meilleurs Poëtes
de leur temps , parce qu'ils
croyoient qu'il n'y avoit rien de
plus excellent que la Poëfie , pour
bien repréſenter cette paffion ,
& pour l'inspirer dans les ames.
Mais tout le monde ne peut
pas eftre Poëte, & il y a encore
une autre raifon , qui fait que
nous avons fi peu de belles Lettres
d'amour ; c'eft qu'elles ne
font pas faites pour eftre veuës.
Ce font des oeuvres de tenebres,
qui fe diffipent au grand jour ; &
ce qui me le fait croire, c'eſt que
dans tous les Romans , où l'amour
eſt peint fi au naturel , où
36
Extraordinaire
les paffions font fi vives & fi ardentes
, où les mouvemens font
fi tendres & fi touchans , où les
fentimens font fi fins & fi délicats
; dans ces Romans , dis je,
dont l'amour profane a dicté toutes
les paroles , on ne trouvera
pas à prendre depuis l'Aſtrée jufqu'à
la Princeffe de Cléves , de
Lettres excellentes, & qui foient
achevées en ce genre. C'eft là
où prefque tous les Autheurs de
ces Fables ingénieuſes ont échoué.
Toutes les intrigues en
font merveilleufes , toutes les
avantures furprenantes , toutes
les converfations admirables ,
mais toutes les Lettres en font
médiocres ; & la raiſon eft, que
ces fortes de Lettres ne font pas
originales . Ce font des fantaifies,
du Mercure Galant. 37
des idées , & des peintures , qui
n'ont aucune reffemblance . Ces
Autheurs n'ont écrit ny pour
Cyrus , ny pour Clélie, ny pour
eux , mais feulement pour le Public
, dont ils ont quelquefois
trop étudié le gouft & les manieres
. Mais outre cela , s'il eft
permis de raconter les conqueftes
& les victoires de l'Amour,
les combats & les foufrances des
Amans , la gloire du Vainqueur,
la honte & les foûpirs des Vaincus
, il est défendu de réveler les
fecrets & les miſteres de ce Dieu,
& c'est ce que renferment les
Billets doux & les Lettres d'amour.
Il est dangereux de les intercepter
, & de les communiquer
à qui que ce ſoit qu'aux Intéreflez,
qui en connoiffent l'im38
Extraordinaire
portance. Le don de penétrer &
de bien goufter ces Lettres , n'apartient
pas aux Efprits fiers &
fuperbes , mais aux Ames fimples ,
pures & finceres , à qui l'amour
communique toutes les delices.
Les grands Génies fe perdent
dans cet abîme . Les fiers , les infenfibles
, les inconftans , enfin
ceux qui raiſonnent de l'amour,
& qui préfument tant de leurs
forces , ne connoiffent rien en
toutes ces chofés .
On ne doit pas chercher un
grand ordre dans les Lettres d'amour
, fur tout lors qu'elles repréfentent
une paffion naiffante,
& qui n'ofe fe déclarer ; mais il
faut un peu plus d'exactitude
dans les Réponses qu'on y fait.
Une Perfonne qui a épanché ſon
du Mercure Galant.
39
coeur fur plufieurs articles, & qui
eft entrée dans le détail de ſa paffion
, veut qu'on n'oublie rien, &
qu'on réponde à tout. Elle ne
feroit pas contente de ce qu'on
luy diroit en gros de tendre &
de paffionné , & le moindre article
négligé , luy paroiftroit d'un
mépris, & d'une indiférence impardonnable.
Le premier qui
écrit, peut répandre fur le papier
toutes les penfées de fon coeur,
fans y garder aucun ordre, & s'abandonner
à tous fes mouvemens
; mais celuy qui répond ,
a toûjours plus de modération .
Il obferve l'autre , le fuit pas
pas, & ne s'emporte qu'aux endroits
, où il juge que la paffion
eft neceffaire , car enfin les af
faires du coeur ont leur ordre &
à
40
Extraordinaire
leur exactitude auffi- bien que les
autres. J'avoue que ces Lettres
ont moins de feu , moins de bril .
lant , & moins d'emportement
que les premieres ; mais pour
eftre plus moderées & plus tranquilles
, elles ne font pas moins
tendres & moins amoureuſes.
Si l'on confidere fur ce pied - là
les Réponses aux Lettres Portugaifes
, on ne les trouvera pas fi
froides & fi languiffantes que
quelques- uns ont dit. C'est un
Homme qui écrit , dont le cara-
&tere eft toûjours plus judicieux
que celuy d'une Femme. Il fe
juftifie, il raffure l'efprit inquiet
de fa Maîtreffe , il luy ofte fes
fcrupules , il la confole enfin , il
répond exactement à tout . Cela
demande plus d'ordre , que les
du Mercure Galant.
41
faillies volontaires de l'amour,
dont les Lettres Portugaiſes font
remplies . Si les Réponses font
plus raisonnables , elles font auffi
tendres & auffi touchantes que
les autres , defquelles pour ne
rien dire de pis , on peut affurer
qu'elles font des images de la
paffion la plus defordonnée qui
fut jamais. L'amour y eft auffi
naturellement écrit , qu'il eftoit
naturellement reffenty . C'eft
une violence & un déreglement
épouvantable . S'il ne faut que
bien des foibleffes pour prouver
la force d'une paffion , fans -doute
que la Dame Portugaife aime
bien mieux que le Cavalier François
, mais s'il faut de la raiſon ,
du jugement, & de la conduite,
pour rendre l'amour folide &
Q. deJuillet 1683.
D
42 Extraordinaire
durable , on avoüera que le Cavalier
aime encore mieux que la
Dame. Les Femmes fe flatent
qu'elles aiment mieux que nous,
parce que l'amour fait un plus
grand ravage dans leurs ames,
& qu'elles s'y abandonnent entierement
; mais elles ne doivent
pas tirer de vanité de leur foibleffe
. L'Amour eft chez elles
un Conquérant, qui ne trouvant
aucune réfiftance dans leurs
cours, paffe comme un torrent,
& n'a pas plutoſt aſſujetty leur
raiſon, qu'il abandonne la place.
Mais chez nous , c'eſt un Ufurpateur
fin & rufé , qui fe retranche
dans nos coeurs , & qui les
conferve avec le mefine foin qu'il
les a pris . Il s'accommode avec
noftre raiſon , & il aime mieux
du Mercure Galant.
43
regner plus feûrement & plus
longtemps avec elle , que de
commander feul , & craindre à
tous momens la revolte de fon
Ennemie . C'eſt donc le bon fens
abufé , & la raiſon féduite , qui
rendent l'amour conftant & in
vincible , & c'eft de cette forte
d'amour dont nous voyons le
portrait dans les Réponses aux
Lettres Portugaifes, & dans prefque
toutes celles qui ont le veritable
caractere de l'Homme.
Ovide ne brille jamais tant dans
les Epiftres de fes Héros , que
dans celles de fes Héroïnes. Il
obſerve dans les premieres plus
de fageffe , plus de retenue , &
bien moins d'emportement
. On
fe trompe donc de croire
que
Lettres amoureufes ne doivent
les
Dij
44
Extraordinaire
Ne pas eftre fi raisonnables .
feroit.ce point plutoft que les
Femmes fentant que nous avons
l'avantage fur elles pour les Lettres
, & que nous regagnons à
bien écrire , ce qu'elles nous of
tent à bien parler , ont introduir
cette maxime, qu'elles l'emportoient
fur nous pour les Lettres
d'amour , qui pour eſtre bien paf
fionnées , ne demandent pas, difent
elles , tant d'ordre , de liaifon,
& de fuite ? Cette erreur a
gagné la plupart des Efprits, qui
font valoir je - ne - fçay quels Billets
déreglez , où l'on voit bien
de la paffion , mais peu d'efprit
& de délicateſſe
, non pas que je
veüille avec Mi de Girac , que
pour réüffir dans les Lettres d'amour
, on ait tant d'efprit , &
du Mercure Galant,
45
qu'on ne puiffe fçavoir trop de
chofes. La paffion manque rarement
d'eftre éloquente , a dit
agreablement un de nos Autheurs
; & en matiere d'amour,
on n'a qu'à fuivre les mouvemens
de fon coeur. Le Bourgeois Gentilhomme
n'eftoit pas fi ridicule
qu'on croiroit bien , de ne vou
loir ny les feux , ny les traits du
Pédant Hortenfius, pour déclarer
fa paffion à fa Maîtreffe, mais
feulement luy écrire , Belle Marquife,
vos beauxyeux me font mourir
d'amour. C'en feroit fouvent affez ,
& plus que toute la fauffe galanterie
de tant de Gens du monde,
qui n'avancent guére leurs affaires
avec tous leurs Billets doux,
qui cherchent fineffe à tout , &
qui fe tuënt à écrire des Riens,
46
Extraordinaire
d'une maniere galante , & qui
foient tournez gentiment , comme
parle encore le Bourgeois Gentilhomme.
Ceux qui ont examiné de pres
les Lettres amoureufes de Voiture
, n'y trouvent point d'autre
defaut que le peu d'amour . Voiture
avoit de l'efprit , il eftoit
galant, il prenoit feu meſme aupres
des Belles ; mais il n'aimoit
guére, & fongeoit plutoft à dire
de jolies chofes , qu'à exprimer
fa paffion. Il eftoit de compléxion
amoureufe, dit M' Pelliffon
dans fa Vie , ou du moins feignoit
de l'eftre, car on l'accuſoit
de n'avoir jamais veritablement
aimé. Tout fon amour eftoit
dans fa tefte , & ne defcendoit
jamais dans fon coeur. Cet amour
du Mercure Galant. · 47
fpirituel & coquet eft encore la
caufe pourquoy fes Lettres font
fi peu touchantes , & prefque
toutes remplies de fauffes pointes,
qui marquent un efprit badin
qui ne fçait que plaifanter . Or il
eft certain qu'en amour la plaifanterie
n'eft pas moins ridicule,
qu'une trop grande fageffe. Les
Lettres amoureufes de Voiture
ne font
pas des Originaux que la
Jeuneffe doive copier , mais que
dis-je , copier? Toutes les Lettres.
d'amour doivent eftre originales.
Dans toutes les autres on peut
prendre de bons modelles ,
les imiter ; mais icy il faut que
le coeur parle fans Truchement.
Qui fe laiffe gagner par des paroles
empruntées , mérite bien
d'en eftre la Dupe. L'amour eft
&
48
Extraordinaire
affez éloquent , laiffez le faire ;
s'il eft réciproque, on fçaura vous
entendre, & vous répondre . Mais
c'eft affez parler des Lettres d'a
mour, tout le monde s'y croit le
plus grand Maiftre.
Je pourrois ajoûter icy les Lettres
de Politique ; mais outre
qu'elles font compriſes dans les
Lettres d'affaires, il en eft comme
de celles d'amour. Le Cabinet
& la Ruelle obfervent des
regles particulieres , qui ne font
connues que des Maiftres . Il n'y
a point d'autres préceptes à pra
tiquer, que ceux que l'Amour &
la Politique infpirent ; mais neanmoins
fi l'on veut des modelles
des Lettres d'affaires, on ne peut
en trouver de meilleures que celles
du Cardinal du Perron , & du
Cardinal
du Mercure Galant.
49
Cardinal d'Offat, puis qu'au fentiment
de M'de la Mote leVayer,
la Politique n'a rien de plus confiderable
que les Lettres de ce
dernier.
Voila à peu prés l'ordre qu'on
peut tenir dans les Lettres . Cependant
il faut avouer qu'elles ne
font plus aujourd'huy das les bor.
nes du StileEpiftolaire . Celles des
Sçavans , font des Differtations ,
& des Préfaces ; celles des Cavaliers
& des Dames , des Entretiens
divers , & des Converſations
galantes. Si un Ecclefiaftique
écrit à quelqu'un fur la naiffance
d'un Enfant , il luy fait un
Sermon fur la fécondité du Ma.
riage , & fur l'éducation de la
Jeuneffe. Si c'eſt un Cavalier qui
traite le mefme fujet , il fe divertit
Q.de Fuillet 1683.
E
So Extraordinaire
fur les Couches de Madame , il
complimente le petit Emmailloté
, & faifant l'Aftrologue avant
que de finir fa Lettre , il
allume déja les feux de joye de
fesVictoires, & compofe l'Epithalame
de fes Nôces. Neantmoins
on appelle tout cela de belles &
de grandes Lettres ; mais on de
vroit plus juſtement les appeller
de grands Difcours , & de petits
Livres , au bas deſquels , comme
dit M' de Girac , on a mis voftre
tres-humble & tres- obeiſſant Serviteur.
Il n'y a plus que les Procureurs
qui demeurent dans le veritable
caractere des Lettres . On
ne craint point d'accabler une
Perfonne par un gros Livre fous
le nom de Lettre ; & je me fouviens
toûjours de la Lettre de
du Mercure Galant.
SI
trente- fix pages que Balfac écrivit
à Coftar , & dont ce dernier
ſe tenoit fi honoré. C'eſt à qui
en fera de plus grandes , & qui
pour un mot d'avis , compoſera
un Avertiffement au Lecteur,
mais quand on envoye de ces
grandes Lettres à quelqu'un , on
peut luy dire ce que Coftar dit
à Voiture , peut - eſtre dans un
autre fens , Habes ponderofiffimam
Epiftolam ,, quanquam non maximi
ponderis. Mais ces Meffieurs veu
lent employer le papier & écrire,
donec charta defecerit. C'est ce qu'a
fait M' de la Motte le Vayer dans
1 fes Lettres , qui ne font que des
compilations de lieux communs,
S & qu'avec raifon il a nommées
petits Traitez en forme de Lettres
, écrites à diverfes Perfonnes
E ij
32 Extraordinaire
ftudieuſes. Cependant il prétend
à la qualité de Seneque François,
& il dit que perfonne n'avoit encore
tenté d'en donner à la France
, à l'imitation de ce Philofophe.
Il éleve extrémement les
Epiftres de Seneque , afin de
donner du luftre aux fiennes . II
a raifon ; car il eft certain que
toute l'Antiquité n'a rien de
comparable en ce genre , non pas
mefme les Epiftres de Cicéron ,
qui toutes élegantes , & toutes
arbaniques qu'elles font , n'ont
rien qui approche, non feulement
du brillant & du folide de celles
de Seneque , mais encore de jene-
fçay- quel air , qui touche , qui
plaift , & qui gagne le coeur &
l'efprit , dés la premiere lecture .
Mais enfin quoy que ces petits
du Mercure Galant.
53
Ouvrages qu'on appelle Lettres,
n'ayent que le nom de Lettres,
c'eſt une façon d'écrire tres - fpirituelle
, tres- agreable , & mefme
tres - utile , comme on le voit par
les Lettres de M' de la Motte le
Vayer , qui font pleines d'érudi
tion , d'une immenfe lecture , &
d'une folide doctrine . Il n'a tenu
qu'à la Fortune , dit M' Ogier,
que les Lettres fçavantes de Balzac,
n'ayet efté des Harangues &
des Difcours d'Etat . Si on en ofte
le Monfeigneur , & voftre tres-humble
Serviteur , elles feront tout ce
• qu'il nous plaira ; & il ajoûte
apres Quintilien , que le Stile
des Lettres qui traitent de Sciences
, va du pair avec celuy de
l'Oraifon . Je voudrois donc qu'on
donnaſt un nouveau nom à ce
E iij
34
Extraordinaire
genre d'écrire , puis que c'eft
une nouvelle choſe. Je voudrois
encore qu'on laiſſaſt aux
Lettres d'affaires & de refpect,
l'ancien Stile Epiſtolaire , & que
tout le refte des chofes qu'on
peut traiter avec fes Amis , ou
avec les Maîtreffes , portaft le
nom dont on feroit convenu .
En effet ne feroit- il pas à propos
qu'une Lettre qu'on écrit à un
Homme fur la mort de fa Femme
, ne fuft pas une Oraifon funebre
; celle de conjoüiffance ,
une Panilodie , celle de recommandation
, un Plaidoyé , & ainſi
des autres , que les diverfes conjonctures
nous obligent d'écrire.
Ce n'eft pas que ces Livres en
forme de Lettres , manquent d'agrément
& d'utilité , on les peut
du Mercure Galant.
55
3.
lire fans ennuy quand elles font
bien écrites , & mefme on y apprend
quelquefois plus de chofes
que dans les autres Ouvrages ,
qui tiennent de l'ordre Romanefque
, ou de l'Ecole ; mais on ne
doit trouver dans chaque chofe
que ce qu'elle doit contenir. On
cherche des Civilitez & des
Complimens dans les Lettres , &
non pas des Hiftoires , des Sermons
, ou des Harangues ; on a
raifon de dire qu'il faut du temps
pour faire une Lettre courte , &
fuccincte. Ce n'eft pas un paradoxe
, non plus que cette autre
maxime , qu'il eft plus aifé de
faire de longues Lettres , que de
courtes ; tout le monde n'a pas
cette brieveté d'Empereur dont
parle Tacite , & tous les demis
E iiij
36
Extraordinaire
beaux Efprits ne croyent jamais
en dire affez , quoy qu'ils en difent
toûjours trop .
Il feroit donc à propos qu'on
remift les chofes au premier état,
on trouveroit encore affez d'autres
fujets , pour faire ce qu'on
appelle de grandes Lettres , &
l'on auroit plus de plaifir à y travailler
fous un autre nom ; car ce
qui fait aimer cette façon d'écrire
, c'est que beaucoup de
Perfonnes qui ont extrémement
de l'efprit , le font paroiftre par là.
Tout le monde ne fe plaift pas à
faire des Livres , & il feroit fâcheux
à bien des Gens , d'étoufer
tant de belles penſées , & de
beaux fentimens , dont ils veulent
faire part à leurs Amis. Les
Femmes fpirituelles font intedu
Mercure Galant.
$7
reffées en ce que je dis , auffibien
que les Hommes galans .
Ces Hommes doctes du Cercle ,
& de la Rüelle , dont les opinions
valent mieux que toute la doctrine
de l'Univerfité , & dont un
jour d'entretien vaut dix ans d'école
; les Balzac , les Coftar, les
Voiture , fe font rendus inimortels
par leurs grandes Lettres , &
cette lecture a plus poly d'Efprits ,
& plus fait d'honneftes Gens , que
tous les autres Livres. En effet
il y a bien de la diférence entre
leur Stile , & le langage figuré
de la Poëfie , l'emphatique des
Romans , & le guindé des Orateurs
, fans parler de cet ar de
politeffe , & de galanterie , qu'on
ne trouve paschez les autres Autheurs.
Si nous en croyons CoЯar
$8
Extraordinaire
dans Epiftre de fes Entretiens
qu'il dédie à Conrard , l'invention
de ces fortes de Lettres luy
eft deuë , & à Voiture . Nous
nous avifames , dit- il , M' de Voiture
& moy de cette forte d'Entretiens
qui nous fembloit une image
affez naturelle de nos Converfations
ordinaires, & qui lioit une fi étroite
communication de pensées entre deux
abfens , que dans noftre éloignement,
nous ne trouvions guéres à dire
qu'une fimple & legere fatisfaction
de nos yeux , & de nos oreilles. Tout
ce qu'on peut ajoûter à cela , eſt
que ces fortes de Lettres font feu
lement l'image de la Converfation
de deux Sçavans ; car d'autres
Lettres auffi longues , feroient
de faides images de la Converfation
des Ignorans , & du
du Mercure Galant.
59
vulgaire , mais enfin je voudrois
que l'Académie euft efté le Parain
de ce que nous appellons de
grandes Lettres.
Difons maintenant quelque
chofe des Billets , qu'on peut
nommer les Baftards des Lettres
& des Epiftres,fi j'ofe parler ainfi.
Ce que j'appellois tantoft des
Lettres d'affaires , fe nomme
quelquefois des Billets . Les Amans
mefme s'en fervent , quand
ils expriment leur paffion en racourcy
. Ce genre d'écrire fuplée
à toutes les Lettres communes,
& ce qui eft commode c'eft
qu'on n'y obferve point les qualitez
. Les noms de Monfieur &
de Madame s'y trouvent peu , toû
jours en parenteſe , & jamais au
commencement. J'ay crû que
60 Extraordinaire
cette invention eftoit venuë de la
lecture des Romans , où l'on s'appelle
Tirfis & Silvandre , & où
il n'y a que les Roys , & les Reynes
, aufquels on donne la qualité
de Seigneurs , & de Dames ; mais
j'ay remarqué qu'autrefois dans
les Lettres les plus férieuſes , on
n'obfervoit pas ces délicateffes
de cerémonies , comme de mettre
toûjours à la tefte , Sire, écrivant
au Roy ; ou Monseigneur , écrivant
à quelque Prince, ou à quelque
Grand, & de laiffer un grand
eſpace entre le commencement
de la Lettre. Toutes les Epiftres
dédicatoires de nos anciens Autheurs
en font foy , & commencent
comme celles des Tragédies
de Garnier. Si nous , originaires
Sujets de Voftre Majesté, Sire , vous
du Mercure Galant. 61
devons naturellement nos Perfonnes,
&c. Voila comme ce Poëte écrit
à Henry III . & à M¹ de Rambouillet
, Quand la Nobleffe Françoife
embraffant la vertu comme vous
faites , Monfeigneur , &c. Cela
femble imiter le Stile Epiſtolaire
des Anciens , dont le cerémonial
eftoit à peu prés de cette forte ,
car j'appelle ainfi ces fcrupuleuſes
regles de civilité , que
quelques uns ont introduites
dans les Lettres. Quoy qu'il en
foit , on dit que Madame la Marquife
de Sablé a inventé cette
maniere d'écrire commode &
galante , qu'on nomme des Billets.
Nous luy fommes bien redeva
bles de nous avoir délivrez par
ce moyen de tant de civilitez fâcheufes
, & de complimens in
-
62 Extraordinaire
fuportables. Ce n'eft pas qu'il n'y
faille apporter quelque modification
, car on en abufe en beaucoup
de rencontres , & l'on rend
un peu trop commun , ce qui n'ef
toit employé autrefois que par les
Perfonnes de la premiere qualité,
envers leurs inférieurs , d'égal à
égal , & dans quelque affaire de
peu d'importance , ou dans une
occafion preffante. Enfin les Bil
lets doivent eftre fuccincts pour
l'ordinaire , & n'eftre pas fans
civilité. Seneque veut que ceux
que nous écrivons à nos Amis ,
foient courts. Quandje vous écris,
dit- il à Lucilius , il me semble que
je ne dois pas faire une Lettre , mais
un Billet , parce que je vous vois , je
vous entens , & je fuis avec vous.
En effet , les Billets n'ayant lieu
du Mercure Galant.
63
que lors qu'on n'eft pas éloigné
les uns des autres , ou lors qu'on
n'a pas le loifir d'écrire plus amplement
, il n'eft pas befoin d'un
grand nombre de paroles , il ne
faut écrire que ce qui eft abfolument
neceffaire , & remettre
le refte à la premiere occafion.
Il femble qu'avec la connoiffance
de toutes ces chofes , il ne
foit pas difficile de réüffir dans le
Stile Epiftolaire. Cependant je
ne craindray point de dire que
les plus habiles Hommes n'y rencontrent
pas toûjours le mieux,
& qu'une Lettre bien faite eft le
chefd'oeuvre d'un bel Efprit . Il
y a mefme des Gens qui en ont
infiniment , qui n'ont aucun talent
pour cela , & qui envient
avec M' Sarazin , la condition de
64
Extraordinaire
leurs Procureurs , qui commencent
toutes leurs Lettres par je
vous diray , & les finiffent par je
fuis. Je ne m'en étonne pas . Il
n'y a point de plaifir à fe com.
mettre , & c'eft ordinairement
par les Lettres qu'on juge de l'ef
prit d'un Homme . Če doit eftre
fon veritable portrait , & s'il a
du bon fens , ou s'il en manque,
il cft impoffible qu'on ne le voye
par là . On voit bien à ta Lettre ,
dit Théophile répondant à un
Fat , que tu n'es pas capable de
beaucoup de choses. Qui ne fait pas
bien écrire , ne fçait pas bien imaginer.
Ton entendement n'eft pas
plus agreable que ton file. Ceux
qui brillent dans la Converfation
, & dans les Ouvrages de
galanterie , ont quelquefois de
du Mercure Galant. 65
la peine à s'affujettir aux regles
aufteres d'une Lettre férieufe. Il
ya encore bien des Gens qui ne
fçauroient écrire que comme ils
parlent , & ce n'eft pas cela .
Rien n'impofe fur le papier , la
voix , le gefte , ne peuvent s'y
peindre avec le difcours , & ces
chofes bien fouvent en veulent
plus dire que ce qu'on écrit . Mais
comme on ne dit pas aux Gens
les chofes de la maniere qu'on les
écrit , on ne doit pas auffi leur
écrire de la maniere qu'on leur
parle , & comme dit M le Chevalier
de Meré , Il y a de cerm
taines Perfonnes quiparlent bien en
apparence , & qui ne parlent pas
bien en effet. Comme ilfaut duſoin,
& de l'application pour bien écrire
& de
tes Perfonnes ne veulent pas fe don-
Q.deJuillet 1683 .
E
66 Extraordinaire
ner tant depeines , & c'est pourquoy
elles font rarement de belles Lettres .
De plus , ajoûte´ce galant Homme
, ces beaux Efprits commencent
toûjours leurs Lettres trop finement,
ils ne fçauroient les foutenir. Cela
les ennuye , les laffe , & les dégoûte.
Cependant ilfaut toûjours rencherir
fur ce qu'on adit en commençant, &
lors qu'une Lettre eft longue , tant de
fubtilité devient laffante. Enfin il ne
faut ny outrer, nyforcer , ny tirer de
loin ce qu'on veut dire , cela réuſſit
toûjours mal.
La pratique de toutes ces regles
, peut rendre un Homme ha
bile en ce genre d'écrire , & rien
n'eſt plus capable de luy donner
de la réputation. Nous l'avons
veu dans quelques Autheurs modernes
, & ce que les Anciens
du Mercure Galant.
67
2
J
1
S
nous ont laiſſé du Stile Epifto .
laire , l'emporte pour l'agrément
& la délicateffe , fur tous les autres
Ecrits. Les Epiftres de Ci
céron , les Epiftres de Seneque,
& celles d'Ovide , font encore
les délices des Sçavans , pour ne
rien dire des Epiftres de S. Jérôme
, de S. Grégoire , de S. Ber
nard , & de plufieurs autres Peres
de l'Eglife , où l'on ne voit pas
moins d'efprit , & d'éloquence,
que de doctrine , & de pieté.
EPISTOLAIRE. ⠀
L
' Ecriture eft l'image de la
Parole , comme la Parole
eft l'image de la Penſée . L'uſage
de la Parole eft divin , l'invention
de l'Ecriture merveilleuſe. Enfin
toutes les deux nous rendent do-
& es & raiſonnables. Rien n'eft
plus prompt que la Parole ; ce
n'eft qu'un fon que l'air forme
& diffipe en mefme temps . L'Ecriture
eft plus durable , elle fixe
ce Mercure , elle arrefte cette
Fléche, qui eftant décochée, ne
revient jamais. Elle donne du
A ij
7
Extraordinaire
corps à cette noble expreffion
de l'ame , & la rendant viſible à
nos yeux , pour me fervir des
termes d'un de nos Poëtes , elle
conferve plufieurs fiecles , ce qui
me fembloit mourir en naiffant.
Mais fi l'Ecriture perpétuë la
Parole, elle la fait encore entendre
à ceux qui font les plus éloignez,
& comme un Echo fidelle,
elle répete en mille lieux , & à
mille Gens , ce que l'on n'a dit
quelquefois qu'en fecret , & à
l'oreille. C'est ce qui la rend fi
neceffaire dans la vie , & particulierement
dans l'ufage du Stile
Epiftolaire ; car enfin l'Ecriture
qui a esté inventée pour conferver
les Sciences, & pour eternifer
les actions des Grands Hommes,
ne l'a pas moins efté pour fupléer
du Mercure Galant.
5.
à l'éloignement des lieux , & à
l'abſence des Perfonnes. On n'a
pas toûjours eu befoin de Contracts
& d'Hiftoires , pour infpirer
la vertu , & la bonne-foy.
Nos anciens Gaulois mefme ont
efté braves, vertueux, & fçavans,
fans le fecours de ce bel Art . La
Parole & la Memoire contenoient
toutes leurs fciences , &
toute leur étude ; mais dans le
commerce de la vie , où l'on ne
peut cftre toûjours enſemble,
y a.t. il rien de plus agreable, &
de plus utile, que de fe parler &
de s'entretenir par le moyen
d'une Lettre , comme fi l'on ef
toit dans un mefme lieu ? Bien
plus, fi nous en croyons l'amou
reuſe Portugaife , les Lettres
nous donnent une plus forte idée
A üj
Extraordinaire
de la Perfonne que nous aimons .
Il mefemble, dit - elle à fon Amant,
que je vous parle quandje vous écris,
&
que vous m'eftes un peu plus préfent.
Un Moderne a donc eu raifon
de nommer les Lettres les
Difcours des Abfens. L'Homme fe
répand & fe communique par
elles dans toutes les Parties du
Monde . Il fçait ce qui s'y paffe,
& il y agit mefme pendant qu'il
fe repofe ; un peu d'encre & de
papier , fait tous ces miracles.
Mais que j'ay de dépit contre
ceux , qui pour rendre ce com ..
mercé plus agreable , l'ont rendu
fi difficile, qu'au lieu d'un quartd'heure
qu'il falloit pour faire
fçavoir de fes nouvelles à quelqu'un
, il y faut employer quelquefois
unejournée entiere ! L'adu
Mercure Galant.
rangement
d'une douzaine
de
paroles emporte deux heures de
temps. C'eſt une affaire qu'une
Lettre , & tel qui gagneroit
fon
Procés , s'il prenoit la peine d'écrire
pour le folliciter
, aime
mieux le perdre comme le Mifantrope
de Moliere , que de
s'engager
dans un pareil embarras
.
On a prétendu mettre en Art
ce genre d'écrire , & quelquesuns
( comme de la Serre & fes
Imitateurs ) en ont voulu faire
leçon . Un Moderne mefme , parmy
tant de préceptes qu'il a
donnez pour l'éducation d'une
Perfonne de qualité, a traité de
la maniere d'écrire des Lettres ,
de leur diférence, & du ſtile qui
leur eft propre. Je veux croire
A iiij
8 Extraordinaire
qu'il a tres - bien réuffy en cela ;
mais n'y a-t- il point un peu d'affectation
baffe & inutile , de donner
pour regles, qu'aux Perſonnes
d'un rang au deffus de nous,
aufquelles on écrit, il faut fe fervir
de grand papier, que la feüille
foit double ,qu'on mette un feuillet
blanc, outre l'envelope pour
couvrir cette feuille , fi elle eft
écrite de tous coſtez , qu'il y ait
un grand efpace entre le Monfei
gneur & la premiere ligne , & cent
autres chofes de cette nature ?
Cela , dis-je , ne fent- il point la
bagatelle, & y a- t - il rien de plus
ridicule qu'un Homme qui fe
pique d'écrire , de plier , & de
cacheter des Lettres à la mode ,
comme parlent quelques Prétieux
? Ce font des minuties indi
du Mercure Galant.
9
gnes d'un honnefte Homme , &
d'un bel Efprit. Qui fçait faire
une belle Lettre , la fçait bien plier
fans qu'on luy en donne des préceptes
, & ces petites façons de
quelques Cavaliers & de quelques
Dames pour leurs Poulets,
font des galateries hors d'oeuvre,
& des marques de la petiteffe de
leur efprit,plutoft que de leur po
liteffe , & de leur honnefteté.
Leurs Lettres n'ont rien de galat,
fi vous en oftez le papier doré, la
foye, & la cire d'Espagne. Cet endroit
de la Civilité Françoiſe, me
fait fouvenir de cet autre des
Nouvelles nouvelles , où deux
prétédus beaux Efprits difputent
s'il faut mettre la datte d'une
Lettre au commencement , ou à
la fin. L'un répond, & peut-eftre
ΙΟ Extraordinaire
avec efprit, qu'aux Lettres d'af.
faires & de nouvelles , il faut
écrire la datte au haut , parce
qu'on eft bien - aiſe de fçavoir
d'abord le lieu & le temps qu'el
les font écrites ; mais que dans
les Lettres galantes & de complimens
, où ces chofes font de
nulle importance , il faut écrire
la datte tout au bas . Mais ils font
encore une autre Queſtion , fçavoir
, s'il faut écrire , de Madrid,
ou à Madrid ; & l'un d'eux la réfout
affez plaifamment , en difant
qu'il ne faut mettre ny à , ny de,
mais feulement Madrid ; & que
c'eft de la forte que le pratiquent
les Perfonnes de qualité.
Je fçay qu'il y a mille choſes
qu'il ne faut pas négliger dans
les Lettres, à l'égard du refpect,
du Mercure Galant . II
de l'honnefteté , & de la bien .
féance ; & c'est ce qu'on appelle
le decorum du Stile Epiftolaire,
qui en fait tantoft l'acceffoire,
& tantoft le principal. Toutes
ces formalitez font le principal
des Lettres de compliment, mais
elles ne font que l'acceffoire des
Lettres d'affaires, ou de galanterie.
Quand une Lettre inftru-
Ative, ou galante, eft bien écrite ,
on ne s'attache pas à examiner
s'il y a affez de Monfieur ou de
Madame , & fi le Serviteur treshumble
eft mis dans toutes les
formes ; mais dans une Lettre de
pure civilité , on doit obſerver
cela exactement . Ceux qui fçavent
vivre , & qui font dans le
commerce du grand monde, ne
manquent jamais à cela , me dira12
Extraordinaire
t - on , & ainfi il eft inutile de faire
ces fortes d'obfervations . Il eft
vray ;mais quandje voy que dans
les plus importantes négotiations
, un mot arrefte d'ordinaire
les meilleures teftes , & retarde
les dépefches les plus preffées,
quand je voy que l'Académie
Françoife fe trouve en peine
comment elle foufcrira au bas
d'une Lettre qu'elle veut écrire
à M' de Boifrobert , qu'elle ne
fçait fi elle doit mettre Vos tres
affclionnez Serviteurs, parce qu'
elle ne veut pas foufcrire vos tres
humbles Serviteurs , qu'enfin elle
cherche un tempérament , &
qu'elle foufcrit Vos tres paffionnez
Serviteurs , je croy que ces formalitez
font neceffaires , qu'on
peut entrer dans ces détails , &
81
du Mercure Galant.
13
s'en faire des regles judicieuſes &
certaines. Mais je ne puis approuver
qu'on aille prendre des
modelles de Lettres dans la Traduction
de Jofephe par M'd'Andilly
, car quel raport peut -il y
avoir entre un Gouverneur de
Province qui écrit à Lours LE
GRAND, & Zorobabel qui écrit
au Roy de Perfe ? Je ne m'étonne
donc pPfces Ecrivains
qui femblent eftre faits pour en
tretenir les Colporteurs, & pour
garnir les rebords du Pont. neuf,
n'ont pas réüffy dans les modelles
qu'ils nous ont donnez pour
bien écrire des Lettres. Leurs
Ouvrages font trop froids, ou de
pur caprice , & les Autheurs
n'eftoient pas prévenus des paffions
qu'il faut reffentir , pour
14
Extraordinaire
entrer dans le coeur de ceux qui
en font émûs. Perfonne ne fe
reconnoift dans leurs Lettres ,
parce que ce font des portraits
de fantaiſie , qui ne reſſemblent
pas . On n'a donc fait que fe di .
vertir des regles qu'ils nous ont
voulu preſcrire, & on a toûjours
crû qu'il eftoit impoffible de
fixer les Lettres dans un Royaume,
où l'on ne change pas moins
de mode pour écrire que pour
s'habiller.
La Nature nous eft icy plus
neceffaire que l'Art ; & l'Ecriture ,
qui eft le Miroir dans lequel elle
fe repréſente, ne rend jamais nos
Lettres meilleures , que
lors qu '
elles luy font plus femblables.
Comme rien n'eft plus naturel
à l'Homme que la parole , rien
du Mercure Galant.
IS
ne doit eftre plus naturel que fon
expreffion. L'Ecriture , comme
un Peintre fidelle, doit la repréfenter
à nos yeux de la mefme
maniere qu'elle frape nos oreilles
, & peindre dans une Lettre ,
ainfi que dans un Tableau , non
feulement nos paffions, mais encore
tous les mouvemens qui les
accompagnent. Jeſçay bien que
le Jugement venant au fecours
de l'Ecriture, retouche cette premiere
Ebauche , mais ce doit
eftre d'une maniere fi naturelle,
que l'Art n'y paroiffe aucunement
; car la beauté de cette
peinture confifte dans la naïveté.
Nos Lettres qui font des
Converfations par écrit, doivent
donc avoir une grande facilité,
pour atteindre à la perfection du
16 Extraordinaire
genre Epistolaire , & pour y
réüffir , les principales regies
qu'il faut obferver, font d'écrire
felon les temps , les lieux , & les
perfonnes. De l'obfervation de
ces trois circonstances dépend la
réüffite des belles Lettres, & des
Billets galants ; mais à dire vray,
tout le monde ne connoift pas
veritablement ce que c'est que
cet Art imaginaire , ny quelles
font les Lettres qui doivent eftre
dans les bornes du Stile Epiftolaire.
On les peut réduire toutes à
quatre fortes , les Lettres d'af
faires , les Lettres de compliment,
les Lettres de galanterie ,
les Lettres d'amour. Comme le
mot d'Epiſtre eft finonime à celuy
de Lettre, je ne m'arreſteray
du Mercure Galant. 17
point à expliquer cette petite
diférence. Je diray feulement
que le ftile de la Lettre doit eftre
fimple & coupé , & que le ftile
de l'Epiftre doit avoir plus d'ornement
& plus d'étendue , comme
on peut le remarquer chez
Fes Maiftres de l'Eloquence
Greque & Romaine .
Enfin
chacun fçait que le mot d'Epiftre
eft confacré dans la Langue Latine,
& qu'il n'eft en ufage parmy
nous , que dans les Vers, & àla
tefte des Livres qu'on dédie;
mais ce qui eft affez remarquable
, c'eft d'avoir donné le nom
de Lettres à cette maniere d'écrire
, ce nom comprenant toutes
les Sciences . On
peut neantmoins
le donner veritablement
à ces grandes & fçavantes Let-
Q.de Fuillet 1683.
B
18 Extraordinaire
tres de Balzac, de Coftar , & de
quelques autres celebres Autheurs
. Les Lettres d'affaires
font faciles , il ne faut qu'écrire
avec un peu de netteté , & -bien
prendre les moyens qui peuvent
faire obtenir ce qu'on demande.
Peu de ces Lettres voyent le jour,
& perfonne ne s'avife d'en faire
la Critique. Il n'en eft pas de
meline des Lettres de compli
ment . Comme elles font faites
pour fatisfaire à noftre vanité,
on les expoſe au grand jour , &
on les examine avec beaucoup
de rigueur. Il n'y en a prefque
point d'achevées , & l'on n'en
peut dire la raifon , fi ce n'eft que
de toutes les manieres d'écrire ,
le Panégyrique eft le plus difficile,
C'eft le dernier effort du
du Mercure Galant.
19
genre démonftratif. Ainfi il eſt
rare qu'une Lettre foit une veritable
Piece d'éloquence. De
plus , ces fortes de Lettres s'adreffent
toûjours à des Gens,
qui eftant prévenus de fortes
paffions , comme de la joye & de
la trifteffe , & qui ne manquant
pas de vanité & d'amour propre,
ne croyent jamais qu'on en dife
affez. Ceux- mefme qui n'y ont
point de part , en jugent felon
leur inclination , & ils trouvent
toûjours quelque chofe à redire,
parce que les louanges qu'on
donne aux autres , nous paroiffent
fades, par une fecrete envie
que le bien qu'on en dit nous
caufe. Mais au refte fi on eftoit
bien defabufé que les Lettres
ne font pas toujours des compli
Bij
20 Extraordinaire
mens & des civilitez par écrit,
qu'elles n'ont point de regles
précifes & certaines , peut- eſtre
n'en blâmeroit- on pas comme
l'on fait , de fort bonnes , & de
bien écrites. Si on eftoit encore
perfuadé que les Lettres font de
fidelles Interpretes de nos penfées
& de nos fentimens , que ce
1 font de veritables portraits de
nous.mefmes , où l'on remarque
jufques à nos actions & à nos manieres
, peut- eftre que les plus
négligées & les plus naturelles.
feroient les plus eſtimées . A la
yerité ces peintures , pour eſtre
quelquefois trop reffemblantes,
en font moins agreables, & c'eſt
pourquoy on s'étudie à ſe cacher
dans les Lettres de civilité, & de
compliment. Elles veulent du
du Mercure Galant. 21
fard ; & cette maniere réfervée
& refpectueuse dans laquelle
nous y paroiffons , réüffit bien
mieux qu'un air libre & enjoüé,
qui laiffe voir nos defauts, & qui
ne marque pas affez de foûmiffion
& de dépendance. Nous
voulons eftre veus du bon costé,
& on nous veut voir dans le ref
pect ; mais lors que l'on s'expofe
familierement , fans honte de
noftre part , & fans ceremonie
pour les autres, il eſt rare qu'on
nous aime , & qu'on nous approuve
, fur tout ceux qui ne
nous connoiffent pas , & qui ne
jugent des Gens que par de
beaux déhors. D'ailleurs comme
nos manieres ne plaiſent pas
tout le monde , il eft impoffible
que des Lettres qui en font plei
22
Extraordinaire
nes, ayent une approbation genérale.
Le Portrait plaiſt fouvent
encore moins que la Perfonne,
foit qu'il tienne à la fantaifie
du Peintre , ou à la fituation
dans laquelle on eftoit lors qu'on
s'eft fait peindre. Les Lettres
qu'on écrit quand on eft cha .
grin, font bien diférentes de celles
que l'on écrit dans la joye , &
dans ces heureufes difpofitions
où l'on fe trouve quelquefois ; &
ce font ces favorables momens
qui nous rendent aimables dans
tout ce que nous faifons . Il faudroit
donc n'écrire que lors
qu'on s'y est bien difpofe , car
toutes nos Epiftres chagrines ne
font pas fi agreables que celles
de Scarron. Mais enfin pour
réuffir dans les Lettres de civi-
"
du Mercure Galant.
23
lité , il faut avoir une grande
douceur d'efprit , des manieres
Alateuſes & infinuantes , un ftile
pur & élegant, du bon fens , &
de la jufteffe , car on a banny des
Complimens , le phébus & le
galimathias, qui en faifoient autrefois
toute la grace & toute la
beauté . Mais avant que de finir
cet Article , je croy qu'il eft à
propos de dire quelque chofe
du Compliment, qui fert de fond
& de fujet à ces fortes de Lettres.
Le Compliment , à le prendre
dans toute fon étenduë , eft un
genre de civilité , qui fubfifte
feul , fans le fecours de la Converfation
, des Harangues, & des
Lettres . Ainfi on dit , F'ay envoyé
faire un Compliment , on m'eft
24
Extraordinaire
venu faire un Compliment. Il entre
à la verité dans la Converſation ,
dans les Harangues , & dans les
Lettres , & il en conftitue l'effence
en quelque façon , mais il
en fort quelquefois, & lors qu'il
eft feul , il en difére effentiellement.
Il eft plus court , plus fimple,
plus jufte, & plus exact ; &
c'eſt de cette forte qu'il eft difficile
de le définir dans les termes
de la Rhétorique , parce qu'on
peut dire que les Anciens n'ont
fçeu ce que c'eftoit , au moins
de la maniere que nous le pratiquons
, & qu'ils ne nous en ont
point laiffé d'exemples . Tout
fentoit la Déclamation chez eux ,
& avoit le tour de l'Oraiſon , &
de la Harangue . Cependant je
dis que faire un Compliment à
quelqu'un,
du Mercure Galant.
25
que
paquelqu'un,
n'eft autre choſe
de luy marquer par de belles
roles , l'eftime & le refpect que
nous avons pour luy. Complimenter
quelqu'un , eft encore
s'humilier agreablement devant
luy. Enfin un Compliment eft
un Combat de civilitez réciproques
; ce qui a fait dire à M
Coftar
, que les Lettres eftoient
des Duels , où l'on fe bat fouvent
de raiſons , & où l'on employe
fes forces fans réſerve & fans retenuë
. Il eſt vray qu'il y en a
qui n'y gardent aucunes mefures ,
mais nos Complimens ne font .
ils pas des oppofitions , & des
contradictions perpétuelles ? On
y cherche à vaincre , mais le
Vaincu devient enfin le Victo .
rieux par fon opiniâtreté . Quelle
2. de Juillet 1683.
Queli
26 Extraordinaire
ridicule & bizare civilité , que
celle des Complimens ! Il entre
encore de la rufe & de l'artifice
dans cette forte de Combat , &
je ne m'étonne pas files Homes
fracs & finceres y font fi peu propres,
& regardent nos Compli
mens comme un ouvrage de la
Politique, comme un effet de la
corruption du Siecle, comme la
pefte de la Societé civile . Ils apellent
cela faire la Comédie, & difent
qu'on doit y ajoûter peu de
foy, parce que c'eſt une maxime
du Sage , qu'on n'eſt pas obligé
de garantir la verité des Compli
mens. Ainfi la meilleure maniere
de répondre aux louanges, c'eſt
de les contredire agreablement,
& de marquer de bonne grace
qu'on ne les croit pas , ou plutoft
du Mercure Galant.
27
toute la juſtice qu'on peut rendre
aux méchantes Lettres , & aux
fades Complimens , eft de ne les
pas lire, & de n'y pas répondre.
Les Lettres de galanterie font
difficiles.
Cependant c'eſt le
genre où l'on en trouve de plus
raifonnables. Un peu d'air & des
manieres du monde, une expreffion
aifée & agreable, je- ne -fçay
quelle délicateffe de penfer & de
dire les choſes, avec le fecret de
bien appliquer ce que l'on a de
lecture & d'étude , tout cela en
compofe le veritable caractere,
& en fait tout le prix & tout le
mérite. Cicéron eft le feul des
Anciens qui ait écrit des Lettres
galantes , en prenant icy le mot
de galanterie pour celuy de politeffe
&
d'urbanité , comme par-
C
ij
28 Extraordinaire
loient les Romains , c'est à dire,
du ftile qu'ils appelloient tocofum
&Facetum, Il eft certain auffi que
Voiture a la gloire d'avoir efté le
premier , & peut- eftre l'unique
entre les Autheurs modernes ,
qui ait excellé en ce genre de
Lettres. Mr Sorel dit mefme qu'il
en eſt l'Inventeur , & que nous
luy avons beaucoup d'obligation
de nous avoir garantis de l'importunité
des anciens Complimens
, dont les Lettres eftoient
pleines , & d'auoir introduit une
plus belle & facile méthode d'écrire.
M'de Girac, fon plus grand
Ennemy , demeure d'accord ,
qu'on ne peut rien penfer de plus
agreable que fes Lettres galantes,
qu'elles font remplies de fel
Attique , qu'elles ont toute la
du Mercure Galant. 294
douceur & l'élegance de Terence
, & l'enjoüement de Lucien
. Il faut donc avoir le génie
de Voiture , ou de Balzac , pour
bien faire des Lettres galantes.
Le remercîment d'un Fromage;
ou d'une Paire de Gans, leur en
fourniffoit une ample matiere,
& ç'a efté par là qu'ils ont acquis
une fi grande réputation.
Nous n'avons point de belles
Lettres d'amour, & mefme il s'en
trouve peu chez les Anciens . Ce
n'eft pas affez que de fçavoir bien
écrire , il faut aimer. Ceux qui
réüffiffent ne font pas Autheurs.
Les Autheurs qui aiment, cherchent
trop à plaire ; & comme
les Billets d'amour les plus né .
gligez font les meilleurs , ils croiroient
fe faire tort s'ils paroif.
C iij
30 Extraordinaire
foient de la forte. Chacun fait
encore miftere de fa tendreffe ,
& craint d'eftre veu dans cette
négligence amoureuſe . Mais ce
qui fait auffi noftre délicateffe
fur ce fujet , c'eſt que la paffion
des autres nous femble une ridicule
chimere . Il faut donc aimer.
C'eſt là tout le fecret pour bien
écrire d'amour , & pour en bien
juger.
Pourbien chanter d'amour, ilfaut
eftre amoureux.
Je croy
meſme que
l'Amour a
efté le premier
Inventeur
des
Lettres. Il eft Peintre , il eft
Graveur, il eft encore un fidelle
Courrier
qui porte aux Amans
des nouvelles de ce qu'ils aiment.
La grande affaire a toûjours
eſté
celle du coeur. L'amour qui d'adu
Mercure Galant.
31
bord unit les Hommes, ne leur
donna point de plus grands defirs
que ceux de le voir & de fe
communiquer, lors qu'ils eftoient
féparez par une cruelle abfence.
Leurs foûpirs portoient dans les
airs leurs impatiences amoureufes
; mais ces foûpirs eftoient
trop foibles , quelques violens
qu'ils fuffent , pour ſe pouvoir
rencontrer . Ils demeuroient toû
jours en chemin , ardens , mais
inutiles meffagers des coeurs,
Mille Chifres gravoient fur les
Arbres , & fur les matieres les
plus dures , leurs inquiétudes &
leurs peines ; mais les Zéphirs
qui les baifoient en paffant, n'en
pouvoient conferver l'image, ny
la faire voir aux Amans abfens.
Les Portraits qui confervent fi
C iiij
32
Extraordinaire
vivement l'idée de l'Objet aimé ,
ne pouvoient répondre à leurs
careffes paffionnées . Il fallut
donc d'autres Interpretes , d'au.
tres Simboles , d'autres Images
, pour le faire entendre , fe &
pour s'expliquer , dans une fi
fâcheufe abfence ; & on s'eſt
fervy des Lettres qui , apres les
yeux , ne laiffent rien à defirer à
l'efprit , puis qu'elles font les
plus exacts , & les plus fidelles
Secretaires de nos coeurs . En
effet, ne font-elles pas fufceptibles
de toutes les paffions ? Elles
font triftes , gayes , coleres, amou
reufes , & quelquefois remplies
de haine & de reffentiment , car
les paffions fe peignent fur le
papier comme fur le vifage . On
avoit befoin de l'expreffion de
du Mercure Galant.
33
ces mouvemens, pour bien juger
de nos Amis pendant l'abſence.
C'est à l'Ecriture qu'on en eft
redevable , mais fur tout à l'A- .
mour, qui l'a inventée , Littera
opus amoris.
La gloire de bien écrire des
Lettres d'amour , a donc efté
réſervée avec juſtice au galant
Ovide. Il fçavoit l'art d'aimer,
& le mettoit en pratique. Quoy
qu'il ait pris quelquefois des fu
jets feints pour exprimer cette
paffion , il a fouvent traité de ſes
amours fous des noms empruncar
enfin qu'auroit - il pû
dire de plus pour luy mefme ?
Peut- on rien voir de plus touchant
& de plus tendre que les
Epiftres d'Ariane à Théfée , de
Sapho à Phaon , & de Léandre
tez ;
34
Extraordinaire
à Héro ? Mais ce que j'y admire
fur tout , ce font certains traits
fins & délicats , où le coeur a
bien plus de part que l'efprit.
Au refte on ne doit pas eftre
furpris , fi les Epiftres d'Ovide
l'emportent fur toutes
les Lettres d'amour , qui nous
font restées de l'Antiquité , &
mefme fur les Billets les plus galans
& les plus tendres d'apré.
fent. Elles font en Vers , & l'a
mour est l'entretien des Mufes.
Il eſt plus vif & plus animé dans
la Poëfie , que dans fa propre
effence , dit Montagne . L'avantage
de bien écrire d'amour appartient
aux Poëtes , affure M
de Girac ; & le langage des Hommes
eft trop bas pour exprimer
une paffion fi noble. C'est peutdu
Mercure Galant.
35
eftre la raison pourquoy nos
vieux Courtisans faifoient pref
que toujours leur Déclaration
d'amour en Vers , ou plutoft la
faifoient faire aux meilleurs Poëtes
de leur temps , parce qu'ils
croyoient qu'il n'y avoit rien de
plus excellent que la Poëfie , pour
bien repréſenter cette paffion ,
& pour l'inspirer dans les ames.
Mais tout le monde ne peut
pas eftre Poëte, & il y a encore
une autre raifon , qui fait que
nous avons fi peu de belles Lettres
d'amour ; c'eft qu'elles ne
font pas faites pour eftre veuës.
Ce font des oeuvres de tenebres,
qui fe diffipent au grand jour ; &
ce qui me le fait croire, c'eſt que
dans tous les Romans , où l'amour
eſt peint fi au naturel , où
36
Extraordinaire
les paffions font fi vives & fi ardentes
, où les mouvemens font
fi tendres & fi touchans , où les
fentimens font fi fins & fi délicats
; dans ces Romans , dis je,
dont l'amour profane a dicté toutes
les paroles , on ne trouvera
pas à prendre depuis l'Aſtrée jufqu'à
la Princeffe de Cléves , de
Lettres excellentes, & qui foient
achevées en ce genre. C'eft là
où prefque tous les Autheurs de
ces Fables ingénieuſes ont échoué.
Toutes les intrigues en
font merveilleufes , toutes les
avantures furprenantes , toutes
les converfations admirables ,
mais toutes les Lettres en font
médiocres ; & la raiſon eft, que
ces fortes de Lettres ne font pas
originales . Ce font des fantaifies,
du Mercure Galant. 37
des idées , & des peintures , qui
n'ont aucune reffemblance . Ces
Autheurs n'ont écrit ny pour
Cyrus , ny pour Clélie, ny pour
eux , mais feulement pour le Public
, dont ils ont quelquefois
trop étudié le gouft & les manieres
. Mais outre cela , s'il eft
permis de raconter les conqueftes
& les victoires de l'Amour,
les combats & les foufrances des
Amans , la gloire du Vainqueur,
la honte & les foûpirs des Vaincus
, il est défendu de réveler les
fecrets & les miſteres de ce Dieu,
& c'est ce que renferment les
Billets doux & les Lettres d'amour.
Il est dangereux de les intercepter
, & de les communiquer
à qui que ce ſoit qu'aux Intéreflez,
qui en connoiffent l'im38
Extraordinaire
portance. Le don de penétrer &
de bien goufter ces Lettres , n'apartient
pas aux Efprits fiers &
fuperbes , mais aux Ames fimples ,
pures & finceres , à qui l'amour
communique toutes les delices.
Les grands Génies fe perdent
dans cet abîme . Les fiers , les infenfibles
, les inconftans , enfin
ceux qui raiſonnent de l'amour,
& qui préfument tant de leurs
forces , ne connoiffent rien en
toutes ces chofés .
On ne doit pas chercher un
grand ordre dans les Lettres d'amour
, fur tout lors qu'elles repréfentent
une paffion naiffante,
& qui n'ofe fe déclarer ; mais il
faut un peu plus d'exactitude
dans les Réponses qu'on y fait.
Une Perfonne qui a épanché ſon
du Mercure Galant.
39
coeur fur plufieurs articles, & qui
eft entrée dans le détail de ſa paffion
, veut qu'on n'oublie rien, &
qu'on réponde à tout. Elle ne
feroit pas contente de ce qu'on
luy diroit en gros de tendre &
de paffionné , & le moindre article
négligé , luy paroiftroit d'un
mépris, & d'une indiférence impardonnable.
Le premier qui
écrit, peut répandre fur le papier
toutes les penfées de fon coeur,
fans y garder aucun ordre, & s'abandonner
à tous fes mouvemens
; mais celuy qui répond ,
a toûjours plus de modération .
Il obferve l'autre , le fuit pas
pas, & ne s'emporte qu'aux endroits
, où il juge que la paffion
eft neceffaire , car enfin les af
faires du coeur ont leur ordre &
à
40
Extraordinaire
leur exactitude auffi- bien que les
autres. J'avoue que ces Lettres
ont moins de feu , moins de bril .
lant , & moins d'emportement
que les premieres ; mais pour
eftre plus moderées & plus tranquilles
, elles ne font pas moins
tendres & moins amoureuſes.
Si l'on confidere fur ce pied - là
les Réponses aux Lettres Portugaifes
, on ne les trouvera pas fi
froides & fi languiffantes que
quelques- uns ont dit. C'est un
Homme qui écrit , dont le cara-
&tere eft toûjours plus judicieux
que celuy d'une Femme. Il fe
juftifie, il raffure l'efprit inquiet
de fa Maîtreffe , il luy ofte fes
fcrupules , il la confole enfin , il
répond exactement à tout . Cela
demande plus d'ordre , que les
du Mercure Galant.
41
faillies volontaires de l'amour,
dont les Lettres Portugaiſes font
remplies . Si les Réponses font
plus raisonnables , elles font auffi
tendres & auffi touchantes que
les autres , defquelles pour ne
rien dire de pis , on peut affurer
qu'elles font des images de la
paffion la plus defordonnée qui
fut jamais. L'amour y eft auffi
naturellement écrit , qu'il eftoit
naturellement reffenty . C'eft
une violence & un déreglement
épouvantable . S'il ne faut que
bien des foibleffes pour prouver
la force d'une paffion , fans -doute
que la Dame Portugaife aime
bien mieux que le Cavalier François
, mais s'il faut de la raiſon ,
du jugement, & de la conduite,
pour rendre l'amour folide &
Q. deJuillet 1683.
D
42 Extraordinaire
durable , on avoüera que le Cavalier
aime encore mieux que la
Dame. Les Femmes fe flatent
qu'elles aiment mieux que nous,
parce que l'amour fait un plus
grand ravage dans leurs ames,
& qu'elles s'y abandonnent entierement
; mais elles ne doivent
pas tirer de vanité de leur foibleffe
. L'Amour eft chez elles
un Conquérant, qui ne trouvant
aucune réfiftance dans leurs
cours, paffe comme un torrent,
& n'a pas plutoſt aſſujetty leur
raiſon, qu'il abandonne la place.
Mais chez nous , c'eſt un Ufurpateur
fin & rufé , qui fe retranche
dans nos coeurs , & qui les
conferve avec le mefine foin qu'il
les a pris . Il s'accommode avec
noftre raiſon , & il aime mieux
du Mercure Galant.
43
regner plus feûrement & plus
longtemps avec elle , que de
commander feul , & craindre à
tous momens la revolte de fon
Ennemie . C'eſt donc le bon fens
abufé , & la raiſon féduite , qui
rendent l'amour conftant & in
vincible , & c'eft de cette forte
d'amour dont nous voyons le
portrait dans les Réponses aux
Lettres Portugaifes, & dans prefque
toutes celles qui ont le veritable
caractere de l'Homme.
Ovide ne brille jamais tant dans
les Epiftres de fes Héros , que
dans celles de fes Héroïnes. Il
obſerve dans les premieres plus
de fageffe , plus de retenue , &
bien moins d'emportement
. On
fe trompe donc de croire
que
Lettres amoureufes ne doivent
les
Dij
44
Extraordinaire
Ne pas eftre fi raisonnables .
feroit.ce point plutoft que les
Femmes fentant que nous avons
l'avantage fur elles pour les Lettres
, & que nous regagnons à
bien écrire , ce qu'elles nous of
tent à bien parler , ont introduir
cette maxime, qu'elles l'emportoient
fur nous pour les Lettres
d'amour , qui pour eſtre bien paf
fionnées , ne demandent pas, difent
elles , tant d'ordre , de liaifon,
& de fuite ? Cette erreur a
gagné la plupart des Efprits, qui
font valoir je - ne - fçay quels Billets
déreglez , où l'on voit bien
de la paffion , mais peu d'efprit
& de délicateſſe
, non pas que je
veüille avec Mi de Girac , que
pour réüffir dans les Lettres d'amour
, on ait tant d'efprit , &
du Mercure Galant,
45
qu'on ne puiffe fçavoir trop de
chofes. La paffion manque rarement
d'eftre éloquente , a dit
agreablement un de nos Autheurs
; & en matiere d'amour,
on n'a qu'à fuivre les mouvemens
de fon coeur. Le Bourgeois Gentilhomme
n'eftoit pas fi ridicule
qu'on croiroit bien , de ne vou
loir ny les feux , ny les traits du
Pédant Hortenfius, pour déclarer
fa paffion à fa Maîtreffe, mais
feulement luy écrire , Belle Marquife,
vos beauxyeux me font mourir
d'amour. C'en feroit fouvent affez ,
& plus que toute la fauffe galanterie
de tant de Gens du monde,
qui n'avancent guére leurs affaires
avec tous leurs Billets doux,
qui cherchent fineffe à tout , &
qui fe tuënt à écrire des Riens,
46
Extraordinaire
d'une maniere galante , & qui
foient tournez gentiment , comme
parle encore le Bourgeois Gentilhomme.
Ceux qui ont examiné de pres
les Lettres amoureufes de Voiture
, n'y trouvent point d'autre
defaut que le peu d'amour . Voiture
avoit de l'efprit , il eftoit
galant, il prenoit feu meſme aupres
des Belles ; mais il n'aimoit
guére, & fongeoit plutoft à dire
de jolies chofes , qu'à exprimer
fa paffion. Il eftoit de compléxion
amoureufe, dit M' Pelliffon
dans fa Vie , ou du moins feignoit
de l'eftre, car on l'accuſoit
de n'avoir jamais veritablement
aimé. Tout fon amour eftoit
dans fa tefte , & ne defcendoit
jamais dans fon coeur. Cet amour
du Mercure Galant. · 47
fpirituel & coquet eft encore la
caufe pourquoy fes Lettres font
fi peu touchantes , & prefque
toutes remplies de fauffes pointes,
qui marquent un efprit badin
qui ne fçait que plaifanter . Or il
eft certain qu'en amour la plaifanterie
n'eft pas moins ridicule,
qu'une trop grande fageffe. Les
Lettres amoureufes de Voiture
ne font
pas des Originaux que la
Jeuneffe doive copier , mais que
dis-je , copier? Toutes les Lettres.
d'amour doivent eftre originales.
Dans toutes les autres on peut
prendre de bons modelles ,
les imiter ; mais icy il faut que
le coeur parle fans Truchement.
Qui fe laiffe gagner par des paroles
empruntées , mérite bien
d'en eftre la Dupe. L'amour eft
&
48
Extraordinaire
affez éloquent , laiffez le faire ;
s'il eft réciproque, on fçaura vous
entendre, & vous répondre . Mais
c'eft affez parler des Lettres d'a
mour, tout le monde s'y croit le
plus grand Maiftre.
Je pourrois ajoûter icy les Lettres
de Politique ; mais outre
qu'elles font compriſes dans les
Lettres d'affaires, il en eft comme
de celles d'amour. Le Cabinet
& la Ruelle obfervent des
regles particulieres , qui ne font
connues que des Maiftres . Il n'y
a point d'autres préceptes à pra
tiquer, que ceux que l'Amour &
la Politique infpirent ; mais neanmoins
fi l'on veut des modelles
des Lettres d'affaires, on ne peut
en trouver de meilleures que celles
du Cardinal du Perron , & du
Cardinal
du Mercure Galant.
49
Cardinal d'Offat, puis qu'au fentiment
de M'de la Mote leVayer,
la Politique n'a rien de plus confiderable
que les Lettres de ce
dernier.
Voila à peu prés l'ordre qu'on
peut tenir dans les Lettres . Cependant
il faut avouer qu'elles ne
font plus aujourd'huy das les bor.
nes du StileEpiftolaire . Celles des
Sçavans , font des Differtations ,
& des Préfaces ; celles des Cavaliers
& des Dames , des Entretiens
divers , & des Converſations
galantes. Si un Ecclefiaftique
écrit à quelqu'un fur la naiffance
d'un Enfant , il luy fait un
Sermon fur la fécondité du Ma.
riage , & fur l'éducation de la
Jeuneffe. Si c'eſt un Cavalier qui
traite le mefme fujet , il fe divertit
Q.de Fuillet 1683.
E
So Extraordinaire
fur les Couches de Madame , il
complimente le petit Emmailloté
, & faifant l'Aftrologue avant
que de finir fa Lettre , il
allume déja les feux de joye de
fesVictoires, & compofe l'Epithalame
de fes Nôces. Neantmoins
on appelle tout cela de belles &
de grandes Lettres ; mais on de
vroit plus juſtement les appeller
de grands Difcours , & de petits
Livres , au bas deſquels , comme
dit M' de Girac , on a mis voftre
tres-humble & tres- obeiſſant Serviteur.
Il n'y a plus que les Procureurs
qui demeurent dans le veritable
caractere des Lettres . On
ne craint point d'accabler une
Perfonne par un gros Livre fous
le nom de Lettre ; & je me fouviens
toûjours de la Lettre de
du Mercure Galant.
SI
trente- fix pages que Balfac écrivit
à Coftar , & dont ce dernier
ſe tenoit fi honoré. C'eſt à qui
en fera de plus grandes , & qui
pour un mot d'avis , compoſera
un Avertiffement au Lecteur,
mais quand on envoye de ces
grandes Lettres à quelqu'un , on
peut luy dire ce que Coftar dit
à Voiture , peut - eſtre dans un
autre fens , Habes ponderofiffimam
Epiftolam ,, quanquam non maximi
ponderis. Mais ces Meffieurs veu
lent employer le papier & écrire,
donec charta defecerit. C'est ce qu'a
fait M' de la Motte le Vayer dans
1 fes Lettres , qui ne font que des
compilations de lieux communs,
S & qu'avec raifon il a nommées
petits Traitez en forme de Lettres
, écrites à diverfes Perfonnes
E ij
32 Extraordinaire
ftudieuſes. Cependant il prétend
à la qualité de Seneque François,
& il dit que perfonne n'avoit encore
tenté d'en donner à la France
, à l'imitation de ce Philofophe.
Il éleve extrémement les
Epiftres de Seneque , afin de
donner du luftre aux fiennes . II
a raifon ; car il eft certain que
toute l'Antiquité n'a rien de
comparable en ce genre , non pas
mefme les Epiftres de Cicéron ,
qui toutes élegantes , & toutes
arbaniques qu'elles font , n'ont
rien qui approche, non feulement
du brillant & du folide de celles
de Seneque , mais encore de jene-
fçay- quel air , qui touche , qui
plaift , & qui gagne le coeur &
l'efprit , dés la premiere lecture .
Mais enfin quoy que ces petits
du Mercure Galant.
53
Ouvrages qu'on appelle Lettres,
n'ayent que le nom de Lettres,
c'eſt une façon d'écrire tres - fpirituelle
, tres- agreable , & mefme
tres - utile , comme on le voit par
les Lettres de M' de la Motte le
Vayer , qui font pleines d'érudi
tion , d'une immenfe lecture , &
d'une folide doctrine . Il n'a tenu
qu'à la Fortune , dit M' Ogier,
que les Lettres fçavantes de Balzac,
n'ayet efté des Harangues &
des Difcours d'Etat . Si on en ofte
le Monfeigneur , & voftre tres-humble
Serviteur , elles feront tout ce
• qu'il nous plaira ; & il ajoûte
apres Quintilien , que le Stile
des Lettres qui traitent de Sciences
, va du pair avec celuy de
l'Oraifon . Je voudrois donc qu'on
donnaſt un nouveau nom à ce
E iij
34
Extraordinaire
genre d'écrire , puis que c'eft
une nouvelle choſe. Je voudrois
encore qu'on laiſſaſt aux
Lettres d'affaires & de refpect,
l'ancien Stile Epiſtolaire , & que
tout le refte des chofes qu'on
peut traiter avec fes Amis , ou
avec les Maîtreffes , portaft le
nom dont on feroit convenu .
En effet ne feroit- il pas à propos
qu'une Lettre qu'on écrit à un
Homme fur la mort de fa Femme
, ne fuft pas une Oraifon funebre
; celle de conjoüiffance ,
une Panilodie , celle de recommandation
, un Plaidoyé , & ainſi
des autres , que les diverfes conjonctures
nous obligent d'écrire.
Ce n'eft pas que ces Livres en
forme de Lettres , manquent d'agrément
& d'utilité , on les peut
du Mercure Galant.
55
3.
lire fans ennuy quand elles font
bien écrites , & mefme on y apprend
quelquefois plus de chofes
que dans les autres Ouvrages ,
qui tiennent de l'ordre Romanefque
, ou de l'Ecole ; mais on ne
doit trouver dans chaque chofe
que ce qu'elle doit contenir. On
cherche des Civilitez & des
Complimens dans les Lettres , &
non pas des Hiftoires , des Sermons
, ou des Harangues ; on a
raifon de dire qu'il faut du temps
pour faire une Lettre courte , &
fuccincte. Ce n'eft pas un paradoxe
, non plus que cette autre
maxime , qu'il eft plus aifé de
faire de longues Lettres , que de
courtes ; tout le monde n'a pas
cette brieveté d'Empereur dont
parle Tacite , & tous les demis
E iiij
36
Extraordinaire
beaux Efprits ne croyent jamais
en dire affez , quoy qu'ils en difent
toûjours trop .
Il feroit donc à propos qu'on
remift les chofes au premier état,
on trouveroit encore affez d'autres
fujets , pour faire ce qu'on
appelle de grandes Lettres , &
l'on auroit plus de plaifir à y travailler
fous un autre nom ; car ce
qui fait aimer cette façon d'écrire
, c'est que beaucoup de
Perfonnes qui ont extrémement
de l'efprit , le font paroiftre par là.
Tout le monde ne fe plaift pas à
faire des Livres , & il feroit fâcheux
à bien des Gens , d'étoufer
tant de belles penſées , & de
beaux fentimens , dont ils veulent
faire part à leurs Amis. Les
Femmes fpirituelles font intedu
Mercure Galant.
$7
reffées en ce que je dis , auffibien
que les Hommes galans .
Ces Hommes doctes du Cercle ,
& de la Rüelle , dont les opinions
valent mieux que toute la doctrine
de l'Univerfité , & dont un
jour d'entretien vaut dix ans d'école
; les Balzac , les Coftar, les
Voiture , fe font rendus inimortels
par leurs grandes Lettres , &
cette lecture a plus poly d'Efprits ,
& plus fait d'honneftes Gens , que
tous les autres Livres. En effet
il y a bien de la diférence entre
leur Stile , & le langage figuré
de la Poëfie , l'emphatique des
Romans , & le guindé des Orateurs
, fans parler de cet ar de
politeffe , & de galanterie , qu'on
ne trouve paschez les autres Autheurs.
Si nous en croyons CoЯar
$8
Extraordinaire
dans Epiftre de fes Entretiens
qu'il dédie à Conrard , l'invention
de ces fortes de Lettres luy
eft deuë , & à Voiture . Nous
nous avifames , dit- il , M' de Voiture
& moy de cette forte d'Entretiens
qui nous fembloit une image
affez naturelle de nos Converfations
ordinaires, & qui lioit une fi étroite
communication de pensées entre deux
abfens , que dans noftre éloignement,
nous ne trouvions guéres à dire
qu'une fimple & legere fatisfaction
de nos yeux , & de nos oreilles. Tout
ce qu'on peut ajoûter à cela , eſt
que ces fortes de Lettres font feu
lement l'image de la Converfation
de deux Sçavans ; car d'autres
Lettres auffi longues , feroient
de faides images de la Converfation
des Ignorans , & du
du Mercure Galant.
59
vulgaire , mais enfin je voudrois
que l'Académie euft efté le Parain
de ce que nous appellons de
grandes Lettres.
Difons maintenant quelque
chofe des Billets , qu'on peut
nommer les Baftards des Lettres
& des Epiftres,fi j'ofe parler ainfi.
Ce que j'appellois tantoft des
Lettres d'affaires , fe nomme
quelquefois des Billets . Les Amans
mefme s'en fervent , quand
ils expriment leur paffion en racourcy
. Ce genre d'écrire fuplée
à toutes les Lettres communes,
& ce qui eft commode c'eft
qu'on n'y obferve point les qualitez
. Les noms de Monfieur &
de Madame s'y trouvent peu , toû
jours en parenteſe , & jamais au
commencement. J'ay crû que
60 Extraordinaire
cette invention eftoit venuë de la
lecture des Romans , où l'on s'appelle
Tirfis & Silvandre , & où
il n'y a que les Roys , & les Reynes
, aufquels on donne la qualité
de Seigneurs , & de Dames ; mais
j'ay remarqué qu'autrefois dans
les Lettres les plus férieuſes , on
n'obfervoit pas ces délicateffes
de cerémonies , comme de mettre
toûjours à la tefte , Sire, écrivant
au Roy ; ou Monseigneur , écrivant
à quelque Prince, ou à quelque
Grand, & de laiffer un grand
eſpace entre le commencement
de la Lettre. Toutes les Epiftres
dédicatoires de nos anciens Autheurs
en font foy , & commencent
comme celles des Tragédies
de Garnier. Si nous , originaires
Sujets de Voftre Majesté, Sire , vous
du Mercure Galant. 61
devons naturellement nos Perfonnes,
&c. Voila comme ce Poëte écrit
à Henry III . & à M¹ de Rambouillet
, Quand la Nobleffe Françoife
embraffant la vertu comme vous
faites , Monfeigneur , &c. Cela
femble imiter le Stile Epiſtolaire
des Anciens , dont le cerémonial
eftoit à peu prés de cette forte ,
car j'appelle ainfi ces fcrupuleuſes
regles de civilité , que
quelques uns ont introduites
dans les Lettres. Quoy qu'il en
foit , on dit que Madame la Marquife
de Sablé a inventé cette
maniere d'écrire commode &
galante , qu'on nomme des Billets.
Nous luy fommes bien redeva
bles de nous avoir délivrez par
ce moyen de tant de civilitez fâcheufes
, & de complimens in
-
62 Extraordinaire
fuportables. Ce n'eft pas qu'il n'y
faille apporter quelque modification
, car on en abufe en beaucoup
de rencontres , & l'on rend
un peu trop commun , ce qui n'ef
toit employé autrefois que par les
Perfonnes de la premiere qualité,
envers leurs inférieurs , d'égal à
égal , & dans quelque affaire de
peu d'importance , ou dans une
occafion preffante. Enfin les Bil
lets doivent eftre fuccincts pour
l'ordinaire , & n'eftre pas fans
civilité. Seneque veut que ceux
que nous écrivons à nos Amis ,
foient courts. Quandje vous écris,
dit- il à Lucilius , il me semble que
je ne dois pas faire une Lettre , mais
un Billet , parce que je vous vois , je
vous entens , & je fuis avec vous.
En effet , les Billets n'ayant lieu
du Mercure Galant.
63
que lors qu'on n'eft pas éloigné
les uns des autres , ou lors qu'on
n'a pas le loifir d'écrire plus amplement
, il n'eft pas befoin d'un
grand nombre de paroles , il ne
faut écrire que ce qui eft abfolument
neceffaire , & remettre
le refte à la premiere occafion.
Il femble qu'avec la connoiffance
de toutes ces chofes , il ne
foit pas difficile de réüffir dans le
Stile Epiftolaire. Cependant je
ne craindray point de dire que
les plus habiles Hommes n'y rencontrent
pas toûjours le mieux,
& qu'une Lettre bien faite eft le
chefd'oeuvre d'un bel Efprit . Il
y a mefme des Gens qui en ont
infiniment , qui n'ont aucun talent
pour cela , & qui envient
avec M' Sarazin , la condition de
64
Extraordinaire
leurs Procureurs , qui commencent
toutes leurs Lettres par je
vous diray , & les finiffent par je
fuis. Je ne m'en étonne pas . Il
n'y a point de plaifir à fe com.
mettre , & c'eft ordinairement
par les Lettres qu'on juge de l'ef
prit d'un Homme . Če doit eftre
fon veritable portrait , & s'il a
du bon fens , ou s'il en manque,
il cft impoffible qu'on ne le voye
par là . On voit bien à ta Lettre ,
dit Théophile répondant à un
Fat , que tu n'es pas capable de
beaucoup de choses. Qui ne fait pas
bien écrire , ne fçait pas bien imaginer.
Ton entendement n'eft pas
plus agreable que ton file. Ceux
qui brillent dans la Converfation
, & dans les Ouvrages de
galanterie , ont quelquefois de
du Mercure Galant. 65
la peine à s'affujettir aux regles
aufteres d'une Lettre férieufe. Il
ya encore bien des Gens qui ne
fçauroient écrire que comme ils
parlent , & ce n'eft pas cela .
Rien n'impofe fur le papier , la
voix , le gefte , ne peuvent s'y
peindre avec le difcours , & ces
chofes bien fouvent en veulent
plus dire que ce qu'on écrit . Mais
comme on ne dit pas aux Gens
les chofes de la maniere qu'on les
écrit , on ne doit pas auffi leur
écrire de la maniere qu'on leur
parle , & comme dit M le Chevalier
de Meré , Il y a de cerm
taines Perfonnes quiparlent bien en
apparence , & qui ne parlent pas
bien en effet. Comme ilfaut duſoin,
& de l'application pour bien écrire
& de
tes Perfonnes ne veulent pas fe don-
Q.deJuillet 1683 .
E
66 Extraordinaire
ner tant depeines , & c'est pourquoy
elles font rarement de belles Lettres .
De plus , ajoûte´ce galant Homme
, ces beaux Efprits commencent
toûjours leurs Lettres trop finement,
ils ne fçauroient les foutenir. Cela
les ennuye , les laffe , & les dégoûte.
Cependant ilfaut toûjours rencherir
fur ce qu'on adit en commençant, &
lors qu'une Lettre eft longue , tant de
fubtilité devient laffante. Enfin il ne
faut ny outrer, nyforcer , ny tirer de
loin ce qu'on veut dire , cela réuſſit
toûjours mal.
La pratique de toutes ces regles
, peut rendre un Homme ha
bile en ce genre d'écrire , & rien
n'eſt plus capable de luy donner
de la réputation. Nous l'avons
veu dans quelques Autheurs modernes
, & ce que les Anciens
du Mercure Galant.
67
2
J
1
S
nous ont laiſſé du Stile Epifto .
laire , l'emporte pour l'agrément
& la délicateffe , fur tous les autres
Ecrits. Les Epiftres de Ci
céron , les Epiftres de Seneque,
& celles d'Ovide , font encore
les délices des Sçavans , pour ne
rien dire des Epiftres de S. Jérôme
, de S. Grégoire , de S. Ber
nard , & de plufieurs autres Peres
de l'Eglife , où l'on ne voit pas
moins d'efprit , & d'éloquence,
que de doctrine , & de pieté.
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Résumé : DU STILE EPISTOLAIRE.
Le texte explore l'art épistolaire, soulignant que l'écriture est l'image de la parole, elle-même reflet de la pensée. La parole est divine et rapide, tandis que l'écriture est durable et fixe les pensées, permettant ainsi de communiquer à distance et de conserver les connaissances et les actions des grands hommes. L'écriture épistolaire est particulièrement utile pour suppléer à l'absence et à l'éloignement des personnes. Les anciens Gaulois, par exemple, étaient braves et savants sans l'aide de l'écriture, mais dans le commerce de la vie, les lettres permettent de se parler et de s'entretenir comme si l'on était ensemble. Elles donnent une forte idée de la personne aimée, comme le dit une amoureuse portugaise, et sont nommées les 'discours des absents', permettant à l'homme de se répandre et de se communiquer dans le monde entier. Le texte critique ceux qui rendent l'écriture des lettres difficile et fastidieuse, préférant la simplicité et la naturalité. Il mentionne que l'art de l'écriture épistolaire a été formalisé par certains auteurs, mais que ces règles peuvent sembler affectées et inutiles. Les lettres doivent respecter le decorum, c'est-à-dire le respect, l'honnêteté et la bienséance, mais ces formalités varient selon le type de lettre (compliment, affaire, galanterie). Le texte distingue quatre types de lettres : les lettres d'affaires, les lettres de compliment, les lettres de galanterie et les lettres d'amour. Les lettres de compliment sont les plus difficiles à écrire, car elles doivent flatter la vanité des destinataires. Les lettres doivent être naturelles et refléter les pensées et les sentiments de l'auteur, même si elles sont souvent fardées pour plaire. Le texte aborde également les caractéristiques des lettres amoureuses et des réponses aux Lettres portugaises, soulignant que ces réponses ne sont pas froides ou languissantes, mais plutôt judicieuses et rassurantes. Il compare les expressions de l'amour entre hommes et femmes, notant que les femmes se laissent souvent submerger par la passion, tandis que les hommes intègrent la raison et la conduite pour rendre l'amour constant et durable. Les lettres d'amour sont rares et nécessitent de véritables sentiments amoureux. L'amour est présenté comme l'inventeur des lettres, permettant aux amants de communiquer à distance. Ces lettres doivent être tenues secrètes et sont mieux exprimées en poésie. Le texte discute des 'grandes Lettres' qui reflètent la conversation entre savants, et des 'Billets', qualifiés de 'bâtards des Lettres et des Épîtres', utilisés pour des communications brèves et informelles. Les billets sont pratiques car ils ne suivent pas les formalités des lettres traditionnelles. Ils sont attribués à Madame la Marquise de Sablé, qui a simplifié les lettres en supprimant les civilités excessives. Cependant, les billets doivent rester courtois et concis, adaptés aux situations urgentes ou aux communications entre proches. Le texte souligne la difficulté de bien écrire une lettre, considérant qu'elle est le chef-d'œuvre d'un bel esprit. Il mentionne que certains, malgré leur intelligence, manquent de talent épistolaire. Les lettres bien écrites révèlent l'esprit de leur auteur. Enfin, le texte insiste sur la nécessité de suivre des règles pour maîtriser l'art épistolaire, citant des auteurs anciens et modernes dont les épîtres sont des modèles de délicatesse et d'agrément.
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10
p. 88-90
Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Début :
Il me souvient que je vous parlay il y a quelques années [...]
Mots clefs :
Siam, Années, France, Soleil d'Orient, André Boureau-Deslandes, Frère, Compagnie orientale de France, Lettres, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Il me ſouvient que je vous
parlay ily a quelques années
desAmbaſſadeurs que leRoy
de Siam envoyoit en France,
& de là à Rome , avec des
Préſens pour ſa Majesté, parmy
leſquels estoient deux
Elephans blancs. M' des LanGALANT.
89
こ
des- Bourau , Frere de M
Bourau , qui a eſté fi long.
temps Commiflaire General
de la Compagnie à Surate,
- fe trouvant luy - melme de
puis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compa
.gnie Orientale de France à
Siam,traduifit les Lettres que
ce Roy a écrites à Sa Mal
jeſté , & au Pape , &il les a
envoyées icy par un Officier
de la Compagnie , comme
s'il euft préven la difgrace
qu'on craint qui ne foit and
vée à fon Frere , qui s'em
barqua à Bantam avec less
Juin 1684
1
90 MERCURE 1
Ambaffadeurs & les Préfens
fur le Soleil d'Orient , dont on
n'a point entendu parler depuis
prés de trois ans que
s'est fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant tombées
depuis peu entre mes mains,
j'ay crû que vous ne ſeriez
pas fâchée de les voir. Elles
font accompagnées de deux
autres , que le Miniſtre de
Siam a écrites à la Compagnies.
Il y a pour ſubſcrip
tion à celle qui eſt pour le
Roy,
parlay ily a quelques années
desAmbaſſadeurs que leRoy
de Siam envoyoit en France,
& de là à Rome , avec des
Préſens pour ſa Majesté, parmy
leſquels estoient deux
Elephans blancs. M' des LanGALANT.
89
こ
des- Bourau , Frere de M
Bourau , qui a eſté fi long.
temps Commiflaire General
de la Compagnie à Surate,
- fe trouvant luy - melme de
puis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compa
.gnie Orientale de France à
Siam,traduifit les Lettres que
ce Roy a écrites à Sa Mal
jeſté , & au Pape , &il les a
envoyées icy par un Officier
de la Compagnie , comme
s'il euft préven la difgrace
qu'on craint qui ne foit and
vée à fon Frere , qui s'em
barqua à Bantam avec less
Juin 1684
1
90 MERCURE 1
Ambaffadeurs & les Préfens
fur le Soleil d'Orient , dont on
n'a point entendu parler depuis
prés de trois ans que
s'est fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant tombées
depuis peu entre mes mains,
j'ay crû que vous ne ſeriez
pas fâchée de les voir. Elles
font accompagnées de deux
autres , que le Miniſtre de
Siam a écrites à la Compagnies.
Il y a pour ſubſcrip
tion à celle qui eſt pour le
Roy,
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Résumé : Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Le texte traite d'une correspondance relative aux ambassadeurs envoyés par le roi de Siam en France et à Rome, accompagnés de présents, dont deux éléphants blancs. Monsieur des Langalant mentionne Monsieur des Bourau, frère de Monsieur Bourau, ancien commissaire général de la Compagnie à Surate et chef du comptoir de la Compagnie Orientale de France à Siam. Des Bourau a traduit les lettres du roi de Siam adressées au roi de France et au pape, et les a transmises via un officier de la Compagnie. Ces lettres, ainsi que celles du ministre de Siam à la Compagnie, ont été partagées par l'auteur. Les ambassadeurs et les présents, surnommés le 'Soleil d'Orient', n'ont pas donné de nouvelles depuis près de trois ans, depuis leur embarquement à Bantam en juin 1684.
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11
p. 102-106
LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
Début :
Comme le Genéral de Surate a eu la bonté d'envoyer par [...]
Mots clefs :
Présents, Roi, Général, Envoyer, André Boureau-Deslandes, Temps, Ambre, Lettres, Ambassade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
LETTRE DU MESME
Miniſtre à M. le Directeur
Baron .
Omme te
Comme
Genéralde Surate
a' eu la bonté d'envoyer par
Mª des Landes , des Lettres
des Préfens, pour eftre présentez
au grand er puiſfant Roy mon
Maistre , me recommandantde
donner mon afſiſtance pour les luy
estre présentez , & qu'il ma
auffi envoyé une Lettre , & des
Préfens quejay reçû; on a ex
pliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume .Or j'ay conuu par leur
GALANT. 103
teneur , er par les difcours de
M des Landes , que M² le
General ayant fçû que l'on devoit
envoyer des Ambassadeurs
au Roy de France , OJ au S.
Pape , en avoit conçu beaucoup
de joye , & qu'il avoit préparé
unVaiffeau afin de recevoir l' Ambaffade,
auquel il avoit ordonné
defaire conformément à ce qui
leurferoit commandé ; &que si
l'on differoit encore d'envoyer
l'Ambaffade , il nous prioitque
le Vaiſſeau fuft dépêché à temps,
pour ne pas perdre la Mouffon.
Comme il y a tres-long-temps
qu'il defiroit avec paſſion qu'ily
I mj
104 MERCURE
cust Alliance er unionferme en
tre les deux Couronnes à l'avenir
; & quand M² le General a
envoyé un Vaisseau pour porter
les Ambassadeurs , c'est ce que
fon coeurRoyalſouhaitoit ardemment
, à mesme temps il m'a
donnéfes ordres , que j'ay reçus
fur le sommet de ma teste,sça
voir, de préparer des Ambassa
deurs pour porterfes Lettres
Préfens à la Royale &Haute
Majefté du Roy de France , afin
que cette Royale & excellente
Alliance fust éternelle à l'avenir.
Je croy que M des Landes.ne
manquera pas de donner avis
<
GALANT. IoF
M le General,desſervices que
je luy ay rendus.
Le Roy mon Maistre vous
envoye ſes Préfens . 3
Et moy de ma part, un Coffre
de Japon, à couverture voutée,
le fond noir avec des Feinlles
d'or ; un Coffre de Chine , le
fond noir , travaillé avec ambre
&& or ; deux Arbriſſeaux d'ambre
; un Pot d'ambre ; deux Boulis
à Chaa ; huit Chavanes ; deux
Bandéges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Japon;
ce que je vous prie de recevoir,
pour l'amitiéque vous me portez.
Fe laiſſe à M le General àpour
L
t
106 MERCURE
/
voir aux moyens quiſont necef
faires pour qu'entre lay of moy
ilpuiffey avoir un parfait amour,
& inviolable amitié pour l'avenir.
Miniſtre à M. le Directeur
Baron .
Omme te
Comme
Genéralde Surate
a' eu la bonté d'envoyer par
Mª des Landes , des Lettres
des Préfens, pour eftre présentez
au grand er puiſfant Roy mon
Maistre , me recommandantde
donner mon afſiſtance pour les luy
estre présentez , & qu'il ma
auffi envoyé une Lettre , & des
Préfens quejay reçû; on a ex
pliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume .Or j'ay conuu par leur
GALANT. 103
teneur , er par les difcours de
M des Landes , que M² le
General ayant fçû que l'on devoit
envoyer des Ambassadeurs
au Roy de France , OJ au S.
Pape , en avoit conçu beaucoup
de joye , & qu'il avoit préparé
unVaiffeau afin de recevoir l' Ambaffade,
auquel il avoit ordonné
defaire conformément à ce qui
leurferoit commandé ; &que si
l'on differoit encore d'envoyer
l'Ambaffade , il nous prioitque
le Vaiſſeau fuft dépêché à temps,
pour ne pas perdre la Mouffon.
Comme il y a tres-long-temps
qu'il defiroit avec paſſion qu'ily
I mj
104 MERCURE
cust Alliance er unionferme en
tre les deux Couronnes à l'avenir
; & quand M² le General a
envoyé un Vaisseau pour porter
les Ambassadeurs , c'est ce que
fon coeurRoyalſouhaitoit ardemment
, à mesme temps il m'a
donnéfes ordres , que j'ay reçus
fur le sommet de ma teste,sça
voir, de préparer des Ambassa
deurs pour porterfes Lettres
Préfens à la Royale &Haute
Majefté du Roy de France , afin
que cette Royale & excellente
Alliance fust éternelle à l'avenir.
Je croy que M des Landes.ne
manquera pas de donner avis
<
GALANT. IoF
M le General,desſervices que
je luy ay rendus.
Le Roy mon Maistre vous
envoye ſes Préfens . 3
Et moy de ma part, un Coffre
de Japon, à couverture voutée,
le fond noir avec des Feinlles
d'or ; un Coffre de Chine , le
fond noir , travaillé avec ambre
&& or ; deux Arbriſſeaux d'ambre
; un Pot d'ambre ; deux Boulis
à Chaa ; huit Chavanes ; deux
Bandéges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Japon;
ce que je vous prie de recevoir,
pour l'amitiéque vous me portez.
Fe laiſſe à M le General àpour
L
t
106 MERCURE
/
voir aux moyens quiſont necef
faires pour qu'entre lay of moy
ilpuiffey avoir un parfait amour,
& inviolable amitié pour l'avenir.
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Résumé : LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
La lettre du ministre à M. le Directeur, Baron, mentionne l'envoi de lettres et de présents par M. des Landes au roi de France, avec une recommandation pour leur présentation. Le ministre a également reçu des lettres et des présents du Général, qui exprime sa joie à l'idée d'envoyer des ambassadeurs en France et au Saint-Père. Le Général a préparé un vaisseau pour l'ambassade et prie que ce vaisseau soit dépêché à temps pour ne pas manquer la mousson. Le ministre souligne le désir du Général d'établir une alliance ferme entre les deux couronnes et a reçu l'ordre de préparer des ambassadeurs pour porter des lettres et des présents au roi de France afin de renforcer cette alliance. Le ministre espère que M. des Landes informera le Général des services rendus. Enfin, divers présents, dont des coffres de Japon et de Chine, des arbrisseaux d'ambre, et d'autres objets, sont envoyés en signe d'amitié. Le ministre laisse au Général le soin de trouver les moyens nécessaires pour maintenir une amitié parfaite et inviolable à l'avenir.
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12
s. p.
LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
Début :
Il s'est passé dans le Catalogue des Livres nouveaux du mois [...]
Mots clefs :
Catalogue, Traité, Journal des savants, Lettres, Livres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
L s'eft paffé dans le Catalogue
des Livres nouveaux
du mois de Decembre
, trois fautes des prix
des Livres. La premiere eft au Traité
Hutorique de l'Etabliffement de l'Eglife
de Rome, que l'on a marqué que
40. fols, & il vaut so . fols , qui eft le
prix qu'il fe vend à Paris : La feconde,
le Caractere de l'Amour 3.livtes , il ne
vaut que 30. fols ; & l'Illuftre Genoife
30. fols , on ne la vendra que 20.fols ,
& je les remettray dans le prefent Catalogue.
L'on diftribuera regulierement fans
manquer le Journal des Sçavans toutes
les femaines pour 6. fols chaque Cahier.
Ceux qui voudront tous les Mercures
Galant ou une bonne partie
›
2 2
d'iceux , on leur en fera une bonne
compofition . Quand on en voudra que
une ou deux années , il eft inutile de
les demander à moins de 20. fols chaque
Volume, & 30.fols les Extraordinaires.
Ceux qui auront des Pieces pour le
Mercure , affranchiront les Ports de
Lettres . J'ay receu plufieurs Lettres
depuis deux mois , fans nem. de Ville
d'où l'on cft ; ce qui fait que je ne puis
répondre à ceux qui me font l'honneur
de m'écrire.
Outre le Catalogue que l'on voit
dans les Mercures , ordinairement l'on
vend toutes fortes de Livres dans la
mefme Boutique à un prix fort honnefte
, & l'on peut envoyer les acheter
par les Meffagers ou Voituriers , l'on
ne prendra que ce qu'il faudra.
AU LECTEUR.
L s'eft paffé dans le Catalogue
des Livres nouveaux
du mois de Decembre
, trois fautes des prix
des Livres. La premiere eft au Traité
Hutorique de l'Etabliffement de l'Eglife
de Rome, que l'on a marqué que
40. fols, & il vaut so . fols , qui eft le
prix qu'il fe vend à Paris : La feconde,
le Caractere de l'Amour 3.livtes , il ne
vaut que 30. fols ; & l'Illuftre Genoife
30. fols , on ne la vendra que 20.fols ,
& je les remettray dans le prefent Catalogue.
L'on diftribuera regulierement fans
manquer le Journal des Sçavans toutes
les femaines pour 6. fols chaque Cahier.
Ceux qui voudront tous les Mercures
Galant ou une bonne partie
›
2 2
d'iceux , on leur en fera une bonne
compofition . Quand on en voudra que
une ou deux années , il eft inutile de
les demander à moins de 20. fols chaque
Volume, & 30.fols les Extraordinaires.
Ceux qui auront des Pieces pour le
Mercure , affranchiront les Ports de
Lettres . J'ay receu plufieurs Lettres
depuis deux mois , fans nem. de Ville
d'où l'on cft ; ce qui fait que je ne puis
répondre à ceux qui me font l'honneur
de m'écrire.
Outre le Catalogue que l'on voit
dans les Mercures , ordinairement l'on
vend toutes fortes de Livres dans la
mefme Boutique à un prix fort honnefte
, & l'on peut envoyer les acheter
par les Meffagers ou Voituriers , l'on
ne prendra que ce qu'il faudra.
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Résumé : LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
Un libraire informe ses lecteurs de corrections de prix dans son catalogue de décembre. Le 'Traité Historique de l'Etablissement de l'Eglise de Rome' coûte 50 sols, 'Le Caractère de l'Amour' 30 sols, et 'L'Illustre Genoise' 20 sols. Le 'Journal des Sçavans' est distribué chaque semaine à 6 sols par cahier. Pour le 'Mercure Galant', des compositions avantageuses sont proposées, mais les volumes pour une ou deux années ne sont pas disponibles à moins de 20 sols par volume et 30 sols pour les extraordinaires. Les auteurs doivent affranchir leurs lettres pour soumettre des pièces au 'Mercure'. Le libraire a reçu des lettres sans timbre, ce qui l'empêche de répondre. Divers livres sont vendus à prix honnête et peuvent être commandés par des messagers ou voituriers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 37-40
« Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...] »
Début :
Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...]
Mots clefs :
Lettres, Campagne, Armes, Conversion, Religion prétendue réformée, Honneur, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...] »
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
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14
p. 116-141
« Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Début :
Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...]
Mots clefs :
Académie française, Jean Racine, Jean-Louis Bergeret, Gloire, Roi, Parler, Corneille, Esprit, Discours, Vertus, Histoire, Rois, Protecteur, Nom, Paix, Ennemis, Lettres, Place, Royaume, Compagnie, Justice, Monde, Attention, Avantage, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Monfieur de Corneille ayant
ceffé de parler , Monfieur de Bergeret
prit la parole , & fit un difcours
trés - éloquent. Il dit , qu'il
GALANT. 117
avoit déia éprouvé plus d'une fois ,
que dés qu'on vouloit penser avec
attention à l'Academie Françoife,
l'imagination fe trouvoit auffitoft
remplie & étonnée de tout ce qu'il
ya de plus beau dans l'Empire des
Lettres , qu'eft un Empire qui n'est
borné ny par les Montagnes , ny
pariles Mers , qui comprend toutes
les Nations & tous les Sicles ; dans
lequel les plus grands Princes ont
tenu à bonneurs d'avoir quelque
place , & où Meffieurs de l'Acade ·
mie Françoife ont l'avantage de
tenir le premier rang. Que s'il entreprenoit
de parler de toutes les
fortes de merites , qui font la gloire
de ceux qui la compofent , il fentoit
bien que l'habitude de parler en public
, & d'en avoir fait le Miniftere
plufieurs années , en parlant
pour le Roy dans un des Parlemens
defon Royaume, ne l'empefcheroit
118 MERCURE
pas de tomber dans le defordre.
Enfuite il loüa Monfieur de Cordemoy
dont il occupe la Place
for ce qu'il avoit joint toutes les
vertus Morales & Chrétiennes
aux plus riches talens de l'efprit,
fur les grandes lumiéres qu'il
avoit dans la Jurifprudence, dans
la Philofophie , & dans l'Hiftoire ,
& fur tout for une certaine prefence
d'efprit qui luy eftoir particuliére
, & qui le rendoit capable
de parler fans préparation ,
avec autant d'ordre & de ne teté
qu'on peut en avoir en écrivant
avec le plus de loiſir . Il n'oublia
les beaux & fçavans Traitez
de Phyfique qu'il à donnez au
Public; & en parlant de fa grande
Hiftoire de nos Roys qu'on acheve
d'imprimer, il ajoûta, Que fifa
trop promte mort avoit laiffé ce
dernier Ouvrage imparfait , quoy
qu'ily manquaft pour eftre entier ,
pas
GALANT. 119
ilne manqueroit rien à la réputa
tion de l'Autheur ; qu'on eftimeroit
toûjours ce qu'il a écrit , & qu'on regreteroit
toujours ce qu'il n'a pas eu le
temps d'écrire.Cet Eloge fut fuivy
de celuy de Monfieur le Cardinal
de Richelieu , inftituteur de l'Academie
Françoife . Il dit , Que
non feulement, il avoit fait les plus
grandes chofes pour la gloire de
lEtat , mais qu'il avoit fait les
plus grands Hommes pour celebrer
perpetuellement cette gloire ; que
tous les Academitiens luy apartenoient
par le Titre mefme de la
naiſſance de l'Academie, & qu'ils
étoient tous comme la Pofteritefçavante
& Spirituelle de ce grand
Miniftre ; Que l'illuftre Chancelier
qui luy avoit fuccedé dans la
protection de cette celebre Compagnie
, auroit toûjours part à la
mefme gloire; & que parmy toutes
"
110 MERCURE
les vertus qui l'avoient rendu digne
d'eftre Chefde la Justice , on releveroit
toûjours l'affection particulie
re qu'il avoit enë pour les Lettres,
& qui l'avoit obligé d'eftre fimple
Academicien long tems avant qu'il
devinft Protecteur de l'Academie ;
ce qui luy étoit d'autant plus glorieux
, que ces deux titres ne pou
voient plus estre reünis dans une
Perfonne privée , quelque éminente
qu'elle fuft en Dignité , le nom de
Protecteur del' Academie étant devenu
comme un titre Royal , par la
bonté que le Roy avoit euë de le
prendre , & de vouloir bien en faveur
des Lettres , que le Vainqueur
des Roys & l'Arbitre de l'Univers,
fuft auffi appellé le Protecteur de
l'Academie Françoife. Le reste de
fon Difcours roula fous les merveilleufes
qualitez de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que tout ce
qu'il
GALANT. 121
cachoit
qu'il faifoit voir au monde n'eftoit
rien en comparaison de ce qu'il luy
; que tant de Victoire , de
Conqueftes , & d'Evenemens prodigieux
qui étonnoient toute la Terre,
n'avoient rien de comparable à
la fageffe incomprehenfible qui en
eftoit la caufe , & que lors qu'on
pouvoit voir quelque chofe des confeils
de cette Sageffe plus qu'humai
ne onfe trouvoit , pour ainsi dire,
dans une fi haute region d'esprit .
qu'on en perdoit la pensée , comme
quand on eft dans un air trop élevé ,
& troppur , on perd la refpiration.
Il ajoûta , Quefe tenant renfermé
dans les termes de l'admiration &
du filence , il ne cefferoit de fe taire
que pour nommer les Souveraines
Vertus qu'il admiroit ; une Prudence
qui penetroit tout , & qui étoit ellemefme
impenetrable ; une Justice
qui préferoit l'intereft du sujet à
Janvier 1685 .
A
F
122 MERCURE
celuy du Prince ; une Valeur qui prenoit
toutes les Villes qu'elle attaquoit
, comme un Torrent qui rompt
tous les obftacles qu'il rencontre ;
une Moderation qui avoit tant de
fois arrefté ce Torrent , &fufpendu
cet Orage ; une Bonté qui par l'entiere
abolition des Duels , prenoit
plus de foin de la vie des Sujets,
qu'ils n'en prenoient eux - mefmes ;
un Zele pour la Religion, qui faifoit
chaque jour de fi grands & de fi
heureux projets ; & que ce qui étoit
encore plus admirable dans toutes
ces Vertus fi differentes , c'eftoit de
les voir agir toutes ensemble , &
dans la Paix & dans la Guerre ,fansdifference
ny diftinction de temps.
Aprés une peinture fort vive des
grandes chofes que le Roy a faites
pendant la Paix , qui avoit
toûjours efté pour luy non feulement
agiffante , mais encore
GALANT. 123
victorieuſe , puis que par un
bonheur incomparable , elle n'avoit
pas arreſté fes Conqueftes ,
& que les trois plus importantes
Places du Royaume , & pour fa
gloire , & pour fa fûreté , Dunkerque
, Strasbourg , & Cazal
trois Villes qui font les Clefs de
trois Etats voifins , & dont la
Prife auroit fignalé trois Campagnes
, avoient efté conquifes
fans armes & fans Combats , il
dit, Qu'on avoit vû l'Europe entiere
conjurée contre la France , que
tout le Royaume avoit efté environné
d'Armées Ennemies & que
cependant il n'eftoit jamais arrivé
qu'un feul de tant de Genéraux
Etrangers euft pris feulement un
Quartier d'Hyver fur nos Frontie
res; Que tous ces Chefs Ennemis
Se promettoient d'entrer dans nos
Provinces en Vainqueurs & en Con-
,
F 2
124
MERCURE
quérans , mais qu'aucun d'eux ne
les avoit veües , que ceux qu'on y
avoit amenez Prifonniers ; que tous
les autres estoient demeure autour
du Royaume , comme s'ils l'avoient
gardé ,fans troubler la tranquilité
dont iljouiffoit , & que c'eftoit un
prodige inouy , que tant de Nations
jaloufes de la gloire du Roy , & qui
s'étoient affemblées pour le combatre
, n'eulent pû faire autre choſe
que de l'admirer
& d'entendre
d'affez loin le bruit terrible defes
Foudres , qui renverfoient les Murs
de quarante Villes en moins,
trente jours , & qui cependant par
une espece de miracle , n'avoient
point empefché que la voix des Loix
n'euft efté toujours entenduë ; toûjours
la Justice également gardée,
l'obeiffance rendue , la Difcipline
obfervée, le Commerce maintenu , les
Arts floriffans , les Lettres cultivées,
>
de
GALANT
. 125
le Mérite recompenfe , tous les Reglemens
de la Police generalement
executez ; & non feulement de la
Police Civile , qui par les heureux
changemens qu'elle avoit faits ,fembloit
nous avoir donné un autre Air
& une autre Ville ; mais encore de
la Police Militaire , qui avoit civilife
les Soldats,& leur avoit inspire
un amour de la gloire & de la difcipline
, quifaifoit que les Armées du
Roy étoient en mefme temps la plus
belle & la plus terrible chofe du
monde. Il finit en difant, Que c'étoit
une grande gloire pour un Prince
Conquerant, que l'onput dire de
Luy, qu'il avoit toûjours eu un efprit
de paix dans toutes les Guerres qu'il
avoit faites , depuis la premiere
Campagne jufqu'à la derniere , depuis
la Prife de Marfal jufqu'à
celle de Luxembourg ; Que cette
derniere & admirable Conquefte ,
F
3
126 MERCURE
qui en affurant toutes les autres, venoit
heureufement de finir la Guerreferoit
dire encor plus que jamais,
que le Roy étoit un Héros toûjours
Vainqueur & toûjours Pacifique ,puis
que non feulement il avoit pris cette
Place ,une des plusfortes du Monde,
&qu'il l'avoit prife malgré tous les
obftacles de la Nature , malgré tous
les efforts de l'Art , malgré toute la
refiftance des Ennemis ; mais ce qui
étoit encore plus, malgré luy - même:
Eftant certain qu'il ne l'avoit attaquée
qu'à regret , &aprés avoir
preßé long-temps fes Ennemis cent
fois vaincus , de vouloir accepter
Paix qu'il leur offroit , & de ne le
pas contraindre à fe fervir du Droit
des Armes ; de forte que par un évenement
tout fingulier , cettefameufe
Villeferoit toûjours pour la gloire du
Roy un Monument éternel , non feulement
de la plus grande valeur .
la
GALANT. 127
mais auffi de la plus grande modes
ration dont on euft jamais parlé.
Toute l'Affemblée fut tresfatisfaite
de ce Difcours,& Monfieurde
Bergeret eut tout lieu de
l'eftre des louanges qu'il reçûr.
Monfieur Racines , qui eftoit
alors Directeur de l'Académie ,
répondit à ces deux nouveaux
Académiciens au nom de la
Compagnie. Je tâcherois inutilement
de vous exprimer combien
cette Reponſe fut éloquente
, & avec combien de grace il
la prononça . Elle fut interrom
pue par des applaudiffemens fréquemment
reiterez ; & comme
il en employe une partie à élever
le mérite de Monfieur de Corneille
, il fut aiſé de connoiſtre
qu'on voyoit avec plaifir dans la
bouche d'un des plus grands
Maiftres du Theatre ; les louan-
F 4
128
MERCURE
ges de celuy qui a porté la Scene
Françoife au degré de perfection
où elle eft. Il dit d'abord , Que
l'Academie avoit regardé fa mort
comme un des plus rudes coups qui
La puft fraper ; Que quoy que depuis
un an une longue maladie l'euft
privée de fa présence , & qu'elle
euft perdu en quelque façon l'espérance
de le revoir iamais dans fes
Affemblées , toutefois il vivoit , &
que dans la Lifte où font les noms
de tous ceux qui la compofent , cette
Compagnie dont il eftoit le Doyen ,
avoit au moins la confolation de
voir immédiatement audeffous du
nom facré de fon augufte Protecteur,
le fameux nom de Corneille . Il fit
enfaite une peinture admirable
du defordre & de l'irrégularité
où fe trouvoit la Scene Françoife
, lors qu'il commença à travailler.
Nul gouft , nulle connoiffan
GALANT. 129
遂
ce des veritables beautez du Theatre.
Les Autheurs auffi ignorans que
les Spectateurs. La plupart des Sujets
extravagans & dénue de vraifemblance.
Point de Moeurs , point
de Caracteres. La Diction encore
plus vicieufe que l'Action , & dont
les Pointes , & de miferables jeux
de mots, faifoient le principal ornement
. En un mot, toutes les Regles de
l'Art , celles mefme de l'honnefteté
& de la bienséance , violées . Il pourfuivit
en difant , Que dans ce Cahos
du Poëme Dramatique parmy
nous , Monfieur de Corneille , aprés
avoir quelque temps cherche le bon
chemin , & lutte contre le mauvais
goût de fon Siecle , enfin infpiré d'un
Genie extraordinaire , & aidé de la
lecture des Anciens , avoit fait voir
fur la Scene la Raifon , mais la Raifon
accompagnée de toute la pompe,
de tous les ornemens dont nôtre !
F
130
MERCURE
gue eft capable , accorde heureuſement
le Vrai-femblable & le Merveilleux,
& laiffe bien loin derriere
Luy tout ce qu'il avoit de Rivaux,
dont la plupart defefperant de l'atteindre,&
n'ofant plus entreprendre
de luy difputer le Prix , s'eftoient
bornez à combatre la Voix publique
déclarée pour luy , & avoient eſſayé
en vain par leur difcours & par
Leurs frivoles critiques , de rabaiffer
un merite qu'ils ne pouvoient égaler.
Il paffa de là aux acclamations
qu'avoient excité à leur naiffance
le Cid , Horace , Cinna , Pompée ,
& les autres Chef- d'oeuvres qui
les avoient fuivis , & dit , Qu'on
ne trouvoit point de Poëte qui eust
poffedé à la fois tant d'excellantes
parties , l'Art , laforce , le lugement
, & l'Efprit. Il parla de la
furprenantes varieté qu'il avoit
mellée dans les Caracteres , en
<
GALANT.
131
forte, que tant de Roys, de Princes,
& de Heros qu'il avoit repréfentez,
étoient toujours tels qu'ils devoient
estre , toûjours uniformes en euxmémes
, & jamais ne fe reffemblant
les uns aux autres ; Qu'il y avoit
parmy tout cela une magnificence
d'expreffion proportionnée aux Maitres
du Monde qu'ilfaifoit fouvent
parler , capable neanmoins de s'abaiffer
quand il vouloit , & de defcendre
jufqu'aux plus fimples naïvete
du Comique , où il eftoit encore
inimitable; Qu'enfin ce qui luy
étoit fur tout particulier , c'étoit une
certaineforce, une certaine élevatio,
qui en furprenant & en élevant ,
rendoit jufqu'à fes defauts , fi on luy
en pouvoit reprocher quelques uns,
plus eftimables que les vertus des
autres. Il ajoûta , Qu'on pouvoit le
regarder comme un Homme veritablement
népour lagloire de fon Païs ,
·
F 6
132 MERCURE
,
efme
comparable , non pas à tout ce que
Fancienne Rome avoit eu d'excellens
Tragiques , puis qu'elle confeffoit
elle-mefme qu'en ce genre elle
n'avoit pas efté fort heureuſe , mais
aux Efchiles , aux Sophocles , aux
Euripides , dont la fameuse Athenes
ne s'honoroit pas moins que des
Themiftocles , des Pericles , & des
Alcibiades , qui vivoient en me
temps qu'eux. Il s'étendit fur la juftice
la Pofterité rend aux
que
habiles Ecrivains , en les égalant
à tout ce qu'il y a de plus confiderable
parmy les Hommes , &
faifant marcher de pair l'excellent
Poëte & le grand Capitaine ; &
dit là deffus , Que le mefme Siecie
qui fe glorifioit aujourd'huy d'avoir
produit Auguste, ne fe glorifioit
guere moins d'avoir produit Horace
& Virgile ; qu'ainfi lors
ages fuivans on parleroit avec éton
que
dans les
GALANT.
133
nement des Victoires prodigieufes ,
& de toutes les chofes qui rendront
nostre fiecle l'admiration de tous les
fiecles à venir , l'illuftre Corneille
tiendroit fa place parmis toutes ces
merveilles ; que la France fe fouviendroit
avec plaifir quefous le
Regne du plus grand de fes Roys ,
auroit fleury le plus celebre de fes
Poëtes , qu'on croiroit mefme ajoûter
quelque chofe à la gloire de noftre
Augufte Monarque , lors qu'on diroit
qu'il avoit eftimé, qu'il avoit honoré
de fes bien faits cet excellent Genie;
que même deux jours avant la mort,
& lors qu'il ne luy reftoit plus qu'un
rayon de connoiffance , il luy avoit
´encore envoyé des marques de fa liberalité
; & qu'enfin les dernieres
paroles de Corneille avoient efté
des remercimens pour Louis LE
GRANDAprés
l'avoir loué fur d'autre
134
MERCURE
qualitez particulieres , fur fa probité
, fur fa piété , & fur l'efprit
de douceur & de déference qu'il
apportoit à l'Academie , ne fe
préferant jamais à aucun de fes
Confreres , & ne tenant aucun
avantage des aplaudiffemens qu'il
recevoit dans le Public Monfieur
Racines adreffa la parole à Monfieur
de Bergeret , & dit , Que fi
l'Academie Françoife avoit perdu
en Monfieur Cordemoy , un Homme
qui aprés avoir donné au Barreau
une partie de fa vie , s'eftoit depuis
appliqué tout entier à l'étude de
nôtre ancienne Hiftoire , elle luy avoit
choisi pour Succeffeur un Homme,qui
après avoir eftélong - temps l'organe
d'un Parlement celebre , avoit effé
appellé à un des plus importans Emplois
de l'Etat , & qui avec une
connoiffance exacte , & de l'Hiftoire
& de tous les bons Livres, luy apporGALAN
T.
135
toit encore la connoiffance parfaite
de la merveilleufe Hiftoire de fon
Protecteur , qui étoit quelque chofe
de bien plus utile , & de bien plus
confiderable pour elle ; queperfonne
mieux que luy ne pouvoit parler de
tant de grands évenemens , dont
les motifs & les principaux refforts
avoient efté fi fouvent confiez à fa
fidelité & à fa fageffe , puis que
perfonne ne fçavoit mieux à fond
tout ce qui s'eftoit paßé de memorable
dans les Cours Etrangeres , les
Traitez, les Alliances , & toutes les
importantes Négotiations , qui fous
le Regne de Sa Majesté avoient
donne le branle à toute l'Europe ;
que cependant , s'il falloit dire la
verité , la voye de la négotiation
étoit bien courte fous un Prince qui
ayant toujours de fon cofté la Puiffance
& la Justice , n'avoit befoin
pour faire executerfes volontez, que
136 MERCURE
de les declarer ; Qu'autrefois la
France trop facile à fe laiffer fur
prendre par les artifices de fes Voifins
, paffoit pour eftre auffi infortunée
dans fes Accommodemens, qu'elle
étoit heureufe redoutable dans la
Guerre ; Quefur tout l'Espagne ,fon
orgueilleufe Ennemie , fe vantoit de
n'avoir jamais figné, mefme au plus
fort de nos profperitez , que des Trai
tezavantageux, & de regagnerfou
vent par un trait de plume , ce qu'elle
avoit perdu en plufieurs Campagne
; que cette adroite Politique
dont elle faifoit tant de vanité, luy
étoit prefentement inutile ; que toute
l'Europe avoit veu avec étonnement
, dés les premieres démarches
du Roy , cette fuperbe Nation contrainte
de venir jufque dans le Louvre
reconnoître publiquement fon
inferiorité , & nous abandonner de
puis par des Traitez folemnels , tant
GALANT . 137
l'emde
Places fi famenfes , tant de grandes
Provinces, celles mefme dont les
Roys empruntoient leurs plus glorieux
Titres ; que ce changement ne
s'étoit fait , ny par une longue fuite
de Négociations traînées , ny par la
dexterité de nos Ministres dans les
Pais Etrangers, puis qu'eux - mefmes
confeffoient que le Royfait tout, voit
tout dans les Cours où il les envoye,
& qu'ils n'ont tout au plus que
barras d'y faire entendre avec dignité
ce qu'il leur a dicté avec fageffe
. Il s'étendit encore quelque
temps fur les louanges de ce
grand Monarque, avec une force
d'expreffion tres - digne de fa matiere.
Il dit , Qu'ayant refolu dans
fon Cabinet,pour le bien de la Chré
tienté , qu'il n'y euft plus de guerre,
il avoit tracé fix lignes , & les avoit
envoyées à fon Ambassadeur à la
Haye , la veille qu'il devoit partir
138
MERCURE
pour se mettre à la teste d'une de
fes Armées ; que là- deffus tout s'étoit
agité , tout s'étoit remué , &
qu'enfin, fuivant ce qu'il avoit prévú,
fes Ennemis aprés bien des Conferences
, bien des Projets , bien des.
Plaintes inutiles , avoient efté contraints
d'accepter ces mefmes Conditions
qu'il leur avoit offertes, fans
avoir pu avec tous leurs efforts , s'écarter
d'un feul pas du cercle étroit
qu'il luy avoit plû de leur tracer.
Il s'adreffa alors à Meffieurs de
l'Academie , & ce qu'il leur dit fut
fi vif & fi bien peint , que j'affoiblirois
la beauté de cette fin d'un
Difcours fi éloquent , ſi j'en retranchois
une parole . Voicy les
termes qu'il y employa .
Quel avantage pour tous tant
que nous fommes, Meffieurs , qui cha
eun felon nos differens talens avons
entrepris de celebrer tant de granGALANT.
139
des chofes ! Vous n'aurez point pour
les mettre en jour , à difcuter avec
des fatigues incroyables une foule
d'intrigues , difficiles à developer.
Vous n'aurez pas mefme à fouiller
dans le Cabinet de fes Ennemis .
Leur mauvaife volonté , leur impuiffance
, leur douleur eft publique
à toute la Terre. Vous n'aurez point
à craindre enfin tous ces longs détails
de chicanes ennuyeuſes , qui
fechent l'efprit de l'Ecrivain , &
qui jettent tant de langueur dans
la plupart des Hiftoires modernes,
où le Lecteur qui cherchoit desfaits,
ne trouvant que de paroles , fent
mourir à chaque pas fon attention,
&perd de vue lefil des évenemens,
Dans l'Histoire du Roy, tout rit,tout
marche , tout eft en action. Il ne
faut que le fuivre fi l'on peut, & le
bien étudier luy feul. C'est un enchaînement
continuel de Faits mer-
3
140 MERCURË
veilleux que luy mefme commence,
que luy- mefme acheve , auffi clairs ,
auffi intelligibles quand ils font executez
, qu'impenetrables avant l'execution
. En un mot , lé miracle fut
de prés un autre miracle . L'attention
eft toûjours vive , l'admiration
toûjours tenduë , & l'on n'eft
pas moins frapé de la grandeur &
de la promptitude avec laquelle fe.
fait la Paix , que de la rapidité
avec laquelle fe font les Conquêtes .
Cette réponſe de Monfieur Racine
fut fuivie de tous les applau
diffemens qu'elle méritoit . Chacun
à l'envy s'empreffa a luy
marquer le plaifir que l'Affemblée
en avoit reçu , & on demeura
d'accord tout d'une voix , que
le Sort qui l'avoit fait Directeur,
n'avoit point efté aveugle dans
fon choix , & qu'on ne pouvoit
parler plus dignement au nom
GALANT.
141
de l'illuftre Compagnie , qui recevoit
dans fon Corps les deux
nouveaux Académiciens.
ceffé de parler , Monfieur de Bergeret
prit la parole , & fit un difcours
trés - éloquent. Il dit , qu'il
GALANT. 117
avoit déia éprouvé plus d'une fois ,
que dés qu'on vouloit penser avec
attention à l'Academie Françoife,
l'imagination fe trouvoit auffitoft
remplie & étonnée de tout ce qu'il
ya de plus beau dans l'Empire des
Lettres , qu'eft un Empire qui n'est
borné ny par les Montagnes , ny
pariles Mers , qui comprend toutes
les Nations & tous les Sicles ; dans
lequel les plus grands Princes ont
tenu à bonneurs d'avoir quelque
place , & où Meffieurs de l'Acade ·
mie Françoife ont l'avantage de
tenir le premier rang. Que s'il entreprenoit
de parler de toutes les
fortes de merites , qui font la gloire
de ceux qui la compofent , il fentoit
bien que l'habitude de parler en public
, & d'en avoir fait le Miniftere
plufieurs années , en parlant
pour le Roy dans un des Parlemens
defon Royaume, ne l'empefcheroit
118 MERCURE
pas de tomber dans le defordre.
Enfuite il loüa Monfieur de Cordemoy
dont il occupe la Place
for ce qu'il avoit joint toutes les
vertus Morales & Chrétiennes
aux plus riches talens de l'efprit,
fur les grandes lumiéres qu'il
avoit dans la Jurifprudence, dans
la Philofophie , & dans l'Hiftoire ,
& fur tout for une certaine prefence
d'efprit qui luy eftoir particuliére
, & qui le rendoit capable
de parler fans préparation ,
avec autant d'ordre & de ne teté
qu'on peut en avoir en écrivant
avec le plus de loiſir . Il n'oublia
les beaux & fçavans Traitez
de Phyfique qu'il à donnez au
Public; & en parlant de fa grande
Hiftoire de nos Roys qu'on acheve
d'imprimer, il ajoûta, Que fifa
trop promte mort avoit laiffé ce
dernier Ouvrage imparfait , quoy
qu'ily manquaft pour eftre entier ,
pas
GALANT. 119
ilne manqueroit rien à la réputa
tion de l'Autheur ; qu'on eftimeroit
toûjours ce qu'il a écrit , & qu'on regreteroit
toujours ce qu'il n'a pas eu le
temps d'écrire.Cet Eloge fut fuivy
de celuy de Monfieur le Cardinal
de Richelieu , inftituteur de l'Academie
Françoife . Il dit , Que
non feulement, il avoit fait les plus
grandes chofes pour la gloire de
lEtat , mais qu'il avoit fait les
plus grands Hommes pour celebrer
perpetuellement cette gloire ; que
tous les Academitiens luy apartenoient
par le Titre mefme de la
naiſſance de l'Academie, & qu'ils
étoient tous comme la Pofteritefçavante
& Spirituelle de ce grand
Miniftre ; Que l'illuftre Chancelier
qui luy avoit fuccedé dans la
protection de cette celebre Compagnie
, auroit toûjours part à la
mefme gloire; & que parmy toutes
"
110 MERCURE
les vertus qui l'avoient rendu digne
d'eftre Chefde la Justice , on releveroit
toûjours l'affection particulie
re qu'il avoit enë pour les Lettres,
& qui l'avoit obligé d'eftre fimple
Academicien long tems avant qu'il
devinft Protecteur de l'Academie ;
ce qui luy étoit d'autant plus glorieux
, que ces deux titres ne pou
voient plus estre reünis dans une
Perfonne privée , quelque éminente
qu'elle fuft en Dignité , le nom de
Protecteur del' Academie étant devenu
comme un titre Royal , par la
bonté que le Roy avoit euë de le
prendre , & de vouloir bien en faveur
des Lettres , que le Vainqueur
des Roys & l'Arbitre de l'Univers,
fuft auffi appellé le Protecteur de
l'Academie Françoife. Le reste de
fon Difcours roula fous les merveilleufes
qualitez de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que tout ce
qu'il
GALANT. 121
cachoit
qu'il faifoit voir au monde n'eftoit
rien en comparaison de ce qu'il luy
; que tant de Victoire , de
Conqueftes , & d'Evenemens prodigieux
qui étonnoient toute la Terre,
n'avoient rien de comparable à
la fageffe incomprehenfible qui en
eftoit la caufe , & que lors qu'on
pouvoit voir quelque chofe des confeils
de cette Sageffe plus qu'humai
ne onfe trouvoit , pour ainsi dire,
dans une fi haute region d'esprit .
qu'on en perdoit la pensée , comme
quand on eft dans un air trop élevé ,
& troppur , on perd la refpiration.
Il ajoûta , Quefe tenant renfermé
dans les termes de l'admiration &
du filence , il ne cefferoit de fe taire
que pour nommer les Souveraines
Vertus qu'il admiroit ; une Prudence
qui penetroit tout , & qui étoit ellemefme
impenetrable ; une Justice
qui préferoit l'intereft du sujet à
Janvier 1685 .
A
F
122 MERCURE
celuy du Prince ; une Valeur qui prenoit
toutes les Villes qu'elle attaquoit
, comme un Torrent qui rompt
tous les obftacles qu'il rencontre ;
une Moderation qui avoit tant de
fois arrefté ce Torrent , &fufpendu
cet Orage ; une Bonté qui par l'entiere
abolition des Duels , prenoit
plus de foin de la vie des Sujets,
qu'ils n'en prenoient eux - mefmes ;
un Zele pour la Religion, qui faifoit
chaque jour de fi grands & de fi
heureux projets ; & que ce qui étoit
encore plus admirable dans toutes
ces Vertus fi differentes , c'eftoit de
les voir agir toutes ensemble , &
dans la Paix & dans la Guerre ,fansdifference
ny diftinction de temps.
Aprés une peinture fort vive des
grandes chofes que le Roy a faites
pendant la Paix , qui avoit
toûjours efté pour luy non feulement
agiffante , mais encore
GALANT. 123
victorieuſe , puis que par un
bonheur incomparable , elle n'avoit
pas arreſté fes Conqueftes ,
& que les trois plus importantes
Places du Royaume , & pour fa
gloire , & pour fa fûreté , Dunkerque
, Strasbourg , & Cazal
trois Villes qui font les Clefs de
trois Etats voifins , & dont la
Prife auroit fignalé trois Campagnes
, avoient efté conquifes
fans armes & fans Combats , il
dit, Qu'on avoit vû l'Europe entiere
conjurée contre la France , que
tout le Royaume avoit efté environné
d'Armées Ennemies & que
cependant il n'eftoit jamais arrivé
qu'un feul de tant de Genéraux
Etrangers euft pris feulement un
Quartier d'Hyver fur nos Frontie
res; Que tous ces Chefs Ennemis
Se promettoient d'entrer dans nos
Provinces en Vainqueurs & en Con-
,
F 2
124
MERCURE
quérans , mais qu'aucun d'eux ne
les avoit veües , que ceux qu'on y
avoit amenez Prifonniers ; que tous
les autres estoient demeure autour
du Royaume , comme s'ils l'avoient
gardé ,fans troubler la tranquilité
dont iljouiffoit , & que c'eftoit un
prodige inouy , que tant de Nations
jaloufes de la gloire du Roy , & qui
s'étoient affemblées pour le combatre
, n'eulent pû faire autre choſe
que de l'admirer
& d'entendre
d'affez loin le bruit terrible defes
Foudres , qui renverfoient les Murs
de quarante Villes en moins,
trente jours , & qui cependant par
une espece de miracle , n'avoient
point empefché que la voix des Loix
n'euft efté toujours entenduë ; toûjours
la Justice également gardée,
l'obeiffance rendue , la Difcipline
obfervée, le Commerce maintenu , les
Arts floriffans , les Lettres cultivées,
>
de
GALANT
. 125
le Mérite recompenfe , tous les Reglemens
de la Police generalement
executez ; & non feulement de la
Police Civile , qui par les heureux
changemens qu'elle avoit faits ,fembloit
nous avoir donné un autre Air
& une autre Ville ; mais encore de
la Police Militaire , qui avoit civilife
les Soldats,& leur avoit inspire
un amour de la gloire & de la difcipline
, quifaifoit que les Armées du
Roy étoient en mefme temps la plus
belle & la plus terrible chofe du
monde. Il finit en difant, Que c'étoit
une grande gloire pour un Prince
Conquerant, que l'onput dire de
Luy, qu'il avoit toûjours eu un efprit
de paix dans toutes les Guerres qu'il
avoit faites , depuis la premiere
Campagne jufqu'à la derniere , depuis
la Prife de Marfal jufqu'à
celle de Luxembourg ; Que cette
derniere & admirable Conquefte ,
F
3
126 MERCURE
qui en affurant toutes les autres, venoit
heureufement de finir la Guerreferoit
dire encor plus que jamais,
que le Roy étoit un Héros toûjours
Vainqueur & toûjours Pacifique ,puis
que non feulement il avoit pris cette
Place ,une des plusfortes du Monde,
&qu'il l'avoit prife malgré tous les
obftacles de la Nature , malgré tous
les efforts de l'Art , malgré toute la
refiftance des Ennemis ; mais ce qui
étoit encore plus, malgré luy - même:
Eftant certain qu'il ne l'avoit attaquée
qu'à regret , &aprés avoir
preßé long-temps fes Ennemis cent
fois vaincus , de vouloir accepter
Paix qu'il leur offroit , & de ne le
pas contraindre à fe fervir du Droit
des Armes ; de forte que par un évenement
tout fingulier , cettefameufe
Villeferoit toûjours pour la gloire du
Roy un Monument éternel , non feulement
de la plus grande valeur .
la
GALANT. 127
mais auffi de la plus grande modes
ration dont on euft jamais parlé.
Toute l'Affemblée fut tresfatisfaite
de ce Difcours,& Monfieurde
Bergeret eut tout lieu de
l'eftre des louanges qu'il reçûr.
Monfieur Racines , qui eftoit
alors Directeur de l'Académie ,
répondit à ces deux nouveaux
Académiciens au nom de la
Compagnie. Je tâcherois inutilement
de vous exprimer combien
cette Reponſe fut éloquente
, & avec combien de grace il
la prononça . Elle fut interrom
pue par des applaudiffemens fréquemment
reiterez ; & comme
il en employe une partie à élever
le mérite de Monfieur de Corneille
, il fut aiſé de connoiſtre
qu'on voyoit avec plaifir dans la
bouche d'un des plus grands
Maiftres du Theatre ; les louan-
F 4
128
MERCURE
ges de celuy qui a porté la Scene
Françoife au degré de perfection
où elle eft. Il dit d'abord , Que
l'Academie avoit regardé fa mort
comme un des plus rudes coups qui
La puft fraper ; Que quoy que depuis
un an une longue maladie l'euft
privée de fa présence , & qu'elle
euft perdu en quelque façon l'espérance
de le revoir iamais dans fes
Affemblées , toutefois il vivoit , &
que dans la Lifte où font les noms
de tous ceux qui la compofent , cette
Compagnie dont il eftoit le Doyen ,
avoit au moins la confolation de
voir immédiatement audeffous du
nom facré de fon augufte Protecteur,
le fameux nom de Corneille . Il fit
enfaite une peinture admirable
du defordre & de l'irrégularité
où fe trouvoit la Scene Françoife
, lors qu'il commença à travailler.
Nul gouft , nulle connoiffan
GALANT. 129
遂
ce des veritables beautez du Theatre.
Les Autheurs auffi ignorans que
les Spectateurs. La plupart des Sujets
extravagans & dénue de vraifemblance.
Point de Moeurs , point
de Caracteres. La Diction encore
plus vicieufe que l'Action , & dont
les Pointes , & de miferables jeux
de mots, faifoient le principal ornement
. En un mot, toutes les Regles de
l'Art , celles mefme de l'honnefteté
& de la bienséance , violées . Il pourfuivit
en difant , Que dans ce Cahos
du Poëme Dramatique parmy
nous , Monfieur de Corneille , aprés
avoir quelque temps cherche le bon
chemin , & lutte contre le mauvais
goût de fon Siecle , enfin infpiré d'un
Genie extraordinaire , & aidé de la
lecture des Anciens , avoit fait voir
fur la Scene la Raifon , mais la Raifon
accompagnée de toute la pompe,
de tous les ornemens dont nôtre !
F
130
MERCURE
gue eft capable , accorde heureuſement
le Vrai-femblable & le Merveilleux,
& laiffe bien loin derriere
Luy tout ce qu'il avoit de Rivaux,
dont la plupart defefperant de l'atteindre,&
n'ofant plus entreprendre
de luy difputer le Prix , s'eftoient
bornez à combatre la Voix publique
déclarée pour luy , & avoient eſſayé
en vain par leur difcours & par
Leurs frivoles critiques , de rabaiffer
un merite qu'ils ne pouvoient égaler.
Il paffa de là aux acclamations
qu'avoient excité à leur naiffance
le Cid , Horace , Cinna , Pompée ,
& les autres Chef- d'oeuvres qui
les avoient fuivis , & dit , Qu'on
ne trouvoit point de Poëte qui eust
poffedé à la fois tant d'excellantes
parties , l'Art , laforce , le lugement
, & l'Efprit. Il parla de la
furprenantes varieté qu'il avoit
mellée dans les Caracteres , en
<
GALANT.
131
forte, que tant de Roys, de Princes,
& de Heros qu'il avoit repréfentez,
étoient toujours tels qu'ils devoient
estre , toûjours uniformes en euxmémes
, & jamais ne fe reffemblant
les uns aux autres ; Qu'il y avoit
parmy tout cela une magnificence
d'expreffion proportionnée aux Maitres
du Monde qu'ilfaifoit fouvent
parler , capable neanmoins de s'abaiffer
quand il vouloit , & de defcendre
jufqu'aux plus fimples naïvete
du Comique , où il eftoit encore
inimitable; Qu'enfin ce qui luy
étoit fur tout particulier , c'étoit une
certaineforce, une certaine élevatio,
qui en furprenant & en élevant ,
rendoit jufqu'à fes defauts , fi on luy
en pouvoit reprocher quelques uns,
plus eftimables que les vertus des
autres. Il ajoûta , Qu'on pouvoit le
regarder comme un Homme veritablement
népour lagloire de fon Païs ,
·
F 6
132 MERCURE
,
efme
comparable , non pas à tout ce que
Fancienne Rome avoit eu d'excellens
Tragiques , puis qu'elle confeffoit
elle-mefme qu'en ce genre elle
n'avoit pas efté fort heureuſe , mais
aux Efchiles , aux Sophocles , aux
Euripides , dont la fameuse Athenes
ne s'honoroit pas moins que des
Themiftocles , des Pericles , & des
Alcibiades , qui vivoient en me
temps qu'eux. Il s'étendit fur la juftice
la Pofterité rend aux
que
habiles Ecrivains , en les égalant
à tout ce qu'il y a de plus confiderable
parmy les Hommes , &
faifant marcher de pair l'excellent
Poëte & le grand Capitaine ; &
dit là deffus , Que le mefme Siecie
qui fe glorifioit aujourd'huy d'avoir
produit Auguste, ne fe glorifioit
guere moins d'avoir produit Horace
& Virgile ; qu'ainfi lors
ages fuivans on parleroit avec éton
que
dans les
GALANT.
133
nement des Victoires prodigieufes ,
& de toutes les chofes qui rendront
nostre fiecle l'admiration de tous les
fiecles à venir , l'illuftre Corneille
tiendroit fa place parmis toutes ces
merveilles ; que la France fe fouviendroit
avec plaifir quefous le
Regne du plus grand de fes Roys ,
auroit fleury le plus celebre de fes
Poëtes , qu'on croiroit mefme ajoûter
quelque chofe à la gloire de noftre
Augufte Monarque , lors qu'on diroit
qu'il avoit eftimé, qu'il avoit honoré
de fes bien faits cet excellent Genie;
que même deux jours avant la mort,
& lors qu'il ne luy reftoit plus qu'un
rayon de connoiffance , il luy avoit
´encore envoyé des marques de fa liberalité
; & qu'enfin les dernieres
paroles de Corneille avoient efté
des remercimens pour Louis LE
GRANDAprés
l'avoir loué fur d'autre
134
MERCURE
qualitez particulieres , fur fa probité
, fur fa piété , & fur l'efprit
de douceur & de déference qu'il
apportoit à l'Academie , ne fe
préferant jamais à aucun de fes
Confreres , & ne tenant aucun
avantage des aplaudiffemens qu'il
recevoit dans le Public Monfieur
Racines adreffa la parole à Monfieur
de Bergeret , & dit , Que fi
l'Academie Françoife avoit perdu
en Monfieur Cordemoy , un Homme
qui aprés avoir donné au Barreau
une partie de fa vie , s'eftoit depuis
appliqué tout entier à l'étude de
nôtre ancienne Hiftoire , elle luy avoit
choisi pour Succeffeur un Homme,qui
après avoir eftélong - temps l'organe
d'un Parlement celebre , avoit effé
appellé à un des plus importans Emplois
de l'Etat , & qui avec une
connoiffance exacte , & de l'Hiftoire
& de tous les bons Livres, luy apporGALAN
T.
135
toit encore la connoiffance parfaite
de la merveilleufe Hiftoire de fon
Protecteur , qui étoit quelque chofe
de bien plus utile , & de bien plus
confiderable pour elle ; queperfonne
mieux que luy ne pouvoit parler de
tant de grands évenemens , dont
les motifs & les principaux refforts
avoient efté fi fouvent confiez à fa
fidelité & à fa fageffe , puis que
perfonne ne fçavoit mieux à fond
tout ce qui s'eftoit paßé de memorable
dans les Cours Etrangeres , les
Traitez, les Alliances , & toutes les
importantes Négotiations , qui fous
le Regne de Sa Majesté avoient
donne le branle à toute l'Europe ;
que cependant , s'il falloit dire la
verité , la voye de la négotiation
étoit bien courte fous un Prince qui
ayant toujours de fon cofté la Puiffance
& la Justice , n'avoit befoin
pour faire executerfes volontez, que
136 MERCURE
de les declarer ; Qu'autrefois la
France trop facile à fe laiffer fur
prendre par les artifices de fes Voifins
, paffoit pour eftre auffi infortunée
dans fes Accommodemens, qu'elle
étoit heureufe redoutable dans la
Guerre ; Quefur tout l'Espagne ,fon
orgueilleufe Ennemie , fe vantoit de
n'avoir jamais figné, mefme au plus
fort de nos profperitez , que des Trai
tezavantageux, & de regagnerfou
vent par un trait de plume , ce qu'elle
avoit perdu en plufieurs Campagne
; que cette adroite Politique
dont elle faifoit tant de vanité, luy
étoit prefentement inutile ; que toute
l'Europe avoit veu avec étonnement
, dés les premieres démarches
du Roy , cette fuperbe Nation contrainte
de venir jufque dans le Louvre
reconnoître publiquement fon
inferiorité , & nous abandonner de
puis par des Traitez folemnels , tant
GALANT . 137
l'emde
Places fi famenfes , tant de grandes
Provinces, celles mefme dont les
Roys empruntoient leurs plus glorieux
Titres ; que ce changement ne
s'étoit fait , ny par une longue fuite
de Négociations traînées , ny par la
dexterité de nos Ministres dans les
Pais Etrangers, puis qu'eux - mefmes
confeffoient que le Royfait tout, voit
tout dans les Cours où il les envoye,
& qu'ils n'ont tout au plus que
barras d'y faire entendre avec dignité
ce qu'il leur a dicté avec fageffe
. Il s'étendit encore quelque
temps fur les louanges de ce
grand Monarque, avec une force
d'expreffion tres - digne de fa matiere.
Il dit , Qu'ayant refolu dans
fon Cabinet,pour le bien de la Chré
tienté , qu'il n'y euft plus de guerre,
il avoit tracé fix lignes , & les avoit
envoyées à fon Ambassadeur à la
Haye , la veille qu'il devoit partir
138
MERCURE
pour se mettre à la teste d'une de
fes Armées ; que là- deffus tout s'étoit
agité , tout s'étoit remué , &
qu'enfin, fuivant ce qu'il avoit prévú,
fes Ennemis aprés bien des Conferences
, bien des Projets , bien des.
Plaintes inutiles , avoient efté contraints
d'accepter ces mefmes Conditions
qu'il leur avoit offertes, fans
avoir pu avec tous leurs efforts , s'écarter
d'un feul pas du cercle étroit
qu'il luy avoit plû de leur tracer.
Il s'adreffa alors à Meffieurs de
l'Academie , & ce qu'il leur dit fut
fi vif & fi bien peint , que j'affoiblirois
la beauté de cette fin d'un
Difcours fi éloquent , ſi j'en retranchois
une parole . Voicy les
termes qu'il y employa .
Quel avantage pour tous tant
que nous fommes, Meffieurs , qui cha
eun felon nos differens talens avons
entrepris de celebrer tant de granGALANT.
139
des chofes ! Vous n'aurez point pour
les mettre en jour , à difcuter avec
des fatigues incroyables une foule
d'intrigues , difficiles à developer.
Vous n'aurez pas mefme à fouiller
dans le Cabinet de fes Ennemis .
Leur mauvaife volonté , leur impuiffance
, leur douleur eft publique
à toute la Terre. Vous n'aurez point
à craindre enfin tous ces longs détails
de chicanes ennuyeuſes , qui
fechent l'efprit de l'Ecrivain , &
qui jettent tant de langueur dans
la plupart des Hiftoires modernes,
où le Lecteur qui cherchoit desfaits,
ne trouvant que de paroles , fent
mourir à chaque pas fon attention,
&perd de vue lefil des évenemens,
Dans l'Histoire du Roy, tout rit,tout
marche , tout eft en action. Il ne
faut que le fuivre fi l'on peut, & le
bien étudier luy feul. C'est un enchaînement
continuel de Faits mer-
3
140 MERCURË
veilleux que luy mefme commence,
que luy- mefme acheve , auffi clairs ,
auffi intelligibles quand ils font executez
, qu'impenetrables avant l'execution
. En un mot , lé miracle fut
de prés un autre miracle . L'attention
eft toûjours vive , l'admiration
toûjours tenduë , & l'on n'eft
pas moins frapé de la grandeur &
de la promptitude avec laquelle fe.
fait la Paix , que de la rapidité
avec laquelle fe font les Conquêtes .
Cette réponſe de Monfieur Racine
fut fuivie de tous les applau
diffemens qu'elle méritoit . Chacun
à l'envy s'empreffa a luy
marquer le plaifir que l'Affemblée
en avoit reçu , & on demeura
d'accord tout d'une voix , que
le Sort qui l'avoit fait Directeur,
n'avoit point efté aveugle dans
fon choix , & qu'on ne pouvoit
parler plus dignement au nom
GALANT.
141
de l'illuftre Compagnie , qui recevoit
dans fon Corps les deux
nouveaux Académiciens.
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Résumé : « Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Monsieur de Bergeret prononce un discours à l'Académie Française, soulignant la grandeur de cette institution qui attire les plus grands princes. Il rend hommage à Monsieur de Cordemoy, louant ses vertus morales et chrétiennes, ainsi que ses talents intellectuels. Cordemoy avait entrepris une grande histoire des rois de France, restée inachevée à cause de sa mort prématurée. Le discours est suivi d'un éloge du Cardinal de Richelieu, fondateur de l'Académie, célébré pour ses contributions à la gloire de l'État et son rôle de protecteur des lettres. Le roi est ensuite loué pour ses qualités exceptionnelles telles que la prudence, la justice, la valeur, la modération, la bonté et son zèle pour la religion. Ses actions pendant la paix et la guerre, notamment la conquête de places stratégiques sans combat et la gestion efficace du royaume malgré les menaces extérieures, illustrent ces vertus. Monsieur Racine, directeur de l'Académie, répond aux nouveaux académiciens en soulignant l'importance de Pierre Corneille pour le théâtre français. Racine décrit l'état chaotique du théâtre avant l'œuvre de Corneille, qui a introduit la raison et la vraisemblance sur scène, surpassant tous ses contemporains. Il compare Corneille aux grands tragiques de l'Antiquité et souligne son impact durable sur la littérature française. Le texte mentionne également la gloire de la France, qui se glorifie d'avoir produit des figures illustres comme Auguste, Horace et Virgile, et prédit que le siècle sera admiré pour ses victoires prodigieuses. Corneille est décrit comme une merveille parmi ces exploits. La France se souviendra avec plaisir que, sous le règne de Louis XIV, le plus célèbre de ses poètes a fleuri. Le roi a honoré Corneille de ses bienfaits, même deux jours avant sa mort, en lui envoyant des marques de libéralité. Les dernières paroles de Corneille ont été des remerciements à Louis XIV, qu'il a loué pour sa probité, sa piété et son esprit de douceur. Racine adresse ensuite la parole à Bergeret, soulignant que l'Académie française a perdu en Cordemoy un homme dédié à l'étude de l'histoire ancienne, mais a choisi un successeur compétent en Bergeret. Ce dernier, après avoir été l'organe d'un parlement célèbre et occupé un emploi important dans l'État, apporte à l'Académie une connaissance parfaite de l'histoire et des livres, ainsi que de l'histoire de son protecteur. Racine loue Bergeret pour sa connaissance des grands événements, des traités, des alliances et des négociations sous le règne de Sa Majesté. Racine mentionne également la supériorité de la France dans les négociations, contrastant avec les politiques passées où la France était souvent désavantagée. Il souligne que l'Espagne, autrefois orgueilleuse, a dû reconnaître publiquement son infériorité et abandonner des places et provinces importantes. Ce changement est attribué à la puissance et à la justice du roi, qui n'a besoin que de déclarer ses volontés pour les voir exécutées. Racine conclut en louant le roi pour sa résolution de mettre fin à la guerre et pour son habileté à tracer des lignes de paix que les ennemis ont dû accepter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 44-87
III. LETTRE Concernant les Langues, les Lettres & les Ecritures. A Mr DE S.....SDIKS.
Début :
Je vous ay déja fait voir deux Lettres du sçavant Mr / Je réponds à la vostre, à la maniére du Cardinal [...]
Mots clefs :
Poète, Alexandre le Grand, Langue hébraïque, Livre, Verset, Ancien Testament, Prince barbare, Langue, Articulation, Voyelles, Consonnes, Prononciation, Lettres, Écho, Voix, Langue syriaque, Reliure, Imprimerie, Langue chinoise, Chapitre, Genèse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : III. LETTRE Concernant les Langues, les Lettres & les Ecritures. A Mr DE S.....SDIKS.
Je vous ay déja fait voir
deux Lettres du fçavant M
Comiers fur les Langues. En
voicy une troifiéme
› que
vous ne trouverez pas moins
curieufe que les autres.
豬
GALANT 45
255:22222 2522: 2222
III.
LETTRE
Concernant les
Langues , les
Lettres
les
Ecritures.
A M' DE S..... SDIKS .
Imaniere
laco-
E répons à la veftre , à la
maniére du Cardinal d'Offat
, article par article ,
niquement , mais je m'explique
en telle forte , que vous n'avez
lien de dire comme S. Jerôme
, en lifant le Poëte Perfe . Si
tu ne veux pas eftre entendu,
tu ne dois pas eftre lû.
pas
46 MERCURE
que
les
Fe fouhaiterois vous pouvoir répondre
auffi brièvement
Lacedémoniens , qui par la feule
Lettre S , qui fignifie Non , répondirent
à la longue Epiftre dos
demandes de Philippe , Pere
d'Alexandre le Grand.
La Langue Sainte , c'est à
dire l'Hebraique , a 22 Lettres,
autant qu'il y a de Livres dans
l'ancien Teftament , dans lequel
l'ordre des Lettres Hebraïques y
eft repeté 21 fois.
L'ay remarqué dans la 273
page du 26 Tome extraordinairs
du Mercure Galant, que Les trois
versets 19, 20 & 21 du 14 char
GALANT. 47
pitre de l'Exode , contiennent
chacun 72 Lettres , par le mélange
defquelles les Kabaliftes forment
les 72 noms de Dieu , tous
terminez en AH ou en EL , c'eft
pourquoy aprés le nom de l'office
d'un Ange , la Sainte Ecriture
ajoûte ELi ainfi Michaël , Raphaël
, Gabriël.
Toutes les 22 Lettres Hebrai
ques font contenues dans le 25
verfet dus chapitre du Prophéte
Ifaye.
Toutes les Lettres Grecques,
font dans les verfets 19 & 20 du
3 chapitre de la premiere Epiftre
de S. Pierre
48 MERCURE
Toutes les Lettres Latines
font dans ce Vers.
Gaza frequens Lybicos duxit
Kartago triumphos.
Atticus le Fils du Sophifte
Herodes , ne pût jamais aprendre
l'Alphabet.
Un jeune Prince Barbare
eftant venu étudier dans Athénes,
ne pût aprendre que les trois
premieres Lettres de l'Alphabet,
qu'il prononça d'un ton fi digne
de fon efprit & de fa Nation ,
que le Préteur ceffa de haranguer;
c'est pourquoy les Barbares
ramenérent en Triomphe leur
Prince , difant qu'il avoit vaincu
le
GALANT. 49
Le plus éloquent d´s Grecs .
La langue est presque le principal
inftrument de l'articulation,
car les confones labiales n'ont pas
befoin de l'office de la langue,
elle a dix mouvemens , fix droits
en rond. Les levres ont
&
quatre
auſſi
jusques
à fix
mouvemens
differens
. Le Larinx
a auf
fes
mouvemens
pour
la Trachée
, qui
ouvre
le paffage
à l'air, que pouffent
les poulmons
.
La Lettre Afe prononce le gozier
& la bouche ouverte ,fans.
employer la langue ; elle est donc
la Lettre la plus facil à prononcer
, c'est pourquoy elle tient le
Ferrier 1685.
Ε
50 MERCURE
premier rang dans l'Alphabet.
On dir qu'il n'y a eu que Zoroafter
qui ait ry en naiffant , &
que les Mâles pleurent par
voyelle A, & les Filles par la
voyelle E , ce qui a donné lieu à
ce Diftique, sikin mo ay
la
Plorat adhuc proles quod commifere
parentes,
A genitor dat Adam : E dedit
Eva prior.
Comme les confones B, M, P,
font purement labiales , ellesfont
auffi tres -faciles à prononcer. Il
ne faut qu'ouvrir doucement les
lévres en prononçant A , c'eſt
pourquoy
les Enfans prononcent
GALANT. 51
facilement MaMa PaPa ,
.
parce que le P fe prononce par la
feule explofion de l'Air , en feparant
promptement les lévres,
fi vous prononcez P tout contre
la flamme de la Chandelle , elle
vous fera entendre cette explo
Sion.
O,fe prononce le gozier ouvert
, & la bouche un peu enflée
voutée, c'eft pourquoy les Puis,
les Caves , & les Antres profonds,
pour A, refléchiffent O.
E, fe prononcefermant un peu
la bouche , & aprochant la langue
du palais , ne laiffant qu'un
petit paffage en largeur , à l'air
E ij
52 MERCURE
pouffe par les poulmons.
I, fe prononce en appliquant
davantage la langue au palais,
pour ne laiffer qu'une petite iſſue
à l'air , & on ferme davantage
la bouche , & on joint preſque
les dents.
V, François ,fe prononce ayant
joint les dents la langue tout
contre le palais ferrant les
téores avancéespour ne laiffer à
l'air qu'une petite iffuë ronde ,
on reffent qu'il fe forme un tremblement
des lévres.
I
Il
ya
ftinguent
point
Va de Fa , & pour
a des Nations qui ne di-
Vin difent Fin ,
GALANT 53
>
A Siracufe , la Lettre M tirée
au fort , donnoit le droit de la
Harangue publique.
La pronontiation de la Lettre
L appartient à la langue , celle
de Dede S , aux dents , M ,
aux lévres , celle de N au nez,
fi vray que fi on ferre le nez,
ne peut prononcer Na , mais on
entend Da , d'où il est facile de
rendre raifon des noms qu'on a
impofé à ces Lettres.
on
La Lettre K eft gutturale. Les
Calomniateurs étoient marquez
aufront avec un fer chaud , des
Lettres K & C la raiſon eſt
facile.
E j
54 MERCURE
La Lettre Qeftoit auffi im.
primée au front de ceux qui épou
foient une feconde Femme , la
premiere eftant vivante. Cette
marque Qest affezfignificative
du crime, de mefme que celle d'Aftronomie
Qpour marquer la conjonction
de deux Planetes, & c.
Plufteurs Perfonnes , pour Q
prononcent T , & pour Qui-
Quonque, difent TiTonTe .
temps de François I. le Do
Du
Pere des belles Lettres , & Fondateur
de l'Académie ou College
Royal de Paris , la prononcia
tion de la Lettre Q eftoit celle
de la Lettre K d'apréfent ; car
GALANT. [ 55
pour Quifquis , on prononçoit
KisKis. Lafçavante Républi
que des Lettres est redevable à
P. Ramus , Doyen du College
Royal , qui a donné la naturelle
prononciation du Q M¹s de la
Sorbonne s'y oppoférent, & même
privérent un Ecclefiaftique de fes
Revenus , parce qu'il prononçoit
le Qcomme Meffieurs de l'Académie
du Roy. Le Procez fut
porté au Parlement , on Ramus
ayant luy- mefme plaidé pour la
nouvelle prononciation de la Lettre
Q, il fut permis par Arreft
folemnel de dire QuiſQuis , ou
KisKis , qui depuis eft devenu
E
iiij
56 MERCURE
un mot pour animer les Chiens
au combat. Je croy que la Cour
Souveraine fonda ſon Arreſtſur
ce que la Lettre Hébraïque Coph
K dans fa valeur. est Q
no- ·Plufieurs Perfonnes ,
tamment ceux qui ont le Filet, ne
peuvent prononcer la Lettre R ,
qui demande le tremblement de
la langue ; c'est pourquoy pour.
R , ils prononcent L.
Meffala , grand Orateur , fit
autrefois un Volume entier de la
Lettre S. Sa mauvaise prononciation
confta la vie à quarantedeux
mille Ephraemites , qui
furent égorgez par les Galaadites,
GALANT. 57
pour n'avoir fçû bien prononcer
dans le mot Schiboleth la Lettre
S , que les Hebreux nomment
Scin .
Appius Claudius trembloit
à la Lettre Z, lors qu'on la pro- .
nonçoit par TS, parce qu'elle exprime
le grincement
de dents d'un
Moribond.
Laprononciation de S, on ST,
fait un fiflement qui penétre , &
qui fertpour ordonner le filence.
L'Echo n'est pas toûjours la
veritable image de la voix articulée
, puis qu'elle ne peut pas
toujours redire ou refléchir la Let
tre S', car pour le mot Satan,
58 MERCURE
PEcho répond Vatan. Il n'en
eft pas de mefme des mots Sofia
in Solario , Soleas Sarciebat
Suas. Vous feavez que la voix
refléchie par l'Echo, employe deux
fois plus de temps que la voix
directe , laquelle dans la moitié
d'une demy -feconde de temps parcourt
690 pieds.
L'Echo du Palais Simoneta,
à un mille de Milan ,
repete
du moins
vingt
- quatre
fois
le mefme
mot.
La plus grande parleufe des
Echos , eft celle que je trouvay
il y a dixhuit ans à Taxily
une lieue de la Ville de Luzy
a
GALANT. 59
en Nivernois ; car eftant la nuit
dans le Fardin de la Cure , qui
dépend de noftre Chapitre de Ternant
, ayant le vifage tourné
contre la Colline de Nidi , elle
repétoit de fuite tres-fortement
tres - diftinctement tous ces
treize mots,
Arma virumque cano , Troja
quæ primus ab oris,
Arma virumque cano .
Il est auffi facile de rendre
raison pourquoy l'Echo pour Sa,
dit Va , que d'expliquer pourquoy
en tenant un doigt dans
chaque coin de la bouche , pour
la Lettre P, on prononce F.
60 MERCURE
La voyelle O. fe fait enten
dre de plus loin , c'est pourquoy
les noms des Chiens de Mutte fe
terminent en O.
Les voyelles O & E font les
plus fortes , puis qu'elles arrestent
les Chevaux au milieu de leur
course.
ω
Le Sauveur du Monde dans
l'Apocalipfe a pris pour Symboles
les deux Lettres A, & w, la
premiere la derniere Lettre
de l'Alphabet Grec , pourfigni
ifier qu'il eft le commencement &
La fin de toutes choses.
Judas , ce vaillant Capitaine
des Juifs futfurnommé MachaGALANT.
61
bée , pour avoir pris dans fon
Etendari cette Devife , Symbole ,
on Mot MA. CA. B. AI . compofé
des quatre premieres fyllabes
du xi. verfet du xv . chapitre
de l'Exode...
MA CAMOCHA BAELIM
JEHOVAH ?
Qui comme Toy entre les
Dieux Jehovah ?
Les
Romains prirent les qua
tre Lettres , S. P. QR . quifont
Les premieres
des quatre Mots
fuivans. Serva , Populum ,
Quem, Redemifti
, qu'une Sybille
avoit gravé fur une lame
d'acier, comme dit Corrafius.
62 MERCURE
:
L'Empereur Maximilian prít
pour Symbole les voyelles A. E.
1. O. V. pour fignifier Aquila
Electa Jufte Omnia Vincit.
Revenons à la Langue Sainte.
Les Juifs & les Samaritains ont
toûjours leu dans leurs Synago
"gues , la Sainte Ecriture en He
breu. La Bible des Samaritains
ne contient que le Pentateuque
,
qui font les cinq Livres de
Moife , parce qu'en l'année du
Monde 3971. c'est à dire 992.
ans avant l'Incarnation ,
n'avoit encore publié que te
Pentateuque lors que le
Royaume d'Ifraël fut divifé,
on
GALANT 63
m'étant resté au Fils de Salomon
que les Tribus de Juda & de
Benjamin , les dix autres Tribus
ayant obeï à Feroboam.
Le Peuple d'ISC. RAB. EL.
Hominis magni Dei , de
l'Homme du grand Dieu , ayant
depuis efté difperfé & contraint
d'habiter en Païs étrangers , il
perdit peu à peu l'usage de fa
Langue Hébraïque , c'est pourquoy
apres la Captivité de Baby
lone , on ne parla que la Langue
Syriaque dans Ferufalem ,
Langue Hebraïque y étoit comme
inconnuë; fi vray que
Princes des Preftres & des Phales
64 MERCURE
rifiens dirent aux Archers En
S. Iean chapitre 7. verfet 49.
Cette Populace ne fçait ce
que c'eft que la Loy. Ce qui
avoit obligé les Rabins on Docteurs
de la Loy , d'en faire des
Verfions en Langue vulgaire des
Pais où ils étoient Etrangers
.
Les Rabins Afiatiques firent à
Babylone , la plus ancienne & la
plus estimée des Paraphrafes ,
qui eft la Chaldaique, ou le Targum
Onkelos.
La Verfion Grecque du Pentateuque
, dont S. Ierôme au
premier chapitre de l'Epifire de
S. Paul à Titus , dit Scientia
GALANT. 65
l'Ordre >
ou dit
pietatis eft noffe Legem ,fur
faite 272. ans avant l'Incarnation
, en Alexandrie d'Egypte,
où les Iuifs avoient un Temple
comme en Ierufalem. Elle eft
furnommée des 70 parce qu'elle
fut faite par
moins aprouvée des 72 , qui compofoient
le Venerable Senat du
grand Sanhedrin. Tout ce qu'on
en a dit au delà , a esté fur la
bonne foy d'un Livre attribué à
Ariftée , l'un des 2. Interprétes,
qui ne firent que la Verfion des
cinq Livres de Moife , bien qu'il
ne foit nommé qu'en tierce Per-
Sonne.
Fevrier 1685 E
66) MERCURE
DESES LIVRES
leur ancienne Forme
99100100
L5
& Relieure.
S ,
Es luifs obfervoient de ne
mettre que 30. Lettres à
chaque ligne.
Les Anciens coloient au long
plufieurs feuilles de papier les
unes au bord des autres , & ils.
n'écrivoyent que d'un côté. Ils
inferoient le bout de la derniere
des feuilles dans la fente d'un
bâton cilindrique , autour duquel
on rouloit toutes les feuilles qui
compofoient ce Livre ou Volume.
Ce bâton avoit un Chapiteau
GALANT 67
une Baze , à la diſtance de
la largeur du papier. Toutes les
Biblioteques étoient composées de
femblables Rouleaux , chez les
Grecs chez les Latins , mefme
long-temps apres Ciceron. Les
Iuifs ont encore fur l'Autel de
chaque Synagogue , les Livres de
la Loyfur deuxfemblables Rou
leaux Cilindriques , & quand ils
ont lû une page , ils la roulent
autour du Cilindre qu'ils tiens
nent à la main droite. Fay trou
vé dans nos Archives du Chapi
tre de Ternant , fondée en l'année
1444. qui eft quatre ans apres
L'invention de l'Imprimerie
, dess
Fij
68 MERCURE
Enquestes fur des feuilles de pa-..
pier colées les unes au bas des autres
, écrites d'un feul côté.
Le Secret ayant efté trouvé de
préparer le parchemin , en forte ·
qu'on peut écrire des deux côtez:
Le Roy Attalus fit écrire &
relier quelques. Livres à la maniere
des noftres.
L'Imprimerie commença en
1440 à Mayence , & les Offices
de Ciceron , eft le premier Livre
qui ait efté Imprimé en Europe,
il est maintenant bien facile de ·
profiter de l'avis de l'Oracle , qui
dit à Zenon que , Pour bien vivre
, il faloit avoir commerce
GALANT 69
avec les Morts. C'eft dans le
mefme fentiment qu' Alphonfe
Roy d' Arragon difoit, Qu'ilfaut
confulter les morts comme les
plus fidéles Confeillers , car il
n'y a point d'Amy plus librequ'un
Livre.
DE LA DIFFICULTE
de lire l'Ecriture Chinoife,
& l'Hebraïque fans
Voyelles.
trouverez pas fi
Vetrange que l'Ecriture Chinoife
ait un Caractere different
pour chaque chofe , & qu'un.
mefme mot prononcé differem .
70 MERCURE
ment, fignifie diferentes chofes,
fi vous faites reflexion qu'en
noftre Langue , un mesme mot a
plufieurs fignifications : En voicy
un exemple, il faut que je vous
Conte , un Conte , d'un Conte,
duquel je ne fais pas grand
Conte. 190
A la fterilité de la Langue
Chinoife , oppofez la fecondité de
la Langue Arabe ; elle a 80 mots
pourfignifier le Miel ; 200 mots
pour fignifier le Serpent ; soo
pour fignifier le Lyon ; & 200.
pour fignifier l'Epée . Cela me
faitfouvenir des fix Versfurvans
d'un vieux Sonnet.
GALANT. 71
Il faut que par neuf fois la Lune
ait fait fon cours,
Avant que nous voyons la lumiere
du jour,
Qu'un cruel Ennemy nous a
bien-toft ravie..
Miférables Mortels , n'avons .
nous pas grand tort,
De faire tant d'Engins pour nous
donner la mort .
L'Ecriture Hebraïque n'avoit
originairement que les Lettres
Confonnes , car les Points qui tiennentlieu
de Voyelles , n'ont commencé
qu'en l'annéesos . de l'Incarnation
, & 436 ans apres que
Titus Vefpafian eut brûlé le Temple
de Terufalem le 8 Aouſt , &
72 MERCURE
la Ville le 8. Septembre en la 72.-
année de Iefus - Chrift . C'est
pourquoy il y a à preſent onze
cens foixante & dix-fept années
que les Docteurs Iuifs étant af
femblez à la Tyberiade , Ville
de la Paleftine , inventerent t
employerent les points ou voyelles»
fecrettes , afin de conferver à leur
Pofterité difperfée par tout le
Monde , la veritable lecture des
Livres Sacrez de l'ancien Teftale
Rabin
ment. C'est ce que
Helie Levite • rapporté dans fax
troifiéme Preface fur le Maffo
reth. C'est pourquoy pour bien
apprendre à lire l'Hebreu , jes
vous
GALANT. 73
vons renvoye à la Mazore , ou
Tradition de l'Ecole Tyberiade.
C'eft fans fujet que vous me
prenez pour un Gale Razaia,
Revelateur des chofes fecretes.
Vous me demandez mille chofes,
comme fi j'avois tout cela dans
mon Jalkur , ou Poche Rabini
que , ou que je fuffe le tout
fçavant Hippias Eleen metempficofe.
Merite t'on quelque chofe
pour beaucoup parler ? Avez
vous oublié que Plutarque loue
Epaminondas qui eftoit le plus
fçavant , & parloit le moins. Je
profite en bien des chofes du bon
mot de Socrate , qui étant inter-
Février 1685.
G
74 MERCURE
rogé pourquoy
il ne donnoit au
cun Ecrit au Public, répondit que
le papier vaudroit mieux que ce
qu'il faudroit dire. Pour vous
répondre à tant d'articles , il me
faudroit une mémoire auſſi heureufe
que celle d'Efdras , qui dicta
par coeur les Livres de l'Ancien
Teftament , tels que nous les
avons. Du Grec Carmides, qui di
foit par coeur ce qui eftoit contenu
dans quel Volume d'une Bibliotéque
qu'on fouhaitoit. De Cyrus,
ou de L. Scipion , qui fçavoient
le nom de tous leurs Soldats ; ou
la mémoire de Mithridate , de
Craffus , de Cyneas , de Themi
GALANT. 75
ftocle , ou celle de l'Empereur
Claude , qui fçavoit tout Homere
par coeur , de Salufte qui fçavoit
tout Demofthene , d'Avicenne
qui fçavoir auffi par coeur
toute la Metaphifique d'Ariftote.
Te nefuis ny Ciceron qui fe fou
venoit de tout ce qu'il avoit leu
ou entendu. Je n'ay pas la mémoire
de Senéque l'Orateur, qui affenre
dans la Préface du Livre des
Plaidoyés on Controverſes , qu'il ·
avoit la Mémoire fi heureuſe ,
qu'il redifoit deux mille noms
differents dans le mefme ordre
qu'ils avoient eftéprononcez, &
que dans l'Ecole plus de deux
ن م
Gij
76 MERCURE
cens perfonnes ayant dit chacun
un Vers, il les repéta en commen
çant par le dernierVers . Le Pape
Clement VI. ayant receu une
grande bleffure à la teſte , ſa mémoire
devint fi heureuſe , qu'il
ne put rien oublier de ce qu'il
avoit leu. Tay efté prefent aver
feu M ' le Marquis de S. André
Montbrun , Capitaine Genéral
des Armées du Roy ,
verneur du Nivernois , à un
femblable effay de Mémoire
entre M de la Barre , pour lors
Intendant du Bourbonnois , &
Mc Adam le Poëte Menuifier de
Nevers. Deplus, je n'aypas un
r
GouGALANT.
77
Secretaire fi expert dans la Tachigraphie
, que ceux dont
Martial difoit , lib. 14 .
Currant verba licet , manus eft
velocior illis ,
Nondum lingua , fuum dextra
peregit opus.
Je nyfuis pasfi exercé qu'Origene
, quand mefme je formerois
aufft mal mes Lettres que le
grand Quintilien , dont les lignes
fembloient des Serpens . Il eft
autant furprenant qu'avanta
geuxpour le bien public, qu'entre
tant de millions d'Ecritures , il ne
s'en rencontre pas deux tout àfair
femblables , quand mefme on an-
C.iij
78 MERCURE
Tite
roit apris à écrire fous un mefmè,
Maistre. Il en eft de l'Ecriture,
comme des Voix des Vifages,
qui font tous en quelque chofe
diferens. Il est vray que
Vefpafian le Fils , difoit ordinai_
rement qu'il auroit pú eftre le plus
grand Fauffaire de l'Empire Romain,
parce qu'ilfçavoit tres - bien,
contrefaire toutes les fignatures.
·Contentez- vous , Monfieur, de
cepeu que je vous envoyepour vos
Etrennes de l'année 1685. Je réponds
à vos autres demandes ,
comme les Juifs dans les Quefons
tres difficiles THIS BI,
JETHARES , KA SIOT,
GALANT. 79
Elie Thesbite , qui nãquit huit
ans avant la mort de Solomon,
les foudra.
que
La Kabale des Rabins auffibien
les deux Volumes de Viſions
Parfaites , ne contiennent que futulites
avec la Lettre R de trois'
Nations bien differentes , l'Itali
que , le Grec l'Hebreu , & à
tous ces Livres , il ne manque que
la Syllabe Grecque Noun.
Vous aprendrez dans 24 heures
la Langue Hebraïque , dans la
nouvelle Grammaire de Criftofori
Cellarii , imprimée Cizæ,
au commencement
de l'année
1684.
G iiij
80 MERCURE
Le manque de Voyelles dans
l'Ecriture Hebraique
, eft la caufe
que la Verfion Grecque de l'Ancien
Teftament
, faite par
les
72
Rabins en Alexandrie l'année
272. avant la naissance de Fefus-
Chrift , n'est pas toujours confor
me à l'Original Hebraïque, quoy.
qu'en ait dit l'Autheur du Livre
attribué à Ariftée l'un des 72:
Interpretes. Puis que cette Verfion
a des paffages mal expliquez,
bien des chofes oubliées ,
d'autres ajoûtées ,s comme dit..
S. Jerôme , qui mourut l'année
420 : c'est pourquoy la Verfion
Latine qu'on fit fur la Grecque,
GALANT. 81
du temps des Apoftres , ne peut
eftre meilleure , bien que nous
chantions les Pfeaumes fuivant
cette Verfion , parce que l'Eglife
yeftoit accoûtumée , lors quefaint
Jerome fit fa Verfion Latine de
Ancien Teftament , que nous
appellons la Vulgate.
Si la Langue Chinoife eft dif
ficile par la differentefignification
d'un mefme mot, la Langue Hebraïque
eft auffi difficile par la
mefme raifon ; car par exemple,
le mot ou Racine HHANAH ,
fignifie humilier , appauvrir ,
affliger, occuper, témoigner,
chanter , crier , parler , ré82
MERCURE
Le mot
pondre , exaucer.
HHALAL , fignifie eſtre la
cauſe , cauſer , rendre affligé,
envelopper , defigner , enlai
dir , vendanger , méprifer ,
méditer , tâcher , agir , cautionner.
Le mot HHARAB,
fignifie dreffer , embellir, plairre
, engager , négocier , mélanger
, s'obfcurcir , devenir
doux.
Par
Bien davantage , les mefmes
mots Hebreux ont fouvent deux
fignifications contraires.
exemple KDS , fignifie fanctifier
, prophaner. BRH fignifie,
benir , maudire. NCHM fignifie
GALANT. 83
10
a
ད
eftre confolé , eftre defolé.
SKN fignifie appauvrir , s'enrichir
, mille autres , par le
changement des conjugaisons
qu'ils appellent Binjanim , Stra
cture.
Par le manque des Voyelles ,
au lieu de lire CHOMER , qui
fignifie URNE , dans laquelle les
Hebreux gardoient la Manne;
les Payens ayant leu CHOMAR ,
qui fignifie ASNE , ils accuferent
lesJuifs , & enfuite les premiers
Chreftiens
d'un Afne dans le Sanctuaire du
Temple.
d'adorer la Tefta
Le 47 Chapitre de la Genefe
84 MERCURE
&
parlant de Faceb adorant Dieu ,
finit par ces mots Halrofch;
Ham , Mitthah , chevet du lit,
les 70 ayant leu Matthe ,
L'interpreterent Verge , ou bâton.
Dans le 11. chap . de Zacharies
verf.7. au mot Hebreu CHBLM ,,
lesfeptante-deux Interpretes leu
rent CHaваLIM, Cordanx :
fuivant les Points on Voyelles ,
depuis marquées par les Rabins
de Tyberiade
nous lifons:
CHOBELİM , qui fignifie Corrupteurs.
>
}
Les Septante leurent par les
3. Confonnes z KR, du 14. Verf.
du 26 Chap. d'Ifaye , le mot
GALANT. 85
ZakeR , qui fignifie Malle ;
S. Jerôme ayant leu ZakaR,
l'interpreta Memoire.
Les Septante dans le Chap. 3.
Verfet de leremie, leurent Reh
him , quifignifie Paſteurs. Et
S. Ierome ayant leu Rohhim,
l'interpreta Amateur, er dans le
Chapitre 9. Verfet 22', leurent
Deber, quifignifie la Mort. Et
S. Jerôme ayant leu Daber, l'interpreta
Parle. De mefme auffi
les Septante dans Oſée, Ch. 13.
Verfet 3 , leurent Harbeh , qui
fignifie Langouste , & S. Iérôleu
Habah , l'interme
ayant
preta
Cheminée
.
86 MERCURE
En voicy affez pour cette fois
& bien que l'Empereur Honorius
ait efté blámé de figner toutes
les Lettres que ces Officiers
luy prefentoientfans les lire , dequoy
fa Soeur Placidie le corri
gea , apres luy en avoirfait connoiftre
le peril , car elle fit gliffer
une Lettre à figner avec les autres
, par laquelle l'Empereur
promettoit Placidie en Mariage
un miferable Efclave. Ie me
fie pour ce coup à la bonne foy
de mon Scribe , plus Homme de
bien
que
le Notaire Lampo,
furnommé
Calamoſphacten
:
Je finis , vous affeurant de ma
GALANT. 87
main que je fuis , Monfieur,
Vostre , &c.
COMIERS.
deux Lettres du fçavant M
Comiers fur les Langues. En
voicy une troifiéme
› que
vous ne trouverez pas moins
curieufe que les autres.
豬
GALANT 45
255:22222 2522: 2222
III.
LETTRE
Concernant les
Langues , les
Lettres
les
Ecritures.
A M' DE S..... SDIKS .
Imaniere
laco-
E répons à la veftre , à la
maniére du Cardinal d'Offat
, article par article ,
niquement , mais je m'explique
en telle forte , que vous n'avez
lien de dire comme S. Jerôme
, en lifant le Poëte Perfe . Si
tu ne veux pas eftre entendu,
tu ne dois pas eftre lû.
pas
46 MERCURE
que
les
Fe fouhaiterois vous pouvoir répondre
auffi brièvement
Lacedémoniens , qui par la feule
Lettre S , qui fignifie Non , répondirent
à la longue Epiftre dos
demandes de Philippe , Pere
d'Alexandre le Grand.
La Langue Sainte , c'est à
dire l'Hebraique , a 22 Lettres,
autant qu'il y a de Livres dans
l'ancien Teftament , dans lequel
l'ordre des Lettres Hebraïques y
eft repeté 21 fois.
L'ay remarqué dans la 273
page du 26 Tome extraordinairs
du Mercure Galant, que Les trois
versets 19, 20 & 21 du 14 char
GALANT. 47
pitre de l'Exode , contiennent
chacun 72 Lettres , par le mélange
defquelles les Kabaliftes forment
les 72 noms de Dieu , tous
terminez en AH ou en EL , c'eft
pourquoy aprés le nom de l'office
d'un Ange , la Sainte Ecriture
ajoûte ELi ainfi Michaël , Raphaël
, Gabriël.
Toutes les 22 Lettres Hebrai
ques font contenues dans le 25
verfet dus chapitre du Prophéte
Ifaye.
Toutes les Lettres Grecques,
font dans les verfets 19 & 20 du
3 chapitre de la premiere Epiftre
de S. Pierre
48 MERCURE
Toutes les Lettres Latines
font dans ce Vers.
Gaza frequens Lybicos duxit
Kartago triumphos.
Atticus le Fils du Sophifte
Herodes , ne pût jamais aprendre
l'Alphabet.
Un jeune Prince Barbare
eftant venu étudier dans Athénes,
ne pût aprendre que les trois
premieres Lettres de l'Alphabet,
qu'il prononça d'un ton fi digne
de fon efprit & de fa Nation ,
que le Préteur ceffa de haranguer;
c'est pourquoy les Barbares
ramenérent en Triomphe leur
Prince , difant qu'il avoit vaincu
le
GALANT. 49
Le plus éloquent d´s Grecs .
La langue est presque le principal
inftrument de l'articulation,
car les confones labiales n'ont pas
befoin de l'office de la langue,
elle a dix mouvemens , fix droits
en rond. Les levres ont
&
quatre
auſſi
jusques
à fix
mouvemens
differens
. Le Larinx
a auf
fes
mouvemens
pour
la Trachée
, qui
ouvre
le paffage
à l'air, que pouffent
les poulmons
.
La Lettre Afe prononce le gozier
& la bouche ouverte ,fans.
employer la langue ; elle est donc
la Lettre la plus facil à prononcer
, c'est pourquoy elle tient le
Ferrier 1685.
Ε
50 MERCURE
premier rang dans l'Alphabet.
On dir qu'il n'y a eu que Zoroafter
qui ait ry en naiffant , &
que les Mâles pleurent par
voyelle A, & les Filles par la
voyelle E , ce qui a donné lieu à
ce Diftique, sikin mo ay
la
Plorat adhuc proles quod commifere
parentes,
A genitor dat Adam : E dedit
Eva prior.
Comme les confones B, M, P,
font purement labiales , ellesfont
auffi tres -faciles à prononcer. Il
ne faut qu'ouvrir doucement les
lévres en prononçant A , c'eſt
pourquoy
les Enfans prononcent
GALANT. 51
facilement MaMa PaPa ,
.
parce que le P fe prononce par la
feule explofion de l'Air , en feparant
promptement les lévres,
fi vous prononcez P tout contre
la flamme de la Chandelle , elle
vous fera entendre cette explo
Sion.
O,fe prononce le gozier ouvert
, & la bouche un peu enflée
voutée, c'eft pourquoy les Puis,
les Caves , & les Antres profonds,
pour A, refléchiffent O.
E, fe prononcefermant un peu
la bouche , & aprochant la langue
du palais , ne laiffant qu'un
petit paffage en largeur , à l'air
E ij
52 MERCURE
pouffe par les poulmons.
I, fe prononce en appliquant
davantage la langue au palais,
pour ne laiffer qu'une petite iſſue
à l'air , & on ferme davantage
la bouche , & on joint preſque
les dents.
V, François ,fe prononce ayant
joint les dents la langue tout
contre le palais ferrant les
téores avancéespour ne laiffer à
l'air qu'une petite iffuë ronde ,
on reffent qu'il fe forme un tremblement
des lévres.
I
Il
ya
ftinguent
point
Va de Fa , & pour
a des Nations qui ne di-
Vin difent Fin ,
GALANT 53
>
A Siracufe , la Lettre M tirée
au fort , donnoit le droit de la
Harangue publique.
La pronontiation de la Lettre
L appartient à la langue , celle
de Dede S , aux dents , M ,
aux lévres , celle de N au nez,
fi vray que fi on ferre le nez,
ne peut prononcer Na , mais on
entend Da , d'où il est facile de
rendre raifon des noms qu'on a
impofé à ces Lettres.
on
La Lettre K eft gutturale. Les
Calomniateurs étoient marquez
aufront avec un fer chaud , des
Lettres K & C la raiſon eſt
facile.
E j
54 MERCURE
La Lettre Qeftoit auffi im.
primée au front de ceux qui épou
foient une feconde Femme , la
premiere eftant vivante. Cette
marque Qest affezfignificative
du crime, de mefme que celle d'Aftronomie
Qpour marquer la conjonction
de deux Planetes, & c.
Plufteurs Perfonnes , pour Q
prononcent T , & pour Qui-
Quonque, difent TiTonTe .
temps de François I. le Do
Du
Pere des belles Lettres , & Fondateur
de l'Académie ou College
Royal de Paris , la prononcia
tion de la Lettre Q eftoit celle
de la Lettre K d'apréfent ; car
GALANT. [ 55
pour Quifquis , on prononçoit
KisKis. Lafçavante Républi
que des Lettres est redevable à
P. Ramus , Doyen du College
Royal , qui a donné la naturelle
prononciation du Q M¹s de la
Sorbonne s'y oppoférent, & même
privérent un Ecclefiaftique de fes
Revenus , parce qu'il prononçoit
le Qcomme Meffieurs de l'Académie
du Roy. Le Procez fut
porté au Parlement , on Ramus
ayant luy- mefme plaidé pour la
nouvelle prononciation de la Lettre
Q, il fut permis par Arreft
folemnel de dire QuiſQuis , ou
KisKis , qui depuis eft devenu
E
iiij
56 MERCURE
un mot pour animer les Chiens
au combat. Je croy que la Cour
Souveraine fonda ſon Arreſtſur
ce que la Lettre Hébraïque Coph
K dans fa valeur. est Q
no- ·Plufieurs Perfonnes ,
tamment ceux qui ont le Filet, ne
peuvent prononcer la Lettre R ,
qui demande le tremblement de
la langue ; c'est pourquoy pour.
R , ils prononcent L.
Meffala , grand Orateur , fit
autrefois un Volume entier de la
Lettre S. Sa mauvaise prononciation
confta la vie à quarantedeux
mille Ephraemites , qui
furent égorgez par les Galaadites,
GALANT. 57
pour n'avoir fçû bien prononcer
dans le mot Schiboleth la Lettre
S , que les Hebreux nomment
Scin .
Appius Claudius trembloit
à la Lettre Z, lors qu'on la pro- .
nonçoit par TS, parce qu'elle exprime
le grincement
de dents d'un
Moribond.
Laprononciation de S, on ST,
fait un fiflement qui penétre , &
qui fertpour ordonner le filence.
L'Echo n'est pas toûjours la
veritable image de la voix articulée
, puis qu'elle ne peut pas
toujours redire ou refléchir la Let
tre S', car pour le mot Satan,
58 MERCURE
PEcho répond Vatan. Il n'en
eft pas de mefme des mots Sofia
in Solario , Soleas Sarciebat
Suas. Vous feavez que la voix
refléchie par l'Echo, employe deux
fois plus de temps que la voix
directe , laquelle dans la moitié
d'une demy -feconde de temps parcourt
690 pieds.
L'Echo du Palais Simoneta,
à un mille de Milan ,
repete
du moins
vingt
- quatre
fois
le mefme
mot.
La plus grande parleufe des
Echos , eft celle que je trouvay
il y a dixhuit ans à Taxily
une lieue de la Ville de Luzy
a
GALANT. 59
en Nivernois ; car eftant la nuit
dans le Fardin de la Cure , qui
dépend de noftre Chapitre de Ternant
, ayant le vifage tourné
contre la Colline de Nidi , elle
repétoit de fuite tres-fortement
tres - diftinctement tous ces
treize mots,
Arma virumque cano , Troja
quæ primus ab oris,
Arma virumque cano .
Il est auffi facile de rendre
raison pourquoy l'Echo pour Sa,
dit Va , que d'expliquer pourquoy
en tenant un doigt dans
chaque coin de la bouche , pour
la Lettre P, on prononce F.
60 MERCURE
La voyelle O. fe fait enten
dre de plus loin , c'est pourquoy
les noms des Chiens de Mutte fe
terminent en O.
Les voyelles O & E font les
plus fortes , puis qu'elles arrestent
les Chevaux au milieu de leur
course.
ω
Le Sauveur du Monde dans
l'Apocalipfe a pris pour Symboles
les deux Lettres A, & w, la
premiere la derniere Lettre
de l'Alphabet Grec , pourfigni
ifier qu'il eft le commencement &
La fin de toutes choses.
Judas , ce vaillant Capitaine
des Juifs futfurnommé MachaGALANT.
61
bée , pour avoir pris dans fon
Etendari cette Devife , Symbole ,
on Mot MA. CA. B. AI . compofé
des quatre premieres fyllabes
du xi. verfet du xv . chapitre
de l'Exode...
MA CAMOCHA BAELIM
JEHOVAH ?
Qui comme Toy entre les
Dieux Jehovah ?
Les
Romains prirent les qua
tre Lettres , S. P. QR . quifont
Les premieres
des quatre Mots
fuivans. Serva , Populum ,
Quem, Redemifti
, qu'une Sybille
avoit gravé fur une lame
d'acier, comme dit Corrafius.
62 MERCURE
:
L'Empereur Maximilian prít
pour Symbole les voyelles A. E.
1. O. V. pour fignifier Aquila
Electa Jufte Omnia Vincit.
Revenons à la Langue Sainte.
Les Juifs & les Samaritains ont
toûjours leu dans leurs Synago
"gues , la Sainte Ecriture en He
breu. La Bible des Samaritains
ne contient que le Pentateuque
,
qui font les cinq Livres de
Moife , parce qu'en l'année du
Monde 3971. c'est à dire 992.
ans avant l'Incarnation ,
n'avoit encore publié que te
Pentateuque lors que le
Royaume d'Ifraël fut divifé,
on
GALANT 63
m'étant resté au Fils de Salomon
que les Tribus de Juda & de
Benjamin , les dix autres Tribus
ayant obeï à Feroboam.
Le Peuple d'ISC. RAB. EL.
Hominis magni Dei , de
l'Homme du grand Dieu , ayant
depuis efté difperfé & contraint
d'habiter en Païs étrangers , il
perdit peu à peu l'usage de fa
Langue Hébraïque , c'est pourquoy
apres la Captivité de Baby
lone , on ne parla que la Langue
Syriaque dans Ferufalem ,
Langue Hebraïque y étoit comme
inconnuë; fi vray que
Princes des Preftres & des Phales
64 MERCURE
rifiens dirent aux Archers En
S. Iean chapitre 7. verfet 49.
Cette Populace ne fçait ce
que c'eft que la Loy. Ce qui
avoit obligé les Rabins on Docteurs
de la Loy , d'en faire des
Verfions en Langue vulgaire des
Pais où ils étoient Etrangers
.
Les Rabins Afiatiques firent à
Babylone , la plus ancienne & la
plus estimée des Paraphrafes ,
qui eft la Chaldaique, ou le Targum
Onkelos.
La Verfion Grecque du Pentateuque
, dont S. Ierôme au
premier chapitre de l'Epifire de
S. Paul à Titus , dit Scientia
GALANT. 65
l'Ordre >
ou dit
pietatis eft noffe Legem ,fur
faite 272. ans avant l'Incarnation
, en Alexandrie d'Egypte,
où les Iuifs avoient un Temple
comme en Ierufalem. Elle eft
furnommée des 70 parce qu'elle
fut faite par
moins aprouvée des 72 , qui compofoient
le Venerable Senat du
grand Sanhedrin. Tout ce qu'on
en a dit au delà , a esté fur la
bonne foy d'un Livre attribué à
Ariftée , l'un des 2. Interprétes,
qui ne firent que la Verfion des
cinq Livres de Moife , bien qu'il
ne foit nommé qu'en tierce Per-
Sonne.
Fevrier 1685 E
66) MERCURE
DESES LIVRES
leur ancienne Forme
99100100
L5
& Relieure.
S ,
Es luifs obfervoient de ne
mettre que 30. Lettres à
chaque ligne.
Les Anciens coloient au long
plufieurs feuilles de papier les
unes au bord des autres , & ils.
n'écrivoyent que d'un côté. Ils
inferoient le bout de la derniere
des feuilles dans la fente d'un
bâton cilindrique , autour duquel
on rouloit toutes les feuilles qui
compofoient ce Livre ou Volume.
Ce bâton avoit un Chapiteau
GALANT 67
une Baze , à la diſtance de
la largeur du papier. Toutes les
Biblioteques étoient composées de
femblables Rouleaux , chez les
Grecs chez les Latins , mefme
long-temps apres Ciceron. Les
Iuifs ont encore fur l'Autel de
chaque Synagogue , les Livres de
la Loyfur deuxfemblables Rou
leaux Cilindriques , & quand ils
ont lû une page , ils la roulent
autour du Cilindre qu'ils tiens
nent à la main droite. Fay trou
vé dans nos Archives du Chapi
tre de Ternant , fondée en l'année
1444. qui eft quatre ans apres
L'invention de l'Imprimerie
, dess
Fij
68 MERCURE
Enquestes fur des feuilles de pa-..
pier colées les unes au bas des autres
, écrites d'un feul côté.
Le Secret ayant efté trouvé de
préparer le parchemin , en forte ·
qu'on peut écrire des deux côtez:
Le Roy Attalus fit écrire &
relier quelques. Livres à la maniere
des noftres.
L'Imprimerie commença en
1440 à Mayence , & les Offices
de Ciceron , eft le premier Livre
qui ait efté Imprimé en Europe,
il est maintenant bien facile de ·
profiter de l'avis de l'Oracle , qui
dit à Zenon que , Pour bien vivre
, il faloit avoir commerce
GALANT 69
avec les Morts. C'eft dans le
mefme fentiment qu' Alphonfe
Roy d' Arragon difoit, Qu'ilfaut
confulter les morts comme les
plus fidéles Confeillers , car il
n'y a point d'Amy plus librequ'un
Livre.
DE LA DIFFICULTE
de lire l'Ecriture Chinoife,
& l'Hebraïque fans
Voyelles.
trouverez pas fi
Vetrange que l'Ecriture Chinoife
ait un Caractere different
pour chaque chofe , & qu'un.
mefme mot prononcé differem .
70 MERCURE
ment, fignifie diferentes chofes,
fi vous faites reflexion qu'en
noftre Langue , un mesme mot a
plufieurs fignifications : En voicy
un exemple, il faut que je vous
Conte , un Conte , d'un Conte,
duquel je ne fais pas grand
Conte. 190
A la fterilité de la Langue
Chinoife , oppofez la fecondité de
la Langue Arabe ; elle a 80 mots
pourfignifier le Miel ; 200 mots
pour fignifier le Serpent ; soo
pour fignifier le Lyon ; & 200.
pour fignifier l'Epée . Cela me
faitfouvenir des fix Versfurvans
d'un vieux Sonnet.
GALANT. 71
Il faut que par neuf fois la Lune
ait fait fon cours,
Avant que nous voyons la lumiere
du jour,
Qu'un cruel Ennemy nous a
bien-toft ravie..
Miférables Mortels , n'avons .
nous pas grand tort,
De faire tant d'Engins pour nous
donner la mort .
L'Ecriture Hebraïque n'avoit
originairement que les Lettres
Confonnes , car les Points qui tiennentlieu
de Voyelles , n'ont commencé
qu'en l'annéesos . de l'Incarnation
, & 436 ans apres que
Titus Vefpafian eut brûlé le Temple
de Terufalem le 8 Aouſt , &
72 MERCURE
la Ville le 8. Septembre en la 72.-
année de Iefus - Chrift . C'est
pourquoy il y a à preſent onze
cens foixante & dix-fept années
que les Docteurs Iuifs étant af
femblez à la Tyberiade , Ville
de la Paleftine , inventerent t
employerent les points ou voyelles»
fecrettes , afin de conferver à leur
Pofterité difperfée par tout le
Monde , la veritable lecture des
Livres Sacrez de l'ancien Teftale
Rabin
ment. C'est ce que
Helie Levite • rapporté dans fax
troifiéme Preface fur le Maffo
reth. C'est pourquoy pour bien
apprendre à lire l'Hebreu , jes
vous
GALANT. 73
vons renvoye à la Mazore , ou
Tradition de l'Ecole Tyberiade.
C'eft fans fujet que vous me
prenez pour un Gale Razaia,
Revelateur des chofes fecretes.
Vous me demandez mille chofes,
comme fi j'avois tout cela dans
mon Jalkur , ou Poche Rabini
que , ou que je fuffe le tout
fçavant Hippias Eleen metempficofe.
Merite t'on quelque chofe
pour beaucoup parler ? Avez
vous oublié que Plutarque loue
Epaminondas qui eftoit le plus
fçavant , & parloit le moins. Je
profite en bien des chofes du bon
mot de Socrate , qui étant inter-
Février 1685.
G
74 MERCURE
rogé pourquoy
il ne donnoit au
cun Ecrit au Public, répondit que
le papier vaudroit mieux que ce
qu'il faudroit dire. Pour vous
répondre à tant d'articles , il me
faudroit une mémoire auſſi heureufe
que celle d'Efdras , qui dicta
par coeur les Livres de l'Ancien
Teftament , tels que nous les
avons. Du Grec Carmides, qui di
foit par coeur ce qui eftoit contenu
dans quel Volume d'une Bibliotéque
qu'on fouhaitoit. De Cyrus,
ou de L. Scipion , qui fçavoient
le nom de tous leurs Soldats ; ou
la mémoire de Mithridate , de
Craffus , de Cyneas , de Themi
GALANT. 75
ftocle , ou celle de l'Empereur
Claude , qui fçavoit tout Homere
par coeur , de Salufte qui fçavoit
tout Demofthene , d'Avicenne
qui fçavoir auffi par coeur
toute la Metaphifique d'Ariftote.
Te nefuis ny Ciceron qui fe fou
venoit de tout ce qu'il avoit leu
ou entendu. Je n'ay pas la mémoire
de Senéque l'Orateur, qui affenre
dans la Préface du Livre des
Plaidoyés on Controverſes , qu'il ·
avoit la Mémoire fi heureuſe ,
qu'il redifoit deux mille noms
differents dans le mefme ordre
qu'ils avoient eftéprononcez, &
que dans l'Ecole plus de deux
ن م
Gij
76 MERCURE
cens perfonnes ayant dit chacun
un Vers, il les repéta en commen
çant par le dernierVers . Le Pape
Clement VI. ayant receu une
grande bleffure à la teſte , ſa mémoire
devint fi heureuſe , qu'il
ne put rien oublier de ce qu'il
avoit leu. Tay efté prefent aver
feu M ' le Marquis de S. André
Montbrun , Capitaine Genéral
des Armées du Roy ,
verneur du Nivernois , à un
femblable effay de Mémoire
entre M de la Barre , pour lors
Intendant du Bourbonnois , &
Mc Adam le Poëte Menuifier de
Nevers. Deplus, je n'aypas un
r
GouGALANT.
77
Secretaire fi expert dans la Tachigraphie
, que ceux dont
Martial difoit , lib. 14 .
Currant verba licet , manus eft
velocior illis ,
Nondum lingua , fuum dextra
peregit opus.
Je nyfuis pasfi exercé qu'Origene
, quand mefme je formerois
aufft mal mes Lettres que le
grand Quintilien , dont les lignes
fembloient des Serpens . Il eft
autant furprenant qu'avanta
geuxpour le bien public, qu'entre
tant de millions d'Ecritures , il ne
s'en rencontre pas deux tout àfair
femblables , quand mefme on an-
C.iij
78 MERCURE
Tite
roit apris à écrire fous un mefmè,
Maistre. Il en eft de l'Ecriture,
comme des Voix des Vifages,
qui font tous en quelque chofe
diferens. Il est vray que
Vefpafian le Fils , difoit ordinai_
rement qu'il auroit pú eftre le plus
grand Fauffaire de l'Empire Romain,
parce qu'ilfçavoit tres - bien,
contrefaire toutes les fignatures.
·Contentez- vous , Monfieur, de
cepeu que je vous envoyepour vos
Etrennes de l'année 1685. Je réponds
à vos autres demandes ,
comme les Juifs dans les Quefons
tres difficiles THIS BI,
JETHARES , KA SIOT,
GALANT. 79
Elie Thesbite , qui nãquit huit
ans avant la mort de Solomon,
les foudra.
que
La Kabale des Rabins auffibien
les deux Volumes de Viſions
Parfaites , ne contiennent que futulites
avec la Lettre R de trois'
Nations bien differentes , l'Itali
que , le Grec l'Hebreu , & à
tous ces Livres , il ne manque que
la Syllabe Grecque Noun.
Vous aprendrez dans 24 heures
la Langue Hebraïque , dans la
nouvelle Grammaire de Criftofori
Cellarii , imprimée Cizæ,
au commencement
de l'année
1684.
G iiij
80 MERCURE
Le manque de Voyelles dans
l'Ecriture Hebraique
, eft la caufe
que la Verfion Grecque de l'Ancien
Teftament
, faite par
les
72
Rabins en Alexandrie l'année
272. avant la naissance de Fefus-
Chrift , n'est pas toujours confor
me à l'Original Hebraïque, quoy.
qu'en ait dit l'Autheur du Livre
attribué à Ariftée l'un des 72:
Interpretes. Puis que cette Verfion
a des paffages mal expliquez,
bien des chofes oubliées ,
d'autres ajoûtées ,s comme dit..
S. Jerôme , qui mourut l'année
420 : c'est pourquoy la Verfion
Latine qu'on fit fur la Grecque,
GALANT. 81
du temps des Apoftres , ne peut
eftre meilleure , bien que nous
chantions les Pfeaumes fuivant
cette Verfion , parce que l'Eglife
yeftoit accoûtumée , lors quefaint
Jerome fit fa Verfion Latine de
Ancien Teftament , que nous
appellons la Vulgate.
Si la Langue Chinoife eft dif
ficile par la differentefignification
d'un mefme mot, la Langue Hebraïque
eft auffi difficile par la
mefme raifon ; car par exemple,
le mot ou Racine HHANAH ,
fignifie humilier , appauvrir ,
affliger, occuper, témoigner,
chanter , crier , parler , ré82
MERCURE
Le mot
pondre , exaucer.
HHALAL , fignifie eſtre la
cauſe , cauſer , rendre affligé,
envelopper , defigner , enlai
dir , vendanger , méprifer ,
méditer , tâcher , agir , cautionner.
Le mot HHARAB,
fignifie dreffer , embellir, plairre
, engager , négocier , mélanger
, s'obfcurcir , devenir
doux.
Par
Bien davantage , les mefmes
mots Hebreux ont fouvent deux
fignifications contraires.
exemple KDS , fignifie fanctifier
, prophaner. BRH fignifie,
benir , maudire. NCHM fignifie
GALANT. 83
10
a
ད
eftre confolé , eftre defolé.
SKN fignifie appauvrir , s'enrichir
, mille autres , par le
changement des conjugaisons
qu'ils appellent Binjanim , Stra
cture.
Par le manque des Voyelles ,
au lieu de lire CHOMER , qui
fignifie URNE , dans laquelle les
Hebreux gardoient la Manne;
les Payens ayant leu CHOMAR ,
qui fignifie ASNE , ils accuferent
lesJuifs , & enfuite les premiers
Chreftiens
d'un Afne dans le Sanctuaire du
Temple.
d'adorer la Tefta
Le 47 Chapitre de la Genefe
84 MERCURE
&
parlant de Faceb adorant Dieu ,
finit par ces mots Halrofch;
Ham , Mitthah , chevet du lit,
les 70 ayant leu Matthe ,
L'interpreterent Verge , ou bâton.
Dans le 11. chap . de Zacharies
verf.7. au mot Hebreu CHBLM ,,
lesfeptante-deux Interpretes leu
rent CHaваLIM, Cordanx :
fuivant les Points on Voyelles ,
depuis marquées par les Rabins
de Tyberiade
nous lifons:
CHOBELİM , qui fignifie Corrupteurs.
>
}
Les Septante leurent par les
3. Confonnes z KR, du 14. Verf.
du 26 Chap. d'Ifaye , le mot
GALANT. 85
ZakeR , qui fignifie Malle ;
S. Jerôme ayant leu ZakaR,
l'interpreta Memoire.
Les Septante dans le Chap. 3.
Verfet de leremie, leurent Reh
him , quifignifie Paſteurs. Et
S. Ierome ayant leu Rohhim,
l'interpreta Amateur, er dans le
Chapitre 9. Verfet 22', leurent
Deber, quifignifie la Mort. Et
S. Jerôme ayant leu Daber, l'interpreta
Parle. De mefme auffi
les Septante dans Oſée, Ch. 13.
Verfet 3 , leurent Harbeh , qui
fignifie Langouste , & S. Iérôleu
Habah , l'interme
ayant
preta
Cheminée
.
86 MERCURE
En voicy affez pour cette fois
& bien que l'Empereur Honorius
ait efté blámé de figner toutes
les Lettres que ces Officiers
luy prefentoientfans les lire , dequoy
fa Soeur Placidie le corri
gea , apres luy en avoirfait connoiftre
le peril , car elle fit gliffer
une Lettre à figner avec les autres
, par laquelle l'Empereur
promettoit Placidie en Mariage
un miferable Efclave. Ie me
fie pour ce coup à la bonne foy
de mon Scribe , plus Homme de
bien
que
le Notaire Lampo,
furnommé
Calamoſphacten
:
Je finis , vous affeurant de ma
GALANT. 87
main que je fuis , Monfieur,
Vostre , &c.
COMIERS.
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Résumé : III. LETTRE Concernant les Langues, les Lettres & les Ecritures. A Mr DE S.....SDIKS.
Le texte discute des langues, des écritures et des lettres, en se concentrant particulièrement sur l'hébreu, le grec et le latin. L'auteur note que la langue hébraïque compte 22 lettres, correspondant aux 22 livres de l'Ancien Testament. Les kabbalistes utilisent les lettres des versets 19, 20 et 21 du chapitre 14 de l'Exode pour former les 72 noms de Dieu. Toutes les lettres hébraïques apparaissent dans le chapitre 25 du prophète Isaïe, les lettres grecques dans les versets 19 et 20 du chapitre 3 de la première épître de Pierre, et les lettres latines dans le vers 'Gaza frequens Lybicos duxit Kartago triumphos'. L'auteur relate également des anecdotes sur l'apprentissage des alphabets, comme celle d'un jeune prince barbare qui a impressionné les Athéniens en maîtrisant les trois premières lettres de l'alphabet grec. La lettre A est considérée comme la plus facile à prononcer et tient le premier rang dans l'alphabet. Des observations sur la prononciation des voyelles et des consonnes sont également faites, ainsi que des remarques sur l'écho et la prononciation des lettres dans différentes langues. Le texte aborde aussi l'histoire des écritures, mentionnant que les Juifs et les Samaritains lisaient la Sainte Écriture en hébreu dans leurs synagogues. Après la captivité de Babylone, la langue syriaque a remplacé l'hébreu à Jérusalem. Les rabbins ont traduit la Loi en langues vulgaires pour les Juifs dispersés. La version grecque du Pentateuque, faite à Alexandrie, est appelée la Septante et a été approuvée par le Sanhedrin. L'auteur discute également de la polysémie des mots dans différentes langues, illustrée par une phrase jouant sur les mots 'conte' en français. Il oppose la stérilité de la langue chinoise à la fécondité de la langue arabe, qui possède de nombreux mots pour désigner des concepts spécifiques comme le miel, le serpent, le lion et l'épée. L'écriture hébraïque originellement ne comportait que des consonnes. Les voyelles ont été ajoutées au IVe siècle, après la destruction du Temple de Jérusalem par Titus Vespasien, pour conserver la lecture correcte des livres sacrés. Le texte mentionne des figures historiques et des exemples de mémoires prodigieuses, comme celle d'Esdras ou de Sénèque, pour illustrer la difficulté de répondre à de nombreuses questions sans une mémoire exceptionnelle. Enfin, le texte discute des difficultés de la langue hébraïque, où un même mot peut avoir plusieurs significations contraires, et des erreurs d'interprétation dans les versions grecques et latines de l'Ancien Testament dues à l'absence de voyelles. Il conclut par des exemples de malentendus causés par ces ambiguïtés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
s. p.
AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
Début :
Rechreches curieuses d'Antiquité, contenuës en plusieurs Dissertations, sur des Médailles, [...]
Mots clefs :
Ouvrages, Catalogues, Imprimerie, Lettres, Volumes, Histoire, Descriptions, Livres
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texteReconnaissance textuelle : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
AVIS ET CATALOGVE
des Livres qui fe vendent chez
le Sieur Blageart.
Echerches curieufes d'Antiquité,
Reontenues en plufieurs Diderta
tions , fur des Médailles , Bas- reliefs ,
Statues , Molaïques , & Infcriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille - douce. In 4. 71
Heures en Vers par feu M¹ de Corneille,
30f
Sentimens fur les Lettres & furl'Hif
toire , avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier.
d'Her. In louze.
30 f..
30f
Nouveaux Dialogues des Morts,
Premiere Partie. In douze.
30f
Seconde Partie des Dialogues desi
Morts. In douze.
30f
Jugement de Pluton fur les deux Parties
des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene.
Volumes in douze.
LeNapolitain, Nouv.Indouze.
Académie Galante, I. Partie,
Académie Galante, II. Partie,
30f
Deux
40 [
20 £
30 f.
30 f
Cara Muftapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vray fujet qui luy a fait en
treprendre le Siege de Vienne, avec fa
mort, .༣༠ f .
.. Les Dames Galantes , ou la Confi
dence réciproque, en deux vol .
Les diférens Caracteres de l'Amour;
in douze,
L'Illuftre Génoiſe , in douze,
Le Serafkier, in douze,
Fables Nouvelles en Vers ,
31.
30f.
30 f
30
f
20 f
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30 f.
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, zof.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
30
£
Is fo
15.f.
10 f.
fur l'Alcali. Indouze:
La Devinereffe , Comedie.
Artaxerce, avec fa Critique.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly& Courdil.20 f..
Cent trente Volumes du Mercure,.
avec les Relations & les Extraordinaires.
Il y a huit Relations qui con
tiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Espagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoifelle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dau
phin avec la Princelle Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere :
Le Voyage du Royen Flandre en 1680...
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avee l'Inf. de Portugal.
Deux Relations des Réjouillances
qui fe font faites pour la Naillance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
Une Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf
qu'à la levée du Siege en 1683 .
Traité de la Tranſpiration des hu
meurs qui font les cauſes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
ans le trifte fecours de la fréquenté
Laignée, Difcours Philofophique. 30f.
Il y a vingt- huit Extraordinaires, qui
outre les Queſtions galantes, & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecri
ture. Des Devifes , Emblêmes, & Revers
de Médailles De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin, & du
Papier. Du Verre. Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Contef
tion. Des Armes , Armoiries, & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Čerémonies . Des Talifmans. Dela
Poudre à Canon . De la Pierre Philo
fophale. Des Feux dont les Anciens fe
fervoient dans leurs Guerres , & de leur
compofition . De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance ,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diferentes efpeces . De ce qui contribuë
le plus des cinq fens de Nature à la fatisfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Elprits folets,
s'ils font de tous Païs, & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la No-
Bleffe. Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires. Dela Chaffe.
Des Metéores, & de la Comete appa-
Fue en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , tres.
propre à eftre rendue universelle , avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la com
´munication des Nations. De l'air du
Monde , de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
progrés & de l'état préfent de la Me
decine. Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin. De l'Honnefteté, &
de la veritable Sagefle . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence, &
de leur ufage. De la marque la plus ef
fentielle de la veritable amitié. L'AJ
bregé du Dictionnaire Univerſel . Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes, & de leurs efpeces. Des
Machines anciennes & modernes
pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret
. De la Converfation . De la Vie
heureufe. Des Cloches , & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais afage de la Lecture . De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadians Solaires ; & des Jeux.
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent vingt-neuf
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois , le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt-cinq
en parchemin.
Outre les Livres contenus dans ce
Catalogue, on vend auffi chez le Sieur
Blageart toutes fortes de Livres nouveaux,
& autres. On ne marque icy
que ceux qu'il a imprimez, à la referve
des Recherches d'antiquité , qu'on.
trouve chez tres- peu d'autres Libraires.
Il ajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dans le Mer.
cure.
On mettra tous ceux qui ne defobli.
geront perfonne, & ne bleſſeront point
la modeftie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adreffera chez le St Blageart , Impri
meur-Libraire, Ruë S. Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre,
des Livres qui fe vendent chez
le Sieur Blageart.
Echerches curieufes d'Antiquité,
Reontenues en plufieurs Diderta
tions , fur des Médailles , Bas- reliefs ,
Statues , Molaïques , & Infcriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille - douce. In 4. 71
Heures en Vers par feu M¹ de Corneille,
30f
Sentimens fur les Lettres & furl'Hif
toire , avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier.
d'Her. In louze.
30 f..
30f
Nouveaux Dialogues des Morts,
Premiere Partie. In douze.
30f
Seconde Partie des Dialogues desi
Morts. In douze.
30f
Jugement de Pluton fur les deux Parties
des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene.
Volumes in douze.
LeNapolitain, Nouv.Indouze.
Académie Galante, I. Partie,
Académie Galante, II. Partie,
30f
Deux
40 [
20 £
30 f.
30 f
Cara Muftapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vray fujet qui luy a fait en
treprendre le Siege de Vienne, avec fa
mort, .༣༠ f .
.. Les Dames Galantes , ou la Confi
dence réciproque, en deux vol .
Les diférens Caracteres de l'Amour;
in douze,
L'Illuftre Génoiſe , in douze,
Le Serafkier, in douze,
Fables Nouvelles en Vers ,
31.
30f.
30 f
30
f
20 f
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30 f.
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, zof.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
30
£
Is fo
15.f.
10 f.
fur l'Alcali. Indouze:
La Devinereffe , Comedie.
Artaxerce, avec fa Critique.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly& Courdil.20 f..
Cent trente Volumes du Mercure,.
avec les Relations & les Extraordinaires.
Il y a huit Relations qui con
tiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Espagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoifelle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dau
phin avec la Princelle Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere :
Le Voyage du Royen Flandre en 1680...
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avee l'Inf. de Portugal.
Deux Relations des Réjouillances
qui fe font faites pour la Naillance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
Une Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf
qu'à la levée du Siege en 1683 .
Traité de la Tranſpiration des hu
meurs qui font les cauſes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
ans le trifte fecours de la fréquenté
Laignée, Difcours Philofophique. 30f.
Il y a vingt- huit Extraordinaires, qui
outre les Queſtions galantes, & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecri
ture. Des Devifes , Emblêmes, & Revers
de Médailles De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin, & du
Papier. Du Verre. Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Contef
tion. Des Armes , Armoiries, & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Čerémonies . Des Talifmans. Dela
Poudre à Canon . De la Pierre Philo
fophale. Des Feux dont les Anciens fe
fervoient dans leurs Guerres , & de leur
compofition . De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance ,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diferentes efpeces . De ce qui contribuë
le plus des cinq fens de Nature à la fatisfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Elprits folets,
s'ils font de tous Païs, & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la No-
Bleffe. Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires. Dela Chaffe.
Des Metéores, & de la Comete appa-
Fue en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , tres.
propre à eftre rendue universelle , avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la com
´munication des Nations. De l'air du
Monde , de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
progrés & de l'état préfent de la Me
decine. Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin. De l'Honnefteté, &
de la veritable Sagefle . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence, &
de leur ufage. De la marque la plus ef
fentielle de la veritable amitié. L'AJ
bregé du Dictionnaire Univerſel . Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes, & de leurs efpeces. Des
Machines anciennes & modernes
pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret
. De la Converfation . De la Vie
heureufe. Des Cloches , & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais afage de la Lecture . De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadians Solaires ; & des Jeux.
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent vingt-neuf
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois , le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt-cinq
en parchemin.
Outre les Livres contenus dans ce
Catalogue, on vend auffi chez le Sieur
Blageart toutes fortes de Livres nouveaux,
& autres. On ne marque icy
que ceux qu'il a imprimez, à la referve
des Recherches d'antiquité , qu'on.
trouve chez tres- peu d'autres Libraires.
Il ajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dans le Mer.
cure.
On mettra tous ceux qui ne defobli.
geront perfonne, & ne bleſſeront point
la modeftie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adreffera chez le St Blageart , Impri
meur-Libraire, Ruë S. Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre,
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Résumé : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
Le document est un avis et un catalogue de livres proposés à la vente par le Sieur Blageart. Il présente une variété de publications, notamment des 'Recherches curieuses d'Antiquité' sur les médailles, bas-reliefs, statues et inscriptions antiques, illustrées de figures en taille-douce. Parmi les œuvres littéraires, on trouve '71 Heures en Vers' de Corneille, 'Sentiments sur les Lettres & sur l'Histoire' de l'abbé d'Indouze, et des 'Lettres diverses' du Chevalier d'Her. Le catalogue inclut également des dialogues, des histoires et des comédies, telles que 'Nouveaux Dialogues des Morts', 'La Duchesse d'Estramène', et 'Histoire du Siège de Luxembourg'. Des volumes du 'Mercure' sont également disponibles, contenant des relations et des événements extraordinaires comme des mariages royaux et des sièges célèbres. Le document mentionne aussi des traités médicaux et philosophiques, ainsi que des discours sur divers sujets comme la peinture, la sculpture et l'imprimerie. Blageart propose une offre avantageuse pour l'achat de cent vingt-neuf volumes ou d'une grande partie de ceux-ci. Il vend également d'autres livres nouveaux et met à jour régulièrement son catalogue. Les mémoires employés dans le 'Mercure' sont gratuits, et les lettres adressées à Blageart doivent être affranchies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
s. p.
AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart.
Début :
Recherches curieuses d'Antiquité, contenuës en plusieurs Dissertations, [...]
Mots clefs :
Livres, Vente, Dialogues, Lettres, Inscriptions, Jugement, Histoire, Fables, Mariage, Réflexion, Devises, Discours
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texteReconnaissance textuelle : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart.
AVIS ET CATALOGKE
des Livres qui ſe vendent chez
laVeuve Blageart.
R
Echerches curieuſes d'Antiquité,
contenuës en pluſieurs Diflertations
, ſur des Médailles , Bas -reliefs ,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu Me de Corneille,
301 ~
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hif
toire, avec des Scrupules ſur le Stile.
Indouze.
Lettres diverſes de M. le Chevalier
30f.
30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts,
30
d'Her. Indouze.
Premiere Partie. In douze.
Morts. In douze.
30f
Jugement de Pluton ſur les deux Par-
Seconde Partie des Dialogues des
1
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts , comero Alomnivsof.
La Ducheffe d'Eſtramene . Deux
Volumes in douze ποσού 140 Г.
LeNapolitain, Nouv.Indouze 20 f.
Académie Galante, I. Partie, 30 f.
Académie calante, II . Partie, 10 f.
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir ,
Hiftoire contenant ſon élevation , fes
amours dans le Serrail , ſes divers emplois,&
le vray fujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec la
moff, SM 30 f.
Les Dames Galantteess,, ou la Confidence
réciproque, en deux vol . 3.1.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze, 1857
L'illuſtre Génoiſe,in douze,
Le Serafkier, in douze,
30 f.
30.5.
Fables Nouvelles en Vers, 20 .
Hiſtoire du Siege de Luxembourg, 30 f,
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant éénes par l'Armée Navale
Reflexions nouvelles ſur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouzé. 104 30 .
La Devinereffe,Comedie.of.
Artaxerce, avec ſa Critique. 11sf.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly&Courdil.20f.
Cemt trente Volumes du Mercure,
Javec les Relations & les Extraordinaires.
Il y a huit Relations qui con-
Ce qui s'eſt paflé à la Geremoniedu
Mariage de Mademoiselle avec le Roy.
d'Espagner lahaieaterbringes
Le Mariage de Monfieur le Prince
deConty avec Mademoiselle de Blois.
LeMariage de Monſeigneur leDauphin
avec la Princefle Anne- Chref
tienne Victoire de Baviere,
LeVoyagedu Roy en Flandre en 1680.
La Negotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiflances
qui fe font faites pour la Naillance
Monſeigneur le Ducde Bourgogne.
DoUne Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf-
0
de
qu'à la levée du Siege en 1683 ..
Traité de la Tranſpiration des humeurs
qui font les cauſes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades,
ans le triſte ſecours de la fréquente
ſaignée, Diſcours Philofophique. 301.
Il y a vingt-huit Extraordinaires ,qui
outre les Queſtions galantes , & d'érudition,
& les Ouvrages de Vers , contiennent
pluſieurs Difcours , Traitez,
& Origines , ſçavoir .
Des Indices qu'on peut tirer ſur la
maniere dont chacun forme ſon Ecri
ture. Des Deviſes, Emblêmes, & Re-
Vers de Médailles . De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin, & du
Papier. DuVerre. Des Veritez qui font
contenuës dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture . De la Conteftion.
Des Armes , Armoiries ,& de leur
progrés . De l'Imprimerie. Des Rangs
&Cerémonies. Des Taliſmans . De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philofophale
, &c .
des Livres qui ſe vendent chez
laVeuve Blageart.
R
Echerches curieuſes d'Antiquité,
contenuës en pluſieurs Diflertations
, ſur des Médailles , Bas -reliefs ,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu Me de Corneille,
301 ~
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hif
toire, avec des Scrupules ſur le Stile.
Indouze.
Lettres diverſes de M. le Chevalier
30f.
30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts,
30
d'Her. Indouze.
Premiere Partie. In douze.
Morts. In douze.
30f
Jugement de Pluton ſur les deux Par-
Seconde Partie des Dialogues des
1
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts , comero Alomnivsof.
La Ducheffe d'Eſtramene . Deux
Volumes in douze ποσού 140 Г.
LeNapolitain, Nouv.Indouze 20 f.
Académie Galante, I. Partie, 30 f.
Académie calante, II . Partie, 10 f.
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir ,
Hiftoire contenant ſon élevation , fes
amours dans le Serrail , ſes divers emplois,&
le vray fujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec la
moff, SM 30 f.
Les Dames Galantteess,, ou la Confidence
réciproque, en deux vol . 3.1.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze, 1857
L'illuſtre Génoiſe,in douze,
Le Serafkier, in douze,
30 f.
30.5.
Fables Nouvelles en Vers, 20 .
Hiſtoire du Siege de Luxembourg, 30 f,
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant éénes par l'Armée Navale
Reflexions nouvelles ſur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouzé. 104 30 .
La Devinereffe,Comedie.of.
Artaxerce, avec ſa Critique. 11sf.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly&Courdil.20f.
Cemt trente Volumes du Mercure,
Javec les Relations & les Extraordinaires.
Il y a huit Relations qui con-
Ce qui s'eſt paflé à la Geremoniedu
Mariage de Mademoiselle avec le Roy.
d'Espagner lahaieaterbringes
Le Mariage de Monfieur le Prince
deConty avec Mademoiselle de Blois.
LeMariage de Monſeigneur leDauphin
avec la Princefle Anne- Chref
tienne Victoire de Baviere,
LeVoyagedu Roy en Flandre en 1680.
La Negotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiflances
qui fe font faites pour la Naillance
Monſeigneur le Ducde Bourgogne.
DoUne Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf-
0
de
qu'à la levée du Siege en 1683 ..
Traité de la Tranſpiration des humeurs
qui font les cauſes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades,
ans le triſte ſecours de la fréquente
ſaignée, Diſcours Philofophique. 301.
Il y a vingt-huit Extraordinaires ,qui
outre les Queſtions galantes , & d'érudition,
& les Ouvrages de Vers , contiennent
pluſieurs Difcours , Traitez,
& Origines , ſçavoir .
Des Indices qu'on peut tirer ſur la
maniere dont chacun forme ſon Ecri
ture. Des Deviſes, Emblêmes, & Re-
Vers de Médailles . De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin, & du
Papier. DuVerre. Des Veritez qui font
contenuës dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture . De la Conteftion.
Des Armes , Armoiries ,& de leur
progrés . De l'Imprimerie. Des Rangs
&Cerémonies. Des Taliſmans . De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philofophale
, &c .
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Résumé : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart.
Le catalogue de livres de la veuve Blageart propose une sélection variée d'ouvrages. Il inclut des recherches sur l'antiquité, comme les 'Recherches curieuses d'Antiquité' illustrées, et des recueils de poèmes, tels que 'Heures en Vers' de Pierre Corneille. Les écrits philosophiques sont représentés par 'Sentiments sur les Lettres et sur l'Histoire' et 'Nouveaux Dialogues des Morts' de Fontenelle. Les œuvres narratives comprennent 'La Duchesse d'Estramène', 'Cara Mustapha' et 'Les Dames Galantes'. Le catalogue présente également des ouvrages scientifiques et techniques, comme 'Réflexions nouvelles sur l'Acide et sur l'Alcali' et 'Traité de la Transpiration des humeurs'. Des pièces de théâtre telles que 'La Devineresse' et 'Artaxerce' y figurent aussi, ainsi que des collections de fables et des relations historiques sur le siège de Luxembourg et celui de Vienne. Enfin, il mentionne des volumes du 'Mercure' relatant divers événements historiques et cérémoniels, tels que les mariages royaux et les voyages du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 153-163
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Tant de grands Articles remplirent ma Lettre du dernier mois, [...]
Mots clefs :
Décès, Religieux, Éloge, Lettres, Congrégation, Manuscrits, Père, Processions, Capitaine, Fièvre, Maladie, Sacrements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Tant de grands Articles
remplirent ma Lettre du der
njer mois , que je ne pus vous
parler de la mort de Dom
Luc d'Acheri , Religieux &
Bibliothequaire de l'Abbaye
de Saint Germain , quia mis
au jour un fi grand nombre
de Traitez d'Autheurs con :
nus ou inconnus , enfevelis.
154 MERCURE
3
juſque là dans l'obſcurité des
Manufcrits. Il mourut le 29 :
Avril âgé de 76. ans. Je laiſſe
à d'autres à faire l'éloge de fa
vertu , & le dénombrement
de fes Livres . Il me fuffit
d'obſerver que fon fameux
Spicilegium , qu'il commença
à donner en 1655. contient
treize Tomes . Pendant quafante
ans qu'il s'eſt diſtingué
dans l'empire des Lettres , ik
à eſté uny d'amitié avec la
plufpart des Sçavans , tant du
Royaume que des Pays
Etrangers , dont il a receu , &
à qui il a donné reciproques
i
GALANT. 155
ment du fecours dans ce qui
regarde les Sciences. Ce qui
donne quelque confolation
dans la perte qu'on a faite,
c'est qu'il vit encore en la
Perfonne des Religieux dé
fa Congregation qu'il a in
ftruits , & qui fervent fi uti
lement l'Eglife par leurs étu
des , & principalement par
leur nouvelle Edition de Saint
Auguſtin , qui ſera bien - toft
fuivie de celle de Saint Am₁
broife , dont les Ouvrages.
ont grand befoin d'eftre rez
veus fur les Manufcrits , &
quelquefois éclaircis de No
156 MERCURE
tes. Il y a déja quatre où cinq
Tomes de Saint Auguſtin
donnez au Public. Il en paroiftra
dans deux mois un
nouveau où eft la Cité de
Dieu , & on donnera peu de
temps aprés le premier Tome
de Saint Ambroife.
Le 21. du dernier mois ,
Dom Anfelme Centurion,
Religieux de l'Ordre de Saint
Benoit , Congregation du
Mont Caffin , Patrice de Genes
, mourut icy en l'Hoſtel
du Doge , qu'il avoit accompagné
en France en qualité
d'Aumônier. Toute la Mai
GALANT. 157
I
fon du Doge affista à fon
Enterrement avec des Flambeaux.
Il fut inhumé à Saint
Sulpice , & on luy rendit tous
les honneurs qui estoient
deus à une Perfonne de fon
L
caractere.
Le 28. du mefme mois , le
Revérendiffime Pere en
•
Dieu , Pierre Mercier , Genéral
de tout l'Ordre de la Trinité
& Rédemption des Captifs
, & Miniftre Particulier
du Convent de Paris , dit Ma
thurins , mourut âgé de 72 .
ans . Comme fon mérite l'avoit
élevé à la dignité qu'il
158 MERCURE
poffedoit , on ne fait point de
pareilles pertes fans qu'elles
caufent un regret ſenſible .
Cette mort fur fuivie trois
ou quatre jours aprés de celle
de Meffire Pierre Roger Seigneur
de Dollé , Douville,
Cogné, Fourmelé , &c . Maître
des Comptes à Paris.
On ſe reſout à mourir avec
moins de peine lors qu'on a
vefcu long- temps , & qu'un
grand nombre d'années a fait
enviſager ferieufement lindifpenfable
neceffité qu'il y
a de quitter bien toft là vie ;
mais il eft rare dans un âge
GALANT. 159
peu avancé, & dans de certaines
Profeffions , de fe preparer
à ces terrible paffage
adiune maniere auffi fainte
squ'a fait depuis peu de temps
M' de Marcheville Capitaine
au Regiment des Fuzeliers
du Roy, du premier Bataillon,
Il eftoit party de Dreux , &
alloit rejoindre fon Regiment
campé prés de Galardon, pour
les Travaux que Sa Majeſté
fait faire le long de la Riviere
d'Evre, lors qu'en paſſant par
Nogent-le - Roy il y fut furpris
d'une Fiévre violente ,
qui jointe à une Pleuréfie,
44
160 MERCURE
Faccabla fi fort , qu'il fut emporté
le cinquième jour. Il
ne parut point épouvanté de
la nouvelle qu'on luy porta
du danger où il eftoit. Il dit
feulement qu'on luy avoit
prédit autrefois qu'à l'âge de
trente - fix ans il auroit une
dangereufe maladie , dont il
luy feroit difficile de ſe tirer ,
qu'il eftoit arrivé à cet âge- là ,
& que puis qu'il plaifoit à
Dieu qu'il ne vefcût pas aufli
long temps qu'avoit fait fon
Pere qui eftoit mort fort âge,
il le beniffoit de qu'il auroit
à luy rendre compte de
ce
GALANT. 161
1
moins de pechez . Il receut
fes Sacremens avec une réfignation
admirable , & comme
il avoit tres- bien étudié , if
paraphrafoit d'une maniere:
pieule & toute Chrétienne les
divers paffages qu'on luy al-
I leguoit. Peu de temps avant
fa mort voyant auprés de fon
Ilic quelques Capitaines &
Lieutenans que le hazard a
voit amenez , il parla avec um
zele quiles furprit tous , contre
le libertinage & l'aven
glement de plufieurs Offisiers
d'Armée , qui parce
qu'ils portent l'épée , sima
Juin 1685..
162 MERCURE
ginent qu'il leur eft permis
d'oublier Dieu , & de renoncer
à la grande affaire du fa
lut . Il dit encore qu'il regar
doit comme une grace tres
particuliere que luy avoit fait
la Bonté Divine , de ce qu'il
eftoit venu mourir hors de
Dreux , où pendant ſa maladie
il auroit efté accablé de
viſites de Capitaines , de Lieu
tenans d'autres Officiers
d'Armée , & de Dames de la
Ville , au lieu que mourant à
Nogent où il eftoit inconnu,
il ſe pouvoit donner tout entier
à Dieu , & penſer fans
GALANT. 163
aucune diffipation d'efprit à
l'importante affaire de l'Eternité.
Il eftoit Seigneur de
Canchy prés d'Abbeville , &
d'une des anciennes Maiſons
de Nobleffe du
Paysand
remplirent ma Lettre du der
njer mois , que je ne pus vous
parler de la mort de Dom
Luc d'Acheri , Religieux &
Bibliothequaire de l'Abbaye
de Saint Germain , quia mis
au jour un fi grand nombre
de Traitez d'Autheurs con :
nus ou inconnus , enfevelis.
154 MERCURE
3
juſque là dans l'obſcurité des
Manufcrits. Il mourut le 29 :
Avril âgé de 76. ans. Je laiſſe
à d'autres à faire l'éloge de fa
vertu , & le dénombrement
de fes Livres . Il me fuffit
d'obſerver que fon fameux
Spicilegium , qu'il commença
à donner en 1655. contient
treize Tomes . Pendant quafante
ans qu'il s'eſt diſtingué
dans l'empire des Lettres , ik
à eſté uny d'amitié avec la
plufpart des Sçavans , tant du
Royaume que des Pays
Etrangers , dont il a receu , &
à qui il a donné reciproques
i
GALANT. 155
ment du fecours dans ce qui
regarde les Sciences. Ce qui
donne quelque confolation
dans la perte qu'on a faite,
c'est qu'il vit encore en la
Perfonne des Religieux dé
fa Congregation qu'il a in
ftruits , & qui fervent fi uti
lement l'Eglife par leurs étu
des , & principalement par
leur nouvelle Edition de Saint
Auguſtin , qui ſera bien - toft
fuivie de celle de Saint Am₁
broife , dont les Ouvrages.
ont grand befoin d'eftre rez
veus fur les Manufcrits , &
quelquefois éclaircis de No
156 MERCURE
tes. Il y a déja quatre où cinq
Tomes de Saint Auguſtin
donnez au Public. Il en paroiftra
dans deux mois un
nouveau où eft la Cité de
Dieu , & on donnera peu de
temps aprés le premier Tome
de Saint Ambroife.
Le 21. du dernier mois ,
Dom Anfelme Centurion,
Religieux de l'Ordre de Saint
Benoit , Congregation du
Mont Caffin , Patrice de Genes
, mourut icy en l'Hoſtel
du Doge , qu'il avoit accompagné
en France en qualité
d'Aumônier. Toute la Mai
GALANT. 157
I
fon du Doge affista à fon
Enterrement avec des Flambeaux.
Il fut inhumé à Saint
Sulpice , & on luy rendit tous
les honneurs qui estoient
deus à une Perfonne de fon
L
caractere.
Le 28. du mefme mois , le
Revérendiffime Pere en
•
Dieu , Pierre Mercier , Genéral
de tout l'Ordre de la Trinité
& Rédemption des Captifs
, & Miniftre Particulier
du Convent de Paris , dit Ma
thurins , mourut âgé de 72 .
ans . Comme fon mérite l'avoit
élevé à la dignité qu'il
158 MERCURE
poffedoit , on ne fait point de
pareilles pertes fans qu'elles
caufent un regret ſenſible .
Cette mort fur fuivie trois
ou quatre jours aprés de celle
de Meffire Pierre Roger Seigneur
de Dollé , Douville,
Cogné, Fourmelé , &c . Maître
des Comptes à Paris.
On ſe reſout à mourir avec
moins de peine lors qu'on a
vefcu long- temps , & qu'un
grand nombre d'années a fait
enviſager ferieufement lindifpenfable
neceffité qu'il y
a de quitter bien toft là vie ;
mais il eft rare dans un âge
GALANT. 159
peu avancé, & dans de certaines
Profeffions , de fe preparer
à ces terrible paffage
adiune maniere auffi fainte
squ'a fait depuis peu de temps
M' de Marcheville Capitaine
au Regiment des Fuzeliers
du Roy, du premier Bataillon,
Il eftoit party de Dreux , &
alloit rejoindre fon Regiment
campé prés de Galardon, pour
les Travaux que Sa Majeſté
fait faire le long de la Riviere
d'Evre, lors qu'en paſſant par
Nogent-le - Roy il y fut furpris
d'une Fiévre violente ,
qui jointe à une Pleuréfie,
44
160 MERCURE
Faccabla fi fort , qu'il fut emporté
le cinquième jour. Il
ne parut point épouvanté de
la nouvelle qu'on luy porta
du danger où il eftoit. Il dit
feulement qu'on luy avoit
prédit autrefois qu'à l'âge de
trente - fix ans il auroit une
dangereufe maladie , dont il
luy feroit difficile de ſe tirer ,
qu'il eftoit arrivé à cet âge- là ,
& que puis qu'il plaifoit à
Dieu qu'il ne vefcût pas aufli
long temps qu'avoit fait fon
Pere qui eftoit mort fort âge,
il le beniffoit de qu'il auroit
à luy rendre compte de
ce
GALANT. 161
1
moins de pechez . Il receut
fes Sacremens avec une réfignation
admirable , & comme
il avoit tres- bien étudié , if
paraphrafoit d'une maniere:
pieule & toute Chrétienne les
divers paffages qu'on luy al-
I leguoit. Peu de temps avant
fa mort voyant auprés de fon
Ilic quelques Capitaines &
Lieutenans que le hazard a
voit amenez , il parla avec um
zele quiles furprit tous , contre
le libertinage & l'aven
glement de plufieurs Offisiers
d'Armée , qui parce
qu'ils portent l'épée , sima
Juin 1685..
162 MERCURE
ginent qu'il leur eft permis
d'oublier Dieu , & de renoncer
à la grande affaire du fa
lut . Il dit encore qu'il regar
doit comme une grace tres
particuliere que luy avoit fait
la Bonté Divine , de ce qu'il
eftoit venu mourir hors de
Dreux , où pendant ſa maladie
il auroit efté accablé de
viſites de Capitaines , de Lieu
tenans d'autres Officiers
d'Armée , & de Dames de la
Ville , au lieu que mourant à
Nogent où il eftoit inconnu,
il ſe pouvoit donner tout entier
à Dieu , & penſer fans
GALANT. 163
aucune diffipation d'efprit à
l'importante affaire de l'Eternité.
Il eftoit Seigneur de
Canchy prés d'Abbeville , &
d'une des anciennes Maiſons
de Nobleffe du
Paysand
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte rapporte plusieurs décès notables. Dom Luc d'Acheri, religieux et bibliothécaire de l'Abbaye de Saint-Germain, est décédé le 29 avril à l'âge de 76 ans. Il est reconnu pour avoir publié de nombreux traités d'auteurs connus ou inconnus, dont le Spicilegium, commencé en 1655 et comprenant treize tomes. Dom Luc d'Acheri entretenait des relations avec de nombreux savants et collaborait avec eux sur divers projets scientifiques. Sa congrégation poursuit son œuvre, notamment par une nouvelle édition des œuvres de Saint Augustin et une future édition des œuvres de Saint Ambroise. Le 21 du mois précédent, Dom Anselme Centurion, religieux bénédictin et aumônier du Doge de Gênes, est mort à Paris. Il a reçu des honneurs funéraires appropriés à son rang. Le 28 avril, le Père Pierre Mercier, général de l'Ordre de la Trinité et Rédemption des Captifs, est décédé à l'âge de 72 ans. Sa mort a été suivie de celle de Pierre Roger, Seigneur de Dollé, Maître des Comptes à Paris. Le texte mentionne également le décès de M. de Marcheville, capitaine au régiment des fusiliers du Roi, survenu à l'âge de 36 ans après une fièvre violente et une pleurésie. Il a affronté sa mort avec résignation et a encouragé ses collègues à ne pas oublier Dieu malgré leur profession militaire.
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19
p. 334-341
Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
Début :
Je ne puis finir ma Lettre, sans vous faire part des dernieres nouvelles [...]
Mots clefs :
Angleterre, Victoires, Rebelles, Proclamation, Actions grâces, Royaume, Duc de Monmouth, Ministre, Conseil, Prison, Ennemis, Lettres, Cavalerie, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
Je ne puis finir ma Lettre,
fans vous faire part des dera
nieres nouvelles que nous!
avons euës d'Angleterre . Lel
Roy ayant eu avis des Victoires
remportées fur les Rebelles
, fit publier le 12. de ce
mois une Proclamation, par
laquelle il ordonna que le
26. de ce mefme mois , feroit
obfervé comme un jour public
,, pour rendre à Dieu les
actions de graces qui luy
font deuës , pour la grande
mifericorde dont il luy a plû
d'ufer envers les Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoffe , en
GALANT. 335
étouffant la Rebellion . Le 13 .
le Duc de Monmouth & Milord
Grey furent amenez à
Londres, Le premier demanda
fiinftamment à parler au
Roy , qu'au lieu de le conduire
à la Tour , on le conduifit
d'abord à Witheal , où
eftoit Sa Majefté, qui eut encore
la bonté de luy accorder
cette grace .
vert d'un grand manteau de
velours , & avoit les mains,
liées deffous. Il y a grande
apparence qu'on l'avoit couvert
de ce manteau , afin qu'il
1 ne paruft point lié devant ce
Il eftoit cou336
MERCURE………..
>
Prince , ce qui n'eft pas un
fpectacle qui foit ordinaire
aux Rois. Il eftoit d'ailleurs
indigne de toute compaf
fion , & il euft efté difficile
que Sa Majefté l'euft veu en
cet eftat fans en prendre. Il
demanda pardon & la vie au
Roy , & la demanda juſqu'à
la baffeffe. Ce n'eft pas qu'il
y en ait à demander pardon
un Roy , quand on eft auffi
coupable que ce Duc l'ef
toit , mais on peut dire qu'on
fait une baffeffe lorfqu'on
demande la vie avec autant
d'inftance & de foibleffe
qu'il
GALANT: 337
qu'il fit , puis que cela fait
connoiftre la crainte qu'on
a de la mort. Il protefta qu'il
n'avoit point cu intention
de fe faire Roy , & que c'eftoit
le Miniftre Ferguſon ,
mort dans le combat , qui
l'excitoit . Il fut interrogé.
par le Confeil de Sa Majefté,
affemblé au mefme lieu .
Je n'ay pas fceu ce qui s'y
paffa . Je fçay feulement que
le temps qu'il demeura à Witheal
, fut de trois heures ;
aprés quoy on le mena à la
Tourpar eau dans une Berge
duroy,accompagnée de Ber
Juillet 1685.
Ff
338 MERCURE
ges armées. Ceux qui le virent
fortir du Palais , remarquerent
qu'il pleuroit. Il
avoit les yeux fi rouges, qu'il
fut aifé de connoiftre que ce
n'eftoient pas là les premieres
larmes qu'il répandoit.
Depuis ce temps , il n'oublia
rien pour obtenir une prifon
perpetuelle. Il chercha les
moyens de faire parler la
Reine pour luy. Il écrivit &
fit écrire au Chancelier, & à
d'autres , & implora jufqu'à
L'affiftance de fes Ennemis.
Quoy qu'il ait dit qu'il n'avoit
jamais afpiré à la CouGALANT.
339
ན ronne, il eft certain qu'il fut
proclamé
Roy a Glaſſembury.
Voicy ce qu'il écrivit
auffi- tolt aprés au Duc d'Al
bermale
.
MILORD.
ILORD
Comme nous avons efté in
formez que vous commandez
de la Cavalerie & de l'Infanteriepour
Jacques , Duc d'Yorck,
que ces Troupes ont efté lervées
pour refifter & s'oppoſer à noftre
Authorité Royale , Nous avons
trouvé à propos de vous fairefça,
voir le reffentiment que nous en
Ffij
340 MERCURE
avons, nous nous promettons
que ce que vous avez fait en cela
à efté par mépriſe & inadvertancer
que vous prendrez d'au
tres mesures quand vousfçaurez
que j'ay efté proclamé Roy , pour
fucceder au Roy mon Pere , mort
depuis peu. C'est pourquoy nous
vous avons envoyé ce Meſſager
expres pour vous le fignifier.
C'est donc noftre bon plaifir
Royal & noftre volonté, nous
vous affignons expreflément ,
commandons par ces Prefentes,
qu'auffi tot leur reception , vous
ceffiez tour Acte d'hoftilité &
force d'armes contre Naus & nos
GALANT. 341
• bien aimez Sujets , & que vous
vous rendiez inceffamment dans
• noftre Camp, où vous ferez receu
de nous avec bonté & affection .
Que fi vous ne vous acquittez de
ce que deffus , nous ferons obligez
de vous proclamer Rebelle ,
traiter ainfi ceux qui font
&
રસો
fous voftre commandement , &
nous lespourfuivrons eux & vous
comme tels. Nous efperons pourtant
que vous obeirez promptement
, c'est pourquoy nous vous
difons adien, JACQUES.
Ily avoit
à la
Subcription. A
noftre
cher bien amé & fidelle
Confeiller
&
245 Confin
, Chriſtophe
, Duc d' Albermale
.
fans vous faire part des dera
nieres nouvelles que nous!
avons euës d'Angleterre . Lel
Roy ayant eu avis des Victoires
remportées fur les Rebelles
, fit publier le 12. de ce
mois une Proclamation, par
laquelle il ordonna que le
26. de ce mefme mois , feroit
obfervé comme un jour public
,, pour rendre à Dieu les
actions de graces qui luy
font deuës , pour la grande
mifericorde dont il luy a plû
d'ufer envers les Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoffe , en
GALANT. 335
étouffant la Rebellion . Le 13 .
le Duc de Monmouth & Milord
Grey furent amenez à
Londres, Le premier demanda
fiinftamment à parler au
Roy , qu'au lieu de le conduire
à la Tour , on le conduifit
d'abord à Witheal , où
eftoit Sa Majefté, qui eut encore
la bonté de luy accorder
cette grace .
vert d'un grand manteau de
velours , & avoit les mains,
liées deffous. Il y a grande
apparence qu'on l'avoit couvert
de ce manteau , afin qu'il
1 ne paruft point lié devant ce
Il eftoit cou336
MERCURE………..
>
Prince , ce qui n'eft pas un
fpectacle qui foit ordinaire
aux Rois. Il eftoit d'ailleurs
indigne de toute compaf
fion , & il euft efté difficile
que Sa Majefté l'euft veu en
cet eftat fans en prendre. Il
demanda pardon & la vie au
Roy , & la demanda juſqu'à
la baffeffe. Ce n'eft pas qu'il
y en ait à demander pardon
un Roy , quand on eft auffi
coupable que ce Duc l'ef
toit , mais on peut dire qu'on
fait une baffeffe lorfqu'on
demande la vie avec autant
d'inftance & de foibleffe
qu'il
GALANT: 337
qu'il fit , puis que cela fait
connoiftre la crainte qu'on
a de la mort. Il protefta qu'il
n'avoit point cu intention
de fe faire Roy , & que c'eftoit
le Miniftre Ferguſon ,
mort dans le combat , qui
l'excitoit . Il fut interrogé.
par le Confeil de Sa Majefté,
affemblé au mefme lieu .
Je n'ay pas fceu ce qui s'y
paffa . Je fçay feulement que
le temps qu'il demeura à Witheal
, fut de trois heures ;
aprés quoy on le mena à la
Tourpar eau dans une Berge
duroy,accompagnée de Ber
Juillet 1685.
Ff
338 MERCURE
ges armées. Ceux qui le virent
fortir du Palais , remarquerent
qu'il pleuroit. Il
avoit les yeux fi rouges, qu'il
fut aifé de connoiftre que ce
n'eftoient pas là les premieres
larmes qu'il répandoit.
Depuis ce temps , il n'oublia
rien pour obtenir une prifon
perpetuelle. Il chercha les
moyens de faire parler la
Reine pour luy. Il écrivit &
fit écrire au Chancelier, & à
d'autres , & implora jufqu'à
L'affiftance de fes Ennemis.
Quoy qu'il ait dit qu'il n'avoit
jamais afpiré à la CouGALANT.
339
ན ronne, il eft certain qu'il fut
proclamé
Roy a Glaſſembury.
Voicy ce qu'il écrivit
auffi- tolt aprés au Duc d'Al
bermale
.
MILORD.
ILORD
Comme nous avons efté in
formez que vous commandez
de la Cavalerie & de l'Infanteriepour
Jacques , Duc d'Yorck,
que ces Troupes ont efté lervées
pour refifter & s'oppoſer à noftre
Authorité Royale , Nous avons
trouvé à propos de vous fairefça,
voir le reffentiment que nous en
Ffij
340 MERCURE
avons, nous nous promettons
que ce que vous avez fait en cela
à efté par mépriſe & inadvertancer
que vous prendrez d'au
tres mesures quand vousfçaurez
que j'ay efté proclamé Roy , pour
fucceder au Roy mon Pere , mort
depuis peu. C'est pourquoy nous
vous avons envoyé ce Meſſager
expres pour vous le fignifier.
C'est donc noftre bon plaifir
Royal & noftre volonté, nous
vous affignons expreflément ,
commandons par ces Prefentes,
qu'auffi tot leur reception , vous
ceffiez tour Acte d'hoftilité &
force d'armes contre Naus & nos
GALANT. 341
• bien aimez Sujets , & que vous
vous rendiez inceffamment dans
• noftre Camp, où vous ferez receu
de nous avec bonté & affection .
Que fi vous ne vous acquittez de
ce que deffus , nous ferons obligez
de vous proclamer Rebelle ,
traiter ainfi ceux qui font
&
રસો
fous voftre commandement , &
nous lespourfuivrons eux & vous
comme tels. Nous efperons pourtant
que vous obeirez promptement
, c'est pourquoy nous vous
difons adien, JACQUES.
Ily avoit
à la
Subcription. A
noftre
cher bien amé & fidelle
Confeiller
&
245 Confin
, Chriſtophe
, Duc d' Albermale
.
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Résumé : Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
En juillet 1685, en Angleterre, le roi a été informé des victoires contre les rebelles et a publié une proclamation ordonnant un jour de remerciement public le 26 juillet. Le duc de Monmouth et lord Grey ont été conduits à Londres. Monmouth a demandé à s'entretenir avec le roi, qui a accepté de le recevoir à Whitehall. Lors de cette rencontre, Monmouth, les mains liées et couvert d'un manteau, a imploré le pardon et la clémence du roi, affirmant qu'il n'avait jamais eu l'intention de se proclamer roi et accusant son ministre Ferguson de l'avoir incité à agir ainsi. Après un interrogatoire par le conseil royal, Monmouth a été transféré à la Tour de Londres. Malgré ses premières déclarations, il a tenté diverses démarches pour obtenir une peine de prison à perpétuité. Par ailleurs, Monmouth avait été proclamé roi à Glassembury et avait écrit au duc d'Albemarle pour lui ordonner de cesser les hostilités et de se rendre à son camp, sous peine d'être traité comme un rebelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 112-182
ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
Début :
Vous sçavez, Monsieur, qu'aprés que les Apostres eurent [...]
Mots clefs :
Langue universelle, Lettres, Chiffres, Signification, Auxiliaire, Expression, Diphtongue, Écriture, Parler, Prononciation, Accents, Usages, Consonnes, Voyelles, Nations, Pensées, Comparaison , Caractères, Équivoque , Verbes, Exemples
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texteReconnaissance textuelle : ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
ENTIERE EXPOSITION
- d'une premiere Langue
Universelle. ..,
vA Fau-Cleranton, le 8. d'Aoust1685. Oussçavez,Monsieur,qui-••
prés que les Apostres eurent
receu du saine Es prit,le don
des Langues, ils estoient entendus
des gens de divers Pays, bien
que ces gens ne s'entendissent pas
encre eux, mais qu'il n'est pas décidé
si les Apostres parloient en
même temps toutes fortes de
Langues; ou bien s'ils n'en parloientqu'unefeulequi
fust entenduë
de tous. Il me semble plus
plausible de croire qu'ils.partaient
une Langue Universelle,quietoit
comme la Langue de la Nature
humaine dans tous ses mots,com_
me elle l'est de la douleur dans le,
mot bon bon prononcé lentement,
& de la joye dans le mot hi hi hi,
prononcé viste & qu'il leur étoit
ainsi facile de se rendre inrelhgL.
bles à tous les hommes.
Une telle Langue, qui fut, sans
doute, celle de nostre premier
Pere
,
estoit bien plus propre
toucher l'esprit & le coeur, que
taures les autres Langues; & n'aida
peut-estre pas peu le Serpent
à persuader ce qu'il voulutànôtre
premiere Mère; &: puisque
Dieu a favorisë tous les Animaux,
d'une langue de cette forte, propre
à se faire entendre de leurs
petits & de leurs semblables,
pourquoy ne croirions nous pas
qu'il en donna une de mesmeà
l'Homme,qui est la principale
de ses creatures?
Cela mesemble horsdedoute;
mais la corruption du peché yapporta
bien-tost du changement,
de mesme qu'à tous les autres a.
vantages qui avoient esté faits à
Adam avant sa chute; & comme
les Rivieres sont moins pures &
moins claires, à mesure qu'elles
s'éloignent de leurs sources;cette
langue dégénéra de sa pureté ôc
de sa force à mesure que les hommes
se répandirent sur la Terre,
&s'éloignerent du temps de leur
création,de de l'innocence qui
l'avoit accompagnée ; &. elle devint,
pour ainsi dire, un patois, * dont on tient que nous avons les
restes dans la langue Hebraïque.
Ce n'en:pas qu'on ne puisse
croire que la petite Famille que
Dieu sauvadu Deluge, la parloit
encore assez bien, & que cet avantage
dura mesme jusqu'à la
construction de laTour de Babelj,-
mais depuis ce temps-Ià,cctte langue
qui prit, à ce qu'on dit, le
nom d'Hebraique de la Famille
; d'Heber où elle demeura, receut
de la colere de Dieu, je ne sçay
combien de compagnes ou defiI
les, qui la gâtèrent par le commerce
qu'elles eurent ensemble,.
& elle a commenté si tard à paroistre
dans les premiers Livres
que nous en avons,qu'on peut
dire qu'elle avoirdèja éprouvéce
queletemps & le peché peuvent
sur toutes choies.
Les.nomsqu'Adami-niofa aux
Animaux, cflotent leurs noms pro-
!ru) ditleTextesacré; & comme
nous ne voyons point que les-
Animaux viennent aux noms que
Moyseleur donne, quand nous
les employons, il y a lieu de croire
qu'il ne se servit pas de ces noms
naturels quenostre premierPere
leurimposa
; parce que les causes
que je viens de rapporter, lesavoient
corrompus, ou tout à fait
changez, dans le temps que ce
Prophete écrivit.
Une langue si parfaite eftoir un
grand bien dans le monde, &son
patois mesme n'en estoit pas un
petit, car quel embarras n'est-ce
point, que cette diversitéinutile
de mots & de prononciations, qui
rendles Nations, comme sourdes
les unes pour les autres; &qui
fait tant perdre de temps aux curitufes
pour entendre leurs voifines
> Et quel moyen de reparer
jamais ce mal 6c cet embarras?
Il est vray qu'ilpourroitcesser
par uneconqueste qui foûmift
toutes les Nations à un mesme
Prince,& par une Defense abfo,¿
luë & redoutable de ce grand
Conquérant, d'apprendreaux
Enfans une autre langue que la
sienne; mais comme les Alexandres
font rares, & que si ce
bonheur n'éclate dans nostre siecle,
il arrivera difficilement dans
un autre, personne n'ayantjamais
esté si propre aux grandes choses
que LE GRAND Louis nostre
Auguste Monarque, je vais en
attendant vous en proposer,
Monsieur , une ou deux de ma
façon,quejenetrouve pas moins
propres à estre renduës universellesque
les Ecritures dont je
vous ay entretenu par mes Lettres
precedentes.
Avant néanmoins que d'en ve.
nir là, ilne fera pas hors de pro.
pos, ce me semble, que je vous
parle d'une Langue parciculiere,
qui a fait l'eronnement de ce
Pays, & qui en fait encore l'admiration
lorsqu'on y reflechit,en T^icyl'Histoire.
Maitre Guillaume Bellenden,
fameux Avocat au ParlemênFÏÏé
Paris, qui a comporé de sçavans
Livres unentr'autres de lure Re-
¡if) ,-& fêtcfiAtumy & qui estoit
:Agn. du Roy d'Angleterre en
France, 8< qui en a laisse un à
imprimer- De HierarchiaEcclesia-
',stica, ayant amassé du bien, &se
voyant sur l'âge & sans Enfans,
rfit venir d'Ecosse qui estoit son
pays un Neveu qu'il avoit de
mesmenom, &demesmesurnom
que luy , pour l'instituer son Hé- -
ritier
,,
& pourle marier ; mais ce
Naveu estant arrivè en France,
[TIC feconda pasles intentions de;
ÉaeïDncle,à l'égarddumariage*
Il se sentoit de la vocationpour
IJEgIife, il alla bien-tost aprés à
Rome, y étudia en Theologie, 6c
s'y fit Prestre. A son retour à
Paris, il trouva son Oncle mort,
& sa successiondispersée, la plus
grande partie au profit des Hôpitaux.
Il estoit homme de pieté,
il s'en consola, & dans la suite
du temps, son merite le fit
choisir par M. Zamet Evesque
de Langres, pour estre son Confesseur
& son Aumônier. Il fut
quinzeannéesdans ces fonctions
auprésde ce Sage Prélat ; a prés
quoy la mort en estant arrivée,
ilseretira dans une Cure qu'ilen
avoitreceuë,avec quelques Chapelles.
Cette Cure qu'il desservit
pendant 25ans est ma Paroisse,
ainsi cér bonnetteEcclesiastique
m'estoitfortconnu.
C'étoit
C'estoit un homme d'une raille
médiocre & droite, d'une
complexion forte, & d'un ceint
plein de feu, qui marquoit l'ardeur
de son esprit, & la promptitude
de son humeur. Il avoit du
bon sens, outre l'étude; la conversation
agréable, & les inclinations
portées au bien. Il estoit
tel en 1670. & il tomba malade
cette année là
, au mois de Septembre
,estant alors âgé de 77.
ans. Cette maladie fut une Fiévre
qui luy dura prés de trois
mois, & qui fut accompagnée
dés son commencement, d'une
Paralisie sur la langue, qui le fit
begayer encore quelques jours
après la guérison de la Fiévre;
en forte qu'on ne le pouvoit entendre.
La Paralisie estant pasfée,
il parla fort distictement;
mais voicy la merveille. C'est
qu'au lieu de parler sa Langue
ordinaire, qui estoit la nostre;ou
bien l'Ecossoide,qui estoit celle de
son Pays; ou la Latine qu'il sçavoit,
ou la Grecque, ou l'Hebraïque,
dont il avoit quelques
teintures, il parla une Langue
inconnuë àtout le monde. On
entendoit bien les mors qu'il prononçoit
,
& je me souviens que
dans une conversation que j'eus
avec luy, aux Festes de Pasques
de l'an 1671. où je feignois de
l'entendre, & où je répondois
par conjectures à sa pensée
, autant
à propos qu'il m'estoit possible,
ilrepetoit quelquesfois ces
mots paginé, maginé, prius;mais
je n'y concevois rien, non plus
qu'aux autres qu'il proferoit
,
il
entendoit bien ce qu'on luy difoit,
& il ne disoit rien qu'on pust
entendre. Ce quiestdeparticulier,
c'est que Monsieur Ramezet
son Neveu, aussi Ecossois,
Theologien, & Prestre fait à
Rome commeluy, à qui ilavoit
resigné sa Cure,quelques années
avant sa maladie, l'ayant prié de
mettre par écrit quelque chose
qu'il vouloit sçavoirde luy
,
dans
l'esperance qu'il écriroit autrement
qu'il ne parloit, M. Bellenden
prit la Plume, & écrivit quatre
ou cinq lignes d'une maniere
fort lisible
; puis presentant son
Ecriture à son Neveu, avec un
geste qui témoignoit beaucoup
plus que les paroles dont il l'accompagna
,
qu'il avoit fait ce
qu'il desiroitde luy
; M. Ramezet
prit ce Papier avec joye, 8c
fut bien étonné de n'y trouver
que ce mesme langagequ'il ne
pouvoit entendre, & de se voir
aussi peu avancé qu'auparavant.
Ce qui me semble encore plus
surprenant que cela, c'est que
M. Bellenden qui ne disoit plus
laMesse, ne manquoit point d'y
assister; & se mettantau Lutrin,
chantoit avec les Chantres les
Airs de l'Eglise, & ne prononçoit
pourtant aucune des paroles ordinaires
; mais toujours ses paro.
les inconnuës. Son Neveu averty
de cette singularité dont quelques-
uns avoient ry & raillé,
obligea le bon homme à prendre
depuis ce temps là une autre
place dans l'Eglise
,
& l'invita à
prier Dieu tout bas. Ilfitl'un&
l'autre sansresistance.Ilenestoit
de mesme
,
lors que l'envie le prenoit
de dire son Breviaire; on le
voyoit bien lire, & onl'entendoit
bien prononcer; mais rien
de ce qui estoit écrit dans son Livre.
L'adresse que son Neveu
employa pour le faire confesser,
quand après huit ou neuf mois de
santé, il le vit attaqué d'une nouvelleFiévre
,
fut demander son
Confesseur ordinaire, & de luy
faire dire par ce Confesseur qu'il
n'entendoit point son langage,
qu'ill'interrogeroit, & qu'il luy
pressastlamain lors qu'il se fenriroit
coupable du peché dont il
luy parleroit,& la luy pressast pluheurs
fois quand il y auroit plusieurs
rechutes; moyennant quoy
il luy donneroit l'Absolution.
Celafut executé, & dés le lendemain
le bon homme prit son
Neveu par la main, le mena à l'EgIifc,,& luy montra leTabernacle
, pour luy témoigner qu'il
desiroit de recevoir le Viatique;
puis estant de retour à sa Maison,
il s'étendit sur son lit en joignant
,
les mains, pour marquer la mesme
intention. Son Confesseur
fut mandé, il revint, & M. Bellenden
ayant pris de son propre
mouvement du linge blanc, &
ses Habits longs, vint oüir la
Messe, communia avec grande
devotion, & versamesme des larmes.
Il mourut quinzejours après
ces Actions de pleine connoissance,
parlant peu;mais parlant tou-
- jours son mesme langage inconnu,
quand la necessité l'obligeoit
de parler. Un incendie qui arriva
au Village six ans après sa
mort ,
&qui consuma une partie
de la Maison & des Livres de son
Neveu, brûla aussi le Billet qu'il
avoit écrit; ce quime sembleune
grande perte pour lesCurieux,qui
auroientpu travaillersur sa ledu.
re, à reconnoistre quel langage
parla M. Bellenden, depuislafin
desapremieremaladie,jusqu'à sa
mort, c'est à dire pendant huit ou
neuf mois. Il disoitassez souvent
Subgenenemé Goguené prius quiapri
la magnus, à ce que j'ay sceu d'un
homme qui le servoit; & quand
il rencontroit un de ses Paroissiens,
nommé Prieur, qui l'avoit
flatté de quelque esperance qui
ne luy déplaisoit pas, illuy disoit
Ancnu prius. Voila ce que mon
peu de sejour au Pays, m'a pu apprendre
des circonstancesdecette
Histoire qui me sembleassez curieuse.
Ce que j'y puis ajouter
,
c'est
qu'il estseur queM.Bellenden ne
parloit pas la Langue Hebraïque
ordinaire,je m'en serois apperceu
à la conversationque j'eus
avec luy, lx. M. son Neveu auili
qui avoit quelque teinture de cette
Langue. Ce n'estoit pas non
plus la Languenaturelle dJ-Adanl,
dont je viens de parler, elle auroitestéintelligible.
Quece furt:
la Langue Phrigienne, la plus
ancienne du monde selon l'épreuve
de Psammetiques Roy
d'Egypte,rapportée dans Herodote,
on ne peut pas le dire, parce
qu'il n'employa jamais le mot
de Becos ,
à demander du pain,
oud'autreschosesàmanger. Ce
que je m'en persuade
,
c'est que
cette Langue luy estoit particuliere;
& je jugede là, malgré l'épreuve
de Psammetiques, que
si mille Enfans estoient nourris
par autant de Personnes muettes,
ils parleroient tous des Langues
aussi differentes
, que seroient
leurs voix, leurs visages, leurs
complexions, & leurs esprits. La
Mothe leVayersoûtient qu'ils
seroienttous muets, parce qu'il
ne fort aucune parole de la bouche
, qui ne foit entrée par l'oreille
,
surquoy il cite l'exemple
des Sourds de naissance dont aucun
ne parle, & il allégue que
les Enfans de l'épreuve de Psammetiques,
avoient sans doute oüy
la voix de quelque Chevre qui
crioit Bayhe, d'où ils avoient appris
à dire Becos,qui se trouva par
hazardeftre une parole Phrigienne;
mais pour moy ,
jecroyque
la Langueestfaite pour parler,
aussi bien que les yeux pour voir
& que les oreilles pour entendre,
& que si les Sourds de naissance
font muets, c'est que l'empefchement
qu'ils ont à l'oreille, s'étend
jusqu'à la Langue, & qu'on ne
peur oster l'un sans l'autre. Vous
pouvez, Monsieur, proposer
cette Question aux Curieux pour
l'examiner plus à fonds, & pour
en avoir leurs sentimens ; comme
aussi les prier, de dire ce qu'ils
pensent de cette maladie, qui
ayant fait oublier à son Malade
sa Langue ordinaire, où l'empeichaut
de la parier, luy donne
-en échange l'usage d'une langue
nouvelle & inconnue.
J'aylu dans des Mémoires d'un
demes Ancestres, qui a vescu la
grande Climacerique, queNicolasde
Vienne son Trisayeul, mort
& enterré àLigny, dont il estoit
Gouverneur en 1474. âgé de jo.
ans ,
sélon Con Epitaphe , après
avoir receu du Ciel une mémoire
si heureuse, uneimaginarion si vive
,
&,tant d'adresse naturelle,,
qu'ayant eu des Maistres en toutes
fortes d'exercices d'efprir &
de corps, il sçavoit à l'âge de 21
anvtout ce-q¡n'on peut sçavoir, &
faisoit tout ce qu'on peut faire:
tomba malade à 21 ans d'une fiè-
-vre chaude, & puis d'une parali- surla langue, donrles effets
furentsiétranges, qu'il en perdit
le souvenir de tout ce qu'il avoic
jamais appris, enforte qu'illuyi
fallut même ra pprendre à parler,
à lire &à écrire, comme on l'apprend
aux Enfans, à quoy il eut
bien de la peine à parvenir. Et j'ay
veu un nomméJean Guenot,Fermier
d'une Terre de mon Voisinage,
où il y avoit ces années
passées une Cristallerie
,
à qui la
nesmechose estoit arrivée à l'âge
d-j 30 ans; mais ny l'un,ny l'autre
ne partaient point du tout après
leurs maladies, bien loinde parler
avec facilité & distinction une
langue inconnuecomme mon defunt
Curé. Les Curieuxde la Médecine
ou de l'Histoire, pourront
encore m'éclaircir par vostre entremise,
s'il y ades exemples d'une
pareille avanture,où vous, Monteur,
qui n'ignorez rien, pourrez
m'en instruire sans leur secours, si
peu que vous ayez de complaisance
pour mes desirs.
Il faut presentement queje vous
avoue
,
qu'encore bien que j'aye
conceu l'Ecritureuniverselle avant
la langue
,
celle-cy a fait la
loy
,
& donne la regle à l'autre;
& que si je n'avois imaginé la langue,
j'aurois apparemment disposé
l'Ecriture d'une autre maniere,
car enfin il m'estoit d'abord venu
dans la pensée d'employer dans
l'Ecriture, le moins d'enseignes Se
de signes qu'il me feroit possible;
3e à cet effet de distinguer le nombre
pluriel des Noms & des Verbes
, par des chiffresdifferens
de ceux du nombre singulier; Se
de marquer meime, par des chiffres
aussi, le genre des Noms dont
j'ay lailré l'expression à la Nature.
Chaque Nom substantif simple
auroit eu trois chiffres pour la fignificarion
de ses variarions; chaque
Nomadjeâlf,&chaquenoni
de diminution, d'augmentation &
de comparaison,en auroit eu quatre;
& chaque Verbe, cinq. III
par exemple, auroit exprimé le
nom au masculin
, par ion premier
chiffrej au nombre singulier,
par son deuxiéme
; &au nominatif
par son troisiéme. 223 l'auroic
lignifié au feminin
, par son premier
chissre; au pluriel,ou au
duel par son fécondj & au datif,
par son dernier.316 l'auroit donné
à connoistre au neutre, ou
au commun , par son premier
chiffre; au singulier, par ion lecond;
& à l'ablatif par Ton troisiéme.
Et aioli j'aurois pû donner
aux noms simples, si je l'a.
vois voulu, plus de trois genres,
plus de deux nombres, & plus de
six cas, le tout sans aucune confusion.
Quant aux autres noms, j'aurois ajoûté ud chiffre,. aux
trois que je viens de marquer;Se
ce chiffre qui auroit précédéles
autres, auroit exprimé l'adjeâif
par un zero; le premier diminutif
par i ;
le fecond par 2j le premier
augmentatif par.?; le fecond
par4-,lenomd'égalité,aussi, autant
, ny plus ny moins, par f; le
comparatifplus, par 6; le comparatif
moins par 7 ; le superlatif le
plus par 1; & le superlatiflemoins
par pi & j'aurois ainsi marqué
tous les degrez dont le nom est
susceptible. A l'égard des verbes,
mi ,auroit signifîé le verbe à l'actif
par ion premier chiffre
; à
l'indicatif par son fecond ;au present
par son troisiéme; au singulier
par son quarriéme, & à la pre.
miere personne par son cinquié.
me. 24323 l'auroit exprimé au paffifpar
son premier chirrre,au fubjondif
par son deuxième ; au futur
par son troifiénle; au pluriel
par son quatrièmej & à la troisiéme
personne par son dernier; Se
j'aurois augmenté aussi toutes les
fortesde variations du verbe, autant
qu'il m'auroit plu, & sans aucun
embarras
, pourveu que je
n'eusse pas poussé l'expression de
chacune, plus loin que le zero,&
les neuf càiJfreSjOu nombres;simpies.
Cette methode auroit elle
claire, exacte) & d'un facile dénieflement
i mais dés que j'eus
conceu le grand fecretde la Lan.
gueuniverselle, ilme fallut pren1
dre d'autres mesures, &. renon..
cer à cettebelle methode pour en'
chercher une plus commode à
l'expression de cette langue. II ne
fera pas inutile que je vous apprenne
la maniéré dont elle me
vint dans l'esprit.Lavoicy.
Lors que j'eus ébauché le premier
Plan de l'Ecriture, il me
sembla d'abord qu'il y manquoit
quelquechofe àsa perfeébon;c'é
toit d'estre lisible, car le moyen,
àssois.je en moy mesme') de lire
ce qui n'est pas composéde leu
rres,puis quecefont elles qui forment:
les sillabes & les mots, Ct}:
manquement me cboquoit, mais
je m'en confolay bien tost, en jugeant
mesme pour me flater, que
cette indépendance des lettres,
estoit un grand avantage à cette
Ecriture, veu qu'elle ne laiflcic
pas d'exprimer toutes choses; &
que c'estoit la veritable Ecriture
de l'esprit, puis qu'elle signifioit
immédiatement, tout ce qu'il estoit
capable de concevoir. Néanmoins
je remarquay ensuite qu'-
on la pouvoit lire, en disant par
exemple cent quatre pour signifier
Dieu, quej'exprimepar194,dans
mon premier Dictionnaire,en disant
mille trente-quatre pour signifier
cennoitre. Et disantmille trente-
quatre cent quatre, pour exprimer
cotoneifireDieu. Maisconfideranr
aussi tost l'embarras de ces
expressions, dans la pluraliré des
mots que j'employoisàn'ensignifier
qu'un; ôc dans leurs équivoques
à ne sçavoir par exemple si
mille trente quatre qu'on entendroit
prononcer, feroient trois
mots, ou deux, ou un seul,je connus
que cette façon de lire estoit
mal propre à estre mise en usage ;
& presque impossible, lors qu'on
passeroit del'expressïon des nombres
primitifs, à celle des auxiliaires;
& qued'ailleurs, quand bien
elleseroit facile& commode, elle
ne seroit pas universelle comme
l'Ecriture, parce quechaque Nation
donne des noms differens à
ses chiffres, ôc aux nombres qui
s'en forment.
L'éloignement de cette pensée
fit place à une autre; & l'usage
des Hebreux & des Grecs, qui
employent leurs lettres à figurer
leursnombres,mefit songer qu'au
lieu de substituer des mots aux
chiffres, il n'y falloir substituer
que des lettres; & qu'ainsi il ne
resulteroit qu'un mot pour chaque
nombre composé de plusieurs
chiffres; que ces mots feroienc
differenssuivant la diverse combinaison
de ces chiffres; & qu'alors
mon écriture feroit lisiblepar
elle-mesme, sans superfluité Se
sans équivoque; & se liroitencore
d'une mesme façon,par toutes
les Nations.
Sur cette idée,je passay de la
speculation à la pratique;& après
avoir donné à chaque chiffre,telle
signification de lettres que je jugeay
à proposée trouvay en effet
qu'il s'en formoit non seulement
une écritureaisée à lire&àconcevoir,
mais encore une langue claire
&. distincte, tout aussi propre à
estre renduë universelle,que l'Ecriture
mesme.
Uefl difficile d'atteindre d'abord
à la perfection des choses, il me
salut faire plusieurs Alphabets,
avant que de me déterminer dans
leur choix; & lors que je me
vis en possession de deux Ecritures
au lieu d'une, il fallut encore
changer quelque chose à ces Alphabets
pour les accommoder à
ces, Ecritures; mais enfin voicy
quels ils font pour l'une & pour
l'autre
,
d'où vous pouvez juger
que comme ces Ecrirures font diverses
dans leurs dispositions
,
il
ne se peut que les Langues qui en
resultent ne soient différentes
dans leurs mots ,&qu'ainsi au
lieu d'une que j'ay proposée jusqu'à
ce jour,je ne vous en donne
aussideux.
J'ay divisé les Chiffres en primitifs,
&enauxiliaires, à quoy
j'ay ajouté des enseignes, des accents
,& quelques points; & de
tout cela j'ay formé mes Caracteres.
Voulant les changer en
paroles
,
je fais répondre, aux
Chiffres primitifs
1, 2,3,4,5,6,7,3,9,0.
Les Lettres b,f, d, g,tll,p, c,j, v,ti,
que j'appelle aussi Lettres primitives.
Aux Chiffres auxiliaires
Il Il3, 4)y, 63 7,8,9,0,
les Lettres
a,i,ay,o,u,ou,é, eu,oy,r,
que je nomme aussi Lettres auxiliaires.
Et aux enseignes
, aux points
& auxaccents les Lettres simples
ic,1,f,C.
Et leurs Combinaisons ou Lettres
doubles-
KK,KL,KS,KT.LK,LL,LS,LT.
SK,SL,SS,ST. TK,TL,TS,TT.
Et encore kz, LZ, TZ. que je
nomme Lettres subalternes, pour
lesdistinguer des précedentes qui
sont les Lettres principales. Il
feroit à souhaiter que les subalternes
doubles s'exprimassent par
des figures simples; comme ks
s'ex prime par x.
Quanta z, il ne répond ny à
Chiffreny Signe, lors qu'il n'èst
pasuny à une autre Consone, ce
qui meluy fait donner en cet état
le nom denulle.Quelques autres
Lettres prennent aulIi ce nom,
suivant les endroits où elles se
trouvent; & d'autres portent
quelquesfoisceluy de /ùp,!eantu..,
parce qu'elles sont substituéesen
la place de leurs Compagnes. Cela
s'expliquera dansla fuite. *
Pour les Diphtongues ei ,eiU
au, &, pour la Lettre double qu
ouq, je ne juge pas à propos de
m'en servir, àcause qu'elleséquivoquent
avec é,o,&k.
A la vérité i, employe l'y Grec;
mais c'estseulement dans l'expression
des Diphtongues ay &
cy; &je marque les deux autres
ou&eti parunrenvoy ,ainsioû;eû,
afin de lesdistinguer des Voyelles
qui les forment, lors que ces
Voyelles ne sont quecontiguës.
Cét
CérJ Grec, 6c ce figne de liaison
montrent que chacune de
ces quatre Diphtongues, n'a de
rapport qu'à un seulChiffre. Il
seroitmieux de ne les exprimer
que parune feule Figure, comme
nous exprimonsay par e) mais ce
feroit trop d'innovation à l'égard
des autres.
Il en fera de mesme de la demie
lettre ou aspirationh , comme
de l'r Grec.Elle ne répondra
qu'au
Chiffre
de la Consone,àlaquelle
on la joindra, si on la veut
exprimer;mais il fera mieux de la
sousentendre, pour ne pas augmenter
inutilement l'Ecriture. Il
feroit inutile aussi de l'employer
après p ,
puis que ph ne fait rien
entendre de plus quef Quant à
la prononciation des mots de ces
nouvelles Langues, elle doit estre
exacte,& ne rien perdre des
Lettres qui les composent,&il
faut sur tout distinguer clairement
ces lettres les unesdes autres
, afin de connoistre avec facilité
le rapport qu'elles ont avec
les Chiffres & avec les signes.
Il fera libre à la verité de prononcer
gn , comme dans le mot
François regne , ou comme dans
le mot Latin regnum; 6c ll comme
dans le mot mille, ou dans le
rnotflmillr,\11ais on prononcerag
suivy de Voyelle,ou de Diphtongue
,
d'un ton ferme
, comme
dans ga, go, gu ; & par consequent
ge, gi, comme s'ils estoient
écrits ghe
,
ghi, afin de les empefcherd'équivoqueravecje,
ji,
Il en fera de mesme de t, il se prononcera
comme dans ta, to, tu, &
par consequent ti, comme s'il
estoit écrittbi, pour le distinguer
de Ji.
Pourc, on le prononcera par
th., afin qu'on ne le confonde pas
avec K ,
dans Ka ,
Ko
,
Ku ,
&
avec s,dans ce, ci; & l'on prendra
garde à ne le point mettre à
la fin d'uneSyllabe, parce qu'il y
équivoqueroitencoreavec K. On
fera la mesme observation pour
ma nulle
, que l'oreille ne déîmfkroit
point d'avec s ,
si une
Syllabe en estoit terminée.
A l'égard de b, il fera prononcé
differemment d'v eOlJflne, 6c
on distinguera de mesme u voyelle,
de la Diphtongue ou. Jesçay
bien que cette premiere diversité
de prononciation fera de la peine
aux Gascons,& quela seconde
encauseraau Italiens k aux Espagnols
; mais pourquoy confondent,
ils ce qui doit estre distingué?
Enfinpn donnera à chaque
Lettre, un son qui n'aie rien de
commun ave lesautres, afind'éviter
les équivoques qui se pourroient
glisser dans l'Ecriture numeralie
lors qu'on viendroit à
écrire en Chiffres les mots de l'une
ou de l'autre Langue.
Vous jugez bien de là, Monsieur
, que chaque Langue aura
deux forres d'écritures, la numerale
qui est composée de Chiffres
ou de nombres;& la litteralequi
seformeavec les Lettres de l'Alphabet,&:
dont chaque Nation
pourra se servir en son particulier,
pour s'exercer,& pours'instruire
plus commodement dans
la Langue universelle.Cette Lan..
gue fera contraire en cela à l'Hebraïque
Se à la Grecque,parce
que n'employant que les mesmes
Caractères à exprimer leurs Lettres
Scieurs Chiffres, elles n'ont
qu'une Ecriture pour ces deux
choses, mais il ne tiendra qu'aux
Nations de reduire les deux à
une, en quittant leurs Ecritures
parciculieres pour la générale.
Je ne doute point que vous ne
soyez dans .l'impatience de sçavoir
de quelle maniéré je me
prends pour prononcer mes Lettres
primitives, puisque je ne les
exprime que par des Consones,
Je me fers pour cela de lademie
Voyelle quela naturemettou.
jours dans nostre prononciation,
lors qu'il y a deux Consones con-'
secutives, de difficile union dans
unemeime Syllabe, que j'ay dit
dans la Grammaire Universelle,
devoir estre marquée feule après,
chaque Conson, pour en apprendre
plus aisément la prononciation
; & qui est le fçcva Ólf.
fihcvll des Hebreux; si perceptible
aux oreilles fines par tout ou
il est inséré par.la nature, & si
remarquable aux moins déHcars:
dans les mots de blâmer, drapper.
fpcttacleySL autres semblables,puis
quelles entendent bien qu'ils se
prononcent comme s'ils estotent
écrits de cette forte belamer
,
tU":
rapper ,
J'infère donc
cet e féminin entre routes mes
Consones primitives, lcfts qu'elles
font disposées de la maniéré
que je viens de dire, le considerant
comme leur lien naturel; &
je l'exprime mesme afin de re.,
gler les Syllabes, & ne pas faire
de peine au Lecteur qui ne seroit
pas accoustumé, comme les Allemans,
à voir de fuite dans irn
mot plusieurs Consones peuaecordantes.
Je laisse mesme encore-
la liberté de le prononcer
en e masculin,aux endroits ou
l'on jugera que cette prononciation
aura plus de grace que la
feminine; & bien que j'emploie
céré masculin pour exprimer le
Chiffre7.lorsqu'il est auxiliaire,
il n'en faut pas craindre d'équivoques,
comme vous le connoistrez
parlesRégies qui fuivent.
Régies a observer dans le changent
de la premiere Ecriture
numerale en Litterale. LA premiere Régie est quV
masculin ou féminin, place
seul entre deux primitives, doic
toujours estre consideré comme
une nulle
,
c'est à dire, comme ne
répondant à Chiffre ny à signe
ainsi que je l'ay déja explique.
Voulant donc changer en Lettres
104. & III. Chiffres primitifs
de mon premier Dictionnaire,
qui ftgninenc Dieu& Faux-Dieu,
au lieu d'écrirebng,&bbb,j'écris
h(n(%& bebeb;mais sije veuxehanger
en deux mots ma premiere
Langue, 1.'14'(. & 111'1) Caractercs
aussi ae ma premiere Ecriturequilignifientau
nominatif ces
mesmes paroles Dieu & Faux.
Dieti, au lieu d'écrire benega &
bebeba,j'abrege &j'écris benga &
bebba.
La sécondé Régie en: que
quand un Caractere a deux, trois,
quatre ou cinq Chiffres primitifs
de mesme façon, on en peut
exprimer un par la Diphtongue
eâ,, & deux par la Diphtongue
oy.
o
Ainsi n 31. qui: signifie
Divinité, Dieu ou DlcJfl, dans m&
premiere Ecriture, & quise change
en bebeda ou bebda
,
selon la
Régle precedenre, se peur exprimer
par beuda. III'I. quin~nin~
Vaux-Dieu
,
& qui se tourne de
mesmeenbebedaou hebba, la comme esté dit, se peur exprimer par
beuba. un'i qui lignine le CielPcredes
Dieux,&qui se transforme
en bebbeba. ou bebebba, se peut ou
plûtost se doit exprimer par beubbitouboybt;
Et qui lignifie
Imposteur, & qui se marque par
bebbebeba ou bebbebba
,
se doit exprimer
par beubebba, ou plutost
par boybba. J'appelle ces Diphtongues
qui font substiruées çJe
laforte,àla place des Consones.
primitives Lettres supplcantes ou
cjjlcieufes
, non feulement parce
qu'elles fervent pour d'autres
Lettres ;
mais encore parce qu'-
elles abrègent les mots ,
Se en
adoucirent la prononciation.
De là il résulte
, que toutes les
fois que ces Diphtongues se trouvent
inferées seules entre des primitives
,on ne les doit pas 'onf.
derer comme des auxiliaires, mais
comme des suppleantes.
LatroisiémeRégie, est de ne
pas commencer un mot par. la
nulle e ,
puis qu'il ne fait cette
fonction qu'étant inséré & de
ne pasnon plus substituer les suppleanres
à la place de la premiere
primitive, puis que c'est elle qui
fait connoistre leur employ:
comme aussi de ne jamais mettre
~comme nulle, après la derniere
primitive, ny les suppleantes en
sa place, lors qu'elle est suivie
d'une voyelle qui fait l'office
d'auxiliaire, d'autant que cette
voyelle suffit pour l'adoucissement
du mot ,
& que cér ufiçe
causeroit de l'équivoque. Aind
voulant exprimer iiiiqtilficnisieDivin,
il ne faut pas écrire bebbea
,
bebeûa
, ny boyd, parce que
bebbea répond à ii1-7-1 r bebeûa-, à
11.81; ôcboya à 1.91 mais ondoit
écrire bebbaou beuba., qui ne peu
vent répondre qu'au premier Caraétere
m'i,suivant les deux Régiesqui
précèdent. Quesila
derniere primicive-efr fuivie de
l'auxiliaire r, on peut umployer
é, comme nulle après cette primitive;
supposé que la necessités
de leur liaison le demande
, ou
mesme changer cette primitive
en suppleante ; mais en prenant
l'un ou l'autre party, il faut ajouter
la Cubalternek,après r, pour
marquer la nullité de IV
, ou la.
substitution des suppleantes, parce
qu'autrement ces Lettres pafseroient
là pour des auxiliaires..
Ainsivoulantexprimer 97orqui
signific ce mot nullité dans ma
premiere Ecriture, au lieu d'écrire
simplement vecbera ou vecera
y
j'écris vecerka, dautant que
vecera exprimeroit 97-701, Caractère
differentde l'autre mais
si j'avois à exprimer 104-01 qui
signifie Divinité, qualiré qui appartientàDieu,
&, 10411-01 qui
signifie Création,qualitédu Créateur
, au lieu d'écrire bengerka &
bengckberka
,
j'écrirois bengra &
& bengebbra, à cause de la nature
de la primitiveg, qui s'unit à l'au.
xiliaire r y
sans demander entre
ellesl'expressiondeIV. Ainsiencore
voulant exprimer 88-01 &
888-01
,
je dois écrire jeûrkaôC
joyrka.
, parce que jeûra &joyr*t
répondroient à 8-801 êcà 8-901,
autres Caractères que les pre.
miers. Que il au lieu d'une pn.
mitive,ille trouve une fubaltcrne
devant r, on doitaussi mettre
entre deux e , comme nulle, s'il
est necessaire pour la liaison du
mot 5
mais conjointement avec
le k, pour marque de cette nullité.
Ainsivoulant exprimer 104-01
qui signifie le premier diminutif
de Divinitéy qualité, oupetite Divinité
,
il faut que je Mzbcngctferka
,
à moins que je ne veuille
prononcer bengetsra
,
qui seroit
bien rude.
La quatrième Régle, est flu'/,
doit estre encore confideré comme
nulle; & eû & oy, comme fuppleanres,
lors qu'ils sont inserez
seuls dans un mot après des primitives
,
& devant toutes fortes
de subalternes
,
excepté devanc
t, *& devantlz unis, ou bien separez
feulement par une auxiliaire.
La fuite en fournira assez d'exemples
,
sans que j'en rapporte
icy.
La cinquième Règle, est que
,
que cel mesmes Lettres se trouvant
dans un mesme mot feules
& finales, après des primitives
ou des subalternes, y font par
rieceffité la fonaion d'auxiliaires,
, parce qu'il n'y a point de mot
dans la Langue, qui ne réponde
à un Caractère ;ny un Caractere
dans l'Ecriture, qui ne soit composéde
Chiffres auxiliaires & de
primitifs; maisil faut mettre un
t après elles, pour donner à connoistre
cette fonction quelles
font d'auxiliaires
, comme pour
marquer celles de nulle & de fuppleantes
,
j'ay dit qu'il falloir y
employer un k. Ainsi voulanc
exprimer 1'7)1'8, &1'9 qui si-
•
gnifient dans ma premiere Ecri.
'ture l'Adverbe ouy ,
la conjonction
&) &la proportion en ou
dans, au lieu d'écrire fiment
be, beu,boy, on doit écrire & prononcer
bet, beût, boyt. Il en est
de mesme de 2/7 & de 2/7 qui fignifient
les Advarbes numéraux,
deux fois & la deuxième fois, au
lieu de les exprimer par sikié &
fkjJ, il faut écrire6c direket&
sikz,et.
Enfin la fixicme Règle
,
ett
que toutes les fois que ces mefj
mes Lettres font immédiatement
suivies ou -
précedées. d'autres
Voyelles,d'autres Diphtongues,
ou d'elles mesmes, elles font en- -
core la fondion d'auxiliaires
, en
quelque endroit qu'elles se trouvent
avoir besoin d'aucune mar>
que. Ainsi dans bebbee ou bcûbée
qui signifie l'Adverbe superlatifleplus
divinement, les deux é
qui se Suivent immediaremenc
font auxiliaires & répondent à
77 , comme tout le Caraél:re àiri-
77. Cet exemple suffit pouren
former d'autres.
L'observation de ces Régies-.
empefeheraqu'il n'y arrive aucune
équivoque dans cette premiere
Langue, non plus que dans ma
premiere Ecriture; & voila tou'_-
tes les marques qui concernent
le changement de sesChiffrespriu
mitifs en Lettres,
Quant à celuy de ses Enseignes
& desautres Signes. Lepremier
avernucmentest, que l'Enseigne
simpleinferée nes'ex prime
point,dautant que la réparation
quelle apporre entre les
Chiffresprimirifs & les auxiliaires,
éclattea(Tez par la difteren-
- ce des Lettresausquellesje donne
ces mesmes dénominations,
sans qu'ilfoitnecessaired'y ajouter
un autre Signe de diftinclion.
Ainli1°4'1; 104.-ii,104-10^, Be
1041.1003 caraares de ma premiere
Ecriture qui fignifienf
Dieu, Divin, ilcrée Se on crée, s'expriment
fimplemenr par bengd,
bengaa, bengebaray
,
& bengebar*
ray.
Le fecond avertitfemenr
,
est
qu'il en est de mesme de l'Enfeignequeje
place sur les Chiffres,
paroùjemarque les parties invariables
du discours
,
les Proverbg3,
& les Lettres de l'Alphabet
avec leurs Diphtongues & leurs
Syllabes les plus communes, elle
ne s'exprime pas non plus, dautant
qu'elle se refout en inferée,
avant le dernier Chiffre de ses
ex prc ssions.Ainsi 17 qui signifie : l'Adverbeouy
, 1017 qui signifie
l'interjection helas lOS. qui figni.
fie la conjondion car, 119 qui
gnifielaprépositiondedans, 4tto
qui signifie un proverbe5 & 015; qui signifie la Lettre d ou de
,
seresolvent
en l'y, en 101'7'-, en<
10'8, en 11*9, 411'0en 01h'
& s'expriment par bet, senbet, binent,
hehoJt,gebber & nebay.
! Le troisiéme avertillemenr,,
estqu'il n'en est pas de mesme derEnfUgne
que je mets sur les
Chiffres
, par ou je marque .les' »
noms des lieux & des Person. *"
nés celébres ) ny de celle que je
place dessous
, par où, je, les nombrans
, ou qui demeurent
en nature: Ces Enfei*
grnes fervent à mettre de la diveriité
entre des expressions
,
qui4
n'en auroient point sans cela; Su
par conlequent se doivent exprh
mer. Je marque donc celle que
jeplace furies Chiffres
, qui si.
gnificnt les noms des lieux& des
Personnes par la subalterne KT.
Et de cette forte t'i qnisignifie
rAJle; 11'1 qui finisse la chine-i:
& 111'1 qui signifie Canton prerniere
Province de la Chine, &c.
s'expriment par btkla
»
par bebe..
fra, ou beúKta
,
& par bibbew, b..
bcâuayQVL boj,e-ta. Et z/U}i qui
vous signifie s'exprime par febbebcdi
kla
, ou fcbojdexKtt. Et je
marque celle que je mets fous les
Chiffres,,qui signifient les nom
! bres nombrans par les fubalternes
Ki ou x ,
quîcfFla mesme
chose,&par kzj..fiçavoirla barre
droite des nombres Cardinaux
par x) & la courbe des Ordinaux
parkAinfi1quisignifiedeux
indéclinablej & lï qui le figni..
fie déclinable au nominatif pluriel,
s'ex primenr par [ex) & par
fixas. Et l'ï qui signifie deuxième
ou second substantif; & 211 qui
le signifient adicdif ,s'expriment
par /ÎK^4&par ftnzaa. Ileneft
de mesme de leurs Adverbes adjrdifs,
2,17 qui signifie doubleruent,
& 2 17quisignifie dltlxiémement
i ih s'expriment par PXAt
&/:K~. J'ay parlé de l'expression
de leurs autres Adverbes
dans la cinquième Règle.Quant
aux Verbes & aux Noms verb,
lux,qtlidériver desNoms numéraux,
on peut les exprimer comme
les autres dérivez; mais a l'égard
de leurs négatifs, & de ceux
qui signifient le retour de l'action,
il est plus à propos de suivre dans
la Langue
,
l'avis que j'ay donné
pour leur expression page 197,
& 298 du XX. Extraordinaire
, que la manierede les exprimer
par les auxiliaires, telle quelle
est marquée dans les pages
précédentes du mesmeLivre.
Le quatrième avertissement,
est que j'exprime pour la raison
précédente
,
les signes qui font
joints aux Enseignes, & qui donnent
à connoistre les degrez
d'augmentation, de diminution
& de comparaison. je marque •
ceux d'augmentation par ST 6C
SL , ceux de diminution par TS
&rz, ceux de comparaison en
, élevant parSK,& ceux decomparaison
enabaissantpar.TK.
Ainsi 104'1 & 104 11 qui signifient
Dieu & Divin, & que j'exprime
simplement par benga & benga,
commeiladéjaestédit, ont pour
augmentatifs 104;1 ,
& 104,1 qui
signifient grand Dieu
,
&. trèsgrand
Dieu, &104-11,& 104.11 quisignifient
fort Divin & tres Divin,
& que j'exprime par bengesta,
bengejht
,
bengestaa
,
& bengeslaa.
Ils ont pour diminutifs104?I &
104?I qui signifient petit Dieu ôC
trèspetit Vilu; & 104.11, & 104-11
qui signifient peu Divin& tres pet «
Divin; &que j'exprime par ben
gnfl) bengetza,bengetsaa& ben-
-
gflztZtl. Ils ont pour degrez de
comparaison en élevant 104 11^,
104-41 & 104-71 qui signifient
autant ou aufjl Divin, plus Divin,
&leplus Divin, & que j'exprime
par bengeskaa
,
bengeskaa
,
& bengeskea.
Etils ont enfin pour degrez
decomparaison en abaissant
104 11,104 41 &104-71 qui fignifient
dujji peu Divin,moins Divin&
lemoinsDivin,&quej'exprime
par bengetkaa,bengetKoa&
hengcKCtl. Neanmoins comme
j'employe simplement dans ma
premiere Ecriture 104-41 &
104-71 à exprimer les comparaifons
d'élevation plus Divin & le
plm Divin, il fera plusà propos
pour
pour l'abréviation de la Langue,
de ne point ajourer de subalternes
dans l'expression de ces deux
degrez
,
& de dire simplement
bengôa & bengea.
£ Le cinquièmeavertissement
estquej'exprime aussi les deux
points & la barre, que je mets
sur les Chiffres auxiliaires, pour
marquer le nombre pluriel de
tout ce quise décline, & de tout ce' qui se conjugue, avec cette
différence que j'employes. pour
le pluriel de la déclinaison
,
& l.
pour celuy de la conjuguaifon.
Ainsi 104'i
, ou 1041 qui signifientDieuxau
nominatif pluriel;
104*2 qui en signifient le génitif
des Dieuxj & 104*3 qui en signifient
le datifaux Dieux s'exprimentparbenvas,
benris&benrais.
«
Et 1041 ioï ou 1041.101 qui fignifienc
nomcréons;1041-101 qui fignifienc
vous créez,3 & 1041-10;
qui fignifienc ils créent s'expriment
par bengebaral,kengebaril,&-
bengebartyl.
Le fixiémc avertissement, regarde
les accents d'augmentation
, que je mets sur les Chiffres
primitifs pour accroistre le nombre
des expressions, & en fournir
les feaioos des estres les plus
abondantesj celuy que je place
sur les mesmestChiftres
, pour
marquer les feconds Verbes negatifs
; celay que j'employe sur
les Chiffres auxiliaires pour fignifier
le futur prochain,& le
futur éloigné de toutes fortes de
Verbes. Ces accents font detrois
façons pour l'augmentation des
expressions qui regardentle
estres
;
l'aigu, le grave & le cir-
-confléxei& je mefers des mefmes
fubalternesl &fpour expri.
mer les deux premiers, 6c encore
dé K pour sïgnifïer le troifiérné;
Ain(î,4é^7'i qui signifie dans
ma première Ecriture Ecuyers'ex.
prime par gepeteta, & 4647*1 qui
lignifie son augmentation, PaÜ-.
frinier se marque par gepegerela.
Il en, est de mesme de m'i qui
lignifie Canton' premiere Province
de la Chine, & qui s'exprime
yaiMbekta>6çdeIII'Iquifignifie-/
onaugmentation htnam dixième.
Province du mesme Etar,
&quisemarque par bebbektU.
Ces mots se peuvent abreger
,
Se
on peut dire gepgetela 6c boyktela.
yoHa.cwmc,s'exprimc.l'accenc
aigu d'augmentation, quand il se
trouve sur la derniere primitive;
&. on peut juger par luy
,
de la
maniéré d'exprimer le grave èc
le circonfléxe
,
quand ils se rencontrent
sur la mesme primitive;
& de tous trois lors qu'ils sont
placez sur la penultiéme ou sur
l'antépenultiéme,oùils setransportent
selon le besoin, sans qu'il
soit necessaire que j'en rapporte
des exemples. Quantat'accencaigu
qui marque les seconds Verbes
négatifs
,
je l'exprime par la,
subalternekl. Ainsi 1066-10 qui
signifie dans ma
premièrer,EcriJ
ture lesecondVerbepositif
faire,s'exprime par benpepar,
oui
Bcntppar, Et1066-10 qui y signifie
le second Verbe negatif red!.
faire s'exprime avec son accent
par beneppeklar. Ma premiere
pensée n'avoit pas esté d'exprimerdela
sorte ce second Verbe
négatif, ny mesme son positif
refaire; ny ceux encore dont l'un
& l'autredérivent, jeveux dire,
faire&défaire
, comme vous l'avez
pu remarquer dans ma Lettre
de vostreXVII. Extraordinaire
page 310 & suivantes. Je
projettois alors de distinguer ces
quatre sortes de Verbes, par la
diversité de leur premier Chiffre
primitif, tellement quesi 11110
avoitsignifié le premier positif
ou l'affirmatiffaire;211-10 auroit
exprimé le premiernégatif
dlfirt; 31110 le second positif
refaire, & 411-10 le second nega.
tif redéfaire. J'appelle aussi ces
deux derniers Verbes du nom de
rcfijts de retour d'action -, maisayant
reconnu dans la fuite que
cetusage pourroit apporter de la
confusion à d'autres expressions,
je le changay ,
& je transporta y
ladistinction de ces Verbes,de
leur premier Chiffre sur leur dernier
, en exprimant faire par
106410 défaire par 1065.Ío; &
refairepar 1066 10. Cechangement
le voir dans ma Lettre du
XX. Extraordinaire page 247.
avec la raison qui m'a fait recourir
à un accent pour l'expression
du second Verbe negatif; & si je
vous en entretiens icy;c'est pour
reparer l'omission quej'enay faite
là. A l'égard de l'accent encore
aigu, que jemetssur les Chiffres
auxiliaires pour marquer les divers
futurs des Verbes, lesquels
t;
font particuliers à ma premiere
Ecriture, je l'exprime encore différemment
de celuy que. j'employe
sur ses Chiffresprimitifs,
Sec'cft par la subalterne Ainsi
1-10 qui signifiele Verbetftrt,&.
qui s'exprime par bar, a pour son
futur ordinaire, futur indéfiny
1-104 qui signifiejeseray, &. qui
se marque par baro; & pour futurs
définis 1-104 qui signifieje
seray loll, & 1-104 qui signifieje
feraytardy & qui s'expriment avec
leur accent par batro & barto.
Cetteexpression de futurs sepeut
aussi étendre sur les préccrits,
puisqu'on peutdirejefustost, je
fta tard,j'ay esté tost, j'ayestétard&
autres semblables.
Le septiéme & dernier aver.
tissement, est d'observer que
quand un Caractère a deux accents
, comme l'auroit le futur
du Verbe redéfaire,on doitsedispenser
de l'expression du second,
si le mot qui en réfulre a une
longueur desagreable, & employer
la phrase
, au lieu du mot
simple.
Apres ces avertissecmens qui
font mes secondes Régles, il
reste quelquesréflexionsà faire.
La premiere, que l'expression
des Enseignes ou seules, ou accompagnées
de Signes, s'infere
toujours entre les expressions des
Chiffres primitifs
,
& des auxiliaires.
La seconde, que l'expression
des accents & des points
ne se place qu'après celle du
Chiffre primitif ou de l'auxiliaire
,
sur Lequel ils font marquer
Latroisiéme
, que mes subalternes
doubles ne répondent qu'à
un Signe, de mesme que mes
Diphtongues auxiliaires faisant
cette fonction, ne répondent
qu'à un Chiffre. La quatrième,
quenon feulement éfait l'office
,' de nullej mais K &.Taussi, aux
endroits que j'ayrapportez, &
qu'ainsiestant auxiliaire, & ces
subalternes me servant à exprimer
des accents d'augmentation,
ces trois Lettres ont double employ.
La cinquième ; que leurs
compagnes eû & oy, 7 &ffont de
mesme employées doublemenr.
Les premieres
, comme auxiliaires
& comme suppleantes
;
&les.
autres àl'expression des pluriels,
&àcelle desaccents. Etlafixié.
me, que les subalternes doubles,
KK,/I,.If, tt,Ik, Is, lt, &tla
contraires des subalternes fimn
ples n'ont aucun employ dans
cette premiere Langue.L,en
arusesi uzn tbroisiieemenq-uervooussvte.r
Je ne vous ay presque encoroi
rien ditde la nulles.Ilest rempjq
de vous expliquer son usage ;jot
l'insere parmy mes Lerrres auxi..;:
Jiairesàmefmefin que ma nulltl
e parmy mes primitives
,
je veuaxi
dire pour leur liaÏÍon, & pour
leur adoucissement, & de plusi
comme j'employe e élu unis en--j
semble dans la Diphtongue eû
pour suppleante simple
, &,,
pour suppleante double
, encres
ces primitives, fin de diminuer
dans les mots le nombre des Sy1-
labes,Remployé encore à mesmes
intention l & z. unis ou separez,
entre ces auxiliaires; mais seule,
ment pour suppleantesimple, la
double nem'estant pas necessaire.
Ainsi au lieu d'écrire & de
prononcer simplement benga.
quisignifie Divin
,
6cfaa qui signifie
savois
,
faaiqui signifieTu
aveis ; faaay qui signifieilavoit;
&fitaaay qui signifie onavoit, j'écris
& je dis bengA&a fitza,flizi,
falzay 6c ftlzallY ou falazay. Le
toutde la maniere qu'on trouvera
la plus propre à lier le mot, &
à luy oster sa rudesse. Surquoy
il fautobserver que l'employ de
Suppléante entre les auxiliaires
appartient à la subalterne 1 6c
non pasaz, mais que pour avoir
cet employ
,
elle doit estre suiviedu
z immediatement, ou bien feparée
de luy seulement par une,
auxiliaire: Et on ne doit pas
craindre que l'usage de ces nulles
& de ces subalternes simples ou
doubles, cause aucune équivoque
dans cette Langue, il n'y en
arriveroit pas mesmes quand
bien on en écriroit tous les mots
sans distance, on les diftingueroit
encore plus aisément queles Caraéteres
dont ils résultent
,
i smesmesçavoir
leur signification,
pourveu qu'on priftbien garde à
mes Régies.
Voila,Monsieur, l'expression
litterale de la premiere de mes
Ecritures universelles,& dequoy
former, une Langue de mesme
étenduë, demesmeclarté, 6cde
mesme abondance qu'elle. Il ne
mereste qu'àen donnerun petit
échantillon, comme j'ay fait à la
fin de chacune de ces Ecritures;
& je me ferviray du mesme exemple
que j'ay employé.Vous sçavezqu'il
consiste en ce début du
Texte Sacré. Dans le commencement
Bien créa le Ciel & la Terre.
Je n'ay que faire d'en rapporter
les Caractères numéraux, vous
les pouvez voir dans le XX. Extraordinaire
page 284.Voicy
les motsqui en résultent boyt du
benembebru bengabengebalzuô de
fenbi,beûtdosembo.
Je pourrois joindre au dérail de
cette premiere Langue universelle,
celuy de la seconde, & ce que
j'ay encore à vous dire de l'une M
de l'autrecommeje l'avois projetté
à la fin de ma derniere Lettre
, mais je croy qu'il est plus à
propos de finir celle-cy
,
elle me
paroist assez longue, & mesme
trop pour un petit Livre où taoDI
de beaux Ouvrages demandent
place. Agréez doncquejeremette
l'accomplissementdumienà vôtre
Extraordinaire du 15.de Janvier
, & faites moy toujours Jass
grâcede me croire, MOPÍieur'
vostre,&c.
DE VlINNJS P&AÏÏCV.,
- d'une premiere Langue
Universelle. ..,
vA Fau-Cleranton, le 8. d'Aoust1685. Oussçavez,Monsieur,qui-••
prés que les Apostres eurent
receu du saine Es prit,le don
des Langues, ils estoient entendus
des gens de divers Pays, bien
que ces gens ne s'entendissent pas
encre eux, mais qu'il n'est pas décidé
si les Apostres parloient en
même temps toutes fortes de
Langues; ou bien s'ils n'en parloientqu'unefeulequi
fust entenduë
de tous. Il me semble plus
plausible de croire qu'ils.partaient
une Langue Universelle,quietoit
comme la Langue de la Nature
humaine dans tous ses mots,com_
me elle l'est de la douleur dans le,
mot bon bon prononcé lentement,
& de la joye dans le mot hi hi hi,
prononcé viste & qu'il leur étoit
ainsi facile de se rendre inrelhgL.
bles à tous les hommes.
Une telle Langue, qui fut, sans
doute, celle de nostre premier
Pere
,
estoit bien plus propre
toucher l'esprit & le coeur, que
taures les autres Langues; & n'aida
peut-estre pas peu le Serpent
à persuader ce qu'il voulutànôtre
premiere Mère; &: puisque
Dieu a favorisë tous les Animaux,
d'une langue de cette forte, propre
à se faire entendre de leurs
petits & de leurs semblables,
pourquoy ne croirions nous pas
qu'il en donna une de mesmeà
l'Homme,qui est la principale
de ses creatures?
Cela mesemble horsdedoute;
mais la corruption du peché yapporta
bien-tost du changement,
de mesme qu'à tous les autres a.
vantages qui avoient esté faits à
Adam avant sa chute; & comme
les Rivieres sont moins pures &
moins claires, à mesure qu'elles
s'éloignent de leurs sources;cette
langue dégénéra de sa pureté ôc
de sa force à mesure que les hommes
se répandirent sur la Terre,
&s'éloignerent du temps de leur
création,de de l'innocence qui
l'avoit accompagnée ; &. elle devint,
pour ainsi dire, un patois, * dont on tient que nous avons les
restes dans la langue Hebraïque.
Ce n'en:pas qu'on ne puisse
croire que la petite Famille que
Dieu sauvadu Deluge, la parloit
encore assez bien, & que cet avantage
dura mesme jusqu'à la
construction de laTour de Babelj,-
mais depuis ce temps-Ià,cctte langue
qui prit, à ce qu'on dit, le
nom d'Hebraique de la Famille
; d'Heber où elle demeura, receut
de la colere de Dieu, je ne sçay
combien de compagnes ou defiI
les, qui la gâtèrent par le commerce
qu'elles eurent ensemble,.
& elle a commenté si tard à paroistre
dans les premiers Livres
que nous en avons,qu'on peut
dire qu'elle avoirdèja éprouvéce
queletemps & le peché peuvent
sur toutes choies.
Les.nomsqu'Adami-niofa aux
Animaux, cflotent leurs noms pro-
!ru) ditleTextesacré; & comme
nous ne voyons point que les-
Animaux viennent aux noms que
Moyseleur donne, quand nous
les employons, il y a lieu de croire
qu'il ne se servit pas de ces noms
naturels quenostre premierPere
leurimposa
; parce que les causes
que je viens de rapporter, lesavoient
corrompus, ou tout à fait
changez, dans le temps que ce
Prophete écrivit.
Une langue si parfaite eftoir un
grand bien dans le monde, &son
patois mesme n'en estoit pas un
petit, car quel embarras n'est-ce
point, que cette diversitéinutile
de mots & de prononciations, qui
rendles Nations, comme sourdes
les unes pour les autres; &qui
fait tant perdre de temps aux curitufes
pour entendre leurs voifines
> Et quel moyen de reparer
jamais ce mal 6c cet embarras?
Il est vray qu'ilpourroitcesser
par uneconqueste qui foûmift
toutes les Nations à un mesme
Prince,& par une Defense abfo,¿
luë & redoutable de ce grand
Conquérant, d'apprendreaux
Enfans une autre langue que la
sienne; mais comme les Alexandres
font rares, & que si ce
bonheur n'éclate dans nostre siecle,
il arrivera difficilement dans
un autre, personne n'ayantjamais
esté si propre aux grandes choses
que LE GRAND Louis nostre
Auguste Monarque, je vais en
attendant vous en proposer,
Monsieur , une ou deux de ma
façon,quejenetrouve pas moins
propres à estre renduës universellesque
les Ecritures dont je
vous ay entretenu par mes Lettres
precedentes.
Avant néanmoins que d'en ve.
nir là, ilne fera pas hors de pro.
pos, ce me semble, que je vous
parle d'une Langue parciculiere,
qui a fait l'eronnement de ce
Pays, & qui en fait encore l'admiration
lorsqu'on y reflechit,en T^icyl'Histoire.
Maitre Guillaume Bellenden,
fameux Avocat au ParlemênFÏÏé
Paris, qui a comporé de sçavans
Livres unentr'autres de lure Re-
¡if) ,-& fêtcfiAtumy & qui estoit
:Agn. du Roy d'Angleterre en
France, 8< qui en a laisse un à
imprimer- De HierarchiaEcclesia-
',stica, ayant amassé du bien, &se
voyant sur l'âge & sans Enfans,
rfit venir d'Ecosse qui estoit son
pays un Neveu qu'il avoit de
mesmenom, &demesmesurnom
que luy , pour l'instituer son Hé- -
ritier
,,
& pourle marier ; mais ce
Naveu estant arrivè en France,
[TIC feconda pasles intentions de;
ÉaeïDncle,à l'égarddumariage*
Il se sentoit de la vocationpour
IJEgIife, il alla bien-tost aprés à
Rome, y étudia en Theologie, 6c
s'y fit Prestre. A son retour à
Paris, il trouva son Oncle mort,
& sa successiondispersée, la plus
grande partie au profit des Hôpitaux.
Il estoit homme de pieté,
il s'en consola, & dans la suite
du temps, son merite le fit
choisir par M. Zamet Evesque
de Langres, pour estre son Confesseur
& son Aumônier. Il fut
quinzeannéesdans ces fonctions
auprésde ce Sage Prélat ; a prés
quoy la mort en estant arrivée,
ilseretira dans une Cure qu'ilen
avoitreceuë,avec quelques Chapelles.
Cette Cure qu'il desservit
pendant 25ans est ma Paroisse,
ainsi cér bonnetteEcclesiastique
m'estoitfortconnu.
C'étoit
C'estoit un homme d'une raille
médiocre & droite, d'une
complexion forte, & d'un ceint
plein de feu, qui marquoit l'ardeur
de son esprit, & la promptitude
de son humeur. Il avoit du
bon sens, outre l'étude; la conversation
agréable, & les inclinations
portées au bien. Il estoit
tel en 1670. & il tomba malade
cette année là
, au mois de Septembre
,estant alors âgé de 77.
ans. Cette maladie fut une Fiévre
qui luy dura prés de trois
mois, & qui fut accompagnée
dés son commencement, d'une
Paralisie sur la langue, qui le fit
begayer encore quelques jours
après la guérison de la Fiévre;
en forte qu'on ne le pouvoit entendre.
La Paralisie estant pasfée,
il parla fort distictement;
mais voicy la merveille. C'est
qu'au lieu de parler sa Langue
ordinaire, qui estoit la nostre;ou
bien l'Ecossoide,qui estoit celle de
son Pays; ou la Latine qu'il sçavoit,
ou la Grecque, ou l'Hebraïque,
dont il avoit quelques
teintures, il parla une Langue
inconnuë àtout le monde. On
entendoit bien les mors qu'il prononçoit
,
& je me souviens que
dans une conversation que j'eus
avec luy, aux Festes de Pasques
de l'an 1671. où je feignois de
l'entendre, & où je répondois
par conjectures à sa pensée
, autant
à propos qu'il m'estoit possible,
ilrepetoit quelquesfois ces
mots paginé, maginé, prius;mais
je n'y concevois rien, non plus
qu'aux autres qu'il proferoit
,
il
entendoit bien ce qu'on luy difoit,
& il ne disoit rien qu'on pust
entendre. Ce quiestdeparticulier,
c'est que Monsieur Ramezet
son Neveu, aussi Ecossois,
Theologien, & Prestre fait à
Rome commeluy, à qui ilavoit
resigné sa Cure,quelques années
avant sa maladie, l'ayant prié de
mettre par écrit quelque chose
qu'il vouloit sçavoirde luy
,
dans
l'esperance qu'il écriroit autrement
qu'il ne parloit, M. Bellenden
prit la Plume, & écrivit quatre
ou cinq lignes d'une maniere
fort lisible
; puis presentant son
Ecriture à son Neveu, avec un
geste qui témoignoit beaucoup
plus que les paroles dont il l'accompagna
,
qu'il avoit fait ce
qu'il desiroitde luy
; M. Ramezet
prit ce Papier avec joye, 8c
fut bien étonné de n'y trouver
que ce mesme langagequ'il ne
pouvoit entendre, & de se voir
aussi peu avancé qu'auparavant.
Ce qui me semble encore plus
surprenant que cela, c'est que
M. Bellenden qui ne disoit plus
laMesse, ne manquoit point d'y
assister; & se mettantau Lutrin,
chantoit avec les Chantres les
Airs de l'Eglise, & ne prononçoit
pourtant aucune des paroles ordinaires
; mais toujours ses paro.
les inconnuës. Son Neveu averty
de cette singularité dont quelques-
uns avoient ry & raillé,
obligea le bon homme à prendre
depuis ce temps là une autre
place dans l'Eglise
,
& l'invita à
prier Dieu tout bas. Ilfitl'un&
l'autre sansresistance.Ilenestoit
de mesme
,
lors que l'envie le prenoit
de dire son Breviaire; on le
voyoit bien lire, & onl'entendoit
bien prononcer; mais rien
de ce qui estoit écrit dans son Livre.
L'adresse que son Neveu
employa pour le faire confesser,
quand après huit ou neuf mois de
santé, il le vit attaqué d'une nouvelleFiévre
,
fut demander son
Confesseur ordinaire, & de luy
faire dire par ce Confesseur qu'il
n'entendoit point son langage,
qu'ill'interrogeroit, & qu'il luy
pressastlamain lors qu'il se fenriroit
coupable du peché dont il
luy parleroit,& la luy pressast pluheurs
fois quand il y auroit plusieurs
rechutes; moyennant quoy
il luy donneroit l'Absolution.
Celafut executé, & dés le lendemain
le bon homme prit son
Neveu par la main, le mena à l'EgIifc,,& luy montra leTabernacle
, pour luy témoigner qu'il
desiroit de recevoir le Viatique;
puis estant de retour à sa Maison,
il s'étendit sur son lit en joignant
,
les mains, pour marquer la mesme
intention. Son Confesseur
fut mandé, il revint, & M. Bellenden
ayant pris de son propre
mouvement du linge blanc, &
ses Habits longs, vint oüir la
Messe, communia avec grande
devotion, & versamesme des larmes.
Il mourut quinzejours après
ces Actions de pleine connoissance,
parlant peu;mais parlant tou-
- jours son mesme langage inconnu,
quand la necessité l'obligeoit
de parler. Un incendie qui arriva
au Village six ans après sa
mort ,
&qui consuma une partie
de la Maison & des Livres de son
Neveu, brûla aussi le Billet qu'il
avoit écrit; ce quime sembleune
grande perte pour lesCurieux,qui
auroientpu travaillersur sa ledu.
re, à reconnoistre quel langage
parla M. Bellenden, depuislafin
desapremieremaladie,jusqu'à sa
mort, c'est à dire pendant huit ou
neuf mois. Il disoitassez souvent
Subgenenemé Goguené prius quiapri
la magnus, à ce que j'ay sceu d'un
homme qui le servoit; & quand
il rencontroit un de ses Paroissiens,
nommé Prieur, qui l'avoit
flatté de quelque esperance qui
ne luy déplaisoit pas, illuy disoit
Ancnu prius. Voila ce que mon
peu de sejour au Pays, m'a pu apprendre
des circonstancesdecette
Histoire qui me sembleassez curieuse.
Ce que j'y puis ajouter
,
c'est
qu'il estseur queM.Bellenden ne
parloit pas la Langue Hebraïque
ordinaire,je m'en serois apperceu
à la conversationque j'eus
avec luy, lx. M. son Neveu auili
qui avoit quelque teinture de cette
Langue. Ce n'estoit pas non
plus la Languenaturelle dJ-Adanl,
dont je viens de parler, elle auroitestéintelligible.
Quece furt:
la Langue Phrigienne, la plus
ancienne du monde selon l'épreuve
de Psammetiques Roy
d'Egypte,rapportée dans Herodote,
on ne peut pas le dire, parce
qu'il n'employa jamais le mot
de Becos ,
à demander du pain,
oud'autreschosesàmanger. Ce
que je m'en persuade
,
c'est que
cette Langue luy estoit particuliere;
& je jugede là, malgré l'épreuve
de Psammetiques, que
si mille Enfans estoient nourris
par autant de Personnes muettes,
ils parleroient tous des Langues
aussi differentes
, que seroient
leurs voix, leurs visages, leurs
complexions, & leurs esprits. La
Mothe leVayersoûtient qu'ils
seroienttous muets, parce qu'il
ne fort aucune parole de la bouche
, qui ne foit entrée par l'oreille
,
surquoy il cite l'exemple
des Sourds de naissance dont aucun
ne parle, & il allégue que
les Enfans de l'épreuve de Psammetiques,
avoient sans doute oüy
la voix de quelque Chevre qui
crioit Bayhe, d'où ils avoient appris
à dire Becos,qui se trouva par
hazardeftre une parole Phrigienne;
mais pour moy ,
jecroyque
la Langueestfaite pour parler,
aussi bien que les yeux pour voir
& que les oreilles pour entendre,
& que si les Sourds de naissance
font muets, c'est que l'empefchement
qu'ils ont à l'oreille, s'étend
jusqu'à la Langue, & qu'on ne
peur oster l'un sans l'autre. Vous
pouvez, Monsieur, proposer
cette Question aux Curieux pour
l'examiner plus à fonds, & pour
en avoir leurs sentimens ; comme
aussi les prier, de dire ce qu'ils
pensent de cette maladie, qui
ayant fait oublier à son Malade
sa Langue ordinaire, où l'empeichaut
de la parier, luy donne
-en échange l'usage d'une langue
nouvelle & inconnue.
J'aylu dans des Mémoires d'un
demes Ancestres, qui a vescu la
grande Climacerique, queNicolasde
Vienne son Trisayeul, mort
& enterré àLigny, dont il estoit
Gouverneur en 1474. âgé de jo.
ans ,
sélon Con Epitaphe , après
avoir receu du Ciel une mémoire
si heureuse, uneimaginarion si vive
,
&,tant d'adresse naturelle,,
qu'ayant eu des Maistres en toutes
fortes d'exercices d'efprir &
de corps, il sçavoit à l'âge de 21
anvtout ce-q¡n'on peut sçavoir, &
faisoit tout ce qu'on peut faire:
tomba malade à 21 ans d'une fiè-
-vre chaude, & puis d'une parali- surla langue, donrles effets
furentsiétranges, qu'il en perdit
le souvenir de tout ce qu'il avoic
jamais appris, enforte qu'illuyi
fallut même ra pprendre à parler,
à lire &à écrire, comme on l'apprend
aux Enfans, à quoy il eut
bien de la peine à parvenir. Et j'ay
veu un nomméJean Guenot,Fermier
d'une Terre de mon Voisinage,
où il y avoit ces années
passées une Cristallerie
,
à qui la
nesmechose estoit arrivée à l'âge
d-j 30 ans; mais ny l'un,ny l'autre
ne partaient point du tout après
leurs maladies, bien loinde parler
avec facilité & distinction une
langue inconnuecomme mon defunt
Curé. Les Curieuxde la Médecine
ou de l'Histoire, pourront
encore m'éclaircir par vostre entremise,
s'il y ades exemples d'une
pareille avanture,où vous, Monteur,
qui n'ignorez rien, pourrez
m'en instruire sans leur secours, si
peu que vous ayez de complaisance
pour mes desirs.
Il faut presentement queje vous
avoue
,
qu'encore bien que j'aye
conceu l'Ecritureuniverselle avant
la langue
,
celle-cy a fait la
loy
,
& donne la regle à l'autre;
& que si je n'avois imaginé la langue,
j'aurois apparemment disposé
l'Ecriture d'une autre maniere,
car enfin il m'estoit d'abord venu
dans la pensée d'employer dans
l'Ecriture, le moins d'enseignes Se
de signes qu'il me feroit possible;
3e à cet effet de distinguer le nombre
pluriel des Noms & des Verbes
, par des chiffresdifferens
de ceux du nombre singulier; Se
de marquer meime, par des chiffres
aussi, le genre des Noms dont
j'ay lailré l'expression à la Nature.
Chaque Nom substantif simple
auroit eu trois chiffres pour la fignificarion
de ses variarions; chaque
Nomadjeâlf,&chaquenoni
de diminution, d'augmentation &
de comparaison,en auroit eu quatre;
& chaque Verbe, cinq. III
par exemple, auroit exprimé le
nom au masculin
, par ion premier
chiffrej au nombre singulier,
par son deuxiéme
; &au nominatif
par son troisiéme. 223 l'auroic
lignifié au feminin
, par son premier
chissre; au pluriel,ou au
duel par son fécondj & au datif,
par son dernier.316 l'auroit donné
à connoistre au neutre, ou
au commun , par son premier
chiffre; au singulier, par ion lecond;
& à l'ablatif par Ton troisiéme.
Et aioli j'aurois pû donner
aux noms simples, si je l'a.
vois voulu, plus de trois genres,
plus de deux nombres, & plus de
six cas, le tout sans aucune confusion.
Quant aux autres noms, j'aurois ajoûté ud chiffre,. aux
trois que je viens de marquer;Se
ce chiffre qui auroit précédéles
autres, auroit exprimé l'adjeâif
par un zero; le premier diminutif
par i ;
le fecond par 2j le premier
augmentatif par.?; le fecond
par4-,lenomd'égalité,aussi, autant
, ny plus ny moins, par f; le
comparatifplus, par 6; le comparatif
moins par 7 ; le superlatif le
plus par 1; & le superlatiflemoins
par pi & j'aurois ainsi marqué
tous les degrez dont le nom est
susceptible. A l'égard des verbes,
mi ,auroit signifîé le verbe à l'actif
par ion premier chiffre
; à
l'indicatif par son fecond ;au present
par son troisiéme; au singulier
par son quarriéme, & à la pre.
miere personne par son cinquié.
me. 24323 l'auroit exprimé au paffifpar
son premier chirrre,au fubjondif
par son deuxième ; au futur
par son troifiénle; au pluriel
par son quatrièmej & à la troisiéme
personne par son dernier; Se
j'aurois augmenté aussi toutes les
fortesde variations du verbe, autant
qu'il m'auroit plu, & sans aucun
embarras
, pourveu que je
n'eusse pas poussé l'expression de
chacune, plus loin que le zero,&
les neuf càiJfreSjOu nombres;simpies.
Cette methode auroit elle
claire, exacte) & d'un facile dénieflement
i mais dés que j'eus
conceu le grand fecretde la Lan.
gueuniverselle, ilme fallut pren1
dre d'autres mesures, &. renon..
cer à cettebelle methode pour en'
chercher une plus commode à
l'expression de cette langue. II ne
fera pas inutile que je vous apprenne
la maniéré dont elle me
vint dans l'esprit.Lavoicy.
Lors que j'eus ébauché le premier
Plan de l'Ecriture, il me
sembla d'abord qu'il y manquoit
quelquechofe àsa perfeébon;c'é
toit d'estre lisible, car le moyen,
àssois.je en moy mesme') de lire
ce qui n'est pas composéde leu
rres,puis quecefont elles qui forment:
les sillabes & les mots, Ct}:
manquement me cboquoit, mais
je m'en confolay bien tost, en jugeant
mesme pour me flater, que
cette indépendance des lettres,
estoit un grand avantage à cette
Ecriture, veu qu'elle ne laiflcic
pas d'exprimer toutes choses; &
que c'estoit la veritable Ecriture
de l'esprit, puis qu'elle signifioit
immédiatement, tout ce qu'il estoit
capable de concevoir. Néanmoins
je remarquay ensuite qu'-
on la pouvoit lire, en disant par
exemple cent quatre pour signifier
Dieu, quej'exprimepar194,dans
mon premier Dictionnaire,en disant
mille trente-quatre pour signifier
cennoitre. Et disantmille trente-
quatre cent quatre, pour exprimer
cotoneifireDieu. Maisconfideranr
aussi tost l'embarras de ces
expressions, dans la pluraliré des
mots que j'employoisàn'ensignifier
qu'un; ôc dans leurs équivoques
à ne sçavoir par exemple si
mille trente quatre qu'on entendroit
prononcer, feroient trois
mots, ou deux, ou un seul,je connus
que cette façon de lire estoit
mal propre à estre mise en usage ;
& presque impossible, lors qu'on
passeroit del'expressïon des nombres
primitifs, à celle des auxiliaires;
& qued'ailleurs, quand bien
elleseroit facile& commode, elle
ne seroit pas universelle comme
l'Ecriture, parce quechaque Nation
donne des noms differens à
ses chiffres, ôc aux nombres qui
s'en forment.
L'éloignement de cette pensée
fit place à une autre; & l'usage
des Hebreux & des Grecs, qui
employent leurs lettres à figurer
leursnombres,mefit songer qu'au
lieu de substituer des mots aux
chiffres, il n'y falloir substituer
que des lettres; & qu'ainsi il ne
resulteroit qu'un mot pour chaque
nombre composé de plusieurs
chiffres; que ces mots feroienc
differenssuivant la diverse combinaison
de ces chiffres; & qu'alors
mon écriture feroit lisiblepar
elle-mesme, sans superfluité Se
sans équivoque; & se liroitencore
d'une mesme façon,par toutes
les Nations.
Sur cette idée,je passay de la
speculation à la pratique;& après
avoir donné à chaque chiffre,telle
signification de lettres que je jugeay
à proposée trouvay en effet
qu'il s'en formoit non seulement
une écritureaisée à lire&àconcevoir,
mais encore une langue claire
&. distincte, tout aussi propre à
estre renduë universelle,que l'Ecriture
mesme.
Uefl difficile d'atteindre d'abord
à la perfection des choses, il me
salut faire plusieurs Alphabets,
avant que de me déterminer dans
leur choix; & lors que je me
vis en possession de deux Ecritures
au lieu d'une, il fallut encore
changer quelque chose à ces Alphabets
pour les accommoder à
ces, Ecritures; mais enfin voicy
quels ils font pour l'une & pour
l'autre
,
d'où vous pouvez juger
que comme ces Ecrirures font diverses
dans leurs dispositions
,
il
ne se peut que les Langues qui en
resultent ne soient différentes
dans leurs mots ,&qu'ainsi au
lieu d'une que j'ay proposée jusqu'à
ce jour,je ne vous en donne
aussideux.
J'ay divisé les Chiffres en primitifs,
&enauxiliaires, à quoy
j'ay ajouté des enseignes, des accents
,& quelques points; & de
tout cela j'ay formé mes Caracteres.
Voulant les changer en
paroles
,
je fais répondre, aux
Chiffres primitifs
1, 2,3,4,5,6,7,3,9,0.
Les Lettres b,f, d, g,tll,p, c,j, v,ti,
que j'appelle aussi Lettres primitives.
Aux Chiffres auxiliaires
Il Il3, 4)y, 63 7,8,9,0,
les Lettres
a,i,ay,o,u,ou,é, eu,oy,r,
que je nomme aussi Lettres auxiliaires.
Et aux enseignes
, aux points
& auxaccents les Lettres simples
ic,1,f,C.
Et leurs Combinaisons ou Lettres
doubles-
KK,KL,KS,KT.LK,LL,LS,LT.
SK,SL,SS,ST. TK,TL,TS,TT.
Et encore kz, LZ, TZ. que je
nomme Lettres subalternes, pour
lesdistinguer des précedentes qui
sont les Lettres principales. Il
feroit à souhaiter que les subalternes
doubles s'exprimassent par
des figures simples; comme ks
s'ex prime par x.
Quanta z, il ne répond ny à
Chiffreny Signe, lors qu'il n'èst
pasuny à une autre Consone, ce
qui meluy fait donner en cet état
le nom denulle.Quelques autres
Lettres prennent aulIi ce nom,
suivant les endroits où elles se
trouvent; & d'autres portent
quelquesfoisceluy de /ùp,!eantu..,
parce qu'elles sont substituéesen
la place de leurs Compagnes. Cela
s'expliquera dansla fuite. *
Pour les Diphtongues ei ,eiU
au, &, pour la Lettre double qu
ouq, je ne juge pas à propos de
m'en servir, àcause qu'elleséquivoquent
avec é,o,&k.
A la vérité i, employe l'y Grec;
mais c'estseulement dans l'expression
des Diphtongues ay &
cy; &je marque les deux autres
ou&eti parunrenvoy ,ainsioû;eû,
afin de lesdistinguer des Voyelles
qui les forment, lors que ces
Voyelles ne sont quecontiguës.
Cét
CérJ Grec, 6c ce figne de liaison
montrent que chacune de
ces quatre Diphtongues, n'a de
rapport qu'à un seulChiffre. Il
seroitmieux de ne les exprimer
que parune feule Figure, comme
nous exprimonsay par e) mais ce
feroit trop d'innovation à l'égard
des autres.
Il en fera de mesme de la demie
lettre ou aspirationh , comme
de l'r Grec.Elle ne répondra
qu'au
Chiffre
de la Consone,àlaquelle
on la joindra, si on la veut
exprimer;mais il fera mieux de la
sousentendre, pour ne pas augmenter
inutilement l'Ecriture. Il
feroit inutile aussi de l'employer
après p ,
puis que ph ne fait rien
entendre de plus quef Quant à
la prononciation des mots de ces
nouvelles Langues, elle doit estre
exacte,& ne rien perdre des
Lettres qui les composent,&il
faut sur tout distinguer clairement
ces lettres les unesdes autres
, afin de connoistre avec facilité
le rapport qu'elles ont avec
les Chiffres & avec les signes.
Il fera libre à la verité de prononcer
gn , comme dans le mot
François regne , ou comme dans
le mot Latin regnum; 6c ll comme
dans le mot mille, ou dans le
rnotflmillr,\11ais on prononcerag
suivy de Voyelle,ou de Diphtongue
,
d'un ton ferme
, comme
dans ga, go, gu ; & par consequent
ge, gi, comme s'ils estoient
écrits ghe
,
ghi, afin de les empefcherd'équivoqueravecje,
ji,
Il en fera de mesme de t, il se prononcera
comme dans ta, to, tu, &
par consequent ti, comme s'il
estoit écrittbi, pour le distinguer
de Ji.
Pourc, on le prononcera par
th., afin qu'on ne le confonde pas
avec K ,
dans Ka ,
Ko
,
Ku ,
&
avec s,dans ce, ci; & l'on prendra
garde à ne le point mettre à
la fin d'uneSyllabe, parce qu'il y
équivoqueroitencoreavec K. On
fera la mesme observation pour
ma nulle
, que l'oreille ne déîmfkroit
point d'avec s ,
si une
Syllabe en estoit terminée.
A l'égard de b, il fera prononcé
differemment d'v eOlJflne, 6c
on distinguera de mesme u voyelle,
de la Diphtongue ou. Jesçay
bien que cette premiere diversité
de prononciation fera de la peine
aux Gascons,& quela seconde
encauseraau Italiens k aux Espagnols
; mais pourquoy confondent,
ils ce qui doit estre distingué?
Enfinpn donnera à chaque
Lettre, un son qui n'aie rien de
commun ave lesautres, afind'éviter
les équivoques qui se pourroient
glisser dans l'Ecriture numeralie
lors qu'on viendroit à
écrire en Chiffres les mots de l'une
ou de l'autre Langue.
Vous jugez bien de là, Monsieur
, que chaque Langue aura
deux forres d'écritures, la numerale
qui est composée de Chiffres
ou de nombres;& la litteralequi
seformeavec les Lettres de l'Alphabet,&:
dont chaque Nation
pourra se servir en son particulier,
pour s'exercer,& pours'instruire
plus commodement dans
la Langue universelle.Cette Lan..
gue fera contraire en cela à l'Hebraïque
Se à la Grecque,parce
que n'employant que les mesmes
Caractères à exprimer leurs Lettres
Scieurs Chiffres, elles n'ont
qu'une Ecriture pour ces deux
choses, mais il ne tiendra qu'aux
Nations de reduire les deux à
une, en quittant leurs Ecritures
parciculieres pour la générale.
Je ne doute point que vous ne
soyez dans .l'impatience de sçavoir
de quelle maniéré je me
prends pour prononcer mes Lettres
primitives, puisque je ne les
exprime que par des Consones,
Je me fers pour cela de lademie
Voyelle quela naturemettou.
jours dans nostre prononciation,
lors qu'il y a deux Consones con-'
secutives, de difficile union dans
unemeime Syllabe, que j'ay dit
dans la Grammaire Universelle,
devoir estre marquée feule après,
chaque Conson, pour en apprendre
plus aisément la prononciation
; & qui est le fçcva Ólf.
fihcvll des Hebreux; si perceptible
aux oreilles fines par tout ou
il est inséré par.la nature, & si
remarquable aux moins déHcars:
dans les mots de blâmer, drapper.
fpcttacleySL autres semblables,puis
quelles entendent bien qu'ils se
prononcent comme s'ils estotent
écrits de cette forte belamer
,
tU":
rapper ,
J'infère donc
cet e féminin entre routes mes
Consones primitives, lcfts qu'elles
font disposées de la maniéré
que je viens de dire, le considerant
comme leur lien naturel; &
je l'exprime mesme afin de re.,
gler les Syllabes, & ne pas faire
de peine au Lecteur qui ne seroit
pas accoustumé, comme les Allemans,
à voir de fuite dans irn
mot plusieurs Consones peuaecordantes.
Je laisse mesme encore-
la liberté de le prononcer
en e masculin,aux endroits ou
l'on jugera que cette prononciation
aura plus de grace que la
feminine; & bien que j'emploie
céré masculin pour exprimer le
Chiffre7.lorsqu'il est auxiliaire,
il n'en faut pas craindre d'équivoques,
comme vous le connoistrez
parlesRégies qui fuivent.
Régies a observer dans le changent
de la premiere Ecriture
numerale en Litterale. LA premiere Régie est quV
masculin ou féminin, place
seul entre deux primitives, doic
toujours estre consideré comme
une nulle
,
c'est à dire, comme ne
répondant à Chiffre ny à signe
ainsi que je l'ay déja explique.
Voulant donc changer en Lettres
104. & III. Chiffres primitifs
de mon premier Dictionnaire,
qui ftgninenc Dieu& Faux-Dieu,
au lieu d'écrirebng,&bbb,j'écris
h(n(%& bebeb;mais sije veuxehanger
en deux mots ma premiere
Langue, 1.'14'(. & 111'1) Caractercs
aussi ae ma premiere Ecriturequilignifientau
nominatif ces
mesmes paroles Dieu & Faux.
Dieti, au lieu d'écrire benega &
bebeba,j'abrege &j'écris benga &
bebba.
La sécondé Régie en: que
quand un Caractere a deux, trois,
quatre ou cinq Chiffres primitifs
de mesme façon, on en peut
exprimer un par la Diphtongue
eâ,, & deux par la Diphtongue
oy.
o
Ainsi n 31. qui: signifie
Divinité, Dieu ou DlcJfl, dans m&
premiere Ecriture, & quise change
en bebeda ou bebda
,
selon la
Régle precedenre, se peur exprimer
par beuda. III'I. quin~nin~
Vaux-Dieu
,
& qui se tourne de
mesmeenbebedaou hebba, la comme esté dit, se peur exprimer par
beuba. un'i qui lignine le CielPcredes
Dieux,&qui se transforme
en bebbeba. ou bebebba, se peut ou
plûtost se doit exprimer par beubbitouboybt;
Et qui lignifie
Imposteur, & qui se marque par
bebbebeba ou bebbebba
,
se doit exprimer
par beubebba, ou plutost
par boybba. J'appelle ces Diphtongues
qui font substiruées çJe
laforte,àla place des Consones.
primitives Lettres supplcantes ou
cjjlcieufes
, non feulement parce
qu'elles fervent pour d'autres
Lettres ;
mais encore parce qu'-
elles abrègent les mots ,
Se en
adoucirent la prononciation.
De là il résulte
, que toutes les
fois que ces Diphtongues se trouvent
inferées seules entre des primitives
,on ne les doit pas 'onf.
derer comme des auxiliaires, mais
comme des suppleantes.
LatroisiémeRégie, est de ne
pas commencer un mot par. la
nulle e ,
puis qu'il ne fait cette
fonction qu'étant inséré & de
ne pasnon plus substituer les suppleanres
à la place de la premiere
primitive, puis que c'est elle qui
fait connoistre leur employ:
comme aussi de ne jamais mettre
~comme nulle, après la derniere
primitive, ny les suppleantes en
sa place, lors qu'elle est suivie
d'une voyelle qui fait l'office
d'auxiliaire, d'autant que cette
voyelle suffit pour l'adoucissement
du mot ,
& que cér ufiçe
causeroit de l'équivoque. Aind
voulant exprimer iiiiqtilficnisieDivin,
il ne faut pas écrire bebbea
,
bebeûa
, ny boyd, parce que
bebbea répond à ii1-7-1 r bebeûa-, à
11.81; ôcboya à 1.91 mais ondoit
écrire bebbaou beuba., qui ne peu
vent répondre qu'au premier Caraétere
m'i,suivant les deux Régiesqui
précèdent. Quesila
derniere primicive-efr fuivie de
l'auxiliaire r, on peut umployer
é, comme nulle après cette primitive;
supposé que la necessités
de leur liaison le demande
, ou
mesme changer cette primitive
en suppleante ; mais en prenant
l'un ou l'autre party, il faut ajouter
la Cubalternek,après r, pour
marquer la nullité de IV
, ou la.
substitution des suppleantes, parce
qu'autrement ces Lettres pafseroient
là pour des auxiliaires..
Ainsivoulantexprimer 97orqui
signific ce mot nullité dans ma
premiere Ecriture, au lieu d'écrire
simplement vecbera ou vecera
y
j'écris vecerka, dautant que
vecera exprimeroit 97-701, Caractère
differentde l'autre mais
si j'avois à exprimer 104-01 qui
signifie Divinité, qualiré qui appartientàDieu,
&, 10411-01 qui
signifie Création,qualitédu Créateur
, au lieu d'écrire bengerka &
bengckberka
,
j'écrirois bengra &
& bengebbra, à cause de la nature
de la primitiveg, qui s'unit à l'au.
xiliaire r y
sans demander entre
ellesl'expressiondeIV. Ainsiencore
voulant exprimer 88-01 &
888-01
,
je dois écrire jeûrkaôC
joyrka.
, parce que jeûra &joyr*t
répondroient à 8-801 êcà 8-901,
autres Caractères que les pre.
miers. Que il au lieu d'une pn.
mitive,ille trouve une fubaltcrne
devant r, on doitaussi mettre
entre deux e , comme nulle, s'il
est necessaire pour la liaison du
mot 5
mais conjointement avec
le k, pour marque de cette nullité.
Ainsivoulant exprimer 104-01
qui signifie le premier diminutif
de Divinitéy qualité, oupetite Divinité
,
il faut que je Mzbcngctferka
,
à moins que je ne veuille
prononcer bengetsra
,
qui seroit
bien rude.
La quatrième Régle, est flu'/,
doit estre encore confideré comme
nulle; & eû & oy, comme fuppleanres,
lors qu'ils sont inserez
seuls dans un mot après des primitives
,
& devant toutes fortes
de subalternes
,
excepté devanc
t, *& devantlz unis, ou bien separez
feulement par une auxiliaire.
La fuite en fournira assez d'exemples
,
sans que j'en rapporte
icy.
La cinquième Règle, est que
,
que cel mesmes Lettres se trouvant
dans un mesme mot feules
& finales, après des primitives
ou des subalternes, y font par
rieceffité la fonaion d'auxiliaires,
, parce qu'il n'y a point de mot
dans la Langue, qui ne réponde
à un Caractère ;ny un Caractere
dans l'Ecriture, qui ne soit composéde
Chiffres auxiliaires & de
primitifs; maisil faut mettre un
t après elles, pour donner à connoistre
cette fonction quelles
font d'auxiliaires
, comme pour
marquer celles de nulle & de fuppleantes
,
j'ay dit qu'il falloir y
employer un k. Ainsi voulanc
exprimer 1'7)1'8, &1'9 qui si-
•
gnifient dans ma premiere Ecri.
'ture l'Adverbe ouy ,
la conjonction
&) &la proportion en ou
dans, au lieu d'écrire fiment
be, beu,boy, on doit écrire & prononcer
bet, beût, boyt. Il en est
de mesme de 2/7 & de 2/7 qui fignifient
les Advarbes numéraux,
deux fois & la deuxième fois, au
lieu de les exprimer par sikié &
fkjJ, il faut écrire6c direket&
sikz,et.
Enfin la fixicme Règle
,
ett
que toutes les fois que ces mefj
mes Lettres font immédiatement
suivies ou -
précedées. d'autres
Voyelles,d'autres Diphtongues,
ou d'elles mesmes, elles font en- -
core la fondion d'auxiliaires
, en
quelque endroit qu'elles se trouvent
avoir besoin d'aucune mar>
que. Ainsi dans bebbee ou bcûbée
qui signifie l'Adverbe superlatifleplus
divinement, les deux é
qui se Suivent immediaremenc
font auxiliaires & répondent à
77 , comme tout le Caraél:re àiri-
77. Cet exemple suffit pouren
former d'autres.
L'observation de ces Régies-.
empefeheraqu'il n'y arrive aucune
équivoque dans cette premiere
Langue, non plus que dans ma
premiere Ecriture; & voila tou'_-
tes les marques qui concernent
le changement de sesChiffrespriu
mitifs en Lettres,
Quant à celuy de ses Enseignes
& desautres Signes. Lepremier
avernucmentest, que l'Enseigne
simpleinferée nes'ex prime
point,dautant que la réparation
quelle apporre entre les
Chiffresprimirifs & les auxiliaires,
éclattea(Tez par la difteren-
- ce des Lettresausquellesje donne
ces mesmes dénominations,
sans qu'ilfoitnecessaired'y ajouter
un autre Signe de diftinclion.
Ainli1°4'1; 104.-ii,104-10^, Be
1041.1003 caraares de ma premiere
Ecriture qui fignifienf
Dieu, Divin, ilcrée Se on crée, s'expriment
fimplemenr par bengd,
bengaa, bengebaray
,
& bengebar*
ray.
Le fecond avertitfemenr
,
est
qu'il en est de mesme de l'Enfeignequeje
place sur les Chiffres,
paroùjemarque les parties invariables
du discours
,
les Proverbg3,
& les Lettres de l'Alphabet
avec leurs Diphtongues & leurs
Syllabes les plus communes, elle
ne s'exprime pas non plus, dautant
qu'elle se refout en inferée,
avant le dernier Chiffre de ses
ex prc ssions.Ainsi 17 qui signifie : l'Adverbeouy
, 1017 qui signifie
l'interjection helas lOS. qui figni.
fie la conjondion car, 119 qui
gnifielaprépositiondedans, 4tto
qui signifie un proverbe5 & 015; qui signifie la Lettre d ou de
,
seresolvent
en l'y, en 101'7'-, en<
10'8, en 11*9, 411'0en 01h'
& s'expriment par bet, senbet, binent,
hehoJt,gebber & nebay.
! Le troisiéme avertillemenr,,
estqu'il n'en est pas de mesme derEnfUgne
que je mets sur les
Chiffres
, par ou je marque .les' »
noms des lieux & des Person. *"
nés celébres ) ny de celle que je
place dessous
, par où, je, les nombrans
, ou qui demeurent
en nature: Ces Enfei*
grnes fervent à mettre de la diveriité
entre des expressions
,
qui4
n'en auroient point sans cela; Su
par conlequent se doivent exprh
mer. Je marque donc celle que
jeplace furies Chiffres
, qui si.
gnificnt les noms des lieux& des
Personnes par la subalterne KT.
Et de cette forte t'i qnisignifie
rAJle; 11'1 qui finisse la chine-i:
& 111'1 qui signifie Canton prerniere
Province de la Chine, &c.
s'expriment par btkla
»
par bebe..
fra, ou beúKta
,
& par bibbew, b..
bcâuayQVL boj,e-ta. Et z/U}i qui
vous signifie s'exprime par febbebcdi
kla
, ou fcbojdexKtt. Et je
marque celle que je mets fous les
Chiffres,,qui signifient les nom
! bres nombrans par les fubalternes
Ki ou x ,
quîcfFla mesme
chose,&par kzj..fiçavoirla barre
droite des nombres Cardinaux
par x) & la courbe des Ordinaux
parkAinfi1quisignifiedeux
indéclinablej & lï qui le figni..
fie déclinable au nominatif pluriel,
s'ex primenr par [ex) & par
fixas. Et l'ï qui signifie deuxième
ou second substantif; & 211 qui
le signifient adicdif ,s'expriment
par /ÎK^4&par ftnzaa. Ileneft
de mesme de leurs Adverbes adjrdifs,
2,17 qui signifie doubleruent,
& 2 17quisignifie dltlxiémement
i ih s'expriment par PXAt
&/:K~. J'ay parlé de l'expression
de leurs autres Adverbes
dans la cinquième Règle.Quant
aux Verbes & aux Noms verb,
lux,qtlidériver desNoms numéraux,
on peut les exprimer comme
les autres dérivez; mais a l'égard
de leurs négatifs, & de ceux
qui signifient le retour de l'action,
il est plus à propos de suivre dans
la Langue
,
l'avis que j'ay donné
pour leur expression page 197,
& 298 du XX. Extraordinaire
, que la manierede les exprimer
par les auxiliaires, telle quelle
est marquée dans les pages
précédentes du mesmeLivre.
Le quatrième avertissement,
est que j'exprime pour la raison
précédente
,
les signes qui font
joints aux Enseignes, & qui donnent
à connoistre les degrez
d'augmentation, de diminution
& de comparaison. je marque •
ceux d'augmentation par ST 6C
SL , ceux de diminution par TS
&rz, ceux de comparaison en
, élevant parSK,& ceux decomparaison
enabaissantpar.TK.
Ainsi 104'1 & 104 11 qui signifient
Dieu & Divin, & que j'exprime
simplement par benga & benga,
commeiladéjaestédit, ont pour
augmentatifs 104;1 ,
& 104,1 qui
signifient grand Dieu
,
&. trèsgrand
Dieu, &104-11,& 104.11 quisignifient
fort Divin & tres Divin,
& que j'exprime par bengesta,
bengejht
,
bengestaa
,
& bengeslaa.
Ils ont pour diminutifs104?I &
104?I qui signifient petit Dieu ôC
trèspetit Vilu; & 104.11, & 104-11
qui signifient peu Divin& tres pet «
Divin; &que j'exprime par ben
gnfl) bengetza,bengetsaa& ben-
-
gflztZtl. Ils ont pour degrez de
comparaison en élevant 104 11^,
104-41 & 104-71 qui signifient
autant ou aufjl Divin, plus Divin,
&leplus Divin, & que j'exprime
par bengeskaa
,
bengeskaa
,
& bengeskea.
Etils ont enfin pour degrez
decomparaison en abaissant
104 11,104 41 &104-71 qui fignifient
dujji peu Divin,moins Divin&
lemoinsDivin,&quej'exprime
par bengetkaa,bengetKoa&
hengcKCtl. Neanmoins comme
j'employe simplement dans ma
premiere Ecriture 104-41 &
104-71 à exprimer les comparaifons
d'élevation plus Divin & le
plm Divin, il fera plusà propos
pour
pour l'abréviation de la Langue,
de ne point ajourer de subalternes
dans l'expression de ces deux
degrez
,
& de dire simplement
bengôa & bengea.
£ Le cinquièmeavertissement
estquej'exprime aussi les deux
points & la barre, que je mets
sur les Chiffres auxiliaires, pour
marquer le nombre pluriel de
tout ce quise décline, & de tout ce' qui se conjugue, avec cette
différence que j'employes. pour
le pluriel de la déclinaison
,
& l.
pour celuy de la conjuguaifon.
Ainsi 104'i
, ou 1041 qui signifientDieuxau
nominatif pluriel;
104*2 qui en signifient le génitif
des Dieuxj & 104*3 qui en signifient
le datifaux Dieux s'exprimentparbenvas,
benris&benrais.
«
Et 1041 ioï ou 1041.101 qui fignifienc
nomcréons;1041-101 qui fignifienc
vous créez,3 & 1041-10;
qui fignifienc ils créent s'expriment
par bengebaral,kengebaril,&-
bengebartyl.
Le fixiémc avertissement, regarde
les accents d'augmentation
, que je mets sur les Chiffres
primitifs pour accroistre le nombre
des expressions, & en fournir
les feaioos des estres les plus
abondantesj celuy que je place
sur les mesmestChiftres
, pour
marquer les feconds Verbes negatifs
; celay que j'employe sur
les Chiffres auxiliaires pour fignifier
le futur prochain,& le
futur éloigné de toutes fortes de
Verbes. Ces accents font detrois
façons pour l'augmentation des
expressions qui regardentle
estres
;
l'aigu, le grave & le cir-
-confléxei& je mefers des mefmes
fubalternesl &fpour expri.
mer les deux premiers, 6c encore
dé K pour sïgnifïer le troifiérné;
Ain(î,4é^7'i qui signifie dans
ma première Ecriture Ecuyers'ex.
prime par gepeteta, & 4647*1 qui
lignifie son augmentation, PaÜ-.
frinier se marque par gepegerela.
Il en, est de mesme de m'i qui
lignifie Canton' premiere Province
de la Chine, & qui s'exprime
yaiMbekta>6çdeIII'Iquifignifie-/
onaugmentation htnam dixième.
Province du mesme Etar,
&quisemarque par bebbektU.
Ces mots se peuvent abreger
,
Se
on peut dire gepgetela 6c boyktela.
yoHa.cwmc,s'exprimc.l'accenc
aigu d'augmentation, quand il se
trouve sur la derniere primitive;
&. on peut juger par luy
,
de la
maniéré d'exprimer le grave èc
le circonfléxe
,
quand ils se rencontrent
sur la mesme primitive;
& de tous trois lors qu'ils sont
placez sur la penultiéme ou sur
l'antépenultiéme,oùils setransportent
selon le besoin, sans qu'il
soit necessaire que j'en rapporte
des exemples. Quantat'accencaigu
qui marque les seconds Verbes
négatifs
,
je l'exprime par la,
subalternekl. Ainsi 1066-10 qui
signifie dans ma
premièrer,EcriJ
ture lesecondVerbepositif
faire,s'exprime par benpepar,
oui
Bcntppar, Et1066-10 qui y signifie
le second Verbe negatif red!.
faire s'exprime avec son accent
par beneppeklar. Ma premiere
pensée n'avoit pas esté d'exprimerdela
sorte ce second Verbe
négatif, ny mesme son positif
refaire; ny ceux encore dont l'un
& l'autredérivent, jeveux dire,
faire&défaire
, comme vous l'avez
pu remarquer dans ma Lettre
de vostreXVII. Extraordinaire
page 310 & suivantes. Je
projettois alors de distinguer ces
quatre sortes de Verbes, par la
diversité de leur premier Chiffre
primitif, tellement quesi 11110
avoitsignifié le premier positif
ou l'affirmatiffaire;211-10 auroit
exprimé le premiernégatif
dlfirt; 31110 le second positif
refaire, & 411-10 le second nega.
tif redéfaire. J'appelle aussi ces
deux derniers Verbes du nom de
rcfijts de retour d'action -, maisayant
reconnu dans la fuite que
cetusage pourroit apporter de la
confusion à d'autres expressions,
je le changay ,
& je transporta y
ladistinction de ces Verbes,de
leur premier Chiffre sur leur dernier
, en exprimant faire par
106410 défaire par 1065.Ío; &
refairepar 1066 10. Cechangement
le voir dans ma Lettre du
XX. Extraordinaire page 247.
avec la raison qui m'a fait recourir
à un accent pour l'expression
du second Verbe negatif; & si je
vous en entretiens icy;c'est pour
reparer l'omission quej'enay faite
là. A l'égard de l'accent encore
aigu, que jemetssur les Chiffres
auxiliaires pour marquer les divers
futurs des Verbes, lesquels
t;
font particuliers à ma premiere
Ecriture, je l'exprime encore différemment
de celuy que. j'employe
sur ses Chiffresprimitifs,
Sec'cft par la subalterne Ainsi
1-10 qui signifiele Verbetftrt,&.
qui s'exprime par bar, a pour son
futur ordinaire, futur indéfiny
1-104 qui signifiejeseray, &. qui
se marque par baro; & pour futurs
définis 1-104 qui signifieje
seray loll, & 1-104 qui signifieje
feraytardy & qui s'expriment avec
leur accent par batro & barto.
Cetteexpression de futurs sepeut
aussi étendre sur les préccrits,
puisqu'on peutdirejefustost, je
fta tard,j'ay esté tost, j'ayestétard&
autres semblables.
Le septiéme & dernier aver.
tissement, est d'observer que
quand un Caractère a deux accents
, comme l'auroit le futur
du Verbe redéfaire,on doitsedispenser
de l'expression du second,
si le mot qui en réfulre a une
longueur desagreable, & employer
la phrase
, au lieu du mot
simple.
Apres ces avertissecmens qui
font mes secondes Régles, il
reste quelquesréflexionsà faire.
La premiere, que l'expression
des Enseignes ou seules, ou accompagnées
de Signes, s'infere
toujours entre les expressions des
Chiffres primitifs
,
& des auxiliaires.
La seconde, que l'expression
des accents & des points
ne se place qu'après celle du
Chiffre primitif ou de l'auxiliaire
,
sur Lequel ils font marquer
Latroisiéme
, que mes subalternes
doubles ne répondent qu'à
un Signe, de mesme que mes
Diphtongues auxiliaires faisant
cette fonction, ne répondent
qu'à un Chiffre. La quatrième,
quenon feulement éfait l'office
,' de nullej mais K &.Taussi, aux
endroits que j'ayrapportez, &
qu'ainsiestant auxiliaire, & ces
subalternes me servant à exprimer
des accents d'augmentation,
ces trois Lettres ont double employ.
La cinquième ; que leurs
compagnes eû & oy, 7 &ffont de
mesme employées doublemenr.
Les premieres
, comme auxiliaires
& comme suppleantes
;
&les.
autres àl'expression des pluriels,
&àcelle desaccents. Etlafixié.
me, que les subalternes doubles,
KK,/I,.If, tt,Ik, Is, lt, &tla
contraires des subalternes fimn
ples n'ont aucun employ dans
cette premiere Langue.L,en
arusesi uzn tbroisiieemenq-uervooussvte.r
Je ne vous ay presque encoroi
rien ditde la nulles.Ilest rempjq
de vous expliquer son usage ;jot
l'insere parmy mes Lerrres auxi..;:
Jiairesàmefmefin que ma nulltl
e parmy mes primitives
,
je veuaxi
dire pour leur liaÏÍon, & pour
leur adoucissement, & de plusi
comme j'employe e élu unis en--j
semble dans la Diphtongue eû
pour suppleante simple
, &,,
pour suppleante double
, encres
ces primitives, fin de diminuer
dans les mots le nombre des Sy1-
labes,Remployé encore à mesmes
intention l & z. unis ou separez,
entre ces auxiliaires; mais seule,
ment pour suppleantesimple, la
double nem'estant pas necessaire.
Ainsi au lieu d'écrire & de
prononcer simplement benga.
quisignifie Divin
,
6cfaa qui signifie
savois
,
faaiqui signifieTu
aveis ; faaay qui signifieilavoit;
&fitaaay qui signifie onavoit, j'écris
& je dis bengA&a fitza,flizi,
falzay 6c ftlzallY ou falazay. Le
toutde la maniere qu'on trouvera
la plus propre à lier le mot, &
à luy oster sa rudesse. Surquoy
il fautobserver que l'employ de
Suppléante entre les auxiliaires
appartient à la subalterne 1 6c
non pasaz, mais que pour avoir
cet employ
,
elle doit estre suiviedu
z immediatement, ou bien feparée
de luy seulement par une,
auxiliaire: Et on ne doit pas
craindre que l'usage de ces nulles
& de ces subalternes simples ou
doubles, cause aucune équivoque
dans cette Langue, il n'y en
arriveroit pas mesmes quand
bien on en écriroit tous les mots
sans distance, on les diftingueroit
encore plus aisément queles Caraéteres
dont ils résultent
,
i smesmesçavoir
leur signification,
pourveu qu'on priftbien garde à
mes Régies.
Voila,Monsieur, l'expression
litterale de la premiere de mes
Ecritures universelles,& dequoy
former, une Langue de mesme
étenduë, demesmeclarté, 6cde
mesme abondance qu'elle. Il ne
mereste qu'àen donnerun petit
échantillon, comme j'ay fait à la
fin de chacune de ces Ecritures;
& je me ferviray du mesme exemple
que j'ay employé.Vous sçavezqu'il
consiste en ce début du
Texte Sacré. Dans le commencement
Bien créa le Ciel & la Terre.
Je n'ay que faire d'en rapporter
les Caractères numéraux, vous
les pouvez voir dans le XX. Extraordinaire
page 284.Voicy
les motsqui en résultent boyt du
benembebru bengabengebalzuô de
fenbi,beûtdosembo.
Je pourrois joindre au dérail de
cette premiere Langue universelle,
celuy de la seconde, & ce que
j'ay encore à vous dire de l'une M
de l'autrecommeje l'avois projetté
à la fin de ma derniere Lettre
, mais je croy qu'il est plus à
propos de finir celle-cy
,
elle me
paroist assez longue, & mesme
trop pour un petit Livre où taoDI
de beaux Ouvrages demandent
place. Agréez doncquejeremette
l'accomplissementdumienà vôtre
Extraordinaire du 15.de Janvier
, & faites moy toujours Jass
grâcede me croire, MOPÍieur'
vostre,&c.
DE VlINNJS P&AÏÏCV.,
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Résumé : ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
Le texte examine l'idée d'une langue universelle, inspirée par la langue originelle parlée par Adam et Ève, qui aurait été corrompue après le Déluge et la construction de la Tour de Babel. L'auteur regrette la diversité des langues actuelles, qui entrave la communication internationale. Il cite l'exemple de Maître Guillaume Bellenden, un avocat écossais devenu aphasique après une fièvre et parlant ensuite une langue inconnue jusqu'à sa mort. Le texte aborde également la relation entre la parole et l'audition, mentionnant des cas de perte de la mémoire linguistique suite à une maladie. Pour remédier à cette diversité linguistique, l'auteur propose une écriture universelle basée sur les chiffres et les lettres, avec des règles précises de prononciation et d'écriture afin d'éviter les ambiguïtés. Chaque lettre doit avoir un son unique, et des voyelles sont insérées entre les consonnes difficiles à unir. Deux types d'écriture sont envisagés : numérique et littérale. Des règles spécifiques permettent la conversion de l'écriture numérique en littérale, utilisant des diphtongues pour abréger et adoucir la prononciation. Le texte décrit aussi l'utilisation des accents et des symboles pour marquer les nuances des verbes et des expressions. Un exemple de phrase en langue universelle est donné : 'Bien créa le Ciel & la Terre,' accompagné de ses caractères numéraux correspondants. L'auteur prévoit de développer davantage son projet dans une lettre ultérieure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 322
XII.
Début :
Sans estre un grand Explicateur, [...]
Mots clefs :
Lettres, Consonnes, Voyelles
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texteReconnaissance textuelle : XII.
XII.
Le 111efine.
SAns eflre un grand Expllcateur,
Nydu Pays de Sapience,
Sansme[me eflre doité de vive intelligence
f feppere eflre le Devineur
De la premiere Enigme elle efl afexfacilâ
Deux let,tres font lesfoeurs qu'on met dj
verfemenr.
V1voyelle ou consonne, & l'Vsemblablement,
Quejamais Ecrivain habile
Ne marque toutes deux ejuavec difiinflion
Suivant le changement de leurcondition.
Les mettre en oeuvre à rÂVntureJ
Efl,un peché contre Nature.
G Y G E'S du Havre,
Le 111efine.
SAns eflre un grand Expllcateur,
Nydu Pays de Sapience,
Sansme[me eflre doité de vive intelligence
f feppere eflre le Devineur
De la premiere Enigme elle efl afexfacilâ
Deux let,tres font lesfoeurs qu'on met dj
verfemenr.
V1voyelle ou consonne, & l'Vsemblablement,
Quejamais Ecrivain habile
Ne marque toutes deux ejuavec difiinflion
Suivant le changement de leurcondition.
Les mettre en oeuvre à rÂVntureJ
Efl,un peché contre Nature.
G Y G E'S du Havre,
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22
s. p.
AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart, Court Neuve du Palais, au Dauphin.
Début :
Recherches curieuses d'Antiquité, contenuës en plusieurs Dissertations, [...]
Mots clefs :
Dissertations , Sentiments, Lettres, Dialogue, Histoire, Fable, Conversions, Cérémonies, Description, Réflexion, Traité, Relations, Discours philosophiques, Dictionnaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart, Court Neuve du Palais, au Dauphin.
AVIS ET CATALOGVE
des Livres qui fe vendent chez
la Venue Blageart , Court Neuve
du Palau , au Dauphin .
RE
Echerches curieufes d'Antiquité
contenues en plufieurs Diflertations
, fur des Médailles , Bas- reliefs ,
Statuës , Mofaïques , & Infcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille- douce. In 4. 71 .
Heures en Vers , par feu Mr de Corneille,
30 f.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indouze.
30 f.
30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts
Premiere Partie. Indouze. 30 £
Seconde Partie des Dialogues des
Morts. Indonze.
30 f.
›
Jugement de Pluton fur les deux Parties
des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene .
Volumes in douze.
Le Napolitain , Nouv.Indouze.
Académie Galante , I. Partie,
Académie Galante , II. Partie ,
30f.
Deux
40 f.
20 f.
30 f.
30 f.
Cara Muftapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vray fujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec fa
30 f.
mort,
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque , en deux vol .
Les diférens Caracteres de l'Amour,
3 l.
in douze,
Le Serafkier, in douze ,
L'Illuftre Génoife, in douze,
30 .
30 f.
Fables Nouvelles en Vers,
30
f.
20 f.
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30f,
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, 30 f.
X
-30 f.
is f.
15f.
10 f.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouze.
La Devinereffe, Comedie .
Artaxerce, avec fa Critique.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly& Courdil. 20f.
Cent quarante - deux Volumes du
Mercure, avec les Relations & les
Extraordinaires . Il y a huit Relations
qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Espagne .
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere .
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouillances
qui fe font faites pour la Naillance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne .
Une Defcription entiere du Siege de
量
Vienne, depuis le commencement jalqu'à
la levée du Siege en 1683 .
Les deux Relations de ce qui s'eſt ·
paflé au Carrouſel qui s'eft fait à Verfailles
par l'ordre de Monfeigneur le
Dauphin, enrichies de quatre grandes
Figures en taille douce , qui repreſentent
la Marche des deux Quadrilles
dans l'avant-Court de Verſailles ; La
Comparfe ; L'Ordre des Chevaliers
& de leur Suite pendant les Courſes;
L'Ordre de Bataille des deux Quadrilles
pour fortir de la Carriere . 45f
Traité de la Tranſpiration des [ humeurs
qui font les caufes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades,
fans le trifte fecours de la fréquente
faignée, Difcours Philofophique. 30f.
Il y a trente Extraordinaires, qui
outre les Queſtions galantes, & d'éru
dition , & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecri
៩
ture . Des Deviſes , Emblèmes , & Revers
de Médailles De la Peinture , &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Contef
tion. Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés . De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Taliſmans. De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philo
fophale . Des Feux dont les Anciens ſe
fervoient dans leurs Guerres, & de leur
compofition. De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps . De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de ſes
diferentes efpeces . De ce qui contribue
le plus des cinq fens de Nature à la fasfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Efprits folets
, s'ils font de tous Païs , & ce qu'ils
ont fait . De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe.
Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires . Dela Chaſſe.
Des Metéores , & de la Comete apparue
en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , tres
propre à eftre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la com
munication des Nations . De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe , & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
progrés & de l'état préfent de la Medecine.
Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin . De l'Honnefteté , &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus effentielle
de la veritable amitié. L'A
bregé du Dictionnaire Univerfel . Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes , & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du SeCret.
De la Converfation . De la Vie
heureuſe . Des Cloches, & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais ufage de la Lecture . De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux. Plufieurs
Traitez de l'Origine & de l'Antiquité
des Sepultures & des Monumens
.
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent quarante
deux Volumes, ou la plus grande partie .
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois, le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt -cinq
en parchemin.
Elle fera toûjours les Pacquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux
des Livres qui fe vendent chez
la Venue Blageart , Court Neuve
du Palau , au Dauphin .
RE
Echerches curieufes d'Antiquité
contenues en plufieurs Diflertations
, fur des Médailles , Bas- reliefs ,
Statuës , Mofaïques , & Infcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille- douce. In 4. 71 .
Heures en Vers , par feu Mr de Corneille,
30 f.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indouze.
30 f.
30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts
Premiere Partie. Indouze. 30 £
Seconde Partie des Dialogues des
Morts. Indonze.
30 f.
›
Jugement de Pluton fur les deux Parties
des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene .
Volumes in douze.
Le Napolitain , Nouv.Indouze.
Académie Galante , I. Partie,
Académie Galante , II. Partie ,
30f.
Deux
40 f.
20 f.
30 f.
30 f.
Cara Muftapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vray fujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec fa
30 f.
mort,
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque , en deux vol .
Les diférens Caracteres de l'Amour,
3 l.
in douze,
Le Serafkier, in douze ,
L'Illuftre Génoife, in douze,
30 .
30 f.
Fables Nouvelles en Vers,
30
f.
20 f.
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30f,
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, 30 f.
X
-30 f.
is f.
15f.
10 f.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouze.
La Devinereffe, Comedie .
Artaxerce, avec fa Critique.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly& Courdil. 20f.
Cent quarante - deux Volumes du
Mercure, avec les Relations & les
Extraordinaires . Il y a huit Relations
qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Espagne .
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere .
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouillances
qui fe font faites pour la Naillance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne .
Une Defcription entiere du Siege de
量
Vienne, depuis le commencement jalqu'à
la levée du Siege en 1683 .
Les deux Relations de ce qui s'eſt ·
paflé au Carrouſel qui s'eft fait à Verfailles
par l'ordre de Monfeigneur le
Dauphin, enrichies de quatre grandes
Figures en taille douce , qui repreſentent
la Marche des deux Quadrilles
dans l'avant-Court de Verſailles ; La
Comparfe ; L'Ordre des Chevaliers
& de leur Suite pendant les Courſes;
L'Ordre de Bataille des deux Quadrilles
pour fortir de la Carriere . 45f
Traité de la Tranſpiration des [ humeurs
qui font les caufes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades,
fans le trifte fecours de la fréquente
faignée, Difcours Philofophique. 30f.
Il y a trente Extraordinaires, qui
outre les Queſtions galantes, & d'éru
dition , & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecri
៩
ture . Des Deviſes , Emblèmes , & Revers
de Médailles De la Peinture , &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Contef
tion. Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés . De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Taliſmans. De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philo
fophale . Des Feux dont les Anciens ſe
fervoient dans leurs Guerres, & de leur
compofition. De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps . De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de ſes
diferentes efpeces . De ce qui contribue
le plus des cinq fens de Nature à la fasfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Efprits folets
, s'ils font de tous Païs , & ce qu'ils
ont fait . De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe.
Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires . Dela Chaſſe.
Des Metéores , & de la Comete apparue
en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , tres
propre à eftre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la com
munication des Nations . De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe , & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
progrés & de l'état préfent de la Medecine.
Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin . De l'Honnefteté , &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus effentielle
de la veritable amitié. L'A
bregé du Dictionnaire Univerfel . Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes , & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du SeCret.
De la Converfation . De la Vie
heureuſe . Des Cloches, & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais ufage de la Lecture . De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux. Plufieurs
Traitez de l'Origine & de l'Antiquité
des Sepultures & des Monumens
.
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent quarante
deux Volumes, ou la plus grande partie .
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois, le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt -cinq
en parchemin.
Elle fera toûjours les Pacquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux
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23
p. 110-146
ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Début :
C'Est une chose assez surprenante, Monsieur, que de tant de [...]
Mots clefs :
Langue universelle, Lettres, Chiffres, Expressions, Caractères, Auxiliaire, Accents, Verbes, Signification, Exemples, Ouvrages, Méthode, Prononciation, Écritures, Diphtongue, Terminaisons, Règles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
ENTIERE EXPOSITION
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
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24
s. p.
AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart, COurt Neuve du palais, au Dauphin.
Début :
Recherches curieuses d'Antiquité, contenuës en plusieurs Dissertations, [...]
Mots clefs :
Dissertations , Composition, Dialogues, Lettres, Sentiments, Volumes, Traités
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texteReconnaissance textuelle : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart, COurt Neuve du palais, au Dauphin.
AVIS ET CATALOGVE
des Livres qui fe vendent chez
la Venue Blageart, Court Newve
du Palais , au Dauphin .
R
Echerches curieufes d'Antiquité ,
contenues en plufieurs Differtations
, fur des Médailles , Bas-reliefs ,
Statues , Mofaïques , & Infcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille- douce. In 4 .
Heures en Vers , par feu Mr de Cor
neille, 30 f..
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hif
toire , avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
71.
: Lettres diverfes de M. le Chevalier
30 f.
30
f.
30
f
Nouveaux Dialogues des Morts
d'Her. Indouze.
Premiere Partie. Indouze.
Morts. Indouzes.
Seconde Partie des Dialogues des
30f.
Jugement de Pluton fur les deux Par
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts ,
La Ducheffe d'Eftramene .
Volumes in douze.
30 f..
Deux
40 f
20 f.
30 f
10 f.
LeNapolitain,Nouv.Inlouze
Académie Galante, I. Partie,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Muftapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fesamours
dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vrayfujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec fa
30.f. n.or,
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque, en deux vol .
Les diférens Caracteres de l'Amour,
31.
in douze, 30 f.
L'Illuftre Génoiſe, in douze, 30 f
Le Serafkier, in douze, 30 f.ር
Fables Nouvelles en Vers, 20 f.
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30 f.
Relation Hiftorique de tout cequi s'eft
fait devant Génes par l'Arinée Navale
du Roy, 30 f..
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouze.
30 f
is f.
15f.
Io f.
La Devinereffe, Comedie .
Artaxerce, avec fa Critique.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M. Gilly&Courdil . 20f.
Cent quarante- ciuq Volumes du
Mercure, avec les Relations & les
Extraordinaires . Il y a huit Relations
qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Efpagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chreftienne
Victoire de Baviere.
LeVoyagedu Royen Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiffances
qui le font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Ducde Bourgogne.
Une Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement jufqu'à
la levée du Siege en 1683 .
Les deux Relations de ce qui s'eſt
pallé au Carroufel qui s'eft fait à Vers
failles par l'ordre de Monfeigneur le
Dauphin, enrichies de quatre grandes
Figures en taille douce , qui reprefentent
la Marche des deux Quadrilles
dans l'avant- Court de Verfailles ; La
Comparſe ; L'Ordre des Chevaliers
& de leur Suite pendant les Courfes;
L'Ordre de Bataille des deux Qua
drilles pour fortir de la Carriere. 45-
Traité de la Tranfpiration des hu--
meurs qui font les caufes des Maladies,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
fans le trifte fecours de la fréquente
aignée , Difcours Philofophique. 30f.
Il y a trente Extraordinaires, qui
outre les Queſtions galantes, & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , con
tiennent plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur lá
maniere dont chacun forme fon Ecri
ture. Des Devifes , Emblèmes , & Revers
de Médailles. De la Peinture , &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture, De la Conteftion.
Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Talifmans . , De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philofophale.
Des Feux dont les Anciens fe
fervoient dans leurs Guerres, & de leur
compofition. De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps . De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diférentes efpeces . De ce qui contribuë
le plus des cinq fens de Nature à la fasfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Efprits folets,
s'ils font de tous Païs, & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de les effets . Du'fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe.
Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire. Des effets
1
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires. Dela Chaffe.
Des Metéores, & de la Comete apparuë
en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France. Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention, trespropre
à eſtre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte , l'un
& l'autre d'un ufage facilepour la communication
des Nations . De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
progrés & de l'état préſent de la Medecine.
Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin. De l'Honnefteté, &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus effentielle
de la veritable amitié. L'Abregé
du Dictionnaire Univerfel . Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes , & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret.
De la Converſation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches, & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains. Du bon &
du mauvais ufage dela Lecture. De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux. Plufieurs
Traitez de l'Origine & de l'Antiquité
des Sepultures & des Monumens.
On fera une bonne compoſition à
ceux qui prendront les cent quarante
deux Volumes, ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois, le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt - cinq
en parchemin.
Elle fera toûjours les Pacquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux.
des Livres qui fe vendent chez
la Venue Blageart, Court Newve
du Palais , au Dauphin .
R
Echerches curieufes d'Antiquité ,
contenues en plufieurs Differtations
, fur des Médailles , Bas-reliefs ,
Statues , Mofaïques , & Infcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille- douce. In 4 .
Heures en Vers , par feu Mr de Cor
neille, 30 f..
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hif
toire , avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
71.
: Lettres diverfes de M. le Chevalier
30 f.
30
f.
30
f
Nouveaux Dialogues des Morts
d'Her. Indouze.
Premiere Partie. Indouze.
Morts. Indouzes.
Seconde Partie des Dialogues des
30f.
Jugement de Pluton fur les deux Par
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts ,
La Ducheffe d'Eftramene .
Volumes in douze.
30 f..
Deux
40 f
20 f.
30 f
10 f.
LeNapolitain,Nouv.Inlouze
Académie Galante, I. Partie,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Muftapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fesamours
dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vrayfujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec fa
30.f. n.or,
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque, en deux vol .
Les diférens Caracteres de l'Amour,
31.
in douze, 30 f.
L'Illuftre Génoiſe, in douze, 30 f
Le Serafkier, in douze, 30 f.ር
Fables Nouvelles en Vers, 20 f.
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30 f.
Relation Hiftorique de tout cequi s'eft
fait devant Génes par l'Arinée Navale
du Roy, 30 f..
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouze.
30 f
is f.
15f.
Io f.
La Devinereffe, Comedie .
Artaxerce, avec fa Critique.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M. Gilly&Courdil . 20f.
Cent quarante- ciuq Volumes du
Mercure, avec les Relations & les
Extraordinaires . Il y a huit Relations
qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Efpagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chreftienne
Victoire de Baviere.
LeVoyagedu Royen Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiffances
qui le font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Ducde Bourgogne.
Une Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement jufqu'à
la levée du Siege en 1683 .
Les deux Relations de ce qui s'eſt
pallé au Carroufel qui s'eft fait à Vers
failles par l'ordre de Monfeigneur le
Dauphin, enrichies de quatre grandes
Figures en taille douce , qui reprefentent
la Marche des deux Quadrilles
dans l'avant- Court de Verfailles ; La
Comparſe ; L'Ordre des Chevaliers
& de leur Suite pendant les Courfes;
L'Ordre de Bataille des deux Qua
drilles pour fortir de la Carriere. 45-
Traité de la Tranfpiration des hu--
meurs qui font les caufes des Maladies,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
fans le trifte fecours de la fréquente
aignée , Difcours Philofophique. 30f.
Il y a trente Extraordinaires, qui
outre les Queſtions galantes, & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , con
tiennent plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur lá
maniere dont chacun forme fon Ecri
ture. Des Devifes , Emblèmes , & Revers
de Médailles. De la Peinture , &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture, De la Conteftion.
Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Talifmans . , De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philofophale.
Des Feux dont les Anciens fe
fervoient dans leurs Guerres, & de leur
compofition. De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps . De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diférentes efpeces . De ce qui contribuë
le plus des cinq fens de Nature à la fasfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Efprits folets,
s'ils font de tous Païs, & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de les effets . Du'fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe.
Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire. Des effets
1
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires. Dela Chaffe.
Des Metéores, & de la Comete apparuë
en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France. Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention, trespropre
à eſtre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte , l'un
& l'autre d'un ufage facilepour la communication
des Nations . De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
progrés & de l'état préſent de la Medecine.
Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin. De l'Honnefteté, &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus effentielle
de la veritable amitié. L'Abregé
du Dictionnaire Univerfel . Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes , & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret.
De la Converſation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches, & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains. Du bon &
du mauvais ufage dela Lecture. De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux. Plufieurs
Traitez de l'Origine & de l'Antiquité
des Sepultures & des Monumens.
On fera une bonne compoſition à
ceux qui prendront les cent quarante
deux Volumes, ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois, le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt - cinq
en parchemin.
Elle fera toûjours les Pacquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux.
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25
p. 1-4
PRELUDE. [titre d'après la table]
Début :
Vous devez estre persuadée, Madame, que puis que je vous [...]
Mots clefs :
Matière, Ambassadeurs, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRELUDE. [titre d'après la table]
Ous devez eſtre perfuadée
, Madame ,
que puis que je vous
écris juſques à trois fois ſur
la meſme matiere , je ſuis
A
2 III. P. duVoyage
pleinement convaincu, que
non ſeulement mes Lettres
vous ont eſté agreables , mais
qu'elles ont eu auſſi l'avantage
de plaire à ceux qui les ont
leuës aprés vous. Il eſt vray
qu'elles ſeroient imparfaites,
&qu'elles ne paſſeroient que
pour des Fragmens , ſi je n'a
chevois pas le Journal dont
vous avez vû les deux premie.
res Parties . Je vais continüer
par les choſes qui me reſtent
à vous dire deVerſailles,aprés
quoy je vous marqueray ce
que les Ambaſſadeurs ont
fait à Paris juſques au jour
des Amb. de Siam. 3
qu'ils en font partis pour aller
en Flandre vifiter lesConqueſtes
de Sa Majesté , & je
finiray par une Relation de
tout ce Voyage Ainſi vous
voyez quettout fera nouveau
dans ma Lettre,& que la matiere
qui regarde les deux
precedentes n'y ſera point
rebatuë .
Tout ce que je vous ay
dit dans ma derniere que les
Ambaſſadeurs avoient veu à
Verſailles, leur avoit marqué
la grandeur du Roy d'une
manière qui les avoit extrémement
étonnez , quoy qu'il
A ij
4 III.P.du Voyage
paruſt qu'ils ſe fuſſent attendus
à voir tout ce qu'on ſe
peut imaginer de ſurprenant.
, Madame ,
que puis que je vous
écris juſques à trois fois ſur
la meſme matiere , je ſuis
A
2 III. P. duVoyage
pleinement convaincu, que
non ſeulement mes Lettres
vous ont eſté agreables , mais
qu'elles ont eu auſſi l'avantage
de plaire à ceux qui les ont
leuës aprés vous. Il eſt vray
qu'elles ſeroient imparfaites,
&qu'elles ne paſſeroient que
pour des Fragmens , ſi je n'a
chevois pas le Journal dont
vous avez vû les deux premie.
res Parties . Je vais continüer
par les choſes qui me reſtent
à vous dire deVerſailles,aprés
quoy je vous marqueray ce
que les Ambaſſadeurs ont
fait à Paris juſques au jour
des Amb. de Siam. 3
qu'ils en font partis pour aller
en Flandre vifiter lesConqueſtes
de Sa Majesté , & je
finiray par une Relation de
tout ce Voyage Ainſi vous
voyez quettout fera nouveau
dans ma Lettre,& que la matiere
qui regarde les deux
precedentes n'y ſera point
rebatuë .
Tout ce que je vous ay
dit dans ma derniere que les
Ambaſſadeurs avoient veu à
Verſailles, leur avoit marqué
la grandeur du Roy d'une
manière qui les avoit extrémement
étonnez , quoy qu'il
A ij
4 III.P.du Voyage
paruſt qu'ils ſe fuſſent attendus
à voir tout ce qu'on ſe
peut imaginer de ſurprenant.
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Résumé : PRELUDE. [titre d'après la table]
L'auteur écrit à une destinataire de haut rang pour confirmer la réception et l'appréciation de ses lettres précédentes. Il souligne que ses lettres seraient incomplètes sans le journal qu'elle a déjà consulté. Il prévoit de continuer en décrivant les événements à Versailles, les activités des ambassadeurs à Paris jusqu'au jour des ambassadeurs de Siam, leur départ pour la Flandre, et une relation complète de tout le voyage. L'auteur assure que sa lettre contiendra des informations nouvelles et ne répétera pas les matières des lettres précédentes. Il rappelle également que les ambassadeurs ont été extrêmement étonnés par la grandeur du roi lors de leur visite à Versailles, bien qu'ils se soient attendus à voir des choses surprenantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 270-303
Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoise solemnisa à son [...]
Mots clefs :
Académie française, Place, Messe, Cardinal Richelieu, Assemblée, Duc de Saint-Aignan, François-Timoléon de Choisy, Saint Louis, Prix d'éloquence et de poésie, Fontenelle, Discours, M. Perrault, Louis le Grand, Gloire, France, Esprit, Hommes, Monde, Paix, Piété, Secrétaire, Louanges, Compagnie, Honneur, Héros, Zèle, Maison, Europe, Lettres, Vertus, Admirable, Éloquence, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoisesolemnisa
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25 du mois précédent, l'Académie Française a célébré la fête de Saint Louis au Louvre. La cérémonie a commencé par une messe dirigée par l'abbé de la Vau, accompagnée de musique composée par Mr Oudot. L'abbé Courcier a prononcé un panégyrique de Louis XIV, comparant ses actions à celles de Louis le Grand. L'après-midi, l'abbé de Choisy a remplacé le duc de Saint Aignan et a exprimé son humilité et sa gratitude envers l'Académie. Il a souligné son rôle dans les négociations à Siam et a rendu hommage au duc de Saint Aignan et au cardinal de Richelieu. Dans son discours, l'abbé de Choisy a loué le roi Louis XIV, comparant sa protection à celle de César et Cicéron pour Rome. Il a insisté sur la nécessité d'un roi pour l'Académie afin de perpétuer sa gloire et a souligné la piété du roi, son zèle pour la foi chrétienne et ses efforts pour étendre la religion chrétienne. Le discours a également mentionné la lutte contre l'hérésie et la corruption morale. Le texte célèbre la figure de Louis XIV et la paix qu'il a établie en Europe, libérant la France du 'Monstre infernal' grâce à la religion et à la protection divine. Le roi est présenté comme un bienfait pour la nation et l'Europe entière, qui prie pour sa santé. Monsieur de Bergeret, secrétaire du cabinet, a souligné l'honneur fait à l'abbé de Choisy et les vertus du fils du duc de Saint-Aignan. Il a également évoqué les exploits militaires et diplomatiques du roi, notamment la paix établie malgré les tensions européennes. Le texte met en avant les qualités exceptionnelles de Louis XIV, surnommé Louis le Grand, et son habileté à maintenir la paix et la stabilité en Europe. Sa puissance et sa piété soutiennent des missions saintes aux confins du monde. Les troupes françaises, bien entretenues et disciplinées, contribuent à la grandeur du royaume. Louis XIV conserve la paix grâce à sa justice et sa sagesse, dissuadant toute tentative de rupture. La séance s'est conclue par des lectures et des remerciements au roi pour les avantages accordés à l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 1-9
Prélude. [titre d'après la table]
Début :
Si les Sujets d'un Prince qui fait les delices de [...]
Mots clefs :
Roi, Parties, Prince, Règlements, Procureurs, Lettres, Siam, Mercure, Missionnaires, Siamois, Avocats, Conseillers, Plaideurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude. [titre d'après la table]
I les Sujets d'un
Prince qui fait les
delices de fon Peu
ple , & l'admiration
de toute la Terre , doivent
chercher à l'envy à mettre fa
gloire dans fon plus beau jour,
& principalement lors qu'il a
porté celle de l'Eftat jufques au
plus haut degré d'élevation où
Ianvier 1688. A
2 MERC VRE
elle puiffe monter , quelle joye
ne dois-je pas reffentir d'avoir
parlé des grandes & incomparables
actions de l'augufte Souverain
qui nous gouverne, au
commencement de prés de
deux cens de mes Lettres , qui
ont paffé jufqu'au fond des Indes
, & qui y font en quelque
confideration , parce qu'elles
y apprennent les merveilles.
d'un Prince, que quelque Monarques
Indiens commencent.
déja à imiter ! On voit dans la
Relation du Voyage de Siam ,
écrite par Monfieur l'Abbé de
Choify , qu'ayant demandé
des Livres à Batavia , on luy
offrit d'abord le Mercure , comme
le plus curieux qu'on cuft
en ce pays là. Il y avoit longtemps
que les Miffionnaires
établi dans ce Royaume l'y faiGALANT.
3
foient venir . Ils en traduifoient
en Siamois , tous les endroits
qui parloient de ce que
Sa Majesté fait de grand , & de
fes Conqueftes , pour les faire
lire au Roy de Siam . Ie n'avance
rien que je n'aye par
écrit. lugez par là , Madame,
combien vous devez eftre contente
de m'avoir engagé depuis
tant d'années à vous écri
re tous les mois ce qui fe paffe
de plus curieux dans le monde,
puis que vous avez contribué
en quelque façon à faire publier
la gloire du Roy. Ie vais
pourfuivre , &
commenceray
à mon ordinaire par une ac
tion éclatante de ce grand
Monarque , qui m'en fournit
toûjours non
falement pour
en faire une peinture à la tefte
de toutes mes Lettres ,
A 2
4 MERCVRE
mais encore pour en embellir
d'autres endroits . Il fembloit
qu'on ne puft rien ajoûter à
tout ce qu'a fait ce Prince en
faveur de ceux de fes Sujets
qui ont le malheur d'étre obligez
de plaider. On a vû pa
roiftre fous fon regne , un
nouveau Code Civil , & un
Criminel , avec une infinité
de beaux Reglemens , & de
fages Ordonnances fur toutes
les chofes qui peuvent donner
fujet à des conteftations . Il
n'y avoit autrefois qu'à fe prefenter
pour eftre receu Avocat
; on ne refufoit perfonne,
& il n'en coutoit qu'une fomme
tres-modique pour quelques
droits qu'il falloit payer.
Il n'en eft plus de mefme aujourd'huy
; on oblige à étudier
trois ans en droit , & fi quelGALANT.
5.
ques Avocats font prefentement
fouffrir les Parties, il faut
que leur pareffe , & quelques
interefts particuliers en foient
caufe . Les Confeillers ne font
receus qu'après avoir fait voir
leur capacité dans plufieurs
Plaidoyers , & on leur fait fubir
un examen affez rigoureux
pour leur faire peine , fi tout
ce qui a efté ordonné là - deffus
n'engageoit pas les plus pareffeux
à fe rendre habiles . Le
Roy a fait auffi de belles &
judicieufes Ordonnances für
les degrez de parenté des Confeillers
, qui pouvoient quelquefois
caufer du préjudice
aux Parties . Comme on ne
peut apporter de trop exactes
précautions pour leur faire
avoir une bonne & prompte
juftice , fans les expofer à
A. S
6 MERCVRE
d'exceffives dépenfes , tant de
Reglemens ont efté faits , que
quoy qu'il y en euft encore
quelques -uns à fouhaiter , il
fembloit qu'on n'en defiraſt
pas davantage . Cependant Sa
Majefté qui veille plus au
bien de fes Peuples , qu'ils n'ofent
eux - meimes l'attendre
de fa bonté , & qui á toûjours
les yeux ouverts fur tous leurs
befoins , s'applique fans ceffe
à chercher de feurs moyens
pour faire que la neceffité de
plaider foit moins onereuſe à
ceux qui ne s'en peuvent défendre.
C'est pour cela que
le 13. du mois paffé il fut donné
un Arreftau Confeil d'Eftat
du Roy , pour la taxe des Offices
de Procureur.Vous fçavez
Madame , qu'il n'y a point de
Profeffion , quelque utile , &
GALANT. 7
quelque parfaite qu'elle foit
par elle - mefme , dans laquelle
les particuliers de la meſme
profeffion n'introduiſent des
abus. Cela ne fe voit que trop
fouvent parmy les Procureurs
dont plufieurs foulent leurs
Parties , par une fâcheufe
multiplicité de procedures extraordinaires
, & inutiles . Enfuite
ils vendent leurs Charfur
ce pied - là , & ceux qui les
achetent
, croyent
faire peu
de mal en les imitant parce
qu'ayant acheté ces Charges
fort cher, ils feroient mal leurs
affaires s'ils en ufoient autrement.
Ileft doux de prendre ,
& les Plaideurs croiroient fe
mettre au hazard de perdre
leurs cauſes , ou du moins ,
qu'elles feroient pourfuivies
avec une dangereufe: negli-
A
4
8 MERCURE
gence , s'ils refufoient quelque
chofe. Ainfi l'on ne doit
pas s'étonner s'il y a des Procureurs
qui s'enrichiffent . Il
fuffic pour cela qu'ils foient
d'humeur à faire quantité de
procedures , & à exiger des
droits. Les Parties qui ont tout
à craindre d'eux , n'ofent leur
rien refufer ; & il y en a méme
beaucoup qui donnent fans
qu'on leur demande , ce qui
incommode fort le donneur,
qui fe trouve prefque toûjours
ruiné , s'il perd fon procés . Le
Roy voit tout , conçoit tout ,
entre dans tout , & comme il
fuit toûjours l'équité , il pourvoit
à tout par des Reglemens
utiles à tous les intereffez .
Ceux qui fervent à foulager
le plaideur , & qui luy donnent
, pour ainfi dire , la vie ,
>
9
GALANT I
en l'empéchant de fe ruiner,
oftent aux Procureurs le moyen
de rien exiger d'injufte,
& dont leur confcience puiffe
eftre chargée . Voicy l'Arreft
dont je viens de vous parler .
Prince qui fait les
delices de fon Peu
ple , & l'admiration
de toute la Terre , doivent
chercher à l'envy à mettre fa
gloire dans fon plus beau jour,
& principalement lors qu'il a
porté celle de l'Eftat jufques au
plus haut degré d'élevation où
Ianvier 1688. A
2 MERC VRE
elle puiffe monter , quelle joye
ne dois-je pas reffentir d'avoir
parlé des grandes & incomparables
actions de l'augufte Souverain
qui nous gouverne, au
commencement de prés de
deux cens de mes Lettres , qui
ont paffé jufqu'au fond des Indes
, & qui y font en quelque
confideration , parce qu'elles
y apprennent les merveilles.
d'un Prince, que quelque Monarques
Indiens commencent.
déja à imiter ! On voit dans la
Relation du Voyage de Siam ,
écrite par Monfieur l'Abbé de
Choify , qu'ayant demandé
des Livres à Batavia , on luy
offrit d'abord le Mercure , comme
le plus curieux qu'on cuft
en ce pays là. Il y avoit longtemps
que les Miffionnaires
établi dans ce Royaume l'y faiGALANT.
3
foient venir . Ils en traduifoient
en Siamois , tous les endroits
qui parloient de ce que
Sa Majesté fait de grand , & de
fes Conqueftes , pour les faire
lire au Roy de Siam . Ie n'avance
rien que je n'aye par
écrit. lugez par là , Madame,
combien vous devez eftre contente
de m'avoir engagé depuis
tant d'années à vous écri
re tous les mois ce qui fe paffe
de plus curieux dans le monde,
puis que vous avez contribué
en quelque façon à faire publier
la gloire du Roy. Ie vais
pourfuivre , &
commenceray
à mon ordinaire par une ac
tion éclatante de ce grand
Monarque , qui m'en fournit
toûjours non
falement pour
en faire une peinture à la tefte
de toutes mes Lettres ,
A 2
4 MERCVRE
mais encore pour en embellir
d'autres endroits . Il fembloit
qu'on ne puft rien ajoûter à
tout ce qu'a fait ce Prince en
faveur de ceux de fes Sujets
qui ont le malheur d'étre obligez
de plaider. On a vû pa
roiftre fous fon regne , un
nouveau Code Civil , & un
Criminel , avec une infinité
de beaux Reglemens , & de
fages Ordonnances fur toutes
les chofes qui peuvent donner
fujet à des conteftations . Il
n'y avoit autrefois qu'à fe prefenter
pour eftre receu Avocat
; on ne refufoit perfonne,
& il n'en coutoit qu'une fomme
tres-modique pour quelques
droits qu'il falloit payer.
Il n'en eft plus de mefme aujourd'huy
; on oblige à étudier
trois ans en droit , & fi quelGALANT.
5.
ques Avocats font prefentement
fouffrir les Parties, il faut
que leur pareffe , & quelques
interefts particuliers en foient
caufe . Les Confeillers ne font
receus qu'après avoir fait voir
leur capacité dans plufieurs
Plaidoyers , & on leur fait fubir
un examen affez rigoureux
pour leur faire peine , fi tout
ce qui a efté ordonné là - deffus
n'engageoit pas les plus pareffeux
à fe rendre habiles . Le
Roy a fait auffi de belles &
judicieufes Ordonnances für
les degrez de parenté des Confeillers
, qui pouvoient quelquefois
caufer du préjudice
aux Parties . Comme on ne
peut apporter de trop exactes
précautions pour leur faire
avoir une bonne & prompte
juftice , fans les expofer à
A. S
6 MERCVRE
d'exceffives dépenfes , tant de
Reglemens ont efté faits , que
quoy qu'il y en euft encore
quelques -uns à fouhaiter , il
fembloit qu'on n'en defiraſt
pas davantage . Cependant Sa
Majefté qui veille plus au
bien de fes Peuples , qu'ils n'ofent
eux - meimes l'attendre
de fa bonté , & qui á toûjours
les yeux ouverts fur tous leurs
befoins , s'applique fans ceffe
à chercher de feurs moyens
pour faire que la neceffité de
plaider foit moins onereuſe à
ceux qui ne s'en peuvent défendre.
C'est pour cela que
le 13. du mois paffé il fut donné
un Arreftau Confeil d'Eftat
du Roy , pour la taxe des Offices
de Procureur.Vous fçavez
Madame , qu'il n'y a point de
Profeffion , quelque utile , &
GALANT. 7
quelque parfaite qu'elle foit
par elle - mefme , dans laquelle
les particuliers de la meſme
profeffion n'introduiſent des
abus. Cela ne fe voit que trop
fouvent parmy les Procureurs
dont plufieurs foulent leurs
Parties , par une fâcheufe
multiplicité de procedures extraordinaires
, & inutiles . Enfuite
ils vendent leurs Charfur
ce pied - là , & ceux qui les
achetent
, croyent
faire peu
de mal en les imitant parce
qu'ayant acheté ces Charges
fort cher, ils feroient mal leurs
affaires s'ils en ufoient autrement.
Ileft doux de prendre ,
& les Plaideurs croiroient fe
mettre au hazard de perdre
leurs cauſes , ou du moins ,
qu'elles feroient pourfuivies
avec une dangereufe: negli-
A
4
8 MERCURE
gence , s'ils refufoient quelque
chofe. Ainfi l'on ne doit
pas s'étonner s'il y a des Procureurs
qui s'enrichiffent . Il
fuffic pour cela qu'ils foient
d'humeur à faire quantité de
procedures , & à exiger des
droits. Les Parties qui ont tout
à craindre d'eux , n'ofent leur
rien refufer ; & il y en a méme
beaucoup qui donnent fans
qu'on leur demande , ce qui
incommode fort le donneur,
qui fe trouve prefque toûjours
ruiné , s'il perd fon procés . Le
Roy voit tout , conçoit tout ,
entre dans tout , & comme il
fuit toûjours l'équité , il pourvoit
à tout par des Reglemens
utiles à tous les intereffez .
Ceux qui fervent à foulager
le plaideur , & qui luy donnent
, pour ainfi dire , la vie ,
>
9
GALANT I
en l'empéchant de fe ruiner,
oftent aux Procureurs le moyen
de rien exiger d'injufte,
& dont leur confcience puiffe
eftre chargée . Voicy l'Arreft
dont je viens de vous parler .
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Résumé : Prélude. [titre d'après la table]
La lettre décrit les actions et réformes d'un souverain, probablement Louis XIV, et leur impact sur ses sujets et au-delà. L'auteur exprime sa satisfaction d'avoir relaté les grandes actions du roi dans ses lettres, qui ont été lues jusqu'aux Indes et admirées par des monarques locaux. Les missionnaires en Siam traduisent même les exploits du roi pour le roi de Siam. La lettre met en avant les réformes judiciaires entreprises par le souverain. Celui-ci a créé de nouveaux codes civil et criminel, ainsi que des règlements stricts pour les avocats et les conseillers. Le roi a également instauré des mesures pour réduire les coûts et les abus dans les procédures judiciaires, comme la taxation des offices de procureur. Ces réformes visent à garantir une justice équitable et accessible, évitant ainsi la ruine des plaideurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 3-12
EPITRE aux Anonimes.
Début :
J'ay receu les vostres sur mes premiers Mercures, c'est-à-dire [...]
Mots clefs :
Anonymes, Public, Réponse, Mercure, Article, Portrait, Lettres, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE aux Anonimes.
EPITRE
aux Anonimes. J'A Y receu les vostres
sur mes premiers Mercures,
c'est -à-dire plus
de six cents Lettres depuis
trois mois. Quand
j'aurois le loisir de répondre
à routes, la plûpart
sont Anonimes ; à1
qui pourrois-jeadresser
les miennes ? J'adressecelle-
cy à Mercure, qui la
fera tenir à tous ceux:
qui voudront me faire:
l'honneur de la lire, je :
voudrois y pouvoir mettre
des complimentspour
ceux qui m'ont complimenté,
de l'abondance
de coeur pour ceux qui
m'ont parlé sincerement,
de l'affection pour ceux
qui m'afectionnent;j'embrasse
ceux qui membrassent
, j'honore ceux
que je n'ose embrasser ,
& j'ay pour tous ceux
qui m'ont écrit, cetteet
pece de veneration qu'on
doit à ceux qui portent
la parole pour le public;
mais je dois un profond
respect au merite d'une
Anonime d'un haut rang
qui a daigné s'amuser à
répondre
,
incognito , à
LlnC; de mes questions, je
dois ignorer respe.étlie.u-
:
(emênt l'honneur que de
telles attentions font à
mon Mercure, c'estce
qui me déterminé à mettre
dans la suite à la fin
de chaque volume, un
article dereponses que
j'appelleray
, Réponses
aux Anonimes. Jejoüiray par là du priyilege
que donne le masque
dans les bals, où les
particuliers familiarisent
avecles Princes, je masqueray
mes reponfés*
quand elles ne devront,
estre entenduës que de ceux qui.m,'aurontéc1 rit-
Et j'entretiendrayainsi
discretement un cornmerce
de Lettres avec
le public dont je fuis le
tres-humble, tres-obéisfant
serviteur, Mercure.
Pour établir ce commerce
de Lettressi avantageux
pour moy, voicy
la forme que je donneray
à mes réponses; je
mettray à la teste de chaque
petit article les noms
supposez qu'on aura pris
au bas des Lettres Anonimesy
chacun s'y reconnoistra
par là & par l'endroit
de sa Lettre auquel
je répondray.
RFPONSE
à l'Amant Poëte.
-
Je vous envoye( me
dit L'Amant Poëte) un
portrait en vers de laplus
bellepersonne de Paris,
je crois les vers bons ,
triais j'ensuis l'autheur;
je croisqu'une si belle
peintureseraplaisir,mais
jesuis amant, &c. REPONSE.
Les Autheurs mêmes
trouveront vos vers
bons, mais à moins que
d'estre amant on trouvera
le portrait de cette
beauté un peu trop étendu.
Donnez-vous le plaisir
de retravaillerencore
un ouvrage qui vous occupe
si agréablement,&
vôtre portrait plaira comlmne
cceeuuxxddeessggrraannddssPPeeiinn-.
tres à ceux mêmes qui
n'en connoissent point
la ressemblance.
REPONSE
àl'inconnu de Lyon.
L'Inconnu. Si vous
*VOUsferve^ des Memoires que
je vousay envoyc% sur le procésdelapetitefille
à deuxmeres;
ilfaut passerdisceretement l'exemple
de Parer est quem
nupriæ demonftranr.
Réponse. Vous verrezdans
ce Volume-cy vostreavan- ,.
1 ture des deux meres ; mais
¡' j'ay évité la circonsatance de
&c. je perdrois cent bons
t. inlots pour éviter une indiscretion,
&de plus, l'exemple
ne conclut point. Car à
l'égard de l'enfant à deux
peres, la Loy decide Pater (si
) quemnuptioe demonstrant.
mais elle ne dit point que
5 Mater cft quam matrona demonstrat.
Voyez la page202.
Quelquesunesdecesréponses
pourront estreobscures
ou indifferentes à ceux
j|
qui n'en auront pas la clef;
!
mais je les prie de me passer
cet Article en faveur de ceux
qui travaillent pour le public
en m'envoyant des
Mémoires.
La variété des su jets, des
caracteres, des stiles, des arrangemens,
sait quelquefois
l'agrémentd'un Livre, mais
il cil: impossible que ce qui
fait plaisiràl'un,n'ennuye&
ne déplaise à plusieurs autres.
Je seray trop heureux
si chacun peut trouver icy
quelqu'endroit qui le dédommage
de s'estreennuyé
dans tout le reftc du Livre,
aux Anonimes. J'A Y receu les vostres
sur mes premiers Mercures,
c'est -à-dire plus
de six cents Lettres depuis
trois mois. Quand
j'aurois le loisir de répondre
à routes, la plûpart
sont Anonimes ; à1
qui pourrois-jeadresser
les miennes ? J'adressecelle-
cy à Mercure, qui la
fera tenir à tous ceux:
qui voudront me faire:
l'honneur de la lire, je :
voudrois y pouvoir mettre
des complimentspour
ceux qui m'ont complimenté,
de l'abondance
de coeur pour ceux qui
m'ont parlé sincerement,
de l'affection pour ceux
qui m'afectionnent;j'embrasse
ceux qui membrassent
, j'honore ceux
que je n'ose embrasser ,
& j'ay pour tous ceux
qui m'ont écrit, cetteet
pece de veneration qu'on
doit à ceux qui portent
la parole pour le public;
mais je dois un profond
respect au merite d'une
Anonime d'un haut rang
qui a daigné s'amuser à
répondre
,
incognito , à
LlnC; de mes questions, je
dois ignorer respe.étlie.u-
:
(emênt l'honneur que de
telles attentions font à
mon Mercure, c'estce
qui me déterminé à mettre
dans la suite à la fin
de chaque volume, un
article dereponses que
j'appelleray
, Réponses
aux Anonimes. Jejoüiray par là du priyilege
que donne le masque
dans les bals, où les
particuliers familiarisent
avecles Princes, je masqueray
mes reponfés*
quand elles ne devront,
estre entenduës que de ceux qui.m,'aurontéc1 rit-
Et j'entretiendrayainsi
discretement un cornmerce
de Lettres avec
le public dont je fuis le
tres-humble, tres-obéisfant
serviteur, Mercure.
Pour établir ce commerce
de Lettressi avantageux
pour moy, voicy
la forme que je donneray
à mes réponses; je
mettray à la teste de chaque
petit article les noms
supposez qu'on aura pris
au bas des Lettres Anonimesy
chacun s'y reconnoistra
par là & par l'endroit
de sa Lettre auquel
je répondray.
RFPONSE
à l'Amant Poëte.
-
Je vous envoye( me
dit L'Amant Poëte) un
portrait en vers de laplus
bellepersonne de Paris,
je crois les vers bons ,
triais j'ensuis l'autheur;
je croisqu'une si belle
peintureseraplaisir,mais
jesuis amant, &c. REPONSE.
Les Autheurs mêmes
trouveront vos vers
bons, mais à moins que
d'estre amant on trouvera
le portrait de cette
beauté un peu trop étendu.
Donnez-vous le plaisir
de retravaillerencore
un ouvrage qui vous occupe
si agréablement,&
vôtre portrait plaira comlmne
cceeuuxxddeessggrraannddssPPeeiinn-.
tres à ceux mêmes qui
n'en connoissent point
la ressemblance.
REPONSE
àl'inconnu de Lyon.
L'Inconnu. Si vous
*VOUsferve^ des Memoires que
je vousay envoyc% sur le procésdelapetitefille
à deuxmeres;
ilfaut passerdisceretement l'exemple
de Parer est quem
nupriæ demonftranr.
Réponse. Vous verrezdans
ce Volume-cy vostreavan- ,.
1 ture des deux meres ; mais
¡' j'ay évité la circonsatance de
&c. je perdrois cent bons
t. inlots pour éviter une indiscretion,
&de plus, l'exemple
ne conclut point. Car à
l'égard de l'enfant à deux
peres, la Loy decide Pater (si
) quemnuptioe demonstrant.
mais elle ne dit point que
5 Mater cft quam matrona demonstrat.
Voyez la page202.
Quelquesunesdecesréponses
pourront estreobscures
ou indifferentes à ceux
j|
qui n'en auront pas la clef;
!
mais je les prie de me passer
cet Article en faveur de ceux
qui travaillent pour le public
en m'envoyant des
Mémoires.
La variété des su jets, des
caracteres, des stiles, des arrangemens,
sait quelquefois
l'agrémentd'un Livre, mais
il cil: impossible que ce qui
fait plaisiràl'un,n'ennuye&
ne déplaise à plusieurs autres.
Je seray trop heureux
si chacun peut trouver icy
quelqu'endroit qui le dédommage
de s'estreennuyé
dans tout le reftc du Livre,
Fermer
Résumé : EPITRE aux Anonimes.
L'auteur de l'épître a reçu plus de six cents lettres anonymes en trois mois, mais ne peut répondre à toutes. Il décide de publier ses réponses dans un article intitulé 'Réponses aux Anonimes' à la fin de chaque volume, permettant aux correspondants de se reconnaître par des noms supposés et des références à leurs lettres. Il exprime sa gratitude et son respect pour tous les correspondants, y compris une personne de haut rang ayant répondu incognito. Parmi les réponses, l'auteur s'adresse à 'L'Amant Poëte', suggérant de retravailler son portrait en vers pour toucher un public plus large. Il mentionne également 'L'Inconnu de Lyon', qui a envoyé des mémoires sur un procès impliquant une fille ayant deux mères, sans détailler les circonstances pour éviter toute indiscrétion. L'auteur reconnaît que certaines réponses peuvent sembler obscures, mais demande de les excuser au nom de ceux qui travaillent pour le public. Il espère que chacun trouvera dans le livre un passage compensant l'ennui éventuel ressenti.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 302-304
AVIS.
Début :
On donnera a présent les Mercures les premiers jours des [...]
Mots clefs :
Mercure, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
Ondonneraapréfent
les Mercures les
premiers joursdes
mois, trèsregulierement.
Il y aura tous les mois
à la fin de chaque Mercure,
un Arricle des
Nouvelles les plus ressentes,
afin qu'on aie
aij moins dans celleslà,
l'agrement de la
nouveauté
, qu'on ne
peut avoir dans celles
qu'on a recueillies dans
le cours du mois. Cela
produira sans doute
quelques fautes d'Impression,
car dans les
Impressions precipitées,
onn'a pas letemps*
de corriger exa&ev
ment les Epreuves.
On avertitqueceux
qui enverront des Lettres
sans en avoir affranchi
le port,ne trouveront
point dans le
Mercure les Articles
qu'ils auront envoyez,
parce qu on ne peut recevoir
que les Lettres
qui sont franches.
Ceux qui enverront
des Memoires , n'auront
qu'à les adresser
au Bureau du Mercure
Ondonneraapréfent
les Mercures les
premiers joursdes
mois, trèsregulierement.
Il y aura tous les mois
à la fin de chaque Mercure,
un Arricle des
Nouvelles les plus ressentes,
afin qu'on aie
aij moins dans celleslà,
l'agrement de la
nouveauté
, qu'on ne
peut avoir dans celles
qu'on a recueillies dans
le cours du mois. Cela
produira sans doute
quelques fautes d'Impression,
car dans les
Impressions precipitées,
onn'a pas letemps*
de corriger exa&ev
ment les Epreuves.
On avertitqueceux
qui enverront des Lettres
sans en avoir affranchi
le port,ne trouveront
point dans le
Mercure les Articles
qu'ils auront envoyez,
parce qu on ne peut recevoir
que les Lettres
qui sont franches.
Ceux qui enverront
des Memoires , n'auront
qu'à les adresser
au Bureau du Mercure
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Résumé : AVIS.
Le périodique 'Mercure' paraîtra mensuellement avec des articles récents. Chaque édition inclura une section 'Nouvelles les plus récentes' pour des informations actualisées. Les lettres non affranchies ne seront pas publiées. Les mémoires peuvent être envoyés au Bureau du Mercure. Des erreurs d'impression peuvent survenir en raison du manque de temps pour corriger les épreuves.
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30
p. 137-144
Histoire generale de la Fonderie des Lettres & de l'Imprimerie, par PIERRE COT, Fondeur, & Imprimeur-Libraire ordinaire de l'Academie Royale des Inscriptions & Médailles. Volume in 4 o. que l'on doit mettre incessamment sous la Presse, à Paris.
Début :
L'Ouvrage est divisé en trois Parties. 1. On traite dans la premiere [...]
Mots clefs :
Imprimerie, Lettres, Gravure, Livres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire generale de la Fonderie des Lettres & de l'Imprimerie, par PIERRE COT, Fondeur, & Imprimeur-Libraire ordinaire de l'Academie Royale des Inscriptions & Médailles. Volume in 4 o. que l'on doit mettre incessamment sous la Presse, à Paris.
Histoiregenerale de la Fonderie
des Lettres 0* de tlmprimerie,
par P IERRE COT,
Fondeur, 0* Imprimeur-Libraire
ordinaire de l'Academic
Royale des Inscriptions -C
Médailles. Volumein4°. que
l'on doit mettre incessamment
fous la Presse
,
à Paris.
L'Ouvrage est divisé
en trois Parties.
1#ON traite dans la
premiere
de l'origine de l'Ecriture,
& de Tes progrez.
-Aprés avoir parlé des Caracteres
dont les hommes
se sont servis dans les premiers
temps, on en donne
des Tables expliquées,
tant des Caracteres symboliquesdequelques
Peuples,
que des alphabetiques
des autres Nations.
En traitant de l'établissement
de plus anciennes
Bibliotheques,&des Maü'ufçtirs
dont elles étoient
composées, on examine
ce qui peut servir à juger
de ancienneté de ces
Manuscrits. Cela conduit
à ce qui regarde la méchanique
de l'ancienne
Librairie des Grecs, & des
Romains
,
les Ecrivains
ou Copistes des Livres
ausquels les Imprimeurs
ont succedé.
,
2. Laseconde Partiea
pourobjet la Méchanique
de la Fonderie des Caracteres,
& celle de l'Imprimerie
L'on y décrit de
quelle maniere, & quand
4
ces deux Arcs ont été inventez.
L'on y parlede la
Gravûre ou
taille
des Poinçons
de Lettres en acier,
des Matrices en cuivre,&
des Moules pour fondre
les Lettres. Les differens
Caracteres que l'on aemployé,
& que l'on employe
actuellement dansl'impression
des Livres, s'y
trouventplacez chacun
dans leurordre, avi-f- 'v
"Histoire;Onduplique en
passant la manierede graver
sur le cuivre, à l'Eadforte,
au Burin; d'imprimer
en Taille douce.Celle
; degraver sur le Bois, ou de buriner sur les Métaux
}n'y'efi: pas oubliée non
plus que la maniere d'imprimer
des Chinois. Enfin
l'ony joint des remarques sur la Compoficioiy-du
Métal des Lettressonduës:
surlesCaracteres de
Plainchant&deMusique:
sur lesfiguresd'Astrono-
^mie;les Signes de Chymie,
& de Medecine: sur les
Notes des Jurisconsultes,
& sur les Abbreviations
anciennes. 3. La troisiéme Partie
regarde uniquement le travail
de l'Imprimerie, c'està
dire, les dispositions necessaires
pour l'ornement
des Ouvrages:Lafigure des
différentes Impositions:
Les Marques dont les Auteurs
se servent pour corriger
les Epreuves: La maniere
de composer l'Encre.
La description de la
-
Presse, des CalTes. & de
plusieurs autres Ustanciles
f
qui concernent le faitde
l'Imprimerie. L'on donne
une idée de ce que les plus
habiles Fondeurs en Lettres
,
de Imprimeurs ont
fait de plus excellent en
chaque genre de Caraél:e..
re. L'on y fait connoître
ceux qui se font distinguez
par la beauté ou la correction
de leurs Ouvrages,
par leurs sçavoir dans les
belles Lettres, & dans let
recherches d'Antiquité.
L'on y voit avec quel foin
les Papes, les Empereurs,
& les Roisontsoûtenu
l'Imprimerie, & les dépenses
qu'ils yont faites. L'on
y traite de l'Approbation
des Livres, des Marques
des Libraires, des Privileges,
& de tout cequi y a
rapport. L'on donne une
Lifte generale de toutes les
Villes où il y a eu des
Livres imprimez; & l'on
finir par un Dictionnaire
des Termes propres aux
Arts de la Fonderie des
Lettres, de l'Imprimerie,
& de la Librairie,& aux
autres Arts qui en dépendent.
Cet Ouvrage est
prest à metre sous la Prêt
se,& il y aura plus de 100.
Planches.
des Lettres 0* de tlmprimerie,
par P IERRE COT,
Fondeur, 0* Imprimeur-Libraire
ordinaire de l'Academic
Royale des Inscriptions -C
Médailles. Volumein4°. que
l'on doit mettre incessamment
fous la Presse
,
à Paris.
L'Ouvrage est divisé
en trois Parties.
1#ON traite dans la
premiere
de l'origine de l'Ecriture,
& de Tes progrez.
-Aprés avoir parlé des Caracteres
dont les hommes
se sont servis dans les premiers
temps, on en donne
des Tables expliquées,
tant des Caracteres symboliquesdequelques
Peuples,
que des alphabetiques
des autres Nations.
En traitant de l'établissement
de plus anciennes
Bibliotheques,&des Maü'ufçtirs
dont elles étoient
composées, on examine
ce qui peut servir à juger
de ancienneté de ces
Manuscrits. Cela conduit
à ce qui regarde la méchanique
de l'ancienne
Librairie des Grecs, & des
Romains
,
les Ecrivains
ou Copistes des Livres
ausquels les Imprimeurs
ont succedé.
,
2. Laseconde Partiea
pourobjet la Méchanique
de la Fonderie des Caracteres,
& celle de l'Imprimerie
L'on y décrit de
quelle maniere, & quand
4
ces deux Arcs ont été inventez.
L'on y parlede la
Gravûre ou
taille
des Poinçons
de Lettres en acier,
des Matrices en cuivre,&
des Moules pour fondre
les Lettres. Les differens
Caracteres que l'on aemployé,
& que l'on employe
actuellement dansl'impression
des Livres, s'y
trouventplacez chacun
dans leurordre, avi-f- 'v
"Histoire;Onduplique en
passant la manierede graver
sur le cuivre, à l'Eadforte,
au Burin; d'imprimer
en Taille douce.Celle
; degraver sur le Bois, ou de buriner sur les Métaux
}n'y'efi: pas oubliée non
plus que la maniere d'imprimer
des Chinois. Enfin
l'ony joint des remarques sur la Compoficioiy-du
Métal des Lettressonduës:
surlesCaracteres de
Plainchant&deMusique:
sur lesfiguresd'Astrono-
^mie;les Signes de Chymie,
& de Medecine: sur les
Notes des Jurisconsultes,
& sur les Abbreviations
anciennes. 3. La troisiéme Partie
regarde uniquement le travail
de l'Imprimerie, c'està
dire, les dispositions necessaires
pour l'ornement
des Ouvrages:Lafigure des
différentes Impositions:
Les Marques dont les Auteurs
se servent pour corriger
les Epreuves: La maniere
de composer l'Encre.
La description de la
-
Presse, des CalTes. & de
plusieurs autres Ustanciles
f
qui concernent le faitde
l'Imprimerie. L'on donne
une idée de ce que les plus
habiles Fondeurs en Lettres
,
de Imprimeurs ont
fait de plus excellent en
chaque genre de Caraél:e..
re. L'on y fait connoître
ceux qui se font distinguez
par la beauté ou la correction
de leurs Ouvrages,
par leurs sçavoir dans les
belles Lettres, & dans let
recherches d'Antiquité.
L'on y voit avec quel foin
les Papes, les Empereurs,
& les Roisontsoûtenu
l'Imprimerie, & les dépenses
qu'ils yont faites. L'on
y traite de l'Approbation
des Livres, des Marques
des Libraires, des Privileges,
& de tout cequi y a
rapport. L'on donne une
Lifte generale de toutes les
Villes où il y a eu des
Livres imprimez; & l'on
finir par un Dictionnaire
des Termes propres aux
Arts de la Fonderie des
Lettres, de l'Imprimerie,
& de la Librairie,& aux
autres Arts qui en dépendent.
Cet Ouvrage est
prest à metre sous la Prêt
se,& il y aura plus de 100.
Planches.
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Résumé : Histoire generale de la Fonderie des Lettres & de l'Imprimerie, par PIERRE COT, Fondeur, & Imprimeur-Libraire ordinaire de l'Academie Royale des Inscriptions & Médailles. Volume in 4 o. que l'on doit mettre incessamment sous la Presse, à Paris.
L'ouvrage 'Histoire générale de la Fonderie des Lettres et de l'Imprimerie' de Pierre Cot est divisé en trois parties. La première partie traite de l'origine de l'écriture et de ses évolutions, présentant des tables de caractères symboliques et alphabétiques utilisés par diverses nations. Elle explore également l'ancienneté des manuscrits et la mécanique de la librairie antique des Grecs et des Romains, ainsi que le rôle des copistes avant l'imprimerie. La deuxième partie décrit la mécanique de la fonderie des caractères et de l'imprimerie, incluant les méthodes de gravure des poinçons, la création des matrices et des moules, et les différents types de caractères. Elle mentionne aussi les caractères de plain-chant, de musique, les figures d'astronomie, les signes de chimie et de médecine, ainsi que les abréviations anciennes. La troisième partie se concentre sur le travail de l'imprimerie, détaillant les dispositions pour l'ornement des ouvrages, les figures des différentes impositions, les marques des auteurs, la composition de l'encre, et la description des presses et des cales. Elle souligne les contributions des fondateurs et imprimeurs les plus habiles, le soutien des Papes, Empereurs et Rois à l'imprimerie, et les aspects légaux comme l'approbation des livres et les privilèges. L'ouvrage se termine par une liste des villes ayant des livres imprimés et un dictionnaire des termes relatifs à la fonderie des lettres, à l'imprimerie et à la librairie.
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31
p. 1-8
Nouvelles du Nord.
Début :
Les Lettres du Palatin de Kiowie du 19. Mars [...]
Mots clefs :
Moscovites, Troupes, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles du Nord.
NouvellesduNord.
AfLes <
Lettres du Palatinde
Kiowie du 19. Mars
dernier portent qu'il s'etoit
avancé avec le fils
du Kan des Tartaresvers
Niemirow
,
& Braclaw
capitale de la Basse Podolie;
que ces deux Placer
s'étantrendues à l'approche
de leurs Troupes, ils
y avoient sejourné peri.
dant quelques jours;
qu'ayant envoyé un Party
dans la Haute Podolie,
il avoir fait quelques Prifonniers
par lesquels on
avoir appris qu'il y avoir
a Lisianka un Corps de
six mille Moscovites;que
3 s'étant misen marche
pour lesallerataquer, les
les Moscovites étoient venus
au devant d'eux;mais
qu'àpres quelqueresistan-
1
ce ils avoient esté entierement
défaits , que le
premier fruit de cette
Vi&oire avoit esté la réduction
de Lifianxa.
Ces Lettres ajoustent
que le fils du Kan en avoit
receuune de son Pere par
laquelle illui donnoit avis
qu'il s'estoit rendu maigre
des Villes de Solofka
,
de Luiny, & de Michaïlow
,
les deux premeres
suéessur lariviere
d'Occa,&la derniere
sur le Tanaïs entre Moscou
& Veronecz où est
l'Arcenal de Marine du
Czar, & qu'ils'estoitavance
jusqu'à huit lieueë de
de Moscou.
A l'égard du Grand-
Vizir il estoit encore campe
avec 15000. hommes
à Daoud Pacha d'où il devoie
partir le 27. d'Avril
pour se rendre a13ender
quiest le rendez-vous general
de cette Armée.Voicy
un estat des Troupes
donc elle doit cflre conposée.
Cavalerie.
Trou pes desBachas.
ioi70. hommes.
Zaïms&Timariots.
17873.
Les quatre Cornettes des
1- Spahis.. 17773.
Deli ou Enfants perdus.
2046.
Total57862.
Infanterie.
Jani (Taircs.. 20000.
Gebegis ouCuiraissiers.,
10000.
Topgis ou Canonniers.
7000.
Janissaires du Caire. 3403.
Bosniens & Albanois. ?
îoooo. Pionniers.. 1400- Total61803.
L'Artillerie fera de,oo.
piècesdecanon,&de30.
mortiers.-
Les Troupes pour la
garde des frontieres ne
sont point comprises dans
cetestatnon plus queles
Tartares, & les 40000.
hommes destinez pour
l'Armée Navale dont voi- cyaussiunestat.
Vaisseaux ou Sultanes
•
grandes &petites. 18
Galleres..• 21
Galliores à 24. rames. 40
Galliotes à 16.rames. 60
Felouques au. rames. 110
Bastiments plats. 100
Jotal359.
Les Galleres, le|.Gal liotes
,&lesautres petits
Bastiments,sortirent du
Port le 18. Avril pourse
mettre à larade..
On a apprispar des
Lettres posterieures.que Ig
Palatin de Kiovie ,ec le
filsdu Kan des Tartares,
a prés avoir défaitles 6000.
Moscovites dont on a parlé,
avoient avec latestede
leurs Troupes attaqué
BialaecrKiov
; mais qu'aprés
y avoir donné trois
assauts
.>
ils avoientesté
obligez de te retirer en
attendantl'arrivée
-
de
leur Artilerier
AfLes <
Lettres du Palatinde
Kiowie du 19. Mars
dernier portent qu'il s'etoit
avancé avec le fils
du Kan des Tartaresvers
Niemirow
,
& Braclaw
capitale de la Basse Podolie;
que ces deux Placer
s'étantrendues à l'approche
de leurs Troupes, ils
y avoient sejourné peri.
dant quelques jours;
qu'ayant envoyé un Party
dans la Haute Podolie,
il avoir fait quelques Prifonniers
par lesquels on
avoir appris qu'il y avoir
a Lisianka un Corps de
six mille Moscovites;que
3 s'étant misen marche
pour lesallerataquer, les
les Moscovites étoient venus
au devant d'eux;mais
qu'àpres quelqueresistan-
1
ce ils avoient esté entierement
défaits , que le
premier fruit de cette
Vi&oire avoit esté la réduction
de Lifianxa.
Ces Lettres ajoustent
que le fils du Kan en avoit
receuune de son Pere par
laquelle illui donnoit avis
qu'il s'estoit rendu maigre
des Villes de Solofka
,
de Luiny, & de Michaïlow
,
les deux premeres
suéessur lariviere
d'Occa,&la derniere
sur le Tanaïs entre Moscou
& Veronecz où est
l'Arcenal de Marine du
Czar, & qu'ils'estoitavance
jusqu'à huit lieueë de
de Moscou.
A l'égard du Grand-
Vizir il estoit encore campe
avec 15000. hommes
à Daoud Pacha d'où il devoie
partir le 27. d'Avril
pour se rendre a13ender
quiest le rendez-vous general
de cette Armée.Voicy
un estat des Troupes
donc elle doit cflre conposée.
Cavalerie.
Trou pes desBachas.
ioi70. hommes.
Zaïms&Timariots.
17873.
Les quatre Cornettes des
1- Spahis.. 17773.
Deli ou Enfants perdus.
2046.
Total57862.
Infanterie.
Jani (Taircs.. 20000.
Gebegis ouCuiraissiers.,
10000.
Topgis ou Canonniers.
7000.
Janissaires du Caire. 3403.
Bosniens & Albanois. ?
îoooo. Pionniers.. 1400- Total61803.
L'Artillerie fera de,oo.
piècesdecanon,&de30.
mortiers.-
Les Troupes pour la
garde des frontieres ne
sont point comprises dans
cetestatnon plus queles
Tartares, & les 40000.
hommes destinez pour
l'Armée Navale dont voi- cyaussiunestat.
Vaisseaux ou Sultanes
•
grandes &petites. 18
Galleres..• 21
Galliores à 24. rames. 40
Galliotes à 16.rames. 60
Felouques au. rames. 110
Bastiments plats. 100
Jotal359.
Les Galleres, le|.Gal liotes
,&lesautres petits
Bastiments,sortirent du
Port le 18. Avril pourse
mettre à larade..
On a apprispar des
Lettres posterieures.que Ig
Palatin de Kiovie ,ec le
filsdu Kan des Tartares,
a prés avoir défaitles 6000.
Moscovites dont on a parlé,
avoient avec latestede
leurs Troupes attaqué
BialaecrKiov
; mais qu'aprés
y avoir donné trois
assauts
.>
ils avoientesté
obligez de te retirer en
attendantl'arrivée
-
de
leur Artilerier
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Résumé : Nouvelles du Nord.
Le texte décrit des opérations militaires en Podolie et autour de Moscou. Le fils du Khan des Tartares, accompagné du Palatin de Kiev, a pris Niemirow et Braclaw sans résistance, puis a capturé des prisonniers révélant la présence de 6 000 Moscovites à Lisianka. Après une bataille, les Moscovites ont été vaincus et Lisianka a été réduite. Une lettre du Khan mentionne la prise de Solofka, Luiny et Michaïlow, ainsi que l'approche des troupes à huit lieues de Moscou. Par ailleurs, le Grand Vizir, avec 15 000 hommes, doit partir de Daoud Pacha le 27 avril pour Belender, rendez-vous général de l'armée. Les troupes incluent cavalerie, infanterie et artillerie, excluant celles pour la garde des frontières et les Tartares, ainsi que 40 000 hommes pour l'armée navale. La flotte, composée de divers vaisseaux, a vu certains navires quitter le port le 18 avril. Plus tard, le Palatin de Kiev et le fils du Khan ont attaqué BialecrKiov mais se sont retirés après trois assauts infructueux, en attendant leur artillerie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 23-39
EXTRAIT De la Réponse que fit à ce Discours Monsieur de Valincour, Secretaire General de la Marine, alors Chancelier de l'Academie.
Début :
MONSIEUR, Le consentement unanime de vos suffrages vous a fait [...]
Mots clefs :
Académie française, Amour, Vertu, Ennemis, Hommes, Despréaux, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT De la Réponse que fit à ce Discours Monsieur de Valincour, Secretaire General de la Marine, alors Chancelier de l'Academie.
EXTRAIT
De la Réponseque fit à
ce Discours Monsieur
de Valincour
,
Secretaire
General de la Marine,
alors Chancelier
de l'Academie.
MONSIEUR,
Le consentement unanime
de njos fufJra(es vous afait
ajJeZ voir combien nous estJeZ,
desiré, & avec quel
plaisir l' AcademieFrançoise
IVa pourlaseconde fois écrire
dans Ilof fastes
, un nom dont
elles'honore depuis tant d'années.
Quelles terres, quelles
mers quelles guerres, quelles
negociation s & pour
parler de ce qui nous convientparticulièrement,
quelles
académies peut-on citer
aujourd'huyoù l'on nftrvUve
des traces delagloire de
ce nom illustre? Qujl amour
pour lesLettres dans tous ceux
qui le portent, &qu'ils ont
Sçu joindre à tant àaéhons
éclatantes &a tant deservices
tanins à l'Etat?
§l*el
Quel exemple plus propre
à confondreégalement & la
grojjieretè barbare qui mé..
prise l'amour des Lettres,
comme indigne des Grands
Hommes, fY lA delicatesse
oisive,qui n'y cherche qu'un
amusement, frivole, ou une
vaine reputation.
N'a-t on pas vû vôtre
illustre pere donner encore
à la lecture des bons livres,
les plus doux momens
de son loisir,dansunevieillejîe
echapée à tant de combats
qu'aavoit rendusfunestesà
nos ennemis. J'ay vû ce
Frere, qui vous est sicher
adoucir les ennuisd'une lono-
ue navigation, tantôt avec
ce Poëte qui fut l'amy de Sri*
pion, tantôt avec celuy qui
fit lesdelices SAugujle *•
& à la veille d'un grand
combat étudiertranquillement
dans les Heros des terris
pastr des actions deconduite
& de valeur dont il alloit
lui-même donner de nou-
'VeAUX exemples.
Et quel honneur n'apoint
fait*uk Lettres, ce grand
Cardinaly Doyen del'Academie,
lorflue joignantà la
force d'un genie superieur,
toutes les graces & toutes
les lumieres qu'on trouve
dans le commerce des Muses,
il regnoit par la parole dans
toutes les Cours de l'Europe,
Maître dans l'art de persuader,
dont il pouvoit donner
des preceptes comme Aristote,
(IF des exemples comme
Demostenes, il rassuroit nos
A¡lteZ' incertains, dissipoit
les Irgues de nos ennemis,
(§£> jjLtjoit ceder aux seuLs
forces de la raison, ceux qui
étoient en état de rellff,r
aux plus puissantes armées.
Quidenousen levoyant
aujourd'hui dans ce noble repos
aquis partant de travaux
celebres, ne croit voir ce
Nestor d'Homere, qui par
les charmes desonéloquence,
&par lasagesse deses conseils
, avoit modéré si longtemps
les passions des Princes
& des Republiques,& qui
avoit esté l'amy & le compagnon
fidele des Heros de
trois âges? & dans quels
Agesy & dans quels siecles
cet illustreCardinal ne paroist-
ilpointavoirvécu?&..
Puisquenous sommes pri'
VeZ duplaisir de le oir à
nos exercices, c'est à VOUS,
Monsieur, d'en remplir la
place,tl,ujJi bien que celle de
l'excellent hommeà quivous
JucceàeXj, faites-nous part
de ces richesses qui 'VOU$ font
naturelles, & de celles que
'UOIU aveZ acquises par vos
grandsemplois dans les Païs
étrangers; montrez-nous en
quoy la Langue Franfoife
peut estre comparable
, ou
même préferée à tant d'autres
Langues qui vous sont sifamilieres.
Que l'Academie, en
vous voyant, croye voir
son illustre Doyen, & l'illustre
confrere qu'elle a
perdu. .4
Je ne crains point,Messieurs
, que l'amitié me
rende suspect sur le sujet
de MonsieurDESPREAUX..
quel éloge en puis je faire
que vous n'ayiez déja prévenu?
J'ose attester, Messieurs
,
le jugement que
tant de fois vous en avez
porté vous-mêmes ,
j'atteste
celui de tous les Peuples
de l'Europe. L'approbation
universelle
, ,
cft le plusgrand éloge
que les homimes puissent
donner à un écrivain, &
en même temps la marque
la plus certaine de la
perfection des ouvrages;
par quel heureuxsecret
peut-on acquérir cette
approbation. Monsieur
Despreaux nous l'aappris
lui-même, c'est par l'amour
du vray.
En t/Jet, ce rirft que dans
levrayfeulement que tous les
hommes je jéumjjtnt, différens
d'ailleurs dans leurs
moeurs, dans leurs prejugeT9
dans leurmaniere depenser,
d'ecrire, cV- dejuger de ceux
quiecrivent; des que le vray
paroît clairementàleursyeux,
il enleve toujours leurconsentement&
leuradmiration.
Monsieur Despreaux
avoit puisé dans la nature
même, ce Vrayqu'on ne
peut voir qu'enelle, mais
qu'elle ne laiiIè voir qu'à
les favoris.
Mais c'eiten vain qu'un
auteur choisitle vraypour
modele
,
il est toûjours sujetas'égarer,
s'il ne prend
.auLIJ laraifon pour guide:
elle apprit a Monsieur
Despréaux à éviter les excez
de Juven.al,& d'Hora- - cemême,qui avoient atta--
que les vices de leur temps
avec des armes qui faisoient
rougir la vertu. Il
osa le premier faire voir
aux hommes une satyre
fage & modeste , & renédit
sacvierausisi pturse qu.e ses .;}
Incapablededéguisement
,
dansses moeurs, comme d'affectation
dans ses ouvrages, il S'elf toûjours montré tel
qu'ilestoit, aimant mieux,
dzjoit-it> laisser voir de veritables
deffautsque de les
couvrir par de fausses vertus.
Tout ce qui choquoit la
raison oulaverité
,
excitoit
en luy-même un chagrin,
dont il n'etoit pas lemaistre,
& auquel peut estre sommes
nous redevables de ses p us
ingenieusescompositions:mais
en attaquant ce déffaut des
Ecrivains,ila toujours épargné
l urs personnes.
il croyoit permu à tout
homme qui sçait parler ou
écrire de censurer publiquementde
mauvais livres:mais
il ne regardoit qu'avec horreur
ces dangereux ennemis
du genre humain, qui sans
respectpour l'amitié,pour la
véritémême, déchirent indifféremment
tout ce qui s'offre
à leur imagination
,
(9i
qluesi du fonds des tenebrts qui
dérobent à la rigueur des
JLoix^sefont un jeu cruel de
publier les fautes les plus cac/;
éts,& de noircir les actions
lesplus innocentes.
M. Despreaux s'animoit
sur tout contre ces genres
de poësies
,
où la Religion
luy paroissoitoffensée &.
Heureux d'avoir pûd'une
même main imprimer un
oprobre éternel à des ouvrages
si contraires aux bonnes
moeurs,& donner à ],:r.vertu,
enlapersonnede notre Auguste
Monarque, des louan
ges qui nepérirontjamais.
Souvenons- nous que
nôtre siecle fera regardé
un jour du même point
d'éloignement d'où nous
regardons maintenant celuy
d'Auguste.
On ne voit que foiblement
sa gloire dans les
arcs de triomphes, médailles
& autres monumens
que ce temps a détruits
ou alterez : mais quand
on le contemple dans les
vers de Virgile & d'Horace
soûtenant luy seul tout
le poids des affaires du
monde,vainqueur de ses
1\ * ennemis, & toujours pere
de ses sujets,banissant le
vice par ses Loix, enseignant
la vertu par ses
exemples,&.
Alors les coeurs & les
esprits sereünissent pourformer
un noHveau çenctrt de
louanges. On bénit le Ciel
d'avoir donne aux hommes
un si bon Maijlre, & l'on
souhaite que tous ceux qui
viendront Aprés luy puijjtnt
luy ressembler.
N'en d,),,,tonspoint,Monsieur,
tel & plus grand encore
la posterité verra tÀuguste
Loüis dans les ouvrages
de M. Despreaux, é..
& dans ceux decette illustre
Compagnie.
PurjJt t-il encore durant
nn grand nombre d'années
préparer aux siecles à venir
-
de nouveauxsujets d'admiration;&
puisse une longue (ST
heureuse paix le mettre bientost
en estat de procureràses
peuples un bonheur qui fait
le plus cher objet deses desirs
&qui fera la consommation
desa gloire
De la Réponseque fit à
ce Discours Monsieur
de Valincour
,
Secretaire
General de la Marine,
alors Chancelier
de l'Academie.
MONSIEUR,
Le consentement unanime
de njos fufJra(es vous afait
ajJeZ voir combien nous estJeZ,
desiré, & avec quel
plaisir l' AcademieFrançoise
IVa pourlaseconde fois écrire
dans Ilof fastes
, un nom dont
elles'honore depuis tant d'années.
Quelles terres, quelles
mers quelles guerres, quelles
negociation s & pour
parler de ce qui nous convientparticulièrement,
quelles
académies peut-on citer
aujourd'huyoù l'on nftrvUve
des traces delagloire de
ce nom illustre? Qujl amour
pour lesLettres dans tous ceux
qui le portent, &qu'ils ont
Sçu joindre à tant àaéhons
éclatantes &a tant deservices
tanins à l'Etat?
§l*el
Quel exemple plus propre
à confondreégalement & la
grojjieretè barbare qui mé..
prise l'amour des Lettres,
comme indigne des Grands
Hommes, fY lA delicatesse
oisive,qui n'y cherche qu'un
amusement, frivole, ou une
vaine reputation.
N'a-t on pas vû vôtre
illustre pere donner encore
à la lecture des bons livres,
les plus doux momens
de son loisir,dansunevieillejîe
echapée à tant de combats
qu'aavoit rendusfunestesà
nos ennemis. J'ay vû ce
Frere, qui vous est sicher
adoucir les ennuisd'une lono-
ue navigation, tantôt avec
ce Poëte qui fut l'amy de Sri*
pion, tantôt avec celuy qui
fit lesdelices SAugujle *•
& à la veille d'un grand
combat étudiertranquillement
dans les Heros des terris
pastr des actions deconduite
& de valeur dont il alloit
lui-même donner de nou-
'VeAUX exemples.
Et quel honneur n'apoint
fait*uk Lettres, ce grand
Cardinaly Doyen del'Academie,
lorflue joignantà la
force d'un genie superieur,
toutes les graces & toutes
les lumieres qu'on trouve
dans le commerce des Muses,
il regnoit par la parole dans
toutes les Cours de l'Europe,
Maître dans l'art de persuader,
dont il pouvoit donner
des preceptes comme Aristote,
(IF des exemples comme
Demostenes, il rassuroit nos
A¡lteZ' incertains, dissipoit
les Irgues de nos ennemis,
(§£> jjLtjoit ceder aux seuLs
forces de la raison, ceux qui
étoient en état de rellff,r
aux plus puissantes armées.
Quidenousen levoyant
aujourd'hui dans ce noble repos
aquis partant de travaux
celebres, ne croit voir ce
Nestor d'Homere, qui par
les charmes desonéloquence,
&par lasagesse deses conseils
, avoit modéré si longtemps
les passions des Princes
& des Republiques,& qui
avoit esté l'amy & le compagnon
fidele des Heros de
trois âges? & dans quels
Agesy & dans quels siecles
cet illustreCardinal ne paroist-
ilpointavoirvécu?&..
Puisquenous sommes pri'
VeZ duplaisir de le oir à
nos exercices, c'est à VOUS,
Monsieur, d'en remplir la
place,tl,ujJi bien que celle de
l'excellent hommeà quivous
JucceàeXj, faites-nous part
de ces richesses qui 'VOU$ font
naturelles, & de celles que
'UOIU aveZ acquises par vos
grandsemplois dans les Païs
étrangers; montrez-nous en
quoy la Langue Franfoife
peut estre comparable
, ou
même préferée à tant d'autres
Langues qui vous sont sifamilieres.
Que l'Academie, en
vous voyant, croye voir
son illustre Doyen, & l'illustre
confrere qu'elle a
perdu. .4
Je ne crains point,Messieurs
, que l'amitié me
rende suspect sur le sujet
de MonsieurDESPREAUX..
quel éloge en puis je faire
que vous n'ayiez déja prévenu?
J'ose attester, Messieurs
,
le jugement que
tant de fois vous en avez
porté vous-mêmes ,
j'atteste
celui de tous les Peuples
de l'Europe. L'approbation
universelle
, ,
cft le plusgrand éloge
que les homimes puissent
donner à un écrivain, &
en même temps la marque
la plus certaine de la
perfection des ouvrages;
par quel heureuxsecret
peut-on acquérir cette
approbation. Monsieur
Despreaux nous l'aappris
lui-même, c'est par l'amour
du vray.
En t/Jet, ce rirft que dans
levrayfeulement que tous les
hommes je jéumjjtnt, différens
d'ailleurs dans leurs
moeurs, dans leurs prejugeT9
dans leurmaniere depenser,
d'ecrire, cV- dejuger de ceux
quiecrivent; des que le vray
paroît clairementàleursyeux,
il enleve toujours leurconsentement&
leuradmiration.
Monsieur Despreaux
avoit puisé dans la nature
même, ce Vrayqu'on ne
peut voir qu'enelle, mais
qu'elle ne laiiIè voir qu'à
les favoris.
Mais c'eiten vain qu'un
auteur choisitle vraypour
modele
,
il est toûjours sujetas'égarer,
s'il ne prend
.auLIJ laraifon pour guide:
elle apprit a Monsieur
Despréaux à éviter les excez
de Juven.al,& d'Hora- - cemême,qui avoient atta--
que les vices de leur temps
avec des armes qui faisoient
rougir la vertu. Il
osa le premier faire voir
aux hommes une satyre
fage & modeste , & renédit
sacvierausisi pturse qu.e ses .;}
Incapablededéguisement
,
dansses moeurs, comme d'affectation
dans ses ouvrages, il S'elf toûjours montré tel
qu'ilestoit, aimant mieux,
dzjoit-it> laisser voir de veritables
deffautsque de les
couvrir par de fausses vertus.
Tout ce qui choquoit la
raison oulaverité
,
excitoit
en luy-même un chagrin,
dont il n'etoit pas lemaistre,
& auquel peut estre sommes
nous redevables de ses p us
ingenieusescompositions:mais
en attaquant ce déffaut des
Ecrivains,ila toujours épargné
l urs personnes.
il croyoit permu à tout
homme qui sçait parler ou
écrire de censurer publiquementde
mauvais livres:mais
il ne regardoit qu'avec horreur
ces dangereux ennemis
du genre humain, qui sans
respectpour l'amitié,pour la
véritémême, déchirent indifféremment
tout ce qui s'offre
à leur imagination
,
(9i
qluesi du fonds des tenebrts qui
dérobent à la rigueur des
JLoix^sefont un jeu cruel de
publier les fautes les plus cac/;
éts,& de noircir les actions
lesplus innocentes.
M. Despreaux s'animoit
sur tout contre ces genres
de poësies
,
où la Religion
luy paroissoitoffensée &.
Heureux d'avoir pûd'une
même main imprimer un
oprobre éternel à des ouvrages
si contraires aux bonnes
moeurs,& donner à ],:r.vertu,
enlapersonnede notre Auguste
Monarque, des louan
ges qui nepérirontjamais.
Souvenons- nous que
nôtre siecle fera regardé
un jour du même point
d'éloignement d'où nous
regardons maintenant celuy
d'Auguste.
On ne voit que foiblement
sa gloire dans les
arcs de triomphes, médailles
& autres monumens
que ce temps a détruits
ou alterez : mais quand
on le contemple dans les
vers de Virgile & d'Horace
soûtenant luy seul tout
le poids des affaires du
monde,vainqueur de ses
1\ * ennemis, & toujours pere
de ses sujets,banissant le
vice par ses Loix, enseignant
la vertu par ses
exemples,&.
Alors les coeurs & les
esprits sereünissent pourformer
un noHveau çenctrt de
louanges. On bénit le Ciel
d'avoir donne aux hommes
un si bon Maijlre, & l'on
souhaite que tous ceux qui
viendront Aprés luy puijjtnt
luy ressembler.
N'en d,),,,tonspoint,Monsieur,
tel & plus grand encore
la posterité verra tÀuguste
Loüis dans les ouvrages
de M. Despreaux, é..
& dans ceux decette illustre
Compagnie.
PurjJt t-il encore durant
nn grand nombre d'années
préparer aux siecles à venir
-
de nouveauxsujets d'admiration;&
puisse une longue (ST
heureuse paix le mettre bientost
en estat de procureràses
peuples un bonheur qui fait
le plus cher objet deses desirs
&qui fera la consommation
desa gloire
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Résumé : EXTRAIT De la Réponse que fit à ce Discours Monsieur de Valincour, Secretaire General de la Marine, alors Chancelier de l'Academie.
Monsieur de Valincour, Secrétaire Général de la Marine et Chancelier de l'Académie, répond à un discours en exprimant la joie de l'Académie d'honorer à nouveau un nom illustre. Il souligne les nombreuses contributions de cette personne dans divers domaines, notamment les lettres, les guerres et les négociations. Valincour mentionne l'amour des lettres partagé par tous ceux qui portent ce nom, citant des exemples de membres éminents comme le père de l'interlocuteur et le Cardinal Doyen de l'Académie, qui ont combiné des talents littéraires et des actions héroïques. Valincour loue également Monsieur Despreaux, dont l'œuvre a reçu une approbation universelle en Europe. Despreaux est salué pour son attachement à la vérité et à la raison, évitant les excès et les affectations. Il est reconnu pour ses compositions ingénieuses et son engagement à censurer les mauvais livres sans attaquer les personnes. Despreaux est particulièrement admiré pour avoir défendu la religion et les bonnes mœurs, et pour avoir célébré la vertu du monarque. Valincour conclut en espérant que la postérité verra le roi Auguste Louis à travers les œuvres de Despreaux et de l'Académie. Il souhaite également une longue et heureuse paix pour le bonheur des peuples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 15-21
« On continue de publier en Pologne & en Saxe que [...] »
Début :
On continue de publier en Pologne & en Saxe que [...]
Mots clefs :
Roi, Moscovites, Lettres, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On continue de publier en Pologne & en Saxe que [...] »
On continue de publier
en Pologne & en Saxe que
les Moscovites s'estantapprochez
de Bender le Roy
de Suede s'en estoitretiré
avec toutes les Troupes qui
yestoient pour aller au devant
du Grand Vizir;mais
çclles de Dantzick & de
Stetin au contraire , continuent
d'assurer que Sa
Majesté Suédoise les a entierement
défaits. Çtnç
nouvelle est trop importante
pour en pouvoir parler
avant d'en avoir une cnticre
confirmation.
Il y a des Lettres de
Vienne qui portent qu'il y
estoit arrivé un Officier de
la garde du Roy de Suede,
chargé de Lettres pour le
General Craffaw. Ilditque
l'Armée des Turcs, sans
compter les Tarrares ny
l'ArméequiassiegoitAfaf,
consistoit en cent soixante
mille hommes; qu'elle
estoit en marche,ayant le
Grand Vizir à sa teste; que
ce même Officier avoir apporté
à Mr SternocK Secretaire
de l'Ambassade à
Vienne, la réponse que le
Roy son Maistre fait au
Memoire qui luy a esté
presenté par Mr Jeffreys
Ministre de la Grande Bretagne;
cette réponse porte
que S. M. S. ne fera aucune
Paix avec les Moscovites
qu'en y comprenant la Porte
Ottomane ; que puisque
la convention au sujet de
la Neutralité faite à la
Haye a esté arrestée sans Cai.
connoissance ny son consentement,
que cette convention
luy estoit autant,
desavantageuse qu'elle ètoit
avantageuseàsesennemis,
Elle avoit fait déclarer
plusieurs fois par ses
Ministres, qu'Elle ne pou-,
voit ny ne vouloit y estre
tenuë ; qu'à l'égard de 1ar
Navigation &le libre commerce
de la Mer Baltique,
particulierement dans les-
Places prises par les Moscotes
,
Elle ne vouloir points
y entendre parce que cela
estoit contraire au Traité
de Commerce & à l'utage
que des Amis ont coutume
d'observer.
Les Lettres de Dresden
»)
portent que le Roy Auguste
enestoit parti en postele
26. Juillet, pour se rendre
en Pologne, après avoir
reçu un Courrier qui lu)"
avoit esté depêché
, que le
Prince Electoral son fils
estoit allé à Bareith d'où il
devoit passer à Francfort
pour assisterincognito àTElection
d'un Empereur.
D'autres Lettres disent
que le Roy de Dannemarck
assembloitsonArméedans
la Plaine de Saxc- Lavembourg
; que sa Flore avoit
enfinmisàlavoile&qu'elle
faisoit route vers la Mer
Baltique;que quelques Vaisseaux
Suedois qui croisoient
prés de Bornholm,
s'estoient retirez à Carelscroon
; que ces Vaisseaux
en avoit pris dix ou douze
Hollandois qui alloient à
Riga; mais qu'ils les avoienc
re lâchez à condition qu'ils
iroientàDantzick ou dans
quelques autres Ports qui
n'estoient pas occupez par
les Moscovites ; que les
Troupes Suedoises s'étoient
emparées du Pont de
Schwet sur l'Oder à l'entrée
de la Marche de Brandebourg
)
& qu'ellesl'avoient
rompu pour empêcher
le passage des Danois.
en Pologne & en Saxe que
les Moscovites s'estantapprochez
de Bender le Roy
de Suede s'en estoitretiré
avec toutes les Troupes qui
yestoient pour aller au devant
du Grand Vizir;mais
çclles de Dantzick & de
Stetin au contraire , continuent
d'assurer que Sa
Majesté Suédoise les a entierement
défaits. Çtnç
nouvelle est trop importante
pour en pouvoir parler
avant d'en avoir une cnticre
confirmation.
Il y a des Lettres de
Vienne qui portent qu'il y
estoit arrivé un Officier de
la garde du Roy de Suede,
chargé de Lettres pour le
General Craffaw. Ilditque
l'Armée des Turcs, sans
compter les Tarrares ny
l'ArméequiassiegoitAfaf,
consistoit en cent soixante
mille hommes; qu'elle
estoit en marche,ayant le
Grand Vizir à sa teste; que
ce même Officier avoir apporté
à Mr SternocK Secretaire
de l'Ambassade à
Vienne, la réponse que le
Roy son Maistre fait au
Memoire qui luy a esté
presenté par Mr Jeffreys
Ministre de la Grande Bretagne;
cette réponse porte
que S. M. S. ne fera aucune
Paix avec les Moscovites
qu'en y comprenant la Porte
Ottomane ; que puisque
la convention au sujet de
la Neutralité faite à la
Haye a esté arrestée sans Cai.
connoissance ny son consentement,
que cette convention
luy estoit autant,
desavantageuse qu'elle ètoit
avantageuseàsesennemis,
Elle avoit fait déclarer
plusieurs fois par ses
Ministres, qu'Elle ne pou-,
voit ny ne vouloit y estre
tenuë ; qu'à l'égard de 1ar
Navigation &le libre commerce
de la Mer Baltique,
particulierement dans les-
Places prises par les Moscotes
,
Elle ne vouloir points
y entendre parce que cela
estoit contraire au Traité
de Commerce & à l'utage
que des Amis ont coutume
d'observer.
Les Lettres de Dresden
»)
portent que le Roy Auguste
enestoit parti en postele
26. Juillet, pour se rendre
en Pologne, après avoir
reçu un Courrier qui lu)"
avoit esté depêché
, que le
Prince Electoral son fils
estoit allé à Bareith d'où il
devoit passer à Francfort
pour assisterincognito àTElection
d'un Empereur.
D'autres Lettres disent
que le Roy de Dannemarck
assembloitsonArméedans
la Plaine de Saxc- Lavembourg
; que sa Flore avoit
enfinmisàlavoile&qu'elle
faisoit route vers la Mer
Baltique;que quelques Vaisseaux
Suedois qui croisoient
prés de Bornholm,
s'estoient retirez à Carelscroon
; que ces Vaisseaux
en avoit pris dix ou douze
Hollandois qui alloient à
Riga; mais qu'ils les avoienc
re lâchez à condition qu'ils
iroientàDantzick ou dans
quelques autres Ports qui
n'estoient pas occupez par
les Moscovites ; que les
Troupes Suedoises s'étoient
emparées du Pont de
Schwet sur l'Oder à l'entrée
de la Marche de Brandebourg
)
& qu'ellesl'avoient
rompu pour empêcher
le passage des Danois.
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Résumé : « On continue de publier en Pologne & en Saxe que [...] »
Le texte présente des informations contradictoires sur les mouvements des troupes suédoises. En Pologne et en Saxe, il est rapporté que le roi de Suède s'est retiré de Bender pour affronter le Grand Vizir, tandis que des nouvelles de Dantzick et de Stetin affirment une défaite des forces suédoises. La véracité de ces informations reste incertaine. Des lettres de Vienne mentionnent l'arrivée d'un officier suédois portant des lettres pour le général Craffaw. Cet officier indique que l'armée turque, excluant les Tatares et celle assiégeant Afaf, compte cent soixante mille hommes et est en marche sous le commandement du Grand Vizir. L'officier a également apporté une réponse du roi de Suède au ministre britannique Jeffreys, refusant la paix avec les Moscovites sans la Porte Ottomane et contestant la convention de neutralité de La Haye. Le roi rejette aussi toute discussion sur la navigation libre en mer Baltique. Des lettres de Dresde rapportent que le roi Auguste est parti pour la Pologne le 26 juillet. Son fils, le prince électoral, s'est rendu à Bareith avant de se diriger vers Francfort pour l'élection d'un empereur. Par ailleurs, le roi de Danemark rassemble son armée en Saxe-Lavembourg et sa flotte navigue vers la mer Baltique. Les troupes suédoises ont détruit le pont de Schwet sur l'Oder pour empêcher le passage des Danois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 14-23
« Voicy plusieurs autres Lettres, qui quoy qu'elles soient aussi [...] »
Début :
Voicy plusieurs autres Lettres, qui quoy qu'elles soient aussi [...]
Mots clefs :
Lettres, Roi de Suède, Ambassadeur de Hollande, Tsar, Armée, Vizir, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy plusieurs autres Lettres, qui quoy qu'elles soient aussi [...] »
Voicyplusieurs autres
Lettres, qui quoy qu'elles
(oient aussi d'anciennes
dattes,n'en sont pas moins
rurieufes.
Copie d'une Lettre de Mr
Fabien,Envoyé d Hols-
; tein auprés du Roy de
Suede
,
dattée à Bender
le3 Septembre.
r»
,,"
Les Affairessont encore icy
au même état comme je l'ay
mandé parmes dernierees. Le
Capizilar Kiahiasi du grand
Visir estarrivé ces jours safiés
à l'Armée ; commeil efl fort
dans lesinterests du Roy de
Suede
, on s'attend à quelque
changement favorable d'un
moment à l'autre ; le Palatin
de Kiovie & le ComteTarlo,
font allez trouver legrand
Visir, à l'Armée~&c'està leur
retour que nous pourrons favoir
quelque chose de ~positif.
Selon les apparences les Moscovites
ne rendront point Asaff.
jiinji la Guerre pourroit bien -
ejlre continuée. Ils ont demandé
des nouveaux délais; le
grand Vizir a dit à Messieurs
Schafirof & Czeremethof,
qu'il les feroitpendre vis-à-vis
l'un de l'autre,si on ne rendoit
pas la Place dans le temps fixé.
ilya apparence que le Roy
taJfèrA, encore icy cet hiver.
Lettre de l'Ambassadeur
d'Hollande
,
écrite de
Constantinople le 1 ~8;
Septembre.
Les Lettres de l'Armée du
29 Aoustportent queleVisir
étoit encore campéen Moldavie
du costéSeptentrional du Danube
; le Czar s'exeuse toIf
jourssurl'executionduTfaiter
~se qui cause quelque soupçon
somme s'il cherchoit à l'éluder,
le Roy de Suede continuë à
seplaindre dugrand virirËr
de la Paix à son exclusion
,
l'Envoyé desa Majeflé Suedoise
,
MonsieurFunck, s'ejl
rendu à l'Armée auprés du
grand Visir poury négocier à
la place du General Poniatov-
Vsh> à qui la Cour du Visir,
est défenduë:l'on a eu avis icy
queSa Majefléfaisoitréparer
les maisonsrüinées par les
inondations du Niester à Bender,
avec intentiond'ypasser
l'Hiver. Depuisles dernieres
nouvelles
,
les Plenipotentiaires
& les Otages du C^ar9 font
étroittement gardez aux sept
Tours ~& mis hors de tout
Arets.
Copie d'un Lettre de Monsieur
Stirnhoc, Secretaire
de Suede à Vienne du ig,,
Septembre.
Le Roy a refuséd'acepter
le Corps de Cavallerie que le
grand Visir luy avoit ojfirt
pour le conduire àses Provinces
ou à son Arméefous le commandement
du Bacha de Pomelie
, ~& l'on croit que Sa
Majesté ne quittera pas les
Turcs quelle n'aitauparavant
la Paix avec le Czar; lors
que le Roy a dit au grandVisir
qu'il ne tenoit qu'à luj de prendre
le Czar prisonnier
, &
puis stipuler telles conditions
qu'il pourvoit souhaitter ; il a
répondu que s'il prenoit le
Czar prisonnierilnesçauroit à
quis'adresser pour- traiter de la
Paix; (y a demandé qui gouverneroit
la Moscoviependant
saprison ; Monsieur Fabrice,
a ajouté que le Roy diffiroit
encored'écrire oudefaireécrire;
mjftn'ajy.- je point reçû de
Lettre de Bender depuis cet
évenement qu'une de Afonsieurle
Lieutenant General
d'Aldorf
,
du 26.Juilletcon*
cernantsesaffairesparticulières
où il n) a pas un mot de nou':'
velles. Il efi arrivé IEY un
Secretaire du-RésidentDalman;
qui a suivi le grand Visir en
Campagne; je luy ay parlé il
tria confirmé tout ce que nous
sçvons déja:, ajoutantque 14.
miseredel'ArméeMoscovite
étoitsigrandequelleétoit inexprimable
:que plus-de20 millei
hommes & tous les cheveaux
étôientpéris,&que le desespoit
avoitmême
,
après la Paixfaite,
porté prés de dèux-milles
Moscovites qui n'ont paseu 14,
ftrce, de marchera tied,,le long
chemin qu'ils avaient encore
A faire, d'embrasser la Religion
Mahometane;le même Secretaire
dit encore que le grand
Visirfaisoit tout de son mieux
pour attirer dans fort parti le
Kan des Tartares en luyoffrant
une bonne part de l'or & des
pierreries du C%ary maisl'Ambassadeur
d'Angleterre à Constantinople
a écrit icy du 2r.
jïoufl, que le Kan etoit toujours
des amis du Roy
, 0* nonobstant
que le Grand Seigneur a-'
'Voit ratifiéla Paix,SaMajesté
pourroit pourtant en continuant
la Guerre centre le C%ar> disposes
de toutes les forces deS'
Tartares.
Lettres, qui quoy qu'elles
(oient aussi d'anciennes
dattes,n'en sont pas moins
rurieufes.
Copie d'une Lettre de Mr
Fabien,Envoyé d Hols-
; tein auprés du Roy de
Suede
,
dattée à Bender
le3 Septembre.
r»
,,"
Les Affairessont encore icy
au même état comme je l'ay
mandé parmes dernierees. Le
Capizilar Kiahiasi du grand
Visir estarrivé ces jours safiés
à l'Armée ; commeil efl fort
dans lesinterests du Roy de
Suede
, on s'attend à quelque
changement favorable d'un
moment à l'autre ; le Palatin
de Kiovie & le ComteTarlo,
font allez trouver legrand
Visir, à l'Armée~&c'està leur
retour que nous pourrons favoir
quelque chose de ~positif.
Selon les apparences les Moscovites
ne rendront point Asaff.
jiinji la Guerre pourroit bien -
ejlre continuée. Ils ont demandé
des nouveaux délais; le
grand Vizir a dit à Messieurs
Schafirof & Czeremethof,
qu'il les feroitpendre vis-à-vis
l'un de l'autre,si on ne rendoit
pas la Place dans le temps fixé.
ilya apparence que le Roy
taJfèrA, encore icy cet hiver.
Lettre de l'Ambassadeur
d'Hollande
,
écrite de
Constantinople le 1 ~8;
Septembre.
Les Lettres de l'Armée du
29 Aoustportent queleVisir
étoit encore campéen Moldavie
du costéSeptentrional du Danube
; le Czar s'exeuse toIf
jourssurl'executionduTfaiter
~se qui cause quelque soupçon
somme s'il cherchoit à l'éluder,
le Roy de Suede continuë à
seplaindre dugrand virirËr
de la Paix à son exclusion
,
l'Envoyé desa Majeflé Suedoise
,
MonsieurFunck, s'ejl
rendu à l'Armée auprés du
grand Visir poury négocier à
la place du General Poniatov-
Vsh> à qui la Cour du Visir,
est défenduë:l'on a eu avis icy
queSa Majefléfaisoitréparer
les maisonsrüinées par les
inondations du Niester à Bender,
avec intentiond'ypasser
l'Hiver. Depuisles dernieres
nouvelles
,
les Plenipotentiaires
& les Otages du C^ar9 font
étroittement gardez aux sept
Tours ~& mis hors de tout
Arets.
Copie d'un Lettre de Monsieur
Stirnhoc, Secretaire
de Suede à Vienne du ig,,
Septembre.
Le Roy a refuséd'acepter
le Corps de Cavallerie que le
grand Visir luy avoit ojfirt
pour le conduire àses Provinces
ou à son Arméefous le commandement
du Bacha de Pomelie
, ~& l'on croit que Sa
Majesté ne quittera pas les
Turcs quelle n'aitauparavant
la Paix avec le Czar; lors
que le Roy a dit au grandVisir
qu'il ne tenoit qu'à luj de prendre
le Czar prisonnier
, &
puis stipuler telles conditions
qu'il pourvoit souhaitter ; il a
répondu que s'il prenoit le
Czar prisonnierilnesçauroit à
quis'adresser pour- traiter de la
Paix; (y a demandé qui gouverneroit
la Moscoviependant
saprison ; Monsieur Fabrice,
a ajouté que le Roy diffiroit
encored'écrire oudefaireécrire;
mjftn'ajy.- je point reçû de
Lettre de Bender depuis cet
évenement qu'une de Afonsieurle
Lieutenant General
d'Aldorf
,
du 26.Juilletcon*
cernantsesaffairesparticulières
où il n) a pas un mot de nou':'
velles. Il efi arrivé IEY un
Secretaire du-RésidentDalman;
qui a suivi le grand Visir en
Campagne; je luy ay parlé il
tria confirmé tout ce que nous
sçvons déja:, ajoutantque 14.
miseredel'ArméeMoscovite
étoitsigrandequelleétoit inexprimable
:que plus-de20 millei
hommes & tous les cheveaux
étôientpéris,&que le desespoit
avoitmême
,
après la Paixfaite,
porté prés de dèux-milles
Moscovites qui n'ont paseu 14,
ftrce, de marchera tied,,le long
chemin qu'ils avaient encore
A faire, d'embrasser la Religion
Mahometane;le même Secretaire
dit encore que le grand
Visirfaisoit tout de son mieux
pour attirer dans fort parti le
Kan des Tartares en luyoffrant
une bonne part de l'or & des
pierreries du C%ary maisl'Ambassadeur
d'Angleterre à Constantinople
a écrit icy du 2r.
jïoufl, que le Kan etoit toujours
des amis du Roy
, 0* nonobstant
que le Grand Seigneur a-'
'Voit ratifiéla Paix,SaMajesté
pourroit pourtant en continuant
la Guerre centre le C%ar> disposes
de toutes les forces deS'
Tartares.
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Résumé : « Voicy plusieurs autres Lettres, qui quoy qu'elles soient aussi [...] »
Le texte relate des échanges diplomatiques et militaires impliquant le roi de Suède, le grand vizir ottoman et le tsar de Russie. Une lettre de M. Fabien, datée du 3 septembre, mentionne l'arrivée du capitaine Kiahasi du grand vizir, laissant espérer un changement favorable. Le palatin de Kiev et le comte Tarlo ont rencontré le grand vizir, et leur retour devrait apporter des nouvelles positives. Les Moscovites refusent de rendre la place d'Asaff, ce qui pourrait prolonger la guerre. Le grand vizir a menacé de punir les représentants moscovites si la place n'est pas rendue. Le roi de Suède pourrait rester à Bender pour l'hiver. Une lettre de l'ambassadeur d'Hollande, datée du 18 septembre, indique que le vizir est encore en Moldavie et que le tsar retarde l'exécution de certains faits, suscitant des soupçons. Le roi de Suède se plaint de son exclusion des négociations de paix. L'envoyé suédois, M. Funck, est sur place pour négocier. Les plénipotentiaires et les otages du tsar sont étroitement gardés. Une lettre de M. Stirnhoc, datée du 19 septembre, révèle que le roi de Suède a refusé un corps de cavalerie offert par le grand vizir. Le roi attend la paix avec le tsar avant de quitter les Turcs. Le grand vizir exprime ses difficultés à négocier la paix si le tsar est capturé. Un secrétaire confirme les pertes importantes de l'armée moscovite et les efforts du grand vizir pour rallier les Tartares. Cependant, l'ambassadeur d'Angleterre indique que le kan des Tartares reste allié au roi de Suède.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 271-274
Nouvelles d'Allemagne.
Début :
On a reçu des Nouvelles de Hollande dont la Cour [...]
Mots clefs :
Allemagne, Guerre, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Allemagne.
Nouvelles d'Allemagne,
On a
reçudesNouvelles
de Hollande dont la Cour
ne paroist pas être satisfaite y
& on en attend d'Angleterre touchant lesCommissions
dont le Prince Eugene est
chargé;le Comte de Gallach qui enest revenu assure
qu'il luy fera tres difficile
d'engager les Anglois à
continuer la guerre.
Les Lettres de Pologne;.
de Transylvanie& des Frontières de Turquie, consir-
ment que la guerre a
esié
déclarée à Constantinople
contre les Moscovites. On
travaille à la levée des Recruës & à une augmentation de dix hommes par
Compagnie, & d'une Compagnie de Grenadiers par
Regiment.
Les Lettres de Constantinople portent que leGrand
Seigneur avoit dessein d'aller
en Campagne avec une Armée beaucoup plus nombreuse que celle de l'année
derniere. Il a
fait dire à Sa
Majesté Sucdoisequ'il pour-
roit rester à Bender autant
qu'il luy plairoit, & que
quand il en voudroit partir
elle n'auroit qu'à luy faire
sçavoir, qu'illuy envoyeroit
un grand Corps de Troupes
pour l'accompagner par la
Pologne jusques dans ses
Etats.
Les avis de Belgradeconfirment la resolution prisc
par le Grand Seigneur de
faire de nouveau la guerre
aux Moscovires.
Le Bacha de Belgrade a
ordre de se préparer pour
aller avec ses Troupes join.
drc l'Armée du Grand Seigneur.
Le Hospodar de Valaquie a
ordre de fournir au
Roy de Suede trois mille
hommes & cent cinquante
mille écus. Le desseinestde
faire la guerre detrois côtez
à la fois.
Les Tartares doivent faire une irruption en Moscovie tandis que l'Armée Ottomane entrera en Ukraine,
& le Roy de Suede en Pologne.
On a
reçudesNouvelles
de Hollande dont la Cour
ne paroist pas être satisfaite y
& on en attend d'Angleterre touchant lesCommissions
dont le Prince Eugene est
chargé;le Comte de Gallach qui enest revenu assure
qu'il luy fera tres difficile
d'engager les Anglois à
continuer la guerre.
Les Lettres de Pologne;.
de Transylvanie& des Frontières de Turquie, consir-
ment que la guerre a
esié
déclarée à Constantinople
contre les Moscovites. On
travaille à la levée des Recruës & à une augmentation de dix hommes par
Compagnie, & d'une Compagnie de Grenadiers par
Regiment.
Les Lettres de Constantinople portent que leGrand
Seigneur avoit dessein d'aller
en Campagne avec une Armée beaucoup plus nombreuse que celle de l'année
derniere. Il a
fait dire à Sa
Majesté Sucdoisequ'il pour-
roit rester à Bender autant
qu'il luy plairoit, & que
quand il en voudroit partir
elle n'auroit qu'à luy faire
sçavoir, qu'illuy envoyeroit
un grand Corps de Troupes
pour l'accompagner par la
Pologne jusques dans ses
Etats.
Les avis de Belgradeconfirment la resolution prisc
par le Grand Seigneur de
faire de nouveau la guerre
aux Moscovires.
Le Bacha de Belgrade a
ordre de se préparer pour
aller avec ses Troupes join.
drc l'Armée du Grand Seigneur.
Le Hospodar de Valaquie a
ordre de fournir au
Roy de Suede trois mille
hommes & cent cinquante
mille écus. Le desseinestde
faire la guerre detrois côtez
à la fois.
Les Tartares doivent faire une irruption en Moscovie tandis que l'Armée Ottomane entrera en Ukraine,
& le Roy de Suede en Pologne.
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Résumé : Nouvelles d'Allemagne.
Le texte relate diverses nouvelles politiques et militaires en Europe et dans les régions voisines. En Hollande, la cour attend des informations d'Angleterre concernant les commissions du Prince Eugène. Le Comte de Gallach estime que les Anglais auront du mal à poursuivre la guerre. En Pologne, en Transylvanie et aux frontières de la Turquie, la guerre a été déclarée contre les Moscovites. Des recrutements supplémentaires sont en cours, avec une augmentation de dix hommes par compagnie et une compagnie de grenadiers par régiment. À Constantinople, le Grand Seigneur prévoit une campagne avec une armée plus nombreuse que l'année précédente. Il a informé le roi de Suède qu'il peut rester à Bender et qu'il enverra des troupes pour l'escorter. Les avis de Belgrade confirment la résolution du Grand Seigneur de faire la guerre aux Moscovites. Le Bacha de Belgrade doit se préparer à rejoindre l'armée ottomane. Le Hospodar de Valachie doit fournir au roi de Suède trois mille hommes et cent cinquante mille écus. Le plan est de mener la guerre sur trois fronts simultanément : les Tartares attaqueront la Moscovie, l'armée ottomane entrera en Ukraine, et le roi de Suède en Pologne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 314-323
Nouvelles Extraites de plusieurs Lettres.
Début :
Le Roy donna le 15. une Audiance de Congé en [...]
Mots clefs :
Roi, Duc, Prince, Nouvelles, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Extraites de plusieurs Lettres.
NOUVELLES
Extraits de plusieurs Lettres.
Le Roy donnale15.une
Audience de
-,
CongéenPublic au Marquis de Gerpc-
^villcr,Envoyé Extraordinaire deS. A. R; Monsieur
Je Duc de Lorraine. Il était
accompagné de Mr Barrois,EnvoyéExtraordinaire de ce Prince, & cond uit
par le Baron de Breteuil, Introducteur des Ambassadeurs, qui avoir été le prendre à Paris dans lesCarosses
,.
*
L
-
de SaMajesté. Il eut ensuite audiance de Monseigneur
le Duc de Berry, de Madame
,
de Monsieur le Duc
d'Orléans,& de Madame
la Duchesse d'Orleans.
Le Prince Charles prêta
ferment entre lesmains de
Sa Majestéle 14 decemois
pour la Charge de Grand
Ecuyer de France, dont Mr
le Comte d'Armagnac son
pere, avaitremis entre les
mains de Sa Ma jesté, sa démission volontaire pour la
survivance; & Mr le Prince
deLambescprêta le même
jour entre les mains du Roy
1
le ferment pour leGouvernement d'Anjou qu'avoit
Mr le ComteBrionne son
pere,filsaîné du Comte
d'Armagnac, & qu'il a
fait
,palier à luy avec l'agrément
de Sa Majesté, comme ila
,fait passer la survivance de
grandEcuyer au Prince
.Charles.
Un Détachement de la
garnison de Brisaca envelopé & fait prisonniers soixante Houssards, eX. l'on a
défait
dans laForest de Niderhurt,
le reste du parti ennemy de
quatre cens hommes qui
avoir esté défait à Rumersheim.
Le 2.9. de Fevrier les Seigneurs après avoir presenté
une Adresse à la Reine Anne, 1
s'ajournerentjusqu'au 8. dece mois. Le même jour les
Communes dresserent un
estat des resolutions prises
pour le Traité de la Barrière
de 1709.
Le 1. de ce mois les Communes ont examiné le rapport des Comptes publics, ;
& on declara que le sieur
AdamCardonnel Secrétaire
de Milord Marlborough
,
estoit coupable de malversation pecuniaire; il fut ordonné à la pluralité des voix
qu'il feroit chassé de la
Chambre.
Le sieur de Borselem, Envoyé des Etats generaux,
arriva à Londres le 29. Fevrier & il eut hier sa premiereaudiance de la Reine.
Le Chevalier Lorenzo
Thiepolo Ambassadeur de
Venise, a reçu nouvelle par
un Courier extraordinaire
qu'il avoit estéélû Procurateur de S. Marc,àla place
du ficur Marcello,
-
accèdedepuis peu
Oq jçiurs. ,"
On çlit que le Czar qui.
estoit encore à Petersbourg
le9 mQÎs de.r^içr,aapRfis P^#R.Ç?8Wr^
d'Azaph,queleGouverneur a
executé ses ordres,
enrendant cejte Place aux
Turcs, aprés avoir démoli
les nouvelles Fartifications;
on a
envoyé les Chrestiens
de cette ViJIç à Moscow.
Le Kam des Tartares ca
arrivé de Constantinople à
Bender. Il
a reçu de grands
honneurs à Constantino-
ple-, à son arrivée & à son
départ. Il a eu ptu&urs'
Conferences icy avec le
Roy de Suede, &aprés
avoir fait declarer la guerre
contre les Moscovites, ila
ordonné en partantpour la
Crimée, qu'on fust prcfta.
marcher avec les Tartares
du Budziac.
Le sieur Lhoski General
des Hussarts
,
mourut hier
d'un coup de sabre qu'il a
reçu dans un combatparticulier contre le Colonel Betoni, Colonel Hongrois.
Ilyaune Ordonnancenou-
vellement publiée contre les'
combats particuliers. ",.It
Extraits de plusieurs Lettres.
Le Roy donnale15.une
Audience de
-,
CongéenPublic au Marquis de Gerpc-
^villcr,Envoyé Extraordinaire deS. A. R; Monsieur
Je Duc de Lorraine. Il était
accompagné de Mr Barrois,EnvoyéExtraordinaire de ce Prince, & cond uit
par le Baron de Breteuil, Introducteur des Ambassadeurs, qui avoir été le prendre à Paris dans lesCarosses
,.
*
L
-
de SaMajesté. Il eut ensuite audiance de Monseigneur
le Duc de Berry, de Madame
,
de Monsieur le Duc
d'Orléans,& de Madame
la Duchesse d'Orleans.
Le Prince Charles prêta
ferment entre lesmains de
Sa Majestéle 14 decemois
pour la Charge de Grand
Ecuyer de France, dont Mr
le Comte d'Armagnac son
pere, avaitremis entre les
mains de Sa Ma jesté, sa démission volontaire pour la
survivance; & Mr le Prince
deLambescprêta le même
jour entre les mains du Roy
1
le ferment pour leGouvernement d'Anjou qu'avoit
Mr le ComteBrionne son
pere,filsaîné du Comte
d'Armagnac, & qu'il a
fait
,palier à luy avec l'agrément
de Sa Majesté, comme ila
,fait passer la survivance de
grandEcuyer au Prince
.Charles.
Un Détachement de la
garnison de Brisaca envelopé & fait prisonniers soixante Houssards, eX. l'on a
défait
dans laForest de Niderhurt,
le reste du parti ennemy de
quatre cens hommes qui
avoir esté défait à Rumersheim.
Le 2.9. de Fevrier les Seigneurs après avoir presenté
une Adresse à la Reine Anne, 1
s'ajournerentjusqu'au 8. dece mois. Le même jour les
Communes dresserent un
estat des resolutions prises
pour le Traité de la Barrière
de 1709.
Le 1. de ce mois les Communes ont examiné le rapport des Comptes publics, ;
& on declara que le sieur
AdamCardonnel Secrétaire
de Milord Marlborough
,
estoit coupable de malversation pecuniaire; il fut ordonné à la pluralité des voix
qu'il feroit chassé de la
Chambre.
Le sieur de Borselem, Envoyé des Etats generaux,
arriva à Londres le 29. Fevrier & il eut hier sa premiereaudiance de la Reine.
Le Chevalier Lorenzo
Thiepolo Ambassadeur de
Venise, a reçu nouvelle par
un Courier extraordinaire
qu'il avoit estéélû Procurateur de S. Marc,àla place
du ficur Marcello,
-
accèdedepuis peu
Oq jçiurs. ,"
On çlit que le Czar qui.
estoit encore à Petersbourg
le9 mQÎs de.r^içr,aapRfis P^#R.Ç?8Wr^
d'Azaph,queleGouverneur a
executé ses ordres,
enrendant cejte Place aux
Turcs, aprés avoir démoli
les nouvelles Fartifications;
on a
envoyé les Chrestiens
de cette ViJIç à Moscow.
Le Kam des Tartares ca
arrivé de Constantinople à
Bender. Il
a reçu de grands
honneurs à Constantino-
ple-, à son arrivée & à son
départ. Il a eu ptu&urs'
Conferences icy avec le
Roy de Suede, &aprés
avoir fait declarer la guerre
contre les Moscovites, ila
ordonné en partantpour la
Crimée, qu'on fust prcfta.
marcher avec les Tartares
du Budziac.
Le sieur Lhoski General
des Hussarts
,
mourut hier
d'un coup de sabre qu'il a
reçu dans un combatparticulier contre le Colonel Betoni, Colonel Hongrois.
Ilyaune Ordonnancenou-
vellement publiée contre les'
combats particuliers. ",.It
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Résumé : Nouvelles Extraites de plusieurs Lettres.
Le texte décrit plusieurs événements politiques et militaires. Le roi a reçu le Marquis de Gerpviller, envoyé du Duc de Lorraine, accompagné de Monsieur Barrois et introduit par le Baron de Breteuil. Le Prince Charles a prêté serment pour la charge de Grand Écuyer de France, succédant à son père, le Comte d'Armagnac. Le Prince de Lambesc a également prêté serment pour le gouvernement d'Anjou, succédant à son père, le Comte de Brionne. Un détachement de la garnison de Brisach a capturé soixante hussards et défait un parti ennemi de quatre cents hommes dans la forêt de Niderhurt. Le 29 février, les Seigneurs ont présenté une adresse à la Reine Anne et se sont ajournés jusqu'au 8 mars. Les Communes ont examiné les comptes publics et déclaré le sieur Adam Cardonnel, secrétaire de Milord Marlborough, coupable de malversation, le chassant de la Chambre. Le sieur de Borselem, envoyé des États généraux, est arrivé à Londres et a eu sa première audience avec la Reine. Le Chevalier Lorenzo Thiepolo a été élu Procureur de Saint-Marc. Le Czar a ordonné la reddition de la place d'Azaph aux Turcs. Le Khan des Tartares a reçu des honneurs à Constantinople et a déclaré la guerre contre les Moscovites. Le sieur Lhoski, Général des Hussarts, est mort des suites d'un combat particulier contre le Colonel Betoni. Une ordonnance a été publiée contre les combats particuliers.
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37
p. 54-64
Relation envoyée par M. le Comte de Fienne, Lieutenant general des armées du Roy.
Début :
Les ennemis ayant eu avis que les douze bataillons que [...]
Mots clefs :
Troupes, Ennemis, Relation, Miquelets, Gérone, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation envoyée par M. le Comte de Fienne, Lieutenant general des armées du Roy.
A Perpignanle 11. May 1712.
Relation envoyée par M. le
Comte de Fienne , Lieutenant general des armées du
Roy.
LEs ennemis ayant eu
avis que les douze bataillons que l'on avoit envoyez
ici du Dauphiné, étoient en
marche pour y retourner
affemblerent deux corps de
troupes : l'un du côté d'Oftalrich , & l'autre du côté
d'Olot.
GALANT.
dut
Le premier étoit commandé par le Baron de
Vvetzel : il paffa le 30.
mois dernier le Ter à Tor
reilles de Mongry , où il
campa. Le premierde May
il continua fa marche , &
fuivant unchemin coupé de
canaux &de vifieres , il arriva le même jour à faint
Pierre Pefcador de bonne
heure.
L'autre , qui étoit commandé par Don Louis de
Cordoua enl'abfence de Picalquez , defcendit le 29. à
Befalce , vint camper le 30-
E iiij
36 MERCURE
au pont d'Esponella , s'a
vança le premier vers Na
yatta , & envoya un gros,
detachement à Figuieres.
Le premier marchoit fun
moy , & l'autre fuivoit la
montagne , pour tâcher de
me couper la communication avec le Rouffillon. Ils
avoient même déja envoyé
tous leurs, Miquelets & les
Soumettans , pour tâchen
d'en occuper les paffages.
J'avois été obligé de me
mettre à Caſtillon & à Peyralade , derriere la Muga ,
aprés avoir retiré les poſtes.
GALANT.
queje ne pouvois foûtenir,
& renforcé ceux qui pou
voient fe défendre.
Je fis marcher la nuit du
premier au fecond tous les
équipages à unelieuë delà ,
au pied de la montagne,
pour être à portée de paffer
en Rouffillon ; & je les fui
vis lorfque je vis ces deux
corps en mouvement pour
venir auxquartiers que j'oc
cupois.
Le 2. je les fs paffer de
grand matin , & j'en fis l'ar
Fieregarde avec ce que j'avois de troupes , conſiſtant
گیا
38 MERCURE
en 2000. hommes , cavale
rie , infanterie, ou dragons,
tant bons que mauvais. J'arz
rivai le mêmejour à Bañols,
où je diſtribuai les troupes
dans des quartiers à portée
des paffages , pour y attendre celles qui nous arrivent
de France.
a
Ils avoient envoyé tous
leurs Miquelets pour s'emparer des defilez , & m'attaquer dans une retraite :
mais toutes les hauteurs &
le's poftes furent fi bien occupez , qu'elle fe fit fans
qu'ils ofaffent paroître.
GALANT 59
J'avois envoyé deux jours
auparavant M. de Caraffa ,
Maréchal des Camps des
armées de Sa Majesté Catholique, pour commandër
dans Rofes. Il y a dans cette
place deux bataillons François, unbataillon Eſpagnol,
& un d'infanterie Vvallonne : elle eft très bien pour
vûëde munitions de guerre
& de bouche.
Il y a dans Gironne huit
bataillons François , deux
Vvallons , cent chevaux ,
& des fufiliers de monta
gne. Cette place eft pareil-
60 MERCURE
lement bien pourvûë de
tout ce dont on peut avoir
befoin
Quoique les ennemis di
fent qu'ils font 10000. hommes dans ces deux corps ;
neanmoins , par l'état que
jai des regimens qui les
compofent, & de leur for
ce , je vois certainement
qu'ils ne font pas plus de
7000.
Hs publient que lorsque:
les troupes qui leur viennentd'Italieferont arrivées,,
ils doivent faire quelque
entrepriſe confiderable ::
GALANT. 61
mais comme il y a beau
coup d'apparence que ces
troupes ne peuvent arriver
plûtôt qu'au commencement de Juin ; que dans ce
temps- là M. le Ducde Ven
dôme ſe diſpoſera à entrer
&
que
les en campagne ,
troupes qui viennent de
France ence pays- ci ſeront
arrivées , j'efpere que tous
leurs deffeins fe borneront
à manger le pays. Ils attaquent l'Eſcale depuis le s
celui qui eft dans ce pofte
s'y défend bien.
Unregiment Napolitain
62 MERCURE
avoit eu ordre de fe rendre
maître du château de Madignan , prés de Gironne :
mais un detachement de la
garnifon de cette place l'a
obligé de fe retirer avec
precipitation , &avec perte
de plus de cinquante hommes , & de quelques Officiers.
* Les lettres de Perpignan
du 20. May portent que
tout eft fort tranquile dans
le Lampourdan , que le 16.
Ja garnifon de Gironne fit
une courfe jufqu'auprés
d'Oftalric fans trouver
GALANT. 63
d'ennemis. L'on a appris par
des deſerteurs qu'ils fe font
retirez à Barcelone , où le
Comte de Staremberg les
faifoit camper, & qu'ils y
fouffroient une grande difette de toutes choſes , ne
pouvant avoir de ſubſiſtance que du côté de la mer
le pays étant entierement
ruïné &inculte. Ces lettres
ajoûtent que le General
Strembergs'eft determiné
à mettre toute fon infante,
rie dans les places qui lui
reftent , & de tenir la campagne avec la cavalerie ,
64 MERCURE
confiftant en 5. ou 6000.
chevaux, la plupart enmauvais état , juſqu'à ce que le
puiffant fecours qui lui doit
venir d'Italie foit arrivé.
On mande de Valence,
qu'on continue d'envoyer
à Vinaros , fur les frontie
res de Catalogne , des ha
bits pour les foldats , & des
felles pour les chevaux.
Les lettres du Rhin portent feulement que les deux
armées ne font aucun mouvement , & qu'on croit qu'
on y fera fur la défenfiv
Relation envoyée par M. le
Comte de Fienne , Lieutenant general des armées du
Roy.
LEs ennemis ayant eu
avis que les douze bataillons que l'on avoit envoyez
ici du Dauphiné, étoient en
marche pour y retourner
affemblerent deux corps de
troupes : l'un du côté d'Oftalrich , & l'autre du côté
d'Olot.
GALANT.
dut
Le premier étoit commandé par le Baron de
Vvetzel : il paffa le 30.
mois dernier le Ter à Tor
reilles de Mongry , où il
campa. Le premierde May
il continua fa marche , &
fuivant unchemin coupé de
canaux &de vifieres , il arriva le même jour à faint
Pierre Pefcador de bonne
heure.
L'autre , qui étoit commandé par Don Louis de
Cordoua enl'abfence de Picalquez , defcendit le 29. à
Befalce , vint camper le 30-
E iiij
36 MERCURE
au pont d'Esponella , s'a
vança le premier vers Na
yatta , & envoya un gros,
detachement à Figuieres.
Le premier marchoit fun
moy , & l'autre fuivoit la
montagne , pour tâcher de
me couper la communication avec le Rouffillon. Ils
avoient même déja envoyé
tous leurs, Miquelets & les
Soumettans , pour tâchen
d'en occuper les paffages.
J'avois été obligé de me
mettre à Caſtillon & à Peyralade , derriere la Muga ,
aprés avoir retiré les poſtes.
GALANT.
queje ne pouvois foûtenir,
& renforcé ceux qui pou
voient fe défendre.
Je fis marcher la nuit du
premier au fecond tous les
équipages à unelieuë delà ,
au pied de la montagne,
pour être à portée de paffer
en Rouffillon ; & je les fui
vis lorfque je vis ces deux
corps en mouvement pour
venir auxquartiers que j'oc
cupois.
Le 2. je les fs paffer de
grand matin , & j'en fis l'ar
Fieregarde avec ce que j'avois de troupes , conſiſtant
گیا
38 MERCURE
en 2000. hommes , cavale
rie , infanterie, ou dragons,
tant bons que mauvais. J'arz
rivai le mêmejour à Bañols,
où je diſtribuai les troupes
dans des quartiers à portée
des paffages , pour y attendre celles qui nous arrivent
de France.
a
Ils avoient envoyé tous
leurs Miquelets pour s'emparer des defilez , & m'attaquer dans une retraite :
mais toutes les hauteurs &
le's poftes furent fi bien occupez , qu'elle fe fit fans
qu'ils ofaffent paroître.
GALANT 59
J'avois envoyé deux jours
auparavant M. de Caraffa ,
Maréchal des Camps des
armées de Sa Majesté Catholique, pour commandër
dans Rofes. Il y a dans cette
place deux bataillons François, unbataillon Eſpagnol,
& un d'infanterie Vvallonne : elle eft très bien pour
vûëde munitions de guerre
& de bouche.
Il y a dans Gironne huit
bataillons François , deux
Vvallons , cent chevaux ,
& des fufiliers de monta
gne. Cette place eft pareil-
60 MERCURE
lement bien pourvûë de
tout ce dont on peut avoir
befoin
Quoique les ennemis di
fent qu'ils font 10000. hommes dans ces deux corps ;
neanmoins , par l'état que
jai des regimens qui les
compofent, & de leur for
ce , je vois certainement
qu'ils ne font pas plus de
7000.
Hs publient que lorsque:
les troupes qui leur viennentd'Italieferont arrivées,,
ils doivent faire quelque
entrepriſe confiderable ::
GALANT. 61
mais comme il y a beau
coup d'apparence que ces
troupes ne peuvent arriver
plûtôt qu'au commencement de Juin ; que dans ce
temps- là M. le Ducde Ven
dôme ſe diſpoſera à entrer
&
que
les en campagne ,
troupes qui viennent de
France ence pays- ci ſeront
arrivées , j'efpere que tous
leurs deffeins fe borneront
à manger le pays. Ils attaquent l'Eſcale depuis le s
celui qui eft dans ce pofte
s'y défend bien.
Unregiment Napolitain
62 MERCURE
avoit eu ordre de fe rendre
maître du château de Madignan , prés de Gironne :
mais un detachement de la
garnifon de cette place l'a
obligé de fe retirer avec
precipitation , &avec perte
de plus de cinquante hommes , & de quelques Officiers.
* Les lettres de Perpignan
du 20. May portent que
tout eft fort tranquile dans
le Lampourdan , que le 16.
Ja garnifon de Gironne fit
une courfe jufqu'auprés
d'Oftalric fans trouver
GALANT. 63
d'ennemis. L'on a appris par
des deſerteurs qu'ils fe font
retirez à Barcelone , où le
Comte de Staremberg les
faifoit camper, & qu'ils y
fouffroient une grande difette de toutes choſes , ne
pouvant avoir de ſubſiſtance que du côté de la mer
le pays étant entierement
ruïné &inculte. Ces lettres
ajoûtent que le General
Strembergs'eft determiné
à mettre toute fon infante,
rie dans les places qui lui
reftent , & de tenir la campagne avec la cavalerie ,
64 MERCURE
confiftant en 5. ou 6000.
chevaux, la plupart enmauvais état , juſqu'à ce que le
puiffant fecours qui lui doit
venir d'Italie foit arrivé.
On mande de Valence,
qu'on continue d'envoyer
à Vinaros , fur les frontie
res de Catalogne , des ha
bits pour les foldats , & des
felles pour les chevaux.
Les lettres du Rhin portent feulement que les deux
armées ne font aucun mouvement , & qu'on croit qu'
on y fera fur la défenfiv
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Résumé : Relation envoyée par M. le Comte de Fienne, Lieutenant general des armées du Roy.
Le 11 mai 1712, le comte de Fienne, lieutenant général des armées du roi, rapporte que les ennemis, ayant appris le retour des douze bataillons du Dauphiné, ont rassemblé deux corps de troupes. Le premier, commandé par le baron de Vvetzel, a traversé le Ter et campé à Torrelles de Mongry avant de continuer vers Saint-Pierre-Pescador. Le second, dirigé par Don Louis de Cordoua, a descendu à Besalce et campé au pont d'Esponella, envoyant un détachement à Figueres. En réponse, le comte de Fienne a dû se replier à Castillon et Peyralade derrière la Muga, renforçant les postes défensifs. Il a également fait passer les équipages en Roussillon pour éviter d'être coupé des communications. Le 2 mai, il a fait traverser les troupes à Bañols, où elles ont été déployées pour défendre les passages. Les ennemis ont tenté de s'emparer des défilés, mais les hauteurs et les postes ont été bien occupés, empêchant toute attaque. Le comte de Fienne mentionne également la présence de troupes à Roses et Girone, bien pourvues en munitions. Il estime que les ennemis ne sont pas plus de 7000 hommes, malgré leurs déclarations. Les lettres de Perpignan du 20 mai indiquent une tranquillité dans le Roussillon. Les ennemis se sont retirés à Barcelone, souffrant de grandes difficultés de subsistance. Le général Staremberg prévoit de placer son infanterie dans les places fortes et de maintenir la cavalerie en campagne jusqu'à l'arrivée de renforts d'Italie. Des habits et des selles continuent d'être envoyés à Vinaros pour les soldats et les chevaux. Les armées du Rhin ne montrent aucun mouvement significatif.
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38
p. 76-80
Nouvelles d'Angleterre.
Début :
La Reine fait à present son sejour à Kensington, où [...]
Mots clefs :
Angleterre, Banque, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Angleterre.
Nouvelles d'Angleterre.
La Reine fait à preſent
fan feigurà Kenfington, où
leConfeilfe tiendra à l'avenir. Un des Commis de la
Banque ayant pris la fuite
avec des fommes confide.
rables , qui lui avoient éré
GALANT.
97
données pour les mettre à
la loterie , fur arrêtéàChef
ter , d'où il vouloit paffer
en Irlande : on la conduit.
àLondres pour lui faire fon
procés.
Lesbruits d'une paix pro
chaine ont fait monter les
actions de la Banque de
cent onze & trois quarts à
cent quatorze &un quart;
celles de la Compagnie des
Indes Orientales à cent dix
fept ; & celles de la Compagnie de la Mer du Sud à
foixante &feize & demi....
Les lettres d'Edimbourg,
1
Giij
78 MERCURE
portent quele Ducd'Athol,
Commiffaire de la Reine
y étoit arrivé pour prefider
à l'affemblée du Clergé d'E
coffe, dont il fit l'ouverture:
le 12. par undifcours fur ce
fujet , aprés avoir prefenté:
fa commiffion & une lettre
de Sa Majesté. Le Sieur Ha
milton,Profeffeur en Theo
logie , remerciadla Reine &
ce Seigneur au nom de l'af
femblée.
Le 24. May on proceda
au choix des fept Commif
faires -Examinateurs des
Dons de la Couronne , &
GALANT. 79
on élut à la pluralité des
voix les Sieurs Jean Hind
Cotton , Alexandre Mur
rey, Mylord Dovvn , Jean
Cholmley, Butteel, Levinz,
& le Chevalier Edmond
Bacon.
Le Comte de Strafford.
premier Plenipotentiaire
d'Angleterre , arriva le 26.
May aufoir de Hollande à
Londres. Le lendemain
accompagné du Sieur de
S. Jean , Secretaire d'Etat ,
il fut faluer la Reine , qui
la reçûtrés-favorablement.
Il a depuis affifté au Con1
Giiij
80 MERCURE
ſeil. On ne ſçait point le fu
jet de fon voyage , on croit
que c'eft pour recevoir de
nouvelles inftructions.
Les lettres de la Jamai
queportentqu'on avoit envoyé de cette Ifle à la Caroline quelques troupes re-.
glées , pour empêcher les
courfesdequelques Indiens
du Nordquiravagent cette:
Colonie.
La Reine fait à preſent
fan feigurà Kenfington, où
leConfeilfe tiendra à l'avenir. Un des Commis de la
Banque ayant pris la fuite
avec des fommes confide.
rables , qui lui avoient éré
GALANT.
97
données pour les mettre à
la loterie , fur arrêtéàChef
ter , d'où il vouloit paffer
en Irlande : on la conduit.
àLondres pour lui faire fon
procés.
Lesbruits d'une paix pro
chaine ont fait monter les
actions de la Banque de
cent onze & trois quarts à
cent quatorze &un quart;
celles de la Compagnie des
Indes Orientales à cent dix
fept ; & celles de la Compagnie de la Mer du Sud à
foixante &feize & demi....
Les lettres d'Edimbourg,
1
Giij
78 MERCURE
portent quele Ducd'Athol,
Commiffaire de la Reine
y étoit arrivé pour prefider
à l'affemblée du Clergé d'E
coffe, dont il fit l'ouverture:
le 12. par undifcours fur ce
fujet , aprés avoir prefenté:
fa commiffion & une lettre
de Sa Majesté. Le Sieur Ha
milton,Profeffeur en Theo
logie , remerciadla Reine &
ce Seigneur au nom de l'af
femblée.
Le 24. May on proceda
au choix des fept Commif
faires -Examinateurs des
Dons de la Couronne , &
GALANT. 79
on élut à la pluralité des
voix les Sieurs Jean Hind
Cotton , Alexandre Mur
rey, Mylord Dovvn , Jean
Cholmley, Butteel, Levinz,
& le Chevalier Edmond
Bacon.
Le Comte de Strafford.
premier Plenipotentiaire
d'Angleterre , arriva le 26.
May aufoir de Hollande à
Londres. Le lendemain
accompagné du Sieur de
S. Jean , Secretaire d'Etat ,
il fut faluer la Reine , qui
la reçûtrés-favorablement.
Il a depuis affifté au Con1
Giiij
80 MERCURE
ſeil. On ne ſçait point le fu
jet de fon voyage , on croit
que c'eft pour recevoir de
nouvelles inftructions.
Les lettres de la Jamai
queportentqu'on avoit envoyé de cette Ifle à la Caroline quelques troupes re-.
glées , pour empêcher les
courfesdequelques Indiens
du Nordquiravagent cette:
Colonie.
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Résumé : Nouvelles d'Angleterre.
En Angleterre, la Reine réside à Kensington, où le Conseil se tiendra dorénavant. Un employé de la Banque d'Angleterre, ayant fui avec des fonds de la loterie, a été arrêté à Chester et sera jugé à Londres. Les rumeurs de paix ont fait augmenter les actions de la Banque d'Angleterre, de la Compagnie des Indes Orientales et de la Compagnie de la Mer du Sud. En Écosse, le Duc d'Athol, commissaire de la Reine, a ouvert l'assemblée du Clergé d'Écosse le 12 mai. Le Professeur Hamilton a remercié la Reine et le Duc au nom de l'assemblée. Le 24 mai, sept commissaires-examinateurs des Dons de la Couronne ont été élus, incluant Jean Hind Cotton, Alexandre Murray, et Edmond Bacon. Le Comte de Strafford, premier Plénipotentiaire d'Angleterre, est arrivé à Londres le 26 mai depuis la Hollande, accompagné du Sieur de Saint-Jean. Ils ont été reçus favorablement par la Reine, et le Comte a assisté au Conseil. La raison de son voyage reste inconnue, mais on suppose qu'il s'agit de recevoir de nouvelles instructions. Par ailleurs, des troupes régulières ont été envoyées de Jamaïque à la Caroline pour prévenir les incursions de certains Indiens du Nord.
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39
p. 292-298
NOUVELLES.
Début :
Les Lettres de Piemont, portent que le Duc de Savoye [...]
Mots clefs :
Piémont, Lettres, Madrid, Londres, Dunkerque, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES.
NOUVELLES
1
Les Lettres de Piemont,
portent que le Duc de Sa
voye met des Garnifons de
Les propres Troupes dans
fes principales Forrerefes ,
ce qui donne matiere aux
fpeculatifs
of Quatre Vaiffeaux de
Guerre de Malthe ayant
rencontré fix Vaiffeaux Algeriens qui vendient de por
rer letribut annuel au Grand
Seigneur , en ont pris trois
aprés un fanglant combat.
GALANT. 29€
Il润
y avoit fur ces Vaiſſeaux
quatre cens bales de Soye
& d'autres Marchandifes
Deux autres fon rentrez à
Tunis fort endommagez,
& l'on avoit aucun avis du
fixiéme.
On mande de Madrid,
que depuis la mort du Duci
de Vendofme on a tenu
plufieurs Confeils fur lesi
projets que ce Prince avoit
formé pour l'ouverture del
la Campagne que fe doir
*faire inceffamment. La
Comte de Fiennes n'atten .
doir que le renfort qu'on
294 MERCURE
luy envoye de Languedoc
pour le mettre en campagne.
& agir offenfivement.
On mande de Londres
qu'on a embarqué quantité
de, munitions de Guerre à
la Tour fur deux Vaiffeaux
qu'on ditestre destinées pour
les Magafins de Dunkerque.
On a augmenté de 1/500
hommes , le nombre des
Marins deftinez pour Dunkérque de forte qu'avec les
bataillons Efcoffois & autres
Troupes qu'on y a fait paffer avec la Flotte , la Garnifon Angloiſe de cette Ville
GALANT. 195
là fera tres nombreufe, &
l'on affure qu'auffitoft que
les Anglois en auront pris
poffeffion le Chevalier Lea
kely reſtera avec quinze
Vaiffeaux de Guerre.
On a fait aucune rejoüif
fance à Londres de la priſe
du Quefnoy , on n'a pas
mefme tiré le canon de la
Tour.
Le 9. Juillet le Comte de
Strafford fut fait premied
Commiffaire de l'Amirauté,
à la place du Chevalier
George Bing & do fieur
AiſlefbylnaDauſfické
296 MERCURE
nomme Chevalier de la Jarretiere.
Le Chevalier Guillaume
Windham , gendre du Duc
de Sommerfer a efté fait
Secretaire des Guerres à la
place de Mylord Lanſdown
à qui on a donné la charge
de Receveur de l'Efchiquier
le fieur Eversfield at cu la
charge de Treforier &
paycur du Bureau de l'Artillerie & le Chevalier Stuart,
celle de Chambellan de
J'Eſchiquier.
Le Major General Hill
a efté fait Commandant des
GALANT. 227.
Troupes qu'ondoitenvoyer
Dunkerque , Mylord
Conway, a cfté fait Baron
de Conway & de Kilnltagh
en Irlande , & Confeiller du
Confeil Privé.
Les Lettres de Dukerque
du 20. Juillet affurent que
le 18. quinze Vaiffeaux de
Guerre Anglois cftoient
arrivez à la Rade avec un
grand nombre de Baftimens
de tranfport chargez de
Troupes , qui débarquerent
le19. On leur configna les
fortifications de la Ville
la Citadelle & les Forts.
Cc Fuillet 17125
298 MERCURE
Le Comte de Lomont ,
Commandant, fe retira avce
la garnifon à Berg - SaintVinox , la Marine du Roy
les Vaiffeaux & les Galeres
reftent à
Dunkerque.
Les Magiftras continuront
à y faire leurs fonctions à
l'ordinaire , & l'Intendant
aura toûjours foin de la
Police.
1
Les Lettres de Piemont,
portent que le Duc de Sa
voye met des Garnifons de
Les propres Troupes dans
fes principales Forrerefes ,
ce qui donne matiere aux
fpeculatifs
of Quatre Vaiffeaux de
Guerre de Malthe ayant
rencontré fix Vaiffeaux Algeriens qui vendient de por
rer letribut annuel au Grand
Seigneur , en ont pris trois
aprés un fanglant combat.
GALANT. 29€
Il润
y avoit fur ces Vaiſſeaux
quatre cens bales de Soye
& d'autres Marchandifes
Deux autres fon rentrez à
Tunis fort endommagez,
& l'on avoit aucun avis du
fixiéme.
On mande de Madrid,
que depuis la mort du Duci
de Vendofme on a tenu
plufieurs Confeils fur lesi
projets que ce Prince avoit
formé pour l'ouverture del
la Campagne que fe doir
*faire inceffamment. La
Comte de Fiennes n'atten .
doir que le renfort qu'on
294 MERCURE
luy envoye de Languedoc
pour le mettre en campagne.
& agir offenfivement.
On mande de Londres
qu'on a embarqué quantité
de, munitions de Guerre à
la Tour fur deux Vaiffeaux
qu'on ditestre destinées pour
les Magafins de Dunkerque.
On a augmenté de 1/500
hommes , le nombre des
Marins deftinez pour Dunkérque de forte qu'avec les
bataillons Efcoffois & autres
Troupes qu'on y a fait paffer avec la Flotte , la Garnifon Angloiſe de cette Ville
GALANT. 195
là fera tres nombreufe, &
l'on affure qu'auffitoft que
les Anglois en auront pris
poffeffion le Chevalier Lea
kely reſtera avec quinze
Vaiffeaux de Guerre.
On a fait aucune rejoüif
fance à Londres de la priſe
du Quefnoy , on n'a pas
mefme tiré le canon de la
Tour.
Le 9. Juillet le Comte de
Strafford fut fait premied
Commiffaire de l'Amirauté,
à la place du Chevalier
George Bing & do fieur
AiſlefbylnaDauſfické
296 MERCURE
nomme Chevalier de la Jarretiere.
Le Chevalier Guillaume
Windham , gendre du Duc
de Sommerfer a efté fait
Secretaire des Guerres à la
place de Mylord Lanſdown
à qui on a donné la charge
de Receveur de l'Efchiquier
le fieur Eversfield at cu la
charge de Treforier &
paycur du Bureau de l'Artillerie & le Chevalier Stuart,
celle de Chambellan de
J'Eſchiquier.
Le Major General Hill
a efté fait Commandant des
GALANT. 227.
Troupes qu'ondoitenvoyer
Dunkerque , Mylord
Conway, a cfté fait Baron
de Conway & de Kilnltagh
en Irlande , & Confeiller du
Confeil Privé.
Les Lettres de Dukerque
du 20. Juillet affurent que
le 18. quinze Vaiffeaux de
Guerre Anglois cftoient
arrivez à la Rade avec un
grand nombre de Baftimens
de tranfport chargez de
Troupes , qui débarquerent
le19. On leur configna les
fortifications de la Ville
la Citadelle & les Forts.
Cc Fuillet 17125
298 MERCURE
Le Comte de Lomont ,
Commandant, fe retira avce
la garnifon à Berg - SaintVinox , la Marine du Roy
les Vaiffeaux & les Galeres
reftent à
Dunkerque.
Les Magiftras continuront
à y faire leurs fonctions à
l'ordinaire , & l'Intendant
aura toûjours foin de la
Police.
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Résumé : NOUVELLES.
Le duc de Savoie renforce les forteresses du Piémont, suscitant des spéculations. Six vaisseaux maltais ont affronté cinq vaisseaux algériens, capturant trois et s'emparant de marchandises. Deux vaisseaux algériens endommagés sont rentrés à Tunis. À Madrid, des conseils discutent des projets du duc de Vendôme pour la prochaine campagne. Le comte de Fiennes attend des renforts du Languedoc. À Londres, des munitions sont envoyées à Dunkerque, augmentant les effectifs marins et militaires. Le chevalier Leakey reste à Dunkerque avec quinze vaisseaux après la prise de la ville. Le comte de Strafford est nommé premier commissaire de l'Amirauté, remplaçant le chevalier George Byng. Plusieurs nominations ont lieu, dont celle du major général Hill pour Dunkerque et de Mylord Conway comme conseiller privé. Le 20 juillet, quinze vaisseaux anglais arrivent à Dunkerque avec des troupes qui prennent possession des fortifications. Le comte de Lomont se retire à Berg-Saint-Vincent. La marine royale et les magistrats restent en fonction à Dunkerque.
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40
p. 265-276
Nouvelles d'Espagne.
Début :
Le Régiment des Gardes d'Infanterie, commandé par le Marquis [...]
Mots clefs :
Espagne, Troupes, Régiment des gardes wallones, Saragosse, Lettres, Perpignan, Miquelets, Carabiniers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Espagne.
Nouvelles pagne. J'Elfagne.
Le Régiment des Gardes
d'Infanterie
,
commandé
par le Marquis d'Aytona,
composé de 3116. hommes effectifs, est en marche
pour allerjoindre l'Armée
en Catalogne, les Officiers
de ce Régiment qui avoient
esté faits prisonniers font
partis pours'y rendre,ayant
esté échangez.
Le Régiment des Gardes
Walones donc le Duc d'Avreett Colonel, doit partir
incessament pour aller joindre l'Armée qui s'assemble
vers Lerida.
,
OnécritdeSaragosse que
le Prince Tierclas de Tilly
étoitsur le point de partir
pour aller se mettre à la
teste de l'Arméequ'il doit
commander.
D'autres Lettres de
Saragosse portent que le
14. Juillet douze cent
hommes des Troupes reglées des ennemis & huit
cent Miquelets, attaquèrent
un Convoy de sixcent
Chariots & de deux cent
Mulets qui alloit deMequinença à Lerida, mais
que lescorte composée de
quatre cent chevaux & de
iepc cent Fantassins, la pluspart Troupes Françoises,
les reçeut avec tant de
vigueur qu'ilsfurententierement défaits & poursuivis
jusqu'aux Montagnes, avec
perte de plus de deux cent
ommes tuez & de quatre
cent prisonniers parmi
lesquels étoienc pluficurs
Chefs des rebelles.
On mande de Saragosse
que le Prince de Tserclas
de Tilly,après avoir visité
toutes les places Frontieres
& les Magasins, étoitallé à
Fraga surla Cinca, où il as-
sembloit ton Armée.Suiuant les derniers, avis de ce
Pays-là l'Armée d'Espagne
fera du moins aussi forte
en Infanterie &en Cavalerie que l'année derniere, sans
y
comprendre les Troupes
necessaires pour les Places
des Royaumes d'Aragon &
deValence,&celles qui ont
este occupées en Catalogne.
Le General Staremberg a
mis en quartier de cantonnement ses Troupes aux en virons de Montblanc, de SantaColoma&d'Igualada, à la
reserve du détachement qu'il
avoit envoyé dans le Lampourdan ou il n'a fait aucune entreprise, & qui y
est
resté pour consommer les
grains & les, fourages du
Pays que pour empescher
les troupes Françoises qui y
font ne viennent faire des
courses aux environs de
Barcelonne, pendant que
toute l'Armée ennemie se-<
roit au-delà du Lobregat,
Le Prince Tferclas de
Tilly a
retiré la Garnison
de Cerveraà cause de la
difficulté qu'il y
avoit ày mener des Convois, poursatta-
cher à réduire cntierement
les volontaires &les Miquelets d'Aragon & de Catalogne au Nord de la Segre.
,
Onécrit dePerpignan du
11. Juillet qu'on avoit conduitde Roses à Gironne un
grand Convoy de blé &
de farine, escorté par quatre
cent chevaux & six cent
Fantassins sans aucune opposition des ennemis.
Quinze -cent Miquelets
avec quelques Troupes reglées avoient investi le Château d'Agcr entre les deux
Nogucra & à cinq lieués
de Balaguer: MaisDom PatricioLaules Maréréchal de
Camp, qui commande en
ces quartiers là,ayant mar- chepourlescombatre,les
obligea à prendre la fuite
avecrant de diligence qu'il
ne put les joindre.
Les Lettres de Cadiz du 24.
Juillet portent que les Anglois de la Garnison de Gibraltars'étoient emparez de
tous les posses occupez par
les Troupes Hollandoises,
qui devoient s'embarquer à
la premiere occasion pour retourner en leur Pays; cette
nouvelle a
esté depuis confïrméc. Douze Bastiments
Portugais fortis de Lisbone
pouraller acheter des grains
en Barbarie escostez par
quatre Vaisseaux de Guerre,
avoient esté batus dans le
Détroit d'une tempeste
qui en avoit fait perir huit,
que les quatre autres ayant
échoüé à la coste avoient
esté enlevez par des Armateurs François, & qu'on ne
sçavoient pas ce que les
autres étoient devenus.
On écrit du Camp de
Weissenbourg, du 19.
Aoust que les ennemis aprés
avoir publié qu'ils alloient
repasser le Rhin & envoyer
un grand détachement en
Flandres, marchèrent la nuit
du 13. au 14. vers leslignes de
Weissenbourg, & vin ent
camper en deux lignes entre
Otrer bach & Steinfeld. Ils
distribuerent du plomb & de
la poudre à leurs Troupes,
& ils dresserent des batrency
comme pour attaquer les
lignes. Mais tous ces préparatifs se terminèrent à une
canonnade qui dura le 15.
& 16. de part & d'autre,
sans autre effet que de cinq
hommes tuez des Troupes
du Roy & de trente de celles
des ennemis. La nuit du 15.
au 16. ils firent quelques
tentatives à la droite & à la
gauche; mais à la premiere
déchatge ils se renverserent
les uns sur les autres, particulièrement à la gauche où
Commandoit le comte de
Sezane; & ayant voulu tourner parla Montagne endeux
colonnes pour la prendre
en flanc, elles se rencolitrerent & se chargèrent sans
se rcconnoistte;en forte
qu'il y eut trois Ofticiers &
& quarante soldats tuez &
plus de cène blessez. La
nuit suivante ils retirerent
leur canon, Se le Comte de
Sezane estans sorti avec des
Grenadiers & des Carabin
niers,a.fait rüiner& brusler
leurs batteries. Une de leurs
troupes s'étant approchée;
des Carabiniers sansles voir
à causedu broüillard, fut
fort mal traitée. Ce matin
ils ont marché vers Kandel:
ce qui a estéconfirmépar
les Partis & par leurs deserteurs qui viennent en grand
nombre
Le Régiment des Gardes
d'Infanterie
,
commandé
par le Marquis d'Aytona,
composé de 3116. hommes effectifs, est en marche
pour allerjoindre l'Armée
en Catalogne, les Officiers
de ce Régiment qui avoient
esté faits prisonniers font
partis pours'y rendre,ayant
esté échangez.
Le Régiment des Gardes
Walones donc le Duc d'Avreett Colonel, doit partir
incessament pour aller joindre l'Armée qui s'assemble
vers Lerida.
,
OnécritdeSaragosse que
le Prince Tierclas de Tilly
étoitsur le point de partir
pour aller se mettre à la
teste de l'Arméequ'il doit
commander.
D'autres Lettres de
Saragosse portent que le
14. Juillet douze cent
hommes des Troupes reglées des ennemis & huit
cent Miquelets, attaquèrent
un Convoy de sixcent
Chariots & de deux cent
Mulets qui alloit deMequinença à Lerida, mais
que lescorte composée de
quatre cent chevaux & de
iepc cent Fantassins, la pluspart Troupes Françoises,
les reçeut avec tant de
vigueur qu'ilsfurententierement défaits & poursuivis
jusqu'aux Montagnes, avec
perte de plus de deux cent
ommes tuez & de quatre
cent prisonniers parmi
lesquels étoienc pluficurs
Chefs des rebelles.
On mande de Saragosse
que le Prince de Tserclas
de Tilly,après avoir visité
toutes les places Frontieres
& les Magasins, étoitallé à
Fraga surla Cinca, où il as-
sembloit ton Armée.Suiuant les derniers, avis de ce
Pays-là l'Armée d'Espagne
fera du moins aussi forte
en Infanterie &en Cavalerie que l'année derniere, sans
y
comprendre les Troupes
necessaires pour les Places
des Royaumes d'Aragon &
deValence,&celles qui ont
este occupées en Catalogne.
Le General Staremberg a
mis en quartier de cantonnement ses Troupes aux en virons de Montblanc, de SantaColoma&d'Igualada, à la
reserve du détachement qu'il
avoit envoyé dans le Lampourdan ou il n'a fait aucune entreprise, & qui y
est
resté pour consommer les
grains & les, fourages du
Pays que pour empescher
les troupes Françoises qui y
font ne viennent faire des
courses aux environs de
Barcelonne, pendant que
toute l'Armée ennemie se-<
roit au-delà du Lobregat,
Le Prince Tferclas de
Tilly a
retiré la Garnison
de Cerveraà cause de la
difficulté qu'il y
avoit ày mener des Convois, poursatta-
cher à réduire cntierement
les volontaires &les Miquelets d'Aragon & de Catalogne au Nord de la Segre.
,
Onécrit dePerpignan du
11. Juillet qu'on avoit conduitde Roses à Gironne un
grand Convoy de blé &
de farine, escorté par quatre
cent chevaux & six cent
Fantassins sans aucune opposition des ennemis.
Quinze -cent Miquelets
avec quelques Troupes reglées avoient investi le Château d'Agcr entre les deux
Nogucra & à cinq lieués
de Balaguer: MaisDom PatricioLaules Maréréchal de
Camp, qui commande en
ces quartiers là,ayant mar- chepourlescombatre,les
obligea à prendre la fuite
avecrant de diligence qu'il
ne put les joindre.
Les Lettres de Cadiz du 24.
Juillet portent que les Anglois de la Garnison de Gibraltars'étoient emparez de
tous les posses occupez par
les Troupes Hollandoises,
qui devoient s'embarquer à
la premiere occasion pour retourner en leur Pays; cette
nouvelle a
esté depuis confïrméc. Douze Bastiments
Portugais fortis de Lisbone
pouraller acheter des grains
en Barbarie escostez par
quatre Vaisseaux de Guerre,
avoient esté batus dans le
Détroit d'une tempeste
qui en avoit fait perir huit,
que les quatre autres ayant
échoüé à la coste avoient
esté enlevez par des Armateurs François, & qu'on ne
sçavoient pas ce que les
autres étoient devenus.
On écrit du Camp de
Weissenbourg, du 19.
Aoust que les ennemis aprés
avoir publié qu'ils alloient
repasser le Rhin & envoyer
un grand détachement en
Flandres, marchèrent la nuit
du 13. au 14. vers leslignes de
Weissenbourg, & vin ent
camper en deux lignes entre
Otrer bach & Steinfeld. Ils
distribuerent du plomb & de
la poudre à leurs Troupes,
& ils dresserent des batrency
comme pour attaquer les
lignes. Mais tous ces préparatifs se terminèrent à une
canonnade qui dura le 15.
& 16. de part & d'autre,
sans autre effet que de cinq
hommes tuez des Troupes
du Roy & de trente de celles
des ennemis. La nuit du 15.
au 16. ils firent quelques
tentatives à la droite & à la
gauche; mais à la premiere
déchatge ils se renverserent
les uns sur les autres, particulièrement à la gauche où
Commandoit le comte de
Sezane; & ayant voulu tourner parla Montagne endeux
colonnes pour la prendre
en flanc, elles se rencolitrerent & se chargèrent sans
se rcconnoistte;en forte
qu'il y eut trois Ofticiers &
& quarante soldats tuez &
plus de cène blessez. La
nuit suivante ils retirerent
leur canon, Se le Comte de
Sezane estans sorti avec des
Grenadiers & des Carabin
niers,a.fait rüiner& brusler
leurs batteries. Une de leurs
troupes s'étant approchée;
des Carabiniers sansles voir
à causedu broüillard, fut
fort mal traitée. Ce matin
ils ont marché vers Kandel:
ce qui a estéconfirmépar
les Partis & par leurs deserteurs qui viennent en grand
nombre
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Résumé : Nouvelles d'Espagne.
Le texte décrit divers mouvements et événements militaires en Europe, principalement en Espagne et en Allemagne. En Catalogne, le Régiment des Gardes d'Infanterie, dirigé par le Marquis d'Aytona, se dirige vers l'armée, rejoint par des officiers échangés contre des prisonniers. Le Régiment des Gardes Wallones, sous le Duc d'Avreett, doit également partir pour rejoindre les forces près de Lerida. À Saragosse, le Prince Tserclas de Tilly se prépare à prendre le commandement de l'armée. Un convoi en route vers Lerida est attaqué par des troupes ennemies mais repoussé par une escorte française. L'armée d'Espagne se renforce, comparable à l'année précédente, à l'exception des troupes nécessaires pour les places en Aragon, Valence et Catalogne. Le Général Staremberg cantonne ses troupes près de Montblanc, Santa Coloma et Igualada, tandis que le Prince Tserclas de Tilly retire la garnison de Cervera pour réduire les volontaires et Miquelets en Aragon et Catalogne. À Perpignan, un convoi de blé est conduit sans opposition. En Catalogne, des Miquelets investissent le château d'Ager mais sont repoussés par Dom Patricio Laules. À Cadix, les Anglais de Gibraltar prennent possession des postes occupés par les Hollandais. Douze navires portugais sont détruits par une tempête dans le détroit de Gibraltar. En Allemagne, les ennemis tentent d'attaquer les lignes de Weissenbourg mais sont repoussés avec des pertes mineures. Les troupes ennemies se retirent après des tentatives infructueuses et des pertes significatives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 294-305
Du Camp devant Douay.
Début :
Le Maréchal de Villars, a reglé que les Officiers Generaux [...]
Mots clefs :
Douai, Maréchal de Villars, Prince Eugène, Fort de Scarpe, Henin-Lietard, Lettres, Garnison, Canon, Coigny
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texteReconnaissance textuelle : Du Camp devant Douay.
:Douay*
'rC( < 'a
Le Maréchal de 'ViUart,.
a
reglé que les Officiers
Generaux monteraient la
tranchée selon leur anncienneté
,
ansi le Comte de
Gassion estant indisposé
,
Monsieur le Marquis d'Alegre a monté la tranchée
avec la Regiment des Gardes.
A l'attaque du Fort de
Scarpe,leComte d'Albertgoti montala tranchée avec
le Regiment de Picardie,
& elle fut poussée à trente
toises sans d'autre perte que d'un Valet d'Officier, les
deux nuits suivanteslatranchée fut pouffée jusqu'àla
contrescarpe
,
sans aucune
perte. La nuit du 17 au iS.-
a minuit on commença a
batre la Ville & le Fort avec
vingt
-
six pieces de canon
& des mortiers, & mettre
vingt autres pieces de cannonen batterie, les bombes
ont fait de grands ravages
dans le Fort le
1
8. ayant
mis le feu à l'Eglise & à
la maison du Gouverneur,
& aux Cazernes.
Les Lettres du 28assurent
qu'il, yavoit prés de quatre
cent malades & deux cent
portant les armes, pris dans
le Fort d'Escarpe, & dixhuit pieces de canon.
Que l'attaque de Saint
Eloy devenoit considérable
& qu'il y
avoit des batteries qui battoient en
brcche
; on avance fort à la
droite, ensorte que l'on espere que l'on aura la Place
vers le quatre ou le cinq.
Il y a
bien des malades.
Que le Maréchal deVillars
avoit marché à d'Henin
Lietard
,
à Levendrc entre
Doiiay & Bouchain:il a
marché depuis avec quinze
mille hommes à Ribaucourt
& y
fait des retranchements
Le Prince Eugene s'estoit
retiré à Marquese
,
derrier
Lille & avoit détaché foix
-
ante Mons.. Escadrons du costé de
Le Maréchal de ViH.ars
avoit détaché de son cofté
Monsieur de Coigny
,
avec
ses Dragons pour empecher
un Convoy qui vouloir cni
trer dans le Quednoy, pour
y porter des vivres & en retirer les canons que le Prince
Eugrne avoit à Landrecy.
Les Lettres de l'Armée
de Flandres du zi. Aouft5
portentqu'on coupa le 2. yla communication du Fory
avec la Ville où la Garnison
vouloit tacher de se retirer.
Il n'y avoit eû au Siege jusqu'a ce jour, que trois cent
hommes tuezou bltflfcz.
- On remarqua le vingtquatre ,que l'inondation se
perdoitd'elle-même dans les
terres ;
cependant comme
les Assiegez pouvoit lacher
de nouvelles caux,on acheva la coupure pour les faite
écouler. Le vingt
- quatre
ou le vingt
-
cinq on s'empara du chemin-couvert
du Fort, le même jour, on
fit une batterie pour battre
le Fort en breche
, on fie
jouër le 26 une mine qui fit
un si grand effet,que cinquan
te hommes qui estoient
en cet endroit furent presque tous accablez en mêmetemps, les grenadiers du
Regiment des Vaisseaux se
jetèrent]la bayonette au
bout du fusil dans le chemin
couvert ..& poursuivirent
les ennemisjusqu'à la seconde traverse
,
pour facvoriser les travailleursqui
firent un logementdans la
Place d'Armes. On continuoit de battre en breche
la Villeaussi bien que le
Fort, dont on commençoit
à combler le Fossé
: mais la
garnison craignant d'estre
emporté d'assaut batit la
chamade le vingt- sept.
Elle s'est renduë prisonniere de Guerre, & on a
accordé aux Officiers d'envoyer leurs bagages dans
quelqu'une de leurs Places,
de cinq cent hommes qui y
estoient il n'en reste que -
trois cent; on a
trouvé dans
le Fort dix huit pieces de
canon,&onad'abordouvert les éclusespour faire
couler les eaux, ce qui
faciliterabeaucoup l'attaque
delaVille. ",
Les ennemisqui depuis it. de cemoiscampoient
à Ribaucourt,avoient tfa;,
vailé sans relâche à preparer
des Gabions,desGlayes, des
Fascines & a
faire venir
cinquante pieces de. Canon
pour attaquer nosretran»
chementsjtnaisils n'avoient
encore rien entrepris, ou
avoir cru le 20 qu'ils. se re.
retireroient maison aprit
que ce n'estoit qu'un détachement qui marchoit du
cofté de Mons. La disette
de pain &de fourage étoit
toujours si grande dans
,
leur arméequ'ils- étoient
obligé d'aller sourager audelà de la Lis du costé
de Varneton. Néanmoins
aprés avoirplusieurs fois
reconnu lesretranchement
ils jugerent qu'ils ne pouvoient les attaquer sans exposer toute leur armée,b
25.ilsfirent défiler leurs
bagages & leur artillerie, le
foir ils. brûlèrent les grands
amas de facines, de clayes
&deGabions qu'ils avoient
préparez & le
-
2 5. toute
leur armée marcha & se retira entre Lille & Tournay.
Le Partisan Jaquot
ayant joint vers Namur
le Partisan du Moulin
qui avoit 1 5 00. Chevaux,
marcha du costé d'Anvers
avec six pieces de Campagne & neufPontons.
Le Maréchal de Villars
a
envoyé le Marquis ..Je---
Coigny du cossé duQues-
- noy avec sa reserve de Dragons, sur lavis qu'il a eu
que le PrinceEugène hiioïc
marcher un détachement
de ce costé là pour tâcher
d'emmener à Mons 90.
piècesde gros Canons qui
font dansle Quesnoy.
Il est arrivé la semaine
passé àlaMonnoyede cette
Ville douze charettes venant de Brest chargées de
piastres & de lingots d'or
êc d'argent pour estre convertisenespeces
'rC( < 'a
Le Maréchal de 'ViUart,.
a
reglé que les Officiers
Generaux monteraient la
tranchée selon leur anncienneté
,
ansi le Comte de
Gassion estant indisposé
,
Monsieur le Marquis d'Alegre a monté la tranchée
avec la Regiment des Gardes.
A l'attaque du Fort de
Scarpe,leComte d'Albertgoti montala tranchée avec
le Regiment de Picardie,
& elle fut poussée à trente
toises sans d'autre perte que d'un Valet d'Officier, les
deux nuits suivanteslatranchée fut pouffée jusqu'àla
contrescarpe
,
sans aucune
perte. La nuit du 17 au iS.-
a minuit on commença a
batre la Ville & le Fort avec
vingt
-
six pieces de canon
& des mortiers, & mettre
vingt autres pieces de cannonen batterie, les bombes
ont fait de grands ravages
dans le Fort le
1
8. ayant
mis le feu à l'Eglise & à
la maison du Gouverneur,
& aux Cazernes.
Les Lettres du 28assurent
qu'il, yavoit prés de quatre
cent malades & deux cent
portant les armes, pris dans
le Fort d'Escarpe, & dixhuit pieces de canon.
Que l'attaque de Saint
Eloy devenoit considérable
& qu'il y
avoit des batteries qui battoient en
brcche
; on avance fort à la
droite, ensorte que l'on espere que l'on aura la Place
vers le quatre ou le cinq.
Il y a
bien des malades.
Que le Maréchal deVillars
avoit marché à d'Henin
Lietard
,
à Levendrc entre
Doiiay & Bouchain:il a
marché depuis avec quinze
mille hommes à Ribaucourt
& y
fait des retranchements
Le Prince Eugene s'estoit
retiré à Marquese
,
derrier
Lille & avoit détaché foix
-
ante Mons.. Escadrons du costé de
Le Maréchal de ViH.ars
avoit détaché de son cofté
Monsieur de Coigny
,
avec
ses Dragons pour empecher
un Convoy qui vouloir cni
trer dans le Quednoy, pour
y porter des vivres & en retirer les canons que le Prince
Eugrne avoit à Landrecy.
Les Lettres de l'Armée
de Flandres du zi. Aouft5
portentqu'on coupa le 2. yla communication du Fory
avec la Ville où la Garnison
vouloit tacher de se retirer.
Il n'y avoit eû au Siege jusqu'a ce jour, que trois cent
hommes tuezou bltflfcz.
- On remarqua le vingtquatre ,que l'inondation se
perdoitd'elle-même dans les
terres ;
cependant comme
les Assiegez pouvoit lacher
de nouvelles caux,on acheva la coupure pour les faite
écouler. Le vingt
- quatre
ou le vingt
-
cinq on s'empara du chemin-couvert
du Fort, le même jour, on
fit une batterie pour battre
le Fort en breche
, on fie
jouër le 26 une mine qui fit
un si grand effet,que cinquan
te hommes qui estoient
en cet endroit furent presque tous accablez en mêmetemps, les grenadiers du
Regiment des Vaisseaux se
jetèrent]la bayonette au
bout du fusil dans le chemin
couvert ..& poursuivirent
les ennemisjusqu'à la seconde traverse
,
pour facvoriser les travailleursqui
firent un logementdans la
Place d'Armes. On continuoit de battre en breche
la Villeaussi bien que le
Fort, dont on commençoit
à combler le Fossé
: mais la
garnison craignant d'estre
emporté d'assaut batit la
chamade le vingt- sept.
Elle s'est renduë prisonniere de Guerre, & on a
accordé aux Officiers d'envoyer leurs bagages dans
quelqu'une de leurs Places,
de cinq cent hommes qui y
estoient il n'en reste que -
trois cent; on a
trouvé dans
le Fort dix huit pieces de
canon,&onad'abordouvert les éclusespour faire
couler les eaux, ce qui
faciliterabeaucoup l'attaque
delaVille. ",
Les ennemisqui depuis it. de cemoiscampoient
à Ribaucourt,avoient tfa;,
vailé sans relâche à preparer
des Gabions,desGlayes, des
Fascines & a
faire venir
cinquante pieces de. Canon
pour attaquer nosretran»
chementsjtnaisils n'avoient
encore rien entrepris, ou
avoir cru le 20 qu'ils. se re.
retireroient maison aprit
que ce n'estoit qu'un détachement qui marchoit du
cofté de Mons. La disette
de pain &de fourage étoit
toujours si grande dans
,
leur arméequ'ils- étoient
obligé d'aller sourager audelà de la Lis du costé
de Varneton. Néanmoins
aprés avoirplusieurs fois
reconnu lesretranchement
ils jugerent qu'ils ne pouvoient les attaquer sans exposer toute leur armée,b
25.ilsfirent défiler leurs
bagages & leur artillerie, le
foir ils. brûlèrent les grands
amas de facines, de clayes
&deGabions qu'ils avoient
préparez & le
-
2 5. toute
leur armée marcha & se retira entre Lille & Tournay.
Le Partisan Jaquot
ayant joint vers Namur
le Partisan du Moulin
qui avoit 1 5 00. Chevaux,
marcha du costé d'Anvers
avec six pieces de Campagne & neufPontons.
Le Maréchal de Villars
a
envoyé le Marquis ..Je---
Coigny du cossé duQues-
- noy avec sa reserve de Dragons, sur lavis qu'il a eu
que le PrinceEugène hiioïc
marcher un détachement
de ce costé là pour tâcher
d'emmener à Mons 90.
piècesde gros Canons qui
font dansle Quesnoy.
Il est arrivé la semaine
passé àlaMonnoyede cette
Ville douze charettes venant de Brest chargées de
piastres & de lingots d'or
êc d'argent pour estre convertisenespeces
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Résumé : Du Camp devant Douay.
Le texte décrit des événements militaires impliquant le Maréchal de Villars et le Prince Eugène. Lors de l'attaque du Fort de Scarpe, le Comte d'Albert-Goti a mené le Régiment de Picardie sans subir de pertes significatives. Les bombardements sur la ville et le fort ont commencé le 17 août, causant des ravages importants. Le 28 août, de nombreux malades et soldats ainsi que dix-huit pièces de canon ont été capturés. Le Maréchal de Villars a déplacé ses troupes à Ribaucourt et construit des retranchements. Le Prince Eugène s'est retiré à Marquese, derrière Lille. Des escadrons ont été détachés pour empêcher un convoi de ravitailler le Quesnoy. Les lettres de l'Armée de Flandres du 21 août indiquent que la communication entre le fort et la ville a été coupée, avec seulement trois cents hommes tués ou blessés jusqu'alors. Le 24 août, l'inondation s'est résorbée, et les assiégés ont été contraints de se rendre le 27 août. La garnison, réduite à trois cents hommes, a capitulé. Dix-huit pièces de canon ont été trouvées dans le fort. Les ennemis, malgré leurs préparatifs, ont jugé les retranchements imprenables et se sont retirés entre Lille et Tournay. Le Partisan Jaquot a rejoint le Partisan du Moulin près de Namur et a marché vers Anvers. Le Maréchal de Villars a envoyé le Marquis de Coigny pour empêcher le Prince Eugène de déplacer des canons vers Mons. Douze charettes chargées de piastres et de lingots sont arrivées à la Monnoye de Quesnoy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 265-283
SUPPLEMENT aux Nouvelles.
Début :
Les Lettres de Hambourg du 9. Avril portent que les Confederez [...]
Mots clefs :
Supplément, Bender, Bacha, Suède, Turcs, Lettres, Andrinople, Plénipotentiaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT aux Nouvelles.
SVPP LEME NT
aux NouvtUes.
LEs Lettres de Hambourg
du 9. Avril portent
que les Consederezavoient
resolu d'attaquer le porte
de Gardingen ; mais on y
trouve de grandes difficultez
,
à cause que les Suedois
s'y sont retranchez de
telle sorte qu'il paroist prêt
que impossible de les en
dessoger
, outre que les
pluyes qui font tombées
depuis peu ont rompu les
chemins; plusieurs Generaux
ont proposé de bombarder
le Camp des Suédois
au lieu de les attaquer
a - force ouverte. Que les
prisonniers Moscovites qui
estoient à Stetin ont esté échangez
contre les prisonniers
Suedois que le Prince
Menzikow a renvoyez
à"TSTifînar:que les troupes
Moscovites n'observoient
aucune discipline dans le
pays de Holstein
,
n'épargnant
pas- les Terres des
Ministres du Roy de Dannemark,
ils continuent defaire-
le dégasten Pomeranie
où ils ont pillé durant
trois jours la ville d'Anklan.
On mande de Seraizund
que quelques Vais-.
seaux de Guerre Danois,
chargez de Troupes avoient
paru devantRugen,
ce qui faisoit craindre aux
Suedois qu'ils n'eussent
quelque dessein sur cette
Isle, Un Bastiment arrivé
à Elseneur avoit rapporté
que vingt
-
six Vaisseaux
Suédois, la pluspart de
Guerre, avoient fait voile
vers la Pomeranie pour
donner la chasse aux Vaie:
seaux Danois qui croisoient
dece costé là.
Les Lettres de Suede portent
que les Troupes qui
estoient dans le pays voisin
de Stockolm se mettoienten
mouvement sans
qu'on sceust quelle route
e lles devoient prendre. Le
Comte deWellingareceu
des Lettres par deux courriers
partis de Bender le
18. Avril, qui portent que
ronoMant les presensconsiderables
que le Roy de
Suede avoit faits au Seras-
Xkr ou Bacha de Bender,
il avoit retenu plusieurs
sommes quele Grand Seigneur
envoyoit à Sa Majesté
; &mesme à diverses
fois quatre cens chevaux
qu'il avoit changez contre5
d'autres quine les valoient
pas, ce que le Roy de Suede
feignit d'igno.er. Quelques
honneurs que le Bacha
ait peu rendre à ce
Prince avant son départ
pourAndrinople,ill'a traité
tousjoursavecunsi grand
mespris, qu'un jour entre
autres le Bacha ayant voulu
s'asseoit sur un Sofa où
il estoit couché, il le repoussa
d'un coup de pied,
& le fie sortir de sa Chambre.
Aprèsson départ pour
Andrinople
,
le Roy Stanislas
ayant esté amené à
Bender, le Bacha le receut
au bruit du canon )
& luy
a rendu depuis tous les
honneurs possibles: il l'a
prié d'escrire en sa faveur
au Roy de Suede
J
ayant
appris qu'il avoit eU trés
bien receu ,
& craignant
deperdre la reste ; ce qui
n'est pas sans fondement,
puisqu'il a receu ordre de
se rendre à Andrinople
pour rendre compte de sa
conduite. Son Lieutenant
aen mesme temps receu
d'autres ordres de bien
traiter les Suedois & les
Polonois qui sont restez à
Bender entre lesquels sont
le Palatin de Kiowie ,
le
Prince Wiefnowieski
)
le
Comte Tarlo, les Generaux
Smiegielskit Grudzinski,
Urbanowitz &
plusieurs autres Officiers.
Le Staroste de Bobruïs de
la Maison Sapieha,qu'on
accuse d'estre l'auteur dç
l'entreprise formée contre
le Roy de Suéde
,
& qui
est beau- frere du General
Saxon Flemming
, ayant
appris que ses affaires reprenoient
une situation favorable
,
partit avec cinq
de ses domestiques pour se
retirer en Pologne: mais
un Colonel Suédois l'ayant
poursuivi avec quelques
Cavaliers, le joignit à une
demi-lieuëdela frontiere,
&le ramena par force à
Bender. Aprés qu'il y fut
arrivé, le Gentral Smiegielski
luy demanda qui
il reconnoissoit pour Roy
de Pologne: il respondit
que c'estoit le Roy
Auguste. Alors on le
foüilla, & on trouva dans
ses bottes des lettres par
lesquelles on prétend avoir
découvert le complot formé
entre le Roy Auguste,
le Czar, le Kan & le Bacha
de Bender, pour livrer
leRoy de Suede aux troupes
Saxones & Polonoifes.
Ce Staroste estoit gardé à
veuë;du consentement du
Lieutenant du Bacha ôc
des Officiers Turcs. Le 16.
un Courrier du Roy deSuedearriva
à Bender,& rapportaqu'il
estoit en parfaite
santé : que le Grand
Seigneur avoit envoyé au
devanr de luy jusqu'à deux
journées au deça d'Andrinople
, le General Poniatowski
& plusieursOfficiers
Turcs, pour l'allurer de
son amitié,& de sa resolution
de faire la guerre aux
Moscovices. Le Sultan a
fait meubler magnifiq uement
un Serrait près de la
ville, pour y conferer avec saMajeste,quidevoitdans
peu de jours retourner à
Benderavec une nombreuse
armée de Turcs qui doit
l'escorter vers ses Estats.
Le Sultan continuë de faire
faire des amas prodigieux
de vivres. Le grand
pont qu'il faisoit faire sur
le Danube est achevé
J
&
quarante mille Turcs estoient
en marche pour le
passer, & pour s'avancer
par la Moldavie vers le
Niester
,
où l'on dit qu'ils
feront suivis par cent mille
autres, avec le Grand Seigneur
en personne.
On mande de Madrid
du 3. Avril que le 17. Mars
le Marquis de Bedmar en
vertu des Pouvoirs du Roy,
signaavecMylord Lexington
le Traité de Paixavec
l'Anglererre , lequel y fut
aussitost envoyé par un
Courrier exprès; que les
Troupes qui doivent entrer
en Catalogne pour
prendre possession decette
Principauté, ont ordre de
sortir de leur quartiers le
dix de ce mois, & le Duc de
Popoli qui doit les commander,
se prépare à partir
incessamment. Toutes
lesLettres de Catalogne
confirment,que l'Archiduchesse
sestoit embarquée
le18 Mars, laissant lecommandement
des Troupes
qui n'ont pû estre embarquéesauComte
deStaremberg
; qu'il avoir assemblé
les Miquelets&les
Volontaires, pour leur declarer
qu'ils devoient bientosts'embarquer
avec le
reste des Troupes; que
ceux qui voudroient y
prendre parti seroient bien
venus; & que ceux qui ne
levoudraient paseussentà
se retirer dans leurs maisons
à peine de la vie. On
écrit de Tortose que le
Comte de Glimesenestoit
sorri avec des Troupes, &;
qu'il s'estoit avancé jusqu'-
au col ou passage de Balaguer
, que les Ennemis
avoient fortifiépar des retranchements,
& qu'il les
avoit détruits & bruslez
sans aucune opposition. On
écrit de Sarragosse qu'un
détachement des Troupes
du Roy avoit battu & mis
en fuite des partis de Volontaires
&de Miquelets
qui inquietoient la ville de
Venafque.
On mande de Vienne
que l'Archiduchesse estoit
arrivée à Vado sur lacoste
de Genes, on elle estoit débarquée
pour se rafraischir,
que le PrinceAntoine
de Liechsteinstein
Grand Ministre de la Mai-,
son de l'Archiduc & le
Comte Charles Joseph de
Paar, General des Portes
estoient partis pour allerà
sa rencontre jusquà Roveredo
dans le Trentin. Le
Comte de Thaun est parti
pour aller prendre possession
de la Viceroyauté de
Naples, à laquelle il a esté
nommé à la place du Comte
Borromée.
On mande de Londres
que le 9. Avril le Docteur
Sachewerel fitson premier
Sermon depuis son interdiction
dans l'Eglise de
saint Sauveur au Fauxbourg
de Southwart; que le sieur
de S. Jean estoit arrivé d'Utrecht
avec la Nouvelle
que l'onze la Paix avoit
esté avec tous les Plenipotentiaires
tentiaires des Estats qui
sontenguerre 1, la referve
de ceux de l'Archiduc
& des Princes de l'Empire,
ce qui a causé une grande
joye parmy le peuple. Qu'-
on travailloit à l'armement
d'une Escadre de dix- huit
Vaisseaux de Guerre qui
doivent efire joints par dix
Vaisseaux de Guerre Hollandois,
qu'on asseure estre
destinée pour aller vers la
- Mer Baltiqueafin de tafcher
de restablir la Paix
dans le Nord.
On écrit d'Utrecht que
l'onze, à trois heures apre's
midy, les Traitez ont esté
signez dans la Maison de
l'Ëvesque de Bristol, par les
Plenipotentiaires de France
&ceux de la Grande
Bretagne, à quatre heures
avec ceux du Duc deSavoye,
à huit avec ceux du
Roy de Portugal, à minuit
avec ceux du Roy dePrusse,
àune heure avec les Plenipotentiaires
des Estats Generaux.
Ces Traitez ne seront
rendus publics qu'après
l'échange des ratifications
qui doit estre faite
dans trois semaines
, &
que quinze joursaprèson
évacuera les Places qui doivent
estre cédées de part
& d'autre. Les Estats Géneraux
ont fait publier
dans l'armée qui est cantonnée
près de Bruxelles,
& dans les Places des l'avs-
Bas Catholiques, une ceé s
aux NouvtUes.
LEs Lettres de Hambourg
du 9. Avril portent
que les Consederezavoient
resolu d'attaquer le porte
de Gardingen ; mais on y
trouve de grandes difficultez
,
à cause que les Suedois
s'y sont retranchez de
telle sorte qu'il paroist prêt
que impossible de les en
dessoger
, outre que les
pluyes qui font tombées
depuis peu ont rompu les
chemins; plusieurs Generaux
ont proposé de bombarder
le Camp des Suédois
au lieu de les attaquer
a - force ouverte. Que les
prisonniers Moscovites qui
estoient à Stetin ont esté échangez
contre les prisonniers
Suedois que le Prince
Menzikow a renvoyez
à"TSTifînar:que les troupes
Moscovites n'observoient
aucune discipline dans le
pays de Holstein
,
n'épargnant
pas- les Terres des
Ministres du Roy de Dannemark,
ils continuent defaire-
le dégasten Pomeranie
où ils ont pillé durant
trois jours la ville d'Anklan.
On mande de Seraizund
que quelques Vais-.
seaux de Guerre Danois,
chargez de Troupes avoient
paru devantRugen,
ce qui faisoit craindre aux
Suedois qu'ils n'eussent
quelque dessein sur cette
Isle, Un Bastiment arrivé
à Elseneur avoit rapporté
que vingt
-
six Vaisseaux
Suédois, la pluspart de
Guerre, avoient fait voile
vers la Pomeranie pour
donner la chasse aux Vaie:
seaux Danois qui croisoient
dece costé là.
Les Lettres de Suede portent
que les Troupes qui
estoient dans le pays voisin
de Stockolm se mettoienten
mouvement sans
qu'on sceust quelle route
e lles devoient prendre. Le
Comte deWellingareceu
des Lettres par deux courriers
partis de Bender le
18. Avril, qui portent que
ronoMant les presensconsiderables
que le Roy de
Suede avoit faits au Seras-
Xkr ou Bacha de Bender,
il avoit retenu plusieurs
sommes quele Grand Seigneur
envoyoit à Sa Majesté
; &mesme à diverses
fois quatre cens chevaux
qu'il avoit changez contre5
d'autres quine les valoient
pas, ce que le Roy de Suede
feignit d'igno.er. Quelques
honneurs que le Bacha
ait peu rendre à ce
Prince avant son départ
pourAndrinople,ill'a traité
tousjoursavecunsi grand
mespris, qu'un jour entre
autres le Bacha ayant voulu
s'asseoit sur un Sofa où
il estoit couché, il le repoussa
d'un coup de pied,
& le fie sortir de sa Chambre.
Aprèsson départ pour
Andrinople
,
le Roy Stanislas
ayant esté amené à
Bender, le Bacha le receut
au bruit du canon )
& luy
a rendu depuis tous les
honneurs possibles: il l'a
prié d'escrire en sa faveur
au Roy de Suede
J
ayant
appris qu'il avoit eU trés
bien receu ,
& craignant
deperdre la reste ; ce qui
n'est pas sans fondement,
puisqu'il a receu ordre de
se rendre à Andrinople
pour rendre compte de sa
conduite. Son Lieutenant
aen mesme temps receu
d'autres ordres de bien
traiter les Suedois & les
Polonois qui sont restez à
Bender entre lesquels sont
le Palatin de Kiowie ,
le
Prince Wiefnowieski
)
le
Comte Tarlo, les Generaux
Smiegielskit Grudzinski,
Urbanowitz &
plusieurs autres Officiers.
Le Staroste de Bobruïs de
la Maison Sapieha,qu'on
accuse d'estre l'auteur dç
l'entreprise formée contre
le Roy de Suéde
,
& qui
est beau- frere du General
Saxon Flemming
, ayant
appris que ses affaires reprenoient
une situation favorable
,
partit avec cinq
de ses domestiques pour se
retirer en Pologne: mais
un Colonel Suédois l'ayant
poursuivi avec quelques
Cavaliers, le joignit à une
demi-lieuëdela frontiere,
&le ramena par force à
Bender. Aprés qu'il y fut
arrivé, le Gentral Smiegielski
luy demanda qui
il reconnoissoit pour Roy
de Pologne: il respondit
que c'estoit le Roy
Auguste. Alors on le
foüilla, & on trouva dans
ses bottes des lettres par
lesquelles on prétend avoir
découvert le complot formé
entre le Roy Auguste,
le Czar, le Kan & le Bacha
de Bender, pour livrer
leRoy de Suede aux troupes
Saxones & Polonoifes.
Ce Staroste estoit gardé à
veuë;du consentement du
Lieutenant du Bacha ôc
des Officiers Turcs. Le 16.
un Courrier du Roy deSuedearriva
à Bender,& rapportaqu'il
estoit en parfaite
santé : que le Grand
Seigneur avoit envoyé au
devanr de luy jusqu'à deux
journées au deça d'Andrinople
, le General Poniatowski
& plusieursOfficiers
Turcs, pour l'allurer de
son amitié,& de sa resolution
de faire la guerre aux
Moscovices. Le Sultan a
fait meubler magnifiq uement
un Serrait près de la
ville, pour y conferer avec saMajeste,quidevoitdans
peu de jours retourner à
Benderavec une nombreuse
armée de Turcs qui doit
l'escorter vers ses Estats.
Le Sultan continuë de faire
faire des amas prodigieux
de vivres. Le grand
pont qu'il faisoit faire sur
le Danube est achevé
J
&
quarante mille Turcs estoient
en marche pour le
passer, & pour s'avancer
par la Moldavie vers le
Niester
,
où l'on dit qu'ils
feront suivis par cent mille
autres, avec le Grand Seigneur
en personne.
On mande de Madrid
du 3. Avril que le 17. Mars
le Marquis de Bedmar en
vertu des Pouvoirs du Roy,
signaavecMylord Lexington
le Traité de Paixavec
l'Anglererre , lequel y fut
aussitost envoyé par un
Courrier exprès; que les
Troupes qui doivent entrer
en Catalogne pour
prendre possession decette
Principauté, ont ordre de
sortir de leur quartiers le
dix de ce mois, & le Duc de
Popoli qui doit les commander,
se prépare à partir
incessamment. Toutes
lesLettres de Catalogne
confirment,que l'Archiduchesse
sestoit embarquée
le18 Mars, laissant lecommandement
des Troupes
qui n'ont pû estre embarquéesauComte
deStaremberg
; qu'il avoir assemblé
les Miquelets&les
Volontaires, pour leur declarer
qu'ils devoient bientosts'embarquer
avec le
reste des Troupes; que
ceux qui voudroient y
prendre parti seroient bien
venus; & que ceux qui ne
levoudraient paseussentà
se retirer dans leurs maisons
à peine de la vie. On
écrit de Tortose que le
Comte de Glimesenestoit
sorri avec des Troupes, &;
qu'il s'estoit avancé jusqu'-
au col ou passage de Balaguer
, que les Ennemis
avoient fortifiépar des retranchements,
& qu'il les
avoit détruits & bruslez
sans aucune opposition. On
écrit de Sarragosse qu'un
détachement des Troupes
du Roy avoit battu & mis
en fuite des partis de Volontaires
&de Miquelets
qui inquietoient la ville de
Venafque.
On mande de Vienne
que l'Archiduchesse estoit
arrivée à Vado sur lacoste
de Genes, on elle estoit débarquée
pour se rafraischir,
que le PrinceAntoine
de Liechsteinstein
Grand Ministre de la Mai-,
son de l'Archiduc & le
Comte Charles Joseph de
Paar, General des Portes
estoient partis pour allerà
sa rencontre jusquà Roveredo
dans le Trentin. Le
Comte de Thaun est parti
pour aller prendre possession
de la Viceroyauté de
Naples, à laquelle il a esté
nommé à la place du Comte
Borromée.
On mande de Londres
que le 9. Avril le Docteur
Sachewerel fitson premier
Sermon depuis son interdiction
dans l'Eglise de
saint Sauveur au Fauxbourg
de Southwart; que le sieur
de S. Jean estoit arrivé d'Utrecht
avec la Nouvelle
que l'onze la Paix avoit
esté avec tous les Plenipotentiaires
tentiaires des Estats qui
sontenguerre 1, la referve
de ceux de l'Archiduc
& des Princes de l'Empire,
ce qui a causé une grande
joye parmy le peuple. Qu'-
on travailloit à l'armement
d'une Escadre de dix- huit
Vaisseaux de Guerre qui
doivent efire joints par dix
Vaisseaux de Guerre Hollandois,
qu'on asseure estre
destinée pour aller vers la
- Mer Baltiqueafin de tafcher
de restablir la Paix
dans le Nord.
On écrit d'Utrecht que
l'onze, à trois heures apre's
midy, les Traitez ont esté
signez dans la Maison de
l'Ëvesque de Bristol, par les
Plenipotentiaires de France
&ceux de la Grande
Bretagne, à quatre heures
avec ceux du Duc deSavoye,
à huit avec ceux du
Roy de Portugal, à minuit
avec ceux du Roy dePrusse,
àune heure avec les Plenipotentiaires
des Estats Generaux.
Ces Traitez ne seront
rendus publics qu'après
l'échange des ratifications
qui doit estre faite
dans trois semaines
, &
que quinze joursaprèson
évacuera les Places qui doivent
estre cédées de part
& d'autre. Les Estats Géneraux
ont fait publier
dans l'armée qui est cantonnée
près de Bruxelles,
& dans les Places des l'avs-
Bas Catholiques, une ceé s
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Résumé : SUPPLEMENT aux Nouvelles.
Les lettres de Hambourg du 9 avril rapportent des difficultés rencontrées par les forces coalisées lors de l'attaque du port de Gardingen, en raison des fortifications suédoises et des pluies ayant endommagé les chemins. Plusieurs généraux ont proposé de bombarder le camp suédois plutôt que de l'attaquer frontalement. Des échanges de prisonniers ont eu lieu entre les Moscovites de Stetin et les Suédois renvoyés par le Prince Menzikow à Stettin. Les troupes moscovites en Holstein pillent les terres des ministres du roi de Danemark et ravagent la Poméranie, ayant pillé la ville d'Anklam pendant trois jours. À Seraizund, des vaisseaux de guerre danois chargés de troupes ont été aperçus devant l'île de Rügen, suscitant des craintes chez les Suédois. Un bâtiment arrivé à Elseneur a rapporté que vingt-six vaisseaux suédois, principalement de guerre, se dirigeaient vers la Poméranie pour chasser les vaisseaux danois. En Suède, les troupes près de Stockholm se mettent en mouvement sans destination claire. Le Comte de Welling a reçu des lettres de Bender, datées du 18 avril, révélant que le roi de Suède a retenu des sommes et des chevaux envoyés par le Grand Seigneur, malgré les présents offerts. Le Bacha de Bender a traité le roi de Suède avec mépris, allant jusqu'à le repousser d'un coup de pied. Après le départ du Bacha pour Andrinople, le roi Stanislas a été bien reçu et honoré. Le Staroste de Bobruïsk, accusé de complot contre le roi de Suède, a été arrêté alors qu'il tentait de fuir en Pologne. Des lettres trouvées sur lui révèlent un complot impliquant le roi Auguste, le Czar, le Kan et le Bacha de Bender pour livrer le roi de Suède aux troupes saxonnes et polonaises. Le roi de Suède est en bonne santé et a été reçu par le Sultan, qui prépare une armée pour l'escorter vers ses États. Le Sultan accumule des vivres et a achevé un pont sur le Danube, permettant à des troupes turques de traverser vers la Moldavie. À Madrid, le Marquis de Bedmar a signé un traité de paix avec l'Angleterre, et les troupes doivent entrer en Catalogne. L'Archiduchesse a quitté la Catalogne, laissant le commandement au Comte de Starhemberg. Des troupes espagnoles ont battu des partisans à Venafque. À Vienne, l'Archiduchesse est arrivée à Vado, près de Gênes, et le Comte de Thaun part pour Naples. À Londres, le Docteur Sachewerel a repris ses sermons, et une escadre de vaisseaux de guerre se prépare à naviguer vers la mer Baltique pour rétablir la paix. À Utrecht, les traités de paix ont été signés entre plusieurs nations, et les ratifications doivent être échangées dans trois semaines, avec évacuation des places cédées quinze jours après.
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43
p. 66-70
NOUVELLES de Hambourg.
Début :
Les Lettres du Holstein portent que l'armée des Princes Confederés [...]
Mots clefs :
Lettres, Holstein, Trace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de Hambourg.
NO UVEL LES
de Hambourg.
Les Lettres du Holstein
portent que l'armée des.
Princes Confederés avoic
ouvert latranchée la nuit
du 3. au 4. de ce mois devant
Tonningen &quele
6. ils avoient pouffé leurs
travaux à huit cens pas de
la Place &des retranchement
des Suedois. Que
leurs batteries de Canons
& de Mortiers devoient
estre prêtes le 9. pour bombarder
la Place. Le 7. le
General StinbocK envoya
le Colonel Stroomfeld Suedois,
demander une Conference
qui luifut accordée.
Elle se tint le 8. à
Osdensvvorth, entre le
Comte de Steinbock, & les
Generaux Confederés :
mais ils se separerent sans
rien conclure. Les Suedois
demandoient que Tonningen
demeurast en l'état où
il est, & qu'il fust rendu au
Duc de Holstein Gottorp.
Le Roy de Dannemarck
prétendoir qu'il luy fust rexnis,
ou que les Fortifications
fussentrasées,àquoy
le Comte de Steinbock ne
voulut pas consentir, ainsi
les hostilités devoient recommencer,
Les dernieres
lettres de Husum, marquent
que les Conferences
continuoient à Oldens-
worth avec aparence d'un
accommodement.
On mande de Berlin que
le départ du Roy pour la
Prusseetoit fixéau premier
de Juin, & que les troupes
destinées pour ce pays-là
étoient déjà en marche.
Elles sontcomposées de 7.
Bataillons & trois Regimens
de Cavalerie. Les
autres troupes de ce Prince
feront distribuées dans
ses Etats. Que la Reine de
Prusse étoit accouchée le
5. May à dix heures du foir
d'une fille qui fut baptissé
le huit.
de Hambourg.
Les Lettres du Holstein
portent que l'armée des.
Princes Confederés avoic
ouvert latranchée la nuit
du 3. au 4. de ce mois devant
Tonningen &quele
6. ils avoient pouffé leurs
travaux à huit cens pas de
la Place &des retranchement
des Suedois. Que
leurs batteries de Canons
& de Mortiers devoient
estre prêtes le 9. pour bombarder
la Place. Le 7. le
General StinbocK envoya
le Colonel Stroomfeld Suedois,
demander une Conference
qui luifut accordée.
Elle se tint le 8. à
Osdensvvorth, entre le
Comte de Steinbock, & les
Generaux Confederés :
mais ils se separerent sans
rien conclure. Les Suedois
demandoient que Tonningen
demeurast en l'état où
il est, & qu'il fust rendu au
Duc de Holstein Gottorp.
Le Roy de Dannemarck
prétendoir qu'il luy fust rexnis,
ou que les Fortifications
fussentrasées,àquoy
le Comte de Steinbock ne
voulut pas consentir, ainsi
les hostilités devoient recommencer,
Les dernieres
lettres de Husum, marquent
que les Conferences
continuoient à Oldens-
worth avec aparence d'un
accommodement.
On mande de Berlin que
le départ du Roy pour la
Prusseetoit fixéau premier
de Juin, & que les troupes
destinées pour ce pays-là
étoient déjà en marche.
Elles sontcomposées de 7.
Bataillons & trois Regimens
de Cavalerie. Les
autres troupes de ce Prince
feront distribuées dans
ses Etats. Que la Reine de
Prusse étoit accouchée le
5. May à dix heures du foir
d'une fille qui fut baptissé
le huit.
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Résumé : NOUVELLES de Hambourg.
Le texte décrit des événements militaires et diplomatiques en Holstein. L'armée des Princes Confédérés a creusé une tranchée devant Tonningen et prévu de bombarder la place forte suédoise à partir du 9. Le 8, une conférence a eu lieu à Oldensworth entre le comte de Steinbock et les généraux confédérés, mais sans accord. Les Suédois voulaient que Tonningen reste au duc de Holstein-Gottorp, tandis que le Danemark exigeait la reddition ou la démolition des fortifications, ce que Steinbock a refusé. Les hostilités devaient reprendre. Des négociations continuaient à Oldensworth avec des signes d'un possible accommodement. Par ailleurs, des nouvelles de Berlin annonçaient le départ du roi pour la Prusse le 1er juin avec sept bataillons et trois régiments de cavalerie. La reine de Prusse a accouché d'une fille le 5 mai, baptisée le 8.
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44
p. 275-278
NOUVELLES.
Début :
On mande de Catalogne, qu'on attendoit à Barcelonne des côtes [...]
Mots clefs :
Catalogne, Barcelone, Lettres, Cour de Vienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES.
NOVVELLES.
">
On mande de Catalogne,
qu'on attendoit-à Barcelonne
des côtes d'Italie
l'escadre Angloise, & un
grand nombre de bâtimens.
de transport, avec un Commissaire
general Anglais,
qui devoit assisteràl'évacuation
de h Catalogne;
que le Comte de Staremberg
avoir revoqué toutes
les Commissions & Passeports
que d'autresGeneraux
ou Chefs de volontaires
auroient accordez;qu'il
avoit fait venir le Colonel
Nebor & les Gouverneurs
d'Urgel & de la Montagne,
& les tenoit en arrêt à Barcelone,
pour avoir pillé &
ravagé le pays. Les lettres
d'Allemagne portentqu'on
travaille aux levées pour
faire la guerre à la France;
que les regimens de cavalerie
deGronfeld &deRabutin,
& celui d'infanterie
de Neubourg,s'étoientmis
en marche de Hongrie
pour aller vers le haut
Rhin; que le Prince Eugene,
quidoit commander
enchefl'arméedel'Empi,
rc, ne pourra partir que
vers le 10. May. Celles de
Londres portent que l'ordre
a été envoyé en Flandres
de faire entrer dans
Nieuport trois regimens
Anglois pour garder cette * place, jusqua ce que la
Cour de Vienne ait accepté
les offres de la France, &
donné(atisfadlion aux Electeurs
de Cologne & de
Baviere , que le regiment
du General Palmes avoit
étédonné au Sieur Blakvvel,
qui en étoit Lieutenant
Colonel; & celui que
commandoit le Chevalier
Richard Temple au Gene.
ral Hill. La Charge qu'avoit
Mylord Cholmondley
à Mylord Langsdovvn,
Controlleur de la même
milon; que le Sieur Bridges
,
Payeur general des armées
darts les pays étrangers,
avoir été privé de son
employ,& que le Duc d'Or.
mond avoit été fait Gouverneur
du Comté de Nortfolk.
">
On mande de Catalogne,
qu'on attendoit-à Barcelonne
des côtes d'Italie
l'escadre Angloise, & un
grand nombre de bâtimens.
de transport, avec un Commissaire
general Anglais,
qui devoit assisteràl'évacuation
de h Catalogne;
que le Comte de Staremberg
avoir revoqué toutes
les Commissions & Passeports
que d'autresGeneraux
ou Chefs de volontaires
auroient accordez;qu'il
avoit fait venir le Colonel
Nebor & les Gouverneurs
d'Urgel & de la Montagne,
& les tenoit en arrêt à Barcelone,
pour avoir pillé &
ravagé le pays. Les lettres
d'Allemagne portentqu'on
travaille aux levées pour
faire la guerre à la France;
que les regimens de cavalerie
deGronfeld &deRabutin,
& celui d'infanterie
de Neubourg,s'étoientmis
en marche de Hongrie
pour aller vers le haut
Rhin; que le Prince Eugene,
quidoit commander
enchefl'arméedel'Empi,
rc, ne pourra partir que
vers le 10. May. Celles de
Londres portent que l'ordre
a été envoyé en Flandres
de faire entrer dans
Nieuport trois regimens
Anglois pour garder cette * place, jusqua ce que la
Cour de Vienne ait accepté
les offres de la France, &
donné(atisfadlion aux Electeurs
de Cologne & de
Baviere , que le regiment
du General Palmes avoit
étédonné au Sieur Blakvvel,
qui en étoit Lieutenant
Colonel; & celui que
commandoit le Chevalier
Richard Temple au Gene.
ral Hill. La Charge qu'avoit
Mylord Cholmondley
à Mylord Langsdovvn,
Controlleur de la même
milon; que le Sieur Bridges
,
Payeur general des armées
darts les pays étrangers,
avoir été privé de son
employ,& que le Duc d'Or.
mond avoit été fait Gouverneur
du Comté de Nortfolk.
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Résumé : NOUVELLES.
Le texte présente plusieurs nouvelles provenant de diverses régions. En Catalogne, l'arrivée de l'escadre anglaise et de bâtiments de transport à Barcelone était attendue, supervisée par un commissaire général anglais pour l'évacuation de la région. Le Comte de Staremberg avait révoqué les commissions et passeports délivrés par d'autres généraux et arrêté plusieurs personnes pour pillage et ravages. En Allemagne, des levées étaient en cours pour préparer la guerre contre la France. Les régiments de cavalerie de Gronfeld et de Rabutin, ainsi que celui d'infanterie de Neubourg, se dirigeaient vers le haut Rhin. Le Prince Eugène, destiné à commander l'armée de l'Empire, ne pouvait partir avant le 10 mai. À Londres, des ordres avaient été envoyés en Flandre pour faire entrer trois régiments anglais à Nieuport. Plusieurs changements dans les commandements militaires étaient mentionnés, notamment les transmissions des régiments du Général Palmes et du Chevalier Richard Temple. Mylord Cholmondley avait cédé sa charge à Mylord Langsdovvn, et le Sieur Bridges avait été démis de ses fonctions de payeur général des armées. Le Duc d'Ormond avait été nommé Gouverneur du Comté de Norfolk.
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45
p. 271-284
SUPPLEMENT aux Nouvelles.
Début :
Les Lettres de Stokholm du 15. Novembre portent, que suivant [...]
Mots clefs :
Lettres, Espagne, Prince, Moscovites, Prusse, Royaume, Suédois, Barcelone
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT aux Nouvelles.
SUPPLEMENT
aux Nouvelles.
Les Lettres de Stokholm
du 15. Novembre
portent, que suivant les
ordres du Roy de Suede.
la Princesse Ulrique sa
soeur s'efloit chargée de la
Regence durant son abfcnee,
& qu'elle en avoic
pris possession le 10. sefêtanttrouvée
ce jour-là pour
la premiere fois au Con[ei!;,
qu'il y avoit esté resolu de
convoquer une Diete genérale
des Etats du Royaume,
& qu'on avoit expedié
pour cette convocation des
Lettres circulaires, dans
lesquelles on marque qu'on
y de libereroit sur les remedes
qu'on pouvoir apporter
au mauvais eut où le
Royaume le trouvoit; sur
les mesures les plus convenables
pourtraiter & conclurre
la Paix avec les ennemis
; & enfin pour envoyer
une Dépuration solemnelleau
Roy de Suéde
eh Turquie, tuy representer
le veritable état de son
Royaume,ôc recevoir ses
ordres; qu'on avoit receu
une Relation de Pererfbourg
de ce qui s'caort
passé en Finlande jusqu'au
8. Octobre,trés differente
de celle qu'on publiait. Elle
porte que le premier O&obre
l'Amiral Apraxin avoit
marché avec l'Armée vers
Trawasthus, que les Suedois
avoient abandonné,
aprèsavoir jetté leurs Canons
dans la Riviere
, &
ils s'estoient retirez au-delà
de la riviere de Pelken,
qui seslargit en forme de
Lac, où ils Ce retrancherent
&jetterent des batteries.
Les Moscovites les fuivirent,
&camperent vis àvis
durant quatre jours. Ils
firent aussi des Batteries,
& preparerent des Pontons,
sur lesquels le Prince
de Galliezen s'embarqua
avec six cens hommes
choisis, & il alla le 7. mettre
pied à terre à demie
lieuë de lava la gauche des
Suedois. Ils se deffendirenc
courageusement, neanmoins
après un combat de
trois heures, ils furent obligez
de ceder au nombre
superieur des Moscovites :
les Suedois perdirent dans
cette action cinq cens soixante
hommes
,
& deux
cens quarante faits Prisonniers
, sept gros Canons, d'autres plus petits,& plusieurs
Drapeaux ; que les
Moscovites avoient perda
cent vingt hommes, de
plus de cinq çens blessez.
On mande de Pomeranie
que les Trou pes Saxonnes
qui en sont sorties, ont fait
dans leur marche de si
grands desordres , qu'un
Officier du Roy de Prusse
en a fait arrester six-vingt
hommes, afin d'obtenir sàtisfaction
des dommages
qu'elles ont causez.
Les Lettres de Berlin da
12. portent que le Sieur
GolowKinAmbassadeur du
Czar prés du Roy dePrusse
,
luy avoit presenté un
Memoire par lequel leCzar
s'excuse de ratifier IeTrairé
conclu avec le PrinceMenzikow,
touchant le sequestre
de la Pomeranie
,
4
moins qu'on ne change
trois Articles duTraitéconclu
entre le Roy de Prusse
& le Prince Administrateur
de Holstein Gottorp
qu'ilprétendluy estre pré-,
judiciables,&à ses Alliez..
On écrit de Vienne que
lesEtats dela Basse Aurrichecontinuënt
leurs Délir^-
berations sur le subside
d'un million & demid'éeus
qu'on leur demande,
& qu'on necroit pas qu'ils
puissent fournir;qu'on voie
en cette Ville la copie d'une
Lettre que l'Archiduc
écrivit au Czar le 4. Novembre.
Elle contient des
plaintes de ce que le Prince
MenziKow avoit sans aucun
droit exigé deux cens
mille écus de la Ville de
Hambourg, trois cens trente
trois mille trois cens
trente trois écus de celle de
Lubex
, outre un present
de cinqmille ducats, & de
ce qu'ilavoitobligé par
executionmilitaire,les peuples
du païs de MecKelbourg
à porter des vivresà
son Camp devant Stetin,
ce que la petite Ville de
Male ayant refusée
,
elle
avoir esté prised'assaut&
pillée ; qu'il n'avoit pu se
dispenser comme Chef de
l'Empire, de luy en porter
ses plaintes, & d'emploïer
ses bons offices pour faire
restituer à ces Villes & à
ces peu ples ce qui leur a
.cl}é enlevé ; que la connoissance
qu'il avoit de la
justice & de la grandeur
d'ame du Czar ne luy permettoit
pas de douter qu'il
ne fit faire cette restitution-,
& qu'il n'empeschât
à l'avenir de pareilles violences.
On mande de Madrid
que le Roy a donnéle Gouvernement
de Roses dans
le Lampourdan,àDonAntonio
Marin de Guerrea,
Marêchalde Camp;quele
Marquis de Morous Ambassadeur
du Roy de Sicile
y estoit arrivé. Les Lettres
de
deCatalogne portentque
lesTroupesEspagnolles qui
servoientauxPaïs Bascommençoient
à arriver dans
cette Principauté; qu'on
préparoit toutes choses
pour faire le siege de Barcelone,
& que plusieurs des
principaux habitansayant
appris qu'on équipoit àCadis
une Escadre pour FaCsieger
aussi par Mer, & ne
voulant pas y demeurer
enfermez, s'estoient embarquez
secrettement
,
&
s'estoientretirez à Gennes.
D'autres avisdeCatalogne
portent que les habitant
de Barcelone manquoient
de viande, & qu'ils commençoient
à avoir disette
de pain, ce qui avoit causé
une émotion du peuple,
dans laquelle quelques personnes
avoient estetuées;
qu'on continuoit dans le
Camp les préparatifs ne..
cessaires pour le siege de
cette ville-là, & que l'on
n'attendoit que la jonction
des Troupes d'Estramadure,
dont la plus grande partie
étoit encore sur la frontiere
de Catalogne,&l'arrivée
de l'Escadre,qui outre
les vivres & les munitions
donc elle est chargée,
a encore embarquée des
Troupes à Cadis, à Cartagene,
&sur lescostes du
I" oyaume de Valence.
On mande de la Haye
que le Duc d'Ossonne y avoit
envoyé le Comte de
Pinto son frere pour visiter
le Palais d'Espagne & le
faire reparer;que le Traité
de Commerce entre l'Espagne
& l'Angleterre avoic
estésigné le 9. de ce mois;
qu'on n'attendoit que leretour
des Couriers de Madrid&
deLisbonne pour
conclurre les Traitez entre
l'Espagne & le Portugal, &
entre l'Espagne & cet Etat;'
On écrit de Bruxelles
que les Etats de Brabaftr*
de Flandres,&deHaynaut
estoient sur le point de terminer
leurs differens avec
le Roy de Prusse pour les
quatre-vingt mille écus
qu'il leur demande.
On a apprisde DunKerque
que le premier de ce
mois on y avoit fait fauter
les deux*
aux Nouvelles.
Les Lettres de Stokholm
du 15. Novembre
portent, que suivant les
ordres du Roy de Suede.
la Princesse Ulrique sa
soeur s'efloit chargée de la
Regence durant son abfcnee,
& qu'elle en avoic
pris possession le 10. sefêtanttrouvée
ce jour-là pour
la premiere fois au Con[ei!;,
qu'il y avoit esté resolu de
convoquer une Diete genérale
des Etats du Royaume,
& qu'on avoit expedié
pour cette convocation des
Lettres circulaires, dans
lesquelles on marque qu'on
y de libereroit sur les remedes
qu'on pouvoir apporter
au mauvais eut où le
Royaume le trouvoit; sur
les mesures les plus convenables
pourtraiter & conclurre
la Paix avec les ennemis
; & enfin pour envoyer
une Dépuration solemnelleau
Roy de Suéde
eh Turquie, tuy representer
le veritable état de son
Royaume,ôc recevoir ses
ordres; qu'on avoit receu
une Relation de Pererfbourg
de ce qui s'caort
passé en Finlande jusqu'au
8. Octobre,trés differente
de celle qu'on publiait. Elle
porte que le premier O&obre
l'Amiral Apraxin avoit
marché avec l'Armée vers
Trawasthus, que les Suedois
avoient abandonné,
aprèsavoir jetté leurs Canons
dans la Riviere
, &
ils s'estoient retirez au-delà
de la riviere de Pelken,
qui seslargit en forme de
Lac, où ils Ce retrancherent
&jetterent des batteries.
Les Moscovites les fuivirent,
&camperent vis àvis
durant quatre jours. Ils
firent aussi des Batteries,
& preparerent des Pontons,
sur lesquels le Prince
de Galliezen s'embarqua
avec six cens hommes
choisis, & il alla le 7. mettre
pied à terre à demie
lieuë de lava la gauche des
Suedois. Ils se deffendirenc
courageusement, neanmoins
après un combat de
trois heures, ils furent obligez
de ceder au nombre
superieur des Moscovites :
les Suedois perdirent dans
cette action cinq cens soixante
hommes
,
& deux
cens quarante faits Prisonniers
, sept gros Canons, d'autres plus petits,& plusieurs
Drapeaux ; que les
Moscovites avoient perda
cent vingt hommes, de
plus de cinq çens blessez.
On mande de Pomeranie
que les Trou pes Saxonnes
qui en sont sorties, ont fait
dans leur marche de si
grands desordres , qu'un
Officier du Roy de Prusse
en a fait arrester six-vingt
hommes, afin d'obtenir sàtisfaction
des dommages
qu'elles ont causez.
Les Lettres de Berlin da
12. portent que le Sieur
GolowKinAmbassadeur du
Czar prés du Roy dePrusse
,
luy avoit presenté un
Memoire par lequel leCzar
s'excuse de ratifier IeTrairé
conclu avec le PrinceMenzikow,
touchant le sequestre
de la Pomeranie
,
4
moins qu'on ne change
trois Articles duTraitéconclu
entre le Roy de Prusse
& le Prince Administrateur
de Holstein Gottorp
qu'ilprétendluy estre pré-,
judiciables,&à ses Alliez..
On écrit de Vienne que
lesEtats dela Basse Aurrichecontinuënt
leurs Délir^-
berations sur le subside
d'un million & demid'éeus
qu'on leur demande,
& qu'on necroit pas qu'ils
puissent fournir;qu'on voie
en cette Ville la copie d'une
Lettre que l'Archiduc
écrivit au Czar le 4. Novembre.
Elle contient des
plaintes de ce que le Prince
MenziKow avoit sans aucun
droit exigé deux cens
mille écus de la Ville de
Hambourg, trois cens trente
trois mille trois cens
trente trois écus de celle de
Lubex
, outre un present
de cinqmille ducats, & de
ce qu'ilavoitobligé par
executionmilitaire,les peuples
du païs de MecKelbourg
à porter des vivresà
son Camp devant Stetin,
ce que la petite Ville de
Male ayant refusée
,
elle
avoir esté prised'assaut&
pillée ; qu'il n'avoit pu se
dispenser comme Chef de
l'Empire, de luy en porter
ses plaintes, & d'emploïer
ses bons offices pour faire
restituer à ces Villes & à
ces peu ples ce qui leur a
.cl}é enlevé ; que la connoissance
qu'il avoit de la
justice & de la grandeur
d'ame du Czar ne luy permettoit
pas de douter qu'il
ne fit faire cette restitution-,
& qu'il n'empeschât
à l'avenir de pareilles violences.
On mande de Madrid
que le Roy a donnéle Gouvernement
de Roses dans
le Lampourdan,àDonAntonio
Marin de Guerrea,
Marêchalde Camp;quele
Marquis de Morous Ambassadeur
du Roy de Sicile
y estoit arrivé. Les Lettres
de
deCatalogne portentque
lesTroupesEspagnolles qui
servoientauxPaïs Bascommençoient
à arriver dans
cette Principauté; qu'on
préparoit toutes choses
pour faire le siege de Barcelone,
& que plusieurs des
principaux habitansayant
appris qu'on équipoit àCadis
une Escadre pour FaCsieger
aussi par Mer, & ne
voulant pas y demeurer
enfermez, s'estoient embarquez
secrettement
,
&
s'estoientretirez à Gennes.
D'autres avisdeCatalogne
portent que les habitant
de Barcelone manquoient
de viande, & qu'ils commençoient
à avoir disette
de pain, ce qui avoit causé
une émotion du peuple,
dans laquelle quelques personnes
avoient estetuées;
qu'on continuoit dans le
Camp les préparatifs ne..
cessaires pour le siege de
cette ville-là, & que l'on
n'attendoit que la jonction
des Troupes d'Estramadure,
dont la plus grande partie
étoit encore sur la frontiere
de Catalogne,&l'arrivée
de l'Escadre,qui outre
les vivres & les munitions
donc elle est chargée,
a encore embarquée des
Troupes à Cadis, à Cartagene,
&sur lescostes du
I" oyaume de Valence.
On mande de la Haye
que le Duc d'Ossonne y avoit
envoyé le Comte de
Pinto son frere pour visiter
le Palais d'Espagne & le
faire reparer;que le Traité
de Commerce entre l'Espagne
& l'Angleterre avoic
estésigné le 9. de ce mois;
qu'on n'attendoit que leretour
des Couriers de Madrid&
deLisbonne pour
conclurre les Traitez entre
l'Espagne & le Portugal, &
entre l'Espagne & cet Etat;'
On écrit de Bruxelles
que les Etats de Brabaftr*
de Flandres,&deHaynaut
estoient sur le point de terminer
leurs differens avec
le Roy de Prusse pour les
quatre-vingt mille écus
qu'il leur demande.
On a apprisde DunKerque
que le premier de ce
mois on y avoit fait fauter
les deux*
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Résumé : SUPPLEMENT aux Nouvelles.
Le document est un supplément aux Nouvelles contenant des lettres de Stockholm datées du 15 novembre. La princesse Ulrique, sœur du roi de Suède, a pris possession de la régence le 10 novembre. Une diète générale des États du Royaume a été convoquée pour discuter des remèdes aux problèmes du royaume, des mesures pour conclure la paix avec les ennemis, et pour envoyer une députation solennelle au roi de Suède en Turquie. En Finlande, une bataille a eu lieu où les Moscovites ont vaincu les Suédois, causant des pertes importantes à ces derniers. En Poméranie, les troupes saxonnes ont causé des désordres, entraînant l'arrestation de soixante hommes par un officier prussien. À Berlin, l'ambassadeur du czar a présenté un mémoire au roi de Prusse, excusant le czar de ratifier un traité concernant la Poméranie sans modification de trois articles. À Vienne, les États de Basse-Autriche délibèrent sur un subside d'un million et demi d'écus. Une lettre de l'archiduc au czar se plaint des exactions du prince Menzikow dans les villes de Hambourg et Lübeck, ainsi que des violences commises dans le pays de Mecklembourg. De Madrid, il est rapporté que le roi a nommé Don Antonio Marin de Guerrea gouverneur de Roses dans le Roussillon, et que le marquis de Morous, ambassadeur du roi de Sicile, est arrivé. En Catalogne, les troupes espagnoles se préparent à assiéger Barcelone, et plusieurs habitants se sont enfuis en apprenant l'arrivée d'une escadre à Cadix. Des troubles ont éclaté à Barcelone en raison de la disette de pain. À La Haye, le duc d'Ossonne a envoyé le comte de Pinto pour réparer le palais d'Espagne, et un traité de commerce entre l'Espagne et l'Angleterre a été signé. Les États de Brabant, de Flandre et de Hainaut sont sur le point de régler leurs différends avec le roi de Prusse concernant une somme de quatre-vingt mille écus. Enfin, à Dunkerque, deux fautes ont été commises le premier du mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 278-280
Nouvelles d'Espagne. [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres de Madrid du 18 portent que la Reine étoit [...]
Mots clefs :
Madrid, Barcelone, Roi, Reine, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Espagne. [titre d'après la table]
Les Lettres de Madrid du
18 portent que la Reine étoit
morte le 14. On parlera dans
le Mercure de Mars de la more
de cette Princesse.
Le Roy a nommé le Cardinal
del Giudice. avec le
Marquis de Mejorada., &
Don Joseph Grimaldo, Secretaire
d Etat, pour expedier
durant quelques jours les affaires
ordinaires,& même les
plus importantes auxquelles
le retardement pourroit apporter
préjudice.
Les Lettres de Catalogne
portent que la Flote du Roy
estoitarrivée le premier de ce
mois devant Barcelone; qu'- elleavoitmouillé à l'embouchure
du Llobregat, & du
Besos : que ce même jour on
devoit débarquer les munitions
de guerre & les provisions
destinées pour l'Armée
& pour le Siege de Barcelone
: que depuis quelques jours
il en estoit venus plusieurs deferteurs
qui assuroient que les
Habirans souffroient extrêmement
faute de vivres: &
que les Détachemens envoyez
par le Duc de Popoli contre
les Rebelles, les avoient pour
la pluspart détruits & diffipez.
18 portent que la Reine étoit
morte le 14. On parlera dans
le Mercure de Mars de la more
de cette Princesse.
Le Roy a nommé le Cardinal
del Giudice. avec le
Marquis de Mejorada., &
Don Joseph Grimaldo, Secretaire
d Etat, pour expedier
durant quelques jours les affaires
ordinaires,& même les
plus importantes auxquelles
le retardement pourroit apporter
préjudice.
Les Lettres de Catalogne
portent que la Flote du Roy
estoitarrivée le premier de ce
mois devant Barcelone; qu'- elleavoitmouillé à l'embouchure
du Llobregat, & du
Besos : que ce même jour on
devoit débarquer les munitions
de guerre & les provisions
destinées pour l'Armée
& pour le Siege de Barcelone
: que depuis quelques jours
il en estoit venus plusieurs deferteurs
qui assuroient que les
Habirans souffroient extrêmement
faute de vivres: &
que les Détachemens envoyez
par le Duc de Popoli contre
les Rebelles, les avoient pour
la pluspart détruits & diffipez.
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Résumé : Nouvelles d'Espagne. [titre d'après la table]
Le 14 du mois, la Reine est décédée. Le Roi a nommé le Cardinal del Giudice, le Marquis de Mejorada et Don Joseph Grimaldo pour gérer les affaires courantes. La flotte royale est arrivée devant Barcelone le 1er du mois. Les habitants de Barcelone souffrent de famine. Les troupes du Duc de Popoli ont dispersé les rebelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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47
p. 272-279
ARTICLE des Nouvelles.
Début :
Les Lettres de Cadix portent qu'il estoit sorti du Port [...]
Mots clefs :
Barcelone, Cadix, Général, Lettres, Guerre, Bâtiment, Convoi, Bayonne, Kamieniec
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE des Nouvelles.
ARTICLE
des
Nouvelles.
LEs
Lettres de
Cadix
portent
qu'il
eftoit
forti du Port
deux
Fregates
Françoiſes
de 40.
Canons
chacune
, qui
y ont
chargé
des
munitions
de
guerre
pour
employer
.
au
fiege
de
Barcelone
, &
qu'un
Baftiment
arrivé
des
Illes de
Terceres
avoit
rapporté
qu'au
commencement
de
Mars
les
vents
avoient
fait
perir
plufieurs
Vaiffeaux
.
GALANT. 273
Celles de
Perpignan portent
que les Barcelonnois
avoient de nouveau envoyé
un paquet au Duc de Popoly
pour fa Majefté Catholique
, offrant d'ouvrir les
Portes à certaines
conditions
que l'on ne pouvoir
accorder. Ce General leur
ayant fait dire qu'il n'y
avoit pas de capitulation à
eſperer , &
que s'ils attenfuft
doient que la tranchée
ouverte ils n'auroient pas
de quartier. Ces mefmes
Lettres ajouftent que la
plaine eftoit tranquille , &.
274 MERCURE
qu'il eftoit arrivé dans le
Rouffillon 20. bataillons
François qui attendoient
un vent favorable pour
paffer dans les montagnes
.
Onefcrit du Camp devant
Barcelone du 6. Avril , que
la nuit du 27. au 28. Mars
un convoy venant de Majorque
parut devant Barcelone
, où un feul Bafti .
ment entra , & le reſte prit
la fuite à toutes voiles.
On leur donna la chaffe ;
& le fieur du Caffe pric
trois Tartanes chargés de
bled & de bois dont il y a
GALANT. 275
une grande difette dans la
ville , les Barcelonois eftant
obligés d'abattre des maifons
& de rompre des barques
qu'ils ont dans le Port
pour cuire leur pain & leurs
autres vivres. On a appris
par des Lettres de Celhou
re que le Chevalier Voifin
en eftoit parti avec une
Barque armée , eſcortant
un Convoy d'onze Tartanes
chargées de provifions;
dont il en a laiffé deux à
Rofes pour les troupes du
Lampourdan , & il conduit
les neuf autres à Pala276
MERCURE
mos , & de là au camp
devant devant Barcelone .
On mande de Kamil'on
niec du 7. Mars que
craignoit plus que jamais
que les Turcs ne vouluffent
rompre avec la Pologne ;
Je Kan des Tartares s'eft.
déclaré en faveur des Cofaques
qui fe veulent eſtablir
en Ulkranie il paroift
vouloir appuyer leurs prétentions
, puifqu'il a escrit
au Sieur Kalinousку Kaltelan
de Kaminiec une Lettre
pleine de menaces & qu'il
la finit
par dire
dire
que l'on
GALANT. 277
麝
verroit bien toft qui feroit
maiftre de l'Ulkranie. Cette
crainte de la guerre des
Turcs eft d'autant plus
fenfible , que le mécontentement
general de la Nobleffe
, caufé par le grand
nombre des troupes Saxonnes
qui font dans leur
Royaume , & par les contributions
exceffives qu'elles
exigent , s'eft tourné en
méfiance contre le Roy ,
le Prince de Wifniowcky
le General Smigieſl kу &
& le Sieur Krifipin s'ef
toient rendus fur la fron278
MERCURE
tierre pour profiter de l'amniftie
qu'on leur avoit accordée
, mais l'apparence
d'une rupture avec la Porte
leur a fait prendre la route
de la Silefie où ils fe
font mis fous la protection
de l'Empereur ; le Palatin
de Kiovie devoit cependant
arriver inceffamment
à Kaminiec , & le Palatin
de Podolie l'y attendoit .
L'on mande de Bayonne
du 14. qu'il y a preſentement
dans la riviere plus
de 60. voilestant Anglois,
Hollandois
que Portugais
.
GALANT. 279
Ces derniers font chargés
de fucre & de tabac , un
baftiment arrivé hier de
Cadix a rencontré au Cap
de Finiſtere une Flotte
Angloiſe de 30. voiles , tant
de guerre que marchands ,
doublant le Cap . Que la
Reine d'Espagne douairiere
a été tres mal d'une
fluxion de poitrine , mais
ayant efté faignée trois fois,
elle a efté foulagée .
des
Nouvelles.
LEs
Lettres de
Cadix
portent
qu'il
eftoit
forti du Port
deux
Fregates
Françoiſes
de 40.
Canons
chacune
, qui
y ont
chargé
des
munitions
de
guerre
pour
employer
.
au
fiege
de
Barcelone
, &
qu'un
Baftiment
arrivé
des
Illes de
Terceres
avoit
rapporté
qu'au
commencement
de
Mars
les
vents
avoient
fait
perir
plufieurs
Vaiffeaux
.
GALANT. 273
Celles de
Perpignan portent
que les Barcelonnois
avoient de nouveau envoyé
un paquet au Duc de Popoly
pour fa Majefté Catholique
, offrant d'ouvrir les
Portes à certaines
conditions
que l'on ne pouvoir
accorder. Ce General leur
ayant fait dire qu'il n'y
avoit pas de capitulation à
eſperer , &
que s'ils attenfuft
doient que la tranchée
ouverte ils n'auroient pas
de quartier. Ces mefmes
Lettres ajouftent que la
plaine eftoit tranquille , &.
274 MERCURE
qu'il eftoit arrivé dans le
Rouffillon 20. bataillons
François qui attendoient
un vent favorable pour
paffer dans les montagnes
.
Onefcrit du Camp devant
Barcelone du 6. Avril , que
la nuit du 27. au 28. Mars
un convoy venant de Majorque
parut devant Barcelone
, où un feul Bafti .
ment entra , & le reſte prit
la fuite à toutes voiles.
On leur donna la chaffe ;
& le fieur du Caffe pric
trois Tartanes chargés de
bled & de bois dont il y a
GALANT. 275
une grande difette dans la
ville , les Barcelonois eftant
obligés d'abattre des maifons
& de rompre des barques
qu'ils ont dans le Port
pour cuire leur pain & leurs
autres vivres. On a appris
par des Lettres de Celhou
re que le Chevalier Voifin
en eftoit parti avec une
Barque armée , eſcortant
un Convoy d'onze Tartanes
chargées de provifions;
dont il en a laiffé deux à
Rofes pour les troupes du
Lampourdan , & il conduit
les neuf autres à Pala276
MERCURE
mos , & de là au camp
devant devant Barcelone .
On mande de Kamil'on
niec du 7. Mars que
craignoit plus que jamais
que les Turcs ne vouluffent
rompre avec la Pologne ;
Je Kan des Tartares s'eft.
déclaré en faveur des Cofaques
qui fe veulent eſtablir
en Ulkranie il paroift
vouloir appuyer leurs prétentions
, puifqu'il a escrit
au Sieur Kalinousку Kaltelan
de Kaminiec une Lettre
pleine de menaces & qu'il
la finit
par dire
dire
que l'on
GALANT. 277
麝
verroit bien toft qui feroit
maiftre de l'Ulkranie. Cette
crainte de la guerre des
Turcs eft d'autant plus
fenfible , que le mécontentement
general de la Nobleffe
, caufé par le grand
nombre des troupes Saxonnes
qui font dans leur
Royaume , & par les contributions
exceffives qu'elles
exigent , s'eft tourné en
méfiance contre le Roy ,
le Prince de Wifniowcky
le General Smigieſl kу &
& le Sieur Krifipin s'ef
toient rendus fur la fron278
MERCURE
tierre pour profiter de l'amniftie
qu'on leur avoit accordée
, mais l'apparence
d'une rupture avec la Porte
leur a fait prendre la route
de la Silefie où ils fe
font mis fous la protection
de l'Empereur ; le Palatin
de Kiovie devoit cependant
arriver inceffamment
à Kaminiec , & le Palatin
de Podolie l'y attendoit .
L'on mande de Bayonne
du 14. qu'il y a preſentement
dans la riviere plus
de 60. voilestant Anglois,
Hollandois
que Portugais
.
GALANT. 279
Ces derniers font chargés
de fucre & de tabac , un
baftiment arrivé hier de
Cadix a rencontré au Cap
de Finiſtere une Flotte
Angloiſe de 30. voiles , tant
de guerre que marchands ,
doublant le Cap . Que la
Reine d'Espagne douairiere
a été tres mal d'une
fluxion de poitrine , mais
ayant efté faignée trois fois,
elle a efté foulagée .
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Résumé : ARTICLE des Nouvelles.
Les lettres de Cadix signalent la présence de deux frégates françaises de 40 canons chargées de munitions pour le siège de Barcelone. Un navire des Îles Terceiras a rapporté la perte de plusieurs vaisseaux en mars à cause des vents. À Perpignan, les Barcelonais ont proposé au Duc de Popoly d'ouvrir les portes de la ville sous certaines conditions, refusées par le général, qui a menacé de réprimer toute résistance. La plaine du Roussillon est calme, avec 20 bataillons français prêts à passer dans les montagnes. Un convoi de Majorque a tenté de rejoindre Barcelone, mais seul un bâtiment a réussi. Les Barcelonais manquent de blé et de bois, les forçant à abattre des maisons et à utiliser des barques pour cuire leur pain. Le Chevalier Voisin a escorté onze tartanes chargées de provisions, en laissant deux à Roses et en conduisant les autres à Palamos puis au camp devant Barcelone. À Kamionka, des tensions sont signalées entre les Turcs et la Pologne, avec le soutien des Tartares aux Cosaques en Ukraine. La noblesse polonaise, mécontente des troupes saxonnes et des contributions excessives, cherche protection auprès de l'Empereur. À Bayonne, plus de 60 voiles anglaises, hollandaises et portugaises sont présentes, chargées de sucre et de tabac. Une flotte anglaise de 30 voiles a été rencontrée au Cap Finisterre. La reine douairière d'Espagne a été gravement malade mais s'est rétablie après avoir été saignée.
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48
p. 235-241
Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais heureusement on m'apporte une Lettre qui va peut / Voici encore des Vers, Monsieur, & des Vers de ma façon ; [...]
Mots clefs :
Honneur, Vers, Charles Dufresny, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
; mais heu-
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
Fermer
Résumé : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur exprime son manque de confiance en ses compétences poétiques, écrivant des vers uniquement pour honorer une promesse plutôt que par véritable talent. Certaines femmes de sa connaissance, impressionnées par ses précédents écrits, lui ont demandé de contribuer au Mercure, une publication littéraire. Malgré ses réticences, il a accepté pour ne pas sembler ingrat envers Monsieur du Fresny, le rédacteur en chef, qui publiait ses contributions malgré leur qualité médiocre. L'auteur prenait des précautions pour rester anonyme et déguisait son style, reconnaissant que l'indulgence de Monsieur du Fresny avait pu contribuer à la décadence du livre. Face aux insistances des dames, il a finalement cédé et envoyé une énigme pour le nouveau Mercure, profitant de l'occasion pour se venger de leurs pressions. Il conclut en affirmant son indifférence pour ces amusements littéraires, étant occupé par des tâches plus importantes, tout en exprimant son estime pour le destinataire de la lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 123-138
Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Passons maintenant aux nouvelles. Le Prince Royal Electoral de Saxe [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Sa Majesté, Duc, Lettres, Hongrie, Pologne, Troupes, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le Prince Royal Electoral
de Saxe , fils unique du
Roy Auguſte , arriva au
commencement du mois
dernier à Paris , aprés avoir
voyagé en Italie & en Allemagne.
Vers la fin du même
mois ce Prince fut à
Fontainebleau , où il fut
2
preſenté au Roy par Madame
, accompagné du Palatin
de Livonie &de pluſieurs
autres Seigneurs. Ce
Prince fut charmé de l'accüeil
qu'il reçut du Roy ,
Lij
124 MERCURE
auſſi bien que tous les Seigneurs
qui l'accompa
gnoient.
La Reine Doüairiere de
Pologne arriva à Lyon le
18. du mois d'Août , aprés
avoir traverſé une partie de
la Provence & tout le Dauphiné
dans un coche d'eau ,
qu'on lui avoit preparé
pour lui épargner les fatigues
du voyage par terre.
Elle deſcendit à l'Archevêché.
A fon débarquement
M. le Maréchal de Villeroy
fut la complimenter. Il lui
donna la main juſqu'à fa
1
GALANT.
125
chaiſe à porteurs. Il fut accompagné
de M. l'Intendant
, & de M. le Prevôt
des Marchands , ſuivi de
tout le Corps des Echevins
de Lyon , qui harangua
auſſi Sa Majesté Polonoiſe
avant qu'elle débarquât.
Elle avoit avec elle la jeune
Princeſſe de Sobieski ſa petite-
fille.Elle partit de Lyon
en litiere le 29. & la Princeffe
Sobieski dans une autre
avec ſa Gouvernante. Sa
Majefté Polonoiſe s'embarqua
à Roüanne ſur la Loire
, & fut accompagnée de
Liij
126 MERCURE
M. leMaréchal de Villeroy,
& de plus de trente carofſes
, qui la ſuivirent plus
d'une lieuë hors des portes
de la ville. Le 11. Septembre
elle arriva à Nevers ,
où elle fut reçûë au bruit
du canon par le Corps de
Ville en robe rouge , les habitans
étant ſous les armes,
&elle en partit le 12. pour
aller à Blois .
Il y a certains articles de
nouvelles où le precieux
langage du Journal de Verdun
ſe preſente malgrémoy
à mon imagination. En-
1
1
1
GALANT. 127
tr'autres fur celles qu'il debite
de Vienne : * On ajoute
, dit - il , qu'ily étoit arrivé
des Commiſſaires pour y recevoir
des remiſes que les Banquiers
de Hambourg & de
Hollande y ont faitfaire pour
le fervice du Roy de Suede.
M. Hyſteen , qui refide depuis
quelque temps à Petri-Vvaradin
par ordre de Sa Majesté
Suedoiſe , doit faire la deftination
2 de cet argent : mais jufqu'à
ce qu'on ait avis de l'arrivée
de ce Prince fur les Etats
des Princes Chrétiens , on ap-
*Page 278.
L'iiij
128 MERCURE
prehendera toûjours que que
nouvel acroc de l'inconstante 3
varieté dts Infideles.
Que veut- il dire par ces
mots de ſervices, de faire
la deſtination 2 , & d'acroc
de l'inconftante 3 varieté,
&c. Parle-t- il François ou
Allobroge ? & pourquoy
tient - il le même langage
par tout ?
Il eſt neanmoins conſtant
que le départ du Roy de
Suede de Demir-Tcoa eft
mandé de tant d'endroits
differens , qu'on n'oſe prefqueplus
en douter. Les der-
:
GALANT.
129
nieres lettres de Vienne le
confirment, & ajoûtent que
ce Prince traverſera inco
gnitò les Pays Hereditaires
de l'Empereur , qui a donné
ordre qu'on regalât par
tout Sa Majesté Suedoile ,
& qu'on lui donnât dans
tous les lieux de ſon paffage
des marques réelles d'une
amitié & d'une intelligence
parfaite. Le Comte de Villlek
étoit à la veille de partir
pour la Hongrie , afin d'y
recevoir ce Monarque de
la part de l'Empereur, dont
une partie des équipages a
130 MERCURE
pris depuis quelques jours
la route de Presbourg. Le
départ de Sa Majesté Imperiale
pour Presbourg eft
fixé au 10. cependant elle
aordonnéà la Chancellerie
de la Cour de Hongrie de
difpofer toute choſe pour la
conclufion de la Diere , &
d'affifter au couronnement
de l'Imperatrice en qualité
de Reine de Hongrie.
On écrit de Varſovie ,
que le z. de ce mois le Roy
de Pologne fit la revûë de
ſes Gardes à pied , que le
General Cyan marchera
GALANT. 131
vers le Palatinat de Sandomir
avec les Gardes à cheval
, & qu'il ſe joindra aux
troupes Saxonnes qui y
font,plus de huit mille hommes
de la Nobleſſe de Pologne
étant déja montez à
cheval. Le Roy fait affembler
toutes ſes troupes &
fon artillerie; & nonobſtant
la diſette, qui eft grande en
ce pays , & dans les Provinces
les plus fertiles du
Royaume , il fait faire de
grands amas de fourrages ,
d'avoines , de blez , pour la
ſubſiſtance de fon armée.
132 MERCURE
On dit qu'il a deffein des'avancer
à Coſmice , au deçà
de Steczica , afin d'y être à
portée d'obſerver les defſeins
de la Nobleſſe. Les
Dietes des Palatinats de
Maſovie & de Kaliſch ſe
ſont ſeparées fans avoir pris
aucunes refolutions. Ainfi
on voit encore peu de difpoſition
au rétabliſſement
d'une pafaite tranquilité
dans ce Royaume.
On mande de Madrid ,
que le 27. du mois dernier
le Roy alla du Pardo à l'Egliſe
de Notre-Dame d'A
GALANT.
133
tocha , où le Te Deum fur:
chanté en preſence des
Grands, qui s'y étoient rendus
pour rendre graces à
Dieu de la priſe de Barce
lone ,& des heureux ſuccés
de la guerre de Catalogne,
dont on trouvera le détail
dans la ſuite de ce Journal.
Les dernieres lettres de
Rome portent qu'entr'au.
tres audiences confidera
bles que le Pape avoit données
, malgré ſes infirmitez
qui continuent toûjours ,
l'Ambaſſadeur de Malthe
en avoit cu une de Sa Sain-
:
134 MERCURE
:
teté , dans laquelle il lui
avoit donné à connoître
que les Chevaliers de cet
Ordre prenoient ombrage
de l'armement naval des
Turcs , qui intrigue aufli
beaucoup les Venitiens. On
écrit de Veniſe , que l'équipage
du vaiſſeau l'Union ,
arrivé de Smirne , a rapporté
que trois Bachas de
la petite Aſie s'étant revól
tez , avoient mis so. ou 60.
mille hommes en campagne,
& qu'ils demandoient
la tête du Grand Vifir. Si
cette revolte ſe confirme,
GALANT.
135
elle donnera de l'occupation
au Divan , qui paroif->
foit diſpoſé à rompre avec
quelque puiſſance voiſine ;
joint à cela qu'elle empêchera
l'arrivée des cara.
vanes de Perſe à Smirne.
On écrit de Londres , que
le Roy continue à faire de
grands changemens dans
lesCharges. Celle de Capitaine
general des troupes
d'Ecoſſe a été donnée aus
Duc d'Argyle, avec leGouvernement
du château d'E
dimbourg , & celui de Port
Mahon. Le Duc de Mont136
MERCURE
roſſe a été fait Secretaire
d'Etat pour l'Ecoſſe , à la
place du Comte de Maar.
Le Duc de Roxborough a
été fair Garde du Sceau Privé
du même pays, à la place
du Duc d'Athol. Le Marquis
d'Annandale a eu la
Charge de Chancelier que
poſſedoit le Comtede Finlater
& de Seafiel. Le Duc
Schrevvsbury a deman
à ſe demettre de la Charge
de Grand Treſorier , & on
croit que la Treſorerie ſera
adminiſtrée par cinq Commiſſaires
. Le Duc de Som
de
merſet
:
GALANT.
137
merſetpretendoità laCharge
de premier Gentilhomme
de la Chambre : mais il
a accepté la Charge de
grand Ecuyer qu'on lui offroit.
Milord Marlboroug ,
outre la Charge de Capi
taine general des forces
d'Angleterre , a encore obtenu
celle de Colonel du
premier regiment des Gardes
, & celle de grand Maî
tre de l'artillerie. Le Comte
de Sunderland ſon gendre,
qui a été fait Viceroy d'Irlande
, a ordre de partir au
plûtôt , pour aller prendre
Octob. 1714. M
138 MERCURE
poſſeſſion de fon Gouvernement.
Les lettres de Lisbonne
du 14. du mois dernier portent
qu'on y attendoit avec
impatience la flote du Brefil
, au devant de laquelle
on avoit envoyé quatre
vaiſſeaux de guerre , pour
lamettreà couvert des Corfaires
d'Alger & de Salé qui
font en mer.
de Saxe , fils unique du
Roy Auguſte , arriva au
commencement du mois
dernier à Paris , aprés avoir
voyagé en Italie & en Allemagne.
Vers la fin du même
mois ce Prince fut à
Fontainebleau , où il fut
2
preſenté au Roy par Madame
, accompagné du Palatin
de Livonie &de pluſieurs
autres Seigneurs. Ce
Prince fut charmé de l'accüeil
qu'il reçut du Roy ,
Lij
124 MERCURE
auſſi bien que tous les Seigneurs
qui l'accompa
gnoient.
La Reine Doüairiere de
Pologne arriva à Lyon le
18. du mois d'Août , aprés
avoir traverſé une partie de
la Provence & tout le Dauphiné
dans un coche d'eau ,
qu'on lui avoit preparé
pour lui épargner les fatigues
du voyage par terre.
Elle deſcendit à l'Archevêché.
A fon débarquement
M. le Maréchal de Villeroy
fut la complimenter. Il lui
donna la main juſqu'à fa
1
GALANT.
125
chaiſe à porteurs. Il fut accompagné
de M. l'Intendant
, & de M. le Prevôt
des Marchands , ſuivi de
tout le Corps des Echevins
de Lyon , qui harangua
auſſi Sa Majesté Polonoiſe
avant qu'elle débarquât.
Elle avoit avec elle la jeune
Princeſſe de Sobieski ſa petite-
fille.Elle partit de Lyon
en litiere le 29. & la Princeffe
Sobieski dans une autre
avec ſa Gouvernante. Sa
Majefté Polonoiſe s'embarqua
à Roüanne ſur la Loire
, & fut accompagnée de
Liij
126 MERCURE
M. leMaréchal de Villeroy,
& de plus de trente carofſes
, qui la ſuivirent plus
d'une lieuë hors des portes
de la ville. Le 11. Septembre
elle arriva à Nevers ,
où elle fut reçûë au bruit
du canon par le Corps de
Ville en robe rouge , les habitans
étant ſous les armes,
&elle en partit le 12. pour
aller à Blois .
Il y a certains articles de
nouvelles où le precieux
langage du Journal de Verdun
ſe preſente malgrémoy
à mon imagination. En-
1
1
1
GALANT. 127
tr'autres fur celles qu'il debite
de Vienne : * On ajoute
, dit - il , qu'ily étoit arrivé
des Commiſſaires pour y recevoir
des remiſes que les Banquiers
de Hambourg & de
Hollande y ont faitfaire pour
le fervice du Roy de Suede.
M. Hyſteen , qui refide depuis
quelque temps à Petri-Vvaradin
par ordre de Sa Majesté
Suedoiſe , doit faire la deftination
2 de cet argent : mais jufqu'à
ce qu'on ait avis de l'arrivée
de ce Prince fur les Etats
des Princes Chrétiens , on ap-
*Page 278.
L'iiij
128 MERCURE
prehendera toûjours que que
nouvel acroc de l'inconstante 3
varieté dts Infideles.
Que veut- il dire par ces
mots de ſervices, de faire
la deſtination 2 , & d'acroc
de l'inconftante 3 varieté,
&c. Parle-t- il François ou
Allobroge ? & pourquoy
tient - il le même langage
par tout ?
Il eſt neanmoins conſtant
que le départ du Roy de
Suede de Demir-Tcoa eft
mandé de tant d'endroits
differens , qu'on n'oſe prefqueplus
en douter. Les der-
:
GALANT.
129
nieres lettres de Vienne le
confirment, & ajoûtent que
ce Prince traverſera inco
gnitò les Pays Hereditaires
de l'Empereur , qui a donné
ordre qu'on regalât par
tout Sa Majesté Suedoile ,
& qu'on lui donnât dans
tous les lieux de ſon paffage
des marques réelles d'une
amitié & d'une intelligence
parfaite. Le Comte de Villlek
étoit à la veille de partir
pour la Hongrie , afin d'y
recevoir ce Monarque de
la part de l'Empereur, dont
une partie des équipages a
130 MERCURE
pris depuis quelques jours
la route de Presbourg. Le
départ de Sa Majesté Imperiale
pour Presbourg eft
fixé au 10. cependant elle
aordonnéà la Chancellerie
de la Cour de Hongrie de
difpofer toute choſe pour la
conclufion de la Diere , &
d'affifter au couronnement
de l'Imperatrice en qualité
de Reine de Hongrie.
On écrit de Varſovie ,
que le z. de ce mois le Roy
de Pologne fit la revûë de
ſes Gardes à pied , que le
General Cyan marchera
GALANT. 131
vers le Palatinat de Sandomir
avec les Gardes à cheval
, & qu'il ſe joindra aux
troupes Saxonnes qui y
font,plus de huit mille hommes
de la Nobleſſe de Pologne
étant déja montez à
cheval. Le Roy fait affembler
toutes ſes troupes &
fon artillerie; & nonobſtant
la diſette, qui eft grande en
ce pays , & dans les Provinces
les plus fertiles du
Royaume , il fait faire de
grands amas de fourrages ,
d'avoines , de blez , pour la
ſubſiſtance de fon armée.
132 MERCURE
On dit qu'il a deffein des'avancer
à Coſmice , au deçà
de Steczica , afin d'y être à
portée d'obſerver les defſeins
de la Nobleſſe. Les
Dietes des Palatinats de
Maſovie & de Kaliſch ſe
ſont ſeparées fans avoir pris
aucunes refolutions. Ainfi
on voit encore peu de difpoſition
au rétabliſſement
d'une pafaite tranquilité
dans ce Royaume.
On mande de Madrid ,
que le 27. du mois dernier
le Roy alla du Pardo à l'Egliſe
de Notre-Dame d'A
GALANT.
133
tocha , où le Te Deum fur:
chanté en preſence des
Grands, qui s'y étoient rendus
pour rendre graces à
Dieu de la priſe de Barce
lone ,& des heureux ſuccés
de la guerre de Catalogne,
dont on trouvera le détail
dans la ſuite de ce Journal.
Les dernieres lettres de
Rome portent qu'entr'au.
tres audiences confidera
bles que le Pape avoit données
, malgré ſes infirmitez
qui continuent toûjours ,
l'Ambaſſadeur de Malthe
en avoit cu une de Sa Sain-
:
134 MERCURE
:
teté , dans laquelle il lui
avoit donné à connoître
que les Chevaliers de cet
Ordre prenoient ombrage
de l'armement naval des
Turcs , qui intrigue aufli
beaucoup les Venitiens. On
écrit de Veniſe , que l'équipage
du vaiſſeau l'Union ,
arrivé de Smirne , a rapporté
que trois Bachas de
la petite Aſie s'étant revól
tez , avoient mis so. ou 60.
mille hommes en campagne,
& qu'ils demandoient
la tête du Grand Vifir. Si
cette revolte ſe confirme,
GALANT.
135
elle donnera de l'occupation
au Divan , qui paroif->
foit diſpoſé à rompre avec
quelque puiſſance voiſine ;
joint à cela qu'elle empêchera
l'arrivée des cara.
vanes de Perſe à Smirne.
On écrit de Londres , que
le Roy continue à faire de
grands changemens dans
lesCharges. Celle de Capitaine
general des troupes
d'Ecoſſe a été donnée aus
Duc d'Argyle, avec leGouvernement
du château d'E
dimbourg , & celui de Port
Mahon. Le Duc de Mont136
MERCURE
roſſe a été fait Secretaire
d'Etat pour l'Ecoſſe , à la
place du Comte de Maar.
Le Duc de Roxborough a
été fair Garde du Sceau Privé
du même pays, à la place
du Duc d'Athol. Le Marquis
d'Annandale a eu la
Charge de Chancelier que
poſſedoit le Comtede Finlater
& de Seafiel. Le Duc
Schrevvsbury a deman
à ſe demettre de la Charge
de Grand Treſorier , & on
croit que la Treſorerie ſera
adminiſtrée par cinq Commiſſaires
. Le Duc de Som
de
merſet
:
GALANT.
137
merſetpretendoità laCharge
de premier Gentilhomme
de la Chambre : mais il
a accepté la Charge de
grand Ecuyer qu'on lui offroit.
Milord Marlboroug ,
outre la Charge de Capi
taine general des forces
d'Angleterre , a encore obtenu
celle de Colonel du
premier regiment des Gardes
, & celle de grand Maî
tre de l'artillerie. Le Comte
de Sunderland ſon gendre,
qui a été fait Viceroy d'Irlande
, a ordre de partir au
plûtôt , pour aller prendre
Octob. 1714. M
138 MERCURE
poſſeſſion de fon Gouvernement.
Les lettres de Lisbonne
du 14. du mois dernier portent
qu'on y attendoit avec
impatience la flote du Brefil
, au devant de laquelle
on avoit envoyé quatre
vaiſſeaux de guerre , pour
lamettreà couvert des Corfaires
d'Alger & de Salé qui
font en mer.
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Résumé : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le Prince Électeur de Saxe, fils du roi Auguste, est arrivé à Paris au début du mois précédent après un voyage en Italie et en Allemagne. Il a été présenté au roi à Fontainebleau par Madame, en compagnie du Palatin de Livonie et d'autres seigneurs. La reine douairière de Pologne et la princesse de Sobieski, sa petite-fille, sont arrivées à Lyon le 18 août et ont quitté la ville le 29 août. La reine s'est embarquée à Roanne sur la Loire, escortée par le maréchal de Villeroy. Des nouvelles de Vienne rapportent l'arrivée de commissaires pour recevoir des fonds des banquiers de Hambourg et de Hollande destinés au roi de Suède. Le départ du roi de Suède de Demir-Tcoa est confirmé, et il traversera incognito les Pays Héréditaires de l'Empereur, qui a ordonné un accueil amical. À Varsovie, le roi de Pologne a passé en revue ses gardes à pied. Le général Cyan se dirige vers le Palatinat de Sandomir avec les gardes à cheval pour rejoindre les troupes saxonnes. Malgré une disette, le roi rassemble des troupes et des provisions pour surveiller les intentions de la noblesse. En Grande-Bretagne et en Écosse, plusieurs changements politiques et militaires ont eu lieu en octobre 1714. Le Duc d'Argyle a été nommé Capitaine général des troupes d'Écosse et gouverneur du château d'Édimbourg ainsi que de Port Mahon. Le Duc de Montrose est devenu Secrétaire d'État pour l'Écosse, remplaçant le Comte de Mar. Le Duc de Roxborough a succédé au Duc d'Atholl comme Garde du Sceau Privé d'Écosse. Le Marquis d'Annandale a obtenu la charge de Chancelier. Le Duc de Shrewsbury a démissionné de sa charge de Grand Trésorier, et la trésorerie sera probablement administrée par cinq commissaires. Le Duc de Somerset a refusé la charge de premier Gentilhomme de la Chambre mais a accepté celle de grand Écuyer. Milord Marlborough a obtenu les charges de Colonel du premier régiment des Gardes et de grand Maître de l'artillerie. Le Comte de Sunderland, gendre de Marlborough, a été nommé Vice-roi d'Irlande et doit partir rapidement pour prendre possession de son gouvernement. À Lisbonne, on attendait la flotte du Brésil, escortée par quatre vaisseaux de guerre pour la protéger des corsaires d'Alger et de Salé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 266-309
Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Début :
Quoiqu'il en soit, je crois qu'il en est même d'excellents dont [...]
Mots clefs :
Harangues, Académie française, Hommes, Mérite, Public, Lettres, République des Lettres, Langue, Éloquence, Admiration, Roi, Discours, Cardinal de Richelieu, Esprit, Académie royale des médailles et inscriptions, Académie, Jean-Roland Mallet, Guillaume Massieu, Académie des sciences, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Quoiqu'il en soit,je crois qu'il
en est même d'excellents donc
les extraits sont de mon domaine,
&endépit de l'Imprimeur
des Mémoires de l'Academie,
qui trouva mauvais, il ?
y a quelque temps que j'eusse
fait imprimer la Haranguede
M. le Maréchal de Villars, je
vais faire le moins mal que je
pourrayun extraitdesDiscours
que M l'Abbé Massieu, & M.
Maletprononcèrent à l'Académie
Françoise le 29. de Décembre
dernier, qui estle jour
qu'ils y prirent sceance.
M.l'AbbéMassieudel'AcadémieRoyale
desMédailles
& des Inscriptions, & Professeur
Royal en Langue Grecque,
distingué non seulement
.,
dans la Republiquedes Lettres
par son esprit & par son éru-
1 dition, mais digne par les qua
litez du coeur des 1uffl.ages de
roue le monde, & honoré
d'une estime universelle
, parla
le premier. Dans le commencement
deson exorde,
élevé déja depuis quelque temps
dit-il, à deux places considerables
dans la République Litteraire,
honoré de protections
respectables,admis enfin pour
comble de gloire, dans cette
auguste Compagnie, je n'ay
plus de souhaits à former.
Mais oferois- je le dire, ces avantacresinsignes,
dont jeconnois
tout le prix,ne sont pas
cc qui me touche le plus;c'est
l'honneur de les tenir de vous:
ouy, Meilleurs, deussiez vous
rougir de vôrre ouvrage, je
vous dois originairement tout
ce que je fuis. Permettez moy
un détail, qui en établissant un
sist si glorieux pour moy,vous
prouvera peut-êtreencore,
que rien n'échappe à ma rcconnoissance.
Dans cet endroit ilfait l'E:..
loge de M. de Tourreil, & celuy
de l'Academie des Inscriptions
, aprésquoy il ajoure.
J'y fus receu ,
Messieurs; je
n'oubliray jamais cette premiere
faveur, source de toutes
celles qui m'ont été depuis accordées.
Mis je n'oubliray ja*
maisaussi, que j'en fus redevable
à un des p'us dignes Sujietslqu'ait
eu-l'AcademieFran- à un homme qui plus
recommendable encore par
l'integrité de ses rnoeHs & la
droiture de soncaractere,que
que par l'élévation de son genie
& la force de son éloquence
, ~reün(ïoiren sa personne
les vertus de * Caron & les ta-
IClus de ~Dmollh:ne. 'J--: v*
"llb Bientost après une place se
- presenta dans ce fameux Ly-
! M. de TOHrreil,
cée, qui fera un monuments
éternel du zele de François
I. pour les Lettres, & qui embrasse
la connoissance de toutes
les Lingues sçavantes. La
mort enleva le docte personnage
, qui enseignoit celle
qu Homere & Pindare ont
par lée. Ce fut encore parmi
vous, MessieuRs,queje
trouvai dans cette occasion un
Mécene. Et de qui cet homme
illustrene l'est il pas.cheri
& reveré de tout cequ'il y a
de Sçavants en France & dans
les PJYs estrangers, il semble
* M.l'Ab.éBignon.
n'avoir d'autorité que pour
la faire servir à l'accroissement
des Sciences. Il crut entrevoir
en moy les qualitcz que demandoit
l'employ vacant. Et
grâce à ses (oins genereux,
je fucceday à Monteur l'Ab-
Lé Galois dans la fonction
honorable d'exposer les bCJutez
d'une Langue, qui n'acesse
depuis vostreestablissement
de tenir le premier rang sur
toutes les autres.
J: n'avois ju rqtJcs là des
oblig ations qu'à quelques uns
de vous, iESSJEURS;
j'en eus dans la suite à toute
l'Académie. Depuis ce [erop,;;
elle ne fie presque point de
perres, qu'elle ne daignast jetter
vers moy quelques regards.
J trouvay au milieu de vous
un grand nombre d'amis zelez.
Ceux même, quine montrerent
pas tant d'ardeur, s'expliquerent
en des termes si
abligpancs
, que j'eus tout
lieu d'esperer qu'à l'avenir
ils ne me seroient pas moins
favorables que ceux qui se
declaroient le plus vivement.
Et peut estre que dés lors
j'aurois eu également à Mc
loüer des uns & des autres,
*ii des hommes du premier
ordre, distinguez par la plus
haute naifljncc & par les plus
éminentes dignitez ; mais plus
distinguez encore par les qualitez
personnelles & par le
mérite réel, n'avoient rriitii
en leur faveur les suffrages
de toure l'Académie, & les
voeux de toute la France.L'attention
qu'il vous plust de roc
donner dans cesdi fferentes
conloriracelle du
Public Je sortis de l' obscurité
où j'estois demeuré jusqu'alors
par mon insuffisance &
par goust. Je commença/
malgré moy d'avoirunnom.
Et que ne vous dois- jepas,
MESSIEURS, pour les
heureuxeffets qui suivirent.
Les bontez que vous me rcmoignâtes
redoublèrent celles
qu'un genereux * Protecteur
m'avoit marquées des sa plus
tendre jeunesse il se sceut
gré d'avoir toujours penséde
moy
y
ce que vous paro diez
en penser vous- mêmes ; il
m'appella auprès de luy :
Que vous diray je? il mit le
comble à ses bien faits & aux
vostres, en inspirant les fen-
* M. deBercy,
timents qu'il avoir pour moy
au vigilant & infatigable Minifire,
avec lequelilest encore
plus uni par le coeur que
par l'alliance, & qui après
avoir soustenu l'Etat pendant
les difficultez d'une longue &
cruelleguerre,s'occupe maintenantroueentier,
à chercher
les moyens de nous faire goûter
les fruirs de la Paix,
Après avoir rendu compte
de son loisir & de Ces occupations:
Du moins si au ddf.HJt
des ouvrages, dit il, je vous
apportois quelques unes des
excellences parties qui fc
trouvaient dans monillustre
Prédecesseur!il n'estoit pas dà
ces hommes qualifiezquis'imaginentqu'un
grand nom
est un privilège d'ignorance.
Monsieur l'Abbé de Clerambault
brûla toute sa vie d'un
desirinsatiable d'apprendre.
Issu d'une Maison, où la gloire
des armes estoit hereditaire,
mais appelle à un estat qui ne
luy laissoit en partage que l'é-
UïcJc ; il resolut de porter l'érudition
âussi loin que ses
Àyeuk avoient porté la laleur,
Personne n'a jamais fait
unmeilleur usage du temps
précieux de la jeunesse. La
Sorbonne retentir encore des
applaudissemens, que luyattirerent
ses premiers succés.
Philosophe & Theologien, il
parloit sçavamment dece que
la Nature & la Religion ont de
plus obscur. Profond dans
l'Histoire
, on eust dit qu'il
s'estoit trouvé à tous les siecles,
qu'il avoit veu tous les
pays. Combien de fois avezvous
admiré cette multitude
prodigieuse de faits dont il
avoit rempli sa memoire? Sur
quel événement
,
sur quelle
circonstance, sur quelle date
l'avez- vous trouveen défaut?
Sacuriositénes'estoit pas bornée
à ce que les Sciences ont
d'attrayant & de gracieux.
L'envied'estre utile l'avoit engagé
dans ces recherches desagreables
& rebutantes, dont
on doit tenir d'aurant plus de
compte aux personnes qui les
font, qu'on n'a pas le courage
de lesfaire soymême;&qu'on
est ravi pourtant de trouver
au besoin des hommes qui
ayent bien voulu se charger
d'un semblable travail,Que
diray je de son admiration &
de son zele pour l'Académie?
.c'Ca sur ce point,Messieurs,
que je feray gloire de ne luy
ceder jamais.
A la fuite des loüanges qu'il
donne à l'Academie, il ajoûte.
Vous le [avez, Meilleurs,
les Lingues ne sont jamais plus
exposées à degenerer, que
lor squ'elles sont parfaites.
L'heureux intervalle,qui produisit
les meilleurs Ecrivains
de Rome, ne fut pas de
longue durée. Le penchant
que les hommes ont au changement
, l'amour de la fingularité,
la tentation de dire des
choiesneuves,bannirent bien- *
tost
tost les graces naturelles, &
introduisirent les ornemens recherchez.
Onnevoulut plus
s'énoncerqu'avec esprit. On
entendit finesse à tout. Les
expressionseurent deux faces;
& outre un sens dlTcét, en
pre senterentun détourné. On
substitua aux beautez réelles
des riens délicats. La symmetrie
marquée prit la place de
l'ordrecaché. On hazardaaudelà
des bornes. Tout ce que
l'on écrivit étincella de traits,
& à chaque mot excita lasurprise.
Maniere d'autant plus
dangereuse, qu'elle est plus
propre à ébloüir,quecirconspeste
au commencement, elle
ne garde plus de mesures dans
la suite, & qu'on ne s'apperfiait
de ses pernicieux effets,
que l'orsqu'elle a entierement
corrompu le fond d'une Langue.
Celle que nous parlons,
Messieurs,, n'aura rien de semblable
à craindre. Vous prenez
toutes les précautions necessaires
pour la preserver de
ces changemens imperceptibles.
Vous vous opposez avec
vigueur à ces défaurs agréables,
qui taschent de s'insinuei
sous les apparences des
beautcz. Vous necessez - de
rappellcr nos Ecrivains de
l'affectation à la nanire) du
raffinement à la simplicité, du
brillant au solide, de la maniere
des Lucains & des Seneques,
à celle des Cicerons &
& desVirgiles.
'; Enfin aprésl'Elogedu
Cardinal de Richelieu & du
Chancelier Seguier, qui furent
les premiers Protecteurs
de:irAcademie; il dit: Mais siArmand & Seguier furent
si touchez de ce titre,qu'eussent-
ils pensé
,
s'ils avoient
pû prévoir toute la gloire
qui luy estoit reservée? s'ils
avoient sçû ,qu'un jouril feroit
porté par LOUIS;qu'il
deviendrait un droit de la
Couronné;& que sur la Liste
des Protecteurs de l'Academie
, on ne trouveroit plus
aprés leurs noms , que des
noms de Rois?
Lereste de son Di scoursest
un éloquent & veritable Eloge
du Roy.
Apres que M.l'Abbé Masfieu
eut achevé de parler, M.
Mallet, premier Commis de
M. Desmaretz
,
qui avoir este
éleu par les Messieurs del'Academie
Françoise à la place dcD
feu M. de Tourreil
,
le même
jour que M. deBercy fut receu
à l'Academie des Sciences,
prononça un Discours,dont
voicy l'Extrait:
MESSIEURS,
Les grands hommes qui ont
esté parmi vous, ceux qu'on y
voit encore,les differences dignitezdont
vous estesrevêtus &
qui répandent une d'éclat sur
la République des Lettres, les
Couronnes de gloire qui brillent
sur vos telles,les Sçavants
Discours qui ont sete ptononcez
dansce sanctuaire de l'éloquence
; ces murs même;tout
porte dans mon ame tant de
respect,d'admiration & de
surprise
, que plus je connois
le prix de vos bontez
,
moins
il me paroist possible d'y proportionnermesremerciments
-& de vous en marquer ma reconnoissance.
Il pîffe ensuite à l'éloge de
M. de Tourreil,en ces termes:
M. de Tourreil estoir un de
ces espritsnaturels & cultivez,
qui avec tous les ornemens &
toutes les recherches de Tare
conservent les beautez & les.
graces de la nature •.l'esprit qui
brille de tous costez dans ses
écrits,&qu'ily jette pourainsi
dire avec profusion, semble
quelquefois y effacer le merite
de l'étude & du travail ; mais
aussiles langues originalesqu'ils
possedoit, son ardeur àtransporter
toute leur énergie dans
la nostre,qu'il s'estoit renduë
propre par des singularitez
heureuses: les sçavantes remarques
qu'il joignoit à ses fameuses
trad uctions
le feu de
ses ex pressions & l'inimitable
varieté de ses tours,
rend à
*IArt le triomphe que la nature
[cmh;olc luy disputer.
C'est,dit il que lques lignes
plus basJe privilege des grands
genies de lier commerce avec
tous les siecles. M. de Tourreil
trouvant dans Demosthene
la force,la fecondité, la
vehemence
, en un mot tous
les caracteres du sublime, &
frappé par la conformité qui
estoit encreeux, en fit son favori
d'étude. Ce Prince des
Orateurs a t il rien perdu de sa
noblesse & de son élévation
dans les mains de Mde Tourrei
l? ou plutost quels nouveaux
traits
traits ce fidele interprèten'a- til
pas joint aux richesses de
l'original?
Permettez-moy ,
Messieurs;
de marquer icy la caufc qui
m'a toûjours paru nourrir la
fameuse querelle entre lesanciens
& les modernes. Tout
le monde convient que pour
la decider,il faut se transporter
dans les temps & dans les
pays des anciens, prendre leurs
moeurs, se famiharifermême
avec eux, avant que de porter
un' jugement sur leur merite:
mais le moyen de percer
tant de siecles, de se despcüiller
de ses propres habitudes
pour en adopter d'autres
, que l'éloignement a obscurcies,&
a rendu bizarres ou
sauvages ? Si quelqu'un ne
prend soin de nous rendre present
ce que l'on admiroit autrefois
& ce que l'on admirera
toûjours,quand il sera montré
tel qu'ilestoit aux yeux
d'Athene & de Rome ? Cett)mci-rieurs, ce qu'a
fait M. de Tourreil à l'égard
de Demosthene. Il est le pre-
1-icr qui nous ait fait sentir
"t.out ce qu'il valoit, & qui ait
,cfié tellement animé de son j
esprit qu'on peut dire que suf
eust vêcu du temps de Philippes
,ceseroit luy qui auroit encouragé
la Grece,& fait ttc111i
blerleRoy de Macedoine.
1
Maisil nes'est pas contente
de rendre exactement son modele
dans ses écrits,il en a pris
jusqu'aux moeurs &aux sentiments.
Amedroite& sincere,
à l'épreuve de la crainte & de
l'interest,sans autre plaisir que
celuyde l'amour des Lettres,
sans autre ambition que celle
de remplir une exacte probité.
S'il n'eut pas comme l'Athe-
I
nien des conquerans à réprimer
& la patrie à défendre
c'est l'effet du bonheur de son,
siecle qui n'a offert d'autre
matiere à son zele que de soûtenir
la Republique des Lettres
, & de contribuer par son
travail à la gloire de sa patrie
& à celle de son Roy.
A la fuite de l'élogedu Cardinal
de Richelieu,qui fut le
Fondateur de l'Academie
,
il
ajoûte : Un si noble établissement
demandoit une fermeté
pareille à celle de la Monarchie
, &ce fut pour laluy procurer
que le Chancelier Seguier
, dont la sagesse égaloit
l'autorité,mit sa gloireà (oû.
tenir l'ouvrage d'Armand; il
encherit même sur les foins Se
la tendresse du Fondateur;il
ne se contenta pas de soûtenir
l' Academie naissante, il luy
donna samaison pour azile;
& de la même main qui tenoit
les armes de laJustice, dumême
glaive qui luy servoità punir
le crime,à dc&ndrcj'mnocence
& la vertu;il chassoit
de la France la barbarie, l'ignorance
,l'importesse & les
autres vices de l'esprit ennemis
dela societé.
La protection de l'Academie
parut sur sa iciie un titre
si beau, que nul autre aprés
luy n'osa y prétendre; il devine
digne du choix & de l'adoption
duRoy. Tous ces grands
noms, que les vertus politiques
& guerrieres ont acquis
à S. M. Bien loin d'estre ternis
par le mélange de ce titre, en
prirent un nouveau lustrequi
rejaillit sur les Muses; il se les
rendit Familieres & domestiques
,& leur ayant mis la balance
en main, pour faire sur
le langage de ses Sujets, ce que
fait Themis sur leur conduire,
il voulut que leur Tribunal
fust établi prés de sontThône
& dans son propre Palais.
C'est de là, Messieurs,qu'avec
un pouvoir absolu vous
maintenez l'Empire de l'Eloquence
par la severité de vos
loix
,
non-seulement contre
la licence & l'abus du peuple
grossier ;maisencorecontre
l'invasion des Etrangers
& des Bar bares. Comme
Paris est maintenant ce que
Rome fut autrefois, l'abord
de toutes les Nations; vous
appliquez vostrevigilance à
le preserver de la honte
que
Rome ne pût éviter, d'avoir
veu d abord 1k langue
étenduëaussi loin que ses conquestes,
& de la voir enfin corrompuë
par le commerce des
,Pe.upks qu'elleavoit vaincus oupolicez.
Pâr.vos soins le u:"c-Ie de
LOUISLEGRANDn'aura
point le triste avantage, d'avoir
comme le siecle d'Auguste
emporté du monde avec luy
la pureté du langage&laperfection
des beaux Arts.
Lereste est un paralelle du
regne d'Auguste & de celuy
de Louis XIV. rempli* d'un
grand nombre de traits éclatans,
& finit à l'ordinaire par
des voeux pour la confcrvation
du Roy.
Aprés que M. Massieu &
M MaHeteurenracbeveteutS
Discours, M. l'AbbéFieury
alors Dircteur de l'Acade,-
mie,leur répondit.
MESSIEURS,
Vous avczLi-nivantacm qui
vous est communt, que vôtre
ékét:on, quoyquc faite à différents
jours, acaé pat fjtement
uniforme : chacun da
vous a eu Le nombre d'électeursque
demandent nos loix
les plus rigoureuses, chacun
en a remporté tous les suffrages;
&leRoy nostreauguste
protecteur a tesmoigné que
cette union de la compagnie
luy estoit tres-agreable. Il
étoit donc bien juste de vous
recevoir enmesmejour;&ne
pas différer plus long-temps
le plaisir & l'utilité que nous
esperons, de vous voir souvent
assister à nos séances.
Vous, *MONSIEUR,particulierement
dévoüé àl'estude
&àla propagation des belles
Lettres, tant comme Pro-
:*M.l'AbbéMttlfiai..
feueurRdyat en Langue Grec-
1
que, que comme tres digne
membre de l'Académie des
Inscriptions ,
qui fraternise
avec lanostre:vous avez desja
donné au public des preuves
de vostre merite suffisantes
pour justifier nostre choix.
Ce beau D. scours que vous
prononçates en prenant poc.
session de la chaire de Professeur,&
qui vous attira l'admiration
de tous lesauditeurs, fie
paroistreen mesme temps vostre
érudition & vostreéloquence.
Maisce jour si brillant
pour vous nous rappelle un
triste souvenir de la perte d'un
de nos plus illustres confreres
à qui vous avez succedé en
cettech tire, Mr l'Abbé Gallois
si fameux par le Journal
dec;, Suivants,dontil fut le premier
Auteur, & par l'amitié
d'un grand Ministre, protecteur
des Lettres & membre
luy-mesme de l'Académie
Françoise.
Vous avrz encore, M 0 N.
SIEUR,faitparoistrevostre
merite A adémique pu ces
sçavançesDissertations que
vous avez recitées dans l'Académie
des Inscriptions, à ces
jours solemnels, oùelle ouvre
ses portes à tout le public.
Vous sçavez les applaudissements
dont elles ont eslé suivies,
particulièrement celle qui
a pour sujet les trois Graces,
& qui vous a fait connoistre
pour un de leurs favoris.
Js ne parle point des deux
ouvrages que vous n'avez pas
encore rendus publics: l'histoiredela
PoësieFrançoiseSe
la traduction de Pindare.
Ceux à qui vous avez bien
voulu communiquer cette histoire
,
personnes distinguées
par leur litterature & par la si
-
nesse de leur goust, l'ont trouvéeaussi
poliment escrite
qu'elle eil curieusement recherchée;
& la préface sur tout
leur a paru incomparable.
Un peu plusloinilajouste,
conrinuez donc, MONS I EllR"
de nous faire connoistre de
plusen plus lesrichesses& les"
beautez de cette langue; mais
continuezaussi de cultiver la
nostre avec autant de succés
que vous avez commencé.
Sur tout ne trompez pas l'esperance
que nous avons conccuë
avec tant de fondement
de vous voir tres assidu à nos
exercices.
Voussuccedezaussi, *
MONSIEUR,àun homme,
qui dans uncaractere different
ne se distinguoit pas moins.
Mt de Tourrcil, né dans une
ville où l'esprit & la politesse
font des qualitez ordinaires,
estoie remarquable par ces
mcfmes qualitez; sa famille
étoit illustrée par les premieres
dignirez du second Parlement
de France. Son naturel
exquis avoir esté cultivé par
une excellenteéducation ; &
amené jeune à Paris, il avoir
perdu jusqu'à ces legers de-
: e M,Métlet.
sautsquifontsouvenir de la
Province. Lavivacrré &la facilité
de sonespritne l'empescherent
pas de s'appliquer à
des estudes serieuses -& peniblcs;
& les essais de Jurisprudence
qu'il donna au public
dés sajeunesse monstrerent le
progrés qu'il avoit desja fait
dans cetre science, & le talent
qu'il avoir pour donner de l'agrément
aux sujets qui en paroissentlemoins
susceptibles;
mais son principal aurait fut
pour les belles Lettres & pour
l'éloquence en particulier. Il se
livra tout entier à cette estude;
&
& persuadé que l)alXiennc.\
Grece en estoit la source la
plus pure, il enapprit par un
travail infatigable la langue,
lesmoeurs, l'histoire, & tout
ce qui peut nous faire connoistre
après tant de siecles cette
sçavante nation.
C'est donc àcet illustre Académicien
que vous succedez,
MONSIEUR, & dont vous
nous consolerez par vostreassiduité
à nos assemblées. Vous
nous avez donné des preuves
esclatantes de vostre merite
académique par cette belle
Ode qui vous fit gagnée le
tpnx, que nous avons accoustumé
dedistribuer ; & un autre
prix encore, auquel sans
doute vous ne vous attendrez
pas & qui ne vous est pas moins
glorieux. Vousvoyez bien
que je parle decetesmoigna
ge public de son estime que
vous donna la grande Reine
que l'Angleterre vient de perdre,
lorsqu'ayant leu avec admiration
cette mesme Ode, elle
vousenvoya par l'Ambanadeur
de France la Médaille d'or:
que vous confcrvez si precieufernent,
& qui a esté representéeau
Roy"loIfqu'llaapp.ro.
vévoftrçélection.11 estjuste
que le public soit informé dunecirconstance
si singuliere.
Vous avez trouvé le secret,
MONSIEURd'allierdesoccupations
qui paroissent ordinairement
incompatibles, l'estude
des bellesLettres avec les affaires
les plus serieuses. De
tout temps on a creu que l'estudeestoit
le fruit du loisir &
l'occupation de ceux que rien
n'obligeoit au travail.De-là
vint le nom d'escole chez les
Grecs. Il estvray toutefois que
les affaires ont besoin du se-
CQUISCLCSelfudes,non fculcment
pourdelasserl'esprit,en
le tournant à des objets plus
agreables ; mais pour le nourrir,
le fortifier & le diriger
dans la conduite des affaires
mesme
C'estque cette conduite des
affaires, foit publiques
,
foit
particulières, est une portion
de la sagesse Le monde, quoique
puissent dire les speculatifs
paresseux, ne se gouverne
point deluy tncfnic-.sicc n'est
pour le Physique tousjours
conduit par les Loix immuables
de la (agdic souveraine.
Qaant auxchosesmorales, la
politique&l'oeconomiquene.
font point des noms vuidcs de
sens, ce font des arts effectifs,
& les plus nobles de tous Ÿ
putfqu'ïk fervent à gouverner
les hommes mesmes.
", Son DI{,ours finit comme
les autres, par l'éloge du Roy.
en est même d'excellents donc
les extraits sont de mon domaine,
&endépit de l'Imprimeur
des Mémoires de l'Academie,
qui trouva mauvais, il ?
y a quelque temps que j'eusse
fait imprimer la Haranguede
M. le Maréchal de Villars, je
vais faire le moins mal que je
pourrayun extraitdesDiscours
que M l'Abbé Massieu, & M.
Maletprononcèrent à l'Académie
Françoise le 29. de Décembre
dernier, qui estle jour
qu'ils y prirent sceance.
M.l'AbbéMassieudel'AcadémieRoyale
desMédailles
& des Inscriptions, & Professeur
Royal en Langue Grecque,
distingué non seulement
.,
dans la Republiquedes Lettres
par son esprit & par son éru-
1 dition, mais digne par les qua
litez du coeur des 1uffl.ages de
roue le monde, & honoré
d'une estime universelle
, parla
le premier. Dans le commencement
deson exorde,
élevé déja depuis quelque temps
dit-il, à deux places considerables
dans la République Litteraire,
honoré de protections
respectables,admis enfin pour
comble de gloire, dans cette
auguste Compagnie, je n'ay
plus de souhaits à former.
Mais oferois- je le dire, ces avantacresinsignes,
dont jeconnois
tout le prix,ne sont pas
cc qui me touche le plus;c'est
l'honneur de les tenir de vous:
ouy, Meilleurs, deussiez vous
rougir de vôrre ouvrage, je
vous dois originairement tout
ce que je fuis. Permettez moy
un détail, qui en établissant un
sist si glorieux pour moy,vous
prouvera peut-êtreencore,
que rien n'échappe à ma rcconnoissance.
Dans cet endroit ilfait l'E:..
loge de M. de Tourreil, & celuy
de l'Academie des Inscriptions
, aprésquoy il ajoure.
J'y fus receu ,
Messieurs; je
n'oubliray jamais cette premiere
faveur, source de toutes
celles qui m'ont été depuis accordées.
Mis je n'oubliray ja*
maisaussi, que j'en fus redevable
à un des p'us dignes Sujietslqu'ait
eu-l'AcademieFran- à un homme qui plus
recommendable encore par
l'integrité de ses rnoeHs & la
droiture de soncaractere,que
que par l'élévation de son genie
& la force de son éloquence
, ~reün(ïoiren sa personne
les vertus de * Caron & les ta-
IClus de ~Dmollh:ne. 'J--: v*
"llb Bientost après une place se
- presenta dans ce fameux Ly-
! M. de TOHrreil,
cée, qui fera un monuments
éternel du zele de François
I. pour les Lettres, & qui embrasse
la connoissance de toutes
les Lingues sçavantes. La
mort enleva le docte personnage
, qui enseignoit celle
qu Homere & Pindare ont
par lée. Ce fut encore parmi
vous, MessieuRs,queje
trouvai dans cette occasion un
Mécene. Et de qui cet homme
illustrene l'est il pas.cheri
& reveré de tout cequ'il y a
de Sçavants en France & dans
les PJYs estrangers, il semble
* M.l'Ab.éBignon.
n'avoir d'autorité que pour
la faire servir à l'accroissement
des Sciences. Il crut entrevoir
en moy les qualitcz que demandoit
l'employ vacant. Et
grâce à ses (oins genereux,
je fucceday à Monteur l'Ab-
Lé Galois dans la fonction
honorable d'exposer les bCJutez
d'une Langue, qui n'acesse
depuis vostreestablissement
de tenir le premier rang sur
toutes les autres.
J: n'avois ju rqtJcs là des
oblig ations qu'à quelques uns
de vous, iESSJEURS;
j'en eus dans la suite à toute
l'Académie. Depuis ce [erop,;;
elle ne fie presque point de
perres, qu'elle ne daignast jetter
vers moy quelques regards.
J trouvay au milieu de vous
un grand nombre d'amis zelez.
Ceux même, quine montrerent
pas tant d'ardeur, s'expliquerent
en des termes si
abligpancs
, que j'eus tout
lieu d'esperer qu'à l'avenir
ils ne me seroient pas moins
favorables que ceux qui se
declaroient le plus vivement.
Et peut estre que dés lors
j'aurois eu également à Mc
loüer des uns & des autres,
*ii des hommes du premier
ordre, distinguez par la plus
haute naifljncc & par les plus
éminentes dignitez ; mais plus
distinguez encore par les qualitez
personnelles & par le
mérite réel, n'avoient rriitii
en leur faveur les suffrages
de toure l'Académie, & les
voeux de toute la France.L'attention
qu'il vous plust de roc
donner dans cesdi fferentes
conloriracelle du
Public Je sortis de l' obscurité
où j'estois demeuré jusqu'alors
par mon insuffisance &
par goust. Je commença/
malgré moy d'avoirunnom.
Et que ne vous dois- jepas,
MESSIEURS, pour les
heureuxeffets qui suivirent.
Les bontez que vous me rcmoignâtes
redoublèrent celles
qu'un genereux * Protecteur
m'avoit marquées des sa plus
tendre jeunesse il se sceut
gré d'avoir toujours penséde
moy
y
ce que vous paro diez
en penser vous- mêmes ; il
m'appella auprès de luy :
Que vous diray je? il mit le
comble à ses bien faits & aux
vostres, en inspirant les fen-
* M. deBercy,
timents qu'il avoir pour moy
au vigilant & infatigable Minifire,
avec lequelilest encore
plus uni par le coeur que
par l'alliance, & qui après
avoir soustenu l'Etat pendant
les difficultez d'une longue &
cruelleguerre,s'occupe maintenantroueentier,
à chercher
les moyens de nous faire goûter
les fruirs de la Paix,
Après avoir rendu compte
de son loisir & de Ces occupations:
Du moins si au ddf.HJt
des ouvrages, dit il, je vous
apportois quelques unes des
excellences parties qui fc
trouvaient dans monillustre
Prédecesseur!il n'estoit pas dà
ces hommes qualifiezquis'imaginentqu'un
grand nom
est un privilège d'ignorance.
Monsieur l'Abbé de Clerambault
brûla toute sa vie d'un
desirinsatiable d'apprendre.
Issu d'une Maison, où la gloire
des armes estoit hereditaire,
mais appelle à un estat qui ne
luy laissoit en partage que l'é-
UïcJc ; il resolut de porter l'érudition
âussi loin que ses
Àyeuk avoient porté la laleur,
Personne n'a jamais fait
unmeilleur usage du temps
précieux de la jeunesse. La
Sorbonne retentir encore des
applaudissemens, que luyattirerent
ses premiers succés.
Philosophe & Theologien, il
parloit sçavamment dece que
la Nature & la Religion ont de
plus obscur. Profond dans
l'Histoire
, on eust dit qu'il
s'estoit trouvé à tous les siecles,
qu'il avoit veu tous les
pays. Combien de fois avezvous
admiré cette multitude
prodigieuse de faits dont il
avoit rempli sa memoire? Sur
quel événement
,
sur quelle
circonstance, sur quelle date
l'avez- vous trouveen défaut?
Sacuriositénes'estoit pas bornée
à ce que les Sciences ont
d'attrayant & de gracieux.
L'envied'estre utile l'avoit engagé
dans ces recherches desagreables
& rebutantes, dont
on doit tenir d'aurant plus de
compte aux personnes qui les
font, qu'on n'a pas le courage
de lesfaire soymême;&qu'on
est ravi pourtant de trouver
au besoin des hommes qui
ayent bien voulu se charger
d'un semblable travail,Que
diray je de son admiration &
de son zele pour l'Académie?
.c'Ca sur ce point,Messieurs,
que je feray gloire de ne luy
ceder jamais.
A la fuite des loüanges qu'il
donne à l'Academie, il ajoûte.
Vous le [avez, Meilleurs,
les Lingues ne sont jamais plus
exposées à degenerer, que
lor squ'elles sont parfaites.
L'heureux intervalle,qui produisit
les meilleurs Ecrivains
de Rome, ne fut pas de
longue durée. Le penchant
que les hommes ont au changement
, l'amour de la fingularité,
la tentation de dire des
choiesneuves,bannirent bien- *
tost
tost les graces naturelles, &
introduisirent les ornemens recherchez.
Onnevoulut plus
s'énoncerqu'avec esprit. On
entendit finesse à tout. Les
expressionseurent deux faces;
& outre un sens dlTcét, en
pre senterentun détourné. On
substitua aux beautez réelles
des riens délicats. La symmetrie
marquée prit la place de
l'ordrecaché. On hazardaaudelà
des bornes. Tout ce que
l'on écrivit étincella de traits,
& à chaque mot excita lasurprise.
Maniere d'autant plus
dangereuse, qu'elle est plus
propre à ébloüir,quecirconspeste
au commencement, elle
ne garde plus de mesures dans
la suite, & qu'on ne s'apperfiait
de ses pernicieux effets,
que l'orsqu'elle a entierement
corrompu le fond d'une Langue.
Celle que nous parlons,
Messieurs,, n'aura rien de semblable
à craindre. Vous prenez
toutes les précautions necessaires
pour la preserver de
ces changemens imperceptibles.
Vous vous opposez avec
vigueur à ces défaurs agréables,
qui taschent de s'insinuei
sous les apparences des
beautcz. Vous necessez - de
rappellcr nos Ecrivains de
l'affectation à la nanire) du
raffinement à la simplicité, du
brillant au solide, de la maniere
des Lucains & des Seneques,
à celle des Cicerons &
& desVirgiles.
'; Enfin aprésl'Elogedu
Cardinal de Richelieu & du
Chancelier Seguier, qui furent
les premiers Protecteurs
de:irAcademie; il dit: Mais siArmand & Seguier furent
si touchez de ce titre,qu'eussent-
ils pensé
,
s'ils avoient
pû prévoir toute la gloire
qui luy estoit reservée? s'ils
avoient sçû ,qu'un jouril feroit
porté par LOUIS;qu'il
deviendrait un droit de la
Couronné;& que sur la Liste
des Protecteurs de l'Academie
, on ne trouveroit plus
aprés leurs noms , que des
noms de Rois?
Lereste de son Di scoursest
un éloquent & veritable Eloge
du Roy.
Apres que M.l'Abbé Masfieu
eut achevé de parler, M.
Mallet, premier Commis de
M. Desmaretz
,
qui avoir este
éleu par les Messieurs del'Academie
Françoise à la place dcD
feu M. de Tourreil
,
le même
jour que M. deBercy fut receu
à l'Academie des Sciences,
prononça un Discours,dont
voicy l'Extrait:
MESSIEURS,
Les grands hommes qui ont
esté parmi vous, ceux qu'on y
voit encore,les differences dignitezdont
vous estesrevêtus &
qui répandent une d'éclat sur
la République des Lettres, les
Couronnes de gloire qui brillent
sur vos telles,les Sçavants
Discours qui ont sete ptononcez
dansce sanctuaire de l'éloquence
; ces murs même;tout
porte dans mon ame tant de
respect,d'admiration & de
surprise
, que plus je connois
le prix de vos bontez
,
moins
il me paroist possible d'y proportionnermesremerciments
-& de vous en marquer ma reconnoissance.
Il pîffe ensuite à l'éloge de
M. de Tourreil,en ces termes:
M. de Tourreil estoir un de
ces espritsnaturels & cultivez,
qui avec tous les ornemens &
toutes les recherches de Tare
conservent les beautez & les.
graces de la nature •.l'esprit qui
brille de tous costez dans ses
écrits,&qu'ily jette pourainsi
dire avec profusion, semble
quelquefois y effacer le merite
de l'étude & du travail ; mais
aussiles langues originalesqu'ils
possedoit, son ardeur àtransporter
toute leur énergie dans
la nostre,qu'il s'estoit renduë
propre par des singularitez
heureuses: les sçavantes remarques
qu'il joignoit à ses fameuses
trad uctions
le feu de
ses ex pressions & l'inimitable
varieté de ses tours,
rend à
*IArt le triomphe que la nature
[cmh;olc luy disputer.
C'est,dit il que lques lignes
plus basJe privilege des grands
genies de lier commerce avec
tous les siecles. M. de Tourreil
trouvant dans Demosthene
la force,la fecondité, la
vehemence
, en un mot tous
les caracteres du sublime, &
frappé par la conformité qui
estoit encreeux, en fit son favori
d'étude. Ce Prince des
Orateurs a t il rien perdu de sa
noblesse & de son élévation
dans les mains de Mde Tourrei
l? ou plutost quels nouveaux
traits
traits ce fidele interprèten'a- til
pas joint aux richesses de
l'original?
Permettez-moy ,
Messieurs;
de marquer icy la caufc qui
m'a toûjours paru nourrir la
fameuse querelle entre lesanciens
& les modernes. Tout
le monde convient que pour
la decider,il faut se transporter
dans les temps & dans les
pays des anciens, prendre leurs
moeurs, se famiharifermême
avec eux, avant que de porter
un' jugement sur leur merite:
mais le moyen de percer
tant de siecles, de se despcüiller
de ses propres habitudes
pour en adopter d'autres
, que l'éloignement a obscurcies,&
a rendu bizarres ou
sauvages ? Si quelqu'un ne
prend soin de nous rendre present
ce que l'on admiroit autrefois
& ce que l'on admirera
toûjours,quand il sera montré
tel qu'ilestoit aux yeux
d'Athene & de Rome ? Cett)mci-rieurs, ce qu'a
fait M. de Tourreil à l'égard
de Demosthene. Il est le pre-
1-icr qui nous ait fait sentir
"t.out ce qu'il valoit, & qui ait
,cfié tellement animé de son j
esprit qu'on peut dire que suf
eust vêcu du temps de Philippes
,ceseroit luy qui auroit encouragé
la Grece,& fait ttc111i
blerleRoy de Macedoine.
1
Maisil nes'est pas contente
de rendre exactement son modele
dans ses écrits,il en a pris
jusqu'aux moeurs &aux sentiments.
Amedroite& sincere,
à l'épreuve de la crainte & de
l'interest,sans autre plaisir que
celuyde l'amour des Lettres,
sans autre ambition que celle
de remplir une exacte probité.
S'il n'eut pas comme l'Athe-
I
nien des conquerans à réprimer
& la patrie à défendre
c'est l'effet du bonheur de son,
siecle qui n'a offert d'autre
matiere à son zele que de soûtenir
la Republique des Lettres
, & de contribuer par son
travail à la gloire de sa patrie
& à celle de son Roy.
A la fuite de l'élogedu Cardinal
de Richelieu,qui fut le
Fondateur de l'Academie
,
il
ajoûte : Un si noble établissement
demandoit une fermeté
pareille à celle de la Monarchie
, &ce fut pour laluy procurer
que le Chancelier Seguier
, dont la sagesse égaloit
l'autorité,mit sa gloireà (oû.
tenir l'ouvrage d'Armand; il
encherit même sur les foins Se
la tendresse du Fondateur;il
ne se contenta pas de soûtenir
l' Academie naissante, il luy
donna samaison pour azile;
& de la même main qui tenoit
les armes de laJustice, dumême
glaive qui luy servoità punir
le crime,à dc&ndrcj'mnocence
& la vertu;il chassoit
de la France la barbarie, l'ignorance
,l'importesse & les
autres vices de l'esprit ennemis
dela societé.
La protection de l'Academie
parut sur sa iciie un titre
si beau, que nul autre aprés
luy n'osa y prétendre; il devine
digne du choix & de l'adoption
duRoy. Tous ces grands
noms, que les vertus politiques
& guerrieres ont acquis
à S. M. Bien loin d'estre ternis
par le mélange de ce titre, en
prirent un nouveau lustrequi
rejaillit sur les Muses; il se les
rendit Familieres & domestiques
,& leur ayant mis la balance
en main, pour faire sur
le langage de ses Sujets, ce que
fait Themis sur leur conduire,
il voulut que leur Tribunal
fust établi prés de sontThône
& dans son propre Palais.
C'est de là, Messieurs,qu'avec
un pouvoir absolu vous
maintenez l'Empire de l'Eloquence
par la severité de vos
loix
,
non-seulement contre
la licence & l'abus du peuple
grossier ;maisencorecontre
l'invasion des Etrangers
& des Bar bares. Comme
Paris est maintenant ce que
Rome fut autrefois, l'abord
de toutes les Nations; vous
appliquez vostrevigilance à
le preserver de la honte
que
Rome ne pût éviter, d'avoir
veu d abord 1k langue
étenduëaussi loin que ses conquestes,
& de la voir enfin corrompuë
par le commerce des
,Pe.upks qu'elleavoit vaincus oupolicez.
Pâr.vos soins le u:"c-Ie de
LOUISLEGRANDn'aura
point le triste avantage, d'avoir
comme le siecle d'Auguste
emporté du monde avec luy
la pureté du langage&laperfection
des beaux Arts.
Lereste est un paralelle du
regne d'Auguste & de celuy
de Louis XIV. rempli* d'un
grand nombre de traits éclatans,
& finit à l'ordinaire par
des voeux pour la confcrvation
du Roy.
Aprés que M. Massieu &
M MaHeteurenracbeveteutS
Discours, M. l'AbbéFieury
alors Dircteur de l'Acade,-
mie,leur répondit.
MESSIEURS,
Vous avczLi-nivantacm qui
vous est communt, que vôtre
ékét:on, quoyquc faite à différents
jours, acaé pat fjtement
uniforme : chacun da
vous a eu Le nombre d'électeursque
demandent nos loix
les plus rigoureuses, chacun
en a remporté tous les suffrages;
&leRoy nostreauguste
protecteur a tesmoigné que
cette union de la compagnie
luy estoit tres-agreable. Il
étoit donc bien juste de vous
recevoir enmesmejour;&ne
pas différer plus long-temps
le plaisir & l'utilité que nous
esperons, de vous voir souvent
assister à nos séances.
Vous, *MONSIEUR,particulierement
dévoüé àl'estude
&àla propagation des belles
Lettres, tant comme Pro-
:*M.l'AbbéMttlfiai..
feueurRdyat en Langue Grec-
1
que, que comme tres digne
membre de l'Académie des
Inscriptions ,
qui fraternise
avec lanostre:vous avez desja
donné au public des preuves
de vostre merite suffisantes
pour justifier nostre choix.
Ce beau D. scours que vous
prononçates en prenant poc.
session de la chaire de Professeur,&
qui vous attira l'admiration
de tous lesauditeurs, fie
paroistreen mesme temps vostre
érudition & vostreéloquence.
Maisce jour si brillant
pour vous nous rappelle un
triste souvenir de la perte d'un
de nos plus illustres confreres
à qui vous avez succedé en
cettech tire, Mr l'Abbé Gallois
si fameux par le Journal
dec;, Suivants,dontil fut le premier
Auteur, & par l'amitié
d'un grand Ministre, protecteur
des Lettres & membre
luy-mesme de l'Académie
Françoise.
Vous avrz encore, M 0 N.
SIEUR,faitparoistrevostre
merite A adémique pu ces
sçavançesDissertations que
vous avez recitées dans l'Académie
des Inscriptions, à ces
jours solemnels, oùelle ouvre
ses portes à tout le public.
Vous sçavez les applaudissements
dont elles ont eslé suivies,
particulièrement celle qui
a pour sujet les trois Graces,
& qui vous a fait connoistre
pour un de leurs favoris.
Js ne parle point des deux
ouvrages que vous n'avez pas
encore rendus publics: l'histoiredela
PoësieFrançoiseSe
la traduction de Pindare.
Ceux à qui vous avez bien
voulu communiquer cette histoire
,
personnes distinguées
par leur litterature & par la si
-
nesse de leur goust, l'ont trouvéeaussi
poliment escrite
qu'elle eil curieusement recherchée;
& la préface sur tout
leur a paru incomparable.
Un peu plusloinilajouste,
conrinuez donc, MONS I EllR"
de nous faire connoistre de
plusen plus lesrichesses& les"
beautez de cette langue; mais
continuezaussi de cultiver la
nostre avec autant de succés
que vous avez commencé.
Sur tout ne trompez pas l'esperance
que nous avons conccuë
avec tant de fondement
de vous voir tres assidu à nos
exercices.
Voussuccedezaussi, *
MONSIEUR,àun homme,
qui dans uncaractere different
ne se distinguoit pas moins.
Mt de Tourrcil, né dans une
ville où l'esprit & la politesse
font des qualitez ordinaires,
estoie remarquable par ces
mcfmes qualitez; sa famille
étoit illustrée par les premieres
dignirez du second Parlement
de France. Son naturel
exquis avoir esté cultivé par
une excellenteéducation ; &
amené jeune à Paris, il avoir
perdu jusqu'à ces legers de-
: e M,Métlet.
sautsquifontsouvenir de la
Province. Lavivacrré &la facilité
de sonespritne l'empescherent
pas de s'appliquer à
des estudes serieuses -& peniblcs;
& les essais de Jurisprudence
qu'il donna au public
dés sajeunesse monstrerent le
progrés qu'il avoit desja fait
dans cetre science, & le talent
qu'il avoir pour donner de l'agrément
aux sujets qui en paroissentlemoins
susceptibles;
mais son principal aurait fut
pour les belles Lettres & pour
l'éloquence en particulier. Il se
livra tout entier à cette estude;
&
& persuadé que l)alXiennc.\
Grece en estoit la source la
plus pure, il enapprit par un
travail infatigable la langue,
lesmoeurs, l'histoire, & tout
ce qui peut nous faire connoistre
après tant de siecles cette
sçavante nation.
C'est donc àcet illustre Académicien
que vous succedez,
MONSIEUR, & dont vous
nous consolerez par vostreassiduité
à nos assemblées. Vous
nous avez donné des preuves
esclatantes de vostre merite
académique par cette belle
Ode qui vous fit gagnée le
tpnx, que nous avons accoustumé
dedistribuer ; & un autre
prix encore, auquel sans
doute vous ne vous attendrez
pas & qui ne vous est pas moins
glorieux. Vousvoyez bien
que je parle decetesmoigna
ge public de son estime que
vous donna la grande Reine
que l'Angleterre vient de perdre,
lorsqu'ayant leu avec admiration
cette mesme Ode, elle
vousenvoya par l'Ambanadeur
de France la Médaille d'or:
que vous confcrvez si precieufernent,
& qui a esté representéeau
Roy"loIfqu'llaapp.ro.
vévoftrçélection.11 estjuste
que le public soit informé dunecirconstance
si singuliere.
Vous avez trouvé le secret,
MONSIEURd'allierdesoccupations
qui paroissent ordinairement
incompatibles, l'estude
des bellesLettres avec les affaires
les plus serieuses. De
tout temps on a creu que l'estudeestoit
le fruit du loisir &
l'occupation de ceux que rien
n'obligeoit au travail.De-là
vint le nom d'escole chez les
Grecs. Il estvray toutefois que
les affaires ont besoin du se-
CQUISCLCSelfudes,non fculcment
pourdelasserl'esprit,en
le tournant à des objets plus
agreables ; mais pour le nourrir,
le fortifier & le diriger
dans la conduite des affaires
mesme
C'estque cette conduite des
affaires, foit publiques
,
foit
particulières, est une portion
de la sagesse Le monde, quoique
puissent dire les speculatifs
paresseux, ne se gouverne
point deluy tncfnic-.sicc n'est
pour le Physique tousjours
conduit par les Loix immuables
de la (agdic souveraine.
Qaant auxchosesmorales, la
politique&l'oeconomiquene.
font point des noms vuidcs de
sens, ce font des arts effectifs,
& les plus nobles de tous Ÿ
putfqu'ïk fervent à gouverner
les hommes mesmes.
", Son DI{,ours finit comme
les autres, par l'éloge du Roy.
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Résumé : Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Lors de son discours d'admission à l'Académie Française le 29 décembre précédent, l'abbé Massieu exprime sa gratitude envers l'Académie et ses membres, soulignant la valeur des honneurs reçus. Il rend hommage à plusieurs figures influentes, telles que M. de Tourreil, l'Abbé Bignon, M. de Bercy et le ministre, qui ont soutenu sa carrière académique. Massieu évoque également son prédécesseur, l'abbé de Clerambault, reconnu pour son érudition. Le discours met en lumière les qualités exceptionnelles d'un théologien et érudit, admiré pour sa vaste connaissance en histoire, sciences et religion, ainsi que pour sa mémoire prodigieuse. L'orateur admire l'Académie française pour son rôle dans la préservation de la langue française contre les dégénérescences. Il compare les dangers de l'affectation et du raffinement excessif dans la langue à la vigilance de l'Académie pour maintenir la pureté et la simplicité de la langue française. M. Mallet, nouvellement élu, prononce un discours où il exprime son respect pour les grands hommes de l'Académie et pour M. de Tourreil, connu pour ses traductions et ses écrits. Il aborde la difficulté de juger équitablement les anciens et les modernes sans comprendre leurs contextes culturels. Il met en avant l'importance de préserver et de promouvoir les lettres et les arts, s'inspirant des modèles antiques d'Athènes et de Rome. Le texte souligne la contribution du Cardinal de Richelieu et du Chancelier Séguier à la fondation de l'Académie française, ainsi que la protection continue de l'Académie par le roi Louis XIV. Le discours compare le règne de Louis XIV à celui d'Auguste, soulignant les efforts pour maintenir la pureté du langage et la perfection des arts. Il mentionne l'élection de nouveaux membres, notamment l'Abbé Fleuriau, louant ses contributions aux lettres et ses dissertations érudites. Le nouvel académicien est encouragé à promouvoir les richesses et les beautés de la langue tout en cultivant la leur avec succès. Le discours se conclut par un éloge du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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