Résultats : 21448 texte(s)
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16401
p. 67
« LE mot de la première Énigme du second volume du Mercure de Juillet [...] »
Début :
LE mot de la première Énigme du second volume du Mercure de Juillet [...]
Mots clefs :
Temps, Pelote de neige, Virgule, Verger, Lire, Ivre, Vélu, Rive, Ver, Grève
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la première Énigme du second volume du Mercure de Juillet [...] »
LEE mot de la première Enigme du
fecond volume du Mercure de Juillet
eft le Temps. Celui de la feconde eft
la pelotte de neige. Celui du premier
Logogryphe eft Virgule , dans lequel
on trouve gril , lire , ivre , velu , vue ,
vil , vie , luire , grue , grive , rive , livre .
Celui du fecond Logogryphe eft Verger,
où l'on trouve guèrre , vèrre , ver,
Verge , grève , Eve.
fecond volume du Mercure de Juillet
eft le Temps. Celui de la feconde eft
la pelotte de neige. Celui du premier
Logogryphe eft Virgule , dans lequel
on trouve gril , lire , ivre , velu , vue ,
vil , vie , luire , grue , grive , rive , livre .
Celui du fecond Logogryphe eft Verger,
où l'on trouve guèrre , vèrre , ver,
Verge , grève , Eve.
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16402
p. 67
ENIGME.
Début :
En vain j'offre au besoin quelque soulagement : [...]
Mots clefs :
Bâillement
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
EN vain j'offre au befoin quelque foulagement s
Par- tout où je parois , je bleſſe.
Du dégoûtant ennui je fuis le lâche enfant.
Je hante jufqu'aux lieux qu'habite l'allegreffe
Ailleurs je provigne fans ceffe.
Mon régne n'eſt que d'un inſtant :
Et fouvent une main traitrelle ,
Conduire par la politeffe , 20
Me ravit cet inftant.cque Nature me laiffe ,
Et m'étouffe en naiffand
Par M. BOYER.
EN vain j'offre au befoin quelque foulagement s
Par- tout où je parois , je bleſſe.
Du dégoûtant ennui je fuis le lâche enfant.
Je hante jufqu'aux lieux qu'habite l'allegreffe
Ailleurs je provigne fans ceffe.
Mon régne n'eſt que d'un inſtant :
Et fouvent une main traitrelle ,
Conduire par la politeffe , 20
Me ravit cet inftant.cque Nature me laiffe ,
Et m'étouffe en naiffand
Par M. BOYER.
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16403
p. 68-69
AUTRE. A Madame la Comtesse de D***, Dame & Chanoinesse de ...
Début :
Vous en qui les vertus rehaussent la Noblesse, [...]
Mots clefs :
Coeur
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A Madame la Comtesse de D***, Dame & Chanoinesse de ...
AUTRE.
A Madame la Comteffe de D *** , Dame
& Chanoineffe de ...
VOUS
ous en qui les vertus rehauffent la Nobleffe ,
A vous , fille d'efprit , trop belle Chanoineffe ;
c'eft. Caché dans votre fein ,
Devinez ce que
Un bienfait me révéle ,
Un foupir me décéle ,
Et la franche candeur me porte fur la main.
Que- ſuis-je ? Eh mais ! en tout fexe , à tout âge
Je fuis un mirmidon
Qui fait bien du tapage.
Ce que je fuis ! je fuis un don ....
Le morceau délicat de la téndre jeuneſſes
Le reffort vigoureux de la verte vieillefe
Le foyer des defirs ;
Le centre des plaifirs
Un théâtre , & dans la Nature
Le noeud , le dénoûment de plus d'une avanture.
Hé ! Madame , je fuis l'âme des fentimens ;
J'inſpire le Héros , enflâme les Apôtres,
Donne le prix aux patenôtres ,
Le parfum à l'encens. ,
Et la rocambole aux préfens ;
Je ſuis tout bon chez vous , & bien méchant chez
d'autres.
AOUST. 1763. 69
•
Bergers , Rois , j'adoucis ou j'aigris votre fort ;
Mes conquérans font mes conquêtes ;
J'anime les chanfons , & j'embellis les fêtes ;
On me chérit vivant & mort.
Donné fans goût , on me dédaigne ;
A propos refufé , c'eſt par- là que je règne;
On mépriſe qui m'auroit bas ;
De qui l'auroit haut , l'on fe moque ;
Double , on ne m'aime pas ;
Simple , un galant me croque.
Mais , auffi beau que vous l'avez ,
On l'adore , & ... pardon , nia Comteffe , obfervez
Que je fuis de moi-même
Le portrait , le chiffre & l'emblême ;
Qu'en cinq lettres j'offre mon nom ;
Qu'à dix- neuf ans vous avez le renom ,
Par mille traits divins , de me rendre adorable ,
Et , qui pis eft , vainqueur , & , qui mieux eft ,
aimable.
Le C ... D ... des bords de la S. ***
A Madame la Comteffe de D *** , Dame
& Chanoineffe de ...
VOUS
ous en qui les vertus rehauffent la Nobleffe ,
A vous , fille d'efprit , trop belle Chanoineffe ;
c'eft. Caché dans votre fein ,
Devinez ce que
Un bienfait me révéle ,
Un foupir me décéle ,
Et la franche candeur me porte fur la main.
Que- ſuis-je ? Eh mais ! en tout fexe , à tout âge
Je fuis un mirmidon
Qui fait bien du tapage.
Ce que je fuis ! je fuis un don ....
Le morceau délicat de la téndre jeuneſſes
Le reffort vigoureux de la verte vieillefe
Le foyer des defirs ;
Le centre des plaifirs
Un théâtre , & dans la Nature
Le noeud , le dénoûment de plus d'une avanture.
Hé ! Madame , je fuis l'âme des fentimens ;
J'inſpire le Héros , enflâme les Apôtres,
Donne le prix aux patenôtres ,
Le parfum à l'encens. ,
Et la rocambole aux préfens ;
Je ſuis tout bon chez vous , & bien méchant chez
d'autres.
AOUST. 1763. 69
•
Bergers , Rois , j'adoucis ou j'aigris votre fort ;
Mes conquérans font mes conquêtes ;
J'anime les chanfons , & j'embellis les fêtes ;
On me chérit vivant & mort.
Donné fans goût , on me dédaigne ;
A propos refufé , c'eſt par- là que je règne;
On mépriſe qui m'auroit bas ;
De qui l'auroit haut , l'on fe moque ;
Double , on ne m'aime pas ;
Simple , un galant me croque.
Mais , auffi beau que vous l'avez ,
On l'adore , & ... pardon , nia Comteffe , obfervez
Que je fuis de moi-même
Le portrait , le chiffre & l'emblême ;
Qu'en cinq lettres j'offre mon nom ;
Qu'à dix- neuf ans vous avez le renom ,
Par mille traits divins , de me rendre adorable ,
Et , qui pis eft , vainqueur , & , qui mieux eft ,
aimable.
Le C ... D ... des bords de la S. ***
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16404
p. 69-70
LOGOGRYPHE.
Début :
Sept lettres, cher ami, qui forment ma structure, [...]
Mots clefs :
Lecteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
SEPT lettres , cher ami, qui forment ma ſtructure ,
Te donneront mon nom & toute ma figure.
Mon anagrame amufe & peut faire un fçavant.
En moi tu trouveras , en me décompoſant ,
Pronom démonftratif ; un ton de la Muſique ;
Ce que fait, bien ou mal , un maudit Empiriques
70 MERCURE DE FRANCE.
Un adverbe la tin d'interrogation ,
De la ville un chemin , une conjonction ,
Ce qu'à la guerre on voit , de l'Anglois un uſage,
L'épitéthe du Turc , de la France un Village.
Ami , je fuis encore un Saint du Paradis ,
Dont le nom à rebours exciteroit tes ris.
Cependant un peu mieux je voudrois bien t'inf
truire :
Si tu chéris mon nom , fûrement tu fçais lire .
Je babille un peu trop . Paix-là , Monfieur l'Auteur ;
Il ne faut pas rifquer d'ennuyer le Lecteur.
Par ROUSSEL fils.
SEPT lettres , cher ami, qui forment ma ſtructure ,
Te donneront mon nom & toute ma figure.
Mon anagrame amufe & peut faire un fçavant.
En moi tu trouveras , en me décompoſant ,
Pronom démonftratif ; un ton de la Muſique ;
Ce que fait, bien ou mal , un maudit Empiriques
70 MERCURE DE FRANCE.
Un adverbe la tin d'interrogation ,
De la ville un chemin , une conjonction ,
Ce qu'à la guerre on voit , de l'Anglois un uſage,
L'épitéthe du Turc , de la France un Village.
Ami , je fuis encore un Saint du Paradis ,
Dont le nom à rebours exciteroit tes ris.
Cependant un peu mieux je voudrois bien t'inf
truire :
Si tu chéris mon nom , fûrement tu fçais lire .
Je babille un peu trop . Paix-là , Monfieur l'Auteur ;
Il ne faut pas rifquer d'ennuyer le Lecteur.
Par ROUSSEL fils.
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16405
p. 70-71
AUTRE.
Début :
Je me charge de tout, propre à tous les offices ; [...]
Mots clefs :
Mercure
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
A me charge de tout , propre à tous les offices ;
Et je fuis toujours prêt à rendre mes fervices ;
Le Dévot & l'Amant , le Prince & le Sujet ,
Ont recours à mes foins , chacun pour fon objet.
1
En un mot , cher Lecteur , fi tu veux me connoître ,
Apprends que des mortels je ne tiens pas mon
être.
Tu trouveras en moi le fonds d'un bâtiments.
Ce qui dans une Ville eft d'un grand ornement ;
£ 16
Celle qui te donna naiſſance ;
Un terme qui des temps marque la différence ;
Ce qu'on dit d'un cheval qu'on ne peut approcher;
Et ce qu'on dit du fruit qui fléchit au toucher ;
AOUST. 1763 . 71
,
Un terme affez commun pour dire aller bien vîte;
Le fruit d'un arbre de mérite ;
Une ifle de l'Aunis ; une note de chant ;
Et ce qu'on dit fouvent qu'un Prêtre va cherchant
De Veniſe une forte Ville ;
Ce qui prouve le mieux un Chirurgien habile ;
Une herbe qui fert à purger ;
Ce qui d'un élément annonce le danger ;
Cet élément lui- même ; & ce qui fait le beurre ;
Si l'on ne me tient pas , je m'envole fur l'heure.
Par M. l'Abbé LE TEISSIEUX , de Laval
A me charge de tout , propre à tous les offices ;
Et je fuis toujours prêt à rendre mes fervices ;
Le Dévot & l'Amant , le Prince & le Sujet ,
Ont recours à mes foins , chacun pour fon objet.
1
En un mot , cher Lecteur , fi tu veux me connoître ,
Apprends que des mortels je ne tiens pas mon
être.
Tu trouveras en moi le fonds d'un bâtiments.
Ce qui dans une Ville eft d'un grand ornement ;
£ 16
Celle qui te donna naiſſance ;
Un terme qui des temps marque la différence ;
Ce qu'on dit d'un cheval qu'on ne peut approcher;
Et ce qu'on dit du fruit qui fléchit au toucher ;
AOUST. 1763 . 71
,
Un terme affez commun pour dire aller bien vîte;
Le fruit d'un arbre de mérite ;
Une ifle de l'Aunis ; une note de chant ;
Et ce qu'on dit fouvent qu'un Prêtre va cherchant
De Veniſe une forte Ville ;
Ce qui prouve le mieux un Chirurgien habile ;
Une herbe qui fert à purger ;
Ce qui d'un élément annonce le danger ;
Cet élément lui- même ; & ce qui fait le beurre ;
Si l'on ne me tient pas , je m'envole fur l'heure.
Par M. l'Abbé LE TEISSIEUX , de Laval
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16406
p. 72-73
MARCHE exécutée à la Publication de la Paix. Par M. DARD, de l'Académie Royale de Musique. PARODIE.
Début :
FIERES Trompettes, [...]
Mots clefs :
Trompettes, Amour, Bonheur, Maître, Chœur, Cieux, Musettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARCHE exécutée à la Publication de la Paix. Par M. DARD, de l'Académie Royale de Musique. PARODIE.
MARCHE exécutée à la Publication de
la Paix. ParM. DARD , de l'Académie
Royale de Mufique..
PAROD I E.
FIERES IERES Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
En ce jour le foin d'accompagner nos voix.
Quand la Paix
Comble nos fouhaits ,
Anglois
Et François ,
Chantons fes attraits ;
Portons tous jufqu'aux Cieux
Nos tranfports & nos voeux ;
Et que les Dieux
Qui nous rendent tous heureux
Ainfi qu'eux ,
S'uniffent
En choeur applaudiſſent
Aux heureuſes loix
Qui réuniffent
Sujets & Rois.
Vive LOUIS!
Vive notre cher Maître !
Lui
Fieremt
Fieres trompettes , Laissés aux muse.Quandla
paice Comble nos souhaits, Anglois et Fieux Nos
transports etnos voeux Etque les Dieux Qr applau
dissent Aux heureuses loix Qui reunissl faitre
naitreparmi nous lesjeux et les ris , Cont tout
+
us prouve l'amour, En cejour En sentlerensnos con
nous
certs :Fieres trompettes , Laissés aux mus voix.
D
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
Vive notre cher Maître !
Lui
AOUST. 1763. 73
"Lui feul fait renaître
Parmi nous les jeux & les ris
Chantons ,
Célébrons ,
Chantons notre bonheur :
Son coeur ,
A fon tour ,
Dont tout nous prouve l'amour ,
En ce jour ,
En fent le retour.
Que nos tranſports ,
Que nos accords
Frappent les airs ,
Et répétons dans nos concerts :
Fières Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
Accompagner nos coeurs & hos voix.
Par M. D. L. P...
la Paix. ParM. DARD , de l'Académie
Royale de Mufique..
PAROD I E.
FIERES IERES Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
En ce jour le foin d'accompagner nos voix.
Quand la Paix
Comble nos fouhaits ,
Anglois
Et François ,
Chantons fes attraits ;
Portons tous jufqu'aux Cieux
Nos tranfports & nos voeux ;
Et que les Dieux
Qui nous rendent tous heureux
Ainfi qu'eux ,
S'uniffent
En choeur applaudiſſent
Aux heureuſes loix
Qui réuniffent
Sujets & Rois.
Vive LOUIS!
Vive notre cher Maître !
Lui
Fieremt
Fieres trompettes , Laissés aux muse.Quandla
paice Comble nos souhaits, Anglois et Fieux Nos
transports etnos voeux Etque les Dieux Qr applau
dissent Aux heureuses loix Qui reunissl faitre
naitreparmi nous lesjeux et les ris , Cont tout
+
us prouve l'amour, En cejour En sentlerensnos con
nous
certs :Fieres trompettes , Laissés aux mus voix.
D
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
Vive notre cher Maître !
Lui
AOUST. 1763. 73
"Lui feul fait renaître
Parmi nous les jeux & les ris
Chantons ,
Célébrons ,
Chantons notre bonheur :
Son coeur ,
A fon tour ,
Dont tout nous prouve l'amour ,
En ce jour ,
En fent le retour.
Que nos tranſports ,
Que nos accords
Frappent les airs ,
Et répétons dans nos concerts :
Fières Trompettes ,
Laiffez aux Muſettes ,
Laiffez aux Hautbois
Accompagner nos coeurs & hos voix.
Par M. D. L. P...
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16407
p. 74-75
RÉPONSE de M. DE SAINTFOIX, à M. L. C. D. L. V. ****
Début :
Vous mécrivez, Monsieur, que vous venez de lire dans l'histoire de [...]
Mots clefs :
Éclaircissements, Tombeaux, Ducs, Princesse de Bretagne, Collier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. DE SAINTFOIX, à M. L. C. D. L. V. ****
RÉPONSE de M. DE SAINTFOIX,
à M. L. C. D. L. V. ****
Vous mécrivez , Monfieur , que
vous venez de lire dans l'hiftoire de
d'Aubigné , T.3 , L. 1 , pag. 33 , que
Mademoiſelle de Rieux , Princeffe de
Bretagne, penfa devenirReine de France ,
le Duc d'Anjou , depuis Henri III, ayant
voulu l'époufer. Vous me demandez des
éclairciffemens
fur ce titre de Princeffe
de Bretagne, & de Princes qu'on voit
fur des tombeaux de la Maifon de Rieux ,
Les éclairciffemens que je puis vous donner
quant à préfent , ne feront pas longs ,
mais pofitifs. Les Sires de Rieux fe
qualifioient Seigneurs du Sang , & l'on
voit dans les regiftres des tenues des
Etats de Bretagne en 1576 & 1582 ,
que cette qualification fut confirmée
même à leurs cadets , par l'affemblée des
Etats , Pourquoi cette qualification ?
parce qu'ils defcendoient de nos anciens
Ducs par Rodald de Rieux , petit-fils
AOUST. 1763. 75
*
d'Alain dit le Grand , Duc de Bretagne
.
Les Colliers de l'Ordre de l'Hermine
felon la qualité des perfonnes à qui nos
Ducs les donnoient, étoient d'or, de vermeil
, ou fimplement d'argent; ils ne donnoient
fans doute le Collier d'or qu'à
leurs très -proches parens, ou aux Princes,
ou à ceux qui en deſcendoient. Dans les
comptes de Guillaume de Boigier , Tréforier
de l'épargne , années 1453 , 1454
& 1455 , on lit que le Duc a fait faire
un Collier d'or pour lui , au lieu du fien
qu'il avoit donné au beau confin de Rieux.
On lit encore dans d'autres articles , la
Ducheffe Ifabeau d'Ecoffe , Collier d'or.
Le beau corfin de Rieux , Collier d'or.
Le frere de la Reine de Bohême , Collier
d'or.
Renée de Rieux , que Henri III voulut
'époufer , étoit niéce de Claude de Rieux
qui avoit époufé le 13 Décembre 1529 ,
Sufanne de Bourbon , Fils unique de
Louis de Bourbon , Prince de la Rochefur-
yon , & de Louis de Bourbon Montpenfier.
J'ai l'honneur d'être , &c.
* Alain , petit-fils de Nominoë Roi de toute
L'Armorique , commença de régner en 879.
à M. L. C. D. L. V. ****
Vous mécrivez , Monfieur , que
vous venez de lire dans l'hiftoire de
d'Aubigné , T.3 , L. 1 , pag. 33 , que
Mademoiſelle de Rieux , Princeffe de
Bretagne, penfa devenirReine de France ,
le Duc d'Anjou , depuis Henri III, ayant
voulu l'époufer. Vous me demandez des
éclairciffemens
fur ce titre de Princeffe
de Bretagne, & de Princes qu'on voit
fur des tombeaux de la Maifon de Rieux ,
Les éclairciffemens que je puis vous donner
quant à préfent , ne feront pas longs ,
mais pofitifs. Les Sires de Rieux fe
qualifioient Seigneurs du Sang , & l'on
voit dans les regiftres des tenues des
Etats de Bretagne en 1576 & 1582 ,
que cette qualification fut confirmée
même à leurs cadets , par l'affemblée des
Etats , Pourquoi cette qualification ?
parce qu'ils defcendoient de nos anciens
Ducs par Rodald de Rieux , petit-fils
AOUST. 1763. 75
*
d'Alain dit le Grand , Duc de Bretagne
.
Les Colliers de l'Ordre de l'Hermine
felon la qualité des perfonnes à qui nos
Ducs les donnoient, étoient d'or, de vermeil
, ou fimplement d'argent; ils ne donnoient
fans doute le Collier d'or qu'à
leurs très -proches parens, ou aux Princes,
ou à ceux qui en deſcendoient. Dans les
comptes de Guillaume de Boigier , Tréforier
de l'épargne , années 1453 , 1454
& 1455 , on lit que le Duc a fait faire
un Collier d'or pour lui , au lieu du fien
qu'il avoit donné au beau confin de Rieux.
On lit encore dans d'autres articles , la
Ducheffe Ifabeau d'Ecoffe , Collier d'or.
Le beau corfin de Rieux , Collier d'or.
Le frere de la Reine de Bohême , Collier
d'or.
Renée de Rieux , que Henri III voulut
'époufer , étoit niéce de Claude de Rieux
qui avoit époufé le 13 Décembre 1529 ,
Sufanne de Bourbon , Fils unique de
Louis de Bourbon , Prince de la Rochefur-
yon , & de Louis de Bourbon Montpenfier.
J'ai l'honneur d'être , &c.
* Alain , petit-fils de Nominoë Roi de toute
L'Armorique , commença de régner en 879.
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16408
p. 76-78
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur la mort de M. DE BULLIOUD, Capitaine de Carabiniers, Chevalier de S. Louis, qu'une maladie de poitrine vient d'enlever à 22 ans.
Début :
MONSIEUR, J'aurois continué à gémir seul de la mort de M. de Bullioud [...]
Mots clefs :
Tranquillité, Amitié, Mort, Lauriers, Honneur, Nation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur la mort de M. DE BULLIOUD, Capitaine de Carabiniers, Chevalier de S. Louis, qu'une maladie de poitrine vient d'enlever à 22 ans.
LETTRE à M. DE LA PLACE , fur
la mort de M. DE BULLIOUD
Capitaine de Carabiniers , Chevalier
de S. Louis , qu'une maladie de
poitrine vient d'enleyer à 22 ans.
"
MONSIEUR,
J'aurois continué à gémir feul de la
mort de M. de Bullioud , fi voyant le
filence qu'ont obfervé tous les papiers
publics fur cet événement , je ne me
croyois obligé de l'annoncer. Ce n'eſt
pas fimplement le devoir de l'amitié que
je remplis , ma douleur eût fuffi, Mais il
étoit dans cette claffe d'hommes , dont
-les tombeaux doivent être couronnés
de lauriers , & qui méritent autant d'encens
que de pleurs. Il s'eft fait connoître
à l'âge de 16 ans par une de
ces actions éclatantes , qui font honneur
à la Nation qui les produit , &
que l'on fait ordinairement paffer à la
-postérité. Tout le monde à lû dans les
Gazettes le fait fingulier qui lui a valu
à la Bataille de Crevelt la Croix de
Saint Louis , & le grade de Capitaine de
Carabiniers , dans un âge , ou à peine
les mères ofent expofer leurs enfans aux
AOUST. 1763. 77
dangers & aux fatigues de la guerre . Il
joignoit à ces qualités héroïques , toutes
ceiles de la fociété. Son éffai dans la
Littérature * , malgré fon incorrection ,
annonçoit de grandes difpofitions &
beaucoup de facilité. Je regarde fa mort
comme un malheur , & fa vie comme
un exemple. Les récompenfes qu'il a
reçues d'un gouvernement jufte , font
un encouragement de plus , pour les
jeunes gens qui marcheront fur fes traces.
Vous jugez , Monfieur , qu'avec
l'idée que j'avois de ce refpectable ami ,
j'ai éprouvé la plus vive douleur en le
voyant pendant deux ans miné par une
maladie qui ne lui pouvoit laiffer attendre
que la mort. C'eft dans cette cruelle
fituation qu'il s'eft livré à l'étude avec
cette noble tranquillité , qui caractériſe
une âme auffi pure & auffi élevée que
la fienne. Je plains toutes les perfonnes
qui s'étoient attachées à lui . Je fuis heureux
cependant d'avoir eu avec lui des
relations qui me laiffent des exemples à
fuivre.
Bullioud eft mort au Printems de fonâge
Comme une fleur , il n'a duré qu'un jour ;
De Mars il avoit le courage ,
Et l'air féduifant de l'amour.
La Pétriffée
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
La gloire en Lettres d'or a gravé dans fon Temple
Un trait de la prudence & de fa fermeté ,
Pour qu'aux plus vieux Guerriers il pûc fervir
d'exemple ,
Et lui valoir l'honneur de l'immortalité.
la mort de M. DE BULLIOUD
Capitaine de Carabiniers , Chevalier
de S. Louis , qu'une maladie de
poitrine vient d'enleyer à 22 ans.
"
MONSIEUR,
J'aurois continué à gémir feul de la
mort de M. de Bullioud , fi voyant le
filence qu'ont obfervé tous les papiers
publics fur cet événement , je ne me
croyois obligé de l'annoncer. Ce n'eſt
pas fimplement le devoir de l'amitié que
je remplis , ma douleur eût fuffi, Mais il
étoit dans cette claffe d'hommes , dont
-les tombeaux doivent être couronnés
de lauriers , & qui méritent autant d'encens
que de pleurs. Il s'eft fait connoître
à l'âge de 16 ans par une de
ces actions éclatantes , qui font honneur
à la Nation qui les produit , &
que l'on fait ordinairement paffer à la
-postérité. Tout le monde à lû dans les
Gazettes le fait fingulier qui lui a valu
à la Bataille de Crevelt la Croix de
Saint Louis , & le grade de Capitaine de
Carabiniers , dans un âge , ou à peine
les mères ofent expofer leurs enfans aux
AOUST. 1763. 77
dangers & aux fatigues de la guerre . Il
joignoit à ces qualités héroïques , toutes
ceiles de la fociété. Son éffai dans la
Littérature * , malgré fon incorrection ,
annonçoit de grandes difpofitions &
beaucoup de facilité. Je regarde fa mort
comme un malheur , & fa vie comme
un exemple. Les récompenfes qu'il a
reçues d'un gouvernement jufte , font
un encouragement de plus , pour les
jeunes gens qui marcheront fur fes traces.
Vous jugez , Monfieur , qu'avec
l'idée que j'avois de ce refpectable ami ,
j'ai éprouvé la plus vive douleur en le
voyant pendant deux ans miné par une
maladie qui ne lui pouvoit laiffer attendre
que la mort. C'eft dans cette cruelle
fituation qu'il s'eft livré à l'étude avec
cette noble tranquillité , qui caractériſe
une âme auffi pure & auffi élevée que
la fienne. Je plains toutes les perfonnes
qui s'étoient attachées à lui . Je fuis heureux
cependant d'avoir eu avec lui des
relations qui me laiffent des exemples à
fuivre.
Bullioud eft mort au Printems de fonâge
Comme une fleur , il n'a duré qu'un jour ;
De Mars il avoit le courage ,
Et l'air féduifant de l'amour.
La Pétriffée
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
La gloire en Lettres d'or a gravé dans fon Temple
Un trait de la prudence & de fa fermeté ,
Pour qu'aux plus vieux Guerriers il pûc fervir
d'exemple ,
Et lui valoir l'honneur de l'immortalité.
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16409
p. 78-84
REMARQUES sur le véritable sens de deux Vers de MARTIAL, & sur la meilleure manière de les traduire.
Début :
EN m'amusant à parcourir les Lettres de Bussy, je me suis arrêté quelque [...]
Mots clefs :
Vers, Épigramme, Traductions, Distique, Véritable sens, Nature, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur le véritable sens de deux Vers de MARTIAL, & sur la meilleure manière de les traduire.
REMARQUES fur le véritable fens de
deux Vers de MARTIAL, & fur la
meilleure manièrede les traduire .
E
N m'amufant à parcourir les Lettres
de Buffy , je me fuis arrêté quelque
temps à la CLXI. Tome V. de l'édition
d'Amfterdam , 1738 , page 171. Ily eft
queftion de ces deux Vers de Martial :
Immodicis brevis eft ætas , & rara fenectus .
Quidquid ames , cupias non placuiſſe nimis.
Buffy rapporte diverſes manières de
traduire ces vers ; mais il me femble .
qu'il n'y en a aucune qui foit heureuſe,
D'abord, en confidérant ces vers comme
ifolés , on pourroit les appliquer à ceux
qui font des excès , ou de trop grands
efforts dans quelque genre que ce foit ,
& qui ne peuvent manquer d'abréger
par là leur carrière . D'après ce fens , j'ai
effayé de rendre ce Diftique de la manière
fuivante :
On ne peut marcher vire , & faire longue route ;
Des plaifirs trop ardens font bientôt en déroute.
AOUST. 1763. 79
Ou de celle- ci :
Tout excès fait périt , ou hâte les années.
Aimons les voluptés , mais douces & bornées.
Si ces deux traductions n'ont pas le
mérite de la Poëfie , dont je n'ai garde
de me piquer , elles ont au moins celui
de la précifion , en rendant l'une &
l'autre le Distique de Martial par un
autre Diftique , au lieu que les traductions
de Buffy & de,fes contemporains
font plûtôt des paraphrafes , ayant chacune
quatre vers.
Mais avant que de les rapporter , il
faut revenir au véritable fens des paroles
de Martial. Il n'a point en vue ceux
qui fortent eux-mêmes des bornes ordinaires
de la Nature, foit par leur génie
& leurs talens , foit par un goût immodéré
pour les plaifirs . Non : il s'agit de
ceux que la Nature elle-même a diftingués
, privilégiés , mis hors du pair , pardes
qualités rares , tant du corps que de
l'efprit , de ces jeunes gens qui , par l'un
ou l'autre de ces endroits , font regardés
comme des prodiges , ou même qui les
réuniffent , comme le faifoit celui dont
Martial déplore la perte. De tels phénomènes
, felon lui , difparoiffent bientôt
ces jeunes gens font immanqua-
Div '
80 MERCURE DE FRANCE.
blement enlevés au Monde avant que
d'avoir atteint la confiftance de l'âge viril.
Les Commentateurs prétendent que
cette opinion tient à un préjugé du Paganifme,
fuivant lequel les Dieux étoient
fufceptibles de jaloufie , & faifoient périr
les objets trop parfaits que cette Terre
produit de temps en temps. Quoiqu'it
en foit , il faut lire l'Epigramme entière
que les deux vers en queftion terminent.
Cette Épigramme , auffi bien auffi bien que celle
qui la précéde ( Lib. VI . Epigr. xxvIIF
& XXIX.)roule fur Glaucias . Ce jeune
affranchi d'un Seigneur Romain , nommé
Relior Atedius , étoit mort dans fa
treiziéme année , & fes rares qualités
excitoient les plus douloureux regrets ;
c'eft pour les adoucir que le Poëte conclut
par une réfléxion morale, en exhor
tant à ne pas s'attacher à des objets charmans
à la vérité , mais dont la durée
eft pour l'ordinaire fi courte .
Ecoutons à préfent Buffy. Il traduit
d'abord ces deux vers dans la profe
fuivante. Les gens au-deffus du commun
rarement vivent long -temps ; ainfije vous
confeille de fouhaiter que ce que vous
aimerez, ne vous plaife point trop . Tout
cela ne me paroît pas trop bien exprimé.
Les gens au-deffus du commun rendent
fort imparfaitement le mot immodici
AOUST. 1763.
2r
pour lequel , à la vérité , il feroit difficile
de trouver dans notre Langue un terme
propre. Je ne fçais fi celui d'extraordinaire
ne vaudroit pas du moins un peu
mieux. Les hommes extraordinaires font
de courte vie , & vieilliffent rarement.
Buffy dit rarement vivent long-temps ;
ce qui , outre l'inconvénient de la cacophonie
, ne répond pas à l'original ,
où il y a deux idées , fynonymes. à la
vérité , mais féparément énoncées , vivre
peu, & vieillir rarement. Continuons
Ainfi je vous confeille eft une longueur
mutile . Il s'agit feulement de bien rendre
2
Quidquid ames , cupias non placuiffe nimis ..
J'avoue que cela n'eft pas aife ; it
y a d'abord une efpèce d'équivoque qui
naît de la conftruction Latine , car cela
peut également fignifier , illud non placuiffe
tibi , ou te non placuiffe illi : en
François , qu'il vous plaife , ou que vous
lui plaifiez. Le but de Martial raraène
pour tant au premier de ces deux fens
Il ne refte qu'à faire .fortir l'idée renfermée
dans ces termes ; ce fera ,
ne me trompe , en difant : Quel que
foit l'objet de votre attachement , ne defirez
pas qu'il ait trop de charmes. Et
pourquoi ? C'eft que plus cet objet fera.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
effectivement doué d'avantages rares ,
de qualités merveilleufes , plus vous
courrez rifque de le perdre , & de fentir
vivement fa perte. Il s'agit à préfent de
voir quel est le meilleur tour qu'on pour
roit donner à cette penſée , en la mettant
en vers François.
Voici les trois Traductions rapportées
dans la Lettre de Buffy.
La première eft de Pellion.
Telle eft la loi du Ciel : nul excès n'eft durable,
S'il paffe le commun , il paffe promptement.
Voulez -vous être heureux ? Souhaitez en aimant
Que ce que vous aimez ne foit point trop aimable.
La feconde eft d'un Religieux défigné
par les lettres S. C.
Telle eft la loi du Ciel ; nul excès n'eft durable.
Tout fentiment outré le détruit promptement.
Voulez -vous éviter des chagrins en aimant ?
Evitez d'aimer trop un objet très - aimable .
La troifiéme enfin eft celle de Buffy
même.
Telle eft la loi du Ciel ; nul excès n'eft durable.
Ce qui n'eſt pas commun , paffe fort promptement
;
Ainfi , pour éviter des chagrins en aimant ,
Il faudroit n'aimer rien d'extrêmement aimable.
Indépendamment de la fidélité , j'ofe
AOUST. 1763 . 83
"
dire que la verfification de ces trois
Traductions me paroît tout-à-fait profaïque
; mais revenons à l'idée formelle ,
à l'intention pofitive de Martial. Buffy
déclare & foutient à plufieurs repriſes
qu'il n'y a pas de bon fens dans cette
Epigramme. La raifon qu'il en allégue,
» c'eft que perfonne n'aime jamais , foit
» en amour , foit en amitié , qu'il ne
» fouhaite que l'objet auquel il s'attache
»foit parfaitement aimable. » Mais je
crois que Buffy fait tort à Martial, &
que celui ci a penfé très -jufte. Il exige ,
non que nous fouhaitions de ne pas
trouver trop aimable ce que nous aimons
, mais qu'avant de nous attacher ,
nous prenions la précaution de ne pas
faire choix de ces objets extraordinaires ,
immodici , que nous perdons bien- tôt.
Il y a peut-être un peu trop de concifion
dans le vers qui exprime cette penfée ;
mais il me femble que le fens n'eft point
énigmatique , & furtout qu'il n'eft point
vrai que cette fin d'Epigramme manque
de bon fens. Je ne fais fi je ferai mieux
connoître la vérité de mon affertion ,
en produifant les quatre vers que j'emploie
à traduire ceux de Martial.
De ceux à qui le Ciel prodigue fes faveurs ,
La mort toujours trop tôt nous arrache des
pleurs, D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
N'aimons point ces objets dont les charme
raviffent.
Il en coûte , hélas ! trop lorſqu'ils s'évanouiffent.
Voilà , fi je ne me trompe , & le
fonds de la penfée de Martial , & l'équivalent
de fes expreffions . Peut-être
que ces deux petits vers de Quinault
vaudroient encore mieux .
N'aimons jamais , ou n'aimons guères ;
Il est dangereux d'aimer tant.
Par M. Formey, Secrétaire perpétuel de
l'Académie Royale de Pruffe,
deux Vers de MARTIAL, & fur la
meilleure manièrede les traduire .
E
N m'amufant à parcourir les Lettres
de Buffy , je me fuis arrêté quelque
temps à la CLXI. Tome V. de l'édition
d'Amfterdam , 1738 , page 171. Ily eft
queftion de ces deux Vers de Martial :
Immodicis brevis eft ætas , & rara fenectus .
Quidquid ames , cupias non placuiſſe nimis.
Buffy rapporte diverſes manières de
traduire ces vers ; mais il me femble .
qu'il n'y en a aucune qui foit heureuſe,
D'abord, en confidérant ces vers comme
ifolés , on pourroit les appliquer à ceux
qui font des excès , ou de trop grands
efforts dans quelque genre que ce foit ,
& qui ne peuvent manquer d'abréger
par là leur carrière . D'après ce fens , j'ai
effayé de rendre ce Diftique de la manière
fuivante :
On ne peut marcher vire , & faire longue route ;
Des plaifirs trop ardens font bientôt en déroute.
AOUST. 1763. 79
Ou de celle- ci :
Tout excès fait périt , ou hâte les années.
Aimons les voluptés , mais douces & bornées.
Si ces deux traductions n'ont pas le
mérite de la Poëfie , dont je n'ai garde
de me piquer , elles ont au moins celui
de la précifion , en rendant l'une &
l'autre le Distique de Martial par un
autre Diftique , au lieu que les traductions
de Buffy & de,fes contemporains
font plûtôt des paraphrafes , ayant chacune
quatre vers.
Mais avant que de les rapporter , il
faut revenir au véritable fens des paroles
de Martial. Il n'a point en vue ceux
qui fortent eux-mêmes des bornes ordinaires
de la Nature, foit par leur génie
& leurs talens , foit par un goût immodéré
pour les plaifirs . Non : il s'agit de
ceux que la Nature elle-même a diftingués
, privilégiés , mis hors du pair , pardes
qualités rares , tant du corps que de
l'efprit , de ces jeunes gens qui , par l'un
ou l'autre de ces endroits , font regardés
comme des prodiges , ou même qui les
réuniffent , comme le faifoit celui dont
Martial déplore la perte. De tels phénomènes
, felon lui , difparoiffent bientôt
ces jeunes gens font immanqua-
Div '
80 MERCURE DE FRANCE.
blement enlevés au Monde avant que
d'avoir atteint la confiftance de l'âge viril.
Les Commentateurs prétendent que
cette opinion tient à un préjugé du Paganifme,
fuivant lequel les Dieux étoient
fufceptibles de jaloufie , & faifoient périr
les objets trop parfaits que cette Terre
produit de temps en temps. Quoiqu'it
en foit , il faut lire l'Epigramme entière
que les deux vers en queftion terminent.
Cette Épigramme , auffi bien auffi bien que celle
qui la précéde ( Lib. VI . Epigr. xxvIIF
& XXIX.)roule fur Glaucias . Ce jeune
affranchi d'un Seigneur Romain , nommé
Relior Atedius , étoit mort dans fa
treiziéme année , & fes rares qualités
excitoient les plus douloureux regrets ;
c'eft pour les adoucir que le Poëte conclut
par une réfléxion morale, en exhor
tant à ne pas s'attacher à des objets charmans
à la vérité , mais dont la durée
eft pour l'ordinaire fi courte .
Ecoutons à préfent Buffy. Il traduit
d'abord ces deux vers dans la profe
fuivante. Les gens au-deffus du commun
rarement vivent long -temps ; ainfije vous
confeille de fouhaiter que ce que vous
aimerez, ne vous plaife point trop . Tout
cela ne me paroît pas trop bien exprimé.
Les gens au-deffus du commun rendent
fort imparfaitement le mot immodici
AOUST. 1763.
2r
pour lequel , à la vérité , il feroit difficile
de trouver dans notre Langue un terme
propre. Je ne fçais fi celui d'extraordinaire
ne vaudroit pas du moins un peu
mieux. Les hommes extraordinaires font
de courte vie , & vieilliffent rarement.
Buffy dit rarement vivent long-temps ;
ce qui , outre l'inconvénient de la cacophonie
, ne répond pas à l'original ,
où il y a deux idées , fynonymes. à la
vérité , mais féparément énoncées , vivre
peu, & vieillir rarement. Continuons
Ainfi je vous confeille eft une longueur
mutile . Il s'agit feulement de bien rendre
2
Quidquid ames , cupias non placuiffe nimis ..
J'avoue que cela n'eft pas aife ; it
y a d'abord une efpèce d'équivoque qui
naît de la conftruction Latine , car cela
peut également fignifier , illud non placuiffe
tibi , ou te non placuiffe illi : en
François , qu'il vous plaife , ou que vous
lui plaifiez. Le but de Martial raraène
pour tant au premier de ces deux fens
Il ne refte qu'à faire .fortir l'idée renfermée
dans ces termes ; ce fera ,
ne me trompe , en difant : Quel que
foit l'objet de votre attachement , ne defirez
pas qu'il ait trop de charmes. Et
pourquoi ? C'eft que plus cet objet fera.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
effectivement doué d'avantages rares ,
de qualités merveilleufes , plus vous
courrez rifque de le perdre , & de fentir
vivement fa perte. Il s'agit à préfent de
voir quel est le meilleur tour qu'on pour
roit donner à cette penſée , en la mettant
en vers François.
Voici les trois Traductions rapportées
dans la Lettre de Buffy.
La première eft de Pellion.
Telle eft la loi du Ciel : nul excès n'eft durable,
S'il paffe le commun , il paffe promptement.
Voulez -vous être heureux ? Souhaitez en aimant
Que ce que vous aimez ne foit point trop aimable.
La feconde eft d'un Religieux défigné
par les lettres S. C.
Telle eft la loi du Ciel ; nul excès n'eft durable.
Tout fentiment outré le détruit promptement.
Voulez -vous éviter des chagrins en aimant ?
Evitez d'aimer trop un objet très - aimable .
La troifiéme enfin eft celle de Buffy
même.
Telle eft la loi du Ciel ; nul excès n'eft durable.
Ce qui n'eſt pas commun , paffe fort promptement
;
Ainfi , pour éviter des chagrins en aimant ,
Il faudroit n'aimer rien d'extrêmement aimable.
Indépendamment de la fidélité , j'ofe
AOUST. 1763 . 83
"
dire que la verfification de ces trois
Traductions me paroît tout-à-fait profaïque
; mais revenons à l'idée formelle ,
à l'intention pofitive de Martial. Buffy
déclare & foutient à plufieurs repriſes
qu'il n'y a pas de bon fens dans cette
Epigramme. La raifon qu'il en allégue,
» c'eft que perfonne n'aime jamais , foit
» en amour , foit en amitié , qu'il ne
» fouhaite que l'objet auquel il s'attache
»foit parfaitement aimable. » Mais je
crois que Buffy fait tort à Martial, &
que celui ci a penfé très -jufte. Il exige ,
non que nous fouhaitions de ne pas
trouver trop aimable ce que nous aimons
, mais qu'avant de nous attacher ,
nous prenions la précaution de ne pas
faire choix de ces objets extraordinaires ,
immodici , que nous perdons bien- tôt.
Il y a peut-être un peu trop de concifion
dans le vers qui exprime cette penfée ;
mais il me femble que le fens n'eft point
énigmatique , & furtout qu'il n'eft point
vrai que cette fin d'Epigramme manque
de bon fens. Je ne fais fi je ferai mieux
connoître la vérité de mon affertion ,
en produifant les quatre vers que j'emploie
à traduire ceux de Martial.
De ceux à qui le Ciel prodigue fes faveurs ,
La mort toujours trop tôt nous arrache des
pleurs, D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
N'aimons point ces objets dont les charme
raviffent.
Il en coûte , hélas ! trop lorſqu'ils s'évanouiffent.
Voilà , fi je ne me trompe , & le
fonds de la penfée de Martial , & l'équivalent
de fes expreffions . Peut-être
que ces deux petits vers de Quinault
vaudroient encore mieux .
N'aimons jamais , ou n'aimons guères ;
Il est dangereux d'aimer tant.
Par M. Formey, Secrétaire perpétuel de
l'Académie Royale de Pruffe,
Fermer
16410
p. 84-111
THÉATRE de M. FAVART, Ou Recueil des Comédies, Parodies & Opéra-Comiques, qu'il a donnés jusqu'à ce jour, avec les Airs, Rondes & Vaudevilles notés dans chaque Pièce. Nouvelle édition ; en huit Volumes in-8° Paris, 1763, chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût.
Début :
LE Théâtre de M. Favart, si piquant par sa singularité, par la variété des compositions [...]
Mots clefs :
Opéra, Parodie, Pièce, Théâtre, Comique, Vaudevilles, Succès, Couplets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : THÉATRE de M. FAVART, Ou Recueil des Comédies, Parodies & Opéra-Comiques, qu'il a donnés jusqu'à ce jour, avec les Airs, Rondes & Vaudevilles notés dans chaque Pièce. Nouvelle édition ; en huit Volumes in-8° Paris, 1763, chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût.
THEATRE de M. FAVART , Ou
Recueil des Comédies , Parodies &
Opéra - Comiques , qu'il a donnés
jufqu'à ce jour , avec les Airs, Rondes
& Vaudevilles notés dans chaque
Pièce. Nouvelle édition ; en huit Vo-
Lumes in-8 ° Paris , 1763 , chez Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques,
au Temple du Goût..
LE Théâtre de M. Favart, fi piquant
par fa fingularité , par la variété des com
'AQUST. 1763. 85
pofitions , & par les agrémens répandus
dans toutes celles qu'il nous préſente ,
réunit prèfque tous les genres qui , depuis
trente ans , ont fait l'objet des
Spe&acles. Opéra-Comiques , Parodies ,
Comédies Lyriques , Paftorales , Piéces
de fentimens, & c, tout ce que le Théâtre
Italien & celui de la Foire ont produit
de plus ingénieux dans les nouveaux
genres qui s'y font introduits fucceffivement
, fe trouve ici raffemblé. Ainfi
ceux qui voudront connoître les divers.
génies de ces deux Théâtres , dans la
durée du temps qu'embraffe la collection
de fes Ouvrages , les y reconnoîtront
fans peine , parce qu'il leur a
fouvent donné le ton , au lieu de le prendre
; ce qui montre , dans cet agréable
Écrivain , une ſupériorité de talens qu'on
ne met plus en queftion . L'hiftoire des
productions de M. Favart , eft donc en
quelque forte celle des deux Théâtres
auxquels il s'eft le plus attaché , & l'on
verra qu'aucun Auteur n'a mieux réuffi
à varier nos amufemens à ces deux
Spectacies.
De ces genres de compofition fi différens
, fi difparates , & qui fans doute
demandoient une grande foupleffe d'ef
prit , conclura-t-on qu'il a déféré à l'inſ86
MERCURE DE FRANCE.
tabilité de nos goûts , à l'inconftance
naturelle qui nous emporte rapidement
vers tous les objets où nous croyons voir
quelque lueur de nouveauté ? Il nous
femble au moins qu'on doit faire une
diftinction , que nous laifferons développer
à ceux qui en auront le loiſir. Il
y a un Goût indépendant de nos moeurs
& de notre génie , une forte de fentiment
général qui fixe par- tout les idées du
beau , du bon , du mauvais , fous quelque
forme qu'ils fe produifent ; & c'eftlà
le Goût , abfolument dit , Goût uniforme
& invariable chez tous les Peuples
où font cultivés les Lettres & les Arts.
Il y a un Goût national , qui tient entièrement
à nos moeurs , au caractère général
, à nos préjugés , & dont toutes
nos productions , tous nos jugemens
ont plus ou moins l'empreinte. Ce Goût
national peut fe modifier , & fe modifie
en effet chez nous plus que chez tous les
autres Peuples. De- là tous ces goûts
paffagers , dont les viciffitudes , courtes
& foudaines , influent d'une manière fi
fenfible fur nos amufemens en tout
genre.
M. Favart eft venu , fi on l'ofe dire
dans le temps critique de la plus grande
effervefcence , de la plus grande mobiAOUST.
1763. 87
lité de ce goût fi léger , fi fugitif , A
difficile à fixer , & il s'eft voué aux deux
Théâtres où fon inconftance eſt le plus
marquée. Il a commencé par celui de
la Foire , connu fous le nom d'Opéra-
Comique , & c'eft-là qu'il a fait fes premieres
armes. Mais voyons en quel état
étoit alors ce Spectacle .
*
Le Théâtre de la Foire , formé en
partie des débris de l'ancien Théâtre
Italien qui fut fupprimé en 1697 , s'établit
fous différens noms , vers le commencement
du fiécle ; mais ce fut
fous la Régence ( en 1719 ou 1720 )
qu'il prit , avec une forme plus conſtante
& plus régulière , le nom d'Opéra-Comique.
On pourroit cependant lui trouver
une origine bien plus ancienne ,
fondée fur deux Piéces peu connues , &
qui font dans le cabinet de M. Favart.
L'une eft intitulée la Comédie des Chan
fons , & imprimée à Paris , chez Touffaint
Quinet , au Palais en 1640. L'au
tre, qui a pour titre l'Inconftant Vaincu,
* La réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie
Italienne , l'a fait revenir en quelque forte à
fes premiers élémens ; & l'on n'a guères fait autre
chofe que reftituer à celle- ci ce qui en avoit été
démembré . La fente comparaifon du Théâtre de
Gherardi avec celui dela Foire , fuffira pour juftifier
cette réfléxion .
88 MERCURE DE FRANCE.
eft une Paftorale en chanfons : elle parut
environ vingt ans après la première , &
elle eft imprimée à Paris , chez Etienne
Loyfon , en 1661 .
» n'a
-
» La Comédie des Chanfons ( aux
» termes de l'Avertiffement qu'on y
» lit ) , faite de piéces rapportées où l'on
pas ajouté un mot , eft une efpéce
» de Mofaïque compofée de Vaudevilles
» & d'Airs de Cour , comme on diſoit
alors ». Voilà donc bien formellement
l'Opéra- Comique tenté dès 1640 , & en
même temps la Parodie. Car ( au moins
fuivant l'Editeur ) , autre que dans
» cette Comédie il n'y a pas un mot qui
» ne foit un vers ou un couplet de quel-
» que chanfon tel en eft l'artifice
» qu'une chanfon ridicule répond fou-
» vent à une des plus férieuſes , & une
» vieille à une nouvelle ». Au refte ,
cette Piéce , quoiqu'imprimée avec privilége
du Roi , eft extrêmement licencieuſe
, fans moeurs , fans intérêt , fans
intrigue. On y peint des amours földatefques
, une jeune fille très-libertine
qui fe trouve groffe , & qui eft toujours
dans le cas d'une occafion prochaine..
Enfin , elle n'a d'autre mérite que de
dater de plus d'un fiécle , & de nous.
avoir confervé quelques couplets paffa
bles pour le temps..
AOUST. 1763. 89
, L'Inconftant Vaincu malgré les
grands Airs dont cette Piéce eft compofée
, malgré le férieux des amours
qu'elle repréfente , vaut encore moins
que la premiére. On a voulu l'égayer ,
en y introduifant une forte de Goinfre
ou d'ivrogne toujours cloué au cabaret
, & une eſpèce d'amant tranfi , qui ,
pour fe dépiquer du mauvais fuccès de
fes très-froides amours , prend le même
parti : mais tout cela du plus bas comique
& fans aucun fel.
Quelle que foit l'origine de l'Opéra-
Comique , il s'accrédita dans ces tems
de vertige , où le fyftême ayant confondu
tous les états , par dès fortunes
auffi étranges que rapides , entraînoit
néceffairement la corrupsion du goût
& des moeurs. Ce Spectacle , alors
très - licentieux , ne faifoit que par
* Cé SpeЯacle , fi analogue au fond de gaie
té , au génie chantant qui caractérisent la Nation
, a fûrement précédé les Opéra Bouffons
d'Italie. La Pomone de l'Abbé Perrin , ( où
les Satyres de la fuite de Priape voulant embraffer
les Filles de Lamfaque , celles - ci fe
changent en autant de buiffons d'épines ; les
premiers Opéra de Quinaut , Cadmus & Al
cefte , mêlés de Seénes (comiques , le Pourceaugnac
de Moliere , & quelques ; divertiffemens du
même, fembloient avoir indiqué ce genre.
90 MERCURE DE FRANCE.
ler à- peu-près le langage des fociétés :
fa licence , par conféquent , devoit moins
être imputée aux Auteurs qui en fouilloient
leurs écrits , qu'au Public même
dont il falloit malheureufement flater la
dépravation , pour l'attirer & obtenir
fon fuffrage.
Le Sage , Dorneval , Fufelier, & quelques
autres bons Ecrivains , tenterent
d'annoblir l'Opéra - Comique. Ils commencerent
à le purger des obfcénités
les plus groffières , ou du moins à y
introduire , avec plus de fineffe & plus
d'art , le goût de la bonne plaifanterie .
S'ils ne purent pas remplir entierement
leur objet , c'eft que l'on étoit prévenu
qu'une liberté cynique conftituoit ce
genre , & qu'elle en devoit être le
caractère diftin &tif. Le vice étoit trop
enraciné ; il falloit du temps pour le
détruire , & ce n'eft que par degrés
qu'on eft parvenu à rendre ce Spectacle
digne des honnêtes gens. Cependant il
fut dès les premiers temps l'Ecole de nos
meilleurs Comiques , qui tous s'effay erent
dans ce genre. Mais pour en bien
diftinguer les caractères , il faut le divifer
en quatre Ages.
Un Greffier de la Ville , aidé de quelAOUST.
1763. 91
ques amis , commença à mêler des couplets
dans des Scènes empruntées du
Théâtre Italien , ou compofées dans le
goût de ce Théâtre. L'Abbé Pelegrin,
qui n'avoit encore fait que des Cantiques
Spirituels , qu'on pouvoit eftimer, mais
qu'on payoit mal , crut être mieux récompenfé
en confacrant fes talens Lyriques
au genre profane . Il fit le premier
pour la Foire quelques Pièces en
Vaudevilles ; & comme ce Spectacle
étoit livré à toute la licence que les
moeurs toléroient alors , il n'y épargna
pas le gros fel . C'eft à ce temps qu'on
peut rapporter le premier Age de l'Opéra-
Comique. Le Sage , Dorneval , Fufelier,
la Font , le Grand , & l'Auteur de la
Métromanie, qui foutinrent affez longtemps
fa fortune , appartiennent à ce
premier âge. Quelques - unes de leurs
productions fe reffentoient peut - être
encore de la liberté des chanfons de
Blot , & des groffes gaietés de Dancourt,
qui femble avoir auffi contribué à donner
le ton au Théâtre de la Foire ; mais
on vit du moins percer l'efprit , le bon
goût dans ce qu'ils hafarderent de plus
libre. La Philofophie même s'en mêla :
le Sage en fit entrer des traits dans les
92 MERCURE DE FRANCE .
Pèlerins de la Mecque , & dans quelques
autres Piéces .
Nous fixerons le fecond Age de l'Opera-
Comique au premier temps de M.
Pannard , qui eft celui de Fagan , de
Boiffi , de Carolet , & du début de M.
Favart. M. Pannard , à ce Théâtre , fit
principalement rire la Morale , & perfonne
ne l'a fi bien préfentée fous le
mafque de l'amufant Vaudeville . Caro
let auffi mince Ecrivain qu'obfcène
Comique,ne doit jamais être cité. Quant
aux fieurs Fagan & Boiffy , ils ne prélu→
derent à ce Spectacle que pour s'élever
aux compofitions agréables qu'ils donnerent
depuis aux deux autres. Les premières
Pièces de M. Favart déceloient
déjà fon goût pour le Sentiment , & c'eſt-
,
* Ce Couplet de la Pièce intitulée l'Espéranse
, quoiqu'un peu tourné au fophifme , a més
rité d'être retenu..
Demain eft un jour qui fuit ;
Dont on ne voit point l'exiſtence ;
Au milieu de chaque nuit ,
Il' perd fon nom dans fa naiſſance ;
Quand on croit s'afflurer de lui ,
On trouve que c'eſt Aujourd'hui.
Jüfqu'à préfent aucun Humain.
N'a pu voir arriver demain...
A O UST. 1763. 93
là proprement le genre qu'il a introduit
dans un Spectacle où l'on n'en voyoir
prèfque aucune trace.
2
Le troifiéme Age de l'Opéra - Comique
ne s'étend guères au-delà des deux
principaux Auteurs qui l'ont feuls , àpeu-
près , rempli. M. Favard & le fieur
Vadé fembloient s'être partagé le Spectacle.
Le dernier eft communément regardé
comme l'Inventeur du Genre
Poiffard , & il en eft du moins le Coryphée.
Mais comme le génie ou le talent
particulier d'un Acteur détermine affez
fouvent le goût des compofitions , M.
Favart avoit éffayé ce genre dans les
Bateliers de Saint Cloud , où le Sr
Leclufe rendoit fi naïvement le langage
& le maintien des gens de rivière . On
pourroit même le faire remonter juſqu'à
'Impromptu du Pont -Neuf, donné par
M. Pannard en 1729 , à l'occafion de
la Naiffance de Mgr le Dauphin *.
Dans le quatriéme & dernier Age de
L'Impromptu du Pont-Neufnous rappelle un
fait intérellant , dont il eft bien jufte de faire honneur
à M. Pannard. C'eft lui qui a été le premier
l'organe d'un fentiment imprimé dans tous les
coeurs des François , qui , dans le Vaudeville des
Fêtes Sincères , repréſentées à la Cour en 1744
devant la Reine , a nommé le Roi LOUIS LE
BIEN-AIMÉ,
94 MERCURE DE FRANCE .
l'Opéra-Comique , on voit encore figurer
M. -Favart , & commencer M. Sedaine
, qui par le choix fingulier de fes
fujets , par la conduite de fes Drames &
l'efprit naturel qu'il y fait entrer , a le
mérite , aujourd'hui f rare , d'avoir un
genre à lui , d'être original. Cet Age eſt
celui des Pièces à Ariettes , dont on
peut fixer la première époque à la Parodie
de Raton & Rofette , donnée au
Théâtre Italien par M. Favart en 1753.
Les Troqueurs, de Vadé, mis en Mufique
par M. Dauvergne , font le premier éffai
dans ce genre fait au Théâtre de la Foíre ,
& cet éffai fut trop heureux pour n'être
pas très - promptement imité , comme
on imite parmi nous,avec une espéce de
fureur. De là toutes ces mauvaiſes rapfodies
que leur charivari mufical fait
aujourd'hui paffer dans la foule , mais
qui ne font point illufion à ceux dont
tout l'efprit n'eft pas dans l'oreille.
Si M. Favart , en entrant dans la carrière
, trouva l'Opera - Comique en train
de s'épurer quant au goût & aux moeurs,
il y avoit encore bien de l'ouvrage à
faire , & il a plus contribué que perfonne
à y attacher la décence fi néceffaire
dans tous les amuſemens publics , qui
ne peuvent qu'y gagner de toutes faAOUST.
1762 . 95
cons * . Car quoiqu'en difent les liber
tins , on l'a décidé depuis long- temps:
* Puifque l'occafion fe préfente , rendons au
Sieur Monnet la juftice qu'on ne fçauroit lui
refufer. C'eft à lui que l'Opéra- Comique a dû
le bon ordre , la décence extérieure , & même
l'éclat qui dans les derniers temps l'avoit
élevé au rang des Spectacles réglés . Il obtine
en 1743 , pour fix ans , le Privilége de l'Opé
ra-Comique , & commença par folliciter une
Ordonnance du Roi pour en écarter la Livrée ,
qui de tous temps étoit en polleflion du Parterre.
Il décora très proprement la Salle , n'épargna
rien pour former un bon Orqueftre ,
changea toute la face du Spectacle , & porta
dans toutes fes parties cette intelligence & ce
goût dont il a donné tant de preuves . Tour Paris
vint en foule applaudir aux nouveaux agrémens
d'un Théâtre qui s'annobliffoit de jour en jour,
C'eft dans l'Ambigu de la Folie , ( Parodie des Indes
Galantes , de M. Favart ) qu'il donna à la
Foire S. Laurent même année 1743 ) qu'on vit
éclorre les ralens de trois grands Sujets , Mlle Pu
vigné , Mlle Lany & M. Noverre ;ils danferent le
Pas-de-Trois de l'Acte des Fleurs. La Foire S.
Germain fuivante fut encore plus brillante que
la
premiere. L'Acajou de M. Favart joué d'original
par de bons Acteurs formés au goût du nouveau
Théâtre , eut un fuccès étonnant , & le fieur Monnet
y contribua beaucoup par la dépense qu'il fit
pour cette Pièce. Enfin tel fut le fuccès des deux
Foires , qu'il excita la jaloufie . On infpira à M.
Berger, alors Directeur de l'Opéra , de faire réfi
lier le bail du fieur Monnet, & celui- ci n'eut que
l'honneur d'avoir bien monté le Spectacle qui fit
96 MERCURE DE FRANCE.
ce neft jamais que faute d'efprit , & furtout
d'imagination , quon ne fçait rien
voiler , que l'on voile mal , que l'on defcend
même à ces froides équivoques ,
beaucoup plus méprifables fans doute ,
que toutes les nudités Gauloifes dont
notre délicateffe rougit.
M. Favart étoit fort jeune alors ; car ce
fut en 1734 , à la foire S. Germain , qu'il
donna fa premiere Pièce intitulée les
Deux Jumelles. Cette Pièce en enfanta
plufieurs autres , & prèfque toutes les
années , depuis cette époque , ont été
marquées par de nouvelles productions.
Le Génie de l'Opéra-Comique , & l'Enlévement
Précipité ( 2 Actes ) donné en
1735 ; le nouveau Parnaffe ( 1 Ace ) ,
la Dragonne (2 A&tes ) , l'Amour& l'Innocence
, Ballet entremêlé de Scènes dont
l'idée eft de M. de Verriere , en 1736 ;
le Vaudeville , Prologue , la Pièce fans
titre ou le Prince Nocturne ( 1 Acte ) ,
& Mariane ( 1 A&te ) , en fociété avec
pendant quelques années l'amufement le plus pi
quant de la Capitale. En 1752 , le fieur Monnet
reprit le bail de l'Opéra- Comique , qu'il a continué
jufques & compris 1757. Dans cette même
année 1752, il fit conftruire à fes frais à la Foire
S. Laurent le plus joli Théâtre , & le mieux entendu
peut-être, qu'il y ait en France.
M.
AOUST. 1763 . 97
*
M. Pannard, en 1737 ; * le Bal Bourgeois
( 1 Ade ) , en 1738 ; * Moulinet
Premier , les Réjouiffances Publiques ,
Pièce mêlée d'Intermédes , Harmonide,
Parodie de l'Opéra de Zaïde , ( 3 A&tes) ,
& les Fêtes Villageoifes , ( 2 Actes ) avec
un Prologue , en 1739 ; Pyrame &
Thifbé , Parodie de l'Opéra du même
titre , la Servante Juftifiée , la Barriere
du Parnaffe ou la Mufe Chanfon
niere , les Recrues de l'Opéra- Comique ,
les Epoux , fur un fond procuré par M.
Parmentier , & * les Jeunes Mariés ( 5
Actes ) , en 1740 : voilà vingt Pièces
qui précéderent la Chercheufe d'Esprit ,
& dont on n'a confervé que les quatre
Pièces marquées d'une étoile.
en
LA CHERCHEUSE D'ESPRIT
1741 , développa tous les talens de l'Auteur
, & lui affura le premier rang dans
ce genre de compofition . Cette Pièce
fut fuive dans la même année ( 1741 )
de la Joye , 1 A&te ; de Farinette , Parodie
de Proferpine , 1 Acte ; du Bacha
d'Alger , 1 A&te ; * des Bateliers de
Saint Cloud , I A&te ; des Valets , où
M. Valois d'Orville a eu pait , 1 Acte ;
& en 1742 , de la Fauffe Duegne ,
Sujet fourni par M. Parmentier , en 2
Actes. Ce font fix Pièces à ajouter au
E
98 MERCURE DE FRANCE
dénombrement des productions de l'Aas
teur.
Long-temps avant ces Effais de M.
Favart ( on diftinguera bien les Pièces
que nous ne comprenons point fous le
not d'Effais ) , le Théâtre Italien s'étoit
enrichi d'un nouveau genre , de LA PARODIE
* , qui , felon toutes les apparences
, en l'état où nous l'avons au
jourd'hui , ne nous vient pas directe
ment des Grecs qui l'ont inventée , ou
a bien pris le goût de notre terroir.
M. l'Abbé Sallier , qui voyoit ces
Grecs d'affez près , avoit découvert chez
eux quatre efpèces de Parodies , qu'il
réduit à deux principales , à la Parodie
fimple & narrative , & à la Parodie Dramatique
**. Nous nous fommes emparé
de ces deux - là , & il prétend que
la dernière, c'eft- à-dire la Parodie Théâ
* Ce mot , tout Grec , eft compofé de masa &
du fubftantif on chant . Or la prépoſition Para ,
qui modifie tant de mots Grecs , attache à la fois
à celui-ci une idée de reflemblance & une idée
d'oppofition .
L'invention de celle - ci eft attribuée à Hégé
mon, de Thafus , Ifle de la Mer Egée , lequel
dans la 91. Olympiade apporta une Parodie Dramarique
, au lieu d'une Comédie ordinaire , pour
Ja diftribution des prix qui fe faifoit dans les Jeux
publics.
AO UST. 1763. 99
trale , devient entre les mains de la Critique
le flambeau dont on éclaire les défauts
d'un Auteur qui avoit furpris
l'admiration *. La Motte n'étoit pas
de cet avis. A l'occafion de la Parodie
d'Inès , dont il fut beaucoup trop piqué
pour un homme qui entendoit fi
bien raillerie , il fit un Difcours fur les
Parodies , où il les repréfente comme
une Mode Françoife , fille d'un badinage
dangereux , amufement malin des
efprits fuperficiels. Fufelier lui répondit
vivement dans un Difcours ingénieux
fervant de Préface au Recueil des
Parodies de la Comédie Italienne , publié
chez Briaffonen 1738,& il ne manqua
pas de fe prevaloir de l'autorité du
Sçavant contre le Bel- Efprit qui croyoit
peut-être de bonne foi la Parodie née
Françoife.
Quoique la Motte & fes partifans en
puffent dire , on continuoit de goûter
la Parodie Dramatique , & tous les Opéra
anciens ou nouveaux toutes les
Tragédies nouvelles , payoient un tribut
aux Parodistes. M. Favart fe partagea
donc entre ce genre & l'Opéra- Comique
, & il excella dans l'un & dans
** Mémoires de l'Académie des Infcription &
Belles-Lettres , tom.z. pag. 398.
#
E ij
foo MERCURE DE FRANCE.
"
mo
l'autre. Ce font principalement ces deux
genres qui conftituent fon Théâtre , &
nous allons indiquer les Pièces dont les
huit Tomes font compofés.
IL étoit jufte de donner le pas aux
Pièces du Théâtre Italien , & elles rempliffent
quatre volumes, tant de Parodies
que d'autres Pièces Lyriques.
LES Parodies font : 1° . Hyppolite &
Aricie , Parodie de l'Opéra du même
nom , 1 Acte , 1742.
2º. Les Amans inquiets , Parodie de
Thétis & Pélée ; 1 A&te , 1751.-
3°. Les Indes Danfantes , Parodie
des Indes Galantes , font : le Turc généreux
, les Incas du Perou , & la Fête
des Fleurs , 1751 ; avec les Airs & Vaudevilles
notés .
4°. Fanfale , Parodie d'Omphale , &
les Divertiffemens , avec M. de Marcouville
, 1752.
5. Tyrcis & Doriftée, Parodie d'Acis
& Galatée , 1 Acte , 1752.
6°. Baioco & Serpilla , Parodie du
Joueur , Interméde Italien , 3 Actes ,
avec les Ariettes notées , 1753. Le fond
de cette Pièce n'appartient pas à M. Fail
eft de Dominique & Romagnefi
Des Bouffon's Italiens repréfenterent
en 1728 ou 1729 , fur le Théâtre de
l'Opéra , plufieurs Intermédes qui eu .
vart ;
AOUST. 1763.
101
,
Don
7 9
tent du fuccès & entr'autres
Mico e Lefbina , Baioco e Serpilla . Les
deux Auteurs que nous venous de nommer
parodierent ces dernieres Pièces
en faifant un mêlange de François &'
d'Italien . En 1753 , de nouveaux Bouffons
d'Italie s'inftallerent encore fur la
Scène Lyrique , & leurs fuccès ont
fait parmi nous une révolution dans
l'Art Mufical. Les Bouffons profcrits ,
il y eut un déchaînement prefque général
contre la Mufique Italienne ; mais
en s'élevant contre cette Mufique , on
l'imitoit infenfiblement , & fon génie
eft devenu à préfent le nôtre . On peut
auffi rapporter à cette époque la naiffance
des Pièces à Ariettes. M. Sodi , Muficien
Italien , faifit cette circonftance ,
pour faire de la Mufique nouvelle fur.
l'ancienne Parodie de Baioco e Serpilla ;
mais comme les Paroles ne convenoient
plus au goût actuel du Théâtre M.
Favart reprit l'Ouvrage fous oeuvre ,
& le mit dans la forme où il eft dans
ce Recueil .
?
2.
7°. Raton & Rosette ou la Vengeance
Inutile Parodie de Titon &
l'Aurore , avec les Ariettes Italiennes
& les Vaudevilles , 1 A&te , 1753 .
8°. Zéphire & Fleurette , Parodie de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
l'Acte de Zélindor , avec MM. Pannard
& Laujon , 1754.
9°. Les Chinois , Parodie del Cinefe ,
& les Ariettes notées , 1 Acte , avec M.
Naigeon , 1756.
10°. La Noce Interrompue , Parodie
d'Alcefte , 3 A&tes , 1758.
11 °. Petrine , Parodie de Proferpine,
1 Acte , avec Divertiffement & Vaudevilles
, 1759. M. Sedaine y a fait quelques
couplets.
On n'a point compris dans ce Recueil
une Parodie de Dardanus , faite en
fociété avec M. Pannard,
LES Comédies & Pièces Lyriques , au
nombre de huit, font:
Don Quichotte chez la Ducheffe , Ballet
Comique en 3 Actes , repréfenté par
l'Académie Royale de Mufique en 1743.
La Mufique eft de M. Boifmortier. Mlle
Claironjouoit à l'Opéra dans cette Pièce.
Les Amours Champêtres , Paftorale
r A&te , 1751 .
91
0
La Coquette Trompée , Comédie Lyrique
, repréfentée à Fontainebleau fur
le Théâtre de la Cour , en 1753 , & enfuite
à Paris par l'Académie Royale de
Mufique , en 1758 , 1 A&te. La Mufique
eft de M. Dauvergne.
La Bohemienne Comédie en vers ,
mêlée d'Ariettes , & traduite de la ZinAOUST.
1763. 103
gara , Intermède Italien , 2 Actes , avec
la Mufique des Ariettes , 1755.
Le Caprice Amoureux , ou Ninette à
la Cour , Pièce en 2 Actes , mêlée d'Ariettes
, repréſentée en 1755 , en 3 A&tes ,
& réduite à 2 en 1756. Toutes les Ariettes
notées font jointes ici à la Pièce.
La Soirée des Boulevards , Ambigu
Comique mêlé de Scènes , de Chants
& de Danfes , ( Pièce très-gaie & trèsamufante
, ) 1759 .
Supplément à la Soirée des Boulevards ,
compofé de neuf Scènes , avec Divertiffement
& Vaudeville , 1759 .
Soliman Second , Comédie en 3 Actes
en vers , très- bien écrite , & dont
le fuccès a été fi foutenu , fi marqué .
Le cinquiéme Tome de ce Recueil
contient les Ouvrages de Madame Fa
vart. On fent bien qu'en la nommant ,
c'eft nommer auffi fon mari , dont il
eft aifé de reconnoître le ftyle ; mais
entre époux de bonne intelligence , les
talens & les agrémens de l'efprit doivent
entrer dans la communauté. Madame
Favart , à portée de puifer à la
fource le goût des fentimens délicats
avec l'art de les exprimer , réunit danc
le talent de la compofition à ceux de
l'action . De là les fix Piéces qui rem-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
pliffent ce Volume . Ces Piéces confiftent
1 ° . en quatre Parodies , qui font :
Les Amours de Baftien & Baftienne ,
où M. Harny a eu part . C'eſt une Parodie
du Devin de Village , fur laquelle il
fuffira d'obferver qu'aucune Piéce n'a
été jouée fi long-temps , ni fi conftamment
redemandée; en forte que les Co.
médiens fe font plutôt laffés de la redonner
fi fouvent , que les Spectateurs de la
revoir après une infinité de repréſentations
, Acte , 1753.
Les Enforcelés , ou Jeannot & Jeannette
, Pièce à laquelle ont travaillé MM.
Guerin & Harny. C'eft une espèce de
Parodie de la Surprife de l'Amours
1 Acte , 1757.
La Fille malgardée
ou le Pédans
Amoureux
, Parodie de la Provençale
,
1 A&te , 1758.
La Fortune au Village , Parodie de
l'A&e d'Eglé, 1 Acte , 1760.
2º . En deux Pièces Lyriques , chacune
d'un A&te , fçavoir :
La Fête d'Amour, ou Lucas & Colinette,
efpéce de Paftorale , précédée d'un
Prologue , & augmentée ici de la Mufique.
Annette & Lubin , Comédie en vers ,
dont le Sujet est tiré des Contes Moraux
A O UST. 1763 . 105
de M. Marmontel. Le Théâtre retentit ,
encore des applaudiffemens qu'a reçu
cette derniere Piéce , & la plupart des
Couplets , ou des petits Airs ont paffé
des plus agréables bouches dans celles
du Peuple : c'eft , je crois , tout dire.
LES 6e , 7e. & 8° . Tome. comprennent
le Théâtre de la Foire. On y trouve
trois Parodies.
Moulinet Premier , Parodie de Mahomet
Second , Tragédie du fieur de la
Noue , 1 A&te , 1739.
Théfée , nouvelle Parodie de l'Opéra
de ce nom , faite en fociété avec MM.
Laujon & Parvi , 1 A&te , 1745. On lit.
dans le Calendrier des Théâtres , ( qui
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques ).
fixiéme partie , année 1757 , p. 110. une
anecdote affez plaifante , arrivée à l'occafion
de cette Pièce .
L'Amour Impromptu , Parodie de
l'Acte d'Eglé des Talens Lyriques , &
Acte , 1756.
LES Opéra- Comiques , au nombre,
de 20 , font :
La Servante Juftifiée , Sujet tiré des
Contes de la Fontaine , & très- bien rendu
; en fociété avec le fieur Fagan,
1 A&te , 1740.
La Chercheufe d'Esprit , Pièce char-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mante , bien faite en tous points , &
felon nous le chef- d'oeuvre de ce
Théâtre , 1 A&te , 1741 .
,
Le Prix de Cythère , avec un Protogue
, en fociété avec M. le Marquis de
P. 1 Acte , 1742.
Le Coq de Village , 1 Acte , 1743 .
C'eft le ftratagême dont on prétend
qu'ufa le Syndic d'un Village , pour
fouftraire à l'événement du fort un garçon
qui tiroit à la Milice . Ce Sujet eft
ingénieufement accommodé au Théâtre ,
& l'on n'oubliera jamais le charmant
couplet des Fleurs. Mlle Beaumenard ,
parut pour la première fois dans cette .
Pièce , fous le rôle de Gogo , qui fut fait
pour elle.
Les Bateliers de Saint Cloud , 1 Acte ,
1741 & 1744 .
La Coquette fans le fçavoir , avec M.
Rouffeau de Touloufe , 1 Acte , 1750.
Acajou , 3 Actes , 1752 & 1753. Cette
Pièce , tirée du Conte d'Acajou de M.
Duclos , eft pleine d'efprit & affaifonnée
de bon fel Attique. Elle fut d'abord
jouée en profe mêlée de couplets , en
1744 , à la Foire S. Germain . Après la
défenfe faite à l'Opéra- Comique de parler
, on la redonna toute en Vaudevilles
à la Foire S. Laurent , & fur le Théâtre
de l'Opera . Acajou , dans la nouveauté,
AQUST. 1763. 107
attira un concours fi prodigieux qué , le
jour de la Clôture du Théâtre , la bar
rière qui féparoit le Parquet du Parter
re fut brifée.
Les Amours Grivois , ou l'Ecole des
'Amours Grivois , Divertiffement Flamand
en 1 Ace , 1744 , en fociété avec
MM. de la Garde & le Seurre. C'eſt dans
cette Pièce , qui eft d'une grande gaiete,
que la Dlle Darimath rendoit fi naïvement
cette Ronde : Mon p'tit coeur , vous
n' m'aimez guères , &c. Le fieur Dourdet
, & la Dlie Sauvage ( ma Mie Babichony
firent aufli beaucoup de
plaifir fous les caractères de Niais &
de Niaife.
Le Bal de Strasbourg , Divertiffement
Allemand par la même fociété
1 A&te , 1744. Cette Pièce donnée à
l'cccafion du rétabliffement de la fanté
du Roi , ne pouvoit manquer dans les
circonftances , d'être fort agréablement
reçue. Mais ce qui en fit le principal
fuccès , c'eft le Vaudeville touchant de
la Scène du Courier , dont les ppaarroles
& l'air font de M. Favart , & que
toute l'Affemblée chantoit du plus grand
zéle avec les Acteurs. Il lui valut une
députation des Dames de la Halle
avec un préfent de fleurs & de fruits.
i
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour au Village , 1 A&e , 17451
C'eſt le fond d'un Opéra -Comique du
fieur Carolet , qui avoit pour titre, l'A
mour Payfan. M. Favart n'avoue point
cette Pièce , quoiqu'il l'ait refondue , &
qu'il y ait mis plufieurs Vaudevilles &
des Scènes nouvelles .
Cythère Affiégée, 1 Acte. Cette Pièce
fut d'abord faite en profe & couplets paz
l'Auteur , en fociété avec M. Fagan , &
repréſentée à Paris à l'ouverture de la
Foire Saint Laurent 1738. Depuis elle
fut entierement refondue par M. Favars
pour la Troupe des Comédiens de Bruxelles
, & repréſentée en 1748. Enfin elle
a été donnée à Paris fur le Théâtre de
la Foire en 1754.
Les Jeunes Maries I Acte . Cette
Pièce parut dès 1740 ;. & elle a été
reprife à toutes les époques de l'Opéra-
Comique
Les Nymphes de Diane , 1 A&te . Cet
Opéra-Comique fut joué d'abord en
vers & couplets , & même imprimé en
Flandres , en 1748. L'Auteur l'ayant
remis tout en Vaudevilles pour le Théâtre
de la Foire , il y fut repréfenté en
1755.
Le Mariage par Efcalade , 1 Acte
1756. Cette Pièce fut faite à l'occafion
A O UST. 1763. 100
de la Prife de Port- Mahon , & d'une.
Fête particuliere qui avoit été préparée
pour le retour de M. le Maréchal Duc
de Richelieu .
La Répétition Interrompue , en fociété
avec M. Pannard , 1 A&te , 1735 .
M. Favart fit une nouvelle intrigue à
cette Pièce lorfqu'elle fut remife au
Théâtre , fous le titre du Petit - Maître
malgré lui , en 1757 .
La Parodie au Parnaffe , 1 A&te ,
1759 , Satyre ingénieufe & très - fine.
M. Favart n'avoue point cette Pièce ,
telle qu'elle eft imprimée ici , quoique
le fond , le quadre , la plus grande partie
des couplets , & prèfque tous les
détails lui appartiennent. Un Anonyme
ayant eu , on ne fçait comment , une
copie de cet Opéra - Comique ; repréfenté
en 1740 fous le titre de la Barrière
du Parnaffe ou de la Mufe Chanfonniere
, & ne fçachant pas que M..
Favart en étoit l'Auteur , crut pouvoir
fe l'approprier. Il inféra la critique des
Ouvrages Dramatiques qui paroiffoient
alors, critique un peu trop vive , &
qu'affurément M. Favart , qui n'y eſt
pas ménagé lui -même au fujet de Petrine
, ne fe feroit pas permife . La Scène
de Diogene eft une Perfonnalité , &
110 MERCURE DE FRANCE.
l'on n'en trouvera dans aucune des pro
ductions de notre Auteur. On avoit
judicieufement retranché cette Scène à
la Repréſentation : elle n'auroit pas dû
reparoître ici .
Le Retour de l'Opéra - Comique , I
A&te , 1759.
Le Départ de l'Opéra- Comique ; Compliment
, 1 A&te , 1759.
La Refource des Théâtres , 1 Acte ,
1760. Il n'appartient dans cette Pièce à
M. Favart que le Vaudeville des Portraits
à la Mode , dont il a fait l'Air &
les Paroles ; mais ce Vaudeville a fait
prèfque feul tout le fuccès de la Pièce .
Le Bal Bourgeois , Pièce mêlée d'Afiettes
, en 1 Acte , représentée en 1738,
& imprimée avec quelques changemens
en 1762 .
On peut ajouter à cette Lifte cinq
Pièces qui n'ont pas été imprimées ,
fçavoir :
Les Vendanges d'Argenteuil , Opéra-
Comique , joué en 1742 ; les Vendanges
de Tempe ; l'Ile d'Anticyre , la
Folie , Médecin de l'efprit , & l' Aftrologue
de Village , repréfentés en 1744.
Et que nous pourrions encore la groffir
de beaucoup d'autres productions !
telles que la Cour de Marbre , Diver
AO UST. 1763 .
117
tiffement en 1 A &te , fait pour les Petits
Appartemens , en fociété avec M. de la
Garde ; les Nouveaux Intermédes , &
les Divertiffemens de l'Inconnu , exécutés
à Fontainebleau ; un Prologue fur
les Victoires du Roi , & les Comédiens en
Flandres , Comédie en 3 Actes & c. &c.
M. Favart a certainement fait plus de
150 Drames, donnés tant fous fon nom ,
que fous des noms étrangers. Il a encore
tenté heureufement d'autres genres
, & fes effais dans la Poëfie Héroïque
lui ont fait remporter des prix aux Jeux
Floraux en 1734. Un de ces Poëmes , a
pour titre , la France délivrée par la
Pucelle d'Orléans ; il le fit à l'âge au
plus de vingt ans.
Recueil des Comédies , Parodies &
Opéra - Comiques , qu'il a donnés
jufqu'à ce jour , avec les Airs, Rondes
& Vaudevilles notés dans chaque
Pièce. Nouvelle édition ; en huit Vo-
Lumes in-8 ° Paris , 1763 , chez Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques,
au Temple du Goût..
LE Théâtre de M. Favart, fi piquant
par fa fingularité , par la variété des com
'AQUST. 1763. 85
pofitions , & par les agrémens répandus
dans toutes celles qu'il nous préſente ,
réunit prèfque tous les genres qui , depuis
trente ans , ont fait l'objet des
Spe&acles. Opéra-Comiques , Parodies ,
Comédies Lyriques , Paftorales , Piéces
de fentimens, & c, tout ce que le Théâtre
Italien & celui de la Foire ont produit
de plus ingénieux dans les nouveaux
genres qui s'y font introduits fucceffivement
, fe trouve ici raffemblé. Ainfi
ceux qui voudront connoître les divers.
génies de ces deux Théâtres , dans la
durée du temps qu'embraffe la collection
de fes Ouvrages , les y reconnoîtront
fans peine , parce qu'il leur a
fouvent donné le ton , au lieu de le prendre
; ce qui montre , dans cet agréable
Écrivain , une ſupériorité de talens qu'on
ne met plus en queftion . L'hiftoire des
productions de M. Favart , eft donc en
quelque forte celle des deux Théâtres
auxquels il s'eft le plus attaché , & l'on
verra qu'aucun Auteur n'a mieux réuffi
à varier nos amufemens à ces deux
Spectacies.
De ces genres de compofition fi différens
, fi difparates , & qui fans doute
demandoient une grande foupleffe d'ef
prit , conclura-t-on qu'il a déféré à l'inſ86
MERCURE DE FRANCE.
tabilité de nos goûts , à l'inconftance
naturelle qui nous emporte rapidement
vers tous les objets où nous croyons voir
quelque lueur de nouveauté ? Il nous
femble au moins qu'on doit faire une
diftinction , que nous laifferons développer
à ceux qui en auront le loiſir. Il
y a un Goût indépendant de nos moeurs
& de notre génie , une forte de fentiment
général qui fixe par- tout les idées du
beau , du bon , du mauvais , fous quelque
forme qu'ils fe produifent ; & c'eftlà
le Goût , abfolument dit , Goût uniforme
& invariable chez tous les Peuples
où font cultivés les Lettres & les Arts.
Il y a un Goût national , qui tient entièrement
à nos moeurs , au caractère général
, à nos préjugés , & dont toutes
nos productions , tous nos jugemens
ont plus ou moins l'empreinte. Ce Goût
national peut fe modifier , & fe modifie
en effet chez nous plus que chez tous les
autres Peuples. De- là tous ces goûts
paffagers , dont les viciffitudes , courtes
& foudaines , influent d'une manière fi
fenfible fur nos amufemens en tout
genre.
M. Favart eft venu , fi on l'ofe dire
dans le temps critique de la plus grande
effervefcence , de la plus grande mobiAOUST.
1763. 87
lité de ce goût fi léger , fi fugitif , A
difficile à fixer , & il s'eft voué aux deux
Théâtres où fon inconftance eſt le plus
marquée. Il a commencé par celui de
la Foire , connu fous le nom d'Opéra-
Comique , & c'eft-là qu'il a fait fes premieres
armes. Mais voyons en quel état
étoit alors ce Spectacle .
*
Le Théâtre de la Foire , formé en
partie des débris de l'ancien Théâtre
Italien qui fut fupprimé en 1697 , s'établit
fous différens noms , vers le commencement
du fiécle ; mais ce fut
fous la Régence ( en 1719 ou 1720 )
qu'il prit , avec une forme plus conſtante
& plus régulière , le nom d'Opéra-Comique.
On pourroit cependant lui trouver
une origine bien plus ancienne ,
fondée fur deux Piéces peu connues , &
qui font dans le cabinet de M. Favart.
L'une eft intitulée la Comédie des Chan
fons , & imprimée à Paris , chez Touffaint
Quinet , au Palais en 1640. L'au
tre, qui a pour titre l'Inconftant Vaincu,
* La réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie
Italienne , l'a fait revenir en quelque forte à
fes premiers élémens ; & l'on n'a guères fait autre
chofe que reftituer à celle- ci ce qui en avoit été
démembré . La fente comparaifon du Théâtre de
Gherardi avec celui dela Foire , fuffira pour juftifier
cette réfléxion .
88 MERCURE DE FRANCE.
eft une Paftorale en chanfons : elle parut
environ vingt ans après la première , &
elle eft imprimée à Paris , chez Etienne
Loyfon , en 1661 .
» n'a
-
» La Comédie des Chanfons ( aux
» termes de l'Avertiffement qu'on y
» lit ) , faite de piéces rapportées où l'on
pas ajouté un mot , eft une efpéce
» de Mofaïque compofée de Vaudevilles
» & d'Airs de Cour , comme on diſoit
alors ». Voilà donc bien formellement
l'Opéra- Comique tenté dès 1640 , & en
même temps la Parodie. Car ( au moins
fuivant l'Editeur ) , autre que dans
» cette Comédie il n'y a pas un mot qui
» ne foit un vers ou un couplet de quel-
» que chanfon tel en eft l'artifice
» qu'une chanfon ridicule répond fou-
» vent à une des plus férieuſes , & une
» vieille à une nouvelle ». Au refte ,
cette Piéce , quoiqu'imprimée avec privilége
du Roi , eft extrêmement licencieuſe
, fans moeurs , fans intérêt , fans
intrigue. On y peint des amours földatefques
, une jeune fille très-libertine
qui fe trouve groffe , & qui eft toujours
dans le cas d'une occafion prochaine..
Enfin , elle n'a d'autre mérite que de
dater de plus d'un fiécle , & de nous.
avoir confervé quelques couplets paffa
bles pour le temps..
AOUST. 1763. 89
, L'Inconftant Vaincu malgré les
grands Airs dont cette Piéce eft compofée
, malgré le férieux des amours
qu'elle repréfente , vaut encore moins
que la premiére. On a voulu l'égayer ,
en y introduifant une forte de Goinfre
ou d'ivrogne toujours cloué au cabaret
, & une eſpèce d'amant tranfi , qui ,
pour fe dépiquer du mauvais fuccès de
fes très-froides amours , prend le même
parti : mais tout cela du plus bas comique
& fans aucun fel.
Quelle que foit l'origine de l'Opéra-
Comique , il s'accrédita dans ces tems
de vertige , où le fyftême ayant confondu
tous les états , par dès fortunes
auffi étranges que rapides , entraînoit
néceffairement la corrupsion du goût
& des moeurs. Ce Spectacle , alors
très - licentieux , ne faifoit que par
* Cé SpeЯacle , fi analogue au fond de gaie
té , au génie chantant qui caractérisent la Nation
, a fûrement précédé les Opéra Bouffons
d'Italie. La Pomone de l'Abbé Perrin , ( où
les Satyres de la fuite de Priape voulant embraffer
les Filles de Lamfaque , celles - ci fe
changent en autant de buiffons d'épines ; les
premiers Opéra de Quinaut , Cadmus & Al
cefte , mêlés de Seénes (comiques , le Pourceaugnac
de Moliere , & quelques ; divertiffemens du
même, fembloient avoir indiqué ce genre.
90 MERCURE DE FRANCE.
ler à- peu-près le langage des fociétés :
fa licence , par conféquent , devoit moins
être imputée aux Auteurs qui en fouilloient
leurs écrits , qu'au Public même
dont il falloit malheureufement flater la
dépravation , pour l'attirer & obtenir
fon fuffrage.
Le Sage , Dorneval , Fufelier, & quelques
autres bons Ecrivains , tenterent
d'annoblir l'Opéra - Comique. Ils commencerent
à le purger des obfcénités
les plus groffières , ou du moins à y
introduire , avec plus de fineffe & plus
d'art , le goût de la bonne plaifanterie .
S'ils ne purent pas remplir entierement
leur objet , c'eft que l'on étoit prévenu
qu'une liberté cynique conftituoit ce
genre , & qu'elle en devoit être le
caractère diftin &tif. Le vice étoit trop
enraciné ; il falloit du temps pour le
détruire , & ce n'eft que par degrés
qu'on eft parvenu à rendre ce Spectacle
digne des honnêtes gens. Cependant il
fut dès les premiers temps l'Ecole de nos
meilleurs Comiques , qui tous s'effay erent
dans ce genre. Mais pour en bien
diftinguer les caractères , il faut le divifer
en quatre Ages.
Un Greffier de la Ville , aidé de quelAOUST.
1763. 91
ques amis , commença à mêler des couplets
dans des Scènes empruntées du
Théâtre Italien , ou compofées dans le
goût de ce Théâtre. L'Abbé Pelegrin,
qui n'avoit encore fait que des Cantiques
Spirituels , qu'on pouvoit eftimer, mais
qu'on payoit mal , crut être mieux récompenfé
en confacrant fes talens Lyriques
au genre profane . Il fit le premier
pour la Foire quelques Pièces en
Vaudevilles ; & comme ce Spectacle
étoit livré à toute la licence que les
moeurs toléroient alors , il n'y épargna
pas le gros fel . C'eft à ce temps qu'on
peut rapporter le premier Age de l'Opéra-
Comique. Le Sage , Dorneval , Fufelier,
la Font , le Grand , & l'Auteur de la
Métromanie, qui foutinrent affez longtemps
fa fortune , appartiennent à ce
premier âge. Quelques - unes de leurs
productions fe reffentoient peut - être
encore de la liberté des chanfons de
Blot , & des groffes gaietés de Dancourt,
qui femble avoir auffi contribué à donner
le ton au Théâtre de la Foire ; mais
on vit du moins percer l'efprit , le bon
goût dans ce qu'ils hafarderent de plus
libre. La Philofophie même s'en mêla :
le Sage en fit entrer des traits dans les
92 MERCURE DE FRANCE .
Pèlerins de la Mecque , & dans quelques
autres Piéces .
Nous fixerons le fecond Age de l'Opera-
Comique au premier temps de M.
Pannard , qui eft celui de Fagan , de
Boiffi , de Carolet , & du début de M.
Favart. M. Pannard , à ce Théâtre , fit
principalement rire la Morale , & perfonne
ne l'a fi bien préfentée fous le
mafque de l'amufant Vaudeville . Caro
let auffi mince Ecrivain qu'obfcène
Comique,ne doit jamais être cité. Quant
aux fieurs Fagan & Boiffy , ils ne prélu→
derent à ce Spectacle que pour s'élever
aux compofitions agréables qu'ils donnerent
depuis aux deux autres. Les premières
Pièces de M. Favart déceloient
déjà fon goût pour le Sentiment , & c'eſt-
,
* Ce Couplet de la Pièce intitulée l'Espéranse
, quoiqu'un peu tourné au fophifme , a més
rité d'être retenu..
Demain eft un jour qui fuit ;
Dont on ne voit point l'exiſtence ;
Au milieu de chaque nuit ,
Il' perd fon nom dans fa naiſſance ;
Quand on croit s'afflurer de lui ,
On trouve que c'eſt Aujourd'hui.
Jüfqu'à préfent aucun Humain.
N'a pu voir arriver demain...
A O UST. 1763. 93
là proprement le genre qu'il a introduit
dans un Spectacle où l'on n'en voyoir
prèfque aucune trace.
2
Le troifiéme Age de l'Opéra - Comique
ne s'étend guères au-delà des deux
principaux Auteurs qui l'ont feuls , àpeu-
près , rempli. M. Favard & le fieur
Vadé fembloient s'être partagé le Spectacle.
Le dernier eft communément regardé
comme l'Inventeur du Genre
Poiffard , & il en eft du moins le Coryphée.
Mais comme le génie ou le talent
particulier d'un Acteur détermine affez
fouvent le goût des compofitions , M.
Favart avoit éffayé ce genre dans les
Bateliers de Saint Cloud , où le Sr
Leclufe rendoit fi naïvement le langage
& le maintien des gens de rivière . On
pourroit même le faire remonter juſqu'à
'Impromptu du Pont -Neuf, donné par
M. Pannard en 1729 , à l'occafion de
la Naiffance de Mgr le Dauphin *.
Dans le quatriéme & dernier Age de
L'Impromptu du Pont-Neufnous rappelle un
fait intérellant , dont il eft bien jufte de faire honneur
à M. Pannard. C'eft lui qui a été le premier
l'organe d'un fentiment imprimé dans tous les
coeurs des François , qui , dans le Vaudeville des
Fêtes Sincères , repréſentées à la Cour en 1744
devant la Reine , a nommé le Roi LOUIS LE
BIEN-AIMÉ,
94 MERCURE DE FRANCE .
l'Opéra-Comique , on voit encore figurer
M. -Favart , & commencer M. Sedaine
, qui par le choix fingulier de fes
fujets , par la conduite de fes Drames &
l'efprit naturel qu'il y fait entrer , a le
mérite , aujourd'hui f rare , d'avoir un
genre à lui , d'être original. Cet Age eſt
celui des Pièces à Ariettes , dont on
peut fixer la première époque à la Parodie
de Raton & Rofette , donnée au
Théâtre Italien par M. Favart en 1753.
Les Troqueurs, de Vadé, mis en Mufique
par M. Dauvergne , font le premier éffai
dans ce genre fait au Théâtre de la Foíre ,
& cet éffai fut trop heureux pour n'être
pas très - promptement imité , comme
on imite parmi nous,avec une espéce de
fureur. De là toutes ces mauvaiſes rapfodies
que leur charivari mufical fait
aujourd'hui paffer dans la foule , mais
qui ne font point illufion à ceux dont
tout l'efprit n'eft pas dans l'oreille.
Si M. Favart , en entrant dans la carrière
, trouva l'Opera - Comique en train
de s'épurer quant au goût & aux moeurs,
il y avoit encore bien de l'ouvrage à
faire , & il a plus contribué que perfonne
à y attacher la décence fi néceffaire
dans tous les amuſemens publics , qui
ne peuvent qu'y gagner de toutes faAOUST.
1762 . 95
cons * . Car quoiqu'en difent les liber
tins , on l'a décidé depuis long- temps:
* Puifque l'occafion fe préfente , rendons au
Sieur Monnet la juftice qu'on ne fçauroit lui
refufer. C'eft à lui que l'Opéra- Comique a dû
le bon ordre , la décence extérieure , & même
l'éclat qui dans les derniers temps l'avoit
élevé au rang des Spectacles réglés . Il obtine
en 1743 , pour fix ans , le Privilége de l'Opé
ra-Comique , & commença par folliciter une
Ordonnance du Roi pour en écarter la Livrée ,
qui de tous temps étoit en polleflion du Parterre.
Il décora très proprement la Salle , n'épargna
rien pour former un bon Orqueftre ,
changea toute la face du Spectacle , & porta
dans toutes fes parties cette intelligence & ce
goût dont il a donné tant de preuves . Tour Paris
vint en foule applaudir aux nouveaux agrémens
d'un Théâtre qui s'annobliffoit de jour en jour,
C'eft dans l'Ambigu de la Folie , ( Parodie des Indes
Galantes , de M. Favart ) qu'il donna à la
Foire S. Laurent même année 1743 ) qu'on vit
éclorre les ralens de trois grands Sujets , Mlle Pu
vigné , Mlle Lany & M. Noverre ;ils danferent le
Pas-de-Trois de l'Acte des Fleurs. La Foire S.
Germain fuivante fut encore plus brillante que
la
premiere. L'Acajou de M. Favart joué d'original
par de bons Acteurs formés au goût du nouveau
Théâtre , eut un fuccès étonnant , & le fieur Monnet
y contribua beaucoup par la dépense qu'il fit
pour cette Pièce. Enfin tel fut le fuccès des deux
Foires , qu'il excita la jaloufie . On infpira à M.
Berger, alors Directeur de l'Opéra , de faire réfi
lier le bail du fieur Monnet, & celui- ci n'eut que
l'honneur d'avoir bien monté le Spectacle qui fit
96 MERCURE DE FRANCE.
ce neft jamais que faute d'efprit , & furtout
d'imagination , quon ne fçait rien
voiler , que l'on voile mal , que l'on defcend
même à ces froides équivoques ,
beaucoup plus méprifables fans doute ,
que toutes les nudités Gauloifes dont
notre délicateffe rougit.
M. Favart étoit fort jeune alors ; car ce
fut en 1734 , à la foire S. Germain , qu'il
donna fa premiere Pièce intitulée les
Deux Jumelles. Cette Pièce en enfanta
plufieurs autres , & prèfque toutes les
années , depuis cette époque , ont été
marquées par de nouvelles productions.
Le Génie de l'Opéra-Comique , & l'Enlévement
Précipité ( 2 Actes ) donné en
1735 ; le nouveau Parnaffe ( 1 Ace ) ,
la Dragonne (2 A&tes ) , l'Amour& l'Innocence
, Ballet entremêlé de Scènes dont
l'idée eft de M. de Verriere , en 1736 ;
le Vaudeville , Prologue , la Pièce fans
titre ou le Prince Nocturne ( 1 Acte ) ,
& Mariane ( 1 A&te ) , en fociété avec
pendant quelques années l'amufement le plus pi
quant de la Capitale. En 1752 , le fieur Monnet
reprit le bail de l'Opéra- Comique , qu'il a continué
jufques & compris 1757. Dans cette même
année 1752, il fit conftruire à fes frais à la Foire
S. Laurent le plus joli Théâtre , & le mieux entendu
peut-être, qu'il y ait en France.
M.
AOUST. 1763 . 97
*
M. Pannard, en 1737 ; * le Bal Bourgeois
( 1 Ade ) , en 1738 ; * Moulinet
Premier , les Réjouiffances Publiques ,
Pièce mêlée d'Intermédes , Harmonide,
Parodie de l'Opéra de Zaïde , ( 3 A&tes) ,
& les Fêtes Villageoifes , ( 2 Actes ) avec
un Prologue , en 1739 ; Pyrame &
Thifbé , Parodie de l'Opéra du même
titre , la Servante Juftifiée , la Barriere
du Parnaffe ou la Mufe Chanfon
niere , les Recrues de l'Opéra- Comique ,
les Epoux , fur un fond procuré par M.
Parmentier , & * les Jeunes Mariés ( 5
Actes ) , en 1740 : voilà vingt Pièces
qui précéderent la Chercheufe d'Esprit ,
& dont on n'a confervé que les quatre
Pièces marquées d'une étoile.
en
LA CHERCHEUSE D'ESPRIT
1741 , développa tous les talens de l'Auteur
, & lui affura le premier rang dans
ce genre de compofition . Cette Pièce
fut fuive dans la même année ( 1741 )
de la Joye , 1 A&te ; de Farinette , Parodie
de Proferpine , 1 Acte ; du Bacha
d'Alger , 1 A&te ; * des Bateliers de
Saint Cloud , I A&te ; des Valets , où
M. Valois d'Orville a eu pait , 1 Acte ;
& en 1742 , de la Fauffe Duegne ,
Sujet fourni par M. Parmentier , en 2
Actes. Ce font fix Pièces à ajouter au
E
98 MERCURE DE FRANCE
dénombrement des productions de l'Aas
teur.
Long-temps avant ces Effais de M.
Favart ( on diftinguera bien les Pièces
que nous ne comprenons point fous le
not d'Effais ) , le Théâtre Italien s'étoit
enrichi d'un nouveau genre , de LA PARODIE
* , qui , felon toutes les apparences
, en l'état où nous l'avons au
jourd'hui , ne nous vient pas directe
ment des Grecs qui l'ont inventée , ou
a bien pris le goût de notre terroir.
M. l'Abbé Sallier , qui voyoit ces
Grecs d'affez près , avoit découvert chez
eux quatre efpèces de Parodies , qu'il
réduit à deux principales , à la Parodie
fimple & narrative , & à la Parodie Dramatique
**. Nous nous fommes emparé
de ces deux - là , & il prétend que
la dernière, c'eft- à-dire la Parodie Théâ
* Ce mot , tout Grec , eft compofé de masa &
du fubftantif on chant . Or la prépoſition Para ,
qui modifie tant de mots Grecs , attache à la fois
à celui-ci une idée de reflemblance & une idée
d'oppofition .
L'invention de celle - ci eft attribuée à Hégé
mon, de Thafus , Ifle de la Mer Egée , lequel
dans la 91. Olympiade apporta une Parodie Dramarique
, au lieu d'une Comédie ordinaire , pour
Ja diftribution des prix qui fe faifoit dans les Jeux
publics.
AO UST. 1763. 99
trale , devient entre les mains de la Critique
le flambeau dont on éclaire les défauts
d'un Auteur qui avoit furpris
l'admiration *. La Motte n'étoit pas
de cet avis. A l'occafion de la Parodie
d'Inès , dont il fut beaucoup trop piqué
pour un homme qui entendoit fi
bien raillerie , il fit un Difcours fur les
Parodies , où il les repréfente comme
une Mode Françoife , fille d'un badinage
dangereux , amufement malin des
efprits fuperficiels. Fufelier lui répondit
vivement dans un Difcours ingénieux
fervant de Préface au Recueil des
Parodies de la Comédie Italienne , publié
chez Briaffonen 1738,& il ne manqua
pas de fe prevaloir de l'autorité du
Sçavant contre le Bel- Efprit qui croyoit
peut-être de bonne foi la Parodie née
Françoife.
Quoique la Motte & fes partifans en
puffent dire , on continuoit de goûter
la Parodie Dramatique , & tous les Opéra
anciens ou nouveaux toutes les
Tragédies nouvelles , payoient un tribut
aux Parodistes. M. Favart fe partagea
donc entre ce genre & l'Opéra- Comique
, & il excella dans l'un & dans
** Mémoires de l'Académie des Infcription &
Belles-Lettres , tom.z. pag. 398.
#
E ij
foo MERCURE DE FRANCE.
"
mo
l'autre. Ce font principalement ces deux
genres qui conftituent fon Théâtre , &
nous allons indiquer les Pièces dont les
huit Tomes font compofés.
IL étoit jufte de donner le pas aux
Pièces du Théâtre Italien , & elles rempliffent
quatre volumes, tant de Parodies
que d'autres Pièces Lyriques.
LES Parodies font : 1° . Hyppolite &
Aricie , Parodie de l'Opéra du même
nom , 1 Acte , 1742.
2º. Les Amans inquiets , Parodie de
Thétis & Pélée ; 1 A&te , 1751.-
3°. Les Indes Danfantes , Parodie
des Indes Galantes , font : le Turc généreux
, les Incas du Perou , & la Fête
des Fleurs , 1751 ; avec les Airs & Vaudevilles
notés .
4°. Fanfale , Parodie d'Omphale , &
les Divertiffemens , avec M. de Marcouville
, 1752.
5. Tyrcis & Doriftée, Parodie d'Acis
& Galatée , 1 Acte , 1752.
6°. Baioco & Serpilla , Parodie du
Joueur , Interméde Italien , 3 Actes ,
avec les Ariettes notées , 1753. Le fond
de cette Pièce n'appartient pas à M. Fail
eft de Dominique & Romagnefi
Des Bouffon's Italiens repréfenterent
en 1728 ou 1729 , fur le Théâtre de
l'Opéra , plufieurs Intermédes qui eu .
vart ;
AOUST. 1763.
101
,
Don
7 9
tent du fuccès & entr'autres
Mico e Lefbina , Baioco e Serpilla . Les
deux Auteurs que nous venous de nommer
parodierent ces dernieres Pièces
en faifant un mêlange de François &'
d'Italien . En 1753 , de nouveaux Bouffons
d'Italie s'inftallerent encore fur la
Scène Lyrique , & leurs fuccès ont
fait parmi nous une révolution dans
l'Art Mufical. Les Bouffons profcrits ,
il y eut un déchaînement prefque général
contre la Mufique Italienne ; mais
en s'élevant contre cette Mufique , on
l'imitoit infenfiblement , & fon génie
eft devenu à préfent le nôtre . On peut
auffi rapporter à cette époque la naiffance
des Pièces à Ariettes. M. Sodi , Muficien
Italien , faifit cette circonftance ,
pour faire de la Mufique nouvelle fur.
l'ancienne Parodie de Baioco e Serpilla ;
mais comme les Paroles ne convenoient
plus au goût actuel du Théâtre M.
Favart reprit l'Ouvrage fous oeuvre ,
& le mit dans la forme où il eft dans
ce Recueil .
?
2.
7°. Raton & Rosette ou la Vengeance
Inutile Parodie de Titon &
l'Aurore , avec les Ariettes Italiennes
& les Vaudevilles , 1 A&te , 1753 .
8°. Zéphire & Fleurette , Parodie de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
l'Acte de Zélindor , avec MM. Pannard
& Laujon , 1754.
9°. Les Chinois , Parodie del Cinefe ,
& les Ariettes notées , 1 Acte , avec M.
Naigeon , 1756.
10°. La Noce Interrompue , Parodie
d'Alcefte , 3 A&tes , 1758.
11 °. Petrine , Parodie de Proferpine,
1 Acte , avec Divertiffement & Vaudevilles
, 1759. M. Sedaine y a fait quelques
couplets.
On n'a point compris dans ce Recueil
une Parodie de Dardanus , faite en
fociété avec M. Pannard,
LES Comédies & Pièces Lyriques , au
nombre de huit, font:
Don Quichotte chez la Ducheffe , Ballet
Comique en 3 Actes , repréfenté par
l'Académie Royale de Mufique en 1743.
La Mufique eft de M. Boifmortier. Mlle
Claironjouoit à l'Opéra dans cette Pièce.
Les Amours Champêtres , Paftorale
r A&te , 1751 .
91
0
La Coquette Trompée , Comédie Lyrique
, repréfentée à Fontainebleau fur
le Théâtre de la Cour , en 1753 , & enfuite
à Paris par l'Académie Royale de
Mufique , en 1758 , 1 A&te. La Mufique
eft de M. Dauvergne.
La Bohemienne Comédie en vers ,
mêlée d'Ariettes , & traduite de la ZinAOUST.
1763. 103
gara , Intermède Italien , 2 Actes , avec
la Mufique des Ariettes , 1755.
Le Caprice Amoureux , ou Ninette à
la Cour , Pièce en 2 Actes , mêlée d'Ariettes
, repréſentée en 1755 , en 3 A&tes ,
& réduite à 2 en 1756. Toutes les Ariettes
notées font jointes ici à la Pièce.
La Soirée des Boulevards , Ambigu
Comique mêlé de Scènes , de Chants
& de Danfes , ( Pièce très-gaie & trèsamufante
, ) 1759 .
Supplément à la Soirée des Boulevards ,
compofé de neuf Scènes , avec Divertiffement
& Vaudeville , 1759 .
Soliman Second , Comédie en 3 Actes
en vers , très- bien écrite , & dont
le fuccès a été fi foutenu , fi marqué .
Le cinquiéme Tome de ce Recueil
contient les Ouvrages de Madame Fa
vart. On fent bien qu'en la nommant ,
c'eft nommer auffi fon mari , dont il
eft aifé de reconnoître le ftyle ; mais
entre époux de bonne intelligence , les
talens & les agrémens de l'efprit doivent
entrer dans la communauté. Madame
Favart , à portée de puifer à la
fource le goût des fentimens délicats
avec l'art de les exprimer , réunit danc
le talent de la compofition à ceux de
l'action . De là les fix Piéces qui rem-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
pliffent ce Volume . Ces Piéces confiftent
1 ° . en quatre Parodies , qui font :
Les Amours de Baftien & Baftienne ,
où M. Harny a eu part . C'eſt une Parodie
du Devin de Village , fur laquelle il
fuffira d'obferver qu'aucune Piéce n'a
été jouée fi long-temps , ni fi conftamment
redemandée; en forte que les Co.
médiens fe font plutôt laffés de la redonner
fi fouvent , que les Spectateurs de la
revoir après une infinité de repréſentations
, Acte , 1753.
Les Enforcelés , ou Jeannot & Jeannette
, Pièce à laquelle ont travaillé MM.
Guerin & Harny. C'eft une espèce de
Parodie de la Surprife de l'Amours
1 Acte , 1757.
La Fille malgardée
ou le Pédans
Amoureux
, Parodie de la Provençale
,
1 A&te , 1758.
La Fortune au Village , Parodie de
l'A&e d'Eglé, 1 Acte , 1760.
2º . En deux Pièces Lyriques , chacune
d'un A&te , fçavoir :
La Fête d'Amour, ou Lucas & Colinette,
efpéce de Paftorale , précédée d'un
Prologue , & augmentée ici de la Mufique.
Annette & Lubin , Comédie en vers ,
dont le Sujet est tiré des Contes Moraux
A O UST. 1763 . 105
de M. Marmontel. Le Théâtre retentit ,
encore des applaudiffemens qu'a reçu
cette derniere Piéce , & la plupart des
Couplets , ou des petits Airs ont paffé
des plus agréables bouches dans celles
du Peuple : c'eft , je crois , tout dire.
LES 6e , 7e. & 8° . Tome. comprennent
le Théâtre de la Foire. On y trouve
trois Parodies.
Moulinet Premier , Parodie de Mahomet
Second , Tragédie du fieur de la
Noue , 1 A&te , 1739.
Théfée , nouvelle Parodie de l'Opéra
de ce nom , faite en fociété avec MM.
Laujon & Parvi , 1 A&te , 1745. On lit.
dans le Calendrier des Théâtres , ( qui
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques ).
fixiéme partie , année 1757 , p. 110. une
anecdote affez plaifante , arrivée à l'occafion
de cette Pièce .
L'Amour Impromptu , Parodie de
l'Acte d'Eglé des Talens Lyriques , &
Acte , 1756.
LES Opéra- Comiques , au nombre,
de 20 , font :
La Servante Juftifiée , Sujet tiré des
Contes de la Fontaine , & très- bien rendu
; en fociété avec le fieur Fagan,
1 A&te , 1740.
La Chercheufe d'Esprit , Pièce char-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mante , bien faite en tous points , &
felon nous le chef- d'oeuvre de ce
Théâtre , 1 A&te , 1741 .
,
Le Prix de Cythère , avec un Protogue
, en fociété avec M. le Marquis de
P. 1 Acte , 1742.
Le Coq de Village , 1 Acte , 1743 .
C'eft le ftratagême dont on prétend
qu'ufa le Syndic d'un Village , pour
fouftraire à l'événement du fort un garçon
qui tiroit à la Milice . Ce Sujet eft
ingénieufement accommodé au Théâtre ,
& l'on n'oubliera jamais le charmant
couplet des Fleurs. Mlle Beaumenard ,
parut pour la première fois dans cette .
Pièce , fous le rôle de Gogo , qui fut fait
pour elle.
Les Bateliers de Saint Cloud , 1 Acte ,
1741 & 1744 .
La Coquette fans le fçavoir , avec M.
Rouffeau de Touloufe , 1 Acte , 1750.
Acajou , 3 Actes , 1752 & 1753. Cette
Pièce , tirée du Conte d'Acajou de M.
Duclos , eft pleine d'efprit & affaifonnée
de bon fel Attique. Elle fut d'abord
jouée en profe mêlée de couplets , en
1744 , à la Foire S. Germain . Après la
défenfe faite à l'Opéra- Comique de parler
, on la redonna toute en Vaudevilles
à la Foire S. Laurent , & fur le Théâtre
de l'Opera . Acajou , dans la nouveauté,
AQUST. 1763. 107
attira un concours fi prodigieux qué , le
jour de la Clôture du Théâtre , la bar
rière qui féparoit le Parquet du Parter
re fut brifée.
Les Amours Grivois , ou l'Ecole des
'Amours Grivois , Divertiffement Flamand
en 1 Ace , 1744 , en fociété avec
MM. de la Garde & le Seurre. C'eſt dans
cette Pièce , qui eft d'une grande gaiete,
que la Dlle Darimath rendoit fi naïvement
cette Ronde : Mon p'tit coeur , vous
n' m'aimez guères , &c. Le fieur Dourdet
, & la Dlie Sauvage ( ma Mie Babichony
firent aufli beaucoup de
plaifir fous les caractères de Niais &
de Niaife.
Le Bal de Strasbourg , Divertiffement
Allemand par la même fociété
1 A&te , 1744. Cette Pièce donnée à
l'cccafion du rétabliffement de la fanté
du Roi , ne pouvoit manquer dans les
circonftances , d'être fort agréablement
reçue. Mais ce qui en fit le principal
fuccès , c'eft le Vaudeville touchant de
la Scène du Courier , dont les ppaarroles
& l'air font de M. Favart , & que
toute l'Affemblée chantoit du plus grand
zéle avec les Acteurs. Il lui valut une
députation des Dames de la Halle
avec un préfent de fleurs & de fruits.
i
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour au Village , 1 A&e , 17451
C'eſt le fond d'un Opéra -Comique du
fieur Carolet , qui avoit pour titre, l'A
mour Payfan. M. Favart n'avoue point
cette Pièce , quoiqu'il l'ait refondue , &
qu'il y ait mis plufieurs Vaudevilles &
des Scènes nouvelles .
Cythère Affiégée, 1 Acte. Cette Pièce
fut d'abord faite en profe & couplets paz
l'Auteur , en fociété avec M. Fagan , &
repréſentée à Paris à l'ouverture de la
Foire Saint Laurent 1738. Depuis elle
fut entierement refondue par M. Favars
pour la Troupe des Comédiens de Bruxelles
, & repréſentée en 1748. Enfin elle
a été donnée à Paris fur le Théâtre de
la Foire en 1754.
Les Jeunes Maries I Acte . Cette
Pièce parut dès 1740 ;. & elle a été
reprife à toutes les époques de l'Opéra-
Comique
Les Nymphes de Diane , 1 A&te . Cet
Opéra-Comique fut joué d'abord en
vers & couplets , & même imprimé en
Flandres , en 1748. L'Auteur l'ayant
remis tout en Vaudevilles pour le Théâtre
de la Foire , il y fut repréfenté en
1755.
Le Mariage par Efcalade , 1 Acte
1756. Cette Pièce fut faite à l'occafion
A O UST. 1763. 100
de la Prife de Port- Mahon , & d'une.
Fête particuliere qui avoit été préparée
pour le retour de M. le Maréchal Duc
de Richelieu .
La Répétition Interrompue , en fociété
avec M. Pannard , 1 A&te , 1735 .
M. Favart fit une nouvelle intrigue à
cette Pièce lorfqu'elle fut remife au
Théâtre , fous le titre du Petit - Maître
malgré lui , en 1757 .
La Parodie au Parnaffe , 1 A&te ,
1759 , Satyre ingénieufe & très - fine.
M. Favart n'avoue point cette Pièce ,
telle qu'elle eft imprimée ici , quoique
le fond , le quadre , la plus grande partie
des couplets , & prèfque tous les
détails lui appartiennent. Un Anonyme
ayant eu , on ne fçait comment , une
copie de cet Opéra - Comique ; repréfenté
en 1740 fous le titre de la Barrière
du Parnaffe ou de la Mufe Chanfonniere
, & ne fçachant pas que M..
Favart en étoit l'Auteur , crut pouvoir
fe l'approprier. Il inféra la critique des
Ouvrages Dramatiques qui paroiffoient
alors, critique un peu trop vive , &
qu'affurément M. Favart , qui n'y eſt
pas ménagé lui -même au fujet de Petrine
, ne fe feroit pas permife . La Scène
de Diogene eft une Perfonnalité , &
110 MERCURE DE FRANCE.
l'on n'en trouvera dans aucune des pro
ductions de notre Auteur. On avoit
judicieufement retranché cette Scène à
la Repréſentation : elle n'auroit pas dû
reparoître ici .
Le Retour de l'Opéra - Comique , I
A&te , 1759.
Le Départ de l'Opéra- Comique ; Compliment
, 1 A&te , 1759.
La Refource des Théâtres , 1 Acte ,
1760. Il n'appartient dans cette Pièce à
M. Favart que le Vaudeville des Portraits
à la Mode , dont il a fait l'Air &
les Paroles ; mais ce Vaudeville a fait
prèfque feul tout le fuccès de la Pièce .
Le Bal Bourgeois , Pièce mêlée d'Afiettes
, en 1 Acte , représentée en 1738,
& imprimée avec quelques changemens
en 1762 .
On peut ajouter à cette Lifte cinq
Pièces qui n'ont pas été imprimées ,
fçavoir :
Les Vendanges d'Argenteuil , Opéra-
Comique , joué en 1742 ; les Vendanges
de Tempe ; l'Ile d'Anticyre , la
Folie , Médecin de l'efprit , & l' Aftrologue
de Village , repréfentés en 1744.
Et que nous pourrions encore la groffir
de beaucoup d'autres productions !
telles que la Cour de Marbre , Diver
AO UST. 1763 .
117
tiffement en 1 A &te , fait pour les Petits
Appartemens , en fociété avec M. de la
Garde ; les Nouveaux Intermédes , &
les Divertiffemens de l'Inconnu , exécutés
à Fontainebleau ; un Prologue fur
les Victoires du Roi , & les Comédiens en
Flandres , Comédie en 3 Actes & c. &c.
M. Favart a certainement fait plus de
150 Drames, donnés tant fous fon nom ,
que fous des noms étrangers. Il a encore
tenté heureufement d'autres genres
, & fes effais dans la Poëfie Héroïque
lui ont fait remporter des prix aux Jeux
Floraux en 1734. Un de ces Poëmes , a
pour titre , la France délivrée par la
Pucelle d'Orléans ; il le fit à l'âge au
plus de vingt ans.
Fermer
16411
p. 111-115
FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. IIe Partie. A Paris in-8°. Chez Vincent, 1763.
Début :
LA première Partie n'a point paru ; elle n'est pas entiérement imprimée. [...]
Mots clefs :
Familles, Plantes, Genres, Auteur, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. IIe Partie. A Paris in-8°. Chez Vincent, 1763.
FAMILLES des Plantes , par M.
ADANSON , de l'Académie des Sciences
de la Société Royale de Londres ,
Cenfeur Royal. II Partie. A Paris
in- 8 °. Chez Vincent , 1763.
LAA première Partie n'a point paru ;
elle n'eft pas entiérement imprimée.
Elle contiendra la théorie de la Science
de la Botanique , l'hiftoire de fes proLIZ
MERCURE DE FRANCE.
grès , fon état actuel , un plan fommaire
de toutes les méthodes , un Jugement'
fur les Ouvrages les plus néceffaires à.
connoître , enfin le plan raifonné de
celui qu'il donne au Public.
En publiant d'abord cette feconde.
Partie , M. Adanfon a cru devoir fe
prêter à l'empreffement qu'on lui a té-`
moigné d'avoir au moins , pendant le
cours de Botanique du Jardin du Roi,
ce qu'on peut appeller la partie pratique
de la Science , c'eft-à- dire l'ordre & les
caractères généraux de fes familles ,ainfi
que la fuite & le caractère de chacun
des genres qui les compofent.
Le Titre fimple de l'Ouvrage annonce
affez que l'Auteur n'a fuivi aucun
fyftême , & n'a point voulu en faire de
nouveau par le tableau qu'il donne
des 58 familles , on voit qu'il range les
plantes pár ordre d'affinités , en fuivant
la gradation que la Nature montre dans
Les productions végétales , gradation
qui paroît interrompue dans 58 endroits
plus marqués qu'il diftingue par
autant de familles. Les autres interrup
tions moins marquées , & au nombre
de 1615 indiquent les genres dans la
férie de 1800 efpéces de plantes con
nues.
AOUST. 1763. 113
Cette manière de confidérer les familles
ou claffes , les genres & les efpéces
, n'eft nullement fyftématique ;
elle eft priſe dans la nature même des
chofes & entièrement différente de ce
qui avoit été penfé & dit jufqu'à préfent.
C'est une nouvelle route qui femble
devoir mener à la méthode naturelle
que tant d'Auteurs ont cherché
en vain .
Sans entrer dans une plus grande
difcuffion fur le mérite de l'Ouvrage ,
dont on ne pourra bien juger que quand
il aura paru en entier , nous nous contenterons
de faire quelques réfléxions
générales fur ce qui eft actuellement
Tous nos yeux.
Nous avons remarqué de la précifion
, de l'ordre & de la liaifon dans
tout ce qui doit concourir pour faire
l'enſemble.
A la tête de chaque Famille on trou
ve le détail circonftancié de toutes les
parties qui font communes aux genres
qui doivent y entrer , telles
que la Figure,
la Racine, la Tige , les Bourgeons,
les Feuilles , le Feuillage les Stiles
Epines , Voiles ou Poils , les Fleurs , le
Calice , la Corolle , les Etamines , le
Piftis , le Fruit , les Graines : l'Auteur
>
114 MERCURE DE FRANCE.
ý a joint les qualités , les vertus & les
ufages.
L'avantage de voir d'un coup d'oeil
dans des colonnes féparées , les carac
tères des genres de la même famille ,
nous a frappés , par la facilité qui en
téfulte pour les comparer.
Il y a fans doute du mérite d'avoir
raffemblé dans un auffi petit efpace ,
une fi grande quantité de faits conftatés
ou d'après les plus fameux Botaniftes
, ou d'après les propres obfervations
de l'Auteur . C'eft en quelque forte
l'extrait de toutes les connoiffances Botaniques
jufqu'à ce jour ; & ce travail
qui confifte à négliger ce qui eft
acceffoire ou inutile pour ne préſenter
que l'effentiel , exige une connoiffance
profonde , & le véritable efprit de la
Science.
Cette table fi ample qui fuppofe tant
de lectures & de recherches , nous a
paru mériter attention & prévenir le
reproche qu'on auroit pû faire à l'Auteur
d'avoir changé des noms connus
& adoptés par rapport à de certaines
plantes. On verra que ces noms nouveaux
appartenoient déja à une plante
décrite par les Anciens ; il n'y a pas
même , juſqu'à la table raifonnée des
AOUST. 1763. 115
vertus des plantes dont il ne foit facile
de connoître l'utilité.
Nous fufpendrons nos réfléxions fur
l'ortographe que l'Auteur a adoptée :
dans l'avertiffement qui précéde fa table
il dit fimplement qu'il a fait des
changemens à cet égard , & qu'il en
donnera quelque jour les raifons. Il
eft jufte d'attendre qu'il les ait données
pour en rendre compte.
ADANSON , de l'Académie des Sciences
de la Société Royale de Londres ,
Cenfeur Royal. II Partie. A Paris
in- 8 °. Chez Vincent , 1763.
LAA première Partie n'a point paru ;
elle n'eft pas entiérement imprimée.
Elle contiendra la théorie de la Science
de la Botanique , l'hiftoire de fes proLIZ
MERCURE DE FRANCE.
grès , fon état actuel , un plan fommaire
de toutes les méthodes , un Jugement'
fur les Ouvrages les plus néceffaires à.
connoître , enfin le plan raifonné de
celui qu'il donne au Public.
En publiant d'abord cette feconde.
Partie , M. Adanfon a cru devoir fe
prêter à l'empreffement qu'on lui a té-`
moigné d'avoir au moins , pendant le
cours de Botanique du Jardin du Roi,
ce qu'on peut appeller la partie pratique
de la Science , c'eft-à- dire l'ordre & les
caractères généraux de fes familles ,ainfi
que la fuite & le caractère de chacun
des genres qui les compofent.
Le Titre fimple de l'Ouvrage annonce
affez que l'Auteur n'a fuivi aucun
fyftême , & n'a point voulu en faire de
nouveau par le tableau qu'il donne
des 58 familles , on voit qu'il range les
plantes pár ordre d'affinités , en fuivant
la gradation que la Nature montre dans
Les productions végétales , gradation
qui paroît interrompue dans 58 endroits
plus marqués qu'il diftingue par
autant de familles. Les autres interrup
tions moins marquées , & au nombre
de 1615 indiquent les genres dans la
férie de 1800 efpéces de plantes con
nues.
AOUST. 1763. 113
Cette manière de confidérer les familles
ou claffes , les genres & les efpéces
, n'eft nullement fyftématique ;
elle eft priſe dans la nature même des
chofes & entièrement différente de ce
qui avoit été penfé & dit jufqu'à préfent.
C'est une nouvelle route qui femble
devoir mener à la méthode naturelle
que tant d'Auteurs ont cherché
en vain .
Sans entrer dans une plus grande
difcuffion fur le mérite de l'Ouvrage ,
dont on ne pourra bien juger que quand
il aura paru en entier , nous nous contenterons
de faire quelques réfléxions
générales fur ce qui eft actuellement
Tous nos yeux.
Nous avons remarqué de la précifion
, de l'ordre & de la liaifon dans
tout ce qui doit concourir pour faire
l'enſemble.
A la tête de chaque Famille on trou
ve le détail circonftancié de toutes les
parties qui font communes aux genres
qui doivent y entrer , telles
que la Figure,
la Racine, la Tige , les Bourgeons,
les Feuilles , le Feuillage les Stiles
Epines , Voiles ou Poils , les Fleurs , le
Calice , la Corolle , les Etamines , le
Piftis , le Fruit , les Graines : l'Auteur
>
114 MERCURE DE FRANCE.
ý a joint les qualités , les vertus & les
ufages.
L'avantage de voir d'un coup d'oeil
dans des colonnes féparées , les carac
tères des genres de la même famille ,
nous a frappés , par la facilité qui en
téfulte pour les comparer.
Il y a fans doute du mérite d'avoir
raffemblé dans un auffi petit efpace ,
une fi grande quantité de faits conftatés
ou d'après les plus fameux Botaniftes
, ou d'après les propres obfervations
de l'Auteur . C'eft en quelque forte
l'extrait de toutes les connoiffances Botaniques
jufqu'à ce jour ; & ce travail
qui confifte à négliger ce qui eft
acceffoire ou inutile pour ne préſenter
que l'effentiel , exige une connoiffance
profonde , & le véritable efprit de la
Science.
Cette table fi ample qui fuppofe tant
de lectures & de recherches , nous a
paru mériter attention & prévenir le
reproche qu'on auroit pû faire à l'Auteur
d'avoir changé des noms connus
& adoptés par rapport à de certaines
plantes. On verra que ces noms nouveaux
appartenoient déja à une plante
décrite par les Anciens ; il n'y a pas
même , juſqu'à la table raifonnée des
AOUST. 1763. 115
vertus des plantes dont il ne foit facile
de connoître l'utilité.
Nous fufpendrons nos réfléxions fur
l'ortographe que l'Auteur a adoptée :
dans l'avertiffement qui précéde fa table
il dit fimplement qu'il a fait des
changemens à cet égard , & qu'il en
donnera quelque jour les raifons. Il
eft jufte d'attendre qu'il les ait données
pour en rendre compte.
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16412
p. 115-121
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
DICTIONNAIRE Géographique Historique & Politique des Gaules & de la France. [...]
Mots clefs :
Libraires, Discours, Édition, Imprimeur, Poème
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
DICTIONNAIRE Géographique
Hiftorique & Politique des Gaules &
de la France. Par M. l'Abbé Expilly ,
Chanoine-Tréforier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte Marie de Tarafcon
, de la Société Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , & c . Tome
I. in -folio , de 880 pages . A Avignon ,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais
; Nyon , quai des Auguftins , à l'Occafion
, Hériant , rue S. Jacques , à
S. Paul & à S. Hilaire ; Bauche , quai
des Auguſtins , à Ste Géneviéve & a
S. Jean dans le Défert ; Defpilly , rue
S. Jacques , à la Croix d'or. Le pre16
MERCURE DE FRANCE.
mier volume , qui paroît actuellement,
fe vend broché , 24 liv. Le fecond paroîtra
en Février 1764. Les autres volumes
paroîtront réguliérement tous les
huit mois . Chaque volume fe vendra
également 24 liv. broché , & fera de
8 à 900 pages d'impreffion , même
format , papier & caractère que le
premier.
Nous parlerons plus amplement de
ce grand & très-utile Ouvrage.
LE GENTILHOMME Cultivateur , où
Corps complet d'Agriculture , traduit
de l'Anglois de M. Hall , & tiré des
Auteurs qui ont le mieux écrit fur cet
Art. Par M. Dupuy d'Emportes , de l'Académie
de Florence.
Omnium rerum ex quibus acquiritur , nihil eſt
agriculturâ meliùs , nihil uberiùs , nihil
homine libero digniùs.
Cicer. L. 2. de Offic.
In-4°. Paris , 1763. Tome 6. Chez P.
G. Simon , Imprimeur du Parlement ,
rue de la Harpe ; la veuve Durand , Libraire
, rue du Foin ; & Bauche , Libraire
, quai des Auguftins .
Nous avons déja rendu compte de cet
Ouvrage qui continue de fe débiter
avec fuccès.
AOUST. 1763. 117
TRAITÉ DES PRISES , ou principes
de la Jurifprudence Françoife concernant
les Prifes qui fe font fur mer , relativement
aux difpofitions tant de l'Ordonnance
de la Marine du mois d'Août
1681 , que des Arrêts du Confeil , Ordonnances
& Réglemens antérieurs
& poftérieurs , rendus fur ce fujet.
Avec une notice de la procédure qui
doit être obfervée à cet égard . Par l'Auteur
du Commentaire fur cette même
Ordonnance de la Marine , 2 vol. in-
8. A la Rochelle , 1763. Chez Jérôme
Legier , Imprimeur des Fermes du Roi
au Canton des Flamands ; & fe trouve
à Paris chez Mérigot Père , Libraire
quai des Auguftins.
ORAISON funébre de Très-haute &
très-puiffante Dame Reine de Madaillan
de Lefparre , Marquife de Laffai ,
prononcée dans l'Eglife de l'Hôpital-
Royal de la Charité à Paris , le Jeudi 21
Avril 1763. Par M. l'Abbé Fréfman ,
Prédicateur ordinaire du Roi , & premier
Vicaire de l'Eglife Paroiffiale de
S. Euftache. In-4° . Paris , 1763. Chez
Auguftin-Martin Lottin l'aîné , Libraire
& Imprimeur de Mgr le Duc de Berry,
rue S. Jacques , près S. Yves , à l'Enfeigne
du Coq.
118 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS fur le bonheur des gens
de Lettres.
Homo doctus infe femper divitias habet.
Phædr.
In-8° . Bordeaux, 1763. Chez les Frères
Labottière , Imprimeurs-Libraires, Place
du Palais. Ce difcours eft bien fait , &
part d'une jeune Plume qui mérite d'être
encouragée.
DISCOURS fur l'Hiftoire Eccléfiaftique
, par M. l'Abbé Fleury , Prêtre
Prieur d'Argenteuil & Confeffeur du
Roi. Nouvelle Edition augmentée des
difcours fur la Poëfie des Hébreux , fur
Ecriture Sainte , fur la Prédication, &
fur les Libertés de l'Eglife Gallicane,
On y a joint le difcours fur le renouvellement
des Etudes Eccléfiaftiques
depuis le 14 Siécle par M. l'Abbé
Goujet , Chanoine de S. Jacques de
P'Hôpital. In-8°. Paris, 1763, Chez Jean-
Thomas Hériffant , rue S. Jacques , à
S. Hilaire . Prix , 3 liv. relié.
DE L'EDUCATION des Filles , par
Meffire François de Salignac de la Mothe
Fenelon , Archevêque de Cambrai.
Nouvelle Edition , augmentée d'une
Lettre du même Auteur à une Dame de
•
AOUST. 1763: 119
qualité fur l'éducation de M *** fa
fille. In- 16. Paris , 1763 , chez le mê
me Libraire ; & chez Guérin & Dela
tour , Libraires -Imprimeurs, rue S. Jacques
, vis-à-vis celle des Mathurins , à
S. Thomas d'Aquin, Prix , I liv. 16 f
relié.
TRAITÉ des devoirs des Gens du
Monde , & furtout des Chefs de famil
le . Par M. Collet , Prêtre de la Congré
gation de la Miffion , & Docteur en
Théologie. In-12. Paris , 1763 ; chez
Jean Debure l'aîné , quai des Auguftins,
à l'Image S. Paul ; Jean- Thomas Heriffant
, rue S. Jacques , à S. Paul & à
S. Hilaire ; Jean- Claude- Baptifte Hériffant
, rue Neuve Notre-Dame , à la
Croix d'or ; & Nicolas Tilliard , quai
des Auguftins , à S. Benoît. Prix , 2 liv,
10 f. relié.
INSTRUCTIONS & Prières à l'ufage
des Officiers de maiſon , des domeftiques
& des perfonnes qui travaillent en
Ville , &c. Ouvrage qui peut fervir aux
Confeffeurs. Par le même Auteur , &
chez les mêmes Libraires. Quatriéme
Edition , revue , corrigée & augmentée.
In- 16, Prix , 1 liy, 10 f. relié.
120 MERCURE DE FRANCE.
DEUX EPITRES de S. Clément
Romain , difciple de S. Pierre Apôtre :
tirées pour la première fois d'un Manufcrit
du Nouveau Teftament Syriaque
, & publiées avec la Verfion Latine
à côté , par Jean-Jacques Weftein;
à Leyde , de l'Imprimerie d'Elie Luzac
ke jeune en 1752. Seconde Edition
Françoife & Latine , in8 . 1763 , avec
des Notes.
POEME aux Anglois , à l'occafion
de la Paix univerfelle. Par M. Peyraud
de Beaufol. Brochure in-8°. Paris
1763. Chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés. On trouve du fentiment.
& de la chaleur dans l'Ouvrage de ce
Poëte-Citoyen , & nous en rendrons
compte avec plaifir.
L'INTEREST d'un Ouvrage , Difcours
prononcé par M. *** le jour
de fa réception à l'Académie des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , le 8
Mai 1763. In-8° . Paris , chez Vallat la-
Chapelle , Libraire au Palais , fur le
Perron de la Ste Chapelle. Nous parlerons
auffi de cet Ouvrage auffi inftructif
qu'intéreffant pour quiconque
aime les Lettres.
LE
AOUST. 1763. 121
LE MONDE pacifié , Poëme. Par
l'Auteur des voeux patriotiques à la
France.
Tros Rutulus vefuat , nullo difcrimine habebo.
Virg. Æn. L. 10.
In-4°. Paris , 1763. De l'Imprimerie de
Prault , quai de Gêvres , au Paradis .
Nous donnerons auffi l'Extrait de ce
Poëme digne de fon Auteur.
DICTIONNAIRE Géographique
Hiftorique & Politique des Gaules &
de la France. Par M. l'Abbé Expilly ,
Chanoine-Tréforier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte Marie de Tarafcon
, de la Société Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , & c . Tome
I. in -folio , de 880 pages . A Avignon ,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais
; Nyon , quai des Auguftins , à l'Occafion
, Hériant , rue S. Jacques , à
S. Paul & à S. Hilaire ; Bauche , quai
des Auguſtins , à Ste Géneviéve & a
S. Jean dans le Défert ; Defpilly , rue
S. Jacques , à la Croix d'or. Le pre16
MERCURE DE FRANCE.
mier volume , qui paroît actuellement,
fe vend broché , 24 liv. Le fecond paroîtra
en Février 1764. Les autres volumes
paroîtront réguliérement tous les
huit mois . Chaque volume fe vendra
également 24 liv. broché , & fera de
8 à 900 pages d'impreffion , même
format , papier & caractère que le
premier.
Nous parlerons plus amplement de
ce grand & très-utile Ouvrage.
LE GENTILHOMME Cultivateur , où
Corps complet d'Agriculture , traduit
de l'Anglois de M. Hall , & tiré des
Auteurs qui ont le mieux écrit fur cet
Art. Par M. Dupuy d'Emportes , de l'Académie
de Florence.
Omnium rerum ex quibus acquiritur , nihil eſt
agriculturâ meliùs , nihil uberiùs , nihil
homine libero digniùs.
Cicer. L. 2. de Offic.
In-4°. Paris , 1763. Tome 6. Chez P.
G. Simon , Imprimeur du Parlement ,
rue de la Harpe ; la veuve Durand , Libraire
, rue du Foin ; & Bauche , Libraire
, quai des Auguftins .
Nous avons déja rendu compte de cet
Ouvrage qui continue de fe débiter
avec fuccès.
AOUST. 1763. 117
TRAITÉ DES PRISES , ou principes
de la Jurifprudence Françoife concernant
les Prifes qui fe font fur mer , relativement
aux difpofitions tant de l'Ordonnance
de la Marine du mois d'Août
1681 , que des Arrêts du Confeil , Ordonnances
& Réglemens antérieurs
& poftérieurs , rendus fur ce fujet.
Avec une notice de la procédure qui
doit être obfervée à cet égard . Par l'Auteur
du Commentaire fur cette même
Ordonnance de la Marine , 2 vol. in-
8. A la Rochelle , 1763. Chez Jérôme
Legier , Imprimeur des Fermes du Roi
au Canton des Flamands ; & fe trouve
à Paris chez Mérigot Père , Libraire
quai des Auguftins.
ORAISON funébre de Très-haute &
très-puiffante Dame Reine de Madaillan
de Lefparre , Marquife de Laffai ,
prononcée dans l'Eglife de l'Hôpital-
Royal de la Charité à Paris , le Jeudi 21
Avril 1763. Par M. l'Abbé Fréfman ,
Prédicateur ordinaire du Roi , & premier
Vicaire de l'Eglife Paroiffiale de
S. Euftache. In-4° . Paris , 1763. Chez
Auguftin-Martin Lottin l'aîné , Libraire
& Imprimeur de Mgr le Duc de Berry,
rue S. Jacques , près S. Yves , à l'Enfeigne
du Coq.
118 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS fur le bonheur des gens
de Lettres.
Homo doctus infe femper divitias habet.
Phædr.
In-8° . Bordeaux, 1763. Chez les Frères
Labottière , Imprimeurs-Libraires, Place
du Palais. Ce difcours eft bien fait , &
part d'une jeune Plume qui mérite d'être
encouragée.
DISCOURS fur l'Hiftoire Eccléfiaftique
, par M. l'Abbé Fleury , Prêtre
Prieur d'Argenteuil & Confeffeur du
Roi. Nouvelle Edition augmentée des
difcours fur la Poëfie des Hébreux , fur
Ecriture Sainte , fur la Prédication, &
fur les Libertés de l'Eglife Gallicane,
On y a joint le difcours fur le renouvellement
des Etudes Eccléfiaftiques
depuis le 14 Siécle par M. l'Abbé
Goujet , Chanoine de S. Jacques de
P'Hôpital. In-8°. Paris, 1763, Chez Jean-
Thomas Hériffant , rue S. Jacques , à
S. Hilaire . Prix , 3 liv. relié.
DE L'EDUCATION des Filles , par
Meffire François de Salignac de la Mothe
Fenelon , Archevêque de Cambrai.
Nouvelle Edition , augmentée d'une
Lettre du même Auteur à une Dame de
•
AOUST. 1763: 119
qualité fur l'éducation de M *** fa
fille. In- 16. Paris , 1763 , chez le mê
me Libraire ; & chez Guérin & Dela
tour , Libraires -Imprimeurs, rue S. Jacques
, vis-à-vis celle des Mathurins , à
S. Thomas d'Aquin, Prix , I liv. 16 f
relié.
TRAITÉ des devoirs des Gens du
Monde , & furtout des Chefs de famil
le . Par M. Collet , Prêtre de la Congré
gation de la Miffion , & Docteur en
Théologie. In-12. Paris , 1763 ; chez
Jean Debure l'aîné , quai des Auguftins,
à l'Image S. Paul ; Jean- Thomas Heriffant
, rue S. Jacques , à S. Paul & à
S. Hilaire ; Jean- Claude- Baptifte Hériffant
, rue Neuve Notre-Dame , à la
Croix d'or ; & Nicolas Tilliard , quai
des Auguftins , à S. Benoît. Prix , 2 liv,
10 f. relié.
INSTRUCTIONS & Prières à l'ufage
des Officiers de maiſon , des domeftiques
& des perfonnes qui travaillent en
Ville , &c. Ouvrage qui peut fervir aux
Confeffeurs. Par le même Auteur , &
chez les mêmes Libraires. Quatriéme
Edition , revue , corrigée & augmentée.
In- 16, Prix , 1 liy, 10 f. relié.
120 MERCURE DE FRANCE.
DEUX EPITRES de S. Clément
Romain , difciple de S. Pierre Apôtre :
tirées pour la première fois d'un Manufcrit
du Nouveau Teftament Syriaque
, & publiées avec la Verfion Latine
à côté , par Jean-Jacques Weftein;
à Leyde , de l'Imprimerie d'Elie Luzac
ke jeune en 1752. Seconde Edition
Françoife & Latine , in8 . 1763 , avec
des Notes.
POEME aux Anglois , à l'occafion
de la Paix univerfelle. Par M. Peyraud
de Beaufol. Brochure in-8°. Paris
1763. Chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés. On trouve du fentiment.
& de la chaleur dans l'Ouvrage de ce
Poëte-Citoyen , & nous en rendrons
compte avec plaifir.
L'INTEREST d'un Ouvrage , Difcours
prononcé par M. *** le jour
de fa réception à l'Académie des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , le 8
Mai 1763. In-8° . Paris , chez Vallat la-
Chapelle , Libraire au Palais , fur le
Perron de la Ste Chapelle. Nous parlerons
auffi de cet Ouvrage auffi inftructif
qu'intéreffant pour quiconque
aime les Lettres.
LE
AOUST. 1763. 121
LE MONDE pacifié , Poëme. Par
l'Auteur des voeux patriotiques à la
France.
Tros Rutulus vefuat , nullo difcrimine habebo.
Virg. Æn. L. 10.
In-4°. Paris , 1763. De l'Imprimerie de
Prault , quai de Gêvres , au Paradis .
Nous donnerons auffi l'Extrait de ce
Poëme digne de fon Auteur.
Fermer
16413
p. 121-126
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de PRUSSE, pour l'année 1763.
Début :
LE Prix de la Classe de Philosophie spéculative devoit être adjugé le 31 de [...]
Mots clefs :
Prix, Académie, Jugement, Philosophie, Programme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de PRUSSE, pour l'année 1763.
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences & Belles- Lettres de
PRUSSE , pour l'année 1763.
L E Prix
de la
Claffe
de
Philofophie
fpéculative
devoit
être
adjugé
le 31 de
Mai
1763.
Il concernoit
la Queftion
fuivante
:
On demande : Si les vérités Métaphyfiques
en général , & en particulier les
F
122 MERCURE DE FRANCE.
premiers principes de la Théologie naturelle
& de la Morale , font fufceptibles
de la même évidence que les Vérités
géométriques ; & au cas qu'elles n'en
foyent pas fufceptibles , quelle eft la
nature de leur certitude , à quel degré
elle peut parvenir , & fi ce degré fuffic
pour la conviction ?
, Le fçavant Juif de Berlin Mofes
fils de Mendel , a remporté ce Prix ; mais
l'Académie a déclaré en même temps
que le Mémoire Allemand qui avoit
pour devife :
r
Verum animo fatis hæc veftigia parva fagaci
Sunt , per qua poffit cætera cognofcere tute
toit, à l'égard de la Pièce victorieuſe
ans une proximité qui ne différoit guè
es de l'égalité.
La Claffe de Philofophie Expérimen
tale avoit renvoyé jufqu'au même jour
31 de Mai 1763 le Prix fur la Quef
tion déjà propofée pour l'année 1761 .
fçavoir :
Si tous les Etres vivan's , tant du rẻ-
gne animal que du régne végétal ,fortent
d'un auffécondé par un germe, ou par
une matière prolifique analogue au
germe ?
Ces deux années de délai n'ayant S
AOUST. 1763 . 123
"
•
produit aucune nouvelle Pièce digne
d'être couronnée , l'Académie abandonne
cette Queſtion . Mais comme
pendant cet intervalle M. Bonnet
Citoyen de Genêve , Membre de diverfes
Académies , & Auteur de plufieurs
excellens Ouvrages , en a publié un intitulé
, Confidérations fur les Corps organifés
, qu'il a envoyé à l'Académie
le foumettant à fon jugement , l'Académie
a profité de cette occafion pour
témoigner publiquement que cet Onvrage
lui a paru le fruit des obfervations
les plus exactes , & des recher
ches les plus approfondies ; en forte
que , fi l'Auteur , au lieu de le mettre
au jour & de fe faire connoître , l'avoit
foumis aux loix ordinaires du concours
il auroit infailliblement remporté le Prix.
La Claffe de Philofophie Expérimen →
tale propoſe préfentement pour l'année
1765 la Queftion fuivante .
On demande de nouvelles expériences,
d'après lefquelles on puiffe expliquer
diftinctement & prouver folidement , en
quoi confifte le changement que les ali
mens , tirés tant du règne animal que
du règne végétal , éprouvent dans le
corps humain , foit dans le ventricule
foit dans les inteftins , pendant l'état de
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
fanté. Le résultat de ces recherches dou
être de faire voir quelle eft proprement
la partie des alimens qui fe convertit en
fuc nourricier comment fe fait cette ,
converfion , & quelles font les parties
des alimens qui ne peuvent naturellement
fubir aucune digeftion , ni fervir
à nourir le corps ?
On invite les Sçavans de tous pays ,
excepté les Membres ordinaires de l'Académie
, à travailler fur cette Queftion
. Le Prix , qui confifte en une Médaille
d'or du poids de cinquante Du
cats fera donné à celui qui , au jugement
de l'Académie , aura le mieux
réuffi . Les piéces écrites d'un caractère
lifible , feront adreffées à M. le Profeffeur
Formey , Secrétaire perpétuel de
l'Académie .
Le terme pour les recevoir eft fixé
jufqu'au de Janvier 1764 , après
quoi on n'en recevia abfolument aucune
, quelque raifon de retardement
qui puiffe être alléguée en fa faveur.
On prie auffi les Auteurs de ne point
ſe nommer mais de mettre fimplement
une Devife , à laquelle ils joindront
un Billet cacheté , qui contiendra
avec la devife , leur nom & leur
demeure .
AO UST. 1763. 125 .
Le Jugement de l'Académie fera déclaré
dans l'Affemblée publique du 31
de Mai 1765.
Outre les Queftions fufdites , la Claffe
de Mathématique avoit déclaré dans
le Programme de l'année paffée , qu'en
quelque temps que ce fut qu'on lui
adreffât un Mémoire fatisfaifant fur l'explication
de l'ouïe , relativement à la
manière dont la perception du fon eft
produite en vertu de la ftructure interieure
de l'oreille , elle lui décerneroit le
Prix. Le cas vient d'arriver ; & ce Prix
a été donné dans la derniere Affemblée
publique , à M. George Urbain Belz,
Docteur en Médecine , & Médecin de
la Ville de Neuftadt - Eberswalde. *
On a été averti par le Programme de
l'année précédente , que le Prix de la
Claffe de Belles - Lettres , qui fera adjugé
le 31 de Mai 1764 , & pour lequel
les Pièces feront reçues jufqu'au I Janvier
de la même année concerne la
Queſtion fuivante :
Quand eft-ce que la puiffance fouveraine
des Empereurs Grecs a totalement
ceffé dans Rome ? Quel gouvernement
les Romains eurent - ils alors ? Et
dans quel temps la fouveraineté des Papes
fut-elle établie ?
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
Le grand Directoire de Guerre &
des Finances de S. M. a auffi requis
l'Académie d'annoncer dans fon Programme
, qu'il deftinoit un Prix de cinquante
écus à un Mémoire fur la meilleure
conftruction des fourneaux , relativement
à l'épargne du bois ; les Mémoires
feront foumis au jugement de
l'Académie , & le Prix fera adjugé en
même temps que le Prix de l'Acadé
mie en 1764.
des Sciences & Belles- Lettres de
PRUSSE , pour l'année 1763.
L E Prix
de la
Claffe
de
Philofophie
fpéculative
devoit
être
adjugé
le 31 de
Mai
1763.
Il concernoit
la Queftion
fuivante
:
On demande : Si les vérités Métaphyfiques
en général , & en particulier les
F
122 MERCURE DE FRANCE.
premiers principes de la Théologie naturelle
& de la Morale , font fufceptibles
de la même évidence que les Vérités
géométriques ; & au cas qu'elles n'en
foyent pas fufceptibles , quelle eft la
nature de leur certitude , à quel degré
elle peut parvenir , & fi ce degré fuffic
pour la conviction ?
, Le fçavant Juif de Berlin Mofes
fils de Mendel , a remporté ce Prix ; mais
l'Académie a déclaré en même temps
que le Mémoire Allemand qui avoit
pour devife :
r
Verum animo fatis hæc veftigia parva fagaci
Sunt , per qua poffit cætera cognofcere tute
toit, à l'égard de la Pièce victorieuſe
ans une proximité qui ne différoit guè
es de l'égalité.
La Claffe de Philofophie Expérimen
tale avoit renvoyé jufqu'au même jour
31 de Mai 1763 le Prix fur la Quef
tion déjà propofée pour l'année 1761 .
fçavoir :
Si tous les Etres vivan's , tant du rẻ-
gne animal que du régne végétal ,fortent
d'un auffécondé par un germe, ou par
une matière prolifique analogue au
germe ?
Ces deux années de délai n'ayant S
AOUST. 1763 . 123
"
•
produit aucune nouvelle Pièce digne
d'être couronnée , l'Académie abandonne
cette Queſtion . Mais comme
pendant cet intervalle M. Bonnet
Citoyen de Genêve , Membre de diverfes
Académies , & Auteur de plufieurs
excellens Ouvrages , en a publié un intitulé
, Confidérations fur les Corps organifés
, qu'il a envoyé à l'Académie
le foumettant à fon jugement , l'Académie
a profité de cette occafion pour
témoigner publiquement que cet Onvrage
lui a paru le fruit des obfervations
les plus exactes , & des recher
ches les plus approfondies ; en forte
que , fi l'Auteur , au lieu de le mettre
au jour & de fe faire connoître , l'avoit
foumis aux loix ordinaires du concours
il auroit infailliblement remporté le Prix.
La Claffe de Philofophie Expérimen →
tale propoſe préfentement pour l'année
1765 la Queftion fuivante .
On demande de nouvelles expériences,
d'après lefquelles on puiffe expliquer
diftinctement & prouver folidement , en
quoi confifte le changement que les ali
mens , tirés tant du règne animal que
du règne végétal , éprouvent dans le
corps humain , foit dans le ventricule
foit dans les inteftins , pendant l'état de
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
fanté. Le résultat de ces recherches dou
être de faire voir quelle eft proprement
la partie des alimens qui fe convertit en
fuc nourricier comment fe fait cette ,
converfion , & quelles font les parties
des alimens qui ne peuvent naturellement
fubir aucune digeftion , ni fervir
à nourir le corps ?
On invite les Sçavans de tous pays ,
excepté les Membres ordinaires de l'Académie
, à travailler fur cette Queftion
. Le Prix , qui confifte en une Médaille
d'or du poids de cinquante Du
cats fera donné à celui qui , au jugement
de l'Académie , aura le mieux
réuffi . Les piéces écrites d'un caractère
lifible , feront adreffées à M. le Profeffeur
Formey , Secrétaire perpétuel de
l'Académie .
Le terme pour les recevoir eft fixé
jufqu'au de Janvier 1764 , après
quoi on n'en recevia abfolument aucune
, quelque raifon de retardement
qui puiffe être alléguée en fa faveur.
On prie auffi les Auteurs de ne point
ſe nommer mais de mettre fimplement
une Devife , à laquelle ils joindront
un Billet cacheté , qui contiendra
avec la devife , leur nom & leur
demeure .
AO UST. 1763. 125 .
Le Jugement de l'Académie fera déclaré
dans l'Affemblée publique du 31
de Mai 1765.
Outre les Queftions fufdites , la Claffe
de Mathématique avoit déclaré dans
le Programme de l'année paffée , qu'en
quelque temps que ce fut qu'on lui
adreffât un Mémoire fatisfaifant fur l'explication
de l'ouïe , relativement à la
manière dont la perception du fon eft
produite en vertu de la ftructure interieure
de l'oreille , elle lui décerneroit le
Prix. Le cas vient d'arriver ; & ce Prix
a été donné dans la derniere Affemblée
publique , à M. George Urbain Belz,
Docteur en Médecine , & Médecin de
la Ville de Neuftadt - Eberswalde. *
On a été averti par le Programme de
l'année précédente , que le Prix de la
Claffe de Belles - Lettres , qui fera adjugé
le 31 de Mai 1764 , & pour lequel
les Pièces feront reçues jufqu'au I Janvier
de la même année concerne la
Queſtion fuivante :
Quand eft-ce que la puiffance fouveraine
des Empereurs Grecs a totalement
ceffé dans Rome ? Quel gouvernement
les Romains eurent - ils alors ? Et
dans quel temps la fouveraineté des Papes
fut-elle établie ?
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
Le grand Directoire de Guerre &
des Finances de S. M. a auffi requis
l'Académie d'annoncer dans fon Programme
, qu'il deftinoit un Prix de cinquante
écus à un Mémoire fur la meilleure
conftruction des fourneaux , relativement
à l'épargne du bois ; les Mémoires
feront foumis au jugement de
l'Académie , & le Prix fera adjugé en
même temps que le Prix de l'Acadé
mie en 1764.
Fermer
16414
p. 126-138
ÉLOGE Historique de M. LE PERE, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie d'AUXERRE par M. de S. GEORGE, Sécrétaire perpétuel de la même Académie, le 26 Octobre 1762.
Début :
MATURIN LE PERE, Secrétaire perpétuel de la Société des Sciences, Arts [...]
Mots clefs :
Travail, Mémoire, Opérations, Triangles , Précision, Société, Difficultés, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE Historique de M. LE PERE, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie d'AUXERRE par M. de S. GEORGE, Sécrétaire perpétuel de la même Académie, le 26 Octobre 1762.
ÉLOGE Hiftorique de M. LE PERE
lu dans l'Affemblée publique de l'Académie
d'AUXERRE par M. de S.
GEORGE , Sécrétaire perpétuel de la
même Académie , le 26 Octobre 1762.
MATURIN ATURIN LE PER E, Secrétaire
perpétuel de la Société des Sciences, Arts
& Belles-Lettres d'Auxerre Directeur
des Poftes de la même Ville , naquit à
Milli en Gâtinois , le 12 Janvier 1718.
Il avoit reçu de la nature des difpofitions
heureufes , qu'une bonne éducation fçut
heureufement cultiver. Il remporta du
College de Beauvais , où il avoit fait fa
Rhétorique & fa Philofophie , un amour
A O UST. 1763. 127
de l'Etude tel que les leçons des plus
habiles Maîtres pouvoient l'inspirer à un
jeune homme , qui réuniffoit la facilité
de l'efprit à la fagèffe des moeurs.
Après avoir donné dans Paris , plufieurs
années à un genre de travail , qui
femble être devenu le complément de
l'éducation pour la jeuneffe , à qui la
Nobleffe ou l'opulence n'ouvrent point
une meilleure voie de fe faire un état
dans le monde , M. le Père parfaitement
inftruit dans la fcience des affaires
s'établit en cette Ville , avec l'emploi
de Directeur de la Pofte ; auquel il joignit
bientôt après l'office de Notaire , au
Bailliage ; il fallut joindre enfuite aux
devoirs de ces deux places , tous les foins
de l'éducation d'une famille nombreufe.
- Parmi tant d'occupations , dont il a
toujours porté le poids avec une religieufe
exactitude , il fçavoit encore fe
ménager des momens , que la néceffité
du repos & le plaifir auroient pu revendiquer
, mais il étoit content de les donner
à fes anciennes études , dont l'entretien
fouvent trop peu libre n'avoit jamais
été totalement interrompu.
*
Avec ce goût & cette habitude , il
n'étoit pas poffible qu'il négligeât l'occafion
qui fe pré fentoit de cultiver , avec
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
plus d'étendue & plus de fecours , les
lettres & les fciences qu'il aimoit. Perfonne
n'a peut-être embraffé notre inftitution
naiffante avec plus d'ardeur : &
aucun n'a mieux fçu profiter des avantages
qu'elle préfente. Il s'étoit acquis de
longue main , un fond de connoiffances
variées , qui ne demandoient que
d'être repriſes avec ordre , & dirigées à
une fin , pour enfanter fans effort quantité
de productions eftimables.
Le premier objet des occupations de la
fociété devant être l'Hiftoire naturelle &
civile dupays que nous habitons , M. le
Pere commença fes travaux Académiques
par l'étude des moyens qu'il falloit mettre
en oeuvre pour fe procurer une carte
exacte du diocèfe , & une defcription
hiftorique de toutes fes parties. Il fe chargea
lui- même de toutes les opérations de
Trigonométrie néceffaires pour fixer la
fituation & la diftance des lieux &
dreffa un Mémoire qui fut envoyé à tous
MM. les Curés , pour leur demander , &
les mettre en état de donner avec précifion
, tous les éclairciffemens relatifs au
deffein qu'on fe propofoit.
1
>
Perfonne n'étoit plus capable de diriger
& de fuivre cet objet important
que M.Le Pere qui poffédoit une conAÓUST.
1763 . 124)
noiffance profonde de toutes les parties
de la Géographie , dont il préfenta en
ce même tems à nos féances un Tableau
magnifique , dans un Mémoire étendu ,
qu'on peut regarder comme une introduction
facile & attrayante à l'étude de
la Géographie.
%
Le grand ouvrage de M. Bouguer ,
fur la figure de la terre vint alors exercer
& mettre en plus grand jour les talens
de M. le Pere. Il le lut avec tant d'intérêt
, approfondit les difficultés , en rechercha
les folutions avec tant de fuccès
qu'il acquit par fon travail l'honneur
de paroître dans le Public foutenant la
caufe de M. Bouguer , dont le fyftême,
éprouva d'abord de grandes contradictions
. Les lettres qu'il écrivoit à ce sujet ,
ont été répandues & eftimées : & M.
Bouguer ravi de trouver dans une région,
naiffante, &prèfque inconnue du monde
littéraire , un défenfeur auffi habile , entra
avec lui en correfpondance. M. le
Pere étoit l'homme de notre fociété le
plus capable de la produire au dehors ,
& de former & d'entretenir des relations .
auffi utiles à nos progrès qu'honorables
à nos commencemens.
L'étude du fçavant ouvrage de M.
Bouguer, & les débats qu'il occafionna
Fv.
130 MERCURE DE FRANCE,
firent naître à M. le Pere , plufieurs idées
fur la perfection qu'il eft poffible d'ajouter
aux inftrumens d'Aftronomie ; fes
réfléxions fur ces objets font renfermées
dans un Mémoire fort intéreffant qu'il
donna en 1750. Il y expofe une nouvelle
manière d'appliquer le micrometre
aux inftrumens propres à mefurer les
angles , ou plutôt une conftruction toute
nouvelle du micrometre . Elle confifte
en une vis accompagnée d'un fimple
Cadran mobile : les pas de la vis font réglés
fur l'étendue de la divifion du quart
de cercle auquel on veut l'appliquer ; le
Cadran eft divifé de manière que chacune
de fes parties vaille un nombre
complet de fecondes ; par-là on évite les
réductions , ou le calcul des parties du
micrometre , dont toutes les obfervations
font embarraffées ; on évite les
tranfverfales dont le travail eft long , &
fujet aux plus grandes difficultés d'exécution
; on a l'avantage d'avoir toujours
l'objet au centre de la lunette . Enfin
on évite la néceffité de marquer la
Tigne de foi , par un cheveu qui fe caffe
fouvent , & qui eft incommode par fa
groffeur relativement aux divifions imperceptibles
des inftrumens d'Aftronomie.
A OUST. 1763. 131
M. le Pere , examine auffi dans fon
Mémoire l'inconvénient d'un alidade
excentrique , c'est-à- dire d'une lunette
qui tourne fur un quart de cercle , mais
qui ne décrit prèfque jamais exactement
la circonférence de l'inftrument , parce
que le centre de l'axe fur lequel tourne
la lunette , n'eft pas le même centre de
l'arc qu'on a décrit fur le limbe. Il propofe
de faire fervir l'alidade elle - même
à décrire l'arc du quart de cercle & il enfeigne
une manière nouvelle d'employer
Parc de go liv. à la place de l'arc de 601.
dont on s'eft toujours fervi pour divifer
les quarts de cercles. Sa méthode eft fondée
fur le nivellement & le renversement
, opérations connues dans l'Aftronomie
, & que M. le Pere a fçu appliquer
à fa nouvelle conftruction , comme l'auroit
pu faire l'Aftronome le plus exercé
dans ce genre d'opérations .
M. Bouguer , dans fon Livre de la Figure
de la Tèrre s'étoit plaint de l'embarras
que lui caufoit la courbure des
barres de fer qui formoient le rayon
de fon grand fecteur ; M. le Pere imagina
de rendre ce rayon immobile , &
de le laiffer toujours dans la fituation
verticale où la courbure eft nulle , en
në faiſant incliner que la lunette dont
Fvj
132 MERCURE
DE FRANCE .
la courbure eft indifférente ; pour cela
il rendoit mobile le limbe même du
fecteur , en faisant paffer les points de
la divifion fous un fil à plomb tendu
in variablement.
Ce Mémoire fut commuiqué à plufieurs
Sçavans du premier ordre qui rendirent
juftice & applaudirent à des inventions
fupérieures à ce qu'on a exécuté
jufqu'à ce jour , & qui , outre
qu'elles épargnent un travail prodigieux
dans la conftruction des inftrumens &
les difficultés du calcul aux Obfervateurs
, donnent encore dans l'obſervation
des angles la précifion la plus parfaite
.
73 . MM. Delalande & le Gentil , dont le
fuffrage eft d'un fi grand poids en ces
matières , écrivirent au bas du Manuf
crit , que ces inventions étoient abfolument
neuves & préférables à la méthode
ordinaire & que M. le Pere
avoit la gloire d'une invention utile ,
dans une matière auffi difficile qu'importante.
M. Caffini de Thury écrivit à M. le
Pere qu'il avoit examiné fon Mémoire
avec foin ; qu'il contenoit plufieurs
nouveautés intéreffantes ; que l'idée du
micrometre étoit ingénieufe & nouvelAOUST.
1763. 133
Te , & qu'il approuvoit tellement cette
conftruction , qu'il la feroit exécuter ſur
le premier inftrument qu'il ordonneroit.
Si M. le Pere s'attachoit à la perfection
des inftrumens , c'étoit à caufe du
fervice qu'il vouloit en tirer dans l'exécution.
Il fuivoit toujours le projet que
la Société avoit formé de lever la carte
détaillée du Diocèfe avec un graphometre
dont M. Caffini faifoit préfent
au nom du Roi à la Société , afin d'aider
& d'animer fon travail. M. le Pere
a mefuré les pofitions & les diſtances de
tous les endroits remarquables au dedans
& aux environs de la ville : tours ,
clochers , fommets de montagnes , tout
a été foumis à fes obfervations : les
pofitions
déterminées & les diftances calculées
avec une attention & une exactitude
admirables ; qu'il me foit permis
d'entrer en quelque détail pour donner
un exemple frappant de la jufteffe & de
la précifion du travail de M. le Pere.
Il mefura dabord une bafe de 328
Toiſes entre la Croix du Calvaire fituée .
près la Porte Saint - Simon , & un fignal
qu'il fit planter près la Porte d'Egleny
, fur le bord du chemin de Saint-
George. Il fit planter des fignaux fur
les Tureaux de Celles de Jonches & d
134 MERCURE DE FRANCE.
Saint - Denis : enfuite il forma neuf
Triangles & détermina la poſition de
fes fignaux ; celle d'un arbre en quetard
, de la Chapelle Saint- Simeon , de la
Tour Saint- Etienne , des Fourches de
Brellon , & enfin de la Croix de Queine .
Le dernier de fes Triangles fut celui
de la Tour Saint-Etienne , du fignal de
Saint-Denis & de la Croix de Queine ,
dont M. Caffini lui avoit donné les
calculs. M. le Pére calcula fes Triangles
par fa baſe meſurée , calcula en- ·
fuite à l'inverfe fept de fes Triangles
en prenant pour baſe la diftance de la
Croix Queine , au fignal Saint - Denis
donné par M. Caffini : & le réfultat de
fon nouveau calcul ne lui donna dans
la meſure de fa bafe que , de plus
c'eft-à-dire un pied de différence fur
328 Toifes. Cependant il ne s'étoit
fervi dans ces opérations , que d'un
Graphometre d'environ fix pouces de
rayon , dont le défavantage n'a pu être
réparé que par l'induftrie & l'application
la plus fcrupuleufe.
I
Il détermina avec la même jufteffe
la direction de la méridienne de l'horloge
; il fit différentes obfervations de
l'amplitude Orientale & Occidentale
du Soleil , avant & après , & pendant!
A O UST. 1763. 135
le Solftice d'Eté ; il obferva fur le Tu
reau de Celles , & plus encore fur la
plate-forme de l'Horloge. Il forma &
calcula plufieurs Triangles Sphériques ,
qui lui donnerent deuxAngles à la Méridienne
l'un au Nord , & l'autre au
Sud de la Ville . Il détermina l'Angle
au midi entre la Méridienne & le
Pilier Oriental des fourches de Brelon ,
de 11 , 34 par Eft , & l'Angle au Nord,
entre le Pignon occidental de la Chapelle
Saint-Simeon de 16 , 59 par Oueſt ;
& ces deux Angles à la méridienne de
l'horloge font parfaitement d'accord
avec les Angles à la méridienne de la
Tour Saint - Etienne , déterminés par
les opérations faites par la carte générale
du Royaume.
M. le Père a encore vérifié fes obfervations
fur la méridienne de l'horloge
en déterminant trois autres Angles à
cette méridienne , entre le clocher de
Venoi , la Chapelle Sainte- Vaubouée ,
& le fommet du Tureau de Celles.
Cinq cens obfervations faites pour
former une fuite de Triangles avec
cette précifion , & les calculs qu'elles
entraînent devoient coûter beaucoup
à M. le Père , qui jufques- là s'étoit
affez contenté des charmes de la théorie
136 MERCURE DE FRANCE .
fans y joindre les difficultés de la pratique.
Il y fit cependant des progrès
très -rapides ; il l'exerça fupérieurement
& il en fut moins redevable à l'opiniâtreté
du travail , qu'à une étude profonde
& entiere des Mathématiques.
Elles faifoient fon étude favorite , un
goût décidé & invincible l'y ramenoit
préférablement à tout : mais les circonftances
& les affaires de la vie "
fouvent peu d'accord avec l'inclination ,
lui avoient fait paffer fa jeuneffe dans
d'autres occupations. Il avoit réuffi
parce qu'il y avoit porté ce goût d'ordre
& de précifion qui eft l'efprit géométrique
fi éffentiel dans toutes les affaires
férieufes , avec bien plus d'effet
encore fe livroit - il à fon penchant, lorfqu'il
étoit maître de difpofer de fes
momens ? Il portoit alors au travail un
efprit fi appliqué , fi pénétrant , qu'il a
fouvent réfolu des difficultés qui embaraffoient
des Géométres plus confommés
que lui. On l'a vû réfoudre des
queftions de la plus fublime Géométrie
, avec le fecours d'une fimple annalyfe
, employer une adreffe fingulière
dans la manière de confidérer des fuites
infinies dont la fommation dépendoit
de la rectification du cercle , & ſe traA
OUST. 1763. 137
cer une route particuliere pour déterminer
les foutangeantes dans la courbe
tranfcendante connue fous le nom de
Quadratrice de Tſchirnaufen.
Il nous donna en 1753 , un Mé
moire rempli de calculs Algébriques ,
dans lequel il explique une nouvelle
méthode pour trouver facilement la fouf
tylaire , la méridienne , & la déclinaifon
du plan des cadrans Verticaux ,
dès que la hauteur du ftyle eft donnée,
Enfuite il nous rendit compte de l'obfervation
qu'il avoit faite de l'éclipſe de
Soleil du 28 Octobre de la même année
.
Je n'entrerai point dans le détail de
tous les problêmes d'Arithmétique , d'Algebre,
& de Trigonometrie , dont la folution
faifoit fes divertiffemens . On voit
dans le Mercure de 1760 , des lettres de
M. le Pere , qui démontrent avec autant
de clarté & de précifion , que de politeffe
, le défaut d'une nouvelle folution
du fameux problême de la duplication
du cube .
Je ne ferai que citer fon Mémoire fur
les incommenfurables, & leur multiplication:
fur l'ufage du finus d'1 °.1 dans l'approximation
de la quadrature du cercle ,
& fur l'utilité de l'Àlgebre , ou plutôt là
138 MERCURÉ DE FRANCE.
fiéceffité pour parvenir à quelques découvertes
dans la Géométrie Moderne.
Je me contente auffi d'indiquer fes
recherches fur les logarithmes , dont il a
étendu l'ufage , par une nouvelle méthode
de les employer dans certains cas ,
où l'opération eft accablante fans leur
fecours qui n'y avoit point encore été
introduit.
Nous verrons avec plus de plaifir &
d'intérêt,M. le Pere réduifant en pratique
fes hautes connoiffances , & les appliquant
à des opérations de fervice & d'u
fage continuel .
C'eft lui qui a décrit & fait éxécuter
pour l'ufage de notre Société , une machine
propre à recevoir & à mefurer l'eau
de pluie. Elle fert journellement , entre
les mains d'un exact Obfervateur,à mefurer
l'eau qui tombe chaque année à
Auxerre.
La forme que fui a donnée M. le Pere ,
& qui empêche l'évaporation , eft dans
le goût de celle de la Société d'Edimbourg,
& rend ce vaiffeau plus parfait
que ceux dont fe fervent plufieurs Académies
de l'Europe.
Le reste au Mercure prochain.
lu dans l'Affemblée publique de l'Académie
d'AUXERRE par M. de S.
GEORGE , Sécrétaire perpétuel de la
même Académie , le 26 Octobre 1762.
MATURIN ATURIN LE PER E, Secrétaire
perpétuel de la Société des Sciences, Arts
& Belles-Lettres d'Auxerre Directeur
des Poftes de la même Ville , naquit à
Milli en Gâtinois , le 12 Janvier 1718.
Il avoit reçu de la nature des difpofitions
heureufes , qu'une bonne éducation fçut
heureufement cultiver. Il remporta du
College de Beauvais , où il avoit fait fa
Rhétorique & fa Philofophie , un amour
A O UST. 1763. 127
de l'Etude tel que les leçons des plus
habiles Maîtres pouvoient l'inspirer à un
jeune homme , qui réuniffoit la facilité
de l'efprit à la fagèffe des moeurs.
Après avoir donné dans Paris , plufieurs
années à un genre de travail , qui
femble être devenu le complément de
l'éducation pour la jeuneffe , à qui la
Nobleffe ou l'opulence n'ouvrent point
une meilleure voie de fe faire un état
dans le monde , M. le Père parfaitement
inftruit dans la fcience des affaires
s'établit en cette Ville , avec l'emploi
de Directeur de la Pofte ; auquel il joignit
bientôt après l'office de Notaire , au
Bailliage ; il fallut joindre enfuite aux
devoirs de ces deux places , tous les foins
de l'éducation d'une famille nombreufe.
- Parmi tant d'occupations , dont il a
toujours porté le poids avec une religieufe
exactitude , il fçavoit encore fe
ménager des momens , que la néceffité
du repos & le plaifir auroient pu revendiquer
, mais il étoit content de les donner
à fes anciennes études , dont l'entretien
fouvent trop peu libre n'avoit jamais
été totalement interrompu.
*
Avec ce goût & cette habitude , il
n'étoit pas poffible qu'il négligeât l'occafion
qui fe pré fentoit de cultiver , avec
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
plus d'étendue & plus de fecours , les
lettres & les fciences qu'il aimoit. Perfonne
n'a peut-être embraffé notre inftitution
naiffante avec plus d'ardeur : &
aucun n'a mieux fçu profiter des avantages
qu'elle préfente. Il s'étoit acquis de
longue main , un fond de connoiffances
variées , qui ne demandoient que
d'être repriſes avec ordre , & dirigées à
une fin , pour enfanter fans effort quantité
de productions eftimables.
Le premier objet des occupations de la
fociété devant être l'Hiftoire naturelle &
civile dupays que nous habitons , M. le
Pere commença fes travaux Académiques
par l'étude des moyens qu'il falloit mettre
en oeuvre pour fe procurer une carte
exacte du diocèfe , & une defcription
hiftorique de toutes fes parties. Il fe chargea
lui- même de toutes les opérations de
Trigonométrie néceffaires pour fixer la
fituation & la diftance des lieux &
dreffa un Mémoire qui fut envoyé à tous
MM. les Curés , pour leur demander , &
les mettre en état de donner avec précifion
, tous les éclairciffemens relatifs au
deffein qu'on fe propofoit.
1
>
Perfonne n'étoit plus capable de diriger
& de fuivre cet objet important
que M.Le Pere qui poffédoit une conAÓUST.
1763 . 124)
noiffance profonde de toutes les parties
de la Géographie , dont il préfenta en
ce même tems à nos féances un Tableau
magnifique , dans un Mémoire étendu ,
qu'on peut regarder comme une introduction
facile & attrayante à l'étude de
la Géographie.
%
Le grand ouvrage de M. Bouguer ,
fur la figure de la terre vint alors exercer
& mettre en plus grand jour les talens
de M. le Pere. Il le lut avec tant d'intérêt
, approfondit les difficultés , en rechercha
les folutions avec tant de fuccès
qu'il acquit par fon travail l'honneur
de paroître dans le Public foutenant la
caufe de M. Bouguer , dont le fyftême,
éprouva d'abord de grandes contradictions
. Les lettres qu'il écrivoit à ce sujet ,
ont été répandues & eftimées : & M.
Bouguer ravi de trouver dans une région,
naiffante, &prèfque inconnue du monde
littéraire , un défenfeur auffi habile , entra
avec lui en correfpondance. M. le
Pere étoit l'homme de notre fociété le
plus capable de la produire au dehors ,
& de former & d'entretenir des relations .
auffi utiles à nos progrès qu'honorables
à nos commencemens.
L'étude du fçavant ouvrage de M.
Bouguer, & les débats qu'il occafionna
Fv.
130 MERCURE DE FRANCE,
firent naître à M. le Pere , plufieurs idées
fur la perfection qu'il eft poffible d'ajouter
aux inftrumens d'Aftronomie ; fes
réfléxions fur ces objets font renfermées
dans un Mémoire fort intéreffant qu'il
donna en 1750. Il y expofe une nouvelle
manière d'appliquer le micrometre
aux inftrumens propres à mefurer les
angles , ou plutôt une conftruction toute
nouvelle du micrometre . Elle confifte
en une vis accompagnée d'un fimple
Cadran mobile : les pas de la vis font réglés
fur l'étendue de la divifion du quart
de cercle auquel on veut l'appliquer ; le
Cadran eft divifé de manière que chacune
de fes parties vaille un nombre
complet de fecondes ; par-là on évite les
réductions , ou le calcul des parties du
micrometre , dont toutes les obfervations
font embarraffées ; on évite les
tranfverfales dont le travail eft long , &
fujet aux plus grandes difficultés d'exécution
; on a l'avantage d'avoir toujours
l'objet au centre de la lunette . Enfin
on évite la néceffité de marquer la
Tigne de foi , par un cheveu qui fe caffe
fouvent , & qui eft incommode par fa
groffeur relativement aux divifions imperceptibles
des inftrumens d'Aftronomie.
A OUST. 1763. 131
M. le Pere , examine auffi dans fon
Mémoire l'inconvénient d'un alidade
excentrique , c'est-à- dire d'une lunette
qui tourne fur un quart de cercle , mais
qui ne décrit prèfque jamais exactement
la circonférence de l'inftrument , parce
que le centre de l'axe fur lequel tourne
la lunette , n'eft pas le même centre de
l'arc qu'on a décrit fur le limbe. Il propofe
de faire fervir l'alidade elle - même
à décrire l'arc du quart de cercle & il enfeigne
une manière nouvelle d'employer
Parc de go liv. à la place de l'arc de 601.
dont on s'eft toujours fervi pour divifer
les quarts de cercles. Sa méthode eft fondée
fur le nivellement & le renversement
, opérations connues dans l'Aftronomie
, & que M. le Pere a fçu appliquer
à fa nouvelle conftruction , comme l'auroit
pu faire l'Aftronome le plus exercé
dans ce genre d'opérations .
M. Bouguer , dans fon Livre de la Figure
de la Tèrre s'étoit plaint de l'embarras
que lui caufoit la courbure des
barres de fer qui formoient le rayon
de fon grand fecteur ; M. le Pere imagina
de rendre ce rayon immobile , &
de le laiffer toujours dans la fituation
verticale où la courbure eft nulle , en
në faiſant incliner que la lunette dont
Fvj
132 MERCURE
DE FRANCE .
la courbure eft indifférente ; pour cela
il rendoit mobile le limbe même du
fecteur , en faisant paffer les points de
la divifion fous un fil à plomb tendu
in variablement.
Ce Mémoire fut commuiqué à plufieurs
Sçavans du premier ordre qui rendirent
juftice & applaudirent à des inventions
fupérieures à ce qu'on a exécuté
jufqu'à ce jour , & qui , outre
qu'elles épargnent un travail prodigieux
dans la conftruction des inftrumens &
les difficultés du calcul aux Obfervateurs
, donnent encore dans l'obſervation
des angles la précifion la plus parfaite
.
73 . MM. Delalande & le Gentil , dont le
fuffrage eft d'un fi grand poids en ces
matières , écrivirent au bas du Manuf
crit , que ces inventions étoient abfolument
neuves & préférables à la méthode
ordinaire & que M. le Pere
avoit la gloire d'une invention utile ,
dans une matière auffi difficile qu'importante.
M. Caffini de Thury écrivit à M. le
Pere qu'il avoit examiné fon Mémoire
avec foin ; qu'il contenoit plufieurs
nouveautés intéreffantes ; que l'idée du
micrometre étoit ingénieufe & nouvelAOUST.
1763. 133
Te , & qu'il approuvoit tellement cette
conftruction , qu'il la feroit exécuter ſur
le premier inftrument qu'il ordonneroit.
Si M. le Pere s'attachoit à la perfection
des inftrumens , c'étoit à caufe du
fervice qu'il vouloit en tirer dans l'exécution.
Il fuivoit toujours le projet que
la Société avoit formé de lever la carte
détaillée du Diocèfe avec un graphometre
dont M. Caffini faifoit préfent
au nom du Roi à la Société , afin d'aider
& d'animer fon travail. M. le Pere
a mefuré les pofitions & les diſtances de
tous les endroits remarquables au dedans
& aux environs de la ville : tours ,
clochers , fommets de montagnes , tout
a été foumis à fes obfervations : les
pofitions
déterminées & les diftances calculées
avec une attention & une exactitude
admirables ; qu'il me foit permis
d'entrer en quelque détail pour donner
un exemple frappant de la jufteffe & de
la précifion du travail de M. le Pere.
Il mefura dabord une bafe de 328
Toiſes entre la Croix du Calvaire fituée .
près la Porte Saint - Simon , & un fignal
qu'il fit planter près la Porte d'Egleny
, fur le bord du chemin de Saint-
George. Il fit planter des fignaux fur
les Tureaux de Celles de Jonches & d
134 MERCURE DE FRANCE.
Saint - Denis : enfuite il forma neuf
Triangles & détermina la poſition de
fes fignaux ; celle d'un arbre en quetard
, de la Chapelle Saint- Simeon , de la
Tour Saint- Etienne , des Fourches de
Brellon , & enfin de la Croix de Queine .
Le dernier de fes Triangles fut celui
de la Tour Saint-Etienne , du fignal de
Saint-Denis & de la Croix de Queine ,
dont M. Caffini lui avoit donné les
calculs. M. le Pére calcula fes Triangles
par fa baſe meſurée , calcula en- ·
fuite à l'inverfe fept de fes Triangles
en prenant pour baſe la diftance de la
Croix Queine , au fignal Saint - Denis
donné par M. Caffini : & le réfultat de
fon nouveau calcul ne lui donna dans
la meſure de fa bafe que , de plus
c'eft-à-dire un pied de différence fur
328 Toifes. Cependant il ne s'étoit
fervi dans ces opérations , que d'un
Graphometre d'environ fix pouces de
rayon , dont le défavantage n'a pu être
réparé que par l'induftrie & l'application
la plus fcrupuleufe.
I
Il détermina avec la même jufteffe
la direction de la méridienne de l'horloge
; il fit différentes obfervations de
l'amplitude Orientale & Occidentale
du Soleil , avant & après , & pendant!
A O UST. 1763. 135
le Solftice d'Eté ; il obferva fur le Tu
reau de Celles , & plus encore fur la
plate-forme de l'Horloge. Il forma &
calcula plufieurs Triangles Sphériques ,
qui lui donnerent deuxAngles à la Méridienne
l'un au Nord , & l'autre au
Sud de la Ville . Il détermina l'Angle
au midi entre la Méridienne & le
Pilier Oriental des fourches de Brelon ,
de 11 , 34 par Eft , & l'Angle au Nord,
entre le Pignon occidental de la Chapelle
Saint-Simeon de 16 , 59 par Oueſt ;
& ces deux Angles à la méridienne de
l'horloge font parfaitement d'accord
avec les Angles à la méridienne de la
Tour Saint - Etienne , déterminés par
les opérations faites par la carte générale
du Royaume.
M. le Père a encore vérifié fes obfervations
fur la méridienne de l'horloge
en déterminant trois autres Angles à
cette méridienne , entre le clocher de
Venoi , la Chapelle Sainte- Vaubouée ,
& le fommet du Tureau de Celles.
Cinq cens obfervations faites pour
former une fuite de Triangles avec
cette précifion , & les calculs qu'elles
entraînent devoient coûter beaucoup
à M. le Père , qui jufques- là s'étoit
affez contenté des charmes de la théorie
136 MERCURE DE FRANCE .
fans y joindre les difficultés de la pratique.
Il y fit cependant des progrès
très -rapides ; il l'exerça fupérieurement
& il en fut moins redevable à l'opiniâtreté
du travail , qu'à une étude profonde
& entiere des Mathématiques.
Elles faifoient fon étude favorite , un
goût décidé & invincible l'y ramenoit
préférablement à tout : mais les circonftances
& les affaires de la vie "
fouvent peu d'accord avec l'inclination ,
lui avoient fait paffer fa jeuneffe dans
d'autres occupations. Il avoit réuffi
parce qu'il y avoit porté ce goût d'ordre
& de précifion qui eft l'efprit géométrique
fi éffentiel dans toutes les affaires
férieufes , avec bien plus d'effet
encore fe livroit - il à fon penchant, lorfqu'il
étoit maître de difpofer de fes
momens ? Il portoit alors au travail un
efprit fi appliqué , fi pénétrant , qu'il a
fouvent réfolu des difficultés qui embaraffoient
des Géométres plus confommés
que lui. On l'a vû réfoudre des
queftions de la plus fublime Géométrie
, avec le fecours d'une fimple annalyfe
, employer une adreffe fingulière
dans la manière de confidérer des fuites
infinies dont la fommation dépendoit
de la rectification du cercle , & ſe traA
OUST. 1763. 137
cer une route particuliere pour déterminer
les foutangeantes dans la courbe
tranfcendante connue fous le nom de
Quadratrice de Tſchirnaufen.
Il nous donna en 1753 , un Mé
moire rempli de calculs Algébriques ,
dans lequel il explique une nouvelle
méthode pour trouver facilement la fouf
tylaire , la méridienne , & la déclinaifon
du plan des cadrans Verticaux ,
dès que la hauteur du ftyle eft donnée,
Enfuite il nous rendit compte de l'obfervation
qu'il avoit faite de l'éclipſe de
Soleil du 28 Octobre de la même année
.
Je n'entrerai point dans le détail de
tous les problêmes d'Arithmétique , d'Algebre,
& de Trigonometrie , dont la folution
faifoit fes divertiffemens . On voit
dans le Mercure de 1760 , des lettres de
M. le Pere , qui démontrent avec autant
de clarté & de précifion , que de politeffe
, le défaut d'une nouvelle folution
du fameux problême de la duplication
du cube .
Je ne ferai que citer fon Mémoire fur
les incommenfurables, & leur multiplication:
fur l'ufage du finus d'1 °.1 dans l'approximation
de la quadrature du cercle ,
& fur l'utilité de l'Àlgebre , ou plutôt là
138 MERCURÉ DE FRANCE.
fiéceffité pour parvenir à quelques découvertes
dans la Géométrie Moderne.
Je me contente auffi d'indiquer fes
recherches fur les logarithmes , dont il a
étendu l'ufage , par une nouvelle méthode
de les employer dans certains cas ,
où l'opération eft accablante fans leur
fecours qui n'y avoit point encore été
introduit.
Nous verrons avec plus de plaifir &
d'intérêt,M. le Pere réduifant en pratique
fes hautes connoiffances , & les appliquant
à des opérations de fervice & d'u
fage continuel .
C'eft lui qui a décrit & fait éxécuter
pour l'ufage de notre Société , une machine
propre à recevoir & à mefurer l'eau
de pluie. Elle fert journellement , entre
les mains d'un exact Obfervateur,à mefurer
l'eau qui tombe chaque année à
Auxerre.
La forme que fui a donnée M. le Pere ,
& qui empêche l'évaporation , eft dans
le goût de celle de la Société d'Edimbourg,
& rend ce vaiffeau plus parfait
que ceux dont fe fervent plufieurs Académies
de l'Europe.
Le reste au Mercure prochain.
Fermer
16415
p. 139-146
CHIRURGIE. LETTRE d'un Étudiant en Chirurgie à M.***, Chirurgien de Province.
Début :
MONSIEUR, Je vous avoue naïvement ma surprise, à la lecture [...]
Mots clefs :
Religieux, Chirurgie, Lithotome, Méthode, Lettre, Charité, Instrument
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. LETTRE d'un Étudiant en Chirurgie à M.***, Chirurgien de Province.
CHIRURGIE.
LETTRE d'un Étudiant en Chirurgie
à M. *** , Chirurgien de Province.
MONSIEUR,
Je vous avoue naïvement ma furprife,
à la lecture de la lettre que vous m'avez
écrite au fujet des Tailles faites à l'Hôpital
de la Charité , avec le Lithotome.
Je ne m'attendois pas à voir un célébre
Partifan de ce Lithotome , former quel
ques doutes & exiger de moi confir
mation fur le fuccès de ces opérations
annoncées dans le Mercure du mois
de Mars paffé , par un Eléve de cet
Hôpital . Ce témoin oculaire doit felon
Vous , paroître fufpect ; il en a trop
dit
pour convaincre ; à fon langage
On reconnoît une perfonne intéreffée ,
140 MERCURE DE FRANCE.
& enfin vous foupçonnez les Religieux
de la Charité d'être les auteurs ou les
promoteurs d'un écrit de cette nature .
Votre foupçon qui femble naître du
corps de l'ouvrage , n'a pourtant point
de fondement réel , & il s'évanouit à
la première réfléxion .
En effet , Monfieur , pouvez-vous
croire que des Religieux cherchent à
s'ériger aux yeux du Public comme
les Chirurgiens en Chef de l'Hôpital ?
Pouvez-vous fuppofer que des gens de
main-morte tentent par des menées fécrettes
à fe décorer des titres deſtinés
à un Corps très-vivant parmi la fociété
? Je fçais bien que dans l'intérieur de
leur maiſon , ils s'appellent Procureur
Apoticaire , Chirurgien . Mais ce font
des dénominations arrogées au fervice
de l'Hôpital
dont ils ne font pas
parade au dehors. L'Apoticaire en chef
fe produit dans le monde fous le fimple
nom de Frère , & le Quêteur aban
donne toute idée de Chirurgien
pour aller en ville exercer fon autre miniftère.
Vous voyez donc par là , que
tous les beaux titres avancés en leur
faveur , font bien oppofés aux traits de
modeftie qui caractériſent éffentiellement
l'efprit de ces Moines. On a voù-
?
"
AOUST. 1763. 141
La les fervir , il falloit être plus adroit
l'affectation frappe , on apperçoit le ridicule
, & je penfe que les Religieux
ne tarderont pas à defavouer ces noms
imaginaires dont on les a gratuitement
parés.
Quoiqu'il en foit , vous devez ajoûter
foi aux fuccès publiés par l'Eléve en
Chirurgie de leur Hôpital. Si certaines
circonftances font changées , préfentées
fous un côté plus favorable le fond
exiſte , & rien ne peut empêcher votre
croyance. Mais ces opérations fuffent
elles encore plus brillantes, vous ne devez
pas en conclure avec lui , que la maniere
du Frère Cofme l'emporte fur toutes
les autres. Ce n'eft pas par des faits
expofés avec étalage , qu'on parvient
à établir la préférence d'une nouveauté
fur une pratique plus ancienne ; il faut
des examens combinés , & des comparaiſons
fenfibles . L'Eléve a manqué
à ce principe , fans doute par défaut
de Logique : auffi fon affertion tombe
d'elle -même , & pour la détruire je me
contenterai de quelques demandes.
Le Frère Cofme taille - t- il avec autant
de fireté & d'intelligence que
Chefelden ? Vous - même Monfieur
pouvez - vous vous vanter d'avoir été
>
€42 MERCURE DE FRANCE.
auffi heureux en adoptant le Lithotome
caché , que feu M. Faget armé du Lithotome
ordinaire . Si ces réfléxions ne
paroiffent pas affez décifives en faveur
de notre méthode , qu'on mette en parallèle
les Tailles pratiquées à la Cha
rité par les vrais Maîtres de l'art , &
celles dont l'Eléve fait le récit ; quelque
prévention que l'on , ait pour l'habileté
des Moines , on fera forcé de fe rendre
à l'évidence , & d'admirer dans les
premières la fupériorité du fuccès .
L'Eléve dans le courant de ſa lettre
ne néglige rien pour foutenir la caufe
dont il s'eft chargé ; partout il rend
juftice à la méthode du Frère Cofme,
& partout il fe plaît à parler de fon
invention , de fes préceptes & de fes
maximes. Je le compare à l'écho , qui
balbutie ce qu'il a entendu dire.
Ce n'eft pas que je prétende infirmer
les talens du Religieux , à Dieu
ne plaife. Je connois la valeur de fon
mérite. Je dis fimplement , qu'il n'a
pas enrichi la Taille d'une méthode
nouvelle , qu'il n'a pas frayé une route
différente & qu'il n'a pas même produit
le moindre changement effentiel à
la perfection de la pratique ordinaire.
1
AOUST. 1763 . 143
Ne peut-on pas être habile homme
fans faire des découvertes ?
Il eft vrai ; ce Religieux a eu l'art de
perfectionner un inftrument déjà com
mun,& de l'approprier à la Taille latérale.
Cette perfection eft même ingénieufe &
demandoit des connoiffances . De-là il ne
s'enfuit pourtant pas qu'il ait des avantages
fur les autres. Je trouve tout le
contraire.
Le Lithotome caché exige une habitude
conftante , des épreuves longues &
réitérées fur les cadavres ; il exige de
Opérateur des procédés invariables
des mouvemens de mains fixes & déterminés
, & des calculs de combinaiſons
entre la grandeur de la veffie , la groffeur
de la pierre , & le degré d'ouverture
qu'on doit donner à la lame. Peut- on
toujours s'affûrer de ces différentes proportions
? le plus , ou le moins font deux
alternatives à craindre ; alternatives que
le hazard fait éviter quelquefois , & que
l'intelligence ne fait pas toujours préve
nir. Pinvite les perfonnes impartiales à
confulter là - deffus les Mémoires de l'A
cadémie Royale de Chirurgie. * Les preu
ves de réfutation y font démonftratives.
* Voyez le Tome III . des Mémoires de l'Aca
démie Royale de Chirurgie.
144 MERCURE DE FRANCE.
Je puis les confirmer ici par des axiomes
acceptables dans notre art.
Les inftrumens ne doivent pas être
fubordonnés à des refforts , ou à toute
autre action méchanique, mais aux mains
feules du Chirurgien.
Les puiffances méchaniques ont en
général des effets indépendans de notre
volonté. Les mains au contraire font des
mobiles que nous fommes les maîtres de
faire agir , de fufpendre & de fixer fuivant
notre détermination . Ces remar
ques font palpables ; nous ne les étendrons
pas davantage , elles découvrent
fuffifamment les défauts du lithotome
caché.
nouveau
Le vulgaire , & même des hommes
célébres ont confidéré ce
moyen fous des vues bien différentes
de celles que nous venons d'établir. On
s'eft même laiffé féduire par l'aifance
avec laquelle tout homme eft en état
de faire l'incifion à la veffie , & ce motif
a été fuffifant pour engager à l'adopter.
Qu'on fe méfie de cette facilité
, elle n'eft qu'illufoire , & fouvent
elle a rendu caufes de mort des perfonnes
trop curieufes d'opérer avec cet inftrument.
J'étois encore à l'Hôpital de la Charité
AOUST. 1763 . 145
rité , lorfque deux Taillés furent les
victimes de la confiance qu'un Religieux
avoit mife dans l'ufage commode
du litothome caché.
Ce feroit ici le lieu de prouver que les
Partiſans du Frère Cofme ont donné fort
improprement le nom de Méthode nouvelle
au nouveau Manuel du Religieux ;
qu'ils ont affecté mal - à- propos à un
moyen ce qui ne convient qu'au genre
d'opération en général ; qu'ils fe font
trompés en voyant partout dans la pratique
de ce Frère des chofes neuves , des
régles , des maximes nouvellement établies
, puifque fa découverte fe borne
au lithotome caché , & qu'avec cet inftrument
il pratique la méthode latérale.
Mais le temps ne me permet pas d'entrer
dans l'examen de ces préventions ; avant
de finir , il fuffira de remarquer qu'on a
porté le ridicule au point d'attribuer au
Religieux le premier ufage d'une pratique
condamnée depuis longtemps dans
le Frère Jacques , c'eft-à- dire , l'omiffion
des panfemens à la fuite des tailles.
Je ne fuis pas furpris que l'Eléve foit
tombé dans de pareilles bévues : il paroît
plus difpofé à s'en rapporter à fes
propres lumières , & à fe livrer plutôt
aux opinions de quelques Sectateurs
G
146 MERCURE DE FRANCE.
outrés , que d'en croire aux jugemens de
l'Académie Royale de Chirurgie : telle
eft la force du préjugé..
T
Je ne connois pas, Monfieur , l'avan
ture dont vous me parlez . Je ne fuis
point à l'affut de ce qui peut arriver de
malheureux , dund'heureux au Frère
Cofme: N'en attendez de moi aucune
réponſe. Je vois affez fouvent fon neveu
; il a été nommé & maintenų
gagnant maîtrife à l'Hôpital de la Charité
, malgré les Chirurgiens de Paris,
Auffi le regarde-t-on comme un fauvageon
enté par le hafard fur un des meil
leurs troncs de la Chirurgie. Les uns difent
qu'il eft de nature à produire de
.bons fruits , & les autres craignent beaucoup
que fon éloge fi bien fait par l'Auteur
de la Lettre , ne foit un peu prématuré
< ..
J'ai l'honneur d'être , &c.
LETTRE d'un Étudiant en Chirurgie
à M. *** , Chirurgien de Province.
MONSIEUR,
Je vous avoue naïvement ma furprife,
à la lecture de la lettre que vous m'avez
écrite au fujet des Tailles faites à l'Hôpital
de la Charité , avec le Lithotome.
Je ne m'attendois pas à voir un célébre
Partifan de ce Lithotome , former quel
ques doutes & exiger de moi confir
mation fur le fuccès de ces opérations
annoncées dans le Mercure du mois
de Mars paffé , par un Eléve de cet
Hôpital . Ce témoin oculaire doit felon
Vous , paroître fufpect ; il en a trop
dit
pour convaincre ; à fon langage
On reconnoît une perfonne intéreffée ,
140 MERCURE DE FRANCE.
& enfin vous foupçonnez les Religieux
de la Charité d'être les auteurs ou les
promoteurs d'un écrit de cette nature .
Votre foupçon qui femble naître du
corps de l'ouvrage , n'a pourtant point
de fondement réel , & il s'évanouit à
la première réfléxion .
En effet , Monfieur , pouvez-vous
croire que des Religieux cherchent à
s'ériger aux yeux du Public comme
les Chirurgiens en Chef de l'Hôpital ?
Pouvez-vous fuppofer que des gens de
main-morte tentent par des menées fécrettes
à fe décorer des titres deſtinés
à un Corps très-vivant parmi la fociété
? Je fçais bien que dans l'intérieur de
leur maiſon , ils s'appellent Procureur
Apoticaire , Chirurgien . Mais ce font
des dénominations arrogées au fervice
de l'Hôpital
dont ils ne font pas
parade au dehors. L'Apoticaire en chef
fe produit dans le monde fous le fimple
nom de Frère , & le Quêteur aban
donne toute idée de Chirurgien
pour aller en ville exercer fon autre miniftère.
Vous voyez donc par là , que
tous les beaux titres avancés en leur
faveur , font bien oppofés aux traits de
modeftie qui caractériſent éffentiellement
l'efprit de ces Moines. On a voù-
?
"
AOUST. 1763. 141
La les fervir , il falloit être plus adroit
l'affectation frappe , on apperçoit le ridicule
, & je penfe que les Religieux
ne tarderont pas à defavouer ces noms
imaginaires dont on les a gratuitement
parés.
Quoiqu'il en foit , vous devez ajoûter
foi aux fuccès publiés par l'Eléve en
Chirurgie de leur Hôpital. Si certaines
circonftances font changées , préfentées
fous un côté plus favorable le fond
exiſte , & rien ne peut empêcher votre
croyance. Mais ces opérations fuffent
elles encore plus brillantes, vous ne devez
pas en conclure avec lui , que la maniere
du Frère Cofme l'emporte fur toutes
les autres. Ce n'eft pas par des faits
expofés avec étalage , qu'on parvient
à établir la préférence d'une nouveauté
fur une pratique plus ancienne ; il faut
des examens combinés , & des comparaiſons
fenfibles . L'Eléve a manqué
à ce principe , fans doute par défaut
de Logique : auffi fon affertion tombe
d'elle -même , & pour la détruire je me
contenterai de quelques demandes.
Le Frère Cofme taille - t- il avec autant
de fireté & d'intelligence que
Chefelden ? Vous - même Monfieur
pouvez - vous vous vanter d'avoir été
>
€42 MERCURE DE FRANCE.
auffi heureux en adoptant le Lithotome
caché , que feu M. Faget armé du Lithotome
ordinaire . Si ces réfléxions ne
paroiffent pas affez décifives en faveur
de notre méthode , qu'on mette en parallèle
les Tailles pratiquées à la Cha
rité par les vrais Maîtres de l'art , &
celles dont l'Eléve fait le récit ; quelque
prévention que l'on , ait pour l'habileté
des Moines , on fera forcé de fe rendre
à l'évidence , & d'admirer dans les
premières la fupériorité du fuccès .
L'Eléve dans le courant de ſa lettre
ne néglige rien pour foutenir la caufe
dont il s'eft chargé ; partout il rend
juftice à la méthode du Frère Cofme,
& partout il fe plaît à parler de fon
invention , de fes préceptes & de fes
maximes. Je le compare à l'écho , qui
balbutie ce qu'il a entendu dire.
Ce n'eft pas que je prétende infirmer
les talens du Religieux , à Dieu
ne plaife. Je connois la valeur de fon
mérite. Je dis fimplement , qu'il n'a
pas enrichi la Taille d'une méthode
nouvelle , qu'il n'a pas frayé une route
différente & qu'il n'a pas même produit
le moindre changement effentiel à
la perfection de la pratique ordinaire.
1
AOUST. 1763 . 143
Ne peut-on pas être habile homme
fans faire des découvertes ?
Il eft vrai ; ce Religieux a eu l'art de
perfectionner un inftrument déjà com
mun,& de l'approprier à la Taille latérale.
Cette perfection eft même ingénieufe &
demandoit des connoiffances . De-là il ne
s'enfuit pourtant pas qu'il ait des avantages
fur les autres. Je trouve tout le
contraire.
Le Lithotome caché exige une habitude
conftante , des épreuves longues &
réitérées fur les cadavres ; il exige de
Opérateur des procédés invariables
des mouvemens de mains fixes & déterminés
, & des calculs de combinaiſons
entre la grandeur de la veffie , la groffeur
de la pierre , & le degré d'ouverture
qu'on doit donner à la lame. Peut- on
toujours s'affûrer de ces différentes proportions
? le plus , ou le moins font deux
alternatives à craindre ; alternatives que
le hazard fait éviter quelquefois , & que
l'intelligence ne fait pas toujours préve
nir. Pinvite les perfonnes impartiales à
confulter là - deffus les Mémoires de l'A
cadémie Royale de Chirurgie. * Les preu
ves de réfutation y font démonftratives.
* Voyez le Tome III . des Mémoires de l'Aca
démie Royale de Chirurgie.
144 MERCURE DE FRANCE.
Je puis les confirmer ici par des axiomes
acceptables dans notre art.
Les inftrumens ne doivent pas être
fubordonnés à des refforts , ou à toute
autre action méchanique, mais aux mains
feules du Chirurgien.
Les puiffances méchaniques ont en
général des effets indépendans de notre
volonté. Les mains au contraire font des
mobiles que nous fommes les maîtres de
faire agir , de fufpendre & de fixer fuivant
notre détermination . Ces remar
ques font palpables ; nous ne les étendrons
pas davantage , elles découvrent
fuffifamment les défauts du lithotome
caché.
nouveau
Le vulgaire , & même des hommes
célébres ont confidéré ce
moyen fous des vues bien différentes
de celles que nous venons d'établir. On
s'eft même laiffé féduire par l'aifance
avec laquelle tout homme eft en état
de faire l'incifion à la veffie , & ce motif
a été fuffifant pour engager à l'adopter.
Qu'on fe méfie de cette facilité
, elle n'eft qu'illufoire , & fouvent
elle a rendu caufes de mort des perfonnes
trop curieufes d'opérer avec cet inftrument.
J'étois encore à l'Hôpital de la Charité
AOUST. 1763 . 145
rité , lorfque deux Taillés furent les
victimes de la confiance qu'un Religieux
avoit mife dans l'ufage commode
du litothome caché.
Ce feroit ici le lieu de prouver que les
Partiſans du Frère Cofme ont donné fort
improprement le nom de Méthode nouvelle
au nouveau Manuel du Religieux ;
qu'ils ont affecté mal - à- propos à un
moyen ce qui ne convient qu'au genre
d'opération en général ; qu'ils fe font
trompés en voyant partout dans la pratique
de ce Frère des chofes neuves , des
régles , des maximes nouvellement établies
, puifque fa découverte fe borne
au lithotome caché , & qu'avec cet inftrument
il pratique la méthode latérale.
Mais le temps ne me permet pas d'entrer
dans l'examen de ces préventions ; avant
de finir , il fuffira de remarquer qu'on a
porté le ridicule au point d'attribuer au
Religieux le premier ufage d'une pratique
condamnée depuis longtemps dans
le Frère Jacques , c'eft-à- dire , l'omiffion
des panfemens à la fuite des tailles.
Je ne fuis pas furpris que l'Eléve foit
tombé dans de pareilles bévues : il paroît
plus difpofé à s'en rapporter à fes
propres lumières , & à fe livrer plutôt
aux opinions de quelques Sectateurs
G
146 MERCURE DE FRANCE.
outrés , que d'en croire aux jugemens de
l'Académie Royale de Chirurgie : telle
eft la force du préjugé..
T
Je ne connois pas, Monfieur , l'avan
ture dont vous me parlez . Je ne fuis
point à l'affut de ce qui peut arriver de
malheureux , dund'heureux au Frère
Cofme: N'en attendez de moi aucune
réponſe. Je vois affez fouvent fon neveu
; il a été nommé & maintenų
gagnant maîtrife à l'Hôpital de la Charité
, malgré les Chirurgiens de Paris,
Auffi le regarde-t-on comme un fauvageon
enté par le hafard fur un des meil
leurs troncs de la Chirurgie. Les uns difent
qu'il eft de nature à produire de
.bons fruits , & les autres craignent beaucoup
que fon éloge fi bien fait par l'Auteur
de la Lettre , ne foit un peu prématuré
< ..
J'ai l'honneur d'être , &c.
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16416
p. 147-149
A Messieurs les Conciliateurs.
Début :
MESSIEURS, QUOIQUE Vous n'offriez point votre médiation à tout [...]
Mots clefs :
Monuments, Pays, Conciliateurs, Ouvriers, Médiation, Abus, Arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Messieurs les Conciliateurs.
MESSIEURS ,
QUOIQUE Vous n'offriez point votre
médiation à tout le monde, j'eſpére
que vous ne ferez pas affez avares de vos
lumières , pour en refufer quelque lueur
à quelqu'un , qui defire ardemment de
s'inftruire. C'eft dans cette vue que j'ai
pris la liberté de vous écrire , par la
vaie du Mercure , pour vous prier de
concilier des chofes qui me paroiffent
finguliérement oppofées. Spectateur par
gout , je réfléchis quelquefois , & cela
fur le premier objet qui me frappe
amais principalement fur les Arts que j'aime
beaucoup .
Jeifaifois donc réfléxion , comment
il fe pouvoit , que dans une Nation où
il y a des prix inftitués , pour récompenfer
ceux qui défignent le mieux quel
étoit le Coftume des Egyptiens , des
Perfes & c., & de tant d'autres Nations
anciennes comment il fe peut , dis-je¹ ,
que dans les Monumens , que cette
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
même Nation érige de nos jours , elle
s'éloigne fi fort du fien , & femble
faire tous fes efforts , pour qu'il foit impoſſible
de fçavoir dans quel fiécle & à
l'honneur de qui ils ont été élevés .
Mais , difent les amateurs de jambes
nues & de draperies , nos habits ne font
pas dignes d'être confacrés , & leur forme
n'eft point affez agréable pour la
tranfmettre à la pofterité ; ils font un
mauvais effet en Sculpture. Mais le reméde
eft fimple furtout dans un pays où
l'on aime le changement . Ces changemens
d'ailleurs font très- avantageux
pour les Manufactures & pour les Ouvriers
en parures ; j'ai même oui-dire à
nn Anglois , qu'on ne changeoit fi fou
vent de modes dans ſon pays , que pour
encourager & faire profiter les Manufactures
, & il eft à remarquer que leurs
nouvelles modes font toujours l'oppofé
de celle qu'ils quittent.
La fureur des Infcriptions Latines
chofe qui doit néceffairement fuivre la
mode des habits à la Romaine , prive
quantité de gens ( & moi tout le premier
) de fatisfaire leur curiofité fur les
Monumens qu'ils rencontrent : fi elles
n'étoient employées que pour défigner
un Savant dans la Langue Latine , je ne
AOUST. 1763. 149
m'en plaindrois pas. Mais on voit du
Grec & du Latin , fur des Monumens
élevés à des perfonnes , qui n'ont jamais
fçu un mot de ces mêmes Langues .
Il me paroît donc ridicule , que pour
connoître les Illuftres de mon pays , il
me faille employer des Interprêtes étrangers.
Ce ne font peut-être ici que des redites
; mais on ne fauroit , je crois , trop
s'élever contre des abus auffi grands &
auffi ridicules.
QUOIQUE Vous n'offriez point votre
médiation à tout le monde, j'eſpére
que vous ne ferez pas affez avares de vos
lumières , pour en refufer quelque lueur
à quelqu'un , qui defire ardemment de
s'inftruire. C'eft dans cette vue que j'ai
pris la liberté de vous écrire , par la
vaie du Mercure , pour vous prier de
concilier des chofes qui me paroiffent
finguliérement oppofées. Spectateur par
gout , je réfléchis quelquefois , & cela
fur le premier objet qui me frappe
amais principalement fur les Arts que j'aime
beaucoup .
Jeifaifois donc réfléxion , comment
il fe pouvoit , que dans une Nation où
il y a des prix inftitués , pour récompenfer
ceux qui défignent le mieux quel
étoit le Coftume des Egyptiens , des
Perfes & c., & de tant d'autres Nations
anciennes comment il fe peut , dis-je¹ ,
que dans les Monumens , que cette
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
même Nation érige de nos jours , elle
s'éloigne fi fort du fien , & femble
faire tous fes efforts , pour qu'il foit impoſſible
de fçavoir dans quel fiécle & à
l'honneur de qui ils ont été élevés .
Mais , difent les amateurs de jambes
nues & de draperies , nos habits ne font
pas dignes d'être confacrés , & leur forme
n'eft point affez agréable pour la
tranfmettre à la pofterité ; ils font un
mauvais effet en Sculpture. Mais le reméde
eft fimple furtout dans un pays où
l'on aime le changement . Ces changemens
d'ailleurs font très- avantageux
pour les Manufactures & pour les Ouvriers
en parures ; j'ai même oui-dire à
nn Anglois , qu'on ne changeoit fi fou
vent de modes dans ſon pays , que pour
encourager & faire profiter les Manufactures
, & il eft à remarquer que leurs
nouvelles modes font toujours l'oppofé
de celle qu'ils quittent.
La fureur des Infcriptions Latines
chofe qui doit néceffairement fuivre la
mode des habits à la Romaine , prive
quantité de gens ( & moi tout le premier
) de fatisfaire leur curiofité fur les
Monumens qu'ils rencontrent : fi elles
n'étoient employées que pour défigner
un Savant dans la Langue Latine , je ne
AOUST. 1763. 149
m'en plaindrois pas. Mais on voit du
Grec & du Latin , fur des Monumens
élevés à des perfonnes , qui n'ont jamais
fçu un mot de ces mêmes Langues .
Il me paroît donc ridicule , que pour
connoître les Illuftres de mon pays , il
me faille employer des Interprêtes étrangers.
Ce ne font peut-être ici que des redites
; mais on ne fauroit , je crois , trop
s'élever contre des abus auffi grands &
auffi ridicules.
Fermer
16417
p. 149-150
MUSIQUE.
Début :
RECUEIL de différens Airs à grande Symphonie, composés & ajoutés dans [...]
Mots clefs :
Opéra, Concert, Adresses, Recueil, Symphonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQ U E.
ECUEIL de différens Airs à grande
Symphonie , compofés & ajoutés dans
plufieurs Opéra & exécutés au Concert
François des Tuileries. Par M. le Berton
, Maître de Mufique de l'Académie
Royale . In folio. Paris , chez M. de la
Chevardiere , rue du Roule , à la Croix
d'Or , & aux adreffes ordinaires . Prix ,
6 liv. On donnera inceffamment le
fecond & le troifiéme Recueil.
?
On trouve chez les mêmes Marchands
une Ariette en duo ajoutée
dans l'Opéra d'Amadis des Gaules ,
par M. le Berton , & chantée par M. &
Gii
150 MERCURE DE FRANCE.
Mde Larrivée au Concert François.
Prix I liv. 4 Ι fols.
;
Les RÉCRÉATIONS Chantantes , our
Journal Lyrique , contenant des Airs
choifis dans les Opéra - Comiques , avec
accompagnement de Violon , Flute
ou par- deffus de Viole , notés fur la
Clé de G. re. fol. & ajuftés de façon
qu'on peut les jouer en duo fur les
inftrumens. Par M. Légat de Furcy ,
Maître de Chant & Organiſte de Saint-
Germain-le -vieux . Neuviéme Recueil
in 4º. aux mêmes adreffes. Prix , 3 liv .
ECUEIL de différens Airs à grande
Symphonie , compofés & ajoutés dans
plufieurs Opéra & exécutés au Concert
François des Tuileries. Par M. le Berton
, Maître de Mufique de l'Académie
Royale . In folio. Paris , chez M. de la
Chevardiere , rue du Roule , à la Croix
d'Or , & aux adreffes ordinaires . Prix ,
6 liv. On donnera inceffamment le
fecond & le troifiéme Recueil.
?
On trouve chez les mêmes Marchands
une Ariette en duo ajoutée
dans l'Opéra d'Amadis des Gaules ,
par M. le Berton , & chantée par M. &
Gii
150 MERCURE DE FRANCE.
Mde Larrivée au Concert François.
Prix I liv. 4 Ι fols.
;
Les RÉCRÉATIONS Chantantes , our
Journal Lyrique , contenant des Airs
choifis dans les Opéra - Comiques , avec
accompagnement de Violon , Flute
ou par- deffus de Viole , notés fur la
Clé de G. re. fol. & ajuftés de façon
qu'on peut les jouer en duo fur les
inftrumens. Par M. Légat de Furcy ,
Maître de Chant & Organiſte de Saint-
Germain-le -vieux . Neuviéme Recueil
in 4º. aux mêmes adreffes. Prix , 3 liv .
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16418
p. 150
GRAVURE.
Début :
M. L'EMPEREUR, Graveur du Roi dont le burin mérite la célébrité qu'il [...]
Mots clefs :
Gravure, Graveur, Burin, Estampe, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVU. RE.
M. L'EMPEREUR , Graveur du Roi
dont le burin mérite la célébrité qu'il
s'eft acquife , vient de mettre au jour une
Eftampe d'après le gracieux Tableau de
M. Vanloo , intituléeles Baigneuses. On
la trouvé chez d'Auteur , rue & Porte
S. Jacques , au- deffus du Petit-Marché.
M. L'EMPEREUR , Graveur du Roi
dont le burin mérite la célébrité qu'il
s'eft acquife , vient de mettre au jour une
Eftampe d'après le gracieux Tableau de
M. Vanloo , intituléeles Baigneuses. On
la trouvé chez d'Auteur , rue & Porte
S. Jacques , au- deffus du Petit-Marché.
Fermer
16419
p. 151
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
ON continue tous les Vendredis les Concerts François avec les mêmes applaudissemens [...]
Mots clefs :
Concerts, Musique, Applaudissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
ON continue tous les Vendredis les
Concerts François avec les mêmes applaudiffemens
& le même fuccès .
ON continue tous les Vendredis les
Concerts François avec les mêmes applaudiffemens
& le même fuccès .
Fermer
16420
p. 151-153
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
ON a remis sur ce Théâtre, le Lundi 18 Juillet, la Mort de César, Tragédie [...]
Mots clefs :
Théâtre, Tragédie, Représentation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON a remis fur ce Théâtre, le Lundi
18 Juillet , la Mort de Céfar , Tragédie
en trois Actes de M. de Voltaire. La reprife
de cette Tragédie , comme on de
voit s'y attendre , a produit un effet plus
avantageux que dans fa nouveauté. Le
goût des Spectateurs François a acquis
un peu plus de fermeté ' , & l'on conçoit
aujourd'hui que l'âme peut être
vivement affectée au Théâtre par d'autres
motifs que les intrigues ou l'intérêt
d'amour. Ainfi , quoiqu'il paroiffe
encore affez étrange à une partie de ce
qu'on appelle nos Dames , & à ceux de
G iv
152 MERCURE DE FRANCE .
nos Meffieurs qui en ont les foibleffes
fans avoir leurs agrémens , de voir une
Scène totalement occupée par de grands
hommes , qui confpirent contre un autre
grand homme ; cette Piéce a été fort
applaudie. On devoit fe promettre que
pour la repréſentation d'une telle Tragé
die le Coſtume , qui devenoit plus néceffaire
que jamais , feroit plus fidélement
obfervé. On ignore, pourquoi
tous les Sénateurs Romains y ont paru
en Domino d'étoffes d'argent ' garnis
comme des robes de femmes , à l'excep
tion de Brutus qui étoit vêtu d'une manière
plus mâle , fans aucun rapport cependant
à l'habillement Romain . On
ignore de même pourquoi on a négligé
l'occafion de faire voir la Tribune aux
Harangues avec les Attributs fi connus
qui lui étoient propres. Au furplus cette
Tragédie a été repréfentée de la part des
principaux Acteurs , avec une perfection
de jeu , qu'on ne pourroit trop louer.
M. LE KAIN dans le rôle de Brutus a
été admirable , & il feroit difficile d'exprimer
quel art & quel pathétique M.
DUBOIS a mis dans celui d'Antoine.
M. BRIZART a paru fort noble & fort
intéreffant dans le rôle de Céfar. Nous
avons pour garants de ces éloges tous.
AOUST. 1763. 153
ceux qui ont vu cette Piéce , dont la reprife
a été continuée affez longtemps .
On a donné , le Samedi 23 du même
mois , la douziéme & dernière repréfentation
de la repriſe de l'Anglois à Bordeaux
, dans laquelle Piéce , comme
nous l'avons déja dit , Mlle DANGEVILLE
, retirée du Théâtre , jouoit par
extraordinaire. Cette dernière repréfentation
, ainfi que celles qui l'avoient précédées,
a eu la même affluence de Specta
teurs & les mêmes applaudiffemens que
la première.
Ön attendoit à la fin du mois précédent
la première reprefentation de la
Préfomption à la Mode , Comédie nouvelle
en Vers & en cinq Actes .
ON a remis fur ce Théâtre, le Lundi
18 Juillet , la Mort de Céfar , Tragédie
en trois Actes de M. de Voltaire. La reprife
de cette Tragédie , comme on de
voit s'y attendre , a produit un effet plus
avantageux que dans fa nouveauté. Le
goût des Spectateurs François a acquis
un peu plus de fermeté ' , & l'on conçoit
aujourd'hui que l'âme peut être
vivement affectée au Théâtre par d'autres
motifs que les intrigues ou l'intérêt
d'amour. Ainfi , quoiqu'il paroiffe
encore affez étrange à une partie de ce
qu'on appelle nos Dames , & à ceux de
G iv
152 MERCURE DE FRANCE .
nos Meffieurs qui en ont les foibleffes
fans avoir leurs agrémens , de voir une
Scène totalement occupée par de grands
hommes , qui confpirent contre un autre
grand homme ; cette Piéce a été fort
applaudie. On devoit fe promettre que
pour la repréſentation d'une telle Tragé
die le Coſtume , qui devenoit plus néceffaire
que jamais , feroit plus fidélement
obfervé. On ignore, pourquoi
tous les Sénateurs Romains y ont paru
en Domino d'étoffes d'argent ' garnis
comme des robes de femmes , à l'excep
tion de Brutus qui étoit vêtu d'une manière
plus mâle , fans aucun rapport cependant
à l'habillement Romain . On
ignore de même pourquoi on a négligé
l'occafion de faire voir la Tribune aux
Harangues avec les Attributs fi connus
qui lui étoient propres. Au furplus cette
Tragédie a été repréfentée de la part des
principaux Acteurs , avec une perfection
de jeu , qu'on ne pourroit trop louer.
M. LE KAIN dans le rôle de Brutus a
été admirable , & il feroit difficile d'exprimer
quel art & quel pathétique M.
DUBOIS a mis dans celui d'Antoine.
M. BRIZART a paru fort noble & fort
intéreffant dans le rôle de Céfar. Nous
avons pour garants de ces éloges tous.
AOUST. 1763. 153
ceux qui ont vu cette Piéce , dont la reprife
a été continuée affez longtemps .
On a donné , le Samedi 23 du même
mois , la douziéme & dernière repréfentation
de la repriſe de l'Anglois à Bordeaux
, dans laquelle Piéce , comme
nous l'avons déja dit , Mlle DANGEVILLE
, retirée du Théâtre , jouoit par
extraordinaire. Cette dernière repréfentation
, ainfi que celles qui l'avoient précédées,
a eu la même affluence de Specta
teurs & les mêmes applaudiffemens que
la première.
Ön attendoit à la fin du mois précédent
la première reprefentation de la
Préfomption à la Mode , Comédie nouvelle
en Vers & en cinq Actes .
Fermer
16421
p. 153-154
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 25 Juillet, on a donné sur ce Théâtre la première représentation des [...]
Mots clefs :
Représentation, Chasseurs, Fêtes, Scènes, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE. ›
L E 25 Juillet , on a donné fur ce
Théâtre la première repréſentation des
Deux Chaffeurs & de la Laitiere , Fables
dialoguées & mêlées d'Ariettes , fuivie
de la neuviéme repréſentation des Fêtes
de la Paix , auxquelles on a ajouté de
nouvelles Scènes & un Ballet qui ont
fait beaucoup de plaifir . On continue ce
même Spectacle avec un très- grand fuc-
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
cès ; nous rendrons un compte plus dé
taillé dans le prochain Mercure de la
Piéce nouvelle des Chaffeurs , & des
Scènes , ainfi que du Ballet ajoutés aux
Fêtes de la Paix.
L E 25 Juillet , on a donné fur ce
Théâtre la première repréſentation des
Deux Chaffeurs & de la Laitiere , Fables
dialoguées & mêlées d'Ariettes , fuivie
de la neuviéme repréſentation des Fêtes
de la Paix , auxquelles on a ajouté de
nouvelles Scènes & un Ballet qui ont
fait beaucoup de plaifir . On continue ce
même Spectacle avec un très- grand fuc-
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
cès ; nous rendrons un compte plus dé
taillé dans le prochain Mercure de la
Piéce nouvelle des Chaffeurs , & des
Scènes , ainfi que du Ballet ajoutés aux
Fêtes de la Paix.
Fermer
16422
p. 154-166
DESCRIPTION de la nouvelle PLACE DE LOUIS XV à Paris, & de la Statue Equestre du ROI, érigée dans cette Place.
Début :
CETTE Place est située entre le fossé qui termine le jardin des Tuileries, l'ancienne [...]
Mots clefs :
Place, Pieds, Jardin, Champs, Corps, Bronze, Tuileries, Marbre, Élysées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la nouvelle PLACE DE LOUIS XV à Paris, & de la Statue Equestre du ROI, érigée dans cette Place.
DESCRIPTION de la nouvelle PLACE
·DE LOUIS XV. à Paris , & de la
Statue Equeftre du ROI , érigée dans
cette Place.,
CETTE
ETTE Place eft fituée entre le foffé
qui termine le jardin des Tuileries , l'ancienne
Porte & Fauxbourg S. Honoré ,
les allées des Champs Elyfées , celles du
Cours la Reine , & le Quai qui borde la
riviere de Seine ; elle eft formée par un
quarré de cent vingt-cinq toifes de longueur
fur quatre-vingt- fept de largeur
entre les balustrades intérieures . Les
quatre Angles du grand quarré forment
quatres Pans coupés de vingt-deux toifes
de longueur chacun , & font terminés à
leurs extrémités par des guérites ou gros
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATION8
.
t
THE
JEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
AOUST. 1763. 155
Tocles ornés de frontons & furmontés d'un
acrotere décoré par des Guirlandes de
feuilles de chêne , & deftinés à porter
des Groupes de figures de Marbre , analogues
au Sujet & à la Place .
Deux de ces Pans coupés du côtê des
Champs Elysées font ouverts, & condui
fent à deux avenues diagonales , dont
Pune eft appellée le Cours la Reine : du
même côté à la tête des Champs Elysées ,
font quatre pavillonsdécorés deboffages,
à l'ufage des Fontainier, Garde & Portier
des Champs Elysées & Cours la Reine .
La façade des deux pavillons les plus
proches de la grande allée des Champs
Elysées, détermine la naiffance de la nouvelle
plantation .
On arrive à cette Place , qui fait la
réunion du Jardin des Thuileries avec les
Champs Elysées , par fix entrées , dont
les deux principales ont chacune vingt→
cinq toifes de largeur.
Le fol de cette Place donné à la Ville
par Sa Majefté , fous la condition de
ne pas fermer les vues de fon Palais &
Jardin des Tuileries , & de s'affujettir
au foffé qui les ferme , les a déterminé
de renfermer cette Place par de grands
foflés de onze à douze toifes de largeur ,
& de quatorze pieds de profondeur , qui
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
fe communiquent les uns aux autres du
côté des Champs- Elyfées , par fept ponts
de pierre avec archivoltes , & font fermés
par des balustrades.
Les murs de l'intérieur des foffés tous
revêtus en pierre , font décorés de chaînes
de refends à l'aplomb des piedeftaux
des balustrades , de tables faillantes
entre deux ; les murs font couronnés
par un cordon portant les balustrades .
Le fol des foffés doit être femé de
gazon , entouré de larges chemins fablés.
Les paffages des ponts s'annoncent
par de grandes portions circulaires fermées
par des baluftrades , qui fe raccor
dant à celles de l'intérieur de la Place à
feize gros piedeftaux deſtinés à porter
des Lions & Sphinx en bronze , facilitent
l'inégalité de la hauteur des baluftrades
de l'intérieur de la Place , d'avec
celles de l'extérieur.
Celles de l'intérieur de la Place pofées
fur un focle au-deffus du cordon dans
tout le pourtour de la Place , ont donné
lieu à une banquette ou trottoirs élevés
au-deffus du fol, d'où l'on monte par des
degrés , à tous les paffages des ponts &
entrées , & en face des huit guerittes.
Au centre de la Place , en face de l'alleé
du milieu du Jardin des Tuileries ,
AOUST. 1763. 157
s'élève à la hauteur de vingt- un pieds
un piédeſtal de marbre blanc veiné de
quatorze pieds & demi de long fur huit
pieds & demi de large , fur lequel eft
pofée la Statue Equeftre du Roi en
bronze de quatorze pieds de proportions,
fondue d'un feul jet le 6 Mai 1758 , fur
les deffeins , & fous la conduite de feu
M. Bouchardon , Sculpteur ordinaire de
Sa Majefté.
Aux quatre Angles du Piédeftal ,
paroiffent debout , & pofées fur un
Socle de quatre pieds de hauteur & de
deux pieds de faillie au - delà du nud
du Piédeſtal , quatre Figures de bronze
de dix pieds de hauteur , repréfentant
des Vertus , caractériſées par leurs attri →
buts ; elles foutiennent dans des attitudes
variées la corniche du Piédeftal
de vingt - deux pouces de hauteur fur
un pied & demi de faillie .
Le devant du Piédeftal en face du
Jardin des Tuileries fait voir deux Vertus
; celle qui eft à la droite repréſente
la Force , & celle de la gauche repréfente
la Paix ; entre ces deux Figures
eft une table renfoncée de marbre de
cinq pieds quarrée , enrichie de deux
branches de laurier en bronze doré
158 MERCURE DE FRANCE.
d'or moulu , & portant cette Infcription
:
LUDOVICO X
OPTIMO PRINCIP :
QUOD
AD SCALDIM MOSAM RHE
VICTOR.
PACEM ARMIS
PACE
IT SUORUM ET EUROPA FELICI
QUASIVIT.
A l'autre bout du Piédeftal &
des Champs Elysées , paroiffent!
autres Vertus on voit à la d
Prudence , & celle qui eft à la
défigne la Juftice ; entre les
AOUST. 1763. 159
une pareille table portant une autre
Infcription latine :
} 155
Нос
PIETATIS PUBLICE
MONUMENTUM
PRÆFECTUS
E T
ÆDILES
DECREVERUNT ANNO
M. DCC . X LV I I I.
POSUERUNT ANNO
M. DCC. LXIII.
i
Dans les deux grandes faces du Pie
deftal font renfermés deux bas reliefs
en bronze de fept pieds & demi de
long fur cinq pieds de hauteur. Celui
du côté de la rivière repréfente le Roi
da ns , un Char couronné par la Victoire ,
dans ,
& conduit par la Renommée à des Peut
ples qui fe profternent ; l'autre bas - relief
, faifant face aux grands bâtimens,
160 MERCURE DE FRANCE.
repréſente le Roi affis fur un Trophée
donnant la Paix à fes Peuples ; la Renommée
qui la publie tient la trompette
de la main gauche , & une palme de
la main droite : on voit dans le fond
un hommé & fon cheval qui paroiffent
morts.
Vers le bas , & au milieu de ces
deux bas-reliefs , font pofés fur le focle
deux grands Trophées compofés de
Boucliers , Cafques , Epées & Piques
antiques , jettés en bronze.
La frife du Piédeftal & la grande
Doucine au-deffus du focle , font enrichis
d'ornemens en bronze .
La corniche eft furmontée d'un piédouche
ou amortiffement orné par quatre
mufles de Lions aux angles , auxquels
font attachés des guirlandes de feuilles
de laurier qui fe groupent avec des cornets
d'abondance verfant différens
fruits ; au milieu du côté des Tuileries ,
font placées les armes du Roi , & du
côté des Champs Elyfées les armes de
la Ville de Paris . Le tout en bronze .
Le Piédeſtal eft pofé ſur deux grandes
marches de marbre blanc veiné , que
l'on fe propofe d'entourer d'une baluftrade
auffi de marbre & d'un foffé en
dedans , pour empêcher l'accès dudit
Monument.
AOUST. 1763. 161
L'on fe propoſe auffi d'exécuter par la
fuite , & de pofer à trente-deux toiſes de
diſtance du centre , & de chaque côté
du Piédeſtal dans l'alignement des deux
allées diagonales , deux grandes Fontaines
, ou Baffins demarbre ornés de groupes
& fujets différens , tant pour l'embelliffement
& la décoration de ladite
Place , que pour l'utilité publique.
Le fond de la Place du côté du Fauxbourg
S. Honoré en face de la rivière ,
eft terminé par deux grandes façades de
bâtiment de quarante-huit toifes de longueur
chacune, fur foixante-quinze pieds
de hauteur , conftruites & placées à ſeize
toifes de diſtance de la balustrade extérieure
des foffés.
Ces bâtimens forment chacun un périftille
d'ordre Corinthien compofé de
douze colonnes de trois pieds de diamêtre
, pofés fur un foubaffement de vingtquatre
pieds de hauteur , ouvert en portiques
formant des Galleries publiques.
Au-deffus de la Corniche du foubaf
fement , régne une balustrade de trois
pieds de hauteur.
Les chapiteaux & entablemens de
cet ordre font fculptés & enrichis de
tous les ornemens qui leur font propres ,
ainfi que les plattes - bandes de l'Archi
162 MERCURE DE FRANCE.
trave , & les platfonds dans les périftilles
Les extrémités de chacune defdites façades
font compofées d'un grand avantcorps
couronné d'un fronton , dans le
Tympan duquel eft fculpté un Sujet
allégorique.
Les arrieres-corps font ornés de nithes
, de médaillons & de tables faillan
tes , & font couronnés par de gros focles
fur lefquels font pofés des trophées
.
Les retours des extrémités de chaque
façade annoncent la même ordonnance
& la même richeffe .
Ces deux grandes façades font fépatées
par une rue de 15 toifes de largeur,
dont la décoration fymétrique en qua
tre-vingt-dix toifes de longueur fe termine
par des pavillons formant un carrefour
fur la rue S.Honoré , qui fera protongé
fur le même allignement jufqu'à
la rencontre du rempart , & terminée
par la nouvelle Eglife de la Paroiffe de
la Magdeleine de la Ville-l'Evêque , dont
le Portail fera face au centre de la Placé .
Deux autres Bâtimens d'une ordonhancé
moins riche que celles des grandes
façades , de trente-deux toifes de
longueur chacun , & féparés defdites
façades par des rues de quarante pieds de
AOUST. 1763 . 163
large , termineront en arrières-corps le
fond de cette Place , & iront aboutir
l'un au Jardin des Tuileries , & l'autre
aux Champs-Elyfées .
Le front du Jardin des Tuileries fur
la Place , qui avoit été rétréci & gêné
jufqu'à préfent par les anciens baftions ,
& par la Porte de la Conférence fera
agrandi , & préfentera une façade de
toute la longueur de la Place , & de toute
la largeur du Jardin.
On fe difpofe pour l'éxécution de ce
projet ( qui ne peut contribuer qu'à
augmenter la magnificence de ce Jardin
dont Paris & la France font redevables
au grand génie de M. le Nautre ) à
former une terraffe baffe de droit & de
gauche du Pont- Tournant , fermée fur
le devant par une baluftrade pofée fur
le cordon du mur du foffé.
Cette terraffe élevée de trois à quatre
marches au- deffus du fol du Jardin
entre les deux Renommées , fera prolongée
dans toute l'étendue de la largeur
du Jardin , & communiquera aux terraffes
fupérieures par deux grands efcalliers
d'une forme elliptique , placées
au milieu d'un avant-corps en façe du
centre des deux fontaines dont il a été
parlé ci - devant.
164 MERCURE DE FRANCE.
Le mur qui fera conftruit pour foutenir
cette terraffe fupérieure , fera décoré de
refends , boffages , tables & autres ornemens
, & fera terminé par une baluf
trade.
Les deux Renommées du Pont-Tournant
feront confervées fur de gros
Piédeftaux & on en pofera deux nouvelles
fur d'autres Piédeftaux pareils ,
placés à l'extrémité des avant- corps .
Au - delà de ces avant- corps feront
prolongés les murs de terraffes jufqu'aux
deux corps-de -garde placés en
ponts coupés fous lefdites terraffes , l'un
faifant décoration par fon entrée fur le
quai de la Conférence , & l'autre du
côté de la terraffe des Feuillans ,
Ces corps-de -garde fe raccorderont
aux murs de face des Tuileries , & à
ceux des deux côtés dudit Jardin par
d'autres piédeftaux deſtinés àà porter des
groupes de figures de marbre .
En face de la Place & dans toute fa
largeur fera conftruit un mur de quai
avec un grand avant- corps dans le milieu
, décoré & orné de boffages , tables
, infcriptions , confolles & baluftrades
apparentes du côté de la rivière
qui formeront le parapet du côté du
quai .
AOUST, 1763. 165
·
On pratiquera fur cet avant corps
deux piédeftaux pour recevoir deux figures
de bronze repréfentant la Seine
& la Marne , & les arrières- corps feront
terminés par des defcentes ou degrés
pour aller à la rivière.
Cette décoration peut être fufceptible
d'un pont décoré & analogue à la Place ,
& le projet eft ainfi propofé,
Cette Place l'une des plus belles de
PEurope, par fa pofition & fa décoration,
feroit encore defirer que l'on fe difpofât
à reconftruire le Pont de Neuilli en
face des Champs- Elyfées.
L'entrée de la Ville par ce côté , en feroit
plus commode & plus agréable
pour l'arrivée de la Province de Normandie.
Il ne feroit queftion pour l'entiere
perfection de ce projet , que décreter la
bute de l'Etoile de douze pieds , remonter
le feuil de la grille de Chaillot
de cinq à fix pieds , & venir en pente
douce jufqu'à la Place du Roi , d'où ſe
feroit le point de partage pour les différens
quartiers de Paris.
C'est la justice & la vérité même , qui
dictent les éloges dûs au zèle & aux efforts
difpendieux de la Ville , pour la prompte
exécution de cette Place qui eft déja
fort avancée. C'eft dans ce même zèle
1
166 MERCURE DE FRANCE.
& dans ces efforts que l'on trouvera le
témoignage le plus fincère de l'amour
des Citoyens pour le Monarque chéri ',
en l'honneur duquel ce fuperbe Monument
a été érigé.
L'exécution & les projets de cette
Place font d'après les deffeins & fous la
conduite de M. GABRIEL , Ecuyer ,
premier Architecte du Roi,
·DE LOUIS XV. à Paris , & de la
Statue Equeftre du ROI , érigée dans
cette Place.,
CETTE
ETTE Place eft fituée entre le foffé
qui termine le jardin des Tuileries , l'ancienne
Porte & Fauxbourg S. Honoré ,
les allées des Champs Elyfées , celles du
Cours la Reine , & le Quai qui borde la
riviere de Seine ; elle eft formée par un
quarré de cent vingt-cinq toifes de longueur
fur quatre-vingt- fept de largeur
entre les balustrades intérieures . Les
quatre Angles du grand quarré forment
quatres Pans coupés de vingt-deux toifes
de longueur chacun , & font terminés à
leurs extrémités par des guérites ou gros
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ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
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.
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.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
AOUST. 1763. 155
Tocles ornés de frontons & furmontés d'un
acrotere décoré par des Guirlandes de
feuilles de chêne , & deftinés à porter
des Groupes de figures de Marbre , analogues
au Sujet & à la Place .
Deux de ces Pans coupés du côtê des
Champs Elysées font ouverts, & condui
fent à deux avenues diagonales , dont
Pune eft appellée le Cours la Reine : du
même côté à la tête des Champs Elysées ,
font quatre pavillonsdécorés deboffages,
à l'ufage des Fontainier, Garde & Portier
des Champs Elysées & Cours la Reine .
La façade des deux pavillons les plus
proches de la grande allée des Champs
Elysées, détermine la naiffance de la nouvelle
plantation .
On arrive à cette Place , qui fait la
réunion du Jardin des Thuileries avec les
Champs Elysées , par fix entrées , dont
les deux principales ont chacune vingt→
cinq toifes de largeur.
Le fol de cette Place donné à la Ville
par Sa Majefté , fous la condition de
ne pas fermer les vues de fon Palais &
Jardin des Tuileries , & de s'affujettir
au foffé qui les ferme , les a déterminé
de renfermer cette Place par de grands
foflés de onze à douze toifes de largeur ,
& de quatorze pieds de profondeur , qui
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
fe communiquent les uns aux autres du
côté des Champs- Elyfées , par fept ponts
de pierre avec archivoltes , & font fermés
par des balustrades.
Les murs de l'intérieur des foffés tous
revêtus en pierre , font décorés de chaînes
de refends à l'aplomb des piedeftaux
des balustrades , de tables faillantes
entre deux ; les murs font couronnés
par un cordon portant les balustrades .
Le fol des foffés doit être femé de
gazon , entouré de larges chemins fablés.
Les paffages des ponts s'annoncent
par de grandes portions circulaires fermées
par des baluftrades , qui fe raccor
dant à celles de l'intérieur de la Place à
feize gros piedeftaux deſtinés à porter
des Lions & Sphinx en bronze , facilitent
l'inégalité de la hauteur des baluftrades
de l'intérieur de la Place , d'avec
celles de l'extérieur.
Celles de l'intérieur de la Place pofées
fur un focle au-deffus du cordon dans
tout le pourtour de la Place , ont donné
lieu à une banquette ou trottoirs élevés
au-deffus du fol, d'où l'on monte par des
degrés , à tous les paffages des ponts &
entrées , & en face des huit guerittes.
Au centre de la Place , en face de l'alleé
du milieu du Jardin des Tuileries ,
AOUST. 1763. 157
s'élève à la hauteur de vingt- un pieds
un piédeſtal de marbre blanc veiné de
quatorze pieds & demi de long fur huit
pieds & demi de large , fur lequel eft
pofée la Statue Equeftre du Roi en
bronze de quatorze pieds de proportions,
fondue d'un feul jet le 6 Mai 1758 , fur
les deffeins , & fous la conduite de feu
M. Bouchardon , Sculpteur ordinaire de
Sa Majefté.
Aux quatre Angles du Piédeftal ,
paroiffent debout , & pofées fur un
Socle de quatre pieds de hauteur & de
deux pieds de faillie au - delà du nud
du Piédeſtal , quatre Figures de bronze
de dix pieds de hauteur , repréfentant
des Vertus , caractériſées par leurs attri →
buts ; elles foutiennent dans des attitudes
variées la corniche du Piédeftal
de vingt - deux pouces de hauteur fur
un pied & demi de faillie .
Le devant du Piédeftal en face du
Jardin des Tuileries fait voir deux Vertus
; celle qui eft à la droite repréſente
la Force , & celle de la gauche repréfente
la Paix ; entre ces deux Figures
eft une table renfoncée de marbre de
cinq pieds quarrée , enrichie de deux
branches de laurier en bronze doré
158 MERCURE DE FRANCE.
d'or moulu , & portant cette Infcription
:
LUDOVICO X
OPTIMO PRINCIP :
QUOD
AD SCALDIM MOSAM RHE
VICTOR.
PACEM ARMIS
PACE
IT SUORUM ET EUROPA FELICI
QUASIVIT.
A l'autre bout du Piédeftal &
des Champs Elysées , paroiffent!
autres Vertus on voit à la d
Prudence , & celle qui eft à la
défigne la Juftice ; entre les
AOUST. 1763. 159
une pareille table portant une autre
Infcription latine :
} 155
Нос
PIETATIS PUBLICE
MONUMENTUM
PRÆFECTUS
E T
ÆDILES
DECREVERUNT ANNO
M. DCC . X LV I I I.
POSUERUNT ANNO
M. DCC. LXIII.
i
Dans les deux grandes faces du Pie
deftal font renfermés deux bas reliefs
en bronze de fept pieds & demi de
long fur cinq pieds de hauteur. Celui
du côté de la rivière repréfente le Roi
da ns , un Char couronné par la Victoire ,
dans ,
& conduit par la Renommée à des Peut
ples qui fe profternent ; l'autre bas - relief
, faifant face aux grands bâtimens,
160 MERCURE DE FRANCE.
repréſente le Roi affis fur un Trophée
donnant la Paix à fes Peuples ; la Renommée
qui la publie tient la trompette
de la main gauche , & une palme de
la main droite : on voit dans le fond
un hommé & fon cheval qui paroiffent
morts.
Vers le bas , & au milieu de ces
deux bas-reliefs , font pofés fur le focle
deux grands Trophées compofés de
Boucliers , Cafques , Epées & Piques
antiques , jettés en bronze.
La frife du Piédeftal & la grande
Doucine au-deffus du focle , font enrichis
d'ornemens en bronze .
La corniche eft furmontée d'un piédouche
ou amortiffement orné par quatre
mufles de Lions aux angles , auxquels
font attachés des guirlandes de feuilles
de laurier qui fe groupent avec des cornets
d'abondance verfant différens
fruits ; au milieu du côté des Tuileries ,
font placées les armes du Roi , & du
côté des Champs Elyfées les armes de
la Ville de Paris . Le tout en bronze .
Le Piédeſtal eft pofé ſur deux grandes
marches de marbre blanc veiné , que
l'on fe propofe d'entourer d'une baluftrade
auffi de marbre & d'un foffé en
dedans , pour empêcher l'accès dudit
Monument.
AOUST. 1763. 161
L'on fe propoſe auffi d'exécuter par la
fuite , & de pofer à trente-deux toiſes de
diſtance du centre , & de chaque côté
du Piédeſtal dans l'alignement des deux
allées diagonales , deux grandes Fontaines
, ou Baffins demarbre ornés de groupes
& fujets différens , tant pour l'embelliffement
& la décoration de ladite
Place , que pour l'utilité publique.
Le fond de la Place du côté du Fauxbourg
S. Honoré en face de la rivière ,
eft terminé par deux grandes façades de
bâtiment de quarante-huit toifes de longueur
chacune, fur foixante-quinze pieds
de hauteur , conftruites & placées à ſeize
toifes de diſtance de la balustrade extérieure
des foffés.
Ces bâtimens forment chacun un périftille
d'ordre Corinthien compofé de
douze colonnes de trois pieds de diamêtre
, pofés fur un foubaffement de vingtquatre
pieds de hauteur , ouvert en portiques
formant des Galleries publiques.
Au-deffus de la Corniche du foubaf
fement , régne une balustrade de trois
pieds de hauteur.
Les chapiteaux & entablemens de
cet ordre font fculptés & enrichis de
tous les ornemens qui leur font propres ,
ainfi que les plattes - bandes de l'Archi
162 MERCURE DE FRANCE.
trave , & les platfonds dans les périftilles
Les extrémités de chacune defdites façades
font compofées d'un grand avantcorps
couronné d'un fronton , dans le
Tympan duquel eft fculpté un Sujet
allégorique.
Les arrieres-corps font ornés de nithes
, de médaillons & de tables faillan
tes , & font couronnés par de gros focles
fur lefquels font pofés des trophées
.
Les retours des extrémités de chaque
façade annoncent la même ordonnance
& la même richeffe .
Ces deux grandes façades font fépatées
par une rue de 15 toifes de largeur,
dont la décoration fymétrique en qua
tre-vingt-dix toifes de longueur fe termine
par des pavillons formant un carrefour
fur la rue S.Honoré , qui fera protongé
fur le même allignement jufqu'à
la rencontre du rempart , & terminée
par la nouvelle Eglife de la Paroiffe de
la Magdeleine de la Ville-l'Evêque , dont
le Portail fera face au centre de la Placé .
Deux autres Bâtimens d'une ordonhancé
moins riche que celles des grandes
façades , de trente-deux toifes de
longueur chacun , & féparés defdites
façades par des rues de quarante pieds de
AOUST. 1763 . 163
large , termineront en arrières-corps le
fond de cette Place , & iront aboutir
l'un au Jardin des Tuileries , & l'autre
aux Champs-Elyfées .
Le front du Jardin des Tuileries fur
la Place , qui avoit été rétréci & gêné
jufqu'à préfent par les anciens baftions ,
& par la Porte de la Conférence fera
agrandi , & préfentera une façade de
toute la longueur de la Place , & de toute
la largeur du Jardin.
On fe difpofe pour l'éxécution de ce
projet ( qui ne peut contribuer qu'à
augmenter la magnificence de ce Jardin
dont Paris & la France font redevables
au grand génie de M. le Nautre ) à
former une terraffe baffe de droit & de
gauche du Pont- Tournant , fermée fur
le devant par une baluftrade pofée fur
le cordon du mur du foffé.
Cette terraffe élevée de trois à quatre
marches au- deffus du fol du Jardin
entre les deux Renommées , fera prolongée
dans toute l'étendue de la largeur
du Jardin , & communiquera aux terraffes
fupérieures par deux grands efcalliers
d'une forme elliptique , placées
au milieu d'un avant-corps en façe du
centre des deux fontaines dont il a été
parlé ci - devant.
164 MERCURE DE FRANCE.
Le mur qui fera conftruit pour foutenir
cette terraffe fupérieure , fera décoré de
refends , boffages , tables & autres ornemens
, & fera terminé par une baluf
trade.
Les deux Renommées du Pont-Tournant
feront confervées fur de gros
Piédeftaux & on en pofera deux nouvelles
fur d'autres Piédeftaux pareils ,
placés à l'extrémité des avant- corps .
Au - delà de ces avant- corps feront
prolongés les murs de terraffes jufqu'aux
deux corps-de -garde placés en
ponts coupés fous lefdites terraffes , l'un
faifant décoration par fon entrée fur le
quai de la Conférence , & l'autre du
côté de la terraffe des Feuillans ,
Ces corps-de -garde fe raccorderont
aux murs de face des Tuileries , & à
ceux des deux côtés dudit Jardin par
d'autres piédeftaux deſtinés àà porter des
groupes de figures de marbre .
En face de la Place & dans toute fa
largeur fera conftruit un mur de quai
avec un grand avant- corps dans le milieu
, décoré & orné de boffages , tables
, infcriptions , confolles & baluftrades
apparentes du côté de la rivière
qui formeront le parapet du côté du
quai .
AOUST, 1763. 165
·
On pratiquera fur cet avant corps
deux piédeftaux pour recevoir deux figures
de bronze repréfentant la Seine
& la Marne , & les arrières- corps feront
terminés par des defcentes ou degrés
pour aller à la rivière.
Cette décoration peut être fufceptible
d'un pont décoré & analogue à la Place ,
& le projet eft ainfi propofé,
Cette Place l'une des plus belles de
PEurope, par fa pofition & fa décoration,
feroit encore defirer que l'on fe difpofât
à reconftruire le Pont de Neuilli en
face des Champs- Elyfées.
L'entrée de la Ville par ce côté , en feroit
plus commode & plus agréable
pour l'arrivée de la Province de Normandie.
Il ne feroit queftion pour l'entiere
perfection de ce projet , que décreter la
bute de l'Etoile de douze pieds , remonter
le feuil de la grille de Chaillot
de cinq à fix pieds , & venir en pente
douce jufqu'à la Place du Roi , d'où ſe
feroit le point de partage pour les différens
quartiers de Paris.
C'est la justice & la vérité même , qui
dictent les éloges dûs au zèle & aux efforts
difpendieux de la Ville , pour la prompte
exécution de cette Place qui eft déja
fort avancée. C'eft dans ce même zèle
1
166 MERCURE DE FRANCE.
& dans ces efforts que l'on trouvera le
témoignage le plus fincère de l'amour
des Citoyens pour le Monarque chéri ',
en l'honneur duquel ce fuperbe Monument
a été érigé.
L'exécution & les projets de cette
Place font d'après les deffeins & fous la
conduite de M. GABRIEL , Ecuyer ,
premier Architecte du Roi,
Fermer
16423
p. 166-175
RÉFLEXIONS de la Société des Conciliateurs sur les divers usages des termes DÉDICACE & de D'INAUGURATION.
Début :
Sous le régne précédent, on a érigé avec solemnité des Monumens publics à [...]
Mots clefs :
Dédicace, Inauguration, Consécration, Termes, Statue, Cérémonie, Culte, Conciliateurs, Langue, Dictionnaire
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texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS de la Société des Conciliateurs sur les divers usages des termes DÉDICACE & de D'INAUGURATION.
RÉFLEXIONS de la Société des
Conciliateurs fur les divers ufages des
termes DEDICACE & de D'INAUGURATION
Sous le régne précédent , on a érigé
avec folemnité des Monumens publics à
l'honneur de LOUIS XIV, & l'on s'eft
fervi du terme de Dédicace pour figni
fier l'offrande qu'on en faifoit. Ce mot a
été employé de même dans la defcription
des Fêtes données à Rennes , à
Valenciennes & à Bordeaux , lorfque
des Etats de Bretagne , au nom de la
Province , & les. Officiers Municipaux
de ces deux dernières Villes au nom de
A O UST . 1763 : $ 64
leurs Concitoyens , donnerent au Roi
une marque de leur refpect , de leur
dévouement & de leur zéle , en faisant
élever la Statue du Monarque Bien-
Aimé dans l'enceinte de leurs murs. La
Ville de Paris , dans les dernières Fêtes,
a eu pour objet de célébrer le même
événement qui lui étoit propre ; & pour
le défigner , elle a fait ufage du terme
d'inauguration dont plufieurs perfonnes
ont demandé la fignification précife.
Quelques-uns ont prétendu que ce
terme n'étoit pas François , & fe font
récrié contre la hardieffe qui l'avoit emprunté
du Latin . Les Auteurs qui ont
écrit dans cette Langue fe font fervis
du mot inaugurare , qui fignifie confacrer
, facrer ; en forte qu'inauguration
feroit fynonyme à confécration , que
l'on dit ne pouvoir être employé au
propre , que pour exprimer une cérémonie
religieufe dans l'ordre le plus
relevé.
Mais nous oppofons à ces Critiques
l'autorité du Dictionnaire de l'Académie
Françoife qui ne profcrit pas de
notre Langue le terme d'inauguration
» c'eft , dit- on , une cérémonie religieufe
qui fe pratique au Sacre
Couronnement des Souverains . L'i
nauguration de l'Empereur,
alt
168 MERCURE DE FRANCE.
On ne voit pas trop par cet exemple"
quelle eft l'acception véritable du mot.
Celui de nous qui eft le plus verfé dans
l'étude des ufages des Nations , nous a
rapporté d'après une Gazette de l'année
1723 , qu'au facre de l'Empereur comme
Roi de Bohême , fait à Prague le 5 Septembre
de cette année , la Couronne
ayant été bénite , l'Archevêque de Prague
la mit fur la tête de l'Empereur, qui
retourna àfon Thrône , & l'Officiant prononça
les paroles de l'inthronifation . On
a qualifié ainfi la prife de Poffeffion d'un
Siége Epifcopal : mais ce n'eft qu'une
expreffion figurée ; car c'eft improprement
qu'on appelle Thrône , la décoration
du Dais du & Fauteuil, qui diftingue
le lieu qu'occupe un Prélat dans les cérémonies
folemnelles de fon Eglife. Cela
ne peut être appliqué qu'à ceux qui font
Princes temporels ; & alors le Thrône eft
dans leur Palais & non dans leur Eglife ;
où ils n'ont qu'une chaire : de là la dénomination
du Temple principal fous le
nom d'Eglife Cathédrale : & dans le rituel
Romain , les Fêtes de la Chaire de S.
Pierre à Rome & à Antioche.
Ce n'eft pas par ce que dit le Dictionnaire
de l'Académie Françoife au mot
inauguration , qu'on peut décider fi la
Ville
AOUST. 1763. 169
Ville & les Auteurs du Mercure ont
bien ou mal fait de fe fervir de ce terme
en annonçant les Fêtes publiques ;
mais qu'on confulte ce même Di&tionnaire
au mot érection , il nous apprend
qu'on dit , l'érection d'une Statue , d'un
Monument , pour dire l'efpéce de Confécration
que l'on en fait en l'honneur
d'un Prince ou de quelqu'autre Perfonnage
illuftre. Le mot de confécration
eft ici employé formellement avec la petite
reſtriction, qui empêche de prendre ce
mot dans une acception relative au culte
divin. Nous ferons voir plus bas qu'il y
a un milieu entre le facré & le prophane,
& que le mot d'inauguration eft celui qui
convient le mieux à cette circonftance
moyenne , puifque dans nos ufages , il
ne peut être pris dans la première fignification;
& qu'il a quelque chofe de relevé
qui empêche qu'on ne l'applique à des
conjonctures triviales.
Si l'on vouloit donner la préférence
au mot de dédicace , il faudroit difcuter
fes différens fens , & peut- être le trouveroit-
on moins convenable après cet
examen, qu'on ne l'auroit penfé d'abord.
Pour trouver la première origine de
ce mot , il faut remonter à l'antiquité
la plus reculée . Judas Machable fit
H
170 MERCURE DE FRANCE ,
repurger le Temple ; on appella cette
cérémonie encoenia, qui fignifie Dédicace
ou le renouvellement d'une choſe détruite
; il ordonna que l'on feroit des
réjouiffances publiques , tous les ans ,
au même jour que la Dédicace auroit
été faite ; & nous lifons dans S. Jean
chap. 10, v. 22 , que Jefus Chrift ne fe
difpenfa pas de l'obfervation de cette
fête , & que le jour qu'on la célébroit
on lui parla dans le Temple , où il fut
rencontré fe promenant dans la gallerie
de Salomon . Le terme d'encænia qui exprime
la fête de la Dédicace , fignifie à
la lettre le renouvellement , du mot grec
Kainos, Novus. De - là les Latins ont fait
le mot encaniare , prendre une robe
nouvelle .
Voyons préfentement comment le
Dictionnaire de l'Académie Françoiſe
définit le verbe dédier ; c'eft , dit-il ,
confacrer au culte Divin , & les exem
ples qu'il en donne font , dédier une
Eglife , un Autel , une Chapelle,
Or le mot de confacrer ne peut être
pris ici que figurément ; car le même
Dictionnaire au mot , Bénédiction , dit
que c'est une action religieufe par laquelle
on bénit une Chapelle! On fçais
qu'iky a dans le Rituel une très- grande
AOUST. 1763. 171
difference entre la bénédiction d'une
Eglife & fa confécration ; mais il n'en
eft pas moins vrai de dire que la Dédicace
n'eft qu'un acceffoire de l'une
ou de l'autre. La Dédicace n'eft que
l'acte volontaire , indépendant de toute
cérémonie religieufe , mais que la confécration
, ou la fimple bénédiction rendent
authentique , par lequel on met
une Eglife , une Chapelle , ou un Autel
fous le nom & l'invocation d'un tel
Saint. En voici des exemples : l'Eglife de
Sainte Géneviéve a été anciennement
PEglife des Saints Apôtres . La Paroiffe de
S. Sulpice a été fous l'invocation de Saint
Pierre & de S. Paul ; elle a été depuis
dédiée à S. Sulpice ; elle étoit bénite
avant que d'avoir ce Patron actuel , &
elle n'a été confacrée que de nos jours.
Nous avons vu l'Eglife Collégiale de
S. Thomas du Louvre prendre le nom
de S. Louis; & le Pontifical Romain parlant
de la dédicace ou confecration d'une
Eglife qui peut être faite très- tardivement
, impofe la néceffité de jeûner la
veille , à ceux pour qui on doit dédier
P'Eglife , auffi bien qu'à l'Evêque qui
doit en faire la cérémonie. Donc la dédicace
eft l'effet de la volonté de celui
qui en eft, pour ainfi dire, le Parrain , &
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
qui la met fous le nom du Saint en qui il
a le plus de confiance , ou dont il refpece
plus particuliérement la mémoire.
Mais les mots de dédier & de dédicace
s'étendent à beaucoup de chofes, & font
quelquefois fynonymes à celui de confa
erer , pris auffi dans un fens très- étendu .
Le mot de dédier avoit lieu dans notre
langue dans une fignification active ,
pour le choixd'une profeffion par le defir
& l'autorité d'autrui. On lit dans l'Oraifon
funébre fur la mort de Ronfard ,
par Duperon , Lecteur de la Chambre
du Roi en 1586 , que fon indocilité
obligea fes parens de le retirer des études,
pour le dédier à la profeffion des armes
pour l'exercice de laquelle ils voyoient
qu'il avoit le corps bien difpofé. On a
dit depuis fe dédier à l'étude , au fervice
des Autels , au ſervice du Roi ; & ne diton
pas dans le même fens confacrer fa
jeuneffe à l'étude , au barreau , à la
guerre , à l'exercice des armes : ainfi il
exprime également le dévoûment aux
chofes & aux perfonnes , comme confa
crer fa vie au Roi ; de tout ceci on peut
conclure que quand le mot d'inauguration
ne pourroit fe rendre que par celui
de confecration , il ne feroit pas à rejet
ter ; il auroit même l'avantage dans l'obAOUST.
1763. 173
jet de cette difcuffion , de ne pouvoir
être pris au propre comme celui de confécration
, pour une cérémonie Religieufe
, dont le culte divin doit être
l'objet.
Le mot de Dédicace hors de cet
objet , s'applique à trop
de chofes d'un
rang inférieur dans l'ordre civil ; comme
la Dédicace d'un Livre , d'une Eftampe ;
& quoiqu'on ait dit que les Anciens
avoient la Dédicace des Statues des Empereurs
ou des Dieux dans le Paganiſme,
& qu'on trouve même dans les Livres
Saints que Nabuchodonofor fit la Dédicace
de la Statue qu'il avoit fait faire./
V. Daniel ,ch. 3. v. 2. il eft clair que dans
le fens étroit la dédicace ne devroit fe
des lieux , & nous ferions portés
à croire qu'il auroit fallu , pour parler
correctement , dire qu'on avoit fait la
Dédicace de la Place de Louis XV. &
l'Inauguration de fa Statue : c'eft ce
'dernier mot qu'il s'agit de juftifier.
dire que
Inaugurer , difent les Partifans du
terme de Dédicace, c'eft confacrer.Nous
leur paffons l'identité des mots . Eh bien !
la Dédicace de la Statue n'eft- elle pas
une vraie confécration civile ? La Statue
du Roi , n'eft-elle pas comme le porte
l'Infcription , Pietatis publico Monu-
H iij
1
774 MERCURE DE FRANCE .
mentum. Un témoignage public de l'as
mour du Peuple pour un Prince qui en
eft fi digne. C'eft un vou rempli ; toutes
ces expreffions fe réuniffent tous les
jours dans la Dédicace d'une Thèfe :
Vovet , dicat , confecrat.
Il eft inutile de rechercher l'ancienne
fignification du mot d'Inauguration ; il
fignifioit chez les Romains , prendre les
Augures , confulter le vol des oifeaux
avant que d'entreprendre quelque choſe.
Si l'on avoit recours aux étymologies.
on feroit bien plus embarraffé. L'inauguration
pouvoit être prife pour l'élévation
au Sacerdoce , ou l'entrée dans le
Collége des Augures . Dans l'ufage préfent
, il fignifie , dédier , initier. Lorfque
les Médecins de Paris eurent fait
conftruire leur Amphithéâtre Anatomique
, ils en firent l'ouverture folemnellement
, & l'un d'eux y prononça un Difcours
d'Apparat ; cela fut appellé l'inauguration
des Ecoles , & la mémoire en
fut confervée par un Poëme Latin fur
cette inauguration . Dans les Facultés
étrangères un nouveau Profeffeur ,
pour prendre poffeffion de fa Chaire ,
débite un Difcours qu'on appelle Oratio
inauguralis. Inauguration veut dire
initiation , ou installation folemnelle .
>
A O UST. 1763 75
Pourquoi ne ferions nous pas paffer
→ a
dans notre langue un terme auffi fignificatif
? Nous ne pouvons pas dire
dans le fens propre,la confécration de la
Statue du Roi , ce feroit une apothéofe,
nous ne fommes pas payens . Le mot de
Dédicace n'eft pas affez noble celui
d'Inauguration détourné de fa fignificas
tion primitive , ne défignė plus une cérémonie
religieufe ; mais il exprime un
culte civil : & en perdant fa relation au
culte divin , il conferve quelque chofe
d'augufte , fort convenable à la circonf
tance où il vient d'être employé.
Conciliateurs fur les divers ufages des
termes DEDICACE & de D'INAUGURATION
Sous le régne précédent , on a érigé
avec folemnité des Monumens publics à
l'honneur de LOUIS XIV, & l'on s'eft
fervi du terme de Dédicace pour figni
fier l'offrande qu'on en faifoit. Ce mot a
été employé de même dans la defcription
des Fêtes données à Rennes , à
Valenciennes & à Bordeaux , lorfque
des Etats de Bretagne , au nom de la
Province , & les. Officiers Municipaux
de ces deux dernières Villes au nom de
A O UST . 1763 : $ 64
leurs Concitoyens , donnerent au Roi
une marque de leur refpect , de leur
dévouement & de leur zéle , en faisant
élever la Statue du Monarque Bien-
Aimé dans l'enceinte de leurs murs. La
Ville de Paris , dans les dernières Fêtes,
a eu pour objet de célébrer le même
événement qui lui étoit propre ; & pour
le défigner , elle a fait ufage du terme
d'inauguration dont plufieurs perfonnes
ont demandé la fignification précife.
Quelques-uns ont prétendu que ce
terme n'étoit pas François , & fe font
récrié contre la hardieffe qui l'avoit emprunté
du Latin . Les Auteurs qui ont
écrit dans cette Langue fe font fervis
du mot inaugurare , qui fignifie confacrer
, facrer ; en forte qu'inauguration
feroit fynonyme à confécration , que
l'on dit ne pouvoir être employé au
propre , que pour exprimer une cérémonie
religieufe dans l'ordre le plus
relevé.
Mais nous oppofons à ces Critiques
l'autorité du Dictionnaire de l'Académie
Françoife qui ne profcrit pas de
notre Langue le terme d'inauguration
» c'eft , dit- on , une cérémonie religieufe
qui fe pratique au Sacre
Couronnement des Souverains . L'i
nauguration de l'Empereur,
alt
168 MERCURE DE FRANCE.
On ne voit pas trop par cet exemple"
quelle eft l'acception véritable du mot.
Celui de nous qui eft le plus verfé dans
l'étude des ufages des Nations , nous a
rapporté d'après une Gazette de l'année
1723 , qu'au facre de l'Empereur comme
Roi de Bohême , fait à Prague le 5 Septembre
de cette année , la Couronne
ayant été bénite , l'Archevêque de Prague
la mit fur la tête de l'Empereur, qui
retourna àfon Thrône , & l'Officiant prononça
les paroles de l'inthronifation . On
a qualifié ainfi la prife de Poffeffion d'un
Siége Epifcopal : mais ce n'eft qu'une
expreffion figurée ; car c'eft improprement
qu'on appelle Thrône , la décoration
du Dais du & Fauteuil, qui diftingue
le lieu qu'occupe un Prélat dans les cérémonies
folemnelles de fon Eglife. Cela
ne peut être appliqué qu'à ceux qui font
Princes temporels ; & alors le Thrône eft
dans leur Palais & non dans leur Eglife ;
où ils n'ont qu'une chaire : de là la dénomination
du Temple principal fous le
nom d'Eglife Cathédrale : & dans le rituel
Romain , les Fêtes de la Chaire de S.
Pierre à Rome & à Antioche.
Ce n'eft pas par ce que dit le Dictionnaire
de l'Académie Françoife au mot
inauguration , qu'on peut décider fi la
Ville
AOUST. 1763. 169
Ville & les Auteurs du Mercure ont
bien ou mal fait de fe fervir de ce terme
en annonçant les Fêtes publiques ;
mais qu'on confulte ce même Di&tionnaire
au mot érection , il nous apprend
qu'on dit , l'érection d'une Statue , d'un
Monument , pour dire l'efpéce de Confécration
que l'on en fait en l'honneur
d'un Prince ou de quelqu'autre Perfonnage
illuftre. Le mot de confécration
eft ici employé formellement avec la petite
reſtriction, qui empêche de prendre ce
mot dans une acception relative au culte
divin. Nous ferons voir plus bas qu'il y
a un milieu entre le facré & le prophane,
& que le mot d'inauguration eft celui qui
convient le mieux à cette circonftance
moyenne , puifque dans nos ufages , il
ne peut être pris dans la première fignification;
& qu'il a quelque chofe de relevé
qui empêche qu'on ne l'applique à des
conjonctures triviales.
Si l'on vouloit donner la préférence
au mot de dédicace , il faudroit difcuter
fes différens fens , & peut- être le trouveroit-
on moins convenable après cet
examen, qu'on ne l'auroit penfé d'abord.
Pour trouver la première origine de
ce mot , il faut remonter à l'antiquité
la plus reculée . Judas Machable fit
H
170 MERCURE DE FRANCE ,
repurger le Temple ; on appella cette
cérémonie encoenia, qui fignifie Dédicace
ou le renouvellement d'une choſe détruite
; il ordonna que l'on feroit des
réjouiffances publiques , tous les ans ,
au même jour que la Dédicace auroit
été faite ; & nous lifons dans S. Jean
chap. 10, v. 22 , que Jefus Chrift ne fe
difpenfa pas de l'obfervation de cette
fête , & que le jour qu'on la célébroit
on lui parla dans le Temple , où il fut
rencontré fe promenant dans la gallerie
de Salomon . Le terme d'encænia qui exprime
la fête de la Dédicace , fignifie à
la lettre le renouvellement , du mot grec
Kainos, Novus. De - là les Latins ont fait
le mot encaniare , prendre une robe
nouvelle .
Voyons préfentement comment le
Dictionnaire de l'Académie Françoiſe
définit le verbe dédier ; c'eft , dit-il ,
confacrer au culte Divin , & les exem
ples qu'il en donne font , dédier une
Eglife , un Autel , une Chapelle,
Or le mot de confacrer ne peut être
pris ici que figurément ; car le même
Dictionnaire au mot , Bénédiction , dit
que c'est une action religieufe par laquelle
on bénit une Chapelle! On fçais
qu'iky a dans le Rituel une très- grande
AOUST. 1763. 171
difference entre la bénédiction d'une
Eglife & fa confécration ; mais il n'en
eft pas moins vrai de dire que la Dédicace
n'eft qu'un acceffoire de l'une
ou de l'autre. La Dédicace n'eft que
l'acte volontaire , indépendant de toute
cérémonie religieufe , mais que la confécration
, ou la fimple bénédiction rendent
authentique , par lequel on met
une Eglife , une Chapelle , ou un Autel
fous le nom & l'invocation d'un tel
Saint. En voici des exemples : l'Eglife de
Sainte Géneviéve a été anciennement
PEglife des Saints Apôtres . La Paroiffe de
S. Sulpice a été fous l'invocation de Saint
Pierre & de S. Paul ; elle a été depuis
dédiée à S. Sulpice ; elle étoit bénite
avant que d'avoir ce Patron actuel , &
elle n'a été confacrée que de nos jours.
Nous avons vu l'Eglife Collégiale de
S. Thomas du Louvre prendre le nom
de S. Louis; & le Pontifical Romain parlant
de la dédicace ou confecration d'une
Eglife qui peut être faite très- tardivement
, impofe la néceffité de jeûner la
veille , à ceux pour qui on doit dédier
P'Eglife , auffi bien qu'à l'Evêque qui
doit en faire la cérémonie. Donc la dédicace
eft l'effet de la volonté de celui
qui en eft, pour ainfi dire, le Parrain , &
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
qui la met fous le nom du Saint en qui il
a le plus de confiance , ou dont il refpece
plus particuliérement la mémoire.
Mais les mots de dédier & de dédicace
s'étendent à beaucoup de chofes, & font
quelquefois fynonymes à celui de confa
erer , pris auffi dans un fens très- étendu .
Le mot de dédier avoit lieu dans notre
langue dans une fignification active ,
pour le choixd'une profeffion par le defir
& l'autorité d'autrui. On lit dans l'Oraifon
funébre fur la mort de Ronfard ,
par Duperon , Lecteur de la Chambre
du Roi en 1586 , que fon indocilité
obligea fes parens de le retirer des études,
pour le dédier à la profeffion des armes
pour l'exercice de laquelle ils voyoient
qu'il avoit le corps bien difpofé. On a
dit depuis fe dédier à l'étude , au fervice
des Autels , au ſervice du Roi ; & ne diton
pas dans le même fens confacrer fa
jeuneffe à l'étude , au barreau , à la
guerre , à l'exercice des armes : ainfi il
exprime également le dévoûment aux
chofes & aux perfonnes , comme confa
crer fa vie au Roi ; de tout ceci on peut
conclure que quand le mot d'inauguration
ne pourroit fe rendre que par celui
de confecration , il ne feroit pas à rejet
ter ; il auroit même l'avantage dans l'obAOUST.
1763. 173
jet de cette difcuffion , de ne pouvoir
être pris au propre comme celui de confécration
, pour une cérémonie Religieufe
, dont le culte divin doit être
l'objet.
Le mot de Dédicace hors de cet
objet , s'applique à trop
de chofes d'un
rang inférieur dans l'ordre civil ; comme
la Dédicace d'un Livre , d'une Eftampe ;
& quoiqu'on ait dit que les Anciens
avoient la Dédicace des Statues des Empereurs
ou des Dieux dans le Paganiſme,
& qu'on trouve même dans les Livres
Saints que Nabuchodonofor fit la Dédicace
de la Statue qu'il avoit fait faire./
V. Daniel ,ch. 3. v. 2. il eft clair que dans
le fens étroit la dédicace ne devroit fe
des lieux , & nous ferions portés
à croire qu'il auroit fallu , pour parler
correctement , dire qu'on avoit fait la
Dédicace de la Place de Louis XV. &
l'Inauguration de fa Statue : c'eft ce
'dernier mot qu'il s'agit de juftifier.
dire que
Inaugurer , difent les Partifans du
terme de Dédicace, c'eft confacrer.Nous
leur paffons l'identité des mots . Eh bien !
la Dédicace de la Statue n'eft- elle pas
une vraie confécration civile ? La Statue
du Roi , n'eft-elle pas comme le porte
l'Infcription , Pietatis publico Monu-
H iij
1
774 MERCURE DE FRANCE .
mentum. Un témoignage public de l'as
mour du Peuple pour un Prince qui en
eft fi digne. C'eft un vou rempli ; toutes
ces expreffions fe réuniffent tous les
jours dans la Dédicace d'une Thèfe :
Vovet , dicat , confecrat.
Il eft inutile de rechercher l'ancienne
fignification du mot d'Inauguration ; il
fignifioit chez les Romains , prendre les
Augures , confulter le vol des oifeaux
avant que d'entreprendre quelque choſe.
Si l'on avoit recours aux étymologies.
on feroit bien plus embarraffé. L'inauguration
pouvoit être prife pour l'élévation
au Sacerdoce , ou l'entrée dans le
Collége des Augures . Dans l'ufage préfent
, il fignifie , dédier , initier. Lorfque
les Médecins de Paris eurent fait
conftruire leur Amphithéâtre Anatomique
, ils en firent l'ouverture folemnellement
, & l'un d'eux y prononça un Difcours
d'Apparat ; cela fut appellé l'inauguration
des Ecoles , & la mémoire en
fut confervée par un Poëme Latin fur
cette inauguration . Dans les Facultés
étrangères un nouveau Profeffeur ,
pour prendre poffeffion de fa Chaire ,
débite un Difcours qu'on appelle Oratio
inauguralis. Inauguration veut dire
initiation , ou installation folemnelle .
>
A O UST. 1763 75
Pourquoi ne ferions nous pas paffer
→ a
dans notre langue un terme auffi fignificatif
? Nous ne pouvons pas dire
dans le fens propre,la confécration de la
Statue du Roi , ce feroit une apothéofe,
nous ne fommes pas payens . Le mot de
Dédicace n'eft pas affez noble celui
d'Inauguration détourné de fa fignificas
tion primitive , ne défignė plus une cérémonie
religieufe ; mais il exprime un
culte civil : & en perdant fa relation au
culte divin , il conferve quelque chofe
d'augufte , fort convenable à la circonf
tance où il vient d'être employé.
Fermer
16424
p. 175-183
A la ROCHELLE, le 7 Juillet 1763.
Début :
J'ESPÉRE, Monsieur, que notre éloignement de la Capitale ne vous préviendra [...]
Mots clefs :
Dames, Pieds, Loges, Salle, Intendant, Amour, Peuple, Fêtes publiques, Citoyens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A la ROCHELLE, le 7 Juillet 1763.
A la ROCHELLE le Juillet 1763.
J'ESPÉRE , Monfieur , que notre
éloignement de la Capitale ne vous préviendra
pas contre la vérité du récit que
j'ai l'honneur de vous adreffer. Vous
reconnoîtrez à mon ftyle que je n'ai pas
cherché à en orner les traits ; mais fi je
réuffis à en rendre le tableau parlant ,
vous conviendrez que tous les exemples
de magnificence & de bon goût , font
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
effacés par les Fêtes que viennent de
donner M. P'Intendant & Mde l'Intendan
te de cette Province. Les perfonnes de
qualité qui y ont affifté , ont partagé l'étonnement
& l'admiration des Citoyens.
L'amour de tous les Ordres de la Ville
pour un Magiftrat moins connu par fon
autorité que par fes bienfaits , afuppléé à
l'infuffifance de l'induftrie & à la rareté
des Artifans. Les préparatifs ont même
été précipités par l'arrivée de Meſdames
les Comteffe de Sene&terre & Marquife
de Villeroi que M. le Maréchal de Senecterre
notre Gouverneur avoit invitées
aux Réjouiffances publiques dont elles
ont fait le premier ornement.
La Paix fut publiée les 1 & 2 de
ce mois par tous les Corps , avec les
acclamations d'un Peuple paffionné
pour fon Roi & pour celui qui en repréfente
fi dignement la Bonté & la
Majefté. Le Te Deum fut chanté le 3 avec
toute la Pompe qui pouvoit rendre cette
Cérémonie plus augufte : M. le Gouverneur
, Mefdames de Sene&terre & de
Villeroi, M. l'Intendant & Mde l'Intendante,
l'Etat Militaire , les Compagnies & la
plupart des Citoyens y affifterent. Il y
eut le même jour fur la Place Royale un
AOUST. 1763: 177
feu de joie , une illumination en Amphithéâtre
, deux fontaines de vin qui
coulerent toute la nuit , féparées par une
eftrade garnie de Muficiens , & un concours
fi prodigieux de Peuple , que la
vafte étendue de la Place pouvoit à
peine le contenir. Les Dames placées
fur les balcons des Maifons qui l'entourent
ne quitterent ce Spectacle fingulier
que pour jouir des illuminations qui
éclairoient les rues. On admira furtout
celles du Gouvernement , de l'Intendance
& de l'Hôtel-de-Ville.
Le lendemain , M. le Maréchal , Mefdames
de Senecterre & de Villeroi ,
fuivies de plus de cent foixante Dames
parées , & de cinq cens Cavaliers , tant
Militaires que Citoyens & Etrangers , fe
rendirent à l'Intendance à cinq heures
du foir. M. & Madame Rouillé les reçurent
dans un fallon orné de glaces &
très - éclairé.
Ce fallon de Compagnie communique
par trois grandes croifées de plein pied
dans un Jardin de quatre - vingt pieds
de longueur & de cinquante pieds de
largeur , plus bas environ de quatre
pieds que le fallon & renfermé par les
Bâtimens de l'Hôtel , qu'on avoit deſti-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE:
né à la conftruction d'une falle de Spectacle.
Ce terrein étoit couvert par de
fortes toiles à voiles , fufpendues par
une mâture auffi folide que hardie , &
difpofées de manière que l'air rafraîchît
la falle , fans que la pluye pût y pénétrer.
Le plafond du milieu à la hauteur
de vingt-quatre pieds étoit formé par
des pavillons de couleurs bleues & jaucelui
des loges étoit mêlangé de
blanc & de rouge.
On voyoit dans l'enfoncement une
toile décorée des chiffres de M. le Ma
réchal , de Madame de Seneterre & de
Madame de Villeroi , enlacés & déffinés
en Fleurs ; l'Orcheftre & le Parterre
bordés de dix grandes Loges paffantes
occupoient le terrein entre la toile
& la fortie du fallon : un treillage de
verdure naturelle en forme de tapis
à la hauteur d'appui , fervoit de parement
aux loges au pied & en dehors
de ce treillage étoit pratiqué un
Amphitéâtre à deux rangs de fiéges ,
qui partageoit la diftance du Parterre
au niveau des Loges. Dix colonnes
torfes , ornées de guirlandes de fleurs
naturelles fortoient du treillage &
marquoient la coupure des loges ceinAOUST.
1763. 179
, trées en haut en forme d'Archivolte
& du milieu des clefs defcendoient les
luftres fufpendus par des guirlandes en
draperie. Chaque colonne étoit éclairée
par un bras à trois bougies ; trois
grands luftres à diftance égale tomboient
du plafond du milieu. Les bras & les
luftres étoient travaillés en fleurs afforties.
Auffi - tôt que les Dames furent placées
on leva la toile & le Temple
de l'Amour fe préfenta avec tout le
brillant de la plus élégante décoration .
On commença par une Comédie en
Vers & un Acte Intitulée Amour fans
Amour : un Citoyen diftingue par fon
efprit & par fes talens , joua le premier
Rôle ; mais l'Acteur trahit l'Auteur
& fa modeftie ne put échaper
aux applaudiffements réunis. Cette Piéce
fut fuivie de l'Opéra des Graces en
un Аđe , dont les paroles & la Mufique
charmantes firent ailément reconnoftre
la même main qui avoit deffiné
leur Temple : deux ballets brillants où
la galanterie & l'éclat des habits répondolent
à l'élégance de réxécution foutenne
par plus de trente Muficiens
d'orchestre tous amateurs , ouvrirent&
fermierent ce fecond Spectacle.
Y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Les Dames fuivirent Meſdames: de
Seneterre & de Villeroi & montérent
dans les Piéces préparées pour le foupé :
tout le plein-pied de l'Hôtel étoit couvert
de tables garnies avec une profufion
qui fembloit devoir en exclure
la délicateffe , mais qui ne la rendit
que plus furprenante. M. le Maréchal
qui fait fi bien tempérer l'éclat de
fon rang par la gayeté & la galanterie,
refufa de fe placer à la première table ;
il en fit le tour & parut à toutes les
autres pour y répandre les traits de fa
bonté& de fa politeffe: les Cavaliers fervoient
les Dames & trouvoient pour
eux , fur des Buffets dreffés dans les
angles de chaque Salle , des mets fervis
avec autant d'ordre & d'abondance
que les tables mêmes.
On avoit continué la gallerie dans
tout le contour du Jardin & pratiqué dans
les côtés & le derrière du Théâtre , dix
Loges de la dimenfion & du goût de
celles qui bordoient l'Orcheſtre & le
Parterre ; de façon qu'en faifant difparoître
les décorations du Théâtre &
en élevant le Parterre le même terrein
ne devoit plus préfenter qu'une Salle
de Bal entourée de Berceaux de verdure
de fept pieds de profondeur & deAOUST.
1763.
181
treize pieds de largeur , ornés dans leurs
fonds , de glaces d'une coupe égale &
de la plus exacte correfpondance , &
foutenus & partagés par vingt Colonnes
torfes ornées de guirlandes de fleurs.
Il ne fallut pas une heure au Machinifte
pour l'éxécution de ce changement.
Les Dames rentrérent après foupé
dans cette Salle enchantée , par le même
fallon de Compagnie où elles avoient
été reçues, & qui en devenoit le veftibule.
Leur furprife paffa l'efpérance du
Machinifte ; la perſpective avoit été fi
adroitement ménagée , par les rapports
des glaces qui couvroient les fonds de
la gallerie avec celles du fallon , que l'oeil
ne trouvoit plus de bornes & fe perdoit
dans la répétition des objets : on avoit
ménagé dans l'enfoncement un Amphitéâtre
rempli de Muficiens en domino .
Les Dames qui ne vouloient pas danfer
bordoient la gallerie , les autres fe
rangerent autour de la banquette audeffous
des premières. Cette ordonnance
qui fembloit l'effet du hafard , cinq cens
Cavaliers répandus dans la falle , douze
cercles de contredanfes formés à la fois
préfentoient le plus riche tableau.
Mefdames de Seneterre & de Ville182
MERCURE DE FRANCE .
roi ouvrirent le Bal par deux menuéts
avec M. l'Intendant. On danfa jufqu'à
cinq heures du matin ; & il ne fallut pas
moins que l'inquiétude fur la fanté de
M. l'Intendant & Madame l'Intendante
pour arracher les Conviés de ce féjour
délicieux .
On crut que M. & Madame Rouillé
avoient épuifé pendant douze heures
que dura la Fête , la politeffe , l'aménité
& l'attention qui les rendent fi chers à
la Ville ; il manquoit à leur gloire un
trait d'affabilité & de bonté qui prolongeât
les plaifirs & les fit partager au
Peuple. Les Portes de l'Intendance s'ouvrirent
à neuf heures du matin , & on
laiffa entrer tout le monde fans diftinction
dans cette Salle merveilleufe. On
y trouva des violons , & Mefdames
Rouillé, de Sene &terre & de Villeroi nè
dédaignerent pas d'y paffer une partie
de l'après- midi & d'y danfer. L'affluence
du Peuple fut fi grande , qu'il paffa dans
La Salle , ce jour- là , plus de dix mille
perfonnes,
Le lendemain , la Troupe des Comédiens
joua gratis au Théâtre public , &
la Salle de l'Intendance n'en fut pas
moins livrée à la cutiofité du Public.
Je fuis trop bon Citoyen , Monfieur ,
AOUST. 1763: 183
pour ne pas defirer ardemment que cette
Defcription foit inférée dans le prochain
Mercure , fi vous croyez qu'elle réponde
à l'idée qu'on doit fe faire d'une Fête
auffi magnifique. Je fuis charmé que
cette occafion me procure l'avantage de
vous affurer des fentimens avec lefquels
j'ai l'honneur d'être , & c .
C. DENIS .
J'ESPÉRE , Monfieur , que notre
éloignement de la Capitale ne vous préviendra
pas contre la vérité du récit que
j'ai l'honneur de vous adreffer. Vous
reconnoîtrez à mon ftyle que je n'ai pas
cherché à en orner les traits ; mais fi je
réuffis à en rendre le tableau parlant ,
vous conviendrez que tous les exemples
de magnificence & de bon goût , font
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
effacés par les Fêtes que viennent de
donner M. P'Intendant & Mde l'Intendan
te de cette Province. Les perfonnes de
qualité qui y ont affifté , ont partagé l'étonnement
& l'admiration des Citoyens.
L'amour de tous les Ordres de la Ville
pour un Magiftrat moins connu par fon
autorité que par fes bienfaits , afuppléé à
l'infuffifance de l'induftrie & à la rareté
des Artifans. Les préparatifs ont même
été précipités par l'arrivée de Meſdames
les Comteffe de Sene&terre & Marquife
de Villeroi que M. le Maréchal de Senecterre
notre Gouverneur avoit invitées
aux Réjouiffances publiques dont elles
ont fait le premier ornement.
La Paix fut publiée les 1 & 2 de
ce mois par tous les Corps , avec les
acclamations d'un Peuple paffionné
pour fon Roi & pour celui qui en repréfente
fi dignement la Bonté & la
Majefté. Le Te Deum fut chanté le 3 avec
toute la Pompe qui pouvoit rendre cette
Cérémonie plus augufte : M. le Gouverneur
, Mefdames de Sene&terre & de
Villeroi, M. l'Intendant & Mde l'Intendante,
l'Etat Militaire , les Compagnies & la
plupart des Citoyens y affifterent. Il y
eut le même jour fur la Place Royale un
AOUST. 1763: 177
feu de joie , une illumination en Amphithéâtre
, deux fontaines de vin qui
coulerent toute la nuit , féparées par une
eftrade garnie de Muficiens , & un concours
fi prodigieux de Peuple , que la
vafte étendue de la Place pouvoit à
peine le contenir. Les Dames placées
fur les balcons des Maifons qui l'entourent
ne quitterent ce Spectacle fingulier
que pour jouir des illuminations qui
éclairoient les rues. On admira furtout
celles du Gouvernement , de l'Intendance
& de l'Hôtel-de-Ville.
Le lendemain , M. le Maréchal , Mefdames
de Senecterre & de Villeroi ,
fuivies de plus de cent foixante Dames
parées , & de cinq cens Cavaliers , tant
Militaires que Citoyens & Etrangers , fe
rendirent à l'Intendance à cinq heures
du foir. M. & Madame Rouillé les reçurent
dans un fallon orné de glaces &
très - éclairé.
Ce fallon de Compagnie communique
par trois grandes croifées de plein pied
dans un Jardin de quatre - vingt pieds
de longueur & de cinquante pieds de
largeur , plus bas environ de quatre
pieds que le fallon & renfermé par les
Bâtimens de l'Hôtel , qu'on avoit deſti-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE:
né à la conftruction d'une falle de Spectacle.
Ce terrein étoit couvert par de
fortes toiles à voiles , fufpendues par
une mâture auffi folide que hardie , &
difpofées de manière que l'air rafraîchît
la falle , fans que la pluye pût y pénétrer.
Le plafond du milieu à la hauteur
de vingt-quatre pieds étoit formé par
des pavillons de couleurs bleues & jaucelui
des loges étoit mêlangé de
blanc & de rouge.
On voyoit dans l'enfoncement une
toile décorée des chiffres de M. le Ma
réchal , de Madame de Seneterre & de
Madame de Villeroi , enlacés & déffinés
en Fleurs ; l'Orcheftre & le Parterre
bordés de dix grandes Loges paffantes
occupoient le terrein entre la toile
& la fortie du fallon : un treillage de
verdure naturelle en forme de tapis
à la hauteur d'appui , fervoit de parement
aux loges au pied & en dehors
de ce treillage étoit pratiqué un
Amphitéâtre à deux rangs de fiéges ,
qui partageoit la diftance du Parterre
au niveau des Loges. Dix colonnes
torfes , ornées de guirlandes de fleurs
naturelles fortoient du treillage &
marquoient la coupure des loges ceinAOUST.
1763. 179
, trées en haut en forme d'Archivolte
& du milieu des clefs defcendoient les
luftres fufpendus par des guirlandes en
draperie. Chaque colonne étoit éclairée
par un bras à trois bougies ; trois
grands luftres à diftance égale tomboient
du plafond du milieu. Les bras & les
luftres étoient travaillés en fleurs afforties.
Auffi - tôt que les Dames furent placées
on leva la toile & le Temple
de l'Amour fe préfenta avec tout le
brillant de la plus élégante décoration .
On commença par une Comédie en
Vers & un Acte Intitulée Amour fans
Amour : un Citoyen diftingue par fon
efprit & par fes talens , joua le premier
Rôle ; mais l'Acteur trahit l'Auteur
& fa modeftie ne put échaper
aux applaudiffements réunis. Cette Piéce
fut fuivie de l'Opéra des Graces en
un Аđe , dont les paroles & la Mufique
charmantes firent ailément reconnoftre
la même main qui avoit deffiné
leur Temple : deux ballets brillants où
la galanterie & l'éclat des habits répondolent
à l'élégance de réxécution foutenne
par plus de trente Muficiens
d'orchestre tous amateurs , ouvrirent&
fermierent ce fecond Spectacle.
Y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Les Dames fuivirent Meſdames: de
Seneterre & de Villeroi & montérent
dans les Piéces préparées pour le foupé :
tout le plein-pied de l'Hôtel étoit couvert
de tables garnies avec une profufion
qui fembloit devoir en exclure
la délicateffe , mais qui ne la rendit
que plus furprenante. M. le Maréchal
qui fait fi bien tempérer l'éclat de
fon rang par la gayeté & la galanterie,
refufa de fe placer à la première table ;
il en fit le tour & parut à toutes les
autres pour y répandre les traits de fa
bonté& de fa politeffe: les Cavaliers fervoient
les Dames & trouvoient pour
eux , fur des Buffets dreffés dans les
angles de chaque Salle , des mets fervis
avec autant d'ordre & d'abondance
que les tables mêmes.
On avoit continué la gallerie dans
tout le contour du Jardin & pratiqué dans
les côtés & le derrière du Théâtre , dix
Loges de la dimenfion & du goût de
celles qui bordoient l'Orcheſtre & le
Parterre ; de façon qu'en faifant difparoître
les décorations du Théâtre &
en élevant le Parterre le même terrein
ne devoit plus préfenter qu'une Salle
de Bal entourée de Berceaux de verdure
de fept pieds de profondeur & deAOUST.
1763.
181
treize pieds de largeur , ornés dans leurs
fonds , de glaces d'une coupe égale &
de la plus exacte correfpondance , &
foutenus & partagés par vingt Colonnes
torfes ornées de guirlandes de fleurs.
Il ne fallut pas une heure au Machinifte
pour l'éxécution de ce changement.
Les Dames rentrérent après foupé
dans cette Salle enchantée , par le même
fallon de Compagnie où elles avoient
été reçues, & qui en devenoit le veftibule.
Leur furprife paffa l'efpérance du
Machinifte ; la perſpective avoit été fi
adroitement ménagée , par les rapports
des glaces qui couvroient les fonds de
la gallerie avec celles du fallon , que l'oeil
ne trouvoit plus de bornes & fe perdoit
dans la répétition des objets : on avoit
ménagé dans l'enfoncement un Amphitéâtre
rempli de Muficiens en domino .
Les Dames qui ne vouloient pas danfer
bordoient la gallerie , les autres fe
rangerent autour de la banquette audeffous
des premières. Cette ordonnance
qui fembloit l'effet du hafard , cinq cens
Cavaliers répandus dans la falle , douze
cercles de contredanfes formés à la fois
préfentoient le plus riche tableau.
Mefdames de Seneterre & de Ville182
MERCURE DE FRANCE .
roi ouvrirent le Bal par deux menuéts
avec M. l'Intendant. On danfa jufqu'à
cinq heures du matin ; & il ne fallut pas
moins que l'inquiétude fur la fanté de
M. l'Intendant & Madame l'Intendante
pour arracher les Conviés de ce féjour
délicieux .
On crut que M. & Madame Rouillé
avoient épuifé pendant douze heures
que dura la Fête , la politeffe , l'aménité
& l'attention qui les rendent fi chers à
la Ville ; il manquoit à leur gloire un
trait d'affabilité & de bonté qui prolongeât
les plaifirs & les fit partager au
Peuple. Les Portes de l'Intendance s'ouvrirent
à neuf heures du matin , & on
laiffa entrer tout le monde fans diftinction
dans cette Salle merveilleufe. On
y trouva des violons , & Mefdames
Rouillé, de Sene &terre & de Villeroi nè
dédaignerent pas d'y paffer une partie
de l'après- midi & d'y danfer. L'affluence
du Peuple fut fi grande , qu'il paffa dans
La Salle , ce jour- là , plus de dix mille
perfonnes,
Le lendemain , la Troupe des Comédiens
joua gratis au Théâtre public , &
la Salle de l'Intendance n'en fut pas
moins livrée à la cutiofité du Public.
Je fuis trop bon Citoyen , Monfieur ,
AOUST. 1763: 183
pour ne pas defirer ardemment que cette
Defcription foit inférée dans le prochain
Mercure , fi vous croyez qu'elle réponde
à l'idée qu'on doit fe faire d'une Fête
auffi magnifique. Je fuis charmé que
cette occafion me procure l'avantage de
vous affurer des fentimens avec lefquels
j'ai l'honneur d'être , & c .
C. DENIS .
Fermer
16425
p. 183
De COPPENHAGUE, le 18 Juin 1763.
Début :
Le Baron de Gleicken, Chambellan du Roi, est parti le 13 pour [...]
Mots clefs :
Baron, Chambellan, Cour de France, Envoyé extraordinaire, Danemark
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COPPENHAGUE, le 18 Juin 1763.
De COPPENHAGUE , le 18 Juin 1763.
LaBaron de Gleicken , Chambellan du Roi ,
eft parti le 13 pour la Cour de France , où il va
remplacer le Comte de Wedelfrys , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire de Danemarck.
LaBaron de Gleicken , Chambellan du Roi ,
eft parti le 13 pour la Cour de France , où il va
remplacer le Comte de Wedelfrys , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire de Danemarck.
Fermer
16426
p. 183-184
De VIENNE, le 2 Juillet 1763.
Début :
Le 28 du mois dernier, entre quatre & cinq heures du matin, on a ressenti [...]
Mots clefs :
Secousses, Tremblements de terre, Dégâts, Édifices, Montée des eaux, Écroulement, Ravages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 2 Juillet 1763.
De VIENNE , le 2 Juillet 1763× ~
Le 28 da mois dernier , entre quatre & cinq
heures du matin , on a reffenti quelques fecouffes
de tremblement de terre qui n'ont pas été confidérables
, & n'ont caufé aucun dommage ; mais
fuivant des Lettres de Hongrie , on en a effuyé
de très-violentes à Comore , ou prefque tous les
Edifices les plus folides ont été ébrantes , & quelques-
uns même renversés : on affure que la Cathédrale
& la magnifique maifon des Jéfuites
184 MERCURE DE FRANCE.
font du nombre de ces derniers , ainfi que deu
baftions de la fortereffe baignés par le Danube ,
lefquels ont été détruits par la violente commotion
des eaux de ce fleuve. Plus de deux cent perfonnes
affemblées dans une Eglife de cette mênre
Ville ont péri par l'écroulement de la voute du
Choeur. LaVille de Raab a auffi beaucoup fouffert ,
& l'on reçoit des Nouvelles de divers endroits où ce
tremblement de terre a également cauſé de
grands ravages .
Le 28 da mois dernier , entre quatre & cinq
heures du matin , on a reffenti quelques fecouffes
de tremblement de terre qui n'ont pas été confidérables
, & n'ont caufé aucun dommage ; mais
fuivant des Lettres de Hongrie , on en a effuyé
de très-violentes à Comore , ou prefque tous les
Edifices les plus folides ont été ébrantes , & quelques-
uns même renversés : on affure que la Cathédrale
& la magnifique maifon des Jéfuites
184 MERCURE DE FRANCE.
font du nombre de ces derniers , ainfi que deu
baftions de la fortereffe baignés par le Danube ,
lefquels ont été détruits par la violente commotion
des eaux de ce fleuve. Plus de deux cent perfonnes
affemblées dans une Eglife de cette mênre
Ville ont péri par l'écroulement de la voute du
Choeur. LaVille de Raab a auffi beaucoup fouffert ,
& l'on reçoit des Nouvelles de divers endroits où ce
tremblement de terre a également cauſé de
grands ravages .
Fermer
Résumé : De VIENNE, le 2 Juillet 1763.
Le 28 juin 1763, des tremblements de terre ont été ressentis à Vienne et en Hongrie. À Komárom, des bâtiments comme la cathédrale et la maison des Jésuites ont été détruits, causant plus de deux cents morts dans une église. Raab a également subi des dommages importants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16427
p. 184
De PEST en Hongrie, le 29 Juin 1763.
Début :
Hier, on a ressenti ici de très-violentes secousses de tremblement de terre [...]
Mots clefs :
Secousses, Tremblement de terre, Bâtiments, Dégâts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PEST en Hongrie, le 29 Juin 1763.
De PEST en Hongrie , le 29 Juin 1763.
Hier,on a reffenti ici de très -violentes fecouffes de
tremblement de terre ,qui ont endommagé confidérablement
les principaux bâtimens de cetteVille ,
& particulierement l'Hôtel des Invalides. La
Croix du Clocher de cet édifice a été abattue & la
voûte, ainfi que les murs de l'Eglife , fe font entrouverts
en plufieurs en droits. On affure que les
fecouffes ont été encore plus violentes à Buttin
ainfi qu'au Village de Kerepes à trois lieues d'ici
& qu'elles fe font fait fentir dans ces différens endroits
prèfque dans la même minute.
Hier,on a reffenti ici de très -violentes fecouffes de
tremblement de terre ,qui ont endommagé confidérablement
les principaux bâtimens de cetteVille ,
& particulierement l'Hôtel des Invalides. La
Croix du Clocher de cet édifice a été abattue & la
voûte, ainfi que les murs de l'Eglife , fe font entrouverts
en plufieurs en droits. On affure que les
fecouffes ont été encore plus violentes à Buttin
ainfi qu'au Village de Kerepes à trois lieues d'ici
& qu'elles fe font fait fentir dans ces différens endroits
prèfque dans la même minute.
Fermer
Résumé : De PEST en Hongrie, le 29 Juin 1763.
Le 29 juin 1763, un violent tremblement de terre à Pest, en Hongrie, a endommagé des bâtiments majeurs, dont l'Hôtel des Invalides. La croix du clocher a été renversée et la voûte de l'église fissurée. Les secousses ont été intenses à Buttin et Kerepes, ressenties simultanément dans ces lieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16428
p. 184
De VETZLAR, le 24 Juin 1763.
Début :
Les Troupes du Landgrave de Hesse-Darmstad ont abandonné cette [...]
Mots clefs :
Troupes, Landgrave, Ville, Prisonniers, Conseillers, Insultes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VETZLAR, le 24 Juin 1763.
De VETZLAR , le 24 Juin 1763.
Les Troupes du Landgrave de Heffe- Darmſtad
ont abandonné cette Ville , après avoir fait conduire
à Giellen le Bourgue-Maître , & les feize
Confeillers dont elle s'étoit faifie. Le Landgrave
ne veut , dit-on , conſentir à les relâcher qu'à condition
que nos Magiftrats lui enverront une députation
folemnelle pour lui faire réparation de l'infulte
que les habitans de laVille ont faite à les troupes
il y a quelques mois.
Les Troupes du Landgrave de Heffe- Darmſtad
ont abandonné cette Ville , après avoir fait conduire
à Giellen le Bourgue-Maître , & les feize
Confeillers dont elle s'étoit faifie. Le Landgrave
ne veut , dit-on , conſentir à les relâcher qu'à condition
que nos Magiftrats lui enverront une députation
folemnelle pour lui faire réparation de l'infulte
que les habitans de laVille ont faite à les troupes
il y a quelques mois.
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16429
p. 184-185
De MAYENCE, le 5 Juillet 1763.
Début :
Les différens partis qui divisoient le Chapitre se sont réunis en faveur [...]
Mots clefs :
Chapitre, Baron, Électeur, Partis, Élection
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texteReconnaissance textuelle : De MAYENCE, le 5 Juillet 1763.
De MAYENCE , le s Juillet 1763.
Les différens partis qui divifoient le Chapitre ſe
AOUST. 1763. 185
" font réunis en faveur du Baron de Burresheim
Grand- Doyen , qui vient d'être unanimement élu
& proclamé Electeur.
Les différens partis qui divifoient le Chapitre ſe
AOUST. 1763. 185
" font réunis en faveur du Baron de Burresheim
Grand- Doyen , qui vient d'être unanimement élu
& proclamé Electeur.
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16430
p. 185
De LISBONNE, le 22 Juin 1763.
Début :
On mande de Bahia que deux Corsaires Anglois le Lord-Clive [...]
Mots clefs :
Corsaires anglais, Troupes, Colonie, Attaque, Vaisseaux, Rio de Janeiro, Capitaine, Cargaison
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texteReconnaissance textuelle : De LISBONNE, le 22 Juin 1763.
De LISBONNE , le 22 Juin 1763 .
On mande de Bahia que deux Corfaires Anglois
le Lord - Clive & l'Embuscade ayant pris à bord
quelques troupes & s'étant joints à une Frégate
Portugaife, avoient attaqué la Colonie du S. Sacrement.
Après une Canonnade vive & opiniâtre ,
les Anglois avoient forcé les Eſpagnols à fe retirer ,
quand tout-à-coup le feu prit au bâtiment du Lord-
Clive qui fauta en l'air. Alors les Espagnols revinrentfur
leurs pas , & forcerent les autres Vaiffeaux
de retourner à Rio- Janeiro . Les Corfaires Anglois
avoient fait plufieurs prifes confidérables ; mais on
fuppofe que l'argent & les effets les plus précieux
étant à bord du Lord- Clive auront été perdus. Suivant
quelques relations , le Capitaine Macnamara,
qui commandoit ce Corfaire , défefperé de la perte
de fon Vaiffeau, s'eft brûlé la cervelle d'un coup de
Piftolet ; mais fuivant un autre récit plus probable,
il a péri avec trois cens- cinquante hommes de fon
équipage.
On mande de Bahia que deux Corfaires Anglois
le Lord - Clive & l'Embuscade ayant pris à bord
quelques troupes & s'étant joints à une Frégate
Portugaife, avoient attaqué la Colonie du S. Sacrement.
Après une Canonnade vive & opiniâtre ,
les Anglois avoient forcé les Eſpagnols à fe retirer ,
quand tout-à-coup le feu prit au bâtiment du Lord-
Clive qui fauta en l'air. Alors les Espagnols revinrentfur
leurs pas , & forcerent les autres Vaiffeaux
de retourner à Rio- Janeiro . Les Corfaires Anglois
avoient fait plufieurs prifes confidérables ; mais on
fuppofe que l'argent & les effets les plus précieux
étant à bord du Lord- Clive auront été perdus. Suivant
quelques relations , le Capitaine Macnamara,
qui commandoit ce Corfaire , défefperé de la perte
de fon Vaiffeau, s'eft brûlé la cervelle d'un coup de
Piftolet ; mais fuivant un autre récit plus probable,
il a péri avec trois cens- cinquante hommes de fon
équipage.
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Résumé : De LISBONNE, le 22 Juin 1763.
Le 22 juin 1763, deux navires anglais et une frégate portugaise attaquent la colonie espagnole du Sacrement. Après une canonnade, les Anglais se retirent, mais le Lord Clive explose. Les Espagnols repoussent les autres vaisseaux. Le capitaine Macnamara et 350 membres d'équipage périssent. Les prises anglaises sont perdues.
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16431
p. 185
De MALTE, le 30 Mai 1763.
Début :
Le jour de la Pentecôte à une heure & demie après-midi, on a [...]
Mots clefs :
Pentecôte, Secousses, Tremblement de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De MALTE, le 30 Mai 1763.
De MALTE, le 30 Mai 1763 .
Le jour de la Pentecôte à une heure & demie
après- midi , on a reffenti ici une ſecouffe de tremblement
de terre , affez vive , qui a duré près d'une
minute.
Le jour de la Pentecôte à une heure & demie
après- midi , on a reffenti ici une ſecouffe de tremblement
de terre , affez vive , qui a duré près d'une
minute.
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16432
p. 185
De Rome, le 15 Juin 1763.
Début :
Le Cardinal Paolucci mourut dans le nuit du 10 au 11 de ce mois, âgé [...]
Mots clefs :
Cardinal Paolucci, Décès, Nomination, Siège vacant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome, le 15 Juin 1763.
De Rome, le 15 Juin 1763.
Le Cardinal Paolucci mourut dans la nuit du
Io au II de ce mois , âgé de foixante- onze ans.
Cette mort fait vaquer dans le facré Collège un dixiéme
Chapeau , en comptant celui qui eft réſervé
à la nomination du Roi de Portugal,
Le Cardinal Paolucci mourut dans la nuit du
Io au II de ce mois , âgé de foixante- onze ans.
Cette mort fait vaquer dans le facré Collège un dixiéme
Chapeau , en comptant celui qui eft réſervé
à la nomination du Roi de Portugal,
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16433
p. 186
De GENES, le 13 Juin 1763.
Début :
Suivant les nouvelles arrivées en dernier lieu de l'Isle de Corse, les Rebelles ont [...]
Mots clefs :
Corse, Rebelles, Troupes, Général, Officiers, Commandement, Chef, Mise à mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 13 Juin 1763.
De GENES , le 13 Juin 1763 .
2
Suivant les nouvelles arrivées én dernier lieu
de l'ine de Corfe , les Rebelles ont , à ce qu'on
affure , perdu dans l'action d'Aleria quarante
hommes , & les troupes de la République trentedeux
Corfes & trois foldats. Le Général Matra
vient de faire bloquer & attaquer le Fort de
Furiani. Deux Piéves , qui étoient ci - devant du
parti rebelle , ont envoyé à ce Général une députation
par laquelle elles lui offrent leurs fecours
toutes les fois qu'il en aura befoin pour
foutenir les poftes qu'il occupe . Jean- Carlo ' ,
l'un des principatix Officiers de Paoli , mécontent
du peu d'obéillance & de difcipline qu'il
trouvoit dans le Corps de Troupes dont il avoit
le Commandement , & des contradictions coftinuelles
qu'il éprouvoit dans toutes fes opérations
de la part du Chef des Rebelles , s'eſt déterminé
à quitter leur parti . Le Prêtre Confalvi
& un autre de la Province de Balagna , qui
avoient été faits prifonniers à Aleria ont été
mis à mort par l'ordre de Paoli
2
Suivant les nouvelles arrivées én dernier lieu
de l'ine de Corfe , les Rebelles ont , à ce qu'on
affure , perdu dans l'action d'Aleria quarante
hommes , & les troupes de la République trentedeux
Corfes & trois foldats. Le Général Matra
vient de faire bloquer & attaquer le Fort de
Furiani. Deux Piéves , qui étoient ci - devant du
parti rebelle , ont envoyé à ce Général une députation
par laquelle elles lui offrent leurs fecours
toutes les fois qu'il en aura befoin pour
foutenir les poftes qu'il occupe . Jean- Carlo ' ,
l'un des principatix Officiers de Paoli , mécontent
du peu d'obéillance & de difcipline qu'il
trouvoit dans le Corps de Troupes dont il avoit
le Commandement , & des contradictions coftinuelles
qu'il éprouvoit dans toutes fes opérations
de la part du Chef des Rebelles , s'eſt déterminé
à quitter leur parti . Le Prêtre Confalvi
& un autre de la Province de Balagna , qui
avoient été faits prifonniers à Aleria ont été
mis à mort par l'ordre de Paoli
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Résumé : De GENES, le 13 Juin 1763.
Le 13 juin 1763, à Gênes, des rapports indiquent que les rebelles ont subi des pertes de quarante hommes lors de l'action d'Aleria, tandis que les troupes de la République ont perdu trente-deux Corfes et trois soldats. Le Général Matra a récemment bloqué et attaqué le Fort de Furiani. Deux Pièves, précédemment alliées des rebelles, ont envoyé une députation au Général Matra pour offrir leur soutien et maintenir les postes qu'il occupe. Jean-Carlo, un des principaux officiers de Paoli, a quitté le parti rebelle en raison du manque de discipline et des contradictions continues dans ses opérations. De plus, le Prêtre Confalvi et un autre habitant de la Province de Balagna, faits prisonniers à Aleria, ont été exécutés sur ordre de Paoli.
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16434
p. 186-187
Du 27 Juin.
Début :
On a appris de la Bastie qu'outre les deux Capitaines qui avoient été tués [...]
Mots clefs :
Capitaines, Lieutenant, Assassinat, Destruction de la place, Artillerie, Défense, Rebelles, Coup monté, Prise de la ville, Otages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 27 Juin.
·Du 27 Juin
•
On a appris de la Baftie qu'outre les deux
Capitaines qui avoient été tués dans la tranchée
près de Furiani , le Lieutenant - Colonel Kiniek ,
avoit aufli été emporté d'un coup de Canon . Le
Général Matra a prefque détruit cette place qui
continue à être battue par fon Artillerie ; & il
eft certain que les Rebelles ont abandonné le
fiege du Fort Algaiola pour venir défendre le
Village de Furiani.
On dit qu'un nommé Cicco , Corfe Napoli-
Bain & attaché à la République , avoit médité
AOUST. 1763. 187
un coup important contre les Rebelles , & voici
ee qu'on rapporte à ce fujet. Cet homme , qui
étoit à Calvi , entretenoit une correſpondance
avec Pafchal - Paoli ; & de concert avec le Général
Matra , le Commiflaire de la Baſtie & celui
de Calvi , il avoit propofé à ce Chef des Rebelles
de lui livrer cette derniere place . Paoli
avoit accepté l'offre ; & dans la nuit qui avoit
été fixée entr'eux , il s'étoit approché de la place
avec environ ſept cens hommes . On fit de part
& d'autre les fignaux convenus. Cicco engagea le
Commiffaire de Calvi à faire fortir les habitans
de la Ville & à les mettre en embuscade , de
manière que les Rebelles fe trouvaffent entre le
feu de cette troupe & celui de la Garniſon ;
mais le Commiffaire pour s'affurer de la fidélité
de cet homme éxigea qu'il lui remît fon fils en
ôtage. Cicco ayant répondu qu'il l'auroit donné
fi on le lui eût demandé plutôt , le Commiffaire
fit mettre la Garniſon fous les armes & envoya
deux hommes pour reconnoître les Rebelles
, qui s'apperçevant qu'on les avoit trahis , fe
retirérent avec précipitation.
•
On a appris de la Baftie qu'outre les deux
Capitaines qui avoient été tués dans la tranchée
près de Furiani , le Lieutenant - Colonel Kiniek ,
avoit aufli été emporté d'un coup de Canon . Le
Général Matra a prefque détruit cette place qui
continue à être battue par fon Artillerie ; & il
eft certain que les Rebelles ont abandonné le
fiege du Fort Algaiola pour venir défendre le
Village de Furiani.
On dit qu'un nommé Cicco , Corfe Napoli-
Bain & attaché à la République , avoit médité
AOUST. 1763. 187
un coup important contre les Rebelles , & voici
ee qu'on rapporte à ce fujet. Cet homme , qui
étoit à Calvi , entretenoit une correſpondance
avec Pafchal - Paoli ; & de concert avec le Général
Matra , le Commiflaire de la Baſtie & celui
de Calvi , il avoit propofé à ce Chef des Rebelles
de lui livrer cette derniere place . Paoli
avoit accepté l'offre ; & dans la nuit qui avoit
été fixée entr'eux , il s'étoit approché de la place
avec environ ſept cens hommes . On fit de part
& d'autre les fignaux convenus. Cicco engagea le
Commiffaire de Calvi à faire fortir les habitans
de la Ville & à les mettre en embuscade , de
manière que les Rebelles fe trouvaffent entre le
feu de cette troupe & celui de la Garniſon ;
mais le Commiffaire pour s'affurer de la fidélité
de cet homme éxigea qu'il lui remît fon fils en
ôtage. Cicco ayant répondu qu'il l'auroit donné
fi on le lui eût demandé plutôt , le Commiffaire
fit mettre la Garniſon fous les armes & envoya
deux hommes pour reconnoître les Rebelles
, qui s'apperçevant qu'on les avoit trahis , fe
retirérent avec précipitation.
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Résumé : Du 27 Juin.
Le 27 juin, des rapports de la Baftie signalent la mort du Lieutenant-Colonel Kiniek, tué par un coup de canon près de Furiani, en plus des deux capitaines déjà tués. Le Général Matra a presque détruit une position ennemie, toujours sous bombardement. Les rebelles ont quitté le siège du Fort Algaiola pour défendre Furiani. Un individu nommé Cicco, loyal à la République, avait prévu une opération contre les rebelles. Basé à Calvi, Cicco correspondait avec Pascal Paoli et avait proposé de livrer Calvi à Paoli, avec l'accord du Général Matra et des commissaires de la Bastie et de Calvi. Paoli s'est approché de la ville avec environ sept cents hommes. Cependant, le commissaire de Calvi, méfiant, a exigé que Cicco lui remette son fils en otage. Malgré l'accord de Cicco, le commissaire a armé la garnison et envoyé des hommes reconnaître les rebelles, qui se sont retirés en se sentant trahis.
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16435
p. 187
Du 4 Juillet.
Début :
On a appris de Livourne que les Rebelles avoient élevé une batterie [...]
Mots clefs :
Rebelles, Batterie, Colline
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 4 Juillet.
Du 4 Juillet. f 1
On a appris de Livourne que les Rebelles
avoient élevé une batterie fur une Colline qui
domine le village de Furiani.
On a appris de Livourne que les Rebelles
avoient élevé une batterie fur une Colline qui
domine le village de Furiani.
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16436
p. 187-188
De LONDRES, le 8 Juillet 1763.
Début :
On écrit de Minorque que le 31 Mai dernier, le Colonel Lambart est arrivé [...]
Mots clefs :
Minorque, Colonel, Gibraltar, Régiments, Fort Saint-Philippe, Prise de possession, Fortifications, Garnison, Vaisseaux de guerre, Officier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 8 Juillet 1763.
De LONDRES, le 8 Juillet 1763-
On écrit de Minorque que le 31 Mai dernier ,
le Colonel Lambart eft arrivé de Gibraltar en
cette Ifle , avec trois Régimens Anglois , qui ont
débarqué fous fes ordres , & ont pris poffeffion
du Fort- Saint- Philippe & du reste de l'ifle , don't
les Fortifications fe font trouvées en bon état,
188 MERCURE DE FRANCE.
La Garniſon françoife s'eft embarquée le 4 do
mois dernier fur trois Vaiffeaux de Guerre qui
ont dû mettre inceffamment à la voile . Ce jourlà
il ne reftoit à Minorque d'autres François
qu'un Officier d'Artillerie , chargé de remettre
les Magafins & les Provifions , & quelques foldats
malades pour le traitement defquels on a
laiffé les perſonnes & les médicamens néceſſaires .
On écrit de Minorque que le 31 Mai dernier ,
le Colonel Lambart eft arrivé de Gibraltar en
cette Ifle , avec trois Régimens Anglois , qui ont
débarqué fous fes ordres , & ont pris poffeffion
du Fort- Saint- Philippe & du reste de l'ifle , don't
les Fortifications fe font trouvées en bon état,
188 MERCURE DE FRANCE.
La Garniſon françoife s'eft embarquée le 4 do
mois dernier fur trois Vaiffeaux de Guerre qui
ont dû mettre inceffamment à la voile . Ce jourlà
il ne reftoit à Minorque d'autres François
qu'un Officier d'Artillerie , chargé de remettre
les Magafins & les Provifions , & quelques foldats
malades pour le traitement defquels on a
laiffé les perſonnes & les médicamens néceſſaires .
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Résumé : De LONDRES, le 8 Juillet 1763.
Le 8 juillet 1763, des nouvelles de Minorque rapportent que le 31 mai, le Colonel Lambart est arrivé de Gibraltar avec trois régiments anglais. Ces troupes ont pris possession du Fort Saint-Philippe et de l'île, dont les fortifications étaient en bon état. La garnison française a quitté l'île le 4 mai. Quelques Français sont restés, dont un officier d'artillerie et des soldats malades.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16437
p. 188
EXTRAIT d'une Lettre écrite du Fort-William dans le Bengale, le 17 Février 1763.
Début :
Il y a eu aux environs de Calcutta un tremblement de terre qui a duré [...]
Mots clefs :
Tremblement de terre, Dégâts, Calcutta, Écroulement, Édifices, Montée des eaux
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite du Fort-William dans le Bengale, le 17 Février 1763.
EXTRAIT d'une Lettre écrite du Fort- William
dans le Bengale , le 17 Février 1763.
» Il y a eu aux environs de Calcutta un trem-
» blement de terre qui a duré quatre minutes ,
» & n'a heureuſement occafionné que très-peu
» de dommage ; mais on a reffenti à Chitta-
»yona , Place dépendante de celle-ci , douze
» fecouffes qui ont fait écrouler tous les édifices
de cette Ville bâtis en brique. La terre s'eft
ouverte près de la Factorie ; il en eft forti
so un torrent d'eau mêlé de vafe & il refte
» actuellement en cet endroit un abîme de trois
à quatre pieds de largeur . A Burdavan , autre
» Place du diftrict de Calcutta , il s'eſt élevé au
>> milieu d'une Riviére confidérable un Banc de
» Sable qui a fait prendre un autre cours aux
Eaux de cette Riviere dont l'ancien lit eſt
» actuellement auffi fec qu'aucun autre endroit
» du pays.
dans le Bengale , le 17 Février 1763.
» Il y a eu aux environs de Calcutta un trem-
» blement de terre qui a duré quatre minutes ,
» & n'a heureuſement occafionné que très-peu
» de dommage ; mais on a reffenti à Chitta-
»yona , Place dépendante de celle-ci , douze
» fecouffes qui ont fait écrouler tous les édifices
de cette Ville bâtis en brique. La terre s'eft
ouverte près de la Factorie ; il en eft forti
so un torrent d'eau mêlé de vafe & il refte
» actuellement en cet endroit un abîme de trois
à quatre pieds de largeur . A Burdavan , autre
» Place du diftrict de Calcutta , il s'eſt élevé au
>> milieu d'une Riviére confidérable un Banc de
» Sable qui a fait prendre un autre cours aux
Eaux de cette Riviere dont l'ancien lit eſt
» actuellement auffi fec qu'aucun autre endroit
» du pays.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite du Fort-William dans le Bengale, le 17 Février 1763.
Le 17 février 1763, un tremblement de terre a duré quatre minutes près de Calcutta, causant peu de dommages. À Chittagong, douze secousses ont détruit les bâtiments en brique et ouvert la terre près de la factorie. À Burdavan, un banc de sable a modifié le cours d'une rivière, asséchant son ancien lit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16438
p. 188-190
D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Début :
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier a apporté hier des nouvelles [...]
Mots clefs :
Navire, Colonie, Troupes, Secours, Rivière, Attaque, Indigènes, Rebelles, Maltraitance, Liberté, Négociation, Paix, Plantations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier
a apporté hier des nouvelles de la Colonie des
Berbices plus sûres & plus circonftanciées que celles
qu'on a reçues jufqu'à préfent. Elles contienment
les détails fuivans :
Les cinq cens hommes de troupes détachées de
A O UST. 1763. 189
Surinam pour aller au fecours des Berbices y arriverent
le 28 Avril , & trouverent à bord d'un
Brigantin à l'embouchure de la rivière le Gouverneur
de cette Colonie qui , comme on l'a déjà
dit , avoit été forcé d'abandonner le Fort après y
avoir mis le feu , & de fuir avec environ vingttrois
Colons , tant hommes que femmes , échap
pés feuls à la fureur des Negres qui avoient impitoyablement
maffacré les autres au nombre
de foixante- dix à quatre- vingt.
Immédiatement après l'arrivée de ce renfort ,
on prit la réſolution de rentrer dans les Plantations
les plus voifines de l'embouchure de la riviè
re , & le Brigantin , accompagné de deux autres
Bâtimens , s'avança jufqu'à celle que l'on nomme
le Dageraad ; les troupes y defcendirent en préfence
des Negres qui leur crierent de fe préparer
à les bien recevoir le lendemain matin , parce
qu'ils ne manqueroient point de les aller trouver.
Ils y vinrent en effet ; l'attaque fut très - vive , &
dura depuis fept heures jufqu'à une heure aprèsmidi
: alors les Negres abandonnerent le combat
& laifferent fur la place quelques-uns de leurs
gens tués ou bleffés : du côté des Hollandois , il
n'y eut de tué que le Directeur de Dageraad.
་
Le jour fuivant , un jeune Gentilhomme des
Berbices , que les Négres avoient cruellement
maltraité à coups de fouet , fut envoyé au Gouvernement
par le Chef des Rebelles avec une
lettre par laquelle celui-ci témoignoit qu'il étoit
très-mortifié que fes gens en fullent venus aux
voies de fait avec les Blancs ; qu'ils avoient agi
fans fon ordre & contre les intentions qu'au
refte ils feroient charmés de vivre dorénavant
en paix & amitié avec le Gouverneur ; qu'ils
ne demandoient autre choſe que leur liberté &
190 MERCURE DE FRANCE .
la moitié de la Colonie pour s'y établir & y vivre
tranquillement avec leurs femmes & leurs enfans
; pour gage de la fincérité de les intentions ,
ce Chef des Rebelles envoyoit en préſent au Gouverneur
de belles boucles d'or que fes gens avoient
prifes dans le pillage de quelques Plantations .
Les mêmes nouvelles portent que le détachement
de Surinam eft réſolu de fe maintenir dans
les poftes qu'il a occupés à fon arrivée ; mais qu'il
n'entreprendra rien contre les Rebelles avant qu'il
n'ait reçu les fecours qu'il attend d'Europe. Jufqu'à
ce moment on effayera la négociation pour
faire rentrer les Négres dans leur devoir , & l'on
fe flatte que l'offre d'une amniſtie détachera de leur
parti un grand nombre d'Elclaves que l'exemple
& legrand nombre ont entraînés dans la Rebellion.
On ne craint plus aujourd'hui pour les Plantations
de Timerary , parce que les Anglois y ont
envoyé des fecours fuffifans. Comme les trois
quarts des Plantations de la Barbade leur appartiennent
, il n'eft pas étonnant que le Gouverneur
de cet établiffement l'ait défendu avec tant de zèle
& d'activité.
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier
a apporté hier des nouvelles de la Colonie des
Berbices plus sûres & plus circonftanciées que celles
qu'on a reçues jufqu'à préfent. Elles contienment
les détails fuivans :
Les cinq cens hommes de troupes détachées de
A O UST. 1763. 189
Surinam pour aller au fecours des Berbices y arriverent
le 28 Avril , & trouverent à bord d'un
Brigantin à l'embouchure de la rivière le Gouverneur
de cette Colonie qui , comme on l'a déjà
dit , avoit été forcé d'abandonner le Fort après y
avoir mis le feu , & de fuir avec environ vingttrois
Colons , tant hommes que femmes , échap
pés feuls à la fureur des Negres qui avoient impitoyablement
maffacré les autres au nombre
de foixante- dix à quatre- vingt.
Immédiatement après l'arrivée de ce renfort ,
on prit la réſolution de rentrer dans les Plantations
les plus voifines de l'embouchure de la riviè
re , & le Brigantin , accompagné de deux autres
Bâtimens , s'avança jufqu'à celle que l'on nomme
le Dageraad ; les troupes y defcendirent en préfence
des Negres qui leur crierent de fe préparer
à les bien recevoir le lendemain matin , parce
qu'ils ne manqueroient point de les aller trouver.
Ils y vinrent en effet ; l'attaque fut très - vive , &
dura depuis fept heures jufqu'à une heure aprèsmidi
: alors les Negres abandonnerent le combat
& laifferent fur la place quelques-uns de leurs
gens tués ou bleffés : du côté des Hollandois , il
n'y eut de tué que le Directeur de Dageraad.
་
Le jour fuivant , un jeune Gentilhomme des
Berbices , que les Négres avoient cruellement
maltraité à coups de fouet , fut envoyé au Gouvernement
par le Chef des Rebelles avec une
lettre par laquelle celui-ci témoignoit qu'il étoit
très-mortifié que fes gens en fullent venus aux
voies de fait avec les Blancs ; qu'ils avoient agi
fans fon ordre & contre les intentions qu'au
refte ils feroient charmés de vivre dorénavant
en paix & amitié avec le Gouverneur ; qu'ils
ne demandoient autre choſe que leur liberté &
190 MERCURE DE FRANCE .
la moitié de la Colonie pour s'y établir & y vivre
tranquillement avec leurs femmes & leurs enfans
; pour gage de la fincérité de les intentions ,
ce Chef des Rebelles envoyoit en préſent au Gouverneur
de belles boucles d'or que fes gens avoient
prifes dans le pillage de quelques Plantations .
Les mêmes nouvelles portent que le détachement
de Surinam eft réſolu de fe maintenir dans
les poftes qu'il a occupés à fon arrivée ; mais qu'il
n'entreprendra rien contre les Rebelles avant qu'il
n'ait reçu les fecours qu'il attend d'Europe. Jufqu'à
ce moment on effayera la négociation pour
faire rentrer les Négres dans leur devoir , & l'on
fe flatte que l'offre d'une amniſtie détachera de leur
parti un grand nombre d'Elclaves que l'exemple
& legrand nombre ont entraînés dans la Rebellion.
On ne craint plus aujourd'hui pour les Plantations
de Timerary , parce que les Anglois y ont
envoyé des fecours fuffifans. Comme les trois
quarts des Plantations de la Barbade leur appartiennent
, il n'eft pas étonnant que le Gouverneur
de cet établiffement l'ait défendu avec tant de zèle
& d'activité.
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Résumé : D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Le 8 juillet 1763, des nouvelles de la colonie des Berbices ont été rapportées par un navire parti de Surinam le 9 mai précédent. Cinq cents hommes de troupes, envoyés de Surinam, sont arrivés le 28 avril et ont trouvé le gouverneur à bord d'un brigantin à l'embouchure de la rivière. Le gouverneur avait dû abandonner le fort après y avoir mis le feu et fuir avec environ vingt-trois colons, seuls survivants du massacre perpétré par les esclaves révoltés, qui ont tué entre soixante-dix et quatre-vingts personnes. À l'arrivée des renforts, il a été décidé de reprendre les plantations voisines de l'embouchure de la rivière. Les troupes ont été attaquées par les esclaves révoltés le lendemain matin. Le combat a duré de sept heures à une heure de l'après-midi, laissant plusieurs morts et blessés parmi les esclaves, et un directeur de plantation tué du côté des Hollandais. Le jour suivant, un jeune gentilhomme des Berbices, maltraité par les esclaves, a été envoyé au gouverneur avec une lettre du chef des rebelles. Ce dernier exprimait son regret pour les violences commises et souhaitait vivre en paix avec les Blancs. Il demandait la liberté et la moitié de la colonie pour s'y établir avec leurs familles. En gage de bonne foi, le chef des rebelles a envoyé des boucles d'or prises lors du pillage des plantations. Les troupes de Surinam ont décidé de maintenir leurs positions jusqu'à l'arrivée de renforts d'Europe. En attendant, des négociations sont en cours pour faire rentrer les esclaves dans leur devoir, avec l'espoir que l'offre d'une amnistie dissuadera certains de rester dans la rébellion. Les plantations de Timerary ne sont plus menacées grâce aux renforts envoyés par les Anglais, qui possèdent trois quarts des plantations de la Barbade.
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16439
p. 190-193
De VERSAILLES, le 2 Juillet 1763.
Début :
Le Roi ayant nommé Chevalier des Ordres Royaux, Militaires & Hospitaliers [...]
Mots clefs :
Roi, Chevalier, Ordres, Nominations, Comte, Colonel, Duc, Obédience, Comtesse, Famille royale, Revue de la garde, Contrat de mariage, Envoyés, Nouvelles parutions, Inventions, Académie royale des sciences, Compiègne
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 2 Juillet 1763.
De VERSAILLES , le 2 Juillet 1763.
LBE Roi ayant nommé Chevalier des Ordres
Royaux, Militaires & Hofpitaliers de Notre- Dame
de Mont-Carmel & de S , Lazare de Jerufalem , le '
Chevalier Maflo de la Ferriere, Maréchal de Camp,
AOUST. 1763 . Igr
& Sous- Gouverneur Monfeigneur le Duc de Berry
& de Monfeigneur le Comte Provence ; le nouveau
Chevalier , ainsi que le Comte de Montault, Colonel
d'Infanterie & Gentilhomme de la Manche de
Monfeigneur le Duc de Berry, le fieur de Ruis-
Embito , Intendant de la Marine , à Rochefort , &
le fieur Durand, ci- devant Miniftre de Sa Majesté
près du Roi & de la République de Pologne , qui
avoient été nommés Chevaliers defdits Ordres par
Sa Majeſté au mois de Janvier dernier , ont été re
çus le premier de ce mois , dans l'appartement &
en préfence de Monfeigneur le Duc de Berry ,
Grand-Maître defdits Ördres. Après avoir fait
leurs profeffions & l'émiffion de leurs voeux entre
les mains du Comte de S. Florentin , Gérent &
Adminiftrateur Général de ces Ordres pendant la
minorité de Monfeigneur le Duc de Berry : ils ont
été admis à baifer la main du Prince Grand Maitre,
en figne d'obédience. Les Chevaliers , Commandeurs
, Grands Officiers & nombre d'autres
Chevaliers & Commandeurs Laïcs & Eccléfiaftiques
defdits Ordres , ont affifté à cette cérémonie.
Le 23 du mois dernier , la Comteffe de Noailles
, Grande d'Efpagne de la premiere Claire &
Grand' Croix de Malte , fut préfentée par la Duceffe
de Villars à Leurs Majeftés & à la Eamille
Royale , en qualité de Dame d'Honneur de la
Reine , en furvivance de la Ducheffe de Luynes ; le
lendemain , elle prêta ferment en cette qualité entre
les mains de la Reine.
La Comteffe de Gontaut , fut auffi préſentée le
29 à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , par la
Maréchale de Biron .
Le 30 , le Roi accompagné de la Reine , de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
, de Madame Adélaide, de Meldames Vica
192 MERCURE DE FRANCE,
toire , Sophie & Louife , de Monfeigneur le Duc
de Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence,
de Monſeigneur le Comte d'Artois & de Madame,
fe rendit à la Plaine de Marly , où Sa Majefté paffa
en revue les quatre Compagnies des Gardes-du-
Corps celles des Gendarmes , des Chevaux légers,
des Moufquetaires & celle des Grenadiers
à Cheval de fa Garde. Le Roi fuivi de Monfeigneur
le Dauphin , du Duc de Chartres , du
Prince de Condé, du Prince de Lamballe, pafla dans
les rangs de ces Troupes , qui défilerent enfuite
devant Leurs Majeftés & la Famille Royale. La
Comteffe de la Marche , & un grand nombre de
Seigneurs affifterent à cette revue.
>
Le 3 de ce mois , Leurs Majeftés , ainfi que la
Famille Royale, ont figné le contrat de Mariage
du Marquis de Graffe & de Demoiſelle de Carcado.
Le même jour , le Duc de Richemont a été préfenté
au Roi.
Le même jour , la Comteſſe de Meflé a été préfentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale, par
la Marquife de Saint- Chamand ; la Comteffe de-
Guines par la Princeſſe de Guiſtel . La Ducheffe de
la Trémoille par la Princeffe de Talmond;
Dom Delrue, nouvellement élu Général de la
Congrégation de S. Maur , pour la troifiéme fois ,
dans le Chapitre Général tenu à Marmoutiers , a
été préfenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale.
Le 29 neuf du mois dernier , l'Abbé Lambert
Penfionnaire du Roi , eut l'honneur de préſenter
à Sa Majesté une nouvelle tra duction de divers
morceaux choifis des Euvres Morales de Plutarque;
& le lendemain , le fieur le Rouge , Ingénieur
Géographe du Roi, préfenta à Sa Majeltě la
prefpective de la nouvelle Place,
Le
AOUST. 1763. 193
Le 30 , les fieurs
Camus
& Berthoud
, qui
avoient
été envoyés
à Londres
par ordre
du Roi
'pour
l'examen
de l'Horloge
Marine
du fieur
Har
rifon
, eurent
l'honneur
d'être
préſentés
à Sa Majellé
par le Comte
de Saint-
Florentin
.
Le même jour , l'Académie Royale des Sciences
eut l'honneur de préfenter au Roi le volu
me de fon Hiftoire & de les Mémoires pour
l'année 1761 & fes defcriptions des différens
Arts qu'elle a publiées jufqu'à ce jour.
Le Roi , Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine font partis hier pour Compiegne.
Monfeigneur le Duc de Berry & Monfeigneur
le Comte de Provence y étoient arrivés la veille.
La Reine , Madame Adélaïde, Meldames Victoire,
Sophie & Louife , s'y rendront aujourd'hui,
LBE Roi ayant nommé Chevalier des Ordres
Royaux, Militaires & Hofpitaliers de Notre- Dame
de Mont-Carmel & de S , Lazare de Jerufalem , le '
Chevalier Maflo de la Ferriere, Maréchal de Camp,
AOUST. 1763 . Igr
& Sous- Gouverneur Monfeigneur le Duc de Berry
& de Monfeigneur le Comte Provence ; le nouveau
Chevalier , ainsi que le Comte de Montault, Colonel
d'Infanterie & Gentilhomme de la Manche de
Monfeigneur le Duc de Berry, le fieur de Ruis-
Embito , Intendant de la Marine , à Rochefort , &
le fieur Durand, ci- devant Miniftre de Sa Majesté
près du Roi & de la République de Pologne , qui
avoient été nommés Chevaliers defdits Ordres par
Sa Majeſté au mois de Janvier dernier , ont été re
çus le premier de ce mois , dans l'appartement &
en préfence de Monfeigneur le Duc de Berry ,
Grand-Maître defdits Ördres. Après avoir fait
leurs profeffions & l'émiffion de leurs voeux entre
les mains du Comte de S. Florentin , Gérent &
Adminiftrateur Général de ces Ordres pendant la
minorité de Monfeigneur le Duc de Berry : ils ont
été admis à baifer la main du Prince Grand Maitre,
en figne d'obédience. Les Chevaliers , Commandeurs
, Grands Officiers & nombre d'autres
Chevaliers & Commandeurs Laïcs & Eccléfiaftiques
defdits Ordres , ont affifté à cette cérémonie.
Le 23 du mois dernier , la Comteffe de Noailles
, Grande d'Efpagne de la premiere Claire &
Grand' Croix de Malte , fut préfentée par la Duceffe
de Villars à Leurs Majeftés & à la Eamille
Royale , en qualité de Dame d'Honneur de la
Reine , en furvivance de la Ducheffe de Luynes ; le
lendemain , elle prêta ferment en cette qualité entre
les mains de la Reine.
La Comteffe de Gontaut , fut auffi préſentée le
29 à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , par la
Maréchale de Biron .
Le 30 , le Roi accompagné de la Reine , de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
, de Madame Adélaide, de Meldames Vica
192 MERCURE DE FRANCE,
toire , Sophie & Louife , de Monfeigneur le Duc
de Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence,
de Monſeigneur le Comte d'Artois & de Madame,
fe rendit à la Plaine de Marly , où Sa Majefté paffa
en revue les quatre Compagnies des Gardes-du-
Corps celles des Gendarmes , des Chevaux légers,
des Moufquetaires & celle des Grenadiers
à Cheval de fa Garde. Le Roi fuivi de Monfeigneur
le Dauphin , du Duc de Chartres , du
Prince de Condé, du Prince de Lamballe, pafla dans
les rangs de ces Troupes , qui défilerent enfuite
devant Leurs Majeftés & la Famille Royale. La
Comteffe de la Marche , & un grand nombre de
Seigneurs affifterent à cette revue.
>
Le 3 de ce mois , Leurs Majeftés , ainfi que la
Famille Royale, ont figné le contrat de Mariage
du Marquis de Graffe & de Demoiſelle de Carcado.
Le même jour , le Duc de Richemont a été préfenté
au Roi.
Le même jour , la Comteſſe de Meflé a été préfentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale, par
la Marquife de Saint- Chamand ; la Comteffe de-
Guines par la Princeſſe de Guiſtel . La Ducheffe de
la Trémoille par la Princeffe de Talmond;
Dom Delrue, nouvellement élu Général de la
Congrégation de S. Maur , pour la troifiéme fois ,
dans le Chapitre Général tenu à Marmoutiers , a
été préfenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale.
Le 29 neuf du mois dernier , l'Abbé Lambert
Penfionnaire du Roi , eut l'honneur de préſenter
à Sa Majesté une nouvelle tra duction de divers
morceaux choifis des Euvres Morales de Plutarque;
& le lendemain , le fieur le Rouge , Ingénieur
Géographe du Roi, préfenta à Sa Majeltě la
prefpective de la nouvelle Place,
Le
AOUST. 1763. 193
Le 30 , les fieurs
Camus
& Berthoud
, qui
avoient
été envoyés
à Londres
par ordre
du Roi
'pour
l'examen
de l'Horloge
Marine
du fieur
Har
rifon
, eurent
l'honneur
d'être
préſentés
à Sa Majellé
par le Comte
de Saint-
Florentin
.
Le même jour , l'Académie Royale des Sciences
eut l'honneur de préfenter au Roi le volu
me de fon Hiftoire & de les Mémoires pour
l'année 1761 & fes defcriptions des différens
Arts qu'elle a publiées jufqu'à ce jour.
Le Roi , Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine font partis hier pour Compiegne.
Monfeigneur le Duc de Berry & Monfeigneur
le Comte de Provence y étoient arrivés la veille.
La Reine , Madame Adélaïde, Meldames Victoire,
Sophie & Louife , s'y rendront aujourd'hui,
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Résumé : De VERSAILLES, le 2 Juillet 1763.
En juillet 1763, le roi de France a procédé à plusieurs nominations prestigieuses au sein des Ordres Royaux, Militaires et Hospitaliers de Notre-Dame de Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Le Chevalier Maillot de la Ferrière a été nommé Maréchal de Camp et Sous-Gouverneur des princes Duc de Berry et Comte de Provence. D'autres nominations incluent le Comte de Montault, Colonel d'Infanterie, le sieur de Ruis-Embito, Intendant de la Marine à Rochefort, et le sieur Durand, ancien ministre auprès du Roi et de la République de Pologne. Le 1er août 1763, ces nouveaux Chevaliers ont été reçus dans l'appartement du Duc de Berry, Grand-Maître des Ordres, après avoir fait leurs professions et émis leurs vœux. Plusieurs Chevaliers, Commandeurs, Grands Officiers et autres dignitaires ont assisté à cette cérémonie. En juin 1763, plusieurs présentations ont eu lieu à la cour. La Comtesse de Noailles a été présentée comme Dame d'Honneur de la Reine, remplaçant la Duchesse de Luynes. La Comtesse de Gontaut a également été présentée. Le 30 juin, le roi, accompagné de la famille royale, a passé en revue les troupes à la Plaine de Marly. Le 3 juillet, le contrat de mariage du Marquis de Graffe et de Mademoiselle de Carcado a été signé. Plusieurs présentations de dignitaires et de personnalités ont également eu lieu ce jour-là, notamment celles de la Comtesse de Melflé, de la Comtesse de Guines, de la Duchesse de la Trémoille, et du Dom Delrue, nouvellement élu Général de la Congrégation de Saint-Maur. Le 29 juin, l'Abbé Lambert a présenté au roi une nouvelle traduction des Œuvres Morales de Plutarque. Le 30 juin, les sieurs Camus et Berthoud, envoyés à Londres pour examiner l'horloge marine de M. Harrison, ont été présentés au roi. L'Académie Royale des Sciences a également présenté au roi le volume de son Histoire et des Mémoires pour l'année 1761. Le roi, le Dauphin et la Dauphine se sont rendus à Compiègne, où le Duc de Berry et le Comte de Provence étaient déjà arrivés. La Reine et les princesses Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise devaient les rejoindre.
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16440
p. 193-194
De COMPIEGNE, le 20 Juillet 1763.
Début :
Le Sieur Tiepolo, Ambassadeur de Venise, eut le 10 de ce mois, [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, République de Venise, Audience, Département des affaires étrangères, Ministres, Famille royale, Contrat de mariage, Comtesse, Marquis, Serment
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texteReconnaissance textuelle : De COMPIEGNE, le 20 Juillet 1763.
De COMPIEGNE , le 20 Juillet 1763 .
"
Le Sieur Tiepolo , Amballadeur de Venife ,
' eut le ro de ce mois une audience particu
liere du Roi , dans laquelle il préfenta le Chevalier
de Morofini & le Sieur de Quirini , cidevant
Ambaffadeur de cette République à la
Cour de Londres , qui prirent congé de Sa
Majefté. Ces Ambaffadeurs furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le Sieur de la Live ,.
Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le Baron de Breteuil , qui revient de Ruffie ,
a eu l'honneur d'être préfenté le 14 , par le
Duc de Praflin , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
département des Affaires étrangères . Sa Majefté
l'a nommé fon Ambaſſadeur en Suede.
Le 17 , Leurs Majeftés & la Famille Royale
fgnerent le Contrat de Mariage du Comte de
Canizy , Exempt des Gardes du Corps , & de
Demoiselle de Vally.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
La Comteffe de Butturin fut préfentée le même
jour à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Ducheffe de Praflin .
Le 19 , le Marquis de la Rochejaquelin , Capitaine
de Dragons reforme , prêta ferment en
tre les mains de Sa Majefté , pour la Lieute
nance de Roi du Poitou .
"
Le Sieur Tiepolo , Amballadeur de Venife ,
' eut le ro de ce mois une audience particu
liere du Roi , dans laquelle il préfenta le Chevalier
de Morofini & le Sieur de Quirini , cidevant
Ambaffadeur de cette République à la
Cour de Londres , qui prirent congé de Sa
Majefté. Ces Ambaffadeurs furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le Sieur de la Live ,.
Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le Baron de Breteuil , qui revient de Ruffie ,
a eu l'honneur d'être préfenté le 14 , par le
Duc de Praflin , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
département des Affaires étrangères . Sa Majefté
l'a nommé fon Ambaſſadeur en Suede.
Le 17 , Leurs Majeftés & la Famille Royale
fgnerent le Contrat de Mariage du Comte de
Canizy , Exempt des Gardes du Corps , & de
Demoiselle de Vally.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
La Comteffe de Butturin fut préfentée le même
jour à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Ducheffe de Praflin .
Le 19 , le Marquis de la Rochejaquelin , Capitaine
de Dragons reforme , prêta ferment en
tre les mains de Sa Majefté , pour la Lieute
nance de Roi du Poitou .
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Résumé : De COMPIEGNE, le 20 Juillet 1763.
Le 20 juillet 1763, à Compiègne, le Sieur Tiepolo, ambassadeur de Venise, a obtenu une audience avec le Roi. Il a présenté le Chevalier de Morofini et le Sieur de Quirini, ancien ambassadeur de Venise à Londres, qui ont pris congé de Sa Majesté. Ils ont été accompagnés par le Sieur de la Live, Introducteur des Ambassadeurs, lors des audiences avec la Reine et la Famille Royale. Le Baron de Breteuil, de retour de Russie, a été présenté le 14 juillet par le Duc de Praslin, Ministre et Secrétaire d'État aux Affaires étrangères. Le Roi l'a nommé ambassadeur en Suède. Le 17 juillet, Leurs Majestés et la Famille Royale ont signé le contrat de mariage entre le Comte de Canizy, Exempt des Gardes du Corps, et Mademoiselle de Vally. La Comtesse de Butturin a été présentée le même jour à Leurs Majestés et à la Famille Royale par la Duchesse de Praslin. Le 19 juillet, le Marquis de la Rochejaquelin, Capitaine de Dragons réformé, a prêté serment entre les mains du Roi pour la Lieutenance de Roi du Poitou.
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16441
p. 194
De COMMERCI, le 13 Juillet 176[3].
Début :
Le Roi de Pologne, Duc de Lorraine & de Bar, & la Princesse [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Duc de Lorraine, Baptême, Maréchal de camp, Nomination, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : De COMMERCI, le 13 Juillet 176[3].
De COMMERCI , le 13 Juillet 1762.
Le Roi de Pologne Duc de Lorraine & de
Bar , & la Princelle Chriftine de Saxe , ont tenu
fur les fonts de Baptême , Demoiselle de Cler .
mont - Tonnerre , fille de François- Jofeph Marquis
de Clermont-Tonnerre fils du Maréchal de
ce nom , Maréchal de Camp & premier Gentilhomme
du Roi de Pologne ; & de Marie - Anne
de Lentilhac . Elle a été nommée Staniflas Chrif
tine. Toute la Cour a affifté à cette Cérémonie
qui s'eft faire avec beaucoup de pompe.
Le Roi de Pologne Duc de Lorraine & de
Bar , & la Princelle Chriftine de Saxe , ont tenu
fur les fonts de Baptême , Demoiselle de Cler .
mont - Tonnerre , fille de François- Jofeph Marquis
de Clermont-Tonnerre fils du Maréchal de
ce nom , Maréchal de Camp & premier Gentilhomme
du Roi de Pologne ; & de Marie - Anne
de Lentilhac . Elle a été nommée Staniflas Chrif
tine. Toute la Cour a affifté à cette Cérémonie
qui s'eft faire avec beaucoup de pompe.
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16442
p. 194-195
De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
Début :
Le 22 de ce mois, la publication de la Paix se fit ici en François [...]
Mots clefs :
Paix, Cérémonies, Réjouissances, Illuminations, distribution, Troupes, Habitants, Magistrats, Marquis, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
De STRASBOURG , le 29 Juin 1763.
Le 22 de ce mois , la publication de la Paix
fe fit ici en François & en Allemand , avec les
Cérémonies accoutumées , dans toutes les Places ,
ainfi que dans les différens quartiers de la Ville :
les réjouiffances furent remifes au Dimanche
fuivant 26. Ce jour - là on chanta dans la Cathédrale
le Te Deum auquel affiftérent le Marquis
de Vibray , Commandant en l'abfence du
Maréchal de Contades , & tous les Ordres du
Clergé & de la Magiftrature. Le foir , on illumina
la facade de l'Hôtel- de-Ville , fur la Place duquel
il y eut deux Fontaines de Vin & une diftribution
de pain & de viandes au Peuple Parmi les illuminations
des différens Hôtels de la Ville , celle de la
Fiéche de la Cathédrale fixa particulierement- les
AO UST. 1763. 195
regards du Public , par l'effet admirable que profoit
le nombre prodigieux de la mpions dont elle
toit ornée . Pour prévenir toute elpèce de trouble
& de tumulte , le Marquis de Vibrai ordonna
que les Troupes fullent fous les a rmes
pendant toute la journée ; il fit doubler , pendant
la nuit , les poftes & les patrouilles , & défendit
expreflément aux troupes de fe miler avec
les autres Habitans. On porta même l'efprit
d'ordre jufqu'à féparer les différens Corps de
métiers au moyen de vingt-deux Tributs ou Salles
très-vaftes , qui leur fervirent de lieux d'allemblée
, & dès la veille , chacun d'eux avoit été
prévenu de la place qui lui étoit aflignée . On dif
tribua , par ordre des Magiftrats & avec la permiflion
du Marquis de Vibray , des vivres & une
bouteille de vin à chaque Soldat , Cavalier &
Dragon , qui prirent leurs divertillemens à
part dans les différens Quartiers où ils avoient
été diftribués. La Ville fit remettre aux Curés
& aux Miniftres des deux Religions une fomme
de fix mille livres pour les Pauvres .
Le lendemain , le Marquis de Vibray fit don
ner au Peuple la Comédie & le Bal gratis ; & le
furlendemain , le feur de Lucé , Intendant de
cette Province , fit tirer un très beau feu d'artifice
, & diftribuer au Peuple quatre tonneaux de
vin. Pendant ces trois jours de réjouillances , le
Commendant , l'Intendant & les Magtrats de la
Ville fe donnerent réciproquement de fplendides
repas auxquels furent invitées plufieurs perfonnes
de diftinction .
Le 22 de ce mois , la publication de la Paix
fe fit ici en François & en Allemand , avec les
Cérémonies accoutumées , dans toutes les Places ,
ainfi que dans les différens quartiers de la Ville :
les réjouiffances furent remifes au Dimanche
fuivant 26. Ce jour - là on chanta dans la Cathédrale
le Te Deum auquel affiftérent le Marquis
de Vibray , Commandant en l'abfence du
Maréchal de Contades , & tous les Ordres du
Clergé & de la Magiftrature. Le foir , on illumina
la facade de l'Hôtel- de-Ville , fur la Place duquel
il y eut deux Fontaines de Vin & une diftribution
de pain & de viandes au Peuple Parmi les illuminations
des différens Hôtels de la Ville , celle de la
Fiéche de la Cathédrale fixa particulierement- les
AO UST. 1763. 195
regards du Public , par l'effet admirable que profoit
le nombre prodigieux de la mpions dont elle
toit ornée . Pour prévenir toute elpèce de trouble
& de tumulte , le Marquis de Vibrai ordonna
que les Troupes fullent fous les a rmes
pendant toute la journée ; il fit doubler , pendant
la nuit , les poftes & les patrouilles , & défendit
expreflément aux troupes de fe miler avec
les autres Habitans. On porta même l'efprit
d'ordre jufqu'à féparer les différens Corps de
métiers au moyen de vingt-deux Tributs ou Salles
très-vaftes , qui leur fervirent de lieux d'allemblée
, & dès la veille , chacun d'eux avoit été
prévenu de la place qui lui étoit aflignée . On dif
tribua , par ordre des Magiftrats & avec la permiflion
du Marquis de Vibray , des vivres & une
bouteille de vin à chaque Soldat , Cavalier &
Dragon , qui prirent leurs divertillemens à
part dans les différens Quartiers où ils avoient
été diftribués. La Ville fit remettre aux Curés
& aux Miniftres des deux Religions une fomme
de fix mille livres pour les Pauvres .
Le lendemain , le Marquis de Vibray fit don
ner au Peuple la Comédie & le Bal gratis ; & le
furlendemain , le feur de Lucé , Intendant de
cette Province , fit tirer un très beau feu d'artifice
, & diftribuer au Peuple quatre tonneaux de
vin. Pendant ces trois jours de réjouillances , le
Commendant , l'Intendant & les Magtrats de la
Ville fe donnerent réciproquement de fplendides
repas auxquels furent invitées plufieurs perfonnes
de diftinction .
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Résumé : De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
Le 22 juin 1763, la paix fut proclamée à Strasbourg en français et en allemand, accompagnée de cérémonies publiques. Les réjouissances débutèrent le 26 juin avec un Te Deum à la cathédrale en présence du Marquis de Vibray, du clergé et de la magistrature. La façade de l'Hôtel-de-Ville fut illuminée, et des fontaines de vin ainsi que des distributions de pain et de viandes furent offertes au peuple. Les illuminations des hôtels de la ville, notamment celle de la cathédrale, attirèrent l'attention. Pour maintenir l'ordre, le Marquis de Vibray ordonna aux troupes de rester sous les armes et interdit aux soldats de se mêler aux habitants. Des vivres et du vin furent distribués aux militaires. La ville remit six mille livres aux curés et ministres des deux religions pour les pauvres. Le lendemain, le Marquis de Vibray offrit une comédie et un bal gratuits. Le surlendemain, le seigneur de Lucé organisa un feu d'artifice et distribua du vin. Pendant ces trois jours, les autorités s'invitèrent mutuellement à des repas somptueux avec des personnes de distinction.
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16443
p. 195-196
De PARIS, le 22 Juillet 1763.
Début :
La Faculté de Médecine, assemblée le 28 du mois dernier au sujet [...]
Mots clefs :
Faculté de médecine, Inoculation, Commissaires, Paix, Réjouissances publiques, Nominations, Loterie de l'école royale militaire, Tirage
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 22 Juillet 1763.
De PARIS , le 22 Juillet 1763 .
La Faculté de Médecine , alfemblée le 28 du
mois dernier au fujet de l'inoculation , a nommé
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
douze Commiffaires choifis parmi les Docteurs
préfens dans l'aflemblée . Ces Commiſſaires font
Jes fieurs Aftruc , de Lépine , Baron , Bouvart , de
Cochu , de Verdalham , Lorry , Maloet, Geoffroy,
Thierry , Macquart & Petit.
Le 6 de ce mois , les Six Corps des Marchands
de cette Ville ont fait chanter dans l'Eglife des
Prêtres de l'Oratoire , un Te Deum en Mufique ,
en action de graces de l'heureux événement de la
Paix. Le Lieutenant Général de Police , l'Avocat
du Roi & le Procureur du Roi du Châtelet , ont
affifté à cette Cérémonie. Les Six Corps avoient
déja donné des preuves de leur zéle & de leur
aitachement pour la perfonne du Roi ; ilsavoient
contribué aux réjouiffances publiques pour l'iqauguration
de la Statue de Sa Majefté & de la
Publication de la Paix , en faiſant illuminer à
leurs frais , les deux colonnades de la nouvelle
Place.
Le Roi vient de nommer Infpecteur des Hôpitaux
des Trois Evêchés & de la Lorraine , le fieur
Ninnin , ci- devant Médecin - Confultant de fes
armées en Allemagne , & premier Médecin de
celle d'Espagne.
Le trentiéme tirage de la Loterie de l'Hôtel-
.de Ville , s'eft fait le 25 du mois dernier , en la
manière accoutumée . Le lot de cinquante mille
livres eft échu au numero 55311 , celui de vinge
mille livres au numero 52562 , & les deux de dix
mille livres aux numeros §4§14 & 48603 .
Le s de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les numeros fortis de la roue de
fortune , font , 4 , 4 , 26 , 55 , 22. Le prochain
tirage fe fera les Août.
La Faculté de Médecine , alfemblée le 28 du
mois dernier au fujet de l'inoculation , a nommé
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
douze Commiffaires choifis parmi les Docteurs
préfens dans l'aflemblée . Ces Commiſſaires font
Jes fieurs Aftruc , de Lépine , Baron , Bouvart , de
Cochu , de Verdalham , Lorry , Maloet, Geoffroy,
Thierry , Macquart & Petit.
Le 6 de ce mois , les Six Corps des Marchands
de cette Ville ont fait chanter dans l'Eglife des
Prêtres de l'Oratoire , un Te Deum en Mufique ,
en action de graces de l'heureux événement de la
Paix. Le Lieutenant Général de Police , l'Avocat
du Roi & le Procureur du Roi du Châtelet , ont
affifté à cette Cérémonie. Les Six Corps avoient
déja donné des preuves de leur zéle & de leur
aitachement pour la perfonne du Roi ; ilsavoient
contribué aux réjouiffances publiques pour l'iqauguration
de la Statue de Sa Majefté & de la
Publication de la Paix , en faiſant illuminer à
leurs frais , les deux colonnades de la nouvelle
Place.
Le Roi vient de nommer Infpecteur des Hôpitaux
des Trois Evêchés & de la Lorraine , le fieur
Ninnin , ci- devant Médecin - Confultant de fes
armées en Allemagne , & premier Médecin de
celle d'Espagne.
Le trentiéme tirage de la Loterie de l'Hôtel-
.de Ville , s'eft fait le 25 du mois dernier , en la
manière accoutumée . Le lot de cinquante mille
livres eft échu au numero 55311 , celui de vinge
mille livres au numero 52562 , & les deux de dix
mille livres aux numeros §4§14 & 48603 .
Le s de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les numeros fortis de la roue de
fortune , font , 4 , 4 , 26 , 55 , 22. Le prochain
tirage fe fera les Août.
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Résumé : De PARIS, le 22 Juillet 1763.
En juillet 1763, la Faculté de Médecine de Paris a désigné douze commissaires, dont les docteurs Astruc, de Lépine et Baron, pour examiner l'inoculation. Le 6 juillet, les Six Corps des Marchands de Paris ont célébré un Te Deum à l'église des Prêtres de l'Oratoire pour remercier la paix récemment établie, en présence du Lieutenant Général de Police, de l'Avocat du Roi et du Procureur du Roi du Châtelet. Les Six Corps avaient déjà manifesté leur soutien au roi lors de l'inauguration de la statue royale et de la publication de la paix. Le roi a nommé M. Ninnin, ancien médecin consultant des armées en Allemagne et premier médecin de l'armée d'Espagne, inspecteur des hôpitaux des Trois Evêchés et de la Lorraine. Le trentième tirage de la loterie de l'Hôtel-de-Ville a eu lieu le 25 juin, attribuant des lots à plusieurs numéros. Le 8 juillet, la loterie de l'École Royale Militaire a été tirée, avec les numéros forts 4, 4, 26, 55 et 22. Le prochain tirage est prévu pour août.
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16444
p. 197
MARIAGES.
Début :
Charles-Claude François Marquis du Tillet, Colonel du Régiment Royal Infanterie [...]
Mots clefs :
Colonel de régiment, Bénédiction nuptiale, Comte, Mariage, Lieutenant, Demoiselle
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Charles-Claude François Marquis da Tillet ,
Colonel du Régiment Royal Infanterie , a épou
fé le 21 Juin , Demoifellle de Sebbeval . La Béné
diction Nuptiale leur a été donnée dans la Paroille
deSaint Laurent , par l'Abbé du Tiller , Vicaire
Général de l'Evêché de Châlons en Champagne.
-
·
Le mariage du Marquis de Pardieu avec De
moifelle de Saint Fulgent , a été célébré le 27
du même mois dans l'Eglife Paroiffiale de Saint-
Roch. L'Abbé de Flamarens , Vicaire Général du
Diocèle de Chartres , leur a donné la Bénédiction
Nuptiale.
La Célébration du Mariage de Louis Antoine-
Armand de Gramont , Comte de Guiche , fils
du Duc de Gramont > avec Philippine Louife-
Catherine de Noailles , fille du Duc d'Ayen
s'eft faite auffi le 27 , dans la Chapelle de l'Hôtel
de Noailles.
Le 12 de Juillet 1763 , ont été mariés en l'Eglife
Paroiliale de S. Roch à Paris , François ,
Marquis de Graffe , des anciens Princes & Seigneurs
d'Antibes fur la côte de Provence , Seigneur
de Limirmont en Picardie & autres lieux , Capitaine
au Régiment des Gardes -Françoiſes &c .
Et Dlle Marie-Anne - Françoife - Louiſe le Senef
chal de Carcado , fille de feu Louis - Alexandre-
Xavier le Senefchal , Marquis de Carcado , Seigneur
de Saint Cavadel , du Gué- de- l'Ifle , & autres
Terres aux Diocéfes de Vannes & de Quimper
en Bretagne , Lieutenant Général ès armées
du Roi , autrefois Colonel du Régiment de Breffe,
& Commandant pour Sa Majesté dans la Baffe-
Alface , & de Dame Marie - Anne - Claude de
Montmorency , aujourd'hui fa veuve.
Charles-Claude François Marquis da Tillet ,
Colonel du Régiment Royal Infanterie , a épou
fé le 21 Juin , Demoifellle de Sebbeval . La Béné
diction Nuptiale leur a été donnée dans la Paroille
deSaint Laurent , par l'Abbé du Tiller , Vicaire
Général de l'Evêché de Châlons en Champagne.
-
·
Le mariage du Marquis de Pardieu avec De
moifelle de Saint Fulgent , a été célébré le 27
du même mois dans l'Eglife Paroiffiale de Saint-
Roch. L'Abbé de Flamarens , Vicaire Général du
Diocèle de Chartres , leur a donné la Bénédiction
Nuptiale.
La Célébration du Mariage de Louis Antoine-
Armand de Gramont , Comte de Guiche , fils
du Duc de Gramont > avec Philippine Louife-
Catherine de Noailles , fille du Duc d'Ayen
s'eft faite auffi le 27 , dans la Chapelle de l'Hôtel
de Noailles.
Le 12 de Juillet 1763 , ont été mariés en l'Eglife
Paroiliale de S. Roch à Paris , François ,
Marquis de Graffe , des anciens Princes & Seigneurs
d'Antibes fur la côte de Provence , Seigneur
de Limirmont en Picardie & autres lieux , Capitaine
au Régiment des Gardes -Françoiſes &c .
Et Dlle Marie-Anne - Françoife - Louiſe le Senef
chal de Carcado , fille de feu Louis - Alexandre-
Xavier le Senefchal , Marquis de Carcado , Seigneur
de Saint Cavadel , du Gué- de- l'Ifle , & autres
Terres aux Diocéfes de Vannes & de Quimper
en Bretagne , Lieutenant Général ès armées
du Roi , autrefois Colonel du Régiment de Breffe,
& Commandant pour Sa Majesté dans la Baffe-
Alface , & de Dame Marie - Anne - Claude de
Montmorency , aujourd'hui fa veuve.
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Résumé : MARIAGES.
Au XVIIIe siècle, plusieurs mariages aristocratiques ont eu lieu en France. Le 21 juin, Charles-Claude François, Marquis da Tillet, colonel du Régiment Royal Infanterie, a épousé Mademoiselle de Sebbeval. La bénédiction a été donnée par l'Abbé du Tiller dans la paroisse de Saint-Laurent. Le 27 juin, le Marquis de Pardieu a épousé Mademoiselle de Saint Fulgent à Saint-Roch, avec la bénédiction de l'Abbé de Flamarens. Le même jour, Louis Antoine-Armand de Gramont, Comte de Guiche, a épousé Philippine Louise-Catherine de Noailles dans la chapelle de l'Hôtel de Noailles. Le 12 juillet 1763, François Marquis de Graffe, capitaine au Régiment des Gardes-Françoises, a épousé Mademoiselle Marie-Anne Françoise Louise le Seneschal de Carcado à Saint-Roch. Cette dernière était la fille de Louis Alexandre-Xavier le Seneschal, Marquis de Carcado, et de Dame Marie-Anne Claude de Montmorency.
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16445
p. 198-206
MORTS.
Début :
Jean-Pierre de Bougainville, l'un des Quarante de l'Académie Françoise, [...]
Mots clefs :
Lieutenant, Académicien, Veuve, Comte, Décès, Duc, Marquis, Fille, Mariage, Maison de Maulde, Baron, Chambellan, Seigneurs, Maison du Plessis-Chastillon, Lieutenant général, Vicomte, Dame
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
"
Jean-Pierre de Bougainville, l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , Penſionnaire & ancien
Secrétaire de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres de l'Académie de Crotone
Cenfeur Royal , Garde de la Salle des Antiques
du Louvre , & l'un des Secrétaires ordinaires
du Duc d'Orléans , eſt mort au Château
de Loches , le 22 Juin , dans la quarante &
uniéme année de fon âge.
François - Eléonor Comte d'Andlau , Lieutenant-
Général des armées du Roi , & l'un des Directeurs
du Corps de la Nobleffe de la Baffe Alface
, eft mort en cette Ville le 24 Juin , âgé de
cinquante- deux ans.
Marie-Magdeleine de Saint-Remy , veuve de
Guy-Antoine de Saint-Simon , Marquis de Courtomer
, Capitaine des Gardes- du- Corps de feue
Son Alteffe Royale Madame la Ducheffe de Berry,
& fille de Jean- Jacques Marquis de Saint - Remy ,
& de Marie - Therefe de Montgommery , eft
morte le 26 du même mois dans fon Château de
la Motte-Fouquet , en Baffe - Normandie , dans la
foixante-deuxième année de fon âge.
Claire-Marie Colette de Berard de Ville Breuil
de Montalet , veuve en premières noces de Joachim
-Jacques de la Chétardie , Maréchal de
Camp, Commandant au Vieux Briffac , Gouver
neur de Landrecy ; & en fecondes nôces de Ferdinand-
Augufte Solars , Comte de Monafterol ,
L'eutenant Général des troupes de l'Electeur de
Baviere , fon Miniftre & fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de France , eft morte dernierement
en cette Ville .
AOUST. 1763. 199
1
Louife -Marie de Saint - Quintin de Bler , épouſe
de Célar- Pierre Thibault de la Brouffe , Marquis
de Verteillac de Saint- Martin , Baron dela Tour-
Blanche , Gouverneur , Grand- Sénéchal & Lieutenant
de Roi de la Province de Périgord , Chevalier
de Saint Louis , & Capitaine Lieutenant de la
Gendarmerie , mourut le & Juillet. Elle étoit fille"
d'Alexandre de Saint-Quintin , Comte de Bler
Maréchal de Camp , mort à Berg-Op-Zoom , ou
il commandoit pour Sa Majesté.
Marie- Louife Magdeleine de Beauveau , veuve
de Pierre-Louis Comte d'Ailly,, Marquis de Senecey
, eft morte en cette Ville le 11 du même mois.
Marie de Cuminal , veuve du fieur Malfal- ,
gueyrar , eft morte le 23 Juin à Bergerac en Perigord
, dans la cent uniéme année de fon âge.
རྩྭ་ ༣༩ ས་ ཤ
Emmanuel- Maurice de Lorraine Duc d'Elbeuf
en Normandie, Pair de France, Chevalier de
l'Ordre de Saint Etienne de Tofcane , ancien Général
de la Cavalerie dans le Royaume de Naples .
pour le fervice des Empereurs Jofeph & Charles
VI. eft mort en cette Ville le 17 Juillet , dans la
quatre-vingt- fixième année de fon âge.
Urfule de Pollel , veuve d'Abraham du Quefne-
Mofnier , Chef d'Efcadre des Armées Navales de
Sa Majefté , Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de Saint Louis , & ci- devant Comman
dant le Département de la Marine au Port de
Toulon , eft morre en cette dernière Ville le 6
Juillet , dans la quatre-vingt- quatorziéme année
de fon âge.
Louis- François Comte de Maulde , Marquis de
la Buiffiere , Prince d'Hofdan au pays de Liége ,
eft mort en fon Château de la Builliere en Artois ,
le 31 Mars dernier .
Le filence de l'Auteur du Calendrier des Princes
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
& de la Nobleffe de France , fur la Maiſon de
Maulde , en Hainault , qui fans confulter le
tome 2. de fon Dictionnaire général pag. 490 ,
s'eft contenté de dire dans les Calendriers de
1762 & 1763 , qu'il n'en reftoit qu'une fille mariée
au Vicomte d'Ifque , pourroit faire croire
que cette ancienne Maiſon eft éteinte. Il eft vrai
que Gabriel de Maulde , troifiéme du nom , Seigneur
de Neuville, Marquis de Colemberg , Maréchal
de Camp , Lieutenant-Général au Département
du Boulonnois , le dernier de la Branche
cadette , léparée dès l'an 1430 , mort dans le dixfeptiéme
fiécle , ne laiffa qu'une fille mariée au
Vicomte d'Ifque , à condition de prendre fon
nom & les armes. Mais la Branche aînée ( Voyez
le tome 2. du Dict . ) a toujours ſubfifté en ligné
directe , & le Comte de Maulde dont on vient
d'annoncer la mort , étoit le Chef de cette Branche.
Il eſt le premier de fon nom qui ait fervi en
France , & a hérité de tous les biens de Léon de
Maulde, mort fans enfans en 1740 , de Jeanne
d'Auxi fon épouſe.
De fon mariage ( Célébration , 11 Juillet
1735:) avec Félicité de Conflans , il a laiffé quatre
enfans fçavoir :
Leon , Eugene , Louis , Comte de Maulde , né
le 25 Août 1739 , Colonel aux Grenadiers de
France.
Emmanuel- Gabriel Vicomte de Maulde , né le
24 Septembre 1740 , Colonel,
Adelaide , née en Janvier 1742 ,
mariée en
Mai 1760 à Henri Comte de Lur , Marquis de
Saluces , Brigadier & Colonel de Cavalerie.
Marie-Anne-Charlotte , née le premier No-
-vembre 1748 .
"
AOUST. 1763.
201
Le nom de Maulde eft un des plus anciens qui
fe trouvent infcrits dans les archives des fondations
les plus gothiques de la Province de Hainault
: où on les voit bienfaiteurs des Abbayes de
S. Hubert , de S. Martin , de S. Guilain &c . La
Terre de Maulde eft partagée par Lefcaurà deux
lieux d'Ath , dont la partie au-delà de Lescaut appartenoit
dès l'an 1000 , & appartient encore aujourd'hui
aux Seigneurs de Ligne qui le font qualifiés
Barons de Maulde , jufqu'en l'an 1400. L'autre
partie dont relevoient quinze Fiefs nobles
appartenoit aufli en la même année 1000 ,
Watiez de Maulde , marié 1 ° .à Agnès de Saveuze;
2.à Amante d'Enghien ; ce qui rend probable
que ces deux Maiſons ſont la même origine. La
reflemblance des armes de l'une & de l'autre ,
femble confirmer cette opinion * : celles des premiers
ne différent de celles des derniers que par
trois Croix en fautoirs fur la bande de fable , &
que les Papes accordoient comme marque d'honneur
aux croisés.
•
Quoiqu'il en foit , en 1180 une Auduine de
Ligne , foeur de Watier & de Fraftre de Ligne ,
fut mariée à Mathieu de Maulde , ( Voyez les ann .
du Comté de Hainault , pag . 213 ) . Les autres
alliances de la Mailon de Maulde , font , fuivant
Carpantier, avec les Maifons de Haluin , Henin-
Lietard, Barbançon , Cléves , Montmorency , Berghes
, Mailly &c. Elle a donné des Chanoinelles.
aux Nobles Chapitres d'Andennes de Mons , & de
Nivelle , un Wautier , Seigneur de Maulde , fuivit
en 1201 au voyage de la Terre - Sainte , Bau-
* L'anciem dictum Flamand , Maulde crie Ligne ,
fe trouve aux Archives de Bruxelles .
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
douin , Comte de Hainault. Robert de Maulde fug
Gouverneur de Guiſe en 1250 ; & Mathieu , Gouverneur
de Sensen 1252 .
La Terre de la Buiffiere en Artois , eft paffée
dans la Maiſon de Maulde par le mariage de
George de Maulde en 1597 avec Joffinne de Courteville
, fille & héritiere de Jacques , Seigneur de
la Buiffiere , & de Catherine de Barbançon. Jacques
étoit Chambellan , Capitaine des Gardes , &
Ambaſſadeur de Sa Majefté Catholique Philippe I.
Gouverneur de fon Fils Charles-Quint , & Chevalier
de la Toifon d'Or , dont defcendoit le Comte
de Maulde , Marquis de la Buiffiere , qui a pour .
Mere une Ghistelles , & pour Ayeule une Montmorency.
9
La Terre de Maulde en deça de Lefcaut , a été
vendue par Guillemette de Maulde à Antoine
de Carondelet . Elle fut mariée 1ª . à Jean de Bar
bançon , 2 ° . à Hefter de Cleves.
Les Archives de S. Guilain & de S. Martin, difent
que cette Guillemette de Maulde , héritière
de la Branche aînée , emporta de fa Maiſon cent
mille florins de rente , fomme immenfe pour ce
temps-là.
Voyez l'hift. du Cambrefis , tome 2 , page 997
& fuivantes , & les Annales du Hainault.
Meffire Hector du Pleffis - Chaftillon , des Seigneurs
de Saint - Hilaire- la - Gravelle , Page de la
Reine en 1728 , après fon frère aîné qui l'avoit
été en Septembre 1725 , puis Cornette au Régiment
de la Reine Cavalerie ; enfuite Lieutenant
au même Regiment ; Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis & Penfionnaire de Sa
Majefté , dont il quitta le fervice , tout - à- fait
hors de combat , mourut à Châteaudun le 23
Décembre 1762 , fort regretté. Il s'étoit trouvé
en Allemagne , avec le même Régiment , au
ADUST. 1763. 2༠3
7
Siége de Philisbourg en 1734, &c , & en Boheme
, au Siége de Prague pris d'aflaut en
1741 , où les François d'Affiégeans devinrent
Affiégés & d'où ils firent la nuit du 16 , au 17
Décembre 1742 , fous le Maréchal de Belle-Ifle ,
cette tant belle retraite à jamais honorable pour
le nom François il laiffe un unique neveu âgé
d'environ douze ans & dernier des Seigneurs de
Saint -Hilaire-la - Gravelle , l'une des Branches
cadettes , avec celle de Beaujeu , fubfiftantes &
forties des Seigneurs Châtelains. du Mée , établis
dans la petite Province de Dunois , depuis trois
cens ans paffés , de la Maifon du Pleffis- Chaftillon
, l'une de la Province du Maine , des plus
Illuftres par fes Alliances & fon Ancienneté , &
qui porte d'argent à trois quintes feuilles de
Gueules. Il fortait au feptiéme degré de Jean IV.
du nom du Pleffis - Chatillon & de Catherine
d'Avaugour fa feconde femme iffue des anciens
Comtes & Ducs de Bretagne , lequel avoit eu
pour premiere femme Marie de Vaux- de- Cuon ,
d'où defcend au neuviéme degré Marie - Félici é du
Pleffis - Chatillon , feule & unique héritiere de fa
Branche qui eft l'aînée , de ce nom Marquifo C ›
du Pleffis - Chaſtillon au Maine , de Nonant en
Normandie , de Saint - Gelais en Poitou & c. Comteſſe
de Château - Meliand , en Berry , & c . Epoule ,
1º de François-Antoine de Chabannes Pionzac ,
dit le Comte de Chabannes , Marquis de la
Palice , Lieutenant Général des Armées du Roi ,
Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Gouverneur de Verdun & du Verdunois
, ci-devant Lieutenant Colonel des Gardes
Françoifes d'où il avoit été Major , Commandant
pour le Roi, en 1745 , ou 1747 , dans le Pays
d'Aunis , la Rochelle , le Poitou , &c. Mort à
I
vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Paris le 23 Décembre 1743 , âgé de foixantehuit
ans.
>
•
2º. En Février 1760 , de Charles - Bernard- :
Martial de Narbonne - Pelet dit le Baron de
Narbonne , Maifon des plus Illuftres & des plus .
Anciennes du Royaume de France , d'où defcendoit
, par femme , le Duc de Lara , Maifon
des plus grandes d'Efpagne , frère puifné de
François Raymond - Jof- ph- Hermenigilde- Amalric-
Pelet , dit le Vicomte de Narbonne , né le 21
Octobre 1715 & marié le 12 Janvier 1734 , à
Marie Diane Antoinette de Roffet de Fleury-
Perignan née le 6 Avril 1721 , & morte au
Château de Fontanés près Sommieres , le 27
Juillet 1754 foeur du Duc de Fleuri , de l'Evêque
de Chartres , de l'Archevêque de Tours & de
la Marquife de Caftries , & petite Niéce du Car
dinal de Fleury , Miniſtre ordinaire d'Etat.
· ·
La Baronne de Narbonne avoit pour frère unique
Louis-Henri Félife du Pleffis - Chaftillon,Comte
de Château Méliand & c. Sous- Lieutenant de la
Compagnie des Chevaux - légers d'Orléans , mort
le 25 Août 1754 , âgé de 28 ans , fans poftérité de
Marie- Magdeleine- Louiſe de Barberie de S. Con- -
teft qu'il avoit épousée le 6 Tuillet 1753 fille de
François-Dominique de Barberie , Marquis de S.
Contest, Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le
Département des affaires étrangeres , Commandeur
Prevôt & Maître des cérémonies des Ordres
du Roi en Mars 1754 & ci- devant Ambaffadeur
de Sa Majesté auprés des Etats-Généraux des Provinces-
unies, mort à Versailles le 24 Juillet 1734
âgé de 54 ans & de Jeanne-Monique- Philippe Def
vieux ; & avoit pour tante Jeanne-Marie du Pleffis- i
Chaſtillon morte à Paris le 18 Avril 1763 , Veuve
de Philippe- Charles d'Eftampes , dit le Comte
>
AOUST . 1763. 205
Etampes qu'elle avoit époufé en Juin 1709 , Marquis
de la Ferté- Imbault , Sallebris &c. Chevalier
de Malte dans fa jeuneffe , Colonel du Régiment
de Chartres Infanterie , Brigadier des Armées du
Roi le Février 1719 , Capitaine des Gardes- du-
Corps de feu Son Alteffe Royale , Monfeigneur le
Duc d'Orléans , Régent du Royaume , d'une Maifon
dont eft forti un Cardinal , plufieurs Evêques ,
entre autres , un Evêque de Chartres , puis Archevêque
Duc de Rheims , un Grand Prieur de France
de l'Ordre de Malte , un Maréchal de France , plufieurs
Chevaliers des Ordres , un grand Maréchal
des Logis de la Maiſon du Roi , &c. De ce Mariage
il ne refte que Sophie d'Eftampes née en Septembre
1730 ; qui a époufé Bernard de Comte-
Nonant, Marquis de Pierrecourt , & c , d'une trèsbonne
& ancienne Nobleffe de Normandie & des
mieux alliée , & a pour oncle Henry , & Anne
Hilarion du Pleffis-Chaſtillon , l'un Comte de Rugles;
& l'autre Chevalier Profès de l'Ordre de S.
Jean de Jérufalem , au Grand Prieuré de France ,
Commandeur de la Ville- Dieu ,
Il est mort à Paris le 10 Juin 1763 , Dame ,
Madame Louiſe Marie de Saint- Quintin de Bler ,
âgée de vingt- cinq ans ,fille de feu Meffire Alexandre
de Saint-Quintin, Chevalier Seigneur, Comte
de Blet , Baron des Broffe & de Villeneuve ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majefté , mort à Berg - op-zoom , où il commandoit
pour Sa Majesté & de Dame , Madame
Marie Peirene fes Père & Mère , Epoufe de
Meffire Cefart, Pierre Thibault de la Brouffe ,
Chevalier Seigneur , Marquis de Verteillac de
Saint -Martin , Biron de la Tour Blanche , Gouverneur
, grand Sénéchal & Lieutenant de Roi
266 MERCURE DE FRANCE.
de la Provnice de Perigord ; Chevalier de l'Ordre
Royale Militaire de Saint Louis ; Capitaine-
Lieutenant de la Gendarmerie ; elle a laille ,
deux enfans une fille & un garçon.
·
Pierre François - Marie Guignolet de Montalembert
, Confeiller honoraire au Parlement de
Bretagne , eft mort à Paris le 3 Juillet 1763 ,
âgé de foixante fept ans. Il étoit iffu de la Maifon
de Montalembert , originaire de la Province de
Poitou fur les confins de l'Angoumois . Sa bran
che en étoit féparée depuis Guillaume de Montalembert
, qui s'établit en Bretagne dans la partie
du Comté Nantois frontiere de Poito ; après
avoir épousé l'an 1467 Françoile de Goulaine ,
fille unique & héritiere de Jean de Goulaine
Chevalier , d'une des plus anciennes Maifons de
Bretagne. Moreri rapporte la généalogie à l'occafion
d'André de Montalembert , Seigneur d'Elé
& de Panvillier , Chevalier de l'Ordre du Roi
premier Gentilhomme de la Chambre des Rois
François I. Henri II . Lieutenant- Général , Commandant
fes Armées en Ecofle , qu'un mérite dif
tingué a placé au rang des hommes illuftres de
la France . Voyez fur l'ancienneté de fa Maifon ,.
Moreri , Brantome , Mezerai , le Père Daniel
Dubouchet , Annales d'Aquitaine &C.
"
Jean-Pierre de Bougainville, l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , Penſionnaire & ancien
Secrétaire de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres de l'Académie de Crotone
Cenfeur Royal , Garde de la Salle des Antiques
du Louvre , & l'un des Secrétaires ordinaires
du Duc d'Orléans , eſt mort au Château
de Loches , le 22 Juin , dans la quarante &
uniéme année de fon âge.
François - Eléonor Comte d'Andlau , Lieutenant-
Général des armées du Roi , & l'un des Directeurs
du Corps de la Nobleffe de la Baffe Alface
, eft mort en cette Ville le 24 Juin , âgé de
cinquante- deux ans.
Marie-Magdeleine de Saint-Remy , veuve de
Guy-Antoine de Saint-Simon , Marquis de Courtomer
, Capitaine des Gardes- du- Corps de feue
Son Alteffe Royale Madame la Ducheffe de Berry,
& fille de Jean- Jacques Marquis de Saint - Remy ,
& de Marie - Therefe de Montgommery , eft
morte le 26 du même mois dans fon Château de
la Motte-Fouquet , en Baffe - Normandie , dans la
foixante-deuxième année de fon âge.
Claire-Marie Colette de Berard de Ville Breuil
de Montalet , veuve en premières noces de Joachim
-Jacques de la Chétardie , Maréchal de
Camp, Commandant au Vieux Briffac , Gouver
neur de Landrecy ; & en fecondes nôces de Ferdinand-
Augufte Solars , Comte de Monafterol ,
L'eutenant Général des troupes de l'Electeur de
Baviere , fon Miniftre & fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de France , eft morte dernierement
en cette Ville .
AOUST. 1763. 199
1
Louife -Marie de Saint - Quintin de Bler , épouſe
de Célar- Pierre Thibault de la Brouffe , Marquis
de Verteillac de Saint- Martin , Baron dela Tour-
Blanche , Gouverneur , Grand- Sénéchal & Lieutenant
de Roi de la Province de Périgord , Chevalier
de Saint Louis , & Capitaine Lieutenant de la
Gendarmerie , mourut le & Juillet. Elle étoit fille"
d'Alexandre de Saint-Quintin , Comte de Bler
Maréchal de Camp , mort à Berg-Op-Zoom , ou
il commandoit pour Sa Majesté.
Marie- Louife Magdeleine de Beauveau , veuve
de Pierre-Louis Comte d'Ailly,, Marquis de Senecey
, eft morte en cette Ville le 11 du même mois.
Marie de Cuminal , veuve du fieur Malfal- ,
gueyrar , eft morte le 23 Juin à Bergerac en Perigord
, dans la cent uniéme année de fon âge.
རྩྭ་ ༣༩ ས་ ཤ
Emmanuel- Maurice de Lorraine Duc d'Elbeuf
en Normandie, Pair de France, Chevalier de
l'Ordre de Saint Etienne de Tofcane , ancien Général
de la Cavalerie dans le Royaume de Naples .
pour le fervice des Empereurs Jofeph & Charles
VI. eft mort en cette Ville le 17 Juillet , dans la
quatre-vingt- fixième année de fon âge.
Urfule de Pollel , veuve d'Abraham du Quefne-
Mofnier , Chef d'Efcadre des Armées Navales de
Sa Majefté , Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de Saint Louis , & ci- devant Comman
dant le Département de la Marine au Port de
Toulon , eft morre en cette dernière Ville le 6
Juillet , dans la quatre-vingt- quatorziéme année
de fon âge.
Louis- François Comte de Maulde , Marquis de
la Buiffiere , Prince d'Hofdan au pays de Liége ,
eft mort en fon Château de la Builliere en Artois ,
le 31 Mars dernier .
Le filence de l'Auteur du Calendrier des Princes
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
& de la Nobleffe de France , fur la Maiſon de
Maulde , en Hainault , qui fans confulter le
tome 2. de fon Dictionnaire général pag. 490 ,
s'eft contenté de dire dans les Calendriers de
1762 & 1763 , qu'il n'en reftoit qu'une fille mariée
au Vicomte d'Ifque , pourroit faire croire
que cette ancienne Maiſon eft éteinte. Il eft vrai
que Gabriel de Maulde , troifiéme du nom , Seigneur
de Neuville, Marquis de Colemberg , Maréchal
de Camp , Lieutenant-Général au Département
du Boulonnois , le dernier de la Branche
cadette , léparée dès l'an 1430 , mort dans le dixfeptiéme
fiécle , ne laiffa qu'une fille mariée au
Vicomte d'Ifque , à condition de prendre fon
nom & les armes. Mais la Branche aînée ( Voyez
le tome 2. du Dict . ) a toujours ſubfifté en ligné
directe , & le Comte de Maulde dont on vient
d'annoncer la mort , étoit le Chef de cette Branche.
Il eſt le premier de fon nom qui ait fervi en
France , & a hérité de tous les biens de Léon de
Maulde, mort fans enfans en 1740 , de Jeanne
d'Auxi fon épouſe.
De fon mariage ( Célébration , 11 Juillet
1735:) avec Félicité de Conflans , il a laiffé quatre
enfans fçavoir :
Leon , Eugene , Louis , Comte de Maulde , né
le 25 Août 1739 , Colonel aux Grenadiers de
France.
Emmanuel- Gabriel Vicomte de Maulde , né le
24 Septembre 1740 , Colonel,
Adelaide , née en Janvier 1742 ,
mariée en
Mai 1760 à Henri Comte de Lur , Marquis de
Saluces , Brigadier & Colonel de Cavalerie.
Marie-Anne-Charlotte , née le premier No-
-vembre 1748 .
"
AOUST. 1763.
201
Le nom de Maulde eft un des plus anciens qui
fe trouvent infcrits dans les archives des fondations
les plus gothiques de la Province de Hainault
: où on les voit bienfaiteurs des Abbayes de
S. Hubert , de S. Martin , de S. Guilain &c . La
Terre de Maulde eft partagée par Lefcaurà deux
lieux d'Ath , dont la partie au-delà de Lescaut appartenoit
dès l'an 1000 , & appartient encore aujourd'hui
aux Seigneurs de Ligne qui le font qualifiés
Barons de Maulde , jufqu'en l'an 1400. L'autre
partie dont relevoient quinze Fiefs nobles
appartenoit aufli en la même année 1000 ,
Watiez de Maulde , marié 1 ° .à Agnès de Saveuze;
2.à Amante d'Enghien ; ce qui rend probable
que ces deux Maiſons ſont la même origine. La
reflemblance des armes de l'une & de l'autre ,
femble confirmer cette opinion * : celles des premiers
ne différent de celles des derniers que par
trois Croix en fautoirs fur la bande de fable , &
que les Papes accordoient comme marque d'honneur
aux croisés.
•
Quoiqu'il en foit , en 1180 une Auduine de
Ligne , foeur de Watier & de Fraftre de Ligne ,
fut mariée à Mathieu de Maulde , ( Voyez les ann .
du Comté de Hainault , pag . 213 ) . Les autres
alliances de la Mailon de Maulde , font , fuivant
Carpantier, avec les Maifons de Haluin , Henin-
Lietard, Barbançon , Cléves , Montmorency , Berghes
, Mailly &c. Elle a donné des Chanoinelles.
aux Nobles Chapitres d'Andennes de Mons , & de
Nivelle , un Wautier , Seigneur de Maulde , fuivit
en 1201 au voyage de la Terre - Sainte , Bau-
* L'anciem dictum Flamand , Maulde crie Ligne ,
fe trouve aux Archives de Bruxelles .
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
douin , Comte de Hainault. Robert de Maulde fug
Gouverneur de Guiſe en 1250 ; & Mathieu , Gouverneur
de Sensen 1252 .
La Terre de la Buiffiere en Artois , eft paffée
dans la Maiſon de Maulde par le mariage de
George de Maulde en 1597 avec Joffinne de Courteville
, fille & héritiere de Jacques , Seigneur de
la Buiffiere , & de Catherine de Barbançon. Jacques
étoit Chambellan , Capitaine des Gardes , &
Ambaſſadeur de Sa Majefté Catholique Philippe I.
Gouverneur de fon Fils Charles-Quint , & Chevalier
de la Toifon d'Or , dont defcendoit le Comte
de Maulde , Marquis de la Buiffiere , qui a pour .
Mere une Ghistelles , & pour Ayeule une Montmorency.
9
La Terre de Maulde en deça de Lefcaut , a été
vendue par Guillemette de Maulde à Antoine
de Carondelet . Elle fut mariée 1ª . à Jean de Bar
bançon , 2 ° . à Hefter de Cleves.
Les Archives de S. Guilain & de S. Martin, difent
que cette Guillemette de Maulde , héritière
de la Branche aînée , emporta de fa Maiſon cent
mille florins de rente , fomme immenfe pour ce
temps-là.
Voyez l'hift. du Cambrefis , tome 2 , page 997
& fuivantes , & les Annales du Hainault.
Meffire Hector du Pleffis - Chaftillon , des Seigneurs
de Saint - Hilaire- la - Gravelle , Page de la
Reine en 1728 , après fon frère aîné qui l'avoit
été en Septembre 1725 , puis Cornette au Régiment
de la Reine Cavalerie ; enfuite Lieutenant
au même Regiment ; Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis & Penfionnaire de Sa
Majefté , dont il quitta le fervice , tout - à- fait
hors de combat , mourut à Châteaudun le 23
Décembre 1762 , fort regretté. Il s'étoit trouvé
en Allemagne , avec le même Régiment , au
ADUST. 1763. 2༠3
7
Siége de Philisbourg en 1734, &c , & en Boheme
, au Siége de Prague pris d'aflaut en
1741 , où les François d'Affiégeans devinrent
Affiégés & d'où ils firent la nuit du 16 , au 17
Décembre 1742 , fous le Maréchal de Belle-Ifle ,
cette tant belle retraite à jamais honorable pour
le nom François il laiffe un unique neveu âgé
d'environ douze ans & dernier des Seigneurs de
Saint -Hilaire-la - Gravelle , l'une des Branches
cadettes , avec celle de Beaujeu , fubfiftantes &
forties des Seigneurs Châtelains. du Mée , établis
dans la petite Province de Dunois , depuis trois
cens ans paffés , de la Maifon du Pleffis- Chaftillon
, l'une de la Province du Maine , des plus
Illuftres par fes Alliances & fon Ancienneté , &
qui porte d'argent à trois quintes feuilles de
Gueules. Il fortait au feptiéme degré de Jean IV.
du nom du Pleffis - Chatillon & de Catherine
d'Avaugour fa feconde femme iffue des anciens
Comtes & Ducs de Bretagne , lequel avoit eu
pour premiere femme Marie de Vaux- de- Cuon ,
d'où defcend au neuviéme degré Marie - Félici é du
Pleffis - Chatillon , feule & unique héritiere de fa
Branche qui eft l'aînée , de ce nom Marquifo C ›
du Pleffis - Chaſtillon au Maine , de Nonant en
Normandie , de Saint - Gelais en Poitou & c. Comteſſe
de Château - Meliand , en Berry , & c . Epoule ,
1º de François-Antoine de Chabannes Pionzac ,
dit le Comte de Chabannes , Marquis de la
Palice , Lieutenant Général des Armées du Roi ,
Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Gouverneur de Verdun & du Verdunois
, ci-devant Lieutenant Colonel des Gardes
Françoifes d'où il avoit été Major , Commandant
pour le Roi, en 1745 , ou 1747 , dans le Pays
d'Aunis , la Rochelle , le Poitou , &c. Mort à
I
vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Paris le 23 Décembre 1743 , âgé de foixantehuit
ans.
>
•
2º. En Février 1760 , de Charles - Bernard- :
Martial de Narbonne - Pelet dit le Baron de
Narbonne , Maifon des plus Illuftres & des plus .
Anciennes du Royaume de France , d'où defcendoit
, par femme , le Duc de Lara , Maifon
des plus grandes d'Efpagne , frère puifné de
François Raymond - Jof- ph- Hermenigilde- Amalric-
Pelet , dit le Vicomte de Narbonne , né le 21
Octobre 1715 & marié le 12 Janvier 1734 , à
Marie Diane Antoinette de Roffet de Fleury-
Perignan née le 6 Avril 1721 , & morte au
Château de Fontanés près Sommieres , le 27
Juillet 1754 foeur du Duc de Fleuri , de l'Evêque
de Chartres , de l'Archevêque de Tours & de
la Marquife de Caftries , & petite Niéce du Car
dinal de Fleury , Miniſtre ordinaire d'Etat.
· ·
La Baronne de Narbonne avoit pour frère unique
Louis-Henri Félife du Pleffis - Chaftillon,Comte
de Château Méliand & c. Sous- Lieutenant de la
Compagnie des Chevaux - légers d'Orléans , mort
le 25 Août 1754 , âgé de 28 ans , fans poftérité de
Marie- Magdeleine- Louiſe de Barberie de S. Con- -
teft qu'il avoit épousée le 6 Tuillet 1753 fille de
François-Dominique de Barberie , Marquis de S.
Contest, Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le
Département des affaires étrangeres , Commandeur
Prevôt & Maître des cérémonies des Ordres
du Roi en Mars 1754 & ci- devant Ambaffadeur
de Sa Majesté auprés des Etats-Généraux des Provinces-
unies, mort à Versailles le 24 Juillet 1734
âgé de 54 ans & de Jeanne-Monique- Philippe Def
vieux ; & avoit pour tante Jeanne-Marie du Pleffis- i
Chaſtillon morte à Paris le 18 Avril 1763 , Veuve
de Philippe- Charles d'Eftampes , dit le Comte
>
AOUST . 1763. 205
Etampes qu'elle avoit époufé en Juin 1709 , Marquis
de la Ferté- Imbault , Sallebris &c. Chevalier
de Malte dans fa jeuneffe , Colonel du Régiment
de Chartres Infanterie , Brigadier des Armées du
Roi le Février 1719 , Capitaine des Gardes- du-
Corps de feu Son Alteffe Royale , Monfeigneur le
Duc d'Orléans , Régent du Royaume , d'une Maifon
dont eft forti un Cardinal , plufieurs Evêques ,
entre autres , un Evêque de Chartres , puis Archevêque
Duc de Rheims , un Grand Prieur de France
de l'Ordre de Malte , un Maréchal de France , plufieurs
Chevaliers des Ordres , un grand Maréchal
des Logis de la Maiſon du Roi , &c. De ce Mariage
il ne refte que Sophie d'Eftampes née en Septembre
1730 ; qui a époufé Bernard de Comte-
Nonant, Marquis de Pierrecourt , & c , d'une trèsbonne
& ancienne Nobleffe de Normandie & des
mieux alliée , & a pour oncle Henry , & Anne
Hilarion du Pleffis-Chaſtillon , l'un Comte de Rugles;
& l'autre Chevalier Profès de l'Ordre de S.
Jean de Jérufalem , au Grand Prieuré de France ,
Commandeur de la Ville- Dieu ,
Il est mort à Paris le 10 Juin 1763 , Dame ,
Madame Louiſe Marie de Saint- Quintin de Bler ,
âgée de vingt- cinq ans ,fille de feu Meffire Alexandre
de Saint-Quintin, Chevalier Seigneur, Comte
de Blet , Baron des Broffe & de Villeneuve ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majefté , mort à Berg - op-zoom , où il commandoit
pour Sa Majesté & de Dame , Madame
Marie Peirene fes Père & Mère , Epoufe de
Meffire Cefart, Pierre Thibault de la Brouffe ,
Chevalier Seigneur , Marquis de Verteillac de
Saint -Martin , Biron de la Tour Blanche , Gouverneur
, grand Sénéchal & Lieutenant de Roi
266 MERCURE DE FRANCE.
de la Provnice de Perigord ; Chevalier de l'Ordre
Royale Militaire de Saint Louis ; Capitaine-
Lieutenant de la Gendarmerie ; elle a laille ,
deux enfans une fille & un garçon.
·
Pierre François - Marie Guignolet de Montalembert
, Confeiller honoraire au Parlement de
Bretagne , eft mort à Paris le 3 Juillet 1763 ,
âgé de foixante fept ans. Il étoit iffu de la Maifon
de Montalembert , originaire de la Province de
Poitou fur les confins de l'Angoumois . Sa bran
che en étoit féparée depuis Guillaume de Montalembert
, qui s'établit en Bretagne dans la partie
du Comté Nantois frontiere de Poito ; après
avoir épousé l'an 1467 Françoile de Goulaine ,
fille unique & héritiere de Jean de Goulaine
Chevalier , d'une des plus anciennes Maifons de
Bretagne. Moreri rapporte la généalogie à l'occafion
d'André de Montalembert , Seigneur d'Elé
& de Panvillier , Chevalier de l'Ordre du Roi
premier Gentilhomme de la Chambre des Rois
François I. Henri II . Lieutenant- Général , Commandant
fes Armées en Ecofle , qu'un mérite dif
tingué a placé au rang des hommes illuftres de
la France . Voyez fur l'ancienneté de fa Maifon ,.
Moreri , Brantome , Mezerai , le Père Daniel
Dubouchet , Annales d'Aquitaine &C.
Fermer
Résumé : MORTS.
Le document présente une liste de décès survenus en 1763, accompagnée de détails biographiques sur les défunts. Jean-Pierre de Bougainville, membre de l'Académie Française et ancien secrétaire de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, est décédé au château de Loches le 22 juin à l'âge de 41 ans. François-Éléonor Comte d'Andlau, lieutenant-général des armées du Roi et directeur du Corps de la Noblesse de la Basse Alsace, est mort à Strasbourg le 24 juin à 52 ans. Marie-Magdeleine de Saint-Remy, veuve de Guy-Antoine de Saint-Simon, Marquis de Courtomer, est décédée le 26 juin à 62 ans dans son château de la Motte-Fouquet en Basse-Normandie. Claire-Marie Colette de Berard de Ville Breuil de Montalet, veuve de Joachim-Jacques de la Chétardie et de Ferdinand-Auguste Solars, Comte de Monasterol, est morte récemment à Paris. Louise-Marie de Saint-Quintin de Bler, épouse de César-Pierre Thibault de la Brosse, Marquis de Verteillac, est décédée le 6 juillet. Marie-Louise Magdeleine de Beauveau, veuve de Pierre-Louis Comte d'Ailly, Marquis de Senecey, est morte à Paris le 11 juillet. Marie de Cuminal, veuve de Malfagueyrar, est décédée à Bergerac en Périgord le 23 juin à 101 ans. Emmanuel-Maurice de Lorraine, Duc d'Elbeuf, Pair de France et ancien général de cavalerie, est mort à Paris le 17 juillet à 86 ans. Ursule de Pollet, veuve d'Abraham du Quesne-Mosnier, Commandeur de l'Ordre de Saint-Louis, est décédée à Toulon le 6 juillet à 84 ans. Louis-François Comte de Maulde, Marquis de la Buissière, est mort dans son château de la Buissière en Artois le 31 mars. Le document mentionne également des détails sur la famille de Maulde, soulignant la continuité de la branche aînée malgré les décès. Le texte fournit également des informations sur la famille Montalembert et Pierre François-Marie Guignolet de Montalembert. Ce dernier, conseiller honoraire au Parlement de Bretagne, est décédé à Paris le 3 juillet 1763 à l'âge de soixante-sept ans. Il était issu de la maison de Montalembert, originaire du Poitou, près de l'Angoumois. Sa branche familiale s'était établie en Bretagne après que Guillaume de Montalembert épousa en 1467 Françoise de Goulaine, unique héritière de Jean de Goulaine, chevalier et membre d'une des plus anciennes maisons de Bretagne. Le texte mentionne également André de Montalembert, seigneur d'Elé et de Panvillier, chevalier de l'Ordre du Roi et premier gentilhomme de la Chambre des rois François Ier et Henri II. Il fut lieutenant-général et commandant des armées en Écosse, reconnu pour son mérite distingué parmi les hommes illustres de France. Plusieurs sources, dont Moreri, Brantôme, Mézeray, le Père Daniel, Dubouchet et les Annales d'Aquitaine, sont citées pour attester de l'ancienneté et de la renommée de cette maison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16446
p. 207-210
LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
Début :
Monsieur, Une personne de ma connoissance que je ne puis vous nommer [...]
Mots clefs :
Éducation, Livres, Paroisse, Bienfaisance, Dons, Écoliers, Titre, Prix, Récompenses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
LETTRE intéreſſante pour les bons
Citoyens , à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,
Une perfonne de ma connoiffance que je ne puis
vous nommer , attendu qu'elle a voulu refter inconnue
à ceux même qu'elle oblige ; née dans une
Campagne éloignée des Villes , n'a eu d'autres
Maîtres pour apprendre à lire & à écrire que le
Magifter du Village. Quoiqu'elle ait affez bien profité
de tout ce que ce Maître pouvoit enfeigner ,
elle croit qu'elle auroit beaucoup mieux fait s'il y
avoit eu quelque motif d'émulation , quelques livres
, heures ou autres , donnés en prix , & auchentiquement
à ceux qui faifoient le mieux.
Cette confidération l'a portée à procurer à fes
jeunes compatriotes ce qu'elle voudroit avoir eu ,
& en conféquence elle a pris la réfolution de donner
à l'école où elle a été élevée , quatre prix par ':
an; & pour cela elle a envoyé une Caille de livres
au Curé de la Paroiffe , pour en diftribuer quatre ›
par an aux Ecoliers qui feront le mieur dans
chaque ordre , lui promettant de ne l'en pas laiffer
manquer tant qu'elle vivra , & même encore .
un nombre d'années après la mort , & elle a eu la
fatisfaction d'apprendre que ces prix font l'effet
qu'elle en attendoit.
Cet exemple , digne d'être fuivi , l'a déja été par
différentes perfonnes pieufes & très-respectables
par les qualités de leurs coeurs , il y a encore des
gens qui aiment leur patrie & leurs femblables ,
208 MERCURE DE FRANCE.
malgré l'indifférence de plufieurs : fouvent le biert
refte à faire faute d'y penfer ou d'y faire penfer les
autres. Vous vous plaiſez à publier tout ce qui peut
être utile à la fociété , & c'eſt par cette railon que
je vous envoye cette note . Il y a certainement des
ames bienfaifantes dans les Campagnes comme
dans les Villes ; -Seigneurs de Paroille , Curés ou,
habitans ailés qui imiteront ces zélés patriotes ;
plufieurs feront même fâchés de n'y avoir pas -
pensé plutôt , vu que pour très-peu de chofe on
peut produire un très-grand bien , par l'émulation
qu'on peut jetter parmi les enfans , & en
faire fortir plus de Sujets penfans & utiles.
Cette perfonne a cru que l'amour - propre des
enfans feroit bien plus piqué & l'émulation augmentée
, fi les livres mérités par leur application ,
portoient une marque diftinctive de tout autre livre,
comme ceux qu'on donne dans la plupart des
Colleges & pour cela , elle a fait faire de petits
imprimés , laiffant en blanc les noms & années à
remplir ; ils ont coûté fort peu de chofe ; on les
cole contre la couverture en dedans ; tous ces imprimés
font les mêmes , au titre près.
Ces titres font affez entendre ce qu'on demande
dés Ecoliers , pour mériter le prix : je dirai néan
moins ce qu'on exige pour le premier , por lequel
on deftine Telemaque ou l'abrégé dé l'ancien
& nouveau Teftament , ou autre plus convenable
à l'enfant , fi le Curé le juge tel ; ceux qui
ont ce bon efprit , méritent qu'on les flate davantage.
Les conditions qu'on demande pour mériter
le premier prix , peuvent accoutumer les enfans
de bonne heure à pratiquer & aimer la vertu , & les
autres bonnes qualités qu'on exige pour mériter
le prix , & ils peuvent prendre en même temps
de l'horreur ou au moins de la répugnance pour
le.vice.
1
AOUST. 1763. 209 :
On exclut de concourir pour les prix , tout en
fant qui auroit contracté la malheureuſe habitude
de mentir s'il ne s'en corrige pas.
Le premier prix intitulé de bonnes qualités , eft
deftiné pour l'enfant qui fera le plus refpectueux
peur fes pere & mere & fupérieurs , le plus vrai ,
le plus honnête , le plus doux , le plus exact à fes
devoirs; enfin pour celui qui fçaura le mieux ſe
faire aimer de tout le monde , ou qui fera paroître
les commencemens d'une plus belle âme , ou qui ..
réunira le plus de ces qualités eftimables ; on ne
donne ce prix qu'à un enfant déja un peu avancé
qui fçache lire & écrire pour avoir le tems de
mieux démêler fon caractère & fon efprit ; on ne
donne pas deux fois le prix du même titre au
même Ecolier quoiqu'en des années différentes.
Les livres que cetre perfonne a jugé a propos de
donner , font pour le premier prix.
Telemaque en un vol.
Ou l'abrégé du vieux ou nouveau Teftament.
Où l'Inftruction de la jeuneſſe de M. Gobinet.
Pour le 2 , les Confeils de la Sageffe.
Ou le Cathéchifme Hiftorique de M. Fleury.
Ou l'Inſtruction de la Jeuneſſe ci - deſſus .
Pour le troifiéme prix le Traité d'Arithmétique
de M. le Gendre ou recueil d'exemples d'écriture
ou des heures.
Enfin pour le quatrième , le Catéchiſme Hiſtori
que , le Manuel du Chrétien , ou des heures de
moindre prix , plufieurs de ces Livres en abrégé
& de moindre prix . Ainfi on peut faire du
bien à très-grand marché , & mettre un premier
& fecond prix s'il y a beaucoup d'Ecoliers.
Le Cure adjuge les prix conjointement , ou
aidé des avis du Vicaire & du Maître d'école ,
& la diftribution s'en fait dans l'Eglife un
I
210 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche ou Fête après la Grande- Meffe větš
la fin de l'année ; on annonce en même temps
ceux de l'année prochaine , comme on avoir an
noncé ceux - la l'année d'auparavant , en exhortant
les Peres & Meres a veiller à l'affiduité de
leurs enfans , à les encourager à mériter l'hon
neur d'avoir un prix & a les rendre fenfibles à
cette diftinction.
On trouve tous les Livres ci-deſſus chez Ma
Herillant , Libraire , rue Saint Jacques.
J'ai l'honneur d'être & c.
Citoyens , à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,
Une perfonne de ma connoiffance que je ne puis
vous nommer , attendu qu'elle a voulu refter inconnue
à ceux même qu'elle oblige ; née dans une
Campagne éloignée des Villes , n'a eu d'autres
Maîtres pour apprendre à lire & à écrire que le
Magifter du Village. Quoiqu'elle ait affez bien profité
de tout ce que ce Maître pouvoit enfeigner ,
elle croit qu'elle auroit beaucoup mieux fait s'il y
avoit eu quelque motif d'émulation , quelques livres
, heures ou autres , donnés en prix , & auchentiquement
à ceux qui faifoient le mieux.
Cette confidération l'a portée à procurer à fes
jeunes compatriotes ce qu'elle voudroit avoir eu ,
& en conféquence elle a pris la réfolution de donner
à l'école où elle a été élevée , quatre prix par ':
an; & pour cela elle a envoyé une Caille de livres
au Curé de la Paroiffe , pour en diftribuer quatre ›
par an aux Ecoliers qui feront le mieur dans
chaque ordre , lui promettant de ne l'en pas laiffer
manquer tant qu'elle vivra , & même encore .
un nombre d'années après la mort , & elle a eu la
fatisfaction d'apprendre que ces prix font l'effet
qu'elle en attendoit.
Cet exemple , digne d'être fuivi , l'a déja été par
différentes perfonnes pieufes & très-respectables
par les qualités de leurs coeurs , il y a encore des
gens qui aiment leur patrie & leurs femblables ,
208 MERCURE DE FRANCE.
malgré l'indifférence de plufieurs : fouvent le biert
refte à faire faute d'y penfer ou d'y faire penfer les
autres. Vous vous plaiſez à publier tout ce qui peut
être utile à la fociété , & c'eſt par cette railon que
je vous envoye cette note . Il y a certainement des
ames bienfaifantes dans les Campagnes comme
dans les Villes ; -Seigneurs de Paroille , Curés ou,
habitans ailés qui imiteront ces zélés patriotes ;
plufieurs feront même fâchés de n'y avoir pas -
pensé plutôt , vu que pour très-peu de chofe on
peut produire un très-grand bien , par l'émulation
qu'on peut jetter parmi les enfans , & en
faire fortir plus de Sujets penfans & utiles.
Cette perfonne a cru que l'amour - propre des
enfans feroit bien plus piqué & l'émulation augmentée
, fi les livres mérités par leur application ,
portoient une marque diftinctive de tout autre livre,
comme ceux qu'on donne dans la plupart des
Colleges & pour cela , elle a fait faire de petits
imprimés , laiffant en blanc les noms & années à
remplir ; ils ont coûté fort peu de chofe ; on les
cole contre la couverture en dedans ; tous ces imprimés
font les mêmes , au titre près.
Ces titres font affez entendre ce qu'on demande
dés Ecoliers , pour mériter le prix : je dirai néan
moins ce qu'on exige pour le premier , por lequel
on deftine Telemaque ou l'abrégé dé l'ancien
& nouveau Teftament , ou autre plus convenable
à l'enfant , fi le Curé le juge tel ; ceux qui
ont ce bon efprit , méritent qu'on les flate davantage.
Les conditions qu'on demande pour mériter
le premier prix , peuvent accoutumer les enfans
de bonne heure à pratiquer & aimer la vertu , & les
autres bonnes qualités qu'on exige pour mériter
le prix , & ils peuvent prendre en même temps
de l'horreur ou au moins de la répugnance pour
le.vice.
1
AOUST. 1763. 209 :
On exclut de concourir pour les prix , tout en
fant qui auroit contracté la malheureuſe habitude
de mentir s'il ne s'en corrige pas.
Le premier prix intitulé de bonnes qualités , eft
deftiné pour l'enfant qui fera le plus refpectueux
peur fes pere & mere & fupérieurs , le plus vrai ,
le plus honnête , le plus doux , le plus exact à fes
devoirs; enfin pour celui qui fçaura le mieux ſe
faire aimer de tout le monde , ou qui fera paroître
les commencemens d'une plus belle âme , ou qui ..
réunira le plus de ces qualités eftimables ; on ne
donne ce prix qu'à un enfant déja un peu avancé
qui fçache lire & écrire pour avoir le tems de
mieux démêler fon caractère & fon efprit ; on ne
donne pas deux fois le prix du même titre au
même Ecolier quoiqu'en des années différentes.
Les livres que cetre perfonne a jugé a propos de
donner , font pour le premier prix.
Telemaque en un vol.
Ou l'abrégé du vieux ou nouveau Teftament.
Où l'Inftruction de la jeuneſſe de M. Gobinet.
Pour le 2 , les Confeils de la Sageffe.
Ou le Cathéchifme Hiftorique de M. Fleury.
Ou l'Inſtruction de la Jeuneſſe ci - deſſus .
Pour le troifiéme prix le Traité d'Arithmétique
de M. le Gendre ou recueil d'exemples d'écriture
ou des heures.
Enfin pour le quatrième , le Catéchiſme Hiſtori
que , le Manuel du Chrétien , ou des heures de
moindre prix , plufieurs de ces Livres en abrégé
& de moindre prix . Ainfi on peut faire du
bien à très-grand marché , & mettre un premier
& fecond prix s'il y a beaucoup d'Ecoliers.
Le Cure adjuge les prix conjointement , ou
aidé des avis du Vicaire & du Maître d'école ,
& la diftribution s'en fait dans l'Eglife un
I
210 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche ou Fête après la Grande- Meffe větš
la fin de l'année ; on annonce en même temps
ceux de l'année prochaine , comme on avoir an
noncé ceux - la l'année d'auparavant , en exhortant
les Peres & Meres a veiller à l'affiduité de
leurs enfans , à les encourager à mériter l'hon
neur d'avoir un prix & a les rendre fenfibles à
cette diftinction.
On trouve tous les Livres ci-deſſus chez Ma
Herillant , Libraire , rue Saint Jacques.
J'ai l'honneur d'être & c.
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Résumé : LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
Une lettre décrit une initiative philanthropique dans une campagne éloignée. Une personne anonyme, ayant reçu une éducation modeste, souhaite encourager les élèves méritants en leur offrant des prix. Elle décide de financer quatre prix annuels pour l'école de son village. Ces prix sont destinés aux élèves les plus performants dans chaque catégorie. La donatrice assure le financement de cette initiative jusqu'à sa mort et même au-delà. Cette initiative a déjà été imitée par d'autres personnes pieuses et respectables. Les prix visent à encourager des qualités telles que le respect, l'honnêteté et la douceur. Les livres offerts incluent des œuvres comme 'Télémaque', des abréviés de la Bible et des manuels éducatifs. Les prix sont attribués en présence de la communauté lors d'une cérémonie religieuse, et les parents sont encouragés à soutenir leurs enfants dans cette démarche. Les livres peuvent être obtenus chez un libraire nommé Ma Herillant, situé rue Saint Jacques.
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16447
p. 210
AVIS.
Début :
Par Privilége du Roi, le Public est averti que le seul dépôt [...]
Mots clefs :
Privilège, Onguent, Production, Lieux
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VI S.
Pár Privilége du Roi , le Public eft averti que lë
feul dépôt du véritable onguent du fieur Canet
Officier de la Reine , qui étoit ci - devant rue Montmartre,
eft actuellement chez le feur Butté, à l'Hôtel
de la Rochefoucault , rue de Seine, Fauxbourg,
S. Germain , à Paris.
Qn en débite auffi dans la Maiſon du feu freur
Canet, rue Balle près la petite Place a Verfailles, &
dans les principales Villes & Ports du Royaume.
DE LA ROCHE.
Pár Privilége du Roi , le Public eft averti que lë
feul dépôt du véritable onguent du fieur Canet
Officier de la Reine , qui étoit ci - devant rue Montmartre,
eft actuellement chez le feur Butté, à l'Hôtel
de la Rochefoucault , rue de Seine, Fauxbourg,
S. Germain , à Paris.
Qn en débite auffi dans la Maiſon du feu freur
Canet, rue Balle près la petite Place a Verfailles, &
dans les principales Villes & Ports du Royaume.
DE LA ROCHE.
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16448
p. 210-211
MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres & Fayances, qui résistent au plus grand feu.
Début :
Roussel, Privilégié du Roi, Entrepreneur de cette Manufacture, y fabrique [...]
Mots clefs :
Manufacture royale, Fayance, Services de table, Batterie de cuisine, Cuivre, Argent, Motifs japonais, Fleurs, Émail, Vases
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texteReconnaissance textuelle : MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres & Fayances, qui résistent au plus grand feu.
MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres , &.
Fayances , qui refiftent au plus grandfeu.
ROUSSEL, Privilégié du Roi , Entrepreneur de
cette Manufacture , y fabrique une Fayance qui eft
à l'épreuve du feu , concernant généralement tous
les Services de Table , & Batterie de Cuiſine , enforte
que l'on trouve chez lui tout ce qui le fait en
Cuivre & en Argent le tout dans des formes nou
velles & de très bon goût.
Il fabrique aufi de la Fayance fine blanche ;:
peinte , japonnée , en Fleurs naturelles comme à
Strasbourg.
AOUST. 1763. 211
left le feul qui poffède le fecret d'un Enrail
imitant le Bronze , & même infiniment plus brillant
, duquel il fait des Figures & Groupes pour
les Defferts , ainfi que de plus grandes , & Vales
pour les Jardins , Pots- Pourris , & autres piéces
curieufes. Le tout à très -juſte prix.
Son Magafin eft ouvert rue de Bâfroid , Fauxbourg
S. Antoine , à Paris.
Fayances , qui refiftent au plus grandfeu.
ROUSSEL, Privilégié du Roi , Entrepreneur de
cette Manufacture , y fabrique une Fayance qui eft
à l'épreuve du feu , concernant généralement tous
les Services de Table , & Batterie de Cuiſine , enforte
que l'on trouve chez lui tout ce qui le fait en
Cuivre & en Argent le tout dans des formes nou
velles & de très bon goût.
Il fabrique aufi de la Fayance fine blanche ;:
peinte , japonnée , en Fleurs naturelles comme à
Strasbourg.
AOUST. 1763. 211
left le feul qui poffède le fecret d'un Enrail
imitant le Bronze , & même infiniment plus brillant
, duquel il fait des Figures & Groupes pour
les Defferts , ainfi que de plus grandes , & Vales
pour les Jardins , Pots- Pourris , & autres piéces
curieufes. Le tout à très -juſte prix.
Son Magafin eft ouvert rue de Bâfroid , Fauxbourg
S. Antoine , à Paris.
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Résumé : MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres & Fayances, qui résistent au plus grand feu.
La Manufacture Royale de nouvelles Terres, dirigée par Roussel, fabrique des faïences résistantes au feu pour divers usages. Elle produit également des articles en cuivre et en argent. Roussel détient le secret d'un émail imitant le bronze, utilisé pour des figures et des pièces de jardin. Les produits sont vendus à des prix justes au magasin situé rue de Bâfroid, Faubourg Saint-Antoine, à Paris.
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16449
p. 211-212
EAU DE RÉTINE, propre pour les Maladies des Yeux.
Début :
Les effets salutaires de cette Eau n'ont besoin que de l'exposé le plus simple [...]
Mots clefs :
Remède, Maladies des yeux, Fatigue occulaire, Paralysie, Soins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EAU DE RÉTINE, propre pour les Maladies des Yeux.
EAU DE RÉTINE , propre pour les Maladies
des Yeux.
LES effers falutaires de cette Eau n'ont befoin
que de l'expofé le plus fimple , pour en accrédi
ter l'ufage. Dans tous les cas où il s'agit de remédier
a la foiblefle des yeux , elle a les fuccès
les plus heureux ; fa vertu fpiritueuſe & balſamique
eft appropriée à la nature des parties nerveufes
& tendineules , dont cet organe eft com-'
pofé ; elle les fortifie , leur donne du reffort & de
l'énergie lorfque l'oeil eft naturellement foible ,
ou qu'il eft fatigué par l'excès de la lecture , par
les veilles , par les travaux à la lumiere.
L'Eau de Rétine éteint auffi les rougeurs & les
phlogofes auxquelles les yeux font fi fujets : l'uſage
en eft fûr dans tous ces cas ; la feule attention
qu'il faille avoir eft de la tempérer avec trois
parties d'eau de Riviere lorfqu'il y a inflammation.
La vertu pénétrante de cette Eau procure une
circulation plus facile dans les vailleaux lymphatiques
de la cornée ; elle prévient les obftructions
opaques , les nébulofités , & les taies :
enfin , elle est très -propre à empêcher la paralyfie
& la goutte fereine de fe fixer . Volci comment
on doit fe fervir de cette Eau .
Il faut , plufieurs fois dans la journée , baffiner
légérement les fourcils & les paupières fupérieures
avec une petite éponge très - fine & très- nette , im212
MERCURE DE FRANCE.
bibée de cette eau pure : elle agira encore avec plus
d'éfficacité , fi l'on s'en frotte les mains , & qu'on'
les approche des yeux pour donner lieu à fa vapeur
de les pénétrer. Enfin en l'affoiblillant , comme if
a été dit , avec trois parties ou même une plus
grande quantité d'eau de riviere fuivant les cas ,
on peut imbiber des comprelles qu'on mettra far
les yeux pendant la nuit .
La Bouteille coûte 1 liv. 16 f. I
Cette Eau fe vend chez le fieur FAC10T7 , rue S.
Denis , la porte cochere vis - à-vis de la rue du petit
Lion.
des Yeux.
LES effers falutaires de cette Eau n'ont befoin
que de l'expofé le plus fimple , pour en accrédi
ter l'ufage. Dans tous les cas où il s'agit de remédier
a la foiblefle des yeux , elle a les fuccès
les plus heureux ; fa vertu fpiritueuſe & balſamique
eft appropriée à la nature des parties nerveufes
& tendineules , dont cet organe eft com-'
pofé ; elle les fortifie , leur donne du reffort & de
l'énergie lorfque l'oeil eft naturellement foible ,
ou qu'il eft fatigué par l'excès de la lecture , par
les veilles , par les travaux à la lumiere.
L'Eau de Rétine éteint auffi les rougeurs & les
phlogofes auxquelles les yeux font fi fujets : l'uſage
en eft fûr dans tous ces cas ; la feule attention
qu'il faille avoir eft de la tempérer avec trois
parties d'eau de Riviere lorfqu'il y a inflammation.
La vertu pénétrante de cette Eau procure une
circulation plus facile dans les vailleaux lymphatiques
de la cornée ; elle prévient les obftructions
opaques , les nébulofités , & les taies :
enfin , elle est très -propre à empêcher la paralyfie
& la goutte fereine de fe fixer . Volci comment
on doit fe fervir de cette Eau .
Il faut , plufieurs fois dans la journée , baffiner
légérement les fourcils & les paupières fupérieures
avec une petite éponge très - fine & très- nette , im212
MERCURE DE FRANCE.
bibée de cette eau pure : elle agira encore avec plus
d'éfficacité , fi l'on s'en frotte les mains , & qu'on'
les approche des yeux pour donner lieu à fa vapeur
de les pénétrer. Enfin en l'affoiblillant , comme if
a été dit , avec trois parties ou même une plus
grande quantité d'eau de riviere fuivant les cas ,
on peut imbiber des comprelles qu'on mettra far
les yeux pendant la nuit .
La Bouteille coûte 1 liv. 16 f. I
Cette Eau fe vend chez le fieur FAC10T7 , rue S.
Denis , la porte cochere vis - à-vis de la rue du petit
Lion.
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Résumé : EAU DE RÉTINE, propre pour les Maladies des Yeux.
Le texte décrit l'Eau de Rétine, un remède pour les maladies des yeux. Ses effets bénéfiques sont rapides et visibles. Elle renforce les yeux faibles ou fatigués par la lecture, les veilles ou les travaux à la lumière. Elle apaise également les rougeurs et les inflammations oculaires. Pour les inflammations, il est conseillé de la diluer avec trois parties d'eau de rivière. L'Eau de Rétine améliore la circulation dans les vaisseaux lymphatiques de la cornée, prévient les opacités et les taies, et évite la paralysie et la goutte séreuse. L'application se fait en badigeonnant les sourcils et les paupières supérieures avec une éponge imbibée d'Eau de Rétine. Pour une efficacité accrue, on peut se frotter les mains avec le produit et approcher les yeux de la vapeur. En cas d'inflammation, l'Eau de Rétine peut être diluée davantage et utilisée pour des compresses nocturnes. La bouteille coûte 1 livre 16 sous et est disponible chez le fournisseur FAC10T7, rue Saint-Denis, près de la rue du Petit Lion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16450
p. 213
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois d'Août 1763, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lu, par ordre de Monſeigneur le Chancelier , 'AI
le Mercure du mois d'Août 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 1 Juillet 1763 .
GUIROY.
J'ai lu, par ordre de Monſeigneur le Chancelier , 'AI
le Mercure du mois d'Août 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 1 Juillet 1763 .
GUIROY.
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